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Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie. Tome dixième, Lyon-Maximin (Saint-). Première partie, [...] Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie. Tome dixième, Lyon-Maximin (Saint-). Première partie, Lyon-Manos que / publ. par le R. P. dom Fernand Cabrol,... et le R. P. dom Henri Leclercq ; avec le concours d'un grand nombre de collaborateurs. 1931-1932.
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ér] PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION - t x du Rzme Dom Fernand CABROL i ABBÉ DE FARNBOROUGH. et de Dom Henri LECLERCQ :
AVEC LE CONCOURS D'UN GRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS d Fasc. CIV - CV. LYON — MABILLON [uM FE GUT ER LI PARIS-VI | LIBEAIBIE LETOUZEY BEI ANE 87, Bourrevanp Raspaiz, 87 E ! ES aS s | 1) ! X i X U^ 4. j F LY ON.— I. Avant l'histoire. IT. La fondation de la ville. IIT. L'étymologie du nom de Lyon. IV. Premier aspect de Lyon. V. Les rues et les ponts de Lyon. VI. Routes. VII. Aqueducs. VIII. Le quartier de Trion. IX. Le territoire de Lyon. X. Antoine et Auguste. XI. L'autel de Rome et d'Auguste. 1, L'autel. 2. Le temple. 3. L'amphithéâtre. 4. Les statues. 5. Le pagus de Condate. XII. Fin du régne d'Auguste. XIII. Depuis Auguste jusqu'à Marc-Auréle. XIV. L'amphithéâtre de Lugdunum. 1. Le monticule de Fourvière. 2. Le Forum et ses environs. 3. Les fouilles de Fourvière, 1911 à 1914. 4, Emplacement de l'amphithéâtre. a. Le plateau des Minimes. b. L'ancien Jardin-des-Plantes. c. Ainay, d. La place Saint-Jean. e. Fourvière. XV. L'Église de Lyon-Vienne. XVI. Époque, nombre, observances. XVII. Le montanisme à Lyon. XVIII. Le style de la Lettre. XIX. L'authenticité de la Lettre. X X. Le texte de la Lettre. XXI. La liste des martyrs. 1. Les noms cités par Eusèbe. 2. Les noms du martyrologe hiéronymien. 3. Les noms des martyrologes historiques. 4. Les noms dans les passionnaires. 5. Les noms chez Grégoire de Tours. 5. Critique des formes diverses de la liste. 7. Le cas de Vettius Zacharias. 8. Le médecin Alexandre. 9. Essai de restitution de la liste. XXII. La prison. XXIII. Épipode, Alexandre, Marcel, Valérien. X XIV. Lyon vers la fin du 1er siècle. 1. Commerce. a. Négociants en vin. b. Nantes, e, Fabricants d'outres. d. Négociants cisalpins et transalpins. e. Dendrophores, f. Charpentiers entrepreneurs. y. Ouvriers en bâtiments. A. Fabricants de bâches et pompiers. i. Fabricants de sayons. K. Sévirs augustaux. 2. Culture des lettres. 3. Les beaux-arts, 4. Forme municipale. 23. Garnison. 6. Fonctionnarisme. 6. Civilisation. X XV Saint Irénée. a. L'Adversus haereses et le gnosticisme dans le Lyonnais. b. La « démonstration de la prédication apostolique ». c. Les ouvrages perdus. d. Les ouvrages douteux ou apocryphes. e. Le martyre. J. Le souvenir. XX VI. Septime-Sévère et la bataille de Lyon. XX VII. Le Me, XXVIII. Le rv* siècle, XXIX. L'apparition de la nation burgonde. XXX. Conversion des Burgondes. XXXI. Le royaume burgonde à Lyon. XXXII. Les Burgondes sous Gondebaud. XXXIII. Les Burgondes dans le Lyonnais. XXXIV. Établissement de la monarchie tempérée à Lyon. XXXV. Une famille burgonde. X XXVI. Lyon, capitale du royaume burgonde. XXXVII. La conquête franque. XXXVIII. Catastrophes. XXXIX. Liste épiscopale. AL. Les évêques, de saint Pothin à saint Sacerdos. X LI. L'épiscopat de saint Nizier. XLII. L'épiscopat de Priscus. XLIII. De l'épiscopat d'Etherius à celui de Leidrade. XLIV. Les Sarrasins dans le Lyonnais. XLV. Le prédécesseur de Leidrade. XLVI. L'épiscopat de Leidrade. Observations sur la liste épiscopale. XLVII. Les crovançes à Lyon. XLVIII. Basiliques et cryptes. 1. Saint-Étienne. 2. Sainte-Croix. 3. Saint-Jean. 4. Saint-Jean et depuis Saint-Irénée. 5. Sainte-Marie, 6. Saint-Hélie. 7. Saint-Just. 3. Saint-Paul. 9. Saint-Mizier. 10. Saint-Romain et Saint-Pierre-le-Vieux. 11. Sainte-Marie et les saints Apôtres, 12. Tombeau. 13. Monastères. 14, L'hôpital de Notre-Dame de Lyon. XLIX. Culte L. Temporel. LI. Épigraphie. 1. Les chrétiens secrets. 2. Inscriptions datées. 3. Inscriptions non datées. 4. Populations. Climat. Longévité. 5. Bibliographie spéciale. 6. Quelques inscriptions non lyonnaises. LII. Sarcophages. LIII. Sculptures. LIV. Objets chrétiens, LV, Le Scriptorium. LVI. Bibliothèque. Manuscrits liturgiques. 2. Livres offerts. 3. Manuscrits juridiques. LVII. Résumé chronologique LVIII. Bibliographie. par H. LECLERCQ, col. 1-402.
LYON, par H. LECLERCQ, col. 402-403.
LYS. I. Héraldique. II. Symbolique : III. Monuments, par H. LECLERCQ, col. 403-405.
LYSANIAS D'ABILENE. — I. Lysanias d'Abilène. II. Textes historiques. III. Numismatique. IV. Épigraphie, par H. LECLERCQ, col. 405-411, LYSTRES, par H. LECLERCQ, col. 411-414. M. par H. LECLERCQ, col. 415. MAASSENM (Frédéric). — I. Biographie. 11. Bibliographie, par H. LECLERCQ, col. 415-422. ] MAATRIA (El), par H. LECLERCQ, col. 422-424, MAATRIA (Henchir el). — I. Numluli. II. Liste épiscopale, III. Vestiges patens. IV. Basilique. V. Épigraphie, par H. LECLERCQ, col. 421-497.
MABILLON. —. Note préliminaire. I. Le village de Saint-Pierremont. II. L'Église. III. La maison. IV. La famille. V. Enfance et jeunesse. VI. Études et vocation. VII. Noviciat et profession. VIII. A Saint-Germain-des-Prés, IX. L'édition de saint Bernard (1667). X. Les Actes Disquisitio de azymo et Jermentato (1674). XIV. Les Vetera analecta (1675). XV. Le « Mémoire justificatif des Actes des Saints » (1677). XVI. L'auteur de l'Imitation de Jésus-Christ (1677). XVII. La société de l'Abbaye, XVIII. Le traité De re diplomatica (1681). XIX. Voyages de Lorraine et de Bourgogne (1682). XX. Le voyage d'Allemagne et l'Her Germanicum (1683). X XI. Le De liturgia gallicana (1685). XXII. Le voyage en Italie et l'Iler Italicum (1685-1686). XXIII. Le traité des Études monastiques (1691-1693). X XIV. Les Réflexions sur les prisons (1694), X X V.
La généalogie de la Maison d'Auvergne (1695). XXVI.
CONDITIONS. ET
MODE
Le Dictionnaire d'Archéologie chrétienne et de Liturgie parait par fascicules in-4 de 128 pages environ, représentant la valeur de trois volumes in-12 de 300 pages. — Une gravure hors texte tient lieu de 16 pages Pour les souscripteurs à l'ouvrage complet le prix du fascicule est de 20 francs (port en plus), payable dans la quinzaine qui suit la réception de chaque fascicule. En cas de retard dans le paiement, les frais de recouvrement sont à la charge du souscripteur.
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Les Annales Ordinis sancti Benedicti.
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PUBLIÉ PAR
ABBÉ DE SAINT-MICHEL DE FARNBOROUGH (ANGLETERRR)
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LYON. — I. Avant l’histoire. II. La fondation de la ville. III. L'étymologie du nom de Lyon. IV. Premier aspect de Lyon. V. Les rues et les ponts de Lyon. VI. Routes. VIT, Aqueducs. VIII. Le quartier de Trion. IX. Le territoire de Lyon. X. Antoine et —— Auguste. XI. L'autel de Rome et d'Auguste. 1. L'autel Fourvière. 2. Le Forum et ses environs. 3. Les fouilles de Fourvière, 1911 à 1914. 4, Emplacement de l'amphithéâtre. a. Le plateau des Minimes. b. L'ancien - Jardin-des-Plantes. c. Ainay. d. La place Saint-Jean. e. Fourvière. XV. L'Église de Lyon-Vienne. XVI. Époque, nombre, observances. XVII. Le montanisme à Lyon. XVIII. Le style de la Lettre. XIX. L'authenticité de la Lettre. X X. Le texte de la Lettre. XI. La liste des martyrs. 1. Les noms cités par Eusèbe. 2. Les noms du martyrologe hiéronymien. 3. Les noms des martyrologes historiques. 4. Les noms dans les passionnaires, 5, Les noms chez Grégoire de Tours. 6. Critique des formes diverses de la liste. 7. Le cas de Vettius-Zacharias. 8. Le médecin Alexandre. 9. Essai de restitution de la liste. XXII. La prison. XXIII. Épipode, Alexandre, Marcel, Valérien. XXIV. Lyon vers la fin du 1er siècle. 1. Commerce, a. Négociants en vin. b. Nantes, c. Fabricants d'outres. d. Négociants cisalpins et transalpins. e. Dendrophores. /. Charpentiers entrepreneurs. g. Ouvriers en bâtiments. A. Fabricants de bâches et pompiers. i. Fabricants de savons. k. Sévirs augustaux. 2. Culture des lettres. 3. Les beaux-arts. 4. Forme municipale. 5. Garnison. 6. Fonctionnarisme. 7. Civilisation. XXV. Saint Irénée. 1. L'Adversus hæreses et le gnosticisme dans le lyonnais. 2. La « démonstration de la prédication apostolique ». 3. Les ouvrages perdus. 4. Les ouvrages douteux ou apocryphes. 5. Le martyre. 6. Le souvenir. ANVI. Septime-Sévère et la bataille de Lyon. AXVII. Le nr siècle. XXVIII. Le 1v* siècle, XXIX. L'apparition de la nation burgonde. X. Conversion des Burgondes. XXXI. Le royaume burgonde à Lyon. XXXII. Les Burgondes sous Gondebaud. XXXIII, Les Burgondes dans le Lyonnais. XXXIV. Établissement de la monarchie tempérée à Lyon. X X XV. Une famille burgonde. X X XVI. Lyon, capitale du royaume burgonde. X XXVII. La conquête franque. X XXVIII. Catastrophes. XXXIX. Liste épiscopale. XL. Les évêques, de saint Pothin à saint Sacerdos. XLI. L'épiscopat de saint Nizier. XLII. L'épiscopat de Priscus.
XLII. De l'épiscopat d'Ætherius à celui de Leidrade. A LIV. Les Sarrasins dans le Lyonnais. XLV, Le prédécesseur de Leidrade. XL VI. L'épiscopat de Leidrade. Observations sur la liste épiscopale. XLVII. Les croyances à Lyon. XLVIII : Basiliques et cryptes. 1. Saint-Étienne. 2. Sainte-Croix. 3. Saint-Jean. 4. Saint-Jean et depuis Saint-Irénée. 5. Sainte-Marie. 6. Saint-Hélie, 7. Saint-Just, 8. Saint-Paul. 9. Saint-Nizier. 10. Saint-Romain et Saint-Pierre-le-Vieux. 11. Sainte-Marie et les saints Apôtres. 12. Tombeau. 13. Monastères. 14. L'hôpital de Notre-Dame de Lyon. XLIX. Culte. L. Temporel. LI. Épigraphie. 1. Les chrétiens secrets. 2. Inscriptions datées. 3. Inscriptions non datées. 4. Population. Climat. Longévité. 5. Bibliographie spéciale. 6. Quelques inscriptions non lyonnaises. LII. Sarcophages. LIII. Sculptures. LIV. Objets chrétiens. LV. Le Scriptarium. LVI. Bibliothèque. 1. Manuscrits liturgiques. 2. Livres offerts. 3. Manuscrits juridiques. LVII. Résumé chronologique. LVIII. Bibliographie.
I. AVANT L'HISTOIRE. — Il y a deux siècles, « tout joignant la Croix sur la place devant la porte Saint-Just », on voyait une grosse pierre, nommée la Pierre Branlante, parce qu'« on peut l'ébranler du bout du doigt et la faire pencher de côté ou d'autre pourvu qu'il n'y ait pas dessous de la terre qui rende son équilibre inutile. » Cette grosse pierre était probablement un bloc erratique arrêté sur ce point dans sa course à l'époque glaciaire, A cette époque, le glacier du Rhône s'étendait sur le plateau bressan et arrivait, par-dessus le Rhône et la Saône, jusqu'à Sainte-Foy, recouvrant le sommet de Fourvière.
Un demi-siècle environ avant notre ère, le spectacle qui s'offrait de Fourvière différait fort de celui que sont venues depuis admirer soixante générations. Au pied même de la colline, les eaux de deux larges fleuves se réunissaient sur un point fort en amont du confluent actuel, tandis que sur une sombre nappe de verdure forestière, tenant tout le pays, trois voies divergentes marquaient leur parcours : la Saône descendait lentement du Mord, le Rhône se précipitait venant de l'Est dans une course désordonnée, puis ayant rapproché leurs eaux, ils poursuivaient ensemble leur marche vers le sud.
A une certaine distance se trouve le district des Ambarres dont le territoire fut complètement ravagé, en 58 avant J.-C., par les Helvètes, qui ne laissèrent derrière eux que la terre toute nue. Un peu au-delà, un chaînon de montagnes de hauteur moyenne forme une sorte de barrière dirigée du Nord au Midi, c'est le domaine des Séquanes, longtemps rivaux des Éduens, puis opprimés par le Germain Arioviste et assujettis à la domination romaine, dont la justice et la douceur relatives leur donnent l'illusion de l'indépendance. A l'horizon se dresse le Mont-Blanc qui marque l'extrémité orientale du territoire des Allobroges. Le territoire des Ségusiaves s'enfonce profondément à l'Ouest jusqu'à une haute crête qui marque la limite entre la Gaule nouvellement conquise et l'ancienne Province annexée au domaine romain depuis deux tiers De (121 av. J.-C.). Leurs possessions ne s'arrêtent pas à la Saône : ils ont tout le tènement qui, de la pointe du confluent jusqu'à assez loin vers le Nord-Est, est compris entre les deux cours d'eau et a nom de pagus Condatensis, c'est-à-dire pagus du Confluent. Comme les Éduens, les Ségusiaves sont signalés entre tous les Gaulois par leur attachement aux Romains.
De quel que côté et si loin qu'on porte la vue, elle se pose sur une forêt dont la monotonie n'est interrompue par endroits que pour laisser voir une plaine aride, un marécage stérile ou un rocher dénudé ou bien encore, à de lointains intervalles, un lambeau de prairie ou de terre défrichée à proximité d'un groupe de huttes en clayonnage.
II. LA FONDATION DE LA VILLE. — S'il est une ville qui semble avoir dû naître dès les temps les plus reculés, et presque à l'insu de l'histoire, par l'attrait naturel d'une situation privilégiée, c'est assurément Lyon. Deux grands cours d'eau navigables se confondant au pied des plus riants coteaux, un climat tempéré, un air vif et salubre, et, comme spectacle, à l'horizon, les sommets argentés de la chaîne des Alpes, quels attraits plus puissants fallait-il pour attirer et fixer de bonne heure les habitants en un tel lieu ? Ce n'est pourtant qu'un demi-siècle avant notre ère, et par décret du sénat romain, que Lyon a été fondé. Nous connaissons l'année, presque le jour qui en vit poser la première pierre.
Vers le milieu de l'an 710 (44 ans avant Jésus-Christ), pendant les guerres qui précédèrent le premier triumvirat, une vive effervescence régnait sur différents points du monde romain. A Vienne, les colons romains avaient su, quelques années auparavant, empêcher un mouvement local en faveur de Vercingétorix ; cette fois ils furent surpris et chassés par un parti d'Allobroges qui, descendu de la montagne, envahit la ville et s'empara de la direction des affaires. Les colons, anciens soldats de César, ne furent pas maltraités ; ils se dirigèrent vers le Nord, en longeant les coteaux qui bordent la rive gauche du Rhône. Ils s'arrêtèrent à 40 kilomètres environ en amont de Vienne, sur une colline désignée sous le nom de Lugudunum et que Sénèque dépeint en quelques mots : « C'est, dit-il, un coteau baigné par deux rivières : le soleil le frappe toujours de ses premiers rayons. A ses pieds coule le Rhône, aux flots très rapides : la Saône, indécise de quel côté elle se dirigera, baigne silencieusement la rive de ses eaux endormies. » Le coteau était-il habité ? On l'ignore. Le sol appartenait aux Ségusiaves et devait être couvert de bois ou inculte ; aussi les fugitifs obtinrent la permission de s'y établir.
Du moment où il s'agissait pour eux de fonder une ville, la religion romaine leur prescrivait de le faire sous la protection du génie de Rome. Seul, il pouvait présider à la prise de possession du sol, consacrer l'enceinte, agréer les sacrifices et consentir au lotissement des terres. Il fallait en même temps pourvoir aux premiers besoins et à l'installation des familles, arrachées au bien-être d'une opulente cité comme Vienne et transportées en rase campagne. Les fugitifs sollicitèrent l'autorisation du sénat de Rome qui ordonna à Munatius Plancus, commandant une légion dans la Narbonnaise, de prêter assistance aux fondateurs de la nouvelle colonie.
Il existe, relativement à la fondation de Lyon par Plancus, plusieurs témoignages certains : l'épitaphe de Munatius Plancus, un passage de Dion Cassius et un médaillon de poterie.
LVGVDVNVM :ET :RAVRICAM xir « Lucius Munatius Plancus, fils de Lucius, petit-fils de Lucius, arrière-petit-fils de Lucius, consul, censeur, imperator deux fois, septemvir épulon, a triomphé des Hétes, a construit du butin de la guerre le temple de Saturne, a fait en Italie le partage des terres de Bénévent, a fondé dans la Gaule les colonies de Lugudunum et de Raurica. » On n'aperçoit d'indice chronologique dans ce texte que la mention de Lugudunum qui précède celle de Raurica.
Le passage de Dion Cassius est moins concis ; il précise l'année et les circonstances de la fondation. L'année est celle du consulat de Caius Vibius Pansa et d'Aulus Hirtius, par conséquent l'an 711 de Rome, 43 avant J.-C. Les circonstances sont celles qui suivent la défaite d'Antoine, devant Modène, par César Octavien et Hirtius : « Après cela, César se mit en campagne contre Antoine et Lépide, car Antoine, s'étant échappé de la bataille par la fuite et n'étant poursuivi ni par lui, parce que c'était Décimus qui avait la conduite de la guerre, ni par Décimus, parce que celui-ci ne voulait pas anéantir un ennemi de César, avait rassemblé tout ce qu'il avait pu des survivants du combat et était venu se joindre à Lépide, qui, tout en feignant de se mettre en mesure de conduire son armée en Italie pour obéir au sénatus-consulte le lui enjoignant, avait préparé leur action commune, mais avait reçu un contre-ordre du sénat de rester à l'endroit où il se trouvait alors. Les sénateurs ayant en effet appris l'arrivée de Silanus au camp d'Antoine et craignant que Lépide et Lucius Plancus ne vinssent à unir leurs armées à celle d'Antoine, leur envoyèrent des commissaires chargés de leur dire que la République n'avait plus pour le moment besoin de leurs secours ; et, de crainte que, soupçonnant de la malveillance à leur égard, ils ne se portassent à quel que acte criminel, le sénat leur donnait l'ordre de bâtir au confluent du Rhône et de la Saône une ville pour retirer ceux qui, précédemment expulsés de Vienne par les Allobroges, s'étaient arrêtés dans ce lieu. Ayant donc fait halte, ils bâtirent Lugdunum (qui s'appelait autrefois Lugudunum), non pas que s'ils l'eussent voulu, ils n'eussent pu aller en Italie avec leurs armées, les sénatus-consultes étant alors sans force contre ceux qui disposaient d'armées, mais parce qu'ils tenaient à attendre quelle serait l'issue de la guerre d'Antoine, et, tout en paraissant être déférents envers le sénat, affermir pendant ce temps leurs propres affaires. » Le sénat voyait très bien, quoi que obligé à des ménagements, qu'il ne pouvait conserver aucune illusion : il ne pouvait se fier à Lépide et à peine à Plancus qui protestait très haut mais n'agissait pas, d'ailleurs ne tentait rien pour délivrer Décimus ni pour écraser Antoine qu'on appelait, publiquement, son associé. Si Lépide et Plancus conduisent leurs armées en Italie, le sénat peut tout redouter de leur part et voilà la raison pour laquelle il leur envoie l'ordre de bâtir une ville au confluent du Rhône et de la Saône, Les généraux obéirent, la ville fut tracée ; mais, pendant qu'on était à l'œuvre, les événements marchaient. En septembre, Plancus, Lépide et Antoine se sont mis en mouvement et, pleinement d'accord, rentrent en Italie. Le 27 novembre 711 est conclu pour cinq ans, dans l’île de Lavino, près de Bologne, le triumvirat composé de César Octavien, d'Antoine et de Lépide. Le gouvernement de la Gaule était échu à ce dernier. Ce fut sous son patronage que Lyon sortit de terre, Si on observe les allées et venues de Plancus, on constate que l'ordre à lui donné par le sénat n'a guère pu recevoir son entière exécution qu'entre la fin de juin et le commencement de septembre. Sans doute, il n'a pas eu en deux mois le temps de « bâtir une ville » : mais il a eu tout le temps de faire ce qui constituait dans l'essentiel la fondation d'une colonie : tracer suivant les rites de la religion et avec les cérémonies prescrites le sillon marquant l'enceinte de la future ville, déterminer le territoire colonial et en faire la division en une part commune et en une autre part à distribuer en autant de lots que de colons chefs de famille, nommer les magistrats et leur remettre la lex coloniæ envoyée probablement toute rédigée par le sénat, faire ou au moins commencer les constructions les plus urgentes, par exemple l'aqueduc du Mont-d'Or.
Le récit de Dion Cassius appuyé par l'épitaphe de Munatius Plancus offre une autorité historique incontestable. Par rapport aux hypothèses soulevées au sujet d'une distinction à introduire entre la colonie composée des expulsés de Vienne et une deuxième colonie qui serait celle mentionnée dans l'épitaphe de Plancus, comme elles ne reposent sur aucune donnée précise, elles ne présentent pas matière à discussion.
Une colonie de triumvirs se serait appelée Julia ; une colonie d'Auguste se verrait appelée ou Julia ou Julia Augusta ou Augusta. Jusqu'au règne de Claude, la colonie de Lyon n'a porté d'autre nom que Copia, nom qui rapporte sa fondation au sénat à cause de l'usage suivi sous la République de donner aux colonies des noms de divinités. C'est seulement à partir du régne de Claude qu'elle a ajouté à son nom de Copia ceux de Claudia Augusta. Dans le chapitre xxvi. de l'inscription d'Ancyre, Auguste, faisant l'énumération des provinces dans lesquelles il a envoyé des colonies militaires, n'indique en Gaule que la Narbonnaise. Donc, il faut en revenir forcément à une colonie fondée avant le principat et avant le triumvirat, et alors à la colonie composée des Italiens citoyens romains chassés de Vienne par les Allobroges.
Le médaillon en poterie (fig. 7271), qui parait appartenir au 1er ou au 2e siècle, mais plus vraisemblablement au 1er, confirme pleinement cette chronologie d'une fondation antérieure aux triumvirs !. C'est une poterie sigillée à couverte rougeâtre, connue à trois exemplaires, provenant de lieux différents, tous trois fragmentaires, mais se complétant les uns par les autres. On y voit le Génie de Lyon, debout, couronné de créneaux, tenant de la droite une haste, de la gauche une corne d'abondance et recevant de la main d'un personnage debout devant lui l'offrande de deux épis de blé. Ce personnage, romain, imberbe, est désigné comme fondateur par une pioche déposée derrière lui, c'est donc Plancus tenant le double épi (copia) la 1re de fondation : OPTIme AVe, dit-il au Génie qui lui répond : FELICITEH. Au pied, sur la tête d'un lion accroupi, le lion de Marc-Antoine, un corbeau. Malgré tout ce qu'on peut affirmer à propos de ce mufle de lion, il reste que le légitime et seul fondateur de la colonie de Lyon : colonia Copia Lugudunum, est Plancus et non Antoine ; et cette colonie, étant certainement, à cause de son nom, d'un temps antérieur aux triumvirs, ne peut être que la colonie sénatoriale dont Dion Cassius nous a dit l'origine en l'an 711 (43 de J.-C.).
Un fragment de poterie romaine découvert à Lyon, au mois d'octobre 1887, offre, encore une fois, un médaillon avec le groupe de Plancus et du Génie de Lyon, mais avec quelques différences dans les détails, INN ELE NBC 2 r ES ETC il 4 t | t È | | , 7 LYON i : 4 Les inscriptions offrent de notables dissemblances ; ic] c'est une brève conversation :
[Genio a] MANTISSIMO CoO[loniae] dit Plancus cérémonieusement, à qui le Génie répond avec ou sans malice :
Évidemment le Génie a quelque peu oublié les circonstances de la colonisation de Lyon. Il ne se souvient pas (ou bien n'était-il plus de bon ton de se souvenir) qu'à l'époque de cette colonisation, en l'an 43 avant notre ère, César était mort depuis un an et son fils adoptif, César Octavien, plus tard Auguste, avait devant lui douze années de luttes au moins avant de parvenir au pouvoir ; enfin Lyon était une colonie du sénat.
III. L'ÉTYMOLOGIE DU NOM DE LYON.— Du moment qu'on parle de Lyon, il faut nommer la ville par son nom et ce nom, à lui seul, soulève des controverses ; car c'est une chose singulière que la faveur dont jouit dans le public lettré — et dans le public illettré au moins autant— l'étymologie des noms de lieu. Il n'est guère de recherche scientifique qui excite plus d'enthousiasme, qui suggère plus de fantaisie et qui pique davantage la curiosité ; la superstition elle-même y trouve son compte, En 1913, à l’occasion d'une exposition internationale qui se préparait à Lyon, l'organe attitré des esprits ingénieux leur offrit en pâture une « enquête » sur l'origine du nom de la ville de Lyon. Les réponses vinrent de partout, singulières, érudites, originales , Un journaliste s'en mêla et classa tant bien que mal ces réponses ?, qui méritent un instant d'examen, Le plus grand nombre des étymologistes d'occasion a su remonter du nom actuel au vocable latin Lugdunum, dans lequel ils ont reconnu un mot composé dont le second terme dunum a une signification généralement connue et traduite par « hauteur fortifiée, ville forte, forteresse. » Le sens ancien est x : ville fermée », par extension « ville forte », et comme l'emplacement des villes fortes était généralement choisi sur les hauteurs, le mot dunum désigne souvent une hauteur fortifiée, Passons sur les rapprochements auxquels certains ont recouru pour établir le sens de ce mot ; au lieu d'aller chercher donjon et dynastie, qui n'ont rien à faire ici, il suffisait de dire que l'ancien duno[dunes-] a subsisté dans les dialectes insulaires du pays de Galles et d'Irlande, sous la forme (din), dinas et dun « forteresse, cité ». Personne ne s'en est avisé 5, Toute l'attention se concentre sur le premier terme Lug-, ou plutôt, car il y a une ‘question préliminaire, celle de savoir s'il s'agit de Lugou de Lugu-. C'est à qui découvrira et proposera une racine celtique ; . car c'est merveille de voir la séduction persistante des « racines celtiques » ; on dirait un procédé magique qui écarte toute discussion et dispense de tout raisonnement. Ceux qui recourent à cette explication invoquent Camden, à qui ils décernent généreusement et gratuitement le titre « d'illustre historien anglais »du | Xvi siècle, ou encore Bouillet, auteur estimable d'un | Dictionnaire, à qui les questions celtiques furent toujours étrangères. i Mieux inspirés ou plus instruits, ils se fussent une note sur : Une vieille étymologie du nom de Lyon . Ils eussent appris de lui que, vers 1867, H. d'Arbois, qui avait toutes les audaces et à qui elles allaient bien, cita un texte de Clitophon en présence de Émile Egger qui hocha la tête et lui conseilla la réserve. Ce Clitophon avait été, en son temps, lui aussi, un étymologiste amateur, à qui il avait pris fantaisie au livre XIIIE de ses fondations de villes (Kzisswv) d'expliquer le nom de Lyon, Motyôouvov, par deux mots celtiques qu'il donnait à l'accusatif : hoŬyov « corbeau », óoUvov, « lieu élevé » : AoUYov Yo TA. coqüv TOY xÓpx« x HAAODOL, OOUVOY dE rûv Éééyovra. Les Kziosis de Clitophon, opinait Em.
| Egger, ne sont mentionnés qu'une seule fois dans l'antiquité classique, c'est dans le traité nepil Iozxp.óv, attribué sans raison valable à Plutarque. Une autorité tellement médiocre ne peut suffire pour établir de façon certaine l'existence d'un ouvrage.
Très peu de temps après, Ch. Müller insérait les Krioeuc parmi les œuvres de Glitophon de Rhode et il y reproduisait le passage relatif à l'étymologie de Lyon', Depuis lors, une découverte imprévue vint | démontrer, non pas « l'existence des Kziogtz de Clitophon, mais la notoriété de l'étymologie donnée sur l'autorité de cet ouvrage par le pseudo-Plutarque ; elle avait pénétré en Gaule vers le 1* ou le 11° siècle de notre ère. En elTet, en 1877, on signalait l'existence d'un médaillon en terre cuite sur lequel est représenté le génie de la ville de Lyon ; aux pieds de ce génie on voit un corbeau. Ce médaillon date du 1er siècle de notre ère ; on doit en rapprocher une médaille d'Albin, mort en 198, au revers de laquelle est représenté le | Génie de Lyon ayant à ses pieds un corbeau avec la légende ? : GEN * LVGD :
A quelle date peut avoir été imaginée cette explication du nom de la ville de Lyon ? H. d'Arbois de Jubainville propose de la déterminer à l'aide d'une observation grammaticale.
Le gaulois, dit-il, sous sa forme la plus ancienne conserve intacte la voyelle finale du premier terme des composés : Bitu-riges, « rois de monde », Litu-gena « fille de la fête », sont des composés dont le premier terme se termine en u et appartient à une déclinaison analogue à celle du latin manus. Dans les composés dont le premier terme appartient à la déclinaison en o, deuxième déclinaison des latins, l'o final persiste : un exemple bien connu est celui que nous offre le nom du chef gaulois Camulo-genus, plusieurs fois nommé dans les Commentaires de César. Ce nom veut dire « fils de Camulos », Le latin classique, au contraire, affaiblit en i ou perd la voyelle finale du premier terme : Goeli-cola pour coelo-cola, fructifer pour fructufer, puerpera pour pueropera.
Le nom de Lyon a eu sous la domination romaine deux orthographes ; l'une est conforme à la loi de la grammaire gauloise que nous venons de citer : la voyelle finale du premier terme est conservée, d'où la transcription grecque Aouyoó Sovvoy, contemporaine de la fondation de la colonie de Lyon par Munatius Planeus, en 34 avant J.-C., ainsi qu'il résulte d'un passage de Dion Cassius ; la transcription latine est Lugudunum ; on la reconnait dans plusieurs inscriptions ^, L'autre leçon supprime la voyelle finale du premier terme : le nom de Lyon est écrit Aovy-ĝovvov, dans les textes grecs ; c'est déjà la notation admise par Strabon, en son IVe livre, écrit l'an 19 de notre ère ; on écrit Lug-dunum, . Elle peut s'expliquer par l'influence du latin classique qui, nous l'avons dit, affaiblit ou laisse tomber la voyelle finale du premier terme des composés, Ailleurs en Gaule cette voyelle se maintient dans des documents de basse époque, tels que l'itinéraire d'Antonin, 1v siècle, où on lit Eburoduno, Autesiodorum, Viro-dunum, Orolauno, Brivo-durum, Mediolano, Vero-mandorum, .Julio-bona, Petro-mantalum, Epa-manduo-dure à côté de Lugduno. Mais Lyon, la plus romaine des villes de la Gaule sous Auguste, subit l'influence du latin classique avec plus d'énergie que les autres cités et vict.
Quoi qu'il en soit, l'explication du nom de Lyon par le gaulois AoUyov « corbeau », qui est un thème en o, a dû probablement prendre naissance quand lu final du premier terme de Lugu-dunum était tombé dans la prononciation reçue. Ce phénomène date du premier siècle de notre ère. C'est l'époque où a été fabriqué le médaillon de terre cuite dont on a parlé
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plus haut ; mais en définitive il n'existe aucun mot dans aucune langue celtique qui confirme l'existence d'un mot lougos en gaulois.
Plus tard, l'auteur du glossaire dit d'Endlicher, — glossaire gaulois anonyme qui date probablement du v* siècle de notre ère ? — traduit Lugdunum par desideratus mons ; et enfin, plus tard encore Heiric d'Auxerre, dans sa Vila sancti Germani Aulissiodorensis, rapporte que Lugdunum, dans la langue des Gaulois, signifie mons lucidus. Il ne manque pas d'honnêtes gens encore aujourd'hui qui, comme d'une étymologie ancienne du nom de Lyon, dans Comptes l'auteur du glossaire gaulois, expliquent le celtique par l'hébreu ; ils n'y voient pas beaucoup plus clair.
D'autres ne sont pas plus heureux quand ils s'adressent au gaélique loch « sombre » et au cornouaillais ugen « brouillard » pour expliquer que Lugdunum veut dire la ville des brumes et du brouillard.
Plus récemment on signalait une tendance favorable à l'étymologie de Heiric, laquelle s'expliquait aisément par le fait qu'un prototype Lucidunum, perdant son i intérieur, serait naturellement devenu Lugdunum par accommodation des consonnes. Mons lucidus a les préférences sur mons desideralus, et on fait observer à ce propos que clair, en grec, sedit phóleinos, tandis que désiré se dit potheinos. Or Potheinos est le nom du premier évêque chrétien de Lyon, saint Pothin ; il se pourrait donc que sous l'influence de ce nom vénéré et populaire, dans quel que lexique grec, l'aspiration se déplaca et Phôteinos devint Potheinos, ce qui indique le changement d'interprétation : Mont-désiré au lieu de Mont-clair *.
Il est d'ailleurs un fait essentiel que la plupart des chercheurs d'étymologies semblent avoir négligé : c'est que la forme ancienne du nom de Lyon est Lugudunum, non pas Lugdunum. Cela limite le champ des hypothèses. Whitley Stokes, reprenant une idée de Siegfrid, avait un moment songé à rapprocher le nom du comparatif islandais lugu « plus petit » ; il traduisait Lugudunum par « Petit-bourg » ou encore Lufzelburg : mais le comparatif lugu n'a pas de positif, et la forme primitive n'en est pas connue avec certitude, La meilleure étymologie est encore celle de d'Arbois de Jubainville qui expliquait Lugudunum par « forteresse de Lug ». Elle a reçu une nouvelle vraisemblance depuis l'exposition présentée par J. Loth . L'ug ce serait le dieu irlandais Lug mac Ethlend, qui joue dans les légendes du cycle mythologique un rôle important. On célébrait sa fête solennelle à Teltin (comté de Meath) le 1er août, Or, à Lyon, se tenait le 1er août une assemblée solennelle célébrée dans toute la Gaule.
L'épigraphiste Aug. Allmer parait s'être beaucoup avancé lorsqu'il invoquait, à propos de la représentation du corbeau en compagnie de la corne d'abondance sur une agate-onyx, d'autres exemples, notamment dans la collection de Gorlée (Paris, 1778) et soutenait que « l'association du corbeau à la corne d'abondance signifie donc manifestement et sans équivoque * prédiction d'abondance ». En donnant à leur colonie fondée sur la « Colline des corbeaux » le nom de Copia, les Romains n'ont fait que s'inspirer de la conception universellement acceptée qui groupait le corbeau avec la corne d'abondance. Le celtique Lugudunum était simplement la « colline fréquentée par les corbeaux » ; la colonie romaine Copia Lugudunum, c'est la ville prédestinée à l'abondance annoncée par l'augure des corbeaux... Le nom du petit corbeau [indigène] était en Gaule, au temps de la langue celtique : lugu. Déjà J. Spon a fait la remarque que les Arabes disent loucha (louk-ka) ; en France c'est choucas, en grec c'était Avxoc. Le grec lukos répond en latin à monedula, autrement dit corpus monedula, qui lui-même répond en allemand au mot dohle, et en français au mot choucas. L'identité de lugu et de lukos est manifeste ; elle est manifeste également entre lugu et loucha ; bien que moins apparente entre lugu et choucas, elle se laisse cependant encore apercevoir.
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On n'est donc plus admis à venir prétendre que | à Lyon savoir le gaulois, Mais ce n'est pas ce que n'existe en aucune langue, pour désigner un corbeau, | tendent à prouver les inscriptions où les noms gaulois un mot analogue à lugu 1. » sont rares entre tous. D'ailleurs rien au monde n'établit que Clitophon fut un Lyonnais. C'est un érudit grec quelconque, qui, au fond de son cabinet, entouré de ses livres, peut-être un Aristote sous les yeux, et frappé de la consonance entre Abxoc et Lugua tiré atate ie UAM [p au à ; ^ squirrel ef au Nord, Cimetière e s elendant Est. au icm jes que ef ef au x e Ht non Jus qu Cor d'reu 10 >- 4 et à fagelle dédiée MY dur Mères Augustes uU T7 li | | | : ES S s : So P | | po OM Aaloe Fries aur (onPetnres perler Saber : Vournbeute cies P Aia 2 orte du TE | Nord Sed P : 3 d CR T uw E73 | P | Loyasse v i 5 mm s iT REA s z ; x E Cos Coie ei Bilbo uw E £F L1 zs E E Uhäteau d'Eau i E Sx z 5 en = & 20€ w ex X =, = ^ RÀ E À fon en | rion* : | zem wea Marois — aS t EE ». 2 UE, LEE y Étape di ces pei Eh E - Gi | (dealer Tote y gea WU dL Z une variante Aóxtoz qui nous est connue par Hésychius. Mais l'identité du thème lucodans XÓxoz et du thème lugudans Lugu-dunum n'est pas si évidente qu'on peut bien le soutenir sans le prouver.
La doctrine empruntée par l'auteur anonyme du traité mepi ILIozxpuóv à l'inconnu Clitophon est sans autorité, et on ne peut fonder sur elle une étymologie scientifique du nom de Lyon. On dira en vain qu'à l'époque où cette étymologie a été inventée, on devait de son cerveau l'éLymologie destinée à un long succès. Mais il faut redire qu'il n'y a pas trace d'un thème lugu- « corbeau » dans les dialectes néo-celtiques.
IV. PREMIER ASPECT DE Lyox. — Les colons expulsés de Vienne devaient être beaucoup moins propres à la culture qu'entendus au commerce. Installés sur un emplacement prélevé sur une cité amie, ils se seront contentés d'un territoire restreint, mais ils ont réussi à se faire pourvoir d'une pension perpétuelle d'indem-
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nité imposée aux Viennois par Munatius Plancus en personne, Cette rente sera servie pendant plus d'un siècle, jusqu'à l'avènement de Galba, en 68, qui la confisquera au profit du fisc romain.
La provenance des inscriptions funéraires permet de se former une idée et d'essayer une description du premier aspect de Lyon à l'époque romaine. Déjà on aperçoit que le quartier Saint-Irénée, la rue de Trion dans toute sa longueur et, de chaque côté, le carrefour de Trion, Vaise, la Guillotière étaient en dehors
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Rousse et au delà, n'ont fourni de tombe aux ; Ainay — alors une ile — parce qu'il formait une sorte de quartier annexe hors ville ; le tènement interfluvial parce qu'il était le domaine religieux de l'association nationale des trois Gaules. Les tombeaux trouvés à la Guillotière sont tous lyonnais ; on peut en conclure que le territoire colonial traversait non seulement la Saône, mais aussi le Rhône et probablement s'étendait jusqu'au rideau de collines qui a le nom de Balmes Viennoises. Les nombreux blocs qui gisent dans le lit de la ville ; dans tous ces endroits on a rencontré des tombeaux en nombre considérable. Nombreux également le long de la Saône, aux quais de Bourgneuf, qui certainement n'était pas extra-muros ; on croit savoir qu'ils y ont été apportés, probablement de Vaise, comme matériels d'empierrement, du bord de la rivière. Par contre, on n'a pas signalé de tombeaux au plateau de la Sarra, lequel aura fait partie de la ville. On n'en connaît pas non plus qui proviennent des Étroits, mais pour une raison différente et, d'ailleurs, décisive. Les Étroits ne se trouvaient pas dans la ville ; mais, sur ce point, la colline plongeant à pic dans la Saône, il n'y avait pas place pour des sépultures. Ni le quartier d'Ainay, ni ceux qui, entre les deux fleuves, lui font suite jusqu'à la Croix du Rhóne, principalement en face de la place Grolier, y ont été jetés au Moyen Age pour endiguer les ilots, aujourd'hui réduits à l'état de bancs de graviers, et doivent provenir de la Guillotière.
A l'aide de ces données générales et des données plus précises fournies par les mouvements du terrain et par les restes, encore subsistants en quelques endroits, de l'enceinte du Moyen Age, qui sans doute avait, en majeure partie suivi le tracé romain, on reconnait que la ville antique, en deçà des fleuves, présentait à peu près la figure d'un cercle dont la Saône enveloppait environ les deux tiers, et une muraille l'autre tiers.
Comme toutes les villes romaines, Lyon a une muraille continue qui a entièrement disparu, mais dont le tracé est connu, Cette muraille devait partir du rivage, à l'endroit appelé aujourd'hui la Quarantaine, au puy d'Ainay (podium Athanacense) sur la rive droite de la Saône : elle escalade la colline par derrière les modernes fortifications qu'elle suit jusqu'au cimetière de Loyasse, dont elle frôle le mur méridional, puis redescend vers la Saône qu'elle atteint à l'extrémité du rocher de Pierre-Scize, et, suivant les sinuosités du fleuve, rejoint son point de départ.
Des portes s'ouvrent dans cette enceinte, orientées selon la coutume des Romains : la porte du Nord, au pied de Pierre-Scize, conduisant à Vaise par le bord de l'eau ; la porte de l'Ouest, à l'extrémité de la rue du Juge-de-Paix conduisant au carrefour de Trion qui n'en est éloigné que de cent cinquante mètres. A l'Est, à peu près où se trouve maintenant la porte saint-Just, s'ouvrait aussi une porte ; elle livrait passage à un chemin qui, traversant tout le quartier saint-Irénée par l'actuelle rue des Macchabées, était probablement la voie d'Arles sortant de Lyon par le haut du coteau ; celle-là même qui, du temps de Sidoine-Apollinaire passait à proximité de l'église des Macchabées « jusqu'à laquelle retentissaient, d'un côté le bruit des chevaux et des chars de la route ; de l’autre côté, le chant rythmé, celeusmu, des bateliers de la Saône 1, » De cette même porte ou non loin d'elle se dégageait un autre chemin qui allait rejoindre le trivium ; ce chemin est celui sur lequel est aujourd'hui établie dans toute sa longueur la route de Trion.
Au bord de la Saône, il y avait sans doute une porte du Sud donnant sur un sentier à peu près praticable.
Le voyageur arrivant d'Italie découvrait d'abord la façade étagée des monuments et des maisons. Tout au sommet, porté au Sud et à l'Est par des murs hauts de quinze mètres et épais de quatre, le Forum avec son temple de Jupiter et sa basilique. A l'Est du Forum, dans la région de l'Antiquaille, les principaux bâtiments civils : palais impérial, casernes, hôtel des monnaies, Au Sud, dans le triangle compris entre le mur d'enceinte, la rue Chébery et la rue de l'Antiquaille, qui sont autant de voies romaines, les constructions destinées à l'amusement du peuple : amphithéâtre, théâtre, cirque. C'est la ville officielle. Par des chemins raides, qui correspondent aux montées saint-Barthélemy et du Gourguillon, on descend au quartier du commerce formé de boutiques, de bureaux, d'entrepôts groupés autour de deux ports situés, l'un sur le Rhône, à la hauteur de Saint-Georges, l'autre sur la Saône devant Saint-Paul ; et ce quartier se prolonge au delà des fleuves par les luxueuses villas que les riches négociants en vin ont fait bâtir dans l'île d'Ainay *.
V. LES RUES ET LES PONTS DE LYON. — A cette cité commerçante il était indispensable de donner, en plus de ses fleuves, des routes qui la missent en communication avec le reste des Gaules et l'Italie, des aqueducs pour assurer son approvisionnement régulier en eau. C'est pour quoi nous voyons rayonner autour de Lyon plusieurs voies romaines et différents aqueducs.
Lyon était le centre du réseau routier de toute la Gaule romaine. C'est à partir de Lyon qu'Agrippa avait tracé les grandes voies qui rayonnaient, en tous sens, jusqu'aux extrémités de la vaste région naturelle comprise entre les Alpes et l'Océan, les Pyrénées et le Rhin. Mais ces routes qui s'étoilent autour de la ville ont leur foyer dans les rues de celle-ci. Nous avons dit que la ville romaine était tout entière sur la rive droite de la Saône, occupant la colline de Fourvière et ses pentes, Dès 1890, Aug. Allmer avait publié une petite carte archéologique de l'ensemble du territoire urbain, comprenant, en plus de Fourvière, le quartier du confluent entre Saône et Rhône, avec l'autel fédéral de Rome et d'Auguste, l'ancienne île d'Ainay, aujourd'hui presqu'île par suite du déplacement du confluent et les faubourgs de la rive gauche du Rhône ; il y a noté l'emplacement de tous les édifices romains connus à cette date, et le tracé des rues antiques dont on a retrouvé des restes certains. En 1912, M. Ph. Fabia et M. C. Germain de Montauzan ont donné un plan au 2.000*, sur lequel la situation de tous les vestiges reconnus de l'époque gallo-romaine est exactement indiquée, En 1825, M. Maurice Besnier a consacré une étude au Point de départ des grandes routes de la Gaule romaine à Lyon, étude que nous ne pouvons que citer et résumer, La rue principale était celle qui s'appelle maintenant rue du Juge-de-Paix ; on a découvert sous le niveau actuel, d'importants débris de dallage. Cette rue partait du Forum au sommet de la colline (122 mètres au-dessus de la place Bellecour) et aboutissait à la porte de Trion (fig. 7274). Une deuxième voie (rues de l'Antiquaille et des Farges, de Fabricis) — partait aussi du Forum et aboutissait à la porte Saint-Just. Une rue transversale (rue Cléberg) les reliait.
Des pavages romains se dirigeaient d'un côté, par la rue des Quatre-Vents, sur le plateau de la Sarra, de l'autre, par les pentes rapides du Gourguillon (Gurgulio) | et la montée de Saint-Barthélemy, vers la Saône. Une rue dallée longeait la Saône en amont, sur le parcours des quais de Pierre-Scize et de Vaise ; au delà de la Saône, plusieurs rampes escaladaient le plateau de la Croix-Rousse (montée des Carmélites, Grande-Côte), tandis qu'en aval une voie antique suivait, entre Saône et Rhône, le parcours actuel de la rue Mercière (et de son prolongement de la rue Confort), via Mercatoria du Moyen Age.
Fourvière est bordé à l'Ouest, depuis la Quarantaine jusqu'à Vaise, par une enceinte qui date du règne de Louis-Philippe, mais qui occupe la place de celles de Louis XIII et du Moyen Age, succédant elles-mêmes, très certainement, à un mur antique. Les quatre portes remontaient aussi à l'époque romaine. Celle du Sud donnait sur le quai des Étroits , dont le nom vient du mot latin strata ; aux abords de la porte Saint-Just et de la porte de Trion s'étendent des nécropoles de l'époque impériale ; auprès de la porte du Nord, conduisant à Vaise, nous avons dit déjà que les monuments funéraires sont également nombreux, Les communications avec la rive gauche de la Saône et l'autel fédéral étaient assurées, selon toute vraisemblance, par un simple pont de bois , jeté au point où se trouve aujourd'hui la passerelle de Saint-Vincent ; c'est là que la rivière est le moins large ; c'est de là que partent, à droite, le quai de Pierre-Scize et la montée de Saint-Barthélemy ; à gauche, la montée des Carmélites.
L'île d'Ainay devait être rattachée à Fourvière et à la rive gauche du Rhône par des bacs, et il est très probable qu'il existait de même, au débouché de la rue Mercière, c'est-à-dire à peu près à la hauteur du pont actuel de la Guillotière, un passage par bac ou traille, à défaut d'un pont, dont la largeur du fleuve, les déplacements du lit et la rapidité du courant auraient rendu la construction particulièrement difficile ?.
VI. ROUTES. — Comment la ville était-elle reliée aux diverses régions de la Gaule ? (Fig. 7275.) Nous avons d'abord un texte célèbre de Strabon qui fait ressortir les avantages de la position centrale de Lyon et qui énumère les grandes voies qui viennent s'y croiser ? ; les quatre voies d'Agrippa, allant la première vers la Saintonge et l'Aquitaine, la seconde vers le Rhin, la troisième vers Beauvais, Amiens et l'Océan, la quatrième vers la Narbonnaise et Marseille, et une voie allant en Italie par les territoires des Ceutrons et des Salasses, doublée par un sentier de montagne, plus court, mais abrupt et non carrossable.
Va-t-on recourir aux bornes milliaires ? Mais on n'en a retrouvé qu'un fort petit nombre dans la région lyonnaise, quatorze en tout, dont quatre seulement intéressent directement Lyon et méritent un moment d'attention. Elles proviennent toutes de l'est de la ville, aucune de la rive droite de la Saône, où était située cependant la colonie de Munatius Plancus. Or ces textes épigraphiques n'apportent pas les clartés qu'on aurait pu en attendre.
A leur défaut, l'exploration archéologique de la région supplée, dans une certaine mesure, à leur insuffisance. On a retrouvé, sur divers points, des restes de chaussées romaines, dallages ou cailloutis. Sur le plan d'Allmer, des pavés antiques sont figurés entre les Étroits et la porte Saint-Just, au sortir de cette rue. Les dernières lignes du texte soulèvent une difficulté : après avoir observé que la route du Jura permettait de se rendre du lac Léman jusque chez les Séquanes et les Lingons sans passer par Lyon, Strabon ajoute que c'est à Langres que la route du Rhin et celle de l'Océan bifurquaient — tandis que plus haut il semblait dire que chacune des quatre voies d'Agrippa avait à Lyon même son point de départ.
La Table de Peutinger ne figure que trois voies se détachant de Lyon ?, l'une au Sud vers Vienne, la seconde à l'Ouest vers Feurs, la troisième au Nord vers Ludna ; mais les chiffres marqués sur la carte ne sont pas d'accord avec les distances connues de ces divers points à Lyon. Si on compare la Table de Peutinger avec l'itinéraire d'Antonin, la difficulté s'aggrave.
Porte sous la rue actuelle des Macchabées, entre les portes de Saint-Just et de Trion, sous la rue actuelle de Trion, au sud de la Guillotière, près du tombeau d'Acceptius. Les emplacements constatés des cimetières romains, qui étaient toujours en bordure des routes, nous donnent sur celles-ci mêmes des indications incontestables : c'est le cas, par exemple, dans le quartier de Trion et dans le faubourg de Vaise. Le P. Menestrier, à la fin du xvi siècle, a vu des arcs de soutien au-dessus des Étroits, après Saint-Irénée, et des vestiges de voies dans le bois de Roy, près de Sathonay, et à la Pape, près de Nevront. Au XIX ? siècle, d'autres vestiges — sans parler des pavés reconnus dans l'intérieur des villes ou dans leurs abords immédiats, à Vienne, à Feurs, à Roanne
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— ont été signalés, notamment à Sevssuel au nord de Vienne !, à Saint-Martin-la-Sauveté entre Feurs et Vollere ?, à Miolan près de Tarare 3, et, dans la même direction mais plus près de Lyon, au croisement de la voie ferrée allant à Montbrison et du chemin de Gorge de Loup *. Ces constatations nous fournissent de précieux points de repère et jalonnent quelques-uns des tracés que nous nous efforçons de fixer.
Lorsqu'une route romaine a disparu, son souvenir du moins a pu se conserver, soit dans les documents d'archives du Moyen Age, soit même dans les noms de lieu modernes.
Cl. Guigue a relevé de nombreuses mentions d'hôtels dans les cartulaires et registres terriers, et constaté que ces petits établissements « destinés à abriter les voyageurs étaient situés sur des trajets réguliers qui venaient tous converger vers Lyon, et auxquels les textes donnent des noms caractéristiques, tels que via publica, iter publicum, iter antiquum, iter ferratum, strata. « Le Moyen Age, disait l'abbé Cochet, a construit peu de routes et vécu pendant des siècles sur les débris de la voirie romaine . » La carte du réseau routier médiéval, singulièrement développé, qu'a dressée Guigue, nous rendrait d’après lui le réseau antique qui aurait survécu plus de mille ans à la chute de la domination de Rome. Il n'est pas possible d'accepter entièrement cette thèse. Hôtels étaient trop nombreux — il y en avait partout au xiv* siècle — pour que leur répartition topographique nous renseigne vraiment sur les grandes artères de la circulation régionale. D'autre part, toutes les via et tous les itinera des chartes et des terriers ne sont pas nécessairement des routes romaines ; bien souvent, sans doute, on désignait sous ces noms des rues de villages, des sentiers ruraux et même des voies tracées au Moyen Age pour desservir de nouveaux centres d'habitation, châteaux, abbayes lieux de pèlerinage. Comme on l'a justement observé ?, seules les expressions très claires et très nettes strata, iter antiquum parfois même via publica méritent d'être prises en considération.
VII. AQUEDUCS. — Les aqueducs de Lyon sont, de beaucoup, les mieux conservés de France, et ils peuvent, à certains égards, rivaliser avec ceux de Rome. Bien que les sources fussent moins abondantes sur la colline de Fourvière que sur les flancs de chacune des sept collines de Rome, la population, tant qu'elle fut relativement faible, dut pouvoir se contenter des eaux locales. Actuellement, on ne constate guère, il est vrai, de filets d'eau se montrant au jour au-dessus du niveau de 260 mètres (le point culminant de la colline était à un peu plus de 300 mètres d'altitude et la rivière de Saône à 160 mètres, à l'étiage). Mais il pouvait y en avoir autrefois jusqu'au sommet : en tout cas, ceux qui existent encore ont un débit assez abondant. On peut citer, entre autres, au sommet de la montée des Chazeaux une source qui coule constamment, et dont le débit n'est pas inférieur à 20 litres par minute ; d'autres existent le long de la montée de Saint-Barthélemy, au bas de la montée du Rosaire, au pied de la montée du Chemin-Neuf dont le débit était au moins égal à celui de la montée des Chazeaux,
d'autres encore et Toutes ces eaux, sans être de qualité exceptionnelle, étaient de bonnes eaux potables, Si l'on estime à 5 ou 6 000 habitants au maximum la population de Lugudunum à ses origines et dans la première vingtaine d'années de son existence, on voit que cet approvisionnement d'eau suffisait amplement sans qu'on eût besoin de recourir à un aqueduc .
Au temps des Antonius, Lyon fut alimentée d'eau potable d'excellente qualité au moyen de quatre aqueducs : celui du Mont-d'Or (25 kilomètres environ de parcours) ; celui de La Brévenne (55 kilomètres environ) ; celui du Mont-Pilat ou du Gier (79 kilomètres) ; enfin l'aqueduc de Craponne, formé par la réunion de plusieurs branches, issues du massif montagneux d'Iseron et de Pollionnay, dont la base est à une dizaine de kilomètres de la ville. Quant aux deux aqueducs de Miribel et de Cordieu, qui d’après une opinion assez répandue alimentaient les quartiers constituant le domaine des Trois-Gaulles, leur authenticité, en tant qu'ouvrages romains, n'est pas établie. Ces aqueducs ont, depuis le xvi siècle, attiré et retenu l'attention de Jacques Spon, du P. Ménestrier, du P. de Colonia, mais ce n'est que dans la seconde moitié du xvi siècle que l'architecte Delorme leur consacra une étude vraiment sérieuse et détaillée. En 1840, Alex. Flacheron, architecte, portait sur ces monuments son attention, mais tous ces travaux, si estimables qu'ils soient, sont dépassés de loin par l'étude sur Les aqueducs antiques de Lyon. Étude comparée d'archéologie romaine, par C. Germain de MontLauzan, in-8°, Paris, 1909. L'auteur s'est proposé de « fournir quelques notions de plus sur l'art de l'ingénieur romain. » Les aqueducs de Lyon offrent de prime abord une particularité des plus intéressantes : la traversée de vallées profondes au moyen de conduites forcées ou siphons, remplacant des arcs dont l'établissement eût été trop coûteux ou même totalement impraticable. Ce procédé est aujourd'hui entré dans la pratique commune. Longtemps on a cru que les Romains étaient inexpérimentés en ce genre de travaux, parce que l'on prenait toujours comme exemple les aqueducs de Rome, considérés comme les plus parfaits et les plus complets des aqueducs antiques, et qui ne comportent pas de siphons. Or, à la vérité, l'hydraulique ancienne présente des spécimens de siphons ailleurs qu'aux aqueducs de Lyon ; mais nulle part ils n'ont fonctionné sous d'aussi fortes pressions, comparables aux plus hautes que subissent les conduites modernes ; nulle part ils n'ont été aussi répétés et installés avec une pareille maîtrise.
VIII. LE QUARTIER DE TRION. — Le quartier dit « de Trion » fait partie de la ville haute, au côté droit de la Saône et en forme l'extrémité Sud-Ouest. Il se trouvait en dehors de l'enceinte romaine. Au Moyen Âge, au contraire, il était, ainsi que le bourg contigu de Saint-Irénée, entouré de remparts, dont on retrouve le tracé dans la rue qui porte aujourd'hui le nom de rue des Fossés-de-Trion et quelques vestiges d'une porte se laissent voir à l'aboutissement de la rue de Trion, sur la place de ce nom.
On a cherché l'étymologie de Trion dans trivium, « un carrefour de trois chemins », ou dans Trigoncius, sa forme authentique au x* siècle, qui viendrait du triangle que formaient sur ce point les aqueducs qui arrivaient à Lyon par l'Ouest et le Sud !.
Les quartiers de Trion et de Saint-Irénée sont ceux qui ont rendu à la lumière le plus d'inscriptions. A Trion, deux seulement sont certainement chrétiennes. Entre ces inscriptions et celles trouvées au même lieu, il s'est écoulé un intervalle de trois siècles. Ce n'est pas cependant que durant ce long espace de temps le cimetière de Trion ait été hors d'usage ; c'est que tel était l'excès de la misère générale qu'on n'élevait plus même de tombe aux. Un concours inouï de calamités de tous genres, un état continuel de troubles et de guerre, un flot toujours montant d'irruptions, une insécurité de toute heure, une pauvreté arrivée au comble, des exigences fiscales dépassant la limite du possible ont fait de cette période une des plus désespérées que jamais peut-être ait traversées l'humanité.
Lorsqu'après la tourmente des invasions la domination des barbares se fut enfin assise sur les débris de la tyrannie romaine, il y eut, semble-t-il, comme un immense soulagement, une sorte de renaissance, et de nouveau alors se montrent abondantes les inscriptions funéraires. Leur disparition avait correspondu à la déchéance de la prospérité, leur réapparition correspondant à son relèvement. L'extrême différence de caractère et d'aspect, qui sépare l'interruption de la reprise, montre l'étendue de la révolution accomplie. :
Les inscriptions chrétiennes sont nombreuses à Lyon, mais on les retrouve un peu plus loin, au quartier où se sont élevées de bonne heure les basiliques des Macchabées et de Saint-Irénée. Les deux fragments que nous allons transcrire doivent provenir de cette nécropole chrétienne, et avoir été transportés à Trion plus ou moins anciennement par suite de circonstances accidentelles.
Tablette de marbre, fragment, trouvé en 1836, rue de Trion ; haut. et larg. 0 m. 18 :
HIC. REQV fes CET IN Pace CLARY....
Fragment d'une plaque de marbre, trouvé en septembre 1881, rue de Trion, haut. 0 m. 20, larg. 0 m. 18 :
HOC CONTEN entur tumulo TAVRINI MEM bra saecu LARIS IN HO... -... IAM RELEGI osae vilae se TENMIZSESS E 2. decr. a + + LI LJ Li LJ 4 * E Peut-être qu'étant dans le monde, Taurin observait les rigueurs de la vie religieuse.
IX. LE TERRITOIRE DE LYON. — La colonie de Lyon ne supprima pas la cité des Ségusiaves ; celle-ci continua de subsister, mais un peu réduite, de tout le territoire qui fut attribué à Lugudunum. L'étendue de ce territoire n'est pas connue de façon certaine, il peut néanmoins être déterminé avec assez de vraisemblance : le territoire de la colonie de Lyon atteignait au moins jusqu'à la prise d'eau des aqueducs aboutissant à Lyon.
Les aqueducs desservaient Lyon et Lyon seulement, de sorte que leur fonctionnement et leur entretien ne pouvaient dépendre que de la municipalité de cette ville, et celle-ci n'étendant son autorité que dans un certain rayon, il suit que les aqueducs étaient construits en entier sur le territoire de Lyon, et que ce territoire s'étendait au Nord jusqu'au Mont-d'Or et, vraisemblablement, englobait tout ce massif, à l'Ouest jusqu'au chainon de petites montagnes dont fait partie le mont Izeron, au delà duquel prend naissance le ruisseau de l'Orgeole, et au Sud jusqu'au mont Pilat ou, au moins, jusqu'au village d'Izieux, près duquel s'effectuait, non loin de Saint-Chamond, le captage des eaux du Gier amenées par le troisième aqueduc. A l'Est, la limite devait être celle qui avait précédemment terminé le territoire des Ségusiaves : le relief montagneux qui, de Pilat, vient aboutir au Rhône, au village de Loire entre Givors et Vienne, et faisait la séparation, non seulement de Lyon et de Vienne, mais en même temps de la Gaule impériale et de la Gaule narbonnaise.
Cette délimitation ne donne qu'un minimum. La colonie de Lyon atteignait, dans sa plus grande longueur, tout au plus huit myriamètres ; ce qui, alors passait pour une étendue fort réduite si on la comparait à celle de la plupart des cités gauloises. Celles-ci, au nombre de soixante-quatre seulement, possédaient toutes un territoire considérable. La cité des Ségusiaves, diminuée du prélèvement fait pour constituer la colonie de Lyon, possédait encore le Forez, le Beaujolais, la Dombes et la Bresse.
Il se peut qu'à l'origine le territoire de Lyon eût moins d'étendue que nous n'avons dit. L'aqueduc du Mont-d'Or doit avoir été construit dès l'époque de la fondation ; celui du mont Izeron est vraisemblablement dû à Auguste, celui de Pilat à Claude. Celui-ci aura été obligé, pour construire cet aqueduc, qui avec ses détours, parcourt 79 kilomètres, d'agrandir au Sud le territoire de la colonie par l'annexion de tout le canton qui, au x* siècle, s'appelait le pagus Jarensis, et c'est sans doute dans cet agrandissement du territoire colonial qu'il aura ambitionné et obtenu le titre de second fondateur de Lyon, motif légal de lui imposer ses noms en addition à celui que la colonie avait reçu au moment de sa création.
XA. ANTOINE ET AUGUSTE. — L'arrangement intervenu, le 27 novembre 43, entre les triumvirs donnait à Marc-Antoine la Cisalpine et la Gaule conquise par Jules César. Vainqueur, en 43, à Philippes, de Brutus et Cassius, Marc-Antoine et César-Octavien procédèrent à un nouveau partage des provinces. Toute la Gaule, au delà des Alpes, échoit à Antoine qui se rend en Asie et ne quitte plus l'Orient jusqu'en l'an 40, au moment du traité de Brindes, qui non seulement lui retire la Gaule, mais même ne lui laisse rien en Occident.
Pendant cette période de deux ans et demi (nov. 43- (0) on ne voit jamais Antoine résidant à Lyon. S'il y fit une apparition, ce ne put être que tout à la fin de 43 et dans les premiers mois de 42. Son long séjour à Lyon, son souvenir conservé jusqu'à nous dans le nom du faubourg de Trion, ses nombreuses colonies disséminées sur les deux rives de la Saône, sont des imaginations auxquelles il est superflu de s'arrêter.
Sénèque a appelé ironiquement Claude, né à Lyon, « un citoyen de la ville de Marcus », Il existe des quinaires d'argent, frappés en 711 de Rome, 43 avant Jésus-Christ, portant au droit le buste ailé de la Victoire sous les traits de Fulvie, femme d'Antoine, et au revers un lion passant à droite, avec la légende LVGVDVNI, la lettre A et le chiffre XL. C'est la première fois que les traits d'une femme paraissent sur une médaille romaine. Une nouvelle émission de ces quinaires se place tout à fait au commencement de l'année suivante, 712/42. Les types sont les mêmes.
Neveu et héritier de César, Octavien, par le traité de Brindes, devint maître de la Gaule, à laquelle il témoigna, dès le début, une bienveillance qui ne se démentit plus. « Tandis que l'Autriche-Hongrie, l'Allemagne et l'Angleterre étaient occupées militairement, que d'autres pays, comme la Dacie étaient soumis à une dévastation en règle, la Gaule fut progressivement amenée à accepter la loi romaine, ou plutôt il n'y eut pas soumission humiliante du plus faible devant le plus fort, mais véritablement fusion de la civilisation nationale et de la civilisation étrangère !, » On peut, sans trop de chances d'erreur, expliquer en partie cette fusion par la haute compréhension qu'eut Auguste, administrateur consommé et politique clairvoyant, des conditions auxquelles la conquête militaire de César serait fructueuse et durable. Au cours de ses six voyages en Gaule, César-Octavien, devenu par la suite Auguste, se rendit un compte exact d'une situation délicate et s'employa à y apporter remède, Dans l'intervalle de ses voyages, il ne voulut y être suppléé que par son gendre et ami Agrippa.
Quels moyens ces deux hommes supérieurs employèrent-ils pour organiser la Gaule, et dans quelle mesure se servirent-ils de Lyon pour y arriver ?
Fidèles aux plans de César, ils s'employèrent avant toutes choses à mettre le pays dans l'impossibilité de se révolter. A cet effet, une armée nombreuse, composée de plusieurs légions, campée sur les bords du Rhin, surveillait les Germains, mais, au premier signal, eût pris la Gaule à revers, tandis que les colonies de la Narbonnaise eussent en même temps envoyé des secours sur les points menacés. Pour faire face immédiatement à toutes les éventualités, Lyon reçut une garnison, comme pour la garde de l'hôtel de la Monnaie, et cette garnison rendit d'utiles services au cours d'une révolte qui éclata subitement au temps de Tibère. Bien plus : afin d'assurer la rapidité des communications, Agrippa créa des grandes routes qui de Lyon, comme point de départ, aboutissaient l'une à Saintes sur l'Océan, l'autre à la Manche, la troisième sur le Rhin, la quatrième enfin à la Méditerranée à travers la Narbonnaise. Telle était leur importance stratégique que Strabon s'exprime en ces termes en parlant de Lyon : « Ainsi mis à proximité de toutes les parties du monde, aussi bien par ses routes qui divergent en tous sens que par les deux fleuves qui effectuent leur confluent à ses pieds, Lyon, situé au milieu de la Gaule, en est comme la citadelle. » Rassuré contre la possibilité d'une insurrection, Auguste s'occupa d'établir l'assiette des impôts : car Rome attendait d'autres fruits de sa conquête que le vain honneur de commander à un grand peuple ; elle comptait sur cette riche contrée pour enrichir Rome toujours à court d'argent. Un des premiers actes d'Auguste, dès son arrivée au principat, avait été d'ordonner l'estimation du territoire et des propriétés, et de se rendre ainsi compte de ce qu'on pouvait légitimement exiger de chaque cité. Ceci fait, il procéda à une nouvelle division de la Gaule. Il laissa intacte la Narbonnaise, que, cinq ans plus tard, en 27 av. J.-C., il rendra au sénat : mais il divisa en trois provinces la conquête de César, et, tout en maintenant dans cette division le principe des trois nationalités entre lesquelles il avait trouvé le pays réparti, il en corrigea les disproportions. L'Aquitaine, qui ne venait que jusqu'à la Garonne, s'accrut au Nord jusqu'à la Loire ; la Belgique, qui ne dépassait pas la Moselle, descendit au Sud jusqu'au Rhône ; le reste de la Celtique forma la Lyonnaise, ainsi dénommée du nom de la ville de Lyon, qui en occupe l'extrémité méridionale. Les trois provinces, prises ensemble, s'appelèrent les trois Gaules. Elles étaient délimitées de telle sorte qu'elles étaient toutes trois en contact avec Lyon. Lyon, ainsi placé, est la capitale de toute la Gaule : caput Galliarum, comme s'exprime la Table de Peutinger.
Auguste avait sur la Gaule des vues particulières. Il n'oubliait pas que c'était dans ce pays que s'était levé l'étoile de Jules César, et il voulait que la Gaule remplit bientôt le premier rôle dans l'établissement du culte impérial. Aussi prétend-il diriger personnellement cette affaire d'une importance capitale, et c'est pour cette raison qu'il se détermine à venir passer dans la Gaule tout le temps qui sera pour cela nécessaire. Il quitte Rome dans les premiers mois de 16 av. J.-C. et n'y rentre que tout à la fin de 13 av. J.-C., après une absence de près de trois années qui a été presque un séjour de trois années à Lyon, capitale de la Gaule et l'unique ville romaine qu'elle renferme.
La sollicitude d'Auguste se manifeste par les exactions effrénées de Licinus, ancien barbier, puis affranchi de Jules César, investi par Auguste de la fonction de procurateur, emploi qui lui permet de ruiner plus ou moins toutes les familles opulentes de la Gaule. Redoutant le châtiment, il remit les trésors accumulés dans sa maison à Auguste, qui les accepta et lui continua sa confiance. Tout cela n'est peut-être pas exempt de quelques exagérations si, comme on l'assure, « tout ce qui a été écrit par les modernes sur l'impudent déprédateur est un pur roman, floraison parasite et luxuriante d'une très sèche et très courte mention historique ». Entre temps, Auguste procède à l’organisation des cités des trois Gaules, tire des unes des sommes immenses, fait pour d'autres de grandes dépenses, enlève à la plupart l'existence politique. Lyon ne fut sans doute pas la moins bien partagée des villes auxquelles Auguste fit des largesses ; beaucoup d'édifices publics durent s'y élever pendant son séjour ; on lui attribue la construction de l'aqueduc du mont Izeron, de cinquante kilomètres de long. Il faut probablement rapporter à ce séjour d'Auguste l'établissement à Lyon de l'hôtel monétaire dont parle Strabon.
Une inscription, d'apparence ancienne, et qui peut remonter au temps d'Auguste, mentionne une cohorte créée pour la garde de cet hôtel de la monnaie de Lyon, et appelée Luguduniensis ad monetam. Elle portait, outre ce nom, le numéro XVII, ce qui fait voir qu'elle était considérée comme un détachement de la garnison de Rome.
L'AUTEL DE ROME ET D'AUGUSTE. — La politique d'Auguste l'avait amené à prendre une décision importante. A beaucoup de cités (civitates) il avait enlevé l'existence politique. De quatre-vingt-deux civitates que mentionne César, de quatre-vingt-dix-huit que nomme Pline, il avait réduit le nombre à soixante ou soixante-quatre. D'où, de graves sujets de mécontentement : et il y en avait d’autres. Les seigneurs gaulois ressentaient un vif déplaisir à la pensée d'une réforme imminente : la préparation d'un cadastre qui, faisant estimation de leurs biens, allait permettre au tribut de les atteindre directement et aggravant à leurs yeux et aux yeux du peuple la marque humiliante de leur sujétion. Les magistrats et les nobles n'étaient pas seuls menacés ou atteints, les druides se sentaient sous le coup de mesures qui restreindraient leurs privilèges et leur autorité. Une opposition s'affirmait déjà dangereuse et qui serait bientôt menaçante, si on ne réussissait pas à détourner suivant une direction nouvelle les vues ambitieuses et la soif de pouvoir des mécontents. Il n'était pas impossible d'y réussir, et, par des mesures habiles, de venir à bout de la noblesse, mais comment triompher de l'obstination du clergé national des druides ? Auguste eut l'habileté, en s'interdisant à leur égard toute persécution, d'éviter de déterminer un nouveau courant de sympathie à leur endroit. Il se contenta d'interdire les sacrifices humains, et fit défense à tout citoyen romain de pratiquer la religion druidique. Un grand concile annuel avait lieu à Chartres, et l'enthousiasme et le zèle religieux s'y échauffaient dans l'excitation des prédications et des fêtes. Fut-il brusquement supprimé ou le laissa-t-on tomber lentement en désuétude ? Toujours est-il que, l'an 12 avant J.-C., fut instituée en apparence, en dehors de toute intervention de l'empereur, une solennité à la célébration de laquelle on fit servir toutes les séductions de la civilisation romaine. A partir de cette date, chaque année au mois d'août, les soixante cités de la Gaule élirent des représentants, qui se réunissaient au siège de l'Association, situé au confluent du Rhône et de la Saône, sur la colline de la Croix-Rousse, pour discuter certaines questions qui leur étaient réservées et sacrifier au nom de tous sur l'autel de Rome et d'Auguste ! « Devant Lugudunum, à l'endroit où la Saône se joint au Rhône, nous dit Strabon, est construit le temple que tous les Gaulois en commun ont édifié et dédié à Auguste. On y voit un autel magnifique, sur lequel sont gravés les noms de soixante peuples représentés par autant de statues. Cet autel est d'une hauteur considérable ». Ce culte peut nous paraître déplacé et sacrilège : il ne choquait pas les anciens. Pour les provinces auxquelles il assurait le bienfait de la paix, l'empereur était véritablement un dieu. « Aux petits despotes se substituait un souverain devant lequel tous, sans exception, devaient plier le genou ; à l'inflexible arbitraire des prêtres, les bienfaits de l'humaine justice romaine : aux incessantes guerres, la paix durable et féconde. Qu'y a-t-il d'étonnant après cela que l'idée émise et réalisée par Drusus, d'élever, au confluent du Rhône et de la Saône, un autel à la divinité de Rome et d'Auguste ait immédiatement été accueillie avec faveur ! Les peuples adoraient, dans la personne de l'empereur, le génie bienfaisant dont le pouvoir supérieur avait donné la paix au monde. » (Voir Dictionn., L. 1v, col. 2730-2751.) L'érection, au confluent lyonnais, de cet autel de Rome et du génie de l'empereur, est une des conceptions les plus profondes et une des réalisations les plus habiles d'Auguste : l'extension à tout l'Occident d'une religion d'État. Déjà introduite en Espagne et en Asie Mineure, religion en vertu de laquelle la loyauté du sujet envers le souverain est transformée en devoir de religion. Dans cette manœuvre, Auguste tient à ne pas laisser apercevoir son intervention ; il faut avant tout que l'initiative de cette platitude appartienne à ceux qui vont s'y livrer. Aucun pays, mieux que la Gaule, particulièrement dévouée à César et à Auguste, son fils adoptif, n'est propre à la réalisation d'un tel dessein. Il faut que, par un tour d'adresse, l'ancienne assemblée des druides et des nobles au pays des Carnutes se trouve transportée à Lyon, et que la nouvelle institution apparaisse contre la continuation de l'ancienne rajeunie et transformée, quand même le but en est tout différent, opposé même à celui de jadis et non limité à la Gaule.
Sans doute, le terrain a été préparé d'avance pendant le séjour d'Auguste ou peu après, les cités les plus sûres ont été influencées secrètement, les autres ont suivi et toutes, avec un empressement sincère ou affecté, ont élevé cet autel national dont, le 1er août de l'an 12 av. J.-C., cinq mois à peine après qu'Auguste a pris possession du souverain pontificat, Drusus, entouré de tous les chefs gaulois, a fait la dédicace.
Peut-être s'agit-il ici d'un autel provisoire en attendant l'achèvement du magnifique et somptueux autel décrit par Strabon, qui alors aurait été terminé seulement deux ans plus tard et dédié, d'après Suétone, le 1er août de l'an 10 av. J.-C.
Ainsi, du vivant d'Auguste, vers le milieu de son règne, tous les habitants de la Gaule chevelue (Gallia comata), de la Gaule récemment conquise, des trois provinces réorganisées, en d'autres termes, de la Gaule entière, la seule Narbonnaise exceptée, avaient, à frais communs, sur un terrain commun, et réunis en une sorte de syndicat, construit et dédié à l'empereur divinisé un temple et un autel. Comment ce nouveau culte avait-il pris naissance ? Était-ce, comme le veulent quelques historiens, le produit spontané de la reconnaissance populaire ? Nos pères avaient-ils reçu du neveu de César de tels bienfaits, de telles félicités, que, sans provocation, sans contrainte, de leur propre mouvement, ils aient ainsi placé leur maître au rang des dieux et fait fumer l'encens devant sa toute-puissance ? Le doute est au moins permis. Ce qu'il faut dire pourtant, c'est qu'Auguste avait usé, envers les habitants des trois provinces, d'une rare prudence, d'habiles ménagements ; qu'il s'était attaché à panser les plaies de la conquête, à calmer les regrets des vaincus, à éveiller leurs espérances. Autant la soumission de la Gaule narbonnaise avait été lente, pénible et cruellement achetée, autant les trois autres Gaules, naguère impatientes du joug, paraissaient promptes à s'y accommoder. Les tentatives de révoltes devinrent aussi rares qu'impuissantes, et la dernière, celle de Sacrovir, put seule passer pour sérieuse et a seule laissé quelques traces.
La principale cause de cet apaisement fut que le régime proconsulaire qui avait écrasé la Narbonnaise ne pesa pas sur les trois Gaules, Elles en furent exemptées par Auguste. Les gouverneurs institués par lui reçurent un mandat plus doux et des pouvoirs beaucoup plus limités. Nous pouvons donc admettre que la reconnaissance entra pour quelque chose dans l'établissement de l'autel et du temple d'Auguste, ou, plutôt de Rome et d'Auguste, car le nom de Rome était associé inséparablement à celui de l'empereur | et le couvrait de son antique prestige. Tout n'était pas flatterie et basse adulation dans cette forme hyperbolique de l'obéissance, elle n'était, à vrai dire, accordée qu'en échange d'une institution politique assurant au pays conquis la possession d'une partie de ses droits. C'était une sorte de compromis par lequel tous ces petits peuples, que la configuration nouvelle du territoire des Gaules avait privés de leur vie propre et fondus dans de grandes divisions géographiques qui absorbaient leur individualité, conservaient néanmoins une certaine participation aux affaires de la patrie, on pourrait presque dire, un certain droit représentatif.
En effet, chacune des cités ou peuples qui avaient voté l'érection du temple (et toutes l'avaient votée, comme on pense), était tenue de contribuer à la célébration du culte et de nommer, à cet effet, chaque année, le prêtre de l'autel (sacerdos ad aram, sacerdos arensis), le prêtre de Rome et d'Auguste, sorte de pontife suprême dont la juridiction s'étendait sur l'ensemble des trois provinces. Pour procéder à cette nomination, chaque cité était autorisée à envoyer annuellement un certain nombre de députés qui se réunissaient, non pas à Lyon, ville purement romaine, colonie militaire, mais dans la presqu'île du confluent, dans le temple de Rome et d'Auguste, sur une terre restée gauloise, et non seulement gauloise, mais indivise entre tous les Gaulois. La presqu'île du confluent n'appartenait en propre à aucune des trois provinces, elle en était la propriété commune.
Or, ces députés, une fois réunis, ne s'occupaient pas seulement de l'élection sacerdotale, ils parlaient encore d'autres choses. De même que le sacerdoce, chez les anciens et surtout à Rome, n'était pas exclusivement religieux, et ressemblait plutôt à une magistrature mixte, à la fois politique et sacrée, de même ces délégués des soixante cités dont nous parle Strabon, bien que chargés spécialement d'une affaire religieuse, n'en exerçaient pas moins un mandat d'une autre nature et devenaient, pour leurs compatriotes, de véritables représentants réglant leurs dépenses communes et faisant parvenir au pouvoir impérial leurs plaintes et leurs vœux.
De nombreux monuments épigraphiques font clairement connaître le double caractère de cette institution. Nous savons même quelle en est l'origine. L'idée en fut conçue et suggérée aux Gaulois par Drusus !, cet esprit sagace et modéré, qu'Auguste, son beau-père, avait investi de ses pouvoirs dans les trois provinces et chargé d'y conduire l'opération si difficile du dénombrement ou, en d'autres termes, de préparer l'assiette de l'impôt que devait prélever l'empire. Drusus avait fait comprendre aux personnages influents du pays le profit qu'ils auraient, eux et leurs concitoyens, à se bien mettre avec César et à ne pas lui marchander l'encens. appeler leur session. À celle même date, on célébrait, dans le même lieu, aux alentours du temple, des jeux de toute sorte, qui excitaient une grande curiosité et faisaient accourir, de tous les points de la Gaule, une foule considérable.
Des jeux, en ce temps-là, supposent un amphithéâtre, et, en effet, dans les terrassements entrepris pour ouvrir de nouvelles voies de communication sur l'emplacement du Jardin-des-Plantes, entre la place des Terreaux et la côte de Saint-Sébastien, on découvrit les restes d'un vaste édifice circulaire où étaient célébrés ces jeux des calendes d'août. Les substructions de cet amphithéâtre, qu'il ne faut pas confondre avec celui de Lugudunum, situé dans la ville même et dont nous rechercherons l'emplacement, avaient vu le jour à diverses époques, et quelques antiquaires les avaient signalées, mais sur des points trop limités pour qu'on pût en induire la véritable courbe, et, par conséquent, la grandeur, l'importance du monument. De nouvelles fouilles apprirent, par des inscriptions maintenant conservées au musée de Lyon, qu'un certain nombre de places étaient spécialement réservées, sur les gradins de cet amphithéâtre, aux délégués des différents peuples fondateurs du temple d'Auguste.
- Ainsi, outre le temple lui-même, outre ses dépendances, la presqu'île avait vu s'élever un de ces immenses édifices, un de ces grands amas d'arcades superposées qu'affectionnaient les Romains et dont ils répandaient l'usage chez les peuples qu'ils avaient soumis. Cette langue de terre n'avait donc pas l'aspect désert ; c'était presque une ville en face de la ville véritable, une ville de monuments. Ajoutons même, pour en donner une idée plus complète, que les députés des trois provinces ne cessaient de voter et de faire ériger, aux environs du temple, des statues en l'honneur soit des prêtres de Rome et d'Auguste, soit de citoyens des Gaules bien méritants de la patrie, soit même de fonctionnaires romains restés purs d'exactions et réputés intègres par leurs subordonnés. Mais, si des documents nombreux et véridiques, si toute une série d'inscriptions contemporaines permettent de rétablir approximativement la physionomie générale de la presqu'île au temps d'Auguste et de ses premiers successeurs, pouvons-nous dire, avec la même assurance, sur quel point de cette presqu'île était situé le monument principal autour duquel tous les autres s'étaient groupés ? Jusqu'à la seconde moitié du xix siècle, le doute, à ce sujet, ne semblait pas possible. Une tradition remontant au xvi siècle, époque où les savants commencèrent à traiter ces questions, voulait que le temple de Rome et d'Auguste eût occupé l'emplacement, ou tout au moins le proche voisinage de l'église d'Ainay. On se fondait sur les paroles de Strabon, confirmées par le témoignage de nombreuses inscriptions portant ces mots :
Ainay était, au xvi* siècle, l'extrême limite de la presqu'île, le point où se confondaient les eaux de la Saône et du Rhône ; on ne s'avisait pas de chercher si, du temps des Romains, l'état des lieux était le même ; on trouvait, à quelque pas d'Ainay, le confluent des deux rivières, c'était là que le temple devait avoir été bâti. On voulait même que les quatre colonnes antiques, qui flanquent intérieurement l'abside de la vieille église, fussent des fragments des deux grandes colonnes qui, sur toutes les médailles représentant, au revers, l'autel de Rome et d'Auguste, sont figurées à droite et à gauche de l'autel. Jamais on ne vit peut-être une opinion moins contestée et plus universellement admise que celle qui fixait à Ainay l'emplacement du temple d'Auguste.
Cependant, en 1847, M. Auguste Bernard, heurtant de front les assertions de tous les historiens lyonnais, émit l'opinion que le célèbre temple n'avait été bâti ni à Ainay ni dans le voisinage, mais loin de là, près des Terreaux, dans le quartier de l'église Saint-Pierre !.
Cette proposition fit scandale. Aug. Bernard se heurta à une incrédulité dédaigneuse. Cependant, il s'appuyait sur des faits, sur des observations qui s'imposaient aux plus prévenus : « Où a-t-on trouvé, disait-il, toutes ces belles inscriptions, tous ces fragments, tous ces débris, qui font aujourd'hui l'honneur du musée de Lyon, et qui évidemment se rapportent soit au temple d'Auguste lui-même, soit aux monuments funéraires ou honorifiques qui s'élevaient alentour ? Est-ce à Ainay qu'on les a découverts ? Non ; dans le quartier d'Ainay, jamais on n'a trouvé que des antiquités d'une autre sorte, des mosaïques, des pavages d'habitations particulières remontant presque toutes au iii ou au iv siècle, rarement au i et jamais au ii. Les pierres vraiment grandioses, les inscriptions relatives au temple et aux personnages contemporains d'Auguste, ne proviennent que de fouilles pratiquées dans l'espace compris entre l'église Saint-Nizier, le pont du Change et le Jardin des Plantes. Comment donc ne pas en conclure que c'était dans ce quartier, dans cette partie de la presqu'île, que le temple avait été construit ? » Ces faits admis (et ils étaient incontestables), la conclusion semblait aller de droit. Mais tel était l'empire du préjugé local, que les meilleurs esprits, sans contester les faits, n'osaient admettre la conclusion, Ainsi Alph. de Boissieu, éminent épigraphiste, magistrat passionné d'archéologie et compétent, Martin-Daussigny, conservateur du musée archéologique, loin de se rendre à l'évidence, n'en devinrent que plus ardents à soutenir que l'emplacement du temple ne pouvait être qu'à Ainay. Ils convenaient que le quartier Saint-Pierre avait fourni presque tous les fragments relatifs à ce monument ; mais ces fragments, à les entendre, n'en provenaient pas moins des environs d'Ainay ; on avait dû les transporter, entre le ix et le xiii siècle, à l'autre bout de la presqu'île, pour s'en servir comme matériaux dans la construction des églises et du pont :
Aug. Bernard répondait que, si telle était la provenance de ces sortes de fragments, il y avait lieu d'être surpris que jamais, depuis le xii siècle, on n'eût, en cet endroit, rien trouvé de semblable, tandis qu'il n'était pas rare, dans le quartier Saint-Pierre, de découvrir, même de nos jours, des morceaux analogues, et de les trouver, non pas toujours mêlés, comme matériaux, à des constructions postérieures, mais à leur place primitive et sur leur lit de pose. Ceux-là, du moins, il fallait bien en convenir, ne venaient pas des environs d'Ainay. Aug. Bernard ajoutait que les plus simples notions, sur le mouvement de la Saône et du Rhône et sur la marche de leurs atterrissements, suffisaient à prouver que, depuis les Romains, le sol de la presqu'île s'était constamment allongé : que si, au xvi siècle, elle ne s'étendait pas au delà d'Ainay, aujourd'hui, c'est à la Mulatière seulement qu'elle s'arrête, à deux kilomètres plus loin ? ; que même, sans admettre un accroissement aussi rapide entre le temps de Strabon et le xvi siècle, on ne pouvait supposer que, pendant ces quinze cents années, elle fût demeurée stationnaire, et que, par conséquent, le confluent du xvi siècle était nécessairement plus au Nord que celui du xvi. Enfin, comme dernier argument, Aug. Bernard citait un cartulaire du Moyen Âge , constatant que le quartier d'Ainay était encore une île au x* siècle, insula quae Afhanacus vocatur. Par conséquent, le confluent, à cette époque, était au nord et non pas au midi d'Ainay. Dira-t-on que cette partie de la presqu'île avait pu se transformer en île tout récemment, par suite d'une rupture de digue ? Mais cette conjecture ne serait justifiée par rien. Ce qui est infiniment plus probable et plus conforme à l'étude comparée du régime des deux rivières, c'est que, au temps de Strabon, la plus grande partie de la presqu'île actuelle, la partie la plus méridionale était, sinon complètement sous l'eau, du moins, en partie submergée et composée seulement d'une succession d'îlots, qui, plus tard, réunis par des endiguements, se sont transformés en terre ferme.
Le propre des idées justes, si mal accueillies qu'elles soient, est de faire peu à peu leur chemin. Aussi, pendant que les savants lyonnais dressaient à qui mieux mieux le procès d'Aug. Bernard, les terrassiers ouvraient dans le Jardin des Plantes les tranchées qui mettaient à jour les restes de l'amphithéâtre. Com- La situation du temple de Rome et d'Auguste ne peut plus aujourd'hui être mise en question. Elle est à peu près indiquée par le fait de la trouvaille de la Table de Claude, qui devait y être déposée, vers la place du Perron, entre la rue de Commerce et la rue des Tables Claudiennes, par conséquent le temple s'élevait sur la déclivité dont un des versants dévale vers le Rhône, et l'autre vers la Saône, un peu en arrière de l'église de Saint-Polycarpe (lettre A du plan). Mais sur a, hd mn mn i sa onto E mmm ara ornée SR, PR
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CERSEQIWAOSUIA Rp FX. CASI WT quel point de la colline ? On sait que l'amphithéâtre, qui était une de ses dépendances, couvrait l'emplacement de l'actuel Jardin des Plantes. Dès 1561 et ensuite en 1820, d'une manière plus décisive, on avait reconnu l'extrémité nord-ouest à l’ancien Jardin des Plantes ; une autre partie très considérable, appartenant aux faces nord-est et sud, a été rendue au jour dans les travaux des années 1858, 1859 et 1860 pour le prolongement de la rue du Commerce à travers le Jardin ; enfin, il en reste toute l'extrémité sud-est, sous les premières maisons de chaque côté de cette rue entre le Jardin et la montée de la Grande-Côte (fig. 7276). — L'autel ne pouvait guère être ailleurs qu'entre l'amphithéâtre et le temple, « suivant toute vraisemblance derrière l'église Saint-Polycarpe, tourné du côté de l'Italie et de Rome qu'il était important qu'il regardât, puis que c'était la ville divinisée à laquelle il était dédié, ainsi qu'à l'empereur dont elle était la résidence. De l'autel, on dominait à la fois le temple et l'amphithéâtre * (fig. 7277). | 1. L'Autel. — Rappelons le texte de Strabon : Lyon fondé sur la colline au pied de laquelle la Saône choit dans le Rhône est habité par des Romains. Cette ville est de beaucoup, après Narbonne, la plus peuplée entre toutes celles de la Gaule. Un temple décerné à César Auguste par tous les Gaulois, d'un commun accord, s'élève près de la ville au confluent des fleuves ; ce Min Yi temple a un autel mémorable avec une inscription {sur laquelle se lisent les noms) des peuples au nombre de soixante avec l'image de chacun d'eux ; il a aussi un autre grand autel.
De nombreuses monnaies, frappées aux effigies impériales ^' Auguste, de Tibère, de Claude et de Néron, nous font voir la structure de ce « grand autel ». Il consiste en une sorte de massif quadrangulaire, plus large que haut environ du double ; de chaque côté se
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dresse une colonne qui supporte une Victoire ailée tenant de la main droite une couronne et de la gauche une longue palme appuyée sur l'épaule. La dédicace ne porte que ces mots (fig. 7278) :
ROM. ET AVG.
Les Victoires étaient vraisemblablement en bronze doré, Elles devaient être fort grandes : les colonnes qui les portent, sont à leur égard dans les proportions ordinaires d'un piédestal. Le massif de l'autel est aussi lui-même fort grand ; c'est à peine si les colonnes le dépassent en hauteur. Sa face antérieure figure une couronne à lemnisques entre deux rameaux, accompagnés chacun d'un trépied surmonté d'un objet circulaire indistinct. —— La couronne et les rameaux se réfèrent aux honneurs décrétés par le sénat le 13 janvier 727 (27 av. J.-C.) et dont on lit dans l'inscription d'Ancyre sur l'autel se voient alignées, sur un rang qui en remplit toute la longueur, huit figures à peu près toutes pareilles et assez indistinctes, à l'exception des deux du milieu, qui sont plus grandes et paraissent être des trépieds surmontés d'un globe. Tous ces divers objets dans et dessus l'autel, pouvaient être de bronze doré.
Les colonnes existent peut-être encore. Chacune d'elles aurait été primitivement formée de deux tambours ; on les retrouverait dans les quatre tambours en granit gris d'Égypte, qui servent de colonnes, et soutiennent actuellement les angles du chœur de l'église d'Ainay. Rajustées, les colonnes mesureraient 8 m. 70 de hauteur ; l'une des deux a 3 m. 30 de circonférence moyenne, l'autre 3 m. 17 seulement. Elles sont lisses, se terminent en bas par un congé reposant sur un filet, en haut par un astragale. Les monnaies ne leur donnent ni piédestal, ni d'autre chapiteau qu'un simple abaqué d'ordre ionique à volutes retombantes et en porphyre.
L'épigraphe ROMÆ ET AVGusio brillait en grandes lettres de bronze doré à la partie supérieure d'un soubassement commun à l'autel et aux colonnes, revêtu d'épaisses tables de marbre décorées de guirlandes de feuilles de chêne, dans les attaches desquelles étaient engagées des haches de licteur, en souvenir sans doute du privilège de douze licteurs accordés en tout temps à Auguste par un décret du sénat de l'an 735 (19 av. J.-C.). D'importants fragments de ce revêtement ont été retrouvés, nous l'avons dit. Le fragment le plus important se distingue par deux lettres de grande dimension : hauteur du fragment ( m. 70 ; longueur 1 m. 35 ; épaisseur 0 m. 12 et 0 m, 15 ; hauteur des lettres 0 m. 38 :
ROS I
L'R privé de l'extrémité de son jambage incliné ; l'O réduit à un segment de sa partie supérieure représentant un quart de cercle du côté de l'R ; le creux des lettres taillé en carré et percé de trous étroits et allongés pour l'introduction de crampons servant à fixer les lettres, probablement de bronze doré qui y étaient incrustées. Deux trous se voient dans IFR : l'un à la jonction supérieure de la panse à la haste verticale ;
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225 LYON
l'autre vers le bas de cette haste ; un troisième devait avoir sa place à l'extrémité inférieure du jambage incliné. Des trous que devait contenir l'O il en reste un au sommet de cette lettre, répondant sans doute autrefois à un autre placé tout en bas ou à deux autres répartis à égales distances. A gauche de I'R une large surface vide fait voir que l'inscription commençait par le mot dont cette lettre était la première !.
5i on essaie de reconstituer en imagination le soubassement que décorait ce riche placage et si on dispose convenablement ces diverses parties : d'abord le chaperon qui, probablement, en formait le couronnement, au-dessus de celui-ci l'épigraphe Komæ et Augusto, en lettres de près de 0 m. 40, au-dessous de cette épigraphe l'autre inscription en lettres non beaucoup moins grandes et qui peut-être avait plusieurs lignes, puis au-dessous de cette seconde inscription le registre de guirlandes au nombre de douze répondant aux douze licteurs de l'escorte impériale, chacune des guirlandes les plus grandes ayant environ cinq mètres de développement, chacun des moindres environ trois mètres, on arrive à reconstituer une façade de dimensions considérables, ne mesurant guère moins d'une cinquantaine de mètres en longueur et d'une dizaine de mètres en hauteur, et assurément il n'y a rien d'excessif dans ces appréciations. Qu'on se représente ce spectacle où l'art et la nature semblaient rivaliser de magnificence : l'autel sur sa haute terrasse, encadré de ses puissantes colonnes couronnées d'éblouissantes Victoires, dominant le confluent, la vallée où se précipite le fleuve, la plaine du Dauphiné déroulée à perte de vue, dans la direction de l'Italie jusqu'aux Alpes éblouissantes sous leur parure de glaciers.
L'autel s'appelle dans les monuments épigraphiques : ara Caesaris nostri ; ara Cass. n.n. (Caesarum nostrorum duorum) apud | lemplum Romi et Augusti (ou Augustorum) ; ara Rome el Augusti (ou Augustorum) ; ara ad (ou inter) confluentes Araris et Rhodani ;
Ja mais il ne s'appelle ara Lugdunensis ou apud L rgeinnm.
. Le temple. — Le texte de Strabon, cité au début du paragraphe précédent, introduit une distinction entre deux monuments : un temple avec un autel sur lequel une inscription rappelle les noms des soixante civitates de la Gaule ; un autel plus grand et qui, selon toute vraisemblance, est celui qui est figuré sur les monnaies et que nous venons de décrire.
Ce qu'indique Strabon se trouve confirmé par les inscriptions qui, elles aussi, font une distinction d'un autel et d'un temple et désignent l'autel comme accompagnant le temple :
AD ARAM CAESS-N-N- (Caesarum nostrorum duoLorsqu'elles mentionnent seul l'un ou l'autre des deux monuments, elles appellent le temple ordinairement templum Romæ et Aug... c'est-à-dire Augusti ou Augustorum, et l'autel ara Caesaris nostri ou Caesarum nostrorum.
L'autel parait ainsi affecté au culte de l'empereur sur le trône, le temple au culte des empereurs divinisés pris collectivement.
Une seule fois, et exceptionnellement sans doute, on lit :
AD TEMPLVM ROMAE ET AVCCC. Rene des trois empéreurs régnants.
Non plus que l'autel, ja mais le temple n'est appelé lemplum Lugdunense ou apud Lugdunum ; la désignation locale ordinaire est, pour l'un comme pour l'autre : ad ou inter confluentes Araris et Rhodani.
On vient de dire que, selon toute probabilité, le temple était placé en compagnie de l'autel derrière l'église actuelle de Saint-Polycarpe, plus ou moins près de l'église. Vraisemblablement ce temple était construit en marbre ; en effet, deux tronçons d'un riche entablement de marbre, trouvés au Levant et à peu de distance de l'amphithéâtre et qui ont trouvé depuis leur place au Musée (arcade xxxi), ne paraissent guère pouvoir provenir d'un autre monument.
. 3. L'amphithéâtre, — Les anciens n'imaginaient pas de fêtes religieuses sans y associer la célébration de jeux. Un amphithéâtre devait être nécessairement adjoint à l'autel de Rome et d'Auguste. Cet amphithéâtre se trouvait à 150 mètres. plus au couchant de l'endroit présumé de l'assiette de l'autel. Dès le xvi siècle, on constatait sa présence sur l'emplacement du Jardin des Plantes en 1857 et 1858, on mettait à jour des substructions considérables qui permettaient à Martin-Daussigny d'en dresser le plan. Il était plus vaste que les amphithéâtres d'Arles, de Nîmes, et de Saintes et même que celui de Fourvière ; il mesurait intérieurement 64 mètres de long sur 41 mètres de large et extérieurement, 140 mètres sur 117. Les fondations de son extrémité orientale existent encore (lettre B du plan) et passent sous les deux maisons par lesquelles se termine le tronçon de la rue du Commerce aboutissant au Jardin. Du côté du Midi, le monument reposait sur une large terrasse, appuyée sur un puissant mur de soutènement., Son arène était carrelée ou au moins entourée d'un | euripe à fond carrelé, où l'eau était amenée par l'aqueduc de Condrieu qui avait, à son arrivée, 5 pieds de hauteur sur 4 pieds 1/2 de largeur, passait en haut de Saint-Clair, traversait le clos de l'Oratoire, la rue des Fantasques et formait, au coude par lequel il prenait au-dessus de la rue du Commerce, la direction de l'Ouest, un nympheum mentionné par un débris. d'inscription.
Cet euripe ou canal carrelé, qui faisait le tour de l'arène, réveille le souvenir des prescriptions bizarres de Caligula. Suétone ? raconte, en effet, que, pendant son séjour à Lyon, cet empereur, à la recherche de plaisirs nouveaux, ajouta des « jeux mélés » aux spectacles habituels de l'autel du Confluent, edidif ludos in Gallia Lugduni miscellos. On y assistait au concours d'éloquence grecque et latine, et les vaincus étaient condamnés à réciter l'éloge des vainqueurs. Il y eut mieux : les mauvais orateurs furent condamnés à effacer leurs écrits avec la langue, ou bien à être fustigés et « jetés dans le fleuve ». L'appartenance de cet amphithéâtre à l'autel est certaine. On a extrait de ses ruines des pierres portant indication de places réservées à plusieurs des soixante peuples qui avaient contribué à l'érection de l'autel : « Places des Arvernes..., des Bituriges Cubes..., des Tricassins. » Bien que le dernier acte de la persécution de l'an 177 ait coïncidé avec la fête du 1er août à l'autel des trois Gaules, il ne s'est pas accompli dans l'amphithéâtre de la colline Saint-Sébastien, mais dans celui de Fourvière.
Les statues, — Aux alentours du temple, de l'autel — et de l'amphithéâtre se déroulaient des jardins et - un bois sacré (lettre F du plan). C'étaient des lieux de plaisir dans lesquels deux aqueducs amenaient l'eau en telle abondance qu'elle y formait de véritables rivières. L'aqueduc venant de Miribel déversait une nappe énorme d'eau courante ; celui de Condrieu avait son point de départ à Sainte-Croix, à une hauteur suffisante pour arriver au niveau de l'amphithéâtre, la magnificence. Là, les statues se multipliaient et - comme le marbre y eût semblé commun, elles étaient en bronze doré et de grandeur colossale, représentant les prêtres de l'autel de Rome et les administrateurs de la caisse des Gaules. Le nombre en était considérable, car les riches Gaulois tenaient beaucoup à cet honneur et n'épargnaient rien pour y arriver. Ils usaient largement aussi du droit de faire placer dans l'enceinte sacrée la statue de différents membres de leur famille. Ces statues honorifiques ont disparu, mais plusieurs piédestaux ont été retrouvés ! A la partie la plus rapprochée de l'autel doivent avoir appartenu la statue colossale d'une déesse, peut-être la déesse Roma, représentée avec l'attribut de la Fortune, attribut reconnaissable dans un aviron de bronze doré trouvé à la Déserte, et la statue équestre colossale en bronze doré, vraisemblablement d'un empereur dont l'avant-bras droit de la monture a été retrouvé au jardin des Pères de l'Oratoire.
5. Le pagus de Condate. — L'autel, le temple, l'amphithéâtre, le bois sacré, les jardins étaient situés sur les domaines de l'association, et tout cela formait un ténement d'une certaine étendue. Cet énement faisait partie d'un territoire qui se trouve désigné dans une inscription trouvée au quartier Saint-Vincent, rive gauche de la Saône : bloc quadrangulaire, haut. 0 m. 84, larg. 0 m. 78 :
Á CVIVS-DEDICATIONE-HON ? .
h. BOE n DP : COND :
E Dianae Augustae sacrum, in honorem pagi Conda— densis, C. Gentius Olillus, magister pagi bis ; cujus ' (sacri) dedicatione honoratis praesentibus dedit ( loco ) - epuli denarios duos. — Locus datus decreto paganorum | Condatentium. § « A Diane auguste, en l'honneur du pagus de Condate.. » Le pagus de Condate, c'est le pagus du Confluent, le pagus qui, à l'époque gauloise, s'appelait « le Confluent ». Suivant toute probabilité, il s'étendait d'un fleuve à l'autre, jusqu'à la limite d'ailleurs peu éloignée, qui avait séparé les Ségusiaves des Ambarres, et il devait former un territoire distinct de celui de Lyon, auquel il n'avait pas été adjoint, et de celui des Ségusiaves, dont il avait été distrait. Le pagus de Condate constituait une petite communauté, une respublica ayant en propre son culte, sa forteresse, son administration, son conseil délibérant, sa hiérarchie d'honores, ses magistrats suprêmes appelés magistri. Tout cela ressort de l'inscription païenne dont nous avons transcrit les deux premières lignes. Mais de ceci, il ressort une situation qu'Aug. Allmer expose ainsi : x Il peut paraître surprenant que l'autel de Rome et d'Auguste ne fût pas à Lyon. Cet autel n'était-il pas vis-à-vis de la Gaule la représentation publique et éclatante de la souveraineté de Rome et de la providence de l'empereur-dieu, comme Lyon était lui-même vis-à-vis de l'élément national la représentation de l'élément romain ? N'était-il pas la capitale religieuse de la Gaule impériale comme Lyon en était la capitale administrative ? Il semble, au contraire, qu'on ait tout particulièrement eu à cœur d'établir entre les deux symboles une distinction tranchée, L'autel étant censé avoir été élevé, non à l'instigation et sous l'influence du pouvoir romain, mais par un libre élan de l'initiative des cités de la Gaule, on aura essentiellement tenu, afin de donner encore plus ostensiblement couleur de vérité à cette fiction, à ce que le sol de l'emplacement fût un territoire resté gaulois, et on lui a soigneusement conservé sa physionomie gauloise, son nom gaulois, ses anciennes limites gauloises et jusqu'à son ancienne forme d'administration gauloise. » L'autel a été érigé sur le territoire ségusiave de Condate ; mais, de même qu'on n'a pas voulu que ce pagus fût une dépendance de la ville romaine de Lyon, on n'a pas non plus pu vouloir qu'il restât une dépendance de la cité des Ségusiaves, en faveur de laquelle un tel privilège eût créé une préséance sur les autres peuples de l'association. Distrait comme Lyon du territoire de cette cité, il a été converti en une sorte de sol fédéral n'appartenant en propre à aucune cité, mais appartenant indivisément aux soixante cités associées : un petit État celtique, non civitas, mais simple pagus, comme au temps de l'autonomie, administré en dehors du tènement sacré par un magister assisté d'un Conseil d'honorati. Quant à son étendue, si on considère que la Gaule était, par excellence, le pays des grandes possessions, que l'Helvétie entière ne formait que quatre pagi et que les pagi de l'ancien Moyen Âge, réapparitions intégrales ou sub-divisées des pagi préromains, étaient ordinairement de vastes territoires, elle devait être considérable. Déjà, on le sait, le pagus de Condate allait au moins jusqu'à prés de Miribel ; il n'est pas inadmissible qu'il se prolongeât de ce côté plus loin encore, et peut-être même jusqu'à la limite avec l'ancienne cité des Ambarres.
Le village de Condate marquait le chef-lieu du pagus, au bas des roches que dominait l'amphithéâtre. On y a trouvé à différentes reprises des souvenirs antiques, notamment des autels : rue Pareille, un autel à Maia Auguste (lettre D du plan) représentée assise et tenant des fleurs sur ses genoux ; rue du Jardin des Plantes, un autel aux déesses Mères (lettre C du plan), dans une niche en forme de coquille ; rue de la Vieille, un autel consacré à Diane, la patronne naturelle d'une localité tournée au couchant (lettre E du plan) : « A Diane Auguste, en l'honneur du pagus de Condate, C. Gentius Olillus, magister du pagus pour la seconde fois, a élevé cet autel et donné, à l'occasion de la dédicace, deux deniers, au lieu d'un repas, à chacun des honorati présents. L'emplacement a été donné par décret des pagani de Condate 1, » Les habitants avaient leur cimetière dans la partie du bord de la Saône qui est maintenant le quai Sainte-Marie-des-Chaînes ; on y a trouvé des urnes cinéraires, des cercueils, mais point de tombe aux extérieurs.
Ce cimetière est peu considérable, mais Condate devait avoir peu de population stable, comme nos modernes villes d'eau. Bien certainement, suivant la remarque d'Aug. Allmer, les députés des soixante cités, avec leur nombreuse compagnie de parents et d'amis et leur nombreuse suite de clients et de serviteurs, n'arrivaient pas dans un endroit inhabité. Il devait se trouver au chef-lieu du pagus des hôtels pour héberger et loger eux et leur monde, des bains où ils pussent se mettre en état convenable de tenue ordinaire ou de cérémonie, des boutiques d'objets de piété relatifs au culte, et des choses de toute sorte dont pouvaient avoir besoin des étrangers riches qui n'avaient, un mois durant, rien autre chose à faire qu'à assister à des spectacles et à des fêtes, et à étaler leur faste. Condate devait être un village d'une physionomie toute spéciale, à existence intermittente, D'après les berges retrouvées d'un canal qui passait entre l'allée de l'Argue et la rue des Archers par la place des Jacobins et la rue Confort, le confluent de la Saône et du Rhône se serait effectué de telle sorte qu'Ainay, y compris Bellecour et un certain espace au nord de Bellecour, aurait formé une île. Sur la partie ouest de cette île se développait un champ appelé les Kanabæ. Des inscriptions qui y ont été découvertes et sur lesquelles des gens de commerce, notamment des négociants en vins, sont dits consistants Lugduni in Kanabis, de nombreux vestiges d'habitations de luxe, nous montrent l'île de Ainay et son quartier des Kanabæ comme appartenant non au pagus de Condate, mais à Lyon.
Le reste du territoire du pagus, indépendamment du jardin et du bois sacré dont nous avons déjà parlé, était sans doute couvert de forêts qui, grâce à la proximité de deux grands fleuves navigables et du plus considérable marché de la Gaule, pouvaient être pour l'association une source considérable de revenus. L'exploitation de ces forêts expliquerait peut-être pourquoi on trouve à Lyon une corporation de dendrophores augustaux.
Le siège de l'Association des Trois Gaules avait, comme Lugudunum, ses chemins pavés : on a trouvé les vestiges de deux d'entre eux, l'un passant à droite (lettre G du plan) l'autre à gauche de l’amphithéâtre (lettres H du plan). Au pied de ce dernier, au lieu dit de la Déserle, il y avait des thermes qui étaient alimentés par l'eau des aqueducs. On y a trouvé des hypocaustes, des mosaïques, deux bustes en marbre. Septime-Sévère, après sa victoire sur Albin, n'aura pas manqué de confisquer à son profit cet important et riche domaine. De là l'effacement presque subit de l'association à dater de cette époque. Ruinée, en même temps que les plus riches Gaulois, elle ne fit plus que végéter d'une existence précaire et sans éclat.
XII. FIN DU RÈGNE D'AUGUSTE. — En l'an 10 (av. J.-C.). Auguste revint en Gaule pour la cinquième fois, accompagné de Tibère et de Drusus. Pendant que Drusus pénétrait en Germanie jusqu'au Weser ?, le 1er août, jour ou anniversaire de la dédicace de l'autel de Rome et d'Auguste, la femme de Drusus mit au monde, à Lyon, un fils, qui sera plus tard l'empereur Claude. Auguste demeura à Rome presque toute cette année, En l'an 8, nouveau et dernier voyage en Gaule, mais Auguste ne va pas en Germanie, il séjourne à Lyon, au moins une grande partie du temps ; mais il n'y reviendra plus. D'ailleurs, jusqu'à sa mort, la Gaule jouira d'une profonde tranquillité, qui se prolongera sous une partie du règne de son successeur... Dés lors, la limite entre la civilisation romaine et la Gaule à demi-barbare est déplacée ; elle ne se trouve plus à Marseille, ville grecque, ni à Narbonne, ville latine, mais à Lyon dont le commerce ne cesse de se développer et qui bientôt éclipsera ses deux rivales ?.
Cette prospérité de Lyon dès avant la fin d’Auguste trouve un splendide témoignage, dans les découvertes qui marquèrent les dernières années du xix* siècle, à Trion. Des affranchis ont élevé à leur patron, affranchi lui-même et simple sévir, un mausolée digne en tout d'un personnage considérable. Ce tombeau, qui était constitué primitivement par deux ou trois étages superposés, est réduit aujour d'hui à son étage inférieur, et néanmoins, dans cet état de dégradation, avec ses pilastres cannelés, ses chapiteaux ioniques, sa corniche, sa frise élégante et sa belle inscription, il est encore un monument imposant. La forme des lettres, les archaismes de l'orthographe, une médaille datée de l'an 9/10 de notre ère, recueillie dans le sarcophage y attenant, d'un je une enfant, ne permettent pas de douter sur son époque. Le tombeau n'était pas seul ; dix autres tombes contemporaines exhumées à sa suite, trois autres encore précédemment découvertes un peu plus loin, toutes pareillement découronnées de leurs parties supérieures et dont l’ancienne somptuosité était attestée par des débris épars d'architectures et de statuaire, constituaient à l'entrée de la ville un long alignement monumental, une sorte de propylée grandiose. Si la plus riche de ces fastueuses sépultures était celle d'un simple sévir, que ne devait donc pas être la richesse des tombes des personnes de haute condition ?
AIII. DEPUIS AUGUSTE JUSQU'A MARC-AURELÉ. — Auguste mourut en l'an 14 de notre ère. Sous Tibère seulement apparaît l'administration régulière des trois provinces par trois légats, et habituellement par deux procurateurs l'un pour la Lyonnaise et l'Aquitaine, l'autre pour la Belgique et les deux Germanies.
La tranquillité sera troublée à différents intervalles. En l'an 21, éclate une insurrection sérieuse, sortie d'une conspiration ourdie par la noblesse, principalement dans les petites cités des Turons et des Andécaves qui compose la garnison habituelle de Lyon, le légat gouverneur de la Lyonnaise, Acilius Aviola, disperse les Andécaves ; ensuite, à l'aide d'un détachement de légionnaires envoyé par le général commandant l'armée de la Germanie Inférieure, il met en désordre les Turons.
Puis c'est un soulèvement des Trévires, des Éduens et des Séquanes dont les Romains viennent assez facilement à bout, mais ces épisodes révèlent le mécontentement latent du peuple et des nobles. Le règne de Tibère n'est guère fait que de rigueurs et d'exactions (14 à 37).
Le règne de l'insensé Caligula (37 à 41) est celui de toutes les folies. L'empereur vient en Gaule sous prétexte d'entreprendre une expédition contre la Germanie et, en réalité, pour mettre au pillage cette Gaule enrichie par des années de prospérité. Caligula fit un séjour prolongé à Lyon pendant l'an 39 et une partie de l'an 40. Ce fut là que cette bête féroce se livra à ses instincts sanguinaires dont l'histoire a gardé le souvenir. Un jour, pendant une partie de jeu, il se fit apporter les listes de recensement et désigna quelques-uns des plus riches propriétaires qu'il fit mourir sur l'heure. La confiscation qui s'ensuivit lui rapporta sept cent millions de sesterces.
Lyon fut le théâtre d'un autre divertissement. L'empereur y fit apporter de Rome tout le mobilier de ses palais romains et une partie des joyaux du trésor et les mit en vente. L'empereur remplissait les fonctions de commissaire-priseur, poussait les enchères : « Cet objet, disait-il, vient de mon père ; celui-ci a appartenu à ma mère, à mon grand-père, à mon aïeul : celui-ci a servi à Antoine en Égypte ; celui-là à Auguste ; c’est un souvenir de sa victoire ». Puis l'acheteur avait toutes les peines du monde à faire emporter son acquisition, ce qui semblait un manque de respect envers l'empereur qu'il dépouillait contre argent comptant.
Nous avons dit les burlesques divertissements que Caligula offrit aux Lyonnais sous prétexte de fêtes à l'époque du 1er août. Parmi les bouffonneries, la plus grotesque était l'adoration de Caligula en personne. Il s'offrait aux adorations des Lyonnais écœurés, affublé tantôt du caducée et des talonnières de Mercure, tantôt de la couronne radiée et de l'arc d'Apollon, les Grâces à sa droite ; parfois on le voyait barbu à la manière du dieu Mars dont il brandissait les armes, à moins qu'il n'eût préféré les attributs de Jupiter, avec qui il se querellait pendant que les machinistes roulaient un tonnerre artificiel. Un jour, un savetier partit d'un éclat de rire, l'empereur lui en demanda la raison, l'homme dit qu'il riait de le voir si fou. L'artisan était pauvre, il ne fut pas même molesté.
Claude était Lyonnais de naissance et s'en souvint toujours pendant son règne de treize ans (41 à 54). Dès la première année de son règne, en 41, il fait une largesse de monnaies frappées à Lyon au revers de l'autel de Rome et d'Auguste, cet autel que son père Drusus inaugura cinquante-trois ans plus tôt. — En 43, comme il se rend en Bretagne, Claude traverse Lyon et ordonne la construction du magnifique aqueduc du mont Pilat, ce qui entraîne un accroissement considérable du territoire colonial. Cet accroissement l'enorgueillit au point qu'il se considère dès lors comme le second fondateur de la ville et lui impose son nom ; elle s'appelait jusqu'alors colonia Copia ; désormais Lugudunum s'appellera colonia Copia Claudia Augusta.
En 48, Claude obtient du sénat le jus honorum pour les citoyens romains de la cité des Éduens « en considération de l'ancienneté de leur alliance et du titre de frères des Romains, que seuls ils avaient entre tous les Gaulois.
Le discours prononcé à cette occasion par Claude fut gravé sur une table de bronze et affiché au siège de la représentation nationale, probablement dans le temple de Rome et d'Auguste. Ce monument fut trouvé dans sa vigne, qu'il défonçait, par un propriétaire nommé Roland Gerbaud, et vendu par lui à la ville quatre mois après la découverte. « Ce sont, disait le procès-verbal d'acquisition par le consulat, daté du 12 mars 1528 (nouveau style 1529), deux grandes tables d'airain ou cuivre antiques et toutes écrites, lesquelles sont en vente et sont enviées par plusieurs personnes qui ont pouvoir de largement dépenser, [messire Belliévre] a dit aussi que les a vues et que à son jugement ce sont antiquailles aussi belles que guère se trouvent et que sont dignes d'être par la ville retirées pour être affichées en quel que lieu à perpétuelle mémoire, mesmement que en icelles lames et tables y a paroles servant à connaître l'ancienne dignité de cette ville de Lyon. » Les tables furent achetées au prix de 58 écus d'or au soleil, environ 650 francs or, de notre monnaie. Cette « antiquaille » retrouvée sur le versant est de la colline Saint-Sébastien, non loin de la rue actuelle des Tables-Glaudiennes, fut successivement déposée en 1529 à l'Ostel-Gommun de la rue Longue près de l'église Saint-Nizier, en 1604 à l'Hôtel Commun de la rue de la Poulaillerie derrière la même église, en 1657 à l'Hôtel-de-Ville actuel, en 1814 au musée de peinture, en 1845 (7 ?) au musée lapidaire, en 1854 ou 1855 dans la salle des antiques, en 1859 une deuxième fois au musée lapidaire, en 1868, dans le vestibule du musée des antiques, place qu'elle a conservée jusqu'à nos jours.
L'exemption obtenue en faveur des Éduens devint générale, et la Gaule dut à un prince débonnaire et insignifiant une faveur qui hâtait son émancipation. Sénèque ne trouve qu'un sujet de risée, à la pensée de voir en toge tous les Grecs, tous les Gaulois, tous les Espagnols, tous les Bretons ! Il faut reconnaître que l'acte était d'une sage politique.
Peut-être est-ce Claude qui a donné le droit italique à la ville de Lyon.
Néron (54 à 68) conserva à Lyon la bienveillance que lui avait marqué son père adoptif. La prospérité de la ville a, dés lors, éclipsé celle de Narbonne et rien ne semble pouvoir, désormais, arrêter son développement et entraver sa richesse. C'est alors qu'un sinistre éclate qui anéantit la ville la plus prospère et la plus luxueuse de la Gaule. Une lettre de Sénèque mentionne un incendie qui, en l'espace d'une nuit, réduit en cendres l'opulente ville, ornement des provinces, ou elle était à la fois enclavée et distincte. Cette catastrophe survint l'année qui suivit l'incendie de Rome en 65, cent huit ans après la fondation. L'année précédente, les Lyonnais avaient envoyé aux incendiés de Rome un secours de 400 000 de sesterces ; Néron, à son tour, leur envoya la même somme !, et en même temps tout l'empire fut mis à contribution pour la reconstruction de Lyon.
Les fantômes d'empereurs qui succèdent à Néron ne peuvent dédaigner une ville si importante. Lyon s'est montrée inébranlablement fidèle à Néron, et cette conduite lui attire un traitement rigoureux de la part de Galba qui frappe de confiscation les revenus de la ville. Galba et Othon ne font que passer, et Vitellius, élevé à l'empire par les prétoriens de l'armée du Rhin, se dirige de la Germanie vers l'Italie et s'arrête quelque temps à Lyon, où il fait son entrée. Des spectacles sont donnés à cette occasion, quelques cruautés odieuses sont exercées contre les plus braves centurions de l'armée d'Othon, et Lyon devient le centre d'une activité d'un nouveau genre ; « de Rome, d'Italie, de la Méditerranée, de l'Océan, les routes retentissent du charroi incessant des comestibles, amenés de toutes parts pour satisfaire la monstrueuse et insatiable gourmandise de Vitellius. » Pendant le séjour à Lyon de Vitellius on y amena le Boien Mariccus, qui avait tenté de soulever les Gaulois dont il se proclamait le « libérateur ». Dans le pays sur lequel s'exerçait son influence, ce jeune « dieu » (car il se donnait pour tel) réussit à entraîner 8 000 hommes. Ces braves gens, dont les préparatifs et l'entraînement étaient sans doute fort sommaires, ne pouvaient espérer triompher des cohortes qu'on envoya contre eux et que renforçait la jeunesse éduenne. Mariccus fut pris et amené à Lyon où on le livra aux bêtes dans l'amphithéâtre. Celles-ci ne le touchèrent pas, la foule s'émut, cria au prodige et on égorgea Mariccus d'un coup d'épée. Vitellius reprit sa marche, toujours bâfrant, ruinant les villes, affamant les provinces pour se nourrir, et disparaissant sans tarder pour faire place à Vespasien.
Vespasien, proclamé empereur par les légions d'Orient, s'y trouvait retenu avec son fils Titus par le siège de Jérusalem ; il envoya d'avance à Rome son deuxième fils, Domitien, avec le titre de César. Domitien, de qui l'âme tortueuse et les passions violentes permettent de supposer des desseins criminels, forma le projet de se mettre à la tête des troupes dirigées sur le Rhin. Ayant inutilement tenté de séduire le général qui les commandait, il se résigna à déférer au conseil qu'on lui donnait de s'arrêter à Lyon. « Là, renfermé sous l'apparence de la modestie dans une profonde dissimulation, renonçant à toutes fonctions du gouvernement, même aux moindres, il affecte le goût des lettres et l'amour de la poésie. » Depuis le règne de Vespasien jusqu'à celui de Septime-Sévère, la Gaule va jouir d'une tranquillité profonde qui contraste heureusement avec les troubles qui ont précédé. Ses rapports avec les empereurs se sont relâchés de ce qu'ils avaient été et elle s'en trouve mieux. Elle peut s'appliquer alors le dicton : « Heureux les peuples qui n'ont pas d'histoire ! » A Lyon, point de souvenirs de Vespasien autres qu'un changement apporté à la garnison ; Titus et Domitien, Nerva et Trajan semblent n'avoir jamais existé. Un certain forum Trajanum doit son nom à un chroniqueur du Moyen Âge. Aucun souvenir d'Hadrien ; ce voyageur infatigable vint deux fois en Gaule élevé en son honneur par les bateliers du Rhin, près de Tournon, à Saint-Jean-de-Muzols, où il se voit encore, permet de croire que ce fut sur ce point que l'empereur nomade s'embarqua sur le fleuve ou débarqua. Grand bâtisseur, il est assez vraisemblable qu'Hadrien souhaita conserver le souvenir de son passage à Lyon par l'érection d'un édifice ; mais s'il fut élevé il a disparu sans laisser un souvenir.
Sous Antonin le Pieux, un sévir augustal de Lyon, en même temps dendrophore, se rendit à Rome, en 160, afin d'y offrir un sacrifice tauroboli que pour la conservation de l'empereur et la prospérité de la colonie ! C'était là un genre de flatterie assez nouveau et destiné à se répandre. Une manifestation de ce genre est intéressante à cette date parce qu'elle n'est pas seulement caractéristique de la tendance à l'adulation, mais encore de l'évolution d'idées qui détourne du matérialisme grossier gréco-romain, et dirige certains esprits vers le spiritualisme en faveur dans les milieux orientaux. Ja Le règne de Marc-Aurèle sera signalé à Lyon par un événement qui compte au nombre des triomphes les plus éclatants du christianisme à ses débuts. Pour suivre dans leur détail minutieux les phases successives de l'événement tragique de l'année 177, il est indispensable de présenter la topographie des XIV, L'AMPHITHÉATRE DE LUGUDUNUM. — 1. Le monticule de „Fourvière. — Fourvière forme dans Lyon un quartier à part d'une captivante originalité : tout autour du sanctuaire vénéré de la Vierge, les couvents, les orphelinats, les hôpitaux se sont groupés, enchevêtrés comme s'ils eussent voulu symboliser la multiple fécondité de la foi chrétienne sous l'inspiration et la protection de la Mère de Dieu : la contemplation, l'éducation, l'abnégation. Dans le calme et la monotonie qui contrastent avec le mouvement et la variété d'une grande ville, on se livre au service de Dieu, des malades et des enfants dans un dédale d'institutions pieuses, abritées sous des vocables pleins de souvenirs et de promesses. Pour atteindre le plateau sur lequel se dresse une basilique dont la richesse criarde ne fait pas oublier l'humble chapelle de jadis, toujours visitée de préférence par les dévots lyonnais, on gravit des rues aux pentes rapides établies sur d'anciens chemins romains ; sur plusieurs points, la colline est tellement à pic qu'on n'accède au plateau que par des escaliers.
Le monticule de Fourvière forme le bastion d'angle d'un petit massif qui, faisant front à la Saône venant du Nord, l'oblige à décrire vers l'Est un ample circuit figurant assez bien un demi-cercle. Une large dépression correspondante à la naissance de ce détour, dépression qu'occupe l'actuel bourg de Vaise, semble être le résultat d'un effort de la rivière, retenue par quelque obstacle en aval, pour ouvrir devant elle une issue directe ; l'obstacle était vraisemblablement le rocher granitique de Pierre-Scize, qui, avant que les eaux y eussent creusé la brèche par laquelle elles passent, devait opposer à leur libre écoulement une sorte de barrage.
Au pied du versant qui regarde l'Est, en avant du promontoire formé par le coteau de la Croix-Rousse faisant pointe au Sud, s'effectue la jonction de la Saône et du Rhône.
Sénèque nous représente Claude reçu dans l'Olympe et interrogeant Hercule s'il n'a pas vu Lyon : « Toy qui as couru tout le monde comme un postillon, ne connois-tu pas les Lyonnois ? » « J'ay veu, répond Hercule, un costau panchant sur deux rivières que les rayons du soleil levant regardent toujours à l'opposite, où le Rhosne va d'une course rapide et où la Saône, qui semble être en suspens de quel côté aller coulera, mouille les rivages de ses eaux endormies. Est-ce le pays qui t'a élevé ? Vidi duobus imminens fluviis jugum Quod Phoebus ortu semper obverso videt ; Ubi Rhodanus ingens amne prærapido fluit Arar que, dubitans quo suos cursus agat. Tacitus quietis alluit ripas vadis Est ne illa tellus spiritus altrix (ui * ?
2. Le Forum et ses environs, — Nous avons dit (col. 15) que le rempart commençait au bord de la Saône, gravissait le coteau et, laissant en dehors le cimetière actuel de Loyasse, rejoignait la rivière à la hauteur de Pierre-Scize (lettre a a du plan). Dans la ville ainsi délimitée, le forum occupait nécessairement le plateau supérieur et médian. Le mur de soutènement de la terrasse sur laquelle il était établi subsiste encore (n° 1 du plan). Voici la description qu'en fait Artaud. « Des personnes, dit-il qui l'ont examinée lorsqu'on y faisait des réparations intérieures, prétendent que la muraille a 14 pieds d'épaisseur et des voûtes pour la rendre plus solide. Son massif est en moellons de roche ; on y voit des ceintures de briques et des trous carrés pour les échafaudages de sa construction. Ce grand mur de terrasse a, de distance en distance, des contreforts à moitié démolis, ainsi qu'un retour fort épais à sa gauche. Il soutient le devant d'un plateau régulier, qui a 200 pas de long, sur 80 de large, sans compter la place actuelle de Fourvière qui semble avoir toujours été fermée à l'Ouest par une pente très rapide. Celle-ci a, du Midi au Nord, jusqu'au couvent de la Providence, une centaine de pas et 158 de l'Ouest à l'Est, en y comprenant les petits jardins, les maisons, l'église et la terrasse de Fourvière où devait s'élever un temple . » Tel était l'emplacement du forum de Lyon, dont les édifices, d’après la Chronique de Saint-Bénigne de Dijon, auraient été détruits en 840, sous le règne de Louis le Débonnaire : Hoc anno, mirabile ac insigne opus quod Forum vetus vocabatur Lugduni corruit, eo ipso die intrantis autumni ?. Artaud signale plusieurs riches fragments, aujourd'hui perdus qui provenaient de cet édifice *. C'est également aux souvenirs des anciens archéologues que nous emprunterons des renseignements sur les ruines exhumées, et, pour la plupart, remblayées ou détruites aussitôt après, aux environs du forum, dans le passage Gay, le clos des Dames du Calvaire et la place de la Sarra.
Le passage Gay (n° 2 du plan), autrefois clos Billon, est un jardin particulier que l'on traverse moyennant un droit minime de passage”, pour arriver plus promptement à la chapelle de Fourvière. Dans les allées ombragées, on rencontre çà et là quelques restes informes de substructions romaines. Au moment de leur découverte, il était plus facile d'en déterminer la destination. Voici ce qu'en dit l'archéologue Adamoli 5 :
« J'étais présent lors que M. Dupont fit miner sa maison de campagne à Fourvière, pour planter des tilleuls sur une terrasse. Il y trouva des murs et des voûtes qui forment une partie des fondements de ce palais, lesquels embrassent toute la place de Fourvière, jusqu'à la maison de M. Olivier, celle qui, au temps d’Artaud, appartenait à l'abbé Caille, et sur l'emplacement de laquelle s'élève l'observatoire Gay. Au bout de cette terrasse, est un reste de ces murs hors de terre, épais de plus de 4 pieds, construits en pierres de roche de Pierre-Scize, mêlées de grosses briques de 3 pouces d'épaisseur. On trouva dans cette fouille plusieurs pièces de monnaie à l'effigie de l'empereur Claude, des dieux pénates en pierre rousse, des lampes sépulcrales et une fourchette d'argent à deux pointes, dont le manche représentait un satyre bien travaillé. » Artaud écrit de son côté : « Lors que M. l'abbé Caille a fait miner, pour asseoir dans une position magnifique les fondements de son pavillon, il a reconnu dans son jardin un grand espace de terrain, ou plutôt une plate-forme soutenue par des piliers énormes, qui formaient des galeries souterraines. Il a remarqué à fleur de terre les restes d’une muraille très épaisse, qui a dû faire partie d'un palais considérable contigu aux ruines du Château d'eau... Audessous du pavillon du même propriétaire, on a extrait une pierre fondamentale sous laquelle était, sans ordre, une poignée de médailles d'argent, toutes relatives au règne d'Auguste . » Lorsqu'on se dirige de la place de Fourvière ou de l'entrée supérieure au passage Gay dans la direction de l'Ouest, on passe devant la propriété (n° 3 du plan) des Dames du Calvaire et l'on arrive sur la place de la Sarra (n° 5 du plan). Tout cet espace était autrefois couvert de constructions romaines. En faisant bâtir, au cours de l'année 1873, les Dames du Calvaire mirent au jour plusieurs mosaïques de bon travail. Autrement importantes étaient les découvertes qui furent faites au temps d'Artaud : « M. Billet a trouvé, dit-il, dans sa maison de campagne, appelée autrefois La Sarra, des restes de constructions antiques, des aqueducs souterrains, des tronçons de colonnes de brèche violette, et une tête colossale d'empereur couronnée de chêne. M. Billet ne fait pas travailler une parcelle de souterrain sans qu'il y trouve des vestiges d'antiquités. Le même propriétaire nous a appris que M. de Constant, qui possédait cette campagne avant lui, avait vendu pour 12 000 francs de vieux marbres trouvés dans ce local ? ?. » Ainsi donc, le forum s'étendait plutôt vers le sud que vers le nord de la place de l'église, et au delà de celle-ci, dans l'espace compris par l'angle des rues Cléberg et du Juge-de-Paix. Ce terre-plein, comme nous le montrerons dans un instant, était entouré et soutenu, du côté des déclivités, par un mur énorme de 15 mètres de hauteur pour le moins, épais de 3 à 4 mètres, et étayé en plus, de distance en distance, par de puissants contreforts. On voit encore un pan colossal de cette muraille (fig. 7279), sur presque toute sa hauteur et sur une longueur de près de quarante mètres, derrière une maison en bordure de la rue Cléberg, à droite en montant : ce soutènement gigantesque maintient les terrasses des propriétés closes, dont l'étendue rejoint du côté opposé la place de l'église. Quant à l'origine romaine de cette construction, elle n'est pas douteuse : appareil extérieur rectangulaire moyen, rangées de briques, blocage caractéristique, tout y est. C'est ce même mur qui, sur sa façade est, s'écroula, entraînant une partie des bâtiments de l'esplanade, en 840 : « Cette année-là, l'ouvrage insigne et mémorable que l'on appelait le pieux forum s'écroula à Lyon, le jour même du début de l'automne ; il était demeuré stable depuis l'époque de l'empereur Trajan, soit pendant près de sept cents ans *. » Il ne s'agit évidemment pas d'un
seul monument, mais d'un ensemble de monuments constituant ce qui entourait et garnissait le forum : memorabile at que insigne orvs, non monumentum ou | ædificium. C'est une partie de l'esplanade et de son souténement que le formidable éboulement dut em- | porter en décombres.
L'an 840 était, en réalité, éloigné de plus de 700 ans du règne de Trajan, qui se termina en l'an 117. Hadrien, qui s'appelait lui aussi Trajanus, mourut en 138. Mais Trajani lempore n'indi que pas expressément le règne de l'un ou de l'autre : c'est leur épo que, leur siécle, comme on dit : « au temps de Charlemagne » pour désigner toute l'épo que carolingienne.
Autre question. Le forum velus était-il bien « le forum », c'est-à-dire la grande place officielle ? L'auteur insiste trop sur sa splendeur pour qu'il en soit autrement. Mais dés le début du Moyen Age, la ville était en quel que sorte descendue, et la place publi que principale n'était plus sur la hauteur : il y eut donc un nouveau forum. L'ancien, demeuré célébre par ses .souvenirs, ne reçut pas d'autre dénomination que celle de forum vetus.
3. Les fouil les de Fourvière, 1911 à 1914. — A ces. détails déjà anciens puisqu'ils furent recueillis par Artaud dans les premières années du xrx* siècle, doivent faire suite les résultats des fouil les archéologiques entreprises, au printemps de 1911 sur le plateau de Fourvière et continuées jusqu'en 1914, par les soins de M. Ph. Fabia et de M. C. Germain de Montauzan, agissant pour la Faculté des Lettres de l'université de Lyon.
Le choix de la colline de Fourviére, entre tous les quartiers de Lyon, pour la recherche des antiquités romaines, n'était certes pas arbitraire, ainsi que l'a expliqué M. Germain de Montauzan !. De puissantes raisons l'ont déterminé, mais la plus décisive de toutes est encore l'importance histori que du coteau, siége primitif de là colonie romaine. Le territoire du confluent, bien que confondu avec la colonie dans l'usage courant, ne faisait pas partie de Lugudunum au sens striet et juridi que du mot. Il constituait le domaine de l'association des Trois-Gau les, tandis que la colonie avait son siége officiel et administratif sur la rive droite de la Saône, autour de Fourvière.
Fourvière c'est le vieux forum, forum vetus, ou plutôt foro velere au cas obli que. A Forum velus a correspondu la traduction Forviel ou Forvieil : Claude de Belliévre (1487-1577) signale cette forme, mais c'est de foro velere qu'est venu Forvièdre ou Fourpiédre, puis Fourvière, par la chute régulière du d entravé. Est-il nécessaire d'ajouter que Fourviére ne peut, en auc une facon, venir de Forum Veneris, qui eût donné Forvendres ou Fourvendres.
Le texte, déjà cité de la Chroni que de SaintBénigne de Dijon, nous instruit de la ruine du vieux Forum et des édifi ces qu'il supportait, et qui dataient du règne de Trajan. Il n'est pas difficile de déterminer son emplacement : c'est la place méme de Fourviére, et son prolongement vers le Sud. Le inur, de dimensions colossa les, qui bordait et soutenait le terrain du forum, ou plutót la partie conservée et visible encore de ce mur AB, CD (fig. 7279), se voit parallélement à la rue Cléberg et à la montée de Fourviére, derrière quelques maisons et terrasses en bordure de ces deux rues. Mais ce ne sont là que les cótés adjacents d'un des deux ang les : toute la partie longeant le bord oriental de l'esplanade où est érigée la basili que actuelle a disparu, entrainée sans doute dans l'effondrement de l'an 840.
Là, le mur devait avoir son maximum de hauteur et d'épaisseur. En AB, sur une longueur de 50 mètres environ, il a déjà 15 mètres de haut, et une épaisseur de 4 à 5 mètres (15 pieds selon Artaud). Construit en | moellons de roche avec parement de moyen appareil, il était autrefois muni de contreforts, dont on ne voit plus à présent que quelques tra ces ; le parement a méme été par endroits fortement entamé, ainsi que les cordons de briques qui les séparaient en tranches |. régulières. Le segment CD, moins souvent mentionné que le segment AB, était depuis longtemps caché par les maisons de la montée de Fourvière, quand la démolition d'une de cel les-ci, vers 1909, permit de l'apercevoir sur une certaine étendue. Il est à peu prés dans le méme état que XB.
On avait espéré découvrir, en creusant les fondements de la basili que de Fourviére, des débris ou vestiges de toute nature ayant appartenu à de grands monuments. A la grande déception de tout le monde, la moisson fut pauvre. Toutefois, il faut se rappeler que c'est là le lieu de l'effondrement de 840, et qu'après l'effondrement commença et se poursuivit pendant une durée de plusieurs sièc les, le pillage de tous les matéri aux. Par suite, le peu qu'on a trouvé demeure assez significatif pour permettre de ne rien abandonner de l'opinion traditionnelle.
Des substructions antiques, quoi que peu étendues, ont attesté l'existence d'un édifice important jadis, à l'emplacement de la basili que. C'est dans les fondations de la nouvelle sacristie qu'on en a le plus rencontré. Une muraille, épaisse de 3 m. 47 a été dégagée, dans la direction de l'Ouest à l'Est ; pres que tous les blocs présentaient à leur base une de leurs arétes vertica les en saillie. Cette forte muraille servait sans doute de support au mur d'enceinte d'un monument considérable. On découvrit aussi deux murail les transversa les, perpendiculaires à la premiére, d'époque romaine. La Chroni que de Saint-Bénigne de Dijon dit que le forum qui s'écroula en 840 datait du temps de Trajan : ses édifi ces purent remplacer alors d'autres bâtiments datant des débuts de la colonie et leur emprunter des matéri aux.
Un peu plus au Nord fut découvert un petit réservoir de 1 m. 45 de large, aux parois garnies de briques à plat que revétait un enduit de ciment rouge. L'évier situé à 2 métres au-dessous du sol de l'ancienne église, était traversé par un tuyau vertical de poterie de 0 m. 175 de diamètre extérieur et 0 m. 085 de diamétre intérieur. Les trav aux d'installation du funiculaire de Fourviére, ont révélé une autre conserve d'eau, large également de 3 mètres, recouverte en partie d'une voûte en arc de cercle. Il y aurait enfin un bassin plus rapproché de la surface du sol, à peu prés au milieu de la place, devant l'église.
« C'était là, non pas le point central du forum, mais un point de sa partie centrale, non couverte par 49 des édifi ces. Nous avons défini un peu plus haut ses limites probab les. Le corps de bâtiment du couvent de Jésus-Marie, qui borne la place actuelle à l'Ouest est trés probablement établi sur des substructions romaines, de méme que son aile en retour, vers l'Est, où est présentement installé l'archevéché. Là s'élevaient sans doute les monuments qui bordaient le forum à l'Ouest et au Nord. Quel que nombreux et importants que l'on imagine ceux qui le bordaient à l'Est, il pouvait rester encore au milieu un espace libre fort étendu. La nouvelle église mesure 70 mètres depuis les portes jusqu'au chevet, tandis qu'un intervalle de 40 mètres existe entre ces portes et la sortie du funiculaire, ce qui donne au total 110 métres. Dans le sens perpendiculaire, 100 métres séparent le haut de la montée de Fourviére du hangar des pélerins. Dans cet espace, imaginons 5 000 mètres carrés occupés par les édifi ces du Nord et de l'Est, c'est encore un demi-hectare qui reste libre. Et nous n'avons pas compté la partie Sud, se prolongeant, un peu rétrécie, il est vrai, jusqu'au mur AB, mais qui laisse encore un emplacement de prés d'un hectare. Que de monuments pouvaient encore y tenir à l'aise ! Et qui se refuserait sous prétexte d'exiguité, à se représenter le forum à Fourvière ?
« On a souvent énuméré les différents édifi ces qui pouvaient se dresser sur ce forum. Est-il besoin de dire que cette énumération n'a ja mais été fondée que sur l'analogie probable, avec ce qu'on retrouve au forum dans les vil les antiques où les ruines sont debout — et sur les observations de Vitruve, Mieux vaut ne pas la répéter, puisqu'elle n'est que purement conjecturale, au bout du compte, et qu'auc une découverte précise n'a jusqu'ici défini l'emplacement du temple de Jupiter, de la basili que, du prétoire, ou autres enceintes publiques.
L YON
o0 côté, tant la concavité régulière s'accuse avec netteté « Leur tracé viendrait passer tout prés des ruines du théâtre anti que, qui, -signalées au xvi* siècle, par Syméoni dans la vigne d'un certain Barondeau, furent peu aprés, et pour longtemps, englobées dans les jardins des Minimes : el les sont comprises depuis Le dernier dans ceux de la Compassion. Mais l'usage s'est conservé de les désigner encore sous le nom de Théätre des Minimes !.
« Elle se sont d'ailleurs maintenues, à peu de chose près, dans le méme état qu'au XVIe *, et c'est un état de mutilation qui les rend bien informes. La scéne, la muraille droite qui devait constituer le fond de celle-ci, et ce qui était hors de l'appui de la colline ont disparu. Ce qui reste, ce sont les substructions des gradins, lesquel les servaient en méme temps à soutenir le terrain : massif de 8 à 10 mètres de haut, percé de quelques voütes sans profondeur ; quelques tra ces de gradins, des vestiges d'escaliers. Quoi que l'hémievele se profile encore distinctement, l'ensemble n'offre plus rien d'architectural ; ce n'est plus qu'une épaisse muraille entaillée dans le vide, un amas brut de moellons de roche noyés dans le mortier et faisant bloc. C'était un petit théâtre de 51 mètres de. diamètre. z Entre les murail les du théâtre et cel les de l'amphithéâtre, trés rapprochées, avons-nous dit, passait une voie romaine que l'on a retrouvée en creusant les fondations de la chapelle de la Compassion. Sous le même jardin passe également un souterrain qui se dirige vers l'Ouest et dont l'entrée est voisine de cette chapelle. t Toute cette région de la colline est d'ailleurs perforée de galeries du méme genre, analogues aussi à cel les du jardin du Hosaire, et il semble que la plupart communiquaient entre el les en se reliant aussi à des réservoirs. Il y en a au moins une dans le jardin des Minimes, contigu au Sud à celui de la Compassion, une autre où l'on peut pénétrer par une terrasse du n ? 2 de la rue de Farges, plusieurs autres dans le grand enclos de l'Antiquaille, y compris celle qui communi que avec le caveau que l'usage a fait appeler la prison de saint Pothin, appellation non fondée comme nous le montrerons plus loin.
« On connait la légende d'aprés laquelle ce dernier souterrain aurait servi à conduire les prisonniers soit au prétoire soit à l'amphithéàtre. L'autre légende, suivant laquelle l'emplacement méme de l'Antiquaille aurait été le palais, ou l'un des palais des empereurs ?, n'est, aprés tout, guére mieux fondée. Ele fut créée par Claude de Rubys, dont l'Histoire véritable de la ville de Lyon, parue en 1604, fut précisément écrite dans la maison qu'il possédait sur l'emplacement méme de l'Antiquaille, et qu'il tenait des héritiers de Pierre Sala, son premier occupant. Celuici avait récolté, tout autour de sa demeure, puis mis en ordre et conservé, une grande quantité d'objets
antiques, témoignant de l'existence à l'époque romaine d'une riche et belle demeure à cet endroit — d'où le nom d'Antiquaille que garda le domaine ; — mais il n'avait pas songé à spécifier quel était ce palais. Cependant, Paradin s'étant fait ensuite l'écho d'une opinion qui placait un palais de Sévère en l'enclos des Minimes, Rubys toujours empressé de contredire Paradin, ne voulut pas être en reste, et, sur le seul indice de quelques médailles à l'effigie de Septime-Sévère et de Julia Domna, trouvées sur ses terres, déclara que c'était là et non ailleurs qu'un palais avait été construit par cet empereur, à l'occasion de son mariage avec Julie. Cette idée prit corps et fut consacrée un siècle plus tard par l'autorité de Spon, qui prit pour le nom de l'empereur le timbre [] * gieuses du couvent de N.-D. de la Compassion et intitulée : De ce qui s'est passé de 1628 à 1685 au monastère de la Visitation appelé l'Antiquaille. signale dans tout ce terrain « de grandes quantités de marbre, de jaspe, de porphyre, ainsi que de fourneaux, de médailles, de fragments de figures dont le clos était rempli... d'aqueducs souterrains, de fontaines, de voûtes, de caves et de salles. » Cette relation signale encore : « une chambre circulaire à pilier central, creusée dans le tuf, encore marquée du sang de ceux qui y avaient souffert, encore pourvue de quelques-uns des anneaux de fer qui garnissaient le pilier, et de la porte de fer grillée en losange qui la fermait ; elle communiquait avec trois autres réduits plus affreux encore, et, par une voûte souterraine, avec le prétoire PLAN ses Ruines oe LVGDVHVM.— ^ SEVEHI imprimé sur quelques briques de même provenance, et qui n'indiquait sans doute que le nom du modeleur ; eût-ce été le nom de l'empereur, il n'eût pas prouvé davantage l'existence du palais.
« Une inscription, trouvée aussi à l'Antiquaille, au XIXe, faisant mention d'une certaine domus Juliana (ou Juliani) est ainsi conçue ? (n° 5 du plan) :
Finis collegii Larum in domo Julian(a ?). « Limite de la circonscription du collège des Lares dans la maison Julienne. » Une relation manuscrite conservée chez les religieux au-dessus. » Ce réduit a été transformé et décoré en un sanctuaire ?, « La seule chose certaine, c'est que sous le sol de l'Antiquaille existent de grandes pièces dont les parois sont revêtues de ciment, et qui ont dû contenir de l'eau ; au XVe, on en vit d'autres ornées de peintures ; que des statues, des objets d'art, des inscriptions, des médailles y furent découvertes à cette époque, en grande quantité. C'était donc un point important de la ville romaine de Lyon. Sans rien préjuger de la nature des édifices qui s'y élevaient, on peut penser que des fouilles, si elles étaient possibles, y donneraient encore de bien précieux résultats . »
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perdu. Voilà une Église célébre dont la succession épiscopale n'a jamais été interrompue, qui a toujours célébré les héros dans le sang desquels elle fut fondée et qui, à défaut de reliques qu'elle ne pouvait vénérer, n'a pas su ou pas voulu prendre soin de ce lieu qui eût dû être trois fois saint pour elle, en a perdu le souvenir précis, et n'a dû qu'à la science historique de retrouver il y a peu d'années l'emplacement sacré qu'avaient piétiné, ignorantes et indifférentes, ces générations qu'on nous représente sous le nom d' « âges de foi ».
L'incertitude, au sujet de cet emplacement, était si complète que plusieurs systèmes se trouvaient en présence et chacun avait ses partisans déterminés, plus habiles à contredire les thèses d'autrui qu'à démontrer la leur. a) Le plateau des Minimes. — Dans l'enclos des Minimes, et à quelques pas de l'Antiquaille, on voyait les vestiges d'une construction d'apparence circulaire, d'où on concluait avoir devant les yeux un ancien théâtre. Tous ceux qui admettaient que les bâtiments jadis élevés à l'Antiquaille avaient servi de prison aux martyrs !, soutenaient que la proximité de cette prison servait de preuve à l'existence de l'amphithéâtre dans l'enclos des Minimes. Cette opinion trouvait ses partisans parmi des hommes pieux qui n'avaient jamais su exactement, ou compris la différence qui existe entre un théâtre et un amphithéâtre et l'impossibilité de prendre l'un pour l'autre. Or, il suffit de l'examen d'un seul secteur, même peu étendu, pour permettre de décider, sans erreur possible, auquel de ces deux édifices on a affaire. Dans un amphithéâtre toutes les courbes sont elliptiques, alors que toutes sont circulaires dans un théâtre : ainsi, une simple constatation eût permis de prendre parti. Spon, Artaud, Chenavard, Monfalcon s'étaient prononcé et leur autorité eût dû suffire à entraîner, mais leur opinion dérangeait des habitudes d'esprit invétérées et, nonobstant tout ce qu'ils pouvaient dire, on s'obstinait à invoquer de prétendus indices favorables à l'existence d'un amphithéâtre. b) L'ancien Jardin des Plantes. — Nous avons dit déjà (col. 29) que l'amphithéâtre voisin du temple de Rome et d'Auguste ne satisfaisait pas aux conditions requises pour avoir été la scène du * massacre judiciaire » de l'an 177. Il faut ici en apporter les raisons.
Le long de la rue du Commerce ? existaient quelques vestiges antiques. Des travaux exécutés, en 1859, en vue de la transformation du Jardin des Plantes mirent à jour des portions considérables d'un amphithéâtre ?, qu'on se hâta d'identifier avec celui des martyrs ; peu de temps après on en reconnut l'impossibilité . L’amphithéâtre susdit, élevé sur le penchant de la colline de Saint-Sébastien, était situé sur le sol non de la colonie romaine, mais sur celui de l'Association des soixante cités gauloises qui composaient la représentation des Trois-Gaules auprès de l'autel de Rome et d'Auguste 5, « Or, l'institution fédérale, avec sa délégation des soixante peuples, devait pouvoir se passer entièrement du municipe lyonnais, dont le centre était à Fourvière. La ville fédérale et le municipe étaient comme deux villes distinctes », aussi les deux amphithéâtres « bien qu'édifices religieux l'un et l’autre, n'étaient pas consacrés aux mêmes divinités, et n'étaient affectés ni au même culte, ni par conséquent aux mêmes spectacles, de plus ils n'étaient pas sous la même autorité, n'appartenaient pas aux mêmes maîtres, n'étaient pas à la charge de la même bourse, n'étaient pas sur le même sol . » Le texte de la lettre nous apprend que l'amphithéâtre dans lequel les martyrs ont souffert était placé sous l'autorité du gouverneur romain de la province. Lui seul s'y montre en possession du droit de faire torturer et périr les chrétiens. Or son autorité expirait au seuil de la ville fédérale, et s'il fallait placer la scène du martyre dans l'amphithéâtre du Jardin des Plantes, nous y verrions commander le prêtre de Rome et d'Auguste. Cette considération a son importance. Renan estime que le texte de la lettre n'exclut pas absolument l'idée de deux amphithéâtres, mais on aurait besoin de fortes raisons pour l'accepter !. Puis il se ravise et accorde que si l'existence d'un amphithéâtre au Jardin des Plantes, dans les parages de l'autel de Rome et d'Auguste, était démontrée, on ne devrait guère hésiter à y placer au moins la seconde série des supplices, celle qui coïncide avec la fête fédérale du 1er août . Au reste, cette existence, il ne la tient pas pour vraisemblable. Les substructions antiques dés longtemps signalées par les archéologues lyonnais dans le clos de l'ancien monastère de la Déserte ?, seraient, plutôt que celles d'un amphithéâtre, celles de l'exèdre qui se développait autour de l'autel. Il augure que des recherches ultérieures achèveront de ruiner une cause déjà fort compromise à ses yeux. Ces recherches sont encore à faire. En attendant, les meilleurs juges tiennent pour valables les résultats acquis par Martin-Daussigny, que l'autel était en dehors de cette enceinte, plus à l'Est, qu'il s'agit ici, non d'une courbe elliptique ouverte, mais d'une ellipse complète. Le seul argument positif de Renan est tiré de la configuration du terrain, dont la pente trop rapide n'aurait pu fournir l'assiette d'un amphithéâtre. A quoi il est aisé de répondre que l'amphithéâtre en question était d'un type bien connu, entaillé du côté Nord dans la colline, assis du côté Sud sur des terrassements et maçonneries qui compensaient la déclivité du sol. Quant au rôle qu'il a pu avoir dans la persécution de 177, les opinions sont divergentes. Reprenant, avec quelque hésitation, l'hypothèse envisagée, mais rejetée par Renan, M. Jullian pense que « peut-être » les supplices du mois d'août eurent lieu dans l'amphithéâtre fédéral 5. Pour Stevert, les deux séries de supplices se passèrent là . Il invoque, en faveur de sa thèse, subsidiairement, une tradition religieuse du Xe et, principalement, une impossibilité juridique : n'étant pas justiciables de la colonie, ayant été condamnés par l'empereur ou son légat, les martyrs n'ont pu être exécutés ailleurs que « dans l'amphithéâtre des Trois Gaules, où régnait la majesté du prince divinisé. » L'inanité de cet argument essentiel saute aux yeux, non seulement de quiconque a quelque notion des choses romaines, mais d'un ignorant même, pourvu qu'il soit sensé : les martyrs purent être et furent condamnés au forum de Lugudunum : donc ils purent être exécutés dans l'amphithéâtre de Lugudunum. Tout au contraire, Allmer n'accepte pas même le partage : « Il faut rayer de l’histoire de Lyon, dit-il, le martyre à l'amphithéâtre fédéral *. » Et M. Germain de Montauzan 5, adoptant cette opinion, ne voit en faveur du partage que des apparences de raisons.
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Saint-Mizier ; donc, au pied de Fourvière coulait déjà le Rhône.
La raison tirée de la date n'est aussi que spécieuse : il n'est pas nécessaire, il n'est pas logique de supposer que Lugudunum ne prenait aucune part à la panégyrie des Trois Gaules. que durant cette panégyrie aucun spectacle ne se donnait à Lugudunum. La seconde série des supplices fut l'une des fêtes offertes par la colonie aux députés des trois provinces, en échange de celles où les députés ne manquaient point, à coup sûr, de convier la colonie, la prestigieuse voisine de leur Autel . a Si l'on ne croit pas que le drame de 177 ait eu ses deux dénouements sanglants, ou même qu'il ait eu le second seul, sur le territoire fédéral, reste à chercher un autre emplacement pour les deux séries de supplices ou pour la première seule. L'amphithéâtre du Jardin des Plantes étant celui des Trois Gaules, reste à savoir si Lugudunum en avait un et à le trouver . » c) Ainay. — Grégoire de Tours, dans son traité De gloria martirum, dit à propos de ceux qui souffrirent à Lyon : Locus ille in quo passi sunt vocatur Athanaco, unde ali qui vocaverunt eos martyres Alhanacenses 1, Grégoire avait vécu au VIe, il avait été élevé à Lyon, par son oncle l'évêque Nizier, et son témoignage semble devoir être pris en sérieuse considération. Il importe peu, sans doute, que l'explication soit vraisemblable, si elle n'est pas vraie ; mais, pour certains esprits, le fait d'être vraisemblable lui confère une vérité qu'ils ne discutent plus dés lors qu'elle leur agrée. Ce fut le cas d'un antiquaire respecté de tous, Alphonse de Boissieu ! !, qui adopta l'opinion qu'il qualifiait de « traditionnelle », seule bienséante et orthodoxe à ses yeux prévenus qui s'obstinent à voir, également à Ainay, l'autel de Rome et d'Auguste '.
Un amphithéâtre à Ainay ne pourrait être pour nous que l'amphithéâtre colonial, puis que nous savons que le quartier d'Ainay, le faubourg des Kanabæ, était un quartier de Lugudunum : Luguduni in Kanabis , disent des inscriptions. Mais, pour A. de Boissieu, c'était l'amphithéâtre fédéral, une dépendance de l'Autel. Mais il reste à expliquer le texte de Grégoire de Tours.
« Postérieur de deux siècles et demi à l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe et de quatre siècles à la Lettre des chrétiens de Lyon, ce texte, qui est venu s'ajuster à celle-ci comme un appendice, a suffi, par la tradition qu'il rapporte et l'appellation qu'il énonce, non seulement à faire fleurir les miraculeuses légendes, mais à faire couver, puis flamber, les inextinguibles querelles d'érudits. Après avoir rappelé les faits connus par la lettre et donné sa liste des quarante-huit martyrs, l'auteur ajoute : « Un juge inique fit brûler leurs corps sanctifiés et jeter leurs cendres dans le Rhône. Lorsque cela fut fait, comme les chrétiens étaient plongés dans la douleur, croyant perdues ces reliques bienheureuses, les martyrs leur apparurent à minuit dans le lieu même où ils avaient été brûlés, debout, entiers et sans blessures. Et s'étant tournés vers les fidèles, ils leur dirent : « Que l'on recueille ici nos reliques, car nul de nous n'a péri : de ce lieu nous avons été transportés au séjour du repos, que nous a ouvert le Roi des cieux, le Christ, au nom de qui nous avons souffert. » Ces fidèles rapportant cela aux autres chrétiens, rendirent grâce à Dieu et, affermis dans leur foi, ils recueillirent ces cendres sacrées et élevèrent en leur honneur une basilique de grandeur magnifique. Ils déposèrent sous le saint autel ces précieux gages, qui témoignent toujours par leurs vertus manifestes que ces martyrs habitent avec Dieu. Le lieu où ils ont souffert s'appelle Ainay, d'où quelques-uns les ont appelés les martyrs d'Ainay. Ceci est formel : Locus in quo passi sunt vocatur Athanaco. Ce nom donne régulièrement Ainay, suivant les règles phonétiques de la formation des mots français tirés du latin. Il n'importe guère d'éclaircir l'origine du mot latin, mais de constater qu'au VIe, en Gaule, on croyait que les martyrs de 177 avaient souffert au lieu appelé Ainay.
Cette croyance, nous le savons, était dépourvue de fondement, puis que nous avons montré que l'autel de Rome et d'Auguste et l’amphithéâtre voisin se trouvaient non à Ainay, mais au Confluent, où ils ont été retrouvés. Or, s'il n'y a jamais eu d'amphithéâtre à Ainay, comment expliquer l'assertion de Grégoire de Tours ? du lieu véritable ; que le souvenir le plus frappant était celui des cendres des martyrs entraînées au courant du fleuve ; qu'on se les représenta jetées d'un endroit qu'entouraient les flots, c'est-à-dire de la pointe de l’île d'Ainay ; que l'île enfin, par confusion, passa pour le lieu du supplice. En admettant que pareil enchaînement soit vraisemblable, c'est une conjecture toute gratuite. Nous ne nous y arrêterons pas.
« 20 Vient ensuite la solution proposée par M. Vachez !, qui fait une distinction entre les martyrs livrés aux bêtes dans l’amphithéâtre et ceux qui, citoyens romains, furent décapités. Faisant allusion à la loi des XII Tables, qui exigeait qu'aucune exécution capitale n'eût lieu dans l'enceinte de la ville, M. Vachez pensait que les citoyens romains condamnés par le gouverneur à avoir la tête tranchée avaient été conduits dans l'île d'Ainay, et là décapités. Le nom de martyrs d'Ainay appliqué seulement à ceux-ci d'abord se serait plus tard étendu à tous. forum, en plein centre de la ville. Enfin, nous ferons observer que, d'après la lettre, les restes des martyrs ont été réunis pour être gardés à vue, puis brûlés * ; cela ne se conçoit bien que si les lieux de supplices étaient assez voisins.
« 39 Mais voici une idée très simple, présentée par M. Germain de Montauzan, issue d'un point de départ indiscutable. Si quelques hommes compétents ont paru la dédaigner, c'est sans doute parce qu'elle fut mise en avant par un archéologue lyonnais doué de plus d'ingéniosité que d'esprit critique et de savoir solide, et qui trop souvent s'aventurait tête baissée dans le fourré des conjectures : le baron Raverat. Mais dans la circonstance il avait eu, par bonheur, sous les yeux, une pièce authentique, extraite des Archives départementales, et que lui avait communiquée le savant M.-C. Guigne ?. C'est un accord passé en 1284 entre le prieur de Saint-Irénée et le chapitre de Saint-Just, où il est question de vignes situées sur les pentes des hauteurs d'Ainay (in costis del puey d'Esnay).
. Donc au XIIIe, on appelait encore Ainay aussi, bien l'étendue de colline en face de l'abbaye que le territoire même de celle-ci. N'en était-il pas de même au temps de Grégoire de Tours, et Afhanacum ou Afhanaco ne désignait-il pas précisément le plateau de Saint-Just et des Minimes, tout autant que l'île en face ? Bien plus, ne peut-on penser que celle-ci ne prit qu'ultérieurement le nom du rivage voisin ? d) La place Saint-Jean. — Du faubourg d'Ainay, passons sur le territoire de la ville proprement dite, de la rive gauche sur la rive droite de la Saône, ou plus exactement, puis que nous sommes à l'époque romaine, du Rhône. Sans autre preuve qu'une inscription dédicatoire :
DEDICXVII. k. SEPT ORFITO ET MAXIMO COS qui était la dédicace d'un monument quelconque, le P. Menestrier et, à sa suite, plusieurs antiquaires lyonnais ont imaginé l'existence d'un amphithéâtre colonial au pied de la colline de Fourvière, vers l'amplacement occupé de nos jours par la place Saint-Jean devant la cathédrale, presque au niveau de la Saône, la direction du grand axe étant fournie approximativement par l'actuelle rue Tramassac.
Le P. Menestrier énonça cette idée en passant et sans y tenir beaucoup puisqu'il se contredit ailleurs , mais elle fut ramassée et adoptée par Artaud , Chenavard , Monfalcon !, enfin par le baron Raverat qui
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écrivait sans broncher ! : « Un véritable amphithéâtre aurait existé, au pied même de la colline, sur la place Saint-Jean, dans l'espace compris au nord du Treyve du Gourguillon, entre la rue des Deux-Cousins, la rue de la Bombarde, la rue Tramassac et le Panthéon qui occupait l'emplacement où s'élève aujourd'hui la cathédrale. Le grand axe de cet amphithéâtre, qui se développait du Nord au Midi, mesurait une centaine de mètres environ. » Chenavard a donné le plan général de cet amphithéâtre et trois coupes ?, J. Pierrot-Desseilligny a montré l'origine et le progrès de l'opinion du P. Menestrier ; l'inscription dédicatoire transcrite ci-dessus a été retrouvée non dans la rue Tramassac, mais près de l'église Saint-Romain et non sur son lit de pose, car elle avait servi depuis à un usage funéraire comme en témoigne l'inscription qui se lit au revers ?, Il ne fut pas jusqu'au nom de la rue, Tramassac, qui ne fut exploité, puis que dans les anciens titres, cette rue est nommée reiro massam *.
Si ces conjectures ingénieuses étaient exactes, il serait impossible qu'elles ne fussent pas vérifiées, car « des gradins taillés dans le roc ne s'effacent pas. » Jusqu'à ce qu'on ait trouvé ces traces, l'existence de l'amphithéâtre de la rue Tramassac n'aura pas de titres bien assurés. Les constructions disparurent de très bonne heure, car il résulte de pièces curieuses que les chanoines de la cathédrale, au Xe, se pourvoyaient de pierres de taille dans les édifices ruinés des parties hautes de Fourvière .
L'existence de cet amphithéâtre semble donc mal établie. Si quelques-uns ont cru devoir l'admettre, c'est peut-être en raison de la faiblesse des preuves servant à appuyer les autres opinions. Henan ne se dissimulait pas à quel point l'hypothèse était fragile : elle n'a pas « de titres bien assurés », disait-il ; elle se recommande « moins par sa propre force que par la faiblesse des autres. » S'il la préfère, c'est qu'il n'a plus le choix, avant écarté les autres, y compris celle dont il nous reste à parler. Mais comment faire accorder cet amphithéâtre de la place Saint-Jean avec le texte de Grégoire de Tours qui désigne Ainay ? Raverat. nous l'avons dit, apporte une pièce de 1284 d'un grand intérêt, mais pour en tirer parti à son point de vue, il est obligé de soutenir que le territoire d'Ainav empiétait sur la rive droite et comprenait l'actuel quartier Saint-Jean. Or, le document en question ne mentionne sur la rive droite que le puy ou colline d'^inay, désignation qu'il est arbitraire d'étendre à un quartier bas et presque plat. henan explique que les martyrs furent appelés Althanacenses par suite d'une confusion : Afhanacum ne fut pas le lieu des supplices, mais était le faubourg qu'habitaient les premiers chrétiens, qu'habitaient au moment de la persécution la plupart des chrétiens . e) Fourvière. — Une tradition ancienne suivie par d'anciens auteurs faisait attacher le lieu du martyre aux ruines d'un théâtre romain subsistant encore aujourd'hui dans l'enclos du couvent de Notre-Dame de Compassion . « Plusieurs ont dit, rapporte Paradin, que celuy (l’amphithéâtre) de Lyon. estoit en Farviére, prés de la Croix de Colle, où encore se voyent de grandes apparences d'un grand œuvre et merveilleuses brisées et vestiges d'un somptueux bastiment °, » Rubys écrit que « les Romains firent dresser un beau et somptueux amphithéâtre, d'où se voit encore quelque apparence de ruines en une vigne, qui est au-dessus des Frères-Minimes !^, » Le P. Ménestrier donne à ces ruines tour à tour le nom de théâtre ou d’amphithéâtre ; le P. de Colonia place sur la colline de Fourvière l'amphithéâtre de Lugudunum‘, et il est suivi par Néron et Cochard ', En 1866, Aug. Allmer, s'appuyant sur la distinction du municipe et de la ville fédérale et la célébration non sanglante des jeux du culte de Rome et d'Auguste, | affirmait que « si Lyon a voulu un amphithéâtre, il a dû en construire, mais alors chez lui, sur une des collines de la rive de la Saône ; à moins qu'on ne veuille se figurer que, par économie sans doute, les Lyonnais se fussent astreints à l'humiliante obligation d'emprunter à chaque besoin celui du voisin '. » Mais en 1880, le baron Raverat remettait à la mode l'amphithéâtre de la place Saint-Jean, et Renan se ralliait à cette conjecture après avoir pris soin d'écarter. | Vhypothèse d'un amphithéâtre à Fourvière où, selon lui, il n'existait qu'un théâtre '*. Sans doute, le texte de la lettre n'affirme point, mais implique la proximité de l'amphithéâtre avec le forum, le prétoire et la prison, mais il est impossible de concevoir, dans l'espace restreint de l'orchestre d'un théâtre, les supplices décrits par la lettre. Il est vrai que M. Pélagaud ne disconvenait pas de cette impossibilité '5, mais il soutenait qu'on s'était trompé et, croyant reconnaitre ici les vestiges d'un théâtre, qu'on pouvait a priori les regarder comme ceux d'un amphithéâtre et qu'une exploration approfondie les démontrerait sans doute tels. En 1886, M. Lafon, professeur à la Faculté des sciences de Lyon, acquit une maison avec jardin à l'angle sud des rues du Juge-de-Paix et Cléberg, et, par conséquent, limitrophe de l'enclos des Dames de la Compassion, lequel, comme le sien propre, était une partie de l'ancien clos des | Minimes. Le nouveau propriétaire voulut savoir ce que signifiait la pente incurvée de son terrain ; cette curiosité conduisit à une découverte capitale pour l'histoire du christianisme à Lyon.
C'est ici un des lieux les plus vénérables de toute l'antiquité chrétienne ; un de ceux d'où la foi s'est dressée triomphante et victorieuse à la conquête du monde. Ce sol sacré mérite qu'on entre à son sujet dans une démonstration du plus minutieux et du plus aride détail ; personne, croyons-nous, ne nous en fera un reproche ».
Au commencement de mars 1887, M. Lafon com-
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TEXTE CORRIGÉ :
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de son terrain ; cette curiosité conduisit à une découverte capitale pour l'histoire du christianisme à Lyon.
C'est ici un des lieux les plus vénérables de toute l'antiquité chrétienne ; un de ceux d'où la foi s'est dressée triomphante et victorieuse à la conquête du monde. Ce sol sacré mérite qu'on entre à son sujet dans une démonstration du plus minutieux et du plus aride détail ; personne, croyons-nous, ne nous en fera un reproche « .
Au commencement de mars 1887, M. Lafon commença ses recherches sur la partie en pente qui fait face au levant, et demanda à l'ancien fermier de rechercher les vieux murs dont il lui avait quelquefois parlé. Il lui fit choisir les endroits où la vigne venait mal. Ce procédé fit trouver facilement, à moins d'un mètre de profondeur, un mur arrondi à sa partie supérieure, dont la pente était de 28 degrés, comme celle du terrain. Ce mur, suivi dans les deux sens, aboutissait à sa partie supérieure à un mur normal qui fut dégagé sur une longueur de 7 à 8 mètres. À 4 m. 46 du mur arrondi, du côté du Nord, on trouva un second mur qui coupait approximativement à angle droit le mur transversal. L'intervalle de ces deux murs qui était de 4 m. 46 à l'origine, n'était plus que de 3 m. 55 à 8 mètres de distance du mur transversal. D'où on conclut que ce dernier mur, qui coupait octogonalement les deux autres devait être courbe. Il suffit de le faire dégager sur une longueur de 7 à 8 mètres, pour constater qu'il n'était pas droit. Cette remarque fut confirmée quelques jours après.
On pouvait dés lors affirmer qu'on avait un élément d'un théâtre ou d'un amphithéâtre. Dans le premier cas, le problème eût été facile à résoudre. Avec trois points et un compas, on peut faire une bonne partie du plan d'un théâtre. Il n'en est plus de même quand, au lieu de cercles, on a des ellipses. On ne pouvait rien affirmer à ce moment-là, il n’y avait qu'à suivre le mur courbe, qui n'était pas probablement le mur d'enceinte, car à 7 ou 8 mètres de là se trouvait un gros bloc de maçonnerie sur lequel, depuis de longues années, le fermier renouvelait souvent sa vigne sans succès.
Le 2 mai 1887, les travaux furent repris avec trois terrassiers, le bloc de maçonnerie fut dégagé de la terre et on vit apparaître un pied-droit, terminé par une naissance de voûte et coupé normalement par un mur de 1 m. 52 d'épaisseur. C'était évidemment le mur d'enceinte qui fut suivi plus tard jusqu'au point où il pénètre dans la propriété de l'Orphelinat. En ce point, il est à un mètre de profondeur et sa face intérieure n'est qu'à 5 ou 6 centimètres de l'angle de la terrasse du couvent.
Le mur courbe qui avait mis sur les traces du monument, fut suivi assez loin pour qu'on pût trouver deux autres rayons, et le cinquième jour on était sûr d'être sur la bonne voie, mais on ne pouvait rien affirmer ni sur la forme des courbes ni sur la grandeur du monument. Il fallut plus de deux mois avant d'atteindre le treizième rayon. Quand on avait un rayon, on cherchait le suivant en faisant creuser à une distance égale, mais on a reconnu depuis que ces divisions ne sont pas tout à fait égales.
Avant ainsi trois rayons suffisamment écartés, A. Lafon marqua leurs traces sur le mur qui le séparait de l’enclos de la Compassion et, à l'aide de triangles semblables, il reconnut que ces trois rayons ne se coupaient pas au même point. Les courbes étaient donc elliptiques, puisqu'elles n'étaient pas circulaires, et le monument était un amphithéâtre. Aug. Allmer, qui avait soutenu depuis longtemps que l'amphithéâtre des martyrs devait se trouver sur la colline de Fourvière, constata avec joie qu'il ne s'était pas trompé.
Les recherches furent continuées le long du 3° rayon et au-dessous du troisième mur elliptique. Une fraction de voûte avec son pied-droit fut dégagée sur une longueur de 10 mètres environ. Cette extrémité était couverte de 3 mètres de terre : on put néanmoins arriver à un large bloc de maçonnerie dont le bord était éloigné de 11 m. 25 de la deuxième précinction, Si cette dernière mesure n'a pas la précision des autres, elle doit s'écarter très peu de la vérité. On peut donc considérer ce point comme appartenant au podium.
La distance totale de l'arène à l'enceinte intérieure comptée sur le 3 rayon est égale à 30 m. 30, c'est-à-dire 100 p. et 28 onces. Ces longueurs sont ainsi réparties : de l'arène à la partie convexe de la 2 précinction 11 m. 25 + 0 m. 95 = 12 m. 20 pour la partie comprise entre la deuxième et la troisième précinction, 10 m. 30 et enfin 7 m. 31 pour la partie qui reste jusqu'au bord intérieur de l'enceinte. Les trois murs elliptiques compris entre le podium et l'enceinte ont une épaisseur de 0 m. 95. Les rayons compris entre ces mêmes ellipses ont très approximativement 1 m. 90 d'épaisseur. Les substructions changent complètement sous les gradins dits popularia.
A. Lafon avait remarqué que le pied-droit contigu à l'enceinte était coupé avant d'atteindre la troisième précinction. C'est à partir de ce point et en suivant la direction du mur elliptique, qu'il fit creuser un fossé de 8 m. de longueur sur 3 m. de largeur. Il trouva à 4 m. 20 du pied-droit un mur de 1 m. 40 d'épaisseur, dont l'axe coïncidait avec celui du deuxième rayon ; puis, après un intervalle de 1 m. 23, un second mur de 1 m. 27 d'épaisseur. Perpendiculairement à ces deux murs, un mur courbe qui a aussi 1 m. 27 d'épaisseur se prolonge jusqu'au pied-droit et forme, avec la troisième précinction, une galerie de 2 m. 40 de largeur, communiquant peut-être avec la voûte A, là où le pied-droit présente une brèche. C'est dans cette galerie, à deux mètres du balleus que fut trouvé ce fragment de chapiteau (fig. 7281). La feuille d'acanthe, nettement dessinée, indique le style corinthien.
Dans presque toutes les fouilles, on trouvait des morceaux de marbre dont quelques-uns avaient des moulures ; beaucoup de plaques de porphyre et de vert antique qui avaient conservé, sur leur face striée, l'empreinte du ciment qui avait servi à les fixer aux murs. Une seule de ces plaques, en marbre blanc, portait quelques lettres. Elle fut trouvée à 6 ou 7 mètres du podium, vers le onzième rayon ; elle portait quatre lettres d'un rouge vif formant deux syllabes séparées : TA et EX.
Dans le couvent de la Compassion, où il est difficile de pénétrer, il y a certainement des substructions importantes ; la forme circulaire de la colline suffirait pour l'indiquer. La pente du terrain a suffi pour arrêter les dévastateurs, car l'exploitation de la carrière devenait trop coûteuse. Il n'en a pas été de même de la partie orientale de l'amphithéâtre, qu'on pouvait aborder presque horizontalement, en venant de la Croix-de-Colle. Les gradins enlevés, on a dû démolir les murs jusqu'au niveau du sol pour pouvoir aller de l'avant. On enlevait les pierres de taille, mais on laissait les débris qui ont été retrouvés partout, en descendant seulement à 3 m. de profondeur.
Une fouille exécutée à 4 m. de profondeur près du mur de la Compassion, à 24 mètres de la propriété Mayet, a fait découvrir, à 4 m. de profondeur, un bloc de maçonnerie qu'il était difficile de dégager sur une grande étendue. À côté se trouvait un énorme bloc de granit qu'on a ramené, à grand-peine, sur le sol.
Le dixième secteur (cuneus) ayant été profondément creusé, on a pu mesurer la distance des deux pieds-droits aux points où ils coupent la troisième ellipse (deuxième précinction). Cette distance, augmentée de l'épaisseur du mur est de 4 m. 425. Or, sur le troisième secteur, l'arc correspondant a été trouvé de 4 m. 175, en prenant des moyennes. La différence est donc de 0 m. 25 pour 7 divisions, ce qui donne un accroissement moyen de 0 m. 036, quand on va du troisième au dixième secteur. On peut s'assurer que les divisions ne sont pas égales en mesurant sur le terrain la longueur de ces sept divisions. Cette mesure, plusieurs fois répétée, n'a jamais donné plus de 29 m. 80, nombre inférieur de 1 m. 14 à sept fois 4 m. 42. Les divisions interceptées par les rayons sur la troisième ellipse ne sont donc pas égales.
Il en est de même de la deuxième ellipse, mais avec une différence moins sensible. Pour vérifier, A. Lafon a mesuré directement l'arc compris entre le troisième et le treizième rayon. Cette distance, mesurée sur la courbe indiquée par plusieurs points de repère, a été trouvée de 54 m. 40, en prenant la moyenne d'un grand nombre de mesures, Or, si toutes les divisions étaient égales à la troisième qui est de 5 m. 355, on aurait, pour les dix, 53 m. 55. La différence est donc de 0 m. 80, et, si l'on admet un accroissement constant, dans cet intervalle, on trouve facilement que cet accroissement est égal à 0 m. 80 : 59 = (0,015. Cette différence est insensible quand on passe d'une division à celle qui suit immédiatement, et c'est ce procédé mécanique, pour ainsi dire, qui a été suivi pour découvrir les différents rayons.
Avant de poursuivre, on observera ici que sur la voûte A il devait y en avoir une autre destinée à supporter les gradins plébéiens. Il suffit, en effet, de remarquer que le sommet de la voûte A, sur la 4 précinction, et celui de la voûte du 10° secteur, sur la 3 précinction, sont approximativement de niveau. Il est donc évident qu'une seconde voûte, ou une arcade, devait se trouver sur la voûte A. Ce qui le fait supposer encore, c'est que les premières génératrices de la voûte reposent sur une assise horizontale, tandis que, dans les autres précinctions, ces génératrices sont inclinées de 28 degrés, comme la partie supérieure des pieds-droits qui les supportaient.
Le second pied-droit de la voûte d'entrée fut trouvé à 1 m. de profondeur ; l'écartement des deux pieds-droits est de 5 m. 45. L'épaisseur du pied-droit de la voûte étant de 1 m. 07, et sa distance à la porte étant de 1 m. 40, on aurait 3 m. 87 pour la largeur du pied-droit de l'arcade, au-dessus de laquelle se trouvait la dernière surmontée de l'attique.
Nous voici maintenant arrivés au point délicat du problème qui est à résoudre. Pour pouvoir faire usage du calcul, il faut savoir de quelle manière on a mené tous ces rayons qui coupent les courbes. On sait de façon certaine que, dans les arènes de Nîmes, le contour de l'arène et celui de l'enceinte étaient des ellipses, concentriques, dont les deux axes différaient de la même quantité. Le fait n'a pu être constaté à Fourvière, car la propriété Lafon ne contenait qu'un sommet et l'enclos de la Compassion qui possède les autres sommets était inaccessible. Mais, en revanche, A. Lafon put mesurer facilement, sur des substructions, des parties invisibles dans un monument complet. C'est ainsi qu'il reconnut que toutes les parties des rayons, qui étaient comprises entre les deux mêmes précinctions, avaient la même longueur.
Il n'est pas hors de propos de remarquer que les architectes, qui ont construit les amphithéâtres, pouvaient connaître aussi bien que nous, les principaux propriétés des sections coniques. Il faut bien admettre que ces hommes d'élite, qui ont rempli leur mission avec tant d'habileté, n'ignoraient pas ce qu'on avait enseigné, sur les sections coniques, à l'école d'Alexandrie. D'après cela, ils ne se guidaient pas sur le simple coup d'œil pour tracer les pieds-droits et éviter de les faire trop obliques, par rapport aux précinctions, auxquelles ils servaient de contre-forts.
Avec ces données, on a le droit de supposer que le plan de l’amphithéâtre a été tracé de la manière suivante : On a commencé par choisir les axes de l'arène d'après les dimensions et la forme qu'on voulait lui donner, et ces lignes prolongées de 30 m. 30 ont donné les axes de l'enceinte intérieure dont l'un est représenté ici par MA et l'autre par MB (fig. 7282). Leur différence AB est la même pour les quatre ellipses. Par conséquent, en faisant glisser le point A sur le petit axe de l'arène et le point B sur son grand axe, les quatre points MNPQ, placés à des distances connues, décriront les quatre ellipses de l'amphithéâtre. Quand le point M coïncide avec une division égale de l'enceinte, la droite MA indique un pied-droit. Ainsi, pour un quart d'ellipse, les points de rencontre des quinze pieds-droits ont lieu dans l'intérieur de l'angle AOB ; ces points sont tous différents comme on l'avait constaté.
On a dû commencer par tracer l'ellipse extérieure à l'aide des foyers, puis que les axes étaient connus. Les pieds-droits ainsi menés satisfont aux conditions à que les mesures nous donnent :
$ 1° Leur longueur prise entre deux mêmes précinctions est constante ;
2° L'angle qu'ils font avec la normale à la précinction est relativement petit, et des mesures directes, prises dans le 10e secteur, correspondent exactement à l'angle calculé.
Le plan de l'amphithéâtre une fois tracé, il restait à chercher l'orientation de ses axes, en déterminant leur direction par rapport au mur de la Compassion, dont l'orientation est connue. Pour cela, A. Lafon eut recours à la 2e ellipse dont treize parties sur quinze sont à notre portée. Cette courbe jalonnée peut être prolongée facilement, car vers le 13e rayon elle est sensiblement parallèle au mur de l'orphelinat Holly. Or, la corde du quadrant, calculée d’après la longueur des axes, étant égale à 73 m. 40, si l'une de ses extrémités est placée sur le sommet de la 2e ellipse, l'autre extrémité devra couper cette courbe à l'extrémité du quadrant, ce qui fournit une vérification des calculs. Le plan de l'amphithéâtre peut ainsi être appliqué sur un plan du terrain construit à l'échelle de 0,002.
On trouve ainsi que le grand axe coupe le mur de la Compassion à 49 mètres du mur de l'Orphelinat. D'un autre côté, le sommet de la grande ellipse, c'est-à-dire le milieu de la porte de la voûte A est à 2 m. 73 du pied-droit, puis que la largeur de cette porte était de 2 m. 65. Par conséquent, on peut tracer l'axe sur le terrain et le centre sera sur cette ligne à 16 métres au delà du mur de la Compassion. L'angle que fait le mur avec l'axe de l'ellipse étant de 100 degrés, il s'ensuit que la partie nord de cet axe est écartée du méridien d'un angle compris entre 12 et 13 degrés du côté de l'Est (le mur de la Compassion est, à 2 ou 3 degrés près, dans la direction Est-Ouest),
La surface comprise dans l'intérieur de l'enceinte est de 11 000 métres carrés, et celle de l'arène est de 25605 métres carrés. La différence 8 435 mètres carrés représente donc l’espace occupé par l'ensemble des gradins. Pour avoir le nombre de spectateurs que l’amphithéâtre pouvait contenir, on n'aurait qu'à diviser cette surface par l'espace réservé à chaque personne. On sait que les places étaient indiquées par des rainures taillées dans la pierre, séparées par un intervalle de 40 centimètres ; l'espace occupé par chaque spectateur peut être pris égal à 0,4 x 0,8 — 0,32, c'est-à-dire un tiers de mètre carré. Par conséquent, trois fois 8435 peut représenter le nombre des spectateurs qui pouvaient être placés dans l’amphithéâtre.
On peut encore faire ce calcul de la manière suivante : pour avoir par exemple le nombre de places que renfermaient les gradins réservés aux citoyens romains, remarquons que la moyenne des deux ellipses qui les limitaient est égale à 4 fois 73 ; il en résulte que, sur cette ellipse, pouvaient se trouver 730 personnes, par conséquent 7 300 dans l'intervalle compris entre la 2e et la 3e précinction ; puisqu'il y avait dix rangées de gradins.
Ces gradins étaient séparés de la partie réservée au peuple par une galerie qui avait près de 2 mètres de largeur comme l'indique le mur secondaire qui règne le long du balteus, à 1 m. 40 de distance.
L'intervalle compris entre le balleus et l'enceinte n'est ici que de 6 m. 90 ; mais si on ne suppose aux gradins qu'une largeur de 0 m. 75, et si on remarque que l'attique n'avait certainement pas la même épaisseur que l'enceinte, on voit qu'il y avait encore ici dix rangées de gradins, Un calcul analogue au précédent donne 8 750 pour le nombre de spectateurs qui pouvaient se placer sur les gradins plébéiens. Il est même probable que ce nombre était quelquefois plus considérable.
Entre la 17e et la 2e précinction se trouvaient dix gradins réservés à l'ordre équestre, et quatre autres, voisins de l'arène, réservés aux grands personnages.
Le calcul qui précède ne peut pas être appliqué au podium où l'on était évidemment plus à l'aise que sur les gradins plébéiens, mais, en revanche, la galerie qui longeait le balfeus pouvait contenir 1 600 personnes et le nombre des gradins était de quatorze au lieu de dix.
Donc, eu égard à cette compensation, l'ellipse moyenne, multipliée par 14, nous donnera 7 840 pour le nombre de places réservées aux chevaliers et aux grands personnages. Par conséquent, en tout, 23 890 spectateurs pouvaient prendre place dans l'amphithéâtre de Lugdunum.
Du côté de l'Ouest, l'amphithéâtre, quoique adossé à la colline, avait certainement deux étages au-dessus du sol. Du côté de l'Est, le monument a été construit dans des conditions normales puis que le sol était horizontal. L'altitude de l'arène peut être évaluée à 260 mètres, celle de la porte d'entrée de l'Antiquaille est de 262 mètres, enfin celle de la place des Minimes est de 257 mètres.
Une distance de 180 mètres environ séparait le palais du gouverneur de l'entrée de l’amphithéâtre, et il est probable qu'un chemin particulier, probablement une galerie voûtée, était réservé à ce personnage.
L'édifice était orienté du Nord-Est au Sud-Ouest en suivant le grand axe, et celui-ci avait, comme dimension extérieure, 133 mètres, le petit axe 110, l'arène se réduisant à 70 mètres sur 58. Cet amphithéâtre était donc un peu plus petit que celui du Jardin des Plantes, dont les deux axes ont extérieurement 140 et 117 mètres, tandis que ceux du Colisée, pour recourir à un terme de comparaison typique, sont de 188 et 155 mètres.
Quelques secteurs seulement ont été mis à jour et sont encore aujourd'hui en partie découverts. Ce ne sont, à vrai dire, que des substructions, murs elliptiques soutenant les précinctions et voûtes inclinées qui avaient à supporter les gradins de chaque étage. Mais, comme ce côté est adossé à la montagne, les étages n'étaient pas superposés et les voûtes sont donc très peu profondes. Tout ce qui apparaissait jadis à l'extérieur, gradins et balcons (baltei), tout ce qui était de pierre de taille, en un mot, a été enlevé, pillé, exploité comme une carrière '. Il en a été de même de tout l'édifice du côté opposé qui, bien plus important, avait façade extérieure, hauts murs verticaux, était percé d'ouvertures et de galeries suspendues, creusé d'escaliers. C'est la partie basse du jardin, en pente douce à présent qui, aplani autrefois, était occupée par l'arène. Peut-être y a-t-il aussi quelques substructions par-dessous !.
Il y a des raisons sérieuses de croire que M. Lafon ne s’est point trompé dans ses constatations et ses calculs. S'il en est ainsi, sa découverte résout de la façon la plus heureuse la question longtemps incertaine : les supplices des martyrs de 177 ou, tout au moins, la première série de ces supplices, eurent lieu dans cet amphithéâtre, dont la situation répond à merveille aux circonstances topographiques de l'événement telles qu'elles se dégagent d'un examen attentif de la lettre, puis que cet emplacement réalise, mieux même que celui du théâtre des Minimes, situé qu'il est au Nord du théâtre, la condition de proximité par rapport au forum et à la prison. Mais, adoptées en général, adoptées par les savants les plus notables, les conclusions de M. Lafon ont eu et ont encore des adversaires.
« Stevert, dupe d'une erreur grossière, niait la possibilité juridique de l'exécution des martyrs ailleurs que sur le territoire fédéral. Cette prétendue raison péremptoire, il la faisait valoir en particulier contre la découverte de M. Lafon, Les vestiges remis au jour en 1887 étaient, selon lui, non ceux d'un amphithéâtre mais ceux d'un théâtre. Il n'y avait pas d'amphithéâtre à Lugudunum, il y avait deux théâtres, le petit, celui du clos de la Compassion, le grand, celui du clos de la Compassion et du clos Lafon. Les motifs sur lesquels il appuyait sa négation de l'amphithéâtre n'étaient pas plus solides, au reste, que celui sur lequel il fondait sa négation du martyre à Fourvière. C'était d'abord une hypothèse gratuite : le petit théâtre serait devenu insuffisant pour la colonie, la construction d'un grand théâtre se serait imposée au temps d'Hadrien. C'était ensuite une exagération tendancieuse : l'ellipse restituée par M. Lafon « est si peu sensible qu'elle n'en est pas une ? », « C'était enfin une affirmation qui mettait Steyert en contradiction avec lui-même : la configuration du terrain interdisait de croire à l'existence d'un amphithéâtre ; raison invoquée par Renan contre l'existence d'un amphithéâtre au Jardin des Plantes, sur une déclivité pareille, mais que Steyert n'avait pas le droit d'invoquer ici, lui qui admettait si bien l'existence de l’amphithéâtre fédéral qu'il y situait la totalité des supplices *. » En définitive, les objections soulevées contre la découverte et les conclusions qu'en tirait A. Lafon ne pouvaient être considérées comme dignes d'être prises en considération, et les contradictions de Steyert laissaient à la découverte toute sa portée historique.
Mais il semble qu'il soit impossible d'arriver à clore cette question de l'amphithéâtre de Lugdunum. M. R. Le Nail, architecte, a soumis au Comité des travaux historiques et scientifiques, le 31 mars 1914, des remarques touchant la cuvette d'un hémicycle situé dans le clos dit « de la Compassion ». « Nos relevés, dit-il *, ayant été dressés, nous avons fait immédiatement sonder le sol, et des courbes régulières auxquelles adhéraient des murs rayonnant vers un centre unique apparurent. Malheureusement la propriété étant plantée en vignes, il était utile, pour continuer nos travaux, de s'avancer en galerie pour le dégagement des précinctions, ce que nous avons fait le plus loin qu'il nous a été possible. Des voûtes en maçonnerie, alternées de claveaux en briques soutenant autrefois des mæniana ou gradins, subsistent encore sur toute la surface. Ces constatations nous démontrèrent que nous nous trouvions en face d'un théâtre romain, nous dirions même d'un grand théâtre, car, ainsi qu'on peut s'en rendre compte sur le plan (fig. 7283), il existe dans le clos de la Compassion un petit théâtre, lequel, à l'instar de ceux de Pompéi, se trouvait juxtaposé au grand, le premier étant vraisemblablement un théâtre couvert, et le second un théâtre à air libre.
« Mais ce qui rend intéressante cette découverte, c'est que la fraction de monument mise au jour, correspond à une autre fraction de monument exhumée en 1887 par M. Lafon, rue du Juge-de-Paix, n. 5. M. Lafon crut voir dans les substructions qu'il dégagea une partie d'ellipse, et édifia sur cette ellipse un amphithéâtre idéal. Voulant nous rendre compte de la valeur des trouvailles de M. Lafon, dont quelques-unes sont demeurées à l'air libre, nous avons répéré et mesuré soigneusement toutes excavations, ce qui nous a permis de conclure que les opérations de M. Lafon étaient inexactes. ; t La propriété Lafon — que nous avons louée tout exprès pour cette étude — contient donc la seconde partie de notre théâtre gallo-romain. En effet, nous avons répéré avec soin et fait sonder les parties immédiatement vis-à-vis du théâtre, emplacement où passait le tracé fictif de l'ellipse présentée, et non seulement nous n'avons trouvé aucune trace de précinctions ou de murs de forme elliptique, mais des salles régulières, pavées en béton, existant là.
« Nous avions d'abord observé, grâce à des relevés de cotes d'altitude la forme hémicirculaire du terrain ; c'est à la suite de ces relevés que nous décidâmes l'entrée en galeries sous les parties de terrains cultivés et le déblaiement par tranchées dans les terrains libres. Des courbes concentriques ne tardèrent pas à être dégagées ; elles étaient reliées à des murailles rayonnantes, se dirigeant toutes vers un même centre (fig. 7284).
“ Les difficultés ont été grandes pour effectuer les relevés, le travail principal ayant été fait sous terre afin de ne pas détruire les plantations ; néanmoins nous avons obtenu un résultat suffisamment appréciable.
« Les meniana supérieurs sont en assez mauvais état, les murs séparatifs des travées ayant été ruinés en partie, et les voûtes écroulées pour la plupart : par contre, le mœnianum inférieur est conservé presque dans sa totalité.
« Les arcs de chaque travée sont constitués en briques et en maçonneries ainsi alternés : 0 m. 30 de maçonnerie ; trois briques de 0 m. 026 ; 0 m. 30 de maçonnerie, deux briques de 0 m. 046.
« Le bon état de conservation du mœnianum inférieur doit être attribué à ce fait qu'il n'a pas été dégagé des blocages en maçonnerie qui le surmontent.
« Parmi les matériaux employés, on trouve notamment la pierre de Seyssel, que l'on sait n'avoir été utilisée à Lugdunum que dans le IVe de notre ère ; de nombreux fragments de marbre dont quelques-uns moulurés et sculptés.
« Les murs circulaires sont, avec le mœnianum inférieur, les mieux conservés ; ce fait est dû à la pente de la colline dont ils soutenaient les terres, ce qui les a préservés de la destruction.
« Nous avons pu pénétrer dans les tubes coniques formés par les arcs de souténement des gradins ; les briques de l'enduit primitif sont absolument intactes. Il n'en a pas été de même pour le proscenium et le postscenium que nous n'avons pu repérer qu'à l'aide de tranchées réduites de 0 m. 80 de largeur ; les terrains cultivés ne nous ont pas permis pour l'instant de plus amples sondages ; nous avons donc pu tracer la direction de la scène, mais tout le relevé central nous manque.
« Les objections présentées contre la thèse de l'amphithéâtre, objections qui ont conduit à reprendre les fouilles, étaient les suivantes :
« 1° Position défectueuse pour un amphithéâtre sur une colline à forte pente ;
« 2 Absence totale de fondations pour le mur du podium ;
« 3e Aucune trace d'escaliers, et par suite absence complète de vomitoria et de sorties ;
»49 La partie découverte ne correspondait qu'au cinquième de l'ellipse proposée.
« Sur ce dernier point, il était intéressant de faire des sondages dans les parties correspondantes de l'ellipse proposée, mais précisément ces sondages non seulement ne donnèrent pas le tracé elliptique attendu, mais des dallages de salles rectangulaires existant à ces emplacements.
* Nous nous sommes efforcé de rechercher par quelle erreur le professeur Lafon avait pu prendre un cercle pour une ellipse. Nous croyons tout d'abord que l'insuffisance de substructions mises au jour y a contribué, mais c'est principalement, estimons-nous, à son inexpérience des relevés sur le terrain, en effet, toute sa démonstration mathématique repose sur un point de départ faux. Il établit la neuvième travée à partir du départ du grand axe sur un plan inexact, ce qui lui permet de se rapprocher des plans habituels d'amphithéâtre, alors que nos relevés personnels nous donnent au contraire une travée ayant — ainsi que le comporte le théâtre romain — deux angles aigus dans la partie la plus éloignée du centre, deux angles obtus dans la partie la plus rapprochée.
« Toute démonstration, si savante soit-elle, tombe donc ipso facto. » C'est ce que nous allons voir.
« M. Rogatien Le Nail avait donc adopté l'opinion de Steyert : il avait même fait et publié de l'hypothétique théâtre une de ces reconstitutions fantaisistes, que l'exemple de Chenavard mit à la mode dans le milieu des architectes lyonnais. Avant d'abord imaginé ce théâtre, il a cherché ensuite et trouvé, affirme-t-il. Des sondages pratiqués par lui sur l'emplacement du côté adossé, tant dans le clos de la Compassion que dans le clos Lafon, des mesures d'angles faites sur ces nouveaux sondages et refaites sur les anciens, il résulterait que tous les murs rectilignes rayonnaient vers un centre unique, non vers deux foyers, que toutes les murailles courbes étaient des arcs de cercle, non des éléments d'ellipse. D'autres sondages pratiqués en face du côté adossé, en des points du tracé fictif de l'ellipse reconstruit par M. Lafon, au lieu de substructions elliptiques, auraient permis de constater les fondations du proscenium et du postscenium, des salles rectangulaires au sol bétonné, des vestiges d'une voie longeant à l'Est la façade du monument. Les deux rapports communiqués par l'auteur de cette exploration au Comité des travaux historiques sont accompagnés d'un plan, reconstitué d'après tous les sondages et d'une superposition de son théâtre à l'amphithéâtre de M. Lafon. N'ayant aucun élément que ces deux rapports, A. Héron de Villefosse a pu regarder les constatations de M. Le Nail comme réelles et ses calculs comme justes ; il a pu dire que ces fouilles faisaient « revivre une question fort importante pour la topographie de Lyon à l'époque romaine », que « les observations de M. Lafon devaient être inexactes », que le monument était un « théâtre et non un amphithéâtre », son jugement aurait été sans doute beaucoup moins favorable, s'il avait eu le moyen de soumettre à une enquête personnelle les affirmations de l'explorateur : M. Le Nail, qui fut un visiteur curieux et fréquent de nos fouilles, crut devoir nous dissimuler soigneusement les siennes, se donnant l'apparence fâcheuse de redouter le contrôle. Des informations sûres nous sont parvenues tout de même, d'où résulte que les sondages du clos de la Compassion furent sommaires et hâtifs, ceux du clos Lafon subreptices et clandestins : que les mesures d'angles furent établies par les procédés de l'empirisme le plus aléatoire ; que le doute est très légitime quant à la valeur scientifique de cette investigation : qu'après comme avant il faut souhaiter, avec Stevert, une investigation supplémentaire ; que le plus sage, en attendant, jusqu'à meilleure preuve du contraire, et de s'en tenir aux conclusions de M. Lafon * ».
Celui-ci trouve une confirmation imposante dans le fait qu'il satisfait parfaitement aux exigences topographiques imposées par le texte de la lettre.
Un examen attentif du texte de la lettre conservée par Eusèbe eût dû mettre en garde contre l'invraisemblance du site d'Ainay et celui du Confluent. Il est dit, en effet, dans cette lettre que les martyrs furent plusieurs fois conduits de la prison à l'amphithéâtre, sans que jamais les plus horribles souffrances aient triomphé de leur courage. Comment, avec le corps tout en lambeaux, brûlé par des plaques rougies au feu, tenaillé, déchiqueté, eussent-ils supporté de descendre la colline, de traverser le fleuve et de monter le coteau ! On les eût ainsi exposés à mourir en route, et l'on eût privé le peuple de son spectacle attendu.
Il est, en effet, matériellement impossible d'admettre que les martyrs se rendissent dans l'état où les tortures les avaient réduits, du Palais du gouverneur à l'amphithéâtre du Confluent. Une distance de 1500 mètres sépare ces deux points extrêmes, entre lesquels une dépression profonde marque le cours de la Saône. Pour se faire une idée de la manière dont les martyrs eussent été traités pendant ce trajet, nous avons le témoignage de la lettre au sujet de saint Pothin, trainé par les soldats de sa demeure au Forum : « Il était, dans le trajet, accompagné des magistrats de la cité et d'une foule immense qui vociférait toutes sortes d'outrages contre lui. » À peine a-t-il affirmé sa foi « qu'il est brutalement arraché du tribunal et on lui fait subir toutes sortes de mauvais traitements. Ceux qui l'entourent, sans avoir égard à son âge (90 ans), le frappent des pieds et des poings, tandis que les plus éloignés lui lancent ce qu'ils ont sous la main... Enfin, respirant à peine, il est jeté dans un cachot, où il expire deux jours après. » Or, la lettre ne dit rien de semblable pour les autres martyrs dans leurs fréquents trajets de la prison à l'amphithéâtre. S'il s'agissait de l'amphithéâtre du Confluent, en quel état fût arrivé Attale, contre lequel le peuple éprouvait et manifestait une rage particulière. Mais peut-on croire qu'il fût revenu vivant de cet amphithéâtre à la prison de Fourvière, le jour où le président ayant appris qu'il était citoyen romain l'avait fait retirer des jeux où on réclamait son apparition. Comment le peuple furieux ne se serait-il pas rué sur Attale pendant ce long trajet, ne lui aurait-il pas fait subir mille avanies ; cependant la lettre n'en dit rien.
Elle dit qu'on conduisait tous les jours Blandine et Ponticus à l'amphithéâtre pour assister aux supplices, et le passage de la prison à l'amphithéâtre est exprimé par gic-xyeiv, elo-xouitetv, qui indiquent l'introduction dans l'amphithéâtre.
73 EVON S a 74 l'honneur que répandirent sur elle ses premiers enfants, il faut, avant d'en venir là, parler de ce que nous pouvons savoir de son organisation.
L'historien Eusèbe rencontrant dans son récit la persécution survenue à Lyon en l'an 177, commence par ces mots : « La Gaule possède des métropoles remarquables qui l'emportent sur les autres de cette contrée : leur nom est célèbre, c'est Lyon et Vienne. Les très illustres Églises de ces deux cités ont envoyé à celles de l'Asie et de Phrygie la relation écrite qui concerne leurs martyrs !. » Eusèbe écrit au commencement du IVe, il a dans l'esprit l'état présent des Églises de la Gaule, et le tour qu'il emploie pour s'exprimer semble indiquer qu'il fait des chrétientés de Lyon et de Vienne, n'importe à quelle époque de leur durée, depuis l'origine, deux Églises distinctes, rapprochées au IVe par « le fleuve du Rhône qui les traverse l'une et l'autre * » et par une épreuve supportée en commun.
Il se peut que la lecture du document qu'il se préparait à transcrire et qu'il nous a conservé, lui ait suggéré par l'emploi de certaines formules, l'idée de ce rapprochement dans lequel on a pensé voir une réelle indistinction. Voici le début de la relation : Ot £v Brévy xxl Aooy805vo Ths l'axe maporxobvrec doDAot AptoTOU TOig xat thv « Aotav xol Gpovtav... déemotcs. Si Lyon formait une Église épiscopale — et le rôle qu'on y voit remplir par saint Pothin ne permet pas d'en douter — comment « les serviteurs du Christ à Vienne », qui sont nommés avant ceux de Lyon, ne formeraient-ils pas aussi une Église indépendante ? C'est d'ailleurs ce que la relation parait elle-même inculquer en s'exprimant ainsi : « Chaque jour on arrêtait ceux qui étaient dignes, et ils complétaient le nombre des martyrs en sorte qu'on emprisonnait ensemble tous les membres zélés des deux Églises », oTe CUAAEYTVOX. Ex TOv 600 nXvcxc TOC croudæiouc +. Voilà donc le mot essentiel : « deux Églises » ; dès lors, deux communautés vivant chacune de son existence indépendante, sauf à entretenir des relations plus ou moins étroites de bon voisinage. Ici, il ne s'agit plus de la pensée d'Eusèbe, nous avons le témoignage des rédacteurs de la lettre.
La pensée d'Eusèbe est favorable à la distinction, la mention expresse dans le corps de la lettre d'un diacre de Vienne « donne une impression analogue » ; néanmoins un historien fait « observer d'abord que l'intitulé de la lettre prouve plutôt pour que contre l'unité des deux Églises : ol &v Biévwn, xtA. C'est, nous dit-on, tout à fait l'analogue des suscriptions employées, au 1er et au 2e siècle, par les Églises de Rome, de Corinthe, de Smyrne, etc. ‘H £xxXnoix 705 = Oso à rxpouxobox Pounv tj &x« Xnol« 700 Oeod tř nxpotxo)oy Kóptvðov *... : IIoAóxapzoc... T) £xxXnola 400 (JeoS tn zxpotuxoDog Diirroic 7.. ; »H éxxAnoix TOU Ozo 4 ma« potxoUcox Iuüopuxw cf, £xxATvclx Toù Oso c5 mxpotxoDoy £v Piloumaiw.. etc. Cette formule semble plutôt désigner un groupe ecclésiastique que deux groupes ayant chacun son organisation distincte ; en tout cas, elle n'offre rien de contraire à l'indistinction des deux Églises ?. » Ces comparaisons sont plus ingénieuses que démonstratives et on peut objecter avec toute vraisemblance que si les deux chrétientés, qui n'appartenaient pas à la même province, avaient réellement formé une communauté unique, Lyon, qui était en ce cas le lieu de résidence de l'évêque, aurait été nommée la première et non pas Vienne ! ?^. La place donnée à Vienne, dans l'intitulé de la lettre, est tellement inattendue qu'il faut, vaille que vaille, lui trouver une explication, et voici celle qu'on propose : « Le fait que Vienne est nommée d'abord, s'il a une signification, ne peut être qu'une politesse des Lyonnais à l'égard de leurs confrères de Vienne. L'événement est essentiellement lyonnais. Les magistrats de la colonie lyonnaise ne pouvaient, bien évidemment, instrumenter à Vienne ; le légat lui-même n'y avait aucune juridiction. Sanctus, le diacre de Vienne, aura été arrêté à Lyon ; aucun autre Viennois n'est mentionné !!, » Ce sont-là moins des explications que des conjectures : politesse des Lyonnais, arrestation de Sanctus à Lyon !
Sanctus est, sans aucun doute, le seul Viennois mentionné par son nom dans la lettre, mais celle-ci signale, sans les désigner par leurs noms, d'autres Viennois, puisqu'elle nous dit qu'on emprisonnait ensemble « tous les membres zélés des deux Églises. » Il est vrai qu' « on appréhendait surtout ceux qui ont établi ce qui est ici » ôV (v phot cuvgecT !XEL TA £vy0X8g « : par conséquent, les fondateurs de la chrétienté de Lyon étaient plus particulièrement traqués.
Relevons au passage cet indice. En l'an 177, la persécution s'acharne de préférence sur « ceux qui ont établi ce qui est ici » ; ainsi la fondation de l'Église de Lyon est alors relativement récente, puis que ses fondateurs vivent encore, La persécution, outre qu'elle a Lyon pour théâtre, qu'elle atteint le chef de l'Église de Lyon et un nombre élevé de ses membres, frappe également la communauté chrétienne de Vienne ; néanmoins on peut dire qu'elle est « un événement essentiellement lyonnais ». Cependant plusieurs chrétiens de Vienne ont été associés à l'épreuve de leurs frères de Lyon, bien loin de les passer sous silence ou même de les nommer en dernier lieu, on leur accorde une mention signalée, on place le nom de l'Église de Vienne devant celui de l'Église de Lyon. Il serait malaisé, assurément, de faire preuve de plus de savoir-vivre, mais cela n'indique rien, ne prouve rien, et il faut une extrême complaisance pour s'apercevoir que « cette formule de politesse ne nuit aucunement à l'idée de l'indistinction des deux Églises, qu'elle souligne en quelque sorte davantage ». » C'est à une égale complaisance qu'il faut recourir pour trouver dans un autre passage de la lettre un renforcement de cette interprétation. Il y est dit que, parmi les martyrs se trouvait Sanctus « Le diacre de Vienne », zóv 8t&xovov gnò Biévyng !*. Certains manuscrits ne contiennent pas l'article, mais les plus sûrs, ceux dont la leçon doit être suivie, l'admettent et il faut l'admettre après eux. « Or cet article prend une signification particulière dès l'instant qu'on soutient que cette formule s'expliquerait, s'il s'agissait de l'un des diacres d'un évêque de Vienne ; elle devient très naturelle si l'on y voit la désignation d'une fonction locale, d'une direction déléguée, exercée à Vienne au nom de l'autorité ecclésiastique de Lyon. » Et à ce propos, on explique comment « cette situation d'un diacre chargé du gouvernement spirituel d'une chrétienté éloignée de la mère Église, pour extraordinaire qu'elle nous paraisse, n'a rien que de conforme aux usages antiques. » Le concile d'Elvire (vers 300) la vise clairement dans son 77e canon : Si guis diaconus regens plebem sine episcopo vel presbylero aliquos
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baplizaverit. Au VIe, on voyait encore, en Gaule, des paroisses rurales ainsi gouvernées. Grégoire de Tours parle d'un diacre qui dirigeait l'Église du ricus Iciodorensis (Issoire) ?.
Mais rien ne s'oppose à ce que Sanctus fut, dans l'Église de Lyon, ce que l'on nommait « le diacre » ou « le diacre de l'évêque ». Vers lui allait la confiance du chef et l'attention des fidèles, on le voit émerger entre ses collègues dans les textes tirés d'Ignace d'Antioche, d'Hégésippe, d'Hermas, de Polycarpe. Dans l'Église de Rome, c'est Galliste, puis Laurent qui occupent cette situation qui les désigne équivalents pour l'épiscopat (voir Dictionnaire, t. VII, col. 1919).
Si tel n'était pas le cas pour Sanctus, on pourrait encore admettre que zóv B :évvgz peut signifier un diacre lyonnais, originaire de Vienne ; dans un cas comme dans l'autre, on échappe à la nécessité de placer un diacre à la tête de l'Église de Vienne, nécessité qui a pu devenir cent-vingt-trois ans plus tard, l'objet d'une décision conciliaire à Grenade, mais qui n'en est pas moins gratuitement admise à Vienne au début du dernier quart du IIe. Si Sanctus avait été délégué au gouvernement de l'annexe de Vienne, — puisqu'il n'est pas question d'évêché à Vienne — comment, même par un raffinement de politesse, a-t-on pu songer à faire précéder le nom d'une ville épiscopale par le nom d'une ville qui n'a même pas un évêque ? Comment, en outre, la lettre a-t-elle pu nommer Pothin comme « chargé du ministère de l'épiscopat à Lyon s Tv Guxxoviavs tio ÉTIOXOTNC The £v Nov yov rertorouévos *, si ses attributions s'étendent aussi sur Vienne et si Vienne possède le titre épiscopal ?
Les auteurs de la lettre varient de la « diaconie » d'épiscopat de Pothin. Y a-t-il là une comparaison quelconque avec la diaconie de Sanctus et une confirmation de l'indistinction des deux Églises. Il ne paraît pas possible de l'y découvrir.
Un rapprochement a été proposé entre la ôrxxoviæ Tf ; érxioxonns de saint Pothin et les rapotxiaur xoc LxxXix » de saint Irénée, dont parle Eusèbe ? pour l'époque de la controverse pascale sous le pape Victor (189-199). Ici x« ootxix n'a pas le sens de diocèse épiscopal, mais de groupes détachés, dispersés d'une même grande Église, ce qui a pu être une situation fréquente en Gaule vers la fin du IIe. Il y aurait donc eu en Gaule des groupes épars avec un seul centre ecclésiastique, un seul évêque, celui de Lyon. La situation aurait été sous saint Irénée ce qu'elle était sous saint Pothin.
C'est à cet indice que se réduit l'opinion favorable à l'indistinction des Églises de Lyon et de Vienne à la fin du IIe ; on ne peut méconnaître que cet indice pèse peu devant la phrase de la lettre : « On emprisonnait ensemble tous les membres zélés des deux Églises », Gote $x Tv Ó00 ÉxxXTvouy MAYTAG 1996 anou8xiouc.
XVI. BUE NOMBRE, OBSERVANCES. -— Un passage de la lettre que nous avons déjà relevé doit être rappelé à raison de sa signification chronologique... on emprisonnait ensemble... ceux qui ont surtout constitué ce qui est ici *. » Ainsi, en l'an 177, on pouvait encore se saisir des fondateurs de l'Église de Lyon et, parmi eux, du plus signalé par son rang, l’évêque Pothin. La lettre nous apprend, en effet, qu'il fut arrêté, molesté, emprisonné et mourut deux jours plus tard des mauvais traitements qu'il avait eu à subir. Or, l'évêque Pothin était nonagénaire ; on peut penser que ce n'était pas à cet âge, ni peu d'années auparavant qu'un vieillard était venu fonder une Église dans une ville de l'importance de Lyon : d'autre part, on ne peut supposer qu'il eut entrepris cette œuvre dès sa jeunesse, puis que plusieurs de ses collaborateurs vivaient encore et furent arrêtés avec lui, ce qui obligerait à leur attribuer à tous une longévité exceptionnelle : il semble que, dès lors, on puisse conjecturer que saint Pothin déjà âgé, sexagénaire peut-être, vint fonder une Église à Lyon, ce qui permettait de reporter les origines de celle-ci vers le milieu du IIe 5, Le nombre des arrestations nous apprend que cette Église avait prospéré, et l'attitude des martyrs nous dira assez la ferveur qui y régnait, bien qu'on ait eu un moment à déplorer des apostasies, Cette prospérité et le prosélytisme auquel se livraient certains membres de la communauté sont suffisamment garantis par la réputation faite à Attale, qui travaillait infatigablement à étendre le nombre des fidèles, comme par l'intrépidité de l'esclave Plandine qui soutenait de son héroïsme le jeune courage 2 adolescent, son compagnon de tortures.
Quelles circonstances Re la foule contre les chrétiens ? Nous n’en savons rien. A l'approche de la panégyrie du 1er août, Lyon se remplissait d'un ramas cosmopolite au sein duquel, à défaut d'une indication vague, il n'est pas possible de rechercher des responsabilités. Ce que la lettre nous apprend, c'est que un certain temps avant l'ouverture des fêtes de l'Association des Trois Gaules, une hostilité soudaine éclata dans la ville contre les éléments chrétiens. Ceux-ci se virent exclus des thermes, du forum, des lieux publics. On les pourchassa dans les rues à coups de pierres ; on leur infligea les pires vexations. Ceci se passait probablement vers le mois de juin ou le mois de juillet, puis que nous savons, d’après l'indication d'Eusèbe 5, que les fêtes ne commencèrent qu'après la mort de Pothin et le premier combat des martyrs dans l'amphithéâtre.
A Rome, sous Néron ; à Smyrne et ailleurs, nous avons signalé l'intervention des Juifs dans les émeutes soulevées contre les chrétiens et aboutissant à des exécutions : n'est-ce pas encore de ce côté qu'il faut chercher à Lyon les instigateurs du massacre de 177 ?
Lyon avait probablement une communauté juive dès le Ier siècle, car dans une multitude de villes, l'établissement d'une colonie juive et de sa synagogue — avait précédé la fondation d'une communauté chrétienne et de son église. Ce n'est pas là, sans doute, une règle absolue, et il est excessif d'écrire que « le réseau des synagogues déterminait à l'avance les foyers et les lignes de pénétration de la propagande chrétienne * ; » mais dans le cas particulier de Lyon, la lettre permet d'affirmer la présence d'une juiverie.
Les chrétiens dont se composait la communauté étaient, en partie, d'origine asiatique, mais il se trou-
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vait dans le nombre des Gallo-Romains, entre autres un homme de famille noble, Vettius Epagathus. Parmi la communauté on comptait sans doute des esclaves, mais aussi des gens riches propriétaires d'esclaves, mondains puisqu'on les voyait fréquenter les bains publics et le forum, considérés, car il se trouvait parmi eux un médecin nommé Alexandre et un citoyen romain nommé Attale. Nonobstant l'origine exotique de certains, on n'a pas l'ombre d'une raison à apporter, quand on soutient que la communauté lyonnaise était le produit d'une émigration collective partie de la côte d'Asie ! La langue de ces chrétiens était le grec, mais Attale parlait le latin avec aisance et le prêtre Irénée employait tour à tour le grec, le latin, le celtique dans ses prédications *.
La communauté était fervente sans doute, mais le nombre de ses martyrs ne permet pas d'ajouter qu'elle fut très nombreuse, puis que ce nombre n'atteint pas cinquante, malgré la violence de la persécution qui n'épargnait aucun de ceux qu'elle pouvait atteindre ; et le chiffre de quarante-huit est probablement un maximum qu'il serait difficile de maintenir s'il était possible de vérifier les cas, dans lesquels gentilicia et cognomina font double emploi dans la liste traditionnelle des victimes ?. | « Une communauté aussi restreinte, comprenant peut-être une quarantaine de familles, pouvait posséder un chef spirituel, un lieu de réunion, une caisse de Charité, un cimetière, mais non pas un abattoir et une boucherie. Or, on ne conçoit pas qu'un petit groupe de chrétiens ait acheté de la viande aux boucheries païennes ; c'eût été risquer de manger de la chair qui avait été consacrée aux idoles, de la viande non saignée, ou encore de la viande d'animaux morts de maladie. Vingt ans après le drame de Lyon, Tertullien déclare que les chrétiens, dans leurs repas, s'interdisent le sang des animaux et, par ce motif, s'abstiennent des bêtes étouffées ou mortes naturellement, de peur de se souiller de quelques parties de sang restées dans la viande 5. Ces scrupules sont conformes à la décision attribuée au premier concile de Jérusalem : s'abstenir de ce qui a été sacrifié aux idoles, du sang et des viandes étouffées . » (Voir Dirlionn., l.vit au mot : Or, dans les villes antiques, la viande immolée dans les sacrifices ne pouvant être entièrement consommée par les prêtres, ceux-ci la vendaient aux bouchers de la ville qui la débitaient sans étiquette spéciale. Des chrétiens interrogèrent s'ils pouvaient manger ces viandes contaminées d'idolâtrie ; saint Paul les rassura : « Mangez, leur dit-il, tout ce qui se vend sur le marché sans vous enquérir de la provenance« . » Mais cette solution libérale trouva des opposants, à raison même de son libéralisme. Était-ce le cas à Lyon ?
Nous savons qu'Alcibiade, un des frères, ne vivait que de pain et d'eau, mais, une fois en prison, il céda aux instants d'Attale et mangea de la viande pour imiter ses compagnons. Ceux-ci suivaient-ils le conseil donné par saint Paul, ou bien se préoccupaient-ils de l'origine et du mode d'abattage des viandes ? La lettre va nous l'apprendre. En 177, on accusait les chrétiens de Lyon de sacrifier des enfants pour les manger, et les apôtres restèrent inculpés d'homicide. L'esclave Biblis, malgré son apostasie, fut soumise de nouveau à la torture afin qu'elle portât témoignage des repas sanglants des chrétiens. Elle refusa, et dans l'horreur du supplice, cria : « Comment les chrétiens mangeraient-ils des enfants, eux à qui il n'est pas permis de manger du sang des bêtes ? » Ainsi, la règle énoncée pour Carthage par Tertullien valait pour Lyon. Les chrétiens n'y mangeaient pas la viande des sacrifices qu'ils trouvaient dans les boucheries païennes, toujours bien pourvues de chair étouffée. L'assertion de Biblis fut admise comme un fait avéré, parce que les païens savaient que les chrétiens pour éviter de manger du sang s'approvisionnaient à la boucherie juive de Lyon.
XVII. LE MONTANISME A LYON. — La lettre nous fournit une indication d'un prix inestimable sur la croyance des martyrs lyonnais. Leur confession, nous dit-elle, coïncide avec l'expansion du montanisme en Phrygie. Les merveilles des charismes (voir ce mot) se multipliaient alors dans diverses Églises, et un désaccord profond se produisait sur la valeur de ces prophéties. La question passionnait les esprits à tel point que les Lyonnais, emprisonnés et menacés des pires traitements, se préoccupaient d'une controverse qu'ils paraissaient pouvoir ignorer. Déjà, ils s'étaient expliqués là-dessus et, de nouveau (x501z) ils éprouvaient le besoin d'intervenir afin d'exposer leur jugement personnel dans ce grave conflit. Du fond de leur cachot, plusieurs, avant de marcher au supplice, avaient écrit des lettres aux Églises d'Asie et de Phrygie et à l'Église de Rome. Irénée, prêtre de Lyon, échappé aux arrestations, avait été chargé par eux de remettre leur lettre au pape Éleuthère.
A s'en tenir au récit d'Eusèbe , le dossier comprenait les pièces suivantes : 1° Une relation sur les souffrances et la mort des martyrs citée et abrégée par Eusèbe ; 2° Un « avis personnel » sur la question montaniste ; 3° Plusieurs lettres des martyrs ayant pour objet le débat montaniste. On ignore le nom de celui qui emporta ces lettres en Phrygie. Irénée fut chargé de faire parvenir la lettre adressée à l'évêque de Rome, Éleuthère. Il y eut donc, en réalité, un double envoi en Asie d'une part, à Rome d'autre part, et rien ne prouve que la relation sur le procès des martyrs, non plus que les autres pièces rédigées pour les communautés asiatiques, aient passé sous les yeux d'Éleuthère. Irénée aura pu lui en faire connaître le contenu. Quel motif a pu décider l'Église de Lyon à prendre parti dans les affaires religieuses de l'Orient ? Une intervention de cette nature, même enveloppée des circonlocutions les plus embarrassées courrait grand risque, de nos jours, d'être mal interprétée et plus mal accueillie encore. A ces origines, les admonestations d'Église à Église passaient pour une des formes de la charité fraternelle, pourvu qu'elles n'eussent d'autre objet que de promouvoir, sans prétentions arrogantes, les intérêts généraux de la foi. Les Lyonnais, qui comptaient parmi eux plusieurs frères venus d'Asie, sans parler d'Irénée et, probablement de Pothin, avaient bien quelques raisons de prêter l'oreille aux nouvelles arrivées de leurs pays d'origine, et de se considérer comme n'en étant pas encore oubliés au point que leurs voix ne dussent plus s'y faire entendre. Parmi les noms des martyrs qui sont arrivés jusqu'à nous, un certain nombre sont grecs : Apollonius, Aristæus, Helpis, Jammica, Macarius, Philumenus, Pontica, Trophima, Zosimus, Zoticus ; et encore Alcibiade, Alexander, Attalus, Biblis, Epagathus, Épipodius, Pothinus. L'origine orientale du médecin Alexandre est spécifiée par le rédacteur de la lettre : AXéEœvôode tic (Dp55 uv tò yévog . Il nous apprend aussi qu'Attale, citoyen romain, était originaire de Pergame ?, Quant à Irénée, nous savons par ailleurs qu'il était asiatique et qu'il avait vécu dans l'intimité de Polycarpe, le vieil évêque de Smyrne *.
Des liens si récents unissaient l'Église de Lyon à l'Asie qu'on ne s'étonna plus de voir entre elles une correspondance qui, d'ailleurs, avait pu être sollicitée. La querelle était si grave et le déchirement de telle conséquence, qu'on ne s'étonnerait pas que l'intervention des confesseurs lyonnais au lieu d'être spontanée eût été provoquée par leurs frères d'Asie comme un arbitrage, auquel les éléments montanistes eux-mêmes, n'ayant plus rien à perdre, auront pu se montrer favorables. S'il en est autrement, il est permis de supposer que l'Église de Lyon, consciente de la dignité que faisait rejaillir sur elle le sang de ses martyrs, ait saisi l'occasion offerte pour dire son mot dans le conflit et peut-être l'apaiser.
On voudrait connaître la consultation (xptotc) des confesseurs et celle des Églises, qui devaient être parfaitement conformes l'une à l'autre dans leur esprit et dans leurs conclusions générales. Eusèbe ayant eu sous les yeux la lettre tout entière, a certainement connu cette xgioic. Mais soit qu'elle fût développée trop longuement pour qu'il pût la transcrire en son entier, soit qu'il y eût vainement cherché une formule caractéristique et propre à en être extraite comme spécimen et comme résumé, soit pour toute autre raison, il s'est contenté de lui décerner, sans plus, une louange assez banale. Il la qualifie d'eun et Le sens du second adjectif ne comporte aucun doute : Eusèbe délivre à l'opinion des Lyonnais un brevet de parfaite orthodoxie. Sur la signification d'e)4x57, un peu plus d'hésitation est permise. Le mot peut vouloir dire « prudent », « circonspect ». Cette nuance serait intéressante et autoriserait des conclusions d'une certaine portée. Toutefois, l'usage qu'Eusèbe fait ordinairement d'eóA« 65c favorise nettement l'autre acception coutumière, qui n'implique que l'idée de « piété ». Il faut donc bien croire que ce qu'Eusèbe s'attache surtout à louer dans la consultation administrée aux Églises d'Asie, c'en est l'onction et l'absolue correction doctrinale. Ceci ne favorise pas du tout l'opinion des historiens qui s'ingénient à découvrir chez les confesseurs lyonnais des sympathies très vives pour la secte montaniste, c'est-à-dire que, sans rompre aucunement avec la catholicité, elle renferme tous les éléments qui ailleurs tendent à s'en séparer. Que la lettre des Églises lyonnaise et viennoise respire le plus vibrant, le plus passionné mysticisme, c'est à quoi nul ne contredira. La chaleur d'âme qui s'en dégage est encore sensible à travers les formes littéraires, un peu déconcertantes parfois pour les modernes, dont la relation se pare.
Observons d'abord la place immense que tient la personne du Christ dans la pensée de ces chrétiens. C'est vers lui que les martyrs « se hâtent », à travers les épreuves de la torture et de l'agonie, « ne trouvant rien de douloureux où est sa gloire », pour laquelle « ils souffrent » ; « suivant l'Agneau partout où il va ! », et, malgré les mérites acquis par leurs immolations, déclinant le titre de « martyr » pour le laisser au Christ seul, « fidèle et authentique martyr ». C'est lui qui tourne en soulagement pour Sanctus le renouvellement des tortures où les bourreaux ont mis leur espoir ; qui « annule l'effet des châtiments tyranniques » ; qui, dont « l'incommensurable miséricorde » ménage aux chrétiens restés inébranlables une alacrité morale qui, se peignant sur toute leur personne, les fait distinguer, d'après leur seule apparence, des déserteurs de la foi ; lui encore, dont la compassion permet aux apostats de rentrer, par l'intermédiaire des martyrs, dans le sein de l'Église, « glorifiée aussi magnifiquement » par ceux qui l'avaient reniée. C'est le Christ, que les fidèles croient apercevoir en l'évêque Pothin, poussé au tribunal parmi les clameurs de la foule. C'est le Christ qui, après avoir manifesté en Blandine l'éminente dignité de ce qui est « simple, sans beauté et méprisable aux yeux des hommes ! », semble s'identifier ou plutôt se substituer à elle quand les bourreaux ont suspendu à un poteau l'humble fille, « afin de persuader à ceux qui croient en lui que quiconque souffre pour sa gloire aura éternellement sa part du Dieu vivant ». L'amour, sentiment religieux et tendresse abstraite, voilà la source secrète à laquelle tous ces héroismes s'approvisionnent de dévouement et d'énergie. Il n'est guère de mot qui revienne plus fréquemment au cours de cette lettre que le mot d'agapē. Le triomphe des martyrs sur leurs bourreaux est représenté comme le triomphe de l'amour, où s'abolit l'impression de la douleur physique, où s'inverse l'échelle des valeurs humaines, où, dans l'organisme le plus crucifié, l'âme s'épanouit d'allégresse. Longuement torturé, brûlé aux parties les plus sensibles du corps avec des lames d'airain rougies au feu, Sanctus demeure inflexible dans sa « confession », c'est-à-dire dans l'affirmation de sa foi, témoignant ainsi qu'il n'y a pas de vraie souffrance là où est l'amour du Père. Ce même amour « qui se montre dans la force et ne s'enorgueillit pas d'une vaine apparence » est le principe de l'exaltation glorieuse de Blandine, la frêle servante à l'âme indomptable ; il est la flamme où s'avive la sainte joie des martyrs ; et c'est pour l'avoir connue dans sa « plénitude » que Vettius Epagathus a mérité de bénéficier de charismes spéciaux et de « bouillonner de l'Esprit ».
Si le narrateur parle sans cesse de « luttes » de « trophées », de « couronnes », n'allons pas croire que ce sont là pour lui seulement des images, de pures conceptions de l'esprit. De tels mots ont à ses yeux une autre valeur que celle de simples métaphores destinées à éclairer et à embellir son style. Le cycle des épreuves auxquelles les confesseurs sont assujettis lui apparaît comme une série de pièges où le démon, ennemi-né du Christ et de l'amour, essaie tour à tour de faire choir leur énergie. C'est avec le démon, avec le « Malin » (6 zovnpôc) que les athlètes nouent un invisible corps à corps. Avant même que la persécution n'éclate, c'est lui l'Adversaire (6 &vzixeiuevoc), la bête féroce (6 &yproc One) qui la fomente d'avance en attirant les haines populaires. Quand elle est déchaînée, il suggère aux bourreaux des supplices raffinés pour arracher à leurs victimes « quel que blasphème ». Si certains lâchent pied, c'est qu'ils ont prêté l'oreille aux « calculs diaboliques ». Satan dicte à Biblis les infamies dont, au cours de la question, elle charge les chrétiens. Il fait d'elle si bien sa chose qu'il paraît déjà l'avoir « engloutie », comme aussi les autres apostats. Il ne faut rien de moins que l'admirable zèle des confesseurs pour « serrer la bête à la gorge », l'obliger « à rejeter vivant ceux qu'elle pouvait avoir déjà dévorés » et attirer finalement sur « le serpent tortueux » une inexorable condamnation.
Il s'en faut, si on lit la lettre sans prévention, qu'on découvre la preuve que l'Église de Lyon était contaminée par le montanisme. Voici Vettius Epagathus, à qui elle prodigue les louanges, dont elle affirme qu'il « bouillonnait de l'Esprit » (Zécov 7i rveóuxc) et qu'il mérita le nom de « Paraclet des chrétiens », possédant en effet en lui « plus complètement que Zacharie « le Paraclet, l'Esprit » en un mot, exemplaire achevé du « disciple du Christ ». — Le fait que les montanistes décernaient à Montan le nom de Paraclet n'interdisait pas à ceux qui repoussaient leur hérésie d'en faire usage eux-mêmes. Paraclet a le sens d'avocat intercesseur, or ce terme s'appliquait entre tous à Epagathus, qui au péril de sa vie, s'était constitué l'avocat des chrétiens. Le titre de « Paraclet des chrétiens » qu'on lui défère ne signifie donc qu'avocat, défenseur, avec une nuance qui rappelle l'emploi de ce mot dans l'Évangile.
Voici maintenant Alcibiade, une sorte de végétarien, qui se réduisait au pain et à l'eau et renonça à cette austérité sur l'admonition d'Attale. Cette abstinence rigoureuse désigne-t-elle un montaniste ? Rien n'est moins prouvé et en tout cas ce serait un montaniste fort accommodant, puisqu'il suffit d'un avis d'Attale pour lui faire renoncer à ces rigueurs. Si l'affiliation d'Alcibiade à la secte est fort douteuse, il est vraisemblable par contre que les Lyonnais n'avaient pas consigné cette anecdote dans leur rapport sans une arrière-pensée d'ordre moral et pédagogique. Les réglementations relatives aux jeûnes que Montan avait instituées ne procédaient aucunement d'une théorie métaphysique plus ou moins dédaigneuse de la « matière ». Pourtant les catholiques les accusaient couramment de discréditer les œuvres de Dieu, en en prêchant l'abstention systématique. Les Lyonnais ne pouvaient ignorer ces griefs. Auraient-ils décrit avec cette application le cas d'Alcibiade, s'ils n'avaient eu l'arrière-pensée de faire entendre aux Phrygiens la leçon qu'il comportait ? Que les austérités d'Alcibiade eussent été réprouvées par une vision, et qu'Alcibiade se fût soumis aussitôt à l'avertissement d'Attale, il y avait là une leçon donnée aux montanistes sur l'inutilité de leurs jeûnes et une invitation à l'amendement.
Si on songe à la destination spéciale de la lettre des communautés de Vienne et de Lyon aux Églises d'Asie et de Phrygie, on doit se rappeler qu'elle n'est pas une fiction littéraire dont la littérature chrétienne offrirait d'autres exemples. C'est bien précisément aux Asiates et aux Phrygiens que s'adressent les Lyonnais avertis des graves dissentiments, provoqués parmi eux par la popularité de la prophétie nouvelle. Ils supposent que les adversaires en présence attacheront de l'importance à l'opinion de confesseurs, et tireront toutes conclusions utiles des faits dont ils déroulaient le tableau. Cette conviction qu'ils ont d'être lus leur suggère une série d'avertissements dont ils attendent quel que effet sur l'outrecuidance des montanistes. Par la seule façon dont ils dépeignent les faits et gestes des martyrs et dont ils commentent leur attitude, ils prouvent aux exaltés de Phrygie qu'on peut être « spirituel », favorisé de la présence du Paraclet, des charismes dont il est le dispensateur, et conserver en même temps une parfaite mesure et une parfaite bonté. De pareils exemples, ainsi présentés, étaient plus propres à confirmer dans leurs défiances les Églises hostiles à Montan qu'à leur faire redouter de pécher par manque de zèle et tiédeur de foi.
Il n'est pas douteux que la consultation en forme par où la lettre s'achevait n'accentuât en termes décisifs l'impression ainsi recueillie. Qu'on n'oublie point la manière dont Eusèbe la caractérise « pieuse et très orthodoxe » ! Eût-il décerné un tel brevet à une décision donnant gain de cause aux partisans du « réveil » cataphrygien, lui qui le jugeait d'essence démoniaque ?
N'essayons pas d'imaginer les considérants de la xocio : lyonnaise : une telle reconstitution serait de pure fantaisie. Nous la concevons comme une désapprobation très nette, mais sans colère, sans appel aux sévérités de la hiérarchie. C'eût été une étrange dissonance que de conseiller la rigueur, après avoir célébré avec tant d'émotion la vertu vivifiante de la piété. Ne déguisant rien de leurs impressions sur le fond des choses, les martyrs et les communautés devaient précher surtout le désarmement de part et d'autre, et s'efforcer de réconcilier les Églises en désaccord dans une même allégresse reconnaissante, en présence des grâces exceptionnelles dont le Christ venait d'inonder son Église.
« La démarche dont saint Irénée se chargea auprès d'Éleuthère ne pouvait avoir d'autre objet que d'assurer entre Rome et Lyon une parfaite conformité des vues. Au surplus, les martyrs ne se crurent nullement tenus de s'informer préalablement de l'opinion d'Éleuthère. Si humbles de cœur qu'ils voulussent être, ils avaient le sentiment de leurs justes prérogatives, et ils entendaient en user. Le ton qu'ils prennent en présentant Irénée à l'évêque de Rome trahit cette intime conviction de la prépondérance du mérite acquis par l'effort personnel : « Si nous pensions que la situation procure la justice à quelqu'un, nous le présenterions à l'osmom. »
Eusébe et un de ses traducteurs ont fait remarquer le « style recherché et les images peu ordinaires » de la Lettre des chrétiens de Lyon ; on leur a répondu qu' « en réalité la plupart des métaphores qui y sont indiquées ou développées procèdent de l'Écriture et des Pères apostoliques. Cette filiation apparaîtra clairement pour peu qu'on jette les yeux sur les rapprochements que voici :
« Ils reçoivent de Dieu une couronne d'incorruptibilité (V, 1, 36, 42) ; cf. I Cor., 9, 25 ; Mart. Polycarpi, XVII, 1 ; XIX, 2.
« Le martyre est une « lutte » (V, 30 ; Hébr., 12, 1 ; I Tim., 6, 12.
« Blandine apparaît comme une mère qui vient d'envoyer ses enfants au combat (V, 1, 55) ; cf. II Machab., 7, 21-25 ; 27-29, 41.
« Elle semble conviée à un « bus de noces » (V, 1, 55) ; cf. Luc, 14, 8 ; Matth., 22, 2.
« Le démon est « l'adversaire » (V, 1, 5) ; cf. II Thess., 2, 4 ; I Tim., 5, 14 ; il est la « bête » qui veut ou sa proie (V, 1, 6) ; cf. I Petr., 5, 8.
« Les apostats foulent aux pieds le respect dû à la robe nuptiale (V, 1, 48) ; cf. Matth., 22, 11-13.
« Pour les « douleurs d'enfantement » éprouvées par Alexandre devant le tribunal (V, 1, 49) ; cf. Gal., 4, 19 ; pour la « palingénésie » (V, 1, 63) ; cf. Matth., 19, 28 ; pour le « Cécov té mvebuures » (V, 1, 9) ; cf. Act., 17, 25 ; Rom., 12, 11.
« L'image de la source céleste d'eau qui sort du sein du Christ et rafraîchit Sanctus au milieu de la torture (V, 1, 22) se réfère à Joh., 7, 38, combiné, ce semble, avec des textes tels que Apoc., 21, 6 ; 22, 1, etc. Le mot « vnôüvos » (génitif de « vAô US ») n'est pas scripturaire. On attendrait « xo(ALac ». A. Robinson a tiré parti de ce fait pour essayer de démontrer que le latin était déjà à Lyon la langue liturgique courante. Corssen considère aussi l'emploi de « vnôdos » comme invraisemblable sous la plume d'un chrétien qui aurait été familiarisé avec l'original. Ce serait l'indice d'une traduction du latin de ventre. Cette conclusion paraît excessive : l'emploi du mot s'explique suffisamment par une citation faite de mémoire, ce qui doit être le cas, si l'on observe que t, 11) ; cf. Phil., 1 * 2° la couronne de fleurs fraîche par Dieu pour les martyrs (V, 1, 36) ; « 30 L'Église vierge mère. L'expression « Ecclesia mater » devient très fréquente à partir de la fin du IIe : | -ef gi Rd) De anima, c. xviii ; Adversus Marcionem, W. | De BORSE. C. XX ; Ad Martyres, c. 1 ; De præscrip ; De monogamia, xvi ; même traité, VII ; tionibus, c. xiii, 10 ; De oratione, c. 11 ; Origène, In Genesim, Homil, x, 1. — De même l'expression : « Ecclesia virgo », cf, Hégésippe, dans Eusébe, Historia ecclesiastica, III, xxxi, 7 ; IV, xxiii, 4 ; Tertullien, De pudicilia, 1, 8 ; De monogamia, c. xi ; Origène, In Genesim., homil., 111, 6, etc, 1, Peut-être l'idée de la maternité de l'Église procède-t-elle de Gal., 4, 26. Ici, ce double concept de vierge et de mère est réuni en un seul mot, dont le rédacteur tire abondamment parti. La métaphore est préparée dès le § 11 du chap. v, 1, par les mots « ££ézpcooxv óc üéxx « 5v Xoi0uóv ; elle prend toute son extension aux § 45-4613. .
« Somme toute, le pouvoir de création verbale paraît avoir été assez limité chez le rédacteur anonyme. La lettre vaut par l'ardent mysticisme qui y respire, par l'intérêt poignant des faits qui y sont rapportés : mais on ne peut dire que la forme littéraire y soit d'une originalité déconcertante pour qui connaît le matériel d'images légué par l'Écriture aux écrivains chrétiens #, » avait inséré dans sa Euvayorrr Gv uapTrüoov, Recueil des martyrs, parmi tant d'autres pièces aujourd'hui perdues, le texte intégral de la lettre que les communautés de Vienne et de Lyon envoyèrent aux Églises d'Asie et de Phrygie. Dans son Histoire ecclésiastique il s'est contenté de publier de larges extraits, qui forment les quatre premiers chapitres du livre V. Tous les historiens des premiers siècles du christianisme ont rencontré cette lettre mémorable, et l'ont reçue comme authentique dans toutes ses parties et dans ses moindres détails ; non contents d'y chercher un document historique au-dessus du soupçon, ils l'ont admirée comme un des ouvrages littéraires les plus émouvants en même temps qu'un des morceaux les plus extraordinaires que possède aucune littérature, et un des récits les plus glorieux à la conscience religieuse et à la nature humaine.
Depuis Tillemont qui « ne scay si on ne peut pas dire que [cette lettre] est le plus bel endroit de l'histoire ecclésiastique », jusqu'à Renan qui y montre l' « idéal du martyre, avec aussi peu d'orgueil que possible de la part du martyr !* », cette lettre fameuse n'a été malmenée que par un sectaire qui n'était peut-être qu'un maniaque, par un chronologiste qui ne savait pas le calcul et par un essayiste qui voulut être critique et resta américain.
Celui-ci entreprit de démontrer qu'il n'y eut pas de persécution à Lyon sous Marc-Aurèle, que la lettre n'est pas authentique et, tout au plus, pourrait-on la regarder comme un document se rapportant à la persécution d'Aurélien. Personne avant Eusèbe n'a parlé des martyrs de Lyon exécutés en 177 ; il n'y avait même pas au IIe de chrétienté importante dans cette ville ; enfin le doux et pieux Marc-Aurèle ne persécuta pas les chrétiens et d'ailleurs la relation du martyre contient de nombreuses inexactitudes, voire des impossibilités au point de vue juridique et administratif.
Cette thèse paradoxale se présente à nous comme un problème de critique, et il ne serait tel qu'à la condition de donner aux arguments produits et qu'on vient de lire une valeur qu'il n'est pas possible, en bonne critique, de leur accorder. L'argument négatif, qui est le fondement de cette thèse, est d'un maniement délicat, pour y réussir il ne suffit pas d'avoir les Principes de la critique historique du P. De Smedt, « sur la table » ou dans sa poche, c'est dans son cerveau qu'il faut les avoir. L'argument négatif employé à l'occasion d'un fait de l'histoire ancienne court de grands risques d'erreur. Les écrivains de l'antiquité n'avaient point comme les nôtres, une information presque universelle, due à une publicité très étendue et très perfectionnée. Leur horizon était beaucoup plus borné, et ne dépassait pas, le plus souvent, la portée de leurs regards. Ils ne savaient bien que ce qu'ils avaient vu, ou ce qu'ils tenaient d'une tradition locale et directe. De là dans leurs écrits, dans les écrits mêmes des historiens de profession, de fréquentes lacunes, qui ne surprennent point ceux qui ont quelque pratique des anciennes littératures. Que de faits de l'histoire grecque et romaine nous ignorerions, si les découvertes de l'archéologie moderne ne les avaient révélés ! Ce qui est vrai de l'histoire profane l'est plus encore des premiers siècles chrétiens. On se montre surpris que les écrivains païens ne fassent aucune allusion à l'événement lyonnais de 177. Sauf les passages bien connus de Tacite et de Suétone à propos des martyrs des VII au mot INCENDIE DE ROME), et la correspondance de Pline et de Trajan au sujet de ceux de Bithynie (voir ce mot), on ne trouvera chez aucun auteur païen une allusion précise à des faits de persécution. Seuls, des polémistes comme Fronton et Celse paraissent connaître les chrétiens ; les autres écrivains ignorent systématiquement le christianisme et l'Église. Dédain ou tactique, c'est la conspiration du silence. Elle se continue dans le monde intellectuel, païen même, après le triomphe du christianisme : ni Aurelius Victor ni Eutrope ne parleront de la conversion de Constantin, qui à pourtant changé sous leurs yeux la face du monde ; Macrobe et ses amis écrivent et causent, au Ve, comme si le paganisme était encore la seule religion existante. On ne s'étonnera pas que les historiens païens contemporains des persécutions aient paru — ou voulu — ignorer les martyrs.
Le silence des écrivains chrétiens sur les martyrs de Lyon est-il si unanime qu'on veut le dire ? Nous trouvons dans l'Octavius de Minucius Félix, écrit vers la limite du IIe-IIIe, une phrase qui semble contenir une allusion. Après avoir comparé à Mucius Scévola et à Regulus les chrétiens qui, librement, consentirent à être brûlés pour la cause de Dieu, « quot e nostris non derteram solum, sed lotum corpus uri, cremari sine ullis ejulatibus, pertulerunt » — ce qui fut à Lyon le cas de Maturus, de Sanctus, d'Attale — l'apologiste parle de « jeunes garçons et de femmelettes qui bravèrent les croix, les tortures, les bêtes féroces et toutes espèces de supplices : pueri et mulierculæ nosira& cru ces el tormenta, feras el omnes suppliciorum lerriculas, inspirata palientia doloris, pertulerunt. » Ces paroles s'appliquent littéralement à la « chétive esclave Blandine et à Ponticus, le jeune garçon de quinze ans : Blandine attachée en croix à un poteau, est exposée aux bêtes féroces ; elle passe ensuite, avec Ponticus, « par le cercle entier des supplices », ix Tong čv OUmyow xoA&czoc, et, après la mort de celui-ci, est encore fouettée, mise sur le gril, exposée de nouveau aux fauves, enfin égorgée, après avoir forcé le païen à reconnaître « que jamais femme parmi eux, n'avait enduré d'aussi nombreux et d'aussi cruels tourments ».
Laissons le soin de comparer le passage de l'Octavius avec les passages correspondants de la lettre de 177 ; ceux mêmes qui se refuseront à reconnaître les allusions indiquées plus haut devront accepter le fait du silence des écrivains chrétiens au temps des persécutions. Leur dessein n'est pas d'écrire l'histoire, leurs écrits sont tout de circonstance. Ils plaident devant les pouvoirs publics, ils préviennent l'opinion en faveur de leurs coreligionnaires traqués, ils exhortent ceux-ci à la résignation, ils les encouragent à mourir pour le nom de Jésus. Leurs écrits sont des actes. Ils parlent pour leurs contemporains qui prêtent l'oreille à leur parole ou qui liront leurs écrits, ils ne se préoccupent pas du jugement qu'en portera la postérité.
Si, à Carthage, saint Cyprien nous paraît mieux instruit de ce qui se passe à Rome sous Déce, c'est que des correspondances fréquentes ont été établies entre les deux grandes Églises. Mais en ces années héroïques personne ne s'avise encore à rédiger le martyrologe des Églises et à écrire leur histoire. Eusèbe sera le premier à s'attribuer ce rôle, à recueillir les mémoires authentiques indispensables, il fera œuvre d'historien et n'aura pas eu de prédécesseur dans cette voie, aussi ne doit-on pas être surpris s'il est le premier à raconter l'histoire des martyrs de Lyon.
Après la paix de l'Église, lors que celle-ci rendra hommage et justice à ceux qui la consolidèrent au prix de leur sang, le souvenir des martyrs de Lyon se conserve et se transmet pieusement. Saint Jérôme y fait allusion au chapitre xxxiv de son De viris, écrit vers 302, c'est-à-dire avant la traduction latine de l'Histoire d'Eusèbe par Rufin ; Sulpice-Sévère en parle dans sa Chronique (II, xxxi) terminée dans le même temps, peut-être la même année que cette traduction ; l'évêque de Lyon, saint Eucher, leur consacre une homélie ; la Passion des saints Épipode et Alexandre, écrite au v*-siècle, cite la lettre de 177.
Cette lettre atteste l'existence à Lyon d'une communauté chrétienne, attestation confirmée par l'œuvre littéraire de saint Irénée, ce chrétien d'Orient, disciple de saint Polycarpe, qui, fixé à Lyon, devient le plus illustre personnage de l'Église de Gaule au re siècle, correspond avec les évêques de Rome, invoque dans cette correspondance même les traditions des chrétientés gauloises, écrit, dans un grec altéré, dit-il, par le contact des idiomes celtiques — ce qui suppose un long séjour dans ce pays — son traité Contre les hérésies, Même si nous ignorions le nom de son prédécesseur sur le siège épiscopal de Lyon, la carrière et les écrits d'un tel personnage, mort à l'aurore du 111° siècle, après avoir été une des lumières de l'Eglise universelle (au jugement de Tertullien qui n'est pas complimenteur 1} seraient une démonstration de l'existence d'une chrétienté lyonnaise et de chrétientés gauloises dans le courant du siècle précédent.
La communauté lyonnaise correspond tout à fait à l'époque et au milieu tels que nous pouvons les imaginer. On nous la montre composée d'un élément indigène et d'un élément exotique. Son évêque Pothin est venu des pays helléniques. Le prêtre Irénée est aussi un grec d'Asie. L'une des « colonnes » de cette Église, Attale, est à la fois natif de Pergame et citoyen romain. Un autre de ses membres influents, le médecin Alexandre, est originaire de Phrygie. D'origine hellénique sont encore l'ascète Alcibiade, la repentie Biblis. D'autres sont des latins, comme le diacre de Vienne, Sanctus, le néophyte Maturus, l'esclave Blandine, l'adolescent Ponticus, l'avocat Vettius Epagathus. Dans la liste des quarante-huit martyrs conservée par le Martyrologe hiéronymien, vingt-sept portent des noms latins, dix-neuf des noms grecs. On peut approximativement en déduire la proportion des deux éléments dont se composait la communauté chrétienne de Lyon, sans aller toutefois jusqu'à bâtir sur cet indice une statistique rigide qu'une si vague indication ne comporte pas.
Cet indice concorde d'ailleurs tout à fait avec les caractéristiques de l'époque antonine. Au temps de Marc-Aurèle la pensée et même la langue helléniques sont partout dominantes. C'est en grec que l'empereur écrit. C'est le grec qu'emploient les lettrés. La littérature latine, si brillante au siècle précédent, subit sous les Antonins une éclipse passagère, pour ne rayonner de nouveau qu'au re siècle. Quant à l'Église, le grec, à Rome même, demeure sa langue préférée. Tous ses écrivains, romains aussi bien qu'orientaux, se servent de cette langue. L'épitre de saint Clément, le Pasteur d'Hermas, les Apologies de saint Justin, sont en grec. Tous les titres d'ouvrages qui se lisent sur la chaire de saint Hippolyte sont grecs. La majorité des inscriptions des catacombes au rme siècle est grecque. Les épitaphes de presque tous les papes de Ce, et même encore du siècle suivant, sont grecques. Au i115 siècle, seulement, le nombre des inscriptions latines commence à l'emporter dans les catacombes de Rome, et un livre chrétien est publié en latin dans cette ville.
Tel est aussi l'aspect de Lyon gallo-romain et de l'Église lyonnaise, dépeint par la lettre, également grecque, de 177. Bien que les martyrs porteurs de noms latins y soient plus nombreux que les martyrs porteurs de noms grecs, cependant la langue grecque parait parlée par les magistrats comme par les accusés chrétiens plus que la langue latine ; un des martyrs, Sanctus, ayant répondu dans celle-ci, th ' Peut, eov, la lettre a soin de le faire remarquer. De même, la lettre fait remarquer que l'écriteau porté dans l'amphithéâtre devant le martyr Attale est rédigé en latin : »Pete zt : la circonstance parait assez exceptionnelle pour être notée.
Nous avons déjà relevé quelques expressions caractéristiques employées par la lettre : dans le nombre, il s'en trouve qui ont bien le caractère du 17° siècle, Les martyrs, à qui leurs chaines servent -de-parure sont comparés « à une mariée dans ses ornements frangés et. brodés d'or » L'Église, joyeuse de la conversion des apostats est nommée « la vierge mère mt rxpÜéve cet qui reçoit vivants les enfants qu'elle avait rejetés morts, Des images, des personnifications semblables se rencontrent dans d'autres écrits chrétiens contemporains de Marc-Aurèle. L'évêque phrygien Abercius, qui visita Rome sous cet empereur, compare cette ville à « une reine aux vêtements et aux chaussures dorés », La foi le conduit.et la vierge pure, zupÜ£voc čyvħ, lui présente la nourriture divine. Répondant au préfet de Rome, le martyr phrygien Hiérax, compagnon de saint Justin, dit : « Le Christ est notre père, et la foi au Christ est notre mère, » uite 7| els œdrov mioTic. Ces quelques exemples choisis entre plusieurs autres, suffisent à montrer que le même langage imagé, grec et oriental à la fois, se parle en ce temps à Rome, à Lyon, en Asie.
La lettre de 177 s'encadre si bien dans le règne de Marc-Aurèle et correspond si exactement à la civilisation de cette époque, qu'on ne peut raisonnablement la mettre en doute qu'en démontrant qu'au temps de l'empereur philosophe les chrétiens ne furent point persécutés, Mais le contraire est l'évidence même. L'assertion de Tertullien, que Marc-Auréle, après l'épisode de la Légion Fulminante (voir Dictionn.,
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à beaucoup d'autres ! : nous ne voyons pas quel intérêt on aurait à l'effacer.
Gela ne serait possible que si l'on signalait des détails suspects dans la lettre de 177. On s'y est efforcé, on y a réussi, mais il faut voir de quel prix cette réussite a été payée quand elle a pensé signaler des erreurs de droit administratif ou de droit pénal. Un résumé rapide de la lettre fera comprendre la fragilité des objections présentées. | Ele s'ouvre par l'évocation d'un mouvement populaire contre les chrétiens, à la suite duquel on procède aux arrestations. Les duumvirs lyonnais, aidés par les tribuns * de la cohorte ‘en garnison dans la ville, se saisissent de nombreux chrétiens, et, après un interrogatoire sommaire les mettent en prison en attendant le retour du légat. Celui-ci commande de rechercher les chrétiens : de nouvel les arrestations ont lieu par son ordre. Avec des Lyonnais sont arrêtés des membres de l'Église de Vienne. Quelques esclaves païens, effrayés ou circonvenus, accusent leurs maîtres chrétiens de crimes horribles, festins de Thyeste, incestes d'Œdipe (voir Dictionn., t. 1r au mot : ACCUSATIONS). Mis à la torture, le plus grand nombre des captifs refusent de renier le Christ, et protestent de leur innocence ; quelques-uns apostasient. Ces derniers sont retenus cependant en prison, à cause des crimes de droit commun dont les ont chargés les esclaves. Ayant appris que l'un des martyrs, Attale, est citoyen romain, le légat consulte l'empereur. Un rescrit de Marc-Aurèle lui indique la conduite à suivre : punir ceux qui s'obstinent, relâcher ceux qui renieront. Qn recommence la procédure ; mais, à la surprise des païens, les apostats se repentent et proclament leur foi comme les autres. Tous les survivants (car beaucoup ont péri en prison) sont livrés au supplice : on décapite les citoyens romains, on livre aux bêtes les non citoyens, Les cadavres des martyrs sont laissés pendant six jours sans sépulture : puis on les brûle, et l'on jette leurs cendres dans le Rhône.
Rien, semble-t-il, de plus naturel et de mieux enchaîné que ce récit. Cependant on fait observer que la ville de Vienne appartenait à la Narbonnaise ; Lyon dépendait de la Lyonnaise ; donc les chrétiens de Vienne étaient assujettis à la juridiction du proconsul (xvüzxroc) de leur province, les chrétiens de Lyon à celle du Legatus Augusti proprætore. Or le rédacteur de la lettre met tout le procès entre les mains du Legatus. Il y a là, dit-on, un oubli suspect de l'indépendance administrative des deux provinces.
Déjà Tillemont ne voyait pas trop comment lever les difficultés . P. Allard écrit que « ces martyrs [de Vienne] arrêtés par les duumvirs, se trouvaient eux-mêmes à Lyon, attirés peut-être par la proximité de la grande foire de 1 août. » Il suppose donc que le coup de filet de la police romaine ramassa à Lyon même les chrétiens les plus en vue des deux villes. Cette interprétation n'est pas invraisemblable : bon nombre de fidèles viennois avaient pu monter jusqu'à Lyon, attirés soit par les « panégyries » qui allaient s'ouvrir, soit par quelque délibération à laquelle les Lyonnais les auraient convoqués. Un passage de la lettre éveille pourtant certains doutes. Il y est dit que chaque jour on arrêtait de nouveaux martyrs DOTE GUAAEYTVAT £x vv 000 ExxXnctv TÉVTUE TOUS Grouüaxlouc x« l V dv udkoTa cuvecrhxet tà Eds. « Ce texte laisse l'impression que les recherches furent poursuivies à Vienne aussi bien qu'à Lyon. Or, d'après le droit romain, le magistrat compétent était celui du lieu où le crime avait été commis . En l'espèce, il n'est pas douteux que l'affaire ait pris à Lyon son origine *. Or, lorsqu'un ou plusieurs des accusés résidaient dans une autre province, le gouverneur compétent devait écrire à son collègue de procéder à leur arrestation et de les faire conduire sous bonne garde : Solent præsi des provinciarum in quibus delictum est, scribere ad collegas suos, ubi faclores agere dicunlur, el desiderari ul cum proseculoribus ad se remittantur ; el id quo que quibusdam rescriplis declaratur. L'enquête ayant certainement révélé des complicités du côté de Vienne, avec qui les chrétiens lyonnais étaient en conlesseratio si intime, il n'est guère douteux que le legatus ait fait jouer cette disposition.
Une autre difficulté est tirée de ces mots de la lettre : le gouverneur ordonna de nous rechercher tous. Cela est, paraît-il, contraire au conquirendi non sunt du rescrit de Trajan à Pline, d'après lequel les chrétiens, devaient être jugés lorsqu'ils avaient été l'objet d'une accusation régulière, mais ne devaient pas être recherchés d'office. L'observation est juste : mais il faut se souvenir de l'omnipotence relative dont jouissaient les gouverneurs, éloignés du siège du pouvoir central, et aussi de la facilité avec laquelle les prescriptions légales tombaient en désuétude. Cette facilité et la nécessité de remettre sans cesse à neuf les anciennes lois, est un des faits les plus curieux de l'histoire du droit public romain. Le rescrit de Trajan à Pline avait cessé d’être observé dès le temps d'Hadrien, puis que celui-ci est obligé de le renouveler par un rescrit adressé à Minucius Fundanus ;.les prescriptions d'Hadrien étaient violées sous Antonin, puisqu'il se voit contraint de les rappeler dans de nouvelles rescrits envoyés à plusieurs villes grecques ; les prescriptions d'Antonin étaient probablement tombées en désuétude sous Marc Auréle. Nous venons de citer un passage de Gelse, écrivant qu'à cette époque les chrétiens sont partout traqués, parce qu'on veut en finir avec eux. C'est pour régulariser la procédure entamée par le légat de la Lyonnaise, que Marc-Auréle lui rappelle la règle posée par ses prédécesseurs : punir ceux qui persévèrent absoudre ceux qui renient : +obc £v &mocupuvtcünvar, el O£ Tivec Xpvoivro, On remarquera qu'il passe sous silence l'interdiction de les rechercher « d'office.
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La lettre est donc bien du IIe : mais elle porte, en plus, le caractère de la violence des dernières années du règne de Marc-Auréle. Bien loin de voir dans la recherche faite des chrétiens une objection à l'authenticité, il ne faut pas hésiter à y voir la confirmation de cette authenticité, Le rescrit de Marc-Auréle au légat de la Lyonnaise ne contient pas, avons-nous remarqué, la défense de poursuivre d'office les chrétiens, qui se rencontre dans le rescrit de Trajan répondant à Pline et dans celui d'Hadrien à Granianus. La lettre montre, en effet, faisant rechercher et arrêter les chrétiens : dnuocix &£x£AeucEv Ó diysuw dévalnteiolar màvtag Tu&z'. Mais c'est là précisément un trait de l'époque. La fin du IIe est moins tolérante que son début. On se met maintenant à rechercher les chrétiens, sans attendre l'accusation préalable exigée par Trajan pour déclencher l'action judiciaire. Il en est ainsi en Asie comme à Lyon. Un contemporain païen de Marc-Auréle, le pamphlétaire Celse nous l'a dit en propres termes : « S'il reste encore quelques chrétiens errants ou cachés, on les cherche pour les conduire au supplice » : Cavelvat mpgóc Üavérou Sin *.. On les cherche ! c'est bien ce que dit la lettre.
Ainsi les objections soulevées tournent en faveur de l'authenticité de la pièce fameuse. Il en est encore ainsi du supplice infligé illégalement au martyr Attale qui, malgré sa qualité de citoyen romain, fut, sur la demande d'une plèbe fanatique, exposé aux bêtes. Le rédacteur de la lettre ne s'y est pas trompé, lui qui écrit que tous les martyrs qui avaient le droit de cité romaine furent décapités et fait remarquer que, s'il en a été autrement d'Attale, c'est parce que le légat « voulut plaire à la multitude », +6 6yXc yapizóuevoc 6 Tyeucw. C'est un exemple à ajouter à tant d'autres des actes de faiblesse des gouverneurs romains et qui rappelle à Lyon, sous Marc-Auréle, ce qui s'était vu à Smyrne, sous Antonin, où le proconsul d'Asie laissa brûler l'évêque Polycarpe dans le stade, avant que lui-même eût régulièrement prononcé la sentence.
Supplice illégal, cela ne trouble pas plus les magistrats romains que la torture illégale. On torture les fidèles non pour leur arracher un aveu, mais pour leur arracher une apostasie. Cela est, de toute évidence, illégal, mais, à l'égard des chrétiens, l'illégalité est de droit : contre eux tout est bon, tout est permis Adhibetis tormenta ad confitendum, solis christianis ad negandum, dit Tertullien 5.
Le supplice du feu, introduit, semble-t-il, au commencement de l'empire parmi les pénalités criminelles, fut toujours légal depuis ce moment. En l'an 107, sous Trajan, saint Ignace d'Antioche écrivant aux chrétiens de Rome, nomme le feu, rūp, parmi les supplices qui, en même temps que la croix et les bêtes, attendent les martyrs . Un demi-siècle plus tard, en 155, la lettre de l'Église de Smyrne parle de chrétiens exécutés en ces termes. « Ils trouvaient de la fraîcheur au feu de leurs cruels bourreaux, dans leur joie d'échapper au feu éternel qui ne s'éteindra jamais ?. » Entre 155 et 165, saint Justin écrit : « On nous tranche la tête, on nous crucifie, on nous livre aux bêtes, on nous enchaîne, on nous brûle £... » Tertullien, dans son Apologétique écrite entre 197 et 200, dit : « On nous brûle ... Les bras étendus nous sommes déchirés par les ungulæ, attachés aux croix, léchés par les flammes, égorgés, livrés aux bêtes“... On nous appelle sarmentitii et semiaxii, parce qu'on nous attache pour nous brûler à un poteau entouré de sarments allumés !, » L'auteur de l'Épitre à Diognète parle des chrétiens qui souffrent pour la justice le feu sur la terre !', » Minucius Félix met dans la bouche d'un païen ces menaces : « Voyez-vous ces châtiments, ces tortures, ces croix dressées non pour l'adoration, mais pour le supplice, ces feux que vous annoncez et que vous craignez. » Enfin, Clément d'Alexandrie écrit, vers l'an 200, dans ses Stromates : « Chaque jour, nous voyons de nos yeux couler à torrents le sang des martyrs brûlés vifs (mxporconuévov), mis en croix ou décapités. » Enfin l'objection soulevée du refus de sépulture fait aux martyrs rentre dans les aggravations de peine prévues par la loi. En droit strict, tout condamné à la peine capitale était privé de sépulture. Les magistrats avaient la faculté de s'écarter de cette règle, et fréquemment accordaient aux parents ou aux amis la permission d'inhumer les cadavres ou les cendres des criminels. On en trouve de nombreux exemples à l'époque des persécutions, et ainsi s'expliquent les tombes de martyrs retrouvés dans les catacombes romaines. Mais, à défaut de cette permission, et toutes les fois qu'elle était refusée, les suppliciés demeuraient sans sépulture. Les enlever furtivement était un délit, et les chrétiens furent plus d'une fois condamnés pour avoir tenté de recueillir les reliques de leurs martyrs. A Rome, les corps des criminels, après avoir été plus ou moins longtemps exposés, étaient ignominieusement jetés dans le Tibre, comme les martyrs lyonnais furent jetés dans le Rhône. On peut rapprocher de la lettre de 177 le chapitre de Tacite *, racontant le refus de sépulture après l'exécution en masse des amis de Séjan. ^ i
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français, mais avec une fidélité douteuse. La traduction de l'abbé J. Pourrat, faite sur l'original grec, est strictement littérale : c'est son plus grand mérite car le style y est lourd, et on y relève plusieurs contresens, qui ont été reproduits consciencieusement en 1898, en 1906 et en 1926 ! Deux traductions plus récentes, préparées indépendamment l'une de l'autre, ont paru presque simultanément ; la première (1910) est due à M. C. Germain de Montauzan 2, la deuxième (1911) a pour auteur M. Grapin ? ; nous suivons celle de M. Germain de Montauzan *.
« Les serviteurs du Christ, qui habitent Vienne et Lyon, en Gaule, aux frères qui sont en Asie et en Phrygie, ayant la même foi et la même espérance que nous dans la rédemption, paix et grâce et gloire de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus, notre Seigneur.
« La violence de la persécution ici, et l'extrême colère des Gentils contre les saints, et toutes les souffrances qu'ont supportées les bienheureux martyrs, ni nous ne sommes capables de les dire exactement, ni, certes, il n'est possible de les retracer par écrit. C'est en effet de toute sa force que l'ennemi s'est rué sur nous, faisant présager, dès l'abord, ce qu'allait être sa présence. Et il a tout essayé, habituant ses gens et les exercant d'avance contre les serviteurs de Dieu. On en est venu non seulement à nous chasser des maisons, des bains et du forum *, mais encore, en général, à défendre à quiconque d'entre nous de paraître désormais dans n'importe quel lieu.
« Mais la grâce de Dieu a combattu contre nos ennemis. D'un côté, elle a mis à l'écart les faibles ; de l'autre, elle a opposé des colonnes fermes 5, capables, par leur résistance, d'attirer sur elles tout l'effort du Malin . Et ces chrétiens sont allés à sa rencontre 5, supportant toute espèce d'outrages et de sévices . Estimant tout cela peu de chose, ils aspiraient après le Christ, démontrant aussi bien que les souffrances du temps présent ne sont pas proportionnées à la gloire, qui doit nous être révélée ' ?^, Et d'abord, ils soutinrent généreusement le déluge d'outrages venu de la foule ameutée : vociférations et coups, et brutalités et spoliations, et grêles de pierres, et réclusions, et enfin tout ce qu'une multitude sauvage a coutume de faire lorsqu'il s'agit de malfaiteurs M et d'ennemis. Puis ils furent traduits au forum 1 par le tribun militaire et les magistrats préposés à la cité ; et, après avoir été questionnés et avoir confessé la foi en présence de toute la foule, ils furent enfermés en commun ? dans la prison jusqu'à ce que le gouverneur fût présent '. x » Dans la suite, ils furent amenés vers le gouverneur et celui-ci usa de toute la cruauté habituelle à notre égard. Or Vettius Epagathus, un des frères, avait atteint à la plénitude de l'amour de Dieu et du prochain ; et sa conduite était à tel point parfaite que, malgré sa jeunesse, il méritait le témoignage rendu au vieillard Zacharie !'5, marchant dans toutes les ordonnances et les lois du Seigneur, irréprochable : et il n'hésitait point à rendre tout genre de services au prochain, car il avait beaucoup de zèle pour Dieu, et il était bouillant sous l'action de l'Esprit. Étant donc tel, il ne toléra pas l'action intentée ainsi sans raison contre nous ! ; mais il en fut exaspéré et il exigea d'être entendu lui aussi, voulant prouver en faveur des frères, que rien d'irréligieux ni d'impie n'est chez nous. Mais ceux qui étaient prés du tribunal poussèrent des cris contre lui, car c'était un homme en vue. Mais le gouverneur ne voulut point écouter ' la requête si juste qu'il présentait ; il lui demanda seulement si lui aussi était chrétien. Il l'avoua d'une voix éclatante, et c'est pour cela qu'il fut admis lui-même aussi au rang des confesseurs ! étant intervenu comme le paraclet (l'avocat) des
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chrétiens, ayant d'ailleurs en lui le Paraclet, l'Esprit, plus que Zacharie ! ; il le fit bien voir par la plénitude de sa charité, n'ayant pas craint d'exposer jusqu'à sa propre vie pour la défense de ses frères. Car il était et il est un véritable disciple du Christ, suivant l'Agneau partout où il va ?.
« À partir de cela, il se fit un partage parmi les autres. Il y eut des confesseurs qui se révélèrent bien prêts : ceux-ci de tout leur cœur allèrent dans leur témoignage jusqu'à une profession de foi complète. Mais il en parut aussi qui n'étaient pas prêts, pas aguerris, soldats encore faibles et incapables de supporter l'effort d'un grand combat. Parmi eux, dix environ faiblirent . Ceux-là nous firent un grand chagrin et une tristesse immense ; et ils brisèrent le courage des autres, qui n'avaient pas été saisis, et qui, bien qu'endurant toutes sortes d'épreuves redoutables, assistaient les confesseurs et ne les abandonnaient pas. Alors certes nous étions tous frappés d'une terrible épouvante, à cause de l'incertitude de la profession de foi *. Nous ne redoutions pas les tourments infligés ; mais nous envisagions l'issue, et nous craignions que quelqu'un ne tombât.
« On saisissait cependant chaque jour ceux qui en étaient dignes et ils complétaient le nombre des martyrs. Ainsi l'on arrêta, des deux Églises, tous ceux qui étaient zélés, et par lesquels surtout s'étaient constituées les chrétientés en ces lieux ; on arrêta aussi quelques Gentils, serviteurs des nôtres ; car, par un édit public, le gouverneur avait ordonné de nous découvrir tous. Et ceux-ci, pris dans le piège de Satan, redoutant les tortures qu'ils voyaient souffrir aux saints, et poussés à cela par les soldats, nous calomnièrent en inventant des repas de Thyeste et des incestes à la façon d'Œdipe, et des choses telles qu'il ne nous est permis ni de les dire, ni de les penser, ni même de croire que rien de semblable se soit fait chez des hommes.
« Ces accusations ayant été divulguées, tous devinrent à notre égard comme des bêtes fauves ; tellement que, si quelques-uns auparavant, à cause des relations intimes, s'étaient montré modérés, alors ils furent grandement irrités et grincèrent des dents contre nous. Et elle s'accomplissait, la parole de Notre-Seigneur disant : « Un temps viendra, où quiconque vous tuera croira rendre hommage à Dieu’. » Lui, qui se montre dans la force et ne se glorifie point dans l'apparence. Car nous craignions tous, et sa maîtresse selon la chair, laquelle était elle-même une de celles qui combattaient parmi les martyrs, appréhendait aussi qu'elle ne pût faire une franche profession de foi, à cause de la faiblesse de son corps. Mais Blandine fut remplie d'une telle force qu'elle lassa et découragea les bourreaux qui, se relayant les uns les autres, lui infligèrent toutes sortes de supplices depuis le matin jusqu'au soir. Et eux-mêmes avouèrent qu'ils étaient vaincus, n'ayant plus rien à lui faire ; et ils s'étonnaient qu'il lui restât un souffle de vie, tout son corps étant déchiré et meurtri. Et ils témoignaient qu'une seule espèce de tourments était capable de lui arracher la vie, sans parler de tels et de si grands. Mais la bienheureuse, comme un généreux athlète, rajeunissait dans la confession de sa foi, Et c'était pour elle un réconfort et un repos et un remède contre la douleur dans ces circonstances, de dire : « Je suis chrétienne, et chez nous rien de vil ne se fait. »
« Et Sanctus, lui aussi, supporta, avec un courage héroïque et absolument surhumain, tous les mauvais traitements venus des hommes. Les impies espéraient que, par la continuité et la grandeur des supplices, ils entendraient de sa part quelque parole illicite. Il leur résista avec une si grande fermeté qu'il ne révéla ni son propre nom, ni celui de sa nation, ni celui de la cité d'où il était, ni s'il était esclave ou libre*. Mais à toutes les questions il répondit en langue romaine : « Je suis chrétien ! » Telle fut sa réponse, et au lieu de son nom, et au lieu de sa cité, et au lieu de sa race, et toujours ainsi successivement ; les Gentils n'entendirent pas de lui une autre parole. D'où, certes, une grande animosité et du gouverneur et du bourreau s'éleva contre lui, au point que, comme ils n'avaient plus rien à lui faire, à la fin, il lui appliquèrent des lames de cuivre ardentes sur les organes les plus sensibles du corps. Et ceux-ci, à la vérité, étaient brûlés, mais lui demeurait ferme et inflexible, fort pour la confession de sa foi, étant arrosé et fortifié par la source céleste de l'eau vivante qui sort des entrailles du Christ ». Et son pauvre corps portait témoignage de ce qu'il avait enduré : étant tout entier plaie et meurtrissure, s'étant tout contracté, et ayant perdu, à l'extérieur, la forme humaine. Mais le Christ, qui souffrait en lui, accomplissait de grandes merveilles, déconcertant l'ennemi et, pour l'exemple des autres, montrant que rien n'est redoutable quand il y a l'amour du Père, rien de douloureux quand il s'agit de la gloire du Christ. En effet, les impies, quelques jours après, tourmentèrent de nouveau le martyr, pensant que, s'ils appliquaient les mêmes tortures sur ses plaies ouvertes et enflammées, ils viendraient à bout de lui, vu qu'il ne supportait même pas le contact des mains, ou bien que sa mort dans les supplices inspirerait la crainte aux autres. Non seulement rien de tel n'arriva à son sujet, mais même contre l'attente générale, son pauvre corps se remit et se redressa, dans les tourments qui suivirent : et il recouvra sa forme primitive et l'usage de ses membres, de sorte que cette seconde épreuve, par la grâce du Christ, devint pour lui non pas un supplice, mais un remède.
« Or, Biblis ! était une de celles qui avaient renié. Le diable, croyant l'avoir avalée et voulant encore se adjuger par le blasphème, l'amena au supplice, la pressant de dire des paroles impies sur nous, car elle était déjà blessée et sans énergie. Mais celle-ci, dans la torture, reprit ses sens, et pour ainsi parler, s'éveilla d'un profond sommeil, se souvenant, à l'occasion du châtiment, du tourment éternel dans l'enfer, et à l'encontre, elle réfuta les calomnies disant « Comment mangeraient-ils des petits enfants, ces hommes à qui il n'est même pas permis de manger le sang d'animaux sans raison ? » Et, dés lors, elle se confessa chrétienne, et elle fut adjointe à la liste des martyrs *.
Et comme les supplices des tyrans, par le fait du Christ, à cause de la constance des bienheureux, étaient impuissants, c'est d'autres moyens que le diable imagina. Il les fit enfermer dans l'obscurité et dans l'endroit le plus incommode au fond de la prison * ; les fit mettre au cep, les pieds écartés jusqu'au cinquième trou, et leur fit subir tous les autres mauvais traitements, que des exécuteurs en colère, et en cela remplis du diable, ont coutume d'infliger aux prisonniers. Aussi la plupart étouffèrent-ils dans la prison, fous ceux, à la vérité, que le Seigneur voulut délivrer ainsi, manifestant sa gloire. D'autres, qui avaient été torturés cruellement au point qu'ils paraissaient ne pas pouvoir survivre, même en recevant tous les soins, restèrent dans la prison. A la vérité, ils étaient privés de tout secours de la part des hommes, mais ils étaient fortifiés par le Seigneur et rendus vaillants et de corps et d'âme, et ils excitaient et exhortaient les autres. Mais les plus récents, qui avaient été arrêtés depuis peu, et dont le corps n'avait pas été torturé auparavant, ne supportèrent pas l'incarcération et moururent dans la prison.
« Et le bienheureux Pothin, à qui le ministère de l'épiscopat avait été confié à Lyon, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans, tout à fait débile de corps et à la vérité respirant à peine à cause de sa faiblesse corporelle, mais réconforté par l'élan de l'Esprit à cause de son désir pressant de proclamer sa foi , fut, lui aussi, traîné au tribunal. Son corps, certes, était brisé et par la vieillesse et par la maladie, mais son âme était maintenue en lui-même pour que, par elle, le Christ triomphât. Porté par les soldats vers le tribunal, étant escorté par les magistrats de la cité et par toute la foule qui poussait des cris de toute sorte, persuadée qu'il était le maître *, il rendit ce beau témoignage.
Le gouverneur lui ayant demandé quel était le dieu des chrétiens, il dit : « Si tu en es digne, tu le connaitras. » Dés lors, certes, il fut indignement entraîné et roué de coups. Ceux qui étaient tout près le frappaient avec les poings et les pieds de toutes façons, sans même respecter son âge. Ceux qui étaient loin lançaient contre lui tout ce qu'ils avaient sous la main. Tous estimaient qu'ils commettaient un grand crime, une grande impiété, si quelqu'un se relâchait de cette insolence contre lui, et, en vérité, ils pensaient venger ainsi leurs dieux. Enfin, respirant à peine, il fut jeté dans la prison et, deux jours après, il rendit l'âme !.
* À partir de là, certes, une grande intervention de Dieu eut lieu, et la miséricorde immense de Jésus se révéla : chose rarement arrivée sans doute dans la société des frères, mais non étrangère à l'industrie du Christ. Ceux, en effet, qui dans la première arrestation étaient devenus apostats avaient, eux aussi, été enfermés, et partageaient les mêmes souffrances. En cette occasion donc, leur apostasie ne leur fut d'aucun avantage, car ceux qui avaient avoué ce qu'ils étaient avaient été enfermés comme chrétiens, sans qu'aucune autre accusation fût portée contre eux. Mais ceux-là, en plus, étaient détenus comme homicides et impudiques, doublement punis par rapport aux autres. Ceux-ci, en effet, la joie du témoignage rendu et l'espérance des biens promis, et leur amour du Christ, et l'Esprit du Père les rendaient légers. Ceux-là, au contraire, leur conscience les torturait grandement, au point que dans leurs trajets de prisonniers ' !, leur physionomie les rendait manifestes parmi les autres, car les martyrs s'avançaient joyeux : une noblesse et une grâce abondante étaient répandues sur leurs visages, si bien que même leurs liens les entouraient d'une parure magnifique, comme une fiancée parée de franges d'or variées, et ils exhalaient la bonne odeur du Christ, au point que plusieurs crurent même qu'ils étaient oints d'un parfum exquis. Mais les autres étaient mornes et abattus, et honteux, et remplis de toute laideur, étant, en outre insultés par les Gentils, comme des lâches et des peureux ; ils avaient le qualificatif d'homicides, après avoir perdu leur titre tout à fait honorable et glorieux et salutaire. Or, voyant cela, les autres chrétiens furent affermis, et ceux qui étaient arrêtés | confessaient sans hésiter leur foi, n'ayant nullement la pensée de quelque argutie diabolique.
Il fallait bien que ces généreux athlètes, qui avaient soutenu une lutte de multiples formes et avaient magnifiquement triomphé, reçussent la grande couronne de l'immortalité. Donc Maturus, Sanctus, Blandine et Attale furent amenés aux bêtes dans l'enceinte publique pour être exposés en spectacle à l'inhumanité des Gentils. Un jour spécial, pour les combats de bêtes !, avait été assigné à dessein, à cause des nôtres. Maturus et Sanctus traversèrent de nouveau, dans l'amphithéâtre, tous les tourments, comme s'ils n'avaient absolument rien souffert auparavant ! ou, plutót, comme étant déjà vainqueurs de l'adversaire dans plusieurs assauts, et soutenant le combat pour la couronne elle-même, ils supportèrent de nouveau les séries accoutumées de coups de fouet et les assauts acharnés des bêtes, et tout ce qu'une foule ivre de fureur, de tous côtés, à grands cris, réclamait et ordonnait, et, enfin, la chaise de fer, sur laquelle les corps étant rôtis apportaient aux assistants une odeur de graisse. Eux, cependant, n'étaient point assouvis pour cela, mais ils étaient encore plus furieux, voulant vaincre la constance des martyrs. Et même, ainsi, ils n'entendirent de Sanctus rien autre que la formule de confession qu'il avait pris l'habitude de dire depuis le début. Les martyrs donc, comme après ce grand combat le souffle leur restait toujours, furent enfin immolés. Pendant cette journée-là, au lieu de toute la variété qu'il y a dans les combats singuliers, leurs personnes avaient été | données en spectacle au monde. a Pour Blandine, elle avait été suspendue à un poteau et exposée en pâture aux bêtes, qui se jetaient sur elle. Et, parce qu'elle paraissait suspendue comme sur une croix, et à cause de sa prière intense, elle inspirait un grand courage aux combattants, Ils voyaient dans ce combat, et de leurs yeux du corps, à travers leur sceur, celui qui a été crucifié pour eux, afin de persuader à ceux qui croient en lui que quiconque souffre pour la gloire du Christ a éternellement en partage le Dieu vivant. Et aucune des bêtes ne l'avait alors touchée, elle fut enlevée du poteau et de nouveau mise dans la prison, réservée pour un autre combat : afin que, victorieuse dans plusieurs assauts, d'un côté elle rendît définitive la condamnation du serpent pervers, et, de l’autre, elle excitât ses frères, elle petite et faible et bien à dédaigner, après avoir revêtu le grand et invincible athlète, le Christ, ayant à plusieurs reprises surpassé l'adversaire et, par ce combat, obtenu la couronne de l'immortalité.
Celui-ci est Attale, le chrétien.
Et comme le peuple frémissait violemment contre lui, le gouverneur, ayant appris qu'il était citoyen romain, ordonna de le ramener captif avec les autres qui étaient dans la prison. A leur sujet, il écrivit à l'empereur et attendit une réponse de lui.
[Or, Alcibiade ?, un des martyrs, menait une vie tout à fait austère, qu'il ne changea en rien d'abord, se contentant de pain et d'eau. Il essayait même dans sa prison, de vivre de la sorte. Mais à Attale, après le premier combat qu'il accomplit dans l'amphithéâtre, il fut révélé qu'Alcibiade ne faisait pas bien de ne pas user des dons créés par Dieu, et de fournir aux autres une occasion de scandale. Alcibiade, ayant obtempéré, usa de tout sans contrainte, remerciant Dieu, car les martyrs n'étaient pas privés de la grâce de Dieu, mais l'Esprit-Saint était leur conseiller.] Cependant le temps qui leur fut laissé ne fut pas pour eux inutile et infructueux, mais, à cause de leur patience, l'immense miséricorde du Christ se révéla, Par les vivants, certes, les morts furent vivifiés, et les martyrs firent des libéralités aux non-martyrs, et une abondante joie fut à la vierge mère [= l'Église], recevant de nouveau, vivants, les avortons qu'elle avait rejetés comme morts. Par eux, en effet, la plupart des renégats furent de nouveau conçus et réformés et réchauffés, et ils apprirent à confesser la foi, et, désormais vivants et vigoureux, sous la douce impulsion du Dieu qui ne veut pas la mort du pécheur, et qui est tendre au repentir, ils vinrent devant le tribunal pour être de nouveau interrogés par le gouverneur, car l'empereur avait répondu qu'il fallait livrer aux coups ? les prisonniers, mais que si quelques-uns renonçaient, ceux-là devaient y être relâchés. | « Et comme l'assemblée solennelle de Lyon, qui amène un concours immense de gens de toutes les nations, commençait alors, le gouverneur fit comparaître à son tribunal les bienheureux, les donnant en spectacle et les exposant aux foules. C'est pour quoi il les interrogea de nouveau : et à tous ceux qui parurent posséder le titre de citoyens romains, il fit trancher la tête : les autres, il les livra aux bêtes, mais le Christ fut grandement glorifié par ceux qui l'avaient auparavant renié, le confessèrent alors contre l'attente des Gentils. Et, en effet, ceux-ci avaient été interrogés à part, comme devant tout de suite être délivrés ; et, parce qu'ils confessèrent la foi, ils furent ajoutés à la liste des martyrs. Mais ils restèrent en dehors, ceux qui n'avaient conservé ni vestige de foi, ni souci de robe nuptiale , ni pensée de la crainte de Dieu ; et par leur volte-face, ils déshonorèrent la route qu'ils avaient suivie : ce sont les fils de la perdition . Les autres, au contraire, furent tous réunis à l'Église.
« Pendant qu'on les interrogeait, Alexandre, un Phrygien d'origine et médecin de sa profession, qui avait déjà passé nombre d'années dans les Gaules et était connu de presque tous par son amour pour Dieu et la liberté de sa parole, car il n'était pas sans participer à la grâce apostolique , se tenant près du tribunal, les engageait par signes à confesser 101 la foi. Il paraissait à ceux qui entouraient le tribunal comme dans les douleurs de l'enfantement'. Mais les foules, irritées de ce que ceux qui avaient renié auparavant la foi la confessèrent de nouveau, poussèrent des cris contre Alexandre, comme étant l'auteur de ce fait. Le gouverneur l'ayant fait arrêter, et lui ayant demandé qui il était, il répondit qu'il était chrétien. Devenu furieux, le gouverneur le condamna aux bêtes et, le lendemain, il entra dans l'amphithéâtre avec Attale aussi, car, pour plaire à la foule, le gouverneur avait livré de nouveau Attale aux bêtes. Et ils passèrent par tous les instruments de supplice inventés pour la torture dans l'amphithéâtre et, ayant soutenu un très grand combat, à la fin, ils furent, eux aussi, immolés. Alexandre ne poussa absolument ni un gémissement, ni un soupir ; mais, dans son cœur, il s'entretint avec Dieu. Pour Attale, il fut placé sur la chaise de fer et rôti ; et tandis qu'une odeur de graisse s'exhalait de son corps, il dit à la foule, en langue romaine : « Voilà ce qui est manger des hommes, c'est ce que vous faites, vous ! pour nous, nous ne mangeons pas d'hommes et nous ne faisons rien autre de criminel. » Et comme on lui demandait quel nom a Dieu, il répondit : « Dieu n'a pas de nom comme un homme. » « Et après ceux-ci, le dernier jour qui restait pour les combats singuliers, Blandine, enfin, fut introduite de nouveau et, avec elle, Ponticus, jeune garçon d'environ quinze ans. Chaque jour, ils avaient été amenés pour voir le supplice des autres, et avaient été pressés de jurer par les idoles des païens. Et parce qu'ils demeuraient fermes et les méprisaient eux-mêmes, la foule devint furieuse contre eux, au point qu'elle n'eut ni pitié de l'âge de l'enfant, ni respect pour le sexe de Blandine. On les exposa à toutes les cruautés et ils parcoururent toute la série des supplices ; on les pressait à tour de rôle de jurer, mais sans pouvoir y réussir. Ponticus, certes, excité par sa sœur, au point que les Gentils virent que c'était elle qui l'exhortait et l'aiguillonnait, supporta généreusement tous les supplices et rendit l'esprit. Mais la bienheureuse Blandine, la dernière de tous, comme une mère généreuse qui a lancé ses fils en avant et les a envoyés, devant elle, victorieuse vers le roi, parcourut, elle aussi, toute la série des combats de ses enfants. Blandine se hâtait vers eux, joyeuse et bondissant d'allégresse, en arrivant au terme, comme si elle eût été invitée à un repas de noces et non jetée aux bêtes. Et après les coups de fouet, après le gril, elle fut enfin jetée dans un filet et livrée à un taureau. Et après avoir été projetée en l'air assez souvent par l'animal, mais sans avoir plus le sentiment de ce qui arrivait à cause de son espérance et de son attente des biens promis et de son entretien avec le Christ, elle fut immolée elle aussi. Et les Gentils ont avoué que jamais, devant eux, femme ne souffrit tant et de tels tourments.
« Mais, pas même ainsi, leur fureur et leur cruauté contre les saints ne furent rassasiées. Gar ces troupes de sauvages et barbares, une fois surexcités par la bête fauve étaient difficiles à apaiser et leur vengeance recommença d'une autre manière contre les corps. Leur défaite à la vérité ne les faisait pas rougir, parce qu'ils n'avaient pas de sentiment humain ; bien plutôt, même, elle allumait leur colère comme des bêtes sauvages, et le gouverneur et le peuple manifestaient injustement contre nous une semblable haine, afin que cette parole fût accomplie : Que l'impie devienne plus impie encore, et que le juste devienne encore plus juste . » Et, à la vérité, ceux qui avaient étouffé dans la prison, ils les jetèrent aux chiens, veillant avec soin, la nuit et le jour, à ce qu'aucun ne fût enseveli par nous. Et alors, certes, ayant réuni les lambeaux déchirés ou carbonisés laissés, soit par les bêtes, soit par le feu, et les têtes des autres avec leurs troncs également non ensevelis, ils le gardèrent au moyen d'un poste de soldats pendant plusieurs jours. Et les uns frémissaient et grinçaient des dents contre eux, cherchant à tirer d'eux une vengeance plus complète, D'autres riaient d'eux et les insultaient, glorifiant leur idole et leur attribuant le châtiment de ces gens-là. Et les autres, plus modérés et qui semblaient, dans une certaine mesure compatissants, proféraient un grave outrage”, disant : « Où est leur Dieu ? Et que leur a servi cette religion qu'ils ont mise au-dessus de leur propre vie ? » Telle était donc, chez eux, la diversité des sentiments. Et, de notre côté, la douleur était très grande, parce que nous ne pouvions pas ensevelir les corps dans la terre. Car ni la nuit ne nous favorisa pour cela, ni l'argent ne les persuada, ni la prière ne les fléchit*. Mais ils surveillèrent de toutes les manières comme obtenant quel que grand avantage, si ces os ne recevaient pas de sépulture.
« Les corps des martyrs demeurèrent donc, pendant six jours, exposés de toutes façons aux regards et aux outrages, Ensuite ces corps ayant été brûlés et consumés, les cendres en furent balayées par ces impies ? dans le fleuve du Rhône qui coule près de là, afin qu'il n'en restât pas même une trace sur la terre. Et ils faisaient cela comme s'ils avaient pu vaincre Dieu et les priver de la renaissance. v Afin, disaient-ils, que ces gens-là n'aient même pas l'espérance de la résurrection, dans laquelle confiants ils introduisent chez nous une religion étrangère et nouvelle, et méprisent ces tourments, prêts, même à aller avec joie à la mort. Maintenant voyons s'ils ressusciteront et si leur Dieu pourra les secourir et les arracher à nos mains. »
XXI. LA LISTE DES MARTYRS. — « A quoi bon, dit Eusèbe, reproduire ici le catalogue des martyrs
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donné par la lettre, avec la distinction entre ceux qui ont eu la tête tranchée, ceux qui ont été jetés en pâture aux bêtes, et ceux qui sont morts en prison, de même que le nombre des confesseurs qui survivaient encore au moment où la lettre à été écrite ? Tout cela figure dans la Mxgcz$pov cuvayo, où la lettre entière a été reproduite, » Mais nous avons dit que la Masrüsov cuvayoy ? n'a pas ` été retrouvée, et la liste nous manquerait donc si différentes sources ne nous l'avaient plus ou moins exactement conservée el comprenant généralement cinquante-huit noms : le Martyrologe hiéronymien insère une liste au rv des nones de juin ; divers martyrologes historiques donnent une liste à la même date, mais qui offre de légères différences avec celles de l'hiéronymien ; des passionnaires ont accepté eux aussi une liste insérée à la suite d'un extrait de la traduction latine de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe, enfin saint Grégoire de Tours introduit les noms des martyrs au chapitre xrLvri du De gloria martyrum. Même si l'uniformité existait entre ces différentes listes, il y aurait lieu de rechercher la source à laquelle elles remontent ; mais la question est plus compliquée du fait, d'abord, des différences relevées entre les listes, de la présence du nom de Zacharie, enfin de cette remarque que les successions de noms sont peut-être de simples accouplements de cognomina à des gentilices, ce qui semble de nature à rendre plus incertain que jamais le nombre des martyrs.
Obézttog 'EmdyaÜoc. Vettius Epagathus, Vaitus Apgtlius. L yxTOc, Sanctus Svnqtus. M&zoupos, Maturus, Mrtvrvs. “ATTHAOC, Altalus, Attlus. Basvôiuce, Blandina, Bldina. Bàis (Bi6AUEc), Blandina, Bibla. IIo0szwóc, Pothinus, Pvthinvs. » AME vopoc, A lexander Alexandros. Ilovctxóc, Ponticus,. Ponticvs « AXxibtaxóme, : Alcibia des, Alkibia des.
Rufin a pris la liberté de passer sous silence la chute de Biblis ; il a supprimé son nom et retouché le récit de manière à mettre la confession postérieure de Biblis au complet de Blandine. nacensis ; B = Bernensis ; S = Senonensis et G = Corbeiensis auxquels viennent s'ajouter la sous-famille de Fontenelle : W — Wissenburgensis L et M. — Lucenses. Voici le texte qu'ils donnent : Lugduno ! Galliae, XLVIII martyrum ?, hoc est * :
Polini, episcopi, Zachariae presbuyleri, Veltii, Macharii^, Alcipiadis, Silpii, Primi, Ulpii' ?, Viltalis !!, Commini ?, Octobris, | Filomini, Gemini, Julide, Albinae !, Gralae', Emiliae^, Polamiae', Pompeiaie', Rodanae ?? », Biblis ?, Quartiae ?*, Malernae Hilpis.
Hii aulem qui ad bestias traditi sunt ?* :
Sancli* diaconi, Maoaluri, Attali, Alexandri, Ponteci, Blandinae ?., Hii sunl qui in carcere spiritum reddiderunt ** ;
—
Aristei, Cornili ??, Zosimi, Tili ?, Juli ?, Zolici, Appollonii, (seminiani, Juliae, *, Ausonae, item Emiliac, lamnicae, Pompeiae, Domnae, Amiliae', Iustae *, Trofimae ?, Antoniae', Hit omnes famuli christi sub Anlonino imperatore sunt coronati's, Var. lect.^ Lugduni L — quadraginta et sex G ; XLVII W — ? martyres S ; martyris W — rotini B ; rogatini 5 ; rogatiani CWLM — zachariae episcopi W — vetii E, vittii B ; vethy SW ; vethi CM ; vetthi L — macchari E — asclipia des B ; asclipiadis SW ; asclipiaditi C ; asclepiadis LM — silvi ESLWM — 10 glpj E — 1 vitali B — ' cummini E, comini B ; comminis L — »= octubris W — ' phili moni B ; philomi C — ' albini BWLM ; et alibi 8 — ! grate L — ' om B. melia 5 ; miliani C ; milia WLM — ' potame 5 ; potamiaz WLM —- ' ? pam peirae B ; ponpeiae W — « rodiane S W :rodiani — ? bliblis B ; blissi C — quartae C — ? marternae S — “(Hii autem sunt)om. - ESCWLM — »om EC — maturi diaconi E ; matyri B — attuli B ; attili SWLM, atbi C — potici C ; pontici M — blandini SWLM ; blandini iusti G — « (Hii reddiderunt) om E ; hi SC ; in cesarea spiritum LM ; reddiderunt cum alis XV“ martyribus W qui omillil ea quae seguntur — ?' atristei E : arestei B ; aristhei M — ° cornilii BM ; GCornilii SL 9 » tyti — “iuli EM — apoloni BCM ; appoloni S — ? iubeoe S — * emeliae BSM — nicae E ; lamnicae S ; iannicae L — ? pompeie C — » dominae E ; domne SLM — # amilie S — “ iuste SLM — tropimae E : trofime SM ; trophimae C ; trofine L — * antoniae nine G+ (Hii-coronati om ESCWLM.
Dans ce texte, on reléve une contradiction entre la rédaction des sommaires sur les diverses catégories de martyrs :. Hii autem qui ad bestias traditi sunl suivi du génitif : Sancti diaconi Maluri, ete. L'original a subi une déformation.
On ne lit pas ces sommaires dans E, mais c'est pour la bonne raison qu'il prend sur lui de les supprimer, ce qui l'a induit à supprimer le premier mot qui suit le sommaire sancti, ne sachant pas que ce n'est pas ici un titre mais bien un nom propre, celui. du diacre Sanctus. Cette suppression faite du mot Sancii, il a trouvé diaconi qui aurait dû lui donner l'éveil sur son erreur, il n'en a rien été et, jouant de malheur, aprés avoir supprimé un diacre qui s'appelle Sanctus, il invente un diacre qui serait Malurus. Mieux inspiré, le B donne les sommaires au complet et, peut-étre, le dernier est-il son ouvrage. Enfin le W supprime une partie de la liste et met un chiffre à la place.
Les noms propres ont été fort maltraités : c'est ainsi que l'on voit Polini (E) devenir Rolini (B), puis Kogalini (S) et enfin Ftogatiani (C W L M) ; les autres noms, sans avoir été épargnés sont toutefois demeurés à peu prés reconnaissab les, 105 est conservé dans le manuscrit latin 2879 de la Bibliothé que nationale, agit différemment, et cela se concoit, car il travaillait à Lyon, ou tout au moins dans les environs de Lyon : il inséra la liste. De l'examen des additions faites par cet auteur au martyrologe de Béde, il ressort qu'il possédait, entre autres sour ces, un exemplaire du martyrologe hiéronymien appartenant à la seconde famille, B. On pourrait donc s'attendre à le voir reproduire simplement un texte voisin de celui du Bernensis. Gependant il n'en est rien : nous verrons qu'il a puisé aussi à une autre source, Nous désignerons ici les leçons du manuscrit lat. 3879 par le sigle Ly.
« Le texte de la liste une fois introduit dans le mar- -tyrologe, il n'y avait auc une raison de ne pas continuer à le copier : on le fit d'autant plus volontiers que c'était à Lyon que le livre se développait, grâce aux additions et aux remaniements de Florus et d'Adon. Nous avons donc de ce côté de nombreux témoins de la liste. Nous avons fait appel aux princip aux seulement, et nous aésignerons par FI les leçons concordantes des manuscrits de Florus, les manuscrits eux-mêmes par les lettres suivantes : Mss. Paris, B. N. lat. 5254, s, XII et 5263, s, XIV provenant de Mâcon = M : et M* ; | Bologne. Univ. 225, s. xii, provenant de Lyon —B ; | Paris, B. N. lat. 10158, s. xir, provenant d'Epternach = E ;
Paris, B. N. lat. 10018,s. xiv, provenant de Toul = T.
Pour Adon (= Ad.), nous nous bornons à relever les variantes des manuscrits de :
Saint-Gall, abbaye 454, s. IX-X, provenant de l'abbaye de Saint-Gall — G ;
Londres, Brit. Mus. Harl. 3062 s. x-xti, provenant de Tréves — T.
« Le texte donné par l'ensemble de ces divers témoins est le suivant : on notera qu'il se présente à la suite d'un extrait plus ou moins développé de I' Hisloire ecclésiasti que d'Eusèbe traduite par Rufin.
Nomina vero XLVIII martyrum * huec sunt :
Folinus ? episcopus. Zacharias presbiter, Epaqgatus ?, Macharius, Alcibia des . Silvius, Primus, Ulpius, Vitalis, Comminus !, Ocluber, Filuminus ?, Geminus, Iulia, Albina, Grata, Rogala, Emilia, Poltamia' Pompeia, Rodona“, Biblis, Quarlia ?, Materna, Helpes quie et Amnas « 1.
Hii aulem qui ad bestias traditi sunt :
Sanctus ?, Malurus, Altalus', Alexander ? !, Pondicus « , Blandina !, Hi* pero qui in carcere spiritum reddiderunt :
Aristeus, Cornelius, Zosimus, Tilus ?, Iulius, Zolicus, Appollonius*, Geminianus ?', lulia, Ausona , Emilia , lIamnica ?, Pompeia, Domna, lusia, Trofma”, Antonia.
Hi omnes famuli Christi sub præjato imperatore pariter coronati sunt.
Var, lect. ? om T ; nomina vero eorumdem martyrum ista sunt Not — Photinus M :Bg Not ; Fontinus T —. ? Epaganus Ly ; Repagatus G 2m ; Zacharias presbyter. sanctus diaconus, Vetitius qui et Repagatus, Not — Alcipia des M' ; Alchipia des E T ; vel Asclipia des G
LYON
106 corr. 2m ; Asclepia des, qui alio nomine dicitur Alcibia des Not — ' Cominus M'BETG ; Comitius M ? — Octubes M' ; October G 2m Not — ? Figlaminus Ly ; Fliminus M'ET ; Filorhinus M ? ; Philominus G 2m Nol ; Philominus g — 'Vilia Nol —- Emilia g No ! — | Pontania Lg ; Pothamia B —- » Rodana MBG ; Rogdana ET ; Rhodana g Nol — ' Byblis M ! — ? » Quarta M'E Not ; Quartana T — ™ Marterna B ; Matema Not — “ Helpes que et Ly M'TG ; Helpes que et B ; Elpes que et M'E ; Elpis quæ et Nol — Amnes M ; Annas B ; Annias T ; Ammas Nol — ' Hic Ly ; Hi M'EGg ; Hi sunt autem g ; Hi quidem diversissimis mortibus interempti sunt. Hi autem bestiis traditi sunt Nol ; a bestias Ly ; bestiis g — # Sanctus supradictus Not — “Adtalus M'E ; Adtalias T. — « Elexander Ly — ePonticus G ; Fonticus C — Blandin E — :Hii B. T. ; (Hi-reddiderunt) om. Not ; rediderunt Ly — # Tytus M'B — = Apollonius M' BEGG Nof — ' Geminius T ; ieminianus G 1m — »Ausonia M'BEGG Not — /Emilia g Not — Iannica Emilia B ; lIannica Not — ' Trophima Ly BTGG : Throphima Not — ?* Hii BT ; sub præfatis imperatoribus Ad.
La concordance est ici parfaite entre les divers témoins. Une rapide comparaison avec la liste du martyrologe hiéronymien permet de reconnaitre les particularités les plus saillantes de cette nouvelle forme : elle débute, comme la précédente par l'indication du nombre des martyrs et par les noms de Pothin et de Zacharie, mais la note topographi que est remplacée par une autre formule : Nomina vero... On voit aussi immédiatement qu'ici les noms des martyrs, au lieu d'étre au génitif, sont au nominatif, ce qui est correct. Le nom Hilpis du martyrologe hiéronymien, devient Helpes quæ et Amnas. Le nom Amilia, qui dans le martyrologe hiéronymien figure à la fin de la liste, entre Domna et Iusta ne se retrouve plus ici. Par contre, nous voyons dans la premiére partie de la liste, entre Grata et Emilia, une Rogala que ne donne pas le martyrologe hiéronymien. Enfin, on notera que la phrase finale : Hi omnes famuli Chrisli... concorde textuellement avec le Bernensis, sauf une légère modification réclamée par la nature méme de la notice des martyrologes historiques . » Ces manuscrits forment deux groupes : 1° Munich 3514, Paris lat. 5304, 5306 ; 2 » Brux. 207-208 ; Harl. 2800 et la liste prend les deux formes qu'on va voir. d. Liste d'aprés le premier groupe ; ms. Münich 3514 Nomina autem martyrum hæc sunl : f Pompeia, Hhodana, Bibilis, Quartia ?, Pontica, Materna, Helpe que Et amnas.
Hii aulem qui ad bestiis ? iradili sunt :
Sanctus diaconus®, Malurus, Atlalus« , Alexander, Ponticus, Et blandina !*,
107 | “ETON - 108
Hii aulem qui in carcerem » spiritum reddiderunt.
Arestius, Cornilius, Zosimus« , Tilus, Zoticus, Iulius, Apollonius, Geminianus, lulia, Auxenfia'5, liem æmelia, (Gammica », Tiem pompeia, Domna, Mamilia’, Iusta, Trofimm ! ?, El antonia.
Var. lect. d'après Paris. lat. 5304 (A) et 3306 (B) — ! Victius A ; Vitius B — Octobrus B — Iulie A — i In Cod. Vels. a final. sup. ras. — 5 Æmeria A ; Emelia B — Rodana A ; Rodong B — Quarcia A — | Ammas À — ‘a bestiis A B — diachonus A — u Atthalus B — ? Blandine AB — ?? qui in carcere A ; | qui carcerem B — ? Zozimus A — 15 Auxencia À — | 16 Hemelia A — ' ?* Gemnica AB — A Mamilla A — 13 Trofime et Antofime AB. b. Liste d'après le deuxième groupe : ms. Brux. 207-208 : :
Nomina autem martyrum hec sunl :
Vethius, Zacharias, Macharius, Alcipia des ', Silvinus, Primus, Ulpius, Vitalis, Lomninus, October, Filominus, Geminas, Iulia, Albina, Grata, Ponticus, Blandina, Emilia’, Polomine, Pompeia, Rodane, Biblis, Quarta, Materna, Aplis que et Ammas, Malurus, Alexander, Iulius, Apollonius.
Hi sunt qui in carcere spiritum reddiderunt :
Arethius, Folinus, Cornelius, Cosemus.
Hi aulem qui ad bestias traditi sunt :
Sanctus Tylus ?, Mammilia, Lolicus, Iusta, Trojome et Anloni, Geminianus, Iulia, Ausone, Emilia, Imanica *, Pompeia, Domna.
Var. leci. d'après Brit. Mus. Harl. 2800, — ?Alcipiadis — Emelia — ?Titus — TIamnica. o. Les noms chez Grégoire de Tours. — Dans son Historia Francorum, liv. I, chap. xxix, Grégoire de Tours écrit ce qui suit : Post hun cet XLVIII martyres passi suni, ex quibus primum fuisse legimus Veclium Epagatum. D'aprés cette phrase, Grégoire prendrait parti en faveur du martyre de Vettius Epagathus, ayant peut-étre de bonnes raisons pour cela, comme serait une tradition de famille car il nous apprend ailleurs que son aieule Leucadia appartenait à la famille d'Epagathus : Leucadia ab stirpe Vetti Epagati descendens, quem Lugduno passum Eusebi testatur historia . Enfin, dans le De gloria martyrum , Grégoire nous donne la liste des martyrs.
Quadraginla octo vero martyrum nomina, qui Lugduno passi dicuntur, haec sunt : à Vetiius Epagatus, Zaccharias, Macharius, Alcipiadis, Silvius, Primus, Alpius', Vitalis, Comminius, October , Philominus, Geminus ?, Iulia, Albina, Grata, Emilia, Postumiana, Pompeia, Rodonæ, Biblis, Quarta, Malerna, Elpen ipsa Stamuas*.
Hii suni qui in carcerem. spiritum reddiderunt :
Arescius ?, Photinus, Cornelius, Zotimus ?, Titus, Zolicus, Iulius, Emilia, Gamnila !, Pompeia, Alumna, Mamilia, Iusta, Trifims*, Antonia et beatus Pholinus episcopus.
Var. lect. d'après ms. Paris lat. 2204, s. 1x (= la) : Paris nouv, acq. 1493, s. Ix-X (= 1b) ; Clermont 11, s. X (= 3) — ' Ulpius, 1a — Cominius, Octuber, 3 — Geminaus, 1b — + Rodane 3 — Stiamas 3 — q. a bestiis 3 — ‘om. 3 — ? Arestius 15 — Potinus 15b — Zozimus 3. — ' Iamnite 15 — 2 Mammilia 15b — 1 Trifyme 1b ; Trophima 3 — ^ ? Fotinus 15.
Ici encore l'emploi du cas nominatif, et la mention de Helpes quæ et Ammas encore reconnaissable sous son déguisement : Empen ipsa Siamas. Vettius porte ses duo nomina, Zacharie le suit immédiatement et saint Pothin est mentionné deux fois. Enfin Gré-. goire de Tours annonce 48 martyrs et ne donne que 43 noms.
6. Critique des formes diverses de la liste. — « Il ne faut pas examiner longuement les listes qui précédent pour se rendre compte qu'elles forment trois groupes distincts : d'une part le martyrologe hiéronymien, caractérisé par la forme génitive des noms des martyrs et par la présence des noms de Pothin et de Zacharie en tête de la liste ; d'autre part, les listes des passionnaires et de Grégoire de Tours qui omettent les noms de Pothin et de Zacharie ou les placent dans le corps du texte, donnent pour Helpes le double vocable d'Ammas et mettent les noms au nominatif ; le troisième groupe est formé des martyrologes historiques : le compilateur de cette liste avait sous les yeux un passionnaire et un martyrologe hiéronymien voisin du Bernensis : il a mélangé les deux textes : il donne en tête de liste les deux noms de Pothin et de Zacharie, dans le corps du texte le double nom Helpes quæ et Ammas, à la fin la note du Bernensis, et met l'ensecondaire de notre texte, et nous n'avons pas à nous en occuper davantage. Désinence en e ou en æ qu'elles donnent à plusieurs noms de martyrs : Polomene, Rodane, Trofime, et qui correspond à la forme grecque en m « Mais cette supériorité des listes des passionnaires et de Grégoire une fois reconnue, un problème se pose. La liste des martyrs ne peut provenir, en dernière analyse, que de la Maprücos ouvayoy« : or, l'unique voie, semble-t-il, par laquelle quelques données de la Xuvayorr5 nous sont parvenues est le martyrologe hiéronymien. Comment expliquer que, pour le cas particulier de notre liste, d'autres documents soient plus proches que lui de l'écrit d'Eusèbe 47 s Une explication conjecturale proposée par L. Du| chesne semble devoir être abandonnée. D'après lui, Grégoire de Tours, grâce à ses relations avec Auxerre, aurait eu connaissance d'un exemplaire de la rédaction primitive de l'hiéronymien, et l'aurait mise à profit dans le De gloria martyrum antérieurement aux remaniements subis par la recension gallicane dudit t d'inde dr et t — ET n Sn RE 109 hiéronymien. A cette conjecture, dom H. Quentin objecte que l'ensemble de la liste des martyrs de Lyon n'a pas dû faire partie du fonds primitif du martyrologe, au moins au 1v des nones de juin. On sait que dans ce martyrologe les doublets abondent et, au début du mois de juin, on trouve certains noms répétés non deux fois, mais jusqu'à cinq, six, sept ou huit fois. Or, la liste des martyrs de Lyon a presque complètement échappé à cette avalanche, si on y peut signaler quelques doublets, c'est en nombre infime, car la grande majorité des noms qui la composent, très caractéristiques pour la plupart, ne reviennent ni à ce jour ni à aucun des jours voisins. Ainsi la conclusion s'impose que la liste des martyrs de nones de juin, qu'à une époque postérieure aux bouleversements qui ont donné naissance aux innombrables doublets insérés dans les autres groupes de ce jour ; par suite, elle ne peut pas être considérée, à ce jour, comme un emprunt direct fait par le martyrologe à la Magt5gov cuveyvoryr, d'Eusébe.
Il ne s'ensuit pas que le martyrologe ne contenait aucune mention des martyrs de Lyon au 1v des nones de juin, mais ce pouvait être une mention assez brève qui aura disparu pour faire place à la liste actuelle, ou bien qui se réduisait au seul nom d'Epagalus qui figure à la suite de la liste. On observera encore que le vocable Epagatus parait dès la veille (Jl. Kun.) ainsi que le vocable Pofhinus, celui-ci parmi une longue liste de martyrs attribués à Saloni que.
Quoi qu'il en soit, « un point parait hors de doute, c'est que la plupart des noms très caractéristiques de la liste ne figuraient pas à ce jour dans le fonds primitif du martyrologe, sans quoi ils eussent indubitablement fourni quelques doublets !. » x Par contre, il est un autre jour du martyrologe hiéronymien où nous retrouvons un certain nombre de noms de notre liste ; c'est le V Xl jun. ;il est bref et nous en donnons ici le texte d’après le Bernensis, mais en ajoutant certaines leçons de l'Epternacernsis et du Wissenburgensis qui présentent un grand intérêt.
« V kl. jun. Pampilia Zeloli, Primi, Nonni, Aurosi, In Africa Porto Arminiæ ', Emili, Felici, Priami, Liciani, Romæ via Nomentana, miliario XIII, Epagati, Eustasi, Victiæ, Castulæ, Epigatiani ?, Octobri, Uroriæ, Vippi, Adauli, Homini, Marcili, Cilloniæ, Maxime, Fylomini, Auficiz, Commini, Marcianæ, Flumini, Macriani, Castule cum aliis VII. In civilale Parisius depositio sancti Germani episcopi.
« Var, lec, — ' proti mari mini : Ept. ; portini arminiæ Wiss., —- : vepegani Epl., — et pigati anie Ept. ; epicati Ame Wiss. — wimpiali Ept. ; viapia hili Wiss. ; — Marcelli Epi. ; — * ues Ept. ; avittiz Wiss. ; — ? vi Epl. avec six autres ; mais ce n'est là sans doute qu'une coincidence accidentelle et nous n'avons pas ici à multiplier les conjectures. L'important est, pour nous ; d'avoir retrouvé plusieurs des noms de notre liste au V kl. jun. ;il est établi par là que la liste des martyrs, soit partielle, soit complète, n'a pas été ignorée du compilateur primitif du martyrologe. v La liste présentée par la recension gallicane du martyrologe hiéronymien au IV non. jun. ne fait pas partie du fonds primitif du martywrologe ; elle n'est pas la source de la liste des passionnaires ; elle est moins proche de l'archétype que cette dernière : quelle est alors celle des trois formes : Grégoire de Tours, passionnaire de Velser (Munich) ou passionnaire de Bruxel les qui doit nous rapprocher le plus de la source primitive ? ? » Entre ces trois formes on peut relever certains points de comparaison que nous désignons par M(unich), B(ruxel les), Grégoire), ce sont les suivants :
1e Nomina autem martyrum hæc sunt, M. B. ; ALVIN vero mariyrum nomina hec sunl, G.
20 Vedius. M. B. ; Vettius Epagathus, G.
3° Zacharias. B. G ; om. M.
4^ Pontica. M ; om. B. G. o ? Helpes quie et Ammas, M ; Alpis quie él Ammas, B ; Elpen ipsa Stamas. G.
5 Sanctus. B. (x ; Sanctus diaconus. M.
D'aprés ce relevé, on Pi iss l'accord de M et B contre G à cinq reprises (1, 2, 5, 9, 10) et l'accord de B et G à cinq reprises (3, 4, 6. 7, 8) contre M : mais ja mais M et G ne s'accordent contre B ; d'où on doit conclure que B est intermédiaire entre M et G. Or G n'est pas la source de B et ensuite de M, car G omet quatre noms qui se lisent dans B et dans M. D'autre part M ne peut étre la source de B et de G, car ces deux derniers donnent Pofhinus et Zacharias qui manquent dans M, et M donne Af/falus et Pontica qui manquent dans B et dans G. La seule hypothése défendable consiste à voir dans B le témoin le plus proche de la source d'où dépendent séparément G et M.
C'est donc B qui est le plus voisin de l'archétype ; G le suit d'assez prés ; M représente une étape du texte où on s'essaie à compléter la liste ; le martvrologe hiéronymien dérive d'un exemplaire de la liste voisin de M ; enfin, les martyrologes historiques dépendent d'un passionnaire et d'un exemplaire de l'hiéronymien voisin du Bernensis.
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111 LYON 112
des martyrs, divisé en quatre parties se trouvait dans la Maprved ouvayoy« , àla fin du récit, et Zacharie n'y avait certainement pas trouvé place, L'auteur du martyrologe grec, une des sources de lhiéronymien, qui a puisé dans la collection d'Eusébe et qui a transcrit le catalogue, n'aurait donc pas mentionné Zacharie. Or, le martyrologe hiéronymien le met au nombre des martyrs. C'est un fait difficile à expliquer. Faut-il admettre que le compilateur latin a interpolé, d'après Rufin, la liste grecque, ou bien Zacharie figurait-il dans cette dernière ? Les deux alternatives paraissent également embarrassantes 1. » Or voici le texte de la lefire : toù 8& Aourpotéty wvf óuoAovf,oavcoc, kveAT oT xal ùtèg el ; vov xATpov TGw ueptipav, racdintos Xproraudy yonuartcac, Ej ov ÔE TOv mupdockmvov Év xuti, TÒ myeua TAćov Toù Layaplou, à 8x x00 TARPOUATOE TG dyarrns Évedeiéaro, ebdoxr oc bip »iie TÉ GO. &mo0Aoyilas xal Thy Éxurob Ücivot duynv. “Hv vie xai ÉcTt Yvfjotoc pons. té pvo GTou &v Éréyn. La paraphrase de Rufin dit ceci : Uti que C hristianum se esse clarissima ét libera voce testatus est : Tanquam advocatus, inquit Christianorum él ipse vinclorum nomine socielur. » Sed in hoc illi quidem quid dicerent ignorabant, ille vero habens in se advocalum pro nobis Jesum, hoc nomine meruit honorari, sancti preshugleri Zachariæ, qui erga sanctos plenitudinem caritatis ostenderat, reactus exemplum. Qui el | ipse, dum fratribus adest el defensionem : liberlatis, qua in nostra religione consistit, exsequitur, dominicum seculus exemplum, animam suam pro opibus Suis posuit el pro amicis. Et ideo cum hoc pariter velut discipuli fide les Christi in regno venturo sequentur | agnum, quocum que vadit. Dans ce passage, le trés scrupuleux traducteur que fut l'abbé J. Pourrat s'est écarté de son habituelle précision, et même du sens véritable. Voici son interprétation, assez différente de celle donnée ci-dessus : « Il l'avoua d'une voix très éclatante, et il fut lui-même enlevé e ! mis dans le groupe des martyrs avec le titre de paraclet des chrétiens. Il avait certes en lui-même, l'Esprit, le Paraclet, plus que Zacharie : il l'avait montré par la plénitude de son amour, avant jugé bon d'exposer ainsi sa propre vie pour la défense de ses frères. Car il était et il est un vrai disciple du Christ, suivant l'agneau partout où il va. » Enfin l'abbé Darras donna une traduction * dans laquelle on lit : « Oui, je suis chrétien, répondit-il, d'une voix qui retentit dans tout le prétoire et domina les bruits de la foule. Aussitót, le gouverneur donna l'ordre d'arrêter cet avocat des chrétiens : ce sont les termes mêmes dont il se servit. Dés lors Vettius. Epagathus prit rang dans la phalange des bienheureux martyrs. Il avait d'ailleurs, autant et plus que Zacharie, l'Esprit-Saint pour avocat et consolateur, lui qui affronta la mort pour la défense de ses fréres et se montra le fidèle disciple du Ghrist, suivant l'Agneau divin partout où il va. » On voit par cette espèce de progression qu'on en arrive à ne plus comprendre le texte et à dénaturer les faits. Il est nécessaire de ne pas faire dire au texte plus ou autre chose que ce qu'il dit, précisément parce qu'il préte ici à une certaine équivoque que le traducteur n'est pas libre de trancher en forçant ou en sollicitant l'exacte « signification des mots. Notre langue française attache au sens du mot « martyr » une idée de confession sanglante et de supplice mortel que le mot aptus n'implique pas en grec où il signifie simplement « témoin », ou si l'on préfère « confesseur » ; et c'est ce dernier terme qu'accepte M. Germain de Montauzan, « On ne peut pas même affirmer, selon lui, que Vettius ait été mis en état d'arrestation ; car le mot &vekñol signifie, non point que le gouverneur enlève et met Vettius parmi les condamnés, mais que celui-ci fut admis, accueilli (sens usuel du verbe par ses frères, par l'Église de Lyon, au nombre des confesseurs authentiques et vénérés. Renan a fait remarquer qu'il n'est plus question de Vettius dans la suite du récit, ce qui serait invraisemblable, dit-il, s'il avait eu le sort des autres confesseurs. Assez surprenant, en effet, mais non tout à fait invraisemblable peut-on répondre. Car il est dit plus loin dans la lettre que ceux des condamnés qui parurent citoyens romains furent décapités ; et l'on ne nomme pas ces victimes parmi lesquelles pouvait se trouver Vettius, effectivement citoyen romain.
Il semble aussi que Renan envisage trop comme une raison décisive contre la réalité du supplice de Vettius le 7v x« l Éort, « il était et il est un fidèle disciple du Christ, suivant l'agneau partout où il va. » Il faut se reporter au passage de l'Apocalypse, XIV, 4, où se trouve l'expression reproduite ici. L'apôtre voit autour de l'Agneau sur la montagne de Sion, un cortège de joueurs de harpes, qui, au pied du trône, chante un cantique de louanges : ce sont les purs, les vierges, ceux qui suivent l'Agneau partout où il s'en va. Vettius peut être considéré comme ayant fait partie de ce cortège par union mystique pendant sa vie, et depuis sa mort comme un élu qui y figure réellement. après celui de Vétlius, en tête de la liste : Nomina aulem martyrum hæe sunt : Vetlius, Zacharias, Macharius... ctc. ; il va sans dire qu'il n'est pas question dans cette forme plus ancienne du titre de presbyter, lequel n'a été ajouté que plus tard. » Le rapprochement des deux noms suggère la possibilité d'un nom imposé à Vettius comme nous lisons dans la liste Elpis quæ et Ammas, nous aurions ici Vettius— qui el — Zacharias -ou pour plus de brièveté : Veltius Zacharias, C'était un usage très généralement adopté parmi les chrétiens de prendre un nom nouveau, qui se rattachait à celui sous lequel ils avaient été connus jusque-là par les mots qui ef, cela probablement jusqu'au jour où l'usage était si bien répandu et connu de tous, que la ligature qui el pouvait tomber sans inconvénient et disparaître, la suture des Ceux noms était chose faite : Vettius Zacharias. nom de Zacharie non plus après celui de Pothin, mais | 113 Il est, en effet, remarquable que les survivants de l'Église de Lyon rapprochent à deux reprises le nom de Zacharias de celui de Veftius. Voici deux passages significatifs : | « Or Vettius Epagathus, un des frères, avait atteint à la plénitude de l'amour de Dieu et du prochain, et sa conduite était à tel point parfaite que, malgré sa jeunesse, il méritait le témoignage rendu au vieillard Zacharie, marchant dans toutes les observances... » « Il s'avoua chrétien d'une voix très éclatante, et c'est pour cela qu'il fut admis lui-même au rang des confesseurs, étant intervenu comme le Paraclet des chrétiens, ayant en lui le Paraclet, l'Esprit, plus que Zacharie... » 8. Le médecin Alexandre. — On a vu que Munatius Planeus réunit aux fugitifs de « Vienne établis à Lugdunum les vétérans d'une légion décimée par la „guerre civile. Comme toute légion était pourvue d'un corps médical, on peut croire que divers membres de celui-ci s'établirent à Lyon avec leurs anciens clients !. Qui étaient-ils ? Plus probablement des græculi, car il ne semble pas que la profession médicale fut exercée par des occidentaux ?. A Lyon, les médecins orientaux se trouvaient parmi une population venue en grande partie des pays d'Orient. Parmi eux, le plus anciennement connu est un certain Abascantus dont Galien cite les formules, mais sur lequel il ne nous apprend rien de plus. Ce nom d'Abascantus parait avoir été d'abord un sobriquet choisi par ceux qui voulaient protester de leur bonne foi : en effet, ce nom signifie « sans sorcellerie » (x privatif, 6xcxatve, j'ensorcelle). Son emploi est fréquent dans l'onomastique ?, mais ne s'applique pas qu'à des médecins , En ce qui regarde le Lyonnais nous devons observer que Galien parle d'un Abascantus exercant la médecine à Lyon, lequel avait composé un antidote contre la morsure des animaux venimeux et une autre formule contre l'élément douleur . Le deuxième, nommé Cletius Abascantus avait inventé une potion pour les phtisiques que Galien employait souvent, mais celui-ci vivait sous le principat de Néron et ne semble avoir rien à voir avec Lyon. Un troisième médecin, contemporain — comme le premier — « de Galien, était cet Alexandre originaire de Phrygie, mentionné dans la lettre de 177, et qui après avoir encouragé les apostats à revenir à la foi, mourut martyr. Quant à faire de cet Alexandre l'Abascantus de Galien , c'est une gageure qui ne se peut soutenir qu'à grand renfort d'hypothèses plus gratuites les unes que les autres. Celle qui consiste à supposer que Abascantus était le surnom d'Alexandre ne repose sur rien, et n'est même pas utile, car on pourrait faire valoir tous les arguments invoqués pour chacun des médecins alors établis à Lyon. Il faudra trouver de nouvelles raisons avant de canoniser l'Abascantus de Galien *.
B = ms. de Bruxelles ; M = ms. de Munich ; G = Grégoire de Tours, De gloria martyrum ; h = martyrologe hiéronymien ; e — Histoire ecclésiastique d'Eusèbe :
NOMINA AUTEM MARTYRUM HAEC SUNT BM, quadraginta octo vero martyrum nomina qui Lugduno passi
LYON
114 dicuntur hec sunt G, Lugduno Galliæ XLVIII martyrum hoc est h VETTIUS M Veflius Epagalus G. Vettit h, Oó£cxtoc ' Exayatloz e.
ZACHARIAS M ; Zaccharias G, om. M. Zachariæ presbyteri h (avant Vettii).
MACHARUS, B M G,.Macharii fi.
ALCIPIADES M G, Aleipia des B, e.
Sizvius M G, Silvinus B, Silvii Rh.
PRIMUS E M G, Primi Rh.
Urrrvus B M, Alpius G, Ulpii h.
Vitas B. M G A.
Comminius G, Lomminus B, Gomminus M, Comunini h.
OcroBER BG, Oclobrius M, Octobris h.
BM, Philominus G, Filomini h.
GEMINAS BM, Geminus G, Gemini h.
Iura BMG, Juliæ h.
ALBINA BMG, Albinæ h.
GRATA BMG, Gralæ h.
EMILIA MG, Emilia B, Emiliæ h.
PorowENE M, Polomine B, Postumiana G, Potaniæ h. | POWPEIA BMG, Pompei : h.
B, Rhodana M, Rodonæ G, Rodanæ h.
Bisnis BG A, Bibilis M, Bihu e.
QUARTA BG, Quartia M (qui ajoute quartiz h.
MATERNA BMG, Maternæ h.
Hezris, Alpis B, Helpe M, Elpen G, Hilpis h, QUÆ ET AMMAS B (que), que et Amnas M, ipsa Slamas G, om. e.
Hr AUTEM QUI AD BESTIAS TRADITI SUNT. B ^h, Hii autem qui ad bestiis... M, Hii autem bestiis... G.
SANCTUS BG, Sanctus diaconus M, Sancti diaconi f. EAYHTOG €.
Marurus BM, ef Maturus G, Maturi h, Mérovpos e.
ATTALUS M, om. BG, Attali h, « AccaXoc e.
ALEXANDER BMG, Alerandri h, 'AXkeZzxvopog e.
PowTicus BMG, Ponteci h, Ilovzixog e.
BLANDINA BG, et Blandina M, Biandinæ h, BaxvSiva e.
Hr SUNT QUI IN CARCERE SPIRITUM REDDIDERUNT Bh, Hii autem qui in carcerem... M, Hi sunt qui in carcerem... G.
ARESTIUS M, Arescius (x, Arelhius B, Aristei in PorniNus, Fotinus B, Photinus G, om. M, Polini episcopi h (en tête de la liste), Iobervôc e. ConNELIUs BG, Cornilius M, Cornilii À.
Zosimus M, Zotimus G, Cosemus B, Zosimi h, lirus MG, Tytus B, Titi h.
ZOTICUS MG, Lolicus B, Zotici Rh.
Jurius BMG, Iulii h.
APOLLONIUS BM, om. G, Appollonii h. GEMINIANUS BM, om. G, Geminiani h.
IvtiA BM, om. G, Tuliæ h.
/EMILIA, Emilia B, Æmelia M, om. G, item Emilis h. GAAMNICA M, Imanica B, Gamnite G, lamnicæ h. POWPEIA. BMG, Pompeia h.
Domna BM, Alumna G, Domnæ h.
Mamia MG, Mammizta B, Amiliæ h.
IvsTA BMG, Iusta h.
TROFIME, Trofome B, Trofumæ M, h, Trifimæ G.
Vetthius B, Alcipiadis h Pontica), »d 4
QUIET SONE E
LC o mm gr ru d ER LL eno e Euer A : N E Bassi liter zar :
115 LYON 116
ET ANTONIA M, el Aniani B, Anlonia el beatus Photinus episcopus G, Antoniæ h. :
Nous avons dit déjà que d'après O. Hirschfeld la liste pouvait offrir un certain nombre de Cognomina et de gentilices, ce qui réduirait d'autant le nombre des martyrs, puis que deux et, parfois, trois noms s'appliqueraient à une seule personne, mais cette observation nous parait peu vraisemblable quand on sait avec quel soin les fidèles se dérobaient à la distinction sociale, résultant des duo et des iria nomina. Quoi qu'il en soit, c'est une simple conjecture et qui, probablement, demeurera telle encore longtemps.
XXII. La PRISON. — La domus Juliana dont nous avons parlé déjà (voir Diclionn., t. x, col. 51) était située, avons-nous dit, sur la pente orientale du coteau de Fourviere, à l'endroit où s'élèvent les vastes constructions dont se compose l'hospice de l'Antiquaille. Ce nom de bon augure et le souvenir des antiquités nombreuses retrouvées dans le sol, ont pu contribuer à répandre une opinion d'après laquelle la prison des martyrs de 177 serait conservée dans l'enceinte actuelle de l'hospice, qui doit à cette circonstance son nom d'hópital Saint-Pothin. On y conserve et on y visite une salle souterraine, en contrebas d'une des cours qui avoisinent la chapelle, ce serait, dit-on le cachot des martyrs.
Une porte assez basse donne accès à ce caveau enterré dans le sol ; au-dessus de l'entrée, une plaque de marbre ou de stuc noir porte une inscription en lettres dorées ainsi conçue :
L'Église de Lyon, par une tradition constante, a loujours pénétré ce caveau comme la prison où saint Pothin, son premier apôtre, fut enfermé avec 48 chrétiens, et où il consomma son martyre, sous l'empire de Marc-Aurèle, Or, jusqu'au xv* siècle, l'emplacement de l'Antiquaille était une sorte de champ « de débris d'époque romaine, Un riche Lyonnais, nommé Pierre Sala, acheta ce terrain, y bâtit une maison dont il fit une sorte de Musée en y abritant tous les vestiges retirés du sol, ce qui valut à l'édifice le nom d Antiquaria domus. Après Pierre Sala, F « Antiquaille », ainsi qu'on disait, fut successivement la propriété de la famille Buatier, puis de Claude de Rubys, jusqu'à ce qu'enfin son propriétaire, Mathieu de Sève, le donna, en 1629, pour y établir un couvent de visitandines, Une relation manuscrite intitulée : De ce qui s'est passé de 1628 à 1685 au monastère de la Visitation appelé l’Antiquaille et conservée audit monastère, nous permet de saisir la tradition susdite à sa naissance et dans son développement : « Nos premières mères et sœurs qui ont habité ce monastère, instruites par les histoires ! qui dépeignent nos prisons et nos cachots, et sachant par tradition qu'elles étaient en possession de la prison des martyrs de cette ville de Lyon,... eurent d'abord une tendre dévotion pour ces chers lieux qu'elles choisirent pour celui de leur sépulture et la nôtre. Elles firent venir de Rome des indulgences pour la fête de saint Pothin et de ses compagnons, que l'on célébre'le 2 juin ; firent grande fête ce jour-là, bien que partout ailleurs dans la ville on n'en fit aucune mention. Nos sœurs qui commencèrent ce monastère trouvèrent encore la prison et les cachots des saints martyrs dans le même état... une chambre circulaire à pilier central, creusée dans le tuf, encore marquée du sang de ceux qui y avaient souffert, encore pourvue de quelques-uns des anneaux de fer qui garnissaient le pilier, et de la porte de fer grillée en losange qui la fermait ; elle communiquait avec trois autres réduits plus affreux encore. » Cette relation est datée de 1693 ; à cette date les récits des visitandines avaient transformé un souterrain dépourvu de toute attestation ancienne et utilisé depuis une soixantaine d'années, comme cimetière, en un lieu vénérable encore garni d'une partie de son mobilier plus de quinze fois séculaire et des traces du sang versé alors.
On peut juger par là avec quelle réserve il faut admettre le prétendu témoignage d' « une tradition constante » relative au caveau « toujours vénéré » et où l'inscription de l'entrée prend sur elle d'ajouter une unité au nombre des quarante-huit martyrs donné par le Martyrologe et par Grégoire de Tours. Cette réserve s'impose d'autant plus que les affirmations impérieuses et les déductions subtiles ont longtemps appuyé l'opinion favorable à l'Antiquaille. | Or, « à l'époque de la rédaction du manuscrit, et jusqu'à ces dernières années, écrivait en 1910 M. C. Germain de Montauzan, le caveau se composait de trois chambres inégales, de pourtour tout à fait irrégulier, creusées dans le roc naturel, conglomérat « caillouteux » dont est constituée la colline de Fourvière. La plus grande, A, restée telle quelle, longue de 6 mètres, large de 5, haute de 3 dans sa partie centrale, est consolidée par un pilier, P, formé de blocs cylindriques superposés, dans lequel, particularité que les religieuses trouvèrent frappante, étaient scellés quelques anneaux de fer rouillés. De courts étroits couloirs m, n, faisaient communiquer cette chambre avec les deux autres, B, C, beaucoup plus petites et très basses. La chambre du Nord, C, a été considérablement agrandie il y a quelques années, ou plutôt remplacée par une vaste salle, qu'on a décorée de peintures murales représentant le cortège des quarante-huit martyrs. Elle est destinée à contenir les fidèles qui viennent entendre la messe célébrée certains jours à l'autel érigé dans la chambre principale ? » (fig. 7285).
M. C. Germain de Montauzan poursuit cette étude avec une compétence et une autorité qui ne permettent pas de dire autre chose que ce qu'il a dit sur cette question de la « prison de saint Pothin », c'est lui, désormais que nous citons :
« Sans prétendre fixer une époque au creusement de ces caveaux, sans même nier absolument qu'ils soient antérieurs au Moyen Âge et surtout sans vouloir le moins du monde manquer de respect au pieux hommage ainsi rendu aux glorieux martyrs, on ne peut vraiment à la réflexion considérer ce lieu comme leur authentique prison.
« Et d'abord, une prison municipale romaine n'était-elle pas une construction régulière, méthodiquement distribuée, dont les cachots, même les plus misérables, étaient aménagés d'après un plan, et maçonnés ? Les chambres en question sont au contraire taillées au hasard, si bien qu'on a pu même les regarder comme des grottes naturelles *. L'auteur de la lettre ne spécifie pas autrement le cachot des martyrs, qu'en l'appelant le plus dur de tous, ó vómoc. Il n'insiste pas particulièrement sur son étroitesse ; et d'ailleurs, il est évident que dans un espace même double de celui du caveau, quarante-huit prisonniers auraient eu déjà peine à tenir, et que la mort d'un bon nombre par privation d'air ne s'explique que trop. Ne parlons pas des anneaux de fer, argument enfantin s'il en fût pour justifier l'idée d'une prison !.
« Mais il est une autre raison qu'on a prise au sérieux et qui contribue encore aujourd'hui, semble-t-il, à maintenir la légende. C'est l'existence d'une galerie souterraine aboutissant à l'un des réduits, « vaste souterrain, dit le manuscrit des visitandines, qui communiquait jusqu'au palais des empereurs, bâti un peu au-dessus du prétoire ; par là, on conduisait les chrétiens captifs pour les faire comparaître devant les empereurs mêmes, après quoi on les poussait dans ce grand cachot. » Ainsi, cet étroit couloir, dont les parois n'ont entre elles que 70 à 80 centimètres tout au plus, serait assimilé aux passages souterrains des palais impériaux, qu'on avait coutume de faire plutôt spacieux et commodes *. Même destinée à des prisonniers, à des condamnés à mort, on eût au moins construit cette galerie d'une largeur suffisante pour livrer passage à deux ou trois hommes de front. A première vue, il n'est qu'un seul usage auquel elle ait pu servir telle qu'elle est, c'est un écoulement d'eau. m 77
VD
Non pas d'eau provenant directement des aqueducs de la campagne, car son radier et ses parois auraient, comme à tous les aqueducs romains, un garnissage de ciment. On pouvait encore, il y a pas longtemps, s'engager fort bien dans la galerie. Pour diverses raisons de sécurité, on a dû l'obstruer par un briquetage, à quelque 10 ou 15 mètres de son entrée actuelle, située contre l'escalier qui conduit à présent au caveau par le Nord-Ouest. N'ayant donc pu l'explorer, nous en avons visité un autre qui existe à quelques centaines de mètres au sud de celle-ci, Elle s'ouvre dans le bas de l'enclos des Dames de la Compassion, qui longe la rue de l'Antiquaille, et à peu de distance de la chapelle de ce couvent, Les dimensions en sont les mêmes : 1 m. 60 de hauteur sur 75 centimètres environ de largeur ; la pente est également assez faible, ce qui fait que comme l'autre, elle s'engage bientôt assez profondément sous la colline. Mais elle peut être suivie sur une longueur de 80 mètres environ, jusqu'à une obturation intentionnelle aussi, mais dont l'époque n'est pas déterminée. Maçonnée et voûtée, elle n'offre pas plus que l'autre de garnissage aux parois et au radier. Un peu avant de se buter contre l'obstruction, l'on passe devant deux petites chambres ouvertes dans la paroi sud, plus hautes que la galerie dont elles sont séparées par une murette, et envahies par l'eau, qui au contraire rend à peine humide le sol du couloir. Il ne serait pas étonnant qu'elles fussent d'une époque plus récente que lui, et qu'on les eût ouvertes précisément pour trouver de l'eau, comme ont fait les visitandines à l'Antiquaille, ainsi que nous allons le voir. Mais voici la particularité la plus intéressante de cette galerie, d'autant qu'elle n'a jamais, à notre connaissance, été signalée, Sa paroi nord offre, perçant la voûte à sa naissance, à des distances régulières de 6 à 8 mètres, de petits chenaux verticaux, autrefois garnis d'une pellicule de ciment presque entièrement tombée, mais qui se voit encore par places, émiettée. Ces sortes de gaines montantes, de section à peu près carrée, ayant la largeur de la main, paraissent se prolonger, et il est probable qu'elles atteignaient jadis la surface du sol. Or, il est à remarquer que les égouts de Pompéi, qui passent sous les rues, laissent voir précisément à la naissance de leurs voûtes des gaines de ce genre, par où se déversait l'eau ruisselant sur le pavé. Notre galerie était donc, selon toute vraisemblance, un collecteur des eaux de surface *.
On peut croire qu'il en était de même de la galerie des visitandines. Derrière le mur qui la bouche à présent, elle s'en va sous la rue Cléberg. Il y a deux ou trois ans (1907 ou 1908), un éboulement s'est produit sur quelques mètres de cette rue par effondrement de la voûte même du souterrain, si bien qu'aujourd'hui il se trouve doublement bouché. Or dans l'espace intermédiaire, existent latéralement, paraît-il, deux petits bassins carrés de 1 m. 50, avec profondeur de 70 centimètres, que les religieuses firent construire en 1775 et 1777, comme l'attestent deux inscriptions sur plaques de marbre, où figurent les noms de Mmes Pralard et de Nervo, la supérieure et l'économe d'alors : construction avant pour but de recueillir de l'eau qui filtrait sans doute à ces endroits et qu'on sut, soyons-en certains, fort bien utiliser.
Le long du parcours sous la rue Cléberg, on remarquait plusieurs tunnels d'embranchements s'en allant en zigzags. Puis le souterrain s'enfonçait dans la direction du terrain de la Sarra, sous le jardin du monastère du Verbe-Incarné. On passait devant plusieurs enfoncements où aboutissaient jadis, dit-on, des puits creusés à la surface. A un certain endroit, l'on avait à franchir un trou béant, au fond duquel miroitait une eau limpide et, enfin, un peu plus loin, se présentait l'obturation définitive, provenant d'un éboulement considéré comme fort ancien *
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Quelle que soit l'hypothèse que l'on puisse formuler touchant cette galerie, la plus inadmissible, on le voit, est assurément celle qui la considère comme un passage destiné à conduire les prisonniers, soit au prétoire, soit à l'amphithéâtre.
Enfin, et à la vérité cette dernière raison seule aurait pu suffire, nous savons par la lettre même des chrétiens que les martyrs, quand on les conduisait au tribunal ou à l'arène, loin de passer par un souterrain, défilaient devant la foule, impressionnée par la douceur de leurs visages, ainsi que par la suave odeur qu'ils exhalaient.
Seulement nous nous rendons compte en outre, par cette longue digression à travers les souterrains, qu'un caveau dans lequel aurait débouché un canal d'égout n'a pu en même temps servir de prison. Ce qui paraît plus probable c'est que, longtemps après que le canal s'est trouvé hors d'usage, on a pratiqué cette vaste excavation en un endroit de son parcours, afin de l'utiliser comme cellier ou réserve quelconque. La prolongation de la galerie en aval fut bouchée, soit à dessein, comme pourrait le faire supposer le renfoncement muré dans la grande chambre à l'Est, soit de façon naturelle par éboulement.
Mais où donc se trouvait la prison, si elle n'était point là ? La réponse nous paraît s'imposer : au forum. Suivant une règle qui comportait bien peu d'exceptions, la prison occupait, dans les villes de l'empire romain, un des côtés de la place principale parmi d'autres bâtiments : « Le trésor public, dit Vitruve, la prison et la curie municipale doivent être attenants au forum. » Et c'est bien au forum, eic Tv &Yopxw, non vers une place publique quelconque, que sont amenés les chrétiens arrêtés ; c'est au forum qu'ils subissent les interrogatoires, car c'est là qu'est aussi, suivant la même règle, le tribunal. Du tribunal à la prison, c'étaient quelques pas à faire seulement.
Sous Marc-Aurèle, le forum était dans toute sa splendeur. Parmi les édifices que l'on y admirait, se trouvait la basilique, grand bâtiment hypostyle à trois nefs servant à la fois de tribunal, de Bourse, et de lieu de réunion abrité . L'immense salle se prêtait bien à l'affluence du peuple avide qui se ruait aux interrogatoires agrémentés de tortures variées, Et si l'on considère les allées et venues multiples de tous ces prévenus chrétiens, qu'il fallait ramener en prison après l'audience, ou plutôt après l'épreuve atroce, pantelants, à demi-morts, on ne peut pas concevoir prison et salle de justice autrement qu'à quelques pas l'une de l'autre .
XXIII. ÉPIPODE, ALEXANDRE, MARCEL, VALÉRIEN :
- La tragédie, à la fois hideuse et sublime, qui se déroula dans l'amphithéâtre de Fourvière, et les cachots voisins, a inspiré à Ern. Renan un récit qui, pour être inférieur à la lettre fameuse, que rien ne peut égaler, n'en montre pas moins l'émotion involontaire qu'un pareil spectacle procure encore à ceux qui, après tant Des, y attachent leur pensée. Le drame de Lyon ne balaya pas le paganisme et, en apparence, le christianisme en sortit humilié, écrasé et vaincu une fois de plus à la face du monde ; triomphe illusoire, car on venait d'assister à un épisode nouveau d'où sortirait un événement sans précédent, Des citoyens romains, des hommes libres, des riches venaient d'unir leur sort, de confondre leur foi et d'associer leurs souffrances à une chétive esclave, dont le supplice faisait leur égale et que son héroïsme faisait presque, en un sens, leur supérieure. C'est pour cela que l'amphithéâtre de Fourvière devrait être déblayé, ses ruines conservées et son arène révérée comme un des lieux du monde où s'accomplit un fait mémorable dans l'histoire de l'humanité. Le champ de bataille d'Actium et celui de Waterloo ont vu sans doute et rappellent de grandes choses, mais l'étroite enceinte de Fourvière vit la condamnation de l'esclavage et la réhabilitation de la femme.
S'imaginer que le christianisme a dû sa conquête du monde à ce qu'il contient seul la vérité religieuse, à ce qu'il possède seul la morale la plus pure, c'est s'illusionner à plaisir. Ni la vérité religieuse ni la morale n'inspirent aux hommes un si vif attrait qu'elles les attirent et les entraînent à croire et à pratiquer autre chose que ce qu'ils ont cru et pratiqué jusqu'alors. Les résistances offertes à l'Évangile depuis vingt siècles nous apprennent assez que d'autres facteurs ont pesé sur la victoire. Le christianisme a conquis le monde parce que, tout en étant une religion surnaturelle, il était essentiellement un socialisme : socialisme désirable, nécessaire, attendu, arrivé à son heure providentielle, mais qui, marqué d'une sagesse divine et y appliquant une rare habileté humaine, ne pouvant songer à briser l'oppression contre laquelle il protestait et qu'il condamnait, ni à réaliser en cette vie ses aspirations, s'emparait de la vie future pour y placer son triomphe.
Sorti du judaïsme, il avait suivi les voies que lui tracaient les communautés de la dispersion et s'était répandu au loin, bien au-delà même, du côté de l'Orient, des limites de l'empire. Judaïsme et christianisme procédaient d'une pensée commune : la revanche posthume de l'opprimé. Mais cette inspiration aboutissait, tout de suite, à un état d'esprit si différent qu'entre l'esprit juif et l'esprit chrétien, il y avait la profondeur d'un abîme. Autant l'un était étroit, égoïste, inspiré par une haine exclusive et intransigeante, autant l'autre était large, humanitaire et pénétré d'un amour débordant et universel. Dans la Jérusalem céleste n'entraient que les Juifs ; en étaient exclus sans exception tous les non-Juifs ; entourés de splendeur, les Juifs verraient éternellement humiliés sous leurs pieds tous les Gentils. Au contraire, le royaume du Dieu des chrétiens est ouvert à tous, de préférence aux faibles, aux humbles, aux souffrants, à tous les déshérités sans distinction d'origine et de rang, fussent-ils Gentils ou esclaves. Les riches eux-mêmes y peuvent entrer, mais à condition d'avoir usé de leurs richesses selon l'esprit de Jésus-Christ. Les riches ne sont pas exclus, au titre de leur opulence, mais à raison des injustices, des excès auxquels cette opulence les induit et les entraîne. À eux comme aux esclaves, la porte sanglante et royale du martyre est grande ouverte !
Les arrestations opérées au mois de juillet 177 avaient bouleversé la communauté chrétienne de Lyon. Parmi ceux qui eurent le temps de fuir nous connaissons encore deux martyrs, jeunes gens dont les noms indiquent l'origine grecque : Epipode et Alexandre. Épipode, le plus jeune des deux, était né à Lyon. Liés dès l'enfance d'une étroite amitié formée à l'école, ils se réfugièrent chez une veuve chrétienne nommée Lucie, habitant la banlieue, à peu de distance de la porte de Pierre-Scize. Découverts au bout de peu de temps, ils furent arrêtés et jugés. Épipode eut la tête tranchée, peut-être en qualité de citoyen romain, Alexandre fut traité en esclave et crucifié (vers 177-178).
Leurs actes sont anciens, curieux, mais non authentiques. On fait leur fête le 22 et 24 avril.
XXIV. LYON VERS LA FIN DU IIe. — Après l'hypocrite vertu de Marc-Aurèle, on passa assez brusquement au vice impudent sous Commode. Sous ce règne, Lyon fit montre d'un grand zèle pour l'empereur et offrit deux tauroboles « pour sa conservation, ainsi que pour toute la maison divine et le maintien de la colonie. » Le témoignage de cette platitude fut gravé sur deux autels, l'un à Tain, en 184, l'autre à Lyon, en 190, Commode disparut, le Sénat abolit sa mémoire et on martela son nom sur les deux autels.
Sous ce règne, la Lyonnaise eut pour gouverneur Septime-Sévère qui, au dire des historiens, « par son intégrité, par l'éclat de la représentation dont il entoura ses fonctions, se fit aimer des Gaulois plus que jamais aucun gouverneur de la province, » Vers la fin de sa légation, en 187 sans doute, Septime-Sévère épousa Julia Domna, d'Émèse, de qui il eut un fils, Bassianus, qui naquit à Lyon le 4 avril 188, Il n'est pas certain que Caracalla naquit à Lyon, mais Hérodien semble y faire allusion dans le passage où il dit que, tirant son origine de la Gaule, de l'Afrique et de la Syrie, il a de chacune de ces contrées, non le bon, mais tout le mauvais : « la témérité audacieuse, l'inconstance et la timidité de Gaulois, l'aspect rude et aigre de l'Africain, le génie fourbe et artificieux du Syrien. » Après deux siècles environ d'existence, Lyon, ayant réparé les ruines de l'incendie de l'an 65, atteignait un état de prospérité dont les inscriptions nous gardent le témoignage. C'est l'apogée, bien proche de la décadence, mais il faut ici en dire quelque chose au point de vue du commerce, principale source de sa fortune, au point de vue de la culture des lettres et des arts, de sa constitution intérieure, de ses relations extérieures, enfin au point de vue de la civilisation et du bien-être.
1. Commerce, — En plus de nombreuses industries exercées isolément, on doit signaler de grandes et puissantes corporations au nombre d'une dizaine au moins. a. Négociants en vin. — C'est la principale, parce que la plus puissante des corporations lyonnaises, Comme les Romains ont interdit la culture de la vigne dans la Gaule, celle-ci doit, jusqu'à une époque avancée du IIIe, faire venir d'Italie tout le vin qu'elle consomme et Lyon en est le grand entrepôt, d'où les chargements après avoir remonté le Rhône sont acheminés à leurs destinations par les routes de terre et par la Loire, la Saône, la Seine, la Moselle jusqu'à l'Océan, jusqu'à la Manche, jusqu'au Rhin et ses nombreux affluents. A Lyon les celliers sont dans le quartier d'Ainay appelé les Kanabæ. b. Nautes. — La corporation des bateliers est à peine moins importante, elle se compose des nautæ Rhodanici, les bateliers du Rhône, qui descendent le fleuve de Lyon à Arles où se fait le transbordement des marchandises échangées avec l'Italie, et les nautæ Ararici, bateliers de la Saône qui s'en tiennent à la navigation de la rivière. Le port des Rhodani est un terrain y attenant et leur appartenant sont sur la rive droite de la Saône vers l'actuel quartier Saint-Georges ; le port des Ararici est également sur la rive droite de la rivière, mais plus haut, entre le Change et Saint-Paul. c. Fabricants d'outres. — Ces utricularii sont riches, mais ne jouissent pas du même crédit que les vinarii et les nautæ ; la fabrication des outres servait principalement au transport des liquides : vin, huile. d. Négociants cisalpins et transalpins. — Corporation bien organisée, puissante, negotiatores qui font le trafic des nombreux et divers produits de cette immense circonscription qui va du Pô à la Manche et de l'Adriatique à l'Océan. Les negotiatores paraissent avoir eu deux sièges : l'un à Milan, l'autre à Lyon. e. Dendrophores. — Cette corporation à la fois marchande et religieuse fait un commerce considérable, et son importance s'accroît beaucoup avec les progrès de la ferveur aux sacrifices tauroboliques.
f. Charpentiers entrepreneurs. — Les fabri forment une corporation purement civile qui se charge ordinairement des entreprises de constructions, g. Ouvriers en bâtiments. — Ceux-ci sont les fabri ou forgerons, que leur travail met en rapports constants avec les dendrophores et avec la corporation des centonaires. h. Fabricants de bâches et pompiers. — Les centonarii fabriquent des bâches à l'aide de pièces ravaudées et, en même temps, ils ont la charge de lutter contre l'incendie. L'organisation du service du feu a atteint chez les anciens un degré de perfectionnement que nous pourrions leur envier.
Toutes ces corporations sont constituées sur le modèle des curies municipales avec une hiérarchie de fonctionnaires et de dignitaires : questeurs, curateurs, quinquennaux, praefecti, patrons, honorati, En dehors des corporations, il existe à Lyon de nombreux artisans exercant isolément leur profession, non organisés en sociétés : ce sont des verriers, des brodeurs ou tisseurs d'or, des argentiers, des orfèvres, des ciseleurs, des graveurs de lettres, des libraires, des papetiers, des fabricants de poterie du pays, des armateurs, des constructeurs de radeaux, des marchands de produits aquitains, de comestibles, de saumures, de tout ce qui concerne le luxe de la table, des maîtres d'hôtel, des fabricants de cosmétique pour rougir les cheveux, des médecins, des établissements de bains chauffés et non chauffés, k. Sévirs augustaux, — Il faut accorder une mention à cette corporation religieuse qui existait à Lyon et y jouissait d'un certain éclat. Les seviri augustaux n'étaient pas signalés par leur origine, car ils étaient ordinairement des affranchis, mais ils avaient su conquérir dans le commerce mieux que l'aisance, la richesse, et cela leur valait de pouvoir accéder au ministère de desservants laraires augustaux ; ils tenaient le rang intermédiaire entre la noblesse et la plèbe.
De tous les noms littéraires, plus ou moins brillants dont on a prétendu rapprocher l'éclat de Lyon, il en est trois à peine et très insignifiants qui peuvent être rattachés à cette ville. Ce sont : Aebutius Liberalis, probablement lyonnais d'origine, mais fixé à Rome ; il est l'auteur de cet aphorisme : « Il est honteux de se laisser surpasser en bienfaits » ; — Geminius, peut-être Lyonnais, correspondant de Pline le Jeune et écrivain moraliste dont les ouvrages sont perdus ; — Abascantus, médecin, fixé à Lyon, cité avec éloge par Galien.
De l'aveu de saint Irénée, Lyon, à la fin du Ier siècle, n'est pas un foyer particulièrement remarquable de culture littéraire. Le chef de l'Église lyonnaise s'excuse, dans une lettre, des incorrections de son style sur ce que, « vivant au milieu des Gaulois, il est constamment obligé de parler dans une langue barbare », et, en général, la rédaction de nos épitaphes, même celles qui contiennent des essais de versification, ne proteste qu'assez faiblement contre ce témoignage. Vivant aussi au milieu des Gaulois, les Lyonnais ont laissé s'allérer au contact d'un idiome barbare la pureté primitive de leur latin ; peut-être bien aussi que bon nombre de ceux qui, jeunes, sont allés perfectionner à Rome leurs études, y ont pris le dégoût de leur ville de province et n'ont ensuite rien de plus pressé que d'en échanger, dès qu'ils le peuvent, le séjour contre celui de la capitale.
Mais, au IIIe, l'état d'insécurité générale retenant chacun chez soi, les écoles de Lyon prendront un développement inconnu jusqu'alors. Un témoignage certain nous y montrera à cette époque « une école municipale » dirigée par des professeurs du plus haut mérite, et nulle part les professeurs ne sont plus considérés et mieux payés qu'en Afrique et en Gaule. Plus tard, au Ve, la Gaule demeurée fidèle à la poésie, deviendra par excellence le pays de la poésie religieuse. Lyon connaîtra un éclat qui n'a rien à envier à Autun ou à Bordeaux, et Sidoine Apollinaire qui s'y complaira pourra rivaliser comme versificateur avec Ausone.
Les inscriptions de Lyon ne présentent ni expressions celtiques, ni noms de divinités celtiques ; mais il n'en est pas de même dans les cités voisines, chez les Liguriens, chez les Vellaves, chez les Éduens. Là se rencontrent des traces de la dévotion aux divinités nationales, et, sur les inscriptions de Mâcon et du Puy-en-Velay, on lit le titre d'un flamine municipal exprimé par le mot celtique guivaler. Tinée à un rôle politique considérable, visitée plusieurs fois par cet empereur, ayant donné le jour à Claude et avant réussi à plaire à Néron, n'a pas pu manquer de bâtiments magnifiques. Sénèque dit que Lyon était, de son temps, l'ornement des Gaules : civilas opulenta ornamentum que provinciarum. De cette splendeur quelques débris ont été retrouvés et ont pris place dans les musées : chapiteaux, frises, une tête colossale de Jupiter Dodonéen de la plus grande beauté, un jeu une faune, ete, A cette même splendeur primitive ont appartenu également les belles statues équestres en bronze doré, probablement fondues à Rome, qui, avec de nombreuses statues de marbre et de pierre, concouraient à la décoration de l'autel national des Trois-Gaules. Dès le 1er siècle doivent avoir été construits à Lyon au moins un temple municipal, un forum, un palais du gouvernement, un théâtre, un amphithéâtre, un cirque, des thermes et la plupart de ces monuments auront péri lors de l'incendie de l'an 65.
Après cette catastrophe, Lyon se releva, mais la faveur impériale ne lui revint plus, et on peut croire que sa splendeur monumentale, au r1* siècle, ne répondait plus à son opulence, Le tombeau, en forme d'un petit temple, élevé à la mémoire du jeune Acceptius, fils d'un duumvir, doit surtout sa somptuosité à un sarcophage de marbre envoyé de Grèce tout sculpté ; de même origine est le sarcophage découvert à Saint-Irénée, représentant la marche triomphale de Bacchus. Les sculpteurs en bas-relief de l'autel taurobolique d'Antonin le Pieux, d'un petit autel à Maia, de deux autels aux déesses Mères ; trois bustes en ronde bosse retirés du puits de Trion, l'image gravée au trait sur champ-levé d'un soldat cataphractaire, ne sont nullement des chefs-d'œuvre.
Sans aucun ornement ou sans autre ornement que de simples moulures, les tombeaux de Lyon, cippes comme sarcophages, n'étalent de richesse que par leur volume, et il est tel bloc qui ne pèse pas moins de 12.000 kilogs. Il y a loin de là aux tombeaux à double étage, élevés le long de la voie d'Aquitaine durant la période d'Auguste à Néron, décorés de pilastres Lj 125 cannelés, de colonnes à chapiteaux ouvragés, de frises élégantes, de toits sculptés, de masques, de statues, de portraits d'un puissant effet décoratif. Les mosaïques exhumées du sollvonnais, bien qu'une d'elles soit du plus haut intérêt, ne comptent pas non plus parmi les plus belles.
Dépouillée de ses monuments du r° siècle, la capitale des Trois-Gaules reste désormais, relativement à l'art, inférieure aux principales villes de la Narbonnaise.
4. Forme municipale. — On n'a pas rencontré à Lyon d'inscriptions mentionnant des magistratures municipales. Le fait est tellement inexplicable dans une ville si riche en inscriptions de toute nature, qu'on l'a expliqué en disant qu'à raison de son importance comme centre de nombreux services publics, Lyon — comme Milan — aura été administré, au temps de son plus grand développement, non par ses propres magistrats, mais directement par l'État.
La disette est plus grande encore pour le flaminat dont on ne rencontre que deux souvenirs, et pas certains.
Par contre, Lyon possède, nous l'avons dit déjà, une corporation de sévirs augustaux ; quelques-uns de ses pontifes portent le titre, sans doute honorifique, de pontife perpétuel. Enfin, il existe un conseil décurional qui porte le titre de sanclissimus ordo. sous Tibère, en l'an 21, elle se compose alors d'une cohorte, sans autre désignation ! ; en l'an 69, elle est nommée la « cohorte XVIII en cantonnement habituel à Lyon ? », Une inscription nous apprend qu'elle a la garde de l'hôtel des monnaies : cohortis XVII Luguduniensis ad Monetam. | En l'an 16, Auguste avait établi à Lyon un atelier impérial de monnayage à la sûreté duquel il aura préposé une cohorte sans numéro d'ordre : Lugduniensis ad Monetam ; en l'an 6 de notre ère, on créa sept cohortes de vigiles à la suite de neuf cohortes prétoriennes ; la Lugdunaise aura alors pris le numéro d'ordre XVII et, un peu plus tard, on ignore pourquoi, XVIII.
Cette cohorte XVIII finit par ne pas inspirer une entière confiance, elle fut remplacée par la XIII : Urbana, appelée aussi quelquefois 14 Flavia Urbana, mais l'existence de celle-ci ne semble pas antérieure aux Flaviens ni postérieure à la fin du ri siècle. Vraisemblablement elle se sera trouvée engagée dans le parti d'Albin, incorporée dans son armée, et cela lui aura valu après la défaite d'être dissoute par Septime-Sévère. Peut-être à partir de ce moment n'y a-t-il plus eu de garnison à Lyon, désormais déchu de son haut rang et où se trouvaient d’ailleurs de nombreux soldats libérés des légions du Rhin .
LYON
126 la Belgique et les deux Germanies ; un procurateur des mines probablement de la Gaule entière ; un procurateur du quarantième des Gaules, circonscription douanière qui embrasse les trois Gaules, la Narbonnaise, les Alpes Cottiennes et les Alpes Maritimes : un procurateur chargé de juger les contestations entre les fermiers du quarantième et les commerçants ; un procurateur de la monnaie.
Tous ces procurateurs ont sous leurs ordres de nombreux subalternes : fabularii, librarii, arcarit, proximi, adjutores, la plupart affranchis ou esclaves impériaux ; parmi les subordonnés du procurateur de la monnaie un ægualor monete ; parmi ceux du procurateur provincial des greffiers et des ordonnances : ab aclis, beneficiarii qui souvent, à partir de Septime-Sévère, sont des soldats légionnaires. Puis apparaissent encore un préfet des chariots de poste per Gallias, un curateur provincial des citoyens romains, et dans les rangs inférieurs un courrier dit x de la cité de Lyon » : tabellarius civitatis Lugduni, et un « porte-clefs de la prison publique de Lyon ».
La principale richesse du gouverneur Julius Blæsus, entourant Vitellius, à son entrée à Lyon, « de l'appareil convenable à la majesté d'un empereur », l'opulence fastueuse d'un simple esclave de Tibère, trésorier-payeur du fisc des Gaules, voyageant suivi de quinze domestiques chefs, petite partie seulement du personnel ordinaire attaché à son service, peuvent donner à peine une idée du grand train de tout ce monde de fonctionnaires +. 7. Civilisation. — La surabondance de fonctionnaires ajoute sans doute plus à la splendeur de la ville qu'à la sécurité de ceux qui l'habitent. On a vu, sous Marc-Aurèle, la populace s'affoler contre les chrétiens, leur imputer des crimes imaginaires et les magistrats municipaux se sont rangés au parti de la violence et de l'émeute. Deux siècles plus tard, la situation ne s'est pas améliorée. Un homme accusé de meurtre et assailli par la foule s'est réfugié dans une église ; le peuple menace de mettre le feu à l'asile si on ne lui livre l'homme qu'elle poursuit ; sur la promesse, garantie par les principaux de la ville, qu'il sera conduit en prison, l'évêque le remet aux magistrats et le malheureux est, à l'instant, mis en pièces. On voit que peuple, magistrats et police n'ont guère fait de progrès.
A Lyon, on passait une partie considérable de la journée aux spectacles variés qui se succédaient dans le cirque, le théâtre, l'amphithéâtre ; l'emplacement du cirque n'a pas été retrouvé. Le théâtre et l'amphithéâtre étaient peu éloignés du forum, Le siège des administrations et des autorités étant à Fourvière et la population la plus nombreuse à Saint-Just, on ne s'expliquerait pas que les édifices affectés à la célébration des jeux eussent été construits dans la partie basse, à Ainay, par exemple.
Il y avait deux sortes de spectacles. Ceux qui se donnaient à l'autel du Confluent, avaient un tour plus littéraire, se rapprochaient de l'élégance des jeux grecs et attiraient un auditoire plus raffiné ou qui croyait l'être, c'était l'aristocratie des trois provinces. A l'amphithéâtre de Fourvière, c'était un programme plus grossier offert à une populace citadine de goûts peu délicats, combats de bêtes, supplices humains.
Les Lyonnais s'étaient laissé entraîner à la passion des Gaulois pour la chasse. Des bois de cerfs, des défenses de sangliers, recueillis en nombre à Trion, attestent qu'ils ne dédaignaient pas ce plaisir.
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427 LYON | 128
Lyon jouissait, grâce à ses aqueducs, d'une abondante distribution d'eau, quatre-vingt fois plus environ que de nos jours. L'eau devait couler abondamment dans toutes les rues et même aussi dans toutes les maisons, et elle arrivait à travers la Saône jusqu'au quartier bâti dans l'île d'Ainay. Les maisons étaient d'une médiocre élévation, chacune d'elles avait sa cour intérieure entourée de portiques généralement surmontés d'un seul étage ou de deux au plus, au centre de la cour un bassin recevait l'eau de pluie ; celle que leur apportaient les aqueducs était de l'eau de source fraîche et parfaitement pure.
Les rues, sous les rapports de la régularité, de la largeur, de la propreté, n'étaient en aucune manière comparables aux nôtres. Étroites, tortueuses, elles étaient, de plus, le réceptacle de tous les résidus et de tous les détritus ; la voracité des chiens errants s'en repaissait en partie, l'eau courante entraînait le reste aux égouts. Lyon n'était pas éclairé la nuit. Une seule ville dans l'empire romain avait su atteindre ce progrès, Antioche ; elle n'avait pas trouvé d'imitateurs ; mais ceux qui, le soir venu, s'acheminaient vers l'emplacement actuel du carrefour des Minimes pouvaient apercevoir, à quelque distance, les trois becs flamboyants d'une magnifique lampe qui, grâce à une libéralité particulière, éclairait le lararium augustal voisin de la domus Juliana.
Lyon possédait des orfèvres, des argentiers, des bronziers, des ferronniers. Parmi ces derniers, un artisan est représenté comme incomparable ingenii artis fabriæ ferrariæ, On y trouvait aussi des verriers habiles à façonner des vases aux formes variées, blancs ou coloriés, les uns, d'une extrême légèreté, les autres remarquables par l'emploi du relief. Parfumeurs, libraires, traiteurs, tout le commerce de luxe fournissait aux élégants, aux oisifs, aux gourmets leurs plaisirs de prédilection. A l'huile d'olive de Provence, les délicats préféraient celle qu'on récoltait dans la Bétique ; aux poissons de rivière et des lacs on préférait le poisson de mer, et les quantités d'écailles d'huitres trouvées à Trion nous permettent de croire qu'un service organisé apportait ces mollusques depuis l'Océan. Avec cela on buvait du picatum viennois, le vin de Côte-Rôtie, à saveur de poix qui devient presque blanc en vieillissant, ou encore le vin des coteaux de l'Helvie, La ville était pourvue de bains chauds, alimentés à l'eau de source, réputés « bains de santé » et appelés du nom de leur propriétaire : les Petits-Thermes d'Ulattius, vers la Chana.
Il ne manquait pas de bons hôtels ; il y avait au quartier Saint-Georges l'hôtel Septumanus, dont l'enseigne était des plus attractives : elle promettait au client, outre bonne table et bon gîte, au nom de Mercure la réussite dans les affaires et au nom d'Apollon la santé. « Après cela, voyageur, vois où tu veux loger pour être mieux. » De nombreux villages aux environs de Lyon, et notamment sur les rives de la Saône, conservent encore, dans leurs noms romains ou inspirés de la langue latine, le souvenir des domaines et des riches villas lyonnaises qui leur ont donné naissance.
XXV. SAINT IRÉNÉE. — On ignore la date de naissance de saint Irénée, et on discute d'autant plus à son sujet que la gravité du témoignage de l'évêque de Lyon intéresse des questions très délicates. Tout jeune, nous apprend-il lui-même, aic œv ! et £v t zpeocy TOv Haig , il vit et entendit saint Polycarpe déjà âgé, lequel mourut en l'an 155. Que faut-il entendre par mate ? L'emploi du mot chez les Grecs est aussi élastique que que l'était infans chez les Latins ; il ne comporte qu'une limite d'âge assez vague. En tout cas, il ne peut être ici question d'un tout petit enfant, car Irénée, dans sa lettre à Florinus nous montre qu'il prétend bien avoir pénétré dans la pensée de l'évêque de Smyrne ; de plus, rien n'indique qu'il l'ait approché seulement à la veille de sa mort. Ces raisons n'invitent pas à faire trop tardive la date en question ; en outre, Irénée nous dit que l'Apocalypse de saint Jean n'est pas beaucoup antérieure à son temps ?. Qu'en faut-il conclure ?. Que cette date de naissance peut prendre place dans la période 130-140. S'il fallait marquer une préférence, nous nous rapprocherions de la date la plus ancienne, et voici pour quoi saint Jérôme + appelle l’évêque de Lyon vir apostolorum lemporum, et saint Basile dit qu'il fut « voisin des apôtres », expressions qui invitent à ne pas adopter une date trop basse.
Quant au lieu de naissance on ne possède pas le moindre indice à son sujet, sauf le nom du personnage, la langue dont il fait usage, sa rencontre avec l'évêque de Smyrne en son jeune âge ; tout cela invite à placer son origine vers le pays d'Asie Mineure.
On ne sait à quelle époque, dans quelles circonstances et dans quel but Irénée vint en Occident et s'y établit. Grégoire de Tours assure qu'il fut envoyé à Lyon par saint Polycarpe *. Il faut toujours se montrer circonspect à contredire Grégoire de Tours. Il est vrai que l'appendice des actes de saint Polycarpe ? dit qu'à l'époque du martyre de celui-ci, Irénée prêchait à Rome et y gagnait beaucoup d'âmes ; mais c'est une affirmation isolée et sans soutien.
Quoi qu'il en soit, en l'an 177, Irénée est prêtre et il appartient à l'Église de Lyon que gouverne saint Pothin, exténué de vieillesse. Rien n'indique dans le passage de saint Jérôme : Pothini episcopi, qui Lugdunensem in (Gallia regebat Ecclesiam, presbyteri *, qu'Irénée ait reçu le sacerdoce des mains de saint Pothin.
Pour une raison inconnue, Irénée sut éviter l'arrestation, et les confesseurs emprisonnés paraissent avoir eu un moyen de communiquer avec lui ; en tout cas, ils le savaient sauf et pouvaient compter sur lui pour porter à Rome la lettre qu'ils destinaient au pape Éleuthère. « Nous vous supplions, disaient-ils à celui-ci, de le considérer comme un homme tout à fait zélé pour le testament de Jésus-Christ ?. » Saint Jérôme assure que ce voyage à Rome fut exécuté !, on peut le croire sans trop craindre un démenti. Quant au voyage en Asie et en Phrygie pour y porter la lettre des martyrs ! !, c'est une hypothèse gratuite à laquelle on peut opposer le temps et les périls d'un si long voyage, tandis que l'Église de Lyon avait besoin de posséder à sa tête, au sortir de l'épreuve, l'homme le plus capable et, peut-être, seul capable de la diriger. Le voyage de Lyon à Rome, aller et retour, ne demandait que quelques semaines tout au plus. Nous avons dit que l'arrestation des confesseurs avait eu lieu au mois de juillet probablement, et ils avaient profité d'une accalmie survenue pendant la consultation du légat à l'empereur pour rédiger la lettre dont nous parlons. Comme saint Pothin mourut le surlendemain de son arrestation, laquelle est du début de la persécution, il ne paraît pas possible de soutenir que le départ de saint Irénée est antérieur à la mort de Pothin ; d'ailleurs le texte de saint Jérôme ne dit rien de tel, il indique simplement que ob quasdam Ecclesise quæstiones, honori ficas super nomine suo ad Eleutherum episcopum perfert litleras, Postea, jam Pothino prope nonagenario ob Christum martyrio coronato, in locum ejus substituitur. | De l'épiscopat de saint Irénée nous savons fort peu de chose, ce qui se comprend sans peine. Après l’ébranlement de l'an 177, il fallut regrouper, recommencer peut-être, tout ce qui existait avant la tempête. Il y eut pour le nouvel évêque de Lyon une œuvre administrative à entreprendre, et peut-être aussi malaisée à conduire que son « œuvre doctrinale. Ce qui semble probable, c'est que la persécution suscitée à Lyon n'ayant pas pour motif la lubie d'un empereur, mais l'animosité populaire, celle-ci n'aura pas désarmé tout de suite et, pendant un temps plus ou moins long, les fidèles auront eu à se garder du mauvais vouloir de leurs concitoyens. On vivait sans sécurité, dispersés et encore sous le coup de la persécution et la menace des supplices, comme nous l'avons vu par les actes des saints Épipode et Alexandre. Le clergé fut dispersé, nous avons déjà parlé de saint Marcel (voir Dictionn., t. 1x, au mot Lour de Chalon) ; il faut encore rappeler les noms, mais rien que les noms du prêtre Félix, des diacres Fortunat et Achillée, qui auraient fondé l'Église de Valence !, ceux de Ferréol et de Ferrucion, l'un prêtre, l'autre diacre, qui auraient fondé l'Église de Besançon ? ; enfin un certain Clément, également prêtre de Lyon . Tous ces noms sont à rappeler, nous ne disons pas qu'ils sont à retenir. : seul Irénée semble debout sur les ruines de son Église abattue, et de son troupeau massacré et dispersé ; mais il est bien clair que ni le découragement ni la timidité n'eurent prise sur son âme, car il ne cessa d'agir et d'écrire pour rassembler et guider les restes de ce troupeau ébranlé. Irénée s'engagea dans la controverse soulevée à propos de la date de célébration de la fête de Pâque. Un dissentiment existait sur ce point entre les Églises d'Asie et l'Église de Rome suivie d'un grand nombre d'autres. Les Asiates tenaient pour la célébration au 14 nisan, les autres remettaient au dimanche suivant. Un premier écho de cette divergence avait pu parvenir à Irénée puisque, en 154, la question avait divisé le pape de Rome Anicet et l'évêque de Smyrne, Polycarpe, néanmoins la charité et le bon sens l'emportèrent et la paix ne fut pas troublée. Vers 190, le dissentiment s'aggrava, prit un ton déplorable et le pape de Rome, Victor, pour bien montrer que la raison était de son côté menaçait ses contradicteurs d'excommunication. Irénée, digne du nom qu'il portait, se jeta dans cette querelle afin de l'apaiser. Personnellement, il était favorable à la célébration de la fête de Pâque le dimanche, mais il pria le pape, conformément aux exemples d'Anicet et de ses autres prédécesseurs, de ne pas rompre la communion avec les Églises d'Asie, auxquelles il ne pouvait reprocher que leur fidélité à la tradition. Sa voix fut entendue, d'autant mieux peut-être que son prestige devait être très grand. La querelle s'apaisa et, dans la suite, les Asiates adoptèrent l'usage de Rome *.
A cette occasion, Irénée écrivit « au nom des frères qu'il présidait, en Gaule 5 » pour recommander l'usage du dimanche à ses diocésains. Cette lettre est son seul acte administratif officiel, car il n'y a pas à tenir compte de deux prétendus conciles, l'un tenu en 199 et qui réunit douze évêques contre Mar c'ôn ; l'autre, en 197 ou après 199, qui se composa de treize évêques, au sujet de la Pâque . Tous les deux auraient été présidés par Irénée et tous les deux sont apocryphes. a, L' « Adversus haereses » el le gnosticisme dans le Lyonnais, — Saint Irénée composa plusieurs ouvrages ; le plus célèbre et le plus considérable est le Traité contre les hérésies. Eusèbe nous en a conservé le titre grec : « EAeyyoc xal dvarporn The deuduwvüuou yvaceuwc 7. Ce titre est parfois cité sous des formes abrégées ou équivalentes : IIpóg tac « ipécztg ; KaO' aip£- cgzv ; Adversus haereses !' ? ; Contra hærelicos ! ! ; ‘En Toig xatà QüœAsvrivou 12 : enfin Photius fait usage du titre complet et du titre abrégé 5, L'authenticité ne peut être mise en question. L'objet de l'ouvrage est suffisamment indiqué par le titre. Le gnosticisme (voir ce mot) était venu d'Orient en Italie et en Gaule ; il avait pris pied dans la vallée du Rhône. C'était la doctrine de Valentin, modifiée par Ptolémée et ses disciples '. Des amulettes gnostiques ont été trouvées à Lyon et dans ces parages (voir au mot GRÉLE), mais les gnostiques n'affichaient pas leur erreur afin de ne pas être poursuivis et condamnés ; saint Irénée se donna la tâche de les découvrir, de les dénoncer, de les vaincre, car c'était déjà une victoire que de les montrer tels qu'ils étaient ; mais en même temps, il s'employait à prouver que ces doctrines perverses étaient contraires à la vérité !5, Le Traité est divisé en cinq livres. Le livre Ier est consacré à l'exposition du gnosticisme. Irénée s'occupe de Valentin et de ses disciples, surtout de Ptolémée et de Mare ; puis il remonte à Simon le Magicien « de qui dérivent toutes les hérésies !* » et lui rattache les différentes sectes gnostiques. Dans les livres suivants, il réfute le gnosticisme, d'abord, l. II, par la raison, ensuite par l'Écriture, faisant appel à la doctrine des apôtres, aux paroles du Seigneur, à Moïse et aux prophètes ; enfin à saint Paul.
L'ouvrage fut publié en quatre fois ; d'abord les livres I, II, puis successivement les livres III, IV et V. Irénée n'avait pas prévu qu'il serait entraîné par son sujet à être si long. Au moment d'entreprendre le livre II, il pense qu'il va pouvoir être bref ', mais il constate bientôt que enarratio in longum pergit, et à mesure qu'il avancera les développements prendront une ampleur imprévue. Vers la fin du livre II' il annonce « les livres suivants », et, malgré le souci de ne pas faire trop long ! « pour n'avoir pas l'air de fuir la preuve scripturaire annoncée » et « pour que rien ne manque de ce qu'on attend de lui ? », il publie un III livre, puis un IVe, puis un V , tous de vastes dimensions.
Le livre III fut écrit du vivant du pape Éleuthère (175-189) ; Irénée y cite la version de Théodotion, mais comme la date de cette version n'est pas connue, cette circonstance n'apporte pas une précision certaine. Le livre III fait allusion à un état de persécution de l'Église : lola die pro omni hoc tempore dictum est in quo perseculionem patimur et ut opes occidimur . Ce langage fait allusion aux circonstances de la persécution déchaînée par Marc-Aurèle, et ne convient pas à l'espèce de quiétude que procura le règne de Commode. Au contraire, un passage concorde avec ce que nous savons de l'influence de Marcia sur Commode à partir de l'an 181, influence qui s'exerçait en faveur des chrétiens : hi qui in regali aula sunt fide les nonne ez eis quie Cæsaris sunt habent ustensilia ? Le livre II semble donc antérieur, et l’œuvre totale se rapporte aux environs de l'an 180.
Le destinataire du traité contre les hérésies est un personnage « très cher » à l'auteur qui depuis longtemps cherche à étudier la doctrine valentinienne : qui a demandé à Irénée de la lui faire connaître ë et qui, au dire d'Irénée, plus habile que lui, montrera avec force à ceux qui l'entourent ce qui lui aura été indiqué faiblement, rivalisant avec Irénée au service des frères selon la grâce qui lui a été donnée par le Seigneur .
Le Traité est écrit en grec. « Tu n'attendras pas, dit Irénée #, l'art du style de nous qui vivons parmi les Celtes et qui, la plupart du temps, employons un langage barbare » (sans doute le latin plutôt que le celtique). Le destinataire du traité n'est donc pas vraisemblablement un habitant de la Gaule, mais de quel que pays où l'on parle grec, où sévit le valentinianisme, probablement en Égypte ou dans l'Asie Mineure.
Est-ce un évêque ? L'auteur du prologue publié sous le nom de Florus de Lyon lui donne ce titre. Toutefois le quemadmodum postulasti a nobis obedienlibus precepto tuo, quoniam el in administratione sermonis positi sumus pourrait bien indiquer une différence de fonction entre Irénée chargé du ministère de la parole, et celui qui lui a demandé d'écrire et, en ce cas, inviterait à voir dans ce dernier un prêtre ou un laïc influent.
Le texte grec original est perdu, sauf ce qu'en ont sauvé des citations, dont plusieurs ont de l'étendue et qui remontent à l'antiquité chrétienne. Au XVe, on conservait le texte grec dans un monastère de Pathmos, au XVIIIe il se trouvait dans un monastère du Mont-Athos. Ces manuscrits semblent disparus sans remède.
La traduction latine très complète, très littérale, d'une latinité nullement recherchée, est antérieure à saint Augustin qui l'a connue et citée fort exactement, Feuardent l'a, à tort, mise au compte d'Irénée lui-même, car elle contient des contresens qu'il serait par trop irrespectueux d'imputer à l'auteur lui-même. Elle ne saurait non plus être de Tertullien dont elle ne reproduit ni le vocabulaire ni la syntaxe. Elle est, d'autre part, en relation évidente avec l'Adversus valentinianos de Tertullien ; la raison la plus plausible qu'on en apporte, c'est que Tertullien a utilisé la version latine d'Irénée, ce qui conduit à faire dater celle-ci avant l'an 200. Cette traduction a été conservée dans de nombreux manuscrits ; dix-neuf d'entre eux sont connus, la plupart incomplets des derniers chapitres, où Irénée favorise le millénarisme.
On lit dans Agobard une citation de l'Adversus hæreses différente du texte de l'antique traduction latine ; ce qui fit croire à l'existence d'une seconde version latine ? ; en réalité, la citation d'Agobard provient non d'une tradition intégrale, mais de la traduction par Rufin d'un des fragments d'Irénée insérés par Eusèbe dans son Histoire ecclésiastique.
Il existe une traduction arménienne des livres IV et V, et une traduction syriaque de plusieurs passages.
Ce serait borner volontairement son horizon historique que de s'en tenir à la mention de l'Adversus hæreses, sans rechercher la situation générale et les circonstances dont ce livre est sorti. Quand on a énuméré les copies, les transcriptions, les éditions et les traductions ou les abrégés, pesé les variantes, discuté les ratures de l'Histoire des Variations, on a sans doute fait chose utile, mais moins indispensable à tout prendre que de replacer le livre dans les conditions qui l'ont provoqué, et lui ont donné sa signification et son efficacité. On peut soutenir qu'une œuvre de l'importance de l'Adversus hæreses est à la fois un monument théologique, et un document historique qu'il faut interroger pour connaître l'époque et le milieu d'où il est sorti.
On sait la place qu'occupe le gnosticisme dans l'histoire intellectuelle et religieuse des premiers siècles du christianisme. Quoi que le gnosticisme nous soit moins connu par les ouvrages de ses inspirateurs et de leurs partisans que par celui de leurs contradicteurs, les Pères de l'Église, principalement saint Irénée, saint Hippolyte et saint Épiphane, et qu'il occupe jusqu'à ces derniers temps que des écrivains ecclésiastiques résolument hostiles, parfois, jusqu'à l'injustice : ou bien des érudits imbus de l'esprit théologique, cette effervescence bizarre et souvent déraisonnable tint une telle place parmi les sectes dissidentes du christianisme primitif qu'elle aurait, à ce titre, droit à une étude approfondie, si sa connaissance n'était pas d'une moindre importance pour la connaissance approfondie de certains systèmes de philosophie que pour celle d'un grand nombre d'opinions religieuses, plus ou moins voisines ou émues ou franchement ennemies des croyances chrétiennes. Ainsi, dans la doctrine de Basilide, antérieure de plus de deux siècles à Plotin et d'un siècle au moins à Ammonius Saccas, il est impossible de ne pas reconnaître les fondements métaphysiques du platonisme alexandrin. C'est peut-être pour cela que Plotin, sans nommer personne, sans distinguer entre les hommes et les systèmes, a écrit un livre contre les gnostiques. Il ne se souciait pas de reconnaître de pareils ancêtres, et son exemple a été imité par Porphyre. On voit que saint Irénée se trouve en assez bonne compagnie intellectuelle.
Les fondateurs du gnosticisme, assistant aux succès du christianisme naissant, ont essayé de s'en emparer et de l'absorber dans leur propre enseignement au moyen d'une explication allégorique ou d'un mysticisme surhumain, d'une gnose, comme on l'appelle généralement. Mais aucun d'eux n'était chrétien, même quand ils avaient consenti à recevoir le baptême. Ils absorbaient de la même manière le polythéisme, le vieux polythéisme de l'Orient, de l'Égypte et de la Syrie, non celui de la Grèce, sans qu'aucun d'eux puisse être considéré comme polythéiste. Les bases dont ces audacieuses constructions avaient besoin pour se tenir debout et s'accorder tant bien que mal avec elles-mêmes, ils savaient les tirer de leur propre fonds, à moins qu'ils ne les trouvassent dans quelque métaphysique ésotérique dont le nom et la vraie patrie nous échappent. C'est cela même qui, malgré le prestige qu'il exerça d'abord, perdit le gnosticisme dans l'esprit des masses. On ne gouverne pas les hommes par des abstractions ontologiques, car on a de la peine à en faire sortir des règles de conduite assez fermes et assez précises, pour contenir les passions de l'individu et assurer la sécurité de la société.
Toute connaissance complète et approfondie du gnosticisme dépend de l'Adversus hæreses d'Irénée et des Philosophumena d'Hippolyte ; ce dernier ouvrage nous conserve les renseignements les plus précis, les plus complets et les plus anciens sur les éléments très divers dont la gnose a été formée. La lecture des Philosophumena suffirait déjà à nous apprendre les ramifications du gnosticisme d'Orient en Occident. La lecture de l'Adversus hæreses nous montre combien il fallut lutter pied à pied contre ces doctrines. Comme Marcion, Valentin voulut tâter la chance à Rome et vint s'y établir vers l'an 140 de notre ère. Il y demeura seize à dix-sept ans, complétant sa doctrine et la prêchant avec succès, pendant qu'elle gagnait du terrain à Alexandrie et dans les principales villes égyptiennes. De là vient sans doute que le gnosticisme valentinien se divise en deux branches : la branche orientale et la branche italique qu'on a souvent confondues l'une avec l'autre. Quoi que ces deux branches aient subi visiblement l'influence des deux centres intellectuels au milieu desquels elles se sont formées, elles ne différent pas autant qu'on serait porté à le croire, c'est pour quoi, à ce point de vue, l'Adversus hæreses conserve sa portée générale.
Mais il en a aussi une plus particulière et, pour ainsi dire, plus locale en ce qu'il nous révèle des progrès accomplis par le gnosticisme dans cette région lyonnaise où le montanisme avait également pris pied.
La « démonstration de la prédication apostolique, » — A côté de l'Adversus hæreses, et postérieur au IIIe livre de cette réfutation, nous pouvons maintenant citer un autre écrit d'Irénée, la Démonstration de la prédication apostolique qui ne fait d'ailleurs que reproduire les vues dogmatiques exposées déjà par l'auteur. Ces vues n'étaient pas nouvelles. Les idées maîtresses d'Irénée, sur la tradition surtout, avaient été émises avant lui, et, presque en même temps qu'Irénée, Hégésippe les faisait valoir dans ses Mémoires. Mais personne ne leur avait donné jusqu'à ce moment autant de précision et de relief que sut le faire l'évêque de Lyon.
L'existence de la Démonstration était depuis longtemps connue. Eusèbe avait écrit ces lignes : « En outre des écrits d'Irénée qui ont été mentionnés (I, V, c. xx), et de ses lettres, on montre encore de lui un livre très court et tout à fait utile contre les Grecs, intitulé De la science (llepl émotiunc) : un autre dédié à un frère du nom de Marcien : Pour la démonstration de la prédication apostolique (ele mieru 100 d&moctoAuxo0 x »poyuaroc) ; un ‘petit livre de divers dialogues, etc. ». Le second de ces ouvrages semblait définitivement perdu, Quand une traduction arménienne fut découverte, en décembre 1904, par l'archimandrite Karapet Ter-Mekerttschian, dans un manuscrit de l'église de la Mère de Dieu d'Érivan (Arménie russe). Le manuscrit, qui contient aussi la traduction des livres IV et V de l'Adversus hæreses a été écrit pour l'archevêque Der Ohannes (Jean), frère du roi de Cilicie, et grand amateur de livres. Jean fut évêque en 1259 et mourut en 1289. La suscription du manuscrit lui donne le titre d'archevêque, ce qui invite à croire qu'il date de la dernière période de la carrière de Jean, environ 1259-1289.
L'authenticité de l'ouvrage est certaine. Au chapitre xcix, l'auteur de la Démonstration renvoie à l'un de ses précédents écrits intitulé : Critique et réfutation de ce qu'on nomme faussement la Gnose, ce qui est, nous l'avons dit, le titre complet de l'Adversus hæreses. Au chapitre LXXIV, il fait de Ponce Pilate le procurateur de l'empereur Claude (41-54), ce qui semble au premier aspect une grossière erreur chronologique et qui, en y regardant de plus près, concorde avec l'assertion d'Irénée, d'après laquelle Jésus serait mort à l’âge de quarante-cinq à cinquante ans, et, par conséquent non sous le régime de Tibère, mais sous celui de Claude. De plus, l'Adversus hæreses et la Démonstration présentent les mêmes idées caractéristiques exprimées souvent en termes semblables, les mêmes passages de l'Écriture exprimés pour les mêmes preuves, les mêmes mots préférés et affectés.
La Démonstration de la prédication apostolique était-elle intitulée, « 'Eic miðs vod &TOOTOMHOŬ xnpúyuxTtog, comme semble dire Eusèbe, ou bien »EridaËic rod drosrouxoÿ xnebyuæroc, comme l'indiquerait la traduction arménienne, ou Aôyoc sic ExiüetEty roO érmootoAixoÿ xnpbyuatoc, ainsi qu'on le suppose ? On n’en sait rien et il semble assez superflu d'en discuter.
Le destinataire est un certain Marcien, nommé au chapitre r°. On a proposé de l'identifier avec l'auteur des actes de saint Polycarpe, lequel s'appelait Marcion et non pas Marcien '. Ce qu'on sait de certain de lui, c'est qu'il était chrétien, ami de l'évé que, qui se trouvait éloigné de lui et qui lui avait probablement demandé l'écrit que le saint lui adresse. C'est tout ce qu'on peut en dire, le reste n'est que conjecLure ou fantaisie ?, La date du traité se fixe de facon assez précise. Le chapitre xcix fait allusion, avons-nous dit à l'Adversus haereses, ce qui reporte la Démonstration à une date postérieure au livre III du grand traité. Or, c'est précisément ce livre III qui nomme le pape Éleuthére, il n'est pas antérieur à 180 et peut prendre place vers 185-189. C'est donc vers celte derniére dalé qu'il faudrait assigner celle de la Démonstration, à supposer que sa composition soit postérieure à l'achévement de l'Adversus haereses. On peut en fixer vraisemblablement la date entre les années 185-203. I] n'est pas impossible que le passage sur les rois qui « haissent maintenant (le Christ) et persécutent son nom » fasse allusion à la persécution de Septime-Sévére, commencée vers 198 et officiellement en 202, Ce qui, au point de vue de nos étu des sur l'antiquité chrétienne considérée principalement au poinl de vue des multitu des fidé les, donne sa grande importance au traité dont nous parlons ici, c'est qu'à la différence du traité Adversus haereses, la Démonstration, n'est pas un livre de polémi que, mais une œuvre de catéchése, une premiére ébauche de De calechizandis rudibus de saint Augustin *. C'est un jour ouvert sur l'auditoire lyonnais qui se presse autour de l’évê que Irénée, une vingtaine d'années environ aprés le drame de lan 177 ; à cet auditoire, le vieil évé que adresse un exposé populaire de la foi chrétienne et de ses preuves, Sans apporter des révélations sensationnel les sur la théologie d’irénée, la Démonstration est un témoin de la doctrine et de la théologie du n° siècle remarquable par le sens du christianisme simple, sûr et profond d'un accent très pur. Quelques traits complètent ou corrigent l'Adpersus haereses 5, Voici donc une Église, et c'est l’Église de Lyon qui nous intéresse ici spécialement, à laquelle son premier pasteur expose « en abrégé la prédication de la vérité » et à qui il fournit « les preuves des dogmes divins ». ll y a là-de dans de quoi affermir ceux qui savent, de quoi instruire ceux qui ignorent, de quoi confondre ceux qui s'égarent, C'est donc 1 » un exposé, 2 » des preuves.
Le prologue (I-3) indi que l'objet de l'ouvrage, et insiste sur la nécessité de garder tout ensemble l'orthodoxie de la foi et la pureté des mœurs. Cette foi est celle que les presbytres nous ont transmise et que le baptéfne a scellé en nous.
La premiére partie (3-42) contient l'exposé des points fondament aux de la prédication apostoli que : l'existence de Dieu, du Père créateur, du Fils qui s'est incarné, et de l'esprit prophéti que (3-7) ; la création par le Pére à la foi juste et bon, Providence de ses créatures * ; l'existence et le rôle des anges (23-10) ; la formation et l'état primitif de l'homme et de la femme (11-14). Le récit bibli que des origines ainsi amorcé se poursuit jusqu'au chapitre Xxx : les événements de l'histoire sainte y sont résumés jusqu'à l'épo que des rois et des prophètes : la chute originelle, la corruption universelle, le déluge, la bénédiction de Sem et Japhet, la tour de Babel, la vocation d'Abraham, la captivité d'Égypte et la délivrance, la révélation de la loi mosaï que, la conquête de la Terre promise, l'avènement des rois, les prophètes. Des prophètes (30), saint Irénée passe immédiatement à Jésus-Christ qu'ils nous ont annoncé, Il était né cessaire, pour notre salut, que l'incorruptibilité en personne s'unit à notre nature (31). Voilà pour quoi le Fils de Dieu s'est incarné et est né d'une vierge (32-33) : il nous a sauvés par son obéissance sur la croix ; il a détruit la mort et nous a donné la vie (34-37) ; aprés sa mort, il est ressuscité el nous a fait ressusciter avec lui (38-39). Envoyés par lui, ses aptres ont continué son œuvre et prêché sa doclrine (41). Il faut garder avec soin cette foi qu'ils ont enseignée et rester uni au Saint-Esprit qui la conserve en nous (42).
Ici commence la deuxiéme partie ou démonstration (43-07). Cette démonstration des vérités exposées plus haut est faite exclusivement par l'Ancien Testament et les prophéties. L'auteur n'y suit pas toujours un ordre absolument rigoureux, et il revient parfois sur ses pas ; mais son raisonnement : est trés clair. Ce que la prédica !ion apostoli que enseigne de Jésus-Christ est vrai, puis que l'Ancien Testament et les prophéties l'avaient d'avance annoncé et que JésusGhrist l'a réalisé. Ils avaient dit « qu'il est coexistant au Pére avant la création, qu'il apparaitrait un jour, qu'il serait roi universel des Juifs et des Gentils (18-51). Ils avaient annoncé en détail le temps, le lieu, les circonstan ces de sa naissance, de sa prédication, de ses mirac les, de sa mort, de sa résurrection, de son ascension, de son régne glorieux avec le Pére (52-85). Bien plus, ils avaient prédit ce qui a suivi son ascension, la prédication des apôtres, l'abolition de la loi de Moïse, la vocation des Gentils, la fécondité de l'Église, le renouvellement intérieur produit par la nouvelle foi et le salut par Jésus-Christ (86-97). Tout cela est arrivé comme il était marqué d'avance.
Conclusion (98-100) : cette foi annoncée par les prophètes, établie par Jésus-Christ, préchée par l'Église, est donc vraie. Ils sont donc dans l'erreur ceux qui distinguent le Créateur du Pére, qui nient lincarnation du Fils, ou qui repoussent l'Esprit prophéti que. I] faut les fuir si l'on veut arriver au salut.
Tel est le contenu de la Démonstration.
Cethéme catéchéti que n'était qu'une partie de l'instruction chrétienne donnée aux fidè les de l'Église de Lyon. On les instruisait, en outre, de l'existence et des effets des sacrements, de l'emploi de la liturgie, des devoirs rigoureux que la morale impose à Lous ceux qui veulent conformer leur vie aux enseignements et aux exemp les du Sauveur.
La Démonstration n'apporte, au point de vue de 137 la doctrine, rien que n'eüt fait connaitre l'Adversus haereses. J. Tixeront en a donné cet utile sommaire : Il faut garder la régle de foi (allusion au symbole baptismal), le baptême en rémission des péchés est administré au nom des trois personnes divines : il est un sceau, une renaissance. Le chapitre rv contient une allusion au Pasteur d'Hermas sur l'unité de Dieu. Le Pére est bon, miséricordieux, juste ; on ne doit pas le distinguer du créateur (4, 8, 99). Le Fils est la connaissance du Pére ; le Saint-Esprit révéle le Fils ; le FEs dispense l'Esprit (71-74). Le Fils antérieur à | la création, éterre !, Dieu comme le Père (10. 30, 43, 47). Le Saint-Esprit est la puissance du Pére, l'huile de l'onetion du Fils (26, 47) '.
Les sept cieux qui s'étagent au-dessus de la Lerre sont habités par les anges : ici, allusion à l'Esprit septiforme d'Isaïe, x1, 2 (9). L'homme, composé d'un corps et d'une âme, a été formé à l'image de Dieu (2, 11). N n'était pas d'abord parfait, mais comme à l’état d'enfance, et bien qu'il n'éprouvât point la concupiscence, il a pu être trompé par le mauvais ange (12, 14). Adam, en péchant, s'est perdu, lui et toute sa race (17, 37). Les fils de Dieu de la Genèse NI, 2, sont les anges qui se sont unis aux fil les des hommes (18).
Par son incarnation, Jésus-Christ récapitule en lui l'humanité tout entière (6) ; l'immortalité devait en lui devenir visible pour que nous y eussions part (31). Dans le Sauveur, le corps est uni étroitement avec la divinité (41). Le Sauveur est le nouvel Adam comme le premier Adam a été formé de la terre vierge et dela volonté de Dieu, ainsi le second est né d'une chair vierge et de la volonté du Pére (32). Le Fils de Dieu est devenu fils de David et d'Abraham (37). La désobéissance d'Adam nous avait perdus : l'obéissance de Jésus-Christ nous délivre (31). De méme encore, Éve, vierge, nous avait entrainés à la mort : l'abéissance de Marie, vierge, nous ramène à la vie (33). Contenant en lui l'humanité entière, JésusChrist ressuscite en lui-même l'homme tombé (38) ; et en lui, par le Saint-Esprit, nous attendons la résurrection future (42).
Signalons encore l'importance donnée aux dires des anciens, à côté de l'Écriture (3,61) ; la recommandation d'ajouter les œuvres à l'intégrité de la loi (98) ; la mention finale des trois erreurs contre les personnes divines, le gnosticisme, le docétisme et le rejet de l'Esprit prophéti que, c'est-à-dire l'erreur des aloges (893. Tout cela est absolument dans la tradition de saint Irénée. c. Les ouvrages perdus. — Irénée est encore l'auteur d'une lettre à Florinus dont il ne reste que trois frag- - ments. Ce Florinus était un ami d'enfance d'Irénée au temps oü ils écoutaient les enseignements de saint Polycarpe. Florinus enseigna que Dieu est l'auteur du mal, Irénée le réfuta dans une lettre intitulée : Tepi uovapylxc ou Ilepl 700 ph eivat 76v. zov moTv xxv. Sur la monarchie ou Que Dieu n'est pas l'auteur du mal. I1 n'y a pas d'apparence que Florinus s'amenda car on le voit passer au valentinianisme, ce qui lui vaut un nouveau traité de son ancien ami : IIzpi &y8o&9oz, Sur l’ogdoude ?. Finalement Irénée demanda au pape Victor la déposition de Florinus.
Florinus avait fondé une petite Église dissidente
LYON
138 à Rome, avec l'aide d'un certain Blastus. Cette circonstance valut à Blastus une lettre d'Irénée intitulée : IIzpl oyiouacoc, Sur le schisme, dont il reste un fragment dans une traduction syria que ?, Nous avons dit que l'évé que de Lyon s'était entremis auprès du pape Victor dans la querelle pascale ; il écrivit une lettre au pape, une autre lettre aux fidé les, enfin d'autres encore à différents évéques, nous n'en savons que ce que nous en dit Eusèbe , Le pseudoJustin cite un traité d'Irénée Sur la Pá que, IIggi tot II&cyx Aóyoc. Peut-être est-ce une des lettres en question.
Eusèbe signale un traité De la science, Tlepi èntoting, qu'Irénée aurait adressé aux Grecs . Saint Jérôme semble l'avoir connu et dédoublé ? : Scripsit... contra gen les volumen breve el de disciplina aliud, Eusébe mentionne également un livre de Discours ou Traités variés, BUGALOY vt Ouxoópov, qui paralt avoir été un recueil d'homélies dont il reste des fragments .
Irénée annonce un traité contre Marcion , qui quci qu'en dise Eusèbe, ne semble pas avoir été exécuté, Dans ce passage, Eusèbe fait une confusion ou une allusion aux chapitres de l'Adversus haereses contre cet héréli que ; on s'en rend compte plus loin !, d. Les ouvrages douleux ou apocryphes. — 1. Maxime le Confesseur, Er quaestionibus a Theodoro monacho illi praepositis ! cite un fragment d'un traité d'Irénée Sur la Joi, IIegi riorewc, adressé à Démétrius, diacre de Vienne dont il indi que le début : « Toi qui cherche Dieu, écoute David qui dit... » On a quelques fragments de ce traité dont l'attribution à Irénée ne peut être contredite ni prouvée 139 loin !, dans les noti ces sur Justin et Irénée, que la liste de leurs œuvres ne fait auc une mention d'un commentaire. Quoi qu'il en soit il est impossible de maintenir l'attribution à saint Irénée du commentaire sur l'Apocalypse qui lui est attribué par Martène et Durand *.
5. Un manuserit des Sacra parallela attribué à saint Jean Damascène, attribue sans fondement à saint Irénée un IIegi 75 ; &ytioc TpiaSoc *.
Un manuscrit de Moscou contient des scholies mises sous le nom d'Irénée ; cette attribution n'offre rien qui l'autorise , 7. Photius, Bibliotheca , attribue à certains la pensée de mettre au nom d'Irénée un Ilepi roù zavzóc, c'est encore une attribution non fondée : ce traité doit étre restitué à saint Hippolyte , 8. Des fragments grecs, syriaques, arméniens d'un Ilepi toù pr elvat &yévvr zov Thv ÜXrnv, commentaires sur l'Écriture, traités théologiques. L'authenticité de la plupart de ces morceaux est sujette à de grands doutes ? et leur importance est médiocre. Parmi les plus importants se trouvent trois textes chrislogiques au sujet desquels on consultera utilement le Diclionn., de théol. cathol., t. vir, col. 2405-2406. La conclusion est qu'il est probable que tous ces textes se rattachent à l'entreprise monophysite de falsification patristi que, et sur laquelle Anastase le Sinaïte ouvre un jour éclatant. e. Le martyre. — Il n'existe pas d'actes authentiques du martyre de saint Irénée, pas de texte contemporain pouvant servir d'attestation histori que incontestable, en un mot rien qui rappelle les documents relatifs à saint Ignace, à saint Polycarpe, à saint Justin, à saint Cyprien ; raison de plus d'attacher toute l'importance qui convient aux témoignages suivants de Grégoire de Tours ‘4, de pseudo-Justin 1 et de saint Jérôme 1 ! :
Historia Francorum, 1. E, c. xxvir : Beatum Irenaeum diversis in sua carnifex praesentia poenis affectum, Christo Domino per martyrium dedicavit.
De gloria martyrum, c. L : Cui (sc Fotino) et merito LYON t 140 el sanctitate condignus Irenaeus successit episcopus, | per martyrium el ipse finitus, Quaestiones ad orthodoxos n. CXV :... « xac now ò uax&puog Elonvatos ó páprug xal émloxomoc Aovyéouvou (quemadmodum ait beatus Ireaneus, mariyr el episcopus Lugdunensis).
In Isaiam commentar., 1. X VII. e. xvi : De quibus diligentissime vir apostolicus scribit Irenaeus, episcopus Lugdunensis ef martyr.
Ces témoignages n'ont pas suffi à Dodwell 1 et à B. Aubé !* qui réclament ceux de Tertullien, de saint Hippolyte, de saint Épiphane et celui d'Eusébe,. A les entendre, Grégoire de Tours a tout brouillé, tout confondu, il distingue le martyre d'Irénée du massacre de l'an 177, puis il fait suivre la mort d'Irénée du nom des quarante-huit martyrs de 177. Quant à saint Jéróme, on s'en débarrasse en disant que la notice qu'il consacre à saint Irénée dans le De viris illustribus, ne fait auc une mention du martyre, et le titre | de « martyr » s'est glissé dans le commentaire sur Isaïe par suit de l'initiative d'un lecteur #, Enfin pseudo-Justin est trop tardif.
Dés l'instant qu'on fait intervenir des lecteurs inconnus, toutes les explications deviennent possib les, y compris la providentielle erreur du copiste, à qui on impute l'inadvertance signalée dans le texte de Grégoire de Tours.
Le pseudo-Justin qui écrit au 1v ou au Ve n'est pas tellement éloigné de l'épo que dont il parle, qu'on ne puisse tenir compte de ce qu'il en dit. Quant à saint Jérôme, il fait un catalogue d'illustres et non un martyrologe. Sans doute, le martyre ajoute grandement à l'illustration de celui qui le subit, mais Clément et Hippolyte furent. incontestablement martyrs et saint Jérôme n'en souffle mot dans ce catalogue. Beaucoup plus tard, une vingtaine d'années après environ, dans son commentaire sur Isaïe, il insère ce titre d'honneur pour Irénée. Il y a, sous prétexte de criti que, une sorte de puérilité à soutenir que telle | phrase devait contenir tel mot, et que s'il ne s'y rencontre pas, c'est que l'auteur exclut. jusqu'à l'idée attachée à ce mot. Saint Jéróme omet de faire mention du martyre de Clément, d'Hippolyte et d'Irénée dans le De viris illusiribus, mais il répare cette omission pour Clément dans son Apologia adversus libros Rufini , pour Hippolyte, dans le Comment, in Mattheum ?', et dans une Epistola ad Damasum * ?, pour Irénée dans le Commentar. in Isaiam.
L'omission du titre de martyr auprès du nom de saint Irénée dans les meilleurs manuscrits du martyrologe hiéronymien ?, qui donnent seulement : Merenei episcopi, cum aliis , n'est pas plus décisive, parce qu'il est reconnu que ce martyrologe omet l'indication du dernier supplice pour un certain nombre de martyrs indiscutab les . On ne doit pas sans doute attacher une extréme importance, mais on ne peut non plus la contester tout à fait, comme font les martyrologes historiques du 1x siècle et leurs dérivés : tel texte se rattachant à l'hiéronymien !, puis encore les actes du saint qui ne sont pas antérieurs au vir siècle ? et que, pour cette raison, dom Ruinart a écartés. En somme, le fait du martyre n'est pas prouvé et sa date reste à établir *.
]. Le souvenir d Irénée. — S'il ne fut pas un penseur de l'envergure d'Augustin, un lutteur de la taille de Jéróme, un charmeur de la famille d'Ambroise, il arriva à Irénée une de ces chan ces que la Providence ménage à ceux qu'elle a spécialement marqués et choisis, il fut disert et trouva un auditoire ; on oserait méme dire un auditoire francais, car Lyon, au 11 siècle, n'était-ce pas déjà la France avant la France. Lyon fut, pour Irénée, comme Tours pour saint Martin, la terre d'élection où leur sainteté, leur talent, leur activité s'épanouit. Nous avons déjà indiqué la place qui appartient à Irénée dans cette Église des Gau les dont s'ébauchaient alors et, certainement sous son influence, les premiers linéaments (voir Diclionn., t. v1, col. 336339). Son rôle doctrinal et la place qui. à ce titre lui appartient dans l'histoire de la théologie, ont été exposés ailleurs avec une si rigoureuse précision qu'il n'y a pas lieu, ici, d'y revenir ; on souhaiterait simplement que du fourmillement des observations érudites jaillit une synthèse qui aidàt à se figurer le personnage sincére et passionné qui a bien connu ses contemporains, loyalement combattu ‘ses adversaires, accompli un elTort méritoire pour remonter aux origines de l'erreur gnosti que. Préoccupé de lutter contre les docteurs qui corrompent perfidement l'idée chrétienne, il latta que de préférence à Valentin, le plus récent et se plus redoutable, il dénonce ses ascendants intellectuels et fait effort pour être informé autant que pour étre juste.
Ce qui ne serait pas moins important de savoir et qui échappera probablement toujours, c'est son ceuvre administrative, le gouvernement de l'Église de Lyon ; tout ce que nous pouvons entrevoir, c'est ce que nous livre la Démonstration sur l'enseignement donné aux fidé les.
La place du théologien est considérable au point de vue dogmati que, surtout chez les Péres grecs. Dans tous les débats trinitaires ou christologiques, l'autorité d'Irénée est invoquée comme prépondérante, parfois méme comme décisive ; d'ailleurs les définitions de l'Église, tout de méme que le développement de la théologie sont dans le sens de la doctrine. Les orthodoxes le revendiquent, les subtils le réclament, les hérétiques le tirent à eux, car il est du petit nombre de ceux dont le jugement est si grave qu'on forge des textes pour les mettre sous son nom. Il est le disciple et l'écho des apôtres, le témoin des temps apostoliques. Dans la théologie latine, son influence est moindre, malgré que son grand traité contre les hérésies, conservé seulement en latin et si anciennement traduit en cette langue, semble devoir lui ménager une place hors ligne et que sa présence à Lyon fasse de lui en quel que maniére, pour la clarté des idées, le premier des Péres latins.
A voir cette traduction utilisée par Tertullien, peutétre par saint Cyprien, certainement par saint Augustin, on croirait qu'Irénée va s'emparer des esprits et présider à l'essor théologi que, Il n'en fut rien. Augustin relégua dans la pénombre tous ses prédé cesseurs. C'est lui qui fut l'inspirateur, le guide et le maitre incontesté de la pensée occidentale. Irénée tomba dans un oubli relatif et regrettable. A Lyon
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méme on ne possédait pas ses ouvrages. À la fin du vis siècle, l'évé que Etherius pria le pape saint Grégoire le Grand de les Iui procurer. Il s'adressait mal ; le pape lui répondit que, malgré toutes les recherches, les Actes et les Traités d'Irénée demeuraient introuvab les. Du temps d'Agobard, au 1x siécle, la situation demeurait la méme. Agobard cite une fois saint Irénée, mais il n'a pu consulter l'ancienne version latine, il ne connait que le texte conservé par Eusèbe et arrivé à Lyon dans la traduction de Rufin d'Aquilée. Dom Pitra a donné un prologue attribué à Florus de Lyon, dans lequel on énumére cinq raisons qui ont décidé à transcrire l' Adversus haereses ; la première, on n'en sera pas surpris, c'est que perrarus est. Ce prologue : deux citations, dont l'une inexacte de Paschase Radbert : la transcription, au 1x siècle, de l'Adversus haereses, dans le Claromontanus, voilà, avec quelques textes hagiographiques, les seuls indi ces de la persistance du souvenir et de l'action d'Irénée à Lyon et en Occident.
On a dit qu'Irénée avait « tué le gnosticisme » et « fondé la théologie chrétienne » ; c'est de l'histoire par approximation. En réalité, le gnosticisme a survécu à Irénée assez longtemps et il a connu, au 1v° siècle, une certaine prospérité. Le coup que lui porta l'évéque de Lyon ne fut ni si prompt ni si décisif, mais il n'en fut pas moins efficace ; il infligea au gnosticisme la nécessité d'une transformation laquelle prépara sa disparition future et compléte. Le gnosticisme était fondé sur des pratiques secrètes et mystérieuses ; Irénée les livrait au grand jour et les rendait, dés lors, ineffica ces et révoltantes. Il démasquait la puérile complication des engrenages célestes, des hiérarchies angéliques et des générations diverses. Le gnosticisme sortit de ses mains déconsidéré comme un svstéme qui n'est qu'un systéme et ne peut étre que cela. 5i on veut prendre une idée de l'opportunité et de l'efficacité du livre qui dévoilait et qui dénoncait ces erreurs, il suffit de rappeler qu'il fut traduit en latin trés peu d'années après son apparition en langue grec que, et qu'il eut ensuite et, probablement sans beaucoup attendre, des traductions en arménien et en syria que. Le gnosticisme se sentit touché et regimba avec Héracleon, Apelle et les ophites ; mais ceci n'est plus de notre sujet.
Irénée fonda, si l'on veut, la théologie chrétienne, laquelle n'avait pas attendu la fin du x siècle pour prendre forme ; il serait plus rigoureusement exact et conforme à la réalité de dire qu'il l'enrichit d'une exposition qui lui sert d'assise, mais qu'il ne l'inventa pas. Ce fut Irénée qui donna sa place à la regle de foi telle qu'on l'a apprise de ceux qui ont mission de l'enseigner, lui qui montra que nulle parcelle n'en peu étre négligée ou distraite, lui qui enseigna qu 'on la doit scruter et méditer sous le regard de l'Église. Cette régle de foi il l'établit sur le Christ, pierre angulaire de toute sa construction théologi que.
Comme on n'a auc une certitude que la lettre de l'an 177 soit son ouvrage, il faut s'en tenir à porter un jugement littéraire sur les seuls écrits qu'on ne peut contester à Irénée. Son Adversus haereses est un livre rempli de choses uti les, mais ce n'est pas une ceuvre de mérite quant à la composition et au style. Par contre, on ne peut lui refuser un art de raisonnement bien soutenu, un choix d'expressions pleines de vigueur et la sobriété du langage. Cette sobriété ne l'empêche pas de s'attarder parfois en des elTusions où se sent le transport d'un cœur généreux. Il écrit ST e. cele V dl SER Ui, CR EE CEE ) | d
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avec tout son cœur, il demande à être lu ainsi de ceux qui le liront, ses adversaires, ses contradicteurs qu'il estime et qu'il aime assez pour prier pour eux. « Nous prions Dieu, dit-il, afin qu'ils ne demeurent pas dans cette fosse qu'ils se sont creusée, qu'ils se séparent de ce qu'ils nomment leur Mère, qu'ils sortent de l'Abîme, qu'ils laissent le Vide, abandonnant l'Ombre, afin qu'ils naissent véritablement en se tournant vers l'Église de Dieu, qu'ils forment le Christ en eux et connaissent l'auteur et créateur de l'Univers, le seul vrai Dieu et Seigneur de toutes choses. » L'Église des Gaules et l'Église de Lyon ne pouvaient souhaiter une gloire plus pure et une intelligence plus lucide et plus étendue à leurs origines. C'est Irénée qui, dans l'Église d'Occident, reçoit et transmet le flambeau des mains de saint Jean aux mains de saint Augustin. Moins éclatant que chacun d'eux, moins génial, il n'est pas moins profond, ni moins instruit, ni moins aimant, mais il est moins saisissant et moins magnifique. Comme eux, mais à un moindre degré qu'eux, il a l'esprit de synthèse, le don d'exposition, mais il n'a pas la séduction, l'harmonie, la grandeur qu'ont ces géants. C'est un personnage de transition, et qui représente à lui seul la génération post-apostolique.
XXVI. SEPTIME-SÉVÈRE ET LA BATAILLE DE LYON. — L'avènement de Septime-Sévére donnait la puissance impériale à un africain, un provincial, libre de tout lien à l'égard de l'esprit italien et de l'aristocratie romaine. Après l'hypocrisie de Marc-Aurèle et l'ignominie de Commode, on essuya, sans la goûter beaucoup, la rudesse de Sévère, en attendant les fureurs de Caracalla et les folies d'Héliogabale. La ville de Lyon qui avait su prospérer sous Auguste, comme sous Claude et sous Néron, pouvait sembler n'avoir rien à craindre des princes les plus fantasques ; elle allait faire l'expérience du contraire.
Septime-Sévére n'était pas inconnu des Lyonnais qu'il avait gouvernés en l'an 187. Cet africain, né à Leptis, était surtout un punique ; il parlait latin à contre-cœur et ne se montrait disert, même éloquent que dans sa langue maternelle ; une de ses sœurs restée au palais savait à peine s'exprimer en latin. Sa femme, Julia Domna, était syrienne et rien de ce qui était italien ne put désormais attendre du nouvel empereur les grâces et les faveurs de jadis. Le gouvernement se montra par-dessus tout préoccupé des seuls intérêts de la province, il appela à lui, des camps de la frontière, d'anciens légionnaires qui devinrent la garde prétorienne, une légion campa au milieu de la péninsule, enfin, des Alpes au détroit de Sicile, la justice fut rendue par des fonctionnaires impériaux. Les provinciaux pouvaient croire qu'ils rêvaient tout éveillés, en voyant Rome et l'Italie à ce point humiliées qu'il leur fallait subir et accueillir les cultes et les idées, les soldats et les juristes auxquels elles avaient jusqu'à ce moment imposé leurs gouverneurs, leurs dieux, leurs lois et leur langue. Que pensa la Gaule de cette transformation ? Elle avait fait l'expérience de l'homme en un temps où la Lyonnaise était infestée de pillards et de déserteurs que dirigeait un nommé Maternus et qui furent longtemps insaisissables ; l'ordre se relâchait partout, et les villes de la vallée du Rhône traversaient une crise qui semblait faire présager les malheurs du siècle ! Septime-Sévére fut chargé de pacifier la contrée et y réussit avec le concours de Pescennius Niger *, sans accroître les charges ni blesser l'amour-propre des provinciaux. Son gouvernement parait avoir été libéral et tolérant : nous voyons son subordonné Niger célébrer, avec une autorisation officielle, certaines cérémonies d'un culte étrange ?. Quant à Septime, il se montra, dit son biographe Spartien, énergique, généreux et désintéressé, ce qui fit que les Gaulois l'aimèrent comme pas un. Gallis ob severitatem et honorificentiam et abstinentiam tantum quantum nemo dilectus est.
Septime-Sévére fut proclamé empereur, en 193, par les légions de Pannonie et de Germanie, presque en même temps que Niger par les légions d'Orient et Clodius Albinus par les trois légions de Bretagne. Ne se sentant pas en force pour lutter contre deux compétiteurs, Septime-Sévère accepta Albinus comme césar en Gaule, en Afrique et en Espagne : ils se partagèrent le consulat en l'an 194, année à laquelle se rapporte un double sacrifice taurobolique célébré les 9, 10, et 11 mai, à Lyon, « pour la conservation de Septime-Sévére Auguste, de Claudius Septimus Albinus César, de la domus divina et de la colonie. » L'année suivante, 195, Albinus prit le titre d'Auguste, fit frapper des monnaies à ce nom en Bretagne et en Gaule, ce qui le plaçait en état de révolte ouverte contre Septime-Sévère, Dès lors, il fallait choisir entre eux deux et les Gaulois se partagèrent.
A cette période appartiennent un aureus à l'effigie d'Albin frappé à Lyon : IMP.CAES.D.CLOD.SEPT. ALB !N.AVG, et au revers IOVI VICTOR ! COS. II. un denier d'argent à la même effigie : IMP.CAES.D : ; CLOD.ALBIN.AVG. sans le nom Septimus et, comme sur l'aureus, avec le titre d' « auguste » et au revers du Génie de la ville. Le corbeau étymologique et à ses pieds : COS.II.GEN.L VG.
Quand Albinus commença les hostilités, il était en Bretagne, qu'il n'avait peut-être pas quittée depuis la mort de Commode, et où il avait, à la tête de trois légions, une position inexpugnable. Toutefois, à la nouvelle que Sévère se dirigeait vers lui, il quitta l'île et, dès l'arrivée en Gaule, réclama des gouverneurs et des villes de l'argent et des vivres. Quelques-uns consentirent à ce qu'il ne leur était peut-être pas facile de refuser. Sur ces entrefaites, on vit un nommé Numerianus, maître d'école à Rome, se rendre en Gaule, s'y présenter comme sénateur et légat de Sévère, lever des troupes, les mettre en campagne, pourchasser les avant-gardes d'Albinus, lever des contributions de guerre, finalement rassembler une armée et ramener un trésor de plusieurs millions *. L'épisode est surtout curieux en ce qu'il montre le prestige dont jouissait le nom de Sévère parmi les Gaulois.
Après un premier grand combat apud Tinurtium 5, Tournus, la bataille décisive se livra près de Lyon, le 19 février 197. Ce fut un des grands combats de l'antiquité. Deux armées de 150.000 hommes chacune en vinrent aux mains dans une lutte terrible, plusieurs fois douteuse et qui se termina par la défaite et la mort d'Albinus. « Sous le rapport de la noblesse et de l'éducation, Albin est supérieur à Sévère, au dire de Dion Cassius * ; mais en science militaire et pour l'habileté à conduire une armée, Sévère l'emporte sur son compétiteur. » Dès le début, l'aile gauche des Albiniens est mise en déroute par Marius Maximus, commandant des légions de Mésie, mais l'aile droite a meilleure chance : ayant réussi à attirer par une fuite simulée les Séveriens sur un terrain miné, où ils culbutent en masse dans une fosse profonde, elle jette la confusion dans l'armée opposée et y fait un grand carnage. Sévère, à la tête de sa garde, rétablit le combat, bien que, tombé de cheval, il ait vu un instant sa cause dans un péril extrême. « C'est alors que Laetus, général de cavalerie, demeuré jusque-là dans une intention sans doute criminelle spectateur inactif, enlève sa troupe et, chargeant à fond, fixe la victoire. Peu de batailles ont été aussi meurtrières. Le champ de bataille n'était qu'un horrible monceau de cadavres de chevaux et d'hommes ; le sang coulait dans les deux fleuves, et tellement considérable était le nombre des morts, de part et d'autre, que les forces de l'empire en furent sensiblement amoindries. » Albin avait fui dans une chaumière au bord du Rhône ; s'y voyant cerné, il se perça de son épée et fut porté, expirant, devant Sévère qui le regarda longtemps et, finalement, lui fit trancher la tête. Une pierre gravée publiée par Montfaucon figure cette scène (fig. 7236). La tête d'Albin fut envoyée à Rome et fichée sur un pieu en vue du sénat ; le cadavre fut déchiqueté et jeté dans le Rhône.
La victoire de Septime-Sévère était en même temps la victoire des deux armées d'Illyrie et de Germanie qui en 193 l'avaient acclamé Auguste ; dans la crise de 196-197 les légions gauloises paraissent lui être demeurées fidèles. Entre Septime et Albinus la lutte n'était pas seulement amenée par l'ambition du pouvoir, mais par le conflit des idées. Albinus était l'homme du sénat qui, au témoignage de Juvenal Capitolin ,« l'aimait comme pas un » ; il représentait les revendications aristocratiques et italiennes contre l'envahissement provincial. Cette tête coupée et sanglante d'Albinus, exposée en vue du sénat, était une vengeance et une menace des maux qui allaient suivre, car le véritable vaincu de Lyon, c'était le sénat romain. Les contemporains ne s'y trompèrent pas et les Lyonnais l'apprirent à leurs dépens.
La ville de Lyon avait été occupée par les troupes d'Albinus : après en avoir chassé un détachement de la I légion qui parait l'avoir gardée un instant pour le compte de son rival, il avait fait de la colonie lyonnaise son quartier général. C'était bien la capitale provisoire qu'il fallait à ce défenseur de l'aristocratie. Nulle part, sauf à Rome, Albinus ne se trouvait dans un milieu en harmonie avec ses goûts et ses ambitions. Il y fit battre monnaie ; il y constitua peut-être une sorte de sénat romain qui, ni dans le nom ni dans les prétentions, ne semble avoir rien eu de provincial ou de gaulois '. On crut même un instant qu'il n'avait point quitté la ville durant la bataille * ; mais il est probable qu'il parut à la tête de ses troupes, comme le fit son adversaire et comme le comportait son titre, d'empereur ?. C'est à Lyon, en tout cas, que, réfugié après la déroute, sur le point d'être investi et de tomber vivant entre les mains de son vainqueur, il Lenta de se donner la mort.
Alors, raconte Hérodien, « les soldats de Septime-Sévère se mirent à piller et à incendier la ville de Lyon qui était une cité grande et prospère *. » Ce fut pour Lyon le commencement de la décadence.
Après la victoire, Septime-Sévère fit consacrer un autel en mémoire de « la conservation de Septime-Sévère et de toute sa famille aux Matrones Aufaniennes et aux Mères des Pannoniens et des Dalmates », c'est-à-dire aux divinités que le vainqueur avait consultées au commencement de la guerre et qui lui avaient promis le succès.
Sous Commode, les Gaulois avaient manifesté un grand dévouement au gouverneur de la Lyonnaise ; après l'issue de la bataille livrée en vue de leur ville, les Lyonnais avaient les meilleures raisons de lui porter des sentiments très différents, mais de n'en rien laisser paraître. La peur fait multiplier les monuments, les tauroboles en l'honneur d'Auguste, de sa femme, de son fils, de son favori Plautien.
Le nouveau règne et le nouveau siècle s'annonçaient mal pour Lyon. Toutefois, il peut être utile de rechercher à quel moment commença exactement la décadence de la cité et, surtout, si elle date des dernières années du m siècle ou des temps de l'anarchie provinciale, du pillage qui suivit la défaite d'Albinus ou des invasions contemporaines des empereurs gaulois. La recherche n'est pas impossible et, peut-être, aboutirait-elle à faire reculer d'une ou de deux générations la date à laquelle on fait commencer la ruine de Lyon, dont on pourrait cesser de rendre responsables les soldats de Septime-Sévère .
Septime-Sévère entra dans Lyon et y fit un séjour afin de régler les affaires des Gaules. Il prit à cœur de se venger des partisans d'Albinus et se montra l'homme de son nom. Impitoyable, il n'épargna aucun de ses adversaires. Tous périrent et leurs biens confisqués s'ajoutèrent à la fortune de l'empereur. Toutefois, ces exécutions n'atteignirent qu'une classe d'hommes, les membres de cette aristocratie où Albinus avait recruté tous ses adhérents. Seuls, les principaux citoyens des villes furent frappés. Les écrivains disent nettement : Tum et Hispanorum et Gallorum proceres multi occisi sunt *. Et encore, parmi ces victimes de la vengeance de l'empereur, il y en eut sans doute qui n'avaient pris parti pour Albinus qu'à leur corps défendant.
Ces vengeances n'eurent pour victimes que les personnages haut placés. D'exécution ou de punition générale d'une ville ou d'une légion, nous ne rencontrons aucune trace en Gaule. Il n'y eut pas, tout au moins on n'a pas pu constater dans notre pays une prolongation de la guerre civile, une expédition analogue à celle que l'empereur dut envoyer en Espagne. En l'année 197 nous ne connaissons que deux faits survenus en Gaule. Au Nord-Est, l'inauguration à Trèves d'un monument en l'honneur de Septime-Sévère et de la XXII légion au Sud-Ouest, à Narbonne, l'érection d'une statue à l'empereur et à Julia Domna.
A Lyon même, les esprits étaient assez apaisés pour que l'on pût célébrer un sacrifice solennel pour le salut de l'empereur et de son fils Antonin qui allait être déclaré Auguste, et pour la prospérité de la colonie lyonnaise. La cérémonie eut lieu le 4 mai. C'est à cette date que Septime-Sévère aura quitté Lyon. Il lui avait suffi de dix semaines pour régler « au mieux de ses intérêts ! » les affaires de la Gaule. Le 2 juin 197, il arrivait à Rome pour achever sa victoire, écraser le Sénat et exercer ses vengeances contre les débris du parti d'Albinus.
XXVII. Le IIIe. — Si l'incendie et le pillage n'eurent pas, en l'an 197, toute la gravité qu'on a supposé, du moins le triomphe de Septime-Sévère ouvrit pour Lyon une période de moindre éclat et un commencement de décadence. Mais la ville subsistait et, même, on ne voit pas qu'elle fût déchue au point de vue administratif. Lyon continuait à être la capitale des Trois-Gaules, la résidence de nombreux fonctionnaires publics, le siège de la représentation nationale. Ce fut plutôt son commerce qui fut compromis. A partir de cet événement, on ne lit plus d'inscriptions rappelant les riches corporations d'autrefois, on ne rencontre que rarement les inscriptions relatives à d'opulents particuliers et, bientôt, elles cesseront tout à fait. A la place, on lit des épitaphes d'agents subalternes de l'administration publique attachés à Lyon par leur service, des épitaphes de vieux soldats qui se sont retirés à Lyon, ou enfin des piédestaux de statues élevées à des empereurs ou à des fonctionnaires du premier rang ; c'est pour quoi cet hommage n'est qu'une preuve de plus de la contrainte subie par les habitants de la ville.
En 208, Septime-Sévère, se rendant en Bretagne, traverse Lyon et des documents, sans véritable valeur historique, font coïncider son passage avec une recrudescence de persécution. On parle de dix-neuf mille martyrs, parmi lesquels l'évêque saint Irénée ?.
Le règne de Gallien, pendant lequel les désastres se succèdent et la situation de la Gaule s'aggrave sans cesse, a pour conséquence de reporter la défense du pays sur le Rhin, ce qui prépare en faveur de Trèves une situation qui, de ce fait, échappe à Lyon. Toute la Narbonnaise à la gauche du Rhône était, paraît-il, restée fidèle aux empereurs, comme le montrent les inscriptions découvertes à Grenoble, à Montélimar, à Tain, à Arras (Ardèche). Lyon se trouve être à la limite de l'empire gaulois pendant la durée duquel (260-273) son nom ne paraît que sur les monnaies des deux Posthumus, de Lelianus, de Victorinus, de Marius, des Tetricus. On voit alors reparaître les coins à l'autel du Confluent.
On ne saurait imaginer une période plus terne et plus médiocre que ce IIIe dans l'histoire de Lyon. Vers la fin de Ce, l'empereur Probus, se rendant dans la direction des provinces du Rhin envahies par les barbares, traverse Lyon et ce mince événement est célébré par la frappe d'une monnaie avec la légende ADVENTVS AVGVSTI.
XXVIII. Le IVe. — En 297, s'effectue un remaniement général de la division des provinces telle qu'elle était demeurée depuis le règne d'Auguste. La Lyonnaise est dédoublée en une Lugdunensis prima qui a Lyon pour métropole, et une Lugdunensis secunda qui a Rouen pour capitale. Quatre-vingt-dix années plus tard, en 386, la Lugdunensis secunda cède sa partie orientale à une Lugdunensis quarta, appelée aussi Senonia, de Sens, qui est son chef-lieu : enfin la Lugdunensis secunda abandonne sa partie riveraine de la Loire jusqu'à l'Océan à une Lugdunensis tertia dont la capitale sera Tours. La Lugdunensis prima appartient à la diocesis Galliarum sous le gouvernement d'un praeses, puis ensuite d'un consularis ; elle se compose de trois cités : celle de Lyon, dans laquelle s'est absorbée dès le premier fractionnement de 297 toute la cité des Ségusiaves ; celle d'Autun et celle de Langres.
La fortune de Lyon ne se relève pas pendant le IVe, Les transformations administratives et le remaniement la laissent à peu près dans l'état de médiocrité où la ville a végété pendant le IIIe.
Lyon fut témoin de la mort tragique de l'empereur Magnence. Celui-ci, meurtrier de Constant, le plus jeune des fils de Constantin, avait su se soumettre tout l'Occident à l'exception de l'Illyrie. Mais en 351, l'empereur Constance marcha contre lui, peut-être moins pour venger son frère assassiné que pour mettre à la raison un usurpateur qui commençait à devenir redoutable. Magnence fut battu en 351, à Mursa, sur les bords de la Save et, en 353, à Mont-Saléon, dans les Alpes Gottiques. Réduit aux abois, le vaincu se jeta dans Lyon, Dès qu'il s'y trouva, les soldats qui, en très petit nombre l'avaient suivi, décidèrent de le livrer à l'empereur Constance. Cerné dans sa maison, Magnence entreprit de les haranguer et n'en tira rien que ce cri : « Vive Constance Auguste. » Sentant son sort fixé, Magnence tua sa mère, son frère et se donna la mort lui-même (10, 11 ou 15 août 353).
On possède une loi de Constance datée de Lyon, le 6 septembre suivant, et en 357, des partis barbares, laeti barbari, se glissèrent jusqu'à Lyon, incendièrent les faubourgs, mais ne purent forcer l'enceinte.
Un autre drame impérial se termina à Lyon. Gratien, fils de Valentinien, avait gardé de la succession paternelle la Gaule, l'Espagne et la Bretagne (375). Après la mort de son oncle Valens (378), Gratien fit choix d'un nouveau collègue, ce fut l'empereur Théodose. Dans les provinces qu'il administrait lui-même, le jeune empereur remporta des succès sur les Barbares, en particulier celui d'Argentaria (Colmar ou Neuf-Brisach) qui fut désastreux pour les Alamans. Chrétien convaincu, il avait refusé de porter le titre païen de pontifex maximus, et se laissait guider par saint Ambroise de Milan. Cependant il n'était pas aimé des soldats qui lui reprochaient sa partialité trop marquée pour les étrangers, à qui il réservait de préférence ses faveurs. L'usurpateur Maxime, soutenu par les légions de Bretagne, se présenta en Gaule et quoi que Gratien fût alors à la tête d'une armée solide, il fut vaincu à deux reprises, abandonné de ses troupes et obligé de prendre la fuite. Avec un corps de cavalerie, il chercha à gagner les Alpes, mais toutes les villes sur son passage lui fermèrent leurs portes. Poursuivi et rejoint à Lyon, il fut mis à mort le 25 août 383 ; il n'était âgé que de vingt-quatre ans. !
Les historiens de l'antiquité qui ont parlé de la mort de Gratien sont : saint Jérôme, Epist. XXII. Gratianus ab exercitu suo proditus et ab obviis urbibus non receptus, ludibrio histi fuit, Cruentalae que manus vestigia parietes tui, Lugdune, testantur ; ensuite Rufin d'Aquilée, Hist., eccles., l. II, c. xiv, Socrate, Hist. eccles., l. V, c. r1 ; Paul Orose, Hist., l. VII ; Prosper Tiro, Chronic, Prosper d'Aquitaine, Chronic., Aurelius Victor, Gral., c. XLVII ; le comte Marcellin, Chronic., 149 Zosime, 1. IV, c. xxxv ; Grégoire de Tours, Hist. Franc., l. I, c. XXXVII.
De l'ensemble de ces témoignages, il résulte un fait parfaitement établi, c'est que Gratien fut assassiné, Aurelius Victor, Paul Orose et Grégoire de Tours ne disent pas en quel endroit ; saint Jérôme, Rufin, Prosper Tiro, Prosper d'Aquitaine et Marcellin nous apprennent que c'est à Lyon ; Socrate et Nicéphore Calliste, d'après lui, ajoutent que c'est à Lyon dans le voisinage d'un cours d'eau qu'il se disposait à franchir, ou qu'il avait franchi pour aller au-devant de sa femme ; Zosime seul avance qu'il fut tué à Lyon, dont il transforme le nom en Sigidunum, lorsqu'il traversait un pont.
Nous n'avons pas à nous arrêter à l'assertion de Zosime, mais seulement à constater qu'aucun de ces historiens ne nomme le cours d'eau témoin de la mort de Gratien. Or, il y a à Lyon deux grands cours d'eau, le Rhône et la Saône, Pourquoi donc attribuer à l'un plutôt qu'à l'autre l'honneur d'avoir été le théâtre d'une sanglante tragédie ? On parlera peut-être d'une tradition, mais cette tradition n'est pas si certaine qu'on ne puisse lui en opposer une autre, celle qui fait périr l'empereur Gratien sur le bord du Rhône, non plus à Lyon, mais à Jouage, c'est-à-dire bien au nord de Lyon.
En saine critique, il n'est donc pas permis d'avancer que ce sont les historiens contemporains, ou presque contemporains de Gratien, qui le font mourir à Lyon, sur le pont du Rhône, mais bien leurs interprètes, les historiens de Lyon, notamment un des plus autorisés, le P. Ménestrier, qui s'exprime ainsi : « Il (Gratien) s'arrêta dans Lyon où il eût été en sûreté si Andragathe, l'un de ses chefs, gagné par Maxime, ne se fût servi d'une fourberie pour l'en faire sortir et ne l'eût fait tomber dans le piège qu'il lui avait préparé. Il fit dire à l'empereur que l'impératrice son épouse venait au-devant de lui. Gratien monte aussitôt à cheval pour aller à sa rencontre, et ayant aperçu sur le pont du Rhône, une litière magnifique, qu'il crut être celle de l'impératrice, dans l'empressement qu'il eut à la voir, il descend de cheval, met la tête dans la litière, où il croyait voir son épouse, lors que Andragathe qui s'y était mis pour le surprendre, l'arrête par les cheveux et lui coupe la tête. ! » XXIX. L'APPARITION DE LA NATION BURGONDE, — Le 31 décembre de l'an 406, les tribus barbares germaniques franchirent le Rhin et mirent le pied en Gaule. Par les versants des Alpes, d'autres peuples firent irruption et, pendant plus de deux années, la Gaule connut l'humiliation et la souffrance de l'invasion. La nation des Burgondes ou Burgondions fut-elle au nombre des envahisseurs ? Les chroniques ne les nomment point, ils mentionnent seulement les Alains, les Suèves et les Vandales ; mais trois auteurs donnent le nom des Burgondes, ce sont saint Jérôme ?, Paul Orose et Jordanès, plus historiens que chroniqueurs. Il est vrai que leur témoignage est discutable. Saint Jérôme vit et écrit à Bethléem et cède visiblement au désir de faire une énumération déclamatoire, Orose attribue à Stilicon le désir d'élever son fils Eucherius à l'empire avec l'aide des barbares : Alains, Suèves, Vandales et, pressés par le même mouvement, les Burgondions * ; puis, lorsqu'il parle de l'invasion, Orose tait le nom des Burgondes d'où on en peut conclure que cette nation n'a pas fait partie de la grande ruée d'Alains, de Suèves et de Vandales.
Reste le témoignage de Jordanès , postérieur d'un siècle à l'événement, et qui n'est qu'un résumé des renseignements conservés par Cassiodore et par Ablavius. Jordanés met les Burgondes avec les Francs, les Vandales et les Alains, au nombre des envahisseurs venus des deux Pannonies. Or les Francs ne furent pas envahisseurs, mais envahis et les Burgondes n'habitaient pas les Pannonies. On a donc lieu de croire qu'ils ne traversèrent pas le Rhin, mais il les y ramena en première ligne, ce qui entraîna leur établissement dans la Germanie I' 7, Les Burgondes n'auront donc pas été mêlés à ces premiers événements provoqués par l'invasion de 406, lors que dans le courant de l'année 407, l'empereur Constantin accourut d'Angleterre avec une armée, reprit tout le pays conquis et fit frapper monnaie à son effigie dans les ateliers de Trèves et de Lyon.
Les Burgondes établis sur les bords de la rive droite du Rhin n'en prétaient pas moins attention aux événements dont la Gaule était le théâtre. Olympiodore , un contemporain rapporte que le gallo-romain, Jovin, fut proclamé empereur à Mayence par l'intervention de deux chefs dont l'un Gundahar, louvrrxplog, était à la tête des Burgondes. Le même fait est signalé par Renatus Profuturus Frigeridus .
Jovin partit à la conquête de son empire avec un contingent où figuraient des Burgondes ; il fut vaincu, pris et mis à mort, en 411 ou 412. Cette malchance ne détourna pas les Burgondes de risquer une autre aventure. En 413, d'après la chronique de Prosper Tiro, ils obtinrent la partie de la Gaule voisine du Rhin :.. Burgundiones partem Galliae propinquam Rheno obtinuerunt ' ?, Le sens de ce dernier mot à été fort tiraillé ' ! ; on peut conjecturer que cette concession fut le prix de l'abandon de Jovin ou bien la ratification d'une concession faite par l'usurpateur. Quoi qu'il en soit, les Burgondes portaient désormais le titre de foederati et s'empressèrent de traverser le Rhin pour s'établir sur la rive gauche du fleuve, ne laissant qu'un petit nombre des leurs sur la rive droite' ?, Telle fut l'origine de l'état burgonde. gouverné par le roi Gunther (le Gundicarius des chroniqueurs), lequel régnait sur les deux rives du Rhin ?. Les limites de cet établissement paraissent fort hypothétiques ; on a parlé d'un territoire s'étendant entre la Nahe et la Lauter, autour de Spire, Worms et Mayence, sans aller jusqu'à Strasbourg 4, La capitale de cet état devait être Worms.
Les Burgondes demeurés sur la rive droite du Rhin étaient peu nombreux et leur existence semble avoir été précaire. L'historien Socrate nous apprend qu'ils à ; 151 LYON 152 eurent grandement à souffrir des Huns qui ravagèrent leur territoire et tuèrent beaucoup d'entre eux. Épouvantés, les Burgondes mirent leur confiance en Dieu ; ils avaient observé que le Dieu des Romains protégeait sûrement ses serviteurs, en conséquence quelques-uns d'entre eux se rendirent en Gaule, et sollicitèrent le baptême qui leur fut administré après sept jours de jeûne et d'instructions. Quand les Huns reparurent, les Burgondes catholiques n'avaient que 3.000 hommes à opposer à 10.000 ; ils furent néanmoins vainqueurs et, voyant cela, toute la nation se convertit. II semble qu'il faut entendre par là tout ce qui restait de la nation sur la rive droite. Nous verrons plus loin quand et comment la nation burgonde se convertit au christianisme.
Jusqu'en 435 ou 436, Worms resta capitale d'un royaume de plus en plus prospère. Aussi longtemps que vécut l'empereur Honorius les Burgondes entretinrent avec l'empire des rapports pacifiques ; il est possible qu'après sa mort, en 423, le lien se soit relâché, mais on ne peut en donner la raison certaine, les chroniqueurs latins parlent d'une révolte, mais en réalité on voit seulement qu'ils veulent s'étendre vers la Belgique. C'est ce que semble dire Sidoine-Apollinaire d'après qui le futur empereur Avitus prit part à la guerre faite par Aétius aux Burgondes pour déferdre la Belgique ! :
... Belgam, Burgundio quem trux Presserat, absolvit junctus tibi...
Cette ambition faillit causer leur perte. En 436, le roi Gunther fut vaincu par Aétius, à qui, sur ses prières, il accorda la paix, mais ce fut pour peu de temps, car les Huns survinrent et infligèrent, en 437, aux Burgondes une défaite éclatante. La défaite subie en 436 est attestée par la chronique de Prosper Tiro, par la chronique de 452 et par celle d'Hydace. Cette dernière est l'ouvrage d'un auteur bien informé, qui a connu personnellement Aétius et, pour cette raison, s'attache à donner sur lui des détails très précis et très sûrs. A propos de ses faits et gestes en Gaule, Hydace annonce la guerre entre les Burgondes en 436 et en donne le résultat final en 437. A cette seconde date il apporte un détail très important : Aëlio duce et magistro militum, Burgundionum caesa XX milia ?, une perte de 20 000 hommes. Hydace ne nous dit rien d'une guerre que les Burgondes eurent à soutenir contre les Huns, tandis que Prosper nous apprend que le roi Gunther disparut avec toute sa famille, cum populo suo al que stirpe deleverunt ?. Prosper est seul à parler de cette lutte, et c'est par lui que nous apprenons qu'Aétius entretenait avec les Huns des relations amicales qui l'aidèrent à s'imposer à Honorius. Prosper et Hydace nous disent que dans ses campagnes de 437 et 438 contre les Goths, Aétius avait à sa disposition un corps de Huns ; il se peut que ce soit la participation de ces Huns auxiliaires à la guerre contre les Burgondes qui ait induit Prosper à parler d'une guerre des Burgondes contre les Huns ; les Huns d'Aélius se seraient signalés par leur cruauté et auraient massacré la famille royale . Ce désastre forme le dernier épisode du récit des Niebelungen, et l'interprétation qu'on vient de donner n'est pas sans intérêt pour l'origine de ce poème..
Si grave que fût la perte de 20.000 hommes, la nation burgonde n'était pas anéantie par cet échec, mais elle se tint coi et on n'entend plus parler d'elle pendant sept années. En 443, la Chronique de 452 nous apprend qu'avec l'autorisation d'Aétius, ce qui restait du peuple vaincu obtint l'autorisation de quitter la vallée du Rhin et de s'établir dans la Sapaudie que les Romains leur abandonnaient pour la partager avec les habitants : Sapaudia Burgundionum reliquiis datur, cum indigenis dividenda , Que faut-il entendre par cette Sapaudia ?? La question est obscure parce que les textes sont rares, et surtout parce que la Sapaudia ne fut pas une division administrative ordinaire, mais une région usuelle sans limites rigoureuses, ou encore un commandement militaire régional et stratégique, un fraclus . À ne prendre que les opinions les plus récentes, Binding ° et Longnon ', avec des différences de détail, y voient principalement la Civitas episcoporum Genavensium et quelques territoires contigus. C'est aussi l'opinion de Ch, Morel qui voit dans la Sapaudia un district militaire le long du Rhône et du lac, formé de l'unique et nouvelle cité de Genève. Jahn', au contraire, étend la Savoie du v* siècle beaucoup plus au Sud jusqu'au delà de Grenoble, jusqu'à Embrun : A. Allmer veul que la Savoie comprenne la partie des Alpes s'étendant depuis le lac Léman et le Rhône au Nord jusqu'à la Haute Durance au Sud. Plus récemment H.de Claparède et P.-E. Martin ont repris la question avec beaucoup de précision. Pour M. H. de Claparède M, la Sapaudia et, par suite, le premier établissement des Burgondes dans cette région, comprenait « à peu près les territoires de la civitas episcoporum Genavensium, Genève, et au moins la partie septentrionale de la Civitas Gratianopolitana, Grenoble. Ses frontières naturelles étaient au Nord la rive gauche du Rhône et du lac, à l'Est, la ligne de partage des eaux des Alpes Pennines et Graies et « approximativement » au Sud le cours moyen de l'Isère, enfin à l'Ouest la Viennoise, au delà du lac du Bourget. M. P.-E. Martin arrive à des conclusions assez semblables, quoi que moins nettes : pour lui la Sapaudia était formée des cités de Grenoble et de Genève, puis de façon à peu près sûre de la Tarentaise, « probablement » de la Maurienne, enfin « avec une certaine latitude » du Valais et les « cités qui au Sud avoisinent celle de Grenoble et de Tarentaise. » Enfin M. A. Coville ‘conclut de l'examen du texte que l'établissement des Burgondes en Sapaudia eut pour centre les territoires de Genève et de Grenoble. Il devait comprendre encore la Tarentaise et la Maurienne jusqu'aux Alpes Pennines et Graies. A l'Est, il dépassait sans doute le fond du lac Léman et englobait l'extrémité occidentale du Valais. Au Nord, il se prolongeait sur la rive droite du lac avec la cité de Nyon, sinon jusqu'à Yverdun. A l'Ouest, le Rhône n'était qu'une frontière intermittente jusque vers Sevssel et même Belley. Au sud-ouest du fleuve,
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les Burgondes s'étendaient jusqu'au-delà du lac du Bourget et à la Dent du Chat, sans guère empiéter sur les cités de Lyon et de Vienne, Enfin, tout à fait au Sud, les limites dépassaient le cours moyen de l'Isère au delà de Grenoble et de la vallée du Drac, peut-être jusqu'à la Durance.
Installés en 443 dans leur nouveau domaine en qualité de foederali, les Burgondes ne pouvaient se désintéresser des intérêts généraux de l'empire ni se soustraire aux obligations qui leur incombaient désormais. En 451, ils prirent part à la défense de la Gaule contre l'invasion des Huns conduits par Attila. Parmi les auxiliaires d'Aétius,.Jordanés ' cite les Burgondes et son affirmation se trouve corroborée par un texte de la Lex Burgundionum ?, fragment d'une très ancienne constitution, où il est dit que les procès introduits entre les Burgondes et terminés avant la bataille de Mauriac seront annulés : omnes omnino causae quae inter Burgurdiones habitae sunt et non finitae us que ad pugnam Mauriacensem, habeantur abolitae ; un autre article stipule que pour tout meurtre antérieur à la date susdite, on paiera 20 sols et toute répétition sera éteinte, ce qui est une atténuation importante de la loi *. Si on interprète les dispositions de ces deux articles, on doit admettre que les Burgondes qui ont pris part à la lutte, ont subi de grosses pertes à raison desquelles, pour leur permettre de se refaire, tous les procès antérieurs à 451 sont arrêtés et l'homicide même n'est passible que d'une amende.
Peu d'années après, en 456-457, Théodoric II, roi des Wisigoths, entreprit une expédition contre Rechiar, roi des Suèves d'Espagne, et entraîna ses alliés parmi lesquels se trouvaient Gondioc et Childéric Le, rois des Burgondes. On ignore la part qui leur revient dans l'expédition et dans la victoire finale d'Astorga, mais on peut déduire du texte du continuateur de Prosper que les Burgondes durent quitter l'armée de Théodoric aussitôt après la défaite des Suèves .
Pendant ce temps, l'empereur gaulois Avitus fut vaincu et fait prisonnier par le patrice Ricimer à la bataille de Plaisance, le 17 octobre 456, et troqua la couronne pour une mitre ; il n'eut un successeur à l'empire que le 1* avril 437, en la personne de Majorien. Le continuateur de Prosper rapporte qu'avec l'assentiment de Théodoric, Gondioc pénétra, suivi de tout son peuple, dans l'intérieur de la Gaule : Gundiocus. rex Burgundionum cum gente el omni praesidio, annuente sibi Theuderico ac (Gothis, intra Galliam ad habitandum ingressus, societate et amicitia Gothorum functus . La chronique de Marius d'Avenches nous apprend de son côté que Burgundiones partem Galliae occupaverunt terras que cum Gallis senaloribus diviserunt ?. Prosper place le fait en 457, Marius en 456 et comme nous savons que les Burgondes entrèrent en Espagne au mois d'août ou de septembre 456, que le roi des Suèves fut vaincu et tué en décembre et que Gondioc rentra aussitôt chez lui, on peut placer la campagne en 456 et l'expansion en Gaule en 457, avant l'avènement de Majorien, le ler avril 457.
L'agrandissement des Burgondes aux dépens de l'empire était favorisé par les circonstances. A leur retour d'Espagne, ils avaient appris la défaite de leur empereur Avitus, et considéraient sa succession comme en déshérence ; le moment était favorable pour prendre des compensations, les esprits étaient agités, vacante aula turbatague republica, nous dit Sidoine-Apollinaire, et l'aristocratie gallo-romaine complotait pour donner le pouvoir à un certain Marcellinus, tandis que Paeonius s'installait à la préfecture des Gaules. Les Burgondes avaient des partisans, c'étaient les habitants du pays, qui voulaient s'affranchir de la charge écrasante des impôts, nous dit Frédégaire, pendant que Marius d'Avenches nous apprend que les sénateurs des villes gauloises favorisaient l’entreprise des Burgondes ! ?. Les grands propriétaires avaient si fort à se plaindre des exigences du fisc impérial qui les tenait pour responsables personnellement de la rentrée des impôts, et devaient acquitter la capitation pour leurs esclaves et leurs colons, qu'ils ont bien pu compter sur les Burgondes qu'ils voyaient à l'œuvre dans la Sapaudia depuis une quinzaine d'années, pour les débarrasser de l'administration impériale et escompter un régime plus doux. D'ailleurs les Burgondes jouissaient d'une bonne réputation ; contrairement à leurs compatriotes germains, ils n'étaient ni brutaux ni cruels et, à tout prendre, on pouvait les choisir pour maîtres de préférence à d'autres ! !. Quels furent les territoires annexés par les Burgondes ? Marius d'Avenches nomme une pars Galliae dans laquelle on a cru, sans preuves, découvrir la Fe Lyonnaise. Frédégaire écrit que invitati a Romanis pel Gallis qui Lugdunensem provinciam et Gallia comata, Gallia domata et Gallia cisalpina manebant *, ce qui ne donne pas de limites précises.
Gens habitat canas pendenti rupe Cebennas ! ?. Au lieu de Cebennas on lit Gennebas avec cette explication : Burgundionum clausurae sunt quas inter se el Gallos habent M, Cette glose date d'un temps où les Cévennes séparaient les Burgondes des Gallo-Romains, sujets de l'empereur par conséquent entre les années 461 et 475 5. Sous Majorien (457-461), Lyon ne se trouvait pas au pouvoir des Burgondes qui, par conséquent, n'atteignaient pas alors les Gévennes ; et, à partir de l'occupation de Clermont en Auvergne par les Wisigoths, en 475, les Cévennes séparérent les Burgondes non plus des Gallo-Romains, mais des Wisigoths. A cette date, les Burgondes tenaient Lyon et les rives droites du Rhône et de la Saône, Sidoine-Apollinaire versifiait à l'intention de Majorien, vers l'an 458, et lui disait :
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. nostris petimus succurre ruinis Lugdunum iuam, dum praeteris, aspice victor ! ..1Z'uimus vestri quia causa triumphi, Ipsa ruina pla cet +... Ut reddas patriam simul que vilam, Lugdunum éxonerans suis ruinis Hoc te Sidonius tuus precatur ?, Majorien, mécontent des Lyonnais, qui probablement, au début de son règne, avaient refusé de le reconnaître #, avait triplé leur impôt direct, c'est-à-dire le nombre de leurs capita. Sidoine voulait obtenir | décharge de.cette aggravation :
Gergonem nos esse pula, monsirum que tributum ; Hine capita, ul vivam, tu mihi tolle iria *.
Il parait donc évident d'après l'interprétation de ces passages, que l'agrandissement du territoire burgonde en 456 ou 457, n'atteignait pas Lyon et ne dépassait pas la rive du Rhône et de la Saóne.
Voici donc les Burgondes étendant leur pouvoir, au début de 457, sur une grande partie du pays située sur la rive droite du Rhóne et au nord du fleuve : le Bugey, la Bresse, le Jura. Mais qu'en est-il de Lyon ? D'après Aug. Allmer, dès le printemps de 457, c'est-à-dire au lendemain de cet agrandissement et tout de suite après l'avènement de Majorien (17 avril) les décurions des cités de la Lyonnaise Ire concertent avec les Burgondes un partage amiable de leurs biens, à la condition pour ceux-ci d'occuper militairement le pays et de s'en constituer d'une manière permanente les défenseurs contre un retour offensif de l'empire 5, Alors le roi Gondioc introduit son armée à Lyon, dont il fait sa capitale au lieu de Genève . D'autres rejettent cette explication ; d'après eux les Burgondes n'ont pas occupé Lyon, mais seulement les environs car Sidoine-Apollinaire décrit les inconvénients de leur promiscuité, et sa description se rapporte aux tracas que peut éprouver un propriétaire rural plutôt qu'à ceux qu'éprouverait un citadin 5. L'explication semble ne pas devoir entrainer l'adhésion.
Majorien sachant que la Gaule allait lui échapper montra la résolution d'un homme d'État. Dès qu'il eut paré aux dangers les plus graves qui menaçaient l'Italie, il entraîna à sa suite un ramassis de barbares, traversa les Alpes vers la mi-novembre 458, nonobstant les neiges et les glaces, déboucha en Gaule * et rentra en maître dans Lyon. Les faits ont été présentés de façon différente. Jahn, P. Allard et E. Schmidt soutiennent que Lyon fut occupée en 157 par les Burgondes que Majorien vainquit et chassa de la ville ; mais le système de Jahn se fonde en grande partie sur un vers de Sidoine dont un mot essentiel a été corrigé. Voici le passage du Panégyrique de Majorien par Sidoine-Apollinaire, témoignage unique et obscur que nous allons citer d'abord et puis commenter :
Quid lograr hic illum qui scrinia sacra qubernat, Qui cum cipilis dispensel partis habenas, Sustinel ! armati curas, interprete sub quo Flectitur ad vestras gens effera condiciones ? Quid laudare Petrum parvis, temeraria Clio, Viribus aggrederis ? Cujus dignatur ab ore Caesar in orbe lo qui, li cet et quaestore diserto Polleal ; attamen hie nuper placidissime princeps, Obside percepto, nostrae de moenibus urbis Visceribus miseris insertum depulit ensem.
Ce dernier mot a été rétabli dans les éditions de Lutjohann et de Mohr, au lieu de hostem, qui, au dire de Jahn, désignait les Burgondes et au dire de Binding, les Wisigoths, Ensem et non hostem complète l'image indiquée par risceribus ; avec cette variante et la correction nécessaire qu'elle apporte, il n'est plus nécessaire de faire intervenir les Burgondes dans cette seconde phrase.
On voit que toute la question revient à savoir si les Burgondes ont occupé Lyon quelques mois, et les textes connus ne permettent pas plus de l'affirmer que de le nier. Somme toute, on peut conjecturer avec une très grande vraisemblance qu'à leur retour d'Espagne, les Burgondes ont trouvé la Gaule assez troublée, et ont prêté leur concours aux Lyonnais qui voulaient profiter de cette occasion pour échapper à des charges financières accablantes. Qu'ils aient ou qu'ils n'aient pas alors occupé Lyon, ils ont, avec l’aide des grands propriétaires, étendu leur établissement à travers la Lyonnaise, la Viennoise et la Séquanaise ; puis à l'approche de l'armée de Majorien, ils ont pris le parti de rentrer chez eux sans livrer de combat et sans signer de traité. Il est vrai que s'ils ont renoncé à défendre Lyon, ils n'ont pas abandonné tout ce qu'ils occupaient, et c'est sans doute pour cette raison qu'ils n'ont pas voulu négocier et conclure la paix. Pierre et Majorien, préoccupés surtout de rétablir l'autorité impériale à Lyon, n'ont point cherché à les chasser d'une région difficile. D'après Binding et Longnon, Ambariacum, Ambérieu, qui apparaît plus tard comme un des centres du royaume burgonde, marquerait en particulier cette étape en 457-458, qui rapprocherait ainsi, notablement les barbares de Lyon.
Les années qui suivent sont obscures, Majorien meurt en 461 et Sévère qui lui succède règne, pendant quatre ans, sous la tutelle de Ricimer. Puis ce fut une vacance de vingt mois (novembre 464-avril 467) pendant laquelle Léon Ier fut seul empereur de l'Occident en même temps que de l'Orient. Ce serait pendant cette période de dix-huit mois que prendrait place le fait raconté par Grégoire de Tours *. L'empereur Léon avait une fille malade auprès de laquelle il vint un archidiacre de Lyon qui lui rendit la santé. En récompense, il ne demanda que l'exemption du fributum, ce qui profitait à la ville entière, et qui fut accordé sur-le-champ. Il ne s'agit pas ici du tributum extraordinaire imposé aux Lyonnais, en 458, par Majorien et que Sidonius-Apollinaris trouvait accablant ; il s’agit d'un impôt régulier, annuel, la capitatio terrena.
Au printemps de 467, Anthémius devint empereur d'Occident et Sidonius-Apollinaris vint le complimenter à Rome le 1er janvier 468 ; en récompense il fut nommé Préfet de Rome. En 469, Sidonius rentra en Gaule et put constater que, depuis la mort de Majorien, les Burgondes ne prenaient plus la peine de dissimuler leurs empiétements ; ce fut alors qu'il prit la décision de quitter le monde, renonça à la poésie, se retira en Auvergne et devint, au début de 472, évêque de Clermont. Entre 470, date de sa retraite, et 483, date probable de sa mort, Sidonius écrivit plusieurs lettres où nous trouvons les seules indications connues sur les derniers progrès des Burgondes.
Dans la lettre 5 du livre III, Sidonius nous apprend que sa ville est « entre deux feux, triste proie réservée à ces peuples, soupçonnés par les Burgondes et voisins des Wisigoths, exposée à la colère de ceux qui la combattent, à l'envie de ceux qui la défendent ». Ainsi Clermont est défendue par les Burgondes. Ils ont évidemment dépassé Lyon et le Rhône, même les Gévaudan et ont fait connaître leur puissance militaire jusqu'en Aquitaine. Même idée dans la lettre 11 du livre VII. Dans la lettre 5 du livre V, Sidonius parle du temps pendant lequel les barbares gouvernèrent la Germanie Lyonnaise * : quamdiu praesens potestas Lugdunensem Germaniam regit. C'est le premier acte qui formellement met la Lyonnaise, ou plutôt le pays lyonnais sous le pouvoir des Burgondes : il semble devoir être attribué à la seconde moitié de 474 ou, au plus tard, au début de l'année 475.
Fût ainsi, il fallait qu'ils résidassent dans la même ville et cela aux environs de 475, date à laquelle se tint un concile où Patiens assista. Enfin la Vie de saint Épiphane par Ennodius ! nous montre le roi Gondebaud à Lyon. En 494 ou 495, le roi Théodoric envoie Épiphane de Pavie à Lyon négocier avec le roi Gondebaud un échange de prisonniers : de Lyon, il se rend à Genève où il rencontre le frère de Gondebaud, Godegisil.
De l'étude des textes de Sidonius, on peut conclure que les Burgondes ont fait de 469 à 475 leurs derniers progrès ; ils ont réoccupé les environs et se sont installés dans la ville entre 470 et 474.
CONVERSION DES BURGONDES, —- Le texte capital est celui de Paul Orose, le voici * : Burgundionum quo que novorum hostium novum nomen, qui plus quam octoginta milia, ut ferunt, armatorum ripae Rheni fluminis insederunt. Hos quondam subacta interiore Germania a Druso el Tiberio, adoptivis filiis Caesaris, per castra dispositos in magnam coaluisse gentem at que etiam nomen er opere praesumpsisse, quia crebra per limitem habitacula constituta burgos vulgo vocani, eorum que esse praevalidam et perniciosam manum Galliae hodie que testes sunt, in quibus praesumpia possessione consistunt ; quamvis providentia Dei Christiani omnes modo facti catholica fide nostris que clericis, quibus obedirent, receptis blande mansuetudo innocenler que vivant, non quasi cum subjectis Gallis, sed pere cum [ratibus christianis.
Ce texte était trop clair et son autorité trop généralement admise pour n'être pas soumis à l'épreuve d'une négation absolue. Le témoignage de Paul Orose est celui d'un apologiste, il doit être recusé ! Or c'est à la conclusion opposée qu'une critique vigilante doit s'en tenir. Orose a tiré parti de la Chronique de saint Jérôme +, mais il n'a pas dédaigné d'autres sources, ce qui lui a permis de préciser ses informations et de parler non plus de 80.000 Burgondes, en tout, mais de 80.000 Burgondes portant les armes. Écrivant vers 418 avec la Chronique de saint Jérôme pour guide, comme il n'y avait pas encore lu le nom de ce peuple barbare, Orose l'a fait suivre de cette indication : novorum hostium novum nomen. Cela dit, il a cédé au désir de montrer qu'il connaissait l'histoire, et il a parlé de la soumission de la Germanie par Drusus et Tibère. Est-ce une interprétation d'un passage d'Eutrope ? Celui-ci parle de 40.000 Germains qui, après les campagnes de Tibère et de Drusus, furent cantonnés supra ripam Rheni in Gallia, mais la phrase d'Orose ne fait pas mention du Rhin ni de la Gaule. On y lit seulement ces deux indications territoriales : subacta inferiore Germania qui s'applique bien à l'œuvre de soumission réalisée par Drusus et Tibère ; et crebra per limitem habitacula constituta qui s'entend des « burgs » que les Burgondes possèdent le long du limes. Cette expression s'éclaire vivement si on la rapproche d'un texte d'Ammien Marcellin , au dire duquel, en 359, l'empereur Julien poussa us que ad regionem cui Capelladit vel Palas nomen est : là, sont dit-il, les bornes frontières, lermina les lapi des, des Alamans et des Burgondes. On s'accorde à reconnaître dans Capellatiurmn et Palas une partie du limes germanicus entre le Neckar et le Danube à l'Ouest et au Sud, le Mein au Nord. La région qui s'étend au delà de cette limite rentre bien dans la Germanie intérieure pour un homme qui écrit vers 418. C'est donc là, de l'autre côté de l'ancien limes, que, selon Orose, les Burgondes étaient fixés avant de venir sur le Rhin.
Orose nous apprend encore que les Burgondes se sont fort accrus en nombre : in magnam coaluisse gentem, et ceci semble trouver dans les faits sa vérification. En 277-278, les Burgondes furent très éprouvés par la guerre que leur fit l'empereur Probus ; ensuite, pendant un siècle, ils conservèrent la paix avec les Romains, et tinrent tête avec succès aux Alamans pour qui ils étaient des voisins redoutables, à qui ils avaient enlevé des terres dont la défense avait entraîné l'élévation de nombreux « burgs ». Avant l'année 370, les Burgondes se sentaient en mesure de proposer à l'empereur Valentinien Ier une expédition concertée contre les Alamans, pour laquelle ils mobilisaient chez eux 80.000 soldats. Enfin, dans l'empire, leur nom pouvait avoir été oublié ou ignoré comme ennemis dans la seconde moitié du IVe, puisqu'ils n'avaient été jusque-là en conflit avec l'empire que dans un rapide épisode éloigné d'un siècle environ, et très probablement loin du Rhin, sur le Lech.
Saint Jérôme disait que les Burgondes ad Rhenum descenderunt, Ammien Marcellin ajoutait qu'ils retournèrent ensuite dans leur pays ; cependant Paul Orose écrit que ripae Rheni fluminis insederunt, par où il semble dire qu'ils n'ont pas bougé depuis leur établissement sur le Rhin ; probablement il a pris leur séjour au moment où il écrivait pour une situation permanente depuis longtemps, sans s'enquérir des allées et venues plus anciennes. À cela, Orose ajoute des détails sur la situation actuelle, hodie. Les Burgondes ont acquis la concession d'un territoire. Le terme possessio est propre et le fait de cette acquisition est attesté par une phrase de la Chronique de Prosper Tiro : partem Galliae propinguam Rheno oplinuere. Les Burgondes apparaissent à Paul Orose une force redoutable, praevalidam et perniciosam manum. Il constate qu'ils sont tous devenus chrétiens, instruits dans cette religion par des clercs gallo-romains, leurs mœurs sont douces et leurs sentiments à l'égard des Gaulois fraternels. Orose a pu exagérer l'étendue de la conversion et l'heureux effet qu'elle a produit, il n'aura fait qu'embellir un peu sans changer la vérité du fait qu'il rapporte. On n'a pas l'ombre d'une preuve à apporter contre son affirmation, pas un argument à faire valoir contre l'historicité de celle-ci.
On a remarqué que Salvien, Olympiodore, Renatus Profuturus Frigeridus, Prosper d'Aquitaine, Hydace et les continuateurs de Prosper, de Paulin, de Sidoine Apollinaire, gardent le silence sur la conversion des Burgondes. En effet, ils n'en disent rien et, dès lors, il ne faut pas leur faire dire ce qu'ils ne disent pas. En ce qui regarde Olympiodore ! et Renatus Profuturus, Frigeridus #, nous n'avons d'eux que de courts fragments ; Salvien est un marseillais non seulement de naissance, mais de tempérament et à qui il ne faut pas demander la précision et l'exactitude ; quant aux chroniqueurs ils notent des faits survenus à jour fixe, et n'ont que faire d'un événement tel qu'une conversion d'un peuple qui s'étend sur une suite d'années. Avec Grégoire de Tours nous rencontrons un historien véritable, mais à qui il ne faut pas demander une chronologie rigoureuse. Il écrit bien 161 quel que part : Burgundiones quo que Arrianorum seclam sequen les ?, à l'occasion d'une rapide description de la Gaule au temps de Clodion. Les faits qu'il rapporte se placent vers le milieu du v siècle et c'est alors que l'arianisme dut se répandre parmi les Burgondes. _D'ingénieuses hypothèses y ont été apportées pour expliquer comment les Burgondes d'orthodoxes devinrent ariens. On a supposé que ce fut au cours de la campagne faite de concert avec les Wisigoths ariens contre les Suèves d'Espagne que les Burgondes rapportèrent chez eux l'hérésie arienne. On a supposé encore que la famille royale et son entourage pratiquèrent seuls l'arianisme ; on n'en a pas apporté un commencement de preuve, pas plus qu'on n'a prouvé que les Burgondes étaient ariens lorsqu'ils se trouvaient dans le royaume de Worms et lorsqu'ils vinrent en Sapaudia. A ces conjectures il faut toujours opposer le texte d'Orose que rien ne vient ébranler. Reste à savoir comment les Burgondes orthodoxes du royaume de Worms étaient devenus ariens, quand nous les retrouvons dans le bassin du Rhône ? Nous n'en savons rien. Tout ce que nous pouvons dire se réduit à ceci : Les Burgondes catholiques du royaume de Worms voulurent s'agrandir et furent battus par Aétius, en 436 ; leur dynastie succomba dans la défaite. Gondioe, leur nouveau roi, appartenait à la famille royale wisigothique arienne d'Athanaric, il était peut-être arien, comme le laisse entendre Avit de Vienne. Gondioc fit l'expédition d'Espagne avec Théodorie IT, il y eut alors alliance et intimité entre les rois et les peuples, et la conversion des Burgondes à l'arianisme se place entre 436 et 546. Conversion partielle, car le catholicisme ne disparut pas de la nation et la famille royale ne fut sans doute jamais entièrement arienne.
Ainsi les Burgondes furent le premier peuple barbare converti à l'orthodoxie catholique, situation qui ferait la grandeur des Francs et dont eux ne surent pas tirer un avantage politique.
XXXI. LE ROYAUME BURGONDE DE LYON. — Nous avons parlé d'une dynastie burgonde, et nous avons nommé un roi Gunther (Gundicarius ou Gundahar) qui régna de 411 à 436-437, pour disparaitre avec sa famille dans la défaite que lui infligea Aétius. Entre Gunther (Gundahar) et Gondioc, qui apparaît en 456, il y a un intérim chez les historiens, intérim qui est comblé par le texte de la Lex Burgundionum dont le titre m fait ainsi parler Gondebaud : apud regiæ memoriæ auctores nostros, id est Gibicam, Gundomarius, Gislaharium | Gundaharium, patrem quo que noslrum et patruum . II ne s'est guère écoulé qu'une soixantaine d'années entre la mort de Gundahar et la rédaction de la loi, ce qui préte peu de place à la production légendaire. Gondebaud énumère six de ses prédécesseurs : les trois derniers sont cités par les textes historiques ; leurs règnes se placent entre 411 et 475-485 ; ils n'ont guère occupé plus de trois quarts De de l'histoire de la royauté. Les plus anciens ne remontent pas au delà de la première moitié de rv siècle. les Burgondes étaient déjà établis sur le Mein. On n'a aucune raison de repousser la succession régulière de Gibica, Gundemar et Gislahar. Pour Gundahar ou Gunther, il a péri avec les siens dans le désastre de 437.
Alors une interruption de vingt ans après laquelle nous voyons surgir Gondioc et Chilpéric. Dans le texte de la Ler Burgundionum précedemment cité, on remarquera entre l'énumération des quatre premiers rois et la mention du père et de l'oncle de Gondebaud une différence marquée. Auctores nostri indique une filiation un peu vague et, en tout cas, beaucoup moins précise que les mots patrem nostrum el patruum qui ne laissent place à aucune ambiguïté. Il est vrai qu'on a voulu tirer d'une variante une interprétation toute nouvelle du texte en question, la variante pafruos au lieu de patruum. Des lors, dit-on, patrem nostrum et patruos ne complète pas l'énumération et ne désigne pas le père et l'oncle de Gondebaud, c'est une opposition à Gundahar. Ainsi Gundahar serait le père du législateur et le frère de Gondamar et de Gislahar ?. Cette interprétation ingénieuse est fondée sur des raisons bien fragiles : elle fait abstraction d'ailleurs de quoi que dont le sens est bien clair. Trois manuscrits donnent pafruos, mais on ne peut tirer de là un argument irréfutable.
Qui était Gondioc ? Grégoire de Tours le rattache à la famille du roi persécuteur Athanaric * et explique ainsi l'arianisme des Burgondes. On ne peut dire s'il existait des liens de parenté entre Gundahar et Gondioc et si celui-ci fondait une nouvelle dynastie.
Lors que, dans la Lex Burgundionum, Gondebaud mentionne son père et son oncle, comme il est question d'un assez court espace de temps (456-485) nous devons croire que ces deux personnages sont Gondioc et Chilpéric, les reges auxiliarios de Théodoric II. Partageaient-ils entre eux la dignité royale et gouvernaient-ils en commun le peuple burgonde ? C'est chose possible, il a pu exister entre les deux frères une sorte de partage à l'amiable. On a fait observer que le continuateur de Prosper ne parle que de Gondioc seul à propos des progrès accomplis par les Burgondes en Gaule , que le pape Hilaire s'adresse au roi Gondioc lorsqu'il aborde une question relative à l'Église de Dieu, en 463 ; par contre, saint Lupicin, ayant à traiter à Genève une affaire, y trouve le roi Chilpéric 7. De là on peut conclure, que Gondioc, sans doute l'aîné, tenait le premier rang et la principale puissance, qu'il fit des conquêtes et les garda, tandis que Chilpéric, le cadet, restait en Sapaudia et résidait à Genève. Cette situation se reproduisit dans la suite, puis que nous voyons Épiphane, évêque de Pavie, venir traiter à Lyon, avec le roi Gondebaud, d'un échange de prisonniers et, de Lyon, se rendre à Genève, résidence de Godegisil, frère cadet de Gondebaud, qui est qualifié germanus regis . Le souvenir de ce partage inégal se retrouve dans la Passio S. Sigismundi , où on lit ceci : ta ul Gundobadus duas portiones suis dicionibus vindicaret, tertia Godigiselus esset contentus. Et c'est encore dans les mêmes conditions que Gondebaud établit son fils à Genève, apud Genapbensium urbem... jusso patris sublimatur in regnum ™.
Gondioc mourut à une date difficile à préciser, mais qui parait voisine de 466 ; il laissait quatre fils : Gondebaud, Godegisil, Chilpéric et Godomar !' ; mais son successeur fut ce Chilpéric que nous avons vu faire campagne à ses côtés contre les Suèves d'Espagne en 456, que nous avons retrouvé à Genève recevant la visite de l'évêque Lupicin entre 464 et 466 !*, dont Sidoine-Apollinaire parle en 474-475 avec quel que détail comme un grand roi établi désormais à Lyon ; il entretient les meilleurs rapports avec l'évêque Patiens, il est maître de la milice, comme l'était Gondioc : sa femme exerce sur lui une réelle influence dans une pensée de modération. Si on revient au texte déjà cité de la Lex Burgundionum, où Gondebaud mentionne parmi ses prédécesseurs son père et son oncle (patruum et non paíruos) on voit qu'il ne peut s'agir que de Gondioc et de Chilpéric. Quant à Gondebaud il courait alors diverses aventures fort loin de Lyon, en Italie, où il faisait déposer Anthémias et élever Glycerius à l'empire (473 ;.
A cette époque la puissance burgonde, non entièrement indépendante, mais continuant à se reconnaître vassale, au moins pour la forme, de la suzeraineté romaine, s'était mise au niveau de la puissance wisigothe. Elle ne s'en tiendra pas là, et l'exemple donné par la Lyonnaise [re puis, tout aussitôt, par la | Viennoise, ne tardera pas à être imité par la Grande | Séquanaise. Les Burgondes appelés, en 472, à disputer cette province aux Alamans, les repoussent dans la partie orientale et s'établissent dans la partie occidentale. On voit en outre par les détails de la guerre des Romains contre les Wisigoths de 170 à 475, lors que vers la fin de cette période, les Burgondes conduits par Chilpéric, leur roi, vont secourir Clermont, que leur domination s'étendait déjà, en 470, jusqu'à Nevers, dans la IVe Lyonnaise. Il y a plus, les signatures épiscopales du V* concile tenu à Arles en 475 et poursuivi à Lyon, la même année, montrent que l'autorité de Chilpéric allait jusque sur la Narbonnaise [Ie et les Alpes maritimes, peut-être même sur la plus grande partie de ces deux provinces.
Vers 473, Chilpéric II régnait à Lyon, il y tenait sa cour. Sidoine-Apollinaire parle du roi dans les épîtres vi et vu du livre V, écrites en 474, et il le nomme magister militum Chilperieus, vicloriosissimus virt ; la Vila S. Lupicini le montre comme un maître désormais incontesté : sub quo ditionis regiæ jus publicum | illo redactum est ; homme d'une intelligence vive et rempli de bonté : virum singularis ingenii et præcipuæ bonitatis , assez sage pour écouter les bons conseillers, réfléchir et défendre les opprimés .
Chilpéric ne mourut pas avant 475 et probablement plusieurs années après ; comme il ne laissait pas d'héritier direct, la succession revint à ses neveux (vers 485).
XXXIIL Les BURGONDES sous GONDEBAUD. — Gondebaud, fils aîné de Gondioc, n'avait pas attendu la mort de son oncle Chilpéric pour rentrer à Lyon, où on le retrouve avant le mois de juin 474 . On ignore la date exacte de son avènement au trône et les conditions suivant lesquelles il se fit 5. C'était probablement en 485 et, en sa qualité d'aîné de quatre frères, il s'adjugea le meilleur lot et s'établit à Lyon. On a cru découvrir dans l'expression tefrarcha nostrum employée par Sidoine-Apollinaire une allusion à la division du royaume en quatre parts, cette division n'eut jamais lieu, car des quatre frères, il y en eut un, Godomar, dont on n'entendit jamais parler, un second, Chilpéric, que son frère Gondebaud fit assassiner et noyer sa veuve et ses fils : un troisième, Godegisil, qui s'alla établir à Genève et gouverna la Sapaudia comme avait fait Chilpéric l'Ancien sous Gondioc.
Gondebaud était arien, mais inquiet sur sa foi et — cherchant à s'éclairer. Avit, évêque de Vienne, était pour lui une sorte de théologien consultant qui tenait registre de ses entretiens avec le roi. Certains textes d'Avit permettraient de penser que Gondebaud voulait se convertir au catholicisme. Le début de la préface du livre contre l'hérésie d'Eutychès loue Gondebaud du soin qu'il a marqué dans ses réglements pour la vérité catholique. Un débris d'homélie, sorte d'oraison funèbre d'Avit à la mémoire du roi, est trop fragmentaire pour y ressaisir un indice ferme d'une conversion avouée. Ce qui semble plus probable, c'est que Gondebaud ne prit jamais parti et s'en tint à une tendance orthodoxe qui lui semblait peut-être le fin du fin de la politique religieuse à suivre, pour un Burgonde placé entre les Francs catholiques et les Wisigoths ariens. Tout au plus pourrait-on admettre la possibilité d'une conversion in articulo mortis. C'est tout ce que son caractère lui conseillait de plus pratique, du moment qu'on lui refusait d'être reçu orthodoxe en secret ; car Avitus répugnait à ce mystère : — Seditionem pavescis populi disait-il au roi !*, Ce n'était pas à celui-ci de redouter l'opinion publique, mais c'était à lui de la diriger. D'ailleurs la famille royale comptait d'autres catholiques. Il semble que Chilpéric II le fut, sa femme, qui admirait les jeûnes de saint Nizier, pouvait l'être. Chilpéric le jeune, qui fut assassiné avait deux fils catholiques : Crona et Clotilde, enfin la femme de Gondebaud, la reine Carétène, son propre fils Sigismond et ses enfants étaient catholiques.
L'état burgonde avait plusieurs capitales, mais ses frontières, vers la limite du V° et du VI° siècle, sont difficiles à déterminer. Lyon et Genève, plus rarement Vienne, sont les résidences des rois. Ambérieu est le siège de l'assemblée des optimates et des proceres. En 463, Die était soumise aux rois burgondes, et en 474, Vaison, Gondebaud étendit son royaume jusqu'à Avignon, où il courut se réfugier, en 500, après la bataille de Dijon. Les frontières, nous venons de le dire, sont plus indécises. D'après Grégoire de Tours, les »rois Gondebaud et Godegisil régnaient sur les rives du Rhône et de la Saône et sur la province de Marseille !*, — ce qui est vague et douteux. Une lettre de Cassiodore, écrite entre 507 et 511, permet de penser que la ligne principale des Alpes Pennines formait la limite orientale du royaume burgonde et du royaume ostrogoth d'Italie, mais les principaux passages, surtout le Grand Saint-Bernard, restaient à l'Italie. Pour déterminer les limites du côté du Jura, nous avons, de préférence à Grégoire de Tours, les biographies des Pères du Jura écrites vers le commencement du VI° siècle et qui rendent un compte exact de la situation. Pour elles, les solitudes où furent fondés les monastères font partie du pays burgonde ; mais les Alamans qui sont sur le Rhin poussent leurs incursions jusque dans la région du nord des monastères, d'où les solitaires ne peuvent plus tirer leur sel. Pour les limites septentrionales, nous savons que Langres était comme un poste avancé de la domination des Burgondes, et quand Clotilde, fiancée à Clovis, lui fut amenée, le roi des Francs l'attendait à Villiers, dans le sud de l'arrondissement de Troyes, près de la frontière burgonde, En 500, la bataille entre Clovis et Gondebaud, à Dijon, se livra à l'entrée de la Burgondie. A l'Ouest, Gondebaud paraît maître d'Autun. Sidoine-Apollinaire, lors de la conquête de l'Auvergne par les Wisigoths, se plaint de la protection des Burgondes dans son diocèse de Clermont, mais leur séjour dans ce pays parait n'être que provisoire, c'est moins un établissement qu'une occupation. Un trait rapporté par Grégoire de Tours nous apprend que les Burgondes ne s'étendaient pas jusqu'à Brioude qui, néanmoins, était assez proche de leurs frontières pour qu'ils pussent y aller piller le sanctuaire, et regagner leur pays, d'où on peut conclure que le royaume burgonde atteignait peut-être la vallée de la Haute-Loire, mais sans la dépasser puis que celle de l'Allier ne faisait pas partie « de leur patrie » ; plus tard, racontant la conquête du royaume des Wisigoths par les Francs, en 507-508, Grégoire de Tours dit encore que Théodoric, fils de Clovis, parcourut les territoires des cités d'Albi et de Rodez, et les soumit à finibus Gothorum usque Burgundionum lerminum, ce qui parait indiquer qu'alors le royaume burgonde atteignait le Mont Lozère et les hauts plateaux des Cévennes, les Causses et l'Aubrac. D'après ce qui précède, on voit que le royaume burgonde s'étendait au Sud jusqu'à la Durance, se prolongeant au delà même d'Avignon ; qu'à l'Ouest, il dépassait le Rhône du côté de Viviers, qu'il franchissait les Cévennes et s'avançait sans doute au sud de la haute vallée de la Loire jusqu'à la région des Causses, que vers le Nord, il atteignait Nevers, Autun, Dijon, Langres, Besançon, qu'enfin du côté de l'Est, il dépassait sur certains points la ligne de l'Aar, englobait une grande partie du Valais et se prolongeait jusqu'aux Alpes Pennines.
Les rois burgondes entretenaient de bons rapports avec l'empire. Gondioc porte le titre de magister militum ; Chilpéric II, son successeur, porte le même titre et le Vita S. Lupicini lui donne celui de vir inluster, en même temps que « patrice » de la Gaule ; d'ailleurs, plusieurs de ses parents ont porté ce titre et ils s'en montrent honorés à un point tel qu'on peut se demander s'ils n'en oublient pas leur fierté. On s'étonne, et on regrette un peu de lire ces protestations du roi Sigismond à l'empereur : « A la mort de mon père qui vous était fidèle et qui était un des grands de votre cour, je vous ai envoyé un de mes conseillers, ainsi que c'était mon devoir, pour mettre sous votre patronage les premiers débuts de mon service... Mon peuple vous appartient. Je vous obéis en même temps que je lui commande, et j'ai plus de plaisir à vous obéir qu'à lui commander. Je parais roi au milieu des miens ; mais je ne suis que votre soldat. Par moi vous administrez les contrées les plus éloignées de votre résidence. J'attends les ordres que vous daignerez me donner. » Et on préférerait que ce ne fut pas saint Avit qui se fut chargé de tenir la plume pour écrire ces platitudes.
Du reste, Sigismond avait de qui tenir. Son père Gondebaud poussait assez loin les complaisances. Nous l'avons vu, vers 472-474, faire un séjour en Italie, poussant sa fortune à l'aide de Ricimer, le suève, qui paraît avoir été son oncle. Il l'accompagna devant Rome, assista à la prise de l'empereur Anthémius, et se chargea de lui trancher la tête (11 juillet 472). Après la mort de Ricimer (18 août), l'empereur Olybrius nomma Gondebaud patrice et mourut lui-même (23 octobre). Gondebaud prit son temps, cinq longs mois, et désigna à Ravenne le nouvel empereur Glycerius (5 mars 473). Ennodius de Pavie, dans le discours qu'il met sur les lèvres de l'évêque Épiphane envoyé en mission par Théodore à Lyon, en 494, fait allusion au rôle tenu en Italie par le prince burgonde qu'il qualifie de liberator et vindex. Gondebaud a vaillamment combattu, ferratum pectus hostibus oblulisti, il a été un bon conseiller, pugnasti consilio ; et les Burgondes ont été choyés par les Italiens qui n'ont pas oublié de faire payer leurs services. Puis, rapidement, la puissance de Gondebaud s'est écroulée en même temps que celle de sa créature Glycerius à qui Byzance opposait Julius Nepos (printemps 474).
Les relations, entretenues par les rois burgondes de Lyon avec les divers peuples germaniques établis dans l'empire, sont incomplètement connues. Nous avons dit que Gondioc était er genere Afhanarici, par conséquent allié par le sang à la famille royale des Wisigoths. Cela aura pu les amener à l'alliance politique conclue en 456 contre les Suèves d'Espagne. Jordanès nous présente les Burgondes comme les auxiliarios devotos des Wisigoths. Cette alliance ne dura guère. Après l'assassinat de Théodoric II par Euric, celui-ci, voyant la faiblesse de l'empire, chercha à s'imposer à la Gaule. Il semble que l'ancien préfet du prétoire, Avandus, conseilla à Euric de partager la Gaule par un traité jure gentium, conclu avec les Burgondes. Il n'y réussit pas et, quand Euric attaqua l'empire, les Burgondes prirent sa défense (470).
En 472, Euric s'attaqua à l'Auvergne et trouva encore les Burgondes, alliés de l'empire, en face de lui. Ont-ils envoyé des troupes en Auvergne, ou jeté garnison dans Clermont ? En tout cas l'intervention est certaine : Sic æmulorum sibi in medio posili, lacrimabilis prada populorum, suspecti Burgondionibus, proximi Gothis, nec impugnantum ira, nec propugnanium caremus invidia. Mais ce qu'on peut reprocher aux Burgondes, c'est d'avoir mis quelque noblesse à repousser les Wisigoths. Euric voulut cerner l'Auvergne par la vallée du Rhône et atteindre de ce côté le royaume burgonde. Entre 472 et 475, les deux rives du fleuve furent ravagées, principalement les territoires de Valence, Saint-Paul-Trois-Châteaux et Orange. Les Burgondes n'étaient pas de taille à lutter contre les Wisigoths, ils furent soumis et la paix fut rétablie pour une trentaine d'années (476-506).
Plus obscurs encore sont les rapports des Burgondes avec les Ostrogoths. Nous savons que Gondebaud fit une expédition en Ligurie, c'est-à-dire dans la haute vallée du Pô, peu avant 494, peut-être en 490. Était-ce pour soutenir Odoacre contre Théodoric ? C'est ce que semble indiquer Ennodius, dans son Panégyrique de Théodoric, quand il dit en s'adressant à Odoacre : Tot reges lecum ad bella convenerant. Il est plus probable qu'il a opéré pour son propre compte. La Ligurie et l'Émilie furent ravagées, on emmena un grand nombre de prisonniers. Mais les Ostrogoths étaient gens à se défendre, Gondebaud le comprit et conclut un mariage entre son fils Sigismond et la fille de Théodoric, Ostrogotha.
Gondebaud avait ramené d'Italie des prisonniers qu'il avait répartis suivant les besoins de l'exploitation des terres burgondes. Théodoric chargea l'évêque de Pavie, Épiphane, d'aller à Lyon réclamer leur échange ou leur rachat. Le vieil évêque de Pavie, escorté de l'évêque de Turin, Victor, traversa les Alpes et arriva à Lyon où Gondebaud les reçut et leur dit : Videte hominem quem et meritis el vultu semper ego Laurenti martyris personæ conjunzi. Épiphane fit valoir les fatigues et les dangers du voyage, compara Gondebaud à Théodoric, présenta les avantages qu'il y aurait à se montrer généreux, rappela les bons souvenirs qui s'attachaient en Italie au nom de Gondebaud, montra que ces prisonniers étaient de pauvres cultivateurs pour qui on pouvait d'autant moins réclamer d'argent que les Italiens venaient d'avoir à en verser aux Burgondes pendant leur séjour.
Gondebaud avait la réputation d'un beau parleur et d'un esprit retors. Il parla des lois de la guerre, des nécessités de la politique, protesta de son désir de maintenir l'alliance avec Théodoric, mais demanda le temps de la réflexion. Il n'en abusa pas ; fit relâcher sans rançon tous les non-combattants et fixa pour les autres un prix modique ; 6000 captifs s'en allèrent, d'autres s'évadèrent ; c'était Gondebaud qui faisait le bon marché en se débarrassant de ces Italiens ; il eut, en outre, l'honneur d'une noble générosité. L'évêque Épiphane y soutint sa réputation d'habileté et se rendit à Genève auprès du roi Godegisil qui avait, lui aussi, un lot d'Italiens à évacuer.
Le succès fut pareil et la paix fut consolidée jusqu'à la fin du siècle. Théodoric imagina d'envoyer à Gondebaud une horloge double que le roi des Burgondes avait eu l'occasion d'admirer à Rome.
Les rapports des Burgondes avec les Francs sont mal connus. En 474, sous le régne de Chilpéric II, on vit à Lyon un prince barbare épouser la fille du roi ; il s'appelait Sigismer et on ignore s'il était wisigoth, franc ou alaman. Il se présenta accompagné d'un grand cortège magnifiquement habillé, ce qui ne suffit pas à prouver qu'il fut franc.
Sous le régne de Gondebaud, un prince franc fut fiancé à une fille du roi qui mourut de chagrin avant le mariage, c'est saint Avit de Vienne qui nous l'apprend , Clovis n'en décida pas moins d'épouser lui-même une princesse burgonde. Pour ce mariage, dont les conséquences devaient être si graves pour la nation franque, nous avons un texte de Grégoire de Tours ë qui a servi de thème aux développements du pseudo-Frédégaire et de l'auteur du Liber historiae Francorum. Après avoir ordonné l'assassinat de son frère Chilpéric le Jeune et de sa belle-sœur, le roi Gondebaud relégua à Genève leurs deux filles Crona et Clotilde. Clovis ayant entendu parler de la jeune Clotilde demanda à l'épouser. Gondebaud aura dû éprouver un certain embarras, en se rappelant que sa fille à lui était morte de chagrin à la pensée d'épouser un Franc, et en se demandant si Clotilde devenue reine ne chercherait pas à venger le meurtre de son père. Néanmoins, il consentit et Clovis vint attendre Clotilde à Villers. C'est là tout ce qu'il faut retenir pour l'histoire, sans tenir aucun compte des récits de pseudo-Frédégaire et du Liber historiae Francorum. Clotilde a-t-elle une responsabilité dans les événements politiques qui suivirent ? On aurait quelque peine à admettre qu'elle n'en eut aucune. La sainteté n'excluait pas chez elle une énergie dont elle donna des preuves plus tard. Son influence sur Clovis se montre dans l'événement de sa conversion en 496 ; entre 493 et 500 la paix régna entre Francs et Burgondes ; la guerre éclata en 500 annonçant la ruine prochaine du royaume burgonde. On voudrait connaître les rapports des Burgondes avec les Alamans qui, après de fréquentes incursions au-delà du Rhin, occupèrent au début du V siècle et grâce à la protection de Théodoric, le nord de la Suisse , On a supposé sans raison suffisante qu'à la suite de la victoire de Clovis sur les Alamans, en 496, Gondebaud avait arraché aux vaincus quelques territoires !^,.On peut seulement définir un voisinage difficile et de fréquentes hostilités entre les deux peuples. Les Alamans poussaient leurs pillages jusqu'aux vallées du Jura, et les monastères de cette région située en terre burgonde auront dû en souffrir.
QVXXIIL LES BURGONDES DANS LE LYONNAIS. — On se représente volontiers le Burgonde du V siècle comme une sorte de Nemrod, vivant dans les forêts et toujours en quête des bêtes fauves qui peuplaient les solitudes de la Gaule ; on ne le voit qu'armé de son arc et de ses flèches, au milieu des aboiements des chiens et de l'agitation des faucons. Ce n'est pas ainsi que le Burgonde nous apparaît dans les lois de Gondebaud. A peine a-t-il reçu son lot d'immeubles, qu'il s'empresse de construire une maison au milieu d'une cour ; sur cette cour ouvrent des écuries, des étables qui renferment de nombreux troupeaux ; à peu de distance est le jardin dans lequel le Burgonde cultive des arbres fruitiers et des légumes. Le domaine ou villa, outre les constructions et les vergers, comprend des landes et des prairies dans lesquelles paissent les troupeaux, S'il y a une forêt à proximité, le Burgonde y conduit son bétail pour qu'il se nourrisse de la feuille des arbres et du gland des chênes. Il exploite la forêt pour chauffer sa maison et réparer ses immeubles. Mais ce qu'il estime par-dessus tout c'est la terre cultivable, l'ager, qu'il divise en terres à labourer et en vignobles. Il n'en a jamais assez, et il met beaucoup d'ardeur à défricher ses forêts et ses landes afin de pouvoir planter de nouvelles vignes et semer de plus grandes quantités de blé. La propriété est soigneusement délimitée par des bornes qu'il est interdit de déplacer sous peine de perdre la main. Les champs, les prés, les vignes sont, de plus, entourés de solides clôtures qui en ferment l'accès aux troupeaux du voisin. Il y a même des gardes ou messiers, préposés par le maître à la défense des récoltes contre les pillards et les maraudeurs. Des bêtes fauves, le Burgonde n'a nul souci ou du moins s'il s'en inquiète, c'est qu'elles compromettent la sécurité de ses biens. Il leur fait la guerre, mais seulement au moyen de pièges ; les flèches qui doivent tuer les loups sont lancées, non par la main du chasseur, mais par des arcs disposés sur le sol et tendus de telle manière que le moindre froissement fait partir les projectiles. Le soir, pour se délasser des fatigues de la journée, le Burgonde prend une cithare et un archet, et il chante quelques airs nationaux ou bien des fragments de la grande épopée burgonde, l'Iliade des Germains, les Niebelungen. Voilà le Burgonde transformé par la division des terres, le vrai Burgonde de la fin du V siècle, celui dont le législateur s'occupe avec soin. Quelques riches seigneurs continueront de chasser à courre ; ils auront des chiens et des faucons, et, pour protéger contre les voleurs leurs meutes et leurs fauconneries, ils demanderont l'application des pénalités les plus singulières : Fur convictus coram omni populo posteriora canis osculetur ; sex uncias carnis acceplor super lestones furis comedet. Mais ces lois n'intéressent plus la majorité des Burgondes, et elles disparaitront du Code de Gondebaud !, » Il ne faut pas dédaigner la littérature, mais il y a des sources d'information plus précises et, à tout prendre, peut-être plus sûres ; les types juridiques sont du nombre. Nous avons déjà accordé notre attention à la Lex Burgundionum (voir Dictionn., t. 1x, au mot — LORS BARBARES, col. 1988) qui nous révèle un fait capital : l'attribution aux Burgondes d'une part des domaines gallo-romains. Le titre LIV de la Lex nous a conservé un fragment de constitution contenant des renseignements précis, corroborés par d'autres textes du même code. Cet ensemble se rapporte non à l'opération elle-même, mais à la situation créée par les résultats de son fonctionnement ?, Les Burgondes se sont établis sur le sol en qualité d'hôtes, conformément aux règles appliquées par l'administration romaine pour le logement des soldats . A l'origine, cela dut sembler un provisoire qui se révéla bientôt définitif. L'entourage du prince fut nanti au moyen des terres du fisc impérial qu'on lui partagea, domaines des propriétaires gallo-romains, et dans chacun des agri ou des colonicæ entre lesquels se répartissait l'exploitation agricole de ces domaines, la moitié des terres cultivées, terræ, des curtes, des vergers, des vignes, des droits de jouissance sur les terres vagues et les forêts, Agriculteurs par goût et par tempérament, les Burgondes ne s'implantèrent pas dans les grandes villes. Plus tard, il leur sembla qu'au lieu de la moitié, ils avaient droit aux deux tiers des domaines en culture et ils recurent en conséquence le tiers des esclaves.
Comment procéda-t-on ? Il ne s'agit pas d'une opération administrative de répartition de la moitié ! puis du tiers, mais le Burgonde reçut le droit d'occuper la portion fixée par les édits royaux sur chaque exploitation agricole, droit qu'il eut à faire valoir auprès de chaque propriétaire gallo-romain. Tout semble s'être passé à l'amiable et le Burgonde se trouva nanti d'une part du domaine romain, qui suppose la juxtaposition et le voisinage d'un hôte romain, et cette part est une possession libre entrée à perpétuité dans le patrimoine du Burgonde, transmissible à ses héritiers, en principe inaliénable comme bien de famille, mais lorsqu'il peut être vendu, susceptible de passer à un étranger sans que le Romain soit appelé à intervenir à la vente, sauf pour ce dernier un droit de préemption *, Ceci a dû se passer pour les grands domaines et peut-être plus rarement pour les domaines movens ou petits. Tout ceci s'applique aux propriétés rurales ; il semble que la propriété urbaine y a échappé et il paraît tout à fait probable que des villes comme Lyon n'ont pas été sensiblement affectées par cette législation.
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XXXIV. ÉTABLISSEMENT DE LA MONARCHIE TEMPÉRÉE A Lyon. — C'est résoudre bien légèrement une question fort compliquée que d'écrire : « Dans l'intérêt de la civilisation et du bonheur des peuples, il eût été grandement préférable que ce fussent les Burgondes, non les Francs, qui eussent étendu leur domination sur la Gaule entière . » On peut penser des Francs un peu de mal et en dire beaucoup ! comme ce sont nos ancêtres et que nous leur devons une infinie reconnaissance, le procédé est strictement conforme à l'esprit français. Si on s'avise un jour de rendre justice et non de faire des phrases, on devra reconnaître que ces Francs qu'on malmène si fort ont très dignement ouvert les races royales, qui ont bien servi la civilisation par cela même qu'elles ont fait la France. Quand une nation a le droit de revendiquer la triple lignée dynastique qui, de Clovis à Louis XVI, a, pièce à pièce, régné par régne, « assemblé le royaume de France », cette nation a le devoir d'être juste et, pour cette raison d'être reconnaissante, « La loi des Burgondes a devancé le Code Justinien dans plusieurs de ses dispositions les plus libérales et les plus bienfaisantes : Inaugurant la fusion de la civilisation romaine avec l'esprit germanique, fécondée par le sentiment chrétien, elle a préparé la voie, ou, pour mieux dire, donné naissance à la société moderne et à la nationalité française qui en est la plus complète manifestation . » C'est parce que le code burgonde, la « Loi Gombette » ainsi qu'on l'a nommée fut acceptée et propagée par les Francs qu'elle s'implanta et s'imposa. Gondebaud fut un prince sage, mais Clovis fut un grand roi, un fondateur d'empire. Ses fils et les héritiers de son pouvoir ne le valaient certes pas, mais ils étaient capables néanmoins de moissonner la récolte semée par lui. Loin d'ignorer ou d'écarter la Loi Gombette, ils en adoptèrent plusieurs dispositions parmi les meilleures ; mais la tentative, imaginée par Gondebaud d'un établissement monarchique constitutionnel, était prématurée et destinée à un oubli plusieurs fois séculaire.
D'ailleurs, Gondebaud était, par certains aspects de l'intelligence, un rêveur :« Ne vous paraît-il pas, écrivait-il à l'évêque de Vienne, saint Avit, qu'elle est réellement venue cette époque annoncée par l'Écriture, où les hommes cessant de combattre les uns contre les autres, échangèrent leurs épées contre des fers de charrue, leurs lances contre des faucilles. » Quand les Burgondes furent devenus propriétaires du sol par le partage avec les Gallo-Romains, la nature de leurs relations réciproques se modifia. La propriété territoriale, devenant l'un des éléments de l'ordre social, engendra des rapports nouveaux : il en résulta une transformation profonde dans l'existence publique et privée, Les anciennes coutumes continuèrent à régir la capacité personnelle et la famille, mais elles ne suffisaient pas aux besoins nouveaux qui appelèrent d'autres lois et une forme particulière de gouvernement.
Trouvant chez les Romains des institutions tout établies et appropriées à leurs besoins, les Germains les adaptèrent à leurs coutumes. A l'exemple des empereurs, leurs rois s'attribuèrent le pouvoir de faire des lois. Mais, sous l'influence de la tradition, le peuple conserva le droit de participer à leur confection, sinon en masse, parce qu'il était répandu sur un territoire trop vaste, du moins par les grands de la nation, considérés comme ses représentants-nés et les gardiens de ses libertés. Telle fut l'origine de la monarchie tempérée, destinée à prévenir la tyrannie par l'obstacle de la représentation, et la confusion par l'unité de l'exercice du pouvoir.
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Le premier exemple d'une nation délibérant sur ses affaires par des représentants se rencontre chez les Burgondes. En 504, le roi des Burgondes avait promulgué à Lyon, avec le concours des grands de sa nation, la Prima constitutio qui fut discutée, délibérée et votée. Dans le prologue précédant la prima constitutio de la Loi Gombette, on lit : Coram positio omnibus nostris universa pensavimus, et tam nostra quam eorum sententia, mansuris in ævum legibus, sumpsimus statula prescribi. Dans la prima constitutio, il est dit : Habilo consilio comitum procerumque nostrorum, omnes ila que administrant les judicia secundum leges nostras, quæ communis tractatu compositæ et emendatæ sunt. Les dernières expressions de la prima constitutio ne sont pas moins catégoriques : Constitutionis vero nostræ seriem placuit eliam : adjecta subscriptione firmari ut definitio qua ex tractatu nostro et communi omnium voluntate conscripta est, eliam per posteriores custodita, Perpetuæ pactionis teneat firmitatem. On trouve la preuve des délibérations dans d'autres titres, mais ces citations suffisent à montrer que les lois chez les Burgondes n'étaient point des dispositions arbitraires du roi ; et les se faisaient par le consentement de ses sujets, des grands et des princes de la nation. La loi se faisait en assemblée générale, in colloquio, comme porte le titre xL de la Loi Gombette ; in conventu, comme on lit en tête du second supplément de cette loi dans le ms. 245 du suppl. lat. fol. 83 : Incipit capitulus quem domnus noster gloriosissimus Ambariaco ? in conventu Burgundionum instituit.
XXXV. UNE FAMILLE LYONNAISE. — Nous avons déjà plusieurs fois écrit le nom de Sidoine-Apollinaire, appartenant à la haute société gallo-romaine et dont la famille était établie dans la cité de Lyon ; son grand-père était inhumé à quelque distance de la ville, lui-même a dû naître à Lyon aux environs de l’année 432, le 5 novembre, à un foyer chrétien.
Sidoine a conservé le nom de deux de ses maîtres, Hoenius et Eusèbe, mais il ne nous a pas dit si ce fut à Lyon qu'il suivit leurs leçons. On croira difficilement que Lyon, parce qu'il était un centre d'industrie et de commerce, ne dût pas posséder quelques bonnes écoles, capables de former les jeunes gens à la connaissance et au goût des auteurs classiques. Sidoine n'épousa pas une lyonnaise, il ramena d'Auvergne sa femme, mais s'établit à Lyon, Papianilla et lui firent un ménage très uni, quoi que l'épouse fut un peu trop disposée à placer sa naissance et sa famille au-dessus de tout. Pendant les années du séjour à Lyon, Sidoine eut quatre enfants : un fils, Apollinaire, et trois filles : Alcina, Severiana et Roscia. Le père s'occupa attentivement de l'éducation de son fils, veillant à sa pureté, lui recommandant de continuer avec les enfants de ses propres amis, les relations affectueuses qui avaient uni les pères. Le jeune garçon avait une heureuse mémoire, mais — comme tant d'autres enfants - peu de goût pour la lecture. Les fillettes sont élevées avec tendresse et gravité, mais on ne fait qu'entrevoir le rôle de la mère, de la grand-mère et des grand’tantes.
Dans une lettre écrite au chevet de sa fille Severina, assez gravement malade ', Sidoine épanche les trésors de son affection paternelle, Cette lettre n'a pu être écrite qu'à Lyon ; elle est adressée à Agricola, très probablement frère de Papianilla. Sidoine est à la ville. Agricola lui a envoyé une barque confortable, capable de remonter le fleuve avec une rapidité égale à celle du courant à la descente. Dans cette barque était tout un chargement de poisson : c'était une manière gracieuse d'inviter Sidoine à venir pêcher à la campagne chez Agricola, sur les bords de la Saône, ou plutôt sur ceux du Rhône, en amont de Lyon. On était en été, la ville était engourdie par une chaleur accablante, Mais Sidoine ne peut venir : sa fille Severina est très souffrante. Elle a d'abord toussé d'une façon — très fatigante ; maintenant elle est abattue par une fièvre qui grandit chaque nuit. La pauvre enfant. voudrait aller à la campagne : elle espère que l'air des champs lui rendra la santé, Toute la maisonnée a fait ses préparatifs pour aller s'installer dans une petite propriété aux portes de la ville, ad villulam. Villula est, en effet, un diminutif qui ne conviendrait pas aux larges proportions d'Arifacum, tel que Sidoine nous le décrit et, d'autre part, le voyage aurait été trop long et trop pénible de Lyon en Auvergne, pour une malade. Sidoine n'a pas grande confiance, du reste, dans ce changement d'air, il prépare son départ sans conviction, pour faire plaisir à son enfant, pour échapper à la chaleur, pour échapper aussi aux médecins lyonnais. Ils viennent voir régulièrement la malade ; mais ils sont plutôt ignorants et se contredisent sans cesse. Cependant, en homme prudent, il emmène avec lui un de ces pauvres médecins, Justus, qu'il compte traiter avec autant d'égards qu'un ami.
C'est le tableau le plus intime que Sidoine nous laisse de sa vie lyonnaise. Malgré son amour grandissant pour l'Auvergne, Sidoine défendait Lyon avec conviction contre les ironies de ses amis italiens. Lorsqu'il fit, en 468, un séjour prolongé à Rome, Candidianus de Césène le félicite de voir enfin le soleil, spectacle si rare pour les Lyonnais ; et il le plaisantait sur les brouillards de Lyon, sur cet air épais qui dissipe à peine la chaleur de midi. Piqué au jeu, Sidoine ripostait en faisant le plus triste tableau de la fournaise de Césène, du marais de Ravenne, cette ville de moustiques et de grenouilles, et il terminait en déclarant que les Transalpins, grâce à certaines comparaisons, pouvaient se vanter avec satisfaction de leur climat. A Lyon, Sidoine menait une existence agréable, très entourée. Il aimait à tenir son rang parmi l'élite de la cité, à rencontrer Philomathius, homme d'âge mûr qui aimait les charges officielles et les honneurs qu'elles apportent, influent dans le Sénat urbain et fort pointilleux ; Eriphius, gendre du précédent, cultivé, goûtant les lettres ; Syagrius, très instruit, mais pressé de parvenir et comptant y arriver par les barbares qu'il traitait de son mieux : Gaudentius, riche, ambitieux, avec un bel esprit de suite ; Domnicius, gai et aimable passionné pour les spectacles et les autres encore.
C'est à Lyon que Sidoine dut écrire une partie de ses poésies, à Lyon qu'il improvise des vers aux fêtes de saint Just ; c'est de Lyon qu'il prie l'empereur Majorien de soulager cette ville des charges écrasantes qui pèsent sur elle. A Lyon peut-être encore, réunit-il ses deux recueils de vers, le premier composé de pièces fugitives (Carm., ix-xxiii) avec l'envoi final Propempticon ad Libellum (Carm., xxiv), le second formé des trois panégyriques avec leurs pièces annexes. La correspondance de Sidoine nous a conservé le récit d'un épisode survenu à Lyon à l'occasion des fêtes de saint Just. Nous raconterons la fuite de cet événement et le retour de ses restes inhumés dans la basilique des Macchabées, où de bonne heure on célébrait de grandes fêtes au début du mois de septembre.
Une année qu'on ne peut déterminer, le 2 septembre, les fidèles étaient réunis au tombeau de saint Just.
Avant le jour, on avait eu une première procession suivie par la foule trop nombreuse, pour trouver place dans l'intérieur de l'église et sous les portiques voisins. Le premier office terminé, après la psalmodie des moines et des clercs, l'assistance se dispersa aux alentours dans l'attente de l'heure de tierce à laquelle on célébrait la sainte messe. « Nous étions, dit Sidoine, suffoqués par l'étroitesse du lieu, l'entassement de la foule, la chaleur du luminaire. La belle nuit d'été qui se dissipait à peine avait rempli l'intérieur de l'église d'une vapeur surchauffée ; au dehors, au contraire, au soleil levant, circulait un air frais, précurseur de l'automne. Tandis que les diverses classes de fidèles se répandaient de tous les côtés, les premiers parmi les citoyens de Lyon eurent l'idée de se réunir auprès du tombeau du consul Syagrius, qui n'était pas à une portée d'arc. Les uns étaient assis à l'ombre d'une treille que recouvraient en retombant les pampres d'une vieille vigne, les autres sur un tertre de gazon émaillé de fleurs parfumées. Les propos étaient doux, enjoués, plaisants. De plus, et c'était là ce qu'il y avait de plus charmant, il n'était question ni des gouvernants ni des impôts ; nulle parole qui pût faire l'objet d'une délation, nul délateur parmi nous. Quiconque avait une bonne histoire à conter et savait le faire en heureux termes, était écouté avec empressement ; point de longs monologues cependant, parce qu'une vive gaieté interrompait les récits.
« Puis, fatigués de ce long repos, nous décidâmes de nous remuer. Bientôt, nous divisant en deux groupes, selon l'âge, les uns demandent à grands cris et organisent un jeu de paume, les autres une table, des dés. Le premier, je donnai le signal de la paume, dont je raffole, autant que des livres. Dans l'autre groupe mon ami Domnicius, homme d'une grâce et d'un enjouement extrêmes, avait pris les dés, les agitait et, comme s'il eût été une trompette, appelait les joueurs. Quant à nous, nous jouâmes de tout cœur avec une troupe d'écoliers, de manière à ranimer par une course salutaire nos membres engourdis dans de trop longues occupations sédentaires. Là, l'illustre Philomathius lui-même... ne cessa de se mêler aux camps de jeu de paume. Il y réussissait très bien quand il était plus jeune. Mais, comme il était souvent rejeté hors de son camp par le choc du joueur qui courait au milieu, comme d'autres fois, si on l'admettait sur les lignes, il ne pouvait ni couper ni éviter la balle plongeante ou rasante et que, trop souvent renversé, il ne se relevait qu'avec effort de sa chute malheureuse, il fut le premier à se retirer du jeu avec des soupirs et tout l'intérieur en feu, En effet, cet exercice lui avait gonflé les fibres du foie et lui causait des douleurs cruelles. Je m'arrêtai aussitôt et lui fis la charité de cesser en même temps que lui, voulant éviter à sa fatigue cette petite honte.
Devines quels applaudissements une riposte aussi prompte et aussi plaisante souleva. Sans tarder, j'appelai son secrétaire, qui se tenait près de là, avec ses tablettes, et je composai cette épigramme :
Au prochain matin, soit que la chaleur du bain « le réclame, soit qu'à la chasse son front ruisselle de sueur, puisse le beau Philomathius avec ce linge « sécher son visage humide, si bien que l'eau passe de « sa figure dans cette toison altérée. » * A peine notre Épiphanius avait-il achevé ce couplet, que l'on nous annonça l'heure où l'évêque allait sortir de la sacristie, et nous nous levâmes aussitôt, » Ce récit est très instructif : c'est bien là l'existence d'une société heureuse et mondaine, telle qu'on doit la rencontrer à Lyon : à cette époque. Sa croyance chrétienne ne lui interdit pas les délassements littéraires, les conversations fines et spirituelles, les sports et les jeux qui entretiennent la vigueur du corps et les jeux de hasard qui réveillent l'attention et passionnent ceux qui s'y livrent. On se divertit ainsi entre gens d'éducation parfaite, fiers de leur naissance, faisant bande à part et se groupant volontiers en une société ‘pleine d'urbanité et de politesse. Ces passetemps aimables ne sont pas à proprement parler un désœuvrement, mais bien une relâche très courte entre les exercices de la piété chrétienne. Ces hommes et ce peuple viennent de passer déjà plusieurs heures dans l'église, ils la quittent un moment pour respirer, s'ébrouer un peu et prêts à y revenir pour écouter les chants de la messe.
AXXVI. LYON, CAPITALE DU ROYAUME BURGONDE, — Lyon fut la résidence de Gondioc, de Chilpéric II, de Gondebaud et de Sigismond, et la ville connut alors les spectacles qu'une cour royale attire toujours après elle, la pompe des cortèges et des entrées princières. Lors que le prince Sigismer vint épouser la fille du roi Chilpéric, il se présenta avec une troupe magnifique. Devant lui et derrière lui des chevaux tenus en main étaient superbement harnachés et couverts de pierreries ; lui, pour faire honneur à son hôte, marchait à pied vêtu d'une tunique de soie blanche brodée d'or et d'un manteau de pourpre. Son escorte portait la tenue de guerre : brodequins de fourrure montant jusqu'aux talons, genoux, jambes et mollets nus jusqu'au corps hauts, pincés, bariolés, descendant à peine jusqu'à la saillie des jarrets, manches ne recouvrant que le haut des bras, sayons vert clair brodés d'écarlate, glaives suspendus aux épaulières par des baudriers ajustés, lances barbelées, javelots à deux tranchants dans la main droite, bouclier argenté à umbo doré dans la saignée du bras gauche !, Et voilà de quoi satisfaire les badauds pour quelque temps.
Parfois on leur procurait des distractions d'un genre différent : une belle abjuration ou un enterrement solennel.
Sous le règne de Sigismond, converti lui-même, ses deux enfants renoncèrent à l'hérésie arienne et la solennité dura deux jours, avec sermon de saint Avit, venu tout exprès de Vienne (vers 516). Quelques années plus tard, en 522 probablement, un des deux convertis, Sigeric, fut étranglé par ordre de son père. Celui-ci s'était remarié et Sigeric reprochait à la nouvelle reine de se parer des vêtements de sa mère Ostrogotha. Il lui en coûta la vie. Tout aussitôt, Sigismond jeta les hauts cris, courut crier sa douleur à Agaune (voir ce nom), revint à Lyon et fit rendre à sa victime les honneurs funèbres *.
La femme de Gondebaud, la reine Caréténe, parait avoir eu de solides vertus dont on trouve l'énumération dans son épitaphe qu'une copie nous a conservée (voir plus loin, Inscriptions). Elle était riche, pieuse, charitable. Depuis longtemps, elle cachait la chasteté rigoureuse de son corps sous des vêtements de pourpre, elle dissimulait ses jeûnes sous un visage souriant, elle partageait les soucis du prince et le conseillait dans les affaires d'État. Sa tendresse se partageait entre ses enfants et ses petits-enfants qu'elle attirait à la vraie foi qu'elle leur enseignait. Elle fonda une basilique et, après avoir répandu ses prières devant le roi en faveur des coupables, elle les répandait devant le Christ en faveur des pécheurs.
Les rois burgondes avaient ce qu'on a nommé depuis une « maison » composée de serviteurs nombreux parmi lesquels nous ne connaissons qu'un petit nombre de personnages, les uns aux noms germaniques, les autres d'origine gallo-romaine et qui n'ont pas conquis la célébrité. Nous n'avons pas à énumérer ici le personnel judiciaire ou administratif, tout cela n'a rien de spécial à Lyon, dont l'importance était balancée par Ambérieu à qui sa position centrale maintenait une certaine importance. Toutefois c'est à Lyon que dut être délibérée et promulguée la première constitution servant d'introduction au Liber constitutionum ; c'est de Lyon qu'est datée la nouvelle promulgation du Liber constitutionum dans la seconde année du règne du roi Sigismond ; comme c'est à Lyon encore que furent promulguées les cinq nouvelles des 28 mars 502, 27 juin 513, 1er mars 515, 29 mars 517, 10 juin 517. Dans le Liber, Ambérieu apparaît une fois et Lyon cinq fois ; aucune autre localité n'est citée. Cette seule constatation suffit à faire ressortir l'importance de Lyon dans le gouvernement du royaume burgonde.
Sous le gouvernement des rois burgondes, les documents relatifs à Lyon sont si rares qu'ils ne permettent pas de ressaisir la physionomie sociale de cette grande ville. Nous savons que Lyon, à l'époque impériale, avait possédé un important atelier monétaire, il fut conservé et continua à battre la monnaie entre 470 et 534. On a trouvé des tiers de sou d'or du type impérial portant une surfrappe ; en outre du nom d'Anastase, les monogrammes CVE et SGMVND. Les monnaies de bronze présentent à côté d'une Victoire portant une couronne le monogramme de Gondebaud, avec cette légende : PAX ET ABUNDANCIA, qui rappelle les légendes impériales . On a cru reconnaître l'initiale de Godmar, le dernier roi burgonde, sur des tiers de sou aux noms des empereurs Anastase et Justin et sur des petites monnaies de bronze , La Lex Burgundionum se préoccupe de ne laisser circuler que des monnaies de bon aloi, et décrie les pièces frappées à l'effigie de Valence ou de Valentinien, d'Alaric II, rois des Wisigoths, les monnaies de Genève et une monnaie Adaricianos dont le nom n'a pu être identifié.
Les inscriptions dont nous parlerons plus loin en détail, nous apprennent surtout que la vie romaine s'est continuée sous la domination germanique. La littérature n'est guère représentée, mieux vaut en convenir loyalement que d'aller chercher des noms médiocres pour leur faire une réputation injustifiée et insoutenable. Il ne suffit pas que Heiric, moine d'Auxerre, écrivant dans la seconde moitié du IXe, nous dise qu'au Ve Lyon était à la tête des cités de la Gaule pour les sciences et les arts. Alors que la vie intellectuelle périclitait partout, la science avait placé là, dit-il, son familiare consistorium ; on pouvait, pour ses écoles, l'appeler publicem citramarini orbis gymnasium. Il y a là, semble-t-il, plus que de l'exagération, et ce n'est pas la lettre d'Avit de Vienne à Viventiole qui nous apportera le témoignage précis et positif sur lequel on établira le fait de l'existence, à Lyon, d'une école sous la direction du rhéteur Viventiole ; la lettre a pu être adressée à Viventiole à l'époque où il vivait au monastère de Condat. — C'est dans la première période de la domination burgonde, entre 482-185, que Sidoine-Apollinaire a disparu, depuis longtemps déjà ; il avait quitté Lyon, et la société cultivée, nourrie de souvenirs païens, de poésie latine, très amateur de ce style précieux, dont il était l'ornement, s'était bien modifié. Un prêtre nommé Constantius ?, l'ainé de Sidoine, avait quelque pratique du mètre et composait à l'occasion des pièces pieuses. Dans sa vieillesse, sans doute entre 472 et 480, il écrivit la Vie de saint Germain d'Auxerre à la demande de l'évêque Patiens. Celui-ci est-il l'auteur des sermons et d'un traité théologique qui lui sont attribués, on a quelques réserves à faire avant d'y souscrire*. D'après Agobard de Lyon, Viventiole aurait laissé des ouvrages dont les titres même ne nous sont pas connus. Les Lyonnais entendirent des orateurs alors en grande réputation d'éloquence, mais | dont la gloire est aujourd'hui singulièrement oubliée, un Épiphane de Pavie, un Victor de Turin, à propos desquels il semble ironique d'écrire ce mot de gloire. S'il fallait garder la mémoire d'un sermon de Fauste de Riez à l'occasion de la dédicace de l'église Saint-Étienne, et d'un autre sermon d'Avit de Vienne en pareille circonstance pour l'église Saint-Michel, autant vaudrait sans doute mettre au rang des solennités littéraires du XXe les prônes hebdomadaires de | nos paroisses urbaines.
Un diacre de l'Église de Lyon, au lieu de s'appliquer à l'éloquence sacrée, se tourna vers la médecine, il s'appelait Helpidius. Il devint médecin du roi des Ostrogoths, Théodoric, et gagna sa confiance. ——
XXXVII. LA CONQUÊTE FRANQUE. — Dans la rapide disparition du royaume burgonde, Lyon parait n'avoir joué qu'un rôle effacé. En 500, lors de la guerre entre Gondebaud et Clovis, le roi burgonde est défait sous les murs de Dijon et au lieu de chercher un refuge dans sa capitale, on le voit s'enfuir en Avignon 5. La trahison de Godegisil, frère de Gondebaud, avait compté pour beaucoup dans le succès rapide et écrasant de Clovis, cependant Godesigil, en cette circonstance, n'apparaît pas à Lyon, il s'établit à Vienne. On a cru pouvoir affirmer la présence de Godegisil à Lyon * en s'appuyant sur une donation faite par Girart et Gimbergia au monastère de Saint-Pierre de Lyon, en 586. D'après cette charte, le monastère aurait été fondé par le roi Gaudisellus et la reine Theudelinde, in Lugduni civitate inter Rodanum el Ararim ?, au temps où Godegisil était maître du royaume burgonde ; mais la pièce est, dans son ensemble, du Xe et le passage relatif à la fondation de Saint-Pierre est sans doute encore plus tardif.
Nous ne savons rien du triomphe de Godegisil sinon qu'il fut bref. Après la reprise de Vienne par Gondebaud, son frère fut massacré dans l'église arienne ; il y eut de larges et sanglantes représailles 1. Le rapide succès de Gondebaud s'explique peut-être par une alliance avec Alaric II, roi des Wisigoths, ce qui empêcha une intervention de Clovis *.
Ni Lyon, ni la région lyonnaise ne paraissent intéressés aux événements subséquents ? : participation des Burgondes et de leurs rois à la conquête par les Francs du royaume des Wisigoths en Gaule, prise de Narbonne par Gondebaud, siège inutile d'Arles et défaite de l'armée franco-burgonde par les Ostrogoths devant Arles. La victoire des Wisigoths qui débouchèrent des Alpes par le col de Suse, et causèrent de grands ravages dans le sud du royaume burgonde à Orange, en Avignon, et ailleurs, entraînant la perte de Narbonne et d'Avignon, révéla la faiblesse du royaume burgonde *.
Le rôle de Lyon n'est pas plus affirmé dans les événements de l'année 523 *, Après la mort de Gondebaud, son fils Sigismond lui a succédé à Lyon et son fils Godomar à Genève. Les fils de Clotilde, Clodomir, Childebert et Clotaire, attaquèrent les deux princes burgondes et les vainquirent. Sigismond s'enfuit à Agaune avec sa femme et ses enfants où il tomba au pouvoir de Clodomir. Après la retraite des Francs, Godomar restaura le royaume burgonde, ce qui porta malheur à Sigismond que Clodomir fit jeter, avec sa famille, dans un puits. Thierry, frère de Clodomir, marié à une fille de Sigismond, livra une grande bataille aux Burgondes à Vézeronce, en 524 (voir Dictionnaire, t. III au mot CASQUE). Clodomir y fut tué et les Burgondes restèrent maîtres du terrain. Dans tous ces événements Lyon est passé sous silence.
Il en est de même dans les campagnes de 532-533 et de 534 °. La première, conduite par Clotaire et Childebert, n'aboutit qu'à la prise d'Autun ; la seconde, conduite par Clotaire, Childebert et Théodebert, amena la disparition du royaume burgonde. Godemar disparut, bien que la famille royale ne semble pas s'être éteinte alors . On ne sait pas avec précision comment se fit le partage entre les princes mérovingiens. Des textes postérieurs de quelques années permettent de croire que Lyon échut à Childebert . C'est certainement un des moments les plus obscurs de l'histoire de Lyon. Si on s'en remettait aux auteurs du Gallia christiana *, on pourrait croire que Lyon reconnut, dès 523, l'autorité de Théodoric, roi d'Italie, puis qu'on voit Eucherius siéger aux conciles ostrogoths d'Arles (524), de Carpentras (527) et d'Orange (529), mais cet Eucherius n'est pas l'évêque de Lyon, c'est celui d'Avignon. Nous devons donc admettre que Lyon passa immédiatement de la domination burgonde à la domination franque, à l'époque du partage du royaume entre les rois francs et fit partie du lot échu au roi de Paris.
Lyon dut encore conserver dans l'ensemble son aspect et ses caractères de ville gallo-romaine. Puis, lors que la civilisation gallo-romaine s'altéra définitivement et s'éteignit peu à peu, faute de relations avec des foyers tels qu'avaient été Rome et les grandes villes intermédiaires comme Milan et Arles où se renouveler et en quelque sorte se réchauffer, la cité lyonnaise, sans cesser de pénétrer et d'assimiler davantage par les Francs, vécut longtemps dans une sorte d'isolement, ou plus exactement comme repliée autour de son Église, de ses basiliques et de ses monastères.
« Et en effet de la vie politique, économique et sociale sous les rois mérovingiens, il ne nous reste, pour ainsi dire, aucun témoignage. Ceux de ces rois qui régnent en Burgundie ne semblent pas séjourner à Lyon ; le plus puissant d'entre eux, Gontran, réside de préférence à Chalon-sur-Saône. En dehors de l'énumération des partages entre les princes de la descendance de Clovis — partages d'ailleurs bien obscurs pour nous en ce qui touche Lyon — et de la mention de quelques phénomènes naturels, inondations, sécheresses, épidémies, etc., à peu près tout ce que nous pouvons savoir appartient désormais jusqu'au VIIe à l'histoire ecclésiastique.
XXNXVIII. CATASTROPHES : — Au VIe, Lyon fut éprouvé par le fléau de l'inondation : Anno quinto Childeberti regis, (qui fuil nonus decimus Chilperici di que Guntramni) lantæ lues aquarum per universas regiones factae sunt Galliarum, ut flumina terminos, quos nunquam antea excesserant, pecora quidem exilio cuificia vero quorum que locorum gravi afficerent ruina 11, Grégoire de Tours ne s'engage pas dans des affirmations aussi générales, il se contente de mentionner plusieurs provinces particulièrement éprouvées : la Limagne vit plusieurs de ses cantons éprouvés à tel point qu'on n'y pût faire les semailles : Anno quinto Childeberti regis, Arvernorum regionem diluvia magna presserunt, ita ut per dies duodecim non cessaret a pluvia : tanta que inundatione Limane est infusum, ut multos ne sementem jacerent prohiberet !*.
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Les pays que baignent la Loire et l'Allier furent également dévastés : bestiaux détruits, terres entraînées, maisons renversées : Flumina quo que Liger Flaparis que quem Elacrem ! vocitant, vel reliquit torrentes percurren les in eum, ita intumuerunt, ul terminos, quos nunquam excesserant, prælerirent. Qui grande de pecoribus excidium, de culturis detrimentum, de aedificiis fecere naufragium ?. Durant cette période de pluies, la température fut si douce que dès la cessation des pluies, on vit les arbres fleurir de nouveau quoiqu'on fut au mois de septembre : Quiescentibus vero . pluviis, arbores denuo floruerunt, erat enim mensis Seplember, D'après Marius d'Avenches, il en fut de même dans le Valais, au mois d'octobre . 4 Lvon, en 580, le Rhône franchit ses limites, ainsi que la Saône : Pari modo, Rhodanus cum Arari conjunctus, ripas excedens grape, damnum populis intulit, muros Lugdunensis civilafis aliqua ex parte subverlit ?. La muraille fut renversée, c'est tout ce que nous savons ; le P. Ménestrier ajoute que les eaux du Rhône et de la Saône se réunirent vers Saint-Nizier *, on ne sait où il a pu prendre cette précision. Paradin et Rubys ont pris l'occasion de cette inondation pour tracer un tableau de genre dénué de tout témoignage historique. Rubys a fait plus encore, il a imaginé de localiser à Lyon ? une peste décrite par Grégoire de Tours, alors que pas un texte ne permet d'appliquer à cette ville l'épidémie de dysenterie $,
XXXIX. LISTE ÉPISCOPALE. — L'Église de Lyon entre dans l'histoire d'une manière si glorieuse et au milieu de circonstances si bien déterminées, qu'on pourrait en induire qu'elle a découragé la légende et | Comme saint Pothin mourut nonagénaire en l'an 177, il était né en l'an 87, et l'épiscopat de saint Clément ne peut pas être retardé beaucoup au delà de 90-95. A cette date extrême, Pothin avait huit ans, ce qui pour un évêque fondateur d'Église est un record de précocité.
Ce n'est pas tout, et cet évêque à la bavette trouvait d'ailleurs une communauté et un siège épiscopal qui l'attendaient depuis de longues années déjà, car saint Pierre, en personne, était venu établir l'Église de Lyon. C'est ce qu'on lit dans un écrit anonyme publié sans lieu d'édition, mais certainement à Lyon, en 1875, - sous le titre suivant : Souvenir du 8 décembre 1875 à Lyon. La très sainte Vierge honorée de son vivant ou origine première de son culte en Palestine et dans le monde entier, notamment dans les Gaules, à Lyon, à Marseille, à Bordeaux, in-8 », 46 p.
« Un vénérable prêtre lyonnais, missionnaire et saint religieux, nous affirme que son professeur d'histoire ecclésiastique disait, il y a cinquante ans, à ses élèves, futurs apôtres du Lyonnais, que le christianisme avait été apporté dans l'ancien Lugdunum par des prédicateurs venus de Rome, envoyés par saint Pierre lui-même, et déguisés en marchands. Le même professeur ajoutait que la tradition (probablement puisée à la même source), voulait que le prince des apôtres ait célébré en personne les saints mystères à Lyon, à l'endroit où s'élève aujourd'hui l'antique église Saint-Paul. Le premier pape serait venu, aussi bien que ses envoyés, par le Simplon et la vallée du Rhône. La tradition du diocèse de Genève veut que Bourg-Saint-Pierre marque l'endroit où il s'arrêta quelque temps. La cathédrale de Genève dédiée à Saint-Pierre, marquerait aussi l'endroit où il aurait officié en présence des premiers chrétiens de la ville. Autun signale une de ses églises comme ayant joui de la même faveur, Barcelone réclame la présence de saint Pierre l'an 50 de notre ère, et fait remonter à son initiative le culte de la Vierge dont l'image fut d'abord remise aux Saintes Puelles (les premières religieuses de Barcelone résidant à San Pedro de las Puelles) et qui fut transportée depuis au Montserrat, où le culte de la mère de Dieu a fleuri depuis sans interruption. Métaphraste fait traverser les Gaules par saint Pierre au moment où il se rend en Angleterre ?., » C'est assez, peut-être trop d'attention, consacrée à ces inepties, venons-en à l'histoire.
Le catalogue épiscopal de Lyon nous est parvenu dans trois rédactions dépendant d'un texte primitif du milieu du IXe !^, Ce texte se trouve dans un évangéliaire achevé dès 755, qui appartenait à l'Église de Lyon et que diverses vicissitudes ont amené, dès la fin du IXe, parmi les manuscrits du séminaire d'Autun ; c'est celui qui occupe la colonne 1, ci-dessous. Un catalogue, dérivé du précédent, a été recueilli par Hugues de Flavigny, qui l'inséra dans sa Chronique ; il comporte quelques compléments et une continuation jusqu'au milieu du XIIe, il occupe là colonne 2, ci-dessous. Enfin, une copie moderne du XVIe contient en plus du catalogue de Hugues de Flavigny quelques notes historiques et une continuation jusqu'au début du XIVe, c'est celui qui occupe la colonne 3, ci-dessous. Nous arrêtons ce catalogue à la fin du IXe »1 :
NOMINA EPISCOPORUM ECCLESIE LUGDUNENSIS.
( Évangéliaire d'Autun) Fotinus Hirenus Zacharias. Helius 5. Faustinus Verus Iulius Telomeus Vocms — 10. Maximus Tetradius : Verissimus Iustus Alpinus 15. Martinus Antiochus Elpidius senator Eukirius.
Paciens Lupicinus Rusticius Licontius, Sacerdos Secundinus Arigius 39, Tetricus Gandericus Viventius Aonemundus Genesius, Gudinus Foaldus Madalbertus Ado Agobardus
LYON
NOMINA PONTIFICUM LUGDUNENSIUM AB INICIO,
(Hugues de Flavigny) Photinus, martyr Hyreneus, martyr Zacharias - Helius | Faustinus Verus Iulius Tolomeus Vocius Maximus Tretradius Verissimus, Hic interfuit censi synodo IIII.
S5. Iustus S. Alpinus sardi- Martinus S. Paciens Rustitius Stephanus Viventius S. Lupus, tempore Sigismondi et Clodovei Lyconcius S. Sacerdos, tempore Childeberti S. Nicetius, tempore Childeberti ejusdem S. Priscus. Hic auctor synodorum XXI, XXII et XXII extitit, S. Etherius. Huic scribebat beatus papa Gregorius Secundinus Arigius Tetricus Viventius S. Lamdebertus. Huius tempore obiit S. Bonitius et Lugduni est sepultus. Qui Glippiaco in palatio regali'S. Ansbertum Fotomagensem consecravit antistitem.
S. Gudinus :
Fulcoaldus. Hic est F. ep. qui corpus S. Boniti Arvernensibus reddidit.
Madalbert us Ado Eldoynus Leidradus tempore Karoli magni. Hic restauravit Lugdunensem aeclesiam post destructionem Wandalorum.
Agobardus doctrina clarus tempore Ludovici Pii.
132 INOMINA PONTIFICUM, SCÆ Der ECCL. LUGDUN. AB INITIO.
(Copie du XVIIE) Pholinus, martyr Irenaeus, mart yr Zacharias Helius Faustinus ' Verus Julius Tholomus Vocius Martinus Tetradius Verissimus Iustus vir propheticus.
Alpinus ecclesiam et baptisterium 5. Stephani.
Martinus Antiochus Epidius Eucherius Salonius Veranus Patiens Lupicinus Rusticus Stephanus Viventiolus Lupus Sacerdos ecclesiam 5. S, Eulaliae Nicetius.
Arigius ecclesiam de S. Cruce et monasterium $. Justi. Tetricus | (randericus Viventus Annemondus Genesius, Landebertus Agobardus ur H 183 LYON di Amolo XLVIII Amolo, cuius tempore, ut idem Amolo al ispe testatur, et Egilmarus Vienn nensis, Bartolomeus quo que Nar- « s bonensis, Stephanus Belgicensis, ] à Alteus Eduensis, Odolmannus 4 E Mattiscensis,in epistola missa il i Rudolfo Byturum archiepiscopo fel et omnibus episcopis Aquitaniæ, gh Novempopulanæ et Narbonensis | r5 primæ, per CCC fere annos Lug- - | e dunensis ecclesia primatum æc les- ] | B | , siarum in Gallia ab ipsis tempoi Ki ribus apostolorum optinens, vi ces 1 pi Romanorum pontificum pro suæ 1 3 sanctitatis merito optinuit. à » Remigius Remigius | 5. Aurelianus legatus roman :e Sedis Aurelianus Aluvala Alvuala Dans leur partie commune, ces trois catalogues ont | | directement connaissance d'un dipty que de l'Église une teneur à peu prés identi que. Ils s'accordent même sur une faute assez grave, les deux noms de Salonius et de Veranus (20, 21), interpolés après celui d'Eucher. Cette interpolation doit être très ancienne. Quelqu'un aura d'abord inséré les deux fils de saint Eucher en marge du nom de leur père, et de la marge, ils auront passé dans le texte !, Entre tous les catalogues épiscopaux, celui de Lyon est un des plus vénérables et des plus sûrs. C'est dans un évangéliaire appartenant à la bibliothèque du grand séminaire d'Autun qu'a été transcrite la liste 1. Le copiste s'est servi du verso blanc du second feuillet de garde, il 4 rempli deux colonnes parallèles, s'arrêtant à Leidrade ; Agobard et Amolon ont été ajoutés après coup et d'une écriture différente et plus grosse. La liste a donc été constituée entre les années 799 et 814, sous l'épiscopat de Leidrade.
Le catalogue n. 2 a pour auteur Hugues de Flavigny, qui l’a introduit dans sa Chronique composée entre 1090 et 1096, et continuée jusqu'en 1102. Ce qui fait la valeur de ce document, c'est le fait que Hugues de Flavigny, pendant un long séjour en Bourgogne, entretint des rapports assidus avec l'archevêque de Lyon Hughes (1081-1106). C'est ainsi qu'il a pu prendre de Lyon ou du moins se procurer une liste épiscopale très sûre. L'original entra à la bibliothèque du collège de Clermont d'où, lors de la suppression des jésuites, il passa en Angleterre et devint, en 1844, la propriété de sir Thom. Philipps, à Middle Hill. Il existe à la Bibliothèque nationale une copie de la main d'André du Chesne, utile pour le déchiffrement de quelques passages illisibles dans l'original. La liste s'ouvre avec saint Pothin et se ferme avec Hughes le Petit, légat du Saint-Siège et archevêque de Lyon de 1082 à 1106, Les sept noms qui suivent ont été écrits à des dates variées et par des mains différentes ; le dernier, Humbert adhuc superest, est encore vivant. Lupus, Sacerdos, Nicetius, Priscus, Etherius, Genessius, Lambertus et Gudin ; pour quatre d'entre eux la sainteté n'a pas été retenue, Verissimus et Priscus sont les seuls dont la présence soit relevée dans les synodes, avec exactitude du reste, mais beaucoup de leurs collègues eussent mérité d'obtenir cette mention. S'il n'a pas commis d'omissions volontaires, la collection dont se servait Hugues devait être des plus incomplètes. On la retrouverait peut-être, ou du moins son équivalent, puis que dans ce registre le concile de Sardique recoit le numéro 4 ; les conciles de Lyon et de Mâcon reçoivent les numéros 21, 22, 24 *, Les rapprochements avec les rois mérovingiens ou burgondes tombent aussi juste, Nous n'attirerons l'attention que sur un seul. A propos de saint Loup (Lupus), successeur immédiat de Viventius ou Viventiolus, qui avait été abbé du monastère de Saint-Just, avant d’être sacré. l'auteur ajoute que son épiscopat coïncide avec le règne de Sigismond, Les actes de l'ancien anachorète de L'Ile-Barbe faisaient déjà allusion aux rapports existant entre le prince et le solitaire, mais la mention de la Chronique de Hugues de Flavigny permet d'éliminer définitivement le prétendu Eucher II. introduit entre saint Viventiol et saint Loup par Baronius, Théophile Raynaud et quelques autres. En effet, si cet Eucher a pris part à des conciles tenus en 524, 527, 528 et 533, c'est qu'il occupait le siège pendant cette période et alors son successeur, saint Loup, n'a pu lui succéder avant le mois de juin 533, mais, à cette date, Sigismond était mort depuis dix ans : épiscopat et règne ne concordent plus.
Deux siècles environ après Hugues de Flavigny nous trouvons un troisième exemplaire de notre catalogue épiscopal dans le nécrologe de la cathédrale Saint-Étienne. Conforme aux deux précédents pour les rangs des évêques, il diffère du deuxième en ce qu'il n'a retenu aucun des indices caractéristiques de la sainteté, et il a ajouté au premier quatre ou cinq annotations inédites. Pothin et Irénée gardent le titre de martyr qui n'est pas maintenu à Ennemond. Saint Just reçoit l'épithète de vir propheticus, Alpinus est montré comme le constructeur de l'église Saint-Étienne et de son baptistère, tandis que l'église des Saints-Apôtres est donnée à Eucher, celle de Saint-Paul et de Sainte-Eulalie à saint Sacerdos, enfin celle de Sainte Croix et le monastère de Saint-Just à Arigius. De ces mentions il est permis de conclure que le rédacteur du 3e catalogue a eu devant les yeux le martyrologe, qui contient toutes ces attributions à côté des personnages que nous venons de nommer. Ce rédacteur a connu également la Chronique de Hugues de Flavigny ; il l'a dépouillée et il a même commis, dans un emprunt de trois ou quatre mots, une faute de lecture ou une distraction qui a entraîné une grossière erreur. Hugues en parlant d'Etherius, avait fait allusion à sa correspondance avec le pape saint Grégoire le Grand Huic scribebat beatus papa (Gregorius ; le rédacteur distrait écrivit : Huic sacravit papa Gregorius. Après lui, tout le monde s'aperçut du solécisme, mais on ne toucha pas au verbe ; on corrigea le pronom ; la syntaxe paraissait uniquement en cause, Dans le recueil susdit lugduno-bolonais, on lit au Tol. 124 : Nomina pontificum sancte Dei Ecclesie Lugdunensis ab inicio. La série est absolument identique aux deux précédentes (1 et 2) d'Autun et de Flavigny, sauf les remarques énumérées plus haut et la continuation qui descend jusqu'au XIVe, Quoiqu'elle prenne fin sous le pontificat de Louis de Villars, la rédaction est plus ancienne de soixante-dix ans environ (sous Raoul de Peyrins, 1235-1236) et les huit noms suivants furent ajoutés au fur et à mesure des élections 1.
En plus de ces catalogues il faut mentionner un inventaire de reliques de la collégiale de Saint-Just, auquel M. C. Guigne attribue, comme date, les années environnant le milieu du Xe. Malheureusement entre saint Pothin et saint Remi cette pièce ne mentionne que les seuls douze évêques inhumés à Saint-Just et honorés d'un culte public ; mais ce qui la rend intéressante, c'est le numéro de série placé à la suite de chaque nom :
Hic ja cet S. Irenaeus secundus a beato Pholino, — Bt Justi Lugdunensis archiepiscopi XII. — B. Alpini XIII« ! — B. Antiochi X V »i, — B. Elpidii XVI™, — B. Pacientis X XIn !, — B. Lupicini XXH. — B. Stephani XXIII* ! — B. Arigii XXIIIIV !|, — B. Remigii LIII, — B. Eusebii Lugdunensis episcopi.
On voit que, de saint Just à saint Lupicin, cette énumération est constamment d'une unité en retard sur les listes antérieures, Étienne, classé ici le 23 est ailleurs le 25 ; Arigius occupe le 24 rang au lieu du 34 : saint Remi enfin, le 53° est le 49 » dans la Chronique de Hugues de Flavigny. L'inattention du copiste parait responsable de ces différences.
Qui est enfin cet Eusèbe qualifié évêque et sur lequel tous les catalogues se taisent ? Les enquêteurs de 1288 ont signalé son tombeau mais lui ont retiré son titre : Ilem in alio tumulo corpus beati Eusebii, confessoris, cujus nomen lapis supra eum positus prætendebat, N'y a-t-il pas eu ici mauvais déchiffrement, Eusebius pour Eukerius ; on trouve la même confusion entre ces deux noms chez un annaliste contemporain qui donne à saint Eucher, le nom d'Eusébe. La conjecture aurait quelque vraisemblance si on veut bien observer que saint Eucher est le seul évêque de cette période, dont le lieu de sépulture soit totalement ignoré, Pendant un temps les successeurs de Justus se firent enterrer non loin de lui, tel fut le cas pour Alpinus, Antiochus, ` Elpidius, Patiens, Lupicinus ; il ny a d'exception que pour Martin après Alpinus et Eucher après Elpidius, Le Laboureur, l'historien des Mazures de l'Ile Barbe, a eu connaissance d'un catalogue « finissant l'an 1448, dont la foi est indubitable ». Cette pièce découverte le 27 décembre 1564 n'a été reproduite qu'en traduction très mutilée. Le peu qui à été sauvé est inutilisable : il autorise néanmoins à affirmer qu'aucun nom étranger aux précédents catalogues ne s'y rencontrait jusqu'au temps de Charlemagne.
Les anciens auteurs ont accueilli dans la liste épiscopale de Lyon quelques noms qui doivent en être écartés. La liste n° 1 (ms. d'Autun) admet les deux fils de saint Eucher, Salonius et Veranius, dans le catalogue à la suite de leur père, et cette erreur a été répétée par les autres listes, Or, nous savons que Salonius était évêque de Genève, dès 440, et c'est en cette qualité qu'on le voit siéger aux conciles d'Orange (441), de Vaison (442), écrire à saint Léon Ier (450) et siéger au concile d'Arles à propos de l'abbaye de Lérins, PAS CM. $ CAN S rE ET nn ms
C'est presque un homonyme que le Veranus intercalé entre Étienne et Viventiole, entre 511 et 517, car à cette date il ne peut plus être question d'un fils d'Eucher. L'introduction de ce Veranus semble imputable à un texte fautif de la Vita S. Avili, qui attribua | à Avit l'élévation au siège de Lyon de venerabilem abbalem monachorum Veranum. Comme cette Vita est un document tardif et suspect, on ne se hasarde pas trop en lui imputant une erreur de transcription Veranum pour Viventiolum.
Divers martyrologes font mention d'un Desiderius évêque de Lyon, dont le nom manque sur les listes épiscopales. L'explication se trouve dans une erreur de lecture remontant au martyrologe de Béde. Voici | comment. Le Codex Bernensis du martyrologe hiéronymien donne au 771 id. feb. Lingonis Desiderii episcopi, Didier de Langres, au IVe ; or trois manuscrits du IXe du martyrologe de Bède donnent au III id. feb. cette leçon : Eodem die Lugduno Desiderii episcopi. | La leçon Lugduno a passé dans le martyrologe d'Adon sous cette forme : Apud Lugdunum, Desiderii episcopi et dans le manuscrit de Bologne, parmi les additions au texte de Florus ; Apud Lugdunum, sancti Desiderii episcopi, ce qui devient dans le martyrologe poétique de Wandelbert :
Ternis hine Desiderii Lugduna coronat mania.
Aucun doute n'était plus possible, et c'est ce que l'obituaire de Saint-Just, au Xe, marque clairement : 11 feb. Desiderii Lugdunensis episcopi el confessoris. Cette singulière méprise a eu pour effet de troubler les dates festives de deux saints Didier : Didier de Langres et Didier de Vienne. Le 11 février, qui était la date donnée par le martyrologe hiéronymien pour Didier de Langres, est devenue la date de la fête du pseudo-Didier, évêque de Lyon. Didier de Langres a été reporté au 23 mai (X. a. kal. junii), qui était la date de la fête de Didier de Vienne. Actuellement encore, l'usage a été conservé dans le diocèse de Langres de fêter saint Didier le 23 mai. En tout cas, il n'y a jamais eu d'évêque de Lyon du nom de Didier.
J. Golumbi, De rebus gestis archiepiscoporum Lugdunensium, ms. à la bibliothèque de Lyon, — J.-M. de la Mure, Histoire ecclésiastique du diocèse de Lyon, 1671.
- Denis de Sainte-Marthe, dom Felix Hodin, dom Évangéliste Thiroux, dom Joseph de Clou, Gallia christiana, t. IV, (1728). — Domini que de Colonia, Histoire littéraire de Lyon, 1730. — Poullin de Lumina, Abrégé de l'histoire de Lyon, 1676. — Rituel de Mgr de Montaz, Lyon, 1787. — Antoine Péricaud, Lyon ancien et moderne, 1847, t. I. — Morel de Voleine,
XL. LES ÉVÈQUES DE SAINT POTHIN A SAINT SACERDOS, — 1, Pothinus.— Nous avons dit tout ce qu'on sait sur lui : un nom, une date, une fonction. Il mourut | en prison pour la foi en 177. La fête du 2 juin, dont la — plus ancienne attestation se rencontre dans le martyrologe hiéronymien, et qui est consacrée à l'anniversaire collectif des martyrs de Lyon, ne peut pas correspondre au jour de sa mort. ;
Nous avons vu qu'un anonyme du XIe a donné à Pothin une société d'ecclésiastiques sous la direction de saint Irénée pour servir à l'hist. ecc les., 1695, t. III, p. 1-29, 596-601.
2. Irenaeus. — (Voir col. 127-138.) Successeur du précédent, son épiscopat aura dû commencer en 177, il se prolongea certainement jusqu'à l'époque de la controverse pascale (vers 195) et même au delà, jusqu'à 202 ou même 208. Sa fête est au 25 juin dans le martyrologe hiéronymien.
Les œuvres littéraires, voir col. 129-141 ; la bibliographie donnée par F. Vernet dans le Dictionn. de théol. cathol., t. VII, col, 2407-2410. a n | e p. f +.
E iS k [2 | ! n. ] »o pu !
E — t. XXI, col. 649-650.
A.
Vers 195, premier concile des Gaules que Baluze fixe non sans vraisemblance à Lyon, où il se serait tenu sous la présidence de saint Irénée. Les Pères écrivent au pape Victor une lettre l'engageant à imiter ses prédécesseurs, et à ne pas rompre la communion avec les Églises asiatiques attachées au système quartodéciman.
DE PATTE
Vers 195. Irénée écrit au pape Victor sur la forme à du jeûne ; deux fragments sont conservés par Eusèbe ~ et Nicéphore Calliste, et par Maxime. Cf. Eusèbe, P. G., t. cxLv, eol. 1065-1068 ; Maxime, Sermo VII | Vers 197, deuxième concile de Lyon, réunissant | douze évêques, sous la présidenée de saint Irénée, | Dissertationes præpiæ in Irenaei libros, en tête de son
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édition, reproduites dans P. G., t. vir, col. 23-382 :
S. Deyling, 5. Jrenaeus evangelicæ veritatis confessor | de A. Gouilloud, S. J., Saint Irénée et son temps, in-8°, Lyon, 1876, peuvent aider à apprécier le niveau de la déchéance des étu des dans le -clergé francais entre 1850 et 1880 ; A. Dufourcq. Saint Irénée, in-12, Paris, 1904 ; F. R. Montgomery Hitchcock, Jrenaeus of Lugdunum, a study of his teaching, in-12, Cambridge, 1914.
Sur divers points de détail : L. Leimbach, Wann ist Irenüus geboren ? dans Zeitschrift für die gesammte i. Julius.
CES A
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10. Maximus.
11. Telradius.
12. Verissimus. — En 343, cet évê que siège et | souscrit au concile de Sardi que, son nom se lit en | dehors des signatures, dans la liste des adhérents. Cf.
13. Justus. son culte a quel que peu éclipsé celui de saint Pothin et celui de saint Irénée qui, l'un à titre de fondateur, | l'autre à titre de docteur, méritaient de leur Église un meilleur traitement. fut diacre, sous Claudius, il passa dans l'Église de Lyon '. Au nembre des béatitu des, son tempérament lui faisait préférer la récompense promise aux doux et aux miséricordieux, qui, ordinairement, passent à travers ce monde inapercus. Cependant la Providence l'éleva sur le siège de Lyon et lui ménagea quatre Occasions principa les de s'y faire remarquer : deux | conci les, sa démission, sa retraite et sa mort au désert.
En 365, le trône impérial d'Occident venait d'échoir, aprés la mort de Julien l'Apostat, à Jovien auquel succéda pres que aussitôt Valentinien I qui remit à son Irére Valens la garde et le gouvernement de l'Orient, lui-même se chargea de la défense de l'Occident dont le front de bandiére suivait la ligne du Danube et celle du Rhin. Sous son règne, le 12 juillet 374, s'ouvrit à Valence un concile auquel Justus assista. II n^y fut guère question que de discipline religieuse concernant les cleres et les fidé les. Malgré l'importance du | Au mois de septembre 381, se tint le concile d'Aquilée dans les circonstan ces suivantes : A la mort de Valentinien, en 375, son fils Gratien, âgé de dix-sept ans, lui succéda jusqu'au jour où nous l'avons vu succomber à Lyon sous les coups d'un assassin et u surpateur. Gratien avait confié le gouvernement de C'est le plus honoré des saints loc aux ; ` l'Orient, sans le titre impérial, à Théodose. Tandis que celui-ci faisait réunir à Constantinople le deuxième ` concile œcuméni que, la méme année, Gratien en réunis, sait à un Aquilée pour juger Palladius et Secundinusfauteurs de l'arianisme des Goths et des Burgon des, Avec Justus de Lyon siégérent les évêques d'Orange, de Marseille, de Nice et de Grenoble. Au moment - de recueillir les votes, le premier fut celui de Justus | qui s'exprima ainsi : « Celui qui ne confesse plus que le Christ est coéternel au Père, que celui-là soit anathéme », et il proclama l'indignité des deux coupab les. Le concile comptait trente-deux évéques d'Italie, 192 » v E A « de Gaule, de Pannonie et d'Afri que. Justus légat des col. 916, 920, 933, 939.
Au retour du concile, Justus s'arréta dit-on, à TourÀ non, où résidait sa famille à laquelle il communiqua son projet qu'il n'exécuta pas aussitôt. De retour à « Lyon, il entretint une correspondance avec saint Ambroise de Milan. Deux lettres seulement ont été | conservées ; el les contiennent des éclaircissements par allégories sur différents points de l'Écriture sainte. La sainte Écriture, dit-il, est une mer immense qui posséde en soi des sens profonds, et tout le mystére des croyan ces prophétiques. » L'étude qu'il en fit aus- | sitót aura pu amener l'évé que de Lyon à mürir la décision depuis longtemps entrevue dans sa conscience. Un incident, auquel nous avons déjàfait allusion, | fut décisif, Un jour, à Lyon, un homme frappé d'un accès de folie parcourut la ville l'épée au poing, b les- — sant ou tuant tout ce qu'il pouvait atteindre. Entouré, acculé, il se jette dans une église dont l'asile était inviolable. La foule cependant parlait de forcer les portes, quand Justus parut ; ses paro les ne réussirent pas à convaincre, il fallut composer ; l'évé que consentit à remettre le malheureux entre les mains du magistrat municipal qui le transférerait, sous sauvegarde, devant | | le tribunal. Le magistrat s'engagea, la foule pernit, A Scété, Justus et son je une ami ne se firent pas connaître et tout alla bien jusqu'au jour où un Lyonnais venu en pèlerinage, reconnpt son évê que qui fut obligé de confirmer la parole du pèlerin, mais il continua son existence monasti que. Le pèlerin raconta à Lyon sa découverte, et le prêtre Antiochus partit pour ramener l'évé que à son poste, bien qu'il ne soit pas probable qu'il füt resté inoccupé. Mais ce fut Antiochus qui demanda à demeurer à Scété, ce que Justus refusa et, peu aprés son départ, Justus mourut suivi quelques jours aprés par son je une ami Viator. Leurs restes furent rapportés à Lyon. Sidoine-Apollinaire parle de la basili que oü se célébrait sa féte au commencement de lautomne. Dans le martyrologe hiéronymien on trouve quatre fétes en son honneur : le 4 aoüt on célébrait la translation ou son retour — d'Égypte : les autres avaient lieu le 2 septembre, le 14.— etle 21 octobre ; pour cette dernière on associait à son —— souvenir celui du je une lecteur Viator. La fête du — {14 octobre consacrait la date de la fuite au désert ; non — content de ces quatre fêtes, le martyrologe de la Saus-.— saye va jusqu'à cinq. | — Bibl — C. Germain de Montauzan, Saint Just 3 … évê que de Lyon et moine de la Thébaïde, dans Les amià à liés foréziennes el vellaves, in-12, Saint-Étienne, s. d. — — Nous en sommes réduits à tirer d'un manuscrit — édité par André du Chesne l'épitaphe de saint Just, | - dont la dépouille mortelle fut rapportée de ia Thé- —— baïde et placée sous l'autel de l'église des Macchabées, | — quilui dut son nouveau vocable. La légende funé1 — raire a-t-elle été gravée, ou se lisait-elle prés du tom- — beau, ou n'est-elle qu'une composition d'un hagiogra- - phe de loisir ? C'est ce qu'il semble impossible de savoir. — Quoi qu'il en soit les Sainte-Marthe, Tillemont et —— dom Rivet placent cette pièce vers la limite du | h » - IV-V* siècle : — Hic patris anti qui condigno nomine Justi In spe perpeluæ requiescunt pignora vitæ Membra beata satis quæ semper dedita Christo — Per varios semet cruce confixere labores E. Ut melius celeri rapiantur in ære nube — — Gum cælo adveniens judex effulserit ipse - Hic fuit egregius primum levita Vienne ' = Inde gregem Domini doctrina insignis et actu L3 Conspicuus presul Lugduni patuit in urbe © Posti anachoriticz vitz flammalus amore Longinquæ Aegypti sitiens deserta petivit. Quo senibus sacris pietatis federe junctus Cum miram ezxiremo clausisset lumine vilam Plebis amore sus patriam revocatus ad urbem Cum Viatore pio Christi tumulatur ad aram E Ut quos pervigili vivens pietate nutrivil E Continuis precibus foveat per secula natos.
A. du Chesne, Epifaphia velera reginarum pontific,
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15. Martinus.
16. Andiochus. — Fête le 13 août dans le martyrologe hiéronymien. C'est lui qui se rendit à Scété pour en arracher saint Just, à son retour à Lyon il y devint évé que ; probablement il aura négocié le retour des restes de Justus à Lyon ; lui-méme fut enterré dans l'église des Macchabées.
17. Elpidius, — D'aprés Adon, fut enterré comme le précédent.
18. Senator. — Est-ce un évé que ? Est-ce un titre donné au suivant Eucherius ? On ne le sait pas.
19. Eucherius. — On sait peu de chose sur ce personnage assez célébre, zélé défenseur de la doctrine de saint Augustin contre les semi-pélagiens nombreux en Gaule. Il avait recu une bonne formation classi que dont on retrouve la mar que dans ses écrits. Sénateur, marié avec Galla, il eut deux fils Salonius et Veranus qu'il confia à l'abbé Honorat de Lérins (voir ce nom). Vers 422, Eucherius et sa femme se séparérent pour entrer tous deux dans des monastères. Eucherius se rendit à Lérins, puis à Léro, plus soliLaire encore, et, en 434 fut élu évé que de Lyon. Eucherius n'était pas encore évê que, lors que Cassien écrivit le prologue de ses sept dernières conféren ces, où il le qualifie simplement de famulus Christi. En 441, il prend part au concile d'Orange, et y signe, comme métropolitain au nom de tous ses suflragants !, En 449, Polemius Silvius lui dédia son Laferculus. Il mourut cette année-là ou bien, au plus tard en 450. Fête au 16 novembre, dans le martvrologe hiéronymien, 1 Le catalogue épiscopal lugduno-bolonais lui attribue la construction de l'église des Saints-Apôtres, c'est-à-dire Saint-Nizier. Dans l'hypothèse que cet édifice serait celui dont Sidoine-Apollinaire décrit linauguration, Eucherius l'aurait commencé et Patiens l'aurait terminé et consacré.
La légende s'est attachée à défigurer cet évé que d'une physionomie si nette. L'histoire de sainte Consortia, qui était employée à soutenir la fable d'un Eucher II sur le siège de Lyon, est une ineptie dont Tillemont a débarrassé l'histoire ecclésiasti que *. Joseph Antelmi a composé une dissertation pleine de recherches et décisive contre le dédoublement d'Eucher 5, Les ouvrages de saint Eucher sont :
——Á
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5. La Passio martyrum Agaunensium dont nous parlerons bientôt (voir Diclionn., au mot MAURICE) a été attribuée par les uns à Eucherius, retirée par les autres, Il semble que l'attribution ait aujour d'hui de bons arguments à faire valoir, peut-être Eucherius n'a-t-il fait que de simp les retouches.
7. Une lettre Ad Faustum seu Faustinum de situ Judæ urbis que Hierosolymilanz (omise dans le P. L.) ét une Ezrhorlatio ad monachos duplex, P. L., t. L, col, 865-868, sont également douteuses.
9. Abrégé des Institutiones et des Collationes de | Trav aux. — Jos. Antelmius, Asserlio pro unico | Ant. Mellier, De vita et scriptis S. Eucherii, Lugdunen- | 196 ta les secundum Eucherium episcopum, dans Sitzung- | 20. Paliens. — Le successeur d'Eucherius monta sur le siége de Lyon probablement en 450. Il appartenait à une riche famille de l'aristocratie lyo ise.
| C'est sans raisons soli des qu'on a fait de lui le frère de Censurius d'Auxerre, sous prétexte que Constantius, | auteur de la Vifa sancti Germani Autissiodorensis, dans sa lettre d'envoi à Gensurius lui parle fratris vestri sancti antistitis Patientis ', mais entre évêques, le terme fraler est de style et n'indi que pas la consan| guinité mais la confraternité de rang. On ne sait rien | des circonstan ces de son élection, ce qu'on en a dit est fantaisie pure . Patiens parait avoir été un évê que très actif ; il nous est surtout connu par les lettres de sidoine-Apollinaire postérieures à l'élévation de ce dernier à l'épiscopat . M.-C. Guigne a émis l'hypothése que la basili que construite par Patiens et pour laquelle Constantius, Secundinus et Sidoine composèrent des poèmes épigraphiques, ne serait pas l'église Saint-Irénée, comme on l'admettait généralement, mais bien l'église des Saints-Apôtres, plus tard SaintNizier, Les vers suivants s'expliqueraient mieux ainsi :
La consécration en 469-471 devint l'occasion de belles fêtes qui se prolongèrent au delà de l'octave . Sidoine y assistait et Fauste de Riez y prononça une homélie qu'il est peut-être prudent de ne pas vouloir retrouver dans celles qui nous sont conservées sous son nom , Cette construction ne fut peut-être pas la seule de l'épiscopat de Patiens, à qui on a attribué sans preuves les églises Saint-Paul, Saint-Pierre-le-Vieux et Saint-Romain , Patiens entretenait de bons rapports avec le roi Chilpéric et la reine sa femme qui s'édifiaient de ses vertus et de ses austérités , Sidoine vante sa bonté, son dévouement aux humbles, la simplicité de son train de maison, son ardeur à bâtir et à décorer ou à restaurer les églises, enfin les conversions que son zèle a su obtenir parmi les Burgondes ariens . L'activité de Patiens ne se renferme pas dans sa ville épiscopale ; il intervient dans une élection épiscopale à Chalon-sur-Saône, vers 470, apaise les esprits et préside un concile provincial, Pendant ce temps, au cours d'un hiver particulièrement rigoureux, entre 472 et 475, et à l'occasion de la famine qui en résulte et ravage le sud-est et le centre de la Gaule, surtout la vallée du Rhône, l'évêque déploie toutes les ressources de sa charité : il est probable qu'il ajouta à celles de l'Église celles de son patrimoine , afin de pouvoir distribuer du blé dans toute la vallée du Rhône et celle de la Saône , Ses envois de blé et de denrées se sont étendus jusqu'à Valence, Orange, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Avignon, Riez, Arles, Aps, et même jusqu'en Auvergne , Patiens apparaît d'autre part en relations avec le roi des Wisigoths, Euric, d'une façon assez vague d'ailleurs, dans deux citations de Sidoine-Apollinaire données par de Rubys, mais qu'on ne retrouve dans aucun des manuscrits connus ni dans les éditions de Sidoine . D’après ces citations, Patiens aurait imposé des Wisigoths pour la propagation de l'hérésie arienne en Gaule , » — Entre 473 et 475, Patiens concourut à l'examen et à la condamnation des prédestinatiens, à l'occasion du prêtre Lucidus du diocèse de Riez. Son évêque Fauste, ne pouvant le convertir, pria Léonce d'Arles de réunir un concile ? qui compta trente évêques, probablement en 475. Dans ce nombre figure Patiens. — La lettre adressée par Fauste à Lucidus de la part du concile donne le nom de Patiens, sans mention du siège ce qui a fait douter que ce fut Patiens de Lyon . — Les erreurs condamnées n'ayant pas entièrement disparu, un autre concile fut réuni à Lyon peu de temps après, vers 475. Il est probable que Patiens en fut le président et y exerça une influence prépondérante. Malheureusement nous n'avons sur cette réunion qu'une mention fort brève de Fauste de Riez . — En tout cas, il est digne de remarquer que l'Église de Lyon et en particulier son évêque prirent une part active à la controverse du prédestinatianisme et à la condamnation des doctrines augustiniennes intransigeantes. On a attribué à Patiens, mais sans précision suffisante, certains ouvrages, notamment un De ecclesiasticis dogmatibus ™ et quelques sermons, dont nous parlons plus loin.
Comme il n'est question ni de la mort de Patiens ni de son successeur dans la correspondance de Sidoine-Apollinaire, on peut penser qu'il ne disparut qu'après l’évêque de Clermont, entre 483 et 494, sans doute peu avant 494 ? !, Il aurait ainsi occupé dignement le siège de Lyon pendant une trentaine d'années. = IL fut enterré à Saint-Just ! ? et le martyrologe hiéronymien, le
Vers 475. — Le cinquième concile assemblé à Lyon condamne de nouveau les erreurs du prêtre Lucidus. Fauste de Riez y corrige un de ses ouvrages. Patiens présente au concile l'ouvrage intitulé Dogmata ecclesiastica, par Gennade ( ?). Les actes du concile r] eak mm uc XR Le pe nr —
t. m p. 791-797 ; L. S. Tatu, S. Patient, évêque de | A. Goville, Recherches sur l'histoire de Lyon du Ve Une lettre du pape Gélase Ier, Rusticus fut enterré dans l'église des Saints-Apôtres (ou Saint-Nizier) ; l'épitaphe nous apprend le jour et l'année de sa mort, 25 avril 501. Le jour est indiqué aussi dans le martyrologe hiéronymien.
Voici l'épitaphe, dont nous avons donné déjà la traduction :
Cum tua, Rustice, recubent hie membra :, sacerdos fama peregrini ridet opus tumuli ?, acta que cæruleis* insullat vita latebris nigra superfusi nec timet antra soli.
Astra fovent * animam, corpus natura recepit hoc quo que mors vellet non licuisse sibi, Deni que parato sociatur gloria celo et meriti palmam lux comitatur amans.
Mira igitur res el per devia mundi quesitas celi promeruisse vias : fascibus emeritis el summo funclus honore elerni secum premia iuris habet.
Miti legiferum moderatus corde tribunal prebuit ingenio fortia tela duci”.
Lubrica sed curis hominum iam secla relinquens. suscepit sacri serta ministerii [une brisure du marbre a enlevé la suite ; en marge on lit :] dr Obiit VII kal. maias Abieno consule. de saint Viventiole, évêque de Lyon, dans Bulletin hisavec Ennodius de Pavie (nr, 17) avec saint Avit de Vienne (26, cf. 28-58) et Ruficius de Limoges, mais on n'a que les lettres qui lui furent adressées, les siennes sont perdues. Il fut enterré à Saint-Just, mais son épitaphe ne nous a pas été conservée. Son anniversaire figure au martyrologe hiéronymien, le Le prétendu colloque de Lyon, en l'an 500, se serait DORE RASSE EROR ms ms Sea a YER - p. 335-341, 471-472, a mis en pleine lumière le faux document forgé par J. Vignier ; cf. U. Chevalier, Œuvres complètes de saint Avit, in-8°, Lyon, 1890, p. 157-158 ; Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. rn, p. 951-955.
[*Veranus. — On s'étonne de rencontrer ce personnage parmi les évêques de Lyon, dans l'ouvrage de M. J.-B. Martin ! Le Veranus en question est un des deux fils d'Eucherius, qui lui dédia son Liber spiritualis intellegentiæ. Il assista au concile d'Orange, en 441, aux côtés d'Eucherius, et signa en qualité de diacre de Lyon. Quant il écrivit au pape Léon, en 451, avec l'évêque de Grenoble - et son frère Salonius, évêque de Genève, il était déjà à la tête du diocèse de Vence. Il est question de lui dans la correspondance du pape Hilaire, jusqu'en 465 ; il assista au concile d'Arles, en 471 ou 475, et à la rétractation de Lucidus. Une lettre de Sidoine-Apollinaire à Salonius de Genève (Epist., l. VII, ep. xv) fait allusion à deux frères, qui sont certainement les fils d'Eucherius.
Quant à faire de Veranus un évêque de Lyon, soit opinion abandonnée. La double source de cette erreur vient d'un passage altéré de la vie de saint Avit :
Hic venerabilem abbatem monachorum Veranum episcopum Lugdunensibus dedil, et d'une bulle d'indulgence concédée par Guillaume de Sure, le 20 août Oyand ou Condat et écolâtre ; il entretenait des relations avec saint Avit, évêque de Vienne (Epist. XIX, LIX, LXVI, LXIX) qui le désigna aux suffrages du clergé et du peuple de Lyon, vers 514. La Vila primorum abbatum Agaunensium (du vi* siècle) fait mention de lui.
Avant de dire que Viventiolus fut un évêque aimé et respecté de son peuple, il faut rappeler qu'il était puriste. Il avait reproché à saint Avit un barbarisme dans un sermon préché à Lyon pour la dédicace d'une église, et Avitus répondit Viventiolo rhelori ; il s'agissait d'une erreur commise sur la quantité de potitur. L'évêque de Vienne se défend : il discute les licences poétiques de Virgile et s'en remet au LYON O. Delarc, t. rz, p. 233-236 ; Binding, Burgundische au | de Lyon. Inscr. antiq., | l'évêque était enterré dans le même tombeau 202 | témoignage des anciens orateurs dont Viventiole — | alors moine à Condat — transmet les bonnes traditions à ses élèves. C'est un exemple à recueillir de la transmission des lettres classiques, dans les monastères.
Le 10 juin 517, Viventiole de Lyon écrit à ses suffragants et à ses clercs pour les engager à assister au concile d'Épaone. Cf. Albi, ms. 2, fol. 48 ; Toulouse, ms. 364, fol. 29 ; Hardouin, Acta, t. m, col. 1064 ; Coleti, Concilia, t. v, col. 709-710 ; Mansi, Cone. ampliss. coll, t. wn col. 556-577 ; F. Maassen, Viventiole réunit et présida à Lyon un concile, le sixième, entre 517 et 523, vraisemblablement en 518. On y jeta l'excommunication sur Étienne, préposé au fisc royal, coupable d'avoir épousé Palladia, sa belle-sœur ; on promulgua des canons disciplinaires.
| Les signatures nous font connaître les Pères présents à cette assemblée, qui sont : Viventiole de Lyon, Julien de Carpentras, Silvestre de Chalon, Apollinaire de Valence, Victorien de Grenoble, Claude de | Besançon, Grégoire de Langres, Maxime de Genève, | lieu du concile lequel est certainement Lyon ; Dela
L'épitaphe de Viventiole a été lue à Saint-Nizier, en 1308, mais le texte ainsi conservé au Procès-verbal est fort altéré ; toutefois, il en résulte que que son frère, lui aussi antistes summus (ÉEtienne ?). L'épitaphe : « ir polens merilis nosler que sacerdus —n hoc ia cet Vivenciolus tumulo. eor organi, preco verbi, decus fratrum, meclesiæ el populis speculum fuil. zullum linquens quem non offiOii gradum promoverit divinum fulit que de mundo (deux lignes illisibles) r ugduni inler sanctorum festa sit libi mí isle festus celeberrimus que dies. orobala duorum fratrum requiescunt corpora pnlíestes summi, pares meritis coheredes que Chrisli, paslor bone omnium diadema episcoporum ' »Énnue precibus nosiris invocatus que mermento.
Le marbre brisé du tombeau n'avait épargné que la date du jour du décès :
III idus iulii.
L'année avait disparu : 523 ou 524. Le 12 juillet est, en effet, l'anniversaire de Viventiole dans le martyrologe hiéronymien.
concile d'Orléans, tenu le 28 octobre 549. Le 15° canon défend, sous peine d'anathème, de toucher aux revenus de l'hôpital établi à Lyon par le roi Childebert Ier et la reine Ultrogothe, sa femme. Cf. Surius, Concilia, t. 11, 652, 653 ; Binius, Concilia, t. 1t, 515, 516 ; Sir- | Collectio regia, t. xx, col. 639-640 ; 644 : Labbe, Conci- Grand-Hôtel-Dieu, in-8°, Lyon, 1876 : Maassen, Cone.
Sacerdos se rendit à Paris pour assister à un autre concile, en septembre 552 ; on y déposa Saffaracus, évêque de Paris comme nous l'apprend Grégoire de
JEVS HICCLAV SVSLAVDIBVSAMPLATEN]
ARTOSFASCESFORTIACORDALEVANT |
\QRACVMYESINTINCLITAGE STAMANENT à NV \TIRIHVCSORTESVPREMA | eseqwo ONI Sacerdos mourut à Paris, le 11 septembre 552.
. Quelques fragments de cette épitaphe furent retrouvés à Saint-Nizier en 1883 ; le texte (fig. 7287) est complété au moyen du procès-verbal de 1308 : Nomine, mente, fide, meritis, pietate Sacerdos officio, cultu, precio, corde, gradu dogmate, consilio, sensu, probitate, vigore, slemate, censura, religione cluens, gaudia cunctorum rapiens, lamenta relinquens arcobus hic clausus laudibus ampla tenens palricium que decus erexit culmine morum sic partos fas ces fortia corda levant magnum nam que bonum celesti munire perstat corpora cum desint inclita gesta manent pignoris annixus latiri kuc sorte suprema sanguine quos vila sumire iuncrit amor cuius quanta viri mundo sapientia fulsit venturi sæcli gloria lestis erit qui vixit in amore et temore Di annis lxo obiil m id. sept [xi] p.c. iustini piri clarissimi consolis indic- [ione prima 205 La forme des lettres permet de supposer que cette épitaphe et les autres qui furent transcrites en 1308 avaient été gravées de nouveau, lors des réparations importantes entreprises par l'archevêque Leidrade à Saint-Nizier.
Grâce à cette épitaphe et à Grégoire de Tours, nous n'avons pas trop à regretter l'absence d'une biographie de Sacerdos, car on ne peut donner ce nom à une notice rédigée au xvir* siècle par Étienne du Vernay pour prendre place dans le Bréviaire lyonnais. Cependant il a dû exister une vie de saint Sacerdos. Dans une information sur les reliques de saint Ennemond, faite sur l'ordre de l'archevé que Pierre de Savoie, à la date du 13 juillet 1309, on trouve citée, comme figurant un librum antiquissimum a sanctis patribus ordinatum, une Vita S. Sacerdotis dont il est donné quelques lignes 1, Sacerdos était d'origine noble, né en 487. Il était oncle de son successeur Nicetius, lui-méme fils de Florentinus, qui faillit étre évé que de Genéve, et d'Artemia ; mais on ne sait si Sacerdos était frére de Florentinus ou d'Artemia. D'un disti que de son épitaphe, on a pu conclure que Sacerdos avait été marié et père d'un fils auprès duquel il vint reposer dans l'église des Apôtres 2.
Le début de son épiscopat ne saurait étre précisé ; il se place aprés 538. Nous avons dit qu'il présida le concile d'Orléans en 549, où il fut question de la fondation de l'hópital de Lyon . C'est à Sacerdos que les martyrologes lyonnais attribuent la premiére érection de l'église Saint-Paul‘. La forme la plus récente du catalogue épiscopal y ajoute Sainte-Eulalie, dépendant d'un monastère de femmes . On a | trouvé la trace de ces édifi ces dans le Rapport de l'évé que Leidrade à Charlemagne, il y est question de Saint-Paul dont la toiture fut refaite et de SainteEulalie devenue Saint-Georges. Il est probable que Sacerdos a, sinon fondé, du moins construit en grande partie le monastère de Saint-Pierre. A cette construction se rapportent les deux fragments conservés de la Vila S. Sacerdotis. La construction fut achevée en un seul automne ê.
La rédaction des Acta sanctorum a eu la main malheureuse lorsqu'elle a touché à l'évé que Sacerdos. Heureusement qu'il nous reste un récit de Grégoire de Tours concernant la mort de l'évê que. Childebert avait convoqué à Paris un concile pour régler la situation du siège épiscopal de cette ville dont le titulaire, Saffaracus, avait été déposé et enfermé dans un monastère. Vingt-sept évêques assistaient à ce concile auquel se rendit Sacerdos de Lyon qui, à peine arrivé, tomba malade et ne put ni prendre part aux réunions, ni signer les actes. Il mourut peu après que les évê que se furent dispersés. du malade, Sacerdos lui dit : « Roi trés pieux, tu sais. bien que dans toutes les circonstan ces nécessaires, je t'ai suivi fidèlement et j'ai exécuté tes ordres avec scrupule. Maintenant que mes derniers moments arrivent, je t'en prie, pour que tu me laisses pas sortir de ce monde avec chagrin, fais droit, de bonne grâce à la requête suppliante que je t'adresse. » Le roi répondit : « Demande et tu obtiendras ce que tu désires. — Je t'en conjure, reprit Sacerdos, que le
LYON
206 prêtre Nicetius, mon neveu, soit fait évê que de Lyon à ma place. C'est, en effet, comme j'en témoigne, un homme d'une indiscutable chasteté, tout dévoué aux églises, généreux dans ses aumónes. Tout ce qui convient aux serviteurs de Dieu, il le professe dans ses paro les et dans ses actes. — Que la volonté de Dieu soit faite », dit le roi”. » On s'est demandé la date de la mort de Sacerdos. L'épitaphe de saint Nicetius nous apprend qu'il mourut le 3 avril 573, et Grégoire de Tours nous avertit qu'il se trouvait alors àgé de 60 ans et dans la vingt-deuxiéme année de son épiscopat, ce qui fait reporter la date de la mort de Sacerdos à 551. Mais les indications chronologiques de l'épitaphe de Sacerdos ne peuvent s'accorder qu'avec la douzième année du post-consulat de Justin, soit 552. On a été généralement d'avis que le chiffre de l'inscription devait faire loi et que l'erreur d'une unité pouvait étre libéralement imputée à Grégoire de Tours. C'est donc en 992 que mourut Sacerdos de Lyon, à l’âge de 65 ans. La date du jour est fixée par l'inscription au 11 septembre. Le martyrologe de Lyon l'a inscrit au 12 septembre. Le corps fut ramené de Paris et enterré dans l'église de Saint-Nizier (des Apótres).
XLI. L'ÉPISCOPAT DE SAINT NIZIER. — Vettius Epagathus, un des martyrs de l'an 177, que Rufin d'Aquilée qualifie de nobilissimus inter suos $, était la souche des Leocadii, famille illustre de la Gaule dont un des membres, le sénateur Leocadius, offrit sa maison à Bourges, pour y établir la premiere église chrétienne de la ville *. Une Leocadia avait épousé le sénateur Georgius, elle fut mére de Florentius et de Gallus et gran d'mère de l'historien Grégoire de Tours !^, Ces Lyonnais s'étaient donc un peu détachés de Lyon, et s'étaient établis en Aquitaine. La mére de Grégoire faisait partie de l'aristocratie romaine du pays burgonde ; elle était niéce de Nicetius ou Nizier, évé que de Lyon. i Sur saint Nizier nous sommes assez peu instruits et nous ne possédons qu'une épitaphe et une vie anonyme ; tout le reste nous vient de Grégoire de Tours, qui écrivit sa vie pour consigner ce qu'avait omis un premier biographe anonyme dont il n'était pas satisfait 11,
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tainement ancienne, mais on peut douter que ces louanges aient été composées immédiatement aprés la mort de saint Nizier, sous l'épiscopat de Priscus qui prit le contre-pied de ce qui s'était fait sous son prédécesseur ; on croirait plutót que ce fut sous l'épiscopat d'Aetherius que cette épitaphe fut rédigée.
Nicetius n'était pas d'ailleurs réduit à ces quelques lignes élogieuses ; il exista de bonne heure un récit de sa vie, mais ce récit n'avait pas le bonheur de plaire à la famille de l'évé que de Lyon qui le trouvait trop peu élogieux avoue Grégoire de Tours : libellus nobiscum, nescio quo compositus, qui multas quidem viriutes ejus pandit, non tamen vel exordium nalivitatis conversionis que ejus vel seriem viriutum declarat. ad liquidum !. Cette biographie anonyme est parvenue jusqu'à nous et le texte a été publié plusieurs fois * ; elle ést ancienne, l'auteur écrit à la demande d'Aetherius, évê que de Lyon, de qui l'épiscopat n'a pas dû commencer avant la fin du mois de juin 586 et, par conséquent, la vie anonyme ne doit pas être plus ancienne que cette date.
La famille reprochait à cette biographie anonyme de n'avoir rien dit des origines et de la conversion de Nicetius ; on ne liten effet qu'une vague mention de la piété du saint dans son enfance et de son ordination par l'évê que de Chalon-sur-Saône, Agricola. Grégoire, qui ne prétend pas refaire, mais compléter, s'attarde au récit des antécédents et de la jeunesse de son grand-oncle ; trouvant que la vie a été racontée | de manière suffisante, il n'y revient pas, mais il | accorde une place considérable aux mirac les dont l'anonyme n'a pres que rien dit. L'ouvrage de Grégoire est moins une Vita que des Miracula de Nizier ; l'auteur a certainement formé le projet de compléter les lacunes de l'anonyme. Nous venons de voir que la Vifa de l'anonyme n'avait pu étre écrite avant le mois de juin 586 ; or la chronologie des écrits de Grégoire de Tours conduit à placer la vie de saint Nizier entre 585 et la fin de 587* ; mais il faut attendre juin 586, c'est donc entre cette date et la fin de 587 que Grégoire écrivit la vie de son grand-oncle.
Outre cette biographie, Grégoire a pris plaisir à rappeler la mémoire de l'évé que Nizier dans plusieurs de ses ouvrages, notamment dans le De gloria confessorum . La notice qu'il y consacre à Nizier dut être pres que entièrement rédigée avant la biographie dont nous venons de parler. La biographie n'est pas citée ni mentionnée dans la notice, ce qui ne pouvait manquer de venir dans le passage suivant : cujus elymo- | Nicetius était fils de Florentinus qui, probablement, habitait Genève où il faillit être élu évê que . La grossesse de sa femme l'en empécha. L'enfant fut destiné à l'Église, sans qu'on voie rien qui l'achemine dés lors vers celle de Lyon.
Aprés la mort de son pére, Florentinus, il continue à vivre in domo paterna, probablement à Genéve et déjà élevé au rang de clerc . Dès son enfance, saint Martin l'avait miraculeusement guéri d'un mal à la face, pustula mala, dont il garda toute sa vie une cicatrice . Agricola, évê que de Chalon-sur-Saône, lui conféra la prêtrise à l’âge de trente ans , ce qui n'introduisit aucun changement dans sa maniére de vivre. Nicetius vivait auprès de sa mère, édifiant tout le monde, et apprenant les rudiments de l'instruction - aux enfants des serviteurs ! ?, Parmi ses jeunes élèves il compta alors son petit-neveu, Grégoire, âgé de huit ans environ, ce qui permet de placer l'ordination de Nizier un peu avant 546 et sa naissance, également, un peu avant 516. Nizier était fort vigilant sur luiméme, quand il prenait le petit Grégoire sur ses genoux il ramenait son vétement afin qu'il n'y eut pas attouchement 11, Sur ces entrefaites, l’évê que de Lyon, Sacerdos, âgé de soixante-cinq ans, vint prendre part au concile qui jugea l'évê que de Paris, Saffaracus. Peu de | jours aprés il tomba malade et, se sentant frappé à mort, demanda au roi Childebert une grâce qui lui fut accordée d'avance : la succession du siège de Lyon, pour son neveu Micetius !. L'épitaphe de l'évé que Sacerdos nous apprend qu'il mourut le 11 septembre 552. Ce fut donc à peu de jours de là que Nizier fut fait évé que de Lyon par Childebert.
A cette date, Grégoire de Tours avait quinze ans ; il vivait dans l'entourage deson grand-oncle et l'admirait sans réserve. Avant de faire partie de son entourage, il le visita deux fois : une première fois, il profita du voyage de Clermont à Lyon pour pousser une pointe jusqu'à Vienne et vénérer le tombeau de saint Ferréol ; une deuxième fois il visita en pélerin tous les loca sancla de Lyon ?. Ces deux visites prennent place au début de l'épiscopat de Nizier, entre 552 et 563, et Grégoire en a conservé un souvenir tout particulier, comme d'une sorte d'initiation. Grégoire se fixa à Lyon, prés de son gran d'oncle, auprés duquel il remplissait, nous dit-il, l'office de diacre ; il y a tout lieu de penser que ce fut cet oncle qui lui donna l'ordination sacerdotale. Le temps passé ainsi auprés de Nizier fut utilement employé, et nous a valu des détails moins vagues que ceux dont l'épitaphe du saint évê que est remplie et ccmme boursoufllée. A l'entendre, Nizier était bon, indulgent, intelligent, bienveillant pour ses serviteurs, patient, doux, digne de vénération, capable, zélé pour les pauvres, dévoué aux humb les, le premier et le plus ardent pour les chants d'église, soucieux d'éviter les querel les du monde, préoccupé seulement de l'œuvre de Dieu, vigilant, sobre, chaste, dédaigneux des vains procès et des vaines coléres, simple pour le monde, sage aux yeux de Dieu, sachant par sa parole contraindre les puissants, se détournant des conflits de ce monde pour ne regarder que vers le ciel, d'une piété sereine.
L'anonyme et Grégoire de Tours nous en disent plus. Grégoire signale la sainteté, la chasteté, la charité de son parent :il nous apprend que Nizier était robuste 15, trés actif, strenuus in labore !, il donnait l'exemple à son clergé : de trés bon matin, on le voit 209. à l'office du chœur, le premier de tous, prêt à entonner les chants liturgiques. Ni jour, ni nuit on ne pou— yait le détourner de l'assistance aux cérémonies, et — s'il était retenu par une circonstance importante ou T imprévue, il continuait en lui-même les prières !. Ce n'était pas seulement la psalmodie qui le captivait, il montrait une attention vigilante à l'administration de son domaine épiscopal, à la surveillance des constructions *. Son zéle n'était pas moins ardent pour la prati que de l'hospitalité ; il se relevait la nuit pour. s'occuper de ses hôtes et prenait à cœur de leur laver mot GERMAIN-DES-PRÉS) et aux funérail les du roi. les pieds lui-même.
Le tempérament était vif, et il ne faut pas s'interdire de relever des indices qui nous changent un peu des descriptions hagiographiques, où nous ne voyons guère que des hommes toujours compassés, réfléchis. Nizier, dans certain procès, s'efforce de devancer son rival le comte Armentarius ; dans un cas de possession diabolique, il prend une décision soudaine ; dans une affaire de médisance, il reprend avec colère un prêtre plus disert que charitable . Grégoire paraît insinuer que Nizier était prompt à infliger les châtiments 5 ; mais le fonds de bonté que renfermait sa nature reprenait bien vite la maîtrise de sa conduite, il se laissait désarmer par un repentir sincère et se plaisait à provoquer la réconciliation. Ce devait être d'ailleurs un homme très pratique. Grégoire vante son habileté à faire valoir son domaine et l'anonyme lui accorde la simplicité de la colombe et la prudence du serpent . Le caractère vif et même violent de l'évêque Nizier, son administration sans doute fort intéressée expliquent la réaction qui éclata contre lui après l'élection de son successeur Priscus, que Grégoire n'a guère ménagé’.
Vers le 25 décembre 558, Nicetius se trouve à Paris où il assiste au IIIe concile tenu dans cette ville, à l’occasion de la dédicace de l'église dédiée à Sainte-Croix et à Saint-Vincent (voir Dictionn., t. vr, au Childebert Ier, mort le 23 décembre. Cf. Gislemar, Vita sancti Doctrovei abbatis, n.. 13, dans Acta sanct., En 570, un concile — le septième, communément appelé le deuxième — se réunit à Lyon et édicta des canons disciplinaires, en outre on priva de leurs sièges les évêques Salonius d'Embrun et Sagittarius de Gap. Assistaient et soucrivirent au concile : Philippe de Vienne, Nicetius de Lyon, Agricola de Chalon-sur-Saône, Vincent de Belley, Syagrius d'Autun, Eoladius de Nevers, Salonius de Genève, Chelidonius de Mâcon ; les prêtres Valesius, au nom de Syagrius de Grenoble ; Vincent, au nom de Lucretius de Die ; Eusébe, au nom de Victor de Trois-Châteaux ; Piolus, au nom de Tetricus de Langres ; Césaire, au nom de Tétradius de Besançon ; le diacre Abstenius, au nom de
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210 Nizier paraît avoir beaucoup fait à Lyon, où il était entouré d'un collège nombreux de prêtres et de diacres. Nous connaissons les prêtres Basilius ! ?^, Catafronius et Eustasius ! !, Aetherius, qui fut élu à la mort de Nizier, puis écarté par le roi Gontran, et ne devint évêque qu'à la mort de Priscus ! ; parmi les diacres Grégoire de Tours, Sagittarius et Salonius . Ces deux derniers avaient été instruits et ordonnés diacres par Nizier, ce qui ne fait pas grand honneur à la perspicacité de l'évêque, puis que tous les deux, devenus évêques à leur tour, donnèrent l'exemple des pires scandales. Grégoire énumère trop brièvement les travaux de Nizier ^ : il éléva des églises, et on peut penser, en effet, qu'il fit faire des travaux dans l'église où il fut enseveli. Il fit construire des maisons, et Grégoire parle en particulier de travaux à la maison épiscopale, travaux sans doute d'agrandissement et de surélévation !^, Hors de la ville, il fit mettre en culture les terres épiscopales, semer les champs, planter des vignes !. Il devait s'intéresser vivement à ces travaux agricoles, car le biographe anonyme se plaît à nous dire que l'évêque savait, par des prières, écarter la sécheresse, ramener la pluie et sauver les récoltes 17, Le même auteur, nous le représente à deux reprises en tournée, et, d'après son récit, ces tournées paraissent bien des tournées de propriétaire : il nous le montre à Musternacum in agro sancte Ecclesiæ Lugdunensis, par conséquent dans la campagne cultivée aux environs de Dijon, et ailleurs, il nous parle également de Nizier partant pour visiter les domaines de Provence, Prædia in partibus Provinciæ visitaturus ™.
Très occupé de son église et de ses affaires, Nizier ne paraît pas avoir joué un grand rôle extérieur. S'il en eût été autrement, Grégoire de Tours n'eût pas manqué de nous le dire. Dans deux circonstances seulement, nous le trouvons mêlé à deux affaires extérieures au diocèse. Ses deux disciples, Salonius, évêque d'Embrun et Sagittarius, évêque de Gap, s'étaient livrés à toute sorte d'excès ; ils avaient, en particulier, envahi l'église de Saint-Paul-Trois-Châteaux un jour de fête, à main armée, déchiré les vêtements sacrés, frappé le clergé, enlevé les vases et ornements sacrés préparés pour la fête. Le fait ayant été dénoncé au roi Gontran, celui-ci ordonna la tenue d'un synode à Lyon. L'évêque Nizier dut y prendre une part importante et souscrivit l'acte du concile qui a été conservé (mai 583). Cet acte se divise en dix articles qui traitent de l'union des Églises, du jugement des évêques par les métropolitains et les évêques comprovinciaux, des testaments et donations faits par les membres du clergé, de l'excommunication, de la révocation par les évêques des dons et largesses de leurs prédécesseurs, de la célébration des litanies dans la première semaine de novembre !*. D'autre part, d'après Grégoire, l'affaire de Salonius et de Sagittarius fut jugée, et il fut prononcé que les deux coupables devaient être privés de la dignité épiscopale ™.
En second lieu, Nizier dans les dernières années de son pontificat, se trouva mêlé indirectement aux difficultés qui troublaient l'évêché de Langres. L'évêque Tetricus ayant été frappé d'apoplexie, le clergé réclama son remplacement ; ce fut Mundericus qui fut ordonné évêque, mais qui, en attendant la mort de Tetricus, s'établit dans le castrum de Tonnerre avec le titre d'archiprêtre. Ce Mundericus fut accusé d'avoir prêté aide et fourni des vivres au roi Sigebert contre le roi Gontran. Aussi fut-il chassé et enfermé dans une tour sur la rive du Rhône. L'évêque de Lyon, Nizier ; intercéda pour lui et, au bout de deux ans, le prisonnier fut relâché et vint s'établir à Lyon ; il est probable qu'il appartenait au clergé de cette ville. Cependant Tetricus étant mort, sur l'indication du frère de Grégoire de Tours, leur parent Silvestre fut fait évêque, C'était sans doute aussi, un parent et un disciple de Nizier. Le nouvel évêque vint à Lyon pour se faire consacrer ; mais là il fut pris d'épilepsie et mourut. Un diacre qui avait maille à partir avec Pierre, le frère de Grégoire, persuada au fils de Silvestre que ce Pierre était l'auteur de cette mort imprévue. Pour se disculper, Pierre fit appel à son grand-oncle Nizier, L'évêque tint un placitum à Lyon même, auquel assistaient Syagrius, évêque d'Autun et d'autres évêques, ainsi que les grands laïques, cum seculorum principibus. Pierre se disculpa publiquement. C'était en 572 ; deux ans après il était assassiné par son ennemi dans un guet-apens !.
L'évêque Nicetius fut enseveli dans l'église dédiée aux Saints-Apôtres et qui, bientôt, fut appelée de son nom. Son épitaphe fut retrouvée en 1308 ; la voici d'après le procès-verbal :
Ecce sacerdotis tenuit qui iura sacerdus quo recubat tumulo nomine Nicecius. Urbs Lugdune, tuum rexit per tempora clerum ecclesiam que Dei cordis amore colens. - Qui que Sacerdolis factus bis prorimus eris sanguine coniunctus $, culmina, sede simul. Vir bonus, indulus cunctis famulis que benignus | quos duro laesit] verbere quis que suo. Mansuelus, patiens, milis, venerabilis, aptus, pauperibus promptus, simplicibus que pius. Psallere precipue normam que tenere canendi primus et alterutrum tendere voce chorum. Noxia temnendi 9 pitans discrimina mundi in que Dei solum vivere novif ™ opus. Sic pigil ** ac sobrius, sic castus carnis ubi que quo nichil in clero dulcius esse polest. Causarum sprevit strepitus vanos que furores el simpler mundo sed sapiens Domino iura pofestatum verbi terrore cohercens iurgia despiciens suspiciens que Deum, sic ereclo simul milis # pietate serenus transiit innocuus, regna superna tenet.
Huic “, iam prima patet calcatis pores( ?) dimittis iam paradisiacas # possidet aplus opes. Obiit II1I non, aprilis... XXXIII ? p. c. lustini [et irdic. sext. savants, 1770, p. 316 ; Surius, Vile sanctorum, 1618, t. rv, p. 21-25 ; J.-B. Vanel, Saint Nizier, dans Revue du Lyonnais, ‘août 1899.
XLII. L'ÉPISCOPAT DE Priscus. — Dès que l'évêque Nicetius fut mort, on dut se conformer à la loi en vigueur et donner lecture publique de son testament sur le forum de Lyon. Ainsi qu'il arrive à la plupart de ceux qui ont exercé une autorité, son souvenir le défendit mal des rancunes, et un prêtre de la basilique des Saints-Apôtres s'éleva avec vivacité contre une des dispositions du testament qui, contrairement à l'usage, déshéritait la basilique choisie comme lieu de sépulture !. Ce faisant, le prêtre en question devait répondre aux sentiments d'hommes importants ! à qui le personnage de Nicetius était antipathique et que son souvenir importunait. Tout hommage rendu à sa mémoire les indisposait à ce point, qu'ils firent molester le jeune garçon miraculeusement guéri lors des funérailles du saint évêque, et qui exprimait trop assidûment et trop longuement sa reconnaissance au tombeau du saint +.
La réaction contre l'évêque défunt était assez violente pour que le choix de son successeur Aetherius par l'élection du peuple ! fût contrariée par le roi Gontran, qui donna le siège de Lyon à Priscus qui avait, à la Cour, rang de domesticus. Quand viendra, pour Priscus, l'heure des éloges officiels et qu'on composera son épitaphe, celle-ci nous dira qu'il était de race noble et possédait de belles qualités : générosité, intelligence, jugement, sens des affaires et véritable juge de paix, mais il n'est nulle part question dans la partie conservée des textes de la piété et du zèle pastoral de ce personnage. Grégoire de Tours le jugeait sévèrement *, et disait que Priscus s'était emparé de l'Église de Lyon avec sa femme, son fils et toute sa famille. Les accusations qu'il porte sont d'une gravité extrême. Priscus et sa femme Suzanne, nous dit-il, persécutèrent et même firent mettre à mort plusieurs de ceux qui avaient eu la confiance du précédent évêque, sans aucun grief, si ce n'est leur fidélité à Nizier. Tous deux blasphémaient contre le saint personnage. Depuis longtemps, la demeure épiscopale avait été interdite aux femmes ; Suzanne et ses servantes ne se gênèrent pas pour pénétrer jusque dans la chambre où avait habité saint Nizier. Grégoire de Tours était homme du VIe et disposé à croire — que saint Nizier, son grand-oncle, exerçait du haut du ciel d'impitoyables vengeances. Suzanne fut possédée du démon, Priscus eut des accès de fièvre qui le laissèrent hébété ; ainsi des autres. On peut résister à croire ces historiettes, mais il faut se rappeler que les contemporains y croyaient : un diacre jadis puni par Nizier, monte sur un toit, tombe et se tue ; un prêtre se dérobe à ce que Nizier réclame de lui, il tombe malade et meurt ; un clerc fait de la chape du saint un couvre-pieds, il tombe dans le feu et brûle ses pieds !.
Priscus, en succédant à Nicetius, s'inspira d'une conception différente dans le gouvernement du diocèse ; c'est ce qui lui a attiré les sévérités de Grégoire de Tours ©.
Le 11 septembre 573, il assiste au quatrième concile de Paris, où on prend parti pour Pappolus, évêque de Chartres, contre Promotus constitué évêque de Chàleaudun. Priscus souscrit le troisième, après les évêques de Vienne et d'Arles à la lettre du concile qui blâme Egidius, évêque de Reims, d'avoir consacré Promotus et à celle adressée au roi Sigebert pour le prier de protéger Promotus. Cf. Sirmond, Cone. GalEn 575, huitième concile tenu à Lyon, dans lequel le diacre Pierre accusé du meurtre de Silvestre, évêque élu de Langres, se justifie devant un grand nombre d'évêques et de seigneurs. Cf. Grégoire de Tours, Histor. France, l. V, c. v ; La Barre, Hist. christ. » Le neuvième concile tenu à Lyon, en 581, aborda la querelle soulevée entre le roi Gontran et le comte d'Auxerre, Mummolus. Cf. Grégoire de Tours, Hist.
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| regia, t. xut, col. 62 ; Labbe, Concilia, t. v, col. 971 ;
Le 22 juin 585, Priscus assiste à un concile tenu à Valence : il y souscrit le deuxième, à la suite de | Sirmond, Conc. Galliæ, t. 1, col, 381-389 ; Sirmond, L'épitaphe de Priscus, retrouvée en 1308, à SaintNizier, est assez mal en point :
Quis nescii cuius hoc sit lam sublime sepulcrum (un vers illisible). l Hoc tumulata loco Prisci pia membra recumbunt qui retenil ! merito sidera celsa suo ?
Progenie clarus, felix, generosus, opimus, mentis et arbitrio iuslicia que polens.
Indulsit prudens mixto moderamine causis iurgia componens more sereniferi, Concomis el dignus regis que domesticus el sic promeruit summo mente placere Deo.
Hinc sibi Lugdunum celsa sacerdotis ad usum (plusieurs vers illisib les).
Edibus ad celum terris migravit abymis. iunii mensis cultus honore pio.
Le dernier disti que donne le jour du décès (idibus iunii), qui arriva au plus tôt en 566.
XLIII. DE L'ÉPISCOPAT D'AETHERIUS A CELUI DE LEIDRADE, — Après treize années d'un gouvernement d'où la modestie et l'économie semblent avoir été bannies, on peut croire que l'Église de Lyon ne conservait plus beaucoup d'illusions sur Priscus et appelait de ses vœux son successeur. On revint à cet Aetherius jadis désigné et puis écarté ; il fut désigné une seconde fois, accepté et prit le gouvernement de l'Église de Lyon oü il devait survivre à Grégoire de Tours. Aetherius, à peine élevé à l'épiscopat, chargea, nous l'avons vu, un de ses diocésains de composer la vie de saint. Nizier. La matiére se développait de jour oed msn mo mm iris 1 RE a
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en jour, gráce aux mirac les dont on n'avait qu'à enregistrer le récit. La poussière de son tombeau possédait des vertus merveilleuses. La tombe elle-même n'était pas moins favorisée. Un débiteur se dispose à nier sa dette en jurant sur le tombeau, il perd la vue ; le repentir survient, il recouvre la vue. Un fou moribond git prés du tombeau, on le signe au visage avec l'huile des lampes, il est instantanément guéri. Aveug les, boiteux, possédés, prisonniers défilent devant le tombeau et sont guéris, soulagés, délivrés, Mais le thaumaturge opére en province, Grégoire de Tours, trés friand de mirac les, donne la préférence à ceux qui se sont accomplis hors de Lyon, et méme fort loin de cette ville, C'est pour celte raison que les mirac les racontés par lui n'offrent que peu d'intérét pour l'histoire de Lyon. Il nous dit que le peuple venait en foule chercher des remé des au tombeau, | rappelle quelques, mirac les d'aveug les, etc., et s'évertue de son mieux à nous représenter le saint sous les traits d'un personnage tour à tour bienfaisant et vindicatif. Il n'est pas prudent d'avoir rien à démêler avec un saint tellement irascible. Nous avons dit que lors de l'ouverture du testament de Nizier, un prétre attaché à l'église des Saints-Apótres, ne s'était pas caché pour exhaler sa bile contre le saint homme ; et voici que Nizier, accompagné de deux de ses prédécesseurs, Just et Eucher, apparait à ce prêtre et lui serre la gorge à tel point qu'il pouvait à peine avaler sa salive et il demeura malade, alité pendant quatorze jours.
Nizier intervenait également à Genève, à Troyes, à Paray, à Vienne, à Petit-Presigny, à Tours, à Autun ; sa mémoire était vénérée, son intervention réclamée à cinquante lieues à la ronde, c'était un beau succès et dont les Lyonnais pouvaient s'applaudir. gisili, dans Acta sancl., mai t. v, p. 61 (au 20 mai).
En 598, le moine Augustin, envoyé de Rome en | Angleterre par le pape Grégoire Ier, s'arrête auprès | Jean Diacre, 5. Gregorii magni vila, 1. II, n. 35-36 ;
L'évé que de Lyon recut à diverses reprises des lettres de saint Grégoire le Grand, ce sont : 23 juillet 596, Grégoire recommande à Aetherius le porteur de la présente lettre qui se rend avec d'autres en AngleJuillet 599. Grégoire Ier aux évêques Syagriu d'Autun, Éthérius de Lyon, Virgile d'Arles et Didier de Vienne ; il leur demande d'extirper la simonie, de refuser l'épiscopat aux laïques indignes, de veiller à la chasteté des clercs et de tenir un concile annuel dans leurs diocèses : Caput nostrum. S. Grégoire, Re| gistrum, l. LX, ep. ccxvrrr.
Juin 601, Grégoire à Éthérius, à qui il ordonne d'assister au concile qui doit être convoqué : il demande l'envoi des anciens titres des priviléges de l'église de Lyon qui ne se trouve pas à Home oü on n'a pu trouver les gesta de saint Irénée : Epistolarum vestrarum, S. Grégoire, Registrum, 1, XI, ep. XL.
Novembre 602, Grégoire à Éthérius au sujet d'un évé que atteint d'aliénation mentale, la conduite à tenir à son égard : Quamvis triste, S. Grégoire, Regisirum, l. XIII, ep. var.
IREI EA ORN
217 Le 10 octobre 614, Aregius présida un concile — tenu à Paris, le cinquième, qui promulgua dix-sept Le martyrologe. de l'Église de Lyon n'accorde à Aregius que huit ans et six mois d'épiscopat. D'autre part, les actes du concile de Paris, réuni le 10 octohre 614, portent en téte des souscriptions, celle d'Aregius, évé que de Lyon. Si on accepte la durée de l'épiscopat donnée par le martyrologe, Aregius n'a pu devenir évé que au plus tót que vers le 10 février 607, puis que son anniversaire était célébré le 10 aoüt. Et encore faut-il supposer qu'il est mort dés le 10 aoüt, 615. Il semble nécessaire de choisir entre F « rédégaire d'une part et des documents dignes de foi, comme le martyrologe et les actes du concile de Paris.
Aregius semble avoir fait carriére de courtisan auprés de la reine Brunehaut. Dés le début de son épiscopat il prend parti contre Didier de Vienne à qui on reprochait sa culture littéraire, ses goüts pour les badinages, nugæ. Saint Grégoire Ier y trouvait à redire mais à ces peccadil les on ajouta une accusation plus grave : une femme noble l’accusa d'avoir voulu lui faire violence. Dans cette affaire, qui aboutit au concile de Chalon et à la déposition de Didier, la reine Brunehaut parait avoir été poussée par Protadius et par Aregius !, En 607, Aregius conduit une ambassade en Espagne avec Rocco et Aeborinus, comites stabuli, pour demander à Betteric, roi des Wisigoths, la main de sa fille Ermenberta pour le roi Thierry II. Ils ramenérent la princesse à Chalon oà Brunehaut empécha la consommation du mariage et fit, l'année suivante, renvoyer - la princesse en Espagne ?.
Le personnage d'Aregius parait avoir prété à de fâcheux soupçons. Il s'acharna à la perte de Didier de Vienne qui avait été rappelé d'exil et, aidé de Brunehaut, persuada Thierry II de le faire mourir. L'évé que füt lapidé, mais comme ilne mourrait pas assez vile, on l'assomma à coups de bàton. Ceci se passait sur les bords de la Chalaronne, le corps fut -| transporté in Prisciniano villa, qui devint Saint-Didier | sur-Chalaronne, et les mirac les commencèrent. Les | Lyonnais et les Viennois se disputèrent les reliques dont les Viennois s'emparérent.
Aregius apparait encore sous un jour peu flatteur dans la Vita Romarici. Voici l'anecdote : peu après la victoire remportée par Thierry II sur Théodebert II, le père de Romaric fut mis à mort et le fisc royal confisqua ses villas. Romaric vint à Metz demander justice, rencontra l'évé que Aregius dans le palatium, se jeta à ses pieds, le supplia de lui faire rendre son bien et n'en recut d'autre réponse qu'un coup de pied en pleine figure. Romaric s'enfuit dans la basili que
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218 de Saint-Martin dont il implora le secours, rentra en ville et apprit le lendemain la mort de Thierry 1I. Épouvantés par cette fin soudaine, Brunehaut et Aregius implorérent Romaric pour qu'il les fit sortir de la ville ; ils lui rendirent son patrimoine. Il ne peut s'agir ici que d'Aregius de Lyon. Les circonstan ces historiques sont suffisamment exactes. Les faits se sont passés en 613. La Vila Romarici n'est pas toujours d'accord avec la Chroni que de Frédégaire, mais c'est un texte qui parait ancien et remonte à la seconde moitié du vire siècle * ; on ne saurait le négliger.
Comme il ne man que pas de gens qui s'imaginent que tous les personnages de l'histoire ecclésiasti que sont saints, ils se sont trouvés embarrassés par les imputations mises au compte de l'évê que Aregius, qu'ils ont entrepris de laver de toutes les fautes qu'on lui attribue * ; ils eussent mieux fait d'v renoncer, et d'épargner leur temps et celui de leurs lecteurs.
Aregius s'est trouvé en rapport avec un personnage qui ne badinait pas, saint Colomban, abbé de Luxeuil (voir ce nom) qui l'entretint sur une des questions qui lui tenaient le plus à cœur, celle de la date de Pâques. Colomban avait envoyé un libellus au sanclo fratri vestro Arigio, dit-il aux évêques de la Gaule. Il s'agit donc bien d'Aregius de Lyon et non de son homonyme de Gap ; il semble que Colemban le considérait non seulement comme le métropolitain auquel devait s'adresser um abbé de Luxeuil , mais comme le principal évé que de la Gaule, il l'appelait sanctus pater *.
monasterium Sancti Justi . D'après ce texte, Aregius aurait élevé l'église Sainte-Croix et le monastère de Saint-Just. L'église Sainte-Croix n'apparait ni au siècle précédent dans Grégoire de Tours, ni deux siècles plus tard dans la lettre de Leidrade, ni dans le fragment de Bref contemporain de Leidrade. Quant à Saint-Just, qui devait encore porter le vocable des « Macchabées », Aregius y avait sans doute fait exécuter quelques travaux. Le martyrologe donne, au 10 août, ceci : Lugduni sancti Aregii episcopi et confessoris qui rexit prefatam Ecclesiam annis FLI, mense VI. Obiit nam que quinquagesimo quinto elatis sue anno . Ces détails ne se concilient pas avec la lettre 11° de Colomban '^, sans qu'on recoure à une faute de copie. On peut croire qu'Aregius n'avait que cinquante-cinq ans !. La date de sa mort se place entre le 10 août 614 et le 10 août 626. Il fut enterré à Saint-Just dans le tombeau de saint Viateur, et on le compta au nombre des saints. De Reims qui promulgua vingt-cinq canons sur la Le 15 mai 619 : Candericus assiste au concile de Paris, et il souscrit le deuxième après l'évêque de Paris au diplôme par lequel le roi Clovis II accorde tant de la liste épiscopale et auquel il faut s'arrêter | un moment. Aunemundus nous est connu par quelques sources vraiment anciennes, ce sont : a) Un diplôme de Clovis II pour le monastère de Saint-Denis, conservé en original aux Archives nationales et daté du dimanche 22 juin 654 ; la souscription la plus rapprochée de celle du roi est celle d'Aunemundus peccator consenciaens subscripsi (S. R.). C'est le seul document mérovingien qui mérite une absolue | confiance. e) L'évêque de Lyon se trouve mentionné dans plusieurs sources anglaises, c'est d'abord une Vita Wilfridi episcopi par Eddi (Eddius Stephanus), compagnon et ami du saint auprès de qui on le rencontre dès 669 ; la vie de Wilfrid a été écrite à partir de 710, c'est donc un témoignage à peu près contemporain. Wilfrid séjourna à Lyon entre 653 et 658, c'est-à-dire à ce concile que Candericus | phe Eddi lui donne le nom de, Dalfinus, c'est bien — d'Aunemundus qu'il s'agit. Cf. B. W. Wells, Eddis life of Wilfrid, dans English historical review, 1891, t. VI, p. 999. f) Béde le Vénérable, Historia ecclesiastica gentis Anglorum, 1. V, c. xix (écrite en 731) à mis à profit le récit d'Eddi qu'il tenait en haute estime comme historien. g) Il n'y a pas lieu de tenir compte des biographes postérieurs de Wilfrid, Fridegoda (x s.), Eadmer (XIIE s.j), Capgrave (x v s.), étc., qui ne firent que copier Eddi et Bède. Cf. J. Raine, The historian of the Church of York, 1879, t. 1. h) Nous pouvons comprendre ici divers documents | | du x° au xur ? siècle dont nous avons déjà parlé : le Catalogue épiscopal du 1x siècle du manuscrit d'Autun, l4 Chronique de Hugues de Flavigny, de la fin du xi siècle, le Marlyrologe de la sainte Église de Lyon et les Litanies de l'Église de Lion, avec le Catalogue du manuscrit 925 de l'université de Bologne (XII* s.). i) Procès des reliques de saint Ennemond, liasse aux arch. départem. du Rhône, fonds Saint-Pierre, contenant la déposition faite le 22 mars 1308-1309 par les dames de Saint-Pierre devant les commissaires de l'archevêque, afin de prouver leur très ancienne possession des reliques du saint contre les EEE de Saint-Nizier.
| archiepiscopi Lugdunensis, et une Vita vel passio beati Annemundi martyris Christi, un librum antiquissimum a sanctis patribus ordinatum et une Vita S. Sacerdotis, évêque de Lyon dont il ne reste que quelques lignes.
Comme se rapportant directement à saint is »à x) Passio vel vila S. Annemundi tirée d'un légendier très ancien, multum antiguo de la Tour-du-Pin, par Jean Fournier, curé de Saint-Chamond.
De toutes les sources utilisées par Chifflet c'est x), le texte du légendier de la Tour-du-Pin, qui offre les meilleures garanties ; celui du chapitre de Saint-Nizier vient ensuite. Dans ces deux textes on ne saisit aucune trace de donner raison à Saint-Pierre ou à Saint-Nizier, dans leur longue contestation, depuis le milieu du xim ? siècle, pour la possession des restes de saint Ennemond. « Au début, point d'identification tendancieuse entre Dalfinus et Aunemundus — Dalfini seu compilation moderne formée par le beati Annemundi martyris vitam, comme dit le texte de saint Nizier. Dans la suite, rien sur le lieu de sépulture du frère de l'évêque, que les autres textes (6) pour des intérêts divers, placent dans l'église des Apôtres et des Quarante-Huit-Martyrs (Saint-Nizier), nulle mention non plus du nom de Dalfinus que les textes, — issus plus récemment de Saint-Pierre, présentent à cinq reprises différentes comme le frère de l'évêque !. La sépulture du saint est attribuée à l'abbaye de Saint-Pierre, mais le plus naturellement du monde, sans ~ intention visible. Le texte de Saint-Nizier, sauf quelques modifications favorables aux prétentions de - l'Église, est conforme dans son ensemble à la version » de la Tour-du-Pin . » On peut supposer que la - rédaction originale des Acta 5. Annemundi remontait à la première moitié du 1x siècle. m) Nous avons enfin un Testament d'Aunemundus - dont la date est fixée à 655 et, en tout cas, connu — Perierus dans les Acia sanctorum, 1760, septembre diocre aloi ; Pardessus abrita la pièce dans son recueil | décidément, guère défendable après ce qu'en avait. ce qui touche les noms de personne, par des additions :
Mabillon avait fait observer que le nom véritable de l’évêque de Lyon était Aunemundus et non pas Annemundus, ce qu'il était fondé à affirmer après avoir donné un fac-similé excellent du diplôme de Clovis II dont la lecture est confirmée par les plan« ches de Letronne et de Samaran-Lauer. L'abbé Condamin , mal inspiré, signale la forme Aunemundus, comme corrompue, quoiqu'elle soit la bonne ; ailleurs il collectionne huit et même dix-sept formes de ce nom, et il omet purement et simplement la seule à retenir : Aunemundus . Il faut cependant en croire saint Ennemond en personne et lui faire crédit qu'il savait signer son nom.
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Cette forme Aunemundus s'est maintenue longtemps. On peut en suivre la trace dans de nombreux, documents. Les chartes d'Emmon, évêque de Sens, pour Sainte-Colombe et de Landri, évêque de Paris, pour Saint-Denis, fabriquées au 1x° ou au x® siècle, sont pourvues de la souscription d'Annemundus . Le plus ancien Catalogue des évêques de Lyon, celui de l'Évangéliaire d'Autun, qui date du 1x° siècle, donne comme trente-huitième évêque Aunemurndus, qui équivaut à Aunemundus ; et c'est la même forme qu'on retrouve dans le catalogue épiscopal de Hugues de Flavigny, qui est de la fin du xi siècle, le xime siécle nous fournit encore de nombreux exemples d'Aunemundus : au début, une copie de la célèbre lettre de Leidrade à Charlemagne — le document original, conservé aux Archives du Rhóne, donnée nettement Aun... — Dans la première moitié du x1iuie siècle, le manuscrit de Bologne avec le Catalogue, le Marlyrologe et les Litanies, donne partout Aun... ; au milieu du siècle, des actes émanés, le premier de l'official et daté du 1r mars 1251 porte Aun..., les suivants de l'abbesse de Saint-Pierre et datés de l'année 1255 donnent Aun... et Augn... On peut encore citer, à la fin du XMe ou au commencement du XIV, une pièce fournie au procès des reliques de saint Ennemond par les dames de Saint-Pierre et intitulée : Additiones faciende probationes. articulorum. Mais la forme authentique Aunemundus ne parait pas avoir dépassé ce temps.
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On ne douta point qu'il ne s'agît de saint Ennemond. C'était du reste fort téméraire, et, selon la formule même, l'inscription devait s'appliquer à un personnage laïque, sans doute à un de ces comtes Aunemundus !, nombreux parmi les Burgondes. Toujours est-il que, l'inscription étant mutilée, on dut lire AN pour AV , et à partir de ce moment la forme Annemundus fut définitivement consacrée, malgré la négligence des scribes qui entraîna par la suite quelques différences de détail. C'est ainsi que dans la commission donnée le 7 septembre 1308 par l'archevêque Pierre de Savoie à l'abbé d'Ainay, Humbert III de Varey, on lit Anemondus ; — dans le rouleau contenant la déposition des dames de Saint-Pierre, du 22 mars 1308-1309, Annemundus 3 : — dans le procès-verbal et informations du fonds de Saint-Nizier, procès de saint Ennemond, Annemondus ? : — dans les lettres de non-préjudice accordées par l'archevêque Pierre de Savoie à l'abbaye de Saint-Pierre, du 23 novembre 1321, Agnemondus 5.
: Le nom d'Aunemundus est tout à fait germanique : il est formé de la racine Aun, qui entre dans la formation d'un certain nombre de personnes *, et d'un second élément onomastique d'un usage très fréquent | mund”. Fürstemann, dans son Alfdeutsches Namenbuch, n'a relevé que peu d'exemples d'Aunimund ou Aunemund 5. Ce nom cependant parait avoir été porté souvent chez les Burgondes ; parmi les comtes qui ont souscrit le prologue de la loi des Burgondes, on trouve au second, au huitième et au douzième rang, trois Aunemund ?. ce qui nous reporte au temps du roi Gondebaud, dans les dernières années du Ve 1. > » Le prétendu Testament d'Aunemundus nous renseigne sur toute sa famille. Sygo, son père ; Petronia, sa mère ; Pétronilla et Lucia, ses sœurs ; Dalfinus son frère. On retrouve les noms du père et de la mère dans les Acta sancti Aunemundi, et le personnage de Sygo pourrait sans grande objection être identifié à celui du référendaire Syggo, mentionné par Grégoire de Tours ' ! et qui vécut entre 561 et 597 à la cour des rois Sigibert Ier, Chilpérie I et Childebert II. De la mère du saint, Petronia, nous ne savons rien ; quant aux deux sœurs, leurs noms manquent dans les Acia, c'est donc que le Testament est de rédaction postérieure aux Aelia qui n'eussent pas manqué de négliger ce détail.
En ce qui concerne Dalfinus ou Dalphinus, les deux seules formes rencontrées, certaines sources donnent ce nom à l'évêque ; d'autres font de Dalphinus le frère de l'évêque. Le texte que nous avons nommé de la Tour-du-Pin, qui est le plus ancien et le meilleur, avons-nous dit, des Acta, le plus rapproché du texte original, ne connait pas ce Dalfinus ; il se contente de dire : Igitur sanctissimi martyris Annemundis fratres carissimi pilam exponemus ; dans le cours du récit, le frère du saint n'est jamais désigné par son nom. Dans le texte de Saint-Nizier, on voit que le vocable Dalfinus s'applique à saint Ennemond lui-même : Igitur Dalfini seu beali Annemundi martyris vilam exponamus 1, Le saint a donc porté deux noms et celui de Dalfinus est le seul que lui donnent les sources anglaises, Eddi et le vénérable Béde. Est-ce un sobriquet, un nom amical faisant allusion à une circonstance inconnue de nous ? Quoi qu'il en soit, Eddi, compagnon et confident de Wilfrid d'York, nous apprend que ce dernier vécut dans l'intimité de l'évêque de Lyon dont il faillit épouser la nièce. Au retour d'un voyage à Rome, Wilfrid fit un nouveau séjour à Lyon, s'y fixa pendant trois ans et y reçut la tonsure cléricale 15, On ne croira jamais que Wilfrid ait, en parlant de son ami et consécrateur, porté la distraction ou l'oubli jusqu'à changer son nom, ou bien que Eddi ait pris sur lui de faire cette substitution en rapportant les souvenirs de Wilfrid. S'il s'était passé cette fantaisie, Béde, venu peu après, eût rétabli les choses au lieu qu'il parle, lui aussi, de Dalfinus %, Enfin la Vila et passio S. Annemundi et le Testamentum imaginèrent de faire de Dalfinus le frère d'Aunemundus, et tous les documents qui, à partir du xvi ? siècle, nous parlent du préfet Dalfinus, de saint Dalfinus, de Daufin ou Dauphin martyr, procèdent indirectement soit du Testament, soit de” cette forme particulière des Acta S. Annemundi, soit de ces Ex textes à la fois.
Ainsi qu'on pouvait s'y attendre ce fut le chrlUpus épiscopal qui enregistra les conséquences de ces hésitations. Jacques Severt 15 suivi par Théophile Raynaud et par J. M. de la Mure »imagina un premier Dalfinus évêque de Lyon au temps de Brunehaut, puis |, un second Dalfinus, appelé d'ordinaire Aunemundus qui fut évêque au milieu du vii siècle, Le P. Le Cointe ! fit bonne justice en une ligne de cette rêverie qui n'avait en sa faveur qu'une mauvaise leçon de Bède. Survint Hadrien de Valois ? qui effaça de la liste épiscopale de Lyon les deux Dalfinus et garda un des deux pour en faire le frère d'Aunemundus. « Depuis, deux opinions ont été soutenues avec une égale ardeur : identité de l'évêque sous les deux noms, ou répartition des deux noms entre les deux frères. Chifflet surtout, dont l'avis est de quel que intérêt en cette affaire, tenait pour l'identité, et le P. Périer se rangea de son avis *« , D'autres en plus grand nombre, ont raconté la double histoire de l'évêque Ennemond et de son frère Dauphin ; tout ce qu'ils concédaient c'est que Dalfinus était une sorte de nom de famille, porté également par les deux frères !. Chose curieuse, les érudits anglais les plus récents, J. Raine 5, W. Bright *, Ch. Plummer *, ont repoussé le témoignage formel des sources anglaises : pour eux, Eddi et Bède ont fait confusion et c'est le Testament qui a raison.
« Tout compte fait, des documents vénérables et, parmi eux, le texte le meilleur et le moins intéressé des Acta S. Annemundi, ne donnent aucun nom au frère de l'évêque. Les biographes de Wilfrid les plus voisins des événements et des personnages ne connaissent EME v — sous le nom de Dalfinus que l’évêque lui-même. Ce “n'est que plus tard dans les textes suspects arrangés mou complétés que chacun des frères prend son nom ] - particulier. Il est donc invraisemblable que Daiphinus | - ait été réellement le nom du frère d'Annemurndus : ; ce dut être un surnom propre à l'évêque. Rien même ne permet de supposer que ce nom fut commun à 1 plusieurs membres de la famille ?. » E En ce qui concerne la personne et l'épiscopat | Q'Aunemundus, nous savons par les Acta qu'il était - natione Romanus, c'est-à-dire d'origine gallo-romaine. Bien que l'évêque portât un nom tout germanique, »ainsi que son père, il n'en faut pas conclure de ce f 1 détail qu'ils appartiennent à une famille barbare ; les - familles gallo-romaines soucieuses de faire carrière — sous les nouveaux maîtres de la Gaule arboraient - volontiers des noms germaniques, moyen de faire leur - cour au maître.
Aunemundus appartenait à une famille importante.
S'il est permis d'identifier son père avec le Syggo mentionné par Grégoire de Tours, il était référendaire ou chancelier ; si on s'en tient au témoignage | - des Acta, ce père était prefectus et qualifié d'illus- | - trissimus : en outre, le frère Praefecturam Lugduni eminenler agebat. A l'époque où Wilfrid fit son pre- - mier séjour à Lyon, l'évêque voulait non seulement — lui faire épouser sa sœur, mais lui obtenir cette préfecture importante : bonam partem Gallize ad regendam in - seculum. Évidemment la famille de l'évêque jouissait d'une grande faveur ; elle avait pu accaparer le gouvernement de la région lyonnaise et le transmettre. comme une sorte de propriété de famille. — Les Acta nous apprennent encore qu'Aunemundus | - fut élevé in praetoriis, au palais de Dagobert Ier et de Clovis II. Quand il eut atteint l'âge des affaires, l'évêque de Lyon Viventiolus fit choix de lui comme liolus qui est plus ancien sur la liste épiscopale. Les dates de l'épiscopat ne sont pas facilement déterminables. Nous l'avons vu signer un diplôme de Clovis II pour Saint-Denis, le 22 juin 654, son épiscopat est - antérieur à cette date. De plus, les Acta rapportent que l'évêque de Lyon fut parrain de Clotaire III, qui - naquit en 652, c'est donc jusqu'à cette année au moins - qu'il faut faire remonter le début de l'épiscopat de |. saint Ennemond.
Quant au terme final de l'épiscopat nous avons un calcul admissible. Wilfrid a quitté Rome après le 10 août 654, il est revenu à Lyon où il a séjourné - trois ans, par conséquent jusqu'en 657 ou 658. Eddi - nous apprend que Wilfrid ne quitta plus l'évêque jusqu'à son martyre ; il en résulte que l'évêque a dû - être mis à mort au plus tard en 658.
La présence d'Ennemond au concile (douteux) de Paris en 658 est à prouver ; il souscrit, le deuxième, Les Acta, textes de la Tour-du-Pin et de Saint-Nizier, nous apprennent que l'évêque de Lyon se considérait comme très puissant et exerçait une influence dominante dans le palais des rois mérovingiens, principalement sous le règne de Clovis II, roi de Neustrie et de - Bourgogne. Mais Clovis II mourut vers la fin de l'année 657 et la reine Bathilde fit massacrer Aunemundus et son frère. L'évêque fut frappé le dernier des deux à Chalon-sur-Saône. Le corps de l'évêque après un arrêt à l'Ile-Barbe, fut ramené à Lyon, Fut-il
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| déposé à l'abbaye de Saint-Pierre ou dans l'église des Saints-Apôtres et des Quarante-huit-Martyrs (depuis saint-Nizier) ? Grave question qui, depuis le xième siècle, partagea l'Église de Lyon. Fête, le 28 septembre.
Comme Aregius avait vécu auprès de la reine Brunehaut, Genesius eut des rapports assidus avec sainte Bathilde qu'il assistait dans ses dévotions et ses bonnes œuvres ; il s'employait en son nom, à secourir les prêtres misérables et les monastères indigents. La Vie de sainte Bathilde énumère les bienfaits accordés
À. — X.
i a. j 2d 1 L ii -« »T PRU p =] 227 à Saint-Denis, Saint-Germain-des-Prés, Saint-Médard de Soissons, Saint-Aignan d'Orléans, Saint-Martin-de Tours, Faremoutiers, Chelles, Corbie, Jouarre,.Jumièges, Fontenelle, Saint-Laumer-le-Moutier, Luxeuil. Les monastères de Bourgogne furent comblés de bienfaits : quanta enim ad Luxovium vel ad reliqua monasteria in Burgundia el villas mullas inlegras concessit et pecuniam innumerabilem direxit '. Mais l'intervention personnelle de Genés n'est mentionnée que pour le seul monastère de Chelles, dans la Vita S. Bertilæ *, D’après ce texte, la reine Bathilde voulant restaurer l'abbaye de Chelles, fit venir de Jouarre Bertila et plusieurs nonnes conduites par Genés qui est qualifié magnum sacerdotem, ce qui semble indiquer qu'il occupait déjà le siège de Lyon. Si la restauration de Chelles est de 658-659 et si Aunemundus est mort en 658, on voit que c'est tout au début de son épiscopat que Genés a rempli cette mission. On pourrait ainsi s'expliquer qu'elle fasse l'objet d'une mention particulière à cause de sa dignité éminente, tandis qu'on passait sous silence le nom de l'homme d'affaires de la reine.
À la mort d'Aunemundus, la reine Bathilde a pu assurer le siège de Lyon à un prêtre dont le mérite lui était connu. La mort de Clovis II, en 657, avait entraîné la chute et la mort d'Aunemundus, trop puissant, auquel on substitua un abbé palatin, in paiatto Francorum assiduus, et favori de la reine.
Nous avons vu que le nom de Genès se lit sur plusieurs diplômes. Les plus anciens concernent Corbie.
L'anniversaire de la mort de Genés dans le martyrologe de Lyon est marqué au 1° novembre. Comme son successeur, Landebertus occupait le siège de Lyon à la fin de 678, Genés à dû mourir avant le 2 novembre 675. Une chapelle lui était consacrée à Saint-Nizier et il s'y trouvait un monument funéraire sans épitaphe ; il est probable que les restes de l'évêque reposaient à Chelles : une lettre de l'abbesse de Chelles à Severt, atteste qu'ils y étaient encore vénérés au xvième siècle, so. Landeberius,. — De famille noble, fils d'Erlebertus. possesseur de grands biens au Ternois, près de Thérouanne ?, neveu de Hrobertus, référendaire du palais mérovingien, et d'un moine de Fontenelle“. Après avoir vécu et rempli probablement quelque charge dans le palais sous Clotaire III, Landebertus s'en éloigna pour prendre l'habit monastique (entre octobre 664 et octobre 665). H succéda à saint Wandrille en qualité d'abbé ; la date de la mort de saint Wandrille est discutée, elle semble pouvoir être fixée au 25 juillet 6685, La Vita Landeberii s'arrête au milieu de la période de son administration abbatiale : seule la Vita Ansberti nous donne quelques détails sur son élection au siège de Lyon‘. Cette élection aurait eu lieu à Lyon, en présence de Thierry III et de Pépin II, fils d'Ansegisèle 7, qui a été souvent considéré comme un parent de Wandrille 5. La présence de
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Pépin II n'est pas vraisemblable. Au dire de la Vita Ansberti, l'élu fut choisi sous l'inspiration divine ; après avoir refusé ‘sous prétexte d'indignité assez de temps pour mettre du prix à son acceptation, Landebertus se laissa faire une douce violence et, cédant au roi, accepta.
Les recherches approfondies de E. Vacandard ont permis de fixer cette élection à la fin de l'année 678 , Quant à l'épiscopat, on est peu renseigné sur les événements qui le remplissent. La Vita Ansberti nous présente Landebertus comme : un évêque exemplaire. Il se peut que nous ayons un monument de son épiscopat, un denier d'argent conservé au Cabinet des médailles et portant au droit LAMBERTVS IPS dont on peut faire episcopus, et au revers : ERA SVO dont on ne peut rien tirer de probable (fig. 7288) '. De ce fait on peut conclure que Landebertus frappait monnaie ce qui offre une certaine importance.
Landebertus assista au plaid de Clippiacum (Clichy) tenu par Thierry III ; il y consacra Ansbert, abbé de Fontenelle, en qualité d'évêque de Rouen 4, après la mort de saint Ouen, le 26 août 684 !, Cf, Aigrade, moine de Fontenelle, Vita sancti Ansberti episcopi Rothomagensis, n. 22 (al. 15), dans Surius, On lit la signature de Landebettne au bas d'une charte d'Aiglibert, évêque du Mans ' ; elle est adressée à l'abbesse Adrehilde, parente de l'évêque, et datée de juin, onzième année de Thierry III (juin 683) ; on lit : Landebertus gratia Dei episcopus hoc privilegium subscripsi.
D'après la Vita Ansberti « , Landebertus, mourut dans sa ville épiscopale. Certains manuscrits du martyrologe hiéronymien mettent sa mort le 14 avril ; un groupe de manuscrits de ce martyrologe, postérieur au xiième siècle, place sa mort au 14 mai. La date n'est pas certaine ; elle se place entre 654 et 655.
T lingiens ? dans même revue, 1900, t. rxvrr, p. 214. E. 89. Goduinus. — Mentionné dans un diplôme de Thierry du 30 octobre 6881, en qualité d'évêque de Lyon. Lors que Berctwal succéda à Augustin sur — le siège de Cantorbery, il reçut la consécration “pie - copale à Lyon des mains de Goduinus, en 681, - 29 juin (ou 693) *. Le 28 février 693, Goduinus Bes - au plaid tenu à Valenciennes ? par Clovis III.
4 A Lyon Goduinus fut parfois en conflit avec le dur Burgundionum, qui était peut-être Drogo, fils aîné de Pépin II. Ce fut pendant ce conflit que saint Bonnet, évêque de Clermont, qui venait de quitter son siège épiscopal et qui se rendait à Rome, s'arrêta à Lyon et s'interposa comme médiateur entre le duc et l'évêque qu'il parvint à rapprocher (avant 701). Lors de son retour de Rome, Bonnet revint à Lyon où il vécut quatre années et mourut (12 ou 15 janvier 705 ou plutôt 706). Son corps fut déposé au monastère de Saint-Pierre où il resta six ans. Quand l'évêque de Clermont, Nordebertus, successeur et disciple de Bonnet, demanda à Goduinus la permission de ramener le corps saint en Auvergne, les Lyonnais n'y consentirent pas 5. — A Goduinus apparait dans un diplôme de Thierry III, du 30 octobre 688, concédant au monastère de Saint-Denis, Silly dans la villa de Lagny . — Entre 695 et 696, l'évêque de Lyon confirme la charte d'émancipation accordée par Emmon, évêque de Sens, au monastère de Sainte-Colombe de Sens, en 660 La première souscription est celle de Goduinus : In Dei nomine Goduinus et Lugdunensis Ecclesiae acsi peccator episcopus autenticum vidi, exemplar subscripsi 5. Bert II à l'occasion d'un échange de terre avec le monastère de Saint-Denis . — On ne peut accepter l'authenticité des deux diplômes, un de Dagobert Ier 1 | et un de Childéric I !!, où il est question d'échanges de terre entre l'évêque Goduinus et Saint-Denis, or ces b Nous avons vu que Goduinus était évêque le 30 octobre 688 !* : on ne connaît pas avec exactitude la date de sa mort. n était encore évêque quand mourut saint Bonnet six ans ?. La translation de ses restes ne put se faire avant 711-712 ; à cette date le siège de Lyon était occupé par le successeur de Goduinus qui aura dû mourir entre 706 et 711.
40. Foaldus. — « ES Goduinus, l'Église de Lyon est plongée pendant près d'un siècle dans une grande obscurité. » Cet évêque Foaldus ou Fuleoadus parait avoir été un assez pauvre homme ; il vit arriver un jour trois abbés auvergnats : Adelphius de Manglieu, | En 695, Goduinus apparaît dans un diplôme de Childe-
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Evald de Volvic, Moderatus de Teilhéde, envoyés par l'évêque Proculus de Clermont pour redemander le corps de saint Bonnet. Foaldus pensa se tirer d'embarras en gagnant du temps, il recommanda la prière promettant de ne pas s'opposer à la volonté de Dieu si elle se manifestait. Il pensait sans doute qu'il lui serait facile d'expliquer la manifestation à son avantage, mais il avait compté sans les Auvergnats qui jeûnèrent, allèrent visiter les corps saints et, finalement, demandèrent à passer la nuit en prière au tombeau de saint Bonnet conservé au monastère de Saint-Pierre. L'abbesse Dida était sur ses gardes et refusa tout net. Les trois abbés allèrent à Saint-Étienne et, dès l'aube, se mirent en devoir de reprendre leurs pérégrinations. L'évêque Foaldus leur envoya deux de ses gens avec un mot de lui permettant d'emporter les reliques et leur conseillant de partir sans retard. Les abbés ne se le firent pas répéter, se rendirent au tombeau de saint Bonnet, célébrèrent l'office et emportèrent le corps. Il va sans dire qu'un tremblement de terre, qui survient à point nommé, et une guérison miraculeuse peuvent être passés sous silence. Il n'y a pas à espérer mettre de dates à ces divers épiscopats entre 712 et 769.
En l'absence de tout renseignement sur Maldabertus, il convient de rappeler que le temps de son épiscopat, à quel que moment qu'il se place dans cette période, dut être particulièrement troublé. C'est alors que les Sarrasins ravagèrent la région’, et surtout que Charles-Martel conquit la Bourgogne et y installa ses leudes les plus entreprenants '*.
Pour éclaircir l'histoire du séjour des bandes sarrasines, il faut explorer le pays depuis les marécages de la Dombes jusqu'aux flancs escarpés du Jura. Une lettre de Leidrade à Charlemagne nous apprend qu'il relève les monastères détruits par les Arabes, la Chronique d'Ambronay atteste que le monastère, l'église consacrée à la sainte Vierge et sa statue avaient été renversés par ces païens”. Ces païens” n'étaient pas les Hongrois venus deux siècles plus tard, puis que saint Bernard avait déjà, en 803, reconstruit la chapelle et le monastère. L'histoire de Lyon nous apprend que les recluseries de la Flâtière et de Saint-Clair, les églises de Saint-Georges et de Saint-Paul, les monastères de Saint-Pierre et de l'Ile-Barbe devaient succomber sous les coups des Sarrasins.
Poursuivies quel que temps, mais non traquées à fond par un ennemi victorieux, mais fatigué, les tribus arabes se dispersèrent. Les unes se dirigèrent vers le Languedoc et l'Espagne, les autres s'orientèrent comme elles purent dans un pays inconnu, boisé et parmi une population hostile mais clairsemée. Certaines tribus traversèrent la Saône, et se réfugièrent dans les marécages de la Dombes, les forêts de la Bresse, les gorges boisées du Jura et du Dauphiné : la preuve, c'est qu'elles y sont encore.
Les vaincus, repliés, renforcés, essayèrent même sans beaucoup tarder de se venger sur les provinces de Charles-Martel, de la défaite qu'il leur avait infligée quelques années auparavant. Leurs détachements, occupant de nouveau Lyon envahirent la Bourgogne. Le clergé seul protesta et fut traité par ces nouveaux maîtres avec une impitoyable rigueur. A Loudun, ainsi qu'ils nommaient Lyon, les musulmans s'emparèrent des biens de l'Église, les aliénèrent, renversèrent les monastères, mais respectèrent la population ; le culte extérieur fut défendu, les mœurs et les lois furent respectées. Suivant leur usage, les Sarrasins confièrent aux Juifs la garde de la ville, avec un poste de cavaliers à la garde des étendards.
Lyon était une ville avec la population de laquelle il fallait compter : il eût été imprudent et même téméraire de ne pas la placer sous une force militaire capable d'intervenir efficacement au premier signal de révolte. Les livres n'en parlent pas, et c'est à une autre source d'information qu'il faut demander où se trouvait le poste d'observation chargé de surveiller la grande ville.
Plus haut que la ville gauloise, plus haut que le faubourg de la Croix-Rousse qui n'existait pas alors, un double chemin descend d'un côté au Rhône, de l'autre à la Saône ; le Mont-d'Or s'étend en face, pareil à un rideau, c'est Caluire. Il semble que ce fut l'emplacement du camp arabe, la clef stratégique que tous les maîtres de Lyon, Romains, Arabes et Français ont voulu tenir en main. La topographie n'a guère changé. Nous n'avons pas de preuves écrites de ce que nous avançons, mais le mamelon escarpé qui domine la campagne des Brosses au levant de Caluire, porta le nom de bulle des Sarrasins, le chemin qui descend au Rhône, à travers les Brosses, s'appelle la voie des Sarrasins ; à une faible distance de là, au Nord-Est, se trouve la ferme des Sarrasins. Cette occupation dura une période d'années qu'il serait malaisé de déterminer et comment se termina-t-elle ? Il faut se résoudre dans cette histoire à multiplier les interrogations et n'y pas répondre. Quand les Arabes sentirent leur force se dissiper, ils firent probablement à Lyon tout le mal qu'ils purent lui faire, et se retirèrent vers les montagnes à l'est de la ville. La plaine d'Ambérieu conserve encore quelques vestiges d'établissements militaires qu'on leur attribue, les montagnes sont pénétrées de leur souvenir ; les flots de l'Albarine et ceux du haut Rhône baignent la grotte des Sarrasins, la balme des Sarrasins, les chambres, les crèches, les forts, la maison des Sarrasins. Seillonas, Ordonnas, Benonce reçurent les colonies africaines ; la vallée d'Amby, sur l'autre rive du Rhône, vit se dresser un camp formidable qui attire de nos jours encore les visiteurs. Séquanes, Ambarres, Allobroges se replièrent, disparurent devant les Arabes qui s'établirent et s'implantèrent. Les nomades se firent terriens, et leurs descendants transmirent le type physique, teint basané, cheveux crépus, crâne allongé ; mais ils transmirent même les noms qu'on retrouve sous une forme encore reconnaissable : Babolah, Kaffon, Tabardet, Ciza-Cartet, Ciza-Buiron, Alamercery ou Galaffre comme un héros de l'Arioste. 1 Des traditions sarrasines sont encore vivantes dans la Bresse maconnais. On y rencontre de grands travaux d'endiguement attribués au Sarrasins, des usages singuliers, des costumes particuliers, des types de physionomie, Quelques colonies arabes de la rive gauche de la Saône se sont étendues sur la rive droite, et ont continué à leurs descendants des droits d'usage, de pâturage et autres sur la rive gauche, droits qu'ils exercent encore aujourd'hui. Dans le Bas-Bugey, quand la sage-femme rapporte à la jeune mère l'enfant qu'on vient de baptiser, elle lui dit : « Vous m'aviez confié un Sarrasin, je vous rends un chrétien, » M Adon de Vienne place la fin de l'épiscopat d'Adon de Lyon après le concile de Francfort (794) et la campagne contre les Saxons (798) *.
XLVI. L'ÉPISCOPAT DE LEIDRADE. — L'évêque qui signait Leidrat était du nombre de ces étrangers que l'esprit réalisateur de Charlemagne sut attirer, retenir et appliquer à l’œuvre grandiose et fragile de son règne, Au moment où Leidrade fut élevé sur le siège primatial de Lyon, en 798, cette Église se trouvait dans une condition pitoyable. De 731 à 734, elle avait été la proie et la victime des Sarrasins, maîtres de la ville et de la contrée. Aux violences qui n'avaient épargné personne, il fallait associer les rigueurs du gouvernement de Charles-Martel qui, en 737, avait imposé sa puissance aux Burgondes et avait confisqué les biens de l'Église de Lyon. Leidrade possédait les grandes qualités indispensables pour porter remède à cette situation. « Il avait, nous dit son contemporain et collègue Théodulfe d'Orléans, une habileté rare, un exceptionnel bon sens, une éminente vertu ; et, ce qui était plus efficace encore, la confiance entière de Charlemagne qui lui confiait, en cette année même … 798, les fonctions de missus dominicus.. — L'œuvre de restauration entreprise et poursuivie avec succès par Leidrade nous est connue par un document du plus haut intérêt : un rapport adressé par l'évêque de Lyon à l'empereur, infiniment précieux pour l'histoire ecclésiastique de Lyon, et aussi pour l'histoire de l'Église franque à cette époque. A ce rapport est annexé on ne sait par qui et comment un fragment de bref que nous n'en séparerons pas. Depuis le xvi siècle ! ces textes ont été souvent publiés, mais le rapport n'a pas laissé d'embarrasser ses éditeurs les plus érudits et les plus consciencieux, tels que Baluze, Le Laboureur et le P. Lecointe. Le texte publié, en 1898, par l'abbé Favier ne fait que reproduire une copie récente ; en 1928, M. A. Coville a consacré toute son attention au rapport et au bref . Il résulte de la description des manuscrits et des éditions qu'aucun des textes, tels qu'ils nous sont connus, n'a été transcrit antérieurement à la fin du xii siècle. En outre, on constate que ces textes ont été copiés, modifiés et conservés dans plusieurs établissements ecclésiastiques de Lyon et de la région, malgré le caractère historique et non juridique du rapport, comme de véritables titres ou comme les pièces d'un procès, pour permettre de justifier des privilèges et des prétentions discutables et discutées. Si l'on veut tenter de débarrasser le texte primitif de toutes les additions et altérations postérieures et de le restituer dans son état original, il est nécessaire d'en examiner minutieusement la forme et le fond.
« Le rapport a un caractère tout à fait personnel. Leidrade s'exprime à la première personne du singulier, en style toujours direct. Il est plein de déférence, d'admiration et d'humilité à l'égard de l'empereur. En réalité, sous un langage d'homme de cour, il s'efforce de se faire valoir, s'attribuant à lui seul le mérite de tout ce qui a été fait pour la restauration de l'Eglise de Lyon. Sans doute, cette façon de s'adresser à l'empereur, de se mettre en avant sous des formules humbles qui ne trompent personne, avait quelque chose d'insolite, puisque l'évêque parait vouloir, sinon s'en excuser, du moins invoquer, pour expliquer l'étalage qu'il fait ainsi de son œuvre, l'état déplorable de sa santé, sa mort prochaine, son souci de savoir que cette œuvre sera continuée. Il n'en insiste pas moins, en bon courtisan, sur le bâtiment épiscopal qu'il a fait entièrement relever en l'agrandissant et aménager pour que l'empereur puisse y séjourner confortablement, quand il passera par Lyon. Il marque bien encore le soin qu'il a pris de réorganiser la maîtrise de son Église, de rétablir la splendeur des chants et des offices en se conformant au style du palais impérial, car il sait bien tout l'intérêt que Charlemagne porte à la restauration d'un culte digne de sa puissance et de sa dignité. Ainsi toutela première ! Depuis la première édition par Paradin en 1573, l'abbé J-B. Martin a compté trente éditions jusqu'à 1899. — * Favier, Essai historique sur Leidrade, 1898 ; il en a donné une traduction française dans J. Pourrat, L'antique école de Leidrade, in-8°, Lyon, 1899, p. 97, trad. franc. de H. Favier, p. 105.
Texte de la collection des bollandistes, établi | F. A. Coville, Recherches, 1928, p. 283-297. Nous donnons ici ce dernier texte d'après l'édition de A. Coville. | Summo Karolo imperatori Ledradus episcopus ? Lugdunensis salutem *.
Domine mi, gloriosissime, constans et sacer imperator, supplico clemencie celsitudinis vestre ut hanc brevem suggestiunculam meam vultu serenissimo audiatis, quatinus que hic inserta sunt, piissime prudencie vestre nota [fieri queant et intencio mee postulacionis ab ingenua * clemencia vestra 10, reminiscatur.
Olim me exiguissimum famulorum vestrorum ad regimen | Ecclesie Lugdunensis destinare voluistis, cum ego huic officio im par existerem et indignus. sed vos qui non attenditis hominum merita, sed vestram solitam clemenciam, egistis de me sicut ineffabili pietati ! ? placuit nullo existente merito meo $, quo tempore ad prefatam ecclesiam | regendam T micteretis et !5 nominare michi dignati estis quadam neglegencias que in supradicta ! Ecclesia perpetrate noscebantur ; pro qua re me ammonere dignali estis | ut ego solicitudinis curam gererem et ut perpetrate neglegencie emendarentur et perpetrande vitarentur. Erat enim tunc ' ? dicla ! ecclesia multis in rebus destituta interius exterius que tam in officiis quam in edificiis vel ! in ceteris ecclesiasticis ministeriis. ` Ego quo que ? » humillimus ' servulus * vester, postquam ibidem perveni, que cum Dei adjutorio et vestro peregi, dignemini audire , Quoniam ut inspector conscienciarum Dominus omnipotens michi | Lestis est, non tali intencione ea vobis patefacio que dicturus sum, ut propterea in rebus augeri merear, ne que aliquid tale in cogitacione mea composui ut acquisitionis michi occasio sit, sed idcirco hec « suggero quoniam quotidie exitum ? a rebus humanis suspicor propter infirmitatem meam ? et incessanter de morte suspectus sum. Et ideo hec suggero ut cum benignissimis auribus vestris presentata fuerint et clementer inspecto, in ? » posterum ' divina vestra mansuetudo provideat, si qua bene et secundum voluntatem vestram gessi, post meum discessum non ^ D, regendam man que. — '5 D, nec, — ' D, predicta. — NB, = C', C, tunc man que, — 5 D, E, sæpedicta. — « B, C, et. — » B, C, C1, C quo que man que. — B, D, adis vie RR, iode — 3 e C1, dignemini, mangue. — « C, C', C, audite. — »B, SB, C, C1, Ct, Sed id circo, man que, — EX ; LC ; nec ; — D, E, eximi. — 1 ? C ?, propter infirmitatem meam, man que. — % B, C, C !,C, in posterum divina vestra mansuetudo provideat, man que — ?^ D, ipsum. — ? C, defficiant.— # B, C, C1, C, sed potius — ? D, E, videtur. — “D, quidam. E. quidem addidefficient ? au pereant, sed pocius proficiant et permaneant, Deni que postquam secundum jussionem vestram saepedicLam ecclesiam suscepi, juxta vires parvitatis mee, omni industria egi ut clericos officia les habere potuissem ?, sicut jam, Deo favente, ex magna parte ? habere videor ?. Et ideo officio !' pietatis vestre placuit, ut ad peticionem meam michi concederetis unum de Metensi ecclesia clericum, per quem, Deo juvante et mercede vestra annuente, ita 1 ? in Lugdunensi ecclesia instauratus est ordo psallendi ut juxta vires nostras secundum ritum sacri palatii omnis ex parte agi videatur quiequid ad divinum persolvendum officium ordo exposcits, Nam habeo scholas cantorum, ex quibus pleri que ita sunt eruditi. ut eciam alios erudire possint. Preter hec #, habes scholas lectorum, non solum qui officiorum lectionibus exercentur, sed eciam qui' in divinorum librorum meditacione spiritalis intelligencie fructus # consequuntur , Ex quibus nonnulli de libro Evangeliorum sensum spiritalem jam ex parte adipisci # possunt. Alii adjuncto libro eciam Apostolorum, pleri que vero librum Prophetarum secundum spiritalem intelligenciam ex parte # adepti sunt , Similiter libros Salomonis vel libros Psalmorum ai que etiam % Job. In libris conscribendis in eadem ecclesia, in quantum potui, elaboravi. Similiter vestimenta sacerdopum gr ministeria * procuravi.
De restauracione eciam 5 ? ecclesiarum, in RANTA valui, non cessavi, ita “ut ejusdem civitatis maximam ecclesiam que est in honorem sancti Johannis Baptiste a novo operuerim ' et maeerias ex parte erexerim. Similiter ecclesie Sancti Stephani tegumentum de novo reparavi ®, Ecclesiam quo que Sancti Nicetii de novo eciam reædificavi , Similiter ecclesiam Sancte Marie. Preter monasteriorum reparaciones %, domus quo que episcopa les inter quas unam restau| i D i b b | n ( L DL i 4 [ b ravi que jam pene destructa erat, quam operi. Aliam | quo que domum cum solario de novo ædificavi et duplieavi 5 et hane propter vos paravi, ut si in illis partibus vester esset adventus, in ea suscipi possetis ?. Claustrum quo que clericorum construxi in quo nunc omnes sub uno conclavi manere noscunti. In eadem civitate, alias restauravi ecclesias, unam quidem in honorem sancte Eulalie ubi fuit monasterium puellarum, in honorem sancti Georgii quam de novo cperui et ! ex parte macerias ejus a * fundamentis erexi. Alia quo que domus in honorem saneti Pauli de novo operta est. Monasterium quo que puellarum in honorem sancti Petri dedicatum ™ ego a fundamentis tam. ecclesias ™ quam domun restauravi, ubi nunc sanctimonia les numero xxxi 5 secundum institutionem 237 - regularem viventes habitare videntur !. Monasterium quo que Insule Barbare situm ? in medio Araris fluvii . in honorem sancti Martini dedicatum, ita restauravi ut tecta de novo fierent ^ et aliqua de maceriis a fundamentis erigerentur ?, ubi nunc monachi secundum regularem disciplinam numero XC habitare videntur .
Similiter 2 aliud monasterium in honorem sancti Ragneberti ædificatum « , de novo totum reparatum est, sive in parietibus sive in tectis vel eciam in ecclesiis L ubi nunc monachi numero LVI ! secundum regularem ir 1 :239 “nr dE - eustodiam habitant. In quibus monasteriis ?, unum puellarum et duo quo que ™ monachorum, nemo antea erat qui regularem vitam immitari nosset aut vellet, propter quod plurimum laborem et studium impendi ut ad hanc regularis vite observanciam pervenire potuissent, quo n une pervenisse, Deo auxiliante, videntur. Aliam quo que ecclesiam, in eadem parochia, que est in honorem sancti Vulbaldi !* restauravi.
Dans la traduction de ce Rapport : nous plaçons les interpolations entre crochets, * Au très grand Char les, empereur, archevêque de Lyon.
Leidrade, — port que je lui présente, afin que les choses qui y sont contenues puissent étre connues de votre sagesse si pleine de bonté et que le but de ma demande soit rappelé à votre naturelle clémence. Jadis vous avez voulu me choisir pour le gouvernement de l'Eglise de Lyon, moi le plus humble de vos serviteurs, bien que je fusse incapable et indigne d'une telle charge. Mais vous qui, sans considérer les mérites des hommes, n'écoutez que les inspirations de votre clémence accoutumée, vous avez agi à mon égard comme il a plu à votre ineffable bienveillance, sans que j'eusse aucun titre à votre choix. A l'épo que où vous m'envoyiez gouverner la susdite Église, vous n'avez pas dédaigné de me signaler certaines négligen ces que lon savait étre commises dans cette Église ; c'est vigilance pleine de sollicitude afin que les fautes commises fussent réparées et que les fautes possib les à l'avenir, fussent évitées. C'est qu'en effet, l'Église dont nous parlons était, à cette épo que, dénuée de beaucoup de choses, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, tant dans ses offi ces que dans ces édifi ces ou dans les autres fonctions ecclésiastiques. Daignez donc en-
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tendre ce que moi, votre humble serviteur, j'ai accompli, avec le secours de Dieu et le vôtre, aprés être arrivé ici. Non pas, comme le Dieu qui sonde les conscien ces m'en est témoin, que je vous expose ce (que je vais vous dire dans l'intention de mériter en échange un accroissement de biens ; je n'ai pas non plus combiné dans ma pensée rien qui ne puisse étre une occasion d'avantage personnel ; si je vous fait ce rapport, c'est que la faiblesse de ma santé m'inspire cha que jour le pressentiment d'une délivrance prochaine et que, sans cesse, je m'attends à la mort. J'écris done ce rapport afin que lorsqu'il aura été présenté à vos oreil les si bienveillantes et examiné avec clémence, votre divine bonté pourvoie à ce que, si j'ai fait quel que bien et si j'ai agi conformément à votre volonté, ce bien ne ris que pas d'étre abandonné aprés ma mort ou de périr, mais que plutót il demeure et s'accroisse. Aussi bien lors que, sur votre ordre, je pris le gouvernement de l'Église susnommée, je fis tous mes efforts, dans la mesure des for ces de ma petitesse, pour qu'elle put avoir des cleres pour la desservir, comme déjà par la gráce de Dieu on l'en voit maintenant pourvue en grande partie. C'est pour quoi votre piété s'est fait un devoir et un plaisir de m'accorder, sur ma demande un clerc de l'Église de Metz. Grâce à lui, avec le secours de Dieu et l'appui de votre faveur, l'Ordo psallendi a été restauré de telle sorte que, dans la mesure de nos for ces, tout ce que la régle exige pour la parfaite exécution de l'office divin se voit observé ici en partie selon le rite du SacréPalais. Car j'ai des éco les de chantres dont la plupart sont si bien formés qu'ils sont capab les d'en former d'autres. En outre, j'ai des éco les de lecteurs qui sont capab les non seulement de l'exercer aux lecons de l'office, mais encore de retirer de la méditation des livres divins les fruits de l'interprétation spirituelle. Parmi eux, quelques-uns peuvent déjà saisir en partie le sens spirituel du livre des Évangi les. D'autres y ajoutent méme le livre des Apótres ; la plupart comprennent en partie le livre des Prophètes d’après l'interprétation spirituelle ; de méme les livres de Salomon, le livre des Psaumes ou le livre de Job.
« Dans cette méme Église j'ai travaillé autant, qu'il a été en mon pouvoir à faire copier des manuscrits. Pareillement, je me suis occupé avec soin des vétements sacerdot aux et des trésors des églises..De méme, pour ce qui regarde la restauration des églises, autant que j'en ai eu la force, je n'ai cessé de m'y employer. Ainsi J'ai couvert de nouveau la plus grande église 239 de cette cité qui est dédiée à saint Jean-Baptiste, et j'ai relevé en partie ses murs de clôture, De même, j'ai réparé de nouveau la toiture de l'église de SaintÉtienne, J'ai aussi recouvert à nouveau l'église de Saint-Nizier ; également celle de Sainte-Marie, Outre les restaurations des monastères, je me suis occupé des maisons épiscopa les, j'en ai restauré une qui était pres que une ruine et l'ai fait recouvrir, J'en ai reconstruit une autre avec un « solier » ! en l'agrandissant de moitié ; je l'ai préparé pour vous, afin que si vous veniez dans ces contrées vous puissiez y être reçu. J'ai construit aussi pour les clercs, un cloitre dans lequel ils demeurent tous en une méme maison, Dans la méme ville, j'ai restauré encore d'aulres églises : l'une dédiée à sainte Eulalie, où fut un monastere de jeunes fil les sous le vocable de saint Georges, que j'ai fait recouvrir dé nouveau et ses murs de clóture ont été repris depuis les fondements. Une autre église dédiée à saint Paul a été de nouveau recouverte, De méme pour le monastère de religieuses dédié à saint Pierre [où est inhumé le corps de saint Ennemond, martyr, et que ce saint évé que et martyr a fondé lui-même | : j'ai réparé depuis les fondements, tant l'église que le monastère. Des religieuses au nombre de trente-deux, y habitent maintenant et ménent une vie conforme aux prescriptions de la règle. [Nous leur avons confirmé aussi tous les priviléges que le saint pontife et martyr Ennemond leur concéda de son vivant, à savoir : les parées (paratas) de toutes les églises et les dimes de toutes les vignes qu'el les ont possédées jusqu'ici et qu'avec la permission de Dieu el les posséderont dans la suite ; de méme les offran des des vivants et les fondations pour les défunts en toutes les campagnes appartenant de droit à saint Pierre.] J'ai restauré le monastère [royal] de situé au milieu du fleuve de la Saône [dédié autrefois à saint André et à tous les apótres, tout récemment fondé en l'honneur de saint Martin par ordre du seigneur Char les, empereur, qui y a préparé l'abbé Benoit avec lequel il a fait transporter en ce lieu ses manuscrits] ; la toiture a été changée, et quelques-uns des murs de clóture repris depuis les fondements. Quatre-vingt-dix moines y vivent maintenant dans une discipline régulière, v [A l'abbé désigné ci-dessus, nous avons concédé le pouvoir de lier et de délier, comme l'avaient eu ses prédécesseurs Maxime, Ambroise et Licinius, hommes très illustres qui ont gouverné ce monastère. Eucherius. Lupus et Genesius, ainsi que les autres évêques de Lyon confiaient à ces abbés la mission de s'enquérir, à leur défaut et en leur absence, si la foi se conservait orthodoxe ou si les erreurs de l'hérésie ne se propageaient pas. Ces abbés étaient revétus d'une telle confiance que si l'Église de Lyon devenait veuve de son propre défenseur, ils étaient eux-mémes, les administrateurs universels et les consolateurs de l'Église, jusqu'à ce qu'elle fût pourvue par le Seigneur d'un très digne pasteur. Nous avons également conféré ce pouvoir à leurs successeurs. De plus, nous avons ordonné de recueillir les décrets des anciens rois de France afin que, conformément à leurs décisions relatives aux monuments de ce monastère et à son développement, sous tous les rapports, ils puissent posséder, à l'abri de tout grief pendant des sièc les, ce qu'ils possèdent actuellement ou pourront acquérir à l'avenir avec l'aide de Dieu.] De méme, un autre monastére, élevé en l'honneur de saint Rambert [et oü repose le corps de ce saint ], a été complétement réparé de nouveau,
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240 soit les murs, soit la toiture, soit aussi les églises.
. Cinquante-six moines y vivent maintenant sous la protection de là règle. Dans ces monastères, celui de religieuses et les deux de moines, personne, avant mon arrivée, ne savait ou ne voulait pratiquer les règ les de la vie religieuse ; c'est pour quoi j'ai dépensé beaucoup d'efforts et de zèle afin qu'ils pussent parvenir à cette observance des règ les de la vie religieuse où, avec la gráce de Dieu, ils semblent étre parvenus. Dans la méme paroisse, j'ai restauré aussi une autre église dédiée à saint Umbald [dont le corps y repose ]. » Le fragment de bref de l'Église de Lyon est moins développé. Il ne figure pas à la suite de tous les textes manuscrits ou imprimés du rapport de Leidrade, mais on le trouve dans plusieurs des copies qui ont - servi à établir le texte, et nctamment à la suite du | fragment des archives de Saint-Pierre (A), à la suile de l'exemplaire provenant des archives de l'Ile-Barbe (D), enfin à la suite du texte établi par Chifflet (E).
Voici letexte de ce fragment :
« Habet Leidradus episcopus ad suum opus inter totum colonicas vestitas Dpccxxvir absas xxxii. Habet Amalbertus episcopus colonicas vestitas XXX, absas xvi. Habet Agobardus episcopus colonicas vestitas xii, absas imr, Sunt in domo Sancti Stephani — | canonici clerici numero Lir ; habent in beneficio colonicas vestitas LXXXII, absasr. Habet in Sancto Paulo canonicos xxii ; habent in beneficio colonicas vestitas xxi, absas xxr, et sunt pauperes numero xir, qui de supradictis rebus accipiunt terciam portionem, Ad hospitale quo que Sancti Romani, habet colonicas vestitas xxir absas x ; et ad hospitale Sancti Genesii, habet colonicas vestitas vr, absas rr. Et in monasterio [predicto] sancti Petri puellarum, habet colonicas vestitas CLXXXVII, absas xLvir, et in monasterio Insule Barbare sunt colonice vestite cv, absas LII, et in monasterio Sancti Ragneberti, habet colonicas veslitas XL. » :
Ii ne s'agit nullement ici d'une lettre de Leidrade et M.-C. Guigne a été mieux inspiré en lui donnant le titre d’ « état sommaire ». En effet, Charlemagne voulut bien protéger les biens ecclésiastiques et monastiques de son vaste empire, mais ce fut à la condition d'en bien connaitre le détail et d'en diriger l'administration. Dans ce but il ne négligea rien pour connailre avec précision la situation matérielle des établissements en question, il fit inventorier leurs biens meub les et immeub les. Cette enquête est confiée aux missi par le capitulaire de Nimègue, en 806 =. Des instructions plus précises encore sont contenues dans l'article 4 d'un capitulaire qu'on peut attribuer à l'année 807, et qui parait ne viser que les églises qui se trouvent sur les bénéfi ces ordinaires . Mais un capitulaire intitulé : De justiciis faciendis, qui semble . devoir prendre place entre 811 et 813, montre (art. 7) que les églises et monastéres étaient considérés comme des bénéfi ces tenus de l'empereur , Toutes ces enquétes et tous ces inventaires portaient le nom de « brefs » nous apprend le capitulaire de 807. Or, nous avons encore des fragments de brefs de ce genre, le ^e »à A] ud f | à PEN.
Em. B lut Tous ces textes ont avec le fragment lyonnais un E air de famille. Celui-ci, le seul dont nous ayons à nous occuper, ne peut étre que le début de la récapitulation du bref établi conformément aux instructions de Charlemagne. Il est certainement de ce règne, et tout au plus de la première année du règne de Louis lé Débonnaire, puis que Leidrade, malade, quitta le | siege de Lyon en 516 et qu'Agobard, son successeur, | n'était encore que chorévé que quand le bref fut rédigé. Le bref ou inventaire en question a-t-il été dressé par deux missi impéri aux ? Leidrade fut-il un des deux ? Ou bien encore, sachant les volontés de lem- | pereur qui les lui avaient manifestées personnellement, | a-t-il anticipé sur l'arrivée des missi et rédigé le bref ? Il y a tout à parier qu'on ne le saura ja mais. Mais on peut légitimement croire que le rapport de Leidrade s'est ajouté et comme juxtaposé au bref. Leidrade, tout vieux et impotent qu'il était, restait courtisan et ne pouvait se contenter d'un inventaire bien sec . il lui paraissait sage de faire valoir son intervention personnelle dans l’œuvre accomplie du relèvement de l'Église de Lyon.
Après ces préliminaires indispensab les à l'étude de l'épiscopat du dernier évê que de Lyon qui rentre dans le cadre chronologi que de nos étu des, nous pouvons résumer sommairement sa vie et son œuvre.
Leidrade naquit vers 743-745 dans l'ancienne province de Norique, qui correspond en partie à la Bavière actuelle ; après avoir porté les armes il entra à l'abbaye de Freising et fut attaché, après 782, à l'École de Palais, sans qu'on puisse dire qu'il en fut bibliothécaire. On n'a pas de preuves certaines ni de raisons bien évidentes à faire valoir pour soutenir qu'il résida à Zurich pendant onze ans et y fut doyen du chapitre. Il semble plutôt qu'à partir de son incorporation à l'École du Palais, Leidrade vécut dans l'intimité d'Alcuin dont il fut le disciple préféré : carissimus filius '. C'était un quinquagénaire que Charlemagne désigna en 797 ou 798, pour la succession d'Adon sur le siège épiscopal de Lyon. Avant sa consécration, il fut adjoint comme missus à Théodulphe d'Orléans, chargé d'une enquête politique et religieuse en Septimanie et en Provence, probablement en 797-798. Leidrade fut ensuite consacré évêque (799) et chargé de combattre les doctrines adoptionistes d'Élipand de Tolède et de Félix d'Urgel, ce qui l'obligea à deux voyages en Espagne, à Urgel, en 799 et en 800. Alcuin semble dire que la santé de Leidrade était médiocre ; on peut croire que ces voyages en Septimanie, en Provence et en Espagne lui furent une cure bienfaisante, car il ne se ménagea pas pendant son épiscopat *, En 799, Leidrade assistait au concile d'Urgel avec Nefridius, évêque de Narbonne et il eut la satisfaction de convaincre ses adversaires et de les convertir ?. Ce n'est pas cependant comme théologien qu'il fait figure dans l'histoire, mais comme administrateur ; son nom reste attaché de façon impérissable à l'Église de Lyon.
Dans le cloître qu'il avait bâti au midi du baptistère de Saint-Étienne, Leidrade avait institué un collège de chanoines, prêtres et diacres. Ces chanoines, appelés « frères de Saint-Étienne », fratres sancti Stephani, vivaient sous le même toit et partageaient une table commune, C'était le conseil de l'évêque, la famille épiscopale. Cette vie commune imposée par Leidrade à ses chanoines à l'exemple de ce qui existait à Metz, depuis les fondations de saint Chrodegang, dura, ce semble, jusque vers la fin du xi siècle. L'école des jeunes clercs était voisine du cloître des chanoines.
Il est difficile de dire ce qui a subsisté du cloître de Leidrade. Vers 1070, avant que l'Église Saint-Jean fut rebâtie, on dut le reconstruire. L'édifice curieux qui fait suite à la façade de la cathédrale actuelle, est un reste intéressant de l'ancienne Manécanterie construite au xr siècle. C'est le mur extérieur de la galerie occidentale. « En examinant la sculpture et certains détails d'architecture, nous serions tenté de reporter la construction de cet édifice à la période de 975 à 1050 ; on y reconnaît en effet plus d'une analogie avec les églises de Saint-Michel, au Puy, de Saint-Paul d'Issoire, de Notre-Dame-du-Port de Clermont, et surtout d'Ainay à Lyon. Comme dans ces derniers monuments, l'emploi d'incrustations de briques colorées était appelé à jouer un grand rôle dans l'ensemble architectural de la Manécanterie, L'archivolte qui surmonte la porte d'entrée conserve encore ses briques incrustées, lesquelles se détachent en rouge sur le parement noirci de la muraille. Toutes celles de la corniche, de la croix placée au-dessus de la porte d'entrée et celles des intervalles entre les petits arcs, sont tombées en laissant vides leurs aîvées, La principale décoration consiste en une série d'arcatures inégales de hauteur et de largeur, portées sur des colonnettes reposant sur de hauts pilastres. Dans l'intervalle de ces arcatures, quatre riches, rectangulaires, renferment des statues tellement mutilées par le baron des Adrets qu'il est à peu près impossible de les déterminer, » La porte située à droite donnait autrefois issue sur la galerie méridionale. Les fenêtres du premier étage n'ont été ouvertes qu'au xv siècle, et c'est seulement au xvii siècle que le second étage a été bâti.
Leidrade est sans doute bien loin d'égaler, au point de vue théologique et littéraire, ses prédécesseurs, saint Irénée et saint Eucher, néanmoins nous devons rappeler les quelques écrits conservés sous son nom.
243 LYON j . 244 IV. Ouvrages ayant appartenu à Leidrade et provenant des notes autographes de dédicace, description par Félix — Desveinais ; V. Liste des chanoines de l'église Saint-Étienne de Lyon, vers l'an 830, in-8°, Lyon, 1899. 4 » Lettre à sa sœur. Ms, Paris. lat. 2449, fol, 136-137.
Les instructions données aux missi pour la préparation et la rédaction des brefs ne sont pas antérieures à 806. On peut penser que — Leidrade n'était pas homme à retarder l'exécution des ordres impériaux — le travail qui aboutit à la rédaction du bref a dû commencer dès 807-808 et aura pu demander quelques années. C'est donc bien l'état administratif de l'Église de Lyon au moment où s'achève notre étude que nous pouvons donner ici, En 811, Leidrade eut l'honneur d'être choisi pour signer au testament de Charlemagne. Vers la fin du règne, au moment où s'achevait son rapport, il sentait les années lui peser et prévoyait sa fin. Au début du règne de Louis le Débonnaire, en 514 ou 815, on retrouve Leidrade mentionné comme commissaire royal dans une charte délivrée à l'évêque de Mâcon '. il se démit de sa charge peu de temps après, en 816 *. mais avant de démissionner, il avait fait élire un de ses prêtres, Agobard (voir ce nom) en qualité de chorévêque de Lyon. Les évêques de la Gaule protestèrent auprès du pape contre une mesure qui aboutissait à la présence de deux évêques sur le même siège, aussi le concile d'Arles (10-11 mai 813) décida qu'Agobard reprendrait son poste dans l’Église de Lyon, et que l'institution des chorévêques (voir ce mot) devait être abolie ?, Leidrade se retira à Saint-Médard de Soissons où il mourut (817) : son obit est marqué au 28 décembre dans le nécrologe Saint-Jean de Lyon. sacrés el ecclésiastiques, 1752, t. xviii, p. 419-423 ; 4 Observations sur la liste épiscopale. — Dans le catalogue qui précède on n'a pas lu les noms de Sicarius, — Desiderius, Africanus, Isaac et Leboïnus, tous cinq de l'invention de Symphorien Champier ; il est vrai que son associé Léonard Sarrazin supprime Sicarius et Africanus, le premier n'est attesté que par le procès-verbal de 1308 qui ne lui confère pas la dignité épiscopale ; le second est un martyr du Rouergue, devenu patron de Saint-Affrique, dans l'Aveyron, à qui Champier voulait faire un sort, j ESIDesiderius n'avait guère plus de titres à prendre place dans le catalogue, sinon d'avoir eu quelques ossements dans une chapelle à Saint-Just. | C'en fut assez pour que Guillaume de Sure, dans une — lettre d'indulgence, signée à Pierre Scize. le 20 août toute vraisemblance de l'archevêque de Vienne, massacré par les ordres de la reine Brunehaut. Isaac ou Isachar est de pure invention.
Leboinus fut abbé de l'Ile-Berbe, chorévêque de Rémi ou d'Aurélien ; il souscrivit la charte de fondation de Charlieu en 875, Jean Chenu « t Claude Robert ne consentent à sacrifier sur les cinq que le seul Desiderius, et ce n'est qu'à la condition de le remplacer par Delfinus ou Delfinas (qui est un sosie de saint Ennemond) et par Chagnoaldus (qui fut évêque de Laon, Lugdunum Clavatum d'où on le tira à Lugdunum Segusiavorum).
Les frères Sainte-Marthe écartent Chagnoaldus et Desiderius, mais maintiennent Sicarius, Delfinus, Isaac et Leboinus. A la place des deux noms rayés, ils en imposent deux autres, Eucher II et Canderius, celui-ci tiré d'un cartulaire de Saint-Maur-des-Fossés où nous le laisserons.
Jacques Severt se montra bon prince, il donna à Lyon quatre archevêques : Antherius, Salonius, : Eucher II et Theodorius, qui tous quatre prennent place avant Leidrade. Le premier d'entre eux, Antherus n'est autre qu'Antidius de Besançon, cité dans la Chronique de Sigebert de Gembloux ; Salonius est le fils aîné de saint Eucher, c'était un nom qu'on enlevait à la liste de Genève dont Salonius fut authentiquement évêque, comme Veranus son frère le fut de Vence.
Le débat sur Eucher II est depuis longtemps vidé. Baronius a cru à cette fable, au roman de Consortia, fille d'Eucher, aux signatures de conciles de 524-527, 529 et 533, lesquelles appartiennent à un évêque d'Avignon disciple de Césaire d'Arles, Ghagnoaldus, Leboinus, 245 Theodoricus n'est autre que Tetricus qui, sous Dazobert, présida le concile de Clichy. Flodoard qui avait fait de Tetricus un Theodoricus tout neuf et sans emploi, le fournit à Severt qui s'empara et baptisa un personnage imaginaire ; on doit lui savoir gré de ne pas l'avoir canonisé.
Jean Marie de la Mure soumit à une révision le catalogue élaboré par Jacques Severt, le plus récent de ses devanciers qu'il put consulter. Il rejeta avec toute raison Antherius, Senator, Salonius, Veranus, Ilduinus, mais il s'arrêta devant Sicarius, Desiderius, Africanus, Eucher II, Delfinus, Theodoricus, Isaac et, à son tour, il intronisa Barbarinus, Veranus et Aubrinus.
Barbarinus avait été imaginé en 1308, lors du Procès verbal de l'enquête conduite par l'évêque de Thibérie ; quant à Veranus on faisait de lui le fils et successeur de saint Eucher. Le chanoine de la Mure répudie la filiation, mais consent à la succession et distingue le Veranus ainsi créé par lui du Veranus véritable, enterré dans la cathédrale de Vence.
De saint Aubrinus, patron de Montbrison, il n'y a rien à dire sinon qu'il avait guéri le chanoine lorézien qui lui en conservait de la reconnaissance et la lui témoigna, en lui faisant une petite place sur le siège de Lyon entre saint Étienne et saint Viventiole.
Les mauristes dans le Gallia christiana assainirent cette liste contaminée de vingt manières et rétablirent le catalogue de Lyon, à fort peu de chose près en son état original. A benne. Desiderius, Africanus, Albricus, Theodoricus sont évincés, Senator passe à l'état de titre honorifique ; Salonius et Veranus sont traités conformément à leur naissance, Sicarius sort en mauvaise posture. Isaac et Leboïnus sont plus que douteux et Eucher II n'échappe à l'immolation que par l'effet d'une indulgence intempestive.
Echappé des mains des bénédictins, Eucher succomba sous les traits d'un jésuite, le P. de Colonia. Il ne se contentait pas de rendre ce fantôme au néant, il refusait le titre de saint à Lupicinus, Stephanus, Viventiolus, Aetherius, Lambertus qui en avaient joui jusqu'alors.
Enfin dans le Rituel de Mgr de Montazet, l'éclectisme est la note dominante du catalogue qui y est dressé. Les prélats tout à fait suspects, Antherius, Africanus et leurs congénères, ont disparu, tandis qu'Eucher II, Isaac et Leboinus ont réussi à se maintenir. Mais le pauvre Sicarius demeure douteux. A Zacharias, à Priscus, à Aetherius, à Arigius on a enlevé la caractéristique de la sainteté décidant du culte. Évidemment cette modification résulte des bouleversements plus radicaux, introduits dans le missel et dans le bréviaire local, malgré les très vives protestations du chapitre, en dépit des satires et des chansons, après arrêt du Parlement, par des réviseurs plus ardents à étaler leurs rancunes qu'à veiller sur le passé !
Le plus sage et le plus sûr paraît être de s'en tenir au catalogue contemporain de Leidrade, confirmé par deux autres documents du xr et du XIMe. Leur concordance suppose un type primitif de toute authenticité, En réunissant les noms indûment proposés et qui nous ont paru devoir être écartés, on arrive à un total de dix-sept, soit une augmentation d'un tiers à la liste authentique. Dans celle-ci ; sur quarante-six inscrits, il n'en est qu'un petit nombre pour lesquels nous n'ayons des preuves historiques de leur existence et de leur qualité : souscriptions consulaires, signatures à des diplômes d'immunité, épitaphes, TART au martyrologe hiéronymien, etc.
L'antiquité n'est muette que sur dix d'entre eux : Zacharias, Verus, Julius, Ptolomeus, Maximus, Tetradius, Martinus, Senator, Licontius et Maldabertus.
246 Dans ce nombre, il s'en trouve sept complètement ignorés par ailleurs, ce sont : Verus, Julius, Ptolomeus (in* siècle), Maximus et Tetradius (en 314 et 343), Licontius (VIe), Maldabertus (vire siècle). Il reste trois noms : Zacharias, Martinus, Senator, Le nom de Zacharias à Lyon, semble reparaitre systématiquement pour embrouiller les énumérations : nous en avons déjà parlé à propos des martyrs de l'an 177. Celui de la liste épiscopale n'a d'autre recommandation à fournir que celle d'Adon assez décrié, mais qui a pu, tout de même, trouver ce nom quelque part, dans une passion, Le nom de Martinus est tout aussi énigmatique. L ne jouit pas d'un culte à Lyon ; la légende amène de Marmoutier à l'Ile-Barbe et de là à l'archevêché. Dans la série des abbés du monastère on lit : Martinus episcopus.
Le nom de Senator est lié : est-ce un personnage, est-ce un titre ? Ce titre se rapporterait à saint Eucher qui le suit immédiatement, Duchesne n'y consent pas. Il veut un Senator de chair et d'os, mais il resterait à expliquer pour quoi on a voulu introduire dans un catalogue épiscopal un titre civil. Après tout, il n'importe puis que la question est de celles qu'on ne résout jamais.
XLVII. LES CROYANCES A Lyon. — Les faits épars au cours de ce travail nous permettent « de rassembler quelques indications d'ensemble. Nous venons de voir vivre et se développer à Lyon l'Église catholique, mais elle rencontre dans la ville certaines contradictions. Le paganisme n'y existe plus et si quelques admirateurs attardés du genre classique se répandent en descriptions et en comparaisons mythologiques, c'est affaire de mode et non de croyance, Lyon possède une importante colonie juive. La législation des Burgondes s'occupe d'elle. Le titre cm du Liber consuetudinum est consacré aux juifs qui in christianum manum praesumpserint militere (n. 114). Le titre xix de la Lex romana Burgundionum s'occupe également des juifs et interdit les mariages entre juifs et chrétiens (n. 4), renouvelant en cela une loi du Code Théodosien. Le canon 15° du concile d'Épaone, en 517, interdit aux clercs de manger à la table des juifs.
Il n'y avait pas que des juifs à Lyon ; on y rencontrait des ariens, malheureusement on ne sait rien de précis sur leur organisation religieuse, leur culte. A Lyon, dès le début de la domination burgonde, les évêques défendirent leur troupeau contre la contagion de l'hérésie arienne. Patiens avait mis beaucoup de zèle à convertir les hérétiques, il ne leur laissait la paix qu'après les avoir détachés de l'erreur. On voit la famille royale se laisser pénétrer et convertir. L'évêque Étienne s'engageait dans de subtiles controverses, et on lui reprochait de fournir des arguments aux ariens à force de leur expliquer avec trop de complaisance les mystères chrétiens. Catholiques et ariens, à Lyon, vivaient en paix, en trop bons termes peut-être, puis que le canon 15 du concile d'Épaone de 517 interdit aux prêtres orthodoxes de festoyer avec les prêtres ariens. Le canon 33 montre qu'il y eut alors un retour très vif contre l'arianisme. Après la mort de Gondebaud, sous le gouvernement du catholique Sigismond, on pouvait beaucoup entreprendre et beaucoup espérer. Les évêques se préoccupent du sort des églises enlevées aux hérétiques : 'basilicas haereticorum quas tanta erecrationem habemus exosas, Les conversions sont largement encouragées. Enfin, il y eut à Lyon, au temps de l'évêque Patiens, des sabelliens ou photiniens, au temps de l’évêque Étienne, quelques donatistes et peut-être au temps où saint Avit était évêque de Vienne, des monophysites. Avit adressa au roi Gondebaud son traité contre l'hérésie d'Eutychès, ce qui permet de penser qu'elle avait des adhérents parmi les Burgondes. Depuis la fin de la domination des Burgondes, il n'est plus question d'hérétiques à Lyon ; plus de conflits ni de discussions jusqu'au temps d'Agobard.
XLVIII BASILIQUES ET CRYPTES. — Nous avons déjà eu bien des fois l'occasion de rappeler et de montrer que les plus anciens édifices chrétiens doivent être cherchés à la périphérie des villes anciennes ou même en dehors de l'enceinte. Ceci aide à comprendre la raison pour laquelle beaucoup de ces villes nous font voir deux sanctuaires placés sous un vocable identique. A Lyon, la cathédrale de Saint-Jean rappelle la première basilique de ce nom élevée au bourg de Saint-Irénée ; de même, l'église Saint-Just infra muros évoque l'église du même nom extra muros détruite par les huguenots. Il n'est guère d'édifice chrétien à Lyon qui n'ait été reconstruit périodiquement. Saint-Nizier a été rebâti trois fois, Saint-Irénée deux fois, Saint-Martin d'Ainay cinq fois ; d'autres ont disparu pour toujours et il a fallu toute l'érudition des historiens et toute la piété des Lyonnais pour le passé de leur ville, pour interpréter et sauver des vestiges de cet âge héroïque.
Il y avait à Lyon une ecclesia Lugdunensis, sorte d'église mère, celle qui renfermait la chaire épiscopale et un certain nombre de basiliques et oratoires. L'église proprement dite était évidemment située au milieu de la ville ; ce devait être déjà, comme on l'entrevoit dès le temps de Sidoine-Apollinaire, l'église Saint-Étienne, dont l'emplacement se confondait en partie avec celui de la cathédrale actuelle. licarum fundamentd. Il y a donc une « église » et des | Au de dans, brille la clarté et le soleil est attiré vers. nous montre que, pour ce qui est de l'église, l'évêque ” a, en effet, ajouté à des parties plus anciennes bien consolidées des constructions nouvelles qui les ont complétées, ut dubitet inspector meliusne nova opera « consurgant an vetusta reparentur. Ce ne peut être - qu'à la dédicace de cette église qu'assista Fauste - de Riez, in Lugdunensis ecclesiae dedicalae festis. La poésie de Sidoine donne quelques indications | topographiques, l'église parait située tout près Lm la route et de la Saône. Get emplacement convient | de préférence au groupe qu'on trouve plus tard | sur le bord de la Saône : Saint-Étienne et Saint-Jean. Une ancienne liste épiscopale attribue à Alpinus, - successeur de Justus, à la fin du 1v* siècle, la construction de ecclesiam el baptisterium S. Stephani. | Peut-être les premiers travaux furent-ils commencés g et terminés au temps de Patiens.
Pour orner les murs de l'édifice, Patiens a eu recours - aux poètes lyonnais les plus réputés, c'est-à-dire à - Constancius et à Secundinus, dont les hexamètres | ont été gravés sur les murs latéraux, dans le voisinage du maître-autel ; ensuite, il a fait appel 4d Sidoine. Celui-ci ne s'est pas fait prier, il a composé, - d'un jet tumultueux (fumultuaris), un petit poème en vers à triple trochée, mètre avec lequel il était | depuis longtemps familiarisé. Il a pris soin de | l'envoyer à son ami Hesperius : le voici : ——— 3 « Qui que tu sois, qui vantes cette œuvre de notre 1 pére et pontife Patiens, puisses-tu avoir exaucé le vœu pour lequel tu viens prier et obtenir ce que | tu demandes, Ici resplendit un temple élevé, qui west tourné ni vers la gauche ni vers la droite, mais dont | le fronton regarde le lever du soleil die que 3 1 les lambris dorés de manière à promener ses rayons | sur le métal fauve. Des marbres aux veines colorées et brillantes s'étendent sur la voûte, le sol, les fenêtres, | et, selon un dessin aux tons variés, un enduit ug comme les prés fait ressortir ses saphirs sur des :| vitraux d'un autre vert. Là est un triple portique, superbement soutenu par des piliers d'Aquitaine ; | d'autres portiques semblables forment le fond de | l'atrium. Des colonnes, véritable fût de pierre, aux troncs espacés, garnissent la nef centrale. De l'église part la chaussée résonnante ; de là, s'écoule la Saône : de là, viennent piétons, cavaliers, chariots bruyants - avec leurs conducteurs ; de là, encore, le chœur des bateliers, inclinés sur la rame, envoie son chant chrétien tout le long du fleuve, tandis que les rives | répondent par des Alleluia. Chantez, chantez ainsi, marins ou voyageurs : là est, en effet, le lieu où tout le monde doit venir, le chemin qui conduit tous les fidèles au salut . » Dans une autre lettre , Sidoine a rappelé brièvement les fêtes qui furent célébrées à l’occasion de la dédicace de cette église. Elles furent très solennelles - puisqu'elles durèrent huit jours. Lui-même y fut présent et il en a gardé un profond souvenir. Parmi les évêques présents, se trouvait Faust de Riez qui, à la prière de ses collègues, prononça une homélie qui eut un très grand succès : ce fut probablement une des trois consacrées à saint Étienne conservées parmi les œuvres de Fauste 1, On l'écouta, nous dit Sidoine, l'esprit dressé, les oreilles tendues. C'était un heureux mélange de l'éloquence de la chaire et de celle du forum. j à FRE ez RE HCM es he
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Faisant corps avec cette église était la demeure épiscopale, domus ecclesiae, qui devait être très vaste. L'évêque Nizier l'avait fait agrandir, surtout surélever au début de son épiscopat !. Là, vivaient autour de l'évêque son clergé, prêtres et diacres, ses serviteurs (famuli) ; là, il pratiquait largement l'hospitalité | et pouvait offrir des chambres proches de la sienne * ; là, Priscus put installer toute sa famille, et ce fut assez piquant de voir sa femme et ses serviteurs : aller et venir jusque dans la petite chambre où son prédécesseur avait l'habitude de dormir ?. Dans l'église même, on devait remarquer des objets précieux : Grégoire de Tours ne signale qu'un coffre pour les Évangiles, une patène et un calice, sur lesquels — eourait toute une histoire. Un empereur Léon, qu'il —est bien difficile d'identifier, avait fait porter en présent à l'Église de Lyon un coffre, une patène et un calice d’or orné de pierreries. Le porteur s'était abouché avec un orfèvre qui fabriqua des pièces semblables, mais en argent. Ce furent ces pièces qui furent déposées dans l'Église de Lyon et que - Grégoire vit bien souvent de ses propres yeux '.
L'Église Saint-Étienne fut restaurée par Leidrade au début du ix* siècle : il fit construire un cloître destiné à servir de logement à tous les clercs attachés | au service de l'église et nommés fratres sancti Siephani. Plus tard, lors que Saint-Jean devint cathédrale, ils adoptèrent et conservèrent le nom de canonici sancti Johannis Lugdunensis, ou simplement de canonici Lugdunenses, Malgré les nombreuses réparations que Saint-Étienne avait dû subir depuis Leidrade, cette église n'en avait pas moins conservé le cachet de son origine.
Construite sur le plan d'une croix à branches équilatérales, elle était précédée d'un vestibule (pronaos), dont la façade dénaturée se reconnait sur plusieurs anciens dessins. Étant parallèle à Saint-Jean, ses deux bras de croix communiquaient directement au Nord avec Sainte-Croix, au Midi avec la cathédrale, au moyen d'un passage dont les restes subsistent encore, Une lithographie, placée en tête du Cérémonial de l'Église de Lyon, publié par M. Denavit, représente l'intérieur du sanctuaire de Saint-Étienne, tel qu'il était avant 1739. D'après cette planche, l'abside, éclairée par trois fenêtres, était très surbaissée et rappelait ainsi la disposition de Saint-Jean.
A l'époque où le siège épiscopal fut transporté de l’église des Saints-Apôtres, aujourd'hui Saint-Nizier, à celle de Saint-Étienne, Saint-Jean était le baptistère de la nouvelle cathédrale. Plus tard, au contraire, ce baptistère étant devenu l'église primatiale des Gaules, Saint-Étienne devint baptistère à son tour. Au XVIe, on y conservait encore les fonts servant à administrer le baptême par immersion. Dès le commencement du XVIIe, on ne s'en servait plus que pour le baptême des juifs et des mahométans convertis. Les autres baptêmes avaient lieu à Sainte-Croix, où se faisaient toutes les fonctions curiales, truite par la libéralité du chapitre et des paroissiens.
Bullioud, Lugdunum sacro-profanum, index 9, cite un ancien martyrologe où on lit qu'Arigius construxit ecclesiam S. Crucis et monasterium S. Justi. — Dans un
3. Saint-Jean, — Jusqu'au XVIIe (1796), la cathédrale de Saint-Jean faisait partie d'un groupe de trois églises juxtaposées et enfermées dans un même cloître. L'église dédiée à Saint-Étienne, qui lui était immédiatement contiguë et l'église de Sainte-Croix, attenante à cette dernière, sont aujourd'hui détruites. A l'origine, croit-on, c'est-à-dire au IVe et par cette raison que les baptistères étaient ordinairement placés sous le vocable de saint Jean-Baptiste, Saint-Jean n'était qu'un baptistère dépendant de l'église Saint-Étienne, édifiée par saint Alpinus, laquelle succéda, à une époque indéterminée en qualité de cathédrale à la basilique des Apôtres (Saint-Nizier).
Cette opinion peut être fondée, mais on n'en apporte aucune preuve directe. Tout ce que l'on sait d'une manière certaine touchant la fondation de la cathédrale, se résume en un fait de date inconnue, c'est que son emplacement fut généreusement concédé par un membre de la corporation des pelletiers lyonnais. En souvenir de cette munificence, la corporation jouit, pendant de longs siècles, d'un privilège honorifique que l'archevêque Renaud de Forez lui confirma en 1208 : le 24 juin, jour de la fête de saint-Jean-Baptiste, tous les maîtres pelletiers de la ville, précédés de deux anciens maîtres montés sur des mules blanches, se rendaient processionnellement, avec des cierges ou des torches allumés, devant la porte de l'église. Le chapitre, revêtu des habits sacerdotaux, les recevait avec la croix et les introduisait avec cérémonie. Après l'offrande, un chanoine-comte, spécialement désigné, leur présentait à chacun, de sa propre main, le pain bénit. Plusieurs historiens, s'appuyant sur une prétendue tradition capitulaire, visée dans une bulle du pape Martin V, donnée à Florence le 4 avant les calendes de février 1420, attribuent la construction première de Saint-Jean aux rois de Bourgogne et de Bohême, souverains alors de ce pays ; mais cette tradition, dont la formule est équivoque et qui se révèle pour la première fois à une date relativement trop récente, ne peut être d'aucune autorité. La vérité historique exige donc, en somme, que l'on reconnaisse bien franchement que les textes parvenus jusqu'à nous, ne fournissent rien d'absolument précis au sujet de la première église Saint-Jean-Baptiste, avant l'époque de Charlemagne.
A cette époque, c'est-à-dire au commencement du IXe, Saint-Jean était la plus grande des églises de Lyon. Leidrade, qui répara autant qu'il put les ravages que lui avaient fait subir les hordes sarrasines, en la faisant recouvrir et en restaurant les parties ruinées, l'appelle très explicitement Maxima ecclesia quae est in honorem Sancti Johannis Baptistae. Cette épithète de maxima n'implique aucune idée hiérarchique : ce sont les dimensions du vaisseau qui l'ont motivée, car Saint-Étienne ne perdit officiellement son titre d'église cathédrale qu'au XIe. Il est à observer que, dans tous les documents du Moyen Age antérieurs et même postérieurs au XIIe, l'église de Saint-Jean n'est presque jamais désignée sous le vocable de son patron, mais presque constamment par l'appellation de major ecclesia Lugdunensis, qui n'a jamais été appliquée à la basilique Saint-Étienne, alors même qu'elle était cathédrale.
On ignore la forme du vaisseau de Saint-Jean, sa disposition intérieure et son ornementation. L'archevêque Agobard, successeur de Leidrade, nous apprend seulement dans un petit poème, que son prédécesseur y fit déposer les reliques des saints martyrs Cyprien, Spérat et Pantaléon, apportées de Carthage à Arles et, de là, transférées à Lyon.
Lugduni ad placidam Johannis aram,
Qui Christum vitrea rigavit unda.
Ille cum sociis, honore claro
Florens, inelyte Cypriane, dormis,
Le diacre, Florus, contemporain de l'un et l'autre prélat, explique dans une pièce métrique, que ces reliques étaient placées dans le sanctuaire, et qu'audessus, dans un tableau peint ou sculpté, on voyait Jésus-Christ représenté au milieu des quatre animaux mystiques, les apôtres rangés autour de lui avec la figure de l'agneau, puis les quatre fleuves du paradis et saint Jean administrant le baptême !.
TITULUS ABSIDAE : Martyribus subler venerabilis emicat aula ;
Martyribus supra Christus rex praesidet altus.
Circumstant miris animalia mystica formis,
Nocle die que hymnis trinum inclamantta numer,
Adstat apostolicus pariter chorus ore corusco,
Cum Christo adveniet cerlo qui lempore judex.
Viva que Hierusa les, agno inlustrante refulgens,
Quattuor uno agitat paradisi flumina fonte.
254 La chapelle et le couloir qui y donne accès sont ornés d'un certain nombre d'épitaphes chrétiennes antiques dont nous avons publié le texte au 8 LI, Inscriptions. 5. Sainte-Marie. Nonobstant les travaux de restauration exécutés par ordre de Leidrade, cette église a disparu. Nous savons qu'on y voyait le tombeau d'un riche gaulois de la classe sénatoriale. Sur sa femme on racontait une historiette que Grégoire de Tours a pris soin de recueillir : veuve, elle passa près d'une année dans l'église, assistant à la messe chaque jour, passant les heures en prière ; chaque jour, elle déposait dans le sanctuaire un setier de vin de Gaza. Un diacre peu scrupuleux s'empressait de boire le vin et le remplacait par un affreux vinaigre ; mais la supercherie fut révélée en songe à la veuve qui voulut la vérifier elle-même : le vinaigre était si rude qu'elle faillit en perdre les dents *.
6. Saint-Hélie. — Cet Hélie est, d’après le catalogue épiscopal du ix siècle, le quatrième évêque de Lyon, et a dû vivre dans la première moitié du xi siècle. On montrait avec vénération sa crypte aux étrangers. Le cicerone de Grégoire de Tours prit soin de l'avertir sur le seuil : « Un grand évêque repose ici. » Le monument devait être imposant. Sur la porte, une inscription rappelait comment le tombeau avait été violé et le cadavre dépouillé. C'était, d'après l'inscription, un païen qui avait, de nuit, tenté ce mauvais coup ; mais le cadavre qu'il avait mis debout l'enserra dans ses bras et le tint si fort que, le lendemain, on les retrouva tous les deux dans cette posture. On put faire lâcher prise au saint pour juger le coupable ; on comprit que c'était là un signe de pardon et le malheureux put se retirer ?, l'église existe encore de nos jours, mais il n'y reste, semble-t-il, aucun vestige du ix* siècle.
9. Saint-Nizier. — Lors que saint Pothin vint à Lyon, il dut choisir un asile pour célébrer le nouveau culte qu'il enseignait et abriter sa personne ; voilà tout ce que nous pouvons dire avec certitude, tout le reste n'est que fantaisie et roman. On n'a pas l'ombre d'une preuve à invoquer, pour soutenir que le souterrain placé sous l'église Saint-Nizier actuelle, est la crypte dans laquelle saint Pothin célébrait l'eucharistie.
A quelle date remonte l'église consacrée aux saints Dièse et aux Quarante-huit Martyrs, c'est ce qu'on n'est pas en état de dire, mais ce double vocable inviterait à croire qu'il remonte à une date rapprochée de l'an 177, peut-être sous l'épiscopat de saint Irénée. Cette église aura sans doute été détruite au début du iv siècle lors que le césar Constance-Chlore interprétait l'édit de persécution de Dioclétien, en épargnant les fidèles aux dépens des édifices. Reconstruite dès la paix de l'Église, la basilique des Saints-Apôtres fut certainement la première cathédrale de Lyon et conserva cette dignité jusqu'au v siècle, époque de la translation du siège épiscopal dans la basilique Saint-Étienne. A partir de cette époque, l'église des Saints-Apôtres commença à être choisie par les évêques de Lyon pour lieu de sépulture. Grégoire de Tours, quand il la visita, la trouvait miræ magnitudinis, Cette église s'élevait sur la rive gauche de la Saône, là où est aujourd'hui la place Saint-Nizier, Un prêtre était attaché à cette basilique et avait la charge du culte. Ce qui, peu à peu, attira le plus l'attention des fidèles, ce fut le tombeau de Nizier qui y avait choisi sa sépulture, Ce tombeau était recouvert d'une grande draperie dont les fidèles arrachaient les fils pour se préserver des maladies, et décoré de verdures offertes par ceux qui venaient y prier. Là avait été déposé le lit où d'ordinaire reposait saint Nizier, à côté brûlait un grand cierge. Un autre lit magnifique avait été fait sur l'ordre d'Aetherius et placé également près du tombeau : il était couvert d'une belle tenture et entouré de torches dont une brûla une fois pendant quarante jours de suite. Ceux qui s'y étendaient étaient guéris de tous leurs maux. Encore près du tombeau, on voyait un amas de ferraille formé de chaines et d'entraves brisées des prisonniers que le saint avait délivrés', Ces miracles véritables ou imaginaires attirèrent un grand concours de peuple, tellement que, petit à petit, le vocable de Saint-Nizier se substitua au vocable des Saints-Apôtres, Huiné par les Sarrasins au vii siècle, cette église fut rebâtie par Leidrade au ix siècle, Jusqu'au xii siècle, « cette église fut desservie par un clergé canonial comme l’étaient les églises de Saint-Jean, de Saint-Just et de Saint-Paul. Ce clergé était soumis à une règle et à un abbé, mais n'était pas lié par le vœu de pauvreté. On connaît trois abbés de Saint-Nizier : Austregille, en 590, mort évêque de Bourges, Maculphe qui fut son lecteur, Abdallard mentionné dans un acte de 1022, Au xii siècle, Saint-Nizier, d'abbaye canoniale devint simple paroisse et fut choisie par le Consulat pour être en quelque sorte le premier hôtel de ville de la commune naissante de Lyon. Au début du xiv* siècle, l'église fut rebâtie, desservie par un chapitre de seize chanoines, mais la reconstruction commencée en 1303 ne fut terminée que deux siècles plus tard. Les dates de 1562 et de 1793 marquèrent des heures sombres pour l'église qui a été restaurée et rendue au culte ?,
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tant d'églises, et celle-ci en particulier qui aura pu fort bien être construite par un de ses successeurs. Au-dessus de la porte d'entrée de Saint-Romain, on lisait une inscription accompagnée des figures à mi-corps de saint Joachim et de sainte Anne. Ces patrons et le texte de l'inscription nous reportent en plein Moyen Âge :
Templi factores fuerunt Fredaldus et uxor, martyrii egregii quod constat honore Romani, illius ut p [re ]e [ibus ] re ere antur sede perenni.
« Les auteurs de ce temple furent Fredaldus et sa femme : ils le construisirent en l'honneur de l'illustre martyr Romain, afin qu'aidés par ses prières, ils puissent jouir du séjour éternel. » | Relevée, peut-être ou consolidée sous l'épiscopat de Leidrade, l'église Saint-Romain fut reconstruite au xvi* siècle, : l i On n'est pas mieux instruit touchant l'époque de la fondation de Saint-Pierre-le-Vieux, mais son sobriquet et ses dimensions exiguës (24 m. x 12 m.) porteraient à croire que cette église est ancienne, Saint-Romain fut démoli en 1752 par ordre de l'archevêque, et Saint-Pierre en 1792, Gu | tion par Leidrade aura été bien peu durable, à moins. qu'il s'agisse ici d'agrandir, ce qui n'est pas le sens commun du terme reedi ficare. | | ~ autres, l'hôpital de Notre-Dame de Lyon ou de la Saunerie qui était le plus ancien et le plus considérable : plus tard on y compta ceux de Saint-André, de Saint-Just et de Saint-Irénée, enfin l'hôpital du pont T cle, fondé par le roi Childebert et la reine Ultrogothe.
vero, quod piissimus rex Childeberthus vel jugalis sua Domino condiderunt, cuius inslitutionis ordinem vel — se quolibet tempore antestis Ecclesise Lugdunensis revo- per lemporum ordinem sacerdotes non solum aut de. facultate exenodocii ipsius aul de consuetudine vel — antium ac numerus vel exceptio peregrinorum secundum inditam institulionem inviolabili semper stabili- si passionnés pour la gloire de leur cité n'eussent pas … manqué de l'introduire dans les ouvrages qu'ils lui
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14, L'hôpital de Notre-Dame de Lyon. — Lyon ne fut pas dépourvue d'institutions charitables ; entre Guinant, de Sainte-Catherine, des Deux-Amants, de du Rhône qu'on a pensé ! être celui qui fut, au vre sièCette fondation n'est rappelée que dans le 15 canon du V concile d'Orléans, tenu en 549 * : De exenodocio Ulihrogolho regina in Lugdunensi urbe inspirante expensz rationem petentibus ipsis manuum nosirarum suscriplione firmavimus, visum est pro Dei contemplacione junctis nobis in unum permansura auctoritate decernere, ut, quidquid præfato exenodocio aut per supra dictorum regum oblationem aut per quorumcum que fidelium elemosinam conlatum aut conferendum est in quibuscum que rebus ad que corporibus, nihil exinde ad cel aut ad ius Ecclesis fransferat, ul succedentes sibi institulione nil minuant, sed dent operam, qualiter rei ipsius slabilitas in multam partem delrimentum aul diminutionem aliquam patiatur, providen les intuitu retributionis æternæ, ut praepositi semper strenui ac Deum limentes decedentibus instituantur et cura ægrotale permaneat, Quid si quis quolibel lempore, cujustulionem nostram venire templaverit aul aliquid de consuetudine vel facultale exenodocii ipsius abstulerit, ut exenodocium, quod avertat Deus, esse desinat, ut necalor pauperum in revocabili anathemale feriatur.
Cette ignorance aide à comprendre la destinée de la fondation royale de Childebert. L'hôpital était bâti sur la rive droite de la Saône, un peu en amont du pont de pierre et sur l'emplacement qu'occupe, de nos jours, la place de la Douane. Vers le commencement du XXe, il était desservi par un collège d'hommes engagés dans les ordres (clerici), assistés de quelques femmes, religieuses peut-être (conversæ). Ces clercs ne dépendaient d'aucune congrégation et se recrutaient par eux-mêmes. Au XVe, son église passait pour excessivement ancienne et le style de son architecture déposait en faveur de cette antiquité. Elle avait un clocher doté de plusieurs cloches et cinq chapelles dédiées en l'honneur de la vierge Marie, de saint Eloi, de saint André, du saint Sépulcre et de saint Bernard, cette dernière fondée probablement au xii siècle. L'oratoire, l'hôpital, le cimetière attenant et la place qui le précédait étaient lieux d'asile inviolable.
Dans les premières années du xii siècle, l'église paroissiale et collégiale de Saint-Paul entra en conflit avec l'hôpital au sujet des prérogatives que celui-ci s'attribuait dans les limites de sa juridiction. L'archevêque Josseran confia l'instruction de l'affaire et remit la sentence à Hugues Ier de Grenoble qui, vers 1110, soumit hiérarchiquement l'église Notre-Dame à l'église de la paroisse. Ce jugement confirmé en 1135, 1150, 1170, 1193 ne rétablit pas la concorde, bien loin de là ; en 1197, Renaud de Forez, archevêque de Lyon, déposséda les desservants de l'hôpital et fit donation pure et simple de l'église, de la maison de secours et de ses dotations au chapitre de Saint-Paul, le chargeant d'administrer le tout selon l'intention des antiques fondateurs.
De l'ensemble des droits, des revenus et des charges, les chanoines formèrent une obédience qu'ils nommèrent la Saunerie, du nom de rue où était situé l'hôpital. Sous cette nouvelle administration, Notre-Dame perdit peu à peu de son importance et tendit progressivement à s'effacer comme maison de charité. Dès le commencement du XVe, non seulement le cimetière, mais encore la cour de l'hôpital furent envahis par des maisons particulières, dont le revenu grossissait la prébende de l'obédiencier. En 1385, une chambre haute de l'hôpital même fut donnée à bail, sous le cens d'un florin et de deux deniers. Vers le milieu du XVe, le nom de Saint-Éloi, qui ne s'appliquait qu'à une chapelle attenante à l'église, commença à se substituer à celui de Notre-Dame de la Saunerie qui avait déjà remplacé celui de Notre-Dame de Lyon. À la fin du siècle, l'hôpital et l'église n'avaient plus d'autre vocable que celui de Saint-Éloi.
L'hôpital alors était desservi par un homme et une femme mariés qui y faisaient leur résidence, et le souvenir même de l'hôpital était presque aboli en sorte que le consulat prit, le 16 janvier 1499, la délibération suivante : « Pour l'hôpital Saint-Éloy, l'on y fera un écriteau, pour remonstrer qu'il y a hôpital pour les pauvres. » On serait presque disposé à se montrer indulgent à nos modernes laïcisateurs, si peu dignes trop souvent du rôle qu'ils assument, en voyant de quelle façon sous le regard d'une grande Église, par la faute ou la connivence de prêtres et de chanoines, une institution charitable d'origine royale se trouvait progressivement réduite à l'anéantissement.
Le chapitre de Saint-Paul, qui avait dénoncé les fréquents et sérieux désordres, le relâchement des clercs dans les soins dus aux pauvres, le détournement à d'autres usages des biens spécialement donnés pour venir en aide aux malheureux, faisait peut-être regretter ce qu'il avait, en fait, aboli et oubliait les engagements contractés par lui, en 1197.
En 1492, on établit à Lyon un monastère de Cordeliers de l'Observance qui fit choix de l'emplacement de l'ancien hôpital des Deux-Amants à Vaise. Une bulle d'Alexandre VI, du 14 novembre suivant, autorisa la vente et la démolition de l'hôpital, à condition de son transfert sur un autre point. On choisit la Chassa, près de Pierre-Scize, et le chapitre de Saint-Paul arguant des frais où ce transfert le jetait, sollicita de l'autorité diocésaine la suppression de l'hôpital Saint-Éloi et l'affectation du produit de la vente à l'érection du nouvel hôpital. Les chanoines représentèrent la maison dont ils avaient si grande impatience de se défaire, comme « basse, humide, enclavée, malsaine et impropre à recevoir les pauvres du Christ, dangereuse même pour la santé publique. » Le conseil de l'archevêché autorisa l'aliénation au plus offrant et dernier enchérisseur. Le 27 avril 1499, l'hôpital du roi Childebert fut loti, vendu à sept acquéreurs qui y mirent incontinent la pioche.
Les consuls de Lyon soulevèrent judiciairement la question de la validité de cette vente. Un procès s'engagea qui finit par une transaction, aux fermes de laquelle les chanoines firent cession et transport à l'hôpital du Pont-du-Rhône du produit de la vente du bâtiment de l'hôpital Saint-Éloi, soit d'un capital de 113 livres, 6 sous, 8 deniers et d'une pension de 30 livres, 11 sous, 8 deniers, due par cinq co-acquéreurs. Cette transaction était une excellente affaire, car si les chanoines restituaient aux pauvres une part de leur propre bien, ils gardaient pour eux-mêmes les dotations attachées à l'établissement. L'opération était fructueuse, mais elle avait toute la gravité d'une friponnerie.
Le souvenir de cette institution s'effaça rapidement. Un siècle s'était à peine écoulé depuis la disparition de son église, tombée de vétusté ou rasée par les calvinistes que, déjà, les historiens du XVIe étaient réduits au silence. On se gardait bien, au chapitre de Saint-Paul, d'ouvrir les archives où des érudits malavisés eussent pu retrouver les pièces de l'histoire que nous venons de résumer.
Le texte même du concile d'Orléans du 28 octobre 549 paraissait ignoré de tous à Lyon, et c'était tant mieux pour les chanoines, car on y eût lu qu’ « en ce qui regarde l'hôpital que le très pieux roi Childebert et son épouse, la reine Ultrogothe, ont fondé, d'inspiration divine, en la ville de Lyon, et dont nous [151 évêques et 21 délégués d'évêques] avons confirmé, à leur demande, par l'apposition de nos souscriptions écrites de nos propres mains, les statuts de fondation et l'affectation des ressources, il nous a paru bon à tous, et cela en vue de Dieu, de décréter par ordonnance durable :
« Que jamais aucun prélat de l'Église de Lyon ne retienne par devers lui ou transfère à sa propre Église les dons provenant de l'offrande des souverains susdits et de la charité des fidèles, quelle qu'en soit la nature.
« Que les pontifes appelés à se succéder non seulement n'enlèvent rien aux possessions, aux coutumes et aux constitutions dudit hôpital, mais, au contraire, qu'ils fassent en sorte que cette fondation ne souffre dans son maintien, ni détriment ni diminution ; veillant, en prévision de la récompense éternelle, à ce que des préposés zélés et craignant Dieu y succèdent toujours les uns aux autres, et que, selon le but de la fondation, le soin et le nombre des malades, l'accueil des pèlerins, y subsistent perpétuellement sans aucune atteinte.
« Que si jamais quelqu'un, quelle que soit son autorité, quel que soit son rang, essaye de contrevenir à notre présente constitution, ou retranche quoi que ce soit aux usages ou aux biens dudit hôpital, de telle sorte que cet hôpital, ce qu'à Dieu ne plaise ! cesse d'exister, qu'il soit frappé, comme meurtrier des pauvres, d'un irrévocable anathème. »
Ainsi donc Childebert fonda, sous le vocable de la sainte Vierge, un hôpital situé sur la rive droite de la Saône, au centre du vieux Lyon, près du pont qui reliait les deux parties de la cité, c'est-à-dire au point de jonction des deux voies romaines conduisant par Vienne en Italie. Les privilèges conférés aux desservants les induisirent à marcher au moins de pair avec les chanoines de Saint-Paul et leur église excessivement ancienne jouissait de prérogatives exceptionnelles. Cette fondation disparut en 1503 par suite d'une cupidité coupable qui ne se laissa arracher pour les pauvres spoliés que la valeur des quatre murs.
On a fait quelque bruit, il y a soixante-dix ans, sur la « liturgie lyonnaise ». Coup sur coup, on vit paraître de minces volumes où l'ardeur des convictions tenait lieu de l'étude approfondie. Il n'y a rien à retenir de ce fatras dont S. Ghar- ~ léty a dressé patiemment la monotone bibliographie où se rencontrent L. Morel de Voleine, Recherches historiques sur la liturgie lyonnaise, dans Revue du Lyonnais, 1856 ; De Conny, Recherches sur l'abolition de la liturgie antique dans l'Église de Lyon, in-12, Lyon, 1859 ; D. Bouix, La liturgie de Lyon au point de vue de l'histoire et du droit, dans Revue des sciences ecclésiastiques, 1862, t. vi ; Roux, La liturgie de la sainte Église de Lyon, in-8°, Lyon, 1864 ; L. Morel de Voleine, Liturgie romano-lyonnaise, dans Revue du Lyonnais, 1871, IIe série, t. xii. Il y a, dans tout ce fatras, assez peu de choses à retenir ; ou plutôt, ce qu'il faut savoir ne s'y découvre qu'à grand-peine, si encore on y découvre.
« Or, au IVe, le rayonnement ecclésiastique de Lyon était à peu près nul. Cette ville avait perdu, depuis la nouvelle organisation provinciale sous Dioclétien, sa situation de métropole des trois Gaules. Le lustre, l'influence, avaient passé à Trèves, à Vienne, à Arles. L'évêque de Lyon, quelle qu'ait été son importance au Ier siècle, n'a plus, depuis Constantin, aucun relief spécial. Il ne sera guère, jusqu'à Grégoire VII, fondateur de la primatie lyonnaise, elle-même peu efficace, que le métropolitain de la Lugdunensis I*. Ce n'est pas dans ces conditions que son Église a pu devenir le type de toutes les Églises occidentales, le foyer d'un rayonnement ecclésiastique assez intense pour se faire sentir au delà des Pyrénées et de la Manche, franchir les Alpes et soustraire à l'influence romaine la moitié des Églises italiennes.
« Vers la fin du VIe, l'évêque de Lyon semble prétendre à une sorte de suprématie sur les évêques du royaume de Gontran. Grégoire de Tours donne le titre de patriarche à Nizier ; son successeur Priscus porte la même qualification dans le concile national de 585 ; il y fait même décider (can. 20) que les conciles nationaux se tiendront tous les trois ans, sur sa convocation et celle du roi. L'évêque de Lyon signe le premier dans les conciles de Paris (614), de Clichy (627), de Chalon-sur-Saône (v. 650). En 597 et en 692, il consacre l'archevêque de Cantorbéry. Mais cette situation ne se relie en aucune façon aux origines, au temps de Pothin et d'Irénée. L'histoire de saint Avit de Vienne et celle du vicariat d'Arles suffisent à le prouver !, » Le rite observé à Lyon n'aurait été que le rite alors répandu dans les Églises des Gaules inspiré de la liturgie de l'Église de Milan. L'absence de textes liturgiques propres à cette période ne permet pas de résoudre la question. On doit penser seulement que des emprunts aux Églises d'Orient sont bien problématiques. On pourrait être induit à croire le contraire de nos jours après avoir assisté, à Lyon, au saint sacrifice de la messe, Dans son rite plus cérémonieux, elle comporte des différences notables avec l'usage romain. La messe solennelle se distingue plus encore du cérémonial romain ; quant à la messe pontificale, elle offre des particularités déconcertantes ; avec ses six prêtres en chasubles, sept diacres en dalmatiques, sept sous-diacres en tuniques, sept acolytes en aubes, sept clercs en chapes, on peut être tenté de se croire revenu à la plus haute antiquité. En définitive, le rite lyonnais avec ses nombreux figurants est simplement le rite romain préservé avec ses caractéristiques du temps de saint Grégoire le Grand, à la limite du Ve et du VIe. Ce que nous voyons n'est qu'une épave : pour autant qu'on puisse atteindre le passé, on entrevoit que la Gaule avait connu, en matière liturgique, d'extrêmes vicissitudes, Le rite gallican avait été altéré par le rite romain que les moines de saint Benoît avaient apporté d'Italie, et que les évêques gaulois avaient adopté en le combinant avec leurs usages locaux, ce qui avait développé un rite à peu près indéfinissable. Quand les livres grégoriens pénétrèrent en Gaule, et s'y répandirent, ce fut encore sous réserve du maintien des particularités locales : d'où résulta un rite encore plus compliqué.
Dès avant saint Boniface, la liturgie romaine était solidement implantée en Gaule, mais plutôt sous la forme que nous venons de dire, avec toutes sortes de complications et de combinaisons. Les missionnaires romains traversaient notre pays pour se rendre en Angleterre, ces Anglais convertis s'offraient l'inévitable little trip qui les menait à Rome d'où ils rapportaient reliques, images et livres liturgiques. Ces derniers n'arrivaient pas tous à destination. On les lisait, parfois on les copiait, et même on les échangeait ou, tout simplement, on les volait. C'est ainsi que s'accomplissait l'œuvre de pénétration. Les moines de saint Colomban, voyageurs infatigables, contribuèrent largement à l'expansion des coutumes liturgiques romaines. KA « Les livres gallicans, peu nombreux, qui nous sont parvenus, remontent à la dernière période du régime mérovingien. Presque tous contiennent des formules d'origine romaine, des messes en l'honneur des saints romains, Dès le temps de Grégoire de Tours, un livre romain d'origine quoi que sans caractère officiel, le martyrologe hiéronymien, fut introduit en Gaule et adapté à l'usage du pays. C'est sous Charlemagne au plus tard, que fut exécuté le sacramentaire de Saint-Denis ; que l'on appelle sacramentaire gélasien (voir ce mot), et qui est, en effet, un livre romain pour le fond. D'autres livres ou fragments de livres, soit romains, soit mixtes, remontent à cette époque, c'est-à-dire à un temps où l'influence de saint Boniface ne s'était pas encore exercée sur l'Église franque, au moins dans les limites de l'ancienne Gaule.
« Que saint Boniface ait poussé vivement à la réforme liturgique et à l'adoption des usages romains, c'est ce dont il n'est pas permis de douter. Cependant nous connaissons peu le détail de son activité à cet égard. Il ne pouvait manquer d'être vigoureusement soutenu par les papes, dont il était le conseiller autant que le légat. On apporta même en ces choses un zèle, une passion acrimonieuse, qui sont bien loin de l'esprit de saint Grégoire le Grand *, Un des rites les plus touchants de la messe gallicane, c'est la bénédiction du peuple par l'évêque, au moment de la communion. On tenait tant à ce rite qu'il fut maintenu, même après l'adoption de la liturgie romaine ; presque tous les sacramentaires du Moyen Âge contiennent ces formules de bénédiction : maintenant encore, elles sont en usage dans l'Église de Lyon. Or voici comment le pape Zacharie en parlait dans une lettre à Boniface : Pro benedictionibus aulem quas faciunt Galli, ut nosti, frater, multis viliis variant, Nam non ex apostolica traditione hoc faciunt, sed per vanam gloriam hoc operantur, sibi ipsis damnationem adhibentes, dum scriptum est : « Si quis vobis evangelizaverit prater. id quod evangelizatum est, anathema sit, » Les usages observés en Gaule furent profondément modifiés au milieu du VIIIe. C'est sous l'épiscopat de saint Chrodegang (732-766) et plus probablement depuis son retour de Rome, en 754, que l'Église de Metz adopta la liturgie romaine t. Pépin le Bref, puis Charlemagne, dans l'Admonitio generalis de 789 imposent le chant romain au lieu du chant gallican, Pour Lyon, en particulier, une indication précieuse est donnée par le Rapport de Leidrade à l'empereur. Malgré les formules répétées d'humilité, Leidrade laisse bien entendre qu'il se fait gloire non seulement d'avoir rétabli la régularité et la dignité du culte, mais d'avoir modifié les usages lyonnais. A cet effet, il a fait venir un clerc de l’Église de Metz, particulièrement instruit de la réforme de Chrodegang, et le début de cette collaboration comme le résultat du changement, ce fut la substitution du rite de la chapelle impériale aux traditions de l’Église de Lyon ?, Les évêques Patiens, Viventiolus semblent avoir aimé et recherché la pompe des cérémonies : à l’occasion d'une fête solennelle, dédicace, etc :, on invitait quel que évêque en réputation d'éloquence : Fauste de Riez, Avit de Vienne ; on était sensible à une belle parole, on se dérangeait volontiers pour venir l'entendre. Avit se faisait raconter par ses correspondants la splendeur de Noël et de Pâques ; le natale de saint Just avait lieu le 2 septembre et devenait l'occasion d'une grande procession suivie par une foule de gens qui s'étaient entassés dans l'église pendant les chants qui remplissaient la vigile et s'ébrouaient à l'aube dès qu'on commençait à suivre le parcours. Autre solennité, le 2 juin, pour commémorer en l’église Saint-Nizier l'anniversaire de sainte Blandine ou des quarante-huit Martyrs. On y venait de partout, la procession se déroulait sur la Saône au chant des hymnes et des cantiques, dans l'attente des miracles qui avaient fait surnommer ce jour : dies miraculorum.
Nous avons dit l'acharnement que les païens avaient apporté à anéantir les restes des martyrs de l'an 177 ; mais les Lyonnais n'eussent pas été de leur temps s'ils n'avaient adressé leur dévotion à des reliques ; toutefois, ils semblent n'avoir pas été heureux, car ils se laissèrent ravir le corps de saint Didier par ceux de Vienne et ne surent pas M E le corps de saint Bonnet à ceux de Clermont. Ils avaient parmi eux, saint Nizier que personne ne leur disputait, mais par un retour étrange, ils ne faisaient pas de ciseaux de ses miracles, et Grég oire de Tours nous apprend qu'un petit aveugle guéri pendant les obsèques de Nizier fut maltraité par quelques gens de l'aristocratie.
Cependant la dévotion était grande et expansive. La visite que saint Germain d'Auxerre fit à Lyon attira toute la population au lieu de son débarquement sur la rive de la Saône pour recevoir sa bénédiction, dem wader la guérison des malades et l'enseignement de sa parole. Jour et nuit, les églises étaient fréquentées. Près des tombeaux des martyrs, des saints, des évêques, on venait prier, demander une guérison, un miracle, Des malades exaucés laissaient des ex-voto. Plusieurs inscriptions témoignent de cette piété. Des enfants étaient voués aux églises. Des adultes ou des vieillards menaient à l'entrée des sanctuaires une vie de prière et de pénitence. Nonnusus passait ses nuits à chanter des hymnes. Le marchand Agapus, qui mourut à quatre-vingt-cinq ans, fut la consolation des affligés et le refuge des pauvres ; aimé de tous, il visitait les sépulcres des saints et pratiquait l'aumône et la prière. La reine Caréténe multiplia sans mesure les bonnes œuvres.
L. TEMPOREL. — « L'Église de Lyon avait un domaine temporel que nous ne connaissons que fort imparfaitement. Il s'enrichissait par la générosité des rois et des fidèles. De nobles et riches Lyonnais faisaient l'Église héritière de leurs biens *. Ce domaine parait avoir été administré avec un soin particulier par certains évêques comme Nicetius et Goduinus.
Nicetius, à cet égard, mérita l'admiration de Grégoire de Tours. Il s'intéressait aux constructions, à l'entretien et à l'exploitation des domaines : domos compo- nere, serere agros, vineas paslinare diligenter studebat 4, Il faisait des tournées de propriétaire in agro sanctæ — Ecclesiæ Lugdunensis, et jus que dans les possessions les plus éloignées.
A l’évêque appartenait dans Lyon même son palais épiscopal, les domus episcopales . Hors de la ville, dans les environs, était l'ager bugdunensis [Ecclesiæ, qui ne désignait sans doute pas un territoire continu et limité, mais un ensemble de domaines en exploitation dont un, appelé Musternacum nous est connu , et un autre Albieux, Albiacum , qu'Aethérius attribua usibus suis à Austregisile, abbé de Saint-Nizier, et qui, réclamé par l'Église de Bourges à la mort de ce saint, faillit ainsi être enlevé à l'Eglise de Lyon. Il est possible que certaines terres énumérées dans le Testament d'Aunemundus aient appartenu très anciennement à l'Église de Lyon . Mais ce document est trop tardif et trop suspect pour qu'on puisse en tirer quel que indication certaine. L'Église de Lyon avait, d'autre part, des possessions lointaines ; elle en avait en Auvergne au début du vii siècle, puisqu'un évêque, qui est sans doute Étienne, en donna une partie à Quintianus, évêque de Rodez, chassé de sa ville épiscopale et réfugié à Clermont, aliqua possessionis Ecclesise suc quam in Arverno habebat . Nizier M visita les prædia de Provence '« . On voit Goduinus échanger avec le fisc royal les domaines de son église à Nassigny-en-Berry !!. Grâce à cet échange, il acquit la villa de Villeurbanne dans la banlieue immédiate de Lyon ?, Le domaine possédé par Goduinus dans la villa de Lagny, à Silly #, était-il sa propriété personnelle ou appartenait-il à l'Église de Lyon ? Rien ne le précise ; mais la première hypothèse est la plus vraisemblable. Il n'en était sans doute pas de même des villæ de Galoaco (7), de Longeville !5 et des sept églises de la villa de Vilplaix *# situées dans le Berry, que Goduinus tenait a regia majestate et que deux diplômes faux de Childéric II et de Dagobert I prétendent avoir été transférées à Saint-Denis.
Dans le fragment du Bref de l'Église de Lyon établi par l'évêque Leidrade vers 810-812, on trouve un état sommaire, évidemment très incomplet, du domaine de l'Église, tel qu'il avait survécu aux circonstances désastreuses du viii siècle : les possessions lointaines étaient probablement perdues pour la plupart ; les biens de la région lyonnaise avaient dû être fort entamés, lors de la soumission du pays aux premiers Carolingiens par suite des dons octroyés à leurs fidèles. D'autre part, au temps de Leidrade, les biens étaient partagés, quoiqu'on ne trouve auparavant aucune trace de ces partages. On voit qu'à l’évêque étaient affectées 760 colonicæ, terme qui désigne le mode le plus répandu de tenure des parcelles exploitées du domaine, 527 étaient en exploitation, et 23 en friche, faute sans doute de colons pour les cultiver. Le chorévêque Amalbert était pourvu de 30 parcelles en exploitation et 17 en friche. Le second chorévêque, Agobard, était mieux partagé : il avait 64 parcelles exploitées et seulement 4 en friche. Au chapitre de Saint-Étienne, avec 23 chanoines, étaient attribuées 83 parcelles cultivées et 50 en friche ; au chapitre de Saint-Paul, 22 parcelles exploitées, 21 en friche ; à l'hôpital Saint-Genés, 6 parcelles cultivées et 10 en friche ; à celui de Saint-Romain, 22 parcelles cultivées et 2 en friche.
On comptait donc au total, pour l’évêque, deux chorévêques, deux chapitres et deux hôpitaux, 1091 parcelles dites colonicæ, dont 953 en exploitation et 137 en friche. Il n'est question dans le fragment de Bref ni de Saint-Just, ni de Saint-Irénée, ni de Saint-Michel qui ne figurent pas dans le Rapport de Leidrade (à l'empereur, ni de Saint-Nizier, de Sainte-Marie et de Saint-Georges qui figurent dans ce Rapport. Même si l'on pense que Leidrade n'eut pas à faire d'importantes réparations aux églises qu'il ne cite pas, le fragment de Bref est trop réduit pour que l'on en puisse tirer quel que vue d'ensemble avec d'aussi graves lacunes !.
Mais ce n'est pas tout : les souverains carolingiens du ix siècle, Lothaire Ier, Charles, roi de Provence, Charles le Chauve, Lothaire II, roi de Lorraine, ou confirmèrent à l'Église de Lyon de nombreuses restitutions *. Il parait bien que la plupart des domaines ainsi restitués avaient été donnés très anciennement à cette Église, Ecclesiæ sancti Stephani, comme l'indique l'usage dans les diplômes de ce vocable. Sans doute, ces biens avaient été enlevés à leur légitime propriétaire au viii siècle et distribués à de grands laïques pour reconnaître leurs services et assurer leur fidélité à l'égard des premiers Carolingiens. Biens ; et ces spoliations, on pourrait dire ces sécularisations, avaient été surtout fréquentes et étendues au temps de Charles Martel. C'est ce que les diplômes de restitution expriment sous des termes généraux, Saint-Laurent qui était accolée à l'église Saint-Paul et par de l'Église de Lyon avaient déjà été l'objet de partages. On voit qu'à l’évêque étaient affectées multis jam annis injuste exinde ablatis, ou quibusdam curriculis annorum ablata sæculariorum incursione, ou encore longo jam lempore ab ipsa ecclesia alienata.
Il n'est pas toujours aisé de préciser ces restitutions de domaines possédés par l'Eglise de Lyon antérieurement au ix siècle. D'autres domaines, mais en beaucoup plus petit nombre, peuvent avoir été soustraits pendant le dur conflit qui s'éleva au ix siècle même entre Agobard et les partisans de Louis le Débonnaire et qui eut pour conséquence l'exil de l'évêque. Le texte des diplômes à cet égard manque parfois de netteté, et des biens très anciennement acquis par l'Église de Lyon paraissent quelquefois confondus dans les énumérations avec des biens provenant de donations plus récentes ? : la plupart des diplômes qui les énumèrent ne nous sont connus que par des copies plus ou moins fautives. Voici cependant la liste la plus probable de ces domaines et leur répartition dans les divisions territoriales actuelles * :
Département du Rhône : au sud de la ville, non loin de Saint-Georges, mais hors des murs, Saint-Laurent-des-Vignes avec un bénéfice de peu de valeur, beneficiolo, la villa d'Oullins (Aulanius, Aulania), les petites villae, villulæ, de Callais ou de Chalay ? (Calissis, Caliscum) et de Courzieu (Coraicus, Coliacus), les églises de Saint-Didier ? et de Saint-Gervais ( ?) Département de l'Isère : les villæ de Chélieu ™ (Caduliacum), de Fitilieu » (Fitiliacum, Fischibannum, Firduliacum), de Colonges ' ? (Colonicas), de Livia ? ou Luva ( ?), de Courtenay ! (Cortenacum) avec ses églises, de Luzinay '* (Lucennacum).
Département de l'Ardèche : le château et la villa de Tournon ?* (Turnonem, Tornone).
Département de l'Ain : la villa ou le vicus d'Ambérieu 1 (Amwariacum) avec une chapelle dédiée à saint Étienne, à saint Symphorien et à saint Martin, la villa de Genouilleux ! (Genoliacum) avec un port sur la rive gauche de la Saône, un marché, une chapelle et 33 manses, la villa de Dagneux ! (Dogniacum) avec une chapelle et 30 manses, la villa appelée Ginia * ou Egena et celle de Lent ? ! (Lenis), Lurcy * (Luperciacum ), Département du Jura : dans le Pagus Scotingorum ou Æcuens 9, entre Lons-le-Saunier et Saint-Claude, la villa de Morges '^ (Morgas) avec ses dépendances et des villulæ à Assis (7) (Acennacum), à Versailles {Vercellis), à Vercellione( ?) à Villards (Villaris), à Curney (Curnate, Carnale, Carmate), à Sancia * (SanLi licae =.
ciane, Sanciale, Saciana), à Luperciacum ( ?) et la villa dite Ad Sanctam Mariam ( ?).
Département de la Haute-Saône : dans le comitatus Portensis ! (Part-sur-Saóne) un manse dans la villa de Calpiniacum ( ?) et un autre dans celle de Lolancurte ( ?) Département de Saône-et-Loire : dans le Pagus Cavillonensis (Chalon-sur-Saône), la villa de MonsAurens (7), (Montaureum, Montarium, Montaurium, Montaurum), Ecuel les (Scovellas), Villard * (Villare avec les villulæ d'Aignay (Esnaico) et de Lavigny ( ?) (Luperectaco) et, dans le Pagus Augustodunensis. Changé 5 (Candiacum, Gangiacum).
Département de l'Aube : dans le Pagus Brionensis, le Brénois * et le comitatus Tricassinus, la villa de Piney 7 (Pisnacum).
Département de la Haute-Marne : dans le Pagus | Bassiniacensis, le Bassigny , Essey-les-Eaux (Abbiacus) soit cinq colonicæ dans cette villa.
Même si l'on y ajoutait encore quelques noms beaucoup plus douteux, ce n'est là qu'une faible part évidemment du domaine de l'Église de Lyon avant le ix siècle puisqu'il ne s'agit que de restitutions. Cependant cette énumération, si incomplète soit-elle, montre combien nombreux, étendus et dispersés, étaient dès ce temps les biens de l'Église de Lyon !*, » XLIII. Épigraphie. — Malgré leur nombre et leur importance, les inscriptions chrétiennes de Lyon n'approchent pas de la collection épigraphique de textes patens. Toutefois une particularité importante distingue ces deux séries ; à la différence des inscriptions païennes, les tituli chrétiens sont souvent datés. Il se peut que plusieurs parmi ceux qui ne portent aucune date soient beaucoup plus anciens que ceux qui en sont pourvus ; mais faute de données certaines à cet égard, on en est réduit à des présomptions. Parmi les tituli chrétiens à date certaine, le plus ancien de la Gaule est un texte lyonnais de l'année 334 ; le suivant est de l'année 422.
Les épreuves et les catastrophes qui frappèrent Lyon ont eu leur contre-coup dans l'épigraphie de la ville. Les inscriptions païennes disparaissent presque après le milieu du iii siècle, et il faut attendre le milieu du v siècle pour rencontrer en nombre les inscriptions chrétiennes. Ainsi pendant deux cents ans on ne songe même plus, à Lyon, à marquer extérieurement par un tombeau la place qu'occupe un défunt, on ne prend plus la peine de lui rédiger une épitaphe.
En ce qui concerne les monuments, la différence est à peine moins marquée. A l'époque du christianisme, les stèles, les cippes ne se rencontrent plus ; on fait usage du cercueil de pierre, auge grossière, ou du sarcophage, bloc magnifique qu'on emprunte à une sépulture païenne désaffectée, ou bien creusé dans un bloc retiré d'un édifice romain. Les tombes sont de deux sortes. Grégoire de Tours parle de sarcophages déposés sur le sol. Des sarcophages décorés de bas-reliefs ou d'inscriptions pompeuses étaient certainement placés en vue, soit contre les murs des églises, soit notamment sous le narthex qui précédait la façade. La plupart des auges funéraires étaient enfouies au fond de fosses remblayées sans autre signe apparent que le tertre de terre accumulé au-dessus de chaque inhumation. Sidoine Apollinaire, décrivant le cimetière de Saint-Irénée à Lyon, dit que les pluies et les neiges ayant peu à peu affaissé ces tertres et aplani le sol, le champ présentait une surface nivelée où rien n'indiquait plus la place des sépultures. Telle était notamment la place où reposait son aïeul ; elle était même tellement arasée qu’elle paraissait vacante. Ces tombes soustraites aux regards n'étaient pas toujours pour cela dépourvues d'inscriptions ; la légende était alors tournée vers l'intérieur de l'auge, soit qu'elle fut gravée sur la face inférieure du couvercle ou que, plus simplement encore, une plaque inscrite, de pierre ou de marbre et que le plus souvent on n'avait pas même pris la peine d'équarrir, fut déposée intérieurement à la tête du mort ; c'était un certificat d'identité que le mort aurait sous la main au jour de la résurrection.
Les chrétiens secrets. — La communauté primitive de Lyon est assez glorieuse et l'épigraphie chrétienne de cette ville assez abondante pour qu'on résiste à la tentation d'ajouter des noms à l'une et des monuments à l'autre. Mais, à propos des inscriptions de ceux qu'on désigne sous le nom de crypto-chrétiens, — nous avons dit (voir Dictionnaire, t. VII, col. 707-712) que leur existence pouvait être signalée dans beaucoup de lieux et Lyon est certainement de ce nombre ; mais encore ne faut-il pas se laisser entraîner à des explications tendancieuses et injustifiées.
Nous commencerons par écarter une inscription que le savant abbé Greppo revendiquait pour le christianisme. L'inscription est gravée sur un cippe au sommet duquel on voit un bas-relief demeuré sans explication acceptable, mais en tout cas sans signification chrétienne. ABRÉVIATIONS et Ascia) mais plutôt par l'effet d'une Anthis une chrétienne, il a fallu invoquer et exploiter la singulière antithèse : que dum nimia pia fuit facta est impia. Manni, le P. de Colonia, Antoine Zaccaria, Burnet, Fleetwood, Walch et l'abbé Greppo — celui-ci ordinairement mieux inspiré — ont donc pensé découvrir ici une sépulture chrétienne ; Gruter, Spon, Artaud, dans la 2e édition de sa Notice, Hagenbuch, Kellermann, Zell, A. de Boissieu, E. Le Blant ont soutenu l'opinion contraire ; Mazochi et Havercamp ont évité de se prononcer, enfin Sc. Maffei a pensé se qui, comme dit Le Blant, prouve du moins une chose c'est qu'il ne l'a pas vu.
Arr. de Troyes, — 8 Roserot, Dict. topogr. de la Haute-Marne, 69 | LYON | 270 - On a donné deux explications de cette phrase : que dum nimia pia fuit facta est impia. Ceci voudrait dire que Sutia Anthis fut victime de son dévouement — d'ailleurs elle ne réussit pas à sauver) et Cerialius — Callistio, époux et père survivant, peu touché d'une exercée à son propre préjudice, en le privant de sa femme, pouvait dire que, pieuse envers autrui, sa femme avait été impie envers lui. Telle est l'explication admise par Spon, Artaud et Orelli. L'autre explication admet que Sutia Anthis était chrétienne et que “son mari, qui ne partageait pas sa croyance, voulait rendre quel que hommage à ses vertus tout en blâmant leur origine et le but vers lequel elles tendaient. Cette explication semble devoir être abandonnée. 2 supposer que Cerialius Callistio fut un païen assez intraitable pour reprocher à la morte sa croyance chrétienne, aurait-il désigné celle-ci par les mots nimia pia, Greppo l'a parfaitement compris, aussi il fait de ces mots « un terme adouci, mais qui exprime bien clairement le reproche du superstition ». Comme Cerialius pouvait-il regarder le fait d'être nimia pia comme une superstition et terminer par l'accusation d'impiété ? Pia et impia doivent se rapporter à un même ordre d'idées, de faits ou de croyance. On peut bien accuser un être chéri d'avoir été conduit à l'impiété par l'exagération de la piété, mais il semble illogique de lui reprocher d’être devenue impie par exagération dans l'erreur où elle était engagée.
La stèle de Sutia Anthis et son enfant est un monument de la fin du IIe, époque marquée à Lyon par la persécution sanglante de Marc-Aurèle (177) et de Septime-Sévère (208). Si le mot impia avait eu alors une signification bien précise de la profession du christianisme, l'épitaphe imprudente exposait Sutia Anthis et son enfant à une violation de sépulture, celle-ci devant se trouver (à en juger par l'emploi d'une stèle) dans un jardin ou le long d'une route.
On ne connaît pas d'exemples épigraphiques de l'emploi de pius et impius pour caractériser la dévotion ou l'irréligion ; le sens donné est celui du dévouement. Les inscriptions païennes ces éloges : eximia pietatis erga liberos ! cuius pietas læsit neminem ? ; pia in suos ; piissimus — erga parentes suos ; pia fuit suis. Si dans quelques monuments officiels des païens, les mots PIUS, PIETAS désignent la piété envers les dieux, il faut reconnaître que, le plus souvent, sur ces monuments, la signification de ces mots est tout autre, et qu'ils rappellent, soit des sentiments de famille, soit l'attachement à la patrie 7, soit enfin, et c'est là leur principale acception, la bienfaisance des souverains’. — Quant aux expressions IMPIUS, IMPIETAS. on ne peut s'attendre à les rencontrer souvent dans les inscriptions funéraires, destinées avant tout à enregistrer des éloges.
L'inscription que nous allons transcrire ne nous semble pas plus que la précédente devoir être attribuée à des fidèles :
Cependant l'abbé Greppo et Alph. de Boissieu ont fait de Felicia Mina une chrétienne mariée à un païen. Boissieu découvre dans ce monument « des traces de christianisme », quoiqu'on ne puisse, selon lui, « le ranger encore avec toute certitude parmi les monuments des familles chrétiennes. » La mention adfectionis plena erga omnes homines ne lui semble païenne à aucun degré ; de même pour spei æternæ > qui n'appartiennent pas au style nécrologique du paganisme. » | Le texte était gravé dans un cartouche à queues d'aronde et celles-ci contenaient les mots :... MEVTOL et vyse Aoupt, dont il est impossible de tirer aucun sens chrétien.
HIC ADQVIESCIT -MATRI ET SODALES IVLIA ADEPTA CONIVX DE SVO ET PERPETVA ET PERPETVA FILIA D :S-D+ FIL Voici un monument où il est question de l'empereur Tibère et dont le texte est certainement authentique. Grâce à la régularité du système romain, les trois noms Nobilis, Julia Adepta et L. Julius Cupitus suffisent, à eux seuls, à nous apprendre l'état des personnes qu'ils désignent : Nobilis est un esclave, comme l'indique son nom unique avec l'abréviation ser(vus), qui épouse une affranchie Julia Adepta laquelle porte avec son cognomen le nomen de l'illustre famille Julia. En mourant Nobilis laisse une fille Perpetua. A ce moment, Julia Adepla est enceinte d'un enfant qui viendra au monde après la mort de son père et, pour cette raison, ne figure pas sur la première épitaphe. Bien que le marbre donne à la femme le titre de conjux, elle n'y a pas droit, car entre Nobilis et Julia Adepta il n'a pu y avoir mariage, mais seulement contubernium. L'enfant, posthume, dès sa naissance, suivra donc la condition de sa mère : il est affranchi et prend, avec le cognomen de Cupilus, qui semble rappeler sa naissance tardive, le prænomen et le nomen du patron de sa mère, L. Julius.
Tout ceci serait du plus grand intérêt si nous avions ici l’épitaphe d'un esclave chrétien. La copie de Symeoni indique sur l'épitaphe de Nobilis un Tau placé à la fin du mot moneTæ, c'est-à-dire là où le prolongement de la haste du T, si commun sur les marbres romains pour réunir le T et l'I dans un seul caractère, n'aurait graphiquement aucune raison d'être. Faire de ce signe un symbole de la croix est inadmissible. Quant à interpréter la formule hic adquiescit au sens chrétien, on se trouverait amené à étendre cette conclusion à une série de monuments païens qui emploient ces mots et dont il n'est pas possible de contester le paganisme.
D & : M ET : MEMORIAE - AETERNAE : PONTIAEMARTINAE-NATIONE : PROVINCIALIS QVAE - VIXITANNIS : XXXX : MENSII- DIEB VM PONTIVSGEMELLVS : VETERANVS-LEGI- M : P-Fm-H-M-EXBF : PROCPONTIAE : MAR TINAE : LIBERTAEET - CONIVGI - KARISSIMAE : 10 FEMINAE : SANCTISSIMAE ET-INCOMPARABILI-QVAE VIXIT - CVMEO - ANNIS > XXII MENS-II DIEB VÜ. SINE : VLLA-ANIMI-LAESIONE X 15 M-PONTIVS-GEMELLVS-VIVS Y SIBIPOSTERISQVE- SVISFACI VNDVM :CVRAVIT :ET : SVB AS CIA CUBE D'ÉTAT |. HAVEDVLCITI- GAVDENTIVS 20 TE SNL TET (| BONIS V ¥ BENE Ve | récents, dans Congrés scientifique international des « | le même, La nécropole de Trion et les dernières fouilles, | ` O. Hirschfeld, dans Corp. inscr. lat., t. xiu, n. 1880 ; T | de Trévoux).
227998 bus II, diebus V, M. Pontius Gemellus, veleranus legionis I Minerviæ Pis Fidelis, missus honesta missione ex beneficiario procuraloris, Pontie Martine — libertæ ef coniugi karissimæ, feminæ sanclissimæ et — | incomparabili quæ vixit cum eo annis XXII, mensibus II, dicbus Y, sine ulla animi lesione, ~ M. Pontius Gemellus viv(u)s sibi posteris que suis « faciundum curavit el sub ascia dedicavit — Have Dulciti : Gaudentius te salutul — Bonis bene. | A. Allmer. qui n'était pas disposé à découvrir des chrétiens secrets là où ils ne se rencontraient pas écrivait au sujet de cette épitaphe : « Il est remarquable - que ces noms de Dulcilius et de Gaudentius presque introuvables sur les inscriptions païennes se montrent, au contraire, fréquemment sur les inscriptions chrétiennes et même aussi dès le IVe dans les auteurs. » Ailleurs, le même épigraphiste écrit encore — qu’ « il ne serait pas impossible que Pontius et sa femme aient été des chrétiens inavoués, et que ces noms de Dulcitius et de Gaudentius fussent ceux qu'ils avaient dans la société secrète dont ils faisaient partie. »
OPTATO ET PAVLINO CON SVLIBVS KAL | FEBRARIS DEPOS LA SELENTIOSES e | Optato et Paulino consulibus, kalendis februariis, depositio Selentioses (1er février 334). r Sous le consulat d'Optatus et de Paulinus, le jour des calen des de février (1er février), a eu lieu la déposition de Selentiosa. » Il s'agit d'une inhumation (depositio) ; Selentioses. est pour Silentioss, génitif de forme grecque.
Hie requiescit Pascasia, dulcissima infans, quie 1 virit annis duobus, mensibus tribus et dies X ; obiit IIII … kalendas augustus, Honorio XIII et Theodosio X consulibus (29 juillet 422). - « Ici repose Pascasia, enfant chérie, qui a vécu deux ans, trois mois et dix jours ; elle est morte le 4 des calen des d'août (29 juillet), sous le consulat d'Honorius consul pour la treizième fois et de Théodose posu pour la dixième fois. » Cette date nous reporte à l'année 422, le 29 juillet.
Épaisse table de marbre, trouvée en 1736 à Saint-Just (voir n. 7) : perdue, puis retrouvée dans une maison de la rue des Farges, où elle servait de marche d'escalier ; achetée par Edm. Le Blant qui la léguée au musée du Louvre. Haut. 0 m. 30, larg. 0 m. 40, épaiss. 0 m. 11 (fig. 7290). IN HVC LOCV REQVIEVIT LEVCADIA DEO SACRATA PVELLA QVI VITAM SVAM PROVT PROPOSVERAT GESSIT QVI VIXIT ANNOS XVI TANTV 9 BEATIOR IN DNO CONDEDIT MENTEM PTS CONSV THEVDOSI XIII F. In huc locu requiebit Leucadia, Deo sacrata puella, qui vitam suam prout proposuerat gessit, qui viril —— annos XVI, tanlu beatior in Domino condedil mentem, post consulatum Theudosii X III (431).
« En ce lieu repose Leucadia, vierge consacrée à Dieu ; sa vie remplie ainsi qu'elle se l'était proposé, de l'abbé Lebeuf (voir ce nom) les a presque toutes reproduites. Les gravures annexées à ce mémoire ont été exécutées avec la prétention avouée de représenter fidèlement ces inscriptions. La sépulture ad sanctos, comme c'était ici le cas, croire qu'une enfant de deux ans n'aura obtenu cet honneur que par égard pour sa famille.
elle a vécu seize ans, et, d'autant plus heureuse, a remis son âme au Seigneur, l'année après le consulat de Théodose, consul pour la treizième fois. : Ceci nous reporte à l'année 431, qui a suivi celle du treizième consulat de Théodose et troisième de Valentinien, 430. Il y eut cette année-là deux consuls : Anicius Bassus en Occident et Antiochus en Orient, mais ils ne furent sans doute connus en Gaule que tardivement et après la rédaction de l'épitaphe qui doit être du commencement de l'année.
Leucadia était une religieuse qui avait émis des vœux complets, ce qui porte à croire que la période de seize ans est comptée depuis l'entrée en religion et non depuis la naissance. On a prétendu apparenter Leucadia à Vettius Epagathus, on n'en a ni preuve ni indice quelconque.
des inser., t. xvm, p. 243 ; Monfalcon, Hist. de Lyon, p. 1359 ; Hist. monum., p. 105 ; Cochard, Bourg de Saint-Just, p. xvn ; Comarmond, p. 505 ; A. de Boissieu, Inscr. antiq., p. 550, n. 9 ; Le Blant, Inser. chrét.,.
D a TES TIE 7 re CEONTTVCIOCVREQVIEVITIEVCADE DEOSACRATAP VELLA Q VIVITAM SVÀ AAVRO v T PROPOS VERAT CEE JTOVIVIXTAN NO § X VITANTVA TIONNDNOCONDEDITMENTEM 8 Miil. Joe ON S NAT HEVD Er « Hs : * us atng- pi Un d'eux fut ouvert, et contenait un squelette entier qui tomba promptement en poussière. Sous la tête du défunt se trouvait l'inscription suivante. Cette inscription, mesurant 0 m. 46 de hauteur sur 0 m. 42 de largeur est gravée sur une plaque de marbre débitée dans un pilastre romain qui portait encore (au revers de l'inscription, par conséquent sur la face du pilastre ) de magnifiques cannelures :
ADVLISCENS QVI EXCES SIT E REBVS HVMANIS AN - RM XXIII NON SEP DN THEoDo SIO XVI ET FAVSTO VVCC Hic jacit Aspasius aduliscens qui excessit e rebus humanis annorum X XIII ; III non sep. domno Theone et CU LIII : re Ee 275 LYON | a 276 dosio XVI et Fausto viris clarissimis consulibus. « Ici git Aspasius adolescent qui se détacha des choses humaines. Agé de vingt-trois ans, le 3 des nones de septembre, Théodose étant consul pour la seizième fois et Faustus. » A l'année 438 correspond le x vi ? consulat de l'empereur Théodose II et d'Anicius Acilius Glabrio Faustus. Le manque de ponctuation dans le chiffre XXIII ne permet pas de distinguer ce qui appartient à l’âge de ce qui appartient à la date. Il faut probablement lire an(no)rum XXIII et III non(a)s sep(tembres).
L'inscription est réglée, les lettres sont gravées avec grand soin, ainsi que les colombes et le vase d'où sortent des feuillages. L'emploi du terme adolescens pour un jeune homme de vingt-trois est conforme à ce que nous lisons sur d'autres épitaphes. La formule qui excessit e rebus humanis est intéressante à rapprocher d'une autre formule lyonnaise, postérieure de quelques années à peine (454) : quæ mundana reliquit.
Cette inscription est la première en Gaule qui nous donne les consuls de 438, qui étaient d'ailleurs connus par d'autres textes épigraphiques. Acilius Glabrio appartient à la famille célèbre dont nous avons déjà parlé et dont nous avons donné les généalogies (voir Dictionn., t. vi, col. 1259-1274). ver les à Lyon, dans Bull. archéol. du Comité, 1904, | IM ERCVRI NA Ope VIXITANNOS 3% » | OVIIT XIII KAL MA JAS VIGELIAPASCE | hic IACET DECORA MERCVRINA QVI VIXIT ANNOS XX OVHT XIII KAL MA 5 IAS VIGELIA PASCE CALIPIO VC CONS Hic ja cet decora Mercurina, qui vixit annos XX : opiil XIII kalendas maias vigelia Pasce, Calipio viro clarissimo consule (19 avril 447).
Ceci nous reporte au samedi saint, 19 avril 447 ; cette mention chronologique est exacte.
11. Tablette de marbre trouvée chez les Génovefains, quartier Saint-Irénée « où elle était encastrée dans une des murailles de leur jardin » (Artaud). Haut. p m. 36, larg. 0 m. 252. Au musée (fig. 7292). hic REQIISCIT INNO x in fans VRSVS QVI vix it an NVS QVATTUO r et MENSES. HOCT o obi 9 die VENERIS SEPTE mo de CEMO KALEND as fe el ze NONE VVCC Hic requiiscit innor infans Ursus, qui vivit annus quattuor el menses hoclo ; obiit die Veneris septemo decemo kalendas februarias Postemiano et Zenone viris clarissimis consulibus (16 janvier 448).
* Ici repose Ursus, innocent enfant, mort à l'âge de quatre ans et huit mois, le vendredi 17 des calen des de février, sous le consulat de Postémianus et de Zénon clarissimes. » Ceci nous reporte au vendredi 16 janvier de l’année 448.
A. de Boissieu rétablit le mot februarias en faisant observer que l'année 448 ayant commencé un jeudi, le vendredi noté sur l'épitaphe du jeune Ursus ne peut correspondre qu'au 17 des calen des de février. Entre les lignes 6 et 7, on lit en interligne, et d'un caractère moindre la mention ef Zenone vv. cc. J.-B. De Rossi croit que ces mots ont été ajoutés après coup ;
E. Le Blant et A. Allmer estiment avec raison que l'examen de l'inscription permet de reconnaître d'une manière sûre que les mots introduits dans l'interligne élargi à dessein n'ont pas été ajoutés postérieurement, et qu'ils appartiennent à la rédaction primitive.
duit par de Castellane, dans Mémoires de la Société son Teste, à l'entrée de la cour de l'église Saint-Irénée « sous la cave d'une maison contigué à l'église Saint-Irénée » (Martin-Daussigny). Haut. 0 m. 29, dang. 0 m. 22. Au musée (fig. 7293).
HIC ACET SANCTVLVS FAMVLVS DEI ANNO III ET MESE SES 1111 PAVSAT DIE MERCVRI ASTO E RIO VC CONS.
— Hie jacel Sanctulus, famulus Dei, annos III et “meseses IIII, pausat die Mercurii, Astorio viro clarissimo consule. (Mercredi... mars 449.) - « Ici repose Sanctulus, serviteur de Dieu, mort à l'âge de trois ans et quatre mois, déposé un mercredi sous le consulat d'Astorius clarissime. » - - Asturius, consul d'Occident en 449, n'était ‘pas connu en Orient au mois d'avril de cette année.
“connu en Occident qu'après le mois de mars. L'ins| D'aprés Le Blant, Inscript. chrét. de la Gaule, rx t. m, pl. xxxix, n. 532.
| |— cription de Sanctulus n'est donc probablement pas » postérieure au mois de mars 449.
| > 14. Perdue ; provenance ? en 1816 : « chez Mlle Ha- — reng, vis-à-vis de l'église Saint-Irénée » (Artaud), |— (fig. 7294).
S FAMVLVS DEI PRIMVLVS VIXIT ANN
S LXXA IN BONO
V DXSI KA SEPTEMB PC OPILIONIS VCC
| Famulus Dei Primulus vixit annis LX XV in bono. ~ Hic deditus in religione requievit die xvn kalendas — seplembres, post consulatum Opilionis viri clarissimi | — consulis (16 août 454).
12. Tablette de marbre trouvée, en 1851, à la maiméme son collègue d'Orient, Protogènes, n'a été | +*+ Noti ces el découvertes dans Revue archéologi que, |
LYON | 278
* Primulus, serviteur de Dieu, a vécu dans le bien soixante-quinze ans, voué à la vie religieuse, il a pris son repos le 27 des calen des de septembre, l'année après le consulat d'Opilion clarissime. » Le nom d'Opilio a été porté par deux consuls, tous deux en Occident, l'un en 453, l'autre en 524 ; le premier continué par un post-consulat pendant toute | l'année 454 ; le deuxiéme remplacé, sinon du commen | cement de l'an 525, au moins dans le cours de janvier |. ou de février, par le consul de l'année, Probus junior.
D'aprés ces observations, il suit que l'épitaphe de Primulus, datée du mois d'août, ne peut donc appartenir à l'an 525 ; elle est du 16 août 454. Pour exprimer la date, on a fait usage de l'episemon gu. p. 23-25 ; Hirschfeld dans Corp. incr. lat., t. xi, n. 2358. 14. Per due. « Découverte avec quelques autres sur ) FAMYS DEIPAMY(NS YIXIT ANN ! f LXXA ! N BONO -| Hic DEDITYSIN REŲÇION ERE QUEVI V DXSIKRSEPTEMBPCCPIAL ONIS YCC la montagne de Saint-Irénée » (Journ. de Trévoux) ; Lugduni ad S. Irenaeum (Maffei). p cp apr m Dis
BONE MEMORIAE PORCARIA QVAE MVNDANA RELISVIT ET TRADEDIT ANIMA DO VIXIT ANNIS XL OBIITSIIIK FEB
Hic requiiscil bone memoriæ Porcaria, quae mundana reliquit et tradedit animam Domino ; vixit annis XL obiit vim kalendas februarias, post consulatum [Opil ]- lonis (viri clarissimi consulis). (24 janvier 454.) « Ici repose Porcaria de bonne mémoire, qui a quitté ce monde et a remis son âme au Seigneur à l’âge de quarante ans ; elle est morte le 9 des calen des de février, l'année après le consulat d'Opilion clarissime. » On vient de dire (voir n. 12) qu'il y eut en Occident deux consuls qui portèrent le nom d'Opilio, l'un en 453 qui fut continué pour un post-consulat pendant toute l'année 454 ; l'autre en 524 et dont le post-consulat a fait place, dés le mois de janvier ou de février au consul de 525, Probus junior. Comme nous connaissons le jour de la mort de Porcaria, 24 janvier, la probabilité d'aprés la date ne décide en faveur d'aucun date 454 paraît plus probable en raison du début hic requiescit, tandis que si on la rejetait jusqu'en 525, elle commencerait plus probablement par in hoc tumulo.
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Ce fragment a fait partie de l'épitaphe d'une jeune fille morte à l’âge de dix-neuf ans. A la première ligne, le graveur a ajouté un N en interligne au-dessus de O ; il est probable que le groupe de lettres ainsi complété appartient au mot concludere ; mais la suite n'en est pas moins obscure, N est douteux, ETVR est certain. Il semble toutefois permis de songer à une formule analogue à celle du début d'une inscription métrique trouvée à Saint-Just, autre quartier de Lyon :
Hic cuius in hoc conduntur membra sepulchro.
En tout cas, le début du fragment est métrique : | La date est donnée 1111 idus junias [domi] no nostro Avilo. Il ne s'agit pas ici de Fl. Avitus Marinianus, consul en 423, lequel est toujours désigné par son surnom Marinianus : en outre, un consul ne recevrait | pas le titre dominus nosler qui s'adresse à un empereur. Il s'agit, en effet, d'un empereur, Eparchius Avitus, préfet du prétoire des Gaules sous Valentinien III en 439, empereur en 455, à la mort de Petronius Maximus, consul d'Occident en 456. J. B. de Rossi a montré qu'en Occident, à la fin d'octobre et au commencement de novembre 456, l'année était désignée par le consulat d'Eparchius Avitus ; il en était déjà ainsi dés le moins de juin. L'inscription est en effet datée de 10 juin 456 ; elle nous donne la première mention en Gaule de l'empereur Avitus. qui VIXIT ANNOS V Iransiil sub die( ?) nonas martias domino nostro LeoneITl. * Ici repose... ius Aclisianus, qui a vécu cinq ans et quarante-cinq jours ; il a trépassé le jour des nones. — de mars, sous le troisième consulat de notre maître « Léon » (7 mars 466). Ce marbre offre quelques particularités : diis xlv, au lieu de la formule courante mensem unum dies xu ; ' — en outre, l'emploi de fransiit pour obiit, expression que : nous rencontrons ici, en Gaule, pour la première fois.
Au bas, deux aigles qui semblent à Edm. Le Blant une allusion au nom du défunt, lequel aurait été Aquilius. Les païens et les chrétiens aussi se plaisaient à ces jeux de mots un peu laborieux (voir Dictionn.,.
Enfin le quantième qui fait partie de la date n'est — pas certain ; il se peut qu'au lieu de [subdi Je, on doive — lire [pridi le c'est-à-dire la veille du jour des nones de - | mars, et alors le 6 mars. i VIXITANNOS N IS X & v TRAN SIIT NON AS M ARTI À S
MARCIANO VV CC
Hic requies cet in pace venerabilis Contumeliosus, qui vixit annos XXXI dies XI, obiit xv kalendas febrarias, Marciano viro clarissimo consule (18 janvier | rable qui a vécu trente et un ans et onze jours ; il est mort le quinze des calen des de février, sous le consulat de Marcianus clarissime. » Il semble que venerabilis soit placé ici par antithèse à Contumeliosus qu'il n'eut tout de méme pas fallu prendre trop au sérieux pour la réputation du défunt ; il a pu arriver des cas où un nom d'humilité devenait embarrassant.
Il y eut un Marcianus, consul en Occident en 469, car son collégue Zénon n'y fut ja mais promulgué ; un autre Marcianus, consul d'Orient en 472, connu en Gaule par une seule inscription du mois de novembre, dans laquelle son nom suit celui du consul d'Occident Festus, habituellement employé seul. Le fait que l'épitaphe de Contumeliosus est datée du mois de février et du consulat de Marcianus son collégue, indi que l'année 469.
. is — mouv. série, t. x, p. 6 ; Monfalcon, Hist., mon., p. 555 ; — Allmer-Dissard. Inscr. antiq., t. iv, p. 33-34 ; Corp. | inser. lal, t. xu, n. 2361.
— 18. Fragment découvert à Saint-Irénée (Maffei) ; L— « sur la montagne de SainteIrénée s (Journ. de Trévoux). XXV RECESSIT.
KAL OCTOB DN N
EC SE VE RO ET IORD
2 VV CC
E Qui viril annos ? | xxv, recessit kalendas oclobres, dominis nostris Severo et Iordane viris clarissimis - consulibus (ler octobre 470).
—dans les dates dés le commencement de l'année, tandis - que le nom de son collégue d'Orient ne se lit que sur - deux inscriptions de la Gaule ; celle de Lyon l'autre à - Vaison, toutes deux du mois d'octobre. .
— Les chrétiens ont aimé à varier le mot obiit et ont employé : requievit, transiit, recessit, animam tradidit, etc, - 19. Perdue. Autrefois sur l’église Saint-Étienne. = Sur la demande du pieux évê que (Patient), j'ai fait - graver à l'extrémité de cette église des vers à triple - trochée faits à la hâte, genre de poésie qui m'est encore - très familier » nous dit Sidoine Apollinaire (Epist, - Il x,) dont la composition ne doit pas être posté| 3 Tieure à l'année 470.
Severus a été consul d'Occident en 470 et y figure |
F 281 | LYON 282
exaucés et tes prières écoutées ; Ici s'élève l'église qu'il a construite ; la facade n'incline ni vers la gauche ni vers la droite, mais regarde directement le levant équinoxial. La lumiére étincelle au-de dans ; le soleil, visitant les lambris de son plafond incrusté de plaques d'or, proméne sur le métal ses rayons de méme couleur dorée. Le dóme, le pavé, les fenétres sont enrichis d'un marbre aux veines brillantes et, au-dessus de figures teintes, un émail d'un vert printanier fait luire des saphirs à travers des vitr aux verdoyants. Un porti que à trois arcs, que soutiennent de superbes colonnes de marbre d'Aquitaine, forme la facade de l'édifice ; un autre porti que pareil embellit le fond de l'atrium ; une forét de colonnes de pierre, se développant au loin, entoure la grande nef. D'un cóté retentit la voie publi que, de l'autre la Saóne ; vers l'église se retournent le piéton, le cavalier, le conducteur du chariot aux roues stridentes ; vers l'église monte de la rivière le chœur des matelots courbés, envoyant au Christ leur pieux chant, auquel répondent, de chac une des rives, de joyeux alleluia. Chantez, chantez, mari-niers et passants ! c’est ici que chacun doit se rendre, c'est ici le chemin qui conduit au salut. » Ce poème de Sidoine Apollinaire n'était pas seul à orner la basili que, nous lisons en effet dans sa lettre d'envoi le passage suivant : « Les hexamétres de deux poétes illustres, Constantius et Secundinus, embellissent les cótés de la basili que voisins de l'autel ; une certaine pudeur me défend de les transcrire ici, car je ne t'offre qu'en tremblant les fruits de mon loisir, eL je serais écrasé par le voisinage de vers bien supérieurs aux miens. » (Ep., II, x.) Par conséquent, ces deux pié ces, qu'il eût été intéressant de connaitre sont perdues. Ce que nous y perdons au point de vue littéraire est peut-être compensé au point de vue monumental, par la piéce que nous venons de transLa date de l'inscription (et celle de l'église) ne peut | être que conjecturale ; mais si l'évé que Patient mourut comme on le croit en 480, on se trouve amené à reporplus tót. En effet, de 470 à 475 une longue guerre se poursuit entre les Wisigoths et les Burgon des, alliés des Romains : ensuite survint une invasion au cours de laquelle les Burgon des perdent le Gévaudan, le Velay, Apt avec le Vivarais, Arles et Marseille avec la Provence méridionale ; en outre le territoire d'Avignon, Valence, Saint-Paul-Trois-Cháte aux est dévasté, Au | cours de cette période,un évê que de Lyon n'avait ni les ressour ces matériel les nécessaires, ni la possibilité des charrois indispensab les à la construction d'une église. Quand la paix fut faite, il y eut trop de ruines mora les et trop de misères à soulager pour trouver le temps et les ressour ces qu'exige une construction d'église. En outre, les mots « à notre pontife et pére » semblent indiquer une date à laquelle Sidoine est encore lai que.
Les détails sur l'église sont curieux. La façade était tournée à l'Orient : à l'intérieur, la lumière était abondamment répandue, le soleil se réfléchissait sur un plafond à caissons carrés dont les solives étaient réhaussées de lamel les d'or découpées et incrustées. Une coupole surmontait l'édifice et les bordures de cette coupole, cel les des fenétres, le pavé, étaient faits d'un marbre brillant et veiné : placages ou mosaïques, certainement enlevés à des temp les ou à des monument paiens. Les fenêtres étaient garnies de vitr aux de couleur, sur fond vert constellé de saphirs se déta| chaient différents personnages — L'atrium offrait | un porche à trois arce aux, dont les colonnes étaient de marbre d'Aquitaine, c'est-à-dire en marbre blanc de Saint-Béat, à la limite des départements actuels de la Haute-Garonne et des Hautes-Pyrénées. D'autres oo —— « a
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portiques, semblab les à celui-ci, formaient la clôture des vestibu les, de sorte que la cour antérieure était ceinte d'une véritable forêt de colonnes.
Cette anti que et vénérable église de Saint-Étienne, dont l'identification paraît certaine, eut à subir les dévastations des Huns, des Sarrasins, des Arabes et les restaurations non moins fâcheuses peut-être de saint Arige, peut-être de l'évê que Leidrade, enfin elle recut les libéralités d'Innocent IV qui multiplia les faveurs spirituel les sur ce sanctuaire. Au xvi* siècle, on eût été sans doute bien en peine de reconnaître la descriplion de Sidoine Apollinaire dans « les hautes murail les,- flanquées de vingt-deux donjons qui l'enserraient, les deux tours annexées à l'église et qui étaient encore inachevées lors de sa démolition, les quatre-vingt-six stal les de chêne, peintes au dos | en or de ducat et représentant images d'histoire, les vingt-quatre chapel les garnies de leurs autels, quatre desdites fermant à treillis de fer avec un repositaire du Saint-Sacrement aussi en treillis et garni de personnages de font en cime, la chäâste d'albátre contenant le corps de monsieur saint Just et reposant derrière le grand autel sur quatre colonnes de marbres hautes de dix pieds, » tout cela était l'œuvre successive des sièc les. Mais « les trois | voütes en grosses pierres de tail les » dans lesquel les | A. de Boissieu voit trois nefs appartenant à la fondation primitive ne devaient pas remonter au Ve, on | couvrait alors les basiliques non d'une voûte, mais d'un plafond. Quant aux dimensions, en 1563, el les étaient de vingt-trois toises en longueur et huit Loises en largeur. Le procés-verbal de l'enquéte ordonà l'anti que avec ses six colonnes ou piliers de marbre et les quatre statues aussi à l'anti que, qui le décoraient. la crypte où se voyait un autel de marbre à personnages, en forme de la chásse de la longueur de six pieds, et les autres sarcophages soit dans l'église, soit à son pourtour. :
HIC REQVIESCIT BONE MEMO RIAE VASSIO CVM PACE Qvi VIXIT ANNIS XL Ù 7 ET OBIIT VII KLIVLIAS DOM NOS LEONE VV C CONS Hic requiescit bone memoriæ Vassio cum pace, qui vixit annis X L et obiil vrr kalendas julias, domino nostro Leone viro clarissimo consule (25 juin 457, ou 473).
« Ici repose en paix Vassio de bonne mémoire, qui a vécu quarante ans et est mort le 7 des calen des de | juillet, sous le consulat de notre maître Léon claris- | un sigle VC, vir clarissimus ; c'est l'opinion de A. de.
| ajoute que, suivant Mcmmsen, le rom de Majorien.
| n. 44 ; Monfalcon, Hist. mon., p. 108 ; Allmer-Dissime. » | L'empereur Léon fut consulen 458,462, 466, 471 et 1 473 avec les titres de rr, rz, nm et v. Ala suite du nom X de l'empereur le sigle VV doit signifier un chiffre V et T Boissieu, différente de celle d'E. Le Blant ! et A. Allmer qui estiment que ce redoublement du VV ne signifie rien ; par conséquent, l'un date l'inscription du | cinquième consulat 473, les autres du premier 458 Hirschfeld partage la facon de voir de Boissieu et” se lirait « n 458. Quoiqu'en dise A. Allmer que « l't*bsence du nom de Msjorien... trouve son expli-- cation dans les événements de l'ép o que, nous nous eng tenons à la date 473.
F TO UT VIIKXIVLI b, /NOSLEO NEVYCON. 9 Corp. inscr. lal., t. xm, n. 2363.
SERVM POST PATRVOS PATREMQVE CARMEN HAVD INDIGNVS AVO NEPOS DICAVI NE FORS TEMPORE POSTVMO VIATOR - IGNORANS REVERENTIAM SEPVLTI ! 5. TELLVREM TERERES INAGGERRATAM PRAEFECTVS IACET HIC APOLLINARIS POST PRAETORIA RECTA CALLIARVM MOERENTIS PATRIAE SINV RECEPTVS CONSVLTISSIMVS VTILISSIMVSQVE 10 RVRIS MILITIAE FORIQVE CVLTOR EXEMPLOQVE ALIIS PERICVLOSO LIBER SVB DOMINANTIBVS TYRANNIS HAEC SED MAXIMA DIGNITAS PROBATVR QVOD FRONTEM CRVCE MEMBRA FONTE PVRGANS 15 PRIMVS DE NVMERO PATRVM SVORVM SACRIS SACRILEGIS RENVNTIAVIT HOC PRIMVM EST DECVS HAEC SVPERBA VIRTVS SPE PRAECEDERE QVOS HONORE IVNGAS QVIQVE HIC SVNT TITVLIS PARES PARENTES 20 HOS ILLIC MERITIS SVPERVENIRE.
« Petit-fils non indigne de mon aïeul, je lui ai consacré, aprés la mort de mes onc les paternels et de mon père, cette tardive épitaphe afin qu'à l'avenir la « terre aflaissée de sa sépullure ne ris que pas d'être « foulée aux pieds par le passant, ignorant du respect « dü à celui qui repose à cette place. Ici git le préfet. Apollinaris, qui, aprés avoir gouverné le prétoire des Gau les, a été recu dans le sein de sa patrie désolée. Possesseur de grands domaines, illusire dans les armes et dans le barreau, il sut, exemple dangereux pour les autres, rester libre sous la domination des tyrans, | mais ce qui lui fait honneur plus que ses dignités, c'est d'avoir été le premier d'entre les siens, qui, purifiant — son front par la croix, ses membres par le baptême, — ait renoncé à un culte sacrilége. Le comble de la gloire … est de surpasser en espéran ces ceux qu'on égale en — honneurs et d'être placélà-haut par ses mérites audessus de ses pères quand on était ici-bas leur égal | - par les titres. » — A. de Boissieu place la composition de cette pièce - s entre les années 473 et 475. » A. Allmer « avant et - probablement longtemps avant 471 ; » les raisons qu'il - en donne ne sont pas convaincantes.
Dans une lettre adressée à son neveu, Sidoine expose “les circonstances qui lui inspirèrent cette épitaphe : E. je te recommande de faire tout de suite, en mon absence et à mes frais, relever la terre en un tertre sur lequel sera placé une pierre polie portant une inscription. J'ai laissé au vénérable Gaudentius le prix de la pierre et de l'ouvrage. Les vers qui suivent, je les ai composés la nuit dernière... Fais-les, je te prie, promptement graver et veille à ce que le lapicide ne fasse pas de fautes. Commises par inadvertance ou à dessein, la malice du lecteur ne manquerait pas de me les imputer plutôt qu'au quadrataire. Si tu t'acquittes avec empressement de ce que je te demande, je t'en aurai autant de reconnaissance que si tu n'y avais pas ta part d'honneur et de mérite, car c'est toi qui aurais dû, en ta qualité de descendant et étant sur les lieux, te charger, à la place de ton oncle absent, du soin de ce devoir.” — Secundus, fils du frère de Sidoine, se sera sans aucun doute acquitté de la commission qui lui était faite, avec une pointe de reproche pour sa négligence et l'épitaphe aura été gravée sur la pierre, c'est ce qui a décidé O. Hirschfeld à s'écarter de l'usage adopté dans le Corpus et à y insérer une pièce transmise autrement que sur la pierre.
Les mots quam (congeriem) lavigata pagina tegat, était autrefois un petit marbre blanc » (Spon) ; sur une maison attenante à l'église des PP. minimes (Menestrier).
E DECEMBRIS ANASTASI pa O ET RVFO VV C :C | | 3 Copies de Spon et de Menestrier, suivies par A. de Boissieu, Monfalcon, Le Blant, Allmer. La copie de Maffei, suivie par O. Hirschfeld, diffère légèrement :
Hoc tumulo quiescit bonememorius Cesarius ; vixit L anus XIV ; requibit in pace sub die X kalendas 19 ~ decembris, Anastasii el Rufo viris clarissimis consulibus. | 3 (22 novembre 492).
Dans ce tombeau repose Cesarius de bonne mémoire, qui vécut quatorze ans ; il est mort en paix le 22 novembre 492, sous le consulat d'Anastase et de Rufus clarissimes.
L YON
Lyon, p. 204 : le 10 des calen des de décembre, sous le consulat d'Anastase et de Rufus clarissimes. »
Cette élégante tablette de marbre blanc, qui brille comme une perle au milieu des titres plus ou moins incultes qu'offrent les inscriptions chrétiennes du musée, a été découverte dans une vigne, entre Saint-Irénée et Saint-Just. » Millin la vit chez le docteur Gilibert, qui la donna à Artaud avec la collection duquel elle entra au musée. Haut. Om 57 ; larg. 0 m. 42 (fig. 7297).
XS OBIET |I NON MARCIAS. PC ANASTASI ET RVFI VV CC
In hoc tumulo requiescit bone memoriae Ursus, qui vixit in pace annus XVI : obiet 11 nonas marcias, post consulatum Anastasi et Rufi virorum clarissimorum consulum (6 mars 493).
Dans ce tombeau repose Ursus de bonne mémoire, qui a vécu en paix seize ans ; il est mort le 2 des nones de mars, l'année après le consulat d'Anastase et de Rufus clarissimes.
L'empereur Anastase et Rufus ont été consuls en 492 : le post-consulat mentionné ici se rapporte à l'année 493. Les consuls de l'année étaient Albinus pour l'Occident et Eusebius pour l'Orient, celui-ci promulgué tardivement ou même pas du tout en Occident, Albinus resté complètement ignoré en Orient.
Ligne 4, un épisemon retourné, La dispositicn dcs 286 &
287 LYON | 998 -.
symbo les semble indiquer que la pla que se trouvait à l'intérieur du cercueil, derrière ou sous la tête du
hic requiesc|T IN PACE BONE i ME moride....QVI VIXIT ANN os ANT AVE tte DEFVNCTVS ES fi vv CCSS V
Hic requiescit in pace bone memoriæ.…, qui vixit annos... defunctus esL... post consulalum Anastasii et Rufi virorum clarissimorum consulum (493).
Ici repose en paix... de bonne mémoire, qui a vécu... ans... ; il est mort le... l'année après le consulat d'Anastase et de Rufus clarissimes.
La date est certaine : il n'y a pas d'exemple connu d'une inscription datée d'un second post-consulat d'Anastase et de Rufus, les consuls de 492.
IN HOC TVMVLO REOVIESCIBO MEMORIAE HONORIA O HVIXIT IN PACE ANIIS XXX OBIET D AE V IDVS DECEMBRIS VIATOR E VVC CONS
In hoc tumulto re[q]uieser[t|] bon[a]e [me]moriae- | Honoria q [us] h [oneste] vixi ! in pace an|n]is XXX - obi [i] d[ilæ v idus decembris Viatore v [iro ] c [laris| simo] cons [ule] (16 décembre 495).
Dans ce tombeau repose Honoria, de bonne mémoire, qui vécut honnêtement : elle mourut en paix âgée de 30 ans, le 5 des ides de décembre, sous le consulat de Viator, clarissime.
Tablette de marbre, « découverte dans le quartier Saint-Just » (Artaud). Haut. 0 m. 22, larg. Om. an ] Au musée (fig. 7299).
E IN HOC TVMVLO REQVIIS CET BONAE MEMORIAE, SIQVANA QVAE VIXIT ANNOS XXX OBIIT IN PACE XS KAL IVNIAS ABIENO V CONS
In hoc tumulo requies cet. bonæ memorie Siquana, “ qui viril annos XXX ; obiil in pace xvr kalendas junias, Abieno viro (clarissimo) consule (17 mai 501).
Dans ce tombeau repose Siquana, de bonne mémoire, qui a vécu trente ans ; elle est morte en paix le seize des calen des de juin, sous le consulat d'Abienus clarissime.
Le nom d'Avienus a été porté par plusieurs consuls : en 450, Gennadius Avienus est consul pour l'Occident avec l'empereur Valentinien III qu'on n'eut pas passé sous silence ; en 502, Flavius Avienus junior qu'on n'eût pas désigné sans cette épithète, il reste, en 501, - Rufius Magnus Faustus Avienus, celui que nomme l'inscription. Ce Rufius Magnus Faustus Avienus fut promulgué en Occident et en Orient, alors que son collègue d'Orient, Pompeius, resta inconnu à l'Occident et il en sera ainsi pour tous les consuls d'Orient, jusqu'en 536.
Les dames de l'abbaye de Saint-Pierre étaient … depuis de longues années en procés avec les desserwants de Saint-Nizier sur la question de savoir où T avaient été inhumé saint Annemond, autrement dit — Chamond, évê que de Lyon, au milieu du vi* siècle. — Les deux églises se disputaient l'honneur de posséder 'sa sépulture : ce qui était d'une grande conséquence à cause des offran des que procurait le culte de ce saint, invoqué spécialement pour certaines maladies. Les — chanoines de Saint-Nizier, quoi que nantis d'un bref —d'Innocent IV qui attestait la présence du corps de — saint Annemond dans leur église, voulurent en 1308, levée de la reli que. Ils demandèrent au chapitre cathé- — dral, le siège de Lyon étant vacant, l'autorisation - nécessaire pour se livrer à cette opération, alléguant en — termes génér aux une recherche qui aurait pour objet la — Jevée de tous les corps saints inhumés à Saint-Nizier. ^ Comnission pour ce faire fut délivrée par l'un des vicaires génér aux, les fonctions épiscopa les en tant — qu'el les avaient à intervenir devant être remplies — par un religieux du nom de Hugues, évê que in partibus de Tabarie ou Tibériade. i en — « Quelques jours après, les chanoines de Saint-Nizier “se fondant sur l'absence des commissaires désignés, — de toute l'opération : — « En vertu de ces pouvoirs, ledit évê que, assisté — de trois notaires, de plusieurs dominicains et cordeliers — de son choix, des dignitaires de la collégiale et enfin dun certain nombre de bourgeois requis comme témoins, procéda le 23 août 1308, d'abord à la consta- — tation de la présence de tous les corps saints annoncés — par des épitaphes, lesquel les épitaphes furent trans- — erites par les notaires, ensuite à l'exhumation de saint - Annemond et de lui seul.
Le procès-verbal de cette curieuse visite existe cn double aux archives départementa les du Rhône. — L'un des exemplaires, qui est l'original, porte l'attestation des trois notaires ; l'autre, qui n'est qu'une ampliation, a été validé seulement par deux souscrip- “tions. L'original fait partie du fonds de Saint-Nizier, — armoire Sancta Maria, liasse 3,n. 3.
Cette pièce fut connue de Severt, le premier his- | | torien de l'Église de Lyon, qui jugea à propos de la — publier seulement par fragments dans son catalogue — des archevéques ! ; encore eut-il la malencontreuse | idée de disséminer ces fragments sous le chef de cha- | eun des personnages auxquels se rapportaient les | épitaphes. _ Mn « C'est à Severt qu'a été emprunté le texte des | —mémes inscriptions par tous les éditeurs qui les ont | reproduites. L'original passait pour perdu. A. de | E - Boissieu, qui eut communication du second exemplaire, E ne s'en servit, dit-il, que pour constater l'exactitude F des leçons de Severt ?.
Il s'en faut cependant que les leçons de Severt Soient exactes : usant de la liberté qu'avaient autre| texte sans prévenir le lecteur des corrections qu'il introduisait. Il faut dire que beaucoup de ces corrections sont excellentes et qu'el les étaient indispensab les, tant est défectueuse la lecture fournie par les moines dont s'était environné l'évé que de Tabarie ; mais il y a aussi des choses changées à tort et des conjectures
IE : DICT. D'ARCH. CHRÉT.
OBSJITIN PAGCEGITI. (Aa KES E PAT E M qui vixiit annus XI ; obiit in pace VIIII kalendas septembris, Arieno [viro clarissimo consule] (24 août 501). moire, quia vécu onze ans ; elle est morte en paix le 9 des calen des de septembre, sous le consulat d'Avienus clarissime. » La fin du texte man que. on ne sait si l'épithéte junior accompagnait le nom d'Avienus, la date pourrait donc être 501 ou 502.
QVI VIXIT IN PACE ANn.,.obiit DIAE IDV IANVARIA $ IVNIORE VV CON In hoc tomulo requiescit bonæ memoriz..., qui vixit | in pace a [nnos... ; obiit ] diæ idu [s] januarias.. juniore — viro (clarissimo) consule (8 janvier 502).
« Dans ce tombeau repose... de bonne mémoire qui « a vécu en paix... ans ; il est mort le jour des i des de — janvier, sous le consulat de... junior, clarissime. » Aux ve et vit sièc les, plusieurs consuls ont fait suivre | | leur nom de la désignation distinctive junior, ce sont Basilius junior, en 480 ; Faustus junior en 490 ; Avienus junior, en 502 ; Venantius junior en 507 ; | Venantius alius junior, en 508 ; Boethius junior, en 510 ; Probus junior, en 525 ; Decius junior, en 229 ; Paulinus junior, en 534 ; Basilius junior, en 541. - Mais, si on élimine de ce nombre comme non promul- « gués dans les États burgon des les deux Venantius de 507 et 508, Boethius de 510, Probus de 525, Decius de 529 et, de plus, Basilius de 541 dont le consulat et la longue série post-consulaire sont demeurés com- - plétement inconnus à Lyon, il ne reste plus que les consuls Basilius de 480, Faustus de 490, Avienus de « 902 et Paulinus de 534. De Basilius et de Faustus, les — inscriptions de Lyon ni d'auc une autre localité de la M Gaule ne nous fournissent d'exemple ; de Paulinus « nous n'avons d'exemp les que par post-consulats. On « peut donc accepter ici Avienus, mais sans certitude. « appartenant à M. Teste, située prés de l'église SaintIrénée » (Marlin Daussigniy). Haut. 0m.20,larg.0m.37. Au musée (fig. 7302). +IN HOC TVMVLO RE QVIESCIT BONEME MORIVS VRSVS QVI VI XIT IN PACE ANNVS XLV OBIIT K IAN. PC ABIENI IVN WE CON In hoc tumulo requiescit. bonememorius Ursus, qui vixit in pace annus XLV ; obiit kalendas fanuarias post consulatum | Abieni junioris viri (clarissimi) - consulis (1er janvier 503). « Dans ce tombeau repose Ursus de bonne mémoire, qui a vécu en paix quarante-cinq ans ;il est mort le | jour des calen des de janvier, l'année apr ès le consulat | d'Avienus junior clarissime. » seen ro Cat i » 22m - 293 | Flavius Avienus junior, consul d'Occident en 502 : -son collégue d'Orient nommé Probus est resté inconnu —en Occident. — Le consul de l'année 503 pour l'Occi- — dent était Volusianus, mais l'épitaphe d'Ursus, mort “le premier jour de janvier, fut gravée avant qu'on — eût connaissance à Lyon du nom du nouveau consul : pu fallut, afin de donner une date imaginer un postconsulat de l'année précédente : post consulatum - Avieni junioris. — Nous avons ici le premier exemple - à Lyon d'une croix en tête du texte.
Ft. xm, n. 2370. d 30. Fragment d'une tablette de MATE. de pro— venance non connue. Haut. 0 m.16, larg. 0 m.21. Au + « - FLEND MANV - + CYTHEO VC CONS lue... inn... dedere necem... (auc ou geni) toris cura INHO CT VW L ORE QVIESCITBONEME MORIVEVRSVSQVIV] ZITINPACEANNYW XY | OBIIT KIARPCABI ENIN YOn - redemti. … flend... manti... |. (504).
HOC ARTVS TVMVLO VVLT CARETENE TECI
Cuytheo viro clarissimo consule
LYON 294
Ies ET t Appui du sceptre, ornement de la terre, splendeur rayonnante sur l'univers, Caréléne s'est préparé ce tombeau. De cette puissante souveraine, Christ ! tu as fait ta servante ; tu l'as appelée de son royaume mondain à ton royaume céleste, où elle a suivi, dans une fin heureuse, le riche trésor que, par le soulagement des pauvres, elle a apporté à Dieu. Depuis longtemps, chátiant son chaste corps, elle portait de ru des | vétements cachés sous la pourpre éclatante, et, le visage toujours souriant, observait des jeûnes rigi des et livrait secrètement sa royale chair à d'austères pratiques de pénitence. Partageant les soucis du trés haut prince, son mari, elle l'aidait par ses conseils à diriger les affaires de l'État, heureuse d'entrainer vers la vraie foi, dans laquelle ils s'instruisaient, ses enfants et petits-enfants. Brillante de tant de dons, elle ne dédaigna pas, sous l'impulsion d'une inspiration sublime, de déposer le diadéme pour se soumettre au joug spirituel. S'efface devant elle la reine des Sabéens parfumés, qui autrefois vint admirer le merveilleux ouvrage de Salomon ! Carétène a fondé ce présent temple, dont la voûte retentit de l'harmonie des cantiques, et l'a dédié au chœur des anges. Elle peut maintenant t'offrir, ó Christ, ces prières que si souvent elle présentait au roi pour l'acquittement des accusés.
« Lors que son dixième lustre déjà rempli, la mort envieuse l'a ravie et qu'un jour meilleur et sans fin l'a recue, l'année marquée du nom du consul Messala franchissait le seiziéme jour de septembre (506) ».
Jacques Spon dans ses notes manuscrites aux Recherches écrit que « Mr Tomazet, curé de Saint-Michel en Bellecour, avoit l'épitaphe de la reine Caraten qui... se treuvoit autrefois dans l'église ; » ce que Hirschfeld entend d'une copie non de l'original.
La reine Caréténe, morte âgée de plus de cinquante ans, était donc née un peu avant 456. Les vertus et le rang n'ont pas suffi à lui conquérir la gloire, car, n'était son épitaphe, elle serait tout à fait inconnue. Reine, on ignore le nom de son mari. A. de Boissieu fait d'elle la femme de Chilpérie II (f 490) fils de Gondioc et roi de Lyon ; cette opinion est suivie par E. Le Blant qui ne semble pas avoir fait une recherche personnelle sur la question. Au contraire, nous croyons à la suite d'André du Chesne, de Valois, de Pagi, de Troya, de Pétigny dont l'argumentation a été reprise et condensée par Allmer, que la reine Caréténe a été l'épouse du roi Gondebaud (474-516).
Le roi Gondioc étant mort en 463, Caréténe, alors âgée d'une dizaine d'années à peine, n'avait pu être sa femme. À la mort de Chilpéric Ier, en 474, elle avait tout au plus une vingtaine d'années. De plus, l'allusion me ra 2 grg pr de m c RTL ESS aa EE EP TE TS PIE TT YEN om son m n e da miU AA. Neri - 0 ^ ma mm par » s — à ya e ea TY «
295 LYON
à l'arianisme de son mari, contenue dans le passage de l'épitaphe oü il est dit que tout en partageant avec le roi les soucis du gouvernement, elle était heureuse d'entrainer ses enfants et petits-enfants dans le chemin de la vraie foi, serait une contre-vérité à l'égard de Ghilpéric Ier qui était catholi que. Carétène ne peut avoir épousé que l'un des quatre fils de Gondioc qui furent Gondebaud, Godegisèle, Godomar et Chilpéric II.
Or Grégoire de Tours nous :apprend que peu de temps après l'avènement des quatre fils de Gondioc, Chilpéric II et sa femme périrent misérablement, lui la tête tranchée, elle précipitée dans le Rhône, une pierre au cou. L'épitaphe n'en dit rien, elle dit même tout autre chose : il sante de qui la fin fut douce et heureuse. Caréténe fut enterrée à Lyon dans l'église construite par ses soins, or Chilpéric II son mari ne fut ja mais roi de Lyon. Si Alph. de Boissieu a pu l'écrire, c'est qu'il a fait une confusion entre le neveu Chilpéric II et l'oncle Chilpéric Ie qui, lui, fut roi des Burgon des et résida à Lyon où il mourut en 474. Carétène n'a donc épousé ni Chilpéric Ie ni Chilpéric II.
A défaut de l'un et de l'autre on peut lui donner | pour mari Gondebaud, qui fut roi, de 474 à 516 et dont la femme, au dire de Grégoire de Tours était d'une grande piété. 5i le nom de Gondebaud est omis, c'est qu'il était arien, d'ailleurs on lui donnait de l'excelsus princeps, ce qui est fort honnête. De Gondebaud, la reine eut Sigismond et Godomar ; Sigismond eut à son Lour un fils et une fille Sigerie et Suavegotha, qui sont les dul ces nepotes de l'inscription, catholiques comme leur père, bien qu'ils n'aient répudié publiquement l'arianisme qu'en 516 ou 517, aprés la mort de Gondebaud.
L'église fondée par Carétène est dédiée aux Anges, c'est l'église Saint-Michel, aujour d'hui détruite, mais dont le souvenir subsiste par son nom conservé à l'endroit qu'elle occupait au quartier d'Ainay. Un son temps, d'une partie des fondations de cette église, contient un renseignement curieux : « Là se trouvent les tra ces d'un ancien cimetiére, et quelques gens du voisinage racontent qu'on y a déterré, il y a prés de quarante ans, un tombeau en marbre qu'on appelait le « Tombeau de la Reine. » E. Le Blant croit que l'épitaphe est assez postérieure à la mort de la reine ; il en attribue la composition à Venance Fortunat, à cause de la fin de vers 24 sine fine dies qui se retrouve dans plusieurs compositions du méme auteur. La précision, l'exactitude et l'abondance des détails qu'elle contient, la réticence relalive au nom du roi semblent indiquer plutót, une inscription contemporaine. Gondebaud survécut dix ans à sa femme.
| t. I, cal. y est question d'une reine puis- | p. 190 ; Colonia, Hist. littér. de la ville de Lyon, It** par-« | tie, p. 292 ; dom M. Bouquet, Recueil des historiens de la Gaule, t. n, p. 532 ; G. Marini, I papiri diplomatici, p. 372 b ; de Castellane, dans Mém. de la Soc. archéol. du Midi de la France, t.u, p. 193 ; Diction. d'épigr., inscr. lal., t. xur, n. 2372.
32. Épaisse tablette dont on ignore la provenance : (Boissieu). Haut. Om. 35 ; larg. 0 m. 59. Au musées
VC CONS
In hoc tumu[ !]o requiescit bone memoriae Susane, quee vixit annus XX [et] penetentiam consecuta est ; obiet in pace sub diæ kalendas octobris post consulatum iterum Mesale viri clarissimi consulis (1® octobre 508)., Dansce tombeau repose Susane de bonne mémoire qui a vécu vingt ans.et, aprés avoir recu [le sacrement de ] la pénitence, est morte en paix le jour des calen des. d'octobre, la seconde année aprés le consulat de Mesala | A. de Boissieu dit au sujet de cette pierre : « Quel que éteinte et ruinée que soit la trace de ces lettres, gra| vées sur une pierre calcaire assez tendre, avec un peu | d'attention, l'on parvient à déchiffrer la légende tout entiére ; »en ce qui concerne la date, Boissieu se récuse, | « ilm 'est impossible de déterminer l'épo que » car « on ne connaît qu'un seul consulat d'Ennodius Messala, | celui de l'année 506. » Mais les deux années qui ont suivi le consulat de Messala ne sont cependant pas « | restées sans consuls en Occident. Un Venantius, dit quelquefois junior, pour le distinguer du Venantius de 296 du 1x siècle ; A. du Chesne, Hist. Francorum scriptores, — dit aussi junior et plus explicitement alius junior, en 508, mais en raison des événements contempo tein E tous les deux sont demeurés inconnus dans les royau- « | mes franc et burgonde, de sorte que l'année 508 y fut un post-consulatum iterum Mesale, c'est une va- riante de la formule iferum post-consulatum !.
Les derniéres lettres de la troisiéme ligne sont peu - claires ; le texte et la construction paraissent réclamer : penelentiam consecula est (Le Blant) ou penetenliam consecuta anno I est (Allmer) ; cette deuxième conjecture parait peu admissible. Trois mots dans les textes antiques servent à indiquer qu'un sacrement a été recu par le fidèle : accipere, percipere, conse qui ; ces mots d'une valeur égale sont employés | indistinctement et souvent d'une facon ellipti que, c'est-à-dire sans que le régime soit exprimé (voir « trouvée récemment (1816) à j 1 | | | 297 LYON 293 — SaintJust, dans une tombe grossière » (Arlaud). | resté officiellement ignoré dans le royaume burgonde.
| Haut. Ü m. 43 ; larg. 0 m. 59. Au musée (fig.
7305).
HIC CVIVS IN HOC CONDVN !ur imembra SEPVLCHRO SARAGA VS EST NOMINE QVIC a VMOM nibus C ETAPVToMnes. OVIXITA - VT NOMIN is sui VOCABOL um t INPOR AU VV CCLE
E XXXX
E :
Hic cujusin hoc conduntur membra sepulchro Saraga...
C dictus est nomine, qui cum omnibus et aput omnes vix [it] — ia ut nominis sui vocabolum vitae meritis commendaret ; toss ts M qui vixit annos XL ; obiil mr nonas decembris post { consolato Inportuna viro clarissimo consule. — X | tombeau s ‘appelait Sarag :
E décembre 510).
« Celui dont les membres sont renfermés dans ce tombeau a vécu avec tous et à la vue de tous de telle sorte que les mérites de sa vie ont répondu aux promesses de son nom ; il a vécu quarante ans, et est mort le 4 des nones de décembre, l'année après le consulat d'Importunus clarissime. » — Quarante (ans). » Importunus a été consul d'Occident en 509 ; l'année suivante est donc 510. A Lyon, on a conservé son nom quoi que le consul de l'année 510 fût Manlius - Anicius Severinus Boethius junior ; celui-ci s'explique par les événements.
Au mois de mai 509, le roi Théodoric ne sachant pas encore si les Burgondes et les Francs porteraient leurs armes à la gauche du Rhône, donna connaissance aux Burgondes du nom du consul de l'année courante ; mais, en 510, lui-même avait pris part à la guerre et envoyé successivement deux armées avec mission de lui conserver la ville d'Arles et de ravager la Burgondie. Naturellement, les relations étant interrompues, le nom du consul de 510 n'a pas été transmis et est qu'on jugea bon de le transcrire encore ;
Au début un essai de versification ; hic cuius in hoc conduntur membra sepulchro ; il se peut que in ait été considéré comme long devant l'A de hoc, en ce cas il ne reste qu'une faute : la dernière syllabe de cujus est brève, il fallait une longue.
Pour connaitre les promesses du nom de Saraga, il faudrait que celui-ci fût entier, on a proposé Saragaenus ?
Le défunt mourut à l'âge de quarante ans ; ce chiffre fut d'abord tracé dans l'interligne, mais si minuscule cette fois mêlé aux ornements du cadre, en sorte qu'on n'y a pas pris garde.
La décoration de l'épitaphe montre qu'elle se trouvait derrière ou sous la tête du défunt,
Dans ce tombeau repose Disderius de bonne mémoire, acolyte, qui a vécu quatre-vingt-cinq ans ; il est mort en paix, Jour que j'ai noté, le 5 des calen des d'août, sous le consulat d'Agapetus clarissime. » 299 On pourrait lire quarto tout comme quinfo, ce qui donnerait 29 juillet au lieu de 28.
35. Tablette de marbre, autrefois à Ecully, castrée dans la facade d'une maison vis-à-vis de la partie méridionale de la nouvelle église » (Boissieu) ;
Dans ce tombeau repose Felocalus de bonne mémoire, qui a vécu soixante ans ; il est mort en paix le 4 des nones de décembre, sous le consulat d'Agapetus clarissime. » En 519, année du postconsulat d'Agapetus, il n'y a pas eu, nous n'en savons pas la raison, de consul d'Occident. Magnus fut consul d'Orient, mais, selon l'usage imposé par Théodoric, est resté inconnu ou du moins non employé en Italie et ailleurs en Occident.
Dans ce tombeau repose Carusa de bonne mémoire, religieuse, qui pendant vingt-deux ans a pratiqué la pénitence ; elle a vécu en paix soixante-cinq ans et est morte le 13 des calen des d'octobre, sous le consulat de Rustianus et de Vitalianus clarissimes. » Allmer donne un commentaire ingénieux de la mention des deux consuls. D'après lui, Rusticius, appelé ici Rustianus sans doute pour Rusticianus, et Vitalianus ont été consuls en 520, le premier en Occident, son collègue en Orient. L'admission des noms des deux consuls sur l'inscription de Lyon malgré le système d'abstention persévérante de Théodoric à l'égard du consul d'Orient, aussi bien dans ses propres Etats que dans ceux des rois soumis à son influence, ne peut s'expliquer que par quelque circonstance extraordinaire, par exemple l'arrivée du nom du consul oriental par une voie différente de l'Italie. En 516, dès son avènement au trône, Sigismond dirigé par Avitus, prit une attitude humblement dévouée à l'égard de l'empereur d'Orient et presque hostile vis-à-vis de Théodoric. C'est peut-être une marque de ce dévouement à l'empereur et de cette hostilité envers le souverain des Ostrogoths qui se révèle dans l'apparition insolite du nom du consul d'Orient sur notre épitaphe.
Au mois de juillet, Vitalianus avait été mis à mort, son nom rayé des fastes et interdit à partir de cette date ; en septembre, la nouvelle de cette grande disgrâce n'était pas encore parvenue à Lyon.
300 cf. Vingtrinier, Alexis Roussel, sa vie et ses œuvres, dans Revue lyonnaise, 1885, p. 54 ; Haut. 0 m. 29, larg. 0 m. 38 (fig. 7308).
37. Épitaphe découverte dans l'église Saint-Nizier - (voir n ? 26) en 1308, transcrite à la suite de celle de B. Vivenlioli, prout apparebat per versus supposilos in lapide marmoreo. — VIR POTENS MERITIS NOSTERQVE SACERDVS IN HOC IACET VIVENTIOLVS TVMVLO VOX ORGANI VERBI PRAECO DECVS FRATRVM “ ECCLESIAE ET POPVLIS SPECVLVM FVIT = 5 NVLLVM LINQVENS OFFICII GRADVM DIVINVM “ QVEM NON PROMERVIT TVLITQVE DE MVNDO el quedam linea que legi non potest — « Notre évêque Viventiolus, homme puissant par ses mérites repose dans ce tombeau. — Voix de l'éloquence, héraut de la parole, honneur des moines, il a été pour l'Église et les peuples un objet d'admiration. Ne laissant aucun degré des ordres divins sans l'avoir mérité et exercé. Retiré de ce monde (il est allé au Ciel...). — Que ta fête, entre celle des saints, soit à Lyon un jour des plus honorés par un grand concours de fidèles. — Les corps sanctifiés de deux frères reposent ici, tous deux évêques égaux par leurs mérites, cohéritiers du Christ. — Bon pasteur, perle de l'épiscopat, sois propice à nos prières et souviens-toi de nous quand tu seras invoqué. — Le 1v des i des de juillet. » La copie de Severt porte 1v KAL IVLN, le quatre des calen des de juillet (28 juin), avec cette mention : cui concordat calendarius liber Primae. Cette date de la mort au 28 juin parait devoir être préférée à celle que donne la copie des Archives de Lyon qui la fixe au IV IDVS IVLII, conformément au martyrologe.
On ignore le nom du frère de l'évêque Viventiolus mentionné dans l'épitaphe.
La date du décès parait être 28 juin 518 à 520. saint Rusticus : {tem in alio altari sequenti erat tumba BONAE MEMORIAE LOPECENOS QVI VIXIT ANNOS XXXXII OBIIT IN PACE XVI-KAL-MAIAS MAXIMO V-Ccos In hoc tumulo requiescel bonae memoriae Lopecenos, | qui vixit annos XXXXII ; obiit in pace xvi kalendas maias 523).
Dans ce tombeau repose Lopecenos de bonne mémoire, qui a vécu quarante-deux ans ; il est mort en paix le seize des calen des de mai, sous le consulat de Maximus clarissime. » Flavius Maximus a été consul d'Occident en 523, sans collègue en Orient.
In hoc tumulo requ(ijesci ! bone memoriae Pascastus qui vixit in pace annus (quinquaginta ?) mensis (duo) obiet sub diae (octavo) k(a)(en)d(as) novembris Iustino v(iro) e(larissimo)con(suM(e) (25 octobre 540).
« Dans cette tombe repose Pascasius de bonne mémoire, qui vécut en paix (cinquante ?) ans, deux mois ; il mourut le huitième jour des calen des de novembre sous le consulat de Justin clarissime. » Parmi les inscriptions chrétiennes de Lyon et des environs, on n'en avait pas encore rencontré portant la date du consulat de Justinus.
In hoc tumulo requiescit innocens( ?), valde el omnibus cara, | infantula nomine Diones condedimus quam in hoc | sepulcro ; quae vixit inpace annos (ou menses) sex menus dies X ; obiit in pace die VI11 kalendas septembres... 0 viro clarissimo consule (25 août 540 ou avant). « Dans ce tombeau repose, déposée par nous, une innocente enfant, trés chérie de tous, nommée Diones, morte en paix à l’âge de six ans (ou mois) moins dix de...us clarissime. » La dernière lettre du nom du consul est un élément trop insuffisant pour proposer un nom, d'autant que les consuls dont le nom a une désinence en us qui furent promulgués à Lyon au cours du v et du vi siècle sont en trop grand nombre pour qu'il soit possible de s'arrêter à aucun ; tout ce qu'il est possible de dire, c'est qu'il a un T et un |, quinto ou serto au lieu de fertio, et il s'agirait du 29, du 28 ou du 27 juillet. post consulatum J ustini viri clarissimi con- (30 juillet après 540).
- augustas... sulis, indictione ?.. E « Dans ce tombeau repose 5. . diacre, qui a vécu en paix soixante ?) ans et est mort le 3 des calen des d'août... ans après le consulat de Jus- - tinus clarissime, indiction. » — Le nombre des années après le consulat de Justinus et le nombre des indictions manquant à la fois, il m'est pas possible de reconstituer la date de cette épitaphe ; pour le quantième du mois il est douteux car en tête de la cinquième ligne il se peut qu'on en ce cas il faudrait lire quarto Après 534, le dernier des consuls d'Occident Paulus . junior disparait et on se met à dater en Gaule par les noms des consuls d'Orient jusqu'en 541, année du . consulat de Basile, le dernier particulier qui porta le - titre de consul. Le nom de celui-ci a ouvert une série - de post-consulats qui a duré, à Vienne par ne jus que dans les premières années du Ve. A -Lyon et dans quelques localités voisines, le nom de - Basile a été comme inconnu et celui de Justinus con- sul en 540 a été seul en usage et a fourni une longue suite de post-consulats. : En ce qui concerne l'indiction, si c'est d'elle qu'il | s agit à la suite de la mention consulaire, ce serait sa première apparition sur les inscriptions de Lyon ;
- sur la montagne de Saint-Irénée ; au bas de l'inscription, l'on a gravé une croix d'où sortent deux traits . fleuronnés. qui vont former un peu plus bas de cha que . côté une espèce de fleur ronde à six feuil les. » (Journ.
- de Trévoux) : Lugduni ad S. Irenceum (Maffei).
In hoc tumulo requiiscel ! bonae memoriae Necteria, qui vixit annos X XV,obiit in pace pridie kalendas maias, post consulatum Justini (30 avril 541).
« Dans ce tombeau repose : Necteria de bonne mé. Moire, qui a vécu vingt-cinq ans ; elle est morte en - paix la veille des calen des de mai ; l'année aprés le consulat de Justinus. » Flavius Justinus fut consul en 540, et Flavius Anicius Faustus Albinus Basilius en 541. A Lyon et dans plusieurs localités voisines, tel les que Saint-Laurent— de-Mures, Trept, Luzinay, pour une raison qu'on ne connait pas, on prit alors et pour assez longtemps l'usage de dater par post-consulats, et au lieu de prendre les post-consulats de Basile, on prit ceux de Justin. ll y a eu deux manières de compter les post-consu— lats, l'une appelée le modus Marcellinianus, la seule ES officielle, qui exclut du compte l’année du consulat ; Mn Fautre, le modus Victorianus, qui n'a pas commencé avant 566, et n'a ja mais été officiellement reconnue ;
|— elle comprenait l'année du consulat comme premier | T post-consulat. AsLyon, on n'a calculé que d'apres le
LYON
. de bonne mémoire, | 306 44. Fragment de provenance non connue, entré au musée en 1860 ( Martin-Daussigni). Haut. 0 m. 22 ; larg. 0 m. 14 :
T IN Hole fumulo R E QV Ifescit bonae OBIIT NO[nas . V-PC . I V[stini. rinceau La cinquième année du consulat de Justin répond à l'an 545.
Bibl. — Martin-Daussigny, — Registre d'entrées, n. 945 ; E. Le Blant, Nouveau recueil, n. 15 ; VMOLO VHSEITBOË ME ^ RIAEEVG ENISIN RQVITV LXITANNISVINT IIT SEZSPTIMOF AN in HOC TVMOLO re q VIISCIT BONE ME mo RIAE EVGENIS IN no X QVI VIXIT ANNIS VIII obi IT SEPTIMO KAL i ANVARIAS V CON IVS t INI INDICTIONE oCTAva In hoc tumulo requiescit bonae memoriae Eugenis, innox, quivixit annis VIII ; obiit seplimo kalendas. januarias V [posi] consulatum Justini, indictione octava (26 décembre 545).
« Dans ce tombeau repose Eugenis de bonne mémoire, innocente (enfant), qui a vécu huit ans ; elle | mourut le sept des calen des de janvier, la cinquième année après le consulat de Justin, indiction huitième. » Nous avons ici la mention de l'indiction (voir ce mot), laquelle est une période de quinze ans, dont chaque année, dite indictio prima, secunda, etc., partait du 1er septembre. Celle dont parle notre inscription avait donc commencé le 1** septembre 544 pour finir à pareil jour en 545. Eugenis mourut le 26 décembre 544, dans le quatriéme post-consulat de Justinus. D'aprés cela, E. Le Blant rectifie l'erreur probable du texte en substituant aux sig les VCON, qu'il interprète v(iri clarissimi) con (sulis) et qui dit-il auraient dü suivre, non pas précéder le nom du consul, la correction /V PCON. c'est-à-dire quater post cons ulalum. Mais Aug. Allmer admettrait que ce soit l'indiction qui péche, parce que c'est trés souvent qu'il en est ainsi et qu'il est beaucoup plus grave de corriger un consulat qu'une indiction, alors que l'introduction
307 LYON | ! 308
de cette derniére dans les dates était une mesure nouvelle et avec laquelle on n'avait pu encore se familiariser.
Ce fut le 31 août 537 que Justinien prescrivit l'emploi, dans les documents officiels, d'une triple date :
1° l'année du règne de l'empereur ; 2° le nom des consuls ; 39 l'année indictionnelle. Le royaume burgonde étant alors sous la domination des Francs ; la date impériale n'importait guère ; on s'en tint donc à la date consulaire et à la date indictionnelle.
Eugenis mourut dans le cinquième post-consulat de Justin, soit en 545, indiction neuvième et non huitième.
46. Tablette de pierre, découverte à l'« Observance » en : 1847 (Boissieu). Haut. 0 m. 35, larg. 0 m. 30. Au musée (fig. 7313). inh OC TVMVLO RE q VIESCIT BONAE ME m ORIAE FIRMVS INNO € ENS QVI VIXIT ANNVS »t I| ET DIES XX OBIIT in PACE SEPTEM ok seplem b RIS VI PC IVSTINI VC ! ND NONA In hoc tumulo requiescit bonae memoriae Firmus, innocens, qui vixit annus... II et dies XX, obiit in pace | PAESEBTEM. | RSV] PCIVST ive | seplem|o kalendas septemb] ris., VI posl-consulatum Justini piri clarissimi, indicHone nona (26 aoüt 456). « Dans ce tombeau repose Firmus, de bonne mémoire, innocent, qui a vécu...anset vingt jours ;ilest mort en | paix le 7 des calen des de septembre, la sixiéme année aprés le consulat de Justin clarissime, indiction neuvième. » Le sixiéme post-consulat de Justin, fait observer A. Allmer, répond à l'année 546, la neuvième indiction à l'annuité qui a couru du 1% septembre 545 à pareil jour de 546. Il faut, pour que l'épitaphe appartienne à la fois au sixiéme post-consulat de Justinus et à la neuvième indiction, que Firmus soit mort le 26 août : sepfem[o kalendas septemb] ris de 546 ; car s'il était mort en septembre, octobre, novembre ou décembre, il s'agirait de l'an 545 et alors, contrairement au texte, du cinquième post-consulat du consul de 540. recherche accomplie en 1308. Elle est la troisième dans | l'ordre du procès-verbal et se trouvait proche de celle de saint Sacerdos : Item consequenter prope « altare 5. Sacerdotis, invenimus tumbam S. Aureliani, prout in scriptura in marmoreo lapide superposita, comprehensa apparebat.
ORBIS CELSA GRAVI VEXANTVR CVLMIMA LAPSV VRBIS CRIMINA VTI FLVMINA CLARA RVVNT DAMNAQVE RERVM NVNC POSITARVM MORTE PATESCVNT | CVM SIBI SVBLATIS MYSTICA DICTA TENENT D GEMMA POLORVM ETIAM PLEBIS LAMENTA RESVLTANT CONSOLITI PASTVS DOGMATA SANCTA DOCENT QVO PROBAT AMISSVM POPVLORVM E PECTORE PLANCTVM HEV DECVS HEV HIMIVM AVRELIANE TWYM PONTIFICIS CLARO FVLSERVNT DOCMATA CVLTV 10 CVMQVE ARELAS MAGNO MVNERE LAETA FVIT HIC ANIMAM SANCTAM EVECTAM CONSORTIA COELI QVAS HINC CORPORIBVS LAXAT ABIRE DEVS ERCO OMNES RECTE CAPIVNT SOLAMINA DEMPTI QVOS VIDES MERITIS ASTRA SVBISSE POLI 15 NON RETINET MVNDVS ARCTANTIS IVRA SEPVLCHRI QVEM RECIPIT SVMMI DEXTERA CELSA DEI HEC QVOQVE VENTVRIS MORIETVR NOMINE SECLIS VIVERE QVEM SEMPER INCLITA DICTA DOGENT i PRAECEPIT HEV CVRSVM NVMERVS QVINQVENNIA QVINQVE 20 ET TRIBVS ADIECTIS METAS VOLENTIBVS ANNIS DESERVIT FRAGILEM TERRENI CORPORIS VSVM HIC SENIBVS LINQVENS PRIMAEVO TEMPORE FORMAM ILLIC SVSCIPIENS AETERNO A IVOICE VITAM POLLICITAM PLECTENS REDDENTIS PROEMIA CHRISTI 25 QVISQVIS SOLLICITVS LVSTRAS MONVMENTA DOLORVM HIC PARILEM SORTEM INGEMIS IPSE TVAM ef secuntur plures versus qui propter fracturam mar- —— moris legi non possunt ; et in mar gine tumuli est sert 4 x Les comb les élevés du ciel se renversent vers leur chute, les crimes de la ville( ?) s'écoulent comme les brillants fleuves, et l'inanité des choses, apaisées par — la mort, apparait au grand jour, lors que, leur étant | enlevés ceux qui, par l'enseignement des paro les — | mystiques, leur dislribuaient la nourriture habituelle des saints dogmes, les peup les font retentir leurs lamentations jusqu'à l'étoile du póle, montrant combien est douloureuse la perte qu'ils ont faite en celui qu'ils pleurent du fond de leur áme. Grand honneur pour toi, Aurélien, trop grand méme, hélas ! qu'Arles ait eu la joie d'avoir vu briller avec éclat le culte des dogmes de son pontife et de savoir que son àme sainte est du nombre de cel les que Dieu, à la sortie des corps, élève au Ciel, pour prendre place, en récompense de leurs mérites, parmi les astres. Ni le monde, ni les droits de l’étroit cercueil ne peuvent retenir celui que reçoit la puissante droite de Dieu. Ne mourra pas dans les sièc les à venir le nom de celui qu'une merveilleuse éloquence nous montre devoir vivre toujours.
« La course des ans, tournant autour des metae dans la carriére du temps en était arrivée au nombre de cinq lustres plus trois, lors que, quittant l'usage fragile de son corps terrestre, Aurélien a laissé aux vieillards le souvenir de sa personne douée de la beauté de la jeunesse, et a recu du juge éternel la vie promise, don du Christ rendant avec usure.
« Passant attristé, qui visite ces monuments de la douleur, gémis à la pensée qu'un sort pareil t'est réservé...
« Il est mort le seize des calen des de juillet, la onziéme année aprés le consulat de Justin, indiction quatorziéme. » (16 juin 551.)
E.
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- 809 de France, 1876, p. 151 sq. ; Allmer-Dissard, Inscr.
But, t. xnur, n. 2397.
-A8. Table oblongue, bordée de moulures encadrant | . l'inscription, trouvée à Saint-Jrénée, 1687, disparue . puis retrouvée à Saint-Irénée, en 1895, cachée par un | sarcophage anépigraphe. Haut. 0 m, 50, larg. 1 m. 40. p Au musée (fig. 7026). + IN HOC LOCO REQVIESCIT FAMOLVS DI STEFANVS PRIMICIRIVS SCOLAE LECTORVM SERVIE NS ECL LVGDVNINSI VIXIT ANNOS LXVI mt OBIIT VIIII KL DECEMBRIS DVODECIES PC IVSTINI INDICTIONE XV In hoc locorequiescil famolus Dei Stefanus, primicirius - scolae leclorum serviens ecclesia Lugduninsi ; vixit annos - LXVI, obiit VIII kalendas decembris, duodecies post
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3 — consulatum Justini, indictione X V (23 novembre 552).
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y M micier de l'école des lecteurs de l'église de Lyon ; il a . vécu soixante-six ans, et est mort le neuf des calen des - de décembre la douzième année aprés le consulat de - Justinus, indiction quinzième. » . de l'établissement du texte, nous ne parlerons ici que de la date. La quinziéme indiction commença le mais il s' agit bien du douzième post-consulat : il ne peut . plus s'agir de l'indiction quinzième laquelle était révolue, mais de l'indiction première qui suivit. Avant Bointoduire cette correction, on pourrait être tenté de croire que les post-consulats ont été calculés d'après — le modus Victorianus ; mais on n'en a aucun exemple à Lyon, dès lors on peut croire que c'est l'indiction - qui est fausse et qui aura été fautivement étendue au | d - delà de son terme, car depuis le 1** septembre 552, H— en était dans l'indiction première. De semblab les T inadvertan ces de calcul étaient faci les à commettre, 1 comme il nous arrive couramment d'écrire le millésime E de lan qui vient de prendre fin au cours des premiers Asien gu. ca … jours du mois de janvier. t. xm, n. 2385.
#9, Pierre retaillée i : gauche, servant de marche à l'escalier extérieur devant la porte de la chapelle de Saint-Alban de Bron, voisine de l'hospice de Bron. Haut. 0 m. 40, larg. 1 m. 25. qui (ou quae) vixit in pace annus LV ; obit quintu decmeu kalendas... post consulatum Justini viri clarisSimi, indiclione X V.
Les trois lettres INI de la dernière ligne donnent le nom d'un consul, et comme l'indiction ne s'est montrée
310 à Lyon d'une façon certaine qu'en 545, notre fragment ne doit pas être antérieur à cette date. Après l'ordonnance de Justinien du 31 août 537 prescrivant l'insertion de la date indictionnelle, on rencontre la quinzième indiction aux années 552, 567, 582, ete.
Les deux dernières de ces coïncidences nous conduisent à des époques où les inscriptions sont devenues plus rares, la probabilité reste en faveur de l'année 552.
On ne sait si l'inscription appartient à Vienne ou à Lyon. La partie, aujourd'hui lisible, qui précédait la date de la mort, était peut-être en vers, c'est ce qui permettrait sans doute de reconnaître le dégagement de la pierre de dessous la marche qui actuellement la recouvre en partie.
50. Table de marbre, incomplète en bas et partagée en deux fragments ; « découverte au quartier d'Ainay, en 1790, sur le terrain de l'ancien arsenal et restée déposée dans la grande bibliothèque jusqu'à l'époque de la formation du musée » (Comarmond). Haut. 0 m. 42, larg. 0 m. 45. Au musée (fig. 7314).
HIC IVNCTAE SAEPVLCHRIS IACENT MARIA VENERABELIS RELIGIONE ET EIVS EVGENIA NEPTES SED MARIA LONGVM VITAE CR S M
Hic junctae saepulchris jacent Maria venerabilis religione et ejus Eugenia nep les, sed Maria longum pilae cursum centeno console duzil ; obiit die idus januarias. Eugenia, XVIII annos habens, juventatis florem amisit durae violintia mortis ; obiit die 111 kalendas januarias, XI post consulatum Justini, indictione prima (13 janvier, 30 décembre 552).
« [ci gisent, réunies dans la tombe, Maria vénérable par sa piété et Eugenia sa petite-fille ; mais Maria est morte, au terme d'une longue existence, à sa centième année, le jour des i des de janvier, et Eugénie, dans la fleur de sa jeunesse et de mort violente, à l'âge de dix-huit ans, le trois des calen des de janvier, la dou311 LYON s zième année après le consulat de Justin, indiction première, »
L'aieule et l'enfant ont pu mourir au cours de l'année 552, mais non au cours de la même indiction ; le 30 décembre appartient certainement à l'indiction première, indiquée dans la date mais le 13 janvier et toute la partie de l'an antérieure au 1° septembre appartiennent à l'indiction quinzième.
A. De Boissieu conjecture, d'après l'endroit de la découverte de l'inscription, près de l'ancien monastère de Saint-Michel que Maria et Eugenia « ont été affiliées par un lien religieux plus ou moins strict à l'asile créé par la reine Caréténe. » monum., 1543, t. rx, p. 67 ; Comarmond, Description, l. Six fragments de marbre blanc recouverts de caractères assez gré les, de 0 m. 03 de haut. environ, et ayant fait partie du texte original de l'inscription funéraire de saint Sacerdos évê que de Lyon, mort le 11 septembre 552. Ces fragments ont été trouvés dans la crypte de Saint-Nizier, ils ont été fixés dans la muraille d'une chapelle de la crypte.
La trouvaille des fragments du marbre original permet de confronter leur texte avec celui du procès-verbal de 1308 ; en outre cette découverte apporte au texte dudit procès-verbal certaines modifications qui portent sur l'orthographe de plusieurs mots, ou même sur des changements complets dans les vers, nières lignes.
Nomine menle fide merilis pielale Sacerdus Officio cultu precio corde gradu Dogmale consilio sensu probitate vigore Stemale censura religione cluens
Gaudia cunclorum rapiens lamenta relinquens ARCOBVS HIC CLAVSVS LAVDIBVS AMPLA TENE ns PatriciWMQVE DECVS EREXIT CVLMINE MORVM
Sic PARTOS FASCES FORTIA CORDA LEVANT MagnuM NAMQVE BONVM CAELESTI MVNIRE PERSTAT
— CorpORA CVM DESINT INCLITA GESTA MANENT Pignoris anNIXVs IATIRI HVC SORTE SVPREMA SanquiNE QVOS VITA SVMIRE IVNCXIT AMOR
Cuius quanta VIRI MVNDO SAPIENTIA FVLSIT VentuR| SAECLI GLORIA TESTIS ERIT
Qui vixit IN AMORE ET TEMORE DI ANNIS L*V OBüit rri [idus septembris post consol( a)tum Iustin| VIRI CLARISSIMI CONSOLIS [INDI ctione prima.
v Prêtre de nom el d'âme, non moins que par la foi, les mérites et la piété ; éminent par son ministére, son éducation, sa valeur, sa charité, son rang, son savoir, son conseil, son droit sens, sa probité, sa vigueur, sa naissance, sa rigidité, son zèle religieux, Sacerdos, | regretté et pleuré de tous, ici renfermé à l'étroit sous ces arcs, mais répandu au loin par ses louanges, a élevé au plus haut comble des mœurs, l'honneur de l'épiscopat.
C'est ainsi que, par les cceurs vaillants, le poids des faisce aux obtenus est allégé : car c'est un durable et supréme bienfait de la Providence céleste que, lors que les corps périssent, les actions illustres demeurent.
Il repose ici couché par le destin supréme aux cólés de son fils, réunis par l'amour dans le trépas comme dans la vie par le sang,
De quel éclat a brillé sur le monde la sagesse de ce grand homme, | 2 avril 573 après un peu plus de vingt années d'épis- -, copat ; comme on sait que Sacerdos est mort très peu.
| provenance inconnue. Haut. 0 m. 14, SEE : 0 m. 18.
312 sa gloire dans les siéc les futurs en portera témoi- | gnage.
« Il a vécu dans l'amour et la crainte de Dieu, | soixante-cinq ans et est mort le trois des i des de septembre, la [douzième] année après le consulat de Justin, clarissime, indiction première. » C'est le 11 septembre 552 qu'est mort Sacerdos, à 4 qui succéda Nicetius, lequel mourut à son tour le
Au musée. 1... PRIDI KA cepe m ER ; M m NEO EME TM 5 VIRI :CEARTS -.. | indic TIONE DECIM &....
… Obiit] pridie kalendas... as XXI : [post consulatum Justini ] viri clarissimi indictione decima (562).
+ IN HOC TVMVLO REQVIESCIT famuLA DI BONAE MEMORIAE DROC u SANCTEMVNIALIS QVAE VIX il in pa- * CE ANNOS VIGINTI QVAT tuor
In hoc tumulo requiescit famula Dei bone memoriæ Droc... sanctemunialis, quæ vixit in pace annos viginti | qualtuor ; obiit vr idus seplembris p[icies et] quater — post-consulalum Juslini indiclione tertia decima — (8 septembre 564).
Le nom de la défunte pourrait être Drocberta comme le propose Le Blant.
EH. 56. Perdue. E. Recherche faite dans l'église Saint-Nizier en 1308, In-
|. 25 OBIIT INI NON APRILIS..
313 | antiq., L 1v, p. 131-132 ; O. Hirschfeld, dans Corp. I. XIII, mn. 2389.
| — inser. lal., I 54. Fragment « trouvé, en 1855, quai de la Pevrol- — Terie » (Martin-Daussigny). Haut. 0 m.48, larg. 0 m. 44. Au musée (fig. 7315).
in hoc tumul © REQVIESC H Et pvingts ans et qui mourut en paix... février, vingt-sept bonae memor JAE EVCHIRIVS IE mansuet VS OMNIBVS ans après le consulat de Justin clarissime, indiction quinziéme » (567).
qui vixit an NOS LXXX OBIIT | Bibl. — Martin-Daussigny, Registre d'entrées, n. 803 ; | | | — première est pres que entière, la seconde ne comporte — qu'une seule ligne : in hoc fu mulo reg VIESCIT BO nae — vocatur altare beati Nicelii et est in ejus honore dedicatum - el consecratum prout a servitoribus ipsius ecclesi est - hactenus observatum, lapidem quemdam marmoreum | L3 - qui pro tumba S. Nicetit habebalur, in quo lapide erant € scripla el comprehensa quæ sequuntur.
E - SANOVINE CONIVNCTVS CVLMINE SEDE SIMVL 2 VIR BONVS INDVLTVS CVNCTIS FAMVLISQVE BENIGNVS nc... VERBERE QVISQVE SVO Iz MANSVETVS PATIENS MITIS VENERABILIS APTVS — 10 PAVPERIBVS PROMPTVS SIMPLICIBVSQVE PIVS
E INQVE DEVM SOLVM VIVERE NOVIT OPVS
IAM PARADISIACAS POSSIDET APTVS OPES
Principium vero legi ad plenum non potuit fracturam lapidis et aniiquitalem scripture,
La célébrité de saint Nizier était si grande que la recherche de son corps était un des objet principaux de la recherche entreprise en 1308 ; il fut, nous dit le P. de Colonia, « un des premiers qu'on découvrit. L'éclat et le grand nombre des merveilles que Dieu avait opérées par l'intercession de ce saint évêque, l'avait fait donner pour patron à la basilique des Apôtres. Elle commença dès le vii siècle à porter son nom... Ge fut derrière le maître-autel qu'on trouva le précieux dépôt de ce saint corps. On savait par une tradition immémoriale, que c'était là précisément le lieu où il avait été déposé. » et sequitur alius versus qui legi non potest, el post se quilur sic : HOC TVMVLATA LOCO PRISCI PIA MEMBRA RECVMBVNT QVI RETINET MERITO SIDERA CELSA SVO ə PROGENIE CLARVS FELIX GENEROSVS OPIMVS ARBITRIO ET MENTIS IVSTITIAQVE POTENS INDVLSIT PRVDENS MIXTO MODERAMINE CAVSIS GEORGIA COMPONENS MORE SERENIFERI CONCOMIS ET DIGNVS REGISQVE DOMESTICVS ET SIC 10 PROMERVIT SVMMO MENTE PLACERE DEO HAEC SIBI LVGDVNVM CELSA SACERDOTIS AD VSVM : Que celui qui ignore de qui est ce magnifique sépulcre (l'apprenne de ces vers). — « En ce lieu reposent les membres de Priscus, à qui son mérite a valu d'être admis parmi les astres. Illustre par sa naissance, heureux, généreux, puissant par son conseil et sa justice, apportant dans les différends la modération et la prudence qui terminent les contestations par l'apaisement ; affable, digne, aimé du roi [Gontran], il a ainsi, ayant plu à tous, mérité de plaire à Dieu. — Il a passé de ce bas monde au ciel. Le mois de juin honore sa mémoire. » (586 à 588).
Grégoire de Tours n'a pas ménagé la réputation de l'évêque Priscus, coupable, à ses yeux, d'avoir été hostile à la mémoire de son prédécesseur Nicetius. Cela n'a pas empêché Adon de canoniser Priscus dans sa chronique ; l'ancien catalogue des abbés de l'Ile-Barbe lui donne ce titre et le P. Le Cointe affirme que la fête de saint Prisque se célébrait autrefois au mois de juin. Le P. de Colonia conclut que « tous ces témoignages joints à celui du procès-verbal, doivent faire pencher la balance du côté de saint Prisque, et si le caractère qu'en a fait Grégoire de Tours est véritable, il faudra dire que Prisque fit revivre dans sa personne l'exemple de saint Brice, qui, après avoir été l'ennemi déclaré de son évêque saint Martin, devint son admirateur, et un saint comme lui, quand il se vit son successeur. » i YTAHVMH VNCQV INT VIS LECTYRN BON RECORDACI ONISAGAPINGVCIAORISI | MEMBRA QVIES CVNNAMFVITI TESTACIO ! Lees « VSEGINIS : OMNES APTS .FVITPRAE CIPVAELOCASCORVMADSE DVE :ETELE MOSINAMTORACIONEM _{ »$ TVDVIT VIXIT 'INPACEANNS LOXVOR VIIKALAPISLETST | NINDICTOM) RTA + EPYTAFIVM HVNC QVI INTVIS LECTOR BONE RECORDACIONIS AGAPI NEGVCIATORIS MEMBRA QVIESCUNT-NAM FVIT ISTE STACIO MISERIS ET PORTVS EGINIS OMNEBS APTS Epylafium h une qui intuis leclor bone recordacionis Agapi negucialoris membra quiescunt, nam fuit iste stacio miseris et porius eginis, omnebus aplus fuit, præcipuæ loca sanctorum adsedue el elemosinam el oracionem studuit ; vixit in pace annus LXXXV ; obiit xri ? kalendas aprilis XLI post consulatum Justini indiclione quarta (20 mars 601). e Lecteur qui regardez cette épitaphe, ici reposent les membres du négociant Agapus, de bonne mémoire ; asile des malheureux, port des indigents, bienveillant pour tous, visiteur assidu des sépultures des saints et zélé pratiquant de l'aumône et de la prière, il a vécu pa en paix quatre-vingt-cinq ans, et est mort le treize — des calen des d'avril, la soixante-unième année après — le consulat de Justin, indiction quatrième. » Bibl. — J. Spon, Recherches des antiquités de Lyon, 59. Fragment de marbre trouvé dans la Saône, ZAR AO : T de :
JGXS RNOCEN S Ov IV IAS TIIN | RON VS LP rOD »B CEMOKLENDASMARINDICE 7 T pe 7317. — Epitaphe de Domenecus. entré au musée en 1864 (Martin-Daussigny). Haut.. Hi - 0 m. 11 ; larg. 0 m. 08. Au musée.
.LXxx |t PC iustini indictione
MEET IIS
DENIGIIA. - .. - . INDICCIONE. . ..
— postérieur à l'année 537 ; comme l'indiction ne parait pas à Lyon avant 545 il a dà porter une date dans la série post-consulats de Justin, à partir de 541.
— nombre LXXXII, soit un débris de l'abréviation apri | — d'une maison de la rue de la Boucherie Saint-Georges »
LYON 318
61. Inscription fragmentaire qui aurait pris place parmi les inscription datées, si la négligence du lapicide n'avait omis la date. Trouvée à Lyon rue des Macchabées, n. 18 ;
HIC IACIT BENE memori VS VILLANCIV VIXIT ANNVS X aod uw L'adjectif bonememorius ou benememorius (on écrivait indifféremment bone ou bene), placé immédiatement avant le nom du défunt est particulier à la Gaule et au nord de l'Espagne. La formule de début hic ia cet se rencontre plusieurs fois à Lyon au milieu du v* siècle 1. — A la ligne 4, les neuf premières lettres sont d'une intelligence laborieuse, à moins qu'on ne préfére y reconnaitre une erreur du lapicide, D'aprés des tra ces assez faib les, mais cependant visib les sur | l'estampage, la « lettre qui man que entre l'N et T'S serait un |. On obtient ainsi la lecture du mot TRARMISIE. Reste à savoir ce qu'il veut dire. A. Héron de Villefosse suppose que dans ce groupement bizarre, se cache peut-être le verbe transiit ou transiet, si fréquent sur nos épitaphes chrétiennes de l'Auvergne. — A la ligne 5 le nom du consul parait avoir été oublié. Il devrait se lire immédiatement aprés lindication du jour et avant le mot viro. On peut à la rigueur supposer que ce nom fut rejeté à la fin du texte, parce qu'on attendait de le connaitre, puis on l'a oublié, ou bien il était gravé sur le fragment perdu.
IN HOC ü b
RIAE
VCC CONS
Ces fragments semblent avoir fait partie de l'inscription donnée ci-dessus, n. 32.
Chatelard. Ele était à quatremétresenviron au-dessous ' du sol, dans des terres mélées de fragments de tui les et de débris d'anciennes maconneries qui formaient en cet endroit, un tertre élevé, une espéce de fumulus ( Greppo) (fig. 7317).
+ IN HOC TOMOLO REQVIIS CIT BONE MEMORIAE DOMENE CVS INNOCENS QVI VIXSIT IN PACE ANNVS QVINQVI ET IN MAR In hoc tomolo requiescil bone memori Domenecus, innocens qui vixit in pace annus quin qui et in martirio annus seple(m) ; obiit quinto decemo kalendas martias, indictine decema (15 février, dans la seconde moitié du vr* siècle).
Dans ce tombeau repose Domenecus de bonne mémoire, innocent enfant, qui a vécu en paix cinq ans et dans ce martirium sept ans. Il est mort le 15 des calen des de mars, indiction dixième. » L'indiction dixième, pendant laquelle est décédé Domenecus, en février, revient, à partir de la moitié du vi siècle, aux années 547, 562, 577, 592, 607, 622 et ainsi de suite. L'épitaphe, à raison de son exécution assez soignée, parait devoir étre rapportée à l'indiction dixième de quelqu'une des plus anciennes de ces périodes, c'est-à-dire les plus rapprochées de la moitié du vis siècle.
Tout l'intérêt de ce monument pour l'archéologie chrétienne tient dans les mots in martirio qui ne sauraient s'entendre ici de la mort, soufferte pour la foi au Christ ; il n'est pas possible d'y lire non plus une opposition entre cinq années de santé et sept années de maladie crucifiante, « un vrai martyre » comme on dit couramment, cette deuxième interprétation est gratuite et ne pourrait s'autoriser d'un seul exemple de l'antiquité chrétienne.
Le mot u.xecogtov se rencontre fréquemment dès cette époque lointaine, appliqué aux églises que l'on élevait sur les tombeaux des martyrs et quelquefois à ces tombeaux eux-mêmes. Socrate donne ce nom à l'église consacrée à saint Thomas à Édesse !, et Sozomène à celle des quarante martyrs à Sébaste ?, Le même Sozomène donne le nom de uéyx p.xpzoptov à la basilique du saint Sépulcre élevée par Constantin et Eusèbe lui applique le même terme, moins l'épithète , On le rencontre également dans plusieurs anciens conciles, notamment celui de Laodicée (380 ?) dans son canon Je et le concile général de Chalcédoine (451) dans le canon 6 , Saint Jean Chrysostome a recouru plusieurs fois à cette expression notamment à propos des pèlerinages aux tombeaux des martyrs . et à l'occasion de l'église de Daphné que Julien l'Apostat n'osa pas détruire. On la voit aussi employée par Procope à diverses reprises, lorsqu'il parle de quelques basiliques de son temps . A ces témoignages vient s'ajouter celui d'une inscription grecque publiée par le P. Lupi, dans laquelle le mot MAPTYP| v désigne la sépulture des martyrs !^, Le mot martyrium fut latinisé et conserva sa signification originelle. Saint Isidore de Séville le définissait Marlyrium, locus martyrum, græca derivatione eo quod in memoriam martyris sit constructum vel quod sepuicra sanclorum ibi sint martyrum ! !. Le terme était, en effet, entendu avec ce sens depuis longtemps : puis que Tertullien adresse ce reproche au chef des hérétiques basilidiens : Martyria negat esse facienda !. saint Jérôme nous apprend que saint Antoine le solitaire appréhendait qu'on ne rendit à ses restes les honneurs dus aux saints : Caussam occultandi (lumuli) juxta preceptum Antonii referentes, ne Pergamius, qui in illis locis ditissimus erat, sublato ad villam suam sancli corpore, marí(grium fabricaretur ?, Dans une église dédiée à saint Étienne, premier martyr, saint Augustin désigne par ce terme, ce que, dans le même récit, il appelle aussi memoria ce qu'on nommait encore confes sio : Cum jam populus frequens esset, et loci sancti cancellos ubi martyrium juvenis orans tenerel ?. Dans le Code Justinien on lit ceci : Decernimus ult... in inlegrumrestituenturuniversaetad suumordinem revocentur, quie, ante professionem nostra mansuetudinis de ortho-
L4
dore religionis fide et sanctissimarum ecclesiarum elmartyriorum slalu firmiter obtinebunt 5. Enfin, au rx siècle, Walafrid Strabon écrit : Martyria vocabantur Ecclesia que in honorem aliquorum martyrum — fiebant !. Ainsi on ne peut s'étonner de trouver cette expression à Lyon aux environs du sanctuaire élevé | sur la crypte renfermant le corps de saint Irénée et | de ses compagnons martyrs. Bibl. — H. Greppo, Explication d'une inscription chrétienne trouvée dans le quartier de Saint-Irénée, E dans Revue du Lyonnais, 1840, t. xi ; p. 51-62 ; A. de Boissieu, Inser. antig., p. 548, n. 7 ; E. Le Blant, Inscr. | de saint Xunemundus (Ennemond, Annemond, Chamond) qui fut le quarante et unième évêque de Lyon, n'avait cessé de grandir depuis sa mort et un conflit s'éleva entre les églises de Saint-Nizier et de Saint-Pierre pour savoir laquelle des deux possédait les reliques du saint. Ainsi fut décidée la « recherche » de 1308 dont nous avons parlé déjà. On trouva le tombeau que la tradition attribuait à saint Ennemond, et voici ce qu'en dit le procès-verbal : Lugduni in ecclesia S. Nicelii supra sepulturam B. Annemundi dum et consumtionem litterarum quam propter oppressionem assuetam inibi vigilantium legi non poterat ; inter qua tamen scripturam invenimus el exinde extra fecimus litteras qu(a)e sequ(u)ntur.
ANNEMundus NOBILIS QVI CLARO...
D'après le Procès-verbal de 1308 ce serait l'épitaphe de saint Sicaire, archevêque de Lyon, mort vers l'an 428. La formule même de l'inscription et la description qui l'accompagne paraissent indiquer un monument d'époque postérieure. Letronne s'est imprudemment avancé en soutenant « que l'usage de faire précéder les noms des saints du titre de sanctus ou de la lettre S, n'est pas antérieur au xi* siècle, » assertion contredite par un certain nombre de textes anciens authentiques (voir Dictionnaire, au mot SANCTUS). Plus décisive est la figuration d'un évêque mitré ; pareille chose n'a jamais été rencontrée sur les monuments des premiers siècles chrétiens (voir Dictionnaire, au mot MITRE). Malgré l'assertion du procès-verbal de 1308, les auteurs du Gallia christiana et Edm. Le Blant n'ont pas hésité à voir dans cette épitaphe un monument d'âge récent, ou du moins médiéval. p. 107 ; A. Allmer-Dissard, Inscr. antiq., z Irénée, rue des Macchabées, n° 18. Haut. 0 m. 68, larg. 0 m. 42 ; haut. des lettres, 0 m. 02.
A] CO
E D Š
À En : haut, sous la colombe de gauche, rosace à cinq pétales. Ligne 1 : conjuzq(uz) ligne 6 : neg [u ]- munt. Ce poème se compose de vers de onze syllabes ; le nom de la défunte est omis ou bien oublié.
Peb — J.-B. Martin, Sur quatre inscriptions chrétiennes de Lyon, dans Bull. arch. du comité, 1905, P. XLI, n. 1.
E 67. Inscription trouvée à Lyon, rue des Macchabées, 1 1 ? 18. Hauteur 0 m. 30, larg. 0m. 21. Lettres belles et bien gravées aux quatre premières lignes. Haut. 0 m. 04. d De cette inscription en vers, il ne reste qu'un fragment ; rent le début des cinq premières lignes :
EPYFANIAT ISERE .FVNERE DVRO 2 rapi 3 . MORS IMPIA cursu V5 r4 9 BILIS A Egg | E La défunte s'appelait Epuyfania.
E 69. Tablette de marbre incomplète à droite et en bas, trouvée « en 1836, dans la rue de Trion » (Comarmond). Haut. et larg. 0 m. 18. Au musée HIC REQVies A CET IN Pace = CLARI. Les lignes sont réglées d'un double trait que E. Le Ne Blant n Radigue pas dans Inscr. chrét.
… 66. Inscription trouvée à Lyon, au quartier Saint-Quatre pétales, sous la colombe de droite rosace à |
LYON 299
69. Tablette de marbre « trouvée en 1843 en creusant les fondations du monastère des Sœurs de Saint-Joseph au coin de la rue de la Boucherie-Saint-Georges (Comarmond) et de la rue Pisse-Truie. Haut. 0 m. 16, larg. 0 m. 35. Au musée (fig. 7318).
HIC REQVHSCIT INFAN TVLA INNOX NOMENE ELARINA FILIA MVRI QVI VIXIT ANNMVS IH
On remarquera la mention de la filiation : filia Muri.
1760. Fragment présentant l'angle supérieur gauche d'une inscription en très grandes lettres sur une épaisse table de marbre : de provenance non connue et peut-être non lyonnaise « autrefois dans le cabinet de M. de Gérando. » (Comarmond). Haut. 0 m. 29, larg. 0 m. 66 ; haut. des lettres, 0 m. 10 (fig. 7319).
»Evôx x sicut.....] Mag Oeo So5- -] ^T CENTIMIA IOYAIA NHNHITIA ETON r MHNON B HM PWH KY KOIMHO€I KOINOTAO€GWE NOAA€KE€IOICETT TIMOCAITETOC KAICETTIMIAPO YHINAFONEICT €K 10 NOTAXYTATTOE CTHCANET SVB AC DED En nt Zerruio’ ouv vnia $vov y« , avé 6 »iu[s]g € [y] xowenBei[oo] xoryoraféc[c] iy0áae yei’ zi enr ufilos Alceroc xol Serra « Pougivx Yovelc TEXY [y30x]uvXv« o ornou et sub a(sJe(i)a dedi caneri Js Seplimia Juliana injans trium annorum mensium duum dierum quatuor et viginti ja cet simul dolentes hic ibidem Septimus Ailetus el Seplimia Rufina parentes filiæ citius raplæ posuerunt et sub ascia dedicaperunt.
323 LYON : 324 —
thè que du Palais des Arts ; la même NONE 1816, n. 15 ; A. de Boissieu, Inser. antiq., B : SS n. 22 ; Kirchhoff, dans Corp. inscr. græc., t. I . 9888 ; G. Kaïbel, Inscript. grac., n. 2533.
72. Fragment d'une tablette de marbre, provenance inconnue. Haut. 0m. 16, larg. 0m. 10. Au dépôt.
HIC IAC ef O OVI VIX if anno VNO DIE bus Irt NSIET « s B b xe E A 84, pl. 12, n. »54 : Allmer-Dissard, Hc antiq. t. rv, p. 154, n. 468 ; O. Hirschfeld, dans Corp. inscr. lat., t. xur, n. 2438.
73. Fragment présentant la partie inférieure d'une tablette de marbre( ?) trouvée à Lyon dans la Saône, vers 1866. Haut. Om. 20, larg. 0 m. 28. Au musée (fig. 7320).
Épitaphe d'un néophyte mort dans la semaine qui suivit son baptême à l'âge de 16 ans 2 mois (voir Dictionn., t. r, eol. 3134).
VIVIXX IT. 3
WNYVF£xSI In hoc tumulo requiescit in Cristo Bellausus qui | pixset annos XLII obiit sub die nonas julias.
: Dans ce tombeau repose, dans le Christ, Bellausus, mort à l’âge de quarante-deux ans, le jour des nones de juillet. » (7 juillet.) p. 12 ; A. de Boissieu, Inser. antiq., p. 597, n. 83 ; Comarmond, Description, p. 61 ; Notice, p.- 21 ;
Monfalcon, Hist. de Lyon, t. u, p. 1357 ; Hist. mon, | Mem mais de provenance non connue. Haut. 0m. 29, In hoc loco requies cet in pace bone momerie Prejecta, qui vixit annus XXXV,opbiet in pace XII kalendas seplembris.
DE INHOCLO « CORE ON ? 143 | SCETINPAGEBONEÀ AXOMERFE PRÉLECT REMIS e] V.I ET INPAGE XH Me « En ce lieu repose en paix Prejecta de bonne. mémoire, qui a vécu trente-cinq ans et est morte en paix le 12 des calen des de septembre (21 août). » — La disposition des symbo les indi que que la tablette se trouvait derrière ou sous la tête de la morte.
. 2421.
»46. Tablette de marbre « de la collection des Génobasi o^ 2 ÊTES Š Mo
T)
* DO P TEPI H : 7 1 Yd 4 : ^3 E 7i q PO y rH e - mom yr - NN « en Fe
| 325 | LYON 326
vefains » (Artaud), du quartier Saint-Irénée. Haut.
5 IN PACE ANNIS LXIII OBIIT NONVM KFEB RARIAS In hoc tumulo requiiscil bonz memorie Romanus, — presbiter qui vixit in pace annis LXIIT, obiit nonum — kalendas febrarias.
« Dans ce tombeau repose Romanus de bonne | mémoire, prêtre, qui a vécu en paix soixante-trois — ans ;ilest mort le neuf des calen des de février. » (24 jan- - vier.) La représentation du paon, quoi que symbole de la - résurrection est assez rare sur les épitaphes ; ici les — deux paons sont affrontés à un vase. À remarquer FL de fumulo en forme de L et l'F de febrarias en — forme de T ; en outre l'emploi de q minuscule ; ce qui invite à reporter l'inscription vers la seconde moitié | . du VIe.
INHoc TVMOLO \ R EOVIIS/CITB ONAE | Corp. inser. lai., n. 2425.
HOC CONTEN. ..
TAVRINI ME...
LARISIN HO...
IAM RELEGI. ..
DOTE NUE Suis Hoc contenentur tumulo Taurini membra qui s sætularis in honestatem el obedientiam relegiosæ vilæ se lenull semper et... (Allmer). Hoc contenta jacent Taurini membra sepulchro (Le Blant).
78. Tablette de marbre « trouvée sur la montagne saint-Irénée (Journ. de Trévoux), passée ensuite dans la collection Artaud, achetée parla ville. » (Comarmond.) Haut. 0m.20, larg. 0m.29. Au musée (fig. 7324). inh OC TVMOLO REQVI ISCIT BONE MEMORIAE VALENTINA QI VXIT ANVS OCTVSENTA QIQE + in hoc tumolo requiiscit bone memoriæ Valentina qi | vxit anus octugenta qiqe.
* Dans ce tombeau repose Valentina, de bonne mémoire, qui a vécu quatre-vingt-cinq ans. »
« 6 CINMOLOREGV T ((SCITBONEAEMORIAE J JALENTINASNXITANY 5, OCTVG ENTAQIRE T
fains » (Artaud), quartier Saint-Irénée, puis dans la collection Artaud (Comarmond). Haut. 0 m. 38, larg. Ü m. 42. Au musée (fig. 7325).
KALEND AS
DECEMBR IS
QVI VIXIT &N
N QVADR AG
Hic requies cet bone memo |rie Vincentius, monecus, i J [-
397 LYON
« Ici repose Vincentius, de bonne mémoire, moine, qui est mort le neuf des calen des de décembre (23 novembre), à l’âge de quarante ans... » Les lettres capita les couchées sont rétablies dans | le texte d'aprés la copie prise par Artaud quand l'inscription était plus compléte.
1, p. 154, n. 73, pl. 11, n. 46 ; Allmer-Dissard, Inscr. antiq., t. Iv, p. 163, n. 475 ; O. Hirschfeld, dans Corp. inscr. lat., t. xut, n. 2431.
80. Fragment, sans indication d'origine, ancienne collection Artaud (Comarmond). Haut. 0 m. 16, larg. 0 m 26. Au musée (fig. 7326).
CIT BONE MEMO
qui v IXIT ANN »
à Saint-Irénée une importante réunion de marbres ; vers le milieu du xrix* siècle, il n'en restait que douze, disposés sur un autel de la double paroi qui l'entoure.
| Macchabées :
| consacrée par l'abbé Lebeuf à l'examen des monu- :
83. Perdue. Trouvée en 1736 lors des fouil les pour- — suivies sur l'emplacement de l'ancienne église des | Il existe de cette inscription une sorte de copie figurée d'une inexactitude évidente, jointe à la note” ments sortis de cette fouille. Le mot observatio est | digne d'attention. Dans le canon 8° du IVe concile |. d'Angers, on lit ces mots : Monachi quo que qui coeptam « obserpalionis piam relinquunt el abs que-epistolis el abs que cerlis negoliis vel necessitatibus per regiones « pagantur alienas, cognita disiriclione, si non se emendaverint ab abbatibus suis, vel a sacerdotibus ad communionem non recipiantur. Ce texte concerne | moines ét nonnes qui manquent aux engugemien g pris ; il est probable qu'Agricia est du nombre des nonM nes, on omet de donner son âge pour ne mentionner que les années passées au service de Dieu. 3 iIT PRIDE KA ! THEVDORV ZX On ne sait s'il faut compléter Constantius ou Constantia. La forme des lettres semble indiquer la première moitié du VIe. Le mot Theudoru appartenait probablement au mot Theudoru [cus ], indiquant le règne de Thierry Ier ou Thierry II. Sur deux inscriptions de Con des, débutant par la méme formule, on lit la date exprimée : anno X V regno domni Theudorici et indictione quarta regis Theudorici (Corp. inscr. lat., t. xir, n. 1531-1534).
— 85. Inscription trouvée à Lyon, rue des Macchabées, - n. 18. o QVI VIXSIT ANNOS XII <I 16 Dus . Dans le monogramme A et œ sont intervertis, en outre l'w renversé. E Bibl. — J.-B. Martin, dans Bull. arch. du comité, 1904, p. XLI. . 86. En 1740 on découvrit sous les ruines de l'église de Saint-Just, autrefois consacrée aux Macchabées, une inscription sur laquelle se lisait ce texte .
E HIC IACET AELIANVS Es FILIVS PAVLI VIRI PRAESIDIALIS QVI VIXIT ANN PL M XL CIVES E REMVS | Hic ja cet Ælianus, filius Pauli viri præsidialis qui vivit. annos plus minus quadraginte, cives Remus. . Ælianus, citoyen de Reims, avait pour père Pau| 7328. — Epitaphe d'Aventina.
D'après E. Le Blant, Inscript. chrét, pl. 5, n. 20.
— lus vir preesidialis, titre qui suffit à établir que Paulus |— n'aüministra pas la I'* Lyonnaise, qui, à cette épo que, ~ était une province consulaire.
L'abbé Lebeuf annonce que les deux signes « qui EI se voient à côté de la quatrième ligne de cette épi- — taphe » sont des ornements et non des caractères.
HIC IACET IN NOMime XPI SANCTIMONIALIS Nomi SIT SVB DIE VII ! K AVG ustas Hic jacel, in nomine Christi sanctimonialis nomine ~ Aventina qui virit annos XXXV ; qua recessit sub … die FIN kalendas augustas.
88. Tablette de marbre fragmentaire, trouvée vers 1870 sur la place de Choulans, quartier Saint-Irénée, en creusant les fondations de la maison n° 1, aujourd'hui engagée extérieurement dans le mur de cette maison à son angle sud-est, Haut. 0 m. 10, larg. 0 m. 16.
HIC QVIESCI 7 BASILIA..
89. Tablette de marbre déposée à Saint-Irénée, « dans le vestibule du couloir qui conduit à la crypte ». Haut. 0 m. 39, larg. 0 m. 33 (fig. 7329). in hoc TVMVLOO requ |ESCIT BONAE ME. moriae CONSTANTIVS Vl VIXIT ANNOS LXXXIIII OBIIT + « Ill dvs NOB In hoc tumulo requiescit bonæ memoriæ Constantius qui vixit annos LX X XIIII obiit Vrrr idus novembris (6 novembre). 9 FLAVIVS FLORI.... EX TRIBVNIS QVI VIXIT ANNIS OCTOCINTA ET SEPTIM MILITAVI ANN 5 TRICINTA ET NOVEM POSITV EST AD SANCTOS ET PRO BATVS ANNORVM DECIM ET OCTO HIC COMMEMO EAS EU. SANTA IN ECCLESIA 10 LVGDVNENSI A ID CALENDAS AVG Flavius Flori [...] ex iribunis qui vixit ocloginta et septim militavi |t | ann [is] triginta et novem, positus « est ad sanctos el probatus annorum decim et octo.
Hic commemora [tur] santa in ecclesia Lugdunensi a [nte] I d [iem] calendas aug(ustas).
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Flavius Florinus( ?) était entré au service à dix-huit ans, y était resté trente-neuf ans et y était parvenu au grade de tribun ; mort à l'âge de quatre-vingt-sept ans, il fut enseveli auprès des saints, c'est-à-dire, près de la première église des Macchabées, reconstruite au v* siècle pour recevoir le corps de saint Just rapporté d'Égypte. C'est sans doute par d'insignes bienfaits et d'éclatants actes de piété qu'il avait mérité d'être recommandé aux prières des fidèles de Lyon pendant les offices. L'inscription n'existant plus et toute vérification étant impossible, on peut se demander si les dernières lignes, relatives à la commémoration, ne seraient pas une addition postérieure.
C'est dans une note manuscrite de Colonia, conservée aux Archives du Rhône (vr, 177), qu'A. de Boissieu a retrouvé les mots A | D CALENDAS AVGVSTAS, anle primum diem calendas Augustas (31 juillet) qui manquent dans les premiers éditeurs.
La mention posilu est ad sanctos peut être interprétée d'après ce que nous avons dit, t. 1, au mot An SANCTOS.
La forme Hic commemora... fait allusion à la lecture des diptyques des morts (voir JDieclionn., t. IV, col. 1045). de Saint-Romain, qui est derrière Saint-Jean, cette | inscription de quel que ancien chrétien qui avoit contribué à sa fondation : ce qui mar que son ancienneté :
TEMPLI FACTORES FVERANT FREDALDVS ET VXOR MARTVRIS EGRIGII QD CONSTAT HONORE ROMANI ILLIVS VT PC BEQVEATVR SEDE PE..ENNR...
« C'est-à-dire, Frédaldus et sa femme ont esté les fondateurs de ce temple, qui est dédié à l'honneur de saint Romain, martyr excellent, etc. S'il est permis de conjecturer le reste qui est assez embrouillé, je croy qu'il faudroit lire Jllius uf precibus recreentur sede perenni, afin que par ses prières ils jouissent du repos éternel, et.ce qui me le persuade encore, c'est que je trouve que ce qui est auparavant sont deux vers, et qu'il taudroit ainsi lire tous trois :
Templi factores fuerant Fredaldus ef uxor Marturis egregii quod constat honore Romani, Illius ul precibus recreentur sede perenni.
Il y a tout lieu de craindre, ajoute E. Le Blant, que spon ne se soit exagéré l'antiquité de ce monument aujour d'hui disparu.
92. Perdue. « Cette pierre fut trouvée l'an 1673 à Saint-Clair, au séminaire de lOratoire et Mons. Basset qui y loge a eu soin de la faire conserver. ll y a eu derriere quelques lettres d'une inscription payenne qui y auroit été et ledit Mons. Basset m'en a fait présent. » Bibl. nat., réserve J. 2194, 1, A. copie - dessinée dans un exemplaire interfolié de J. Spon, Re- — cherches sur les antiquités et curiosités de la ville de Lyon.
IN HOC TOMOLO REQVSCIT BONE ME MORIE MAIS RINVS QVi VIXIT ANNIS XC ET 121 5 ES 4j, a In hoc tomolo requiscit bone memorie Mai[o]| rinus qui vixit annis XC et dies...
| lat., t. xur, n. 2415.
| d'après le ms. de Saint-Amand ; « Il n'est pas bien | certain que l'inscription soit de Lyon » (A. Alimer).
HIC GEMINI FRATRES IVNCTI DANT MEMBRA SEPVLCHRIS QVOS IVNXIT MERITVM CONSOCIAVIT HVMVS 1 GERMINE BARBARICO NATI SED FORTE RENATI DANT ANIMAS COELO DANT SVA MEMBRA SOLO ADVENIT SAGILE PATRI CVM CONIVGE LVCTVS DEFVNGI HAVD DVBIE QVI VOLVERE PRIVS SED DOLOR EST NIMIVS CHRISTO MODERANTE FERENDVS ORBATI NON SVNT DONA DEDERE DEO ligne 3 : forle, corr. fonte ; lign. 5 : sagile, peut-étre un nom propre, le nom du père des jume aux : le ms. | de Bruxel les donne Fragile, celui de Saint-Amand ^ : | Sagile ou Fagile. Allmer et J.-B. De Rossi y virent : un nom propre barbare, et De Rossi préfère Fragile, tandis que Hirschfeld suggére fragili.
De Rossi reporte cette composition au v* ou au vi | siècle : Le Blant préfère le VIe : A. Allmer y voit | des « hémistiches léonins, probablement du Moyen | fol. 89 ; cf. Mangeart, Catalogue des mss. de la biblioPræteriens hominum sorlem miserare viator, De que meis restent qua tibi fala vide.
En mihi lerra domum præbet cinis que sepulcrum Vermis et exiguus membra caduca voral.
Conditor omnipotens paradysi quem esse colonum - Jusserat hane tribuil culpa nefandd vicem Nomine Felicem me olim dixere parentes Vita dicata mihi hic ars medicina fuit Egros multorum potui relevare dolores fri Tero —— 95. Tablette de marbre au dépôt de Saint-Irénée, dans la crypte (Boissieu). Haut. 0 m. 42, larg. 0 m, 45 (fig. 7330). x ADQVE SORORIS QVORVM AMABILI TAS IVSTA MERVIT CONIVCTAQ RI SANCTAE ABITATIONI MORA
| 5 LECIT BRAEVIS EORVMQ VITA
| A FVISSE DICATVR INNOCENTIAE | MPRITVM ABENT APVT DEVM
| ANIMAE PERPETVA VITA
Q VIXIT AN XI ET M ETD
VALEATIS Q INNOCENTIVM N
E TES
| — sororis quorum amabilitas justa (pour juxta, Mommsen) meruit coniu(n)ctaq(ue) sanctse (h)abifationi morari.
MPRITVMABENTAPVTDEVM |
|..DRMATAMAXIMIVS - QMIVIXITAMAZIETMETD.
ORCA RS |] ETIM 5l 3 ! OPTA BISFILCISSIMI | 1 VALEAT 5 Q3 fT OCE ITIN
OMIN | ZEN RIAM RÉCENST — |
- Lecit (pour licel) brævis eorumq(ue) vita fuisse dicatur, … petua vila firmata(e ?), Maximius q(ui) vixit an(nos) — XI et m(ensem) et d(iem) Porcaria vixit an(nos) II | Ee m(enses) FIT et (diem). Optamus vobis filcissimi ls (= fel(icissime) valcalis qui) innocentium nomina - memorian recensites (pour recensetis).
« Ici reposent un frère et unesceur à qui leur amabilité sainte. Bien que leur existence passe pour avoir été - brève, leurs âmes ont auprès de Dieu, par l'assurance de la vie éternelle, le prix de leur innocence. Maximius a vécu onze ans, un mois et un jour. Porcaria deux ans, sept mois et un jour. Je souhaite bonheur et santé à vous tous qui lisez cette épitaphe et redirez les noms de ces innocents. »
LYON
d. XIII, n. 2418, cf. Diclion., ic facit (pour ja cet ?) germanitas fralris ad que -— Innocentiz m [e ]|ritum (h)abent aput deum anim : per- | | Le Blant, Inser.
- mérita justement de rester joints dans cette demeure | 334 Francois Barberini, datée du 14 avril 1631. Le titulus suivant a existé à Saint-Irénée :
ART
XXXV M-I D.VI* IN NOMINE CRSTI Bibl. — Ms. Barber. XXIX. 215 (a 1741), fol. 32. Le 97. Saint-Irénée, « dans le vestibule du couloir qui conduit à la crypte ». Haut. 0 m. 34, larg. 0 m. 42 HIC NONNVSE IACES C..... SANCTORVMA CHOR..... PERNOCTANS HYMNIS TI... PARVA TIBI SERVAN..... SANCTORVM e r GV So CI.
Vers alternativement hexamètres et pentamétres. Nonnusus avait consacré ses veil les au chant des
HICNONNVSEIACESC SAN CTORVME-CHORÀ D
hymnes. Cette prati que était adoptée par les moines et par de pieux chrétiens et des clercs. Le prêtre Caton | faisant valoir ses titres à l'épiscopat dit : Nostis enim, fama currente, me ab initio ælalis meae semper religiose pixisse...continuas sepius erercuisse vigilias psallentios pero jugi crebra perslilisse statione nocturna, Grégoire de Tours, Hist. Franc., 1. IV, c. vr.
Procula, clarissime, c'est-à-dire mariée à un per| sonnage appartenant à la troisiéme classe de la no- | blesse sénatoriale
» 335 LYON
99. Perdue. « A la place Saint-Just, à la face d'une | | : maison qui est proche des Minimes et qui leur ap par- | | tient. » ( Spon.)
RAPSO CVI
VIXIT ANN XXXV
gen ninns
SFA
On remarquera que la formule bonæ memoriæ devient ici une locution — e Rapso non pour le cas, mais pour le genre.
100. Tablette de marbre, trouvée en 1841, à Choulans, quartier Saint-Irénée, dans le clos de Chazournes.
Ei imu : ena à in. lett dup ritu ie ie mi nn à s * Con es CU De me RS S 7-2 nonno | LS 007€ 707 LL r = — Elle recouvrait, la face inscrite tournée en de dans, un sarcophage de pierre. Haut. 0 m. 59, larg. 0 m. 63 (fig. 7333).
Sofroniæ dilectissime conjugi Flavius Ursicinus maritus cum quo vixit annis V mensibus VII dies III posuit in Ghristo quiescenti in pace.
Un vase d'où sortent des branches, deux colombes, deux agne aux. adjective, dont les deux | termes s'accordent d'une méme manière avec le sujet | | mur d'une terrasse chez M. Petit à Albigny (fi ig. 19392 (colombe becquelant une grappe de raisin) S2 PENERARIS MENTE TRINV -QAE FVNDE PRECIS SVMMO DIGNVS HONO re 103. Cippe de marbre, trouvé pendant ss 1894-1895 à I'Ie-Barbe. l x d VXIT CVLMINL A SACERDOTI] © nus AVRI PONDEI co NPLEVIT M Bibl. — A. Allmer, dans Rev. épigr. du midi de la France, 1895, t-m, n. 1132 ; O. Hirschfeld, dans Corp. - Inscr. lat., t. xut, n. 2436. 104. Tablette quadrangulaire, encastrée dans le | CIT MEMBRI BONE MEMORIAE AVDOLENA BONA KAHRETATE SVAM + OVI VIXIT IN 5 PACE ANVS XXXVII QVIA HOC HOSSA REMOVIT A NATEMA SIT OB VII KALEN DAS IANVARIAS In hoc tumulo requiiscil membri bone memoriae Audolena bona karelate suam qui virit in pace annus XXXVII. Quia hoc hossa removil anatema sil | Ob(iit) vır kalendas januarias (26 décembre).
Un des trés rares exemp les en Gaule de l'emploi de | la formule d'anathéme lancée contre les violateurs de — tombes. | Nous mentionnerons enfin quelques inscriptions ip l'extrême limite de la période de nos étu des. :
LYON 335
— 105. Fragments trouvés dans les fondations de ! proposé de reculer cette limite d'une centaine de l'ancienne église des Macchabées.
Au point de vue du texte, il ne semble pas qu'on en puisse rien tirer ; d'ailleurs les caractéres ne sont pas romains, mais d' épo que carolingienne.
- Bibl. — À. Héron de Villefosse, Sur une inscription du 1 haut Moyen Age et un fragment de sculpure à Lyon, dans Bull. arch. du Comité, 1912, p. CLIX-CLXX.
… 106. A Saint-Just (Boissieu). dinor e nom mg E. — l'église supérieure de Saint-Irénéele martyre du grand - évê que et de ses compagnons dont les restes mortels étaient vénérés dans la basili que. Voici le texte que - les anciens auteurs ont lu encore et que l'inintelligente réparation de l'église Saint-Irénée a fait disparaître pour y substituer un travail moderne :
— Artaud a reproduit les fragments dans son grand | — ouvrage sur les mosaïques.
Ji E - suffisamment connaître l'enceinte de Lyon à l'épo que EL des origines. La muraille romaine devait partir - du bas de la montée de l'Observance pour atteindre métres — ce qui n'est pas l'École vétérinaire actuelle, afin d'enclore dans l'enceinte la villa gallo-romaine dont les fondations furent dévouvertes vers 1860. I est probable que les habitations étaient peu nombreuses dans la vallée de Gorge-du-Loup, qui se trouvait elle-méme séparée de lenceinte de la ville par la nécropole de Trion. En somme, à l'épo que romaine, la rue de Trion dans toute sa longueur et de cha que cóté, le carrefour de Trion, Vaise, la Guillotiére, ne faisaient pas partie de la ville qui correspondait à peu prés au 5* arrondissement actuel. Quant à la petite agglemération de Condate, elle ne faisait pas partie de la cité.
Vers l'autel d'Auguste et l'zmphithéátre des TroisGau les qui se trouvaient sur l'emplacement de l'ancien Jardin des Plantes, on rencontre relativement peu de tra ces d'habitations : il a dû se trouver là un centre de population à proprement parler peu éter du. Au delà de la place des Terre aux, par suite de la division des e aux du Rhône et de la Saône en plusieurs bras, l'espace où se trouve actuellement le centre de la ville, coupé d'ilots et de marécages fréquemment sub mergés ne pouvait guére porter une ncmbreuse population.
Toutefois, sur l'emplacement actuel du : quartier d'Ainay, les mosaiques, les fondations, les murs arasés indiquent la présence d'un groupe de villas et peut-étre d'un faubourg très habite.
Si on tient compte que la ville romaine s'étendait à peu près sur l'emplacement actuel du 5e arrondissement, lequel est peu prospère de nos jours et compte environ 256.313 habitants, on peut supposer un total de 60.000 habitants. En ajoutant 10.000 pour Condate et les maisons disséminées, on arrive à 70.000, ce qui est assez loin des 80 ou 100.000 dont parlent Allmer Reno S i
339 LYON
et Dissard, chiffre qui a même été doublé et quadruplé, ce qui parait bien ambitieux. O. Hirschfeld n'admet pas que Lyon ait été à ses débuts une ville populeuse telle que nous les concevons volontiers de nos jours.
Ceci ne l'empêchait pas d'être réputée au nombre des grandes villes de l'empire, mais avec une population certainement inférieure à la population de Carthage, d'Antioche ou d'Alexandrie. Mais Lugdunum était une ville riche et bien située au nœud des routes, au confluent des rivières, bien bâtie, bien alimentée d'eau potable et se trouvait dans des conditions très favorables sinon exceptionnelles d'hygiène et de salubrité.
A défaut de textes historiques, nous pouvons interroger les inscriptions funéraires ou autres qui nous sont parvenues pour connaître quelque chose de l'existence de la population lyonnaise ; on ne peut établir une distinction entre inscriptions païennes et inscriptions chrétiennes, parce qu'elle serait artificielle. La coutume d'inscrire les noms avec l'âge des défunts sur les épitaphes date tout au plus du temps de Néron et tombe en désuétude vers le premier quart du IIIe, ce qui représente une période de cent cinquante ans environ ; les inscriptions chrétiennes datées ne commencent à Lyon qu'en 334. Faisant porter la recherche sur environ 442 inscriptions, sur ce nombre il n'y en a que 166 où l’âge du défunt soit indiqué avec précision, soit 72 hommes, 65 femmes et 29 enfants au-dessous de dix ans. Dans chacune de ces catégories, l'âge moyen est pour les hommes 31 ans, pour les femmes 30 ans, durée moyenne générale : 26 ans 7 mois.
Les inscriptions chrétiennes donnent une moyenne plus élevée, ce qui peut se comprendre par la différence des mœurs, le respect plus grand dans les relations conjugales. Les seules inscriptions datées du IVe donnent les chiffres suivants de durée moyenne de vie : 49 ans 3 mois pour les hommes, 36 ans pour les femmes, 4 ans 1 mois pour les enfants, et durée moyenne générale portant sur 42 individus : 36 ans 3 mois.
Ces chiffres se rapprochent fort de ce qu'ils sont de nos jours. De 1877 à 1881, on l'estime à 40 ans pour les hommes, 43 ans pour les femmes ! ; à Lyon, pendant la période 1882-1890, la durée moyenne pour les deux sexes a oscillé entre 37,63 et 41,44 ?, Si on procède au même calcul pour Rome et l'Italie sur un total de 166 inscriptions, nous avons 126 épitaphes romaines ou italiennes et 40 autres se rapportant à différentes provinces impériales situées sous les mêmes latitudes. On obtient les chiffres suivants : pour 72 hommes, durée moyenne de vie 42 ans ; pour 65 femmes 28 ans ; pour 29 enfants 6 ans ; durée moyenne générale 30 ans, et pour les adultes 33,50.
Si nous nous en tenons exclusivement aux inscriptions fournies par Rome et les autres villes d'Italie, savoir 120 pour la capitale, 43 pour les provinces, on arrive à 38 pour les hommes, 28 pour les femmes, 6 pour les enfants : moyenne générale 28 ans et demi, plus élevée que pour Lyon, Pour Rome, le dépouillement de 995 inscriptions donne 268 fois seulement la mention de l’âge, hommes 103, femmes 68, enfants 92. La moyenne des adultes est 31,23 : hommes 33,71, femmes, 27,30, enfants 4. Mais comme ces derniers étaient, comparativement, beaucoup plus nombreux que dans le calcul fait pour Lyon, ils ont fait baisser la moyenne générale.
Il y a donc, en somme, égalité ou peu s'en faut, avec Lyon.
Par contre, les inscriptions qui se rapportent à l'Italie donnent des moyennes beaucoup plus élevées, | Ainsi nous trouvons pour les adultes de plusieurs villes la moyenne de 34,65 ; à Ravenne, 34,58 ; à Naples et à Capone, 34,50 ; moyenne générale, 34,57. Ainsi donc, la moyenne de la vie des Lyonnais est très courte et on en attribue la raison au climat brumeux, au froid humide déterminant la tuberculose et les affections pulmonaires. | Mais il est une cause de mortalité spéciale à l'antiquité. Dans le dépouillement des inscriptions on constate une mortalité précoce chez la femme à partir du mariage et pendant la durée des fonctions maternelles. Ainsi les inscriptions lyonnaises nous donnent, pour les femmes mariées au-dessous de 40 ans, 16 décès avant l’âge de 30 ans et 11 décès avant l'âge de 40 ans. Cette mortalité dont on trouverait l'équivalent par le relevé des séries du Corpus, avait pour cause principale la précocité excessive du mariage chez les Romains. Nous trouvons une épitaphe lyonnaise d’une femme morte à l’âge de 18 ans ayant près de sept ans de mariage ? ! elle n'avait donc pas — qu'elle mourut à l'âge de 43 ans, après 31 ans de — mariage. Attia n'avait donc que 12 ans quand on la maria *, Et ce qui se passe à Lyon se retrouve ailleurs, « comme nous le verrons en étudiant l'âge des noces d'après les textes épigraphiques (voir Dictionnaire, au mot MARIAGE).
Les conséquences d'une maternité prématurée étaient souvent fatales, mais cette cause de mortalité était commune à Lyon et aux autres villes de l'empire ; M il faut chercher ailleurs la raison du chiffre plus élevé | à Lyon qu'à Rome ou ailleurs. On a cru la découvrir dans le climat des Gaules, infiniment plus rigoureux alors, nous dit-on, que de nos jours. César parle de la précocité de l'hiver, du froid intolérable, de la fureur des tempêtes, Diodore de Sicile ajoute que toutes les rivières de la Gaule gelaient aisément . et Hérodien nous dit que le Rhin et le Danube gelaient ordinairement chaque hiver, et si complètement « qu'on pouvait les traverser à cheval comme sur la terre ferme *. » Nous avons dit déjà (voir Dictionnaire, t. v, du dernier en particulier, qui ne s'applique pas au hhóne. En résumé, « rien dans les renseignements fournis par l'histoire n'autorise à supposer que depuis la conquête romaine le climat de la France, en général, ait été sensiblement modifié. » Il reste une raison locale d'insalubrité amenée par l'excessive humidité du climat de Lyon et les pluies si fréquentes qui déterminaient un état sanitaire général assez fâcheux.
L'épigraphie lyonnaise nous apprend encore différentes particularités : le cas de mort subite est noté trois fois , la mort violente — une femme assassinée par son mari — une fois . Spon a rapporté l'inscription en vers, aujour d'hui perdue, de deux enfants morts accidentellement, non iminica manu M, Deux sœurs ont fait ramener de Rome le corps de leur sœur « plus chère que leur âme » et l'ont déposé dans un sarcophage !, On rencontre trois frères morts tous »o grosses pierres qui faisaient partie d'un des tombeaux de Trion ê, on a trouvé sur la face interne de l'une d'elles, une ‘inscription faite à l'encre rouge par D un plaisant qui adresse au défunt Closinius le sobriquet de ficosus, qui indique l'existence d'un ulcère | « de mauvaise nature (ficus), affection qui frappait principalement les débauchés *.
— 5. Bibliographie spéciale. En tête de cette bibliographie sommaire et spéciale de l'épigraphie chrétienne de Lyon s'inscrit un nom qui a droit à un éloge. Le nom d'Auguste Allmer, le dernier survivant de cette brillante génération qui a produit Renier, le général Creuly, Charles Robert, 5 nest Desjardins. Il a vécu loin d'eux, si loin qu'il semblait les fuir, comme il se tenait à l'écart de tacts parisiens et des compromissions que, si souvent, ils entraînent. Allmer a été surtout un timide et un isolé. Pourtant son influence a été large et profonde, S E e sera aussi durable que celle des maîtres. Ses travaux sur Vienne et le Dauphiné * furent une révélation épigraphique et une reconstitution historique du pays des Allobroges. Toute une lignée d'archéologues est née de cet ouvrage. La Revue épigraphique du H i j E :
|j des Gaules et de Lugdunum el la durée de la vie chez les H 6 déc. 1899 ; Morin-Pons, Auguste Allmer, dans Mémoires -de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon,
LYON
l'enseignement, comme il fuyait le prestige des conmidi de la France ? fondée et entretenue par lui et, in-89, 342 | bibliothèque de la Faculté de médecine de Montpellier. Il en existe une copie à la bibliothèque de | l'Académie de Lyon, c'est celle dont s'est servi Monfaleon pour l'édit. in-12, Lyon, 1846.
A. Bernard (voir Corp. inscr. lat., t. xiii, p. 262, n. LXVI), Description du pays des Segusiaves, in-8e, Paris, 1558 ; Le temple d'Auguste et la nationalité gauloise, in-49, Lyon, 1863. — A. de Boissieu (voir Corp. inscr. lati, t. xiii, p. 262, n. LXIV} Inscriptions antiques de Lyon reproduites d’après les monuments ou recueillies dans les auteurs, gr. in-4 ?, Lyon, 1846-1854, | les illustrations par Louis Perrin. Cf. Th. Mommsen dans Annali dell istituto archeologico, 1853, p. 50 sq. — Breghot de Lut, Cochard ; etc., Archives historiques el statistiques du département du Rhône, in-8°, Lyon, 1824-1832. — N. F. Cochard, Notice historique sur le bourg de Saint-Just-lès-Lyon, in-8°, Lyon, 1830. — D. de Colonia (voir Corp. inscr. lat., t. xiii, p. 261, n. XLVI), Antiquitez de la ville de Lyon avec quelques singularitez remarquables, in-4°, Lyon, 1701 ; Recherche sur les antiquités de la ville de Lyon ou explication de ses plus anciens monuments, in-12, Lyon, 1738 ; Histoire littéraire de la ville de Lyon, 2 vol. in-49, Lyon, 1728-1730. —- A. Comarmond (voir Corp. inscr. lat, t. xii, p. 262, n. LXI), Description du musée lapidaire de la ville de Lyon, in-4 », Lyon, 1854 ; Notice du musée lapidaire de la ville de Lyon, in-8°, Lyon, 1855 ; Description du musée lapidaire de la ville de Lyon (Supplément), in-4°, Lyon, 1857 ; Description des antiquités et objets d'art contenus dans les salles du Palais des arts de la ville de Lyon, in-49, Lyon, 1857. — De La Mure, Histoire ecclésiastique du diocèse de Lyon, in-4°, Lyon, 1671. — De La Saussaye, Les six premiers siècles littéraires de la ville de Lyon, in-8*, Lyon, 1576.
343 LYON
lyonnais, 1840, t. xiii, p. 497 ; Sur une inscription | chrélienne trouvée à Saint-Irénée, 1840, t. xii, p. 51 ; Inondations des Gaules et de Lyon au VIe, 1841, t. xii, p. 45 ; Sur le commerce des vins à Lugdunum el dans les Gaules, 1841, t. xiii, p. 449 ; Observations sur une antique inscription chrétienne qui mentionne une école pour lecteurs de l'Église de Lyon, 1841, t. xiii, Dar la ville dé Lyon a p. 185 ; Note sur le monument funèbre d'un esclave Librarius, 1841, t. xiv, p. 97 ; Ararica et Rhodanica, archéologie des deux fleuves de Lyon, 1842, t. xvi, p. 265 ; De l'usage des eaux thermales dans la Gaule, 1848, t. xxvi, p. 175 ; Lettre à M. le docteur Labus sur une inscription du musée de Lyon, in-8 ; Lyon, 1838. — M.-C. Guigue, dans Bull.dela Soc. nat. des antiq. de France, 1876, p. 145 sq. ; 1883, p. 260 sq. — O. Hirschfeld, dans Corpus inscriptionum latinarum, de Lyon.
| inscr. lat., t. xii, n. 2106.
| deux fois dix ans et neuf tombant ensemble. » gine lyonnaise et, pour cette raison, ne doivent pas prendre place dans la série que nous avons donnée. 1. Tablette de marbre, trouvée à Sainte Coli i chez la veuve André Fuzin et donnée par elle au musée
VIXXIT -AEN
NOS-XXXVII ET
TEXTE CORRIGÉ :
ME S'S-VI-ET DIES Hl & « Auxilius a vécu 37 ans 6 mois et 3 jours. » 5 2. Marbre brisé dans le bas, trouvé à Vienne, acheté S HIC REQVIESCIT IN ed PACE EVNOMIOLA E QVAE VTXIT EIS DE ER NIS ET NOVEM SI 5 MV LABENTIBVS ANNS Hiçe) requiescit in pace Eunomiola qua vixit bisdenis el novem simul labenitbus annis. : * Ici repose en paix Euncmiola, morte à l'âge, di e n. T7. | Hic titulus tegit diaconum Emilium quem junere - duro. Heu nimium celere rapuit mors invida cursu XXXVHI zefatis suse anno. A Mortem perdidil, vilam invenit quia auctorem pila solum dilexit. [In |d(ictione) X V. | A »Table quadrangulaire brisée en bas, trouvée en 1884 à Andance au lieu dit le Châtelet, servant de » couvercle à une tombe.
REQVIESCIT IN P
ACE SANTE BON
BASILI VIRI CCS IN. XIII
In hoc tumulo requiescit in pace sante bone memortæ LIN = e nc VO mn T Se = = 7 ee nn mn = Tg m Er LA e Li. n Sanlolus subdiaconus, qui vixit annus plus minus XXV ;obiit in Ghristo N rv idus februarias, vicies et, » post consulatu Basilii viri clarissimi consulis, indictione X III.
- « Dans ce tombeau repose en paix Santolius de sainte et bonne mémoire, sous-diacre, qui a vécu à ans, plus ou moins. Il est mort dans le Christ le M des i des de février du 22 post-consulat de Basile, ndiction XIII. » (10 février 563.) - 5. Trouvée à Arles, en 1859, dans le cimetière des Aliscamps.
. Hie in pace requies cet bonæ memoriæ Laurentius, i qui vixit anus plus XIII et obiit kalendas februarias dndiclione sexta.
— 4. Le n^ 796 du musée lapidaire possède donc deux - débris dont Edm. Le Blant n'a pusavoirlaprovenance. ce sont les restes d'un sarcophage à sept arca des, “que séparent des colonnes torses (fig. 7335). Au centre, m Christ était assis, les pieds posés sur un scabelium. Les apôtres se groupaient deux par deux aux côtés du Seigneur. Le premier fragment ne comprend que p les pieds des apótres et ceux du Christ ; le second nous
LYON | 346
donne six des apôtres, dont on ne voit que le corps jusqu'aux jambes. Un très petit débris, n. 797 parait provenir du méme tombeau.
Les sarcophages chrétiens.portant des dates certaines sont si rares, qu'il convient de relever tous les détails de nature à offrir des éléments de classification chronologi que, On note ici que les arca des encadrant les sujets se retrouvent sur les médaillons de Constantin et de Julien. ` 2. Musée lapidaire de Lyon, fragment de sarcophage de forme convexe, extrémité sur laquelle on voit les figures mutilées d'un berger et de deux anim aux (fig. 7336).
« — A mm à Cnil | Ag, iDen o RN Re n Lg EUR TG à quis com e ET es mms no n = * déplacées, seraient aujour d'hui,
347 LYON - 348 |
Lyon, 1808, p. 79 ; E. Le Blant, Sarcophages de la Gaule, p. 5, n. 6 bis.
Sarcophage conservé à Saint-Irénée « dans le vestibule d'un couloir qui prend jour sur la facade de l'église à gauche du grand perron. Dans une intenLion louable, on avait fait de ce lieu une sorte de petit musée chrétien ; mais le vénérable abbé Durand, curé de Saint-Irénée, voyant enlever toutes les richesses archéologiques de son église, voulut lui réserver au moins ce dernier et précieux dépót. Pour le soustraire aux regards, il le convertit en un magasin que les charpentes, les vieil les chaises, les débris de reposoir | rendent inabordable. Quoi que ce stratagéme ait dérobé aux amis de la science comme au public une collection intéressante, on ne peut s'empécher d'y applaudir, car il nous a conservé des inscriptions qui, transportées au Palais des Arts et plusieurs fois pour la plupart, complétement détruites. » A. de Boissieu, dont nous transcrivons les paro les, =” caractères des marbres de l'épo que carolingienne. | Comme on l'observe sur bon nombre de sculptures. de cette épo que, on voit ici se développer des enrou- ` | lements végét aux, dont les tiges formées de trois | aré les aiguës. sont séparées par deux sillons et se terminent par une feuille en forme de fer de lance. (fig. 7338).
Bibl. — A. Héron de Villefosse, Sur une inscription | du haut Moyen Age et un fragment de sculpture à Lyon, « dans Bull. archéol. du Comité des trav. hist., 1912, E p. CLXXI. Le chœur d'hiver où se réunit le Chapitre de la] Primatiale de Lyon est une dépendance de ld cathédrale, qui occupe le reste du petit cloître du xv* siècle : cinq travées dont les baies sont en partie murées. De là ` pour gagner le niveau de l'ancien cloitre, il faut des- | FON. huit marches sur lesquel les ont été déposés | quatre grands chapite aux de marbre, ensevelis dans « une profonde obscurité. Ce sont des chapite aux by- | zantins qui ont été restaurés en plein Moyen Age. e e
» MATER BO HR)
a publié la face principale, seule ornée, de ce sarcophage. Haut. 0 m. 80, larg. 1 m. 96 (fig. 7337).
L'épitaphe de la défunte tient dans une seule ligne, elle est malheureusement incompléte du dernier mot.
Cette femme distinguée, clarissima femina, ne nous est connue que par son surnom chrétien, Merola pour Merula, surnom qui se rencontre sur un certain nombre de monuments de différentes époques. Rien ne fait soupçonner la famille à laquelle elle pouvait appartenir. Suivant un usage fréquent on a figuré ici deux oise aux qui ne sont pas des colombes, mais des merlettes, allusion à merula.
La formule finale semble attendre et appeler un substantif, d'ailleurs la symétrie du texte réclame trois mots à droite comme à gauche. On a proposé maler bonorum filiorum ou bien mater bonorum operum (Boissieu), maler bonorum consiliorum (Le Blant) ou enfin bonorum exemplum (Le Blant) ; mais voici Hirschfeld qui écrit : Dubito num ‘post M aliquid secutum est, alors que pour Perrin, le consciencieux dessinateur d'A. de Boissieu, le mot effacé a laissé trace sur la pierre.
XLV. SCULPTURE. — Dans les fondations de Fancienne église des Macchabées, on a trouvé un fragment de bas-relief ornemental, lequel présente tous les
des abaques qui sont modernes) ont méme forme, mêmes dimensions — environ 0 m. 38 dé haut sur 0 m. 52 de large entre les fortes saillies. — De l'un à l'autre la décoration ne diffère que pour les détails. Un seul + s'est conservé intégralement dans son état primitif. Il | porte dans les médaillons opposés : d'une part, deux chrismes en manière d'étoile à six rais ; de l'autre, deux -- :
Li NT LEE —« ijjyajy »NE a e E. monogrammes de dessin rectangulaire. Chrismes et monogrammes sont repercés à jour et détachés du bloc, comme la corbeille et la guirlande. La corbeille ajourée dans la masse est séparée du noyau par un intervalle de Om. 01 à 0 m. 02. La moulure de l'astragale, qui forme le bas de la corbeille a l'apparence d'une guirlande de laurier coupée de rosettes. Audessus de la corbeille, quatre aig les s'avancent aux coins du chapiteau ; les ai les à demi ouvertes ils sont comme reliés par les guirlan des.
Quand et comment ces chapite aux sont-ils venus à Lyon ? par qui ont-ils été restaurés ? On ne peut préE senter que des conjectures ; la plus vraisemblable 3 est qu'ils furent apportés d'Italie vers 1855, et qu'ils avaient appartenu à un c'horium.
L4 Bibl. — L. Bégule et E. Bert aux, Les chapite aux — byzantins à figures d'anim aux. A propos de quatre | chapite aux découverts à Lyon, dans Bulletin monumental, 1911, p. 199-211.
XLVI. OBJETS CHRÉTIENS. — 1. Anneau d'or. — Vers 1855, cet anneau était la propriété du cardinal le Bonald qui écrivait à son sujet à Edm. Le Blant : a L'anneau que je possède a été trouvé dans la Saône ; d est en or, d'un volume assez considérable. Le chaton mfermait une pierre qui a été perdue. Autour du Binaton sont écrits ces mots :
VIVAS IN DEO ASBOLI LT
- s M. Visconti croit que c'est un anneau du ur siècle ; le P. Marchi le croit du 1v*... Il est chrétien et de la décadence des arts. » (fig. 7340.) - L'anneau fut trouvé vers 1852, on l'a restauré à l'aide d'une belle émeraude cabochon.« Au premier aspect, dit A. de Boissieu, on dirait un bijou d'une ‘assez bonne épo que : l'ensemble, quoi que un peu lourd a un certain caractère ; la légende se présente bien, elle f | H est nette, suffisamment régulière et profondément tracée. Mais quand on examine le dessin et l'exécution ~ des ornements, la forme, le style et le rapport des | B lettres, on est forcé d'y reconnaitre un art qui décline,
DEDE
lart du iv* siècle. Quant à la destination de cet - anneau il est assez difficile de la déterminer. Son diamètre intérieur permet à très peu de mains de le - placer ailleurs qu'au petit doigt. » à l'extrémité du manches SEPTEMBER - Cet objet, qui est certainement chrétien, à dû E : faire partie d'un service de douze cuillers, dont cha- — c une répondait à un mois de l'année (voir Dictionn., t. nr, au mot CUILLER).
LYON] 350
gravée sur la partie carrée du manche d'une cuiller en argent, trouvée à Optevos (Isère). Ancienne collection Artaud.
-P MVNEHARI (grappe de raisin).
4. Anse d'amphore. — Provenance inconnue.
5. Pyxide d'ivoire. — M. Cote -possède une collection dont il a publié lui-même le catalogue en 1912. On y trouve la photographie et la description d'une pyxide chrétienne en ivoire.
* Pyxide d'ivoire représentant Jérusalem sous la forme d'une église avec un personnage tenant une palme : la résurrection de Lazare. Le Christ guérissant un aveugle. Travail du vit siècle, probablement fait en Égypte. Trouvée en démolissant l'ancienne église Saint-Étienne attenante à la cathédrale de Saint-Jean. » — Ayant appartenu à l'ancienne collection K... — Dimensions : 103 millim. de diamètre sur 85 millim. de haut. a Un fragment en a été détaché anciennement et appartient à M. Chalandon. On y voit l'Annonciation, et l'entrée triomphale du jour des Rame aux, le Christ assis sur l'ànesse et deux porteurs de palmes. La personne placée à cóté de l'église sur la partie ap partenant à la collection Cote appartient à ce dernier groupe des Hame aux. »
XLVII. LE SCRIPTORIUM. — L'épigraphie est représentée à Lyon par un nombre assez considérable
— —
301 LYON
d'inscriptions païennes et chrétiennes, parmi lesquel les quelques-unes nous offrent des types d'écriture capitale ; contrairement à ce qui s'est rencontré ailleurs, | en Afri que par exemple, aucun de ces textes gravés n'a conservé des spécimens d'écriture onciale. Or, parmi les manuscrits conservés à Lyon et dont plusieurs semblent d'origine lyonnaise, on reléve l'emploi de l'onciale ou de la semi-onciale, mais non de la eapi- | tale ; de sorte que les rapprochements à faire entre | inscriptions et manuscrits ne peuvent guère apprendre | ce qu'on voudrait savoir.
En même temps qu'on suppose son existence, on lui assigne son activité, et cela à une époque où la prospérité de Lyon avait disparu en même temps que la sécurité. Comme nous l'avons montré plus haut, à partir du Ve, Lyon connut toutes les mésaventures et tous les malheurs, conditions peu propices au travail de copie. Pour aucun des manuscrits prétendus lyonnais, on ne peut attester sa présence dans la bibliothèque capitulaire de Lyon, antérieurement au IXe et lorsqu'on peut, comme c'est le cas de l'Heptateuque, conclure de certaines particularités à la présence dudit codex à Lyon vers cette époque, on n'a pas même un indice à invoquer pour soutenir que le texte y fut écrit au cours des siècles précédents depuis le ve jusqu'au Ve. Ces indices, cependant, on les découvre et on en tire des conclusions fermes, mais il n'est pas possible de nier que tout ceci soit extrêmement fragile, toujours discutable, car même l'opinion du spécialiste qui a beaucoup vu, est sujette à caution. » De cette fondation d'un scriptorium à Lyon, imaginée une quinzaine Des après l'événement il ne reste probablement qu'une opinion sans fondement | et d'abord le premier de tous, à savoir que « les tiges | de pieux. » S'effiler en forme de pieu est une trouvaille | ment les scriptoria qu'après l'apparition de la minuscule, vers les viie et IXes.
Grande-Bretagne et le continent aux vie, vre et vme | et des testaments du xrne siècle à la fin du xvme. * 352. et d'excellentes planches en phototypie ; c'est déjà beaucoup, les planches s'entend. Quant aux traits locaux du scriptorium de Lyon, il faudra les retenir, des lettres descendantes s'effilent vers le bas en forme qui devra prendre et garder sa place dans les traités. de paléographie à côté des « courants d'eau stagnante » d'Ernest Renan (voir Dictionn., t, wit, col. 2661). Les autres signes ont à peu près la même valeur probante et font l'effet d'un échafaudage posé sur des pointes d'aiguilles. En réalité, on ne peut commencer à étudier sérieusement et utilement...
Une remarque subsiste, c'est qu'aucun des manuscrits supposés de Lyon ne porte d'annotation en écriture insulaire, sauf le manuscrit de Munich 22507 qui a passé par Fulda ; cependant on ne doit pas oublier que l'évêque d'York, Wilfrid, au VIe, a séjourné pendant trois années à Lyon, auprès de l'archevêque Eunemond (Annemundus) (650-657) ; or nous savons que des rapports assidus furent entretenus entre la L'Église de Lyon hérita du fonds de l'Ile-Barbe, mais ces richesses furent dispersées. Au XVIe, les pillages | des protestants n'épargnèrent pas la bibliothèque capitulaire. Celle-ci, noyau de la bibliothèque actuelle, contiendrait des trésors bibliographiques merveilleux, si elle avait pu rassembler à l'époque de la Révolution française les divers fonds des quarante-deux communautés supprimées et les bibliothèques libres existant alors. Les détournements commis à cette époque à la faveur du désordre et de l'entassement, la gestion « inepte de l'époque qui suivit jusque vers le milieu du | 3 XIe ont réduit la bibliothèque de Lyon à un. nombre relativement restreint de manuscrits (1518 en l'année 1812), nombre dont il faut déduire les T volumes rendus en 1825 à la bibliothèque du Palais 2 saint-Pierre. Et cette pauvreté parait d'autant plus grande que la réputation littéraire de Lyon remontait } p dans l'antiquité, s'était relevée au Moyen Age jusqu'au XVIe, des laïques écrivains enlumineurs, y faisaient concurrence aux copistes de ses nombreux monastères. — L'histoire du fonds des manuscrits a été esquissée —en tête du catalogue rédigé par Molinier et Des- | vernay 1 : l'importance toute particulière de ce fonds avait été signalée par L. Delisle *. - A en croire la plupart des écrivains lyonnais, c'est aux mesures révolutionnaires seules qu'on doit imputer la disparition et la dispersion des nombreux manuscrits qui se trouvaient à Lyon. Il faut faire subir aux assertions un traitement critique, duquel il ressort que les rapporteurs ont cherché à mettre leur initiative et leur dévouement en valeur. Quoi qu'il en soit de ce point d'histoire locale, en 1812, le bibliothécaire de la ville, Ant. Fr. Delandine, publiait 3 volumes in-8°, intitulés : Manuscrits de la bibliothèque de Lyon ou notice sur leur ancienneté, leurs auteurs, les objets qu'on y a traités, le caractère de leur écriture, Vindication de ceux à qui ils appartiennent, ete., pré- “cédées 19 d'une histoire des anciennes bibliothèques de Lyon et en particulier de.celle de la ville ; 29 d'un essai historique sur les manuscrits en général, leur cherlé, ceux qui sont à remarquer dans les principales bibliothèques — de l'Europe, avec une bibliographie spéciale des cata- - logues qui les ont décrits. Cet ouvrage qui aurait dû mettre le dépôt des manuscrits lyonnais à l'abri de toute mésaventure, était si parfaitement inepte et insuffisant qu'il a peut-être contribué à aggraver la situation des manuscrits de Lyon. — Un grand désordre régnait à la bibliothèque. Beau- “coup des plus précieux volumes ne se composaient que de cahiers décousus, isolés les uns des autres et sans la moindre adhérence aux reliures vermoulues dans E ils étaient confusément renfermés. Pour - Guillaume Libri (voir ce nom), il v avait là une merveilleuse occasion d'exercer son industrie et de se E sans frais et presque sans fatigue un choix — de ces manuscrits en lettres onciales et semi-onciales - dont il composait patiemment son cabinet. Il ne la - laissa pas échapper, bien persuadé que les Lyonnais E remarqueraient pas la disparition d'environ 250 — feuillets de parchemin délicatement enlevés dans six - de leurs manuscrits. Quel les licen ces ne pouvait-on - pas se permettre dans un dépôt de manuscrits dont pie cotes avait été bouleversées comme pour rendre. toute vérification impossible ? Quels abus n'étaient - pas possibles avec des conservateurs dont l'un se ~ wantait d'avoir été nommé bibliothécaire « sans conE. ditions » avec droit de faire des échanges « à son gré » — et « sans avoir à demander aucune autorisation », - de facon qu'il a pu « donner, vendre ou échanger les « ' manuscrits et les incunables de la ville les plus rares E et les plus précieux ? » Ce sont les termes mêmes du — rapporteur de la commission des manuscrits de la ! rz 1 bibliothèque de Lyon, qui nous apprend que ce régime
Heptateuque. — Le catalogue de Delandine, présente sous le n° 329, un manuscrit qu'il décrit ainsi * :
« Biblia latina. In-folio, environ 200 pages. Ce manuscrit très antique date de l'an 850 environ. Il est en écriture carolingienne, sur vélin, à trois colonnes. La version latine du texte hébreu diffère souvent de la Vulgate. Il manque des feuillets en tête, et à la fin du volume ; celui-ci ne commence qu'au 33 verset du xxvi chapitre de la Genèse. Il vient de la bibliothèque des comtes de Lyon et parait avoir été tiré de celle de l'Ile-Barbe, mise sous la direction de Leydrade, bibliothécaire de Charlemagne. » Ce même volume, sous le n° de classement 54, était donné par L. Niepce comme un texte de Béde offert à la cathédrale de Lyon par Amolus, qui fut archevêque de 841 à 852. Ceci est exact pour la seconde partie du manuscrit, mais la première partie du volume, ainsi que l'a reconnu L. Delisle, se compose de cahiers très différents. Il s'agit de 64 feuillets de parchemin mesurant 0 m. 30 de haut, sur 0 m. 24 de larg. Chaque page est divisée sur trois colonnes de 27 lignes chacune. Le cadre rempli par l'écriture mesure 193 millimètres de haut sur 206 millimètres de large. L'écriture est une onciale assez peu soignée et qui peut remonter au VIe : cette date répond au genre de l'écriture, à la disposition du texte sur trois colonnes, au fréquent emploi des points en forme de feuille de lierre, au style de la formule du fol. 24 ve : Incipit Exodus, Lege cum pace, à la finesse de l'onciale des titres courants et à l'élégance des notes marginales ou interlinéaires qu'on a ajoutées après coup en onciale ou en minuscule. Nous ne parlons pas ici des notes que les réviseurs ont tracées pour corriger en compléter le travail du copiste, mais bien de quelques notes destinées à guider les clercs qui faisaient usage du livre pour la récitation des offices ecclésiastiques, par exemple INC ou INCP, pour indiquer le commencement de la leçon ; SALI pour avertir des versets à omettre ou à sauter, et FINIT pour marquer l'endroit où l'on devait s'arrêter .
Les feuillets du fragment conservé à Lyon et ceux du fragment conservé par lord Ashburnham ont les mêmes dimensions, la même disposition sur trois colonnes de 27 lignes chacune ; entre eux il est impossible de relever la moindre différence, ce qui s'explique par le fait que le manuscrit de Lyon renfermait jadis tout le Pentateuque. La principale lacune qu'il offre | porte sur le texte du Lévitique et des Nombres ; elle prend place entre le feuillet 49 vè, dernier feuillet du cahier xime et le feuillet 50 r », second feuillet du cahier xxvie. On a donc enlevé les cahiers xve-xxve, plus le premier feuillet du cahier xxvie qui renfermaient le texte du Lévitique et des Nombres ; c'est exactement ce que contient le manuscrit de lord Ashburnham et l'intercalation se fait de telle sorte que non seulement tout le texte de la lacune est rempli, mais aux points de suture il n'y a pas un mot en trop, ni un mot en moins. Cette coïncidence, déjà frappante, est tout à fait décisive si on observe la composition et la signature des cahiers, ici encore la coïncidence est parfaite.
Voici donc le manuscrit reconstitué, et il a tout droit, dans son intégrité, au titre de codex Lugdunensis qui lui est désormais acquis. La disjonction des cahiers fut opérée après 1837 avec une adresse extrême, car le voleur ne s'est pas borné à enlever un certain nombre de cahiers entiers, à ces cahiers il a pris soin de joindre un feuillet délicatement coupé à un autre cahier, dont il dédaignait de prendre les sept autres feuillets.
De cette façon, les fragments dérobés à Lyon n'offraient de lacunes ni au commencement ni à la fin ; et ils avaient l'apparence d'un volume bien complet qui pouvait et devait être vendu à des conditions fort avantageuses. Les fragments ainsi arrangés ont été vendus en 1857 par Guillaume Libri (voir ce nom) à lord Ashburnham.
Ainsi était identifié un texte précieux, suffisamment étendu pour soulever et résoudre plusieurs problèmes intéressants. Les principaux avaient été indiqués clairement, dès 1868, à propos de la publication de lord Ashburnham ; on pressentit dès lors que le reste du Pentateuque existait peut-être « caché dans le fond de quelque bibliothèque de province ' ». La cachette | était découverte grâce à L. Delisle *, restait à éditer le texte et à mettre sa portée en évidence.
La démonstration présentée, en 1878, par L. Delisle, de l'origine lyonnaise des feuillets acquis et édités par lord Ashburnham ne pouvait être contredite, quoi que, au bas de la dernière page des feuillets volés on lut ces mots :
EsT SANCTI PETRI DE PERVSIO - LAVS DEO
Cette inscription semble au premier abord avoir été tracée par une main italienne du XVIe : mais elle est fausse, et ne peut avoir été mise à cet endroit qu'après le vol commis à la bibliothèque de Lyon, c'est-à-dire après 1834. Elle est l'œuvre du voleur, qui était en même temps un faussaire, et qui, par une mention frauduleuse, a voulu détourner les recherches. Il supposait que le nom de Pérouse empêcherait les critiques de penser à une origine lyonnaise et même française.
Montré le volume contenant les cahiers dérobés succès. L'initiative de l'administrateur de la bibliothèque depuis et auxquels il avait emprunté quelques rubriques. Ce supplément démonstratif fut donné le 24 avril 1880, et, le 28 avril, L. Delisle recevait de lord Ashburnham la réponse suivante :
»C'est à mon tour de reconnaître que je suis obligé de me rendre à l'évidence supplémentaire que vous m'apportez aujourd'hui. Elle est concluante, et vous avez démontré victorieusement que la séparation a été opérée à la bibliothèque de Lyon. Aussi je n'hésite pas à vous annoncer un parti que je n'attendais que cette évidence pour prendre, et qui est de mettre fin à cette séparation, mais à deux conditions :
1. Il sera reconnu que, comme, en ma qualité de sujet anglais, les lois de mon pays m'auraient, au besoin, assuré la libre possession de ce manuscrit, quelles que soient à cet égard les dispositions de la loi française, c'est par conséquent un don pur et simple que j'en fais à la France.
2. Il sera dûment constaté dans toute mention qui sera faite de ce don, soit dans des documents officiels, soit dans l'ouvrage de M. Ulysse Robert ou tout autre, que ce n'est que un an après la mort de mon père et onze ans après la découverte par lui de l'importance de ces fragments que la véritable provenance a été établie ou même soupçonnée.
Elle est d'ailleurs facile à distinguer, mais la connexité des groupes de feuillets (88 et 144) est attestée par des indices plus probants. Les 144 feuillets portent les signatures mr, V-VIII, XII-XVII, xvinr xxvi ; les 88 feuillets offrent les signatures XXVITI-XXXVIN, c'est-à-dire que la première signature du premier groupe de ce dernier (xxvnr) fait immédiatement suite à la dernière signature du premier vir). Ce n'est pas tout.
La dernière page du cahier xxvir se termine par les 4 mots : et perdidit illos Domine us que ; la première page du cahier xxvi commence par les mots in hodiernum diem. Réunissons les deux textes ; nous avons le membre de phrase et perdidi illos Dominus mn in hodiernum diem, lequel correspond à la dernière ligne du verset 4 du chap. xı du Deutéronome dans nos bibles modernes, et deleverit eos Dominus us que in praesentem, diem. Ja mais raccord ne s'est fait avec une exactitude plus rigoureuse.
Il semble impossible de déterminer l'époque où les 88 feuillets furent détachés des 144. Ce qui est certain, c'est que la soustraction fut faite antérieurement au voyage de F. F. Fleck. Celui-ci, dans la relation de son Voyage scientifique, publiée à Leipzig, de 1835
LYON 962 :
Ernest Hanke le célébra dans une ode en strophes saphiques ! :
Spem alens certam fore ul inde priscae, Galliæ perstans honos augeatur, Quæ monumenta EDS erexit fidei...
Version latine du Pentateuque antérieure à saint Jérôme, publiée d'après le manuscrit de Lyon, avec des fac-similé, des observations paleographiques, philologiques et littéraires sur l'origine et la valeur de ce texte par Ulysse Robert, in-4 », Paris, 1881, xcri1-331 p., 3 pl. ; une troisième publication qui complète la précédente : Heptateuchi partis posterioris Versio latina antiquissima e codice Lugdunensi. Version et philologiques sur l'origine et la valeur de ce texte par Ulysse Robert, in-4 », Lyon, 1900, xxxv-164 p., 1 pl. Cf. A. Fr. Delandine, Manuscrits de la bibliothèque de Lyon, dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1878, 303 ainsi épargnée a été consacrée à des notes qui comparent la version à différents textes grecs.
L'étude paléographique et orthographique du texte, les particularités grammaticales, les hellénismes, les mots nouveaux, les citations des Pères latins et celles de saint Augustin en particulier font l'objet de dissertations d'une méthode et d'une minutie dignes d'éloges. Une recherche particulière est consacrée aux variantes des autres fragments jusqu'ici connus de Pentateuques latins antérieurs à la Vulgate. On sait qu'une question difficile entre toutes, est celle de la multiplicité des recensions antérieures à saint Jérôme. L'étude qu'y a consacré l'éditeur semble prouver jusqu'à l'évidence qu'il y en a eu plusieurs. Revenant brièvement sur ces divers points dans son introduction à l'Heptateuque, l'éditeur se flatte d'avoir « démontré que son texte n'est pas celui de l'Iala. » Mieux eût valu peut-être ne pas évoquer ici l'Iala (voir ce mot).
La recension du Codex Lugdunensis parait avoir été employée par Lucifer de Cagliari (T 370). Est-elle d'origine africaine aussi sûrement qu'on le dit et remonte-t-elle à la dernière moitié du IIIe, ceci est encore contestable. On apporte des africanismes, mais ils sont contestables et d'ailleurs ils ne paraissent tels que parce que les Africains représentent à eux seuls presque toute l'ancienne littérature chrétienne ; aussi l'emploi des mots grecs latinisés invoqué comme commun à Tertullien et au Codex Lugdunensis n'est pas caractéristique du latin africain ; mais plutôt d'un temps où le grec et le latin se parlaient ensemble dans le même pays : dans la lettre du clergé à saint Cyprien on trouve le mot (Alibement.
LYON
Tamment employé dans le manuscrit de Lyon pour 3641 suivie par Augustin donnait amens facius est ; 2° que d'autres versions qu'il avait consultées ou qu'il avait sous les yeux portaient EXPAVIT. Or notre Heptateuque —1 donne obsiipuit, c'est-à-dire obslupuil, d’où il suit qu'Augustin ne connaissait même pas la version que ce manuscrit nous a conservée — le mot arula, cons-rendre rugeïov est inconnu à Augustin, qui dans plusieurs passages cités par Sabatier traduit mupsiov par fhuribulum. — Levit., x, 1, le texte grec porte que Nadab et Abiud, fils d'Aaron, Aubôvrec… Exo 0G | TÒ muptiov AÜTOÙ PIT in xc rbp xal Énébaaov | ex x5ró Üuuíxux ; Augustin, dans une citation de ce passage donne pour Üvul aux incensum, comme tous les autres interprètes, or l'Heptateuque au lieu d'incen- | sum donne adora (pluriel inusité d'cdor), traduction Lrés inexacte qu'Augustin aurait certainement signalée et sans doute réprouvée s'il l'avait connue.
Antérieures à saint Jérôme ne disparurent pas tout de suite quand il eut publié la sienne, il est à croire du moins qu'on n'en fit plus de nouvelles. — Il faut s'arrêter un peu à cette question de l'origine africaine parce que, comme nous le verrons plus loin, elle intéresse hautement l'histoire littéraire de Lyon.
Le vocabulaire du Codex Lugdunensis, a-t-on soutenu, le rattache à l'Afrique, et il est possible de citer une série de mots que contient la version et qui apparaissent pour la première fois chez des auteurs africains. Sans doute, encore qu'on puisse chicaner et rayer certains mots : colliculus, par exemple, qui pi avant de servir à Apulée se rencontre chez Martial E (xir, 25), et recalcitrare, dont Arnobe et saint Cyprien | i 3 r E m'ont fait usage que longtemps après Horace (Saf., “II, 1, 20). Cependant prise dans l'ensemble, la remarque reste vraie, et la plupart des prétendus ou réels africanismes se montrent pour la première fois chez Apulée ou chez Tertullien. Est-il possible d'en tirer une conclusion ferme ? Les premiers auteurs chrétiens d'Occident étant presque tous des Africains, il est malaisé de distinguer avec précision ce qui est proprement africain de ce qui est simplement chrétien. Les exemples tirés du vocabulaire d'Apulée sont, en ce sens, plus caractéristiques ; mais ici encore, avec un auteur dont le vocabulaire est si riche et si mêlé on n'est jamais sûr de ne pas prendre un mot populaire pour un mot africain. Cela posé, l'argument garde une certaine probabilité.
Avant tout, il faut définir exactement le sens des mots. Augustin est aussi africain qu'il est possible de l'être, cependant il ne s'est servi de textes bibliques africains que par exception ; africains c'est-à-dire identiques ou étroitement apparentés au texte qu'emploie saint Cyprien.
On trouve aussi L., Lege ou Lectio, Liccio (d'une main plus récente). Les indications de ce genre sont souvent
LYON
Ó GG
Paires pro filiis et filii non morientur pro patribus sed unusquis que in suo peccato morietur = Cypr., Epist., Lv, 27 : Non morientur paires pro filiis, ef filii non morientur pro patribus, unusquis que in peccato suo morietur.)
Deuter. XXXI, 17 (Lugd., p. damoniis e ! non Deo = Cypr., Testim., ficaverunt dæmentts et nom Deo).
Josué, 1, 8 (Lugd., p. 53 : Ef non recedet liber legis hujus ex opere tuo, el medilaberis in eo die ac nocte = Cypr., Epist. LXXIV, 2 : Non recedet liber legis huius ex ore tuo et meditahberis in eo die ac nocte).
L’ « examen orthographique » qui fait suite à l’ « examen paléographique », n'est pas moins minutieux et pas moins instructif. On trouve, sous cette rubrique, tous les faits qui, dans le Codex Lugdunensis, intéressent la grammaire. Les exemples d'hellénismes c'est-à-dire des cas où des formes et des constructions incorrectes en latin s'expliquent comme étant dues au calque servile du texte grec que le traducteur avait sous les yeux, Ces cas sont extrêmement nombreux, et quelques-uns tout à fait étranges ; ainsi, lorsqu'un adjectif grec a la même forme au féminin et au masculin, il arrive au traducteur de mettre l'adjectif latin au masculin, quand même il se rapporte à un substantif féminin : Lévit., xri, 2 on lit cette énormité : Mulier quæcumque... pepererit... immundus erit, parce qu'il y a dans le grec : l'uvh &xa0xpc7oc Eocat. D'autres fois, le substantif grec étant d'un genre et le substantif latin qui le traduit d'un autre genre, le traducteur laisse à l'adjectif qui qualifie ce dernier le genre qu'il avait en grec ; ainsi Exod., XXXVII, 15 : Capila earum inargenlatz (xi xemmAlôecs crt TEPLpyupop£vxt) ; ou bien, l'adjectif précédant cette fois le substantif : Exod., XXXVI, 23 ; in utras que initia (Èn dupotépacs Tac cac). On voit combien un pareil état de choses doit rendre circonspect pour apprécier les particularités grammaticales du texte : quand on trouve par exemple Exod., xxix, 27 : brachium... qui divisus est, on est tenté de voir là la preuve du passage de brachium au masculin, mais si l'on rapproche le grec zóv Bpraylova... óc &ooptocat, on s'aperçoit que cette conclusion serait fort hasardée. Par conséquent, à côté de l'influence du latin populaire, qu'il serait aussi injuste de ne connaître que d'accepter sans restriction, il faut voir aussi les résultats d'une imitation inintelligente du grec... Ainsi peuvent s'expliquer quelques-unes des fautes qui ont été signalées dans la grammaire, C'est surtout dans la syntaxe que cette influence est prépondérante. Au reste, ainsi que nous le verrons plus tard, la présence de faits comme ceux dont il vient d'être donné des exemples suggère, sur la forme première de la traduction, une hypothèse qui, du moins au point de vue de la syntaxe, lui enlève toute valeur linguistique, La comparaison de la traduction latine avec le grec donne une fâcheuse opinion de la science de l’auteur qui a prodigué les contre-sens, les non-sens, les solécismes et les barbarismes. Il arrive souvent qu'un mot grec est pris pour un autre mot qui lui ressemble, et traduit sans aucun souci du sens, et de façon à donner le résultat le plus absurde : ainsi Gen., XXVII, 39 : ro The miérnroc The yfc est rendu par a poiu lerra, par confusion de TLÜTNTOC avec rotntroc ; Levit., VI, 17 : où reolloerar éluuœuéwm est rendu par non milletur condita pour non coquelur, par confusion de sum de furno. nepinoeta avec reuoÜñoerar : Num., xvin, 8 : 8é8cxx 4574 sic vépxc est rendu par dedi ea in senectute pour. in mercedem, par confusion de Yépuc avec Yüeue ; Num,. xIx, 16 : óc dv pnra Exi mpocc mov coU reôlou est. rendu par qui tetigerit faciem pueri pour campi, par confusion de maiou avec reôlou, etc. La responsabilité de ces méprises ne remonte-t-elle pas plus haut que notre traducteur ? Divers témoignages nous apprennent que les manuscrits de la version des Septante répandus dans le monde chrétien à l'époque de saint Jérôme, étaient souvent très fautifs, et les ' plus anciens qui nous soient parvenus ne sont nullement exempts d'erreurs : moT/706G, YÜüpxc. ratôlou, elc. ne peuvent-ils s'être trouvés dans le manuscrit que suivait le traducteur latin ?. Il. n'aura montré alors qu'une inintelligente servilité : mais d'autres exemples prouvent qu'il n'avait pas du grec une connaissance très solide, eL permettent de lui attribuer plus de bévues qu'on n'y serait riZoureusement obligé. Le manuscrit grec qu'il suivait. ne séparant pas les mots, il a compris, Gen., XXVI, 17 : xati Xi0ov pour xxrtA0ov et traduit adversus lapidem au lieu de lapidarem ; Levit., 11. 12 : dt &p{ñs pour rapio et traduit ab initio au lieu de primitiarum ; Deuter., 1, 1 : xx7x ypüoex pour Kaezoypócex (nom. propre) et traduit secundum aurea, etc. Quand un mot a deux sens, il ne sait pas toujours choisir le bon : Num., xim, 21 : y ? riov, ferra pinguis est traduit par. terra bibula ; il est vrai que niov peut être le participe | aoriste de nive, mais le sens veut l'adjectif miwv, et d'ailleurs le participe féminin serait ztoDox ; Levit., - 11. 4 : il s'agit de l'offrande d'un gâteau cuit au four : memeupévev £x : il est vrai que REREUUÉVOS peut être le participe de réuro aussi bien que de, récow, mais le sens devait empêcher de traduire mis
Ces remarques peuvent sembler un peu longues et minutieuses, mais el les nous apprennent beaucoup sur le niveau d'instruction des copistes et le degré de | culture de leurs congénères, Voici un traducteur qui n'est ni très intelligent, ni très attentif, ni très bon - helléniste et qui, en outre, a sous les yeux un manu- | scrit grec qui, sans doute, contenait déjà bien des leçons fautives, qu'il a souvent tranquillement traduites, quand même elles détruisaient complètement le sens d'un passage, et cette traduction est destinée | à un exemplaire très soigné destinée à une Église où l'auditoire, peut-être, ne s'est aperçu de rien.
De toutes les versions de la Bible dont les fragments : ont été publiés jusqu'à nos jours, celle-ci est une de - celles qui ont été écrites dans l'idiome le plus populaire, « Laissant de côté toutes les particularités orthographiques qu'il est toujours possible d'imputer à la responsabilité du seul copiste, nous trouvons encore, soit dans le vocabulaire, soit dans la flexion, soit dans la syntaxe, des faits intéressants et nombreux qui doivent certainement être rapportés au traducteur, eL qui nous le montrent laissant malgré lui envahir son langage par une foule de formes et de mots inconnus à la langue littéraire de Rome. Il justifie fort bien à ce point de vue ce que les paiens, d'après Arnobe reprochaient aux premiers écrits chrétiens, - c'est-à-dire précisément aux plus anciennes traductions latines de la Bible : Trivialis et sordidus sermo est | barbarismis, soloecismis obsitæ suni inquil res vestra el vitiorum deformitate pollulæ, Et le rhéteur chrétien bien loin de repousser le reproche, dit qu'il ne signifie qu'elle ne doit pas être retenue — * La faute raiou rien et demande qui minus id quod dicitur verum est si in numero peccetur aut casu, preepositione, participio, conjunclione. Ce sont bien là les traits distinctifs de. quent l'intérêt du texte !.
« Toutes ces questions connexes de versions de rela pénétration de la Bible hébraïque par le véhicule de. la langue latine, dans le monde occidental. Ce n'est. point par les juifs qu'elle y fut introduite : l'acte vrai-. ment mémorable de la traduction des livres hébreux en grec, à Alexandrie, qui avait été une des conséquences les plus remarquables de l'hellénisation de l'Orient,. ne se'renouvela pas pour le latin, Les juifs, si nombreux à Rome dès le temps d'Auguste étaient des. juifs hellénisés. S'ils lisaient la loi et les proE stes c'était en grec ou semi-grec qui était peut-être à Rome presque autant parlé que le latin.
- Ce fut dans ce monde que le christianisme, sortant des synagogues hellénistes, fit aussi ses premières conHN. quêtes ; il a gardé dans la plupart des termes les plus — essentiels de son culte (baptême, évangile, église) et de - sa hiérarchie (évêque, prêtre, diacre, clerc) les marques indélébiles de son premier âge. Bientôt cependant il recruta, à Rome et dans les provinces, des prosélytes qui n'entendaient pas ou qui entendaient mal le grec. On traduisit pour leur usage d'abord sans doute le Nouveau Testament, puis, la doctrine s'étant imposée que l'Ancien en était l'introduction et le symbole, les.livres mêmes des juifs. A l'époque où ce besoin se lit sentir, tout contact s'était rompu, dans le monde parlant latin, entre les juifs et les chrétiens. Aucun
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370 des Pères de l'Eglise latine, jusqu 'à saint Jérôme, ne semble avoir su l'hébreu, ni s'être soucié de l'apprendre. L'idée de critique était d'ailleurs si étrangère aux esprits qu'on ne songea même pas, en général, à comparer les différentes. versions grecques ni à profiter, quand ils furent accomplis, des grands travaux bibliques des Alexandrins. On n'essaya pas non plus de rédiger une traduction officielle, qui pût faire autorité pour tous les fidèles, La plus grande légèreté, s'il faut en croire un passage de saint Augustin bien souvent cité, présida à ce mouvement de traduction, + Aux premiers temps de la foi, dit-il, le premier venu, s'il lui tombait dans ‘es mains un texte grec et qu'il crût avoir quelque connaissance de l'une et de l'autre langue, se permettait de le traduire. » Que faut-il entendre par ces » premiers temps » ? A nous en tenir à l'Ancien Testament, il ne faut pas sans doute remonter au delà du 11° siècle : ce ne fut qu'alors que l'Église latine compta en majeure partie des membres dont le latin était la langue familière et qu'elle eut perdu toute connaissance de l'hébreu. A la fin du 1v siècle, quand saint Jérôme se décida à composer d'après l'hébreu, avec l'aide de quelques juifs, cette version qui devait être la Vulgate, le nombre et le désaccord des traductions latines faites d'après les Septante étaient devenus un embarras considérable dans une. Église où la connaissance de l'hébreu n'existait pas, où celle du grec allait se perdant tous les jours. « On peut compter, dit saint Augustin, ceux qui ont traduit les Écritures de l'hébreu en grec, mais non ceux qui les ont mises [du grec] en latin. » « Si l'on veut que les textes latins fassent autorité, dit saint Jérôme, qu'on me dise lesquels : car il y en a à peu près autant que d'exemplaires . » On voit notamment, par les commentaires de saint Augustin, dans quelle incertitude il lui arrivait souvent à lui-même de se trouver : le grec, que d'ailleurs IRE. p E. pmo n
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lala, il nous en est parvenu de bien d'autres versions différentes, et ce que dit saint Augustin est forcément trop peu caractéristique pour qu'on puisse avec sûreté désigner parmi eux ceux qui justifient son éloge. Ce n'est pas en tout cas l'Heptateuque de Lyon, même en le supposant plus correct que nous l'avons, qui a jamais pu le mériter : les mots y sont bien conservés (quand ils sont compris), mais la phrase est loin d'y être toujours claire, et cette traduction rentre évidemment dans la classe de celles que le même écrivain blâme comme étant trop littérales, tandis que d'autres, d'après lui, étaient trop libres (nous n'avons pas de spécimens de celles-ci).
L'examen de la langue, au point de vue de l'orthographe, pourra peut-être nous donner plus de résultats. Les fautes que le scribe a commises (en dehors de simples lapsus calami, parmi lesquels nous voyons, — A pour e atone devant r : assarem, passarem ; confusion d'æ et d'e bref : ainsi d'une part « epulas, dæi, prehendere, cædrinum, et même presbyter, depræssionis, pressura, d'autre part adherere, mense, porte, speleo : confusion d'c et d'e long : cenabant, praecapil : confusion d'e long avec i, d'e bref avec e ; ainsi d'une part vilaciter, nire, -i pour -e, et -is pour -es à la désinence, d'autre part lenere, aquela, inguenatio, vealores, -es pour -is à la désinence, et de même -et pour -if, ce qui trouble toute la troisième conjugaison en confondant les futurs et les présents ; confusion des désinences -eum et -ium : aleum, osteum, mais robio, capillacia, nuclioli ; confusion d'-i et d'-ii, confusion d'o long avec u, d'u bref avec o : ainsi d'une part robio, arola, edolio, -os pour -us à la désinence, d'autre part consulari, lucusta, -us pour -os à la désinence et même furnicaria, turna- = tum.
Consonnes, — Chute de lm finale : nove, dece, dextra, qua, etc., et addition erronée d'une m à la flexion ; chute de l' initiale : abitus, ædus, aurire, etc. ; addition, inutile de n devant s : formonsa, quadragensimus, thensauros, etc. ; confusion de b et de v, mais seulement à l'intérieur des mots : albea, -bit pour -vif et -vii pour -bit, ce qui trouble toute la conjugaison ; intercalation d'un b après u dans noctuba ; simplification de ff, U, mm, nn, pp, ft : et redoublement irrégulier de l, m, n ; substitution de g à c u devant r : grater, gralicula, pigris, et dans conga- vum ; confusion entre nt, mt, mpi, pt : temptare, volump- tarie semptima ; Variation dans l'assimilation des consonnes finales de ad, cum, in, ob, sub avec la consonne initiale du second élément des composés où entrent ces prépositions ; hésitation sur la notation de Fx, tantôt réduite à s : extraserunt, tantôt fortifiée par un c : uncxit, plancxit, tancrit, ou inter- vertir dans ses éléments : Sescentos ; substitution de : c à q dans cocorum et cotidie. Beaucoup de faits qui, au premier abord, semblent appartenir à la phonétique, doivent être étudiés sous un autre point de vue. Ainsi c'est la restauration dans le composé des formes du simple et non une prononciation vulgaire qu'il faut voir dans as par- gere, consparsa, dispargere, confrangere, elegere, intelle- gere, neglegere, obsedere, possedere, redemere, occedere, í procedere, constetit (clusit à l'inverse est refait sur exclusit). Dans interdie, on n'a pas e pour u, ni dans noctu u pour e, mais interdiu a été rapproché de die M et nocie confondu par le scribe avec noctu ; dans bo- vum il n'y a pas intercalation euphonique de v, mais assimilation à bovem et autres formes ; conleritum, conterivisti ne nous présentent pas davantage un phénomène d'intercalation de voyelle, mais ils sont refaits sur conterere ; scribi et autres formes semblables sont dus à scribere ; adulescens est fréquent et dû sans doute à adultus, et il ne faut pas y voir le changement, inconnu au latin vulgaire, d'un o bref en u ; i pour u dans auriginem, obstipuit, quadripede, sans parler de monimentum, legimentum, regarde l'analogie et non la phonétique ; il en est de même de formes comme eziebat, transiebat, firet ; decim provient de quindecim, adips et divis d'adipis et divitis ; jocineris est connu à côté de jecinoris ; l'orthographe de propinquus et de ses dérivés est due à une préoccupation étymologique.
Enfin il est bon de mettre à part les fautes que présente la transcription des mots grecs latinisés. Elles sont telles qu'elles indiquent pour la plupart d'entre elles qu'elles avaient passé par la bouche du peuple. Ainsi arodius (herodius), bassis (basis), parapsis et parabsis (pouropsis), phyola (phiala), nominia (neomenia), patharas (pateras), corccdrillus (crocodilus), chalædrio (charadrio), coliandri (coriandri), drachima (drachma), holocaustamata (holo cautomata), zmaragdus (smaragdus). Plusieurs de ces mots se retrouvent d'ailleurs dans les langues romanes avec les mêmes changements qu'ici. Notons encore sur les mots grecs que la prononciation de l'w est ici tout à fait incertaine : il est rendu non seulement par y, mais par i, i ce, U, ui, tandis que l'y (dans les mots grecs seulement) se substitue à e, i, u. Le ph est rendu souvent par {, ja mais par p ; au contraire, dans les autres représentations des aspirées grecques, lh est souvent supprimée (anatema, arre, chrysolitus, lienuchus, myrra, onycynus) ou ajoutée (chrystalus, mithra, pathara, storachina, yachintina) ce qui indique qu'on ne prononçait que la consonne principale.
Que conclure de ces faits sommairement exposés ? Ils ne nous présentent aucun phénomène qui nous oblige à faire descendre le Codex Lugdunensis à une basse époque. Plusieurs fautes qui apparaissent déjà dans de nombreux documents antérieurs à la chute de l'empire d'Occident y font complètement défaut : on n'y trouve pas par exemple l'i ou l'e préposé à l'o impure, ni la suppression de la pénultième brève des proparoxytons, ni le remplacement d'au par o (sauf une fois coder pour cauder, ce qui est une orthographe admise à l'époque classique), ni la confusion de fi et de ci devant une voyelle. Si ces traits négatifs nous permettent de faire remonter le manuscrit aussi haut que nous l'accordera la paléographie, ils peuvent aussi nous éclairer sur sa provenance. Quelques-uns que les inscriptions africaines ne présentent aucun exemple d'o pour au, ni de la confusion de fi et de ci ; un trait que les grammairiens signalent comme africain est l'emploi de / pour / ! et de ll pour l ; or nous vellit et sepellire (toujours). Mais ces apparences s'évanouissent et de ci devant une voyelle se présente déjà, il est vrai au m° siècle dans l'acrostiche du Syrien Commodo- dianus, concupicencia, mais c'est un fait absolument isolé : quelques exemples paraissent assurés pour Rome et l'Italie propre au 1v siècle : on commence à en trouver dans la Gaule transalpine au v siècle, dans la cisalpine au VIe seulement ; nous avons donc une indication de temps et non de lieu. La confusion de l avec I| n'est qu'apparente : milia est la bonne orthographe et a influencé milenos ; alium est également meilleur qu'aillium ; stela appartient à la Gaule et a produit le provençal estela, le français étoile ;
nolli et vellit sont des formes déterminées par nolle, velle, et défendues par des grammairiens, sepellire est une forme fréquente en Gaule et explique le français chamel, chameau, tandis que la forme concurrente chameil remonte à camelus), corcodrillus (la forme vulgaire de presque toutes les langues romanes répond à cocodrillus), et vatilum, ce qui ne peut rien signifier, L— Mais d'autres remarques nous éloignent décidément de l'Afrique. La confusion de b et de v, qui se trouve en réalité que dans albea : or l'Appendix Probi, qui n'a rien d'africain, recommande de dire alpeus non albeus, et le roumain albinä montre aussi que le » de ce mot était devenu b un peu partout. Le manuscrit de Lyon n'a donc pas été copié en Afrique ; il est probable qu'il ne l'a pas été non plus en Italie : outre les remarques faites sur o au et ti confondu avec ci, on peut noter que la finale s n'y tombe pas. Rien ne s'oppose, au contraire à ce qu'il ait été écrit en Gaule, dans le pays même où il a été conservé, et où il devait être au viri ? siècle, à en juger par l'écriture et l'orthographe des notes ajoutées à cette époque. Mais cela admis, nous ne pouvons encore en rien conclure sur le pays où la traduction copiée dans le manuscrit a été faite. Toutefois, rien n'empêche de croire que la traduction a été faite dans le midi de la Gaule. L'abondance des mots grecs et la déformation qu'ils ont subie indiquent une région où le grec était beaucoup parlé à côté de latin. Pourquoi ne serait-ce pas à Lyon même que la traduction aurait été faite et plus tard copiée ? Cette hypothèse semble la plus naturelle.
Si le traducteur latin avait voulu tirer de son modèle un livre intelligible il eût procédé autrement qu'il n'a fait, Mais, moitié par impuissance, moitié par respect pour le texte sacré, il s'astreignit à une littéralité absolue, et sans parler des fautes de son original grec ni de ses propres contre-sens, il se contenta de donner une reproduction mécanique de ce qu'il avait sous les yeux, sans s'inquiéter si ce qu'il écrivait avait un sens quelconque. Il dut commencer par une traduction interlinéaire, dans laquelle, sauf les articles et certaines particules propres au grec, il mit un mot latin au-dessous de chaque mot grec ; c'est ce qu'indique l'ordre, si fréquemment contraire à la syntaxe latine, de ses mots, ordre qui est souvent absolument identique à celui de nos manuscrits des Septante, qui parfois en diffère, mais qui nous représente celui du manuscrit même qu'il suivait. Sa version devait avoir pour but primitif d'aider à lire le texte grec à ceux qui ne possédaient pas suffisamment la langue dans laquelle il était écrit, Mais plus tard on la détacha du grec, que personne ne comprenait plus, et on la lut à part, soit en particulier, soit dans l'église.
La réglure, à la pointe sèche, permet aux caractères de s'appuyer en haut et en bas sur un trait, sauf pour les lettres D, H, Let Y qui dépassent un peu le niveau commun, La base des F se prolonge légèrement en pointe effilée au-dessous de la ligne de réglure, même observation mais moins constante pour P, Q et Hh. Le G se termine par une ligne droite très fine, descendant de quelques millimètres au-dessous de la réglure. Le premier jambage des N se termine par un petit délié tourné à gauche et dépasse toujours un peu le niveau inférieur des lignes. De petits traits tranctent et arrêtent dans la partie supérieure les montants des lettres A, N, U, P et R. Les I se terminent en bas par une pointe effilée ; ce qui les distingue essentiellement des T, dont la traverse, parfois peu accusée, tend à se perdre dans le sillon de la réglure, mais dont la base est toujours formée d'un plein largement tracé et même un peu renflé, Très souvent la traverse des E et parfois la tête des C, des E, des F, des G et des X (côté droit) est formée d'un trait fourché.
Si nous n'avions d'autre élément que l'onciale, il serait sans doute malaisé de déterminer l'âge du psautier de Lyon, heureusement le texte porte beaucoup d'annotations, les unes en onciale très barbare, les autres en minuscule ou en cursive de l'époque mérovingienne. La pourriture avant attaqué le haut d'un certain nombre de feuillets, on jugea nécessaire de rétablir les mots disparus ; on s'y prit de la manière suivante :
Le fol. 26 ve commençant par : Quoniam dabis eum in benedictionem avait perdu ces mots qu'une main inhabile remplaça au bas du fol. 26 r* par : Quoniam dabis ei benediccionerm, Le fol. 27 r° commençant par : Omnes qui te oderunt Pones eos ut clibanum étant illisible par humidité, on récrivit : Omnis qui te oderunt au bas de 26 ve el glevanum ignis en marge de 27. L'orthographe glevanum et l'écriture indiquent assez l'époque mérovingienne.
La conséquence à tirer des particularités graphiques et orthographiques, c'est que le psautier existait avant Le de Charlemagne et que, dès lors, beaucoup des feuillets qui le composaient, gâtés par l'humidité, avaient subi des restaurations. Le contraste observé entre l'orthographe et l'écriture du texte primitif et celle des passages restitués prouve qu'il s'écoula un assez long espace de temps entre la confection du livre et sa réfection. Celle-ci étant, au plus tard, du milieu du VIIIe, on peut reporter la confection un siècle et demi plus tôt ; par conséquent le psautier aurait été écrit à la fin du VIIe ou au commencement du VIIIe.
Fol. 3. Usquequo Domine si motus fuero in medio umbræ oblivisceris Ego autem intua mortis mé in finem Fol. 4. misericordia Non timebo mala Quous que ! avertis speravi ! quoniam tu mecum es faciem tuam a me Quamdiu ponam consilia in anima mea Dolorem in corde meo Usquequo exaltabitur inimicus meus super me meum Hespice et exaudi me Fol. 33v9. XXI. PsAruvs DAVID Dominus regit me et nihil Fol. 34v.Et poculum tuum Fol. 3 vv, Domine Deus meus mihi deerit inebrians Inlumina oculos In loco pascuæ ini me Quam praeclarum est meos ne umquam conlocavit Et misericordia tua | sur lesquels les différen ces entre la version romaines | Qui tribulant me Fol. 34. propter nomen suum Exultabit cor meum in salutari tuo Cantabo Domino qui bona tribuit mihi per diem Et psallam nomini ? Domini altissimi d'une traverse courbe, à peu prés comme on a figuré — la conjonction ef dans les écritures du XIe. Les 103 feuillets dont se compose le volume ont appartenu à un manuscrit au moins trois fois plus « considérable et formé de cahiers de 58 feuillets. La | signature de cha que cahier est marquée en chiffres | romains, sur la marge inférieure de la dernière page, D du côté droit. Ce qui nous reste présente donc environ le quart du psautier, c'est assez pour pouvoir déterminer la version qui s'y trouve transcrite. — — On sait qu'il existe trois textes du psautier : le Psalterium Romanum, version faite par saint Jérômi k d’après le texte grec, vers 383, pour l'usage de l'Église | de Rome : le Psalterium Gallicanum, révision pl attentive faite par saint Jérôme entre 387 et 391, adoptée en Gaule et insérée dans la Vulgate : le Psalterium Hebraicum, version faite par saint Jérôme sv ma le texte hébreu vers 405. i Le manuscrit de Lyon offre un mélange des m premières versions. Les psaumes X-XII contiennent | les leçons propres au psautier gallican. Les psaumes - XITI-XXXV sont conformes au texte romain, sauf le xxv qui est incontestablement gallican, sauf aussi le xxive et le xxvi, dans lesquels on remar que unes combinaison des deux versions. , A partir du psaume xxxvm, nous avons le texte o du psautier gallican. C'est : également au psaume xxxvn que commence la portion du manuscrit da laquelle les mots Dominus et Deus sont écrits | lettres noires et non plus en lettres rouges. 22 Afin de bien montrer que le manuscrit de Lyon, pour certains psaumes, suit le texte romain, et, pour d'autres le texte gallican, nous transcriro littéralement deux psaumes, en conservant, ligne - pour ligne, la disposition du manuscrit original, ce qui donnera une idée de l'orthographe et de la cous pure des versets. En note, nous signalerons les passages | et la version gallicane sont bien nettement accusées. E Nam et si ambulem 1 ` Virga tua et baculum tuum - Ipsa me consolata sunt , Parasti in conspectu meo mensam Adversus eos qui tribulant me Inpinguasti in oleo caput obdormiant in mortem Nequando dicat inimicus meus Super aquam refectionis : educavit me Animam meam convertit Deduxit me super subsequetur ? me Omnes dies vitæ mew Et ut in habitem in domo Domini In longitudinem dierum prævalui semitas justitiz Nomini tuo altissime, Rom. Gall. 3. Semitam, Rom. : Semitas, Gall.
E Ce mélange de la version romaine et de la version | galicane n'est pas la particularité la plus curieuse que présente le texte du psautier de Lyon. Les varian- “tes qu'on y a ajoutées à la fin de l'épo que mérovingi nne, probablement dans la première moitié du “wine siècle, méritent d'être examinées avec une grande attention. Dans les deux psaumes que nous venons de | transcrire nous n'avons voulu que faire connaitre le texte primitif du psautier. Rien n'est plus facile que de déterminer le caractère de ces variantes. Dans partie des psaumes, el les ont pour objet de substila version gallicane à la version romaine, et urs, au contraire, de remplacer la version romaine Econ gallicane. Les PROMIS pe donneB omar. en nant en »Mali que les mots ou tres Uu ont été CXPODCPUES ou biflés lors de la : SERE la seconde ‘colonne, où nous avons s marqué ; aractères romains ce que le reviseur a conservé uem Soit dons les interligne, Fol. 11 ve et 12 FRAGMENT DU PSAUME XVI ameam inimicorum Frameam uam ab inimicis de manu tua — manus tue i mine a paucis a terra Domine a paucis de terra — .. dispartire eos - divide eos E | subplanta eos in vita eorum e absconditis tuis = adimpletus est = ventereorum — - Saturati sunt porcina etreliqueruni E On woit par cet exemple comment le texte du psaume xvi qui était primitivement conforme à la . version romaine, a été ramené à la version gallicane.
L'exemple suivant montrera une transformation - contraire ; ici le psaume xxxvi sera ramené de la | version gallicane à la version romaine :
- Fol. 62-63 ve - Et qui juxta me longe steterunt in vita eorum De absconditis tuis adimpletus est | venter eorum Saturati sunt filiis el dimiserunt reliquias suas pa [rpulis suis | FRAGMENTS DU PS. XXXVII Et proxsimi mei a longe steterunt — Ego autem {amquam + surdus non audiebam - Et sicut mutus non Eaperiens os suum — Et factus sum sicut Et factus sum ut E ! homo non audiens homo non audiens … Et non habens in ore suo Et non habens in ore suo redargutiones ingripationes Ego autem velut surdus non audiebam Et sicut mutus qui non aperiens os suum — Quia dixi ne quando — super gaudeant mi hi inimici mei — Et dum conmoveantur Í pe des mei Super me magna E 4 |. locuti sunt —— A Quoniam ego in flagel IE 3 la paratus Quia dixi ne alequando insultent in me inimici mei Et dum conmoveantur pe des mei In me magna locuti sunt Quoniam ego in flagel la paratus Et dolor meus ante me est ! semper Quoniam iniquitatem meam ego prononcio Et cogitabo pro peccato meo Et dolor meus in cons pectu meo semper Quoniam iniquitatem meam adnuntiabo - Et cogitabo pro peccato meo
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Inimici autem mei vivunt ef conjortati Inimici autem mei vivunt e/ firmati Quoniam sequebar Quoniam subsequofus sum iustitiam iuslitiam Non derelinquas me. Ne derelinquas me, Nous avons indiqué les caractères essentiels du texte primitif et les variantes additionnel les ; il nous reste à signaler quelques notes ou essais de plume, qui, à l'épo que mérovingienne ont été jetés cà et là, sur les marges. Ghodoldus, Fol. 16.
In Christi nomen Nolicia qualiter vel quibus, Fol. 56 ve.
Dum devid[it] murus et minia pandemus. Quintiniamus papas de Roma vobis mandat salutus.
Fol. 59 v.
Audite omnis gen les paupir et potentes audite contremore de Christi salvatore. Et tu crude les Juda permanes in ardura. Fol. 62 v ».
Dum insedere incolimis depositus inveni ( ?) patre mea et matre meus hac natus non fuera ne que allius. Fol. 63.
Homnes homo Christyanus qui haccepet baptismo in Deo devel cogitare non peccare neuio, Chrisli resuveniad le de mi peccatore. tribolantes. Fol, 70 ve (c'est pres que déjà les formes romanes).
Dum myhy ambolare él bene cogetare audivi avem adeladtire el cessed myhy inde dolore suspin. Fol. 71 v ».
Deus qui se des in septemo trono ef judicas, Fol. 71 v ».
Meritum sacerdotis recypiant condignas honores qui chorani pro peccatoribus Deo cognitum est cui scylum quod aego peccavi. Fol. 74.
Voir encore L. Delisle, Les manuscrits du comte d'Ashburnham. Rapport au ministre... suivi d'observations sur les plus anciens manuscrits du fonds Libri... pi 4 cmm ränk eant Ae clem Fe nm 1 , « i = » pK 8 rà En BE dai deu rented s eode ae aei o RE. o car a ——— En - P
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in-4e, Paris, 1883, p. 33-35 ; dans ce curieux passage L. Delisle rapporte comment une mention du catalogue Libri, n. 5. « Liber psalmorum, manzscrit sur vélin, en lettres oncia les, en rouge et en noir, à lignes inéga les, in-folio, carré, du Ve » est suivie des mots : « Voyez le fac-similé, n° 5. » Or ce recueil de fac-similé ne parait pas avoir ja mais vu le jour. C'est en examinant les papiers de Libri, venus du grefle du tribunal de la Seine à la Bibliothè que nationale, que Delisle remarqua deux feuil les de papier végétal, sur lesquel les une main exercée a tracé le cal que de, quelques lignes empruntées à douze anciens manuscrits !, Or c'était là le fac-similé des douze premiers numéros auxquels renvoyait le catalogue Libri. Le | n ? 5 portait ces trois mots disposés sur deux lignes :
La vue de ces trois mois, tirés d'un psautier, lui remit en mémoire le psautier de Lyon ; or les mots calqués appartenaient au ps. cxvm, 41, 42, psaume qui man que dans les feuillets de Lyon et on a pu racheter depuis le fragment volé et compléter en partie le manuscrit.
Saint Augustin. — 426 (352) Commentarius in | psalmos XLIX-XCVI. Écriture onciale vire siècle, parchemin, 186 feuillets, 220 x 225 mm. ; complété par le ms. Paris. nouv. acquis. lat. 1629, fol. 7-14. Corrections margina les en minuscule mêlée de cursive. Au fol. 14 : Custantina en capitale, au fol. 19 : Cust :ntine sum ;
Les Évangi les, — 431 ( 357) 1x° siècle, parchemin, 239 feuillets, 279 x 200 mm., minuscule caroline extrêmement pure, quelques rubriques en onciale ; initia les or et argent. Baluze vit ce volume en 1701 ; appartenait dés 1648 au collége de Lyon. cum, Écriture onciale, vit et vir sièc les. Parchemin | très fin, 279 feuillets, 350 x 290 mm., complété par le ms. Paris. nouv. acquis. lat. 715397.
Certains feuillets ont été refaits cn minuscule, au vir* siécle ; quelques lacunes, notées à la méme époque, n'ont pu être comblées. Nombreux mots et phrases récrits en minuscule. Sur les marges, notes povr la lecture de l'office de certaines parties du texte ; puis, au commencement de plusieurs homélies, noms propres indiquant, suivant L. Delisle, les noms « des membres de la congrégalion chargés d'en faire la lecture publi que. Initia les rouges, jaunes, vertes en forme de poissons.
| Fonds Libri et Barrois, p. 19 sq. 275 : pi ns noD | Album paléographi que, pl. v ; A. Zingerle, Der Hila | 220 x 163, complété par Paris. nouv. acquis. lat.
| ture onciale vr-vrr siècle, 94 -+ 48 feuillets, 270 x manuscrits de la bibliothè que de Lyon, dans Noti ces | n. 431 (357) (voir | | diocèse de Lyon, in-8°, Lyon, 1901, 23 p.
(372).
S. Hilaire, — 452 (381) In psalmos. Écriture onciale. vi* siècle. Parchemin, 315 feuillets à 3 col. | 290' x 250 mm. Titres courants en petite onciale ; 4 E le début et les titres de cha que psaume sont en | rubri que ; complété par Paris. nouv. acquis. lat. 1593.
5. Augustin, — 478 (408) De consensu Evangelistarum. Écriture onciale VIe, 203 feuillets, 260 x 210 mm. m S. Jérôme, 600 (517) Epistolæ et Varia, Écriture onciale fin vie début ix* siècle. Parchemin 80 feuillets S. Jérôme — 602 (519) Adversus pelagianos. Écriture Au fol. 4 on lit le titre du livre : In nomine Domini. Incipit liber sacramentorum de circulo anni, expositum a sancto Gregorio papa, er uuthentico libri biblioteca circulis (sic) scriptum, qualiter missa czelebratur Romana, hoc est in primis introitum, qualis fuerit statutis temporibus seu diebus festis sive cotidianis diebus... - L'origine lyonnaise du manuscrit nous parait établie par le texte des litanies du Samedi saint qui se lisent au fol. 35 ve ; voici la liste des invocations allégée des qualifications sancte ou sancia, que chacun peut suppléer sans peine :
— Maria, Michael, Gabriel, Raphael, Johannes, Peire, Paule, Andrea, Jacobe, Johannes, Philippe, Bartholomeæ, Stephanæ, Juda, Silea, Timotheæ, Tithe, Donate, Ignathi, Calliste, Justine, Apolloni, Laurenti, Vincenti, Panchraci, Chrisogone, Cosma, Damiane, Epagathe, Zacharia, Aunemunde, Mathure, Atthale, Alexander, Pontice, Genesi, Athanasi, Pauline, Verane, Paciens, Lupe, Sacerdos, Augustine, Gregori, Benedicle, Euchiri, Remigi, Sulpici, Tecla, Cecilia, Eulalia, ocadia, Columba, Crispina, Sabina, Juliana, BlanMr, Genofeva (sic). On remarquera dans cette liste le nom de Vettius jugathus en tête du groupe des martyrs de Lyon, et nom de Zacharias qui en est inséparable, quoi que la liste des martyrs soit aussitôt interrompue par l'insertion du nom de l'évé que A unemundus. = Parmi les prières qui se lisent en tête du sacramentaire, il convient de remarquer celles dont nous donnons ici les rubriques et les premiers mots : 4 Benedictio agus calidæ, Deus judex justus, fortis et P liens, qui es auctor et amator pacis... Benedictio super ferrum. Benedic, Domine, per E invocationem sanctissimi nominis {ui ad manifestandum.. . La Seconde partie du volume est un antiphonaire noté en neumes, écriture un peu plus récente. — Bibl. — L. Delisle, Mémoire sur d'anciens sacramen… Contenu du volume : a) huit feuillets non numérotés ; b) Pontifical, numéroté de 1 à 261 incl., huit feuillets non numérotés, puis la numérotation reprend « de 262 à 277 iacl., fol. 281 ; fol. 278-280 ; fol. 282 ; fol. 283-285 ; fol. 286 jusqu'au fo1. 339 ; l’ index est complet ; €) dix feuillets non numérotés. laires, dans Mémoires de l'Institut national de France.
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‘Le manuscrit ; écrit au xiv* siécle pour l'Église de Lyon, passa peu de temps aprés à I 'Église de Tarentaise ; il vint ensuite entre les mains de Guillaume Briconnet, cardinal de Saint-Malo, dans les dernières années du XVe. Au xvne siècle, il appartenait à Pierre Ménard, Tourangeau. mort en 1701. Le manuserit porte ensuite le cachet de propriété Oratorii Tolosani. ;
Le texte offre un certain intérêt pour la. question de la date de la bénédiction épiscopale à Lyon.
Leidrat li cet indignus tamen eps istum librum traditi ad altare sci Stephani. | Nous avons done sous les veux ua volume qui a été offert à l'Église de Lyon par l'archevê que Leidrade, Ge prélat a occupé le siège de Lyon depuis l'année 798 jusqu'à l'année 814. C'est donc entre ces deux dates que se place nécessairement l'offrande du livre. La copie doit en avoir été faite à la méme épo que ; elle ne saurait guére étre plus ancienne, puis que nous v lisons, au fol. 28, une petite piéce de vers composée par le diacre Alcuin : VERSVS ALCVINI DIACONI A CAROLVM REGEM FRANCORVM. Le volume peut donc être cité comme un exemple des livres qui s'écrivaient en France pendant la dernière période du règne de Charlemagne, : ë EEPE E Pending] cgi B rd LÀ Pe © TT ue cmi RER uuo spo.
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Le manuscrit offre un autre genre d'intérét : il | nous fait voir quels textes servaient à l'enseignement de la dialecti que dans les éco les de Charlemagne. La copie que ce manuscrit nous a transmise est incorrecle dans plus d'un passage ; mais comme ancienneté elle prime la plupart de cel les qui nous sont parvenues.
La présence des symbo les de Nicée, de saint Ambroise, de saint Grégoire le Grand, de saint. Grégoire de Néocésarée, de saint Jérôme et de saint Athanase, sur les dernières pages du manuscrit, s'expli que assez facilement : Leidrade avait dü réunir ces textes quand il passa les Pyrénées pour aller en Espagne | . combattre les doctrine de Félix, évé que d'Urgel, qui niait la divinité de Jésus-Christ, en prétendant que, suivant la nature humaine, il n'était que fils adoptif et nuncupatif de Dieu le Pére.
Au fol. 110 ve, nous signalerons cette paraphrase de l'oraison dominicale :
Siderio genitor residens in verlice caeli, Nominis oramus veneratio sanctificetur.
In nobis, paler alte, tui tranquillogue mundo Adveniat regnum que (uum, lur alma recludat. In cælo et in terris fiat clara voluntas, Vilalis que hodie sancti substantia panis Proveniat nobis. Tua mor largitio solvat — innumera indulgens erroris debitü pravi, Et nos haud aliter concedere fenore nostris. Tetri seva procul temptatio demonis absit, At que malis tua nos in lucem dextera tollat. Sic elenim genitor populis delicia remittif, Si vestra allerni nobis peccata velitis Cedere, et durum erratis intendere pectus, Toutefois plusieurs de ces manuscrits, remplis de traités des Pères, nous intéressent par une particularité, Ils portent des inscriptions de l'épo que caro- | lingienne destinées à rappeler le nom des archevéques de Lyon qui les avaient offerts à la cathédrale. Ge sont :
No 524 du Catalogue de Delandine : Œuvres de saint Augustin, parchemin, fin VIe, Le volume a été donné à.la cathédrale de Lyon par l'archevé que Leidrade (798-814) qui a tracé de sa main, sur la première page, les deux lignes suivantes :
LEIDRAT LICET IN[dignus ta]MEN EPISCOPVS ISTVM LIBRVM [éradidi ad altare] SANCTI STEPHANI .
Une inscription absolument semblable se lit à la fin d'un exemplaire des commentaires de saint Jérôme sur Isaie, dont la Bibliothé que nationale a recueilli quelques débris, formant aujour d'hui les fol. 21-25 du ms. lat. 152.
La souscription du fol. 1 du ms. 424 a été reproduite par l'héliogravure dans l'Album paléographi que de la Société de l'École des chartes, pl. XIX, No 526 du Catalogue de Delandine : Traité contre Fauste par saint Augustin, parchemin, fin vie-début ix* siècle. Ce livre est un de ceux que l'archevê que Leidrade (798-814) donna à son église cathédrale. L'inscription qui constatait le don fut eflacée par un | evidenter agnosci polest, a furti auctore abrasus fuerat.
| le Ier Livre des Rois par Bède, parchemin, 1* moitié | | du VIe, Ce volume a été légué à la cathédrale de | voleur, mais rétablie, au ix ou au x siècle, aprés - que le volume eut été recouvré par les chanoines. L'inscription restituée est ainsi conçue (fol. 1) : - Leidradus episcopus istum librum tradidit ad altare. sancti Stephani, qui furto exinde sublatus et inventus, | alia manu novo titulo insignitus est, quia prior, sicul | No 401 du Catalogue de Delandine : Come sur Esdras par Bède, parchemin, début du ix siècle, Ce volume à appartenu à Agobard, archevê que de | Lyon (814-840), qui l'a légué à la bibliothè que de sa | cathédrale, comme le rappelle une inscription tracée sur la premiére page :
Liber oblatus ad altare sancti Stephani, ex volo Agobardi episcopi.
Lyon par l'archevé que Amolus (841-852). On lit ces « mots sur le fol. 1 ve : 1 Liber oblatus ad altare sancti Stephani ex voto Amoli | episcopi.
A la suite de cette inscription qui a été répétée | plusieurs fois comme essai de plume se voient tracés, - avec une encre plus pâle, les mots : Einardus librarius. |— Au haut du fol. 1 r°, en caractères du vie ou du — X* siècle, ont été écrites ces quatre lignes, dont la preT miére a été mutilée : 1 Aimo enim si subira. . . . :
Truann [us | non recte sed vicio scriptoris scribitur Nam quod melius est tyrannus vel truxannus dicitur. Emmo eliam dicitur quasi emo quod scientiam emit.
Il y a peut-être là une mauvaise plaisanterie sur le nom de l'archevê que Amolus. | L'inscription du fol. 1 v » est reproduite dans VAL bum paléographi que de l'École des chartes.
N°- 525 du Catalogue de Delandine : Traités de saint | | Augustin, parchemin, début du VIe. Le copiste M a signé au fol. 133 ve : Martinus presbiter scripsit ; il< avait laissé en blanc la première page sur laquelle on a tracé en lettres capita les une inscription qui avertit | que le volume a été donné à la cathédrale de Lyon par l'archevê que Remi (852-875) :
Cette inscription est reproduite dans I l'Album paléographi que de l'École des chartes : ` | N° 392 du Catalogue de Delandine : Commentaires sur Isaie, par saint Jérôme, parchemin, VIe. Ce M volume a été oftert par l'archevê que Remi (852-875) — à sa cathédrale ; on lit au commencement du volume : Au-dessous de l'inscription, une main contemporaine — a tracé neuf vers en souvenir des neuf livres dont se compose le traité de saint Jérôme. La barbarie de T — ees vers, écrits par un certain Richirannus, en fait : le principal mérite : j^ 4 Liber a me lectus explicit Richirannus qui vocor. — Super Saiam phelam Geronimus vocitatur.
— Grates illi refero qui illum multuavit et mihi, — Bonum quod omne amatori cultori decam que Dei. — Anagogen altus vulgaris est et perfectus, — Christi et Stephani prolove testis * ipse libellus. Aliquid se ! mendosus ne est vicio que scriptoris, Rigereco ? poterit illum qui sciverit artem.
Libri quod sunt novem [of versus ego digessi.
EXPLICIT FABV DE LIBRO LA’
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à XXXI ? el le commenñcernent du titre xxxi : De honore sacerdotum.
Le cahier iv, qui est entier, contient la fin du titre xxxIV : De quibus episcopi ordinandi non sunl ; les titres xxxv et xxxvi et le commencement du titre xxxvi : Ne per praemium ordinentur episcopi, Le cahier v était égaré dans un autre manuscrit. Waitz l'avait dépisté, mais avait donné une référence inexacte. E. Gaillemer réussit à le découvrir, et il a été replacé dans le manuscrit 346, entre les cahierstv et vir ; Le cahier vr a été égaré par le relieur qui l'a inséré entre les cahiers xxr et xxir, Ce cahier vi contient la fin du titre xru : De episcopis nolentibus suscipere ministerium ; les titres xrmr à XLIX et le début du e : De archiepiscoporum primatu, Viennent ensuite sans interruplion vingt-six cahiers cotés virrxvinr inclus : le cahier xvini n'a que six feuillets au lieu de huit, mais parait complet ; enfin les cahiers A. B. C. D. E. F. G. H. I. K. L. Un dernier cahier, sans signature, mais faisant suite au précédent, contient la fin du livre IX », le début du livre X. Il pape Hormisdas. Le cahier contenant la fin du livre X+ a disparu.
A. — X. — 13
finit au cours d'une lettre de l'empereur Justin au-
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Ce manuscrit est formé par la réunion de 202 feuillets qui procèdent de six origines différentes : un premier manuscrit a fourni les folios 1-4, 17-136 ; un deuxiéme manuscrit les folios 5-6, 201 -202 ; un troisiéme manuscrit les folios 7-16 ; un quatriéme manuscrit les folios 137-142 ; un cinquiéme manuscrit les folios 143-196 ; un sixiéme manuscrit les folios 197200. Tout cela a été rapproché et relié tant bien que mal, enfin classé de manière à représenter un Infortiatum à peu prés complet.
Nous sommes ici en présence d'un composé de pié ces et de morce aux ; le manuscrit est un véritable centon.
Ce volume a été l'objet d'une notice de E. Caillemer, dans Mém. de l'Acad. de Lyon, t. xx, p. 75-82.
3725 (303). Ce manuscrit contient de nombreux feuillets de la Ler romana Wisigothorum. Le début man que ; début de la première constitution complète :
Imperator Constantinus A ad Abbavium. Pla cet et | mulieri non licere... (liv. III) ; le livre XVI finit au fol. 78. Ce manuscrit a été trés attentivement étudié par G. Hænel qui en a dit tout ce qui était utile.
Ce qui mérite surtout de fixer l'attention, c'est | que la table des rubriques diffère très sensiblement de celles que l'on rencontre habituellement dans les manuscrits de la Lex emendata, et offre les similitudes les plus frappantes avec celles des manuscrits, fameux par d'autres singularités, de Leyde et de Modène.
HI. Fol. 27-34. Fragment d'un pontifical comprenant un calendrier pour les années 779 à 783, commencant ainsi :
Jan. ag. et. dec. IH non. hab. XVIIII p. ; id. el dies XXXI, mar. mai, jul.et oct. VI non, hab. XVII p. ; id.el dies XXXI, apl. jun.sep.el nov. 2177 non. hab. XVII p. ; idet dies XXX, mens. feb. 1111 non habet, XVI p. ;id.et dies XXVII...etc, Court traité sur le calcul du temps : Tempora anni sunt IIII... Racio ex libris sancti Isidori.
Fragment de pontifical.
Incipit translatio sacratissime virginis sanctae Mariz... Tempore illo cur...
IV. Fol. 35-40, palimpseste, en écriture semi-onciale, du Liber primus sancti Hieronymi adversus Jovinianum : De hominibus cum Minervam quo que et. Dianam V. Fol. 41-48. Fragment d'un commentaire sur les psaumes XLIV, XLV, XLVI, XLVI. Le psaume XLV M est coté 43, le psaume xLvi est coté 44 et ainsi du reste.
Le texte des psaumes n’est pas absolument conforme « à celui de la Vulgate ; exemple : le psaume xLv i commence ainsi : Filiis Chore pro occultis... Minusnule du 1x° siècle, titres en onciale, lettres ornées curieuses.
VI. Fol. 49-58, Ges dix feuillets ont fait autrefois partie du manuscrit 604 (527) contenant des $ sermons et opuscu les de saint Augustin en écriture M semi-onciale du vr siècle, manuscrit décrit par L. Delisle dans Noti ces ef extraits des manuscrits, t. XXIX, M part. 2, p. 369-371. Ces feuillets.ont repris leur place « dans le volume auquel ils appartenaient ; cf. E. CU mer, op. cii., t. xx, p. 84.
VII. Fol. 59-66. Fragment d'un commentaire sur | es psaumes XLVIII, XLIX, L, LI (X° siècle).
VIII. Fol. 67-74. Fragment du De pastoribus de 4 | saint Augustin : incip. : Quia et cum presens est lux ; | desin, : quomodo mons umbrosus in Numidia (1x* siè- {| cle).
X. Fol. 77-82 ont également repris la place qui leur XI. Fol. 83-86. Fragment d'un opitüadi de E : Saint-Jean de Lyon du 12 mars au 30 avril inclusi- | vement ; additions au texte primitif (xim siècle).
XII. Fol. 87-88. | sur l'Écriture ; incip. : Cum sederit filius hominis in sede majestatis,. ; desin. : eliam olosestricum fulgeret, sel in eisdem... (1x* siècle, minuscule lombarde).
XIII. Fol. 89-90. Fragment d'un missel (xrv* siècle).
XIV. Fol. 91-97. Sept feuillets contenant les vers 522 à 905 de l'Heautontimoroumenos de Térence ; recension de Calliopius (1x° siècle).
XV. Fol. 98-99. Fragment d'un recueil des lettres de saint Jéróme, deux épilres aupape Damase et une à Marcella (rx* siécle).
XVI. Fol. 100-101. Il existe en droit canoni que un recueil, encore inédit, désigné sous le nom d'Epitome hispana, ou bien encore de Breviarium el d' Abbrepiatio canonum hispana. On est assez fondé à croire que ce recueil a été rédigé en Espagne, du moins semble-t-il résumer une collection hispani que. La date de la rédaction de l'Epitome n'est pas déterminée, mais elle appartient au commencement du vu” siècle ; entre 598 et 633.
L'Epitome contient d'abord une analyse des conciles : Incipiunt capitula sanctorum omnium conciliorum, qua a beatis patribus statuta sunt, breviter callecta at que conscripta ; ensuite vient le résumé des décréta les des souverains pontifes.
Fr. Maassen n'a connu que trois manuscrits de M Fragment d'un commentaire | — du concile d'Elvire, vers l'an 300 (voir Diclionn., mt. 1v, col, 2657-2694). — Le deuxiéme feuillet contient la fin du résumé de — VEpistola Innocentii papæ ad Exuperium Tolosanum - episcopum, résumé qui, dans les manuscrits de l'Epilome, occupe le quatrième rang des Episiolæ decre- - la les. Viennent ensuite des résumés de lettres et enfin “un résumé de la lettre du pape Léon à Anastase de Thessaloni que. — Voir E. Caillemer, dans Mém. de lAcad. de Lyon, —t. xx, p. 41-48 ; cf. Fr. Maassen, Geschichte der Quel| Wien, 1868, p. 389.
UN CODEX LUGDUNENSIS.— C'est le nom que donne i 33 Haenel à un manuscrit que Maassen désigne sous ES nom de die Handschrift von Lyon, contenant les — canons de plusieurs conci les tenus en France du r1v —au vi siècle et transcrit au vire siècle. Ges conci les —sont les suivants : Arles, Ier, 314 ; Valence, Ier, 374 ; Riez, 439 : Orange, Ier, 441 ; Vaison, Iv, 442 ; Arles, He, 443 ; Agde, 506 ; Orléans, Ier, 511 ; Epaone, 517 ; Arles, IVe, 524 ; Carpentras, 527 ; Orange, II : 529 ; - Clermont-Ferrand, 235 ; Orléans, Ille, 538 et Ve, - 549 ; Arles, III* avant 461 ; Vaison, Ile, 529 ; Arles, pv. 554 ; Mácon, 581. Le manuscrit renferme en outre | les piè ces suivantes : 1° Prosper, Capitula sancti X Augustini, intercalés entre les conci les de 527 et de 529 ; 2 » une liste des provin ces et des vil les principa les de la Gaule ; 3° la lettre du pape Léon le Grand : Divin cultum, aux évéques de la province de Vienne ; Eo les Constitutions Sirmondianæ. ne 578, dans la bibliothè que de Jean Meermann et ensuite chez sir Thomas Phillipps à Middle Hill - (Worcestershire), transporté à Cheltenham (Glou-, cestershire) sous le n » 252, et finalement acheminé vers - Berlin après la dispersion de la bibliothè que Phillipps,. paraît dériver du précédent.
XLIX. RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE. — Nous avons
- accordé à cette étude de Lyon une place en rapport avec l'étendue et l'importance de cette cité dans - l'histoire du christianisme en Gaule. De la ville © romaine, médiévale et moderne nous n'avions que — peu de chose à dire, et tout le nécessaire a été dit et — redit dans les trav aux consacrés à Lyon par ses habi~ tants ou ses admirateurs.
- la période chronologi que de nos recherches.
Fondée en l'an 43 avant notre ére, Lyon a joui d'une i extréme prospérité jus que vers la fin du n° siècle. … Vingt ans après le drame de l'an 177, l'avènement de | eux, en 534, tu des et les erreurs, Steyert
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septime-Sévére et sa victoire remportée sous les murs de Lyon annoncent la série de catastrophes qui vont se succéder, En 275, Aurélien impose à la ville un rude châtiment. Au Ve, les Burgon des s'établissent à Lyon dont ils font leur capitale, mais ces braves gens, qui sont des barbares assez apprivoisés et des agriculteurs passionnés, sont tout à fait ignorants de l'architecture et des be aux-arts, s'occupant simplement de l'entretien de la voirie. Aprés les Francs ne se montrent pas mieux préparés et les édifi ces de la ville romaine, minés par letemps, désagrégés par la pluie, subissent un désastre immense ; en 540, le forum et ce qui rappelait les édifi ces énormes et magnifiques du rre siècle, tout s'écroule.
On sait si peu de choses des invasions sarrasines et des dégâts qu'el les causérent, qu'il est préférable de ne pas insister sur ce sujet, faute d'en pouvoir dire rien d'assuré. Les invasions des Hongrois sont mieux connues, Entre 934 et 949, ces terrib les coureurs brülent l'abbaye de Savigny : alors les Lyonnais, fort diminués en nombre et jugeant leur ville trop difficile à défendre avec sa vaste enceinte à demi ruinée, s'entassent au pied de la colline de Fourviére, entre la Saône et un nouveau mur construit de SaintGeorges à Saint-Paul, derriére les maisons adossées au rocher qui borde présentement les rues SaintGeorges, Tramassac, Gadagne et. Saint-Paul.
Ce n'est plus qu'une grosse bourgade, bien déchue, bien appauvrie, mais qui ne veut pas disparaitre, qui veut durer et qui, pour cela, commence à transformer les édifi ces anciens debout ou à demi détruits en. carrières où les habitants vont s'approvisionner de poutres, de moellons, de briques pour élever des masures et des monuments, Tout ce passé descend la pente de Fourviére ; pierres taillées, blocage prennent le chemin d'un Lyon nouveau et on a retrouvé les débris de ce béton romain pres que incassable dans les assises des églises Saint-Jean, Saint-Pierre, SaintNizier.
Lyon n'a pas fini avec ses épreuves ; aprés SeptimeSévère, elle verra dans ses murs le baron des Adrets et les huguenots !, Couthon et Fouché et le décret de la Convention qui lui retirera son nom et déclarera que « Lyon n'est plus ».
L. BIBLIOGRAPHIE. — 1. « Lyonnais de race ou d'adoption, les historiens n'ont point manqué à Lyon, depuis la Renaissance. Mais ce furent trop souvent et trop longlemps des écrivains plus soucieux de plaire par un récit varié d'événements mémorab les que d'instruire par un exposé méthodi que de faits cerfains. Quand ils ne marchaient pas servilement dans les tra ces de leurs devanciers, ils allaient au gré de leur fantaisie, dépourvus de sens criti que et de règ les sûres. Rien n'égalela légèreté de leurs assertions et la hardiesse de leurs conjectures. N'étaient les cas oü ils parlent en témoins et ceux oü ils citent des documents aujour d'hui perdus, les livres de tous ces historiens antérieurs au xix° siècle n'intéresseraient plus que la curiosité du bibliophile . » Les historiens lyonnais du xix siècle ne sont pas eux-mêmes à l'abri de reproches graves et mérités. Glerjon est prolixe et négligent, Monfalcon accumule les inexactin'a d'autre titre à l'indulgence que l'illustration surabondante, encore qu'un peu confuse, qui orne son texte. « Bien plus uti les que ces ambitieuses synthèses sont les monographies auxquel les beaucoup de travailleurs lyonnais au cours de ce xIx’ siècle et depuis, ont eu la sagesse de se consacrer, exploitant les archives départementa les, hospi-
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talières, notariales, trésors à peu près intacts jadis, et encore aujourd'hui fort loin d'être épuisés. Il va sans dire que de ces investigateurs la valeur est très inégale. Certains ne firent preuve que d'une bonne volonté laborieuse ; d'autres étaient mieux doués ou mieux dressés ; les plus récents l'emportent généralement sur les plus anciens par l'éducation historique !, » La bibliographie que nous donnons ici ne peut être historique et raisonnée des historiens de Lyon et des ouvrages manuscrits et imprimés qui ont quel que rapport avec l'histoire ecclésiastique et civile de cette ville, in-8 », Lyon, 1787 ; Delandine, Mémoires bibliographiques et littéraires, in-8 », Lyon, 1816 ; F. Z. Collombet, Études sur les historiens du Lyonnais, 2 vol. in-8 », Lyon, 1839 ; N.-B. Monfalcon, Histoire littéraire ou bibliographique de la ville de Lyon, in-8 », Lyon, 1851 ; U. Chevalier, Répertoire des sources historiques du Moyen Âge, in-8°, Paris, 1903. Topo-bibliographie, col. 1782-1796 ; S. Gharléty, Bibliographie critique de l'histoire de Lyon depuis les origines jusqu'à 1789, dans Annales de l'université de Lyon, 1902, nouv. sér., ii, Droit, Lettres, fasc. 9 ; 5. Charléty, Bibliographie critique de l'histoire de Lyon depuis 1789 jusqu'à nos jours, dans Annales de l'université, 1903, fasc. 11. extrait de la description du seigneur Campese, par le sieur de la Faverge, revu et corrigé par M. Leonard | | serpir d'introduction à l'histoire du Lyonnais, in-8 », Lyon, 1855, Bleton, Petite histoire populaire de Lyon, in-8e, Lyon, a produits, in-8 ?, Lyon, 1761. — Pernetti, Recherches pour servir à l'histoire de Lyon, ou les Lyonnais dignes de mémoire, 2 vol, in-8e, Lyon, 1757 ; Tableau de la « ville de Lyon, in-8*, Lyon, 1760. — Poullin de Lumina, Abrégé chronologique de l'histoire de Lyon, in-4e, Lyon, 1767. — Jal, Résumé de l'histoire du Lyonnais, « in-18, Paris, 1828, — Bréghot du Lut, Lettres lyonnaises ou correspondance sur divers points d'histoire et de littérature, in-8°, Lyon, 1826. — Guillon ` de Montléon, De la fraternité consanguine du peuple lyonnais avec la nation vraiment milanaise, in-8 », Lyon, 1828. — Bréghot du Lut, Mélanges biographiques et littéraires pour servir à l'histoire de Lyon, 2 vol., in-8v Lyon, 1828-1831. — Lyon ancien et — moderne, par les collaborateurs de la Revue du Lyonnais, sous la direction de Léon Boitel, avec des gravures à l'eau-forte et des vignettes sur bois par — H. Leymarie, 2 vol., in-4o, Lyon, 1833-1849. — Guillard, Précis chronologique de l'histoire de Lyon, — in-8 », Lyon, 1835. — Clerjon, Histoire de Lyon depuis sa fondation jusqu'à nos jours, 6 vol., in-8 », Lyon, 1829, 1837. — Beaulieu, Histoire de Lyon depuis les Gaulois jusqu'à nos jours, in-8, Lyon, 1837. — F Bréghot du Lut et Péricaud, Biographie lyonnaise. M Catalogue des Lyonnais dignes de mémoire, in-8 », Lyon, 1839. — Girault de Saint-Fargeau, Notice sur Lyon, in-8 », Paris, 1845. — Péricaud, Notes et documents pour servir à l'histoire de Lyon, 2 vol. in-8 », Lyon, 1833-1846. — AI. Maret, Essai pour servir à l'histoire de Lyon depuis les temps historiques jusqu'à la domination des Francs, in-8°, Lyon, 1846. — E. Fabwier, Histoire de Lyon et des anciennes provinces du Lyonnais, du Forez et du Beaujolais, depuis l'origine jusqu'à nos jours, 2 vol in-8 », Lyon, 1846. — T Aug. Bernard, Description du pays des Ségusiaves pour Lyon, 1858 ; Supplément, 1859. — Jolibois, Disser-
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| p. 88-89, n. 717. — Cartulaire lyonnais, documents inédits pour servir à l'histoire des anciennes provinces de Lyonnais, Forez, Beaujolais, Dombes, Bresse et Bugey, publié par M.-C. Guigue, 2 vol. in-4 », Lyon, 1885-1893 ; cf. Niepce, Compte rendu et élude, in-8 », Lyon, 1877 ; Vachez, dans Revue du Lyonnais, ub E série, t. ii, p. 476 sq. : S. Charléty, Bibliogr., t. a) $. Champier, Lugdunensis Ecclesiæ par Isaac Le Febvre, lyonnais 1627, in-8 » Lyon, nime, 1779. — Jacques, L'origine de l'Église de Lyon et les bienfaits qu'elle a répandus dans le pays, in-5°, Lyon, 1826. — Les antiquités et la fondation de la métropole des Gaules ou de l'Église de Lyon et de ses chapelles, avec les épitaphes que le temps y a religieusement conservées, par le sieur de Quincarnon, in-16, Lyon, 1879, xr1-127 p. — Crozet, Études sur l'Église de Lyon, in-12, Lyon, 1860. — Meynis, Les grands souvenirs de l'Église de Lyon, in-12, Lyon, 1867. — Fisquet, La France pontificale. Archidiocèse de Lyon, in-8 ?, Paris, s. d. — Perrier, Histoire des évêques et archevêques de Lyon, in-8 », Lons-le-Saunier, 1887. — Aug. Bernard, Notice historique sur le diocèse de Lyon (des origines à 1790) dans Revue du Lyonnais, 1854, ure a GA em Roc a omn cra omo „ira LEM ds h »Aw * ax. dt A k I & a A Ld LE 1, LI « eU. ; »a> Lad > Dre . a Dan D-E rar O0 « n riz y AL Mat LR ASE LES HEC PA EEST SE ES pecu c PERS s
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chet, Note sur un missel lyonnais du XVe et le calendrier de l'église de Lyon au Moyen Âge, dans Bulletin de la Société de la Diana, t. viu, 2. — L. Du- | b) Brial, Epistolarum appendix aliquot de primatu Parisiis, 1644. — Driot, Senonensis Ecclesiæ querela de primatu Galliarum adversus Lugdunensem, et de metropolite jure adversus Parisiensem, in-12, Senonis, 1657. — B. Morange, Primalus Lugdunensis apologelicam seu ad querelam Ecclesie Senonensis prior responsio, in-8°, Lugduni, 1653. — Lyonnet, Aperçu sur la primalie de Lyon, in-4Av », Lyon, 1850. c) Morel de Voleine, Recherches historiques sur la liturgie lyonnaise, in-8 », Lyon, s. d. — De Conny, Recherches sur l'abolition de la liturgie antique dans Lyon, 1859. — J. Bard, De La France littéraire, Roanne, 1865, t. var, p. 201 ; de Lyon et leurs cryptes, dans Revue de l'art chrétien, 1902, t. XLv, p. 445-462 ; 1903, t. xrvr, p. 90-107. — SainlNizier en 1308, dans Bull. Soc. antiq. France, 1873 ; Visite des corps saints de l'église Saint-Just de Lyon en 1288, dans Bull. Soc. antiq. France, 1879, p. 115. — Obituarium Ecclesiæ S. Pauli Lugdunensis.
Lyon, dans Comptes rendus de l'Acad. des Inser., 1921, — Müconnais, Bresse, Dombes, Bugey et Dauphiné au AIII* siècle, publié d'aprés le ms. original avec les in-8v », Lyon, 1863. b) Numismatique. — Allmer et Dissard, Musée de Lyon, inscriptions antiques, 5 vol. in-8 », Lyon, 1888-1898. naise durant les premiers temps de la ville y ont été nom de Copia, en l'absence de toute appellation relative à Ju les César, aux triumvirs et aux empereurs, démontre que la fondation de Lyon est antérieure au Lyon, dans Revue française de numismatique, 1860, c) Ouvrages généraux. — Théophraste Dumas, Traité de l'antiquité, origine et noblesse de l'antique cité de Lyon, in-8 », Lyon, 1519. — J. Spon, Recherches des antiquités et curiosités de la ville de Lyon, ancienne colonie des Romains et capitale de la Gaule celtique avec un mémoire des principaux antiquaires et curieux de l'Europe, in-16, Lyon, 1673 ; Recherches curieuses d'antiquités, contenues en plusieurs dissertations sur les médailles, bas-reliefs, statues, mosaïques et inscriptions antiques, in-4°, Lyon, 1683. — Le P. de Colonia, Antiquitez profanes et sacrées de la Ville de Lyon avec Vachez, dans v à 2t t SY in ORI i or a p o
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F | quelques singularités remarquables recueillies et pré- | je EU € T ioni « eum vations illustrées de cartes et de figures, in-8°, Lyon, 1899. — Dev aux, Élymologies lyonnaises, réponse à M. Stegert, in-8°, Lyon, 1900 : cf. G. Dottin, dans Revue de l'histoire des religions, 1900, t, XXXVIII ; p. 143 ; A. Allmer dans Revue épigraphique, 1900. — J.-M. Meunier, Étymologie et orthographe du nom de la ville de Lyon, in-8°, Nevers, 1917. e) Origines. — A. Maret, Condate et la fondation de Lyon, dans Revue du Lyonnais, 1860, II série, t. xxr, p. 258 ; Lettre au sujet de la fondation de Lyon, dans Revue du Lyonnais, 1860, IIe série, t. xxr, p. 66. — Morin, Munatius Plancus et Lyon, dans Mém. Acad. Lyon, 1853, t. nr, p. 33. — Philipon, La naissance de Lugdunum. Le camp de Marc-Antoine, dans Lyon-Revue, 1886, t. x, p. 212. — Steyert, La légende de Memorus et Alepemarus ; le Grec Clitophon, premier historien de Lyon, dans Revue du Lyonnais, 1886, V* série, t. n, n, 1. — Em. Jullien, Le fondateur de Lyon. Histoire de Munatius Plancus, in-8 », Paris, 1892 ; fait partie des Annales de l'université de Lyon, t. v, fasc. 1er, dispense de recourir à tous les travaux antérieurs ; étude complète et scientifique. — C. Jullian, Histoire de la Gaule, t. 1v (1913). — Fabrice, La Table Claudienne, 1929 ; cf. Germain de Montauzan Les premiers érocateurs du vieux Lyon, in-8°, Lyon, 1920.
CONTEXTE PRÉCÉDENT :
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ec Clitophon, premier historien de Lyon, dans Revue du Lyonnais, 1886, V* série, t. n, n, 1. — Em. Jullien, Le fondateur de Lyon. Histoire de Munatius Plancus, in-8 », Paris, 1892 ; fait partie des Annales de l'université de Lyon, t. v, fasc. 1er, dispense de recourir à tous les travaux antérieurs ; étude complète et scientifique. — C. Jullian, Histoire de la Gaule, t. 1v (1913). — Fabrice, La Table Claudienne, 1929 ; cf. Germain de Montauzan Les premiers érocateurs du vieux Lyon, in-8°, Lyon, 1920.
TEXTE À CORRIGER :
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Le monument de l'autel de Rème et d'Auguste au confluent du Rhône et de la Saône, dans Revue du Lyonnais, 1864, et ciem tmi d ae 2 Re a ms 43 + ^ M j : Y z X = = , . b x ë SRE TS E a Fg Um Ce 399 : bataille entre Albin et Sévère, dans Mém. litt. Lyon, 1861-1862, p. 81, — Hévérend du Mesnil, Bataille d'Albin au camp de la Valbonne, dans Rev, du Lyonnais, 1871, III* série, t. xir, p. 186. — C. Jullian, L'avénement de Septime-Sévère et la bataille de Lyon, dans Revue histori que, 1881, t. xvi, p. 285 sq. — L. Renier, Sur une inscription de Lyon regardée à l'ort comme un monument de la bataille de cette ville, dans Mélanges d'épigraphie, 1851, p. 147-154 ; Note explicative sur l'inscription découverte à Lyon [monument | p L'Église de Lyon. — A. de Boissieu, Ainay, son autel, son amphithéâtre et ses martyrs, in-8 », Li von, 1865. — J.-Z. Gollombet, Vie des saints du diocèse de Lyon, in-8 », Lyon, 1832. — Comte, La prison de l'Antiquaille ; saint Pothin et ses compagnons, in-8°, Lyon, 1877 ; La lampe de saint Pothin au caveau de l Antiquaille, in-8°, Lyon, 1881. — Mongez, Ancien couvent de l' Antiquaille & Lyon, dans Rapport sur les trav aux de la classe d'hisloire et lettres anciennes, 5 juillet 1810, p. 51. — Gazzera, Ricerche intorno ad alcuni punti della topografia lionese del Ie secolo, dans Mem. Acad. Sc. di Torino, 1824, Christenthums in Lugdunum vor Constantin, dans Sitzungsberichte der Akad. d.. Wissensch. zu Berlin, . Identité du martyr Alexandre et de FK Abascantus de Galien, dans Mém. Soc. litt. hist.,el arch., de Lyon, 1896- °
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de Lyon et de Vienne au temps de la persécution de Marc-Aurèle (177), dans Bull. d'anc, litt. et d'arch. miers martyrs de la Gaule, 177 avant J.-C., dans Revue histori que, 1881, t. xvu, p. 303-326. — Ch. Lenthéric, Débuts du christianisme dans Lyon, dans Mém. Acad. Nimes, 1886-1887, p. 94. — D. Meynis, Les grands souvenirs de L'Église de Lyon, in-12, Lyon, 1860 ; La Montagne sainte, mémorial de la confrérie des saints martyrs, in-8 », Lyon, 1880. — Fr. Ozanam, Mémoire statisti que pour servir à compagnons : théâtre et les martyrs de Lugdunum, dans Controverses contemporaines, 1888, t. xiv, p. 249 ; Indi ces de chris- - lianisme dans les inscriptions trouvées à Trion en 1885, d'après des trav aux récents, dans Compte rendu du « IVe congrès scientifi que international des catholiques tenu à Fribourg (Suisse) du 16 au 20 août 1897. — Bon Raverat, Fourvière, Ainay et Saint-Sébastien sous la domination romaine, recherches archéologiques — sur l'emplacement où les premiers chrétiens lyonnais — souffrirent le martyre, in-8°, Lyon, 1880 ; Quilibet, Archéologie, A propos du livre du baron HRHaverat, dans Monde lyonnais, 13 nov. 1880. — J, Condamin, Le premier berceau de l'apostolat lyonnais et de la propagation de la foi ; la prison de saint Pothin à l'Anti- — quaille, in-8°, Lyon, 1890. — E.-C. Martin-Daussigny, La crypte de saint Pothin, dans Revue du Lyonnais, épé que de Lugdunum. Hommages rendus à la mémoire de saint Pothin par une société d'ecclésiastiques, in-8 », Mémoires de lAcad. de Lyon. Scien ces el leltres, | à l'amphithédire de Fourvière. Les martyrs de 177, | Desseilligny, Lettre adressée à M. Héron de Villefosse, au sujet de la découverte d'un amphithéâtre romain sur | la colline de Fourvière à Lyon, dans Comptes rendus de “Lyon à l'Église de Smyrne, dans Revue du Lyonnais, II : série, t. xxvr, p. 166-171. — S. Reinach, La commu— k) Antiquités. — Artaud, Lyon souterrain, 17941796, in-8*, Lyon, 1846, — L. Palustre ; De l'ancienne —fopographie de la ville de Lyon, dans Bull. monumental, 1879, t. xiv, p. 245. — A. Allmer et P. Dissard, — de l'Acad. des Sc. Bel les-Lettres et Arts de Lyon, cl. des “lettres, 1888, t. xxv. — Ph. Fabia, Pour l'inventaire | des mosaïques romaines de Lyon, dans Journal des savants, 1916, p. 271-278, 317-334 ; Fabia, Le jardin des mosaïques au quartier d'Ainay, dans Comptes | ‘rer dus de l'Acad. des Inscrip., 1917. - I A. Coville, L'évê que Aunemundus el son tesia- | ment, in-8°, Lyon, 1902 ; Sidoine Apollinaire à Lyon, F » siècle, dans Mémoires lus à la Sorbonne, 1861, royaume de Bourgogne, dans Ann. de la Soc. d'émul. |o de l'Ain 1895-1899, t. xxvrm-xxxrr, — Poupardin, Le Toyaume de Provence sous les Garolingiens (855-933), —naulé juive de Lyon au II siècle de notre ère, dans | — Trion, Antiquités découvertes en 1885, 1886 ef anlé- | rieurementau quartier de Lyon dit Trion, dans Mémoires | E in-8 » Paris, 1901. — Rivet, La vie et les ouvrages de |
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LYRE. — Nous avons reproduit déjà une lampe
chrétienne sur laquelle on a représenté quatre poissons et une harpe (voir Dictionn,. t. vr, fig. 5581) ; on peut en rapprocher une pierre gravée trouvée dans les catacombes romaines et sur laquelle est figurée une lyre !, (fig. 7342). Rien ne permet de voir ici un objet chrétien ; mais il a servi probablement de signe de reconnaissance pour une tombe chrétienne ; peut-être était-ce la gemme d'un anneau à l'usage d'un fidèle. « II nous est permis, écrivait Clément d'Alexandrie, d'avoir un anneau qui serve à sceller et à enfermer plus sûrement les objets de quel que valeur : tous les autres anne aux nous sont interdits. Les images qu'on y fait graver et qui nous servent de sceau doivent étre de préférence une colombe, un poisson, un vaisseau aux voi les déployées et rapi des ; on y peut méme représenter une lyre comme Polycrate, ou une ancre comme Seleucus ; enfin un pécheur au bord de la mer dont la vue nous rappellera saint Pierre et Moïse *. » Malgré cette concession, il ne paraît pas que le symbole de la lyre ait obtenu du succès chez les chrétiens, la rareté des monuments Rr EIER, TE Umi Se
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qui nous l'ont conservé en témoigne. Nous ne croyons pas qu'il ait été figuré une seule fois sur des inscriptions funéraires chrétiennes. Il va pres que sans dire que nous verrons la lyre sur les monuments consacrés à la représentation d'Orphée (voir ce nom). H. LECLERCQ. LYS.— I. Héraldi que. II. Symboli que. IIT. Monuments.
I. HÉRALDIQUE. — Voir Diclionn., t. v, col. 16991708.
II. SYMBOLIQUE. — Les Livres saints mention-
nent le lys pour sa beauté, sa blancheur, symbole de la pureté absolue. L'Époux de l'àme se compare à celle fleur immaculée : Ego flos campi et lilium convcllium ; ses lèvres distillent les paro les comme les lys distillent la myrrhe : Labia ejus lilia distillentia myrrham. La comparaison du lys des champs au suave parfum se retrouve dans les Évangi les. Saint Cyprien s'écrie dans un moment d'enthousiasme : O bealam Ecclesiam nostram, quam temporibus nostris gloriosus martyrum sanguis illustrat !... floribus ejus nec rosse, nec lilia desunt, Saint Jérôme, écrivant à la veuve Furia, lui dit : Suscipe viduas, quas inter virginum lilia el martyrum rosas, quasi quasdam violas misceas ?, et au moine Rusti que : Non mihi nunc per viríutum prata ducendus est rivulus : nec laborandum ut ostendam libi variorum pulchritudinem — florum, quid in se lilia habeant puritatis *.
Le lys a été employé comme motif d'ornement du vis au 1x° siècle, en Italie, mais déjà c'était la fleur réduite à un schéma que nous connaissons bien : une longue tige mince donnant naissance à trois feuilles dont une debout, au centre, et deux incurvées. Ce motif servait à remplir de petites surfaces, particulièrement des surfaces triangulaires ou en forme de losange. Il se combine avec les entrelacs sur ces plaques de cancel dont les exemples sont nombreux dans l'Italie du Nord. Il fait partie de cette décoration m dont les éléments ont été empruntés à l'art romain et à l’art byzantin, et qui, stylisée par les artistes barbares de Lombardie, semble-t-il, s'est répandue au rx siècle dans tout l'empire carolingien .
Il y a plusieurs variétés de ce fleuron trifolié ; l'une, et c'est le type qui parait le plus ancien, rappelle plutót une feuille, tantót trapue, tantót élancée, recoupée en trois lobes lancéolés, les lobes latéraux le recourbant plus ou moins ; tel est le type que nous voyons sur les chapiteaux du palais dit de Théodoric, à Ravenne, dont les archéologues s'accordent à placer la construction au commencement du VIH siècle : les fleurons garnissent les bords du panneau de ces chapiteaux carrés, ou, s'élancant des angles inférieurs, occupent les cantons d'une croix formant le centre de la décoration. Une autre variété consiste en une tige qui s'épanouit en trois feuilles lancéolées dont les deux latérales sont fortement recourbées : M c'est absolument la fleur de lys du Moyen Age. Un bel exemple se trouve plusieurs fois répété autour d'une des plaques de marbre du pluteus du baptistère T de Cividale !' ?, pla que de style byzantin coupée et par conséquent remployée, et probablement antérieure à l'édification du baptistére par l’évêque Calixte, vers 737. L'autel de Ratchis, édifié entre 744 et 749, dans l'église de San Martino à Cividale, offre d'autres exemples de la même fleur de lys autour “pétales pour remplir les triangules laissés vides entre “un cercle et un carré ; ainsi, sur une pla que du Tem- -pieiio à Cividale, quatre fleurons s'échappent d'un cercle pour remplir les écoinçons entre ce cercle et le carré dans lequel il est inscrit ; pareillement sur une pla que de marbre conservée au palais épiscopal de. Ferentino, quatre fleurs à trois pétales occupent les triangles compris entre une hélice et les pointes du losange qui l'encadrent. C'est encore un champ triangulaire que la tige trifoliée occupe sur le fronton du orium du musée de Cortone daté du règne de Charlemagne. Sur les dalles de marbre ornées de rinceaux géométriques, très souvent ce fleuron occupe “intervalle entre les rinceaux. Citons, par exemple, un panneau de cancel à Sainte-Marie-in-Cosmedin ! ; n autre servant aujour d'hui de devant d'autel en —Fléglise San Abondio de Cóme ? ;un autre encastré dans le mur de la maison n. 6 de la Piazza de l'Olio Terni, et, en France, le fragment de pla que de icel conservé à Saint-Martin d'Angers ?, Et, sur dernier morceau, la fleur se rattache à la tige des nceaux 5 ; sur nombre d'autres sculptures carolingiennes, les tiges des rinceaux ou des héli ces se terminent en fleuron trifolié, comme on le voit sur une que exposée dans le cloître de Saint-Jean-de-Tran 5 — Du vide laissé entre les cercles entrelacés, où par sa forme ce fleuron était à sa place, des artistes moins de goût l'ont transporté au centre même des cercles, par exemple sur un des pieds-droits d'une porte de Saint-Clément de Rome ; on le trouve aussi | ; leublant le centre de-carrés entrelacés sur une dalle du cloître de Saint-Jean-de-Latran et sur une autre de Santa Maria Antica au Forum. Sa forme le rendait tout à fait propre à se placer entre des demi-cercles ornant arcatures ; il s'y épanouissait tout naturellement, comme on le voit sur deux linteaux à Aquilée, »église dite des Païens ; et encore sur un linteau à re. Sur des panneaux rectangulaires, les tiges iMoliées issent des angles pour se diriger en diagonale Vers le centre, par exemple sur le tailloir du | chapiteau surmontant la dernière colonne à gauche | dans Ja petite basilique de Grado, sise au nord de la L cathédrale, Sur un fragment d'ambon orné de com- | - partiments rectangulaires, conservé dans la cour de | zl Université de Ferrare, et qui, d'après la forme { des lettres de l'inscription, peut remonter au vire | siècle, on voit des paons becquetant des fleurs à trois pétales qui s'échappent des angles du cadres . » * | H. LECLERCO.
LYSANIAS D'ABILENE — I. Lysanias —SWAbiléne. II. Textes historiques. III. Numismatique. IV. Épigraphie.
DL Lysaxras D'ABILÈNE, — « En l'an quinzième | du gouvernement de Tibère-César, Ponce-Pilate étant | Beuverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la | Galilée, Philippe, son frère, tétrarque de l'Iturée et { du pays de Trachonite, et Lysanias tétrarque de | TAbilène, sous le grand-prêtre Anne et Caïphe, la YE. un sous le porche de la cathédrale, l'autre dans.
| parole de Dieu fut [adressée] à Jean, fils de Zacharie, dans le désert 7. » Dans ces versets célèbres, on pourrait croire que l'évangéliste saint Luc a voulu jouer la difficulté et dresser contre lui un monde d'exégètes empressés à le prendre en défaut pour conclure, de ses erreurs de [fait, à l'inauthenticité de son Évangile. Dieu sait si chaque nom, chaque mot a été scruté, tourné et retourné en tous sens, sans aboutir au résultat espéré ; saint Luc et ses versets sont sortis indemnes des controverses et des négations.
Abila, aujourd'hui Souq wadi Barada est situé sur la pente Est de l'Anti-Liban, sur la route et la voie ferrée qui conduit à Damas en venant de Beyrouth. L'identification est attestée par quelques inscriptions tracées sur les rochers, par des vestiges d'antiquités encore en place, enfin par des rapprochements certains. D'Abila il reste même un souvenir onomastique : sur la rive droite du Barada, la montagne porte le nom de Djebel Abel , et sur la hauteur on voit un édicule désigné sous le nom de Nebi-Abil, c'est-à-dire le tombeau d'Abel, interprétation fantaisiste qui ne repose que sur un jeu de mots, car Abel n'est ici qu'un suppléant du nom Abila. C'est un nom sémitique qui signifie « vallée ». La ville qui porta ce nom jouit d'une sorte de notoriété vers le début de notre ère, le texte de saint Luc nous en a donné la raison : elle fut la capitale d'une dynastie locale qui joua un certain rôle dans les affaires d'Orient.
II. TEXTES HISTORIQUES, — Cette dynastie a préoccupé les anciens auteurs, mais c'est Flavius Joséphe qui a parlé d'elle avec plus d'utilité. C'est de lui que nous viennent les faits suivants : Ptolémée, fils de Mennée, émir d'Arabes nomades des environs de Damas, fonda la dynastie ; il vivait vers l'an 85 avant Jésus-Christ, et s'était rendu redoutable aux Damasquins. Josèphe le dit capable de tous les crimes et il avait de qui tenir, étant parent de Denys, tyran de Tripoli. Il eut toutefois un moment désagréable à passer à l'époque où Pompée entra en Syrie (63 avant J.-C.) Le général romain fit décapiter Denys et ravagea consciencieusement le domaine de Ptolémée qui comprenait alors la ville de Chalcis, aujourd'hui Andjor, et probablement aussi Héliopolis (Baalbeck) ; outre la dévastation, Ptolémée eut à acquitter une forte indemnité ; il n'était pas homme, semble-t-il, à être embarrassé pour si peu, car il parvint à payer et, à ce prix, garda la possession de ses domaines ! ?^, Après la mort d'Aristobule II (49 avant J.-C.) Ptolémée recueillit dans ses états la famille du prince assassiné, il fit même épouser à son fils Philippion la princesse Alexandra, fille d'Aristobule : mais il regretta de ne pas l'avoir épousée et, afin de la rendre libre, tua son fils Philippion !'. Ce ne fut pas son dernier crime, et il mourut vers l'an 39 ou 40 avant notre ère. On ne doit pas trop s'étonner qu'il ait exercé son autorité pendant un demi-siècle si on songe comment il se débarrassait de ceux qui lui déplaisaient ou qu'il redoutait, Josèphe caractérise son pouvoir par le titre de « dynaste » **.
Lysanias, fils de Ptolémée, lui succéda F et Josèphe lui donne également le titre de « dynaste » '*, Lysanias soutint les droits d'Antigone, fils d'Aristobule II, et s'entendit avec les Parthes !5, Gléopátre le fit mettre à mort par Antoine, l'an 34 avant Jésus-Christ, ce —— ne M e ca nl os ER a
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ua Vim nad aos cy. qui lui permit de s'emparer d'une partie de ses états qui comprenaient certainement Chalcis et Abila, peut-être aussi Panéas et le pays du lac Houleh !, A Lysanias succéda Zénodore qui prend à ferme la maison de Lysanias ? et possède lui-même, à titre d'éparque, la Trachonitide, la Batanée, le Haurân $, en plus de vastes domaines autour de Jamnia . Zénodore continuait la tradition et se conformait aux exemples de Ptolémée et de Lysanias, pillard incorrigible, à qui l'empereur Auguste, pour le punir, enleva la Trachonitide, la Batanée et le Hauràn qu'il donna à Hérode , le réduisant à un domaine entre la Trachonitide et la Galilée, au pays de Houleh, Panéas et ses environs *.
Il] semble que toute l'habileté de Zénodore se dépensa en pure perte contre l'adresse plus consommée d'Hérode vers qui se tournait la faveur d'Auguste. Rien de ce qu'il tenta pour amoindrir son rival dans l'esprit de l'empereur ne réussit ; il ne comptait plus les déceptions lorsqu'il mourut à Antioche , ét ce fut encore Hérode qui recueillit sa succession, ou ce qui restait de ses anciennes possessions, à savoir le pays compris entre la Trachonitide et la Galilée, Ulatha et Panéas, Joséphe ne donne nulle part à Zénodore le titre de tétrarque, il ne parle pas de ce qui advint de sa dynastie, mais à différentes reprises, dans ses récits, on rencontre les souvenirs d'un temps où existaient Lysanias, Zénodore. Ainsi, l'an 4 avant notre ère, il désigne une part de la tétrarchie de Philippe sous le nom de « domaine de Zénodore » (olxoz toŭ Znvoàegov) , c'est-à-dire Ulatha (le lac Houleh) et Panéas. L'an 37 de notre ère, il est encore question dans le lot d'Hérode Agrippa I« de la « tétrarchie de Lysanias » (Thv Avoaviou retoxgylæv) *, et cependant ni Abila ni Chalcis ne faisaient partie de cette fondation de 37. Le nom d'Abila, d'Abila de Lysanias, se transmet ainsi et on le retrouve encore à propos d'un partage fait par C laude, l'an 52 de notre ère ; aov Abiy Avoavia è wücn éyeyéve. ceTpxpylx 19, mais c'est là une expression politique qui a perdu beaucoup de sa rigueur, puis que dans ce partage de l'an 52, Claude retire Chalcis à Hérode Agrippa I, et lui donne l'Abiléne de Lysanias : or, comment entrer de l'Abiléne de Lysanias quand, le jour même, on en retranche Chalcis ? I] semble donc que, longtemps après la disparition de Lysanias et de Zénodore, leurs noms se transmettaient affectés à des lambeaux du territoire qu'ils avaient possédé.
Nous pouvons écarter Polybe car s'il fait mention de la ville d'Abila, celle dont il parle est l'Abila de la Décapole et non l'Abila de l'Anti-Liban ! !, Strabon connait les noms et une partie des actions de Ptolémée et de Zénodore, mais ce qu'il dit de l'étendue de leur domination et, à ce propos, des montagnes de l'Iturée #, tient aux idées erronées qu'il se faisait de la carte de Syrie et de la manière confuse dont il se représentait les massifs du Liban, | mon, fut donc le centre du pouvoir de Lysanias, | tétrarques ituréens se compose : 1° de Mennée, dont | | géliste faire un bond entre la date de l'assassinat de de l'Anti-Liban et de l'Hermon. Strabon ne voit. en Zénodore qu'un chef de brigands qui dut ét B. l'objet d'une rigoureuse répression ?#, Dion Cassius connait Lysanias et Zénodore et donne au premier le titre de « roi d'Iturée » ; il favorisa les Parthes et fut mis à mort par Antoine, qui distribua une grande partie de ses domaines aux enfants qu'il avait eus de Cléopâtre '*. En ce qui concerne ! Zénodore, Dion a su qu'Auguste donna sa tétrarchie à Hérode #5, L'Iturée, c'est-à-dire la région de l'Hercomme cela eut lieu pour Ptolémée et pour Zénodore, Ptolémée, dans sa Géographie, parle d » AG6(Xa Avoaviov 16, et il est probable qu'il s'agit ici de Lysias nias, fils de Ptolémée ; c'est le seul que connaissent. Fl. Josèphe, Strabon et Dion Cassius. L'expression. de « Abila de Lysanias » a pu être créée pour établir une distinction entre Abila de l'Anti-Liban et Abila de la Décapole.
Porphyre, enfin, parle de Lysanias « , après la à mort duquel Antoine donna Chalcis et ses enviror à Cléopâtre.
Si on résume les données positives que nous ont apportées les textes cités, il suit que la dynaslie des l'appartenance est bien douteuse ; 2° de Ptolémée, son fils, mort en 39-40 avant Jésus-Christ ; 3° de Lysanias, son fils, roi, qui fut tué en 34 avant J.-C. ; 4 de Zénodore, tétrar que, mort en 19 avant J.-C Ici la dynastie semble prendre fin, mais on la voit reparaitre, dans saint Luc., irr, 1, en l'an 28 de J.-C. en la personne d'un Lysanias, tétrar que. d'Abilene,. La longue interruption entre Zénodore et ce nouveau. Lysanias a embarrassé les exégètes, qui voyant l'évanLysanias, roi des Ituréens en 34 av. J.-C., et la 15° année du règne de Tibère, l'ont accusé d'avoir commis, une erreur de date de plus de soixante ans. Mais étaitce de ce personnage que Luc voulait parler ? Gela paraissait d'autant moins probable que l'ancien Lysanias gouvernait un grand royaume dont la íétrarchie d'Abiléne n'était qu'une partie. Et précisément cette. partie portait le nom de Lysanias lorsqu'elle fut donnée par Caligula à Agrippa Ie, en l'an 37 après | J.-C., donation confirmée par Claude en l'an 41. On. devait donc supposer que depuis Lysanias, roi des. Ituréens, il avait existé un Lysanias, tétrar que de lan seule Abilene, et que c'est à ce dernier que Luc avait fait allusion. La difficulté ne consistait pas à le suppo- — ser, mais à le retrouver. + III. NumismariquEe. — Les monuments de celtes science confirment les résultats apportés par les textes historiques. On retrouve diverses piè ces de Ptolémée, fils de Mennée : ce sont : 1 » tête barbue de Jupiter : : HTOAEMAIOY TETPAPXOY, deux personnages armés de lan ces ; 2° tête laurée de Jupiter : TITOAE- : MAIOY TETPAPXOY KAI APXIEPECOZ, aigle volant, — tenant une couronne dans son bec '5, À Pour Lysanias, on possède des monnaies avec T tête diadémée : devant, une contre-mar que, et — AYZANIOY TETPAPXOY KAI APXIEPEGZ ; Pallas — debout ; dans le champ un monogramme !*, i — Pour Zénodore, on connaît plus de piè ces, et toutes Bbortent pour légende (avec des variantes d'orthogra- “phe, sans importance) : ZHNOAQ)POY TETPAPXOY -KAI APXIEPECOS. Tête nue à gauche ; au revers tête nue d'Octave à droite !.
— On voit que la numismati que ajoute à ce que nages porta le titre de tétrar que, qu'on ne pouvait conclure de Joséphe pour le premier et le troisiéme et | qi aucun témoignage histori que n'accordait à Ptolémée. En outre, la similitude de ces monnaies et prouvent . ce que Joséphe permettait de soupconner, que Zénodore continua bien réellement la ligne dynas- | ti i que de Lysanias.
IV. ÉPIGRAPHIE. — L'inscription suivante fut découverte pan Pococke à Nebi-Abil, c'està-dire à
| pu la retrouver ; Meters Dole UE dans “lintérieur de quel que maçonnerie ? :
YHEPFHETCONKYPIC)NEE-. . . . - . .
COTHPIACKAITOYCYMI . . = . . AYTONOIKOYNYMŒHAICCAE . . . . . AYCANIOYTETPAPXOYATIEAE = . . . .
P Voici la restitution de Franz : :
E Yrèp [rfls] rév xvolov Xse[6xazaov] COTNELXS xxi TOÙ oop[raxvcoc] QUTOV OLXOU, Nouœaios.. Re r Avoxvtou TETOLEYOU äreheldepoc], - 5 ch » 660v xTLowc äot[ portov obcay xa] TOY VELO obxo[8op. Tf [oxc, TG Tepl xcov] L à quzelac roas épu[reucev] [&£« 7]&wv lote &vo [oux cov] … Kpóvo xopkao xa[l...... ouv] 10 Ebos6ia yolvxxi].
Franz, dans Corp. inscr. græe., t. nr, n. 4521 ;
E. Renan a suggéré quelques corrections : lign. 3, Hil propose 'A6UxmvÓc ; ligne 5 : &ovevrvov ou &orexcov au lieu de Xozpocov ; lign. 10 : edosbelac ydp. Pour les quatre premières lignes, les plus importantes, il | Mya pas de doute ; on pourrait lire à la rigueur : Nuupatos Ac[xzxctoo] AÂAuoxiou TetpXpyou &reke- | [uĝépou], ce qui est peu probable, Nymphæus était | un affranchi du tétrar que Lysanias.
- Reste à savoir de quel Lysanias il s'agit. Pour peer, Kneucker, Franz, C. Cavedoni, c'est le ysanias désigné par saint Luc ; mais Léon Renier Let H. Waddington objectent que la formule cv Xugloy Zebaot@VIIE peut être antérieure au règne de libère ; car, avant l'avènement de ce prince, il n'y - cut ja mais deux es de la famille impériale ortant le nom d'Auguste. Livie ne prit le titre - d'Augusta qu'aprés la mort de son mari, par consé“mort d'Auguste et 29, date de la mort de Livie ; - d'où il résulterait que le Auaaviac tetetoyne, dont - Nyÿmphæus fut l'affranchi, était Lysanias, fils de — Ptolémée qui mourut l'an 34 avant Jésus-Christ, un (FI. Josèphe nous apprend ; chacun des trois person- l'identité des (tres portés par Lysanias et Zénodore - quent l'inscription a été tracée entre i date de la | espace de quarante-huit ans au moins séparant l'afIranchissement de Nymphæus de l'érection du | monument. C'est lui supposer la reconnaissance bien tenace pour son bienfaiteur, et Renan qui s'en étonnait était disposé à croire que « le Lysanias dont le nom figure dans notre inscription n'est pas, ce semble, Lysianias fils de Ptolémée, c'est probablement un de ses fils, neveux ou petit-fils 5, » C'est-à-dire qui on voudra sauf le Lysanias de saint Luc.
Or, au mois d'avril 1912, le P. R. Savignac eut communicalion -d'une inscription grec que trouvée, ainsi que la précédente, dans les environs de Souq ouáàdy Baradà. Confrontation faite, ce n'était pas une copie du texte perdu depuis Pococke, mais un texte différent, disant cependant la méme chose, mais permettant de compléter et de corriger le texte connu jusqu'alors. « L'inscription est gravée sur la paroi de la montagne, au bord d'un ancien sentier, semblet-il, qui, partant de Souq ouáàdy Baradà, aurait conduit directement au temple dont on voit les ruines en haut, sur le bord du rocher et dominant la vallée, » Elle comprend neuf lignes, complètes et bien conservées ; long, 1 m., haut. 0 m.60, haut. des lettres 0 m. 10 :
Voici la transcription du texte ; on a placé entre crochets les lettres supplées et entre parenthèses cel les qui veulent étre corrigées :
»Yzég rie TO xuplov Lebasrüy cccrolt]xs x« i 709 cuuravroc (x)ocàv olxov, Nuuoatos « Abruueou(c) Auoaviou tTetedoyov en [s]Ae[9]8ego(c) vov olxoóóu cg xxl tig qucsiag TXcxc ÉDUTEUOEY EX TON(L)OL wv dy ar )eapux ze. Koôve xopl« xal TT) natpis : gboebelac yapty x Pour le salut des seigneurs Augustes et de toute leur maison, Nymphaios, fils d'Abimmeos, affranchi du tétrar que Lysanias, ayant créé la voie l'a faite, et a bâti le temple et planté toutes les plantations à ses propres frais. Au seigneur Kronos et à la patrie, en témoignage de piété. » Nymphaios avait tracé un chemin, dont les vestiges semblent encore reconnaissab les, pour monter d'Abila au sanctuaire de Kronos bâti sur la hauteur ; l'inscription qu'on vient de lire avait été gravée le long de la voie, sur le rocher ; la première était encastrée dans les murs du temple. En outre, Nymphaios avait fait des plantations, probablement une sorte de bois A aux abords du sanctuaire et encore aujour d'hui : on trouve cà et là, le long du rocher, des chênes verts qui sont considérés comme sacrés et auxquels il est défendu de toucher.
Les deux inscriptions de Nymphaios se complètent et prouvent l'existence du Lysanias, tétrarque d'Abilène, auquel saint Luc fait allusion. « Quoiqu'elles ne soient pas datées avec précision, l'indication cv xupiow Xe6xocóv est précieuse. D'après Dittenberger, cette expression, qu'on sait maintenant relativement fréquente en Syrie, peut désigner l'empereur avec toute sa famille. Ce ne peut cependant être le sens dans une inscription qui ajoutait, comme nous le savons maintenant de la nôtre : xxi To ouumavtoc « rv otxou. Il faut donc revenir aux termes du problème tels qu'ils se posaient pour Renan et Schürer, c'est-à-dire chercher un temps où il y avait deux Augustes, Agrippine et Néron, à plus forte raison ceux qui sont venus plus tard, sont exclus puis que, dès l'an 37 la tétrarchie avait cessé d'exister. Il s'agit donc de Livie et ce Tibère. Livie déclarée Augusta après la mort d'Auguste, mourut en l'an 29. Notre inscription date donc de ce temps. De plus, Nymphaios en se disant affranchi du tétrarque Lysanias ne pouvait rappeler le souvenir du vieux roi des Ituréens. Tout porte à croire qu'il parlait du souverain régnant ou d'un prince mort depuis peu. Le Lysanias de saint Luc était ce prince ? » « Nous sommes étonnés, dit le P. Lagrange, que ce principicule ait trouvé place dans son synchronisme qui commence par Tibère ; mais il gouvernait un territoire voisin de celui de Philippe, de la Décapole et de Césarée de Philippe qui ont été visitées par Jésus ; c'était comme la limite de son activité du côté du Nord, un peu au nord de Sidon. Probablement saint Luc aura voulu indiquer les chefs des tribus groupés sous la même domination au moment où il écrivait. On a montré que ce groupement détruit en 66, au moment de la révolte, ne fut jamais reconstitué tel quel, C'est donc un indice que Luc écrivait avant 66. »
LYSTRES. — Lystres était une ville de Lycaonie (voir ce nom) située à 38 kilomètres au sud-ouest d'Iconium (voir ce nom). L'emplacement se trouvait à peu de distance du village actuel de Khatyn-Sirai. La population se composait d'indigènes et de latins, avec quelques juifs, mais en petit nombre, puisqu'il n'y avait même pas une synagogue, mais une simple proseuque. Saint Luc nous a conservé dans les Actes des Apôtres, xiv, 8-20, le récit d'un épisode qui marqua le séjour de Paul et de Barnabé à Lystres. Il s'agit d'un impotent, que ses jambes ne portaient pas ; il assistait aux prédications de l'Apôtre, l'écoutait avec une telle attention que la foi se lisait dans son regard. Paul fut frappé de l'expression de cette physionomie et, y découvrant toute la profondeur de l'impression produite dans cette âme par ses paroles, il lui adressa la parole : « Lève-toi droit sur tes pieds », dit-il. L'impotent fit comme un bond, puis il se mit à marcher. Ce que voyant, la foule se mit à crier, en lycaonien. L'attestation de ce dialecte n'a rien de surprenant. Étienne de Byzance en parle au mot Aepôn ou AsA6six, mais aucun vestige ne s'en était conservé, sauf le mot ÂeAGelæv. En 1909, on a trouvé à Dorla (Isaura Nova) une courte inscription en lycaonien ; il faut y ajouter deux inscriptions grecques dont une mentionnant des dédicaces à Jupiter et à Hermès et où on lit quelques noms propres lycaoniens, et l'autre concerne un vœu avec d'autres noms. En 1926, autre trouvaille d'une dédicace à Zeus et à Hermès non loin de Lystres. L'habitude de rapprocher ces deux divinités était si bien prise que la populace, témoin du miracle, ne douta pas qu'elle eût devant elle Zeus et Hermès ; elle cria donc : « Les dieux faits semblables aux hommes sont descendus parmi nous. » Paul et Barnabé laissaient crier, pour la bonne raison qu'ils ne comprenaient rien. Après quelque temps ils eurent la surprise de voir le prêtre de Zeus amener des taureaux, ses acolytes étaient chargés de guirlandes destinées à l'autel, et on s'apprêtait à offrir un sacrifice aux dieux descendus dans la ville. Alors Paul et Barnabé coururent vers la foule dont ils comprenaient l'intention et dirent : « O hommes, pour quoi faites-vous cela ? Nous aussi nous sommes des hommes, de mêmes passions que vous, vous prêchant de vous détourner de ces simulacres vers le Dieu vivant, qui a fait le ciel et la terre et la mer et toutes les choses qui s'y trouvent, qui, dans les générations passées, a permis à toutes les nations de marcher dans leurs voies, et cependant, il ne s'est pas laissé sans témoignage de lui-même, faisant du bien, vous dispensant du ciel pluies et saisons fécondes, emplissant vos cœurs de nourriture et de joie. » Et ils eurent peine à empêcher le sacrifice.
Mais la haine des juifs était vigilante et leur service d'espionnage bien organisé. Il suffisait qu'ils se trouvassent quelques-uns à Lystres pour que les faits et gestes des deux missionnaires fussent rapportés aux juiveries florissantes même assez éloignées. D'Iconium et d'Antioche — qui est distante de Lystres de 170 kilomètres — des contradicteurs arrivèrent ; ils ne se ménagèrent pas et réussirent en assez peu de temps à retourner l'opinion de la foule à l'égard des deux étrangers. Cette fois il ne s'agissait plus pour ceux-ci de refuser les honneurs divins, mais d'échapper à la mort. On voulait les lapider. Mais n'est-il pas probable que la petite colonie juive a eu la plus grande part dans cette violence ? Le supplice de la lapidation était un supplice juif. Il y eut probablement une discussion entre Paul et les juifs de Lystres renforcés de leurs coreligionnaires d'Iconium et d'Antioche ; des paroles on en vint aux actes et une pluie de pierres tomba sur l'apôtre. Il ne s'agissait pas d'une condamnation régulière et d'un supplice officiel, mais d'un tumulte soudain ; voilà pourquoi on n'emmena pas la victime hors de la ville ; d'ailleurs ces juifs de la Diaspora étaient moins formalistes que les assassins de saint Étienne : ils voulaient être débarrassés de Paul n'importe comment et n'importe où. Quand ils virent leur succès, ils prirent peur, songeant que cette bagarre suivie de mort d'homme pourrait leur attirer des ennuis ou même des représailles. Comme Paul ne donnait plus signe de vie, ils traînèrent son corps hors de la ville.
Mais il avait suffi que Paul et Barnabé vécussent et prêchassent quelques jours à Lystres pour y former un petit troupeau. Parmi ceux-ci l'événement soulevait une grosse émotion. On chercha Paul, on le découvrit, il reprit ses sens et, l'ébourdissement dissipé, eut l'énergie de se lever et de rentrer en ville ; mais, résine de cette ville et la doter d'une hiérarchie. Leur deuxième séjour ne souleva aucun problème. Lystres, que des noms d'évêques, dont le premier, Arténas, a été pris par Dorothée de Tyr dans Tit., ur, 12. On rencontre ensuite Tiberius qui siège à Nicée ; Paul qui siège au concile œcuménique de Constantinople ; Plutarque qui souscrit au concile de Chalcédoine ; puis Eubulus au vire siècle.
H. LECLERCQ.
vi RUE ug mea iara er ile nt perm ipid men mo ` :
tede ^ Mae teret ic Nur re M re Bie MI NL i M, — La lettre M, à l'époque dans laquelle nous enfermons les limites de nos études, n'a guère subi de modifications. Dès l'époque impériale, il n'est plus question de la forme cursive rencontrée sur des graffites de Pompéi (III), et les monuments épigraphiques n'emploient qu'exceptionnellement le type dit oncial qu'ils abandonnent aux manuscrits ; enfin, sur des monuments de basse époque, on rencontre parfois, mais rarement, cette forme TIT.
A l'époque impériale, ou plutôt augustale, les jambes de la lettre sont posées obliquement, assez pour qu'en les prolongeant un peu, elles dussent se rejoindre ; cette disposition leur donne, et à la lettre entière plus d'assiette et de solidité, surtout quand la ligature est venue relier ces jambes ; on peut dire qu'alors la lettre M est une des mieux bâties de l'alphabet latin. Mais, d'assez bonne heure, les jambes se redressent et prennent la position verticale.
Un diptyque d'ivoire conservé au musée de Berlin et daté de l'année 540 donne un exemple de la lettre TIT, la forme onciale est fréquente sur les inscriptions chrétiennes de la Grande-Bretagne ! et on la rencontre parfois en Gaule *, mais en Espagne.
L'emploi de M sous forme d'abréviation n'est pas des plus fréquents ; nous parlons des inscriptions chrétiennes. M avec le sens de memoriæ ou dans bonas memoris ?, ou bien MM pour memori’, M dans plus minus, ou dans menses se rencontre partout.
MI avec le sens de manu ( ?) imperatoris, à Ain Faradin, en Pisidie *.
Enfin, comme finale abrégée et supprimée dans l'épigraphie , on n'a que l'embarras du choix ; basilica ; (post) consulato ; die ; futuru ! ; (honore ; maritu ! : quelquefois M est omise dans le corps d'un mot, comme Decebr(es) ?*.
H. LECLERCO.
MAASSEN (Frédéric). — I. Biographie. II. Bibliographie.
TEXTE CORRIGÉ :
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I. Biographie. — Friedrich Bernhard Christian Maassen est né le 24 septembre 1823 à Wismar dans le duché de Mecklembourg ; il y a passé ses années d'enfance et fait ses humanités. Il a étudié le droit romain et la jurisprudence aux universités d'Iéna, de Berlin, de Kiel et de Rostock, où en 1849, ses cours terminés, il fut admis au barreau et prit ses grades universitaires en 1851. Pendant le conflit constitutionnel, en 1848, entre le grand-duc de Mecklembourg-Schwerin et la Diète, Maassen prit parti pour les droits des représentants, lança en leur faveur trois brochures et fonda, avec Franz de Florencourt, les Norddeutscher Korrespondent, organe antirévolutionnaire. En 1854, Maassen se convertit au catholicisme, et, comprenant qu'il se fermait ainsi tout poste public dans sa ville natale, il se rendit à Bonn et s'adonna au professorat. Le premier ouvrage qui permit de prendre une juste idée de sa science était intitulé : Der Primat des Bischofs von Rom und die alten Patriarchalskirchen, qui parut en 1853 ; l’auteur y aborde deux graves questions, à savoir si la primatie romaine existait dès les premiers siècles et si le 6e canon de Nicée rend témoignage de cette primatie. La démonstration fut immédiatement appréciée à sa juste valeur, et le comte de Thun offrit à Maassen la chaire de professeur extraordinaire de droit romain à Buda-Pesth (1855). Quelques mois plus tard, il devenait professeur de droit canon et de droit romain à Innsbruck, d’où il passa à Gratz en 1860 et à Vienne en 1871 ; il y prit sa retraite en 1894, après avoir formé de nombreux élèves.
A l'époque du concile du Vatican, Fr. Maassen montra une vive sympathie pour les doctrines d’Ignace Döllinger, mais n'y donna pas une adhésion formelle et, en 1882, il rétracta et réprouva ces accusations. C'était, précisément, en 1870, qu'il publiait sa Geschichte der Quellen und der Literatur des kanonischen Rechts in Abendlande bis zum Ausgange des Mittelalters, ouvrage remarquable, bien qu'inachevé, qui lui ouvrit, en 1873, l'Académie des Sciences de Vienne. Il ne cessa de publier dans les Sitzungsberichte de cette académie des travaux qui complétaient son œuvre capitale et poursuivait une carrière politique parallèlement à sa carrière administrative ; en 1885, et de 1882 à 1897, il siégea à la Cour suprême de l'empire. La politique le passionnait et il y combattait dans les rangs du Fédéralisme ; mais ces choses sont si complètement mortes aujourd'hui qu'il suffit de les rappeler d'un mot. Il faut assurément faire effort — et, après avoir écrit dans le style le plus vif et quelque peu voyant ses Neun Kapitel über freie Kirche und Gewissensfreiheit (1876) qui condamnaient le Kulturkampf prussien, il développa le premier chapitre sous le titre de Ueber die Gründe des Kampfes zwischen dem heidnischen Staate und dem Christenthum (1882) — puis reprit sa plume de la Geschichte der Quellen pour écrire deux volumes de Pseudo-Isidor-Studien (1885) qui en sont la continuation. Comme éditeur de textes, Maassen avait montré son talent dans son Zwei Synoden unter Childerich II (1867) ; un quart De plus tard, il était parvenu à la maîtrise dans ses Concilia ævi merovingici (1893), dont l'exécution était à tous égards de l'historien des sources du droit canonique en Occident jusqu'au IXe. Frédéric Maassen mourut à Willen, près d'Innsbruck, le 9 avril 1900. — I. Bibliographie. — 1. Weder die Nationalvermöglichung zu Frankfurt a M. noch der bevorstehende mecklenburgische Verfassungslardtag sind einseitig stifturend, in-8°, Rostock, 1848. 2. Der Primat des Bischofs von Rom und die alten Patriarchalskirchen, ein Beitrag zur der Geschichte der Hierarchie, insbesondere zur Erläuterung des rechten und des ersten allgemeinen Concils von Nicaea, in-8°, Bonn, 1853. Civilitische Erörterungen, Heft I, in-8°, Bonn, 1854. A Bibliotheca latina juris canonici manuscripta ; Part. I. Die Canonensammlungen von Pseudoisidor. Frankreich, III. Spanien. IV. England, V. Belgien, Schweiz, dans Sitzungsberichte d. Akad d. WissensEo 1866-1867, t. LIII, p. 373-427, t. Liv, p. 157-212, et in-8, Wien, 1866-1867, 57 + 132 + 455 p. Zwei Synoden unter König Childerich II, nach einem Manuscript der Stadtbibliothek von Albi, in-8°, z, 1867.
L'opuscule contenait les textes inédits de deux synodes provinciaux tenus à Bordeaux et à Saint-Jean-de-Losne sous le règne de Childéric II. Le prince était sous la tutelle de Bathilde. Son frère aîné, Clotaire III, gouverna d'abord sous la tutelle d'Ébroin le royaume franc tout entier, puis, en 660, il céda l'Austrasie à son frère Childéric. Clotaire mourut en 670, les grands de Bourgogne sous la conduite de saint Léger (voir ce nom) appelèrent alors le roi d'Austrasie au gouvernement de la monarchie franque, mais cette seconde période de la vie de Childéric II fut de courte durée, car il fut assassiné en 673. C'est pendant les treize ou quatorze années de son règne — les dates sont toujours un peu incertaines — qu'ont eu lieu les deux synodes de Bordeaux et de Saint-Jean-de-Losne. Celui de Bordeaux fut présidé par le duc Lupo, commissaire du roi ; il s’y trouvait dix-sept métropolitains et évêques, dont un seul nom est connu par des sources différentes.
Vers 1858, Fr. Aug. Bierner et Fr. Gh. de Savigny engagèrent Maassen à une entreprise qui, dans la pensée de Biener, devait être une sorte de manuel élémentaire, à l'usage des érudits qui s'adonnent à l'étude des canonistes du Moyen Âge. Maassen, de son côté, avait dès lors conçu le projet plus vaste et plus hardi dont il discuta les bases et les mérites avec Biener, qui tenait beaucoup à son idée, mais qui, pourtant, finit par approuver l'entreprise de Maassen, déjà encouragée par Savigny. Maassen pensa que l'histoire des canonistes du Moyen Âge était insuffisante si l'on n'y joignait au moins l'histoire des Décrétales, car c'est de la collection des Décrétales qu'est sortie la jurisprudence du Moyen Âge. Or, une histoire des sources de la littérature de la fin du Moyen Âge est impossible si elle ne s'appuie sur l'histoire des temps antérieurs. De la fin du XIIe jusqu'à l'époque moderne, le Décret de Gratien fut la seule autorité à laquelle on recourut pour enseigner et pratiquer le droit ancien. Pourtant, cette collection, quoique considérable, est très défectueuse ; outre qu'il y manque quelques pièces importantes, il y règne une grande confusion entre droit général, droit particulier, droit prescrit, droit civil, droit ecclésiastique, etc. Son défaut capital c'est que beaucoup de choses n'y sont pas authentiques ; ce qui est authentique est souvent cité sous un faux nom ou sous un nom défiguré. Or, c'est là-dessus qu'on a construit toute la science du droit canon et la législation des siècles suivants. Ainsi donc, la première partie principale de l'œuvre de Maassen était de faire l'histoire de la genèse et de la critique du Décret de Gratien, et, par conséquent, une exposition des sources et de la littérature de cette époque.
L'histoire du droit ecclésiastique grec est exclue de cet exposé, parce qu'il ne s'agit ici que de l'Occident. Cependant, les monuments du droit ecclésiastique d'origine grecque qui ont été adoptés par l'Église d'Occident (et c'est un cas fréquent dans les premiers siècles) ont été pris en considération. Des cinq volumes promis, un seul a été donné, dont la deuxième partie devait contenir l'histoire des collections de droit jusqu'au milieu du XIIe, car, jusqu'à la formation de l’école des glossateurs de Bologne, on ne voit que de faibles traces de littérature et d'enseignement du droit canon. C'est cette école qui a fondé la science du droit canonique, comme partie intégrante de la science du droit et distincte de la théologie.
Il y a deux périodes pour l'histoire des collections de droit jusqu'au Décret de Gratien, attendu les différences importantes qu'on aperçoit dans le caractère intérieur de ces collections. Le point d'intersection est marqué par la falsification du faux Isidore vers le milieu du IXe. Depuis lors, toutes les collections contiennent une grande quantité de matériaux non authentiques, d'un caractère particulier.
Dans ce livre, il faut entendre Geschichte der Quellen de l'histoire des collections de ces sources, mais, en réalité, l'histoire des collections est en même temps une histoire des sources en tant que ces sources apparaissent dans les collections. Le grand élan de la Renaissance amena les canonistes, eux aussi, à recourir aux sources. On alla jusqu'à faire des éditions critiques du Code (Livre de lois) de Bologne, pour lesquelles on consulta les éditions plus anciennes, puis on y joignit des recherches historiques et critiques. Dans une introduction historique (p. I-LXVI), Maassen s'occupe des écrivains qui ont traité des collections de canons et des travaux qu'ont accomplis ses prédécesseurs. La série s'ouvre par un Espagnol, don Antonio Agostin (1517-1586), grand érudit. Après lui vécurent des auteurs français ou flamands.
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419 Boetius E po (1529-1599) professeur de droit à Douai ; Pierre Pithou (1539-1596) ; Christophe Justel (1580-1649) secrétaire du roi de France ; François Florent (1590-1650) professeur à Orléans et à Paris ; Pierre de Marca (1594-1662) archevêque de Paris ; Étienne Baluze (1630-1718) ; Pasquier Quesnel (1634-1719) ; Gérard de Maestricht (1639-1721) ; Jean Doujat (1609-1688) ; Zeger Bernhard Van Espen (1646-1728). Cependant, malgré ces travaux, malgré ces nombreuses collections de canons qu'on avait imprimées (collections de Surius, de Binius, de Labbe et Gossart, de Baluze, de Hardouin), un siècle après la mort d'Agostin, il existait à peine un commencement de travail critique méthodique du texte.
Maassen entre ensuite dans son sujet : il passe en revue les sources proprement dites du droit canonique, les conciles, les lettres des papes et autres documents. En comparant les collections de droit, on remarque une différence essentielle ; les sources du droit sont rangées ou bien chronologiquement selon l'ordre de publication, ou bien logiquement selon leur sujet. Dans l'ordre des faits, les publications chronologiques précèdent les collections logiques. Les monuments isolés du droit furent d'abord rassemblés et coordonnés plus ou moins conséquemment, tantôt d'après un principe, tantôt d'après un autre. Puis on fit des collections systématiques qui n'écrasèrent point d'ailleurs les collections chronologiques, lesquelles subsistérent longtemps simultanément. Un changement s'opéra dans la seconde moitié du xvi* siècle. On voulut alors par un arrangement systématique des matières faciliter l'enseignement et la pratique du droit. Une autre différence dans ces collections se remarque non dans leur ordre mais dans leur contenu. Les auteurs ont voulu faire ou bien un livre de droit général, ou bien un recueil de ce qui se rapporte à tel sujet, tel concile, telle église, telle hérésie.
Après cette revue rapide des sources et les mêmes, Maassen arrive aux collections par l'intermédiaire desquelles les divers documents qu'il vient d'étudier.
MAASSEN (FRÉDÉRIC)
Les quatre-vingts dernières pages sont consacrées à quelques dissertations spéciales. Cette revue des diverses collections de droit canon est méthodique et parfaitement ordonnée. Pour chaque collection, Maassen fournit un double travail : 1° Description du manuscrit ou des manuscrits concernés ; 2° Description de la collection elle-même. Les deux notices sont toujours distinctes et se différencient typographiquement. Parfois un manuscrit contient, en plus de la collection canonique qui nous intéresse, beaucoup d'autres documents ; l'indication de ces documents trouve naturellement sa place dans la description du manuscrit. Quant à la notice relative à la collection, elle comprend la liste des textes renfermés dans cette collection, la critique de divers manuscrits, des indications utiles sur l'importance relative de la collection ; en effet, tel recueil fort intéressant en lui-même n’a eu aucune diffusion et, par conséquent, n’a joué aucun rôle appréciable, tel autre a exercé une grande influence. Enfin, l'un des points les plus importants de la notice sur les collections, c'est l'indication des sources auxquelles le compilateur a puisé. Maassen excelle dans la discussion de ces détails décisifs pour la critique : c'est ainsi, par exemple, qu'à propos de la collection des conciles de Denys le Petit (1re rédaction) il peut établir avec certitude qu'au nombre des cinq sources différentes auxquelles Denys a puisé se trouvait un exemplaire des canons de Sardique, exemplaire dans lequel ces canons étaient encore confondus avec ceux de Nicée ou qui, du moins, gardait des traces de la confusion primitive.
Cette confusion fameuse entre les canons de Sardique et ceux de Nicée a soulevé un incident grave dans l'histoire ecclésiastique. On sait qu'en l'an 419, au concile de Carthage, les légats du pape Zosime citèrent comme canon de Nicée (325) plusieurs dispositions du concile de Sardique (343-344), notamment le canon 5 (7) de ce concile sur l'appel en cour de Rome. Les Africains furent très surpris et passablement émus d'entendre attribuer au concile de Nicée des canons qui, non seulement n'appartenaient pas à ce concile, mais qui même, en tant que canon de Sardique, leur étaient inconnus. Cette citation fausse donna lieu à un incident très grave dont nous avons raconté ailleurs les détails ; on s'est demandé si l'erreur commise par les légats du pape était volontaire ou involontaire ; déjà plusieurs auteurs, notamment les Ballerini, se sont efforcés d'établir l'entière bonne foi de la cour de Rome : l'examen minutieux des manuscrits qui gardent quelques traces de cette confusion primitive a conduit Maassen à la même conclusion : il n'est pas possible de lire la discussion sans adopter sa conclusion.
Ueber die Grunde des Kampjes zwischen dem isch-rümischen Staate und dem Christenthum. qugurationsrede, in-8°. Wien, 1882.
12. Pseudo-Isidorstudien, 2 vol, in-8°, Wien, 1885. Cette période de la vie de Fr. Maassen se rapporte des études qui ont été utilisées après lui dans en por und nach Bernard von Pavia mit Benutzung n Fr. Maassen Nachlasse erhaltenen Vorarbeiten, [H. Singer, Die Dekretalensammlung des Berdus Compostellanus antiguus, mit Benulzung der cilia mi i merovingici recensuit F rider icus Maas1 des Concilia edidit Societas aperiendis fontibus E m medii ævi, dans la Legum sectio + 1 des Monumenta Germani : historica, in-8°, ait que par Es auteurs ; la série se termine à l'an 695. Il eût été préférable qu'on élargit ce cadre et faire entrer quelques conciles qu'on s'attend conciles du iv siècle, Arles, Valence, Nîmes ; concile de Turin ; 3° les conciles de saint Hilaire L l'Arles, Riez, Vaison, Orange ; 4° ceux de la province de Tours : Angers, Tours, Vannes, 5. le concile d'Agde ozine. celle de ou les Genes gallicans t la période carolingienne, d'autant que, sur le le mot mérovingien est sujet à interprétation squ'on d entrer les conciles burgon des d'Épaone.
MAASSEN (FRÉDÉRIC) — MAATRIA (EL-) 422
ont souvent trompeuses ; on préfère s'en tenir ici à l'indiction. Du reste, s'il s'agit de ramener une date à l'autre, il est plus aisé de concevoir le changement de AX en XXII que celui de III en XV. Maassen distingue, suivant l'usage, le concile de Heims, dont parle Flodoard * et le concile de Clichy conservé isolément. Mais Flodoard ne dit nullement que son concile se soit tenu à Heims ; il dit seulement que l'évêque de Reims Sonnatius y prit part avec une cinquantaine de ses collègues. Or les noms qu'il donne coïncident presque tous avec les signatures du concile de Clichy ; quelques différences s'expliquent aisément soit par des dyonymies, soit par des fautes de transcription. Quant aux canons, ils sont identiques dans les deux textes, sauf que Flodoard abrège en quelques endroits. Il semble donc qu'il y ait lieu de supprimer le concile de Reims.
La date du concile de Chalon-sur-Saône, au temps de Clovis II, est indiquée d'une façon peu précise : 639-654. Il faut s'en tenir à l'année 650. En effet, le premier canon nous montre l'assemblée préoccupée du dogme de l'Incarnation et des décrets de Chalcédoine. C'est un fait rare. On ne constate une telle préoccupation dans toute la série des conciles mérovingiens, qu'au concile d'Orléans de 549 et à celui-ci. Or le concile d'Orléans se réunit au plus fort de la querelle des Trois-Chapitres ; celui de Chalon doit correspondre à un moment important de la crise monothélite. En 649, le pape Martin avait tenu un grand concile contre le monothélisme et les actes en avaient été communiqués à l'épiscopat des deux royaumes francs avec prière d'appuyer la manifestation pontificale. Saint Éloi et saint Ouen s'intéressaient vivement à cette affaire * ; ils figurent tous deux parmi les signataires du concile de Chalon. Tout cela semble indiquer que le concile s'est tenu, suivant le désir du pape, peu après le concile de Latran.
On peut préciser aussi la date du concile de Bordeaux que Maassen laisse flotter entre 663 et 673, dates extrêmes du règne de Ghildéric II. Mais le lieu de la réunion et la provenance des évêques qui s'y rendirent supposent que Ghidéric régnait alors en Neustrie-Bourgogne comme en Austrasie ; il faut se restreindre à l'intervalle 673-675.
Le texte a été constitué à l'aide des manuscrits dont Maassen avait précédemment « déterminé les caractères et fixé le classement ». Sauf de très rares exceptions, les éditeurs des collections antérieures n'ont rien connu dont la source n'ait été retrouvée par Maassen, qui leur a donc fait fort peu d'emprunts.
H., LECLERCO.
MAATRIA (EL-). — Maåtria est situé sur le Djebel-Maatria qui, avec le Djebel-Kaleika, sépare Teboursouk de la vallée de la Medjerda. L'Henchir-Maátria se trouve à peu près à mi-chemin de Béjagare à Teboursouk (Thubursicum) près de la route nouvelle de Béja à Teboursouk, mais une autre ruine porte le même nom. Elle est située au nord-sud-est du point où nous sommes, et correspond à Henchirel-Maátria de la carte de l'État-major sur laquelle le point dont nous parlons ici est simplement désigné sous le nom de El-Maàátria.
Cette construction sur plan rectangulaire, qui conserve encore ses portes et ses fenêtres, est analogue, quant à l'appareil, à Kasr-el-Ahmar près de Djilma ; on y trouve de même des chainages en pierre avec harpes (pierres en délit alternant avec harpes horizontales) encadrant des massifs en moellons. Entre cette construction et des gourbis arabes grossièrement construits en moellons et en branchages et qui s'appuient contre une petite élévation de terrain, on retrouve, enterrés presque complètement, de nombreux fragments de pilastres, de chapiteaux et d'entablements.
Plus loin, vers la vallée qui s'étend à la droite de la route de Teboursouk et qui est en partie cultivée, les derniers contreforts du plateau sur lequel s'élèvent les ruines de Maátria sont couverts de fragments d'édifices divers. Des constructions voûtées en sous-sol et butées par les contreforts demi-cylindriques (peut-être des réservoirs ou citernes) sont complètement disloquées. Une nécropole s'étend entre ces constructions et celles dont nous venons de parler ; les tombes sont des cippes en forme de piédestal, comme on en rencontre de nombreux exemples à Dougga.
A une petite distance de cette nécropole et vers la gauche (en allant vers l'ouest), au milieu de murs de blocage dont la ruine encombre une assez grande surface de terrains, nous remarquons une abside trilobée (fig. 7344).
L'abside de Maátria n'est pas comme celle de Sidi-Mohammed-el-Gebioni construite exclusivement en blocage, elle a une ossature en grands matériaux et possède encore les murs latéraux soutenant la voûte d'arête qui couvrait la partie carrée du plan, et formant les tympans des arcs latéraux de cette voûte. Les dimensions sont à peu près les mêmes que celles de Sidi-Mohammed-el-Gebroni ; la croisée de la nef est couverte d'une voûte d'arête et éclairée par quatre fenêtres en partie ruinées (fig. 7345). La voûte en blocage, au lieu de reposer sur des arcs, s'appuie comme à Kasr-el-Ahmar, sur des encastrements ménagés dans l'épaisseur des murs des tympans, à une hauteur correspondant au niveau de l'extrados des quatre arcs de tête de la croisée, dans les angles de la partie du milieu, des tablettes de pierre épaisses de 0m. 20 environ recevaient les retombées des angles de la voûte, il se pourrait que ces tablettes eussent été soulagées par quatre colonnes placées dans les quatre angles, on n'a pas retrouvé de traces de ces colonnes. De chaque côté d'une des fenêtres, des corbeaux (voir mur, à l'intérieur, sont encore en place ; il semble qu'ils aient servi soit à soutenir une tringle à laquelle un étoffe aurait été suspendue ou une barre de bois servant au même usage. Peut-être aussi n'ont-ils été placés en cet endroit que dans un but décoratif. Comme on le voit par le dessin, les arcs sont appareillés avec soin, en moellons assez grands et plats, semblables à ceux qui sont employés dans les thermes de Feriana. Les angles de la construction sont renforcés, comme dans l'édifice décrit en premier lieu, par un quillage en grands matériaux en délit avec harpe. On n'a pu trouver aucune trace de nef correspondant à ce trichore.
MAATRIA (HENCHIR-EL-). — I. Numluli, II. Liste épiscopale. III. Vestiges païens. IV. Basiliques. V. Épigraphie.
I. NUMLULI — Les ruines de Henchir-el-Maátria sont situées à neuf kilomètres au nord-ouest de Thubursicum, dans la Proconsulaire (Tunisie). On a retrouvé un fragment épigraphique qui donne l'identification certaine avec la localité ancienne. Les ruines furent explorées et décrites pour la première fois par J. Poinssot ; le docteur Denis et le docteur Carton ont depuis étudié l'épigraphie et les vestiges d'édifices qui étaient importants et nombreux à Numiculi. Dans le texte cité plus haut nous lisons »Numiulitanus« ; dans les textes ecclésiastiques on trouve »Numnulitanum« et »Nummulitanum« . La mention de deux évêques de ce siège avait suffi à Hardouin pour le placer dans la Proconsulaire. Cette petite ville devait son existence à son admirable situation au centre d'une vallée d'une extrême fertilité (fig. 7346).
II. LISTE ÉPISCOPALE. — Aurelius, episcopus plebis — Nummulitanæ, en 411 (1r, 126) assista à la conférence de Carthage ; Donatius episcopus Ecclesiae Nummuli-lani, souscrivit à la lettre adressée à Paul de Constantinople, au sujet des monothélites en 646.
Biberbe, debout, drapé, avec une CE chevelure, la main droite un plat ovale à oreillettes contenant un poisson.
IV. BASILIQUE. — La basilique chrétienne, construite un « quatrefeuille » comme l'indiquent les res ci-contre (fig. 7347, 7348, 7349). Un voussoir de la voûte romaine de l'un des arcs intérieurs a été taillé dans une stèle funéraire ; on lit encore la formule H. S. E. Le pavage est constitué partiellement de pavés, partiellement de mosaïque, cette dernière est presque complètement détruite. L'édifice était revêtu, à l'intérieur comme à l'extérieur, de ciment de tuileaux. Il prenait jour par quatre fenêtres pratiquées dans les murs de la construction qui surmonte les quatre demi-coupoles.
Cilernes. Nécropole. Const. byzante.
La topographie des environs a été décrite par Mabillon à propos d'une donation faite au monastère de — Saint-Hemy dès le temps de Dagobert. « Le ruisseau — d'Authe, dit-il, prend sa source au village qui s'appelle Sommauthe, puis il coule à travers Saint-Pierremont, - qui est mon pays natal, de là il se jette dans la rivière de la Bar, au-dessus du bourg de Brieul les et près du village d'Authe qui tire de lui son nom à l'endroit où il disparaît. » Les chartes et les pouillés donnent à la patrie de Mabillon les noms de Sancti Petri mons, Sanctus Petrus ad montem, S. Palrimons. La seigneurie de Saint- | Pierremont était rattachée à l'abbaye rémoise de Saint-Denis. On conserve une charte d'affranchissement, rédigée en français, en 1283, et donnée à cette localité par Renaud, abbé de Saint-Denis, pour le prieuré de Grandpré, et par Baudoin d'Autry, archidiacre de l'Église de Châlons ?, Cette charte avait soumis les habitants de Saint -Pierremont à la fameuse loi de Beaumont ?. Il est certain que le prieuré de Saint-Médard de Grandpré, relevant des chanoines réguliers de Saint-Denis, en vertu d'une bulle de - Clément VII, en 1397, exerça constamment des droits féodaux à Saint-Pierremont et y eut des procureurs fondés. Un de ces derniers fut, en 1549, Thierry Mabillon *, qui est cité, aux papiers de Saint-Denis, à la bibliothèque de Reims, comme procureur fondé de maître Nicol Frizon, docteur en théologie, prieur de Grandpré. Cette circonstance, jointe à la présentation du curé du lieu par l'abbé de Saint-Denis, expliquerait pour quoi Jean Mabillon prit à Reims des degrés dans les Écoles de Saint-Denis ; il dut avoir dans ce monastère des relations et des protecteurs.
Avant la Révolution, Saint-Pierremont relevait du bailliage et de l'élection de Sainte-Menehould ; le village, dépendait au spirituel du diocèse de Reims, au doyenné de Grandpré, son curé était à la nomination, nous venons de le dire, de l'abbé de Saint-Denis, qui était également seigneur du lieu pour moitié, Les Notes de l'archevêque de Reims, Maurice Le Tellier, contiennent plusieurs mentions relatives à Saint-Pierremont qu'il visita le 22 juillet 1673 et le 20 juillet 1679. Tout indique une grande pauvreté : presbytère, église, linge, livres, ornements *. Les registres paroissiaux conservés à la mairie commencent, l'un en 1655, l'autre en 1668, et finissent à des dates diverses de 1670 à 1675. Les registres réguliers ne commencent qu'en l'année 1693, Nous dirons ce qu'ils conservent d'actes relatifs à la famille de Mabillon.
En 1679, la visite archiépiscopale signale entre Saint-Pierremont et Saint-Lambert d'Oches, son « secours », 500 communions en tout : en 1684, il n'y a plus que 250 communiants et 150 au secours. Un siècle plus tard, en 1777, la population était de 101 feux et de 320 communiants, en dehors du secours, compris dans les limites de la paroisse *. Une autre dépendance de Saint-Pierremont était la terre de Fontenois, dont une portion appartenait, au XVIIe, à la famille Lespagnol de Reims, comme le prouvent les baux de 1688 et de 1691 passés devant Dailler : ces baux sont valables pour neuf ans au profit de Jean Mabillon, marchand, et de Maître Guillaume Gouret, notaire royal, demeurant à Saint-Pierremont, moyennant une redevance annuelle de 210 livres et une paire de chapons vifs en plumes ».
Saint-Pierremont devint en 1790 le chef-lieu d'un canton du district de Grandpré, Depuis un siècle, l'importance de cette commune n'a cessé de décroître. En 1825, la population comptait 560 âmes ; en 1879, elle n'atteignait que le chiffre de 413 ; en 1927, elle n'était plus que de 283 habitants *. Le village fait partie du canton de Buzancy et de l'arrondissement de Vouziers ; son principal écart est le hameau de Fontenoy. Le territoire, en général fort pierreux, comprend deux tiers en terres labourables, et l'autre tiers en bois et prairies ; l'état actuel de Saint-Pierremont est celui de tous les villages agricoles de la contrée, il jouit de revenus forestiers considérables et possède un vaste presbytère et de belles écoles. Les anciens châteaux n'offrent plus que des débris transformés en exploitations agricoles. A 300 mètres au bas du village, on trouve le ruisseau de la Fontaine-Grosjean qui prend sa source dans les bois communaux de Sommauthe, près du Chêne Mabillon, à l'altitude de 229 mètres !, II. L'Église. — L'église de Saint-Pierremont nous reste comme un témoin de l'enfance de Mabillon, mais elle n'appelle aucune description, car le sanctuaire date seul du Moyen Age ; la nef, de construction moderne, n'a pas de bas côtés ; le chevet, terminé carrément, forme la partie inférieure d'une tour assez importante du XIe, recouverte aujourd'hui d'une toiture pyramidale en ardoises (fig. 7350). Le clocher, très massif, est percé d'étroites ouvertures qui lui donnent l'aspect d'une forteresse. Les deux travées de l'abside sont voûtées d'ogives, avec nervures reposant sur des colonnettes munies de chapiteaux ; au-dessous des fenêtres, la muraille est ornée d'arcatures, Le maître-autel du XVIe, garnit tout le fond de l'édifice, il est surmonté d'un retable en pierre et rehaussé de marbres et d'ornements sculptés. Quant à la chapelle elle a été entièrement reconstruite en 1764, Cette église fut celle où Mabillon reçut le baptême et fit sa première communion, celle où ses parents et ceux qui les avaient précédés dans la vie puisèrent les grâces chrétiennes qui firent de ces humbles gens une famille digne d'être proposée en exemple et que le nom de Mabillon était ignoré pour toujours à Saint-Pierremont. Cette année-là, le curé-doyen de Buzancy fit poser une plaque dans l'église, Quelques années plus tard, en 1878, sur l'initiative de l'Académie de Reims deux plaques de marbre noir furent apposées aux piliers qui supportent l'arc triomphal, en avant du chœur et au-dessus de la nef. Les frais en furent couverts par une souscription à laquelle s'associa la Société française d'archéologie, et les habitants de Saint-Pierremont supportèrent à eux seuls le quart de la dépense qui s'éleva à 810 francs ?, La plaque de marbre noir de 1 m. sur 0m.70 de large, posée du côté de l'Évangile est placée dans un cadre de pierre de style Louis XIII, surmonté d'un médaillon avec le profil en relief de Mabillon et, au bas, le blason de la Congrégation de Saint-Maur. Voici le texte français, zit
A LA MÉMOIRE DE — Y E
DOM JEAN MABILLON - - M. A
RELIGIEUX BÉNÉDICTIN DE LA CONGRÉGATION DE SANT-MAUR, m MEMBRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DES INSCRIPTIONS | NÉ A SAINT-PIERREMONT LE 23 NOVEMBRE 1632 m ILÉTUDIA DANS L'UNIVERSITÉ DE REIMS — | ET FIT PROFESSION DANS L'ABBAYE DE SAINT-REMY EN 1654. ÉRUDIT, PALÉOCRAPHE, HISTORIEN, — : IL PORTA LA LUMIÈRE DANS LES ANTIQUITÉS CHRÉTIENNES ET DANS CELLES DE LA FRANCE ; MODÈLE VES RELIGIEUX — — PAR SA PIÉTÉ ET SES DOUCES VERTUS, - DES SAVANTS PAR SES TRAVAUX PLUS ENCORE PAR SA DROITURE, ET SA MODESTIE. d'un on oman les armoiries accolées E abbayes de Saint-Remy de Reims et de Saint-Germ main-des-Prés. Voici le texte :
: Dom Jean Mabillon reçut dans cette église la grâce. du baptême et y fut instruit des vérités de la foi, plus tard, à Reims et à Paris, devenu moine de l'Ordre - de Saint-Benoît, pratiquant la. pauvreté, la chasteté — et l’obéissance. il brilla par son érudition. Son exemple — nous apprend à aider réciproquement la piété par le - savoir, et le savoir par la piété. — Se souvenant d'un - si grand homme, ses compatriotes lui ont élevé ce … monument, l'an du Seigneur 1878 +. » = TIE La warsoN. — La rue qui part du chevet de - l'église présente, sur la gauche, une facade en pierre de - taille qui parait n'avoir subi pres que aucun remaniement depuis trois siècles ; c'est la maison où est né Mabillon. « Rien ne la distingue des plus modestes habitations du village » écrivait-on en 1853. Cette année-là, le 14 juin, le cardinal Gousset, archevêque de Reims, vint visiter la pauvre demeure ; le 10 mai ~ deux inscriptions ; le même, La maison natale de dom — A Mabillon et son monument dans l'église de Saint-Pierremont 1877, ce fut au tour du cardinal Langénieux ?, mais ce ne fut qu'en 1879 qu'on fixa sur le linteau de la porte la petite plaque de marbre noir portant ces mots ;
L'aspect de la maison est pauvre ë ; sa toiture basse en tuiles dites de Guyenne, sa facade nue est percée d'une porte et d'une seule fenêtre au rez-de-chaussée que surmonte un grenier percé d'une grande lucarne et d'une plus petite (fig. 7351).
On pénètre du seuil dans une chambre assez grande qui a conservé sa cheminée d'autrefois dont le manteau est soutenu par deux colonnettes taillées et sculptées avec soin, et demeurées intactes depuis le XVIe, Le manteau est de bois et de facture récente. La cheminée mesure 1 m.60. de hauteur sur 2 m.27 de largeur. La plaque de fonte a Om. 60 au carré *(fig. 7352).
Cette plaque, qu'on ne s'attendrait pas avec son décor armorié, à rencontrer dans une si chétive habitation 7, garnit tout le fond de la cheminée et date du commencement du XVIe, comme l'indiquent les moulures, la forme de l'écu et celle des lambrequins, L'écu, surmonté d'un heaume, porte les armoiries d'une famille champenoise, originaire de Lorraine, Aye. * FE PUN, rj TRE i
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m : a CETIS ENNS WA yirt et dont les rejetons existent encore en France et en Allemagne, la famille de Ch :missot. Un membre de cette famille, Jean de Chamissot, était seigneur de sivry-lez-Buzancy, village voisin de Saint-Pierremont. Est-ce à raison de la proximité du château de cette branche des Chamissot que leur blason orne la plaque de la maison natale de Mabillon ? Est-ce parce que ces seigneurs possédaient quelque haut-fourneau dans la vallée de l'Aire dont les produits étaient marqués de leurs armoiries ? Ou bien est-ce, tout prosaïquement une vente mobilière, la démolition du château de Sivry, qui aura fait passer la plaque de fente du château au foyer des Mabillon ? On peut imaginer ces suppositions et plusieurs autres sans beaucoup d'utilité ; peut-être quelque titre découvert par hasard apportera-t-il l'explication souhaitée !.
Au delà de cette grande pièce servant de cuisine et de salle commune à la famille, on passe dans deux autres pièces exiguës qui donnent accès dans le jardinet. L'étage ne contient qu'un double grenier, sans pièces habitables. Il n'est pas impossible que le logis des Mabillon ne comprit aussi, à droite et à gauche, quelques dépendances pour les bestiaux et la basse-cour : ce sont des appentis qui ont depuis longtemps disparu.
La maison natale de Mabillon fut acquise en 1878 par le curé de Saint-Pierremont, M. l'abbé Lourdet, pour la somme de six cents francs *, afin de la conserver simplement, sans restauration ni embellissements, Son entretien fut assuré de la sorte, sans rien modifier dans la disposition de la facade, du foyer rustique, des trois pièces du rez-de-chaussée et du jardinet. Un vieillard y fut logé gratuitement, sous la réserve d'un usufruit par le dernier propriétaire, et les choses demeurèrent en l'état jusqu'au décès de l'abbé Lourdet, en 1896 ?, Celui-ci légua par testament la maison de Mabillon à la mense de l'archevêché de Reims, qui fut autorisée à l'accepter, mais sous la condition d'une vente lors de l'extinction de l'usufruit dont on vient de parler.
Cette extinction ne s'étant pas encore produite, la maison était restée comprise dans les biens de la mense, toujours occupée par un vieillard, en souvenir des parents de dom Mabillon et n'ayant subi aucun changement qui pût en modifier le caractère. C'est ce qui fut constaté officiellement après le décès du cardinal Langénieux, archevêque de Reims, au mois de janvier 1905. Deux architectes de la ville, M. E. Lamy et M. Léon Margotin, vinrent en lever le plan lorsqu'on fit la visite de tous les biens dépendant de la mense, et ce plan montre bien l'état de lieux, dans leur simplicité primitive (11 mars 1905).
« Mais, depuis lors, écrivait un érudit rémois, Henri Jadart, une grave modification s'est produite, celle de la suppression de la mense archiépiscopale en vertu de la loi de séparation de l’Église et de l'État, et de la mise sous séquestre de ses biens par défaut de formation d'association pour lui succéder au mois de décembre 1906. La maison natale de dom Mabillon reste donc sous le coup des risques possibles d'attribution ou de vente, selon les mesures qui seront prises au sujet de la liquidation de la mense, mesures que nous ne pouvons en rien prévoir ni conjecturer en ce moment (1908). »
IV. LA FAMILLE. — La famille de Mabillon était de condition trop modeste pour qu'on pût espérer remonter à des aïeux et reconstituer leur histoire ; on a pu cependant, à force de recherches, retrouver quelques actes concernant divers membres de cette famille. dans les registres paroissiaux de Saint-Pierremont, conservés à la mairie de cette commune et au greffe du tribunal de Vouziers. Les voici par ordre chronologique :
1663. « Perette Loupot, fille de dame Louppot et d'Élizabeth la Tour, fut baptisée le treizième mars 1663, ses parrain et marraine sont Estienne Mabillon et Perette Drouet sa femme . » 1668. « Jean Bailly, fils de Noé ( ?) Bailly et de Nicolle Berryer, a été né le 23e avril et baptisé le 25e dudit mois et an 1668, son parrain est Jean Mabillon et sa marraine est Marie Debeille ( ?) fils et fille. » 1669. « Jean le Febvre, cy devant veuf de deffuncte Marie Gouret, d'une part et Françoise Haudecceur, fille de Gérard Haudecœur et de Nicolle Castran ( ?), tous deux de ceste paroisse ont estez espousés en face de Ste Eglise le neufiesme juillet 1669, en la présence — de Estienne Mabillon , Jean Chambean ( ?) et de Jesson Rousselin qui ont tous signés le jour et an que dessus (Signé) :... Mabillon. » 1672. Jean Petit aux, fils de Aymon Petit aux et de Nicolle Ravi aux, a été né le 25e jour du mois de mars 1672 et a été baptisé le 27e dudit mois, son parrain et sa marraine se sont Jean Mabillon et Marye Bourbon qui ont signé le jour comme sudit (Signé) : J. Mabillon Marie Bourbon, De Villers . » Ce sont des actes de baptême où paraissent le père et le frère du bénédictin, dont le nom fut porté non seulement à Saint-Pierremont, mais encore dans toute la contrée avoisinant ce village, à Sy, à Buzancy, à Beaumont-en-Argonne, etc. La branche à laquelle appartient celui qui devait en rendre le nom illustre ne nous montre que des laboureurs, des marchands, des gens de métiers, des ecclésiastiques, des membres des justices locales ; nonobstant l'exemple, aucun de ces humbles ne s'est aventuré dans la carrière littéraire.
La souche est Claude Mabillon, mort à Sy, âgé de cent seize ans, vers 1670. De ses trois fils, l'ainé Jean, devint prêtre, le deuxième, Étienne, fut père du bénédictin : le troisième Gérard a eu des descendants dont la lignée se continue jusqu'à nos jours. Étienne, né en 1586 mourut à Saint-Pierremont en 1692, à l'âge de cent six ans. Il avait épousé Jeanne Guérin à laquelle il était sans doute apparenté, car il fallut solliciter une dispense du pape pour faire ce mariage« .
Elle mourut jeune après avoir eu trois fils morts en bas âge, une fille sur le compte de laquelle on ne sait rien, sinon qu'elle lui survécut, et enfin deux fils qui portèrent tous deux le prénom de Jean, l'un qui fut bénédictin, l'autre plus jeune de dix ans, qui fut successivement soldat, puis marchand dans son village natal. Dom Ruinart, qui a vécu dans l'intimité de Mabillon, a tracé ce croquis de la famille de son maître : * Ses parens appelez Estienne Mabillon et Jeanne Guerin, nez d'honnêtes familles ' ?, n'ont rien eu selon le -1 3
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monde qui les y ait beaucoup distingué ; leur plus grande gloire est d'y avoir donné un fils si illustre, et d'avoir eu un soin particulier de l'élever chrétiennement, Il se souvenait souvent des instructions qu'il avoit reçues de sa bonne mère, mais elle mourut assez jeune. [Son père se remaria !] je l'ay và à l'âge de 105 ans encore vigoureux, avec un jugement sain et entier : la plus part néanmoins de ses enfants moururent jeunes et de plusieurs qu'il eut, il ne resta que le P. Mabillon et un autre frère qui, après avoir mené une vie très chrétienne, mourut dans de grands sentiments de piété ?, àgé d'environ cinquante ans [en 1700], vraie copie en douceur et en innocence de mœurs de dom Jean Mabillon ?, » On trouvera dans H. Jadart, Dom Jean Mabillon, p. 194-197, la transcription des pièces suivantes relatives à la famille Mabillon : Contrat de mariage entre Claude Mabillon, de Beaumont en Argonne et Jeanne Taulot de Buzancy, 4 décembre 1715 ; Provision de Thibie pour M Taulot, 10 juillet 1726 ; Acte d'installation dans la cure de Thibie de M Ponce Taulot en remplacement de M* Jean Mabillon, 28 août 1726 ; Décès d' Étienne Mabillon, curé de Saulce Champenoise, le 12 juillet 1729 ; Décès de Jean Mabillon, curé de Louvemont, 29 janvier 1756 ; Partage et accord fait entre Jeanne Mabillon et ses sœurs des meubles et effets de la succession des deffunts Claude Mabillon et Jeanne Taulot de Buzancy, du 16 mars 1763.
Jean, né en 1676, le curé de Thibie et puis de Louvemont,
V. ENFANCE ET JEUNESSE. — Jean Mabillon vint au monde le 23 novembre 1632 et fut baptisé le 25 du même mois. Son premier biographe, dom Ruinart, ne peut se tenir d'ajouter qu’ « il y a lieu de croire qu'il a conservé jusqu'à la mort l'innocence qu'il a reçue dans ce sacrement, » Le curé de Saint-Pierremont racontait avoir « oui-dire à des gens âgés qui ont été ici à l'école avec le P. Mabillon qu'il avoit parlé au bout de deux mois, faisant voir à sa mère un pigeon et qu'il avoit dit : voy maman un beau pijon. » Il fut deux ans après sans parler . Dans les écoles il surpassoit ses compagnons, et apprenoit les leçons avec beaucoup de facilité ; son maître à St-Pierremont estoit Gerson Rousselin homme habile pour les écoles... Pendant qu'il estoit aux écoles de St-Pierremont il estoit fort assidu à l'église, il y servoit d'ordinaire la messe, et dans la maison de son père il prenoit plaisir à y faire l'office, il y disoit la messe avec d'autres petits enfants, se couvroit de serviettes au lieu de chasubles, il faisoit des bannières et la procession avec son clergé et ne pouvoit se résoudre à quitter son office pour solliciter les bêtes au retour de la charrette ;
| adonné au sexe ; il entretenoit chez lui une demoiselle | nasti que de Mabillon : appréhension d'une existence
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on voit encore chez sa sœur un coffre ou il célébroit la — messe et on voit dans le lambris des trous où il attachait des cierges..J'ay un petit livre où il y a des vers je ne say s'ils sont de luy... (probablement son livre de cantiques’). Estant un peu plus avancé en âge, il fut envoyé chez son oncle Jean Mabilion qui estoit — curé de Neufville et Mongon et est mort à Condé sur Marne 7, où il estoit curé. J'ay un contract de ce bon — oncle ou il se qualifie Messire Jean Mabilion, curé [de] day, y demeurant [par lequel] il donne à Jean Mabil- : lion notre religieux filz d'Estienne Mabilion son frère — et à Jean Mortier, fils de Didier Mortier et d'Anne Mabilion, sa sœur, ses biens immeubles, sis au finage - de St-Pierremont à partager entre lesdits enfants | également à lui escheu par le décés de feüe Étienette - le febvre. [en son] vivant mère desdit Estienne et | Anne suivant les lots du partage que Claude Mabilion. leur père leur en avoit fait, à charge de donner à 3 Claude Mabilion la pension si aucune estoit deüe, - voulant que lesdits Jean et Anne jouissent dés à présent durant leur bas âge, comme de leur naissant E pour les avancer dans leurs études, et la donation est | faite à St-Pierremont le 3« »* août 1641 5. » bh. EAS libéralité ceva permettre aux parents de aaa Pardi Jus que- -]à, il apprenait les éléments de la grammaire latine tant à Saint-Pierremont qu'à Neuville | et Day, dans le presbytère de son oncle ; mais vers | 1643, cet oncle vint occuper la cure de »Condé-sur- Marne. C'est à cette époque que, vers 1644 que Jean Mabillon fut envoyé à Reims, et ce fut alors qu'il ressentit — une douleur mêlée d'humiliation qui exerça sur son | avenir une influence décisive. Son « oncle estoit un homme très déréglé dans sa conduite, beaucoup | du pays et en usoit comme s'il avait esté son mary, ce qui lui attira quelques coups de bâtons de la part des — frères qui estoient des gentilshommes qualifiés et officiers dans les armées. Ils le firent attacher par les - doigts de pied dans sa chambre, et le bastonnèrent - tout nud si rudement qu'il en mourut peu de temps après des mauvais traitements qu'on luy fit. La demoiselle fut pareillement étrillée rudement. Le P. Mabillon en fut touché et voua dés lors qu'il ne seroit jamais prêtre séculier ; ce fut cette action qui le détermina à se jetter dans la suite parmi nous en 1653. Voilà ce que j'ay appris de notre illustre religieux ?. » Nous apprenons ainsi le mobile de la vocation monastique de Mabillon, qui lui paraissait insuffisamment protégée contre les occasions de faiblesse, réparation offerte pour le scandale de son oncle et probablement son parrain, de qui il portait le nom.
En se vouant à la vie religieuse, le précoce bon sens de Mabillon lui apprenait qu'il conserverait toujours l'estime et la tendresse pour les siens, pour ses proches, qu'il saisirait les occasions qui s'offriraient à lui de venir les voir, les embrasser, les entretenir. Entre autres séjours qu'il reviendra faire à Saint-Pierre-Mont, nous connaissons ceux des années 1686, 1690, 1693, 1699 et 1703 ; l'extraordinaire longévité de son père le ramènera avec une joie très vive auprès du vieillard centenaire *, et il prendra plaisir à parcourir les chemins qu'il avait tant de fois suivis dans son enfance, à retrouver ce paysage familier, … à s'enfoncer dans les bois de Sommauthe, non plus comme autrefois pour dénicher des nids ou manger des baies sauvages, mais pour revoir un chêne auquel dans la suite s'attacherait son nom.
VI. ÉTUDES ET VOCATION. — Un peu avant qu'il eût atteint sa douzième année, à la rentrée d'automne de 1644, probablement, c'est-à-dire « quand on le vit un peu plus avancé, on envoia à Reims [le jeune Mabillon] pour y faire ses études. » Il trouva un protecteur éclairé en la personne de M. Boucher, chanoine de Reims, chapelain du roi et abbé de Thénailles, ordre de Prémontré ; il est vraisemblable que ce personnage par son attachement à la collégiale de Montfaucon-en-Argonne , pays voisin de Saint-Pierre-Mont, avait été mis au courant des heureuses dispositions de l'enfant. Grâce à la donation de l'oncle curé, Mabillon n'était pas entièrement à la charge du chanoine Boucher, qui logeait à l'hôtel de la Pourcelette, situé entre la rue d'Anjou et la rue actuelle du Cardinal-de-Lorraine, et envoya son petit protégé au collège le plus voisin de son logis ». Ce Clément Boucher dont la maison et les exemples auront eu une part importante à l'éducation de Mabillon, « étoit, au jugement d'un confrère, un grand aumônier. Ce bon abbé entretenait douze pauvres durant toute l'année dans cette ville et faisait une rente de 50 écus parisis par moitié tous les six mois aux capucins . » Longtemps après, lors que les vieillards qui avaient jadis connu Mabillon évoquaient leurs souvenirs de jeunesse, MM. Favart et Bouton se souvenaient très nettement de son séjour chez le chanoine-abbé « qui, ajoutaient-ils, tiroit peu de services de lui * [et] l'a fait étudier depuis la sixième jusqu'en rhétorique inclusivement au collège des Bons-Enfans de l'Université, « qui estoit le plus suivé et de suite lui a procuré une place gratuite au séminaire ?. » Mabillon ne fut pas longtemps au collège des Bons-Enfans « sans se distinguer de ses compagnons, qu'il passa bien-tôt de beaucoup, nous apprend dom Ruinart. On remarquoit dès ce temps-là en lui ce que l'on y a depuis tant admiré, c'est-à-dire une élévation d'esprit extraordinaire, jointe à une singulière modestie : ce qui le faisoit en même temps aimer de ses maîtres et honorer de ses compagnons. Ceux-ci n'eurent jamais de jalousie contre lui, tant ils étaient pénétrés de son mérite et charmés de sa douceur. »
Et ses maîtres, dont j'ai connu plusieurs, n'avaient pas moins de joie de voir les grands progrès de ce disciple dans les études. » Le chanoine Gillot, plus précis, nous apprend que « M. Thomas Le Frique, qu'il avait eu pour maître en 4e et en 3e, proposoit le petit Mabillon aux autres écoliers comme le modèle qu'ils devaient suivre pour devenir vertueux et habiles. M. Favart qui a étudié avec lui en 4e et en 3e et M. Bouton, qui ne l'a point quitté durant les neuf années d'études qu'il a faites à Reims, assurent qu'il étoit aimé chérement de ses régens et honoré de ses condisciples ; et qu'il a toujours été sur ce pied-là, même avec beaucoup de distinction, parce qu'il ne s'en faisait pas accroire et qu'il y avait à profiter dans sa compagnie. » Le curé Richard de la Haye tenait d'une autre source ces quelques détails : « Il avoit l'esprit le plus vif de ses écoliers, il estoit fort pieux, sobre, obéissant à ses maîtres et leur rendoit des services sans rétribution, par humilité : il estoit sans malice, gaillard, respectueux à tout le monde et avoit toujours des bons mots latins en sa bouche ; il étoit bon orateur et éloquent ; il composoit fort bien des vers en 2e et rhétorique. Voilà de quoi j'ai appris de M. Voyville, curé de Sauville, près de Louvergny, dans notre voisinage, qui a fait ses classes avec lui ! !. » « Les jours de congé étoient pour lui des promenades qu'il faisoit souvent avec M. Bouton et jamais sans y porter quelque livre dont on y lisait quelque chose !, » Nous connaissons aussi les noms de quelques camarades de classe de Mabillon : Noyville, Doyen (en 6e), Favart (en 4e et en 3e) Bouton (l'a suivi dans toutes ses classes), Noyville (a fait ses classes avec lui), P. Caillet (qui a reçu de lui beaucoup de bons offices puisqu'il avoit coutume de revoir ses thèmes). et ce même Caillet, qui lui succéda chez le chanoine Boucher ?, racontait que M. François Duchemin, professeur de collège, fut « le protecteur de Mabillon durant ses premières études par les caresses qu'il lui faisoit et les conseils qu'il lui donnoit, il l'autorisa [à] porter un billet dans les classes inférieures par lequel il s'offroit de revoir et corriger les thèmes des écoliers. » Mabillon passa neuf années d'études à Reims, entre 1644 et 1653, en commençant par la sixième et sans doubler aucune classe , nous savons les noms de quelques-uns de ses professeurs :
COLLÈGE DES BONS-ENFANS.
Classe de sixième, année 1644-1645, professeur inconnu.
Classe de cinquième, année 1645-1646, professeur inconnu.
Classe de quatrième, année 1646-1647, professeur M. Thomas Le Frique.
Classe de troisième, année 1647-1648, professeur M. Thomas Le Frique.
Classe de seconde, année 1648-1649, professeur M. Paul Taillet.
Classe de rhétorique, année 1649-1650, professeur M. Paul Taillet.
Continuation au séminaire, entrée en 1650, après le mois de juillet.
Philosophie, année 1650-1651, professeur M. Paul Taillet.
Théologie, année 1651-1653, professeurs M. Jean Lallemant et M. Robert Le Large.
Au cours de ces années, nous pouvons noter quelques événements scolaires ou autres. Au cours de la 3e : Mabillon déclama une oraison dans la chaire de M. Le Frique, son maître, en sa présence et des écoliers . » Il obtint le 20 mai 1649 des lettres d'encouragement : on lit en effet dans les registres de l'Université : Jo. Mabillon obtinuit litteras juvamenti an. 1649 die 20 maii, in humilitate audiens, Taillet professore, rectore Gerardo Audry, primario Henrico Malot . Pendant l'année de rhétorique, Mabillon et son condisciple Gérard Bouton firent quelques pièces latines en prose ou en vers, ce qui lui donna occasion de composer un programme sous ce titre : Io. Mabillon, Geadus Bouton... bacchanalia celebrabant.
Pendant ces années d'études, le jeune Mabillon vit démolir la tour Saint-Rigobert, qui était située près de l'enceinte du palais archiépiscopal (1647) ! ; il habitait à quelques pas seulement, l'hôtel de La Pourcelette (n° 1, rue d'Anjou) dont il nous reste une porte monumentale de pur style Louis XIII (fig. 7353) '*, 444 Dont il nous reste, disions-nous ! Mais, hélas ! tout a péri depuis l'abominable bombardement de Reims par les Allemands et c'est, pour nous, une raison « de plus de rapporter l'histoire de ce portail qu'a franchi des centaines et des centaines de fois le jeune pensionnaire du chanoine Boucher.
4 En 1650, Mabillon, âgé de près de dix-huit ans, fut reçu en philosophie : il quitta la maison du chanoine Boucher et vint habiter au séminaire. Le 7 janvier 1651, il reçut le sacrement de confirmation et la tonsure cléricale des mains de Georges d'Aubusson, archevêque d'Embrun, dans la chapelle des nonnes bénédictines de l'abbaye de Saint-Pierre !, Ce fut pendant l'année de philosophie, nous dit dom Ruinart, je me souviens bien, il me l'a autrefois avoué), que M. de Nemours, après avoir pris possession de l'archevêché de Reims, alla pour la première fois visiter le collège de l'université, le jour où Mabillon, entre autres, fut chargé de lui faire un compliment : quoiqu'il ne fût pour lors qu'étudiant en philosophie, il s'acquitta de cette commission d'une manière dont ce prince, aussi bien que tous ceux qui l'accompagnaient, parurent extrêmement satisfaits ?, » « Tant de bonnes qualités lui attirèrent l'estime et l'affection de tout le monde et on crut qu'un sujet si plein de promesses ne devait point être négligé ; ce qui fit prendre quelques mesures pour tâcher de l'attacher au séminaire. Au commencement de juillet 1652, fut fait maître ès arts et il fit encore depuis une année de théologie dans l'université, où il prit des écrits dans les écoles de Saint-Patrice et dans celles de l'abbaye de Saint-Denis, On l'avait même dès l'année 1650 pourvu d'une place au séminaire de l'Église de Reims à. +, C'est un établissement du cardinal Charles de Lorraine, au retour du concile de Trente, semblable à celui que fit saint Charles de Milan pour élever de jeunes clercs . Ils doivent assister par tour au service du chœur dans la métropolitaine et ils sont destinés à remplir dans la suite diverses fonctions dans le diocèse. Cet emploi était d'autant plus agréable au jeune Mabillon, qu'il lui fournit l'occasion d'assister souvent aux divins offices... ; il ne manquait à rien de son devoir pour le service de la cathédrale, et il s'était tellement appliqué à en étudier tous les rites et à apprendre parfaitement ce que l'on a coutume d'y chanter, qu'il savait encore tout par cœur dans les dernières années de sa vie . » Mabillon se souvint toujours de l'asile et des liens formés avec le diocèse. « Un titre particulier de reconnaissance, écrira-t-il beaucoup plus tard, m'attache à Reims, j'ai vu le jour dans un village de ce diocèse, j'ai appris dans le séminaire de l'université rémoise les premiers éléments des lettres . » Il en sortit le 30 juillet 1653, et retourna chez le chanoine Clément Boucher, « son ancien Mécène », mais pour peu de temps. Au moment où il approchait de sa vingt et unième année, le choix d'une carrière ne pouvait manquer de retenir toute son attention, mais deux circonstances l'y inclinèrent particulièrement. Le souvenir de la fin lamentable de l'oncle curé dut être ravivé par les attentions « d'une servante qui le caressait trop », et décida de sa vocation, L'attachement de Jean Mabillon pour l'église métropolitaine ne l'empêchait pas de visiter aussi les autres lieux qui sont dans Reims, et particulièrement au haut de la ville, que Flodoard appelait à cette occasion le quartier des basiliques. Il savait parfaitement tout ce qui rendait ces lieux respectables, et il ne manquait pas, quand il passait, lors que nous étions à Reims, d'y faire attention, qu'il accompagnait au moins d'une courte prière. Tels sont le cimetière appelé des Martyrs, l'église de Saint-Timothée, où il y a une grande quantité de leurs reliques, la cave de Saint-Maur, où on dit que les premiers chrétiens faisaient leurs assemblées, le tombeau de saint Nicaise, le lieu du martyre de saint Arnoul, et plusieurs monuments dressés en différents points de la ville en mémoire des miracles de saint Remy. Il avait une très singulière dévotion pour ce dernier, qu'il a conservée jusqu'à la mort, n'ayant jamais passé un seul jour sans l'invoquer en particulier *. Ce fut en visitant souvent le tombeau de ce grand saint qu'il sentit les premiers mouvements de sa vocation à la vie religieuse ; car, comme il allait de temps en temps en la célébre abbaye où l'on conserve ce précieux dépôt, il fut si édifié de la vie exemplaire qu'on y menait que dés lors il conçut le dessein de l'imiter. Il admirait surtout la ferveur et la modestie des novices : et une certaine tendresse de dévotion naissante, qui paraissait en ces jeunes religieux, le toucha si fortement, à ce qu'il m'a répété plusieurs fois, qu'il résolut de se joindre à eux, et de quitter tout à fait le monde pour entrer dans notre Congrégation. Il s'éprouva néanmoins quelque temps, et on éprouva aussi sa vocation pour s'en assurer, après qu'il eut déclaré son dessein. Mais il témoigna tant d'empressement pour être religieux que le prieur de Saint-Remy, à qui il s'en ouvrit, ne put résister longtemps aux instances de ce jeune postulant. Il était incessamment ou dans l'église ou autour du monastère, à peine le pouvait-il quitter de vue, On peut juger de l'ardeur qu'il avait pour lors, parce qu'il lui en restait encore environ cinquante ans après : car, comme nous étions à Reims et que le je voyais attendri en passant par des rues écartées qui côtoyaient les murailles du jardin de l'abbaye de Saint-Remy, il m'avoua pour lors qu'il était pénétré d'un sensible plaisir, parce que cela le faisait souvenir des grâces qu'il avait autrefois reçues en ces lieux, en sorte, me disait-il, qu'il lui semblait être à vingt ans.
VII. NOVICIAT ET PROFESSION. — Un mois après sa sortie du séminaire, Mabillon « fut admis au nombre des postulants de Saint-Remy le 29 août, jour de la fête de la décollation de saint Jean-Baptiste, qu'il avait coutume de célébrer tous les ans avec une attention particulière, pour remercier Dieu de la grâce qu'il avait reçue de lui en ce jour-là. Le 5 septembre suivant, il reçut l'habit de Saint-Benoît des mains de dom Mommolle Geoffroy, qui était pour lors grand prieur de Saint-Remy et dont la vertu était fort connue dans toute la ville, L'année du noviciat étant écoulée, Mabillon fit sa profession le 6 septembre 1654 entre les mains du R. P. dom Vincent Marsolle, qui avait été fait prieur de Saint-Remy quelque temps auparavant.
« Le jeune profès fit en peu de temps de si grand progrès dans la vie spirituelle sous de tels maîtres, qu'on ne pouvait s'empêcher d'admirer tant de vertus en un commençant, Ce fut apparemment ce qui détermina ses supérieurs à le laisser encore quelques années à Saint-Remy après sa profession ?, afin d'animer les novices par son exemple à la vertu, et leur servir de modèle pour avancer dans la perfection religieuse. On lui confia même pendant quelque temps le soin de les instruire touchant les exercices de la religion, mais, comme sa ferveur allait toujours en augmentant, il la poussa si loin que le corps, qu'il avait naturellement assez délicat, ne put suivre toute l'ardeur de son esprit. Il succomba tout à fait par des maux de tête très violents qui lui survinrent, et il tomba dans des épuisements si grands, qu'ils le rendirent incapable de toute application, jusqu'à ne pouvoir réciter son office. Cet accident affligea étrangement ses supérieurs ; on éprouva tous les remèdes que la charité et l'envie de ne pas voir inutile un sujet de si grande espérance, purent suggérer, mais ce fut toujours sans effet. On eut beau l'envoyer dans les abbayes voisines de Saint-Micaise, de Saint-Thierry et de Saint-Basle, pour y prendre l'air, le mal n'en devint que plus opiniâtre ; en sorte que l'on crut qu'il n'y avait plus d'autre remède que de le faire demeurer dans quelque monastère de la campagne, où, désoccupé de toute chose, il put travailler uniquement au rétablissement de sa santé ?, » Cet état maladif se prolongea pendant une période de six années. Les supérieurs envoyèrent le frère Mabillon à Nogent entre Laon et Soissons , épreuve qui eut pour lui toute l'amertume d'une sorte d'exil. L'envoi dans une de ces maisons dans lesquelles végétaient quelques religieux infirmes ou insociables autour d'un confrère chargé d'administrer la terre, d'entretenir les bâtiments et de faire rentrer les redevances était considéré par la plupart des religieux beaucoup moins comme une attention, que comme une détention ; aussi Mabillon « s'en prit à ses yeux, et regrettant les beaux jours qu'il avait passés à Saint-Remy, il pleura amèrement pendant quelques semaines. « Il s'accoutuma néanmoins à cette vie champêtre et, trouvant dans les Frères du monastère l'approbation des religieux, qui engagèrent leur jeune Luteciz Parisiorum, apud Johannem Baptistam Coitère une charité tout à fait compatissante à son mal et une tendresse de cœur à laquelle il ne se serait point attendu, il commença à goûter les douceurs d'une solitude entièrement éloignée du commerce du monde. | Plus tard, repassant dans sa mémoire la vie innocente qu'il avait menée en ce lieu, il prenait plaisir avec ses amis à s'appeler Frère Jean de Nogent, pour se représenter à lui-même les grâces qu'il avait reçues de Dieu dans ce monastère . » et, pour se distraire, sans cesser de s'instruire, se mit à dépaver l'église - dans l'espoir de retrouver l'épitaphe et la tombe de Guibert de Nogent 5, La lassitude intellectuelle n'empêchait pas le jeune religieux de se préparer aux Ordres, c'est ainsi qu'il reçut, le 22 septembre 1657, les ordres mineurs et le sous-diaconat, à Soissons, des mains de l'évêque Charles de Bourbon ; le 15 juin 1658, il y reçut encore le diaconat. Dans le courant de juillet, il quitta Nogent avec cinq livres dans sa bourse , pour le monastère de Corbie où il reçut l'ordination sacerdotale à Amiens, le 27 mars 1660, de l'évêque François Faure. A Corbie - (voir ce nom) on pourrait s'imaginer que Mabillon recevrait la charge d'une précieuse bibliothèque, il n'en fut rien, les supérieurs le chargèrent des fonctions de portier, il devint ensuite dépositaire et, enfin, cellérier. Il pouvait sembler difficile de se montrer plus inepte en confinant dans des besognes matérielles à la mesure de la généralité des moines, le seul ou du moins un des rares parmi eux qui put rendre partout ailleurs à l'Église et à l'Ordre d'éminents services, ` Pendant son séjour à Corbie, Mabillon éprouva un vif sentiment de dévotion pour une des gloires de l'abbaye, saint Adhalard. Il l'invoqua avec une si particulière confiance qu'il ne douta pas que l'intercession de ce saint moine ait procuré aux remèdes une efficacité inespérée. Ce fut pour témoigner sa reconnaissance du bienfait de sa guérison que Mabillon composa des hymnes en l'honneur d'Adhalard. Cet essai obtint à son confrère, à célébrer de la même façon sainte Bathilde, la fondatrice du monastère, Ces débuts attirèrent l'attention des supérieurs qui demandèrent à Mabillon de revoir les offices propres du monastère de Corbie pour les adapter au bréviaire monastique en usage « dans la Congrégation de Saint-Maur . Dom Tassin a mentionné ce recueil mais sous un titre inexact *, Les exemplaires du Propre de Corbie sont devenus rares ; on en connaît quelques-uns notamment à la bibliothèque d'Amiens et au presbytère de Corbie. Voici le titre :
Officia propria regalis monasterii sancti Petri Gorbeiensis, | Ordinis sancti Benedicti, congregationis « sancti Mauri. Ad limam breviarit monastici expolita. gnard, via Jacobæa, sub Bibliis aureis. MDCLXXVII. T Cum superiorum licentia. | Le texte du calendrier et des deux offices de saint T Adhalard et de sainte Bathilde contenant les hymnes composées par Mabillon a été publié par dom J.-M. Besse, Le premier ouvrage de Mabillon, dans Mélanges « et documents publiés à l'occasion du 2° centenaire de
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coûtait, en 1682, l'entretien d'un bénédictin de Saint-Maur : environ 437 livres par an.
Mabillon ne pouvait tomber entre de meilleures mains que celles de dom Luc d'Achery. De longues années de pratique conventuelle l'avaient initié à toutes ces petites misères qui existaient dans certains monastères, dissimulées sous les protestations amicales et masquées sous des formules mystiques, qui sont l'épreuve la plus cuisante infligée aux cœurs loyaux et aux esprits sincères. Son expérience, communiquée sans amertume mais avec franchise, dans cette forme douce et sereine dont l'éducation la plus polie et la piété la plus vive l'eussent empêché de se départir un seul instant, devait utilement contribuer à former le caractère de son jeune collaborateur, en même temps qu'à l'avertir des obstacles auxquels l'exposeraient sa candeur et son mérite de la part de certains moines qui s'emploient, avec une ingéniosité toujours renouvelée, à procurer ces épreuves qui sanctifient les âmes, tellement qu'on les croirait chargés de faire avancer autrui sur le chemin de la perfection. — .
Hôte perpétuel de l'infirmerie, où il passa les quarante-six dernières années de sa vie, dom Luc remplissait les fonctions de bibliothécaire, et ne s'accordait d'autre délassement que l'entretien des bouquets qui ornaient les autels aux jours de fête. Estimé autant qu'aimé par ceux qui l'approchaient, il exerçait une influence étendue sur ses confrères et plus d'une fois fut consulté par ses supérieurs. La bibliothèque, sous sa direction, était bien loin encore de l'état florissant qu'elle atteignait vers le temps de sa confiscation en 1791, mais on peut dire que sa prospérité prochaine était prévue et préparée. Il est à peine croyable que le chapitre, relatif aux soins à donner à la bibliothèque et au chartrier dans les constitutions de la congrégation de Saint-Maur, ne soit pas le fruit de sa prévoyance avisée.
‘« La bibliothèque du monastère, y est-il dit, sera bien exposée, bien aérée, et tous les ans, au mois de mars, le bibliothécaire, aidé de quelques-uns de ses confrères, remuera les livres, les époussetera, les laissera exposés à l'air et au vent, nettoiera soigneusement les tablettes, essuiera les boiseries à fond. Lors que le temps est sec et pur, il aura soin d'ouvrir bien grandes les fenêtres, et balayera lui-même toutes les semaines, Tous les livres marqués du sceau du monastère seront rangés par ordre de matière et cet ordre sera inscrit sur les divers compartiments de la bibliothèque. Le garde des chartes aura soin que les vers et les souris n'endommagent point les chartes et pourvoiera à préserver des vers les registres. Il prendra garde aussi aux dégels, et, pendant les grandes pluies, que l'eau ne tombe sur les titres et papiers. Il visitera, au moins une fois l'année, au temps le plus sec et le plus serein, toutes les chartes et papiers, qui sont aux archives, tant pour en mieux conserver la connaissance générale que pour en secouer la poudre, veiller à leur conservation, remarquer et mettre à part celles dont le temps, la vieillesse ou autre cause sensible, en effacent les caractères ou les rendent trop difficiles à lire afin d'en faire de bonne heure des copies authentiques, par ce moyen les renouveler. » IX. L'ÉDITION DE SAINT BERNARD, Dès son arrivée à Saint-Germain-des-Prés, dom Mabillon s'appliqua à une entreprise considérable. Dom Chantelou, mort subitement en 1664, avait ébauché une nouvelle édition de saint Bernard ; ses notes furent remises à un autre religieux « Champenois de naissance », chargé de réaliser l'œuvre entrevue, Le XVe n'avait pas donné d'édition complète des écrits de l'abbé de Clairvaux : la première parut en 1508 sans nom d'auteur. En 1513, 1515 et 1517, Jean Petit donna de nouvelles éditions et elles se succédèrent jusqu'à celle d'Horstius, encore très insuffisante, La recherche des manuscrits, leur appréciation, leur classement donnèrent lieu à Mabillon d'exercer ses connaissances paléographiques, d'appliquer les règles critiques, en même temps que l'établissement du texte, la composition des préfaces et des notes révélaient l'étendue de son érudition historique et théologique et la sûreté de son goût littéraire.
En 1701, Mabillon donna une nouvelle édition des Sancti Bernardi De consideratione libri V ad Eugenium III P. jussu Clementis XI P. M., in-8 », Parisiis, qui fut reçue par le pape avec faveur.
Nous n'avons pas à suivre les destinées de l'édition des Œuvres complètes jusqu'à son entrée dans la Patrologia latina : on en trouvera l'histoire dans Janauschek *.
La promptitude avec laquelle Mabillon avait su mener à bien cette œuvre considérable trouva des sceptiques, qui, tout en prodiguant les éloges hyperboliques, insinuèrent que ce grand labeur pourrait avoir été le produit collectif de discrètes collaborations. On s'explique sans peine que ceux qui parcourent en amateurs le domaine de l'érudition historique, ne puissent comprendre à quels résultats conduit un travail obstiné, sans trêve ni repos. L'existence de Mabillon ne dérobait au travail que les heures consacrées à la prière et au sommeil : ainsi s'explique la quantité de ses recherches et la célérité de leur mise en œuvre. Il « ne laissait pas perdre un moment de son temps, écrit dom Ruinart, se retranchant toute sorte de divertissement et s'accordant à peine le nécessaire, quoiqu'il fût presque toujours incommodé et d'un tempérament fort délicat. Il se levait ordinairement dès deux heures du matin, et il continuait ses études jusqu'à l'heure du dîner, sans autre interruption que celle de la prière et de la sainte messe et de l'office divin, Le reste de la journée n'était pas moins rempli, et il poussait son application quelquefois bien avant dans la nuit, sans vouloir se donner aucune relâche, Cependant, quoiqu'il prît tout le travail pour lui, il voulait néanmoins en partager l'honneur avec | avis, comme s'il eût été entièrement dépendant de lui.
| la Règle, soumis à ses supérieurs, ne se départait.
| blâmer ; il y eut dès lors, parmi ses confrères, des . dés le début de sa vie religieuse, dom d'Achery avait.
| nombre considérable de documents originaux et de | transcriptions parmi la multitude desquels il comjam que earumdem vitarum, quolquot nempe reperiri les autres ; [ce qui eut lieu pour les Acta sanctorum ]. Il voulut que l'on mit à la tête de cet ouvrage le nom de dom Luc d'Achery avant le sien, ayant toujours eu pour ce Père, à qui on l'avait donné d'abord pour adjoint, tous les égards qu’un disciple doit avoir pour son maître. C’est ce qui le portait à ne rien faire sans lui communiquer auparavant, et sans prendre ses.
Il étendait même ses déférences pour lui jusqu'aux devoirs de la vie ordinaire, il le visitait plusieurs fois le jour, le soulageant autant qu'il pouvait dans ses infirmités qui étaient continuelles. Il écrivait sous lui des lettres, et il recevait ses ordres qu'il exécutait avec une simplicité d'enfant et une exactitude surprenante , s Religieux assidu à toutes les obligations qu'impose pas d'une gravité polie avec ses confrères, Mabillon. né paraissait pas devoir se signaler par une supériorité de quelconque et voici que, inopinément, l'édition des Œuvres de saint Bernard révélait en lui les dons d'un travailleur hors de pair, à la fois érudit et critique d'esprit indépendant et sachant exprimer sa pensée avec clarté et vigueur. C'était, de sa part, une grave imprudence de se signaler ainsi par un mérite qu'on ne pouvait nier, par des exposés qu'on ne pouvait contredire, par une austérité qu'on ne pouvait. k tempéraments jaloux et envieux qui se promirent de l’entraver. Voici comment ils tinrent parole. X. LES ACTES DES SAINTS BÉNÉDICTINS. — Presque entrevu une vaste collection à entreprendre de tout J les vies des saints ayant appartenu à l'ordre | Saint-Benoit. Dans ce but, il avait rassemblé 1 menaçait peut-être à se sentir un peu noyé, lors que le. P. Mabillon vint lui prêter son concours. Afin de commencer la publication, dom d'Achery et dom Mabillon | exposèrent, dans une lettre circulaire, ce qu'on peut nommer. si l'on veut, un prospectus, leur dessein et cela moins pour conquérir de nombreuses souscriptions qu'il eût été illusoire d'escompter que pour obtenir des concours bénévoles qui leur permettraient de donner à leur ouvrage une perfection digne du sujet et du grand ordre qu'il voulait honorer .
Universis S. P. Benedicti discipulis el alumnis, verisque sanctorum quibuscum que cultoribus. l Inler præcipua quae christianis proponuntur documenta ad mores pie sancte que effarmandos, maximi semper ponderis fuere sanctorum vitæ el exempla. - Quamobrem Ecclesiæ catholice rectores, Sancio Spiritu afflati, ab ipsis christianæ religionis primordiis singularem adhibuere curam ut notarii scriptores que pii ac eruditi in diversis provinciis constituerentur, qui martyrum agones aliorum que sanctorum acta scriptis mandata posteritati commendarent, ea que in ecclesiis inter — divina officia publice lectitarentur. Eo que quo que ducti - Spiritu, patres congregationis Sancti Mauri, in Gallia, suis in comitiis jamdudum sancivere ut vitae sanctorum, quibus ordo benedictinus mirifice abundavit, primaria = phrasi servata edite, in unum, ut aiunt, corpus redigerentur, non quidem jurta mensium fastos, sed rata sæ- - culorum serie dispositie. Qua cura nobis demandata.
: | potuerunt a viginti plus annis, facta collectione perma : vima, illa sine mora typis commitlenda statuerunt, ac E« umeris nosiris, id oneris imposuerunt.
— — Perro instituti nostri ratio ita se habet, Acta sancto-
NEN
|o gum primigenia dabimus ad saeculorum classem revogc acte, inquam, sanctorum | uírius que sexus, qui , P. Benedictum suuin agnoverunt patriarcham, necnon Eos quarumcum que congregationum diu post dilatam E. netæ ipsius requiæ observalionem erectarum, videli cet Cluniacensis, Camaldulensis, Cislerciensis, Suylvestrinæ, Olepilane, Cœléstinensis, ete. Af vero, cum ex actis llis nonnulla subinde salebrio respersa sunt, cona- - »bimur nolis quam brevissimis, vel textum emendare ; vel -ebscura explanare, vel deni que temporum dissidia ad - concentum reducere, - Caeterum quanta ex hoc opere (si Deus ceptis faveat) BEnouriri poterit utilitas, nemo non vide ! : nam, prater sanctorum exempla domestica quae in promptu occurrent, ex illa sæculorum compage absoluta ordinis Benedictini, ecclesiasticarum que rerum exurget historia, et quidem « originalibus contexta instrumentis : unde non solum ordinis nostri alumnos, sed quoscum que solide pios, | clos Præsertim piros speclare videtur. Hos ita que — emnes enire rogamus ui ad hoc opus promovendum et quam perfecte absolvendum suam nobiscum operam njerre dignentur. Quibus autem. plurimum juvari — poterimus, ea nolamus, Imprimis acta sanctorum, | maxime peculiarium iis locis ubi coluntur integre de- — scribenda, nihil immutando, nec stylum, nec verba, iegue scribendi rationem ; lunc exscripta ad exempla unt conferenda. Si vera sancti notiores extiterint, sat “prima ac postrema cujuslibet vitæ verba indicare, ne - forte an eadem acta tum præ manibus habeamus. Deinde -sanctorum miracula, translationes, elevationes et alia “pari modo exscribenda, immo et Sanctorum externorum —ad nosira monasteria factas translationes, quia inde | li unis historiæ non parum lucis adfertur. Insuper, | » quantum fi fieri poterit, propria nomina locorum, oppi- | dorum, alia que sanctorum lingua ogari erunt marÜ poni apponenda.
= Postremo quidquid profuturum PEE E ad ea | » illustranda communicare nobiscum velint eruditi viri, b —— quibus gratiam, ui æquum est, impensi beneficii non modo habere perum et publicare haud prætermittemus.
ES Parisiis, e monasterio S. Germani Pratensis, I V cal. - martias MDCLX VIE L. Luca D'AGHERY et F, JOHANNES MABILLON monachi Benedictini cong. S, Mauri in Gallia.
Le tome i* des Acía paraitrait en l'année 1658 ët serait suivi de huit autres volumes in-folio — qui allaient attirer à Mabillon les plus glorieuses — contradictions. Avant de rapporter cette levée de boucliers contre lui, il est utile de montrer le détail de la grande œuvre histori que qui tint les promesses .et les engagements qu 'on vient de lire ; mettant pour è toujours sous la main des historiens un recueil : de — plusieurs centaines de documents publiés avec une |^ mérudition qu'on ne prend que rarement en défaut.
IE : Acla Sanctorum ordinis S. Benedicti in saeculorum To EEE EEE m nw iiie pep a ED : ad DC, collegit Domnus Lucas d'Achery, Con- — gregationis S. Mauri monachus, ac cum eo edidit tm Johannes Mabillon, ejusdem Congregationis qui et | universum opus nolis, obserpalionibus, indicibus que — necessariis illustravit. In-folio, Lutetiæ Parisiorum, — apud Ludovicum Billaine, in Palatio regio, 1668.
— P.r : Fratris Johannis Mabillon praefatio ad universos B. 8. P. Benedicti alumnos, et quoslibet pios eruditos que lectores ; p. vu : 8 1. De monachorum origine, statu et regulis in Grea ste ante 5. P. Benedictum ; p. XI : —De die et anno obitus S. P. Benedicti ipsius que SERM propagatione in Italia : ubi Dialogorum libri
, : MABILLON #4
#7 Gregorio M. asseruntur, et vulgata S. Benedicti ad B. Remigium epistola expenditur ; p. xx : De instituto sanctimonialium ad Regulæ S. Benedicti præscriptum per 5. Scholasticam præmunito ; p. xxu : De Regulæ S. Benedicti in Siciliam invectione per S Placidum ; p. xxv : De 5. Mauri missiene in Gallias, de que Benedictini Instituti facto per eum accessu ; p. xxxiv : De Regulæ sanct : traditione in Hispania ; p. XXXVII : De S. Gregorii papæ magni studio in promovenda Regula benedictins, cui addictum fuisse demontratur ; p. xr : Augustinum socios que monachos non tantum fidei christianæ, sed eliam rei benedictinæ in Britannia esse auctores ; p. XLVII : Observationes quædam. ecclesiasticæ et asceticæ, exprimi sæculi benedictini actis erutæ.
P, Lxv : Chronologia brevis : Papes, rois des Francs, d'Italie, d'Espagne.
Chronologia sseculi I benedictini : Saints et fondations de monastères, Index sanctorum I seculi benedictini. Kalendarium sanctorum, quorum acta in hocce primo seculo benedictino exhibentur. Index topographieus sanctorum primi sseculi benediclini. Nomina auctorum præcipuorum qui primi seculi acta scripserunt.
La simple description des neuf volumes des Acta sanclorum avec le détail que nous venons de donner afin d'en faire comprendre la richesse, prendrait des dimensions si considérab les qu'il faul y renoncer ici ; d'ailleurs ce bref sommaire laisse à peine soupconner Lout ce que l'érudition de Mabillon prodigue à pleines mains. Nous en donnerons unt idée en détaillant le paragraphe 1x* de la Préface : Observationes quaedam ecclesiastice el ascelicæ, ex primi sæculi benedictini actis erulæ ; observ. I : De extrema unctione ; observ. IH : Moribundi in ecclesia sacramenta suscipiebant ; observ, III : Triplex modus profitendi paenitentiam in ertremis ; observ. IV : De electione episcopi Lugdunensis ; observ. V : De baculo et cruce episcoporum ; observ. VI. De stola diaconorum ; observ. VII : De cantu laicorum in Ecclesia ; observ. VIII : : De secessu Quadragesimæ ; observ, IX : De feminarum accessu ad monacha les ecclesias prohibilo ; observ. X : De labore manuum.
Dans le corps du volume, beaucoup de Vile sont précédées d'une note préliminaire et tou les sont accompagnées de notes explicatives. Le volume se termine par un Index hisloricus, un Index moralis et un {ndex monasticus vocum barbararum et exoficarurm. On ne peut donc faire rien de plus que de donner une idée de la richesse de l'ouvrage et ainsi que le disaient les contemporains, « on ne considérera pas à l'avenir les Vies des saints, méme des saints solitaires comme des livres qui ne servent tout au plus qu'à exciter la piété et à animer la foi des fidè les, À cette utilité particulière, dom Mabillon a su joindre de nouve aux avantages. La chronologie rétablie, l'histoire restituée, les différents usages des temps découverts et expliqués, les points les plus importants de la discipline b p | r ' | | 455 ecclésiasti que éclaireis et fixés sont de ce nombre 1 », en sorte qu' « on doit regarder cette collection non comme un simple recueil de mémoires pour l'histoire monasti que, mais comme un précieux amas de monuments anciens, qui, éclaircis par de savantes notes, répandent un grand jour sur la partie la plus obscure de l'histoire ecclésiasti que. Les préfa ces seu les assureraient à l'auteur une gloire immortelle ?. » Les Acta sanctorum parurent chez Louis Billaine, à Paris, en neuf volumes in-folio, qui s'espacent entre 1668 et 1701 ; un dixiéme volume, préparé par Mabillon,n'a pas été imprimé. Le méme ouvrage fut réimprimé à Venise en neuf volumes in-folio entre 1733 et 1740. En plus des préfa ces et des notes, Mabillon dissémina quelques dissertations avec la prodigalité d'un riche qui donne sans compter, pres que sans s'en apercevoir. Le tome rv* contient des observations sur les rois mérovingiens de l'épo que de Dagobert ; le tome vie une dissertation sur le rétablissement du monasLére de Mouzon, le 24 aoüt 971.
Les préfa ces ont été réunies de facon à iT un recueil séparé des Acia, Nous en connaissons trois éditions, voici probablement la plus ancienne :
De Joannis Mabillon presbyteri et monachi benediclini Congregationis S, Mauri Præfationes in Acta sanctorum Ord. S. Benedieli nunc primum conjunctim | editze, ejusdem dissertationes V. — I. De pane eucharistico azymo el fermentato. Il. De. cultu sanctorum ignolorum, edit. secund, cui accessit. Epistola ad Ste- | phanotium (= Dom Estiennot) nunquam antea typis | descripta. III. De veteribus reliquiis discernendis, IV. De vocibus Missæ el Communionis in Regula S, Benedicli adhibitis. V. De primario Romarici montis instituto, in-de, Tridenti, apud Joannem Bapt. Paronum. à l'abbé de Saint-Blaise, et l'Ad Le« forem.
Autre édition par les soins des PP. Hideux et du Bos : R. P. Domni Joannis Mabillonii Præfationes Actis Sanctorum ordinis sancii Benedicti præfixæ ; quibus accedit ejusdem disquisitio de Cursu gallicano, in-4°, Rotomagi, 1732, avec dédicace à M. de Pontcarré, premier président du Parlement de Normandie.
Autres éditions à Venise en 1732 et en 1760, Nous allons décrire le contenu des Præfationes : la suite de cel les du rer siècle, déjà décrit.
IIe, — Joa. Mab. Præjalio in sac. Secundi quod est ab anno Christi DC ad DCC (publiée en 1669).
I. De S. Columbani regula et instituto, an a S. P. Benedicti instituto diversum, an cum illo aliquando colerit ? — II. De monastici status antiquitate in Belgio, ejusdem que per S. Amandum propagatione. — III. De monacharum et canonicarum origine in Belgio. — IV. Observationes ecclesiastice ac monasticæ ex secundi sæculi benedictini actis erutæ. — V. Observationes historicæ et chronologicæ.
III* siècle (1 partie), — Joa, Mab. Praefatio in partem primam sac, tertii, quodest ab a. Chr. DCC ad DCCC (publié en 1672).
I. De Scottorum discidio per benedictinos sublato, ubi de tonsura laicorum, clericorum et monachorum. — II. De Germania per nostros ad christianam religionem adducta, de que monasteriis in ea institutis. — III. De cathedralibus ecclesiis in Germania per benedictinos erectis et ordinatis, ubi agitur de episcopis abbatibus, seu de episcopis monasteriorum. — IV. De litterarum studiis per benedictinos institutis in Germania, — V. De cultu soli germanici per benedictinos. VI. Observationes ecclesiasticæ : 1, Statutum de missa quotidiana ; 2. Panis sacrificii ; 3. Oblatæ dupli ces ; 4. Quo ritu factz ; 5. candidi coloris ; 6. tenues et graci les ; 7. Quo ritu oblata a fidelibus ; 8. Pecuniarum eleemosina pro missis ; 9. Panis azymus ; 10. Communio laicorum sub utra que specie ; 11. Eucha-
MABILLON `
| 13. Altaria mobilia ; 14. Altaria edita et cava ;
| 27. Anniversaria ; 28. Signa pulsata in extremis ; ` | (publiée en 1672).
| S. Benedicti ante sæculum octavum recepta ubi que | berto secundo, Austrasiorum rege. d 456 ristia manu recepta ; 12. Altaria plura in una ecclesia ; | 15. Confessio communioni præmissa : 16. Confessionis. integritas ; 17. Confessio generalis ; 19 (sie). Confessarii proprii ; 20. Gonfessarii plures unius hominis ; 21. Qonfessio sacerdotum ; 22. monachorum ; 23. et sanctimonialium ; 24. Confessio in feslis præcipuis : 25 Pænitentia publica ; 26. Societas pro suflragiis ;
29. Reliquiæ super altare ; 30, Romani ritus in Ecclesia —. gallicana recepti ; 31. Organa in Gallia ; 32. Canonici | in Ecclesiis cathedralibus. — VII. Observationes ' monasticæ ; 33. Abbates diaconi ; 34. Sacerdotum numerus in monasteriis ; 35. Interdictus feminis ingressus in ecclesias monachorum ; 36. Miraculorum fre- - quentia piis suspecta monachis : 37. Abbates sæcu- - lares ; 38. Advocati monasteriorum.
IIR siècle (2 partie). — Joa. Mab. Præfatio in part sec, sæculi tertii, quod est ab a. Chr. DCC ad DCCC | I. Observationes historicæ : 1. GChilderici tempus. regni ; 2, Filii : Dagobertus ; 3. et Chilpericus ; 4. ‘Theon [4 6. FUE 7. Dagobertus Satanaci cultus ; 8. Dado] bertus III ; 9. Caroli principis confessarius Martinus ; 10. Alfonsus eidem a consiliis ; 11. Pippini regis exordium ; 12. Desiderii regis Langobardorum exitus Cor- | bei : ; 13. Tassilonicis Gemetici ; 14. Calvinianus quidam — refutatus. — II. Defensio praefationis seculi secundi. T IVe (re partie), — Joa. Mab. Praefatio in part, w prim. sac, quarti, quod est ab a. Chr. DCCC ad DCCCC (publié en 1677). I. De hæresi feliciana, seu adoptivorum. —- II. De $ additamento symboli. — III. De cultu sacrarum ima- — | ginum, — IV, Specimen monastici ordinis, qualis - I fuerit ævi S. Benedicti, ac post eum. — V. Regula AN | Galliarum. — VI. Prima declinatio disciplinæ regu- - laris in ordine S. Benedicti, ejus que lapsus cause. — | VII. Remedia his malis adhibita. — VIII. De scholis . Parisiensibus. Palatinis et monasterialibus seculi. — | IX. Observationes histories, presertim de Dago- | I V* siècle (2e partie). — Joa. Mab. Praefatio in part. T sec, seculi quarti, quod est ab anno DCCC ad ann., — DCCCC (publié en 1680). E I. De controversis eucharisticis sæculi noni : 1. De | 1 Paschasii scriptis eucharisticis ; 2. Paschasiilibri auc- = toritas et fi des ; 3. De nomine et ætate anonymi ~ Gellotiani ; 4. In quo sita fuerit controversia Paschasi « 3 ejus que adversariorum disceptantium, an corpus T Ghristi in eucharistia sit illud idem, quod natum est | E ex Maria virgini ; 5. De Amalario, Rabano et Floro, — ubi de Stercoranistis agitur ; 6. De Ratramno Gor- | beiensi monacho : an auctor sit libri vulgati sub nomine « 1 Bertrami ; 7. Examinatur doctrina Ratramni in libro Ho de Corpore et Sanguine Domini ; 8. De Johanne Scotto, ] ejus que libro de Corpore et Sanguine Domini ; 9. De « Ratherio Veronensi. — II. De Gothescalci fortuna et turbis ab eo excitatis, — III. De modo quo Christus ex Virgine natus est : ubi de animarum distinctione in hominibus. — IV. De Graecorum discidio et objectis eorum adversus Latinos. — V. De Septentrionalium populorum conversione, maxime per Anscharium ejus que socios. — VI. De veterum martyrologiorum - scriptoribus benedictinis. — VII. Observationes ecclesiastice, monasticæ et historic.
Ve, — Joa. Mab. Præfatio in ssec, quintum, quod est ab a. Chr. CM ad M (publié en 1685).
Uic tri ja Caii cm n aia cg i gI. Ecclesiae status, qualis sæculo X fuerit, exponitur, et primo in Italia. — II. Statu Ecclesise in aliis À — Europæ partibus. — III. Quænam sæculi x, de Fide À -controversiæ et disciplinæ ecclesiasticæ quis status : et unde utrius que traditio. — IV. Rei monasticæ F status sæculo x, maxime in Gallia : ubi de Cluniacensiun Congregatione, ritibus, habitu et propagatione. — V, Ecclesiarum et monasteriorum status in Anglia et insulis adjacentibus. — VI. Observationes eccleSiasticæ et historicæ de canonizatione sanctorum, indulgentiis et de cultu ac rosario B. Virginis. VIe (Ir* partie). — Joa. Mab. Praefatio in part. primum seculi sexti, quod est aba. Chr. M ad MC. (publié en 1701). $ t trina. — II. Propagatio nostri Ordinis in Orientem et alias regiones, et reformatio in anglicanorum. monastexorta occasione professionis, quam episcopi ab ordinandis abbatibus existebant. — IV. Pontificalia f ecclesiasticæ et monasticæ. — VI. De Hugonis Capeti tus monarchiam Francorum adeptus est. — VII. De tempore quo Robertus Bertam repudiavit, duxit que Constantiam.
= VIe (II* partie). — Joa Mab. Præfatio in part. sec. ssec. sexti, quod est ab a. Chr. M ad MC. (publié en 1701).
— I. De schismate Grecorum per Michaelem Cerularium in romanam Ecclesiam excitato et de eorum :
-reseos ortu et progressu ; necnon de variis ejus confessionis formulis, ac multiplici condamnatione. — III. An Berengarius veram Christi in eucharistia præsentiam sincere admiserit. — IV. De propagatione Berengarianz hzreseos, de que variis auctoribus qui contra eam scripserunt, — V. De Berengarii resipiscentia, — - VI. De gestis Gregorii, — VII. Contra investituras et simonia et pro cœlibatu clericorum. — VIII. Gregorius VII a calumnia Berengarii et Benonis vindicatur. —— IX. De variis congregationibus et originibus monasticis sæculo xr institutis, — X. De ordinis Grandimontensi, ejus que regula et institutio. — XI. De institutione sacri ordinis Cartusiensis per S. Bruno- — nem. — XII. De origine et instituto Fratrum conver- | sorum et eorum quos donatos et oblatos vocant. E Observationes quzdam ecclesiasticæ et monasicæ | — Tele est l’œuvre criti que que renferment les Fréfa ces de Mabillon ; l'œuvre histori que est dans les — textes dont el les for ment l'introduction ; nous donne- — rons un rapide coup d'œil sur le contenu de cha que - volume, SAECULVM I [anno 1668, LXIII, 8, 692, *** Dages] :
… T. Quibus auctoribus propagala per id tempus docÍ 5 porum. — III. De controversia sub finem sseculi X : ornamenta abbatibus concessa. — V. Observationes | obitus, et consequenter, de anno quo filius ejus Roberobjectis in Latinos, — II. De Berengario ejus que hæ- | 458 Soractensis mon. ; Anastasii abb. Suppentoniæ ; Consortie virg. et conversio Eucherii ep. Lugdun. et Gallæ uxoris ejus ; Droctovei abb, basilicæ S. Vincentii in suburbio Parisiaco, quæ modo S. Germani dicitur ; Martini ep. et abb. Dumiensis ; Romulæ monialis homan :z ; Sequani abb. in Burgundia ; Eparchii abb. Inculismensis ; Mene erem. in Samnitibus ; Paduini abb. apud Cenomanos ; Mauro abb. : Vincentii abb. Legionensis et soc. ; Eleutherii abb, Spoletini ; Juniani abb. Mariacensis ; Radegundis reg. ; Launomari abb. Curbionensis ; Theodulfi abb. Remensis ; Aredii abb, Lemovicensis ; Agnelli abb. Neapolis ; Ebrulfi abb. Uticensis ; Golumb :e abb. Hyensis in Anglia ; Ebrulfi abb. Bellovacensis ; Sindulfi conf. ; Martini abb. Vertavensis ; Leandri ep. Hispalensis ; Gregorii pp. cogn. Magni ; Augustini ep. Cantuariensis ; — Appendix complectens Acta sanctor um Sibaitictorum, qui paullo anie S. Benediclum decesserunt : Severi abb. Agathensis ; Severini abb. Agaunensis ; Eugendi abb. Jurensis ; Leoniani abb. Viennensis ; Maxentii abb. Pictavensis ; Maximini abb. Miciacensis ; Aviti, Læti, Dulcardi et. Viatoris monn..Miciacensibus ; Theodorici abb. Remensis ; Johannis abb. Reomænsis ; Carilefi abb. Anisolensis ; Aequitii abb ; Cæsarii ep. Arelatensis. — Addit. : Theuderii abb. Viennæ in Gallia ; Martini abb. Vertavensis. — Index historicus, moralis ononasticus, 459 abbatissæ Marcianensis ; Aicadri abb. Gemmeticensis ; Waningi conf. in mon, Fiscamnensi ; Anslrudis abbatissæ Laudunensis ; Eusebiæ abbatisse Hamaticensis in Belgio ; Kiliani ep. et. mart. in Franconia ; Tillonis mon. Sollemniacensis in Lemovicibus ; Benedicti Biscopi abb. Vuiremuthensis ; Hadalini, conf. Cellensis prope Dionantum ad Mosam : Hunegundis virg. Humolariensis ; Theodori ep. Cantuariensis ; Theodefridi ep, ex abb. Gorbeiensis ; Valerii abb. mon. s. Petri de Montibus in Hispania ; Chlodulfi ep.' Mettensis ; Ansberti ep. Hotomagensis ; Angadrisma abb. Bellovacensis ; Claudii ep. Vesontionensis ; Trudonis conf. in Hasbania ; Glodesindis abbatisse Mettensis. — Supplementum sæculi primi benedictini : De S. Bencdicto et multis ejus miraculis, carmen Frodoardi canonici Remensis, postea monachi ; Vita 5S. Paterni ep. Abrincatensis. — Corrigenda, in sæc, 1°. — Index historicus, moralis, onomasticus, SAECULUM III, pars I* [anno 1672, xon, 5, 722, 9 pages] : Botulfi abb. Ikanhoensis ; Mederici abb. Aeduensis in Gallia ; Berlendis virg. Merbeccæ in Belgio ; Bertilæ abbatissæ Kalensis : Austrebertæ virg. eL abb. Pauliacensis in Caletis ; Bertulfi abb. Renticæ in Flandria ; Heddæ episc. Dorcicestrensis apud WestSaxones ; Landeberti ep. Trajecti ad Mosam et mart. ; | Revelatio seu apparitio S. Michaelis archangeli in partibus occiduis, hoc est in monte Tumba in Gallia ; Boniti ep. Arvernensis ; Tetrici ep. Autisiodorensis ; Bertini abb. Sithiuensis in Morinis ; Wilfridi ep. Eboracensis in Anglia ; De sanctis Ecclesiae Haugustaldensis et eorum miraculis ; Aldhelmi ep. Schireburnensis apud Westsaxones ; Richmiri abb. apud Cenomannos in Gallia ; Vulmari abb. Silviacensis apud Morinos ; Suidberti Frisonum et Boructuariorum apostoli ; Ursmari ep. etabb. Laubiensis in Belgio ; Guthlaci pr. et anachor. Crulandae in Anglia ; Thomae abb. Farfensis ; Ceolfridi abb. Wiremuthensi in Britannia et de Huetberto ejus successore ; Silvini ep. apud Morinos in Gallia ; Hildelitae abbatissae Berkingensis in Anglia ; Winnoci abb. Woromholtensis in Flandria ; Egwini ep. Wigormiensis in Anglia ; Rudberti ep. Saltzburgensis in Bajoaria ; Erendrudis virg. et abb. Nunbergensis ; Vulframni ep. Senonensis in Gallia ; Hermenlandi abb. Antrensis in Armorica ; Menelei abb. Menatensis in Arvernis ; Paldonis abb. S. Vincentii ad Vulturnum in Benevento et successorum ejus Tasonis et Tatonis ; Johannis episcopi Eboracensis in Anglia ; Translatio reliquiarum sancti Augustini ep. Hipponensis e Sardinia in mon. Ticinense ; Benigni abb. Fontanellensis ; Milburgae virg. Wenlochii in Anglia ; Cuthburga reg. et abb. Winburnensis in Anglia, ubi de Cœnburga, Eadburga et Tetta abb. ; Bertae vid.et abb. Blangiacensis in Morinis ; Martini mon. Corbeiensis ; Paterni mon. et mart. apud Senonas ; Hadulfi abb. Vedastini dein ep. Atrabatensis ; Baini ep. Tarvennensis in Morinis ; Theofredi abb. Calmeliacensis, mart. in Gallia ; Siviardi abb. Anisolensis apud Cenoma ; Egberti pr. et mon. in Anglia ; Inae regis Occidentalium Saxonum in Britannia, mon. Rome ; Hugonis ep. HRotomagensis ; Corbiniani ep. FrisinBensis ; Moderamni ep. Hedonensis dein abb. Bercelensis in Italia ; Gregorii, pp. II ; Porcarii abb. Lerinensis, AlLigiani et Hilarini ; Brithwaldi ep. Cantuariensis ; Higoberti ep. Remensis ; Adele abbatissae Palatioli apud Treviros ; Bedae pr. et mon. Girwensis ; Fri deswidae virg. Oxoniensis in Anglia ; Erminonis ep. et abb. Laubiensis in Belgio ; De sanctis Laubiensibus seculi vir Abele, Vulgise, Amulwino, Theodulfo, Ausone et Dodone : Pardulfi abb. Waractensis in Lemovicibus ; Leutfredi abb. Madriacensis in Neustria ; Eucherii ep. Aurelianensis ; Willibrordi ep. Trajectensis ad Rhenum ; Adalberti diac. Ebbonis ep. Senonensis in Gallia ; Witburgæ virg. Derhamensis in Anglia ;
| lationis S. Germani ep. Parisiensis ; De miraculis S. Ger- | mani libri duo ; Carolomanni ducis Francorum et mon.
| dein mon. Lindisfarnensis in Anglia ; Wunebaldi abb.
| sanctorum quaedam omissa suis locis, quaedam incerti episcoporum 460.
Harlindis et Reinulae abb. Eikensium in Belgio ; Trans- | latio reliquiarum S. Arsacii ep. in monast. Ilminense” et S. Quirini mart. in Tegernse in Bajoaria ; Wigberti — | abb. Fritislariensis in Hassia ; Widradi abb. Flaviniacensis in Burgundia ; Petronacis abb. Cassinensis ; | Burchardi ep. Wirtziburgensis ; Hucberti mon. Britta- - niacensis in Gallia. — Additiones el correctiones ad. part. I. s :ec. tertii benedictini : Index historicus, moralis, onomasticus. | SAECULUM III, pars II [anno 1672, XXXIX, 4, 630, 10 pages, XXXIX p. de la dissertation de dom Bas- - tide ] : Bonifatii ep. Maguntini et mart. ; Historia transCasinensis ; Wandonis abb. Fontanellensis ; Pirinini | abb. et chorepiscopi in Alamannia ; Othmari abb. Durgangensis seu Sancti-Gallensis ; De miraculis | S. Othmari libri duo ; Ceolvulfi regis Northumbrorum | Heidenheimensis ; Historia translationis S. Stremonii | ep. Arvernensis in monasteria Mauziacense et Icio- | dorence ; Walfridi abb. Palatioli in Tuscia ; Historia translationis S. Gorgonii mart. in mon. Gorziense ; | Altonis abb. in Bajoaria superiore ; Opportunae virg. et abb. Monasterioli in Neustria ; Amalbergae virg. et | de Rodino ejus fratre monacho Casinensi ; Liobæ virg. et abb. Bischofheimensis in Germania ; Ambrosii | Autperti abb. mon. S. Vincentii in Vulturnum in | Benevento ; Sturmii abb. Fuldensis ; Walpurgis abbatissae Heidenheimensis in Germania ; Virgilii ep. Saltz- | burgensis in Bajoaria ; Gregorii abb. et rectoris Ecel. Trajectensis ad Rhenum ; Fulradi abb. mon. 5. Dionysii in Gallia ; Miracula S. Dionysii ; Willibaldi ep. - Eistetensis ; Lulli arch. Maguntini ; Willehadi ep. 3 Haimonis et Veremondonis monachis | Medensibus in Italia ; Hiltrudis virg. in coenobio Les- | ciensi ; Soli mon. et cont. inNorico ; Blaitmaci abb. = Hiiensis et mart. cum aliis monachis ; Tassilonis ducis Bajoariae elogium historicum ; Namfasii eremita Marciliaci apud Cadureos. — Appendix complectens Acta | Monita quaedam in sequentes versus el reliqua monumenta historica De pontificibus et sanctis Ecclesiae Eboracensis ; Frodoardi canonici Remensis de romä- - nis Pontificibus ; De vita S. Ursmari auctore Herigero Laubiensi ; Fragmentum ex libro ms. de gestis - Trevirensium. — Monumenta historica \ cd Acta sanclorum premissa illustranda, I. Privilegium Emmonis, ep. Senonensis pro monasterio 5. Petri apud Senonas. II. Charta donationis Leotheriae | sororis S. Ebbonis. III. Charta donationis Ingoarae = sororis item S. Ebbonis. IV. Placitum Chlodovei tertii. = V.-Aliud ejusdem regis. VI. Aliud ejusdem. VII. Aliud T ejusdem regis. VIII. Aliud ejusdem. IX. Placitum Childeberti tertii. X. Diploma Chilperici regis. Xl. Aliud ejusdem regis. XII. Placitum ejusdem. XIII. Praeceptum ejusdem regis. XIV. Diploma Caroli —magni. XV. Charta Drogonis comitis. — Additiones “et Correctiones ad partem alteram saeculi tertii. — — Addenda et corrigenda in duobus sæculis primis. — | Ludovici Augusti diploma (827) quo monachos in — ecnobio Dervensi restitui præcepit. — Index historicus, E Ee onomaslieus. — Analecta pour le n siècle. De “Azymo pour la préface de la 1re partie du m® siècle. - Avec une pagination spéciale (1-X xxix) : De antiqua ordinis sancti Benedicti intra Gallias propagatione dissertatio, auctore Domno Philippo Bastide ; ce factum est précédé d'un Monitum leclori dans lequel Mabillon expli que pour quoi il lui donne l'hospitalité : ipsius dissertationem ea de re scriptam cum probassent quidam eruditi viri, ego quo que facile admisi in hunc locum. Nous parlerons plus loin de dom Phil. Bastide.
T SAECULUM IF, pars I^ [anno 1677, criv, 7, 792 pages ] : Anselmi abb. Nonantulani in Italia ; Liudgeri ep. Mimigardefordensis apud Westfalos ; De secunda evatione corporis 5. Amandi ep. Trajectensis facta | in mon. Elnonensis ; Harcuini reclausi mon. Fonta- | nellensis ; Willelmi mon. Gellonensis ; Angilberti abb. | “Centulensis : Alcuini abb. et levitae in Gallia ; Josue.— abb. mon. S. Vincentii ad Vulturnum ; Benedicti abb. - Anianensis ; Eigilis abb. Fuldensis ; De visione et obitu Wetini mon. Augiensis ; Hist. translat. S. Hucberti ep. Tungrensis in mon. Andaginense ; S. Adalhardi abb. Corbeiensis ; S. Findani reclusi Rhinaugiae in tiani martyris et S. Gregorii papae in Suessionense tii, Marcellini et Petri etc. ; Antonini abb. Surrentini ; Hist. translat. reliquiarum 5. Juniani abb. e Maria-. censi monasterio in Nobiliacense apud Pictones ; Delatio corporis S. Juniani in synodum Karrofensem circiter annum 9588 ; Hist. translat. S. Glodesindis abba- | tissae Mettensis ; Hist. translat. S. Balthildis reg. dein monachae Kalensis ; Epitaphium Arsenii seu Vita Wake abb. Corbeiensis in Gallia ; De translatione $. Viti mart in Saxoniam libellus ubi de origine Corbeiae novae ; Hist. transl. S. Filiberti abb. ex mon. Heriensi in varia loca ; Etheldritae reclusae in mon. - Crulandensi ; Aldrici arch. Senonensis ; Barnardi - arch. Viennensis in Gallia ; Hist. translat. reliquiarum S. Gorgonii mart. in MajusMonasterium in Gallia ; - Hildemanni ep. Bellovacensis ; De inventione corporis - et mirac. S. Vedasti ep. Atrebatensis ; Marcwardi abb. - Prumiensis apud Trevirenses ; Haimonis ep. Halbers- — tadensis ; Folcuini ep. Tarvennensis in Gallia ; Anse- — gisis abb. Fontanellensis ; Hist. translat. S. Vincentii — lev. et mart. ex. Hispania in Castrense Galliae monasemm Euticii abb. Balmensis ; Otgerii, Benedicti et Rotgarii mon. in cenobio S. Faronis apud Meldos. — - Appendix I saec. IV benedictini complectens Acta sanc- | — terum quaedam omissa suis locis, quaedam incerti lemx poris ; ac Monumenta quaedam historica : Wilfridi ep. — Eboracensis ; Aldhelmi ep. Schireburnensis in Anglia ; - Beati abb. Hispanici. — Monumenta. I. Petitio, quam | B ante votum monachi quislibet facere debet. II. Alia formula petitionis. III. Epistola Caroli Magni | à : ES Albinum et ad monachos S. Martini Turonensis. - IV. Capitula monachorum San-Gallensium edita circa “ann. 817, quibus præfixa est epistola Grimaldi et L | tions V. Qui monasterium in proprio aedificat, quane m veil liter chartam faciat. VI. Qualiter privilegium condonatur. VII. Ibbonis arch. Turonensis privilegium pro Turonico S. Martini monasterio. VIII. Johannis papae IV. Privilegium pro sanctimonialibus cujusdam ecnobii B. Mariæ in Gallia. X. Capitula monachorum ad Augiam directorum. XI. Incipit liber Dodanae Manualis (voir Dictionn., au mot MANUEL). XII. Capitula Domni Adalhardi abbatis. XIII. Observatio- Suevia ; Liber de translatione reliquiarum S. Sebas-. Medardi monasterium (ajouter à cette pièce le | praeceptum Ludovici Pii imperatoris qui estimprimé | -àla fin de la préface du volume) ; Translatio SS. Tibur| lingiensis ; Translat.
462 nes de Vetula civitate Vallavorum. XIW. De origine at que usu veterum Notitiarum. — Additiones et correcliones ad partem primam saeculi quarti. — Index historicus, moralis, onomasticus. 1 SAECULUM IV, pars. II* [anno 1680, cxx, 10, 626 pages] : Rabani arch. Moguntiacensis ; Translat. mart. Georgii monachi, Aurelii et Nathaliae ; Probi pr. et mon. Mogontiae ; Meginradi erem. et mart. apud Helvetios ; Swithuni ep. Wintoniensis ; Hist. translat : reliq. 5. Faustae virg. et mart. ex Vasconia in cellam Asnensem ; Anscharii arch. Hammaburgensis et Bremensis ; Paschasii Radberti abb. Corbeiensis in Gallia ; Translat. et mirac. S. Basoli conf. ; Jacobi mon. et eremitae in Biturigibus ; Translat. S. Sindulfi et S. Helenae in monasterium Altivillarense ; Radulf arch.
Bituricensis ; Historia translat. S. Mauri abb. in Fossatense monasterium agri Parisiensis ; Conwoionis abb.
| Rotonensis in Armorica : Huntfridi ep. Tarvennensis ;
Transl. et mir. S. Genulfi ep. et conf. ; Egilis arch. Senonensis ; Translat. S. Frodoberti abb. Cellensis apud Trecas ; Hist. translat. S. Launomari abb. Curbionensis in opidum Blesas ; Altfridi ep. Hildinesheimensis in Saxonia ; Adonis arch. Viennensis ; Translat. et mir. 5. Cuthberti ep. Lindisfarnensis, Ethelwoldi mon. carmen de abbatibus et viris piis ccenobii S. Petri in insule Lindisfarnensi ; Neoti abb. in &nglia ; Bertilonis chorepiscopi et abb. Divionensis ; Historia illationis S. Benedicti, cum sex libris Miraculorum, auctore Aimoino ; Alia mirac, auctore Desiderio Cassinensi ; Eusebii reclusi Marci et Marcelli ex mon. S. Galli ; Bertharii abb. Cassinensis et mart. ; Martini ep. Turonensis translatio in Burgundiam ; Hemberti arch. Hammaburgensis in Saxonia ; Evrardi arch. Senonensis ; Translat. reliq. 5. Gentiani mart. in mon. Gorbeiense ; De Sunzone seu Sunderoldo arch. Moguntino ; Aureliani ep. Lugdunensis ; Johannis abb. AetheS. Marculfi abb. -Nantensis ; Honorinae virg. et mart. Confluentium, in pago Parisiensi. — Appendix II Saeculi I V benedictini complectens Acla sanctorum quadam omissa suis locis, quaedam incerti temporis ac vetera quaedam monumenta : Rodingi abb. Bellilocensis in Argonna ; Madelgisili conf. et erem. in Pontivo ; Vodoali cognomento Benedicti tani ; Mirac. S. Willelmi mon. Gillonensis ; Barnardi arch. Viennensis ; Paschasii Radberti abb. Corbeiensis ; De tribus benedictis Anianensi, Fossatensi et Mediolanensi abbatibus, ubi de Euticie abbate gallo ; De Heribaldo, Abbone, Christiano et Bettone ep. Autisiodorensibus ; De translatione S. Potentiani in coeno| bium Jotrense ; De viris piis Eadfrido et Ulsino abbatibus at que Ulfo praeposito S. Albani apud Anglos ; De | monachis qui inter martyres hoc saeculo referuntur ; De SAECULUM V [1685, rLxxvmur, 8, 910, 20 pages] : Grimbaldi abb. Wintoniensis in Anglia ; Geraldi comitis Auriliacensis ; Notkeri mon. S. Galli ; Argrini ep. Lingonensis ; Hogeri arch. Bremensis ; Radbodi ep. Trajectensis ad Rhenunmn*& Gennadii ep. Asturicensis | Plegmundi arch. Cantuariensis ; Adelhardi mon. Hirsaugiensis ; Wiboradae virg. et mart. reclusae apud S. Gallum ; Bernonis abb. ; Hugonis mon. Aeduensis et Enziacensis praepositi in Burgundia ; Gerardi ep. Matisconensis ; Tutonis ep. Hatisponensis ; Gregorii abb. Nonantulensis ; Johannis lI, abb. Casinensis ;
Hildeberti archiepiscopi Moguntiacensis ; Bennonis ep. Mettensis ; Odonis abb. Cluniacensis ; Hist. translat. SS. Wandregisili, Ansberti at que Wulframni ; Translat. S. Hunegundis virg. Humolariensis apud Vircmanduos ; Translat. S. Ebrulfi abb. Uticensis et Ansberti mon. Resbacensis : Elfegi ep. Wintoniensis ; Rassonis comitis dein mon. Werdensis apud Bajoarcos ; Kenewaldi ep. Wigorniensis ; Vulfsini ep. Schireburnensis in Anglia ; Eberhardi abb. Einsidlensis ; Translat. s. Paterni mon. et mart. in monast. Brajacense ad Sequanam ; Alawici abb. Augiensis apud Alamannós ; Gerardi abb. Broniensis ; Baltramni abb. Lutrensis apud Sequanos ; Alvei abb. Carnotensis ; Austei abb. S. Arnulfi ; Odonis arch. Cantuariensis ; Salvi abb. Alveldensi in Hispania ; Guiberti mon. Gorziensis, fundatoris Gemblacensis ; Reginberti mon. et fundat. coenobii S. Blasii in Hercinia Silva ; Aymardi abb. Cluniacensis ; Frodoardi prasb. Remensis ; Inv. et transl. Maurini abb. in monast. Coloniensi 5. Pantaleonis ; Wiggeri abb. S. Maximini apud Treviros ; Hinemari abb. S. Remigii apud Hemos ; Mathildis reginæ, uxoris Henrici Aucupis Germanorum Tegis ; Arnulfi mart. translat. ; Anhonis abb. Miciacensis et Gemeticensis ; Johannis abb. Gorziensis ; Blidulfi, Willelmi et Acherici monachorum et Hamberti abb. Senoniensis ; Udalrici ep. Augustae Vindelicorum ; Ratherii ep. Veronensis ; Cadroae abb. Walciodorensis dein Mettensis ; Brunonis episc. Verdensis ; Turketuli abb. Crulandensis in Anglia ; De elevatione corporis 5. Theoderici abb. Remensis ; Rudesindis ep. Dumiensis ; Translat. S. Judoci pr. et conf. ; Malcaleni abb. Walciocorensis et S. Michaelis in Terascia ; Transl. 5. Hilarii ep. Carcassonensis et conf. ; Geroldi erem. et Canonis et Udabrici fil. ejus Einsidl. ; Relat. corp. S. Walarici abb. in monast. Leuconaénse ; Relat. S. Richarii abb. ex Sithiensi monast. in Centulense ; Adalberti arch. Magdeburgensis ; Senorinae abb. Bastensi in Portugallia ; Forannani ep. et abb. Walciodorensis ; Hartwici abb. Tegernensis in Bajoaria ; Ethelwolcisep. Wintoniensis ; Eacgithae seu Edithae Eadgari Anglorum regis filiae et sanctimoniais Wiltoniensis ; Eadburgaesanctimoniali Wintoniensis ; Sandradi abb. Gladbacensis ; Aligerni abb. Casinensis et Mansonis ejus successoris ; Dunstani arch. Cantuariensis ; Johannis abb. Parmensis ; Liudolfi abb. Corbeiensis in Saxonia ; Oswaldi ep. Wigorniensis et arch. Eboracensis ; Maioli abb. Cliniacensis ; Porcarii abb. Lerinensis ; Wolfgangi p. Ratisponensis ; Mariae abbatissa Pragensis ; Guidonis ep. Aniciensis ; Gebehardi ep. Constantiensis ad Rhenum ; Gregorii abb. Einsidlensis ; Adalberti ep.
Pragensis et mart. : Petri Urseoli ; Adelhaidis augustae | Ottonis I imp. uxoris ; Gozlini et Gerardi episc. Tullensium ; De episcopis Leocicensibus O.S.B. saeculo x ; Leonis abb. Nonantulani ; Retractationes quaedam de S. Rudberto ep. Salzburgensi, ac de B. ^engussio Ixeledeo abbate, etc. ; — Index historicus, moralis, onomasticus.
| Ammichadi mon. Fuldensis ; Clari mon. et reclusi mon. et erem. Padolironitani ; Vulferii mon. Reomaensis ; Firmanni abb. Firmi in Piceno ; Wolbodonis | ep. Leodiensis ; Frederici praepositi S. Vedasti Atrebatensis ; Theodorici ep. Aurelianensis ; Burchardi abb. | Sancti-Galli ; Bernwardi ep. Hildesheimensis ; Inv, corp. S. Maximini abb. ; Hist. translat. SS. Saviniani. Potentiani etc. ; Bononii abb. Lucediensis ; Romualdi abb. fundat. Camaldulens. ; Transl. reliq. S. Euspicii | abb. Miciacensis ; Arnulfi abb. Carnotensis ; Guillelmi abb. Divionensis ; Dominici abb. Sorani in Italia ; Gerardi, Gradulfi et Girberti abb. Fontanellensium et Guntardi abb. Gemeticensis ; Helvisae reclusae n monast. Columbensi ; Symeonis mon. et reclusi apud - Treviros ; Meinverci ep. Paderbornensis ; Goceh#rdi ep. Hildesheimensis ; ; Egelnothi arch. Cantuariensis ; Chunegundis imper. et virg. ; Heliae abb. Coloniensis ;
Selon les règles, je ne peux pas modifier le texte. Je dois le retourner en totalité, sans commentaires. Voici le texte :
Selgenstadiensis ; Brithwaldi ep. Wiltoniensis in Anglia ; Guntheri erem. ; Guiconis abb. Piscariensis seu Casauriensis ; Angelranni abb. Centulensis in. Pontivo ; Guidonis abb. Pomposiani in Italia ; Richardi : abb. Virdunensis ; Popponis abb. Stabulensis ; Olber abb. Gemblacensis ; Ysarni abb. Massiliensis ; Gerardi. ep. Canadiensis et mart. ; Odilonis abb. Cluniacensis ; Hist. dedicat. Eccl. S. Remigii apud Remos ; Alferii abb. Cavensis ; Germani et trium monach. TaluerenE sium. — Index historicus, moralis, onomuasticus, « et Vita S. Petri abb. Perusini et conf. X - XI. L'ÉDITION DE PIERRE DE CELLE. — Coup sur coup, Mabillon avait donné la preuve de l'étendue et —de la solidité de ses connaissan ces historiques, dans l'édition des Œuvres de saint Bernard et dans la Préface du tome 1 des Acta. Pendant qu'on aurait pu le croire absorhé par la préparation des prochains volumes des Vies des saints de l'ordre, il trouvait le “loisir indispensable pour s'intéresser au travail d'un onfrére. Celui-ci, dom Ambroise Janvier, publia en 1671 un volume in-4, intitulé : Petri abbatis Cellensis imum « deinde S. Remigii apud Remos, ac demum iscopi Carnotensis, opera omnia collecla in unum libris lum editis tum manuscriptis, studio unius e Mauri congregatione monachi benedictini, Parisiis, ud L. Billaine. Il eüt été plus sincére de parler de ux moines et non d'un seul, car si dom Janvier eut part de labeur, on ne saurait mettre en doute celle dom Mabillon ; sur cette derniére, nous avons le témoignage de dom Ruinart : « Le P. Mabillon prit part à l'édition des œuvres de Pierre de Celle, qui parut en 1671. On pourroit méme donner place à l'édition de cet auteur parmi les véritab les ouvrages de dom Jean Mabillon, puis que c'est luy qui en a fait l'épitre dédicatoire et les préfa ces, et qui a eu le principal soin de toute l'édition !. » - On s'étonne donc, observait L. Delisle , de ne pas j r la notice de Mabillon sur Pierre de Celle citée par les bibliographes. Elle n'est pas mentionnée dans ^ Catalogus omnium Mabillonii operum que dom Claude de Vic a mis à la fin de sa traduction latine la Vie de Mabillon par dom Ruinart. On la chererait inutilement dans l'article consacré à Mabillon al ‘auteur de l'Histoire littéraire de la Congrégation Saint-Maur et dans la longue notice de dom Brial sur Pierre de Celle, au tome xiv* de l'Histoire littéraire de la France ; il est à peine besoin d'ajouter qu'on : remar que la méme ignorance dans la Bio-bi bliogra« Mon Révérend Père,
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touché sensiblement, et je voudrais avoir assez de temps pour m'en expliquer à Vostre Révérence auparavant de faire ce retranchement ; mais, comme le libraire me presse, et qu'il faut que je luy donne cette préface pour l'imprimer, j'ay cru qu'il valloit mieux retrancher de cette pièce tout ce qui est dit des vertus de ce grand homme, tiré de ses écrils et ne mettre précisément que le petit abrégé de sa vie qui est au commencement de cette préface, avec la discussion de ses ouvrages, que d'óter cet endroit seul, que je crois estre un de ceux qui luy sont glorieux, et que nous devons plus estimer —. J'ay cru néanmoins estre obligé d'en donner avis à Vostre Révérence, et voicy mes raisons.
« 19 Sil faut retrancher le sentiment de zéle qu'il a eu pour l'ordre, il faut faire aussy de méme pour ce qui regarde l'Église, car s'il y a du mal d'un costé, il y en a aussy de l'autre, et nous ne devons pas avoir moins d'amour et de tendresse pour l'honneur de l'Église que pour celuy de l'ordre. Si l'ordre a des ennemis qui pourront profiter de ce zéle, l'Église n'en a pas moins. Il faut donc aussy retrancher ce que dit Pierre de Celle pour marquer son zéle pour l'Église contre ceux qui la déshonnorent, pour la foy contre ceux qui l'attaquent, pour la pureté des mœurs contre ses mauvais ministres qui la corrompent. Et ainsy, voilà une bonne partie de cette préface ostée. Et il vaut mieux ne point parler des vertus.d'un auteur que d'en dire une partie et laisser l'autre, car c'est faire tort à sa réputation.
“29 C’est condamner le zèle non seulement de Pierre de Celle, mais de saint Bernard, de Pierre de Damien, de Béde le Vénérable et de tous les plus grands personnages de l'ordre qui en ont déploré les désordres, si on rejette ces endroits de leurs écrits. Car quelle raison y peut-il avoir de taire ce que de si grands hommes ont dit ? Est-ce que nous craignons que nos ennemis ne s'en servent contre nous ? Et n'en avoiton pas alors autant et plus qu'à présent ? Mais il est certain qu'il n'v a pas de meilleur moyen de fermer !a bouche à nos adversaires que de condamner nous-méme par avant ce qui est ou a esté déréglé dans l'ordre.
« 49 Si on retranche cet endroit seul de cette préface, nos adversaires méme, qui liront cet endroit dans les ouvrages de l'auteur, se plaindront avec raison de nostre peu de sincérité, de ce que marquant son zéle pour toute autre chose, nous dissimulons celuy qu'il a eu pour l'ordre, afin de nous épargner.
« 59 Et en dernier lieu, encore si ce lieu de nostre Pierre étoit une description en particulier des déréslemens de l'ordre, il y auroit quel que raison de le passer ; mais ce n'est qu'un ressentiment concu en termes génér aux, qui dans le fond ne peuvent donner auc une mauvaise impression dans l'esprit du monde le plus envenimé.
« Voilà mes petits sentimens, mon Révérend Père, et les raisons qui m'obligent, en retranchant cet endroit de la préface, de retrancher aussy tous les autres qui sont tirés de ses écrits. De quoy j'ay cru devoir avertir Vostre Hévérence, n'ayant pu différer de donner la copie à l'imprimeur. » Get incident montre que la loyauté de Mabillon était au niveau de sa fierté ; la préface, tronquée par la volonté des supérieurs, parut telle que le voulait OT ET En de mr CUT catum ITUC*YTIEII F7 TINGLDRG Ew 7.2 1a = l'auteur. L'incident est instructif encore par ce qu'il nous fait connaitre des préventions qui régnent dans ce qu'on nomme les « famil les » religieuses, où l'esprit de corps se flatte d'imposer silence à quicon que croirait pouvoir tirer parti de documents, vieux parfois de plusieurs siéc les, pour résoudre des points d'histoire qui n'auraient rien de flatteur pour les générations monastiques depuis longtemps oubliées. Puérile aberration de gens qui voudraient ne trouver dans le passé que les matéri aux d'un inépuisable panégyri que et qui semblent ne pas se douter et, en tout cas, ne pas comprendre qu'on ne fera ja mais admettre à des esprits de bon sens qu'une institution si vaste et pendant un passé si long a pu éviter toutes les occasions de reproches de la part des hommes. Un ordre qui, à juste titre, s'enorgueillit d'avoir connu tant de glorieux retours à sa ferveur primitive ne peut se soustraire a reconnaitre qu'il en avait gravement déchu. Mabillon était trop instruit du passé pour l'ignorer, trop consciencieux pour vouloir qu'on l'ignoråt ; nous verrons bientôt les préventions, que la préface de Pierre de Celle avait fait naître, s'exercer avec plus d'audace à la suite du demi-succés remporté à cette occasion.
historique dans la congrégation de Saint-Maur, stimulée et encouragée par des Supérieurs généraux intelligents, entraînait comme conséquence la recherche des documents nécessaires à la bonne exécution des entreprises commencées. Il s'en fallait de beaucoup, certes, que les travailleurs eussent des facilités analogues à celles dont ils jouissent de nos jours pour la connaissance et l'utilisation des sources de l'histoire. Quelques embryons de catalogues, rien de méthodique, rien de complet, signalaient des manuscrits, des documents à consulter sans faire connaître avec précision leur âge, leur contenu, leur mérite. Les détenteurs eussent été, le plus souvent, très empêchés d'en dire plus, se trouvant, en face de trésors littéraires dont ils avaient la garde, dans l'attitude du coq devant la perle. Beaucoup de monastères et de chapitres possédaient des manuscrits anciens qu'ils ne voulaient ni étudier ni expédier à de plus habiles qu'eux-mêmes ; toutefois, un certain sentiment de confraternité aidant, ils ne se refusaient pas, ainsi qu'on le voit de nos jours, à communiquer leurs pièces rares à ceux qui venaient leur demander d'en prendre connaissance. Ce fut ainsi que Mabillon fut conduit à entreprendre des voyages d'exploration scientifique qui ont tenu dans sa vie une place importante. Les travaux commencés et ceux que sa haute intelligence prévoyait et s'assignait à elle-même dans un avenir peu éloigné l'incitaient à quitter sa cellule, afin d'y rapporter le fruit de ses investigations plus ou moins lointaines dans les archives et les bibliothèques qu'il lui serait permis de visiter et d'explorer. Ses connaissances étendues et sa résistance physique au travail faisaient de lui, en effet, un explorateur doué de la manière la plus complète pour cette entreprise. Ses confrères nous le dépeignent comme le plus alerte des copistes, couvrant de notes rapides et toujours lisibles des cahiers et des cahiers de papier sans paraître éprouver aucune lassitude, curieux universel, il écrivit de tous côtés en faveur des confrères, mémoires partout où [il avait] été. Le prieur des Dunes l'invita un correspondant pour les Acta sanctorum, datées des 4 mai, 28 mai, 31 août, 16 septembre 1665. Attentif à tout, aux faits, aux idées, aux circonstances les plus minimes, l'esprit toujours vif, qu'il s'agit de manuscrits, d'estampes, d'inscriptions, de médailles. Sa mémoire toujours en éveil recueillait tout, son jugement classait tout, sa science utilisait tout. En 1672, dom Mabillon entreprit son premier voyage en pays étranger, en Flandre, et ce nom s'appliquait à une grande partie des Pays-Bas. Le nombre et l'importance des nombreux monastères situés dans cette région n'avaient pu échapper à la vigilance des bénédictins de Saint-Germain-des-Prés. Dom Luc d'Achery, qu'on trouve à l'origine de tout ce qui s'est accompli de fécond dans l'ordre intellectuel, entretenait une active correspondance avec plusieurs religieux des abbayes d'Afllighem, de Saint-Amand, de saint-André-lez-Bruges, de Lobbes, de Saint-Ghislain des Dunes, avec Sanderus et avec les compagnons de Bollandus. Un religieux cistercien, dom Jacques de Lannoy, se fit l'intermédiaire indispensable entre dom d'Achery et les correspondants qu'il lui recruta en Flandre. On le voit, dès 1654, s'adresser au prieur de Lobbes. Ce n'est pas le seul. En cette même année, il découvre deux religieux de Saint-Ghislain, retirés à Douai, dom Georges Galopin et dom Jean Cornu, qui pourraient servir d'intelligents auxiliaires et de copistes dignes de confiance. Mabillon ne pouvait dédaigner ces correspondants bénévoles ; aussi, dès le début de l'année 1665, le voit-on par l'intermédiaire de dom de Lannoy, entretenir des relations avec le prieur des Dunes, dom Charles de Visch. Celui-ci envoyait à Paris des traités de saint Bernard ; il demandait des indications sur les vies de saints cisterciens qui pouvaient être entre les mains de Mabillon. En outre, un religieux de Saint-Ghislain, dom Simon Guillemot, s'intéressait aux brillants débuts du jeune Mabillon et il écrivait à d'Achery : « Mes recommandations au R. P. D. Jean Mabillon auquel je souhaite toute prospérité en ses entreprises si saintes et désire, s'il me trouve capable, d'y apporter autant que la vefve évangélique. » Dom Guillemot ne se ménagea pas, il écrivit en français, aux Dunes, à Villers, à Saint-Gérard et, grâce à son intervention, des mémoires utiles sur les abbayes de Crespin, d'Hasnon, de Marchiennes, de Saint-Denis en-Broqueroie, de Saint-Gérard, de Saint-Ghislain, de Saint-Martin de Tournai, de Saint-Vaast et de Villers vinrent prendre place dans les matériaux rassemblés en vue du Monasticum benedictinum. Dom Jacques de Lannoy stimulait les bonnes volontés. Le 11 mai 1669, il racontait combien dom Guillemot « a été joyeux de me voir après que je lui ai dit la connaissance que j'avais de dom Luc et de dom Mabillon » et il se réjouissait d'avoir « tiré des Dunes offre son service. D. Simon est tout acquis comme vous savez, le sous-prieur de Saint-Bertin ne quitte pas sa part, un autre de Clairmaret peut bien me prêter sa main. » Des relations existaient déjà entre Saint-Germain-des-Prés et l'abbaye de Lobbes ; dom Luc d'Achery en avait reçu les œuvres de Rathier. Mabillon y trouva quelques bénédictins de Saint-Maur vinrent faire des voyages de reconnaissance. En mars et en mai 1666, dom Paul Bonnefous était à Malines : nous savons, par sa correspondance, qu'il entretenait des rapports avec les abbayes de Saint-Pierre de Gand et d'Afflighem. En 1669, on trouve à Liège dom Robert Quatremaire, à propos de l'affaire de l'Imitation. En 1671, Mabillon est en correspondance avec dom Bernard Rethy, moine de Saint-Trond, qui lui fait quelques communications utiles. Tout invitait donc Mabillon à entreprendre un voyage dans un pays étranger, mais peu éloigné et où la langue française était parlée couramment. Un de ses confrères, dom Jean Lancesseur, prieur à Fives, dans la banlieue de Lille, et qui prêchait l'Avent de 1671 à la cathédrale de Tournai, écrivait à dom François Delfau : « Je souhaitte que vous veniez ici ; il seroit absolument nécessaire que vous fassiez ce voyage, vous y verrez de belles choses en toutes maisons. » Ce ne fut pas dom Delfau, ce fut dom Mabillon qui fit le voyage de Flandre, et ce fut certainement un grave événement pour lui qui, depuis plusieurs années, n'avait pas quitté sa cellule de Saint-Germain. Il avait alors quarante ans, une santé raffermie et à l'épreuve de la fatigue ; d'ailleurs, la perspective des trouvailles, la pensée de voir par lui-même nombre de lieux monastiques vénérables et célébres, la curiosité de rencontrer ses correspondants étaient autant de motifs qui lui faisaient généreusement pardonner d'avance les manques d'égards, et les manques de complaisance qui sont la ressource de ceux que torture l'idée de s'incliner devant des services évidents et une renommée justement acquise. Peu loquaces en ce qui les concerne, les bénédictins de Saint-Maur nous ont conté peu de choses de leurs aventures itinérantes ; elles n'étaient peut-être pas très nombreuses et très intéressantes, car ils voyageaient dans le plus simple appareil. D'anciennes gravures nous montrent des campagnes traversées par une route, ou bien les abords d'une ville et, parmi les quelques promeneurs, parfois deux moines noirs dans leur ample vêtement, un peu relevé dans le bas afin d'éviter la poussière et la boue et d'être plus alertes. Un bâton à la main, ou bien sur l'épaule et soutenant leur sac de nuit en forme de besace, ils vont à pied et acceptent volontiers l'offre de monter dans un coche ou dans une carriole, gagnant l'étape marquée dans un des innombrables monastères qui couvrent alors la France et les Pays-Bas catholiques. Abbayes, prieurés, couvents n'eussent pu sans scandale refuser l'hospitalité, mais on n'y rencontrait pas toujours une parfaite bonne grâce. L'extérieur si modeste de Mabillon lui valut parfois sa part de rebuffades. Un de ses compagnons de voyage, dom Thierry Ruinart, nous l'a montré « réglé sur les chemins comme dans le cloître. Ja mais il ne s'accorda rien que ce que la règle permet pour se dédommager de la fatigue du voyage. Son abstinence était plus austère sur les chemins que dans le monastère par la difficulté de trouver ce qui convient à notre genre de vie, ce qui lui est arrivé particulièrement dans les voyages d'Italie et d'Allemagne, où les hôtelleries ne sont pas si commodes qu'en France. Ses habits étaient fort pauvres. Ja mais de linge ni de commodité contraires à nos usages ; il souffroit avec patience les injures du temps et les incommodités des voitures sans ja mais se plaindre de rien, offrant aux autres avec joie ce qui était le plus commode, pour se réserver le plus dur et le plus pauvre pour lui-même. » Nous ne savons pas la date exacte du départ de Mabillon pour son voyage de Flandre ; ce fut probablement dans le cours du mois de juillet. Il se rendit de Paris à Lille et logea au prieuré de Fives d'où il gagna Tournai dont l'abbaye de Saint-Martin lui offrait une belle bibliothèque. L'itinéraire du voyage de Flandre ne nous est pas connu avec le même détail que celui des voyages postérieurs ; nous savons qu'il avait pour compagnon de route dom Claude Estiennot. Une lettre adressée de Bruxelles, un mois environ après son départ de Saint-Germain, à dom Luc d'Achery, nous apporte quelques détails : « MON RÉVÉREND PÈRE, 25 août 1672. Il me semble vous entendre murmurer contre moi de ce qu'il y a si longtemps que je ne vous ai point écrit. Mais les chemins de traverse que nous avons tenus m'ont empêché de le faire. De Saint-Martin de Tournay nous avons été à Saint-Amand, de là à Saint-Guislain, à Saint-Denis [en-Broqueroie], à Lobbes, Alne, Gembloux, Cambron, Villers, Wavre, et nous sommes enfin arrivés ici aujourd'hui de Louvain, tous deux en bonne santé, Dieu merci. Nous avons été très bien reçus dans tous ces monastères, et j'ai trouvé beaucoup de bons mémoires qui nous seront très utiles. Mes conjectures sur l'anonyme se sont trouvées véritables, j'ai copié le traité attribué à Bertram touchant l'Eucharistie sur le ms. de Lobes. Nous n'avons pas cru qu'il fut à propos de nous exposer au voyage de Prum à cause des dangers qu'il y a dans les chemins qui approchent de Liège. Je vis hier à Louvain le P. Lupus, qui est un honnête homme et qui a bien de l'estime pour vous. Il approuve fort le dessein du saint Augustin et me parle fort avantageusement de M. Baluze que je salue affectueusement. J'ai trouvé ici 2 ou 3 livres contre M. van Buscum, je me persuade que vous les aurez à Paris. Je l'irai voir, Dieu aidant, en passant par Gand, où nous serons dans trois ou quatre jours. Nous avons toujours marché à pied depuis Lille, nous aurons maintenant la commodité des canaux presque jusqu'à Saint-Bertin, où nous terminerons notre voyage dans 15 jours environ. Nous retournerons par Saint-Étienne et par Beauvais, et j'espère que nous serons à Paris avant la fin de septembre. Nous allons demain à l'abbaye de Rouche cloître, Rubeam Vallem, qui est une abbaye de Cîteaux à une lieue d'ici, dans laquelle il y a beaucoup de mss. Nous reviendrons ici au gîte pour prendre la voie des Canaux. » L'accueil reçu dans les monastères fut généralement sympathique. « Nous y avons reçu bien de l'amitié, dira Mabillon, et trouvé beaucoup de choses pour nos desseins. » Il voulait oublier le fâcheux début à Tournai, où les moines se tenaient sur leurs gardes, ayant perdu récemment par l'indélicatesse de visiteurs un lot de 36 manuscrits.
D'une lettre d'un carme de Tournai, il semble résulter que Mabillon désirait posséder une copie de la Chronique du monastère par l'abbé Hériman, et il avait exprimé le désir qu'on lui fit une transcription, mieux encore, qu'on lui communiquât le manuscrit à Paris. Le prieur de Saint-Martin n'était peut-être pas très favorable à cette demande ; le vieil abbé, dom P. Cazier, refusa tout net, et le prieur suggéra, pour donner satisfaction à une si juste demande, de faire prendre une copie sur le manuscrit de l'abbaye de Saint-Vaast à Arras . Le procédé parut si désobligeant qu'on ne put le soutenir et dom Rupert de Los, moine de Saint-Martin, se chargea de copier lui-même la chronique d'Hériman, non sans protester contre « les incivilités qui se sont commises icy envers vous. Mr nostre Prieur n'en a pas moins de ressentiment que moy et tout ce qui console nos confrères dans de semblables rencontres est qu'ils n'ont aucun pouvoir qui les fasse coupables, mais que tout ce qu'ils peuvent faire est de témoigner à leurs amis le déplaisir qu'ils ont du peu de discernement qu'on fait ici des personnes . » Après sa déconvenue à Saint-Martin, Mabillon se rendit à l'abbaye de Saint-Amand où le catalogue des 282 manuscrits de la bibliothèque avait été rédigé en 1635, ce qui facilitait les recherches. Il n'avait plus à appréhender de rencontrer dans l'abbé Nicolas du Bois * un homme de la trempe de l'abbé Pierre Cazier ; aussi il vit tout et prit le temps de noter la fameuse cantilène de Sainte-Eulalie (voir Dictionn., t. mi, au mot CANTILÈNE).
À Saint-Ghislain, le sous-prieur Com Simon Guillemot était trop heureux de se mettre à la disposition de Mabillon et de lui rendre les mêmes services qu'à dom d'Achery. De là, les deux explorateurs se rendirent à Saint-Denis-en-Broqueroie où Mabillon lia connaissance avec dom Adrien de Moulenbay qui s'offrit à l'aider de ses recherches et avec com Walbert du Vertbois. C'était une maison où les études étaient en honneur. | Cambron, abbaye cistercienne, avait à sa tête un | abbé instruit et possédait un catalogue de ses manuscrits rédigé par Sanderus . On ne sait si les : | Aug. Jonne aux qui lui envoyait des matériaux pour | touchant la Transsubstantialion défendue contre la | de ne point divulguer ceci jusqu'à quel que temps, | dom d'Achery, Cite aux, 20 mai 1664, dans Rev. Mabillon, — voyageurs se rendirent à l'abbaye de Bonne-Espérance qui avait également son catalogue par Sanderus ; mais à Lobbes, Mabillon put copier le traité de Ratramne. Là, il se trouvait connu et estimé par dom. les Acta sanctorum, comme dom d'Achery en avait reçu. les œuvres de Rathier et la chronique du monastère À Lobbes, Mabillon eut la satisfaction de trouver « le traité de Ratramne De Corpore et Sanguine D qui n'est autre, dit-il, que celui de Bertram. quoi que en veuille dire le P. Paris dont je viens de voir un. livre sur ce sujet pour attribuer ce traité à Jean Scot. et sur la créance des Grecs touchant l'Eucharistie. Son livre est intitulé : La créance de l'Église grec que. réponse du ministre Claude au livre de M. Arnauld... J'ai aussi trouvé le nom de l'anonyme qui est imprimé dans l’Historia Gotescalci du P. Cellot et le traité que cite cet anonyme, et qui n'est autre que Herigerus, abbé de Lobes, qui est mort en 1005. Mais je vous prie, c'est-à-dire le nom de l'auteur de ce traité, car peut-être ferai-je un petit livre sur cette matière, et il sera bon que cette petite découverte soit nonya J'excepte néanmoins Monseigneur le cardinal Bona. auquel vous en pouvez faire part, si vous jugez q e la chose le mérite 1°, » ‘4 A l'abbaye d'Aulne, sur la Sambre, Mabillon trouvait encore un guide en la personne de Sande 18.
| parmi une bibliothèque assez riche où il nota plusieurs traités, notamment l'épitre ad Mercatorem « ', dont la. copie lui fut adressée peu de temps après par l'abbé Innocent Bastin. En quittant Aulne, Mabillon et dom Estiennot prirent par Charleroi, l'abbaye des Prémontrés de Floreffe et celle des chanoines réguliers | de Malonne, ce qui les conduisit à Namur. De là, | Mabillon eût voulu rayonner un peu, aller voir. son. E père à Saint-Pierremont, et « pousser jusqu'à Stavelot et à Prum pour y chercher le lettre de Reginon ad Eplonem abbatem Prumensem », mais les lieux n'étaient pas sûrs # ;il y renonça et se rendit à Gembloux où il reçut bon accueil et trouva un correspondant dévoué, dom Michel del Meere ; il formula le désir de pouvoir — revenir un jour en ces lieux. L'abbaye cistercienne de Villers, fondée par saint Bernard, vit passer Mabillon et Estiennot et le bibliothécaire se montra | disposé à leur être utile ', De Villers, ils vinrent à A Wavre, puis à Louvain où Mabillon-rencontra Chrétien Lupus et le 25 août, dans le paroisse de Louvain à Bruxel les, autre rencontre, celle d' « un docteur, boiteux dont le nom n'est point inconnu à Rome ; c'est M. Dubois, qui est fort avant dans les intérêts — du pape et l'épouvantail des jansénistes +. » Pr PNEU A PEUT 474 faveurs, qu'il avait pu apprendre à Broqueroie, oü l'on conservait les lettres origina les de cette religieuse et lerécit de sa vie mysti que, devaient éveiller l'attention du pieux moine de Saint-Germain !, » Mabillon ne rentra à Paris que le 29 octobre, un peu au delà du terme prévu et, dés le lendemain, il rendait un compte sommaire de son voyage à son confrère, dom Antoine Durban, procureur général à Rome de la Congrégation de Saint-Maur :
« Quy, je suis de retour du voyage de Flandre, d'hier au soir, mais sans avoir vu ny Mouzon ny SaintPierremont, J'ay esté surle point d'y aller de Namur, mais les courses de la garnison de Mastreic m'en ont | empéché, et le mauvais tems a esté cause que je n'y -ay pas esté de Liesse ou de Thiérache. Pour ce qui est de notre voyage, je ne says par quel bout commencer pour vous en faire le récit, Je ne says méme si ce récit seroit à votre goût ; c'est pour quoi je me contenterai de quelques réflexions el de quelques particularités que je crois les plus propres à vous donner un petit passe-temps, t Le pays de Flandre est très beau, soit qu'on considére la fertilité et l'agrément naturel de la campagne, soit qu'on considère les vil les qui sont irès bien bâties et ornées, Les habitans sont d'un bon naturel, portés à la dévotion jusqu'à la superstition. Les églises et les monastères y sont magnifiques.. [Quelques nouvel les littéraires et].. en voilà assez pour le voyage que nous avons terminé par Notre-Dame de Liesse oü j'ai prié pour vous, » XIII. LA DISQUISIITIO DE AZY MO ET FERMENTATO. La question des azymes eucharistiques fut soulevée au xi* siècle ; c'est, on peut le dire, une question de tout repos puis que l'emploi du pain azyme ou sans levain et l'emploi du pain fermenté laissent hors de cause la validité de la consécration ; c'est aussi une question privilégiée, puisqu'il est tout à fait certain qu'il est impossible de prouver lequel des deux usages a précédé l'autre, A l'épo que de Photius, personne ne songea à soulever cette querelle, Il fallut attendre le schisme de Michel Cérulaire pour la voir naître et prospérer jusqu'à nos jours. Mabillon n'y échappa pas.
Il a été dépensé dans cette controverse beaucoup d'érudition, Si le Christ institua l'eucharistie le jour des azymes, force lui fut d'en faire usage puis que tout levain et tout pain levé avaient disparu de cha que maison, avant le début de la fête pascale, Mais peut-être a-t-il devancé la fête. Les synoptiques semblent admettre que Jésus a célébré la Pá que avant de mourir ; saint Jean donne une impression différente et, suivant qu'on incline d'un côté ou de l’autre, on favorise l'usage grec ou l'usage latin. On n'est pas plus avancé en ce qui regarde l'usage apostoli que qui a pu étre de célébrer les mystéres avec le pain qu'on avait le plus facilement à sa portée. Ge fait est surtout admissible si l'on envisage des réunions tenues à l'improviste dans le secret des maisons particuliéres, encore que les textes paiens sur la diffusion à Home du pain azyme laissent croire que l'on pouvait s'en procurer dans ces circonstan ces, De plus, les textes des Péres des premiers sièc les sont, en somme, favorab les à l'azyme, bien qu'ils ne précisent pas l'exclusion du { » j| h f | 1 E | 3 H :
1724, p. 543-605, et in-4 », Rotomagi, 7132, enfin dans | la Bibliofheca selecta de ritu azymi ac fermentati auctore Math. Masetti, 2 vol. in-4 », Venetiis, 1729 et | XIV. LES VETERA ANALECTA, — Dom Luc d'Achery avail consacré le mot Spicilegium « glanures » ; son disciple et son ami semble n'avoir pas voulu u surper ce titre et préféra celui d' Analecía (piè ces choisies), nouvelle collection, non moins importante que la première et dont le premier volume parut en 1675, suivi par trois autres qui furent pub !iés dans l'espace de dix ans : 1676, 1682 et 1685. Nous donnerons ici le sommaire des pié ces contenues dans les quatre volumes.
Veterum Analectorum tomus I complectens varia | fragmenta et epistolia ‘criplorum | ecclesiasticorum, lam prosa, quam metro hactenus inedita, cum adnotationibus et aliquot disquisitionibus domni Johannis Mabillonii presbyleri ac monachi Ord. S. Benedicti e Congr. S, Mauri, in-12, Luteciæ Parisiorum, apud Lud, Billaine, TowE 1, 1675 [vrm, 437, 5 p.]. Lectori. — Prosaica.
476 Forma excommunicationis a Theutbaldo Viennensi et Isarno Gratianopolitano ep. prolatæ, p. 97. : Nomina episcoporum S. GHANA ONOR SEE Ecclesiæ, p. 100. Series archiepiscoporum Viennensium et episcos porum Gratianopolitanæ sedis, p. 101. Gerardi monachi prologus ad Hugonem Rotomagensem arch, in vitam S. Romani episcopi, p. 107. Præfatio Helperici abb. in librum de Computo, p. 113. G. episcopi præfatio ad Ottonem imperatorum ii locum Porphyrii a se illustratum, p. 121. Roberti abbatis prologus in Cantica Canticorum p. 125. E Johannis abb. prologus ad imperatricem vidua d Henrici imperatoris in opus precum variarum a se compositum ex Patribus, p. 133. Disquisitio de Confessione fidei sub Alcuini nomine nuper edita, id est de ejus Sue et auctore, p. 178. 4 Willelmi Anglorum regis epistola : ad Johannem n abbatem Fiscamnensem, p. 219. Johannis abb. epistole tres : I. Ad Willeln num Anglie regem ; II. Ad Vitalem abb. Bernacense m ; III Ad Warinum abb. Mettensis monasterii S. ArE Venantii Fortunati versus ad Childebertum regem, — Sigeberti regis filium, p. 366. i OE in 2 velo, quod a Chintilane rege Romam Alcuini Versus de Cuculo, p. 369.
Veronæ rythmica descriptio antiqua, p. 371.
- Theodulfi ep. Aurelianensis carmina, p. 376.
— Flori diaconi Lugdunensis carmina varia ; p. 388. Heirici mon. versus ad Hildeboldum Autisiodorenep. in Collectanea sua, p. 413.
- Haldoini abb. versus ad tumulum 5. Remigii, p. 416. | Ademari. mon. acrostichon ad Rodonem ep. Ecoismensem, p. 418. : delmanni schol. rythmi alpbabetici de viris illustribus sui temporis, p. 420.
. Epitaphia.
- Chrodegangi, ete., p. 425-431.
TOME n... complectens varia opuscula, epistolas onumenta ecclesiastica hactenus inedita, cum adnouou observationibus. et. dissertatione singulari, Acta archiepisc. Rotomagensium, p. 424.
Vetus formula celebrandi concilii provincialis in Ecclesiam Rotomagensi, p. 457.
Hitus ordinandi episcopi in metropol, Hotomagensi, p. 466.
Observationes de mulliplici Berengarii damnatione Fidei professione et relapsu de que ejus paenitentia, p. 477.
Siberti prioris epistola missa de cœnobio S. Pantaleonis ad Radulfum abb. sancti Trudonis, in qua quæritur an et qua ratione liceat aliquid exigere pro susceptione puerorum in monasteriis, p. 495.
Radulfi abb. rescriplum ad epistolam missam ei de coenobio sancti Pantaleonis, p. 499.
Hervardi Leodicensis archidiaconi epistola ad G. canonicum Laudunensem, de Guiberto abb. Gemblacensi et de scribenda vita sancti Martini, p. 530.
Quorumdam episcoporum Carnutensium obitus et elogia p. 550, Forma juramenti investiendi canonici Garnutensis, p. 593.
Willelmi arch, Remensis elogium, p. 576.
Ludovici comitis Blesensis elogium, p. 601.
Poetica.
Angilberti abb. Corbeiensis versus ad Ludovicum | reg. Francorum Carolomanni fratrem in librum 5.
Epitaphia.
Tome 111... complectens acta episcoporum Cernomanensium, kalendarium Ecclesiæ Carthaginensis, varias que epistolas et dissertationes duas de epocha Dagoberti... 1682 [rx, 544, 20 p.]. ub LM E I E M. hi s a r PET UR x ——— Ejusdem. diploma, p. 441.
Abbaudi abb. tractalus de fractione corporis Chris- | ti, p. 442.
Evervini Steinteldensis præp. epistola ad S. Bernardum de hæreticis sui temporis, p. 425.
Hugonis Metelli canonici regularis epistola ad Gerlandum de sanctissimo Eucharistiz sacramento, p. 459.
Heriberti mon. epistola de hæreticis Petragoricensibus, p. 467.
Guidonis com. Pontivensis epistola ad Lambertum ep. Atrebatensem, p. 468, Varie formulæ oblationis puerorum in monasteriis, p. 469, Observationes de eodem argumento, p. 473.
Gaufredi abb. Vindocinensis epistola ad Clunia.censes, ad ineundam suflragiorum societatem, p. 481.
Petri Venerabilis et aliorum alie item epistolæ ejusdem argumenti, p. 481.
Observationes de eadem, p. 485.
Johannis II arch. Lugdunensis ep. ad G. Glascuensem ep. de temporali regimine Ecclesiæ Lugdunensis, p. 490.
Abbatis anonimi episltolæ du : ad monachos PraLellenses, de servanda in diebus solemnibus abstinentia, p. 494..
Gudini planctus rythmicus de morte Constancii | TOME rv...complectens Ster germanicum | domni Johannis Mabillon et domni Michælis Germain e Cong. S. Mauri, cum monumentis in eo repertis [1685, viir, 648, 15 p. ].
| p. 312.
| clica, p. 323.
| archicap., p. 329.
| table méthodi que n'eut pris toute sa valeur que si elle : | avait été rendue facilement abordable par l'adoption Epistola Aviti presb. ad papam Falconium, p. 181.
Vita S. Hieronymi presb. auctore( ?) Gennadid ^ » p. 183.
Vita S. Aridii Atanensis auctore Gregorio ep. Tu Dnensi, p. 194.
Veteres formulæ Andegavenses, p. 234. E Caroli Magni epistola de gratia septiformis Spiritus, mn arch. Mediolanensis responsio ad Carolum v D. 317. jode ep. et abb. Murbacensis epistola ency.
Ejusdem indiculum ad episcopum, p. 324, ^N Prudentii ep. Trecensis epistola ad quemdam episcopum fratrem suum, p. 324. : > Rabani arch. Moguntini prologus ad Ratleicur abb : de martyrologio suo, p. 326, Versus ejusdem ad Grimoldum archicap. p. $20 Ermenrici mon. Augiensis libellus ad Grimoldum Caroli Crassi imper. commemoratio apud Augienses instituta a Cadoldo Navariensi epistula, p. 340. 3 Epistoke Tegernenses numero xx, p. 343. 4 Gozechini schol. Moguntini ad Valcherum schol. Leodicensem suum olim discipulum, ubi de Berengar ii Deoduini ep. Leodicensis epistola ad Henricum Cette collection pres que trop abondante et conte nant tant de piè ces nécessaires aux savants pour la quelle on s'étonne que Mabillon n'ait pas dressé une d'un classement dans l'ordre chronologi que, Les 23 X quatre volumes firent l'objet d'une nouvelle édition en un seul volume in-folio, par les soins de M. de La Barre, en 1723. Le titre diffère, le contenu de l'ouvrage a été remanié et, sur certains points, on s'est méme permis d'éleguer. Voici letitre de cette édition : — Vetera Anaiecta sive collectio veterum aliquot operum | et opusculorum omnis generis carminum, epistolarum, diplomatum, epitaphiorum, elc. Cum itinere germa- — nico, adnotationibus et aliquot disquisitionibus R. P. d.
Benedicti e Congregatione S. Mauri, Nova editio, cui « accessere Mabillonnii vita et aliquot opuscula. scili cet »disserlalio de pane eucharistico azimo ac fermerntato, “ad eminent, cardinalem Bona, Subjungitur opusculum Eldefonsi Hispaniensis episcopi de eodem argumento. Et Eusebii romani ad Theophilum gallum epistola, de cultu sanctorum ignotorum. - En tête la Vita J. Mabillon, suivie de l’Iter E oem el des Varia observationes ex mss. codicibus germanicis, ensuite une disposition entièrement nouvelle des piè ces et à la fin les opuscula ou dissertations propres à Mabillon : Judicium de chronico Datii, p. 487 ; Disquisitio de Ven. Bedæ et Flori diac. L ugdun. commentariis, p. 488 ; De confessione fidei sub Alcuini nomine, p. 490 ; Vindiciæ vitæ S, Gregorii, P : 498 ; Dissertatio de vita monastica S. Gregorii, p. 499 ; Observationes de mulliplici Berengarii damnatione, p. 513 ; Dissertalio historica de anno mortis Dagoberti, p. 516 : Dissertatio de anno el die consecrationis item que. obitus Desiderii Cadurcensis, p. 520 ; Disserlatio de pane eucharistico et Opusculum Eldefonsi hispaniensis, p. 522 ; De cultu sanctorum ignotorum, ; 552. « XV. LE « MÉMOIRE JUSTIFICATIF » DES « ACTES DES SAINTS » — Une épreuve pénible devait être, pour “Mabillon, le premier fruit de son travail, et il se trou- »werait dans l'obligalion de justifier devant ses supéTieurs.sa méthode criti que et sa probité d'historien. 's accusations prirent naissance au lendemain méme “dela publication du premier tome des Acta sanctorum. -Larigueur de la criti que à laquelle, suivant lui, devait — étre soumise l'histoire de l'Ordre de Saint-Benoit scan- - dalisa une partie de ses confrères qui allérent jusqu'à l’accuser de prévarication, pour lui faire interdire de E : continuer ses trav aux. -On l'aecusait de trahir son - Ordre, soit en n'acceptant pas des légen des controu- “vées, soit en ne laissant pas dans l'ombre des abus — et des défaillan ces, comme il s'en produit fatalement — dans l'histoire des corporations et des famil les $. » « Des esprits bornés, mal préparés à comprendre la — valeur morale des trav aux de Mabillon, l'accusaient - de compromettre l'honneur de l'Ordre en élaguant de - ses Anna les toute une série de traditions plus ou moins — anciennes. Le fait est que sa criti que, appuyée sur une _ étude approfondie des sour ces, lui avait révélé ce qu'il —y avait d'erreurs et d'insanités dans les recueils, où, - jusqu'alors, on allait puiser les notions sommaires de E l'histoire de l'Ordre. Quand une piété mal éclairée Sunit à un esprit de corps exagéré, malheur à qui | s'occupe d'histoire religieuse ; il peut être sûr qu'on | me lui pardonnera pas son audace, ou plutôt sa pro- —bité ?. » Ce fut ainsi que Mabillon « eut beaucoup à — souffrir à l'occasion des Actes des saints de l'ordre de B saintBenoit Les PP. Mége et Bastide se laissérent — aller à un zèle malentendu, et voulurent faire passer le — P. Mabillon dans l'esprit des supérieurs pour un préva- — ricateur, qui retranchoit un grand nombre de saints, Johannis Mabillon presbyteri ac monachi Ord. Sancti que l'on avoit jusqu'alors attribués à l'Ordre bénédictin, el qui par là en diminuait beaucoup l'éclat. Le 16 septembre 1668, dom Mabillon écrivit à dom Philippe Bastide, pour lui prouver que l'on avoit eu raison de retrancher quelques saints dans [les] Acta sanctorum, en les mettant au rang des douteux, et il [lui] fallut se défendre dans les formes. Dom Mabillon le fit avec toute la force qui lui fournissoit son érudition, et toute la confiance que lui inspiroit la bonté de sa cause. Et quoi que pussent dire pour l'ébranler quelques personnes de ses amis qui voulurent s'entremettre dans cette dispute, il ne se départit ja mais de ce qu'il devoit à la vérité et à la sincérité chrétiennes. Il eut la consolation de voir que non seulement les plus éclairés et les plus vertueux de ses confrères, mais encore les supérieurs majeurs furent toujours pour lui . » Dom Bastide n'étant pas du nombre de ceux que les raisons de bon sens persuadent, Mabillon fut obligé de soutenir une correspondance avec lui et il lui écrivait encore le 26 décembre * :
: Mon Révérend Père, “ Je suis fäché d'avoir donné matière de peine à vôtre Révérence, mais je vous suis obligé de m'en avoir donné avis. Je voudrois étre assez heureux pour y pouvoir remédier, ou bien pour lever vos difficultez ; maiscomme je n'ose me promettre ni l'un ni l'autre, et que d'ailleurs, je ne puis et ne dois laisser vôtre lettre sans réponse, je prie vótre Hévérence de trouver bon qu'en peu de mots je lui rende raison de ma conduite.
« Au reste pour la continuation de l'ouvrage, je la mets entre les mains de la Providence, Je ne me suis pas engagé dans ce dessein, on m'a fait l'honneur de m'y engager et j'en remettrai volontiers la continuation à un plus zélé et plus éclairé, si on trouve à propos que je me repose. Auparavant que de finir, je supplie trés humblement vótre Hévérence, au nom de Dieu, de croire que je n'ai rien dit en tout ceci, à dessein de lachoquer en quoi que ce soit. Je a remercie encore une fois de la gráce qu'elle m'a faite de me découvrir son cœur, et je la prie de croire que je suis avec tout le respect possible... » L. Delisle estimait que « l'histoire de cette controverse mériterait d'étre étudiée avec quel que détail, et les matéri aux ne manqueraient pas à qui voudrait s'en occuper 5. » Les Archives nationa les et la Bibliothé que nationale conservent, en effet, une série de piè ces qu'il est utile d'énumérer.
Dossier des Archives nationa les dans le carton L 810.
Mabillon). 6. Mémoires touchant l'approbation de nostre
Á.— X. — 16
uini se wd aiin Régle qui commence Ego Gregorius (ms. autographe de Mabillon).
10. Abrégé des remarques sur la préface du IV* siècle du R. P. Mabillon par dom Philippe Bastide.
11. Réponse aux remarques que le R. P. Bastide a faites sur la préface du rv* siècle bénédictin (Réponse à un mémoire de Bastide, communiqué par les supérieurs de la congrégation à Mabillon « le 12 janvier dernier » [16777].
12. Petites notes sur la réponse du R.P. dom Jean Mabillon aux remarques du R. P. dom Phil. Bastide.
13. Lettre de dom Mége à dom Bastide au sujet de sa polémi que contre Mabillon.
Papiers de conservés à la Bibliothè que nationale, dans le fonds. français :
Ms. 15799. — Réponse aux remarques. que le R. P. Bastide a faites sur la préface du 1v* siècle bénédictin. Brouillon de la main de Mabillon. — Abrégé de la réponse au R. P. Bastide. — La minute de la requête du P. Bastide a été jointe au ms. 757990.
Ms. 17696, — Papiers de Mabillon. — Réponse aux remarques que le R. P. Bastide a faictes sur la préface du 1v ? siècle bénédictin. — Abrégé des remarques sur la préface du rv* siècle du R. P. Mabillon, par dom Philippe Bastide. — In sæculum v benedictinum animadversiones. — Mémoires pour justifier le procédé que j'ay tenu dans l'édition des Vies de nos saints, etc. — Brièves reflections sur quelques rég les de l'histoire.
Ms. 19660. — Réponse aux remarques que le R. P. Bastide a faictes sur la préface du rvt siècle bénédictin.
Le nombre et l'étendue de ces pièces seraient un sérieux obstacle à leur publication qui réclamerait un fort volume, dans lequel il serait difficile de soutenir l'intérêt pour le lecteur. Pour s'en convaincre, il suffit presque que de rappeler que cette polémique se prolongea durant dix années entières et qu'en plus des Mémoires, Réponses, Abrégés, il faudrait tenir compte de la correspondance des moines entre eux avec ses racontars, ses commérages, ses bavardages où se nuient quelques renseignements utiles. Entamées dès 1668, les hostilités prirent en 1677 une vivacité particulière, à l'occasion du volume consacré au 1v siècle bénédictin. sur la préface de la re partie du 1y siècle des Actes des | tide au sujet de sa polémique contre Mabillon (Arch. | nat., L 810, n. i » 30 pages) ; des Peli les notes sur la | sera pour les refuter. Que j'ay satisfait à ce que l'on - 1 | ABA | à Comme on peut s'en douter, quand on à quel que | FA expérience des conflits de cette nature dans un milieu monasti que, chacun prenait parti pour ou contre sans | parler de ceux qui avaient un pied dans cha que camp, 1 Dom Bastide se dépensait sans compter. Nous connais- - sons de lui une De antiqua Ordinis S. Benedicti intra | Gallias propagatione dissertatio, in-49, Parisiis, 16072 ; une Dissertation de l'institut qu'ont pratiqué la plupart des moines d'Occident, depuis la publication de la règle de S. Benoist jusqu'en l'an 800, contre le P. Mabillon (Arch. nat., L 819, n. 8, 30 p.) ; des Remarques Saints de l'ordre de S. Benoist (Arch. nat., L 810, n° 9, — 92 pages), et un Abrégé des remarques sur la préface. | du 1v siècle du R. P. Mabillon par dom Philippe Bastide (Arch. nat., L 510, n° 10, 2 feuillets ; Bibl. be ms. fr. 17696, fol. 153-157). | Dom Joseph Mège n'était pas moins animé, et nous | avons de lui une Lettre de dom Joseph Mège à dom Bas-. réponse du 'R. P. Mabillon aux remarques du R. P. dom Philippe de (Arch. nat., L 810, n. 12, 30 p) ; T une Question à juger si le R. P. Mabillon a escrit conire — la gloire de l'Ordre de S. Benoist ou pour la gloire du mesme Ordre (Bibl. nat., ms. fr. 17696, fol. 291293, et Arch. nat., L 810, n° 18, 16 pages) ; enfin La juste déffense de l'ordre de S. Benoist contre les attentats du P. Mabillon (Arch. nat., L 810, n. 19, 214 pages).
D'autres moines se mélèrent au combat, entre autres dom Lamy qui rédigea le Sentiment de dom | i Francois Lamy sur les écrits des RR. PP. dom Philippe Bastide et dom Jean Mabillon (Arch. nat., L 810, — n. 14, 21 pages) et quelques-uns qui s 'envelopperent | prudemment dans l'anonymat ; nous possédons les. Réflexions sur l'usage que le R. P. Henschenius a fait | | des observalions du R. P. Mabillon sur les vies des saincts de l'ordre de S. Benoist (Arch. nat., L 810, n. 15 E 1 7 pages) ou bien encore une Lettre adressée par un e religieux bénédictin au chapitre général de la congré-« gation de Saint-Maur contre les Acta sanclorum O. SN B. du P. Mabillon (Arch. nat., L 810, n. 161, 12 pages).
En s'adressant au chapitre général de la congré- - gation, dom Bastide et dom Mège demandaient que 3 celui-ci, qui allait se réunir à Fleury-sur-Loire au mois de juin 1678, exigeât de dom Mabillon une rétractation | publi que, lui intimât la « défense à l'avenir d'écrire de tout ce qui regarde l'histoire de l'Ordre » et publiât. un désaveu par écrit des volumes déjà parus des Acia — | sanclorum « comme étant contre l'intention et les f sentiments de la congrégation. » Il est probable que | ces prétentions déplurent dés le premier abord, puis que t E nous avons vu les supérieurs, six mois avant la réunion. du chapitre, donner communication à Mabillon des | argumenis de dom Bastide, avec priére d'y répond » dre, ce que nous lui verrons faire plus loin.
Toutefois, il n'avait pas attendu cette invitation - pour réfuter ses contradicteurs dans un Mémoire pour justifier le procédé que j'ay tenu dans l'édition des - Vies de nos Saints, qui semble avoir été rédigé entre - 1673 et 1677. Les premiéres pages de cet écrit ont conservé un grand intérêt 1. pouvoit désirer de moy en faisant imprimer moy-méme [ D'ailleurs, ils nt que je suis chargé d'un travail i est assez pénible et laborieux, que j'ay assez de —peine d'y suflire, que je n'ay point d'aide pour me “soulager. Et qu'ainsi de m'obliger à répondre, c'est engager dans un nouveau travail, c'est me détourner principal, c'est m'engager dans des contestations i ne finiront ja mais, et qui ne feront que s'échauffer vantage par des réponses éternel les que l'on fera, e l'on exigera de moy.
— s Mais enfin à quoy abboutira tout cela ? Prétend-on que la vérité s'éclaircira par ces écrits ? Il n'y a guère d'apparence. Il n'est pas possible que la vérité soit aircie, si on ne lit les origin aux sans préoccupation, on ne se forme une juste idée des véritab les rég les histoire et si on ne fait l'application de l'un et 'autre à ces contestations. Et on scait assez que ut le monde n'a pas le tems, ni peut estre le talent aire ces sortes de discussions.
| Voudra-t-on se ranger à mon sentiment si j'apporte Lue meilleures REUS On n'a garde d'y penser. utres que cel les que l'on a débitées jusqu'à présent, je suis asseuré que l'on n'en pourra pas donner ti vaillent guère mieux. our le faire court, tout cela ne va qu 'à me faire lement, on prendra de là occasion de m Minuten. Si ons fortement, on me fera passer pour un homme tièrement opposé à l'honneur de l'ordre. En un ot toutes les gas que je pourrai iu ne d déjà que trop fait par les discours que l'on a | B contre mov et contre ma conduite dans toute la congrégation. — Que si ceux qui m'obligent à ces réponses veulent me lasser ou me faire quitter, il sera facile de les tenter. Ils ont déjà fait le premier, et il ne me dra qu'un mot de mes supérieurs pour le second. n E Cependant pour satisfaire à l'ordre que l'on m'a 3 E lonné, je dirai icy en peu de mots quel que chose de ce ; ce qui peut servir à ma justification. Ce ne sera point par un discours étudié et étendu : je n'ay pas le tems E : ' cela, et ceux à qui j'ay l'honneur de le présenter Y ont pas non Dm de tems à Em Ce ne sera Hue |. preuves.
“que j'estois obligé à faire la discussion des saints douE et des saints véritab les de l'Ordre ; ce que je feray oir principalement dans les Preuves des Mémoires.
P La seconde, que les rég les dont je me suis servi ans cette discussion sont les véritab les règ les de l'histoire.
| ks * La troisiéme, que l'application que j'en ay faite | est juste s —— Mabillon développe alors ses vues sur le « choix des auteurs », sur « la tradition » et la « possession en matire d'histoire » enfin sur l’« argument négatif ». Ce quil dit sur ce dernier point mérite une particuE attention, et peut servir de régle en la matiére.
— ? Allusion à la dissertation de dom Bastide, De antiqua ordinis sancli Benedicti intra Gallias propagalione que billon avait consenti à insérer à la fin du mm siècle « bénédictin. Dom Bastide se plaignit de la place, des Caractères, oubliant les trois lettres adressées par lui à AR ius :
On sait assez combien cette question a été disputée pour que l'opinion de Mabillon soit utile à connaitre : « Il est certain, dit-il, que l'argument négatif n'est pas bon en toutes rencontres dans l'histoire ; mais il est constant aussi qu'il est absolument nécessaire en plusieurs occasions. D'ou vient que c'est une chicanerie fade et misérable, de dire en toutes rencontres comme font quelques-uns. C'est un argument négatif, cela ne conclut rien. Car si ces personnes consideroient un peu les choses de bonne foy et sans prejugez, je suis asseuré qu'el les avoueroient qu'el les ne sont pas :oins frappées d'un argument négatif lorsqu'il est appliqué dans les rég les de bon sens que d'un argument positif.
« Il est vray qu'il faut de la modération pour se bien servir de cet argument, surtout lorsqu'un auteur moderne qui avance de nouveau un fait d’antiquité, est habile, exact et sincere. Maisenfin il doit donner des preuves, et, s'il n'en donne point, si habile et si exact qu'il puisse estre, on n'est pas obligé de le suivre, et on doit tout au plus regarder son sentiment comme une opinion. Mais si cet auteur recent n'est ni habile dans l'histoire de l'antiquité et dans la chronologie, ni exact ni fort sincere, et qu'il ne donne point de preuves de ce fait qu'il avance, je soutiens qu'il n'est pas du tout recevable, Mais, afin de traiter ce point icy avec plus de jour, il faut donner queiques rég les pour connoistre lors que l'argument négatif est véritable en matière d'histoire ou lorsqu'il ne l'est pas. Sur quoy l'on peut dire que la première et l'uni que règle pour en juger, c'est le bon sens.
« Néanmoins, pour parler plus positivement, l'argument négatif en fait d'histoire ancienne ne vaut rien contre un fait certain, c'est-à-dire lorsqu'il est tiré du silence d'un ou méme de plusieurs historiens contemporains contre le témoignage positif d'un auteur contemporain et digne de foy. 1l n'est pas tout à fait concluant, lorsqu'il est pris-du silence de tous les auteurs contemporains qui nous restent, contre le rapport d'un auteur voisin de leurs tems, ou méme d'un auteur postérieur, si cet auteur d'ailleurs est habile en matière d'histoire, exact et sincère ; et s'il ne peut estre refuté par aucunes circonstan ces posilives rapportées par les auteurs du tems, ou plus anciens et plus dignes de foy que luy.
« Mais hors cela, l'argument est. trés bon lorsqu'il est pris du silence de tous les auteurs contemporains et de tous les auteurs voisins de leur tems, et principalement du silence de ceux qui ont parlé à dessein d'une chose. Cet argument dis-je, est trés bon contre un auteur postérieur, et beaucoup plus contre un, et méme contre plusieurs auteurs recens qui avancent de sept à huit cent ans sans preuves et sans autorité, si l'on est convaincu d'ailleurs qu'ils ne sont pas fort habi les ni exacts dans la matiére qu'ils traitent ; et surtout, s'ils peuvent estre combattus par des circonstan ces positives rapportées par des auteurs plus anciens et plus dignes de foy qu'eux. En un mot, si l'on est moralement asseuré qu'ils n'ont pas eu d'autres mémoires que ceux que nous avons : et s'ils donnent quelques preuves, el les sont sujettes à revision et on peut, et on doit se départir de leurs sentiments, lors que l'on est persuadé qu'ils ne concluent pas bien. » Lors que les supérieurs eurent remis à Mabillon la Requéte de dom Bastide en le priant d'y faire une réponse, il semble qu'il ait d'abord rédigé un court écrit intitulé Abrégé de la réponse au R. P. Bastide *, où il résume ainsi les princip aux objets de la discussion :
« Ch. 16. — De l'unité de l'ancien ordre monasti que.
« Ch. m. — Que la propagation de la regle de S. Benoist s'est faite dans plusieurs anciens monasteres par l'union de cette régle avec d'autres.
« Ch. m. — Que la régle de Colomban est différente de celle de S. Benoist ; qu'elle n'en est pas un supplément et que Colomban n'a ja mais pratiqué nostre régle en France.
« Ch. rv. — Que je n'ay pas dû suivre aveuglement Trithéme et nos autres auteurs récens.
« Ch. v. — Que j'ay apporté les véritab les causes du reláchement de l'ordre pendant les vin ? et 1x* sièc les.
« Ch. vr. — Des faits personnels dont le R. P. me charge. » Ce travail n'est qu'un abrégé, comme le dit le titre, d'un mémoire plus étendu intitulé : Réponse aux remarques que le R. P. Bastide a faictes sur la préface du rv siècle bénédictin. Cet écrit était rendu nécessaire de la part de Mabillon par une requête présentée au chapitre général de la congrégation de Saint-Maur, en 1677 Cette requête dénonçait Mabillon avec une violence de langage dont on pourra s'édifier :
« Aux RR. PP. Président et Définiteurs du chapitre général de la congrégation de SaintMaur assemblés au monastère de SaintBenoist-sur-Loire.
« Supplie très humblement Fr... religieux de l'ordre de Saint-Benoît et de la congrégation de Saint-Maur, tant en son nom qu'en celui de tous les véritables enfants de l'ordre, disant que le P. dom Jean Mabillon, religieux du même ordre et de la même Congrégation, ayant été choisi pour faire imprimer les Vies des Saints et des hommes illustres de l'ordre, avoit prévariqué dans cet emploi, et abusé du temps et de tous les secours que la Religion lui a donnés pour travailler à cet ouvrage, s'en étoit servi pour déshonorer l'ordre par une critique très injuste.
« 1° Luy ravissant très grand nombre de saints et d'hommes illustres qui ont fait jusqu'à présent sa gloire, que tout le monde honore comme légitimes enfants de saint Benoît, que tous les historiens de l'ordre reconnaissent, et que les étrangers ne nous contestent pas ;
« 2° Parlant de la propagation de l'ordre et de l'introduction de notre règle dans les monastères anciens, et même dans ceux qui ont été bâtis après la mort de notre glorieux patriarche, d'une manière si basse et si indigne qu'elle est honteuse à l'ordre et qu'elle ravit à notre B. Père une très grande partie de ses plus saints et de ses plus illustres enfants ;
« 3° Prétendant que le plus grand nombre des saints et des religieux qui ont vécu dans ces premiers siècles dans les plus célébres maisons n'ont été bénédictins qu'à demi : dimidiali benedictini, ou même pour le tiers ou pour le quart ;
« 4° Parlant de notre sainte règle, que les conciles, les papes et les saints docteurs ont toujours regardée comme la plus sainte et la plus parfaite de l'Église, comme d'une règle qui n'est que pour les tièdes et pour les négligents, qui ne peuvent souffrir qu'on les porte à la pratique des chapitres plus sublimes des autres règles ;
« 5° Faisant cent efforts pour persuader au monde une imagination insoutenable d'un ordre commun à tous les moines qui n'est qu'un, nonobstant la diversité des règles, des professions et de législateurs, qu'il fait durer jusques à près du milieu du onzième siècle jusqu'aux ordres mendiants ;
« 6° Annéantissant ainsi et confondant notre ordre dans cette chimère et lui ravissant par ce seul coup de plume tous les saints et tous les hommes illustres qui ont vécu durant tous ces premiers siècles à qui, selon lui, ne sont pas plus religieux de saint Benoît que saint Basile, de saint Macaire, de saint P. i come ou de Cassien, réduisant ainsi notre ordre à un état auquel il n'a aucun avantage sur les ordres nouveaux, non pas même celui de l'antiquité, puisqu'il n'aura été distingué de cet ordre commun qu'après 1077 ;
« 7° Prétendant que même les biens de monastère n'étaient communs à son ordre chimérique, et que ce n'est que depuis ces derniers siècles que les ordres et les monastères se les sont appropriés, en sorte qu'il ne soit pas plus permis de les transférer d'un ordre et d'un monastère à l'autre que le bien d'un particulier à son voisin ;
« 8° Donnant pour cause de la chute de l'ordre et de la ruine de l'observance, qu'il avoit trop de bien et trop d'ardeur de le conserver par les procès, ce qui est faux, sauf la correction du définitoire, mais qui ne laisse pas de donner un grand avantage aux ennemis de l'ordre, qui en prendront sujet de nous calomnier et d'entreprendre sur le peu qui nous reste et qui est nécessaire pour le rétablissement et pour la conservation de l'observance régulière ;
« 9° Traitant d'une manière si méprisante Trithème, Arnold Wion, Yepez et les autres écrivains de l'histoire de l'ordre, que cela est insupportable. Le P. dom Michel Germain, qu'on lui a donné pour copiste, a osé en la présence du R. P. visiteur de France, et d'un autre de nos pères, qui le lui soutiendront, nommer ces historiens des falsificateurs, et dire que le P. Mabillon ne voulait pas découvrir leurs falsifications, afin de ne pas les faire passer pour des fripons ;
« 10° Disant hautement que notre glorieux père saint Benoît n'étoit pas sorti de l'illustre famille des Aniciens ; le Père Mabillon n'oseroit nier ce fait, car on lui prouvera et M. Bulteau, qui combat comme lui la gloire de l'ordre, en a parlé dans le premier livre de son abrégé comme d'un fait qui étoit très douteux ;
« 11° Se moquant du grand nombre de saints canonisés que tous les historiens nous donnent ; parlant de la venue et de la mission de saint Maur en France, comme d'une chose qui n'est pas assurée et soutenant que sainte règle dans le concile romain, et n’a pas ordonné aux moines latins de la suivre et de l'embrasser.
« Ce n'est là qu'une partie des outrages que le P. Mabillon a faits à l'ordre par ses écrits et par ses discours ; et c'est ce qui contraint le suppliant de représenter à Vos Révérences, au nom de tous les véritables enfants de l'ordre, qu'on ne doit plus laisser la plume de l'ordre à la main du religieux qui ne travaille et qui ne fouille dans nos chartriers et dans nos manuscrits que pour rechercher des conjectures et des prétextes pour dépouiller notre ordre de ses plus justes prérogatives. Car, s'il avoit cette juste ardeur, il ne lui retrancheroit pas tant de grands saints qui ont fait jusqu'à présent son lustre ; et quand même il trouveroit dans ses études quelque chose qui en pourroit diminuer et ternir l'éclat, il le devroit dissimuler et ne pas le découvrir à tout le monde pour complaire à un petit nombre de critiques et pour se faire une vaine réputation.
« Car il est vrai que, quand tous les critiques du monde se seroient assemblés et auroient conjuré contre la gloire de l'ordre de saint Benoît, ils ne lui auroient jamais fait tant de tort que le Père Mabillon lui en a fait, parce que ses simples doutes passeront dans l'esprit du monde pour des convictions, et on auroit regardé tous les efforts des critiques étrangers pour des effets de passion ; au moins le public auroit suspendu son jugement et voudroit nous entendre comme parties intéressées ; mais voyant que le Père Mabillon, lui-même, de son propre mouvement, retranche tant de saints et tant d'hommes illustres de nos martyrologes et de nos ménologes, qu'il les rejette comme des enfants supposés, sans que personne les lui conteste, on n'examinera pas les choses davantage, et on croira qu'un écrivain de l'ordre qui a tant d'intérêt à les lui conserver ne les reconnoit pas.
« Le De ne doit pas raisonner autrement. A son père, à sa nation, ou contre son ordre, pour nier les préjugés avantageux que le public en a conçus, et pour le dépouiller des hommes illustres qu'il a produits ou qu'on lui a attribués ; or il est vrai que, si le P. Mabillon ne passe point pour un transfuge, il passera pour un prodige, et qui ne jugera de sa profession que par ses écrits ne le prendra jamais pour un enfant légitime de l'ordre, quoiqu'il en ait porté l'habit et le nom.
« On sait bien qu'il se couvre du zèle prétendu de la vérité, mais on sait bien aussi que c'est un beau manteau dont tous les écrivains et toutes les erreurs se parent. On sait qu'il dit que le devoir d'un historien et la première loi de l'histoire sont de chercher et de dire la vérité ; mais un homme qui n'a jamais écrit d'histoire et qui n'a fait que des préfaces ne doit usurper le nom et la qualité d'historien. Cette règle, comme toutes autres, doit être conduite par la prudence, et souvent il vaut bien mieux se taire que de dire toutes les vérités, surtout celles qui peuvent troubler la piété des fidèles, affaiblir l'estime qu'on a de son ordre et inquiéter les confrères.
« Il a même surpris la piété du très R. P. Supérieur général pour l'impression de la préface de son dernier volume, lui faisant entendre qu'il l'avait fait examiner et approuver par des théologiens de la Congrégation et du dehors ; car le très R. P. dom Vincent Marsolle, qui est si prudent et si éclairé, ne lui en eût pas accordé la permission, puisqu'il sait bien que les lois de l'Église et de l'État obligent tous les écrivains et tous les supérieurs ordinaires à cette juste précaution. Et il est très constant que cet ouvrage n'a point été examiné ni approuvé par aucun théologien de l'ordre, car ceux-là mêmes qu'on dirait l'avoir examiné ont déclaré ne l'avoir point vu avant l'impression. Pour les théologiens étrangers, nous sommes en droit de dire qu'ils ne l'ont point approuvé, puisqu'il ne porte aucune approbation et que c'est contre les lois qui veulent que les approbations paroissent sur peine de suppression et de confiscation. Et ces approbations étaient d'autant plus nécessaires qu'il traite dans cette préface du culte des saintes Images d'une manière qui mérite et qui attirera sans doute la censure de la Faculté de théologie et l'aversion de tous ceux qui ont une véritable piété, c'est ce qu'on fera voir dans un écrit exprès. Ce considéré, il vous plaira ordonner, en faisant droit à cette requête : 1° que le P. Mabillon se rétractera par un écrit imprimé et public ; 2° qu'il lui sera fait défense à l'avenir d'écrire de tout ce qui regarde l'histoire de l'ordre ; 3° qu'on désavouera par un décret du chapitre général l'ouvrage du Père Mabillon, comme étant contre l'intention et les sentiments de la congrégation ; 4° qu'il sera permis au suppléant et autres religieux de la congrégation d'imprimer les écrits qu'ils ont faits pour la défense de l'ordre contre l'injuste critique du P. Mabillon. Ce faisant, vous obligerez le suppléant et tous les véritables enfants de l'ordre à prier Notre-Seigneur qu'il conserve vos personnes pour son service et pour la gloire de l'ordre de Saint-Benoît. » Cette venimeuse diatribe, qu'on croirait avoir été écrite de nos jours, car le style de cette littérature spéciale n'a guère changé ! — ne fut pas accueillie par les supérieurs comme l'espéraient dom Bastide et dom Mége. Dès le 12 janvier 1675, dom Mabillon recevait le factum dirigé contre lui avec invitation d'y répondre. Il le fit dans un très long mémoire intitulé Réponse aux remarques que le R. P. Bastide a faites sur la préface du 1er siècle bénédictin, où il développe ce qu'il avait exposé dans le Mémoire pour justifier le procédé que j'ai tenu dans l'édition des Vies de nos saints.
“ C'est, disait-il en commençant, le troisième écrit que le Révérend Père a fait contre moi, et il nous en fait espérer encore d'autres qui paraîtront en leur temps.
» Je ne suis pas surpris que l'on écrive contre moi ; mais si l'on fait réflexion sur la manière peu régulière et charitable que le Révérend Père observe dans son dernier écrit, je crois que les personnes équitables tomberont d'accord que j'ai quelque sujet de me plaindre. Je sais que c'est le sort de tous ceux qui donnent quelque chose au public, et principalement de ceux qui traitent de l'histoire, d'être exposés à la censure des hommes, et de s'attirer la passion de beaucoup de gens. C'est pour quoi un grand évêque disait autrefois avec raison, qu'il n'est pas fort avantageux à un ecclésiastique d'écrire l'histoire, d'autant que cette entreprise fait des jaloux, demande un grand travail, et se termine enfin à l'aversion que plusieurs conçoivent d'un auteur qu'ils croivent ne leur être pas favorable. Scriptio historic videtur ordine a nostro multum abhorrere : cujus inchoatio invidia, continuatio labor, finis est odium. En effet, quel que parti que l'on prenne, et quelles mesures que l'on garde dans ce dessein, il est impossible de contenter tout le monde. Car si l'on reçoit tout sans discussion, on passe dans l'esprit des personnes judicieuses pour ridicule ; si l'on apporte de l'exactitude et du discernement, on passe chez les autres pour téméraire et présomptueux : Si quid simpliciter edamus, insani ; si quid exacte, pocamur præsomptuosi. “ De ces deux partis j'ai choisi le second comme étant le plus conforme à l'amour de la vérité, que doit avoir un chrétien, un religieux et un prêtre, je veuille renoncer à la sincérité, à la bonne foi, et à la modération, comme le plus avantageux à l'honneur de l'ordre, et enfin comme étant absolument nécessaire dans un siècle aussi éclairé que le nôtre, auquel il n'est plus permis d'écrire des fables, ni de rien avancer sans de bonnes preuves.
« J'ai néanmoins tâché de garder toute la modération possible ; et lorsqu'il s'agissait de l'intérêt de l'ordre, j'ai toujours penché plutôt du côté de l'indulgence que de la sévérité. Mais enfin, quelles mesures que j'aie gardées, je n'ai pas laissé d'essuyer beaucoup de contradictions. J'ai tâché de les surmonter par le silence et par la patience ; mais mon silence n'est pas devenu moins odieux que mes discours, et l'on n'a pas cessé de m'obliger à me justifier ou à me rétracter. « Je pourrais dire pour ma justification que je n'ai rien avancé dans mes préfaces qui n'ait été vu, examiné, et approuvé de ceux à qui les supérieurs majeurs ont trouvé bon de les faire voir avant que de les imprimer ; mais il n'est pas juste que pour me mettre à couvert, je mette mes supérieurs en jeu ; et j'aime mieux que tout tombe sur moi que d'exposer leur autorité à la censure. Il suffit qu'on leur reproche qu'ils entretiennent une personne aux dépens de la congrégation pour écrire contre l'ordre : et il est nécessaire que je me justifie, aussi bien qu'eux, de cette accusation. Je puis dire même qu'il est nécessaire que j'écrive pour le bien commun des personnes de lettres, d'autant que si les principes que veut établir le R. P. subsistent une fois, il est impossible qu'une personne qui ait tant soit peu de lumière et de discernement, se puisse réduire à écrire exactement des choses de l'ordre à moins qu'on ne l'honneur. C'est ce qui m'a obligé de faire cette réponse ; et puis que le R. P. la demande avec tant d'empressement, il est juste de satisfaire à son zèle. Cela dit, Mabillon range tous les griefs de dom Bastide sous cinq chefs principaux, et il y répond en cinq chapitres dans une argumentation pleine de preuves et de faits irrécusables, mais sans jamais se départir de la modération dont son contradicteur ne lui avait pas donné l'exemple. Arrivé au terme de son mémoire, l'auteur prend un ton plus vif et conclut de la manière suivante : « Je ne puis aussi passer sous silence deux ou trois choses que le R. P. m'objecte. La première est qu'il est dit que j'ai tiré du Père Le Cointe l'idée que j'ai donnée de notre règle, et que « je ne fais bien souvent que suivre ce que le Père Le Cointe avance ». Je réponds à cela que l'un et l'autre est faux. Je n'ai eu aucune ment en vue le sentiment du Père Le Cointe en cet endroit, puis que cette partie de ma préface était faite longtemps auparavant que son tome parût, Et il est encore faux que je suive d'ordinaire ce Père, puis que, depuis le second siècle, je l'ai toujours devancé, et que, nonobstant une interruption de trois ans, je le devance encore de cinquante ans. Cependant, voilà comment on en fait accroire aux gens, afin de décrier un confrère et ses écrits.
A 1e méme lieu, Car ces deux derniers regardoient les règles comme elles sont en elles-mêmes, et non pas comme des commentaires sur la nôtre, — « La troisième chose qu'il objecte est que saint Benoît défend l'union des règles dans la sienne et — qu'il n'est pas vrai que Benoît d'Aniane ait fait sa Concorde pour porter les religieux à lire et pratiquer les règles anciennes. Il rapporte à ce sujet quelques passages de notre règle, comme, omnes magistram sequantur regulam, nec ab ea temere devietur a quoquam, — et le huitième degré d'humilité qui défend à nos religieux de rien faire, nisi quod communis monasterii regula, vel majorum cohortantur exempla. Mais il est bien étrange que le R. P. me fasse une objection de ce qui détruit absolument son système. Car on suit magistram regulam, lorsqu'on fait ce qu'elle prescrit ; et il est clair que saint Benoît, dans son dernier chapitre, exhorte ses enfants à la lecture et à la pratique des règles anciennes, Pour ce qui est du huitième degré d'humilité, Benoît d'Aniane marque son rapport avec le dernier chapitre de notre règle dans le premier de sa Concorde, pour faire voir que saint Benoît dans l’un et dans l'autre endroit nous porte à la pratique des règles et des exemples des anciens Pères qui sont désignés par le nom de majorum. — * Il ne reste plus qu'à répondre aux plaintes que le R. P. me fait d'avoir mis sa pièce à la fin de notre quatrième volume comme dans un lieu indécent. Je ne m'attendais pas à cette civilité et à ces remerciements, après avoir pris la peine de corriger et d'imprimer la dissertation du R. P. et en avoir obtenu permission des supérieurs, car il n'est pas vrai que l'on m'ait obligé de l'imprimer dans mon quatrième volume. Nos Pères n'ont pas coutume d'en user ainsi, et si le R. P, Audebert estoit encore en vie, il pourroit justifier ce que j'avance, Je l'ai mise à la fin et en lettres d'en user de la sorte, non seulement à l'égard des observations et dissertations de leurs amis qu'ils adoptent, mais même à l'égard de leurs propres. J'ay mis un monitum avant le pièce du R. P. qui empesche qu'on ne la puisse détacher ; mais enfin puisqu'il se plaint de ma conduite en cela, il y aura moyen de le contenter à l'avenir, et je déclare que je ne tomberay plus dans une semblable faute, quoyqu'il écrive. « Voilà en partie mes sentimens touchant l'écrit du R. P. : je les ay exprimés d'une manière claire et sincère ; et si j'ay respondu avec un peu de force en quelques endroits, la manière exorbitante dont il m'a traité m'y a obligé, contre mon naturel, quoy que j'ave tâché de ne rien dire qui puisse blesser la charité, ni le respect que je dois à mon caractère, J'ai dissimulé beaucoup d'injures dont il me charge avec indignité, et j'ay passé sous silence quantité de suppositions qu'il m'impute, tantost de gaieté de cœur, tantost en changeant quelque chose aux passages qu'il rapporte, et le plus souvent en donnant un faux tour et contraire à la vérité que j'avance. Mais j'espère que ceux qui se donneront la peine de lire avec attention ma préface les pourront aisément découvrir et porteront un jugement plus équitable de cet ouvrage que je n'ay entrepris que pour la gloire de notre saint ordre. Si le R. P. a encore quelque chose à répliquer, je le prie, au nom de Dieu, de ne point chicaner, de ne point faire de suppositions et ne point donner à mes sentimens et à mes paroles d'interprétations forcées, mais d'agir de bonne foi et avec sincérité comme j'ay tâché de faire à son égard. S'il apporte quelque chose qui le mérite, quelques-uns de mes amis y répondront pour moy, Car, de mon côté, je renonce à cette guerre ; j'aime la paix et je ne demande plus qu'à finir mes jours en repos. Que si mes écrits déplaisent tant à mes adversaires, et s'ils les croient si préjudiciables à l'ordre, comme ils le laissent entendre par écrit, ils me feront plaisir de me procurer le repos auquel j'aspire de tout cœur !, » Cette Réponse aux remarques de dom Bastide fut le dernier écrit de Mabillon touchant cette polémique ; il la remit avec d'autres pièces aux supérieurs majeurs qui déférèrent les Remarques de dom Bastide et la Réponse de Mabillon à l'examen de religieux qui se prononcèrent hautement en faveur de ce dernier. C'étaient dom Charles Hérissé ; prieur claustral de Tuffé ; dom Léonard Chastel, prieur de Saint-Julien de Tours ; dom Nicolas Asselin, prieur de Saint-Clément de Craon ?, Leurs approbations motivées sont des 27-29 avril 1678 ; deux mois plus tard les commissaires élus par les définiteurs à Saint-Benoît-sur-Loire (5 juin), ayant « le tout meurement examiné et considéré » se montrèrent d'avis que, sur tous les points argués d'erreur par dom Bastide, dom Mabillon avait raison :
« Que pour le premier point, l'unité d'ordre monastique est établie sur la manière de parler des anciens et quelques modernes auteurs de l'Ordre, quelle a ses utilités, qu'elle ne donne point lieu au retranchement des saints et hommes illustres de l'ordre, mais quelle est inutile pour empêcher les contestations qu'on peut former touchant les saints qui lui appartiennent.
« Que, pour le 2°, que la propagation de l'ordre par l'union des règles se trouve fortement établie par les actes anciens, que les suites nécessaires de cette union ne sont pas telles qu'on se les est figurées, quelle a été utile à l'ordre et l'est encore présentement, » Que, pour le 3* point, il paroit par les autorités et raisons alléguées que saint Colomban n'a point établi la règle de saint Benoît dans Luxeuil et qu'il semble certain que sa règle n'est point un supplément de celle de saint Benoît.
» Que pour le 4* point, il n'y a pas lieu de dire que l'auteur de la préface n'ait pas suffisamment expliqué les causes de la décadence de l'ordre.
» Que pour le 5° point, qu'après l'interprétation que l'auteur de la préface a apportée, et ce qu'il a dit ailleurs de l'excellence de la règle il n'y a pas lieu de lui en objecter le rabais ; et » Qu'enfin, pour le 6* point, on ne peut pas lui objecter justement qu'il a traité avec mépris les auteurs de l'ordre. » Ainsi renseigné, le chapitre général rédigea son décret en ces termes :
« Sur les contestations meües entre les PP. d. Philippe Bastide et d. Jean Mabillon au sujet des préfaces du même Mabillon, le chapitre leur ordonne de demeurer dans le silence, et de ne rien dire ny escrire l'un contre l'autre qui soit contre la charité et contre le respect convenable à leur profession. Et, néanmoins, ayant égard à la requeste présentée par le même d. Philippe Bastide, le chapitre trouve bon que s'il a quelques bonnes raisons qui prouvent que saint Colomban ait été de l'ordre de saint Benoît ou s'il fait quelques nouvelles découvertes qui soient avantageuses à la gloire de l'ordre, il les mette par écrit sans entrer en contestations ni choquer personne, et qu'il envoie ensuite au R. P. général qui, après les avoir fait examiner, jugera si elles doivent être mises en lumière 1, » Tous ceux qui suivaient les phases du conflit et savaient y voir les grands intérêts scientifiques et religieux engagés dans la décision à prendre, comprirent que le chapitre général se prononçait en faveur de Mabillon et des méthodes critiques que son nom représentait.
Dom Simon Bougis prit plaisir à envoyer à Mabillon une pièce de vers composée par un moine qui les lui avait donnés pour qu'ils arrivassent sûrement à leur adresse, « Il vous dit en vers ce que je vous dis en prose, que les choses sont enfin terminées à votre avantage. Tous les PP, ont témoigné estre très satisfaits de votre conduite et font estime de vous. Jugez quelle part j'ay prise dans ces sentimens, puis que je suis tout à vous. Je croy qu'il n'est pas nécessaire que vous rendiez ces vers publies pour les raisons que vous pouvez croire. » — Maintenant que deux siècles et demi ont passé sur les susceptibilités, la même réserve n'est plus nécessaire * :
XVI. L'AUTEUR DE « L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST » — [Il existait une querelle toujours vive, pas toujours courtoise, entre les augustins et les bénédictins à qui ferait la preuve que l'auteur de l'Imitation de Jésus-Christ appartenait à sa famille religieuse, Il parait que cette démonstration irréfutable répandrait un grand éclat sur celle qui réussirait à se l'attacher, 2 Deux noms étaient en présence : ceux de Thomas de Kempen et du moine Jean Gersen, qui vécut à une époque plus ancienne, Comme Thomas avait vécu en pleine période historique, il devait suffire pour le déposséder de produire des manuscrits plus anciens que lui. Les bénédictins n'y avaient pas manqué, et, nonobstant le secours prété aux augustins par Gabriel Naudé, ils avaient, dans une assemblée, tenue en 1671, devant l'archevêque de Paris et des paléographes compétents, produit des manuscrits plus anciens que ceux que l'on connaissait et sur lesquels on discutait infatigablement, Sur ces entrefaites, dom Delfau donna une édition accompagnée d'une dissertation qui attribuait le livre à Jean Gersen. Aussitôt les augustins contestèrent et firent paraître des Vindiciæ Kempenses, La situation parut assez compromise pour qu'on dût recourir à la science de Mabillon qui rédigea des Animadversiones in Vindicias Kempenses a R. P... canonico regulari congr, Gallice, adv, - D. Fr, Delfau, monachum benedictinum congr. S. Mauri, in-8 », Paris, apud L. Billaine, 16775, « Je n'ai point dessein, disait-il, de renouveler ces discussions qui ne mettent pas la vérité dans son jour et n'excitent mer l'auteur pour notre ordre avec une obstination qui porterait la moindre atteinte à la charité chrétienne, » Dom Thuillier a écrit l'Histoire de la contestation et les a exposés avec toute la fidélité dont il a été capable. Ils sont tous tirés, ces faits, ou des ouvrages imprimés sur cette querelle ou de quelques mémoires que l'on a trouvés dans les lettres et papiers de dom Mabillon, Me le pardonnera-t-on si j'ose avancer que ces sortes de relations de guerres littéraires sont, à proportion, aussi utiles que celles de ces guerres sanglantes qui causent de si grandes révolutions dans les États ? On voit également l'homme dans les unes et dans les autres : et pour quoi lit-on l'Histoire si ce n'est pour connaître l'homme et pour régler sur cette connaissance la manière dont on doit se conduire avec lui . » Les arguments de Mabillon ne mirent pas fin à la contestation, L'auteur de l'Imitation a voulu cacher son nom aux hommes, son souhait a été rempli et aucune investigation n'a pu percer le mystère dont s'est enveloppée son humilité , Y XVII, LA SOCIÉTÉ DE L'ABBAYE. — À l'« Abbaye » - les savants étaient nombreux, mais il n'y avait pas complètement oubliés, assuraient le maintien de l'observance, veillaient aux besognes matérielles, soutenaient la réputation du monastère et, par leur abnégation, permettaient à leurs confrères mieux partagés des dons de l'intelligence, plus cultivés dans le domaine des choses de l'esprit, de répandre sur l'antique abbaye un rayon de gloire rajeunie. La lecture des offices du nécrologe évite si ordinairement l'évocation de tout ce qui ne peut rehausser la mémoire des défunts qu'on se trouve mis en défiance devant ce défilé de saints à rendre jaloux les anges eux-mêmes. Mais, à Saint-Germain comme ailleurs, au XVIe comme à toutes les époques, il s'y rencontrait des caractères ombrageux, des esprits inquiets, des âmes littéralement jalouses que la paix du tombeau a depuis longtemps recouverts. A côté et au-dessus d'eux, — l'histoire a conservé le souvenir d'un groupe où la vertu s'embellit du sourire et où le travail se nuance de bonne grâce. Hôte perpétuel de l'infirmerie, dom — Luc d'Achery pouvait, grâce aux adoucissements que ce local tolérait, y attirer et y recevoir à « de certains heures », principalement le dimanche « après vêpres » des amis, tous « savants hommes » avec lesquels « il s'entretenait pendant quelques heures de leurs propres ouvrages, ou de ceux des autres qui paraissaient de valeur dans le public !, » Dès son arrivée à Saint-Germain, Mabillon avait eu sa place dans ces assemblées, et, au fur et à mesure que les années s'écoulaient, nouveaux visages au crâne rasé venaient faire face aux opulentes perruques des amis de l'extérieur, Ceinsi que dom Michel Germain, un Picard, et dom Jessenet avec dom Thierry Ruinart, deux Champenois, vinrent s'y former aux méthodes des critiques et aux disputes d'érudition, « C'est là, a écrit dom Ruinart, où on voyait ordinairement MM, d'Herouval, du Cange, Cotelier, Baluze, Faure, d'Herbelot, Bigot, Renaudot. Quelques prélats même et d'autres personnages de la première considération ont souvent honoré ces réunions de leurs lumières ?, » Il ne semble pas que Le Tellier et Colbert, tous deux ministres et Rémois d'origine, y soient venus jamais, mais ils portaient un intérêt fort vif au savant religieux leur Cluny, les deux Coislin, évêques d'Orléans et de Metz, le duc d'Aumont, le duc de Chevreuse étaient au nombre des familiers de l'abbaye, - Les relations établies entre Bossuet et Mabillon étaient particulièrement confidentes et amicales. En 1675, Bossuet demanda à Mabillon de venir prendre part à des réunions qui se tenaient chez lui et où l'on s'appliquait à éclaircir des questions relatives à l'authenticité et à la défense des saintes Écritures, ce qu'il appelait le « Petit Concile » Les réunions se tinrent d'abord à Saint-Germain-en-Laye où résidait la cour dont ne pouvait s'éloigner Bossuet en sa qualité de précepteur du Dauphin, Un billet plein de grâce de Bossuet accueille l'annonce que les supérieurs ont permis à Mabillon de passer une convalescence à | —Saint-Germain-en-Laye ? :
»Tiens, mon cher compatriote. Bossuet, le cardinal de Bouillon, abbé de | 498 fatiguer l'esprit, nous songerons à vous divertir, et votre divertissement fera notre utilité, Venez donc quand il vous plaira, le plus tôt sera le meilleur. Dites à M. de Cordemoy tout ce qui vous sera nécessaire, on y donnera l'ordre qu'il faut. » Chaque année, qui voyait paraître un nouvel ouvrage, ajoutait à la célébrité grandissante de Mabillon, Un Anglais, le docteur Lister, visite Saint-Germain-des-Prés, et il nous apprend que « étant à l'abbaye, j'allai voir à sa cellule le P. Mabillon, qui a si bien mérité de la république des lettres par ses écrits, et surtout par son excellent traité de diplomatique. Il me parut un homme du meilleur caractère et de la plus grande franchise, et il apprit avec plaisir que notre catalogue de manuscrits anglais marchait vite sous les presses d'Oxford, Il me parla avec reconnaissance des facilités qu'on lui avait données pour visiter la bibliothèque Cottonienne. Ce fut avec beaucoup de peine qu'il apprit la mort du docteur Bernard, et il me parut faire une estime merveilleuse du docteur Gall, doyen d'York.
« Dans une autre conversation que j'eus avec le P. Mabillon, car il était mon voisin, et j'allais souvent le voir, comme je lui parlais de tout ce que nous avions découvert de Palmyre, des écrits auxquels cela avait donné lieu, et de ceux qu'on se proposait encore d'imprimer à ce sujet, il me parut regretter que tous ces traités, qui étaient de pure matière d'érudition, fussent tous en anglais. « Il craignait, me dit-il, qu'il n'en arrivât pour nous comme pour la France, où, depuis qu'on avait tant cultivé la langue, on avait négligé le grec et le latin, » : Il me montra quelques dessins au crayon rouge, assez bien faits par des religieux de ses confrères, l'un desquels était présent, d'anciens monuments qui se voient sur la montagne de Framond, auprès de Salin, au milieu des Vosges, entre l'Alsace et la Lorraine. Il y a là les ruines d'une ancienne ville , » XVIII LE TRAITÉ « DE RE DIPLOMATICA », — La diplomatique, qu'il ne faut pas confondre avec la diplomatie , est la science des documents anciens, « la science ou l'art de juger sainement des anciens qu'elle a pour but de critiquer, les diplômes, c'est-à-dire les actes les plus importants émanés des chancelleries. Son empire s'étend sur toutes les chartes contenues dans les archives publiques ou privées, de quelle que nature qu'elles soient ; elle en fixe l’âge, l'authenticité ; elle nous fait connaître les diverses formules employées pour la rédaction des actes publics ; les formalités nécessaires à leur validation ; la variation des usages graphiques suivant les temps et les lieux ; en un mot, elle est essentiellement la science de la critique historique *. ;
La diplomatique n'existait pas avant Mabillon ? qui fit plus que de révolutionner une science : il la créa. Pour discerner le faux du vrai, il faut posséder des règles sûres et éprouvées permettant de distinguer les pièces d'archives authentiques des textes falsifiés # Ce furent ces règles que Mabillon énonça et rassembla dans un livre mémorable dont nous disions, voilà bien des années déjà : « S'il est permis de comparer les œuvres les plus dissemblables afin de prendre une idée juste de la part de chacune d'elles dans la formation de la pensée universelle, il ne sera pas exagéré de dire que ce livre doit prendre place à 499 côté et sur le même rang que l’Anatomie de Vésale, la Roma soterranea de Bosio, le Discours sur la Méthode et l'Histoire des Variations !. » L'ouvrage parut sous le titre suivant :
De re diplomatica libri VI in quibus quidquid ad veterum instrumentorum antiquitatem, materiam, scripturam et stilum ; quidquid ad sigilla, monogrammata, subscriptiones ac notas chronologicas ; quidquid inde ad antiquariam, historicam, forensem que disciplinam dertinet explicatur et illustratur. Accedunt commentarius de antiquis regum Francorum palatiis ; veterum scripturarum varia specimina,tabulis L.X comprehensa ; nova ducentorum, et amplius, monumentorum collectio, Opera et studio Domni JOHANNIS MABILLON, presbyteri ac monachi Ordinis S. Benedicti e congregatione S, Mauri. — LutetiæParisiorum, sumptibus viduæ Lud. Billaine, in palatio Regio MDCLXXXI. Cum privilegio regis et superiorum permissu — Gr. in-folio, 7 folios prélim., 684 pages et index.
En 1704, au lieu de répondre discrètement aux critiques venimeuses du jésuite Germon, dom Mabillon | publia un supplément :
La mort surprit Mabillon comme il préparait une nouvelle édition du De re diplomatica ; ses notes furent utilisées par dom Ruinart et l'ouvrage parut avec le même titre qu'en 1681 :
La première édition était dédiée à Colbert ; la lettre-dédicace a été maintenue dans la deuxième édition, ainsi que la préface de Mabillon entre lesquelles a pris place l'importante préface de dom Ruinart.
L'ouvrage est admirablement imprimé, embelli de vignettes et de planches gravées avec un soin extrême. Le frontispice représente, au centre, les figures de la Vérité et de la Justice, devant lesquelles la Critique fléchit le genou en leur offrant le De re diplomatica : à droite, un personnage sortant du palais des Archives lit un rouleau ; à gauche, un autre personnage lit un livre dans une bibliothèque : il est tout à fait impossible de voir ici Mabillon (à gauche) et dom Michel Germain (à droite) ; au bas on lit la devise : Veri justique scientia vindex.
La dédicace est précédée d'une agréable composition en l'honneur du ministre Colbert ; au centre, la couleuvre (coluber) supportée par la licorne et le chien ; tribut au grand ministre. L'épitre se déroule pendant cinq pages solennelles :...Convolat in sinum tuum, pir illustrissime, nostra de Re diplomatica lucubratio, quam tibi non ingratam fore speramus, cum ob tuum n'a pas renoncé à cette édition du De re diplomatica. | qu'il prépare depuis si longtemps. Le chef-d'œuvre de d | Mabillon sera scrupuleusement reproduit page par | verte ! Heureusement ce projet Palmé n'eut aucunes | dom Ruinart v 2 introduit une préface * et un appen- - | dice, et il a en outre conné un o.iginal ignoré de” | Mabillon et depuis perdu de nouveau, du diplôme de à droite et à gauche des génies apportant leur | 500 in lilteras at que artes studium et amorem, tum ob argumenti ipsius novitatem.
Une troisième édition fut publiée à Naples sous ce titre :
De re diplomatica libri VI...Tertia at que nova editio. disserlationibus variorum locupleta notis que nunc pri mum inlustrata a marchione Bumbæ Johanne Adimari. — Neapoli, ex typ. Vincentii Ursini, MDCCLXXXIX Præsidibus adprobantibus, 2 vol., gr. in-fol.
Cette édition napolitaine, parue en 1789 — mal choisir son moment — fut provoquée par l'exis- | tence ces luttes qu'églises et monastères avaient, alors. el Cepuis de longues années, à soutenir, particulièr - ment à Naples, pour défendre |’ authenticité ce leurs anciens privilèges. Giovanni Ademari (1721- -1792) publia le texte de la seconde édition (Ce 1709) et y ajouta des notes et additions négligeab les. L' histoire de cette troisième édition a été faite par N. Barone, L'edizione napolitana del l'opera « De re diplomatica x del Mabillon dans Alti della Accademia Pontaniana, - Napol., 1911, t. xrr, et tiré à part, in-8°, 17 p. et 6 pl.
En 1876, Marius Sepet annonçait que « M. Palmé. page et ligne par ligne. Deux perfectionnements seulement, mais importants et nécessaires, seront appor- - tés à cette réimpression qui est attendue par toute” l'Europe savante : tous les fac-simile vont être entièrement refaits par le procédé Dujardin et seront, véritablement splenci ces ; puis des additions, en langue francaise, renfermant tout un cours nouveau de paléographie et de diplomati que. Une table très détaillée accompagnera cette œuvre *. » Trois mois plus tard, le méme polygraphe expliquait que « Ce bonnes. photogravures remplaceront ce mauvaises lithogra-« phies ?, » Des « lithographies » en 1681, c'est une décou- suite.
L'édition de 1709 est celle qui doit étre citée de préférence parce qu'elle exprime, cans les derniers | jours de sa vie, la pensée ce Mabillon sur une matière qui n'avait cessé de retenir son attention. En outre, Char les le Chauve, conférant au monastère de Saint- | Denis le domaine de Senlisse 5. Enfin, l'éditicn de 1709 - contient pres que toujours le supplément.
— ‘Ruinart y répond aux attaques M ] — 5 De re diploma4 “et JULIEN DE DRIOUDE) crée un véritable danger 3 | auquel on essale de parer en discutant, à perte de vue, de l'authenticité et de la non-authenticité des piè ces Douce au débat. Au cours d'une contestation, une — pensée juste est parfois émise, mais personne ne | s'emploie à la recueillir et à la faire valoir. Mabillon — à qui, semble-t-il, rien n avait échappé de cette littéisture des Bella diplomatica n'en voulait retenir que deux noms, ceux de Leone Allaci et ce Hermann —Conring : « Mulli quidem, éciit-il, varias. sparsim - regulas, ubi de singulari instrümente agebatur, ira- - diderunt ; in primis Leo Allatius in Animadversionibus n nus Conringius in Censura diplomatis Ludoviciani — pro cenobio Lindaviensi |. » Appelé, en sa qualité de - professeur à l'université à'Helmstaedt, à examiner un diplóme f aux invoqué par l'abbaye de Lindau, Conring trouvait l'occasion d'émettre dans un volumineux mémoire ? cette maxime qui est à la base méme - de la criti que : que l'on coit procéder à la comparaison | čes actes suspects avec les actes authentiques émanés -de la méme autorité.
- Pour obtenir une comparaison valable et ces con- -clusions recevab les, un érudit francais, cu Cange, aprés des lectures innombrab les, venait d'établir un instrument méthodi que permettant d'expliquer, par woie de comparaison, tous les termes employés cans — les documents du Moyen Age. Le Glossarium mediæ |[— et injimæ latinitatis était, sous la forme alphabéti que, |. une histoire des institutions (xoir Dictionn., b. vm, = eol. 1422-1452). Il parut en 1678.
| Quoi que l'urbanité qui régnait d'ordinaire entre les z Quem du xvit siècle les portát à se communiquer | libéralement leurs trouvail les avant d'en faire jouir | 1 E j 1 ž le public, p ne peut supposer que le Glossarium eût été consulté avant sa publication par le P. Daniel -Papenbræck qui, dés 1675, entreprenait un travail — en vue duquel il était insuffisamment préparé. Les |— Acta sanctorum que Jean Bolland et ses collègues | préparaient et publiaient à Anvers risquaient ce ne E | s'élever pas au-dessus c'un recueil écifiant lors que |. Papenbreck réussit à imposer à ses confrères ce - s'engager harciment dans la voie ce la criti que. Ses lectures lui avaient montré combien la comparaison | p des anciens titres et priviléges ces églises et des monas-. tères pouvait aicer à l'intelligence ces légen des hagio- € - graphiques. Pendant un voyage littéraire qu'il accomEu en Allemagne avec son collègue Henschen, celui-ci tomba malace et il fallut attendre sa guériSmå Luxembourg, pendant un mois. Daniel PapenE boc était cu nombre de ceux qui ne sont ja mais déscuvrés, A Luxembourg, il étucia un diplôme et conçut le projet ce réciger les règ les généra les eritiques applicab les à cette catégorie de cocuments. L'idée était féconde , mais le jésuite n'était pas capable de l'appliquer. C'était un bon travailleur, un bibliothécaire assicu, familiarisé avec les volumes manuscrits, mais dépaysé au ccntact des chartes et des diplómes ; il n'en fut que plus à son aise pour céci- - der, trancher, approuver, condamner. Avant eu |. l'occasion d'examiner à Luxembourg un diplôme | - f aux de Dagobert Ier en faveur du monastère de Sainte-Irmine à Trèves, il bátit sur cette base boi- |— teuse tout un traité intitulé : Propylæum antiIE quarium circa veri ac falsi ren in nelustis membranis. Papenbreck réussit à loger son travail cans les Acla sanctorum, mais ce re fut qu'après de bruyants colloques entre les PP. Bolland, Henschen et lui. Ceuxci, Bolland surtout, se montraient trés accueillants aux ad [ragmenta Antiquitatum élruscarum, el HermanIrmine l'amenait toutefois à 502 légen des et aux fab les, et l'attention de Papenbræck avait été éveillée sur ce point lors d'un vovage à Home, par l'observation du pape Alexandre VII qui lui avait demandé pour quoi cette profusion d'écrits | fabuleux. D'autre part, le cardinal Baronius avait mis en très mauvaise posture un diplôme relatif à la pseudo-donation de Constantin et Papenbreeck ne manquait pas d'en tirer argument : « Je pense, disait-il, que l'on peut faire les mémes recherches sur les fondations, les donations et les divers priviléges accordés | aux églises ou aux monastéres, alin de s'assurer si ces documents remontent réellement à l'origine qu'ils prétendent, ou si les origin aux n'ont point été annulés, si les chartes ne sont point fausses et ne contiennent pas des interpolations. Si l'on peut démontrer que ces documents sont authentiques, nous pensons qu'ils doivent faire autorité.et que rien ne peut faire déroger à une anti que et légitime possession, attestée par de semblab les titres, pzs méme les chroniqueurs et les historiens de ces temps reculés dont les ouvrages sont souvent fort obscurs. » Papenbrœæck dirigea ses recherches pres que exclusivement sur les monuments mérovingiens et carolingiens. Il prononça qu'un grand nombre était sus| pect ; mais se trouvant, par aventure, un peu plus sensé que son confrère le P. Hardouin, il évita les ridicu les où celui-ci se complaisait et se donnait en spectacle. Hardouin ne mérite méme plus une discussion ; Papenbreck était d'une sutre trempe : on ne doit pas lui contester le mérite d'avoir entrevu l'existence d'une méthode criti que d’où sor| tirait la science de la diplomati que, mais la route était si remplie d'orniéres qu'il s'y embourba. Il ne faudrait cependant pas lui être trop sévére. Voulant réagir contre la confiance excessive accordée à tcus les diplômes et chartes, il tomba cans l'excès contraire et ne sut pas plus distinguer l'authenti que que d'autres avant lui n'avaient su reconnaitre de l'apocryphe. Comme il avait un grand fond de loyauté, il ne fit pas difficulté, plus tard, d'avouer qu'il avait vu peu de documents, ignorant ou méconnaissant en cela la loi si sage énoncée par Hermann Conrin g sur la comparaison.
Ensuite, il releva l'absence du seing du notaire, c'est-à-dire ce qu'on nomme la « ruche » en terme de chancellerie, la forme du monogramme qui doit faire reporter l'acte vers une période comprise entre le règne de Frédéric Barberousse et celui de Char les IV. Sa conclusion bien fondée et bien conduite est que le diplóme est f aux ; et cependant la conclusion était établie à l'aide d'arguments dont le plupart devaient s'effondrer.
Papenbrceck abordait alors une série de chartes
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mérovingiennes et carolingiennes émises par des souverains, des papes et des particuliers. ^u cours de cet examen, il multiplia les remarques dont il fit autant de règ les infaillib les pour le jugement des chartes et des diplômes, et voici les bases sur lesquel les il établit sa criti que :
L'emploi du papyrus et de l'écorce d'arbre a dü être abandonné pour la transcription des diplômes dés qu'on eut l'usage du parchemin. — L'invocation in nomine Palris et Filii ef Spiritus sancli est seule authenti que pour l'épo que mérovingienne et les deux. premiers rois carolingiens. — La formule de notification dcit se rapprocher de celle du diplôme de SaintMaximin de Trèves. — Sous Dagobert Ier, Sigebert II et Clovis II, la teneur est toujours rédigée à la premiére personne du singulier ; sous les petits-fils de Dagobert à la première personne du pluriel. — La date est calculée d après les années du règne et rédigée en style direct. — L'incication n'apparaît que sous Charlemagne. — L'année de l'incarnation ne se montre que pendant l'interrégne de Char les-Marte ! pour disparaitre sous Childéric III. — La souscription du roi et celle de la chancellerie suivent toujours la date. — | Le monogramme royal est toujcurs cruciforme sous les mérovingiens et jusqu'au régne de Charlemagne.
Ces règ les trop absolues et scuvent erronées, appuyées sur des observations insuffisantes, ne trouvèrent nulle part de bases soli des, et loin d'aboutir à la découverte de règ les généra les de criti que, amenèrent Papenbreck à entrevoir partout des falsifications, à discréditer tous les documents anciens contenus dans les chartriers ecclésiastiques et à conclure, avec John Marsham que les diplômes sont d'autant plus suspects qu'ils sont plus anciens.
Tout n'était pas erreur dans la doctrine énoncée dans le Propylæum, mais les règles formulées permettaient de condamner à juste titre des documents manifestement faux aussi bien qu'à rejeter des textes certainement authentiques qui formaient le fonds le plus vénérable de nos recueils d'archives mérovingiennes, qu'il s'agisse du diplôme original de Clovis II pour Saint-Denis ou des diplômes de Clotaire III pour Corbie... dont le style et la forme excluaient, selon lui, l'authenticité, “ La méthode générale indiquée pour l'examen d'un document d'archives est, en soi, judicieuse : le diplomatiste doit s'assurer que la pièce soumise à son jugement ne contient rien qui soit contraire aux faits historiques dûment constatés par ailleurs ; il doit étudier les formules, la langue, l'écriture, la matière subjective de l'écriture, les monogrammes, de l'acte, à la lumière d'autres documents de même nature qui soient hors de soupçon. La méthode comparative ne peut donner des résultats heureux que si les pièces prises comme types sont indiscutables. Si Papenbreck eût eu la bonne fortune de mettre la main sur un diplôme original authentique de l'époque mérovingienne, sa contribution à la diplomatique eût été sans doute incomplète, mais elle eût été nécessairement le point de départ de toutes les recherches ultérieures dans cette voie. Il eut le tort de se fier aux conclusions de Zyllesius et d'accepter sans enquête préalable l'opinion de ce dernier sur le précepte dagobertin de Saint-Maximin, et la raison qu'il donne provoque l'étonnement par son insuffisance. Mais tout esprit scientifique demeurera plus étonné encore de voir légiférer en matière de diplomatique mérovingienne d’après un seul diplôme émané d'un roi de la première race, et appliquer les mêmes règles à des documents d'origines et de nature diverses. Le Propylæum ne peut en aucune façon être considéré comme un traité de diplomatique !. ” Papenbreck ne s'en croyait pas moins fondé à soutenir qu'avant le xième siècle, aucune église, aucun monastère n'avaient reçu de privilèges, de quelle que nature qu'ils fussent. Et il donnait à entendre que c'était principalement au xième siècle et dans les siècles suivants que clercs et moines avaient fabriqué des chartes impudemment.
Les bollandistes s'en prenaient ainsi à tous les ordres religieux dans leurs privilèges réputés les plus incontestables. Ce fut l'origine d'une série d'escarmouches très vives avec les carmes. Ceux-ci ne souffraient pas qu'on pût mettre en question la tradition “ en vertu de laquelle ils réclamaient le prophète Élie comme fondateur. Malgré tous les efforts de dom. Juste, Ce dom Chrétien ce la Mer et nonobstant les titres truculents de leurs réfutations, le Père saint Élie demeura débouté de son titre de fondateur. La querelle s'aigrit, il y eut des aménités, des dénonciations, finalement on espéra triompher des critiques de Papenbreck avec une condamnation de l'Index. “ Les bénédictins s'y prirent d'autre manière. Absorbés par les grands travaux entrepris pour illustrer le passé de l'ordre, ils avaient prêté une attention vite distraite à ces bourdonnements venus dehors. Mais le P. Papenbræck, mal inspiré, poursuivit de ses critiques l'authenticité des diplômes mérovingiens de Saint-Denis. C'étaient les plus anciens monuments de l'ordre de Saint-Benoît. Depuis dix siècles des générations de moines avaient veillé à leur conservation et à leur intégrité, et voici qu'un jésuite osait insinuer que ces reliques étaient l’œuvre de faussaires ! Les bénédictins résolurent de défendre leur bien et leur honneur. Mabillon entra en scène. Il avait ressenti douloureusement l'accusation. “ Quoi que Papenbreck eût essayé d'adoucir l'accusation en expliquant que ces moines faussaires du xième siècle avaient vécu à une époque où les biens et privilèges des abbayes étaient battus en brèche par les puissances séculières et que les moines, victimes de la violence, avaient pu croire ne rien faire de mal en supposant des actes qui, sans préjudice pour personne, devaient sauvegarder leurs droits jugés légitimes, ce palliatif ne servit de rien, et Mabillon ne vit qu'une médisance à redresser et un point d'histoire à établir. C'est là l'objet du chapitre vi du livre Ier de la Diplomatique où l'auteur prouve sans peine que tous les siècles avaient produit des fabricateurs d'actes faux, et que le clergé séculier avait été infesté de ce mal aussi gravement que les ordres religieux. Mais il y aurait eu quelque chose de plus utile à dire pour l'instruction de ceux qui ont à faire usage des chartes.
Il est incontestable qu'on a fabriqué plus de fausses chartes au xième siècle qu'en aucun autre, incontestable que cette fabrication eut lieu surtout dans les monastères, et que, par la nature de ses produits, elle présenta un caractère de nouveauté. Les actes dont il s'agit, en effet, ne furent pas de ceux qu'avaient prévus les lois en matière de faux. Les établissements religieux qui les mirent dans leurs archives n'eurent pas la coupable intention de revendiquer par là ce qui ne leur appartenait point. Ils voulurent seulement constater par des écrits ce que, de notoriété publique, ils devaient à la munificence des rois et des princes, leurs fondateurs ou bienfaiteurs, et leur but fut peut-être moins d'opposer ces écrits aux usurpations des laïques, ainsi que l'a supposé Papenbreck, que de satisfaire un sentiment de vanité. Les moines du xième siècle semblent avoir imité ces gentilshommes des temps postérieurs, qui, plutôt que de manquer de titre, préférèrent en montrer de faux, au risque de compromettre une noblesse incontestée.
C'est la même cause qui, au xième siècle encore, donna naissance à tant de légendes hagiographiques outrancièrement fausses, mais que les églises accueillaient et propageaient avec quelque chose de plus que de l'indiscrétion, parce qu'elles ne pouvaient se faire à l'idée que des patrons, dont le culte était bien établi, ne fussent connus que par le seul nom sous lequel ils figuraient dans les martyrologes.
Mabillon nous apprend qu'il écrivit son traité sur la diplomatique pour réfuter la doctrine de Papenbræck et venger le chartrier de Saint-Denis, fort malmené aussi par Jean de Launoy : His accessit publicus ineditum opus favor, qualem nec sperare poteram ; inuno, quod magis mirere, ingenua gratulatio illius ipsius, quem hoc in opere præ ceteris refellere institueram. Nemo nescit hunc esse R. P. Danielem Papebrochium, eruditissimum Soc. Jesu presbyterum, cujus »regulas, quas ad vera diplomata a falsis secernenda in Propylæo ad secundam tomum aprilis proposuerat, in libris De re diplomatica excutiendas et refellendas susceproram, nulla ejus impugnandi prurigine, sed in primis -vindicandi archivi Dionysiani causa, cujus AESTIMA- « TIONEM, uf ejus verbis utar, LAESISSE VIDEBATUR SECUTUS LAUNOI JUDICIUM '. Dans la rédaction de ce travail, disait-il encore, nous avons dû faire grande usage de la prudence chrétienne, pour ne pas manquer à la charité, tout en défendant avec chaleur les droits de la vérité.. On ne peut que louer la conception méthodique et l'exécution technique de ce livre dont tous les éléments aujourd’hui rassemblés et coordonnés étaient alors dispersés et inconnus ; et ce fut en l’espace de moins de six années que Mabillon édifia cette œuvre capitale, recueillit les pièces, composa la démonstration, posa les règles qui ont résisté aux plus vives attaques et dont la vérité a été confirmée par les travaux plus modernes ?. Il n'est que conforme à la justice de faire une part à la collaboration de dom Michel Germain ? et aux conseils prodigués par l'expérience de Du Cange *, mais l'œuvre appartient bien essentiellement à Mabillon, et il était assurément le seul qui pouvait se permettre d'en écrire à Huet, évêque d'Avranches :
- volre goust 5. pP 32. Son VADE — Mabillon se propose de faire voir en six livres la nécessité de pratiquer la critique des actes afin d'en tirer profit pour l'histoire, car il ne suffit pas qu'une pièce soit ancienne pour être vraie, pas plus que son ancienneté ne doit être une prévention contre elle. C'est l'étude des caractères de chaque pièce et leur conformité avec les règles établies qui permet seule de se prononcer sur leur valeur. Livre I ». — Il s'agit d'établir ces règles qui distinguent le vrai du faux, l'authentique du douteux et de l'apocryphe. Celui qui recherche ces règles doit y apporter l'esprit d'équité et la bonne foi ; c'est les ignorer et les nier que de tout accueillir ou de tout repousser. La première chose à faire est de définir clairement afin de classer sûrement ; et là-dessus, Mabillon distingue plusieurs catégories de chartes. Ce sont d'abord les chartes ecclésiastiques données par des papes, des évêques, des églises (précaires et prestataires), puis les chartes royales qui portent les noms de praecepta, indiculi, placita, tractoriæ, descriptiones, panchartæ, enfin les chartes privées qu'on nomme encore pariclæ ambagina les, breves inveslituræ, notiMir Try = UNE ixi | | | 506 liz. D'autres termes ont cessé depuis plus ou moins longtemps d'être usités dans le sens qu'ils avaient jadis, mais leurs noms doivent être connus et conservés : instrumentum, lestamenturm, liller :e, epistola, chigrographum, syngrapha et charte indentatæ.
Les archives abritaient ces différents actes, mais, afin d'en faciliter la consultation et de n'être pas obligé de consommer un temps considérable, on s'avisa de bonne heure d'un procédé ingénieux. On déposa les titres originaux en lieu sûr après en avoir tiré copie dans des livres d'un maniement aisé et d'un abord plus accessible : les cartulaires et les polyptyques. Mabillon tenait à dire qu'il faisait grand cas du cartulaire de Saint-Julien de Brioude (voir Dictionn., au mot Juriex). Toutefois, ces transcriptions n'étaient pas impeccables et ne dispensaient pas d'y regarder de fort près.
Alors Mabillon aborde la question soulevée par Papenbreck et, dans le chapitre iii, montre l'antiquité des chartes ecclésiastiques. De très bonne heure, les monastères, aussi bien ceux d'hommes que ceux de femmes, montrèrent un vif désir de posséder des chartes épiscopales d'émancipation, des privilèges pontificaux d'exemption, et, à ce propos Mabillon montre que Papenbreck a mal jugé le privilège du pape Adéodat en faveur de Saint-Martin de Tours.
L'usage des diplômes royaux est ancien, aussi bien en Gaule qu'en Angleterre, en Espagne et en Italie et les exemples cités au chapitre iv portent non seulement sur des documents, mais encore sur des témoignages, notamment celui de Grégoire de Tours qui atteste qu'ils furent à sa connaissance.
Le chapitre v offre une démonstration parallèle pour les chartes privées ; à propos des donations faites oralement, sine scripto et qu'invoquaient John Marsham et Dan. Papenbræck pour contester qu'on ait eu recours à l'écriture et rédigé des actes, Mabillon montre que cet usage demeura en vigueur jusqu'au xème siècle au moins.
Mais, de l'existence et de l'ancienneté de l'usage il ne s'ensuit pas que les témoins qui nous en restent soient tous authentiques. D'abord, il est certain que beaucoup de ces anciens actes sont perdus ; on ne peut savoir les principales causes et aussi à quels procédés on eut recours pour suppléer au préjudice et aux inconvénients de ces disparitions. On se préoccupa de renouveler les documents et, pour cela, on s'adressa aux rois, aux magistrats, aux papes, aux évêques, aux officialités, aux notaires publics à qui on demanda des confirmations ou ces ridimus, ou bien : on fit dresser des pancartes. Il y eut aussi des copies figurées contemporaines des originaux, et il est parfois difficile de distinguer les copies des originaux. L'ignorance et la négligence des copistes introduisaient bien des chances d'erreurs ou de corruptions dans ces copies où, parfois, ils se permettaient d'introduire des indications chronologiques nouvelles.
Les originaux offrent une partie matérielle qui fait l'objet d'un classement minutieux. Un diplôme ou une charte peut être rédigé sur le parchemin, l'écorce d'arbre et le papyrus dont on fit usage jusqu'à une date tardive, contrairement à ce que soutenait Papenbræck ; on a également fait usage du plomb, du papier de chiffe et du papier de coton. Ensuite, il est question des encres, la noire, la rouge, l'encre d'or, l'encre d'argent ; l'encre rouge est employée parfois dans les souscriptions des diplômes des empereurs romains et byzantins et dans celles de quelques diplômes carolingiens.
Après cela, vient l'étude des différents genres d'écriture qui furent usités dans notre pays : ce sont la romana vetus, la gothica, la lombardica et la taronica. À côté de la capitale et de l'onciale, on voit une autre écriture dans les chartes de Ravenne, d'où elle passe en Gaule aux Vème et VIème siècles et y prend le nom de francogallica ou merovingica, tellement enchevêtrée de ligatures qu'elle devient presque indéchiffrable quelques siècles plus tard. Sur ce point, comme sur tant d'autres, la renaissance carolingienne simplifie et impose deux types clairs et faciles : la caroline pour les chartes, la minuscule pour les livres. La lombarde se conserve en Italie jusqu'au XIème siècle, et la chancellerie pontificale, qui s'obstine à la maintenir, trouve peut-être que son principal mérite est d'être devenue à peu près illisible pour les fidèles.
Ce livre se termine par l'étude dans ses moindres détails d'un diplôme mérovingien, au point de vue de l'écriture, puis viennent des remarques sur la caroline depuis l'époque de Charlemagne jusqu'à l'époque de saint Louis, sur la lombarde employée pour les bulles pontificales et sur les notes tironiennes.
Livre II. — Jusqu'à ce moment, Mabillon n'a considéré les chartes que dans leur aspect extérieur ; il va maintenant les étudier dans ce qui fait leur valeur diplomatique : le style, les souscriptions, les sceaux et les notes chronologiques.
Mabillon, dans ses publications de textes, n'a pas cru devoir s'interdire des retouches qui rendent le texte intelligible : c'est là une pente sur laquelle il est malaisé de s'arrêter à temps et qu'on ne remonte presque jamais une fois qu'on s'y est engagé. L'excuse qu'on peut faire valoir en sa faveur, c'est que, dans la seconde moitié du XVème siècle, on soupçonnait à peine tout ce que la philologie, la phonétique, la morphologie traitées en dehors de toute préoccupation historique apporteraient un jour de documentation à l'histoire. Les éditions du lectionnaire de Luxeuil et du missel de Bobbio sont plus instructives avec les bévues, les ignorances, les erreurs, qu'on y relève que sous la correction apparente que leur confère Mabillon. Celui-ci savait cependant que le langage barbare est tout plein d'instruction pour nous ; il affirmait que la langue latine avait subi des progrès dans la corruption et que c'étaient là des éléments chronologiques au moins aussi démonstratifs pour la date d'un texte que pouvaient l'être les caractères de l'écriture qui nous l'avait conservé, ki Les fautes contre l'orthographe usuelle peuvent n'être parfois que des erreurs matérielles, Ceux qui recouraient aux documents n'hésitaient pas en pareil cas à corriger par un grattage ou par l'addition interlinéaire d'une lettre, d'une syllabe ou d'un mot, ou bien par l'exponctuation d'une lettre qui a été redoublée sans raison, Lors que les faussaires ont eu recours au grattage, ils l'ont fait avec des intentions qui ont pu nuire à la teneur du texte, mais non à la valeur de l'original, Tout grattage n'est pas un signe d'interpolation, il est parfois tout à fait légitime.
L'emploi de la langue latine s'est conservé dans les actes les plus solennels jusqu'aux règnes de Louis XII et de François Ier. Mabillon ne connaît pas de charte rédigée en français antérieure à l'année 1122 : peut-être pourrait-on aujourd'hui avancer cette date de quelques années, tout au plus.
De la comparaison des chartes, il suit que l'étude du style diplomatique concerne cinq chefs principaux : l'invocation, l'inscription (ou souscription), la teneur, les titres de son destinataire. Jusqu'au IXème siècle, un point tique qui conserve la formule ancienne Pippin dont le protocole a varié deux fois : la formule primitive, En plus de la difficulté que comporte cette langue (emploi du pluriel pour le singulier, titres honorifiques, façon de se désigner soi-même, vocabulaire spécial, énumération des biens, imprécations, L'examen va porter sur ces cinq points dans les diverses catégories de chartes : ecclésiastiques, royales, impériales ou privées, Les lettres apostoliques n'ont pas d'invocation ; au début, on lit le nom et le titre du pape, les noms et n'offre pas de règle constante ; le nom ou précède ou suit le nom du destinataire ; à partir du IXème siècle, le nom du pape fut inscrit le premier, Saint Grégoire le Grand fut le premier à employer la formule servus servorum Dei, qui, avec le temps, devint de style pour les bulles pontificales ; dans les brefs ils n'employèrent que le mot papa. Aux rois francs, les papes donnèrent les titres de excellentissimi, praecellentissimi, christianissimi, gloriosi, gloriosissimi, filii ; l'épithète chrétienne ne remonte qu'à l'année 1469 : elle fut employée pour la première fois par le pape Paul II pour le roi Louis XI. Dès le commencement du Xème siècle, la suscription est suivie de la salutation : in perpetuum, dans les bulles et lettres solennelles, salutem et apostolicam benedictionem dans les brefs om rescrits, Mabillon éludie avec une égale attention les chartes épiscopales, les lettres synodales, les lettres privées, A l'occasion des diplômes royaux, Mabillon réfute une assertion de Papenbroeck, « Je n'ai pas trouvé, dit-il, sous toute la première race, un diplôme authentique qui commence par cette invocation (In nomine Patris), mais tous ceux que j'ai vus commencent ainsi : Chlodoveus, rex Francorum, vir inluster, ou de façon analogue » Dans leurs lettres, les rois mérovingiens se disent ou simplement Reges ou Reges Francorum et suppriment le titre d'illustre. Sur la formule vir inluster (voir Diction., t. nr, col, 966-972), Mabillon s'en était déjà occupé, de même que de la formule initiale gratia Dei sur les diplômes de Pépin le Bref, Cette formule se rencontre sur des diplômes authentiques, rex Francorum, vir inluster, elle ne devient d'un usage presque constant que sous le règne de Charlemagne, et la formule initiale s'est modifiée après le couronnement de Charlemagne comme roi d'Italie, et on adopta une formule nouvelle « quand Charlemagne devint empereur. L'invocation fait son apparition dès 801 et si elle est absente dans quelque diplôme, Mabillon n'hésite pas à en rendre le copiste responsable, Avant l'avènement de Charlemagne à l'empire, le nom du roi est orthographié Carolus et le monogramme porte un K ; après l'an 800, le K l'emporte partout : et ces minuties ne doivent pas être négligées.
On voit, par l'exposition qui précède, la nature des investigations auxquelles s'est livré Mabillon ; ce que nous en avons dit peut suffire puisqu'il n'est pas question de présenter ici un résumé de la Diplomatique, Il semble permis de dire que le plus grave défaut de l'ouvrage, qui n'en était pas un quand il fut publié, qui l'est pour notre temps, c'est d'être écrit en latin pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec elle, il y a l'emploi continuel de termes techniques dont l'intelligence n'est pas toujours procurée par les dictionnaires. Quoi qu'il en soit, nous laissons l'analyse du traité pour revenir aux ÉD que souleva sa publication Le Père D. Papenbroeck était convaincu d'erreur, il l'avoua de bonne grâce et il écrivit à Mabillon :
« Je vous avoue que je n'ai plus d'autre satisfaction d'avoir écrit sur cette matière que celle de vous avoir donné l'occasion de la traiter avec plus de succès que je ne l'ai fait, et que j'allais faire imprimer ma réponse, il m'a prévenu de dessein formé, faisant imprimer une dissertation sur les années de Dagobert Ier dans le troisième tome des Analecta, comme s'il avait voulu se rendre le principal auteur de mon observation Louchant les années du règne de Dagobert ; et afin de me choquer davantage, il s'est éloigné de mes sentiments et à combattu mes opinions et ma doctrine autant qu'il a pu, Étant attaqué par ces deux que je croyais mes amis, et qui sans doute les devaient bien être, j'ai été obligé de me défendre contre eux, Dom Germain, ayant appris que j'écrivais, me vint voir un peu avant son voyage d'Allemagne, et me demanda chaudement s'il était vrai ce qu'on disait que j'écrivais contre lui. Je lui répondis franchement que oui, et qu'il fallait bien que je me défendisse, et que l'avais déjà dit à quelques-uns de mes amis. Alors, se levant surpris, tendant les bras et fermant les poings comme s'il m'eût voulu battre, il me dit d'une voix émue : « Si vous le faites, nous vous perdrons, » et, dans la même conversation, il me répéta plus de douze fois ces mots : « Nous vous perdrons, » Il m'en ajouta plusieurs autres très désobligeants, mais irés ridicules que j'omets ici. Et il me parut que dom J. Mabillon l'avait envoyé comme le plus jeune et le plus emporté des deux, afin qu'il me fit la prière qu'il n'avait osé me faire lui-même et qu'il tâchât de m'intimider et de m'empêcher d'écrire, Aussi dom Mabillon ne me vint point voir ni dire adieu devant son voyage, comme il se pratique entre amis, »
broeck) ; c'est seulement en dépouillant les vieux manuscrits, en scrutant les archives, en lisant les collections des chartes éditées, qu'on acquiert l'expérience nécessaire qui permet de distinguer les instruments authentiques des faux !, Cet empirisme, qui est à l'origine de toutes les sciences d'observation, seul rendait possible la formation d'un recueil de documents qui eussent quelque chance d'être authentiques ; et alors par l'étude de tous les caractères (et non d'un seul ou de quelques-uns, comme l'avait fait Papenbroeck), il était possible de se prononcer sur la valeur de celles de ces chartes ? qui, constituant « une série de mêmes documents d'une même chancellerie », offraient constamment les mêmes caractères et, par le fait même, étaient authentiques selon toute vraisemblance, « On n'arrive qu'à une certitude morale, mais en pareille matière était-il possible d'atteindre à la certitude métaphysique ? » « Qu'on n'exige pas de moi, écrit Mabillon, d'autre raison à mon opinion sur l'authenticité des diplômes et des instruments ici proposés comme vrais et sincères que celles-ci : la forme de l'écriture, le style et tous les autres caractères portent là marque la plus certaine des temps où ces documents furent composés... En un mot, qu'on n'exige pas, pour établir un jugement de cette nature, une raison ou une démonstration métaphysique, mais une raison morale, celle que comporte la matière et qui n'est pas moins certaine en son genre que la raison métaphysique... Du reste, cette certitude morale ne peut être acquise que par une longue et persévérante observation de tous les faits et circonstances qui peuvent conduire à la vérité recherchée ?. » Pour atteindre à cette certitude morale, il convenait de déterminer quels avaient été, selon les temps et selon les lieux, les matières subjectives de l'écriture, les encres, les divers genres d'écritures, le style, les subscriptions, les sceaux, les divers modes de dates. Ce sont là les sections du plan général, nous l'avons vu, de la partie proprement diplomatique du traité de Mabillon, chacune d'elles comportant, suivant la classification générale des actes, l'examen successif des chartes ecclésiastiques royales et privées, “ L'ouvrage a donc une grande unité de composition Il est une synthèse puissante qui suppose l'analyse méticuleuse d'une masse considérable de documents ; et l'on ne peut s'empêcher d'admirer la vaillance de l'homme qui entreprit le travail gigantesque de patiemment recueillir et d'étudier tant de textes, Mabillon arrivé au terme de son œuvre, nous dit lui-même que, s'il eût pu concevoir, dès le début telles qu'il les avait reconnues par l'expérience, les difficultés de sa tâche, il ne lui fût jamais venu à l'esprit de s'aventurer sur ce terrain ardu #.
« Cependant, malgré toute sa diligence, malgré les concours qu'il trouva 5, et plus particulièrement celui de dom Michel Germain, l'infatigable chercheur, Mabillon confessait humblement qu'il n'avait pas tout vu et tout observé de ce qui eût été nécessaire à son œuvre. Aussi demande-t-il qu'on n'interprète pas severo ac summo jure les règles qu'il avait établies. Admirable probité de savant qui craint de propager l'erreur, qui met en garde ses lecteurs contre lui-même et les invite à poursuivre ses recherches, à compléter les résultats acquis, à corriger les imperfections, à supprimer les incertitudes, « L'ouvrage de Mabillon n'était, en effet, ni complet, ni exempt d'erreurs ; et l'insistance que le bénédictin mettait à défendre son ordre semblait sur quelques | Allemagne et en France, a conduit à rendre plus varié. de coton. L'étude des écritures, la comparaison des.
„aussi redresser ce qu'il dit de l'ordre des subscriptions, points donner barre contre lui aux adversaires de sa doctrine, aux Germon, Lallement, Fontanini, Las zarini, Gatti et même Hickes qui, s'ils ne contestaient | pas l'ensemble des principes posés par Mabillon, y faisaient des objections de détail dont quelques-unes au moins étaient fondées. Et Quicherat lui-même a pu | dire avec une apparence de raison que chez Mabillon, | les préoccupations du bénédictin obscurcissaient parfois la vue si perçante du diplomatiste, On aime : mieux croire à l'entière bonne foi de l'auteur du De re diplomatica qui, n'ignorant pas les falsifications dont | les vieux moines s'étaient rendus coupables, n'a pas cherché à atténuer leur faute : mais il s'est trompé souvent ; et ses disciples eux-mêmes, dom Ruinart, - dom Coustant, ont commencé, en précisant quelques | règles, l’œuvre de correction à laquelle il les avait, | | | conviés ; depuis l'époque, déjà lointaine où, chez nous, | Benjamin Guérard (voir ce nom) ramenait les érudits ` à l'étude du De re diplomatica, qui avait été remplacé sur la table des savants par le Nouveau traité de diplomati que de dom Tassin et de dom Toustain, on n'a pas cessé d'apporter à la doctrine de Mabillon des améliorations, « L'étude plus attentive des chartes émanées d'une même chancellerie, 1endue plus facile par les publications d'actes qui se sont multipliées surtout en plus souple, plus riche l'ars diplomatica, Les diplomatistes modernes ont amélioré la classification des chartes royales ; ils ont rayé du nombre des matières subjectives de l'écriture l'écorce d'arbre qui à l'examen microscopique, s'est révélée papyrus,et le papier, documents similaires et de même origine ont été poussées à un degré de précision tel que des actes jusqu'alors considérés comme authentiques ont été reconnus faux ou que de prétendus originaux sont regardés aujourd'hui comme des copies figurées, contemporaines des originaux ou de peu postérieures, quelquefois même comme d'habiles falsifications, f Ainsi une critique plus pénétrante, prudente pourtant, — devait permettre d'amender et de compléter dans toutes ses parties la doctrine de Mabillon, Il faudrait refaire ici l’histoire détaillée de la diplomati que pour montrer ce qu'est devenue cette science deux siècles « après que le De re diplomatica en eut jeté les fondements ; nous n'y pouvons songer. Quelques exemples — suffiront à notre propos.
« En faisant usage de documents qui, présentement, sont tenus pour des faux avérés, comme le diplôme de Clovis Ier pour Saint-Mesmin de Micy, comme le testament de Perpetuus de Tours, ou comme les bulles fausses de Saint-Denis et de Fulda, Mabillon contaminait les règles les mieux établies par lui-même, au point d'admettre au nombre des subscriptions authentiques celle de Clovis et celle de l'évêque Eusèbe : Ita fiat ut ego Clodoveus volui — Eusebius episcopus confirmavi. M Il n'avait point, en outre, reconnu en tête des diplômes ` | mérovingiens el carolingiens, et dans les subscriptions |- des rois mérovingiens le chrismon ou invocation monogrammatique. On a également pu préciser ce qu'il avait écrit sur les formules de notification ou sur l'annonce des signes de validation, comme l'on doit dans les diplômes et chartes de la première race, en considérant que très souvent la subscription du chancelier précède celle du roi au lieu de la suivre. En allant plus loin que Mabillon dans l'analyse des textes, les - savants modernes ont, dans la teneur des diplômes | H f |] | | race, se sont vu reprocher d'avoir composé des listes | 513 ; francs, distingué trois parties : le préambule, l'exposé, le dispositif, qui méritaient chacune un examen particulier, et ils en ont édifié avec une méticuleuse attention les formules. Les érudits, ont, de leur côté apporté d'importantes corrections à la chronologie “et à la filiation des rois mérovingiens que Mabillon ' avait établies ; ils ont fixé avec une exactitude plus ^ rigoureuse les points de départ des régnes pour traduire avec plus de précision les dates des chartes ; ils — ont ajouté aux deux indictions signalées par l'érudit | du xvn* siècle, l'indiction égyptienne ou de Bède, « qui commence au 24 septembre et qui fut surtout en usage à l'époque carolingienne. La lecture des notes tironiennes a fourni des éléments de critique nouveaux. Nous pourrions multiplier ces exemples, mais ‘à quoi bon ? Ne suffit-il pas de dire que, dans tous les domaines de la diplomati que, royale, pentirete ; - privée, des légions de travailleurs se sont mis à l’œuvre -pour parfaire ce que Mabillon, avec le secours de quelques amis seulement, avait osé commencer ; car, comme le disait un maître, « le vaste champ d'explo- -ration qu'il laissait à ses successeurs, c'est lui qui — l'avait ouvert ; les erreurs qu'il avait commises, c'est àl ‘aide des règles qu'il avait posées qu'il était possible - de les corriger ! »et, par là, le De re diplomatica vaut qu'on ne cesse point de recourir à lui, Mais il mérite encore d'être consulté, parce que, s’il a vieilli sur bien des points, il est aussi resté jeune sur beaucoup d'autres. La perspicacité de Mabillon H - lui avait souvent fourni des solutions qui, après avoir F été contestées ou oubliées, ont retrouvé, après une. enquête nouvelle, la faveur ou l'approbation des - Faut-il rappeler, par exemple, que Mabillon avait reconnu, dans le libellé des dates carolingiennes, une ~ dualité d'action : le datum correspondant à l'accom4 plissement de l'acte juridique consigné dans la charte, - l'actum, à la confection du document ; qu'il a suffi à - »Th. de Sickel de reprendre cette observation pour en - étendre l'application et trouver en elle le dénoûment. de difficultés autrement insolubles ; et que Aug. Giry, | après avoir longtemps hésité à la faire sienne, a fini pars y rallier ? Faut-il encore rappeler, à titre d'exemple, que l'opinion de Mabillon sur l'usage des bulles de - métal dès l'époque de Charlemagne en France, contestée par Th. de Sickel, est en définitive, et avec raison, adoptée par Giry ? Mais ce sont là des observations de détail, il y a plus et mieux dans l’œuvre du - bénédictin : des pages entières ont encore maintenant » la fraîcheur qu'elles avaient quand la plume de Ma… billon les traçait sur le papier, Qu'on relise spécialement … les lignes consacrées à la chancellerie des rois méro- = vingiens, l'on y retrouvera tout l'essentiel de ce qu'ont — pu dire sur ce sujet les plus compétents des historiens d des institutions, les Waitz, les Jules Tardif, les Brun~ ner ; on n'a pas mieux défini, et en termes meilleurs, - les attributions des référendaires et des chanceliers ; - nul n'a pu pénétrer plus avant dans l'organisation 4 de la chancellerie mérovingienne, et ceux-là même qui, sans tenir compte de ses avertissements, ont tenté de - dresser des catalogues des référendaires de la première « qui ne présentaient pas de garanties suffisantes pour - être d'une grande utilité. » Non seulement « elles ne T sont pas fondées sur une étude critique approfondie E de tous les documents auxquels leurs noms (des chanceliers) sont empruntés », mais encore nécessairement f incomplètes, elles ne peuvent distinguer dans la plu- - part des cas les référendaires, chefs de la chancellerie, de leurs subordonnés, les notaires ou chanceliers qui ont souscrit les diplômes. Sur un seul point, en — l'espèce, Mabillon est en défaut : c'est quand il i croit à la possibilité de reconnaître les simples
DICT. D'ARCH. CHRÉT.
| pouvoir en formuler, |- savants les plus avertis des choses de la diplomati que : | | 3. Childerici 914 chanceliers à l'emploi du mot jussus dans leur souscription.
« On n'a pas cité cette erreur de Mabillon pour le plaisir de prendre son érudition en défaut, mais pour faire ressortir un autre mérite de son œuvre : elle pose des questions, invite à en reprendre la discussion et fournit au lecteur toutes les ressources pour faire la critique des opinions émises quand Mabillon a cru L'œuvre de science est aussi une œuvre de conscience ? » En tête de la 1re édition du De re diplomatica se trouve un frontispice dont nous avons parlé, et qu'on retrouve en tête de la 2e édition. H. Jadart y découvre « dans un angle, Mabillon sous les traits de saint Jean, son patron. » M. L. Levillain y consent et « est tenté de voir dans l'autre personnage son collaborateur intime, dom Michel Germain. » Nous ignorons quelle aberration a pu suggérer ces identifications. Le soi-disant saint Jean n'offre aucun trait de ressemblance avec le profil connu de Mabillon ; quant à son collaborateur, hirsute, barbu, il faut se faire une singulière idée d'un mauriste pour y voir dom Germain. À la suite de la dédicace à J.-B. Colbert, viennent la préface de Ruinart (8 feuillets), puis celle de Mabillon (2 feuillets).
L'Index librorum el capitum donne le détail du contenu des trois premiers livres, qui sont :
Liber primus in quo veterum instrumentorum antiquitas, materia et scripturæ explicantur, contient onze planches :
Pl. I. Scriptura romana primæ ætatis. — Pl. II. Alphabetum varium. — Pl. III. Scriptura francogallica seu merovingica, — Pl. IV. Scriptura saxonica — Pl. V. Scriptura langobardica, — Pl. VI. Scriptura romana secundæ ætatis. — Pl. VII. Scriptura seculi vi. — Pl. VIII. Scriptura seculi vii. — Pl. IX. Scriptura seculi viii. — Pl. X. Scriptura seculi ix. — Pl. XI. Scriptura seculi x a medio. — Pl. XII. Scriptura seculi xii. — Pl. XIII. Scriptura seculi xiii. — Pl. XIV. Scriptura seculi xiv et xv. — Pl. XV. Scriptura seculi xiv et xv. — Pl. XVI. Specimina diplomatum regiorum : Dagoberti I regis. Pl. XVII. Chlodovei junioris. — Pl. XVIII. Chlodovei junioris. — Pl. XIX. 1. Chlothildis matronæ : 2. Theoderici regis. — Pl. XX. 1. Theoderici filii Chlodovei junioris. 2. Charta Vandemiris. 3. Chlodovei II T. — Pl. XXI, 1. Childeberti III regis. 2. Agirardi episc. Carnut. — Pl. XXII. 1. Childeberti III regis. 2. Chilperici II. III. — Pl. XXIII. 1. Pippini regis. 2. Carolomanni. 3. Caroli regis. — Pl. XXIV. 1. Caroli M. regis. 2. Giselæ sororis Caroli M. li M. imp. Pl. XXVI. Ludovici Pii. 2. Ejusdem, — Pl. XXVII. 1. Placitum Caunense sub Carole M., 2. Aliud sub Ludovico Pio, 2. Aliud sub Carolo Calvo. 4. Aliud sub Ludovico Pio. 5. Alia charta sub eodem.
à 1 | | — Pl. XXVIII. 1. Ludovici Pii. 2. Ludovici Pii et Lotharii. — Pl. XXIX. 1. Pippini Aquitanæ regis. 25 Punoni Germanicæ regis, — Pl. XXX, 1. Lotharii I imp. Lotharii regis, — Pl. XXXI. 1. Caroli Calvi reg. 2 Caroli Calvi imp. — Pl. XXXII. Caroli Calvi imp. — Pl. XXXIII. 1. Ludovici Balbi. 2. Caroli Simplicis. — Pl. XXXIV. 1. Odonis regis. 2. Ejusdem. — Pl. XXXV. Zventeboldi regis. — Pl. XXXVI. 1. Radulfi regis. 2. Ludovici transmarini.— Pl. XXXVII. 1. Lotharii regis TRUE 2. Ejusdem. Pl. XXXVIII. 1. Hugonis regis. 2. Roberli regis. — Pl. XXXIX. 1. Roberti regis. 2. Henrici regis. — Pl. XL. Philippi I regis. — Pl. XLI. Ludovici VI. — Pl. XLII. Ludovici VI. — Pl. XLIII. 1. Philippi Augusti. 2. Ejusdem. 3. Ludovici VIII. — Pl. XLIV. 1. Ludovici IX. 2. Ejusdem. — Pl. XLV. Alphonsi IX regis Hisp. — Pl. XLVI. 1. Johannis PP. V. 2. Sergii PP. I. — Pl. XLVIII. Benedicli PP. III. — Pl. XLVIII. Nicolai PP. I, — Pl. XLIX. Nicolai I. — Fl. L. 1. Johannis | PP.XIII,2. Leonis PP.IX.— Pl. LI. Paschalis PP. II. 2. Leonis arch. Ravennatis, — Pl. LII. Fulradi abb. Testamentum. — Pl. LIII. 1. Charta synodalis. 2. Alia. 3. Alia. — Pl. LIV. Synodus Pistensis. Pl. LV. Synodus Suessionensis. — Pl. LVI. Notæ Tironis. — Pl. LVII. Synodus Pistensis. — Pl. LVIII. Charta Favennensis,
Liber sextus complectens varia diplomata el instrumenta ad praecedentium librorum probationem, comprenant une suite de deux cent onze chartes disposée dans l'ordre chronologique, depuis la Charta Cornu- | | médail les, les objets qui, alors, surabondaient dans Index generalis. 16 feuillets non paginés.
Quelques années après le voyage de Flandre, Mabillon reprit un voyage en Lorraine, sur lequel nous ne savons rien que ces seules lignes tirées d'une lettre à Magliabecchi : « Je reviens d'un voyage assez long que j'ai fait en Lorraine pour y voir les archives et les bibliothèques du pays, afin de mettre la dernière main à notre ouvrage des chartes *. » D'après la date de cette lettre, on peut induire que ce voyage se fit vers la fin de l'été ; probablement, Mabillon aura emmené encore avec lui dom Michel Germain en 1680, comme en 1672, comme en 1682 dans le voyage de Bourgogne. Lors des deux premiers voyages, Mabillon et son confrère n'avaient pas songé ou pas voulu composer un récit ; ils ne durent pas tarder à comprendre que si la modestie trouvait son compte dans ce silence, la science, elle, s'y trouvait frustrée de bien | inscriptions. Les édifices n'obtiennent une mention qu'en raison de leur grandeur ou de leur antiquité, _ des souvenirs qui en sont inséparables : la distinction 516 des indications utiles, rapportées sans prétention, et. qui néanmoins rendent de grands services. Désormais, les deux compagnons prirent des notes, et ; à leur retour au monastère, se trouvèrent en mesure de donner un Iter burgundicum (1682), un Iter germanicum (1683) et un Iter italicum (1685), auxquels on recourt aujourd'hui encore avec une curiosité qui trouve à se satisfaire. Le seul regret qu'on puisse exprimer c'est l'aspect rébarbatif de ces souvenirs. drapés de langue latine et qu'on voudrait lire avec l'aimable simplicité des récits offerts aux amis et au confrères de Saint-Germain-des-Prés. | E.
C'est beaucoup moins de récits ou de Souvenirs que d'itinéraire qu'il s'agit dans la pensée de Mabillon, en quête de manuscrits et, ne voulant pas s'en distraire ce n'est qu'exceptionnellement qu'il accorde une ligne ou un mot au paysage et aux incidents de la route. La route, ses accidents, ses imprévus, ses contrariétés, les habitants, tout cela est rappelé avec une concision presque excessive. La curiosité ne s'arrête | et ne s'attarde, semble-t-il, en sûreté de conscience, que sur des chartes, des diplômes, des manuscrits, des des sty les échappe à Mabillon qui ne les nomme nulle part, ce qu'on est en droit de regretter d'autant plus qu'il a eu devant les yeux un si grand nombre d'édifices anciens qui n'ont été décrits ou dessinés par personne avant leur disparition, Les pierres fines, les | les trésors des églises et des monastères n'obtiennent. ni un regard, ni une description. Et peut-être est-il mieux ainsi ? Attaché à son dessein, le poursuivant à l'exclusion de tous les autres, Mabillon a fait son ample récolte, empli sa grange et nous en profitons. depuis plus de deux siècles. Mais là où le savant et le religieux paraissent seuls, le Champenois se retrouve : c'est lorsqu'il s'agit de vignes et de vin ; il ne songe pas que cela puisse être omis et il mentionne tout naturellement ce qu'il a observé à propos du précieux breuvage, premier sujet. de conversation sans doute” lorsqu'il revenait s'asseoir au foyer paternel de Saint-Pierremont.
Le jeudi 16 avril 1682, Mabillon et son fidèle Michel. Germain se retrouvaient sur le seuil du monastère, leur besace convenablement bourrée de papiers, de notes, de tous ces mille riens indispensables au travailleur qui ne consent pas à se laisser mettre en retard. Le soir même, ils couchaient à Melun, et par Montereau-sur-Yonne, et Sens où ils s'arrêtaient un peu, parvenaient à Saint-Pierre-le-Vif et à Sainte-Colombe, d'où ils arrivaient, le 20, à Joigny. La franche cordialité des Pères capucins leur fit le meilleur accueil, — ils ouvrirent toute grande la porte de la bibliothèque où s'entassaient des livres et des manuscrits, gros et — petits, que le cardinal de Gondi, grand-oncle du coadjuteur de Retz, leur avait légués dans l'espoir que les gardiens de ce trésor n'y toucheraient pas. À Auxerre, le souvenir toujours vivant de sainte Germain et sa belle église retiennent moins les deux voyageurs que le Liber usuum veterum sancti Victoris Parisiensis qui s'y trouve comme exilé. Chablis observe - Mabillon doit à son vin réputé une sorte de considération qui lui a valu une importance assez considérable ?, A Tonnerre, la communauté bénédictine - héberge les deux confrères de Paris qui paraissent | la négliger un peu au profit du couvent des minimes” dont la bibliothèque renferme quelques belles pièces $ | | ) 517 — entre autres un manuscrit enluminé du Roman de la Rose.
Le 26, Mabillon arrivait à Dijon où il demeura quatre jours consacrés à la visite de Saint-Bénigne dont la magnifique église était alors un des plus beaux monuments de l'époque romane ; on lui fit remarquer, — au portail d'entrée, la statue de la reine Pédau que également figurée dans le Bourbonnais, dans le Nivernais et dans le monastère de Nigella ; on raconta — que c'était sainte Clotilde qui se trouvait ainsi représentée, mais Mabillon et son compagnon branlaient la tête avec scepticisme et l'Itinerarium en garde la « trace comme une protestation : nescia quo fundamento. Après la visite de l'oratoire Saint-Jean vint le tour des livres. Le parlement de Dijon comptait alors des “bibliophiles et des érudits. Le président Robert et le conseiller Philibert de Marre possédaient de beaux livres dont ils firent agréablement les honneurs, mais ce fut surtout la bibliothèque du président Bouhier qui enchanta les deux pèlerins de l'érudition. « Il y avait trois pièces, dont la première servant comme de vestibule ; on y voyait les portraits des auteurs ‘illustres, des globes de géographie et une collection de livres très variés. En entrant dans la seconde, on ne voyait qu'une espèce de portique oblong, dont les côtés, comme le plafond, étaient recouverts de boiseries en noyer, sculptées avec soin, mais qui contenait une quantité considérable de volumes renfermés dans des armoires ; enfin, à côté, s'ouvre le musée intérieur, orné de la même façon, destiné à contenir la collection — de manuscrits, dont la plupart sont anciens, mais un grand nombre, principalement des chartes, ont ' été copiés et illustrés de la main du conseiller Bouhier. Reçus avec la plus parfaite amabilité dans ce sanctuaire intérieur par le célèbre président Bouhier, nous n'y passâmes une partie de la journée, deux jours de “suite, à y consulter ces ouvrages et à prendre note de ce qui pouvait être utile à nos travaux +, » - Le 2 mai, Mabillon arrivait au monastère de Saint-Jean-de-Losne dont le chartrier jouissait d'une excellente réputation. Il ne fit que passer par Chalon, Couches, s'étonna fort au village de Saint-Émiland “(canton de Couches-les-Mines) où le cimetière contenait un nombre considérable de sarcophages en pierre — autour de la chapelle centrale ce Saint-Emilianus.
- Les bonnes relations que Mabillon entretenait avec le cardinal de Bouillon, abbé commendataire de Cluny, — avaient dû contribuer à l'excellent accueil que — lui fit dom Lestinois. Mabillon et dom Germain voulaient tout voir, tout admirer : la basilique, les cérémonies, le chant, le fonctionnement de cette maison qui rappelait alors les puissantes abbayes du xie et du XIIIe ; les archives et la bibliothèque n'étaient peut-être pas entretenues avec un soin extrême, mais c'était Cluny ! Après sept jours, il fallut s'arracher à ce prestigieux passé : Aegre discessimus, le 14 mai. Ce fut pour gagner Mâcon, Bourg-en-Bresse, Brou, Pont-de-l'Ain et Lyon, après avoir fait un détour pour visiter la Chartreuse de Portes, située dans les premières ondulations des Alpes ; mais Cluny avait épuisé leur capacité d'admiration. « Après avoir traversé la rivière de l'Arbarine, écrit Mabillon *, nous gravîmes les Alpes, et, par des chemins impraticables, en passant par-dessus des montagnes abruptes et des amas de rochers, nous arrivâmes enfin le troisième jour après la Pentecôte. Le prieur nous reçut fort bien. Nous fûmes étonnés de l'horreur de ce lieu si resserré entre des gorges de montagnes si étroites qu'il n'y a pas la place pour le laboureur de semer du blé, ni pour le vigneron de planter la vigne. » Toujours le Champenois !
En sortant de là, Mabillon et son confrère prirent, le long des précipices, la route qui conduit à Lyon. Il semble qu'un sort funeste ait plané sur la réputation de cette ville qui l'avait, alors, déplorable parmi les érudits. « Nous arrivâmes à Lyon, dit Mabillon, le 21 mai et nous ne fîmes pas un grand séjour dans cette ville, grande, peuplée, illustre, très agréable et très magnifique, parce qu'on n'y trouvait pas ce qui faisait tout l'attrait de notre voyage, des anciens ouvrages remarquables *. » Ainsi donc, plus d'un siècle avant les vols du sinistre Libri (voir ce nom) , les bibliothèques d'une ville qui possédait le fameux « Heptateuque de Lyon » et tant d'autres manuscrits précieux (voir au mot Lyon) étaient dédaignées ou méconnues. À défaut de livres, ils virent un libraire, Anisson, l'éditeur de Du Cange, qui promena les deux moines dans toute la ville pendant deux jours et les nécrologues qu'il espérait découvrir dans ces parages qu'il arpenta en tous sens : Marcigny, Parois, Perrecy, Souvigny, Neuvy, Bourbon-Lancy, Sept-Fons, La Bresvre, Moulins ; mais ce fut inutilement. À Moulins, ils virent le mausolée du duc de Montmorency et, après quelques autres pérégrinations, ils arrivèrent à Fleury-sur-Loire dont la bibliothèque avait subi, du fait des huguenots, un désastre mémorable. De là à Orléans ce n'était qu'une étape et on avait la joie de se retrouver avec dom Claude Estiennot, prieur de Bonne-Nouvelle, « infatigable comme toujours dans son ardeur à réunir les antiquités des églises voisines. » Après une visite à Saint-Aignan, on reprenait le chemin de Paris et l'on y arrivait le mercredi 16 juin.
Le voyage de Bourgogne achevait de remplir le tome nr des Analecta et signalait Mabillon et dom Germain à l'initiative d'un grand ministre. Colbert avait, en effet, une bienveillance particulière pour son compatriote : il se servit de lui en quelques occasions importantes pour le service du roi et voulut en vain l'en récompenser par une pension. « Quoi qu'il put faire, il ne luy fut pas possible de faire consentir le religieux à accepter ses offres ; et il n'en put tirer d'autre réponse sinon qu'il luy étoit extrêmement obligé de l'avantage qu'il avoit en la pensée de lui procurer, et qu'il le prioit très humblement de continuer à honorer de sa protection la congrégation #, à Avant son départ, Colbert l'avait chargé d'examiner certains titres à Souvigny. Dès son retour, Mabillon songea à faire son rapport et « M. Baluze, dit-il, vint nous chercher pour nous mener en carrosse chez M. Colbert *. » Celui-ci écouta Mabillon, et « il en eut toute la satisfaction qu'il pouvoit attendre, il reconnut facilement que ce religieux n'avoit pas moins de bonne foi et de sincérité que d'habileté et d'expérience dans les matières. Cela ne fit qu'augmenter le désir qu'il avoit de donner quelques marques de son estime pour lui, et, comme il en cherchoit l'occasion, on lui suggéra d'engager le Père Mabillon à faire un voyage en Allemagne aux dépens du roi pour y visiter les archives et les bibliothèques. »
La tentation était du petit nombre de celles auxquelles il est permis de succomber : les supérieurs l'y poussaient, Mabillon et dom Michel Germain n'avaient aucune objection à élever.
XX. LE VOYAGE D'ALLEMAGNE ET L’ ITER GERM ANICUM. — Mabillon s'était trop félicité des résultats scientifiques des voyages de Flandre, de Bourgogne et de Lorraine pour ne pas se réjouir de cette nouvelle exploration, et, cette fois, en Allemagne où des amitiés nouées, des correspondances déjà anciennes lui promettaient un séjour fructueux. Nous en connaissons les principales circonstances grâce à l' Iter germanicum qu'il rédigea au retour, lors que, encore attristé par la mort soudaine de Colbert, il voulait que cet écrit rendît hommage à sa mémoire et à sa générosité. Le carnet de voyage de Mabillon, conservé à la Bibliothèque nationale, ms. franc. 74157, ne contient pas le relevé des recettes et dépenses du voyage d'Allemagne, mais Pierre Clément a fait connaître un envoi de fonds du ministre au religieux en 1683 : « Ce dimanche, 2500 1. envoyées par Bellinzani à Mabillon, de la part de Monseigneur !. » On voit que, dans sa modestie, Mabillon se conformait simplement à la vérité lorsque, au début de l'/ter germanicum, il écrivait que le voyage fut entrepris ex voluntate et munificentia illuslrissimi Johannis Colberli... qui, ex regia pecunia, ad hoc iler ultro ac liberaliter elargitus est ?, « Le moment de s'aventurer en Allemagne, reconnait Mabillon, paraissait mal choisi en cet été de 1683, lors que, de toutes parts, des bruits et des préparatifs de guerre rendaient la situation menacante. La colère des Allemands était grande à cause de l'occupation de Strasbourg et l'Autriche était envahie par une armée ottomane qui, au cours de ce voyage, viendrait mettre le siège devant Vienne. » Mais le prieur de Saint-Georges de Villingen dans la Forêt-Noire redoublait d'instances . Le 30 juin, dom Mabillon et son compagnon dom Michel Germain, prirent la voiture publique (rhedä publicd), et, le 5 juillet, visitèrent Dijon. Le 7, ils entraient à Besançon, ville située sur « le Doux » et entourée de montagnes et d'importantes fortifications. Là, se trouvaient de jeunes nobles qu'on appelle les pages du roi (regii pueri) et qu'on entraîne aux fatigues, aux dangers et aux études de la guerre. Peu de jours auparavant, cette troupe avait eu l'honneur de manœuvrer devant le roi . Mabillon et dom Germain visitèrent les antiquités romaines de la ville devenue française depuis 1674, copièrent une inscription, examinèrent le cabinet de curiosités de l'abbé Boisot dont la bibliothèque contenait les papiers du cardinal de Granvelle et quelques manuscrits ayant fait partie de la bibliothèque de Mathias Corvin.
Le 12 juillet, les deux moines prirent le chemin de Bâle passèrent à Favernay et, le 14, arrivèrent à Luxeu (voir LuxEurr) où le Prieur leur fit le meilleur accueil. On se promena autant qu'il le fallait pour visiter les lieux, donner un coup d'œil au paysage, aux bains, à l'église où se voit le tombeau du moine. La sacristie lui offrit un bel évangéliaire, contemporain de l'abbé Gérard, dont on lit le nom dans Angelomus, auteur d'un commentaire sur les livres des Rois. Près de la grande porte de l'église, Mabillon remarqua une petite construction qu'on nommait « la lanterne » et qui lui rappela une construction tout à fait semblable vue jadis à Bonneval en pays chartrand.
Les lits sont courts que le corps, remplis d'une foule de coussins, si bien que l'on y est plus assis que couché. Ce qui le garnit n'est pas plus commode, puis que, même dans l'été, au lieu d'une légère couverture, il faut un jour édredon rempli de plumes. Pour le reste, tout est assez brillant et assez propre. Dans toutes les salles des catholiques, on voit un crucifix placé en vue à la place d'honneur. Au-dessus des portes d'entrée des maisons et de celles des chambres à coucher, est et chaste, la gloire de Dieu et l'affranchissement de la patrie, ainsi que l'intercession de sainte Agathe, protectrice contre l'incendie. Lorsqu'on s'en va, l'hôte qui sert les arrivants vous montre vos dépenses inscrites à la craie sur la tablette ; puis, en les repassant une à une à demi-voix il en fait l'addition, dont il ne pourrait pas impunément s'écarter de la moindre chose, tant est grande la bonne foi et l'honnêteté de cette nation. La coutume est de souhaiter “bon voyage à ceux qui s'en vont, pour l'amour de saint Jean. » … Dès le premier jour passé en terre allemande, Mabillon note une mésaventure. Arrivés devant Rheinfeld, il s'agissait de traverser le Rhin : l'unique batelier du lieu refusa obstinément de les transporter sur la rive droite ; ils le prièrent en vain, sous le grand leil pendant deux heures ; l'homme se vengeait sur ces Français, de l'assaut donné à la ville par une armée française peu de temps auparavant. De guerre las, les deux moines remontèrent jusqu'à Sechingen et purent se faire transporter sur la rive opposée ; ils couchèrent à Bruck, sur l'Aar et, le lendemain, ayant traversé la Reuss, atteignirent Baden où siégeait la Diète helvétique !, De Baden, où il loue la propreté des églises et la piété qu'on y fait, Mabillon se rend à l'abbaye de Muri où l'abbé ouvre avec empressement chartrier et bibliothèque, ce dont profitent les deux savants. Mais l'attention réservée aux manuscrits n'exclut pas des remarques d'un esprit éveillé. « C'est à Muri, dit-il, que j'ai remarqué pour la première fois cette coutume : un des serviteurs parcourt la nuit tous les bâtiments dans la crainte d'un incendie, et, à chaque heure depuis le couvre-feu (c'est-à-dire les 8 heures en hiver et 9 en été) il crie quelques mots à divers endroits, afin de prouver qu'il est bien éveillé : « Écoutez, crie-t-il, à 9 heures en été, ce que je vais dire : voici heures qui sonnent, éteignez la lumière et le feu, afin que Dieu vous protège, ainsi que Marie, »' Aux heures suivantes, il annonce celle qui vient de sonner. —— Cet usage vient, comme je l'ai dit, du danger des incendies, qui est très grand dans cette partie de l'Allemagne, parce que tout y est fait avec du bois de sapin, tellement que même il y a la plupart du temps des planches de sapin sur les toits au lieu de tuiles. » Et, à cette occasion, il cite un passage de De Germania de Tacite, qui fait la même remarque sur l'emploi du bois dans les bâtiments en Germanie. C'est le “triomphe du bois de sapin dont on fait usage même pour les routes, même pour les ponts è. Avant de quitter Muri, les deux Français font marché avec un interprète qui les accompagnera pendant le reste du voyage, et, le 26 juillet, ils se dirigent vers Notre-Dame-des-Ermites d'Einsiedeln.
Chemin faisant, Mabillon observe, interroge, prend des notes. Près de Zug il existe un beau grand lac poissonneux ; la montagne offre des troupeaux répandus dans leurs cantonnements d'été, des huttes sont destinées à recevoir les foins. Le grand érudit, qui a passé son enfance à Saint-Pierremont, observe avec intérêt les détails qui s'offrent à lui : « Les bergers, dit-il, ne quittent pas leurs troupeaux et leur nourriture ne se compose guère que de lait et de fromage. » Fixé un écriteau où on demande à Dieu un esprit sain .
Mais le petit paysan de jadis a été à bonne école et ne manque pas de noter au passage une localité où se livra une escarmouche, le mont Gubel : trois cents catholiques y mirent six mille hérétiques en déconfiture et Zwingle resta sur le carreau.
A Einsiedeln, le 27 juillet, Mabillon et dom Michel Germain furent reçus, en l'absence du prince-abbé, par le frère de ce dernier, le P. Placide Heding, qui leur fit les honneurs de la maison. Après avoir fait leurs dévotions à Notre-Dame, avoir parcouru le monastère, on se dirigea vers la bibliothèque où les espérances ne furent pas déçues, et Mabillon trouva de précieux documents, entre autres une sylloge épigraphique devenue célèbre depuis , des actes authentiques de martyrs, un Traité sur la grâce et le libre arbitre de l'abbé Frowinusdu monastère d'Engelberg 5.
A Einsiedeln, les deux confrères de France avaient surpris et intéressé ; après leur départ, on écrivit cette notice dans le Journal du monastère : « Aujourd'hui arriva de Muri le P. Charles qui a amené les deux bénédictins de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés de Paris qui s'en vont recueillant, non seulement ici, mais dans tous les monastères bénédictins, les actes de l'ordre, dans cette fin qu'avec les actes de leur propre maison, ils deviennent de droit public. Belle entreprise certainement lors que enfin elle aura vu le jour ! Ils demeurèrent avec nous jusqu'au 30 juillet ; ce jour-là ils partirent pour Fischingen. Le 28, ils prirent avec nous leur repas au réfectoire ; les autres jours, comme ils ne mangent pas de viande, ils prirent leur repas à part, mais nos Pères leur tinrent continuellement compagnie. » - Mabillon et dom Germain franchirent le lac de Zurich sur le pont de Rapperschweill, d'une seule arche, dont ils admirèrent la hardiesse, et arrivèrent vers la fin du jour à Fischingen où ils ne trouvèrent qu'un abbé et des moines, mais rien d'intéressant 5. Le lendemain, ils furent dédommagés en arrivant à Saint-Gall, le principal monastère de la Suisse par le rang qu'il occupe et la célébrité méritée dont il jouit. « Pour arriver au monastère, observait Mabillon, il faut traverser une petite ville indépendante, assez jolie, tout entière calviniste, située dans une vallée qui ne manque pas d'agrément, mais étroite. Un mur la sépare seule du monastère, qui ferme la ville du côté du Midi et s'adosse de ce côté à la montagne. La porte d'entrée est double ; les habitants de la ville ferment la porte extérieure contre les religieux, et les religieux ferment la porte intérieure contre les habitants . » A Saint-Gall, les deux moines de Saint-Germain trouvent beaucoup à observer, mais leur surprise ne va pas, semble-t-il, sans une pointe de scandale à la vue de cette richesse, de ce luxe, de cette profusion si différents de la pauvreté en honneur dans les monastères de la congrégation de Saint-Maur. Toutefois, si quelque chose lui plaisait moins, Mabillon se disait : Fedeo ad bibliothecam, où non seulement il savait trouver magna veterum optimæ noise librorum copia, mais encore deux bons et utiles amis, le Père Schenk et le Père Célestin Sfondrate . Avant de quitter Saint-Gall, il fallait jeter un coup d'œil sur la bibliothèque de la ville et ce fut alors qu'il apprit la nouvelle du siège de Vienne par les Turcs. « Ceci, dit-il, nous fit un peu hésiter à poursuivre notre voyage . Nous nous demandions s'il y aurait sûreté sur les routes jusqu'en Bavière, où la crainte des armes ottomanes était sans nul doute déjà répandue. D'autres raisons venaient encore s'ajouter à cette crainte, raisons qui nous rendraient peut-être suspects dans un moment de crise si périlleuse, ou qui certainement suffiraient à nous faire fermer la porte des bibliothèques qui étaient l'unique but de notre voyage. Mais enfin, nous nous rassurâmes, décidés à suivre le conseil qu'on nous donnait d'aller au moins jusqu'à Kempten, où nous pourrions être mieux instruits de l'état des choses. Et c'est ainsi que nous quittâmes le monastère de Saint-Gall !. » C'était, le 5 août, et avant de se mettre en route, Mabillon avait écrit une lettre à dom Ruinart « ... Nous y avons trouvé de très bonnes choses, et entre autres deux traités de saint Ambroise : Contra luereticos et De laudibus sanctorum, non encore imprimés. Nous partons aujourd'hui... Nous avons avec nous un fort honnête homme à cheval qui nous accompagne. Outre cela, de chaque abbaye on nous donne pour garde un reître et un homme à cheval... Nous nous portons bien, Dieu merci. J'ai eu quelque légère incommodité qui s'est dissipée ici. Adieu, mon cher Père, tenez-vous gai et priez Dieu pour moi .
Les deux voyageurs et leur escorte partirent, mais on se souvint d'eux, de leurs conseils, et lors que les moines de Saint-Gall se décidèrent à publier la Chronique de Trithème, ils rappelèrent qu'ils y avaient été | fort encouragés par le Père Mabillon « pendant le séjour qu'il fit dans notre maison de Saint-Gall, séjour dont nous avons gardé un doux souvenir. » Le 5, partis de bonne heure, Mabillon et son confrère vinrent à Bregentz ; le 6 ils traversèrent Lindau sans s'arrêter et allèrent d'une traite à Tetnang pour y célébrer la messe, puis par Ravensbourg ils gagnèrent Weingarten. Ici, observe Mabillon, « les choses changent d'aspect, les routes sont plus planes, les mœurs différent quoi que à peine moins libres qu'en Suisse, la langue, nous a-t-on dit, est plus pure, les maisons de paysans sont moins propres et moins élégantes ?. » Le monastère renfermait une riche bibliothèque où Mabillon remarqua que « même les livres imprimés étaient reliés avec de la peau de cerf, comme cela se voit souvent en Allemagne, où la chasse aux cerfs est si fréquente , » Le 9, Mabillon arriva à Kempten, passa deux journées (12 et 13) à Ottenbourg et la veille de l'Assomption arriva à Irsin où il passa la fête et repartit le lendemain pour Augsbourg située « dans une plaine d'une beauté et d'un agrément incomparables, avec une grande fertilité, et jouissant d'un climat très sain *.
À l'entrée de la ville il fallut montrer les passeports | et, cela fait, les deux moines se rendirent à Saint-Ulric dont ils trouvèrent les portes fermées. C'était l'heure du diner des moines qui ne souffrent alors aucun dérangement , Ils pénétrèrent enfin et reçurent le meilleur accueil. Les bibliothèques et les archives s'ouvrirent libéralement, et la bibliothèque publique de la ville était bien fournie de manuscrits grecs. Au moment de quitter Augsbourg, Mabillon écrit quelques pages à dom Ruinart : « Nous vous dirons à notre retour, Dieu aidant, le détail de ces abbayes et des amitiés que nous y avons reçues... Toutes sont tout à fait splendides... Il y a partout de fort belles bibliothèques, et j'ai honte des nôtres, quand je les compare à celles-ci... Je ne croyais pas qu'il y eût tant de régularité en ce pays dans les religieux et les ecclésiastiques. Je vous assure que je suis fort édifié de la régularité des monastères que nous avons vus. Il y a un très bon évêque en cette ville qui est, au moins, aussi exact que nos plus zélés évêques de France. Les curés de ce diocèse sont aussi vie et à l'agrément, se trouvent en abondance, excepté la vigne, qui ne se trouve pas dans l'intérieur du pays. | Mabillon est une des plus belles pièces de l'Europe !, » | que des poêles et des fours pour l'hiver, qui, même.
en allemand, par J. Ulrich, Die deutsche Reise Mabillons, — fort capab les. Enfin, je puis vous dire que j'ai une tout autre idée de ce pays-ci que je n'avois 7. » Le 19 aoüt, Mabillon et dom Germain traversent | le Lech et pénètrent en Bavière où il leur faudra à tout. moment exhiber leur passe-port ; néanmoins ils n° en. gardent pas mauvais souvenir. « Notre voyage dans ce pays, écrit Mabillon, fut très heureux et dura un mois ; dans cette contrée, les prés, les boïs, les grands. fleuves, et tout ce qui peut servir aux besoins de la Un ordre parfait régne dans tout cet État, dont l’entrée est partout interdite aux hérétiques. Delà vient qu'il. | est interdit également d'y introduire méme les nouvel les, pendant que le reste de l'Allemagne est rempli de mille f aux bruits qui y circulent sans obstacle. Ici, au contraire, tout est si fort hérissé d'obstac les, qu'alors que les partis inventent ailleurs leurs mille nouvel les diverses, c'est à peine si l'on ose croire à l'authenticité d'un bruit qui circule. Les Mes mêmes et les étrangers subissent un sévère exa de la part des Bavarois. On voit assez souvent sur ie pote aux la représentation d'une main coupée au couteau, ce qui est le châtiment infligé à celui qui ne déclare pas avec vérité le lieu d'où il vient, ce qui est, obligatoire en temps de peste. Du reste, les Bavarois | sont humains et portés à la pitié, comme le prouvent les églises et les oratoires sans nombre, surtout en l'honneur de la T. S. V. Marie qui s'élèvent chez eux, - à ce qu'il me semble, à plus de 30 000, tous décorés et tenus avec soin’, » Du 26 au 28 aoüt, voyage jusqu'à Salzbourg où les - deux voyageurs parvinrent mouillés d'une grosse pluie qui les avait surpris en chemin avant d'arriver à Laufen, Ils s'arrêtèrent à l'auberge et demandèrent du | feu pour se sécher, « oubliant, dit Mabillon, qu'en Allemagne on n'a pas coutume d'allumer ainsi du feu pour un besoin passager, et que d'ailleurs les che- - minées ne sont pas disposées pour cela, car il n'y a allumés, n'auraient pu sécher des gens mouillés pendant le court espace d’un repas ; il y a aussi des foyers qui servent à la cuisine, mais ils sont placés sur des | constructions en pierre fort élevées ». » Dans la soirée, les deux bénédictins arriverent à Salzbourg et vinrent — demander l'hospitalité à l'abbaye Saint-Pierre où ils reçurent bon accueil. Du 28 août au 2 septembre, on eut le temps de leur faire visiter la ville, de les présenter au prince-évé que et au doyen du chapitre g prince Guillaume de Furstenberg qui les combla d'attentions. Ces devoirs une fois rendus, Mabillon et. | | dom Germain revinrent au monastère où les attirait 1 la bibliothè que ? ; il leur fallut la quitter quelques 1 | heures pour assister, sur l'invitation du prince-évé que, ~ à une pièce de théâtre jouée au collège, par les élèves et dont le sujet était l'histoire de Nabrichodaus d Toute la noblesse viennoise et autrichienne s'y trou- — vait en habit à la francaise, fort préoccupée de l'issue de ans les rangs de l'armée de Sobieski. A la suite de ette corvée, le princeévê que imaginal une autre récréation que Mabillon ne paraît pas avoir trouvée de son t. La veille du départ, alors que les livres le réclaient impérieusement, il lui fallut monter en carrosse ur visiter la maison de campagne du prélat à Heilnn. « La vallée est étroite, fertile et non dépourvue Pre, entourée qu'elle est de montagnes cous de neiges Qux Le rr du prince est id | is. on se Note dont chargés de leer de manusits, e. petits présents et, ne pouvant duas au f B parn nous dire qu 'ilne restait Bins de place dans lh Er us dl SUM idi à cause de la foule des hôtes H asser la Rule suivante ! SEE le SUIS en lui “disant que nous n'étions nullement venus ici pour y rcher un abri, mais bien pour voir ce qui pouvait “avoir rapport à l'histoire du monastère et de l'ordre - dans les monuments de cette maison : Nous ne lui | B « eux E se Koter qu'il emn pu se trouver emandions qu'une seule chose, la permission d'em-. ployer le peu d'heures qui restaient encore avant la 526 préte, vint au secours de Michel : c'était un homme instruit, sachant méme le latin ; il dit à l'honneur du roi, du royaume et de toute la nation (il avait servi dans les gar des-suisses) mille choses fort justes. Cet | homme n'eut pas plutót, pour voir je ne sais plus quoi, mis le pied hors de la bibliothé que, qu'aussitót le bibliothécaire fit claquer la porte sur lui. Ce ne fut sans doute pas sans frémir que les Muses, plus humaines, entendirent ce fracas dans leur paisible demeure. » A la nuit tombante, Mabillon et dom Germain s'éloignérent de cette maison et allérent coucher dans un hameau peu éloigné. Le lendemain, vers le soir, ils arrivérent à Munich recrus de fatigue, et entrérent a dans une auberge, faute de pouvoir descendre dans un monastère bénédictin. Bossuet leur avait remis des lettres de la dauphine pour visiter Munich où M. de La | Haye, ambassadeur du roi, les fit monter dans son | carrosse et leur montra luimême la ville « et le palais de l’Électeur, qui est un des plus magnifiques d'Alle- : magne, et il ne put le refuser. Mais on fut bien surpris, lorsqu'on luy demanda si celuy du roy de France étoit plus beau, quand on le vit obligé d'avouer qu'il ne l'avoit ja mais vu. » Cependant, en l'absence de l'ÉlecLeur, la bibliothè que leur demeurait fermée, et cette circonstance hâta leur départ ; le 12,ils passaient à Andechs, le 13, à Wessbrunn, puis Fuessen, Steingaden et, le 14, ils revenaient, suivant leur promesse, à Kempten.
Dés lors, on prenait le chemin du retour ; le 17, on | quitta Kempten pour Weingarten et Salemweiler, monastère cistercien où l'abbé retint toute une journée les deux bénédictins qui trouvérent dans la bibliothè que un traité de Ratramne intitulé : De perceptione corporis et sanguinis Domini *. Le 21, départ pour Constance qui n'est éloignée que de cinq heures de marche. Parvenus sur la rive du lac, ils le traversérent et s'arrétérent aux portes du faubourg de Petershausen, où se trouve un monastère bénédictin séparé par le Rhin et un pont trés élevé de la ville qui était ville impériale. « Nous savions, dit Mabillon, que nous trouverions là des gardiens peu favorab les pour les arrivants : telle avait été la cause qui nous avait empéchés de visiter Constance en partant, comme la direclion de notre voyage semblait l'exiger. Notre guide Maximilien répondit aux questions qu'on lui posa, et affirma que nous venions de Weingarten. Nous entrons, nous rendons visite à nos confrères de Petershausen, avec le dessein d'aller, de là, visiter la cathédrale oü s'est tenu le fameux concile ; nous n'avions, en effet, aucun espoir de rien emporter de cette ville où nous savions que la défiance innée contre les Francais empécherait méme de nous recevoir. Après le repas, on avertit en secret mon compagnon de route qu'un conseiller impérial avait recu des lettres d'un ministre de l'empereur, lui disant que deux bénédictins francais, accompagnés d'un interpréte, parcouraient toute l'Allemagne on ne savait trop pour quoi ; qu'ils devaient à la fin arriver à Constance, où il serait bon de les faire examiner, et examiner avec soin par le Conseil. L'abbé de Petershausen, prévenu en secret par le Gonseil, était chargé de faire connaitre si nous descendions dans son abbaye. Ayant été ainsi avertis de cette conspiration, nous nous hätàmes de sortir de la ville sans l'avoir vue et nous nous dirigeñmes vers le monastère de Reichenau”. » A Reichenau, l'accueil fut cordial et le prieur montra avec complaisance les curiosités de toute sorte qui remplissaient ce trés ancien monastère. Les deux voyageurs virent là la tombe et l'épitaphe (que copia [Dnm or E ar 2.
Sos ss.
——— — po — € € n at Mabillon) de Char les le Gros ; puis on passa à la bibliothé que. runde antiquilatis : tantum quosdam hic notare juval, et voici Mabillon qui ne résiste pas au plaisir d'énumérer les volumes les plus intéressants qui ont passé par ses mains, entre autres un De gloria martyrum de Grégoire de Tours, un Homiliare de Paul Diacre en deux volumes, le Prædestinatus de Sirmond et le De heresibus de Primasius, qui lui remet en mémoire un aulre exemplaire de ce traité offert au chapitre par Hinemar, Aussi ce ne serait pas trop de trois jours passés à Reichenau ; mais, dès le lendemain, il faut traverser le lac, se rendre à a Villingen, en saluant -au passage Hohentwiel, en songeant à la joie de revoir le P. Geysser, prieur, un fervent des étu des historiques !, « Le surlendemain de notre arrivée, dit Mabillon *, comme nous nous préparions à partir, tandis que l'excellent abbé se jetait à notre cou, il me glissa dans la main un petit sac plein de monnaie, s'excusant sur son peu de revenus de nous offrir si peu de chose pour nous aider à continuer notre route, Moi, au contraire, secouant la main comme si l'on y avait mis du charbon ardent, je le remerciai en refusant, malgré ses instan ces réitérées. « Nous serions, disais-je, les derniers des hommes, si, aprés avoir été reçus par vous avec tant de libéralité, nous acceptions encore cet argent, alors que nous n'avons besoin de rien. » L'abbé insiste el le P. Geysser l'appuie. A la fin, nous dümes céder : on ne nous laissa pas partir sans pleurer, et, aprés nous avoir donné un guide honnéte pour nous conduire à travers la forêt d'Hercynie (la Forét-Noire). L'esprit est épouvanté par ce seul nom de forét hercynienne, où tout est affreux et les chemins impraticab les, où nous rencontrámes à peine quelques villages, sauf la ville forte d'Erenbach, qui est la ville la plus importante de la race hercynienne. Dans les vallées qui sont fort étroites, il v a des prés assez ferti les où paissent des troupe aux ; la pente fort roide des collines et des montagnes est peu propre pour porler des moissons, el méme pour nourrir des troupe aux, à cause de la trop grande richesse de l'herbe, dit-on. De temps à autre, s'élèvent des cabanes, la plupart avec un mou- | lin où l'eau est amenée par des tuy aux faits en bois de sapin. Des pins tombés de vieillesse gisent cà et là : ils tombent d'eux-mêmes et pourrissent sur place, parce que les routes nc sont pas, en bien des endroits, assez larges pour les transporter. Nous ne serions pas | sortis de ces routes détestab les, et nous n'aurions pu éviter les précipi ces, si nos bons confréres de Willingen ne nous avalent pas donné un guide. Nous arrivàmes le méme jour au monastère de Saint-Pierre, à 3 lieues de Fribourg-en-Brisgau, à l'extrémité de la ForétNoire, où le ciel se laisse voir plus librement. » Le 27 septembre, à l'arrivée à Fribourg, Mabillon apprit la mort de Colbert, son protecteur, et que, moins modeste qu'il l'était, il eût pu nommer son ami ; il célébra la messe, pour le repos de son âme.
De Fribourg, par Brisach et Golmar, ils gagnérent le monastére de Gregorienthal, de la congrégation de Saint-Vanne. Le 30, ils pénétrèrent au cœur de l'Alsace, qua nullam jucundiorem axt fertiliorem vidisse memini ?, En passant par Selestat et Ebersheim, ils arrivèrent le 1e octobre à Strasbourg où ils séjournérent le 2 et le 5, visitérent la ville et les monuments sous la conduite du sénateur Ulrich Obrecht, « qui nous offrit plusieurs fois le vin d'honneur, nous donna des livres qu'il avait publiés, et nous montra divers ouvrages de sa propre bibliothé que, dont les marges étaient couvertes de notes écrites de sa main *, » Le 4 octobre et les jours suivants, passage des Vosges à Molsheim ; visite à Senones, Saint-Dié, Moyen| hommage et témoigner sa reconnaissance à la mémoire.
7 MABILLON | 528 !
moutier, Saint-Mihiel, Verdun, Mouzon, tous lieux que jalonnent les monastères de la congrégation de Saint-Vanne. De Sedan, Mabillon fit une pointe jusqu'à Charleville pour rendre compte de son voyage à Maurice Le Tellier, archevêque de Reims. De là, ayant gagné Reims et porté ses prières au sanctuaire de Notre-Dame-de-Liesse, par Laon et Soissons, il gagna Meaux où il salua Bossuet, et, toujours escorté de dom Germain, rentra au monastère sur la fin d'octobre après quatre mois d'absence.
Lors que, de retour dans sa cellule, Mabillon rédigea l'Itinerarium germanicum, il avertit que, sur beaucoup de points, sa discrétion était calculée « afin de ne pas paraître flatter en louant les uns, ni médire en blâmant les autres. » Aucun souci de gloire personnelle ne l'avait inspiré en racontant les honneurs qu'on leur avait rendus, mais seulement « la crainte de se montrer ingrat à l'égard de ceux qui leur avaient prodigué ces attentions. » Finalement, il avait voulu rendre hommage au grand Colbert.
Pour s'en acquitter dignement, il se mit à l'œuvre et employa les mois qui suivirent à la composition du tome IV des Vetera analecta, « Je m'en vais, écrivait-il à l'abbé Nicaise, disposer un recueil des pièces que nous avons trouvées. Je ne sais s'il y aura quelque chose de votre goût. Nous avons trouvé de belles inscriptions romaines rédigées dans un livre, autres que celles de Gruter [la Sylloge Einsiedlense], des anciennes formules [les Formule Andegavenses], quelques ouvrages de Pères non imprimés, des Actes des martyrs [les Acta Mammarii, Marculi, Maximiani et Isaac, Theodoriti, Philippi]. » Nous avons
XXI LE DE LITURGIA GALLICANA. — L'étude des antiquités ecclésiastiques telle que la comprenaient les bénédictins de Saint-Maur ne pouvait se désintéresser de l'histoire et des monuments liturgiques, mais ils ne lui accordaient que la place secondaire qui lui appartient. Cette science dans laquelle la divination côtoie la fantaisie et où les formules vagues tiennent lieu de dates précises et de faits localisés ne pouvait, comme on l'a essayé inutilement de nos jours, supplanter les textes historiques objets des études préférées de Mabillon et de ses confrères. C'est pour quoi il est moins singulier, peut-être, qu'on ne l'a pensé que, dans le Traité des études monastiques, Mabillon n'accorde pas même une mention à la liturgie, parmi les études qui conviennent aux moines. Il y parle de l'Écriture sainte, de la lecture des Pères, des conciles, du droit canon, de la théologie, de l'histoire sacrée et profane, de la philosophie, des belles-lettres, de la critique, il n'y dit rien de la liturgie — pas plus de la numismatique ou de l'épigraphie. Ce n'est pas une exclusion, c'est une mise au point d'après la valeur respective des sciences auxiliaires : aussi — voit-on paraître dans le Catalogue des meilleurs livres à lire par les étudiants les noms de quelques auteurs liturgiques.
C'est dans le livre II que Mabillon décrit le manuscrit de Luxeuil et résume le texte qu'il accompagne de notes et d'observations témoignant de connaissances liturgiques étendues.
Le livre III est le moins original, puisqu'il est une réédition assez peu différente de celle que Tomasi m'avait donnée du Missale gothicum, du Missale Francorum et du Vetus missale gallicanum. On aurait désiré que l'érudition et la perspicacité de Mabillon se retrouvent tout entières, c'est dans son commentaire sur l'office gallican, le cursus gallicanus. Il n'avait pas eu de devancier dans cette œuvre, et on peut dire qu'il n'a pas eu d'imitateur. Son travail demeure l'œuvre d'ensemble la plus complète, la plus minutieuse que nous possédions ; non seulement pour la Gaule, mais pour l'histoire de la psalmodie en général, Mabillon a écrit un traité qu'on ne refera plus.
AXII. LE VOYAGE D'ITALIE ET L'ITER ITALICUM. — La fin du voyage d'Allemagne avait été attristée par la mort de Colbert ; heureusement Mabillon trouva dans Maurice Le Tellier « la même protection que chez M. Colbert, son patron, qui venait de mourir ». Il dédia à ce nouveau protecteur le De liturgia gallicana, empressé à saisir l'occasion qui s'offrait naturellement de célébrer la ville et le diocèse de Reims. S'adressant à l'archevêque, il célébrait sa métropole en termes pompeux : Remorum sedem diadema regni ; omnibus pene gallicanis Ecclesiis exemplum, et il dépeignait cette partie reculée du diocèse, où les rois, les empereurs, les papes et les évêques eurent de si fréquentes assemblées ou d'importants conciles : Mouzon, Douzy, Attigny, lieux de rendez-vous pour saint Remy, Hinemar et Adalbéron. Enfin il retracait les bienfaits dus à l'activité et au zèle de l'archevêque, ses visites pastorales, la restauration du séminaire diocésain et de l'université. Or, nous dit Ruinart, « M. l'archevêque de Reims, qui était chargé de tout ce qui regardait la littérature, et qui avait toujours eu pour l'illustre savant originaire de son diocèse une considération particulière, voulant donner une marque publique et éclatante de l'estime qu'il avait pour son mérite, résolut de l'envoyer en Italie. Ce prélat parla de son dessein au roi qui l'approuva, et le Père Mabillon fit ce voyage par ordre et aux dépens de Sa Majesté, pour ramasser ce qu'il pourrait rencontrer de plus curieux, afin d'en enrichir la bibliothèque du roi ».
Pour changer d'air et se distraire un peu, Mabillon fut envoyé par ses supérieurs parcourir la Normandie. Peut-être dom Michel Germain était-il retenu ou empêché ; quoi qu'il en soit, il n'accompagna pas Mabillon et fut remplacé par un jeune religieux qui, à la suite de dom Estiennot et de dom Germain, devait s'illustrer et laisser un nom célébre : dom Thierry Ruinart. « J'ai oublié de vous dire, écrivait Mabillon à un confrère, que l'on m'a donné un jeune religieux appelé Thierry Ruinart, natif de Reims, âgé de vingt-cinq ans, qui ne sera prêtre qu'au mois de septembre prochain. J'espère qu'avec la grâce de Dieu il fera très bien. Il est très bon et très honnête religieux, il a beaucoup d'esprit et d'acquit pour son âge. Je n'ai demandé personne en particulier, on me l'a proposé, et je l'ai accepté ».
Ce voyage de Normandie n'a été signalé par aucune découverte, au retour, il fallut songer sérieusement à l'Italie.
Ce voyage devenait un événement. « On en parle ici [à Rome], écrivait dom Estiennot ; le cardinal Casanata me dit jeudi qu'il fallait absolument que vous vinssiez voir les bibliothèques de ce pays-ci, et nous marquer nous-mêmes les choses dont vous avez besoin. Je lui promis de vous en écrire, et si vous le croyez, et vos amis, vous viendrez faire ici une station de quelques mois, Nous vous donnerons cellule, pain, vin et l'hospitalité entière, et vous serez padrone della casa. » « Vous prendrez à la bibliothèque de la reine [Christine] tout ce que vous voudrez, mais on vous donnera avec quelle réserve ce que vous demanderez à la bibliothèque vaticane. A Florence, vous verrez tout sans peine. Le Mont-Cassin vous sera ouvert, on me l'a promis. Vous verrez Sublae [Subiaco] et quantité d'autres lieux ; ainsi venez et commencez par apprendre à parler italien, car sans cela vous pâtirez sur la route et vous embarrasserez ici les gens si vous leur parlez latin ».
C'est ce qui fait que, sur le ton de la résignation, Mabillon écrivait : « Comme je ne vois point d'apparence d'éviter le voyage d'Italie, il est juste de vous dire adieu avant que de partir et de vous marquer le temps de notre départ qui sera le 1er avril, par la diligence de Lyon. Vous jugez bien que nous avons bien besoin de vos prières, et que je suis assuré que vous m'y donnerez quelle part ».
En 1655, Mabillon allait retrouver à Lyon ses amis, la famille du libraire Laurent Anisson. D'écrivains à imprimeurs il n'est pas rare de voir un lien se former, où les discussions d'affaires et d'intérêt deviennent comme la trame d'un sentiment d'ordre plus élevé. L'estime quotidienne, née d'une collaboration prolongée, donne parfois naissance à une amitié qui est assez sincère de part et d'autre pour triompher des contrariétés passagères, des divergences de point de vue et des oppositions de méthode. Au lieu de courir les rues d'Exon et de visiter ses monuments, il préféra enlever au passage l'un des deux fils Anisson, Jacques, et l'emmener en Italie pour l'y initier, dans les achats de livres, au nom du roi, de son expérience professionnelle. Le 5 avril, Mabillon, dom Michel Germain et deux compagnons de route débarquaient au quai de la Saône où les attendait Jean Anisson qui les emmena chez lui où ils demeurèrent trois jours, temps nécessaire pour guérir la dysenterie de dom Germain. Au cours de ce voyage en Italie, on entrevoit dom Mabillon aux prises avec certaines contingences, dont l'idée même n'arrivait pas jusqu'à lui à Saint-Germain. Un confrère l'avait prié, avant le départ, de mener avec lui deux neveux : MM. Patin et Guery, et voilà qu'une fois les Alpes franchies, « les neveux de dom Jean Barré font plus d'embarras à dom Mabillon qu'on ne croit », écrit dom Michel Germain. « Ce n'est pas qu'ils soient de mauvaises mœurs, mais il ne nous est pas possible et peut-être il n'est pas propos de les ranger comme de petits garçons. L'un est maître de son bien et prétend que ce qu'il pense ici, il le dépenserait et encore plus à Paris ; l'autre ne dit mot, mais il ne veut pas moins faire comme l'autre ; s'il était seul, on le gouvernerait, avec l'autre que fera-t-on ? Ils agissent comme des gentilshommes de qualité. D'ailleurs, ce ne sont pas des gens d'application et il leur faut plus de temps à juster qu'aux femmes de Paris. » Les deux moines ne tardent pas à être excédés de leurs compagnons, il serait encore en France et M. Patin aussi. Quant à Jacques Anisson, c'est une autre affaire. Au début, il se donne beaucoup de peine pour faire de bonnes emplettes et d'ailleurs « il sait fort bien le métier ». Il y a plaisir de voir Mabillon s'essayer à des allures, il place ses ouvrages avec des remises ; il réussit à placer six Diplomatiques en blanc (brochés) au même prix qu'on les vend à nos confrères. Vous voyez bien qu'il ne faut pas que M. Boudot sache pour qui c'est et que pour bien faire « il faut prendre de deux ou trois endroits ». Mais voici Anisson qui tombe malade, au lit, pendant plusieurs semaines « d'une tumeur qui lui est survenue entre les deux jambes ». On attend sa guérison pour aller à Naples. A l'époque du retour en France, sa santé encore compromise au point de l'obliger à faire de Rome à Florence le voyage en calèche et à se contenter – Et au retour en France, ce sera la déception d'apprendre l'opposition faite par La Heynie à l'établissement projeté par les Anisson à Paris ? et les chise lamentent : « Si nous avions su ! M. Guerriot 534 canes de l'archevêque de Reims lors que vint pour lui l'heure de régler la dépense des trois voyageurs et leurs achats de livres. »
Après trois jours à Lyon passés en préparatifs, on partit accompagné des jeunes gens et on mit six jours pour aller à cheval de Lyon à Turin, par Sessieux, La Tour-du-Pin, Le Pont-de-Beauvoisin, Chambéry, Montmélian, Aiguebelle, Saint-Jean-de-Maurienne, Brament et on traversa le Mont-Cenis. L'ascension de cette montagne est rendue fort difficile par sa hauteur et par les neiges presque perpétuelles qui la couvrent comme toutes les cimes environnantes, et enfin par les vents violents et glacés qui y soufflent la plupart du temps. On trouve à Lanebourg, pour faire l'ascension du mont, et, sur le sommet du mont, des marrons — c'est ainsi qu'on nomme les mulets — pour les descendre vers Novalice, seulement, ce sont des marrons que le cardinal Bentivoglio appelle plaisamment des mulets humains. Ce sont les habitants de ce pays, qui courant avec une vitesse et une hardiesse incroyables, portent sur leurs épaules les voyageurs assis dans une chaise à porteurs faite d'osier. Certes, c'est un singulier spectacle que de voir ces hommes nu-pieds et chargés d'un si lourd fardeau accomplir une ascension aussi ardue avec une telle rapidité qu'ils semblent plutôt voler que marcher. A la descente, ils passent à côté de précipices abrupts sur des rochers glissants et en pente, fort dangereux, d'un pas si ferme que leurs pieds et leur démarche sont aussi assurés que s'ils marchaient sur une plaine bien égale. On se sert de traîneaux pour descendre la montagne lors que la neige couvre le versant opposé. Au sommet, il y a un lac assez grand, quelques cabanes, et un hospice ainsi qu'un cimetière pour les voyageurs qui, parfois, à demi morts de froid et de faim, s'affaissent et périssent. On ne fit que traverser Suze et on arriva à Turin.
A peine arrivés, dom Michel Germain prit la plume pour donner des nouvelles à dom Placide Porcheron, non sans avoir d'abord rendu visite aux manuscrits, « car il y en a de très bons et en quantité ; mais quel moyen de remuer des piles de soixante volumes qui régnent partout ». L'abbé Gualtieri montrait la bibliothèque, mais, comme c'était la semaine sainte, on ne pouvait s'abstenir des offices liturgiques et manquer la procession des flagellants le soir du Vendredi saint. Ce serait un sujet d'édification si on pouvait croire à la sincérité, mais ce n'est qu'un spectacle !!
Le lundi de Pâques, on quitta Turin et, par Casal et Verceil, on arriva à Milan, le 26 avril. « Nous ne pûmes, dit Mabillon, que parcourir en passant Milan, tant à cause de la grandeur de cette ville populeuse, qu'à cause des églises qu'elle renferme, du rite ambrosien qui y est observé, et de la grande quantité de livres anciens que renferme cette ville ! » Ce fut le préfet de l'Ambrosienne, André Pusterla, qui voulut faire les honneurs de la bibliothèque à ses visiteurs qu'il conduisit partout. Après, ce fut le tour des cabinets que possédaient plusieurs particuliers et, le dimanche in albis, on les conduisit assister à la messe au Dôme, et les particularités du rite local furent avidement saisies. Un érudit, le comte Mezabarba, se fait le cicerone bénévole et malgré ses efforts ne réussit pas toujours à faire ouvrir les archives. L'abbé Serta s'emploie, lui aussi, de son mieux pour faire visiter Milan et ses environs ; on conduit les deux bénédictins à Arone sur les rives du lac Majeur, à Caravalle, au Lazaret, etc. et un mois se passe ainsi ; on écrit aux amis, on reçoit des lettres, on tient ses comptes avec exactitude.
Le 13 mai, départ de Milan avec des lettres de recommandation, arrêts à Bergame, Brescia, Vérone et Vicence. A Bergame, dit dom Germain « un Père augustin, pour qui nous avions des lettres, nous fit plus de caresses et plus d'instance pour nous retenir chez eux que nous n'en avons reçu de tous nos monastères ensemble. Les séculiers même s'empressent à nous faire de l'honneur. On ne nous a pas encore présentés à dîner que dans deux de nos abbayes, et nous n'y avons pris encore jusqu'à présent que deux verres de vin en deux différents lieux. Vous connoîtrez par là la différence qu'il y a entre les religieux de ce pays-ci et ceux d'Allemagne ; mais la différence n'en est pas moins grande eu égard aux bibliothèques. On n'en trouve presque point dans ces quartiers-ci, et il s'en faut bien que l'office divin s'y fasse communément avec tant de soins et de régularité ». Après Vérone et Vicence, Mabillon et dom Germain arrivent à Padoue le 12 mai. A Brescia, écrit dom Germain « les moines ne nous ont pas plu ; » à Vérone, trois nobles se sont efforcés de nous combler de civilités, on ne saurait faire attention sur les manières honnêtes de ces leur insensibilité. Aussi n'étudient-ils pas ; ils disent matines avant souper, ils mangent gras, portent du linge, pour ne rien dire du pécule et des sorties seul. Le 21 mai, arrivée à Venise, d'où « nous partirons verts de poussière, et le haut des fenêtres rempli de toile d'araignée. C'est avec raison que cette négligence sale ni déplaisante à la vue n'est soufferte à visiter et à décrire Saint-Vital et Saint-Apollinaire, le lendemain de l'Ascension, après avoir vu la cérémonie de mariage du doge avec la mer. Cela se fait en y jetant un anneau. » Venise a obtenu une page presque entière de description dans le récit du voyage ! « Dans cette ville, dit Mabillon, on entre et sort nuit et jour facilement ; pas de portes, pas de gardes, pas de murailles, pas de gardiens aux entrées, pas de sentinelles, et, nonobstant cela, une entière sécurité, et une liberté qui va même jusqu'à la licence pourvu qu'elle ne touche en rien les intérêts de la République ; aucune distance, sauf la différence des habits entre le noble et l'homme du peuple ; tout le monde va public sans être accompagné d'aucun serviteur. » C'est à Venise que Mabillon apprit la mort de dom Luc d'Achery.
Venise retient les deux savants une dizaine de jours. Ils visitent palais, églises, bibliothèques !* ils louent sans réserve le monastère de Saint-Georges-le-Majeur, dont l'escalier est magnifique, la bibliothèque décorée presque en miniature, où le réfectoire est orné d'une peinture exquisitissima de Paul Véronèse, représentant les Noces de Cana. « Il ne faudrait pas, ajoute Mabillon, rechercher chez nous tant d'élégance et de magnificence, mais il serait désirable qu'un plus grand soin fut déployé pour la propreté et la décence, surtout dans nos temples, où les murs sont généralement couverts de crasse ; c'est une chose qui nous est reprochée, non seulement par les Italiens, mais par les Allemands et les Belges, chez qui dans les églises ! »
Il ne fallait point s'attarder si on voulait arriver à Rome avant les grandes chaleurs. Après bien des visites et quelques achats de livres, on reprit, le 1er juin, lendemain de l'Ascension, le chemin de Padoue où on arrêta deux voiturins pour gagner Rome avec quelques étapes : Rovigo, Lugo, Ravenne, ville dont les eaux marécageuses et fétides ont si fort dégoûté notre Sidoine Apollinaire, parce que, dit-il, il ne s'y trouve nulle part un aqueduc qui amène de l'eau claire, ni une citerne propre, ni une source vive, ni un puits sans vase. L'archevêque Guinigi envoya à l'auberge des deux voyageurs du vin de Florence et quelques friandises ; Ravenne retint Mabillon deux jours, et quoi que l'archéologie monumentale le préoccupât moins que les livres, il se plut à Classis. En quittant Ravenne, les deux voyageurs traversent Rimini, Pesaro, Sinigaglia, Ancône et passant la veille et le jour de la Pentecôte à Lorette envahie par les pèlerins. Puis viennent Recanati, Foligno, Terni, Otricoli et le vendredi 15, à la tombée de la nuit, Mabillon, dom Germain et Jacques Anisson arrivèrent à Castellana où ils passèrent la nuit, sans pouvoir rien mettre sous la dent ni fermer l'œil. Le lendemain samedi, à cinq heures du matin, les trois Jacques Anisson allèrent droit à la maison des bénédictins de Saint-Maur, sur le Pincio. Dom Claude Estiennot ne les attendait que dans la soirée et leur préparait une réception moins modeste. On se consulta, on se félicita de se retrouver ; Mabillon était heureux de revoir son ami dom Estiennot et dom Jean Durand qui... « s'occupent de tout ce qui peut aider nos études et exciter à y travailler ! ». Il se mit aussitôt au travail, mais le surlendemain, écrit dom Estiennot à dom Ruinart, « nous avons fait prendre une petite médecine à dom Jean, car nous l'avons trouvé un peu échauffé, outre que c'est une pratique qu'on observe ici à l'égard des nouveaux venus que de les purger par avance pour les disposer à l'air de Rome, qui est extrêmement grossier et dangereux dans les fièvres. » Mabillon a retracé lui-même, sur ce mode grave dont il ne se départ guère, même en voyage, ses impressions, et le contraste est sensible entre la prolixité des touristes modernes, leur préoccupation de se mettre en scène, et la sobriété du récit simple et calme de l'écrivain qui décrit ce qu'il voit sans parler de sa personne. Les bibliothèques et les ruines chrétiennes attirent surtout et retiennent son attention ; mais le sentiment que ces ruines lui inspirent ne ressemble en rien au sentiment moderne et à notre admiration pour les édifices du Moyen Âge ; Mabillon partage les goûts de ses contemporains. Fénelon blâme, en termes très précis, l'architecture de la cathédrale de Chartres ; Fleury estime que l'architecture du Moyen Âge « qui est effectivement arabisante, n'est ni vénérable ni plus sainte pour avoir été appliquée à des usages saints, » et il ajoute que « ce serait une délicatesse ridicule de ne vouloir pas entrer dans des églises bâties de la sorte, mais que ce serait un aussi vain scrupule de n'oser en bâtir d'un autre style. » Telle était aussi l'opinion de Mabillon : ce qu'il demandait avant tout aux monuments de la foi du vieux temps c'est le souvenir et les saints exemples des morts et il se rejetait avec d'autant plus de ferveur dans le passé, que les reliques exposées et vénérées moyennant rétribution, les miracles douteux et invérifiables, le déploiement de pompe liturgique et le manque de science et de piété lui fournissaient des raisons trop fondées de blâmer le clergé italien. Faute de rencontrer des saints dans les sacristies, il allait les chercher jusqu'aux catacombes où il lui arriva plusieurs fois de descendre et de s'attarder. C'est au cours de ces explorations souterraines qu'il nota diverses observations et signala l'influence de certaines habitudes païennes sur les monuments primitifs du christianisme, idée nouvelle et hardie alors, d'où sortira plus tard le petit traité sur le culte des saints inconnus. — Tout occupé des antiquités chrétiennes, Mabillon, dans le Museum italicum et dans sa correspondance, semble oublier les païens et n'apercevoir pas les vivants. Il traverse les pays et les villes, emportant autour de lui le silence qui l'environnait au monastère, | | | EA dE | | ES | transalpin qui fait l'originalité du voyage, car le voyageur ne parle qu'une seule fois du soleil et du climat à propos de Naples, qui lui rappelle ce doux vers de Virgile :
Ver ibi perpetuum...
| « une seule fois des femmes, en passant à Terracine, pour remarquer qu'elles donnent l'idée de la mort à cet endroit, c'est cette absence de toute espèce de pittoresque que ceux qui ont le courage de les regarder, et du Vésuve pour s'indigner du nom de laergma Christi qu'on donne au vin récolté sur ses flancs.
Son compagnon, dom Michel Germain, est d'autre trempe ?, C'est un savant, lui aussi, et avec cela, franc Picard et bon patriote. Chemin faisant, il écoute, il note les moindres bruits, et signale à ses confrères les secrètes intrigues qui, de Paris, cherchent à embarrasser les deux voyageurs. Comme on doit s'y attendre, il dénonce le « seigneur Baluze et d'autres, à qui la jalousie fait faire ici [à Rome] plus d'une démarche pour prévenir » les découvertes possibles des deux bénédictins ; d'autres profitent de l'éloignement pour faire courir des bruits fâcheux sur ce moine voyageur que la réputation de Rancé n'émeut nullement ; elle semble plutôt l'émoustiller ét peu s'en faut qu'il ne décoche un trait, car, écrit-il, « Je suis mal édifié de sa conduite, et, si la chose en valait la peine, je lui écrirais en droiture une bonne lettre dans laquelle, en lui gardant tout le respect dû à son caractère, je lui apprendrais, tout grand saint et grand seigneur qu'il est, à être un peu moins chaud et moins crédule. » Observateur et curieux, il trace en quelques mots des tableautins bien venus. « Le jour de Pâques, au soir, le P. Mabillon descendit pour nous montrer les archives (aux Camaldules, près Arezzo). Nous vîmes pendant cinq heures tous les anciens titres, et dom Jean me dicta, presque tout ce temps, les principales choses, avec toute la volubilité de son esprit tout de feu, et animé par des découvertes de son goût. Le bon Père majeur, le visiteur, le prieur et le secrétaire du majeur, qui entend le français, avaient pitié de mes doigts, et ils avaient raison, car je n'en pouvais plus. Enfin, ils consentirent volontiers que nous portassions des originaux dans notre chambre pour les y transcrire : ce que je fis le lendemain dès la pointe du jour 5... » — « Les archives [à Lucques ] n'ont rien de plus ancien que le xi siècle. Il y a environ trois cents manuscrits à la bibliothèque, que j'ai tous tenus et feuilletés en buvant étrangement de poussière. Tous nos messieurs qui nous regardaient faire ne nous considéraient pas autrement que comme des soldats français qui montent à l'assaut. En effet, il y faisait chaud, et l'on me prenait quasi pour un cordelier tant nos habits étaient gris de poussière , » Malgré sa modestie et sa fatigue, le bénédictin jouissait comme d'un petit triomphe de cet ébahissement des étrangers ; avec cette pointe de malice d'un vrai Picard, il ne manquait pas de taquiner les ultramontains à qui suffisait la possession des trésors dont ils abandonnaient l'exploitation à d'autres, et quels autres : des Gaulois, des gallicans ! C'est encore de la même veine que sort l'idée qui lui vient de prendre pour confident de ses reproches doucereux Magliabecchi, bibliothécaire du grand-duc de Florence Les principales difficultés qui se rencontrent dans chaque siècle sur l'histoire et la tradition de l'Église auraient bien de quoi, lui dit-il, faire exercer messieurs vos piriuosi, s'ils avaient le goût tourné à savoir à fond la religion et la doctrine de l'Église, comme nous autres Français en faisons nos délices et le capital de nos applications. Vos grands génies rendraient un service incomparable à l'Église et se rendraient ainsi vénérables à toute la terre, s'ils pouvaient se captiver | depuis l'âge de quinze ou seize ans jusqu'à soixante, pour approfondir ces matières, tandis que vos messieurs, payés la plupart pour cela, c'est-à-dire revêtus de gros bénéfices, songent à tout autre chose qu'à 539 de leur mère qui les a rendus si grands et si illustres. Mais cet avis porte avec soi de la peine, peu d'avantage temporel et la privation des plaisirs de cette vie, chose difficile à persuader à bien des gens. » Dom Michel Germain avait mis le doigt sur la plaie, le farniente, cette maladie qui règne dans tous les rangs de la société : « Peu de biens si on ne peut en avoir beaucoup, mais jouir de ce bien et vivre sans s'incommoder et en prenant toutes ses aises, voilà le génie du pays... Un habile homme est celui qui, comme disait il y a quelque temps un cardinal, sa camminare... Je ne sais, disait-il, ni la théologie, ni l'histoire ecclésiastique, ni etc. ; mais je sais vivre à la cour. » S'il en était ainsi des cardinaux, qu'était-ce donc des moines ? Dom Michel cite ses confrères du Mont-Cassin qui possèdent 50.000 livres en bourse et qui en font usage « pour avancer dans les charges et pour beaucoup d'autres choses qu'on n'ose pas marquer. » Un procureur de cette congrégation dépensait en dix-huit mois plus de dix-mille écus de dîner, et les | généraux, en sortant de charge, emportaient de quoi faire bâtir des monastères enchantés. Dans beaucoup de monastères, les religieux disaient matines avant souper, portaient des bas de soie, mangeaient gras, sor- | Laient seuls, et, s'ils communiquaient volontiers leurs livres aux savants français, ils se gardaient bien de | leur faire goûter leur vin. Toutes les tentatives faites pour combattre ce relâchement avaient échoué, et les deux bénédictins français s'en effrayaient. Parfois ils s'amusaient aussi, par exemple le jour de saint Antoine : 17 janvier. « Vive saint Antoine ! écrit dom Michel ; la procession des chevaux, des ânes et des mulets, qui vont tous, sans aucune exception, recevoir de l'eau bénite le jour de la fête, vaut plus de mille écus. Tout Rome s'empresse d'aller voir cette cérémonie. Les bêtes chevalines, ornées de rubans, passent en revue devant un Révérend Père qui est en surplis et étole : il leur donne de l'eau bénite et celui qui les mène laisse un cierge, ou de l'argent ou du fromage. » Pendant ce temps, dom Michel prêtait l'oreille à ce qui se disait autour de lui où on signalait volontiers la « dureté » du pape à l'égard de la France, mais lui, exaltait en toute occasion le mérite et la supériorité de l'Église de France, promettant aux ultramontains qui se risqueraient à l'attaquer qu'il ne manquait pas en France de savants pour « leur relever la moustache. » Les lettres écrites de Rome comptent au nombre des plus instructives. Celle qui est datée du 13 août 1685 rend compte d'une visite des deux bénédictins français à la reine Christine de Suède : « Nous portâmes il y a cinq jours, dit-il, le livre De liturgia gallicana à la reine. Avant que de nous donner audience, elle voulut voir ce livre pour savoir comme on l'avait traitée et si on y parlait d'elle. Elle se mit en colère contre le titre de sérénissime, qu'elle prétend déroger à sa dignité, Son bibliothécaire eut bien de la peine à nous faire entendre par trois différentes fois qu'il fallait lui en faire ou dire un mot de satisfaction. Ce fut par là que dom Jean Mabillon aborda Sa Majesté. Elle témoigna, par quatre fois différentes, être très mécontente de ce qu'il lui avait donné ce titre, qu'on s'avise, dit-elle, de me donner toujours à Paris. « Mon nom est Christine, ajouta-t-elle ; puis que je suis reine, je ne veux pas déroger à ma dignité ; mon nom seul fait mon éloge ; n'y retournez plus et avertissez ceux de Paris de ne plus me donner ce titre. » Dans la suite, l'entretien soutenu par ces armes fortes et solides, les intérêts | | menu, son visage m'a paru fort décharné, mais pour| résolution ?, » | déchu ; depuis le milieu du xvi* siècle, la population | martyrs de la primitive Église, et le livre fut retiré :
| a été de les accompagner dans leurs visites chez Mess fut commode et très agréable. Elle a beaucoup d'esprit ; elle parle français comme si elle avait toujours | vécu à la Cour !, » Christine reparaît encore dans plusieurs passages de la correspondance, toujours avec cette attitude de fierté hautaine. Elle fait bâtons ner sans façon les gens du pape qui ont manqué à ses gens à elle et envoie à Molinos, prisonnier du Saint-Office, de splendides dîners. Le portrait du pape Innocent XI est brossé en quelques touches : « Voici son air : il est le plus haut du Sacré-Collège ; il a un maitre nez ; ses yeux quoiqu'il pleure et s'ennuie très souvent sont vigoureux, fixes et marquent encore de la vie et de la Mabillon et son confrère trouvent Rome fort | a été réduite de plus de soixante mille âmes, la misère est profonde et générale, surtout parmi les honnêtes gens ; les estafiers seuls peuvent encore trouver des ressources et la chambre apostolique remplit ses coffres à grand-peine quoi que la dépense du pape ne dépasse pas 31 sols de France par jour. L'état pontifical est en piteuse condition ; tandis que les campagnes sont incultes et que les bandits courent impunément les routes, le pape rend des décrets sur la nudité de gorge et des bras des femmes, et le Sacré-Collège réjouit d'apprendre que la reine d'Espagne a envoyé une robe afin de savoir si le décolleté x dépasse pas les prescriptions. Les rédacteurs de nouveaux livres à la main sont poursuivis et châtiés impitoyablement ; un laïque fut pendu pour avoir écrit quelques anecdotes scandaleuses sous la dictée d'un prêtre espagnol qui ne fut épargné que grâce à l'intervention du cardinal Spada, gouverneur de Rome ; sa mise en liberté devint l'occasion d'une fête publique. Les rigueurs du gouvernement pontifical entraînaient parfois de plaisants imbroglios, Un livre intitulé : b Du double martyre des évêques d'Italie fut examiné et approuvé par la congrégation de l'Index qui s'aperçut trop tard de sa méprise ; il ne s'agissait pas des et les bénédictins pensèrent « qu'il fournirait, par la comparaison, une ample matière à HOSSSIEHSUES e. évêques de se féliciter d'être Français. » L'Iter italicum consacre cinquante pages au séjour de Rome, du 16 juin au 15 octobre 1685 ; s'il fallait — les traduire ou, du moins en résumer le contenu, on verrait Mabillon et dom Germain consacrer leur première sortie, le 18 juin, à la basilique de Saint-Pierre, puis au cardinal d'Estrées et à son frère, ambassadeur du roi, ensuite au cardinal Casanata, ete. — Aussi, écrit dom Durand, « depuis l'arrivée de nos Révérends Pères, notre plus grande occupation seigneurs les cardinaux et les prélats, et autres personnes de qualité de notre connaissance. C'est un devoir dont on ne peut se dispenser, mais qui ne laisse pas de fatiguer. Le R. P. dom Jean Mabillon, qui est assez délicat, n'a pas laissé de s'acquitter de cette obligation avec beaucoup d'assiduité, et néanmoins | il se porte assez bien, grâce à Dieu, et ne paraît pas avoir encore ressenti aucune incommodité de l'air de Rome... [Sa] réputation était grande dans ce pays-ci, et il la soutient fort bien par son érudition et sa modestie 4 » Une quinzaine de jours se passent ainsi et Mabillon avoue qu'il a été extrêmement | distrait par des visites actives et passives , » ils à À :
PRES tant te elques mots d'italien. « Je suis, écrit-il à M. Bulp. summamente vostro servitore humilissimo, et ;. Sainte-Beuve, reverisco sua signoria ed io so Dodo »disposto a servirla. Me voilà tantót au bout de mon italien, et je suis en danger de n'en étre pas beauip chargé lors que je retournerai en France. » Ge qui ne le prive pas d'assister aux cérémonies : le 3 jour de la Trinité « chapelle pontificale ? » ; le jour de la BE procession du SaintSacrement à SaintPierre ?, et le jour méme à Saint-Paul-hors-les-Murs “où il rend visite à la Bible célèbre de Char les le Chauve (voir Dictionn., t. ur, col. 856-865). E Enfin, le 23, veille de la fête de saint Jean-Baptiste, D reprend contact avec les bibliothèques, comment par celle de la reine Christine de Suède ; le lenemain, visite de Saint-Jean-de-Latran , puis les jibliot heques des cardin aux Chigi et Altieri 7. était temps ! Dom Germain s'impatientait visibleent à la pensée de tant d'heures écoulées en promea des, envisites, en distractions. « Rome, écrivait-il, t dom J. Mabillon encore plus honoré et plus apudi qu'à Paris. Il déchireroit cette lettre si j'y meltois le détail des douceurs qu'on lui dit : safuratur elogiis. Quatre gens, qui ne sont pas nés paTesseux, avancent bien de la besogne en un molis... B q quoi nous arrêter un peu souvent 5%, » P - Ces lettres spirituel les et piquantes de dom Michel Germain offriraient, à qui saurait les mettre en ceuvre, un curieux chapitre sur la psychologie monasti que que nous ne pouvons que signaler ici. La correspondance nous apprend non seulement les occupations, mais Eius encore les préoccupations du petit groupe de 'availleurs de la sirada Gregoriana. Parmi ces préoc- € 'upations, l'affaire du quiétisme tient un rang distingué. Dom Estiennot écrit à dom Ruinart : « Dormez en repos, mais ne faites pas l'oraison de quiétude, comme certaines gens, qu'on nomme ici Quiélistes, Ja font ; ce sont des nouve aux illuminés qui donnent tout à l'esprit el ne veulent rien refuser au corps, rejettent les prières voca les, péniten ces, mortificalions, ete. Il y en a bon nombre en prison qui auront tout loisir d'y faire l'oraison de quiétude ; cependant, “on examine les écrits du docteur Molinos pour lui faire ensuite son procès 1°, » Mabillon entre lui aussi, et avec plus de finesse, dans ce badinage dans une lettre à Baluze : « [Le livre] du cardinal Loria tou- “chant l'oraison contre les quiétistes ne sera-t-il pas de votre goût ? Car, à mon avis, vous ne serez pas pour — Molinos. Du moins n'aimez-vous pas fort le repos. Je -serois bien marri que vous fussiez dans ce parti, car nous serions privez du fruit de vos trav aux 24 v EH Ciampini, Fabretti !' (voir ces noms), Vettori se ~ sont faits les gui des de Mabillon à qui on n'épargne Muni un musée, ni un atelier, ni une académie. Dom = Germain, toujours causti que, recueille les bruits qui circulent et y ajoute des descriptions extra-liturgiques “d'un tour imprévu ?, mais le principal demeure le “principal : « Nos étu des ne sont pas, Dieu merci, ien entendu, nous n'avançons pas trop ayant de | 542 infructueuses ; nous écrivons d'importance, et parce que nous n'y suffirions pas, nous allons prendre un écrivain pour nous aider ?, » Et Mabillon écrit à Ruinart : « Nous n'avons pas le temps, de nous ennuyer !, » Depuis le 4 du mois de juillet, ils ont, sous la conduite de Emmanuel Schelstrate, abordé la bibliothè que vaticane et Mabillon écrit à Ruinart : « Nous allâmes, mercredi dernier, à la bibliothé que vaticane, aprés avoir dit la messe à Saint-Pierre. Il n'y a rien de plus grand que cet édifice de l'église, du palais et de la bibliothè que. Il a plus de manuscrits que chez le roy, mais les latins ne valent pas les nôtres 17 ! » Quelques jours plus tard, c'est le Vallicellane ?, Quoiqu'on n'ignorát pas à Rome que les deux bénédictins avaient une mission officielle du roi de France et que la Lension extréme alors entre Louis XIV et Innocent XI à propos de l'affaire de la régale füt de nature à géner les démarches de Mabillon, celui-ci n'avait qu'à se louer de l'aecueil fait partout : « Nous recevons ici plus d'honnéteté que nous n'aurions osé espérer et dans la conjoncture des choses, on peut guére trouver plus d'ouverture. On ne doute pas de la part de qui nous sommes venus, et on agit néanmoins, comme si on ne se défiait pas. Nous tächons en effet de ne donner point d'ombrages, et en agissant simplement on fait plus que si on usait de machines... J'espère que nous verrons ce qu'il y a ici de meilleur. Nous avons déjà de bonnes provisions. Nous avons surtout besoin de prières !*, »
ARRETE AE
Sn ET r M. Bulteau... Je n'ose marquer le détail de nos copies, lant parce qu'on souhaite en France qu'el les soient secrétes, que parce qu'on témoigne de l'avidité pour en entendre parler, à quoi nous ne pouvons trouver de meilleur expédient que de n'en rien dire à personne. Gependant, je prendrai mon temps, et ce tempsarrivera bientôt pour faire au Révérend Père une décharge pareille à celle que je prévois que Mgr de Reims ou M. Faure exigeront...
Ce n'est pas seulement Mgr de Reims qui réclame, c'est aussi Bossuet qui relance Mabillon et lui écrit ! : « J'ai reçu avec joie les marques de votre amitié, et vous ne devez pas douter que je n'y sois aussi sensible que j'ai d'estime pour votre vertu. Je prends vertu dans tous les sens du pays où vous êtes. J'aiété ravi d'apprendre qu'on y ouvroit les bibliothèques plus qu'on n'a ja mais fait à personne, ce qui nous fait espérer de nouvel les découvertes, toujours trés uti les pour confirmer l'ancienne doctrine et tradition de la mère des Églises. A ce propos, il me revient dans l'esprit qu'il y auroit une chose qui pourroit beaucoup, selon toutes les nouvel les que nous recevons, faciliter le retour de l'Angleterre et de l'Allemagne [à l'unité ] : ce seroit le rétablissement de la coupe (c'est-à-dire la communion des fidè les sous l'espèce du vin)... Ne pourriez-vous pas en jeter quelques paro les et sonder un peu les sentiments là-dessus ? » Mabillon répondit, aprés en avoir parlé à plusieurs personnes, notamment à Mgr Slusio « prélat des plus éclairés et des mieux intentionnés de cette cour, » qui opina « qu'il n'étoit pas temps de faire cette proposition ?. » Entre temps. les ballots de livres partaient régulièrement de Rome pour la bibliothè que du roy. C'était là le dé partement de Jacques Anisson ; Mabillon tournait de | préférence son attention sur les manuscrits. Un jour qu'il visitait la bibliothè que d'Altaemps, il feuilleta le catalogue et y lut ces mots : Ciceronis liber De republica. Son cœur bondit, mais la joie fut brève : il ne s'agissait pas d'autre chose que de la première Philippi que du grand orateur.
Cette année-là, la chaleur à Rome était tolérable au dire des Romains ?, Les étrangers y étaient plus sensib les et dom Germain écrivait : « Depuis quatre jours, il fait unetrés grande chaleur, de sorte que nous avons compté sans notre hôte : une pluie de trois quarts d'heure fort grosse et précipitée a amené ce changement. Nos étu des vont à l'ordinaire, La Chiesa Nueva me fait écrire bien six heures par jour. Quand nous l'aurons expédiée, ce qui se fera avant la semaine, nous retournerons chez la reine, puis nous irons au Latran, puis au palais de Palestrine, à la sacristie de Saint-Pierre et nous finirons par le Vatican, lorsqu'on y pourra aller sans essuver trop de chaud, et y rester depuis huit ou neuf heures, à la francaise, jusqu'à quatre heures après-midi , » Quand la chaleur est tombée, un petit groupe d'amis se forme autour de Mabillon ; c'est Vettori, Emmanuel Schlestrate, Fabretti, Ciampini qui vont visiter aux environs une catacombe, un aqueduc, une basili que extra muros, mais ils ont épuisé tous les environs de Rome, qu'on peut voir en trois heures de chemin, tant pour l'aller que | nous faisons en France ; ils ne se donnent pas said rement tant de peine. Ils se gardent bien aussi de | travailler, comme ces premiers vignerons du père de pour le retour ; aussi le 8 septembre ils vont jus que Grotta-Ferrata pour y voir des manuscrits grecs, Déception complète. « Une foire qui se tenait dans la cour et aux environs de l'abbaye empéche de rien faire ?. » Avec le mois d'octobre, l'excursion au Mont-Cassil devenait imminente. Le 12, Mabillon écrit à Magliabecchi : « Nous partons lundi prochain pour Nap les ; nous irons de là au Mont-Cassin, ce sera un voyage d'un mois 5 ; » et, le 15, à M. Bulteau : « Nous partons aujour d'hui pour Nap les, ce sera un voyage d'un mois ?. » Cette fois, dom Cl. Estiennot les accompagne et dom Germain écrit le jour méme à dom Ruinart : « Nous sortons de Rome pour aller tout droit à Nap les. Ce qui nous a fait changer de route est la commodité des calèches de retour que nous trouvons, au lieu que pour aller à Nap les par Farfe, Subiago et Cassin nous aurait coûté une somme très considérable, t pour le séjour que nous serons obligés de faire en lieux que pour le temps des labeurs qui occupe tous les chev aux. Ne soyez pas surpris, mon Révérend Père, dece mot femps de labeurs. Les Italiens sont dar s un pays très gras, mais ils n’en cultivent en bien des : endroits que ce qui est nécessaire pour en tirer led im subsistance. Il s'en faut done bien qu'ils emploien toute l'année à labourer et cultiver la terre, comme famille, dés la pointe du jour jusques au soir. S'ils commencent matin, ils interrompent pour bien quatre heures de repas et de méridienne, et s'ils Terona d L le travail aprés avoir dormi, ce n'est pas pour le continuer jusqu'à Ia nuit ! il leur reste toujours du temps pour jouer à la boule ou de la guitare. Que ce mot ne vous fasse pas rire ! Vous verriez peu de pay sans et des valets de pay sans aller aux champs, ou au pacage, ou — à la charrue, sans porter une guitare, dont ils jouent en allant, en revenant, et quelquefois en travaillant, — ou, du moins, au milieu du travail, ils font. des pauses pour se divertir par ce jeu t, » On suivit la voie Appienne et on traverse Velletri, Piperno, Terracine, Fundi jusqu'à Capoue ?, L'aspect de la campagne romaine et de ses habitants déplub fort aux voyageurs. Miserabile speclaculum est videre. illius loci opidanos, écrit Mabillon, cadaverosa omnes facie etiam juvenes adolescentes et teneras puellas, haud dubie aeris contagio ?. « La campagne de Rome, et généralement pres que tout le Latium jusqu'à Capoue, n'a rien de fort charmant, dit de son cóté dom Germain #4, Il en faut peut-être excepter le large pavé de la via Appia et quelques aspects sur la mer ous sur d'autres endroits bien distingués : mais les champs sont peu cultivés ; on n'y voit pres que point de villages Les vil les ne sont pres que habitées que de pay sans ; dans certains lieux comme à Terracine les plus robustes méme sont de la catégorie de Jonas ; il n'est pas jusqu'aux cheveux pendants des personnes de l'autrei sexe, qui, par le changement de couleur, donnent l’idée de la mort à ceux qui ont le cœur de les regarder : La terre prend une autre face à Capoue ; mais Capoue — 545 le :
—est tellement la faim et la misère, qu'elle ne se ressent presque plus de son bon terroir. » En passant à Capoue, Étienne Baluze fit dessiner un bas-relief païen ! ; on dépassa Aversa et après avoir traversé Gaëte, on approcha de Naples. Une fois de plus, on peut comparer l’Itinéraire — et la Correspondance pour se rendre compte à quel point ces documents parallèles nous offrent les impressions et les réflexions mêmes de Mabillon et des amis qui l'accompagnent. « De Capoue à Naples, lit-on dans l'Itinéraire, c'est comme un paradis ininterrompu où les arbres, les vignes, les prés et les champs se succèdent. Là croissent les vignes dont on tire le vin appelé Lacryma Christi, désignation frivole et messéante ?, » La campagne de Naples a un très grand rapport avec la Lombardie, lit-on dans la Correspondance : la terre, les arbres, les bestiaux y produisent abondamment toutes les commodités et même les délices de la vie, J'ai vu dans le chemin de deux heures plus de quinze cents buffles paître dans les champs ?. » — Le Champenois a regardé le vignoble ; le Picard n'a vu que « le bestiau ». Le 20 octobre, arrivée à Naples, ce « morceau du ciel tombé sur la terre. » Un avocat au Conseil de la ville, Joseph Valletta, attend les voyageurs qu'il ne quittera guère pendant cinq semaines environ, et il n'est pas le seul. « La réputation de dom Jean Mabillon et la recommandation de M. Magliabecchi nous font trouver dans Naples bien autant de gens de lettres qu'à Rome, qui n'omettent rien pour nous obliger 5. » La remarque est de dom Germain qui ajoute : « Dispensez-moi de vous décrire Naples. Je le ferais bien si j'avais quatre heures à y employer : sans cela c'est un crime que de l'entreprendre. Fiez-vous à ce qu'en ont écrit les auteurs . » Nous suivrons le conseil, quoi qu'à regret, ne relevant dans les incidents du séjour que ce qui concerne un point d'archéologie. « Un bon chanoine de la cathédrale, qui fait l'histoire de Naples, rapporte dom Germain, nous a menés dans les catacombes, qui sont sans aucune difficulté beaucoup plus belles que celles de Rome. Elles sont aussi très spacieuses et, ce qui est une plaisante marque de la molle paresse des Napolitains, presque aucun même des habitants de cette ville n'avait jamais entendu parler de ces catacombes. Nous en ferons venir le goût aux gens, qui témoignent nous avoir obligation de cette découverte . » — Les visites aux bibliothèques où « nous trouvons de quoi écrire au plus vite , » les excursions à Pouzzoles, à Baies, au Vésuve qui « depuis six ans est extrêmement changé , » sont suivies d'une visite au monastère de la Cava !, où trois des plus fameux avocats de Naples ont tenu à honneur de conduire les bénédictins français« , car les savants napolitains ont continué leurs hommages et les marques de leur bienveillance jusqu'au départ !. « À la Cava, dit dom Germain, nous avons trouvé le chartrier très bien ordonné, peu de manuscrits, une observance très exacte dans le plus affreux rocher que j'aie vu. J'y ai autant écrit qu'un jour et demi peut le permettre. L'abbé et les religieux “nous promettent vingt-deux pièces que nous leur avons marquées à transcrire. On ne sauroit mieux recevoir des confrères que nous l'avons été à la Cava P. » Obligés de revenir à Naples, pour gagner le Mont-Cassin, on y apprit la mort du chancelier Michel Le Tellier : Luximus perditum sortem nostram, quod optimum patronum amisissemus, et quem pro modulo nostro parentavimus , Le 16 novembre, Mabillon, dom Germain, l'avocat Valletta et le jeune fils de celui-ci, quittèrent Naples où Jacques Anisson s'attarda pour aller ensuite les rejoindre directement à Rome. On dépassa Aversa et on s'arrêta en un monastère de célestins où se trouvait une image de la Vierge peinte par saint Luc (si Deo placet) a soin d'ajouter Mabillon, et deux des vases de Cana 15, Après s'être séparé des Valletta, on prit le lendemain le chemin de Teano et du Mont-Cassin ; le dimanche se passa à San Germano ; le lundi, fête de saint Odon, on gravit la sainte Montagne ', Dom Germain raconta longuement ce voyage et sa description reste précieuse à lire et à consulter, mais nous ne pouvons nous y attarder ici. Mabillon, moins prolixe, se borne à écrire que « le Mont-Cassin est magnifique pour sa situation, mais il n'y a presque rien d'ancien. Il n'y a plus qu'une église qui est très belle on ne sait plus ce que c'est qu'une église de Saint-Barthélemy, dont D. Edmond Martène me parle dans son mémoire. Il ne reste à la bibliothèque qu'environ 480 mss. de plus de 1200 qui y étaient autrefois. Les meilleurs sont au Vatican et à la bibliothèque du grand duc !. » À ce propos, dom Germain entre dans quelques détails et adresse un avertissement amical à Baluze qui a malmené les Pères du Cassin « qui sont de très honnêtes gens, et plus savants et plus habiles que nous ne croyions avant que d'y être venus 1%, » Dans cette même lettre, on lit que « dom Jean écrit exactement ce qu'il croit servir de fond à l'Itinéraire italique. Je note aussi secrètement ce que je crains qu'il n'omette. Je ne lui en dis pas 9. »
Le 29 novembre, Mabillon et dom Germain quittent le Cassin et s'arrêtent à Subiaco où ils reçoivent le meilleur accueil, mais il n'y reste presque rien « de plus de 2 200 manuscrits qui y estoient, et que les abbés commendataires de la maison de Colonne ont emporté chez eux de leur temps 1. » Enfin, le 4 décembre, on est de retour à Rome et dom Germain écrit à son supérieur dom Claude Bretagne : « Voici, mon Révérend Père, à peu près l'état des choses. Nous avons ou nous aurons bientôt, c'est-à-dire avant que nous sortions de Rome, bien la valeur d'une rame de papier de nos écritures. Il y a des choses qui serviront extrêmement à faire approuver notre ouvrage et nos applications au Saint-Siège et aux Romains. La France n'en sera pas moins satisfaite. J'ai trouvé d'anciens statuts de la république de Venise qui m'obligeront d'y retourner. Les autres découvertes ne touchent pas toujours les lieux où elles se trouvent, hormis les inscriptions, les épitaphes et monuments publics, etc. » Dès son retour à Rome, Mabillon eut à donner son opinion sur un sujet qui montrait tout le prestige dont il jouissait. Au mois de septembre, le cardinal Casanata, agissant au nom de la Congrégation de l'Index, soumit à l'examen de Mabillon deux livres d'Isaac Vossius dont on demandait la condamnation. « Il me vint à la pensée, dit-il à ce propos, cette parole de Cicéron à Trebatius qu'il préférait être consulté par César qu'enrichi par lui, quoiqu'il faille plutôt considérer l'honneur fait par la sacrée Congrégation que la consultation elle-même ? » Le voyage de Naples les avait retardé la réponse et la Congrégation avait patiemment attendu le retour ; il ne se hâta guère et ce ne fut que tout à la fin du mois de janvier que dom Jean parut — le 29 — à la Congrégation de l'Index, pour y rapporter son suffrage sur les ouvrages d'Isaac Vossius, d'Hornius, de Colvius, de Sestanus, etc., sur le déluge universel, sur l'âge du monde et sur le calcul de la version des Septante. « Il fera son rapport, écrivait dom Germain avec une pointe de fierté, assis et couvert en présence des cardinaux, après quoi on lui confirmera la qualité de consulteur de l'Index. Cette marque d'honneur le retiendrait à Rome, malgré les supérieurs, s'il en avait envie (Dieu l'en gardera) 5. » Mabillon ne dissimula pas que l'opinion de Vossius était opposée à toute la tradition patristique, et qu'elle semblait même avoir contre elle le texte sacré de la Genèse qui déclare que toutes les montagnes furent submergées et que toute chair vivante fut engloutie. Mais il fit remarquer, d'autre part, que dans l'interprétation de l'Hexaméron, saint Augustin s'était notablement écarté du sensus nativus de l'Écriture, puisqu'il rejetait la succession des jours, et que, pourtant, son opinion, loin d'être condamnée, avait obtenu le suffrage de saint Thomas. Cet exemple lui parut prouver qu'une certaine largeur d'exégèse n'était pas opposée à l'esprit de l'Église et que l'idée de restreindre l'universalité du déluge à la terre habitée par les hommes pouvait être envisagée sans trouble. Il ajoute que les théologiens avaient fait, depuis longtemps, quelques pas dans cette voie, puis que, selon trois mois pleins employés en visites d'édifices et de Cajetan, les eaux du déluge avaient respecté le paradis terrestre. Sa conclusion fut qu'il était préférable de ne pas frapper le De vera mundi aetate. « Cette opinion, dit-il », n'est opposée ni à la foi ni aux mœurs. On peut donc la tolérer et l'abandonner aux controverses des savants. D'ailleurs, Vossius l'a adoptée pour être en mesure de résoudre plus facilement les objections élevées par les impies contre le déluge universel... En résumé, j'estime, avec la permission des éminentissimes seigneurs, qu'il n'y a aucun péril à tolérer le sentiment de Vossius et que l'on peut s'abstenir de toute censure à son égard... Si, cependant, la Sacrée Congrégation croit devoir fulminer un décret contre Vossius, j'estime que les livres de Horn, qui sont remplis d'injures contre les Souverains Pontifes, doivent être englobés dans la même condamnation. » En adoptant l'opinion du déluge restreint, Mabillon devançait le jugement qui a prévalu depuis. A cet intermède ne détourna pas Mabillon de ses recherches d'érudition pendant les mois de décembre 1685 et janvier 1686. En effet, dom Jean Durand, de la procure de Rome, était « allé prendre l'air de la campagne pendant plusieurs jours, afin de prendre des forces pour travailler avec plus d'application cet hiver 5, » Aussi le séjour se prolongera pendant bibliothèques, transcriptions et descriptions, achats de livres pour le roi et pour l'abbaye de Saint-Germain après les avoir choisis scrupuleusement », enfin « quelques visites à des puissances chez qui ce serait un crime de parler de nouvelles ? ». Une des plus utiles connaissances ainsi entretenues était celle du pieux théatin Joseph Maria Tomasi ! ? qui, possédant une belle collection de documents liturgiques, donna ses copies « dans le seul désir d'avancer l'étude des choses sacrées », parmi lesquelles « il y a de très bonnes choses prises du Vatican, etc., où nous ne pourrions jamais avoir accès ! !, » Et « nous continuons nos écritures, nous augmentons le nombre de nos copistes, pour expédier au plus tôt, et nous mettre bientôt en état de revoir la chère patrie 18, » Enfin le moment approche de savoir ce qu'on a en portefeuille 8 ; — « Voici, écrit dom Germain, ce que je puis dire en général : dom Jean Mabillon dit que nous avons bien trois rames de papier transcrites. Sur cela, il y a bien de quoi faire un volume in-folio des anciens rituels, cérémoniaux, sacramentaires, etc., de l'Église romaine, qui nous fournira la tradition historique de la discipline ecclésiastique touchant nos mystères. Nous avons les catalogues de presque tous les manuscrits d'Italie ; c'est un fonds qui va loin. Sans parler de Milan, Venise, etc., nous avons pris tout ce que nous avons voulu à la Chiesa Nova ou l'Ora-toire romain, chez la reine, à Chigi, à Palestrine, chez Thomaso “, à Sainte-Croix en Jérusalem 1° où nous avons trouvé très secrètement un Diurnus romanus ancien de huit cent ans, où il y a huit à neuf pièces : nouvelles. Le Vatican nous a aussi produit d'assez bonnes choses, quoique nous n'en ayons pas été les maîtres comme ailleurs. Tout cela fait un corps considérable. La seule bibliothèque Chigi nous mettant dom Porcheron, Rome, 1er janvier 1686, dans Valery, op. cit., i main les catalogues des autres endroits, faits très savamment par ou pour le pape Alexandre VII, nous a donné de grandes lumières et abrégé bien du chemin, du temps et de la fatigue. C'est ainsi qu'il n'a pas fallu faire d'éclat pour aller à Saint-Jean-de-Latran, et que nous sortirons de Rome dans environ trois semaines sans que personne sache véritablement les meilleures “choses que nous avons, et sans qu'on nous veuille du mal de nos pillages, qui, par la grâce de Dieu, ne seront funestes à personne. Il nous est fort important que tout cela demeure secret, pour nous prémunir contre l'altération du seigneur Baluze et d'autres, à qui la jalousie fait faire ici plus d'une démarche pour | E prévenir. » tention, car, précisément, vers le 10 février, parut un bando, c'est-à-dire une ordonnance du pape, affichée par tout Rome, qui défend à qui que ce soit de vendre sans sa permission d'acheter, de transporter, d'emballer, de statues, peintures, marbres, médailles, joyaux. Dans ce bando qui était fait directement contre la France !, on avait oublié les manuscrits et les livres imprimés, aussi Mabillon acheta à l'instant trente-cinq manuscrits pour 50 écus romains ?, . Pendant le premier séjour à Rome, Mabillon avait visité le cimetière de Castulus , nouvellement découvert et celui de Pontien . Au cimetière de Castulus il fut aux trois visiteurs de « lever chacun un corps saint ». Celui que choisit Mabillon était pourvu d'une petite fiole ; celui que leva dom Germain offrit une belle résistance « J'ai eu, dit-il, toutes les peines du monde. Je suis encore tout rompu de cette fatigue 7. » “À l'occasion de cette visite au cimetière de Pontien, Mabillon tourna son attention vers les inscriptions catacombales, non sans quelque inexpérience . Une dernière excursion conduisit Mabillon et dom clé qu'on tâche de croire qu'elle ait été celle de la maison de Notre-Dame à Nazareth transférée à Lorette, » On leur donne douze petites clés de cuivre faites sur ce modèle, bénies pour aider les accouchements difficiles . On pouvait se demander toutefois comment faire sortir ces richesses de l'État romain sans éveiller l'at- | isité plusieurs catacombes ; il visita cette fois le.
550 Les deux roues de par derrière étaient déjà emportées dans ce précipice, et je vis l'heure que les chevaux suivaient aussi la même fortune ; mais, à force de bras, on empêcha cette disgrâce. Après avoir rabellé les choses environ une demi-lieue, les deux jambes qui sont le derrière de la calèche se détachèrent et nous jetèrent à terre, mais sans aucune incommodité, Dieu merci. Il fallut du temps pour radouber notre vaisseau, et enfin nous n'arrivâmes à Rome qu'à trois heures et demie de nuit 2 » Enfin, le 5 février, Mabillon et dom Germain sortirent de Rome dans un des carrosses du cardinal d'Estrées ! et prirent la route de Florence“ ; Mabillon prit une calèche avec Jacques Anisson, malade, et dom Germain enfourcha un bidet !, On ne s'arrêta qu'à Viterbe, à Acquapendente, à Sienne dont le dôme leur parut admirable !, et après cinq jours d'un voyage que la bise rendait pénible, on arriva à Florence (10 mars). Y C'était un séjour de six semaines qu'on se préparait à faire dans cette ville sous la direction de Magliabecchi qui, « d'abord traita dom J. Mabillon de premier homme du monde, et [dom Germain ] de second ! » ; ce qui valait mieux il leur fit ouvrir toutes les bibliothèques, la Laurentienne, celle des Servites | et déjà il est certain que « nous ne serons pas oisifs et ne sortirons pas vides de Florence » où « tout nous est ouvert avec honneur ; on ne se contente pas de nous faire maîtres des manuscrits, on nous force quelquefois à diner , » La Laurentienne, écrit dom Germain, « me fait mal aux doigts, à la poitrine et... ailleurs #1. » Mabillon non plus ne s'épargnait pas, aussi fit-t-il honneur à l'excellent diner des bénédictines de Santa-Felicità. Gela « le remit un peu, dit son jovial | compagnon, de la continuité de nos écritures et du remuement des manuscrits qui sont tous enchaînés et incommodes à manier aussi bien qu'à transcrire © ? » | qui défendent les livres mss. Huit jours guériront tout cela , » Flanqués de Magliabecchi et du P. Noris, les deux bénédictins alternent les séances dans les bibliothèques avec les excursions dans les galeries, les musées, les collections que Mabillon ne peut s'interdire de trouver assez peu décentes. « Pour les païens, on peut peut-être leur faire grâce, mais non aux chrétiens, qui jusque dans ces lieux sacrés, au pied même des autels, exposent des objets qui blessent la pudeur des assistants , » Nous mentionnons seulement les excursions à Fiesole, à Arezzo et ailleurs que dom Germain parait organiser avec cette arrière-pensée de veiller sur la santé de Mabillon. On sait que celui-ci était sujet à des hémorroïdes , et l'excès d'application lui était préjudiciable. « Dom Jean se trouve de même que vous l'avez vu quand il a été quelques jours sans sortir d'une forte application ; je ne sais plus quelle figure inventer pour lui faire prendre de la nourriture autant qu'il en a besoin. Il n'aime pas l'huile : on n'a autre chose le carême en Italie ; il veut jeûner austèrement : il ne le devrait pas. Son esprit est toujours en action ; ce feu le soutient en même temps qu'il le dévore. Les visites de Lucques, Pise, Livourne, l'Ambrogiane, Camaldoli, Vallombreuse, et peut-être Arezzo, que nous allons faire, lui donneront le grand air, qui est son véritable élément, et lui feront passer tant soit peu plus doucement le reste de carême, lequel, après tout, ne le ruinerait pas à Paris en si bonne santé !, » A Arezzo, dom Germain trace une description des lieux , de là on passe à Camaldoli ? : « Leur bibliothèque est belle ; nous en fûmes les maîtres, et nous emportâmes dans nos cellules tous les manuscrits dont nous voulions nous servir, car il n'était pas possible de rester sans feu, tant le froid, le vent et la neige étaient cruels. Depuis jeudi matin jusqu'à mardi à 8 heures du matin, on ne saurait lire, écrire, collationner les écritures, chanter, prier, plus que nous avons fait. Dom Jean en est tout usé ; sans un secours tout particulier il aurait dû crever, J'étais aussi bien bas, mais que faire au milieu de tant de bonne besogne ? nous en rapportons plus d'une main de papier écrit sur des manuscrits, » Le jour de Pâques Mabillon « dieta pendant presque (cinq heures), avec toute la volubilité de son esprit tout en feu, et animé par des découvertes de son goût . » De Camaldoli on se rend à Vallombreuse où la bibliothèque donne peu de chose et les archives « que nous avons parcourues trop précipitamment ; mais quoi ! Dom Jean était si fatigué et avait si grande envie de revoir Florence qu'il a fallu partir ce même jour 5, » A peine de retour à Florence, on reprend le chemin de la Laurentienne et du palais grand-ducal où Mabillon et Magliabecchi discutent sur l'antiquité de deux manuscrits des Pandectes ; puis, le 20 avril départ pour Pise , Livourne , Lucques 18, et Pistole ! que dom Germain décrit avec une verve qui fait pâlir l'Iter italicum. Enfin, après cette course, on rentrait à Florence, le 26, et Mabillon écrit à deux confrères : « Il n'y a que deux heures que nous sommes de retour de Lucques, Livourne et Pistoie. Nous avons fait ce voyage en six jours. Il en aurait fallu au moins autant pour Lucques seul où il y a de fort bonnes choses. Mais on ne finirait jamais, si l'on se voulait arrêter autant qu'il le faudrait pour bien faire les choses #, » Après une audience d'adieu du grand-duc de Toscane qu'il dépeint avec plus d'indulgence que de vérité, et qui leur donna une litière pour aller jusqu'à Bologne, Mabillon et dom Germain partirent le 3 mai de Florence et « par un grand froid et un vent furieux sur les montagnes » arrivèrent à Bologne « sous les ailes de sa charité !5, » Bologne les retint quatre jours et sous la conduite du comte Zani et de Malphighi on n'oublia rien de ce qui méritait d'être vu !5, en particulier le couvent des dominicains tant à cause des reliques de saint Dominique que des livres nombreux de la bibliothèque !, On traversa ensuite Modène, Ferrare et Padoue pour se rendre à Venise, le 12 mai, en vue d'un second séjour fort bref !5, Le 20, on repartait pour Padoue ^ où le cardinal Barbarigo les retint trois jours !5, autant de retards, autant de délais s'ajoutant à d'autres délais et provoquant la jalousie des confrères demeurés à Paris, où on n'était pas loin d'accuser les voyageurs de dissipation et de flânerie. Dom. Estiennot, qui en percevait l'écho, répondait de Rome à Ch. Bulteau : « Vous saurez peut-être qu'il y en a qui sont surpris de ce qu'ils demeurent si longtemps en Italie ; mais ceux-là ne savent pas combien ils ont trouvé de choses qui sont dignes de voir le jour, et ils changeront de sentiment quand ils verront la moisson qu'ils ont faite dans les archives et les bibliothèques d'Italie, et peut-être, quand ils sauront ce qu'ils ont été obligés de laisser, faute de temps pour tout prendre, qu'ils les accuseront moins de flânerie. Je n'aurais jamais cru que des hommes naturellement si défiantes, pussent prendre tant de confiance dans un religieux étranger. Dieu bénit son humilité et sa simplicité °°, » | Le jour de l'Ascension, on quitte Padoue pour Mantoue qui conserve le souvenir de Virgile mais point de manuscrits ; on ne s'y attarde pas !, puis c'est Guastalla, Parme où on est heureux de faire Le 4 juin départ pour Pavie 5 et visite à Bobbio : J où Mabillon fait une découverte mémorable, le Missale Bobbiense, monument unique en son genre qu'il faut placer, pour son intérêt liturgique, à côté des sacramentaires gallicans. De Pavie par Voghera, » Tortone, Voltaggio on arrive à Gênes où les bibliothèques faisaient défaut, mais la splendeur des lieux frappa les voyageurs qui assistèrent à la procession de la Fête-Dieu . Le 14 juin, Mabillon écrit à Magliabecchi : « Nous partons aujourd’hui pour continuer notre route vers Turin, où nous arriverons dimanche« s'il plaît à Dieu ?*, » Le premier dessein avait été de s'embarquer de Gênes à Marseille, mais soit manque de bateau, soit appréhension du mal de mer, les trois voyageurs reprirent le chemin d'Alexandrie-Este Turin, le 18, traversèrent le Mont-Cenis sans difficulté, ' grâce à la belle saison et arrivèrent à Lyon, le 24 juin où Jacques Anisson les abandonna.
Les jaloux, les envieux pouvaient avec satisfaction compter les étapes du retour que Mabillon annonçait | de Turin ** :
… gence sortir comme nous pourrons. aidant, à Paris, pour la Saint-Benoît. » Reçu à Paris mille francs : à Milan 200 pistoles d'Espagne ;
» à Rome en deux fois 2260 1. ; été sans incommodité, attendu la chaleur et la sécheresse qu'il fait à présent. Si le Père Malebranche avait un peu plus voyagé qu'il n'a fait, il sentirait —bien que la pluie qui tombe sur les chemins n'est pas inutile, quand ce ne serait que pour abattre la poussière qui est incommode, surtout quand on se sert des voitures, des carrosses et des calèches, Mais il en faut Nous partons d'ici à main pour Lyon où nous arriverons le 26 courant ?, Nous y séjournerons quelques jours pour régler nos petites affaires avec M. Anisson et nous serons, Dieu - De Lyon, le 25 juin, Mabillon écrivait à dom Ruisart : « Nous sommes arrivés en assez bonne santé, après avoir souffert pendant trois semaines de grandes chaleurs. On ne me parle point de ce que vous mandez, touchant Mgr de Louvois, à l'égard de la longueur de notre voyage. Je n'ai pas de peine à croire ce que l'on vous en a dit. Il faut prendre patience ; j'ai reçu la lettre de Mgr de Reims par laquelle il m'ordonne de régler notre compte avec M. Anisson et de l'aller trouver à Reims avec dom Michel [Germain], après nous être reposés quelque temps à Paris. Je souhaite ES que personne d'y être au plus tôt *. » : de plus le 12 octobre 740 livres par entier payement d'une lettre de crédit de 3000 livres.
. Reçu de M. Anisson par emprunt pour le séjour de Naples, et achat de livres 1200 E j : Livres achetés. à Turin payé pour un ballot de livres.. 'à Milan pour livres achetés pour Leroy. sur quoi reste à payer à Rome....... pour M. de-Reims.....,............,. reste à payer p » des livres achetés p« nous pour les livres achetés à Venise pour les livres de Fra Paolo pour l'addition de Milan........... pour les livres envoyés le 7 août de. Rome pour le Osce gu d QE | pour Made Reims...
Ipour le ms : de Milan............... pour la carte de auxiliis............
“pour les livres donnés par présent... pour écritures COGBTUISZ Ue CSS TRUE ERREUR AE Dépenses. à Paris pour nos habits et pour les aires à la diligence Item pour le reste.de paiment à diliItem pour une montre............. Item pour le port des valises “pour le cocher et autres menus frais....
—à Lyon pour des bottes..... RO.
Item pour des bas à botter, des sang les Fêtes de la tolle noire. ........ Lees vea “Item pour la dépense des serviteurs . de Lyon à Turin pour le voiturin et la — dépense | pour Mr de Reims à Turin pour aller Savilien ........... pour la dépense de bouche à Turin pour la voiture et la dépense de bouche jusqu'à Milan pour de menus frais à Milan.. pour aller à Arone ................. pour le médecin et apoticaire pour de menus frais mo pour la dépense à Milan ..... Ce pour un carosse une matinée pour le bibliothécaire de l'Ambroisienne et les gens de M. Mezabarba pour la voiture de Milan à Padoue .. pour la dépense de bouche peur la dépense dans Padoue et pour le voyage de Pratalea Ge jusqu'à NOT e a LUE Len nee RP ais pour la dépense à Venise .... pour les gondol les et autres menus frais . pour retour à Padoue et le séjour pour les 2 voiturins jusqu'à Rome et autres menus frais................ pour des souliers pour D. Michel et mov ét son écrivain pour quelques menus frais pour les faragoustes et autres menus ae ae pour du papier, cire d'Espagne...... pour faire les 8 églises pour menus frais de carosse, etc..... pour écritures jusqu'au 9 oct. ....... le 10 oct. pour des figures du Bapteme. : le 14 oct. pour la dépensé de 4 mois de maladie de M. Anisson ..... pour le voyage et retour de Nap les .... pour le séjour pendant 5 semaines pour menus frais pour écritures jusqu'au 23 déc. de plus jusqu'au 27 au barbier pour écritures jusqu'au 12 janvier ... Item jusqu'au 27....... Sr P REEL pour menus frais ............ pour les figures de l'Ordre 8 febvrier, pour 1 carosse Vatican et o4 D B ROB B B OB B OR d o o4 B RB OR OE É + od d B ÉR 5 + dd + B oB BOB o BOR GB B B SN
E & HOGROY* BOR
gigs manches 2221.02 002 00424 1&8 à Home pour livres le 6 octobre à Masotti pour M. de.Hems.... 1. il lvo de plus architect. 'aticana plus pour le roy le méme jour p :
Hyran A A ede ER d. emballage du tout en fardeau...... t à Nap les livres achetez pour le roy .. pour Mgr de Reinis ............ rs pour 2 mss de Hieronymi Balbi Gurc.
MENSES UI en hais a chape sine conde e, Diet ana Mars 4° envoyé au roy 2 farde aux de livres avec une caisse d'estampes DOUT S E ni EIL E PRE NI pour Mr Faure Lucifer et Xriste. .... pour nos cartes de auxiliis...... Ne pour notre bibliothè que jusqu'à Rome , si Es 521. 255.
661. 155. 91.
171.105. 31.
6 1. 155. 741.105. 2]. 105. öl. 58]. 37 1. 105.
391. 811. 241. 191.
595 MABILLON | 556 à Rome pour la même ............. 39 1. 55. Ainsi, 4192 artic les dont les titres sont. sommairepour les livres de M : de St-Laurent ... 3 1. ment consignés dans le « Registre » de Clément, [folio 115] furent le fruit du zèle des trois explorateurs *. | pour l'écrivain .......... A cie Ia 61. Le 27 juin, dom Mabillon et dom Germain monpour les cochers etc............ voir ds 71.10s. | taient à Lyon dans la diligence et ils arrivaient à Paris pour des lunettes.. 5. oce SE Ee 21.5s. | le 2 juillet. Les amis étaient allés à leur rencontre pour blanchissage et autres menus frais 27 1. | et leur firent une chaude réception. Le 11 juillet, = donné à M. Anisson pour son retour ... 10 piastres | aprés quelques jours de repos les deux voyageurs pour le voyage de Rome à Nap les... 32 écus | [folio 136]. Livres pour le Roy. Les derniers farde aux de Rome pour Mgr de Reims... ern sera, 14801. Livres pour la derniére fois à Rome . 311. pour M. Faure Lucifer 41.10s.— de sang.
HMA ee e a S Ces 71. 105. pour nous. pour le livre de Mrde Schelestrate par le Prato dap haben ea 41. 105. pour les livres de notre bibliothè que de la dernte fols ooh A Uh EA 1791.105. pour livres achetés pour nous à Florence 241. le reste est de présent : Item pour le Fontilical soie E Tere DESEE See 71. pour Mr Bigot missale et Psalteriü grad. lettres 7... e LIED Em Reine 91. gages du petit vallet de M. Anisson etc... 481. donné à d. Jean ! pour écritures ...... 1331. pour présent de livres pour la dépense de Rome jusqu'à Florence ....... 4501. donné au petit clerc de St-Laurent .... 31.105. pour le voyage de Camaldoly, menus IDA rate AE NU E SE Enr en 41. 105. pour les menus frais du voyage de Pise . 2]. 105. pour faire nos couronnes ........... 31.105. pour autres menus frais à Florence pour les manches des domestiques, blan
C'était donc la bibliothè que du roy qui avait liré le meilleur résultat de la mission en Italie. Les envois de livres, de manuscrits, d'estampes s'étaient succédé sans interruption, et les listes nous en ont éLé conservées par Nicolas Clément dans le « Hegistre des livres acquis pour {la bibliothè que du roi, depuis | : l ; Mémoires en état de paraître en public. Il commencera arrivaient à Reims pour rendre compte du voyage à l'archevé que qui en était l'inspirateur. Aprés avoir | | rendu visite à son père pres que centenaire, à SaintPierremont, Mabillon rentrait à Paris le 28 juillet *.
Il ne parait pas que Louvois lui ait adressé la plus légère observation sur la longueur du voyage, et il se. fût montré rigoureux et injuste s'il l'eüt fait, car les. résultats de l'expédition étaient hors de proportion avec les frais. Néanmoins on est obligé, à regret, de transcrire ces lignes qu'il adressait le 23 octobre à. l'archevê que de Reims : « Je vous dirai en passant qu'il me paroît que ces bons Pères ont voyagé bien | chèrement ayant dépensé plus de 500 pisto les en quinze mois de temps . » Les frais, nous l'avons vu se réduisaient à 5200 Jis vres avancées par le roi, plus 200 pisto les d'Espagne (environ 4070 livres) pour un voyage de trois personnes pendant 15 mois en Italie d'où ils avaient expédié à la bibliothè que du Roy livres et manuscrits dépassant la somme de 6096 francs. Par conséquent les dé- | penses personnel les des trois voyageurs se montaient à 3174 livres soit 1058 livres pour chacun, c'est-àdire un peu plus de 701.50s. par mois, tout compris ; il faut y ajoutes les frais du retour depuis Florence ; 1 | quels qu'ils fussent on peut dire que c'était l’âge d'or des missions scientifiques.
De retour à Saint-Germain-des-Prés, il ne s Pt E plus que de mettre en état de paraitre les richesses. littéraires rapportées ; mais dom Jean Durand qui 3 avait vu les deux travailleurs à l'œuvre et les avait aidés — il travaillait encore d'après leurs indications + | écrivait à Paris : « Il faut, s'il vous plait, que vous TH modériez un peu la ferveur de ces deux bons religieux. Il faut qu'ils se reposent avant que de commen- « cer à mettre leurs matéri aux en état. Néanmoins, quel que déférence qu'ils aient pour vous, je doute qu'ils veuillent vous obéir exactement sur ce point”, » Dom Durand ne s'abusait pas car, le 7 octobre, dom M. Germain écrit à Magliabecchi que « dom J. Mabillon | travaille avec une diligence incroyable à mettre ses | DATES ENVOIS |In-tol.| In-49| In-80|In-12| PRIX Divers lieux d'Italie Rendus par l'arch. de Reims z res | 748 1. 105. 1720 1. | 6401.6 s.
| 674 |1137 EJ 92 |52211.1s. par la description de notre Iter italicum qui est pres que entièrement achevé... Nous commencerons notre impression par les piè ces que nous avons trouvées à — Florence... il n'est pas nécessaire qu'on sache à Rome que notre intention est de commencer par la publi- - cation des piè ces de Toscane. Vous savez qu'à Rome on veut primer en tout et partout !. » Mabillon et dom Germain aidés maintenant par dom Ruinart étaient déjà occupés à mettre sur pied le Museum i alicum seu veterum scriptorum ex bibliothecis italicis erula a D. Johanne Mabillon et D. Michaele Germain presbyteris et monachis Benedictinæ Congr. S. Mauri — »Tomus I in duas partes distinctus. Prima pars complecditur eorumdem ler Italicum litterarium : altera vero varia Patrum opuscula el vetera monumenta, cum — Sacramentario el Pænitenliali Gallicano, in-4°, PariE wr siis, Boudot, 1687.
Musei italici tomus II complectens antiquos libros Bitza les sanclæ romans Ecclesiæ cum commentario i Te in Ordinem romanum, in-4°, Parisiis, Boudot, 16 | L'ouvrage fut réimprimé chez Montalant, 2 vol. dn-4s, Lutetiæ Parisiorum 1724.
- Tomer, Dédicace à Ch.-Maur. Le Tellier, archevê que de Reims, 3 feuillets.
Ad studiosos lectores, et Index contentorum in duplici hujus tomi parte, 4 feuillets.
Libri diurni romanorum pontificum supplementum, | À j. 32-37.
| * Index [6 feuillets].
Tome 11. Lectori et Index, 3 feuillets. Commentarius prævius in Ordinem romanum, $ Antigui libri ritua les sancte Romane Ecclesia.
— Dom Germain à Magliabecchi, Paris, 7 oct. 1686 dans py Ope :
I. Ordo romanus de missa pontificali, p. 1.
Appendix, de Officiis a Cana Domini us que ad Pascha, p. 30.
II. Ordo romanus de missa pontificali, p. 42. nr. Ordo romanus de missa item ponlificali, p. 533 Iv. Fragmentum veteris Ordinis romani de missa pontificali, p. 61. v. Ordo romanus de missa episcopali primus, uper Ordo romanus de missa episcopali secundus, p. 70. vir. Ordo scrulinii ad electos elc., seu de baptismo, vi. Ordo romanus de ordinationibus sacris, p. 85.
IX. Ordo romanus ejusdem argumenti, p. 89.
X. Ordo romanus de triduo ante Pascha, p. 97. xr. Ordo romanus auctore Benedicto canonico sancti Petri, p. 118 ; Johannis papse XIX diploma de basilica sancti Pelri, p. 154 ; Excerpta ex libro Petri Mallii de eadem basilica, p. 158. xir, Ordo romanus, auctore Cencio cardinale, p. 167 : Breve recordationis de consuetudinibus altaris sancti Salvatoris Lateranensis, p. 217.
Le Museum ifalicum contient donc le célèbre Missel de Bobbip dont il a été déjà question dans le Dictionnaire et que Mabillon a étudié mais qui a été depuis l'objet de recherches érudites dont les auteurs n'ont pas réussi à se mettre d'accord entre eux. L'orisentir sur le texte sont un probléme des plus compliqués que Mabillon n'a méme pas entrevu. Peut-étre sera-t-on longtemps encore avant de situer d'une maniére définitive ce document dans l'ensemble de l’ancienne littérature liturgi que d'Occident ; aussi peut-on dire que c'est beaucoup pour la réputation de Mabillon d'avoir découvert, sauvé peut-étre de l'oubli | et de la destruction un texte de premiére importance | qui renferme beaucoup d'éléments archaïques *.
Les Ordines romani ou livres rituels de l’ Église romaine avec leur commentarius prævius sur l'Ordo romanus, sur les basiliques anciennes, le clergé romain, les collectes, les stations et les litanies, les rites de la messe pontificale, la communion sous les deux espé ces,
D RN LI = Rina er ara i cas aie m4 2 8 0 Cas Re mm a eme cai slo rm mac a 559 Lors que ler italicum, le Museum et la Correspondance devant les yeux, on se fait, à plus de deux siéc les de distance, le compagnon des deux bénédic- | tins, on serait disposé à croire que leur voyage ne | laissa que d'excellents souvenirs, ce serait négliger | de compter avec la fourberie italienne. Un ami à qui Mabillon avait prodigué les bons procédés, Italien de souche irlandaise, le Pére, depuis cardinal Noris, aprés avoir comblé le savant bénédictin de compliments, attendit son retour en France pour le dénoncer | par une leltre anonyme (peut-étre deux). On y lisait ceci : Habemus hic patrem Mabillonium suavissimum el doctissimum, Gallum tamen et Gallorum docitrinæ lenacissimum, praesertim in his quie contra Sancte Sedis reverentiam iniquiora apud eam gentem oblinent. : M. Schelstrate m'a fait voir cette lettre, ajoute dom Estiennot, et m'a prié de vous saluer de sa part et de vous dire que dans les lettres que vous écrivez aux Italiens, vous ferez bien de ne pas vous ouvrir et ne dire rien qui soit tant soit peu contraire aux sentiments de cette cour, si vous ne voulez bien qu'on le sache » Non content de travestir Mabillon en gallican, le bon apótre Noris entreprenait de corriger son érudition histori que. Magliabecchi communiqua,deux années plus tard, à ses amis de Saint-Germaindes-Prés les preuves de cette nouvelle vilénie et dom Germain lui répondait : « Je vous avoue que vous méritez de vivre au milieu de gens de lettres qui aient le cœur mieux placé que ceux dont vous faites mention. Leur mépris et leur malignité ne nous touchent. nullement. Si nous sommes touchés, c'est de leur faiblesse et de la bassesse de la passion qui les domine. Nous avons travaillé (Dieu le sait) à bonne intention et sans relâche pendant rotre séjour en Italie. Nous y avons Vues profité : le publie en rendra un jour | bon témoignage : nous n'y avons offensé personne ni de paro les ni par écrit. Nous nous sommes eflorcés à donner une plus noble idée de l'état des scien ces et des gens de lettres qui sont en Italie, que n'avaient les Francais, les Anglais, les Allemands et ceux des Provin ces-Unies. Beaucoup de critiques changent à notre persuasion, en estime l'extréme mépris qu'ils avoient de la nation italienne pour l'étude solide des scien ces supérieures. En un mot. nous avons tâché de relever et d'honorer tous ceux de qui nous avons recu quel que mar que de bonté et quel que assislance. Qu'on lise ailleurs tant de relations et de voyages d'Italie qu'on voudra, on n'en trouvera point où un étranger, soit catholi que soit protestant, en ait mieux usé que nous. Si ceux-là mémes que certains rites particuliers au samedi avant les Rā- | | monasti que , | paraissait quelques jours plus tard avec la double | 560 nous avons tåché d'obliger en usent mal, ils nous donnent occasion de modérer les louanges que nous leur avons données, et se rendent indignes d'é cultivés par aucun de ces amateurs de la vérité do la France et les autres-pays du nord et du couchant sont remplis. Salvini a grand tort, puis que sur l'estime de ce qu'il sait de grec nous a inspiré, nous avons rendu de lui un témoignage si avantageux... Que Dieu | bénisse et le rende plus homme de bien... peut-éi se trouvera-t-il que ce que le P. Noris et Salvini croient. devoir être corrigé sera une faute que l'original même aura fournie. Ce n'est pas que nous nous embarr sions d’être corrigés par d'autres. C'est une folle vanité de se croire infaillible dans ce qu'on produit i surtout dans une si grande variété de matières. Quand Salvini aura autant imprimé de choses nouvel les que nous, peut-être reconnaitra-t-il qu'il n'est pas impeccable *. » ES XIII. LE TRAITÉ DES ÉTUDES MONASTIQUES. - Il manquerait quel que chose à Mabillon s'il ne Pdl dt trouvé en conflit avec un moine célèbre, son contemporain, l'abbé de Rancé. On connait sans doute l carrière de celui-ci, sa conversion, la réforme éclatant e à laquelle il attacha son nom. Dans son monastère c r Tapps il avka, en me réformateur A Wi r l x Los T qu'il dilata le priaient souvent mettre par écrit les instructions spirituel les qu'il le donnait, mais M. de Rancé répugnait, paraît-il. devenir auteur. Quand la maladie l'empécha d'adresser à sa communauté les instructions habituel les, il p laissa persuader que si ses exhortations étaient écrites un autre pourrait les lire à sa place et il se mit, en conséquence à recueillir les passages des Écritures et le s senten ces des Pères qu'il avait copiés afin de les cite plus fidèlement, Il encadra ces textes dans des rema E ques et des considérations, et ce fut ainsi qu'il composa un traité complet sur La sainteté et les devoirs de la vie. Lors que Bossuet quitta la Trappi e après sa première visite de 1682, il emportait avec lui une promesse qu'il avait arrachée non sans peine | à Rancé, celle de laisser imprimer cet ouvrage. D E 15 mars 1683, l'impression était terminée, et le livi approbation de Mgr Le Camus et de Bossuet. Deux. mois plus tard, Bossuet écrivait : « Votre livre fait. tous les effets que je m'en étais proposé : en général, un très grand bien. Dans quelques paritculiens il trouve beaucoup de contradiction ©, » E. Dans son ouvrage, l'abbé de Rancé se proposait surtout de donner à ses religieux une idée de la vie monasti que telle qu'il la concevait, et de leur ensei- ~ gner les moyens à prendre pour s'acquitter dignement de leurs obligations. Dédaignant les observan ces de son temps qu'il tenait pour dégénérées de la ferveur primitive, il remontait aux origines de la vie monasti que, et sans préambule, présentait le portrait du. ii, ayant renoncé par un vœu solennel au monde i tout ce qu'il y a de périssable et de sensible, ne L plus que pour Dieu et n'est plus occupé que des hoses éternel les 1, » | - Ce renoncement, que les simp les chrétiens peuvent ontenter de pratiquer dans leurs dispositions intéeures, doit être réel chez les moines, parce que la consécration des vœux est, à proprement parler, l'immolation d'un holocauste qui ne souffre ni resiction ni réserve. Aprés leur avoir marqué en peu de ots l'étendue de leurs devoirs, il leur montre, pour animer leur courage, la dignité de leur origine, et leur enseigne que les observan ces religieuses n'ont point d'autres instituteur que Jésus-Christ lui-même. Tout rempli de ses vastes lectures, il expose les desseins de Dieu dans l'établissement de là vie solitaire et se comait à tracer des portraits de la sainteté et de la tence de ceux qui, les premiers, la pratiquérent. pendant son ardeur ne va pas jusqu'à vouloir blir un passé disparu à ja mais. « Je vois, dit-il, n auditoire, que ce que vous venez d'entendre cause des désirs violents d'imiter ces bienheureux taires, et qu'étant embrasés d'une sainte ardeur, utes vos pensées vous portent du cóté du désert, que chacun de vous ne demande plus que les ai les a colombe pour s'y envoler et s'y reposer. Mais il. arrêter vos sentiments, modérer votre zèle et as lui donner en cela tout ce qu'il vous demande : les temps sont passés, les portes des solitu des sont présentement fermées, les entrées n'en sont plus libres, et la Thébaide n'est plus ouverte ?. » - Cependant le moine qui sait comprendre l'étendue de ses trois vœux de religion, et ne se borne pas à les rver d'une facon littérale et grossiére, pourra 'élever à une perfection égale à celle des anciens solies, II n'aura pour cela qu'à employer les moyens « que l'abbé de Rancé lui enseigne dans dix-huit cha- ` pitres, aprés en avoir déjà consacré cinq à développer considérations précédentes. Ces moyens sont mour de Dieu, l'amour et la confiance envers les upérieurs, la charité des religieux les uns pour les tres, l'assiduité à l'oraison, l'amour des humiliations pensée de la mort, la présence des jugements de Dieu, la componction du cceur, la retraite, le silence, laustérité de la vie et la mortification des sens, les trav aux corporels, les veil les, une pauvreté exacte et la patience dans la maladie.
- La doctrine s'appuie sur un ensemble d'autorités imposantes qui viennent toutes déposer en faveur des opinions de l'auteur. Cha que fois que le lecteur pourrait être incliné à mettre en doute cet enseignement excessif et bizarre, on lui propose une muraille le textes tirés des Écritures, des conci les, des Pères et des Docteurs de l'Église, des Pères du désert enfin qui tous doivent donner raison à l'abbé de Rancé et ne doivent servir qu'à cela.
— La forme choisie est une sorte de dialogue artificiel où les auditeurs adressent des questions, auxquel les Labbé de Rancé répond sans se laisser interrompre ——au cours de longs développements. Cet ouvrage dans lequel Cháteaubriand découvrait une basili que où — éelatent les gran des orgues ?, est d'une longueur et cT d'une lourdeur accablantes, mais d'un style correct et d'une langue saine ; parfois on est heureux d'y rencontrer quelques lignes plus vives mais ordinairement c'est tout le matériel des comparaisons usées à force d'avoir servi.
L'accueil fait au Traité déjoua les prévisions de Bossuet qui n'admettait pas que « l'aveuglement irait jusqu'à attaquer cet ouvrage en public , » il trompa celle de Le Camus qui prédisait que ce livre « percera les siéc les, et ceux qui écriront contre lui sont plus dignes de mépris que de réponse 5. » Cependant des critiques nombreuses et acerbes se produisirent, et leurs auteurs étaient de ceux dont on ne se débarrasse pas par le mépris. Les laics n'y prétérent qu'une attention distraite et bientót lassée ; il n'en fut pas de méme parmi les religieux. Chez les chartreux, plusieurs visiteurs défendirent dans leurs monastères la lecture du Traité « comme contenant une méchante doctrine, et firent brüler quelques collections et quelques remarques, que plusieurs particuliers y avaient faites pour leur utilité 5. » Dom Innocent Le Masson, supérieur général des chartreux, fit rééditer les statuts de son ordre afin, disait-il, de réfuter ceux qui soutenaient que cet ordre avait dégénéré de l'observance de la règle .
De toutes les critiques, une seule fut publiée ; elle avait pour auteur le protestant Larro que et portait ce titre : Les véritab les motifs de la conversion de l'abbé de la Trappe, avec quelques réflexions sur sa pie et sur ses écrits, ou Entretiens de Timocrate et de Philandre sur un livre qui a pour titre : Les saints devoirs de la vie monasti que . Cet écrit satiri que n'obtint de l'abbé de Rancé qu'une réfutation de quelques lignes qu'une plus müre réflexion lui fit supprimer. Un abbé Maupeou se chargea de la défense de Rancé dans un écrit sur La conduile et les sentiments de M. l'abbé de la Trappe, pour servir de réponse aux calomnies de l'auteur des Entretiens de Timocrale et Philandre sur le livre de la sainteté el des devoirs de la vie monasti que . Ce n'était là qu'une escarmouche sans importance.
L'ordre bénédictin se sentit particulièrement visé par les critiques que le Traité dirigeait contre la mollesse et la dégénérescence des communautés qui n'étaient pas soumises aux coutumes de la Trappe. La congrégation de Saint-Maur tenant compte du changement des mœurs et en vue de subvenir à des besoins nouveaux avait admis certaines mitigations à la règle de saint Benoît et apporté diverses interprétations à l'emploi du temps. Les traditions anciennes et l'approbation récente du Siège apostolique autorisaient et approuvaient ces réglements et il n'appartenait à personne, fût-ce à l'abbé de Rancé, de revendiquer pour les règles monastiques primitives le caractère d'immutabilité qui appartient à l'Évangile, en conséquence de blâmer et de condamner ceux qui se faisaient de la perfection et des moyens d'y atteindre une conception différente de la sienne. Mais l'abbé de Rancé s'exprimait avec une si superbe intransigeance qu'il ne pouvait manquer de se trouver dans les monastères des âmes timorées qui, le croyant sur parole, ne regardassent tout de suite leur salut éternel comme compromis si elles restaient dans leur observance : des esprits brouillons et amis du changement qui suscitassent des difficultés à leurs supérieurs, et, sous prétexte de tendre à une perfection plus haute, sollicitassent leur entrée à la Trappe autant pour satisfaire leur curiosité que pour promener leur inconstance.
Après quelques réflexions générales, où Mabillon relève les exagérations et l'excessive rigueur de Rancé, il passe à des points précis et il effleure la question des études. « Il semble, dit-il, que le retranchement des études est contre l'esprit des anciens et de l'Église, puis que le concile de Trente l'ordonne dans les monastères, que, de tout temps, on en a eu l'usage dans l’ordre de Saint-Benoît, que les écoles extérieures n'estoient que pour les séculiers, mais que les intérieures estoient pour les religieux et les enfants, que sans ce secours les enfants seroient demeurés sans savoir lire, puisqu'ils estoient reçus à l'état monastique dès l'enfance, que le mot de studium dans le concile de Verneuil ne se doit pas entendre de l'étude, mais de l'inclination et du penchant aux désordres, que les conciles de ces temps-là portent les moines à l'étude, que l'esprit d'oraison et de travail a besoin de ce secours, surtout lors que la première ferveur est passée, et que l'exactitude extérieure ne peut subsister sans cet esprit comme il s'est vu à l'égard des jeunes chez nos anciens moines. » L'abbé de Rancé répondit en peu de mots et sans faire aucune concession : « La pensée, disait-il, que l'on a sur les études est entièrement selon la règle de saint Benoît, puis que comme on a remarqué dans la distribution du temps, ce saint ne donne pas un moment pour l'étude. Il est pourtant vrai que comme on recevoit pour lors des enfants dans les monastères, il leur falloit donner des instructions ; mais elles n'étaient pas assez profondes pour leur donner le nom d'étude, on n'est pas présentement en ces cas-là, car on n'y recoit plus personne qui n'ait quelque littérature. On ne prétend point défendre toute instruction puisqu'on a rapporté le sentiment de saint Basile qui en permet, mais à la vérité bien différente de celles qui sont aujourd'hui en usage : on ne voit pas comment on peut donner un autre sens au mot de studium dans le concile de Verneuil que celui d'étude, et on ne peut pas s'imaginer comment on le peut entendre autrement. Il a bien fallu qu'un certain temps l'Église ait porté les moines à l'étude les ayant vus dans une inutilité profonde, sans travail et sans occupation. Et pour ce qui est de conserver l'esprit d'oraison, rien n'y peut contribuer davantage que les lettres saintes, soit de l'Écriture soit des saints Pères, il n'est rien de plus capable de le dissiper que les lectures théologiques... » Cet échange de vues n'était que le prélude d'un conflit déjà proche et aisé à prévoir. Les cisterciens étaient eux aussi, loin d'approuver les attaques de l'abbé de Rancé qui, toutes, visaient plus ou moins directement l'observance de Cîteaux. Dans une assemblée tenue au collège des Bernardins, à Paris, on rité de saint Augustin qui a prouvé dans le De opere demeurerons dans la simplicité de notre Institut, et proposa la suppression du Traité comme injurieux et exagéré. Cependant le Traité jouissait de la vogue ; dès le mois d'août 1684, il atteignait sa troisième édition bientôt épuisée, mais en même temps il était question de faire censurer l'ouvrage à Rome. Ce fut alors que l'abbé de Rancé, malgré ses répugnances sincères ou simulées pour le métier d'auteur, s'y adonna tout à fait en publiant ses Éclaircissements sur quelques difficultés que l'on a formées sur le livre de la sainteté et des devoirs de la vie monastique, qui parurent le 16 juin 1685 sous le patronage des mêmes prélats qui avaient donné leurs approbations au Traité. L'approbation des évêques de Grenoble et d'Luçon ne pouvait taire les contradictions que le Traité que « quelques religieux... ont décrié en secret... fâchés de ce qu'en découvrant si clairement l'étendue de leurs obligations, on faisoit connaître au public combien ils s'étaient relâchés de l'esprit primitif de leur règle, néanmoins il n'y en a eu aucun qui ait osé s'élever publiquement contre un livre approuvé si universellement de toutes les personnes désintéressées et qui donne une si haute idée de la vie religieuse. » Les Éclaircissements eurent autant de succès que le Traité. Cette fois, l'abbé de Rancé devait s'expliquer sur la question de l'étude qui avait provoqué les remarques de Mabillon, interprète autorisé de l'ordre bénédictin. Il chercha d'abord à se couvrir de l'autorité de saint Benoît qui dit que les moines doivent non seulement prier, mais encore travailler. Ensuite Rancé essaya de détruire l'objection de ceux qui soutenaient que l'étude est suffisante pour tirer les moines de l'oisiveté, et même pour mortifier leur corps et dompter leurs passions, et qu'ainsi, elle leur peut tenir lieu de travail manuel. Il n'en croit rien car voici l'idée que ce grand travailleur se fait de l'étude : « Naturellement et par elle-même, l'étude dissipe, elle dessèche, elle distrait, elle rend les hommes superbes et causeurs, elle les remplit de pensées vaines. Elle cultive l'esprit, mais elle ne dit rien au cœur ; elle apprend les vérités, mais elle ne donne pas de sentiments ; elle éclaire, mais elle n'échauffe point ; et les âmes toutes remplies des images et des idées des choses qu'elles ont reçues, et qu'elles ont goûtées, ont peine à avoir cette pureté si nécessaire pour offrir à Dieu des prières qui soient dignes de lui être présentées, et elles se trouvent souvent incapables de recevoir les opérations divines que l'esprit de compunction produit en celles qui sont véritablement pénitentes. » En deux mots, il faut être ignorant et paresseux pour savoir aimer et servir Dieu.
« Quant il plaira à l'Église (ce que je ne pense pas qui arrive jamais) de commander l'étude aux moines | et de leur interdire le travail, nous n'aurons que du respect et de la soumission pour ses ordonnances. Nous croyons que le Saint-Esprit qui lui aura inspiré de le faire y joindra ses bénédictions et ses grâces, - sans nous donner l'autorité d'en examiner les raisons et les motifs ; mais jusques à ce que cela soit, nous dans la religion de nos Pères, et nous nous montrerons inébranlables dans la manutention des Règles et des instructions qu'ils nous ont laissées . » Y L'abbé de Rancé, afin de dispenser l'Église de commander l'étude aux moines, prenait ses mesures pour y faire proclamer leur droit à la paresse. « J'ai, disait-il, des amis en ces pays-là (à Rome) qui m'assurent que l'on y ferait approuver (le Traité), s'il était traduit en latin !. » Pendant ce temps un (de Rancé) et particulièrement sa réponse (les Éclaircissements) 3 et Rancé qui, probablement, en avait su quelque chose, jetant feu et flamme ?, faisait « tinnarre » Dom Michel Germain, de qui l'endurance avait des limites, disait à un confrère : « Je suis mal édifié de sa conduite, et si la chose en valait la peine, je lui écrirai en droiture une bonne lettre, dans - laquelle en lui gardant tout le respect dû à son caractère, je lui apprendrais tout grand saint et grand “seigneur qu'il est, à être un peu moins crédule à ce qu'on dit qu'on fait contre lui . » Mais l'abbé de Rancé laissait entendre et faisait courir le bruit que si son livre était censuré à Rome, la peine en retomberait —en France sur la congrégation de Saint-Maur. Son agitation n'allait pas à son avantage et le cardinal | Bona disait que, décidément « la ferveur de cet abbé semble avoir quelque chose de la fureur . » - Une accalmie survint et la paix sembla rétablie jusqu 'à ce que le bruit se répandit qu'un bénédictin se préparait à donner un Commentaire sur la règle de saint Benoît où les sentiments et les maximes de ce saint sont expliqués par la doctrine des conciles, des saints Pères, des plus illustres solitaires et des principaux écrivains qui ont traité de la discipline monastique . L'auteur était dom Joseph Mège, qui citait avec éloge le Traité à propos des pensions monastiques 7, mais le combattait sans le nommer sur trois points importants : le silence, les humiliations et les études. Sur ce dernier point, dom Mège soutenait que les bénédictins étaient dispensés de l'obligation de conscience parce que les causes de cette obligation n'existent plus. Il appuyait sa manière de voir sur des autorités respectables et montrait comment on avait eu le droit de remplacer le travail manuel par l'étude. Le Commentaire de dom Mège était imprimé mais n'avait pas encore été mis en vente lors que Bossuet apprit son existence et les attaques qu'il renfermait contre la doctrine soutenue par l'abbé de Rancé. Il écrivit immédiatement au Père prieur de Saint-Germain-des-Prés prétextant « que cet ouvrage ferait tort à la piété en général et en particulier à la congrégation de Saint-Maur et il le priait de donner avis de cette affaire au Père général, afin qu'il en empêche la course . » Le Père général pria dom Claude Martin de lire, retoucher et corriger » le Commentaire dont 'on ferait une seconde édition et l'on supprimerait la première » Dom Mège promit à Bossuet de lui soumettre le texte révisé, mais on sut bientôt que la “première édition s 'écoulait en province. Mécontent »d'avoir été joué, Bossuet pressa l'abbé de Rancé de publier son Explication de la règle de saint Benoît. “Celle-ci était terminée avant la fin de l'année 1687, | mais ne put être imprimée qu'en 1689 et parut avec “l'approbation de Bossuet sous ce titre : La règle de — saint Benoît, nouvellement traduite et expliquée selon son véritable esprit, par l'auteur des Devoirs de la vie Bos. Paris, 1689 !, E. q ME E ce 2 E - Trappe s'efforçait de montrer la déchéance des congrégations religieuses De en siècle et leur éloignement général d'ordre allait trouver dom Claude Estiennot | et lui offrait de faire censurer les livres de l'abbé | gnement de l'esprit primitif. Il ressassait les mêmes idées que dans ses ouvrages précédents avec plus d'àcreté encore. La haine de l'étude tournait chez cet homme qui y consacrait une grande partie de sa vie à la bêtise, et on pouvait en venir à lire, sous sa plume, les affirmations suivantes : « La science des dogmes et des questions de théologie a de grandes utilités ; elle est même nécessaire ! cependant si un solitaire s'y applique, s'il la goûte, s'il s'y adonne, s'il se propose d'en pénétrer les difficultés, elle desséchera son cœur, elle le jettera dans la dissipation, elle affaiblira sa piété, elle lui donnera du mépris pour la lecture des choses de sa profession, elle l'élévera par une opinion fausse qu'il se formera de lui-même, elle lui fera oublier qu'il est destiné pour vivre dans le silence, elle lui persuadera qu'il doit instruire, elle étouffera en lui l'esprit de compunction, elle détruira cette humilité profonde qui est si essentielle et sans laquelle il n'est religieux que de nom et d'habit ; et ainsi le dépouillant de toute la vertu de son état, elle lui en ôtera le mérite devant Dieu et devant les hommes !!. » | En sorte qu'on est en droit de s'étonner comment et de se demander pour quoi l'abbé de la Trappe, dont la science théologique et l'érudition trouvaient les textes indispensables à ses thèses, échappait seul aux conséquences desséchantes et funestes de cette science qui atteignaient tous les moines excepté lui.
Tandis que l'abbé de Rancé recourait à l'amitié de Bossuet pour assurer à son livre un succès sans contradiction, les supérieurs de Saint-Maur poussaient à ses extrêmes limites l'esprit de conciliation, et dans l'assemblée générale du 1r août 1689, supprimaient le Commentaire de dom Mège et en interdisaient la lecture ; en même temps, ils chargeaient dom Edmond Martène de composer un travail plus correct sur la règle de saint Benoît. Celui-ci était à pied d'œuvre et fut lestement enlevé. Le bouillant Martène n'était pas de ceux qui s'attardent en chemin. Il rencontra la question des études et l’aborda sans embarras, souriant un peu de ces vaillants défenseurs de l'ignorance monastique qui « semblent, dit-il, se battre pour leurs autels et leurs foyers. » Dès la fin de 1689, son livre avait paru sous ce titre : Commentarius in Regulam S. P. Benedicti, litteralis, moralis, historicus ; ex variis scriptorum, commentationibus actis sanctorum monasteriorum ritibus aliis que monumentis cum editis cum manuscriptis concinnatus. Le Général de la congrégation et dom Martène allèrent offrir un exemplaire à Bossuet ! et un autre partit à l'adresse de l'abbé de Rancé !*, Ainsi fut écarté l'incident qui faillit mettre aux prises l'abbé de Rancé et la congrégation de Saint-Maur ; un autre incident survint qui ne devait pas améliorer des rapports déjà difficiles.
Les chanoines réguliers de Châtillon-sur-Seine, de Saint-Symphorien d'Autun et d'Oigny, qui avaient entrée aux États de Bourgogne souffraient de voir les bénédictins avoir le pas sur eux dans ces États. Un chanoine publia en 1681 un mémoire intitulé : Ke : montrances des chanoines réguliers de la province de Bourgogne, se plaignant d'être troublés dans leur préséance sur les bénédictins aux États de Bourgogne M, Dans ce mémoire « plus remarquable par les invectives que par les raisons, » l'auteur représentait que « les chanoines réguliers étant sur le chandelier et les moines sous le boisseau, des oliviers sauvages, entez sur l'olivier franc, ils avaient tort de s'élever contre les branches naturelles, n'ayant rien d'ailleurs dans leur nom, leurs emplois, leur actions que de bas et de ravalé, et qu'ainsi ils disputaient témérairement la préséance aux chanoines réguliers qui avaient bien des prérogatives dont les moines ne pouvaient se glorifier 1, » Les bénédictins laissèrent ce mémoire sans réponse pendant sept ans. Finalement, excédés des réclamations des chanoines réguliers, ils chargèrent Mabillon de réfuter leurs adversaires ; ce fut l'origine d'une Réponse des religieux bénédictins de la province de Bourgogne à un écrit des chanoines réguliers touchant la préséance dans les États.
Les chanoines répondirent par la plume du chanoine d'Antécourt qui invoqua l'autorité de Rancé, « lequel, ayant une parfaite connaissance des devoirs et la sainteté de cet état (monastique), nous en peut mieux instruire que personne, et ce qu'il avoue à ce sujet détruit entièrement toute la seconde partie de l'écrit des religieux bénédictins. Il ne faut que comparer les paroles de ce grand homme avec celles de l'auteur de l'écrit, pour voir que la nuit et le jour ne sont pas plus opposés que les sentiments de l'un et de l'autre. » Mabillon attaqué de cette façon reprit la plume et écrivit une Réplique des religieux bénédictins au second écrit des chanoines réguliers. Dans cet écrit, rempli de déférence pour Rancé, il voulait bien l'appeler « cet illustre abbé, dont la vie et la communauté font aujourd'hui tant d'honneur à l'Église et à la profession monastique ». Un ami de Rancé, l'abbé Nicaise, le facteur du Parnasse », envoya les pièces du procès à la Trappe, d’où il reçut la réponse suivante : « J'ai | lu le factum que vous m'avez adressé, Les hommes me | font compassion : à quoi passent-ils leur temps ? O curas hominum. En vérité, un moine est bien mieux dans un cloître que dans les assemblées publiques. Ne leur persuadera-t-on jamais que leur gloire est de se cacher et de ne se mêler de rien, et leur honte de se montrer et de se mêler d'affaires ? » Nicaise fit circuler la lettre qui ne tarda pas à être connue à Saint-Germain-des-Prés. Elle n'était pas précisément de nature à plaire et à apaiser les susceptibilités, peut-être avait-elle pour but de les piquer ? Mabillon avait défendu les droits des bénédictins contre les chanoines réguliers, c'était lui encore qui défendrait la discipline bénédictine contre les théories de l'abbé de la Trappe. On peut dire qu'à partir du moment où cette lettre fut publiquement connue, les théories de M. de Rancé.
C'est au mois de juin 1691 que Mabillon après de longues hésitations se décida enfin à publier le Traité des études monastiques [dédié] aux jeunes religieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. Il y a déjà longtemps, leur disait-il, que nos supérieurs me pressent de mettre par écrit certains avis, qu'ils croient nécessaires à ceux qui commencent à étudier. Mais, après avoir différé plusieurs années d'exécuter ce projet, il s'est enfin présenté une occasion qui m'a déterminé à l'entreprendre. On a vu naître depuis peu une espèce de contestation parmi les gens de lettres et de piété, dont quelques-uns prétendent que les solitaires ne peuvent s'appliquer aux études. » Mabillon se proposait donc de guider les jeunes religieux et de leur apprendre les dispositions nécessaires à apporter à l'étude de toutes les connaissances qui conviennent à des ecclésiastiques. « Je ne doute pas, disait-il, que ce plan ne surprenne plusieurs personnes, qui s'imagineront peut-être que je le propose tout entier à chaque solitaire en particulier. Mais ce n'est là nullement mon dessein. Je sais que comme il y en a très peu qui soient capables de s'est expliquer d'une manière si noble et si relevée sur une si vaste étude, il y en a très peu aussi que Dieu y appelle. Il y a même bien souvent plus de curiosité et de vanité dans ces sortes d'entreprises, que de solide amour de la vérité. Mais comme tous les hommes n'ont pas les mêmes talents, et que les uns sont propres à de certaines études, qui ne conviennent nullement d'autres, il a fallu parler de différentes sciences pour donner à chacun le moyen de s'appliquer à celle qui seroit plus de sa partie. » Dans l'avant-propos, Mabillon témoignait l'estime que lui inspirait l'abbé de Rancé. « Ce qui me détonait le plus est qu'un grand serviteur de Dieu, qui fait aujourd'hui tant d'honneur à l'état monastique, ce sujet, qu'il est malaisé d'y réussir après lui, vu qu'on sait son sentiment, il y aura peu de choses à ajouter et si on s'en écarte, on court grand risque de n'être pas approuvé. Peut-être qu'il ne sera pas impossible de trouver un milieu en cette rencontre, qu'on pourra demeurer d'accord avec lui que, si tous les solitaires étaient comme les siens, et si on était assuré d'avoir toujours des supérieurs aussi éclairés que lui, il ne seroit pas beaucoup nécessaire que les solitaires s'appliquassent aux études, puisqu'en ce leur supérieur leur tiendroit lieu de livres, suivant l'expression de saint Augustin : Nos simus codex ipsorum, et qu'il suppléeroit à toutes les connaissances qu'ils pourroient acquérir par l'étude. Mais il est difficile, pour ne pas dire impossible, que toutes les communautés monastiques soient dans ce haut degré de perfection que l'on admire avec raison dans cette sainte abbaye ; ou, supposé même qu'elles y fussent, si l'on ne peut que très rarement trouver, sans le secours des études, des supérieurs qui aient la capacité et toutes les lumières nécessaires pour les gouverner et les soutenir dans cette perfection sublime ; peut-être trouvera-t-on qu'en ce cas, qui est assurément plus ordinaire, les études sont nécessaires, tant pour pouvoir fournir aux communautés des supérieurs capables que pour donner aux solitaires assez de connaissances pour y suppléer en quelque façon, lors que ce secours leur viendra à manquer ; qu'autrement les communautés tomberoient infailliblement dans l'abattement, dans le relâchement et même dans l'erreur, faute de capacité dans les inférieurs et dans les supérieurs mêmes ? » Dans une première partie, Mabillon s'attache à prouver la nécessité et l'utilité des études. Les faits confirment sa théorie. En effet, les règles monastiques sont favorables aux études, et, si celle de saint Benoît n'en parle pas, sa pratique, celle de ses disciples immédiats et toute la tradition de son ordre les montrent en honneur dans les monastères bénédictins. L'exemple de saint Benoît est invoqué avec raison, puisqu'il fit prêcher l'Évangile par ses moines aux populations voisines du monastère dans lequel il ouvrit des écoles dirigées par les religieux auxquels il imposait la lecture de l'Écriture sainte et des Pères, ce qui ne se peut faire profitablement sans que l'intelligence soit cultivée par la science. La Règle du Maître qui est un commentaire de la règle de saint Benoît un siècle environ après qu'elle fut écrite « ordonne qu'aux heures destinées pour la lecture, les jeunes religieux soient instruits par un maître habile, et que ceux qui étaient plus avancés s'appliquassent jusqu'à l'âge de cinquante ans à l'étude des lettres... Ce même auteur veut que pendant le travail la lecture se fasse dans quel que livre par un religieux habile, = De plus, selon lui, les religieux divisés en bandes de dix, devoient employer tout le temps qui restait entre none et vêpres, à enseigner ou à apprendre quelque chose ; et chacun devoit rendre compte à son supérieur de ce qu'il avait appris par cœur. On voit les mêmes ordonnances dans les règles des saints Aurélien, Éol et Isidore, et surtout dans la règle des solitaires chapitre xx° où Grimlaicus demande dans un solitaire une science exacte de l'Écriture, de la doctrine de la foi, de la discipline et des canons : en sorte que non seulement il n'ait pas besoin du secours d'autrui pour son instruction, mais même qu'il puisse instruire les autres. » Chaque fois que les moines ont déserté l'étude, la monastique a subi une décadence, ce qui se comprend parce qu'elle repose, avant tout, sur la prière et le travail. L'oraison et la contemplation ont besoin d'être nourries et entretenues par de pieuses pensées et de saintes affections, que l'on puise dans la lecture, évidemment de laquelle l'oraison est sèche et languissante devient ennuyeuse, la retraite et le silence insupportables. « Pour que cette étude s'est affaiblie dans eux, Bou ont traité de la décadence de notre ordre. X choses, dit l'abbé Trithéme ont adumé à la mer orageuse où les vents des tentations soufflent de toutes parts, dit ce je homme, nous avons pour nous la science des Écritures. Quiconque ne se veut servir de cette barque est submergé dans l'abîme itend non seulement l'Écriture sainte, mais même les autres connaissances qui peuvent nous aider à l'intelligence de l'Écriture sainte. » Aussi dans les différentes réformes qui se sont succédées dans l'ordre bénédictin, s'est-on d'ordinaire pressé d'y établir les études : témoin les capitulaires de Charlemagne, les réglements de saint Benoît d'Aniane, de saint Bernon et de saint Odon. Les cisterciens n'ont pas remis, il est vrai, le travail intellectuel en honneur : mais au début de leur réforme, ils ne se sont pas récriés contre les études des clunisiens, quoi qu'ils leur aient adressé quantité de reproches de s'être départis de l'exacte pratique de la règle. Comment l'eussent-ils fait, eux qui s'appliquèrent à la transcription des manuscrits et qui permirent au jeune prince Othon d'aller étudier à l'université de Paris pour sa profession ? - Saint Étienne, troisième abbé de Cîteaux, s'appliqua à corriger la Bible avec le concours de plusieurs juifs habiles, saint Bernard se prononça en faveur de l'étude dans un de ses sermons sur le Cantique des Cantiques, saint Anselme conseilla à son disciple Maurice de lire Virgile et les auteurs profanes « excepté ceux où il se trouvoit des endroits contraires à la pureté et à l'honnêteté. » Enfin, l'ordre austère des Chartreux n'exclut pas l'étude et le prieur Guigue qui, le premier, rédigea ses statuts, demanda à Pierre le Vénérable plusieurs écrits des Pères, même ceux « qui n'avaient été composés que pour la défense de la religion chrétienne. » Si ces communautés religieuses avaient fait fausse route en cultivant l'étude, l'Église n'eût pas manqué de les rappeler à leur devoir ; mais, loin de défendre aux moines le travail intellectuel, les conciles et les papes n'ont cessé de les y exciter, comme le prouvent - le concile général de Vienne, en 1312, les ordonnances du pape Benoît XII, le concile de Bâle en 1346, le concile provincial de Cologne, en 1536 ; enfin le concile de Trente, qui demande « que dans les monastères où on le pourra commodément, il y ait une étude réglée de l'Écriture sainte, et que les abbés qui négligeront de le faire, seront contraints par les évêques des lieux. »
Le travail est donc une obligation rigoureuse pour le religieux, et, sauf quelques cas exceptionnels, déjà prévus par saint Augustin, il ne saurait s'en dispenser « Il faut que la main preste son secours à la prière, à la lecture, et à l'étude, autrement ces exercices, qui sont d'ailleurs si saints, seront languissants et incapables de calmer les agitations et les passions du cœur. On ne ruine guère davantage la prière en disant qu'on ne doit jamais prier, qu'en ostant le travail de la pénitence, qui est comme le fondement qui la soutient, et comme le pain qui la nourrit. » Mabillon, on le voit, est d'accord avec l'abbé de Rancé sur la nécessité du travail pour le moine mais, contrairement au supérieur de la Trappe, il soutient que des études réglées imposées par des autorités légitimes et entreprises pour la gloire de Dieu, le bien de l'Église et de la société, peuvent, dans certains cas, remplacer le travail manuel. Il exempte encore de ce travail les maîtres qui enseignent, et les écoliers qui s'instruisent. « Toutefois, ces cas, dit-il, ne regardent que des particuliers, et non pas tout le corps de la communauté, qui doit continuer le travail à l'ordinaire. De plus il faut que ceux des religieux qui, par ordre de leurs supérieurs, se livrent à des études de longue haleine, suppléent au défaut du travail manuel « par l'humilité et l'estime de ce travail et qu'ils protestent simplement avec saint Augustin, qu'ils aimeroient mieux, pour leur avantage propre, donner certaines heures au travail des mains, à l'oraison et à la lecture comme font les bons religieux, que d'estre obligés de vaquer à ces sortes d'études. » S'appuyant ensuite sur un texte de Guillaume de Saint-Thierry, intime ami de saint Bernard, et sur l'exemple de plusieurs communautés religieuses, Mabillon montre que, parmi les différentes sortes de travaux manuels, les moines doivent choisir de préférence « ceux qui ont le plus de rapport aux exercices spirituels, tels que seroit celuy d'écrire des livres. » En effet, « si on examine, dit-il, un peu de près la peine qu'il y a non seulement à écrire, mais dans certains ouvrages qu'on fait pour le public, comme de composer, de revoir et conférer les ouvrages des saints Pères et autres auteurs ecclésiastiques, de corriger des épreuves, etc., on tombera aisément d'accord que cela peut tenir lieu de travail manuel, pourvu qu'on le fasse dans un esprit de religion, d'humilité et de pénitence, en ne cherchant que la gloire de Dieu et l'utilité de l'Église et du prochain. Car ces sortes d'occupations sont pénibles, C'est un moyen honnête de gagner son pain et d'éviter l'oisiveté, de faire l'aumône spirituelle, et même corporelle, et ce travail qui se fait dans le repos et en silence, peut être aussi un bon moyen pour calmer les passions pourvu qu'on ne s'y recherche pas soi-même. » Dans une deuxième partie, avec l'autorité que lui confèrent sa sagesse, son expérience et le prestige qu'il s'est acquis par ses ouvrages, Mabillon trace le plan d'études que doivent suivre des solitaires élevés à la prêtrise : c'est le même qui convient à des ecclésiastiques. Les différents sujets auxquels ils pourront avoir à s'appliquer, sont l'Écriture sainte, les saints Pères, les conciles, le droit canonique et le droit civil, la théologie, l'histoire sainte et profane, la philosophie, les belles-lettres, les manuscrits, les inscriptions et les médailles. La diplomatique ne pouvait être oubliée. Constater l'âge, la valeur, l'authenticité d'un document original, établir l'usage qu'on peut en attendre, le reproduire avec une inquiète fidélité est plus et - | * - AT i E P To WET) Late e Pa AN o E PERA gt re My — ——————————— Aereo T NS pO w LESS L rix fi Ri à —— T B DTT« UeS uto cm os Pap ym copre ami PA IF Dp emum mes, = ayip ain Rida, PA RTS m in amr NepbRe poa me mieux qu'une besogne de critique matérielle, « Il ne faut pas, dit Mabillon, que ceux qui s'appliquent à ce travail, s'imaginent que ce soit un temps perdu, ou que cette application soit de peu d'utilité. Elle est très avantageuse à l'Église ; et ceux qui veulent bien en prendre la peine, en retirent d'autant plus de fruit et de mérite devant Dieu, que ce travail ne paroit pas d'une manière sensible aux yeux des hommes et qu'il n'a rien de fort agréable ; mais il n'est pas encore si pénible que celui de copier des livres, dont nos anciens Pères se sont acquittés avec tant d'avantages. Quant à la numismatique, elle sied mieux à des séculiers qu'à des religieux, c'est une étude trop engageante qui peut détourner de meilleures choses. » Enfin, comme chez Mabillon la science marchait de pair avec l'esprit de religion, l'auteur prend soin de marquer, dans une troisième partie, l'esprit et les dispositions que les moines doivent apporter à l'étude, s'ils veulent travailler en même temps à leur propre sanctification et au bien de l'Église. Deux appendices contiennent la liste des principales difficultés qui se rencontrent dans la lecture des conciles, des Pères et de l'histoire ecclésiastique | par ordre des temps 1, et un catalogue des meilleurs | livres avec les meilleures éditions pour servir à composer une bibliothèque.
Dom Thuillier nous apprend que l'ouvrage de Mabillon fut reçu en France « avec des applaudissements infinis ?. » L'évêque d'Avranches, Huet, écrivit | à Mabillon : « Je suis ravi que vous ayez entrepris de désabuser ceux à qui on a voulu persuader depuis plusieurs années que l'ignorance est une qualité nécessaire à un bon religieux. Je suis dans un lieu où j'ai vu soutenir cette maxime si favorable à la fainéantise des cloîtres, qui est la mère du relâchement. J'ai beau alléguer votre exemple et celui de tant d'illustres confrères que vous avez, si dignes de l'habit et du titre qu'ils portent, Votre ouvrage les pourra désabuser, si je puis obtenir qu'ils veuillent le lire : mais quant on aime son mal, on en fuit les remèdes . » Fléchier ne fut pas moins élogieux, l'abbé Fleury, Nicole approuvaient sans réserve. D'Italie, arrivaient de chaleureuses approbations des cardinaux Casanata, Colloredo et d'Aguirre. A Rome, on se montrait froid. Le P. Ceppi ayant voulu traduire en italien la deuxième partie rencontra de grandes objections, car le livre conseillait la lecture même des ouvrages hérétiques, recommandait la chronologie de l'anglican Usserius comme la meilleure qui existât ; surtout on se plaignait du retranchement des questions scolastiques qui regardent le Quomodo, on s'inquiétait de l'éloge donné à Théodoret et à ce qu'en pensaient les Pères grecs, on s'alarmait que l'exemple du donatiste ' »« iconius fût apporté, même pris dans saint Augustin, parce qu'il portait à lire les livres hérétiques ; surtout on s'irritait de l'épithète d'imposteur appliquée à Annius de Viterbe en qui tout l'ordre de saint Dominique se sentait bravé. Après bien des paroles et bien des démarches le P. Ceppi arracha plus qu'il n'obtint l'imprimatur, à condition qu'il n'insérerait rien sur les livres défendus dont Mabillon conseillait la lecture . En Allemagne le Traité des études monastiques fut traduit en latin. id par le P. Udalric Staudigl, de l'abbaye de Saint-Andechs. Quelques jours avant la mi e en vente du livre, Rancé écrivait à l'abbé Nicaise : « On attend avec impatience l'ouvrage du P. M. sur les études. Je ne doute point qu'il n'y ait beaucoup d'érudition. On peut montrer que, dans presque tous les temps, il y a eu des solitaires habiles et savants ; mais pour | n de cette qualité, il y en a cinquante mille qui ont vécu : avec les seules connaissances qui convenaient à leur profession et qui étaient capables de les sanctifier. Je ne mérite point le bien que vous dites, qu'il a écrit de moi. Il est cependant vrai qu'il m'a toujours témoigné de la considération et que j'ai toujours rendu justice à sa piété et à son mérite dans les sciences. » 3 Quand l'ouvrage eut paru, l'abbé de Rancé refusa} d'abord de le lire « ... Je ne puis croire, disait-il, que | l’auteur, quel que grande érudition qu'il puisse avoir, prouve solidement ce qu'il avance 5 ; » c'était là un privilège que se réservait, à lui-même et à lui seul l'abbé de Rancé ! Mais enfin, il fallut se résoudre à lire et, malgré toute sa vertu, le saint abbé de la Trappe ne put cacher qu'il eût bien voulu que le P. Mabillon « eût employé son temps et sa plume à quelque autre chose. » Puis, avec cet art de réticences et de sous-entendus qu'on voudrait lui avoir été étranger, il ajoutait fielleusement : « On ne manquera, pas d'user mal ce qu'il a dit . » User mal, c'est user autrement que selon la manière de voir de M. de Rancé. Sur cette pente, il se peut que l'abbé de la Trappe ait, en paroles, dépassé la mesure, le bruit en courut, on lui prêta des expressions dont il s'est défendu . Quoi qu'il en soit, sa seconde pensée —« si ce n'est la première — fut de répondre. Pour homme qui manifestait tant de répugnances et e quait de tels scrupules à prendre la plume, on voit qu'il réussissait à triompher de lui-même sans beaucoup de peine. Dès le 5 novembre il écrivait : « J'avais envie | de répondre, peut-être même que je le ferai *. » C'est, un sujet d'étonnement, à moins que ce ne soit d’admiration, de voir la facilité avec laquelle les hommes suivent l'impulsion de leur tempérament tout en la colorant des explications les plus désintéressées. | L'abbé de Rancé, naturellement, voulait garder le silence, mais il réfléchit à cette considération que personne n'élevait la voix pour défendre les principes sur lesquels reposaient la sainteté et l'esprit de l'ordre | | | | de monastique, il fallait dés lors qu'il s'expliquât ; ce qu'il fit : : quatrième volume !
— »Tels de ses amis l'y poussaient, comme l'abbé du -Richer et Simon Gourdan’ : d'autres, mieux -Saint-Jacques-du-Haut-Pas et la duchesse de Guise *. le-ci, avec tout l'esprit et la laideur d'une bossue, sait six mois de l'année à Alençon où elle prétent régenter tout le monde ; à l'aller et au retour elle sait quelques jours à la Trappe dont l'abbé devint conseiller d'été. Pendant les six mois d'hiver velle dépensait à la cour, la princesse penchait vers s bénédictins et accordait toute son estime à Mabillon. ec plus de bon sens qu'on ne pouvait raisonnablement en attendre d'elle, lorsqu'elle vit un conflit prêt à éclater entre religieux, elle supplia l'abbé de Rancé e se taire.
TEXTE CORRIGÉ :
Mais « le Père abbé prenant pour conviction l'enthousiasme où il avait jeté quelques lecteurs de ses écrits et des louanges flatteuses pour des témoignages rendus à la vérité, ne pensait plus qu'à l'impression. » Son dessein ayant bientôt éclaté, quantité de personnes éclairées et qui entendaient le mieux ses intérêts, lui représentèrent qu'il ferait mieux de ne laisser lire sa réponse qu'à ses frères, puisque ce n'était qu'à eux qu'elle était adressée ; que mise au grand jour, elle mettrait en matière avec dom Mabillon et produirait un bon effet, que l'on devait cela à l'édification publique, au lieu qu'une contestation entre deux personnes religieuses manquerait pas de scandaliser... Le P. abbé avouait dans une de ses lettres que ces avis lui venaient de plus de vingt endroits. Mme de Guise, entre autres, lui écrivit fortement sur ce sujet, mais c'était pour lui une affaire de conscience, et l'on sait que la conscience s'est fait une loi de ne suivre d'avis que ceux qu'elle approuve.
Comme il fallait donner des raisons, l'abbé de Rancé, si avide d'humiliations, déclarait n'en pouvoir souffrir. Or, le Traité des études monastiques avait paru avec une approbation de cinq docteurs en théologie. Un d'eux, M. du Bois, félicitait Mabillon d'avoir travaillé « à guérir une des plus dangereuses maladies du siècle où nous vivons, qui est l'opinion, ou plutôt l'erreur dans laquelle plusieurs sont tombés, que les études et les sciences sont non seulement inutiles, mais même nuisibles, à ceux qui vivent dans la solitude et qui, dans leur état, sont engagés plus étroitement à la pratique des vertus chrétiennes. » En outre, ce docteur qualifiait d' « égarement d'esprit » l'opinion qui blâmait les études, en sorte qu’ « on ne doit regarder comme des entêtés et des ignorants ceux qui les jettent ou les méprisent de la sorte. » Ces amertumes auraient dû être savourées délicatement par l'âme mortifiée de l'abbé de Rancé, mais ce fut le contraire qui arriva. Cette fois, l'édification publique était intéressée à ce que sa « personne et sa mémoire ne fussent pas flétries en le qualifiant de novateur, d'extravagant, d'ignorant. »
Dans les derniers jours du mois de février 1692 parut la Réponse des études monastiques, qui, au dire de dom Germain à Magliabecchi, 14 janvier 1692 : « Cet ouvrage, l'abbé de la Trappe écrivait : « Le livre du P. Mabillon combat et renverse le principal principe sur lequel tout l'Ordre monastique a été fondé... étant pénétré comme je le suis de ce nombre, le curé de lui attirerait des critiques... qu'un entretien sur cette d'une certaine espèce ; pour les autres, il ne les du maladroit Maupeou ne coûta à l'auteur « que ses heures de loisir de quatre mois. » Ce volume in-4° de 500 pages environ représentait, en quatre mois, beaucoup d'heures de loisir ! Dom Thuillier a finement jugé cet écrit quand il a dit : « C'est un torrent de paroles, qui vous emporte sans vous donner le loisir de réfléchir sur les raisons. »
Après avoir admonesté sur un ton solennel sa communauté pour lui annoncer l'apparition d'un livre qu'elle ignore et dont elle n'a que faire, puisqu'elle n'en lit, et n'en lira aucun, Rancé s'excuse à l'égard de Mabillon, et lui signale à l'avance les termes désobligeants qu'il emploie à son égard, de crainte sans doute qu'il ne les remarque pas : « ce raisonnement n'est pas juste, cette conséquence est mal tirée, cette citation ne fait rien à la question... » Ces aménités une fois placées, l'abbé de la Trappe ramène à dix chefs de preuves les arguments de son contradicteur ; il les réfute sommairement et expose le plan qu'il va suivre, relevant ce qu'il nomme des erreurs, des inexactitudes, des raisonnements peu concluants et leur opposant ses interprétations personnelles. On s'étonne, disons mieux, on s'attriste de lire dès le seuil du livre, sous une plume si impatiente de venger les humiliations que lui infligeait un docteur en théologie, un outrage adressé à Mabillon qui, à en croire Rancé, a écrit « contre sa propre conviction. » Parole qui provoquera une protestation indignée et cinglante.
Pour essayer la réfutation des faits historiques énumérés et commentés par le savant le plus familier de son temps avec les documents monastiques, l'abbé de Rancé entreprenait la démonstration que « les premières communautés monastiques n'ont point dû leur bon ordre aux études, ni à des conférences d'un caractère scientifique. » Les instructions que saint Pakhôme et les supérieurs des premières communautés adressaient à leurs religieux ne différaient guère du catéchisme qu'on fait aux enfants et aux rustres de la campagne. Dans les monastères de saint Basile, l'instruction « était simple et sainte tout ensemble », enfin les conférences spirituelles, sauf celles de Cassien, ne supposaient pas une profonde culture intellectuelle ! Un supérieur n'a donc besoin que de la science de Dieu précisée dans l'Écriture et dans les Pères, les moines prêtres n'ont pas besoin d'en savoir plus !
La décadence y est profonde. Au xvi siècle, on peut billon. « Le plan d'étude tracé par le bénédictin est tel qu'il parait à l'abbé de la Trappe tout au plus propre à compter qu'il renferme des ouvrages hérétiques dont il faisait bien des vers. Quelle louange pour un moine ! Pis encore, c'était un abbé, Loup de Ferrières, qui prie le pape Benoît III de lui envoyer Tullium de Oratore. Quelle demande pour un moine ! Il ne s'arrête pas là : il lui demande encore les douze livres de Quintilien. Il y ajoute le Commentaire de Donat sur Térence. Ce moine tout célèbre qu'il était, avait bien des heures de loisir ! » — Mais nous avons vu que l'abbé de la Trappe, qui écrivait un volume de cinq cents pages en quatre mois, jouissait lui-même de quelques loisirs. Il eût pu, sans injustice, s'appliquer à lui-même cette considération que l'Église tolère ce qu'elle ne peut empêcher, et permet le travail intellectuel faute de pouvoir ramener les moines à l'esprit primitif de simplicité et de ferveur de la fondation : ab initio autem non fuit sic. Plus les monastères comptent d'hommes studieux, citer jusqu'à quarante-cinq moines qui se sont livrés à l'étude, et, au dire de Trithème, « dès l'année 1521, l'ordre de saint Benoît, qui avait été si célèbre, qui s'était attiré le respect et la vénération de toute l'Europe, était tombé dans une confusion et dans un désolation extrême. » Au xvi siècle, on ne rencontre plus qu'une quinzaine de moines savants, l'ordre va donc retrouver ses vertus. Pas du tout. « Le mal est monté à son comble ! » N'essayons pas de comprendre. Et après avoir résolu négativement la question théorique, l'abbé de Rancé n'éprouve aucun embarras à réfuter les deux dernières parties du traité de Mabillon, qu'il dit être bon pour des ecclésiastiques, mais ne convient pas à des moines. » Il se rend la tâche d'autant plus aisée qu'avec une trop évidente déloyauté il détourne de leur sens les paroles de son contradicteur. Celui-ci avait proposé l'étude comme une ressource applicable à un nombre restreint de religieux. Rancé discute comme si Mabillon légiférait pour tous les individus incorporés dans l'état monastique ; il lui est facile de soutenir dès lors que la diplomatique, l'épigraphie et la numismatique ne peuvent leur être d'aucune utilité. C'est triompher à peu de frais. De même, la liste des difficultés qui se rencontrent dans la lecture des conciles, des Pères, de l'histoire ecclésiastique, est destinée à jeter le doute et l'inquiétude dans les esprits. Le catalogue des livres qui doivent entrer dans une bibliothèque ne produira pas un meilleur effet, sans même que les ecclésiastiques doivent s'abstenir, il ne convient à des moines ni pour le nombre ni pour la qualité des livres, et est de nature à troubler la paix et la tranquillité de leur cœur en y incitant de vains désirs.
Dès que parut la Réponse au Traité des études monastiques, Bossuet félicita l'auteur et déclara l'ouvrage : « parfait, quoi que le monde, dont le goût est si bizarre et si injuste, en puisse juger ; » toutefois, il préféra ne pas donner à ce livre son approbation ; il fallut se contenter de celle du docteur Blampignon, curé de Saint-Médéric, personnage plus accommodant que les deux censeurs d'abord désignés, M. Boileau et M. Courcier, qui « n'ayant rien voulu passer que de honnête, rien que de vrai et de modéré, furent remerciés de leurs services » et remplacés par un censeur d'humeur assez complaisante « pour ne rien changer et admirer tout. »
Parmi les bénédictins, l'irritation fut grande ; tout ce qui avait culture, goût et bon sens à Port-Royal prononça ouvertement contre Rancé, qui fut quelque peu critiqué en prose et même en vers. Ce fut pour lui une occasion d'assener ces grandes phrases qu'il maniait si habilement : « On est heureux d'être maltraité par des hommes. Le Fils de Dieu a essuyé des outrages infinis ; après cela, on n'a pas sujet de se plaindre ! » Exception faite pour les « outrages » qui lui venaient de M. du Bois, et dont il se plaignait avec amertume. Les belles paroles venaient trop tard, et Rancé était plus dispos que jamais pour la bataille. Sans doute, convenait-il, « les contestations sont à éviter entre les personnes qui font une profession particulière d'être à Dieu ; cependant, il y a quelquefois des questions qu'il faut éclaircir, d'où il peut revenir des biens considérables ; celle-ci en est une, et peut-être des principales, à cause de ses suites et de ses conséquences. » Il ne demandait qu'un nouvel assaut : « Si on attaquait les vérités que j'avais avancées par des raisons capables d'imposer au monde, je serais obligé de les soutenir par de nouvelles preuves plus fortes que celles dont je m'étais servi, et par conséquent plus désagréables à ceux qui y auraient tort. » On était averti. A Saint-Germain-des-Prés, on savait ce que ces vertissements promettaient. Précisément, quand la Réponse parut, Mabillon relevait d'une grave maladie qui avait mis sa vie en danger. Il lut le factum et clara aux visiteurs qui vinrent le voir pendant sa convalescence qu'il répondrait. Cette promesse réunit ses confrères et se répandit au dehors. La duchesse de Guise entreprit d'opérer un rapprochement, manda Mabillon qui se rendit au Luxembourg avec quelques confrères. La seule chose qu'obtint la princesse fut que la réplique « seroit si sage, si prudente, si modérée qu'elle ne diminueroit en rien la haute idée que l'on avoit de la piété et du mérite du vénéré abbé. » Quant à la proposition de faire le voyage à la Trappe, Mabillon l'accueillit avec une déférence respectueuse, mais ne fit aucune promesse positive. Le curé de Saint-Jacques-du-Haut-Pas et le comte du Charmel n'obtinrent rien de la fermeté de Mabillon. La proposition d'arbitrage confiée à Bossuet fut déclinée ; c'était s'avancer fort imprudemment que de promettre un livre de l'évêque de Meaux sur le présent litige et de croire qu'il satisferait les principes communs aux deux adversaires, tout en apaisant leur dissentiment. Mabillon fit observer que cette mesure ne satisferait personne et laisserait le champ libre, dans la congrégation de Saint-Maur, à des interventions certainement moins mesurées que celle qu'il se proposait de faire. Pendant ce temps, la duchesse de Guise écrivait d'Alençon à Mabillon pour l'y attirer et le conduire à la Trappe ; elle n'en reçut qu'un refus respectueux mais formel. La princesse s'adressa à dom Fr. Lamy qui ne crut pouvoir honnêtement se dispenser d'obéir à l'invitation et se rendit à la Trappe où il trouva la duchesse de Guise et la princesse Christine de Salm. — Il existe deux récits de cette conférence faits par des auteurs qui n'y assistèrent point. On sait qu'en présence des deux princesses et de quelques autres personnes, l'abbé de la Trappe et dom Lamy discutèrent deux heures durant. Quoi que dom Gervaise dise à propos du récit de dom Thuillier : « Non, les choses ne se sont point passées comme vous les racontez, » il semble possible de retrouver l'allure et le fond de l'entretien. Dom Lamy, brillant disputeur, mit l'abbé de Rancé sur le tort qu'il avait causé à la Congrégation de Saint-Maur, et lui cita bon nombre de passages impossibles à contester. Rancé se rejeta sur la droiture de ses intentions ; l'autre répliqua que les intentions étaient secrètes et les flétrissures publiques. Houspillé de cette façon, Rancé accorda tout, abandonna tout, tellement que la duchesse de Guise, radieuse, jugea l'accord conclu et la paix faite. Mais dom Lamy fit observer que c'étaient là des concessions verbales et non écrites, Rancé affectait de se taire afin (c'est la trouvaille de dom Gervaise) « de ne pas faire une confusion à son hôte en présence de Son Altesse Royale et de quelques autres personnes qui y étaient. » Au mois de juin parut un écrit intitulé : Lettres à M. l'abbé de la Trappe, où l'on examine sa Réponse au Traité des études monastiques et quelques endroits de son Commentaire sur la règle de saint Benoît, in-12, Amsterdam, chez Henry Desborde, 1692. C'était un recueil de quatre lettres anonymes qui avait pour auteur dom Denys de Sainte-Marthe, à qui elles valurent une disgrâce passagère. C'est un écrit qui ne mérite certes pas d'être comparé aux immortels Provinciaux, mais où il y a bien de l'esprit et du piquant. Au reste, l'abbé de la Trappe, qui avait « le plaisir et l'avantage tout ensemble de pardonner », avait ses chaleureux partisans, et parmi eux un plaisant personnage, grand pourfendeur de réputations, malin et subtil critique, un curé chartrain, qui employait ses loisirs à composer une Apologie de M. l'abbé de la Trappe. Pendant ces discussions, Mabillon avait terminé sa réplique. S'il n'avait dépendu que de la duchesse de Guise, elle n'eût jamais été publiée, mais c'était l'abbé de Rancé qui eût été le premier déçu, car « il est certain qu'ayant été consulté par les princesses, s'il ne faudrait pas arrêter cet ouvrage, il répondit qu'on ne le pouvait sans injustice et qu'il était permis à chacun de dire ses pensées dans un point de dispute. » Il fallut négocier avec le censeur, avec l'archevêque, avec le chancelier, et enfin, le 6 août 1692, le privilège d'impression fut accordé sous la promesse « d'épargner la personne de l'abbé de Rancé et l'observance de sa maison. » Cinq approbations recommandaient l'ouvrage qui parut le 1er septembre sous le titre de Réflexions sur la réponse de M. l'abbé de la Trappe au Traité des études monastiques par dom Jean Mabillon, religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, in-4, Paris, Ch. Robustel, 1692.
Mabillon s'excuse de répondre à l'ouvrage de son contradicteur, mais il le doit, à la vérité, à ces chères études que l'on représente comme la ruine de la piété monastique, à tant de saints personnages que l'on accuse de s'être écartés de la perfection primitive, et à la congrégation de Saint-Maur que ces exagérations exposent à perdre l'estime de tous les gens de bien. Tout en admirant la pureté des intentions de l'abbé de la Trappe, son grand mérite, ses talents et ses vertus, il croit que son zèle l'a entraîné trop loin. Il défendra donc ce qu'il croit être le parti de la vérité et de la justice, mais en se gardant bien de porter le moins du monde atteinte à cette charité qui l'unira toujours, comme il le souhaite, à son adversaire d'un lien indissoluble. Au reste, on sera surpris de voir combien au fond, leurs sentiments sont peu différents, lorsqu'il se sera expliqué avec toute la clarté désirable.
G'est pour cela que dans les premiers chapitres, il s'applique à définir ce qu'il entend par études, écarte l'intention qu'on lui prétait fort gratuitement de vouloir astreindre tous les religieux à toute sorte d'études , et fait remarquer qu'une bibliothèque monastique, composée comme le permet le supérieur de la Trappe, peut amplement suffire aux besoins des religieux les plus exigeants surtout si, comme on le demande plus tard, on y ajoute quelques ouvrages dogmatiques . c'est dans la question de savoir si des études préalables sont nécessaires pour comprendre tous ces ouvrages | dont l'abbé de Rancé autorise la lecture. Il se permet de l'affirmer, Ici l'on voit la sincérité du caractère de | Dans son Traité des éludes, incertain de | Mabillon. l'accueil qu'il recevrait du public, craignant de s'attirer les foudres des puissants approbateurs du Traité sur la sainteté et les devoirs de la vie monastique, il avait cherché en quelque façon à désarmer son adversaire par les concessions les plus larges. Il avait signalé sans ménagement tous les dangers des études et établi d'une façon péremptoire la nécessité du travail manuel dans les cloîtres. L'abbé de Rancé avait profité avec avantage de ces assertions, pour en conclure que Mabillon, en recommandant une pratique si opposée à de tels principes, parlait contre sa conviction et était simplement l'interprète des sentiments de ses supérieurs. À cette accusation, Mabillon protestait avec une sincérité et une grandeur émouvantes : a Que je suis capable d'écrire contre ma propre conviction ! Je me sens fort éloigné de rien écrire contre ma pensée, et j'espère que Dieu ne m'abandonnera jamais jusqu'à ce point que la complaisance ou la flatterie me porte à soutenir un sentiment contraire à ma propre conviction. Je puis tomber dans l'erreur aussi bien que tous les autres hommes ; je puis encore tomber dans des contradictions : mais que j'écrive contre ma propre conviction, j'espère qu'avec la grâce de Dieu cela n'arrivera jamais . » Suivant un plan plus régulier que celui de son premier ouvrage, et avec beaucoup plus de netteté et de | décision, il appuie successivement sur la légitimité des études proprement dites,sur l'approbation ou du moins sur le silence des règles primitives , sur une tradition non interrompue dans les monastères « et, en tout cas, sur le changement de discipline introduit par un long usage et par l'autorité de l'Église . Puis, après avoir traité la question à un point de vue général il descend dans le détail et montre que de tout temps les études communes particulières et extraordinaires ont été | cultivées désigneront aux choix de leurs supérieurs, | auront la faculté de s'appliquer à des études extraor- | dinaires, ayant pour objet la composition d'ouvrages, | la prédication et l'enseignement ».
| démon adresse au moine Chilon' ?, A son tour, Mabillon Mais où commence la divergence, | | irrévocable ; on n'observe plus les jeûnes tels qu'ils” | écrits persuadera plus encore à la postérité que lat permises dans les cloîtres. Les études communes | auxquelles les seront appliqués les jeunes gens,sont,dit-il, | les humanités (que l'on comprend d'ordinaire sous le | nom de grammaire), la philosophie et la théologie, étendue ou abrégée suivant la capacité des sujets, la Positive ou l'Écriture et les langues saintes *. Avec le 1 permission de leurs supérieurs, quelques moines, mieux doués que leurs frères et capables de remplir | des fonctions utiles à la communauté ou au puse | pourront se livrer à des études particulières, c'est-à dire à celles des Pères, des conciles, des canons de l'Église, de l'histoire ecclésiastique et des dogmes 1°, Enfin ceux que leurs talents et des aptitudes particulaires révision des œuvres des Pères sur les manuscrits. Dans son Traité, Mabillon ne s'était pas assez tenu en garde contre quelques interprétations qu'il citait de confiance et sans s'y être reporté, L'abbé de Rancé ne s'était pas fait faute de lui reprocher d’avoir attribué à saint Basile une invitation à l'étude. que le relève l'explication imaginée par l'abbé de la Trappe pour justifier l'envoi du moine-prince Othon à l'Université : c'est par égard pour la maison d'Autriche ! — « En ce temps-là, la maison d'Autriche ! A » dit en sourdine le bénédictin.
L'abbé de Rancé invoquait sans relâche le passé Mabillon lui oppose le changement de discipline dans. l'Église, même sur des points importants. Pour quoi, dés lors, la discipline des cloîtres serait-elle plus immuable que celle de l'Église ? Et il invoque les changements qui se sont produits dans l'antique discipline :
| bénédictine ! La table de l'abbé n'est plus à part du Là réfectoire commun ; des cellules particulières ont rem- — placé les dortoirs ; on ne reçoit plus dans les monastères de petits enfants offerts par leurs parents d'une façon | sont prescrits par la règle ! Or, ce sont là des changements admis partout, même à la Trappe. Pour quoi donc ne pourrait-il pas en être de même pour les études ? Quoi qu'il en soit du passé, non seulement l'Église tolère, mais elle permet, elle approuve, elle encourage les études, les regardant comme l'appui et — le soutien de la profession monastique, et déclarant maintes fois que le défaut d'étude et de doctrine dans | les cloîtres est une chose digne de compassion et de larmes. Continuons donc sans crainte à nous livrer à l'étude comme nous l'avons fait par le passé M.
Après avoir établi ces vérités incontestables, Mabillon défend la gloire de son ordre qu'il estime outragée. L'abbé de Rancé a tellement exagéré les inconvénients de l'étude que ses lecteurs sont dans le cas 3 de prendre tous les monastères contemporains pour des lieux de perdition. L'autorité qui s'attache à sa congrégation de Saint-Maur lui était bien connue. Et cependant qu'en sait-il ? Ce que trois ou quatre étourdis auront pu lui faire entendre pour mieux E leur désertion et leur inconstance, ce que me ; lettres furtives auront pu lui apprendre. Et là-dessus, il condamne toute une congrégation comme relâchée et affaiblie dans son observance i il condamne les supérieurs auxquels il ne coûte rien, | dit-on, de donner dispense des exercices communs ; E il condamne les moines studieux comme n'ayant aucune régularité. « En vérité, je suis fâché, dit Mabillon, d'être obligé de relever toutes ces choses ; mais on a sujet de supposer que j'en demeurerais d'accord, si je n'en disais mot A rations de Saint-Maur et de Saint-Vanne, nul nest pense de certains travaux uw ais, Car « il demeure d'accord que ceux qui aurolent s qualités extraordinaires peuvent être dispensés T occupations. communes, c'est-à-dire du travail s mains, et qu'on peut leur donner même pour cela ans la suite enseigner aux autres, soit par la parole, t par leurs écrits . » - Ainsi la différence est moins grande qu'il ne semble entre les opinions de son adversaire et la sienne, tous deux admettent les études extraordinaires pour ceux qui en sont capables. La question est donc de voir si, sans études préalables, des religieux peuvent tirer profit de tous les ouvrages dont l'abbé de la Trappe permet la lecture, et s'il n'est pas à propos | d's jouter à son catalogue quelques autres livres, en 3 irticulier des livres de dogme, pour l'avantage de c ielques sujets intelligents et studieux ? —Arrivé au terme de son ouvrage, Mabillon exprime sentiments qui l'ont animé au cours de cette discussion :« J'ay tâché, disait-il, c'e garder toutes les règles e la modération, mais je n'oserois me flatter qu « il me soit rien échappé de contraire et que je n'aye hi en celà mes intentions les plus pures et les plus ites... Que ne pouvez donc voir mon cœur, mon rend Pére (car permettez-moi de vous adresser paroles à la fin de cet ouvrage), pour y connaitre dispositions où je suis et pour votre personne et ur votre maison ! Je respecte les pratiques qui s'y servent, et je suis bien éloigné de désapprouver conduite que vous y gardez envers vos religieux chant les études. Mais si vous les croyez assez forts pour s'en passer, n'ôtez pas aux autres un soutien dont ils ont besoin. Il viendra peut-être un jour que les vôtres en connaîtront et en sentiront le besoin eux-mêmes aussi bien que nous, Cependant qu'ils jouissent, à bonne heure, de l'avantage qu'ils ont de posséder Di ieu sans ces faibles ressources dont les autres ne peuvent se passer . » — Le jour même où paraissaient les Réflexions, dom — Mabillon en fit remettre un exemplaire à la duchesse e Guise avec la lettre suivante :
« Madame, — sllfaut être autant persuadé que je le suis de votre bonté pour oser présenter à votre Altesse Royale un livre qui est écrit contre le sentiment de M. l'abbé de là Trappe. La considération qu'elle a pour son mérite, ans parler de la vénération particuliére que j'ai pour 2. m'aurait sans doute empéché de rien dire contre n dernier livre, si une juste nécessité de m'expliquer - de justifier notre ordre ne m'y avoit engagé. Si V. A. R. prend la peine de jeter les yeux sur ces éflexions, j'espère qu'elle verra bien que ce n'a été que malgré moi que j'ai été obligé d'écrire, et que j'ai taché de garder toute la modération qui m'a été possi ble. Je m'estimerai bien heureux, madame, si : À. R. étant persuadée de la disposition où je suis pour cet illustre abbé, elle ne diminue en rien de ses bontés ordinaires pour notre congrégation ; qui a ressenti en tant de rencontres les effets de sa protection. C'est la grâce que je lui demande * »...
La princesse répondit :
J'achevai hier votre livre, mon Père. Je voudrois pour beaucoup que vous eussiez fait le voyage de la “Trappe” devant. Je suis sûre que vous seriez converti et que vous n'eussiez point mis l'avant-propos, qui est très aigre, et qui paroît l'être pour piquer simplement. Il y a aussi un trait dans le livre, de même que je croirois bien qu'il n'est pas de vous, mais que vous avez été poussé de mettre par ceux qui vous ont fait faire la réponse, qui se sont trouvés choqués sans sujet par les raisons fortes du Père abbé de la Trappe. Il n'attaquoit que les études profanes et étoit plein d'un esprit de charité comme saint Paul pour les frères, et point autre chose. Ce n'est pas par prévention que j'en parle, mais c'est que c'est la vérité. Mais votre avant-propos est d'un esprit qui se veut venger, qui est contre votre caractère. C'est pour quoi je ne le crois pas de vous, Je crois tout ce qui est d'antiquité que vous citez de vous. J'entrevois même que vous voudriez convenir, et votre fin est d'une humilité telle que je vous la connais. Si je ne vous estimois autant que je fais, je ne vous aurois rien écrit de ce que j'ai trouvé et d'autres que moi qui ne connoissent point l'abbé de la Trappe et qui auroient même plus penché pour vous, mais je vous estime trop pour vous celer ce qu'on y trouve à redire, qui pourra même scandaliser et faire plus de tort à votre congrégation que tout ce que vous avez cru que le Père abbé de la Trappe avoit dit. Une visite vous auroit uni de sentiment et auroit empêché l'aigreur du livre. — Souvenez-vous de moi dans vos saintes prières . » De son côté, l'abbé de Hancé avait une confiance si entière dans l'excellence de son argumentation « qu'il ne croyoit pas que les Réflexions l'obligeroient à rompre le silence ?, » Il écrivait au curé de Saint-Jacques-du-Haut-Pas : « Un homme d'un grand discernement et parfaitement instruit des choses monastiques trouve que Mabillon bat la campagne, mais qu'il ne détruit point les vérités que j'ai établies, et qu'elles subsistent malgré tout ce que lui et ceux qui l'ont aidé ont pu écrire, car ce n'est pas l'ouvrage d'un seul homme, soit pour le style, soit pour les raisons .. » Il désignait ensuite spécialement Nicole comme ayant lu et « corrigé les Réflexions avec beaucoup de soin et d'application. » Quelques notes publiées par dom Thuillier prouvent bien qu'Arnauld et Nicole eurent communication de cet ouvrage avant sa publication ; ils ont pu indiquer à l'auteur quelques retouches, mais là à supposer une collaboration réelle, il y a une distance que la bonne foi de Mabillon et le bon sens de la postérité ne pouvaient admettre. Tout d'abord, avant d'avoir pris connaissance des Réflexions, l'abbé de Rancé, nous l'avons dit, était décidé à n'y point faire réponse. Ses amis les plus sages le lui redisaient sur tous les tons et Leibnitz écrivait à l'abbé Nicaise : « Il est bon qu'il y ait toutes sortes d'états dans l'Église : cette variété est belle et utile... J'estime que M. de la Trappe et le R. P. D. Mabillon ont raison tous deux d'exhorter les moines tant à la solide dévotion qu'à la véritable science 1, » Dès que Rancé eut les Réflexions il les lut et fit le dédaigneux : « Je ne dirai rien davantage du livre du P. Mabillon, je suis las de ses sottises, i es | 7 583 P M. Bien des gens en sont dégoûtés ; il y en a d'autres qui le font valoir !. » Autour de lui, on répétait que les bénédictins triomphaient, qu'ils le déclaraient réduit au silence par une réfutation écrasante... Des notes manuscrites conservées aux archives de la Grande Trappe nous apprennent que plusieurs de ses religieux et en particulier dom Le Nain, dont on reconnait l'écriture, le pressaient vivement à répondre. Une fois encore, Rancé se laissa persuader que la cause de la vérité était en jeu et se jeta sur sa plume, Alors que le 7 février 1693, il parlait encore de ne pas répondre ?, le 28 mai suivant, son travail était achevé sous ce titre :
Examen des Réflexions que le R. P. Mabillon a faites sur la Réponse à son Traité des études. Cinquième volume !
L'abbé de Rancé avait déjà prié le chancelier de désigner un docteur de Sorbonne pour l'examen de son manuscrit, lorsqu'un événement se produisit : Mabillon avait été délégué au chapitre général de la congrégation de Saint-Maur qui se tenait à Tours, en 1693 ; et cette circonstance engagea la duchesse de Guise à renouveler ses instances pour ménager une entrevue entre lui et l'abbé de la Trappe. & Tours, une grande partie du chemin était faite et quoi que Mabillon eût été en droit d'exiger que Rancé se déplacât de sa personne pour venir le trouver, sa bienveillance ordinaire lui fit négliger un trop rigoureux protocole ; il consentit à se rendre à la Trappe, où il avait d'ailleurs l'espoir de se rencontrer avec Bossuet ?. Il écrivit à la duchesse et à l'abbé de Rancé qu'il serait à la Trappe le 28 mai ; il y arriva le 27 au soir, avec un de ses confrères, prieur de Compiègne. Bossuet ayant renoncé à son voyage, la duchesse de Guise se trouvait seule à la Trappe pour présider à la réconciliation. C'est Mabillon lui-même qui, dans une lettre à dom Estiennot, raconte ce que fut l'entrevue *.
« Vous avez su, mon révérend Père, que j'ai été au chapitre général comme passe-volant 5, et qu'en revenant j'ai passé par la Trappe où j'ai séjourné le jour du Saint-Sacrement avec le Révérend Père prieur de Compiègne, Nous y avons reçu toutes les marques possibles de cordialité et d'amitié du Révérend Père abbé et de la communauté que l’on ne peut voir sans être édifié. Nous assistâmes à matines qui durèrent quatre heures. Les pauses de cet office durèrent pendant un Ave et un Sanctus entier. Aux autres heures de l'office, les pauses sont moins longues que les nôtres et le chant assez rond, à la réserve du Salve Regina de complies qui dure un quart d'heure. On ne peut rien entendre de mieux chanté,. Je parlai quatre fois à M. l'abbé : la première fois sans dire un mot de notre contestation ; la seconde, M. l'abbé commença par dire qu'il ne savoit pas si nous n'aurions pas été fâchés de ce qu'il avoit écrit contre moi : à ces mots, je l'embrassai, et lui et moi, tous deux à genoux, et je répondis que son écrit n'avoit donné aucune atteinte au respect et à la vénération que j'avois pour lui. Il m'ajouta que lorsqu'on étoit pénétré d'une certaine vérité, on disoit quelquefois les choses d'une manière un peu vive ; mais qu'il me prioit d'être persuadé qu'il avoit pour notre congrégation et pour moi en particulier, tous les sentiments d'estime et de cordialité qu'on pouvoit avoir, et qu'il étoit bien aise de faire cette déclaration en présence du Père avec qui j'étois. Comme je lui répliquois, on fit de la contestation sur les études monastiques pendant les deux autres entretiens que nous eûmes avec lui. Nous en dîmes davantage avec un des trois religieux à qui nous ARE : et Je tout se passa avec gentillesse me dit que j' avais fait un indicible à leur communauté d'avoir fait cette démarche.
« Mme de Guise se trouva à la Trappe le même jour mais je n'ai pas eu le temps d'avoir un long entretien avec elle. Elle s'attendoit sans doute que je devois rester le lendemain qu'elle y devoit revenir avec Mgr. l'évêque de Chartres pour y passer trois jours, mais nous en partîmes le vendredi matin, quel que instance qu'on nous fit d'y demeurer. Voilà en deux mots ce qui s'est passé dans cette entrevue dont M. l'abbé a témoigné être extrêmement satisfait, comme on l'a su non seulement par la lettre qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire, mais aussi par quelqu'autre... » La lettre de Rancé à Mabillon protestait, en effet, de sa vive reconnaissance pour les procédés dont on avait usé envers lui ; une lettre à l'abbé Nicaise est ainsi conçue : « .. Le P. Mabillon est venu ici depuis sept ou huit jours seulement ; tout ce que je puis vous dire, c'est que l'entrevue s'est passée comme elle devoit 4 je veux dire avec tous les témoignages possibles d'amitié et de charité et cela de tous les côtés. Le principal l'est que la sincérité a eu dans cette occasion toute la part qu'on pouvait souhaiter. Il faut convenir qu'il est malaisé de trouver tout ensemble plus d'humilité et plus d'érudition. qu'il n'y en a dans ce bon Père . = On n'avait aucune raison de mettre en doute ces sentiments ; aussi lors que certains firent courir le bruit | que la sincérité n'avait eu aucune part à l'entrevue Rancé protesta avec énergie, tout en déclarant que « j conserve tous mes sentiments pour les études, Py suis plus confirmé que jamais, la même postérité qui verra ses pensées verra aussi les miennes, et pour lors on jugera avec équité et sans prévention . » E La prévision de l'abbé de la Trappe faillit se réaliser. Vers 1725, peu de temps après la publication de l'Histoire de l'abbé de Rancé, on se prépara à faire imprimer l'Examen des Réflexions. L'ouvrage rait formé, comme les précédents, un fort volume -4 ? de cinq cents pages au moins ; il en existe deux pièces *. C'est un fatras dans lequel l'auteur ne s'impose plus la peine de la composition, il se contente de suivre pas à pas Mabillon et de relever 410 passages »II réfute ou entreprend de réfuter sur-le-champ. Sous nous garderons bien, a-t-on dit prudemment, « de les examiner en détail ^. » - Ainsi prit fin une contestation littéraire aussi célèbre en son temps que la querelle fameuse des anciens et des modernes. L'érudition y a gagné un nouveau livre, celui de Mabillon, où l'on ira longtemps chercher les textes classiques sur la question des études monastiques. On n'en saurait dire autant des cinq volumes de l'abbé de Rancé qui apparaissent comme tant de pensums à ceux qui sont obligés de les lire de ce débat la sympathie de ceux qui s'y intéressent. Rancé, qui dénonce l'inutilité des études monastiques et l'inconvénient qu'elles entraînent pour la spiritualité des moines, consacre à la défense de son point de vue deux années de sa vie, s'engage dans des recherches érudites qui le détournent personnellement de cette bienheureuse ignorance qu'il impose à autrui sauf à s'en dispenser lui-même. Lorsqu'on le voit condamner les livres avec un si bel ennui, on se demande pour quoi il en excepte les siens, on a quelqu'une peine à admettre la bonne foi de celui qui compose et imprime coup sur coup cinq volumes, pour expliquer qu'on n'en doit pas écrire. se souvient en voyant ce moine-agressif et vindicatif, toujours prêt à dénoncer ceux qui se conduisent autrement que lui, à découvrir partout des erreurs et des abus, incorrigible provocateur, on se souvient, (comme disait un admirable chartreux, du pharisien »Évangile qui rendait grâce à Dieu de ce qu'il n'était pas comme le reste des hommes !
« La controverse qui affronta Mabillon et Rancé et la néiliation qui y mit fin comptent parmi ces épisodes curieux auxquels les hommes reviennent odieusement avec une curiosité amusée, critiquant les postes, jugeant les parades et comptant les coups. Rès dom Thuillier et Com Gervaise, après l'abbé Dio et l'abbé Ingold, il restait à juger les péripéties de l'assaut et M. H. Brémond l'a fait avec délicatesse, on doute assez qu'il ne pouvait pas le faire sans esprit . XIV. LES RÉFLEXIONS SUR LES PRISONS. — Man a écrit un petit livre qui, pour avoir fait moins bruit que le traité fameux de Beccaria, pour avoir pas donné naissance à une école, n'en doit pas moins, par l'originalité, par la nouveauté de ses conceptions, une œuvre puissante, digne de l'admiration raisonnée de tous les moralistes. On peut dire que le grand religieux, inspiré par son bon sens et par son grand cœur, sans guide, sans expérience, osa avec une remarquable fermeté les principes de science pénitentiaire, principes qui, ensevelis dans un modeste opuscule, mettront près de deux siècles à prévaloir, mais s'imposeront enfin à peu près tels qu'il les a proclamés. | Les Réflexions sur les prisons des ordres religieux, Amalgré leur brièveté, ont acquis une réputation méritée. Leur but avoué est de faire cesser des usages qui s'étaient introduits et perpétués dans les monastères,. Une contradiction choquante enlève à l'institution en dépit du texte des constitutions anciennes et en contradiction avec la réforme instituée dans l'ordre monastique par la congrégation de Saint-Maur. La sagesse des réglements n'empéchait pas les pénalités d'être excessives et surtout peu profitables à l'amendement du religieux coupable : au lieu de l'exciter au repentir, prélude d'un retour au bien, on l'isolait dans l'oisiveté, sans amis, sans conseils, et, chose tout à fait inconcevable, sans secours religieux. Au moins dans les prisons d'État on entendait la messe : dans les prisons monastiques il n'en était pas question. Mabillon, ayant réfléchi sur ce régime impitoyable, indiqua un remède, proposa un système cellulaire, mitigé par l'obligation d'un travail régulier et par des entretiens qui réveillent la conscience. Bien que cet écrit ne s'adresse qu'à la société à laquelle l'auteur appartient, c'est-à-dire au clergé régulier et ne tende nullement à introduire une réforme générale, on y trouve des règles si justes, si précises, qu'elles deviennent applicables à la société laïque de même qu'aux ordres religieux. Mabillon ne se flattait pas d'être entendu. Je ne doute pas, écrivait-il, que tout ceci ne passe pour une idée d'un nouveau monde, mais, quoi qu'on en dise ou qu'on en pense, il sera facile, lorsqu'on voudra, de rendre ces prisons et plus utiles et plus supportables. » :
La leçon qui ressort de cet écrit s'étend bien au delà de son sujet : on y trouve, par exemple, des maximes d'instruction criminelle telles que celle-ci : Un juge n'a pas droit de savoir ce qu'il n'a pas droit de punir ! On y rencontre des vues pénétrantes associées à un sentiment profond de compassion, l'appréciation du degré de correction nécessaire pour obtenir l'expiation d'une faute sans induire le coupable à de nouvelles chutes. Après avoir constaté que les peines prononcées par les tribunaux séculiers et par les tribunaux ecclésiastiques sont bien différentes, Mabillon pense en trouver la raison « dans les différentes dispositions qui doivent être dans l'esprit des juges. Dans la justice séculière, on a en vue principalement de conserver et de réparer le bon ordre, et d'imprimer la terreur aux méchants ; mais dans la justice ecclésiastique on a égard, sur toutes choses, au salut des âmes. » Il faut reconnaître qu'on s'y prenait assez mal pour l'obtenir.
Dom Ruinart n'avait fait aucune mention des Réflexions dans son Abrégé de la vie de Mabillon publié en 1709 ; au contraire, la seule allusion qui semble s'y rapporter au cours de son récit, pourrait paraitre contenir une excuse et presque une rétractation. Voici ce passage où nous pouvons entrevoir l'occasion de cet écrit : « LXXIV, Mabillon est trompé et en profite. Le zèle pour la conservation de l'exacte discipline étant si vif dans le cœur du P. Mabillon, il est facile de juger quelle peine il souffroit quand il craignoit d'avoir donné lui-même occasion à quel que affaiblissement, si léger qu'il pût être. Alors il n'épargnoit rien pour tâcher de réparer le mal qu'il croyait avoir fait ; ce qu'il fit paroitre dans une conjoncture que je vais rapporter. Un jour un homme qui avoit le cœur corrompu sous un extérieur de piété le pria de vouloir bien l'aider dans la vie spirituelle, et le soutenir par ses bons avis dans les peines qu'il souffroit pour sa propre conduite, Le P. Mabillon qui étoit animé de cette charité, qui n'a point de mauvais soupçons de son prochain, se laissa tromper. Le désordre cependant vint à éclater : mais ce malheureux ne se déconcertant point, alla se jeter aux pieds de D. Mabillon, en luy avouant qu'il étoit un pécheur ; qu'il s'étoit laissé aller dans ce qu'il avoit toujours craint de luy-méme ; et qu'enfin s'il n'étoit soutenu par sa charité, il alloit tomber dans un état, où il se précipiteroit assurément dans les derniers excès. Le cœur du F. Mabillon fut touché de cet aveu, et il ne put se résoudre à abandonner entièrement ce misérable. Il faisait ces prières extraordinaires pour luy, et il le recommandoit à celles ces personnes qu'il croyait le plus à Dieu : ne pensant qu'à sauver cette brebis errante, qu'il voyait dans le dernier danger de se perdre, Il le visitoit souvent, et lui écrivoit de temps en temps pour le consoler et comme il le crut tout à fait changé, il fit tant auprès de ses supérieurs, qu'il obtint d'eux que les pénitences qu'on luy avoit imposées fussent abrégées de beaucoup. On ne peut exprimer combien ce saint religieux soutint ce combat pendant ce temps de douleurs et d'arertuires. Son cœur étoit déchiré d'un côté par la confiance que ce malheureux témoignoit avoir en lui, en l'assurant qu'il vouloit sincérement retourner à Dieu, et par la crainte qu'enfin il ne se rebutât tout à fait ; et de l'autre par la fermeté des supérieurs, qui ne pouvoient se résoudre à rien relâcher sur un sujet où il y avoit si peu de fond à faire. J'ay vu des lettres que D. Mabillon écrivit pour lors à quelques-uns de ses amis dans lesquelles il avoue qu'il n'avoit jamais tant souffert en sa vie. C'est ainsi que ce cœur véritablement charitable pleuroit un de ses frères qu'il espéroit encore pouvoir retirer du fond de l'abîme où il le voyait plongé : mais l'ayant enfin reconnu depuis tout à fait incorrigible, il ne voulut plus avoir de commerce avec lui. Cependant les démarches qu'il avait faites firent impression sur luy-méme. Il eut peur d'avoir donné occasion à l'affaiblissement des règles, et il se crut obligé de réparer le tort qu'il croyait d'y avoir fait. C'est pour quoi il ne se contenta pas d'en faire pénitence devant Dieu ; il voulut encore s'en humilier publiquement et en demander pardon par un écrit, qu'il fit après une maladie assez violente qu'il eut sur la fin de l'année 1698, C'est ainsi que les véritables serviteurs de Dieu se servent utilement de leurs défauts mêmes, pour s'avancer de plus en plus dans la perfection. » Cette longue citation ne permet de conserver aucun doute sur l'incident auquel elle fait allusion. Un jour un religieux, le frère Denis de La Campagne, originaire de Laon, issu d'une famille des plus honorables, avait fait profession, âgé de vingt et un ans, à Saint-Faron de Meaux, le 17 décembre 1685. Le frère Denis accompagna à plusieurs reprises dom Mabillon dans ses voyages mais, dès les premiers mois de l'année 1690, il s'enfuit l'évasion de son jeune ami, que Mabillon composa les Réflexions et lors que, quatre ans plus tard, il désavoua cette conduite trop sévère, les différents usages d'après lesquels nous trouvons amené à montrer Mabillon sous le joug contraints une première mention du frère Denis : « Je du monastère. Quelques semaines plus tard il reparut ; - et, grâce à l'intercession de son père spirituel, ne reçut qu'une pénitence assez bénigne ; mais il retomba dans ses désordres et les supérieurs le firent arrêter au mois de mai 1691 et le condamnèrent à : années de prison au Mont-Saint-Michel ?, dont cinq ans de cachot et cinq dans le monastère. Mabillon s'employa de tout son pouvoir en faveur du malheureux et fit intervenir les plus hautes influences : les supérieurs consentirent seulement à ce qu'on ôtât les fers au prisonnier après quelques mois. Une nouvelle tentative faite au chapitre général de 1693, où Mabillon était député, demeura encore sans effet. Le moine coupable, gravement malade et en grand danger de devenir fou, s'évada en mars 1694 et apostasia définitivement. Même après sa chute dernière, Mabillon lui conserva sa charitable sollicitude comme en témoignent plusieurs de ses lettres datées de 1698 et 1699%. Ce fut vers l'année 1694, probablement à la suite des marques sensibles d'amitié qu'il avait données au coupable, il conserva dans ses portefeuilles l'écrit demeurée inédite qu'il abandonnait à la postérité « laquelle, les supérieurs donnèrent la publicité quelques années plus tard en atténuant sa portée le plus possible. » Ce traité, disait dom Thuillier, est une production plus du cœur que de l'esprit. Dom Mabillon, qui pouvait dire comme Job que la compassion était avec lui dès son enfance et qu'elle était sortie avec lui du sein de sa mère, ne put apprendre, sans en être pénétré de douleur, le traitement rigoureux dont on usait dans certaines congrégations à l'égard des religieux qui avaient commis quelque faute d'éclat contre les devoirs essentiels. Il prit aussitôt la plume et répandit sur le papier les réflexions que l'on verra et que la charité et la miséricorde semblent avoir dictées, Il fait voir les abus et les inconvénients des monastères et les adoucissemens dont l'Église en a modéré la rigueur, enfin il propose l'espèce de punition qu'il croit être la plus propre pour intimer ceux que la crainte seule des peines peut retenir, ou pour rappeler les criminels à leur devoir par une salutaire pénitence. » L'affaire du frère Denis a tenu une grande place dans la vie de Mabillon, parce que c'est par un ami intime, M. Marquette, conseiller au présidial de Laon, que le grand bénédictin avait connu son jeune protégé et ce fut spontanément qu'il épancha dans le cœur de cet ami les chagrins que lui causaient les erreurs de ce religieux sur qui il avait fondé des espoirs. - Ainsi, à l'occasion d'une chute lamentable, nous voyons de l'amitié la plus attentive et la plus courageuse. Celle qui l'unit pendant de longues années à M. Marquette s'est manifestée par une intéressante correspondance qui commence vers 1689, et c'est peut-être le frère Denis qui en fut l'occasion, La liaison devint plus intime lorsqu'un fils Marquette, l'aîné, fit ses études chez les bénédictins ; Mabillon se trouva attaché à ces deux jeunes gens. Au début de janvier 1690, nous rens : suis obligé à notre cher frère Denis de m'avoir donné l'occasion de vous connaître et je peux dire même que la maladie de votre aimable enfant m'a beaucoup servi pour ce sujet, puisqu'elle m'a donné lieu de connaître Mlle Marquette, digne épouse que le ciel vous a destinée. Je souhaite de tout mon cœur d'avoir l'occasion de vous aller voir, mais je ne crois pas que cela puisse se faire avant le mois de mai prochain... E ka s livres que vous demandez à notre cher frère Denis, sont très propres pour nourrir les bons sentiments. Nous en ferons l'emplette au premier jour ensemble. » Peu de temps après, frère Denis avait pris la fuite et le 1 juin, Mabillon écrivait à M. Marquette : « peut-être pourrai-je bien faire un tour vers vos drum je b fp n'ose pas dire à Laon, n'ayant pas le cœur d'aller voir un lieu qui me causerait trop de chagrin par laug- — mentation de la douleur que je ressens continuellement de la démarche de notre pauvre frère et amy. — Hélas ! il n'est pas revenu cet enfant dévoyé, et je ne sais si j'ose espérer encore si tôt son retour. Il m'écrit de temps en temps. Il voit son mal, mais son cœur n'est pas encore efficacement touché... Je fais ce que je peux pour avoir une entrevue avec cet infortuné ... » Peu de jours après, le 23 juin, Mabillon expose à M. Marquette la détresse du fugitif errant dans Paris sans ressources : « Je ne suis pas moins sensible que vous aux peines et aux misères de notre ami infortuné. Je l'aime, mais je l'aime chrétiennement, et je ressens avec beaucoup plus de douleur le misérable et pitoyable état de son âme que celui de l'extrême nécessité où je sais qu'il est réduit. Je sais qu'il est dans Paris, qu'il passe bien souvent des journées presque entières sans avoir de quoi manger. Je sais encore qu'on lui a prêté depuis peu environ deux pistoles, mais cela n'ira pas bien loin, s'il n'est déjà dissipé. Enfin, je sais qu'il n'est pas touché au point qu'il faudrait, pour pouvoir espérer bientôt son retour. Je l'ai fait avertir plusieurs fois de me donner quelques heures d'entretien, avec promesse de ne me point servir que comme il voudra de la confiance qu'il aura en moi en cette rencontre. Mais il ne se fie plus à moi qui lui ai donné tant de marques d'amitié et qui voudrais encore donner mon sang pour son âme et pour son salut. Mais enfin le temps n'est pas encore venu, et il n'y a que la nécessité, après la grâce de Notre-Seigneur, qui le puisse faire retourner à son devoir. » Ceux qui, comme Mabillon, ont, au couchant de leur carrière, prodigué l'affection d'un cœur demeuré jeune à un ami longtemps désiré, ceux-là comprendront l'angoisse qui l'étreignait, les combinaisons qu'il imaginait pour ramener dans le bon chemin celui qui s'en était écarté. Mabillon a appris qu'il veut s'enrôler ! et il frémit à cette pensée. » Un projet d'entrevue échoue et Mabillon se défiant de son protégé, malgré toute la tendresse qu'il lui porte, priait M. Erde de ne rien dire aux parents qui l'accusaient d'un excès d'indulgence. Enfin, le 5 août, on vit reparaitre frère Denis, accablé, endetté mais, aussitôt, Mabillon se fait solliciteur : « Frère Denis a des dettes, écrit-il, M. Villette, son beau-frère, devrait en payer... Ce seroit une espèce de cruauté que de l'abandonner en cet état... J'ay fait ce que j'ay pu, mais que peut un pauvre religieux comme moy ? L'état pitoyable dans lequel il est m'empêche de faire le voyage que j'avais projeté. » M. Marquette envoya quatre louis et Mabillon l'en remerciait avec effusion : « Je sens tout le bien qui lui est fait comme s'il estoit fait à moy mesme. J'espère que sa chute lui sera un sujet pour se donner à Dieu avec plus de ferveur. » Obligé d'aller en Champagne « pour voir un père qui a près de cent ans », Mabillon obtint des supérieurs la permission d'emmener frère Denis qui séjourna à Saint-Médard de Soissons pendant que lui-même se rendait à Saint-Pierremont. L'année suivante, nouvelle fugue et le relaps est condamné : Jugez, monsieur, s'écrie Mabillon, quelle peine cette affaire m'a causée. Je vous avoue que je n'en ay eu de ma vie de plus grande que de là part de ce pauvre garçon. Dieu veuille qu'elle ne soit pas tout à fait inutile pour son salut. J'y travaillerai toute ma vie. » Non content d'en conférer avec M. Marquette, Mabillon recommandait son infortuné disciple à ceux de ses confrères qu'il croyait sensibles à sa propre peine : « Si vous allez quel que jour au Mont-Saint-Michel, écrivait-il à l'un d'eux, vous m'obligeriez de voir un jeune religieux que l'on y a envoyé pour y être prisonnier. J'ai eu de l'amitié pour luy parce que je l'ay cru tout à fait à Dieu. Il s'en est séparé. Il faut tâcher de le faire retourner. Je ne peux que je n'intéresse mes amis pour son salut que je souhaite autant que le mien. Tout ce que vous ferez pour luy, je le tiendrais fait à moy mesme. » Après une première évasion, Mabillon écrivait à M. Marquette : « Je ne cesserai de travailler pour luy, tant qu'il y aura un rayon d'espérance pour son salut. Il est vrai qu'il m'a donné des sujets de chagrin, les plus grands du monde, mais quels sujets n'avons-nous pas donnés si souvent à Dieu sans qu'il nous ait pour cela rejetés ? Je ne sais d'où vous avez appris que frère Denis s'estoit sauvé une fois de sa prison. Je ne conte pas cela pour une faute, n'y ayant rien de plus naturel à un misérable que de tâcher à sortir de sa misère. Cela n'a pas laissé de recoubler ses peines et d'obliger ceux qui ont soin de luy, de luy mettre les fers aux pieds. Jugez de la peine que cela me fait, avec une pénitence des plus cruelles et des plus longues qu'on luy a imposée. J'ay obtenu permission de lui écrire et à luy celle de me répondre. De quatre lettres qu'il m'a écrites, je n'en ai reçu que deux, qui vous feroient fondre en larmes, si vous les voyiez. J'ai pensé vous les envoyer pour les lire et pour les faire voir à Madame Le Fevre, religieuse au Sauvoir , qui est la seule de sa parenté, après vous, qui conserve quelque reste de tendresse pour ce pauvre misérable. Ces lettres, comme je vous le disois, sont les plus touchantes du monde, et elles me donnent beaucoup d'espérance de son retour à Dieu, Une prison de quinze années ne sera guère propre à lui en faciliter les moyens : elle servira plutôt à l'endurcir et à luy faire perdre l'esprit, car il ne dort presque pas, ny ne mange, il ne fait que pleurer. J'ay obtenu qu'on luy oste ses fers, et si je ne meurs bientôt, je mettray fin à ces misères qui ne sont pas supportables. Il vaut mieux le voir hors de cet état quand il y auroit même encore du danger qu'il ne retombe, que d'en faire un fou ou un désespéré. » da rura M RR CR uds 1*3 i X mg e : AT » p 2 : v d Ve T A re, » po Salue ror md inasre ia cro ont ciu. ba va o din Dr Ra ct m ia n met AAT E a n Drt x À 4 On le voit, Mabillon préférait laisser sortir de la congrégation les sujets incorrigibles, plutôt que de les y maintenir par la force et les chaînes. Entrés dans le monastère sans vocation, ils retournaient au monde qu'ils eussent bien fait de ne pas quitter. Mais la pensée du bénédictin ne se détournait plus du cachot du Mont-Saint-Michel, il en recueillait et transmettait les moindres échos : « Pour ce qui est de notre pauvre amy, il est foible, mais je le crois touché, J'ai obtenu qu'on lui ôtât les fers. Il est à propos de le laisser un peu de temps pour faire des réflexions sur sa chute. Ayez toujours, je vous prie, quelque compassion et quelque bonté pour luy. » Et un mois après : « Ses dispositions me paraissent fort bonnes et j'en conçois quelque espérance pour l'avenir. Dieu veuille que je ne sois pas trompé ! » Puis il écrivait encore : « Il n'y a que trois ou quatre jours que je recus des nouvelles de notre pauvre amy. On a beaucoup soulagé ses peines... Si sa sœur ne paye pas ses dettes, je tâcherai d'y suppléer. » Dans une lettre à Laon, le 25 janvier 1692, il dit encore : « J'ai reçu avant-hier des lettres de notre pénitent qui me donnent bien de la peine : il m'écrit que depuis quelque temps, il devient sourd et presque entièrement perclus de ses membres. Un religieux du Mont-Saint-Michel m'assure la même chose, Je n'ay pas de peine à le croire, et j'ay toujours bien cru qu'étant délicat comme il est, il ne pourroit jamais supporter une année de pénitence. C'est bien loin de vingt ans auxquels il est condamné par sa sentence, c'est-à-dire à quinze ans de prison fermée et à cinq dans le monastère. Je m'en vais faire mon possible pour le soulager. Après cela, ceux qui devroient être le plus sensibles à son malheur ne manqueront pas encore de me jeter la pierre, et de dire, comme ils ont déjà publié partout, que je suis cause de sa rechute par trop d'indulgence. J'ay cru faire les choses selon Dieu, et si j'ay été trompé, je ne peux avoir de regret que du peu de succès de la douceur dont on a usé dans sa première pénitence. J'espère qu'il sera plus sage dans la seconde, et en tout cas, il faudra s'attendre encore à essuyer les duretés de ses proches, sans parler des autres. Pourvu que je ne fasse rien contre Dieu en cela et en toute autre chose, je seray content. Je vous écris tout ce détail un peu au long, et je ne serois pas fâché que l'on sçût l'état où se trouve ce pauvre infortuné, que j'estime heureux s'il prend, comme il me paroit, ses maux en patience. Je crains plus sa tête que tout le reste. » Pendant que frère Denis l'affligeait, Mabillon apprenait que le fils aîné de M. Marquette était entré au noviciat de Saint-Faron de Meaux et il répondait à son ami : « J'en ay écrit au H. P. prieur qui est un de mes meilleurs amis et je suis sûr qu'il en aura tout le soin possible... J'aime Saint-Faron et je m'y retire de temps en temps, mais ce me sera encore une nouvelle raison d'y aller pour vous y voir en la personne de celui qui vous touche de si près. Si Dieu lui fait la grâce de lui donner la persévérance, je prétends bien aller à sa profession. » Et cela dit, Mabillon revient à frère Denis qu'il a le projet d'aller visiter : « Pour moi je ne l'abandonneray jamais, tant qu'il y aura quelque rayon d'espérance de le gagner à Dieu. » Le voyage au Mont-Saint-Michel fut abandonné, une grave pleurésie pouvaient être bonnes, mais il maintenait sa demande d'hui que ce grand nom devait triompher dans l'inté| sance n'y perdit rien, sa réputation scientifique s'enrichit d'une œuvre remarquable dont nous allons parler. Hl | justice, le bon ordre et l'exemple le demandent » ; m nisation répressive des pays les plus avancés dans la | bien trouvent toujours largement ouverte la porte des retint Mabillon au lit pendant l'hiver de 1692 ; dès qu'il fut rétabli il recommença ses instances auprès des supérieurs mais, dit-il,« je ne scay si je pou bientôt obtenir son entière délivrance. Ce ne s ja mais assez tôt suivant mes désirs. » Pendant deux années il sollicitera cet élargissement du prisonnier sans rien obtenir. On lui opposait des raisons qui et la renouvelait sans cesse sans se départir jamais de ses habitu des d'humble résignation et de sereine patience, Les phases de cette suppliante résistance à ses supérieurs et de cette lutte intérieure se déroulent dans les lettres adressées à M. Marquette par Mabillon : H Nous serions trop volontiers portés à croire aujour rieur de la congrégation de toutes les difficultés ; k n'en était rien, Malgré le niveau élevé de perfection religieuse auquel se tenaient un grand nombre de moines de la congrégation de Saint-Maur, il s'y rencontrait, là comme ailleurs et comme toujours, des esprits mesquins, jaloux de la gloire du grand confrère disposés à en tirer vengeance et à lui « jeter la pierre lui-même nous l'apprend. Ses instances gagnèrent quelques adoucissements de régime, ce fut tout mais cet échec Faida « à rabattre de l'orgueil comme il disait à son confident et si sa vertu d'o En tête de ses Réflexions, Mabillon énonce ce principe : « Il est nécessaire que l'on punisse les crimes, La il soutient que « la dureté doit être bannie de la justice des monastères, que tout doit y être paternel, qu l'esprit de charité et de miséricorde doit surtout présider dans ses jugements. » Si du principe nous passons à l'application, nous voyons Mabillon emprunter à saint Benoît les « vues » qui dirigèrent un jour l'organisation pénitentiaire. Comment, en effet, dans les États modernes traite-t-on le détenu cellulaire ? Quel régime moral lui est imposé ? Il est empêché de communiquer librement avec tous ses semblables, il est strictement isolé de ses codétenus, c'est là la punition ; mais c'est là aussi qu'elle s'arrête. Toutes les influences qui peuvent agir sur son cœur pour le ramener à sa cellule. Ministres de la religion, membres des commissions de surveillance et de sociétés secourables, tous ceux qui éclairent, qui consolent, qui encouragent sont admis et comme invités à pénétrer dans la cellule. — Il est régulièrement conduit à l'office divin et reçoit un ordinaire simple et frugal. Or si on se reporte au chapitre xxvn ? de la règle de Saint-Benoît, on lit les prescriptions du grand organisateur relativement aux soins que les supérieurs doivent prendre des religieux exclus, par punition, de la société de leurs frères. Il ordonne « qu'on leur envoie sous main, de temps en temps, quelques religieux sages et vertueux pour les consoler, de peur que l'excès de la tristesse ne les accable, et ne rende leur pénitence infructueuse, et pour leur relever le courage et les porter à souffrir de bon cœur la pénitence qu'on leur a imposée. En un mot, il veut que les supérieurs n'épargnent rien pour rappeler à leur devoir, à l'exemple du Pasteur angélique. » … Ces pénitents, lisons-nous au chapitre xriv, « demeuraient pendant l'office divin à la porte de l'oratoire. Ils mangeaient plus tard et en plus petite quantité que les autres. » Ce sont déjà les règles du régime cellulaire. Mais, observe aussitôt Mabillon, il ne semble pas que ces pénitents fussent enfermés dans une prison. Ils étaient simplement « retranchés de la communauté à l’église, à la table et au travail. » C'était l'isolement mais non encore la réclusion, c'était le silence solitaire accompagné de la privation de vin et d'un ardent tel dans le repas que c'était un véritable jeûne uni que repas avait lieu vers le couché du soleil}, mais ce n'était pas la prison.
—A quelle époque, suivant lui, apparaît l'emprisonnement dans la législation ecclésiastique et sous quelle forme ? Mabillon nous dit que cette juste mesure dans l'application des peines, cette miséricorde et cette sollicitude toute paternelle ne subsistèrent pas longtemps, et que quelques abbés montrèrent une telle cruauté qu'il fallut réagir.
Charlemagne, dans ses capitulaires de 780, et le concile de Francfort, en 785, condamnèrent tous ces supplices sanglants qui n'étaient permis que dans les tribunaux séculiers. Enfin, en 817, nous voyons le concile d'Aix-la-Chapelle organiser l'emprisonnement, bien plus, l'emprisonnement cellulaire. Dans chaque monastère il y aura un logis séparé (domus semota) pour les coupables, c'est-à-dire une chambre à feu et une antichambre pour le travail, qua in hieme ignis possit. Üc endi et atrium juxta sit, in quo paleant quod eis injungitur operari. Cette disposition, dans laquelle Mabillon voit « plutót une retraite qu'une prison » ressemble de fort près à celle qui a prévalu dans le système pénitencier moderne où « en règle générale, d'entrée, constitue le logement proprement dit, la seconde partie s'étendant jusqu'à la fenêtre, c'est l'atelier. » Le deuxième concile de Verneuil, tenu en 844, prescrit également l'emprisonnement in ergastulis, et il ordonne que les coupables y seront renfermés « jusqu'à ce qu'ils donnent les marques de leur repentir et de leur conversion. Ce qui fait voir l'esprit de l'Église de la religion qui ne met en usage ces sortes de pénalités que pour porter ses enfants à une correction salutaire, » - Malheureusement, les abbés ne surent pas, dans la suite des temps, observer le règlement si sage tracé par le concile d'Aix-la-Chapelle, On vit apparaître ces « caves souterraines » où jamais ne pénétrait le jour, P jamais n'entrait un consolateur, dans lesquelles, retranchés de la société, l'infortuné attendait la mort, livré au désespoir. Qui fut l'inventeur de ces in pace ? Mabillon nous désigne, d'après le rapport de Pierre le »Vénérable, Mathieu, prieur de Saint-Martin-des-Champs, qui, le premier, y aurait condamné pour le reste de ses jours un misérable qu'il estimait incorrigible.
- Mabillon, qui d'ailleurs n'hésite pas à blâmer sévèrement, quoi que respectueusement, cet excès de dureté, nous semble avoir mal interprété un texte, et avoir été dupe d'une sorte de mise en scène préparée pour émouvoir une âme restée jusque-là inaccessible à tous les autres moyens de conversion. Si nous nous reportons au texte même de Pierre le « Vénérable, nous voyons que le coupable n’y fut point “enfermé pour toujours. On creusa un caveau, on ly enferma comme dans un tombeau. Mais Pierre le Vénérable ajoute que le succès fut complet et dit ces paroles très claires : Frequenti patris ef fratrum admonitione ac sui simul sepulchri cohortatione, a VA aaa andaa première moitié de la cellule, à partir de la porte.Inalis omnibus... er corde renunciavit, et in humilitate ac contritione spiritus perseverans diem ultimum clausit. Tale frairis spiritualiter mortui el resuscitati sepulerum a sepulchro Lazari corporaliter resuscitati, fortassis, imo prorsus, non dissentit. On a donc un exemple de l'in pace qui aurait procuré la conversion d'un endurci, et cette conversion ne se démentit pas ; de plus ce cachot laissait accès au prieur et aux frères dont les fréquentes visites contribuèrent à la conversion du prisonnier. Dans ce cas particulier, Mabillon a pu commettre une erreur, mais, quel que soit l'inventeur de cette pénalité atroce, il est certain que l'invention fit fort une. L'inhumanité de certains supérieurs « moins charitables que zélés, alla si loin, qu'elle obligea Étienne, archevêque de Toulouse, d'en porter ses plaintes par son grand vicaire au roi Jean. » Ce qui mettait le comble au malheur de ces infortunés, jetés in carcerem perpetuum, tenebrosum et obscurum « c'est qu'on leur retranchait toutes consolations humaines, ce qui leur était bien aussi insupportable que de ne point voir le jour. » — Le roi eut horreur de cette cruauté et, touché de compassion pour ces misérables, il ordonna par lettres patentes qu'ils seraient vus, une fois au moins par semaine, alternativement par les supérieurs et par d'autres religieux délégués par les supérieurs. Barbarum enim est incarceralos, et sic afflictos omni solatio el consortio amicorum privare. C'est ce que nous apprenons par les registres du Parlement du Languedoc en 1350. Cette belle ordonnance, qui fait le plus grand honneur à la royauté française, puisqu'elle la montre donnant l'exemple de la charité et de la douceur à ceux-là mêmes qui devraient en être les modèles, fut-elle toujours et partout respectée ? Mabillon nous affirme que non, et sa déclaration se trouve confirmée par le grand rapport de Colbert au roi, en 1664.
Laissons l'histoire pour revenir aux opinions personnelles de Mabillon sur cette institution nouvelle : la prison. Il nous les fait connaître très explicitement, et ces idées, très personnelles, sont plus encore que celles empruntées à saint Benoît, l'expression de celles qui dominent toute la science pénale moderne.
Les trois premiers abus qu'il signale, en dehors de l'emploi de l'in pace « qui, d'ailleurs n'est aboli qu'en partie », ne sont pas spéciaux à l'organisation des prisons.
I. Il s'élève tout d'abord contre la longueur des instructions, contre cette multitude de formalités, de perquisitions et d'enquêtes au dedans, et même au dehors que, même dans les cas les plus ordinaires, alors même qu'il a tout avoué à son supérieur, on accumule contre le malheureux coupable.
II. Il est frappé du défaut de proportion qui existe entre les peines et l'état physique et moral du condamné, C'est la sage prescription d'une logique et équitable échelle des peines.
III. Il proteste avec indignation contre cet abus de la publicité qui consiste à « n'épargner pas la réputation d'un religieux qui sera tombé en faute, de répandre dans tout un ordre, et quelquefois même en dehors, des péchés ou cachés, ou qui ne sont connus que de ses juges et de très peu de personnes. C'est par ce défaut de charité que l'on rend comme impossible le retour de ces religieux à leur devoir. » IV. Enfin, Mabillon arrive au régime pénitentiaire et y relève deux graves abus. « On n'a pas soin de les consoler (les religieux) dans leur prison. » Dans quelques ordres « peu ou point de visites et de consolation, rarement la messe, nulle exhortation, enfin une perpétuelle solitude et réclusion, sans prendre l'air, sans mouvement, sans adoucissement, bref, sans consolation, si ce n'est que l'on appelle consolation un petit mot qu'un geôlier leur dira quelquefois en leur portant à manger, ou un supérieur en leur demandant comment ils se portent, et c'est tout, sans entrer dans la connaissance de leurs besoins, et sans penser sérieusement aux moyens qui seraient nécessaires pour les faire retourner à Dieu, en leur inspirant un véritable esprit de pénitence. On voudrait qu'ils se convertissent d'eux-mêmes, sans qu'il en coûte rien pour cela à un supérieur. On emploie toute sorte de remèdes corporels aux religieux malades, surtout à ceux qui sont tombés en léthargie ou qui ont quelque transport au cerveau ; mais pour ceux dont l'âme est frappée de plusieurs maladies mortelles, on se contente de les jeter dans un cachot, on les abandonne à eux-mêmes. » Et quand, à ce tableau de quelques prisons monastiques, Mabillon a opposé celui des prisons séculières où les prisonniers ont « d'ordinaire la liberté de se voir entre eux à certaines heures, et d'être visités même par leurs amis et d'autres personnes charitables ; où ils peuvent la plupart entendre tous les jours la sainte messe ; où on leur fait souvent des prédications et des exhortations en commun, et ce particulièrement à ceux-mêmes qui sont réduits dans de profonds cachots, » n'a-t-il pas tracé tout le programme de la science pénitentiaire moderne ?
Hevenant à la fin de ses Réflexions, sur les conditions que doit remplir une prison, Mabillon formule sa théorie en plusieurs règles qui forment le premier code pénitentiaire connu :
En dernier lieu, il ne dédaigne pas de descendre, à la suite de saint Jean Climaque, jusqu'au détail des dispositions architecturales et hygiéniques. Dans ce grand établissement central, il recommande qu'on construise « plusieurs cellules semblables à celles des chartreux, avec un laboratoire pour exercer les détenus à quelque travail utile. On pourrait ajouter | jeûnes plus fréquents que dans les autres communes | — Nous avons décrit un manuscrit qui eut son jour de | de chartes nouvelles, et d'utiles variantes pour plus | prétentions étaient combattues assez pour qu'on douaussi à chaque cellule un petit jardin, qu'on leur ouvrirait à certaines heures pour les y faire travailler et leur faire prendre un peu d'air. Ils assisteraient us | offices divins, renfermés dans quelque tribune Wie Leur vivre serait plus grossier et plus pauvre, et leur sieurs chartes déjà connues. En outre, le recueil R* 64, des Archives nationales, exécuté au XVIIIe contient, entre autres choses, les six feuillets détachés” d'un cartulaire de Brioude du XIe favorable aux prétentions de la maison de Bouillon et publiés par Étienne Baluze en 1695. C'est l'histoire de ces feuillets qui doit prendre place ici.
Saint-Simon a raconté avec abondance les prétentions de la maison de La Tour, originaire de la province d'Auvergne « bonne, ancienne, bien alliée, heureuse” en grandes successions de traverse, et en quelques mariages dont l'événement lui a donné un éclat de hasard . » Le maréchal de Turenne jeta sur cette maison un éclat incomparable et ce fut alors que le nom d'Auvergne fut peu à peu joint à celui de La Tour. « Ce mot d'Auvergne s'ajouta d'abord comme pour distinction ; après, cela devint équivoque : l'attachement à ce mot pour s'en faire un nom dé couvrit le projet. Le cardinal de Bouillon se prétendit sorti par les mâles des anciens comtes de la province d'Auvergne, cadets des ducs de Guyenne 7, et n'omit rien pour trouver à Cluny, qui est de la fondation de ces princes, de quoi appuyer cette chimère #. » Mais leurs tât de leur triomphe. « Dans cette angoisse, une fort inespérable le vint trouver 5. Un vieux cartulaire de l'église de Brioude, enterré dans l'obscurité de plusieurs siècles fut présenté au cardinal de Bouillon : — ce titre avoit les plus grandes marques de vétusté, et contenoit une preuve triomphante de la descendance masculine de la maison de La Tour des anciens comtes d'Auvergne, cadets des ducs de Guyenne. Le cardinal de Bouillon fut moins surpris que ravi d'avoir entre ses mains une pièce de si bonne mine, car c'étoit là le point, plus que ce qu'elle témoignoit. De longue main, pour sa réputation d'abord, après pour sa chimère, il s'étoit attiré tout ce qu'il avoit pu de savants en antiquités. De tout temps les jésuites lui étoient dévoués, comme lui à eux, sans mesure, et parmi tous les démélés que son abbaye de Cluny lui avoit causés avec ses religieux, il avoit eu grand soin de ménager les trois congrégations françaises de l'ordre de Saint-Benoît. Baluze s'étoit fait un grand nom en ce genre. Le cardinal de Bouillon se l'étoit attaché par des pensions et par des bénéfices, Son fort étoit de déméler l'antiquité historique et généalogique et ses découvertes étoient estimées. Ce n'étoit pas qu'on le crût à toute épreuve. Sa complaisance pour cet autre maitre le déshonora : il fit une généalogie de la maison d'Auvergne, c'est-à-dire de La Tour, dont le nom peu à peu se supprimoit pour faire place au postiche, et il la fit descendre de mâle en mâle des anciens comtes d'Auvergne, cadets des ducs de Guyenne. La fausseté veut être bien concertée ; mais il est dangereux qu'elle la soit trop : il faut attraper un milieu avec adresse pour tromper avec un dehors de simplicité qui surprenne et qui s'impose. Ce fut l'écueil contre lequel toute cette belle invention se brisa. Rien de plus semblable au cartulaire que cette nouvelle généalogie par ses découvertes ignorées jusqu'alors, et, quoi que cette pièce-là dût être entièrement omise pendant la composition de l'ouvrage, [puis qu'elle ne devoit pas encore être trouvée, l'un et l'autre se montra prêt en même temps. Néanmoins, il fut jugé plus expédient de produire le cartulaire le premier, et d'en attendre le succès avant de publier l'Histoire de la maison d'Auvergne. Pour le mieux assurer, le cardinal de Bouillon joua le modeste, et fit difficulté d'ajouter foi à une pièce si décisive. Il en parla de confiance à ce qu'il put de savants, avec doute, en les priant de bien examiner et de ne pas se laisser prendre pour dupe ; et toutefois ajoutoit, avec un air de désir et de complaisance, que cette descendance étoit de tout temps l'opinion et la tradition de sa maison. D'autres sortes de savants subalternes et mercenaires, aussi consultés pour avoir lieu de les faire admettre à l'examen de la pièce par les premiers et avec eux, furent bien endoctrinés par Baluze à dire ce qu'il falloit à propos et lui-même, à découvert, paya du poids de sa réputation et de toute l'adresse de son esprit, dés longtemps préparées sur une matière si importante et si jalouse ?, Soit que les véritables examinateurs y fussent trompés, soit qu'ils se fussent laissé séduire, soit, comme il y a plus d'apparence, qu'ils vissent bien ce qui en étoit, mais qu'ils ne voulussent pas se faire un cruel ennemi du cardinal et de toute sa maison pour chose qui, au sens de ces gens obscurs qui ne connoissent que leurs livres, ne blessoit personne et n'importoit à personne, ils prononcérent en faveur du cartulaire, et le P. Mabillon, ce bénédictin si connu dans toute l'Europe par sa science et par sa candeur, laissa entrainer son opinion par les autres, » Le scandaleux esclandre de la filiation des La Tour d'Auvergne, auquel fut mêlé Mabillon, a été plusieurs fois et diversement raconté ? ; c'est un trés gros volume qui seul pourrait en contenir l'histoire *.
Saint-Simon ne parait pas s'être douté que les prétentions des La Tour au nom d'Auvergne et à une extraction antique fabuleuse, s'étaient produites au grand jour soixante ans avant que parût Baluze, | et dans un livre que celui-ci ne put mieux faire que d'imiter, dans une première Histoire de la maison d'Auvergne, qu'il reprit en sous-œuvre et dont il fit deux volumes. L'auteur de cette histoire est Christophore Justel, que nous avons rencontré ailleurs (voir au mot LIBER CANONUM), qui fut l'inspirateur, l'inventeur et l'éditeur responsable de la thèse historique qui devait attirer tant de tracas au cardinal de Bouillon et à Baluze, et ne devait pas épargner la grande réputation de Mabillon.
Justel mourut en 1649, quatre ans après l'apparition de son livre qu'il n'eut pas le temps de défendre contre les critiques et les soupçons dont il fut l'objet. Le duc Frédéric-Maurice s'adressa alors à deux autres généalogistes : David Blondel et Jean du Bouchet qui bientôt resta seul. Du Bouchet avait eu longtemps entre ses mains les principaux cartulaires d'Auvergne et n'admettait pas la thèse de Justel sur les ascendants des La Tour. En 1665, il fit paraître une Table généalogique des comtes d'Auvergne qui faisait remonter les seigneurs de La Tour jusqu'à Hugues Capet, mais s'arrêtait là. Malicieusement, du Bouchet travaillait à une histoire de la maison d'Auvergne afin de battre en brèche les prétentions des Bouillon et de servir celles des Noailles, leurs adversaires irréconciliables. En 1681, sur un vague indice qu'il consentait à reconnaître dans les seigneurs de La Tour des descendants d'un puiné de la maison d'Auvergne, on lui offrit de procéder à l'impression des Preuves qu'il avait réunies ; mais elle marchait à peine depuis deux mois, lors que du Bouchet mourut plus qu'octogénaire, le 15 mai 1684. Le cardinal de Bouillon, que cette affaire passionnait, fit continuer l'impression jusqu'à ce que, après plusieurs années de ce travail, il dut constater que du Bouchet, à son insu et sans tenir aucun compte du système de Justel, ne faisait pas sortir le Géraud, vivant en 937, et ancêtre présumé des La Tour, de la souche des comtes héréditaires d'Auvergne et des ducs d'Aquitaine, mais seulement d'un Bernard vivant en 900 et simple vicomte de la province. L'œuvre était à reprendre sur de nouveaux faits : le cardinal la remit aux mains de Jean-Pierre Bar ou de Bar que Saint-Simon appelle un « va-nu-pieds » !. Il se disait clerc Lonsuré, savait écrire et parler latin, et assez d'histoire pour manipuler les titres originaux et dresser une généalogie. Quand du Bouchet mourut, de Bar se trouva maître des livres, titres et papiers accumulés dans son cabinet où, seul, il pouvait se reconnaître ; il procéda aux restitutions de titres et à la vente des manuscrits. Le duc de Bouillon retira ainsi, contre une bonne indemnité, les liasses qui avaient été communiquées pour écrire l'histoire de sa maison et de Bar entra en relations avec le cardinal de Bouillon.
Celui-ci le chargea de continuer l'impression du volume de Preuves commencé par du Bouchet et de faire toutes les transcriptions nécessaires. En compensation, il lui accorda une des pensions dont il disposait sur la grande aumônerie et enfin, au grand scandale des autres personnes qui fréquentaient la maison, ce Bouillon, prince du Sacré-Collège et grand aumônier de France, fit asseoir à sa table le scribe malpropre : qui vivait misérablement dans un taudis de la rue Traversine, proche de l'ancien logis de du Bouchet, ayant pour tout mobilier quelques chaises, table et commode, des ustensiles de cuisine, des papiers et du parchemin dont se composait son outillage professionnel.
Tel est le personnage qui, subitement, à la fin de 1694, vint annoncer aux amis du cardinal de Bouillon, qu'il avait retrouvé dans le résidu des papiers de du Bouchet les preuves vainement demandées, souhaitées et espérées depuis un demi-siècle par MM. de Bouillon ou par leurs historiographes. Ce n'était pas le cartulaire du chapitre Saint-Julien de Brioude. comme le dit Saint-Simon, cartulaire bien connu déjà des savants, mais des feuillets de parchemin qui accusaient une antiquité de quatre ou cinq cents ans, et dont les uns, au nombre de six, contenant le texte de sept chartes des régnes de Charles le Simple, de Raoul, de Louis d'Outremer et de Lothaire (x* siècle) semblaient avoir appartenu à un cartulaire pareil ; les autres, au nombre de onze, étaient des fragments de la table numérique et de la table alphabétique de quelqu'autre cartulaire analogue et contenaient en outre deux chartes des années 930 et 937. Chartes et tables, celles-ci confirmant celles-là par une exacte concordance, établissaient d'une manière positive que Géraud, premier auteur reconnu de la maison de La Tour, était bien fils d'un Bernard, comte d'Auvergne, et petit-fils d'un autre Bernard qui avait eu pour père Acfred Ier, duc d'Aquitaine et comte d'Auvergne, pour frères Acfred II et Guillaume, également ducs et comtes l'un après l'autre.
Saint-Simon parait avoir bien décrit la conduite du cardinal de Bouillon « moins surpris que ravi d'aise », affectant la modestie et faisant « difficulté d'ajouter foi à une pièce si décisive. » Il voulut ne rien entreprendre sans l'opinion de trois savants réputés : Baluze, dom Mabillon et dom Ruinart. Ces choix étaient d'une prudence digne d'éloges : Baluze et Mabillon avaient été chargés par Colbert, en 1682, de dévoiler la fausseté des textes fournis à Rouillac ou par Rouillac, pour son livre sur La véritable origine de la troisième race, et le cardinal, qui n'avait eu que des relations de pure science avec Baluze et de pure courtoisie avec les deux bénédictins — car il était abbé de Cluny” — pouvait compter de leur part sur un verdict dégagé de tout soupçon de complaisance. Il convoqua les trois experts au milieu de janvier 1695 et leur fournit comme élément de comparaison, le grand cartulaire de Brioude, que plusieurs chartistes avaient connu et pratiqué, soit sur place en Auvergne, soit dans le cabinet de du Bouchet où il était resté très longtemps, | 1 » un petit cartulaire | et comme pièces à l'appui : beaucoup moins connu, mais qui, précisément, se trouvait contenir une lettre du roi Louis IX sur l'élection d'un Guillaume de La Tour à la dignité de prévôt du chapitre de Brioude en décembre 1226, lettre des plus décisives en l'espèce puisqu'il y était dit que ce prévôt avait eu pour prédécesseurs les comtes-ducs d'Aquitaine ; 2° l'original du grand obituaire de Brioude, contenant mention de la mort de ce même Guillaume de La Tour.
Le travail d'examen se fit à l'abbaye, dès que le doyen Bragelongue y eut apporté le grand cartulaire, | et il dura plusieurs jours. Durant toutes ces opérations, le cardinal se tenait à l'écart dans son prieuré de Pontoise : de Bar même ne paraissait pas encore comme son délégué, mais comme celui du duc de Bouillon, et avant été chargé par celui-ci de présenter les pièces et de faire office de secrétaire de la commission, préparant toutes les transcriptions et rédigeant le procès-verbal.
L'opération se fit en trois actes. Il fut d'abord constaté : 1° que les feuillets détachés avaient « incontestablement » cinq à six cents ans d'âge, que le petit cartulaire en accusait environ quatre cents, c'est-à-dire avait été écrit peu après la lettre du roi saint Louis y transcrite et que l'obituaire avait seulement trois cents ans ; 2° que les feuillets et les tables, exempts de toute interruption de texte, rature ou addition qui pût les faire suspecter, n'avaient point appartenu au petit cartulaire ni au grand, mais à un troisième, contenant les mêmes chartes que le grand, et dans le même ordre, si bien que feuillets et tables permettaient de suppléer à une partie des lacunes qui, « par malice ou par négligence », existaient dans l'original du grand ; 3° que la transcription qu'on leur présentait de la lettre de 1226, des chartes contenues aux six feuillets, des dix feuillets de tables contenant aussi deux chartes, et de cinq extraits de l'obituaire, avait été exactement et fidèlement faite d'après les originaux, sans aucune altération.
Là se bornèrent les opérations de Mabillon, Ranai et Baluze. Ils en consignèrent les résultats dans un beau fascicule in-folio publié d’abord à part, en 1695, chez Théod. Muguet, sous ce titre, Procez-verbal contenant l'examen et discussion de deux anciens cartulaires et de l'obituaire de l'Église de Saint-Julien de Brioude en Auvergne, de neuf anciens litres compris en sept feuillets de parchemin, et de dix autres anciens feuillets aussi en parchemin, contenant des fragments de deux tables, l'une par ordre des chiffres, et l'autre par alphabet, lesquels ont esté détachez d'un ancien cartulaire de la même Église. Le tout pour faire voir que Gerauld de La Tour, I du nom, descend en droite ligne d'Acfred, I du nom, duc de Guyenne et comte d'Auvergne, comme il paroit par la table généalogique qui suit ; daté de Saint-Germain-des-Prés, le 23 juillet 1695, est signé : BALUZE, frère JEAN MABILLON, frère THIERRY RuixART . On donnait avis aux curieux que les documents seraient visibles à l'abbaye, jusqu'à la fin de septembre, entre les mains des deux bénédictins. — Un public de savants que l'annonce de la découverte avait singulièrement émus, se rendit à l'appel, mais parut impressionné tout au contraire de ce qu'on souhaitait, soit par la vue des documents eux-mêmes, soit par la lecture du procès-verbal d'examen, soit surtout par le défaut de toute explication des circonstances où avait pu se faire une exhumation aussi opportune de titres dont l'existence n'avait jamais été soupçonnée. En effet, Mabillon, Ruinart et Baluze déclaraient, sans plus, que la présentation de ces titres leur avait été faite par « le sieur Pierre-Jean de Bar, natif de la province d'Auvergne, qui a travaillé longtemps avec feu M. du Bouchet, natif du même pays, à la recherche d'anciens titres et actes concernant l'histoire de ladite province. » Ils n'ajoutaient pas, mais chacun le sut, que les titres venaient de la ‘succession de du Bouchet. - Une première invraisemblance frappait ici tous les esprits. Depuis onze ans que du Bouchet était mort, son cabinet était à la disposition de de Bar, des Bouillon, des autres maisons intéressées, et chacune était venue tour à tour en retirer sa part. Tout d'un coup, dans un résidu ou rebut assez considérable sans doute pour que les yeux les plus expérimentés 'aient pu jusqu'ici le sonder, un auxiliaire, un copiste stipendié a découvert, non pas quelque pièce égarée, mais un dossier complet de feuillets intacts de la plus grande dimension, d'une parfaite conservation, et ces feuillets, par une fort une inespérée, se trouvent contenir toute une suite de textes suffisants pour résoudre victorieusement le problème poursuivi en vain depuis Erustet. Ce n'est pas tout. Voici maintenant, à l'appui de ce premier faisceau de preuves, un petit cartulaire “qui vient de ce même dépôt tant visité de Brioude, et qui, dès le verso du quatrième feuillet, fournit une justification encore plus décisive, si c'est possible, mais non aperçue jusque-là : et, d'autre part, le grand cartulaire et l'obituaire de Brioude, compulsés jadis “par tant de savants, le cartulaire de Sauxillanges, non moins connu, feuilleté et dépouillé se trouvent aussi apporter leur contingent respectif à la démonstration. Autant de coïncidences miraculeuses, sur lesquelles pas un mot d'explication n'est prononcé. — Mais là ne s'arrêtèrent pas les critiques. Un mémoire anonyme parut, dont les termes courtois et mesurés cherchent à dissimuler la perfidie, et qui fut, sinon par la force, du moins par l'habileté de ses objections le point de départ de l'instance en faux. Ce mémoire — porte un titre dont l'ironie donne un avant-goût du reste : Remarques sur le jugement rendu par M. Baluze et par les RR. PP. Mabillon et Ruinart sur les titres qui « prouvent incontestablement l'origine de Géraud de La “Tour, premier du nom. » « Jl n'est pas possible que l'on n'ait beaucoup de déférence pour le jugement qu'ont porté les savants — personnages commis par M. le duc de Bouillon afin — de vérifier les titres qui démontrent l'illustre et antique origine de sa maison ; car, quoi que les parties intéressées ne doivent pas pour l'ordinaire nommer E lenrs juges, néanmoins ceux-ci ne sauroient être suspects, si on considère lei ur profonde érudition et leur E sincérité à toute épreuve. Il seroit difficile que les $4 — HH. PP. Mabillon et Ruinart pussent étre traités de — gens de mauvaise foy dans un temps où ils ont lhonE neur l'un et l'autre d'estre prestres et membres d'une congrégation illustre par la doctrine, la piété et la M régularité ; on scait la grande réputation du R. P. Mabillon connue de tcute l'Europe, et le plus grand prélat 2 de France en a rendu témoignage au roy, en lui pré- “sentant ce bon religieux qui estoit le plus scavant et le plus homme de bien de son royaume... » 602 Le nombre seul des écrits de polémique — on en compte plus d'une douzaine —- qui circulérent dans Paris et dans la province en impression ou en feuil les à.la main, du 1** septembre 1695 à la fin de 1699, suffirait à prouver que la cour et la ville furent mises en mouvement, comme le dit Saint-Simon. Le cardinal de Bouillon ne s'en alarmait nullement : il fit imprimer la consultation de Mabillon, Ruinart et Baluze et embellit son exemplaire de cette note :
Ces titres et tables originaires doivent estre portés à Turenne pour y estre conservés bien soigneusement dans lé thrésor du chasteau, avec les imprimes du jugement rendu sur ces pièces et sur les lettres de saint Louis contenues dans le petit cartulaire original de l'église de Brioude.
Fait à Paris le 22 juillet. 1696. LE CARDINAL DE BOUILLON.
Maintenant que l'affaire faisait éclat, quantité de savants qui s'étaient bornés à une protestation muette dans leur cabinet ne pouvaient plus laisser passer sans mot dire une production qui provoquait leur clairvoyance. Ils s'enhardirent et objectèrent qu'on ne pouvait comprendre comment, tant de titres intéressant exclusivement la maison de La Tour, ils auraient subsisté par miracle tandis que le reste du cartulaire disparaissait à jamais, et comment ils viennent à point nommé justifier des prétentions qui avaient manqué de preuve jusque-là ? On ne produit pas un seul titre original, mais des cartulaires, des fragments de cartulaires, c'est-à-dire de ces recueils où le P, Mabillon lui-même, comme tant d'autres antiquaires, a reconnu que les altérations étaient communes ; et, dans ceux-ci, qui ont passé jadis par les mains de Justel, de du Bouchet, et de bien d'autres généalogistes encore moins recommandables, que ns peut-on soupçonner ? Au point de vue matériel, les feuillets exposés à l'abbaye se présentent avec des marges intérieures rognées, avec des pages, surtout celles où figure le nom de La Tour, salies et enfumées intentionnellement plutôt que par l'effet du temps, avec une encre trop blanche et ayant. coulé par endroits, une écriture rechargée, trop grosse pour l'époque et mal formée, des mots ou des chiffres d'ordre effacés par le lavage.
Et, passant à l'examen des textes mêmes, puis que l'on manquait de points de comparaison pour discuter les éléments historiques, les critiques signalaient surtout l'emploi du surnom de Lerre, qui n'eût dû se trouver que dans des actes du commencement ou même de la seconde moitié du x1 siècle et non de la première moitié du x. Justel avait cité, lui aussi, des Gerardus qui nuncupor de Turre, des Bernardus qui de Turre vocor ; mais précisément, n'est-ce pas chez lui, ou dans le titre de 1004 fabriqué par Chorier, et d'une fausseté incontestable, que le rédacteur aurait pris cette formule prématurée ?
Ces « petits écrits », comme Baluze les qualifia dédaigneusement, restèrent tous anonymes. Nous pouvons seulement supposer qu'ils avaient été inspirés par certaines maisons qui professaient une hostilité héréditaire contre celle des Bouillon, les Noailles, par exemple, les Rohan ou les princes lorrains ; quant aux rédacteurs, qui devaient être des gens du métier, on prononça des noms d'érudits tels que du Fourny et Rousseau, l'abbé. Goinard, l'abbé Faydit, Amelot de La Houssaye, le bénédictin défroqué Veyssière de La Groze etc. Peut-être aussi l'abbé de Camps, Gaignières, Clairambault fournirent leur part : d'Hozier se tint à l'écart, peut-être par ordre de la cour.
Celle petite guerre devenait assez sérieuse pour que, à l'heure même où il traçait la notice superbe que nous avons transcrite, le 22 juillet 1696, le cardinal de Bouillon convoquât le 24, Mabillon, HRuinarl et d'Hozier' pour procéder à la collation d'une copie du petit cartulaire de Brioude qui renfermait la fameuse lettre, puis un elenchus de vingt-six titres du cartulaire de Sauxillanges antérieurs à l'année 961, et qui pouvaient servir à l'histoire des comtes d'Auvergne. Ces copies, notons-le bien, avaient été faites par de Bar et, en les certifiant, nos trois savants se mirent à constater quel les modifications, corrections, additions, interpolations, ete., le texte primitif des originaux avait subies ; leur valeur, en tant que pièces à l'appui, se trouvait donc diminuée d'autant et presque réduite à rien.
Le public semblant s'étonner qu'il ne parût aucune riposte aux premières attaques, le cardinal et Baluze s'en remirent, non pas, comme le dit Saint-Simon, à « des savants subalternes et mercenaires », mais à un familier fort intime, dont la plume, l'esprit et l'instruction générale, à défaut de vraie érudition, étaient très goûtés : nous voulons dire l'abbé de Choisy. Celui-ci fit imprimer, à la fin de 1695, une Réponse aux remarques et aux observations faites sur les litres à l'abbaye de Saint-Germain. Il ne s'y nommait point, mais chacun sut qu'il en était l'auteur. C'est le seul défenseur que l'on connaisse aux Bouillon en dehors de Baluze et des deux bénédictins, et Choisy, ne compLait guère en pareille matière, qui eût exigé, non pas sa verve railleuse et légère, mais une argumentation fournie et solide, une discussion pied à pied, mot pour mot.
Les plus vives critiques portaient sur la lettre de saint Louis, ou du moins d'un roi Louis régnant à la fin de 1226, qui était le document capital, puisqu'il attestait formellement l'attache de Guillaume de La Tour, nouvellement élu prévôt du chapitre de Brioude, avec ses « prédécesseurs », les ducs d'Aquitaine et comtes d'Auvergne. Nulle pièce, non plus, ne prêtait davantage aux soupçons. Si elle venait de Louis IX, ainsi que l'indiquait sa date, décembre 1226, comment un roi mineur, n'ayant que onze ans, avait-il pu, sans l'assistance de son chancelier ni d'aucun officier de la couronne, ratifier une élection faite contre ses droits de régale ? Qui avait attesté à ce tout jeune enfant que le nouveau prévôt fût un héritier direct, à plus de deux cents ans d'intervalle, des anciens ducs-comtes du XIe ? Et encore de quels ducs et comtes s'agissait-il, puisqu'il y en avait eu de bénéficiaires avant les héréditaires ? Quid ad rem, ce rappel de la destruction de Brioude par les Sarrasins et de sa reconstruction par un autre roi Louis, reconstruction emportant du même coup le droit d'alleu et celui de régale ? Cette régale d'ailleurs existait-elle, puis que, quatre ou cinq ans auparavant, Louis VIII avait été obligé de se désister de ses prétentions ? Et enfin comment expliquer que ce roi mineur, qui ne se mariera que onze ans plus tard, invite le nouveau prévôt en retour de la reconnaissance qu'on veut bien lui accorder à prier pro nobis liberis que nostris ?
À toutes ces objections, Choisy répondait par une discussion piteuse, assaisonnée de quelques traits d'esprit. Baluze lui-même ne fut pas plus brillant lors que, bon gré mal gré, poussé par le cardinal, qui venait de partir pour Rome, il consentit enfin à risquer son nom et sa réputation, intacts jusque-là, contre une coalition d'ennemis qui devenait de jour en jour plus active et plus redoutable *. C'est après avoir longuement pesé, pourpensé et remanié son argumentation que Baluze fit imprimer une : Lettre de Monsieur Baluze pour servir de réponse à divers écrits qu'on a semés dans Paris et à la Cour contre quelques anciens titres qui prouvent que Messieurs de Bouillon d'aujourd'hui descendent en ligne directe et masculine des anciens ducs de Guyenne et comtes d'Auvergne. A Paris, chez Théodore Muguet, 1698. Cette « Lettre » parut en mars 1698 ; elle ne contenait que des protestations vagues, des raisonnements da posteriori, des pétitions de principe, au milieu d'un amoncellement de textes, de citations, de digressions qui remplissaient 22 pages, plus 6 pages d'annexes sur papier grand in-folio et qui, en réalité, ne prouvaient rien. À ce nouveau fascicule on joignit celui de 1695 et un cahier supplémentaire contenant cinq nouveaux feuillets de tables qui venaient de se retrouver dans le chartier de Brioude à la suite d'une visite que de Bar y était allé faire, et la distribution s'en fit très largement, non seulement à Paris, mais à Lyon, en Bourgogne, en Auvergne, en Italie, et même en Angleterre, comme venant de Baluze, et sans que le nom des Bouillon y parût.
À quelques félicitations, qui n'étaient pas tout à fait sincères, furent immédiatement suivies d'une reprise de la polémique : d'avril à novembre 1698, quatre écrits violents et malins furent répandus dans le monde savant, mettant surtout en relief la comparaison insolente que Baluze osait faire entre les origines de ses clients et celles des races les plus augustes, y compris même la maison de France. Contre ces récits, une mince riposte de l'abbé de Choisy ne fit que blanchir. - Enfin, en mai 1699, les avocats du duc de Bouillon, avant d'avoir étalé dans un factum judiciaire toutes les chimères de sa maison, un dernier écrit parut encore, très mordant, très satirique, réduisant les productions à leur juste valeur. Une agitation si scandaleuse ne pouvait s'éterniser sans inconvénient pour la morale publique : vers le milieu de l'année 1700, Louis XIV jugea nécessaire de faire intervenir l'action de la justice ; mais, ne voulant manquer ni à la faveur dont il honorait le duc de Bouillon ni se souciant pas de livrer une procédure si délicate au grand jour du Parlement, il se résolut à ne frapper que J. P. de Bar, comme fauteur de toute l'intrigue, et à le faire juger par une de ces commissions extraordinaires qui, de temps en temps, instruisaient les cas intéressant directement la chose publique et le bon ordre. Encore fallut-il prendre des voies détourées ! L'existence d'une officine de faussaires régulièrement organisée pour fournir des titres aux prétendus nobles que poursuivait la commission de recherche des usurpateurs était alors de notoriété publique. Les directeurs de cette officine avaient eu nécessairement des rapports avec de Bar, qu'on voulait prendre en flagrant délit. Un agent provocateur lui proposa de modifier un contrat où la qualité d'écuyer n'était pas assez ancienne pour satisfaire les commissaires de la recherche des faux nobles, et, le 15 août 1700, jour pris pour conclure, de Bar fut arrêté dans son logis de la rue Traversine, et les scellés furent posés sur tout ce qui s'y trouvait. Chez lui on trouva l'outillage entier du faussaire : grattoirs, ingrédients et encres de toutes nuances, parchemins blancs lavés ou grattés, enfermés, noircis artificiellement, brouillons et projets d'actes, de textes, de formules, etc. ; mais très peu de ces pièces se rattachaient aux travaux qu'il avait pu faire pour le compte du duc de Bouillon ; un grand nombre avait trait aux documents produits en 1695 : études et formules de cotes d'obits, actes passés par Guillaume le Pieux, par le comte Bernard, par le prévôt Guillaume de La Tour — un, entre autres, où Bernard devait être dénommé nepos de Guillaume, duc d'Aquitaine et de son frère Acfred, deux fils d'Adelinde — feuillets originaux détachés de les registres anciens, avec les modèles de ceux qui devaient être substitués, chartes en tables, transparents et parallèles, pour arriver à l'imitation exacte des pages du cartulaire, essais d'écritures onciales, mauresques, le praticien qui devait exécuter les faux, etc.
Les pièces saisies chez de Bar existent encore, munies du visa apposé par le magistrat instructeur et de la signature du prévenu ; et elles sont accablantes pour celui-ci. La préparation des faux y est manifeste, les essais calligraphiques qui ont servi de tâtonnements avant l'exécution définitive ont la clarté et l'évidence. Comment concevoir un homme assez pervers pour conserver si longtemps dans son ménage aussi compromettant matériel ? Dans un premier affolement, n'ayant sous la main que l'exemplaire de l'arrêt et de l'ordre, il s'en prépara pour faire ses déclarations, deux aveux en régie, à dix jours d'intervalle. Ces pièces sont peut-être les seules qui nous manquent, mais on les connaît à peu près par les procédures où elles furent représentées. Dans l'une, il avouait que les six feuillets étaient faux, que le duc d'Épernon-Rouillac les avait rédigés dix-huit ans auparavant (1682 ou 1683) et que lui-même les avait « fabriqués et imités de l'antique » ; que d'ailleurs la prétention des La Tour d'Auvergne était une invention de MM. de Bouillon, qui ne datait que d'une soixantaine d'années. Après cet aveu, de Bar se ressaisit : dès le premier interrogatoire il tint tête à Heudebert « du Buisson » et demeura tel pendant quatre ans, niant, discutant, ripostant, rejetant tout sur le vieux du Bouchet dont il n'avait été, à l'entendre, que l'humble auxiliaire, secrétaire et copiste, écrivant ce qu'on lui dictait sans rien entendre au latin et aux « écritures gothiques ».
L'extraordinaire fait devant la Chambre séant au Palais de l'Arsenal, à la requête du Procureur général, aboutit au jugement du 27 juillet 1704 !, ordonnant la restitution des documents interpolés, le cartulaire de Limanges et l'obituaire de Brioude, aux archives de ces Églises après avoir biffé les mentions apocryphes et la lacération de toutes les autres pièces falsifiées ; cette dernière disposition ne fut que partiellement exécutée. — La réputation de Mabillon avait eu un peu à souffrir d'avoir entrepris pour de simples particuliers, tandis que les ouvrages de Louis les siècles, instructions de cette affaire. On donna à entendre qu'il avait proclamé la sincérité des feuillets en échange d'un bénéfice. Un Noël de 1696 le chansonne ainsi ?
I. Seigneur, votre origine,
Dit Bouillon au bambin,
Est-elle bien divine ?
Le monde est bien malin !
Eussiez-vous, comme-moi, séduit tous les chapitres,
Baluze et Mabillon don don
Les feuillets expertisés nous ont été conservés et on ne peut contester qu'ils présentent, considérés séparément les uns des autres, des apparences d'authenticité. La rognure des marges s'explique assez facilement du fait que le cartulaire fut victime d'un incendie vers 1571 ; dès lors on ne peut s'étonner du noircissement de certains feuillets, dont l'un même est presque entièrement brûlé. Une différence notable existe au sujet de l'écriture : deux feuillets que sépare un feuillet perdu offrent cette différence notable d'une moyenne de 40 à 49 lettres par ligne contre une moyenne de 35 à 43 lettres. L'encre change complètement de coloration : de pâle elle devient très noire. Dans les premiers feuillets la teinte jaune est si faible qu'en plaçant le parchemin devant la lumière, on ne voit plus trace de lettres, bien que les lignes se correspondent au recto et au verso. Elles ont été tracées avec de l'encre si mouillée d'eau qu'en certains cas le parchemin s'est comporté comme du papier et que l'encre y a produit des bavures. C'est une preuve que la peau a été grattée puis lavée pour en effacer l'encre ancienne, et, de fait, le dossier des pièces saisies contient un acte du xvi* siècle sur parchemin, dont la moitié supérieure a subi cette préparation destinée à mettre la peau en état de resservir. Les traits pâlis, dans les premiers feuillets, sont souvent rechargés d'une encre un peu plus brune, et visiblement, par la même plume souple et légère. L'écriture du dernier feuillet n'a pas non plus le même mouvement que celle des autres ; si elle est du même style, certaines lettres montrent que l'auteur s'est parfois oublié jusqu'à prendre certaines libertés qui contrastent avec tout ce que nous savons de l'automatisme des scribes du xiii siècle.
Au Moyen Âge, le parchemin coûtait cher et les scribes écrivaient à lignes pleines afin d'économiser l'espace. Or, dans les feuillets détachés par de Bar, les marges de droite sont très inégales et la coupure des mots d'une fantaisie déconcertante ; il y a tel exemple où, pour ne pas couper le mot final discessum, on espace neuf lettres sur l'espace où quinze lettres peuvent tenir à l'aise, Enfin, lors d'un voyage à Brioude, en 1697, de Bar se composait pour lui-même, ce memento accusateur, en vue de nouvelles supercheries : « Il faut marquer le haut et le bas et la force du parchemin, l'écriture, le caractère noir ou gris ou jaunâtre, les marges, combien de lignes dans la page qui reste dans le cartulaire qui est écrit, la distance des lignes et combien il y en a et prendre toute cette page et l'abréger comme elle est, et prendre les abréviations qu'on y observe ; enfin il faut copier cette page et tâcher de la figurer afin de faire l'une de même et de la même grandeur. Bien prendre garde à la marge qui peut rester de la page qui manque en prenant garde à ce qui reste de plis sur la demi-page qui reste écrite dans ledit cartulaire et bien compter les chiffres de tout le cahier qui consiste en sept feuillets, y manquant celui qui doit accompagner ce demi qui est à la fin et dont la | les *. » En 1682, c'est le tour de la Bourgogne ; en 16 | celui de la Normandie ; en 1696, celui de l'Alsace. Vers la fin du voyage, on arriva à Strasbourg, « la marge en dehors est un peu pliée et cousue afin de faire tenir dans le cartulaire. » Il n'y a rien à ajouter à cet aveu sinon que la science de Mabillon fut mise en échec par la ruse d'un faussaire.
XXV. LE VOYAGE EN LORRAINE. — Dans la vie de Mabillon les voyages et les déplacements tiennent une place considérable. Sans parler des expéditions scientifiques en Belgique, en Allemagne, en Italie, il faut faire une place à de brèves excursions imposées par les exigences de ses travaux ou par le soin de sa santé, C'est ainsi qu'on voit Bossuet lui procurer quelques jours de villégiature à Saint-Germain-en-Laye en 1675 ! ; parfois Mabillon va à Meaux « pour se remettre un peu de ses fatigues » et s'y attarde une quinzaine de jours ; en 1690, il fait une course à Saint-Pierremont pour voir son père presque centenaire ; ce sont là des exceptions. : -Dans la plupart des cas, c'est l'intérêt de la science qui impose ses voyages pour faire sur place une enquête ou une vérification. A la veille de mettre sous presse le De re diplomatica Mabillon écrit à Magliebechi : « Je reviens d'un voyage assez long que j'ai fait en Lorraine pour y voir les archives et les bibliothèques du pays, afin de mettre la dernière main à notre ouvrage des char-
accompagné cette foi du fidèle Thierry Ruinart à il laissa le soin de composer le récit du voyage. 3 La rédaction de cet itinéraire est un ouvrage d'un assez vif intérêt et d'autant plus appréciable que les bouleversements postérieurs ont modifié ou détruit presque tous les monuments visités par Mabillon et dom Thierry. Partis de Paris le 20 août 1696, ils n'entrèrent que le 10 novembre suivant ; l'Iter Lotharingicum nous permet de les suivre à travers les villes et les monastères de Lorraine et d'Alsace. Les premières visites sont pour les abbayes de Sénones, de Moyenmoutier qui avaient pour abbés les deux Alliot amis de Mabillon à qui on fit fête. Après avoir parcouru la Lorraine et les Trois-Evéchés, les deux bénédictins entrèrent en Alsace. Dom Ruinart voulut faire l'ascension de la montagne de Frankenberg, tandis que Mabillon, moins ingambe, se contenta de l'excursion classique de la montagne de Sainte-Odile, d'où on voit l'Alsace étalée comme une carte de géographie, « plus de trois cents villages et vingt villes. » reine de tout l'Alsace » comme l'appelle dom Ruinart. La visite de la ville, de la cathédrale, du collège luthérien, l'assistance à un office luthérien, tout ce récit est d'un grand intérêt. | A Toul, Mabillon et Ruinart visitent la synagogue, le jour de la fête des Tabernacles (13 octobre). « La synagogue, disent-ils, est un édifice oblong, au milieu duquel est la tribune entourée de grilles, à laquelle on monte par quelques degrés : là se tiennent les lévites” et le grand prêtre, et si quelqu'un des gentils assiste à la cérémonie on l'y fait entrer également. Aucune image ni peinte, ni sculptée, n'est aperçue dans la salle, mais dans la partie la plus élevée est l'armoire « où sont conservés les Livres saints, couverts d'une couverture fort épaisse et brodée d'or et d'argent ; des grilles entourent cette armoire, afin que personne n'en puisse approcher de trop près. On voit aussi le chandelier à sept branches, comme la loi le prescrits ES S £ P -, i ER ES j ia Y. ` E Pa g T » à à r E s | « MABILL ON 610 ; n Eu : les lampes pendent du plafond, et elles répandent une odeur si forte qu'on a grand peine à la supporter longtemps. Les femmes sont dans des bancs entièrement séparées des hommes. Si quelques-unes, à cause des prescriptions de la Loi, n'osent entrer, elles prient hors de l'enceinte du lieu, sous le porche. Mais toutes E : ont revêtu de vêtements magnifiques, ainsi que les hommes, qui, outre les habits ordinaires, ont sur la tête des bonnets d'une forme antique, avec des capes, très semblables à nos pluviaux ; mais ils ont capuchons par-dessus les dits bonnets. Tous sont assis sur des escabeaux dont le lieu est rempli, chacun a son livre à la main, d'où ils chantent parfois quelques passages, mais il ne se dit rien en ce lieu ne soit en hébreu. Tantôt le prêtre, orné des vêtements prescrits, lit quelque chose, tantôt c'est un roi qui est soit lévite, soit certainement de la race cérémoniale : la loi est lue non pas dans les livres mais dans des rouleaux. Lorsqu'ils chantent, ils se jettent les oreilles avec les mains, et font trembler leur voix, bien plus, leur corps entier d'une façon affreuse. Puis on met aux enchères l'honneur de reporter les manuscrits de la Loi : celui qui a acheté cet honneur à un plus haut prix a le droit de scq les manuscrits en faisant le tour de la synagogue !. » - Divers renseignements conservés dans les papiers du P. Léonard de Sainte-Catherine, augustin déchaussé à Paris, et une lettre d'un chevalier de Saint-Lazare, Duchautoy, font connaître une des raisons du voyage entrepris par Mabillon en Alsace et les causes de son insuccès ; il s'agissait de faire entrer l'abbaye de Saint-Denis en possession de biens aliénés ?. … L'Iter Lotharingicum fut publié dans les Œuvres posthumes, t. nr, 1724, traduit sans soin par J. Matter, s Journal de la Société des sciences, agriculture et arts du Bas-Rhin, in-8 », Strasbourg, 1826 ; autre traduction par Marchal, dans Mémoires de la Société théologique lorraine, 1862 ; enfin par ^. M. P. Ingold, L Mabillon en Alsace, dans Revue catholique d'Alsace, | 1901, p. 721-732, 802-806 ; 1902, p. 114-119, 214-230, | 2 j-287 : etc ; Moines et religieux d'Alsace, Colmar, 1902, qui ajoute une cinquantaine de lettres inédites de Mabillon tirées de la Bibliothèque nationale et quelques-unes très intéressantes à J. Schilter, en outre des extraits des notes de Mabillon conservés au fonds latin (n. 11902) de la Bibliothèque nationale. XXVI. LE CULTE DES SAINTS INCONNUS. — La dévotion aux reliques dans l'Église a engendré à diverses époques de graves abus. Sans remonter aux MIS et vue siècles où le vol des reliques (voir ce mot) était considéré comme un acte de foi et de piété, en nous arrêtant au xvn ? siècle, nous voyons que le culte des reliques tenait alors dans la pensée des fidèles une place considérable qui, depuis ce temps, a été supplantée par d'autres dévotions. Tous les pays catholiques rivalisaient d'empressement et faisaient entre eux assaut de générosité afin de s'assurer la possession de corps saints. La France, l'Espagne, la Belgique, l'Allemagne, tout ce qui n'avait pas été conquis par la Réforme protestante, s'adressait à Rome pour en obtenir quelques débris de saint ou de martyr et les demandes les plus indiscrètes recevaient satisfaction. Cette inépuisable générosité semblait inexplicable à Mabillon. Lui, qui ayant tout lu, avait tout retenu, se souvenait qu'Otkar archevêque de Mayence, avait jadis présenté au pape Grégoire IV une requête de ce genre qui avait été accueillie par un refus. Après avoir parcouru les cimetières romains, il avait fallu avouer qu'on était hors d'état de satisfaire à la demande de l'archevêque. Si donc, au ix ? siècle, les reliques des martyrs étaient si rares qu'un pape fut dans l'obligation de renoncer à en gratifier un archevêque, comment expliquer qu'au xvi* siècle on put les distribuer sans compter ? Là où les serviteurs de Grégoire IV cherchaient en vain, ceux d'Innocent XI accumulaient les trouvailles.
Or, on se souvient que, dans l'analyse de Ver Italicum, nous avons vu Mabillon visiter à plusieurs reprises différentes catacombes romaines ; et suivant sa méthode ordinaire de travail, il observait et il interrogeait. Il s'informa d'abord des principes d'après lesquels on se réglait pour distinguer les reliques ayant appartenu à des martyrs, et ce fut ainsi qu'il apprit que, conformément à un décret de la Congrégation des Rites promulgué en 1668, toute tombe qui contenait une palme ou une fiole teinte de sang pouvait être considérée à coup sûr comme ayant contenu les restes d'un confesseur de la foi. Lorsqu'il se trouva sur les lieux mêmes, il vit de ses yeux comment procédaient les ouvriers employés par la custodie des reliques ; eux, sans défiance, défonçaient un arcosolium, un loculus, raflaient les ossements ; empochaient les menus objets destinés à alimenter le commerce des antiquaires, passaient à la tombe suivante, abattant, dévastant, récoltant afin d'alimenter la piété des fidèles du monde entier. Il ne parait pas que Mabillon ait eu la moindre notion ou habitude du dessin, mais il eut le loisir de regarder, de prendre des notes. Ce fut ainsi qu'il nota quelques inscriptions dont la formule ne présentait rien de chrétien, parfois même le sigle païen dis manibus, ou bien des chrismes, des colombes, des palmes. Enfin il remarqua des fioles de verre enduites d'une croûte de couleur rouge, des vases d'argile ayant contenu la même matière desséchée ; ainsi édifié, Mabillon remarqua que les ouvriers procédaient aux excavations et exhumations sans ombre de discernement, Ils ramassaient les ossements de plusieurs tombes sans même prendre la précaution de relever le nom tracé sur chaque épitaphe, encore moins sans prendre le soin de distinguer les corps qui confondus, brouillés, lavés, étaient expédiés au cardinal-vicaire ou au Maître du Sacré-Palais, qui leur donnait un état civil et les répartissait sous cette étiquette entre les différentes cathédrales, basiliques, églises, chapelles, oratoires de la catholicité. Il semblait difficile pour quiconque n'était pas Romain, de traiter avec plus de désinvolture des débris qui pouvaient être ceux de saints personnages et qui méritaient plus de respect. Pieux et loyal, Mabillon fut scandalisé à la pensée que la prière des fidèles pouvait être exposée à s'égarer sur des objets qui n'y avaient aucun droit,
À. — X. — 20
En vu Dep ad qu m Kn n ^t ow Fi ——— odo cabe m gp i T Et ST A symbole du triomphe remporté par le martyr, mais de la mort subie par l'être humain. Le monogramme et les divers emblèmes n'étaient autre chose que les indices de la profession de foi chrétienne. Sa conclusion fut que les ossements contenus dans les catacombes avaient appartenu à des chrétiens, mais qu'on ne pouvait attribuer à des martyrs que ceux auprès desquels se trouvait l'attestation formelle du supplice enduré pour la foi. La fiole contenant du sang était à ses yeux un témoignage du martyre, mais comme la présence du sang ne pouvait être démontrée nulle part, le décret de la Congrégation des Rites gardait son autorité en théorie, mais n'avait pas d'application pratique.
De retour à Paris, en 1686, Mabillon ne crut pas, pendant plusieurs années, devoir révéler au public l'étrange abus dont il avait été témoin à Rome, et ne confia son secret qu'à un petit nombre d'amis. Pendant ce temps, quel que fait nouveau arrivait périodiquement à sa connaissance qui prouvait que le mal continuait à sévir et prenait même des proportions imprévues. Il apprenait, tantôt que les théatins de Paris venaient de recevoir des reliques du prétendu martyr saint Attien, dont le marbre disait seulement que :
Aurelia calliste bene merente Atliano conjuge, landis que les augustiniens de Toulouse vénéraient comme martyr une femme dont le nom se lisait à la suite d'une invocation aux dieux mânes. Toutefois ces faits paraissaient négligeables auprès du suivant :
Mabillon avait d'abord dédié son travail au cardinal Colloredo qui, scandalisé, se déroba. L'auteur s'était évidemment préoccupé de ménager, autant que possible, de respectables susceptibilités. Les erreurs trop énormes, comme l'étrange quiproquo constaté par les chirurgiens de Paris, étaient passées sous silence ; le décret promulgué par la Congrégation des Rites, en 1668, était l'objet d'une critique qui, grâce à un jour de phrase habile disparaissait presque : à Paris seulement cinq éditions se succédèrent -. et elle fut réimprimée à Bruxelles, à Tours, à Grenoble | plusieurs de nos amis et bien d'autres me la demandent sous les éloges ; le Souverain Pontife qui, dans une première rédaction, avait été malencontreusement | mis en cause , restait complètement étranger à la faire, et les agents subalternes étaient seuls incriminés ; certain décret récent qui réservait les honneurs, du bréviaire et de la messe aux saints inscrits dans le martyrologe romain, était adroitement exploité, bien qu'il ne touchât pas au fond de la question ? ; en ‘un mot, la Lettre d'Eusébe à Théophile était un f réquisitoire écrit avec d'infinies précautions, Mais elle était un réquisitoire. Mabillon y dénonçait la légèreté avec laquelle des ossements quelconques étaient | transformés en reliques de martyrs et pourvus de noms déterminés . Il y rappelait l'aveu de Grégoire IV à l'archevêque Otkar de Mayence, et se permettait cette réflexion malicieuse : « A cette époque on n'avait pas encore l'habitude de baptiser les saints. et d'expédier leurs corps comme de vraies reliques ?. = Sa conclusion était que le doute et l'incertitude planaient sur « la plupart » de ces saints inconnus dont » on faisait présent aux Églises de la catholicité 10. — La Lettre d'Eusèbe obtint en France le plus vif. et à Utrecht. Ce fut comme un soulagement pour les consciences chrétiennes. Quelques jours seulement après son apparition, Fléchier ' écrivait de Nimes à | Mabillon, le 2 mai : « J'ai reçu avec beaucoup de reconnaissance, mon Révérend Père, et lu avec beaucoup de satisfaction, le petit livre que vous avez eu la bonté de m'envoyer, où vous traitez du culte des | saints inconnus, Il fallait qu'un homme aussi éclairé et aussi judicieux que vous l'êtes, nous apprit à distinguer, dans l'obscurité des sépulcres, les cendres de saints d'avec celles des pécheurs, et à régler selon les preuves évidentes ou douteuses, les honneurs qu'on rend, quelquefois indifféremment, à des ossements | incertains, comme aux reliques des martyrs. Il y avait - longtemps que je souhaitais qu'on abolît certaines superstitions qui s'introduisent en faveur de ces corps. qu'on appelle saints, et qui n'ont peut-être jamais - été baptisés. Les peuples sont naturellement crédules. - La cour de Rome est quelquefois bien libérale de tels ` présents. Il n’y a pas un grand seigneur qui en revienne qui n'en rapporte quel que martyr, à qui il se fait honneur de fonder une dévotion et une fête dans quel que église qu'il affectionne ; de là viennent en divers lieux des histoires fausses et des dévotions peu solides. | Votre dissertation servira beaucoup à faire connaître | et à faire réprimer ces abus. » L'abbé Fleury et le | savant Dugué, en un mot, tous les esprits loyaux et cultivés félicitaient vivement l'auteur ; en France, l'approbation était sans réserve et unanime. E : Il n'en allait pas de même en Italie. Le 15 mai Mabillon écrivait à Magliabechi !'* : « Je ne sais si vous aurez entendu parler d'une lettre De cultu sanctorum - ignolorum. Je n'ai osé vous l'envoyer de peur qu'elle« en sorte que je ne crois pas qu'elle me revienne sitôt. 'Tous les gens sensés et véritablement pieux voient avec plaisir - réfuter solidement les erreurs qui peuvent être occasion de (4 —me vous fût pas agréable. Je le ferai aussitôt que cy aurai appris que vous le souhaitez. » Si dévoué que fût Magliabechi, il était permis de craindre qu'il ne se laissât émouvoir par l'accès d'indignation que soulevait la lettre de Mabillon parmi ses compatriotes, à Rome principalement. Les capucins et les théatins, pom qui, de notoriété publique, le commerce des corps réputés saints était une source de profits aussi $ considérables que scandaleux, jetèrent les hauts cris, accusèrent la Lettre d'Eusébe de porter atteinte au — respect dû aux choses saintes et à la soumission avec E laquelle tout vrai catholique devait recevoir et révérer s Eo établis dans l'Église. Ces industriels n'étaient —que trop écoutés en un temps où le pape les laissait inonder sans contrainte le monde entier de ces reliques suspectes. Les cardinaux amis de Mabillon, — Colloredo, Casanata, appréciaient certes sa science z … étendue et sa critique prudente, mais ils appréhendaient. l'effet possible de cette publication. Jusqu'où 3 md on, ou plutót n'irait-on pas si on laissait la critique s'introduire dans le domaine du culte ? Quelles — pratiques, quelles institutions seraient en mesure de se soutenir devant elle ? Et que dire des reliques ? Les “anciennes jouissaient-el les d'attestations si solides qu'elles pussent braver l'examen que les reliques. récentes ne supporteraient pas ? Voilà ce que se demandaient les membres du Sacré-Collège qui voyaient dans la lettre subversive de Mabillon la ruine de la ‘croyance des peuples dans les reliques. Il ne leur en fallait pas davantage pour la condamner. Dom - Estiennot, procureur de la Congrégation à Rome,se - faisait l'écho de ces réserves qu'il n'était pas loin de … partager. Rendant compte à Mabillon de l'opinion 1 du cardinal Casanata, il lui disait ! : « Il convient de | tout ce que vous avancez et croit que vous ne dites B rien qui ne soit fort probable ; mais il revient toujours - à ce que vos principes posés et établis, ni les reliques qu'on a retirées ici des catacombes, ni celles qu'on pourra tirer à l'avenir ne devront être reçues comme - véritables... Cela peut donner de grands scrupules au delà des monts, particulièrement en Espagne, en “Allemagne, les Indes, etc., où l'on en envoie tous les jours... Encore un coup, combien y a-t-il d'autres abus - qu'on souffre parce qu'on ne sauroit les empêcher ! » “Au surplus, Estiennot, qui n'eût pas conseillé la Bounncadon, qui l'eût méme déconseillée, protestait de son dévouement et de sa disposition à défendre ce | qui avait été fait.
Mabillon, mécontent des réponses dilatoires des cardinaux à ses amis et de la désapprobation d'Estiennot, nota, écrivit à celui-ci une lettre qui ne s’est pas retrouvée, mais qui devait contenir des reproches assez vifs si l'on en juge par la réponse d'Estiennot où on lit : « Je crois que vous estes persuadé que j'ay pour vous : jay pu vous dire et vous escrire sur la dissertation fl E Depuis le mois de février 1698, cette affaire va — passage suivant : « Je vous croys le meilleur amy ou — Fun des meilleurs et plus syncéres que j'aye au monde, les mesmes sentimens de corde bono et in fide non ficta, et sur ce principe je croys aussi que tout ce que une vient que parce que vos interests me sont encore F plus chers que les miens . » 5 occuper le procureur de la Congrégation et lui valoir quelques soucis ?. La lettre n'avait pas tardé à être traduite sous le titre de : Dissertation sur le culte des saints inconnus, par le R. P. dom Jean Mabillon, bénédiclin de la congrégation de S.-Maur. Traduite du latin imprimé sous ce titre : Lettre d'Eusèbe romain à Théophile francois, etc. ^ chez Jean Musier, rué du Petit-Pont, in-12, 1698 [par M. de Boin] ; pres que en même temps paraissait une Réponse du Théophile francois à la leftre du prétendu Eusébe romain, in-12, Cologne (Paris), de la facon du jésuite Hardouin. Les capucins se mettaient de la partie, mais leur définiteur général les blâmait d'avoir écrit. « Pour ce pays-ci, écrivait de Rome dom Estiennot, ce que je puis vous dire en bon ami, est que quoiqu'on n'en soit pas content, parce qu'elle dit la vérité (ce qui ne leur tourne pas à compte, ni en cette matière ni en bien d'autres), cependant ils n'en disent mot, et je crois qu'ils penseront plus d'une fois à ce qu'ils feront, car ils craignent quel que criti que qui les chagrinerait incomparablement plus que n'a fait votre dissertation ; je leur ai méme fait entendre qu'elle ne manquerait pas. Il faut après cela les laisser faire, et sur ce qu'ils feront, on prendra des mesures... Le bon effet que cela fera, du moins pour quel que temps, est qu'on sera plus réservé à obvier dans le choix et la distribution des reliques, aux abus qui peuvent s'y être glissés. Depuis que la dissertation a paru, monseigneur le sacriste m'a fait l'honneur de venir me voir ; il ne m'en parla pas du tout, quoi que selon toutes les apparen ces du monde, il l'eût lue... les RR. PP. jésuites en sont fort contents : je veux dire les françois qui sont ici (car pour les italiens ce n'est pas cela) et ils traitent souvent le seigneur Eusebius romanus de bonne manière 5, » De dom Estiennot, le 22 juillet : « Je crois qu'on ne dira mot ici à votre dissertation ; peut-étre que Mgr Fabretti (voir ce nom) dans quel que ouvrage qu'il fait, en dira quel que mot en passant, mais qu'il l'atta que de front, j'ai peineàle croire. Pour Mgr Ciampini qui étoit fort déclaré contre Eusèbe et qui menacoit aussy d'écrire, il ne le fera pas car il fut enterré la semaine passée . » De dom Estiennot, le 29 juillet : « Le R. F. définiteur des capucins de France... vint me voir hier et me | parla de la réponse imprimée contre la lettre d' Eusebius romanus ; il me dit qu'après avoir fait toutes les perquisitions possib les, et écrit en France pour savoir si c'étoit quelqu'un de leurs Péres qui en fût auteur, il avoit trouvé et me pouvoit assurer da uomo onorato que ce n'étoit pas un de leurs religieux ; il me dit méme qu'on lui avoit écrit qu'on crovoit que c'étoit un P. jésuite... Son Em. Casanata me dit.. que son sentiment étoit que vous laissassiez tomber cela, | comme apparemment ils feront ici la lettre d'Eusebe, à laquelle ils ne feront ni bien ni mal .
Dom G. de La Parre ?, le 5 août : « On vous aura, sans doute, mandé qu'au commencement [votre disserlation De culfu sanctorum ignotorum] n'eut pas toute l'approbation qu'elle mérite, mais enfin on a | ouvert les yeux, et, bien loin d'y trouver quel que chose à redire, on y donne de gran des louanges. Hier... on vint à parler de votre dissertation et de la lettre que vous avez écrite au KR. EF. procureur général en n. 309. — Dom Esliennot à Mabillon, Rome, 29 juilréponse à la seconde partie du petit libelle français, qui a paru contre votre dissertation ; tous unanimement approuvent vos deux piè ces et adjoustèrent que plusieurs cardin aux leur avoient parlé de votre dissertation avec bien de l'estime ; entre autres M, le cardinal Albani qui est un des plus savans du Sacré Collège, avoit dit au H. P. procureur général des minimes, que ja mais ni le Saint-Offlce, ni la congrégation de l'Indice ne toucheront à cette pièce. Le cardinal Casanata a dit la méme chose, ainsi ee PEG peut demeurer en repos de ce cotté là 1, Mabillon SONUS rassuré sur le dévouement de dom Estiennot, dont il semble avoir douté un instant, et comme pour lui témoigner son regret de l'avoir suspecté, présenta la défense de la Lettre d'Eusébe, à laquelle il vient d’être fait allusion, sous la forme de lettre à dom Estiennot. Celui-ci reçut le 29 juillet l'écrit intitulé : Fr, Johannis Mabillon commonitoria epistola ad d. Claudium Estiennot procuralorem generalem congr. Sancti Mauri in curia romana super epistola de cultu sanctorum ignotorum, daté du 5 des nones de juillet 1698, et dont le caractère impersonnel est bien marqué par le fait que I' pistola était jointe à une lettre datée du 8 juillet : « Je l'ai lue, répondait Estiennot, elle est fort juste et fort bien faite ; j'en fais faire des copies que je distribuerai à de véritab les amis in tempore opportuno ?, » Dom Estiennot, qui avait l'art de se mouvoir dans le milieu romain, s'arrangeait de facon que l'episfola cornmonitoria recüt une large diffusion : « Je n'ai pu me dispenser, écrit-il le 9 septembre, de donner à Son Altesse Eminentissime copie de l' Epistola commoniloria ; il l'aura sans doute fait voir à bien des gens.
Colloredo, et les ai priées de me la renvoyer ; ils l'ont fait, mais comme ils l'ont gardée deux ou trois jours, qui aura empéché qu'ils n'en aient fait faire des copies ? M. le trésorier m'en a demandé une copie ; je n'ai pas pu la lui refuser ; je n'en ai donné que le moins que j'ai pu, mais il n'en faut qu'une pour en pouvoir faire des centaines. Le pis qu'il puisse arriver est qu'elle paroisse, et s'il y étoit fait quel que mention à la réponse du P. H [ardouin] à la lettre d'Eusebius romanus, je m'en consolerois , » Et le 22 septembre : « Je n'ai donné que deux ou trois copies de votre Epistola commonitaria, mais Cen est assez pour en faire trois cents : quand elle. seroit imprimée en Flandre ou ailleurs, il n'y a rien à mon sens qui doive faire peine et qui ne soit juste et sage . » L'Epistola commonitoria ad D. Claudium Estiennot, procuratorem congregationis 5. Mauri in curia romana super Epistola de cultu sanctorum ignotorum, in-12, Parisiis, 1698, donne des explications bénignes aux passages de la Leltre d'Eusébe qui étaient de nature à choquer les Romains. Ceux-ci reprochaient à Mabillon son mépris pour le décret de la Congrégation des Rites relatif aux ampullæ sanguinis. « Quoi, du mépris ! Je l'ai, au contraire suivi, répond-il, puis que jai dit que ce décret était trés sage, mais qu'il fallait seulement bien vérifler si les fio les avaient été destinées à renfermer du sang . » — On lui reprochait | cabale qui aprés trois années de menées souterraines, | réussit, au mois d'avril 1701, à faire déférer Epistola damner. Aprés bien des démarches, il sut qu'on lui | les vaisse aux de verre que l'on prétend étre la mar que d'avoir jetéle discrédit sur les pratiques de l'Église. Je n'ai mis en cause, répond-il, ni le Souverain.
Pontife, ni le cardinal-vicaire, mais seulement des subalternes. C'est à eux seuls qu'incombe la responsabilité des faits que j'ai révélés . » On lui reprochait enfin d'avoir écrit que les anciens cimetières romains. n'avaient plus de reliques au rx siécle. « Que l'on. étudie de prés mon texte, répond-il, et l'on verra que. j'avais en vue les reliques insignes et non les reliques. anonymes , » Il reconnait du reste que, depuis le IX siècle, des cimetières alors oubliés avaient été. retrouvés et explorés. Toutefois, il rappelle, non sans. malice, l'histoire de ces moines grecs qui, à l'épo que de saint Grégoire, avaient été surpris à Rome, déterrant les ossements d'un cimetière en Ep : pour. les expédier en Orient comme reliques , L'Episiola commoniloria fit l'effet d'un calmant. y Plusieurs cardin aux se déclarèrent rassurés par les explications qu'on leur présentait, et prirent la Lettre, d'Eusébe en bonne part +°. Rassuré, Mabillon cessa de. prendre au sérieux l'opposition que sa véracité avait déchainée et que sa candeur croyait apaisée. « Il faut. du temps, concluait-il, avec bonhomie, pour accoutumer et apprivoiser les gens à certaines idées qui sont | opposées à leur préjugés !, » Il faut pour cela plus de temps qu'il ne le pensait, car le silence favorisait la Eusebii romani au tribunal de l'Index ?, Pendant deux ans Mabillon ne put réussir à savoir ce qu'on lui reprochait, mais il apprit du moins que le secrétaire de | la Sacrée-Congrégation tenait absolument à le con- reprochait surtout d'avoir calomnié Fabretti, en disant — qu'il livrait comme reliques des ossements prés desquels on ne trouvait pas la palme accompagnée dem l'ampoule de sang #, « Je suis témoin, déclara alors Mabillon, que défunt M. Fabretti ne gardoit point tant | de mesure pour discerner les saints des catacombes, | et j'en ai vu lever plusieurs où ces marques dont vous | parlez ne paroissoient point. J'en ai vu lever une entre autres où, pour toute mar que il y avoit : A BALINEV AVQVSTAE, et je vous avoue que c'est une des peines que j'ai eues sur ces sortes de reliques. — | Je pourrois dire beaucoup de choses sur les palmes et la plus certaine, mais le respect que j'ai et pour le - Saint-Siège et pour la Congrégation des Rites m'oblige M de supprimer ee que j'aurois à dire là-dessus et qui ne seroit peut-être pas inutile H, » Cette lettre était écrite au mois de février 1703 eti Mabillon aurait pu se flatter qu'il ne serait plus question de l' Epistola, mais dom de La Parre l'avertissait - que « le secrétaire de l’ Index est un homme fort extra- |. ordinaire, avec qui on ne peut parler sans qu'il ne s'emporte et ne dise des injures !. » Dans ces conditions. on apprit que la Lettre d'Eusèbe venait d'être dénoncée. de nouveau. De quoi l’accusait-on cette fois ? Per sonne ne put le savoir ; mais les mois se passèrent et, | en avril 1704, Bianchi, l'onctueux secrétaire, s'em- — ployait avec plus d'acharnement que par le passé à - obtenir une condamnation. Dom de La Parre avait Hort à faire, soutenu par les cardin aux Colloredo et Ot toboni, plus efficacement encore par Fontanini dont b. la liberté de langage pouvait tout se permettre, méme | d evant le pape qui l'appréciait fort. Clément XI, dans cette affaire, ne pensait pas autrement que la plupart des Romains. « Il se fait, disait le Saint-Pére, quantité de bonnes ceuvres à l'occasion de ces reliques. Pourquoi en arréter le cours en jetant des doutes sur les marques dont on se sert pour les distinguer des corps Ju commun des chrétiens ? Quel bien ne se fait pas à Notre-Dame de Lorette ? Combien d'œuvres de pénitence, de communions, d'aumónes ? Faut-il empêcher bien parce qu'il n'est pas sür que la chapelle ait apportée là par les anges, comme le croit le peuple ? a scala sancta soit lescalier qui était dans la son de Pilate, cela n'est pas absolument de foi. endant je le monte, tout Rome le monte souvent pénitence et par éévotion $. » Ainsi la question uthenticité ne se posait méme plus, c'était la éorie des reliques par approximation. Ce n'était pas i ia estime pour le caractére et la science du grand bénédictin qu'on lui suggérait de dessaisir l'Zndex de sme d'Eusébe, et déclarer vouloir s'en réserver personnellement l'examen .
C'était la seule manière d'apaiser cette tempête dans un verre d'eau qui, en se prolongeant, commençait à causer une sorte de préjudice à la congrégation de Saint-Maur et à Mabillon. Il ne manquait pas de gens, alors, pour s'étonner qu'un religieux se montrât avec une probité si sévère dans une question où une large tolérance avait prévalu, et ce qui était tout à l'honneur du savant et du chrétien devenait matière à un reproche de la part de ceux qui, trop ignorants pour porter un jugement motivé sur les faits, se font une règle d'approuver les forts en blâmant les faibles.
Le 6 mai 1704, dom Guillaume de La Parre, procureur général de la congrégation à Rome, répondait au père général, dom Claude Boistard, qui lui avait écrit le 10 avril précédent de faire son possible pour empêcher que la lettre de Mabillon ne fût censurée : « Je me suis donné bien du mouvement jusques ici pour cela à Mrs les cardinaux qui composent la Congrégation de l'Index, elle n'ait été censurée... j'ai vu quelques cardinaux, entre autres M. le cardinal Ferrari, qui en est le Préfet. Ce cardinal paraît assez bien intentionné aussi bien que Mrs les cardinaux Colloredo, Imperiali et Gabrielli. Mais Mr le cardinal Corpeigna, vicaire du pape, et Mgr le sacriste sont fort irrités contre cette lettre. Comme ces deux Mrs distribuent les reliques et qu'ils n'apportent pas tous les soins qu'il serait nécessaire pour n'en distribuer que de véritables, ils s'imaginent que cette lettre est écrite contre eux. Le P. Maistre Bianchi, dominicain, secrétaire de la Congrégation de l'Index, sollicité par les PP. jésuites, est encore fort acharné contre cette lettre. Le Rme P. Cloche, général des dominicains, m'a promis de parler au P. Bianchi pour tâcher de le radoucir, et lui faire entendre raison, mais cet homme est si peu raisonnable que je ne sais s'il y réussira. »
« Il y a aujourd'hui 15 jours que j'écrivis au Rd. P. Mabillon, et lui mandai tout ce qui s'était passé dans la Congrégation de l'Index tenue un jour auparavant à l'occasion de sa lettre. Mais Clément XI avait une si profonde estime pour le caractère et la science du grand bénédictin qu'on lui suggérait de dessaisir l'Index de la même d'Eusèbe, et déclarer vouloir s'en réserver personnellement l'examen. » Ainsi la question d'authenticité ne se posait même plus, c'était la théorie des reliques par approximation. Ce n'était pas pour son estime pour le caractère et la science du grand bénédictin qu'on lui suggérait de dessaisir l'Index de la même d'Eusèbe, et déclarer vouloir s'en réserver personnellement l'examen.
C'était la seule manière d'apaiser cette tempête dans un verre d'eau qui, en se prolongeant, commençait à causer une sorte de préjudice à la congrégation de Saint-Maur et à Mabillon. Il ne manquait pas de gens, alors, pour s'étonner qu'un religieux se montrât avec une probité si sévère dans une question où une large tolérance avait prévalu, et ce qui était tout à l'honneur du savant et du chrétien devenait matière à un reproche de la part de ceux qui, trop ignorants pour porter un jugement motivé sur les faits, se font une règle d'approuver les forts en blâmant les faibles.
Le 6 mai 1704, dom Guillaume de La Parre, procureur général de la congrégation à Rome, répondait au père général, dom Claude Boistard, qui lui avait écrit le 10 avril précédent de faire son possible pour empêcher que la lettre de Mabillon ne fût censurée : « Je me suis donné bien du mouvement jusques ici pour cela à Mrs les cardinaux qui composent la Congrégation de l'Index, elle n'ait été censurée... j'ai vu quelques cardinaux, entre autres M. le cardinal Ferrari, qui en est le Préfet. Ce cardinal paraît assez bien intentionné aussi bien que Mrs les cardinaux Colloredo, Imperiali et Gabrielli. Mais Mr le cardinal Corpeigna, vicaire du pape, et Mgr le sacriste sont fort irrités contre cette lettre. Comme ces deux Mrs distribuent les reliques et qu'ils n'apportent pas tous les soins qu'il serait nécessaire pour n'en distribuer que de véritables, ils s'imaginent que cette lettre est écrite contre eux. Le P. Maistre Bianchi, dominicain, secrétaire de la Congrégation de l'Index, sollicité par les PP. jésuites, est encore fort acharné contre cette lettre. Le Rme P. Cloche, général des dominicains, m'a promis de parler au P. Bianchi pour tâcher de le radoucir, et lui faire entendre raison, mais cet homme est si peu raisonnable que je ne sais s'il y réussira. »
« Il y a aujourd'hui 15 jours que j'écrivis au Rd. P. Mabillon, et lui mandai tout ce qui s'était passé dans la Congrégation de l'Index tenue un jour auparavant à l'occasion de sa lettre. Mais Clément XI avait une si profonde estime pour le caractère et la science du grand bénédictin qu'on lui suggérait de dessaisir l'Index de la même d'Eusèbe, et déclarer vouloir s'en réserver personnellement l'examen. » Ainsi la question d'authenticité ne se posait même plus, c'était la théorie des reliques par approximation. Ce n'était pas pour son estime pour le caractère et la science du grand bénédictin qu'on lui suggérait de dessaisir l'Index de la même d'Eusèbe, et déclarer vouloir s'en réserver personnellement l'examen.
Si le Rd. P. Mabillon voulait réimprimer sa lettre en corrigeant ces deux endroits, ce serait le moyen de la sauver de la censure. Ce qui distinguait cette seconde édition de la première, c'était surtout deux omissions. D'une part, la lettre de Grégoire IV à Otkar de Mayence était passée sous silence ; d'autre part, le décret de la Congrégation des Rites de 1668 y était l'objet d'une approbation sans réserves et « la fiole teinte de sang » y était présentée comme l'indice irrécusable du martyre. Naturellement, cette déclaration théorique laissait entière la question de fait. Mabillon ne disait pas que les fioles ou ampoules trouvées dans les catacombes, même quand elles avaient contenu une matière que la dessication laissait en l'état d'une croûte de couleur sombre, avaient contenu du sang, il disait seulement qu'on était autorisé à conclure le martyre quand on avait préalablement reconnu avec certitude la trace du sang dans la fiole. Mabillon ne rétractait rien de ce qu'il avait dit, il ne concédait même rien au-delà ; du reste, son vif sentiment de la vérité scientifique et son honneur personnel ne lui permirent pas de laisser ignorer que les retouches avaient été faites par la volonté expresse du Souverain Pontife : Hæc porro nova editio non temere, nec proprio arbitrio a me facta est, sed adeo jus nutum et imperium penes quem residet summa percipiendi auctoritas ! ; ainsi ses préférences restaient pour l'édition de 1698. Cette déférence était tout ce qu'on attendait pour mettre fin à un incident qui avait trop duré et menaçait d'attirer de sérieux ennuis. Clément XI lut la nouvelle édition et s'en déclara satisfait, la Sacrée-Congrégation de l'Index n'éprouva de difficulté que dans l'expression de son plaisir.
XXVII. L'ÉDITION BÉNÉDICTINE DE SAINT AUGUSTIN. — Quand l'Académie de Vienne entreprit une nouvelle édition des œuvres de saint Augustin, les jeunes philologues chargés de la préparation des premiers volumes jugèrent de haut l'œuvre de leurs devanciers bénédictins. Il devint nécessaire de leur rappeler ce qu'elle valait et leur indiquer à la Bibliothèque nationale la série de volumes où sont réunis les travaux préparatoires et les documents relatifs à cette édition. L'indication fut sans doute jugée utile. Un missionnaire de l'Académie vint étudier ces pièces et en tira trois fascicules sur l'histoire de l'édition bénédictine, travail consciencieux mais où se trahissait une inexpérience instructive de notre histoire religieuse. Le chanoine H. Didio entreprit de refaire ce récit et ne dépassa pas le cinquième chapitre ; le chanoine A. M. P. Ingold en ajouta sept autres. Il existe donc toute une bibliographie qu'il importe de faire connaître.
Tomus XVII (11661). Rec. Sermones et Homiliæ, Tomus XVIII(11662). Recueil de lettres où se trouvent consignées toutes les différentes circonstances relatives à l'édition. On y trouve : 1° quantité de lettres de Mabillon et à Mabillon, fol. 1-38 ; 2° le ms. autographe de l'Histoire de la nouvelle édition... par dom Thuillier, première rédaction, fol. 88-118 ; 3° le Récit sur divers procédés qui ont eu lieu à Rome relativement à l'édition de saint Augustin, fol. 119-148 ; 4° le Journal Tomus XIX (11663). Diverses pièces relatives à l'affaire, entre autres pièce 13, « que l'édition de saint Augustin ne favorise point les cinq propositions de Jansénius. » | Histoire littéraire de l'Allemagne, de la Suisse et donne, à l'occasion de la notice de dom Blam Tomus XX (11664). Diverses pièces, entre autres, fol. 314 : Ordo legendi Augustinum, et dans la « édid e partie du volume, fol. 107 : « Critique de l'ordre de l'édition de Louvain. » Tomus XXI (11665). Ce tome contient les div rédactions de la préface par Mabillon, entre aut fol. 141-225, celle qui porte les « Notes de Bossu et fol. 303-342, celle que Kukula appelle l'Origina concept de Mabillon. E Dom Le Cerf, dans la Bibliothèque historique et littéraire des auteurs de la congrégation de Saint-Maur, avait attiré de graves ennuis pour n'aboutir qu'à “un résultat chétif, l'expérience rendit prudent et on s'adressa aux bénédictins pour reprendre le vieux uante actualité. m T rendait De plus ardue encore c'est E at une allusion dans une bulle de Sixte V o datée du 1er mars 1589 : Quantum semper detrimenti | Bttaterint hæreticorum piornmqne veritatis hostium nt eorumdem librorum mendosæ impressiones at que editiones impuro et peslifero hæresum fermento aliis que | E oribus coinquinatz et corruptae, En dehors des questions théologiques et, à s'en tenir à la seule question philologique et critique l'édition de Louvain était ssez défectueuse : texte corrompu en beaucoup endroits, nul ordre dans les lettres et dans les autres livres, mélange d'ouvrages authentiques et d'écrits supposés, peu d'exactitude, tables imparfaites ! ; érite plus grave, l'enquéte n'avait porté que sur nombre restreint de manuscrits, ceux-là seuls qu'on avait pu saisir à portée de la main. - Les successeurs de Sixte V eurent d'autres préoccupations jusqu'à ce que, en 1640, l'apparition de ] ' Augustinus remit au premier plan les questions relatives à la possession, l'intégrité et l'interprétation des écrits de l'évêque d’Hippone. Il y eut alors plusieurs éditions partielles, parmi lesquelles un recueil opuscu les sur la grâce, à Louvain, en 1647, et à me en 1652. Sur ces entrefaites, ce qu'on appela « la Paix de l'Église » ramena à Paris Antoine Arnauld Ti i mettait alors la dernière main à son ouvrage intitulé : La perpétuité de la Foi. La nécessité de consulter 1 texte de saint Augustin l'amena à Saint-Germain-des-Prés où il s'entretint avec le prieur du monastère, dom Victor Tixier, et lui dit entre autres choses « qu'une nouvelle révision des ouvrages de saint Augustin S erait une entreprise vraiment digne de la congrégation de Saint-Maur ; que ce travail la regardait plus ‘aucun autre corps, à cause du grand nombre de E 'anuserits qui sont dans ses monastères ; qu'étant répandue par toute la France, elle avait une grande | facilité à collationner les manuscrits des églises cathédrales et des autres bibliothèques : enfin, que l'uti33 lité, qui reviendrait aux religieux de ce travail, étoit “si grande que, pour peu qu'on y fit d'attention, on _ Tixier goûta la proposition et en fit part à dom … Claude Martin, un des assistants du général, qui s'y. montra tout à fait favorable. Le général de la congrégation, dom Bernard Audebert, fut promptement acquis 2m on décida la réunion d'une assemblée extraordinaire - comprenant les prieurs des monastères de Saint-Denis — et des Blancs-Manteaux. - Dom Audebert exposa ses vues qui furent contredites par dom Vincent Marsol les, prieur de Saint-Es qui exprima la crainte « que les religieux, sous prétexte de voir des manuscrits, ne se répandissent ^ - trop dans le monde » et par dom Brachet, second | L. “assistant, qui fit valoir que « la congrégation ne man- — querait pas d'être soupçonnée de jansénisme . Ceux E qu'on accuse d'être de ce parti, dit-il, se vantent d'être disciples de saint Augustin ; on dira dans le n'hésiteroit pas un moment à s'en charger . » Dom. monde que les bénédictins leur sont favorables. La seule édition de ce saint docteur sera du moins un prétexte pour attirer sur eux cette accusation. « Cet avis timide ne prévalut point et l'assemblée conclut à la pluralité des voix, qu'on entreprendrait la nouvelle édition de saint Augustin. » En même temps qu'Antoine Arnauld, l'archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe, plusieurs évêques, le président de Lamoignon insistaient dans ce sens, Lamoignon voulait même que les bénédictins eussent une imprimerie à eux, et son crédit auprès du roi étoit si grand qu'il en auroit obtenu cette grâce si, pour de bonnes raisons, on ne l'eût prié de ne pas la demander . » Il est probable que pour tenir tout le compte possible des prévisions de dom Brachet, on résolut de publier la nouvelle édition « de manière à contenter toutes les écoles » en trouvant un milieu « qui pût mettre à couvert des inconvénients que l'on craignoit.. qui étoit de n'entrer dans aucun parti, de donner simplement saint Augustin dans la plus grande pureté que l'on pourroit, sans autres notes que des notes | textuelles et critiques, sans réflexions, sans dissertations, en un mot tel qu'on l'auroit pu donner avant | tout partage de sentiments sur la doctrine de la grâce, quelques sommaires seulement à la marge, conçus souvent dans les propres termes de l'auteur et toujours selon sa pensée 5, » Sur l'indication de dom Claude Martin on confia l'entreprise à dom Delfau, âgé de trente-sept ans et ce choix parut excellent. Dom Delfau s'adjoignit dom Robert Guérard, non moins capable que lui et plus jeune de quelques années et ils se mirent à l'œuvre. Dom Delfau commença par lancer une circulaire imprimée « qu'il fit courir dans tous les endroits de l'Europe, d'où il croyoit qu'il pouvoit attendre du secours * ; » de son côté le P. général adressa à tous les monastères de la congrégation une lettre, également imprimée, datée du 17 août 1670 qui décrivait la méthode qu'on allait suivre.
Le projet reçut bon accueil, des manuscrits furent envoyés de divers côtés. « On commença à collationner tout ce qu'on trouva... dans les abbayes de la congrégation et des autres maisons religieuses, des cathédrales et des particuliers. Tous ceux qui en pouvoient fournir, n'attendoient pas qu'on les leur demandât ; ils les offroient d'eux-mêmes ; chacun vouloit | contribuer à cet ouvrage. La bibliothèque du roi fut toujours ouverte aux bénédictins : ceux qui en avoient soin alors, les servirent avec toute l'honnêteté et l'empressement qu'on pouvait souhaiter. Tous les autres bibliothécaires suivirent leur exemple : M. Baluze, qui l'étoit de celle de M. Colbert, signala en cette occasion le zèle qu'il avoit pour les lettres et son attachement pour la congrégation de Saint-Maur”. » De l'étranger vinrent d'utiles contributions : d'Angleterre, d'Allemagne, de Suisse, même d'Espagne ; de Rome enfin. Le cardinal Bona obtint communication de diverses variantes faites en vue de l'édition projetée par Sixte V, et là-dessus, on n'a pas manqué d'écrire que l'édition bénédictine « était, pour ainsi dire, romaine dans sa source puisqu'elle était la mise en œuvre des travaux commencés dans la capitale du monde chrétien * ; » ce qui serait une plaisanterie s'il n'y fallait voir un nouvel exemple de cette ultramontanité aiguë qui régna un temps en France et fera l'admiration de la postérité.
L'œuvre avançait « et le bruit s'était répandu que l'on allait commencer l'impression, lors que pour quelques affaires de cloître, dom Delfau et son collègue reçurent chacun une lettre de cachet, qui les reléguait 20 miam »ar cimi à Se
le premier à Saint-Mahé, abbaye de la congrégation dans le fond de la Basse-Bretagne, sur le bord de la mer, le second à Ambournai, autre abbaye dans la | -Bresse 1 » Dom Thuillier, qui rapporte cette mesure ajoute dans une note du manuscrit de son histoire : Ja mais je n'ai su d'où venoient ces lettres de cachet, ni qui y avoit donné occasion , » Dom Tassin dit de son côté que « quelques-uns prétendoient que dom Victor Tixier, prieur, avoit sollicité ces ordres par quel que ressentiment contre le P. Delfau... Mais dom Tixier déclara à l'article de la mort qu'il n'avoit eu auc une part à la disgrâce de ses deux savants confréres . » L'opinion la plus répandue et la plus vraisemblable fut celle d'une vengeance tirée contre l'auleur d'un livre qui condamnait sans ménagements l'abus de la commende ; on sait aujour d'hui que l'archevé que de Paris fut l’auteur de cette disgrâce. Dom Delfau avait organisé au monastère de SaintDenis un atelier où « six jeunes religieux prêtres travailloient avec lui » ; on ne pouvait abandonner l'eeuvre commencée et dom Vincent Marsol les, devenu cette année-là méme (1670) supérieur général, chargea dom Thomas Blampin alors professeur de théologie de prendre la direction de l'édition. « Ce père, dit de lui dom Thuillier, étoit bon, juste et solide ; il ne manquait. pas de vivacité, mais la vertu l'en avoit rendu tellement maitre qu'il sembloit qu'il n'en avoit en effet. Son application infatigable suppléoit à ce qu'un grand feu fait dans les autres, et sa maturité le garantissoit des inconvénients de ceux en qui l'imagination domine . » Dom Blampin s'appliqua à l'œuvre qui lui était confiée, n'interrompant son travail « que pour la récitation de son bréviaire, la célébration des saints mystères, ses autres prières et le temps de ses repas. » Son activité fut telle que moins de quinze mois aprés qu'il fut mis à la téte de l'édition, dom Blampin pouvoit envisager l'impression. Sur les instan ces de l'archevê que de Paris, Fr. de Harlay, les bénédictins confièrent l'impression à Muguet, imprimeur de l'archevêché. L'impression fut commencée le 5 octobre 1677. Il fallait dés lors songer à la dédicace de l'ouvrage. Les supérieurs consullérent et tous furent d'avis qu'il fallait dédier, quelques-uns parlaient du pape, le plus grand nombre jugea plus à propos que ce füt au roi. L'archevé que de Paris se chargea d'obtenir son agrément. On chargea Mabillon d'écrire une épitre dédicatoire. « Du soir au matin, dit dom Thuillier, il la mit dans l'état où elle est, ce qui paroitroit incroyable, si je ne le rapportois d’après des témoins non suspects. » Et il ajoute avec raison : « C'est un vrai chef-d'œuvre en son genre. » Elle est, en outre, fort curieuse, comme indice de l'état des esprits en France à l'égard de l'autorité royale, et ce morceau, écrit en un latin magnifi que, a trouvé un traducteur, ami intime de Mabillon, qui a su faire passer toute sa noblesse dans le francais . Cette épitre est certainement une des ceuvres les plus significatives pour entrer dans la | ans qu'on les vit comme renaître en Allemagne pa tant de fruit et de gloire... » B remarquable sur ce sujet que l'exemple de Charle- « Sire, Quoi que nous ne cédions à personne dans le pra-- fond respect qui est dû à votre Majesté, nous ne crain- || drons point de l'assurer que ce que nous lui présentons. est digne d'Elle. C'est saint Augustin, la lumière et. l'oracle de l'Église : c'est une nouvelle et plus correcte. édition des ouvrages de ce grand homme, qui ont. été autrefois l’amour et les déli ces de Charlemagne, et à qui nous croyons pres que donner une seconde immortalité en les mettant sous la protection d'un nom auss immortel que le vôtre. Il y a environ cent cinquante l'impression que l'on en fit à Bàle. La Flandre ensuite. les recut plus agréablement des savantes mains des docteurs de Louvain qui les donnèrent au public. augmentés et en meilleur ordre ; et nous avons travaillé en France, non seulement à en ôter les faute qui s'y étoient glissées et à les rendre autant qu'il e possible tels que le Saint les a composés, mais à y ajouter encore les livres et les traités qui n'ont été publiés que dans notre siècle, ou ceux qui n'avoient. pas encore vu le jour. Ainsi il se trouvera, Sire, que. les Flamands, les Allemands et les Francais se sont joints ensemble pour faire un présent illustre à Louis. le Grand qui vient de leur donner la paix. Les écrits de saint Augustin rencontrent aussi un : protecteur digne d'eux, n'y ayant rien de plus convenable qui ie de consacrer au plus grand de tous les rois, et à un prince si fameux par ses victoires et si zélé pour le 5 religion catholi que, les productions du plus insigne d’entre les docteurs de l'Église, et principalement ces excellents traités par lesquels il a soutenu les vérités - de la foi contre les hérétiques et triomphé d'eux avec. m SE st Louis XIV avait favorisé de son mieux les éditeurs. en leur prétant les manuscrits de sa bibliothè que et 1 en leur faisant ménager le meilleur accueil dans les. pays étrangers ; ces prévenan ces de sa part envers. saint Augustin rappelaient l'histoire des rois, ses, prédécesseurs, qui se plaisaient à recevoir les précieux | ouvrages du grand docteur ; « mais rien n'est plus. magne, car selon le témoignage d'Éginhard, son secrétaire, il prenoit un plaisir singulier à lire principale- - ment les livres de la Cilé de Dieu. Ce grand prince 1 pouvoit être attiré à cette lecture par l'élévation de | génie, par le grand fond de piété et de science et par l'humilité sincére et généreuse qui y éclatent, et qui | s'y font sentir à cha que page ; mais ce qui l'y attachait particulièrement, étoit tant d'excellentes maximes que l'on y trouve pour la conduite de la vie et qui regardent les vertus tant des particuliers que de ceux, que la Providence appelle au gouvernement, soit dans | l'Église soit dans l'État. Car il est certain qu'après M les Livres divins, il n’en est point où ces devoirs soient marqués plus nettement que dans saint Augustin, - et que ce Père a enseigné avec un discernement très M juste la manière dont on doit accorder l'empire avec le sacerdoce, la majesté avec la religion, la guerre avec | la paix, la magnificence avec la modestie, la rigueur “et la fermeté du gouvernement avec la douceur et la “clémence. Après quoi l'on ne s'étonnera pas qu'un “de justice, de valeur et des autres vertus roya les, trouvoit tant de goût et de charmes dans des ouvrages “qui l'excitoient à remplir si bien ses devoirs et qui lui traçoient une image de ce qu'il faisoit. —. Chacun, Sire, voit avec joie et admire d'autant I lus en vous ces gran des qualités et ces vertus né cesres pour le gouvernement que vous n'y avez point formé par les hommes, mais que vous les avez recues du Ciel par une grâce particulière, et lon reconnoit aisément que c'est avec justice qu'el les vous ont acquis le nom de Grand. » Dans les pages suivantes, que le souci de la briéveté nous impose d'omettre, déroule tout un grandiose tableau des prospérités régne oü rien n'est omis, les lois, les réglements, les victoires, les conquêtes et jusqu'au passage du Rhin « tout large et tout profond qu'il est, et méme bordé escadrons ennemis ! » Il n'est pas jusqu'au Dauphin, t la jeunesse promet une longue suite à ces prostés grâce à sa naissance et à « l'excellente éducation » qui lui est donnée, » - Si habitué qu'il fût à être loué, Louis XIV ne l'était pas toujours avec ce goût et cette mesure ; il y prit sinet ne.cessade : couvrir l'ouvrage de sa protecdire que side premier volume te au commencet nde Les 1. » Ge fut le tome IV i qi pisut A [os réimprima n 1689 les tomes I d IL d la date I 1679, mais SUE à l'insu de are pare f : Le tome premier cont nt les Rétractations et. les « Confessions, en plus une série d'opuscu les antérieurs au sacerdoce et dont l'authenticité prétait à discusn. On s'adressa au docteur de Saint-Beuve qui ait sur ce sujet des.« remarques » qu'il promit d'envoyer, mais « deux jours aprés une apoplexie ] l'emporta LA - Le tome second devait renfermer les lettres et on ne s’entendait pas sur l'ordre dans lequel on les imprimerait. On consulta de savantes gens qui opinérent diversement, méme certains d'entre eux, dit md plaisamment dom Thuillier, « craignant que si on | changeoit l'ordre, cela ne troublàt leurs idées, étoient d l'avis qu'on s'en tint à la première disposition, alléguant pour raison qu'il seroit fácheux que ceux qui avoient fait leurs étu des dans des éditions précédentes, he se reconnussent plus dans celle que l'on préparoit. : Ce fut l'avis du Père général, mais sur de el les —et vives instan ces de l'abbé Santeuil, frère du poète, f et bien qu'on eût déjà imprimé quelques feuillets, il il fut décidé « que les lettres seroient rangées selon l'ordre chronologi que . s — L'atelier organisé par dom Delfau n'avait rien | perdu de son activité sous la direction de dom Blampin ; on v voit dom Pierre Coustant, « employé aux tab les » oü il donna des preuves d'une si vive pénétration d'esprit qu'on le chargea, une fois le troisième volume terminé, de s'occuper du suivant. Ce fut lui qui déméla les vrais sermons des « douteux » et des « supposés », il le fit avec une telle maitrise que son classement n'a plus été contesté. A côté de lui, prend place dom Claude Guénié qui fut employé « à la table générale » dont il fit une œuvre si excellente qu'elle a servi de modèle à tous ceux qui publient de grands ouvrages . Dom Nicolas Goyzot et dom Simon Bougis corrigeaient les épreuves ; dom Edmond Martène et dom Robert Morel rendaient différents servi ces, ainsi que dom Jean Gelé et les PP. Vaillant et du Frische, ceux-ci devaient plus tard se charger de la vie de saint Augustin qui trouva place dans le tome xr, traduction de la vie francaise, non encore publiée, de Tillemont *, Jusqu'ici nous n'avons rencontré que des bénédictins. Voici une premiere silhouette de jésuite, celle du P. Garnier, bibliothécaire du collège de Clermont où Aprés avoir enregistré ces témoignages d'une sollicitude un peu cauteleuse peut-être, on n'en est que plus surpris de noter les procédés véhéments de deux capucins, les PP. Joseph de Troyes et Esprit d'Aubonne, adversaires déclarés du jansénisme. Le P. Esprit, proche parent du lieutenant général de police, Vover d'Argenson, pouvait se permettre certaines auda ces et méme quelques incarta des. C'est ainsi qu'il osait écrire « qu'aprés que MM. de PortRoyal nous ont changé le Nouveau Testament, les PP. bénédictins changent saint Augustin. Il n'y a plus après cela qu'à nous faire changer de religion ™. » Ce pieux fanati que avait obtenu audience de l'ar-
archevêque de Paris, Mgr de Harlay !, pour lui représenter « qu'il étoit de sa religion et de son zèle pour l'Église de veiller sur la nouvelle édition de saint Augustin, puisqu'elle se faisoit dans son diocèse et sous ses yeux ; que l'ouvrage étoit entre les mains de gens dont il falloit se défler ; que les bénédictins y faisoient des changements de la derniére conséquence ; que dans le fameux endroit de l'Enchiridion sur lequel on dispute s'il faut lire vellent ou vellet , ils s'étoient déterminés à mettre vellet, ce qui faisoit un sens très dangereux ; que les corrections que ces nouveaux éditeurs faisoient, devoient être fort suspectes, puisqu'ils se servoient de manuscrits d'Angleterre où l'hérésie règne dans toute sa force. » Et pour que sa parole fit plus d'effet, le P. capucin remit un mémoire à l'archevêque qui l'empocha ; là-dessus il fit sa révérence et sortit. Sur le seuil du palais archiépiscopal il rencontra des bénédictins : c'était un des assistants du supérieur général de Saint-Maur, dom G. Mommol, qui avait audience du prélat. Aprés que l'affaire dont ils traitaient fut expédiée, l'archevêque tira de sa poche le papier du capucin et dit : « Voilà, mon Père, un mémoire qu'on m'a donné ? et qui regarde l'édition de saint Augustin. Examinez-le entre vous et prenez la peine de m'en venir rendre compte , » A Saint-Germain, les supérieurs de la Congrégation déléguèrent dom Mabillon et dom Blampin qui se rendirent à l'archevêché emportant avec eux plusieurs manuscrits « tant de la bibliothèque du roi, que de Saint-Victor, de la Sorbonne et d'autres encore ^, » Ils commencèrent par faire observer à Mgr de Harlay que l'ouvrage de saint Augustin où se trouvait le passage sur lequel les capucins appuyaient leurs accusations n'était pas encore imprimé, et qu'il ne le seroit que bien plus tard ; que, de plus, on n'avait pris aucune résolution à ce sujet, attendu que « les manuscrits ne s'accordoient pas pour cela... qu'un très grand nombre des plus anciens, des plus corrects et des plus exacts étoient pour vellet, leçon si convenable à la pensée du saint Docteur que dans l'édition de Louvain, quoiqu'on eût mis dans le texte si vellent, faute de manuscrits qui portassent l'autre leçon, on avoit néanmoins mis à la marge que le sens seroit peut-être meilleur si l'on restituoit si vellet. » Pour joindre la preuve à l'affirmation, dom Blampin et dom Mabillon présentèrent à l'archevêque la liste des manuscrits portant vellet et de ceux portant vellent. La démonstration était concluante. Harlay congédia les deux moines en disant à dom Blampin « qu'il devoit se regarder comme un homme qui marche sur une corde, et. qu'il prit garde de ne pas prendre ni à droite ni à gauche . » Dom Blampin n'avait aucune disposition innée ou acquise pour marcher sur la corde roide. Cet homme austère laissait à l'amitié prendre sur lui des droits excessifs. Un jour on s’aperçut que le passage célèbre de l'Enchiridion portait sur certains exemplaires vellet et les autres vellent ; c'est que dom Blampin, pour complaire à ses amis, avait consenti au tirage de quelques feuillets portant dans le texte si vellet . Ge ne fut qu'une alerte sans conséquence et l'ouvrage fut poussé jusqu'au dixième volume sans que l'on vit paraitre de contradiction . Ce dixième volume fut présenté au roi, en 1690 et « reçu avec la même bonté ° », mais on s'aperçut bientôt après que dans quelques exemplaires, on avait introduit à la tête du traité De correptione et gratia qui se trouvait dans ce volume, l'analyse de cet ouvrage faite par Arnaud, en 1644. C'était par l'effet. | d'une nouvelle complaisance de dom Blampin pour ses amis à qui il distribua largement la pièce MM L'affaire fit du bruit, on cria au jansénisme !!, Les supérieurs firent de vifs reproches à dom Blampin qui | n'aurait pas dû « troubler l'applaudissement universel È avec lequel l'édition de saint Augustin étoit reçue !. Le supérieur général, dom Boistard, s'excusa en disant que la chose « s'étoit faite sans sa parcat 0 et qu'il n'en avoit eu aucune connaissance, et qu'il y alloit faire enlever et interdire tous les exemplaires} de l'analyse. » Dom Blampin s'excusa en disant que} le livre d'Arnauld, d’où l'analyse étoit tirée, avait été imprimé « avec approbation des docteurs, privilège et toutes les autres formalités requises ! », rien ne fut pris en considération ; il était sous-prieur de Saint-Germain, on le fit descendre au rang de cellérier. La mansuétude du P. de La Chaise voulait le faire chasser de Paris ; Mgr de Harlay s'y opposant et au chapitre général de 1693 on le nomma prieur de Saint-Nicaise de Reims où il se trouvait protégé | par l'archevêque Le Tellier. x Le dimanche 16 décembre 1698, l’abbé de Louvois assista à vêpres à Saint-Germain et « après vêpres » ai annonça qu'on lui avait envoyé par la poste une lettre en français in-de, de 36 pages, avec ce titre : Lettre da ei l'abbé D** aur RR. PP. bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. Sur le dernier tome de leur édition de saint Augustin. A Cologne. 2 « On le pria de la préter, il l'envoya le lendemain, | et comme on ne l'avoit que pour peu de temps, on s'assembla cinq ou six dans une chambre, où on | ; i UR D AN UE EL HEC lut d'un bout à l'autre. » C'était une accusation en forme de jansénisme. « J'ai deux vérités à avancer contre vous, mes Pères, et les sont terribles, mais elles sont incontestables. Vous n'avez rien fait dans votre édition de ce qu'auroient fait dans les circonstances des catholiques qui sont convaincus que la condamnation de Jansénius est juste, que ses sectateurs sont de vrais hérétiques, et que saint Augustin n'a jamais enseigné leurs erreurs. Vous avez fait au contraire tout ce qu'auroient pu faire des esprits artificieux résolus | d'appuyer le jansénisme, sans dire toutefois ouvertement : On a tort de condamner Jansénius et on ne devroit pas le regarder comme un auteur qui s'est éloigné des principes et de la doctrine de saint Augustin. » A Une note placée au dos du libelle le donnait comme l'ouvrage d’ « un des plus considérables abbés d'Allemagne » mais « ce masque ne trompa personne, écrit dom Thuillier, et on se douta bien que la pièce n'étoit pas venue de si loin. » Ce libelle fut désigné sous le nom de « Lettre de l'Abbé allemand ». Restait à en découvrir l'auteur ! On le chercha chez les jésuites] parce qu'on remarqua qu'ils prenaient fait et cause” 3 | pour empêcher les réfutations qu'en faisait dom Denis | de Sainte-Marthe, prieur de Bonne-Nouvelle à Rouen u NIQUE savons de bonne part, écrivait Mabillon, qu'il a six jésuites à Saint-Louis qui examinent à longueurs 4
HG : et les auteurs du libelle et qu'ils avouassent qu'il s'étoit fait de consensu et consilio superiorum ; enfin de porter l'affaire, non à la congrégation de l'Index où les jésuites avoient beaucoup de parti sans, mais à celle du Saint-Office, où ils n'avoient pu encore se faire d'entrée ?, » Dom Estiennot approuvait sans réserves dans sa lettre du 14 avril : « Nos amis nous conseillent de porter [l'affaire] au Saint-Office, car pour l'Indice, c'est la mer à boire et on n'en voit pas la fin Mabillon se trouvait engagé de plus en plus dans ces | affaires, plus sans doute qu'il ne l'eût souhaité, mais il était heureux de faire servir son talent et son prestige à la défense de l'ordre auquel il appartenait. L'abbé Renaudot le venait trouver de la part de Mgr de Noailles et Noailles lui-même .l'avertissait « en particulier » qu'il avoit reçu à Versailles, d'un inconnu, un deuxième libelle sur le Saint Augustin, qu'il l'avoit trouvé fort insolent et que sur-le-champ il avoit été trouver le roi pour lui en faire sa plainte et que le roi l'avoit fort bien reçue. Noailles était sincèrement attaché aux bénédictins, au risque de passer pour janséniste et il avait porté lui-même le deuxième libelle au Premier président et le lui avait laissé pour que ce magistrat prît des mesures afin d'en empêcher la distribution . A quelques jours de là, Mabillon et Ruinart allèrent à Meaux. Dom Mabillon dit à Bossuet que quelques-uns insinuaient qu'il était peu favorable à l'édition de saint Augustin. « Il protesta du contraire et assura qu'il seroit toujours pour la congrégation et que peu de gens pouvoient le faire avec autant de connaissance de cause que lui. Il dit que ce qui avoit pu donner occasion à ce bruit, étoit ce qui étoit marqué sur le nouveau libelle que les prélats commencoient à murmurer sur cette affaire, et préta ce libelle avec un troisième écrit sur la matière 5 ; » Ces nouveaux libelles étaient intitulés : Lettre d'un abbé commendataire aux RR. PP. bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, in-12, MDCXCIX, 27 pages (autre édition in-12 de 51 pages) ; Lettre d'un bénédictin non réformé, aux RR. PP. bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, in-12, MDCXCIX, 21 pages (autre édition in-12, 66 pages). Ce sont, dit Ruinart, plutôt des pièces comiques qu'autre chose : la première conseille de ne pas répondre, la deuxième | conseille de répondre, et les sont d'ailleurs agréablement écrites et semblent sorties de la plume du Père Daniel *. Malgré ces escarmouches, les bénédictins tenaient bon à ne pas répondre au nom du corps, mais | précisément quelques membres de la congrégation trouvant ce silence trop pénible allaient — de l'aveu de leurs supérieurs ou sans cet aveu, le point n'a pu être éclairci — entreprendre la réfutation des libelles et la défense de l'édition de saint Augustin.
Des monastères de province le P. Général avait reçu quantité d'écrits qui furent classés ; les mémoires justificatifs de dom Blampin, « que M. de Heims trouvoit très forts et très solides » eurent le même sort. Cette rigueur put sembler à plusieurs préjudiciable à la congrégation, aussi prirent-ils leurs mesures pour se faire imprimer par les bons offices de leurs amis. Le premier qui engagea l'action fut dom François Lamy avec sa Lettre d'un théologien à un de ses amis sur un libelle qui a pour titre : Lettre de l'abbé aux RR. PP. bénédictins de la congrégation de Saint-Maur sur le dernier tome de leur édition de S. Augustin, in-12, MDCXCIX, 88 pages (autre édition de : 136 pages). Dom Ruinart dit que le public trouva cette réponse faible, quoi que assez bien écrite ; quoi qu'il | en soit on y lisait cette règle fort sage : « un éditeur n'est pas un auteur. Il a pour seule fin de restituer au texte d'un livre sa pureté primitive 5. » ' Presque en même temps paraissaient les Réflexions sur la lettre d'un abbé d'Allemagne aux RR. PP, bénédictins de la congrégation de Saint-Maur sur le dernier tome de leur édition de S. Augustin. A Monseigneur l'évêque de , in-12, MDCLXXXXIX, 89 pages. Imprimées subrepticement à Rouen, ces Réflexions avaient pour auteur dom Denys de Sainte-Marthe qui montrait que les accusations n'étaient fondées que « sur les plus grossières suppositions ». Dom de Sainte-Marthe ne se contentait pas de réfuter, il prenait l'offensive et montrait comment le jésuite Pétau avait, en son temps, parlé « en franc janséniste », tellement qu'il était suspect « d'avoir voulu favoriser le dogme des calvinistes !^ », Cet argument était trop sensible pour ne pas provoquer des réfutations qui semblent être restées manuscrites !. Le P. J.-B. Langlois reparut en scène avec un Mémoire d'un docteur de théologie, adressé à Messeigneurs les Prélats de France sur la réponse d'un théologien des PP. bénédictins à la lettre de l'abbé allemand, in-12, MDXCIX, 128 pages. C'était un essai de réponse à dom Lamy et à dom de Sainte-Marthe.
Tout cela n'était qu'escarmouches, et Mabillon qui 1 suivait attentivement la lutte ne pouvait que s'avouer qu'il y avait de bonnes choses sans doute dans la réponse du P. de Sainte-Marthe, néanmoins il souhaitait quelque chose « de plus fort et de plus solide 12 », car il lui semblait que « ces petites scènes ne feroient pas finir l'affaire 9. » La réponse qui fit le plus d'éclat était prête et allait venir de Rome. :
A Rome dom Estiennot se dépensait en visites, en | démarches de toutes sortes, que son expérience lui suggérait, « En ce pays-ci, écrivait-il, le secret n'est pas d'être discret, c'est de donner % », et il se conduisait en conséquence. Il avait dénoncé les trois libelles au Saint-Office et ils « viennent apparemment tous les trois de la même boutique, Cependant les [jésuites] protestent ici qu'ils n'en sont pas les auteurs, qu'ils ne l'approuvent pas, et qu'en cas que ce fût quelqu'un de leur corps, bien loin de l'approuver la Compagnie le désavouera. » Et il ajoutait : « Il a paru ici une réponse que j'ai envoyée à nos RR. Pères ; elle y est estimée comme judicieuse et solide. Quand on attaque les gens aussi cruellement que fait l'abbé allemand, non seulement on peut, mais on est dans l'obligation d'y répondre. Tout ce que la congrégation a ici d'amis nous l'a conseillé !5. » La réponse en question était intitulée : Vindicatio editionis S. Augustini a benedictinis adornata adversus epistolam abbatis germanici, authore D. B. de Riviere (nom supposé de dom Bernard de Montfaucon). in-12, Rome, typis Jo-Jacobi Komarck, MLDCXGIX :. 76 pages : édition à Anvers, in-8°, Antverpiæ, ju exemplar editum Rom : typis Jo-Jac. I&omark, - 92 pages (en latin et en français). L'édition d'Anvers est en tout semblable à la suivante, sauf que l'avis en latin, daté d'Anvers, 1** nov. 1699, est placé avant la traduction française : Défense de l'édition des œuvres M de saint Augustin, faite par les RR. PP. bénédictins | pour servir de Réponse à la lettre d'un abbé allemand, dn 8°, Anvers, MDCC, 92 pages.
Dom Montfaucon triomphait et — pour un méridional — triomphait avec modestie. « C'est par une grâce particulière, écrivait-il à Mabillon que le Maître du Sacré-Palais [le P. Paulin Bernardinus | a examiné lui-même la réponse latine et a donné permission de l'imprimer à Rome. On n'en donne jamais ici pour ces sortes de livres, » Comme il ne fallait pas indisposer les supérieurs de Paris, Montfaucon ajoutait prudemment : « Le P. Estiennot jugea à propos de faire imprimer ; une réponse manuscrite auroit coûté que ce les plz res !, » »La brochure de Montfaucon contenait une approbation générale. NE lins SCA en sont fort mortifiés. Vous ne croiriez jamais les impertinences qu'ont faites ici ces saints personnages contre nous et nos éditions : ils alloient dans toutes les boutiques de libraires décrier nos éditions, et porter la ré contre saint Augustin pour la faire voir à ceux qui viennent dans ces boutiques. Mais la présentation n'a pas duré longtemps ; la MIO de dom Bernard E - Après plus de deux siècles la lave a eu tout le temps de se refroidir au moment où ces Us furent pour lui présenter le petit livre qu'il a imprimé en réponse à la lettre de l'abbé allemand. Le pape parut fort | Le contre les bons Pères de la Société : dl les n peu de mesure dans l'éloge des uns comme Ho le blâme des autres. Depuis près d'une année que durait la dispute, les plus graves commençaient à s'émouvoir et à se départir de leur gravité. Il est « bien difficile, disait dom de La Parre, de ne pas éclater quelquefois voyant la fureur des adversaires à décrier la congrégation et les ouvrages qui en sortent . » Sans doute, opinait Mabillon, « il est bien difficile, pour ne pas entrer en matière. On nous force de nous expliquer sur la grâce suffisante. On nous objecte des endroits où l'on dit que nous semblons la nier. Il faut bien dire ce que l'on a pensé et ce que l'on ELS sur ce sujet. Quel moyen de répondre sans ce a' ?a Il n'était plus maintenant question de garder le silence, mais de répondre et ce qui décidait les bénédictins à ce changement d'attitude, c'était la lenteur qu'apportait le Saint-Office à donner sa décision — « Le 13 août 1699, à l'assemblée du R : P. Général, on fit venir, nous dit dom Ruinart, le P. dom Mabillon pour voir s'il seroit à propos de répondre au dernier libelle * fait contre l'édition de saint Augustin, sur ce que Mgr] ‘archevêque de Paris avoit témoigné qu'il “croyoit qu'il seroit à propos de faire au plus tôt, pe qu'on vouloit mettre sur ce sujet dans la préface
E. :
pas dire impossible de répondre aux libelles de nos , du volume des Index de saint Augustin ! ? » ; pour, ajoute dom Thuillier « corriger et expliquer ce que l'on auroit pu raisonnablement improuver dans l'édition !', » Après délibération, Mabillon fut chargé et accepta de faire ce travail délicat ; dix jours plus tard, le 22 août, son premier projet était écrit. C'était une pièce de 40 pages de format in-4 », à laquelle il avait donné le titre de Specimen praefationis generalis, simple essai qu'il consentait à corriger d'après les observations qui lui seraient faites. Voici le résumé que dom Thuillier donne du specimen :
* Mabillon ouvre d'abord la scène par un noble et simple exposé des vues qui ont porté la congrégation de Saint-Maur à travailler aux éditions des Pères, des degrés par lesquels on était parvenu à celle des ouvrages de saint Augustin, des raisons que l'on avait eues pour l'entreprendre, malgré les obstacles que l'on prévoyait, des soins que l'on avait pris et des dépenses que l'on avait faites, pour donner à cette édition toute la perfection que l'Église souhaitait, et des applaudissements que l'on avait reçus pendant près de dix ans, avant que des ennemis masqués vinssent, par des libelles séditieux, déclarer la guerre, non aux bénédictins, car, en ce cas, qu'auraient-ils eu à craindre en se montrant à visage découvert, mais à la doctrine qu'on se doutait bien qu'ils avaient prise, en lisant et relisant tant de fois saint Augustin.
Il passe de là à la confession de foi ; il déclare, au nom de son corps, que l'on y condamne, que l'on y a toujours condamné les cinq fameuses propositions, prises au sens qui se présente d'abord, comme le pape et toute l'Église les a condamnées ; qu'on y déteste toutes sortes de partis, et par conséquent celui des prétendus jansénistes, soit qu'il y en ait eu jamais, soit qu'il y en ait encore, ce qu'il laisse à examiner aux évêques ; qu'à l'exemple de ses maîtres, on n'est attaché dans sa congrégation à la doctrine de saint Augustin, que parce que le pape et toute l'Église a recommandé aux fidèles de s'y attacher. Car, pour parler de saint Augustin comme il parle lui-même de l'Évangile, nous ne croirions pas, dit-il, à ce Docteur, si l'autorité de l'Église ne nous y obligeait.
Mabillon explique ensuite quel a été le but que s'est proposé saint Augustin dans les ouvrages qu'il a composés sur la grâce, surtout depuis la naissance de l'hérésie pélagienne. Il dit que ce saint évêque a toujours eu en vue de réfuter les opinions de cette nouvelle secte, et de fortifier les esprits des fidèles contre les occasions de chute qui en pouvaient naître ; que c'est pour cette raison que, l'erreur des pélagiens consistant principalement à n'accorder presque rien à la grâce et à donner tout au libre arbitre, saint Augustin avait toujours pris une route toute contraire, et avait défendu les intérêts de la grâce, tant par rapport à son efficacité que par rapport à la prédestination gratuite, assurant que depuis la chute du premier homme, le libre arbitre n'avait pas une égale force pour le bien et pour le mal ; que pour le mal, il se suffisait à lui-même, mais qu'il était trop faible pour le bien sans le secours de la grâce ; que c'était pour cela que dans ses ouvrages il s'était toujours déclaré pour une grâce victorieuse et très efficace ; qu'il avait cru cette grâce nécessaire pour toutes sortes de bonnes œuvres, et que lorsqu'il a traité de la prédestination, il a soutenu qu'elle ne venait point de la prévision des mérites, mais de la volonté toute gratuite de Dieu ; deux points entièrement opposés à l'erreur des pélagiens qui élevaient le libre arbitre au préjudice de la grâce ; que le saint Docteur appelait communément, et par excellence, cette grâce très efficace, sans exclure néanmoins d'autres grâces qu'on peut appeler suffisantes au sens des thomistes, quoi que ce nom ne paraisse nulle part dans saint Augustin.
« Tel est en gros le sujet de l'écrit de saint Augustin, Mais pour développer toutes les vérités cachées dans cet abrégé et tirer des réponses aux objections de l'abbé allemand et bien prendre tout le système de saint Augustin, il propose et établit sept règles :
* 1° Que dans saint Augustin, le nom de grâce, de grâce de Dieu, de grâce de Jésus-Christ, est ordinairement pris pour la grâce efficace ;
* 2° Que la grâce suffisante, au sens des thomistes, se peut prouver par saint Augustin, quoiqu'elle n'y soit jamais ou presque jamais appelée simplement grâce, ou grâce de Dieu, ou grâce de Jésus-Christ ; mais quelquefois charité, ou volonté petite, faible, imparfaite ;
* 3° Que les passages que les adversaires citent de saint Augustin, pour prouver la grâce suffisante, doivent plutôt être entendus de la grâce efficace ;
* 4° Que saint Augustin nie absolument que les commandements de Dieu soient impossibles ; et accorde tellement au libre arbitre, aidé par la grâce efficace, le pouvoir de les accomplir en effet, qu'il n'exclut pas, même dans les justes, une autre grâce intérieure qui rende les commandements possibles ;
* 5° Que les pélagiens soutenaient que même après la chute du premier homme, le libre arbitre avait une force égale pour le bien et pour le mal, et que saint Augustin était dans un sentiment tout opposé ;
* 6° Que, selon saint Augustin, ni la force invincible et victorieuse n'ôte le mérite ; ni certaine nécessité de pécher, qui, sans la grâce, est une suite du péché, n'empêche le démérite ;
— enfin une Lettre d'un bénédictin réformé de Saint-Denis DL pour servir de réponse à l'abbé allemand, à l'abbé commendataire, et au bénédictin non réformé, in-12 1699. Cette dernière désavouait l'édition et priait les supérieurs de « punir les coupables et d'interdire à la congrégation ces sortes d'éditions qui rendent les religieux extrêmement distraits et dissipés. » Tout le monde parle et écrit sur cette dispute et sur l'édition de saint Augustin, tout le monde sans excepter M. Du Guet et Richard Simon , — Presque au même moment paraissait une Lettre à “un docteur de Sorbonne touchant le Mémoire d'un laïc de France, contre les bénédictins, in-12, MDCXCIX, 61 pages, qui houspillait rudement l'abbé allemand, « et se terminait par quelques Réflexions sur la conduite des jésuites d'une extrême vivacité. On attribua cet écrit à dom Denys de Sainte-Marthe qui protesta encore plus fort ». C'était celui qui est intitulé : qu'il a écrit aux RR. PP. bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, touchant le dernier tome de leur “édition de S. Augustin, in-12. A Osnabruck , chez — Frédérick Bielck, MDCXCIX, 180 pages . Cet écrit, d'une belle vigueur, avait pour auteur dom René Massuet ! qui, non content de s'en prendre au P. Langlois n'épargnait pas la Compagnie de Jésus dont ce Père faisait l'ornement et il exagérait peut-être un peu une critique soutenable, mais trop exclusive et trop agressive lorsqu'il lui décochait ce trait : « Vous imaginez-vous que le monde ait regardé votre lettre du même œil que la Compagnie ? Les applaudissements de celle-ci sont rarement suivis de ceux du public, et sont toujours de fort mauvaises preuves du mérite d'un ouvrage H, » La Lettre de dom Massuet n'était pas seulement un coup de massue, c'était encore le coup d'épingle qui crevait ce ballon d'un anonymat jalousement gardé T et percé enfin par les lettres R. P. E. L. J. A la fin du 1 livre, on lisait en toutes lettres le nom d'Émeric Langlois. Cette révélation n'était que partiellement exacte, E car le collège de Clermont possédait deux Pères Langlois : Émeric et Jean-Baptiste. Émeric jeta feu et flamme, accourut à Saint-Germain-des-Prés, et “qu'il ne l'avoit pas fait * » et annonça un autre écrit.
Lettre d'un ecclésiastique au R. P. E. L. J. sur celle | expliqua « qu'il y avoit un autre P. Langlois au collège à qui l'on auroit plutôt dû l'attribuer si l'on vouloit qu'un Jésuite en fût l'auteur. » 5a protestation équivalait à un aveu.
Un autre ouvrage suivit de près la Lettre, ce fut une Plainte de l'apologiste des bénédictins à Messeigneurs les prélats de France, in-12, 131 pages ; autre édition s.l. n. d., in-12, 88 pages. Cette fois c'était une réponse composée « par ordre du chapitre général de 1699 » et l'auteur était dom Lami qui citait les accusateurs des bénédictins d'avoir à comparaître au tribunal de l'archevêque de Paris ; mais personne ne se découvrit. On vit encore paraitre quelques autres petits ouvrages contre les jésuites : Parallèle... Relation... Tumulus... et, même, dom Nageon, prieur de Saint-Benoit-sur-Loire, composa un Poème sur les écrits des jésuites contre la nouvelle édition de saint Augustin, in-12, 1699, de 9 pages, dont voici le début :
L'eût-on jamais pensé ? Les disciples d'Ignace Chérissent à présent le Docteur de la grâce ; Tout change, et dans ce jour par un heureux destin On les voit feuilleter les œuvres d'Augustin...
Les jésuites étaient directement mis en cause ; ils allèrent s'en plaindre à l'archevêque de Paris qui en conféra avec le chancelier Pontchartrain. Celui-ci en parla à Louis XIV qui le chargea de répondre à Mgr de Noailles que l'intention du roi était que l'archevêque fit venir chez lui les supérieurs des bénédictins et des jésuites et leur défendit « très expressément de la part de Sa Majesté, de ne plus parler, ni écrire sur leurs contestations, et de supprimer de bonne foi tous les écrits qu'ils ont faits à cette occasion. Sa Majesté veut que vous leur fassiez, s'il vous plait, bien entendre qu'elle veut en cela être obéie très ponctuellement, et qu'elle ne pourroit s'empêcher de donner des marques de son indignation à ceux qui contreviendraient à sa volonté ; et elle entend qu'en donnant des ordres aux supérieurs, c'est les donner aux particuliers qui composent ces deux communautés, Ainsi, supposé que quelques-uns des religieux tombassent en faute à cet égard, ce ne seroit pas une excuse recevable pour ces supérieurs de dire qu'ils n'en avoient pas connaissance !*, » Le 13 novembre ces ordres furent communiqués à dom Claude Boistard, supérieur général de la congrégation qui en fit part le 17 à toutes les communautés ; le P. Dez, provincial des jésuites, ne put refuser une démarche analogue, mais la lettre qu'il écrivit fut antidatée du 15 novembre.
Dans ces jours-là mêmes Mabillon rentrait en scène. Le 10 novembre, toujours accompagné de dom Ruinart, il se rendit chez l'archevêque de Paris ; le surlendemain 13, visite à l'archevêque de Reims et, pendant ce temps, survient Bossuet qui n'était pas satisfait du Specimen. Il voulait qu'on prouvât par saint Augustin la grâce suffisante qui donne le vrai pouvoir, la volonté antécédente dans Dieu de sauver les hommes et la liberté de contradiction, indifférence active, etc. Bossuet et Le Tellier rendirent à Mabillon la copie criblée de corrections dans les marges et Bossuet y ajouta sur un papier séparé un grand nombre de remarques '. Ces notes de Bossuet entraînèrent un nouveau remaniement de la préface, au grand ennui de Mabillon « qui en pleurait de tristesse et de dépit '. » « Jamais ouvrage, nous apprend dom Thuillier, ne lui fit plus de peine ». Sur ces entrefaites, on apprit la défense du roi ; aussitôt Mabillon se rendit chez l'archevêque de Reims. « Puis que le roi a défendu, lui dit-il, de parler ou d'écrire sur l'édition de saint Augustin, ne seroit-il pas plus à propos de se taire sur les matières de la grâce, que de réveiller les anciennes querelles par une préface dogmatique et contentieuse ? ? » L'archevêque fut d'abord « choqué », puis « trouva du bon et du mauvais ! » et sans vouloir consentir à la suppression absolue de la préface, réclama une simple exposition pour éclaircir les difficultés que l'on pourroit former sur les endroits des notes. Nouvelles sueurs pour dom Mabillon, nouveaux dégoûts . » Mais il fallut obéir et « retravailler tout de nouveau à faire une préface simple, » qui fut portée aussitôt à Le Tellier qui fut « longtemps sans donner réponse », » Nouvelles modifications, enfin la pièce fut rendue à Mabillon pour qu'on la fit incessamment imprimer. Tout à coup survint le décret du Saint-Office condamnant les libelles des adversaires des bénédictins”. C'était le triomphe complet et, quelques semaines plus tard, le P. Général de la congrégation présenta à Louis XIV le onzième et dernier volume de l'édition de saint Augustin.
Ce qui suivit ne surprendra personne. Le Père Quesnel qui, depuis la mort d'Arnauld, dirigeait le parti janséniste, adressa de longues critiques à la préface, objet de tant et tant de retouches ; M. Du Guet avoua à Mabillon qu'on n'en était pas content, qu'on la trouvait faible . La veille (6 octobre) Mabillon et Ruinart avaient pris la route de Normandie et passant par Saint-Germain-en-Laye « chacun y parlait de la préface et en parlait diversement : M. Bossuet n'était charmé '^ ; M. de Paris disoit.. que Mabillon ne pouvoit mieux s'y prendre et qu'il falloit laisser gronder les mécontents. Selon M. de Reims rien n'étoit parti de meilleur de la plume du bénédictin ; et selon M. de Chartres elle lui devoit faire beaucoup d'honneur« ' », Enfin dit dom Thuillier « le P. de La Chaise en étoit aussi très content, » Une approbation certainement sensible à Mabillon fut celle de dom Claude Boistard qui lui écrivait : « Pour moi on ne pouvoit rien faire qui me contentât davantage !*. » Cette bonne parole l'alla réconforter et réjouir sur les chemins de Normandie où on ne parlait que de la préface, « murmurant fort la plupart sans savoir pour quoi. Nos confrères, ajoute plaisamment dom Ruinart, firent plus de bruit que les autres. On écrivit en province des duretés contre d. J. Mabillon, comme s'il s'était ingéré de lui-même là-dedans. Nous en essuyâmes en plusieurs endroits. Mais ces bons Pères en parlaient bien à leur aise #, » XXVIII. DERNIERS VOYAGES D'ÉRUDITION.— Après les longues randonnées il restait encore beaucoup à
glaner sans entreprendre de nouveaux et fatigants voyages. L'âge alourdissait Mabillon, les infirmités le retenaient au logis, et cependant nous le voyons encore se mettre en chemin. En 1698, il se rend à Tours et à Angers et on a conservé la lettre d'envoi des usagers !4, E In nomine Domini nostri Jesu-Christi. Amen, — — Frater Claudius Boistard humilis superior generalis congregationis sancti Mauri, ordinis Sancti Benedicti, omnibus quorum interesse poterit notum facimus. dilec-. tos in Christo fratres, domnum Joannem Mabillon el domnum Theodoricum Ruynard presbiteros, eorumdem. ordinis et congregationis monachos expresse professos, nullis Ecclesiæ censuris aut canonicis impedimentis | irrelitos, de mandato nostro et cum nostra benedictione Turones, et inde Andegavum proficisci rerum a nobis. mandatarum ac in his partibus agendarum causa, quibus expletis ad nos revertentur, In quorum fidem pre sen les manu propria subscriptas, à secretario nostro. subsignari necnon officii nostri sigillo muniri jussimus, die secunda septembris anno Domini millesimo, sexcentesimo, nonagesimo octavo. —... frater Claudius Borsrarp. 2 De mandato fimi patris superioris generalis. fr. Julianus RAGUIDEAU, secrefaríus. — — D Après la Touraine et l'Anjou '5, l'année suivante (1699), on rencontre Mabillon et Ruinart sur les routes de Champagne, et en 1700 en Normandie où on sait leur passage.à Caen et à Fontenay, où Daniel” Huet ne souhaite que de le retenir, mais l'érudit, était venu « non pas tant pour me voir que pour fouil- - ler les archives et les anciennes chartes de l'abbaye, w et y trouver des matéri aux pour l'histoire de I » ordre de Saint-Benoît, qu'il s'étoit proposé d'écrire. J' aurois | bien voulu garder quelques jours cet homme que je OR intimement « depuis plusieurs années... n'étoit pas éloigné de faire une halte chez moi, mais les affaires de son ordre le rappéloient en toute hâte à Paris 26 » x E Le retour des deux explorateurs, dont on ne contes- | tait plus maintenant l'expérience et le bonheur, était — | attendu à Saint-Germain-des-Prés avec une sorte M d'impatience. De quel les piè ces nouvel les allait-on — s'enrichir ? L'abbé commendataire, cardinal-prince M de Furstenberg, esprit délié et avisé, s'y intéressait et M) écrivait à dom Ruinart, au retour de la course en f Normandie : « J'ai beaucoup de joie d'apprendre que | | vous soyez heureusement de retour de votre voyage de | Normandie, et je me flatte déjà par avance du plaisir ` | que j'aurai de vous entretenir sur les nouvel les découvertes que vous pouvez y avoir faites 17, » ^d En 1701, il s'agit plutôt de pèlerinage et de piété M que d'érudition. A la veille de commencer la publica- « lion des Anna les de l'Ordre, Mabillon etRuinart allaient reprendre contact avec saint Benoit et saint = Bernard à Fleury et à Clairv aux, A. t + « Nous partimes, dit dom Ruinart !5*, sur la fin de 1 seplembre 1701, et nous arrivämes à Saint-BenoitTu AN MEME | G4 « — sur-Loire, le vingt-neuviéme du méme mois. Après v avoir passé trois ou quatre jours à examiner quelques anciens monuments et ce qui reste de cette fameuse bibliothè que, Qui étoit autrefois si célèbre, nous visitasmes les monastères, les archives qui se présentèrent sur notre route, et nous arrivasmes à Clairv aux le huitiéme d'octobre. Dom J. Mabillon avoit coutume dans ses voyages, lorsqu'il commencoit à entrer dans “quel que pays, d'en saluer aussitôt les saints tutélaires par quelques prières qu'il récitoit à ce sujet. Mais lorsque, approchant de quel que lieu, il apercevoit l'église du principal patron ou du saint à qui il alloit rendre ses vœux, il descendoit ordinairement de cheval, et il se mettoit à genoux, pour s 'acquitter plus religieuse1 nent de cet exercice de piété qu'il s'étoit prescrit à luy-mesme dés ses premières années. Il n'eut pas besoin de tous ces avertissements pour réveiller sa ferveur le jour que nous devions arriver à Clairv aux ; ar, dès le matin que nous partimes de l’abbaye de A ontieramé, il ne fit autre chose, pendant tout le chemin, que de chanter et de réciter des hymnes et des cantiques, tant il étoit pénétré de joie de pouvoir encore une fois visiter cette solitude que saint Ber- | na det tant de ses illustres discip les avoient sanctifiée d'une manière particulière, Mais quand ; à la sortie du pos nous arrivàmes à la vue de cette sainte maison, | se sentit transporté d'une dévotion si extraordinaire q que j 'en fus tout surpris. Il descendit de cheval, et il 5 prosterna à terre pour faire l'oraison à son ordinaire. znsuite, se relevant sans discontinuer ses priéres, il se n nit à marcher à pied pour achever ainsi le reste du chemin... On ne peut exprimer la joie et la cordialité [ : avec lesquel les il fut recu en cette célébre maison. Il y passa quelques jours dans des exerci ces continuels de piété, que les recherches que nous faisions dans la bibliothè que, dans les archives et dans le trésor, ne purent interrompre... Il célébrait tous les jours la nte messe sur le tombeau de saint Bernard, et avec calice méme dont le saint s'étoit servi dans ses voyages ; il visitoit tous les endroits que ce grand homme avoit sanctifiés par quel que action particu1 ère, et il en remarquoit soigneusement toutes les circonstan ces. Enfin, je ne doute pas que ce n'ait été en ce lieu qu'il a obtenu de Dieu la force de continuer la composition des Anna les de notre ordre jusqu'à la mort de saint Bernard : il m'a assuré plusieurs fois qu'il demandoit tous les jours cette grâce Notre-Seigneur, et que s'il la lui accordoit, il murroit content. Dieu a exaucé ses voeux, car, outre les quatre volumes qu’il a imprimés pendant Sa vie, il en a laissé la suite toute disposée pour l'impression jusqu'au temps du décés de ce grand saint. » — Les voyages entrainaient des fatigues que les amis d Mabillon. appréhendaient pour lui ; sa santé qui L ‘avait ja mais été forte commençait, avec l'âge, à À décliner et de longues courses à pied, à cheval, ou dans de lourds et cahoteux véhicu les n'étaient guére convenab les à un septuagénaire. Les supérieurs et les confrères prêchaient la prudence, les amis aussi. Au 1 retour dupèlerinage de Clairv aux, Mabillon recevait cette lettre du président Le Pelletier : « Je ne saurois assez vous dire avec quelle joie j'ai appris votre retour n Paris en bonne santé, car je ne pouvois étre sans anquiétude de vous voir faire un aussi grand voyage à cheval. Vous m'étes cher par l'estime que j'ai „pour Votre candide vertu, et vous êtes nécessaire à l'Église “pour l'édification de plusieurs. Laissons la Providence disposer de nous, mais ne nous rendons coupab les aucuns événemens de notre vie par imprudence grande ou petite. Je vous entretiendrois avec une grande consolation dans mes allées [à Villeneuve |, Mais je ne veux pas vous demander de peur de vous
MABILLON'
co Hx LS déranger ; ce que j'exige de votre charité est que vous priiez Dieu pour moi !. » Ces conseils, ces gronderies n'étaient que trés peu écoutés, et sentant les années s'appesantir sur ses épau les Mabillon voulut, en 1703, saisir l'occasion qui s’offrait d'aller présenter à l'archevê que de Reims le premier volume des Anna les, C'était la dernière fois, — il le pressentait peut-être — qu'il revoyait cette ville qui lui était si chére, et il se ménagea moins que ja mais ; l'abbé de Louvois le lui reprochait « Pendant le séjour que vous avez fait ici, vous ne pouviez vous regarder que comme changé de maison, et j'étois fâché de vous voir si mal ou si bien employer un temps qui n'auroit dü étre destiné qu'à vous reposer à et vous munir contre les incommodités de l'hiver et de l'étude. Mais je n'ai ja mais si bien vu le peu de pouvoir qu'a sur vous dom Thierry. Tous vos amis, cependant, feront un concile pour vous soumettre entiérement à sa juridiction, si vous ne vous ménagez pas extrêmement dans le commencement du froid ?. »
XXIX. LA SAINTE LARME DE VENDÔME. — Nous avons raconté avec détail l'histoire d'une reli que qui eut jadis sa célébrité : la sainte Larme de Vendôme (voir Dictionn., t. vir, col. 1382-1393), nous ne reviendrons pas ici sur le fond de l'affaire, mais sur la participation de Mabillon à la polémi que soulevée à propos de l'authenticité de cette prétendue reli que.
Avant le xire siècle personne n'en avait entendu parler ; depuis lors elle avait pris une place de premier rang dans la crédulité populaire et la vénalité monasti que. Lors que la réforme de Saint-Maur avait été introduite dans l'abbaye de la Trinité de Vendóme, les nouve aux religieux avaient admis et continué l'imposture des religieux qui les avaient précédés, au lieu de faire silence et de décourager une dévotion qui, en l'espéce, n'était que superstition. En 1699, le curé de Vibraye, J.-B. Thiers, avait dénoncé à l'évé que du Mans cette exhibition qu'il qualifiait de supercherie et en réclamait l'abolition.
La lettre de Mabillon lui fait peu d'honneur ; on aime à penser que son robuste bon sens ne pouvoit admettre l'imposture exploitée à Vendôme ; en ce cas il auroit dû s'en expliquer avec netteté. Préoccupé plus que de raison d'excuser sa famille religieuse, indisposé sans aucun doute par le ton provocant de son contradicteur, Mabillon a éru pouvoir distinguer entre la réalité de la reli que et la bonne foi de ceux qui l'exploitent. Sur le premier point, il se dérobe, il n'ose pas soutenir, comme le fait observer le curé Thiers, qu'il existe une sainte Larme de Vendóme, mais il ne répond rien qui vailleà Thiers, lequel soutient qu'il n'v fr. 19654, fol. 289. À, — X. — 21 illusion à ceux qui n'en peuvent estimer la valeur. La supercherie de Vendôme était indigne de recevoir un pareil défenseur, et le défenseur se montra inférieur à lui-méme lorsqu'il eut à défendre une si insigne supercherie, La sainte Larme et le cartulaire de Brioude furent les deux pierres d'achoppement de la carriére scientifi que de Mabillon.
MAX. MABILLON A L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS. — Nous avons rapporté déjà les origines de cette institution (voir Dictionn., t. vn, col. 1089-1118) nous les rappellerons en peu de mots, En 1663, Golbert décidé à donner tout l'éclat possible à la gloire du roi, décida, de concert avec Chapelain,1a formation d' « une espèce de petit conseil qu'il püt consulter sur toutes les choses qui regardoient les Bâtiments, et où il put entrer de l'esprit et de l'érudition. » Gette assemblée de cinq membres malgré son nom de « Petite Académie », resta jusqu'en 1701 un simple comité consultalif de Ia Surintendance des bâtiments, sans indemnité que des gratifications. Louvois obtint à la « Petite Académie » de tenir ses séan ces bi-hebdomadaires au Louvre, dans la salle des Quarante. Pontchartrain lui donna un si bon renom qu'elle mérita le titre d'Académie royale. Son neveu, l'abbé Bignon, annonca le 18 juin 1701 aux huit érudits qu'ils devaient obtenir, en récompense de leurs trav aux, un réglement qui fixät sur des bases soli des l'existence trop précaire de lcur Compagnie ; toutefois, il ne fallait pas espérer obtenir des lettres patentes d'érection. Le réglement fut lu le 19 juillet, érigeant et organisant l’ « Académie rcvale des Inscriptions » en trois classes : associés, hcnoraires et élèves.
La classe des honoraires, création toute nouvelle, ne devait comprendre que dix personnages « recommandab les par leur érudition dans les bel les-lettres el leur intelligence en fait de monuments » Louis XIV les choisit à raisen de deux dans les gens de cour, deux de la haute robe, deux parmi les ecclésiastiques du premier ordre, deux parmi ceux du second ordre, el deux enfin parmi les religieux appartenant à une congrégalion ou société régulière. Les deux religieux désignés furent le P. de la Chaise et dom Mabillon.
Celui-ci fut instruit du choix qu'on faisait de sa personne par une lettre du secrétaire d'État, le je une Pontchartrain ! : i « Votre grande réputation a donné lieu au roi de vous choisir pour un des académiciens honoraires de l'Académie royale des Inscriptions. S. M. ne doute pas que vous ne vous distinguiez dans ce genre d'étude, de même que vous l'avez fait dans toutes les autres sciences que vous possédez si éminemment.
Je suis, mon Révérend Père, entièrement à vous. & A Versailles ce 15 juillet. PONTCHARTRAIN À, » Mabillon qui, sans aucun doute, n'avait pas été pressenti, dut être fort surpris et même contrarié, car c'était trop donner prise aux critiques des partisans de l'abbé de Rancé ; mais un refus était fort difficile à cette prévenance royale et, après en avoir reçu l'ordre de ses supérieurs, Mabillon répondit le 18 par la lettre suivante que nous transcrivons d'après le brouillon original, ou plutôt la première rédaction | possible pour n'être pas tout à fait indigne ? de cet honneur. Je vous rens de très humbles actions de corrigée 5, avec son orthographe, ses corrections, sa ponctuation et même ses fautes ;
« Monseigneur, « J'ai reçu avec un très profond respect l'honneur qu'il a plu à Sa Majesté de me faire en me mettant au nombre des Académiciens honoraires de l'Académie royale des Inscriptions, J'avoue que j'ai été surpris qu'un si Grand Roi ait bien daigné jeter | les yeux sur une personne obscure telle que je suis, M et qu'il ait eu la bonté de me donner place dans une Compagnie si illustre. Heureux si je pouvais . correspondre en quelque façon aux glorieux desseins de S. M. Mais je sens bien qu'il me sera bien [plus] facile de profiter des lumières de tant d'illustres et - | éclairés Academiciens que de présumer de pouvoir leur en donner de nouvelles. Je ferai néanmoins mon grâce Monseigneur de ce que V. G. a bien voulu m'en faire expédier les lettres. Je les !5 conserverai | précieusement comme un illustre monument de la bonté d'un si Grand Roi à l'égard d'un de ses très humbles et très obéis sans sujets, et comme des arrhes, si je l'ose dire, de votre protection, que je prie V.G. M | de vouloir bien m'accorder. Je sais ce que je dois en tout ceci à Mr l'abbé Bignon et j'espère qu'il me fera bien encore la grâce ! de me présenter à V. G. pour vous témoigner mes très humbles et très sincères | reconnaissances et la profonde vénération avec laquelle je suis * Monseigneur « Votre très humble très obéissant J « et très obligé serviteur v À Paris ce 18° juillet a fr. J. M. » Le choix de Mabillon par le roi était un témoignage « de faveur d'autant plus signalé, qu'à ce moment | l'affaire des faux de Brioude était déférée à la chambre criminelle de l'Arsenal. Mabillon s'était laissé entraîner par charité, par sympathie, par égard pour son ami Baluze et son protecteur le cardinal de Bouillon ` au delà des bornes où la prudence scientifique eut dû le retenir : rien ne pouvait l’éclairer, nous l'avons dit, . pas même les aveux du faussaire ; aussi les épigrammes - ne l'épargnaient pas. Le roi n'avait aucune disposition à l'indulgence envers le cardinal de Bouillon et ne devait pas être fort bien disposé en faveur de ceux qui défendaient sa cause : si l'abbé Bignon et l'abbé de ` Caumartin parvinrent à obtenir que les mérites littéraires de Mabillon et la grande considération qui l'entourait fissent passer sur tout le reste, c'est que ces deux abbés, gens politiques autant que Mabillon | l'était peu, se seront plu à montrer par un exemple - que le roi n'avait ni souci, ni rancune dans cette affaire des faux de Brioude où eux-mêmes s'étaient p fort imprudemment aventurés, z Sans être un académicien assidu, on ne peut pas dire que Mabillon ait boudé ou esquivé l'Académie, ` Cependant, après quelques semaines et quelques séances son opinion était faite : « .. Si j'étais plus jeune, ou plutót si j'étais moins vieux, je pourrais espérer de profiter d'une si belle occasion ; mais il y E a bien de l'apparence que je n'aurai pas le temps d'en tirer beaucoup d'avantage, et qu'ainsi je serai également inutile aux autres et à moi-même, » | pan la première séance où fut lu le règlement (19 juillet) on n'a relevé le nom de Mabillon qu'une fois dans le second semestre de 1701, treize fois en 1702, cinq fois en 1703, trois fois en 1704, cinq fois en 1705, six fois en 1706, quatre fois en 1707. Cette année-là, siégea aux deux assemblées publiques du 3 mai du 15 novembre, el si alors « Lous les yeux se tournoient vers lui, il ne levoit ja mais les siens. » Les séances publiques lui déplaisaient peut-être moins que les autres ; dans celle du 15 avril 1702, Mabillon E ut une brève notice sur Les anciennes représentations — de nos rois !, 3 Nécessairement 211 dece par un hommage indirect au souverain qui l'avait nommé ? : pour le fond, matière choisie par lui répondait à ses goûts de Li que, puis que Pharamond allait se présenter en e, ét que Chifflet avait cité une « ancienne généalo-
murs de Reims, en un lieu appelé en latin Pyrami des, s dont le nom vulgaire était « les Arènes ». Mabillon es réserves formel les, mais courtoises, sur l'exisce réelle de ce prétendu premier roi de France, il fit également sur Chifflet et son « ancienne généaloa, enfin sur le soi-disant emplacement de l'imaginaire sépulture. Au contraire, il s'étendit volonuers ‘la sépulture de Childéric Ie retrouvée à Tournai, r celle de Ghildéric II conservée à l'abbaye méme -Saint-Germain-des-Prés, puis il aborda les sépulres de Carloman et de Charlemagne.
- En 1703, Mabillon entretint l'Académie de deux importantes bornes milliaires, récemment découvertes l'une dans le diocèse de Soissons, l'autre en Bourgogne.
La première avait été trouvée dans le château de bbé de Saint-Médard, fils cadet du ministre Pomnne, où elle setrouve encore ; elle est de l'année 211 otre ère et n'offre auc une difficulté de lecture . deuxième avait été trouvée au territoire de Sacenay et était revendiquée par les pay sans et le curé pour étre transformée en pilier de croix ; ce n'est qu'en 1834 que ce-texte- ‘quitta le cimetière paroissial ur étre transféré au musée de Dijon . Ce fut l'occain d'une discussion sur la mesure des lieu es romaines, Mscussion au cours de laquelle Mabillon cita un passage de la vie de sainte Afra.
: a qui plaçait la sépulture de ce premier roi sous les | la suite, ne fut plus attaché aux intérêts, et, si l’on ose dire, à la gloire de cette Compagnie. Une de nos premières assemblées publiques fut célèbre par la dissertation qu'il donna sur les anciennes sépultures de nos rois. Il se trouvoit souvent aux assemblées particulières, et c'étoient autant de jours de fête pour l'Académie : sa présence y inspirait une noble émulation, et chacun avoit les yeux attachés sur cet homme simple, qui ne les levoit pres que ja mais... s XANI, LES ANNALES ORDINIS SANCTI BENEDICTI, — Au mois d'octobre 1677, Mabillon rédigea un Apis pour ceux qui travaillent aux histoires des monastères de la congrégation de Saint-Maur, qu'on envoya dans | toutes les maisons de la congrégation ; des exems'était une esquisse du .Monasficon — gallicanum entrevu et préparé dés lors, dont le privilége est daté du 6 mars 1687, qui ne fut ja mais réalisé et dont nous reparlerons. Les matéri aux servirent à la préparalion d'un autre grand ouvrage auquel Mabillon s'appliqua à partir du 13 du mois de juillet 1693. Nous avons sur ce point son propre témoignage dans une lettre à dom Marténe du 28 octobre 1695 : « Il est vray que je travaille aux Anna les de notre Ordre... je m'y suis déterminé il y a deux ans : » en plus, une note de dom Poirier *. Dom Michel Germain était mort depuis peu et ce fut dom Ruinart qui aida son maître dans cette grande entreprise, en vue de laquelle ils parcoururent la Lorraine et l'Alsace dans une campagne qui fournit la matière de l'Ifer Lofharingicum | L'ouvrage était intitulé : Anna les ordinis sancti Benedicti, occidentalium monachorum Palriarchæ, in quibus non modo res monaslicæ sed etiam ecclesiastica historiæ non minima pars continetur, auctore Domno ET gg RE me wo err nam -— ge ums rs Johanne Mabillon presbytero él monacho ejusdem ordinis e congregatione sancti Mauri, 6 vol., in-fol., Parisiis, J. Robustel, 1703-1739.
Le premier volume présente, suivant le goût de l'époque, un frontispice gravé figurant le Mont-Cassin encadré par deux anges portant le titre de l'ouvrage : la Religion tenant une croix présente à un bénédictin un cœur enflammé.
L'épitre dédicatoire est adressée à Char les-Maurice | Le Tellier, archevé que de Heims ; elle est datée du mois de mars 1703, et la préface est destinée aux supérieurs et aux religieux de l'ordre. L'auteur y expose son dessein, les motifs qu'il a eu de se jeter dans cette entreprise en vue du service de l'Église et de la glorification de l'ordre de saint Benoit. Il loue ceux qui, avant lui, ont abordé un travail du même genre, et remercie ceux qui l'ont aidé par des communications. C'est une espèce de palmares où Mabillon se plait à citer les noms de ses prédécesseurs, de ses correspondants, de ses amis. La modestie de dom Ruinart aura sans doute fait omettre son nom, et c'est lui qui nous apprend que ce premier tome « fut reçu avec une satisfaction générale de Loutes les personnes de piété | et d'érudition. » Les éloges du pape, transmis par le cardinal Paulucci, ne s'écartaient pas des formules consacrées !, ceux de Bossuet partaient du cœur : « Il fallait, écrivait-il à son ami, un aussi profond savoir et une main aussi adroite que la vôtre pour faire un aussi bon tissu. Je prie Dieu qu'il vous fasse la grâce de le pouvoir achever ?. » Le tome r parut en 1704, le rire en 1706, le 1v en 1707 et conduisait l'histoire de l'ordre jusqu'à l'an 1066, Lors que parut ce tome 1iv, Mabillon n'était qu'à peu de mois de sa fin dont on croit sentir, dans la préface, comme un pressentiment : Absit enim ut ab hac regula veritatis, matre inquam Ecclesia, umquam dissentiam, cujus judicio ac censuræ quaecum que hactenus scripsi, vel posthac scripturus sum, lubens, volens el ex animo submilto : in cujus sinu et fide semper vixi, el constanter, adjuvante Deo, emori exoplo. Ainsi en l'espace de quatorze ans , le vieillard avait publié ces quatre in-folio et préparé les deux suivants 5, qui parurent beaucoup plus tard, mais qui furent composés à peu près exclusivement avec les matéri aux rassemblés par Mabillon.
La brusque maladie et la rapide fin de Mabillon ne lui avaient pas laissé le loisir de faire parvenir le quatrième volume à tous les amis auxquels il le destinait. Ce fut dom Ruinart qui se chargea de ce soin ; le samedi 13 février 1708 il adressait un exemplaire au pape et. la lettre d'hommage était datée e museo Mabilloniano : ce furent encore Fontanini, le cardinal Colloredo, dom Guillaume La Parre procureur de la congrégation, dom Erasme Gattola, bibliothécaire du Mont-Gassin, dom Anselme Fischer du monastére de Petershausen, dom Jacob Eckhausen à Saint-Maximin dans le Luxembourg, dom Jacques Boyer au monastére de Chantenge, ete. Tous ces envois étaient accompagnés de lettres de dom Ruinart redisant la reconnaissance vouée pour les services rendus, les communications bienveillantes.
Ruinart, au titre de son intimité avec Mabillon et de son expérience scientifique, était désigné par les supérieurs pour continuer et terminer les Anna les à l'aide des matéri aux déjà rassemblés * et par son travail personnel. Suivant l'usage, il fit appel aux bonnes volontés et aux anciens correspondants de. Mabillon. Au mois de mars 1709, il envoya, par ordre : du Pére général, à toutes les maisons de l'ordre, une lettre circulaire spécifiant les artic les sur ex devaient porter les recherches. Peu de temps après, Ruinart pouvait annoncer à Magliabechi 7 le commencement de l'impression du cinquième volume. Quelques mois plus tard, le 29 septembre, lui-même mourut prématurément.
Le souci de procurer la continuation des Annales désigna pour son successeur dom René Massuet, religieux de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Ce choix était dû au Supérieur général, dom Simon Bougis ; on peut ajouter qu'il était excellent malgré la répugnance de dom Massuet pour l'effort qu'on réclamait de lui. C'était un professeur de théologie, et il lui fallait se consacrer désormais à des études qui lui avaient été à peu près complètement étrangères jusque-là. Il se résigna et sans s'écarter du plan tracé et exécuté par Mabillon, tint à exposer sa conception personnelle de l'œuvre qui lui incombait désormais, ce qu'il fit dans une lettre circulaire datée de Saint-Germain-des-Prés, le 21 juillet 1710, lettre dont il envoya des exemplaires à tous les anciens correspondants encore vivants de Mabillon et de Ruinart, et à tous les monastères bénédictins. Cette pièce écrite de la propre main de dom Massuet est conservée à la Bibl. nat., ms. fr. 17699, fol. 2, brouillon raturé ; et ms. fr. 17680, fol. 242, mise au net ; elle a été publiée de nos jours et n'a qu'un intérêt bibliographique puisque dom Massuet n'eut pas le loisir d'appliquer ses idées. Il n'eut donc le temps que de consacrer une période de six années à la lecture des sources manuscrites et imprimées qui devaient lui rendre son sujet familier, et son travail fut tel qu'il compromit sa santé, peut-être même abrégea-t-il sa vie, puisqu'il mourut le 16 janvier 1716, âgé de cinquante-deux ans, sans avoir pu mettre au jour le tome VI qui ne parut que vingt-trois ans plus tard (1739). Du moins avait-il pu achever le tome V et le publier en 1713. C'était encore l'œuvre propre de Mabillon qui avait ainsi conduit les Annales jusqu'à l'an 1116. Malgré son solide mérite, dom Massuet (voir ce nom) était bien loin de jouir d'un prestige comparable à celui de Mabillon, et cependant on sait — aujourd'hui combien nombreux furent les éditeurs qui s'employèrent à aider et à faciliter ses recherches, alors que de nos jours une demande est repoussée lors que l'égoïsme ou la vanité appréhendent comme un larcin l'utilisation qu'on en pourra faire. On a pu dresser un petit catalogue de ces correspondants empressés à collaborer sous la torpe anonyme à une entreprise qui leur paraissait de nature à faire avancer la connaissance de l'histoire monastique ; ce livre d'or d'une cinquantaine de noms mériterait d'être publié, il conserverait le souvenir de ceux qui ne songent qu'à aider comme pour faire honte à ceux qui ne s'emploient qu'à entraver. Le cinquième volume reçut bon accueil. C'est Massuet, lui-même qui nous l'apprend dans une chronique. Une partie de ces matériaux forme les manuscrits — que des choses mémorables arrivées en l'abbaye de — Saint-Germain-des-Prés-les-Paris depuis l'an 1696. On y lit à l'année 1713 : « Les études grâces au Seigneur fleurissent toujours en ce monastère, et nos onfrères continuent de travailler avec la même application et le même succès. Au commencement de cette année, dom René Massuet, chargé de continuer les Annales de notre ordre, commencées par dom Mabillon, a publié le cinquième tome, que ce Père avait laissé presque en état de paraître. Il l'a revu exactement auparavant, et y a fait les additions et les changements qu'il a crus nécessaires. Il en a composé les réflexions à laquelle il a ajouté un abrégé de la vie de M. Mabillon et de dom Thierry Ruinart, dont le public a paru content. Pour le corps de l'ouvrage, il a été reçu avec les mêmes applaudissements que les volumes précédents. Les tables de ce cinquième volume sont de la façon de dom Pierre Sabbatier, compagnon d'études de dom Massuet. » - Dom Massuet mourut le 26 janvier 1716. Comme on lui avait accordé, sur sa demande, dom Ep la continuation des Acta sanctorum à partir du xième Annales confiées à dom Vincent Thuillier bien que celui-ci fût préoccupé de tout autre chose que l'histoire du passé monastique. Peu de jours après p de dom Thuillier (10 d d doni Mar| ene confection du sixième SUE dan E il Dm soixante papes de corrections, RE | Du Jm part de Mabillon dans la préparation du sixième volume est pen considérable Ruinart et Massuet y ’eut pas la Satisfaction de le voir terminé, il mourut le 20 juin 1739, et le volume parut la même année. 1 -es additions de dom Martène au sixième volume sont insérées entre deux crochets. Cel les données à la in du cinquième volume sont des corrections et des E suppléments pour ce volume et les quatre premiers. Parmi les soixante-neuf pièces qui servent de preuves au sixième volume, Martène a inséré sa préface sur Abélard qu'on lit dans le v* volume de ses Anecdota. — Mabillon avait pensé pouvoir renfermer la matière des Annales en six volumes et, au lieu de cela, on voit que le tome sixième s'arrêtait à l'année 1157. Il n'avait abondante à mesure que les temps se rapprochaient de nous et nous étaient connus par des pièces plus nombreuses. Dom Martène, toujours « bouillant » malgré ses quatre-vingt-huit ans, songeait à un septième volume qui ne fut jamais ébauché. f — Les matériaux qui fussent entrés dans cette continuation étaient déjà assez nombreux, mais ils sont épars dans une quantité de manuscrits, parmi lesquels des numéros 11815-11821, 12658-12708 et 12777-12780 du fonds latin de la Bibliothèque nationale, soit cinquante-neuf volumes formant le Monasticon gallicanum de dom Germain et le Monasticon benedictinum. Le complément indispensable, mais presque surhumain eu égard à son ampleur, que les bénédictins, sinon Mabillon, projetaient de consacrer, dans les Annales, à l'histoire de chaque monastère, n'a pu et ne pouvait recevoir qu'un commencement d'exécution. Les ouvrages de sa succession en même temps qu'il assit pas réfléchi que l'histoire de l'ordre devenait plus 650 dom Bouillart sur Saint-Germain-des-Prés, de dom Félibien sur Saint-Denis, de dom Pommeraye sur Saint-Ouen de Rouen, de dom Jean Huynes sur Saint-Florent de Saumur et sur le Mont-Saint-Michel, de dom Noël Mars sur Saint-Lomer de Blois, enfin de dom Martène sur Marmoutier, montrent que le projet entrevu a été du moins en partie réalisé.
La plupart des notices étaient rédigées, quand la mort imprévue de dom Michel Germain (3 janvier 1694) arrêta tout. Au xix* siècle, un amateur éclairé et généreux, Peigné-Delacourt, mit à la disposition des hommes d'étude le portefeuille des planches gravées pour composer le Monasticon gallicanum faisant suite aux Annales. Le sort des 178 monographies restées inédites de dom Germain — on en connaît 114 éparses — a fait l'objet des recherches de L. Delisle qui en a exposé le résultat dans la préface du Monasticon de Peigné-Delacourt et a montré l'utilisation d'un certain nombre par quelques-uns des auteurs de la 2° édition du Gallia christiana.
Voici le détail des volumes des Annales :
TOMUS PRIMUS (1703) complectens libros XVIII ab ortu S. Benedicti ad annum DCC cum duplici appendice et indicibus necessariis.
Frontispice de François Girardon. Dédicace à Ch.-Maur. Le Tellier, archevêque de Reims (XIV kal. martii, 1705). 3 feuillets.
Ad reverendissimos Abbates el Superiores ac unipersos monachos ordinis S. Benedicti præfatio et breviarium, 16 feuillets.
Dissertatio de (Gregorii Magni monastico instituto, Planches gravées pour l'illustration du tome 1° : p.
283. Le pape saint Grégoire entre son père et sa mère.
490, Eticho, sainte Odile, saint Léger.
528. Sept saints : saint Amand, saint Baudemond : saint Bertin et l'abbé Jean ; saint Mommelin et saint Réole, évêque de Reims ; sainte Aldegonde. cius à N.-D. de Soissons,
TOMUS SECUNDUS (1704) complectens res gestas ab anno Christi DCCI ad annum DCCCXLIX inclusive cum appendice el indicibus necessariis.
Præfatio, 3 feuillets, Breviarium tomi 8 feuillets. secundi,
F 3A r put ZIEL mehr d ew aal fera Liu Mta é pare Em C arn à 3 D rà ES 4 da eis DS a dra ie -— unt « ui » nd aries eme Hr ius CLA EQUIPE DP : a eiriaa HE PE pale uk à à « desierit Li cial miu eet EE
LX
eo ToS —————————— —— —— PEER ONE INNO EIC EP ER EC y pr v “ ^ r 1 Li v d Anna les, |. XIX-1. XXXIII, p. 1-689.
Appendix, Varia monumenta et diplomata compleclens, p. 690-757.
Indi ces, p. 758-839, p. 2. (de la préface). Miniatures, moines bénédictins.
96. Paysage et vue du Mont-Cassin, 2 planches. 181. Monnaie du pape Paul Ier.
228. Charlemagne vêtu en patrice.
254. Moines de Saint-Denis au vine siècle.
257. Monnaie de Theudicil dux.
343. Mosaïque du Latran : saint Pierre, saint Léon, Charlemagne.
2353. Godelgandus, prêtre et moine de Saint-Rémi de Reims, 376. Tombeau d'Oger et de Benoit, dans l'église de Saint-Faron de Meaux.
278. Öger et Benoit, moines à Saint-Faron.
417. Ratgarii abbatis schema.
571. Plan de Saint-Gall.
615. Tombeau de Louis le Débonnaire à Saint-Arnould de Metz.
TOMUS TERTIUS (1706) complectens res gestas ab anno Christi DCCCL ad annum DCCCCLX XX inclusive, cum appendice et indicibus necessariis.
Præfatio et Breviarium, 14 feuillets.
Chauve à Saint-Corneille de Compiégne. gélistes.
Done © oo uv Remy de Reims ; statue de personnage assis | avec Rer Ludovicus.
TOMUS QUARTUS (1707) complectens res gestas ab TOMUS QUINTUS (1713) compceclens res gestas ab | variis additamentis ad tomos precedentes exornavit | le catalogue épiscopal, au début du XIe, us | tions des deux lettres mentionnées plus haut sont — | anno Christi MLXVII ad annum MCXVI mno cum appendice el indicibus mecessaris.
Præfatio Fr. Renati Massuet, 2 feuillets.
Domni Johannis Mabillon vitæ synopsis, p. I-XXXIV et Theodorici Ruinart vitæ synopsis, p. XXXIV-XL. Breviarium, p. XLI-LVI.
Anna les, 1. LXIII-LXXII, p. 1-625.
A la suite de l'archevêque Hugues, mort en 1106, en se rendant au concile de Guastalla, on plaça jusqu'en 1610 Joceran ou Gaucerand qui avait été abbé d'Ainay. A cette date, le P. Sirmond, dans ses notes aux lettres de Geoffroy, abbé de Vendôme, intercala Jean en s'autorisant de deux lettres d'Yves de Chartres, la ccxxxvième et la ccxxxviième, la première adressée à Jean, archevêque du siège primatial de Lyon, la deuxième de Jean archevêque du siège primatial de Lyon écrivant à Daimbert de Sens. Or ces deux lettres ont été rédigées en 1111, en sorte que Jean a succédé à Hugues sur le siège de Lyon. Mais toute la question revient à savoir si les suscriptions sont authentiques ; au cas où elles seraient authentiques, l'existence de Jean, qui ne s'appuie que sur elles, serait compromise : au cas où elles seraient fausses, Jean disparaitrait. Or Jaucerand était déjà évêque en 1111, puis que dès la fin du mois d'avril 1109, et probablement en 1107, il existe une lettre à lui adressée par saint Anselme de Cantorbéry, Jaucerand était donc évêque de Lyon quatre ans, ou au moins deux ans avant la rédaction des lettres ccxxxvième et ccxxxviième d'Yves de Chartres. De plus, Jaucerand occupait encore le siège de Lyon en 1113, et même en 1115, où on le voit siéger au concile de Tournus. Si Jaucerand était évêque de Lyon en 1107 et encore en 1115, Jean n'a pu l'être en 1111 qu'à la condition qu'il y eût deux titulaires du même siège en même temps, ce qui n'est ni prouvé ni croyable. Des lors, on se demande si les titres des lettres ccxxxvième et ccxxxviième ne sont pas falsifiés et s'ils ne se rapportent pas à Jaucerand plutôt qu'à Jean.
Cela est d'autant plus admissible que la lettre 237, qui, d'après l'en-tête, serait de la main de Jean, porte sur certains manuscrits Joscennes au lieu de Johannes, et Joscennes serait une altération de Joscerannus à qui d'autres manuscrits attribuent cette lettre. Reste à expliquer la substitution de Jean à Jaucerand.
Le P. Chifflet avait publié trois listes épiscopales lyonnaises, en 1662, afin de démontrer que le siège de Lyon n'avait eu qu'un seul évêque Eucher et non deux. De ces trois listes, celle de l'évangéliaire d'Autun s'arrêtait au xiième siècle, celle de Hugues de Flavigny (1065-1115) s'arrêtait à Hugues, prédécesseur de Jaucerand, mais une main postérieure avait pris soin de les continuer jusqu'en 1150. Le premier des noms ajouté après coup, à la suite de Hugues, confirme l'assertion de Mabillon : ce n'est pas Jean mais Jaucerand qualifié Parvus. La troisième liste qui se trouve à la suite de l'obituaire de Saint-Etienne, s'arrête en 1301 ; il ne s'accorde pas toujours avec le précédent à Hugues l'archevêque Jaucerand pour successeur immédiat. On pourrait encore citer le catalogue publié par Le M. Laboureur, dans ses Mazures de l'Isle-Barbe, catalogue qui ne remonte pas au delà du XVe et qui ne fait aucune mention de Jean ; puis les deux principaux historiens de Lyon, Paradin (1573) et Severt (1608) qui ignorent Jean, ainsi que le Gallia christiana et Du Tems.
T XXXII. LE SUPPLEMENTUM AU DE RE DIPLOMATICA.— Pendant plus de vingt ans le traité de Mabillon sur la Diplomatique avait recueilli un applaudissement universel ; son autorité était admise par tout ce qui comptait dans la science, et celle du grand bénédictin n'avait fait que grandir depuis lors. En 1703, parvenu à un âge où d'autres s'imaginent avoir droit au repos, Mabillon, septuagénaire, annonçait la publication prochaine d'un grand ouvrage consacré à l'histoire du passé, des services et des gloires de l'ordre bénédictin. Le bruit se répandit alors d'une attaque très vive lancée par un jésuite contre la probité scientifique de Mabillon. Le fait, qui paraissait invraisemblable, se trouva vrai. Il y avait alors au collège de Clermont (devenu Louis-le-Grand) un certain P. Germon, impatient d'acquérir la réputation que son mérite et ses talents ne lui eussent jamais attirée, Il avait recueilli tout ce qu'autour de lui, il avait entendu chuchoter, assez peu de choses à vrai dire. Tout ce qu'il avait pu savoir, c'est que plusieurs érudits étrangers avaient contesté divers points de la doctrine de Mabillon. L'Anglais Hickes s'était intitulé dans l'un de ses ouvrages « le censeur de la Diplomatique et de son auteur ». L'Italien Malféi témoignait d'autant plus d'admiration envers Mabillon qu'il le dénigrait le plus qu'il pouvait. En France, Baudelot et Langlet du Fresnoy contestaient les conclusions du savant bénédictin et ne mettaient en évidence que leur propre ignorance. »Tout cela ne comptait pour rien et le P. Germon eut l'ambition de mieux faire.
Voici comment un auteur anonyme, que l'on croit être un autre jésuite, le P. Lallemant, ou l'abbé Raguet, résume les arguments du P. Germon : « Il prétend, dit-il, que les chartes de la Diplomatique sont suspectes par leur matière, et par leur forme, et par les lieux d'où elles sont tirées, et par le grand nombre de faussaires qui, en différents siècles, depuis le temps de leur date, ont fait métier d'en fabriquer de fausses. Ces chartes que l'on nous donne pour règles, on doit prouver qu'elles sont vraies et on ne le fait pas ; je montre que la plupart sont fausses ; mais quand je ne le montrerais pas, il me suffit que de justes préjugés les rendent douteuses pour ne pas les recevoir comme règles des autres, ainsi qu'on les propose. » Et comparant les chartes aux chroniques, le P. Germon trouvait entre ces sources historiques de notables différences, quelquefois même des contradictions dans les faits, et toujours des formules et un style nouveau dans la rédaction. D'où cette conclusion que les chartes n'avaient pas l'autorité des chroniques ; qu'on n'y trouvait pas ce qu'on appellerait la « couleur locale » ; que, par conséquent, elles étaient d'une époque postérieure à la date qu'elles portaient ; donc les bénédictins du Moyen Age les avaient fabriquées ; et avec eux quelques clercs, des séculiers, notaires, écrivains, maîtres d'école, des femmes même s'étaient appliqués au rôle de faussaires. » L'insinuation était maladroite et blessante, car clercs et laïques ne paraissaient dans cette affaire que pour créer une diversion. La logique était pitoyable : de ce qu'il y a des documents faux, on jetait la suspicion sur tous les autres sous prétexte que, s'ils ne l'étaient pas, ils pouvaient l'être et on demandait à Mabillon à quels caractères il avait distingué les chartes authentiques de celles qui ne l'étaient pas ; on laissait entendre que Mabillon n'avait pas eu d'autre but que de sauver les archives de Saint-Denis d'une condamnation méritée ; on niait que des matières aussi fragiles que le papyrus ou le parchemin aient pu parvenir jusqu'à nous, échapper à la moisissure ou à la dent des souris, quand des monuments de marbre ou d'airain ont péri. Avec une perfidie raffinée, le P. Germon dirigeait ses attaques contre les archives de Saint-Denis où étaient conservés les plus anciens actes royaux.
En voici un exemple : Mabillon ayant publié ou signalé seize diplômes mérovingiens, dont il n'y a pas trace dans la publication faite par Doublet en 1625, ni mention dans les auteurs antérieurs, d'où proviennent-ils s'ils n'ont pas été fabriqués depuis 1625 ? Sans articuler nettement l'accusation, on essaie d'y amener le lecteur.
Mabillon bondit sous l'outrage. Si quis vero eo audaciæ devenial ul ea post Dubletum conficta dicere vel suspicari pergat, propterea quod in ejus collectione locum non habeant ; hunc tamquam insignis calumniæ reum ad equos judices provocamus . Ce démenti parut dans le Supplementum, in-fol., paru en 1704, dans lequel Mabillon dédaignait de nommer son détracteur. Il avait plein les mains de quoi le confondre et publiait de nouveaux diplômes tirés encore des archives de Saint-Denis, disant : Hic forle nos sistel versutus aliquis inquisilor, ac dicel : Unde tanta istic authenticorum copia post Dubletum ? unde vero nova hac archelypa post editos Fei diplomaticæ libros ? Scili cet illa conficta sunt post Dubletum a nostris ! ego luec nova fabricatus sum post primam Operis diplomatici editionem, charta nimirum corticea ex Aegyplo recens advecta ! aut cerle ego ipse vel fraudis nescius, vel stolidus et imperitus, qui figmenta pro veris in publicum ingesserim ! Si quis est qui tam maligne, seu de nostris, seu de me sentiat, si non hominum, cerle Dei judicium portabit quisquis sit ille = Et, avec de plus grands développements, Mabillon reprend les questions déjà traitées. Il montre avec quel soin nos ancêtres conservaient leurs archives que, malheureusement, les guerres, les incendies et autres désastres, quelquefois aussi le défaut de vigilance des gardiens, ont laissées rarement entières. De toutes les archives de la Gaule, Mabillon n'en connaît pas de mieux conservées que celles de Saint-Denis ?. Et à ceux qui nient la possibilité de posséder encore des chartes anciennes sur papyrus, il répond, comme le philosophe grec qui marchait pour prouver le mouvement, en montrant ces chartes : Pactum constat. Frustra de impossibilitale causaris. Oculis tantum hic opus est, Sed oculos polo peritos, minime malignos, nullo affectos præjudicio , C'est par des faits qu'il prouve la résistance du papyrus et du parchemin, l'antiquité de l'écriture mérovingienne, comme c'est sur les textes eux-mêmes qu'il étudie de nouveau l'orthographe et le style des anciens instruments diplomatiques . Il a soin de distinguer, entre les divers genres d'actes corrompus, les documents interpolés des faux proprement dits , qui sont les chartes refaites, les chartes altérées et les chartes forgées de toutes pièces « . Les diplômes qu'il a publiés précédemment, comme les nouveaux qu'il publie, échappent à tout soupçon $. Débrouiller la chronologie et la généalogie des rois mérovingiens qui avaient déjà fait l'objet de recherches antérieures , préciser et expliquer quelques dates carolingiennes et capétiennes !^, rectifier ou compléter ce qu'il avait dit sur les bulles pontificales, sur les diplômes des rois francs et leurs bulles d'or ou de plomb, sur les actes des rois d'Angleterre et autres, sur les signes particuliers des souscriptions, sur les palais ! ! ; ajouter un paragraphe nouveau sur les instruments, styles et plumes, dont les scribes se servaient ! ; défendre enfin la sincérité et l'autorité des vieux manuscrits ?, voilà ce qui constitue la partie neuve du Supplementum, que suit une série de fac-similés complétée par les documents de l'appendice.
1703, 360 p. ! E | lholomaeóo | Germon | impugnatorum. Cum appendi Le P. Germon n'osa répliquer à Mabillon, mais un anonyme, le P. Lallemant, s'en chargea, en 1708, dans une Histoire des contestations sur la Diplomatique - ) où on lit que « les chartes vraies se trouvent malheureusement dans la société d'un grand nombre d'autres qui se disent du même temps et qui sont notoirement fausses. Un homme surpris dans une compagnie de voleurs ne doit pas trouver mauvais qu'on l'examine de près avant de le croire innocent. » On s'étonne qu'il ne se soit trouvé personne pour retourner le trait contre les confrères du P. Roman de la Higuera !. p.
Mabillon avait eu depuis peu de mois cessé de vivre ; ce fut dom Ruinart qui, en 1709, se chargea de la réponse dans la deuxième édition du De re diplomatica, qu'ils avaient revue et corrigée ensemble. — Voici la bibliographie de cet épisode :
1. De reteribus regum Francorum diplomatibus, e arte secernendi antiqua diplomata vera a falsis, disceptatio ad R. P. D. Joannem Mabillonium, monachum benedictinum, in-12, . Parisiis, apud Joa. Anisson.
2. Librorum De Re diplomatica eee inquo k archetypa in his libris pro regulis proposita, ipsæ que regulæ denuo confirmantur novis que speciminibus | Robustel, 1704, 116 p. [Ces deux ouvrages furent recensés dans les Mé n.
- Jaume de La Pare, avertissait Mabillon ! que « cet | abbé travaille fortement à la réponse à la dissertation — du P. Germon ; Votre Hévérence et tous les gens savants seront trés satisfaits de cette réponse ©. » — Voici le titre de cet ouvrage : Justi Fontanini E oro_ juliensis in romano archigymnasio publici eloguentiæ - professoris. Vindiciæ antiquorum diplomatum, adver- “sus Bartholomei Germonii disceplationem de veteribus - regum Francorum diplomatibus, et arte secernendi antiqua diplomata vera a falsis, libri duo. Quibus accedit | Parisiis, ap. Glaud. Rigaud, 1707, 439 p.
Bartholomaei Germonii e S. J. Aurelianensis disceptationes diplomaticæ, quibus præmittitur earumdem historia e gallico Aeg. Bern. Ragueli recens in latinum versa. Omnia olim in Gallia seorsum semel, n une primum in Germania conjunclim edita, in-4°, Viennae, 1790 ; cet ouvrage contient :
Historia disceptationum de arte diplomatica, cum ana-dysi hujus operis a R. P. Joanne Mabillonio edili. E »pelerum auctorum appendix, in-4e, Romæ, 1705, | Parmi les défenses présentées de l'ouvrage de Mabil- | tholomaei Germon duas Disceptaliones de antiquis regum | Francorum diplomatibus, in-12, Parisiis, apud viduam Francisci Muguet, 1706, p. 93 ; in-8* », Parisiis, apud Hollin filium, 1737.
[Mém. de Tfévoux, 1707, p. 582-591 ; Journ. des scat., 1707, p. 321-327. ] L'ouvrage suivant qui parut sous un pseudonyme, est de Blaise Garofalo :
Il collegio Mabilloniano sostenulo nella sue vere regole diplomaliche e garantito da sofismi di Pirronici Germoniani, sans nom d'auteur et sans nom de lieu, in-d®, J. Schwabe, Disquisitio utrum Germon temeritalis insimulari jure possil, quod celebre opus Mabillonii de re diplomatica ad examen vocaverit ? in-1 », Heidelbergæ, 1777. — Disquisitio utrum B. Germon velera instrumenta universim aut quae polissimum in dubium vocaverit ? in-4 », Heidelbergae, 1777. — Disquisitio quibus ex causis Germon a Mabillonio Speciminurn, quibus tola ejus ars diplomatica nititur probationem postulavit ? in-4 », Heidelbergæ, 1777. Lettera ad un Cavalier erudito soprai irè primi tomelti del Nuovo Giornale dei letterati d'Italia, 1710, p. 251.
XXXIII. Les DERNIÈRE S ANNÉES. — Les années se succédaient, les ouvrages s'aecumulaient, la réputation de dom Mabillon n'était plus contestée, le respect qui l'environnait élait la juste récompense de ses trav aux el de sa vertu. Il parait qu'en 1700, on songea à lui confier le gouvernement de l'abbaye de Marmoutier par Saverne (Alsace) ; la Providence lui épargna cette épreuve ; il vieillissait donc à SaintGermain dans un cadre immuable en apparence, mais qui, depuis une quarantaine d'années, n'avait pas 4 à [47 9 V i 2 - an 3 irt ET | es Em ad E i rado. oe fen e ^h ei i À pal E s EL) p JS Pr i des al. ncn Lu re
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o^) a $i Wii 2 l i ; i E laissé de se rajeunir et, même, de se moderniser. Les survivants des années héroïques du début : dom Hugues Ménard, dom Grégoire Tarrisse, dom Vincent Marsol les, dom Luc d'Achery, les uns après les autres, avaient disparu ; une génération leur avait succédé non moins fervente mais plus pétulante, non moins respectueuse mais plus agressive et moins tradiLionnelle, moins grave d'allure et d'accent. Ces jeunes moines percoivent les querel les qui se livrent à propos de dom Mabillon, prennent fait et cause, inLerviennent plume en main pour sa défense : ce sont dom de Sainte-Marthe, dom Massuet, dom Montfaucon qui trouvent la tacti que des supérieurs peu en rapport avec les intérêts de l'ordre bénédictin et se jettent dans la bataille sans demander permission, Peut-étre | quelques échos reviennent-ils jusqu'à Mabillon des | eflervescen ces de cette jeunesse qui le trouve lui- | méme un peu inerte. Dom de Sainte-Marthe ne s'en cache pas : « Les étu des, dit-il, sont présentement fort négligées à Saint-Germain ; on v considére fort peu ceux qui étudient ; peut-être aussi qu'il y a de la faute de ceux-là. Le plus grand mal que j'y trouve | c'est que l'on agit indépendamment les uns des autres, sans se communiquer, sans s'entr'aider. On a retiré des étu des dom Pierre Coustant, lorsqu'il commencoit à étre capable de rendre service. La mort en a enlevé aussi plusieurs ; ainsi, je crois les étu des sur leur déclin, et si dom Jean Mabillon alloit manquer, c'en seroit fait. Lui-méme ne se remue pas assez pour soutenir ceux qui étudient, et ne les aide pas autant qu'il pourroit !', » Parmi ceux que la fringale de l'étude emportait ainsi, il s'en trouvait qui murmuraient le mot de « vieillesse » en apprenant que Mabillon composait patiemment un recueil de trentequatre récits de morts édifiantes sous le titre de La mort chrétienne sur le modèle de celle de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de plusieurs saints ef grands personnages de l'antiquité, le tout extrait des origin aux, par un R. P. de la Congrégation de Saint-Maur *. Précisément, ces sortes d'écrits reçoivent des encouragements parmi les amis qui embellissent la vieillesse de Mabillon, qui voudraient l'attirer et le retenir le plus longtemps possible auprès d'eux.
Le président Le Pelletier lui écrit de sa terre de Villeneuve-le-Roi : « Mettez, je vous prie, dans vos arrangements, un temps pour moi, par votre charité, et je me flatte qu'il ne seroit pas aussi inutile pour votre santé ; mais, pour cet effet, il faut donner un peu de loisir au bon air de Villeneuve d'opérer sur votre poitrine . » Le premier président de Harlay n'est pas moins désireux d'entretenir Mabillon et pour jouir plus longuement de sa présence, il l'invite à diner :
« Les H5, Pères d. B. Montfaucon et Anselme ayant bien voulu promettre à M. le premier président de venir dîner avec lui vendredi 4° du mois, il supplie les R5, Pères dom Jean Mabillon et Thierry de lui faire le meme honneur. s « Ce 2° décembre 1705 Bossuet avait introduit Mabillon à la petite cour exilée de Saint-Germain-en-Laye. La reine, veuve de Jacques IT, appréciait fort l'esprit du bénédictin qui lui dédia le livre sur La mort chrétienne. En même temps, il seliait avec le duc de Perth, Écossais converti au catholicisme par l'Exposition de la doctrine catholigue de Bossuet. « Mylord Perth » gouverneur du je une Jacques ITI et la duchesse de Perth, dame d'hon| monde et en état de me perfectionner dans la ver | sais que votre Révérence a de bons livres et qu'elle M | qu'il eût voulu fuir, des évêques, des prin ces le reche | Deum chanté à Saint-Germain pour la naissance du | l'estime des hommes après m'être rendu si souvent neur de la reine douairiére, port aient à Mabillon une vive amitié. Le « trés cher Père » ainsi qu'on l'appelait 5 | s'était employé à faire remettre à son fils spirituel - un titre d'oblat bénédictin ; il était aussi devenu le” guide spirituel de jeunes proscrits qui mettaient sur sa. vieillesse un rayon de grâce adolescente. Un de ces | jeunes gens lui écrit : « L'amitié que vous avez toujours | paru avoir pour moi m’ engage à vous écrire celle-ci pour vous faire savoir où je suis, ce que je fais, afin - que j'aie le bonheur et la consolation de recevoir de | vos lettres immédiatement. Aprés que j'ai eu fini mon Académie, la Reine me donna mon choix de. rester à Saint-Germain ou de me retirer quel que part. pour un an ou deux, jusqu'à ce que le roi allât en campagne, plutót que de rester à Saint-Germain à ne. rien faire : j'ai choisi ce lieu pour me retirer, qui est. un collége ou plutót un séminaire de prétres anglais, qui sont habillés comme les Pères de l'Oratoire, etlqui suivent les rég les, ainsi je suis à présent retiré du C'est pour quoi je vous prie très instamment de ne me pas oublier et de m'écrire souvent des lettres pleines - X de vos bons avis, comme vous avez coutume de faire - à ceux que vous aimez et pour qui vous avez de la. tendresse. Vous adresserezsi vous plait, vos lettres de la sorte : A Milord Dunbarton, au collège des Anglois, - proche St-Jacques, à Douai, en Flandre. Comme je en a fait elle-même, je vous prie de m'en envoyer quel- - ques-uns $, » Cette vie si longue, si laborieuse et si humble s'ache-- minait vers son déclin entre la célébrité la plus légitime et la piété la plus éclairée. Bossuet n'était plus - el Mabillon apparaissait comme une des gloires di À règne finissant ; vers lui montaient des hommages chaient. Le duc de Bourgogne venu assister au Te. duc de Bretagne (4 août 1704) réclamait le P. Mabil- | À lon, et peut-être se ressouvenait-il de la visite fait 13 jadis sous sa conduite au trésor de Saint-Denis ; le - duc d'Orléans témoignait avoir lu plusieurs écrits du | savant religieux, le je une Jacques III exprimait son - désir de l'entretenir. Ces hommages ne pouvaient lui - paraître importuns, car tout ce qui touchait au trône — s'embellissait à ses veux d'un éclat pres que sacré, - mais sa pensée s’épurait cha que jour ; il lui arrivait, © à lui qui avait tenu la plume pres que sans interruption, M d'exprimer ses saints désirs sous forme écrite el ces | méditations sont le plus bel éloge de son âme : — « Si les anges, se disait-il à lui-même, tout saints qu'ils — sont, tremblent en votre présence, Seignear, de quels < sentiments ne devrais-je pas être touché en me con- — sidérant devant vous, moi qui « vous ai tant de fois. offensé !
« Est-il possible que je puisse avoir aucun mouve- — ment de vanité, moi qui n'ai ja mais fait aucun bien, | mais une infinité de péchés, et faut-il que je recherche digne de la dernière confusion ? Que suis-je en comparaison d'une infinité de personnes qui sont incomparablement meilleurs que moi ? Si saint Paul s'est - cru le plus grand pécheur de la terre pour avoir per- — sécuté un peu de temps l'Église par un f aux zèle, quel sentiment dois-je avoir de moi-même, aprés vous avoir livré une guerre perpétuelle depuis que suis au monde, en violant, si souvent, vos lois et vos règ les ? ptit iac a oH UM UR 661 « Hélas ! les plus saintes âmes s'estiment criminel les devant vous, et moi, misérable que je suis, je crois étre quel que chose. Mais quand je ne serois pas tel que je suis, ne serait-ce pas assez de ne pas vous plaire pour n'avoir aucun sentiment de moi-même ?
« Mon Dieu, faites en sorte que je n'estime que vous, et que je ne sois sensible qu'au sentiment que vous aurez de moi, lors que je serai jugé de vous au dernier moment de ma vie !, »
XXXIV. LES DISCIPLES. — Mabillon était trop modeste pour s'entourer d'une petite cour d'humb les serviteurs auxquels il eût abandonné, en échange de quelques transcriptions fastidieuses, le soin de le
- louer sans réserve ; sa probité lui imposait le devoir de ne se faire suppléer que dans des circonstances exceptionnelles. Cependant ses dons exceptionnels le signalaient en de si nombreuses circonstances que ses supérieurs furent amenés à lui confier des travaux dont l'étendue et les difficultés exigeaient une information si vaste qu'un seul, fût-il Mabillon, n'y pouvait suffire. C'est ainsi qu'on voit plusieurs religieux vivre dans un commerce plus étroit avec lui et sur le pied de secrétaires ou, si l'on veut, de disciples. Deux d'entre eux n'ont fait que passer : dom Jean Jessenet, Rémois sur lequel il avait fondé de belles espérances, à qui il confiait ses notes et qui mourut jeune ? ; frère Denys de la Campagne, Laonnois, qui n'apporta que déceptions et disparut de bonne heure ; dom Claude Estiennot, avec qui Mabillon fit le voyage de Belgique, qu'il aimait et qui lui fut enlevé pour occuper la charge de procureur de la Congrégation à Rome : par badinage Mabillon lui avait traduit son nom en Stephanotius 5 : | mihi animi esse, amisso illo socio et adjutore studiorum. Es - dom Michel Germain, né à Péronne en 1645, d'un | Sane vix illa praeterit dies, qua non cadant lacrymæ AR dévouement sans bornes à celui qu'il ne quittait guère, | ab oculis nucis ex tam inexspectala jactura !. 14 dont il embellissait les heures par son dévouement, De tous ceux qui vécurent auprès de Mabillon et »s … dont il soulageait les infirmités par sa vigilance | furent associés à ses travaux, le plus connu (on pourrait presque parler pour lui d'une espèce de célébrité) Le et son abnégation. Entre ce franc et joyeux Picard et Mabillon il existait un lien d'une délicatesse particulière : tous deux étaient profès de Saint-Remy de Reims. Après la mort de dom Luc d'Achery en 1685,. dom Germain avait occupé une place de choix dans l'estime et dans l'affection de celui qu'il appelait notre père » ; ses qualités, son entrain, sa franchise, Sa raillerie piquante stimulaient le maître qui s'acheminait vers la vieillesse lors que, un jour du mois de Janvier 1694, dom Germain fut emporté presque subitement. Mabillon très souffrant lui-même dut se faire porter près du lit d'agonie de son fidèle compagnon et lui donna un suprême baiser. Mabillon, revenu à la santé se fit le distributeur du pauvre héritage de son ami, son « incomparable ami ? » comme il disait, héritage qui se composait de quelques reliques, quelques « béatil les » et lettres de cardinaux . Dom Germain est un personnage d'autant plus important à connaître qu'il nous introduit dans l'intimité de Mabillon et nous ouvre un jour précieux sur les idées de son maître, sur ce qui se disait autour de lui et devant lui. C'est ainsi qu'une curieuse lettre datée du 7 novembre 1688, écrite à la nouvelle du débarquement de Guillaume d'Orange à Torbay, le 5 novembre précédent, contient ces réflexions : La fameuse guerre que le pape, avec sa précipitation sur l'affaire de Cologne, fait naître en Angleterre 662 et en Hollande, ruinera peut-être la religion dans ce royaume-là. Les desseins de Dieu sont impénétrables ; la prudence humaine et la politique avec les passions d'orgueil, de ressentiment et de hauteur ont toujours gâté le gouvernement de l'Église. En voici un funeste exemple que tous les gens de bien déplorent et déploreront toujours, jusqu'à ce qu'il ait plu à Dieu de donner aux Romains des sentiments plus humbles, et plus éclairés dans la science de l'Église, sur leur prétendue autorité sans bornes, source inépuisable d'ignorance et de fautes qui rendra les protestants irréconciliables, et fera mourir une infinité de chrétiens [hors de l'Église]. Prions Dieu qu'il les éclaire et qu'il nous fasse la grâce de participer à la foi et à la communion des Romains, sans consentir à leurs prétentions et aux principes de leur doctrine politique”. » Mabillon conserva toujours le précieux souvenir de son ami sur lequel il s'exprimait en ces termes qu'on ne peut essayer de traduire : Ifa est, mi Erasme, nor poterat gravior mihi accidere dolor, quam qui ex obitu. amantissimi sodalis mei D. Michaelis Germani mihi accidit. Ab annis amplius viginti vixeramus unà simul, una sludentes, unà laborantes, ung diversa itinera peragentes. Erat illi firmissima, ut videbatur, valetudo, nec dubilabam, quin futurus esset baculus et solatium senectulis mec. Et ecce post plurinam sanguinis secunda hujus anni die jacturam in gravem morbum una die incidimus ambo undevigesima die januarii ; ille vero heu ? intra quatuor dies violenta morte raptus est, me vixdum spirante, sed tandem ad luctum raptus est, me orbilalis mes superslile relicto. Quid pulas est dom Thierry Ruinart, un compatriote, un Rémois, mais séparé par une différence d'âge de vingt-cinq ans. Entré au noviciat de Saint-Remy, il avait passé quelque temps au monastère de Corbie, autre trait de ressemblance avec Mabillon auquel il fut attaché à Saint-Germain-des-Prés à partir de 1682, et dont il ne se sépara plus. « J'ai eu le bonheur, écrira-t-il d'avoir esté élevé dés ma jeunesse auprès de ce saint religieux et d'avoir esté prez de vingt-six ans le témoin de toutes ses actions !, » Mabillon arrivait alors à l'âge de la vie où la grandeur et la noblesse du sacerdoce ne laissent pas de sentir le poids du sacrifice auquel le célibat condamne ceux qui l'ont embrassé. 5e survivre dans une amitié chaste, dans une confiance étroite, dans une communauté de pensée et de souvenir est la joie que Dieu ménage parfois, au seuil de la vieillesse, à ceux qui l'ont suivi sans calcul et qui l'ont servi sans réserve. Mabillon rencontra dans son je une confrère, dom Thierry, mieux qu'un disciple, presque un fils de son esprit. Dom Germain n'eût jamais été qu'un collaborateur, Ruinart était quelque chose comme un enfant. « Au commencement, dit-il, que j'eus le bonheur d'étre auprés de luv [Mabillon], il crût qu'il étoit à propos que je m'appliquasse pendant quelque temps à apprendre la langue grecque, et, pour ce sujet, il ne se contenta pas de son temps à cela, comme il faisoit pour mes autres études, il eut encore soin de faire venir au monastère un maître du dehors pour m'en faire donner des leçons, Mais je fus bien étonné, soit qu'il fit cela pour m'encourager, soit qu'il crût effectivement qu'il en pourroit profiter, de le voir venir lui-même assidûment écouter ce maître, lire à son tour l'auteur que nous voyions, en expliquer les phrases et les mots, et en rapporter les racines, comme s'il eût été effectivement un écolier . » Ge fut un crève-cœur, assurément, pour Ruinart. de voir partir son maître en Allemagne et en Italie pour de longues absences, au cours desquelles la sollicitude de l'un à l'égard de l'autre se montre également empressée et tendre. Mabillon, qui a dû surprendre une larme furtive dans les yeux de son grand enfant à l'heure des adieux, sait bien ce qu'il faut lui dire : « Tenez-vous toujours gai et soyez persuadé que... ? » A l'ami Bulteau : « Je vous recommande toujours dom Thierri, je suis marri de lui avoir donné quelque sujet de chagrin ; il doit être persuadé de ma disposition à son égard, encouragez-le toujours *. » Le jeune Ruinart non seulement veut un peu de tendresse, mais veut qu'on la lui montre, et dom Estiennot s'applique à le consoler : « Je ne sais pas ce que le P. Mabillon vous mande, mais je suis fort persuadé qu'il vous chérit et vous devez l'être. Dom Jean s'expliquera à vous plus amplement, à ce que je crois, sur cet article. Dormez en repos 5. » Comme pour dédommager le fidèle Thierry de son délaissement, ses supérieurs lui permirent d'accompagner Mabillon dans la plupart de ses voyages annuels en France, soit à Reims en de nombreuses circonstances, soit en Alsace et en Lorraine en 1696, et depuis dans d'autres déplacements dont nous reparlerons. La parité des deux caractères donnait toute sécurité à Mabillon ; lui qui s'était réservé de tenir la plume pour la rédaction de l'Ifer germanicum et de l'Iter italicum consentit à la confier à Ruinart pour l'Iter Lotharingicum.
L'assiduité à l'étude était égale comme la fidélité aux observances. Tous deux fuyaient l'ostentation, la réclame, recherchant la satisfaction de la conscience dans l'accomplissement du devoir. La modestie de Ruinart était si réelle qu'il se refusa la joie et l'honneur de lire son nom à la suite de celui de son maître sur les Annales dont la préparation l'avait tant occupé. Comme son maître, il n'inscrivait son nom que sur des œuvres de premier mérite : l'édition de Grégoire de Tours et celle des actes des martyrs. Exempt de cette préoccupation mesquine dont on l'a indignement accusé , fanfaron ni de la critique ni de la crédulité, il a dû défendre Mabillon et lutter pour maintenir la pleine intégrité de ses découvertes et de son caractère. Heureux et rare assemblage de vertus, qui permit au disciple de posséder une personnalité tout en servant un maître. Le secret de cette élévation d'âme, c'est que le disciple ne se mit point au-dessus du maître, mais qu'il s'efforça simplement d'en reproduire les qualités morales et devint ainsi parfait lui-même : Non est discipulus super magistrum ; sed omnis perfectus erit, si sit sicut magister ejus, Le caractère de dom Ruinart offrait un mélange de douceur et de discrétion qui se retrouve dans ses ouvrages comme dans les habitudes de sa vie. Simple de mœurs, nullement aventureux, poussant la sincérité jusqu'au scrupule il n'avait pas l'expansion, la fougue de dom Germain : il avait plutôt une tendance à la mélancolie. « Tâchez de vous tenir gai » lui mande comme un refrain Mabillon . Mais jamais la tristesse ne tourna à l'injustice et à l'acrimonie : la charité chrétienne faisait bonne garde. Il semble que dom Thierry se soit toujours réfugié dans l'asile de l'humilité. C'est ainsi qu'il a rempli sa mission au sein de la congrégation illustre dont l'un des buts était de | montrer « comment la critique peut naître du sein même de l'Église et dans la pratique la plus exacte de toutes les vertus ascétiques *. »
XXXV. LES AMIS. — On ne doit pas attendre d'une
notice telle que celle-ci, une étude des moindres aspects de la vie et des ouvrages de Mabillon. Nous ne pouvons avoir la prétention de mentionner tous ses déplacements, pas plus que celle d'inventorier toutes ses lettres, mais il nous est permis de regretter que ce travail n'ait tenté aucun érudit. C'est donc au hasard que nous relevons ici quelques indices qui peuvent éclairer la physionomie du grand bénédictin ; lesquels convergent, nous semble-t-il, à mettre en évidence un trait immuable de caractère, la bonhomie champenoise, fine et souriante. S'adressant à un correspondant, qui est peut-être Daniel Huet, le savant évêque d'Avranches, il lui écrit : « J'aurais bien de la joie si je vous pouvais apprendre quelques nouvelles de la littérature qui vous pussent être agréable. Mais seroit-il bien possible que les Muses que vous avez tant honorées par vos excellents ouvrages ne vous suivissent pas dans votre retraite pour vous rendre compte de tout ce qui se passe dans le détroit de leur juridiction ? Pour moi qui ne les connais que de loin, je ne sais que ce qui est le plus commun, telles que sont quelques éditions et nouvelles de certains ouvrages qui s'impriment à Paris. Car pour celles du dehors et ces secrets du fin de leur cabinet, cela est réservé pour les favoris comme vous »,
A un confrère, dom Edmond Martène, impatient de publier son important recueil : De antiquis Ecclesiarum ritibus et qui, comme la plupart des débutants, s'étonnait de rencontrer des obstacles sur sa route, Mabillon, qui en a vu bien d'autres, conseille la patience : « Goutez qu'il n'y a rien à faire à présent auprès du R. P. G, ny auprès de D. Jean Prou pour se charger de cet exemplaire. M. Anisson ne s'engagera jamais à imprimer vos recueils, sans que D. Jean Prou s'engage par écrit, et je suis assuré qu'il ne le fera point, comme il l'a assez témoigné. Je suis fâché que l'on n'y puisse réussir, mais cela ne doit point vous dégoûter. Il faut un peu attendre, le temps ne sera pas toujours si mauvais. Vous voyez que je ne puis rien imprimer moi-même pour la même raison, quoi que j'aie un siècle de nos Actes prêt, et un tome du Museum pour le moins. Il faut prendre un peu de patience. Vous êtes jeune et je suis vieux, et il faut bien que j'abandonne à la providence le succès de ces ouvrages. Cela n'empêche pas que je ne travaille autant que je le puis... Prenez bon courage.
Estimant, comme il le fait, ce « bon Bourguignon », il sait trouver des formules charmantes : « Je suis bien aise que vous m'ayez donné cette occasion de renouveler notre ancien commerce d'amitié, qu'il me semble que vous aviez un peu mis en oubli. Il faut que je vous gronde un peu de ce que vous me demandez pardon de la liberté que vous dites que vous prenez de m'écrire, comme si nous ne nous étions jamais connus. Je sais ce que je vous dois et ce que je vous suis, et je vous prie d'être persuadé qu'encore que je ne vous écrive pas souvent, je conserve toujours pour vous tous les sentiments que je dois. » Et qu'on se figure l'effet que doit produire sur un jeune homme la proposition qu'on va lire : « Il est vrai que je travaille aux Annales de notre ordre, et je croyois vous avoir dit le dessein que j'en avois lors que je vous vis il y a plus de deux ans. Il est vrai que je n'étais pas encore bien résolu pour lors, mais enfin je m'y suis déterminé il y a deux ans et j'y travaille autant assidûment que les distractions de Paris me permettent.
Je suis à présent à 690 et je prends beaucoup de plaisir à cet ouvrage, quoi qu'il n'y ait guère d'apparence qu'à l'âge où je suis, je le puisse achever. Mais il faut remettre cela à la providence. J'avais bien envie de vous débaucher pour m'aider à y travailler, et je ne sais pas encore ce que je ferai, quoi que je ne voulusse rien faire sans votre consentement, car je serois fort fâché de vous tirer de votre satisfaction. »
Avec dom Hilarion Monnier, un vieil ami, le ton dérive vers un aimable badinage : « Vous êtes fort en danger de perdre les procès que vous avez intenté contre moi. Il est vrai que votre plaidoyer est fort, et que si je ne m'étais pas acquitté de ma promesse, je passerais condamnation contre moi, persuadé par vos raisons. Mais bien loin que je sois en défaut, il y a déjà près de quatre mois que ce que vous demandez de moi est achevé, et je m'étonne que la nouvelle n'en ait pas encore été portée dans votre Province. Mais non seulement le second tome de nos Annales paroît depuis le mois d'octobre, mais aussi le supplément de notre Diplomatique... j'espère que la réimpression de la Diplomatique entière se fera au plus tôt. Vous voyez que je me suis acquitté avec usure de la promesse que j'avais faite, ainsi je vous prie de desister de votre procès, si vous ne voulez être condamné aux dépens et à l'amende. Outre ce que dessus, je viens de réimprimer la lettre d'Eusèbe : De cultu sanctorum ignotorum. Je l'ai retouchée sans l'affaiblir en rien et l'ai augmentée de près de la moitié, en sorte qu'elle fait un petit volume in-12 qui sort de la presse.
Vous voyez, mon Révérend Père, que ce n'est pas mal travailler pour un vieillard décrépit tel que je suis. Mabillon a consumé sa vie entière dans la pratique de la piété, il a voulu à différentes reprises exprimer sa pensée sur certaines pratiques dévotes : aussi est-il précieux de recueillir dans sa correspondance les indices du sentiment intérieur qui l'inspirait. Pendant son voyage en Italie, il écrit à son intime ami dom Ruinart : « Je prends toute la part que je dois à ce qui touche votre famille. Je prie Dieu qu'il nous élève vous et moi au-dessus de toutes ces bourrasques, qui agitent quelquefois les plus désintéressés. Mais après tout, Dominus est, quod vult faciat. » Une autre fois, il aborde la question de l'Eucharistie, au sujet de laquelle on lui avait fait éprouver quelques contrariétés à propos de l'exposition qu'il avait faite « des disputes survenues entre Paschase Radbert et le moine Ratram : Je ne prétends pas avoir tout dit, ni même d'avoir expliqué les choses d'une manière qui ôte toutes les difficultés qui se trouvent dans la contestation qui était entre Paschase et ses adversaires. Ces matières sont obscures, et partout il est malaisé de les éclaircir entièrement. Elles sont délicates, c'est pourquoi on est obligé de les traiter avec beaucoup de modération et de retenue... C'a toujours été ma pensée que ces auteurs qui combattaient Paschase n'admettaient point la reproduction du corps ni de l'âme de J.-C. et qu'ils ne voulaient pas admettre une métempsychose individuelle entre le corps eucharistique et le corps naturel de J.-C. Pourquoi donc me direz-vous ne me suis-je pas expliqué de cela dans l'écrit que j'en ai donné au public ? C'est que je n'ai pas cru qu'il fut à propos de le faire d'abord. Le peu que j'ai donné a eu assez de peine à passer. Ce serait une histoire trop longue à vous dire. Il a donc fallu passer sur cet article et sur quelques autres que je me suis réservé de traiter quel que jour si Dieu m'en donne le temps et le loisir, et si je vois que cela puisse être utile à l'Église. Car notre dessein ne doit pas être d'augmenter les difficultés touchant l'Eucharistie. Il n'y en a déjà que trop, mais il faut s'arrêter à celles qui peuvent édifier les fidèles, et être utiles à l'Église. C'est pourquoi il faut prendre son temps pour les dire d'une manière qui ne produise pas un effet tout contraire à celui que l'on prétend. Le sentiment qui soutient la reproduction dans l'Eucharistie n'est pas si aisé à trouver chez les anciens. Il y a apparence que Paschase la tenait, quoy que l'on puisse peut-être expliquer son sentiment sans cela... Il aurait été à souhaiter que l'on s'en fût tenu à la sainte modération des anciens Pères, qui disaient que c'est le véritable corps de J.-C. et que le pain et le vin étaient changés en sa substance. Mais l'inquiétude et la curiosité de l'esprit humain n'en ont pu demeurer là, et il a fallu que l'Église déterminât beaucoup de choses, pour aller au-devant des erreurs qui se seraient glissées sur ce mystère. » Il y a aussi, chez Mabillon, un directeur de conscience discret mais chaleureux et qui, à ce titre, mériterait une place parmi ceux qui, au XVIIe, prirent la conduite des âmes. Peu de semaines après son élévation au siège de Cambrai, Fénelon prend la peine d'expliquer la conduite qu'il suit et sa réponse dit clairement les observations qui lui avaient été adressées : « Vous ne sauriez, mon Révérend Père, me parler plus agréablement. Je suis charmé de voir dans vos lettres votre amour pour l'Église et votre amitié pour moi. Le roi a voulu absolument que je conservasse le titre de précepteur des princes pour diriger leurs études, pour conserver leur confiance, et pour ne rien déranger par rapport aux gens de mérite qui y sont appliqués de concert avec moi, et qui ne seraient pas de même avec un autre. Je résiderai neuf mois à Cambrai, et je donnerai trois mois en divers petits voyages à ma fonction de précepteur. C'est obéir au roi, et n'user pas de toute la liberté que le concile de Trente me pourroit donner. Encore n'est-ce pas pour toujours. M. le duc de Bourgogne a treize ans. Voilà, mon cher Père, un compte que je vous rend avec confiance. » Avec un confrère et un ami, dom Hilarion Monnier, nous voyons Mabillon apporter une vivacité dans l'insistance qui ouvre un jour curieux sur son caractère : « Je réponds simplement, lui écrit-il, à votre lettre, dans laquelle il me paraît que vous n'envisagez pas dans la dernière exactitude. Dieu est trop bon pour vous imputer le mal s'il y en a, voyant votre docilité et la droiture de votre cœur... » — « Prenez courage et avez patience. J'espère que Dieu vous consolera enfin après vous avoir longtemps éprouvé, comme je l'en prie de tout mon cœur... » — Et dans un billet qui précède, de quelques semaines à peine, la dernière maladie et la mort, Mabillon revient à un projet qui lui était cher, attirer près de lui dom Martène : « Je ne désespère pas de vous voir ici après le chapitre général si Dieu me fait la miséricorde de les choses que d'un côté et que vous ne faites pas assez attention à l'autre. Vous êtes frappé des dangers de la supériorité et vous avez raison ; mais ne d'aller jusques là, que sa volonté soit faite. Nous verrons celui qui sera ici prieur. Si c'était celui de S. Denis, comme cela se pourrait bien faire, je le crois craignez-vous pas aussi de résister à l'ordre de Dieu et à la vocation légitime, qui vous y destine ? Il n'y a guère moins sujet de craindre d'un côté que de l'autre. Vous ne croyez pas avoir en second lieu les qualités et les vertus nécessaires pour cet emploi : mais ne devez-vous pas aussi être persuadé que personne ne les a absolument et ne devez-vous pas croire que c'est Dieu qui fait tout et qui supplée aux défauts de ceux qu'il appelle à ce ministère ? Ce serait une présomption d'un côté de croire qu'avec toutes les bonnes qualités possibles on y puisse réussir sans une grâce toute particulière et de l'autre une défiance qui ferait injure à Dieu si persuadé qu'il nous appelle à quel que employ, nous décrétions qu'il ne nous donnera pas les grâces nécessaires pour y réussir pourvu que nous les lui demandions. Or pouvez-vous douter, mon R. Père, de votre vocation ? Ce sont les supérieurs légitimes qui vous y appellent. Ils ont écouté vos raisons, ils y ont même déféré pour un temps. Pourquoi voulez-vous leur résister pendant que la Religion votre Mère a besoin de votre service et vous appelle à son secours ? Vous direz ce qu'il vous plaira, mais je ne crois pas que vous puissiez vous dispenser d'obéir. La vocation de Dieu, la charité, l'obéissance exigent cela de vous. » Enfin, c'est avec dom Martène que nous voyons toute la tendresse et toute l'autorité de cette direction dans les quatre billets suivants. Ayant appris une peine disciplinaire qui venait de frapper le jeune religieux, Mabillon lui écrit aussitôt : « Vous devez bien remercier Dieu de la disposition qu'il vous donne dans la situation où sa providence vous a mise. Vous ne pouvez mieux faire à mon avis pour lui en marquer votre reconnaissance que de lui sacrifier le reste de vos prières, tout le reste serait inutile. Ne doutant pas, mon Révérend Père, qu'il ait plus de déférence pour votre vertu que pour toutes les grandeurs du monde, qui, en effet, ne sont rien devant Dieu, nous vous supplions aussi de nous obtenir de la patience de Jésus-Christ sa divine grâce, dont j'ai fait un si mauvais usage dans Ce dans l'ordre de Saint-Benoît. » — « Je suis très sensible aux peines que vous souffrez, et je souhaitterais de tout mon cœur y pouvoir apporter quel que soulagement, mais il n'y a que Dieu qui le puisse, et tout ce que vous avez à faire c'est de prier, de vous humilier profondément, de tâcher de souffrir avec patience les retardements de Dieu qui veut vous purifier par cette rude épreuve de toute la vanité que vous pourriez avoir de ce que vous avez fait. Mais surtout, il faut que vous lâchiez de vous soumettre aveuglément aux avis que l'on vous donne. Quand il arriverait qu'ils ne fussent pas la chose comme faite. Il faut recommander la chose à Dieu. » Je fais depuis quelques jours quelques petites prières pour votre soulagement. Je ne suis pas digne d'être exaucé et vous êtes digne de souffrir. C'est un grand mérite auprès de Dieu que de souffrir avec patience et humilité, nous en connaîtrons le mérite dans le ciel, où la solide consolation est réservée. Vous êtes dans ce cas. Dieu vous soutiendra, ayez confiance en lui. Qui coepit opus bonum perficiet usque in dies Christi. Ayez bon courage. Flagellat omnem filium quem recipit. Priez pour moi qui suis tout à vous. » — Il y a eu ainsi un Mabillon directeur de conscience aussi apprécié par ses confrères que par quelques pieuses femmes. Nous avons vu la princesse Dorothée de Salm s'adresser à lui ; elle n'est pas seule à soumettre la conduite de son âme à ce maître qui, de loin, dans le rayonnement de son illustration, peut sembler austère et de qui cependant la science et la mansuétude font un conseiller éprouvé et miséricordieux. Parmi les lettres d'érudits se sont glissées des lettres d'humbles religieuses dans une confusion qui ressemble à l'imprévu des rencontres de la vie. Ce sont des obscures religieuses bénédictines, comme la sœur de dom Michel Germain et la sœur Drouyn de Sainte-Brigitte, ou bien l'abbesse de Sully qui porte le nom de Villars, et l'abbesse de Montivilliers. Mais la famille bénédictine n'est pas seule représentée, le carmel nous offre deux noms : sœur Ignace de Fitz-James à Pontoise et sœur Louise de la Miséricorde, jadis Louise de La Vallière. Celle-ci recommande à Mabillon un de ses parents : « J'ai fait jusqu'ici usage de la pénitence que je suis obligée de faire, afin que, marchant avec ferveur dans la pénitence que je suis obligée de faire, je n'aie pas à répondre au dernier jour sur mes crimes passés et sur mon infidélité présente à suivre les lumières qui me condamneront si je ne commence à les mettre en œuvre. » Parmi ces âmes d'élite, Mabillon s'attacha particulièrement et voua une profonde admiration à une moniale bénédictine, la mère Jacqueline de Blémur. Entrée dès l'âge de cinq ans dans l'abbaye de la Trinité à Caen, elle y passa une grande partie de sa vie dans l'étude et composa deux recueils estimables : l'Année bénédictine en 7 volumes, et l'Éloge des personnes distinguées en vertus qui ont vécu, au dernier siècle dans l'ordre de Saint-Benoît. 2 volumes. Sa modestie et son austérité allaient de pair avec son érudition historique ; elle quitta la Trinité de Caen pour le monastère de Châtillon, plus rigoureux et y mourut en 1696, dans laquelle il exposait sa vie cachée et utile, en quelques pages adressées à tous les monastères de femmes de l'ordre de Saint-Benoît.
Parmi ce grand nombre de sujets que l'existence laborieuse de Mabillon tire après elle, il faudrait consacrer un chapitre à ses correspondants. Un de ceux-ci, le Schenk est bibliothécaire de Saint-Gall, et les lettres que Mabillon lui adresse s'étendent sur une période de dix-huit années, depuis le mois de décembre 1670 jusqu'au mois de juin 1688. Dans la première, qui est antérieure au voyage en Suisse et en Allemagne, Mabillon apprend au P. Hermann qu'ayant commencé le travail des Acta sanctorum dont il compose en ce moment le troisième volume, il réclame le concours de son zèle et de ses lumières, pour lui fournir les matériaux provenant de la riche collection dont il a la garde. « Veuillez m'envoyer, dit Mabillon, non seulement les vies des saints qui sont dans votre bibliothèque, mais encore les pièces qui pourraient servir à établir la vérité de leur culte. » Grégoire fut bénédictin à condition qu'on prouvât qu'il était moine. — 5 Dom Mabillon au P. Hermann Schenk, mourut. Mabillon lui consacra une Lettre circulaire sur les publications des bénédictins de Saint-Maur, Mabillon usait, en outre, de son influence pour engager le Père Hermann à faire de semblables communications aux savants étrangers qui désiraient également mettre à contribution les richesses manuscrites de l'abbaye. Ainsi, deux lettres sont écrites en faveur du Père Tomasi, alors simple religieux théatin, et depuis cardinal et vénérable, qui pour compléter ses recherches sur les anciennes liturgies d'Occident, avait besoin de consulter l'antiphonaire de Saint-Gall. Parmi l'ensemble de ses occupations, Mabillon croit encore devoir s'excuser, en termes aussi simples que bienveillants, des retards apportés dans sa correspondance et dans l'envoi des livres : « La personne que j'avais chargée de mes commissions, écrit-il au Père Hermann, ne les ayant pas remplies avec fidélité, j'ai cette fois recours au Père Glissere, religieux du monastère suisse de Saint-Urbain... J'aurais bien désiré vous adresser une plus longue lettre, mais j'en suis empêché par le peu de temps que j'ai de libre. Le second volume de mon Museum italicum, qui renferme les Rites de l'Église romaine, va être sous presse. Le sixième siècle des Annales de notre Ordre paraîtra peu après, si Dieu nous accorde le loisir et les forces nécessaires. Pour arriver heureusement au terme de ces deux ouvrages et de mes autres travaux, j'ai grand besoin de me recommander à vos prières et à celles de vos frères de Saint-Gall. Mon cher Michel Germain, qui prépare en ce moment son Monasticon gallicanum, vous présente ses civilités, ainsi que le Père Thierry Ruinart, qui maintenant travaille avec moi à l'achèvement de nos Acta sanctorum, et s'occupe en outre de recueillir à part les Acta primorum martyrum. Vous voyez donc, mon très révérend Père, combien par toutes ces occupations je suis empêché d'écrire. Ainsi, gardez-vous bien, je vous prie, d'en attribuer la cause à la moindre négligence envers vous, car nul plus que moi ne tient en estime votre personne et votre mérite . » Un des correspondants avec qui Mabillon a entretenu de longues relations d'estime et d'amitié est ce Daniel Papenbroeck, jésuite anversois, qui conduisait alors l'entreprise des Acta sanctorum avec une belle ardeur. Au XVIIe comme de nos jours les gros livres inspiraient aux éditeurs une crainte respectueuse, et Papenbroeck ne savait à qui proposer ses in-folio. Il s'en ouvrait à Mabillon : Lyon est trop loin, Paris est trop onéreux, la typographie royale est inabordable . L'ingérence de Papenbroeck en matière de « diplomatique » n'ébranla pas les bonnes relations, et Mabillon semble avoir tenu à manifester chaudement sa sympathie au jésuite à l'occasion des incidents soulevés par l'Inquisition d'Espagne. Le sentiment qui le poussait en la circonstance devait être fait de sympathie personnelle et de solidarité scientifique ; en cela Mabillon voyait juste lorsqu'il intervenait pour apporter sa protestation contre un abus de pouvoir. L'Inquisition d'Espagne avait frappé de censure, le 25 octobre 1695, les volumes de mars, avril et mai des Acta sanctorum, ce qui était une façon de prendre la défense des carmes et de leurs prétentions. Mabillon en fut atterré et indigné 7, tous les despotismes lui étaient odieux : et il écrivait : « En vérité, c'est pousser la fable bien loin que d'empêcher les gens de dire ce qu'ils en pensent . » Sa première pensée fut d'en appeler à Rome de la sentence promulguée à Tolède et il provoqua d'autres réclamations ; il écrivit à dom Claude Estiennot à Rome pour lui demander d'aller trouver les cardinaux qu'il supposait favorables : Gasanata, Colloredo, Aguirre et Noris. Lui-même écrivit à ces Éminences !, il se passionnera pour cette affaire pendant des années et donnera un bel exemple d'amitié persévérante et désintéressée dont il devait être payé comme on sait par les confrères du P. Papenbroeck. Un Jean-Baptiste Langlois et un Barthélemy Germon.
Autre correspondant, Lebrun-Desmarettes (voir ce nom) qui sollicite discrètement l'obligeance de Mabillon pour deux prêtres du diocèse d'Orléans « bons humanistes, philosophes et théologiens, gens de mérite, de vertu et de piété... tous deux capables de faire de bons catéchismes, prônes et exhortations. Ils quittent notre diocèse à cause de la persécution qu'on y fait de tous les honnêtes gens. Si vous savez quelqu'une place qui leur convienne, quelle qu'elle soit, vous les obligerez de la leur indiquer et me ferez un très sensible plaisir *, » Au nombre des correspondants de Mabillon il faudrait mettre une multitude — le mot n'est que juste — d'esprits éminents ou distingués, empressés à lui soumettre des problèmes historiques, des questions de tout genre dont une publication intégrale de ce qui subsiste de sa correspondance pourrait seule donner une juste idée, Il s'en faut de beaucoup que toutes ces lettres offrent un égal intérêt ; beaucoup d'entre elles ne contiennent que des interrogations que, seule, la charité de Mabillon a pu ne pas trouver abusives ; d'autres, celles de Thévenot par exemple, ne sont faites que d'informations bibliographiques comme c'est le cas d'une grande partie des lettres échangées avec Magliabecchi. Tout cela compte pour assez peu de choses aujourd'hui. Les lettres de dom Estiennot sont fort remplies de nouvelles romaines qui, certainement, étaient accueillies avec curiosité par l'entourage de Mabillon, mais dont la valeur ne dépasse pas beaucoup celle des « nouvelles à la main » ou des « faits divers » de la presse moderne, Nous ne pouvons ni ne voulons nous engager, après l'avoir tenté, dans un inventaire des correspondants adressées à Mabillon ; son étendue dépasserait toutes limites raisonnables ; Nous donnerons seulement un exemple de ce que le courrier, en ses meilleurs jours pouvait apporter sur la table de Mabillon, et cet exemple rapproche heureusement trois noms illustres : ceux de Mabillon, de Nicole et de Tillemont, vers 1694 ou 1695. C'est Nicole qui écrit + :
« Ce n'est point ici, mon Révérend Père, une simple lettre de civilité pour accompagner le billet de M* de Tillemont que je vous envoye. C'est un plaidoyer sur un différent que je croy avoir autorité de vous rendre juge ; car Mr de Tillemont, qui est ma partie en ce point, s'en est remis à moi et m'a envoyé une lettre de créance pour tirer, de vous, si je voulais deux dissertations, que vous à lui, supposé que je persistasse dans le sentiment que je lui avais fait agréer et que je désirais avoir ces dissertations. Je vous déclare d'abord que j'y persiste et que je les désire, mais en la manière que le peut faire un homme qui désire que son jugement et inclination ne soient la règle ni le principe d'aucune chose, et qui se remet véritablement aux vérités extérieures, qu'à la vérité intérieure de la question. »
« Mais ce que je considère le plus, c'est que ces querelles refroidissent beaucoup la charité dans celui qui se croit blessé. On ne se l'avoue pas à soi-même, mais enfin l'expérience ne fait que trop voir, que les personnes reprises ne regardent pas avec les mêmes yeux ceux qui les ont reprises en public, Ils trouvent toujours quelque excès et quelque injustice, ou dans les paroles ou dans les choses, dans la manière ou dans le fond, Cela s'empare du cœur et couvre l'esprit d'un nuage qui lui fait voir autrement les choses. Je ne forme point ce jugement du P. Lami, et encore moins de M. de Tillemont, au cas qu'il s'attirât quelque réponse fâcheuse, mais je le forme du genre humain dans lequel ils sont compris. Car l'on peut craindre de tout homme, et pour tout homme, les défauts des hommes. »
MXXXVIII. CARACTÈRE DE MABILLON. — Il est à remarquer d'éprouver un premier mouvement d'impatience à la lecture de la vie de Mabillon, parce que cette lecture ressemble toujours à un éloge et ses plus sincères historiens doivent adopter — quoiqu'ils en aient — le ton du panégyrique. On croirait parfois,
chère originel, tellement il échappe aux faiblesses humaines. Le trait essentiel de son caractère, celui dont tous les autres dépendent et vers lequel ils convergent est la simplicité, cette qualité naturelle qui n'est pas la crédule naïveté, mais une rencontre heureuse et comme une compénétration de candeur, de franchise d'humilité. Il y joignait la douceur et une inaltérable bonté : « Ja mais, nous dit Thierry Ruinart, on l'a vu dissipé, ja mais de mauvaise humeur ni en re ; et quoiqu'il fût d'un naturel extrémement vif, il joignait la moindre émotion. Si quelquefois on arquoit en luy de l'altération, c'est qu'il s'appercevoit de quel que dérangement dans la régularité !. On ne luy a ja mais entendu dire une parole picquante i de raillerie, il se donnoit même de garde de faire n geste qui fit paroître du mépris pour qui que it », » De même, sans négliger les devoirs de la bienséance ni ceux de la reconnaissance, Mabillon it en horreur la flatterie : il manifestait une égale ji tes motifs et pour ceux qu'on lui adressait sans le de se Queer une existence en marge de la Tee accepter une pension du roi. Savant, il ne se it pas à mettre ses connaissan ces au service du erain, mais il entendait n'en retirer ni honneurs ii rofits. Il s'abstint de mettre son érudilion au service d'intérêts purement temporels, tels que la disurnait pas d'accepter exceptionnellement de renquelques servi ces, comme en 1682, lors du voyage ourgogne où il examina d’ anciens titres qui regarit la dynastie et la maison royale. Avec un pareil ILéressement, Mabillon collaborait aux trav aux de bliothé que du roy, travaillait à la rédaction des ogues détaillés des manuscrits latins pour lestaines de volumes ; mais il se refusa à la direction d'une vaste entreprise, concue par Golbert, reprise par Maurice Le Tellier, d'une Collection des historiens des Gau les et de la France *.
… Dans les affaires civi les et judiciaires, l'autorité de abillon s'imposait non moins que dans les questions gieuses. Four cel les-ci, sa correspondance conserve Maintes réponses aux consultations que les évêques et les réguliers sollicitaient de lui sur une multitude de problèmes liturgiques et historiques ; pour cel les-là Son opinion n'était pas moins recherchée. La prudence avec laquelle il venait de poser les règ les de la science « des diplômes et des chartes l'avait rendu l'arbitre des »Vérifications d'écriture ! il reste peu de tra ces de ses Consultations (en dehors de la plus connue qui concerne les titres de la maison d'Auvergne) parce qu'il
DICT. D'ARCH. CHRÉT.
s lire, que Mabillon ne porta point la trace duluy est ja mais échappé un seul mot par lequel il | pulsion pour les éloges adressés aux grands sans ignalé et recherché comme il l’ était, il lui eût été | c sion et défense des droits régaliens ; ce qui ne le Is il procédait à la description de plusieurs cen- | 6745 n'en conservait pas les minutes, mais dom Roussel inserit dans son éloge que : in supremá Galliarum curia, Li les qua tote pendebant ex semesis chartarum apicibus, Suo testimonio et auctoritatis pondere. dirimit, Sequester pacis.
« On le vit au Parlement résoudre, par son témoignage et le poids de son autorité, les graves procès liés à l'authenticité des débris de vieil les chartes. Ainsi fut-il le gardien de la paix des famil les. » C'était. néanmoins à son corps défendant qu'on l'entrainait dans ces contestations où sa timidité naturelle se trouvait mal à l'aise. Les sollicitations des uns, la reconnaissance des autres, l'admiration de tous lui semblaient également importunes. Mais sa notoriété le mélait malgré lui à une société que les usages du temps paraissaient élever beaucoup au-dessus de lui quoi que son mérite et son éducation le missent en état de traiter de pair avec les plus hauts personnages. Mabillon qui vivait avec Bossuet sur le pied d'une sorte d'affectueuse égalité, lui qui entretenait des rapports assidus avec Colbert, Fénelon, l'archevê que de Reims, les cardin aux Bona, Colloredo, d'Aguirre, Casanata, les papes Alexandre VIII et Clément XI, et qui était présenté dans les conditions les plus flatteuses à Louis XIV, Mabillon cemeurait l'homme simple et modeste qui écrivait à un ami : « Ce n'est guère mon. humeur d'écrire aux grands 5. » Lorsqu'une visite était annoncée à Saint -Germain-desPrés, il s'ingéniait, loin de se mettre en avant, à se confondre parmi la troupe de ses confrères, et à es quiver une présentation princiére, en sorte qu' « il fallait le découvrir dans la foule des religieux, car il se cachoit toujours dans la presse en ces rencontres *. » On a célébré maintes fois la modestie de Mabillon, et il est malaisé d'en trouver des exemp les qui n'aient couru partout ; en voici un cependant que nous croyons peu connu. « L'an du Seigneur 1691, raconte un bénédictin belge, dom Eugène Massart, j'ay demeuré quatre mois à Paris, pendant quel tems j'av contracté amitié avec le Révérend Pére Jean Mabillon, religieux hénédictin, historiographe de la congrégation de Saint - Maur, d'un très profond sçavoir et de très grande humilité, et pour ses bel les qualitez, fort estimé de Louis quatorze roy de France, de toute la court et de toutes les gens de vertu et d'esprit. Vers la fin du mois de may, il me dit que le duc de Bourgogne et le duc d'Anjou, enfans de France, pelits-fils de Louis quatorze devoient se rendre de Versail les à l'abbaye de Saint-Denis, sous la conduite du duc de Bauvillier, leur gouverneur, et de M. Fainelon leur précepteur, (hic fuit archiepiscopus Cameracensis) pour y voire s'y trouveroit aussy, et que s'y j'estoit désireux de voire ces enfans de France avec facilité, il me conseilloit de m'y rendre aussy (ce duc de Bourgogne at esté père de Louis XV régnant à présent en [France |). Je suivi son conseil et j'eu l'honeur et plaisir de voir ces prin ces accompagnés seulement de 7 ou 8 gar des du corps, où il arriva ce qui s'ensuit, Ces prin ces estant entré dans la place où repose le trésor, le Révérend Pére Mabillon montroit et expliquoit toutes les pié ces du trésor aux deux prin ces et estant parvenu à l'armoire dans laquelle sont les anneau royal, septre et couronnes de saint Louis, le dit Révérend Père Mabillon mit l'anneau royal de saint Louis au doit
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du duc de Bourgogne : le sceptre en main et la couronne sur la tête et pour lors Monsieur le duc de Bauvillier, qui vivait comme un saint, dit au duc de Bourgogne : savez-vous, mon prince, qui vous met l'anneau royal au doigt, le sceptre en main et la couronne sur la tête ? C'est le religieux le plus savant et le plus saint qui soit dans la France. À ces paroles éclata merveilleusement la profonde humilité du Révérend Père Jean Mabillon : car comme s'il eût été frappé de foudre, je le vis tout tremblant, chancelant et même incliné pour tomber, mais le Père Pierre Misson, trésorier ordinaire, et moi, qui étions près de lui, nous l'avons promptement soutenus pour l'empêcher de tomber et lors que je luy en ay voulu parler par après, il m'a imposé un prompt silence ne me permettant pas de dire un seul mot là-dessus. Ce Père était le miroir de la religion et de toutes vertus !. » Humble à ce point, le grand érudit retrouvait toute sa fierté pour défendre l'honneur de la France et de son ordre. Lors du voyage d'Allemagne, à Benedickbeuern, abbaye de Bavière, le moine bibliothécaire vomissait des injures contre la France, tandis que Mabillon parcourait en hâte les manuscrits dont on n'avait pas osé lui refuser communication. Il tomba sur un passage relatif aux fondateurs du monastère dont l'origine était française et interpellant ce moine lui montra le texte et ajouta : « Ainsi donc, ces Français n'ont pas tellement démérité de vous puis que vous leur devez ce que vous êtes ?, » En 1690, Mabillon plein d'une fierté patriotique, écrivait à Magliabechi qui lui avait jadis détaillé les richesses littéraires de Florence : « Quoi que la guerre soit universelle contre la France, notre grand monarque ne laisse pas de faire travailler à une magnifique bibliothèque pour y mettre tous les livres de sa bibliothèque. Il y a actuellement cinq cents ouvriers qui travaillent à un bâtiment qui sera digne de sa munificence royale. Il faudrait que vous fissiez la débauche de venir en France pour voir cette bibliothèque lorsqu'elle sera achevée. » La piété de Mabillon était conforme à la simplicité de toute sa vie ; elle ne recherchait ni n'aimait l'ostentation, les singularités ; son principal aliment se trouvait dans la sainte messe et l'office divin. Pendant le voyage d'Italie, Mabillon et dom Germain observent toujours et notent discrètement le degré d'observance des monastères qu'ils visitent ; pour eux ils acquittent scrupuleusement les engagements pris avant le départ de Paris. « Je vous prie [à dom Ruinart ] de dire à dom Jacques du Friche et à d. Nicolas que nous avons dit la messe pour eux à Saint-Ambroise. Je vous prie d'écrire un billet à D. Charles de Lattre et de luy dire que j'ay dit la messe pour luy au tombeau de S. Charles . » Mabillon attachait plus de prix à ces pratiques et aux sentiments profonds qu'à de bruyantes manifestations, telles que la procession des Flagellants, à Turin, le jour du Vendredi saint. Selon lui, cette institution n'avait pas le caractère de la véritable piété parce qu'elle servait plutôt de spectacle que de pénitence , C'était le même esprit de mesure qui lui faisait blâmer et combattre le culte des saints inconnus, qui lui faisait demander qu'on ne laissât pas s'égarer dans les églises la dévotion populaire vers les images ou les statues des saints en vogue et des saintes à la mode, au détriment du culte d'adoration que l'on doit rendre avant tout à l'eucharistie En résumé, Mabillon eut cette forte et saine piété | des nouveautés, piété grave si éloignée des manifestations sentimentales qui ont prévalu depuis et sur tout de nos jours, piété fondée sur la connaissance approfondie des Livres saints, qui donna à la France d'admirables ecclésiastiques et des fidèles soumis, - éclairés et pieux. Cet esprit de foi chrétienne et religieuse ne pouvait s'accommoder des pratiques qu'il avait observées en Italie et Mabillon n'attendait pas des années pour marquer sa pensée à l'égard de l'exploitation des corps des catacombes. On venait de découvrir le cimetière de Castulus ; le cardinal Carpegna n'imagina rien de plus aimable que de faire « lever » deux corps dont il fit présent aux bénédictins français : ceux-ci savaient à quoi s'en tenir. Dom Germain expédia le sien à l'Hôtel-Dieu et Mabillon dirigea le sien sur l'abbaye de Lagny : ni l'un ni l'autre ne voulurent que ces reliques douteuses pénétrassent à Saint-Germain-des-Prés. Ce voyage d'Italie, où il avait été comblé de prévenances et d'attentions, avait laissé dans son juste équilibre l'âme droite du savant qui souhaitait et recherchait par-dessus tout d'être confondu parmi ses confrères, sans jouir d'aucune distinction. Les infirmités de dom Luc d'Achery lui avaient valu une chambre d'infirmerie un peu plus confortable qu'une cellule monastique. Après la mort de dom Luc, quelques-uns songèrent à faire attribuer sa chambre à Mabillon, alors absent ; les supérieurs n'entrèrent pas dans ce projet et au retour d'Italie, le voyageur eut à regagner sa cellule du « petit dortoir ». Un jour, dom Martène ne pouvant se tenir de lui en parler, lui dit carrément qu'on aurait dû lui donner la chambre de dom Luc. Mabillon le regarda indigné. « Que dites-vous là ? J'en serois bien fâché, à Dieu ne plaise. » Je voulus, | poursuit Martène, lui dire qu’il rendoit de grands services au public, et à la congrégation et il me dit que c'étaient là des subtilités de l'amour-propre.”. Le zèle qu'il avoit pour maintenir la régularité, dit dom | Tassin, lui rendait insupportable tout ce qui tendoit à en diminuer la ferveur et à introduire le relâchement dans les monastères. Étant député au chapitre général de 1693, il fit observer « que l’on s'éloignait de l'esprit de simplicité et que l'on mettait des dentelles trop grandes aux aubes, que l'on négligeait - le travail manuel et ce fut apparemment sur ces remontrances que l'on fit un règlement sur ce chapitre pour en recommander l'exercice aux supérieurs ». Il composa un petit traité sur l'obligation | où sont les religieux de garder ce que le règlement prescrit touchant les observances. « Il le fit, dit dom Ruinart, pour réfuter la fausse opinion de quelques- | uns, qui se restreignant aux trois vœux, que l'on appelle communément essentiels, semblent regarder, ] les pratiques de la vie commune et régulière COMME des choses que l'on peut observer ou négliger, SANS. que la conscience en soit aucunement intéressée. DM fait voir dans cet écrit que l'opinion de ces personnes. est entièrement opposée à l'Écriture sainte, à l'esprit — de l'Église, aux sentiments des Pères, et à la règle. même que nous professons. » « Quel malheur, ajoute dom Tassin, qu'un écrit si nécessaire dans le temps | présent soit perdu ! » E | Quoi que la congrégation de Saint-Maur fut à cette. E ! époque encore étroitement attachée à ses observances, | - des questions étaient soulevées de temps à autre sur — lesquelles les s'exerçaient la fertilité d'esprit des uns et le — rigorisme des autres. C'en était une alors qui occupait les moines que celle de l'interprétation à donner — à la prescription de l'abstinence. Saint Benoît avait i | accordé l’usage de la viande aux malades et aux Lépreux tout à fait débiles, mais, dès leur rétablissement, ils devaient revenir à l'observance commune , Toutefois, une distinction s'était introduite - entre la viande des quadrupèdes et celle des volatiles ; la pratique admise tolérait l'usage des oiseaux aux jours maigres et principalement aux jours de fêtes. Comme on peut le penser, tous n'interprétaient pas E. les textes de la même manière et les commentateurs - de la règle entassaient les textes sur les textes afin . de défendre leur sentiment personnel. Dans la con- | grégation de Saint-Maur, la question était tranchée - par les constitutions dans le sens d'une interdiction absolue. Mabillon, dont l'autorité était si grande, écoutait bien des confidences et s 'inquiétait. d'une | tendance qu'il jugeait devoir conduire au relâchement ; il ne s'agissait encore que de tolérer sur les tables monastiques le gibier d'eau et dans une lettre adressée à dom Claude Boistard, supérieur général de = à congrégation, Mabillon s'exprimait ainsi : |. « Je ne puis vous dissimuler, mon Très Révérend que je suis sensiblement touché pour ne D $ si > dans aeon, qui est de manger des as le seul qui en suis frappé : plusieurs mesme de nos onfrères qui en mangent en sont touchés quoy qu'ils mangent comme les autres pour ne paroistre pas - singuliers, et ce n'est pas sans raison qu'ils ont ce sentiment puisqu'ils avouent qu'il n'y a point de différence entre ces oiseaux et de la véritable chair, et que leur chair est plus délicieuse que celle d'un canard, WE y a si peu de différence entre l'une et l'autre, qu'il n'y a pas longtemps qu'à S.-Germain on a mangé des - eanards parmi ces oiseaux, comme l'avoue celui qui les a livrés à cause qu'il n'avait pas assez de jumelles pour toute la communauté, vous voyez bien mon Trés - Révérend Père que cela va trop loin et que l’on ne se . fera plus désormais de difficulté de manger des canards | des poules d'eau et enfin de toutes sortes d'oiseaux, - d’où l'on viendra bien tôt à manger de toutes sortes - de viandes et certe j'aurois bien moins de sensualité E ! manger du bœuf et du mouton que de ces sortes - d'oiseaux, quand il n'y auroit que la nouveauté, elle E devroit suffire pour nous rendre cet usage suspect, toute nouveauté est à craindre dans un corps - bien réglé et l'on voit tous les jours avec douleur dis_ paroitre les usages petits en apparence, mais qui for- - ment le bon ordre dans une maison et une congréga- . tion, — « Illy a 42 ans passés que j« ay l'honneur d'estre dans la congregation, mais je n'avois ja mais veu avant cette année que l'on dit [pouvoir] manger de ces sortes - d'oiseaux, il est vray que l'on dit que dans quelques - uns de nos monastères on en usoit auparavant, mais cela n'avoit pas encore passé à la veüe des supérieurs - et il n'avoit pas encore esté auctorisé par leurs exemp- — p les avant cette année. Quoy que toute nouveauté E “soit tres dangereuse celle qui favorise la sensualité … l'est encore plus que les autres, rien n'est plus contraire — à l'esprit de pénitence dont nous faisons profession |— que de lácher la bride à la sensualité, lors que cela — arrive, il ne faut plus attendre ny d'esprit interieur, ny de religion. Il est de certaines tems mesme auquel | oiseaux qu'on appelle jumelles, pilets ? et je ne suis | il faudroit retrancher tout ce qui ressent la délicatesse, et en vit-on ja mais un ou l'on ait plus de raison de le faire, tout le monde gemit des misères dont on est accablé, les campagnes sont désolées, les pauvres ne trouvent pas à gagner du pain si bon marché qu'il soit, et nous cherchons de nouvel les délicatesses, les poissons des étangs, des rivières et des mers ne nous suffisent pas ? nous nous rescrions quelquefois contre les séculiers de ce que nonobstant la misère du temps leurs luxes augmentent tous les jours, et n'a-t-on pas sujet de nous reprocher à nous-mêmes de ce que nous recherchons en ces temps misérables de nouvelles délicatesses, au lieu de retrancher des douceurs ordinaires pour avoir de quoi faire des aumônes et pour fléchir la colère de Dieu par la pénitence, mais qui se seroit attendu que dans les jours mêmes consacrés à la pénitence par l'antiquité et par nos pères pendant le saint temps de l'avent ou nous sommes on souffre que l'on serve et que l'on mange à nos tables de ces délicatesses qui en devraient être bannies et proscrites en toute sorte de temps. Dieu veuille qu'on n'en fasse pas encore autant en carême auquel nos anciens Pères n'auroient pas cru le garder s'ils eussent mangé du poisson et bu du vin. x Je prévois bien ce qu'on pourra répondre, qui est que les évêques permettent cet usage dans leurs diocèses et que le chapitre général [de 1693] a fait un règlement qu'on suivrait en ces sortes de choses l'usage permis par les évêques, ce règlement peut être bon jusqu'à un certain point mais de pousser à outrance ce seroit à mon avis, sauf le respect, en faire un mauvais usage. H paroist qu'il seroit honteux à des religieux qui font profession d'une vie réformée et pénitente de nous régler sur l'exemple des séculiers, c'est de nous au contraire qu'ils devraient apprendre à donner des bornes à la délicatesse et non à nous à les prendre d'eux... » Luc d'Achery, Michel Germain, Thierry Ruinart doivent le meilleur de leur réputation à Mabillon ; ces hommes laborieux et modestes unirent leurs efforts dans un but commun ; d'autres associèrent leur capacité à celle du maître. et la charité rendit commun le fardeau et le service. Pour mieux marquer et symboliser en quelque façon le désintéressement de ses travaux, Mabillon avait coutume de déposer sur l'autel les premières pages de chaque volume nouveau comme prémices offertes à Dieu seul. Mais au-dessus des efforts de la science, Mabillon plaçait l'amour de la vérité à laquelle il n'entendait pas que rien fût sacrifié, « Quoi, s'écriait-il avec une impétuosité frémissante, on voudrait séparer la piété d'avec la vérité ? Peut-il donc y avoir contre la vérité une piété véritable et sincère ? On veut que je ne dise que les choses avantageuses. Mais cela est contre l'amour de la vérité dont les religieux doivent faire profession en suivant Jésus-Christ, la Vérité même ; cela est contre la sincérité que les personnes du dehors attendent de nous ; cela est contre l'humilité et la modestie qui conviennent à notre état. Il n'y a rien de si préjudiciable à une histoire que d'y faire paraître de la partialité : car pour lors le vrai n'y est plus croyable ; et les adversaires, sous prétexte de quelques endroits où on s'est flatté, croient être en droit de tout rejeter, même les choses les plus sûres. » Loin de prétendre à une sorte d'infalibilité scientifique, Mabillon soumettait ses ouvrages à la critique des hommes capables de porter sur eux un jugement compétent. Il savait, comme savent tous ceux qui s'adonnent à l'étude de l'histoire et de l'érudition qu'il est peu de résultats à l’abri de la discussion et les discussions occupèrent de longues périodes de sa vie. Dies diem docet, et même parfois la vérité de la veille sera l'erreur du lendemain ; cependant il faut reconnaître que la quantité de vérité historique démontrée par Mabillon est hors de proportion avec les questions sur lesquelles il s'est abusé. Dans l'affaire du cartulaire de Brioude, il a jugé en paléographe plus qu'en historien ; dans l'affaire de la sainte Larme de Vendôme il n'a pas dit avec netteté que la relique était une supercherie et qu'il n'entendait défendre que la bonne foi, ou pour mieux dire, l'ineptie de ses confrères bénédictins ; dans quelques dissertations il a eu recours à des textes douteux ou tout à fait faux, comme ceux que Jérôme Vignier avait su faire entrer dans le Spicilège de d'Achery où, d'ailleurs, ils ont attendu paisiblement deux siècles avant d’être démasqués, Mais ce sont là des erreurs vénielles et, dans son majestueux et robuste ensemble l'œuvre scientifique de Mabillon peut braver les siècles. Faut-il parler, comme certains l'ont fait de l'irrécusable autorité de Mabillon ? D'une manière générale, assurément, mais à condition de faire les réserves que toute carrière scientifique impose. Comme Du Cange, son ami, Mabillon a cité des documents presque innombrables ; or il n'a pas eu entre les mains tous les originaux, il a travaillé sur des transcriptions et il a dû croire à l'exactitude et à la probité des correspondants qui les lui fournissaient, ce qui l'a entraîné dans des erreurs évidentes. On connaît les Formula Andegavenses, dont il a été le premier éditeur d'après un manuscrit unique existant alors à Weingarten. Il s'en était fait adresser une copie et voici comment, d’après cette copie, il a imprimé les premières lignes de la première formule : Hic est testamentum quarto regnum domini nostri Childeberto regis quod fecit missus ille Chestantus, ces derniers mots l'ont conduit à dire que, sous Ghildebert, il avait existé un missus regius appelé Chestantus. Le manuscrit de Weingarten est aujourd'hui à Fulda et il se trouve qu'il porte : Hic est esta (pour gesta), titre ou rubrique de la première formule, laquelle commence ensuite par ces mots : Annum quarto regnum domini nostri Childeberto regis quod fecit mensis ille, dies tantus, elc., leçon qui, sauf les solécismes, a un sens parfaitement conforme à celui d'un assez grand nombre d'autres formules constatant des gesta, c'est-à-dire des dépôts d'actes à la curie. Dans la formule xr* du même recueil qui est celle d'une donation entre époux, Mabillon a imprimé cæleri haeredes fatliden : ce dernier mot n'offre aucun sens, n'appartient à aucune langue et suppose l'existence d'un mot bas-latin dont on ne trouve aucun équivalent. L'original ayant été revu, on a reconnu qu'il portait non pas faffiden mais succidant (pour succedant) et le sens de la formule est alors très clair.
Laissons ces minuties, Ne disons rien de son style, sinon que son latin est ample, facile et clair, son français est d'une simplicité aimable mais dépourvue de cette mesure d'art qui donne à ce qu'on écrit un mérite, un attrait et une force qu'on ne doit pas attendre dans sa langue un peu lente, un peu sourde, un peu trop pesante pour avoir le mouvement de la vie. C'est la langue courante de la bourgeoisie, du clergé au xvu’ siècle, celle qu'on parlait avec un souci de propriété, de clarté, une politesse encore un peu naïve, c'est la langue non seulement des bourgeois et des ecclésiastiques, mais encore des historiens, des moralistes, des prédicateurs, ce n'est pas le verbe de Bossuet et l'aisance de La Fontaine, c'est la gravité d'Antoine Arnauld, de Nicole, de Fléchier et de La Bruyère. Qu'on n'aille pas croire la comparaison trop ambitieuse : il y a tels passages des lettres de Mabillon qui réservent un régal à ceux qui les lisent. Lors du voyage d'Italie, il s'agissait de voir un manuscrit de l’Imitation de J.-C., propriété des jésuites de la résidence d'Arone ; voici le récit, on voit toute la scène : « Nous n'avons pas oublié Aronne qui est distant de Milan d'une bonne journée. Nous y avons vu le fameux manuscrit, quoy qu'avec assez de peine. Car estans arrivés en ce lieu environ à 17 heures d'Italie, un jeudy, nous ne trouvâmes chez les Pères Jésuites qu'un frère et le Père Recteur qui partoit pour Milan, tous les autres estant allé en récréation. Le P. Recteur nous dit qu'il seroit difficile de trouver le manuscrit, que le Père pour qui nous avions des lettres de recommandation estoit dehors. Nous l'attendimes jusqu'à 23 heures auquel temps tous ces bons Pères revinrent chez eux. Celui auquel nous étions recommandés nous dit que le P. Recteur, qui estoit allé à Milan, avoit ce manuscrit dans sa chambre, ou pour le moins qu'il scavoit seul où il estoit, et quainsy nous ne pourrions le voir. Nous résolümes donc de repasser le lac major aussitôt, car il estoit tard. Estant arrivés au bord du lac et entrés dans la barque, deux bons Pères vinrent en grande haste nous apporter le manuscrit, et nous prièrent avec beaucoup d'instance de retourner chez eux pour y loger. Nous les en remerciâmes et nous nous contentâmes de considérer le manuscrit !,.. » Il y a chez Mabillon, comme chez Tillemont — 3 comme chez nous tous peut-être — un recoin où on ne pénétre pas facilement, un abri secret et charmant, c'est la tendresse à l'égard des petits, des humbles, des enfants. « Il n'aimoit pas moins les pauvres, nous dit dom Ruinart, que la pauvreté, et il disoit souvent que s'il y avoit quel que raison qui pût luy faire souhaiter d'avoir de l'argent en sa disposition, c'étoit quand il leur falloit faire du bien. Il avoit une tendresse inconcevable pour eux et s'emploioit toujours très volontiers pour leur procurer du soulagement. De temps en temps, il demandoit à ses supérieurs quel que chose en aumône pour ce sujet ?, » Sa sollicitude n'était pas moins grande pour l'instruction de la jeunesse. « Il aimoit particulièrement à instruire les enfants qu'ils rencontrait, leur demandant leur croyance et les excitant à la crainte et à l'amour de Dieu, ce qu'il faisoit avec tant de douceur et de manières si modestes que l'on ne pouvoit pas l'entendre sans en être touché . » C'est là un Mabillon à peu près ignoré et que nous retrouvons dans une lettre écrite au retour du voyage d'Italie. A Paris, il s'est informé des publications nouvelles et on lui a nommé un nouveau Traité des jeux et des divertissements, par le curé Thiers et les Entretiens sur la pluralité des mondes, de Fontenelle. Sa première pensée a été de les acquérir afin de les offrir aux jeunes enfants du grand-duc de Toscane, « mais je différerai de le faire, dit-il, à une autre occasion #, » Mabillon aimait les fortes études : « C'était une de ses plus agréables occupations, quand il pouvoit se dérober à ses travaux, d'assister aux exercices que l'on a introduits dans plusieurs collèges de l'Université de Paris. Il a contribué autant qu'il a pu à faire passer l'usage de ces exercices dans les collèges de province. Car rien n'échappoit à sa vigilance de tout ce qu'il croyoit pouvoir être de quel que utilité pour établir ou pour étendre le bien ; et il a toujours regardé les bonnes instructions comme le meilleur et le plus sûr moyen — de le rendre solide. Son attention allait jusque dans les villages où rien ne le consoloit tant que d'y trouver — de bons curés. Il embrassait avec joie toutes les occasions de leur témoigner son estime, les considérant … comme ceux qui portent tout le poids de travail, qui |— est attaché à leur charge, sans en avoir les douceurs. Ceux des villes, disoit-il, semblent être en quel que - manière dédommagés de leurs peines, par les honneurs - qu'on leur rend et par les commodités dont ils peuvent jouir. » Dom Mabillon eut plusieurs fois l'occasion de protester hautement de son inviolable attachement à - l'Église. Au retour du voyage d'Alsace, en 1696, - il « apprit qu'on faisoit courir le bruit en Allemagne - qu'il avoit abandonné la religion catholique, et qu'il s'étoit retiré en Hollande parmi les protestants. Ce - bruit n'avoit pour fondement que quel que sorte de - ressemblance de nom du P. Mabillon avec celui d'un apostat qui s'apelloit Gabillon. Dom Mabillon écrivit aussitôt aux amis qu'il avoit dans ces pays-là, qui n'eurent pas beaucoup de peine à rejeter ces - faux bruits. Gar la haute estime qu'ils avoient de lui, - empécha que cette insigne fausseté ne fit aucune impression sur leur esprit. Mais ce ne fut pas la même chose en Angleterre, où cette calomnie ayant été : répandue, elle fit beaucoup d'éclat. Les protestants en - firent des trophées, et prirent occasion d'un bruit si mal fondé pour insulter aux catholiques. La nouvelle en étant venue à la connaissance de D. Mabillon sur la Ws. résolut aussitôt d'écrire une lettre circulaire aux catholiques d'Angleterre, pour arrêter les mauvais effets que - pouroit produire dans leur esprit une calomnie si. atroce, » Cette lettre ne fut pas rendue publique, parce - que l'imposture fut bientôt reconnue. Dom Ruinart la rapporta tout entière dans l'Abrégé de la vie de - D. Mabillon t,.. Tous ces faits montrent, croyons-nous, le caractère - de simplicité et de sincérité de Mabillon, son besoin de - charité qui, dans une discussion, lui faisait dire : « Dans. le choix de blesser la charité ou de perdre la cause que je défends, j'aime mieux céder l'honneur que notre ordre peut retirer que de porter la moindre atteinte à la charité chrétienne ©. » Dans le conflit soulevé par les études monastiques, il s »inspirait dela même - règle de charité que dans le conflit suscité par l'auteur - de l'Imitation de Jésus-Christ ; cependant sans rien “abandonner des droits de la vérité. Mabillon apporta - dans ses lettres scientifiques le même esprit de modération et la même politesse de formes, sachant mettre. un terme en temps opportun à des polémiques dégénérant en futiles controverses. Il calmait l'impétueux - dom Germain, toujours prêt à batailler, en lui disant : € ]l est à propos que Dieu permette qu'il nous arrive - de petites humiliations pour contrebalancer les louanges que les hommes nous prodiguent ?. » Toutefois cet amour de la paix n'alla jamais jusqu'à sacrifier le droit à une revendication légitime. Il n'a pas manqué de gens pour s'étonner qu'un religieux de Rome en matière de reliques ; c'est à peine si on “na pas blâmé Mabillon de s'être montré agressif, - fin de l'année 1698, il en fut vivement touché, et il | austère, soumis et pieux dénonça les abus de la Cour | alors qu'il n'était que véridique et si on n'a pas soutenu que son devoir était de taire ces abus au mépris de sa conscience. Ceux qui raisonnent ou déraisonnent ainsi ne peuvent vraiment souhaiter qu'on discute avec eux.
Leur ultramontanisme bruyant et intéressé s'étonne de la mesure qu'un homme tel que Mabillon sait mettre dans l'expression de sa respectueuse soumission au siège apostolique. Lui qui ne* demande rien, qui n'espère rien, qui n'attend rien,. n'éprouve pas le besoin d'enfler la voix pour dire posément ce qu'ont dit les saints et le dire comme eux. Catholique soumis et déférent, très averti de toutes les luttes et conflits théologiques du temps, il a, comme la plupart des ecclésiastiques et des religieux d'alors son opinion faite sur les questions brûlantes qui divisent les esprits et les écoles. Il trouve saint Thomas un peu diffus, la scolastique assez obscure malgré ses prétentions à la clarté et les casuistes fort relâchés, scandaleux et dangereux. Ses préférences vont à saint Augustin, c'est un choix qui peut se défendre. Voyant de près les coryphées du jansénisme, il a pour eux estime et respect ; à l'égard des quiétistes, il badinerait volontiers quoi que sans amertume. « L'affaire des quiétistes, écrira-t-il à dom.
Ruinart, est toujours dans un grand silence. Le pauvre Molinos avec ses compagnons ont plus de temps qu'il ne veulent pour faire l'oraison de quiétude . » En Italie, et ailleurs, il ne manque pas de gens qui voudraient une attitude plus déclarée. Le P. Moris s'emploie à jeter le soupçon sur un homme si modéré ; il ne s'étonne ni ne s'émeut : « Je sais, écrit-il, que l'on écrit de moi à Rome d'une manière fort désobligeante, comme si j'étois déclaré contre le Saint-Siège. On l'a écrit de Florence et je sais celui qui l'a fait sans que je lui ai donné aucune occasion. Dieu lui pardonne 5, » On le trouvait respectueux et calme, on en concluait qu'il était tiède. A Saint-Germain il recevait, ailleurs il fréquentait des hommes comme Baluze ou Lebrun-Desmarettes, ce qui ne l'empéchait pas de blâmer les intempérances de Ellies du Pin , Lout en soutenant le gallicanisme du chanoine Faure. « Personne ne sachant comme lui les justes limites des libertés de l'Église gallicane dont il étoit l'honneur et l'appui en même temps qu'il établissoit sur les véritables fondements l'autorité du Saint-Siège apostolique qu'il respectoit non seulement comme le centre de l'unité, mais aussi comme la source de tous les biens qui ont enrichi l'Église pendant tout le temps qu'on y a fait valoir la science, l'autorité et la pratique des sacrés canons ?, » C'est à cette Église qu'il proteste, peu de mois avant sa mort, de sa soumission. « Qu'à Dieu ne plaise, écrit-il, que je me départe jamais de cette règle de la vérité, je veux dire de l'Église notre mère, au jugement et à la censure de laquelle, je soumets de tout mon cœur tout ce que j'ai jamais écrit et tout ce que je pourrai écrire dans la suite, ayant toujours vécu dans son sein et dans sa foi, et Néal ardemment avec la grâce de N.-S. d'y finir mes jours *. XXXIX. LES DERNIERS MOIS DE MABILLON. de graves ennuis à Mabillon qui, nous l'avons dit, con-
CONTEXTE PRÉCÉDENT :
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rt, de sa soumission. « Qu'à Dieu ne plaise, écrit-il, que je me départe jamais de cette règle de la vérité, je veux dire de l'Église notre mère, au jugement et à la censure de laquelle, je soumets de tout mon cœur tout ce que j'ai jamais écrit et tout ce que je pourrai écrire dans la suite, ayant toujours vécu dans son sein et dans sa foi, et Néal ardemment avec la grâce de N.-S. d'y finir mes jours *. XXXIX. LES DERNIERS MOIS DE MABILLON. de graves ennuis à Mabillon qui, nous l'avons dit, con-
TEXTE À CORRIGER :
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servait en 1701 sa confiance dans les documents apocrvphes. Depuis lors, le cardinal de Bouillon n'avait pas laissé l'affaire s'assoupir et peut-étre l'obstination qu'il mit à la faire revivre contribua-t-elle à déterminer la crise qui emporta Mabillon ! A partie de | 1701, le cardinal s'attacha à poursuivre Mabillon et Ruinart, pour qu'à défaut de Baluze, qui refusait de | se compromettre au cours de l'instruction du procès « des faussaires, les deux bénédictins donnassent une | confirmation en forme de leur déclaration de 1695 et du procés-verbal livré au public dix mois plus tard. Ils y consentirent, et attestérent que l'examen paléographi que des feuillets s'était fait sans qu'il y eût eu auc une pression, en pleine conscience et sans précipitation : « Nous avons toujours cru, disaient-ils, et nous croyons encore que ces pié ces sont bonnes ; nous persistons à soutenir le jugement que nous en avons porté dans le procès-verbal, parce que, effectivement, c'est la vérité telle que nous la reconnoissons et la croyons... Vous pouvez faire voir cette lettre pour fermer la bouche à ceux qui voudroient dire le contraire... » Mais cela ne suffisait pas au cardinal, et, dans les premiers jours de l'année 1705 !, il chargea son neveu l'abbé d'Auvergne d'aller à l'abbaye avec Baluze, et d'obtenir de Mabillon et de Ruinart une déclaration signée qui portát que les pié ces en ques- | tion rattachant Géraud de la Tour à Acfred I » d'Au- | vergne, et la lettre de saint Louis transcrite au petit cartulaire ne pouvaient avoir été fabriquées par J.-P. de Bar,le condamné de l'Arsenal ; que, quand bien | méme celui-ci s'en serait reconnu le fabricateur devant les magistrats, pour eux ils n'admettraient ja mais que des parchemins dont l'écriture remontait à quatre cents ans pussent étre sortis desa main et de sa plume : autrement, ce serait proclamer qu'il n'y avait plus ni rég les ni principes pour juger de l'antiquité des Litres et des écritures. Cette déclaration, le cardinal la conserverait secréte pour n'en user que le jour où la justice oserait de nouveau rejeter l'atLestalion primitive signée de trois savants d'un si rare mérite ; jus que là, personne, absolument, n'en connaitrait l'existence.
Cette nouvelle attestation n'était pas encore ce qui lenait le plus à cœur au cardinal : avec la puérile ou maladive obstination qui ne le quittait plus un instant, sa volonté était que les trois « compli ces » de 1695 donnassent encore leur visa aux feuillets supplémentaires rapportés, trois ans après, du chartrier de Brioude, par de Bar lui-même, et dont on avait fait alors tant de bruit, sans qu'un expert autorisé les eût soumis à auc une vérification. Ges feuillets, il voulait les joindre, mais bien authentiqués, au fameux « petit cartulaire » que personne n'avait ja mais vu, pour la bonne raison qu'il ne s'en dessaisissait ja mais un instant et l'emportait dans tous ses déplacements *. Pour obtenir des bénédictins et de Baluze cette nouvelle concession, plus compromettante que ja mais, au lendemain de l'arrét de l'Arsenal, il eüt fallu que tous trois vinssent rejoindre l'Éminence soit en Bourgogne, oü elle était retenue par son ban de relégation, soit au moins à mi-chemin ; mais ils se refusaient toujours à faire un voyage doublement diffieile, impossible méme, pour des religieux absorbés par leurs trav aux et pour un professeur au Gollége de France, ou un membre de l'Académie royale, tous deux responsab les de leurs actes envers le Roi. Cependant il vint un temps, en 1707, où le cardinal obtint la permission sinon de rentrer à Paris, au moins de se | d'Auvergne entreprise depuis 1696. D'autre part des.
| rentrerait prochainement en grâce. Quoi que souffra rendre à son abbaye de Saint-Ouen à Rouen en Lournant tout autour de la capitale dans un rayon de trente lieues. Pour l'été, il s'établit aux portes de Rouen où un ami lui prêtait le joli château | Quevilly. Alors, ce furent de nouvel les instan ces, l'adresse de Baluze d'abord : ils avaient à disci nombre de points de détail sur lesquels l'entente r s'établissait point à distance, et cela retardait l'achévement et l'impression de l'Histoire de la maison bruits de cour permettaient de croire que le cardinal et très vieilli, Baluze s'exécuta et alla passer quinzaine de jours à Quevilly, journées remplies disputes souvent oiseuses et futi les de la part du cardinal, puis rentra à Paris avec une « fluxion » sur. le genou droit et un rhumatisme aux reins, doubl : conséquence des Lerrib les chaleurs de l'été ; mais 4 s'était refusé absolument de délivrer une attestat m de l'authenticité de l'origine des feuillets ap par ie nant, lui disait-on, au petit cartulaire. Le cardina eut recours alors à Mabillon et à Ruinart.
Depuis prés de dix ans, il n'y avait eu entre e et lui qu'un échange de lettres ; cel les-ci, aussi chai d'un côté que de l'autre, permettaient de croire leur dévouement n'avait pas faibli. Dom Mabi consentit à se rendre à Quevilly avec son an « complice » et toujours fidéle compagnon, Ruin mais, tout comme Baluze, ils refusèrent, au : pour I instant, de satisfaire à la réquisition d hôte, — Était-ce le fait d'une désillusion de 1 niére heure, qui, à la fin, leur ouvrait les yeux Loute la machination dun ils avaient été un i matistes et en also nee Jusqu'i ici aucun di ment re ce point. — bs ils eurent de malgré Potes les R adréssa cette supr èn ad instance à Mabillon . ; 2520 « x À Rouen, ce 7° octobre 1707, « J'ai recu, cher Père, votre lettre du 4 de. ce mois, et, puis que M. Baluze fait difficulté de donner son i certificat d'une chose qu'il sait étre trés vraie, et qu'il. ne peut pas méme révoquer en doute depuis la cona noissance qu'on lui donna de la même vérité il y a plus de dix ans, il ne faut plus lui en reparler ; mais vous. vous contenterez de donner (sur cette vérité que vous avez reconnue et vérifiée par vous-même conjointement avec dom Thierry Ruinart) votre témoignage, signé seulement par vous deux, conforme au projet que vous en fîtes ici *, et lequel témoignage je ferai mettre, lors que vous me l'aurez envoyé, dans là copie du petit chartulaire de Brioude que je fis faire, il M a environ onze ans, et que vous eütes, pour lors la bonté de collationner tous deux sur l'original conjointement avec M. Baluze ; mais il sera bon, avant ques vous donniez ce certificat, que vous voyiez dom Guillaume de Saint-Laurent, que je ferai avertir de vous. aller voir afin qu'il puisse vous dire à tous deux comme ces fragments du petit chartulaire de Brioude furent trouvés dans une grande quantité de papiers comme. de rebut, jetés sans ordre dans le chartier de Brioude, et me furent remis à L yon, et remis par moi, en 1697, en présence des députés du chapitre de Brioude, dont dom Guillaume de Saint-Laurent vous pourra même dire les noms puisqu'il y étoit présent, dans le petia chartulaire original, que j'emportai avec moi à -. Rome, oü j'allois.
- « Tout à vous deux, très cordialement.
BE « LE CARDINAL DE BOUILLON,
; « doyen du Sé. Colle. » I— Nous ne saurions dire par supposition quelle put cire la réponse des deux religieux, ni l'expédient “qu'ils proposerent : mais, une douzaine de jours plus tard, le cardinal leur écrivait encore ! :
4 « Rouen, ce 18 A 1707, — « Je recois dans ce moment votre lettre comm une du 15° de ce mois, dont je vous suis sensiblement. obligé, et encore plus de celle souscrite par vous deux, qui étoit renfermée dans le même paquet.
E « Je n'ai pas encore reçu la lettre de M. Baluze ; — mais, quand je la recevrai avec le chapitre de Robert
ITEM
Le premier jour de décembre 1707, le Père Mabillon se leva de grand matin selon sa coutume, célébra la messe et partit sur les six heures du matin, avec le P. Assistant, pour assister à quelques professions qui se devaient faire le même jour à l'abbaye de Chelles, éloignée d'environ quatre lieues de Paris. Dieu permit que dom Thierry, qui ne le quittait pas, et qui apparemment aurait détourné le coup fatal, ne pût être de la compagnie. Dès Paris, le carrosse s'arrêta deux fois et en ces deux rencontres, D. Jean éprouva qu'il était attaqué d'une rétention d'urine. Au bois de Vincennes, il fut obligé de descendre de carrosse, et au lieu de retourner à Paris, il poussa à pied vers Chelles, s'étant arrêté près de deux cents fois sans pouvoir se décharger. Arrivé à Chelles, il ne s'y trouva personne qu'un médecin de Lagny qui ne connut point son mal. Il dit à dom Thierry, qui l'alla trouver à Chelles dès le deuxième jour de sa maladie : « Cher ami, il faut nous séparer car je suis le plus âgé, il est juste que je commence le premier. » Comme dom Thierry cherchait à le consoler : Nec timeo mori, dit-il, quoniam bonum Dominum habemus. Le jour de l'Immaculée Conception, le malade fut ramené de Chelles à Saint-Germain-des-Prés, dans la litière du cardinal d'Estrées, abbé du monastère. On ne commença à user de la sonde que ce jour-là, elle le soulagea, mais bien tard. Le médecin et le chirurgien dirent dès lors, qu'il fallait qu'il eût souffert des douleurs très vives et très aiguës. Depuis il ne rendit aucun eau que par la sonde, Enfin soit qu'il ait été blessé, soit que le séjour de l'urine ait gâté les conduits, on ne pouvait introduire la sonde qu'avec un grand danger, en sorte qu'on était obligé de la lui laisser incessamment, ce qui lui causait une grande contrainte, car il ne pouvait pas absolument se remuer : la crainte de l'augmentation de la fièvre fit qu'on lui interdit toute nourriture solide. Il n'est pas concevable combien il souffrit pendant tout ce temps-là, mais avec une patience angélique, toujours appliqué à Dieu, et se réjouissant d'être attaché à la croix avec son Sauveur, ne manquant à rien de son office, s'entretenant en prières ou avec de saintes lectures.
Un parent de Mabillon, ecclésiastique, à l'éducation duquel il avait toujours porté un vif intérêt, le vint visiter et laissa ce récit de leur entretien « : Le P. Mabillon me fit approcher de son lit et après m'avoir exhorté à mettre ma confiance en Celui qui n'abandonne jamais ceux qui n'espèrent qu'en Lui, il me recommanda l'humilité, et me dit : N'oubliez jamais ce que vous êtes, et souvenez-vous que nous ne sommes rien qu'à proportion de ce que nous ne sommes rien à nos yeux. La grandeur d'un chrétien consiste dans la connaissance et dans l'aveu de son néant, de sa misère et sa faiblesse ! dans le mépris de tout ce que le monde estime, honneurs, richesses, grandeurs, élévations ; et dans l'amour des humiliations, des souffrances et des ignominies de Jésus-Christ, etc., l'humilité, l'humilité : in omnibus humilia teipsum. Dieu se plaît à élever ceux qui s'abaissent de stercore erigens pauperem ; et il regarde avec indignation ceux qui s'élèvent, alta a longe cognoscit. Ses faveurs, ses miséricordes, son royaume, ses bénédictions éternelles sont pour les humbles, pour les petits et pour ceux qui aiment l'obscurité : Humilibus dat gratiam. Beati pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regnum coelorum. Cette vertu est de tout, elle accompagne le geste, le regard, le ton de voix, tout : In omnibus te humilia. Ensuite il ajouta : « Je vous recommande l'amour de la pauvreté et de la simplicité. Dieu vous a fait naître sans biens, peut-être mourrez-vous de même ; n'en désirez point d'autres que ceux de la grâce et les invisibles. Si Dieu vous en donne d'autres, prenez garde de n'en point abuser, usez-en avec la précaution et l'épargne d'un pauvre ; faites-en part à ceux qui en auront besoin : tremblez dans la crainte d'y attacher votre cœur, ou au moins de vous en servir au-delà des bornes d'une étroite nécessité. Vous éviterez ce malheur, si vous êtes simple dans vos habits, modeste dans vos meubles, retenu dans les choses mêmes qui paraissent les plus permises, comme dans l'achat des livres. Défiez-vous beaucoup de la cupidité, et pensez que l'attention à être pauvre en tout, vous attirera beaucoup de grâces. Il m'exhorta enfin à aimer beaucoup la vérité. Deus perilatis, Soyez vrai en tout. Que votre sincérité aille jusque au scrupule. Vous mériterez d'être fidèle dans les occasions importantes, si vous l'avez été dans celles qui le paraissent moins, sinceri filii Dei. C'est une grande grâce que l'amour de la vérité, on obtient par les gémissements et la prière. Je prie notre Seigneur de vous l'accorder, et toutes celles dont vous avez besoin. Soyez circonspect, vous devez connaître Le où nous vivons ; il y faut marcher avec bien de la prudence, veiller beaucoup sur son cœur, sur sa langue, sur ses démarches, afin de n'en point faire de fausses. Videte quomodo caule ambuletis, Enfin il me donna sa bénédiction, et il me promit qu'il ne m'oublierait point dans le Ciel, s'il obtenait la miséricorde du Seigneur. » « Cependant toute la ville était inquiète, les per... mais il dit qu'il célébrerait la fête du lendemain :
ses efforts ne fit qu'une excoriation dont il sortit une | | pour l'encourager : « Mon Révérend Père, vous devez | | les bons sentiments dont il était rempli, son feu | distinction du dehors. Le roi qui s'était intéressé à la sonnes même de la première qualité le venaient visiter. ou y envoyaient assidûment ; on faisait faire des prières partout pour sa santé. La fièvre étant survenue deux jours avant la Saint-Thomas, le 19, sa maladie augmenta beaucoup vers le 20 ; il demanda les derniers sacrements quoiqu'il ne parût pas que rien pressât. Ce fut pourtant un effet de la Providence, parce que la violence des frissons qu'il ressentit la nuit suivante aurait embarrassé si l'on n'eût pris cette précaution, Il reçut les sacrements avec une piété singulière le 21. J'ai été témoin, dit dom Coustant, comme il adoucissait ses douleurs par la ferveur de ses prières tantôt demandant à Dieu la patience, tantôt le bénissant ; toujours le cœur élevé vers lui et ne pensant qu'à finir saintement. Il communia encore la nuit de Noël et parut se porter mieux ; ce lui fut une joie de ne point mettre la communauté en deuil pour la fête de Noël ; mais après midi, on s'aperçut | qu'il crachait le sang, et pour lors il fut désespéré. Le jour de Saint-Estienne, il cessa de cracher et on | lui ôta la sonde pour le laisser passer plus doucement ;
Ha, grand saint Jean ! ». Il demanda la sonde pour un peu se soulager et ce ne fut que pour apaiser sa croix ; car le chirurgien n'en put venir à bout, et par demi-écuelle de sang. Pendant la récréation qui suit le dîner, un religieux, dom H. S. Chevalier lui dit | avoir bien de la confiance pour avoir si bien servi l'Église » et il ne reçut pour toute réponse que ce mot ? par trois fois lentement et distinctement prononcé : « Humilité, humilité, humilité, ne parlons pas de cela. » Comme on tâchait sur le soir de l'entretenir dans | s'augmenta ; et il se mit à parler d'une manière ravissante de la grandeur de Dieu, de l'intégrité du sacrifice qui lui est dû, etc. ; en sorte que l'on crut devoir | le communier incontinent après minuit. Dom Claude ~ Guénié, bibliothécaire de l'abbaye, lui dit la messe, et dom Jean, tout agonisant qu'il était, la dit avec lui en suivant et disant toutes les paroles, puis communia avec des sentiments très vifs : et depuis ne cessa - point de répéter le cantique Benedicite, jusqu'à ce que « la parole lui manquât entièrement, c'est-à-dire deux — heures environ avant sa mort, qui arriva le jour de Saint-Jean, son patron, à quatre heures trois quarts | du soir. Toute la communauté y était présente en prières et en larmes et aussi plusieurs personnes de — maladie dit en apprenant la mort de Mabillon « qu'il — avait perdu un de ses plus fidèles sujets et un des plus savants religieux de son royaume !, » Ainsi disparaissait le religieux que sa piété, sa modestie, son mérite avaient élevé plus haut que les dignités officielles. Un prélat l'avait voulu voir posséder une abbaye en règle, le cardinal Coloredo avait | travaillé à le faire élever à la pourpre ?, leurs bonnes volontés n'avaient rien obtenu de la jalousie des uns, de l'indifférence des autres, surtout elles n'avaient — pu triompher de la modestie de Mabillon et obtenir “qu'il s'intéressât à des dignités qui eussent tiré de sa personne tout leur éclat.
Requiescat in pace. Apporté à l'église avec les cérémonies accoutumées ; Où il demeura exposé au milieu du sanctuaire, pendant que l'on chantoit au chœur l'Office des morts. Généralement toute l'église étoit pleine de monde, et chacun s'efforçoit d'approcher du cercueil, pour voir ce défunt respectable que l'on ne pouvoit se rassasier de considérer : l'on voioit reluire sur son visage la sérénité et la douceur. Bien des gens vinrent lui baiser les pieds. L'office des défunts étant fini, aussi bien que les absolutions et les autres prières que l’Église a ordonnées, on porta le corps en terre. Ce fut une chose édifiante de voir les religieux de l'abbaye et plusieurs autres accourus des monastères voisins, ceux de Cluny et des autres ordres, aller deux à deux avec des cierges allumés : plusieurs ecclésiastiques, aussi bien que d'autres personnes distinguées par leurs dignités et par leurs mérites, voulurent aussi porter des cierges comme les religieux et marcher dans le même ordre à cette procession lugubre. Chacun y chantoit les larmes aux yeux, tant on étoit affligé de la perte d'un si saint et d'un si grand homme. On vint donc dans cet ordre à la grande chapelle de Notre-Dame enfermée dans l'intérieur du monastère, où l'on avait disposé le lieu de sa sépulture. Elle est placée en entrant, à droite vers la muraille, sous la première arcade, assez près du pilier, qui est du côté de l'autel. Là, chacun s'empressa de lui rendre les derniers devoirs, réciter les prières prescrites et jeter l'eau bénite sur la fosse. Le lendemain on commença le service solennel sur les dix heures du matin. Les chaises de notre chœur ne suffirent pas ; il fallut encore disposer trois rangs de siège de côté et d'autre, chacun voulant se joindre aux religieux pour chanter avec eux et témoigner la vénération pour cet illustre défunt. On fit ensuite des prières dans les autres églises, ce qui se communiqua dans les provinces où l'on fit des services solennels. Mais cela n'est pas de notre sujet. On a imprimé beaucoup de choses pour sa mémoire. Le pape ayant appris sa mort en pleura aussi bien que plusieurs autres prélats. Sa Sainteté fit écrire qu'on lui feroit plaisir de mettre son corps en un lieu de distinction avec une inscription qui le marquât. Cependant jusqu'à présent, écrit dom Ruinart, cela n'a pas été exécuté. On s'est contenté de mettre sur sa fosse, comme sur celle des autres, une petite pierre en carré, avec ces mots :
XLI. LES ÉLOGES. — « Les prédicateurs le louèrent publiquement dans la chaire et les pasteurs dans leurs prônes. » Cette indication, donnée par dom Ruinart, nous suffit. Au point de vue historique on retirerait sans doute assez peu de chose de ces manifestations pieuses et, d'ailleurs, sincères. À l'Académie des Inscriptions, Gros de Boze et l'abbé Bignon dirent les choses les plus flatteuses ; à la Sorbonne et ailleurs il en fut de même. Il y eut aussi l'avalanche des distiques, sentences et quatrains qu'il ne servirait de rien de transcrire et qu'on trouvera facilement ; enfin les lettres adressées principalement à dom Ruinart. On renouvela pour Mabillon l'ancien usage des Rouleaux des morts ; il y en eut un qui, contenant son éloge, circula de monastère en monastère, recevant des additions et des mentions de prières.
XLII. L'EXEMPLE ET L'INTERCESSION DE MABILLON. — L'exemple du pieux et savant religieux a été suivi et son œuvre a été féconde en suscitant des vocations scientifiques. Moins de trois ans après la mort de Mabillon, un de ses confrères, dom Jacques Boyer, mu par une même émotion, commença son Journal par cette déclaration : « Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Ainsi soit-il. » Dès que j'eus lu la vie du R. P. dom Jean Mabillon, composée par son fidèle disciple D. Thierri Ruinart, je conçus une si haute estime de la vertu de ce saint et savant religieux que je fis une neuvaine pour remercier Dieu des grâces qu'il avait daigné lui faire et obtenir par son entremise la grâce de l'imiter dans ses pieuses occupations et de me fournir les moyens de m'occuper utilement pour mon salut et pour la gloire de l'Église et en particulier pour celle de l'ordre de N. B. Père saint Benoît auquel Dieu m'a fait la grâce de m'appeler. Le Seigneur exauça mes vœux par les mérites de son serviteur Mabillon, et je commençai de m'en apercevoir, lors que je reçus une lettre de dom Gui Buisson, prieur de la Chaise-Dieu, en date du 26 avril 1710, qui m'engageait d'aller au plus tôt à la Chaise-Dieu pour travailler à l'histoire des abbés de ce monastère, que le R. P. d. Denis de Sainte-Marthe demandait pour sa nouvelle édition de Gallia christiana. Ayant redoublé ma piété pour la mémoire du grand Mabillon, je connus, lors que je m'y attendais le moins, que le ciel ne désapprouvait pas que l'on invoquât secrètement ceux que l'on a fondement de croire dans la gloire en récompense de leur humilité et de leur modestie. » D'abord, il est certain que le duc de Perth possédait un portrait. On lit dans une lettre à dom Ruinart, datée du 25 avril 1709 : « C'est un grand malheur qu'on n'ait pu achever son tableau, car je n'ai connu personne dont la physionomie fut plus belle que la sienne ; il n'a pas tenu à M. le duc de Perth, mais je me reproche de n'avoir pas fait ce que j'aurois dû. » Une lettre de Thom. Inese à D. Ruinart, sans date, mais postérieure de peu de temps à la mort, dit ceci : « Je ne croy pas que Milord duc de Perth fasse difficulté d'accorder à frère que je vous dise, que votre dernière estampe n'est pas... je savois peindre, j'y réussirois mieux tant je l'ai. » Mme de Caumartin une copie du tableau tel qu'il est de l'illustre défunt... » Autre lettre du même : « ... je venois pour avoir l'honneur de vous dire que Mylord duc de Perth veut bien accorder à Madame de Caumartin une copie du portrait... » et en post-scriptum, de la main du duc : « J'ay trop de considération pour monsieur l'abbé de Gaumartin de refuser ce que madame Caumartin demande pour copier le portrait de mon trés cher Père défunt, si j'auray une inclination de le refuser d'ailleurs ; mais je suis prêt d'en donner des copies à tout le monde pour faire honneur à la mémoire de dom Mabillon. » Était-ce une esquisse, puis que le tableau n'a pu être achevé ? N'est-ce pas celui que Ruinart a fait graver en tête de l'Abrégé puis que, la lettre déjà citée du 29 avril 1709, qui parait accuser réception de l'envoi d'un exemplaire dudit Abrégé, dit : « Souffrez que je conserve toute ma vie l'idée que je conserveray de l'extérieur de ce saint homme ? » Voici donc un type de Mabillon qui ne satisfait pas ceux qui l'ont connu. Il y en a un autre dont parle une lettre de dom Martène, du 11 janvier 1709 : « Est-il possible qu'on n'aura pas de lui un bon portrait ? Nous avons ici un visage dans un tableau qui a plus de son air que tout ce que l'on a fait jusqu'à présent. Si frère André pouvoit avoir le visage de plâtre qu'on a tiré sur lui après sa mort, il espère de pouvoir réussir en le peignant, mais pour l'avoir il faudroit que vous vous en dessissiez ? » Voici un deuxième type qui satisfait à près Martène, lequel écrit de Tours où se trouve le tableau en question, tableau qui a pu être exécuté vers le moment où Mabillon assista au chapitre général tenu à Tours en 1693. En voici un troisième. Sœur Drouyn, prieure de Chelles, amie de Mabillon, écrit à dom Ruinart à propos de l'estampe grand format placée en tête de l'édition de l'Éloge par Gros de Boze : « Le portrait est à l'éloge ne fut jamais celui de notre cher Père ; il y a bien des années que j'en ait vu un semblable — d'un de vos généraux ou autres de vos Pères, il n'y a ni ses traits, ni son air gracieux, ni sa vivacité ; si présent à mon imagination ; il en a paru un petit qui avoit plus de ses traits et assez de ressemblance aux yeux prest. » Une lettre de dom Ch. de l'Hostallerie à dom Cl. de Vic, du 18 juillet 1712, nous apprend que « dom René Massuet fait graver une belle médaille qu'on a tirée sur le moule de plâtre qu'on a pris sur le visage après sa mort. On la trouve beaucoup plus ressemblante que les portraits que l'on en a faits. On la posera sur un pié d'estal, une bibliothèque derrière accompagnée de quelques autres ornements. [Ce portrait est l'ouvrage du graveur Simonneau.] Dom de l'Hostallerie l'envoie à dom de Vic en lui disant : « Vous pouvez le faire graver à Rome à très peu de frais et, quand il seroit beaucoup moins fini que celui-ci, il vaudra mieux que le portrait gravé à la tête de la vie de dom Thierry Ruinart. » Une lettre de dom Massuet à dom de Vic, 26 avril 1714, lui dit : « On m'a dit que vous aviez fait graver son portrait ; je ne sais sur quel dessein. Mais je puis vous dire que si le graveur ne l'a pas tourné de profil, il n'aura pas réussi. Tous ceux qui l'ont peint ou gravé ici et l'ont tourné de deux tiers ou de trois quarts ont échoué à cause de la bouche qui fut malheureusement pâtée par celui qui le tira en plâtre après sa mort. C'est un mal auquel il n'a pas été possible de remédier autrement qu'en tournant le visage de profil. » Et voici ce qu'en dit dom de l'Hostallerie à dom de Vic, le 8 avril 1714 : « Votre portrait de feu D. Mabillon ressemble assez à celui que l'on a gravé ici. Le poreau que l'on lui a marqué sur le haut du front est trop gros, à peine m'en suis-je aperçu pendant sa vie ; il a aussi trop de relief dans celui qu'on a gravé. On a fait trop paraître dans l'un et l'autre les coutures des manches de son froc. » On voit que cette question de l'iconographie de Mabillon est peu claire. La sœur Drouyn ne se faisait pas faute d'ajouter un conseil : « Vous devriez le faire tirer en grand comme celui de l'éloge [par de Boze] ; la dépense ne doit point faire peur pour un homme qui a été la lumière de notre ordre et l'honneur de la congrégation.
Il s'agissait bien du portrait, c'était la Vie même de Mabillon que le Père général se refusait à laisser imprimer . Lorsqu'on eut réussi à triompher de son refus, il n'est pas douteux, le tendre respect de Ruinart en est un sûr garant, que celui-ci aura mis tous ses soins à ne placer en tête du volume qu'une image satisfaisante pour ceux qui avaient connu Mabillon. Ce portrait est probablement l'interprétation d'un plâtre ou d'une esquisse faite après la mort. L'Abrégé ne dit rien du moulage des traits, ce qui allait contre les usages reçus dans l'ordre, mais ce moulage a eu certainement lieu. Une lettre envoyée de Paris, en juillet 1709 aux Nouvelles de la République des Lettres, Gazette littéraire publiée à Amsterdam, annonce la mise en vente de l'Abrégé et dit à son sujet : « Je me contenterai d'ajouter ici qu'on trouve à la tête de cet Abrégé de la Vie du P. Mabillon son portrait très ressemblant, et le seul bon qu'on avoit pu avoir jusqu'à présent. La modestie, qui étoit le caractère propre de ce savant religieux, l'ayant empêché de consentir qu'on le peignît de son vivant, on ne put le tirer qu'en cire après sa mort. Mais, comme sa maladie avoit été très violente et l'avoit extrêmement changé, cette cire ne le représentoit que très imparfaitement, et ne conservoit que les traits d'un visage mourant et décharné. On s'étoit servi de cette cire pour peindre et pour graver le P. Mabillon : mais comme on l'avoit copiée servilement, pas un des portraits qu'on avoit faits ne le représentoit en aucune manière, et ses meilleurs amis étoient extrêmement mortifiés de ne pas le reconnaître dans les portraits qui portoient son nom. Depuis, cette même cire ayant été communiquée à M. Bernard-Picard, habile dessinateur, il sut si bien s'en servir et y appliquer les règles de son art, que, quoiqu'il n'eût jamais vu le P. Mabillon, il le rendit entièrement ressemblant. C'est ce portrait qui est à la tête de l'ouvrage du R. P. Ruinart, et quoi que le nom de B. Picard n'y soit point, il n'en a pas été moins fait sur son dessin. » Y a-t-il eu moulage en plâtre ou modelage en cire après décès ? L'article ne dit pas le nom de l'artisan qui travailla à reproduire les traits de Mabillon étendu sur son lit de mort, mais l'indication qu'il donne sur l’œuvre du graveur Picard est confirmée par son dessin conservé au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale et qui a donné satisfaction aux contemporains, aux amis de Mabillon et à son pieux disciple Ruinart. La gravure au burin est de P. Giffart, qui travailla souvent pour Mabillon .
Le burin de Giffart (fig. 7354) inspira et régla les dessinateurs qui présentèrent désormais les traits de Mabillon : Simonneau, Loir, Desrochers et Gaillard. Des peintres, comme Hallé et d'autres tout à fait inconnus, exécutèrent d'après ce modèle des portraits sur toile. Enfin, c'est du même type que procède le buste en plâtre de grande dimension conservé à la bibliothèque Sainte-Geneviève et attribué à Coysevox ; ce buste est placé dans la grande salle du rez-de-chaussée affectée aux manuscrits, entre deux fenêtres du fond.
La gravure de Charles Simonneau (0 m. 27 x 0 m. 18) donne le profil de Mabillon dans un médaillon soutenu par deux génies ; le fond est garni de livres sur des rayons, le portrait est posé sur un socle entre une corne où fume l'encens et un lis. Un profil a été gravé par Ad. Varin en 1878, on le trouve au frontispice de l'ouvrage de H. Jadart, Dom Jean Mabillon, 1879, et au frontispice des Mélanges et documents, 1908.
Le pape Clément XI, qui avait demandé à Mabillon une édition du De consideratione, apprit avec regret la mort du savant religieux, et il chargea le cardinal Colloredo d'écrire à dom Ruinart : « Sa Sainteté a marqué que vous luy feriez plaisir de l'inhumer dans le lieu de plus distingué, puisqu'il n’y en a point où sa réputation ne se soit répandue, et que tous les savants qui iront à Paris ne manqueront pas de vous demander : ubi posuistis eum ? Il prévoit quelle sera leur peine, s'ils apprennent que les cendres d'un personnage de ce mérite ont été confondues, et s'ils ne les trouvent pas recueillies sous le marbre, avec quel que inscription qui conviennent à des restes si précieux !. » Ce souhait arriva lors que l'inhumation était faite et rien ne permet de croire que les supérieurs y eussent déféré s'il leur était parvenu en temps utile, car, dit dom Ruinart : « cela est contre l'usage de notre congrégation, mais ce grand homme mérite d'autant plus d'être distingué après sa mort qu'il a toujours vécu dans la simplicité la plus commune . » Il y a ici un petit problème archéologique à résoudre. D'après H. Jadart, on fit droit à la requête du pape dès 1708, et l'épitaphe recouvrit pendant quatre-vingt-onze ans les restes de Mabillon, jusqu'en 1799. J.-B. Vanel dit qu'on ne crut pas pouvoir se rendre à ce désir, du moins immédiatement, et ce ne fut probablement qu'après le mort de Montfaucon (1741) qu'une plaque de marbre blanc portant le nom du défunt, fut substituée à la pierre carrée ordinaire . Enfin A. de Boislisle se contente de dire que, au reçu de la supplique de dom Ruinart, le Saint-Père permit que par exception on inscrivit le nom de Mabillon et qu'on plaçât la plaque dans un lieu distinct 5.
B. Guérard a eu raison de dire que la dalle funèbre de Mabillon ne portait pas son nom ; mais on lui a donné tort en disant qu'il n'y avait pas de plaque. Ainsi tout ira à merveille, mais non ! D'abord c'est dom Massuet à qui on a demandé deux épreuves du portrait de Mabillon qu'il fit graver en médaille, et “qui s'y refuse. D'accord avec le P. général, dom Arnould de Loo, il s'emploie à retarder l'apparition “de la vie latine par dom de Vic jusqu'à ce que lui-même ait fait paraître la vie latine écrite par lui pour le tome v ? des Annales ; en outre, il annonce que la vie traduite par son confrère ne paraîtra pas et dom de l'Hostallerie s'inquiète. « Je ne scay, dit-il, si on a changé de résolution, je n'en av point ouï parler. Il a été arrêté que pour diminuer les frais on ne la feroit pas en France, mandez-moy ce qui en est, je vous prie. Il me semble que c'est bien peu que d'en tirer seulement 200 exemplaires, le latin s'entend partout et il faut que les Espagnols, Italiens, Allemands, etc. ne soient guères curieux si ce nombre suffit. Le retranchement du culte des saints inconnus ne fera d'une délicatesse infinie surtout ce qu'ils pensent leur attirer de l'estime et de la considération. Il faut des contenter ?. » Le pieux et savant cardinal Tomasi avait accepté la dédicace de la traduction de la Vita Mabillonii et son crédit à Rome aurait pu aider dom de Vic à faire imprimer le livre, mais le cardinal mourut le 1er janvier 1713 et vers le même temps l'ordre de surseoir à l'impression , parce que la congrégation n'en pouvait supporter la dépense. L'intrigue de dom Massuet avait réussi ^ d'autant mieux qu'elle était assurée de l'appui du Père général et du Père procureur, dom Philippe Raffier , trop heureux de contrarier son collègue dom de Vic. Depuis que feu D. J. Mabillon composa sa préface du dernier tome de S. Aug. ou il déclare à la fin que nous demeurons attachés à la doctrine contenue dans l'ordonnance de feu M. l'archevêque de Reims et dans celle de M. le C. de Noailles, les Jésuites l'ont regardé comme janséniste et comme leur ennemi, et on a tâché à le décrier. Je me suis donc pas surpris de ce que le P. D[aubenton] ? s'oppose secrettement à l'impression de sa vie si sainte et si édifiante qui “poura lui concilier dans Rome l'estime et la vénération de tous ceux qui n'entendent pas notre langue et savent la latine . » Dom de l'Hostallerie se perd un peu parmi les ruses d'une cabale qui s'efforce “de lui cacher ses cheminements et il ne sait qu'encourager dom de Vic à tenir bon et à prendre patience . $ Le Père général dom de Loo mourut sur ces entrefaites, (9 août 1713) et sa mort, dit un de ses prédécesseurs, fut « comme une protection de Dieu sur la congrégation 1 » ; dom de l'Hostallerie devenu, de premier assistant, vicaire général, ordonna de commencer immédiatement l'impression de la vie latine de dom de Vic !!. Sa lettre, du 14 août, cinq jours après la mort de dom de Loo, débute ainsi : « Nous avons perdu N. T. H. P. Général, là mort vient de nous l'enlever. Je le recommande à vos prières et à celles des bons amis que nous avons à Rome. Commencez l'impression de votre ouvrage afin qu'elle soit achevée avant le chapitre !. » Mais à Rome, l'opposition ne désarme pas. Certains prélats ultramontains exigent que la traduction de dom de Vic ne contienne même pas une allusion à la lettre De cultu Sanctorum ignotorum et dom de l'Hostallerie y acquiesce sous prétexte que la vie « n'en sera pas moins édifiante !. » Quelques jours plus tard il ne pouvait se tenir d'ajouter : « Il n'y a pas plaisir à faire rien imprimer à Rome ™ » et « Il faut que le crédit de ceux qui traversent l'impression soit bien grand !. » Dom de Vic, après la mort du cardinal Tomasi avait proposé au cardinal Alexandre Albani, neveu du pape, d'agréer la dédicace de la Vita Mabillonii, le cardinal neveu « faisant instance auprès du pape pour faire imprimer cette vie à Rome, Sa Sainteté dit quelle ne pouvoit le permettre, le P. Daubenton, jésuite l'ayant assuré que dom Mabillon estoit janséniste et uni avec ceux de ce parti !. » Édifié enfin, dom de l'Hostallerie écrivait à dom de Vic : « Je crois que vous feriez bien de faire imprimer en France votre traduction puis que l'on fait tant de façons à Rome pour vous le permettre. Ce sera le plus tôt fait « . » Et enfin une lettre du 29 janvier 1714 contient ces mots qui terminent l'incident : « Dieu soit loué de ce que votre traduction a passé de Rome à Padoue où l'on vous fait espérer une prompte impression '*, » C'est, en effet, à Padoue que la Vita fut imprimée.
La cabale qui avait travaillé, avec l'obstination qu'on vient de voir, à empêcher la publication de la vie de l'admirable moine bénédictin était composée des mêmes adversaires qui n'avaient rien négligé pour entraver ses travaux et ternir sa réputation. Impuissante à contredire ses travaux, elle jetait le soupçon sur son orthodoxie. Les attaques d'un Père Langlois ou d'un Père Germon contre le Saint Augustin et la Diplomatie trouvent leur écho dans les insinuations et les imputations d'un Père Daubenton. La gloire du grand religieux les offusque, sa célébrité scientifique les importune, son illustration les irrite comme sa modestie les déroute. Si Mabillon était des leurs, quels louanges hyperboliques de sa science, quelle exaltation de sa vertu, quels hommages rendus à sa doctrine ! Le respect, la soumission et la déférence que Mabillon, à l'exemple de ses supérieurs et de l'immense majorité de ses confrères, les bénédictins de Saint-Maur, professait à l'égard du Siège apostolique, étaient dénoncés comme tiédeur gallicane et ferveur janséniste par des contradicteurs irréductibles qui, guidés et entraînés par leur confrère, le Père Le Tellier, confesseur de Louis XIV, avaient réussi à insinuer la destruction de la congrégation de Saint-Maur. Le 8 juin 1713, le pape Clément XI, dûment circonvenu, faisait remettre à Louis XIV un mémoire qui promettait la publication de la bulle Unigenitus et exprimait la crainte qu'elle ne fût mal reçue du clergé de France, « Un des moyens les plus efficaces et les plus prompts d'arrêter le cours d'un si grand mal, écrivait le pape, serait de supprimer la congrégation de Saint-Maur que tout le monde sait être la source la plus féconde de l'erreur. Vous savez depuis longtemps que j'en ai formé le dessein, mais je ne puis réussir si Votre Majesté n'entre de concert avec moi dans cette bonne œuvre. » XLVI. TRANSLATION, 1799. — Mabillon avait eu le grand honneur d'être enterré dans la grande chapelle de Notre-Dame construite au XMe par Pierre de Montereau, l'architecte de la Sainte-Chapelle du Palais. Cet édifice ne fut pas épargné par la Révolution française ; d'abord transformée en fabrique de salpêtre, elle fut démolie lors du percement de la rue de l'Abbaye. « Ce fut sur ma demande, raconte l'abbé Bouillot, faite au gouvernement le 25 mai 1799, que le corps de Mabillon fut déposé le 27 septembre suivant au Musée des Monuments français. Les restes de Mabillon étaient couverts d'un marbre blanc, carré, de la dimension de 18 pouces. J'en ai extrait le fragment d'une côte, qui pourrait être employé, si le patriotisme élevait un jour un monument sans faste à la mémoire de ce grand homme, dans l'église paroissiale de Saint-Pierremont 1, » On lit dans le Journal d'Alexandre Lenoir la note suivante :
Par ordre du ministre Treilhard, les restes de Mabillon furent transférés avec ceux de Montfaucon, le 9 brumaire an VIII (27 septembre 1799). Voici le procès-verbal d'exhumation ?
« L'an huit de la République Française, une et indivisible, le troisième jour de vendémiaire sur les onze heures du matin, « Nous Alexandre Lenoir, administrateur du Musée des Monuments Français et Pierre Claude Binart, sous-conservateur audit Musée, y demeurant rue des Petits-Augustins, Division de l'Unité, en vertu d'un ordre particulier à nous donné par le Ministre de l'Intérieur provoqué par le citoyen Treilhard, membre du Directoire exécutif, pour faire rechercher et exhumer les cendres de Bernard Montfaucon et de Jean Mabillon, religieux de la ci-devant abbaye Saint-Germain-des-Prés, illustres, le premier par ses savantes recherches sur les monuments anciens particulièrement sur ceux de notre nation, et le second étaient distingués par des écrits lumineux, entr'autres celui très estimé intitulé la Diplomatie, : Désirant remplir avec empressement cette honorable mission et exécuter les ordres du ministère de l'Intérieur à cet égard, nous avons résolu d'abord de nous assurer du lieu où ces personnes célèbres avaient été inhumées et de consulter à cet effet le citoyen Germain Poirier, ex-religieux de la dite abbaye, lequel nous fit part qu'un registre en forme de nécrologe, déposé à la bibliothèque de l'École centrale des Quatre Nations contenant la date du décès de chacun des religieux de cette abbaye et l'indication du lieu où ils étaient inhumés, nous donnerait sur cet objet tous les éclaircissements que nous désirions.
« Nous étant, en conséquence, fait donner communication dudit nécrologe, nous remarquâmes qu'il commençait en l'année 1632 et qu'il finissait en 1792, Nous lûmes à la date du 27 décembre 1707 que le R. P. D. Jean Mabillon était décédé ce jour et qu'il était inhumé dans une chapelle dite Notre-Dame, et à celle du 21 décembre 1741, que Bernard Montfaucon était décédé ce jour et était inhumé dans la même chapelle. Munis de tous ces renseignements, nous susdits administrateur et sous-conservateur, nous transportâmes sur le champ à la ci-devant abbaye Saint-Germain-des-Prés, accompagnés dudit citoyen Poirier, qui voulut bien nous guider dans nos recherches et des citoyens Ambroise Robert Lesieur et Augustin-Jean Colombe, division de la Cité, que nous priâmes aussi de nous assister dans notre opération, où étant arrivés, nous fûmes introduits dans une chapelle située au nord et à l'extérieur de l'église de Saint-Germain-des-Prés, servant de magasins de marchandises appartenant au citoyen Ternot, négociant, domicilié place des Victoires nationales, locataire de ladite chapelle, « auquel nous fîmes part ou à celui qui le représentait, que nous allions ainsi que nous y étions autorisés, mais avec son agrément, procéder à l'exhumation des corps de Jean Mabillon et de Bernard Montfaucon 1 ce qui nous fut à l'instant accordé.
« Nous étant mis en devoir d'achever notre tâche, le citoyen Poirier nous observa que les différentes sépultures, qui se trouvaient dans la chapelle précitée, avaient chacune une inscription et qu'il nous serait alors facile de trouver celles qui étaient placées sur la sépulture de Mabillon et de Montfaucon ; en effet, nous trouvâmes une inscription gravée sur un marbre blanc placé à terre du côté droit et près du mur de la première croisée sur laquelle nous lûmes ce qui suit : Hic jacet R. P. D. — Joannes Mabillon ; obiit 27 Xbre 1707, et ensuite à gauche, près du mur de la 2e croisée, une autre inscription aussi gravée sur du marbre blanc contenant ces mots : Hic jacet R. P. D. Bernardus Montfaucon, obiit 21 Xbre 1741. Ces inscriptions nous donnant l'intime conviction que les corps de ces savants illustres reposaient dans ces lieux, nous ordonnâmes d'abord de lever les terres qui couvraient Montfaucon et, étant arrivés à la profondeur d'environ 160 millimètres * (5 pieds), nous découvrîmes les ossements d'un corps humain dans leur état naturel, la tête tournée vers l'Orient ; ce corps nous parut avoir été inhumé avec des vêtements, ainsi que nous en fûmes convaincus par les débris que nous trouvâmes avec des fragments d'un cercueil de bois de sapin entièrement pourri ; ayant fait retirer soigneusement ces ossements et les ayant examinés avec attention nous remarquâmes qu'ils étaient ceux d'un homme plus qu'octogénaire ; nous les placâmes à l'instant dans une petite caisse de bois de sapin que nous envoyâmes chercher à cet effet.
Si nee — « Procédant de suite à l'exhumation de Jean Mabillon, nous fîmes lever les terres qui couvraient ses restes et, étant arrivés à la même profondeur que le précédent, nous découvrîmes vers le milieu du sol que nous faisions ouvrir, les débris d'un cercueil de bois de sapin et les ossements d'un corps humain qui nous parurent être ceux des pieds, ce qui nous fit remarquer qu'ils étaient tournés vers l'Orient, et continuant à faire relever les terres au moyen d'une excavation que nous fûmes obligés de faire pratiquer, nous apperçûmes tous les restes des ossements dans leur situation naturelle ; les ayant fait retirer avec précaution, nous les examinâmes avec soin et nous reconnûmes qu'ils étaient ceux d'un homme plus que sexagénaire.
« Nous fîmes aussitôt mettre également ces précieuses dépouilles dans une autre caisse de bois de sapin que nous transportâmes sur le champ avec celles qui renfermaient les restes de Montfaucon au musée confié à nos soins et où nous les déposâmes dans un local attenant notre logis en attendant que les monuments qui doivent leur être élevés soient exécutés ; ce qui étant fait et terminé, nous nous retirâmes... » Dans son Journal, Alex. Lenoir écrit encore :
« Muni des restes précieux de ces deux hommes illustres, je les déposai dans le Jardin Élysée du Musée des Monuments français, chacun dans un sarcophage composé exprès en exécution de la lettre du ministre. » Une planche gravée sur acier et hors texte, placée dans le volume du Catalogue descriptif, nous donne l'aspect du monument de Mabillon : c'est un mausolée en pierre, orné d'une couronne et sans aucun emblème religieux ; il est entouré de cyprès et de peupliers (fig. 7356). Voici la description qu'en donne Lenoir :
« No 512. Urne sépulcrale de Mabillon. Sarcophage en pierre dure contenant le corps de dom Jean Mabillon, religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, mort en 1707, savant critique et profond dans la diplomatie. Mabillon était plus grand encore par sa modestie ; j'ai décoré son tombeau de plusieurs inscriptions anciennes, qui tiennent à la science qu'il avait le plus affectionnée. :
Alex. Lenoir, Musée des Monumens français, ou description historique et chronologique des statues..., bas-reliefs et tombeaux des hommes et des femmes célèbres, pour servir à l'histoire de France et à celle de l'art, ornée de gravures et augmentée d'une dissertation sur les costumes de chaque siècle, in-8°, Paris, 1800-1806. t. v, p. 201 et pl. 201 (vue du monument) ; t. vin, p. 169, 170 ; le même, Description historique et chronologique des monuments de sculpture réunis au Musée des Monumens francais... augmentée... du procès-verbal des exhumations de Saint-Denis..., in-8°, Peu après le rétablissement du culte, M. Lévis, curé de Saint-Germain, demanda la restitution des deux corps à son église. On conserve dans les papiers de la fabrique la réponse négative du ministre de l'Intérieur, Champagny, datée du 2 frimaire an XIV et adressée aux marguilliers, à qui on rappelle que les restes des deux savants ne reposèrent jamais dans l'église, mais dans la chapelle de la Sainte-Vierge, lors de la démolition de laquelle ils entrèrent au Musée à qui ils appartiennent !.
XLV. TRANSLATION, 1819. — En 1817, M. de Kéravenant, curé de Saint-Germain-des-Prés, renouvela la demande formulée par le curé Lévis ; elle fut appuyée par les administrateurs et les marguilliers de la paroisse, adressée au préfet de la Seine, comte Chabrol, et datée du 13 mars 1817. On y lisait, entre autres choses, ceci : « Nous demandons les restes de Mabillon et de Montfaucon ; ces illustres bénédictins avaient été enterrés dans notre église et nous sommes portés à regarder leurs restes comme des reliques de saints, car ils ont été aussi distingués par leur piété que par leur érudition, leurs savants écrits et leurs immenses travaux. Nul motif ne peut s'opposer à cette translation. Par rapport aux raisons de salubrité, nous observons qu'il ne reste plus de ces hommes célébres que des fragments d'os prêts à tomber en poussière... Pendant qu'on imprime cette requête, nous apprenons que Messieurs les membres de l'Académie des Inscriptions veulent bien appuyer notre requête... » Le comte Chabrol signa un arrêt favorable à la pétition le 26 mars 1818. La fabrique, appelée à prêter son concours pécuniaire, y consacra deux séances ; le 11 décembre suivant, alloua une somme de mille francs tout en sollicitant le préfet de suppléer à « la pénurie de ses fonds ». Le 7 février 1819, la fabrique reçut notification du transfert des cendres de Mabillon et de Montfaucon, auxquels était associé Descartes, le 26 du courant.
Ce jour-là, les commissaires désignés se rendirent au Musée des Petits-Augustins, où les rejoignirent dans des voitures de deuil les délégués des Académies, les parents ou alliés des trois grands hommes et le jurisconsulte désigné par le préfet de police. Tous se transportèrent dans le jardin où on procéda successivement à la démolition des trois sarcophages. De celui de Descartes, on retira une boîte de plomb renfermant ses cendres, laquelle boîte fut sur-le-champ déposée dans une bière à trois compartiments étiquetés des noms de Descartes, Mabillon et Montfaucon.
Ensuite, on procéda à la démolition des deux autres sarcophages ; on lisait sur le premier :
Les restes de dom Jean Mabillon sont déposés dans ce tombeau. Il mourut en l'an 1707.
Sur la face latérale à gauche du monument se trouvait la tablette de marbre blanc apportée de Saint-Germain-des-Prés. Puis ce fut le tour de Montfaucon. Les restes « ne consistaient, pour ainsi dire, qu'en poussière » lit-on dans le procès-verbal ; ils furent placés dans les trois compartiments de la bière qui fut scellée et cachetée, puis couverte d'un drap noir. On se rendit dans la salle de réception où fut signé le procès-verbal !, après quoi, M. Piault, maire du Xe arrondissement, prononça un discours, que suivit celui de M. Sylvestre de Sacy.
Le cercueil fut transporté du musée à l'église Saint-Germain, suivi du cortège officiel et escorté par deux haies de gardes nationaux. Le curé, M. de Kéravenant, avec son clergé et ses marguilliers, le reçut à l'entrée et le cercueil fut placé dans la nef ; la messe haute fut chantée par dom Nainville, ancien bénédictin de la congrégation de Saint-Maur. L'absoute terminée, le cercueil fut transporté dans la chapelle de Saint-François de Sales, où un tombeau en pierre à trois compartiments avait été pratiqué, surmonté de trois tables de marbre séparées et encadrées par des colonnes de marbre, avec, chacune, une inscription relative à chaque corps. Ces inscriptions avaient été composées par l'Académie et gravées sous la surveillance de MM. Quatremère de Quincy, dom Eng et Petit-Hadel. Voici celle de Mabillon :
Dès que tout le cortège et le clergé furent devant la tombe, on procéda à la levée du scellé et on transféra les restes de Mabillon d'abord, ensuite de Descartes, enfin de Montfaucon. Après le chant du Libera nos, la récitation des prières et la bénédiction des restes par M. le curé, on scella les tombes dépositaires de ces restes vénérables.
XLVI BIBLIOGRAPHIE. — La liste qui va suivre ne dispense pas de recourir à la description des ouvrages donnée au cours du travail qui précède.
Corbeiensis ordinis sancti Benedicti congregationis sancti Mauri ad limina Breviarii monastici exposita, 2. Gallia Christiana, in-folio, Paris, Billaine, 1667. 3. Sancti Bernardi abbatis primi Claraevallensis opera nova, 2 vol. in-folio, Paris, 1690, puram et augmentée. i et de nd ele remarques. Mabillon préparait une quatrième édition qui parut en 1719 par les soins de dom R. Massuet et de dom Fr. Tixier, qui ajoutèrent une préface. Elle ne diffère de l'édition de 1690 par l'addition de deux lettres au premier volume, une troisième, qui avait été publiée par Baluze, d chartes pour le monastère de Luxeuil et une 3e de la lettre ad Fratres de Monte Dei. A la suite du second volume on trouve une lettre du moine Fr mond, touchant la canonisation de saint Bernard. Mabillon préparait une deuxième édition au moment de sa mort, ce fut dom Ruinart qui acheva le travail et le livre parut avec le même titre : De re diplomatica libri VI... Editio secunda ab ipso auctore recognita, emendata et aucta, in-folio, Lutetiae Parisiorum, C. Robustel, 1709. Cette édition contient dans les feuillets préliminaires la lettre dédicatoire à Golbert et la préface de Mabillon, entre lesquelles s'intercale une importante préface de dom Huinart.
Une troisième édition qui n'est qu'une réimpression avec des compléments et des notes de peu de valeur, parut à Naples en 1789 : De re diplomatica libri VI.. Tertia at que nova editio disserlationibus variorum locupleta notis que nunc primum inlustrata a marchione Bumbae Johanne Adimari, 2 vol. in-folio, Napoli, Ursini, 1789.
. 249.
Il y eut une réédition à Venise, 1733-1740, en neuf volumes in-folio.
On réunit les préfaces des différents siècles, par les soins de différents compilateurs : J.-B. Perone, les p B m une quin que (ce sont : De pane eucharistico azymo et De cultu ganctorum ignorent, De primario IRA ER instituto, p. 7192), in-de, Tridenti, 1724 ; Venetiis 1732 ; Rotomagi, p usus t. r, p. 101184, TEER d cs zième chapitre, dirigé contre le P. Macedo, cordequi avait fait une hérésie au cardinal Bona de n sentiment ; reproduit également dans Praefaliones, : ts DE Gu les d' mule : la de renferme des diplômes, titres et des lettres ;4a 3° plusieurs dissertations Mabillon : De pane eucharistico azymo et Eusebii tomani epistola.
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107 MABILL ON
d'Ambroise, général des camaldules au XVe ; el les ont été publiées dans le troisième volume de : l'Amplissima collectio de dom Marténe. beaucoup d'autres et de la morgue de toutes = Dans la première moitié du XVe, l'abbesse Madame Catherine de Lorraine tenta inutilement d'introduire une réforme ; après elle, Madame Christine de Salm forma le même projet et, pour y réussir, demanda à Mabillon un travail servant à prouver que jusqu'au XVe, Remiremont avait observé la règle bénédictine. Ce fut à cette occasion qu'il écrivit la Lettre de dom Jean Mabillon à un de ses amis touchant le premier institut de l'abbaye de Remiremont, en 1687 ; cette pièce fut traduite en latin et introduite à la suite du volume composé des Praefationes in Actasanctorum, in-4 », Tridenti, 1724, p. 719-732 : V. De primario Homarici montis instituto. Les dames de Remiremont, rapporte dom Tassin, « entêtées de leur qualité de chanoinesses, avancèrent dans un de leurs factums que le P. Mabillon n'avoit osé assurer qu'elles eussent été de l’ordre de Saint-Benoît, qu'il avoit dit au contraire que, dès le IXe, elles étoient chanoinesses. L'un et l'autre étoient très faux, » Mabillon, dans sa lettre, prouve par la fondation de cette maison, par les monuments qu'on y voit, par les anciens auteurs, par les bulles des papes, que les religieuses de Remiremont étaient nonnes bénédictines jusqu'au XVe au moins. Cette érudition fut d'ailleurs en pure perte, les chanoinesses durèrent jusqu'en 1790, très dissipées, très mondaines, donnant des fêtes, des réceptions, des bals même. L'abbesse seule faisait des vœux et un scrupule vint à Madame Christine de Salm ; elle s'en ouvrit à Mabillon ayant « appris que ses parents avoient donné quel que argent pour avoir la place de chanoinesse qui étoit nécessaire pour parvenir à l'abbaye... On croit encore que pour l'abbaye même ses parents avoient promis quel que argent aux gens qui y pouvoient contribuer ; mais on ne sait pas si on en a donné. Cependant, Mabillon écrivait à Rome que cette bonne abbesse, désirant mettre sa conscience en repos, a été conseillée de se pourvoir à Rome pour se faire réhabiliter... sans que la chose puisse éclater dans le monde. Vous voyez l'importance qu'il y a de garder le secret en cette rencontre *, Et il demandait qu'on passât par le cardinal Colloredo et qu'on payât tous les frais qu'il prendrait soin de faire rembourser. Le bref de la Pénitencerie lui serait adressé par l'intermédiaire d'un confrère. in-4 », Paris, 1687, Les chanoines réguliers, alléguant un motu proprio du pape Pie IV, avaient réclamé cette préséance dans un écrit intitulé : Exposition ou sommaire du droit des chanoines réguliers de la province de Bourgogne. Ce n'était pas seulement querelle de moines. la question importait au roi lui-même. En | termes devaient s'entendre, le premier, de la concli | rencontrent en cha que siécle dans la lecture des origin aux. effet, le bref apostoli que n'ayant pas été soumis aux Parlements, la prétention des chanoines se fondait sur un titre sans valeur et portait atteinte aux libertés gallicanes. La Réponse de Mabillon fut suivie d'une : E 20. Répli que des religieux bénédictins de la province de Bourgogne au second écrit des chanoines réguliers de la même province, in-4e, Paris, 1687, cette PR fut rédigée en huit jours.
Ecc sion de l'office divin (missa), et le deuxième, du pain et du vin que le lecteur prenait pour marquer communion avec les frères avant de commencer la lecture ; dom Claude de Vert, trésorier de Cluny adopta cette interprétation ; Mabillon la réfuta en prouvant que ces mots signifiaient, dans le sens traditionnel, le sacrifice de la messe et la communion eucharistique. =oD el un catalogue des livres choisis pour composer une bibliothèque ecclésiastique, in-4°, Paris, Robustel, 169 z une 2e édition revue et corrigée, 2 vol. in-12, Paris, | 1692, On retrancha de cette édition tout ce qui se trouvait dans la première en faveur des Institutions — théologiques d'Episcopius. Le Traité eut une traduction latine du P. Ulrich Standigl, imprimée à Kempten, 1702 ; le P. Hermann Schenck traduisit en latin Jam liste des principaux difficultés ; le P. Nicolas Ceppi. traduisit en italien la deuxième partie avec la liste des difficultés et la fit imprimer sous le titre de La scuola Mabillonia,in-8 », Roma, 1701, mais il dut supprimer ce que Mabillon avait dit de certains livres défendus dont il approuvait la lecture. 24. Réflexions sur la réponse de M. l'abbé de la Trappe au Traité des études monastiques, in-d* », — Paris, Robustel, 1692 ; 2 vol. in-12, Paris, Robustel, M 1693, M 25. De morrasticorum studiorum ratione ad juniores studiosos que congregalionis S. Mauri monachos Ti d. JONANNIS MABILLON. La date de cet écrit n'est pas connue avec précision, peu avant ou peu après le- » Traité des études monastiques. Cette pièce se trouve A E
da 1s DM monastiques ; t.r, p. 419-425. Dom Thuillier, préf., p. ur, dit que « cette pièce fut faite pour être mise en tête d'une nouvelle édition de Sulpice Sévère, l'historien favori de dom Mabillon, et devait tenir lieu d'épitre dédicatoire. » Ie E Jean Mabillon au nom 2 la Mère prieure j rur du Saint-Sacrement sur la mort de la Ti Emıvixtov, rythmo teutonico Ludovico regi acelamatum, cum Nortmannos anno DCCCLX X XIII viEx codice ms. monasterii TILER sive i Weit J. non 1696, 72 p. | a La regle de saint por el les statuts d'Elienne eligieuses de Chel les. in-12, Paris, 1697. . Eusebii Romani ad Theophilum Gallum Epistola de cultu sanclorum ignotorum, in-4 », Parisiis, . Epistola commonitoria ad domnum CLAUDIUM ENNOT (Stephanotium) procuratorem congregamis S. Mauri in Curia romana, super epistola de u sanctorum ignotorum, in-12, Parisis, 1695. | . Eusebii Romani ad Theophilum Gallum Epistola de cultu sanctorum ignotorum, in-12, Paris, 1705. remière édition (n. 30) fut traduite en français M. de Boin : Traduction de la lettre d'Eusèbe Ro| | 1 à Théophile François sur le culte des saints incon- | par dom Ruinart, p. 216-223 ; cf. dom Tassin, Hist. liti., p. 212, 258. Cette pièce est intitulée : « A mes trés chers Fréres, les catholiques anglois, salut en Jésus-Christ, nótre Sauveur, constance et persévérance en. la foy catholi que. » 34. Lettre d'un bénédictin à Mgr l'évé que de Blois, | touchant le discernement des anciennes reliques, au 30. Praefatio generalis in editionem operum S. AUqustini, in-fol., Paris, 1701.
36. Sancli Bernardi de consideratione libri quin que ad Eugenium tertium jussu Clementis XI Pontif. Max, editi, in-8 », Parisiis, 1701.
37. Discours sur les anciennes sépullures de nos rois, dans Mémoires de lifléralure tirez des registres | de l'Acad. roy. des Inser. et Bel les-Leftres, t. 11, 1717, A + 0) avec cette invocation : « Seigneur ayez pitié de vos serviteurs qui espèrent en vous. »
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méme congrégalion !, in-4 », Paris, Habuty, Josse, Joubert, 1724.
Pages 1-47 : « Histoire de la contestation sur l'auteur du livre de l'Imitalion de J.-C. » et p. 48-54 : « Garants de l'histoire précédente », par dom Thuillier.
P. 55-76 : Animadversiones in vindicias Kempenses a R. P... canonico regulari congregationis gallicanae adv. d. Fr. Delfau, mon. ben. congr. S. Mauri.
Pages 77-100 : Lettres et écrits sur la question des azymes, Pages 101-184 : Dissertalio de pane eucharistico azymo el fermentalo, imprimée pour la première fois en 1674, augmentée ici d'un douzième chapitre contre le P. Macedo, cordelier, qui avoit fait une hérésie au cardinal Bona de son sentiment.
Page 185 : Praemonitus in sequens opusculum Eldefonsi.
Page 189 : Revelalio qua ostensa est venerabili viro Hispanensi Eldefonso episcopo in Spiritu Sancto mense septimo.
Pages 198-204 : Lettres.
Pages 204-208 : Jugement du P. Thomassin sur la | dissertation précédente.
Pages 209-364 : Lettres et écrits sur le culte des saints inconnus.
Pages 209-212 : Fr. Joan. Mabillon admonitio in novam editionem epistolae Eusebii Romani.
Pages 213-281 : Eusebii Romani ad Theophilum Gallum Epistola de cultu sanctorum ignotorum ; les deux éditions superposées, la premiére en bas de page et en petit caractére.
Page 282 : Appendix de ritu humandi sacerdotes veleri el novo.
Page 285 : Appendix II : De probatione reliquiarum per ignem.
Page 288 : Decretum generale sacrae congregationis Rituum ab Innocentio XII approbatum.
Page 293 : Index oleorum sacrorum qua (Gregorius Magnus misit ad T heodelindam reginam.
Page 295 : Inscript. antiquar. Sebast, Macci® Durantini. ;
Pages 301-303 : Synopsis epistolae sequentis (i. e. praecedentis).
Pages 303-318 : Lettres de et à Mabillon.
Pages 320-329 : Fr. Joann. Mabillon commoniloria epistola ad D. Claudium Estiennot, V nonas julii 1698.
Pages 330-346 : Lettres de et à Mabillon.
Pages 347 : Obserpationes ad seclionem IV epistolae Eusebii amat ad Theophilum Gallum.
Pages 352-363 : Lettres de et à Mabillon.
Pages 365-426 : Lettres et écrits sur les étu des monastiques. ;
Étu des monastiques (par dom V. Thuillier).
Pages 391-418 : Lettres de et à Mabillon.
Pages 419-425 : De monasticorum studiorum ratione ad juniores studiosos que congr. S. Mauri monachos d. Joan. Mabillon.
Tome 11, contenant outre quelques œuvres posthumes de ces deux savants religieux plusieurs petits ouvrages déjà imprimés de dom Mabillon.
Page 1 : Iter Burgundicum anni MDCLXXXII.
Page 44 : De quibusdam factis | Reverendissimi ! Sur le personnage de dom Vincent Thuillier, cf. J.-B. Vanel, Les bénédictins de Saint-Germain-des-Prés el 712 P. D. Vincentii Marsolli congregationis S. Mausi superioris generalis. « Relation de quelques faits dont il avait été témoin oculaire. Quel modèle pour ceu qui écrivent l'histoire des saints. Point de faits ini différens, point de détail ennuieux, point de circons ; tan ces inuti les, rien de puéril, rien d'outré. Une narration simple, naïve, où l'art semble n'entrer pou ir rien et qui ne plaît que par le choix et ]' arrangement des choses et par la manière de les rera M - lier, préf., p. vim.) Gf. Rev. bénéd., 1911, p. 391-414 Page 43 : Discours sur les anciennes sépultures d di nos rois (voir n » 37).
Page 59 : Votum d. Jo. Mabillon de quibusdam t Isaaci Vossii opuscula (cf. Thuillier, op. cit., prej p. VII-IX).
Page 64 : Dotes des religieuses. « A la question q ai lui avoit été faite, si l'on pouvoit fixer par auto publi que, les dotes des religieuses et en cas que se půt, si les prin ces et les magistrats séculiers peuv en faire un règlement. Après avoir rapporté tout | qui avait été statué en différents sièc les sur ces do il conclut qu'il lui semble qu'au lieu d'exiger des dotes, on feroit mieux de [fixer le nombre des religieuses et de ne recevoir de dotes que des surnuméraires. » (Thuillier, préf., p. x.) Page 70 : Lettre touchant le premier institut de labbaye de Remiremont (voir n. 18). E Page 96 : Réponse des religieux bénédictins usd ; province de Bourgogne, à un écrit des chanoines régi k liers de la méme province touchant la préséance dans les États (voir n. 19). | Page 174 : Précis de la défense des religieux bénédictins de la province de Bourgogne contre les chanoines réguliers de la méme province, touchant la préséance dans les États.
Page 178 : Répli que des religieux bénédictins de la province de Bourgogne au second écrit des chanoines : réguliers de la méme province (voir n. 20.) | Pag. 272 : Trailé où l'on réfute la nouvelle expli- | cation que quelques auteurs donnent aux mots de messe. et de communion i qui se trouvent dans la règle de saint. Benoist. Mabillon donne à ces deux termes la signification eucharisti que (voir n, 21.) 1 Page 311. Addition au précédent traité. i Page 336 : Remarques sur les antiquités de L'abbaye | de Saint-Denis, où dom Mabillon démontre, ce me semn ble : 1° que ja mais Dagobert ne transféra les corps de — saint Denis et de ses compagnons de l'église de l’Estrée dans la nouvelle qu'il avoit bâtie ; 2 » que le lieu de la sépulture de saint Denis étoit très illustre avant Dagobert ; 3° qu'avant ce roi et même du temps de sainte Geneviève on mit en cet endroit des moines pour chanter les louanges de Dieu sur le tombeau des | saints martyrs. » (Thuillier, préf., p. X-XI.) | Page 361-398 : Lettre à Mgr l’évê que de Blois tou £1 chant le discernement des anciennes reliques au sujet — d'une dissertation de M. Thiers contre la sainte Larme l de Vendôme (voir n. 34). | D . Tome nr, p. 411-500. D, Theodorici Ruinarti, Iter litterarium in Alsatiam et Lotharingiam, anno 1696 ; la par Mabillon et par Ruinart.
ETrav aux manuscrits. — Dom Tassin nous apprend '« après la mort de dom Mabillon, on trouva dans m papiers des observations sur le célébre verset de la re épitre de saint Jean : Tres sunt qui lestimonium [ dant in caelo, une dissertation sur la canonisation des p et des réflexions sur li ‘ordre de AEAEE cec. uvaient des copies de documents que dom Marfit entrer dans son Thesaurus novus anecdoforum, des notes historiques et des mémoires rédigés qui 1 rmérent entre les mains de dom Vincent Thuillier deux premiers volumes des Ouvrages posthumes om Jean Mabillon et de dom Thierri Ruinart. a cellule monasti que dans les archives de Saintmain-des-Prés et transférés de là pendant la Révolution à la Bibliothé que nationale. « Y sont-ils tous ? Il est du moins certain qu'il y en a un bon, n nombre, et comme la belle écriture de Mabillon, si ranche, si ferme, est facilement reconnaissable avec liaisons caractéristiques (notamment sa facon relier l's au ! qui le suit), ses bouc les élégantes, ibréviations origina les à-la fin des mots, ceux qui feuillettent les manuscrits provenant du fonds SaintGermain ont assez souvent la joie de rencontrer une note, un court mémoire, la premiére rédaction de quel que ouvrage qu'ils peuvent, sans la moindre hésitation, lui attribuer ?. » . Nous mentionnerons quelques-uns de ces mémoires. 1° Observations sur le célèbre verset de la Ie épitre de : Saint Jean : Tres sunt qui... ; Dom P. Denis a recherché sans succès cet opuscule € que personne n'a encore signalé ?. . 2e Dissertation sur la canonisation des saints. pto réalité, elle n'est point de Mabillon, mais elle a été composée d'après ses notes par dom Jean n essenet, qui l'accompagna dans son voyage de LorTaine et mourut le 6 novembre 1680, âgé de vingtneuf ans. Cette piéce est conservée dans le ms. lat. 11778 de la Bibl. nat., fol. 198-211 mise au net, fol. 212-225 brouillon ; elle est intitulée : De sanctorum canonizatione dissertatio historica, sept chapitres, en Ja atin, En tête du fol. 198, on lit en marge, de la main de Mabillon : Haec exercitatio facta est ex schedis nostris a D. Johanne Jessenel anno 1680 quo et obiit 4, © 8 » Réflexions sur l'ordre de Saint-Lazare. Cette dissertation se trouve dans le ms. fr. 18540, E. la Bibl. nat., fol. 61-65 ; elle a été publiée par . Paul Denis, Trois dissertations de dom Mabillon, dissertation semble avoir pour but de prouver que le duc de Savoie, bien qu'avant été institué par le pape -Brand-maitre des ordres de Saint-Lazare et de Sainty laurice, ne peut disposer des léproseries, maladreries et commanderies situées en France. Voici les cinq divisions de ce travail : « T. Il y a eu des léproseries longtemps avant l'ordre de Saint-Lazare. II. Get ordre E ‘a commencé qu'au xnui* siècle. III. Depuis son établissement il y a eu plusieurs léproseries qui n'estoient -pas dépendantes de cet ordre. IV. Les anciens hospit aux ont esté sujets aux églises et aux monastères. - V. Ce que l'on doit penser de l'ordre de Saint-Lazare d'aujour d'huy. » - 4° Procès-verbal d'expertise d'un titre, 28 juillet 1687.
1 laction est de dom Ruinart, mais le voyage a été | st pas les seüls que contenaient les cartons où , utres ont été signalés ou publiés depuis, passés | 714 5 » Observations sur l'article xvii de l'Édit nouveau du mois d'avril 1695.
théques publiques et des collections particulières, noter ce qui n'est connu que par des mentions ou des allusions et qui ne s'est pas retrouvé ; enfin évaluer, si c'est possible, ce qui nous manque d'après ce qui nous reste. Mabillon entretenait une vaste correspondance d'un caractère presque exclusivement littéraire ; ses lettres de conseil, de direction, d'amitié sont rares, nous n'avons pas rencontré de lettres adressées à sa famille. Vivant à une époque où les communications étaient rares et lentes en comparaison de ce qu'elles sont de nos jours, Mabillon, ainsi qu'un très grand nombre de savants, ses contemporains, correspondait avec les érudits de la France et de l'Europe. « Il consultait lui-même ceux qu'il connaissait avec une docilité surprenante : il en était aussi consulté à son tour : et l'on croyait être en sûreté lorsqu'on savait le sentiment du Père Mabillon sur quel que point d'antiquité. Alexandre VIII, aussitôt son exaltation, fit avertir dom Mabillon de ne pas manquer à lui écrire toutes les semaines, pour l'informer de ce qui regardait la littérature et il chargea un de ses principaux officiers [Luigi Sergardi] du soin d'entretenir ce commerce parce qu'il prévoyait bien qu'il serait à charge à la modestie de ce saint religieux. M. de Furstenberg, évêque de Paderborne et de Munster, entretint longtemps un pareil commerce. Les évêques d'Espagne, et principalement le Patriarche des Indes, lui ont écrit plusieurs fois pour l'engager à avoir quel que relation avec eux touchant les sciences ; un de ces prélats lui écrivit en 1702 : Lifferasmilte. M ife ul oblecter 5. » Nous ignorons sur quel fondement on M, l, ELE poe. at
La correspondance de Mabillon a fait l'objet de recherches et de publications méritoires. L'année même de sa mort et avant qu'il eût disparu, le cardinal d'Estrées, abbé commendataire de Saint-Germain-des-Prés, émettait le vœu de la publication des correspondances « d'hommes qui pendant leur laborieuse carrière avaient donné tant de gages à la science et à la religion. » Un manuscrit du fonds Saint-Germain contient un essai d'inventaire rédigé vers ce temps et renfermant l'analyse d'un grand nombre de lettres de mauristes aujourd'hui perdues. L'esprit d'ordre et de vigilance qui présidait à la direction de la bibliothèque de Saint-Germain ne pouvait manquer de tendre à récupérer et à classer toutes les lettres écrites par les religieux du monastère sur des matières scientifiques. Malheureusement l'incendie de cette bibliothèque à l'époque de la Révolution (19-20 août 1794), le pillage des collections, les larcins discrets qui se pratiquèrent dans la suite, créèrent des lacunes désormais impossibles à combler.
La correspondance de Mabillon n'échappa pas à ces conditions : elle était d'ailleurs fort loin d'être complète. Lors que dom Thuillier donna les Ouvrages posthumes en 1724, il ne se dissimula pas la déception que causerait le petit nombre de lettres : « On ne manquera pas de s'attendre à voir ici, dit-il, une infinité de lettres d'érudition. Cependant on n'en verra pas un fort grand nombre. La raison est que j'ai beaucoup de consultations et que je n'ai presque que de réponses que celles dont l'auteur avait fait des brouillons. Ce n'est pas faute d'avoir fait des diligences pour les avoir, mais ou elles sont perdues ou chacun a eu ses raisons pour les garder. » Dom Thuillier était trop parfaitement initié aux véritables méthodes scientifiques pour négliger les lettres adressées à Mabillon ; il savait qu'une correspondance est un dialogue et il n'a eu garde d'omettre les demandes ni les réponses.
Les divers biographes de Mabillon au XVIIe : Ruinart, de Vic, Massuet, Marténe, Le Cerf, Tassin, ne se sont guère préoccupés de recourir à la correspondance. Dom Ruinart, qui avait en mains tous les papiers de Mabillon, reproduisit fort peu de lettres in extenso ; il fit heureusement exception pour la Lettre aux catholiques anglois et une Lettre sur la solitude. En 1843, Chavin de Malan publia une Histoire de d. Mabillon dans laquelle il inséra quelques lettres tirées des manuscrits d'un cabinet particulier qu'il n'indique pas et qui semble être le Residu Saint Germain qu'il avait exploré consciencieusement, et sur lequel il avait exercé des prélèvements.
Trois recueils ont fait une place importante à la correspondance de Mabillon : celui de M. Valery en 1846, celui de A. Dantier, en 1855, celui de E. Gigas en 1892 ; à eux trois ils contiennent presque deux cents lettres de Mabillon.
En 1883, le Comité des travaux historiques annonça le projet de publication d'un recueil complet et méthodique de la correspondance des bénédictins de Saint-Maur, A. Dantier fut désigné pour préparer cette publication ; après sa mort, H. Stein lui succéda et il fut entendu que le recueil ne devrait « en aucun cas passer deux volumes ». Or, la correspondance intégrale, — la seule souhaitable — des lettres des mauristes devait déborder ce cadre arbitrairement tracé. « Il suffirait, d'après P. Denis, d'un talent simplement ordinaire, aidé des ressources d'une bonne bibliothèque et d'une puissance de travail faite surtout d'attention et de continuité pour préparer une édition très suffisante de cette correspondance classée dans l'ordre chronologique et annotée sobrement. Ce qui rend cette tentative irréalisable, c'est l'excessive abondance des matériaux, Il faudrait bien vingt forts volumes in-4, pour les seules lettres de la Bibliothèque nationale ; je crois, en effet, avoir réuni déjà près de douze mille fiches, et je suis loin d'avoir achevé ce dépouillement. Or quel est l'éditeur qui, à notre époque, s'aventurerait dans une telle entreprise ? » On put espérer un moment que dom Paul Denis viendrait à bout de cette tentative, mais après un brillant début, d'abondantes promesses et quelques réalisations partielles, le malheureux sombra sans entreprendre l'œuvre promise.
Dans la correspondance des mauristes, la part qui revient à Mabillon est loin d'être la plus considérable, et l'entreprise pourrait être tentée avec de sérieuses chances d'aboutir. Au cours d'une période qui peut assigner en chiffre rond à la première dizaine d'années de Ce, une heureuse curiosité fit publier coup sur coup un assez grand nombre des lettres de Mabillon ; nous ne les énumérerons pas ici puis que les titres des publications se lisent dans la section suivante de cette bibliographie. M. A.-J. Gorbierre choisit ce moment pour dresser un Inventaire des lettres imprimées de dom Mabillon, dans les Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, 19 t. xLv, p. 129-161, où il arrive à un total de 326 pièces imprimées. La préparation du présent travail nous a montré qu'un tel Inventaire, pour utile qu'il soit, réclamerait une préparation et des dépouillements. Pour rendre les services documentaires qu'on est en droit d'attendre d'une publication de la correspondance de Mabillon, il est indispensable que celle-ci offre, parallèlement, les lettres écrites par Mabillon.
17 E Ea E E - Abrégé de la vie de dom Jean Mabillon, prêtre et bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, par dom Thierry Ruinart, religieux de la même congrégation, in-12, Paris, Vve Fr. Muguet et Ch. Robustel, 1709, 436 p. et portrait gravé par Giffart. (Cet ouvrage a été traduit en latin.) — Vita Joannis Mabillonii presbyteri et monachi ordinis Sancti Benedicti congregationis S. Mauri, a Theodorico Ruinart dem congregationis monacho in latinum sermonem translata rerum que nova accessione aucta, in-8, Patavii, Joh. Manfré, 240 p. et portrait ; cette traduction fut faite à Rome par dom Claude de Vic. — Annales Ordinis sancti Benedicti, tome v (publié par les soins de dom R. Massuet), Parisiis, 1713, qui plaça en tête du volume une Vita synopsis de dom Mabillon et de dom Ruinart (40 pages).
B. Pez, Bibliotheca benedictino-mauriana, in-8, Augsbourg, 1716. — Bouillart, Catalogue des livres composés par les religieux de Saint-Germain-des-Prés et auteurs de la congrégation de Saint-Maur, in-fol., Paris, 1724.
Thierry Kuinart, bénédictins de la congrégation de la même congrégation, 3 vol. in-8, Paris, 1724. — Le Cerf, Bibliothèque historique et critique des auteurs — regole diplomatiche e garantito dà sofismi dé Pirronici C Germoniani [par P. Rosini], in-4, Napoli, 1773. Ho Brevis introductio ‘in rem diplomaticam per Fr. X. —— Courtin, in-4, Heidelbergae, 1776, x1-139 p. — Disquisitio utrum Germon temeritatis insimulari | I — jure possit quod celeberrimum opus Mabillonii « De - re diplomatica » ad examen vocaverit ; per Joan.. Schwab, in-4, Heidelbergae, 1777. — Disquisitio | S « quibus ex causis Germon a Mabillonio speciminum qui- Description historique et chronologique des monuments de sculpture réunis au Musée des monuments français par Alexandre Lenoir, 7 édition, in-8, traduction latine par dom Jean Hervin. Le texte de | — ejus socio, olim gallice scripta, n une vero ab alio ejus- | - Ouvrages posthumes de dom Mabillon et de dom | Saint-Maur, par D. Vincent Thuillier, bénédictin | de la congrégation de Saint-Maur, in-12, La Haye, | de Saint-Germain-des-Prés et trouvées dans ses papiers in-5, Versailles, 1315-1819 ; quelques lettres échangées avec Mabillon, sur les relations entre Bossuet et Mabillon, voir Urbain et.Lévé que, Correspondance de Bossuet, 1925, t. xv, p. 203-264. — Jean Labouderie, Notice historique sur dom Mabillon, in-8, Paris [1825 |, « à peu près introuvable » (Jadart). — Biographie ardennaise, ou Histoire des Ardennais qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs vertus ou leurs erreurs, par M. l'abbé Bouillot, 2 vol. in-8, Paris, Ledoyen, 1830, t. m, p. 150-164, — Les gloires de la France, Histoire de d. Mabillon et de la congrégation de Saint-Maur, par M. Émile Chavin de Malan, in-12, Paris, Debécourt, 1843, 538 p. L'ouvrage porte le cachet de son époque, il est dédié : « A mon Frère Henri-Dominique Lacordaire » et la préface nous apprend que « d. Mabillon est mon ami d'enfance, son nom glorieux se trouve mêlé à tous mes souvenirs de jeunesse, ma pieuse mère m'apprenait à lire dans le beau recueil des Morts chrétiennes et dans l'Abrégé de la Vie de d. Mabillon par dom Ruinart. Au collège je relisais sans cesse le Traité des Études monastiques.
A la Chénaie, aimable et à jamais bénie solitude, je traduisais toutes les préfaces des Acta sanctorum ; l'ouvrage de dom Tassin ne me quittait pas, il était là sur une petite table de sapin poli, à côté des Vetera Analecta, des in-quarto de d. Lecert et des beaux volumes de la Diplomali que !. Tout l'argent que je pouvais avoir, je l'employais à acheter les ouvrages de d. Mabillon... » Dans la suite, l'auteur cessa d'acheter, mais ne cessa pas de collectionner, à moindre frais toutefois, car après sa mort, la justice opéra une saisie des lettres des bénédictins provenant du fonds Lefeuil les ; cf. Ch. Racinet, De la revendication des livres, estampes et autographes appartenant à la Bibliothèque impériale et à la bibliothèque Sainte-Geneviève, in-8e, à la découverte du tombeau de saint Caletric, évêque de Chartres, publiées par M. Doublet de Bois-Thibault, dans Mémoires de la Société royale des antiquaires de France, 1844, t. XVII, p. LXVI-LXX. — Lettres de Armand-Jean Le Bouthillier de Rancé, publiées par M. B. Gonod, in-8 », Paris, 1846. La table indique vingt-trois passages relatifs à Mabillon. — Correspondance inédite de Mabillon et de Montfaucon avec l'Italie, contenant un grand nombre de faits sur Paris et sur l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, par M. Alph. Dantier, dans Archives des Missions scientifiques et littéraires, t. III, p. 241-502 ; tirage à part, in-8 », Paris, 1857, 1v-262 p., contient plusieurs (dix) lettres ou notes de Mabillon : cf. Ch. de Montalembert, dans Le Correspondant, 25 juillet 1858, et dans ses Œuvres complètes, t. VI, 1861, p. 2328-532 ; H. Jadart, Dom Jean Mabillon, in-8 », Reims, 1879, p. 151-154.
Lettre de dom Jean Élie, religieux de Saint-Crépin-le-Grand, à Mabillon, 1688, dans Bull. de la Soc. archéol. de Soissons, 1857, t. XI, p. 38.
- Voyage de Paris, 1873, Al- | — Lettre de dom Claude Berras, à Mabillon sur des reliques conservées à Tournemire en Auvergne, publiée par le comte Riant, dans Bull. de la Soc. nat. des antig. de France, 1882, p. 204respondants, par E. de Barthélemy, dans le Cabinet historique, 1883, t. XXIV, p. 116-120. Mabillon, de mars 1695 et du 19 janvier 1705, dans. Revue de Champagne et de Brie, 1884, t. XVI, p. 184185. — Journal de voyage de dom Jacques Boyer, dans Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont, 1884, t. XXXVI, p. 65-605. — 47. X. Barbier, Une lettre inédite de Mabillon, dans | Bull. de la Soc. des antiq. de l'Ouest, 1884, p. 293296 ; adressée à d. Jean Navières, le 29 avril 1700 | et relative à l'histoire de l'abbaye de Nouaillé. — H. Jadart, Notice sur l'ancienne abbaye de Saint-Remi de Reims, dans Mem. de la Soc. nat. des antiq. s Pra 1884, t. XLV, p. 155-187.
H. Jadart, Dom Mabillon et la réforme um prisons] | Étude historique et morale d'après la correspondance, inédite de d. Mabillon avec M. Marquette, conseiller au présidial de Laon (1689-1699), dans Repub de la M Société des études historiques, 1885, tirage à part ; cf.
719 cultes, par M. Alph. Dantier, dans Archives des Missions scientifiques el littéraires, t. III, p. 241-502 ; tirage à part, in-8 », Paris, 1857, 1v-262 p., contient plusieurs (dix) lettres ou notes de Mabillon : cf. Ch. de Montalembert, dans Le Correspondant, 25 juillet 1858, et dans ses Œuvres complètes, t. VI, 1861, p. 2328-532 ; H. Jadart, Dom Jean Mabillon, in-8 », Reims, 1879, p. 151-154.
Lettre de dom Jean Élie, religieux de Saint-Crépin-le-Grand, à Mabillon, 1688, dans Bull. de la Soc. archéol. de Soissons, 1857, t. XI, p. 38.
- Voyage de Paris, 1873, Al- | — Lettre de dom Claude Berras, à Mabillon sur des reliques conservées à Tournemire en Auvergne, publiée par le comte Riant, dans Bull. de la Soc. nat. des antig. de France, 1882, p. 204respondants, par E. de Barthélemy, dans le Cabinet historique, 1883, t. XXIV, p. 116-120. Mabillon, de mars 1695 et du 19 janvier 1705, dans. Revue de Champagne et de Brie, 1884, t. XVI, p. 184185. — Journal de voyage de dom Jacques Boyer, dans Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont, 1884, t. XXXVI, p. 65-605. — 47. X. Barbier, Une lettre inédite de Mabillon, dans | Bull. de la Soc. des antiq. de l'Ouest, 1884, p. 293296 ; adressée à d. Jean Navières, le 29 avril 1700 | et relative à l'histoire de l'abbaye de Nouaillé. — H. Jadart, Notice sur l'ancienne abbaye de Saint-Remi de Reims, dans Mem. de la Soc. nat. des antiq. s Pra 1884, t. XLV, p. 155-187.
H. Jadart, Dom Mabillon et la réforme um prisons] | Étude historique et morale d'après la correspondance, inédite de d. Mabillon avec M. Marquette, conseiller au présidial de Laon (1689-1699), dans Repub de la M Société des études historiques, 1885, tirage à part ; cf.
720 | thèque des écrivains de la congrégation de Saint-Maur, | ordre de Saint-Benoît en France, in-12, Paris, 1882, — du 19 avril 1704,7 — Lettres demi la Soc. agric. el scient. de la Haute-Loire, 1886-1887, | À | t. V, part. 1, le Puy, 1890, p. LVII-CXXVII, — Une anecdote inédite sur dom Mabillon, dans Le Messager « P. Mabillon explique quelques difficultés sur deux chartes de l'abbaye de. Nouaillé, 17 août 1701, publié par X. Barbier, dans Revue de Champagne et de Brie, l'Histoire de France, 1839, ses relations avec d. Mabillon, dans Trav aux de l' Acad. nal. de Reims, 1881-1885, tiré à part, Paris-Reims, : 1886. Contient la notice du Nécrologe de Saint-Maur-des-Prés sur Mabillon, dix lettres de Mabillon : autres correspondances.
Correspondance de Richard-Augustin de La Haye, d religieux écossais, curé de Saint-Pierre-mont, avec dom Mabillon et d. Ruinart (1697-1708), Documents inédits de la Bibliothèque nationale relatifs aux abbayes | d'Écosse et à la biographie des bénédictins, publiés par « H. Jadart, in-12, 1887, 16 p. — Extrait de la Revue de Mabillon. — Emm. de Broglie, Mabillon et la société de l'abbaye de dix-septième siècle (1664-1707), 2 vol. in-8 », 1888. — Dom Jean Mabillons Briefe au Cardinal Leander Colloredo mitgeteilt von D. Arth. Goldmann, — in-8°, Brünn, 1889, 51 p. Extrait des Studien und Mitteilungen aus dem Benedictiner und dem Cister- — cienser Orden, t. X, par. 1-3. — Rich. Kukula, Die Mauriner Ausgabe des Augustinus, dans Sitzungs- paru dans le même recueil en 1891. — L. G. Pelissier, | berichté der Wiener Akademie der Wissenschaften, Philos. hist. Klasse, 1890, t. CXXI, n. 5 ; t. CXXII ; à compléter par le travail du P. Odilo Rottmänner Saint-Germain-des-Prés à la fin du Paris, | — Notes sur quelques manuscrits d'Italie, dans Bulletin Y “du bibliophile et du bibliothécaire, 1890 ; tirage à part, d 1891, p. 4 en note. — Catalogue of the collection of autograph letters and historical documents formed between 1865 and 1882 by Alf. Morrison, compiled and »annotated under the direction of A. W. Thibeaudeau, E London, 1890, part. IV, 1-2. Une lettre de Mabillon à l'abbé François Le Dieu, du 6 août 1700, Éossuet. prit à l'édition bénédictine des Œuvres de saint Augustin et sur l'appui qu'il donna aux éditeurs lors que les jésuites les accusèrent de favoriser le jansénisme. Une lettre de Mabillon au “cardinal de Bouillon, le 3 avril 1703, montre que Mabillon croyait à la sincérité des pièces de Brioude, Beitrüge zum Mauriner Briefwechsel mitgetheilt von « us dem Benedictiner und dem Cistercienser Orden, 1890, p. 597-612. — Poquet, Une lettre de Mabillon, 1668, dans Bulletin du Comité des trav aux historiques, His- | loire et philologie, 1892, p. 240. — Suitbert Bauemer, Johannes Mabillon. Ein Lebens-und Literaturbild aus dem XVII und XVIII Jahrhundert, in-8°, Augsburg, 1892, — H. Didio, La querelle de Mabillon et de l'abbé de Rancé, dans Revue des scien ces ecclésiastiques, 1891, lin du XVIIe el du commencement du XVIII. siècle, 1892. — Der Auguslinismus, eine dogmengeschichtliche Studie von P. O. Rottmánner, in-8°, München, 1892. Les bénédictins de Saint-Germain-des-Prés et les savants lyonnais d'après leur correspondance inédite, par M. l'abbé J.-B. Vanel,in-8 », Lyon, 1894, extrait de la Revue du Lyonnais.
^t nehmlich in Deutschland Oesterreich, von Rich. Rosen- — mund, in-8°, München, 1897. — H. Didio, Mabillon enferme des détails circonstanciés sur la part que | D. Arth Goldmann, dans Studien und Mitteilungen | à 'cueil intitulé : Lettres inédites de divers savants de la | 1905, tirage à part, in-8°, Bruges, 1905.
—— — Die Fortschritte der Diplomatik seit Mabillon vor- : el l'opportunité d'une édition des œuvres de saint Augus- ’ 177, réimprimé dans JBossueft el le jansénisme. — Les étu des ecclésiastiques d'après la méthode de Mabillon, par dom J.-M. Besse, in-18, Paris, 1900. — Mélanges d'histoire bénédictine, III série, 1901, p. 74-95, 199201 (extrait de la Revue bénédictine). — Boulay) de-la M(eurthe), Translation des réstes de Descartes à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, dans Bulletin trimestriel de la Société archéologique de Touraine, 1901, t. XIII, p. 55-80, — A. M. P. Ingold, Mabillon en Alsace, dans Revue catholique d'Alsace, 1901, t. XX, p. 484-486, 731-732, 801-806, 765-880 ; 1902, t. XXI, p. 114-119, 214-230, 277-287 ; tirage à part dans Moines et religieuses d'Alsace, Mabillon en Alsace, in-8°, Colmar, 1902, — J. Turmel, Quelques hommes illustres de L'Église de France, Mabillon, dans Revue du clergé français, 1902, t. XXX, p. 468-492, 617-633. — A. M. P. Ingold, Histoire de l'édition bénédictine de saint Augustin, avec le Journal inédit de d. Ruinart, in-8 », Paris, 1902, — Henri Menu, Recherches sur les portraits de Mabillon, dans Revue d'Ardenne et d'Argonne, 1902-1903,t. X, p. 61-74. — J.-B. Vanel, Bossuet et les bénédictins de Saint-Maur, à propos de enam dans Revue Bossuet,.1903, t. IV, P. cenar 232-242 — J. Küsters, Studien zu Mabillons rümischen Ordines, in-8 » Münster, 1905. — Correspondance inédite échangée entre deux mauristes et Charles de Visch, | prieur des Dunes, publiée par dom Donatien de Bruyne | comte, Lettre de dom Constant à dom Martène sur la | mort de Mabillon, dans Revue Mabillon, 1907, t. III, deuxième centenaire de dom J. Mabillon, dans Gazette de France, 28 décembre 1907. — G. Goyau, Un centenaire de moine, dans Gaulois, 28 décembre 1907. — Dupont-Ferrier, Jean Mabillon, dans Journal des Débats, 28 décembre 1907. — Boizé, A propos du deuxième centenaire de Mabillon. L'œuvre érudite des bénédictins de Saint-Maur, dans Etudes religieuses, Reuse kn i is AT i^ AE nos 2 RATS « i E Ee B pra ERA EOS 2E : P naue EE, cO SE RS cuv -— 123 3-3 les rendus des séances de la Société des sciences de Vitru-
MABILLON — :
| Ihe american | nology, 1927,
MACCHABÉES
Paris, 1910, p.
724 B
du « Traité des Études monastiques » de D. Jean Ma- | | billon, dans Revue Mabillon, 1910, t. VI, p. 97-107. — - P. de Nolhac, Une lettre inédite de Mabillon à Ciampini | (15 mars 1686), dans Mélanges Em. Chatelain, in-8°, | 13-14. — H. Jadart, La maison natale - de dom Mabillon à Saint-Pierremont (Ardennes), son M état actuel, sa conservation dans l'avenir, dans Revue * d'Ardenne et d'Argonne, 1910, t. XVI, p. 34-41 !. — E | A.-J. Corbierre, Dom Mabillon, astronome, dans AE.
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H. LECLERCO.
MACCHABÉES. — Nous avons parlé du mar1
| transférées d'Antioche à Constantinople après l'année 551, et sous le pontificat de Pélage Ier (556-561), une partie fut portée à Rome. Mais était-ce vraiment leurs reliques qu'on possédait à Antioche ? Saint Jérôme se montrait sceptique, et s’il eût été facile de le persuader on n'eût sans doute pas manqué de : Armand de Rancé, réformateur de M À 3 MEN [OTI POTE PII x ur Lis -A Ms | »nid edis tq « c » zx VC AN 3 à T
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Le o 0 Re ol ipt ES roalo in regione Mauriani... le faire ; mais on ne l'a pas fait. A défaut d'une démonstration bien évidente, un récit authentique de s la translation qui suivit de peu l'année 551 aurait ~ sa grande valeur, ce récit manque malheureusement. = On sait seulement qu'à Constantinople, au VIe, il existait une église des Macchabées £v Xuxaic ; plus tard on parle de leur fête célébrée £v cà uae zupele l Eu té Ovrt èv Tolg Aouvivou EUÔOAOLG xxi mépav èv Erai 1 Au xue siècle, Antoine de Novgorod capita SS. Machabaeorum *, On est donc réduit à des conjectures Le transport à Rome d'une partie des reliques présente aussi quel que incertitude, On ne possède qu'un témoignage direct, fourni par une inscription autrefois à Saint-Pierre-ès-Liens (voir Dictionn, t. III, eol. 12-13, T fig. 2382).
Ces vers léonins ne peuvent être que du Moyen Âge avancé. Il peut sembler difficile à croire que, dans un espace de quelques années à peine, on ait consenti à Constantinople à se dessaisir des reliques qu'on venait d'y recevoir ; et les n° y auraient guère séjourné que trois ou quatre ans au plus. Au contraire, il est fort admissible qu'on ait fait un présent de certaines parties de ces corps, comme c'était l'usage en Époque de Justinien, qui avait reçu les reliques après 551, aura distrait quelques ossements en faveur du pape Vigile qui, en 555, s'apprêtait à repartir en Italie et qui mourut en cours de route, à Syracuse. Le diacre Pélage qui l'accompagnait s'en chargea.
En 1876, on découvrit sous les gradins de l'autel de la basilique eudoxienne un sarcophage de marbre. La paléographie de cette dernière inscription est un peu indécise, et rien n'empêche, bien au contraire, de l'attribuer au XVe, époque de la restauration de la basilique par Sixte IV. L'expression de residua ossium et cinerum semble bien trahir une reconnaissance de reliques : « ce qui reste des ossements et des cendres. » En supposant que Pélage Ier ait reçu des ossa et cineres, il n'aurait point parlé d'un residuum, à moins d'admettre qu'il ne désigne par là tout ce qui restait des reliques des Macchabées. Mais on a dit déjà que Constantinople ne se serait pas dépouillée si complètement et le fait qu'on y montrait encore, au XIIe, les chefs des sept frères, prouve suffisamment qu'on avait dû recevoir d'Antioche autre chose que des résidus d'os et de cendres.
Il est regrettable qu'on ne possède aucun fac-similé de l'autre tablette. Est-elle de la même époque que celle dont on vient de parler ? On ne saurait le dire.
1725 MACCHABÉES | 726
Est-il possible de tirer argument des termes e ! amborum parentum eorum pour fournir la preuve que les reliques romaines proviennent de Constantinople ? A Antioche, il n'y avait que sept tombeaux, au dire d'Antonin, et d'ailleurs, il n'est point fait mention dans l'Écriture du père des Macchabées, mais uniquement de leur mère. C'est à Constantinople seulement que l'on a parlé, non seulement de la mère, mais aussi du père des martyrs. Éléazar, d'après un passage mal compris de saint Grégoire de Nazianze, a été désigné comme tel.
Or, 1° Antonin, dans son texte un peu embrouillé du reste, semble bien désigner neuf tombeaux des Macchabées, Nove ereunfes venimus Antiochiam maiorem, in qua requiescit sanctus Babylas el tres parvuli, sancta Justina el sanctus Julianus et fratres Muchabet, hoc est novem sepulcra, et super unius cuiusque sepulcrum pendent tormenta ipsorum. Même en mettant dans une seule tombe saint Babyvlas et les trois enfants, cela fera toujours au moins decem sepulcra pour tous les martyrs d'Antioche. Il est donc probable qu'aux tombeaux des sept frères étaient joints ceux d'Éléazar et de la mère des Macchabées. — 2° Rien ne prouve que l'erreur qui a fait d'Éléazar le père des sept martyrs soit aussi ancienne que la date présumée de la translation. On n'en cite que des traces tardives et, dans l'hypothèse qui nous occupe, elle aurait passé à Rome en même temps que les reliques, dès le milieu du VIe. Nous en reparlerons à l'instant, — 3° La translation à Constantinople peu après 551 et la réception des reliques par le pape Pélage Ier (556-561) est un fait impossible à concilier avec le témoignage d'Antonin qui a vénéré à peu près vingt ans plus tard les tombeaux des Macchabées à Antioche, En effet, l'Itinéraire du pseudo-Antonin est communément attribué aux environs de l'année 570 ; ce voyageur a-t-il pu vénérer à Antioche des reliques transférées depuis une vingtaine d'années à Constantinople ?
Il n'y a donc pas lieu d'infirmer l'exactitude du renseignement fourni par l'inscription : Pelagius rursus, etc., et de substituer Pélage II (579-590) à Pélage Ier (556-561) ; il n'y a pas de raison de soutenir que la translation de 551 n'a pas eu lieu à cette date, mais bien plus tard. Sept ou neuf corps offrent une quantité d'ossements assez considérable pour qu'il soit possible de faire beaucoup d'heureux et donner satisfaction à Rome et à Constantinople sans désespérer Antioche.
L'histoire des Macchabées est rapportée au livre II, Macch., vi, 18 ; vm, 41, et dans l'apocryphe connu sous le nom de IVe livre des Macchabées. Mais on a mis Éléazar en relation avec le groupe des sept frères martyrs dont on le fait le précepteur (8t18zoxa121 Aog), ou même le père. Quand à leur mère, elle a :
Éléazar est appelé le maître (818540x« A0c) des sept Macchabées dans l'Epyrnvelx et ses sources, dans le Synaxaire imprimé à la suite des six premiers mois du Ménologe de Basile, dans le Martyrologe syriaque de Rabban Sliba. Il est leur père dans le Synaxaire copte (8 mesori) et sur les tablettes de plomb découvertes en 1876 à Rome sous l'autel de Saint-Pierre-ès-Liens, enfin sur et dans le sarcophage à sept compartiments contenant des reliques des Macchabées. La paléographie de ces tablettes est au plus tôt du bas Moyen Âge.
| H. LECLERCQ.
MACÉDOINE. — I. Géographie. II. Premiers habitants. III. Conquête romaine. IV. Province romaine. V. D'Auguste à Trajan. VI. Saint Paul en Macédoine. VII. De Trajan à Justinien.
I. GÉOGRAPHIE, — La Macédoine a eu des limites souvent remaniées. Ce qu'on pourrait nommer le pays primitif des Macédoniens, s'étendait au nord de la Thessalie et du mont Olympe, à l'est de la chaîne du Pinde jusqu'aux affluents de droite de l'Axius, nommé aujourd'hui le Vardar, sans toutefois atteindre ce fleuve. Vers le temps de l'époque chrétienne, la Macédoine comprend les bassins de l'Haliacmon (la Vistritza), de l'Axius et du Strymon (la Strouma). Entre les deux derniers sont les collines de Kerkyne et Dysoron (Kouscha Balkan). Trois fleuves ont formé des plaines alluviales étendues et fertiles ; les principales sont celles de l'Haliacmon supérieur, du Haut-Axius, de l'Erigon, affluent de droite de l'Axius. D'une manière générale, il n'y a pas de vallées proprement dites, mais une série de bassins séparés par des contreforts montagneux et qui sont d'anciens lacs. Le Strymon fait exception, il coule dans une vallée étroite qui ne s'élargit que près de la mer. Les plaines des bassins supérieurs doivent à leur altitude, variant entre 500 et 800 mètres, un climat plutôt âpre ; et les sont couvertes de forêts de chênes, de hêtres et de sapins.
L'ensemble des trois bassins fluviaux qu'on vient de décrire, forme une région naturelle, isolée des pays voisins par de hautes montagnes ; à l'Est, le Pangée et l'Orbelos la séparent de la Thrace ; au Nord, le Skomios et le Skardos, de la Dardanie ; à l'Ouest, le Barnos et le Boion, de l'Illyrie et de l'Épire ; au Sud, les monts Cambuniens et l'Olympe de la Thessalie. La Macédoine, proprement dite, n'avait pas d'accès à la mer ; c'était un pays essentiellement agricole et pastoral qui n'exploita que tardivement ses minerais d'or et d'argent.
La Macédoine se subdivisait en un grand nombre de districts, pays ou provinces que les anciens désignaient sous les noms d'Orestis, d'Elimée, d'Eordée, de Lyncestis, ces quatre pays formant essentiellement la Haute-Macédoine ; on peut y rattacher la Pélagonie et la Péonie. La Basse-Macédoine comprenait l'Emathie, qui fut le noyau de la Macédoine primitive, la Piérie, la Bottiée, l'Almopia, l'Amphaxitis, la Mygdonie longtemps étrangère à la Macédoine avec Thessalonique, la Bisaltie, la Crestonie. Vers l'embouchure du Strymon étaient les cités thraces de Sintiké et de Siris, possédées par les Edones.
MACCHABÉES —
II. PREMIERS HABITANTS. — Quels furent les premiers habitants de cette région ? Une pareille question est surtout obscure et malaisée à résoudre lorsqu'il s'agit d'une contrée qui ne possède ni épopées, ni chants nationaux, ni légendes religieuses. Le premier nom qu'on rencontre est celui des Pélasges, qui portèrent les premiers germes de la civilisation dans la Grèce, dans une partie de l'Italie et de l'Asie Mineure. — Justin dit positivement, d'après Trogue Pompée, que l'Emathie était habitée autrefois par des Pélasges.
Eschyle, si versé dans la connaissance des antiques traditions, nous montre leurs tribus couvrant tous ces rivages et Hérodote parle de Creston dans la Chalcidique comme d'un établissement pélasgique. Les Péones étaient-ils d'origine pélasgique ? Suivant leurs propres traditions, ils descendaient des Teucriens de la Troade et avaient émigré en compagnie des Mysiens. Ce qui est certain, c'est qu'ils formaient une race nombreuse, divisée en plusieurs petits peuples qui habitaient les rives du Strymon et que ce district faisait originairement partie de la Péonie. Rappelons-nous aussi que Pline semble considérer les Eordéens, voisins de l'Emathie, et les Almopes comme des membres de cette grande nation, et que d'un autre côté les Pélagoniens, qui étaient certainement des Péones, apparaissent jusqu'en Thessalie. Ce sont ces diverses remarques qui ont suggéré à Mannert l'opinion que les Macédoniens étaient de race illyrienne et péonienne, c'est-à-dire que le fond de la population essentiellement péonien se mêla, sans disparaitre, aux éléments nouveaux venus d'Illyrie. Deux autres peuples apparaissent encore au début de l'histoire dans le pays qui nous occupe : les Bryges et les Crétois de Botton. La Bottiée prit-elle son nom de l'arrivée des colonies helléniques ? La question, par elle-même est assez indifférente. Ce qu'il importe de constater, c'est l'établissement de ces nouveaux émigrants entre l'Haliacmon et l'Axius. La nation macédonienne, quoi que considérée par les Grecs comme barbare, se composait en grande partie, sinon en majeure partie, d'éléments hellènes, et ces éléments se trouvaient plus que partout ailleurs peut-être dans la contrée qui devint le centre et le cœur même de la Macédoine. Ce nom d'Emathie, comme celui de Bottiée, ne peut être que grec. Il est constant que des colonies helléniques vinrent du Grétois Botton ou s'appelait-elle déjà ainsi lors se fixer vers le temps de Minos au fond du golfe thermaïque. Leurs traces nous apparaissent dans l'Emathie, le long de l'Axius et jusque dans les environs du lac Bolbé. Mais c'est, dans la Bottiée, le long de la côte, que furent leurs premiers établissements.
La peuplade illyrienne, qui devait rendre plus tard le nom des Macédoniens si célèbre, ne se montre en Emathie que vers le IXe, c'est-à-dire à l'époque où la royauté faisait place en Grèce aux constitutions républicaines. Les origines d'un personnage légendaire nommé Macédon nous importent assez peu ; il est plus certain et plus important de relever l'existence de tribus macédoniennes à l'ouest d'Édesse (voir ce nom) et dans le Bermion longtemps avant l'arrivée des Téméniens.
Deux traditions se présentent au sujet de la fondation de cette dernière dynastie, celle de Justin et celle d'Hérodote ; les détails que donnent Diodore de Sicile, le Syncelle, la Chronique d'Eusèbe relèvent, um EO En rU, 729 4 tous, de près ou de loin, de l'une ou l'autre de ces traditions. Leurs rapports sont frappants. Elles ont la même origine et le même caractère traditionnel, elles se rattachent au même événement ; seulement la première est la tradition grossière et primitive des Macédoniens, c'est-à-dire d'un peuple qui avait peu de souvenirs historiques ; la seconde parait s'être combinée avec une légende ancienne sur le frère de Phidon. L'une et l'autre nous mènent à la même conclusion, à savoir que c'est dans l'Emathie que commence le royaume des Téméniens.
III. CONQUÊTE ROMAINE. — Après avoir connu toutes les extrémités de la gloire au temps d'Alexandre et tous les excès du désordre qu'entraîna la succession de ce conquérant, la Macédoine subit l'invasion et la conquête par l'étranger. C'est à Citium, entre Édesse et Bérhoé, que fut rassemblée l'armée que la royauté macédonienne allait opposer aux Romains. Persée rentra vaincu, en 168, et abandonné de tous. Arrivé à Pella, sa capitale, au milieu de la nuit, l'esprit égaré par la terreur et par la honte de la défaite, le fugitif manda ses amis ; aucun ne répondit à son appel. Cependant ses trésoriers Euctus et Eudocus sont à leur poste et adressent au prince quelques reproches assurément justifiés, mais qui mettent Persée en fureur ; il se jette sur eux et les tue de sa propre main.
Les dispositions hostiles de la population de Pella hâtèrent les résolutions et Persée prit la fuite accompagné de trois chefs mercenaires et d'une cinquantaine de Crétois retenus par ce qui lui restait de ses richesses.
Avec des pareilles dispositions, ni la Bottiée ni l'Emathie ne devaient offrir de résistance à Paul-Émile. Bérhoé fut la première à recevoir un gouverneur romain. Un de ses habitants, Médon, alla à Pydna pour l'exhorter à se remettre aussi à la volonté du vainqueur. En un jour, le général romain arriva sous les murs de Pella. C'était encore la ville de Philippe et d'Amyntas, avec sa forte position parmi les marais, sa citadelle et ses remparts. Mais ses fortifications allaient tomber et Pella ne serait plus qu'un chef-lieu d'une division de la Macédoine.
Le Sénat romain envoya, en 167, dix commissaires avec mission de partager le pays en quatre régions ayant chacune sa capitale, jouissant de sa liberté complète, conservant ses lois, nommant ses magistrats annuels. Le tribut qui leur était imposé s'élevait à cent talents, la moitié à peine de celui qu'exigeaient les rois indigènes. En plus des assemblées particulières à chaque district, il y avait une assemblée commune à toute la nation, composée des députés des quatre provinces. Elle était chargée de prévenir tous les écarts, d'empêcher tous les abus de la liberté. Dans un délai marqué, il ne devait plus se trouver en Macédoine une seule garnison romaine.
Ces conditions où le conquérant paraissait vouloir effacer jusqu'au signe de sa conquête et jusqu'à l'opprobre de sa présence, entraînaient de pénibles conséquences : plus de flotte, plus d'armée nationale ; quelques troupes seulement aux frontières ; défense absolue de se marier, de vendre ses champs et ses domaines entre habitants de deux régions différentes ; suppression du droit d'importer le sel étranger, d'exploiter les mines d'or et d'argent ; isolement complet de chaque district. Ces moyens étaient calculés afin d'ôter à la Macédoine toute vie nationale.
Mais la mesure la plus vexatoire et vraiment tyrannique fut celle qui condamna les principaux citoyens à aller vivre en Italie avec tous leurs enfants âgés de plus de quatorze ans.
On s'est si souvent évertué à célébrer la modération habile avec laquelle Rome occupait les territoires et s'assimilait leur population qu'il nous paraît utile d'insister un peu sur les réalités.
La capitale de la Ire région était Amphipolis ; celle de la IIe, Thessalonique ; celle de la IIIe, Pélagonie. Quant au troisième district, il avait pour bornes à l'est, l'Axius ; à l'ouest, le Pénée ; au nord, le Bora. Il comprenait ainsi la Plérie, la Bottiée, l'Emathie, la Gyrrhestide, l'Almopie, et même cette partie de la Péonie qui longeait la rive droite de l'Axius. Ses villes principales, nous apprend Tite-Live, étaient Édesse, Bérhoé et Pella. Voyons ce qu'il devenait, grâce aux restrictions apportées par le Sénat à l'exercice de la liberté macédonienne.
La défense d'exploiter les mines d'or et d'argent ne frappait pas directement la troisième région, qui n'avait que des mines depuis longtemps abandonnées et, d'ailleurs, peu considérables dans le voisinage de Gyrrhos ; mais elle tarissait dans sa source l'une des branches d'industrie les plus florissantes à Pella, cette fabrication de vases d'or et d'argent qui l'avait rendue si célèbre. Même observation relativement à la défense de posséder des biens en dehors de la région à laquelle chacun appartenait. Toutes les villes durent s'en trouver immédiatement appauvries, mais Pella plus que toutes les autres. Nulle part, en effet, on ne comptait plus de familles anciennes que dans cette ville ; elles se trouvaient privées d'une partie de leurs revenus.
La suppression du commerce du sel frappait principalement la province de Bottiée. Les embouchures de ses trois fleuves ne formaient, à vrai dire, qu'un vaste marais : de tout temps elle avait eu des salines le long de la côte. En vain, on lui permit de faire le commerce avec les habitants de la quatrième région et d'entretenir des magasins à Stoboi. Le privilège qu'on ne lui accordait que parce que les Péoniens habitaient dans l'intérieur des terres, ne compensait pas les pertes qu'elle devait subir d'un autre côté.
Quant au décret qui exilait à Rome les principaux citoyens de la Macédoine, il suffit de se rappeler les noms les plus marquants des deux derniers règnes pour comprendre le grave préjudice qu'il infligea à l'Emathie et à la Bottiée. Tous se trouvaient désignés et atteints au titre des fonctions qu'ils avaient exercées, du témoignage de confiance qu'ils avaient reçu. Ce n'était pas seulement la haute société, c'était encore ce que nous nommerions aujourd'hui la bourgeoisie qui était frappée. Toutes les villes perdirent leurs meilleurs citoyens.
Les Romains songeaient à tous et n'épargnaient personne : amis du roi, gardes du palais, chefs de corps de troupes, commandants de navires ou de garnisons, citoyens riches, fonctionnaires de tout rang et de toute espèce ; personne n'échappait aux listes de proscription et il y avait peine de mort portée contre ceux qui n'obéissaient pas. Dès lors, que devait-il rester à la capitale, à la ville où se trouvaient le palais, le trésor, la cour, la garde, les haras, tous les établissements fondés par la royauté ? Tite-Live ne manque pas de nous dire que ces exilés n'étaient en général que de mauvais citoyens, sans patriotisme, sans amour pour les lois et pour la liberté, toujours prêts à s'humilier devant un maître, pourvu qu'ils pussent opprimer leurs égaux ; ce témoignage de la part d'un ennemi est tout au moins suspect. Nous connaissons quelques-uns des Grecs proscrits de leur patrie, comme parti sans de Persée : ils ne comptèrent, à coup sûr, ni parmi les moins éclairés, ni parmi les moins dévoués aux intérêts de la Grèce. Il en fut de même à Pella, et l'ancienne capitale de la Macédoine souffrit plus de l'exil de tant de citoyens que de la ruine de son industrie et de la perte de ses richesses.
Une fois à Rome, ils ne devaient plus revenir dans leur patrie ; sur les mille individus désignés par les États grecs pour aller vivre en Italie, trois cents seulement purent revoir le sol natal après dix-sept années d'absence. Si les Grecs furent traités avec cette rigueur, quel plus rigoureux traitement ne dut-on pas infliger à ces intraitables Macédoniens qui avaient lutté quatre ans avant de s'avouer vaincus.
: incolas quo que permultos Gallos | et Illyrios. Longtemps errants, longtemps divisés en | bandes de pillards, les Gaulois avaient fini par se
L'agriculture dut profiter, à l'époque dont nous parlons, d'une mesure prise par le Sénat. Tite-Live nous dit qu'on renonça à affermer les domaines royaux, parce qu'on ne pouvait le faire sans l'intervention des publicains, et que là où étaient les publicains, il n'y avait plus ni droit public ni liberté. Il faut donc supposer qu'on les donna ou qu'on les vendit, car le Sénat ne pouvait vouloir qu'ils demeurassent incultes et déserts. Cette concession devait être d'une grande importance pour les habitants de l'Emathie et de la Bottiée, car les rois avaient des domaines considérables dans les deux districts, dans la Bottiée où étaient leurs haras, dans l'Emathie où se trouvait le siège de leur ancienne capitale. Vingt ans plus tard, le Sénat revenait sur sa première décision. En réduisant la Macédoine en province romaine, il reprit les domaines de Philippe et de Persée, et les fit affermer par les censeurs. Ils formèrent, avec les terres des rois de Pergame, de Bithynie, de Cyrène et de Chypre, et les territoires confisqués lors de la conquête, l'ensemble du patrimoine public,
IV. PROVINCE ROMAINE. — Le gouvernement des rois avait gardé des partisans convaincus et nombreux qui se groupèrent autour d'Andriscus. Celui-ci, déjà maître de l'Emathie et de la Bottiée, songeait à envahir la Thessalie, lors que les Romains l'arrêtèrent et lui infligèrent une défaite qui entraîna la réduction de la Macédoine en province romaine (149). Désormais elle devait être gouvernée par des proconsuls. La division en quatre districts fut maintenue mais il n'y avait plus de raison pour interdire aux habitants de chacun d'eux une libre communication avec tous les autres. Plusieurs textes de Cicéron prouvent qu'on reprit et qu'on afferma dés lors, au profit du peuple romain, les domaines de Persée et de Philippe. En Grèce, on détruisit les fortifications de toutes les villes qui avaient combattu contre les Romains, En fut-il de même en Macédoine ? Est-ce alors que Pella perdit ses remparts ? Tout porte à le croire.
A partir de cette époque la Macédoine fut traversée par la via Egnatia allant de Dyrrachium à Thessalonique. Cicéron l'appelle une province fidèle et amie du peuple romain, Elle justifia cet éloge quoiqu'elle offrit une faible résistance au fils de Mithridate, Arcathias. Il faut dire que les proconsuls exploitaient sans pudeur une province que le Sénat ne se préoccupait pas suffisamment de mettre à l'abri des invasions des Thraces. Ce double fléau devint parfois intolérable. Pendant le gouvernement de L. Calpurnius Piso, le beau-père de César, les Barbares s'avancèrent jusqu'à Thessalonique : pendant ce temps le proconsul ne songeait qu'à pressurer les provinces, et imposait toutes les denrées, même dans les villes exemptes d'impôts. On voudrait connaître à cette époque l'état intérieur de la province, la condition des villes, le nombre de celles qui étaient libres, de celles qui étaient tributaires ; mais, sur ce point, les détails manquent. Cicéron parle bien de villes macédoniennes exemptes d'impôts, mais il ne les désigne pas par leur nom, César, dans son De bello civili, dit qu'une partie de la province portait le nom de Macédoine libre, mais il ne précise rien.
Les factions qui agitaient Rome avaient souvent amené en Macédoine d'illustres exilés. En 58, Cicéron avait passé par la via Egnatia pour se rendre, par Édesse et Pella, à Thessalonique. L'affranchi Phaéton était venu le rejoindre à Pella.
Dans la guerre civile entre César et Pompée (48), ce fut le gouvernement tout entier qui se transporta à Thessalonique pendant que l'armée de Pompée bouclait la mer, entre l'Haliacmon et l'Axius. Le quartier général de Pompée se trouvait à Bérhoé ; il y séjourna longtemps pour exercer et pour aguerrir ses soldats. Thessalonique conserva un monument de la réunion du Sénat dans ses murs. On y fit bâtir un temple, après avoir consulté les augures pour que, suivant les coutumes des ancêtres, les sénateurs pussent s'y réunir. On voudrait retrouver à Bérhoé quelques traces de ce long séjour de l'armée de Pompée sous ses murs. Peut-être est-ce de cette époque que date cet ancien marché, en dehors des murs, à Palacoforo, dont les traditions modernes ont conservé le souvenir. Peut-être aussi est-ce cette réunion d'une armée considérable autour de la ville qui y attira un grand nombre de Romains et qui les porta à s'y établir. Quoi qu'il en soit, Bérhoé devait compter alors parmi ces cités opulentes de la région dont parlent Plutarque et César.
La Macédoine avait été du parti de Brutus. Mieux inspirée, elle prit celui d'Octave et d'Antoine contre Brutus et Cassius. Octave arriva par la via Egnatia à la suite d'Antoine, recueillant l'adhésion d'Aegées de Bérhoé, de Pella, de Thessalonique, d'Amphipolis qui fournirent à son armée des vivres et des auxiliaires.
V. D'AUGUSTE A TRAJAN. — La réorganisation des provinces sous Auguste coïncida avec la fondation ou le renouvellement d'un grand nombre de colonies romaines. L'état de la Macédoine, les maux que lui causaient les invasions souvent réprimées, toujours à en établir dans plusieurs de ses villes. En l'an 100, le tribun L. Apuleius Saturninus avait proposé une loi en ce sens. Son projet échoua et lui-même fut mis à mort (99). César tourna particulièrement son attention sur la Macédoine ; il y établit des colonies, celle de Dium par exemple, et désigna un certain nombre de villes pour en recevoir. La Macédoine restait le champ clos des peuples barbares. Gètes, Deuthelétes, Scordisques, Odryses, toutes peuplades thraces, s'y donnaient rendez-vous. Il fallut trois années d'une guerre presque incessante, la présence d'un général habile comme l'était L. Calpurnius Pison, pour réduire complètement ces tribus barbares et rendre la paix à la province. C'est après cette longue et décisive campagne (12 av. J.-C.) que la Macédoine dut être rangée parmi les provinces sénatoriales gouvernées par des proconsuls. Des colonies complétèrent l'œuvre de pacification : Auguste renouvela celle de Dium dans la Piérie, fonda celle de Cassandréa dans la Chalcidique, celle de Philippes dans l'ancien pays des Édoniens, celle de Pella dans la Bottiée. Pella était déjà une ville libre. Le titre de colonie était pour elle un degré de plus dans l'ordre des privilèges qui faisaient participer les peuples conquis aux divers droits du peuple romain. Patras avait reçu tout à la fois d'Auguste, après Actium, et la liberté et le nom de colonie romaine. Thessalonique était libre comme Pella, mais elle ne devint colonie qu'après un siège soutenu contre les Scythes (253) qu'elle repoussa grâce à la valeur de ses habitants.
D'après les jurisconsultes Ulpien, Gelse, Gaius — Paulus, les colonies de Philippes, de Dium et de Cassandréa jouissaient toutes trois du droit italique.
Toutefois la prospérité de cette ville fut éphémère. Dès l'an 6 après Jésus-Christ, Pella fut soumise à une épreuve redoutable. Les Pannoniens et les Dalmates se soulevèrent au nombre de 800.000, dit Velleius Paterculus. Cette multitude se divisa en trois bandes : la première resta dans ses foyers pour garder le pays ; la seconde se dirigea vers l'Italie ; la troisième, prenant comme objectif la Macédoine, y remporta un succès complet, l'occupa tout entière, mettant l'incendie, le pillage partout, égorgeant les marchands, massacrant les citoyens romains, faisant périr en masse un grand nombre de légionnaires.
Pella ne se releva point du coup que lui porta cette invasion. Elle garda son nom de colonie, quoiqu'elle eût perdu un grand nombre de ses habitants, et Pline la mentionne avec ce titre à la fin du 1er siècle. Ses médailles connues vont jusqu'au 2e siècle et on a trouvé près d'Hagious Apostolous une stèle funéraire avec la date de 320. Mais si Pella existait encore à cette date, il y avait longtemps qu'elle n'était plus qu'une bourgade obscure. Dion Chrysostome, qui vécut sous Nerva et sous Trajan, nous dit avec un peu d'emphase, il est vrai, que des briques éparses seules indiquaient alors l'emplacement de Pella : Lucien (120-200), moins sujet à la verbosité, en parle comme d'un hameau comptant à peine quelques pauvres et chétives maisons, et le rhéteur Aristide, son contemporain, s'écrie : « Qui voudrait s'enorgueillir d'avoir Pella pour patrie ? » A ces témoignages vient s'ajouter un indice certain de la décadence de Pella : cette ville ne compta jamais un siège épiscopal chrétien. Les Actes des apôtres qui parlent des églises de Bérhoé et de Thessalonique, ne font aucune mention de l'ancienne capitale macédonienne ; et cependant le souvenir de l'apostolat de Paul s'est conservé jusqu'à nos jours dans l'obscur village surgi parmi ses ruines ; Hagious Apostolous. Les divers noms, grec, bulgare ou turc, se rapportent également à l'existence d'une église dédiée aux saints apôtres et qui remonte vraisemblablement aux premiers temps chrétiens. Il y a dans la littérature chrétienne un Ariston de Pella, mais il s'agit de Pella en Palestine ; au contraire le poète et pénitent Paulin de Pella (376-430) appartient à Pella de Macédoine, Après Strabon, Ptolémée et Pline, Dion, Lucien et Aristide, on ne retrouve le nom de Pella que dans Hiéroclès (6e siècle) et dans Constantin Porphyrogénète (10e siècle) ; mais de la part de ces deux écrivains c'est affaire d'érudition, rien de plus. Au 9e siècle, un certain Timarion dit, en parlant de l'Axius : « Il sort des montagnes de Bulgarie, recoit dans son cours un grand nombre de torrents peu considérables, se grossit peu à peu, et va se jeter dans la mer en passant près de Pella et de l'ancienne Macédoine ». C'est la dernière fois qu'il est fait mention de Pella dans un auteur grec.
Quel était l'état des autres villes de la Macédoine sous Auguste, et pendant les premiers temps de l'empire ? Strabon (50 av. J.-C. à 14) ne parle dans son livre que de Pella, d'Oleros, de Bérhoé, d'Édesse et d'Euboéa. Pline (23-79), qui donne quelques indications trop rapides sur les colonies et les villes libres, ajoute à la liste de Strabon les noms des Gyrrhestius, des deux Europos, celui de l'Axius et ceux de l'Almopie, de Scydra, de Miéza, de Gortyniæ et d'Ichnez. Ptolémée enfin, qui écrivait vers l'an 175, mentionne outre les villes de Strabon et de Pline, celles de Tyrissa, d'Idoméne, d'Aegea dans l'Emathie, celles d'Horma et d'Apsalos dans l'Almopie. Mais il faut remarquer que, sous le nom d'Emathie, il entend non seulement l'Emathie proprement dite, la Bottiée et la Gyrrhestide, mais même une partie de l'Eordée.
Le témoignage des trois géographes nous prouve seulement que ces villes existaient encore de leur temps. C'est ailleurs qu'il faut chercher quelques renseignements sur leur état, sur leur importance plus ou moins grande, sur leur prospérité relative. Etaient-elles tributaires, alliées ou libres ? Plusieurs pouvaient avoir reçu la liberté au temps de la bataille de Philippes. En tout cas, voici ce que Justin dit de la Macédoine en général : « Lorsqu'elle eut cessé d'être sous la domination des Romains, la Macédoine fut gouvernée par des magistrats dans chaque cité, et elle fut libre : les lois qu'elle utilise encore aujourd'hui, elle les reçut de Paul. » Ces mots « lois qu'elle utilise encore aujourd'hui » permettent de penser que ce serait sous le règne d'Auguste que la Macédoine se gouverna elle-même et jouit de la liberté.
Ces nouveaux privilèges ne soustrayaient pas les villes de la Macédoine aux exactions des proconsuls. Les réclamations adressées à Rome finirent par y être entendues. En l'an 15, Tibère déclara la Macédoine province impériale et c'est comme telle que Strabon la mentionne dans son ouvrage. Trente ans plus tard Claude la rendit au Sénat (44 ap. J.-C.) Strabon, Pline et Ptolémée ne nous parlent pas de Citium. — Cyrrhos, que traversait la via Egnatia, conserva sous l'empire une certaine importance et, sous le régne de Justinien, on réparait encore, pour la dernière fois sans doute, ses fortifications. — Scydra a connu, ainsi qu'en témoignent ses inscriptions, une certaine prospérité pendant les quatre premiers siècles de l'empire. — Edessa retint toujours une réelle importance, ce qui se comprend sans peine, car cette ville commandait un des passages les plus importants de la via Egnatia ; elle marquait une des étapes principales de ces armées qui traversaient si souvent la Macédoine pour aller en Thrace ou en Asie.
Quelle que fût la prospérité d'Édesse pendant les premiers siècles de l'empire romain, Bérhoé n'en était pas moins la ville la plus riche et la plus importante de la plaine entre l'Haliaemon et l'Axius. Sa population était nombreuse, 1ey#Anv xxi mÓAw, dit en parlant d'elle Lucien. Elle se composait de Grecs, de Romains, de Gaulois, d'Illyriens, de Dardaniens, de Thracés et même des Juifs.
Une inscription du siècle d'Auguste nous parle des Romains établis à Bérhoé et y possédant des fonds de terre : oi £yxexcr(uévot ‘Pœuctor. C'étaient, sans doute, ici comme ailleurs, des marchands, des colons rebelles, transportés de l'Italie dans les villes transmarines, des vétérans licenciés par les généraux et qui étaient demeurés sur place. Quant aux Juifs, les Actes des apôtres nous prouvent qu'on en rencontrait à Bérhoé comme dans les villes voisines de la Macédoine.
À Thessalonique, ils formaient une partie assez nombreuse de la population ; ils exerçaient librement leur religion et avaient une synagogue. À Philippes, ils possédaient une proseuque hors des murs de la ville ; de même à Bérhoé. Le quartier des Juifs et leur synagogue sont aujourd'hui encore dans un des faubourgs de la ville, hors de l'enceinte des anciennes murailles. Cet état de choses remonte aux premiers temps de l'empire romain.
Bérhoé se gouvernait par ses propres lois, sa constitution était démocratique, comme celle de Thessalonique. Dans cette dernière ville, c'est devant le peuple que les ennemis de Paul voulaient le conduire. À Bérhoé aussi, les Juifs de Thessalonique, venus pour susciter des persécutions à l'apôtre, s'adressent à la foule : c7xp£coovveG toc OyAoucg. Les Actes des apôtres appellent les magistrats de Thessalonique roAettasyoüvres : ils étaient au nombre de six et exerçaient le principal pouvoir. Les inscriptions de Bérhoé ne mentionnent pas ces titres. On y voit tantôt la ville des Bérhoéens, 5 ; mods v&v Beppouxow, comprenant l'ensemble des différents ordres, tantôt le sénat et le peuple, 7 ; Bown xxl ó Tuo, tantôt enfin le sénat et les jeunes gens, 5 BooXx xxi oi veol ; ce lonie et Thessalonique. Une Église fut fondée dans | | qui tendrait à faire croire qu'on retrouvait à Bérhoé les quatre ordres de Dion Chrysostome, à moins, toutefois que dans cette ville le sénat ne se confondit avec les vieillards.
Les inscriptions parlent encore du pontife tepe5c. du gymnasiarque et de l'agonothète. Dans certaines villes il y avait un magistrat nommé ó értueXr rhe Ten
On sait l'habitude qu'avaient les villes des provinces de prendre pour patron quel que personnage influent de Rome. Bérhoé n'y avait pas manqué ; elle avait eu la main heureuse et fait choix d'un homme considérable dont l'intervention, sous Tibère, contribua beaucoup, on peut le croire, à faire exercer les voeux des cités macédoniennes. On conserve dans la mosquée d'Ortha-Djami un socle de piédestal en marbre avec deux trous de scellement, et la trace d'un piedi | il ne saurait grâce à l'inscription y avoir aucun doute : il s'agit d'une statue élevée par les Bérhoéens à L. Calp. Pison.
On connaît deux L. Calp. Pison : l’un célèbre par ses déprédations et ses rapines à Bérhoé même, où Cicéron nous le montre, s'abandonnant sans pudeur à sa cupidité : son fils et homonyme, envoyé par Auguste en Macédoine et dont Velleius Paterculus, Sénèque et Tacite s'accordent à célébrer les grandes qualités : doux et ferme à la fois, ami du repos, mais d'une activité infatigable au milieu des affaires ; sa principale gloire ne fut pas tant d'avoir dompté les Thracés que d'avoir su exercer longtemps la charge de préfet de Rome sans exciter la haine ou l'envie. Ce deuxième L. Calp. Pison avait été proconsul en Macédoine, tandis que son père n'avait que le titre de préteur. C'est donc bien à lui, semble-t-il, que les Bérhoéens rendaient honneur.
C'est à sa prospérité et à sa population nombreuse que Bérhoé dut d’être visité par saint Paul après que l'apôtre eut déjà visité Philippes, Amphipolis, Apollonie. Nous connaissons un des fidèles de cette Église que l'apôtre emmena en Asie, après son second voyage, le Bérhoéen Sopatros, fils de Pyrrhus. Bérhoé conserve le nom de l'apôtre à l'église métropolitaine qui rappelle ses prédications ; elle s'élevait autrefois sur l'emplacement de la mosquée actuelle d'Unkiar-Djari.
Les régnes de Vespasien, de Titus, de Nerva et de Trajan paraissent avoir été particulièrement favorables à Bérhoé. De nouveaux privilèges consacrèrent sa position de plus en plus importante en Macédoine. « Sous Nerva elle obtint le titre envié de « métropole », et, à partir de 96-98, commença à jouir de ses nouveaux privilèges. Ainsi s'explique un fait que Le Quien f (voir ce nom) semble avoir mal compris. Au concile de Constantinople, en 553, siégeait l'évêque de Bérhoé, Timothée, que les actes grecs nomment Twu.60eoc TAC Bespéolwc. Le Quien voit ici une interpolation et c'est à tort. Il est vrai qu'à cette époque Bérhoé n'était pas le siège d'un archevêché métropolitain : mais cette ville n'en avait pas moins été, au sens politique, une métropole, et c'est ce titre ancien que les Actes rappellent. Quant au titre de métropole religieuse elle ne l'obtint qu'au XIIIe en se séparant de Thessalonique dont elle avait jusque-là dépendu. Jean Malala fait remonter jusqu'à Vespasien la division de la Macédoine en deux parties. Thessalonique fut dès lors la capitale de la première Macédoine. Quant à Bérhoé en devenant métropole, elle succéda à Pella comme ville principale de l'ancienne Emathie. — D'après Spanheim, c'est dans la métropole que se promulgaient les lois et les édits, que se tenaient les assemblées des différents districts, que se célébraient les jeux et les fêtes solennelles, que se fixaient les impôts à répartir entre les villes inférieures pour tous les travaux d'un intérêt général.
XI. SAINT PAUL EN MACÉDOINE. — En Macédoine,
La race était restée assez pure, parce que l'intérieur de la contrée n'avait pas été pénétré par des éléments étrangers. C'était une région honnête et saine, peu habitée, avec plus de petites villes que de grandes, condition favorable à la moralité d'un peuple. Celui-ci aimait son indépendance et la dynastie qui en était le symbole : étant sage de mœurs et sain d'esprit, il se tenait à égale distance du despotisme et de la démocratie qu'il réprouvait comme aussi avilissants l'un que l'autre. La Macédoine était terre d'Europe et se trouvait dans les conditions normales de la vie européenne, boisée, fertile, arrosée de grands cours d'eau ; avec des réserves presque inépuisables dans son sous-sol. Elle était une proie alléchante, alors, et aujourd'hui elle l'est encore tant est grande sa richesse.
L'apôtre saint Paul, mettant à profit même la maladie, venait de transformer en apostolat une halte forcée parmi les Galates du nord et leur avait annoncé l'Évangile. Ils le reçurent avec joie et loyauté et conformèrent leur vie à leur nouvelle croyance. Paul songeait à se séparer d'eux et à pénétrer en Bithynie, mais l'Esprit de Dieu ne le voulut pas ! Vers Alexandrie de Troade, à travers la Mysie et il attendit. Une nuit, il entrevit un homme en qui les traits du visage et le vêtement montraient un Macédonien ; cet inconnu lui dit : « Passez en Macédoine et venez nous sauver ». Dès le matin, Paul raconta cette vision à ses compagnons de voyage qui y virent une désignation d'un champ nouveau d'apostolat. Parmi ses compagnons prend place désormais un nouveau personnage, nommé Luc, l'auteur des Actes des apôtres, où il révèle sa présence par ces mots : « Aussitôt nous cherchâmes à passer en Macédoine. » Paul, Silas, Timothée et Luc s'embarquèrent à Troas, naviguèrent vent arrière et atteignirent dès le premier soir l'île de Samothrace ; le lendemain ils débarquèrent à Néapolis (Cavala), ville posée sur un petit promontoire en face de l'île de Thasos. À Néapolis on rencontrait la via Egnatia dont l'autre extrémité s'amorçait à Dyrrachium sur l'Adriatique. Prendant cette voie qu'ils ne devaient plus quitter jusqu'à Thessalonique, Paul et ses compagnons s'élevèrent peu à peu sur la rampe montueuse qui escalade la petite chaîne de montagnes qui forme la côte, puis gagnèrent la plaine où se trouve Philippes, aujourd'hui si complètement disparue que les ruines elles-mêmes sont sans nom ? (Voir PHILIPPES).
Philippes était une ville plus latine que grecque ; on y parlait latin couramment parmi une population laborieuse pacifique et très religieuse. Il s'y trouvait des confrères qui entretenaient le goût et le sens d'une certaine piété. Le polythéisme y avait quelque chose de moins compliqué qu'ailleurs et se montrait accessible à une certaine conception monothéiste. La vie par un climat amollissant et une fertilité exceptionnelle, et cette sorte de rigueur contribuait à entretenir des mœurs plus graves, des coutumes plus austères. Paul le comprit bien vite. S'il s'arrêta un peu à lire les inscriptions grecques ou latines qui s'offraient à sa curiosité, il put comprendre que ces rustiques montagnards entretenaient une dévotion spéciale au dieu rustique Silvain et se groupaient dans sa confrérie, hommes libres et esclaves : ceci était d'un bon augure.
À Philippes, la juiverie comptait à peine ; elle n'avait pas de synagogue, mais le samedi quelques adorateurs de Dieu, peut-être surtout des femmes, se rassemblaient dans une proseuque, un simple jardinet à l'abri d'une clôture, le long du Gangilés. Dès le premier sabbat, Paul, Silas, Timothée et Luc s'y rendirent, prirent la parole, annoncèrent le mystère de Jésus. On leur fit bon accueil, surtout une commerçante aisée, qui était de Thyatires et qu'on nommait Lydie (voir ce nom). Dieu toucha son cœur, elle demanda le baptême ; devenue chrétienne avec toute sa maison, elle arracha, à force d'instances, le consentement des quatre missionnaires à loger dans sa maison, où elle les hébergea plusieurs semaines. Lydie et son entourage devinrent le noyau d'une petite Église très fervente, parmi laquelle nous connaissons les noms d'Evodie et de Syntyché, qui eurent rang de diaconesses ; Epaphrodite à qui Paul donnera le nom de frère, de collaborateur, de compagnon d'armes ; Clément et plusieurs autres, « dont les noms sont inscrits dans le livre de vie ». On vécut là quelques semaines très confiantes. Timothée se montrait séduit par cette jeune Église qui lui rendait une égale affection. À ces débuts, encore nécessairement modestes, la fortune de Lydie suffisait à tout et Paul consentit à accepter d'elle des secours pécuniaires qu'il eut repoussés venant d'ailleurs.
Un fâcheux incident survint. Quelques Philippins s'étaient associés pour l'exploitation d'une esclave, leur propriété, ventriloque et quelque peu possédée, qui disait la bonne aventure et rapportait à ses maîtres beaucoup d'argent. Laissée libre d'aller où bon lui semblait, la malheureuse causa, alla écouter la prédication de la synagogue et, soit conviction, soit impulsion irréfléchie, elle se porta sur le chemin de l'apôtre et de ses amis pour crier à tue-tête : « Ces hommes sont les serviteurs du Dieu très haut, qui viennent vous annoncer la voie du salut. » Un jour, Paul, ému de pitié, se tourna vers la malheureuse et dit à l'esprit qui la possédait : « Je t'ordonne au nom de Jésus-Christ, de sortir de ce corps. » Elle fut délivrée à l'instant, mais cessa de plus rien prédire.
Le dépit de ses maîtres fut extrême ; ils accoururent au logis de Paul et de Silas, son complice, qu'ils forcèrent de les accompagner sur la place du marché, devant les magistrats en exercice. Ne pouvant réclamer une indemnité, car la sorcellerie était illégale, ces gens accusèrent « ces Juifs étrangers de semer le désordre dans la ville et d'enseigner des coutumes qu'il n'est pas permis aux Romains d'embrasser. » La foule s'était rassemblée et devait manifester son hostilité envers ceux qu'on accusait ; les duumvirs voyaient poindre une émeute, ce qui peut toujours attirer quelques ennuis. Comme leur magistrature leur valait des licteurs, ils firent arrêter les deux Juifs et, sans enquête, sans interrogatoire, sans audition de témoins, les firent déshabiller et fouetter en public. On les emmena ensuite en prison, dans un cachot, les pieds entravés dans les ceps.
Vers le milieu de la nuit, Paul et Silas étaient en prières et les autres détenus les entendaient chanter les louanges de Dieu. Tout à coup un violent tremblement de terre secoua la prison jusque dans ses fondements, et soudain les portes s'ouvrirent et les liens de tous les captifs furent défaits. Réveillé en sursaut et voyant ouvertes les portes de la prison, le gardien tirait déjà son épée pour se tuer, persuadé que les prisonniers s'étaient enfuis, quand Paul lui dit d'une voix forte : « Ne te fais point de mal, nous sommes tous ici. » Alors le geôlier prenant un flambeau se précipita à l'intérieur, tomba aux genoux de Paul et de Silas, puis les emmena hors du cachot en disant : « Maîtres, que dois-je faire pour être sauvé ? » Ils répondirent : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et ta famille. » Et ils lui annonçaient la parole de Dieu, ainsi qu'à toutes les personnes de sa maison, tandis qu'il prenait soin d'eux et lavait leurs plaies. Après avoir reçu le baptême séance tenante, lui et tous ses gens, il les fit entrer dans sa demeure et leur servit à manger, et il se réjouissait avec tous les siens du bienfait de la foi.
Dès le matin, les magistrats de Philippes, inquiets des conséquences possibles de leur abus de pouvoir de la veille, firent savoir au geôlier d'avoir à élargir les deux Juifs arrêtés. Paul refusa. « Eh quoi, dit-il, après nous avoir, sans jugement, battus de verges en public et incarcérés, nous, citoyens romains, ils voudraient maintenant nous relâcher en cachette ! Il n'en sera pas ainsi. Qu'ils viennent eux-mêmes nous élargir. » Ce titre de citoyens romains acheva la déroute des magistrats. On les vit venir, penauds, délivrer les captifs et les supplier de quitter la ville. C'était la solution la plus sage. Paul et Silas toutefois entendaient sortir la tête haute, ils ne se hâtèrent point, rendirent une dernière visite à Lydie où ils prirent congé de tous les frères à qui ils recommandèrent la persévérance, puis laissant Timothée et Luc à Philippes, ils partirent pour Thessalonique.
Ils s'en trouvaient à une distance de cent cinquante kilomètres environ, et reprenant la via Egnatia, ils se dirigèrent sur Amphipolis, grande ville, capitale de la province à une heure environ de l'embouchure du Strymon. Les apôtres ne paraissent pas s'y être arrêtés ; mais, après être sortis de l'estuaire du Strymon, ils s'engagèrent entre la mer et la montagne, traversèrent sans s'y arrêter la petite ville d'Apollonie, n'ayant de pensée que pour le but prochain de leur voyage : Thessalonique, capitale de la Macédoine, résidence du gouverneur romain, centre d'affaires important, avec une colonie juive et une synagogue. Paul et Silas acceptèrent l'hospitalité d'un certain Jason et, suivant la méthode ordinaire, prêchèrent les jours de sabbat à la synagogue. On accourut et on se convertit en grand nombre, principalement parmi les « craignant Dieu ». Les dons de l'Esprit se répandaient à profusion et l'Église de Thessalonique apportait à Paul toutes les joies, toutes les flertés, toutes les consolations. De Philippes, Lydie veillait sur les nécessités de Paul et de son compagnon, pourvoyait à leurs besoins. Nous reviendrons sur cette chrétienté de Thessalonique (voir ce mot) qui devint « un modèle que Paul aimait à proposer aux autres Églises. » Outre Jason, nous y connaissons (Caius, Aristarque et Secundus. Une fois encore, une émeute soudoyée par les Juifs obligea Paul à s'éloigner ; la nuit suivante, les frères le conduisirent avec Silas à Bérhée.
À Bérhée, on leur fit bon accueil, on les écouta avec faveur comme on pouvait s'y attendre dans un milieu social plus distingué. Paul prêcha et les Bérhéens vérifiaient dans les citations. Beaucoup se convertirent : un Sosipatros et surtout des femmes. Beaucoup de Grecs se convertirent aussi et la synagogue ne s'émut pas ; mais quand les Juifs de Thessalonique apprirent les progrès de l'Évangile à Bérhée, ils accoururent et firent tant et si bien que Paul résolut de s'éloigner de la Macédoine où il laissait Timothée, Luc et Silas. On le conduisit à un port de mer du golfe Thermaïque, Pydna, Méthone ou Dium, où il s'embarqua (voir aux mots ATHÈNES et CORINTHE).
Dès son arrivée à Athènes, Paul rappela à lui Silas et Timothée : mais la tendresse de l'apôtre pour ses Églises de Macédoine restait vive. Ses lettres aux Philippiens et aux Thessaloniciens nous le disent assez ; il eut pour ses Églises de Macédoine un amour de père de la région environnante. On voudrait y retrouver...
Aussi voyons-nous, en 449, l'évêque de Bérhée signer au concile d'Éphèse : Aotxae &rloxoroc Bsbpowsc The. 3 npe MaxsSovixc. Les titres officiels de l'archevêque de Vodena (ancienne Edesse) sont aujourd'hui encore : 6 TUWEPOTATOG al Ücorp66knroc wrcponoAL- - TAC TG &yLo TG unrporóhewg Bodévewy xal XxAw* Géronc, drépruuac xal ÉEmpyoc Muxeôayiac terne. E Hiéroclès, au VIe, nous parlant de cette réorganisation de la Macédoine, ajoute une liste des principales villes : Thessalonique, Pella, Europos, Dium, Bérhée, Eordea, Edessa, Celli, Almopia, Dobéros, Idoménée. Mais cette liste, que reproduira Constantin Porphyrogénète, n'est qu'une affaire d'érudition. Pella ne serait pas au second rang si l'on avait tenu compte de l'état actuel de chacune de ces villes. Un fait seul est à retenir ; c'est le nom d'Almopia ^ 1 désignant la principale ville des Almopes et remplaçant, semble-t-il, celui d'Europos.
Aux divisions politiques s'ajoutèrent de nouvelles divisions religieuses, lors que le christianisme fut devenu la religion officielle de l'empire. Aujourd'hui, la plaine à l'ouest de l'Axius se partage entre deux archevêchés, ceux de Verria et de Vodena, et deux évêchés, ceux de Campania et du Mogléna. Existaient-ils tous dans les années qui suivirent le règne de Constantin ? Le fait n'est pas impossible par lui-même, mais nous n'en avons pas de preuves.
Aussi voyons-nous, en 449, l'évêque de Bérhée signer au concile d'Éphèse : Aotxae &rloxoroc Bsbpowsc The. 3 npe MaxsSovixc. Les titres officiels de l'archevêque de Vodena (ancienne Edesse) sont aujourd'hui encore : 6 TUWEPOTATOG al Ücorp66knroc wrcponoAL- - TAC TG &yLo TG unrporóhewg Bodévewy xal XxAw* Géronc, drépruuac xal ÉEmpyoc Muxeôayiac terne. E Hiéroclès, au VIe, nous parlant de cette réorganisation de la Macédoine, ajoute une liste des principales villes : Thessalonique, Pella, Europos, Dium, Bérhée, Eordea, Edessa, Celli, Almopia, Dobéros, Idoménée. Mais cette liste, que reproduira Constantin Porphyrogénète, n'est qu'une affaire d'érudition. Pella ne serait pas au second rang si l'on avait tenu compte de l'état actuel de chacune de ces villes. Un fait seul est à retenir ; c'est le nom d'Almopia ^ 1 désignant la principale ville des Almopes et remplaçant, semble-t-il, celui d'Europos.
Ed | | L’évêché du Moglena n'est mentionné par les auteurs byzantins que du xi au xiv siècle. L'évêché de Campania existait tout au moins avant la fin du ix* siècle, car nous le trouvons dans l'Index de Léon d'Édesse, ils furent établis lors de la constitution même de l’Église orientale. Isidore d'Edesse parut au concile quini-sexte ; Gerontius et Lucas de Bérhoé signèrent l'un au concile de Sardique en 343, l'autre au concile d'Éphèse en 449 ; seulement ce n'étaient dans le principe que de simples évéchés dépendants de Crète et d'Achrida l’autre diocèse de Constantinople. Les Goths reparurent, plus terribles encore qu'on ne les avait vus, sous le règne de Valens (364-379). Pendant que l'empereur était occupé à combattre les Perses, ils dépeuplèrent la Macédoine restée sans défense. Quelques villes seulement purent se défendre derrière leurs murailles ; tout le reste de la contrée devint inculte et désert. En 398, Alaric passe successivement de la Thrace dans la Macédoine, et de la Macédoine dans la Thessalie, ravageant tout ce qui se trouvait sur son passage. Sous Marcien (450-457), c'est au tour des Gots de piller ces provinces. De leur royaume indépendant de Naïssus, ils descendent en 479 jusqu'à Thessalonique et réussissent à occuper tout le pays entre l'Axius et le Pénée. Deux textes importants, l’un de Jordanès, l'autre de Malchus, nous instruisent de ce fait. Voici le récit de Jordanès : Theodemir, régent, animadvertens tam felicitatem suam quam etiam filii, hac tamen contentus, egrediens Naïssitanam urbem, paucis ad custodiam derelictis, ipse Thessalonicam petiit, in qua Clarianus patricius cum exercitu morabatur. Qui dum videret se eorum conatibus resistere non posse, missa legatione ad Theodemir regem, ab obsidione urbis retorquet. Inito que foedere Romanus ductor cum Gothis loca eis jam sponte quae incolerent tradidit ; id est Ceropellas (Cyrum, Pellam), Europam (Europum), Medianam, Petinam (Pellinam), Bereum (Berrhocam) ef alia quae Sium (Dium) vocantur. Ubi Gothi cum rege suo, armis depositis, composuerunt. Nec diu post haec etrex Theodemir civitate Cerras (Cyrrhum) fatali aegritudine occupatus, vocatis Gothis, Theodoricum filium regni sui designat haeredem el ipse mor rebus humanis excessit. Le récit de Malchus diffère de celui de Jordanès. Selon lui, Théodoric, irrité d'avoir été battu par les Romains, se dirige vers la Macédoine, mettant tout à feu et à sang, détruit Stoboi et en massacre la garnison. Il arrive bientôt devant Thessalonique ; mais l'empereur Zénon lui envoie une ambassade, et Théodoric, séduit par ses promesses, députe à son tour quelques-uns des siens à Constantinople, pour s'entendre avec Zénon sur la cession de quelques provinces. Cependant il ramène ses troupes en arrière, leur défendant de piller sur la route, traverse l'Axius, passe par Édesse et arrive jusqu'à Héraclée de Macédoine. Zénon s'était décidé à lui abandonner la Pantalie. Tandis qu'Adamantius, chargé par lui de s’en aller avec le roi barbare et de le mettre en possession de cette province, s'arrête à Thessalonique, Théodoric ne demeure pas inactif : il se ligue avec Sidimund — l'Épire pour la conquête d'Epidamne et du reste du pays ; bientôt il s'empare de Lychidus et de Scampa ; — de là, il marche sur Dyrrachium qui ne peut lui résister. A cette nouvelle, Adamantius accourt à Édesse avec Philoxène, montre au gouverneur Sabinianus des lettres de l'empereur qui le nomment général et le chargent de pourvoir à toutes les éventualités. Sabinianus ne pouvait attaquer les Barbares n'ayant à sa disposition qu'un petit nombre de mercenaires, et les troupes régulières se trouvant dispersées dans les villes. Il ordonna leur concentration précipitée sur Édesse, tandis qu'Adamantius envoyait une ambassade à Théodoric. Celui-ci rebroussa chemin, subit un échec partiel en pays montagneux et, finalement, conclut un traité avec Zénon qui lui cédait une partie de la Dacie et de la Mésie inférieure. Ajoutons un détail. Nicéphore Basilacès dit que les habitants avec la dernière rigueur.
Ces différents récits ne sont pas faciles à concilier. Faut-il admettre deux expéditions distinctes : une sous Theodemir, une sous Théodoric ? Ou bien Jordanès et Malchus parlent-ils d'une même expédition en changeant le nom du chef ? Théodemir était déjà vieux ; Théodoric commandait les troupes depuis longtemps. N'est-ce pas pour cette raison qu'on a pu attribuer les mêmes faits tantôt au père, tantôt au fils ? Cette supposition est vraisemblable.
A quel moment prend place le siège d'Édesse dont parle Nicéphore Basilacès ? Théodoric arriva par Stoboi d’où il se rendit à Thessalonique. La route la plus directe est celle qui débouche en ligne droite sur le haut Axius et qui en longe les bords en passant par Idoménée et par Gortyne. Si le roi des Ostrogoths la suivit, il laissa Édesse à sa droite, et par conséquent ce n'est que lorsqu'il renonça à ses projets sur Thessalonique, lorsqu'il prit la via Egnatia pour se porter sur Héraclée, qu'il put faire le siège d'Édesse. Cette ville ne lui appartenait pas alors, comme toutes celles de la plaine : c'était d'ailleurs la première place forte qu'il rencontrait. Peut-être lui demanda-t-il comme à Héraclée, des impositions extraordinaires pour la nourriture de ses troupes ? De là des mécontentements de part et d'autre, et les hostilités qui en furent la suite. Quoi qu'il en soit, il reste établi qu'à l'époque de Théodoric, les Barbares occupaient presque toutes les villes de l'ancienne Emathie et de l'ancienne Bottiée : Gyrrhos, Pella, Europos, Bérhoé. D'après Jordanès, Cyrrhos aurait été en quelque sorte la capitale des nouveaux conquérants. Ni lui, ni Malchus ne nous disent combien d'années dura cet établissement. Mais ce fut tout au moins de 479 à 488, car nous voyons que Zénon fit la paix avec Théodoric, et ce n'est qu'en 488 que ce dernier, avec l'assentiment de l'empereur, conduisit toute sa nation contre Odoacre devenu maître de l'Italie.
Le règne de Zénon marque la fin des grandes invasions gothiques en Thrace et en Macédoine. Il clôt une première période, pendant laquelle l'empire d'Orient conserva encore assez de forces pour arrêter les projets de conquête des Barbares. En 488, la Macédoine, délivrée de Théodoric et des Ostrogoths, était encore ce qu'elle avait été jusque-là, un pays grec, dont la majorité des habitants étaient Grecs. D'autres peuples allaient bientôt venir, qui devaient y fonder des établissements durables, en renouveler presque complètement la population, changer les noms de ses villes, de ses rivières et de ses montagnes. Pendant cette longue décadence de l'empire byzantin, qui ne se prolongea pas moins de neuf siècles, l'ancienne Bottiée et l'ancienne Emathie furent comme un champ de bataille, où parurent tour à tour les Huns, les Slaves, les Avares, les Bulgares, les Normands, les Francs et les Serbes. Les empereurs le perdirent plusieurs fois, mais réussirent toujours à le reconquérir, et, si Thessalonique resta jusqu'au bout l'un des boulevards de Constantinople, Bérhoé et Édesse marquèrent longtemps de leur côté la limite occidentale des États byzantins. Édesse, ou plutôt Vodena comme l'avaient nommée les Bulgares, n'était plus à l'époque de Cantacuzène, qu'un bourg peu considérable : οὐξοῦν ζόξτwp, mais sa forteresse était presque inexpugnable, grâce à ses murs épais, à ses hautes tours, à sa position, qui dominait d'un côté de profonds précipices, de l'autre des marais inabordables formés par les eaux du lac d'Ostrowo. Bérhoé ne cessa jamais d'être une ville : ses soixante-douze églises, ses monastères nombreux, dont les plus célébres étaient ceux de Saint-Nicolas et de Saint-Antoine, l'enceinte de ses murs, rebâtis au xiv siècle par le khal de Servie, nous le prouvent assez. Occupée par les Bulgares au x siècle, reprise par Basile le Bulgarochtone, elle eut toujours dés cette époque un gouverneur militaire ; elle avait sous sa dépendance toutes les petites places fortes des environs, y compris Servia, et son territoire s'étendait à l'Est jusqu'à la rive droite de l'Axius. H. LECLERCQ.
MACHECOUL. — CIMETIÈRE. — On donne le nom de pays de Rays à une région de l'ancien Poitou confinant à la mer au sud de la Loire. L'archéologie y trouve peu de chose à glaner, car il semble que ce territoire n'ait compté qu'une population très clairsemée au cours de la période qui précéda les invasions normandes. C'est à peine si les textes historiques nous font connaître alors quelques lieux habités comme Ratiate (Rezé), Deas (Granlieu, voir ce mot), Scobrit (Saint-Viaud), Palus (Paulx). De l'époque gallo-romaine on a rencontré quelques vestiges si peu importants qu'on ne doit guère retenir qu'Arthon qui puisse revendiquer le titre de bourgade à cette date reculée. Il faut y ajouter Machecoul, qui fut la capitale du pays de Rays dès les temps féodaux.
Une charte conservée dans le Cartulaire de Redon, datée du 6 juillet 1055, relate la fondation d'un monastère à la Chaume, à un kilomètre environ à l'ouest de Machecoul. Ce fut Harscoël, seigneur du pays, qui fit cette fondation et donna en conséquence au monastère de Redon une borderie, des vignes, un pré, un moulin et le tiers du territoire appelé la Ghaume ; en outre duas ecclesias existant audit lieu et dédiées l’une à la sainte Vierge, l'autre à saint Jean et situées devant la ville de Sainte-Croix (sitas ante oppidum Sanctae-Crucis). A ces deux églises ou oratoires était annexé un cimetière : cum cimiterio sibi diviso. Les desservants de ces deux églises, Menvil et Geffroy, consentirent à l'union de leurs bénéfices au nouveau monastère. C'est peut-être comme héritiers des prérogatives des chapelains du cimetière que les moines de la Chaume jouissaient encore au XVIIe du droit de prééminence sur le clergé des deux paroisses de Machecoul à la cérémonie de l'adoration de la croix qui se faisait le dimanche des Rameaux dans le grand cimetière commun.
C'est donc à un cimetière que nous amènent les témoignages du passé ; le cimetière actuel occupe une partie de l'emplacement du cimetière antique. Celui-ci devait avoir une certaine importance, puis que deux petites églises y étaient rattachées. Ces indications seraient toutefois bien vagues si nous n'y pouvions rien ajouter. Mais la Bibliothèque nationale conserve dans le ms. lat. 72664 (tome VII d'un recueil formé en vue du Monasticon benedictinum) des documents relatifs à l'abbaye de la Ghaume ; entre autres un mémoire du frère Jacques Jousseaume, moine de l'abbaye, accompagné d'une lettre d'envoi en date du 25 novembre 1688. On lit ceci : « L'abbaye de N.-D. de la Chaume n'était dans son principe, qu'une simple chapelle de dévotion située dans les Ghaumes de Machecoul que le vulgaire appeloit anciennement les Chaumes de N.-D. », à cause que cette chapelle lui était dédiée et que Dieu y opéroit souvent des insignes miracles qui attiroient les peuples de tous côtés pour y rendre leurs vœux. Et chacun souhaitant de se faire enterrer auprès de ce sanctuaire, l'on fist, à la suite des temps, enclore une pièce de terre, pour y servir de cimetière où les seigneurs et dames se faisoient enterrer, avec le menu peuple, pour la dévotion qu'ils portoient à ce saint lieu dans lequel sont présentement les jardins du monastère, où l'on découvre tous les jours de très beaux tombeaux de pierre trés blanche et bien polie et remplis d'ossements considérables pour leur grandeur. » De cette notice, dont il faut retenir au moins la présence des cercueils en pierre, on rapprochera celle de Gérard Mellier, écrivant en 1719 : « Près de cette ville est le grand cimetière de Machecoul, qui est de grande étendue, fermé de murailles dans lequel on voit un grand nombre de tombes élevées, entre autres sept, qui sont de grosses pierres grises faconnées en feuillages, festons et autres ouvrages entrelacés quelques caractères et lettres inconnues. Les uns disent que ces tombes sont de sept rois qui, venant pour subjuguer la Bretagne, furent défaits et taillés en pièces dans cette plaine ; d'autres veulent que ce soient des tombes de princes et seigneurs de l'armée de Charlemagne, qui fut défait en cette plaine par Nominoë, roi des Bretons. Il y a de l'apparence qu'aucun n'est vrai. » On voyait donc à Machecoul des cuves ou auges de pierre, munies de couvercles ornés d'une décoration florale ou géométrique : rosaces, feuilles, festons, entrelacs, et des « lettres inconnues », c'est-à-dire des caractères de basse époque assez frustes, peut-être des abréviations ou des ligatures, ce qui constituait, disons-le, des indéchiffrables énigmes pour un très honnête homme qui ne s'était jamais occupé d'archéologie.
En 1865, la nécessité de donner plus de profondeur aux inhumations qui se pratiquaient depuis des siècles dans le cimetière de Machecoul, sur un fond rocheux recouvert d'un mètre à peine de terre végétale, engagea la commune à en faire défoncer entièrement le sol. Des parties où la pioche n'avait pas fouillé depuis cent ans au moins, on ne tarda pas à retirer des sarcophages monolithes, avec ou sans couvercle, quelques-uns en calcaire coquillier, la plupart en tuf compact. Cette dernière roche est complètement étrangère au pays ; quant à la première, elle y abonde, il est vrai, mais elle est d'un grain très différent de celle des sarcophages. Peu des cercueils exhummés. Ces tombeaux furent, pour la plupart, brisés et, en 1875, il était encore possible d'en reconnaître des fragments dans les lots de pierres extraites du sous-sol qu'on vendait à la toise comme matériaux de construction. Deux ou trois de ces auges sont cependant restées longtemps dans l'enceinte du cimetière, où l'une d'elles servait de récipient à l'eau nécessaire aux maçons.
Une intervention désintéressée obtint un traitement moins barbare pour les futures trouvailles, et, en 1877, on commença à recueillir quelques objets dignes d'attention : c'étaient un couteau en fer, à large lame, mesurant 0 m 15 de longueur, soit environ 15 cm, et, y adhérant par l'oxydation, une boucle massive avec son ardillon. Le caractère de cette dernière pièce était nettement d'époque et de travail mérovingien. D'autres trouvailles confirment celle-ci. Des pièces de boucle de ceinturon, ayant pu appartenir à quatre agrafes différentes, et dont l'une était complète (plaquette, boucle et ardillon) présentaient, gravée en creux, cette ornementation formée de cercles et d'entrelacs qui caractérise les pièces de la nature de celles-ci trouvées dans les sépultures franques. A ces objets de bronze, il faut ajouter deux sabres ou scramasaxes en fer, l'un fragmenté, n'ayant plus que 0 m 20 de longueur, l'autre intact mesurant 0 m 37 dont 0 m 08 pour la soie.
En outre, il faut signaler quatre objets en bronze, de même provenance, et qui sont : une plaquette de ceinturon isolée et une agrafe complète.
Ce sont là des vestiges, sans doute, assez insignifiants, si rien de ce qui peut nous apprendre quelque chose sur le passé de notre pays pouvait être dépourvu de signification. Si on tient compte des divers endroits sur lesquels les tombes furent trouvées et qui sont le cimetière actuel, l'ancien jardin du monastère et la terre des Vallées, on peut en conclure que la nécropole de Machecoul mesurait 200 mètres de l'est à l'ouest et 100 mètres du nord au sud. Nous ajouterons quelques mots sur quelques débris antérieurs aux monuments dont nous venons de parler, et trouvés aux mêmes lieux. Si rares et si fragmentaires qu'ils soient, ils suffisent à montrer que, dès le VIe ou le VIIe, les Ghaumes de Machecoul servirent de champ de repos aux populations franques disséminées par petits groupes dans ces parages, et les succédaient à des groupes gallo-romains déjà établis en ces lieux.
On n'a pas rencontré, croyons-nous, de substrucons ni de poteries romaines dans la ville actuelle de Machecoul qui a, semble-t-il, une origine purement féodale comme l'ancien château fort qui la protégeait à l'est. Mais il n'en est pas tout à fait ainsi à l'ouest de la ville, c'est-à-dire du côté des Chaumes et du cimetière, où l'on voit encore, au chevet de l'ancienne église de Sainte-Croix, une motte assez élevée qui passe pour avoir servi de base au château primitif.
Une monnaie romaine en bronze a été découverte dans le cimetière, mais il n'y a pas lieu toutefois d'insister sur cette trouvaille puisqu'elle est unique et que la circulation du numéraire romain s'est prolongée pendant la période franque. Ce qui est plus important, c'est la rencontre de fragments de briques à rebords, épars en plusieurs endroits des Chaumes. Un de ces fragments fut relevé près de la voie ferrée, plusieurs autres sur divers points assez éloignés les uns des autres. Une brique romaine se trouve incorporée dans la maçonnerie de l'un des contreforts de l'église abbatiale de la Chaume construite au XIe. On avait abattu en partie le rebord de cette brique pour mieux l'appareiller dans l'angle du contrefort. En outre, dans les talus des fossés, à proximité de ladite église, on a relevé quelques débris de poterie rouge et fine, dite samienne ; quoi que minimes ils n'en sont pas moins caractéristiques.
En résumé, pour ce qui regarde l'époque gallo-romaine et l'époque franque, les vestiges rencontrés à Machecoul permettent de conclure à l'existence d'un cimetière mérovingien et à la présence d'un groupe de population dès la période précédente dans cette bourgade dont on ne saura toutefois préciser l'importance.
H. LECLERCQ.
MACHO. — L'accord n'est pas fait sur l'identification de cette localité. Longnon, citant Grégoire de Tours, Hist. Franc., I, IV, c. XLV, rappelle qu'en 274, le duc lombard Amon s'avança par la route d'Embrun jusqu'à Macho villam territorii Avennici, villa dont le roi Gontran avait fait présent au patrice Mummolus. Trois localités ont été proposées : Ménerbes par Papon, l'Isle par Bouche et par I. de J. ; elles doivent, au jugement de Longnon « être écartées complètement », pour cette raison que leurs noms ne rappellent en rien celui de Mummolus, ensuite parce qu'elles appartenaient au territoire de Cavaillon et non d'Avignon. On a proposé Manosque, au diocèse de Sisteron, avec moins de vraisemblance encore.
Longnon estime que le texte de Grégoire impose l'emplacement de Macho dans l'ancien diocèse d'Avignon, et, qui plus est, dans la partie de ce diocèse comprise entre le Rhône et la Durance, les Lombards, venant de l'Est, n'ayant encore traversé ni l'une ni l'autre de ces rivières. Or, on ne trouve, dit-il, dans cette partie de l'Avignonnais, composée seulement d'une dizaine de communes en dehors d'Avignon, qu'une localité où l'on puisse par conjecture placer la villa Macho, c'est Saint-Saturnin (Vaucluse, arrondissement d'Avignon, canton de l'Isle), dont le nom actuel comme tant d'autres vocables identiques a certainement pris la place d'un nom antique. Néanmoins Longnon accompagne cette identification d'un point de doute sur la carte. Il faut, croyons-nous, ajouter le même signe à côté d'une autre identification proposée par M. Em. Duprat, qui situe la villa Macho au quartier de Magues, près de l'emplacement du vieux Caumont, au diocèse d'Avignon : c'est là que débouchait la voie Domitienne, via Ebredunensis. L'auteur retrouve ce nom dès le IXe (Magua) et signale la présence des débris d'une très grande villa romaine.
MACON. — I. Temps préhistoriques. II. Oppidum et Castrum. III. Voies romaines. IV. Christianisme. a. Catalogue épiscopal. b. Concile. V. Archéologie.
I. TEMPS PRÉHISTORIQUES. — Le site de Mâcon a été très anciennement habité !. L'agglomération la plus primitive se trouvait, semble-t-il, sur la Saône à l'île Saint-Jean ou île Palme, située en amont de la ville actuelle. Assez fréquemment on découvrit en aval de cette île, autour et sur l'emplacement de l'île Parve (insula parva), aujourd'hui à peu près disparue, une véritable cité lacustre d'où on retira un grand nombre d'objets de l'époque néolithique, des vestiges de l'époque du bronze, d'autres, moins importants, de l'époque du fer et des temps gallo-romains.
A l'âge préhistorique, la cité sur pilotis de l'île Saint-Jean descendait jusqu'en face de Mâcon. On a découvert, en effet, des habitations sur pilotis au cours des campagnes de dragage, jusqu'au quai du Breuil. Il semble donc qu'on puisse admettre l'existence d'une agglomération florissante à l'époque de la pierre polie, très florissante à celle du bronze et dont la décadence s'accusa à l'époque du fer pour s'accentuer pendant la période gallo-romaine ; depuis lors, ce qui subsistait végéta, pour ne disparaître complètement qu'à la fin du Moyen Âge. Son église et son prieuré ne disparurent qu'avec les guerres de religion. Délaissé peu à peu, puis complètement abandonné, Maliseo conserva néanmoins son nom celtique que nous lisons encore dans les Commentaires de César’. Une sorte de glissement se produisit qui amena l'agglomération sur le promontoire calcaire dominant la Saône, encore nommé la « Rochette », emplacement de l'oppidum gaulois, puis du castrum romain.
Il. OPPIDUM ET CASTRUM. — L'ancien oppidum celtique de Matisco était une sorte d'éperon barré, défendu sur toutes ses faces, sauf sur celle de l'Ouest, fortifiée sans doute par des moyens de défense plus importants. Une statuette et une monnaie gauloises trouvées sur la place de la Baille, au centre même du castrum, semblent indiquer que le point culminant de la ville fut jadis occupé par les Gaulois. Cette forme caractéristique s'imposa au castrum qui occupait le nord de la ville actuelle +. | ie + Li On connaît assez bien les lignes générales de son enceinte qui suivait généralement les contours de la colline escarpée. Cette enceinte passait à l'ouest des rues de Strasbourg, de Veyle et Saint-Antoine ; au sud de la place Gardon, où se trouvait l'extrémité nord du castrum, dominant d'assez haut toute la vallée de la Saône ; à l'est du cours Moreau, derrière le dépôt de remoni2 et la bibliothèque, où l'on aperçoit la min 5 - allusion probablement à la partie des murs touchant “le Bourgneuf, laquelle n'avait plus d'utilité stratégique, puisqu'elle se trouvait à l'intérieur de la nouvelle enceinte.
1 - Dans la suite, le castrum fit partie intégrante de la ville qui s'étendit au sud, la citadelle subsista jusqu'à — la Révolution et c'est encore aujour d'hui le centre Biemplacement de l'ancien évéché, le palais de justice, poeux casernes, les éco les de la ville et divers couvents. -D'importantes constructions semblent s'être életan et sur l'emplacement actuel de l'hôpital.
| b ` Les sépultures, soit par incinération soit par inhu- - mation étaient concentrées au Sud-Ouest du castrum, principalement dans les quartiers de la Barre et de aint-Brice, plus particulièrement aux abords de la gare actuelle. — S. III. Voies ROMAINES. — On a relevé de nombreuses tra ces des deux gran des voies romaines qui desser : B geant vers BoulognecM allait. donc du Sud | Nord et suivant le trajet actuel de la rue de la »oed venant d'Autun dans la Medion | Nord-Ouest. n a lieu de croire qu'une voie longeait la Saône la rive droite et passait sous le castrum entre celui-ci et la. rivière, suivant le tracé actuel de la rue anche et de la rue Châtillon. est probable que d'autres voies moins importantes utissaient à Mâcon, mais leurs tra ces n'ont pu été relevées ; il en est de méme de la voie qui vraisemblablement traversait la Bresse et devait aboutir _ de l'autre cóté de la Saóne, en face de Mácon.
Bs Agrippa, était jalonnée aux environs de Mâcon de stations importantes. Dans la direction du Nord, c'était Saint-Albain à mi-chemin entre Mâcon et - Tournus : on y a découvert, en 1853, des débris de tombe aux et des sculptures ; à 3 kilomètres plus loin, Ja villa de Fleurville et à 2 kilomètres au delà, au - passage de la Bourbonne, une station anti que appelée Bourbon ; puis à 3 kilomètres la villa de Luzée. — Dans la direction du Sud, les établissements romains > sont de moindre importance : Saint-Clément, Arbigny (6 kil), la Vieille-Bâtie (8 kil.), Saint-Romain - (13 kil), le long de la Saône, un peu en dehors de la - voie, mais facilement accessib les. Les établissements -— romains importants sont plus à l'ouest, sur les premiers côte aux : à Loché, à Chánes, à Chasselas, à la | Ese de-Guinchay (les Quériats), à Pontanev aux, |. à Romanèche (les Perrières). — m La voie romaine de Mâcon à Autun traversait, |— pres que à la sortie du castrum ; la station romaine de LI Flacé, où se trouvait la villa du Grand-Four et se bd - dirigeait vers Laizé (11 kil.) A six kilomètres environ = route gagnait les monts du Mâconnais qu 'elle traverhu sait prés d'une station romaine située au col entre E de et Fragnes, pour descendre dans la vallée E la Grosne. Monnier affirmait que cette voie devait étre du — nombre de cel les qu'on désignait sous le nom de viac | M compendium, un « chemin de traverse », disons-nous. pte appréciation est contestable puis que des fouil les. récentes ont montré que cette voie mesurait 5 m. 50, - ce qui lui donne une véritable importance !.
- administratif où l'on voit la préfecture, construite sur | Eus à l'épo que romaine, prés de la fontaine de l'HériLa grande voie de Rome à Boulogne-sur-Mer ou | MACON t 750
IV. CHRISTIANISME. — Les Mâconnais auront probablement accueilli la religion chrétienne dés le IVe, mais leur bon sens les a mis en garde contre les légendes prétentieuses ; ils n'ont ja mais pensé que. saint Pierre leur ait envoyé un de ses discip les et ce n'est qu'à une épo que déjà avancée du vit siècle qu'ils sesontmisen téte de faire remonter leursiége épiscopal.
La fondation du siège de Mâcon n'a rien d'apostolique ; peut-étre doit-il son origine au remaniement.de frontiére entre prin ces mérovingiens, aprés la disparition de l'Etat burgonde. Il est certain que Mâcon fit partie du royaume de Bourgogne, bien que son évé que ne figurát point au concile bourguignon d'Epaone, en 517 ; la situation du diocèse de Mäcon entre les diocéses de Chalon, d'Autun et de Lyon, ne laisse aucun doute à cet égard. Aprés la soumission complète de la Bourgogne par les fils de Clovis (534), | Mâcon dut être gouvernée par, Childebert qui possédait Lyon. Le partage de 561 la donna à Gontran, comme le prouve la présence de l'évé que Chélidoine au concile que ce prince réunit à Lyon en 567. Plus tard, en 581 et 585, Gontran assembla deux conci les à Mâcon, et, en 587, il assignait cette ville pour résidence aux ambassadeurs de roi des Wisigoths. Grégoire de Tours donne à la ville les noms de Matascense opidum et Matisco, ou bien encore urbs Matiscensis, qui est une qualification réservée aux vil les épiscopa les. a. Catalogue épiscopal. — Le catalogue des trentedeux premiers évêques de Mâcon, depuis saint Ni cet jusqu'à Hainson (1219-1242) se lisait dans le cartulaire de Saint-Vincent de Mâcon, connu sous le titre de « Livre enchainé. » Des copies en sont passées dans | les papiers de Chifflet, dans ceux du président Bouhier | 202). Le premier, conservé à Bruxel les, fonds des bolLa liste suivante est établie d'après ces trois copies (nous nous arrétons au IX* siécle) :
Sanctus Eusebius. Inclitus Decius.
Toute cette première partie de la liste épiscopale est étrangement incomplète et fautive. « Sur sept évéques que nous connaissons par les documents, | cinq font ici défaut. Les trois premiers, Nicetius, Momulus, sont nommés dans une charte * de l'évé que Mainbod, vers 950, comme ayant été évêques et confesseurs dans la ville de Mácon et comme reposant dans l'église suburbaine de Saint-Clément, Eusebius | est connu d'ailleurs ; Momulus, lest également, s'il est le méme que le Domnolus dont il sera question plus loin. On ne sait rien sur Nicelius et Justus, dont les noms ont une ressemblance inquiétante avec ceux de deux des plus célèbres évêques de Lyon. dm we NS y Ppp i N a pae eris E EIS ri] 0.55 ^ n p act. pet À m Parc ay conj zx - ulpa u^
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.9. Caelodonius, qui siège au concile de Lyon.
4. Eusebius siège, en 581, aux conci les de Lyon et de Mâcon, puis en 585, à ceux de Valence et de Mâcon.
5. Deodalus siège en 614, au concile de Paris ; en 650, au concile de Chalon-sur-Saóne. En 632, on le voit signer le privilége de Solignac. b. Conci les. — Pendant la période que nous étudions nous devons mentionner trois conci les tenus à Mâcon : n'a tenu compte que | d'un concile tenu cette année-là dans l'église de SaintM Laurent de Mâcon, par les évêques de la province ecclésiasti que de Lyon. Déjà au mois de janvier de cette méme année, s'était tenu à Valence, sur l'ordre de l'empereur Lothaire, un concile des trois provin ces « de Lyon, Vienne et Arles. Dümmler à remarqué avec raison que les actes de ce concile nous donnent un tableau désolant de l'état des choses dans le royaume — de Lothaire et principalement de l'impuissance du gouvernement impérial. Le concile de Mâcon nous - représente sous des couleurs encore plus sombres la « sauvagerie, le relâchement de tous liens, et ses déci- | sions se relient étroitement à cel les de Valence. Le « vol est devenu si habituel qu'il n'y a pres que rien qui | ne soit volé. Le concile cherche à arrêter le mal en | réglant les censures ecclésiastiques suivant l'étendue | du délit. Ce concile a été résumé et annoté dans Hetele3 1333. i V. ARCHÉOLOGIE. | L'antiquité chrétienne n'est représentée à Mâcon à notre connaissance, par aucun « monument. L'épigraphie n'y a pas une seule pierre, | la sculpture pas un fragment de bas-relief. Pour ne - pas renoncer tout à fait à inscrire le nom de Mâcon, | il faut nous contenter de sculptures carolingiennes - dont l'ornementation consiste essentiellement. a | | combinaisons variées d'entrelaes caractérisées par une techni que spéciale. Ces productions grossières M seraient, au dire des uns, pur « style barbare » car « il s'est développé spontanément dans les pays comme | la France et l'Italie du Nord, où les Barbares de race © germani que ont fondé leurs royaumes les plus floris- - sants, et il faudrait réserver à ces débris le nom de g style carolingien . Selon d'autres, le voisinage de | Mäcon avec le nord de l'Italie, ce qui est un voisinage relatif. les relations entretenues politiquement … et économiquement pendant le haut Moyen Age expliqueraient comment ce style se serait implanté | en France, y pénétrant par les vallées du Rhône et | de la Saône, en sorte qu'on a trouvé des spécimens de cet art au Puy, à Borde aux, à Angers et à Reims ..Mais c'est surtout à Mâcon qu'on trouve, au musée p lapidaire, un groupement d'importance constitué par dix-huit fragments dont certains mesurent dans leur plus grande dimension 0 m. 61, 0 m. 69, 0 m. 75 et 0 m.78. Voici sous un arc en plein cintre, deux | végét aux arborescents, stylisés, dont l'aspect rappelle assez pien le profil du palmier (fig. 7360). Les ` rame aux courbes, sont opposés, au nombre de quatre ;
TEXTE CORRIGÉ :
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| paires sur les côtés. A la naissance des rameaux de chacune des deux parties inférieures, un pédoncule se détache de la tige et porte un fruit ou un régime de forme triangulaire dont la pointe repose sur le sol, à droite et à gauche du renflement conique de la souche. Les écoinçons du panneau sont ornés de petits rinceaux dont le style se retrouve à Aix et à E. D'autres fragments, très inférieurs d'exécution à celui que nous venons de figurer, présentent en totalité ou en partie des fleurs du type marguerite, dont les pétales, en nombre variable de cinq à onze, sont tantôt arrondis et tantôt lancéolés. On retrouve ces types de marguerite à Marseille et à Vienne. S. Le surplus de la décoration est d'ordre géométrique : palmettes, torsades, lacis, réseau, étoile, hélice. En résumé, pas une figure humaine ni animale, — et pas d'emblème chrétien ; une simple sculpture d'ornement, dont deux motifs sont empruntés au règne végétal et qui, pour le reste, consiste en entrelacs géométriques.
- Quelle est la provenance de ces fragments ? Lors de la construction des halles de Mâcon, on démolit le mur formant le collatéral gauche de l'église [cathédrale de Saint-Vincent]. Le mur de ce collatéral avait 0 m. 60 d'épaisseur et reposait sur un mur très ancien, de plus d'un mètre. En démolissant ce dernier mur, on trouva quelques pierres plates qui représentaient des dessins absolument identiques à ceux que nous verrons (c'était un calcaire faiblement coquillier) et qui provenaient certainement de l'église primitive. Ces indications laissées par Tony Lacroix sont certaines ; suffit d'ajouter que les travaux de construction des fragments des fondations du Vieux-Saint-Vincent abandonné depuis la Révolution.
B 1360. = Sculpture décorative à Mâcon, D'après Bull. arch, du Comité, 1924, pl. x, fig. 1. La cathédrale carolingienne qui fut ruinée par les Hongrois en 937, et reconstruite par l'évêque Mainbod avant 960. Le remploi de ces panneaux dans des constructions postérieures ressortirait, à défaut des conditions de leur mise au jour, de la taille qui mutile un d'entre eux et des mortaises pratiquées dans un autre. - Ces dalles ont servi très généralement de chancels de sanctuaires ou de tribunes et devants d'autels. La pièce triangulaire figurée ci-dessus pourrait être considérée comme un « chapiteau en tronc de pyramide » destiné à surmonter un pilastre. Mais, sans sa mutilation de gauche, elle aurait environ 0 m. 90 de large, et, d'autre part, elle est munie sur sa tranche droite, d'un tenon qui devait s'emboîter dans la gâchette d'une autre pièce perpendiculaire. Nous serions donc, semble-t-il, en présence du panneau de tête ou de pied d'un couvercle de sarcophage ou de reliquaire. E * H. LECLERCQ. = MAÇON, MAÇONNERIE. — I. Caractère — de la première période. II. Maçonnerie par compres- — sion. III. Construction pilonée. IV. Les parements et — les charpentes enclavées. V. Les voûtes en maçon- —nerie. VI. Voûtes sur armature. VII. Armature en Carrelage. VIII. Voûtes d'arêtes. IX. Voûtes sphériques. X. Les contreforts. XI. Les constructions appareillées. XII La seconde période, ses caractères : XIII. Les massifs. XIV. Les parements. XV. La colonne byzantine. XVI. Voûtes sur cintres. XVII. Voûtes sans cintre. XVIII. Voûtes d'arête. XIX. Coupoles. XX. Niches sphériques. XXI. Voûtes sphériques sur trompes. XXII. Voûtes sur pendentifs. XXIII. Les tassements. XXIV. Les chainages. XXV, Les contreforts. XXVI. Maçons.
I. CARACTÈRE DE LA PREMIÈRE PÉRIODE. — Le règne d'Auguste marque le début d'une période d'art assez original pour lui mériter le titre d'art romain ou d'art augustal. Grâce aux ressources considérables dont on disposait et à l'enthousiasme général, cet art se manifesta librement sous la forme la plus coûteuse et la plus séduisante de toutes celles au moyen desquelles l'art peut s'exprimer : l'architecture. Depuis le milieu du 1er siècle de notre ère jusque vers le milieu du 1er siècle, l'art de bâtir parvient à ces méthodes achevées et savantes qui sont le résultat de l'expérience acquise par la pratique et vérifiée sans cesse par elle. Pendant cette période, les procédés que nous allons décrire se maintiendront presque sans changements. Il importe toutefois de ne pas confondre ici l'architecture avec l'art de bâtir. L'architecture n'échappe pas au mouvement de décadence qui, à partir de la fin du 2e siècle, atteint et entraîne toute forme artistique, quelle qu'elle soit. Tandis que cette forme se modifie, s'altère, l'art de bâtir n'éprouve point de changements, ni progrès, ni déchéance. Ses dernières productions compteront au nombre des plus excellentes, son dernier chef-d'œuvre sera le plus parfait et le plus beau ; nous parlerons des thermes de Dioclétien et de la basilique de Constantin. Mais cette opposition entre l'architecture et la structure ne dura que peu de temps. Une décadence en amena une autre, celle-ci arriva sous le règne de Constantin.
Rien ne la faisait prévoir. Si quelques constructions, comme le cirque de Maxence, près de la voie Appienne, laissaient apparaître la négligence, on constatait ailleurs le maintien des visibles traditions de l'architecture pratique. Soudain celle-ci retomba au niveau d'où elle s'était relevée quatre siècles auparavant.
Son progrès avait consisté dans l'expansion des ouvrages voûtés, son déclin fut marqué par leur abandon presque complet. A regarder de très près les édifices, on peut saisir un instant d'hésitation pendant lequel les procédés traditionnels, immuables, sont remis en question par le fait seul qu'ils sont timidement appliqués. Le mausolée de sainte Constance (voir ce nom) sur la voie Nomentane, indique l'instant précis et la nature de cette hésitation qui marque la rupture avec le passé et le point de départ de la décadence. Les voûtes, les voûtes sphériques en particulier, restent d'un emploi fréquent dans les édifices funéraires ou religieux, mais elles disparaissent presque entièrement des grands édifices civils. Les basiliques chrétiennes des 4e et 5e siècles ne présentent plus, en fait de voûtes, que des arcades reliant les colonnades deux à deux et une voûte en quart de sphère à l'extrémité de la grande nef ; tout le reste est couvert par des charpentes.
Depuis Constantin jusqu'à Justinien, pendant deux siècles, les voûtes, réservées pour des monuments de médiocre importance, cessent de dominer le système général de la construction. La renaissance byzantine les ramènera, mais elles reparaitront alors sous une forme nouvelle. La tradition antique est définitivement abandonnée. La raison qui rendit cette rupture définitive se trouve dans les conditions mêmes faites à l'art de bâtir par les entreprises architecturales gigantesques de Constantin, et particulièrement Constantinople qui va engloutir des richesses sans bornes. La caractéristique des constructions de la capitale nouvelle de l'empire sera la légèreté permettant d'entrer plus rapidement en jouissance par la simplification excessive des anciennes méthodes jugées trop lentes. Les vieux praticiens ne pouvant changer brusquement leurs habitudes, on se trouva donc réduit à employer des constructeurs improvisés, mais on ne pourra remplacer les maîtres d'œuvre et les chefs de chantiers. On entreprendra de les créer au moyen de lois, mais c'est en vain, parce qu'une chose - aura disparu sans retour : l'expérience séculaire. Dans un art qui, plus que tous les autres, comporte une part de ce qu'on nomme le métier, il faut se résoudre à en passer par la tradition, dût-on l'appeler routine, il faut se résigner à faire leur part à des leçons apprises et transmises de génération en génération, à appliquer ce qui a été reconnu sage et durable ; en un mot, il faut recourir à des règles qui ont été vérifiées par des hommes qui ne sont ni des artistes, ni des inventeurs, mais de modestes et prudents transmetteurs d'une expérience qu'ils appliquent sans parfois la bien comprendre. À leur défaut, on ne peut rien faire de durable et de grandiose. La Constantinople de SONSTAD périt en moins de deux siècles.
Pendant la période qui s'étend du début de notre ère à la paix de l'Église, nous ne rencontrons guère de vestiges des constructions élevées par les chrétiens, mais les textes nous ont appris par contre, combien fut intense l'activité monumentale des fidèles de ce temps. Les causes qui nous empêchent de juger leurs ouvrages ne s'étant pas exercées au même degré à l'égard des édifices de l'antiquité profane, c'est aux monuments de cette classe que nous devons demander les enseignements qu'ils renferment sur la science et l'expérience des contemporains. Nous sortons ainsi, en apparence, mais en apparence seulement, de nos études. En réalité, il n'en est rien. On a ingénieusement démontré jadis l'influence exercée par l'art pharaonique sur l'archéologie mosaïque grâce au séjour prolongé et à la servitude des Hébreux en Égypte. A l'origine du christianisme, des conditions analogues se sont exercées sur les fidèles. Ceux-ci ont été souvent, de gré ou de force, initiés pratiquement aux procédés en usage de leur temps pour la construction des édifices ; c'est lors que leur profession manuelle ou la condamnation pour crime de religion les amenait à participer soit à titre d'entrepreneurs et d'architectes ou autrement, soit à titre d'esclaves, à concourir aux grandes constructions impériales qui s'espacerent sur la période entière des persécutions. Dans un cas comme dans l'autre, les fidèles ont été initiés aux principes et aux méthodes de l'art de bâtir, principes et méthodes qu'ils ont appliqués lors que, pendant les répits de persécution et après la Paix de l'Église, ils ont entrepris de construire pour leur propre usage.
C'est donc d'une étude purement technique qu'il s'agit maintenant et pour laquelle il n'importe guère si nous allons prendre nos exemples ailleurs que dans les constructions élevées par des chrétiens. À mesure que nous avancerons dans notre travail, nous constaterons l'influence persistante exercée sur les architectes par les grandes entreprises de l'époque du Haut-Empire.
Plusieurs aperçoivent encore les Romains à travers les imaginations qui ont été longtemps un lieu commun parmi les historiens. Ils se les représentent donc comme une nation uniquement soucieuse de traduire pour l'éternité l'énormité de sa force par la majesté de ses édifices. En réalité, les Romains, disposant de ressources immenses, ont surmonté des difficultés matérielles considérables, et leurs monuments témoignent souvent de leur dédain pour ces difficultés vaincues ; mais c'est une opinion erronée que celle qui ne veut pas voir autre chose que ce témoignage dans toutes leurs constructions. Jusqu'au dernier siècle avant notre ère, les bâtisses en grand appareil, c'est-à-dire en matériaux bruts et taillés, juxtaposés ou superposés, mais toujours sans ciment, continuèrent d’être employées dans les monuments de la République. Le goût en subsista beaucoup plus tard, à l'architecture romaine sous Auguste inaugura ce ne mais l'usage en devint peu fréquent. L'essor donné qu'on doit appeler une ère nouvelle, puis que c'est alors que les architectes romains adoptèrent les seuls procédés qui leur appartiennent en propre : ceux de la construction concrète. Les colossales entreprises qui se succèdent sur tous les points de l'empire, mais principalement à Rome, depuis Auguste jusqu'à Constantin, démontrent que, si « la passion des grandes choses » ne fut assurément pas étrangère à aucune de leurs entreprises, le génie des Romains sut concilier l'étendue des projets et la facilité des moyens d'exécution. A mesure qu'on observe de plus près les restes de leurs monuments, il semble impossible d'y méconnaître l'emploi d'une foule d'artifices ayant pour objet, sinon de réduire la main-d'œuvre, du moins de la simplifier ; tandis que les architectes ont visé dans leurs conceptions d'ensemble à une majesté d'effet et à une durée dignes de la puissance et de l'éternité du peuple romain, une pensée évidente de rigoureuse épargne les guida dans l'exécution de toutes les parties : toujours ils aspirèrent à réaliser par l'emploi des procédés aussi faciles que simples le double mérite d'une solidité parfaite et d'une incomparable grandeur.
II. MAÇONNERIE PAR COMPRESSION. — Quel que soit le peuple auquel revient l'honneur d'avoir eu la première idée d'agglomérer des matériaux uniformes dans un bain de mortier, de manière à composer des massifs monolithes artificiels, il n'est pas douteux que les Romains donnèrent les premiers à ce procédé un développement considérable grâce auquel ils purent entreprendre avec moins de dépenses, moins de fatigues et moins de difficultés, un système nouveau de construction monumentale. Le procédé était peu compliqué et d'une exécution rapide. Etant donné un massif à construire, on disposait à ses deux extrémités deux parements de pierre entre lesquels on étendait une couche très épaisse (10 à 15 centimètres au moins) de mortier. Par-dessus on répandait des matériaux en éclats de pierre de petites dimensions (8 à 10 centimètres de diamètre environ) en épaisseur égale à celle de la couche de mortier ; on procédait alors à un battage dont l'effet était de faire refluer le mortier dans les interstices. Ces dépôts alternatifs se succédaient dans toute la hauteur d'une assise de parement.
III. CONSTRUCTION PILONÉE. — Les substructions des édifices de Rome nous offrent une application notable de la construction pilonée et démontrent jusqu'à l'évidence que les systèmes de construction n'échappent pas aux conditions locales. Le sol, dans la campagne de Rome, se coupe verticalement et la tranchée ne réclame qu'un faible blindage de ses parois, en sorte qu'on y peut commodément pilonner des maçonneries. C'est ce qui s'est fait, et les fondements des principaux édifices sont composés de massifs monolithes artificiels. Des massifs de ce genre ont été découverts dans les fouilles des jardins Farnèse ; ils permettent de se représenter ce mode de substructions dans le moule naturel que lui offraient les excavations. Les piédroits et les planches servant au blindage ont laissé une trace bien nette : ce sont des rainures verticales profondes et de longues raies horizontales dans le mortier. Souvent la compression a été si forte que le mortier a filtré dans les interstices du blindage et pénétré jusqu'à la paroi du moule contre laquelle il s'est aplati en bourrelets. Les planches se sont moulées entre ces bavures, puis elles ont pourri sur place. Les maçonneries comprimées n'ont pas été d'un usage général chez les Romains qui les ont réservées pour les massifs à parements de pierre et les ouvrages souterrains. Le mode normal de construction est la maçonnerie sans compression. Suivant ce système, chaque pierre est posée directement sur un lit de mortier, c'est véritablement un blocage régulier. Des couches de mortier de 3 à 4 centimètres au plus sont uniformément superposées, alternant avec des assises de cailloux posés à plat et sur lit de carrière. Il n'est pas rare que les cailloux atteignent 0 m. 12 à 0 m. 15 de côté sur 0 m. 07 d’épaisseur. Ces dimensions ont été relevées à un grand nombre d'exemples dans la basilique de Constantin, aux thermes de Dioclétien et de Caracalla, au temple de Vénus et de Rome bâti sous Hadrien, ailleurs encore ; aux thermes d'Agrippa on en a mesuré de plus volumineux. Ce mode de construction n'admet pas l'opinion assez répandue, qui voit dans la maçonnerie romaine une sorte de béton préparé d'avance et employé mer par coulage. L'orientation invariable des cailloux, leur volume, rendent cette opinion plus qu'invraisemblable ; en outre, les vides ou soufflures existant dans le mortier qui devrait lier les joints verticaux de deux cailloux sont inexplicables dans le cas où les matériaux auraient été mélangés d'avance et coulés d'un seul jet. Le béton a été employé dès le temps de la République, mais il était plus dispendieux sans être plus solide que la maçonnerie ordinaire.
IV. LES PAREMENTS ET LES CHARPENTES ENCLAVÉES. — L'emploi de la maçonnerie pilonnée dans les murs à parements bâtis au moyen de lourdes pierres de taille développait des poussées horizontales tendant à renverser les parements du mur vers le vide. C'est à cet inconvénient que remédiait dans les murs ordinaires à parements minces, un système de remplissage supprimant la compression horizontale. Les parements se composaient de très petits moellons cubiques ou de briques triangulaires. La légèreté de ces matériaux, loin d'en faire un véritable parement, les réduisait au rôle de simple revêtement puisqu'ils ne se maintenaient pas par eux-mêmes, mais seulement par l'effet de leur adhérence avec les remplissages. Afin de compenser ce que ce revêtement purement décoratif enlevait de cohésion à la bâtisse, on faisait usage d'un procédé identique à celui qui, connu sous le nom de parpaings, est employé dans les murs à matériaux réguliers et consiste en madriers enclavés servant à relier les deux parements. La présence des cavités horizontales nombreuses dans les édifices romains s'explique par l'amorce des solives de l'échafaudage de construction. Dans les murs épais, les cavités s'arrêtent à une faible distance des parements : c'est le cas pour les thermes de Caracalla, la basilique de Constantin, le temple de Vénus et de Rome, les thermes de Dioclétien ; dans les murs minces, la cavité traverse de part en part, par exemple à la villa Hadriana et dans les murs rayonnants du Colisée avoisinant l'arène. Ces cavités affectent la figure tortueuse des bois d'échafaudage mal équarris, à tel point que, dans bien des cas, ils n'auraient pu, la construction achevée, être retirés. En effet, les Romains se bornaient à les scier à fleur de parements et les parties engagées ayant pourri à la longue, ont laissé vide la place remplie jadis. On peut se rendre compte aisément du rôle joué par ces pièces de charpente enclavées à la façon de parpaings. Un texte de Vitruve est d'ailleurs formel sur ce point : “Dans l'épaisseur des maçonneries, dit-il, il convient d'encastrer des madriers de bois d'olivier légèrement charbonnés qui traversent la masse de part en part, de manière à relier, à clouer en quelque sorte les deux parements l'un à l'autre.” Outre les parpaings de bois, les Romains faisaient usage de très grandes briques, qui reparaissaient sur les murs à différents niveaux, par assises isolées et rendaient le même service que nous venons d'indiquer. Les briques préférées étaient des carrés de 0 m. 60 centimètres de côté sur 4 et 5 centimètres d'épaisseur. Tantôt on rencontre un carrelage simple, tantôt deux ou trois carrelages superposés les uns aux autres. Le plus fréquemment, on observe des assises simples en carrés de terre cuite traversant horizontalement les murs à des intervalles successifs compris entre 1 m. 50 et 3 mètres.
Les dimensions des briques s'expliquent concrètement par la destination qu'on leur donne, mais il semble plus difficile de comprendre la singulière sujétion qui portait les Romains à n'employer, dans les assises intermédiaires, que des cailloux réduits en menus fragments contenant aucun ne dépasse en volume une certaine moyenne qu'on peut évaluer à un décimètre cube au plus. Vitruve nous en a heureusement donné la raison : « Quelle que soit l'espèce de maçonnerie qu'on emploie, dit-il, on doit faire les remplissages en cailloux très menus, afin que les murs, pénétrés dans toutes parties, et comme abreuvés de mortier de chaux et de sable, se conservent plus longtemps. » Vitruve revient à plusieurs reprises sur cette prescription qui a été observée pendant de longs siècles et jusqu'à dans les monuments des plus bas temps de l'art romain. L'explication en est très simple. Les pierres d'un volume considérable mises en contact avec le mortier de liaison le dessèchent rapidement, et le réduisent en poussière, tandis que les très petits éclats n'absorbent pas complètement l'humidité et laissent au mortier sa fonction de liaison. Cette précaution était surtout utile à Rome, où les matériaux ordinaires étaient des tufs d'origine volcanique, spongieux et très avides d'humidité ; on pourrait presque affirmer, en suivant par induction plusieurs édifices terminés par une abside, et il paraît nouveau genre, durent affecter des formes autrefois à l'ordre d'idées indiqué par Vitruve, que ces matériaux n'étaient mis en œuvre qu'après avoir été rendus moins absorbants par une immersion préalable.
Une inscription connue sous le nom de Lex puteolana parieti faciundo, antérieure d'un siècle à Vitruve, énonce la limite de grosseur que ne peuvent excéder les matériaux destinés à la restauration d'un mur en maçonnerie dépendant du temple de Sérapis, à Pouzzoles et remontant à l'an 649 de Rome : « Que l'entrepreneur, y est-il dit, n'emploie pas en maçonnerie de pierre cassée plus lourde que celle qui pèse sèche (fant). » Ce poids des moellons « secs » semble bien faire allusion à une immersion préalable.
Tels sont, dans leur ensemble, les procédés de la maçonnerie romaine. Variables d'ailleurs dans leurs détails, suivant la nature des matériaux, ces procédés se transforment pour ainsi dire à l'infini, et n'ont souvent d'un point à l'autre de l'empire, d'autre analogie à qu'une évidente communauté de principes.
V. LES VOUTES EN MAÇONNERIE. — Les quelques chapelles trichores qui subsistent entre tant de constructions chrétiennes antiques, se font remarquer par leurs trois absides ; à Salone, nous rencontrons
très probable que le plus grand nombre des édifices chrétiens de cette époque offrait une disposition analogue. C'est que les voûtes maçonnées étaient alors d'un usage général chez les Romains et on peut dire qu'elles sont la caractéristique de l'architecture romaine pendant la période impériale. Les Grecs s'étaient obstinés dans la composition des voûtes par éléments convergents, laissant aux architectes de l'Italie l'honneur d'imaginer et de généraliser la bâtisse voûtée. Ceux-ci ne s'y appliquèrent définitivement que vers la fin du dernier siècle avant l'ère chrétienne ; mais le développement de la prospérité matérielle qui marqua les premiers temps de l'empire amena un progrès si rapide qu'il en résulta une véritable révolution dans l'art de bâtir. « Les voûtes une fois adoptées pour les grandes salles des édifices entraînèrent le changement et l'arrangement entier des plans ; les points d'appui, soumis à des efforts d'un inusitées ; il fallut modifier le groupement des salles pour ménager un contre-butement énergique aux poussées des voûtes. Jusque-là, les constructeurs avaient, pour ainsi dire, vécu sur le fonds de la Grèce et de l'Étrurie : à cette époque seulement les procédés de bâtisse se dégagent des entraves de la tradition ; tout un système de construction vraiment romain prend naissance, ou du moins se régularise et se précise. »
Les difficultés d'ordre pratique qu'offrait pour la construction des voûtes l'emploi de la méthode de pilonnage que nous avons décrite, firent renoncer à celle-ci et on lui préféra le procédé de blocage. Celui-ci n'exigeait plus l'emploi d'une charpente de cintrage aussi coûteuse que dans le cas du pilonnage (à cause des ébranlements que la construction de ce dernier suppose) ; néanmoins, la construction d'une voûte maçonnée en petits matériaux ne pouvait être satisfaisante qu'à la condition de disposer les cintres suivant une rigidité absolue, et cette rigidité restait le point le plus difficile à obtenir, parce que les bois, même les mieux assemblés, jouent, travaillent, au moindre changement de température, et la voûte monolithe sera donc sans cesse menacée, par suite du retrait ou des allègements éventuels des cintres, de se trouver sans appui. En outre, les architectes romains ne se résignaient pas à introduire des appareils auxiliaires très dispendieux et très lents à dresser et dont il ne devait rester aucune trace. Afin d'échapper à ces armatures compliquées et provisoires des cintres en charpente, ils eurent l'idée de donner aux voûtes une charpente intérieure en briques qui soutenait les masses pendant la construction et empêchait les maçonneries de diriger leur poussée totale vers les cintres. Voici ce système (fig. 7365) : les cintres provisoires C portent une carcasse légère en briques D, dont les massifs en blocage M viendront, par couches horizontales, remplir les interstices. Cette disposition permet de réduire considérablement la résistance et le coût des cintres. Ainsi, la voûte provisoire C donnera son empreinte aux massifs, mais sans en subir le poids ; en réalité, c'est l'armature en briques de la voûte qui est devenue le vrai cintre inséparable, désormais, de la voûte elle-même dont elle fait partie. Cette armature coûtait, il est vrai, plus cher que la portion de blocage dont elle tenait la place, mais la différence était peu considérable ; on l'avait d'ailleurs beaucoup réduite en ramenant l'armature à un réseau ajouré supprimant ainsi la moitié environ des briques qui eussent été nécessaires pour former une enveloppe continue autour des cintres. Souvent, les armatures se réduisent à n'être que des chaînes isolées, noyées dans l'épaisseur des blocages, sortes de claires-voies de briques tapissant de distance en distance les zones étroites de la voûte.
Dans ces constructions, on remarque presque partout les traces d'une précipitation qui aboutit parfois à l'incorrection. Celle-ci avait, toutefois, un minimum d'inconvénients parce que les constructeurs recherchaient exclusivement la solidité des armatures sachant que, à partir du moment où ces armatures seraient emprisonnées dans les blocages, les traces de soin ou de négligence apportées dans l'établissement du réseau disparaitraient sous les enduits qu'il était d'usage d'appliquer sur la voûte. Quant au blocage, il s'exécutait rapidement, à la manière d'un massif ordinaire, et, cela fait, le décintrement s'opérait sans appréhensions ni difficultés puis que le vrai cintre, l'armature en briques, demeurait en place alors que le moule en charpente était enlevé.
VI. VOUTES SUR ARMATURES. — Il nous reste à dire quelques mots des voûtes : 1° sur armatures à joints convergents ; 2° sur armatures en carrelage.
Les armatures à joints convergents sont d'un aspect si net qu'elles ne réclament aucune description, (fig. 7370). Elles comportent l'emploi de briques carrées de 0 m. 60 environ de côté et de briques rectangulaires de 0 m. 15 environ. Les premières tracent des arcs espacés que les secondes relient deux à deux. Cette disposition est le type le plus complet d'armature à joints convergents chez les Romains. On trouve, mais exceptionnellement, les grands carreaux servant d'entretoises disposés de façon à se recroiser afin qu'un même carreau embrasse la largeur totale des deux chaînes. Le type le plus achevé des ouvrages de ce genre se voit dans une salle du palais des Césars, à Rome, salle qui a fait partie des bâtiments en bordure du grand cirque.
On y découvre clairement la similitude de construction entre les massifs des voûtes et les massifs des piédroits. * Cette voûte (fig. 7371) offre peut-être le type le plus complet de l'armature antique : le réseau de briques qui s'y voit figuré réunit à un très haut point le double mérite d'un support rigide et d'un revêtement continu. Toutefois, cette combinaison exigeait une quantité de briques qui put paraître excessive : et les Romains, sacrifiant dans les ossatures de leurs voûtes ordinaires un avantage trop chèrement acheté, s'écartèrent peu à peu de ce type pour passer d'une continuité absolue à une discontinuité complète, des réseaux de briques aux simples nervures engagées !, » »e Manifestement les architectes ont eu, dans des ouvrages postérieurs à celui que nous venons de rappeler, la préoccupation de simplifier les réseaux : - On peut s'en convaincre en comparant la voûte du restes se trouvent engagés dans les murs de jardins qui bordent la rue donnant accès à l'église Saint-Étienne-le-Hond, à Rome (voir la fig. 7367). Il s'en faut que cet ouvrage, malgré sa haute antiquité, présente la correction qu'on s'attend à rencontrer dans les travaux du 1er siècle ; aussi, pour cette figure ainsi que pour quelques autres, faudra-t-il en rabattre un peu de la régularité du dessin que nous en donnons. L'inconvénient, d'ailleurs, n'a aucune conséquence. puisqu'il s'agit de la théorie bien plus que des édifices eux-mêmes.
Les architectes romains ne furent pas longtemps à s'apercevoir des inconvénients du système d'armatures accouplées tels que nous les voyons employer dans les voûtes du Colisée et que nous les retrouvons dans un grand nombre d'édifices. Ces méthodes sont générales dans l'art de bâtir à l'époque romaine, \ elles ne sont pas absolues. Tels monuments présentent à la fois des applications des procédés que nous avons marqués et des exceptions. Le Colisée, matérielle est, pour ainsi dire, un immense résumé de l'art de bâtir où tous les procédés antiques trouvent tour à tour leur application. Soit que les voûtes aient été refaites à diverses époques, soit que la construction en ait été partagée entre divers entrepreneurs, jouissant d'une certaine indépendance quant aux procédés, on remarque dans les différentes voûtes de l'édifice, et dans les diverses parties d'une même voûte, les méthodes les plus disparates *. » Nous venons de passer en revue les principaux types d'armatures à joints convergents. Si maintenant nous jetons un coup d'œil d'ensemble sur les applications qu'elles ont reçues, nous apprécierons, sans qu'il soit besoin de rien ajouter, et les services qu'elles peuvent rendre et les garanties de succès qu'elles assurent dans la construction des voûtes. — Mais, à côté de ces avantages, ne serait-on pas fondé à redouter de leur emploi quelques dangers ? Ces chaînes noyées dans l'épaisseur des voûtes semblaient former, au milieu des blocages encore humides, comme un noyau incompressible ; intercalées dans une maçonnerie qui se resserre sur elle-même, elles en généraient peut-être les mouvements, et exposaient les masses à des fissures ou des lézardes. S'il en eût été réellement ainsi, les armatures, qui facilitaient l'exécution des voûtes, auraient hâté ou peut-être éparé leur ruine : mais heureusement les choses se passent d'une manière très différente, Les voûtes en effet ne sortent pas des masses coulées d'un jet, et la marche progressive de la construction par couches de niveau très minces atténue singulièrement le défaut des contractions : chaque couche prend bien vite son volume définitif, le tassement se fait assise par assise, et les mouvements d'ensemble se trouvant annihilés, les déchirures sont moins à craindre.
— Cette observation n'est pas d'ailleurs spéciale au mode d'armatures que nous venons de décrire : elle s'appliquera, sans qu'il soit besoin de le rappeler dans la suite, au nouveau genre de construction dont nous allons aborder l'étude : l'armature en carrelage.
VII ARMATURE EN CARRELAGE. — L'armature en carrelage consistait en une couche de grandes briques carrées de 0 m. 60 de côté environ sur 4 à 5 centimètres d'épaisseur, posées à plat sur la surface de la voûte. La partie qui portait les charges était réduite à un simple arc de cercle et se présentait dans les meilleures conditions d'équilibre (fig. 7372).
L'édifice le plus considérable qui ait été construit dans le système que nous venons de décrire date du premier quart du 3e siècle : ce sont les thermes de Caracalla. Les cintres ayant reçu, non un plancher continu, mais de simples tringles espacées de deux pieds d'axe en axe, elles furent recouvertes d'un dallage en grands carreaux (0 m. 60 de côté sur 0 m. 04 ou 0 m. 05 d'épaisseur). Les dimensions de ces carreaux permettaient de recouvrir très rapidement la voûte. On leur superposait des carreaux plus petits, en ayant soin de poser de temps en temps une brique isolée en saillie, de champ, dans l'épaisseur du deuxième carrelage ; celles-ci servaient à établir entre les armatures et le corps de la voûte une étroite liaison qu'assurait l'adhérence. Ces briques en saillie ou boutisses se sont partout conservées dans le parement des blocages.
Le type que nous venons de décrire subit diverses modifications d'un intérêt médiocre. Le premier - rm = carrelage est invariable et on lui superpose des briques formant couvre-joints, ou bien ces briques se bornent à recouvrir les seuls joints perpendiculaires à l'axe de la voûte ; enfin on se contente d'appliquer une brique sur chaque jointure de quatre tuiles. Une dernière simplification reste à faire : on supprime la seconde enveloppe carrelée ; cette disposition paraît avoir été rare, l'exemple le mieux caractérisé est celui du cirque dit de Maxence (voir la fig. 7368). 3 AAi 3 ANNE 3 L'usage des armatures en carrelage ne se limite pas - aux grands édifices ; nous le rencontrons dans les - bâtisses les plus modestes à tel point que parfois, la - voûte se réduit à deux carreaux de 0 m. 60 x 0 m. 60. arcboutés ; c'est le cas pour de nombreuses galeries ` d'aqueducs débouchant dans l'arène du Colisée. On se - contente encore d'une dalle unique posée de niveau — (fg. 7374). E VIII. VOUTES PANNÉES. — Les voûtes d'arêtes n'ont été employées par les Romains que lorsqu'ils se trouvaient acculés à la nécessité de cette construction, Ce n'est pas cependant qu'ils s'y montrassent | d 1 s — dans la construction des basiliques. Ces édifices com- …nortaient une nef centrale flanquée de deux nefs « secondaires et l'éclairage de la nef centrale imposait le choix entre le relèvement de la voûte assez haut pour prendre jour au-dessus de ses naissances, ou bien l'établissement de lunettes dans la voûte, disposition qui réclamait l'emploi des voûtes d'arête. Or, ce fut plus fréquemment au moyen de lunettes que furent éclairées les basiliques. | - Nous allons constater ici un fait que nous avons observé dans les catacombes ; la négligence à établir une rigoureuse égalité entre deux berceaux qui se pénètrent. Le plus souvent, on se contente de placer les sommets au même niveau en conservant aux deux berceaux une courbure en plein cintre. C'est le cas pour la nef centrale de la basilique de Constantin. On y a pris pour montée commune des deux berceaux le rayon CD du plus large des deux : le profil de l'autre berceau est un demi-cercle surhaussé dont la moitié totale AB est égale à CD (fig. 7375). Le léger haussement qui en résulte pour le berceau le plus étroit, donnait à l'édifice une plus grande élégance. - Une autre disposition que nous constatons dans »une salle des thermes de Dioclétien n'est pas moins remarquable. Nous la retrouverons, elle aussi, dans les catacombes. Une inégalité très sensible entre les deux côtés d'une salle à voûtes étant donnée, on ramène la construction à celle d'une voûte sur plan “carré en négligeant, où plutôt en ajoutant la partie supplémentaire en deux sections égales à deux des berceaux (fig. 7376). Soit le carré ABCD mesurant 'sur toutes ses faces une largeur égale à AB, on donne aux berceaux AOB, COD les prolongements AE, BF et DG, CH. = Le procédé technique adopté pour la construction « des voûtes d'arête rappelle celui que nous avons décrit pour les voûtes en berceau : réseau briqueté ajouré où carrelage léger et massif de maçonnerie brute. Bien que l'on ait constaté l'emploi des carrelages dans l'une des salles des thermes de Caracalla, au ——Palatin et à la villa d'Hadrien, on peut croire que E r mploi des nervures briquetées a été toujours plus répandu, comme mieux approprié au dessin d'une — Intersection. — Nous trouvons encore ici bien des variétés. Tantôt MON fait usage de trois arceaux parallèles reliés entre moins habiles que dans leurs autres travaux ; d'ailleurs | ils se sont trouvés fréquemment obligés d'y recourir | eux deux à deux par des dalles en poterie, tantôt de la nervure à deux chaines. tantôt d'une chaine unique en briques.
L'armature d'une galerie du Palatin située à l'angle méridional de la colline (fig. 7377) nous montre le premier mode. Les arcs arétiers sont établis exactement comme aux thermes de Dioclétien, sauf que les arcs transversaux ont été jugés superflus eu égard aux dimensions de la salle. Nous trouvons dans la voûte d'arête de la partie centrale du portique dit de Janus Quadrifons (fig. 7378) l'emploi de la nervure diagonale à deux chaines seulement. C'est encore au Palatin, dans une salle dominant le vallon du grand cirque, que nous rencontrons l'arcature diagonale à une seule chaine de briques (fig. 7379). Dans l'établissement de ces voûtes briquetées, la seule opération délicate était de ménager au sommet le croisement des nerfs diagonaux. On fermait sans peine l'une des deux nervures, on terminait un des deux arétiers, mais quand il fallait terminer l'autre une difficulté se présentait : les moitiés de ce second arce venant presser à droite et à gauche la nervure creuse, menaçaient de l'écraser. Il fallait donc remplir de maçonneries les cellules supérieures du premier arc avant de poser les dernières briques du second arc ; là construction se poursuivait dés lors sans le moindre embarras.
IX. VOUTES SPHÉRIQUES. — Les constructeurs romains nous ont laissé des voûtes sphériques bâties sur plan circulaire ; elles ont contribué pour une bonne part à leur grande et durable réputation. Les difficultés que présentait la construction des dômes (voir ce mot) n'étaient pas cependant plus grandes que celles qu'offraient les autres voûtes. Chaque tranche horizontale étant de forme annulaire tend à se maintenir par elle-même en équilibre ; et il semble qu'une coupole, dont le plan est un cercle parfait, réclame moins une ossature résistante qu'un moule capable de donner à chaque partie la courbure qui lui convient. Plus d'une coupole antique fut en effet maçonnée sans autre appui que la charpente de ses cintres. Mais la résistance aux déformations résultant de la courbure des surfaces s'atténue à mesure que le rayon augmente : et pour les dômes d'un diamètre comparable à celui du Panthéon de Rome, la courbure étant presque insensible, les avantages de stabilité qu'elle procure deviennent pour ainsi dire illusoires. Même lorsqu'ils avaient à construire sur de moindres dimensions, les Romains paraissaient redouter la disposition des massifs à s'affaisser sur leurs cintres ; et dès que la portée atteignait une vingtaine de mètres, ils regardaient les armatures en briques comme capables d'offrir aux charpentes provisoires un très utile renfort. On tenta d'employer la méthode du réseau continu en brique (voir la fig. 7371), mais les difficultés étaient grandes par suite de la nécessité de diriger les cordons de briques suivant les divers méridiens et de varier sans cesse la forme des mailles. Le style le plus remarquable de ce procédé est celui de l'édifice désigné sous le nom de Torre de'Schiavi, à gauche de la route qui conduisait de Rome à Préneste. On préféra remplacer le réseau continu par de simples voûtes continues de tufs mêlés à du mortier environnant les cintres ; l'armature devient une voûte mince en matériaux presque bruts, faisant une fonction analogue à celle que nous avons vu attribuer aux carrelages romains et supportant le poids entier de la partie haute des massifs. Ce genre de support se retrouve dans les corridors de l'arène, dans les galeries des deux théâtres, dans les salles de l'étage inférieur de la maison de Diomède. A Vérone, on remplace le tuf et les briques par les galets de l'Adige. A Vienne, dans le Dauphiné, on remplace l'armature et le cintre par un noyau en terre servant de moule pour la coulée du massif ; ce système a même été employé à Rome dans le sous-bassement d'un des principaux temples qui s'élevaient sur la plate-forme du Palatin.
X. LES CONTREFORTS. — Tandis que des questions | d'économie ou le désir d'une plus grande rapidité m portaient les constructeurs à adopter des moyens - A oe ^ | U ý Mg chaînes isolées les unes des autres et partageant la voûte en une série de fuseaux. Une voûte de thermes — elle pourrait avoir fait partie des Thermes d'Agrippa — nous montre une application de ce système, du moins dans le voisinage des naissances, car la voûte ayant été coupée en son milieu, il n'est plus possible de dire quel était l'arrangement des chaînes de briques dans les parties hautes. Quelle que soit la date de cette magnifique ruine, l'exécution en est des plus intéressantes par la correction irréprochable de la facture et la régularité des formes. Avec l'expérience, les constructeurs simplifièrent les procédés, mais ce que nous devons retenir, c'est ici, comme ailleurs, l'emploi de l'armature briquetée afin d'établir la carcasse de la construction (fig. 7380).
Rien ne serait plus éloigné de la vérité que de professer, en matière de construction romaine, l'existence de règles formelles d'une application rigoureuse et invariable. La diversité de méthode et de procédés est grande. Le choix des matériaux impose des modifications profondes dans l'aspect des voûtes, et ce choix est commandé par la question des ressources locales. Il suffit de passer de Rome à Pompéi pour constater le changement. A Pompéi, le constructeur | très simplifiés et très expéditifs, comme, par exemple, les voûtes passant de la maçonnerie pleine en grandes briques à un simple réseau à jour recevant un blocage et des arcatures en briques chevauchées degenérant soudain en arceaux emboîtés et indépendants « (fig. 7381), il arriva que l'adhérence des mortiers - alla jusqu'à permettre de bâtir de petites voûtes i sans cintres. Mais les architectes se trouvèrent en face de difficultés d'une autre nature. La voûte monolithe, telle qu'ils la construisaient, ne réclame pas absolument des étais auxiliaires, la surface d'appui - peut lui suffire. Néanmoins tout massif achevé subit un lent mouvement de déformation qu'il est sage de - prévenir. Le moyen le plus efficace est de serrer entre des éperons puissants les reins qui tendent à s'écarter. | Les anciens ont, en effet, connu et employé les contreforts. Nous en retrouvons à Sainte-Marie-des-Anges, — au Temple de la Paix et, en un mot, presque dans toutes les grandes voûtes d'arêtes. Mais, loin de faire de ces contreforts un ornement, une richesse, presque ~ une nécessité architecturale ainsi qu'il arriva au - Moyen Age, on s'obstina à les dissimuler lorsqu'on - ne pouvait réussir à les supprimer tout à fait. « En 3 général, les Romains n'employaient ces étais extérieurs qu'avec une extrême réserve : dans la consolidation des voûtes aussi bien que dans toutes les ^ parties de la bâtisse, ils évitaient les ouvrages auxiliaires : au lieu d'élever des massifs servant à la stabilité de l'édifice sans concourir à ses usages, ils “ eherchaient à maintenir les voûtes par un groupement convenable des diverses parties d'une même construction. Dans leurs salles voûtées en berceaux, les contreforts sont plus rares et moins saillants ; dans les édifices circulaires c'est presque une exception de rencontrer des éperons adossés au tambour. » Les — exemples sont nombreux de l'artifice au moyen duquel on évitait l'appendice encombrant du contrefort ; c'est surtout dans les thermes de Caracalla qu'on relève de fréquentes et remarquables applications. — Dans la basilique de Constantin les voûtes d'arête — de la nef centrale avaient une portée de 23 mètres, presque égale à celle de la nef de Saint-Pierre de Rome ;
| | | l | | | Bs Un on ne pouvait les abandonner sans contreforts. Afin, cependant de les éviter, on imagina d'en faire les ~ piédroits d'une nef latérale (fig. 7382). Ailleurs, au | … Panthéon d’Agrippa, par exemple, on a préféré — exagérer l'épaisseur des piédroits, sauf à évider les HW massifs par de vastes et profondes niches.
Afin d'éviter, dans une certaine mesure, la nécessité — des piédroits d'une ampleur considérable et celle des contreforts, même accommodés comme dans la — basilique de Constantin, les constructeurs ont visé — à alléger le poids des voûtes en y faisant entrer des — matériaux d'un poids extrêmement faible, principalement les ponces que l'on voit apparaître surtout — à partir du point où leur légèreté décharge d'autant — les poussées. La plupart des voûtes au Colisée, aux thermes de Caracalla et de Titus sont faites de tufs volcaniques d'une extrême porosité. Enfin, une notice, rapportée dans la compilation d'Isidore et très probablement extraite de quel que écrivain romain, — énonce formellement la pratique qui consistait à |— pour la construction des voûtes : Spongia, lapis |— creatus ex aqua levis ac fistulosus el cameris aptus. en vue de l'allégement des poussées (voir la fig. 7375). A l'époque byzantine, nous trouverons des voûtes entièrement composées de tubes creux, mais ce procédé ne parait pas avoir été employé à l'exclusion des autres.
Les voûtes antiques constituent les toitures de ces édifices qu'elles abritent ; mais on ne voit au-dessus d'elles une charpente ou un comble. Il semble qu'aux yeux du constructeur romain ce soit un double emploi et une combinaison vicieuse que de protéger les maçonneries d'une voûte par un comble construit en bois, matière coûteuse, altérable et de courte durée : ou bien il adopte le système des toitures en bois, et alors les voûtes sont exclues, ou bien il admet le régime de la construction voûtée, mais cette fois la charpente est proscrite, et la voûte, à elle seule, tient lieu de tout : c'est sur l'extrados que poseront les lames de métal ou les tuiles sur lesquelles doivent glisser les pluies ; quelquefois même, la maçonnerie, arasée en plate-forme, n'aura pour revêtement qu'une simple chape en béton fin et serré. Toute une série de voûtes aux thermes de Caracalla appartiennent à ce type ; les massifs se terminent suivant des surfaces presque horizontales, et la dernière assise, recouverte d'une mosaïque de marbres colorés, est utilisée comme le sol d'une magnifique terrasse. Dans le cas contraire, lors que la voûte est couverte de tuiles ou de lames métalliques, elle affecte ordinairement l'aspect du toit à versants qu'elle remplace. Nous avons une application remarquable de cette sorte d'extrados à Sainte-Marie-des-Anges (fig. 7383). L'intérieur est formé par une série de voûtes d'arêtes. Qu'on imagine sur chacun des berceaux une toiture spéciale, et la pénétration mutuelle de ces toitures donnera exactement la forme admise pour l'extrados des voûtes : les noues correspondent extérieurement aux arêtes intérieures : de toutes les solutions c'était celle qui assurait aux eaux l'écoulement le plus libre.
XI. LES CONSTRUCTIONS APPAREILLÉES, —- Jusqu'ici nous avons réservé notre attention pour les constructions concrètes ; il faut maintenant dire quelque chose des constructions appareillées. Les mêmes variétés locales que nous venons de noter s'y retrouvent et jusqu'aux procédés techniques. C'est ainsi qu'il y a des types spéciaux à telle contrée et qu'on ne peut faire plus que de soupçonner, là où la ruine est universelle. Ce serait une erreur de croire que les constructions concrètes ouvraient plus que les autres l'accès aux influences locales. Sans doute, les armatures en briques se prêtaient à bien des combinaisons, et ce serait même une raison de penser qu'elles se sont adaptées avec une souplesse indéfinie aux procédés locaux ; il n'en est rien. A mesure qu'on s'éloigne de Rome, on en constate progressivement l'abandon. L'éloignement de Pompéi et de Vérone suffit à expliquer des types très différents dans lesquels le rôle de l'armature se réduit de plus en plus ; dès qu'on a franchi les Alpes, l'idée même d'armature disparaît : ou bien, par un curieux renversement des rôles, cette armature en moellons convergents augmente d'importance au point de devenir elle-même le corps de la voûte : quant au blocage par couches horizontales, ce n'est plus qu'une garniture, une sorte de remplissage, en un mot, un accessoire, les fonctions sont désormais interverties.
Mêmes constatations dans les constructions appareillées.
Celles-ci nous présentent moins d'originalité par rapport à ce qui avait précédé et à ce qui suivit. Les procédés d'appareil des maîtres constructeurs de l'époque impériale sont, d'ordinaire, empruntés à la Grèce et n'ont subi que des modifications accidentelles. Pour les murs construits entièrement en pierre de taille, l'agencement consista dans la juxtaposition des agrafes. Pour les murs composés d'un parement d'appareil et d'un blocage, on employa deux procédés : 1° alternance d'une assise continue de boutisse avec une assise continue de carreaux ; 2° alternance d'une assise continue de carreaux avec une assise mixte (fig. 7384).
Les pierres de taille sont posées à sec, même quand elles doivent céfronter des blocages ou y pénétrer plus ou moins profondément. « Il faut, pour comprendre cette singulière exclusion du mortier, remonter à l'idée même que les anciens se faisaient de son rôle ; c'était pour eux une matière d'agrégation, rien de plus ; mais ils ne songèrent à l'utiliser pour transmettre ou régulariser les pressions entre les pierres.
En l'adoptant dans leurs constructions concrètes, ils ne lui assignaient qu'une seule fonction : celle d'une sorte de gangue plastique, propre à réunir des cailloux en une agglomération artificielle. Dans la construction en grands matériaux réguliers, le mortier était insuffisant pour produire un semblable résultat ; dés lors, ils le regardèrent comme inutile, ils en proscrirent l'emploi et songèrent à rendre les blocs solidaires entre eux en les réunissant par des pièces de fer fortement scellées !. » z Pour les voûtes appareillées, ce n'est plus aux Grecs, mais aux Étrusques que les Romains ont emprunté : Ils ont peu modifié ce qu'ils ont adopté et rarement avec bonheur. La préoccupation que nous avons constatée dans la construction reparaitra une fois encore et plusieurs changements regrettables n'auront d'autre explication que la recherche de l'économie. — C'est cette pensée d'économie qui a conduit à ne cimenter que la partie haute d'une voûte d'appareil en établissant le cintre sur des voussoirs saillants comme cela se voit au pont du Gard et au pont Saint-Barthélemy à Rome. On ne se contenta pas de cette réduction, on procéda, pour la construction des arches, par arcs juxtaposés et sans liaison au lieu d'arcs enchevêtrés. Cette disposition permettait de supprimer le coût toujours dispendieux du cintrage puis que chaque section annelée reposait sur une ferme (fig. 7385). C'était un progrès dans une voie où l'application des architectes romains en Jena amena bientôt un autre. On avait construit, suivant le procédé que nous venons d'indiquer, plusieurs ouvrages de la région du pont du Gard, en particulier les voûtes supérieures à l'amphithéâtre d'Arles, celles des arènes de Nîmes, celles du temple de Diane. Dans ce dernier édifice, on fit encore usage d'un procédé nouveau permettant de diminuer dans une proportion considérable la fatigue que subissent les cintres. Au lieu de juxtaposer ABC, on les isola et on remplit les vides par une sorte de dallage courbe qui s'appuya sur les arcs-doubleaux, non sur les cintres exonérés et d'une confection d'autant moins dispendieuse Les voûtes souterraines des arènes d'Arles nous en fourniront un exemple (corridor en prolongement du grand axe de l'amphithéâtre) (fig. 7387). Au lieu de suivre la courbure des arcs, de se modeler sur eux, les dalles de remplissage prennent l'apparence d'une plate-forme ; chaque arc porte, en manière de tympan, un petit mur arasé au niveau de l'extrados ; et les dalles, rangées sur la dernière assise horizontale de ce tympan, se disposent suivant une surface plane qu'on peut utiliser comme le sol d'un nouvel étage. « Qu'on se reporte au procédé de construction de la basilique de Chaqqà (voir ce mot) et on verra un procédé identique de dallage qui, en Syrie, fait partie d'un système entier d'architecture caractérisé par les dallages horizontaux reposant sur des arcs isolés. - D'autres systèmes se rencontrent, dont quelques-uns attestent une étrange indifférence pour la correction linéaire et le goût esthétique. A Vérone, l'amphithéâtre nous montre l'usage de plates-bandes clavées traitées avec une précipitation sans égale. Les linteaux horizontaux ont été couchés à une certaine distance les uns des autres en équilibre sur les piédroits.
Le point d'appui d'un sommier correspond au milieu de sa longueur et la clef vient s'intercaler entre deux sommiers. Son étroitesse et, par conséquent, sa légèreté, ne pouvaient déplacer les sommiers qui supportaient presque toute la charge de maçonnerie. C'est après un premier arasement et pour éviter toute chance de culbute qu'on posait la clef, mais il se trouva alors que, taillée d'avance, elle était ou trop large ou trop étroite. On ne pouvait plus songer à reculer ou à avancer les sommiers, on ne se donna pas la peine de retailler ou de changer les clefs, on continua.
Ce que nous venons de marquer dans telle ou telle localité a une portée plus étendue qu'on ne serait dés l'abord porté à le penser. En effet, ce n'est pas à quelques villes prises à part que s'appliquent dans leur généralité les remarques faites dans les pages qui précédent, mais, sauf quelques réserves, sur lesquelles nous reviendrons plus loin, à l'Occident tout entier.
Deux civilisations et deux arts se partageaient l'Empire romain, séparés entre eux par l'Adriatique. Dans les contrées de langue latine, dont nous venons de nous occuper, régnait un système de construction issu de toutes pièces du génie romain. Les influences grecques y avaient à peine pénétré. L'Occident reçut de Rome tout ce qu'il plut à Rome de lui donner, s'habitua à la dépendance absolue et universelle jusqu'au jour où, Rome détruite, ne lui donnant plus rien, il se trouva dans cette indigence artistique inouïe qui est la marque de la période barbare.
XII. LA SECONDE PÉRIODE, SES CARACTÉRES. — Ce qui se passa en Orient fut très différent. L'unité de langue et de civilisation avait contribué à y implanter l'art grec avec les idées de la Grèce. A dire vrai, ces idées et cet art avaient séjourné à Alexandrie, mais ils gardaient néanmoins assez d'originalité et de vigueur pour s'assimiler les apports de l'invasion romaine, demeurer, dans une certaine mesure, indépendants à leur égard, traverser la durée du Haut-Empire et se retrouver, altérés, mais reconnaissables encore et vivaces le jour où, Rome amoindrie, déchue, délaissée, l'Orient redevient un empire à part. De cet événement datent pour la société une forme nouvelle de civilisation et, pour l'art, un type d'architecture entièrement original, l'architecture byzantine.
Il n'est heureusement plus question aujourd'hui d'un certain art byzantin sortant complet et parfait du cerveau génial des architectes de Sainte-Sophie, un peu à la manière dont Minerve casquée surgissait du cerveau de Jupiter. Les origines de l'art byzantin, que représente éminemment l'architecture byzantine, sont beaucoup plus modestes et, surtout, plus compliquées. Tenons-nous-en ici à l'architecture à l'heure même où la volonté de Constantin compromet l'art romain et procure le succès de l'art d'Asie Mineure ; à ce moment où les méthodes romaines sont vouées à l'abandon, nous rencontrons, sans méprise ou hésitation possible, les procédés byzantins. A Constantinople même, la citerne dite des « Mille et une colonnes » nous montre des voûtes, qui sont des calottes sur pendentifs, exécutées par tranches et des chapiteaux du type byzantin le plus irrécusable (fig. 7388). Or, suivant Du Cange !, cette construction n'est probablement autre chose que le réservoir bâti par le sénateur Philoxène, sous le règne de Constantin. Cet exemple n'est pas isolé, La citerne Yéré-batansérai, non moins évidemment byzantine que la précédente, n'est autre que la citerne Basilica, construite au IVe par Constantin * (fig. 73589). Les chapiteaux, ainsi que l'a observé Auguste Choisy, s'y présentent, la plupart, à l'état d'épannelage : on sent que des édifices somptueux, et d'une architecture encore classique, furent interrompus pour fournir à cette citerne leurs pierres ébauchées. C'est ainsi que, d'après les documents transcrits par Eusèbe4 Constantin arrêta les grands travaux de l'empire : pour faire servir les colonnes, les plafonds mêmes, à l'achèvement de sa nouvelle capitale. Le rapprochement à lui seul vaut presque une date. | E Il serait facile de remonter plus haut encore et d'énumérer des édifices qui, bien au delà de l'époque romaine, laissent entrevoir les rudiments de la construction byzantine jusque dans les plus anciennes civilisations de l'Orient ; mais ce qui, pour notre dessein dans cet article, suffit à constater, c'est que l’art byzantin, vivait, dès l'époque romaine à côté de l'architecture officielle ; éclipsé par elle, il n'attendait pour se produire au grand jour et se consacrer à des œuvres durables, que le déclin des traditions classiques. —— Vers le temps d'Auguste, les architectes romains commencèrent à employer, parmi les matériaux usuels de la grande construction, la brique (voir ce mot). Son introduction fut le point de départ de toute l'architecture de la Rome impériale ; en quelques années, l'emploi de la brique décupla les moyens d'action des architectes et leur permit, entre autres choses, de jeter dans l'espace ces belles voûtes sur armatures à claires-voies dont la hardiesse et la perfection nous ravissent. | hendre possible la construction des voûtes sur armature fut pour l'Occident la conséquence qu'amena l'usage en grand des nouveaux matériaux. En Orient un mouvement analogue s'accomplit vers la même date et sous la même influence, mais dans une direction différente, car chaque province, chaque ville de l'empire conservait à son gré, en fait d'architecture comme en matière de religion ou d'organisation civile, ses usages propres et ses traditions. Les Romains, en introduisant dans les provinces d'Asie les matériaux dont ils avaient inauguré l'emploi, laissèrent les constructeurs asiatiques maîtres d'en faire l'usage qui leur convenait. L'emploi de la brique cuite adapté aux vieilles méthodes de la construction par tranches permit d'ériger en système les artifices de la construction sans cintrage et détermina, parallèlement au courant occidental de la construction concrète sur armatures, un autre courant d'idées appelé à renouveler l'architecture entière de l'Orient. Grâce à des matériaux admirablement adaptés à ses exigences, le système des voûtes par tranches prit un essor inattendu ; l'écrasement n'étant plus à craindre, la portée des applications s'agrandit : l'art oriental, subordonnant ces détails à son nouveau principe, devint une architecture distincte, celle que nous appelons l'architecture byzantine. | = Jusqu'ici notre étude nous a montré dans l'architecture occidentale d'époque romaine une préoccupation dominante : l'emploi de la voûte. Une préoccupation identique forme l'élément principal de l'architecture byzantine. Mais la ressemblance s'arrête à ce point, parce que les deux sortes de voûtes ne se ressemblent ni par l'aspect ni par la structure. En Occident, la voûte n'est guère qu'une œuvre primitive témoignant d'une force matérielle immense ; à peine y rencontre-t-on quelques chaines de briques noyées dans un massif énorme de mortier et de cailloux. En Orient, M au contraire, on a débité chaque portion de la voûte de façon à en faire une combinaison distincte ayant, dans l'ensemble, sa place déterminée et sa fonction. - Av lieu de la force matérielle, c'est ici le calcul qui donne à l'édifice tout entier sa disposition savante. En effet, les poussées des voûtes réclament des masses d'appui d'un type nécessaire qui décule du système des voûtes comme son corollaire et rend un plan “byzantin reconnaissable à première vue.
L'Orient a fait usage pour ses constructions de briques, de pierres et de mortier ; mais tandis qu'en Occident nous avons rencontré l'usage des compressions, “en Orient, nous constatons que le procédé de construction per pilonnage est inconnu. Au lieu d'y employer des matériaux concassés, on préfère des moellons de 15 à 20 centimètres d'épaisseur. Leur arrangement diffère. Tantôt les matériaux sont jetés pêle-mêle, tantôt ils sont disposés par assises réglées ; cependant que le pêle-mêle n'est qu'un désordre apparent et “que, ordinairement, les moellons dessinent un mode quelconque de groupement, comme dans les figures ci-dessus tirées des scubassements du palais de Spalto (fis. 7390).
Dans les constructions en blocage une disposition, ou, pour mieux dire, une interprétation nouvelle, apparaît de l'emploi des arases. Les constructeurs romains interrompaient le blocage par une assise de grandes briques formant arases et donnant à la masse une liaison transversale bien assurée. Les Byzantins font de même, sauf qu'ils emploient rarement moins de trois assises superposées là où les Romains se contentaient d'une seule. Nous en avons des exemples dans la citerne de Tehok car-Bostan, à Constantinople, où les assises de brique sont au nombre de huit et forment ensemble une bande de 0 m. 52 de hauteur revenant de 3 en 3 mètres et dans les fortifications byzantines de Selopique (fig. 7391, 7392) où l'intervalle se réduit à 1 m. 50. Il faut noter, - XIII. LES Massifs. — De même que l'Occident, désormais, que l'épaisseur du lit de mortier n'est plus moindre que celle des briques et les mêmes ; elle la dépasse parfois et il n'est pas rare de trouver, entre deux assises de 4 centimètres, des lits de mortier de 5 ou 6 centimètres. Dans les ruines du palais des Blachernes, Auguste Choisy a vu des pans de muraille où le mortier entre pour les deux tiers du volume total.
Ce mortier, toutefois, est un peu différent de la matière à laquelle nous donnons aujourd'hui ce nom et il serait plus justement nommé béton. L'épaisseur qu'on lui donne fait qu'il joue un rôle considérable parmi les matériaux de la construction ; or, pour qu'il ne se dérobe pas à ce rôle par l'émiettement, il a fallu lui donner une certaine consistance. C'est dans ce but qu'on y incorpore en forte proportion une matière rougeâtre qui n'est autre chose que de la tuile écrasée et passée à la claie de 0 m. 015 environ de maille. Outre les tuiles pilées on faisait aussi usage du gravier, de recoupes de pierre dont les fragments varient de grosseur suivant que l'emploi doit se faire par plus grandes masses.
La forme des briques et le degré de leur cuisson ont varié beaucoup chez les Byzantins ; mais c'est la brique romaine appelée plinihos qui fut le plus souvent employée. Les briques byzantines étaient fabriquées au moyen de terres lavées et foulées dans des moules par les pieds des ouvriers ; il est extrêmement fréquent de trouver sur les briques des empreintes de pieds d'hommes et d'enfants. Les pièces formant moulures ou corniches étaient fabriquées au moyen de moules. Les fûts de colonnes se composaient de briques rondes : quand elles dépassaient un pied de diamètre, on les formait de deux demi-cercles, et au delà les briques avaient la forme de segments. La brique byzantine, comme la brique romaine, a plus d'un pouce d'épaisseur. Elle porte une estampille assez différente de celle qui se lit sur les briques romaines où le nom du fabricant et la date de fabrication tiennent lieu, le plus souvent, d'autres indications. A Salonique, les estampilles des briques ayant servi à la construction des églises se composent généralement de sujets religieux ; à Sainte-Sophie de Constantinople ce sont des légendes entières.
Outre son rôle capital dans la construction, la brique a reçu dans la décoration byzantine un rôle décoratif. A l'aide de figures géométriques combinées avec goût, on a donné principalement aux revêtements, un aspect où la variété et la fantaisie produisent des compositions de lignes aussi gracieuses que savantes. Nous trouvons quelques exemples de ce genre d’ornementation dans les églises de Salonique et sur les tours des murailles de Nicée. Car, bien que nous ne nous occupions pas des édifices civils ou militaires, nous ne pouvons omettre de rappeler l'unité des procédés adoptés pour ceux-ci et pour les constructions ecclésiastiques. La brique fait le fond désormais des ouvrages byzantins dont les architectes regardent l'emploi comme plus avantageux et plus propre à résister à l'effort de bélier dans l'attaque des places de guerre. Ordinairement, le noyau de la muraille est en béton. L'importance donnée à la brique dans les constructions n'imposait pas seulement l'obligation d'apporter un soin extrême à sa fabrication ; l'emploi du mortier en proportion considérable dans la construction en briques exigeait une attention non moins prévoyante sur tout ce qui regardait un élément de cette importance. Sa composition faisait l'objet d'une active surveillance et dans les édifices encore debout, datant du Haut-Empire, le mortier a conservé presque toutes ses qualités. La chaux était toujours très cuite et le sable tamisé avec soin. Le mortier des Byzantins, comme celui des Romains, se compose pour un tiers de chaux grasse, un tiers de sable et un tiers de briques pilées. Ces proportions varient peu d'une contrée à une autre ; cependant, là où la pouzzolane était abondante, on y recourait de préférence au ciment. Des Arabes la reçurent d'un mortier dont on fait encore usage avec le ciment de Portland. Les constructions de Justinien, les Byzantins recoururent à l'emploi de nos jours à Constantinople, où il est connu sous le nom de khorasan. Il est de couleur brune, composé de chaux hydraulique et de sable fin ; il prend avec une grande rapidité et peut soutenir la charge attachée par les Byzantins non seulement aux fondations pilonnées et aux murailles, mais encore aux voûtes, aux égouts et aux aqueducs. Dans ces derniers conduits, la surface du béton est couverte d'un double revêtement : couche de charbon pilé, mélangé avec de la chaux, et couche de ciment très fin et poli avec une application d'huile de lin. Ce béton constitue un mur impénétrable à l'eau et qui résiste à l'effet des siècles. Les citernes, dans la construction desquelles les Byzantins excellèrent et surpassèrent les Romains, toutes bâties d’après ce système. Les voûtes des citernes sont construites soit à voûte d’arête, soit en pendentif et presque toujours en blocage de béton.
XIV. LES PAREMENTS. — Les Byzantins ont employé les parements dans leurs constructions. Comme appareil, chaque assise présente, mêlées à des carreaux posés sur leur lit de carrière, des pierres de champ faisant office de boutisses et toutes en délit, procédé ancien et justifié par de solides avantages. Cependant on ne tarde pas à s'apercevoir qu'un parement ne peut adhérer aux remplissages qu'à la condition de se contracter avec eux. A cet effet, on altère de plus en plus l'ancien usage, on substitue à la pierre de taille le simple moellon et, pour plus de précaution, on intercale entre deux assisements de moellons des assises en briques d'épaisseur variable ; par ce moyen, la proportion de mortier s'égalise entre le corps du mur et le revêtement, les chances de déliaisonnement disparaissent. Le profil montre que les moellons remplissent ici le rôle de carreaux et les briques tiennent la place des boutisses. A défaut de briques on fait usage d'un tube en poterie plongeant dans le blocage. Le vrai type du parement byzantin a trouvé ses plus heureuses applications dans les monuments de la Grèce. Les cours de brique tranchent en rouge sombre sur le blanc rougeâtre des mortiers et sur le grès mat de la pierre. Ordinairement le mortier est laissé en retrait sur le nu du mur ; si bien que chaque brique, chaque moellon a son contour redessiné en noir par un trait d'ombre. On ne saurait allier une meilleure entente des effets avec sens plus juste des vraies convenances de la bonne construction.
XV. LA COLONNE BYZANTINE. — Voici un élément nouveau que les architectes romains ont méconnu. Pour ceux-ci, la colonne n'est que la garniture d'un massif de maçonnerie qui est le véritable point d'appui de la poussée des voûtes d'arête. Les Byzantins connurent par expérience les inconvénients d'un monolithe, dressé en délit, supportant un poids énorme. Procope raconte que, pendant la construction de Sainte-Sophie, des colonnes surchargées »éclatèrent. Pour y remédier, maintenir le faisceau des veines de la pierre et empêcher les fissures longitudinales, on eut recours à des frettes sous bagues métalliques cerclant les fûts à leurs extrémités ; Photius appelle ces anneaux zegiSouxzx. Le manque de monolithes imposa la nécessité de fragmenter les colonnes en deux ou trois sections et fit imaginer la disposition suivante : chaque tambour dont se compose la colonne introduit ses extrémités dans des godets d'assises basses posés sur lit de carrière et faisant saillie sur tout le pourtour. Les fissures peuvent désormais se produire, la colonne n'éclatera pas, ne se disjoindra pas. La citerne des « Mille et une colonnes » à Constantinople offre un exemple remarquable de cette disposition.
Dernier trait d'ingéniosité. Les Byzantins assoient la base des colonnes sur un lit de plomb dont la ductilité se prête à une répartition uniforme de la charge. On l'observe au palais de Dioclétien à Spalatos, c'est-à-dire en un lieu et en un temps où les procédés orientaux triomphaient. On le retrouve aussi dans la basilique constantinienne de Bethléem et dans plusieurs édifices de l'époque byzantine. D'après ce qu'on peut constater à la citerne des « Mille et une colonnes », le plomb était réservé pour les points où la charge devenait exceptionnellement violente. Mais l'emploi du plomb avait aussi ses dangers. Si l'épaisseur de la feuille laminée était excessive (0 m. 013), comme c'était le cas pour la colonne de Marcien, le plomb cédait sous la charge, s'étalait et débordait en bavures sur le pourtour du lit. Pour y remédier, on cerclait la colonne avec des anneaux métalliques à l'endroit même où le plomb effleurait, ce qui l'empêchait de baver.
XVI. VOUTES SUR CINTRES. — Les voûtes exécutées sur cintre par les Byzantins sont ou bien des voûtes en berceau ou bien des voûtes d'arêtes.
Les voûtes en berceau suivent un procédé économique qui rappelle celui que nous avons vu en usage chez les architectes romains. Une galerie souterraine des thermes d'Hiérapolis nous montre l'artifice auquel on a eu recours. Pour les voussoirs inférieurs, nulle difficulté, ils se mettent en place sans le secours d'un cintre. Dès l'instant où le cintre devient nécessaire, les voussoirs constituent une série d'arceaux indépendants accolés les uns aux autres, construits successivement à l'aide d'un cintre volant installé tour à tour sous chaque berceau.
Les berceaux byzantins sont exactement du type romain, mais les Grecs d'Asie, tenant à laisser au berceau toute l'élasticité possible, suppriment les voûtes d'appareil ainsi que dans les murs toute espèce de ferrement.
Lorsque à la pierre de taille on substitue les moellons, ceux-ci sont ordinairement maçonnés à bain de mortier. Parfois, entre deux moellons, s'intercalent une ou deux briques, ou bien des éclats de tuile creuse. Enfin on renforce parfois les berceaux par des nervures transversales, véritables arcs-doubleaux distants de 3 m. 30 à 4 m. 50.
Les voûtes d'arêtes ne sont pas rares en Orient. Nous les voyons admises en Syrie pendant la période romaine et toute la durée de l'empire byzantin. Elles persistent presque à l'exclusion de toutes les autres, au xr ? siècle, les Croisés seront réduits à abandonner les voûtes sur nervures pour les voûtes d'arêtes, telles que les construisaient les ouvriers du pays. Dans les monuments des Croisés, les matériaux sont des moellons de petit échantillon et sommairement taillés, mais taillés d’après les modèles antiques : la présence du mortier entre les lits fait la principale différence entre ces voûtes du Moyen Age et celles des Romains de Syrie.
A Constantinople et dans l'Asie Mineure, il en était autrement. Le jour où Justinien voulut élever le pont de Sangarius, il ne se trouva pas, sur le chantier, un ouvrier capable d'appareiller une arête.
Les Byzantins ont, toutefois, pratiqué la construction de la voûte d'arête dans laquelle la brique tient la place que le moellon occupe chez les Syriens. Cependant, comme les briques se taillent malaisément, on se contentait de recouper sur tas celles qui constituent l'arétier, le mortier servant à combler les vides et à corriger ce que la taille pouvait avoir de trop imparfait.
XVII. VOUTES SANS CINTRE. — L'emploi du cintre dans la construction des voûtes est facultatif ; en effet, suivant qu'on procède par tranches ou par assises, cet emploi est superflu ou indispensable. Afin d'éloigner les chances de flambement, les Byzantins remplacent les tranches horizontales par des tranches plus ou moins inclinées, ce qui enlève en outre aux briques une chance de glisser. Cette inclinaison des lits sur la verticale est ordinairement d'un quart d'angle droit. Ils emploient encore d’autres artifices, comme de substituer aux tranches planes des tranches tronconiques ; enfin, ils font usage de tranches réunissant la double condition d'être coniques et d'avoir leurs bases inclinées. A ces types divers s'en ajoute un autre qui combine les deux modes de construction : par tranches et par lits. C'est, de tous, celui qui est le plus couramment employé par les Byzantins. Les lits rayonnants s'élèvent jusqu'au moment où ils deviennent impossibles sans cintre ; à ce moment on emploie les tranches. En somme, le procédé est facile à énoncer : la disposition par lits consiste en couches de maçonnerie horizontales superposées : la disposition par tranches consiste en couches verticales de maçonnerie appliquées les unes contre les autres.
XVIII VOUTES D'ARÊTES. — La voûte d'arête résulte de la combinaison de deux berceaux qui se croisent. Puisque chacun de ces berceaux peut, nous l'avons vu, être construit sans cintre au moyen du procédé par tranches, il suffit d'appliquer à chacun de ces berceaux le procédé par tranches. Que le plan soit carré ou de forme barlongue, peu importe. On commence par maçonner sur deux parois de face les deux premières tranches, puis on fait la même chose sur les deux autres parois et on revient au premier berceau. Passant ainsi de l'un à l'autre, les tranches prennent sur celles qui viennent d'être posées immédiatement auparavant un appui et, à leur tour, elles vont servir de sommiers à de nouvelles tranches, et ainsi de proche en proche, chevauchant les unes sur les autres.
XIX. COUPOLES. — Les coupoles sont des voûtes sur plan circulaire. Dès une haute antiquité, les architectes élevèrent des coupoles ou dômes dont les particularités se résumaient en deux caractères
essentiels : horizontalité des assises et surhaussement des profils. Chaque assise se superpose à la précédente et constitue, indépendamment du reste, un anneau indéformable. Ces voûtes sphériques en grands matériaux sur plan circulaire paraissent propres à l'Orient, « mais leur prix élevé détourna le plus souvent les Byzantins d'en construire ; d'ailleurs, ils surent, par une heureuse extension d'idée, transporter aux voûtes en briques le principe des lits coniques et parvinrent, avec une moindre dépense, aux mêmes résultats. ' « Ils rangeèrent, écrit Auguste Choisy, les briques par couronnes successives et qui représentent individuellement de minces surfaces coniques. Quelquefois, comme dans les fortifications de Kontahia, ils construisirent les reins de la voûte par assise de moellons posés en tas de charge, sauf à bâtir la calotte supérieure à l'aide de briques formant une série de troncs de cône emboîtés les uns dans les autres.
Cette disposition de briques par cônes emboîtés se prête à merveille au genre d'économie que les Byzantins recherchent avant tout, la suppression du cintrage (fig. 7396). Les briques d'un lit A sont appliquées sur une couche de mortier qui les fixe au lit précédent ; puis, une fois terminé, ce lit A se comporte comme un tronc de cône tourné la pointe en bas et qui ne peut ni se déformer ni descendre ; il demeure en place et sert, à son tour, de surface d'appui pour un deuxième anneau ; celui-ci pour un troisième, et ainsi de suite : un cintre ne serait qu'un embarras ?. » Les coupoles byzantines antérieures au IXe sont généralement enveloppées à la base dans une gaine de maçonnerie, jusqu'à hauteur des reins, et se raccordent à l'extrados par une contre-courbe. C'est dans cette garniture que s'ouvrent les baies d'éclairage (fig. 7397). A partir du Xe se répand l'usage de monter les coupoles sur des tambours cylindriques. Nous n'avons pas à nous occuper de ce style que sa date place en dehors de nos études.
Outre la coupole, dans son application générale, nous devons tenir compte de quelques types secondaires au moyen desquels on s'est efforcé de réaliser deux progrès : 1° prévenir par un système de nervures la déformation des voûtes ; 2° alléger les poussées des voûtes et enchevêtrer plus étroitement les matériaux qui les composent.
Le plus bel exemple de coupole nervée est le dôme de Sainte-Sophie. L'intrados est partagé en quarante fuseaux par autant de nervures méridiennes seillantes. À ces coupoles nervées nous devons rattacher les coupoles côtelées, c'est-à-dire celles dont l'intrados affecte l'aspect d'une calotte sphérique onculée. Saint-Serge, à Constantinople, présente en grand l'application de ce système dans lequel chaque assise est découpée en feston dans une surface conique. La Theotokos de Constantinople offre un autre exemple.
Puis viennent encore les coupoles par trompillons étagés, c'est-à-dire qu'au lieu de maçonner la coupoles par assises on l'a construite en étageant les unes au-dessus des autres de petites trompes, ainsi que nous en voyons un premier exemple dans le temple rond de Dioclétien à Spalato. Comme exemple byzantin, nous donnons ici le vestibule semi-circulaire du tombeau de saint Dimitrius à Salonique.
Les Byzantins ont même construit des coupoles absolument exemptes de poussées, et voici par quel artifice. Aux briques des voûtes ordinaires, ils substituent des tuiles courbes qu'ils disposent par lits emboîtés l'un dans l'autre (fig. 7399). De la sorte, on produit des couronnes absolument indéformables. Aucun des anneaux de la coupole ne saurait augmenter de rayon, et, par suite, la coupole elle-même, ne pouvant s'élargir, devient incapable de pousser au vide : c'est une voûte où toutes les assises forment chainage.
Ces exemples, les deux derniers au moins, nous reportent à une centaine d'années avant l'époque justinienne. On rencontre les tubes en Afrique, ainsi que nous l'avons dit, et en Syrie. Dans ce pays, les tubes sont de forme évasée et disposés en manière de voussoirs scellés par de bon mortier ; ils permettent d'achever la voûte, quel qu'en soit le profil, sans le secours d'aucun cintre. Ces poteries creuses offraient aux habitations un excellent préservatif contre les températures extrêmes. En outre, on leur attribuait l'avantage de la sonorité ; à cet effet, on en incorporait dans les blocages, deux par deux, le col tourné vers l'intérieur. C'étaient les vases acoustiques de Vitruve dont nous avons parlé plus haut ; et cet usage existe encore de nos jours dans les mêmes contrées.
XX. NICHES SPHÉRIQUES. — La niche voûtée n'est qu'une voûte coupée suivant un plan vertical. Sa construction n'offre rien de particulier, après ce que nous avons dit des voûtes sphériques et des coupoles d'appareils. Un des exemples les plus instructifs est celui des grandes absides de Sainte-Sophie, à Constantinople. Pour qu'on puisse employer le mode de construction par tranches coniques, il faut que la niche embrasse en plan au moins une demi-circonférence ; dans le cas contraire, pour éviter les poussées que les lits coniques développent perpendiculairement au plan de tête, il faut recourir à la solution des lits en éventail. Dans ce système nouveau, aucun glissement ne peut se produire, en sorte que l'aplatissement plus ou moins accentué de la niche n'influe en rien sur sa stabilité.
XXI. VOUTES SPHÉRIQUES SUR TROMPES. — La coupole ne trouve son assiette naturelle que sur une base circulaire : cependant on imagina d'élever des coupoles sur des bases polygonaux. Pour y parvenir, il fallait passer du polygone au cercle, à l'aide de raccords. A chacun des angles du polygone un support en surplomb fut lancé dans le vide pour racheter le porte-faux, et ce support, dont la forme naturelle était celle d'un triangle sphérique, fut l'origine du pendentif. Ces pendentifs ne sont encore que des triangles sphériques bien définis ou mieux « des panneaux triangulaires taillés dans une voûte sphérique. » Moins le polygone de base a de côtés, plus les pendentifs surplombent et plus leur exécution est délicate. C'est à ce point que les constructeurs auxquels on livrait une base carrée pour y établir une calotte sphérique ont fréquemment remanié le tracé primitif pour en faire un octogone et quatre demi-cercles. Nous en avons des exemples à Saint-Serge de Constantinople, et même dans les grandes absides de Sainte-Sophie. Les Byzantins allèrent plus loin et arrivèrent à un des types de voûtes les plus usités dans l'architecture du Bas-Empire : la coupole à base octogone soutenue sur quatre trompes d'angle suivant diverses combinaisons (fig. 7401).
XXII. VOUTES SUR PENDENTIFS. — La disposition sur pendentifs doit être considérée : 1° suivant le système de construction par lits ; 2° suivant le système de construction par tranches.
1° Dans le premier cas, les pendentifs d'une voûte à base octogone sont des portions d'une sphère pénétrée par les huit faces verticales du pourtour. Les édifices du Hauran nous laissent entrevoir quel que soit le plan inférieur de la coupole circulaire à l’aide d'une pierre unique posée en pan coupé sur chacun des angles de la salle. Et le plus souvent, ils renoncent à jeter un dôme sur le vide restant et se contentent de le remplir par une série d'encorbellements. C'est un procédé ingénieux, mais ce n'est pas une solution. Il n'est applicable qu'à des espaces restreints. D'après Aug. Choisy, c'est dans les ruines de Djerach qu'on aperçoit pour la première fois la voûte sphérique à pendentifs établie sur un plan carré. Tout un édifice est voûté suivant l'appareil b décrit (fig. 7402). Des dispositions analogues se retrouvent à Jérusalem dans les parties byzantines de Haram-ech-chérif, et ce seraient là les deux plus anciens exemples de pendentifs appareillés, puis que les voûtes de Haram-ech-chérif paraissent appartenir à l'époque de Justinien et que Djerach porte les marques, dans son style et sa structure, de la meilleure époque romaine, bien avant la décadence. La coupole sur pendentifs appareillés ne se rencontre guère au-delà des provinces syriennes où elle s'explique par les conditions locales de construction. Ici, la pierre abonde et la construction appareillée se développe, mais ailleurs un autre type de construction tend à prévaloir : la coupole en menus matériaux posés sur un lit de mortier, type essentiellement pratique dont le double mérite est de s'exécuter à la fois sans épure et sans cintre.
Dans le cas des pendentifs en menus matériaux, on rencontre les pendentifs et la calotte faisant partie tantôt d'une même sphère, tantôt de deux surfaces sphériques distinctes. Dès l'époque romaine, les voûtes sur pendentifs exécutées en briques se rencontrent en Asie Mineure, notamment dans les vallées du Méandre et de l'Hermus. On peut citer des exemples à Sardes, à Philadelphie, à Magnésie du Méandre, dès l'époque romaine, bien que le type ne se généralise pas avant l'époque byzantine.
20 Dans le système de construction par tranches, la calotte et les pendentifs sont dans un rapport bien différent. Jusqu'ici nous les avons vus ne point faire corps ensemble, maintenant ce sera tout le contraire : la calotte et les pendentifs qui la portent ne peuvent s'établir l’un sans l’autre, ils s'engendrent à la fois d’après le procédé de construction en usage pour les voûtes d'arête dont ils ne sont guère qu'un cas particulier : c’est une voûte d'arête dont la flèche est égale à la demi-diagonale du rectangle qui lui sert de base.
C'est ici le lieu de montrer, d’après Aug. Choisy, l'étroit rapport que le mode de construction par tranches crée dans l'architecture byzantine entière. Trois voûtes en apparence profondément distinctes : la voûte d'arête, la voûte sphérique et la voûte en arc de cloître. De la voûte sphérique à la voûte d'arête, la transition s'opère à mesure que l'arc diagonal de la voûte d'arête se rapprochant d'une demi-circonférence, les arêtes s'émoussent de plus en plus et les sections horizontales passent de la forme brisée à la forme circulaire ; la seule différence de l'une à l'autre réside dans la courbure de l'arc diagonal : dans la voûte d'arête, l'arc diagonal est surbaissé ; dans la voûte sphérique, l'arc diagonal est en plein cintre. La voûte sphérique est une voûte d'arête parvenue à son maximum de flèche. Son emploi correspond au minimum de poussée ; elle doit donc être considérée comme la solution normale, celle qu'il faut choisir toutes les fois que la hauteur disponible le permet. Les Byzantins n'y manquent pas. L'une des plus frappantes vérifications se trouve dans la distribution même des deux sortes de voûtes entre les deux étages des collatéraux de Sainte-Sophie. A l'étage inférieur (fig. 7403), la hauteur devait être ménagée : car tout relèvement du sommet S serait traduit par une surélévation correspondante dans l’ensemble entier de l'édifice. Au contraire, pour la voûte de l'étage supérieur, l'espace libre était indéfini, on n'avait que le ciel pour limite. D’après cela le parti à prendre était tout indiqué : il fallait abaisser le plus possible le sommet des galeries inférieures en adoptant pour elles le type de la voûte d'arête ; et, pour les voûtes de l'étage supérieur, rien ne s'opposait à l'emploi de la coupole. Ainsi se répartissent en effet les voûtes entre les deux étages : voûtes d'arête, à l'étage inférieur ; à l'étage supérieur, voûtes sphériques. Cette distinction n'est pas spéciale à Sainte-Sophie : les narthex hauts des églises de Salonique et de l'Athos sont voûtés en coupoles ; il n'y a pas lieu de multiplier les exemples qui n'ajouteraient guère à une règle évidente.
On peut même, au seul aspect d'un plan byzantin, reconnaître si la voûte repose sur des pendentifs : en ce cas elle concentre sa poussée sur ses quatre angles ; ou sur des trompes : elle partage alors sa poussée entre huit points de son pourtour.
XXIII. LES TASSEMENTS. — Pour obvier aux inconvénients qui résultent pour une maçonnerie de pressions très différentes s'exerçant sur elle et dont l'effet le plus ordinaire est d'amener des lézardes, on a coutume de doubler la tête de la voûte par un arc de décharge D que les Byzantins ont soin d'exécuter. Tandis que le corps entier de la voûte est en briques, l'arc de décharge est presque tout entier en moellons. De la sorte l'arc enveloppant contient moins de mortier que la voûte intérieure ; par suite, il est moins compressible et reçoit la surcharge au lieu de la transmettre. La plupart des voûtes de Salone, qui jouent ce rôle de décharge, sont ainsi combinées (fig. 7404, 7405).
Feu confiants dans l'efficacité des décharges, les Byzantins renoncent à ménager une liaison quelle qu'elle soit entre le corps d'une voûte et l'arc de tête qui le termine. Et dans ce cas, la séparation est si absolue que l'arc de tête et le corps de la voûte ne sont presque jamais concentriques ; la voûte est habituellement plus mince, et l'on profite de sa moindre épaisseur pour la surhausser davantage : de sorte que l'arc de tête noyé dans la région des naissances se dégage peu à peu à mesure qu'il s'élève. Au mausolée de Placidie à Ravenne, les arcs qui terminent les nefs et portent la lanterne présentent d'assez curieux exemples de cette discordance.
Les tremblements de terre, fréquents du sol en Orient, pour ne rien dire des trépidations, imposaient aux constructeurs l'adoption de procédés destinés à contrebalancer ces chances de destruction. De là l'emploi de chainages cutés en matériaux plus épais que ceux de la voûte.
XXIV. LES CHAINAGES. — Les trépidations fréquentes en pièces de charpente contre lesquelles les trépidations ne pouvaient rien. Les chaînages s'employaient dans les voûtes et dans les murailles elles-mêmes habituellement noyés dans l'épaisseur des massifs. Pendant la durée de la construction, les chainages formaient une sorte d'armature dans laquelle la maçonnerie encore fraîche avait le temps de se durcir et de se consolider sans se déformer. Mais les Byzantins étaient trop expérimentés et trop prévoyants pour subordonner la stabilité de leurs voûtes à ces renforts artificiels dont la durée est essentiellement restreinte et dont l'entretien est impossible. Ils savaient que le bois dure peu comparativement à la pierre ; aussi n'employaient-ils le chainage que comme une mesure de prudence et presque exclusivement dans deux cas : pendant la période des tassements et lors des secousses accidentelles du sol. Ce n'est guère qu'à l'époque de l'invasion ottomane que l'usage du fer devint général pour les chainages.
XXV. LES CONTREFORTS. — La coupole portée sur un tambour circulaire ou polygonal enverra ses poussées sur ce tambour qui, s'il présente une épaisseur suffisante, les annulera, et le moyen d'accroître l'épaisseur du tambour, sans en exagérer la masse, sera de l'évider intérieurement, comme on a fait au Panthéon de Rome et à Saint-Jean de Salonique. Ce système d'évidements n'exclut pas les contreforts d'angles puis que ces deux modes de butée se rencontrent à la rotonde de Minerva medica à Rome et dans la base octogone du dôme de Saint-Serge à Constantinople, deux édifices dont les plans semblent calqués l'un sur l'autre.
Dans l'architecture occidentale du Moyen Age, les contreforts sont extérieurs, tandis que dans l'architecture romaine et byzantine ils sont intérieurs à l'édifice. Chaque système a ses inconvénients et ses avantages. Les Byzantins fidèles aux traditions du Haut-Empire adoptent le second système qui donne aux murs extérieurs jusqu'à la naissance des voûtes l'extrême simplicité des murs droits et nus. Saint-Vital de Ravenne est une des rares constructions byzantines où les murs soient flanqués de contreforts : c'est une véritable exception.
XXVI. Maçons. — En Phrygie, à Altentasch, au sud de Gotiée, une tombe chrétienne dont la stèle est marquée d'une croix au sommet ; trois figures grossièrement sculptées occupent le centre ; au bas les outils de maçon d'Euphron.
A Rome, tablette de marbre provenant d'un cimetière romain, au musée du Vatican :
MACTAR. — I. Nécropoles. II. Basilique. III. Oratoire. IV. Liste épiscopale. V. Epigraphie.
I. NÉCROPOLES. — Les ruines de Henchir Makler, par leur présence et par leur nom actuel, permettent l'identification avec la ville ancienne de Mactar qui connut, sous le Haut-Empire, une assez grande prospérité comme permettent d'en juger les vestiges de plusieurs monuments. Cependant on ne trouve nulle mention de cette ville chez les anciens auteurs pas plus que dans les anciens itinéraires. L'ethnie était Mactaritanus, la ville s'appelait COL. AELIA AVRELIA MACTARIS.
La ville était entièrement entourée de nécropoles. La plus grande est celle qui occupe le mamelon voisin du ravin d'Ain-el-Bab ; elle s'étend fort loin vers le nord, à gauche de la route qui gagnait la vallée de Siliana ; on y a trouvé des inscriptions latines importantes, des épitaphes néo-puniques et libyques : c'est la nécropole A (fig. 7406). — La nécropole B, à laquelle appartient le grand mausolée des Juifs, encore debout en partie, semble avoir été beaucoup plus petite. — La nécropole C, qui se rattachait peut-être au même ensemble que la précédente, a surtout donné des épitaphes avec le gentilice Antonius. — La nécropole D s'étend au sud-est ; elle a fourni de nombreux matériaux de construction aux Byzantins quand ils transformèrent en forteresse les thermes de la ville romaine. — La nécropole E, à l'ouest de la précédente, contient un mausolée, plusieurs fois décrit ou dessiné, qui marque l'extrémité des ruines vers le Sud-Ouest.
De plus, un certain nombre de tombes ont été utilisées dans des constructions de basse époque. Il est souvent impossible de reconnaître à quelle nécropole elles ont été empruntées !.
II. BASILIQUE. — Une basilique chrétienne probablement bâtie sur l'emplacement d'un temple de Bacchus, car on a retrouvé dans les ruines une colonne avec un bas relief représentant Liber et une dédicace à ce dieu. De cette basilique il ne subsiste que les fondations et quelques colonnes ; des fouilles ont amené la découverte de quelques tombes chrétiennes, notamment de deux évêques, Rutilius et Germanus, ce qui autorise à penser que cette basilique était la cathédrale et, en tout cas, la plus importante église de la ville.
A cette basilique se rapportent deux monuments découverts en même temps. Le premier est l'épitaphe d'un prêtre nommé Jobianus trouvée à quelques mètres de l'endroit où furent découvertes les épitaphes de Rutilius et de Germanus, enterrés probablement à la même époque. Plaque de marbre blanc encastrée dans un calcaire du pays ; haut, des lettres 0 m. 045 :
A + € IOBIANUS PRS*IN PRS., VIXIT ANN IS XXXV
Jobianus —pr(e)s(byler) in pr(e)s(byteratu) vixit annis XXXV.
Le tombeau était constitué à l'aide de pierres irrégulièrement taillées, juxtaposées assez maladroitement. On se rend facilement compte qu'elles n'avaient pas été taillées expressément pour être employées à la construction de ce monument, mais bien prises parmi les ruines ; elles diffèrent de dimensions en longueur, largeur et épaisseur. Le corps avait été placé sur un lit de chaux ; le squelette est tombé en poussière au contact de l'air. Cette chaux était répandue sur quelques fragments de marbre dont le plus important, sur lequel était placée la partie supérieure du corps, mesure 0 m. 93 en longueur, 0 m. 45 de largeur au point où était la tête, 0 m. 40 à la partie inférieure et 0 m. 02 seulement d'épaisseur. Ce marbre est blanc, fortement veiné de vert et de noir. Plaque et inscription ont été envoyées au musée de Tunis.
Quant à la pierre dans laquelle était encastrée l'épitaphe et qui était placée au chevet du monument funéraire, ses dimensions ont forcé de la conserver à Mactar.
Dans la même basilique, on a trouvé une dalle en pierre calcaire, rectangulaire, longue de 0 m. 64, large de 0 m. 50, épaisse de 0 m. 12 brisée en deux morceaux qui se rejoignent exactement.
Trois de ces côtés, coupés à angles droits, sont à arêtes vives. Le quatrième, au contraire, celui de gauche est arrondi. Deux pentures de métal fixées à ses extrémités soutenaient la dalle et lui permettaient de jouer sur des gonds. Il n'en reste plus que des traces, elles ont dû être arrachées violemment et ont fait éclater la pierre aux deux angles. L'angle inférieur est le plus endommagé, ce qui semble prouver que l'effort exercé sur la penture du bas était plus considérable que sur la penture du haut, et, par suite, que la dalle était placée verticalement comme une porte, et non horizontalement comme un couvercle.
A droite, un anneau de bronze, formant poignée, était retenu par une tige rigide, qui traversait la pierre de part en part, et se rattachait en arrière à une large plaque de métal qui jouait sans doute le rôle de verrou. Le tout a disparu aujourd'hui.
La porte est ornée sur sa face antérieure de quatre évidements, de forme rectangulaire, disposés symétriquement, et se correspondant deux à deux. Ceux qui se trouvent à la partie supérieure sont plus allongés que les deux autres, et dans l'espace laissé libre entre eux est figurée une croix.
Peut-être formait-elle une armoire semblable à celles qui ont été trouvées dans le baptistère de la basilique de Damous-el-Karita près de Carthage, et assurait-elle la préservation des vases sacrés, des livres et des vêtements liturgiques qui devaient être enfermés dans un lieu sûr après l'offrande du sacrifice. Peut-être était-ce au contraire simplement une porte de mausolée utilisée après coup dans la construction de la basilique chrétienne et adaptée à sa nouvelle destination par l'adjonction d'une croix. Cette dalle est entrée au musée du Bardo, à Tunis *.
III. ORATOIRE, — En plus de la basilique dont nous venons de parler, il existait à Mactar une memoria en l'honneur de deux martyrs dont l'un est saint Félix. C'est une table de pierre, haute de 0 m. 75, large de 0 m. 88, conservée au musée du Louvre, grâce à la libéralité de M. E. Espérandieu ; le marbre est brisé en dix morceaux, le premier a la forme d'un lambda. Pas de difficulté de lecture ; haut. des lettres : 1re ligne 0 m. 22, 2e ligne 0 m. 10, 3e ligne 0 m. 065 ;
RVTILIVS EPISCOP :
IN EP - VIX - ANN - XXIII [m] 1| DX : | Bibl. — E. Espérandieu dans Bull. epigr. de la Gaule, t. m, p. 313 ; le même, dans Bull. d'Hippone, | t. XIX, p. xc ; A. Héron de Villefosse, dans Bull. de la Soc, nat. des antiq. de France, 1883, t. xuv, p. 318 : | ako OLIM DO DIGNVS HIC IN TVIMVLO IACET EPISC. GER MANVS IN EPISC : VI AN-X I3 M-X D ES XIII Héron de Villefosse a omis le monogramme. Letaille donne un Aet J. Schmidt un x. La ligne finale est obscure.
V. ÉPGRAPHIE. — Mactar a donné en plus des deux inscriptions qui précèdent un assez grand nombre de lituli chrétiens.
RENOwvnAI DEDERAT DATVS NS AD SANCTOS POS. VIXIT M-XV VII [Hic ia cet] Renopal|us Filius] ! [quem Deus] dederat, datus obiit] || [innoce]ns, ad sanctos 2. Fortin byzantin ; haut. des lettres, 0 m. 04 : « 3
+ IN PACE VIC
ANNIS LXX ZZ D
3. Nécropole D ; haut, des lettres, 0 m, 08 ;
SI VIX IN PACE MENSIS XXI
ARW
IVLIARESTIT ula..... C-F-VICXIT ANNIS : * CALPVRINVS :----- PIVS CONJVG i merenti n. 11897. 8. Pierre trouvée dans la citadelle ; haut. des lettres, Gu 1 D M S F IVLIA VICTO OON RIA HF : FIDELIS » IN PACE VIXIT AN - XXV M DV H Ill REDDI DIE XV KAL N 3MB Remarquer la juxtaposition du chrisme et de Ja formule Dis manibus sacrum ; cette formule est d'ail- « | !
$ “leurs assez fréquente dans les épitaphes chrétiennes t de Mactar, comme dans la Maurétanie. Dans cette inscription et dans la suivante, on fait mention du nombre d'heures.
— 9. Pierre haute de 0 m. 88, large de 0 m. 50 ; lettres = irrégulières, hautes d'environ 0 m. 25. Cha que ligne - est séparée de la précédente ou de la suivante par un trait ; le monogramme présente un omicron à la | | place d'un alpha :
E ofw FABRICIVS BONIFA VIXIT AN
NIS IN PACE XLIII MII HORAS IIH
D M IVLIA FO
E — | DIES V
tangulaire, haute de 0 m. 42, iarge de 0 m. 52 : haut. - des lettres, 0 m. 04 ;
| « e DMS
F 4 _ BISIS MES
Cette épitaphe offre de l'intérêt par son incorrec- Lion et son nom propre ; celui-ci est évidemment - un nom indigène, peut-être berbère, et le défunt par- Jait avec son entourage un jargon qu'ils imaginaient |— étre du latin. Pour la formule de début, il est bien |— probable qu'ils n'y entendaient rien ; pour la suite, ils disaient : bisis mes oto minus zis, ce qui signifiait :
— m'est rien de tel que de s'entendre, mais a-t-on voulu - dire : « huit mois moins... jours » ou bien « huit mois - plus ou moins et... jours » ? Al a ligne 4°,le Z est tra- versé d'un trait horizontal, ce qui veut dire de ou d ;
- il est possible que la lettre S soit une déformation de | - l'episemon bau qui vaut six.
—. 12. Fregment, 0 m. 75 x 0 m. 35, donnant la durée - de la vie, 55 ans, 10 mois, 3 heures, et énoncant la —mort RECES(sif). Nous avions fait remarquer que ; - la mention du nombre d'heures se lit généralement i parents survivants avaient gardé le souvenir de l'heure — ur les tombes de jeunes enfants, parce que leurs | de la naissance. On voit qu'à Mactar cette mention des heures se lit sur des tombes d' adultes âgés de 25, de 43, de 55 ans ; d'oü on peut conclure qu'on y gardait avec soin le souvenir de l'heure à laquelle chacun était venu au monde.
Bibi. — P. Monce aux, dans Bull. de la Soc. nat. des antiq. de France, 1906, D 155, n. 2.
13. Pierre de 0 m. x 0m. 52 ; haut. des lettres, | 0 m. 04.
Fragment d'épitaphe de Bonifatia, morte nonagénaire. ' 14. Caisson de forme arrondie : haut., 0 m. 33, long., 0m. 72 ; haut. des lettres, 0 m. 04. Dans un | cartouche saillant :
MA-INPC
E VIXIT AN.
15. Pie haute de 0 m. 28, large de 0 m. 40 ; haut. des lettres, 0 m. 03 :
A+ &
D M S
MENSES XI DIES
| Om. 47 ; haut. des lettres, 0 m. 45 :
MAG 4
Spes fidelis bixit in pace annis q(u)indeci(m), menses cinq(u)e, (h)oras seple(m). Sub die(m) ferl(i)um decimu(m) calendas ian(u)arias.
Noter la forme cing(u)e, qui est déjà de l'italien.
Julius Fortunatus fidelis... à CB o L^ FEAVIVS D |C. =o. NVS VICXIT Am...... NISCLOSMENSESSI. DIES (5 XVI ORAS P XI. © J'avais d'abord songé au surnom J[ovia]nus, qui se rencontre sur une autre inscription chrétienne
A.— X.— 26
de Mactar, sous la forme Jobianus, inscription trouvée dans la basilique byzantine dite de Rutilius (voir ci-dessus, col. 797). Ce nom était trop long. La haste et le fragment de boucle qui suivent le mot Flavius étant trés rapprochés, j'ai eru ensuite qu'il s'agissait d'un R et admettais volontiers un mot comme R[oga|]nus, R[ogia]nus, ou R[egi|]nus, ce dernier bien | connu en Afri que. Il y avait encore une lettre de trop. Revenu à ma première lecture |Q... ou [C..., je me suis arrêté au surnom chrétien Icnanus que De | Vit croit d'origine puni que !. Ce nom nous est connu par une inscription d'Henchir-el-Hamascha, aux environs de Tébessa ?. » Bibl. — L Châtelain, dans Bull. de tx Soc. nat, des | antig. de France, 1910, p. 402, n. 2. 19. Région de Mactar, Henchir-Faroha (non décrite) : Chrisme dans un cercle avec A et W. Au dessous DMS. Ensuite F. AGASPARVS BIX...
Bibl. — Toussaint ; Rapport archéologi que sur la région |
OVIE N SHZ 1
Chrisme. Victoria fidelis in pace ; viril annis 72, men- | ses 8$, dies 13, horas 12.
Chrisme sans A et 6). Johannes fidelis vixsit an[n]os 5, menses 9, dies 6.
Chrisme avec A et Q). Olimpia fidelis in pace : vixsit an[nlos 3, menses 9, dies 10, horas 2.
Ces quatre inscriptions, trouvées côte à côte, sont du même type. La forme du chrisme, gravé au-dessus de cha que épitaphe, ne permet guère de leur assigner | une date antérieure au v* siècle, La chambre sous le pavement de laquelle ont été découvertes les tombes, n'appartient pas à une basilique.
Les cinq pierres tumulaires suivantes (26 à 30 incl.) ont été découvertes à 200 métres environ à l'ouest de la citadelle byzantine de Mactar ; la plupart semblent avoir été utilisées aprés coup dans des constructions de trés basse épo que, et présentent sur leur face principale diverses cavités qui ne s'expliqueraient pas sans cela. — | chant en léger relief. L'épitaphe, dans un double encadrement rectangulaire, est gravée en lettres | 26. Dalle calcaire, large de 0 m. 50, haute de 0 m. 60, épaisse de 0 m. 12. Au pourtour, bande de 0 m. 0833 en relief encadrant l'inscription, qui est gravée dans | un champ évidé. L'épitaphe primitive, en lettres hautes de 0 m. 035, est surmontée à la fois, comme il arrive souvent à Mactar, de la formule paienne Dr is) 1 M(anibus) S(acrum) et d'un chrisme accosté de l'alpha et de l'oméga. De part et d'autre de ce chrisimol se développent les trois lignes d'une seconde épitaphe | ajoutée aprés coup : ce fut d'abord Aurelia Victoriola | morte à l'àge de 50 ans ; puis ses deux fils, Maximus | et Habetdeus, qui vinrent reposer à ses cótés : |
ENS ME RAIE ES IN PACE
D :M*8SAVRELIA > VICTORIO LA INPACE - VIXIT ANNIS -L +- DIES Wi. ORASVIII Bibl. — P. Gauckler, Notes d'épigraphie latine (Tunihautes de 0 m. 05 aux trois premiere lignes et de 0 m. 035 à la quatrième : 3
CLAUDIVS NVTRI E.
31. Stèle funéraire à sommet arrondi, hauteur 1 m., largeur 0 m. 55, utilisée aprés coup pour servir | de seuil ; haut. des lettres, 0 m. 025 :
Chrisme avec œ et c) entre deux colombes, Januaria.. bixit annis 35, diebus 22, requiescit s...itus iys eius.
32. Pla que tumulaire ce 0 m. 50 sur 0 m. 35 ; haut. des lettres, 0 m. 04 :
Croix pattée inscrite dans un cercle. Julius Fortunatus fidelis vixit in pace annis seplem mens... diebus x.
33. Pla que tumulaire de 0 m. 50 sur 0 m. 23 ; haut. des lettres, 0 m. 03 :
Croix pattée inscrite dans un cercle. Urbana fidelis vixit in pace annos 6, menses 2, horas 2.
34. Pla que tumulaire, haut. 0 m. 55, larg. 0m. 35 ;
—. haut. des lettres, 0 m. 045 :
Chrisme inserit, accosté de œ et œ, D : M : S : Vonifatzia vixil annis 70 menses 5.
35. Pla que tumulaire, haut. 0 m. 80, larg. 0 m. 48 ; haut. des lettres, 0 m. 045 :
Chrisme DMS. Tyranus fidelis in pace requievit, annis... ginta quin que, mensibus 4, diebus 13, horis 15.
Chrisme avec x et w. Flabius TODO. in pace bicril. annis XXX mense unu dies rxiiij.
Chrisme avec x et œ. Licinius Curiosus fidelis in pace vixit anno 8, ms. 8. d. 5, dep(ositus) 6 kal. julias.
Chrisme avec œ et œ. Paulinus fidelis in pace vixit annis pl mis x mes x ords D. D M S. Pompeius Gercadio in pace viz an(n)is xv...
Chrisme avec A (et wW). D M (5), tria... ani x...
FRIS* VIXIT IN PACE
SCRIBERE CURAE FUIT Q MENSES lil J.-B. De Rossi a fait remarquer que dans cette inscription il y a un emprunt à Lucain, 11, 343 : Ne dubium longo quæratur in aevo ; cf. Inser. urb. Rom., L. 1, p. 464.
43. Sur une base de colonne ; haut. des lettres, 0 m. 04 : BONIS FERA Fi
AELIS IN. PACE BIXI T ANIS VIII M I
44. Fragment, le début man que avec la ligne 1 Cerscilurus in pace vixit an. xp » menses xj dies xxv oris iij.
45. Pierre mesurant 0 m. 35, sur 0 m. 42 ; haut. des lettres, 0 m. 03 :
Chrisme avec « x et c. Domnicellus in pace vixit m... ori...
=,..Seminius vixit in pace annis sexagenla qualluor mensibus decem diebus decem, hic silus est relictus recessit v. id. decembres.
D M 5 GRANIVS - ABETDEV IN PACE-ET REQVIE* VIXIT - ANNIS - XXIII M :V-DIES - VIII -
ORASX.
| Revue des publicalions épigraphiques, 1891, n. 136.
FAVSTINVS PRESB VIXIT IN DIACONA TV ANNIS XXXXIIII ET IN PRESB ANNOS II ME
ns Ç H. LECLERCQ. ite et le nom. II. L'histoire. III. Situation. IV. Topographie. V. Les églises : n. 1 et sa carte géographi que en mosaï que ; n. 2 ; n. 3 : n. d : n. 95 : n. 6 : n. 7 : n. 8 ; n. 9 : n. 10. VI. Liste épiscopale. VII. Épigraphie. VIII Croix byzantine. IX. Environs de Mädabä. X. Bibiographie.
Cu Eglise uo ns SL rU a ONDE s za, x Legum o LE EE al Dee py T RET n TID. UR GRE EAE 8 r — r 1. LE SITE ET LE NOM, — A l'orient de la mer Morte, en plein pays Moab, une localité a eu cette chance assez rare de conserver son nom antique, et la chance beaucoup plus rare de nous conserver un monument chrétien unique en son genre, une mosaïque du vi siècle, qui se trouve la plus ancienne actuellement connue et, peut-être, la plus ancienne de toutes les cartes géographiques. Celle-ci servait de pavement à une des églises de la ville de Máàdabà, et représentait la Terre-Sainte. On s'est, avec raison, demandé le motif de ce choix dans ces parages, en plein cœur du pays de Moab ; peut-être l'explication se trouve-t-elle que c'est près de Máàdabà, sur le mont Nébo, que Moïse, touchant à sa fin, contempla la terre promise à son peuple dont Jéhovah déroula le tableau aux yeux du vieillard qui n'y devait jamais entrer !. Ne serait-ce pas ce souvenir biblique qu'on a voulu consacrer en fixant, pour ainsi dire sur le sol même où elle avait eu lieu, l'image de cette vision grandiose où se mélaient étroitement la Palestine du passé et celle du présent, l'Ancien et le Nouveau Testament ?
Mádabà, dans les manuscrits hébraïques de la Bible se lit : 8353 »5 ; les versions chaldéenne et syriaque sont identiques. Les Septante ont traduit par Mat8a6z et Mrj8x6x* ; ainsi toutes les consonnes sont les mêmes ; quant aux voyelles, les textes sémitiques n'en offrant pas, on y a suppléé sans scrupule excessif et en tenant compte des convenances de la prononciation. Par une rencontre assez significative, les anciens se sont généralement rencontrés sur la forme Medaba.
. Flavius Joséphe, dans ses Antiquités judaiques adopte la forme M78x55, nc° qu'il décline régulièrement ; dans sa Guerre des Juifs il donne Mrôonv à l'accusatif.
Ptolémée, dans sa Géographie 5, écrit Mzjóx6x et M,80xox ; Hiéroclès écrit aussi Mfj8x6x 7, et la première monnaie connue de la ville nous offre sur une des faces Astarté debout, à gauche, la tête tournée, vêtue d'un court chiton et posant le pied droit sur une proue de navire ; sur la main droite, tendue en avant, elle porte un petit buste d'homme, de la main gauche elle tient une corne d'abondance. L'empereur est Elagabale ; on lit :
MHAABGCON TYXH
c'est l'Astarté phénicienne, assimilée à l'Isis égyptienne, cherchant à Biblos le corps d'Osiris pour le ramener en Égypte *.
L'Onomasticon d'Eusébe nous donne Mfs6x, wv” et M8x6&v à l'accusatif 22. Étienne de Byzance écrit Mrôabx, et les Noti ces ecclésiastiques grecques Méôxux. Nous retrouvons la même orthographe chez les Latins ; saint Jérôme adopte Medaba et les Noti ces ecclésiastiques latines adoptent les formes Medava et Medavon. Les Arabes Bédouins qui habitent maintenant ces parages ont rejeté tous les variantes latines ou grecques qui avaient pu se glisser dans ce mot et ils prononcent, selon le premier texte hébraïque, Médeba, avec l'accent sur Mé et en passant très rapidement sur la seconde syllabe de“. Enfin les modernes ont hésité entre Madaba, Médaba, Médabah et Médeba. Le P. Séjourné, qui fut le premier à attirer l'attention sur ce point de phonétique et à étudier le passé de la ville, jugeait « que la transcription Médeba est ce qui rend le mieux l'ancienne orthographe et la prononciation actuelle. La lettre ^ que l'on a ajoutée à la de son pays, et en particulier de sa capitale, l'ancienne fin pour rendre une aspiration, ne parait nullement justifiée ; il suffit de prolonger un peu le son du dernier d, comme le veut l'alif arabe #. » Son opinion fut vite délaissée et, après quelques flottements dont le détail importe assez peu, on semble enfin s'être mis d'accord sur la forme Mddabd.
II. L'histoire. — Mádabà est nommée pour la première fois dans la Bible au livre des Nombres, xxr, 30, d'une façon incidente, et par un retour sur des événements passés. Il s'agit de l'arrivée des Israélites dans ces régions ; ils ont contourné la terre de l'Edom et de Moab ; ils sont campés à l'Orient au delà de l'Arnon ne voulant franchir les limites de Moab l8 ils demandent à Séhon, roi des Amorrhéens, la permission de passer en amis. Ce dernier refuse, il va même au devant d'eux jusqu'à Jasa pour les combattre, mais il est vaincu, et les Israélites s'emparent Hésebon, qu'il avait jadis enlevée au roi ‘de Moab | À cette occasion, l'historien sacré rappelle la terrible défaite des Moabites et ce que l'on a répété d'eux sous forme de proverbe : Vae tibi, Moab, peristi, popule Chamos. Dedit filios ejus in fugam, el filias in Que vitatem, regi Amorrheorum Sehon. Jugum ipsorum disperiit ab Hesebon us que Dibon, lassi pervenerunt. in Nophe ef us que Medaba M.
De ce texte, il ne résulte pas de façon évidente que Mádabà eût cessé d'appartenir aux Moabites, mais le verset précédent parait bien l'affirmer : Ignis egressus est de Herebon, flamma de oppido Sehon, et devoravit | Ar Moabilarum et habitatores excelsorum Arnon. La flamme conquérante sortie de Hésebon, de la ville de Séhon, a tout envahi jusqu'aux hauteurs qui bordent l'Arnon. Or la vallée de l'Arnon est située à trois heures au moins au-dessous de Mädabä. Cette ville avait donc dû faire partie de la conquête et passer alors entre les mains des Amorrhéens. Par là-même, cette victoire des Israélites sur les Amorrhéens les rendit maîtres de Mádabá et de toute la région située entre l'Arnon et le pays de Galaad !*.
Le nom de Máàdabà reparait à l'occasion du partage $ de la terre promise. Jéhovah ordonne à Josüé de | diviser la Palestine occidentale aux neuf tribus et à la demi-tribu de Manassé. Il rappelle que la terre située au delà du Jourdain a déjà été donnée par Moise lui-même à Ruben, Gad et à l'autre demi-tribu de | Manassé. Puis il commence l'énumération sommaire | | des plaines, des montagnes, des villes, des royaumes - qui leur sont ainsi échus en partage !*, Au cours de cette énumération, il mentionne la campagne de | Mádabà : Ab Aroer, quae sita est in ripa torrentis Arnon, | : el in vallis medio, universa que campestrie : Medaba - us que Dibon Y. Les Septante effrent un texte un peu - différent pour la fin du verset ; ils ont : xat TÂGAV FUN Mise 470 Moióx6zv.. Comme on le voit, ils ne parlent pas de Dibon, et semblent indiquer une plaine - (Micwe, c'est le mot hébreu lui-même) qui commence « seulement à Mádabà. Ainsi Mádabà et sa plaine étaient devenus la possession des Israélites.
Toute la deuxième moitié de ce chapitre xm de Josüé est consacrée à déterminer les parts faites à Ruben, à Gad et à la demi-tribu de Manassé. Mádabà : appartient à Ruben et se trouve par conséquent pres- | Aroer, quae sila est in ripa torrentis Arnon, et in valle ejusdem torrentis media ; universam planitiem, quae ducit Madaba’. Comme on le voit, la description commence par le Sud, et immédiatement après les limites méridionales, vient une plaine. Màdabà, Hésebon, Dibon, etc., sont cités ensuite. Ici encore. le texte' des Septante diffère et prolonge la plaine jusqu'à Hésebon, sans parler de Mádabà qui est au milieu : xxi z&cav thv Miche £Éw c'Ecsbov, mais l'accord est parfait entre la Vulgate et l'hébreu. Au cours d'une période de quatre siècles environ qui s'écoule entre la mort de Moïse et l'avénement du roi David, Mâdabä n'est pas expressément nommée dans les livres historiques de la Bible. A la nouvelle de la mort de Maas, roi des Ammonites, David envoya - au nouveau roi, Hanon, une ambassade pacifique qui fut insultée. Une guerre s'ensuivit. Les Ammonites firent appel aux peuples de Mésopotamie, de Syrie et de Soba qui vinrent camper en face de Màdabà *.
Les Ammonites se réunirent de leurs différentes villes, selon toute probabilité, dans Máàdabà, qui, à ce moment, devait leur appartenir. C'est là que l'armée de | David, commandée par Joab, vint les trouver ; c'est de cette ville qu'ils firent sortir leur armée pour la ranger en bataille prés de la porte de la cité . Joab comprenant le danger d'être pris entre deux corps ennemis, divise son armée ; avec une partie, il s'avance contre les rois alliés et, avec l'autre, son frère Abisai marche contre les fils d'Ammon . Le combat se livra donc dans la plaine qui entoure Mädabä, les Syriens furent mis en fuite et les Ammonites se réfugièrent dans la ville *, Joab s'en retourna ensuite à Jérusalem et il semble que Mádabà soit encore restée en la possession des Ammonites. Mésa se glorifie de l'avoir prise à Israël.
Au temps d'Isaie, sous le régne d'Achaz, elle était retombée au pouvoir des Moabites ; c'était même, sans doute, un des hauts lieux consacrés à leurs divinités. Quand le prophète annonce aux peuples de Moab la destruction de leur royaume, il les représente montant sur les hauteurs et faisant entendre des hurlements sur les sommets du mont Nebo et de Màdabà *. Quelques années plus tard, les Assyriens envahissaient toute la Palestine.
Longtemps le pays demeura sous le joug de l'oppresseur, mais la Bible ne nous en parle plus d'une façon précise avant le retour de la captivité. A ce moment, Néhémie nous apprend que des fils de Juda allèrent habiter Dibon et les villes qui en dépendaient 7. Peut-être Màdabà fut-elle du nombre ? On ne le sait pas d’une façon précise. Il en fut après le retour des Juifs, comme avant leur exil : la possession qu'ils prenaient de ces villes était souvent interrompue par le retour des indigènes. Mådabå dut subir d'analogues vicissitudes. Toujours est-il que nous la retrouvons vers l'an 160 avant J.-C., sous le gouvernement de Jonathas, fils de Judas Macchabée, soumise à un des fils de Jambré, quel que Moabite. Le premier livre des Macchabées * et Flavius Josèphe” sont d'accord pour nous raconter l'épisode où il en est question.
Jonathas était en guerre avec Bacchi des, général de Démétrius. Afin de le combattre plus librement, les mettre en sûreté chez les Nabathéens, ses amis, qui habitaient au delà de Mádabà, plus vers le Sud. Il envoya son frère Jean les porter. Mais les fils de Jambré, sortant à l'improviste de Mádabà, se saisirent de Jean et des trésors et les emmenèrent ! ?, Peu de temps après, Jonathas et Simon ayant appris que les fils de Jambré célébraient des noces et se proposaient d'amener de Nadabath à Mádabà la future épouse, fille d'un prince de Chanaan, se souvinrent du sang de Jean, leur frère, s'approchèrent de Mádabàá et s'embusquèrent dans la montagne voisine. Quand ils voient l'époux s'avancer avec ses amis, ses frères, dans un cortège de musiciens et de soldats, les Macchabées se jettent sur la noce, tuant ou blessant tout ce qui n'a pas le temps de fuir, font main basse sur les dépouilles et regagnent les rives du Jourdain.
Sous le gouvernement de Jean Hyrcan Ier, fils de Simon Macchabée, le roi de Syrie Antiochus étant mort, Hyrcan se jeta sur les villes qui faisaient partie du royaume de Syrie et d'abord Mâdabä qu'il prit après un siège de six mois entraînant de rudes fatigues pour son armée ! La ville demeura assez longtemps cette fois au pouvoir des Juifs : quarante ans environ après, sous le régne d'Alexandre Jannée, nous la retrouvons citée par Flavius Josèphe parmi les villes de Syrie, de Phénicie et d'Idumée appartenant aux Juifs. Enfin Hyrcan II, fils d'Alexandre Jannée, qui, sur le conseil d'Antipater, s'était réfugié chez Aretas, roi des Arabes, à Pétra, pour échapper aux embûches de son frère Aristobule II, promet à ce roi Arétas de lui rendre douze villes prises aux Arabes, s'il le ramène à Jérusalem et le remet en possession de son royaume. La première ville promise est Mádabà.
Les documents nous manquent pour déterminer ce que fut Mádabà et le rôle qui lui appartient à l'époque romaine ; elle dut faire partie de la Pérée, puis plus spécialement de la Galaatide et de l'Arabie, c'est-à-dire de la région de la Palestine habitée plus particulièrement par les Arabes du désert. Ce qui est certain, c'est que Máàdabà fut une ville assez importante au temps de la domination romaine, ayant son forum, ses temples, des demeures suffisamment luxueuses pour avoir des pavements de mosaïques.
Le christianisme aura pu s'insinuer et s'établir à Mádabà dès le IVe, mais nous n'en avons aucune preuve historique, avant la mention d'un évêque de cette ville en 451. Nous ne savons pas non plus suivant quel rythme la foi nouvelle remplaça l'idolâtrie, mais nous voyons que, en plus du siège épiscopal, la ville possédait de nombreuses églises. L'ethnie était Medabéne : Méôx6x, roc vv Naburalov, à rokkrne Mnôax6nvdc ce. »Oupévioc év « Apañix@v Geutép ; Medaba, ville des Nabatéens ; l'habitant de cette ville se nomme Mynôxéevos, comme le dit Uranius au second livre des Arabica.
Dans les notices ecclésiastiques, grecques ou latines donnant les évêchés qui dépendaient d'Antioche, et ensuite du patriarcat de Jérusalem, après l'érection qui en fut faite au concile général de Constantinople, sous Justinien, on trouve toujours le nom de Màdabà avec quelques variantes orthographiques. Reland cite plusieurs fragments de ces notices : celle que le P. Goar (voir ce nom) désigne sous le nom de diatypose de Léon Auguste donne, entre autres, les noms d'évêchés contenus dans les Eparchies de Phénicie et de Palestine. En quatrième lieu vient l'éparchie de l'Arabie : »Ezxagyia' Apabixc : 1 Béotpx urzacpónoAu ; 2. 'A8pxcós ; 3. Ala ; 4. M£Saux...
La Descriptio parrochiæ Jerusalem, qui peut remonter au Ve, signale de même Mádabà parmi les sièges suffragants de Bostra : Bostrenus habet : Adrason Diam, Medevam... C'était le temps où la ville possédait une douzaine d'églises, dont une décorée du pavement de mosaïque qui fait l'objet principal de ce travail. Après, la nuit se fait. Mádabá aura subi le même sort que presque toutes les villes chrétiennes, elle n'aura guère pu échapper aux coups de Chosroès qui la trouvait sur son chemin. Si elle fut détruite, comme il est permis de le penser, on ne voit nulle part sa reconstruction plus ou moins partielle à l'époque des croisades. Alors ce fut l'ensevelissement et la solitude pendant treize siècles.
C'est seulement en 1880 qu'une tribu de Bédouins nomades du Kérak s'en éloigna, quittant schismatiques et musulmans et vint s'établir sur de grands terrains cédés au patriarcat latin de Jérusalem grâce à l'intervention du consulat français. La tribu des Azézat se trouvait mise en possession de ce qui avait été, jadis, la ville de Mådabå.
III. Srrvariox. — Mádabà se trouve au centre de champs cultivés, au milieu d'une vaste plaine, qui au sommet une éminence naturelle qui a dû de tout temps servir d'acropole et qui est devenue l'emplacement de la demeure du missionnaire latin dom Manfredi, à qui l'on doit l'exploration archéologique de Máàdabà.
IV. TOPOGRAPHIE. — Tout le coteau qui s'élève à l'Ouest paraît avoir été jadis habité (fig. 7408). On y aperçoit du côté Ouest-Nord, les ruines d'un château ou forteresse qui a dû servir de défense à la ville : un peu au-dessous, les restes d'une autre construction dont il est assez difficile de déterminer l'usage. Dans l'autre partie de ce versant occidental, du côté sud se voient de vastes grottes. Plus bas est le cimetière latin dont la porte est formée par deux colonnes surmontées d'un linteau horizontal d'aspect très ancien ; les colonnes sont renflées. Comme on relève dans le cimetière les traces d'une église, il est permis de supposer que ces colonnes ont servi d'entrée à l'atrium qui la précédait. Does el les ont, parait-il, servi de potence.
Au milieu du cimetière se voit un bloc de 0 m. 60 de côté en pierre du pays, portant une inscription grecque bien gravée et bien conservée, à la mémoire de Caius Domitius Alexander, de la IIIe légion romaine cyrénienne. Le plan d'ensemble que nous donnons (fig. 7409) put dû à dom G. Manfredi. A l'angle Sud-Ouest, en dehors de l'enceinte, à l'endroit le plus bas de la vallée, se trouve la piscine, consistant en une grande vasque carrée, à ciel ouvert, de 105 mètres de côté, et de 7 ou 8 de profondeur, autant qu'on en peut juger avant qu'elle ait été déblayée. Les parois sont construites en pierres d'assez bel appareil, très régulières et, auparavant, enduites de ciment pour empêcher l'écoulement des eaux. Une construction qui ressemble à une tour de garde parait relier la piscine au mur d'enceinte de la ville.
Les grosses murailles trouvées en creusant les fondations de la demeure du missionnaire latin permettent de le supposer. On n'y rencontre point, comme dans tout le reste de la cité, de ces mosaïques fines et ornementées qui attestent l'existence de maisons d'habitation plus ou moins luxueuses, pas de colonnes non plus, ni rien de ce qui indiquerait un temple ou un autre édifice de ce genre ; la seule construction qu'on peut imaginer sur ce sommet est donc une citadelle.
Il est assez remarquable que les monuments chrétiens de Mádabà soient situés principalement dans la partie Nord-Est de la ville. Auprès de la porte de l'Est, remarquable par son bel appareil, on rencontre à gauche une vasque qui devait se trouver à l'intérieur de l'enceinte. A droite s'étendait le Forum de forme carrée, selon toute vraisemblance, et d'environ 100 mètres de côté. Les bases de la colonnade qui l'entourait sont encore visibles dans la partie orientale, c'est-à-dire parallèlement à la muraille de la ville.
Au centre et au sommet de la ville s'élève l'Acropole naturelle, marquée par un ressaut de terrain très accentué, formant un petit plateau à peu près carré de 150 mètres environ de côté, qui domine tout le reste de la cité. Sur cette Acropole, y a-t-il eu jadis des constructions, une forteresse ? C'est probable : une grande citerne très ancienne et des restes de murailles sont encore visibles. Il est assez remarquable que les monuments chrétiens de Mádabà soient situés principalement dans la partie Nord-Est de la ville.
V. LES ÉGLISES. — Leur nombre est assez considérable eu égard à l'importance de la ville ; nous les énumérerons suivant l'ordre des chiffres du plan d'ensemble.
1. ÉGLISE N. 1 ; SA MOSAIQUE. — Cette église a été bâtie sur les fondations d'une antique basilique située près de la porte du Nord. Son orientation est exacte ; elle se compose d'une nef centrale terminée par une abside et deux nefs latérales séparées de la principale par deux rangées de quatre grandes colonnes corinthiennes ; la base a 0 m. 85 de diamètre. L'abside, vue de l'extérieur, disparaissait derrière un mur droit qui prolongeait et achevait le rectangle ; cette disposition permettait de terminer chaque nef latérale par une chambrette. Près de la porte d'entrée se trouvait une citerne ; l'église était précédée d'un narthex (fig. 7410). Cette église est devenue célèbre par la découverte de la mosaïque géographique.
En 1884, le patriarche grec de Jérusalem, Mgr Nicodémos, recevait une lettre d'un de ses moines établis au-delà du Jourdain. Il disait qu'à Màdabå, il y avait une grande et belle mosaïque couverte de noms de villes telles que Jérusalem, Gaza, Nicopolis, Néapolis, etc., et demandait des instructions à ce sujet. Le patriarche ne répondit rien : plus tard il fut exilé à Constantinople et Mgr Gérasimos établi à sa place. Ce dernier retrouve la lettre du moine de Mádabà en 1890 ; il soupçonne une découverte archéologique importante et envoie aussitôt un maître maçon, décoré du titre d'architecte, avec ordre, si la mosaïque est belle, de la faire entrer dans l'église que l'on devait construire à Mádabà pour les besoins de la population grecque. Mádabà gagnant chaque jour en importance, la communauté grecque ne comptait guère moins de mille âmes. Il lui fallait une église, et on résolut de relever, sans même toucher aux fondations, une ancienne basilique située au nord de la ville.
Les ruines étaient assez apparentes pour qu'on pût retrouver même la place des piliers. C'est dans ces conditions que la nouvelle église fut bâtie, mais la mosaïque presque complète jusqu'alors — quatre moines l'ont attesté — a été brisée en partie pour asseoir les fondements de l'église, de la sacristie, des dépendances de la mission, ce qui explique comment on ne découvrit qu'au moment d'établir le dallage de la nouvelle église les restes de la mosaïque dont la basilique avait été jadis complètement pavée. Hélas ! il demeurait peu de chose de l'ancienne splendeur et pendant la construction elle-même plus d'un coup fatal avait été porté à ces débris. La nouvelle église fut construite sans symétrie par rapport à la primitive. La bordure ornée de sujets bibliques se trouve maintenant au dehors. Dieu sait ce que les ouvriers ont détruit, quand on voit, sur le plan de l'église, qu'ils ont brisé la mosaïque pour établir un pilastre ! Le mal étant fait, l'architecte revint disant que la mosaïque ne justifiait pas l'importance qu'on lui attribuait.
En décembre 1896, le P. Cléophas, bibliothécaire du couvent grec de Jérusalem, reçut la mission de visiter les écoles situées au delà du Jourdain, appartenant à sa communauté. Mgr Gérasimos, toujours préoccupé de cette mosaïque, l'engagea à se rendre à Mädabä. Après avoir passé à Salt et à Ermenim, le P. Cléophas arriva à Màdabà. Intelligent, studieux, ami des antiquités chrétiennes, il comprit immédiatement l'intérêt de ce monument unique ; il releva avec soin les inscriptions et prit les mesures indispensables pour en assurer la conservation ; au mois de janvier 1897, il rapporta une esquisse de la carte. Sur l'ordre du patriarche, M. George Arvanitaki, géomètre du patriarcat, se rendit à Mádabä ; en même temps, le P. M. J. Lagrange et le P. H. Vincent passaient quatre jours à Mádabä, consacrés à l'examen de la mosaïque (février 1897). La découverte fut annoncée, le 12 mars, par A. Héron de Villefosse et, le 26 mars, par Ch. Clermont-Ganneau.
Sur ces entrefaites, le P. M. J. Lagrange fit paraître (le 25 mars) une courte brochure intitulée : La mosaïque géographique de Méüdabé ; tirage à part anticipé. Le plan de l'église avec l'indication de ce qui reste de la mosaïque est ici le meilleur renseignement.
Ce qui a été épargné à l'intérieur est peu de chose par rapport à la superficie de l'église. La partie géographique allait certainement du Nord au Sud dans toute la largeur, comme le prouvent les deux petits fragments dont l'un touche le mur septentrional (fig. 7411). L'église était orientée selon la règle absolue de ce temps et la carte allait dans le même sens, les noms étant écrits de manière à être lus à mesure qu'on s'avançait. En d'autres termes, l'Orient était pour cette carte ce qu'est le Nord pour les nôtres, et nous avons encore un indice de ce système dans certains plans anciens, qu'on pourra maintenant considérer comme les copies de mosaïques semblables.
La mosaïque a subi deux restaurations, disons deux altérations. Dans certains endroits, les figures ou les inscriptions ont disparu, remplacées par une mosaïque en petits cubes, placés au hasard comme 816 !
ou par du ciment, mais encore ce qui a été restauré. Le reste est admirable d'exécution. Mais ici s'ouvre une discussion dont il faut dire quelque chose d'autant plus que, trente ans après la découverte et nonobstant les promesses multiples qu'il serait impertinent de rappeler, la reproduction en couleurs de la mosaïque se fait toujours attendre.
De cette mosaïque on a donc dit beaucoup de bien et beaucoup de mal. « L'exécution technique en est | bes blancs qui ont succédé aux anciens.
— Au dehors, le narthex ou portique ne conserve plus que des plaques de ces gros cubes. Dans l'annexe — septentrionale il ne reste presque plus rien ; du moins “de ce côté les recherches n'ont pas été complètes. Du côté du Sud, on voit encore des détails charmants. Dans l'extrémité du narthex, en communication avec l'annexe, un homme traîne un âne, entouré de grappes : | Légende T 1 Belle mosaïque en entreiscs avec i l 1 medaillons 5 Saq à S Mosaique line : homme tirant un TS pz js d dne anim aux divers, encadrés E us. B RUE : D NOS coe Em lat ancien il Carte Mosaïque ik 7 : m AE a E : E 5 E H EZZA eshralmn il 2 E M NS. = pU “+ 2a z 8. 5 rh v | d gius gnam i 4^ D a & ar Colonnetfes 25 i Supporf'anf une frib une S RO sé N | E js | E 6x ers peu NARTHEX A 2 i | Mosaïque blanche i L3 l 7. T rn hemm m | d : la « Ey ^ Noméneux débris d'architecture d] une d eos iuo MAL e EE is qo rar e NC ; ; | 1 fires ke an ron mi Ne ne LE api Pe aux e pilastres 3 » P9507 SA 37 Fa N à Qe« VITRE : f i in ! ATRIVM p de Dos ron p »A EMT de en eu T Pavement en grosse mosaïque blanche A MCN E C LU PET ? C iet 10 : igle de | Atrium. : Ac JA Ligne de débris marquant peut-être la fin de l'Atriuin — de raisins ; une gazelle le suit. Dans l'annexe du Sud, | faible, le mosaiste ignore la perspective et rend — des paons alternent avec de gran des feuil les de nénu- - phar et le tout est entouré d'une grecque. L'impression d'ensemble est de rappeler immédiatement le style de la mosaïque de Kabr-Hiram que l'on a judicieusement rapproché du style épigraphique d'autres mosaïques de Mádabà !.
Les explications qui vont suivre n'ont pour but que de donner un peu de lumière pour l'intelligence de la planche qui représente la mosaïque géographique (fig. 7412). De l'ensemble il faut déduire non seulement les parties qui sont remplacées par des carrés comme il peut, par des procédés tout conventionnels, les traits saillants du pays et des localités qu'il figure à la façon des caricaturistes qui posent des têtes volumineuses sur de très petits corps. On a célébré la fidélité du dessin et le sens délicat des nuances chez le mosaiste : on a eu tort, on a mal compris, mal vu. Hien d'original dans cette œuvre qui n'est, en définitive qu'une médiocre copie de la carte de Judée dressée par Eusèbe (sic) ou par un de ses disciples travaillant d’après une esquisse d'Eusèbe (sic). Aussi est-ce peine perdue de chercher à identifier les détails du plan de Jérusalem et des autres vignettes de villes ; le dessinateur n'a voulu dresser qu'un schéma et il n'était d'ailleurs pas en mesure de mieux faire ; pour représenter Jérusalem (fig. 7415) il a tracé une enceinte et placé de dans quelques édifices en forme de basiliques comme il place des poissons dans le Nil pour en faire un fleuve et des palmiers à Jéricho pour simuler une forêt 1. » Après cette critique passionnée et injuste, il doit être utile de rappeler qu'il s'agit d'une carte divisée par tribus, et les prophéties relatives à ces tribus sont indiquées par une citation biblique empruntée à la bénédiction de Jacob, à celle de Moïse, etc. C'est un plan cavalier destiné à illustrer l'histoire biblique. Les objets et les noms y sont tracés dans des proportions qui n'observent aucune échelle et la perspective y est toute conventionnelle. Les montagnes v sont figurées par des | combinaisons de lignes et de couleurs qui ne manquent pas de produire sur l'œil l'effet voulu. La mer Morte est onculée de teintes bleutées et animée par ceux navires aux proportions invraisemblables, mais pittoresques. Sur le Jourdain, on aperçoit un bac dont le mat glisse le long d'une traverse attachée sur les deux rives, et des poissons gigantesques se jouent dans les eaux. Au désert, les palmiers marquent les oasis, et le lion y poursuit la gazelle. Dans les grandes villes, on distingue les principales artères marquées par des colonnades, qui furent comme on sait une des flertés des villes antiques, et les principaux monuments se dessinent avec leur atrium et leur aspect général, tantôt arrondi, tantôt anguleux. Les cités secondaires sont figurées par une silhouette de murs flanqués de tours carrées avec une incroyable variété ?.
Rendons maintenant pleine justice au mérite artistique de l'œuvre et à la science technique de l'exécution. Le sentiment de la nature, écrit le P. Lagrange, y est si vif que les gens de Mådabå reconnaissent facilement certains lieux : voici le Kérak, voici le ou-Modjib, etc. Le mosaiste a parfaitement rendu le contraste que présentent la plaine et la montagne. La vallée de Ghor, la plaine de Saron, le désert du Sinai, sont en blanc mat sur lequel se détachent les inscriptions ordinairement en noir, quelquefois en rouge, lorsqu'elles ont une importance spéciale. Par exemple, les noms de tribus sont en grandes lettres rouges de huit centimètres tandis que les autres lettres varient de deux à quatre centimètres. La montagne de Judée est en noir, et les inscriptions se relèvent en blanc clair, mais les croupes des collines sont en couleurs variées par petites masses qui dessinent bien les différentes assises. Les montagnes du Sinai ne sont pas moins rosées et variées de couleurs que dans certaines descriptions modernes. Les fleuves et la mer Morte sont striés de bandes étroites et sinueuses. Des poissons jaunes et blancs se jouent dans le Jourdain : le Nil y ajoute des anguilles. Le bleu faisant défaut, la mer Morte a été très bien nuancée, comme nous la voyons quand le temps est à l'orage : fond vert avec des bandes noires. Les ponts sont jaunes comme les bateaux, ce qui semble indiquer des ponts de bois. Les mariniers sont de couleur rosée. Le chef-d'œuvre du mosaiste est la représentation du cu-Modjib (Arnon) et du ou-el Ahsa (Zared) profondément encaissés dans les montagnes : une ligne de cubes blancs cerclée de vert clair entre deux bouddins vallonnés rend avec un tact exquis le filet d'eau qui serpente dans la verdure. Dans la vallée du Jourdain, une source vert clair forme un petit bassin dans un rocher brun d'où s'élancent des arbustes. Il faut admirer aussi les palmiers au tronc jaune écailleux avec les régimes de dattes rouges. La gazelle qui bondit dans la plaine regarde avec effroi le lion qui là poursuit : mais ce dernier a été complètement restauré. | | L'indication des villes n'est pas moins heureuse que la reproduction de la nature. Le mosaiste a évidemment suivi une gradation : Jérusalem a été traitée avec honneur, mais il y a partout une convention qui permet de lire facilement chaque plan. Une double rangée de cubes blancs et ocre jaune trace une rue. Ordinairement une colonnade de cubes très blancs se détachant sur fond noir borde la voie. A côté des colonnes est couchée une bande rose rayée en carmin qui devait couvrir le portique. Les toits sont indiqués de la même façon, rose rayé de carmin ; les façades des églises sont jaune citron au fronton ; les portes et les fenêtres sont partout très noires, encadrées de blanc comme on fait encore en Palestine. Chaque cité a sa caractéristique ; les obélisques d'Ascalon, la fontaine semi-circulaire d'Eleuthéropolis, la grande rue de Gaza conduisant à une basilique, la place ovale de Lydda, ne peuvent avoir été esquissés au hasard. Le Kérak, fièrement campé sur ses rochers à pic, se reconnait au premier coup d'œil.
Après ces grandes cités de culture gréco-romaine, viennent des villes moins ornées, comme Nicopolis, Jamnia, puis de petits bourgs. Pour ces derniers, le souci de l'artiste parait avoir été uniquement de varier les combinaisons. Le nombre des tours, la largeur des intervalles, la forme des toits, maint autre détail lui ont permis de conner à chaque lieu une physionomie particulière. Les églises se reconnaissent toujours et forment la caractéristique des Lieux saints : Saint-Jean-du-Baptême, Saint-Zacharie, Saint-Victor, Saint-Philippe. Cependant le monument de Saint-Élisée n'a pas complètement la forme d'une église.
Il est à remarquer que l'orientation des églises figurées dans chaque localité qui en possédait est pleinement d'accord avec celle de la carte ; celle-ci étant orientée à l'Est, toutes les églises sont posées de trois quarts de façon à présenter aux regards leurs façades occidentales, leur abside invisible étant censée tournée vers l'Est (en fait vers le Sud-Est, par suite d'une convention imposée par cette disposition). Il n'y a d'exception que pour le sanctuaire du Saint-Sépulcre.
Les inscriptions sont extrêmement correctes. On n'y relève pas une seule trace d'iotacisme. L'abréviation en un seul signe de OY ne peut être considérée comme une preuve de modernité. Il y a quelques lettres jointes, quelques KAI abrégés. Toutes les fois que l'I a une prononciation spéciale, il est couronné de deux points qui le font ressembler à un T.
Pour se guider dans l'enchevêtrement des légendes des M et des lieux figurés, il faut tenir compte de ce principe général que les noms géographiques sont systématiquement inscrits au-dessus des localités, grandes ou petites, auxquelles ils se rapportent ; seuls, les textes explicatifs, quand il y en a, peuvent être disposés au-dessous et à côté.
Mild LLL Lu E a aa k . 3 — -Èe medi nM Lerouzey gr ANÈ, Épir.
T. té DAHAITACECOCCE du esed PE a LR TT jacit Mee En BE des villes actuellement existantes, la brochure de P. Cléophas affirme qu'avant les mouvements, des témoins y ont reconnu les villes de Phèse et de Smyrne ; le P. Lagrange mentionne outre Constantinople. Si cette affirmation est exacte, la carte aurait donc compris l'Asie Mineure au Nord, comme elle comprend la Basse-Égypte au Sud. Au premier ent de la découverte, on n'avait pas une utilisation directe et positive de l'Onomasticon d'Eusèbe de Césarée ; aussi nous avons ici une carte de la Palestine pour l'Ancien et le Nouveau Testament. Au lieu cependant d'une élucubration ite ou d'une reconstitution historique telle que le mosaïste a heureusement voulu nous montrer l'ancienne à travers celle qu'il avait sous les yeux. Son œuvre comprend cent quarante et une légendes, sur lesquels soixante-trois appartiennent à l'Ancien Testament, et aux lieux bibliques. En utilisant l'Onomasticon, le mosaïste a toutefois su garder, vis-à-vis de sa source, une originalité. Le rapport de la carte de Màdabà à l'Onomasticon, pour étroit qu'il soit, n'est pas pour l'évidence son œuvre immédiate, d'autre part, la présence de noms étrangers à la géographie de la Palestine, les divergences de tradition, l'importance aux détails chrétiens et la préoccupation de traduire les particularités locales font non bien ressortir l'indépendance de l'artiste. La présence de légendes telles que tò r£cxprov TÒ Evvade nombreuses localités qui figurent dans les listes épiscopales permet de supposer qu'un itinéraire quelconque et les Notitiæ episcoporum ont complété les informations documentaires ; une connaissance personnelle de la Palestine demeure évidente chez le mosaïste, mais nous ne saurions émerger d'après quels principes il s'est guidé dans le choix des localités à reproduire. Il faut seulement écarter toute hypothèse d'une reproduction de carte qui aurait été dessinée par Eusèbe. On ne peut voir, dans cette carte mosaïque, la simple transcription des noms bibliques faite courant de la lecture des livres sacrés, avant la mise en ordre alphabétique, nous dirions à peu près le “catalogue sur fiches”. Mais si la carte mosaïque a des rapports littéraires avec Eusèbe, elle n'a de point de contact avec nulle carte mosaïque géographique byzantine, ni rien de commun avec les cartes latines médiévales de la Palestine. Parmi ces cartes spéciales à la Palestine, la plus ancienne, faussement attribuée à saint Jérôme, peut remonter plus haut que le VIIIe ou le IXe. Ni sa géographie, ni son procédé de représentation ne coincident avec la carte mosaïque. Dans l'examen qui va suivre, on observera l'ordre des situations en allant du Nord au Sud et de l'Ouest à l'Est ; les divisions n'ont rien de strictement géographique. Les majuscules commencent le texte conservé dans la feuille, les minuscules sont employées pour les mots qui ne sont pas une restitution, les mots sont séparés, les abréviations sont résolues, les lettres n'ont pas de tréma ; enfin, de reconnaitre dans la carte de Mâdabä, il est trop affirmer qu'un tel document est un Biou, dont parle Eusèbe dans sa préface à l'Onomasticon, les points indiquent une lacune ne perdue en l'absence de toute indication particulière il s'agit de lettres noires.
Du Jourdain à Naplouse :
KOPEOYC. C'est le Kopézi de Fl. Josèphe, Antiq. jud., XIV, xiix sq. (édit. Niese) ; Neubauer, Géographie du Talmud, p. 83, Aujourd'hui Karáwa ; cf. Cette restitution suppose que Phasaelis se trouvait au Nord d'Archélais, ce qui est contre toutes les opinions proposées. Mais d'après Josèphe, Antig., XVII, xxxiv, il semble qu'Archélaïs était à l'extrémité de l'aqueduc de Neara, ce qui correspond au site de el-Aoudjé, au sud de Kh-Fasatl. Les Cegrés de Ptolémée sont trop incertains pour exiger qu'Archélaïs soit plus au Nord ; cf. Ptolémée : xen ; M.-J. Lagrange, p. 169-170 ; Reland, Palaest., p. 576, 953. C'est aujourd'hui Ain el-Fasail, où se trouve un couvent. Kepue de l'Orient chrétien, t. v, p. 42 ; Em. Schuerer, Geschichte des jüdischen Volkes, t. n, p. 158 ; Jacoby, p. 85 ; Schulten, p. 81 ; Revue biblique, ANA [toMov opt] ON THC IOYAA [xc], inscription de couleur blanche. Eusèbe, Onomasticon, 214. 61 : 'Axoabbelv, Optov týs 'louSxi« c ; cette mention empruntée textuellement à Eusèbe permet de restituer avec certitude ce qui suit d'après le même passage : on notera seulement la différence de dans notre mosaïque pour A dans 'Axpa6acctv.
Axpx]BIM H NY [v Ax] PA BITT [vr], en couleur blanche. Eusèbe, Onom., 214, 61, qui rapproche aussi ces deux noms : Acrabim terminus Judaceae provinciae ad orientem... Est autem et vicus nunc us que grandis zi aA I. « 2E EU = e sans
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Elle ne mentionne aucun des couvents qui furent fondés à la fin du Ve. On a figuré ici un édifice consacré à Élisée que Théodosius constatait vers 530. De Hiericho us que ad fontem Helysaei milia II ; ubi erat domus Raab publicanae... memori asancli Helysaei, ubi fontem illum benedixit, ibi est et super ipsa memoria ecclesia fabricata est ; dans le pseudo-Antonin de Plaisance : fons aquae, quam inculcavit Eliseus irrigat omnem TOYP Ft)BHA et TOYP FAPIZIM, en couleur blanche. Tour est un mot araméen qui signifie « mon » ; cf. Calcalschandi, Geographie und Verwaltung Aegyptens, trad. Wüstenfeld, p. 100 ; ce mot s'était probablement attaché au nom propre et en était devenu inséparable comme dans les formes MontBlanc, Mont-Cassin, etc. M.-J. Lagrange, p. 170 ; Stevenson, p. 62 ; Jacoby, p. 90. Domini, milia V 111 ; Pierre Diacre (i bid., p. 114) : Miliario autem vigesimo a Sychem est templum « destructum in Silo ubi est et sepulcrum Heli sacerdotis. Les mots tracés sur la carte sont placés au sud d’Acrobim et peuvent bien indiquer Seitoun comme place de l'arche, mais alors il faut reconnaitre qu'ils auraient été mieux placés au Sud de l'Ebal et du Garizim auxquels Josué, xvm, 1. Selo est aujourd'hui Kirbet-Sélum ; cf. M.-J. Lagrange, p. 171 ; Stevenson, p. 65 ; Jacoby‘ p. 84-85.
En nous reportant un peu plus au nord : la région où se trouvait ce groupe de quatre casaux dont l'un, Bethmelchi rappelle passablement le nom de Betomelgezis. C'est à tort qu'on a voulu reconnaître le Befhmelchi médiéval dans Kafr Mélek, au Sud-Est de Sindjil, village tout à fait différent, qui était parfaitement connu des croisés sous son nom exact (Cafermelie, Cafarmelech).
Voici la preuve formelle que le casal de Sainte-Marie se trouvait bien dans les régions indiquées plus haut. Par un acte en date de 1167 ?, Baudouin de Mirabel vend à Gilbert d'Aissailly, grand-maître de l'hôpital, au prix de trois mille besants, le casal de Sainte-Marie, contigu au territoire de Belfort *, Il n'y a pas de doute qu'il s'agit bien de notre casal, car le document ajoute cette réserve instructive : excepia terra 5. Marie de Bethléem infra lerritorium predicti casalis jacente. On a vu par la bulle que l'église de Bethléem possédait une terre dépendant du casal de Sainte-Marie.
Dans un autre document, le casal de Sainte-Marie est associé à celui de Caphaer, qui, ainsi qu'on le voit par ailleurs, dépendait de la seigneurie de Hamlé, et est peut-être El-Kefr, au Nord de 'Aboüd.
Toutes ces indications concordent pour nous reporter dans la direction de Mecjdel Yába. En.
De Jéricho aux montagnes de Jérusalem :
Re Log x eem d » E ~ mater mai maa er ler pry r ms -5 —— + md um De mere an ma ja 32 AINGON €NOA NYN O CATICAHDAC. Tout auprès une plante indi que la présence d'une source. Le mosaiste nous indi que ici une tradition sur Ainon paralléle à celle d'Eusébe, qui ne connaissait qu'Ainon prés de Salem. Sapsaphas est la transcription de l'araméen Sapsapha, « lesaule ». L'endroit correspond exactement au 2Zixixc de Jean Mosch (P. G :, t. LXXXVII, col. 2853) où il faudra rétablir la vraie leçon. Il y avait en ce lieu une avenue où un vieil anachoréte avait eu une révélation de saint Jean-Baptiste. Le précurseur lui avait dit que le lieu était plus saint que le Sinaï, puisqu'il avait été souvent honoré de la présence du Sauveur qui venait l'y visiter. La caverne avait été transformée en église pour le service des moines. Jean Mosch ne dit pas qu'on ait bâti une église, et précisément le mosaiste mar que simplement un objet rond qui pourrait être une caverne. Si nous savions quand ce lieu saint a commencé d'étre fréquenté, nous aurions une date extrême pour la mo- | sai que. Le traducteur latin donne à l'archevé que de Jérusalem, anonyme en grec,le nom d'Elie. Elie gou- | verna de 494 à 513, date de son exil, mais où le traducteur a-t-il pris ce renseignement ? On ne sait pas non | plus quand a été fondée la laure d'Eustorge d'où sortait le vieillard que le latin nomme Jean ; cf. M.-J. La- | AAGINATAO H MYN BHOATAA. Eusébe, Üromas- | EDPON H EDPAIA ENOA HAOEN O KYPIOC. Cf. Joh., xr, 54, II Paral., xm, 19 ; Eusèbe, Onomasticon, 254, 54 : Egg ». pue »Io63or. xal Eoo yov xU « Egpatu. ueyiorn xepl t Bópewx AlXac oc aTù cueluov x' ; Onom., 327, 24 : »Egpatp. éyyde the phpou. Evia 30 0ey ó Korozo ueta cOv ualnrév. xetcon xxi dveotéoo 'Eopow Eusèbe et saint Jérôme identifient ces deux noms, le second, dans la traduction latine, s'écrit Ephraea comme dans la mosaï que. C'est CA... Le petit édifice qui accompagne cette inscription tronquée est placé dans une vallée qui va de Jérusalem à la mer Morte. Serait-ce le Cédron et le monastére de Saint-Sabas, dédié en 491 par le pa| super quod, orante quondam Jesu, luna stetit juxta | villam qus us que nunc Ajalon dicitur contra orientem | Bethelis, tribus ab ea millibus distans. Quelques Juifs | et saint Jérôme ajoute : parvus vicus, sed el ecclesia | aedificata est ubi dormivit Jacob pergens Mesopotamiam t | Le lieu s'appelait Luza, avant que Jacob y eût la vision.
| pate sur la carte à titre de représentant de Nahel Pierre diacre dit : Gabaon non longe est ab Hierusalem -
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movearis, et luna contra vallem Ajalon (Jos., x, 12), Saint Jérôme dit que Ajalon vallis at que praeruptun t attaquaient le récit bibli que au nom de la tradition massoréti que : porro Hebraei adfirmant Aialon vicum esse juxla Nicopolim in secundo lapide pergentibi rg Aeliam (Onom., 89, 28). Mais le mosaiste s'en tient à la EU recueillie par Eusèbe, 216, 19 : ANu. pápayě, xa Ü' fc ÉCTN h cerny cùEgxuévov not & Eye xus En vOv ÁlAcv xoXougevinc, SE dvarzoAGv Bal cnueloic TpLol Qiea cox. TapaxetvroL OE abc, D xxi Papak rôherc Exoûa. D'après cela, on voit. pour Eusèbe, le miracle se place à trois millc l'orient de Béthel, prés de Gabaa et de Rama. Pourtant il écrit AIAAMGN au lieu de Alou.. Cette tradition parait faire allusion à Amon, aujour d'h Almit, à plus de trois mil les de Béthel, mais prés Gabaa et de Rame. Si elle était exacte, il faud remplacer Aialon du texte massoréti que par Aln et les circonstan ces du miracle se comprendra mieux ; cf. M.-J. Lagrange, p. 172 ; Stevenson, p. e Jacoby, p. 84.
AOYZA H KAI BEOHA. Eusèbe, Onomasticon, 274, 2 qui lui appli que les noms de Bx :0%x, Be et B0 : : j 3 - APMAGE€M H APIMAGE, en cubes blancs. Joh., : xix, 38 ; Luc., xxu, 51. D’ aprés Eusébe, Onomasticon, E 225 ; 12, cette localité est toute proche de Lydda, mais le mosaiste, en la plaçant au cœur de la montagne, —à droite de Sichem, semble la rapprocher trés étroi1 tement de Gabaon et de Rama, comme fait Theodo- — sius. C'est ici toute la question du site d'Arimathie - BENIAMIN CKIAZEI O O€OC ET AYTO KAI —ANAMECON TON OPIC)N AYTOY KATETIAYCEN. | Deut., xxxIH, 12.
— TO TETAPTON. S'il s'agit du quatrième milliaire, mi] s'en trouve encore un fragment au Nord de Tell- —— el-Foul,àla bifurcation des voies romaines de Naplouse et de Joppé par Béthoron, oà le P. Germer-Durand a arqué les restes d'une station : cf. M. -J. Lagrange, i E Stevenson, p. 71 ; : Jacoby, p. 72.
OEPMA KAAAIPOHC. Les thermes sont indiqués par une construction en abside ; l'eau de la piscine s'écoule dans la mer Morte. On a longtemps identifié les thermes de Callirhoé avec les bains modernes de 1 dammam ez-Zergd ! ; le motif principal de cette confusion tenait à ce que à peu prés aucun Européen n'avait pu pénétrer en ces régions jusqu'à ce que le -patriarcat latin de Jérusalem ait ouvert ses missions et le pays lui-même à la civilisation. C ependant Im. | Schuerer était arrivé à l'identification vraie de Callir- —hoé* ; aprés lui dom Manfredi a ajouté de précieuses « Observations que nous allons reproduire ?. 1 Observons la carte de Máàdabà. Dans la fig. 7413, À “pour faciliter l'intelligence de la discussion les noms Modernes sont écrits en minuscu les latines dans le | diagramme de la mosaï que.
À l'orient de la mer Morte, nous voyons représentés - deux lorrents : l'un qui se jette environ au milieu | de la mer, le Módjib ; l'autre, qui se jette à l'angle |3 Bordest de la mer, est sans aucun doute le ZerqàMa'in. Entre ces deux torrents, sur les rives de la mer, est placé Callirhoé (GEPMA KAAAIPOHC) représenté par trois fontaines : une plus petite à gauche, c'est-àdire au Nord ; une autre sur le cours d'un petit torrent qui prend naissance au pied de la montagne, entre deux est la fontaine principale avec une construction en forme d'abside ; les trois sour ces se jettent séparément dans la mer. Fl. Joséphe raconte d'Hérode qu' « ayant passé le Jourdain il fit usage des thermes prés de Callirhoé : ces sour ces s'écoulent dans le lac Asphaltite et sont trés dou ces et potab les *. » Saint Jérome écrit, dans ses Quaestiones in Genesim, X, 19 : Aquae calidae prorumpentes in mare Moriuum defluunt. On ne peut appliquer ces expressions au Hammam ez- »Zerqà, où les sour ces se répandent dans le torrent de méme nom et n'arrivent à la mer que longtemps aprés. La tradition rabbini que place à Callirhoé l'anti que cité de Lecha, dont parle la Bible, Gen., x, 19, et saint Jéróme suit cette tradition : Hoc tantum 'adnotandum videlur quod Lise ipsa sil quae nunc Callirhoe dicitur. Cela prouve du moins quil y avait à Callirhoé des restes de ville, et en tout cas la mosaï que de Mádabà nous y montre une vaste construction. On peut supposer aussi que l'accés devait en être facile pour Hérode, qui de là montait à se forteresse de Machéronte. Or rien de tout cela ne se trouve à Hammâm ez-Zerqà, situé au cœur d'une profonde vallée fermée par des rochers taillés à pic. Auc une trace de ville cu de village, pas méme d'une simple construction ; l'accès en est difficile el ce fut peut-étre la cause de sa moindre célébrité, quoi que les sour ces minéra les y soient trés abondantes et peutêtre non moins médicina les que cel les de Callirhoé.
Au contraire, en descendant de Me kawer (l'anti que Machéronte) on rencontre encore des tra ces de l'ancienne voie Hérodienne ; au pied des montagnes, entre leurs derniéres pentes et la mer Morte, une petile plaine de quelques kilomètres carrés, légèrement ondulée, traversée de quelques petits ruisse aux avec diverses sour ces dont quelques-unes therma les 5 : on y voit aussi les restes d'antiques constructions ; l'accés en était facile par les bate aux qui desservaient alors la mer Morte, comme en fait foi notre mosaï que. Le lieu se nomme Séra Il correspond au Callirhoé de la carte mosai que aussi bien qu'aux descriptions des plus anciens auteurs.
Le Hammâm ez-Zerqà n'était-il donc pas représenté dans la carte mosaï que de Máàdabà ? Si, il y figure sous son nom ancien de Baarou, comme il nous reste à le démontrer.
Un peu au nord-est de Callirhoé on lisait dans la fameuse mosaï que APOY qui fut aussitôt complété en BAAPOY , nom d'un torrent mentionné par saint Jéróme et par Pierre l'Ibére. Pour m'assurer de cette transcription j'examinai, dit G. Manfredi, l'extrémité de la mosaï que qui était précisément brisée à cet endroit, et en grattant le ciment qui unir la mosai que au pavé, je découvris un autre A, le reste étant irrémédiablement perdu. En méme temps je vis clairement que le torrent qui paraissait devoir remonter jusqu'au plateau, en passant à cólé du mot APOY, sort justement de la montagne pres que entre les deux A. Cette particularité, qui ne paraissait pas bien dans les dessins et photographies de la mosaï que, est un nouvel argument pour identifier Baarou avec Hammám ez-Zerqà, parce que la vallée du Zerqà-Má'in commence seulement un peu au« m LI —Ó—— M mil b T 4 det Meu EI haies nm
NENNEN, TES EE
—— | i | dessus des sour ces chau des par la source dite 'AinezZergá et elle doit la plus grande partie de ses e aux aux fortes sour ces minéra les de Hammâm. Les descriptions des anciens conviennent parfaitement à ce lieu. Josèphe place Bxspxc au nord de Machéronte et distingue trés bien ses sour ces dou ces et ses sour ces sulfureuses, ses e aux chau des et ses e aux froi des ; ces dernières mélangées étaient employées en particulier dans les maladies nerveuses !. Ce renseignement précis n'est pas atteint par l'étrangeté des détails qu'y mêle la crédulité de l'historien juif . Eusébe, dans l'Onomasticon , place Qariathaim -au dixième mille de Mádabà à l'occident, près du lieu Baré. À dix mil les au sud-ouest de Mádabà est la ruine de Qreiyát, probablement l'ancienne Qariathaim, au delà de la vallée du Zerqà.
Saint Jérôme dit sur Baalméon * : Est aulem vicus us que n une grandis juxta Baaru in Arabia, ubi aquas calidas sponte humus. effer, cognomento Beelmaus, distans ab Esbus millibus novem. Or il est admis de tous que Baalméon est aujour d'hui Màá'in, dont le Zerqà porte le nom.
Son compagnon de voyage, qui fut à la fois son historien et son panégyriste, raconte donc que le célébre pélerin étant arrivé avec lui à la ville de Livias, au pied des monts Abarim, ils passèrent un jour aux bains de cette ville, à cause de certaine indisposition de Pierre. Là vinrent à sa rencontre les notables de Màdabá ; ils lui dirent qu'il existait dans leur contrée une autre source très chaude et très salutaire, au lieu nommé Baar et ils le prièrent et le pressèrent d'en faire usage. Il accépta l'invitation et partit pour Mádabà en passant par le mont Nébo. Après quelques jours passés à Màdabà, l'historien continue : « ... nous descendîmes au lieu dit Ba'ar, où sont les thermes. Avec nous vinrent aussi, pour honorer et réconforter le saint, les habitants et une grande quantité de peuple, non seulement de la ville, mais aussi d'entre les soldats qui se trouvaient là, et beaucoup d'autres encore. Ils comptaient d'ailleurs pouvoir, grâce à lui, jouir eux-mêmes du bain : car à cause de la solitude du lieu et de la terreur [qui y régnait], c'est à peine si quelqu'un osait précédemment s'y aventurer. En y arrivant nous fûmes tous témoins d'un prodige. En effet, l'endroit est une vallée profonde, enserrée de tous côtés par de hautes montagnes ; les ruisseaux d'eau très chaude jaillissant non seulement du sol, mais se précipitant aussi des montagnes, élèvent à ce point la température de cette vallée que les montagnes environnantes sont noires d'épais et perpétuels nuages de vapeurs, pareils à une cheminée qui reçoit la fumée. Aussi ceux des habitants de la contrée qui désirent descendre et se réconforter aux thermes, sont-ils contraints par la chaleur de l'air et l'ardeur de la température de s'y rendre seulement en hiver : se réunissant en grand nombre pour faire route ensemble, ils reviennent chez eux sans retard, car ils ne pourraient supporter l'intensité de la grande chaleur. Or, durant tous les jours que ce bienheureux fut là, régnèrent une si belle température et une brise si douce que sous l'haleine d'un vent léger, on eût pensé à un souffle chargé de rosée : tel celui qui jadis souffla pour les trois jeunes hommes dans la fournaise des Chaldéens. Aussi ceux qui étaient descendus avec nous, disaient-ils émerveillés : « Jamais encore, nous n'avions vu tel miracle. » Et le narrateur d'en conter aussitôt un autre. Après avoir fêté l'Ascension aux thermes de Ba'ar, on revint à Màdabà. La situation du Hammam Zerqà est telle aujourd'hui encore que la connurent Pierre l'Ibère et le mosaïste de Màdabà sous le nom de Ba'ar ou Baarou. Et précisément par suite de l'importance du lieu, le mosaïste, au lieu d'inscrire le nom de la vallée parallèlement à son tracé, comme il a fait dans les autres cours d'eau de la carte, l'a écrit perpendiculairement à la vallée, pour mettre plus spécialement en relief les thermes salutaires de Baarou. Concluons : les noms Callirhoé et Baarou correspondent aux noms modernes de Sâra et de Hammâm ez-Zerqà.
C'est le Xapaxuðőg de Ptolémée, y pour x. L'exécution est admirablement réussie. La forteresse est assise sur le rocher à pic. Un promenoir avec d'énormes colonnes domine le précipice. Ptolémée, v, 17 : Xapgaxu@Güx ; Hieroc 721, 5 : Xapxyuob6x ; Le Quien, Oriens christian t. nr, p. 729 sq. ; D. H. Mueller, dans Zeitschrift deulsch.-morgenl. Gesellsch., t. xxx, p. 250 ; Com] BHTOMAPCEA H KAI MAIOYMAC. « Ce JBélomarcea m'est inconnu » écrivait le P. Lagra qui relevait dans Josèphe, Antig., XIV, xvm ( Niese), une variante uaxptoox qui serait bien en sit Lion ; mais Clermont-Ganneau répliquait que « rapprochement proposé avec la péproow ou (L4pÈL de Joséphe est quel que peu sujet à caution : « Finalement » cette localité énigmatique située à l'est de la mer Morte n'a rien à voir avec pxproog comme le supposait le P. Lagrange, pas plus qu'avec Matou8oc. comme le suggérait M. Schulten.
L'explication définitive a été apportée par M. Ad. Büchler à l'aide de la littérature talmudico-midrashique. | Mayoumas est, comme on le sait, le nom du port : le Gaza (voir ce nom) et de celui d'Ascalon. Il ne saurait être question de ces deux villes ici. Mayoumas est encore le nom d'une fête qui était célébrée à Gand à Ascalon et dans toute la Syrie pendant le mois de Laos, d'après Théodoret durant sept jours, d'après Libanius durant cinq ou plusieurs jours et lors de laquelle on se livrait à une licence effrénée et à de folles orgies . Le Midrasch connaît également cette fête, et J. Per les y a consacré une étude très intéressante . Dans le Midrasch (Nombres rabba, 10, 3), nous trouvons à propos de la description que fait Amos (vi, 1-7) de la vie voluptueuse des habitants de Jérusalem et de Samarie, un développement aw du passage qui montre comment on transporte l'époque bibli que la licence grec que et syrienne qui sévissait en Palestine à l'époque de l'agadiste » siècle). L'auteur de ce passage, qui n'est pas nommé ici, mais qui dans Kiddouschin, 71 b, est R. Abahous dit : : « Ils sont couchés sur des lits d'ivoire et souillent leur couche par des péchés, en échangeant leurs femmes et en souillant ainsi leur lit nuptial. Venez et voyez, chaque tribu d'Israél avait son propre Mayou- | mas ; quand on voulait retrouver son Mayoumas, | : on faisait défiler devant soi tout son troupeau, on 1 E prenait la bête la plus grasse et on l'égorgeait. » | Le développement agadi que ne s'étend dans ce passage | du Midrasch que jusqu'au verset 6 ; il se trouve plus “complet dans Lériti que rabba, 5, 3. où HR. Aibo (rv : siècle) dit : « Il y avait dans le pays treize Mayoumas, | chaque tribu en avait, et tous en avaient un en p d commun ; et tous ont disparu, sauf un, qui est resté, | - On voit que Mayoumas est la traduction de m38 ; | or la carte de Mádabà donne Mxgoz& comme dénomi- | - hébraïque, et Motoouxc comme dénomination | g grecque du lieu. Seulement au lieu de mas, elle à « ab ms, qui se trouve dans Jérémie, xvr, 15. Cette concordance entre le passage midraschi que l'indication de la carte est si extraordinaire et Bit si étrange qu'on éprouve quel que peine à — l'admettre, d'autant plus que ni chez les Péres de V Église ni dans la littérature rabbini que rien ne montre que mnb soit un nom géographique. il. En outre Mayoumas était célébre en première ligne a dans les ports de mer de la Palestine, à Hiérapolis ES et à Daphné, alors que la mosaïque place Beth- | Marzéah à l'est de la mer Morte. Précisément l'auteur — qui a décrit les mœurs éhontées des visiteurs de Mayoumas, Rabbi Abahon, vivait à Césarée, où il | eut l'occasion d'observer les excès de la fête syrienne. | D'autre part, l'origine des Philistins est rapportée à des femmes échangées les unes contre les autres. On attribue cette licence des mœurs qu'aux habitants m littoral (Genése rabba, 28, 5). Cependant l'argument n'est pas irréfutable. car dans Pesikla rabbali, m 107a b, on reproche le même crime aux habitants de i Sousitha (Hippos) et de Gadara, situé dans le pays jori que oriental. Saint Épiphane * décrit ces mœurs | ans cette dernière ville lors de la foire annuelle ; Bl comme à l'occasion des fêtes du marché, il s'agit d'une fête de Mayoumas. Toutefois on ne voit pas comment expliquer que Mayoumas et Beth-Marzéah soient devenus une localité géographique et un nom propre.. Nos sources fournissent la réponse. Le mot mr se trouve encore une fois ? dans la littérature talmudico-midrashique, en connexité avec l'explication de Nombres, xxv, 1 sq.*. Suivant le passage bibli que, les Israélites forniquerent avec les filles de Moab à $ hittim et pratiquèrent le culte du dieu Peor. Le -Sifr ? et les passages parallè les décrivent l'événement ES : les mœurs observées chez les Syriens au Erie siècle. Les Ammonites et les Moabites élèvent des ' boutiques et des tentes depuis Beth-ha-Yesimoth 1|. jusqu'à la montagne de neige 5 ; ils y mettent des d femmes qui vendent de be aux vétements de lin que d les Israélites affectionnaient particulièrement. Par | - là, ils incitèrent les j jeunes gens israélites à entrer dens Jes boutiques, où des jeunes filles les amenèrent à “abandonner la Thora et à adorer le dieu Peor. A la - fin, les Moabites et les Ammonites organisèrent à leur - les Israélites consommérent des vian des du sacrifice L— offert à l'idole. Nous voilà de nouveau en présence de Mu m5 que plus haut nous avons trouvé en connexion | avec Mayoumas. Comme le lieu de l'événement est Ei exactement indiqué : de Beth-ha-Yesimoth jusqu'à E l : montagne de reige, tandis que la Bible ne nomme que la première localité comme station de campe- | ment, il faut qu'à l'époque du docteur qui pue ici mon ait encore pu montrer l'endroit où, d’après la tra| dE Sanh., 106a ; Sanh., 28d, 6sq.— L'Agadiste n'a pas voulu E DICT. D'ARCH. CHRÉT. [F cage it Ra Na afin qu'on vit quel les abominations on y pratiquait. » | intention des ct, auxquels ils les initièrent, et | p. 168-169 ; t. vr, p. 276.
[AX] YKH H KAI ACHAATIC AIMNH [n x« t vez] PA OAAACCA. Le lac Salé ou Asphaltite, nommé aussi mer Morte, Nombres, xxxiv, 3, 12 ; Fl. Josèphe, Bell. jud., IV, vm, 3 ; Antig. jud., Il, 1x, 1 ; Pline, Hist. nal., v, 16. Pour vexot ÜáAxcox, Pausanias, vi, 3 ; Galen, Simpl. med., 1v, 20 ; S. Jérôme, In Ez zechielem, XLVI, 18 ; Eusèbe, Onomasticon, 231, 13.
BAAAK H KAI C [tyop n xxx] ZOOPA. Le mosaiste avec les Septante contre Eusèbe et saint Jérôme, Eusèbe, Onomasticon, 231, 13 : Baig, à fotr Emyog, 7| Vv Zwapà xahoupévn, pów dtxcwbetonx rò TÄS TGV Zoÿourrüv yopac. Tj xal ei ëtt vOv OLKELTOL T vexpř TAPAKELLEVY OxAkoon xal ppouptov £cl OTENTLOTÉV. xxi QUETAL VE Tap’ AT) TO PdAacapov xxi ô poiwE, Setyua Tic Tam TOV TOTEY EUpopluc. C'est la fameuse ville de Ségor dont la situation exacte | a provoqué nombre de discussions ; l'opinion la plus suivie a maintenant pour elle le témoignage du mosaïste. Celui-ci a entouré la ville de palmiers, allusion à sa fertilité, dont Eusèbe aussi rend témoignage. Mais, suivant l'observation de Clermont-Ganneau, l'indication de la plantation de palmiers sur l'emplacement traditionnel de Ségor est fort intéressante, car cette palmeraie justifie le nom de villa Palmarum et de Palmer donné à l'endroit encore à l'époque des croisades ; cf. Guillaume de Tyr, xxi,
835 MADABA | 836
Onomasticon, 257, 35 : Zixgé8, o&pxyE Zxpeô čv u£pet 7f ; puou. « Indi que certainement le ou-el-Ahsa, qu'on identifie avec le torrent de Zared : sans cette coincidence, je lisais APEA”. » (Lagrange, p. 173.) « S'il faut bien lire [Z]APE(A), le « torrent de Zared », on pourrait être tenté, au point de vue de la topographie pure, de reconnaitre la vallée de la mosaïque dans le ouàd Karak, plutôt que dans le ouád el-Ahsa ; à noter que la dernière lettre a plutôt l'apparence d'un alpha que d'un delta, et que le ouâd Karak porte dans sa section moyenne le nom actuel de ouàd Dhr d'a. » (Clermont-Ganneau, t. m, p. 169, et dans Revue criti que, 1906, p. 424.) De Jérusalem jusqu'à la mer :
:NEMH....- ? A l'orient de Gethsémani.
Abel, Jerusalem. Recherches de topographie, d'archéologie el d'histoire, t. n, Jérusalem nouvelle, 1914, pl. Xxx ; d'après une copie de dom Gisler, O. S. B.
C'est bien, en effet, d'une restauration topographique que le plan de Màdabà nous fournit les éléments et comme l'a dit le P. Lagrange : « A supposer que quelques menus détails ne soient pas rendus avec l'exactitude absolue de la photographie, la pensée de l'auteur ressort beaucoup mieux aussitót que le jeu des couleurs met en relief les diflérents éléments du dessin. Et ce n'est pas seulement une conception artisti que qui se présente plus clairement à l'esprit, c'est un plan de ville dont les diverses parties deviennent reconnaissab les. On pensera sans doute qu'il y a de lexagération à serrer de trop prés une pareille composition, que l'auteur a traité un théme de ville, et qu'il serait puéril de mettre des hic partout. Un examen minutieux m'a convaincu au contraire que nous avions affaire à un document précis, d'une haute valeur histori que, et je me vois amené à le commenter pour compléter les premières indications. » C'est cette étude que nous suivons et celle de Ph. Berger, L'église du Saint-Sépülere sur la mosaï que géographi que de Müdabá, dans Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Bel les-Lettres, 1897, p. 457-466.
Mous nous trouvons en présence d'une carte de géographie contemporaine, telle qu'on pouvait l'exécuter d'après les métho des de l'épo que. Nulle part — cela n'apparait mieux que dans le plan de Jérusalem. Ce plan, naturellement trés réduit — 0 m. 54 sur 0 m. 93 — occupe pourtant une place beaucoup plus | considérable que celle qui lui reviendrait, eu égard à | l'étendue de la ville. L'auteur a fait, si l'on nous per- met cette comparaison, ce que font les plans de Paris. de certains magasins de nouveautés, qui reproduisent M l'architecture de ces magasins en leur donnant des « dimensions disproportionnées par rapport au reste M de la carte de Paris. On sent d'autant mieux qu'il a voulu reproduire, d'une facon sommaire et en la ramenant à ses gran des lignes, la ville avec ses prin- |. cip aux édifi ces, telle qu'il l'avait sous les yeux.
Mais avant de parcourir les rues de la cité d'aprés le | plan, il est indispensable de rappeler brièvement l'his- « Loire des constructions de Jérusalem d'Hadrien à Justinien (voir plus de détails dans Dictionn., t. vir, au mot JÉRUSALEM, col. 2308-2334) : c'est le seul moyen d'établir l'accord souhaité des documents et du monument.
Nous savons trés peu de chose d'Aelia Capitolina +. Un texte précieux du Chronicon Pascale a permis au P. Germer-Durand d'en dresser un plan sommaire . Aelia devait être entourée d'un mur, comme l'étaient en général les vil les romaines importantes situées prés de la frontière. D'ailleurs le Pèlerin de Borde aux nous : parlera du mur de Sion. Mais il est diflicile de dire ce que comprenait son enceinte , Comme elle devait correspondre soit à la ville ancienne, soit à la ville actuelle qui ne s'est pas déplacée sensiblement, per- - sonne ne doute qu'elle ait compris le quartier qui va de la porte de Damas à la tour de David et à la rue de ce nom. L'esplanade du Temple en faisait vraisemblablement partie, puis que le Temple avait été rem- placé par un temple à Jupiter Capitolin qui avait donné à la nouvelle cité une partie de son nom. La difficulté est plus considérable pour la colline occidentale. L'opinion traditionnelle qui fait coincider l'enceinte d'Hadrien du côté du Sud avec l'enceinte actuelle est appuyée cependant de textes décisifs. D'après Eusèbe !, le mont Sion est cultivé comme le reste des champs ; on y sème, on y laboure, conformément à la prophétie de Michée (rr, 12) ; pour Eusèbe le mont Sion désigne la colline occidentale, comme pour tout le monde au 1v siècle, car il oppose le mont Sion au mont du Temple . Sion est labourée, tandis que le reste de la ville est en ruines, et qu'on prend des pierres pour rebâtir, méme au Temple. Saint Cyrille de Jérusalem donnant à son tour, comme témoin de l'accomplissement de cette prophétie, Sion, lieu plein de concombres, ne peut faire allusion qu'à la méme colline *.
Le Pélerin de Borde aux (vers 333) exprime la méme chose lorsqu'il dit expressément qu'on sort de Jérusalem pour monter à Sion : item exeunti Jerusalem ul ascendas Sion”. Donc Sion était hors de l'enceinte d'Hadrien. Mais faut-il entendre par Sion toute la colline occidentale ? Non, car le méme Pèlerin de Borde aux place à l'intérieur de la ville le palais de David, qui ne peut étre que la citadelle actuelle :
Intus autem inira murum Sion, paret locus ubi palatium habuit David. Par conséquent la colline occidentale était coupée d'Ouest en est par un mur, nommé mur de Sion, qui laissait en dehors ce qu'on nommait spécialement Sion. Cette disposition était celle d'aujour d'hui ; on est porté à croire que le mur d'Hadrien devait coincider à peu prés avec le mur actuel. Cependant il n'y a pas lieu de rejeter un témoignage de saint Épiphane, d'aprés lequel les premiers chrétiens se seraient groupés autour du Cénacle, où les discip les s'étaient rassemblés aprés l'Ascension du Sauveur. Ce lieu devait étre hors de l'enceinte, puisqu'il porte toujours trés spécialement le nom de 5ion. Il y avait donc, en dehors de la ville, un petit centre chrétien autour de cet auguste sanctuaire.
On sait comment les destinées de Jérusalem grandirent à partir de Constantin. Ce ne fut pas la transn'est pas au-dessus de tout soupçon. Elle contient 4 en tout cas ce souvenir précis, qui se trouve aussi dans « Bède, d'après d'anciens documents, que le mont Sion “ a été ajouté à la ville : Situs ipse urbis pene in orbem circumactus, non parvo murorum ambitu, quo etiam montem Sion, quondam vicinum, jam intra se recepil, - qui, a meridie positus, pro arce urbi supereminet *.
En tout cas, la nouvelle enceinte était terminée | | quinze ou vingt ans plus tard, et le nom de l'impéra- | trice Eudocie restait attaché à cette restauration ; - on avait voulu relever les anciens murs de Jérusalem, - y compris Siloé, comme nous le savons par Antonin, | On poursuivait cependant la construction d'églises - aux lieux consacrés par la Rédemption. Sans parler | de ceux des environs de Jérusalem, comme SaintÉtienne (voir Diclionn., t. v, col. 624-671) et le sanc- - tuaire du mont des Oliviers. nous trouvons dans “ formation fééri que qu'on imagine, les églises surgissant aux coups de la baguette de sainte Hélène, ce fut cependant un développement rapide de la cité. Le Pèlerin de Borde aux admire déjà la basili que constantinienne du Golgotha et reconnait la. piscine de Bethsaïda et l'emplacement de la maison de Caïphe et du prétoire. Du temps d'Ethéria, la grande église du Saint-Sépulcre absorbait pres que entiérement le culte liturgi que, et pourtant l'église de Sion était déjà bâtie : on y célébrait le dimanche de la Pentecôte..
Sainte Paule visita cette église de Sion, mais il semble qu'on v avait transporté la colonne conservée au temps du Pélerin de Borde aux dans la maison de Caïphe : Ostendebatur illic columna ecclesise porlicum sustinens, infecta cruore Domini, ad quam vinctus dicitur et flagellatus ; monstrabatur locus, ubi super centum viginti credentium animas Spiritus sanctus descendisset !.
On ne pouvait songer à laisser en dehors de la ville une église si importante, qu'on ne devait pas tarder à nommer, à Jérusalem, la mère de toutes les Églises. D'ailleurs, la ville tout entiére s'étant développée, il fallait construire une nouvelle enceinte. Si l'Epitome | | Pierre l'Ibére, avant la fin du v* siécle, l'église de Pilate et celle du paralyti que ?. Le Breviarium de | Hierosolyma (vers 530) nous apprend que, par une heureuse idée, la maison de Caiphe était devenue la grande basili que de Saint-Pierre, tandis que la maison de Pilate, où la Sagesse éternelle avait été méconnue, portait le nom de Sainte-Sophie.
A ces églises Justinien ajouta Sainte-Marie-laNeuve, située, selon Procope, sur la colline la plus élevée de Jérusalem et probablement la basili que de Siloé. Théodosius, vers 530, ne mentionne pas d'église à Siloé, et parle seulement, au pinacle du Temple, d'une basili que en croix ; Antonin insiste sur la basili que de Sainte-Marie, avec ses hospi ces, el sur la basili que de Siloé à l'intérieur des murs. Ce qui précéde ne veut pas dire que les chrétiens | du VIe n'aient pu conserver par tradition le souvenir d'autres lieux saints ; il n'est question ici que d'une énumération des plus vénérés à la fin du règne de Justinien. A cette épo que, la ville s'étend depuis l'extrémité du mont Sion au Sud, jusqu'à la — 841 l — porte de Naplouse au Nord, et d'Ouest en Est, depuis = Ja tour de David jusqu'à l'ancienne enceinte du —— Temple. Elle est complètement entourée de murs.
— Les églises principa les sont : le Saint-Sépulere ou — Amnastasie, en rotonde, avec un afrium et, à l'Est, le — grand martyrium de Constantin ; l'église de Sion ou — Cénacle ; la maison de Caiphe tout prés, ou église de | Saint-Pierre in gallicantu ; le prétoire ou église Sainte- — Sophie ; l'église du paralyti que ou église de la Vierge, — prés de la piscine probati que ; une basili que au pinacle = du Temple ; l'église nouvelle de Sainte-Marie et l'église | de Siloé. Voilà le dépôt le plus précieux des antiques Ei traditions chrétiennes, authentiquées par le pouvoir a ecclésiasti que et l'administration impériale aussitôt — que le christianisme a pu se produire au grand jour. — Que peut nous dire sur tout cela la carte mosaï que de — Mädabä ?
— Prenons, en nous aidant du croquis (fig. 7416), la : - porte du Nord (A) pour point de départ. Cette porte | fianquée de deux tours est la porte de Naplouse. Le — mur, peint en vert et encadré de noir, se poursuit à - | pe A 3. droite et à gauche. Suivons l'enceinte dans la direc- | | tion du Sud-Ouest. Nous rencontrons quatre tours | - défendant la muraille, puis une porte (B) avec ses — deux tours, dans la situation de la porte de Jaffa - actuelle. Au-dessus de la seconde tour, le mur s'élève — à une hauteur prodigieuse (T) : c'est la citadelle dont - le donjon cache méme la rue qui allait ici du Nord. au Süd. Aprés la citadelle, évidemment la tour de reprend ses proportions norma les. Malheureusement - la partie Sud-Est est endommagée. On le retrouve à - Pest, avec une porte sans rue aboutissante (D), dans — la direction de la porte Dorée actuelle. Puis vient une | rue, dans l'orientation de la porte de Sitti-Mariam. | Le mur reprend avec ses tours alternées et nous som|. mes au point de départ !.
|. Repartons encore du point A, mais cette fois pour — parcourir la ville.
— mous.nous trouvons en ce moment. De la place qui - s'étend devant cette porte, à l'intérieur de la ville, - partent deux voies bordées de colonna des : l'une se — dirige en biais vers le Sud-Est ; à peu prés en son LH milieu, elle est coupée pres que à angle droit par une - rue sans colonna des, qui se dirige vers l'Est et aboutit - à la porte Saint-Étienne, à l'orient de la ville et au- |.— dessus de Gethsémani. La colonnade continue de ~ l’autre côté de cette rue, dans la direction du temple. |. En suivant le mur oriental de la ville, au delà des deux | tours qui flanquent la porte Saint-Étienne, nous avons |. déjà signalé une tour percée d'une porte et qui pourE étre la porte Dorée.
L'autre voie est bordée, à l'est et à l'ouest, dans le sens de la longueur, de deux colonnades. Elle part en ligne droite de la porte de Damas et coupe la ville par le milieu, dans la direction du Nord au Sud ; mais elle s'interrompt brusquement en pleine ville, et elle est terminée de ce troisième côté, ce point est capital, par une colonnade vue de profil sur le plan, et qui lui donne l'aspect d'une grande place, très longue, plutôt que d'une rue. A l'angle sud-Est s'ouvre, sur cette place, la façade d'un bâtiment oblong dont nous parlerons plus tard.
De la porte du Nord, dont nous ne nous sommes pas éloigné pendant que nous jetions sur la ville ce regard d'ensemble, nous avons à traverser une belle place ovale, jadis ornée d'une colonne aujourd'hui disparue, mais qui est encore désignée sous le nom de Báb-el'-Amoüd, la « porte de la colonne ». Dans la principale rue à colonnades, quelques colonnes existent encore, cachées dans le bazar, et la colonnade de droite est interrompue vers son milieu par un édifice (a) qui, à première vue, a l'apparence d'une tour.
Or, s'il est un édifice qui doive figurer sur un plan de Jérusalem, exécuté entre le Ve et le VIIe, et qui doive y figurer à une place d'honneur, c'est l'église du Saint-Sépulcre. On peut même dire, presque a priori, qu'elle devait y tenir la place centrale. En effet, il ne faut pas oublier que, sur cette carte, Jérusalem, de même que toute la Palestine, est vue à vol d'oiseau, de l'Ouest à l'Est. Le fidèle qui entrait dans la basilique de Mádabà était dans la situation du voyageur qui débarquerait à Jaffa et verrait le pays se développer devant lui dans la direction du Jourdain. Cette carte, avons-nous déjà dit, n'est pas orientée Sud-Nord comme les nôtres, mais Ouest-Est. On voit donc se dresser devant soi les maisons de Jérusalem, comme lorsqu'on vient du côté de Jaffa, le mur oriental de la ville se détachant sur la vallée de Josaphat et sur Gethsémani. Toutefois, l'auteur, quand il a eu à représenter des édifices du centre de la ville qu'il tenait à montrer en entier, les a couchés par terre par une sorte de fiction et nous en a donné une projection.
Au premier abord, on serait tenté de croire que cette tour a été dessinée avec la même perspective que les autres maisons de Jérusalem, et d'en placer le pied auprès des fortifications ; mais un examen attentif amène à reconnaître que la perspective a été renversée.
Qu'on retourne le dessin pour se mettre en situation, on aperçoit une immense façade avec un fronton triangulaire et un toit rouge. Le mosaïste, pour bien montrer qu'on était au centre de la ville, a étalé à gauche et à droite les deux colonnades qui bordent la place, comme un livre qu'on déploierait par le milieu. Ce qu'on pouvait prendre pour le pied de la tour en est en réalité le sommet ; l'artiste, pour la montrer dans toute sa hauteur, l'a couchée par terre dans le même sens que la colonnade occidentale, et la base du monument doit être placée vers le centre de la ville, au niveau de la colonnade. En réalité, ce n'est pas une tour, mais une immense façade d'un édifice considérable située au centre de la ville ; il est percé vers la partie inférieure de trois ouvertures avec un fronton que surmonte une coupole. C'est une église, elle est donc orientée et, du côté de la rue, elle ne peut montrer que son abside : voilà pourquoi on y voit trois fenêtres et point de porte (fig. 7415).
Si l'on se reporte aux deux voies que nous avons décrites avec leurs colonnades, on reconnaîtra que la première correspond à l'une des rues qui partent encore aujourd'hui de la porte de Damas, et obliquent vers le sud-est, pour rejoindre la Via dolorosa, le Tarik Bab setti Miriam, qui aboutit à la porte Saint-Étienne. L'autre, celle qui est bordée de deux rangées de colonnes sur la mosaïque, répond exactement au Tarik Büb el-Amoud, qui part également de la porte de Damas, coupe la ville en ligne droite, du Nord au Sud, passe devant le Saint-Sépulcre, et s'arrête au grand bazar, le Soük el-Lahmin. Peut-être le nom de Bäb el-Amoud, la « porte de la colonne », pourrait-il, ainsi qu'on en a fait la remarque, conserver le souvenir de la colonnade qui partait de cet endroit, quoi que l'on dût plutôt s'attendre dans ce cas à une forme Báb el-Aoudmid. Quoi qu'il en soit, la place qu'occupe l'édifice à coupole, au milieu de la colonnade occidentale du plan de Mádabà, répond bien à la place actuelle du Saint-Sépulcre. Celui-ci est, en effet, situé un peu en arrière du Tarik Bdb el-Amoud, dont il n'est séparé que par une grande place, aujourd'hui masquée en partie par des maisons.
Eusèbe, dans sa Vie de Constantin, nous donne les renseignements les plus précis à ce sujet : Hine ad. 4| | du dôme. Pourtant un examen attentif de la mosaïque eos aditus qui ante templum sunt progredientibus aream (xtüotov) interposuit. Erant autem in eo loco primum atrium (x5Xfj)), deinde porticus ad utrum que latus, a e postremo portae atrii. Post has, totius operis pestibulil (mpomüAxuwx) in ipsa media platea in qua forum est. rerum venalium ambitioso cultu ornata ; quae iter forinsecus agentibus, aspectum earum rerum, quae intus cernebantur, non sine stupore quodam exhibebant, C'est-à-dire que l'édifice était précédé d'une place entourée de portiques et fermée par des propylées, qui donnaient sur la grande place du marché somptueusement décorée.
Or c'est exactement ce que représente la mosaïque de Mâdabä. Elle nous montre, au centre de la ville nouvelle, in ipso urbis meditullio ?, une longue place, assez analogue au Forum, décorée de colonnes sur trois de ses côtés. Puis, au milieu de cette place, à l'ouest, un édifice à fronton, percé de trois ouvertures, qui parait surmonté d'une coupole, Resurreclionis dominicæ rotunda ecclesias. La coupole nous prouve la forme circulaire de l'édifice, qui, à en juger par l'importance qu'on lui a donnée, devait être considérable. Sans doute, en le projetant à terre, l'auteur en a exagéré les proportions et lui a donné cet aspect qui la fait prendre pour une tour.
Le Pélerin de Bordeaux qui place le prétoire deorsum in palle, Pierre l'Ibére qui y descend en venant du Saint-Sépulcre, Théodosius et Antonin, qui le mettent près de la fosse de Jérémie qui ne pourrait être en Bézéta, sont au moins d'accord pour le situer entre l'hospice autrichien, où le terrain se relève, et l'extrémité sud ouest du Temple. On a essayé de le faire descendre jusqu'au Mekhémet ou tribunal actuel, mais sans donner de preuves. Il faut reconnaitre qu'à la tendance des anciens témoins, de placer le prétoire dans un lieu bas, se joint presque toujours celle de le mettre en relation avec la Piscine probati que, aujour d'hui Sainte-Anne. Dés lors, une solution moyenne consisterait à le mettre au point le plus rapproché de la Piscine probati que, et cependant dans la vallée, c'est-à-dire vers l'église du Spasme.
Là du moins, il reste des vestiges d'un sanctuaire byzantin, et peut-être pourrait-on se rappeler en voyant ces deux mignonnes sandales figurées dans la mosaï que, l'insistance avec laquelle Antonin parle à propos du prétoire des vestiges du pied de Notre-Seigneur dont on prenait la mesure avec un fil pour faire des ligatures aux malades.
Trouvons-nous sur ce point quelque lumière dans la mosaï que de Màdabà ? Dans l'espace compris entre les deux colonnades on ne remarque que deux bâtiments un peu importants. Celui qui est en x a un caractère original et ne parait pas être une église. Au contraire, une petite église se trouve en d, au nord-est du Saint-Sépulcre, précisément dans la direction de la rue qui conduit à la porte de l'Est. On croirait volontiers que c'est le prétoire. Aujour d'hui, il est vrai, la rue passe à l'Ouest du Spasme, mais elle a dû autrefois être plus à l'Est, comme nous allons le voir. Revenons encore une fois à la porte de la colonne, ou plutót à la porte de Damas actuelle, et montons sur l'une des tours, le plan du mosaiste à la main. On est frappé de retrouver encore la même disposition générale. A droite, nulle difficulté : la ville est coupée encore aujour d'hui par une longue rue qui aboutit au cénacle en laissant à l'ouest le Saint-Sépulcre. A gauche, comme dans la mosaï que, une rue oblique au sud-est et bifurque à l'hospice autrichien, pour se diriger soit à l'Est, soit au Sud. C'est bien cela. Cependant, en regardant de près, on voit que dans la mosaï que la voie qui va au Sud-Est fait un angle plus considérable avec la grande colonnade. De plus, on comprend qu'aujour d'hui les musulmans ont éloigné la rue du Haram d'où ils écartent les chrétiens et les juifs, mais il était plus naturel de longer ici l'enceinte du Temple. On remarque que cette rue n'a de colonnes que d'un côté, c'est un portique, et on se souvient qu'Antonin a vu près des ruines du Temple le portique de Salomon le long duquel les eaux descendent à Siloé. Il a vu notre portique, et s'il l'attribuait à Salomon, c'est sans doute qu'il était très près du Temple.
Dés lors on s'explique que le raccourci qui avait fait penser tout d'abord que l'enceinte du Temple ne figurait pas dans le plan et que la porte correspondait peut-être à l'Ecce Homo. On notera maintenant que l'arc de l'Ecce Homo a bien pu être un élégant arc de triomphe à l'entrée d'une rue, mais non une porte massive avec tours comme les représente notre plan. De plus, l'église qui est en f et dont on ne voit que le toit, indique clairement qu'il y a ici un effet de perspective.
La porte F, au bout du portique, parait bien être l'arc de Robinson qu'Antonin mentionne après le portique de Salomon : Exinde venimus ad arcum, ubi antiqua porta fuit civitalis. Tout cela forme un ensemble assez concluant. Les points e, C, D, f, F, sont précisément dans la direction qui convient à l'église du Paralyti que ou de Sainte-Marie, aujour d'hui Sainte-Anne, à la porte de Sitti Miriam, à la porte Dorée, à la basilique en croix de Théodose, remplacée par la mosquée el Agsa, et à l'arc de Robinson. Concluons que nous devons y placer ces choses, en tenant compte plutót de la direction que de la distance qui a été raccourcie. L'arc de l'Ecce Homo répondrait peut-être au point v, à la bifurcation du portique et de la rue qui va à l'est. La porte G est aujour d'hui à peu près celle des Maugrebins.
Voici le détail du plan de Jérusalem (fig. 7418) avec les identifications généralement reçues : aliqua valde summa columna, quae a locis sanctis da septentrionem in medio civitatis silans pergentibus obvia habetur. Basilique du Martyrium (c), le dôme de l'Anastasie M (d).
6. Palais du patriarche, élevé par Eudocie.
7. Spoudaeon, monastère des Spoudaei ou religieux « attachés au service du Saint-Sépulcre, fondé vers 1495 par le patriarche Elie, et doté plus tard d'une chapelle dédiée à la Theotokos.
8. Chrysopolis, maison des orfèvres.
9. Saint-Théodore, sanctuaire mentionné dans la Vie de saint Sabas (c. 78), par Cyrille de Scythopolis,
10. Saint-Sérapion.
11. Saint-Serge.
12. Porte de la Tour ou porte de David, bäb Mihráb Daoud, c'est à dire « porte de l'Oratoire de David », qui répond à la porte de Jafla actuelle.
13. Rue sans portique (au Moyen Age), ruga Armenorum), qui tourne à angle droit dans la direction de M la Sainte-Sion.
- trois seuils superposés marquant diverses périodes. A. 21. Église de Siloé avec sa coupole, d’après quelques interprètes. = 22. Église du Repentir de Pierre qui semble précédée d'une crypte dont l'ouverture parait en g.. — 23. Sainte-Marie-la-Neuve, la Nea de Justinien. P 24. Porte du quartier offrant un passage pour descendre au Tyropoeon vers Sainte-Sophie.
25. Porte sur le parcours entre Sainte-Sophie et Siloé, près de la citerne de Jérémie.
- 96. Sainte-Sophie ou le Prétoire.
27. Saints-Côme-et-Damien, sur la rampe de la Véronique, vers la Véronique. » 28. Rue du Tyropoeon, deorsum in valle ; la rue commence au Nord par la poterne j.
Pri. localisé au Moyen Age dans cette région. — 30. L'église du Pinacle du Temple, lequel est figuré par une ligne de cubes noirs. | — 31. Edicule de la Belle Porte ou porte Dorée, dans le rempart oriental.. 32. Porte orientale de la ville dite porte de Benjamin. Porte probati que, portula... ab hac per gradus ad vallem Josaphat descenditur. Au xue siècle, porte - Josaphat ; bdb Arihü (porte de Jericho) pour les anciens Arabes.. 33. Église de la Probati que. ET Église du Bézétha non identifiée. 99. Palais, peut-être résidence d'Eudocie ; au Moyen |t E palais de Sainte-Marie-Latine. ` Wu KAHF [os] TOY AA[v], lettres en cubes rouges, haut. 0,08. |. Bro ENNA [zov], lettres blanches. Le neuvième mille ?. BEOGPGN, lettres blanches. Josüé, xvr, 3, 5 : Uopov ; I.Macch., vir, 39 ; rx,50 : BaiBopóv ; Fl. JoPine. passim : Befcpóv Bot8opó, BotOcopt ; Eusébe, Onomasticon, 233, 69, connait une Brfopóv à dvoréex, D doa tme Sokoué, et une Byfcpovw xarorépæ ULTOLG dpopiopévn ; ces deux localités étaient voisines au point qu'on les confondait sur la frontière des tribus de Benjamin et d'Ephraim, el les appartenaient à cette dernière tribu. Enfin, il existait une “troisième : BrfOogéóv... clol rouat B^ óc rò onuelov AdAiao 16 ! rt rhv elg NüxómoXw 686v. Les topographes reconnaissent cette localité dans Beth Ur el-Fôqa — et Beit Ur el-Tahta, sur la route qui va de Jérusalem à Joppé. L'endroit de la mosai que n'est pas exact | e | | 1 29. L'agora des Bouchers, signalé au VIe et sera bientôt question. A l’épo que du mosaïste le n | avait disparu. Eusèbe, Onomasticon, 281, 59 : Mr[Ax] PA. Le complément est donné par Lagrange d'après Eusèbe, Onomastlicon, 219, 83 ; Miller a proposé l'a54ox, d'après Eusèbe, 244,16, ce qui est impossible ; Lagrange, p. 174 ; Jacoby, p. 60.
AWA HTOI AYAEA H KAI AIOCTIOAIC. Lod, dans la tribu de Benjamin (I Paral., vin, 12), Lyd, | Lyda, Lydda, aujour d'hui Ludd. Cité illustre, où la mosai que dessine une colonnade circulaire autour | d'une grande place ; dans le fond une église imposante.
De Bélhléem à la mer :
EBPAGQA. cubes blancs. Eusèbe, Onomasticon, 252, 7 ; 281, 22 :
PAMA. DŒONH EN PAMA HKOYCOH, cubes blanes. Eusèbe, Onomaslicon, 289, 37. La citation de Matth. m, 18, indi que une parenté littéraire entre Eusèbe et le mosaiste. La réalité de Rama ce Ben TT DT —— » pans ES Er -N Pee * MORS cum a mecs la jamin, affirmée par Eusèbe, est accusée dans la mosai que par un petit château ; Lagrange, p. 174, Stevenson, p. 79 ; Jacoby, p. 69.
— Zacharie *. Il pourrait bien n'y avoir là qu'un trompe-l'œil. L'antiquité chrétienne connaissait, en effet, un Saint-Zacharie, mais Théodosius (vers 530) qui le mentionne est aussi le même qui place le lieu de la Visitation à cinq milles de Jérusalem. Or son Saint-Zacharie est situé avec précision : c'est le Tell Zacharia actuel, au Nord de Beit-Djibein : Ab Eleutheropoli usque in locum ubi ja cet sanctus Zacharias, millia sex, el de ipso loco ad Ascalonem millia viginti (Théod., xxm) C'est aux mêmes environs que l'itinéraire du pseudo-Antonin place Saint-Zacharie : Deinde venimus in locum ubi Zacharias occisus est et ja cet in corpore. Est ibi ecclesia ornata ; sunt ibi Deo servi multi (Ant., XXXI). Peut-on supposer qu'il y avait au temps d'Antonin deux sanctuaires de Saint-Zacharie : celui du mosaïste à Bethza car et celui des environs d'Eleu-théropolis ? Il est difficile de le penser, d'autant que celui du mosaïste touche Socho, qui est Soumeské près de Tell Zacharia, et se trouve tout près de Saphita « de Morasthi, qui appartiennent à la région d'Eleuthéropolis. Le Saint-Zacharie du mosaïste est donc celui des pèlerins, Tell Zacharia. Il est vrai qu'il est placé un peu haut et soudé à Bethza car qui, dans la pensée du mosaïste, devait être Bethzacaria. Mais il est remarquable que le pseudo-Antonin a fait la confusion contraire, et pour ne pas séparer son Saint-Zacharie de la fontaine de Saint-Philippe, a descendu celui-ci dans la plaine. La seule explication plausible du double fait, c'est qu'on ne distinguait pas clairement les deux lieux dont le nom ressemblait à celui de Zacharie, les rapports confus des voyageurs.
AKKA[pcov]H NYN AK[xxpgcov ?]. C'est l’ancienne uev Gy Xavavæiov. TOME [lx T&v € ourparelGv TY HAROON OV, xal xpopisðn mèy TT] eu Io58z, 05 TV | éxpdTnoev adThc, ÓTL uh kvelAev TOoUc Év aút 7, xal £ozt vOv xou Leyiorn IooS8xtov ' Axxapv xxAouuév] dvauépov “Aotou xxi ' »Ixuvixc £v &varoAtxoic. J'ignore quel nom ancien on indiquait ici, si ce n'était le même que le nom moderne, dit ACAGW[S]. Eusébe, Onomasticon, 218, 47 : Acos 1| xxi « ACowroc ; £v fj ot ' Evaxetu, 7) vov oti Tto0ÀLyUY ÉTIONUOE TE [ti puño loóóa.
AZWTOC TIAPAAO [c]. Eusébe ne mentionnait pas l'existence de la cité maritime d'Azol connue par ailleurs.
Dans un fragment isolé. ACKAAGI[VI. Eusébe, Onomasticon, 218, 67. On remarquera l'immense place rectangulaire entourée | de colonnes, au milieu de laquelle se dressaient trois auto. ÉvÜx xatoxouv oi Auucopxiot, oüs xxcéxolev nupxerTta th tohuo Kéône. Aéyecot de tig oauxot xoun ôtectoox Matig Auéoxc 690v, st — = DU mena roman à i i | bKi Tea a mn à »
I CY
LE E :
RTLÔVTEV AT Xep6cv cic Aau, fric vOv ppovpróv ÉGTL TOY OTPX TLOYTÓDV.
MAM#IC. Eusèbe, Onomasticon, 210, 85.
MA. La localité a été longtemps énigmatique. Le P. Lagrange faisait suivre le nom d'un point d'interrogation ; Stevenson, p. 92, allait chercher dans Étienne de Byzance une ville appelée Molo, d'autres | ont proposé Moa, Motha : si la légende n'était pas complète Clermont-Ganneau se sentait disposé à lire | €PHMO([c...svÜx] TOYC ICPAHAITAC €[cc« ozv]O XAAKOYCOVIC. L'histoire du serpent d'airain (Nomb., XXI, 8) se passe autour des montagnes d'Edom. Restaurations incertaines.
€PHMOC CIN OTIOY KATETTEMO OH TO MANNA KAI H OPTYTFOMHTPA, en cubes rouges. Eusébe, Onomasticon, 291, 93, qui ne mentionne, à propos du désert de Sin, ni la manne ni les cail les.
BHPCABEE H NYN BHPOCCABA. Cette transcription du nom actuel de la Bersabée bibli que est remarquable. On croirait y sentir déjà les approches de l'influence arabe (Bir (ou) 's saba’), influence qui pouvait, du reste, déjà s'exercer dans ces parages de l'extrême sud palestinien. Ch. Clermont-Ganneau, t. ir, TPOC NOTON ATIO AAN THC TIPOC TIANEAAI HTIC OPIZEI TA TTPOC BOPPAN ; Eusébe, Onomasticon, 234, 100. C'est la formule connue : de Dan à Bersabée, Dan contre Panéas.
FEPAPA. La position de Gerar, indiquée tout près et à l'ouest de Bersabée, n'est guère favorable à l'identification moderne avec la Kh. Oumm Djerrar (près de Gaza, au sud).
FEPAPA BACIAIKH MOTE ITOAIC TON ŒYAICTIAIGN KA ! OPION TON XANANAICON TO TIPOC NOTON €NOA TO l€FAPITIKON [c x] ATON. Emprunté pour la substance à Eusèbe, Onomasticon, 240, 28 : l'épxpa.&q' hg vOv xaketrar 5] lepupucuxt), brép vóv Axoœouav xetuévr, éréyovox ' a7uelotc xé poc vócov. fiy ĝe cO Tc 6v TÀV Xavavalcy óptov mpóc usornubplav xal mós Basori cv Durcrule. xeira 8è (c now fj oar) dvg uécov Káne xxi &vX uícov Zodo 000 grito, The uèv tj Alyürco TÜDAXELLÉVNS. elo NV wxrfjvrrnoEv Ó Axóc Tv Épulpav ÜdAxccxv desA0dv, Tic dE Kéônc éni thv viv Lapaxv épnulxv Tupatetvo donc. Gerara fut un siège | zt MADABA a563 ACEMCGÓNA TIOAIC ETII THC EPHI[uov]ALOPI- — ZOYCA Alr[uzzov] KAI THN EIC GA^[xcoxv dte£08ov]. | Eusèbe, 214, 58 : ' Acsucvá. nóg £v Th ppo dx vócou tic « lou8x(ac, Stopitouox Alyurrov x« l thv sig.
ÜxXecoaxvy Gu£Eo8ov. quXT ' »Ioo8« .
€AOYCA. Manque à Eusèbe : cf. Ptolémée, v, 16 ; | Étienne de Byzance, 119, 19 ; Jacoby, p. 45-46.
Al[ucvx. La restitution du P. Lagrange s'appuie | sur la mention d'une ville Dimona dans le Négb (Josüé, xv, 22) qu'il n'y a pas de raison de confondre vade Dibon ; cf. la recension des Septante de Lucien, | 206, 42 ; Tedée.réarc Toúða, quAñc leparixñc xol móe Ecrit vOv xoun ueyiorn 'leÜktpk óc dmó onueloy x' « EXxsulüscomóXsoc, GAN Xptovtavówv, £v cQ Ecc) Axpou& rXnotov Maraläv. xeïrar xol dvorépo ; cf. 266, 87.
| HOTIC. Clermont-Ganneau, Recueil, t. n, p. 172,4 propose d'y reconnaitre Kh. Fonteis ou Fetis qui a fidèlement gardé le nom antique et est à peu près à moitié chemin entre Gaza et Bersabée.
OPAA. Pour la position, Kh. Oumm 'Adra (avec intervention de d et de r) conviendrait assez bien.
KAHPOC CYMEO)[v], lettres rouges de huit centil'est de Gaza ? COSBIAA (7) reportée à l'époque pré-arabe.
…. AMEA. Acaz :x( ?), patrie de saint Alaphion. SozoM mène, Hisl. ecc les., 1. III, c. xrv. BEOATFIAEA ( ?) MAAEBHNA H NY [v] MHNOIC. Eusèbe, OnomasM ticon, 279, 24 ; Mnôebnvé. œuAñc 'loó8x. xal Éoci vOv M EAPAIN. Peut-être Kh. el--Adär (forme du singulier) à 8 kilomètres au Sud-Ouest de Gaza. ClermontOCTPAKINH. Connue par les classiques. Pline, Hist. nat., v, 14 ; Josèphe, Bell. jud., IV, xr, 5 ; Hieroclès, 727, 1 ; Notilia 1, 713 : Oorexxnvn ; Table de TO TENTACXO [t] NON. Ville située à cinq schoenes TO KACIN. Le mont Casius était célèbre. Étienne de Byzance connait aussi une ville de K&ctov. Faut-il supposer qu'il manque une lettre à la mosaique, où qu'elle concerne une autre prononciation ? Cette dernière supposition est la plus probable, puis que le même M | la Palestine Ir, mais la situation n'était pas indiquée ;
T »53IN ( ?) E] |l] AZA. Au-dessus du plan de la ville, avec une — grande rue à colonnade conduisant à une superbe — basili que. — KAI NEA[xo]AIC.. Cf. Reland, yop. cit., p. 509 : IX uerk tà Pivoxépoupa 7j véx Toča xelta MÓALG occ — xol xor. — TO TOY ATIOY BIKTOPOY. Le nom de Victor | — est latin et surtout porté en Afrique. On trouve cependant un Victor, martyr sous Marc-Aurèle, dont les | — Actes ont paru justement suspects à Tillemont et aux = — bollandistes (14 mai) Ce martyr appartient tantôt |. à la Syrie, tantôt à l'Égypte. Il est remarquable que | notre sanctuaire est précisément à la frontière. Inde | venimus ad civitatem Maiumam Gazae, in qua requies- | cit sanctus Victor martyr, Jacoby, 55 ; Lagrange, |.. p. 179 ; Stevenson, p. 85.
|— OGAYAOA. Clermont-Ganneau avait donc raison | de soutenir que le nom de la patrie de saint Hilarion — était Oxux0x et non (9x6z0x. La position indiquée — par le mosaïste confirme ses déductions ; Clermont- | — Ganneau, Etu des d'archéol. orient., t. m, p. 11.
—. OPOIAIFYTITOY KALITTAAAICTINHC. cubes rouges, Égypte : :
TTHAOYGC [txxov], lettres noires. Branche Pélusia que. A 3 CÉBENNY [rexov] lettres blanches. Branche Seben- |— nyti que. | — CAlfrixov]. Blanc. Branche Saiti que ; Strabon pré— fére Taniti que. u BOYK[oAXt« ov]. Blanc. Correspond à la branche que la mosaique indique probablement le lac Serbonis par — un grand rectangle vert.
E.. BOYABYTIKO [v]. Dans Strabon Bo385tztvov.
OMOYIC. Josèphe, Bell. jud., IV, 659. C'est une des | étapes de Titus ; Jacoby, p. 42.
CAIC. Ville très connue. S. Athanase, loc. cil. ; Jacoby, p. 40.
H NIKIOY. Ville de la Basse-Égypte, mentionnée par Étienne de Byzance et Antonin. Ville épiscopale (on sous-entend ici xóA :2) ; Jacoby, p. 40.
H TIAYAINOY. Sous-entendre móAt. ; comme précédemment ; Jacoby, p. 38. ;
H XAI[pzov]. Ville connue par Étienne de Byzance qui la place sur le Nil ; cf. Revue bibli que, 1896, p. 313 : Jacoby, p. 39.
OENNECOC. Gams cite un évêque de Thennesus, dépendant de Péluse ; Jacoby, p. 42. 2 TO A... Gams cite une ville d'Aphnacum, dépendante de Péluse ; Jacoby, p. 43.
FSEPMOYITOAIC. Strabon, 681, 30 ; S. Athanase, loc. Cil. ; cf. Rev. bibli que, 1896, p. 513 ; Jacoby, p. 38.
XOPTAC(O. D'après Étienne de Byzance, ce nom fut imposé à la ville par Cléopâtre ; Jacoby, p. 39.
KAINOYTIOAIC, Une ville de ce nom se trouve dans Procope, mais ne convient pas comme situation.
HXAI ( ?)
Il faut en outre mentionner trois fragments.
| indiquerait une forme originale Gabar (G'bár, Ag'bär).
859 du côté du nord. Or on sait que quelques années avant la découverte de la grande carte mosaïque, le P. Germer-Durand ! en avait relevé un fragment isolé qui ne permettait pas alors de deviner son caractère purement géographique et de soupçonner l'ensemble imposant auquel il appartenait ; il contenait le nom de ZaGourcwv et un débris de la bénédiction de Zabulon par Jacob (Gen., XLIX, 13) : « Zabulon habitera au bord de la mer et s'étendra jusqu'à Sidon. » C'est le fragment dont nous venons de parler.
3. Fragment aujour d'hui disparu, que le P. Germer-Durand avait publié ? avec le précédent, non sans se méprendre tout à fait sur sa significaticn. Il se composait de ces trois lignes.
Le P. Germer-Durand y voyait un nom propre de femme Sarephtha Macraco (diminutif de Macrina) suivi de dyorrexn, pour ó5océ£x*« (déuToxoc), adjectif faisant allusion à une heureuse délivrance et peut-être à une date. Avant qu'on connût rien de la mosaique de Mádabá, Clermont-Ganneau proposa de reconnaitre dans ce fragment le nom de la ville de Sarephla, et, non sans quelque hésitation, de restituer uxxexxeo [un] »village long » en comparant un passage de la Vie de Pierre l'Ibère, passage dans lequel il montrait que la localité appelée « Village Long » ne pouvait, d'après le contexte, représenter que la ville de Sarephta. Cette dernière conclusion a été pleinement vérifiée par la découverte de la carte mosaïque et on peut maintenir la leçon du texte syriaque sans correction, le « Village Long » étant réellement le nom nouveau ou le sobriquet de Sarephta.
Zapégux [n] Mxxp& Kou] frou) véx(v)[ov TyyépOn ? £v c-] 5 huépa Exelvm., Conclusion. — Au début de ce travail nous posions la question que soulève la carte de Mâdabä. Son origine ? Son but ? Ce qu'il faut considérer avant tout, c'est la position de Màdabà, située tout prés du mont Nebo, et, à l'épo que byzantine, la ville la plus importante qui s'élevát dans ces parages ou survivait le souvenir grandiose de Moïse. Non loin de là, le chef | d'Israél recut de Jehovah l'ordre de gravir le Pisgah où il devait mourir aprés avoir eu la consolation de contempler dans une vision supréme, dans toute son étendue, le pays de Chanaan promis à son peuple.
Il semble qu'on ait eu l'intention de figurer dans ce tableau géographi que le spectacle qui se déroula devant les veux émerveillés du vieux prophète mourant. Il est certain que cet épisode était familier aux artistes byzantins. Dans les mosaiques de la basili que de Sainte-Marie-Majeure on reléve la mention significative suivante : « Moïse voit la Terre Promise de la montagne. » Pour quoi n'aurait-on pas eu l'idée de montrer au naturel cela méme que Moise voyait, tout prés de l'endroit, sinon à l'endroit méme ou il l'a vu ? hien de plus séduisant et de plus logi que.
On s'expliquerait bien, en tout cas, dans cette concernant lesdites tribus. Sans doute, on peut dire que le mosaiste ne faisait, sur ce point, que suivre les indications de l'Onomasticon qui lui a visiblement servi de guide pour le tout ; mais encore faut-il reconnaitre que la chose devait.avoir pour lui un intérét particulier puisqu'il n'a pas cru devoir supprimer ces longues citations bibliques qui surchargeaient la carte et compliquaient singulièrement sa tâche déjà si ardue. ' On s'expliquerait également bien ainsi pour quoi la carte comprend non seulement la Terre Promise 1 proprement dite, mais aussi la Basse-Égypte, c'estM à-dire le théâtre des hauts faits de Moïse et des événements précédant l'Exode que figurerait ici cette région. | La vision de Moïse était une vision surnaturelle, mais si on reproche au mosaiste d'y figurer des vil les byzantines, il peut répondre qu'il ne pouvait figurer la Terre Promise du temps de Moïse que, d'ailleurs, il est impossible de découvrir en entier du sommet du Nebo. En matière de vision, l'espace et le temps tolé- « rent bien des accommodements.
Telle est l'histoire sommaire d'un monument uni que - | dans l'histoire de l'archéologie chrétienne. A quelques pas seulement au Nord de la basili que n ? 1 qui vient d'être décrite se trouve une citerne de ` gran des dimensions ; sur un cóté on lit cette inscription en relief sur l'enduit :
ANEKAINICOHYTIOIOYCTINIANOYAYTOKPATOPOC |
« Avexatvto0 orb »Ioucctutavos ab roxp&cropoc T&v “Pouciov aux quatre ang les est figurée la croix avec l’accla4 IC NV xc > <q NI À KA La mention de l'empereur Justinien sur cette inscription ne peut que venir confirmer la date probable assignée à la mosai que géographi que.
II. ÉGLISE N. 2. — L'église est située le long de la rue du Forum, à gauche en se dirigeant vers la porte de l'Est. Cette rue devait être une des principa les de la ville ; elle était bordée de portiques dont on voit encore les tra ces sur une longueur de
cette gracieuse rotonde est « actuellement tout entiére comprise dans une maison particulière. Sa forme parait tellement bizarre et originale... » et en effet, il n'y a plus lieu de tenir compte de, son croquis depuis que dom Manfredi a donné le plan (fig. 7421). C'est on le voit une chapelle en forme de rotonde dont x l'intérieur est du plus grand intérêt » Cette église devenue la propriété et la maison d'habitation d'un Grec schismati que, était pres que toujours invisible, au moins quant à ses parties les plus intéressantes..
C'est d'abord un magnifi que pavement en mosai que assez fine et trés ornementée qui couvrait tout le sol et qui sert encore maintenant de pavement à toute la maison. Mais le joyau le plus précieux, ce sont les inscriptions que renferme cette mosai que. Celle du milieu est bien entiére, rien n'y man que absolument, Elle occupe exactement le centre de l'édifice, et elle 860 | hypothèse, le soin avec lequel le mosaiste indi que la 4 distribution du territoire selon les tribus d'Israël, et 1 le rappel des diverses bénédictions non seulement de M Jacob (Gen., XLIX), mais aussi de Moïse (Deut., xxxrm) 4. 861 dde ie th est inscrite dans un cercle formé par une élégante —bordure en mosai que. Les cubes des lettres sont | noirs sur fond blanc. Le diamètre de la circonférence —eontenant l'inscription est de 1 m. 36. Les lettres — mesurent 0 m. 11 de hauteur. La reproduction qu'on | en donne ici est faite d'aprés une photographie, elle -est donc parfaitement exacte quoi que un peu défor- | mée ; le cercle a pris l'apparence d'une ellipse, mais -ce détail peut étre rectifiée par l'imagination (lig.
— 7422). | Ce fut par ce texte que, pour la première fois, l'attention des archéologues fut attirée sur Mádabà 362 piciens purifica mentem el carnem el opera ut puris precibus ipsum Deum... populum : « En regardant la vierge Marie, mére de Dieu, et celui qu'elle a enfanté, le Christ, souverain Hoi, fils uni que de Dieu uni que sois pur selon l'esprit et selon la chair et selon les œuvres afin que tu puisses purifier par tes prières le peuple mortel lui-même (x$róv Ü[vrov] A« óv). » Le dernier vers est imparfait pour le sens ainsi que pour là prosodie ; probablement le mosaïste a sauté l'avant-dernier mot qui précéde Axóv. Le P. GermerDurand, en publiant le premier cette inscription ?, avait vu, lui aussi, qu'elle péchait pour le sens et voulait suppléer au début le mot Eüyouev, ce qui est aussi arbitraire que superflu.
Dans le petit atrium qui se trouve devant l'église
EN
Ss.
SS NN NV
W Ñ
f en 1887. J.-B. De Rossi le fit connaitre et il en donna — la transcription suivante ? :
V ENAAON Y Hzgüevicty Mapiny Oeouhtopa xal 6v Eruxteu X (piotò)y Taubaoranx Üzoó uóvov u'tx uobvon _ Aepxôuevoc xaÜ&osue v6ov xal odpxa xxl Épyx Oc wxÜxoxic sdyatcs xocov Oled )v X« óv Virgineam Mariam Dei malrem et quem | peperit — Christum omnium regem Dei unici filium unicum adsdont nous parlons, soutenu par quatre colonnes, on lit sur le pavement l'inscription suivante : AFIA MAFIA BOHOI MHNA TG) A...... = 4 ' Avyix Magix Bond Muy cà 9(ouAQ cou) Sancta Maria adjuva Menam servum tuum, L'orthographe est, comme on le voit, passablement défectueuse.
A l'intérieur de la rotonde, prés de l'abside, on lit une assez longue inscription relative au pavement en mosai que, lettres noires sur fond blanc ; haut. des lettres, 0,09 :
OTTANKAAONEPI ONTSTOTHC VYIct OC TSKCETITGYHSTHCAF IAKAXPANTOAECTIOI.. TOOKSCTISAHKTIPOOYMIATÓSGIAC)XYAASTAYC.. AABCONYTTEPCCOTHPIAC KANTIAHMCEOCADE -..N TONK APTTO t QPHCANTCGONK KAPTO d C).. ATIO TCO TTOT $ TOO AMHNKE €T AIAIG 1 e... OEC€SOMINHSEBPSOAPHO ET 8CY OAINAKE (+) mav xxAov Épyov voUTo Tf die« ogc (ecc ToU LepoU Hoc pulcherrimum opus pavimenti tessellati et venerabilis domus sanclae et immaculatæ dominae Dei geniiricis cura el studio Chrisli amantis populi... MedaBis a PP eingi «
863 MADABA | - 8640
600 + 70 + 4 = 674 de l'ére des Séleuci des, corresE borum pro salute et remuneratione (et remissione peccalorum ?) eorum qui opem contulerunt et conferunt huic sancto loco, amen domine, perfectum est (providentia) Dei mense februario anno... ?4 indiclione quinta. Lig. 2 du texte publié dans Cosmos : ATACAXPANTS (omnino immaculatae) ; lig. 3, les quatre dernières lettres qui précédent la mention des fidè les de Máàdabà restent douteuses pour De Rossi, tandis que GermerDurand lit : +{(où) &)ec)u(oc), mais le sigle TAYC est étranger à l'épigraphie ; lig. 4 et 5, le rapprochement avec d'autres inscriptions grecques, notamment du Corp. inser. graec., t. 1v, n. 8616, 8685, inviterait à suppléer à la fin de la ligne 4 et au début de la ligne 5 : (xxi) Xoé(osog cv &pxptt)v, si cette formule n m trop longue pour l'espace dont on dispose ; lig. 7, dans la version donnée par Cosmos les chiffres indiquer l'année sont COA, soit 274, et le P, Germer-Durand opine que c'est l'ère vulgaire 227, en comptant depuis 313 où on commença à noter lindiction. Cette ère n'est ja mais employée, principalement en Syrie-Palestine. Le chiffre des centaines reste douteux et De Hossi renonce à proposer une date précise, il s'en tient à la période du vi* siècle.
Avant de donner la transcription restituée et la traduction de ce texte, nous rappellerons les observations du P. Séjourné :
Ligne 1, — Au commencement de cette première on n'a ajouté qu'une seule lettre, alors que pour les lignes suivantes on en avait toujours suppléé cinq, six ou méme sept. La raison en est que cette première ligne est un peu moins couverte par la muraille. En outre, il est trés possible et conforme à un usage trés répandu que le début de cette premiére ligne füt un peu en retrait sur les lignes suivantes. La [fin de la premiére ligne est cachée par le mur et permet de supposer la présence de sept ou huit lettres ; jupooczcoc pour dm79occzcoc est un iotacisme qui se reproduira plusieurs fois. Nous aurons encore l'occasion de relever de nombreuses transmutations de diphtongues ou de voyel les, quand la prononciation est la méme.
Ligne 2. — L'emploi de K avec le jambage inférieur barré est l'abréviation bien connue de x« i ; YKS pour oixou ; le sigma final de &yíxc est lié avec le sigle suivant, une manière d'S, abréviation pour xoi dont on trouve la répétition aux troisième, quatrième et cinquiéme lignes.
Ligne 4. — TOMK$ pour 70x05 ; les deux abréviations XY pour X protoŬ et TAYC pour atng se rencontrent fréquemment dans les inscriptions et les textes sur papyrus.
Ligne 4. — Dans avr uozoc les lettres u et c sont exprimées à la place de la lettre double d qui les remplace, et dans la terminaison, o tient lieu de w.
Ligne 5. — Le mot xxgzogoprnoxecovy dans le sens de bienfaiteurs, dit le P. Germer-Durand, se retrouve dans une inscription du mont Sinai !. La méme interprétation pour ce mot et pour le mot xxermogópov est confirmée par les moines grecs de Jérusalem.
Ligne 6. — Nombreuses transmutations de lettres ; le mosaiste semble brouillé avec l'orthographe.
Ligne 7. — De même ici puvn peOpouxpro pour unvi oe6pouxpio. La principale difficulté est la date indiquée par les troissig les : E'O'A'. Les deux derniers sont clairs, le premier ne l'est pas, ce qui se lit ressemble à ceci H. Le P. Séjourné s'est arrété à l'idée que ce serait le digamma F transformé peu à peu, vers le nè siècle en h et en 5. On l'appela aussi ozeypux à cause de cette dernière forme qui rappelait la ligature ot. Le digamma ou stigma avait la valeur 6 ; avec un trait spécial c'était 6000. On suppose que le négligent mosaiste aura omis un trait de cette sorte, trait | qui aurait la valeur 600. En ce cas, nous aurions ici : pondant à l'an 362 de notre ère et à une cinquième indiction * D'abord voici une transcription du texte restitué :
[T]ó rv xxXóv Epyov rodro TIG wIm]eoo]scc ToU ie-] [p00 co05]vou xixi] cermt00 olilxou tic yix [g xat] dypžvtov Aecrot- [vis Üeo]r[é]xou omoun xil] reofuule +05 prilo] y[pisTt]ou Axoû a ll [1óXecc Me]8d6ov úrèp cornpluc x[xi]avcuxn [h ews... [5 ]v tv xxpropoprodvrev w[al] xxormo 9[9]- [pev £v] [yt [€] z[ó6]m[o] 7097. »Aun Kit” « E-leleh[05 814] eo. ufrivltlpeñpouæplio], RE ( ?) o'8', id [r]« [7tX&vns]z'.
« Ce très beau travail de mosaïque de ce sanctuaire et maison sainte de la toute pure Souveraine Mère de Dieu (a été fait) par les soins et le zèle de cette ville de Mádabá, pour le salut et la récompense des bienfaiteurs défunts et des bienfaiteurs (vivants) dans ce sanctuaire. Amen, Seigneur ! Il a été achevé avec l'aide de Dieu, au mois de février de l'an 74, indiction 5. » D'évov[s]v TÒ mv Epyov vic Ynleléloeoc 700 évôcéou „xal ravaérrou Uéprusoc dyioù Xpotorogpópou, Emi ToU M ÜzogrAgo[ 7700] l'ewpytou &gyiee[sexc] x[xi]yopsgmtox- | Koópou Suwx[óvou] x[xi]iztzp[ómou], Ütép cornpi [xc] [àv ITO XvnpAt [oy] otxovouov xixi] velo]oyév x[xt] z[G]v réxvou aûrov x [i] THS. xAnpou x [xl] Tüv xXerogoponvr[ov], £v ypôvorc +où ücocs6eo [cov] två [txzt&voc]O.
Le rapprochement entre les formules s'offre, pour ainsi dire, de lui-même ; en outre la paléographie semble présenter des formes identiques dans les ligatures, les abréviations, en particulier une sorte d'épiséme pour figurer xxi. Le vocabulaire est plus frappant encore : « d'abord la désignation du travail par les mots | ó mxXv Épyov tis Vngeozsog précédés peut-être ( ?) T sur la mosaïque de Mádabà, elle aussi, par le mot Y£yoygv ; — l'indication du monument ici : la demeure M de la Reine Mère de Dieu, là celle de l'illustre et très vénéré martyr saint Christophe ; — à la suite de ces préliminaires : dans le mosaïque de Kabr-Hiram « M les noms des personnages ecclésiastiques exerçant une « juridiction sur le pays au moment où l'ouvrage fut exécuté : Georges, archiprétre et chorévêque, le diacre Cyrus, et enfin Zacharie, qualifié de très humble prêtre et qui doit être celui qui a fait l'inscription, qui remplit, en un mot, le rôle ailleurs exprimé par a7 :0997 $ suivi d'un génitif ; et en effet, dans l'inscription de « Mädabä, à cette même place, les mots orouô7 to ouAoyolocou Axoŭ zabrns modems MiOXóov ; — dans — l'un et l'autre monument, la même mention, et dans = les mêmes termes, qui ne sont point d'un usage courant, des bienfaiteurs au salut de qui l'œuvre est consacrée : ép GOTNPLES zv AAPTOPOPOUVT EN, onte coyrnplac T6 xa xXxgnogópcy ; — enfin une date exprimée par mois, année et indiction. importance à cause des discussions auxquelles a —À Em Tee PTIT 72 Sica a DI Ta CL ke uu tir ; TAM S AER OE AC Io Ind et aet ta E Lan a À |j E 4g p — impliquerait donc une sorte de mensonge dans l'em$ donné lieu la date de la mosaïque de Kabr-Hiram. - L'inscription est à coup sûr de la deuxième moitié — du vi siècle ou du début du vrr. Mais J.-B. De Rossi Let À. de Longpérier, se fondant sur le style de la décoration qui est celui de la décadence du style grec et romain ou de la transition entre le style païen et le style chrétien et qu'ils déclaraient être celui du IV* siècle, émirent l'hypothèse que la plus grande - partie de la mosaïque aurait été faite vers l'époque constantinienne, peut-être pour une basilique profane, et que. quand plus tard on consacra le monument au culte chrétien ou quand on le restaura, on | aurait refait seulement la partie qui couvrait le sanctuaire et les dépendances et qu'occupe précisément l'inscription. u La théorie de J.-B. De Rossi, si on l'acceptait, - ploi des mots yéyovev tÒ mz&v Éoyov The dnpooceuc, - puisqu'une bien faible partie en réalité aurait été 1 l'œuvre des dignitaires ecclésiastiques nommés. « Il pest difficile, lui répondait Ern. Renan !. qu'ils aient eu l'impudence de s'attribuer aux yeux de leurs contemporains un ouvrage que tous les gens de la localité savaient antérieur et aient en quel que sorte - cherché à jouer la divinité et les saints, en dédiant, comme leur ouvrage pour un but pieux, un travail qu'ils n'avaient pas fait. Si Georges et Cyrus n'ont - fait que la partie centrale c'est bien peu de chose ;
EP y avait pas besoin de x« progopobovcec pour cela, et, en tous cas, ces souscripteurs n'ont pu manquer ) de sourire en voyant leur petite contribution obtenir n eflet si disproportionné, » i L'argument de sentiment, si l'on peut ainsi parb. se fortifiait de raisons peut-être plus convaincantes. L'une des églises du Mont-Sinai est ornée | d'une mosaïque dont la dédicace porte cette même. formule : YÉYOVEV TO TV Ëpyov TOUTO rèp cortnplag | Tüv xxprogoprncxvroy , et cette mosaïque a été faite sous Justinien. Une autre mosaïque, découverte à. Berja, à la suite de la mission de Henan, porte égale- - ment une inscription £y [£]v [e ]co ñ d'Agootc Ert... qui par sa date et sa paléographie est évidemment - contemporaine de l'inscription de la mosaïque de Kabr-Hiram . « Si donc la mosaïque de Berja, ajoutait Renan, est du même style que celle de Kabr. Hiram, il faut admettre que les deux mosaïques sont - de la deuxième moitié du vr siècle ; car de prétendre - qu'à Berja aussi il y ait discordance entre l'âge de l'inscription et l’âge de la mosaïque, qu'à Berja aussi - on a, au vi : siècle, fait adaptation d'un ouvrage ancien au christianisme, avec le même mensonge ce la part des autorités ecclésiastiques, c'est ce qui est insoutenable... A Berja, l'unité de l'ouvrage est complète, - l'adjonction de l'inscription, n'ayant été accompagnée d'aucun autre travail, serait une imposture sans - contemporaine de celles de Kabr-Hiram et de Berja, leur presque absolue similitude l'atteste. L'église de — Mädabä avait donc été décorée à la même époque qu'assigne E. Renan aux mosaïques ci-dessus mentionnées et justifie par un nouvel exemple la conclusion qu'il formule, à savoir qu'il faut considérer la. mosaïque aujour d'hui exposée au Louvre (galerie — Mollien) « comme un fruit de la grande renaissance du 866 tra ces dans tout l'Orient, en Égypte, en Syrie, au Mont-Sinaï, dans le Hauran. Le travail de ce temps consiste surtout en mosaïques, en dallages, en placages de marbres. La mosaïque de Kabr-Hiram fait ainsi partie c'un ensemble d'œuvres constituant une vraie période d'art chrétien, où la Syrie joue le premier rôle 5. » Il s'ensuit, on le voit, qu'on ne saurait adopter la date proposée pour la mosaïque de Mádabà par le P. Séjourné, qui, identifiant l'ère donnée par l'inscription à l'ère des Séleucides, l'année 362 après Jésus-Christ. La date doit être reculée de près de deux siècles et demi, Mais il est difficile de préciser davantage. Le P. Séjourné voit dans le premier signe un digamma auquel il donne arbitrairement la valeur de 600, et il lit par suite 674. La première idée qui se présente à l'esprit est qu'il s'agit d'un sigma cassé. Le chiffre 274, qu'on obtiendrait ainsi, donnerait, en prenant pour point de départ l'année 313, à laquelle on fait commencer le cycle des indictions, la date 587, vraisemblable archéologiquement. Mais Glermont-Ganneau, d'après une copie de Germer-Durand, refuse d'admettre un sigma et propose de reconnaître un sampi = 900, soit d’après l'ére des Séleucides, l'année 663 après J.-C. L'indiction V appartient à l'année 661-662, mais de légers désaccords de ce genre se trouvent plus d'une fois. Une objection plus grave résulte du fait que cette date 663 nous reporte après la conquête musulmane : il est vrai qu'à l'origine les conquérants se montrèrent tolérants et laissèrent de grandes libertés religieuses aux populations indigènes ; l'expression - gtA6yptocvoc Axóc semblerait même impliquer précisément la coexistence à Mádabà d'un élément de population non chrétien, c'est-à-dire musulman.
« Enfin, Renan constate, à propos de la mosaïque de Kabr-Hiram, que, pour les monuments de la côte de Syrie, l'ére des Séleucides l'a toujours mené à des résultats inadmissibles et que ce sont les éres propres des différentes villes qui conviennent le mieux. La mosaïque Ge Kabr-Hiram, par exemple, serait datée d'après l'ère de Tyr, qui donnerait, pour l'année Wæ = 701, l'année 580 ou 581 après J.-C. Il semble que, la date matérielle de l'inscription ce Mádabá une fois bien établie, le plus vraisemblable serait de chercher dans l'emploi d'une ére locale le secret de son interprétation . » On pourrait croire qu'à Mâdabà on ait fait usage simultanément de plusieurs ères : Séleucides 7, Bostra, règne de Constantin . L'hypothèse d'une ère locale n'a rien que de très vraisemblable. Máàdabà eut assez d'importance pour servir de point de départ au numérotage des milliaires sur une des voies romaines vers l'Arnon * ; pour quoi n'eût-elle pas eu son ère spéciale ? Reprenant la lecture proposée par le P. Germer : Durand !^pour l'inscription, malheureusement en fort attribue l'œuvre à.
867 MADABA 868 3
IHI. ÉGLISE N. 3. — Cette église se trouve dans la région est de la ville, le long de la rue du Forum, à :25 m. sud-ouest de la chapelle en rotonde dédiée à la vierge Marie, qui vient d'être décrite (n. 2). Cette
NS
Tip D babes LL si = SORT | fois, il s'agit d'une église avec crypte à laquelle on | conserve Son nom antique d'Élianée, puisqu'elle était dédiée à Saint-Élie * (fig. 7424). Sur le plan ci-contre | on remarquera le mur extérieur couvert de hachures : c'est la partie ancienne conservée ; les n. 1 et 2 de chaque côté, du sanctuaire indiquant les accès de la crypte qui s'étend sous la partie rectangulaire du sanctuaire ; enfin, dans la nef principale, les n. let2, |
O MCEPTL TX OEO I-
autour d'une citerne dont la betche est à 4 ou 2, mètres au Nord de la porte, donne une justification à cette hypothèse. L'inscription circulaire 1 se trouve précisément dans l'axe de l'édifice et les 4 m. 50 qui la séparent de la grande inscription 2 sont pavés, dans toute la largeur de la nef, de mosaïques malheureusement fort endommagées. Cependant le P. Séjourné y a vu et photographié une belle coupe. Trois, et même quatre bases de colonnes peuvent encore être reconnues engagées à leur place primitive dans un mur moderne. Leur écartement régulier permet de déterminer la largeur et le nombre au moins approximatif | des travées. Le mur E qui ferme actuellement la crypte a été fort retouché, mais parait en place à Ü m. 10 en retrait de la bordure de mosaïque enca- drant le sujet d'ensemble du pavement. i reste de E. la crypte est assez bien conservé et sert d'habitation après avoir fait office de grenier.
Aucun vestige de l'abside de la grande nef 1 n 'ayant | $ été vu, il serait possible de la supposer intérieure à un mur qui terminerait l'édifice. Elle correspondrait en ce cas à peu près exactement à la crypte et les dimensions totales se rapprocheraient beaucoup de celles de l'église n. 1.
On remarquera l'analogie de placement et de forme des deux inscriptions ici et dans l'église n. 2.
Dans l'église supérieure nous trouvons deux textes » WEINHCPYCEOCETTEKEI NAPOOPACS TINIGPAHATTH,AAON XANINATGFHCACTIPOC « HAGHM ACOTIPOPHTHCEYXHCY NEPTHCACS TON AETONTIEPIKAAAH S AEONTIGTSITPATÉIEPEGOCSEIPHNHCT MHCISEPACTYKOT 0 C T€ A MEI : ÉPPORTICTE AGPATIPOCAEXNYMMHNATIAMDIASSOCOAGCIS AAEAS $
A |TIAPIGNBOHOCIATINOMY TOICTESTOTATIEIN OAC TEEITETOT ETO NENENETEIPBINATA — W T
marquant la place de I’ « inscription circulaire » et de la « grande inscription ».
La première assise des deux pieds-droits de la porte principale est encore in situ. A sa suite, la ligne du mur de façade est nettement indiquée sur une étendue de plusieurs mètres. Nulle trace de portes latérales, dans l'état actuel du sol. L'espace ouvert devant cette entrée fait songer à un atrium à colonnades. La présence de plusieurs bases et tambours de colonnes remarquables, l'un par son étendue, l'autre par sa disposition.
Le premier des deux, la « grande inscription », fut donné pour la première fois par le P. Séjourné, qui établit ses transcriptions sur des copies de diverses mains, collationnées à plusieurs reprises sur la mosaique et contrôlées en partie par des photographies, ce qui offrait bien quelques garanties d'exactitude. M. E. Kalinka prétendit mieux faire et donna, en 1900, la pers YT Y te EE Ie Sai Jew durs As
ANG)
du De Ip LT EE rer
EXT
————7 Dans plusieurs cas une petite lettre placée au-dessus d'une autre indique une abréviation. Il faut dès lors suppléer la fin du mot d'après le contexte. Dans ce cas, on mettra entre parenthèses ( ) ce qui parait être la terminaison indiquée. Le signe S, qui, au premier abord parait marquer la fin d'une ligne | mesurée, se retrouve dans la mosaique de la Vierge à Mádabà et dans celle de Kabr-Hiram, comme une abréviation pour xxt. Cette « grande inscription » n'est d'ailleurs pas métrique (fig. 7425). Voici la transcription du P. Séjourné :
‘O m&ons évfponelvne qocscoc ènéxeivæ pÜopäc xol [rèv i ipa ALT NV AOV AAAVEYOY AGE npóc danez ulx[v----. Chw Hrigs à TEOPATN ET [cvvepr)oxc xxL tóvðs rûv Tepihi vzv el lopo (7) Acovtlou toU Toxbta- (zou) tep£cg xalsionvnc vynslou XÓTOUG TE | [user Gloué(vou) Zepytou roù Oso[otAoo el TOÙ POOVTIGTOÙ [px reosdesyvuué(vou). Mr, Tlauotiou xxi Ozo- [oslov à3eXgov aytplavw Bonbei La yYwo[péve »v] role TE xul r6 tarev [&ozégt tovto. l'éyovev év Era 96 lv8(vxctévoc) tx.
Ligne 1, dans la cassure du début le P. Séjourné | crut reconnaitre les traces d'une croix ; E. Kalinka | restitue 'Az]ó, ce qui est possible, à condition d'avoir la place, ce qui est douteux ; ligne 2, mpóc XArüeuxv uíxp-. :-E]fA« ; dans cette lacune E. Kalinka loge huit lettres : z.XX. uix [v & cà Kopu] hað, ce qui peut tenir à la rigueur, mais le débris de lettre encore visible avant co est un Z et non un p, ce qui ruine la conjecture ; ligne 3, l'abréviation qui suit la cassure est lue 6', on n'en sait pas la raison ; ligne 5, ce que le P. Séjourné avait copié et la Bonbeix yivoluévoy] sois devient pour E. Kalinka : Border (7). L'omission de e dans œy1e serait déjà | anormale dans un texte aussi soigné ; plus anormal encore est pd d'un mot tel que vouirorate nes FPP guère å Élie, s'il veut signifier « législateur » ; la lettre qui précède orete est d’ ccn un i5 at non un B.
: Placé au delà de la corruption qui atteint toute la nature humaine, celui qui a ramené le peuple d'Israël vers la vérité une, le prophète Élie (agissant ?) par le zèle et coopérant par la prière, a aussi bâti ce | beau temple par les soins du... Léonce, le trés doux prêtre, véritable ami de la paix, et qui a succédé aux travaux de Sergios, l'ami de Dieu, et le contemplatif qui avait recueilli des présents.
« Ménas, Pamphile et Théodose, frères Aegiariens, ! la Faculté orientale, 1909, t. m, fasc. 2, p. 52*.
572 étaient leur aide, à eux et à cette même cité. Cela $ D eut lieu l'an 502, indiction onzième.
L'inscription ronde est le nom donné au deuxième M texte parce qu'il est inscrit entre deux cercles concentriques distants de 0 m. 20 encadrant un médaillon M dont le motif principal est enfoui sous une couche de E ciment. Les lettres ornementées et déliées ont 0 m. 16 — de hauteur. Le mur d'une petite habitation assis sur © la mosaique dérobe malheureusement une partie — de l'inscription détériorée encore sur un ou deux autres points. On voit sur la fig. 7426, ce qui 'est lisible :
« Toi qui suscites les nuages générateurs de la pluie M prenant les foules en pitié, prophète, souviens-toi aussi de ceux qui ont contribué, et de cette humble cité, » La restitution du P. Séjourné est basée par le sens : sur I Reg., xvm, 32-45 et reste conjecturale ; elle — présente plus de vraisemblance que celle de E. Kalinka. ri Beploo rod 6otwrérou Érztaxónoo T Onoudn Xepylou mptoburípou Toù you AlAxvob èv TQ VQ ÊTEL « Le Christ Dieu a élevé cette maison sous le très saint évêque Sergios, par les soins de Sergios, prêtre du Saint-Elianée, en l'année 490 » L'église n. 3 a donc été construite sous l'épiscopat de l'évêque de Máàdabà Sergios, par le prêtre Sergios, attaché au Saint-Élianée. Le texte n'offre pas de difficulté, mais il n'en est pas de même pour la date. Le P. Kléopas qui l'imprima des premiers ! “en caractères typographiques donna cette transcription EN T€) YZT ETEI'. De même le Zeitschrift der deutschen PaliestinaVereins mentionne une inscription de 406 qui paraitrait d'un travail semblable à la carte géographique ?. Dès lors, il y avait lieu de se reporter au dessin du P. H. Vincent, et de se demander ; nd . AS HL E 22 Em 5 4 » 7 A na mmm mm Eum mm nm mm RN j A am E a 7 i F G 2284 r / * A z | Ü i I EC s ^ | ^ ^ | 7 « B 7 | p : Ki / A E 3 7 | 1 f
NN
»der si au lieu de lire un peu sommairement og = 406, dl n'y aurait pas lieu de lire o = 490. .
… « Le g sans doute est d'un usage plus fréquent, mais la forme de ce caractère convient mieux au koppa, tel qu'il est figuré dans deux inscriptions du Corpus, qui sont toutefois de beaucoup postérieures et pro- — viennent l'une de Sicile, l'autre de l'Italie méridionale 2. Il ne parait pas douteux que l'ère employée ne — soit l'ère de Bostra, l'ère de la province d'Arabie, où Mádabà est formellement placée par l'Onomasicon d'Eusébe, ère qui a son point de départ en 106 « après J.-C. Il est vrai qu'une inscription de Mádabà 1 qui est datée à la fois de l'an 19 de l'empereur Antonin et d'une année MT :
= 340, pourrait donner à croire à l'existence d'une ère locale remontant à Tan 183 avant J.-C. Outre, toutefois, qu'un tel point — de départ parait, par lui-méme, bien haut et que la | lecture MT est par suite peut-être à corriger dans d'inscription en question 5, il est clair que ladite ère, si tant est qu'elle ait existé, ne peut d'aucune manière être en cause ici. Quoi que le Corpus indique, pour des monuments des villes relativement voisines d'Adraa et de Bostra, des dédicaces datées des années vý = 407, ut = 410, u$ = 417 *, la lecture vo, 490, donnant d'après l'ère d'Arabie la date de 596, aurait l'avantage de nous reporter à une date postérieure à Justinien, plus appropriée par suite, semble-t-il. En tout cas, l'on ne peut, on le voit, hésiter qu'entre 406 = 512 de notre ère et 490 = 596, dates avec lesquelles s'accordent aussi les formules ri Sepyion 700 OCLOTÉTOU ÉTLOKXOTOU arous Zepylou rpsoôurépou, et nous sommes loin de la période où le P. Kléopas prétendait placer l'exécution de la mosaïque géographique de Mådabå.
« Dans celle-ci d'ailleurs, il est tel détail, comme la gazelle poursuivie par un fauve dans une plaine au delà du Jourdain, qui rappelle les poursuites d'ani-
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IV. ÉGLISE N. 4. — A l'est de l'Élianée s'élève une autre basilique mesurant en longueur 29 m. sur 16 m. en largeur ; les muraux qui restent sont un peu au-dessus du niveau du sol et presque toutes les bases des colonnes sont encore en place. De l'atrium on n'a jusqu'ici relevé aucune trace, mais vu le peu d'espace qui règne entre la basilique n. 3 et la basilique n. 4, c'est à peine d'un narthex qu'il peut être question.
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375 | MADABA C898 :
L'abside en Cemi-cercle existe encore et on voyait la banquette sur laquelle s'asseyait le clergé ; cette banquette consiste en un gradin large de 0 m. 95, une marche carrée indique encore la place de la chaire épiscopale. Ici, comme dans la basilique n. 1, un parapet ou chancel délimite le sanctuaire jusqu'à la seconde travée à partir du chœur. De chaque côté de l'abside, le diaconicon et la sacristie (fig. 7429). Le pavement est en mosaïque, il figure de grands carrés posés diagonalement à l'axe de l'église, et ornés de fleurs, de fruits et d'animaux, mais de ces derniers il ne reste que peu de chose. Les mahométans qui n'ont pas fait grâce aux figures animales sur la mosaïque géographique, sauf à la gazelle, ne pouvaient évidemment pas épargner ce pavement.
V. ÉGLISE N. 5. — A l'ouest de l'Élianée, on a relevé les vestiges d'une abside, d'un mur latéral d'église orientée au Sud-Est. L'abside était surélevée de quelques degrés. Le peu qui subsistait de l'édifice acheva de disparaitre quand les Grecs schismatiques se servirent de ces matériaux pour les faire entrer dans la construction de leur nouvelle église.
VI. ÉGLISE N. 6. — On verra, sur le plan d'ensemble, l'emplacement de cette église dont les dimensions ne différent guère de celles des basiliques précédentes. Le pavement est conservé presque en entier, on reconnaît encore la courbe de l'abside ainsi que des vestiges des murs extérieurs et de la double colonnade intérieure ; ce sont ces indices qui ont permis à dom G. Manfredi de tracer le plan d'ensemble (fig. 7430). Chapiteaux corinthiens et bases appartiennent à la même technique que la basilique n. 4.
VII. ÉGLISE N. 7. — C'est au sud-est de l'Aeropole qu'on verra l'emplacement de cette église dont la trace fut relevée vers 1891 et où il fut à peine possible de reconnaître l'abside. En bâtissant quelques maisons sur l'aire de cette église on trouva quelques sépultures proches du côté de l'abside. Par une chance inattendue on trouva un fragment d'une plaque de marbre ayant fait partie de l'ancien cancel ; ce débris a pris place sur l'autel de bois de la chapelle latine actuelle. La
VIII. ÉGLISG N. $8, —- Cette basilique est située au sud de l'Acropole ; elle est malheureusement occupée presque en entier par des maisons plus ou moins sordides qui rendent l'étude des vestiges anciens presque impossible. C'était l’église la plus vaste puisqu'elle mesure environ 36 m. sur 21 m. ; ce qui lui a valu, un peu prématurément peut-être, le nom de cathédrale (fig. 7432) ; quelques grands chapiteaux corinthiens assez élégants et ces traces de mosaïques ont paru autoriser cette désignation. Ici T encore on voit le parapet délimitant le sanctuaire enfermer les deux premières travées de la nef. Les mosaïques qui servaient de pavement à la nef principale sont fines et de couleurs variées. La bordure” qui sépare les nefs est haute de 0 m. 10 ; l'amorce de l'iconostase se voit assez facilement dans l'une des maisons, ainsi que le pavement formé par un assemblage de marbre noirs et blancs. Dans les maisons et alentour, des débris sans nombre, colonnes, chapiteaux, pilastres, architraves, linteaux, balustrade pour l'iconostase, le tour en pur corinthien et de belles dimensions (voir VII. Épigraphie). IX. ÉGLISE N. 9. — A l'ouest de la ville, et à environ 300 m. de celle-ci, à flanc de coteau, une neuvième église — »
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X. ÉGLISE N. 10. — Au centre de la ville, sur l'Acropole, quelques restes d'une belle construction, colonnes, ~
ONE i PRE PAS © EAEE EEA A em E S Aoa vM — de Saintchapite aux, qui auraient appartenu à un temple païen ou chrétien transformé en mosquée.
VI. LISTE ÉPISCOPALE. — La Quien a parlé deux fois de l'évêché de Mádabáà en le plaçant d'abord dans la province d'Arabie !, puis dans la Palestine III* : ce faisant, il a distingué ce qui devait être confondu, car il s'agit d'une seule et même ville. Par contre, le même érudit a réduit à un seul deux évêques homonymes mais parfaitement distincts qui se succédèrent sur le siège de Mádabáà .
Le premier des ceux, Gaïanos, n’assista pas au concile de Chalcédoine, en 451, et ce fut son métropolitain, Constantin de Bostra, qui signa pour lui, ainsi que pour un grand nombre de ses suffragants. Le fait est certain.
Ce qui ne l'est pas moins, c'est qu'un disciple de saint Euthyme, nommé également Gaïanos, fut consacré évêque de Mácabà par Antipater, métropolitain de Bostra , vers le milieu du Ve. Pour - Le Quien, le Gaïanos du concile de Chalcédoine était disciple d'Euthyme et, à cette date, Màdabà dépendait de Bostra 5, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Il y a lieu, cependant, d'y regarder de plus près .
En 451, Gaïanos, le disciple de saint Euthyme, n'occupait pas encore le siège de Mädabà. Voici la raison. Dans la Vifa S. Euthymii, l'élection de » Gaïanos au siège Ce Mádabà est précédée de l’avènement ce l'empereur Léon Ier, en 457 , de la mort de Juvénal et de la nomination d'Anastase à la chaire patriarcale de Jérusalem, survenues toutes les Ceux en 456 ? ; elle est suivie des divers événements qui remplirent la fin de la carrière de l'impératrice Eudo-. Cie et qui se placent tous entre les années 458 et 460 .
Comme le biographe d'Euthyme, Cyrille de Scythepolis, suit avec scrupule l'ordre chronologique, l'élection de Gaïanos parait avoir eu lieu vers l'an 458.
En outre, Gaïanos fut sacré évêque à Bostra par | Antipater, l'adversaire bien connu des origénistes. Or, Antipater est le successeur immédiat de Constantin sur le siège de Bostra. En effet, Constantin siégeait à Chalcédoine en 451 et l'empereur Léon Ie écrivait à Antipater en 458. Nous nous trouvons donc en présence d'un Gaïanos, évêque de Mádabàà, pour lequel son métropolitain Constantin signe en 451 et d'un Gaianos, disciple de saint Euthyme, consacré évêque de Mâdabà vers 458 par Antipater, successeur. de Constantin. Malgré l'homonymie, il faut distinguer deux personnages. :
En définitive, la liste épiscopale de Mâcabà, donnée par Le Quien en deux endroits de son ouvrage, doit être corrigée, Il a fait de sa propre autorité, évêque de Mädabä, un certain Nonnos qui, en réalité, était évêque de Zorava. Il faut inscrire dans la liste de Mádabà les noms suivants : Gaïanos Fr, vers 451 ; Gaianos II élu vers 458 ; Sergios, en 490, connu par une inscription ainsi conçue ! ? : | « Le Christ Dieu a élevé cette maison sous le trés saint dua Sergios, par les soins de Sergios, prêtre Elianée, en l'année 490. » Ce même Sergios se rencontre sur une inscription de 473 !!, c'est-à-dire probablement 578-579 et 595-596 de notre ère.
En avril 1902 !*, dom Manfredi faisait connaître 87 une nouvelle inscription de Mádabà, trouvée grâce aux fouilles exécutées à l'extrémité sud-est de la ville rés de la porte ancienne ; il s'agit encore une fois | P ; E d'une mosaïque, ou plutôt de trois chambres pavées en mosaïque, deux à fond blanc moucheté de dessins, tels que fleurettes noires, jaunes et rouges ; dans la troisième chambre (quadrilatére de 5 m. x 3 m.) on voit en entrant l'inscription, le reste n'étant qu'une vigne qui entoure des médaillons où s'aperçoivent un bœuf, un cerf, une gazelle, des figures humaines, une tête humaine. Les deux figures ont 0 m. 60 de haut et sont d'un travail très soigné : une représente un vendangeur tenant une grappe de raisin dans la main gauche et un sécateur dans la droite ; l'autre semble être un berger tenant le pedum. Enfin une corbeille emplie de raisin noir et rouge. Il manque trois ou quatre lettres de l'inscription : 5 5
ETEAIW OH O ATIOC TOTIOC TON ATO
CTO AGN EN XP IT 0 ETH YOF +
| Trou £VEALOUT, Ó GYtoc TÔTOC civ ' »AroccTÓAov £v Xp.., ETN voy.
« Sous le trés digne et trés saint évêque Sergios a été achevé le saint lieu des Apôtres... en l'année 473. » L'évêque Sergios est sans doute le même qui présidait, dix-sept ans plus tard, aux travaux de l'Élianée. Qu'était cette construction mise sous le patronage des apôtres, église ou monastère ? Mais la date ne peut être calculée d'après l'ére chrétienne qui n'était pas usitée dans le monde hellénique au v* siècle ? ; on peut s'en tenir à l'ére de Bostra, bien en rapport avec les vraisemblances archéologiques, soit 473 + 105 ou 106 = 578 à 579 de notre ère.
Des sondages ont permis de reconnaître qu'il s'agit de l'église des saints Apôtres, la douzième à Màdabá. Une autre inscription a été découverte à peu près au centre de la grande nef, autour d'un grand médaillon rond qui représente la mer : @AAACCA, un buste de femme en partie drapée, se détachant sur un fond de vagues où nagent des poissons, On lit :
K(5et)e O(ed)c, ó morong rôv obpavôv xol thy yiv, 860g Conv ‘Avactacio, xxi (lux xal Oeodopx x. Zxhauaviou dnpootc. | VII. ÉrranaPHIE. — 1. Au Sud de l'acropole de Mädabä, tout près des ruines de la grande église à laquelle on donna au début le nom de « cathédrale », on a trouvé en 1911 une inscription grecque en mosaïque qui fut heureusement dégagée de dessous un pilier de maison qui en cachait une bonne moitié. À part quelques égratignures les lettres sont bien conservées et la lecture est certaine. L'inscription est tracée dans un cercle d'un mètre de diamètre dont le | cadre est formé par quatre traits de couleurs différentes : blanc, jaune, rouge, noir. La hauteur moyenne des lettres est 0 m. 105, plus épaisses à la base qu'au sommet (fig, 7433).
“Opév || Asovtiou « 00 le spec [| Tò mpžov Oaupate zy || xctop vov x (att) TOv » Tôvoy Gio x (xi) TÖS TË’ cómo Thy || nepixahih rébnxe || cbxooulav èv ëter || vs« ivô(seri@voc)s ».
« Voyant la douceur du prêtre Léonce, admire l'excellence de (ses) fondations et de (ses) travaux ; car aussi en ce même lieu il a établi cette très belle ordonnance, en l'an 498, indiction 6e.
Le prêtre Léonce nous était déjà connu par la grande inscription de l'Élianée qui le qualifie de 700 rexürarou. Ici, dit le P. Savignac, tò mp&ov ne peut être que le neutre de l'adjectif zp&oc pris substantivement. La douceur paraît donc avoir été le trait dominant du caractère de Léonce. Elle ne l'empéchait pas cependant d'être très actif, comme on prend soin de le faire remarquer, et ainsi qu'en témoignent | du reste les débris des deux édifices vraiment grandioses qu'il avait fait bâtir ou décorer. Le petit signe, assez semblable à une apostrophe, qu'on remarque à droite du N dans le haut, après le mot zp&ov, ligne 3, et qui reparaît plus bas, ligne 5, à la suite de Zpecrv et de 816, ne peut pas être considéré comme un signe d'abréviation. Ce doit être plutôt un signe de séparation, une sorte de ponctuation assez rare, mais non inconnue dans l'épigraphie grecque 1, A la ligne 9, ty pour cóóz.
A la ligne 6, téÜnxev pour céÜztzzv.
A la ligne 7, edxoouiay doit s'entendre de la belle ordonnance générale de l'édifice et l'on serait même très tenté de dire de sa décoration en mosaïque. saint Cyrille de Jérusalem, dans une de ses catéchéses (xiv, 9) parlant de la pierre du sépulcre de Notre-Seigneur, dit qu'on ne la voyait plus de son temps, à Thy TXpoucixv süxocutxv, que nous traduirions : « à cause des revêtements décoratifs actuels ». Dans notre cas, il s'agirait donc du pavement en mosaïque où est insérée l'inscription. — L'année 498, calculée d'après l'ére de Bostra, répond à l'an 604 ; la 6* indiction tombait précisément en cette année.
* Les fondations et les travaux » dont parle ce texte, comme aussi la très belle décoration, visent selon toute vraisemblance la grande église bâtie en cet endroit. | Il serait intéressant de chercher à nouveau quels débris peuvent exister encore de ce monument et de l'entreprendre d'établir leur relation précise avec la mosaïque dont il est ici question. Celle-ci, à vrai dire, paraitrait un peu grossière pour le pavement général d'une église | monumentale. Toutefois les exemples nombreux fournis déjà par l'exploration de Mâdabà ont prouvé que dans un même édifice la décoration en mosaïque comportait des variations considérables.
Une fois de plus on constate que l'époque la plus florissante de Màdabà fut la fin du vr siècle et le début du vie. A ce moment il fallait que la cité fût riche et bien peuplée pour qu'on érigeât dans son enceinte tant de monuments religieux tous parfaitement décorés. En 579, sous « le trés digne et trés saint évêque Sergios », était achevée l'église des Saints-Apôtres ? ; en 596, le même prélat voyait s'élever l'église inférieure de l'Élianée, En 604, c'était le tour du monument fondé et décoré par le prêtre Léonce, dont parle l'inscription que nous commentons ici. En 608, ce trés doux prêtre Léonce » complétait les travaux de Sergios et finissait de bâtir « le beau temple » consacré — - au prophète Élie . 4 la même période appartiennent — | encore, sans doute, quelques-unes des dix autres églises connues de Mâdabà cont la date de fondation — — n'a pas été retrouvée .
| lingua nabatea trovata in Mädabä, dans Dissertazioni rongée par le temps ; on a pu y déchiffrer | 4 EVI « fr 2M c — os PS Dr De DAS PEE A s} ur. = h E LI LI. d'un autel une inscription incomplète mentionnant les reliques d'un martyr :
L^ « | M€POC TON MAPTYPON a Nuovo bull. di arch. crist., 1897, p. 101 ; 1899, p. 166.
G. Près de l’église n. 9, une inscription bien gravée, en caractères grecs rappelle que la ville de Mádabà donna ce témoignage d'honneur à Caius Domitius Alexandre, de la III* légion, de Cvréne, en reconnaissance de sa bonté et de son intégrité.
XIII. CROIX BYZANTINE. — L'École biblique de Busen possède une croix votive provenant de Mádabà ; elle a été décrite et figurée dans une notice à laquelle il n'y a rien à changer ni à ajouter !.
Cette croix est en bronze et porte des traces visibles D... x »de dorure. Prises dans la découpure concave, ses dimensions sont 0 m. 17 de longueur sur 0 m. 11 de largeur avec une épaisseur de cinq millimètres. La « haste verticale est légèrement plus allongée en bas - qu'en haut, offrant ainsi plus de facilité à la préhension. Chaque branche va en s'élargissant jusqu'aux X T extrémités que termine un double prolongement arrondi. Sur chacun des côtés est gravée une inscription grecque dont quelques éléments se dissimulent sous la patine qui recouvre le métal par endroits. La formule suit d'abord la haste verticale pour s'achever — sur la transversale par un nom propre. Sur la face - antérieure nous lisons (fig. 7434) :
+ ‘Yrièlo alolrnoixs Oelo]pivol[ue] « Pour le salut de Théophane. » Outre les fautes on y remarquera une certaine inhabileté dans la gravure et l'exagération avec - laquelle sont tracées les barres transversales et celles ^de l'A, particularités qui nous amènent à la fin du - vit ou au début du vri ? siècle. La gravure du texte de la face postérieure trahit un peu plus de soin et d'élégance. On y voit le nom du dédicant :
‘Trég soy » ; Ilaoxoo « Ex-voto de Paul. » et deux rivets qui peuvent avoir maintenu un petit reliquaire ou bien une monture destinée à l'insertion d'une courte hampe comme en étaient munies parfois même les croix dites de bénédiction dont nous avons donné plusieurs exemples (voir Dictionn., t. ni, col. 3107 sq.). En outre on peut en rapprocher une croix de Bulla Regia (Tunisie) qui présente assez d'analogie et qui porte à sa partie postérieure une douille à section rectangulaire qui devait permettre l'introduction de la tige destinée à porter la croix Ces croix ont probablement servi à certaines bénédictions encore en usage dans le rite byzantin soit pendant la messe soit en dehors du service de l'autel.
IX. ENVIRONS DE MADADA. A l'épigraphie de Mádabà nous pouvons rattacher une inscription de Yadoudeh, petite localité, depuis longtemps en ruines, située à peu près à égale distance entre Mádabà et Ammaán, dans les grands plateaux du Belqä. Dans les premières années de Ce on y découvrait des traces d'abside et des fragments de mosaïque. Dom Manfredi, missionnaire latin de Mádabà, visita la ruine et découvrit une inscription chrétienne.
« L'inscription, dit-il, est dans le pavé en mosaïque d'une église mesurant 16 mètres de long dont on ne voit plus aujourd'hui qu'un montant de porte et une partie de l'abside. Il est assez étrange que l'inscription soit en face de la porte et non devant le milieu de l'abside. Les caractères sont noirs sur fond blanc, ils ont de 0 m. 07 à 0 m. 08 de hauteur. Les signes d'abréviation sont rouges ; rouges aussi les barres qui indiquent les dates. » | OYXPOS S'l'ATNASCNETOYC EI KAI YITEPCCOT IAC TG NTIT - ENINKON TG OTTG) Teo KÀI TON Co | « Emi toù Ocoas6 (sa v&cou ) xal [6]awovxco (lu) (Je( o)8octoo £rtax (c ónou) édnecln (z)ó dnot[olv roüro 91 GHOUÔTC Savo Guxx(óvou) év unvi lio)ori[ati où XPOS tx'(L)vG(tx vti voc( s ». - - -Étouc &E' xal Ûrép cœot(nloiac Tüv m[poc]
TO XXL TOV.
« Sous le vénérable et très digne évêque Théodose, ce pavement de mosaïque a été exécuté par les soins du diacre Silanos. Au mois de Gorpiaios au temps de la onzième indiction, l'an 65... Et [il a été exécuté ? ] pour le salut ces bienfaiteurs de [ce saint ? ] lieu et des... (7) » La lacune finale devait contenir une formule d'invocation en faveur des bienfaiteurs de l'église, peut-être aussi des constructeurs. La date est incertaine. | Après la désignation du mois, au lieu du quantième, on lit les signes XP suivis de O et du signe abréviatif. Des exemples analogues permettent de restituer ici xeôvois. Le chiffre 11 qui suit semble être celui de l'indiction, car €N ne peut être un chiffre d'indiction. Enfin et surtout le chiffre de l'année doit être incomplet. En supposant l'emploi de l'ère des Séleucides, l'année [9]65, correspondant à 653 de notre ère, donnerait bien la onzième indiction. La construction | d'une église à Yadoudeh vers le milieu du VIIe n'aurait rien d'anormal. Peut-être ce Théodore était-il évêque du lieu ou de l'église de Màdabà dont Yadoudeh eût été suffragante !.
Une autre addition s'impose à l'épigraphie de | Máàdabà, celle d'une inscription en mosaïque trouvée « ans le pavement d'une église au Kh. Mehayiet, situé à une heure environ à l'ouest-nord-ouest de Máàdabà*,. L'édifice semble avoir mesuré 17 mètres de long sur 10 mètres de large, et son pavement de mosaïque était intact quand il fut découvert en 1913.
« La partie la plus importante du tableau est une sorte de vigne dont les rameaux forment vingt médaillons avec douze bustes de personnes et huit animaux, le tout finement exécuté avec des cubes de 3 millimètres seulement. On voit devant l'autel un marbre | très stylisé, sous lequel se tiennent deux femmes vêtues le plus sommairement possible, escortées d'un côté par un joueur de flûte et, de l'autre, par une sorte d'Hercule armé d'une masse. Le long du mur | s'étend un fleuve où grouillent toutes sortes d'animaux aquatiques. Des quadrupèdes de diverses espèces se trouvent disséminés sur différents points de la mosaïque. » Le texte copié à la hâte, avant que la mosaïque fût recouverte de terre par ordre de l'administration, a été publié avec quelques corrections ; nous l'avons | transcrit déjà (Voir Dictionn., t. ix, au mot Lor, | médaillons : l'offrande et le legs des frères Etienne et Hélie, fils - | Sergius et de son fils Procope. | Seigneur connait les noms ; sous le trés saint et très achevé par les soins du prêtre Barichas, desserv ; | dudit (lieu), au mois de novembre, au temps de la. | sixième indiction. » . Es | et de Marie, tes servantes. » 14 | L, 21). Seigneur ayez pitié de l'humble Épiphani :
c les souvent peu exacts, de donner quelques notes : sur col. 2523-2524). nous énoncerons seulement ici la traduction : I. Au centre de l'église, probablement dans ces Dieu de saint Lot et de saint Procope. reçois de Comitissa. Dieu des saints martyrs, reçois le ces Pour le salut de Rabave Anastasie et pour le repos. ; de Jannos Anastase, et pour les bienfaiteurs dont le vénérable évêque Jean, ce. saint lieu a été fondé IT. A l'angle sud-est de l'église : n « Saint Lot, reçois la prière de Roma, de Porphyr III. Vers l'entrée de l'église : * Alors on apportera des veaux sur ton autel (Ps. .
X. BIBLIOGRAPHIE. — La bibliographie relative à la mosaïque de Mâdabâ pourrait prendre un développement considérable sans rapport avec l'utilité à retirer ; il semble préférable, à une énumération d’ :
Da
MIDABA —
lemme nel mosaico di Mädabä, dans Nuovo bull. di mm ch. crist., 1899, t. v, p. 43-50 et pl. 1, où les Perii tit fau « en matière d 'arthéplogie 8 »obtient ence par intuition et qu'après tout il vaut E mieux prae dépendre de trav aux antéri UL en | 1901, t. X, p. 152-153. L'auteur, dans une étude minutieuse et érudite, a comparé la carte mosaïque de Mádabà avec l'Onomasticon d'Eusébe, les cartes et itinéraires postérieurs et la géographie profane. Il considère la célèbre mosaïque comme une carte spéciale de la Palestine pour l'Ancien et le Nouveau Testament. - li n'y a guère de revue, touchant de prés ou de loin archéologie, qui au cours de ces années proches de la découverte n'y aient consacré une page ou un paragraphe ; dans cette littérature de circonstance on peut seulement retenir : Schuhmacher, Médabd, 2 Zeil- « schrift des deutschen Palästinavereins, t. xvn, p. 113- — 125 ; H. Lammens, Médabd, la ville des josalques, ns Etu des, 1897, t. .x xui, p. 721-736 ; 1898, t. LXXIV, produite ; néanmoins on trouve encore à signaler n omme dimes,d' attention les publications suivantes :
Gerusalemme, dans Nuovo bullettino di archeologia . Dans le premier quart du xx » siècle, 1 'accalmie s'est | heiligen Lan des. Ein Beitrag zu ihrer Erklärung, mit |
MADAURE. — I. La ville. II. Les thermes. III. La rue voisine. IV. La basilique. V. La liste épiscopale. VI. Épigraphie.
I. LA VILLE — Madauros, aujourd'hui Mdaourouch. La forme Madauros se trouve dans Ptolémée ! : Méôougos (corr. M&Sxugoz) xoXovix ; dans la Cosmographie dite d'Aethicus et sur une inscription ?, cette forme devait être employée au nominatif aussi bien qu'à l'accusatif. De Madauros dérive la forme actuelle Mdaourouch, qui ne s'expliquerait pas si l'on avait dit Madaura (forme adoptée par les auteurs du Corpus, t. vor, p. 472, 1609) ; Madauris, à l'ablatif, dans saint Augustin ; Madauris oppidum, dans Julius Hongrius 5.
Madaure existait dès la fin du IVe avant notre ère. Après avoir appartenu à Syphax, elle fit partie du royaume de Masinissa *. Un fragment d'inscription libyque a été découvert en 1919 auprès de la forteresse byzantine.
Centre indigène avant la conquête, Madaure reçut à l'époque des Flaviens une colonie de vétérans et par là ce vint un ilot romain, le seul qui existât dans la région. Apulée, originaire de Madaure, nous parle de ces vétérans : veteranorum militum novo condilu splendidissima colonia sumus. Autres mentions de la colonie dans Ptolémée et sur une douzaine d'inscriptions. Elle existait sous Nerva, elle était inscrite dans la tribu de Vespasien et de ses fils, la Quirina.
La ville n'arriva jamais cependant à être une cité importante, car elle était située à l'écart des voies commerciales : c'était une bonne petite ville de province, dont les habitants s'adonnaient en grande partie à l'agriculture, où la ferveur religieuse parait avoir été développée, où l'on avait le respect des études libérales telles qu'on les comprenait alors, un centre paisible où « des parents prudents pouvaient envoyer sans crainte les jeunes gens faire leurs études. » La ville peu commerçante, peu bruyante, devint un foyer de vie latine. On se piqua de mettre sur sa tombe une épitaphe métrique, mais d'ailleurs parfois assez peu intelligible. Nous avons déjà dit que Madaure fut la patrie du rhéteur Apulée dont elle se montra
On a retrouvé deux morceaux, qui se sont rejoints, d'une plaque large de 0 m. 58, épaisse de 0 m. 11 ; l'un fut trouvé dans la forteresse, au sud-ouest, l'autre au nord-est du forum. Cette plaque ce vait former le devant d'une base de statue, elle contient une dédicace à un personnage qui est « l'ornement » de Madaure et qui, étant qualifié de philosophus platonicus, n'est autre qu'Apulée.
PRILOSUPHC pl I TONICO ma JAVRENSES CIVES F 5 ORNAMENT o SVOD D P p.
Des statues lui furent élevées de son vivant dans plusieurs villes d'Afrique * ; il n'est pas étonnant qu'il en ait eu une à Madaure, sa patrie.
Dans cette ville pieuse envers les dieux, il est naturel que le christianisme ait eu quelque peine à s'implanter, ce qui attira aux habitants les reproches de saint Augustin : « Il est plus facile, leur écrivait-il, de fermer vos temples que vos cœurs aux idoles. » saint Augustin fit à Madaure une partie de ses études secondaires ; il avait pu, dés lors, s'apercevoir qu'on y adorait les dieux avec ferveur, les mentions nombreuses de prêtres sont là qui le prouvent et c'est ce | qu'attestent le grammairien Maxime de Madaure dans | une lettre à Augustin ? et Augustin lui-même . Madaure eut pourtant ses martyrs et un d'entre eux, Miggin, fut particulièrement célébré. Nous le trouvons mentionné sur une pierre de Aioun Berrich, à 15 kilomètres au nord d'Aïn Beida : Hic memori (a Je sanctorum) Pauli, Petri, Donati, Migginis, Baricis (fig. 7435). Il s'agit de Miggin, martyr de Madaure de l’année 180. On a imaginé de transférer ce groupe de martyrs de Madaure du n° au Ve, de les retirer à Madaure et d'en faire des fanatiques circoncellions 5 (voir ce mot). Il ne semble pas que cette thèse doive être prise au sérieux.
A l'époque byzantine, on éleva avec les pierres des édifices païens une belle forteresse. Construite vers Ligne 2 : une haste droite après les trois premières lettres. Ligne 6, début : RIBVS. Ligne 8, fin :
| nutu (cf. Bull. arch.
[£080 pcr 0 $ TMG abt}n £xi Tv] sbo[s66(roc&- . | Tav) 6xctXécv 'lousocw[tx]vo0. ail Oesodofpxc], mTpo- [vota 100 ÉvéoËorérou dlrrafrijx(où), ccpa[rqYyo0] xali érdpyou tic « Aopt]xfjic, XoXóu[cvoc]. | Cum... [h(a)ee civitas] (a )edificata est, temporibu[s. piissim(orum) dominor(um) no ]strorum Iustiniani et.
Theo |dorae, providentia S ]olomonis, glorio [siss{imi)] ex consu [le, magistri militu |m et præfecti Af [r ]i [c ae.
Pour le début de l'inscription latine, Mommsen propose : Cum Dei auxilio, ou quelque chose d'analogue. - Si l'or admet le restitution h(a Jec civitas avant fa Jedi= ficata, on n'a plus que l’espace de 6-7 lettres environ | après cum. Restituer peut-être Dei favore, ou plutôt du Comité, 1911, p. 200, et. Gsell, Inscr. lat. Algerie, n. 3059) ; au lieu de civitas on pourrait proposer urbs.
M. Ch. Diehl, dans Nouv. arch. missions, 1899, croit que cette dédicace date du premier gouvernement de Solomon (de 534 à 536) ; le général n'y porte « pas encore le titre de patricius, comme sur les inscriptions de son second gouvernement qui, d'ordi- .
A ces différentes périodes de l'histoire de Madaure. | correspondent les divers monuments qui ont été retrouvés au cours des fouilles. De la ville antique nous avons les thermes. De la ville chrétienne nous avons à retenir deux églises principales, l'église urbaine et l'église hors les murs, toutes les deux remontant au Ve, la dernière peut-être au VI. M. Gsell croit qu'elle fut ` bâtie à l'endroit « où avaient été mis en terre plusieurs | »on ya recueilli de nombreuses épitaphes chrétiennes.
Il y avait deux établissements principaux, sur deux mamelons : l'un à l'ouest, au Dra Douanis ; l'autre au sud au Koudiat Ghirane. La forteresse byzantine se distingue par une construction très soignée et « compte parmi les meilleurs ouvrages des Byzantins en Afrique. » A l'intérieur, il n'y avait presque pas de bâtisses, seulement quelques-unes qui servaient à des usages indéterminés ; mais M. Gsell a constaté autour du fort l'existence — d'une enceinte régulière et grossièrement bâtie, qui : en était éloignée de 25 à 50 mètres. « Ce rempart, sans doute assez bas, devait protéger les habitations groupées sous la forteresse, comme des maisons de manants au pied d'un château féodal *. »
III. LES THERMES. — En 1907, les fouilles entreprises dans deux établissements de thermes ont été terminées ; ils sont assez peu éloignés l'un de l'autre, mais d'importance différente. Tous les deux sont bien conservés, plusieurs fenêtres et de grands arcs s'élèvent encore au-dessus du sol, les murs ont 7 à 8 mètres de hauteur, des portes ont conservé leurs linteaux et arcs de décharge au-dessus.
Le premier établissement, le plus petit, est situé au nord du second et comprend deux parties très distinctes l'une de l'autre ; celle qui était affectée aux bains froids, orientée vers l'Est, forme un rectangle de constructions ayant 34 mètres de longueur sur 20 de largeur, plus loin, quelques mots des ‘4
889 | MADAURE : 890
“largeur (la salle tiède, toutefois, fait partie de cet ensemble) ; celle qui était réservée aux bains chauds, située à l'occident occupe une space également rectangulaire, mais plus restreint, Ce 10 mètres de largeur sur 22 mètres de longueur.
- L'entrée, à l'angle Nord-Est du bâtiment, est constituée par deux portes, de 1 m. 20 de large ; on entre dans un étroit vestibule de 2 m. 90 sur 5 m. 15, par le —petit côté duquel on accède à une grande salle de 10 m. 30 sur 12 m. 40, dallée de mosaïque et autour “de laquelle rayonnent : à l'Est, une piscine dans laquelle on descendait par trois gradins, et dont la —chambre, de 5 m. sur 7 m. 30, était éclairée au levant par trois fenêtres : au Sud, une seconde grande salle, plus vaste que la première, de 11 m. 30 sur 15 m. 50, voûtée en arête et garnie aux quatre angles de larges massifs de maçonnerie ; on y arrivait par deux portes | entre lesquelles le trumeau était décoré d'une niche circulaire dont la partie inférieure seule est restée ; ses flancs Sud et Ouest contenaient aussi chacun une ouverture ; au couchant, un dégagement conduisant dans différentes pièces et à une chambre de 5 m. sur 4 m., au milieu de laquelle une rangée de trois piliers carrés a été installée après coup ; de cette dernière pièce on parvenait directement dans une salle de. 70 sur 7 m. 10, éclairée par une fenêtre sur le Sud et jadis couverte par une voûte d'arête. _ Au Nord, enfin, une première porte menait à la chambre aux piliers, ci-dessus mentionnée, qui a conservé tout entière, avec son linteau, une fenêtre extérieure mesurant 2 m. 15 de hauteur sur 1 m. 55 de largeur, à 2 m. 30 au-dessus du sol : cette ouverture n'a, dans son épaisseur, ni feuillure, ni ébrasement ; une dalle de pierre ajourée devait la clore, à mi-épaisseur du mur.
Au milieu du côté septentrional de la grande salle qui nous occupe, un grand arc plein cintre, encore ‘debout, s'ouvrait sur une seconde piscine de 4 m. 50 sur 5 m., garnie de trois gradins comme la première, éclairée sur le dehors par une fenêtre de 2 m. 20 de largeur sur 2 m. 50 de hauteur, au linteau en place, mais brisé, et possédant sur ses faces Est et Ouest, des niches de plan rectangulaire, mais de couronnement en demi-cercle. = Quant à la deuxième porte ménagée dans le côté »Nord, c'était celle du vestibule par lequel on accédait dans la grande salle, qui était le frigidarium de — l'établissement. — Les salles froides se composent d'un long vestibule — en couloir au Sud, à l'extrémité orientale duquel se — trouve un vaste vestiaire ; un deuxième vestibule — plus petit et communiquant à la fois avec le couloir et avec le dehors donne accès principalement aux bains chauds qui sont commandés par trois petites | Bees : par les deux entrées, on arrivait d'abord à une — salle (9 : m. 50 sur 5 m. 50) qui semble avoir été-consacrée à la promenade. Par deux dégagements, dont l'un s ouvre vers l'Est sur une salle de conversation, on « parvient à la grande salle centrale de 100 mètres de | » superficie, jadis voûtée d'arêtes et autour de laquelle | P rayonnent : au Nord et au Sud, deux piscines froides ; le à l'Est, une deuxième chambre de conservation : à l'Ouest, un hémicycle sur les côtés duquel on accédait H - aux pièces chaudes. La piscine Nord est symétrique — avec celle du côté Sud ; comme cette dernière, elle est — accompagnée de dégagements latéraux et d'une troisième salle de conversation dans la partie orientale de H l'édifice ; enfin, un couloir septentrional, assez analogue comme dispositions à celui de l'entrée Sud, -limitait l'établissement sur le côté Ouest, Au Nord de l'hémicycle donnant sur la grande salle centrale, on entrait dans la première chambre chaude, le lepidarium, qui empiétait sur le rectangle des bains froids. De là, on arrivait à un caldarium, muni d'un alveus demi-circulaire ; puis, à une étuve cont la paroi occidentale était de forme hémisphérique ; enfin, à un second caldarium, plus grand que le premier, et garni de deux alveus rectangulaires.
Du côté Est, un couloir de service pour les chaufferies contenait quatre fourneaux, un cinquième était alimenté du dehors.
Le dallage de toutes les salles est en pierre ;
L'élément le plus intéressant de ces bains est constitué par la pièce sur plan hémisphérique, dans laquelle on s'introduisait en sortant par la porte Sud de la plus spacieuse des grandes salles, pour pénétrer dans un étroit couloir communiquant avec une petite antichambre, laquelle possédait une porte ouverte dans l'angle Sud-Ouest de la salle semi-circulaire.
Celle-ci, de 8 m. de long. sur 13 m. 30 de large, était divisée en deux par une ligne de six colonnes disposées parallèlement à la courbe du mur extérieur, et à 3 m. de distance. La muraille droite, côté Ouest recevait deux demi-pilastres correspondant à la rangée des colonnes et était ornée aussi d'une niche en demi-cercle.
Le long du mur circulaire, des sièges consistant en une pierre ajourée de trous ronds étaient suspendus au-dessus d'un égout ce pourtour, ce sont les latrines des thermes. Ce qui les distingue des latrines rencontrées ailleurs en Afrique c'est le portique que soutenaient les colonnes et qui permettait sans doute l'aération de la pièce, au moyen d'un vide ménagé dans la toiture et correspondant à l'espace existant entre le portique et le mur droit du fond. Il y a là une disposition ingénieuse qui n'avait pas encore été signalée. Comme à Timgad, les trous des sièges sont munis d'une petite rigole en avant destinée à recueillir les urines et à les faire écouler dans l'égout ; il y a aussi devant les sièges un caniveau dans lequel coulait l'eau qui servait au lavage individuel.
On a trouvé dans ces thermes plusieurs statues ou fragments de sculptures, parmi lesquels il a été possible de reconnaître : deux Fortunes, dont une complète ayant 2 m. 40 de hauteur ; un Esculape : une Vénus ; une Minerve ; une statue indéterminée ; une Hygie, sans tête ni mains, mais en marbre peint ; un Bacchus, sans tête ni bras, de 1 m. de hauteur, accompagné d'un chien.
Il est presque superflu de faire remarquer tout l'intérêt qui s'attache à ces thermes pour la connaissance des bains en Afrique. Mais cette raison ne nous eût pas décidé à entrer dans les détails minutieux que nous avons voulu donner, si on ne se disait que dans ces salles exiguës ou spacieuses, a passé, comme ses contemporains, de longues heures de voluptueuse flânerie, un jeune et brillant élève de l'Université de Madaure, celui qui devait un jour devenir saint Augustin. C'est là qu'il a causé, réfléchi, brillé pour un auditoire disparu, là qu'il s'est baigné, là que les membres ruisselants d'eau ou de sueur, il gravit ces degrés encore intacts qui semblent garder la trace de ses pas !
Le second établissement de thermes, d'une superficie de 1400 mètres carrés, est placé de biais par rapport aux alignements du précédent édifice : la plus courte distance qui les sépare est de 7 mètres, uoc hl yani 9 Far are | | 891 MADAURE s92 Nous retrouvons ici une disposition analogue en ce qui concerne l'orientation et la séparation des deux services de bains chauds et froids ; un long vestibule, éclairé par huit fenêtres encore en place, avec un autre plus petit, ouverts tous deux à l'Ouest ; une grande salle, jadis voûtée en arêtes, de 11 mètres sur 16, servant aux exercices qui avaient lieu avant et après le bain ; une seconde salle de même largeur, mais moins longue, 10 mètres, flanquée, sur son côté Est d'une vaste piscine, et, au Nord. d'une autre de moindres dimensions ; dans l'angle Nord-Est, une sorte d'antichambre avec porte de sortie ; à l'angle Nord-Ouest un vestiaire.
Sur le côté oriental de la première grande salle, réservée aux jeux du corps, se développe un hémicycle de 13 mètres de diamètre renfermant un portique de même forme, soutenu par six colonnes et deux pilastres : c'étaient des latrines encore garnies de leurs sièges de pierre et offrant cette particularité que l'espace laissé entre le portique demi-circulaire et le mur droit de la grande salle était à l'air libre et constituait une sorte de petite cour d'aération.
Les pièces chauffées dont les fourneaux étaient desservis à l'Est et au Sud par une galerie de chaufferie, sont au nombre de quatre et de dimensions très différentes. Celle qui avoisinait la deuxième grande salle était très exiguë et contenait un petit bassin tiède communiquant avec un autre semblable, de température encore moins élevée ; on parvenait à ce dernier par le vestiaire.
La petite chambre chaude servait donc de tepidarium ; même destination était réservée à une salle située à l'angle Nord-Est du bâtiment avec entrée sur l'apodyterium.
Du petit tepidarium, on accédait : 19 à l'étuve, garnie à l'Ouest, d'un alveus en hémicycle ; 29 à un grand caldarium, situé au Sud, et muni d'un alveus rectangulaire.
Au Nord-Est des thermes, à l'entrée du couloir de service des chaufferies, se dressait un long réservoir de 17 mètres, arrondi à ses deux extrémités à l'intérieur, mais rectangulaire à l'extérieur.
TEXTE CORRIGÉ :
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| que limitaient huit travées, avec autant de colonnes | nef du milieu, est profonde de 6 mètres, elle était 4 porte, il y avait une fontaine de pierre adossée au mur | septentrional de la voie ; à 6 mètres plus loin, en allant toujours vers l'Est, un petit bassin ou plutôt. une pierre creusée recevant l'extrémité d'une conduite d'eau dont la disposition est assez curieuse. Cette canalisation longeait d'abord le flanc Nord de la. rue pendant une vingtaine de mètres, puis, quittant le mur, elle se dirigeait vers le milieu de la voie par une ligne inclinée aboutissant à un barrage de pierre installé sous le dallage à 40 métres environ du bassin. Le barrage avait pour but de retenir les eaux souterraines venant de la colline à l'Est, dans deux cuves placées l'une à la suite de l'autre : la première était recouverte d'une margelle de pierre de forme circulaire, afin qu'on pût y puiser l'eau ; la seconde en contre-bas du dallage, était à l'air libre. Le petit bassin, voisin de la fontaine où aboutissait la conduite d'eau, ainsi que nous l'avons dit à l'instant, servait pour la décantation de l'eau qui se dirigeait ensuite dans l'intérieur des bâtiments disposés au Nord de la voie. Il est probable que la conduite qui nous occupe alimentait les grands thermes. Le couloir qui donnait accès à cet établissement par l'entrée ouverte sur la rue avait 7 mètres de long. On arrivait alors à une sorte de vestibule dont le côté oriental était, en A LAG SE Re une seconde porte permettant de pénétrer dans les dépendances des bains. Cette porte est fort curieuse : elle a conservé son linteau de pierre, ou plutôt un linteau d'une autre porte qui, lors d'un remaniement, a été placé sur les jambages de l'entrée. Ledit linteau est orné de moulures et de deux chrismes d'un dessin assez particulier ; dans la partie supérieure, une moulure de couronnement est décorée de petites arca des entremélées de feuilles. Le montant gauche de la porte est également orné d'un chrisme +. | IV. Basiliques. — Dès l'année 1901, on pouvait signaler à Madaure une basilique dont on distinguait vaguement les traces ?. Cette église a été entièrement dégagée en 1914. Elle se trouve située à 200 mètres environ des petits thermes et sensiblement à la même distance du fort byzantin. Grossièrement construite avec des matériaux de remploi, elle avait trois nefs. De chaque côté du vaisseau principal, une colonne était adossée au mur de l'abside de forme rectangulaire. La largeur totale dans l'œuvre est de 12 m. 50 ; celle de la nef centrale de 5 m. 70, et sa longueur de 17 m. 50. A l'Est, l'abside, de même largeur que la nef centrale, est flanquée de deux salles destinées au service du culte. On gravissait quatre marches pour parvenir à celle de droite, orientée au Sud ? (fig. 7437). 5 L'édifice, établi sur une légère pente, est en fort mauvais état. La hauteur actuelle des murs ne dépasse pas 2 mètres. Ils sont pour la plupart bâtis selon le système ordinaire en Afrique : blocage avec des chaines en pierre de taille. On trouve pêle-mêle des débris de portes, des autels, des cippes provenant de sépultures païennes du voisinage dont les inscriptions étaient déjà connues *. L'édifice est précédé d'une sorte de porche ou de vestibule dont la largeur répond à celle de la nef et que flanquent deux autres espaces, l'un rectangulaire à droite dont il ne reste que des amorces des murs antérieurs et postérieurs, l'autre carré à gauche. La porte de l'église se trouve à gauche ; il est moins sûr qu'il y en ait eu une à droite sur la façade. Peut-être cet espace servait-il de sacristie. Le sol se trouvait à un niveau inférieur à celui des bas-côtés.
4 E | adis
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— Le front du vestibule a disparu et a été remplacé par un mur en grand appareil, de très basse époque (indiqué sur le plan en traits croisés). Les deux autres murs indiqués de la même manière, en avant de la façade, sont aussi des remaniements. Dans la façade de l'église parait avoir été inséré un long bandeau en pierres de taille, dont quelques débris gisent à cet endroit. Il portait une inscription, sans doute la dédicace de la basilique (hauteur du bandeau, 0 m. 17 ; épaisseur, 0 m. 50 ; hauteur des lettres, 0 m. 13. Les fragments conservés, au nombre d'une vingtaine, ne comprennent en général que quelques lettres. Cependant, sur l'un d'eux, on lit le nom des habitants de la ville : MADAURENSES S« | Sur deux autres fragments, ces quelques lettres : f fl ELICI [ss] IMIS (temporibus ? ) i Sur un quatrième fragment :
E ee IER & Ce mot paraît terminer l'inscription ; il faut probablement suppléer felici ter.
M. S. Gsell a ainsi décrit cette basilique : | Au fond du vestibule, deux petits escaliers, mal Wade conduisent à la nef. Ils flanquent une construction quadrangulaire, entièrement ouverte sur le devant et qui était peut-être voûtée : faut-il y voir un monument funéraire ?
Le sol de l'église devait être simplement en terre battue : en tout cas, on ne rencontre aucune trace de dallage, ni de mosaïque.
Les trois vaisseaux étaient séparés par deux colonnades, terminées du côté de la façade par un pilastre, du côté opposé par une colonne dégagée et non adossée. Là aussi ont été employés des matériaux de provenances diverses. Les bases sont, les unes, d'un travail assez soigné, d'autres, fort mauvaises, ce qui ne suffit pas à prouver qu'on les ait taillées exprès pour cette basilique ; ailleurs, des chapiteaux coriques retournés font office de bases. Les fûts sont lisses. Les chapiteaux de différentes grandeurs offrent pour la plupart le type corinthien, à feuilles non découpées. On remarque aussi : 1° un chapiteau à feuilles d'acanthe, dont les détails sont indiqués par des lignes de petits trous ; 2° un autre à deux rangées de feuilles, orné sur chacune de ses faces d'une tête grossièrement sculptée, en relief plat, dans un cartouche rond ; 3° un chapiteau avec des dauphins sculptés aux angles supérieurs ! ; 4^ un chapiteau de pilastre qui représente au milieu un calice d'où sortent des épis ?.
Il n'y a, dans la partie postérieure de la nef, rien qui indique l'emplacement de l'autel, ni l'existence d'une clôture limitant un espace réservé. Pourtant deux petites basses colonnes (diamètres 0 m. 24 et 0 m. 26), à socle assez élevé, ont pu faire partie d'un ciborium encadrant l'autel. L'une d'elles a été taillée dans un monument païen, qui porte une dédicace à Mercure.
Quelques fragments de colonnes ont pu appartenir également au ciborium supposé.
Nous mentionnerons encore : 1^ un petit fût, à cannelures torses, haut de 0 m. 82 ; peut-être était-ce un pied d'autel, ou un support de bénitier ; 29 un fragment d'une plaque sculptée *, représentant une croix grecque pattée, accostée de l'a et de Fœ ; sur la branche horizontale sont posés deux oiseaux (sans doute des colombes), se faisant face et tenant une feuille dans leur bec ; au milieu de la croix, un double cercle enferme une autre croix grecque. Ce bas-relief ne doit pas être antérieur au VIe.
ES D REM AAA ET de - Bd
ALEX
895 MADAURE 896 |
En arrière de la nef s'ouvre un espace quadrangulaire (et non une abside) réservé au clergé `. Il parait avoir été surélevé d'environ 0 m. 30 à 0 m. 40%. Le fond de cet espace était vraisemblablement isolé par une clôture : grille ou barrière en bois, qui devait s'ouvrir au milieu ?. Contre le mur postérieur sont deux pierres plates‘, posées l'une sur l'autre, marquant peut-être l'emplacement du siège de l'évêque.
Un escalier de trois marches, établi au fond du bas-côté droit, mène à une porte que l'on franchissait pour sortir de l'église. Une autre porte existait sans doute au fond de l'autre bas-côté. Il n'y avait pas, semble-t-il, de sacristie. A gauche du presbyterium deux ouvertures maçonnées sont des gueules de fours N r dern ; Oo A H BUM p K $| | m y E SB... E. —. A CEN I RISE vl] 9 SOS E F G qui servirent à des potiers : il est évident que cet aménagement, de très basse époque, n'a rien à voir avec la basilique *.
M. Albertini * a fait connaître une autre basilique que nous allons décrire (fig. 7438). La façade primitive de la basilique (LM du plan) est à 5 mètres de la voie montante, et le sol de la nef centrale est en contre-bas de 0 m. 90 par rapport à cette voie. La basilique a été souvent remaniée. Sur le plan, les hachures indiquent tous les murs ayant fait partie de la construction primitive ; conservés presque partout à hauteur d'homme, ils sont épais de 0 m. 50, en moellons 7, avec chaines de pierres de taille et pierres de taille aux angles, il n'y a pas de trace de revêtement 5. Les murs d'époque postérieure sont indiqués en pointillé. Mais il faut noter tout de suite que quelques-uns de ces murs, révélés comme non primitifs par le mode de construction, ont dû remplacer des murs appartenant au plan original. C'est le cas :
1° Probablement pour les murs « et B, car la pièce B a dû dès l'origine ne communiquer avec l'intérieur que par une porte correspondant à celle par où l'on entrait en venant de la rue ;
29 Certainement pour le mur OR, ou tout au moins pour les sections QX et ZR. En effet, de Q à N et de R à O, le parement intérieur présente une disposition particulière qui n'existe pas dans les parties PỌ et | MR : entre les chaines de pierres de taille, les moellons forment, à partir du sol jusqu'à une hauteur de 0 m. 90, une saillie de 0 m. 08 . Il y a en outre une différence de niveau entre les espaces D et F d’une part, les espaces E et G d'autre part ; par rapport à ` DF, E est plus élevé de deux marches, G d'une marche. Il devait y avoir, à l'origine, des murs pleins en QX et en ZH ! ; et on aimerait volontiers que ces murs se prolongeaient, entre X et Z, jusqu'au droit soit de la naissance, soit même de l'extrémité des murs x et B ; la porte ouverte dans le mur QR correspondait ainsi aux portes du vestibule B. 30 8 et g étaient des piliers en pierres de taille. Quant aux murs VX et YZ, ce sont des murs en pierres de taille, bien construits, composés de deux assises sur fondations ; la hauteur de ces assises est de 0 m. 80 ; sur ces murs bas, formant stylobates, devaient être posées les colonnes qui séparaient la nef centrale des nefs latérales. Présentement les colonnes ont disparu, et les traces qu'elles ont dû laisser sont cachées par des auges qu'on a alignées, à une basse époque, sur le plan supérieur des deux a d'environ 13 m. 50 sur 18 m. 50, dont la grande côté était orienté sensiblement Est-Ouest 11, A un peu plus de 4 m. de la façade, il y avait un décrochement du mur Nord, de sorte que le rectangle était écorné à l'angle Nord-Ouest, et que la basilique était précédée par un avant-corps un peu plus étroit (de 1 m. 75) que l'ensemble de l'édifice. A l'Est, une abside en arc de cercle débordait le plan rectangulaire = L'avant-corps était divisé en trois pièces qui ne communiquaient pas entre elles ; celle du milieu seule (B) avait une porte vers la rue (large de 1 m. 02) : c'était la porte principale de l'édifice. De ce vestibule, on passait dans une galerie D, occupant toute la largeur de la construction ; on peut l'appeler si l'on veut, chalcidicum. Cette galerie communiquait directement avec l'extérieur par une seconde porte ^ », ménagée dans le décrochement du mur Nord ??. De la galerie on entrait aussi dans les pièces latérales A et C. Un puits Z, antérieur à la construction de la basilique, se trouvait à l'angle Nord-Est de A. On avait pris soin d'interrompre le mur de façon à ne pas obturer complètement l'orifice et le puits restait utilisable 1.
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— De la galerie D on passait dans la nef centrale F, “large d'environ 6 m. 25, et terminée par l'abside J. — On pénétrait dans les nefs latérales, dont chacune avait à peu près la moitié de la largeur de la nef centrale, par des passages situés de part et d'autre “des piliers à et s. L'abside était d'un mètre moins large que la nef : on avait sans doute jugé prudent de diminuer la portée de la voûte qui la couvrait. Il ne reste aucune trace de pavement, sauf en un point, dallé, vers le bas de la nef centrale sud ; et il est probable que ce n'est pas un reste du dallage primitif.
- Une inscription, trouvée dans la nef centrale, est contemporaine de la construction. C'est une plaque — de marbre blanc, qui était encastrée ; brisée en quatre morceaux qui se rejoignent ; elle est complète, sauf aux angles, légèrement ébréchés. Largeur 1 m. 10, hauteur 0 m. 57 ; épaisseur 0 m. 08 ; hauteur des lettres, lignes 1-2, 0 m. 045, ensuite 0 m. 025. — Le texte porte ceci : Nomina eorum qui basilicam et scelera ad eam de suo fecer(unt) : ensuite, sur trois “colonnes, les noms de trente-trois donateurs. Un seul « d'entre eux, le premier, L. Castricius Messor, sac- (erdos ) porte une qualification. Tous ces personnages sont d'ailleurs païens ; partant nous n'avons pas à nous en occuper. Parmi eux se trouve un C. Liceius Grontha qui pourrait être identifié avec le prêtre de Cælestis, qui vécut sous Alexandre Sévére ; d’ailleurs l'inscription est datée de l'époque des Sévéres par sa paléographie : la basilique a été érigée dans le premier tiers du IIIe.
- C'était un bâtiment qui, sans être luxueux, était plutôt au-dessus de la moyenne pour Madaure, où les constructions sont en général assez médiocres. Le plan et la disposition adoptée pour la séparation “des nefs marquent un souci méritoire de recherche et d'originalité.
— Par la suite, l'édifice a été modifié par des additions, qui comprennent :
- 1* Dans l'abside, -une banquette irrégulière, en très mauvaise maçonnerie ; elle est large de 1 m. 50 du côté Nord (u), et de 0 m. 80 du côté Sud (v) ; ^ 2 » Dans les nefs latérales, deux murs n et À Tu 'appuyant sur les piliers ô et g et transformant en une pièce à part (H, K) le fond de chaque nef. En outre, le sol de la pièce K a été surélevé de deux marches, de sorte que la différence de niveau entre les pièces et la nef centrale s'est trouvée portée à trois marches. Le nouveau dallage de K (dont plusieurs “salles sont conservées) vint dissimuler en partie la — saillie décorative, que formaient les moellons du mur. E 3° Entre les piliers 8et e, un bandeau portant, à M chaque extrémité, une demi-colonne adossée au pilier Let, dans l'intervalle, deux colonnes. Les quatre bases BH ont été retrouvées en place. Celles des demi-colonnes sont reliées aux piliers par une mauvaise maçonnerie. — L'espace libre entre les deux colonnes est large de el m. 82 ;
- 49 En avant de la porte P' et du mur de façade, »des murs £ £ £ qui prolongent la construction par un nouvel avant-corps, et qui, au Nord, mettent la basilique en relation, de façon confuse, par un passage T, avec les bâtiments voisins. Ces murs médiocres de part et d'autre du passage m (du point P au point d), sont très mauvais ailleurs (moellons et terre).
Il semble qu'on puisse reconstituer ainsi l'histoire du monument :
Il y a eu, d'abord, une restauration qui a consisté dans la réfection des murs QH, x et B ; en même temps, sans doute, l'accès en P' a été modifié : un corridor, s'ouvrant latéralement en m, a précédé la porte P'. Les murs construits alors se distinguent des murs primitifs par la qualité du mortier, qui est beaucoup moins bonne.
Il est possible qu'il faille rapporter à ce travail l'inscription NOMINA CVRiAllium col(oniae) ? Madaurens(ium) ?] QVI BASSILICAM VET[erem], puis peut-être [restituerunt]. La restauration aurait eu lieu, dans ce cas, au début du IVe, et l'inscription nomina curialium serait venue faire pendant à l'inscription de fondation nomina eorum... La basilica nova serait la basilique voisine du forum, comme le supposait M. S. Gsell.
Plus tard, notre basilique fut utilisée pour le culte chrétien. L'orientation se trouvait convenable, on aménagea un presbylerium, en construisant le colonnade en avant de l'abside et la banquette de l'abside ; on détacha des nefs latérales : les sacristies FI et K, et l'on exhaussa le sol de la sacristie K. La galerie D devint un narthex. Une porte fut percée dans le mur Zh, le mur entre X et Z fut remanié et la porte qui s'y ouvrait, donnant accès à la nef centrale, fut élargie. En même temps — ou quel que temps 2prés — on reprit et on développa les murs £ E É. Tout cela fut fait en hâte et sans aucun goût . Mais il est intéressant de saisir sur le fait la transformation d'une basilique civile en basilique chrétienne : le cas se présente rarement . Les remaniements qu'a subis le fond de l'édifice sont un indice suffisamment probant de cette transformation ; en outre, on a découvert dans la fouille trois pierres (sans décoration) en forme d'arca des de ciborium *.
Plus tard encore, alors que la toiture de l'église avait sans doute disparu, on a posé sur les murs bas VX, YZ des auges creusées dans des pierres funéraires qu'on avait dû recueillir aux environs *.
V. LISTE ÉPISCOPALE. — Madaure fut le siège d'un évêché chrétien dont nous connaissons quatre titulaires. Ce sont :
iji d ji mra ndm, 899 monogramme constantinien, avec a etc. La fig. 7439 ne demande qu'une transcription [Hic ja cet, q] uondam beatus [in pila] ef n une beatior [in pae ]e, sanctus ep(i)s(copus) Placentinus [Qui ur]bem in catholica florenter o [re ]rif et n une eterna luce jam fruitur. | V Jiexit annis LX X XVI Ligne 2, in vila, Monce aux et Gsell ; ligne 3, in morte, Monce aux, mais la lettre dont le bas subsiste devant l'E parait bien être un C. ; ligne 4, Per orbem, Monce aux, Qui urbem ou Plebem, Gsell.
Placentinus était un contemporain de saint Augus- | tin ; il avait pour adversaire un donatiste qui s'appelait Donatus.
Dans un concile de cette époque, qui eut à s'occuper d'une affaire concernant le diocèse de Thubursicu Numidarum. il est question d'un Placentinus, quiper-
VI. ÊPIGRAPHIE. — En 1891, Edm. Le Blant faisait observer que l'épigraphie chrétienne à Madaure n'était représentée « que par quatre inscriptions ; en 1922, M. S. Gsell pouvait en publier cinquante-quatre, parmi lesquelles beaucoup offrent de l'intérêt. Ce sont, principalement, les ruines et les abords de la basilique qui ont donné des épitaphes : tables de grès jadis posées à plat sur les sépultures. Plusieurs avaient été signalées avant les fouilles, celles que l'on a retrouvées en 1913-1914 étaient dispersées parmi les décombres, et, si l'on a rencontré çà et là des ossements dans le sous-sol, aucune tombe ne s'est présentée intacte. On peut se demander si la construction de l'église n'a pas bouleversé un cimetière chrétien plus ancien : une partie des tables funéraires auraient servi de matériaux aux maçons. Il est certain, du moins, que la dernière base de la colonnade de gauche a été taillée dans une de ces tables. D'autres tables « avec des épitaphes chrétiennes ont été recueillies dans les déblais des thermes. Il n'est pas impossible qu'elles aient été placées d'abord dans le cimetière qui se trouvait au lieu où l'on éleva la basilique. 5 1. Fouilles de la forteresse. Table brisée en haut et à gauche :
PUR PAS EN “sl ..BARE NOL :MVS . ... MAVRENTIVS in pac E VIXIT ANIS LXX depositu $ IIll NON MART !
A E La ligne 3 est énigmatique. Il s'agit d'un sacerdos, titre qui s'entend d'un évêque, mais on n'en connaît aucun de ce nom dans la liste épiscopale de Madaure ; il est vrai que ce qu'on sait de cette liste est si peu de chose.
SEP SPINGEN TN
AE ie PEN LY ge n, qu :
MR ied Moe mI arp Ire (Lr wER euo « NE VE UOS annis X X VI : depositus anno primo dom(ijn(i) regis [G ]eli (meri ), XI k(a)l (endas) febr (uarias).
La première ligne indique sans doute que cette épitaphe provient d'une série de tombes numérotées dans le sous-sol de l'église ; elle a été ensuite remployée dans le dallage où elle fut copiée après qu'on se fut assuré qu'elle ne recouvrait aucune fosse.
Desiderius et Respectus semblent des noms nouveaux dans l'onomastique de l'Afrique chrétienne. La localité de Casae Maiores ne se trouve mentionnée nulle part, elle n'est pas connue de Mesnage sous cette forme ; mais il s'agit peut-être de la ville que la Table de Peutinger nomme Ad maiores, et dont un évêque, en 411, est désigné sous le titre d'episcopus plebis Nigrensium Maiorum : ce serait Henchir Besseriani'. On trouve plusieurs Casae dans la toponymie africaine. p Ligne 5, RENT qu'il faut probablement lire Rent, / ral ^h US rm 5 1 jS 3€ V). | BT EN »M QE« quoi que la quatrième lettre ait la forme d'un T, Ti du mot episc(opi) a la même forme à la ligne suivante. On a proposé de lire REN (a)T(us), formant antithèse avec nalus. Ce serait une allusion au baptême, et il faudrait interpréter le passage : * né à Casae Maiores, devenu par son baptême le fils de l'évêque Bespectus. » Ligne 12, le seul roi auquel on puisse songer est le Vandale Gelimer, écrit dans les inscriptions Geilimer, Geilamer, Geilamir, Gheilamir, Gelimer et, dans les textes grecs l'eAiueg. Le Ga une forme exceptionnelle ; le graveur, sans doute très ignorant, aura pris pour une S, le G cursif figurant sur son modèle et il n'aura pas complété le nom, écrit en abrégé sur ce même modèle. Gélimer devint roi le 19 mai 530 ; la date indiquée sur cette inscription répond donc au 22 janvier 531. i mélange d'écritures capitale, onciale et cursive (fig. 7440).
Donatianus pr(e)sb{yter), in exilio pro fide catolica hic aput col(oniam) Mad(auros) relegatus, recessit die nonas apri les, anno VII Karthag(i)n(is). Vixit annis AX CV I.
Lignes 5-6, avec de la bonne volonté, on peut reconnaître les lettres KARTHA || GN.
L'inscription parait dater des premières années de la domination byzantine.
Ligne 5, on trouve la mention de l'ére de Carthage, 7* année ; c'est, comme nous l'avons dit ailleurs (voir ERE), une ère calculée probablement après la date de la reprise de Carthage par les Byzantins, en 534 ; ère dont on peut constater l'emploi sur des monnaies carthaginoises de Justinien, sur une inscription d'Hippone et, peut-être, sur une inscription de Youks (Aquae Caesaris). L'ère indiquée répond à l'an 540 n v après J.-C., date à laquelle convient la forme du chrisme. Donatianus avait dû être exilé à Madaure de longues années avant sa mort, à l'époque de la domination vandale ; quand celle-ci prit fin et ses mesures de rigueur avec elle, le vieillard cemeura à Madaure qu'il ne quitta plus jusqu'à sa mort.
Prespiter Liberatus pro fide catolica in exsilio re ces- (s)it in pace el p(i)r(it) annis LXX Y. Depositus esl die XVII ka(lendas) iulias.
Inscription trouvée à côté de la précédente qui ne doit probablement pas en être séparée. (es eux prêtres catholiques furent exilés à cause de leur foi à Madaure et ne s'en éloignèrent plus. Liberatus fut i = — Ag rue éme de - ecran i ERR gir Mea -——T——— ire aris r TR ies Er ir cit Ln rt nee w^ mamar [rum za.
DE LIT - Uz a a ur 903 enseveli le 17 des calendes de juillet, sans doute vers le même temps que Donatianus. L'inscription ne peut guère être antérieure au milieu du VIe, époque où apparaît en Afrique la croix latine, figurée ici au-dessus de l'épitaphe. dans Bull. du Comité, 1915, p. 229 ; Inscr. lat. de | 5. Fouilles de l'église. Table brisée en haut, endommagée à droite et en bas. Au-dessus de l'inscription, traces d'un chrisme dans un vide.
DEFUNCTUS EST IN
TEXTE CORRIGÉ :
DEFUNCTUS EST IN
PACE FIDELIS VIXIT ans. 11.... l^ »FP Ligne 5, ligature de A et V dans Madauros. Anno VI K(arthagini )s, die VIII kí(a) fren)d(a)s] augustas. Fl(aviu)s Anu[s pr(eJsb Jit(er), serbus dom(i)n(icu)s s(e)d|is] Kar(tha)g(iniensi)s, veniens K(ajr(tha)- lg(i)n(e)] aput col(oniam) Madauros, defunctos est in pace fidelis. Vixit [an(ni)s XC] III [fe lie [it ]Jer( ?) | Les restitutions ne sont pas toutes certaines. Ligne 2, il est impossible de lire [Si J/ [v Janu (s). Il y avait probablement là un gentilice, Flavius, écrit en abrégé et suivi d'un cognomen. La restitution Anu [s] est peu satisfaisante, quoi que ce cognomen se rencontre ailleurs. Peut-être Anullinus ? — La sixième année de l'ère de Carthage répond à septembre 538septembre 539 ce notre ére.
PEREGRINVS PRESVITER RELIGIONIS KATOLI CE BIXIT ANIS LX
Peregrinus presviler religionis kalolice (catholicae) piril anis ix.
La mention religionis catholicae suffirait à elle seule à montrer qu'on se trouve cans un pays et à une époque de sectes riva les.
DIACO#VS EVI VIXIT NNIS xxxv POSITVS XIII ! KLD APR ! E In uc tumulu (= hoc tumulo) Be[n]ezianus { = Venetianus ?) diaco [n Jus, [g Jui vixit annis X V, positus XIIII k(a)l(en)d(as) apri les].
| 0 m. 63, largeur, 0 m. 50. Cette table funéraire, mensa, | lettres par erreur —- [f ]ratres posit |i :
| restitués que par conjecture. Le lapicide a commis fut transformée en pressoir, comme le- -prouve urne rigole pres que circulaire qui entoure l'épitaphe, avec l'amorce d'un petit canal dans l'angle supérieur de. gauche, ce qui a fait disparaître quelques lettres de. l'inscription ; de plus, la pierre est endommagée au début des lignes 5-7. L'épitaphe est délimitée en haut par un trait, elle comporte huit lignes, en lettres irrégulières et mal gravées : vir | T ANNIS XXXVII ETF
5 NVS VIXIT ANNIS A MAVRIS OCCI
sie| DIEPOSITI S t KALEDAS IVLI us [In] uc tumu zmu^lu — le graveur a répété deux Fl ?] orus dia conus, [vix ]it annis XXXVII et Flausti ?|nus, vixit annis.. : a Mauris occ|isi et] d£iepositi s [unt ]...- kale(n)das iuli[as|. Avant fratres il y avait pentes être II (= duo).
Ces deux frères étaient chrétiens et l'un c'eux était t diacre ; leurs noms sont mutilés et ne peuvent être
deux fautes grossières fumumulu et diepositi. A en juger par les formu les, l'inscription cate de la seconde. moitié du rve siècle ou bien du début du siècle sutvanti 53 Ce fut un assassinat qui coüta la vie aux deux frére et cette circonstance n'était pas aussi exceptionnel i dans l'Afri que de ce temps-là qu'on pourrait être tenté ce le supposer. Malgré tous les bienfaits de la * paix » romaine, les textes épigraphiques nous ont conservé le souvenir de : multip les violen ces contre les. personnes. Tantôt il s'agit de bagarres causées par less querel les religieuses : le ciacre Nabor, un ancien | schismati que converti, cont saint Augustin compos - l'épitaphe métri que, fut assassiné par les donatistes :- DONATISTARVM CRVDELI CAEDE PEREMPTVM ; et Robba, une religieuse donatiste, périt sous les coups des catholiques, le 25 mars 434 : C(a)EDE TRADIT [orum] VEXATA MERVIT DIGNITATE(m). MARTIRI(iJ. Tantôt il s'agit d'un attentat commis par des indigènes, rebel les ou brigands, A Mouzaïaville, entre Blida et Tipasa, on a trouvé dans l'abside d'une église une table ce marbre blanc, qui a été transportée au musée d'Alger ; on y lit. l'épitaphe d'un évé que catholi que qui OCCISVS EST IN BELLO MAVRORVM (Corp. inser. lal., t. VII n. 9286). Remarquer que le terme Mauri s'appliquait - alors à tous les barbares ce l'Afri que septentrionale. | bene FICVS SERB us — OMINICVS fideli S VIXIT ANN dep OSITV ` Lignes 1-2 : serbus dominicus, même expression - au n° 5. à P n. 2765. J d 905 | [ - 10. Foui les du théâtre. Table, haut. 0 m. 76, poe 1 m. 02, haut. ces lettres, 0. m. 04. Le V de. forme arrondie.
HONESTA MISSIONE MERITUM AD FELICIS ANZZZ ANNOS PROUEXIT SENECTVS CATOLICE LECI FIDE
LISSIMA MENTE INSERUIENS UIXIT AN Aiguiére NIS IXXXIII IN PACE Plet : Veteranorum memoria felix, Caecili Aemiliani con linens nomen ; quem prim(a evum legioni lerli(ae) au, gust(a je militia probatum dedit inventas ; quem, pos(t) p borem virtutis honesta missione meritum, ad feli ces an annos provexit senectus, cat(h)olic(a)e legi fidelissima DEM inserviens. Vixit annis lxxxiii, in pace fidelis.
Ligne 6, à la fin, on distingue un A qui parait suivi. d'un N, début du mot annos que le lapicide a reporté - à la ligne suivante, il a effacé la fin de la ligne sans réussir à la rendre illisible.
EK 11 s'agit d'un vétéran chrétien, Caecilius Aemilianus, qui dés sa première jeunesse servit dans la troisième > légion Auguste qu'il ne quitta plus jusqu'à son congé : alors il prit sa retraite à Madaure et y mourut âgé de. quatre-vingt-trois ans, bon et fidèle catholi que. Le ! monogramme, la paléographie, les formu les, tout - invite à placer cette inscription au r1v* siècle. — Ligne 1. — Memoria a le sens de tombeau, et felix = s'y rapporte grammaticalement, mais, pour le sens, - felix doit être rapproché de veteranorum et parait faire - allusion à la situation privilégiée des vétérans. On connait à Lambése une Curia Hadriana felix vete- - rünorum (Corp. inscr. lat., t. vu, n. 18214, 18234).
Ligne 3. — Nomen qui, chez les auteurs paiens, dés le rer siècle, est employé dans le sens de « personne » - ou de « peuple », avait pris, au rv* siècle, la signification - de reliquie martyrum ; ce mot a, ici, le sens de corpus.
- Ligne 4. — Probalus, dans le langage militaire, désignait le conscrit admis par le conseil de révision ; dans la langue ecclésiasti que il désignait le martyr à. qui ce titre avait été attribuée officiellement ; la construction militia probatum doit étre corrigée : ad mililiam probatum. La legio IIIE est celle qui fut cantonnée si longtemps à Lambése (voir ce mot). Ligne 6. — Honesta missione meritum, construction sionem meritum (ayant obtenu son congé), soit honesta - missione meritum feli ces annos (ayant mérité son bonheur par son congé honorable), soit encore honesta missione (e)meritum. Le mot feli ces est une nouvelle allusion aux priviléges dont jouissaient les vétérans. Le fin de la ligne donne place à la conjecture ; S. Gsell propose annos qui aura été en partie effacé ; P. Monce aux préfère aetatis, quoi que le mot ae [fatis ] semble un peu long pour la lac une.
Ligne 7. — On peut placer le point avant catholicae
ou aprés inserviens : cette deuxième solution semble préférable. Le mot legi a le sens de religioni. - L ignes 8-10, — Formule d'usage courant à Carthage | et qu'on rencontre aussi à Madaure.
Ce texte offre, à raison de sa date — milieu du | IVe — un intérêt trés grand qui a été bien mis en valeur : « Sans doute, depuis la fin du ue siècle, les soldats chrétiens étaient assez nombreux dans l'armée d'Afri que. Dés l'année 197, Tertullien pouvait dire aux paiens, non sans quel que exagération d'ailleurs : : Nous remplissons les camps... Nous sommes soldats comme vous !, » Quatorze ans plus tard, en 211, nous rencontrons au camp de Lambése tout un groupe de soldats chrétiens, et la plupart d'entre eux n'hésitérent pas à blämer celui de leurs camara des qui, lors de la distribution d'un donativum, avait couru au devant du martyre en jetant ses armes pour protester contre ces cérémonies paiennes ?. Au temps Ces persécutions de Dioclétien, l'armée d'Afri que comptait bien des chrétiens ; un siécle plus tard, au temps d'Augustin, elle se composait surtout de fidè les. D'ailleurs, au martyrologe de la contrée, figurent FLAVI MARTIALTS CENTVRIO vI% ITIN PACE AN 1 bien des soldats martyrs ; en 203, Egnatius et Laurentinus, martyrisés à Carthage ou à Lambése ? ; en 205, à Théveste, le conscrit Maximilianus, fils du vétéran Fabius Victor‘ : en 298, à Tingi, le centurion Marcellus 5 et le greffier militaire Cassianus ; vers le méme temps, à Césarée de Maurétanie, le porteenseigne Fabius « , et à Tigava le vétéran Tipasius *.
Il n'est donc pas douteux que toujours, depuis la fin du n° siècle, beaucoup de chrétiens ont servi dans l'armée d'Afri que. Mais ceux des premières générations n'ont guère laissé de tra ces apparentes dans l'épigraphie chrétienne de la contrée. Les inscriptions relatives à des soldats ou officiers chrétiens ap partiennent ordinairement au ve ou au vit siècle, surtout au temps de la domination byzantine. Jusqu'ici, parmi les documents africains de cette catégorie, un seul datait du rv siècle. C'est une épitaphe très courte, gravée sur un fragment de marbre, qui a été trouvée naguère à El Djem (Thysdrus) : l'épitaphe d'un centurion chrétien, nommé Flavius Martialis, « qui vécut en paix pendant trente-six ans » et dont le tombeau était signalé par un monogramme constantinien *. Fragment de marbre de 0 m. 37 x 0 m. 40, haut. des lettres 0 m. 04 (fig. 7442).
907 Notre vétéran de Madaure était à peu près contemporain du centurion de Thysdrus. Mais l'épitaphe du soldat est beaucoup plus importante que celle de l'officier, en raison de toutes les données qu'elle contient. Deux traits surtout méritent l'attention : le renseignement relatif au tombeau commun ces vétérans et les allusions trés significatives à la foi catholi que àu céfunt.
Les vétérans étaient populaires à Madaure. Vieille cité numice, jadis place forte de Syphax, puis de Masinissa, Macauros avait été ensuite comme « fondée de nouveau ; novo condilu, par les Romains qui y avaient établi une colonie de vétérans. » Des famil les de soldats, dont l'origine remontait aux premiers temps de la colonisation romaine, et où la vocation militaire se transmettait ce pére en fils, y constituaient une sorte d'aristocratie. La cité tout entière était fière de ses vétérans. Un jour, en plein tribunal, Apulée disait de Madaure, sa ville natale qu'il appelait « sa patrie » : Veteranorum militum novo conditu splendidissima colonia sumus. Rapprochée du texte d'Apulée, la premiére ligne ce notre inscription semble inciquer qu'il v avait à Macaure un tombeau commun ces vétérans, sépulture enviée, où c'était un honneur et un bonheur ce dormir son dernier sommeil : ture comm une appartenail sans coute à une association ces vétérans ce Macaure : association analogue à ces collèges funéraires de vétérans, dont on constate l'existence sur civers points ce l'Empire, notamment à Lambése ?. Une inscription trouvée à Chemtou (5imitthu) était gravée sur la tombe élevée à un certain L. Silicius Optatus, probablement un confrére, par une association de vétérans : Huic velerani morantes Simitthu de suo fecerunt .
Quant à la foi catholique du vieux soldat de Madaure, c'est comme un thème dominant dans le dernier tiers de son épitaphe. Le rédacteur y revient plusieurs fois, avec une insistance très caractéristique : Catholicae Legi (ligne 7), fidelissima mente (ligne 8), in pace fidelis (lignes 4-10). Chose curieuse, on observe la même insistance dans une série d'épitaphes de clercs trouvées à Madaure au milieu des ruines de la basilique. Les allusions à la foi catholique reparaissent régulièrement comme un refrain, dans toutes les épitaphes. L'évêque Placentinus, nous cit-on, in catholica floruerit viri. Peregrinus était prêtre religionis catholicae. Le prêtre Donatianus in exilio pro fide catholica hic apud Col(oniam) Mad(aurensem) relegatus, recessit die... Le prêtre Liberatus pro fide catholica in exilio recessit in pace. Cette insistance est d'autant plus remarquable « qu'elle est tout à fait exceptionnelle dans l'épigraphie chrétienne. Evidemment, les rédacteurs des épitaphes avaient leurs raisons pour louer la foi catholique des défunts. Et ces raisons sont faciles à démêler pour qui connaît l'histoire de Madaure en ces temps-là. Non seulement, la population de la ville était moitié chrétienne, moitié païenne ; mais encore les chrétiens se partageaient entre deux grandes Églises, toujours rivales et souvent ennemies. Au concile de 345, l'évêque catholique de Madaure se plaignait des empiétements de son collègue donatiste ; soixante ans plus tard, la situation n'avait guère changé dans la ville, où deux évêques rivaux restaient en présence *. Dans ces conditions, il n'était pas inopportun de rappeler aux fidèles qu'un défunt avait été catholique et bon catholique.
Veteranorum memoria felix. Cette sépulture | 908 de Souk Arrhas, haut. 0 m. 59 ; larg. 0 m. 54 ; épais. 0 m. 20. L'inscription est dans un cercle :
MUNIVS IVLIVS BARGEVS NEPOS VIR HONESTVS VICXIT IN PACE FIDELIS ANIS XXXIII MINVS DIES XIII DEPOSITVS EST V IDVS SEPTEMBRES HIC SEPVLTVS. Munius Julius Bargeus nepos, vir honestus, vixit in pace fidelis annis 33 minus dies 13, depositus est V idus septembres. Hic sepultus. Vir honestus est sans doute un titre ; l'âge est exprimé comme nous dirions : 33 ans moins 13 jours ; — d'après la forme du chrisme, cette inscription est du vi siècle ou plutôt de la seconde moitié du ve.
Bibl. — A. Héron de Villefosse, dans Archiv. des :
Ü m. 60, brisée.
IOC DORMIT TUMULO CRISTI PRECEPTA SECUTA QUE MERUIT NATUM SAS... 5 ATTOLERE MYSTE.. ! ALIUM UITA*. MAGIS. ES qui non vitas casus quaeris qu... Flavius Victorianus na... qui innocens pubertal... dum obsequens studia sec... amore mGmula non... heu pielas non dignos... qui religioso adfectu m..... ponerent in perpetuum sac..... hic corpus ferra leget s..... nunc in pace quiescenti paren (tes Plat ?
Inscription trop mutilée pour qu'on puisse la reconstituer. Il s'agit d'un adolescent, mort au cours de ses études ; les mots in pace attestent sa croyance chrétienne.
- ligne 4, la dernière de la ligne 6 ; aux ang les, des cavi- ` — tés ron des figurant des écuel les. r3
HSE
1 E ic quondam Januaria sita, quam docuisse doc [e ]r (em ) |. Qua (m ) multas ffjecit matres kastitate docere - Tribus el sexaginta fide(l)is vite mater e[g ]it, (Ut maritali nomine Florentinus mos animo gereretur.
DMS
Les deux formu les : Hic sila esl et Dis — à en juger par la position des chrismes, devait avoir - environ 1 m. 16 de longueur ; elle est brisée à droite. - Le chrisme d'en haut est mutilé ;il avait certainement la méme forme que le chrisme d'en bas.
CORPORA SANCTORVM GA... AST ANIMAM CAELO IVNGIT A..............
> LEPIDIANVS INEST FILIQVE PATRIS.......
DIVINIS GESTANS TEMPORA CIN. SEX ET SESAGINTA ANIMAM PRO.. Lope » E Ast animam caclo iungil a Lepidianus inest, Fili que Patris [que minister ?) Divinis gestans lempora cin [gere sertis ] Sex el se(z )aginta animam pro [baverat( ?) annis | Au quatrième vers le graveur aurait dû écrire : sua - tempora.
T 1 m. 06, épaiss. 0 m. 22 ; haut. ces lettres : 0 m. 05, gravure soignée.
E :
HIC GENETRIX POSITA EST DVDVM FMLA XPI
f£ MAVRICIA GALLA. F IN PACE VIXIT ANNIS LIT F Hic genetrix posita est, dudum famgu la (Christ )i Hae meritis dantur se des, quas, optima mater, Tenes, cuius sicu[b]i amplissima facta Dicere iam |f lama totum diffudit in aevum Mauricia Galla in pace vixit annis LII — illisib les, sauf le début et la fin : :
Début : Vivis in (ajJeternum... Fin : patri ac malri Manibus | - Sacrum ont été interverties. Quand à la composition | “elle-même c'est, suivant le jugement de M. Gsell, un | » « pitoyable galimatias, avec des intentions poétiques. » | 910 L'inscription est dans une couronne, flanquée en haut, à gauche, d'un plat et, à droite, d'un rameau ; en bas, à gauche, d'un plat et, à droite, d'une aiguière.
En 1904, j'ai proposé pour la première ligne 7 per Christum ad martyres ; aussitôt on s'écria que c'était le contraire qu'il eût fallu dire. Peu importe la criti que puis que cette interprétation a été ac mise par M.P. MonFelix pater, habes digna luae pr (a)emia vitfa Je, Optima cum resonat perpetuo nomine fama, Pr(ajeconiumqg(ue) tu(u)m merilo commu [n ]i ore [p (robatu Jr.
Pectora. dum..........ando cun(c)tis amor em ] Pomponianus, q(ui) felix vix(il) annis 63.
D'aprés le chrisme, la facture des bas-reliefs et la forme des lettres, cette inscription appartient au IV* siécle.
| ce aux : i Fidelis in pace sita castissima virgo n. 2774 bis.
BH. ST IC MORTI ANTIOVA SOISÆÆ#0iCATA ULEPVR E ! URI ASTVLI VITA VIXIT TER DENO
LI
944 21. Pierre (provenant des fouil les de la forteresse ou du forum ?), brisée à droite et en bas ; le début n'offre un sens que si on la rapproche du début de l'inseription précédente :
22. Fouil les de l'église. Table, haut. 0 m : 46, brisée à droite. A l'angle inférieur de gauche, on a tracé ie contour de l'éeuelle qui n'a pas été creusée.
HIC SIT /- -...
DAMV. CVIVS ME... QUE :: ::, 2 BIS SEXTER--- : NOMEcuelle : Fleur droite et en bas ; haut. des lettres : 0 m. 035. TA PRU M HOSTE ! PIT FIDL CRISTO 5. QVIN^ Lign. 3. — percepit ou accepil qui indi que la réception du sacrement de baptéme ; fidelis ; ligne 4, Christo. brisée à gauche et à droite. L'inscription ne comprend | N Do OMO QVI BF... [Vivas iln Dfe)o, (h)omo qui be[ne vixisti ] ! qu'une ligne ; haut. des lettres : devant le bordj du caïd ; entrée à Bruxel les, mus ?e du Cinquantenaire. L'inscription est enfermée dans une couronne que surmonte le chrisme et que flanquent des images aujour d'hui mutilées : en haut, à gauche et à droite, une aiguière ( ?) ; en bas, à droite une patère ; l'angle inférieur de gauche est brisé (fig. 7443).
Elia Daliva Maxima in pace, quater denos el unum, pia, patiens, modesta, carpsit annos (morte à 41 ans).
| Gsell, Inser. lat. Alg., t. 1, p.
Aquilini memorabilis | 912 Algérie, in-89, Peris, 1893, p. 394 ; Comptes rendus de l'Acad. d'Hippone, 1891, p. 64 ; F. Cumont, Catalogue du musée du Cinquantenaire, in-12, Bruxel les, 1913, p. 195.
27, Fouil les du forum. Table, haut. 0 m. 46, mutilée à gauche. L'inscription est Cans une couronne flanquée | de quatre gran des feuil les ce lierre.
SQ TIZ 522
W 2 St AE TE « uli »
MADAURE —
uu - entrée depuis au musée de Souk Aghás ; endommagée. à droite.
AS OR O FL VRBANVS VIX IN PACE ANNIS LSII IVL CRESCENTIA VI XIT ANNIS LII QVI VNA DIE DE Co
RPORE EXERVNÍÍ
- vixit annis lxv. Même formule de début au n. 7 ; on | ; ; : 1 b à 1
PIPER TERR T
40. Trouvée à Madaure dans ou prés de l'église, | Ad. + glali (pour Vigilantius ?) positus fidelis vixit | annis lxxv positus 6 (i)dus martias ; S. Gsell, Op. cil., | 914 en haut à gauche et à droite, écuel les en creux ; en bas, à gauche rosace et à droite grande feuille. Dans la couronne, en bas, on a gravé une grappe de raisin, une fleur et une ampoule à une anse, à panse arrondie, cette fiole est couchée (fig. 7444).
Meggent parait être la forme féminine de Miggin.
Hj / ] £3 Ligne 2, frater ; hommage du puiné à l'aîné.
Dans les fouil les de l'église, une table brisée à gauche : inscription cans une couronne :
915 MADONNA DEL CASTELLO 916 —
leur structure, qu'el les soient contemporaines, il faut. ` distance d'Almenno, sur la crête du ravin où coule leBrembo, affluent de l'Adda. La disposition cu rocher à pic qui porte cette église a pu motiver les irrégularités du plan. Devenu insuffisant, l'édifice fut remplacé, mais, chose pres que incroyable, épargné.
II. DEscuhiPTION. — L'édifice se compose d'un vaisseau à trois nefs avec. une trib une, plus étroite que le vaisseau et partagée de méme en trois compartiments (fig. 7445). La confession, entièrement à découvert, se trouve sous la trib une ; on accède à la confession par deux escaliers qui partent à peu rés cu milieu des nefs latérales ; celui de gauche passe sous l'ambon ; l'entrée de celui de droite est entourée d'un parapet. Le pavé de la trib une et de l'extrémité postérieure des neís se relève ce la hauteur de deux marches au-dessus cu sol de la partie antérieure ce l'édifice.
Partout on a fait usage Ce la voûte en berceau, sauf au-dessus cu compartiment central de la trib une, où on a employé la voüte d'aréte. Les naissan ces des berce aux sont nécessairement établies au-dessus des sommets des arcs cintrés qui, cans la nef, réunissent les piliers cans le sens ce la longueur. Il en résulte que les nefs latérales sont trés élevées relativement à leur largeur, et que la nef principale ne recoit point 5e jours directs sur les côtés, Depuis que les baies du fond de la trib une ont été bouchées, elle n'est éclairée que par les fenêtres pratiquées dans les murs latér aux : de l'enceinte ; sans doute il v avait aussi Ces ouvertures cans la facade, avant qu'elle fût masquée par l'église mocerne bâtie au xv* siècle. Les voûtes en berceau des bas-cótés sont trés aplaties, afin peutêtre que la toiture à Ceux pentes qui, dans le principe. recouvrait probablement tout l'édifice, fût assez fortement inclinée, suivant la prati que des architectes du haut Moyen Age. | La cisposition ce la trib une est fort originale : ıl est rare de rencontrer, au nord ce l'Italie, une église ainsi terminée par trois compartiments allongés, aboutissant à un mur droit. Les petites niches, pratiquées cans l'épaisseur de cette muraille de fond, aux extrémités des compartiments latér aux, rappellent les absi des latérales des églises à trois nefs. La forme rectangulaire du chevet, ainsi que son obliquité par rapport au bátiment des nefs, tiennent sans doute à la configuration cu rocher sur lequel est bâtie cette partie de l'édifice.
Une autre particularité intéressante à observer, consiste dans le mode de séparation du compartiment central et des compartiments latéraux de la tribune. Le cintre de chacun des arcs qui réunissent les piliers extrêmes au mur de fond, est occupé par une cloison en maçonnerie que soutiennent, au moyen d'une architrave, celles colonnes engagées et une colonne isolée intermédiaire (voir la coupe AB). Les colonnes, tant isolées qu'engagées, ainsi que les plates-bandes des architraves, sont modernes ; mais les cloisons qui remplissent les cintres paraissent anciennes, en sorte que la disposition actuelle n'est apparemment qu'une restauration exacte de celle d'autrefois, nécessaire par le mauvais état des pièces de soutien primitives. Cette supposition est confirmée par le fait qu'en raison de la hauteur où se trouvent les naissances des voûtes en berceau des compartiments latéraux, les cloisons des arcs cintrés ont dû exister de tout temps : elles ne sauraient même avoir été évincées par des arcs, au lieu d'architraves, attendu que ces arcs eussent
Les piliers situés à l'entrée de la tribune présentent des formes extrêmement irrégulières. On pourrait supposer, à voir le raccordement des deux parties de l'édifice, la tribune et les nefs, qu'elles ont été bâties séparément : mais, comme il n'est pas coutumier, d'après attribuer le vice de leur ajustement, ou à la maladresse des ouvriers, ou plutôt, comme nous l'avons déjà cité, à une convenance locale brutalement satisfaite. Les piliers en question offrent cette particularité que des saillies spéciales correspondent aux retombées des différents arcs qu'ils supportent, et que les bandeaux, placés à la naissance de ces arcs, règnent isolément à diverses hauteurs, chacun d'eux ne couronnant que la saillie du pilier où repose l'arc contigu — indice de l'origine. Le même système de dispositions se retrouve aux piliers des églises de style lombard ; mais il n'est exprimé nulle part, à beaucoup près, d'une façon aussi rude et aussi gauche qu'à la Madonna del Castello.
Quant aux piliers des nefs, leur forme allongée ne convient guère à la fonction de porter des voûtes. à ce point que, si l'on jugeait le mode de couverture par l'agencement du plan, on supposerait que le vaisseau de l'église est abrité par une toiture en charpente : heureusement, la faible portée des voûtes a permis à leurs supports de résister efficacement aux poussées.
L'édifice est construit avec des pierres de petites dimensions, grossièrement taillées et ajustées : une couche de crépis et de badigeon couvre à présent ses parois. À part les colonnes et les architraves de la tribune, renouvelées à une époque assez récente et, par suite, dépourvues d'intérêt, il n'y a pas d'autres ornements que les bandeaux des piliers. Ce sont des morceaux de pierre d'inégale hauteur, faconnés d'une manière aussi fruste que le reste de la maçonnerie.
M III. CONFESSION. — Quatre colonnettes, rangées sur une seule file, divisent la confession en cinq travées transversales et cinq travées longitudinales. Des pilastres, fortement en saillie sur les murs d'enceinte, portent, avec ces colonnettes, les retombées des arcs en plein cintre et des voûtes d'arête qui forment le plafond. Trois des colonnettes ont des fûts en marbre : le fût de la quatrième est un morceau de pierre grossièrement arrondi. Les bases sont enterrées, et les chapiteaux, défigurés par une restauration moderne, ne peuvent rien apprendre sur le caractère de la décoration primitive.
Les voûtes des escaliers qui conduisent à la confession, au lieu d'être formées par un berceau rampant continu, se composent de plusieurs tronçons de berceaux rampants disposés en gradins (voir la coupe EF). C'est encore un témoignage de l'impéritie des constructeurs. Les trois fenêtres à plein cintre, qui jadis éclairaient la crypte, sont maintenant bouchées et remplacées par deux ouvertures circulaires, pratiquées dans leurs intervalles.
V. DATE DE LA CONSTRUCTION. — Le chanoine Mario Lupo, dans son Coder diplomaticus civitatis et Ecclesiae Bergomalis, cite un testament de l'année 975, duquel ressort l'existence, à cette date, dans le château de Lemenne, d'une église dédiée à la Vierge et au Sauveur : ... Posi aulem vero eorum amborum Affoni comilis el Ferlinde jugalibus decessum volo et judico seu per hunc meum testamentum confirmo utl a presente post eorum amborum jugalium decessum deveniat ipsa corte que Lemenne dicitur cum castris et capellis seu casis et omnibus rebus servos el ancillas aldtones el aldianas molendinis et piscationibus in integrum ad eandem cortem Lemenne pertinente in potestatem de presbyteris, diaconis vel subdiaconis el officia les Ecclesiae sanctae dei Genitricis Marie et Domini Salvatoris que est edificata intus castro eodem Lemenne... L'église que nous venons de décrire, répond parfaitement, et par sa position topographique, et par le nom très significatif qu'elle porte encore à présent (Madonna del Castello) aux désignations de l'acte de 975. En effet, le château de la curte, c'est-à-dire du domaine de Lémenne, ne pouvait pas occuper un emplacement plus avantageux que le sommet de l'escarpement où est bâtie l’église de la Madonne ; car, de cette position qui est très forte, on domine le cours du Brembo, à fort peu de distance de l'ancien pont della regina. Il y a donc lieu d'admettre l'identification proposée.
Cela est d'autant plus probable que l'architecture ne permet pas de descendre au-dessous du Xe. On pourrait même la tenir pour beaucoup plus ancienne si l'on se fondait uniquement sur les tatouements naïfs et maladroits qui ont été signalés plus haut, mais il convient de faire une part assez large à l'inexpérience des maçons campagnards qui paraissent avoir élevé l'édifice.
Quoi qu'il en soit de la date véritable de la Madonna del Castello, qu'elle remonte au vme ou même au VIe, comme le donne à penser son architecture, ou qu'elle soit l'ouvrage de campagnards mal dégrossis, on y trouve, à l'état rudimentaire, l'un des caractères principaux du style lombard, savoir : la division du pilier en plusieurs membres, de hauteur et de dimensions différentes.
H. LECLERCO.
MADRID. — Au point de vue de l'archéologie chrétienne, Madrid échappe à nos études. C'est une ville moderne dont le sol ne reçut jamais les assises d'un édifice chrétien antique. Ses musées et ses bibliothèques compensent à peine cette complète indigence et pour faire figurer son nom dans notre nomenclature, il faut mentionner quelques points d'intérêt secondaire.
On peut lire des articles monumentaux espagnols relatifs au sujet qu'ils occupent, mais, par contre, il nous mettra sous les yeux jusqu'aux choses les plus insignifiantes d'autres pays. Observation exacte, mais dont ces auteurs ne sont pas tout à fait responsables. Qu'il nous soit permis de dire que nos essais pour obtenir des érudits espagnols des renseignements sur les antiquités chrétiennes de leur pays ont été vains.
À Séville, le palais de Montpensier renferme, assure-t-on, les dépouilles d'un cimetière néo-chrétien découvert dans le parc même du palais, mais ces restes ne sont pas visibles. A Murcie, un disque de bronze, muni d'une bélière, avec une légende circulaire d'un très faible relief :
PAULINE VIVAS : SEMPER SEDAS [ Chaque lettre est percée d'un ou de plusieurs trous.
REVERENTIO TVO MACARI VIVAS*.
Cette disette est d'autant plus regrettable qu'il ne faudrait pas — comme on pourrait être tenté de le faire — l'appeler stérilité. L'Espagne a possédé des antiquaires, elle en possède encore, quoi que en nombre moindre que la France et l'Italie ; le sol renferme des richesses archéologiques qui n'attendent qu'une mise en œuvre intelligente. Il existe une institution dénommée « Académie de l'histoire » à laquelle appartiendraient l'initiative et l'encouragement des entreprises. À elle, le soin de dresser les inventaires des collections existantes, de provoquer la création des sociétés locales d'archéologie dans les provinces et la réunion des congrès régionaux, d'entretenir des relations fréquentes avec les savants et les corps scientifiques étrangers ; elle ne semble pas s'en douter.
ls un renseignement, un estampage, une vérification sont demeurés invariablement sans résultat, fois même sans réponse ; quant aux bibliothécaires, on pourrait croire plus accessibles, ils se guident à une règle différente : les expéditions en pays étrangers auxquels ils ne jugent pas convenable de se rendre. C'est à ces raisons et non à d'autres qu'il faut attribuer l'omission des monuments espagnols. Que les Espagnols prennent la peine de nous renseigner, ils seront mieux appréciés ! Le mot ITINÉRAIRES (voir t. VII, col. 1852-1853) nous a décrits et commentés. Du point de vue liturgique, Madrid ne nous a rien donné de ELE Eugène Hidalgo et Charles de Linas, les draps et décrits sont du Xe ou après ; les 1 qu'ils contiennent sont donc d'une date déjà élevée et, en tout cas, postérieure à celle des exemples que nous cataloguons : Er croyons utile d'avoir mentionné des tablettes épigraphiques | MAESTRICHT 022 zi - f rouge jaunâtre, un pinceau et un style en ivoire. L'évangéliaire compte 134 feuillets non paginés, dont quelques-uns ont beaucoup souffert. L'écriture est très nette, les majuscules sont ornées de filets perlés rose et blanc en relief. Les cinq premiers feuillets représentent au recto et au verso des portiques tels qu'on les rencontre dans beaucoup de manuscrits sous le nom de canons d'Eusébe, mais assez peu riches comme dessin. L'arc supérieur est timbré d'un médaillon contenant un buste d'apôtre ; saint Pierre seul porte un symbole, les clefs. Aux pages 9 et 10, les médaillons contiennent les symboles des évangélistes. Comme frontispice une grande miniature représente saint Mathieu, assis, tenant un livre ouvert sur lequel il écrit avec un style. C'est un ouvrage intéressant non par sa richesse, mais par sa sobriété naïve et peut-être voulue (fig. 7746). BIBLIOGRAPHIE. — Ch. de Linas. L'art et l'industrie d'autrefois dans les régions de la Meuse belge. Souvenirs de l'exposition rétrospective de Liège en 1881, in-8°, Paris, 1883, p. 118-121 ; J. Gielen, L'évangéliaire E co d'Eyck-lès-Maeseyck du XVe, dans Bulletin TFC des commissions d'art et d'histoire, 1891, p. 19-28, ETE 3 pL ; D. de Bruyne, L'évangéliaire du XVe conservé à Maeseyck, dans Bulletin de la Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège, 1909, 1. x vr, p. 385362 : Revue bénédictine, 1909, p. 209. H. LECLERCO. MAËSTRICHT. —- I. Sous la domination romaine. II. Destruction par les barbares. 1II. Période z des invasions. IV. A l'époque mérovingienne. V. Le siège épiscopal. VI. La liste épiscopale. VII. Saint Servais. VIII. Les successeurs de saint Servais. IX. Les successeurs de saint Monulphe. X. Saint Lambert. XI. De l'évêque Candide. XII. Crosse. XIII. Coupe. XIV. Tissus. XV. Anneau. XVI. Clef. XVII. Inscriptions. l. SOUS LA DOMINATION ROMAINE. — La ville de Maéstricht doit son origine et, dans les temps anciens, son importance à la route consulaire de Bavay à Cologne 3, Le pont que cette route nécessitait à Maéstricht exigeait ces travaux de défense sur les deux rives de la Meuse, travaux auxquels le terrain se prêtait à merveille. Les fossés qu'on creusa sur chaque rive, plus ou moins en forme de demi-cercle, avec pour corde commune la Meuse, pouvaient toujours être alimentés : du côté de Maëstricht (rive gauche) par la ruisseau le Jaer ou Geer, et du côté de Wyck (rive droite) par le Langwater, venant de Heer. Par des barrages, il y avait moyen de tenir l'eau de ces fossés au niveau prévu, indépendamment de celui de la rivière. Ces deux fossés enclavaient les deux têtes de pont et faisaient ainsi de la ville, une espèce d'ilot, communiquant au moyen de ponts-levis, ou de ponts faciles à démonter, soit avec la grande chaussée, soit avec les routes latérales.
Le pont de la rivière ne se trouvait cependant pas au centre des deux demi-cercles ; Sud, en deçà, mais près des deux bouts, où la Meuse interrompait la ligne de circonférence. Les deux demi-cercles différaient encore sous un autre rapport. Celui de l'Ouest (Maëstricht) embrassait une superficie triple environ de celui de l'Est (Wyck). Ce dernier était fort restreint. La rue actuelle du Fossé permet de s'en rendre compte. Pour la délimitation de l'enceinte sur la rive gauche, c'est-à-dire du côté de Maëstricht, il existe encore des données suffisantes.
Les ingénieurs romains ont détourné le cours du Jaer vers le Nord-Est, et l'ont conduit au point où se trouve aujourd'hui la rue Derrière-les-Moulins. Le ruisseau fut bifurqué en sorte que le bras droit, le plus court des deux, se dirigea en ligne droite, de l'Ouest à l'Est, vers la Meuse, passant au Sud, le long des jardins, derrière les rues actuelles des Chamoiseurs, Courte et Notre-Dame. A l'aide de barrages, il formait le fossé qui, fort rétréci depuis, sert encore aujourd'hui, en cet endroit, de lit à tout le ruisseau.
L'autre bras passait par le côté gauche des rues actuelles du Chapon et de Saint-Jacques ; de là il se prolongeait sur la ligne indiquée maintenant par la rangée de maisons qui borde la place d'Armes à l'Est ; avant d'atteindre la rue Grand-Staat, ce bras obliquait vers l'ancien couvent des dominicains, et probablement de là vers le marché, où il aurait passé entre la façade méridionale de l'hôtel de ville et les maisons qui lui sont opposées, pour aboutir au rivage de la Meuse, en traversant auparavant, de l'Ouest à l'Est, la rue aux Poules.
A proprement parler, on n'a pratiqué, sur l'emplacement actuel, ni fouilles ni sondages méthodiques, mais on a pu recueillir des observations faites à l’occasion de reconstructions modernes. Vers 1570, M. Jos. Hustinx-Roberti fit bâtir sa maison et sa fabrique rue de Saint-Jacques et se trouva obligé à des fondations d'une extrême profondeur, à raison d'une couche épaisse d'une terre noire et visqueuse qu'il fallut traverser afin de rencontrer le sol ferme. En 1897, on creusa les fondations du nouveau bureau de poste à l'angle de la rue Saint-Jacques et de la rue des Prêtres et, dans la direction du Nord, on retrouva la trace du fossé, avec sa terre noire et visqueuse, devant la façade occidentale de l'ancien hôpital de Saint-Servais, situé à l'Est de la Place d'Armes, entre la rue Large et la rue Platielstraat. Devant cette façade occidentale se trouvait encore, dans la deuxième moitié du XIVe, un étang qui rappelait le fossé des Romains. Du côté de la Platielstraat, devant la façade nord de cet hôpital, il existait alors une impasse appelée Scharwyersruwe, ou ruelle aux rebuts ; c'est ainsi, avec des détritus amoncelés qu'on avait sans doute fini par combler l'étang.
L'agrandissement et la rectification de la place d'Armes avaient entraîné, en 1821, la démolition de l'hôpital, de la chapelle et des bâtiments qui faisaient saillie ; l'étang devant la façade occidentale s'est donc trouvé à une assez grande distance de l'alignement actuel. Van HeverlolT, témoin de ces démolitions conclut à la présence sur ce terrain d'un château fort entouré de palissades et d'un fossé.
De l'étang, au pied de la façade Nord, le fossé se prolongeait toujours dans la même direction, c'est-à-dire vers le Nord. Des restes d'anciens fossés, remplis d'une épaisse couche de vase spongieuse, furent découverts, lors de la construction des caves et fondations il était situé vers le mais, avant de l'atteindre, il obliquait vers le Nord probablement, qu'étaient édifiés les baraquements de la.
jeté et que les travaux de défense furent terminés, les auront commencé à s'installer dans des baraques, prés de Tongres longeait le côté Sud de ce bâtiment, et aboutissait, par la porte Charbonnière, au prolongement de la rue Large, entre la rue Large et la rue Platielstraat ;
924. de plusieurs maisons qui, vers l'Est bornent la place d'Armes. Le fossé ne se prolongeait pas cependant en ligne directe jusqu'à la rue actuelle du Grand Staat, à l'Est. La prolongation de cette partie de l'enceinte vers le Nord parait s'être dirigée à travers le terrain occupé aujourd'hui par l'Athénée.
Dans le Nord de l'enceinte on a rarement rencontré des vestiges de constructions romaines. C'est là, probablement, que se trouvaient la garnison et les magasins de l'État. Dans ces parages devait se trouver aussi l'équipage de la flottille que les Romains entretenaient sur la Meuse. Le nombre des fonctionnaires civils était très restreint, l'administration centrale du district se tenant à Tongres, où avait été également établi le camp d'où partaient les corps expéditionnaires. A l'intérieur, la ville de Maéstricht se sera formée comme la plupart des villes. Après que le pont fut habitants de la région, ou plutôt des vétérans licenciés du campement militaire. Puis seront venus les marchands et les artisans. C'était la route consulaire de Cologne à Tongres qui avait marqué le site de Maéstricht. Grégoire de Tours nous apprend qu'en 384, saint Servais se retira de Tongres à Maëstricht pour se mettre à l'abri des nations barbares, il mourut peu après son arrivée et fut enterré à côté de la digue publique, hors de l'enceinte et à proximité de la route : c'était en effet l'usage des Romains. Grégoire précise dans un autre passage : juxta ipsum pontem aggeris publici, près du pont de la digue. L'exactitude de ce détail est prouvée par la proximité du pont qui reliait la chaussée romaine avec la rue Large. Au-dessus du tombeau de saint Servais, l'évêque Monulphe bâtit une basilique. La chaussée venant reliée à la rue Large au moyen d'un pont, elle rencontra le rivage de la Meuse près de la porte Notre-Dame.
C'est là que se trouvait le pont qui, du côté opposé, menait de la route consulaire. Il s'en détachait, près de cette porte, une route latérale se dirigeant vers Aix-la-Chapelle, mais la grande chaussée elle-même tournait à gauche, traversait la rue Droite et quittait le faubourg de Wyck, près de l'église actuelle de Saint-Martin, pour se diriger par Meerssen, Heerlen et Juliers vers Cologne.
Voici, en résumé, les principales constatations faites dans l'ancienne enceinte romaine : à Wyck, substructions de maisons rue Droite, côté gauche depuis l'angle Sud jusqu'à la ruelle des Forgerons ; à Maéstricht, substructions d'un vaste bâtiment près de la place ; autres substructions dans la rue Notre-Dame ; un hypocauste rue du Bâton ; un autre hypocauste au nord de la place Notre-Dame.
E. C. Leemans, directeur du musée de Leyde, a publié une brochure pleine d'intérêt sur les fouilles romaines faites à Maestricht : Romeinsche Oudheden, gevonden te Maastricht. Cette brochure contient le rapport de C. Leemans à l'Académie royale des sciences sur les fouilles conduites par lui à la porte de la Pi rue Notre-Dame, en 1868, dans le but de retrouver les substructions romaines, ainsi que les traces de la grande chaussée romaine en cet endroit. Les recherches avaient donné des résultats appréciables et le rapport spécial de Leemans a été traduit. Cependant, les plans dressés sur place par C. Leemans ont été égarés dans les bureaux du Ministère de l'Intérieur, section du Waterstaat, à La Haye, et ils sont depuis restés introuvables. Heureusement, V. de Stuers avait assisté à ces fouilles ; il n'en avait pas seulement écrit un compte rendu mais il en avait pris des croquis avec des notes explicatives. J. Habets a pu les insérer également dans son étude. De cette façon, le résultat précieux des fouilles a été sauvé.
Les constatations faites par J. Habets et par V. de Stuers prouvent que l'ancienne ville romaine a été détruite par le feu, après quatre siècles d'existence environ.
II. DESTRUCTION PAR LES BARBARES. — Les Romains croyaient à l'efficacité des fortifications ; ils leur ont dû longtemps une précieuse sécurité. Le Limes (voir ce mot) a contenu les barbares efficacement vers le Sud et l'Ouest tandis qu'au Nord, le Rhin, fortifié sur ses deux rives, la Meuse et la chaussée de Bavay à Maéstricht formaient autant de lignes défensives contre le péril germanique. Les villes situées sur ces deux fleuves étaient munies de travaux de défense. Sur la rive gauche du Rhin et de la Meuse s'étendait une route militaire destinée principalement aux évolutions des légions et au transport des vivres et des bagages. Le service postal s'en servait aussi et avait établi des postes et des relais : mansiones et mutationes, qui, simples bâtiments, pouvaient être rapidement convertis en fortins.
Le long de la Meuse, on relève quelques souvenirs de ces retranchements improvisés ; à Eysden, il existe, près de l'embouchure de la Vour, les deux hameaux de Haut et Bas Gaesterl. Sur le sommet, à la crête Est de la montagne de Saint-Pierre, se trouve, en face de Ryckholt, le château de Caestert, sur l'emplacement d'un camp militaire. Sur la crête nord de la montagne Saint-Pierre, vis-à-vis de Lonwberg, on a trouvé les substructions d'un ancien bourg, à enceinte circulaire.
Lorsque, au début du Vème siècle, Alaric menaça l'Italie, Stilicon rappela les troupes qui gardaient le Rhin et la Meuse, en aval de Maëstricht (402). Cependant, Stilicon n'avait pas dégarni le pays de tous ses défenseurs. D'après la Notitia dignitatum, il restait des garnisons à Mayence, métropole de la Germanie I, et dans les villes d'Andernach, Coblence, Boppart, Bingen, Worms, etc. Dans la Germanie II, on trouvait un præfectus Lætorum Laginensium prope Tungros, ce qui indique probablement des détachements du camp de Lowaige, qui occupaient le camp de Caestert et le château sur la montagne Saint-Pierre, ainsi que la ville de Maëstricht.
Pendant que Stilicon était retenu en Italie, les barbares envahirent le Nord de la Gaule ; une lettre célèbre de saint Jérôme nous dit que Mayence fut prise et ruinée, une multitude fut massacrée dans l'église ; Worms fut détruite après un long siège ; les habitants de Reims, d'Amiens, de Boulogne, de Tournai, de Spire, de Strasbourg furent emmenés en captivité. Une partie des barbares ravagea, au début de l'an 407, Maëstricht et Tongres. Il parait que, après le sac de Tongres, s'étant heurtés au camp de Lowaige, les envahisseurs se sont dirigés vers l'Ouest, et après avoir tourné la forêt charbonnière, ils auront exercé à Boulogne, Tournai, Arras, etc., les cruautés dont parle saint Jérôme.
III. PÉRIODE DES INVASIONS. — Quand les envahisseurs eurent suffisamment pillé et rendu la terre improductive, ils s'en éloignèrent dans la direction du Sud. Les Francs de l'Est, ou Ripuaires, leur succédèrent et occupèrent tout le territoire entre le Rhin et la Meuse. Cologne fut occupée, mais sa population romaine ne fut pas exterminée et vécut même en assez bon accord avec les Francs ripuaires qui se répandirent le long de la Moselle et gravirent les plateaux de l'Eifel et de l'Ardenne. Poussant devant eux dans la direction du Midi, ils colonisèrent ces régions par masses compactes, se souciant peu de défricher les parties incultes du sol, mais se substituant aux colons romains dans les plaines fertiles et recueillant le fruit du travail séculaire des générations civilisées !
La limite qu'ils assignèrent à leurs occupations, ce fut, comme toujours, la forêt, la vaste et profonde forêt des Ardennes, qui séparait les peuples mieux que n'aurait pu le faire tout autre obstacle naturel ou factice.
Au cours du Ve, les Francs du Nord, ou Saliens, s'étaient successivement établis, par groupes, sur la rive de l'Escaut, dans la Toxandrie, sur la rive gauche de l'Issel et dans l'île des Bataves. On compte parmi eux plusieurs rois, dont le plus signalé fut Chlodio ou Clodion, qui avait exercé le commandement ; il rassembla en Toxandrie ceux de ses compatriotes qui étaient désireux de s'emparer de champs de culture, mais avant de s'ébranler, ces aventuriers paraissent avoir conclu un accord avec les Frisons et les Saxons, aux termes duquel ces trois peuples respecteraient réciproquement leurs possessions.
L'invasion des Vandales, en 407, émoustilla l'esprit d'aventure parmi les Francs saliens, qui décidèrent de se mettre en marche. Ceux qui s'étaient déjà implantés et fixés au sol laissèrent la multitude s'éloigner, en quête de terres fertiles à sa convenance. À mesure qu'on progressait, certains s'arrêtaient dans un site de leur choix ; les autres continuaient à avancer jusqu'à ce qu'ils rencontrassent un obstacle. Suivant G. Kurth, cet obstacle aurait été la chaussée romaine de Maéstricht à Bavay ; nous y verrions moins un obstacle qu'une voie d'invasion. Selon J. L. Mülleners, ce serait la ligne du Geer ou Jaer, qui de Maéstricht à Glons, de là à Otrange et au-delà même, arrêta les envahisseurs dans leur marche vers le Sud.
Déterminons d'abord la direction de la chaussée romaine entre ces deux villes :
De Tongres, elle passe par Bloer, Millen, Herderen, Riempst, Laefleld. Elle entre, à travers la campagne de Laeffeld, sur le territoire néerlandais, laisse Wilré-Oudvroenhoven à droite, passe au nord du cimetière de Maëstricht, sous le nom de vieille chaussée romaine, et va, près des remparts de la ville, se perdre dans les champs cultivés. Il parait cependant qu'elle a fait son entrée à Maestricht par la vieille porte de Saint-Nicolas et la rue du Mont-Calvaire.
Ces localités, y compris Maëstricht et Tongres et la série des villages situés au Sud de la chaussée romaine, entre ces deux villes, portent des noms germaniques. Au Sud-Ouest de Tongres, Lowaige encore est germanique, et Jones a été romanisé plus tard, ces deux bourgs se trouvent également sur la chaussée.
Dans la plaine, entre le versant Nord de la montagne de Saint-Pierre et le côté Sud de Maëstricht, mais tout à fait à proximité de la ville, se trouvait anciennement le village de Saint-Pierre, qui a toujours été de langue germanique.
À l'Ouest de Maëstricht, depuis cette ville jusqu'à l'Ouest du village de Canne, la vallée du Jaer est assez large. Ce village se trouve à une assez grande distance du versant de la montagne Saint-Pierre : Canne aussi est de langue germanique. Au Sud-Ouest de Canne, la vallée du Jaer se rétrécit.
Pendant l'invasion franque, cette partie de la Vel se trouvait ainsi sous la protection immédiate des forces romaines, occupant les bords de la montagne de Saint-Pierre ; au Sud-Ouest de Carne, il ne se trouve dans la vallée que des villages de langue romaine.
C'est ici un bon exemple de ce que peut nous apprendre une frontière linguistique et il est permis, dans ce cas particulier, de conclure qu'après la retraite des Vandales et à la vue de l'invasion franque, venant du Nord, le préfet militaire romain a évacué et détruit le camp de Lowaige, pour se retrancher derrière la vallée du Jaer, où il établit sa ligne de défense depuis le camp de Caestert jusqu'à Eben et Emael, de là à Wonck, Eassenge, Roclenge, Glons, ensuite de Glons vers Otrange. La ligne de défense contournait ainsi la crête nord et nord-ouest du plateau qui commence au sud de Maëstricht.
Tous ces villages, depuis Emael jusqu'à Glons, et de même Otrange, appartiennent à la langue romaine et la toponymie ne nous offre que des noms de même origine. Voici, semble-t-il, une raison d'admettre la valeur qu'eût alors, au point de vue stratégique, la ligne du Jaer.
Le roi Clodion, qui avait dirigé cette invasion depuis la Toxanderie jusqu'à l'arrivée en Gaule, conquit ensuite Boulogne, Tournai, Cambrai et l'Artois, mais d'un coup de main et la ville des son nom ji des ‘romaines au-dessous des maisons modernes. D'ailleurs, ce tombeau qui, dans la seconde moitié du VIe, sans être suivi par la nation franque et sans exterminer ni asservir les peuples vaincus. Ceux-ci restaient sur le sol où ils étaient établis et leurs nouveaux maîtres, les Francs, étaient trop peu nombreux pour leur imposer leur langue ; au contraire, leurs descendants adoptèrent la langue des vaincus. Celui-ci réalisa dans toute la Wallonie jusque dans la vallée du Jaer inclusivement. Les Francs s'implantèrent, alliés aux Romains pendant une période d'un demi-siècle environ, jusqu'à ce qu'en 486, Clovis défit Syagrius à Soissons et étendit son royaume jusqu'à la Loire. En 491, il fit la guerre aux Tongriens et les subordonna à ses possessions. Ces Tongriens qu'il soumit à sa domination demeuraient dans les villages romains de la vallée du Jaer et au camp de Caestert, sur le plateau de Saint-Pierre, ainsi qu'au Sud de cette vallée.
IV. À L'ÉPOQUE MÉROVINGIENNE. — Après le passage des Vandales, il ne restait probablement de ce qui avait été la ville de Maëstricht qu'un amas de ruines. Cologne et Maëstricht ne tardèrent pas à se repeupler. Les évêques de Tongres quittèrent cette ville et établirent leur résidence à Maëstricht, mais en conservant, jusque vers l'an 1000, le titre d'évêque de Tongres, emprunté à la circonstance du passage de la Meuse par la voie antique reliant Tongres à Cologne et qui s'est conservé jusqu'à nous sous la forme Maëstricht, c'est-à-dire « Tricht-sur-Meuse ». La première partie du nom de Maastricht n'est autre que le nom allemand de la Meuse (Maas) et il a été ajouté au vocable primitif de cette ville, afin de la distinguer d'une ville homonyme, située sur le Rhin, c'est-à-dire Utrecht.
Reconstruire une ville ruinée était alors une opération rudimentaire. On n'enlevait pas les décombres, on nivelait plus ou moins et on rebâtissait sans aucun égard à l'ancienne direction des rues, de sorte que l'on rencontre très souvent le pavé des anciennes rues. Ces maisons nouvelles n'exigeaient pas de fortes substructions ; en général, elles étaient construites en pans de bois ou en argile.
Au lendemain du jour où il quittait sa ville épiscopale de Tongres pour se fixer à Maëstricht, l'évêque Servatius (saint Servais) y mourut, et c'est en ce lieu, près de la voie publique, que le saint homme reçut la sépulture. Un oratoire construit en planches et souvent renversé par le vent fut, pendant plus d'un siècle, le seul temple élevé par la piété des fidèles sur le tombeau du saint. Il fut transformé par l'évêque Monulphe en une grande église, magnum templum, située hors de la ville, dans laquelle elle ne se trouva enclavée qu'après la construction de la deuxième enceinte, en 1229.
À l'époque mérovingienne, les rois de cette race eurent un palais à Maëstricht ; plusieurs d'entre eux y résidèrent temporairement. Ils y eurent aussi un atelier de monnayage. La collection de monnaies de feu le notaire Dumoulin à Maëstricht conservait sept triens ou tiers de sol d'or mérovingiens, frappés à Maëstricht, sous la direction de cinq monétaires différents.
IV. À L'ÉPOQUE MÉROVINGIENNE. — Après le passage des Vandales, il ne restait probablement de ce qui avait été la ville de Maëstricht qu'un amas de ruines. Cologne et Maëstricht ne tardèrent pas à se repeupler. Les évêques de Tongres quittèrent cette ville et établirent leur résidence à Maëstricht, mais en conservant, jusque vers l'an 1000, le titre d'évêque de Tongres, emprunté à la circonstance du passage de la Meuse par la voie antique reliant Tongres à Cologne et qui s'est conservé jusqu'à nous sous la forme Maëstricht, c'est-à-dire « Tricht-sur-Meuse ». La première partie du nom de Maastricht n'est autre que le nom allemand de la Meuse (Maas) et il a été ajouté au vocable primitif de cette ville, afin de la distinguer d'une ville homonyme, située sur le Rhin, c'est-à-dire Utrecht.
Reconstruire une ville ruinée était alors une opération rudimentaire. On n'enlevait pas les décombres, on nivelait plus ou moins et on rebâtissait sans aucun égard à l'ancienne direction des rues, de sorte que l'on rencontre très souvent le pavé des anciennes rues. Ces maisons nouvelles n'exigeaient pas de fortes substructions ; en général, elles étaient construites en pans de bois ou en argile.
Au lendemain du jour où il quittait sa ville épiscopale de Tongres pour se fixer à Maëstricht, l'évêque Servatius (saint Servais) y mourut, et c'est en ce lieu, près de la voie publique, que le saint homme reçut la sépulture. Un oratoire construit en planches et souvent renversé par le vent fut, pendant plus d'un siècle, le seul temple élevé par la piété des fidèles sur le tombeau du saint. Il fut transformé par l'évêque Monulphe en une grande église, magnum templum, située hors de la ville, dans laquelle elle ne se trouva enclavée qu'après la construction de la deuxième enceinte, en 1229.
À l'époque mérovingienne, les rois de cette race eurent un palais à Maëstricht ; plusieurs d'entre eux y résidèrent temporairement. Ils y eurent aussi un atelier de monnayage. La collection de monnaies de feu le notaire Dumoulin à Maëstricht conservait sept triens ou tiers de sol d'or mérovingiens, frappés à Maëstricht, sous la direction de cinq monétaires différents.
Une question du transfert de Tongres à Maëstricht ! édités par le chanoine Vise. Quelques années se passèrent et Jean Roberti donna, en 624, une Historia sancti Huberti, dans laquelle il intitula l'évêché de Tongres ne fut jamais transféré à Maëstricht, tout se borna pour les évêques à un changement de domicile, chose éminemment transitoire. Il est vrai que ce transitoire put, déjà alors, sembler longtemps quand on vit les évêques ne plus retourner à Tongres pendant deux longs siècles ; néanmoins on réserva son titre et ses droits, mais il arriva que les esprits peu subtils voyant un évêque à Maëstricht l'appellèrent tout uniment l'évêque de Maëstricht. Ce fut bien pis quand saint Hubert († 727) l'y avait, dés lors, une polémique de tout repos, les gens de loisir venaient apporter leurs arguments. — En 1642, l'auteur d'une Sancta Legia romanae Ecclesiae filia, sive Historia Ecclesiae Leodiensis, B. Fisen ?, abonda dans le sens de Roberti, et, en 1653, ce fut tour de Godefroid Henschen, dans sa De episcopatu declensi diatriba*, de soutenir un véritable transfert de l'évêché de Tongres à Maëstricht sous saint Hubert, au IVe ou sous un de ses successeurs, au siècle. Trente ans plus tard, en 1683, Jean Foullon, sous le pseudonyme de Nic. Fisen, dans ses Meritatis et Ecclesiae Tungrensis breves vindiciae adpeus longam et saperfluam diatribam R. P. GodeTA soutint l'opinion de Hoberti.
Les sujets du sujet étaient si minces qu'on n'avait pu découvrir jusqu'alors que des jésuites pour s'en occuper, ce qui lui valait de la part d'un érudit l'épithète dédaigneuse de quaestio jesuitica. La Brevis elucidatio quaestionis jesuiticae, de praedicto episcopatu Tongrensi et Traiectensi ad Mosam, du baron Guillaume de Crassier semblait donc la provocante intrusion d'un braconnier dans une chasse réservée. On dirigea contre lui un feu de salve d'Observationes apologétiques, d'Alterae observationes, etc., tout retomba dans le silence.
Il semblait, décidément, impossible d'enflammer les érudits sur le point de savoir si, à défaut d'une pièce officielle, de la décision d'un concile ou d'un pape, Tongres se trouvait légitimement dépossédé et Maëstricht devait faire figure d'intrus alors qu'il avait été élu régulièrement, intronisé à plusieurs reprises des évêques à qui personne ne contestait le titre d'évêque de Maëstricht qu'ils se décernaient eux-mêmes. La résidence était à Tongres, mais le domicile était à Maëstricht et ce dernier point frappait les yeux.
Beste à savoir dans quelle circonstance ou à quelle date la résidence se trouva disjointe du domicile. On a parlé, à ce sujet, de l'épiscopat de saint Monulphe dans la seconde moitié du VIe. Ce détail chronologique avait, pour L. Duchesne, la valeur d'une certitude acquise et inébranlable. Pour la maintenir, il se résignait à modifier l'ordre de succession établi dans les listes épiscopales de Tongres conservées par la Chronique d'Hériger (fin du Xe). Or, il semble que le transfert attribué à Monulphe « ne repose absolument sur rien ».
À la base de tout ceci se trouvent deux récits de Grégoire de Tours. Dans son Historia Francorum, I, II, c. v, il raconte comment Aravatius, qui n'est autre que saint Servais, évêque apud Tungrus oppidum, appréhendant l'arrivée des Huns (lire Vandales), se rend au tombeau de saint Pierre, bénéficie d'une vision, rentre à Tongres, fait ses adieux au clergé et au peuple et se retire seul à Maëstricht où il meurt peu après et où il est enterré. Voici le texte de Grégoire :
Arapatius vero Triiectensis episcopus tempore Chunorum, cum ad inrumpendas prorumperent Gallias, fuisse memoratur. Qui et sepultus refertur juxta ipsum pontem ageris publici, circa cujus sepulchrum quamvis nix defluisset, numquam tamen marmorem quod super erat positum, humectabat. Et cum loca illa nimii frigoris gelu ligentur, et nix usque in trium et quattuor pedum crassitudine terram operiat, tumulum ullatenus non attingit. Dalur enim intelligi verum Israhelitam hunc esse. Nam illis in muros aquarum aquae non sunt pernicies, sed salus ; et circa hujus justi tumulum nix decidens non humoris causa est, sed honoris. Videasque in circuitu montes niveos elevari, nec tamen allingere terminum monumenti ; et non miramur, si terra operiatur nive, sed miramur quod attingere ausa non est locum beati sepulchri. Nam plerumque devotio studiumque fidelium oratorio construebant de tabulis ligneis. Levigalis que : sed protinus aut rapiebantur vento aut sponte ruebant. Et credo idcirco ista fieri donec veniret, qui dignam aedificaret fabricam in honore antestitis gloriosi. Et voici le passage le plus important : Procedente vero tempore, adveniens in hac urbe Monulfus episcopus, templum magnum in ejus honore construxit, composuit ornavitque. In quo multo studio et veneratione translatum corpus magnis nunc virtutibus pollet . D'après L. Duchesne, « Grégoire de Tours a bien l'air de présenter saint Monulphe comme le premier évêque qui se soit installé à Maëstricht . » La phrase qui autoriserait cette opinion est le procedente vero tempore, adveniens in hac urbe ; or Urbs dont il parle c'est Maëstricht dont le nom a été écrit en tête du paragraphe. Si adveniens in hac urbe voulait dire que Monulphe, le premier, établit le siège épiscopal à Maëstricht, il s'ensuivrait qu'il fut le premier, bien qu'il eût été devancé par Servais qui portait, lui, le titre d'évêque de Maëstricht simultanément avec le titre d'évêque de Tongres, car Grégoire lui donne tantôt l'un, tantôt l'autre, se conformant en cela à ce qui se faisait de son temps pour les successeurs de Servais. D'ailleurs, on ne peut pas dire que, dans le De gloria confessorum, Grégoire de Tours appelle Servais évêque de Maëstricht parce qu'il considère Servais comme ayant transféré sa résidence à Maëstricht ; mais ce serait trop beau, tricht. En effet Servais part seul, sans son clergé pour Maëstricht. Il s'y retire dans la retraite afin, non d'administrer son diocèse mais de se préparer à la mort . E Voici un cas analogue à celui de Maëstricht. C'est encore dans son De gloria confessorum que Grégoire de Tours raconte comment l'oratoire bâti sur le tombeau de saint Valère, premier évêque de Conserans (Ariège) - s'étant écroulé, on oublia le lieu exact de la sépulture qu'on disait être devant l'autel. Théodore, un des successeurs de Valère, à son arrivée à Conserans éleva une basilique sur le tombeau. Voici le texte même de Grégoire : Valerius beatus confessor Corisorannensium primus episcopus hoc se revelavit modo. Nam oratorium super se constructum prius habuit, sed per incuriam mens, oblivioni datum est, quo in loco quiesceret. Hic tantum ab incolis ferebatur, quod fuisset ante sanctum altare sepultus. Or qu'arrive-t-il ? Adveniens autem Theodorus episcopus, oratorium ipsum in majori spatio ampliavit magnam effecit basilicam ; voilà exactement la répétition de l'adveniens in hac urbe. Théodore, à son arrivée élève une église tout comme Monulph a fait à Maëstricht ; le texte ne dit rien de plus et ne permet pas de dire autre chose. # Monulphe n'a pas eu à transférer un siège dont le transfert était un fait accompli. En effet, son prédécesseur immédiat, Domitien, siège à un concile de Clermont, en 535, en qualité d’épiscopus Ecclesiae Tongrorum quod et Trajecto. Noilà qui est absolument la question serait résolue ; alors, bien vite, on se demande si les mots : quod et Trajecto ne sont pas interpolés ?. En faveur de l'interpolation on peut dire.) semble-t-il, que, d'abord, un des manuscrits cités par l'éditeur ne porte pas la mention des sièges et se contente de donner les noms des évêques ; qu'un autre appelle Domitien évêque de Cologne ; ensuite que cette forme : quod et Traiecto est insolite. Mais Fréd. Maak i sen (voir ce nom) n'élève aucun doute sur l'authenticité de cette souscription ; quand au caractère inusité de ces mots : quod et Traiecto, il peut s'expliquer par le fait de la rareté des changements de domicile. Mais il n'est pas inouï en cas de transfert de résidence, de trouver deux noms de villes accolés à la fois au nom d'un évêque, par exemple : Clematius in Christi nomine | épiscopus civitatis Carpentoralensium et Vindascensium | L. subscripsi . « On ne distingue pas toujours assez le cas d'évêques de deux cités du cas d'épéques ayant une double résidence dans la même cité. A l'époque mérovingienne on | groupa parfois, quoi que rarement, deux civitates, figurant dans la Notice des Gaules, sous l'autorité d'un seul évêque. Ainsi, Tournai, évêché au vr ? siècle, ne l'est plus au vut, et se trouve réuni à Noyon ; de la même façon, Arras, évêché au VIe sous saint Vaast, ne l'est plus à la fin de Ce, sous saint Géry, et se trouve réuni avec Cambrai. Boulogne, qui, parait ne jamais avoir eu d'évêque propre, se trouve réuni depuis saint Omer avec Thérouanne. Ainsi les | civitates romaines dans la Notitia Galliarum : Tornacensium et Veromandorum ; Alrabatum et Camaracensium ; Bononensium et Morinorum ont vu leur sort uni au moins pour plusieurs siècles. Dans le second cas, le chef-lieu de l'ancienne cité romaine n'est plus, pour une raison ou une autre, la résidence épiscopale ; celle-ci se trouve dans une autre ville de la même cité. — Alors, dans les actes officiels au moins, diplômes, sous- — criptions des conciles, etc., les évêques portent indifféremment deux titres, le plus souvent séparés, parfois réunis ; les évêques de Noyon s'appellent évêques de Noyon, leur nouvelle résidence ; ou de Vermand, l'ancienne capitale, Saint-Quentin, de la civitas Veroman- duorum. Les évêques de Maëstricht et de Liége, | s'appellent évêques de Maëstricht ou de Liége, mais | aussi évêques de Tongres !. » | Hériger, dans sa Chronique, c. XXVIII, et Anselme, dans le Premium de sa continuation, affirment le transfert du siège par Monulphe . Sans doute.
- Mais Hériger écrit à la fin du x siècle et parait — s'appuyer sur l'Adpeniens in hac urbe de Grégoire de Tours. Les vies de Monulphe, contenues dans les Gesta Servatii, sont postérieures à Hériger et n'attribuent même pas le changement de résidence à leur héros ?. . | Sans prétendre déterminer celui qui a changé la résidence épiscopale, on peut dire que ce n'est pas Monulphe. Si la souscription de l’évêque Domitien : … qui el Traiecto est de lui, le transfert est antérieur à Monulphe. Ce qui semble le plus probable c'est que Tongres ayant été détruite par les Vandales, les successeurs de saint Servais n'y résidérent plus de manière suivie. VI. LA LISTE ÉPISCOPALE. — Vers l'an 980, Hériger, moine de Lobbes, rédigea les Gesta des évêques qui s'étaient succédé sur le siège de Tongres, transféré à Maëstricht et ensuite à Liége. Il prit la liste avec son premier titulaire et s'arrêta à l’épiscopat de saint Remacle, un peu après 650. L'œuvre interrompue fut reprise et continuée par Anselme, doyen de Saint-Hubert, vers 1053, qui s'arrêta à l’évêque Wazon ; [ depuis lors, en 1247-1251, Gilles d'Orval ajouta encore une continuation. De ce dernier nous n'avons pas à parler, mais Hériger et Anselme nous ont conservé une liste dont il faut établir la valeur. -— Pour Hériger, qui fut, en son temps, un moine fort instruit, il semble s'être surtout proposé d'écrire une vie de saint Remacle en tête de laquelle il a mentionné en peu de mots ses prédécesseurs. Il n'était cependant pas dépourvu de toute documentation sur leur compte et avait entre les mains les légendes de saint Materne et quelques indications sur les sépultures et des principales églises, enfin un catalogue épiscopal de vingt-six noms sur lesquels dix-sept n'avaient aucune autre attestation. Ce catalogue n'est pas sûr. Il donne des noms qu'on ne peut vérifier et il omet des noms qu'on devrait y trouver. A partir de saint Amand, et même de son prédécesseur Jean, la vérification devient possible ; elle témoigne dès lors en faveur de la liste.
Indépendamment de la chronique épiscopale d’Hériger et d'Anselme, la liste épiscopale s'est conservée — dans deux manuscrits, celui de la bibliothèque municipale de Valenciennes, n ? 766, du xi ? siècle, et celui | — de la Bibliothèque nationale, Paris, lat. 4205. Dans et de saint Servais, les vies de saint Amand et de saint donc la tradition du catalogue à une date intermédiaire entre Hériger et Anselme ; le manuscrit de Paris porte, de première main, Theodwin (1048-1075) successeur de Wazon.
Nous nous arrêtons à Waltcaudus (810-831), qui est le trente-cinquième de la liste.
Nomina episcoporum Tungrensis, Triiectensis et Leodicensis Ecclesiae :
Maternus Designatus 25 Johannes Navitus Henatus Amandus Marcellus 15 Sulpicius Remaclus Metropolus Quirillus Theodardus D Severinus Eucherius Landbertus Florentinus Falco 30 Hugbertus Martinus Eucharius Florebertus Maximinus 20 Domitianus Fulcaricus Valentinus Monulfus Agilfridus 10 Servatius Gundulfus Gerbaldus Agricolus Perpetuus Walteaudus Ursianus Evergisus * À la fin de la translation de saint Servais, Jocundus (vers 1080) ajouta un catalogue épiscopal en vers d'abord, en prose ensuite, jusqu'à saint Hubert seulement. Ce sont les mêmes noms que ci-dessus (n° 130). Cependant il a cru devoir insérer, avant saint Lambert, Faremundus, évêque intrus, qui occupa le siège pendant l'exil de Lambert. Le nom de l'évêque Renatus (n. 14) est déformé en KResignalus. Jocundus divise sa liste en deux parties, suivant que les évêques ont siégé à Tongres ou à Maëstricht. Selon lui c'est saint Servais qui aurait opéré le changement : aussi le place-t-il dans les deux séries. » La liste s'ouvre par un évêque nommé Maternus, que la légende présente comme identique au troisième évêque de Trèves et comme ayant exercé le ministère apostolique dans la région, encore indivise, de Trèves, Cologne et Tongres. Il n'y a rien que de vraisemblable dans cette indivision ; en 313-314, Materne portait le titre d'évêque de Cologne (voir ce nom), puis que à cette date Cologne avait un évêque distinct de l'évêque de Trèves. Dès lors Materne, évêque spécial de Tongres ou évêque de Cologne et de Tongres, est un contemporain de Constantin. Comme, d'autre part, nous verrons que saint Servais occupait déjà le siège de Tongres en 346, il faudrait, si le catalogue était sûr, admettre entre 314 et 346, dans une période de trente-deux années au maximum une succession de huit épiscopats ; ce qui n'est pas acceptable.
Il faut concilier cette liste et éliminer quelques noms ; cette opération pourrait sembler arbitraire si nous ne pouvions rappeler l'exemple de la liste épiscopale de l'église d'Arles dans laquelle on a inséré les noms de trois docteurs, de saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme et en outre saint Martin de Tours ; il est probable qu'on a fait de même pour notre présente liste.
Hériger mentionne les huit successeurs immédiats de saint Materne sur le siège de Tongres avant saint Servais et il avoue ne rien connaître sur leur vie : Qui quorum vel imperatorum vel consulum claruerint temporibus, quos que vita singulorum habuerit exitus, quoi que singuli annis amministraverint officium pontificatus, vel ubi quorum que tumulus, seu quantum quis que ampliaverit ecclesiae suae reditus, quia totius Galliae ab Hunis facta non solum nostrae, sed aliarum ecclesiarum abolevit eversio, nec a nobis lectoris alicujus reguise ere pre ie 2 rat exactio 1. Historien exact et véridique, Hériger n'a pas inventé ces noms. Où donc les a-t-il trouvés, isolés de tout autre renseignement, sinon sur les diptyques de Notre-Dame de Tongres.
Parmi les huit évêques qui prennent place entre Maternus et Servalius, il s'en trouve trois qui portent des noms étrangers, ceux de saint Maximin, de saint Séverin, de saint Martin, respectivement évêques de Trèves, de Cologne et de Tours. Or, nous savons que les Églises inscrivaient parfois sur leurs diptyques, afin de faire prier pour eux, les noms d'évêques étrangers ou voisins qui leur avaient rendu des services. Ne peut-on pas supposer que l'Église de Tongres a imité cet exemple et que, sur ses diptyques du commencement du v* siècle, elle a inscrit les noms de deux évêques voisins récemment décédés à Trèves et à Cologne et celui du grand évêque des Gaules qui s'était rendu deux fois dans sa vie à Trèves et avait évangélisé les populations de ces contrées du Nord. Hériger aura copié le diptyque, sans en demander plus.
Parmi les successeurs de saint Servais avant saint Domitien nous rencontrons Agricolaus, Ursicitus, Desigratus, Resignatus, Supplitius, Quirillus, Eucherius, Falco, Eucharius. On peut proposer de réunir en un seul Resignatus et Designatus qui le précède immédiatement, quoiqu'on puisse se demander si hesignatus n'est pas une déformation de Renatus. Les noms de Supplitius et d'Eucharius ne peuvent être maintenus ; Supplitien ou Sulpicius est saint Sulpice de Bourges (624-644) qui eut pour disciple saint Hemacle, et Hériger lui-même nous apprend que celui-ci conserva pour son maître une pieuse vénération et lui consacra dans le diocèse plusieurs églises ?. Quant à Eucharius c'est un évêque d'Orléans qui, exilé par Charlemagne, se retira d'abord à Cologne, puis au monastère de Saint-Trond où il mourut en 743 . ou le commencement du vi, un auteur découpa dans l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours les cha- | Christ, et enfin la notice que lui consacra Hériger dans les Gesta episcoporum Leodiensium, à la fin du x siècle ; celle-ci n'est qu'une compilation des deux précédentes. En somme, toutes ces vies se ramènent au texte de Grégoire de Tours plus ou moins agrémenté d'ornements littéraires où d'enjolivements fabuleux dans le goût du vie ou x siècle. Tillemont a sagement conclu en disant de saint Servais « que toutes les | nous reparlerons. Dom Thierry Ruinart a eu connaisavec une étude critique, dans Bulletin de la Société | antiquissima, soit le Gesta antiquiora. Dans cette histoire qu'on en a ne valent rien du tout » ; car le texte de Grégoire de Tours, thème de tant de développements peu historiques, n'est lui-même qu'une légende. D Tout cela n'est qu'une vue d'ensemble qui generan sans doute a étre reprise dans le détail.
Il y a eu une vie primitive, Gesta antiquissima, qui, au x siècle, avait à peu près disparu et dont Hérigér i ne connut qu'un remaniement : Gesta antiquiora dont sance et a signalé la vie primitive que retrouva et. publia Godefroid Kurth * en y joignant les variantes - d'un manuscrit du XIe 7 et celles de l'édition de | Grégoire de Tours par Ruinart. 2.
Le développement légendaire qui s'est accompli - autour du personnage témoigne de l'importance du souvenir et du culte de saint Servais dans le pays de — Basse-Meuse. Ilest utile d'étudier sur des saints bien. 1 classés dans l'histoire, comme saint Servais, le travail | de celte végétation légendaire ; c'est ainsi qu'on | obtient des termes de comparaison, indispensab les - pour apprécier des cas plus difficiles. C'est vraiment « à Godefroid Kurth (voir ce nom) que revient tout l'honneur d'avoir dégagé la valeur historique de saint — Servais, à qui il a consacré quatre études excellentes :
Deux biographies inédites de saint Servais, publiées | hypothèse, ce ne serait plus l'auteur de la Vita qui | aurait copié l'Histoire des Francs, ce serait Grégoire « de'Tours qui aurait copié !a Vita. La réponse we G. Kurth fut assez convaincante ™ pour entrainer l'adhésion du P. de Smedt et des nouveaux éditeurs de Grégoire de Tours, W. Arndt et Br. Krusch « . La - part de l'emprunteur se borne à un allongement du passage de Grégoire par une interminable scène d'adieux de saint Servais au peuple de Tongres ; mais, en somme, il ne nous apprend rien de la naissance du saint ni de l'époque où il a vécu et, à défaut du témoignage rendu par Sulpice-Sévère et par d'autres écrivains, nous ignorerions tout de la belle conduite tenue par saint Servais au concile de Rimini !*. —
937 — Si peu qu'il subsiste de la première biographie, il E cependant en éliminer une partie.. Une première remarque qui s'impose c'est que vers -]a fin du vrr* siècle, cent ans après la disparition de E Grégoire de Tours, on ne savait rien de plus sur saint Servais que ce que Grégoire avait inséré dans son | Histoire des Francs, et comme c'était assez maigre on ne trouvait rien de mieux à faire que d'y ajouter - un discours. Si une vie ancienne et à peu près contemporaine du saint avait existé, il semble peu probable qu'elle eût disparu à Ja mais entre la fin du vit et la du vii ? siècle ; d'où on est conduit à conclure que les renseignements conservés par saint Grégoire de Tours sont les plus anciens que nous possédons sur saint E EU vais. = Grégoire n »ayant pas à sa disposition une vie ancienne qui n'existait pas, doit avoir tiré ce qu'il asu la tradition orale ; on a même pu supposer qu'en l'esce cette tradition crale était représentée par Venance Fortunat ? Quoi qu'il en soit, la nature de cette source - suffit à nous mettre en garde contre les renseignements qui en dérivent. Le caractère Ge ceux-ci achévera de 3 _ former notre conviction. Grégoire de Tours rapporte que saint Servais fit un voyage à Rome, et qu'il y fut averti dans une vision que les Huns dévasteraient la Gaule, en détruiraient toutes les églises à l'exception. de Saint-Étienne de Metz, mais que le saint obtiendrait la grâce Ce mourir avant d'avoir été témoin de - Ja dévastation de son diocèse. Or saint Servais était évêque en 344, il n'a pu vivre jusqu'à la veille ce
question, Hadrien de Valois imagina, au xvi siècle, une opération dont il ne faut pas abuser : il coupa. le patron de Maéstricht en deux personnages dont l'un S'appellerait Servatius et l'autre Aravatius. Ce faisant, il ne doutait pas d'avoir acquis des droits exceptionnels à la reconnaissance des fidèles de Tongres, € de Maëstricht et de Liége, à qui il faisait présent d'un : saint et d’un évêque : Habebunt mihi gratiam, ut spero, Tungrenses, Trajectenses Mosani ac Leodiernses, quod pro uno duos ipsis beatos episcopos el sua ulri que pos separata paucis asseruerim at que unum de primis ngrensis ecclesiae antislibus primus omnium e tene- > bris vetustatis ac oblivionis eruerim ?. Cela parut si BE i zenienz qu'on se rangea à cette opinion ; non seulement le P. Lecoirte et dom Ruinart, mais, de nos _ jours, Fettherg et Longnon E Arndt 4, 4, Krusch è Fhian et le P. Poncelet * qui déclare la distinction “de Servatius et Aravatius « nettement établie et sérieusement prouvée », Saint Servais, premier titulaire ce l'évêché de Bion res. au 1v° siècle, nous apparait en pleine lumière historique. Du vivant ce l'évêque Materne de Cologne, ou bien à son décès, ce diocèse, qui comprenait toute la Germanie inférieure, fut démembré et Tongres. devint la résidence d'un nouvel évêque. Le diocèse de [ Tongres coincidait, au point de vue d avec 1 la civilas Tungrorum comprenant toute la Belgique - orientale jusqu'à la Semois inférieure avec des par Lies considérables Ces provinces limitrophes, c'est-à-dire = du Brabant septentrional, du Limbourg hollandais, de la Prusse rhénane et du grand-duché de Luxembourg.
|. Servatius occupait le siège nouvellement fondé dès E 344 ou 345. On sait qu'en 343 se tint un concile ~ célèbre à Sardi que et Exp6érioc est au nombre des - trente-quatre évêques gaulois qui prirent parti pour invasion d’Attila en 451. Dès lors, pour résoudre la : saint Athanase d'Alexandrie ; son nom est le vingt-neuvième de la liste *. Ces adhésions doivent être placées en 344, car saint Athanase dit que les signatures recueillies pour la sentence du concile décidèrent l'empereur Constance à le rappeler à Alexandrie. La lettre impériale ce rappel est ce l'été 345. Nous avons parlé du concile de Cologne, du 12 mai 346 (voir Diclionn., t. m, col. 2180) dont l'authenticité des actes est contestée. Quel que parti qu'on acopte à ce sujet, les noms des évêques signataires et la mention de leurs siéges ont droit à toute notre attention. D'une confrontation des noms des évêques présents à Cologne avec les noms cités par saint Athanase, il ressort une alternance régulière c'oü il résulte que la liste de Cologne a été extraite ce la liste de Sardi que si elle n'a pas servi à sa confection. L. Duchesre en conclut que la liste des évêques qui ont signé la lettre encyclique du concile de Sarci que, liste publiée par saint Athanase, et le protocole de Cologne ont puisé à une source commune qui serait la liste originale des adhésions au concile de Sardi que. Au treizième rang de la liste de Cologne figure : Servatius Tungrorum episcopus. :
En 350, l'usurpateur Magnerce chargea les évêques Servatius, Maximus et ccux fonctionnaires ce faire une démarche en son nom auprès de l'empereur Constance ; ils se rendirent donc à Édesse en passant par Alexandrie où X&p6xctoc rendit visite à saint Athanase *.
En 359-360, nous retrouvons Servatius Tungrensis episcopus au concile de Rimini, en compagnie de Phœbace, évêque d'Agen, et tous deux s'y montrent d'énergiques défenseurs ce l'orthodoxie contre l'arianisme. Aussi longtemps qu'il fut question d'exil et de mort, Servatius fut inébranlable, il comprenait à merveille qu'il ne pouvait rien accorder ; mais les ariens réussirent à lui faire signer une formule qui semblait orthodoxe et avait un sens héréti que !*, Cette duperie, quand il l'eut comprise, l'incigna et ne fit qu'ajouter à son zèle anti-arien cés qu'il fut ce retour dans son diocèse. C'est tout ce que l'histoire générale sait de cet évêque et c'est beaucoup en comparaison de tant d'autres cont les actions et le nom même sont oubliés.
Cette histoire, racontée de façon épisodique dans des ouvrages qui ne se lisaient guère à Tongres, fut de très bonne heure oubliée dans le diocèse, à supposer qu'elle y ait été connue.
Grégoire de Tours, si curieux de tout ce qui se disait Gu passé chrétien et qui, comme nous le savons, entendit parler de l'évêque de Tongres avec les enjolivements cde la légende, nous rapporte du moins ce fait que vers la fin de sa vie, ce qui peut correspondre au pontificat de saint Damase (366-351), saint Servais entreprit le voyage de Rome, vint prier ad limina apostolorum, le cœur plein d'appréhensions sur l'avenir de son Église. Plus ou moins rassuré, il regagna Tongres. C'est peut-être alors qu'il fit construire dans l'oppidum de Tongres et dans le castrum de Maéstricht deux oratoires dédiés à la très sainte Vierge. Vers la fin du rv ? siècle, Servatius s'était rendu à Maéstricht où il mourut et fut enterré dans le cimetière qui longeait la grande route allant de Tongres à Cologne.
Tout cela eût semblé un peu trop prosaïque ; à Tongres on se mit alors et surtout plus tard à fabriquer une légende d'après laquelle le vieil évêque avait eu le pressentiment des malheurs imminents qui a]
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menaçaient son diocèse. Il ne s'agissait de rien moins que de l'invasion des Huns. Servatius ne trouva rien de plus efficace que d'entreprendre le pèlerinage de Rome où ses prières n'obtinrent autre chose qu'une promesse divine de n'être pas témoin de l'invasion. De retour à Tongres, il fit ses adieux à son peuple et s'en alla à Maëstricht où il mourut presque aussitôt et fut enterré près du pont. La neige ne recouvrait déjà son tombeau sur lequel un de ses successeurs, saint Monulphe, éleva une basilique, templum magnum.
La réalité différait quelque peu. Servatius était mort vers l'an 400 et, après l'invasion vandale de 406, les chrétiens survivants avaient élevé sur sa tombe une construction en bois que remplaça, dans la seconde moitié du VIe, la basilique élevée par Monulphe.
Lors que, vers la fin du Ve ou le début du VIe, on voulut savoir plus sur Servatius, on constata l'absence de toute Vita, ce qui n'était pas fait pour embarrasser les gens de ce temps-là. Un quidam s'avisa, nous l'avons vu, de composer cette Vita avec deux chapitres de l'Historia Francorum qu'il embellit d'une amplification pour le départ de Tongres, et l'on eut les Gesta antiquissima. Entre le VIIIe et le Xe, un Maëstrichtois, lecteur de Grégoire de Tours, compléta le récit par l'addition d'un passage du De gloria confessorum, ch. LXXI, et la plus grande partie de l'épitaphe qui se lisait sur la tombe ; il y mit quelques liaisons et cela devint les Gesta antiquiora ! qu'Hériger eut entre les mains vers la fin du Xe.
Cette seconde vie de saint Servais fut composée assez longtemps avant la fin du Xe, puis que Hériger, écrivant sa Chronique vers 980, lui attribuait déjà une certaine antiquité. Godefroid Kurth la rapporte au règne de Charlemagne et la rattache « à ce groupe de remaniements appartenant à une époque où le goût littéraire renaissant ne pouvait plus se contenter des barbares écrits des deux siècles précédents. » Composée à Maëstricht, elle fut probablement l'œuvre d'un chanoine de Saint-Servais. Son travail consiste uniquement dans la reproduction de la vie primitive, avec des additions de provenance diverse, agencées de manière à présenter l'apparence d'un tout complet, indépendant et original. En effet, les Gesta antiquiora se décomposent en divers morceaux dont voici l'énumération :
On comprend déjà que cette biographie n'est, au point de vue historique, que l'utilisation des deux passages de Grégoire de Tours. Le compilateur a eu, du moins, le mérite de ne recourir qu'aux sources écrites et de repousser le merveilleux et les récits populaires.
Les Gesta antiquissima pas plus que les Gesta antiquiora ne pouvaient satisfaire les pèlerins qui se rendaient en visite à la tombe sainte de Maëstricht ; pour contenter leur dévotion on composa à leur usage une Vita, perdue aujourd'hui, mais dont l'existence est attestée, pour le dernier quart du Xe, par Berthaire de Verdun : Legitur vero in Vita sancti Servatii episcopi, ubi de Agripinensis Ecclesiae archiepiscopi depositione res agitur, quod interfuisset Sanctinus urbis Clavorum episcopus *. Cet écrit a été connu également par Hériger. 4 La Vita mentionnée par Berthaire connaît une naissance à un développement légendaire désordonné et véritablement fabuleux et bien digne pour cette raison d'avoir exercé une réelle importance sur la littérature allemande. Ce sont les Gesta sancti Servatii, composés probablement entre 1037 et 1106, retravaillés à deux reprises, vers 1165 et au XIIe, qui nous donnent sous la collaboration de Jocundus, d'Henri de Veldeke et d'un anonyme allemand le dernier état d'un récit primitivement historique et devenu à peu près méconnaissable. « A en croire ces fables, saint Servais n'aurait été rien moins qu'un parent de Notre-Seigneur lui-même, conduit à Tongres par un ange et préposé miraculeusement au siège épiscopal. Ces légendes, transmises de bouche en bouche et ornées de détails merveilleux et extraordinaires, modifièrent d'abord le récit de Grégoire de Tours dans ce sens que les désastres prévus par saint Servais furent représentés comme devant frapper non pas tout le nord de la Gaule, mais la ville épiscopale de Tongres en particulier. Dès lors, s'est-on demandé, pour quoi cette destruction allait-elle la seule ville de Tongres ? 1 En punition de ses crimes, répond la légende. C'est le châtiment infligé par Dieu à la ville coupable et le « Fléau de Dieu » se fera l'instrument de la vengeance du ciel.
« L'épisode du départ de saint Servais revêt une forme absolument tragique. C'est une scène de désolation et d'horreur. Toute la population est là aux pieds de l'évêque le suppliant de rester. Mais le saint évêque demeure inébranlable dans sa résolution : il reproche aux Tongrois leur obstination : quoties volui... tu noluisti. Il abandonne son troupeau à la malédiction divine malgré les pleurs et les lamentations, combien déchirantes, de ses ouailles. La ville, frappée de malédiction divine, fut détruite de fond en comble, tandis que sa voisine Maëstricht resta absolument intacte. En punition de ses forfaits la ville de Tongres devint une « Babylone nouvelle », délaissée non seulement par la mer ( ?), mais aussi par les humains ! L'église Notre-Dame est devenue un « monceau de ruines » ; saint Monulphe ne peut parvenir à la rebâtir ; elle ne sera relevée de ses ruines qu'au IXe et ce, grâce à l'intervention d'Ogier le Danois.
« Toutes ces légendes ont été créées par l'esprit populaire sous l'empire d'une double préoccupation : expliquer la présence du tombeau de saint Servais à Maëstricht et l'importance très grande qu'acquit au VIIe l'église Saint-Servais en cette ville. Le saint, avons-nous dit, mourut à Maëstricht. Son tombeau était déjà, dès la seconde moitié du VIe, sous l'épiscopat de saint Monulphe, un édifice dont l'importance et la splendeur éclipsaient les anciennes églises de cette contrée. Pour expliquer le fait de la prépondérance qu'acquit au VIIe l'église Saint-Servais — fait qui trouve une explication adéquate dans le culte du saint et la vénération de ses reliques — les légendes ont édifié tout cet échafaudage d'inventions développées à l'envi par les biographes postérieurs, principalement par l'ineffable Jocundus et par son digne émule Jean d'Outremeuse. - € Est-il besoin de le dire : le prétendu abandon quatre fois séculaire de l'église et de la ville de Tongres est une fable inepte. Il en est de même de la prétendue translation du siège épiscopal de Tongres à Maëstricht par saint Servais. Tout ce que nous savons de la fin de sa carrière épiscopale c'est que, sentant sa mort prochaine, il se rend à Maëstricht où il meurt peu après son arrivée. L'évêque semble avoir voulu faire ses adieux aux deux principales communautés chrétiennes de son diocèse, celles de Tongres et de Maëstricht. La légende seule affirme, cinq siècles après les événements, que le saint abandonna sa ville épiscopale, la délaissant à son triste sort et se fixa définitivement à Maëstricht. Quant aux successeurs de saint Servais, il est permis de croire, comme nous l'avons déjà dit, qu'après la dévastation de 406, Maëstricht devint leur résidence ordinaire. Toutefois, les textes ne permettent pas de pousser trop loin cette conclusion. L'évêque d'un aussi vaste diocèse avait plusieurs lieux de résidence. Admettons même que les successeurs de saint Servais aient résidé plus habituellement à Maëstricht. Cette ville était plus florissante que celle de Tongres et le fait de la construction par Monulphe, dans la seconde moitié du VIe, d'un édifice considérable sur le tombeau de saint Servais devait engager les évêques à se trouver de préférence à Maëstricht aux grandes fêtes de l'année. Cela n'empêche point toutefois qu'ils aient également résidé à Tongres, de même que plus tard ils séjournèrent à Liège, ville qui devint leur résidence définitive, Peu importe donc de savoir si les évêques ont pu prendre à une certaine époque (VIIe-VIIIe) en raison d'une résidence plus ou moins habituelle la dénomination d'évêques de Maëstricht. Le point essentiel est que cette dénomination n'a certainement pas prévalu. A partir du moment où les évêques choisissent Liège comme lieu de leur résidence définitive, ils ne reçoivent plus jamais le titre d'évêque de Maëstricht, mais prennent invariablement celui d'évêque du diocèse de Tongres, d'évêque de Tongres et Liège. Cela montre, de toute évidence, le sens véritable qu'il faut attacher à la dénomination d'évêque de Maëstricht dont on a pu se servir pendant quelque temps. Ce titre pouvait s'appliquer au domicile des évêques, mais non à leur diocèse. | Le quod et Traiecto de la signature de l'évêque Domitien n'y contredit pas absolument]. | * Tel est l'aspect de la question : il n'y a jamais eu translation du siège épiscopal à Maëstricht ; un [domicile] épiscopal [honoré d'un séjour assez prolongé pour qu'on y vit une résidence ] a existé à Maëstricht, mais le diocèse de Maëstricht n'a jamais existé. Au Xe comme au IVe, on ne rencontre que le diocèse de Tongres ! » y devint immédiatement l'objet d'un culte, et son oratoire véritable tradition.
942 Cette digression nécessaire, amenée par le dernier écrit du cycle littéraire de saint Servais, nous laisse revenir à notre sujet pour conclure que du IVe au Xe, le résidu historique n'a cessé de se modifier et de s'amplifier en production légendaire transformant un saint, qui semblait s'y prêter assez peu, en personnage épique et même passablement fabuleux.
Nonobstant cette tendance, la tradition conserva un unique Servalius et dédaigne l'Aravatius de l'Historia Francorum. Cela est d'autant plus remarquable que si Aravatius avait existé, c'est lui qui aurait dû absorber Servatius, puis que c'est son tombeau qu'on possédait à Maëstricht au dire de Grégoire. Le fait que la tradition n'a cessé d'ignorer Aravatius et d'honorer le seul Servatius constitue pour les partisans de la solution introduite par Hadrien de Valois une difficulté insurmontable. Ajoutons-y le témoignage concordant des diplômes de Tongres et des martyrologes qui accréditent Servatius et ignorent Aravatius. Ajoutons-y encore ce fait que saint Wandrille, exilé à Maëstricht par Charles-Martel, emporta en Normandie, lorsqu'il fut rappelé par Pépin le Bref en 742, les reliques de saint Servais, pour lesquelles il construisit une église où se firent des miracles !, C'est donc Servatius et non Aravatius qu'il a connu. Paul Diacre ?, en 754, ne connaît, lui-aussi, que saint Servais ; enfin Einhard devient abbé de Saint-Servais ?. Ce n'est pas tout ; Henri l'Oiseleur introduit le culte de saint Servais à Quedlinburg et Henri III fait bâtir une église à Goslar pour abriter le chef de saint Servais ; ils n'en connaissent pas d'autre.
Devant cette unanimité du culte rendu à Servatius et de l'ignorance à l'égard d'Aravatius, on ne peut qu'admirer comment l'ingénieuse exploitation d'une leçon fautive de Grégoire de Tours a pu donner naissance à un évêque et comment l'humeur moutonnière des érudits l'a maintenu, contre toute critique, en paradis. L'explication présentée par Hadrien de Valois n'est pas soutenable parce qu'elle est démentie par les faits et, qu'en outre, elle ne repose pas sur une tradition écrite. Celle qu'exploite Grégoire de Tours est une tradition orale pour la bonne raison qu'au temps de Grégoire il n'y avait pas d'autre source sur Servais.
Mais on pourra se demander comment une tradition orale du pays de la Basse Meuse est allée jusqu'aux rives de la Loire, car c'est elle qui est allée vers Grégoire puis que lui-même n'est jamais venu dans les parages de Tongres ou de Maéstricht ; au cours de ses voyages, il n'a pas dépassé Coblence. Dés lors, ce que Grégoire sait et ce qu'il nous apprend de saint Servais, il a dû l'apprendre de quelqu'un qui venait de Tongres ou qui avait passé quelque temps dans ce pays. Celui-là s'est mis à conter ce qu'il savait de Servatius, nom inconnu dans le centre de la Gaule ou les inscriptions ne nous le font pas lire une seule fois, et si pas absolument inconnu, certainement peu répandu, assez peu pour expliquer comment Grégoire a pu estropier un nom propre qu'il ne connaissait guère. De sanctus Servalius il a retenu sanctus Ervatius par un accident des plus ordinaires à la prononciation : l'aphérése ; et c'est ainsi que par la grâce et la collaboration d'un évêque auvergnat de naissance, et de ses copistes sanctus Servalius est devenu dans le De gloria confessorum, c. LXXI : Arvatius, Arvacius et Aravalius et dans l'Historia Francorum, l. II, Aravatius et Erapatius.
Grégoire s'est laissé induire en erreur encore une fois lorsqu'il a parlé des Huns qui ont détruit Tongres. Les Huns (voir ce nom) n'ont jamais passé à Tongres. Quand ils pénétrèrent en Gaule, un de leurs deux corps d'armée franchit le Rhin aux environs de Mayence et opéra sa jonction avec l'autre corps marchant de Strasbourg sur Metz, prenant alors pour point de direction le sud de la Gaule. Vaincus à Mauriac, ils reculèrent en désordre vers la Pannonie. Dans leur marche offensive comme dans leur retraite ils n'ont rien eu à voir avec Tongres. Ce fut la terrible invasion des Vandales, en 406, qui ruina la ville, bien que son nom ne soit pas mentionné dans la lettre cxx de saint Jérôme à Ageruchia ; mais l'itinéraire suivi par ces barbares allant de Cologne à Reims et suivant la chaussée passant à Tongres explique assez le sort infligé à la ville épiscopale de saint Servais. L'archéologie confirme cette déduction par le fait que dans les ruines d'un grand nombre de villas de la civitas de Tongres, la série des monnaies s'arrête au règne de Théodose le Grand (T 395) ou à celui de ses fils.
Ainsi s'évanouissent les deux arguments apportés par Hadrien de Valois. L'Aravalius de Grégoire de Tours est tout simplement le Servatius de saint Athanase et de Sulpice-Sévère ; quant aux Huns destructeurs de Tongres en 451 ce sont les Vandales de 406 ; et c'est de ceux-ci que saint Servais appréhendait la venue et les violences, au cœur de la légende. Plus tard, la tradition locale, qui a écho est parvenu à Grégoire de Tours, mit les Huns à la place des Vandales, en conformité de la loi qui régit le développement de tous les récits épiques, mais elle garda soigneusement le nom de Servatius et lorsqu'elle trouva dans les récits de Grégoire de Tours ce nom altéré en Arvatius, elle le corrigea tacitement dès la fin du vi siècle ou tout au moins dès le commencement du vii siècle.
Les Gesta antiquiora contiennent un passage qui ne semblait être qu'une amplification de remplissage et où G. Kurth a discerné des phrases métriques qui lui ont paru provenir d'une épitaphe actuellement perdue et mise à contribution par l'hagiographie. Cette heureuse trouvaille a obtenu l'assentiment de J.-B. De Rossi : « La découverte de l'épitaphe métrique dans le texte de la légende est incontestable » et celui de L. Duchesne : « Cette épitaphe aurait été composée par Fortunat, à la demande de l'évêque Monulfe. Si les conjectures de M. Kurth sont fondées, et elles semblent bien l'être, il aurait ainsi retrouvé la plus ancienne inscription chrétienne de la Belgique. » Adr. Bouwens, Cort begryp des lepens van den H. Servalius, eersien bischop ende pafroon van Maëstricht, in-40, Maëstricht, 1662. — L. Gampion, Saint Ser- | Limbourg, 1882, t. xix, p. 3-84. — J. van Hamerstede, | « Den H. Servaes, eerste opziender der gemeynte Christi | 1649. — A. Kempeneers, Hendrik van Veldeke en de Monale de Belgique, Bruxelles, t. xxm, col. 289-296 ; 83- -294 ; tiré à part, in-89, Nogent-le-Rotrou, 1890. . F. X. de Ram, Notice sur saint Servais, premier évêque de Tongres, suivie de remarques sur le prétendu concile de Cologne de l'an 346 et sur l'histoire de l'évêché, in-12, Louvain, 1829 ; in-12, Bruxelles, le même, Retour de la châsse de saint Servais à Maëstricht, d'après une chronique manuscrite flamande, s Bull. Ann. acad. archéol. Belgique, 1861, t. XVII, 03-104. — Rasneur, Le concile de Cologne de 346, s Bulletin de la Commission royale d'histoire, 1903, A. H. Willemsen, Handleiding voor den vereerdrel van den H. Servatius, bisschop en patroon van Maastricht, in-8*, Maëstricht, 1862 ; Le trésor sacré de Saint-Servais à Maëstricht, in8o, Maëstricht, 1874.
Ei. SUCCESSEURS DE SAINT SERVAIS. — Agricolaus, mentionné sur le catalogue.
- Ursianus, mentionné sur le catalogue.
- Designatus. et Resignatus ; d'après S. Balau ce ne serait qu'un seul personnage, mais peut-être Resignafus n'est-il qu'une déformation de Renatus.
T Sulpicius ; nous avons dit que c'est un évêque de Bourges, de 624 à 644, qui eut pour disciple saint Memacle comme nous l'apprend Hériger : Educatus est. sublimiter bonae indolis puer Remaclus... sub beato Sulpicio, in cujus veneratione constat ab eodem. sancto piro plurimas in nostro dyocesi postea dicatas aecclestas ! Les églises de l'ancien diocèse de Liège que nous trouvons encore aujourd'hui consacrées à saint Sulpice sont les suivantes : Ainefle, Beauvechain, Boussuen-Fagne, Saint-Sulpice de Diest, Jumet, Neer, Heylissen, Over-Hespen. | - Quirillus, mentionné sur le catalogue, - Eucherius, mentionné sur le catalogue. 2 Falco, destinataire d'une lettre très vive de saint F Rémi de Reims qui lui reproche d'avoir inauguré son épiscopat en s'annexant la paroisse de Mouzon (Mosomagensis Ecclesia). Saint Rémi ne fait pas mention du siège de Falco, mais ce ne peut être que Tongres-Maëstricht. L. Duchesne suppose que la lettre en question est peu postérieure à la mort de Clovis (511). Ces usurpations se produisaient souvent lors des partages politiques qui ne tenaient pas toujours compte de la délimitation des anciennes cités. Tongres était échu à Clotaire, Reims à Thierry ; de là, peut-être, le conflit. | Eucharius, évêque d'Orléans, exilé par Charlemagne ; il se retira à Cologne. Le biographe contemporain de saint Euchaire nous apprend que Charlemagne, recoutant la popularité dont le saint jouissait à Cologne, l'exila en Hesbaye sous la garde du duc Chrocobert. Le saint trouva grâce devant celui-ci comme Joseph devant Pharaon, fradita que manu illius cuncta suppellectili propria, ut quod oculis ejus placeret, tam indigentibus quam el in cœnobits commorantibus facultas ei suppeteret tribuendi. Parlant de ses funérailles à Saint-Trond, en 743, l'auteur nous montre les honneurs qu'on lui rend : Sepultus est autem in ecclesia bealissimi confessoris Trudonis el cum magno decore, ut dignum est, ab omnibus tumulatus. Dans le récit des miracles qui suivirent, nous voyons que le tombeau du saint était devenu un but de pèlerinage. Ces textes prouvent assez la popularité dans le diocèse, du nom et du culte de saint Euchaire .
Monulfus, fut évêque de Tongres dans la seconde moitié du vi siècle. Grégoire de Tours nous apprend qu'il construisit une basilique à la place de l'humble édicule qui recouvrait le tombeau de saint Servais. Rien n'autorise la conjecture d'après laquelle il aurait transféré le siège épiscopal de Tongres à Maestricht. D'après des traditions postérieures, il aurait un instant songé à relever Tongres de ses ruines, mais une vision lui aurait fait abandonner ce projet. Il existe de Monulphe deux vies très brèves : l'une, qui est anonyme, date probablement du x siècle, l'autre est de Gu prétre maëstrichois Jocundus, dans la seconde moitié du xi siècle. On y lit que Monulphe appartenait à une famille illustre autant que riche, c'est immanquable : et qu'il aurait légué ses biens, parmi lesquels on cite Dinant, à son Église : en outre il aurait fondé à Maëstricht plusieurs monastères. C'est à lui enfin que l'on attribue la construction à Liège de l'oratoire des Saints-Côme-et-Damien, dans lequel saint Lambert fut assassiné. Monulphe fut enterré à Maëstricht dans la basilique qu'il avait construite (fête le 16 juillet). Sa tombe était recouverte d'une pierre (coopertorium, cooperlura) que, suivant l'usage, les pieux pèlerins ravaient, grattaient, pour emporter des éclats ou de la poussière. E Le Blant a retrouvé et publié un authentique sur parchemin (fig. 7447) conservé aux archives d'Eure-et-Loir tracé en cursive mérovingienne, trouvé dans une châsse de la cathédrale de Chartres, et attestant une relique de saint Servais' ! :
+ Hyc sunt pignora de coberturio Domno Monulfo Trejectensi E po Jadis s'élevait au milieu de la nef de l'église Saint-Servais à Maëstricht un monument de pierre ayant l'apparence d'un tombeau et sur lequel on lisait ce distique :
Hetrouvé en 1628 ce monument fut enterré sur place ; retrouvé une fois encore les 1er et 3 septembre 1890, il fit l'objet d'une restauration, au fond de l'abside, sur un piédestal en forme d'autel. Le distique qu'on vient de transcrire est passablement énigmatique, on l'a couramment traduit et entendu ainsi : Monulphe et Gondulphe sont sortis de ce tombeau, et, après la consécration de l'église d'Aix-la-Chapelle, les deux pontifes font retour. Cette traduction appelle les plus graves réserves, car on ne s'explique pas que des morts sortent de leurs tombeaux et fassent une excursion au retour de laquelle ils reprennent leur condition précédente, Or c'est bien ainsi que l'entend le P. Jean Placentius, natif de Saint-Trond, dominicain du couvent de Maëstricht, auteur d'un Catalogus omnium antislitum Tongarorum, Traiecienstum, ec Leodiorum, et rerum domi, belli que gestarum com- | et on dit que Monulphe et Gondulphe sortirent de leur sépulcre, prirent part à la cérémonie, et puis regagnèrent leur tombeau à Maëstricht. J'ai lu sur leur tombe un distique gravé en caractères très antiques attestant la chose en termes clairs. » Hadelin Lejeune, né à Herstal, chanoine de Saint-Servais, publia vingt ans plus tard, en 1649, une Apologia contra Reverendum Dominum socielatis Jesu Leodiensis auctorem, dans laquelle il prend à partie le jésuite, qui niait la double résurrection, et lui cite le distique gravé « pour éterniser la mémoire d'un si grand prodige. » C'était l'interprétation officiellement adoptée par le chapitre de Saint-Servais, qui laissa, en 1628, enfouir le monument, mais fit poser une plaque de cuivre sur l'emplacement avec la transcription du distique qui attestait un soi-disant miracle alors qu'il ne faisait qu'autoriser une légende insoutenable.
Le bollandiste Guillaume Cuperus a recherché les origines de cette légende ?, à l'occasion de laquelle il cite Jean Placentius, le Coder hagenoyensis (fin xiv- début xv siècle), l'editio Lubeco-Coloniensis (1490) et le Coder Greveni (1515 et 1521) du martyrologe ^et Gérard) se rendent à Aix . | collègue de Cambrai, Gérard, et Henri III, dit le — 948. d'Usuard. On s'étonne qu'il n'ait pas mentionné Jean d'Outremeuse, conteur intarissable de la seconde moitié du xiv siècle. Celui-ci connaît la légende dont il parle dans La Geste de Liège ? :
Et si nous dist l'histoire, c'on ne doit reprover, Qu'à ecli dedicase se vorent presenter Sains Monulphe et Gondulf ; Dieu les fist relever — De leurs sepulcre à »Treit, où leur corps enterreir, Vout-on aprés leur mort, par le corps saint Omeir, Liqueis ont grant pardons donneit sens discordeir. — Dans Ly Myreur des Hislors, Jean fait assister à la dédicace le pape saint Léon III ; trente cardinaux, seize évêques d'au delà des monts, trois cents soixante-six archevêques et évêques que Charlemagne avait amenés « de sa partie ». « Et à cely dicause furent saints Monulphe et Gondulphe, evesques de Tongs qui soy relevent de leur sepulcre à Treit ; M donneirent grans pardons, et puis en rallerent et r tront en leur sepulcre à Treit dont ils estoient par tist. > Une autre interprétation fut proposée par un anonyme aprés 1787, puisqu'il cite le tome 1v* des Acta sanctorum Belgii, et présente cet essai de traduction : Monulphe et Gondulphe ont été tirés de ce tombeau : el, aprés la dédicace de l'église d'Aix, les deux pontifes for t retour 5. Il s'agit d'un simple transport de reliques.
Une troisième interprétation s'appuie sur la consécration de l'église Saint-Servais en 1039 et la translation des saints Monulphe et Gondulphe de m tombe primitive dans la nef dans un sarcophage de la erypte par Nithard de Liége et Gérard de Cambrai : Monulphe et Gondulphe oni élé tirés de ce tombeau ; après la dédicace du temple, les deux évêques (Nithar d Dans ces trois interprétations, le mot Aquis du. premier vers désigne la ville d'Aix-la-Chapelle, une S quatrième interprétation y voit le nom commun qui signifie e aux et toute la difficulté consiste dès lors dans à lexplication des mots aquis dicare lemplum dont signification n'offre rien de trop mystérieux si on les. f rapproche du rite de la dédicace des églises. Ce rite fait une large part aux aspersions puis que l'évê que consécrateur fait à trois reprises le tour de l'édifice à. l'extérieur en l'aspergeant et ensuite sept fois le tou du maitre-autel et trois fois le tour de l'église à Vintérieur : cela fait, du milieu du temple il jette l'eau. bénite vers les quatre points cardin aux et il finit par en répandre tout autour de l'autel.
Cela fait, il se dirige vers le lieu où attendent les. reliques qu'il doit introduire dans le sanctuaire. S'il s'agit d'une reconstruction d'un édifice ancien, on adü, au préalable, enlever les reliques qui s'y trouvent. ; afin de pouvoir accomplir le rite, de leur entrée. — Le 10 du mois d'août 1039, on consacra l'église, Saint-Servais à Maéstricht qu'on venait d'agrandir d'une abside nouvelle. Pour se conformer à l'usage, et les documents l'attestent, on retira de leur tombe placée dans la nef les corps des saints Monulphe et Gondulphe afin de les réintroduire solennellement L'évé que de Liége, Nithard, voulut donner à cette | dédicace une solennité particulière. Il invita son | Noir, roi d'Allemagne, qui avait un goût marqué pour les cérémonies de ce genre. Peut-être s'y trouvait-il - d'autres évêques. Le prêtre Josse écrivit à Maëstricos 3
TOT
boa ip eth n demi-siècle aprés l'événement un récit de cette licace dont certains traits ont pu lui parvenir par adition locale et nous voyons que cette fête avait à Maéstricht, un véritable événement !.
.— C'est en s'autorisant de ces considérations qu'on a « p proposé du disti que la traduction que voici : Monulphe met Gondulphe ont été tirés de ce tombeau ; et ces deux ues font retour au temple après sa dédicace par | sainte. Cette version correspond aux faits histoement certains, c'est-à-dire à l'enlévement des ues des deux saints en vue de la solennité de la cace et à leur retour dans l'église agrandie au s de la solennité. L'expression dicare templum s qui pourrait faire difficulté est plus accept :ble me mention d'un rite que comme attestation o'un hiracle *. | Liber in gloria confesson, di LXXI ; Brisson Gala episcoporum Leodiensium, r, Maëstricht, 1890 ; Le Blant, Inscriptions chrénes de la Gaule antérieures au. VIII® siècle. in-4°, IX. SUCCESSEURS DE SAINT MONULPHE. Grundulfus, mentionné sur le catalogue et dans le récit de nslation. C'est le successeur immédiat de MonulIhi il a donc dû occuper le siège vers les dernières années du VIe.
- Beltulfus, signa au concile de Paris, en 614 :
- Perpetuus, mentionné au catalogue, enterré à D inant, au dire d'Hériger. Ebergisus, mentionné au catalogue. J. Demarteau S'est efforcé de tirer au clair la difficile question de saint Ebregise. Voici son systeme, tout conjectural, E reste, comme il a bien soin de le dire : il y a eu à Cologne deux évêques du nom d'Ebregise ou EverBisle ; le premier au 1v° siècle, le second à la fin du vi“ siècle. C'est au premier qu'il faut rapporter une biographie qui nous est parvenue et qui n'a auc une valeur histori que. Le second a gouverné d'abord Bru de Cologne et puis simultanément les deux glises de Cologne et de Maëstricht. Ainsi tout le n monde a raison : les chroniqueurs liégeois, qui mettent un Ebrégise dans la liste de leurs évéques et le font enterrer à Trutmonia ; les historiens colonais qui veulent que ce méme Ebrégise, transféré du pays longrois à Cologne, ait été évê que de leur ville. Tout T cela est bien peu sùr. J. Demarteau a beau écrire que = le nom, la sainteté et le pontificat » du premier Ebrégise de Cologne « demeurent hors de doute » ; | j 'ensemble des documents porte irrésistiblement à roire qu'il y a ici un dédoublement factice, et que T Ebrégise du rv siècle n'a ja mais existé. L'existence de celui de Liége est tout aussi douteuse. Reste le 950 du vi siècle, est attesté par des documents absolument sürs. Il n'y a donc, nous semble-t-il, à retenir que ce seul point : le Trutmonia, où fut enterré l'évéque Ebrégise, est probablement Térmogne, localité de la Hesbaye, à une lieue de Waremme, à quelques lieues de Tongres. A Cologne, au x* siècle, on fit mieux que de réclamer Ebrégise, l'arcehevé que Brunon le fit exhumer et ramener de Termogne à Cologne, en 959.
Joannes, un campagnard simple et naif surnommé agnus et qui vivait à Tyhange près de Huy, d'où on le tira pour le faire évé que au temps des rois Clotaire II et Dagobert (623-629). Il compta saint Monon parmi ses discip les et fut enterré à Saint-Cóme de Huy. Tout cela est acceptable.
Amandus, né à Herbauges, en Bretagne, dans une famille gallo-romaine, en 594, Tout je une, il se retira dans un monastère de l'ile d'Yeu, d'où il se rendit à Tours et recut la tonsure cléricale. On le retrouve ensuite à Bourges où, d'après les conseils de l'évé que saint Austrégisile, il embrasse une vie de pénitence et ce retraite absolue, mais d'où l'étude n'est pas exclue. Il passe ainsi quinze années, au cours desquel les il recoit le sacerdoce. Ensuite le reclus se fait missionnaire et, au retour d'un voyage à Home, recoit la consécration épiscopale sans siége déterminé. Il renouvelle les anciens pertodeutes, et, évê que régionnaire, s'enfonce dans les forêts de la Ménapie, prêche l'Évangile à Courtrai et à Thourout oü il entend parler pour la première fois d'un canton nommé Gant, sur les rives de l'Escaut, redouté des missionnaires à cause de la stérilité des terres et de la férocité des habitants. Amand s'y rend et y est fort mal recu, bousculé et plusieurs fois jeté dans l'Escaut par ses auditeurs qui finissent par se laisser désarmer et conquérir par la parole et la charité du missionnaire qui les décide à détruire leurs ido les, et fonde deux monastéres avec l'aide du roi Dagobert. Voyant le libertinage de ce roi, Amand le lui reproche et recoit une sentence d'exil qui ne devait pas émouvoir outre mesure un voyageur de cette trempe. Quoi qu'il en soit, il sort des États de Dagobert, passe dans ceux de Caribert et porte l'Évangile en Vasconie. Réconcilié avec Dagobert, dont il baptise le fils Sigebert, Amand refuse de diriger l'éducation du je une prince et ne se résigne qu'à regret sur les vives instan ces de saint Aubert de Cambrai et de saint Modoald de Trèves à occuper le siège de Tongres (647-649). Il eut le mérite de convertir Bavon, comte de Hesbaye, et manifesta le projet de quitter son siège épiscopal. Vers la fin de l'année 649, le pape Martin I** lui écrivit pour le détourner de cette résolution, mais probablement sans succés. C'est alors sans doute qu'Amand s'éloigna de Maestricht et, déjà quinquagénaire, reprit ses prédications, ses voyages auxquels il ne renonça qu'à l'extrême vieillesse. Retiré au monastére d'Elnone — berceau de la petite ville française de Saint-Amand — qu'il préférait à ses autres fondations, il y employa son temps à instruire les moines et mourut nonagénaire, le 6 février 684. Féte le 6 février.
661, n. 1 ; cf. Pagi, Critica, 1689, ad an. 632, n. 3-6 : 639, n. 12-13 ; 649, n. 6 :650, n. 2-3 :661, n. 2-3 ; Biblioth. hagiogr. lat., 1898, n. 55-57, 1312. — J. Brossard, La légende de saint Amand, l'abbaye de Nantua et la ville d'Orindinse, petit cartulaire de Nantuo, in-8 », Bourg-en-Bresse, 1898, — G. Debombourg, Dissertation sur saint Amand, prétendu fondateur de l'abbaye de Nantue, dans Compte rendu des trav aux de la Société d'émulation de Nantua, 1854, t. v, p. 127. — C. J. Des- | Moreau, saint Amand, apôtre de la Belgi que et du nord de la France, 1927. hemaclus (Rimagilus), Aquitain d'origine, né en Berry, de famille riche, — à preuve, dit un de ses biographes, les nombreuses dotations qu'il a faites aux églises de Tongres et ce Stavelot-Malmédy. Formé par saint Sulpice de Bourges. Ce fut peut-être à la recommandation de cet archevê que que saint Éloi, qui venait ce fonder le monastère de Solignac, en Limousin, en confia la direction à Remacle, ‘en 637. Solignac connut pres que aussilót une grande prospérité et compta jusqu'à cent cinquante moines, dont Remacle fut abbé pendant six ans. Appelé à la cour, il y demeura peu de temps et partit, comme évê que missionnaire, évangéliser l'Ardenne encore paienne. On le retrouve sur les bords de la Semois, où, entre 644 et 654, le roi Sigebert II fonda pour lui | l'abbaye de Cugnon (Casecongidunum) entre Chiny et Bouillon. On y montre encore aujour d'hui, aux flancs de la colline boisée qui domine le site de l'ancien monastére, une grotte qui a déjà été signalée, au X siècle, dans la Chroni que d'Hériger ; c'est là, cit cet écrivain, que Remacle séjournait, jeünait ef priait. Le monastère de Cugnon a laissé tellement peu de tra ces dans l histoire qu'en dépit de la charte de fondation qui nous a été conservée, des érudits ont pu nier qu'il ait ja mais été bâti. Cependant Mabillon ! et J. Bolland le mentionnent comme existant encore | loir contre le silence des textes qui nommeraient ? | | Cugnon, par exemple le Gallia christiana et les procés | fondées, Remacle vivait encore en 671 . Un diplôme.
| manière dont la vie fut composée ne peut qu'accroi-de leur temps, mais leur croyance repose exe ( ment sur le diplóme de Sigebert II et ne peut pré verb aux des visites archidiacona les de 15702. 1 On ne sait pour quoi le projet de Sigebert II ne fut pas réalisé, mais du moins sait-on que Remacle, chassé de Cugnon par les trop nombreuses visites des grands, gagna la partie septentrionale de dd où il fonda l'abbaye de Malmédy et, non loin de là celle de Stavelot (vers 648). Le roi Sigebert III, pu r son diplôme de fondation concédait à ces deux mona : tères un domaine de douze mil les de diamètre. ce domaine était trop vaste pour que les moines par vinssent à le cultiver ; aussi obtinrent-ils de Childéric II. en 670, qu'il fût réduit de moitié.
TEXTE CORRIGÉ :
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En 650, Sigebert III appela Remacle à la succession de Amandus sur le siège de Tongres. On a raconté que Landoald avait occupé neuf ans le siège après Amandus, avec le titre d'administrateur apostolique : c'est une fable insoutenable. À Maëstricht, l'évêque avait peu de moyens, le diocèse était si dénué de ressources au point de vue du personnel que lorsqu'un jeune homme de la Hesbaye nommé Trudon s'adressa à Remacle pour faire ses études, après 654, l'évêque trouva aucune maison où le faire admettre dans son diocèse et l'envoya à Metz.
La chronologie de Remacle parait ainsi établie : évêque régionnaire, en 648 ; évêque de Tongres habitant à Maëstricht pas avant 649 et probablement en 6230 ; retraité à Stavelot dès 667 ; mort le 3 septembre vers 670. Toutefois, Remacle n'occupa pas le siège épiscopal jusqu'à sa mort. Nous avons vu que saint Amand, après trois années seulement, avait renoncé, découragé par les mœurs du clergé. La réponse du pape Martin Ier nous fait de celui-ci une peinture dont la rudesse révèle la grossièreté de ce milieu qu'on supposerait affiné. Cependant Remacle ne perdit pas courage, introduisit l'évangile dans l'Ardenne, fonda plusieurs monastères autres que ceux de Cugnon et de Stavelot-Malmédy, mais dont les chroniqueurs ne nous ont pas conservé les noms ; il fonda aussi des églises sous le vocable de saint Sulpice. En 660, Remacle quitta Maëstricht. La dernière charte où il est nommé, date de 669 ou 670, elle mentionne aussi Théodard, son successeur à Maëstricht. L'année de sa mort n'est pas connue avec certitude. Nous avons écrit vers 670 ; si les rectifications apportées par Br. Krusch à l'histoire des rois mérovingiens sont exactes, il prouve qu'à cette date Stavelot était régi par l'abbé Goduin et le titre de saint qu'on joint au nom de Remacle, confirme le fait que ce saint personnage avait quitté ce monde depuis déjà quelque temps. La première biographie du saint, rédigée par un moine de Stavelot, ne fut écrite que vers le milieu du ix siècle. Elle comprend deux parties : celle qui donne quelques faits de la vie du saint et celle qui relate la fondation des monastères de Stavelot et de Malmédy. Celle-ci appartient aux environs de l'année 660 ; le récit est donc postérieur de deux siècles et la rend notre défiance. Godefroid Kurth a eu raison de faire observer que Stavelot semble, à un moment donné, s'être piqué de mettre en lumière les mérites de son fondateur. En effet, Liège possédait la biographie de saint Lambert ; Saint-Hubert avait la vie de son glorieux patron ; Stavelot ne pouvait rester en arrière. Mais en matière d'hagiographie comme de crane, la bonne volonté ne suffit pas : il faut un peu de savoir et beaucoup de probité ; or l'hagiographe de Remacle en était complètement dépourvu. Il ne voyait qu'une seule chose : saint Lambert éclipsait saint Remacle, c'était intolérable ; en conséquence, il allait tirer de la vie de saint Lambert tout ce qui pouvait être mis au compte de saint Remacle. Même prologue en tête des deux écrits, même origine, même éducation : Lambert a pour précepteur saint Théodard. Remacle est le disciple de saint Éloi : le confiance des deux maîtres dans leurs élèves, même empressement des grands à proposer les deux nts pour l'épiscopat ; mêmes vertus chez les deux ques. Enfin, pour faire pendant à la scène de la mort de saint Lambert devant la croix, nous avons contre de saint Remacle avec saint Trond tirée de la vie de ce dernier ; cela fait, l'auteur revient à la vie de saint Lambert pour lui emprunter les paroles accusées des moines de Stavelot. Ce système d'emprunt n'ajoute rien à l'autorité et à l'historicité de la vie de Remacle, mais encore faut-il interpréter les faits qui concernent saint Remacle personnellement, à savoir : sa naissance, son éducation, son séjour à la cour, son élévation à l'épiscopat. Le fait de la naissance en Aquitaine est confirmé par ce que nous savons touchant l'éducation de Remacle par saint Sulpice de Bourges. La noblesse de cette sance est un lieu commun hagiographique sans rét. La fortune familiale est attestée par la donation de biens patrimoniaux faite à Stavelot ; il se peut que l'auteur de la Vita ait vu la charte de donation et que ce soit dans ce document qu'il ait puisé les noms de Goso et de Matrinia, les parents du saint. Cette charte est perdue aujourd'hui, mais nous savons par l'évêque qu'il existait encore au ix siècle des titres de donations faites à l'évêché de Liège et au monastère de Stavelot, soit par saint Remacle, soit par sa famille. Les renseignements du biographe sont donc recevables. Sur le séjour de Remacle à la cour du roi Sigebert, où il était consulté sur les affaires du pays, nous avons le témoignage d'un écrivain moins ancien, il est vrai, mais dont le témoignage est puisé à d'autres sources : AA Adron de Montier en Der, auteur de la vie de saint Berchaire, qui nous présente Remacle comme remplissant auprès du roi les fonctions de secrétaire du palais : procurator sacri scrinii palatii. La qualité d'évêque régionnaire est confirmée par l'évêque dès son départ de Solignac, et par les Annales 1 « nubienses fixant en 647 sa consécration épiscopale, tandis que, certainement, son élévation sur le siège de Tongres n'est pas antérieure à 649 au plus tôt. Le biographe ne fait erreur que sur un point : c'est quand il nous donne saint Éloi pour le précepteur de Remacle. Celui-ci, loin d'avoir été élevé à Solignac, fut, au contraire, le premier abbé de ce monastère (il vint de l'abbaye de Luxeuil) fondé par saint Éloi, encore laïque à cette époque. À part ce détail, tous les points, à partir du moment où Remacle arrive en Austrasie, sont historiquement acceptables et ne sont pas contredits par d'autres documents. Cette partie de la Vita Remacli, malgré les fâcheux procédés d'imitation de l'auteur qui suit trop fidèlement son modèle, qui est la Vita Lamberli, peut donc être considérée comme offrant des garanties. Dans la seconde partie de la Vita Remacli, l'auteur traite de la fondation de Stavelot et de Malmédy et la Vita Eligii, laquelle atteste que Remacle devint...
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...de la retraite du saint dans le premier de ces monastères ; ici la narration devient détaillée et ne dédaigne pas de recourir à des chartes originales. On en peut retenir les deux fondations monastiques par Sigebert, l'abbatiat de Remacle, la réduction de moitié du domaine. D'autres traits paraissent moins sûrs et empruntés à une tradition qui, on l'a vu, a déjà deux siècles de date ; c'est par exemple Remacle, évêque de Tongres, recevant des mains de Grimoald la donation des deux monastères, après avoir consacré l'église de Stavelot. Or, il est douteux et parait peu vraisemblable qu'après son élévation sur le siège de Tongres, saint Remacle ait conseillé au roi de bâtir un des deux monastères sur le territoire du diocèse de Cologne. En outre, la leçon la plus autorisée, les diplômes de fondation de Cugnon et de Stavelot donnent à saint Remacle le simple titre d'abbé, tandis que tous les diplômes suivants lui attribuent le titre d'évêque. On doit en conclure, contrairement au récit du biographe, que saint Remacle ne devint évêque qu'étant déjà abbé de Stavelot. saint Adelin, saint Babolin, saint Goduin, saint Si-Theodardus, mentionné dans une charte de Childéric II pour Stavelot et Malmédy, du 6 septembre 669 ou 670. Assassiné en Alsace comme il se rendait à la résidence royale. Fête, le 10 septembre.
X. SAINT LAMBERT. — La célébrité de ce personnage a inspiré à un grand nombre d'écrivains du Moyen Âge la pensée d'écrire sa vie ; voici, d'après l'ordre chronologique, l'énumération de ces biographies :
I, p. 674.
La vie primitive. — Le but que poursuivent les anciens hagiographes est de satisfaire la curiosité tout en édifiant les lecteurs : souvent ils n'ont en vue que de fournir la matière des leçons de l'office liturgique, c'est le cas pour la vie de saint Lambert : Ergo dignum esse credimus ut quolibet sanctorum solempnia curriculo anniversario caelebramus ex eorum gesta aliqua ad aedificationem convenientes christiani in domini laudibus recitare. Peu de temps après on ajouta le récit de cinq miracles opérés par l'intercession du saint et puis le récit de la translation de ses restes, on n'a même pas pris soin d'enlever la soudure et après la finale : exultat cum cunctis per secula le récit reprend : Suffragante Domino, illud narrare credimus quod nuper...
d'après le manuscrit de Corbie du xix siècle, entré... Mabillon a remis le texte sur pied, m... diocèse de Tongres, qui ne possédait plus de villes n... de municipes, l'expression lustravil urbes el municipia ; ou enfin il traduit partis illius barbariem illus : traret par cette expression qui n'a plus de sens : pan e... rellement des expressions toutes prêtes. L'emprunt...
La date de la composition de la Vita doit être fixée vers 718, et l'auteur parait être un membre du clergé de Maëstricht. À cette Vita est presque contemporaine de saint Lambert. On a vu ci-dessus qu'André Du Chesne avait cité quelques passages ; Mabillon l'a donné entièrement, mais le récit de la translation n'est plus qu'une version remaniée à peu près semblable à celle de Canisius. L'édition de J. Demarteau a été établie les fragments de Du Chesne et l'édition de J. Den T teau donnent le texte ‘tel qu'il existe, c'est-à-dire presque indéchiffrable pour le sens. Évidemment l'hagiographe ne sait quel moyen prendre pour exmer ce qu'il veut dire ; il recourt à la Vita Eligii d il tire des phrases et des tournures, tout en laissant apercevoir son ignorance par l'emploi d'expressions dont il n'a pu interpréter le sens, Par exemple, appliquant à saint Lambert seul ce qu'il a lu de saint Éloi et de saint Ouen, il dit que le saint revient de l'exil sub unius diei articulo ! ; ou bien il applique illius barbarorum inlustrabat*, -l L'auteur fait choix de quelques faits qui tendent à son but d'édification, mais il n'accorde qu'une place très restreinte à ce qu'on peut appeler la charpente biographique ; tandis qu'il accorde trois pages à la station nocturne devant la croix, cinq pour raconter la mort et deux pour énumérer les vertus du saint. Du moins il se montre sobre sur les miracles, soucieux de la chronologie, préoccupé de désigner les personnages et les lieux. On a révoqué en doute l'exactitude des causes qu'il assigne à la mort du saint, et l'on a dit que, par crainte de déplaire au pouvoir, il avait gardé le silence sur les reproches adressés par saint Lambert à Pépin et à Alpaide. Le développement progressif des éléments de cet épisode chez les écrivains postérieurs nous porte à lui attribuer un caractère légendaire ; ainsi le reproche adressé au biographe tombe devant une meilleure étude comparative des textes.
Le remanieur est un Liégeois, il prend soin de nous apprendre qu'au temps de saint Lambert la ville était petite, mais magnum nomen et magnum meritum ex triumpho et corpore sancti Lamberti paulo plus merituram. On a cru pouvoir affirmer que ce remanieur était un certain Godeschalc, diacre au temps d'Agilfrid (769-789), puis on y a renoncé *. Godeschalc n'est pas plus l'auteur du remaniement que de la vie primitive. En effet, Agilfrid a été évêque jusqu'en 787 au moins, son épiscopat est antérieur à l'influence exercée par Charlemagne. Or le remanieur est un homme pourvu de culture littéraire, et les caractères que nous constatons dans son œuvre dénotent une époque plus récente. Il y a plus : la présence de quelques expressions et certaines allusions, des ajouts faits au récit primitif portent à reporter ce remaniement jusqu'au XIIe.
Landebertus naquit à Maëstricht. Une tradition, dont il serait fort difficile d'indiquer les fondements, place la maison de ses parents à l'angle de la rue aux Chiens et de la rue Large, du côté de Notre-Dame . On n'est pas mieux instruit sur la date de sa naissance qu'on propose de placer entre 633 et 638 . L'enfant reçut une éducation cléricale. Vers 650, lors que le jeune Trudo avait consulté saint Hemacle, celui-ci l'avait dirigé vers l'école de Metz ; il a pu en être de même pour Lambert qui fut confié à Théodard. Ce que des biographies tardives racontent au sujet de son éducation par Landoald est entièrement fabuleux . Il semble bien aventureux d'écrire que la cour royale résidait alors à Maëstricht et l'école du palais était sous la direction de Théodard . Tout ce qu'on peut dire c'est qu'après l'achèvement de ses études, Lambert résida à la cour et s'y forma à l'administration et à la carrière des armes qu'on ne séparait guère en des temps où tout métier faisait courir de gros risques. Théodard eût volontiers désigné Lambert comme son successeur ; il n'en eut pas le temps, car, vers 669, il fut assassiné près de Spire, dans la forêt de Biwald *. Quand on sut cette nouvelle à Maëstricht, Lambert se rendit sur les lieux pour réclamer les restes du martyr. On les lui refusa avec menaces ; il s'en vint une deuxième fois avec des présents et réussit dans sa mission. On ne sait s'il était déjà évêque quand il remplit cette mission ; s'il ne l'était pas, il ne tarda pas à le devenir, élu par le peuple vers 669. Le roi Childéric II (663-675) approuva l'élection.
Lambert eut à subir le contre-coup des événements politiques dont nous avons fait le récit dans la vie de saint Léger (voir ce nom). Le roi Childéric II devint, en 670, roi de Neustrie et de Bourgogne et se laissa aller à la violence de son caractère ; il fit fouetter un jeune Franc de race noble, nommé Dodilon ; celui-ci assassina le roi dans une forêt du Vexin, en 673. Lemaire du palais, Wulfoald, prit la fuite, gagna l'Austrasie et rappela Dagobert II de l'exil. De leur côté, les Neustriens choisirent comme roi Thierry III, mais Ebroin parvint à se faire nommer maire du palais de Neustrie et peut-être associa-t-il dans une même vengeance Léger d'Autun et Lambert de Maëstricht.
Ce qu'on sait de façon certaine c'est que Lambert dut quitter son siège épiscopal, où un intrus nommé Faramond, prit sa place et se retirer au monastère de Stavelot dont l'abbé était alors probablement Sigolin *. Lambert y vécut sept ans, pratiquant la vie humiliée et mortifiée des plus saints religieux, laissant les événements se développer. Après l'assassinat d'Ebroin en 681, Pépin d'Héristal rétablit l'ordre en Austrasie et l'intrus Faramond fut évincé, ejectus de provincia Trejectense ; alors le clergé et le peuple redemandèrent leur évêque qui revint de Stavelot à Maëstricht. Dès son retour, il reprit l'administration de son diocèse et recommença la prédication de l'Évangile aux païens de la Toxandrie.
L'auteur de la Vita primitive ne donne pas le motif de la haine portée à Lambert par Gallus et Rioldus, duo pessimi homines, à la violence desquels on ne pouvait se soustraire : nec evadendi erat locus. La Vita nous a donné le récit du martyre :
Dodon était alors le domesiicus du prince Pépin ; ce Dodon était uni à Gallus et à Rioldus par les liens du sang : il avait des possessions étendues et une foule de gens à son service. Instruit du meurtre de ses proches — et voulant en tirer vengeance — il réunit une grande troupe d'hommes des plus solides pour la bataille et gagna à leur tête, dans le dessein de l'immoler, la villa du saint, désignée sous le nom de Leodius, située sur la Meuse.
« Ô notre Dieu, achevez ce que vous avez heureusement commencé et qu'il en soit de nous comme l'ordonnera le Seigneur » — Le saint prit son psautier, l'ouvrit ; le premier passage qui s'offrit à ses yeux fut celui-ci : « Dieu tirera vengeance du sang de ses serviteurs, comme il l'a fait pour Zacharie, immolé entre le temple et l'autel, et qui s'était écrié en mourant : « Dieu le voie et vous punisse ! » Là-dessus, Lambert fit sortir tout le monde de sa chambre, se prosterna à terre, les bras en croix, priant et pleurant. Les bourreaux avaient envahi la maison et la parcouraient, tuant tout ce qu'ils rencontraient. Un d'eux monta sur le toit de la chambre où le saint priait et le perça d'un javelot.
La date de la mort de saint Lambert est très discutée : malgré tout ce qui a été écrit à ce sujet on n'est pas arrivé à une solution certaine ; ce qui tient à ce que l'accord n'est pas fait sur l'autorité des textes invoqués. Un document sûr, c'est le diplôme de Vers le milieu de la nuit, Lambert s'était, suivant sa coutume, levé seul laissant dormir ses disciples, et se livrait à la prière. La prière et le chant des psaumes l'avaient conduit presque jusqu'à l'aurore. Il revint alors trouver ses compagnons et frappant la porte du bâton qu'il tenait en main : « Éveillez-vous et levez-vous, dit-il, voilà l'heure de réciter les psaumes des matines. » Ils se levèrent, tous récitérent l'office et Lambert revint à la maison ; puis il pria encore jusqu'à ce que, tombant de sommeil, il gagnât son lit pour y prendre du repos. Il ne put s'endormir et déjà il commençait à faire jour. Un de ses serviteurs, Baldovée, qui avait veillé cette nuit sur la maison, s'éloigna. Mais il aperçut bientôt un groupe nombreux réparti en différents pelotons. Plusieurs de ceux-là virent briller en l'air une croix plus éclatante que l'or. Ces gens étaient armés et précédaient Dodon. Quand ils arrivèrent devant la maison, ils commencèrent à s'y introduire en sorte que Baldovée n'eut que le temps d'avertir Lambert qui ne dormait pas encore.
A cette nouvelle, il se lève et sans prendre le temps de se chausser, prend une arme et s'élance vers les assaillants, mais il la jette : à ce moment on envahit la maison, mais Pierre et Autlaic, neveux du saint, et ses jeunes disciples réussissent à refouler les envahisseurs et à dégager le seuil. L'évêque leur dit : « Si vous m'aimez d'une véritable affection, aimez le Christ, confessez vos fautes ; il me faut périr ici-bas pour vivre avec Dieu. » Un de ses neveux, Autlaic, l'interrompit : « Vous n'entendez donc pas ce que crient ces ennemis de Dieu : Mettons le feu pour que la maison s'embrase tout entière et qu'ils soient brûlés vifs. — Ne craignez pas, dit le saint, la fureur de nos ennemis ; c'est le feu qui sera leur châtiment et qui dévorera leur chair jusqu'à la moelle. Plaçons notre courage en Dieu qui réduira nos ennemis à rien. » Et s'adressant à ses neveux : « Vous avez été coupables, rappelez-vous votre crime. Ne savez-vous donc plus que Dieu ne jugera pas deux fois les pécheurs, mais ne laissera pas non plus le péché sans châtiment. Pourquoi venir auprès de moi : allez au-devant de ces hommes ; la mort que vous avez infligée injustement à d'autres, acceptez-la aujourd'hui comme l'œuvre de la justice de Dieu. Mieux vaut livrer vos membres aux bourreaux et garder vos mains pures du crime, pour assurer à votre âme le salut éternel.
« Eh bien, dit Autlaïc, lisez-nous donc le livre de Childéric II, de 667, qui nous montre à cette époque Théodard encore en vie !.
On place, mais sans raison solide, l'assassinat de Théodard, dans la forêt de Biwald, en 668 ; en ce cas, on peut admettre que Lambert fut nommé évêque peu de temps après : la Vita primitive permet de le soutenir ; ce serait donc en 668 ou 669 que Lambert devint évêque. Un autre texte peut servir à éclairer le point en litige, c'est la Vita de saint Hubert, au dire de laquelle saint Lambert fut évêque pendant trente-sept ans. Le biographe et contemporain d'Hu bert a pu puiser à une bonne source.
Mais on oppose un diplôme de Pépin II, de 706, sur lequel on lit la souscription d'un Chuchobertus episcopus. Ch. de Smedt et J. Demarteau identifient cet évêque avec saint Hubert parce que sur aucun autre siège épiscopal de Neustrie ou d'Austrasie, on ne rencontre d'évêque portant ce nom . La raison serait décisive si les listes épiscopales étaient bien connues, M. Daris voudrait voir dans ce Chuchobertus un évêque de Trèves ? ; G. Monchamp propose de faire de ce Chuchobertus le vrai saint Hubert, mais alors coadjuteur et déjà sacré par le pape Sergius, F comme le dit la Vita Lamberti de Nicolas, du XIe. C'est là une hypothèse purement arbitraire et tout ce qu'on peut dire, c'est que l'identification de Chuchobertus avec Hubert n'est rien moins que sûre. Le doute qui subsiste sur l'identité du Chuchobertus du diplôme de 706 invite à garder comme historiquement acceptable la donnée chronologique du biographe de saint Hubert.
Mais voici une autre difficulté provenant d’une autre base de calcul : l'extrait des Miracula sancti Dionysii dont s'est occupé G. Kurth permet de placer la mort du saint vers 705 *. Dés lors, on arrive une fois de plus à trente-sept ans d'épiscopat et, à moins d'admettre une somme ronde donnée par la Vita Huberti, le témoignage de cette dernière est à rejeter. Faut-il tenir compte d'un passage d'une Vita Odae, citée dans les Notae Aureaevallenses donnant à Hubert vingt années d'épiscopat ? Puis que Hubert est mort en 727, peut-on mettre dés lors le commencement de son épiscopat en 707 ? On obtiendrait pour saint Lambert trente-neuf ans et le témoignage de la Vita Huberti serait sauf. Malheureusement, le passage de cette Vita Odae n'a jamais pu être retrouvé. En somme, le calcul basé sur les Miracula Dionysii est encore le plus sûr, Hubert +.
— admise, appuyée sur une étude attentive des diverses Vitae, préconise la sincérité du premier biographe et attribue la mort à une vengeance privée pour une souscrirait alors la première année de son épiscopat.
En définitive, le plus sûr parait être de s'en tenir à la date de 705 !. Les causes de la mort de saint Lambert ont été l'affaire de propriétés. L'inimitié de la concubine Alpaide, excitée par les reproches que Lambert aurait faits à Pépin II et la vengeance exécutée par Dodon, sont des inventions du domaine de la légende.
Cuchobertus, c'est le célèbre saint Hubert, qui a signé deux diplômes de Pépin d'Héristal pour Echternach, le 13 mai 706. Hubert transféra le siège de Tongres de Maëstricht à Liège (voir Dictionnaire, t. ix, au mot Liège). Le culte de saint Lambert ne s'était pas développé à Maëstricht où sa sépulture n'avait pas d'éclat ; au contraire, à Liège, la maison de l'assassinat voyait des pèlerins invoquer le saint à qui on attribuait des miracles. Hubert enquéta sur ces miracles ; ils lui semblèrent de bon aloi et il décida que Lambert pouvait être invoqué comme saint. Le comte Dodon avait disparu, mais il semble probable que sa famille se fut opposée à la célébration d'une apothéose de sa victime à Maëstricht, les Maëstrichois qui ne tiraient aucun bénéfice du tombeau ne répugnaient pas outre mesure à un transfert des reliques.
Celui-ci se fit avec honneur et sans délai. On souleva la pierre tombale et le corps fut enlevé et conduit à Liège.
Il était inévitable qu'au cours des âges on crût retrouver à Maëstricht des souvenirs de la sépulture qu'on avait si peu défendue au temps où on la possédait. En 1575, tandis qu'on creusait dans l'église Saint-Pierre, voisine des remparts, une fosse pour Herman d'Eynatten, on aurait trouvé une lame de plomb portant ces mots : Hic jacet sepultus sanctus L. Dei martyr Lambertus, dont le seul libellé dit suffisamment qu'il n'est pas du vingt siècle, Le 3 juillet 1624, le curé Happart, dûment autorisé, fit fouiller sur l'emplacement de cette trouvaille et rencontra à neuf pieds de profondeur deux sarcophages, dont l'un engagé à moitié sous l'autel de saint Lambert, il contenait trois crânes et des ossements. L'église incendiée au printemps de 1624 fut reconstruite et, en 1748, le commandant de Maëstricht la fit raser jusqu'au sol à l'approche de l'armée française. L'année suivante, on érigea en ce lieu une chapelle en l'honneur de saint Lambert, qui disparut en 1847 pour faire place au canal de Liège à Maëstricht. Ce fut alors qu'on découvrit, parmi une quantité considérable d'ossements, quatorze sarcophages en tuffeau, et sur l'un d'eux on pensa lire Lambert. Une nouvelle chapelle fut élevée à treize mètres de l'ancienne.
Après la translation du siège épiscopal à Liège, où saint Hubert mourut le 30 mai 727, nous n'avons plus à suivre les destinées du siège de Tongres et à enregistrer la liste épiscopale. Il nous reste cependant à mentionner un personnage étroitement rattaché à l'histoire de Maëstricht bien qu'il n'en ait pas occupé le siège épiscopal.
Quelques serviteurs, échappés au massacre, rentrèrent dans la maison, roulèrent le corps de l'évêque assassiné dans une couverture, le déposèrent dans une barque et le ramenèrent à Maëstricht, ad cipitatem ejus. La nouvelle du meurtre y avait causé une vive émotion, que la crainte du comte Dodon ne permit presque pas de manifester. Quand le corps arriva, on le tira de la barque, on le déposa sur un brancard et après que les clercs l'eurent lavé et habillé ils le transportèrent au chant des hymnes à l'église Saint-Pierre où ils passèrent la nuit. Le lendemain, la crainte empéchant qu'on ne fit des funérailles solennelles, on se contenta de déposer le corps dans le sarcophage qui contenait les restes de son père et on le referma aussitôt,
Bibl, — Abrégé chronologique de l'histoire de Liège, avec la vie de saint Lambert et de saint Hubert, in-8e, Liège, 1783. — Abrégé curieux et nouveau de l'histoire de Liège, de la vie de saint Lambert et de saint Hubert, in-24, Liège, 1673 ; in-12, Liège, 1770. — P. Bahlmann, Die Lamberius-Feier zu Munster im Westphalia, dans Zeitschrift Vervolskunde, 1895, t. v, p. 174-180. — S. Balau, Sources de l'histoire de Liège, dans Mémoires couronnés par l'Acad. royale de Belgique, 1903, t. Lxt, p. 33-40, 78-81, 300-302, 443-444 ; — Baronius, Annales, 1599, ad ann. 688, n. 1-17. Pagi, Critica, 1689, ad ann. 658, n. 3 ; ad ann. 674, n. 7 ; n. 698-701. — Chapeaville, Gesta pontificum Leodiens., de Montandré, Le courtisan chrétien, immolé en victime d'état à la passion de la cour, ou saint Lambert, évêque de Tongres et martyr, sacrifié pour les intérêts du sujet de l'un des tableaux du musée que le cédant a dit représenter l'un des traits de la vie de saint Lambert, dans Mém. Soc. stat. des Deux-Sèvres, 1839-1840, Lambert et sur son premier biographe, dans, Annal. acad. archeol. de Belgique, 1876, t. xxxmr, in-6, Anvers, 1876 ; Lambert, dans Biographie nationale de Vaugirard, in-89, Paris, 1897. Lecointe, Annal.
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sur cette terre. Il termine par une péroraison de circonstance dont voici les traits les plus saillants : « Vous vous êtes rassemblés aujourd'hui pour la fête du saint confesseur du Christ dont le corps repose ici. — Si vous voulez profiter de sa solennité, il vous faut imiter sa sainteté, Il aima Dieu et le prochain ; ce qu'il put avoir des biens de ce monde, il le distribua épiscopi Tungrensis, Leodiensis civitatis et dilionis divi tufelaris, in-8v, Leodii, 1633. — Al. Schæpkens, dans Bull. Ann. acad. archéol. Belgique, 1853, t. xx, p. 51
Voici en quelques mots le contenu du discours en question :
Dans l'exode, commençant par Audile, fratres, verba Domini et intelligite, l'auteur relève la patience avec laquelle Dieu attend notre conversion. Puis, comme dans les deux premières homélies du recueil, il résume en peu de mots tout ce qu'un bon chrétien doit croire. Passant ensuite à la morale, il insiste surtout sur la bonne volonté à laquelle est promise la paix aux indigents. Il prit soin du salut de ses frères ; à tous ceux qui venaient à lui il montra la voie du salut.
Il gouverna le peuple de Dieu avec crainte et amour... 3 À On raconte de ce saint de Dieu le trait suivant qui montre bien le soin qu'il avait de son peuple. Prévoyant le pillage auquel ce pays devait être livré en proie, il se rendit à Rome, et là, prosterné devant la confession du saint apôtre Pierre, il demanda grâce pour le peuple dont il était le pasteur, Alors, suivant la tradition, le très saint apôtre Pierre lui apparut dans une vision, et lui dit : « Le jugement prononcé par Dieu sur le peuple que tu me recommandes ne pourra pas être changé. Cependant pour ta consolation, sache que tu passeras au Seigneur avant de le voir s'accomplir. Plein de confiance et de joie, le saint revint en ces lieux tout consolé : ici il s’endormit d'une mort tranquille, ou plutôt il passa de la vie à la mort. Et maintenant il n'a qu'un désir, c'est de prier pour nous, si nous l'imitons en vivant conformément à ses enseignements. Célébrons donc sa fête avec une joie toute spirituelle ; non par de vaines clameurs, ni par des vociférations insensées, mais par des prières partant d'un cœur et d'un esprit bien humbles, etc. » Le sermon a donc été prononcé dans l'église où reposait le corps de saint Servais : cujus hic corpus requiescit, dans la ville où il était mort : hic que placida morte quievit. Son auteur, Candide, était vénéré à Maëstricht, au moins dès le commencement du xi siècle. En 1039, lors de la dédicace de l'église agrandie par Nithard de Liège et Gérard de Cambrai, nous savons qu'on transféra les reliques des saints Monulph, Gondulphe, Valentin et Candide, dans la crypte derrière l'autel dédié à saint Pierre. Au commencement du xix siècle, les reliques furent déposées dans une châsse de bois doré et le chef de saint Candide, évêque, dans un buste également en bois doré. On conserve au musée de la Porte de Hal, à Bruxelles, un pignon de châsse, ayant jadis appartenu à l'église Saint-Servais et représentant saint Candide (fig. 7448) haut. 0 m. 57, larg. 0 m. 34, du xn’ siècle . Le culte de saint Candide rayonna assez loin. Chastelain en fait mention dans son Martyrologe universel, au 1r décembre : « A Mastrict, S. Candre (Candidus), évêque régionnaire, titulaire de deux églises à Rouen. » Le Bréviaire de Rouen de 1728 porte au 1*r décembre la mémoire de saint Candide et son identification avec le saint de Maëstricht est certaine puisqu'on lit dans la table des fêtes en tête du Bréviaire : Commem. sancti Candidi, Trajectensis episcopi, c. V sec. Reste à savoir qui était ce saint Candide de Maëstricht. C'est un évêque, mais non pas un évêque de Maëstricht où, cependant, il est mort. Au XMe, Gilles d'Orval nous dit que « le bienheureux Candide évêque et confesseur, après la mort de saint Servais, quitta sa patrie pour obéir à une révélation du Seigneur et vint en pèlerin au tombeau de saint Servais. Il y vécut pieusement durant de longues années, se dévouant jour et nuit au service de cette église, dont le siège était alors vacant. Après sa mort, son corps reposa auprès de ceux des saints évêques de Tongres. » On peut entrevoir un Candide venu en pèlerin au tombeau de saint Servais, ne s'en éloignant plus désormais mais jusqu'à sa mort et, en l'absence d'un évêque titulaire, prêchant le panégyrique du saint le jour de sa fête. Qu'il ne fut pas évêque de Maëstricht on peut l'induire de ce fait que sa main droite ne tient pas la crosse, mais une palme. Gilles d'Orval nous dit encore que Candide « quitta sa patrie » Laquelle ?
Dom Calmet a proposé l'identification de Wizo, disciple d'Alcuin et portant dans ce cénacle littéraire le sobriquet de Candide avec le Wizo (Waso ou Wiso, qui fut évêque de Trèves où il succéda à Richbod) mort le 1° octobre 804. De son épiscopat on ne sait rien ou peu de chose, à savoir qu'il assista en 805 à l'assemblée de Thionville * et, en 809, au plus tard, il fit place à Amalaire (Voir ce nom). La conjecture de dom Calmet n'a pas été démentie, et elle a été reprise par dom Morin ? qui voit dans le Wizo Candide, l'élève d'Alcuin, fourvoyé dans l'épiscopat, se dérobant aux difficultés qu'entraîne l'administration d'un vaste diocèse et se rendant, humble pèlerin, chercher le calme et la solitude près de la tombe de saint Servais.
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Candide Wizo était compatriote d'Alcuin et peut-être moine de Lindisfarne d'où il vint en France et d'où il revint après un voyage en 796 pour rapporter des livres destinés au scriptorium de Tours ?. Entre 797 et 801, Candide Wizo réside auprès d'un autre compatriote, Arnon, archevêque de Salzbourg ?, peut-être aura-t-il résidé dans le monastère de saint Pierre de Salzbourg. En 801, Alcuin l'envoie à la rencontre de Charlemagne revenant d'Italie, Candide rapporte à Tours les messages de l'empereur * et, en 802 ou 805, il parait définitivement attaché au service et au palais de Charlemagne à Aix-la-Chapelle. En 804, après la mort de Richbod, l'empereur désigne le prêtre Wizo qui vivait près de lui, méthode de tout temps la plus efficace pour faire penser à soi dans la distribution des faveurs. Évêque de Trèves en 804, il fait place à Amalaire en 809 sans qu'on apprenne sa mort. Il disparaît. Est-ce lassitude ? Est-ce disgrâce ? Est-ce insuffisance ? Mais alors ce Candide pourrait fort bien être le personnage qui porte son nom et vint se retirer à Maëstricht dont le siège épiscopal était depuis près d'un siècle transféré à Liège. C'est une conjecture.
XII. Crosse. — On conserve au trésor de Saint-Servais, entre autres antiquités liturgiques, une canne de jonc à tête d'ivoire que la tradition attribue, vraisemblablement, ce double usage. Godronnées est en verre opaque, brun rouge, à saint Servais, ce que ne contredit pas l'archéologie (fig. 7449). Le béton de saint Servais mesure 1 m. 14 de hauteur. Sa partie supérieure se termine par un tau dont la largeur est de 0 m. 11, représentant un bouquet de feuilles d'acanthe exagérant dans le sens horizontal les formes gracieuses du chapiteau corinthien. D'après Ch. de Linas, l'analogie de cette ornementation avec la clef que nous allons décrire assigne aux deux monuments une patrie commune, saint Servais, lors de son troisième voyage en Italie, vers 579, les aurait acquis ou reçus en présent. Ce bâton de Maëstricht est-il un objet liturgique ou une simple béquille d'usage privé ? Les anciennes effigies épiscopales donnent toujours au fauteuil la hauteur de nos crosses ordinaires, soit 1 m. 70 en moyenne, tandis qu'ici nous avons un bâton court, dont la poignée est amortie par un tore indiquant l'intention de faire un appuie-main, détail négligé sur les originaux du même genre que nous connaissons. En revanche, les hauts dignitaires de l'Église orientale se distinguèrent par une béquille d'ivoire ou d'ébène, qui servait à la fois de crosse et de canne. Le bâton de saint Servais Servatius und Unserer Lieben Frau daselbst archüo- —.
A la suite de la description qui précède, Ch. de Linas a, croyons-nous, bien raison d'ajouter : « Le luxe d'érudition déployé autour de la volute d'ivoire, dite crosse de saint Servais (même trésor) n'a pas encore réussi à dissiper mes doutes à son sujet. L'armature métallique, dont le XMe a revêtu l'objet primitif, empêche de reconnaître l'ancienne terminaison qui aiderait puissamment à résoudre un débat ouvert entre l'histoire et l'archéologie. » XIII. Coupe. — Le trésor liturgique de Maëstricht garde, enchâssée dans un calice de vermeil, une coupe qui, au dire d'une tradition invérifiable, aurait appartenu à saint Servais (fig. 7450). Ce vase, de forme hémisphérique aplatie (diam. 0 m. 10, haut. 0 m. 06, épaisseur de la paroi 0 m. 0035), panse striée d'arêtes Hart
2I ke ba Sert : 24 ba ta hs tirant quelquefois sur le pourpre foncé et semé de taches blanches ou noires. Les coupes de ce genre sont rares. Ed. André en possédait une identique de forme au vase de Maëtricht, mais les couleurs étaient différentes : bleu-lapis et orangé à reflets d'or jaspant Pompée quand il triompha des pirates. Pline nous a rapporté les prix insensés qu'atteignirent sous le haut empire ces objets de luxe venus d'Orient, et la description qu'il en donne permet de les identifier, sauf la matière, avec la coupe de saint-Servais !, Une bonne la pâte laiteuse. On dait reconnaitre ici l'imitation d'un vase myrrhin de l'espèce introduite en Italie par Pline, Híst. natur, XXXVII, vu, 8 : Oriens murrhina mitlit. Inveniuntur enim ibi pluribus locis, nec insignibus, marime Parthici regni praecipua lamen in Carmanid, humorem putant sub terra calore densari. Amplitudine numquam parvos excedunt abacos.,. Splendor his sine partie des verres agatisés que nous possédons provient de Rome cù leur provenance étrangère ne semble pas douteuse, D'après Pline, les verriers campaniens, gaulois et espagnols ne fabriquaient guère que du translucide incolore qui était le plus estimé au 17 siècle. Le naturaliste ne désigne pas les régions où l'on imitait le myrrhin, bien qu'il précise cette imitation : mais des objets analogues trouvés en Phénicie, dont les produits jouirent longtemps d'une haute renommée, portent à attribuer aux ateliers sidoniens, les vases, les revêtements de parois, les grains de colliers, en verre agalisé, jaspé, fleuronné ou rubanné que l'antiquité nous a transmis. La coupe de saint Servais n'est pas un produit de fabrication locale, mais d'importation. Par contre, le verre blanc, uni ou agré| décadence. Les personnages, nu-tête, ont une chevelure bouclée, ils sont vêtus d'une tunique collante avec écharpes flottante, leurs braies descendent jusqu'aux genoux. Les jambes sont protégées mais laissent le genou et les orteils à découvert. Ce tissu n'est pas un ouvrage oriental ; il appartient à l'Occident (fig. 7451) au 1v siècle.
Le 9 novembre 1863, une reconnaissance solennelle de la châsse de saint Servais permit de relever un fragment d'étolle étiquetté : Vestimenta sci Servaltii. C'est un débris de l'ancienne chasuble du saint, holosericum du 1v* siècle également sorti de quel que atelier cappadocien et représentant un sacrifice aux menté de polychromie, abonde sous le sol. des environs du Rhin. Là il est rare d'ouvrir une tombe anti que sans y rencontrer des verreries de toutes formes et de toutes dimensions.
XIV. Tissus. — Les tisserands byzantins, ou les Grecs de l'Asie Mineure, représentaient volontiers des chasses ou des scènes mythologiques sur leurs étoffes de soie. On conserve au trésor de Saint-Servais, à Maëstricht, un admirable holosericum sigillatum, fonds cramoisi, dont les médaillons circulaires encadrent deux cavaliers lancés au galop en sens inverse ce qui ne les empêche pas de tirer de l'arc sur des lions qui paraissent peu émus du danger qu'ils courent. La palmette d'amortissement, le bouquet feuillu compris entre les médaillons, la bordure qui consiste en une guirlande retenue par des bandelettes en hélice, sont Dioscures (voir ce nom). 5i on rapproche ce fragment du fragment qui précéde, on pourra se convaincre de l'excellence du dessin dans le dernier. L'encadrement du médaillon, les fleurons et la scène du sacrifice sont traités avec une sobriété et une mesure parfaite (ñg. 7452). jolis, mais lourds et accusent le style romain de la ' trouvé à Maëstricht, dans une tombe, en 1787. rn La Lens u^ Lech aM Lit » — » wu rs lu RS Er En 3 zz 3 moia Min RÉ DO ems 3s
XVII. Inscriptions. — Maëstricht, situé sur la chaussée romaine de Tongres à Cologne, faisait partie de la civitas Tungrorum et de la province de Germania inferior, comme une grande partie de la Belgique actuelle ; enfin Maestricht fut longtemps le siège de l'évêché de Liége (voir ce nom).
1, En 1901, l'installation d'un calorifère dans l'église Saint-Servais, amena la découverte, au bas du gros pilier Nord-Ouest du narthex, dans la partie de celui-ci qui forme actuellement la cave au charbon, d'une pierre placée à hauteur de la main et portant l'inscription suivante (fig. 7455) :
AM VI D XII (H)ic pausat Amabe les in C(hj)rislo, q(u)i virit an(nos)..., m(enses) VI, d(ies) XII. Longueur des lignes 0 m. 27, hauteur de la pierre 0 m. 23. Le texte offre un médiocre intérêt historique et philologique : ic pour Aie se rencontre sur quelques inscriptions chrétiennes !'. L'omission de A était arbitraire et ne prouve pas que l'aspiration était supprimée. Les grammairiens latins enseignaient, depuis Varron, que À n'était pas une lettre, mais le signe de l'aspiration, et qu'on pouvait l'omettre. Leur enseignement ne prévalut pas. De fait, parmi plusieurs centaines d'épitaphes qui s'ouvrent par Aie fa cet, hic quiescit, hic pausat, on n'en rencontre qu'un très petit nombre qui ait ic pour hic ; peut-être sept ou huit +. Selon Max Bonnet et Hans Ziegler l'aspiration se faisait peu sentir et il en résultait qu'elle était omise ou appliquée mal à propos, de même qu'elle est souvent marquée là où elle devrait être omise *.
Cristo au lieu de Christo nous offre un cas différent. 5cus la République, les aspirées grecques étaient remplacées, en latin, par les fortes correspondantes, parce que le latin n'avait pas d'aspirées. A l'époque de Cicéron, les lettrés s'habituèrent à écrire et à prononcer l'aspiration, mais le vulgaire resta fidèle à l'orthographe et à la prononciation archaïques ?.
Le verbe pausat et ses dérivés pausatio, pausabilis, pausarius sont des mots de la langue populaire. Pausare est également post-classique avec le sens de « s'arrêter, faire une pause » et c'est de ce verbe devenu transitif qu'est venu « poser » et ses dérivés. Dans la langue épigraphique du 1v au vus siècle, il se dit des défunts et il est synonyme de quiescere ou requiescere, reposer en paix ». On trouve en Gaule vingt-sept fois : Hie pausat ou Hic pausat in pace ou d'autres analogues pour l'épigraphie chrétienne et pas une seule fois dans l'épigraphie païenne. Il faut en conclure que le mot, dans le sens de requiescere appartient à la langue chrétienne. Il est souvent accompagné d'un déterminatif qui accentue sa signification chrétienne :
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Hic pausat in Christo (1 fois) ; Hic pausat fidelis (1 fois) ; Hic pausat in pace (8 fois). Ce mot pausare exprime bien l'idée du fidèle défunt attendant la résurrection glorieuse ; on le retrouve dans la liturgie mozarabe où le prêtre commémore le souvenir des défunts en priant pro spiritibus pausantium. Dans la vie maëstrichoise de saint Servais datant du viit siècle d'où G. Kurth a dégagé une épitaphe | métri que, on v lit ces mots : hoc pausan ! membra clari docloris in antro 1.
L'expression in pace sera étudiée ailleurs.
Le nom propre Amabilis est devenu Amabe les par substitution de le bref à l'i bref post-tonique, ce qui était particulier à la prononciation vulgaire, dès l'époque archaïque, et plus généralement du 1v* au vI ? siècle ; on la trouve partout en Gaule et il ne faut pas voir ici une prononciation propre aux habitants du pays.
Dans son ensemble, la formule Miec pausat Amabilis in Chrislo, qui vixit... est à peu près conforme au type définitif de l'épigraphie chrétienne et elle prend place à une période de transition entre rv-v et vi-vr ? siècle. D'autre part, la paléographie de l'inscription invite à la reporter au v siècle, et vers le milieu de Ce. Ce n'est pas l'écriture monumentale, élégante et régulière, mais la capitale rustique. Certaines lettres sont surtout remarquables à ce point de vue ; ce sont les M. où la deuxième et la troisième haste sont inclinées et dépassent en haut la 1re et la 4*, les A dont la traverse est en ligne brisée et dont la deuxième haste dépasse également la première ; les E dont les barres transversales dépassent à gauche la haste verticale ; la lettre L dont la traverse n'est pas perpendiculaire à la haste, mais descend un peu sous la ligne.
Amabilis est un chrétien gallo-romain, son nom l'indique, qui fut enseveli vers 450 dans le cimetière d'abord païen, puis chrétien où saint Servais avait été inhumé à la fin du ivè siècle.
Vers la fin du vr siècle, saint Monulphe construisit la première église à Saint-Servais en l'honneur du saint évêque. Une partie du cimetière romain fut comprise dans cette église. Ce fut alors, probablement, que la pierre tombale d'Amabilis fut mise dans le mur occidental de l'église. Au XIe, ce mur fut démoli pour la construction du narthex qui s'étend sur la largeur des trois nefs. La pierre aura été retrouvée parmi les décombres ; autant pour la conserver que pour l'utiliser, on en fit une pierre angulaire d'un pilier, en prenant soin de tourner l'inscription vers l'extérieur. Cette pieuse attention nous a conservé latines de la Belgique romaine : V, Inscription dw à | chrétien Amabilis à Maëstricht, dans Le musée belge, 3 1 t. vir, p. 89-99 et 1 pl.
2. Fragment découvert dans l'été de 1901 « au bas. de : l'escalier obscur qui conduit aux tours de saint Servais. » Cette pierre à quelques mètres du sol, placée à rebours ; conservée au trésor de Saint-Servais, 0 m. 25 sur 0 m. 38, retaillée à droite et à gauche ; en haut, un ornement rudimentaire, en bas il ne man- — | que rien. Les caractères sont assez profondément gravés, mais le ciment qui adhère à la surface empêche de bien distinguer tous les traits. Voici les caractères. qu'on a pu lire :
Les caractères sont de basse époque ; ils sont tout à fait irréguliers, sans proportion entre eux ; les lignes ne sont pas droites, et vont en descendant. L'art du tailleur de pierres était en pleine décadence. En un mot la paléographie dénote une époque relativement récente.
Il s'agit certainement d'une épitaphe, sur laquelle le nom du défunt se lisait à la deuxième ligne : Saturninus, lign. 3 : [glui vixit [a(nnos) L. Devant amicus dulcissimus on s'attendait à trouver le nom de celui qui a élevé le tombeau ; il faudrait donc admettre qu'il manque beaucoup de lettres à droite. D'autre part, si dulcissimus est exact, il ne peut manquer que trois ou quatre lettres. Aucun signe chrétien, mais la date tardive permet de le présumer chrétien.
XVII. ; Servais conserve dans son trésor une hématite qui a été gravée sur ses deux faces pour servir de sceau (fig. 7456). Le revers porte une figure de saint qui a été gravée à l'époque byzantine. (Voir au mot MÉDUSE,) “o77 : Le trésor de Maëstricht conserve un « sceau de [saint Servais » que nous décrivons et figurons au mot MÉnpusE : et une eroiz cabalisti que décrite et ‘commentée par Ch. Cahier, dans Mélanges d'archéoE t. L (1847-1849), p. 191-202, pl. xxxı, fig. A. B. H. EEGUERGO..
E _ MAFFEI (Scipione). BIOGRAPHIE. Le E. marquis Francois-Scipion TOM s'occupa de ne f coup de choses parmi lesquelles il effleura l'antiquité chrétienne ; il le fit avec le talent qu'il apportait à E tout ce qu'il traitait ; c'est pour cette raison que son g i0m doit être rappelé ici. Au reste, nous l'avons renÀ E ontré déjà (voir Diclionn., t. vi, col. 939-942).
4 Né à Vérone le 1% juin 1675, élevé à Parme au collège des nobles, il débuta dans le monde avec ous les avantages qui promettent d'y réussir et parut —un moment se laisser entraîner ; mais la poésie l'en — préserva. Il y apportait le mauvais goût du temps, E n ais il s'améliorait à l'étude des vrais maîtres, et en | particulier de Dante..Un voyage à Rome, en 1699, | lui fit découvrir les monuments et des littérateurs Es. en particulier Maggi et Pastorini. On l'affilia à l'aeadémie des Arca des et, de retour à Vérone, il TEM une académie. Sa carriére paraissait tracée lors que, en 1703, il prit du service comme volontaire dans l'armée bavaroise et se distingua à la bataille de Donauwerth. Son frère ainé, Alexandre Maffei, lieutenant général au service de l'électeur de Bavière yant sur les bras une grave affaire d'honneur, Scipion faffei composa un traité intitulé : Della scienza chianait cavalleresca, libri tre, in-4°, Rome, 1710, dans lequel il montrait que le duel, également opposé à la religion, au bon sens et à l'intérêt social, est un héritage des peup les barbares ; ce livre contribua à diminuer en Italie la passion pour les combats singzuliers, ; En 1709, Maffei entreprit, d'accord avec Apostolo Zeno et Vallisnieri, la fondation d'un journal intitulé : Giornale de” letterati d'Italia, avec l'espoir de gourT nander les auteurs sur les fautes de leurs ouvrages et de leur faire connaitre les meilleurs ouvrages qui “venaient de paraître en Europe. Les disputes qu'il eut à soutenir contre Fontanini, un des collaborateurs “du recueil, lui firent abandonner l'entreprise. Un | séjour à Turin lui permit de s'initier aux richesses | manuscrites de la bibliothé que royale et d'affiner son goût pour les monuments de l'antiquité. Le roi « Victor-Amédée et le pape Clément XI lui prodiguérent les offres qu'il repoussa, préférant à tout le reste son indépendance. Ce fut alors qu'il s'éprit de théâtre — et rêva de lui rendre son éclat et sa perfection d'autre- — fois, car il ne voyait ja mais plus ni mieux à faire que de revenir en arrière. Son influence vint à bout de | décider Riccoboni de reprendre le répertoire du -XvI* siècle, l'acteur y perdit son temps et son argent et Maffei tenta d'entrer en lutte contre les bouffons sé »qui avaient tout envahi. 3 - lH composa et fit représenter sa célèbre Mérope qui recueillit les plus grands applaudissements. Vol-
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quil devait, lui-méme, beaucoup à l'ouvrage de Maffei. Le public se montra disposé à croire un peu trop ce compliment, et Voltaire se rétracta peu de temps aprés, sous le nom de Lalindelle. Dans cette nouvelle lettre il relevait sans ménagements les défauts de la Mérope et reprochait à Maffei de n'avoir auc une entente de la scène, de n’observer dans le dialogue ni vraisemblance, ni bienséance, ni art. ll est vrai que dans sa préoccupation d'éviter l'enflure et l'aflectation, Maffei tombe parfois dans la naïveté et même dans la trivialité. Quoi qu'il en soit, la Mérope de Maffei, a marqué le point de départ d'un relévement dans une littérature déchue.
Ces occupations laissaient à Maffei tout le loisir indispensable à d'autres étu des. Vivement épris des anciens, il s'enthousiasmait alors pour la langue grecque, il rassemblait dans sa maison une collection d'objets d'art à laquelle il témoignait un attachement passionné, La bibliothé que du chapitre de Vérone qui avait jalousement caché ses plus be aux trésors à Mabillon, livrait volontiers à un concitoyen des manuscrits précieux dont le temps n'a fait qu'accroître, s'il est possible, la valeur. Maffei se jeta à corps perdu dans l'étude de la diplomati que et y fit des progrès comme il en faisait dans toute science qu'il se donnait la peine d'approfondir. En 1718, un certain chanoine Gagliardi s'aventura à soutenir, qu'à l'épo que gauloise, Brescia avait exercé sur Vérone une certaine suzeraineté. D'une cité à une cité voisine ces sortes. d'affirmations ont le privilége d'enflammer des ardeurs généreuses. Maffei crut l'honneur de Vérone en péril et entreprit de réfuter l'assertion ; mais comme il ne faisait rien à demi, il se jeta dans des recherches immenses sur l'antiquité et le Moyen Age de sa ville natale, ce qui valut à la science une Verona illustrata également remarquable par son plan, son érudition et son style (1730).
Pendant son séjour à Paris, Maflei était trop solgneux de sa réputation pour négliger auc une des trompettes de la Renommée : il fréquentait les sociétés, les académies et les jésuites ; on le persuada de s'embarquer dans une réfutation du jansénisme et ce fut ainsi que l'auteur de Mérope donna son nom à une /storia teologica delle dottrine e delle opinione corse ne’ cin que primi secoli della Chiesa in proposito della divina grazia, del libero arbitrio e delle pre destinazione (1742). Un livre relatif à l'usure : Dell” impiego del denaro (1746) obtint moins de faveur et fut condamné par la Congrégation de l’Index.
Depuis son retour à Vérone Maffei y vivait en grand seigneur et était passé à l'état de gloire locale. Riche et généreux, il jouissait par anticipation d'une célébrité que la postérité n'a pas entièrement ratifiée. Un jour, il eut la surprise de voir son buste à l'entrée d'une des sal les de l'Académie, et loin de se lancer dans les prodigalités escomptées, il affecta le mécontentement et fit enlever le buste. Cependant il achetait sans cesse et accroissait ses collections, faisait construire un Musée qu'il se chargeait de remplir pour le léguer ensuite à sa ville natale. L'histoire, la littérature, la poésie, la physi que, l'astronomie faisaient assez bon ménage dans son cerveau pour qu'il parlàt des unes ou des autres sans trop s'embrouiller ; à soixante-dix ans il commença lhébreu et n'en fit qu'une bouchée. On ne sait ce qu'il eût ignoré s'il | n'était mort à quatre-vingts ans, le 11 février 1755.
IIl. BIBLIOGRAPHIE. — Per la nascità del principe di Piemonte genetliaco, in-12, Roma, 1699. — TI Sansone oratorio, in-12, Firenze, 1699, — Conclusioni di amore, in-12, Verona, 1712. — La prima Radunanza della colonia arcadica Veronese, in-49, Cervia, 1705. — Giudizio sopra le poesie liriche di C. M. Maggi, in-89, Venezia, 1706. — Della scienza chiamala cavalleresca, in-4e, Roma, 1710 ; in-49, Venezia, 1711 ; Napoli, 1718, Palermo 1720. — De Fabula equeslris ordinis Conslantiniani, in-1 », Parisiis, 1712. — Lettera al Valisnieri sopra i fulmini, 1713. — Merope, tragedia (SCIPIONE) — MAGES | M AGES. — I. Le symbole. II. L'histoire. LIN in-8 , Venezia, 1714 ; traduction francaise par Fréret, | in-12, Paris, 1718 ; in-d9, 1745 ; par Du Bourg, Paris, 1743. — Hime e prose ; aggiunto anche un saggio di poesie latine, in-4°, Venezia, 1719, ce recueil contient une Lezione sopra il vario gusto di poeti italiani, traduit en français dans la Bibliothè que itali que, où se trouve également la traduction de plusieurs autres dissertations de Maffei. — Dell antica condizione di Verona, in-8 ?, Venezia, 1719, reproduit dans la Raccolla delle cose spettanli à Cenomani de Sambuca. — Teatro italiano, osia scelle di dodici tragedie per uso della scena, premessa un Istoria del leatro e difesa di esso, 3 vol., in-8e, Verona, 1723-1725. — Istoria diplomalica, che serve d'iniroduzione al l'arte critica in tal maleria, con raccolta di documenti non ancora divulgati, con ragionamento sopra gl Italiani primilipi, in-4, Mantova, 1727. — Supplementum Accacianum, Monumenta numquam edila continens, in-8°, Venezia, 1728. ,e Cerimonie, comedia, in-8°, Bologna e Venezia, 1728. — Degli Anfileatri, in-8°, Verona, 1728. — Teatro del marchese Maffei, cioè Merope, Le cerimonie ela fida Ninfa, in-8°, Verona, 1730. — Verona illusirata, 2 vol. in-fol., Verona, 1730 ; 4 vol. in-8 », 1730 ; 4 vol. in-8e, Milano, 1825-1827. — Galliae antiquitates selectae, in-49, Paris, 1733 ; Verona, 1734. — La Religion de’ gentili nel morire, in-49, Parigi, 1730. — Osserpazioni letterarie, 6 vol. in-12, Verona, 17371740. — Istoria teologica Delle doctrine e delle opinione corse ne cin que primi secoli della chiesa in proposito della divina grazia, del libero arbitrio e della pre deslinazione, in-49, Trento, 1742 ; trad. lat., Francofurti, 1756. — De haeresi semipelagiana, in-12, Hoboreti 1743. — Dell impiego del denaro, in-4 ?, Verona, 1744 ; in-4 », Roma, 1746 ; in-4 », Bassano, 1756. — Graecorum siglae lapidariae collectae al que explicatae, in-4°, Verona, 1746. — Traduzioni poetiche, in-4A ?, Verona, 1746. — Della formazione de fulmini, in-4°, Verona, 1747. — Il Raguel, comedia, in-8°, Verona, 1787. — Lettera sopra le feste dei gentilt, in-d0, Pesaro, 1748. — Museum -Veronense, cui Taurinense adjungitur et Vindobonense, in-fol., Verona, 1749. — Arte magica dileguala, in-4°, Verona, 1749. — Arle magica distrutla, in-4°, Trento, 1750. — Riposta al anonimo impugnatore dell Istoria teologica, in-12, Verona, 1750 ;in-49, Verona, 1750-1751 ; Giansenismo nuovo dimonstrato nelle conseguenze il medesimo o anche peggiore del vecchio, in-49, Venezia, 1752. — Poesie latine parte non pit raccolte e più non più stampale, 2 vol. in-8 ?, Verona, 1752. — Dei Teatri antichi e moderni, in-4°, Verona, 1753.
H. LECLERCQ.
L'interprétation. IV. La signification. V. Les explications des Pères. VI. L'intention des artistes. VII. Essai, de classement : d. Fres que ; b. Haut-relief ; c, Bas” | relief ; d. Gravure ; e. Sculpture méplate : ; f. Mosaï que : g. Miniature ; h. Omi i. Argent ; k. Bronze ; L Ivoire ; | m. Terre cuite ; n | . Bois ; o. Os ; p. Fonds de coupe ; - q. Gemme ; r. Tissu. VIII. Les noms des mages.
I. LE SYMBOLE. — La naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ à Bethléem offrait aux premiers interprétes des scènes évangéliques une occasion qui sem- | blait devoir les combler de satisfaction. En eflet, leur © | art timide s'attachait dès lors à présenter des compositions dans lesquel les un exact équilibre des masses était poussé jusqu'à un rigoureux parallélisme. Nous.
en avons déjà donné dans le Dictionnaire trop d'exemples pour qu'il semble nécessaire d'insister sur ce point. Le mystère de la Nativité de Jésus était dès lors inséparable de deux épisodes si analogues et si rapprochés que la piété des fidèles ne les sépare guère l'un de l'autre. Dès les premières heures qui succédèrent à la naissance du Fils de Dieu et au cours des journées qui suivirent, deux groupes se présentèrent au seuil de l'humble demeure où Marie prodiguait à son fils les soins maternels. Par un contraste bien fait pour frapper les imaginations et toucher les cœurs en instruisant les esprits, ces groupes figuraient les deux extrémités de la société humaine, un se composait de bergers, l'autre réunissait des personnages à qui on a donné le titre de mages, qui exprime suffisamment le respect qui s'adressait à eux. L'appareil de quelques jeunes garçons gardant un troupeau la nuit sous une cabane, devait être d'une simplicité voisine de l'indigence ; par contre, la nature des présents dont les mages étaient chargés, semble indiquer de riches Arabes qu'accompagnait un cortège de serviteurs. Si on ne connaissait les anciens monuments de l'art chrétien, on s'attendrait à les voir figurer le Sauveur recevant les hommages que lui adressent d'une part « les bergers misérables et d'autre part les mages somptueux, dans une composition exactement balancée.
Rien de pareil ne semble avoir été jamais tenté. De très bonne heure l'adoration des bergers fut éclipsée par l'adoration des mages et les deux épisodes n'ont été rapprochés qu'exceptionnellement comme nous le verrons plus loin. On éprouve quelque difficulté à découvrir la raison de cette inégalité ; mais il en est une qu'il faut écarter dès l'abord. Saint Matthieu rapporte l'adoration des mages, saint Luc garde le souvenir de celle des bergers : or il ne peut être question d'une moindre diffusion du texte de Luc par rapport au texte de Matthieu. Si, au lieu des pauvres fresques et des rudes bas-reliefs de l'antiquité chrétienne, il s'agissait des mosaïques étincelantes de l'art byzantin ou des peintures éblouissantes de la Renaissance, on pourrait, non sans vraisemblance, supposer que les artistes ont donné la préférence à une scène qui leur permettait de faire valoir toutes les magnificences de leur palette et toutes les ressources de leur art. Cette préoccupation a pu rester étrangère aux peintres et aux sculpteurs dont les ouvrages nous occupent exclusivement et nous croyons qu'il faut chercher ailleurs la raison de la préférence accordée par eux à l'adoration des mages. À une époque comme celle où nous vivons, des artistes pourraient chercher et poursuivre le succès en flattant le goût de ceux qui exaltent la vie cachée de Jésus, son labeur d'ouvrier, ses rapports assidus avec la foule ; au temps des origines du christianisme, alors que l'Église naissante comptait le plus grand nombre de ses adhérents parmi les esclaves, les petits, les humbles, ou négligeait cet aspect pour donner la préférence à l'épisode des mages qui contenait un grave enseignement, celui de l'expansion de la foi par l'entrée des gentils dans l'Église. C'est là, croyons-nous, le symbole qui a valu à l'adoration des mages l'importance qu'elle a prise dans l'art chrétien primitif.
II. L'HISTOIRE. — Le fait n'est rapporté que par un seul évangéliste, saint Matthieu, en sorte qu'après avoir tiraillé en tout sens les quelques phrases de son récit, on doit reconnaître qu'il nous laisse dans l'ignorance des précisions que nous voudrions établir. Les circonstances qui leur révélèrent l'événement qu'ils allaient glorifier, celles de leur départ et de leur voyage, leur nombre, la date de leur arrivée à Jérusalem, celle de leur visite à Bethléem, la durée de leur séjour et leur départ, autant de points restés mystérieux et que nulle investigation ne percera jamais. Chacun reste donc libre d'établir des calculs, d'amasser des vraisemblances, de discuter des hypothèses ; en ce qui nous concerne, et après avoir comparé les solutions proposées, nous nous sommes arrêté à l'esquisse suivante :
La loi des Juifs imposait à qui avait enfanté un fils d'attendre quarante jours avant de présenter au prêtre un agneau d'un an en holocauste et un jeune pigeon ou une tourterelle en sacrifice. Si une honorable pauvreté ne permettait pas de se procurer un agneau, on pouvait offrir deux tourterelles ou deux pigeons. Le premier-né mâle devait être offert en sacrifice au Seigneur, sauf rachat au prix de cinq shekels. Nulle obligation n'était faite d'amener l'enfant au Temple, car la cérémonie ne concernait que la mère, mais Marie ne se séparait plus de son Dieu, elle l'apporta dans ses bras. Quand les rites furent remplis, après que Marie et Joseph se furent entretenus avec Siméon le vieillard, Anne la pieuse veuve et quelques serviteurs du Temple, ils regagnèrent Bethléem, bourgade trop voisine de Jérusalem pour qu'on pût hésiter à y retourner chercher les humbles ustensiles qu'un pauvre ménage d'artisans ne laisse pas de réunir pour les nécessités quotidiennes pendant un séjour de quelques semaines.
Comme Marie et Joseph s'éloignaient de Jérusalem, une riche caravane y entrait ; elle se composait d'étrangers à qui le langage populaire imposa le nom de mages, bien qu'on ne puisse dire s'ils venaient de la Perse, de la Chaldée ou d'ailleurs et s'ils étaient prêtres, astrologues ou magiciens. Saint Matthieu parle d'eux avec déférence, mais sans bien s'expliquer sur leur origine. Leur nom de mages semble emprunté au livre de Daniel et porte à voir en eux des Chaldéens, tandis que la nature de leurs présents fait plutôt songer à des Arabes. Leur nombre, pas plus que leurs noms, ne sont connus. Dès leur arrivée à Jérusalem, ils demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? car nous avons vu son étoile se lever et nous sommes venus lui rendre hommage. » Une pareille question, sous le règne d'Hérode, dut faire trembler ceux à qui elle était adressée ; elle s'ébruita vite, et Hérode, averti par ses espions, en fut bouleversé : la population entière, mais pour d'autres raisons, partageait son émoi. Dans tout l'Orient circulaient des prophéties annonçant que des hommes venus de Judée se saisiraient de l'empire du monde. Cet état des esprits les portait à accueillir sans hésitation l'idée d'un rapport entre un événement de cette gravité et les phénomènes célestes. Aucun doute n'aura été soulevé alors pour les hommes de ce temps comme pour l'évangéliste, c'est un astre apparu sinon créé pour la circonstance et qui, sa mission remplie, s'effacera de la voûte céleste. Hérode admet tout cela et prend l'alarme ; il convoque tous les chefs des prêtres et les scribes du peuple, les questionnant sur le lieu où le Christ devait naître. Le Sanhédrin qu'il interrogeait comptait, quand tous ses membres étaient réunis, soixante-dix personnages : prêtres, scribes et laïques. Interprète de l'opinion traditionnelle, il ne pouvait répondre autrement qu'il le fit, désignant Bethléem, selon la prophétie de Michée. Hérode n'en demandait pas plus, car son plan de conduite était arrêté. Il fit appeler secrètement les mages, leur demanda le temps précis de l'apparition de l'étoile et les achemina vers Bethléem en leur disant : « Allez, informez-vous soigneusement de l'enfant, et quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi, pour que j'aille aussi lui rendre hommage. » La date précise de l'apparition de l'étoile lui permettait de compléter le renseignement fourni par le Sanhédrin et de frapper à coup sûr.
Les mages se remirent en chemin et l'étoile reparut à leurs yeux, les précédant jusqu'au moment où elle s'arrêta sur l'endroit où reposait l'enfant. Joyeux, ils suivaient cette conductrice, et, comme les bergers, ils rendirent leurs hommages à Jésus pendant la nuit. Marie avait pu échanger, vraisemblablement, l'étable contre une chambre ou une maisonnette ; ce fut là que ses visiteurs trouvèrent l'enfant avec sa mère, et, prosternés, ils l'adorèrent ; ensuite ils lui offrirent des présents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Avant de regagner Jérusalem, les mages prirent quelque repos, et pendant leur sommeil ils furent avertis en songe de ne pas retourner près d'Hérode ; ils regagnèrent donc leur pays par un autre chemin.
III. L'INTERPRÉTATION. — Voilà encore un de ces sujets qui feront dire à certains que les « faiseurs de Dictionnaires » sont d'heureuses gens qui n'ont pas à se préoccuper de fournir d'inédit à leurs lecteurs. Car c'est, pour eux, une vérité démontrée que, seul l'inédit nous apprend quelque chose ; si bien qu'on serait tenté de leur demander s'ils connaissent tout le reste. Or l'inédit, trop souvent, n'est inédit que parce qu'il ne valait pas la peine d'être édité. Textes ou monuments, les plus précieux et les plus précis sont publiés depuis longtemps et souvent, trop souvent, les pourchasseurs d'inédit les méconnaissent, ou les oublient, à supposer que, plus simplement, ils ne les ignorent.
Il n'est pas question de valeur littéraire ou de mérite artistique, pas plus qu'il n'importe de savoir si la pièce nouvelle soulève un problème ou bien résout une question ; on ne lui en demande pas tant, on ne lui demande que d'être inédite. Ceux qui échappent à cette superstition savent bien que l'histoire digne de ce nom est bâtie tout entière ou presque avec des matériaux depuis longtemps connus, vérifiés, à défaut desquels les découvertes nouvelles apportent si peu de chose d'utile qu'on peut parfois les passer sous silence sans grave inconvénient. Dans le domaine de l'antiquité ecclésiastique, qui est celui du Dictionnaire, on a vite fait de compter ce qui, au cours d'un demi-siècle, a ajouté quelque chose d'essentiel à notre connaissance. Quand nous aurons nommé la Didaché et la Peregrinatio Etheriae, nous aurons presque tout dit. Une trouvaille autour de laquelle on organise la plus habile réclame n'en demeure pas moins insignifiante en elle-même et par ses résultats, comme les prétendus Tractatus Origenis et les soi-disant Psalmi Salomonis. Cependant on les accueille avec une faveur, une attention, des pâmoisons d'enthousiasme qui ne prouvent que la médiocrité littéraire des uns et la médiocrité critique des autres. Ces déchets de manuscrits et ces débris de catacombes n'ont ni de quoi plaire ni de quoi instruire, n'étant que du domaine fragmentaire et ne nous offrant l'histoire que par ses moindres côtés. Ce qu'on décore pompeusement du nom de document inédit n'est trop souvent qu'une rapsodie sans importance pour l'étude des idées et la connaissance des mœurs.
Un chapitre dépareillé d'un traité anonyme ou la péroraison d'une homélie et un feuillet de sacramentaire provoquent toute une bibliothèque où les hypothèses succèdent aux conjectures et s'entremêlent avec les suppositions. Le jour vient où on s'en détache, on les oublie et on s'aperçoit qu'on n'en a rien tiré. Ce qu'il y a là de regrettable, ce n'est pas qu'on fasse à ces brimborions un honneur immérité, ni qu'on s'occupe de sujets insignifiants et destinés à demeurer tels, ce n'est pas même que des intelligences attentives mais limitées s'attardent et se stérilisent puisqu'on n'en pourrait jamais attendre rien d'utile, c'est uniquement que cet apparent effort détourne sur lui l'attention et l'estime de ceux qui, n'ayant plus le spectacle des grandes questions et des vastes synthèses, perdent le sens de la grande histoire. Quand on a lu tout ce qui s'est écrit sur les bonnets des mages, sur leurs anaxyrides, sur leurs manteaux, qu'on a cherché à retenir leurs noms, à expliquer la quantité et la forme de leurs présents, on s'étonne à peine que, pour certains, ces minces détails prennent la gravité d'une révélation. On n'en peut être surpris. Avec les méthodes qu'ils prônent et parmi le fatras de publications dont ils nous accablent, l'admirable serait que le passé de l'Église trouvât encore son historien. On dominait sa matière autrefois ; aujourd'hui elle vous domine, et l'on soutient que c'est un progrès. Le fait est que les érudits succombent sous le détail, et perdus dans cet amas de documents qu'ils brassent désespérément, incapables de rien sacrifier des notes ou notules qu'ils mettent toutes sur le même plan, impuissants à choisir, à préférer, à prendre parti, le courage qui leur manque c'est celui d'ignorer les documents inutiles et l'habitude qu'ils n'ont pas prise, c'est celle de penser. Ils ont peur des idées générales, ils ont l'épouvante des synthèses. Au nom de l'érudition ils ont interdit le jugement : ils éditent, ils commentent, comme des chroniqueurs du Moyen Âge compilaient et glosaient ! ils ne composent plus.
Qu'on ne se laisse pas abuser. Un fait, tel que l'adoration des Mages, impose l'étude de diverses précisions érudites, mais c'est là le détail secondaire ; son importance vraie, sa gravité éternelle c'est sa signification historique, le symbole qu'il représente et que les premières générations chrétiennes ont su comprendre et énoncer en y montrant l'appel des nations païennes à la révélation évangélique.
IV. LA SIGNIFICATION. — L'adoration des mages est un des sujets que l'art chrétien primitif, soit dans les peintures des catacombes, soit dans les bas-reliefs des sarcophages, a très fréquemment traités. Cette scène, au moment des luttes contre le paganisme, apparut comme la promesse et le signe de la vocation des gentils : de là lui vint sa grande popularité. Mais plus tard, après le VIe, la victoire définitive et incontestée du christianisme dispensa d'y attacher cette signification symbolique avec le même acharnement et savoureuse tomba un peu au point de vue monumental. C'est l'histoire de cette vicissitude d'après les textes et d'après les monuments que nous allons essayer de retracer.
Un des types plastiques qui ont joui d'une popularité universelle chez tous les peuples de l'antiquité est celui de la mère assise tenant son enfant. On le rencontre dès une haute antiquité et on peut en suivre l'évolution et les variantes depuis les exemplaires les plus anciens provenant de l'Égypte, de la Chaldée, du pays des Hittites, de la Phénicie, de l'île de Chypre, des Cyclades, de la Crète minoenne jusqu'aux représentations soit païennes, soit chrétiennes des premiers siècles après Jésus-Christ. Nous ne devons pas nous arrêter ici à ces monuments du paganisme qui sont étrangers à nos études, mais où les artistes chrétiens ont, plus d'une fois, pris des sujets d'inspiration qu'il est utile de connaître pour entrer pleinement dans l'intelligence des œuvres destinées à un renouvellement presque complet. Aphrodite et Eros, la Nymphe de Nysa et Dionysos, la Terre-Mère avec son double caractère de divinité nourricière et de divinité infernale expliquent comment les mages ont été adoptés pour la décoration des tombeaux. Tels de ces exemplaires peuvent être désignés plus précisément par le nom de Demeter ; tels autres ne méritent que celui de Kourotrophes. Quelques-uns représentent, sans aucun doute, l'Isis alexandrine. Dans l'empire romain, on rencontre les matres et matronae des provinces gauloises, les nutrices augustae de Pannonie. Mais, quelles que soient les différences auxquelles le regard puisse s'arrêter, toutes ces images ont un sens religieux : ce ne sont point des œuvres de genre. N'en est-il de même aux premiers siècles du christianisme. Aucun doute ici n'est possible. Le type emprunté à l'art gréco-romain, reproduit sur les murs des catacombes et sur maints sarcophages, représente Marie et Jésus enfant, soit seuls, soit vénérés par les mages. (Œuvres païennes et œuvres chrétiennes dérivent d'un type commun comme nous en avons déjà signalé tant d'exemples. Sur ce terrain particulier, comme en beaucoup d'autres domaines, il n'y a ni opposition, ni même solution de continuité entre l'antiquité païenne et le christianisme !)
Un cylindre babylonien (fig. 7457) nous montre trois prêtres adorant le dieu du Soleil et on pourrait sans de longues recherches énumérer d'autres représentations dont les artistes chrétiens se sont inspirés, notamment en ce qui concerne le type de la mère avec l'enfant. On a moins rappelé l'ivoire Barberini (voir Dictionnaire, pl. 3773) dont le registre inférieur montre des « abren » offrant des présents : une couronne qui figure l'or en lingot, un vase qui peut contenir de l'encens, une défense d'ivoire et des animaux féroces, mais qu'on ne peut rapprocher d'aucune représentation de l'adoration des mages. Nous en venons aux monuments chrétiens primitifs qui offrent suffisamment de difficultés à interpréter.
Ici, comme dans bien d'autres dissertations du Dictionnaire, nous nous tiendrons à égale distance de ceux qui ne veulent reconnaître le symbolisme nulle part et de ceux qui veulent le découvrir partout. Ces positions moyennes pour plusieurs, moins séduisantes que les opinions extrêmes, ont l'avantage d'être plus tenables. Les écrits des Pères de l'Église nous montrent avec quelle ingéniosité et, parfois, quelle subtilité, ils se sont complu à donner des explications des moindres détails des livres saints. Cela s'explique et se justifie en un sens parce que les premières générations de fidèles, témoins d'événements extraordinaires, cherchaient volontiers dans les événements à la fois de l'Ancien et du Nouveau Testament, en plus du sens historique, une signification symbolique et une allusion à leurs espérances.
Toutefois, il faut bien se garder d'établir un rapport trop étroit et un parallélisme rigoureux entre le symbolisme des Pères de l'Église et le symbolisme des œuvres d'art. Il ne faut point oublier que l'un était le domaine des savants, l'autre le domaine du peuple.
— trois premiers siècles, les Pères ne semblent pas s'être préoccupés de donner du récit de saint Matthieu une « interprétation symbolique ». Saint Ignace d'Antioche parle de l'étoile des mages en termes vagues, et sans même la rapporter directement à l'épisode des mages !. Saint Justin le martyr se borne à mentionner l'événement”, Saint Irénée donne une signification aux présents des mages : Myrrham quidem, quod ipse erat, qui pro mortali humano genere moreretur et sepeliretur ; aurum vero, quoniam rex, cujus regni finis non est, {us vero quoniam Deus, qui et notus in Judaea factus est et manifestalus eis, qui non quaerebant eum ?. Tertullien indique en passant la patrie des mages ! : De illo autern tunc auri munere eliam David. Et dabitur illi ex auro Arabiae, el rursus reges Arabum et Saba munera offerrent illi : Nam et magos reges habuit fere Oriens. C'est à cette affirmation gratuite et toute générale que remonte la prétendue royauté des mages. Clément d'Alexandrie parle souvent des mages dans l'antiquité, mais il nomme à peine ceux de l'Évangile 5, Origène n'est pas, comme on l'a dit, le premier qui ait cherché un sens caché aux présents des mages : x ; Pachet rèv ypuodv, be SÈ thv cuspyav, Oc 8E De Toy AGaveréy * ; nous avons vu que saint Irénée l'avait devancé dans cette explication. C'est 986 encore Origene qui remarque ceci : Possunt quidem isli ires, qui pacem requirunt a Verbo Dei el praevenire cupiunt pacto socielatem cjus figuram tenere magorum, qui er Orientis parlibus veniunt erudili paternis libris el inslitutionibus maiorum el dicunt : Quia viden les vidimus. natum regem et vidimus, quia Deus est cum ipso el venimus adorare eum 7.
C'est surtout au commencement du IVe que la visite des mages à Bethléem prend une réelle importance, qu'on la voit souvent rappelée et qu'on se plait à lui donner une interprétation symbolique. Saint Épiphane, l'invoque comme un argument contre les ébionites, secte judaisante et hérétique qui ne consentait à voir dans Jésus que le fils du mariage de Joseph et de Marie. « Les mages, leur dit saint Épiphane, montrent d'une façon bien évidente que le Christ fut engendré Dieu et non point simple mortel... car si le Christ est adoré par eux, c'est qu'il est né Dieu et non pas seulement homme 5. » Vers le même temps, saint Basile de Césarée voyait dans l'histoire des mages l'opposition entre les gentils qui se soumettent à la vérité et les Juifs qui persistent dans l'erreur * : « Les mages, dit-il, race éloignée de Dieu, étrangère à la Loi, furent jugés dignes d'adorer les premiers le Christ, parce que les témoignages des ennemis sont plus dignes de foi : car si les Juifs l'eussent adoré les premiers, ils eussent paru honorer leur propre race ; mais ce sont des étrangers qui l'adorent, afin que ceux de son peuple soient jugés, ayant crucifié celui que d'autres peuples avaient adoré. » Et il donne aux présents des mages la même signification symbolique que saint Irénée et Origène.
Le témoignage de saint Léon le Grand, au Ve, est le plus important. Dans les huit sermons qu'il a prêchés pour la fête de l'Épiphanie, ce grand pape nous montre le sens qu'il faut attacher à l'adoration des mages. Elle est le signe évident de la vocation des gentils : c'est ce qui frappe tout d'abord et ce qu'il cherche à mettre en lumière : « Que la foule des nations, dit-il, entre dans la famille des patriarches,. que les trois mages soient les représentants de tous les peuples adorant l'auteur du monde, que Dieu soit connu, non pas seulement en Judée, mais dans tout l'univers ! ?, » Et encore : « Cette étoile qui avertit les Serm., XXXIII.
987 MAGES E d :. ose mages habitant au loin et qui les attira au Seigneur Jésus, c'est sans aucun doute le sacrement de la grâce, c'est le signe de la vocation : l'Évangile du Christ devait être prêché non seulement en Judée, mais dans tout le monde. Cette étoile qui brilla aux yeux des mages et ne brilla pas aux yeux des Israélites signifie la lumière révélée aux gentils et l'aveuglement des Juifs . » Le pape remarque ensuite le sens symbolique des dons des mages et il reprend l'explication courante qu'il développe d'ailleurs. Dans chacun de ses sermons on retrouve la phrase : Tus Deo, myrrham homini, aurum offerunt regi . Mais une fois surtout il s'arrête à cette idée, et il s'en fait une arme contre la doctrine des manichéens. On peut juger par la vigueur de son attaque que, la force qu'il attribue aux arguments qu'il emploie *.
Le témoignage de saint Léon est aussi clair qu'il est vigoureux. Saint Léon n'est point un théologien isolé, étudiant à part, séparé du monde, et se complaisant dans des imaginations subtiles hors de la portée du peuple. C'est l'évêque de Rome, le pape. Les œuvres que nous avons citées sont des homélies prononcées devant une foule nombreuse, à l'occasion d'une des grandes fêtes du christianisme. Il ne donne point cette interprétation comme son opinion personnelle, mais comme une opinion générale qu'il développe et fortifie. Et, comme nous le montrerons, il est contemporain d'un grand nombre de monuments anciens représentant l'adoration des mages. saint Fulgence voit et montre dans son sermon sur l'Épiphanie les bergers comme les représentants des Juifs et les mages comme les représentants des Gentils ; ce sont deux pierres entrant dans la construction du même édifice : Ad lapidem angularem uter que paries venil et verum angulum fidei unitas fecit. Harum duorum parietum unus adductus est, quando pastoribus Judaeis Ghristum natum angelus nuntiavit ; alter paries abductus est, quando gentilibus magis novum sidus apparuit*. Plus que tout autre, saint Fulgence insiste sur la signification des présents, à l'aide desquels il réfute les ariens, les manichéens, les nestoriens et les eutychiens : In oblatione thuris confunditur Arianus, qui soli Patri sacrificium offerri debere contendit : in oblatione myrrhae confunditur Manichaeus qui Chrisium vere moriuum pro nostras salute non credit... in iisdem muneribus confunditur Nestorius qui nititur Ghristum in duas personas dividere... ista magorum oblalio confundit etiam. Eutgchelis insaniam, qui non vul in Christo utram que veram praedicare naturam 5.
Les textes qu'on vient de rappeler permettent de conclure que, dès la fin du IVe, l'adoration des mages avait un sens précis et accepté de tous. Mais à côté de ces témoignages, il s'en trouve d'autres moins solennels de forme, mais non moins précieux parce qu'ils nous montrent que ce récit de l'Évangile était accepté des fidèles avec la signification qui a prévalu et qui avait, dès lors, l'apparence d'une légende populaire. Ce sont les œuvres des poètes qui nous aident à passer du domaine de la théologie dans le domaine de l'art. Un des plus célèbres d'entre eux, Prudence, qui vivait au IVe, consacre à l'Epiphanie un des hymnes de son Cathemerinon : hymne xri, De Epiphania.
« Sur les rivages du golfe Persique, dit-il, là où le soleil prend naissance, les mages, savants interprètes, aperçoivent l'étendard sacré. Dès qu'il brille, les autres astres s'effacent, et l'éclatant Lucifer lui-même n'ose lutter contre lui. Quel est, disent-ils, le souverain assez puissant pour commander ainsi aux astres ? Quel est celui devant qui frémissent les corps célestes, celui que servent la lumière et l'éther ? C'est le roi des nations, le roi du peuple juif, promis à Abraham et à sa race. Car il savait que les germes sortis de lui égaleraient les étoiles, lui le père des croyants sacrificateur de son unique fils. Voici que déjà s'élève la fleur - de David, sortie de la tige de Jessé ; plein de vigueur, « il tient le sceptre et occupe le pouvoir. Les mages ainsi excités, les yeux tournés vers le ciel, suivent le sillon. de l'étoile et sa trace lumineuse. Mais elle s'arrête au-dessus de l'Enfant et par sa lueur révèle la tête sacrée. Dès que les mages ont tout vu, ils ouvrent les trésors apportés de l'Orient et, se prosternant, ils offrent l'encens, la myrrhe et l'or royal. Reconnais ces signes éclatants de ta puissance et de ta royauté, 4 Enfant, auquel le Père a destiné d'avance une triple nature. L'or, le parfum de l'encens sabéen annoncent « le roi et le Dieu ; mais la poussière de la myrrhe avertit du sépulcre. » Le grand docteur saint Ephrem de Nisibe s'exprime avec plus d'abondance encore, mais plus d'imagination :
« Après la naissance du Fils, une lumière a brillé sur le monde et les ténèbres en ont été chassées, et au Fils qui l'a illuminé !. 1 « Il est sorti du sein d'une Vierge, et à sa vue les ombres se sont évanouies : il a dissipé les ténèbres de l'erreur, et le monde s'est vu éclairé tout entier. Que le monde lui rende donc gloire !
« Un grand bruit s'est fait parmi les peuples, et une lumière s'est levée dans les ténèbres, et les nations ont tressailli de joie pour rendre gloire à celui dont la naissance les a illuminées. » Saint Éphrem montre ensuite les mages qui, guidés par l'étoile se mettent en route et arrivent à Bethléem.
« Ils lui répondirent : « Votre Fils est roi, et il réunit sur sa tête tous les diadèmes, parce qu'il est le roi de tous, et son royaume est plus haut que le monde, et à son empire tout obéit.
« — Quand tout cela est-il déjà arrivé, qu'une pauvre femme enfantât un roi ? Je suis indigente et dénuée de tout, comment se peut-il que j'aie enfanté un roi ?
« — Cela n'est arrivé qu'à vous seule, d'enfanter un grand roi, et par vous la pauvreté sera glorifiée, et les diadèmes s'humilieront devant votre Fils. x — Je n'ai pas, moi, les trésors des rois, et les richesses ne me sont jamais échues. Voyez ma maison : elle est toute pauvre, et ma demeure est vide... » La discussion se poursuit longtemps — saint Éphrem ignore la brièveté — ; la Vierge hésite à reconnaître la gloire de son Fils. Les mages racontent comment l'étoile les a avertis ; Marie, tremblant pour son Enfant, les supplie de ne point exciter par leurs récits les défiances d'Hérode. Puis, s'encourageant et cédant peu à peu, elle leur confie qu'un ange lui est apparu, et l'hymne se termine par la reconnaissance de la divinité du Christ et par un chant triomphal : | « Les hauteurs des cieux l'attestent, et aussi la profondeur des abîmes, et tous les anges, et toutes les étoiles, qu'il est le Fils de Dieu. Rapportez-en la nouvelle dans votre pays. — Les hauteurs des cieux, parlant d'une seule étoile, ont remué la Perse, et elle a reçu l'assurance que votre Fils est le Fils de Dieu, elle a illuminé l'Univers. Que l'Univers rende gloire. | e que toutes les nations lui seront soumises. — Rapportez la paix dans votre pays ; que la paix se répande dans vos campagnes. Messagers véridiques de la vérité, soyez tenus pour tels dans tout votre voyage », L'adoration des mages avait pris, à partir du IVe, une place importante parmi les récits populaires. En Occident, le poète Prudence disait :
Regem Deum que annuntiant 20 Thesaurus et fragrans odor, Thuris Sabaei : ac myrrleus ] : Pulvis sepulerum praedo cet ; E Hoc est sepulcrum quo Deus. Dum corpus extingui sinil, - — 25 At que id sepultum suscitat Mortis refregerat carcerem
partir du IVe ; elle alla dalmatique à larges manches. Les mages sont toujours vêtus à l'orientale et leur nombre est ordinairement de trois, suivant la tradition occidentale. La règle de la symétrie fait qu'une fois ils sont deux une autre fois quatre * ; on a pensé pouvoir reconnaître sur deux fresques des jouets d'enfants parmi leurs présents, c'est fort douteux. Ces présents ont une forme indéterminée qui ne permet pas d'en soupçonner la nature, une fois ou deux on reconnaît des monnaies d'or.
Une question qui se pose est celle du type généralement adopté dans la représentation des mages par l'art chrétien pendant les premiers siècles. Les textes comme les monuments indiquent qu'on ne s'entendait pas toujours sur l'époque de l'enfance du Christ où il fallait situer cet événement. L'Évangile ne se prononçait pas avec précision. Si Jésus avait été adoré par les mages aussitôt après sa naissance, si près que aussitôt après leur visite la sainte Famille avait dû fuir en Égypte, comment expliquer les récits qui plaçaient la présentation au Temple quarante jours après la naissance ? Il semblait qu'il y eût contradiction entre ces divers renseignements, et l'on voit que de bonne heure les sectes hérétiques usèrent de cette arme émoussée pour prendre en défaut les récits des évangélistes. Saint Épiphane s'en préoccupe, et il cherche par une longue discussion à éclaircir la chronologie des premières années de la vie du Sauveur *. L'examen de cette controverse ne doit pas nous retenir, d'autant que rien ne précise la date de la visite des mages et qu'elle a pu se produire à l'issue de la présentation au Temple. D'ailleurs, la conclusion seule nous intéresse par le rapport qu'elle peut offrir avec les monuments. D'après saint Épiphane, si Hérode a ordonné le massacre des enfants de deux ans et au-dessous, c'est que Jésus était né depuis deux ans environ lors de la venue des mages. Ils l'adorèrent dans une maison et non point dans l'étable de la nativité.
Si saint Épiphane met tant de soin à réfuter l'opinion qui plaçait l'adoration des mages aux premiers jours de la vie de Jésus, il est probable qu'elle était assez répandue. Les écrivains que nous avons cités nous en donnent la preuve. Selon saint Justin, les mages auraient adoré l'Enfant dans l'étable où il venait de naître *. Saint Éphrem, dans le passage que nous avons cité, montre Jésus ne parlant pas encore, mais couché dans une maison et non pas dans une étable. Enfin, saint Épiphane lui-même n'a pas toujours été très fidèle à l'opinion qu'il défendait si vivement ; dans l'exposé dogmatique qui termine son Traité des hérésies, il dit que
La tradition nous habitue à associer l'adoration des bergers à l'adoration des mages. Pendant les premiers — est évidemment que pour tous les fidèles, l'étoile est le Sauveur en personne, guide des égarés. C'est une preuve curieuse de l'esprit de symbolisme dont était pénétré l'art chrétien. D'autres détails le montrent encore ; si l'étoile est souvent oubliée dans les représentations de l'adoration des mages, parfois | — elle figure dans des scènes où l'histoire ne lui donnait aucune place. Sur le sarcophage de Saint-Gilles, elle s'égare au-dessus de la scène des jeunes Hébreux - refusant d'adorer le buste de Nabuchodonosor ou bien plongés dans la fournaise. Les artistes établissaient un rapport entre ces différentes scènes, et l'étoile qui appartenait à l'une s'en allait planer sur l'autre. D'ailleurs le lien qui exista longtemps entre les trois mages adorateurs du Christ et les trois Hébreux contempteurs de Nabuchodonosor est bien connu et on le retrouve jusqu'en plein Moyen Âge, sur les chapiteaux d'Autun par exemple.
Il est superflu d'insister sur ce caractère si intéressant et si connu de l'art chrétien primitif. Ce n'était point au hasard qu'on rapprochait des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament que n'unissait aucun lien historique. Tantôt il faut y voir l'expression de ces deux épisodes étaient distincts et l'adoration des mages jouissait d'une préférence marquée Plusieurs monuments rapprochent les deux épisodes mais sans les confondre ; d'ailleurs, en ce qui concerne les bergers, tout se réduit parfois à un personnage unique. Ici l'histoire est respectée et lorsqu'on nous montre l'adoration des bergers, elle s'adresse toujours à un enfant au berceau qui vient de naître et que parfois échauffent le bœuf et l'âne, Plus tard on prit l'habitude de rapprocher les deux scènes sur un sarcophage de Latran, un berger est figuré priant prés du nouveau-né qui, un peu plus loin, est déjà un jeune enfant assis sur les genoux de sa mère, pour recevoir les hommages de ses trois adorateurs. La présence simultanée des bergers et de mages préait à d'éloquents commentaires.
Tel les sont les formes sous lesquelles se présente généralement en Occident l'adoration des mages. Nous les décrirons avec plus de détail dans l'Essai de classement.
A.— X — 32
Cr - « atten nie DE Que let qu, 0-9) LD ae EE er A ES ET rm mipri i Ve PS — DS EL BEA = = n » = rez — eI iti itr Vete memet ers e Ea atu Sii Mises = T 7 y E Y J sés sur Ces plateaux, ils les tiennent dans les mains.
Début du n° siècle, C'est la représentation la plus ancienne de l'Épiphanie. Sur la fresque, à la face antérieure de l'arc du milieu, il s'était formé une épaisse croûte de stalactites. Peinte, de même que celles de la nef, sur fond blanc, ses couleurs vives (rouge, brun et vert) avaient transpercé cette croûte, au point que le sujet représenté était connu depuis longtemps. Le premier qui en ait parlé est J.-B. de Rossi qui s'exprime ainsi : « Dans la crypte centrale... une image occupe le poste le plus élevé et le plus honorable, et cette image placée sur la clé de voûte en face de l'entrée, représente la Vierge assise tenant son divin Fils et recevant les offrandes des mages. Cette peinture est masquée par une incrustation calcaire à travers laquelle on l'aperçoit difficilement ; mais en 1861, l'ayant humectée avec de l'eau j'ai pu l'examiner de près, parce que les gravats qui comblaient à demi la crypte me permirent d'atteindre jusqu'au sommet de l'arc. » (Fig. 7453.) Depuis l'enlèvement des gravats, la hauteur de l'arc sur lequel est peinte la fresque ne permettait qu'à un œil exercé de distinguer les contours des figures. Au cours des dernières années du xIx* siècle, H. J. Liell, à l'occasion d'une étude spéciale des images grecques de la Vierge dans les catacombes, publia une chromolithographie de cette fresque. « Debout sur une échelle, dit-il, il put autant qu'il était possible en faire une copie fidèle. » La copie a cessé d'être fidèle uniquement à cause de la stalactite. H. J. Liell copiait ce qu'il voyait et comme il le voyait : les figures, sur sa copie, sont d'une teinte verte uniforme ; aux mages manque la caractéristique du bonnet phrygien, et la Vierge, comme dans les peintures postérieures au ne siècle, est assise sur une chaise à haut dossier !. Bien que l'humidité, par suite du suintement de l'eau, ait pénétré profondément les couleurs, M. J. Wilpert est parvenu, à l'aide de lavages répétés, à les dégager au point de pouvoir distinguer nettement les contours des figures. La Vierge est, en réalité, assise sur un siège sans dossier, elle tient sur ses genoux l'Enfant emmaillotté : ; représentée de face, elle porte une coiffure rappelant celle des impératrices de la première moitié du 11 siècle, sans aucun voile pardessus. Les mages s'approchent avec empressement, vêtus du costume oriental qui leur est propre, sans le manteau pourtant : leurs présents ne sont pas déposés. Le premier mage est seul peint en vert ; le rouge et le brun ont été employés pour les deux autres et aussi — pour la Vierge.
Bibl. — J. B. De Rossi. Imagines selectae Deiparae 3 Li Virginis in coemeteriis subterraneis udo depictae, in-fol, | combes de Rome, L. 1, p. 75. — L. Lefort, Etude sur les | monuments primitifs de la peinture chrétienne en Italie, ~ in-12, Paris, 1885, p. 19 sq. — H. J. Liell, Die Darstellungen der allerseligsten Jungfrau Maria auf den Kunst. denkmälern der Katakomben, in-89, Freiburg-in-Br., | 1887, p. 225, pl. 11, n. 2. — E. A. von Lehner, Die - Marienverehrung in den ersten Jahrhunderten, Stutt- | gart, 1886, p. 291. — J. Wilpert, Fractio panis. La plus ancienne représentation du sacrifice eucharistique | à la « Cappella greca » découverte et expliquée, in-49, Dictionn., t. 11, fig. 2063. au cimetière des Saints-Pierre-et-Marcellin. Deux touches de stuc. Première moitié du rit siècle (fig. 7459).
La forme de la lunette a décidé de l'ordonnance du : sujet. La Vierge avec l'Enfant forme le centre de la composition et, dés lors, la symétrie a imposé le sacrifice d'un mage. La Vierge a la tête couverte, est assise et tient son Fils dans ses bras ; elle est vêtue ` de la tunique flottante et est assise sur une chaise à | | haut dossier de forme arrondie, modèle qui, désormais, sera toujours reproduit. Les deux mages sont vêtus à l'orientale avec le manteau flottant, leurs. | présents sont sur des plats. [ls sont peints en jaune brun ; le vêtement de la Vierge est blanc.
Paris, 1881, pl..xvrm, n. 1. — P. Allard, Rome sou- … lerraine, pl, 1v, n. 2. — Ch. Bayet, Catalogue, n. 3. — J. Wilpert, Le pitture delle catacombe romane, pl. Lx, in Lileratur und Kunst, in-8°, Leipzig, 1909, t. i1, pl. 1, fig. 1. trouve représenté Orphée jouant de la lyre au milieu. d'anim aux, on voit la Vierge assise sur un siège à dossier, Le haut de sa tête a disparu. Aringhi suppose que les mages étaient devant elle ; c'est aussi l'avis de « tiana, pl. xxx. — Ch. Bayet, Catalogue, n. 2.
MA
Em des Saints-Pierre-et-Marcellin. Deuxième moitié du I1I* siècle, deux couches de stuc. Il ne reste que l'extrémité inférieure de la chaire et de la' Vierge, mais Bosio l'avait vue intacte et l'avait fait copier par Avanzini ; celui-ci nous montre trois mages, cependant J. Wilpert soutient qu'il n'y en avait que deux, la raison qu'il en donne est fantaisiste, Avanzini ne se gênait pas avec les modèles que, soi-disant, il « copiait » : ici il a pu préciser trop en donnant au premier mage une couronne en guise de présent ; il est plus vraisemblable que les rois offraient des plats avec des objets indistincts, peut-être des pièces d'or.
10. Loculus de la catacombe de Domitille, une couche de stuc. Première moitié du rv* siècle (fig. 7461). L'artiste s'est trouvé en présence d'un rectangle et ' s'est décidé à placer la Vierge au centre de la composition ; cela fait, pour équilibrer son sujet et remplir le champ, il a amené deux groupes de deux mages chacun. Ces libertés qu'on prenait avec l'opinion courante nous apprennent au moins qu'on ne se heurtait pas à un traditionalisme farouche. Ici deux, là trois, ailleurs quatre mages ; qui oserait de nos jours s'accorder ces licences sans se faire admonester et prendre couleur d'hérétique. On l'adjurerait, au nom d'autorités qu'on serait fort embarrassé de désigner, d'ajouter un mage ou d'en supprimer un.
La Vierge, malgré sa lourdeur, offre de l'intérêt ; elle est vêtue d'une dalmatique longue trainant jusqu'à terre, la tête est couverte d'un voile et, de la main droite, elle fait aux mages le signe d'approcher. La main gauche est cachée par l'Enfant Jésus qu'elle serre contre sa poitrine ; lui est vêtu d'une tunique à manches et assis sur le genou gauche de sa mère. Les mages s'approchent vivement, ils portent des vêtements de couleurs différentes. Les deux qui sont à gauche ont une tunique dentelée sur la cuisse, indiquant une époque déjà moins ancienne, ce qui s'accorde bien avec une seule couche de stuc. C'est encore bien de la même époque que le large laticlave du vêtement de la vierge Marie et les bandes des poignets, garniture qu'on retrouve sur la tunique de Jésus (fig. 7462). Si à tous ces indices on ajoute la circonstance décisive que la fresque se trouve dans une galerie irrégulière du premier plan du cimetière, loin de l'entrée et entourée de monuments qui appartiennent à l'époque de la paix de l'Église, on ne peut se soustraire à la constatation que cette fresque appartient presque certainement au règne de Constantin ou du moins à la première moitié du rv* siècle. Il semble que l'opinion de J.-B. de Rossi qui la vieillissait d'un siècle doive être abandonnée. Le fond est décoré par des festons de fleurs qui donnent à la scène un air de fête.
À. Le c depu or sn fe £ « =y » DA SNF À À m Pet Re pe cs NE I, a rm jara à wp A TI ml p 999 la fresque ne fut connue que lors que J.-B. de Rossi la publia.
11. Voûte de « l'arcosolium de la Madone » au cimetière de Calliste ; une couche de stuc. Première moitié du 1v siècle. La Vierge assise sur une chaise à dossier, tenant son divin Fils sur ses genoux et, devant elle, les trois mages, vêtus de tuniques fort longues, venant de gauche et offrant leurs présents ; ils sont tellement rapprochés l'un de l'autre que, l'humidité aidant, il est devenu difficile de les distinguer l'un de l'autre. Le copiste de J.-B. de Rossi y a mis un peu trop du 1000 1v siècle. Même disposition qu'au n° 6. Toute la partie supérieure du corps de la Vierge ainsi que son visage ne se laissent plus voir. Les trois mages portent la tunique serrée à la taille et l'écharpe, ils n'ont ni manteau ni coiffure. Sur la chaux qui ferme le loculus, prés du groupe de Daniel, on voit un monogramme du Christ du type appelé post-constantinien.
Nous avons dit quelles réserves s'imposent au point de vue chronologique sur ce prétendu classement des monogrammes (voir Dictionn., t. ur, col. 1481-1534).
14. Face antérieure de l'ascosolium 15 de la région de l'annone dans la catacombe de Domitille. Une couche de stuc. Deuxième moitié du IVe. La Vierge est assise dans l'angle gauche de la composition, trois mages s'approchent tenant leurs présents que l'Enfant Jésus s'apprête à recevoir en tendant ses mains. Ce geste si expressif se retrouve sur plusieurs monuments ; il peut n'avoir eu dans la pensée de l'artiste aucune signification chronologique touchant la date de la visite des mages, néanmoins un enfant capable de témoigner ainsi son attention n'est plus un nouveau-né. Marie et son divin Fils sont vêtus d'une dalmatique jaune à larges manches. Marie lève les yeux en haut, elle porte au cou un collier de perles et sur la tête un mouchoir jaune, ses cheveux sont ondulés. Le premier mage présente un plateau couvert de pièces d'or, comme on peut s'en assurer par la forme et la couleur.
1001 16. Antoine Bosio a publié une peinture, depuis longtemps disparue et probablement détruite, représentant l'adoration des mages, provenant de la région de Gaius dans la catacombe de Calliste. La copie est du nombre de celles qui ont inspiré la verve de Toccafondo : on voit les mages portant des bottes avec des éperons et leurs dons se trouvent dans des boîtes carrées, autant d'inventions du dessinateur. Marie a la tête couverte, elle porte une tunique et un manteau si ample qu'on n'en voit pas la fin ; en réalité, elle portait probablement une tunique à manches. L'Enfant est représenté nu, ce qui parait peu vraisemblable sur une fresque du IVe, présenter son offrande à l'Enfant assis sur les genoux de la Vierge, sont désignés par le mot : m AG | „écrit au-dessus d'eux. Jésus étend vers eux la main. “A droite de la Vierge se tient, les ailes éployées, l'ange qui a guidé les mages et derrière eux saint Joseph, debout, nommé lui aussi (les trois dernières lettres sont perpendiculaires : )
+ LOS E F
Tous ces personnages sont nimbés, mais Jésus a le nimbe cruciforme.
Le récit évangélique nous a rapporté que les mages connurent la naissance du Sauveur par le moyen d'un astre, une étoile qui les guida depuis leur pays jusqu'à Jérusalem ; puis dès qu'ils prirent le chemin de Bethléem l'étoile reparut et s'arrêta sur le lieu où se trouvait l'Enfant. Du moment qu'ils consultaient Hérode et que celui-ci leur faisait donner réponse, rien n'était plus facile aux mages que d'interroger et de trouver leur chemin ; on peut supposer qu'ils n'y avaient pas manqué, c'est pour quoi la réapparition de l'étoile prit à leurs yeux la valeur d'une manifestation surnaturelle qui les combla de joie. C'est cette explosion de bonheur qu'on a voulu exprimer sur une fresque du milieu du Ve qui se rattache à l'ensemble décoratif du cubicule 54 de la catacombe des Saints-Pierre-et-Marcellin. Le groupe des mages est plein de mouvement, l'un se hâte, l'autre est arrêté, le troisième a ployé le genou. Cela diffère, on le voit, des scènes d'adoration où les trois personnages semblent décalqués sur le même patron. L'étoile des mages n'est pas ici un point entouré de rayons, mais bien le monogramme du Christ composé des lettres I et X superposées. Il se peut que l'attitude du mage agenouillé s'inspire du texte de saint Paul : qu'au nom de Jésus tout genou ploie au ciel, sur terre et sous terre ! ; ce n'est là qu'une simple conjecture.
La combinaison du monogramme et de l'étoile rappelle que l'Évangile nous présente Jésus comme la vraie lumière : lux vera quae illuminat omnem hominem venientem in hunc mundum * et Jésus lui-même s'offre à nous comme « la lumière venue en ce monde, en sorte que quiconque croit en lui ne marche pas dans les ténèbres ?. » Les fidèles ont accueilli et employé cette image ; l'inscription de Pectorius d'Autun nomme le Christ ous To Üxvovrov, « lumière des défunts » ; Prudence commence son hymne de l'Épiphanie par ces vers :
Dans la scène dont nous venons de parler, les mages sont remplis de joie à la vue de l'étoile miraculeuse qui reparait devant eux. C'est encore un autre instant qui est rappelé sur quelques fresques, celui où l'étoile s'arrête et désigne la demeure où est abrité le Sauveur des hommes tandis que les mages s'approchent de lui pour l'adorer. Trois fresques du coemeterium majus de la seconde moitié du Ve nous montrent cette scène qui est assez lourdement exécutée.
19. L. Perret, Catacombes de Rome, t. r, pl. XLVIII. Garrucci, Storia del l'arte cristiana, t. 11, pl. LXVII, n. 2 ; ces deux reproductions laissent beaucoup à désirer. — J : Wilpert, Le pitture delle catacombe, | gny, Dictionnaire, 1877, p. 441. — Ch. Bayet, Cata- | logue, n. 8.
Certains archéologues ont enseigné que les anciens artistes chrétiens avaient même représenté les mages en présence d'Hérode !. Un examen superficiel pouvait le faire croire, mais on aurait dû se demander comment expliquer le fait que les mages se présentassent à Hérode avec leurs présents. Un lavage à l'acide de la fresque a montré que le personnage présumé Hérode était tout simplement la « Vierge tenant l'Enfant dans ses bras. La Vierge a la tête couverte, elle est vêtue de la tunique à manches, elle tient sur son sein l'enfant emmaillotté. L'expression du visage de la Vierge est rude et a pu sembler virile.
‘Entre la Vierge et les mages, une étoile à huit pans.
Nous avons déjà mentionné (n. 12) la fresque du cimetière des Saints-Pierre-et-Marcellin qui nous montre l'adoration du Sauveur simultanément par les bergers et par les mages. Cette fresque fait partie de la décoration de deux tombes à peu de distance de la chapelle des saints éponymes. Malheureusement, la partie inférieure de la fresque a été entaillée et mutilée pour creuser une tombe à une date postérieure.
Pour autant qu'on peut en ressaisir l'ordonnance, on voit que la Vierge était presque au centre de la composition, assise sur une chaise, tenant l'Enfant, -ayant à gauche les mages dont on ne voit qu'une partie du dernier. A droite, deux bergers servent à balancer la disposition générale ; ces bergers vêtus d'une tunique à manches serrée à la taille, portent un bâton court et droit qui semble différent du pedum, généralement recourbé : ils font le geste de l'acclamation (voir ce mot) dans la direction de la Vierge et de son Fils. A droite, un objet légérement indiqué et qui semble vouloir figurer la mangeoire.
Cette peinture est de la première moitié du IVe. représentant l'adoration des mages. On ne voit plus que les traces de deux mages qui offrent leurs présents. La Vierge et l'Enfant devaient se trouver dans un compartiment central dont il ne subsiste rien.
| nités marines sont attachés à la partie inférieure d'un.
| ! deux compartiments superposés et entourée d'une Le P. Marchi fit entrer dans les collections du musée Kircher (voir Dictionn., t. vor, col. 772-805) un vase de marbre noir qui doit prendre rang parmi les souvenirs les plus précieux de l'art chrétien. Sa facture ne permet pas de le placer à une date moins ancienne que - | le IVe et sa matière, du marbre noir, a été rarement employée par les artistes chrétiens à en juger | par les trois rares spécimens qui nous restent. i La coupe émerge d'une décoration de larges feuilles | d'acanthe, d'un dessin encore très correct et qui se rattache aux traditions de l'époque classique. Dans — les fragments qui subsistent, deux masques de divinités | bandeau dans lequel courent des rinceaux de feuilles - et de fleurs. La partie supérieure offre un large registre dans lequel se développent deux compositions. Dans l'une, le Christ siège sur son trône, un rouleau à la main, au milieu des douze apôtres dont cinq sensiblement sont encore visibles ; dans l'autre composition, | la vierge Marie est assise, elle porte l'enfant Jésus | sur ses genoux et reçoit l'hommage des trois rois qui étaient probablement au nombre de six. L'enfant Jésus est entièrement nu. Les têtes de tous les personnages ont été brisées (fig. 7463). Trouvé en 1845. bordure de feuilles d'un bel effet. Dans le comparti-
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1006 tion des bras indiquent la surprise et l'étonnement conformément au texte sacré : Et ecce angelus Domini stetit juxta illos... et timuerunt timore magno ! : Derrière eux s'élèvent deux arbres au feuillage épais : près de l'ange à gauche de la scène, un rocher sur lequel se voit une chèvre au repos d'une exécution remarquable, et, plus bas, deux brebis (fig. 7465). Malgré les déplorables mutilations subies par ce bas-relief, la scène qu'il représente est pleine de vie.
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3 » Ban des de feuillages entremêlés de coupes et M 26. Constantinople. — Le musée de Constantinople a recueilli et rapproché les débris précieux d'un monument chrétien unique en son genre par son antiquité | et sa décoration et que nous continuerons de nommer l' ambon de Saloni que » (voir Dictionn., t. , col. 1339, fig. 312). Cet ambon, à l'époque où l'attention fut attirée sur lui pour la première fois, était brisé en deux morceaux conservés, l'un, dans la cour de l'ancienne église Saint-Georges, l'autre dans la cour de l'ancienne église Saint-Panteléimon. Réunis, ils formèrent un demi-cercle en partie fermé sur le diamètre (fig. 7466). La circonférence était de 4 m. à 4 m. 15. La hauteur, ainsi que l'indique la disposition ornementale, était partout la même. Aujourd'hui, par suite des mutilations qu'a subies le monument, il n'en est plus ainsi. La hauteur atteint son maximum 1 m. 70, aux angles formés par l'intersection de la circonférence et des segments du diamètre. Elle décroit à partir de ces deux points et finit par n'être plus que de 30 à 20 centimètres. Le monument n'était qu'à moitié fermé sur le diamètre. Le long de ce diamètre s'ouvrait un passage qui donnait accès aux degrés de l'ambon. Voici la légende du plan, qui fait connaître le monument tel qu'il devait être primitivement Ne-1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 ; 8 : Arca des à figures.
No 9, 10 : Arca des sans figures le long du passage | e aux escaliers latéraux.
E : Points de départ des deux escaliers latéraux.
Lorsqu'on était entré par ce passage à l'intérieur de l'ambon, on arrivait au pied d'un double escalier, se répétant exactement de chaque côté, et composé de six marches étroites, mais assez élevées. Si on les gravit, on se trouve aujourd'hui sur le haut d'une petite plate-forme, trop limitée pour permettre aucun mouvement et sans rebord où s'appuyer. Il ne pouvait en être ainsi à l'époque où cet ambon servait au culte. Et comme on peut voir, en examinant la décoration extérieure, que toute la partie supérieure a été fort endommagée, on est amené à supposer une plus grande élévation à l'ensemble du monument tel qu'il existait autrefois. Sur les deux marches supérieures devait sans doute s'appuyer une dalle longue, mais peu large, qui réunissait les escaliers latéraux et offrait une plate-forme suffisante aux mouvements du lecteur ou du prédicateur.
L'ambon devait aussi reposer sur un soubassement. Il était nécessaire, en effet, que le passage d'entrée eût au moins 1 m. 80 de haut.
La décoration de l'ambon est à trois étages d'oiseaux. Les arca des ornent le pourtour du monument. Il les sont au nombre de huit, mais les deux à l’intérieur « n'ont ni personnages ni ornements. Les personnages, bien qu'isolés les uns des autres par la disposition architecturale, concourent à une action commune, ils se rapportent à deux scènes de l'histoire des mages : on les voit d'abord chercher l'Enfant Jésus, puis « l'adorer (fig. 7467). L'architecture de ces arca des est intéressante. Il les sont toutes à coquille. Les colonnes qui les supportent appartiennent à un style composite de transition. Ce sont encore les éléments du chapiteau de l'époque antérieure, mais la forme qu'ils prennent est curieuse. Les feuilles et les volutes ne se détachent plus hardiment du corps du chapiteau, il les se serrent contre lui et donnent à l'ensemble un aspect lourd et disgracieux.
Les archivoltes sont toutes ornées d'une double moulure. La première n'est point la même à toutes les arca des. Une fois, on distingue nettement un cordon d'oves, ailleurs la forme générale est celle d'un enroulement formé par des rinceaux. La seconde moulure varie aussi : elle présente tantôt des rais de cœur, tantôt des feuilles dont le galbe est une daucine.
Dans la première arcade (fig. 7168, n. 1) on voit un mage tourné vers la droite. Il se présente de trois quarts. La tête a été mutilée et l'on ne distingue point la coiffure, ce ne pouvait être qu'un bonnet phrygien, ainsi que le montrent les autres personnages. Il porte une tunique nouée à la ceinture, descendant jusqu'aux genoux et relevée sur le côté droit. Les jambes sont vêtues d'anaxyrides ou sarabales. Le pied parait chaussé. Un grand manteau flottant, agrafé sur le devant, complète le costume. Ce personnage se dirige vers la droite ; il lève la main gauche ; l'autre main est repliée sur la poitrine. Le fond de la niche est orné de feuilles longues et minces, entremêlées de petits fruits ; ce sont, semble-t-il, des branches d'olivier.
La colonne du côté droit est entière ; elle se trouve placée près d'une autre colonne, un peu plus élevée, qui masque l'entrée de l'ambon. La colonne du côté gauche a été brisée ; il n'en reste plus que la base et la partie supérieure du chapiteau.
L'arcade n° 2 présente un second mage. Il est vu de trois quarts. Le costume se distingue mieux que pour le précédent (fig. 7468, n. 2). Bien que la tête ait été mutilée, on voit encore les traces du bonnet phrygien. La tunique est nouée sur la ceinture, descend jusqu'aux genoux et se relève sur le côté droit. Elle est bordée sur le col et sur le devant de la poitrine d'une double broderie : les mêmes ornements se remarquent le long des sarabales. Le manteau est attaché sur le devant par une agrafe ronde. Le bas des jambes était en partie caché dans la terre.
Ce mage suit une direction opposée à celle de son collègue, il marche vers la gauche. Il tient la main droite levée en l'air. De la main gauche, il ramène sur sa ceinture le pan droit de son manteau. Le fond de la niche est encore décoré de feuillages d'olivier. La colonne de gauche est brisée comme celle de droite : le chapiteau et une partie de la base subsistent seuls.
L'arcade n. 3, présente le troisième mage (fig. 7468, n. 3). Il est vu de face. La tête est mutilée, mais on reconnaît les traces du bonnet phrygien. La coiffure offre, en outre, un singulier détail. Derrière le bonnet flotte un morceau d'étoffe triangulaire qui pend jusque vers les épaules. Cet ornement parait se rattacher au haut du bonnet par un des angles ; les deux autres angles se terminent par des glands !. Le costume est le même que celui des précédents. Le bas des jambes du personnage était enfoncé dans la terre. Le bras droit se replie sur la poitrine ; l'avant-bras gauche semble dirigé vers le menton.
Ce personnage marche vers la gauche, Le fond est formé, comme aux arca des précédentes, par des branches d'olivier. Le haut de la coquille est brisé à gauche, la colonne de gauche est aussi brisée, le chapiteau a disparu, la base seule reste.
L'arcade n. 4 est presque entièrement détruite (fig. 7468, n. 4). Ici, comme pour le reste du monument, les parties sculptées qui se détachaient le plus ont presque toutes disparu ; il en a été de même aux endroits où la plaque sculptée n'était point renforcée par le corps du marbre : ce qui subsiste doit surtout sa conservation à la résistance de la masse entière de l'ambon ; la destruction a eu lieu dans le sens de l'escalier qui se trouve presque mis à nu.
La coquille, les colonnes ont disparu ; quant au personnage, il a fort souffert, la partie inférieure de son corps, depuis la ceinture, a seule subsisté. Il est néanmoins facile de le déterminer. C'est un berger. Il porte le costume habituel aux gens de cette condition sur les monuments si nombreux de l'archéologie chrétienne qui offrent le type du Bon Pasteur.
La courte tunique descend jusqu'aux genoux : les plis qu'elle forme, la façon dont elle se colle sur le corps indiquent qu'elle était nouée à la ceinture. La jambe droite est croisée sur la jambe gauche ; le bas de cette partie du corps a presque disparu cependant on peut voir, en examinant les jambes, qu'immédiatement au-dessus des genoux s'attachaient de longues guêtres, telles qu'en portaient alors les bergers.
Une peau de bête féroce servait de manteau à ce personnage : on distingue à droite la patte griffée qui pend, et les ronds qui se voient çà et là indiquent que la peau est tachetée. Du côté gauche se trouve placé le troupeau : il se compose de brebis, qui paraissent être au nombre de six. Le fond de la niche est toujours formé par des branches d'olivier.
Ici s'est produite la cassure de l'ambon ; la partie que nous allons décrire et qui se trouvait à Saint-Pantéléimon nous offrira encore quatre arca des dont voici les trois premières.
L'arcade n. 5 est celle qui a le plus souffert (fig. 7469, n. 5). Tout le haut est détruit. Le personnage qui y figure est aussi mutilé que le berger de l'arcade n. 4. Il n'y a pourtant point lieu de se tromper : ce sont les mages que nous retrouvons. Celui-ci devait être vu de profil : il marche vers la gauche. Il est enveloppé d'un grand manteau dont les pans sont ramenés sur les bras étendus en avant.
Il tient dans ses mains un plat dont on ne peut déterminer avec précision ni la forme ni le contenu. Les jambes sont vêtues de sarabales. Le fond de la niche n'est plus formé par des branches d'olivier, mais par des courtines relevées à mi-hauteur.
La colonne qui séparait cette arcade de la suivante a presque entièrement disparu : base.
L'arcade n. 6 est en meilleur état (fig. 7469, n. 6). Le haut de la coquille subsiste, et le personnage, bien que fort défiguré est cependant vu en entier. C'est le deuxième mage, il se dirige vers la gauche et se présente à peu près de face.
La date de ce monument ne peut soulever beaucoup de discussions. A Saloni que, la victoire de Constantin sur Licinius fut commémorée par la construction un arc de triomphe placé sur la voie Egnatienne, près de la porte de Kalamari. Sur ses bas-reliefs on voit représentés divers épisodes de guerre et on y retrouve deux des types que présente l'ambon, des E en costume national et ce costume est le même que celui des rois mages. La bande inférieure offre des Victoires qui portent des couronnes ; elles sont isolées et placées chacune d'elles sous une arcade. 1014 Des bords de l'Haliacmon à ceux de l'Arus, dans Mémoires des Sociétés savantes, 1885, p. 764. — F. X. Kraus, Geschichte der altchristl. Kunst, in-8°, Freiburg, 1896, L. r, p. 233. — V. Schultze, Archaeol. der altchr. Kunst, in-8°, München, 1895, p. 131. — Dobbert, dans Repertorium für Kunstinissenschaft, 1885, t. viir, p. 166, — G. Stuhlfauth, Die Engel in der altchr. Kunst, in-8, Freiburg-in-Br., 1897, p. 125. — Marruchi, dans Bull. fa coquil les. C’est la même disposition que pour l'am. bon et l'analogie est frappante. Mais l'ambon est d'une technique inférieure, les ornements ont peine à se dégager du marbre, ils ne s'en détachent pas. Il semble que l'arc de triomphe étant du règne de Constantin, l'ambon lui est nettement postérieur ; on a proposé le Ve : c'est probablement la date à laquelle il faut se tenir. à Par son développement, l'ambon de Saloni que pouvait donner de l'histoire des mages une interprétation assez étendue ; il en a profité pour présenter deux scènes distinctes, Sur la première moitié (arca- des 1-4), nous avons vu les mages en route ; sur la deuxième moitié, ils offrent leurs présents à Jésus. Quelques-uns des monuments que nous décrivons représentent les mages en voyage : sur un sarcophage de Milan, la sainte Famille est placée d'un côté, l'Enfant est au berceau. De l'autre côté et tournant le dos à la crèche, les trois mages suivent l'étoile. … Sur un sarcophage d'Arles, la scène est représentée sur deux registres superposés : en haut, l'Enfant avec Marie et Joseph ; en bas les mages semblant se montrer les uns aux autres l'étoile. A Saloni que le sujet est traité de façon différente. Les mages en voyage sont figurés sur un fond de feuillage qui suppose le paysage de convention et crée l'unité d'action. Ils marchent, ils hésitent, deux vont à droite, un va à gauche. Qu'est-ce à dire sinon l'instant qui précède celui désigné par l'Évangile ? Ayant consulté Hérode, ils se mettent en chemin, mais ils hésitent et cherchent, c'est alors que l'étoile reparait devant eux pour les guider. L'étoile ne se voyait-elle nulle part sur l'ambon ? ; Avant de passer à la deuxième scène, nous avons vu dans l’arcade 4 un pasteur. Ce n'est pas comme on pourrait le croire un des bergers de la nuit de Noël, c'est le Bon Pasteur. Il semble que ce soit raffiner beaucoup que de voir dans cette figure une réalisation de l'Étoile. Nous croyons que l'ambon ayant huit arca des dont sept étaient remplies, la huitième restait à garnir et on a choisi une figure isolée dont le symbolisme était entendu de tous les fidèles.
— sur les monuments d'Occident ; sur la tuni que et sur le caleçon court une double broderie : c'est là une mode orientale que cette profusion d'or, de gemmes, de broderies qui devient générale à partir du vi siècle — Delacoulouche, Nous pouvons être bref sur ce monument du Ve L— et remplace la sobre simplicité des monuments prij, | | |
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mages. Tout ce bas-relief est aujourd'hui fort dégradé, mais les détails que nous venons de préciser sont dus à un dessin de Peirese qui, en 1613, vit le sujet encore presque entier.
30. Arles, sarcophage. Aux deux extrémités, le sculpteur a figuré des sujets empruntés à l'Ancien Testament. Des trois montre l'étoile. Saint Joseph est debout : derrière la vierge Marie ; la crèche a disparu, le bœuf et l'âne sont restés (fig. 7473).
?strangin, Descript. de la ville d'Arles, p. 340, — Ch. Gahier, Nouv. mél. d'archéol. Décoration d'églises, p. 87, 94. — — E. Le Blant. Sarcoph. d'Arles, p. 41, n. 32, pl. XXV, Lehner, Die Marienverehrung, p. 314, pl. vr, n. 50. — Garrucci, Storía, pl. cccxvrr, 4. — Liell, Die Darstel- — lungen, p. 275, n. 74, fig. 50.
32. Débris d'un sarcophage d'Arles (voir Diclionn., L..vi, col. 2467, n. 49, fig. 4713, 4714).
33. Castilis car (province de Saragosse). Sarcophage du rve-Ve servant de partie antérieure à l'autel paroissial : il est en albâtre blanc et mesure 2 m. 33 de long sur 0 m. 74 de haut. On y voit la résurrection de Lazare, la guérison de l'hémorrhoisse, l'orante avec un saint protecteur, le miracle de Cana, l'adoration des mages, voûtés, sans compter un grand nombre de sarcophages de pierre qui furent immédiatement transformés en autels.
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£017 le dossier élevé de la chaise de Marie. Celle-ci tient son divin Fils sur ses genoux, il est vêtu d'une tuni que. Chaque mage apporte ses présents ; ils sont coiffés du haut bonnet persan, tuni que courte serrée à la ceinture et découpée en pointes. Le premier montre l'étoile du doigt, les deux autres sont en marche et leurs manteaux flottent au vent.
. p. 214-216, fig. — A. Audollent, Mission épigraphique en Grèce, p. 10183 Dans l'adoration des mages, la Vierge assise tient l'Enfant sur ses genoux. La tête de l'Enfant a été brisée. Près de Marie, saint Joseph, Les mages portent le costume oriental, leurs têtes sont brisées, ils offrent leurs présents sur des plats. le cartouche destiné à recevoir l'épitaphe, soutenu par deux génies ailés. Venait ensuite l'adoration des mages, guidés par l'étoile en forme de roue ; ils portent leurs dons au nouveau-né. Le premier des mages tenait une couronne ; on trouve dans Tite-Live la mention d'or offert sous forme de couronnes (XXXVII, 37 ; XXXIX, 7) ; les autres mages ont leurs dons sur des plats. Entre la Vierge assise et la crèche où repose son divin Fils, on voit un berger avec le pedum.
S6. Milan, basili que de Saint-Ambroise. Sarcophage placé sous l'ambon. Au centre les portraits des défunts ; à droite de l'imago clypeata, l'adoration des mages : à gauche, les trois jeunes Hébreux refusant d'adorer la statue. L'étoile à six rais brille au-dessus de leur tête.
1019 39. Osimo, cathédrale. Marie assise sur une chaise d'osier, tenant sur ses genoux son fils déjà grand qui tend les mains vers le présent du premier mage, lequel en même temps montre l'étoile ; ce présent est déposé dans une sorte de petit bassin ; le deuxième mage apporte un bassin contenant un objet en forme de pain de sucre ; le troisième mage, un bassin qui semble contenir une pyramide de fruits ; en arrière, au second plan, trois chameaux.
^0. Porto, évéché. Collection particulière de l'évéque, DR ^1. Ravello, prés d'Amalfi, au couvent de la Trinité. Le centre du sarcophage est occupé par une orante. Le côté gauche est détruit ; du côté droit on voit la Vierge assise sur un siège à dossier : elle tient l'Enfant dans ses bras. Les mages sont habillés à l'orientale, le premier offre l'or en couronne, le deuxième tient un plat contenant un pain de myrrhe, le troisième trois grains d'encens. Entre l'orante et les mages on voit Moïse frappant le rocher.
O. M. Dalton, Byzantine Art and Archeology, in-Be, | | part. XLVII, ner, Die Marienverehrung, p. 267, n. 65, fig. 41. — V. Schultze, Archaeologische Studien, p. 216, n. 27.
— C. Bayet, L'art byzantin, in-8, Paris, 1886, p. 82, M fig. ama a s T8. SL} 3 art. Sculptures and calacombs paintings, 1872, p. 27, n. 9, p. 29. — A. Krücke. Der Nimbus und verwandte | atiribule, dans Studien zur Kunslgeschichle des Aus- « lan des, Strasbourg, part. xxxv, p.41. — H. Goldmann, Die Ravennatischen Sarcophage, dans même revue, rop. cif., p. 37, 43, fig. 29.
43. Ravenne, baptistère Saint-Jean-Baptiste à Ravenne ; sarcophage. La Vierge est assise à droite, sur une chaise en osier, elle est vêtue de la tuni que et du pallium et tient dans ses bras son divin Fils qui se pousse en avant pour recevoir les présents du premier mage. Celui-ci porte, comme ses compagnons le bonnet phrygien et les pantalons. Il a ses présents sur un plat (fig. 7477).
Bibl. — Goetz, Ravenna, in-8°, Leipzig, 1901, iN A $ d | e t : NA vill » ^u i Ne RS | | | ^55 Nue droite d'un couvercle de sarcophage, placé sur le mur du perron qui mène à l'habitation. C'est une adoration des mages que Garrucci a ignorée ou bien oubliée ; Hené Grousset l'attribue au v* siècle ce qui est très vraisemblable ; l'état de conservation est médiocre (fig. 7478). Ce qui fait l'intérêt de ce bas-relief, c'est qu'il nous offre l'unique exemple de la Vierge et l'Enfant couchés sur un lit de repos. En outre, sur le plus grand nombre des représentations de l'adoration des mages, l'Enfant tend les mains pour recevoir les dons de ses visiteurs ; ici, il n'a d'attention que pour sa mère étendue et appuyée sur le bras gauche. Les mages n'offrent rien de remarquable ; ils portent leur vêtement usuel : tuni que et chlamyde ; la partie supérieure étant endommagée on ne saurait affirmer qu'ils fussent coiffés du bonnet persan, mais c'est fort probable, car on en distingue des traces sur la tête du troisième mage. Ils marchent avec tant de précipitation que le vent soulève leurs manteaux. Quant aux présents qu'ils apportent on ne peut les déterminer avec certitude, mais le premier des trois semble présenter un plat sur lequel serait posé un cercle, une couronne (l'or), ses collègues présentent des objets impossibles à définir. Aucune trace de l'étoile.
| cophages chrétiens de Rome, in-8°, Paris, 1885, n. 80. p.83. : ra Ee H. F. J. Liell, Die Darstellungen der allerseligsten » Jungfrau und Goltesgebärerin Maria, in-8°, Freiburg-in-Breisgau, 1887, n. 58. — M. Schmid, Die Darstellungen der Geburt Christi, in-8, Stuttgart, 1890, p. 13, d n. 20. — C. D. Lamberton, A curious representation of — ihe Epiphany, dans Nuovo bulletlino di archeologia ~ eristiana, 1909, p. 67-70. — H. Kehrer, Die heiligen .— Darstellungen, p. 264, n. 58.
45. Rome, baptistère Saint-Marcel. Fragment de sarcophage sur lequel on distingue entre autres P į … sujets : le Christ entre deux femmes agenouillées, — Adam et Eve, le paralytique, le sacrifice d'Isaac, à a MES Wer E NU D nuit - l'adoration des mages, la résurrection de Lazare, une ans Dor mann
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orante et un saint protecteur. latae la scoperta d'un antico batlistero, dans Nuovo A l'angle gauche du registre inférieur, la Vierge assise sur un siège à dossier, tenant l'Enfant sur ses genoux.
Elle porte la tuni que talaire, le manteau et le voile.
- Le Christ est vêtu d'une petite tuni que. Derrière la Vierge se tient un personnage en tuni que et en manteau où les uns ont cru reconnaitre le Saint-Esprit, les autres saint Joseph. Les trois mages sont représentés imberbes et portent le costume oriental. Le premier lève la main droite, comme pour désigner l'étoile, qui cependant n'est pas figurée sur le monument : le deuxième mage porte un vase avec couvercle ; le troisième, une cassette ronde.
em RTT gum RT 3 i 1 | A : F | d LED AU. Rome, musée de Latran ;
1023 MAGES 1024 à sur ses genoux, les trois mages offrent leurs présents.
50. Rome, musée de Latran, couvercle de sarcophage : La Vierge assise sur un siège à dossier, tenant l'Enfant sur ses genoux, vêtus comme d'ordinaire. Les mages sont imberbes, portant le tunique courte, liée à la taille et le bonnet phrygien. Le premier tient une couronne, le deuxième un vase qui renferme l'encens ou la myrrhe, et le troisième un coffret qui contient le troisième présent. Le premier montre l'étoile ; au second plan, deux chameaux (voir Dictionnaire, t. VII, col. 2601, fig. 6293) ; milieu du V° siècle. Petit sarcophage trouvé dans le cimetière de Sainte-Agnès. La Vierge est assise sur un siège à dossier, elle tient l'Enfant sur ses genoux. Les trois mages s'approchent avec leurs présents : le premier d'entre eux montre l'étoile ; au second plan, trois chameaux. Martigny a été trompé par son dessinateur qui a figuré des chevaux à la place des chameaux. Ad. Rome, musée de Latran. Fragments de couvercles de sarcophages, très mutilés. La Vierge assise sur un siège à dossier tient l'enfant, déjà fort grand, sur ses genoux. La tête de l'Enfant est en partie détruite ; les mages portent le costume oriental. Toutes les têtes sont mutilées, ainsi que la plupart des bras et les jambes sont à demi détruites ; au second plan, trois chameaux.
54. Rome, musée de Latran, fragment. La Vierge assise sur une chaise voilée, tenant l'Enfant dans ses bras ; derrière la chaise, saint Joseph imberbe ; devant un mage montrant l'étoile.
2e. Rome, musée de Latran. L'adoration des mages et l'adoration des bergers représentées à côté l'une de l'autre, mais sans être unies. La Vierge est assise sur un siège à dossier, elle tient sur ses genoux son Fils ; tous les deux sont vêtus comme à l'ordinaire. Les trois mages sont imberbes et habillés à l'orientale, le premier porte l'or ; derrière les mages on voit trois chameaux ; un palmier sépare cette scène de l'adoration des bergers : sous un toit l'enfant dans la crèche entre l'âne et le bœuf, ensuite un personnage imberbe portant une tunique et tenant le pedum. Ce sarcophage porte le nom de la défunte Crispina (fig. 7479).
7. Rome, musée de Latran ; couvercle de sarcophage. L'Enfant enveloppé de langes est couché dans la crèche qui est abritée par un toit ; au pied du berceau, l'âne et le bœuf ; à la tête du berceau, Marie et Joseph, Marie drapée est assise, Joseph, debout, porte la tunique exomide et tient à la main un pedum de berger. Les trois mages, vêtus à l'orientale, s'approchent.
1027 Vaal, Die apokryphen Evangelien in...
1028. Rome, musée de Latran ; couvercle de sarcophage : buste de femme soutenu par deux amours, milieu du V° siècle.
1029. Rome, musée de Latran ; couvercle de sarcophage : l'adoration des mages, Noé dans l'arche, Jonas jeté par-dessus bord et couché à terre sous le cucurbite.
1030. Rome, musée de Latran ; couvercle de sarcophage : l'adoration des mages, la Vierge est assise sur un siège à dossier et tient l'enfant debout sur ses genoux ; les mages s'approchent, ils sont d'âges différents : le premier est barbu, les autres imberbes, tous les trois ont la tête découverte et sont vêtus de tuniques qui leur tombent jusqu'aux pieds. Le premier mage présente une sorte de ciboire, les deux autres des plats sur lesquels sont étalés les présents.
1031. Rome, musée de Latran ; couvercle de sarcophage : l'adoration des mages, la Vierge est assise sur un siège à dossier et tient l'enfant dans ses bras ; derrière la Vierge se tient debout un personnage qui étend la main droite.
1032. Rome, musée de Latran ; couvercle de sarcophage : l'adoration des mages, la Vierge est assise sur un siège à dossier et tient l'enfant sur ses genoux ; les mages s'approchent, ils sont d'âges différents : le premier est barbu, les autres imberbes, tous les trois ont la tête découverte et sont vêtus de tuniques qui leur tombent jusqu'aux pieds.
1033. Rome, musée de Latran ; couvercle de sarcophage : l'adoration des mages, la Vierge est assise sur un siège à dossier et tient l'enfant debout sur ses genoux ; les mages s'approchent, ils sont d'âges différents : le premier est barbu, les autres imberbes, tous les trois ont la tête découverte et sont vêtus de tuniques qui leur tombent jusqu'aux pieds.
1034. Rome, musée de Latran ; couvercle de sarcophage : l'adoration des mages, la Vierge est assise sur un siège à dossier et tient l'enfant dans ses bras ; derrière la Vierge se tient debout un personnage qui étend la main droite.
1035. Cividale en Frioul (Vénétie). Parmi les nombreux et précieux souvenirs archéologiques de cette petite ville nous avons mentionné sur une des faces latérales (fig. 3007) l'adoration des mages exécutée suivant le type immuable ou presque de l'antiquité chrétienne. Les mages portent un vêtement court, sont coiffés du bonnet phrygien et tiennent leurs présents dans les mains. La Vierge Marie est assise de profil, la tête de face, sur une chaise à dossier ; elle a sur ses genoux son divin Fils et derrière la chaise un personnage qui est probablement saint Joseph ; un ange vole par-dessus les mages. Milieu du VIII° siècle.
94. A Saint-Vital de Ravenne, mosaïque représentant Théodora avec sa cour. Le vêtement est d'une incomparable magnificence, constellé, brodé, plaqué avec profusion. Au bas du manteau de pourpre violet...
lette, que ce soit un tissu ou une broderie, nous voyons l'adoration des mages (voir Dictionnaire, t. vingt, | | Temple. Les mages portent le même somptueux costume : à droite, trois mages se présentent à Hérode ; ils viennent de franchir la porte d'une ville, portent un riche costume oriental et se trouvent devant le roi juif assis au milieu de ses gardes, la tête nimbée ; au-dessus de lui on lit des lettres HE(ra des) ; le reste manque par suite des restaurations. Entre Hérode et les mages, on voit deux personnages barbus. La ER Llc
Pis Py far dp m tume que dans la scène de leur audience avec Hérode, p mais au lieu de trois ils ne sont plus que deux et ils — portent leurs dons sur des plats. E On a suggéré nombre d'explications pour les deux | | femmes assises de chaque côté du trône de l'Enfant-Dieu. Clausse y voit l'Église et la Synagogue. J.-B. de Rossi propose l'Église et la Mère du Sauveur ; Gar- - rucci se rabat sur une gouvernante, d'autres nomment Salomé ou la prophétesse Anne ; Richter suggère une - explication séduisante ; nous aurions ici la sibylle de Cumes qui avait annoncé la venue du Rédempteur.
Le geste méditatif, la main soutenant le menton, favorisent cette explication.
97. Ravenne. Basilique de San t'Apollinare Nuovo.
La décoration de cette basilique ostrogothique nous offre une interprétation toute nouvelle de plusieurs scènes évangéliques. Quand les Byzantins rentrèrent en maîtres à Ravenne, leur premier soin fut de faire disparaître tout ce qui rappelait trop le règne glorieux de Théodoric le Grand. Dans l'église San t'Apollinare rendue à l'orthodoxie, l'évêque Agnellus fit placer au-dessus de la porte intérieure, l'image en mosaïque de ce groupe ayant été détruit a été refait de la façon la plus grotesque. | 98. Rome, Saint-Pierre, oratoire construit en 705 par ordre du pape Jean VII en l'honneur de la Vierge reine (voir Dictionnaire, V. vir, col. 2197-2212, fig 6164, de l'empereur Justinien (voir Dictionnaire, t. vir, col, 523524, fig. 6424). En même temps le prélat faisait exécuter dans la zone inférieure de la grande nef les deux processions de saints et de saintes qui, portant sur leurs mains des couronnes, se dirigent vers le Christ et la Vierge assis sur les trônes parmi les anges.
La Vierge est assise sur un trône orné de gemmes. Elle est vue de face, dans une attitude qu'on est convenu de nommer hiératique ; elle bénit de la main droite, à la manière grecque, de la main gauche elle retient l'Enfant assis sur ses genoux, Sa tête est ceinte du nimbe. L'Enfant est vêtu d'une petite tunique qui le couvre entièrement et d'un manteau laissant le bras droit libre ; de la main droite, il bénit. Son nimbe crucifère est à croisillons gemmés. Quatre anges, deux de chaque côté, se tiennent debout au pied du trône ; ils sont ailés et nimbés. un mince diadème traverse leurs cheveux ; chacun d'eux tient dans la main droite un long bâton. Ils sont vêtus de tuniques et de longs manteaux laissant le bras droit libre. L'un d'eux bénit à la manière grecque.
Ce groupe ayant souffert de l'injure du temps a été refait ; on voit aujourd'hui les mages offrir leurs présents dans des récipients divers ; ils portent le costume oriental, parsemé de gemmes, la tunique relevée sur le côté et leurs noms écrits au-dessus d'eux. Le premier des trois est un vieillard à barbe blanche, le deuxième est imberbe, le troisième est noir et barbu : ils défilent devant un fond de trois palmiers. Tout lettre M). Une des parois de la chapelle reproduisait, semble-t-il, la disposition d'un rétable byzantin. Dans un grand compartiment central, on voyait la Vierge-reine debout, dans l'attitude de l'orante, la tête chargée d'un énorme diadème (fig. 4511) ; à ses pieds, se tenait le pape présentant le modèle de sa chapelle (fig. 6160). Autour de ce tableau central, une série de compositions moindres représentait la vie du Christ, depuis l'Annonciation jusqu'à la descente aux limbes et à la visite des saintes femmes au tombeau. Sur l'autre paroi étaient figurés les épisodes de la vie de saint Pierre et de saint Paul. Malheureusement, lors que, au xvi* siècle, Bramante démolit l'ancienne basilique de Saint-Pierre, l'oratoire fut sacrifié. De ses mosaïques dispersées il ne subsiste que des fragments épars. La Vierge est à Florence, dans l'église de Saint-Marc ; l'image du pape est déposée dans les grottes vaticanes : quelques morceaux sont au musée de Latran ; un fragment de la Nativité est conservé à Orte. De tous ces morceaux, le plus remarquable est le panneau représentant l'adoration des mages, qui est conservé à Sainte-Marie in Cosmedin, dans la sacristie. Une inscription placée au-dessous apprend que cette mosaïque se trouvait à Saint-Pierre, dans l'oratoire construit par Jean VII et que ce fragment fut transporté à Sainte-Marie in Cosmedin en 1636. Le coloris en est fort beau, et l'Enfant divin tout en or fait une tache lumineuse entre l'ange blanc et la Vierge vêtue de bleu, de blanc et de violet. L'exécution n'est point sans beauté, et les cubes très fins employés pour les visages attestent un art habile encore et raffiné. Aussi bien par les types comme par la composition cet art est absolument byzantin. Nous n'avons pas à revenir ici sur la description vni Yo ANR eps — Miniature du ms. gr. 610. aulem [ere modo ejuscemodi olim imagines in celebri Joannis Seplimi ad Valicanum sacello visebantur, eodem plane loco, ubi nunc porta, quae sancta dicilur, sila cst. Quibus quidem locis non pileolos modo, quos supra descripsimus, magi deferentes, sed numera insuper quibusdam in capsulis Deiparae Virgini infantem Jesum sinu gestanti offeren les, eum lem in modum delineaíi evhibentur, della basilica « li e p. p.
Santa Maria in Gosmedin, 143. — Barbet de Jouy, Mosaïques chrétiennes, , Manuel d'art byzantin, 1910, p. 324 ; nale, ms. lat. 9428, connu sous le nom d'Évangéliaire y trouve la représentation de l'adoration des bergers bergers en marche pour se rendre à Bethléem. Une autre miniature, dans une seule lettre (fig. 7486). Les trois mages à cheval suivent l'étoile et après avoir franchi la porte de Bethléem et toujours guidés par l'étoile, ils s'approchent en fléchissant le genou et en offrant leurs présents ; à gauche saint Joseph auprès duquel on lit son nom ILE HD, la Vierge assise sur une banquette à escabeau, et tenant son Fils dans ses bras ; les trois mages escortés par un ange offrent leurs présents étalés sur de larges bassins (fig. 7487) ; à l'extrémité droite, les trois mages couchés sont brusquement réveillés par un ange qui leur donne l'ordre de fuir. s. des.- — Ch. Bay et, Calalogue, n. 45. — Dictionnaire, 4 t. vii, col. 2203-2207, fig. 6162, 6164. — H. Kehrer, Die Ge Drogon (voir ce nom), antérieur à l'année 855. On.
1040 | quo in recensilis hactenus coemelte-- rialibus imaginibus videre est. — Crescimbeni, Istoria. Rome, -
G. MINIATURE. — 100, Paris. Bibliothèque nationale
nous montre trois scènes réunies | de Jérusalem se présentent, armés chacun d'un bâton « devant le roi Hérode. Plus loin, ayant franchi la porte — sents à la Vierge assise et tenant son divin Fils sur Ca du iden ai eod d aa e Teano. Mosaïque représentant l'adoration des 102. Efschmiadzin (Arménie) Evangéliaire de l'an 550 environ. L'adoration des mages, la Vierge assise vue de face, ainsi que son Fils, sous une arcade, de chaque côté deux anges (fig. 7488).
Bibi. — J. Strzygowski, Der Elschmiadzin Evan
On pourrait mentionner encore le Ménologe basilien (voir MÉNOLOGE) (début du xi siècle), et quelques évangiles du xii siècle mais tout ceci nous éloignerait trop des limites dans lesquelles nous nous renfermons. L'adoration des mages devait figurer à Kahrié Djami au mur septentrional de la partie latérale de l'exonarthex, entre les « mages devant Hérode » et leur « retour », mais il n'en reste rien. Enfin l'adoration des mages est entrée dans l'illustration de l'Acathiste (voir ce mot).
Avant le xii siècle, il est rare que l'adoration des mages soit confondue avec la nativité de Jésus. On ne pourrait guère en trouver d'autre exemple que dans le psautier du monastère de Pantocrator, au ix siècle, dans les mosaïques de Saint-Luc, au commencement du xi et dans le Grégoire de Nazianze de Saint-Pantéléimon, à la fin du xi. Les évangiles « à scènes peu nombreuses », que l'on rapporte presque tous au xi siècle ont en général la nativité sans mages : les mages n'apparaissent que dans les plus récents, celui de 1128 (Vatic. Urbin. 2). Ces évangiles, ailleurs, à une exception près (Vatican, n° 1156) — n'ont pas la scène isolée de l'adoration. C'est — seulement dans les évangiles à miniatures nombreuses, du xii et du xiii siècle que le voyage des mages, à titre de simple épisode, est représenté. On les voit en route pour Jérusalem, puis devant Hérode, enfin près de la crèche. L'adoration n'est plus alors que très rarement séparée de la nativité, r Les rares monuments où l'Adoration ait conservé son indépendance ne suivent pas tous la même tradition. Dans le Ménologe, la Vierge est assise sur un rocher à l'entrée de la grotte ; dans l'évangile de Saint-Pétersbourg elle est couchée, et les mages adorent l'enfant dans la crèche. Dans les autres monuments elle est assise, comme à Daphni sur un trône (fig. 7489). L'adoration de Daphni, ne diffère pas essentiellement des œuvres primitives. Le nombre des mages a été, de bonne heure, fixé à trois. La distinction entre le vieillard, l'homme fait et le jeune homme apparait sur la mosaïque de Saint-Apollinaire Neuf dont nous avons dit ce qu'il faut penser ; à partir du xi siècle, cette distinction est de règle. Leur costume a peu varié, c'est le costume troyen qui est entré traditionnellement dans l'imagerie chrétienne. C'est avec lui que, jusqu'au vi* siècle de notre ère, les mages ont été représentés et les anaxyrides qu'on leur SESS MES ANAN S ta
TITO TEES
épis dis donne ne différent pas de celles que portent les Troyens figurés dans l'antiquité !, Dans la mosaïque de Daphni on peut noter quelques particularités : une sorte de courte chemise blanche bordée de pourpre qui paraît sous la tunique du mage à barbe noire et qu'on retrouve à Daphni même dans le costume de Daniel : cet ornement noir attaché à la tunique sur l'épaule du même personnage et celui que portent aussi les enfants au jour des Rameaux. Déjà à Saint-Apollinaire les étoffes sont riches et historiées, mais elles sont modernes. Le mage à barbe noire offre l'or dans un sac lié par un cordon, le vieillard, l'encens sur un plat, le jeune homme, la myrrhe dans un coffret. Sur ce point il n'y a pas à chercher l'uniformité qui n'existe pas ; les artistes ont
TARS.
toujours usé de la plus grande liberté. Le mouvement si gracieux de l'Enfant à Daphni, son geste, la façon dont sa mère le tient sont particuliers à cette mosaïque ; ailleurs il bénit, ou bien il tend les mains vers les présents *.
A Daphni encore, l'étoile a fait place à un ange ; dans les œuvres anciennes elle est souvent omise mais sans parti pris. Plus tard, la présence de l'ange l'a fait paraître superflue. L'ange ne se rencontre pas dans les peintures des catacombes et les bas-reliefs ; mais on le rencontre sur l'àmbon de Saloni que et le bas-relief de Damous-el-Karita. Dans les compositions monumentales et hérétiques comme celles de sainte-Marie-Majeure et de Saint-Apollinaire, quatre anges entourent le trône du Christ comme une garde d'honneur. A Saint-Apollinaire l'un d'eux sert d'intermédiaire entre les mages et le Christ. De l'intermédiaire à l'introducteur la différence est petite, tel est le rôle qu'il joue, à la même place qu'à Daphni dans la mosaïque de Sainte-Marie in Cosmedin et la miniature du Grégoire de Nazianze. Mais dans ces monuments, il tient le bâton de la main gauche et ne montre pas le Christ. Dans le Ménologe, son rôle de guide est plus net, il court au devant des mages et désigne l'Enfant. On ne le rencontre plus au XII siècle.
Ainsi jusque vers les dernières années du XI siècle l'adoration des mages était représentée suivant une formule très simple qui remontait aux origines de l'art chrétien. Les mages défilaient, avec leur offrande sur les mains ou dans un plat, et l'Enfant les attendait, généralement intéressé, curieux, avide de recevoir ces dons et disposé à témoigner, semble-t-il, par un baiser sa reconnaissance. Si l'on tient compte de tous les monuments qui ont été étudiés ou énumérés ici, on verra que les artistes s'accordent le droit de représenter l'Enfant-Dieu depuis les premiers moments qui suivent la naissance jusqu'à l'âge de quatre ou cinq ans au moins. Il ne semble pas que les Pères leur en aient fait un reproche, mais les critiques modernes en savent beaucoup plus là-dessus que les Pères de l'Église. Les trois mages étaient taillés sur le même patron et, à part de très rares exceptions, portaient le même vêtement et faisaient le même geste.
Vers 1180, tout à coup un changement se fit ; les mannequins se firent des hommes. Au portail de Saint-Trophine d'Arles, le premier mage s'agenouille devant la Vierge, le deuxième tourne le visage vers son compagnon qui le suit et lui montre l'étoile, le troisième fait le geste de l'acclamation. Ce n'était rien de plus qu'une interversion des rôles traditionnels ; quant aux personnages, ils se suivaient à la file comme autrefois. Toutefois l'innovation, bien que timide, était en chemin. Quelques années plus tard, au portail de Saint-Gilles, tout à la fin du XI siècle, ce sont encore les mêmes gestes, les mêmes attitudes, mais cette fois les personnages sont groupés et la Vierge est au centre, comme sur la fresque du VI siècle au Cimetière de Pierre et de Marcellin, comme sur l'évangéliaire d'Eschmiadzin et les ivoires syriens du V siècle. Cependant il y a plus de souplesse, plus de variété, plus d'art et la formule prend ou, du moins, prépare la formule définitive. C'est de cette façon que, pendant plus d'un siècle, nos imagiers français représenteront l'adoration des mages dans nos cathédrales : au portail nord de Chartres, au pourtour du chœur de Notre-Dame de Paris. Cette innovation que nos miniatures et nos ivoires firent connaître au loin, fut adoptée par toute l'Europe.
Cette transformation d'un thème resté immuable pendant tant Des s'explique non par un coup d'audace des artistes, mais par un souci d'imitation. Au XII siècle, on avait l'habitude de célébrer la fête de l'Épiphanie par un drame liturgique. On voyait dans l'église s'avancer avec gravité trois personnages vêtus de robes de soie, portant des couronnes sur la tête, ils marchaient, en chantant, vers une étoile suspendue à un fil. L'un d'eux, la montrait du doigt à ses compagnons, ils s'approchaient de l'autel où l'on avait disposé une statue de la Vierge portant l'Enfant, se prosternaient et offraient leur présent.
Tout cela, nous affirme-t-on, vient du drame liturgique. C'est la trouvaille qu'offre M. Emile Mâle à ceux qui sont disposés à l'en croire sur parole : « D'où viennent ces gestes nouveaux sinon du drame liturgique de la fête de l'Épiphanie ? Les textes sont formels. Il y a toujours un des mages qui montre l'étoile à ses compagnons : Unus eorum elevat manum ostendentem stellam, dit le drame de Limoges ! Rer ostendens stellam aliis, dit le drame de Besançon ; Quam (stellam) ipsi sibi mutuo ostendentes procedant, dit le drame d'Orléans. Ainsi les artistes n'ont fait que reproduire un jeu de scène consacré !. » Or qu'on parcoure la série des monuments du IV et du V siècle, qui ont formé la trame de ce travail, principalement les bas-reliefs, et on verra le premier des mages signaler du doigt l'étoile à ses compagnons de route.
Poursuivons : catif est celui du roi qui s'agenouille pour offrir son présent. Ja mais, jusque-là les artistes n'avaient eu l'idée de représenter un des rois à genoux. Ils n'y pensèrent qu'après avoir vu un des rois prosterné devant l'Enfant. Les textes ne sont pas moins probants. On lit dans le drame de Laon : Accedunt magi et, genu flexo, primus dicil ; et dans le drame de Beauvais : Flexis genibus afferunt magi munera ?. » Or sur l'ampoule de Monza, que nous allons décrire, il ne peut guère subsister de doute jusqu'à quel point ces petits drames agissaient sur l'imagination des artistes. Dans certaines églises, les mages s'avançaient un bâton à la main ; ce bâton fait penser aux pays lointains d'où ils venaient et à leurs longues journées de voyage. À Rouen, c'est avec ce bâton qu'un des rois mages montre l'étoile : ex tribus regibus medius, ab oriente veniens, stellam cum baculo ostendentem, dit le texte. Le bâton est signalé dans plusieurs autres drames liturgiques. Or certaines œuvres d'art du XII siècle nous montrent les mages un bâton à la main #. » Et ce n'est pas au XII siècle qu'on le voit pour la première fois, c'est dès le V siècle, sur le sarcophage d'Ancône, c'est au VI ou au VII siècle sur une boucle de ceinture du musée de Charleville, c'est au IX siècle sur l'Évangéliaire de Drogon.
Si, comme il y compte, l'avenir doit apporter à M. Emile Mâle, « d'autres découvertes du même genre », elles pourront enrichir l'érudition de ceux qui parlent d'une époque sans connaître les monuments de l'époque qui a précédé. Mais combien de fois l'ignorance des monuments de l'antiquité chrétienne a-t-elle permis aux médiévistes de se donner l'honneur de découvertes qui ne sont telles que pour eux et pour leurs lecteurs.
H. OR. — 104. Constantinople. Musée impérial ottoman de Tchinily-Kiosk. Plaquettes d'or estampées, de travail byzantin, trouvées sur l'emplacement de l'ancienne église de Saint-Polyeucte. Adoration des mages, VI siècle.
106. Atialens, canton de Fribourg (Suisse) Fibule discoide trouvée dans un tombeau d'enfant. La feuille d'or qui recouvre cette fibule représente une adoration des mages. Marie assise avec Jésus sur ses genoux, trois mages lui apportent des présents, le deuxième tourne la tête vers le troisième. Au-dessous, en exergue : KE BOHOI, c'est-à-dire : Seigneur, aide-nous ! est du VI siècle. Ce bijou a été figuré et décrit dans Dictlionn., t. v, pl. hors texte au mot FIBULES, n. 5.
I. ARGENT. —107. Berlin, Kaiser Friedrich Museum. Bracelet au diamètre de 0,073, acquis en 1905, provenant d'Égypte, VIe. Quatre grandes pièces circulaires, quatre petites et quatre en forme de losange (fig. 7490), les sujets sont gravés en creux. Marie nimbée et vue de profil, tournée à droite assise sur une chaise élevée, tient son divin Fils devant elle et reçoit un mage en habit persan, bonnet phrygien, portant ses présents sur un plateau. Sur la nuque. À chaque extrémité la scène se termine par un palmier à trois branches (fig. 7492).
VN Se, f Mosi itur ft NILUM A Ne E m 1049 dans un atelier byzantin ou syrien, au repoussé et représentant l'adoration des mages, vers l'an 600. Ces objets contenaient de la terre des lieux saints ou de l'huile provenant des lampes qui brûlaient devant « les reliques insignes. La panse est un peu arrondie et 1050 et deux anges ailés le désignent à l'attention d'un groupe de bergers et d'un groupe de mages. Les bergers, au nombre de deux manifestent leur surprise par des gestes, le troisième encore accroupi, se lève ; les mages désignés par le mot MAT OI apportent leurs présents. Une scène habilement composée ; sur un trône différent de ceux qu'on voit sur les autres monuments, car il a un dossier échancré et non arrondi, et l'escabeau est remplacé par une sorte de tapis de pieds, la Vierge présente son divin Fils qui bénit ; au-dessus l'étoile à six rais, dans un cercle, ressemble fort au monogramme dons. Le premier d'entre eux s'est agenouillé. Un bandeau supporte cette scène et on lit ces mots : €MMANOYHA MEO IMGON O OC, au dessous le troupeau de chèvres des bergers. En légende + €AAION ZYAOY ZCHC TDN ATIGN XY TOMON.
La Vierge est sur un trône avec l'Enfant, un berger s'éveille, deux autres s'étonnent ; on voit un ange nimbé qui accompagne les mages ; au-dessous du trône, le troupeau de chèvres ; en légende : + €EYAOTIA KYPIOY TON AFIGON......TOTTQON. un trône tenant son Fils qui bénit à droite, trois mages, à gauche trois bergers ; au sommet l'étoile1052 116. Amulette-médaille en bronze du musée chrétien du Vatican. La Vierge vue de profil assise à gauche avec son Fils nu sur ses genoux ; au-dessus de la tête de l'Enfant une étoile (voir Diciionn., t. t. col. 1832, fig. 503). can. Adoration de s'mages gravée en creux, VI siècle. La Vierge assise sur un siège à dossier, nimbée, derau-dessus des mages une colombe, au-dessous, les cerfs se désaltérant. | Bibl, — De Rossi, Bull. di archeol. crist., 1869, un siège à dossier, son Fils tend les bras vers les présents des mages. Au-dessus de sa tête une croix. Audessus des mages une colombe et une étoile à dix rayons, ration des mages, achetée à Rome et pouvant remonter au IV siècle ; le musée du Vatican possède une médaille analogue à celle décrite et publiée par E. Le Blant (fig. 7496). | Alter- | thümer aus dem Gräberfelde von Achmin-Panopolis, | rière son siège un arbuste, au-dessus de Jésus l'étoile ;
Adoration des mages, VI siècle. La Vierge assise sur n. 85, pl. viri, — Liell, Die Darstellungen, p. 287, n. 85, | 4053 121. Berlin. Kaiser Friedrich Museum. Pla que de “bronze qui réunit la visite des mages à Hérode (à droite) et à l'Enfant Jésus (à gauche) ; celui-ci repose m —sur un lit élevé, veillé par sa mère, au fond les deux “animaux. Bordure d'entrelacs (fig. 7497). Première moitié du VI siècle.
* Bibl. — H. Kehrer, Die heiligen drei Könige in D 12%, Charleville, au musée. Boucle de ceinturon.
On y voit un personnage assis, couronné, entouré de trois autres personnages dont deux au moins sont des rois. C'est donc un roi qui reçoit d'autres rois. Et, si l'on remarque que les trois personnages debout tiennent chacun à la main un bâton à tige recourbée, qui, de tout temps, a été un des attributs des voyageurs, on est conduit à voir dans cette scène les trois rois mages appelés devant Hérode (fig. 7498). L'ocre est rare dans l'iconographie chrétienne, d'autant plus rare qu'il a fallu y renoncer pour une fresque citée par Perret ! et par Martigny et qu'on peut conserver des doutes pour le sarcophage d'Ancône publié par Bartoli ?, ainsi que pour le coffret d'ivoire donné par Garrucci. Edm. Le Blant a vu dans le sarcophage d'Ancóne la représentation des trois jeunes Hébreux devant Nabuchodonosor . Effectivement, cette dernière scène, assez fréquente sur les sarcophages, offre l'analogie la plus frappante avec l'objet qui nous occupe. Dans l'une et dans l'autre, le nombre des figures est généralement le même. L'attitude de Nabuchodonosor et son costume rappellent l'attitude et le costume d'Hérode. Les trois Hébreux sont vêtus à la phrygienne, comme les mages, avec la tunique courte, les anaxyrides et le bonnet mou. Dans l'une et dans l'autre scène, on voit souvent à côté du roi une colonne surmontée d'un buste. La similitude est si grande que, parfois, les artistes s'y sont trompés, comme c'est le cas sur le sarcophage de Saint-Gilles, — ` Storia del l'arte cristiana, pl. 1054 où l'étoile des Mages est représentée au-dessus des trois jeunes Hébreux et de Nabuchodonosor”. On peut toutefois distinguer les deux scènes à l'aide de détails secondaires. Ordinairement les Hébreux témoignent leur refus de sacrifier en détournant la tête ou en faisant de la main un geste répulsif, tandis que les mages regardent Hérode et lui tendent la main comme on le fait dans la conversation. Enfin, c'est là le détail qui oblige à reconnaître les mages dans le sarcophage d'Ancóne, ceux-ci tiennent leur bâton à la main comme sur la boucle du musée de Charleville et cet attribut serait inexplicable aux mains des trois Hébreux. Sur notre boucle de ceinture les mages sont couronnés, détail qu'on rencontre dès le V siècle ; or la susdite boucle n'est pas antérieure au VI ou au VIII siècle.
Se Es eo e AT du L] PUPL E ELi umero NTC = E ET 125. Londres, South Kensington Museum. Pyxide de Werden : Appel des bergers, Nativité, adoration des mages Bibl. — Garrucci, Storia, pl. ccccxrvi 2. — M. Schmid, Die Darstellung der Geburt Christi in der bildenden Kunst, Stuttgart, 1890, p. 10ff, Ein altchristliches Relief aus der Blülzeil rümischer Elfenbeinschnitzerei, dans Jahrbuch der königlich preussischen Kunstsammlungen, Berlin, 1903, t. XXIV, p. 47, fig. 1. — H. E Kehrer, Die heiligen drei Könige in »i AS — 3 i t EL. j^ Le X | | pyxide d'ivoire.
Le premier mage. L'enfant se saisit du présent qu'on lui offre au ms. suppl. lat. 642, nouv. fonds lat. n. 9393, œuvre carolingienne. Dans un large encadrement de.
132. Ravenne, Chaire de Maximien (voir ce nom). La présentation des Mages.
133. Luxembourg. Bibliothèque du collège. Adoration des mages et des bergers, sculpture sur un.
134. Rouen. Musée. Pyxide d'ivoire de 0 m. 075. de hauteur sur 0 m. 39 de circonférence, n'ayant ni fond ni couvercle. La scène représentée est l'adoration des mages et celle des bergers. Marie assise sur une sorte de coffre sans accoudoirs ni dossier, mais avec un escabeau, présente son fils entièrement nu ; en arrière saint Joseph. Les trois mages se succèdent, vêtus comme d'ordinaire, barbus, coiffés du bonnet dit phrygien, avec une écharpe qui remonte derrière leur dos. Ensuite trois bergers, deux qui accélament, un qui montre l'étoile, ils entourent une crèche où l'Enfant au maillot repose sur un support en maçonnerie, gardé par le bœuf et l'âne, V ou VI siècle.
L'adoration des mages. — La Vierge, nimbée, pix We dnt ten CE £724 : E : E *- - n — - — — : = pi - - i TIU sad A hA À en LY f À LT | : « 3 be 2e 7 IZ »ih T r7 : E« : AGI ——-— NW t ] ALTI + d - DL PIT vi | ? ^V t ] a : < - n J zŠ C + EP A »p y J 4 $” Li A N KENNT, j € n T 1 Eu WEM de RVT Li wu ES 4 2) h | im à ] ITUR NS = — - $ Ès is - be ros Poo eor IDE o e M ae pp n du D Ag tr ooa C T « » la tête couverte d'un voile, est assise sur un siège dont l'extrémité du dossier est recourbée, elle pose les pieds sur un escabeau. L'Enfant Jésus, assis sur ses genoux, vers lequel elle se penche, tend les bras en avant et porte un nimbe crucifère. Les trois mages se suivent, portant le bonnet haut qu'on désigne sous le nom de + bonnet phrygien », vêtus d'un manteau attaché à l'épaule droite et d'une tunique courte, ceinturée à la taille et s'arrêtant aux genoux. Le premier mage porte, les mains voilées dans un pan de son manteau, un plateau sur lequel il présente l'or, l'encens et la myrrhe. Le deuxième, imberbe, porte un objet malaisé à définir. Le troisième, barbu, est identique au premier. La scène se passe devant un décor architectural qui peut faire penser à un portique, avec une grande porte et une baie géminée en plein cintre.
La bordure de feuillage peut être rapprochée de celle d'un ivoire du South-Kensington Museum, qui offre également une adoration des mages. Le songe et le départ des mages sont des sujets très rarement traités avant l'époque romane. Vers 850, Sedulius, dans ses Versus in quodam picto solario scripti décrit des peintures offrant l'histoire des mages ! : Ecce Magi Domino thus dant, syumirnam el aurum, Ecce Magi stellam. visunt, 5imeon quo que Christum. Angelus in patriam quos jeri per devia caram. Inde Magi, palriam, diviso calle, repisunt.
139. Londres, British Museum. La cassette de Brioude, sculptée sur un os de baleine peut prendre place à la suite des ivoires. On y voit l'adoration des mages que nous avons déjà figurée.
M. TERRE-CUITE. — 140, Rome, musée Kircher. Fragment de lampe représentant Marie assise et nimbée et les trois mages nimbés (fig. 7502). Ce fragment a été publié par Garrucci et par Liell, nous le donnons
N. BOIS. — 141. Rome, Porte de l'église de Sainte-Sabine. Ce précieux et presque unique spécimen de l'art de la sculpture sur bois en Occident au V* siècle vers 430, nous offre une composition en partie traditionnelle, en partie nouvelle (fig. 7503). Les mages vêtus à l'orientale, pantalon brodé, présentent leurs dons sur des plats, les mains non couvertes ; ils s'approchent de la Vierge assise sur une chaise basse, sans escabeau, au sommet d'un palier auquel on accède par six degrés, il semble qu'on ait affaire ici à une statue reproduite par le sculpteur ; c'est le temps du concile d'Éphèse et il se peut qu'on ait représenté ici un type alors en faveur.
VÀ acra S8 Ace nafci tm Sn reprenne Bibl. — J. Strzygowski, Das Berliner Moses, Relief | 0. 08, — 142. Caire, Musée. Fragment sculpté, sur lequel on pourrait reconnaître un roi mage.
P. FONDS DE COUPES, — R. Garrucci, Veíri ornati di figure in oro, in-4°, Roma, 1864, admet l'existence de cinq fonds de coupes offrant la représentation des mages, ce sont pl. rv, n. 7, 8, 9, 10, 11 ; ce même Ch. Bayet, Catalogue, n. 11 !-^ ; tandis que H. Vopel, Die altchristlichen Goldgläser, 1899, les revendique pour le type de Daniel, p. 67, 103, n. 203-212. Nous
G. GEMMES. — 146, Ancienne collection Hoffmann. Intaille chrétienne en cristal de roche. L'adoration des mages ; dans le haut légende magi que sur deux lignes.
— Dic- | 148. Londres. Musée britannique. Pâte verte imitant un camée de forme circulaire. La Vierge couchée ainsi que son Fils, saint Joseph veille. Dans l'angle gauche, les rois mages prosternés : HFENNHCIC (nativité) ; |3TTATTANTE IHPA MH de la sainte mère du Christ) (fig. 7507). christian antiquilies, in-d°, London, 1901, p. 18, n. Hs 1 pl. e n. 116 ; Ch. Bayet, Catalogue, n. 55. . TISSU. — 149. RE un vêtement de provenance égyptienne dont la date semble prendre place entre le VI* et le VIe. Cet objet a fait partie de la succession du major W. J. Myers et on pourrait admettre qu'il provient d'Akhmin (voir ce nom}, à raison de la ressemblance qu'il offre avec des vêtements trouvés dans cette localité. C'est une tunique de lin avec une ornementation de tapisserie (fig. 7508). Malgré son état défectueux de conservation, cette tunique nous représente très exactement un vêtement qui a pu être porté par un prêtre aussi bien que par un laïque. Sur la poitrine et sur le dos deux bandes ornées, terminées par des médaillons rappellent les clavi de la tunique romaine, mais une bande transversale dessine l'ouverture destinée au passage de la tête et met sur la voie du vêtement du Moyen Âge. A la partie inférieure de la tunique, deux larges médaillons accouplés (orbiculi ou segmenla), et deux autres de même dimension sur les épaules. La traverse horizontale a un dessin particulier (des animaux), les bandes verticales et les médaillons ont chacun un dessin. Les bandes l'emploient droit et retourné ce qui conserve la symétrie : les médaillons nous présentent la scène de l'adoration Il est permis d'hésiter un moment en présence du rebus que nous offre cette figure, cependant l'interprétation est certaine. A la partie inférieure, on voit l'appui du fauteuil dans lequel la vierge Marie est assise portant son Fils sur sa poitrine. Devant et au-dessus de ce groupe on distingue quatre êtres qui ressemblent plus à des gnomes qu'à des mages, trois oiseaux viennent encombrer le champ déjà passable1060 HCTOV (arrivée — Égypte. Le Musée Britannique
Bibl. — O. M. Dalton, Catalogue of early christian antiquities and objects from the christian East... of the Brilish-Museum, in-8°, London, 1901, p. 168-169, n. 951, — O. M. Dalton, Byzantine art and archaeology, in-8 », Oxford, 1911, p. 581-583, fig. 366.
150. Égypte. Akhmin-Panopolis, VI siècle, médaillon.
151. Égypte, Akhmin-Panopolis, VII siècle.
VIII. LES NOMS DES MAGES. — Le manuscrit lat. 4,884 de la Bibliothèque nationale paraît dater de la fin du VIII ou du IX siècle et porte ce titre inexpliqué qui semble avoir été ajouté au X* siècle ou peu après :
Lepido et Arruntio (an. 6 de J.-C.). In his diebus sub Augusio kalendas januarias magi obtulerunt ei munera el adoraverunt eum. Magi autem vocabantur Bithisarea, Melichior Gathaspa, La Chroni que parait avoir été traduite du grec, mais le compilateur ne s'est pas fait faute d'ajouter quelques détails de son invention. Les noms des mages feraient partie de ces additions dont l'origine mérite d'étre recherchée. Tl semble que le barbare a eu devant les yeux quel que Évangile apocryphe contenant des récits légendaires relatifs à la naissance et à la mort de Jésus-Christ ; ainsi qu'il arrive fréquemment dans cette littérature on y a introduit pour donner plus d'apparente vraisemblance les noms de personnages qu'on ne rencontre nulle part dans l'Ancien ni dans le Nouveau Testament. Ces noms peuvent avoir été défigurés volontairement ou par maladresse de copiste, mais on ne peut l'affirmer. L'évidente antiquité de Galhaspa (voir les nombreux noms perses en -aspa), parait faire une présomption suffisante en faveur des autres formes des Excerpla. On comprend très bien qu'on ait changé Bilhisarea en Ballasar, nom que le livre de Daniel avait rendu familier, on ne comprendrait pas l'inverse. Melchior est aussi inconnu, en dehors du nom des mages, que Melichior, et cette dernière forme a pour elle d'être dans les Excerpta.
Que les noms soient ou veuillent être perses, c'est ce. qu'on peut affirmer a priori, les « mages » étant considérés comme des Perses à l'épo que où ces noms ont été inventés, et c'est ce que confirme visiblement le nom Gathaspa *. » Quelle qu'en soit la forme primitive, les noms des | mages ont été longtemps oubliés ; mais la tradition | perdue dans nos pays s'était conservée en Irlande, et la forme sous laquelle les noms irlandais des rois mages nous sont conservés diflére également des Excerpta et de la tradition postérieure.
Dans un manuscrit réputé du xi siécle, et du début de ce siécle probablement, et qui contient un Liber hymnorum *, on trouve un hymne attribué à saint Hilaire contenant ces mots : func magi stellam secuti primi adorant parvulum qu'accompagne la glose suivante : ;
Molcho eorum senior qui aurum deo regi obtulit ; secundus Cas par juvenis qui tus deo oblulit ; tertius Pati... mirram homini obiulit, unde quidam dixit C'est-à-dire : « Melchar porteur de l'or ; Cas par apporta l'encens en grande quantité ; Patifarsal apporta l'excellente myrrhe ; ils les donnèrent au royal souverain. » 1063 * On leur a donné d'autres noms : Malcus, Palifaxat, Casper 1, On est tenté de croire qu'une tradition rapprochée de celle de l'Irlande s'est conservée en des lieux plus voisins de Cologne. Dans le fameux Hortus deliciarum de labbesse alsacienne Herrade de Landsberg | (f 1195), les trois mages s'appellent Melchior, Gas par et Patisar ?. Quoi que Herrade de Landsberg ait fait de nombreux emprunts à l' « Histoire scolasti que », dont nous parlerons tout à l'heure, il est permis de croire que nous avons affaire ici à une tradition indépendante, en relation avec la tradition irlandaise.
On ne mentionne ici que pour les écarter deux monuments figurés qui auraient conservé les noms usuels des mages : une mosai que de Sant« Apollinare Nuovo de Ravenne oü les trois mages portent des couronnes (n° 97) ; elle a été restaurée à l'épo que moderne ? —, et une peinture murale de S. Urbano della Caffarella, prés de Rome, où on lit deux fois les trois noms Melchior, Gas par et Baldasar . Cette peinture est datée de 1011, mais l'église où elle est conservée a été refaite en 1634 .
Un traité attribué à Béde (T 630), les Excerptiones pairum, nous donne les noms traditionnels accompagnés d'une description physi que des trois mages et de la couleur méme de leurs vétements. Melchior est un vieillard, il offre l'or au Seigneur comme à un roi ; Cas par est je une, il présente l'encens au Christ comme Dieu ; Ballasar, qui est négre, apporte la myrrhe à Jésus pour annoncer sa mort. Le récit attribué à Béde présente des rapprochements frappants avec la tradition irlandaise mentionnée plus haut ; il doit lui être apparenté de près et c'est le texte des Excerptiones qui a dü servir au récit qu'ont rédigé ceux qui firent la découverte des corps des mages à Milan, en 1158.
On lit dans la Chroni que de Robert de Thorigny le meilleur récit connu des événements qui amenérent les corps des rois mages de Milan à Cologne : a En l'année 1155, on découvrit dans une anti que chapelle, prés de la ville de Milan, les corps des trois mages qui ont adoré Notre Sauveur enfant à Bethléem, et, par crainte de Frédéric, empereur d'Allemagne, qui se disposait à assiéger Milan, on les releva et on les déposa dans cette ville.
« En 1164, Renaud, archevé que élu de Cologne et chancelier de Frédéric, empereur d'Allemagne, transféra les corps des trois mages de Milan à Cologne. Ces corps qui avaient été embaumés, étaient conservés intacts jusqu'à la peau et aux cheveux. » — Le chroniqueur ajoute que les mages semblaient âgés de quinze, de trente et de soixante ans. — « Saint Eustorge (315-331) qui les avait reçus d'un empereur, les avait transportés de Constantinople à Milan avec une table sur laquelle ils étaient étendus, dans un petit chariot, que deux vaches tiraient *. » 1064 C'est en 1158 que Milan fut pour la première fois —— assiégée et réduite à merci, et c'est en 1162, que là ville fut rasée par Frédéric Barberousse. On montre encore à San t'Eustorgio le sarcophage des rois mages.
Leur présence dans cette église suffit pour expliquer | qu'on ait mélé le nom du patron de l'église à leur premiére translation.
En 1364 ou 1365, Jean Schadland, évé que d'Hildesheim, écrivit l'histoire des trois mages. Son Liber de gestis ac trina trium regum translacione, a été imprimé souvent.au xv* siécle en latin et en allemand, et une fois en francais. Ce curieux ouvrage prétend étre composé d'après des traditions orienta les, peut-être arméniennes. Dans ce livre, Melchior est roi de Nubie et d'Arabie, Balthasar de Godolya et de Saba, Jas par de Tharsis et de l'ile d'Egryzoulla.
C'est, naturellement, de la découverte des corps des rois mages ou de leur translation que date la popularité de leurs noms. Mais, chose singulière, les premiers noms qui apparaissent à ce moment ne sont pas les noms traditionnels. On admet généralement que les noms nouve aux des mages se rencontrent simultanément dans deux auteurs contemporains : Zacharie le Chrysopolitain et Pierre Comestor et, que chez ce. dernier auteur, ils sont juxtaposés aux noms anciens. Ce n'est pas entièrement exact.
Nous écarterons d'abord le système des auteurs pour lesquels Zacharie est un évê que bithynien, vivant vers 1100, Chrysopolis est le nom hellénisé de Besancon, comme c'était le surnom de Byzance. Le chroniqueur Aubry de Trois-Fontaines nous dit que Zacharie le Chrysopolitain était, vers 1157, chanoine de composa son harmonie des évangi les intitulée Unum ex qualuor. On l'identifie généralement avec un ceri tain Zacharie qui était « docteur des éco les » de — Besançon en 1131 et en 1134. Quoi qu'il en soit, nous ne pouvens croire que son harmonie évangéli que ait été rédigée avant l'Histoire scolasti que de Pierre Comestor. En effet, dans le meilleur et le plus ancien manuserit, les sour ces de notre auteur sont indiquées en marge, et l'autorité la plus souvent invoquée est le — Magister, c'est-à-dire le « maitre des histoires », Pierre le Mangeur. Les noms des trois mages, en particulier, sont donnés comme empruntés au Magister +.
Il est vrai que, dans ce cas, ce ne serait pas à Comestor lui-méme, mais aux manuscrits interpolés de I Histoire scolasti que que Zacharie aurait emprunté les noms des trois rois. Il reste là une problème à éclaircir..
Quant à Pierre Comestor, ou le Mangeur, il était chanoine et, paraît-il, écolàtre de Troyes, lorsqu'il composa vers 1178, à ce qu'on estime, sa célèbre Histoire scolasli que. C'est dans les manuscrits de ce livre, qui fut l'e Histoire sainte » du Moyen Age, que nous trouvons pour la premiére fois les prétendus noms hébreux et grecs des rois mages, bientót unis aux noms « latins » qui sont les noms traditionnels :
Nomina trium magorum haec sunt : hebraice Apellius , Amerus , Damascus ^ ; grece Galgalath, Magalath , Sarachim ?.
-..8 096, 5 098, 5 099, 6 101, n'ont rien de plus que ceci.
Un cinquiéme, Paris, lat. 5 097, ajoute ces mots :
Latine : Balthasar mirram, thus aspis, Melchior aurum.
Le sixième, Paris, lat. 5 100, ajoute, mais en marge seulement. :
Latine Gas par, Balthasar, Melchior.
C'est ainsi que les prétendus noms latins, c'est-à-dire les vrais noms traditionnels quel que peu défigurés, se sont introduits dans l'Hisloire scolasti que. Nous les trouvons dans la traduction française, datée de 1295, et qui est due à un chanoine d'Aire-sur-la-Lys, Guyart Desmoulins :
Li non des iij. roys sont tel : en hébreu Appellius, Amerus, Damascus ; en grec, Galgalac, Magalac, Caracin ; en latin Baltasar, Iasper, Melchior. Baltasar offri ue Iasper enchens, Melchio or, dont un vers est fait :
Baltasar mirram, tus Jasper, Melchior aurum *.
Les prétendus noms hébreux et grecs des rois mages, lels que nous les donne Comestor ont-ils une raison d'être en dehors de l'imagination de l'auteur ou plutót de ses contemporains ? Il est permis d'en dou ter. Les noms de Dasmascus et de Saracin (si cette forme est la plus ancienne) s'expliquent d'eux-mémes. Quant aux noms « hébreux », un inconnu, cité par M. Nestle les expli que d'une manière ingénieuse. On lit, nous dit-il dans Isaïe vrr, 4 ; Antequam puer sciat appellare patrem suum, capiet vim Damasci et spolia Samariae. Par malheur, les textes latins de la Bible que nous connaissons ont tous vocare et non appellare.
Saint-Martin de Laon, et que c'est en cette ville qu'il | Cette citation, du reste, est digne d'intérét à tous les égards. Elle est empruntée, à peu prés mot pour mot, à la traduction latine du Panarion de saint Épiphane, de l'édition Petau. Il serait tentant d'admettre que Zacharie a eu sous les yeux cette méme version latine et que c'est à elle qu'il a emprunté, par un jeu de mots, les trois noms « hébreux » des mages. Mais ce ne sont là que des conjectures plus qu'invraisemblab les, et il faut savoir se garder de tels entraînements.
Zacharie le Chrysopolitain insinue une autre étymologie :
Magalath interpretatur nuntius, Galgalat devotus, Saracin gratia.
Les noms orient aux des douze mages (car tel est leur nombre dans le tradition syria que) sont conservés sous plusieurs formes par les écrivains syriens. Voici la liste que donne Salomon de Bassora, vers 1222 :
. Zarvana des filius Artabani. Hormisdas filius Sitruchi. Gusnaphus filius Gunaphari. Arsa ces filius Miruchi. Zarvanda des filius Varzudi. Orrhoes filius Chosroae. Artaxertes filius Hulaiti.
. Estunabudanes filius Sisronis.. Maruchus filius Chuami.
Ces noms ont varié à l'infini et nous n'en avons ici que la forme latinisée. On remar que principalement le nom de Gunapharus (Bahr-Bahlül : &Güdophor ; Denis Barsalibi : Godephor), qui ressemble beaucoup au nom du célébre roi des In des, le héros des Actes de saint Thomas, Goundaphoros. Les rapprochements to co -1 c : cro OO pO que peuvent suggérer ces noms sont du ressort des. orientalistes., La liste des noms des mages dans les diverses langues et dans les diverses littératures serait assez longue et, jusqu'à présent, ces noms n'ont pas été suffisamment établis et discutés. Il y a deux séries de noms plus ou moins per sans et deux séries de noms éthiopiens. Schœbel a découvert trois noms des mages : Ator. Salor et Perator ; il ne s'est pas douté que ces noms se trouvaient dans le fameux aba que
Tess 1067 pie Kunde des Urehristentums, 1902, t. i11, p. 1-14. — F. Fornari, Della origine del lipo dei magi nel l'antica arte cristiana, dans Nuovo bullettino di archeologia cristiana, 1911, p. 69-76. — H. Kehrer, Die heiligen | drei Kónige in Literatur und Kunst, 2 vol. in 85, Leipzig, 1909. — G. Lambakis, Ilepi zo £v tj ouver- | Shoe : xal TH TÉAYN Tv Xoyxiow YOLOGTLAVOY GYNUATOS | ToU « octÉpos TE Babeëu, dans N£x ræv, juilletaoût, 1905, t. rr, p. 542-554. — H. F. J. Liell, Die | MAGIE. I. Le mot et la chose. II. Les pratiques magiques. III. Astrologie et magie. IV. Histori que. V. Les juifs. VI. Les chrétiens. VII. Origène et la magie. VIII. L'accusation de magie. IX. La baguette magi que. X. La magie au rtv* siècle. XI. La magie chez les coptes. XII. Persistance de la magie. XIII. Formu les magiques.
I. LE MoT ET LA CHOSE. — Le mot « magie » est un de ces termes commo des au moyen desquels on désigne une foule de notions dont on ne saurait dire, et encore moins prouver, qu'el les s'y rattachent d'une maniére queleon que. Quel les sont ces notions et quels caractères communs les rapprochent, c'est ce qu'il n'est pas facile de déterminer. Sous cette épithéte « magi que » nous ne savons pas beaucoup mieux ce qu'il faut | grouper que ee qu'il faut exclure, mais nous savons que le champ à parcourir est immense puis que tous les peup les, les plus sauvages comme les plus civilisés, les plus éloignés comme les plus rapprochés de nous ont traversé une période de superstitions et d'empirisme qui constituent à peu près ce que nous désignons sous le nom de“ magie ».
Les mots wæyelx et magia, en eux-mêmes, apprennent peu de chose. Ils font allusion à une classe de prétres de la secte de Zoroastre, dont les artifi ces et les formu les furent importés en Gréce. peut retenir, c'est une origine persane, de laquelle se distinguent une doctrine et des procédés d'une origine différente, mais imprécise, d'ailleurs faisants ét pernicieux qui sont désignés sous le nom de yYonrsix et oxouxxsix. Les mages sont des prêtres, | les goétes sont des charlatans, les uns et les autres des exploiteurs de la crédulité humaine, procédant au moyen de senten ces, de chants, de contes, de drogues et d'impostures plus ou moins nocives. Dés lors, il existe des mages et des magiciens qui sont en lutte les uns avec les autres, qui s'accusent les uns les autres et que leur clientéle distingue comme religieux et comme impies. Les mages participent à des secrets divins dont ils révèlent quel que chose aux hommes ; les magiciens possèdent une science démonia que qu'ils exploitent aux dépens des hommes.
Gette distinction n'existe qu'au regard de la foule qui pressent, si elle n'artieule pas encore, deux directions analogues à cel les qu'on a introduites depuis entre la magie blanche et la magie noire ; la premiére, anodine et instructive un peu à la maniére de la prestidigitation, la deuxième inquiétante et volontiers immorale. Geux qui réfléchissent n'admettent pas génénous | Tout ce qu'on | ralement cette opposition et ne font, ainsi qu'Hésychius, auc une distinction entre la Yonrtetx et la uela : quant à Porphyre il ne connait que la yonrtelæ et | saint Augustin ne connaît qu'un art uni que que ses | quam vel magiam vel detestabiliore nomine goeliam vel honorabiliore theurgiam « vocant t, On a justement observé que « cette assimi- - lation de la théurgie et de la basse magie, que l'école d'Alexandrie s'était appliquée à distinguer, peut être « nuan ces diversifient : suspecte chez un chrétien * » qui a intérét à ne pas connaitre la distinction et à repousser tout au méme - titre ; mais un païen instruit, Pline lui-même, ne con- - sent à voir dans la magie qu'un art décevant composé de médecine, de religion et d'astrologie ?. A partir - du début de notre ére, les Latins n'admettent plus | qu'une différence de degré entre le mage et le magicien, | de méme qu'ils assimilent la magie à l'alchimie, à - l'astrologie et à la divination (voir Dictionn., t. um col. 1065-1072, t. rv, col. 1198-1212). II. LES PRATIQUES MAGIQUES.
1068 — La magie »beaucoup moins une élucubration qu'une réalisation ; elle tend à la prati que et celle-ci s'affirme par l'intervention visible qui dérange l'ordre prévu des choses. Les prodiges obtenus en dehors ou en opposition | avec les actes religieux, qui procurent un avantage injustifié et, parfois, au détriment d'autrui, sont la — matière préférée des pratiques magiques. Tandis que la religion, par des moyens respectab les et appropriés, laisse espérer à ses fidè les une intervention bienfaisante de la Divinité, la magie a recours à - | d'autres voies et ses prodiges manquent le plus ordi- nairement du caractère de dignité, d'utilité et de - moralité qui distingue les mirac les authentiques. Si on prend la peine de parcourir la littérature chrétienne, - nous en excluons, cela va sans dire, les apocryphes | de toute espèce, on ne peut tarder à étre frappé de la — bienfaisance, de la convenance qui gravité, de la accompagnent les manifestations surnaturel les et les modifications qu'el les imposent aux règ les de la nature. Au contraire, la magie se révèle par un accompagnement de phénomènes superflus ou ridicu les, l'intervention magi que aboutit trés vite à l'absurdité et au paradoxe, elle se signale surtout par son inutilité. Faire descendre la l une du ciel, anim aux et les pierres, faire marcher les statues, se métamorphoser et métamorphoser les autres, voilà quelques-unes des principa les merveil les à l’aide desquel les les magiciens captivent leur clientèle, Mais M la magie offre un autre aspect plus prati que et moins faire parler les bénin, aspect utilitaire qui lui procure des bénéfi ces appréciab les. Elle recourt à la confection et à l'emploi de maléfi ces qui doivent procurer un avantage que des moyens naturels n'assureraient pas. Nous avons « (voir Dictionn., | son adversaire. La magie exerce son activité non - seulement au cir que, où un cocher envoüte son rival | de la faction adverse, mais au tribunal oü l'orateur se trouve pris de court, mais à la campagne où l'agri- | culteur se désespère à la vue de son troupeau ensorcelé et de ses terres stéri les. Dans une autre direction, nous voyons des amoureux transis, des maris empé| chés et des médicastres tenant bouti que de philtres. de charmes et de compositions qui, si el les ne sont pas mortel les, sont certainement malpropres et probablement malsaines.
La magie est propre à tout : on recourt à elle pour faire tomber la pluie, éloigner la grêle, chasser les nuages, apaiser les vents, fertiliser le sol, multiplier les anim aux ; c'est la grande ressource lorsqu'il s'agit de mettre fin à la stérilité du bétail, au man que de lait des brebis, à l'épidémie et à l'épizootie qui dé- | vastent un canton. Elle traine à sa suite un cortége de pratiques dont on ne sait s'il faut en rire ou en pleurer, et qui se sont pour la plupart réfugiées dans nos campagnes oü el les portent le nom de supersti“ tions et forment l'avant-garde de la sorcellerie.
Les plus anciens monuments et descriptions de = cérémonies magiques nous font connaître une sorcellerie populaire, magie de pay sans, médecine grossière, où côtoient les incantations et les recettes. Elle. pénètre les actions de la vie domesti que, préside à la maladie qu'il lui arrive de provoquer ou de prolonger ; elle se mêle aux incidents de la vie sociale et de la religion populaire. La loi des XII Tab les l'interdit et le mot maleficus, usuellement employé pour désigner le magicien, ne devient un terme de droit qu'à partir de Dioclétien. Gependant le mot magus a été introduit dans la loi dès la première année de Tibére et, à partir du régne de Trajan, il est généralement appliqué aux praticiens de la magie criminelle. Quant aux sorcières, désignées sous les noms de sagae ou striges, on les considère ordinairement comme des vampires.
III. ASTROLOGIE ET MAGIE. — Au début de notre ére, les vieux procédés de divination étaient tombés dans un certain discrédit qui s'étendait à tout l'ensemble de la religion gréco-romaine. L'astrologie s'imposa alors, entourée de tout le prestige d'une science exacte fondée sur une expérienee d'une durée pres que infinie. Elle introduisit dans la prévision de l'avenir et dans le tissu d'événements dont se compose cha que existence humaine une rigueur et une certitude comparab les aux calculs des mathématiques.
Le monde fut surpris, séduit et conquis par une mé- | thode si nouvelle d’où le charlatanisme était exclu, qui semblait ne plus relever que des scien ces exactes. Ge fut un engouement que les savants aidèrent à répandre en présentant les principes de l'astrologie comme autant de déductions participant aux calculs de l'astronomie. L'art et la littérature n'ont pas assez d'enthousiasme pour cette ferveur nouvelle qui envahit aussi bien les classes populaires que les milieux aristocratiques, — les campagnes seu les réfractaires. Bien vite l'astrologue a une clientèle considérable qui lui soumet les décisions à prendre depuis les plus graves jusqu'aux plus futi les.
Gela n'allait pas toutefois sans contradiction. Dès le H* siècle avant notre ère, le philosophe Carnéade avait soulevé des objections qui devaient former le principal fonds exploité, arrangé, développé en cent façons diverses par les polémistes postérieurs, Mais les défenseurs de l'astrologie trouvaient réponse à tout. Non sans habileté, ils s'attachaient à établir des faits d'observation d'où ils tiraient des conclusions logiques. La végétation et la stérilité dépendaient du soleil ; le mouvement des marées dépendait de la l une ; l'altéralion de la température se rattachait au lever de tel les constellations. D'où il fallait conclure que l'action du ciel sur la terre est incontestable, que l'influence des astres est inévitable et que les prévisions qui en découlent sont légitimes.
L'astrologie, avant l'avénement du christianisme, fut contredite et combattue par les néo-académiciens qui déniaient à l'homme ]la possibilité d'atteindre une certitude quelcon que. Par contre, les stoïciens la favorisérent tout en l'améliorant. Dans la suite, son succès fut si général qu'elle exerça une domination incontestée, à ce point qu'à la cour des Sévères, celui qui eût nié l'influence des planètes sur les évé- | nements de ce monde eût passé pour plus déraisonnable que celui qui l’admettrait aujour d'hui.
Les erreurs ne manquaient certes pas, mais loin de donner un démenti à la doctrine, el les n'atteignaient que la science ou la probité de l'astrologue qu'on maudissait copieusement, sauf à s'adresser à un de ses confréres en possession d'une réputation plus brillante et, en apparence, mieux justifiée.
Ge qui rendait l'astrologie invulnérable à l'expérience, c'est qu'elle était non une science mais une foi, ou plutôt une crédulité, Née et grandie dans les temp les de la Ghaldée et de l'Égvpte, méme en Occident, elle ne se dégagea ja mais complètement de la religion qui l'avait engendrée, C'est cette origine religieuse qui lui donnait son aspect dogmati que fondamental qui est la solidarité universelle s'exprimant par la « sympathie ». L'astrologie fut religieuse par son origine el ses principes ; mais surtout par son alliance étroite avec les cultes orient aux, surtout ceux des Baals syriens et de Mithra ; elle le fut enfin par les efiets qu'elle produisit sur le paganisme romain.
TEXTE CORRIGÉ :
Quand les dieux de l'Olympe furent incorporés dans les astres, quand Saturne et Jupiter devinrent des planètes et la Vierge céleste un signe du zodiaque, ils prirent un caractère très différent de celui qui leur avait appartenu à l'origine. On peut montrer comment, en Syrie, l'idée de la répétition indéfinie de cycles d'années suivant lesquels se produisent les révolutions célestes, conduisit à la conception de l'éternité divine ; comment la théorie de la domination fatale des astres sur le monde, amena celle de la toute-puissance du « maître des cieux » ; comment l'introduction d'un culte universel fut le résultat nécessaire de l'idée que les étoiles exercent leur influence sur les peuples de tous les climats. De ces conséquences il découla logiquement une rapide métamorphose de l'ancienne idolâtrie, et le Soleil, roi et conducteur du monde entier, devint la puissance la plus élevée du panthéon romain.
L'astrologie introduisit dans Ce une multitude de divinités nouvelles, dont quelques-unes singulièrement abstraites : constellations, signes du zodiaque, temps et ses subdivisions : siècles, années, saisons, mois, jours et heures personnifiés, divinisés, allégorisés. Tout cela ne dure qu'un temps limité, car le monde est soumis à de perpétuels recommencements.
L'astrologie révéle encore la vie future des mortels. Les âmes, obligées de descendre dans les corps qui les tiendront captives, doivent traverser les sphères des planètes de qui elles recoivent quelques-unes de leurs qualités. Rendues par la mort à la liberté, elles regagnent leur premier séjour, si elles ont bien vécu, et à chacun des cieux superposés qu'elles traversent, elles se dépouillent des passions et des penchants qu'elles avaient acquis durant leur premier voyage, pour s'élever enfin jusqu'au séjour des dieux.
C'est là que l'alliance des théorèmes astronomiques et de leurs anciennes croyances conduisit les Chaldéens, La logique de l'hellénisme coordonna plus tard les doctrines orientales, les combina avec la philosophie stoïcienne, et en constitua un système d'une incontestable grandeur, reconstruction idéale de l'univers, dont la hardiesse puissante inspire à Manilius, lorsqu'il ne s'épuise pas à lutter contre une matière rebelle, des accents convaincus et sublimes. Mais malgré la précision subtile que les Grecs introduisirent dans leurs spéculations, l'esprit qui pénétra l'astrologie jusqu'à la fin du paganisme ne démentit jamais ses origines orientales et religieuses.
Le principe que les Chaldéens concurent les premiers et imposèrent comme la loi inflexible de l'univers fut la Fatalité. De ce qu'une loi immuable réglait le mouvement des corps célestes, ils conclurent à son application à tous les phénomènes moraux et sociaux. La Fortune aveugle décidait aveuglément du sort des mortels et des immortels qui ne pouvaient s'y dérober tout au plus pouvaient-ils exercer une part restreinte d'influence sur leur destinée. Le christianisme ne pouvait admettre cette doctrine et il la combattit, mais sans grand résultat. L'ouvrage le plus important est malheureusement perdu : c'est le lepi eiuxou£vaz de Diodore de Tarse, dont nous avons un résumé dans Photius +. Hippolyte de Rome dans ses Philosophoumena, IV, xxvir-xLi, s'est attaqué aux magiciens et a dévoilé quelques-unes de leurs pratiques superstitieuses et leurs sortilèges. Le passage en question a son unité et se distingue de ce qui le précède et de ce qui le suit. On y a reconnu le xri ugyov auquel Hippolyte fait allusion (loc. cif., VI, xxxix) comme à un de ses ouvrages et il se pourrait que le passage en question ait appartenu au livre III des Philosophoumena, livre considéré à tort comme perdu. La source utilisée par Hippolyte ne serait pas le xax txy« v de Gelse, mais un opuscule du néo-pythagoricien Trasym ?de de Metaponte, rédigé vers le début du rme siècle #, Nous avons conservé le traité sur le même sujet de Grégoire de Nysse ? qui eut pour allié le platonicien Hiéroclès . On trouve enfin beaucoup d'attaques contre l'astrologie dans saint Basile , saint Grégoire de Nazianze, saint Méthode d'Olympie ; plus tard dans saint Jean Ghrysostome, Procope de Gaza. Il existe enfin un curieux passage de Julien d'Hali carnasse ?, mais l'adversaire principal des mathematici est saint Augustin. Néanmoins la Fatalité résistera à | Loutes les attaques et s'imposera finalement à l'islam.
Les armes dont les écrivains ecclésiastiques se | servent pour la combattre, sont empruntées à l'arsenal de la vieille dialectique grecque ; ce sont, en général celles qu'avaient employées depuis des siècles tous les défenseurs du libre arbitre : le déterminisme détruit la responsabilité ; les récompenses et les châtiments sont absurdes si les hommes agissent en vertu d'une nécessité qui les domine, s'ils sont des héros ou des criminels nés. Un argument touche notre sujet de plus près : si un Destin irrévocable s'impose à nous, aucune supplication, objectait-on, ne peut changer sa volonté ; le culte est inefficace, et les prières ne sont plus, pour employer une expression de Sénèque, que « les consolations d'esprits maladifs 5. » Quoi qu'on pût dire, le caractère religieux de l'astrologie opprima toujours sa tendance logique. Planètes et constellations furent toujours considérées non seulement comme des forces cosmiques immuables, mais comme des divinités exorables à leurs adorateurs en faveur desquels elles pouvaient se départir de leur rigueur et se laisser fléchir par des sacrifices et des adorations. C'est ainsi que Firmicus Maternus associe la Fatalité à l'intervention des dieux qui, convenablement invoqués, pourront contre-balancer l'influence des étoiles. Ses contemporains et ses compatriotes ne pensent ni n'agissent autrement et ceux qui sollicitent anxieusement un horoscope au même instant où ils se flattent d'en modifier l'annonce par leurs prières aux Destins.
La Fatalité traînait avec elle un péril si accablant que les âmes cherchèrent à échapper à la pression de ce mécanisme cosmique et à se dégager de cet esclavage. Pour y réussir il fallait autre chose que les cérémonies de l'ancien culte, il | magie ne conservent plus rien de l'ordonnance systé- | sentiment de déses- | fallait des moyens plus énergiques, capables d'agir - sur des puissances nouvelles ; ces moyens puissants et - mystérieux au point de pouvoir conjurer le sort, on devait les trouver dans une force jusqu'alors inconnue : : la magie.
« Comme l'astrologie, la magie est donc à certains égards une science. D'abord, elle repose en partie, comme les prédictions de sa compagne, sur l'observation, — une observation souvent incomplète, superficielle, hâtive, erronée, mais néanmoins très considérable. C'est une discipline expérimentale. Parmi la multitude des faits que la curiosité des magiciens a notés, il en était d'exacts qui ont reçu plus tard la consécration des savants. L'attraction de l'aimant sur le fer a été utilisée par les thaumaturges, avant d'être interprétée par les physiciens. Dans les vastes compilations qui circulaient sous les noms vénérables de Zoroastre ou d'Hostanés, des remarques dans la 3 — fécondité des se mélaient certainement à des idées puériles à des préceptes absurdes à des, de même que dans les traités d'alchimie grecs qui nous sont parvenus. — L'idée même qu'en connaissant la puissance de certains agents, on peut faire agir des forces cachées — de l'univers et obtenir des résultats extraordinaires, 2 nspire les recherches de la physique comme les affirmations de la magie. La magie est une physique dévoyée comme l'astrologie est une astronomie pervertie. —— « De plus, la magie, toujours comme l'astrologie, — est une science, parce qu'elle part de la conception | fondamentale qu'il existe dans la nature un ordre L E. des lois, et que la même cause produit toujours les mêmes effets. La cérémonie magique qui s'accomplit avec le soin d'une expérience de laboratoire, aura — régulièrement la conséquence attendue. Il suffit = de connaître les affinités occultes qui unissent toutes “choses, pour mettre en mouvement le mécanisme — de l'univers. Seulement l'erreur des sorciers est . d'établir une association entre les phénomènes qui ne dépendent nullement l'un de l'autre. Le fait d' exposer un instant à la lumière une plaque sensible dans une chambre noire, de la plonger ensuite, suivant des recettes données, dans des liquides appropriés d'y faire apparaître ainsi l'image d'un parent ou un ami, est une opération magique, mais fondée sur des réactions véritables, au lieu de l'être sur des sympathies et des antipathies arbitrairement opposées. La magie est donc bien une science qui se cherche, et qui devient plus tard, comme l'a définie Frazer, « une sœur bâtarde de la science s. - « Mais, comme l'astrologie, elle aussi fut religieuse à l'origine, et resta toujours une sœur bâtarde de la religion. Toutes deux grandirent ensemble dans les temples de l'Orient barbare. Leurs pratiques firent partie d'abord du savoir équivoque de féticheurs qui prétendaient, par des rites connus d'eux seuls, agir sur les esprits qui peuplaient la nature et la vivifiaient tout entière. Mais de même que la puissance de p plus en plus grande attribuée par les Chaldéens aux divinités sidérales transforma la vieille astrologie, — de même la magie prit un autre caractère à mesure y “que le monde des dieux, conçu à l'image de l'homme, se dégagea et se différencia davantage des forces physiques. L'élément mystique qui de tout temps se mêlait à ses cérémonies, reçut une précision et un dé_ Yeloppement nouveaux. Le magicien par ses charmes, ses talismans et ses conjurations agit désormais sur E : démons » célestes ou infernaux et les contraint à lui obéir. Mais ces esprits ne lui opposent plus — seulement la résistance aveugle de la matière animée ‘a - d'une vie incertaine, ce sont des êtres actifs et doués d'intelligence et de volonté. Ils savent se venger de l'esclavage qu'on prétend leur « faire subir et punir de son audace l'opérateur qui — les redoute, tout en invoquant leur secours. L'incantation prend ainsi souvent la forme d'une prière - adressée à des puissances supérieures à l'homme, et “la magie devient un culte. | « Sœurs jumelles engendrées par l'Orient superstitieux et érudit, la magie et l'astrologie sont toujours les filles hybrides de sa culture sacerdotale. L Leur existence est gouvernée par deux principes contraires, la raison et la foi, et leur volonté oscille E. perpétuellement entre ces deux pôles de la pensée. El les | | s'inspirent, l'une et l'autre, de la croyance en une E sympathie universelle, qui suppose entre les êtres et |. les objets, animés tous pareillement d'une vie mystérieuse, des relations occultes et puissantes. La doctrine $ des influences sidérales combinée avec la constatation de l'immutabilité des révolutions célestes, conduit « l'astrologie à formuler pour la première fois la théorie d'un fatalisme absolu et préconnaissable. Mais à côté de ce déterminisme rigoureux, elle conserve la foi de son enfance en des étoiles divines, dont l'homme par sa dévotion peut s'assurer la bienveillance et désarmer la malignité. La méthode expérimentale se réduit à compter les pronostics fondés sur le caractère supposé des dieux stellaires.
« La magie, elle aussi, reste à demi empirique, à demi religieuse. Comme notre physique, elle repose sur l'observation, elle proclame la constance des lois de la nature et elle cherche à s'emparer des énergies latentes du monde matériel pour les asservir à la volonté de l'homme. Mais en même temps elle reconnait dans les forces qu'elle prétend se soumettre, des esprits ou démons, dont on peut, par des sacrifices et des incantations, se concilier la protection, adoucir la malveillance ou déchaîner l'hostilité furibonde.
* Malgré toutes les aberrations où elle s'égarérent, l'astrologie et la magie n'ont pas été inutiles. Leur savoir mensonger a contribué sérieusement au progrès des connaissances humaines. En entretenant chez leurs adeptes des espérances chimériques et des ambitions fallacieuses, el les les vouèrent à des recherches pénibles qu'ils n'eussent pas entreprises sans doute ou poursuivies par amour désintéressé du vrai. Les observations que les prêtres de l'antique Orient recueillirent avec une inlassable patience, provoquèrent les premières découvertes des sciences naturelles et de l'astronomie. Mais celles-ci, en reconnaissant plus tard l'inanité des illusions merveilleuses dont el les s'étaient nourries, ruinèrent les fondements de l'astrologie et de la magie, à qui el les devaient leur naissance 1. » IV. Historique. — L'hostilité que les pouvoirs publics montraient à l'endroit de la magie ne put contrarier ni même retarder son expansion. L'époque qui suivit la seconde guerre punique fut marquée par une véritable invasion de rites étrangers à Rome et en Grèce. La loi prétendait les combattre, un sénatus-consulte ordonna la destruction des livres de divination et de magie en même temps que l'interdiction des sacrifices suivant des rites étrangers. Mais les lois sont des machines solennelles qu'on tourne aisément ; Rome continua à recevoir et à accueillir les magiciens, sous quel que nom qu'ils se déguisassent. Vers les derniers temps de la République, la Ville était remplie de diseurs de bonne aventure, de faux devins, d'imposteurs qui débitaient de prétendues prophéties, de sorciers qui jetaient des sorts et opéraient des maléfices. Ce qui contribua, mieux que les rigueurs, à ébranler la confiance dans la divination légale, ce fut le mépris dans lequel tombèrent les augures. Leur ignorance ou leur paresse avaient réussi à les persuader qu'ils possédaient une situation inébranlable ; or le progrès de l'incrédulité philosophique découvrait de plus en plus leurs grossiers artifices qu'ils ne prenaient même pas la peine de renouveler ni de rajeunir. La concurrence des mages de l'Asie s'affirma très vite comme un succès irrésistible et l'haruspicine nationale déclina rapidement. Les nouveaux venus s'imposèrent par leur origine lointaine, leurs formules nouvelles, leurs méthodes séduisantes ; les hommes et les livres connurent cette chose inexplicable qu'on appelle la vogue. Les femmes de la meilleure société donnèrent l'exemple, interrogèrent les « Chaldéens », les mages venus de l'Asie, leur demandèrent de prédire l'avenir. S'agissait-il d'un mariage, d'une naissance ? ils étaient consultés et crus sur parole. « Tout ce que leur prédit un astrologue, au dire du Juvénal, leur semble émaner du temple de Jupiter Ammon, car Delphes ne rend plus d'oracles. » On voit des femmes feuilleter sans cesse des éphémérides, consulter des astres, soit qu'il s'agisse d'un voyage lointain ou d'une promenade en ville, lire un grimoire lors que l'œil les picote pour se l'être frotté ; d'autres femmes de moindre condition font le tour du cirque avant d'aller consulter un magicien qui lira les lignes de leurs mains.
La magie n'en fut pas plus épargnée par les empereurs qui avaient leurs raisons pour la redouter. Tacite rapporte que la maison de Poppée, l'épouse de Néron, était remplie d'astrologues et de devins l'un d'eux, nommé Ptolémée, prédit à Othon son élévation à l'empire. Suétone, en parfait sceptique, raconte qu'Octave avait consulté un devin qui lui annonça d'étonnantes prospérités, et les successeurs d'Auguste consultèrent, eux aussi, les devins, les mages, les mathématiciens.
La faveur que leur attirait une prédiction heureuse était personnelle et n'améliorait guère le sort de la corporation. Les maîtres entendaient se réserver l'usage exclusif d'un art qui, abandonné aux particuliers, pouvait devenir subversif et même dangereux ; c'est probablement ce qui explique qu'ils apportaient à laisser à la magie son caractère d'illégalité. En 721 de Rome (32 avant J.-C.), sous le triumvirat d'Octave ; d'Antoine et de Lépide, on chassa de Rome les astrologues et les magiciens !. Quelques années plus tard, Mécène s'adressant à Auguste, lui dit : « Honorez toujours et partout les dieux de la manière usitée dans l'empire et contraignez les autres à les honorer de même. Punissez de supplices les auteurs de religions étrangères, non seulement par respect pour les dieux, mais encore parce que ceux qui introduisent de nouvelles divinités engagent plusieurs à suivre des lois étrangères, d'où naissent les conjurations, les sociétés secrètes, qui sont très désavantageuses au gouvernement d'un seul. Ainsi vous ne souffrirez personne qui méprise les dieux et qui s'adonne à la magie. » Ces conseils furent entendus, Auguste ordonna la recherche des fatidici libri, tant grecs que latins ; il en fit brûler plus de deux mille *.
Tibère, suivant son habitude, travailla sur la peau humaine. I avait été à Rhodes, prés d'un devin en renom, s'instruire des règles de cet art et avait attaché à sa personne l'astrologue Thrasylle ; en même temps, il faisait mettre à mort nombre de gens accusés d'avoir fait tirer leur horoscope, ce qui ne pouvait se faire sans la pensée secrète de s'instruire sur la destinée future de l'empereur autant que sur les chances qu'on avait de lui succéder. Ces indiscrétions et ces curiosités prenaient, au jugement de Tibère, la gravité d'attentats. Sous ce règne, en 769 (16 après J.-C.), des sénatus-consultes bannirent de l'Italie les mages et les mathematici. L. Pituanius fut précipité du haut de la roche Tarpéienne et P. Marcius exécuté more prisco en dehors de la porte Esquiline *, | veau choix, faire tirer l'horoscope de quelques filles.
| cesseur éventuel quand ce fut Commode qu'une consfournit une partie de la mythologie magique !*. Le.
1076. Claude , Vitellius renouvellent les prescriptions de Tibère et Septime Sévére faillit n'arriver jamais à l'empire pour avoir imprudemment consulté. Ayant perdu sa femme, il voulut, avant de fixer son nouveau choix, faire tirer l'horoscope de quelques filles. Après plusieurs déceptions, il apprit l'existence d'une Syrienne à laquelle les mages avaient prédit qu'elle épouserait un roi. Sévére, qui n'était encore que légat impérial, formula sa demande et fut agréé. Alors il se demanda si ces présages visaient le premier mari de la Syrienne ou le deuxième ? Pour tirer l'affaire au clair, il alla consulter en Sicile un astrologue en renom, mais l'affaire s'ébruita : l'empereur Commode, qui ne badinait pas, allait supprimer ce soupçon.
V. Les Juifs. — Dès leurs origines, les Israélites avaient exercé des pratiques magiques ; ils consultaient les sorts, expliquaient les songes, ajoutaient foi aux talismans. Moïse proscrivit ces superstitions qui conduisaient à l'idolâtrie, mais, en dépit de ses interdictions, les Israélites conservèrent leur foi aux devins et aux sorciers. Au retour de la captivité de Babylone, les Juifs rapportaient dans leur patrie l'usage d'une foule de pratiques du même genre qu'ils avaient connues à Babylone. C'est ainsi qu'ils s'étaient habitués à prêter aux formules liturgiques ou rituelles, aux noms des esprits et à ceux du Très-Haut une vertu qui transformait ces mots en véritables talismans.
Pour ces raisons les Juifs avaient une réputation de magiciens bien établie et ils paraissent avoir fourni au personnel de la magie un appoint considérable . Ils passent pour avoir été les dépositaires de la tradition magique 7, « Les cercles d'où nous viennent les textes magiques que nous possédons étaient fortement pénétrés de judaïsme. Le papyrus de Paris nous a conservé un long exorcisme emprunté à une communauté « d'hommes purs » qui était probablement quelque communauté judéo-orphique, sinon une communauté juive analogue à celle des thérapeutes de Philon . Une tablette d'Hadrumète est un autre témoin important de cette magie juive acclimatée dans le monde grec *. À côté de ces documents où le judaïsme apparaît à l'état pur, il y a une infinité de passages où les formules et les moyens d'action magiques fournis par les Juifs sont mêlés à un rituel d'origine différente ™.
« En quoi consiste l'apport des Juifs dans la magie gréco-romaine ? Ils n'y introduisirent point une magie toute faite ' !, mais des éléments de magie. La Bible, traduite du grec et interprétée par Hermès ! ? en égyptien, est la principale contribution des Hébreux. El les Dieu des Hébreux tient une place considérable dans les incantations M, Les diverses formes de son nom, « Lie, Zabxc0, devenu ' A6xoû et Aa) 15, Ao6a Ld 15, AGprées 1, AGwvat 18, les noms de Jacob, d'Abraham, de Moïse, de Salomon ?, ceux des archanges surtout 1077 | y sont répétés à satiété, On a expliqué le fameux mot — Abraxas (voir Dictionn., t. I, col. 127-155) comme une corruption de la bénédiction hébraïque (haberachah f la bénédiction, haberachah + daberah la parole = abracadabra !. Les mots hébraïques plus ou moins défigurés abondent dans les textes magiques . - Quant à ce que l'on pourrait appeler proprement la magie juive, pour les époques anciennes, nous ne la connaissons que par allusion ; ce que nous connaissons L d'elle à l'époque de la rédaction du Talmud ? forme une branche particulière de la magie générale qui a poussé parallèlement à celle que nous étudions ici *. » — VL LES CHRÉTIENS. — Le christianisme aura, lui aussi, ses rapports avec la magie, il est, à trop de points de vue, l'héritier et le continuateur du judaïsme £ pour s'affranchir ici des charges de cette succession. … Mais la position des chrétiens à l'égard de la magie … m'en est pas moins originale.
R Dès le 17 siècle, le christianisme a produit un pullulement de sectes hérétiques si nombreuses, si effervescentes au rt siècle, qu'on a peine à les distinguer | —. Ily avait alors un assez grand nombre de bons esprits chez les païens et chez les chrétiens pour condamner ces aberrations et repousser loin d'eux ceux qui s'y livraient. Chez les païens, il existait des sceptiques qui jugeaient de haut toute cette effervescence. Le cynique Eunomaos ne se montrait pas indulgent aux oracles, et Lucien dépassait tout de suite la magie pour atteindre et frapper l'ensemble du merveilleux religieux et mythologique. Pour eux, la magie n'est pas dangereuse, elle est vaine et inexistante. Lucien (voir ce nom) dans son Pérégrinus et dans son Alexandre d'Abonotichos prétend montrer aux, qui exploitent la crédulité humaine. Ces gens vivent de la supercherie qu'ils inventent et dans cette invention où ils sont passés maîtres, ils n'ont plus de rivaux à redouter, plus d'adversaires à ménager, plus de dénonciateurs à apaiser, ils peuvent tout et, à cause de cela, ils osent tout.
La nécessité de se dégager du gnosticisme appelait naturellement sur la magie l'attention des Pères de l'Église. Le caractère exclusif de la religion d'une part, de l'autre la force de l'autorité collective dans l'Église, font distinguer le magique du religieux avec une netteté que n'égale aucun des critères fournis par la Grèce et par Rome. C'est pour cette raison que nous devons pousser jusqu'ici cet exposé. Le gnostique et l'hérétique sont des magiciens, à commencer par Simon le Mage, Ménandre , Marcus 7, les basilidiens , les carpocratiens de même sont taxés de magie. Entre le Dieu et le démon, il n'y a pas une simple différence de degré comme pour le théurge alexandrin ; il y a une opposition absolue ; les démons sont les mauvais génies et c'est à ces mauvais génies que l'on attribue indistinctement tout le merveilleux illégal !. La magie et la religion travaillent aux deux pôles du monde des esprits. Naturellement toutes les formes du paganisme sont reléguées dans la magie. C'est par une opération magique que s'expliquent les signes donnés par les idoles + ! et, comme dit Tatien ? : uyog ony “Aoteuc, OÜspæmever à »ArôAk« wv. Il résulte de cette opposition que lors que le christianisme devint religion officielle, les lois sur la magie, complétées d'ailleurs par des lois de majesté, furent appliquées avec une énergie inusitée et qu'elles engendrèrent une persécution qui sera rapportée plus loin.
Avant cela, rappelons que la principale contribution à la magie vient de l'Égypte. Outre ses dieux et sa mythologie, l'Égypte a apporté au fonds commun une magie toute faite, codifiée, ayant une histoire et différenciée à peu près de la religion. Elle exposait ses sectateurs à de graves risques et ses rites étaient semblables à ceux que prescrivent les papyrus. Cela dit pour expliquer la place faite ici à Origène.
VII. ORIGÈNE ET LA MAGIE. — Il semble assez nécessaire de se demander quels sentiments ont éprouvé et quelle attitude ont adopté les chrétiens venus du paganisme ou bien vivant au sein de la société païenne à l'égard des croyances, des usages, des formules dont ce paganisme séculaire avait imprégné l'existence humaine. Il semble utile de rechercher quels efforts ces chrétiens ont fournis pour se libérer des doctrines et des traditions qu'ils réprouvaient et s'adapter plus intimement à l'enseignement évangélique. Tous n'ont pu avoir assurément la même attitude et si certains se sont montrés cassants et intraitables, d'autres ont dû se faire indulgents et caressants dans leur désir de travailler à une réconciliation entre la sagesse antique et la gnose chrétienne Ecartons les étiquettes modernes de « conservateurs » et de « libéraux », mais soyons persuadés que, dès cette antiquité, il a existé des « libéraux » qui, au prix de soupçons, qu'ils bravaient courageusement, s'obstinaient à travailler à cette entente qu'ils ne voulaient pas croire impossible. Les Alexandrins Clément et Origène ont eu à examiner, avec cette attention pénétrante à laquelle presque rien n'échappait, la délicate question de la magie.
On sait que Celse, le philosophe païen, dans son Discours véritable, qui fut réfuté par Origène environ soixante-dix ans après son apparition, attaquait passionnément le christianisme ; il attribuait le culte des anges à l'impression produite sur les Juifs par les prestiges des magiciens qui savaient faire apparaître des spectres, et, même il poussait l'audace jusqu'à instituer une comparaison entre les miracles accomplis par le Christ et les prodiges réalisés par les adeptes des « arts égyptiens ».
Origène répondit, réfuta, mais sa réponse ne satisfaisait pas tout le monde, car Théophile d'Alexandrie lui reprocha d'admettre les présages et l'astrologie : er quo perspicuum est eum idololatriam el astronomiam et varias ethnicorum fraudulentas divinationis præstigias approbare '. Il n'était pas seul ? et ces accusations étaient formulées avec assez de précision pour suggérer le désir de découvrir les passages incriminés, encore qu'Origène condamne aussi nettement que Tertullien ce qu'il nomme 1j &r« cQAóg ‘yevexflauoAoylæ et aussi la magie qui Toig Aotroïc Éveorv ènt 8uxpÜopa xal óA£Üpo Gv ypouévov « ùt émi3 :05UNE. 9.
Ce qui ne veut pas dire qu'Origène fut indemne de cette faiblesse commune à ses contemporains si impressionnables aux prestiges des magiciens. Lui-même les dénonce, contemporains et coreligionnaires attardés volontairement dans ce qu'il appelle la « terre des Chaldéens », pays de la promesse :
Si quis vestrum mathematicorum deliramenta seclatur in terra Chaldaeorum est, si quis nativitatis diem suppulat el variis horarum momenlorum que ratiocinationibus credens hoc dogma suscipit, quia stellae taliter figuralæ faciunt homines luxuriosos, adulteros, castos, aut certe quodcum que eorum, iste in lerra Chaldaeorum est. Jam quidem æstimant christianos ex astrorum cursibus fieri ; quotquol autem ista sapitis, quotquot dictis istis creditis, in terra Chaldaeorum estis. nans ergo Deus his qui in lerra Chaldaeorum sunt, his spiritualiter comminatur qui se ipsos genealoglis el fato consecraverini, adserentes cuncta, quæ inler Morta les fiunt, aut ex astrorum molibus aut ex fali necessilate pendere... Ne que enim micans aliquod sidus vel Phaelontis, ut aiunt, vel corrupti Catamiti stella nostrorum causas conlinet negoliorum. Et juxia unum quidem argumentum in terra Chaldaeorum est, qui supradiclis raliocinationibus credidit *.
De tels chrétiens, dit encore Origène, introduisent l'anathème dans les Églises 5 : ils sont un opprobre pour le peuple de Dieu *. Le prédicateur doit avertir les fidèles qu'ils ne peuvent servir à la fois le Christ et les démons. Mais il a fort à faire, car tous, ou peu s'en faut, au rt siècle, croient à l'existence des démons et à leur action sur le monde et les chrétiens partagent cette croyance puis que l'Évangile leur apprend que le Sauveur Jésus, au cours de sa vie publique, a fait la guerre aux démons et a donné à ses disciples le pouvoir de lutter contre eux avec succès. Ni Clément, ni Origène, ne peuvent soutenir le contraire sans aller contre la foi de l'Église 7.
Si Origène interdit aux fidèles la pratique de l'astrologie et de la magie, c'est qu'il veut leur interdire tout commerce avec les démons. Pour lui, il considère les astres, à la manière d'un Égyptien de ce temps, comme des puissances célestes éclairées de la lumière de la sagesse divine, douées de raison, capables d'erreur et de repentir. Lorsque dans ses commentaires il veut attirer au fait que les enfants prophétiser en vers sous l'influence des démons, à commencer par les Talmudistes sur saint Matthieu, il rencontre la guérison du lunatique (xvii, 14-20), il soutient que ce lunatique était sous l'empire d'un démon dont l'activité dépendait des phases de la lune. L'étoile des mages (voir ce mot) n'est à ses yeux qu'un astre servant à annoncer un événement grave, ainsi que tant d'autres astres sont venus, chacun en leur temps, annoncer des révolutions et des guerres. La naissance du Sauveur fut un événement si capital qu'il réduisit les démons à l'impuissance et les mages qui recouraient à eux n'ayant pu les convoquer en ont cherché la raison et l'ont trouvée dans l'apparition d'une étoile nouvelle. Les astres sont, à leur façon, des prophètes, mais on ne doit pas adorer les prophètes parce qu'ils restent toujours sous la dépendance de Dieu, et c'est pour quoi Origène n'admet pas l'influence des astres sur la vie humaine et, au nom de la liberté, condamne le destin aveugle que prétendent imposer les astrologues.
Mais sur un autre point, son incertitude est grande : c'est lorsqu'il s'agit des pratiques magiques qui exercent une influence directe sur des démons. Origène a lu dans l'Écriture que parmi les magiciens d'Égypte il s'en trouve qui sont plus puissants et d'autres moins puissants ; les récits qu'on lui a faits ou bien son expérience personnelle l'ont confirmé dans cette croyance et d'ailleurs il sait qu'on a entendu des hommes bien étre possédés par ces malins esprits. Il n'y a donc pas à nier les phénomènes magiques et il n'y a pas à badiner avec la magie. « Elle n'est pas, déclare-t-il, ainsi que le pensent les disciples d'Aristote et d'Épicure, une chose vaine et sans consistance ; mais, comme le croient les personnes compétentes, une science redoutable et connue seulement d'un petit nombre. » Il s'explique d'ailleurs avec quelques détails sur les motifs d'une telle croyance, qui repose en dernière analyse sur une théorie du langage et de la valeur propre des mots. Cette théorie constitue un Ayoc Boc xxi kmóppxroc, ó mepl pÜoews óvoacre ; il s'agit en effet de savoir si les noms sont donnés aux choses par une pure convention, Ü£czt, ainsi que le pense Aristote, ou s'ils ont un rapport avec la nature des choses et les mêmes, comme l'enseignent les stoïciens. La seconde théorie est celle d'Origène. Il y a donc des noms efficaces, tels que ceux dont se servent les sages de l'Égypte, les mages de Perse, les brahmanes et les Samanéens de l'Inde. Parmi ces noms efficaces figurent également ceux de Sabaoth et d'Adonai, qui sont employés par les Hébreux.
Les noms magiques doivent être employés avec circonspection, il faut harmoniser les noms aux circonstances, ne pas appliquer le nom d'un démon redoutable à un démon débile, comme éviter d'interpeller un puissant génie par le nom d'un démon sans vigueur. Chose plus délicate, il faut prononcer les noms dans la langue originale, car c'est le son lui-même qui opère. « On en a une preuve manifeste, dit-il, dans les incantations que les premiers auteurs des langues ont employées, chacun suivant sa langue, et la prononciation diverses des noms ; car, ainsi que nous l'avons déjà montré brièvement plus haut, les mots qui ont puissance dans une certaine langue, si on les traduit, perdent leur efficacité. » Par exemple, les noms d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ont une signification qu'il est impossible de traduire en grec ; or, celui qui, en incantant ou en conjurant, aura nommé le dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, par la nature et la puissance de ces noms fera que les démons eux-mêmes, vaincus, devront obéir à ses ordres, tandis que, au contraire, si on dit ó Üeèc Emarpbg ÉXAEXTOÙ Tic xoc xal & Debe +05 YÉKWTOS xix 6 Üedc ToU rreewioroÿ, on n'obtiendra rien de plus par ces noms que si l'on en avait prononcé d'autres dépourvus de toute vertu. Il en est de même du nom Israël ; si on le traduit en grec ou dans une autre langue, il n'aura aucune puissance ; si, au contraire, intact, il est joint avec les mots auxquels ceux que les incantateurs annoncent qu'il faut rendre dans la prononciation de ces paroles. De même du nom Sabaoth si usité dans les incantations.
Ailleurs, Origène oppose le même genre d'arguments aux doutes exprimés par Celse sur l'antiquité de la Genèse et de ses récits : « Si Abraham, Isaac et Jacob n'avaient pas existé, leurs noms dans la formule Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac et Dieu de Jacob n'auraient pas la puissance qui les fait employer non seulement par les juifs dans leurs prières et leurs exorcismes, mais par tous ceux qui font usage d'incantations et de formules. » L'indignité de l'opérateur n'importe guère à l'efficacité de la formule qui agit à coup sûr à condition qu'on observe les règles et les rites prévus. Même chez les infidèles, les démons qui entendent prononcer tel ou tel nom se soumettent à l'instant et accomplissent l'œuvre pour laquelle ils ont été convoqués. Aussi les païens qui savent l'irrésistible pouvoir du nom de Jésus ne manquent pas d'y recourir ainsi qu'aux noms hébreux de Dieu et des Origène en vient au point de soutenir que, contrairement à l'affirmation de Celse, la magie arrive à séduire de nombreux sages ; il est moins affirmatif en ce qui concerne les chrétiens et il prend grand soin de distinguer les incantations magiques des exorcismes prononcés par les enfants de Dieu. « Ce qui est hors de doute c'est qu'Origène croyait à la magie et à l'efficacité des formules magiques. Une théorie philosophique sur l'origine du langage et la signification des mots lui servait à expliquer la valeur des formules. Plus encore la foi profonde qu'il avait au pouvoir des démons et à leur activité dans le monde lui permettait de comprendre que les hommes pouvaient entrer en rapports avec ces esprits malfaisants au point d'être dans certains cas possédés par eux.
Le Sauveur avait apporté au monde le remède contre les démons, il avait détruit leur empire : en invoquant son nom, les chrétiens dominaient les puissances du mal et s'appropriaient les bienfaits du salut. Mais ici il n'est plus question de magie.
VIII. L'ACCUSATION DE MAGIE. — L'accusation de magie fut la plus durable de toutes celles qui furent portées contre les chrétiens. Leurs adversaires, quand ils étaient de bonne foi, consentaient bien à reconnaître l'excellence de la doctrine chrétienne, mais, à leurs yeux, l'excès même de cette perfection en était le plus grave défaut. A les entendre, aucun homme ne pouvait observer cette loi dans sa rigueur ; elle enseigne l'innocence, la justice, la patience, la tempérance, la pudeur, la confiance en la divinité ; elle prescrit le pardon des injures ; le chrétien est charitable pour tous ; sa bonté singulière, sa modestie commandent l'affection ; sa loyauté est exemplaire. Les infidèles reconnaissent que des hommes de bien inclinent au christianisme. Les magistrats disent aux martyrs : « Tes vertus, ta douceur te rendent digne de vivre. Tu es un sage et tu mérites le respect. » Cependant, malgré l'estime que les chrétiens inspirent à leurs adversaires, la foule païenne veut voir en eux des débauchés, des incestueux, anthropophages et, par-dessus tout, d'impurs magiciens. Cette prévention s'explique-t-elle par des discours maladroits, des pratiques imprudentes ? C'est ce qu'il faut rechercher ici.
Ce faisant, ils peuvent se réclamer des propres contemporains de Jésus, ces Juifs qui, frappés de la grandeur des miracles accomplis sous leurs yeux par le Sauveur, les attribuaient à des pratiques occultes : C'est, disaient-ils, au nom de Beelzébuth que Jésus chasse les démons 1%, » Même persuasion chez les gentils qui déclarent ne tenir le Christ que pour un enchanteur habile ?, Son histoire même ne pouvait que favoriser une telle pensée. Des mages astrologues étaient venus, dès sa naissance, le saluer et le reconnaître pour un des leurs, l'avaient adoré dans sa crèche et devaient plus tard devenir le type et les patrons des sorciers ! ?, eux dont le voyage ne s'était décidé, selon quelques-uns, que sur un avertissement ! Athénagore, Legat. pro christ., n. XXVI : zal ol v n£pt T& eldwx XUTOUC Éhxovtes, oi Gximovec gigy ol mpostpniiivot, ot TÉOGTETNAÔTES T mo Toy lepelwv aipat | initié aux secrets de magie qui devaient l'illustrer - des démons 53, Qu'avait donc été l'enfance du maître dont la parole faisait tressaillir le monde ? Qu' avait-il fait avant l'heure de sa vie publique ? Chez les gentils« comme chez les chrétiens, plus d'un s'était adrei cette question. Celse la tranchait tout d'abord dans un sens conforme au préjugé des idolâtres. Le Christ. enfant était venu en Égypte, cette terre classique des devins et des enchanteurs M ; ainsi il avait été plus tard !. L'évangile apocryphe de saint Thomas répandu, paraît-il, chez les fidè les dés le r1 siia n'était point fait assurément pour dissiper une telle croyance, Si, dans ce livre qui raconte les premières années du Sauveur, Jésus est déjà tout-puissant, il est parfois méchant et redoutable. Malheur à ceux de ses compagnons qui le troublent dans ses jeux, malheur à ceux qui le heurtent par mégarde ! leurs membres se dessèchent, la mort les frappe, et les parents qui se plaignent et s'indignent d'un pareil châtiment perdent la vue !*, Dåns l'évangile de saint Thomas, l'enfant Jésus est un petit magicien de pire espèce. Que devaient penser les païens devant de semblables récits ? Quel parti n'en devait point tirer la malignité de ceux qui présentaient le Christ comme un enchanteur, qui, pour le calomnier, écrivaient de faux actes de sa condamnation, les faisaient publier en tout lieu et les donnaient même à apprendre aux enfants des écoles 17, Pour la foule ignorante et crédule, plus d'un fait relatif à la vie du Sauveur pouvait tendre d’ailleurs à faire croire aux maléfices. Ces mages venus l'adorer dès sa naissance inspiraient si peu de confiance que, même au rv° siècle, on voit saint Basile s'efforcer d'établir que l'étoile conductrice n'avait rien de commun avec celles que consultent les sorciers et les devins !%. Si les fidè les se laissaient persuader, il n'en était pas de même sans doute des païens entre les mains desquels le récit de l'évangile devenait une preuve que la naissance de Jésus fut environnée de magiciens et d'astrologues..
Un fait de même ordre se remarquait dans les dernières heures de la vie de Jésus-Christ. Comme, nous dit saint Matthieu !, Pilate était assis sur son tribunal, sa femme lui envoya dire : « Qu'il n'y ait rien entre vous et ce juste, car j'ai été aujourd'hui fortement tourmentée en songe, à cause de lui ? » Or, c'était chez les anciens, israélites, chrétiens et infidèles, une croyance générale que les rêves étaient envoyés par des enchanteurs. Pour ne citer ici qu'un seul exemple, on rappellera que Tibère, sollicité en songe de donner à quelqu'un une somme d'argent, fit tuer ce mal ila que rex in insulam, die opportuno, et residens cum optimalum coetu, sub dio ad suam audientiam accersil Auguslinum cum suo conventiculo. Fallebat enim adhuc Regem conjurationis error, velut nocturnum. Nicodemum verentem, ne si aliquod ieclum sibi supervenirent, si quid incantationis aut maleficii scirent, convicium eum reducerent... Atlolebanl. polius verila dominica qui eh exterminarent præstigia l demoniaca. — Matth., xi, 24 ; Luc, xz, 5. — ! S. Au- — gustin, Sermon., XLIII, 4 ; Lavtance, Instit, divin., 1. ITV,c. XV. - — ! Nole sur une médaille d'argent, dans Revue numismas | li que, 1891. — ' S. Jérôme, Comment. in Isaiam, l. VII Cc. XIX, n. 1. — ' Hecognitiones, 1, 5 ; Apulée, Melam. ir ; Fl. Joséphe, Anliq. jud., XX, Yi ; De bello judaico, IT, 2 ^ 1085 … heureux, persuadé qu'un démon lui avait été dépéché « par puissance magique !. Et comment les païens - n'eussent-ils pas vu dans le fait dénoncé à Pilate, la - marque d'une œuvre surnaturelle, quand les Juifs et — es chrétiens n'hésitaient point à croire que ce rêve « venait de l'esprit malin. Nous en avons une double … preuve. Dans l'évangile de Nicodème, les Juifs disent -au procurateur de la Judée : « Ne t'avions-nous pas « annoncé que Jésus était un magicien ? Voilà qu'il a —envoyé un songe à ta femme ?. » Saint Ignace d'An- — tioche expli que aux Philippiens que le démon, reconnaissant enfin dans la croix le salut du monde, avait voulu empêcher le supplice du Sauveur en effrayant la femme de Pilate ?, … Les chrétiens écrivaient qu'Orphée attirant à lui Jes bétes sauvages était le type de Jésus-Christ entraînant les hommes par sa parole, et, dés les premiers âges, cette pensée trouvait place dans leur —symbolisme ; deux célèbres peintures des catacombes $ eprésentent en effet le chantre de Thrace jouant de i da lyre, entouré d'anim aux (voir ORPHÉE). Nous lisons en méme temps dans saint Justin qu'Orphée, — venu en Égypte, y avait étudié la doctrine de Moïse 5. « C'était là, tout d'abord une cause de suspicion puis, comme on le verra bientôt, Moïse était, aux yeux des Païens, un enchanteur de premier ordre ; Pausanias k ; t Diodore de Sicile nous apprennent nettement d'ailleurs qu'Orphée était lui-même regardé comme En magicien *. Le double rapprochement fait par les | fidè les entre Jésus et Orphée devenait pour les | -Bentils comme un aveu de la puissance magique du Sauveur. —. Du maître, les soupçons s'étaient étendus jusqu'aux disciples : saint Paul, saint Pierre, étaient tenus par les païens pour de grossiers faiseurs de prodiges ; — ce dernier surtout qui avait, on le savait des dieux — eux-mêmes, immolé un enfant dans une cérémonie abominable, et usé de sortilèges pour faire adorer le —— Christ durant trois cent soixante-cinq années *. Et ce — ne sont pas les seuls, On reproche encore le crime de magie à saint Acace*, à saint Laurent ?, à saint . Romain ™, à saint Tara que ! !, à saint Hilarion !*, et Joers que, par un noble dévouement, Didyme s'est substitué à une vierge prisonnière, un païen s'effraye de trouver un homme à la place d'une je une fille ; il prend la fuite saisi d'une risible terreur en -S'éeriant (saint Ambroise et la Passio le rapportent) : E' On m'avait raconté que le Christ avait changé l'eau en vin ; je n'y croyais pas et, maintenant, voilà qu'il … à changé les sexes 13, » . Parmi les nombreuses preuves que nous oflrent — hymn. m, De martyrio S. Laurentii, vs. 85-87 : Deprome
MAG
IE 1086 les Actes des martyrs, il en est qui montrent sur le vif l'intime pensée et l'inquiétude des païens. Au premier rang figure l'un des textes les plus précieux de l'antiquité chrétienne, les Actes de sainte Perpétue et de ses compagnons, à Carthage, en 202. Alors que, prés d'être livrée aux bêtes dans le cirque, la troupe héroïque était enfermée dans le cachot, le tribun chargé de la garder redoubla de surveillance et de rigueur ; il craignait que les saints ne disparussent, enlevés par la vertu de quelque secret magique H, Bien que tirés d'écrits d'une valeur moindre, d'autres témoignages méritent d'être recueillis pour leur rapport avec ce qui nous est connu d'ailleurs. C'est par exemple l'histoire de deux couples de martyrs : Ptolémée et Romain, Epictéte et Astion. Pendant qu'on les menait au supplice, les deux premiers chantaient : Droite est la voie des justes et le chemin leur est frayé. »s— « Que disent ces gens-là ? » demanda le juge ; et son assesseur lui répondit : « Ils chantent des paroles magiques, afin de te résister et de te vaincre. » Mis à la torture, les deux autres saints répétaient incessamment : « Nous sommes chrétiens ! Que la volonté de Dieu soit faite en nous ! » Et, par une croyance qui devait survivre aux temps antiques, l'un des bourreaux imagina que les paroles ainsi répétées étaient des formules d'incantation propres à préserver de la douleur !, Lors que retentissaient les commandements du proconsul aux tourmenteurs : Apía illum ! Vera illum ! Applica ! Submilte illum ! Suspendatur ! Tene ! Comprinse 18 ! le martyr ne laissait échapper que des exclamations où passait toute sa foi : « Seigneur garde mon âme ! Viens à mon aide ! Protège-moi, Fils de Dieu ! Donne-moi la foi de souffrir Y ! Que je ne sois pas confondu en face de l'ennemi !1 » Sainte Perpétue demeure inconsciente de la douleur physique ! ? et il en est de même du martyr donatiste Marculus , Aux jugements de certains parmi les juges, une impassibilité si merveilleuse ne pouvait être que le résultat de pratiques occultes, Pour les anciens, certaines onctions avaient un caractère et une vertu magiques ?t, N'était-ce point par l'onction du baptême, par son ablution, que les chrétiens défiaient les tourments, faisaient taire les oracles, interrompaient les sacrifices, mettaient en fuite les grands dieux de l'Olympe ? Telle était la croyance répandue parmi les gentils. Le récit d'une scène concertée pour les ameuter contre les chrétiens nous en apporte une preuve entre tant d'autres. Un jour que l'empereur Julien sacrifiait à Hécate, le prêtre s'arrêta, — — — e oo mm E d 27 m - z i Pirna T déclarant que la cérémonie accoutumée ne pouvait s'accomplir. « Quelque chrétien, s'écria-t-il, se sera introduit dans le temple. Hors d'ici le profane armé de l'ablution et de l'onction ! Lotus procul absit el unctus ! » I] existe, dans les Actes écartés de son recueil par dom Ruinart, un passage qui répond à ces paroles, Irrité par la résistance d'un saint qu'il fait torturer, le juge le croit protégé par quelque onction magique. Zmpudoratus athleta, unctus maleficiis ! Telle est l'imprécation qu'on lui jette ?. Et ce passage n'est pas isolé. Maintes fois on voit les païens s'irriter, s'exasperer à la vue de l'inutilité des tortures, devant la faillite de la douleur. Des faits de cette nature sont relevés par les classiques de la littérature chrétienne : Commodien, Eusèbe, saint Augustin les notent avec orgueil et, avant eux, Tertullien en témoigne par cette sentence : Nil erus sentit in nervo cum anima in ccelo est, Ce phénomène n'est pas particulier aux chrétiens. Jamblique, Strabon, Cicéron, Flavius-Joséphe, Tacite l'ont connu +. Silius Italicus, racontant les affreux supplices d'un Africain observe que mens intacta manet . Ce qui est endurcissement chez les coupables est sainte patience chez les chrétiens ; mais les juges païens ne l'entendent pas ainsi et ils possèdent ou croient posséder des moyens efficaces pour déjouer les ruses, ou neutraliser les faits, bref triompher de la magie. Si le fidèle, pensent-ils, brave les tourments à l'aide de paroles mystérieuses, de boissons et d'onctions, le prestige s'évanouira par la vertu de certain breuvage ou par l'emploi de la graisse de porc, enfin par les affusions d'urine 7.
Deux ordres de causes semblent avoir fait naître l'accusation de magie portée contre les fidèles : les unes résultent de leurs actes, de leurs livres ; les autres leur étaient extérieures.
Ces dernières semblent les moins nombreuses et les moins importantes.
Tout d'abord, nous rencontrons ici deux textes d'Eusèbe qui rapporte que les hommes, publiquement livrés aux pratiques de la magie, d'impurs gnostiques, se donnaient pour chrétiens et les monuments figurés confirment le fait, puisqu'une pierre gravée porte, avec des signes cabalistiques, l'image du Bon Pasteur . L'accusation de magie, justement portée contre ces hérétiques, rejaillissait ainsi, nous dit Eusèbe, sur la famille chrétienne ! ?, et des païens concouraient à la répandre en empruntant pour les enchantements le nom de Jésus et celui du Dieu des Juifs. C'est ce qu'affirment saint Augustin, Damascius et Origène V, qui devant le préjugé des idolâtres, | met assez mal à propos sur la méme ligne l'action du nom de Dieu et celle que les magiciens obtiennent en invoquant Chnumen et les autres démons gnostiques, Ces pratiques des sorciers palens n'eussent sans doute pas suffi à répandre l'étrange soupcon qui pesait sur les fils de l'Église, mais il faut bien le dire, quelques actes des fidè les eux-mêmes, et nous parlons des plus saints, les livres apocryphes qu'une piété irréfléchie placait à côté de l'Évangile, peut-être connaitre l'avenir, touchant la guerre de : Mithridate ;
. disaient l'avenir. et les ennemis d'Apulée l'accusérentaussi ce texte sacré lui-même, quand il était mal interprété, les productions des artistes chrétiens donnaient prise à des interprétations malveillantes. — Parmi les nombreux documents que l'antiquité nous a laissés sur les procès de magie ! ?, le plus considérable, à coup sûr, est l'Apologie célèbre que prononca Apulée pour repousser l'accusation de maléfice portée contre lui par Emilianus. Cette longue. défense mentionne tous les moyens de l'atta que et l'on y peut étudier sur le vif le mécanisme des actions de l'espèce. Une particularité, au point de vue qui nous occupe, semble mériter une toute spéciale attention. Laissons ici la parole à Apulée 1 :
« Mes accusateurs devaient, dit-il, imaginer une fable en rapport avec les choses que chacun croit et connait, Aussi pour produire un de ces faits qu 'admet l'opinion comm une, ils me font opérer des charmes sur un enfant. C'est en secret, dans un lieu écarté, avec un petit autel et une lampe ; peu de gens assistent à la scéne et, dés que l'enfant est enchanté, il tombe, puis se reléve, ayant perdu toute conscience de lui-méme. On n'a pas osé pousser plus loin le mensonge. Cependant, pour compléter la fable, on aurait dà ajouter que l'enfant avait fait mille. prédictions, car la divination et les présages sont, on le sait, la fin de ces enchantements. Ce n'est point seulement l'opinion du vulgaire, c'est aussi le sentis ment des hommes de science que les enfants produisent cette merveille. Je me souviens d'avoir lu chez Varron le philosophe, personnage d'un savoir sérieux et éprouvé, le fait suivant parmi d'autres semblab les. Les Tralliens recoururent à la magie pour un enfant, contemplant dans l'eau une image de Me cure, annonça, e n'cent soixante vers, ce qui devais arriver. Ce fait et d'autres, je les trouve consignés dans plusieurs écrits sur les enfants magiques, mais j'hésite pour affirmer si cela est, ou non, possible. Je crois bien pourtant, avec Platon, qu'il est, entre les : dieux et les hommes, des puissan ces intermédiaires qui dirigent les divinations et les prodiges de la magie. J'admets aussi qu'une àme humaine, surtout l'âme simple d'un enfant, puisse, par la force des charmes. ou l'enivrement des parfums, s'assoupir et s'isoler du présent, que l'absence de la mémoire corporelle la. ramène à sa nature vraie qui est immortelle et divine, et qu'alors, comme au milieu d'un songe, elle puissa dévoiler l'avenir. » Ainsi donc, des enfants prophétes, nous l'apprenons. aussi de Tertullien M et de Spartien 5, servaient d'instruments aux enchanteurs, et cela était connu de tous, Dans une extase, un sommeil artificiel, ils | | -| de magie pour avoir entrepris cette opération. | Cela dit, nous voyons avec quel que étonnement, au pays méme d'Apulée, un évé que, un saint, un | martyr, chercher dans l'extase des enfants des révé lations surnaturel les. « Le Seigneur, dit saint Cyprien M$ dans une lettre adressée à son clergé, le Seigneur ne. cesse de nous reprendre la nuit et le jour. A coté des visions que nous donne le sommeil, en plein jour, 1 Episl., IX. ès de nous, l'Esprit saint inspire l'iriocence ; des fants, plongés dans l'extase, voient, entendent et | proclament ce que Dieu ie nous révéler et nous E. Nous lisons dans l'Apologéti que que les chrétiens ne se préoccupaient pas de soustraire les Livres saints IX regards des idolâtres et que, d'ailleurs, mille rconstan ces pouvaient faire tomber ces écrits entre les mains des persécuteurs !. Il devait en être de même des ouvrages composés par les fidè les, et plus i un moyen se présentait de savoir ce qui se passait ez ces derniers. Tertullien, qu'il faut toujours citer, ppelle les trahisons de cha que jour, les réunions siégées et violées, les dénonciations incessantes des claves , que l'on ajoute les apostasies sans nombre ?, informations nécessairement saisies par des idotres mariés à des fidè les, et l'on comprendra qu'en »vant ici le secret des mystères sacrés, ce qui se ait chez les chrétiens pouvait être su de tous. Celse ditet, qui mieux est, le montre dans sa longue discussion et Celse était trop sectaire pour ne päs adopter sur ce point les idées courantes. A tout propos, dans son Discours véritable, i1 renouvelait l'accusat on de magie. A l'en croire, les fidé les tirent leurs for ces des noms et des invocations de certains démons ; ils prétendent rattacher leurs origines à des E sorciers « et à des devins qui gespart de mots nno il : t'onnaissent der charmes, des incantations, des cantiques magiques, des nombres, des prières, des E vres Dares qui contiennent les noms des démons ? ; cils HPV à leurs adhérents ig charmes magiques Énéhanteut et un sorcier : la plus dente exi : € cation qu'il donne des mirac les évangéliques est celle de la magie , | Origene ne se laisse pas émouvoir par tous ces | gr iefs. Il sait que certains chrétiens continuent à habiter la terre des Chaldéens, et à ajouter foi aux L édictions ou aux sortilèges de toute espèce, et il condamne sévèrement de pareils abus 2. On ne doit pas 'se laisser duper par les apparen ces lorsqu'il recome-d mande à ses fidè les de lire les saintes Écritures, même « ils ne les comprennent pas, et de prier en employ ant des noms dont ils ne connaissent pas l'entiére signification 4, I1 ne s'agit pas ici de magie, mais de piété ; Es et Origene a raison de dire aux simp les qui l'écoutent | qu'ils ne doivent pas se laisser rebuter par les diffi- | cultés des Livres saints. | E Ce qu'Origéne reconnait sans peine, c'est l'existence | -d'exorcistes chrétiens qui chassent les démons, mais | : peutêtre pas toujours avec les formu les qu'il faudrait |. »employer ; néanmoins cel les qu'ils emploient ne peuvent _être confondues avec des incantations, magiques ™ », lE Gov EpLÉpyc xa peyux 7) ONPLATEUTLHO medeyguact, AAAA uóvr cù xal òpxóozst HTAOUGTEMeuic xal čau dv Büvarro HE ES HTAOUGTEPOS ÈWE | - Ce qui donne leur efficacité à ces formu les, c'est le l|-nom de Jésus qu'emploient les chrétiens ‘3 : l'invoCation de ce nom suffit à mettre en fuite les démons, r sans qu'on ait Meson d'y rien ajouter.
€ Tertullien, one, C. XXXI. 2 Tertullien, Apologeticum, vit — ? Pline, Epist., l. X, n. 97. — 1090 Aussi bien est-il facile à un observateur bien disposé de distinguer les priéres des chrétiens et les charmes usités par les magiciens. Ceux-ci doivent être faits dans leur langue originale, sans qu'il soit permis d'y changer un mot : « Que l'on nous montre, s'écrie Origéne, qui nous appelons d'un nom barbare pour l'invoquer. Nous ne nous servons méme pas dans nos prières des noms renfermés dans les saintes Écritures et par el les appliqués à Dieu. Mais les Grecs prient en grec, les Latins en latin, et ainsi chacun prie Dieu dans son propre langage et le chante selon qu'il le peut. Celui qui est le maitre de toutes les langues comprend ceux qui le prient dans toutes les langues comme en une seule 4, » D'autre part, il est manifeste que les exorcismes chrétiens opérent des transformations mora les dans les âmes, et qu'ils doivent être jugés d'après ces résultats. Déjà les mirac les du Christ n'étaient pas de simp les prestiges ; leur véritable but était de préparer les esprits à la connaissance de la vérité, de convertir à la perfection ceux qui en étaient les témoins ou les bénéficiaires « . Lors que les chrétiens chassent les démons, ils cherchent moins à étonner qu'à faire du bien. On reconnait l'origine divine de leur puissance aux résultats qu'ils obtiennent dans le monde des âmes.
Il semble enfin que les démons obéissent d'autant mieux à ceux qui leur commandent que ceux-ci se eux-mêmes plus parfaits :
Quæ hoc modo gert arbitranda sunt quod, sicut sanclae el immaculatz anims, cum se omni affeclu omni que purilate poverint Deo el alienas se ab omni daemonum contagione serpaverint, el per mullam abstinentiam purificaverint se el piis ac religiosis imbufæ fuerint disciplinis, participium per hoc divinitalis adsumunl et propheliæ ceterorum que divinorum graliam promerentur : ila pulandum est eliam eos, qui se oppor !unos, contrariis piriulibus exhibent, id est industria isla, vel studio amico illis el accepto, recipere eorum inspirationem el sapientiæ eorum ac doctrine participes [ieri > ».
Ces caractères sont-ils suffisants pour permettre dans tous les cas le discernement des exorcismes légitimes et des pratiques magiques proprement dites ? C'est une question qu OH ne semble pas s etre posée 17, Quant aux extases et à l'interrogation des enfants on n'en faisait pas mystére. Les lettres de saint Cyprien étaient éditées et répandues dans le public qui. pouvait contróler tous les faits qui y étaient décrits et qui, d'ailleurs. n'étaient pas isolés ; les rapprocher de ce qu'Apulée, Tertullien, les documents dont Spartien se-servit plus tard, par-dessus tout le cri public montrant-les magiciens obtenant, par la voix d'enfants extatiques, des révélations surnaturel les. Que pu en voyant employer par l'Église des moyens réprouvés comme magiques et que la loi et l'État condamnaient ? Des esprits moins prévenus que les leurs s'en seraient émus, à coup sür, et nous ne serions pas surpris qu'en acceptant, sur la seconde vue de l'enfance innocente, les idées de leur temps, les chrétiens n'eussent, dans leur simplicité, contribué à répandre un soupcon qu'exploitait la haine.
Apulée proteste, dans sa défense, qu'en épousant la riche Pudentilla il n'a point songé à l'intérét : « Si vous établissez le contraire, dit-il, je veux étre aux 1091 veux de tous, un Carimandas, un Damigeron, un Moïse, un Jannès, un Apollonius, un Dardanus, ou tout autre de ces magiciens qui, depuis Zoroastre et | Hostanès, se sont rendus célèbres dans leur art. » En entendant nommer de pareils hommes, les assistants | éclatent en murmures et Apulée poursuit : « Vous voyez, Maxime, quel tumulte j'ai soulevé en citant ces quelques enchanteurs. » La répulsion dont ce passage témoigne nous montre quels périls menacaient les ouvriers de maléfi ces, ceux mémes dont les actes pouvaient rappeler vaguement les pratiques devant lesquel les tremblaient les ames crédu les.
Les accusateurs d'Apulée le savaient bien et il | importe de rappeler encore ici deux de leurs allégaLions. La magie, déjà démontrée par l'enchantement d'un je une esclave, se révélait de plus en plus à leurs yeux par les symbo les secrets que leur adversaire tenait enfermés dans une piéce d'étoffe , par ses sacrifi ces nocturnes .
Ces deux chefs d'accusation étaient produits de même contre les chrétiens. Leurs actes, leurs signes mystérieux, leurs réunions de nuit qui les faisaient suspects, comme nous l'apprend Minutius , appelaient le soupçon de maléfice. « Si la chrétienne, épouse d'un gentil, se rend aux convocations nocturnes, aux veillées de la Pâque, dit Tertullien, son mari le souffrira-t-il sans s'émouvoir ? Si elle signe son lit et son corps, si elle souffle sur quelque esprit immonde, si, la nuit, elle se lève pour prier, ne croira-t-il pas à une œuvre magique ? Et ce qu'il verra goûter, en secret, avant chaque repas admettra-t-il que ce ne soit que du pain ? Ne croira-t-il pas plutôt à quelque philtre ? » Aux yeux de Suétone et de beaucoup d'autres, la famille chrétienne est une race vouée aux maléfices : genus hominum superstitionis novæ et maleficæ . A leurs yeux le pouvoir que les fidèles exercent sur les démons est la preuve la plus claire d'un pouvoir magique. Le Sauveur avait délivré quelques possédés de l'étreinte démoniaque et les chrétiens possédaient, certains d'entre eux, la même autorité et accomplissaient la même œuvre. Dans ces guérisons miraculeuses que mentionnent si souvent les Pères, Tertullien montrait aux idolâtres une marque de la puissance du Christ et de la vanité des idoles : « Que l'on amène devant vos tribunaux, dit-il, un homme qu'agite l'esprit malin. Le premier venu d'entre nous forcera celui-ci de parler, d'avouer qu'il n'est qu'un démon, tandis qu'il se prétend un dieu’. » Et ailleurs : Quoi que veuillent crier les avocats et les gens du tribunal, les chrétiens leur ont souvent rendu service. Un nolarius que le démon rendait épileptique a été guéri par un fidèle ; d'autres ont vu sauver de même un parent, un enfant. Et combien de personnes de distinction pour ne point parler du vulgaire, n'ont pas été délivrées par nous de la possession ou de quelque maladie ? » Longtemps avant, saint Irénée avait fait mention de possédés qui, guéris au nom du Seigneur, se faisaient chrétiens .
Ces marques de la puissance du Christ étaient rejetées, et le livre des Philosophoumenes mentionne cette pratique, et le livre des Philosophoumenes produit le prestige ?. L'usage de ce moyen magique tournait contre ses enfants, en une accusation terrible. Car il se rencontrait aussi chez les païens, chez les juifs, chez les sectaires, des hommes qui chassaient les démons. Plutarque ! ?, les Actes des apôtres !, saint Irénée ! ?, saint Justin ?, Flavius Josèphe et — bien d'autres en parlent. Lucien témoigne aussi de ce fait dans un passage satirique où nous retrouvons, non sans quelque étonnement, plus d'un détail donné par Tertullien, sur l'exorcisme chrétien. Un Syrien s'enrichissait à faire ce que les fidèles accomplissaient, comme l'attestent les Pères ?, pour l'amour des hommes et la gloire de Dieu. On lui amenait, écrit Lucien, des possédés, la bouche pleine d'écume, sous sa pression, le démon parlait, disait d'où il venait, comment il était entré dans le corps du malade ; des adjurations menaçantes contraignaient l'esprit à se retirer !, Un ami de Lucien, Celse, rappelait aussi l'exhibition publique de ces prodiges !, et Ulpien déclarait indignes de tout salaire ceux qui prétendaient opérer des guérisons par de semblables pratiques !*, A leurs yeux, comme à ceux d'Hippocrate !9, c'étaient d'impurs magiciens, et tels étaient, pour eux, ceux des fidèles qui délivraient de même les possédés.
Contre les magiciens on faisait état de tout. Une des accusations portées contre Apulée était la possession d'un miroir. La partie adverse y avait longuement et vivement insisté ?. Pour lui, il loue élégamment, dans sa défense, cette surface polie qui reflète les images et les montre vivantes tandis que la sculpture, la peinture les reproduisent immobiles. Il parle des miroirs concaves et convexes, de leur mode différent de réfraction, puis s'échappe par un trait satirique à l'adresse d'Emilianus . C'était fuir le débat, et pourtant, dans les croyances d'alors, le reproche valait qu'on y prît garde. Aux temps antiques, comme plus tard, au Moyen Âge ?, les miroirs passaient pour un instrument de magie. Pausanias dit que dans certaines conditions, ils montraient l'image des malades et annonçaient la guérison ou la mort ; Philostrate en parle de même dans sa vie d'Apollonius , L'empereur Didius Julianus, pour connaître l'avenir, se servit d'un de ces enfants enchantés que mentionne le procès d'Apulée et, en même temps, d'un miroir ?*, C'était là un objet de luxe, et tous n'en pouvaient posséder. On employait aussi les liquides pour refléter les images, et une lettre attribuée à saint Justin, parle de l'eau et de l'huile dans lesquelles les femmes s'assuraient, dit le texte, de la puissance de leur beauté.
Les magiciens se servaient de même de la réfraction des liquides pour opérer la divination. Cette pratique se nommait la lécanomancie. Le roi Numa, — suivant saint Augustin, l'avait employée *. On y avait recouru en Grèce, au temps de la guerre de Mithridate ?, Strabon ? ? et les Apotelesmalica ? ?, publiés sous le nom de Manéthon, le Pseudo-Callisthène ?', mena décrit les procédés matériels employés pour “devait survivre au paganisme. Nous le trouvons mentionné dans Tzetzès !, dans les scholies de Lyco-phron ?, dans la vie d'Andronic Comnène ?, Il en est plus tard même d'autres exemples . — Dans l'espace d'un millier d'années environ et “devant la persistance d'une semblable tradition, “on se prend à chercher si des temps plus voisins du triomphe de l'Église ne fournissaient point des faits “de même nature. Casaubon en a, le premier, signalé un dans le texte grec d'une vie de saint Hilarion. = On croyait autrefois que, -dans les courses de chars, la puissance des enchantements pouvait faire obtenir la victoire ; que des magiciens donnaient aux chevaux la vitesse ou les frappaient d'impuissance . Un chrétien, nommé Italicus, toujours vaincu aux jeux du cirque, confia sa peine à saint Hilarion. Le saint l'écouta, se fit apporter le vase d'argile dans lequel il buvait, le remplit d'eau, et Italicus y vit paraître l'image des chevaux, de l'écurie, des cochers et des chars ; tout cela était ensorcelé par des adversaires. L'eau du vase sanctifié par Hilarion suffit à dissiper les prestiges ^. $, Saint Jérôme, qui rapporte de même miracle, mais sans mentionner toutefois le fait de lécanomancie, dit que les concurrents d'Italicus crièrent à la magie et demandèrent la mort du sorcier des chrétiens 7. — Le texte que cite et transcrit Casaubon, sans indiquer la source, se trouve dans un de nos manuscrits du x siècle et une rédaction inédite toute différente, qu'on lit dans un second recueil du même temps, donne aussi l'histoire d'Italicus, avec toutes les particularités qu'on vient de voir. Qu'il y faille arrêter comme à un fait incontestable, on n'oserait le prétendre, puis que saint Jérôme, tout en rappelant l'accusation de sorcellerie, ne parle point de l'image apparue dans l'eau ; mais devant la fermeté d'une tradition dont témoignent deux textes différents, - devant la perpétuation du recours à la lécanomancie, d’après la nature des cris poussés par les païens contre “saint Hilarion, on ne saurait guère s'étonner qu'un chrétien du iv siècle, cédant, comme l'avait fait saint Cyprien, à l'influence des idées de son temps, et se rappelant au besoin la coupe divinatoire du patriarche Joseph ! ?, ait cherché, dans les reflets des liquides, la révélation des choses cachées, Nous nous trouverons sur un terrain plus ferme et en présence de faits antiques pour parler “le saint Athanase. « On le disait, écrit Ammien Marcellin, habile dans la divination, consommé dans la science des augures, il avait, par ce moyen, et plusieurs fois, annoncé l'avenir ! !. » On parlait ainsi, en effet, du saint évêque : nous en trouvons la preuve dans Sozomène, en même temps que le récit d'un fait qui dut, s'il faut y croire, accréditer singulièrement le soupçon. « La prescience d'Athanase, écrit l'historien, le faisait accuser de magie par les gentils = et par les hérétiques. Un jour qu'une corneille passait auprès de lui en croassant, la foule païenne lui demanda, par dérision, ce qu'annonçait ce cri E Lévèque répondit en souriant : « L'oiseau dit Cras E * et vous prédit que la journée de demain ne vous sera pas favorable. Demain l'empereur vous défendra de célébrer la fête. » Cette interprétation fit rire ; pourtant l'évêque disait vrai : le lendemain, des lettres impériales furent remises aux magistrats interdisant aux idolâtres l'entrée aux temples et les réunions religieuses, Ainsi fut abolie la plus grande fête des païens ! ?, » Mais il nous faut revenir à notre sujet de la magie à l'époque des persécutions.
Dans un passage cité plus haut. Tertullien nous montrait les fidèles écartant par leur souffle l'esprit malin !, Il n'était point, chez les chrétiens, de pratique plus répandue et, avant le prêtre africain, saint Irénée ^ mentionne cette coutume dont nous retrouvons plus tard la marque dans les livres d'Eusèbe !5, de Prudence !, de Sulpice Sévère Y et d'autres écrivains !*, Là encore, les païens, s'ils voulaient y prêter attention, pouvaient voir un trait de ressemblance avec les procédés de la magie. Les sorcières thessaliennes, au temps de la république, au i siècle les faiseurs de prestiges opéraient par le souffle leurs enchantements et leurs prétendus miracles. Lucrèce et Origène en témoignent à la fois, et l'identité de pratique pouvait exposer les fidèles à se voir confondus avec ceux dont ils détestaient le plus les actes.
L'exorcisme, avons-nous dit, mettait en fuite les démons. La guérison des possédés se tentait également chez les païens, mais, aux yeux de ces derniers si empressés qu'ils fussent à amener aux chrétiens leurs malades pris du morbus sacer, une telle œuvre était magique. Répéter, comme le faisaient les fidèles, que les génies infernaux chassés par leurs prières étaient les hôtes mêmes de l'Olympe : Saturne, Jupiter, Esculape, Mercure, Sérapis, c'était conduire une fois de plus les païens à leur conclusion accoutumée. Le pouvoir de violenter les dieux d'en haut était aussi, selon les idolâtres, un privilège de la magie '*, Ceux donc qui, par des armes surnaturelles, s'attaquaient à la possession, étaient, dans la persécution commune, des misérables voués aux pratiques occultes, et la puissance dont se vantaient les premiers fidèles ne pouvait que répandre contre eux le terrible soupçon de maléfice.
Les chrétiens priaient en se tournant vers l'Orient ; ils fêtaient le dies solis et, Tertullien le dit, les persécuteurs voyaient dans ces deux actes la marque d'un culte rendu au soleil ?, Une autre circonstance affermissait peut-être cette croyance. L'un des textes de l'Écriture les mieux connus par les gentils était le passage de l'Exode, si souvent allégué par les martyrs : Qui immolat diis occidetur, praeterquam Domino soli #1, A entendre ces mots, les païens pouvaient se souvenir d'une formule courante dans leurs textes, dans les légendes de leurs médailles et de leurs marbres : Dominus Sol et, nous l'apprenons de saint Augustin, le verset répété par les fils de l'Église semblait, en effet, à plus d'un ordonner des sacrifices au soleil ©, Prier en regardant l'Orient, adorer Helios, c'étaient encore là des traits de ressemblance avec les magiciens. Apollonius ?, les Brachmanes * ne vouaient-ils pas au roi des astres un culte de chaque jour, et pour faire parler un cadavre, le prophète égyptien um ro rh rm, a H perica ppup IE russa satem mememe, e -=e qu'Apulée met en scène ne se tournait-il point vers l'Orient en adressant une prière au soleil.
Ainsi donc, un fait incontesté, un autre qu'en induisaient les gentils, rapprochaient à leurs yeux les chrétiens des enchanteurs, et, devant la haine superstitieuse qu'inspiraient ces ouvriers de maléfices, les miracles obtenus par les fidèles devaient accroître la suspicion et le danger. D'autres particularités semblent permettre de le croire.
Une loi de Constance proscrit les magiciens qui troublent par leurs charmes l'ordre de la nature : Ausi sunt elementa turbare, dit l'empereur. Cela nous reporte au IVe, mais si nous ne trouvons pas sur cette matière de textes législatifs d'une date antérieure, les écrivains du haut empire nous montrent que, dès les temps anciens, l'on croyait à cette action de la magie. « Nos ancêtres, dans leur simplicité, attirer ou repousser les orages ? » Ovide, Lucain, Tibulle attestent la popularité de cette persuasion, répandue chez les nations grecques dès le temps d'Empédocle et que devait garder le Moyen Âge, chez les Quades, la pluie, la grêle et le tonnerre, c'était donc, pour les chrétiens déjà suspects, revendiquer ce que les gentils attribuaient à des enchanteurs, augmenter ainsi la défiance et peut-être, appeler, pour plus tard, des rigueurs nouvelles.
IX. LA BAGUETTE MAGIQUE.
Plus haut que certaines œuvres d'art exécutées par les premiers chrétiens ou, pour parler plus exactement, par les artistes qui appartinrent aux premières générations chrétiennes, semblent avoir pu contribuer à affermir le soupçon de magie que l'ignorance et la malveillance adressaient à l'Église. Ce n'est pas seulement au Christ qu'on adresse le reproche de magie, c'est à saint Pierre et à Moïse. Celse, Strabon et Pline comptent Moïse parmi les enchanteurs fameux et Celse l'accuse de maléfices. Or, selon une croyance commune aux temps antiques et aux âges suivants et que partageaient les chrétiens eux-mêmes puis que nous lisons ces vers de Prudence parlant de Mercure :
L'antiquité des figurations fréquemment reproduit
- petites tables de stuc ou de marbre sur lesquelles
dit Sénèque, pensaient que les charmes pouvaient
ne semble point antérieur au IVe, les fresques
baguette aux mains de saint Pierre ; d'autres tables,
Une affaire d'empoisonnement trainait en longueur devant le tribunal de l'honnête préfet de Rome, Olybrius. Les plaignants demandèrent qu'elle fût portée devant le tribunal du préfet de l'Annone, Maximin. Pour une raison ou pour une autre, les plus indignes juges étaient toujours chargés de ces procès, les autres se récusant ou étant éliminés. Maximin était fils d'un magicien, ami d'un nécromant et avide des dépouilles d'autrui. Il écrivit à l'empereur que le débordement des vices à Rome exigeait une pénalité exceptionnelle et reçut de lui le pouvoir de juger, vice sacra, sans appel. Ce fut le signal des meurtres judiciaires. On vit se succéder, parmi les causes de condamnation, l'emploi des procédés magiques pour obtenir la main d'une femme (tel l'avocat Marinus envers Hispanella) ; l'usage des incantations pour adoucir l'humeur de l'empereur, 1099 ce qui devait produire l'effet contraire. Le consul Hymetius y avait eu recours. Cela suffit pour occasionner un grand nombre de poursuites, et l'emploi de la torture pour tous, y compris les matrones et les sénateurs ; puis quantité d'exécutions capitales !. Mais le Sénat ayant trouvé moyen de faire parvenir une députation à Valentinien, celui-ci retrouvant le sens de la justice, rétablit l'appel à son tribunal pour les sénateurs , Il n'en était pas moins vrai qu'une nouvelle procédure s'était établie depuis le règne de Constance et que des procès de tendance avaient lieu ; on en était venu à poursuivre l'intention chez les prévenus. | Les procès se multipliaient dans les états de l'empereur d'Orient, Valens. Celui-ci redoutait toutes les opérations magiques ; c'est pour quoi il poursuivait comme Dioclétien l'avait fait, les manichéens soupçonnés de s'y livrer. Des lois signées par les deux empereurs condamnèrent également les pratiques et l'enseignement des astrologues . Valens craignait que l'on ne pût pénétrer les secrets de l'avenir et connaître le nom de son successeur. En effet les partisans d'Orient espéraient voir revenir sur le trône un second Julien. La peur dominait Valens, dont le caractère était faible et qui était d'un naturel inquiet. De formidables procès se déroulèrent . Les guerres, dit Ammien Marcellin, étaient moins redoutables. Un honnête intendant de l'empereur, Fortunatien, s'était permis de réclamer à deux palatins ce qu'ils devaient au Trésor. Ceux-ci pour se débarrasser de lui l'accusèrent de magie. Fortunatien perdit la tête et livra à la justice un astrologue et un magicien. C'était ce qu'il fallait éviter, car les révélations commencèrent, suscitées par le préfet du prétoire, Modeste, | et activées par la torture. Antioche, où étaient jugés les prévenus, voyait arriver des foules enchaînées. Les supplices se multipliaient. Enfin, un gouverneur de province, Fiduce, avoua que lui et son ami Eucère avaient connu le nom qui devait être celui de l'héritier de l'empire de Valens (Théodose), par les révélations d'un trépied magique. Un notaire de ce nom fut arrêté à Constantinople. Le chevalet, les ongles de fer, le feu fatiguèrent si bien les prévenus que beaucoup parlèrent pour être délivrés de la vie et décapités. Tous étaient égaux devant la torture, mais de rares exemples d'héroïsme montrèrent l'homme supérieur à la douleur. Le philosophe Pamphile sauva son ami Eutrope, proconsul d'Afrique. i Valentinien I' n'était cependant pas un tortionnaire, il était accessible à la pitié et à l'indulgence. Il fut l'auteur de la première loi d'amnistie pascale 7, qui eut de sérieuses conséquences. À cette occasion les dettes étaient remises et les prisons ouvertes, sauf pour le maleficiorum scelus *. Sous le règne de Gratien l'esprit de la législation changea et, sous Théodose en 391, une loi interdit tout paganisme, mais en même temps le droit pénal s'adoucit ; en matière de magie, la peine de mort fut remplacée par l'amende, la déportation, ou la confiscation des biens. Il ne fut plus question de ces immenses procès des régnes précédents.
Le premier concile qui légiféra sur la magie et l'astrologie fut celui qui se tint, vers l'an 300, à Elvire (voir ce nom). Son canon 6 porte que : Si quis vero maleficio interficial alterum, eo quod sine idololatria perficere scelus non potuerit nec in finem imperiendam illi esse communionem ; c'était l'exclusion même devant la mort. Mais en 314, le concile d'Ancyre n'impose plus qu'une pénitence de cinq ans à ceux qui prédisaient l'avenir, ou qui recevaient chez eux des gens qui révélaient les secrets magiques. Le concile de Laodicée, en 363( ?), - l 1100. sion même devant la mort. Mais en 314, le concile A dans son canon 36, interdit aux ecclésiastiques la fabrication des phylactères et les Pères de l'Église | | renchérissent sur ces prescriptions, Saint Athanase dit que quiconque fait des amulettes est infidèle ; « saint Jérôme fait l'éloge des mères qui préfèrent voir mourir leurs enfants plutôt que de recourir aux remèdes magiques ; saint Augustin reproche à un auditoire de chrétiens d'accorder sa confiance aux haruspices, aux augures, aux mathematici, aux malefici. | Les pratiques magiques avaient pris tant d'empire - sur les païens sous l'influence du néoplatonisme, | et l'on était si disposé même parmi les chrétiens, A j avec la croyance aux démons telle qu'on l'interprétait, | à admettre la possibilité de certains prodiges jus que | chez des adversaires, que beaucoup n'hésitaient pas « à recourir à des sorciers. On croyait donc à la toute-puissance de certaines conjurations, et les femmes sur- tout faisaient souvent appel aux magiciennes. El les. les imploraient dans les cas de stérilité et saint Jean Chrysostome avait beaucoup de peine à les convaincre, que la prière est plus efficace que les formules idolâtriques. Il y avait même quelques-unes de ces magiciennes qui étaient chrétiennes, et qui se servaient dans leurs charmes du nom du Christ ; c'étaient celles qu'il condamnait le plus fortement. Il ne parle que par allusion et à mots couverts de certaines pratiques. du même genre, qu'employaient les sages femmes | dans les accouchements laborieux. Les hommes partageaient ces faiblesses ; ils se plaignaient qu'il n'y | eût plus de miracles et c'est pour quoi ils mettaient leur « confiance dans la magie. Ils se procuraient donc | toute sorte de talismans, et comptaient sur l'action de formules, parfois fort étranges ; ainsi on attribuait. aux noms de fleuves une puissance spéciale, Les abus surprends de nouveau quelqu'un, dit-il, à user de talismans ou d'incantations, je ne l'épargnerai plus ; je vous le dis et je vous le redis. » On alléguait qu'en fin de compte, c'était toujours à Dieu, qu'on faisait appel ; que c'était son intervention qu'on réclamait ; et que les vieilles sorcières qu'on faisait venir étaient en somme des chrétiennes. Le saint n'en était que plus indigné. « Vos pratiques, criait-il, sont idolâtriques, + eL il allait jusqu'à exprimer sa pensée sous cette forme : suppliant les malades de renoncer à un recours auquel ils ont toute confiance, il leur dit que, s'ils résistent à une tentation si dangereuse, ils seront d'autant mieux récompensés que cette résistance est. plus rare et plus méritoire ; elle est si méritoire et si rare qu'elle leur sera comptée à l'égal du martyre : TOŒTÓ cov æptuplou cTépavoy qépet.
XI. LA MAGIE CHEZ LES COPTES. — Dès le 17e siècle, le christianisme avait réussi à s'implanter à Alexandrie (voir ce nom), mais ses progrès au sein de la population indigène du delta et des bords du Nil, population indigente et ignorante, se firent surtout au cours du 19e siècle. Les Égyptiens convertis au christianisme acceptèrent l'écriture grecque complétée par quelques signes indispensables pour les voyelles et la connaissance de l'ancienne écriture hiéroglyphique tomba rapidement en oubli. Les dégâts de ce genre étaient si graves, que saint Jean était obligé de menacer de mesures disciplinaires : « Si je ne vois pas de monuments devenus illisibles, ce fut à la tradition de sauver le passé ; elle n'y réussit guère et les chrétiens firent aux souvenirs du paganisme la vie si dure qu'ils n'épargnèrent pas plus les livres que les temples d'un passé tenu pour abominable. C'est à peine si quelques textes échappèrent à la destruction, notamment le grimoire grec de la Bibliothèque nationale à Paris et quelques autres qui occupent une place intermédiaire entre les textes magiques coptes et démotiques ; cette littérature est ordinairement désignée sous le nom d'« ancienne langue copte ». Comme les anciens Égyptiens, de qui ils descendaient et à qui ils succédaient, les Coptes recouraient aux charmes lorsqu'ils se sentaient impuissants à agir sur les forces de la nature. La médecine copte n'était qu'une application de la magie aux misères humaines ; là où le remède ne pouvait rien sur le mal, on avait recours à la formule, et celle-ci n'a guère changé de celles dont on usait jadis. Qu'il s'agisse de l'ophtalmie, si fréquente et si redoutable en Orient, de la fièvre, des maladies de la peau, des oreilles, ou que ce soit de l'accouchement et de l'allaitement, on a recours aux remèdes magiques ; tout comme lorsqu'il est question de réconforter la mémoire, d'arrêter la suppuration ou bien de remédier à des pertes de sang. La magie est prête à tout, elle est bonne à tout, qu'il faille rétablir la santé, conquérir force ou talents, séduire la femme aimée ou réduire son mari à l'impuissance. Ce qui est plus imprévu, c'est l'action magique qui tourne la colère de Dieu sur un ennemi sans défense, qui engendre la querelle entre amis, qui appelle sur les esprits célestes et les contraint à intervenir contre le diable. Enfin, la magie remplit le rôle d'une espèce d'assurance qui étend sa protection sur les hommes, le bétail et les biens mobiliers et immobiliers.
Des évocations des dieux et esprits semblables à celles qui occupent la majeure partie du grimoire démotique de Londres et de Leyde, comme du grimoire démotique du Louvre, se retrouvent dans les anciennes formules coptes du grimoire grec de la Bibliothèque nationale à Paris, mais on n'a pas encore trouvé les papyrus magiques des Coptes. Le sorcier copte commande aux dieux et aux esprits païens, aux démons, aux anges, voire à Dieu. — Pour tromper celui-ci, il veut se faire passer pour le Christ en personne, mais on rencontre des sorciers moins impudents, plus timides, qui s'en tiennent à conjurer les dieux, les anges et Dieu lui-même. Entre les procédés des antiques magiciens d'Égypte et ceux de leurs héritiers dégénérés, les sorciers coptes, la différence est peu sensible. S'agit-il, pour une mère, de guérir son enfant de la colique, elle s'adresse encore à la déesse Isis à qui elle rappelle la maladie de son fils, le dieu Hor, atteint de la même affection. Ou bien s'il s'agit de faciliter l'accouchement, c'est encore à un ancien modèle égyptien qu'on a recours, comme pour repousser la fièvre c'est le souvenir de la belle-mère de saint Pierre. Les réminiscences des événements bibliques dans les formules magiques coptes remplacent les mythes des anciennes formules magiques égyptiennes. De brèves allusions aux mythes dans une ancienne formule copte, devant exciter l'amour dans le cœur d'une femme, prouvent que cette formule date de temps fort anciens. Comme il est bon d'inspirer confiance à la clientèle, les auteurs et les trafiquants de formules magiques font croire que celles-ci ont Jésus ou ses saints pour auteurs. Les noms prennent un aspect effrayant et de pure invention. C'est ainsi que, sur une amulette de Berlin, on lit vingt-quatre noms magiques dont chacun a pour initiale une lettre de l'alphabet, mais, faute de savoir l'ordre des lettres de l'alphabet grec, l'auteur s'est embrouillé. On a recours à la croix, au poisson, à des noms et des dessins magiques, enfin au tableau des quarante-deux martyrs. Il y a encore la prière et l'exorcisme de Grégorios, la deuxième lettre du même, la première lettre du Christ à Abgar, se terminant par les mots qui disent que tout lieu où cette lettre sera déposée sera protégé contre les maléfices.
Les remèdes magiques des Coptes différent à peine des remèdes magiques des Égyptiens. Le lait de la femme accouchée d'un garçon jouit de la même considération que des milliers d'années auparavant. Pour les cérémonies, nous savons que le sorcier se sert d'un garçon comme médium et il l'hypnotise, comme nous le voyons dans le grimoire démotique de Londres et dans celui de Leyde.
En somme, ce que nous avons conservé des textes magiques coptes n'est pas nombreux, mais l'analyse nous amène à conclure que la magie copte chrétienne n'est en substance que la magie païenne des anciens Égyptiens à laquelle le christianisme applique par place une couleur nouvelle. La magie copte n'est pas moins digne d'attention que l'ancienne magie égyptienne, quoi qu'elle ait été assez négligée jusqu'ici. M. W. E. Crum a accru le nombre des pièces existantes dans la série des textes : « imprécatoires » qui comprend : a) papyrus édité par B. Touraiev (Zapiski de la Soc. archéol. russe, t. xvii) puis repris par de Lemm (Kopi. Miscell, n. 1), et qui se compose d'une prière adressée à Dieu pour qu'il tire vengeance de trois personnes. b) Brit. Mus., catal. copte, n. 7224, papyrus, prière dirigée contre quatre hommes à qui l'auteur impute son emprisonnement. c) Brit. Mus., catal. copte, n. 7222, papyrus, prière de Tnoute contre la femme qui l'a séparé de son fils. e) Prière d'une veuve contre son oppresseur (W. Hengstenberg, Ta zur Forschung... J. Rosenihal, München, 1914).
ARaplac [111]X anA € bp coser akantu OHllOYoce enata LME TOME ow Te ROpcH iau SOPH STORE aie IC Xcp anas 10 moy eimeXnic aba THAR EABTE oru ETTI nec ++ + fais-la descendre jusqu'à une fin tourmentée. Tu me ( ?)...-ras en bas jusqu'à un ( ?)... fera découler (des) vers. Martha. Mon Seigneur Jésus le Christ, tu la feras descendre jusqu'à une fin (mauvaise). Oui, Jésus Christ, tu anéantiras son espérance (£Ariz). pour que personne ne veuille lui donner. » Au début le nom de Marie qu'on ne sait à qui appliquer ; à la ligne 7, le nom de Marthe. Les anges Michel et Gabriel sont connus, le nom suivant ferait penser à l'ange Souriel ou Uriel, mais d'après W.-E. Crum, il n'en peut être question, c'est un ange différent. Le mal appelé « dartre » est, dans Schenouté, une maladie au nez. En quoi consiste cet anathème ? Le sens reste obscur, mais « c'est surtout par son dialecte que ce texte difficile se fait remarquer. Est-ce un spécimen vulgaire du dialecte dit d'Akhmin (voir ce nom), un des parlers locaux, mal étudiés encore de la moyenne Égypte ? Ou bien n'est-ce qu'une déformation voulue quoi que maladroite, de l'akhmimi que normal, au profit de la magie, pour qui tout surcroît d'obscurité était le bienvenu ? » (Crum). h) Strasbourg, Univ., parchemin, ms. copte, rt, 755, Pièce d'époque arabe ; il s'agit d'un « lien » sur les parties génitales de Sch., fils de T. qui sera impuissant avec Seiné, fille de Mouné (W. E. Crum, op. cit., p. 941-542, n. 2). i) Brit. Mus., Or. 6948(2). Parchemin, 0,115 x 0,075 dialecte du Fayoum. En dessus du texte on voit trois groupes de noms : d'abord les sept dormants d'Ephèse, d'après la version recueillie en Égypte : Akeletés, Tiometés, Probatios, Sabatios, Eukenios, Stephanos, Kuriakos ; ensuite les trois Hébreux : Ananias, Azarias, Misaël et leur faisant face Setrak, Mnisak, Mnabtinako, traduction de leurs noms juifs en babylonien ; enfin trois noms magiques : Baran, OcAa, ua. Puis vient le texte dont voici la traduction :
“ Le Seigneur Jésus allait en marchant avec ses très saints (ravæyroc) apôtres (Xr). Il entra dans la maison de Simon Pierre et il trouva sa belle-mère ayant la fièvre, étendue, couchée, Simon Pierre dit : « Mon Seigneur Jésus le Christ, aie pitié de Garbéléa, fille de Chara, fille de Zoé. Enlève d'elle cette fièvre (due à) l'adversaire (&vvtxetuevoc). » Sur l'heure il lui prit la main droite. (et) la posa sur la fièvre (et) elle devint saine et se leva ( ?) devint saine (et) les servit (ôtxxovetv), étant saine. » C'est l'épisode raconté par Matth., vir, 14-15, complété par un nom propre qui n'a pas d'autre attestation historique. En lui-même ce passage n'a rien qui l'apparente aux textes magiques sauf les trois noms : bakak, thelal, meal, au-dessus du texte, tandis qu'au-dessous on voit, à gauche, un autre thème magique : trois pentagrammes, et à droite deux étoiles (ou roues) à huit points se terminant en cercles.
Voici enfin un monument d'un intérêt particulier, lourd éclat de pierre calcaire (0,24 x 0,26), dimensions peu ordinaires pour un ostrakon, acquis à Thèbes, conservé à Oxford (Bodl), écriture du 6e siècle environ, dialecte sahidique.
« C'est, cette fois, la pierre même, autant que le texte qu'elle porte qui, mérite quelque attention. En effet, un trou qui la transperce, du côté où son épaisseur est la moindre, a servi sans doute à la faire suspendre, au moyen d'une corde soit à un mur, soit à quelque meuble ; ce qui nous permet de reconnaître le mode d'emploi de cette sorte de phylactères. Je ne me souviens pas, écrit W. E. Crum, d'avoir rencontré ailleurs un ostrakon percé de cette façon.
« Le texte consiste, d'un côté, en les incipits des quatre Évangiles et la croyance aux vertus magiques de ces versets est connue. Ils sont disposés selon l'ordre normal : Matthieu, Marc, Luc, Jean ; de l'autre côté, la liste des apôtres selon la rédaction de Luc (mais Mathias remplace Judas), suivie de ces mots : « Le Dieu d'Abraham et Isaac et Jacob et (de) tous les prophètes et tous les justes jusqu'à [l'éternité]. =
Pendant qu'il étudiait, Sévère eut des camarades qui se firent un grand renom dans la magie ; ils s'appelaient Georges, originaire de Thessalonique, Chrysoarios, de Tralles ; Asclépiodote, d'Héliopolis ; un Arménien et quelques autres soutenus par Jean surnommé le Foulon, de Thèbes en Égypte. Ces jeunes gens réunirent de tous côtés des ouvrages de la magie et les montrèrent à d'autres. Là-dessus, le bruit courut que ces écervelés projetaient de sacrifier la nuit, dans le cirque, un esclave noir de Jean, afin d'attirer une femme chaste à se livrer à Jean qui était éperdument amoureux d'elle. La nuit les trouva au cirque avec l'esclave noir, mais des gens passèrent par là et les jeunes fous prirent la fuite laissant l'esclave indemne. Celui-ci raconta tout à un compatriote, excellent chrétien, qui jasa tant et tant qu'on flaira dans l'esclave un magicien et aussitôt un groupe de dévots se mit en tête de convertir Jean le Foulon, de magie. Constantin, compatriote et ami de Jean, l'alla voir avec plusieurs camarades afin « de lui parler le langage de l'amitié et de lui dire qu'ils venaient auprès de lui comme auprès d'un frère, par intérêt pour sa bonne réputation et pour examiner ses livres à raison du soupçon auquel il était en butte. » Jean leur fit bon accueil, mais « comme il avait caché ses livres sous le siège de sa chaise qu'il avait fait faire pour eux en forme de caisse, et qui était dérobée à la vue de ceux qui se rendaient auprès de lui, il répondit avec assurance : « Puis que tel est votre bon plaisir, à vous qui êtes des amis, examinez mes livres comme vous voudrez. » Cela dit, il se fit apporter tous les livres qui étaient placés en vue dans sa maison. » On ne découvrit rien, jusqu'à ce que l'esclave noir indiquât furtivement la chaise de son maître, en donnant à entendre qu'il suffirait d'enlever une planche, ce qui fut fait. A cette vue, Jean se prosterna, « supplia en pleurant de ne pas le livrer aux lois ». On protesta qu'on ne voulait que son bien et le salut de son âme, mais il lui fallait « brûler de sa propre main ces livres de magie, dans lesquels il y avait certaines images de démons pervers, des noms barbares, ces indications présomptueuses et nuisibles, et qui étaient remplis d'orgueil et convenaient tout à fait aux démons pervers. Certains d'entre eux étaient attribués à Zoroastre le mage, d'autres à Osthanès le magicien, enfin d'autres à Manéthon. Il promit de les brûler et ordonna qu'on apportât du feu. « Entre temps il racontait sa déconvenue amoureuse et ajoutait que l'art des magiciens était fort répandu dans la ville et il énumérait les noms de ceux qui possédaient des livres de ce genre. Quand tout fut brûlé, on prit tous ensemble le repas de midi, une sorte de pique-nique où chacun avait apporté son écot et principalement de la viande afin d'éprouver la sincérité de l'amphitryon, puisqu'on dit que ceux qui ont recours aux démons pervers s'en abstiennent et considèrent cet aliment comme impur. » On se sépara et les convives allèrent conter leur expédition et le succès qu'ils avaient obtenu au prêtre Cosme, de l'église dédiée à saint Jude. Maintenant il s'agissait de mettre la main sur les collections de livres magiques dont Jean le Foulon avait dénoncé les propriétaires, presque tous Égyptiens, et Sévère dirigeait l'enquête avec ses conseils. Sur ces entrefaites on apprit d'un copiste qu'on lui avait donné un livre magique à transcrire ; le coupable s'appelait Georges, originaire de Thessalonique. Aussitôt les bons jeunes gens dénoncèrent à Jean, évêque de Béryte, Georges, et lui associèrent Asclépiodote, Chrysoarios et Léonce. Celui-ci reçut la dénonciation et l'enquête s'ouvrit avec la collaboration des dénonciateurs, du clergé de la ville et des greffiers de l'État. Ces gens profitèrent de l'émoi soulevé par cette affaire, découvrirent les livres magiques de Georges et d'Asclépiodote et les apportèrent au milieu de la ville ; les autres échappèrent et leurs possesseurs prirent la fuite. Mais Chrysoarios provoqua une émeute assez méprisable et l'affaire menaça de se gâter. Après que Léonce eut été arrêté, on facilita sa fuite et il fallut calmer les esprits en leur expliquant qu'au lieu de répandre le sang il fallait convertir les coupables. On fit un bûcher des livres saisis devant l'Église de la sainte Vierge. Chacun regardait brûler les livres de magie et les signes diaboliques, et apprenait à connaître auparavant, par les lectures que faisait celui qui les livrait aux flammes, la fanfaronnade des choses écrites, l'orgueil athée et barbare des démons, leurs indications malfaisantes et remplies de haine pour les hommes, ainsi que l'arrogance du diable, qui enseigna à promettre et à accomplir des choses horribles de ce genre. Telles étaient, en effet, ces indications : « Comment faut-il troubler les villes, soulever les peuples et armer les pères contre leurs fils et leurs petits-fils ? Par quels moyens on rompra les unions légitimes et les cohabitations ? Comment on amènera par violence une femme qui désire vivre dans la chasteté à l'amour illicite, ou comment on commettra l'adultère et le meurtre, ou comment on cachera le vol ? De quelle manière on forcera les juges à rendre pour soi une sentence d'acquittement. » A cause de ces incitations si infâmes le peuple tout entier poussa de nombreuses clameurs contre les païens et les magiciens et bénissait et comblait de louanges ceux qui avaient veillé à ce que ces écrits fussent divulgués et livrés au feu !
Le personnage de Nestorius, qui connut l'exil en Égypte, nous amène naturellement à la littérature magique de ce pays. La principale contribution documentaire à la magie est celle de l'Égypte. La plus grande partie des textes en provient. On y cite des autorités égyptiennes et l'on s'y réfère à la tradition du pays. Outre ses dieux et sa mythologie, l'Égypte a apporté au fonds commun une magie toute faite, codifiée, ayant une histoire et différenciée à peu près de la religion. Nous savons que la magie égyptienne pouvait exposer ceux qui la pratiquaient à des poursuites légales et nous voyons dans le roman de Théagène et Chariclée que le contact des choses magiques était interdit au prêtre. Les rites de l'ancienne magie égyptienne étaient semblables à ceux que prescrivent les papyrus, ce qui, d'ailleurs, serait une preuve suffisante de filiation, s'il n'y en avait d'autres. Si on prend les textes séparément, on voit que certains éléments y dominent. Le papyrus W de Leyde cite surtout des autorités juives, tandis que les papyrus de Berlin et le papyrus V citent principalement des autorités grecques. Il est vrai qu'il s'agit d'apocryphes.
Mais voici bien une formule magique, se rattachant aux Abrasar (voir ce nom), tracée à une époque tardive (VIe) sur une feuille de plomb en forme de croix et portant la formule célèbre :
Ce monument a été trouvé dans une tombe du pavement de la cathédrale de Lausanne ? (fig. 7510).
Il existe un autre petit monument qui peut être utilement rapproché du précédent. Il s'agit encore d'une plaque de plomb, en forme de croix, trouvée dans l'aqueduc d'Ain-Fourna en Tunisie. Cette plaque, assez épaisse, est haute et large de 0 m. 30 environ ; elle a été brisée en deux morceaux, le haut de la branche supérieure de la croix étant séparé du reste, mais s'y raccordant. Les deux faces sont couvertes d'inscriptions en cursive latine, qui, à première vue, paraissent assez nettes en général ; le texte est entouré de tous côtés d'une série de signes talismaniques, de ces étoiles, formées de deux triangles qui se pénètrent et qu'on nomme « pentalphas ». Il semble que l'inscription de la face soit la même que celle du revers. En tout cas, l'une et l'autre commencent de la même façon : + In n. dn. incipit... Nous ne croyons pas que la lecture — qui sera extrêmement difficile — malgré la netteté apparente des traits, en ait été donnée. En outre, la plaque est gondolée sur les bords, par suite de l'enroulement qu'elle a subi. Tout ce que l'on peut dire jusqu'à nouvel ordre, c'est que c'est un document datant de l'époque chrétienne, de caractère magique.
Cette formule est écrite en grec moderne de basse époque ; la rédaction de la formule peut être plus ancienne et même remonter à une date éloignée. En outre des transcriptions fautives, comme &yo Oesds, on relève des termes de la kabbale ou des emprunts tels quels à la liturgie. Quant au texte, il peut être ramené à trois parties ; la première (1) donne le titre et désigne la maladie ; la deuxième (2-5) contient les instructions pour en triompher ; la troisième (6-11) contient la formule déprécatoire proprement dite, divisée en cinq prières.
La formule vise une sorte d'épilepsie ou d'hystérie, qui se manifeste par des accès redoutables et des maux terribles. C'est le genre de maladie que les Grecs appellent ceknwæou6s, dont nous avons fait « lunatique ». Certaines amulettes étaient appelées geAnvic et on les portait pour se préserver de l'épilepsie, principalement pendant le jeune âge, comme dit Hésychius : EeAnvig, Omep Eyxepücut role mailo, quia morbus lunaticus sive comitialis puerili ælati proprius maxime el familiaris. L'épilepsie était regardée par le peuple comme l'ouvrage particulier du démon toujours occupé à tourmenter les hommes, ce qui explique que la prière finale transcrite sur notre amulette magique : « Seigneur, délivre ton serviteur des ténèbres diaboliques. »
- les instructions ; les versets suivants contiennent la formule liturgique.
- conséquence, il propose de diviser le verset en deux magiques disposés suivant la règle rythmique employée pour l'abracadabra, la deuxième composée des débris d'une formule latine :
— oodovop, uo8óy (uoBóg ? uo8Goyóp ?). BoXocpóp, azonoóp, vocobobp, uolloóg, |o — guplÀ, YOYONX, OU, ( ?), - ÜBovo6ó6A, Oxvxbla.
— ÉxA66, Souxau62166.
— Les mots x« i 8ouxap63166 insérés dans la deuxième partie semblent une transposition due à une erreur de copiste. - La première partie forme une sorte de cantilène rimée, du mètre quinaire, et qu'on peut proposer de restituer comme ceci :
OYEN Yo, Zovoĝòp cag. Mo86g oy 07^.
| : i ; BoXozpop aou AoyxeA cxomoóp LS Doxyóx äret0, | Noscoboóp uoloós, $ ExX66 dunya Kai SouxxubA.66 Aovobox (Java Mn A
Dans la deuxième partie +ov est une pseudodiortose de xov, et oxuo)X répété deux fois s'explique ainsi : — [xow] tpa uôpôous [xxl Souxxu6At06] payouvhDEN VOLE... t... conira morbum famulum vel » famulam Dei nomen i [nvocantem ] E (7) Kxozap... c'est un défilé de noms bibliques suivis de noms cabalistiques : les rois mages (voir ce dernier mot) ies impropères du vendredi saint (Voir IMPRO- gies » ou prières rituel les qui forment la matière des - “versets 6, 7, 8-0, 10 et 11, qu'on devait réciter à | “soit par une assimilation avec Fæ de la deuxième “je porte à, je pousse à ; quant à ££uccepivy, ce mot | semble être une forme dérivée à la basse épo que de | « tre dans cette forêt vierge des op et des En | parties, la premiére composée d'une enfilade de mots | 1110 PÈRES), puis une espèce de litanie qui commence par Suzanne : Xoucuwvv, LEV Aiva, ExéArouc, »AyaUn, Aatlriavous. c0 Aoyrœuovc Térrertvouc
En dehors de Suzanne et L [ulcianus, tous les autres sont inscrits au canon de la messe latine, ce sont :
[Cle men [s], [Cosmas] ef Damianus, Linus, Clelus, Cupriarnus.
(8-9) 8outve rlecouu….. et Arepa ĝe...
Pour le verset &* nous aurons encore recours à la messe latine ; le voici :
AGpuve Tlécouu Kpiore, qw, xoo[|] cléèes a8] dex[oreoou Ilac]pt[g.. rod eóXoug] &Airhonulous Téecoûu Kpoiore] Toup, qu'il faut lire XOUDUL Miwxro Zripirov.
Pour le verset 9, nous le retrouvons dans la secrète qui suit le Paler : Libera nos, quaesumus, Domine ab omnibus malis... et intercedente beala et gloriosa... cum bealis aposlolis luis Petro et Paulo ali que — amoovoXopobv meteo cl Andrea vavta eÔ xv(drea)
Finalement nous lisons Tow. ĝovaty qu'on pourrait entendre ainsi : fu dona ei [salutem ]
Les deux mots 44% ¿ou sont plus mystérieux.
Si on résume ce qui précède et les corrections proposées, on voit que nous pouvons admettre avec vraisemblance la restitution suivante :
Titre : 1 6' — Hepi rod [réfouc], nigon Toy &vwÜpomow [r&kcyovrx].
Insiruction :« Cloérherc motely glc thv awthv Ôtatagiv Aervovpylaic &', gl ; Aeidiv TH &' (réurTn Tuépx) x« i To oobbdre — xal và To Meyy els näoav A&vroUpylxw Émw elc ToU : — Kal vk TOV finty elg tà dyux xi els Thu Ghou &£buccepivhw Astcoup lav : — VX TÒ Yeen. eic xxecolv] à Bpuxpbv | ( ?]} xal wx To dEvn els vv AÜYYÉVA ToU TACYOVTOS THAT.
Liturgie 1° : XoBovéo Gar Mo8&6p yoyor. Bexozpóp &OUXA Aovaék cxonoóp D'oxyóx årer Nocobóp uo0oóp »ExX6 auno Kai SouxapoA6 Oovoboa Üaxvwx6t. [..« G8t006« x | xovtpx popou —quuouX [ouu qopouA [xu | Tououns BeA Tovau | Aen voue [v] c [v6oxavceu ]
Liturgie 2e : Kaonap, MeXytop, Barracüe. * Avytoc cóc, gyros leyupóc, &yvtoc x0svatoc, (003yVX. Eovoawa, Ayan, Aarlavouc. [Ke ]uev [z, Koouxc | E Aauruvoug, Awoug, KAeouc, « T Ovrptxvouc.
BeA ]
Liturgie 3e : Aouve Téecoux Kore, qua, xou[r] a[s8e ; a8] ex [otepau Ilar Jeu [c ]... [rou eoXouc ] Atonu [ouc Te Kgtore ] xov XI o ZTLPLTOU |. — Mrepx [sous | ĝe toto uopüo ueptrx urenute feptouoce yhoptoce [Bteytvte Magie ], rep aougporytux Arocrohogouu IIezgr £0 Izv £0 Av [8pes ]... ` ..TO00 OóvxTg QAAR šômy ( ?) duev i Hi «
Liturgie 4e ;' Azo&ap, “Aroou xal dzpoyuouc ( ?) r F Dane, odxet, uiwaxer (7) — Kai zò Mára ALOV y, popåg ' E3985, ÉCapT, taph
Liturgie 5e : Xpoté, &A£ncov. Kúpte, Éhénoov tòv GoUAó » cob òðeiva ATÒ TÒ Saruovaxóy oxlov Orou ÊYEL xal ir TÈ xor si ; TÒ ĝeËtóv œbroù
Traduction :
12. Pour le mal délivré, lorsqu'il tourmente le patient.
Les coupes de Khouabir sont vraisemblablement — toutes de la même époque, et il est probable que les plus anciennes ne sont que d'un petit nombre d'années antérieures aux plus récentes. Il est malaisé de leur fixer une date, mais on ne peut pas leur attribuer une origine fort ancienne, et la coupe n° 15 contient un nom propre arabe, ce qui prouve que ces inscriptions sont postérieures à la conquête de l'Iraq par les Arabes. D'autre part, elles sont certainement beaucoup plus anciennes que les plus anciens manuscrits du Ginza et certains noms ou surnoms persans que l'on y trouve et qui paraissent être antérieurs à la conversion de la Perse à l'islamisme, comme Khosridoukh (la fille de Chosroés), Belmandoukht (la fille de Bahman) porteraient à croire qu'elles sont des deux ou trois premiers siècles de l'hégire. Enfin, les populations de race persane s'étant assez rapidement converties à l'islamisme, si les inscriptions en caractères inconnus que l'on trouve sur quelques-unes des coupes de Khonabir sont réellement en pehlevi, les inscriptions de Khouabir datent certainement des premiers temps de l'occupation arabe ; malheureusement au xvi siècle : ils étaient écrits en caractères mystérieux il n'est pas certain que ces caractères soient bien des caractères pehlevis.
Voici la traduction de la coupe n° 1 : « Elles sont détournées, retournées et chassées, toutes les malédictions et les incantations des femmes et des hommes, des petits garçons et des petites filles de mes méchants ennemis et de tous mes adversaires qui maudissent et font des incantations la nuit et le jour. Elles sont liées et détournées des quatre angles de ma maison à moi, Pat-chapta, fille de Mahlapta. Tu iras et ne reviendras pas, tu seras abaissé et ne t'éléveras pas, tu seras desséché comme un germe dans un œuf, au nom de Tabaq, l'ange qui saisit et prend toutes les malédictions dont on a maudit Pat-chapta, fille de Mahlapta. Eloigne-les d'elle par la forme d'Adouai Yourba, le chef de tous les mauvais esprits et le conducteur de tous les grands chars de ténèbres ; toi éloigne-les et qu'elles n'arrivent pas jusqu'à elles, toutes les malédictions et les incantations de la nuit et du jour. » Parmi les trente coupes dont les inscriptions sont traduites aucune n'offre une formule chrétienne ; il semble donc que l'islamisme avait, dés lors, accompli son œuvre.
H. LECLERCQ :
ERO TS. a Tp PAESE E cg AEE quam LO nce A oe Eee n même cimetière de Domitille, nous voyons Jésus assis dans une chaise au large dossier, je une, imberbe, ayant encore les traits sous lesquels il a été si longtemps représenté et parlant avec de grands gestes à zy FETE P A S Eh neuf apôtres, car le dixième ne fait qu'émerger du sol. Tous sont imberbes, la disposition générale laisse encore beaucoup à désirer, ce n'est qu'une ébauche '.
Au cimetière de Saint-Hermés, un cubicule nous donne une date certaine ; il est antérieur à l'année 337, et la lunette de l'arcosolium porte encore le bon Pasteur paissant le troupeau, tandis que sur la paroi, autour de la baie, le Christ, au sommet, assis dans une chaire, enseigne les douze apôtres assis chacun dans et Marcellien nous montre le Christ entre les quatre évangélistes ? ; la pensée est la même, mais la difficulté à vaincre est moindre. C'est comme au came- fois le Christ est entouré seulement de six apôtres, il est au milieu d'eux, il bénit de la main droite, à la manière grecque, et les six bénissent en même temps ; point de chaire, c'est un problème de savoir comment. tous sont assis, à moins qu'on n'ait voulu figurer aux deux extrémités une banquette : le Christ a un escabeau sous les pieds’ (fig. 7512). Évidemment, ici, l'artiste n'a pu résoudre le problème d'introduire douze apôtres, il en a écarté la moitié, préférant leur” grâce à un effet de perspective disgracieux mais qui ne manque pas d'une certaine habileté* (fig. 7511).
Avant l'année 340, une fresque du cimetière de Marc donner du mouvement plutôt que de les figer dans une pose immuable comme s'est résigné à le faire un artisan qui travaillait au cimetière de Marc et Marcellien, lequel semble avoir reproduit six fois le même type identique et six fois encore dans l'autre sens * en appliquant une forme qu'il s'est contenté de faire glisser — Au milieu du iv siècle, au cimetière de Domitille, nous rencontrons enfin une composition empreinte d'un sentiment de grandeur (fig. 7513). Au centre le Christ — imberbe, vêtu de blanc, assis sur une chaise tendue de pourpre écarlate, à haut dossier et Lrés élevée. Il fait — le geste de l'homme qui enseigne ; à ses pieds, une — eiste contenant des volumes. De chaque côté six apôtres groupés, cinq debout et un assis sur un pliant, c'est saint Pierre et saint Paul qui semblent parler “avec le divin Maître, les autres gardent le silence !.
“Cette belle scène, où se révèle une conception vraiment décorative orne le cubicule de l'Annone (voir ce mot} ; immédiatement au-dessous, on voit le déchar-
MAGISTÈRE
DU CHRIST 1118 perspective qui s'affirme, la leçon qui sera trop peu connue, comprise et appliquée. Les apôtres portent la tunique, le pallium et ne rappellent aucunement le type qui a déjà prévalu alors pour Pierre et Paul, Sur le pallium et le clavus des apôtres assis au premier rang à droite on voit la lettre I, ainsi que sur le premier et le troisième à gauche ; celui du centre, au premier rang à gauche à la +. Tous sont imberbes, tous, sauf un, regardent le Christ. Celui qui traca cette fresque l'avait d'abord dessinée à grand traits sur l'enduit encore frais ; on voit qu'il avait voulu indiquer le dossier de la chaire du Christ, mais il y à renoncé (fig. 7514).
Ces monuments suffisent à représenter l'art de la fresque ; si nous passons à la mosaïque, nous ne rappelons l'extrémité du pallium se voit, suivant l'usage, la main droite faisant le geste ordinaire à l'orateur. De chaque côté sont disposés sur deux rangs les douze apôtres, et voici l'innovation, le sentiment de la Plusieurs sarcophages de la Gaule nous montrent la scène dont nous parlons ici. A Aix-en-Provence, dans l'église Saint-Sauveur, le Christ est représenté - Id. » ^ E p 1119 MAGISTERE sur le tertre d'où coulent quatre fleuves (voir ce mot), il donne la Loi divine à Pierre et les onze autres, tenant tous un volumen font le geste d'acclamation (voir Dicltonn., t. v, col. 3445, fig. 4695). A Aix, les Sarcophage de Rignieux, d'après Le Blant, Sarcophage de la Gaule, fig. 54. ses apôtres qu'il instruit. Ses pieds sont posés sur une roche au bas de laquelle une brebis, image symbolique du défunt, lève la tête vers le Seigneur comme pour montrer qu'elle écoute ses paroles. Dans les retombées des voûtes sont des dauphins, des couronnes à lemniscates flottants, des colombes becquetant des fruits dans des corbeilles. Le sarcophage de Rignieux, aujour d'hui au musée du Louvre (fig. 7515), nous montre comment les artistes chrétiens développent le sujet à mesure Cet ensemble de monuments offre un intérêt véritablement historique à raison du développement d'un sujet, d'abord timidement traité et puis agrandi, assoupli, élargi E telle façon que nous voyons comment l'art chrétien - a su utiliser les mouvements dont il disposait pour leur E - faire rendre tout ce qu'il pouvait en attendre. | i H. LECLERCO. MAGISTHRIANUS. — Magisirianus est une formation syncopée de magisierianus, adjectif venu de magisterium. Julien, appelé antecessor, qui vécut à Constantinople sous Justin le Jeune, vers 570, est “L'auteur d'une Epitomen Novellarum dans laquelle on lit que ne que civilis, ne que militaris judex permittere - debet execuloribus litis aliquid accipere sive magis- - deriani sint, sive præfectiant vel etiam ex divina jussione » dati sinl exercitores. La Chronique de Victor de TonLmnenna, à l'année 550, dit que lifferas satis idoneas E Justiniano principi per Olympium magistrianum mildunt et dans le Breviarium cause nestorianorum et eutychianorum du diacre Liberatus de Carthage, n. 5, di est question d'un certain ÆEbagnius magistrianus. Enfin dans le Glossarium Philoxenianum le terme B usviorotcvóc est donné comme équivalent d'agens in rebus, - Les papiers de Enn. Quir. Visconti conservés à - Paris, ms. 9697, fol. 79, donnent cette épitaphe - trouvée in Fiumicino, prés de Rome ! : n ICE ON] È ;èvðáðe xit l, uis E R peyote [t ) avo, i bv Y^ unlvüv) y'. drarelx) toù öso [re (é ou )] - »Ov [ptov... | E H. LECLERCO. j MAGISTRI COIMACINI. — Voir Dictionn., 2201 -2295.
E« IX, au mot LOMBARDE (Architecture) col.
$ É ! MAGNÉTISME. — Dès que l'homme s'attache à observer certains phénomènes du monde physique : qui, par leur éclat, leur force ou leur rareté, ont le privilège d'attirer et de retenir son attention, il commence par leur attribuer une puissance et une origine merveilleuses et entourées de mystère. C'est dans l’ordre surnaturel, dans le domaine de la fiction - où de la crédulité populaire qu'il va chercher le caractère et la cause des phénomènes naturels. A ces explications poétiques ou mythologiques, en tout cas fabuleuses, vient se substituer peu à peu, au moins chez - plusieurs, un point de vue tout différent. Ce ne sont pas quelques faits isolés, mais l'univers entier qu'on - s'efforce de comprendre et d'embrasser, en quel que - sorte, d'un seul coup d'œil. C'est de l'univers entier, p considéré comme un tout indivisible, qu'on se flatte de découvrir le principe, l'essence, la raison, la suprême loi ; et, pour être plus sûr de ne pas manquer son but, On ne tient compte dans les faits particuliers, que des observations qui peuvent se concilier avec les attributions de ce principe prétendu unique de toute la nature. Cette aspiration à l'unité et à l'universalité ; dans la science, et cette confusion de la science avec — l'hypothèse, ce sont les traits distinctifs des premiers — systèmes de philosophie, Enfin, après bien des vicissitudes, la philosophie, succombant sous le fardeau dont — elle s'est chargée, laisse échapper de son sein les divers ordres de connaissance primitivement confondus avec elle : les mathématiques, l'astronomie, la physi que, l'histoire naturelle. Tandis qu'elle se recueille et se concentre de plus en plus dans le domaine de la conscience et de la pure spéculation, dans la sphère de là psychologie et de la métaphysique, le monde extérieur reste livré à une étude plus expérimentale et plus précise, à une exploration d'autant plus exacte, qu'il subit lui-même la loi du partage ; l'observation appelle à son aide le calcul ; la physi que s'appuie sur les mathématiques, dont l'émancipation s'est accomplie avant la sienne, et, de même que la philosophie a pris la place des fictions mythologiques, la science, par rapport à la nature visible, pondérable, palpable, se substitue à la pure philosophie. Bien loin qu'il soit ici question d'une substitution absolue, ce qui est certain, c'est que la science n'a pas fait disparaitre la philosophie, pas plus que la philosophie n'a fait et ne fera disparaitre la religion.
L'observation qui vient d'être exposée confirmée d'abord par l'histoire du magnétisme.
Le nom seul qui, en français, est resté de l'aimant, nous offre un curieux sujet d'observation. L'aimant, déjà connu des Grecs au temps de Thalès, puis que ce philosophe a essayé d'expliquer ses propriétés, était désigné chez eux de plusieurs manières. On l'appelait la pierre d'Hercule (Διός λίθος), ou simplement la pierre (Λίθος), la terre de fer (γῆ σιδηροφόρος), et la pierre indomptable (ἄδακτος λίθος) à cause de la force irrésistible qu'on supposait en lui. C'est cette dernière dénomination qui, adoptée de préférence au mot magnète par les écrivains du Moyen Âge, a été prise pour le participe présent du verbe aimer et traduite par aimant. Ne faut-il voir là qu'une confusion de langage ? Ou ne le croit pas. Il est permis de supposer que l'imagination s'est servie de ce prétexte pour attribuer les dons du cœur humain à un corps dont les propriétés mystérieuses lui paraissaient supérieures à celles de la nature brute.
Bien longtemps auparavant, l'amour du merveilleux s'était emparé de ces propriétés et avait donné naissance à des légendes qui, accueillies sur la foi ou propagées sous le nom des auteurs les plus respectés de l'antiquité grecque et chrétienne, subsistent encore en partie dans la tradition populaire. Ptolémée, l'astronome et le géographe, parle de certaines îles Manioles, parfaitement inconnues aux navigateurs modernes, entre lesquelles les vaisseaux retenus par la force de grandes mines d'aimant, sont incapables d'avancer, à moins qu'on n'ait pris la précaution d'y remplacer les clous de fer par des chevilles de bois. La même condition, selon d'autres écrivains, était imposée pour la même cause aux navires qui traversaient soit la mer Erythrée, soit la mer Indienne, soit le détroit de Bab-el-Mandeb, soit enfin les mers de Chine et de Cochinchine. Pline assure qu'il existe près de l'Indus deux montagnes, dont l'une a la vertu d'attirer le fer et l'autre de le repousser. Qu'on suppose maintenant un voyageur chaussé de souliers ferrés qui essayerait de passer entre ces deux montagnes incommodes : sur la première, il lui semblerait prendre racine dans le sol ; sur la seconde, il lui serait impossible de poser le pied. Toutes ces fables se ramènent à une seule, également répandue en Orient et en Occident, mais dont l'Orient paraît être le véritable berceau. En voici d'autres d'un caractère un peu différent et qui annoncent un plus grand effort d'imagination.
Saint Augustin, dans la Cité de Dieu (liv. XXI, chap. VII), fait mention d'un temple païen dont les prêtres se seraient servis de la force magnétique pour produire, aux yeux des peuples abusés, l'apparence d'un miracle permanent : ils auraient scellé l'un en face de l'autre, dans la voûte et dans le pavé de l'édifice, deux aimants d'égale force entre lesquels les statues de leurs dieux, construites en fer, restaient suspendues dans le vide. Ce temple est probablement le même que celui dont Pline attribue seulement le projet à Ptolémée Philadelphe, et qui devait être élevé en l'honneur de la reine Arsinoé. Un autre écrivain de l'antiquité, l'auteur du traité sur la Déesse syrienne, qu'on a attribué à Lucien, affirme avoir vu de ses yeux, dans le temple de Junon, à Hiérapolis, une statue d'Apollon qui ne se bornait pas à rester suspendue, mais qui se promenait dans les airs. On parle d'une statue du temple de Sérapis, à Alexandrie, de laquelle on aurait obtenu, dans des conditions analogues, un effet semblable. On voit que le moine Hildebert n'avait pas à faire de grands frais d'invention quand il a transporté le même artifice et le même résultat au tombeau de Mahomet. Longtemps avant lui, l'application en avait été faite par les auteurs du Talmud aux deux veaux de Jéroboam.
Et quelques-unes de ces légendes se sont conservées jusqu'à nos jours environnées de la même foi qui les avait accueillies à leur origine. Celles qui regardent les montagnes d'aimant et le tombeau du prophète de l'Islam se transmettent, dans certains villages de la France, même dans certaines classes de la population des villes, comme des récits véridiques et incontestés.
Les anciens, principalement les Grecs, admettaient l'existence de plusieurs espèces d'aimants, dont chacune a ses propriétés, ou, pour mieux dire, sa légende particulière. Par exemple, l'androdeamas attire l'argent et le cuivre aussi bien que le fer ; l’amphidane, ou la chrysocolle, attire l'or ; la sagde s'attache au bois des navires, la ecatochite s'attache aux mains et agit sur tous les corps placés à sa portée. Aussi Démocrite en a-t-il fait usage pour opérer des merveilles qui ont étonné les mages. Enfin la pantarbe exerce son pouvoir sur l'or et les pierreries. Elle a servi à retirer de l'Indus 460 anneaux et pierres précieuses qui vinrent se fixer, en forme de chaîne, les uns au bout des autres. Il y a des aimants mâles et des aimants femelles ; les premiers capables d'agir sur les métaux, les seconds privés de cette puissance. L'aimant, en général, perd sa vertu quand il est placé à côté du diamant, ou quand il a été frotté d'ail ou d’oignon : il la reprend après avoir été trempé dans du sang de bouc. Posé par le mari sous l'oreiller de sa femme, il sera une preuve d'infidélité ou de vertu conjugale. Il rétablit l'union entre des frères ou des amis qui ont cessé de s'entendre. Il suffit de porter sur soi un fragment de cette pierre incomparable pour gagner l'affection de tous ceux dont on est entouré, ou pour acquérir subitement le don de l'éloquence. Demandez à Esculape, et elle vous répondra, par l'organe d'Aetius, que l'aimant calme les convulsions, les douleurs de la goutte et les maux de tête. Utile à l'art de guérir, il ne l'est pas moins à l'art de tuer. Avec une épée aimantée, on porte à son ennemi des coups plus dangereux qu'avec une épée ordinaire.
En regard des traditions fabuleuses, dont la chaîne, commencée dans les temps les plus obscurs, se poursuit sans interruption dans les âges suivants, viennent se placer les systèmes philosophiques. On sait que les philosophes grecs, lorsqu'ils cherchent l'explication des phénomènes de la nature, se partagent en deux écoles principales. Les uns se représentent l'univers comme un composé de forces ou comme une force unique dont l'expansion et la concentration produisent tous les corps que nous connaissons avec les relations qui existent entre eux. Ils forment l'école dynamique. Les autres, ne reconnaissant d'autres principes que la matière et le mouvement, rendent compte de tous les faits et des existences elles-mêmes par la réunion et la séparation, la forme et les positions diverses des pièces dont la matière se compose. Ils appartiennent à l'école mécanique. Il y a aussi une école intermédiaire, où l'on essaie de réunir dans ce qu'ils ont de conciliable, ces deux points de vue opposés. L'esprit particulier de chacune de ces écoles se retrouve dans les théories que l'antiquité nous a laissées sur le magnétisme.
Dans la pensée de Thalès, l'attraction exercée par l'aimant sur le fer est l’action d'une force vivante ; en d'autres termes, l'aimant a une âme. Selon Diogène d'Apollonie, l'aimant exerce sa puissance par affinité élective : agissant par aspiration, à la manière des corps vivants, parce que la force magnétique est un air vital, pareil à celui qui anime l'univers, il choisit dans l'atmosphère les émanations qui lui conviennent ; or, celles du fer lui conviennent mieux que celles des autres corps. Comment ne pas reconnaître dans ces deux opinions le caractère distinctif de l'école dynamique ? C'est du mécanisme, au contraire, que découlent les hypothèses de Démocrite et d'Épicure. On attribue au premier de ces deux philosophes un traité à part sur l'aimant, où il se borne à appliquer à l'attraction magnétique les principes sur lesquels repose tout son système. Les corps laissent échapper sans cesse une partie des atomes dont ils sont formés. Les atomes de l'aimant pénètrent dans ceux du fer, avec lesquels, quoi que d'une nature plus subtile, ils ont une étroite ressemblance. Les atomes du fer, de leur côté, mis en mouvement, et, en quelque manière chassés de leur place par ces envahisseurs, pénètrent au sein de l'aimant, grâce au vide qui s'y est fait, et entraînent à leur suite la masse entière du métal. La théorie de Démocrite subit quelques modifications dans la doctrine d'Épicure, telle, du moins, que nous la connaissons par le témoignage de Galien et par le poème de Lucrèce ; mais ces changements ne lui ôtent rien de son caractère purement mécanique. Elle nous montre toujours les deux corps, l'aimant et le fer, se rapprochant l'un de l'autre dans le vide qu'établit entre eux ou en eux l'émission d'une certaine partie de leurs atomes. Dans l'explication d'Empédocle, l'idée de force se combine avec celle de la matière et du mouvement. L'aimant et le fer, si nous en croyons ce philosophe, sont mus par les deux mêmes forces qui règnent sur toute la nature : la force de concentration et de cohésion, qu'il désigne sous le nom d'amitié ; la force d'expansion et de division, qu'il appelle la discorde. Mais ces deux principes ne suffisent pas pour nous faire comprendre l'attraction magnétique, il faut encore supposer la division de la matière : il faudrait qu'il y ait des pores par où s'échappent les émanations de l'aimant sous l'impulsion de la discorde, et où pénètrent, sous l'impulsion de l'amitié, les émanations du fer entraînant à leur suite toute la masse métallique.
L'idéalisme métaphysique de Platon, comme celui de Descartes, et l'idéalisme bien plus ancien de l'école de Mégare, s'efface entièrement, quand il s'agit des phénomènes de la nature, devant les principes du mécanisme. Il n'admet point d'attraction à distance, il veut que les phénomènes magnétiques, comme les phénomènes mécaniques, s'expliquent par la seule communication du mouvement dans une matière sans interruption, d'où le vide est absolument exclu. Aristote, avec ses qualités occultes, se rattache certainement à l'école dynamique ; mais, dans aucun de ses ouvrages qui sont parvenus jusqu'à nous, on ne trouve une théorie de magnétisme. C'est dans l'école stoïcienne que nous voyons de nouveau le magnétisme expliqué par l’idée de force. Galien, tout partisan qu'il est des doctrines de Platon, revient, en physique, à l'affinité élective ; à l'exemple d'Empédocle, il admet dans la nature des sympathies et des antipathies. Les néoplatoniciens vont encore plus loin ; ils
reconnaissent à l'aimant une âme comme Thalès avait fait dans l'enfance de la philosophie. Nemésius se le représente comme un être vivant, intermédiaire entre le règne animal et le règne végétal. Pline lui donne des sens et des mains pour attirer le fer ; il pone au fer des mains et des pieds pour aller à lui. … On conçoit qu'entre ces hypothèses et ces chimères, la vérité, l'observation, aient eu de la peine à se faire jour. En effet, leur part est très petite. Les anciens ne connaissaient guère de l'aimant que sa force attractive et la propriété qu'il a de la communiquer au fer, après qu'il l'a attiré. Ils savaient, de plus, que cette force, en se communiquant, diminuait peu à peu ; en un mot, ils connaissaient la chaîne aimantée dont le génie philosophique de Platon fait un si bel usage dans le dialogue de l'Yon. Mais ignorant l'existence des deux magnétismes contraires, ainsi que la loi en vertu de laquelle les pôles de même nom s'attirent et les pôles contraires se repoussent, ils se sont imaginé qu'il y a certains aimants particuliers qui repoussent le fer au lieu de l'attirer. A ces aimants ils donnent le nom d'antiphyson, c'est-à-dire qui soufflent en sens contraire. Les anciens, au moins les Grecs et les Romains, étaient également étrangers à l'invention de la boussole. Les Chinois la possédaient dans un temps qui répond pour nous à la plus haute antiquité ; mais ils ne pouvaient pas en donner l'explication scientifique, si même ils la donnent aujourd'hui. On ne voit pas que, sous ce rapport, on ait beaucoup plus avancé en Europe, au milieu du xii siècle, quand l'usage de la boussole passa des Arabes aux peuples chrétiens. Ainsi il faut franchir tout l'espace qui sépare l'antiquité et le Moyen Age des temps modernes pour voir les observations rigoureuses de la science succéder aux légendes et aux systèmes. : H. LECLERCQ. = MAGNIFICAT. — I. Attribution. II. Bibliographie.
ATTRIBUTION. — En 1893, Alfred Loisy émit l'hypothèse que le cantique de Magnificat appartenait non à la vierge Marie, mais à sa cousine Élisabeth !. Cette conjecture semblait délaissée comme il fit remarquer qu'à la fin de l'ouvrage, tel que le donne le ms, Vatic. 3729, Niceta énumère en ces termes la série des cantiques en usage dans son église : Hie cum David confitemur quoniam bonus est ; E : Moyse Spiritu sancto Dominum magnis illis can. licis personamus ; cum Anna, qui Ecclesise typum gerit, olim sterilis, nunc fecunda, in Dei laude corda firma- mus ; cum Esaia de nocte vigilamus ; cum Abbacuc | psallimus ; cum Iona, cum Jeremia sanctissimis patribus orando cantavimus ; cum tribus etiam pueris quasi in fornace positi convocata omni creatura creatori omnium benedicimus ; cum Helisabeth Dominum anima nostra magnificat . Le dernier trait offre un réel intérêt du fait que trois des manuscrits occidentaux les plus anciens remplacent le texte grec ordinaire : xal eixev Mapuxu, par cette variante : Et ait Elisabeth. Cette variante existait déjà dans plusieurs manuscrits connus d'Origène, si l'on s'en rapporte à son traducteur saint Jérôme : pour lui il préférait l'autre leçon : Invenitur beata Maria, sicut in aliquantis eremplaribus reperimus, prophelare, Non enim ignoramus, quod secundum alios codices et hec verba Elisübeth vaticinetur. Plus loin, vers la fin de la même homélie, il dit : Super quibus el beata Maria magnificat dominum Jesum. Magnificat autem anima Dominum ; et au début de l'homélie suivante : Anie Johannem prophetat Elisabeth, ante ortum domini Salvatoris prophetat Maria.
Le membre de phrase inséré dans le De psalmodiæ bono ne se lit pas dans l'édition du traité de Nicéta donnée par dom Luc d'Achery ^ d'après un manuscrit de Saint-Germain-des-Prés 397.3 (aujourd'hui Paris, lat, 13089), du xi siècle ; mais on s'est trop hâté d'écrire qu’ « il n'est pas besoin de dire pour quoi il a été supprimé dans le manuscrit » *, car dans le texte édité par d'Acherv, au commencement du ch. 111, après avoir parlé du Benediclus de Zacharie, Niceta avait déjà caractérisé en ces termes le Magnificat : Nec Elisabeth diu sterilis edito de promissione filio, Deum de ipsa anima magnificare cessavit. Ainsi, vers la fin du rv siècle, la variante en question, nonobstant la tradition généralement acceptée, était consacrée par la tradition vivante et l'usage liturgique d'une Église de Dacie.
témoins occidentaux ; le fût-il, il n'en serait pas moins nécessaire d'interroger les témoins orientaux.
Ceux-ci sont unanimes en faveur de la leçon ordinaire et traditionnelle. En ce qui concerne Origène, son argument exige que le Magnificat soit de Marie, il le dit clairement dans la suite et il faut, pour arriver à soutenir le contraire, avoir recours à de véritables jongleries ? : savoir « reconnaitre la marque d'Origène », découvrir que saint Jérôme a « abrégé son texte » et « obscurci ses données », deviner qu'il « n'a pas bien compris la pensée de l'original ». Au moyen de ces procédés de haute fantaisie on peut aisément arriver à soutenir « que les témoins orientaux n'étaient pas moins divisés dans la première moitié du iii siècle que ne pouvaient l'être à la même époque les témoins occidentaux !9, » Si on ramène la question à ses termes on trouve que trois manuscrits de l'ancienne version latine : a ( Vercellensis), b (Veronensis), l (Rhedigeranus) ont au verset 46 du chap. 1** de saint Luc : Et ait Elisabeth, leçon qui avait été mise au compte d'une inadvertante de copiste. A ces témoins est venu s'ajouter Dn wb — 1E v 2m Fr Srne
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1127 MAGNIFICAT 1128 —
Nicéta dans un traité connu par deux manuscrits dont un ignore la mention qu'on trouve dans l'autre ; il est vrai que les deux manuscrits sont d'accord pour offrir, au début du chapitre i11 du De psalmodie bono, une phrase dans laquelle se trouve une allusion qui n'est pas tellement manifeste qu'on ne puisse l'écarter. Si on admet que la phrase qui se lit dans le ms. 5729 de la Vaticane est vraiment de Nicéta, on pourra en conclure qu'il avait entre les mains un exemplaire où se lisaient les mots : Et ai ! Elisabeth. Peut-être serait-il hasardeux et, en tout cas, malaisé de prouver que ce témoin unique engage l'usage liturgique d'une Église parce que l'évêque de cette Église fait usage d'une locution dans un écrit privé !, A ces témoins s'en opposeraient d'autres : écrits des Pères, y compris Origène, livres liturgiques innombrables auxquels on ne peut même pas opposer ceux en usage dans l'Église de Remesiana puis que nous ne les avons pas.
Dans ces conditions on peut être surpris d'apprendre que « le partage des plus anciens témoins, tant orientaux qu'occidentaux, se fait dans des conditions qui donnent aux deux leçons une égale probabilité intrinsèque, ou du moins qui laissent à la leçon oubliée une vraie probabilité, en face de la leçon qui a triomphé dans l'usage ecclésiastique. Si cette probabilité parait moins grande, c'est peut-être parce que les vaincus ont toujours l'air d'avoir tort, et aussi parce que la leçon traditionnelle est appuyée maintenant sur un sentiment d'esthétique pieuse qui, aux yeux du grand nombre, pourrait tenir lieu de preuve *. » Cependant la quasi-unanimité de l'opinion chrétienne ne se trouve pas entamée par quelques témoins occidentaux, en l'absence, on l'a vu, de tout témoin oriental et l'affirmation constitue déjà un commencement de preuve en faveur du sentiment traditionnel de ce fait que pas un seul des manuscrits de l'Évangile ne présente la variante xxl eizev ‘EMY êet et que, à supposer que cette leçon se soit rencontrée sur tel ou tel d'entre eux, le maître incontesté de la critique bibliques au iii siècle, Origène, n'a pas cru devoir en tenir compte 3, Au point de vue de la critique textuelle la question est tranchée, La principale raison en faveur d’Élisabeth, c'est la ressemblance du Magnificat avec le cantique d'Anne ; mais cela ne fait pas du Magnificat le cantique d'une femme longtemps stérile. Il faut tenir compte de la pensée si finement déduite de l'auteur du troisième évangile. Il annonce la conception de Jean et celle de Jésus, puis il amène Marie chez Élisabeth pour que la plus âgée des deux et celle qui a conçu la première s'incline devant l'autre et reconnaisse l'infériorité de son enfant devant le fils de Marie. C'est ce qui se fait de façon excellente au « début de l'entrevue. Et l'on veut qu'Élisabeth, oublieuse de sa touchante profession de foi, s'absorbe M dans l'œuvre que Dieu a faite en elle, comme si c'était — l'œuvre par excellence et le salut promis ! Même à la naissance de Jean, le nouveau-né est mis à sa place « de précurseur dans l'œuvre de Dieu, et cependant Zacharie n'a pas parlé d'abord comme Élisabeth.
L'entretien de Marie et d'Élisabeth ou plutôt le monologue d'Élisabeth culminant dans la glorification d'Élisabeth sans aucune allusion à Jésus ou à Marie, c'est un autre sens qu'il ne faut pas prêter à l'évangéliste. On comprendrait son cantique quand elle s'est aperçue de la conception de Jean, ou à sa naissance, mais à cet instant ce qui la touche c'est le tressaillement de son enfant devant le fruit de Marie. La conception de Jean est dépassée *.
En définitive, la question soulevée est résolue : il serait peut-être plus strictement exact de dire qu'elle « est supprimée parce qu'en réalité elle n'existe pas. | Tous les manuscrits grecs !'donnent : « Et Marie dit » tous les auteurs ecclésiastiques supposent cette leçon qui est celle qu'a choisie Tatien pour son Diatessaron et l'auteur du Protévangile de Jacques, deux auteurs | du dernier quart du ii siècle qu'on n'accusera pas de | manquer d'originalité.
Tous les manuscrits de la Vulgate donnent : « Et Marie dit » ; et l'unanimité des manuscrits de l'ancienne version latine n'est contredite que par le Vercellensis (a), écrit dans le nord de l'Italie vers la fin du IVe, le Veronensis (b) écrit également en Italie au Ve, et le Rhedigeranus (1) du VIe. A ces témoins s'ajoute Niceta de Hemesiana vers l'an 400 ; — en sorte qu'à la fin du IVe, en Occident, quelques Eglises isolées attribuaient le Magnificat à sainte Elisabeth. Partout ailleurs c'était la leçon : Et ait Maria qui prévalait ; quant à la leçon : Et ait Elisabeth, si latins des siècles postérieurs qui nous sont parvenus. Le témoignage des Pères grecs s'est allégé de ceux des noms fameux imprudemment invoqués. Parmi les manuscrits de la version latine de l'Adversus hæreses consacrée au Magnificat lui-même, Origène attribue « ce cantique à la sainte Vierge sans aucune explication et sans aucune restriction (et cela dans un fragment conservé du texte grec, comme dans la version latine). C'est cependant là, et non dans la septième homélie, qu'il aurait dû placer la remarque citée, — si elle était de lui. Car, à l'endroit où elle se trouve, elle brise la force de l'argumentation. Origène veut prouver que c'est à cause de son fils qu'Élisabeth a été remplie du Saint Esprit : Non est ila que dubium quin t que lunc repleta est Spiritu Sancto, propter filium sit ; repleta. Il le montre d'abord par le fait que, d’après le verset qu'il explique, l'Esprit ne remplit Élisabeth qu'après avoir fait tressaillir Jean. Puis, il cherche un nouvel argument dans l'histoire de la mère du Christ : Pateris hoc credere, si simile quid etiam de Salvatore cognoveris. Marie a prophétisé en chantant son cantique ; et donc elle a reçu l'Esprit, mais ce aussi qu'après avoir conçu le Sauveur. Ce second argument n'est recevable que pour ceux qui croient le Magnificat prononcé par Marie. En proposant cet argument, Origène ne pouvait donc pas placer une remarque critique de nature à faire naître des doutes chez ses auditeurs sur ce dernier point. Ceux-ci tenaient le Magnificat pour un chant de la Vierge : on le constate dans l'homélie suivante. L'orateur n'avait qu'à profiter de leur croyance pour construire son argument. La note qui nous occupe n'est donc pas d'Origène. Aurait-il pu d'ailleurs, lui qui ne manifeste aucun doute sur l'attribution du cantique à Marie, s'exprimer de la sorte et dire qu'il a trouvé cette attribution in aliquantis exemplaribus ? Pour le même motif, nous doutons fort que cette remarque soit du traducteur latin lui-même, IXailleurs, saint Jérôme n'aurait pas manqué de noter si la variante se trouvait dans des manuscrits occidentaux ou orientaux. Comme pour Irénée, c'est donc seulement la tradition de l'interprète latin d'Origène qui a été influencée : par l'attribution du Magnificat à Élisabeth !
II. BIBLIOGRAPHIE. — A.'Loisy, Les Evangiles synoptiques.
MAGUELONNE. — i. Maguelonne. II. Vestiges archéologiques. III. Le catalogue épiscopal. IV. Bibliographie.
I. MAGUELONNE. — C'est une ancienne ville épiscopale située dans une ile, comme une de Villeneuve-lès-Maguelonne, département de l'Hérault. On a proposé d'y voir le site de l'ancienne Mesua citée par Pomponius Mela ; cette opinion ne parait pas soutenable. Dés l'époque romaine, il y eut à Magala un noyau de population, mais il n'est pas impossible d'y voir une civitas. L'Itinéraire d'Antonin lui donne ce titre : civ. Magalonensium, ainsi que la Notitia imperii. Le chef-lieu de la civilas était situé dans l'ile de Maguelonne et l'étang de même nom (canton de Frontignan, arrondissement de Montpellier).
Originairement, Maguelonne faisait partie, selon toute apparence, de la civilas Nemausensium, aussi ne figure-t-elle pas plus qu'Agde dans la plus ancienne version de la Notitia civitatum imperii et n'est-elle pas nommée par Grégoire de Tours. Cependant la ville et son territoire doivent être marqués sur une carte de la Gaule à la fin du VIe, car nous verrons que c'était alors la résidence d'un évêque, et elle faisait partie du royaume wisigoth. En 675, la place fut assiégée par le roi de Tolède, Wamba, et prise de vive force. Au siècle suivant, les Sarrasins en firent une place d'armes, d'où ils infestaient la contrée voisine et, en 737, Charles Martel la détruisit complètement. L'évêque et le clergé se retirèrent sur le continent, à Substantion (près de Castelnau), où ils résidèrent jusqu'au XIe, l'évêque conservant le titre d'episcopus Magalonensis, et le pagus formant un comté. L'île abandonnée devient un repaire de pirates.
Au XIe, l'évêque Arnaud de Verdalle entreprend la restauration de l’ancienne cathédrale, élève un rempart autour de l'ile, fait construire une chaussée qui relie Maguelonne à la terre ferme et la dédicace a lieu en 1054. Le chapitre reprend place dans la cathédrale et la collégiale devient une sorte de monastère réservé aux dignitaires, au clergé et à leurs serviteurs. Pendant les XIIe et XIVes, évêques et chanoines emploient leurs loisirs forcés en disputes interminables ; lassés, les évêques s'éloignent ; isolés, les chanoines décampent et, au début du XVIe, Maguelonne n'est plus qu'une lande déserte avec une cathédrale. En 1536, une bulle de Paul III transfère le siège épiscopal à Montpellier, les protestants volent et brisent ce qu'ils ne peuvent emporter ; en 1632, Maguelonne se donne à Gaston d'Orléans, puis se soumet au roi ; ce n'est plus qu'un désert, son port est définitivement abandonné. De nos jours l'église a été rouverte au culte en 1875, mais ces lieux restent déserts ; on y voit, en plus de la cathédrale, une ferme et des vignes.
II. VESTIGES ARCHÉOLOGIQUES. — Ce qu'a pu être l'agglomération de Magala, son emplacement, son importance, nous n'en savons rien et nous pouvons dire avec confiance qu'on n'en saura jamais rien. Au Maguelonne au IIIe de notre ère, On n'a pas sujet de croire au passage d'une chrétienne isolée, à moins d'admettre que celle-ci ne voyageât avec son épitaphe dans sa valise ; la formule et le symbole invitent à attribuer ce marbre à un artisan chrétien, mais les dimensions et l'épaisseur de la plaque font penser tout de suite aux monuments semblables provenant des catacombes romaines. Or, on sait qu'au XVIe et au XVIIe, les rares chanoines de Maguelonne qui n'avaient pas déserté leur cathédrale, continuaient à l'entretenir et, même, à orner l'abside de tous les débris de marbre qu'ils pouvaient recueillir. A Rome, on encourageait la piété et l'archéologie, par des envois d'ossements et d'inscriptions qui sortaient, littéralement, par charretées des catacombes et s'en allaient — nous ne parlons que des marbres — servir au pavement des églises de la Ville et de l'Italie (voir Dictionnaire, t. VII, au mot LATRAN, col. 1861) ; l'étranger avait part à la distribution (voir Dictionnaire, t. X, au mot MABILLON, col. 610), une dalle de loculus était, pour un squelette, le plus précieux des authentiques.
III. LE CATALOGUE ÉPISCOPAL. — Le vieux conteur Gariel, auteur d'une Idée de la ville de Montpellier, nous dit qu' « une pièce venue de Bisance et communiquée par ces grands hommes que la cruauté des Turcs jeta dans l'Italie, nous a appris que le lépreux a esté le premier évêque de Maguelone. Elle donne aussi à Nismes le saint aveugle Cedonius ou Cedonicus, l'aveugle-né, pour premier évêque. Je laisse, ajoute-t-il, aux grands théologiens de la Provence à estaler et à défendre la gloire de toute cette belle troupe persécutée qui y vint de la Judée, et leurs savantes recherches pour saint Lazare, pour ses deux sœurs et pour leur dévote compagnie, justifieront tout ce que la Grèce nous a découvert sur ce doux et agréable sujet. Ce que nous avons reçu de la Grèce, ce sont les mémoires du martyre de notre saint lépreux dans l'estang de Maguelone. » Le pays fut donc évangélisé par Simon « que nostre Seigneur avoit guéri de la lépre ; c'est nostre premier evesque qui sortit de Béthanie, à qui le sort escheut de nos estangs et de nostre Lez, comme à Lazare celuy de Marseille, à Trophime celui d'Arles, à Paul celui de Narbonne, et à Cedonius celui de Nimes. Sa récompense fut que nos vestales qui avoient un temple où est à présent l'église de Notre-Dame-des-Tables, agissant par les ordres aussi cruels qu'impies du pontife de Maguelone, le firent estouffer dans les eaux de l'estang. Son cher maître qu'il annonçait si dignement et si constamment lui fit ainsi gagner sa couronne dans les ondes, en même temps que tant d'autres la gagnaient dans les flammes et parmi l'orage des cailloux. » Ces fables ont passé de la Series praesulum Magalonensium, dans l'Idée de la ville de Montpellier : nous les y laisserons. M. F. Fabrége se demande « pour quoi Simon n'aurait-il pas pu venir à Maguelonne ? » Il peut sembler superflu de s'attarder à des discussions vingt fois renouvelées. L'origine apostolique de l’Église de Maguelonne ne peut se réclamer que d'un conteur du XVIIe, ce qui est assurément tardif. La chronique anonyme de Maguelonne, qui remonte au XIIIe et que publia A. Germain, en 1853, ignore l'apostolicité, Arnaud de Verdalle (1339-1352), rédacteur d'un catalogus episcoporum Magalonensium, l'ignore de même quoiqu'il ait, nous dit-il, consulté les archives et les traditions qui ne lui de cette Église. Il en faut dire autant de Victor, qu'on prisonnier du roi Wamba, en 673 . apprirent absolument rien sur les origines de l'Église M de Maguelonne. L'écrivain postérieur qui rédigea les notices de Beetius, Genesius, etc., ignore lui aussi la prétendue tradition ; il n'y fait pas la plus légère allusion et commence ses notices par le premier évêque, celui de la fin du VIe. En 1313, Bernard Guy, évêque de Lodève, écrit un traité sur les noms des disciples du Christ et il ne sait rien touchant la légende qui rattache Simon le lépreux à l’Église de Maguelonne ; bien mieux : a beato Petro apostolo de Roma missus est Cenomanis ; il l'envoie au Mans. Il faut donc renoncer à imposer à Maguelonne un évêque dès le Ier siècle et si une chrétienne y vint et y fut enterrée il ne s'ensuit pas que la ville possédât des évêques qu'on n'est autorisé à lui reconnaître qu'à partir des dernières années du VIe. En effet, la prétendue érection d'un évêché à Maguelonne par le pape Sylvestre, à la demande de l'empereur Constantin, est une invention que Mariana a tirée des contes arabes de Razez. On a prétendu sur la foi du même manuscrit de Savaron — de l'officine de Polycarpe de La Rivière — qu'Aetherius qui souscrivit à la lettre synodique que les évêques des Gaules adressèrent à saint Léon, en 451, était évêque de Maguelonne. C'est d'après la même autorité que Gariel — lui donne Vincent pour successeur, en 550 ; mais on doit rayer l'un et l'autre du catalogue des évêques. assure avoir assisté au concile de Braga en 572, car, outre qu'il ny eut pas que les seuls évêques d'Espagne qui assistèrent à ce concile, on ne trouve pas dans la souscription de Victor qu'il fut évêque de Maguelonne. Le premier évêque connu est donc : Es Le Gallia christiana fait ici mention d'un évêque nommé Ricuinus, qui n'a pas de références sérieuses. Ici le Gallia christiana introduit un évêque nommé Maldomaris, nommé dans le décret du concile du Port, en 897, comme ayant possédé un alleu près de Maguelonne. Il est fort possible que ce personnage ait été un évêque du lieu ; mais le document qui nous fournit son nom ne nous met pas en état de lui assigner son rang chronologique .
H. LECLERCQ. MAHOMET. — I. L'Arabie. II. L'Arabe. III. La religion. IV. La civilisation. V. Le christianisme. VI. Juifs et chrétiens. VII. Famille de Mahomet. VIII. Essais de réforme religieuse. IX. Le mahométisme. X. Le Corán. XI. La tradition. XII. Les biographies. MAGUS, PUER... — Nous avons déjà commenté l'inscription célèbre de Magus, puer innocens | | graphies. XIII. Sa vie. 1. Période mecquoise. 2. Période médinoise. 3. Conquête de la Mecque. 4. La mort. XIV. La bonne foi de Mahomet. XV. Les mœurs privées, XVI. La pensée religieuse. XVII. Légende de Mahomet. XVIII. L’ « Ymage Mahom. ». XIX. Conclusion. XX. Bibliographie.
I. L'ARABIE. — Une sorte d'immense presqu'île rectangulaire entre l'Inde et l'Afrique, c'est l'Arabie. Un climat tropical, un sol stérile, des terres maigres que le sable appauvrit quand il ne les recouvre pas. La superficie totale est de 2 850 000 kilomètres carrés, dont l'intérieur est mal connu. L'exploration en est | périlleuse au point d'être parfois interdite aux Européens ; quant aux voyageurs musulmans ils ont peu de goût et moins d'aptitude encore pour les observations rigoureusement exactes, les descriptions leur suffisent. Dans cette vaste étendue notre attention doit se fixer sur la partie occidentale. De Suez, la côte de la mer Rouge se dirige vers le Sud-Sud-Est, mais arrivée au Has Mohammed cette direction est un instant interrompue par le golfe d'Akaba dont les eaux resserrées remontent vers le Nord. Aucune autre découpure profonde ne modifie le littoral ; où quelques criques servent d'abri aux navires à Yambo, Djeddah, Gounfoudeh, Hali, Loheyah, Hodéidah et Moka. Partout une longue ligne de récifs madréporiques longe la côte et en rend l'approche dangereuse. Quelques îlots stériles parsèment ces récifs. Entre la mer et la chaîne de montagnes qui borde le littoral s'étend une plaine | basse et sablonneuse qui porte le nom de Tehamah : | cette région chaude, insalubre et peu fertile, présente une largeur variable qui dépasse rarement 50 kilomètres. Suivant la province à laquelle elle appartient cette zone porte successivement les noms de Tehamah du Hidjaz, de l'Acir et du Yémen. Nous devons d'écrire le nom qui doit fixer notre étude. Environ à mi-chemin entre la Syrie et l'océan Indien, la chaîne de montagnes qui longe la mer Rouge porte le nom d'Hidjaz : c'est le berceau de l'islam. i | Ce sont ici des territoires fertiles, des ondulations qui entourent de riches vallées. La chaîne du Hadramaout, dont la direction fait un angle droit avec la | chaîne précédente, est composée de chainons aux sommets arrondis ; sa hauteur va sans cesse en diminuant à mesure qu'elle se rapproche du Rås el-Had, où elle finit. Les vallées nombreuses que déterminent ses contreforts sont en général très fertiles.
L'été est torride, mais la nuit, le thermomètre s'abaisse au-dessous de zéro. L'hiver est la saison des pluies, mais pas toujours, car la sécheresse se prolonge parfois trois années de suite. La pluie survient parfois en trombes d'eau si violentes que des fleuves se forment en quelques heures dans les vallées d'où ils s'échappent emportant tout, campements et troupeaux. Quand le sol a été ainsi détrempé une soudaine végétation s'élève, parure du désert, nourriture opulente des chameaux qui, à ce régime, peuvent supporter la soif durant un mois, Là où l'animal trouve sa vie, l'homme aussi découvre la sienne, frugale et presque austère.
En arrière du Hidjaz c'est le Nefoud, un désert composé de dunes blanches ou rougeâtres qui s'étendent sur des centaines de kilomètres carrés et atteignent parfois 50 mètres de hauteur. En été ces mornes étendues sont presque mortelles, un hiver humide les transforme : le sol se couvre alors de verdure, de plantes, de lianes robustes et d'herbes parfumées.
Sur ce paysage monotone et d'aspect grisâtre, on observe la présence d'espaces couverts de roches noires, les harra ; en outre, il existe quelques oasis. Dans la direction du Nord au Midi, les principales sont : Taboük, Taimá, Al-'Olà, Fadak, Médine, Khaibar. Les anciennes palmeraies s'échelonnant, auprès des points d'eau, dans le long couloir de Wädi'1 Qorà entre Médine et Taboük ont aujourd'hui disparu, de même que l'oasis de Fadak. Certains ont voulu en conclure que le climat de la péninsule s'était modifié. En Arabie, depuis l'hégire, surtout depuis l'avènement des Abbâsides, il n'y a de changé qu'une recrudescence d'anarchie et d'insécurité, coïncidant avec une diminution de l'activité humaine dans sa lutte contre un climat inclément. Les plus importantes de ces oasis couvrent à peine quinze kilomètres de superficie.
-II. L'ARABE. — Celui qu'on nomme ainsi c'est le Bédouin, et il se présente à nous en deux classes : les nomades et les sédentaires, ayant même langue, mêmes mœurs, même religion. Mais les sédentaires, trop accessibles, groupés dans les oasis et dans les trois villes de Médine, la Mecque et Taïf, ont perdu quelque chose de la pureté de la race. Nonobstant la proximité du désert et les échanges continus qui en résultent, le type s'est altéré à la longue par des infiltrations de sang non arabe. Les nomades échappent par leur isolement au contact des mœurs exotiques. Ils forment une population toujours en lutte contre un climat qui la prive de toute douceur, la sévre de toute abondance, ne lui accorde parcimonieusement que l'indispensable. C'est presque une lutte armée pour la vie où la victoire consiste à manger presque à sa faim. Vivant ainsi avec la nature sur pied de guerre, le Bédouin y a pris quelque chose de prudent, de hardi et de noble. Tout, chez lui, devient décoratif, sa misère, son langage, sa fierté.
« Dès le VIe chrétien, le Bédouin possédait en sa langue nationale un instrument littéraire merveilleusement souple, capable de devenir, et qui deviendra en effet, un idiome scientifique. Get illettré aime et cultive passionnément la poésie. Les femmes partagent l'entrainement général. Telle qu'elle nous a été transmise par la tradition littéraire, si nous en jugeons par les fragments du siècle préhégirien dont certains ont été retouchés sous les Abbâsides, c'est une poésie à la facture savante et aux mètres prosodiques variés. Si elle est riche d'expressions sentencieuses, si elle déborde d'énergie et de passion plus que d'idées, elle ne manque ni d'harmonie, ni de pittoresque, ni surtout d'une surprenante profusion de formules. Cette poésie est pauvre en sentiments figurés, en images originales, évocatrices de pensées, plus encore en motifs religieux et moraux — ceux-ci sont pour ainsi dire laissés de côté. Envahie par les tirades éloquentes, elle n'émeut pas la sensibilité et ne fait pas rêver. Elle se limite à la représentation de la vie extérieure qu'elle rend avec un réalisme vigoureux, avec un schématisme monotone comme le désert ; par des mots elle vise à donner l'impression des formes et des couleurs. Elle supporte assez mal la traduction. Disposant d'un idiome sonore, esprit observateur et passionné, épris d'indépendance jusqu'à l'anarchie inclusivement, l'Arabe possédait toutes les qualités requises pour réussir dans l'éloquence. Sa rudimentaire organisation sociale ne l'y aidera ni après, ni avant l'hégire, Si la perfection d'une langue peut être considérée comme reflétant l'âme, l'esprit d'un peuple, l'évolution très avancée de l'idiome arabe devrait suffire pour nous interdire de reléguer les Bédouins préislamites parmi les nations primitives !. » Les qualités morales du Bédouin sont loin d'être au niveau de ses facultés intellectuelles et de son développement littéraire. En son fond c'est ce qu'on appelle un individualiste, ce qu'on appelait autrefois et plus clairement, plus exactement aussi, un égoïste. Il ne songe qu'à lui et se dispense de songer à l'humanité, ou lui simplement à la société, bien qu'il en fasse partie et prendrait sa part légitime de ce qu'il ferait pour elle. Mais pour être social il faut se dévouer, | parfois se sacrifier ou du moins s'oublier ; c'est ce qu'il ne veut pas parce que l'isolement lui semble la condition et la garantie de l'existence. C'est pour quoi il se défend contre toute association, il vit non seulement « en guerre avec la nature, mais avec les hommes à qui | il dérobe ce qu'il peut et contre qui il défend ce qu'il a. - | Cela le constitue dans une situation périlleuse mais lui dans une exaltation qui le grandit, en l'obligeant à ne compter que sur lui seul. # Il y compte, mais autrement que l'occidental ou | que le chrétien. Ses actions sont des prouesses qu'il aime entendre célébrer avec une recherche d'hyperbole qui nous semble artificielle. Le bien qu'il produit, ce n'est pas en vue du soulagement d'autrui, mais en vue de la réputation qui lui en revient personnellement. L'ardeur qu'il déploie n'est pas de la qualité | que nous apprécions, car il répugne à s'exposer, à combattre à découvert ; il préfère l'emploi de la ruse — et recourt de préférence à la surprise ; il n'a pas de meilleur allié que la nuit. Ce qui est vraiment le fond de son caractère c'est l'endurance, la ténacité qui triomphe finalement à force de durer contre les chances adverses, de prospérer quand même et malgré tout. Rebelle à toute institution sociale qu'il envisage w comme une menace contre sa personne, ses biens, son indépendance, le Bédouin ne s'offense pas à l'idée d'être chef et de pourvoir au destin d'autrui ; en un mot, il ne conçoit pas plus un supérieur qui lui commande, qu'un inférieur qui lui désobéisse et encore M beaucoup moins admet-il d'avoir quelqu'un au-dessus | | de lui et de n'être pas supérieur à d'autres.
Le Bédouin sédentaire, celui des villes, celui de La Mecque, par exemple, vivait dans un site austère | entre deux montagnes abruptes et dénudées. La ville - construite au fond d'une dépression était exposée aux — pires intempéries, inondations qui balayaient tout, « même le sanctuaire de la Ka'ba. La tribu de Qoraich, : installée dans la cité vers la fin du Ve de notre ère, v détenait toute l'autorité. C'était une sorte de syndicat de commerçants formant une république oligarchique ; et il ne fallait pas moins que l'attrait des gros bénéfices commerciaux pour qu'une population consentit à s'entasser dans un couloir mal aéré, brûlant, sans l'abri d'un palmier et la joie d'une source autre que le puits de Zamzam, voisin de la Ka'ba. Mais ce bas-fond, tour à tour marécage ou fournaise, se trouvait être le carrefour des voies continentales mettant en communication l'Yémen, l'Afrique et la Syrie et drainant les plus riches pacotilles.
III. La RELIGION, — La religion de ces peuples était aussi ardente que toutes leurs autres passions, mais elle était des plus grossières. Jadis, elle avait été celle même d'Abraham, c'est-à-dire l'adoration du Dieu unique que, aux volontés duquel l'homme devait être profondément soumis ; mais, ensuite, ces pures notions, que l'islam devait réveiller, s'étaient éteintes, et une aveugle idolâtrie les avait remplacées presque partout. Cette idolâtrie était descendue jusqu'au plus absurde fétichisme. « Malgré l'absence d'une véritable mythologie, le paganisme arabe possède une sorte de Panthéon où figurent des dieux et des déesses dont les relations sont mal étudiées. Mais il n'a pas connu les idoles proprement dites, représentations figurées d'êtres divins. Ses divinités étaient, nous le savons, des pierres lesquelles affectaient les formes les plus variées : blocs erratiques, monolithes dressés ou bizarrement sculptés par les érosions atmosphériques, prenant parfois des apparences d'homme, de colonnes ou de pylônes. Certaines restaient adhérentes au roc où elles avaient été découvertes. D'autres, comme la Pierre Noire, étaient enchâssées dans un édicule, quand on ne se contentait pas de les entourer d'un cercle de pierres. Un puits se trouvait ordinairement dans le voisinage, servant aux ablutions, souvent aussi un “arbre sacré, lui-même dieu ou habitacle d'un être “divin. Il servait à suspendre les trophées de guerre, “les armes votives, les offrandes des visiteurs, parfois un bout d'étoffe ou un pan d'habit. -« Autour s'étendait le haram, territoire sacré, jouissant du droit d'asile pour tous les êtres vivants, hommes et animaux. Les arbres mêmes du haram devaient être religieusement respectés ; aucune branche n'en pouvait être détachée. Ces sanctuaires rustiques en plein air demeuraient déserts la majeure partie de l'année. La tribu — chaque tribu ou groupe de tribus — possédait des dieux particuliers — s'y réunissait à des époques solennelles pour offrir des sacrifices, principalement des chameaux. Les assistants étaient assujettis à des purifications et à des abstinences rituelles. L'holocauste biblique n'était pas connu. Le sang de la victime, parfois remplacé par des libations de lait, était versé sur le dieu-fétiche ou dans une ouverture pratiquée au pied du dieu-fétiche. Suivaient des repas rituels — sorte de communion — où la chair était consommée par les participants, lesquels s'étaient tous fait raser la tête. Cette cérémonie terminée, on sortait du haram, état sacré, pour rentrer dans le hill, le profane : autrement dit pour reprendre les occupations ordinaires. E « C'est à ce fétichisme, extrêmement primitif, que se rattachaient le culte coraychite et l'ensemble du pèlerinage à la Mecque avec ses stations à ‘“Arafa, Mina, etc., ses circumambulations et ses processions à Safa et Marwa et autres sanctuaires urbains. De ce bloc de cérémonies archaïques, le Hadjdj islamique a conservé les principales pratiques. Il les a démarquées sommairement. Pour leur enlever leur signification polythéiste, il les rattache au culte d'Allah et les dit instituées par Abraham, fondateur de la Ka'ba. Incurablement fatalistes, les Bédouins avaient conservé aucune notion précise d'une vie future ou de l'éternité de l'âme. Ils admettaient l'existence des djinn, êtres mal définis, tenant le milieu entre le démon et l'homme, se reproduisant comme ce dernier. Ils sont redoutés, parce que jouissant de la puissance de se rendre invisibles et pourtant soumis à la loi de la mort. Dans Le qui vit naître Mahomet, —Allah commence toutefois à émerger de la masse des divinités particulières et du groupe des Phéniciens. On les honore toujours, mais on reconnaît que Allah est le plus grand. » Parmi tous les lieux saints qu'avaient consacrés les respects superstitieux des peuples et les intérêts du commerce, la Mecque tenait la première place ; et, « comme les caravanes les plus importantes devaient nécessairement y passer et s'y arrêter, elle avait acquis un renom qui s'était propagé dans l'Arabie entière. Diodore de Sicile est le premier historien de l'antiquité, un demi-siècle avant l'ère chrétienne, qui parle des temples vénérés par les Arabes, et d'un, entre autres, : - entiére . Mais les renseignements donnés par Diodore de Sicile ne sont pas assez clairs pour qu'on puisse affirmer qu'ils se rapportent au temple de la Ka'ba ?. —Quoi qu'il en soit, on faisait remonter l'origine de la Ka'ba, qui passait pour le plus saint de tous dans l'Arabie, à Abraham, qui l'avait construite de ses propres mains, quand il était venu revoir son fils exilé ; c'était un édifice rectangulaire, primitivement sans toiture, où était déposée la pierre noire, principale divinité des Coraychites, encastrée dans l'angle sud-est du temple, à 1 m. 50 du sol, pour marquer le point où doivent commencer les tournées des pèlerins (lamaf) ; elle avait été apportée des cieux par l'ange Gabriel. D'abord, elle était d'une blancheur éblouissante, mais l'attouchement des pécheurs l'avait bientôt noircie. Non loin de cette pierre miraculeuse, on montrait, et l'on montre encore de nos jours, un fragment de roche sur lequel montait Abraham (Macäm Ibrahim) avec son fils Ismaël, pour travailler plus à l'aise. Abraham avait donné à la Ka'ba des dimensions assez petites : neuf coudées de haut, sur trente-deux de long et vingt-deux de large. Elle n'avait pas de porte qui la fermât et elle était au niveau du sol, au lieu d’être élevée au-dessus, comme elle l'est actuellement , Détruite par l'irruption d'un torrent, vers le milieu du V* siècle de notre ère, elle avait été reconstruite par la tribu des Djorhom, qui dominait alors la Mecque. Cinquante ans plus tard environ (vers 206 de l'ère chrétienne) elle avait été pieusement visitée par un tobba de l'Yémen, Abou Qaril qui l'avait couverte d'étoffes précieuses, et y avait fait poser une porte avec une serrure, pour mettre en sûreté les dons précieux qu'apportait sans cesse la générosité des pèlerins.
IV. La CIVILISATION. — Il est inutile de remonter très haut dans l'histoire du peuple arabe, ou, pour mieux dire, de ces tribus innombrables, aussi obscures que divisées, qui parcouraient et peuplaient la presqu'île arabe, depuis l'Yémen, l'Hadramant et le Mahra, au Sud, jusqu'au golfe Persique et à la Syrie, au Nord, et depuis l'Oman et le Bahrayn à l'Est, jusqu'au Hedjaz à l'Ouest, en passant par le Nadjd, ou pays haut, qui occupe tout le centre. Gaudefroy-Demombynes a consacré deux volumes presque entiers à l'histoire très confuse de ces tribus depuis les temps les plus reculés jusqu'à Mahomet. C'est une suite non interrompue de combats, de pillages, de vengeances, d'établissements et de ruines de principautés. C'est un tableau fort curieux, qui fait bien comprendre le désarroi de la vie de ces nomades à demi sauvages. Ces tribus se vantaient, en général, de descendre d'Abraham ; et leur langue, par ses rapports avec l'hébreu, attestait que le peuple arabe et le peuple juif avaient une origine commune. C'était donc du Nord que la population s'était infiltrée dans la presqu'île ; mais il paraît bien qu'avant cette invasion sémitique, le Midi de l'Arabie avait ses habitants indigènes, qui se distinguèrent longtemps de leurs voisins et des conquérants. Il est d'ailleurs à remarquer que le nom d'Arabes, Ariba, est celui des plus anciens habitants connus de cette contrée.
Toutes ces peuplades étaient perpétuellement en guerre les unes avec les autres. Dans une contrée brûlante et déserte, la vie était excessivement pénible, et l'on s'arrachait mutuellement par le pillage le peu de richesse que procurait un travail acharné et précaire. L'élevage des troupeaux était la ressource ordinaire de ces races nomades. Les plus industrieuses et les plus assises s'adonnaient au commerce, et de ces immenses caravanes partaient chaque année du Sud pour aller au Nord, en Syrie et en Mésopotamie échanger et rapporter des marchandises précieuses et rares. Mais il fallait toujours avoir les armes à la main pour défendre ces sociétés ambulantes de marchands, qui étaient en même temps des guerriers. Ces caravanes étaient contraintes de faire un détour car elles ne pouvaient traverser la péninsule arabe dans sa longueur, le centre étant à peu près infranchissable ; elles préféraient s'éloigner peu des bords de la mer en contournant la presqu'île, soit par l'Est, soit surtout par l'Ouest. Les principales suivaient le Hedjaz sur les côtes de la mer Rouge, et elles y avaient quelques stations importantes où elles pouvaient trouver de l'eau et renouveler leurs provisions.
Ces stations devinrent naturellement des villes où les populations se fixèrent un peu davantage ; mais ces villes furent rares et c'est à peine si on en peut nommer cinq ou six qui soient connues : Mareb ou Saba dans l'Yémen ; Guerra sur le golfe Persique et sur la route de l'Est ; Petra au Nord-Ouest avec son port d'Akaba sur la mer Rouge, puissante et très riche, entre les mains des Nabatéens, au début de l'ère chrétienne, grâce à la protection de Rome ; Hira, fondée deux siècles plus tard sur les bords de l'Euphrate ; enfin la Mecque et Médine, placées dans une situation avantageuse, à mi-chemin à peu près entre l'Yémen et la Syrie. & part ces villes, qui ne furent jamais très peuplées, le reste de la contrée était livré au désordre par les rivalités des tribus.
Cependant, au milieu même de ces troubles permanents, il y avait entre elles quelques liens qui pouvaient amener un avenir meilleur. Ainsi elles avaient établi des marchés annuels qui attiraient de toutes les parties de l'Arabie, celui d'Ocàzh entre autres, oasis entre Taif et Nakla, non loin de la Mecque. Ce marché se tenait le premier jour du septième mois de l'année. A ces réunions, les tribus ennemies vidaient souvent leurs différends par arbitres ; elles échangeaient leurs prisonniers de guerre ; elles réglaient une foule d'affaires communes, pour lesquelles on n'avait pas d'autres occasions aussi commodes. Surtout, on y faisait assaut de poésie, car la poésie était de toutes les fêtes que ces nomades aimaient les vers presque autant que les razzia. Dans les intervalles de loisir que laissaient les transactions, chaque tribu produisait son poète le plus habile, le concours était jugé par l'assistance entière et le vainqueur, outre la gloire qu'il acquérait pour lui ou pour les siens, voyait souvent sa cacida transcrite en lettres d'or, attachée aux murs sacrés de la Ka'ba de la Mecque, Ces poèmes devenaient une sorte de richesse nationale sous les noms de « Poèmes dorés » ou « poèmes suspendus » (Moudhahabät ou Moällacüt).
Pour se rendre à ces marchés annuels et en revenir avec une suffisante sécurité, il fallait un certain temps, et ces voyages étaient toujours précédés ou suivis de quelque pèlerinage à des lieux saints ; cela avait fait imposer une trêve aux combats pendant quatre mois de l'année, période où il était interdit d'inquiéter les caravanes et les voyageurs. Cet usage a sans doute été parfois violé, mais combattre durant les mois réservés était un abominable sacrilège qui appelait de terribles expiations. Ainsi, peu d'années après la naissance de Mahomet, les Coraychites et les Benou-Hawäzin en vinrent aux mains pendant le mois lunaire Dhoulcada, où se tenait la foire d'Ocàzh. Le souvenir de cette lutte impie a été consacré sous le nom de guerres du Fidjar ou guerres sacrilèges. Pour en prévenir le retour, on décida que chacun serait tenu de déposer ses armes, avant de prendre part à la foire, entre les mains d'un personnage considérable +, croit appartenir à une ancienne église transformée depuis en temple païen, se réduisent à peu près à rien.
| de la péninsule ; ce furent respectivement le royaume de | tes, leur dit (1, 17) :
y demeura et l'occupation qui l'y retint. On n'a pas | d'Arabes.
, nous y reviendrons — au Sud de l'ancienne Babylone, 1140 V. LE CHRISTIANISME, — L'origine et le progrès du christianisme en Arabie ne seront jamais l'objet d'une - étude méthodique à raison de l'insuffisance de la docu | | mentation ; le plus qu'on puisse tenter c'est de grouper. des épiso des détachés et d'essayer d'en tirer une vue Hj d'ensemble. Quelques lambeaux de phrases dispersés. | dans les écrits des Pères et des auteurs ecclésiastiques ne sont sans doute pas négligeables, mais ne peuvent“ être admis sans critique, en raison principalement de la confusion d'idées qui régnait jadis parmi les écri- | vains sur la signification géographique qui s'attache - aux mots Abyssinie, Arabie et Inde (voir Dictionn. | t. v, col. 584-585 ; t. vir, col. 517-520). Les auteurs qui | parlent de ces contrées ne se tiennent pas en garde | contre l'origine des traditions qu'ils recueillent. Les | écrivains nestoriens et jacobites ont principalement connu ce qui se disait dans cette partie de la pénin= sule arabi que placée sous leur influence, c'est-à-dire au Nord, dans les royaumes de Hira et de Ghassan. Les historiens arabes, tous postérieurs à l'islam, contiennent des traits et des allusions qu'il n'est pas tour jours facile de mettre d'accord. La littérature et les monuments ecclésiastiques indigènes, sauf une inscrip tion du Ve trouvée par Glaser et les ruines qu'on ~ | Le christianisme a eu, en Arabie, trois centres prin- —. cipaux, au Nord-Ouest, au Nord-Est et au Sud-Ouest » Ghassan, sous la puissance romaine, le royaume de Hira, sous la domination des Perses, les royaumes de Himyar,« de Yémen et de Nedjran, sous l'autorité abyssine, Quant à la portion centrale et sud-est de l'Arabie, on n'a pas de preuve que le christianisme y avait pénétré. Au Nord de l'Arabie nous avons un témoignage invariablement cité par les historiens pour attester la présence du christianisme peu d'années après la mort de Jésus, mais la question n'en est pas beaucoup plus avancée. Saint Paul, s'adressant aux Galates, leur dit (1, 17) :
« Lorsqu'il plut à celui qui me choisit dès le sein de ma mère et qui m'a appelé par sa grâce de révéler son Fils en moi, pour que je portasse son Évangile parmi les nations, alors je ne pris conseil ni de la chair ni du sang, je n'allai pas non - plus à Jérusalem vers ceux qui étaient apôtres avant. moi, mais je m'en allai en Arabie et je revins ensuite - à Damas. » Rien ne permet de préciser dans quelle ` région de l'Arabie se retira saint Paul, le temps qu'il | l'ombre d'une raison pour soutenir qu'il y prêcha la foi chrétienne, après cela on est libre de supposer qu'il se fixa pendant une année environ dans le district au Sud de Damas, où il pouvait compter ne rencontrer pas un seul juif. Saint Jérôme conjecture qu'il se - livra à l'apostolat chez une tribu qui ne l'écouta sue Autant avouer qu'on ne sait rien.
Les tribus arabes remontaient infatigablement vers le Nord et, partout, elles se heurtaient à des populations araméennes parlant le syriaque ou quel que dialecte apparenté. Dès le ier siècle de notre ère, la — Mésopotamie moyenne comptait un grand nombre « Quoi que nomades, ils avaient un séjour | fixe, la forteresse de Hatra, située à quelques lieues« de la rive droite du Tigre, au sud de Mossoul. Les chefs | de ces tribus relevaient du roi de Perse. Ceux de Hatra ayant joui de l'autonomie sous la dynastie parthe, la dynastie sassanide changea tout et le roi, Sapor Ier prit Hatra et mit fin à cet état vassal.
Il s'en forma un autre dont le centre fut à Hira — non loin de Mesched-Ali, une des villes saintes des Chiites à la lisière du grand désert pierreux. Cette localité devint le siège d'une dynastie de princes irabes, vassaux de l'empire sassanide. Hira fut remplacée, au VIIe, par Koufa. - Sur la frontière romaine, la situation ethnique était à peu près la même, mais la situation politique était assez différente. L'ancien royaume nabatéen annexé en 105, comprenait beaucoup de déserts : la péninsule sinaïtique, la côte au delà du golfe d'Akabah jusqu'à Leuké-Komé (El-Haoüura) et, nominalement au moins, l'intérieur, entre Médine et Damas. De même, en arrière de la ligne Damas-Palmyre-Circesium jusqu'aux abords d'Alep, s'étend une immense région où ne peuvent vivre que des nomades. On les laissait errer à leur aise ; mais quand ils approchaient du pays cultivé, ils se heurtaient à une ligne de forteresses qui les arrêtait net. Avec les Romains, ces tribus n'avaient guère que des rapports commerciaux ; entre elles, il n'existait pas de liens politiques. On “ne peut donc pas parler sous le haut-empire, d'états arabes vassaux des Romains ; il n'y a rien, de ce côté, qui se puisse comparer à l'établissement d'Hatra, dans le royaume parthe. — On y vint cependant, mais assez tard, seulement au temps de Justinien. En 531, un état arabo-romain (fut créé pour servir de contre-poids à l'état arabo- “persan des rois de Hira. Dès le IIe, par suite d'une tolérance qu'imposaient peut-être les circonstances | tan ces, on voit quelques tribus isolées s'établir en - “de dans de la ligne des postes, notamment dans la région de Bostra et dans celle de Damas. Ces tribus avaient à leur tête leur cheïks nationaux, investis par autorité romaine, un peu comme les princes maures dans l'Afrique berbère : administrativement on leur “donnait le titre de phylarques. Peu à peu ces enclaves - arabes se multiplièrent. On les organisa militairement : on les groupa par provinces : il y eut quelque temps des - phylarques de Palestine, d'Arabie ; enfin, l'importance | M ce moyen de défense se révélant de plus en plus, »on en vint, en 531, à établir un phylarque général, - le chef de la tribu des Ghassani des. Ce fut un véritable roi vassal, dont l'autorité s'exerça sur les Arabes de - toutes les provinces orientales de l'ancienne Syrie et | rayonna. vers le désert !, Le christianisme peut avoir pénétré chez les Arabes | Syriens à une époque très reculée ; s'il ne s'infiltra pas i parmi les tribus vivant dans le désert syro-arabe, - il prit pied parmi celles qui entretenaient des relations sociales et un contact commercial avec la Syrie. Rufin ? nous apprend qu'une reine d'Arabie nommée -Mavia (ou plutôt Mu'awiyah) fut longtemps en lutte = contre les Romains et fit la paix avec eux à condition - qu'un moine, du nom de Moïse, serait fait évêque de sa tribu. Cela survint sous le règne de Valens (vers 374), si favorable à l'arianisme. Ce Moïse vivait en ermite dans le désert d'Égypte : peut-être est-ce Le même qui se trouvait au monastère de Rhaïtou, au mont Sinaï, et fut amené en conséquence à Alexandrie pour être ordonné évêque, sur les instances de | cette reine des Bédouins. Mais le patriarche d'Alexandrie était alors Lucius, suspect d'arianisme, ce qui — décida Moïse à refuser l'ordination des mains d'un — hérétique ; on ne put triompher de sa résistance de sorte que Valens fut obligé de rappeler d'exil un évé- … que catholique pour ordonner Moïse et de l'envoyer - à cette reine. -— Caussin de Perceval ? affirme que vers le début du 3.1v* siècle et sous le règne de Djobala Ir, le christia-
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nisme fut prêché chez une autre tribu arabe qui se convertit. Peut-être vise-t-il le fait rapporté par 5020mène , qu'avant le règne de Valens, un prince arabe appelé Zacome ou Zocum, obtint un fils par les prières d'un ermite syrien, ce qui l'amena à embrasser le christianisme avec toute sa tribu. Le P. Lequien place cet événement sous le règne de Constantin ou celui de ses fils et donne à l'arabe le nom de Zaracome qui ne se lit dans aucun historien arabe ; aussi.Caussin de Perceval propose de l'identifier avec un certain Arcan, de la tribu de Giafnah, qui était probablement un chef puissant de Ghassan.
Une autre source de propagande chrétienne parmi les Arabes du Nord fut certainement les moines et les solitaires du désert syro-arabe. Leur vie mortifiée faisait grande impression sur les Bédouins qui savaient par expérience ce qu'il en coûte de ne pas manger tous les jours à sa faim et qui ne pouvaient croire qu'on s'infligeait volontairement ce supplice sans réaliser une sainteté supérieure. Saint Jérôme et Théodoret sont témoins de l'impression que les miracles accomplis par saint Hilarion et la vie extraordinaire choisie par saint Siméon Stylite faisaient sur les Bédouins. Ce même Siméon amena plusieurs tribus au christianisme, tandis que d'autres, sous la même influence, recurent le baptême des mains d'évêques et de prêtres syriens. Cyrille de Scythopolis, au VIe, dans sa vie de saint Euthyme, moine de Pharan, raconte la conversion d'une tribu arabe tout entière qui, vers l'an 420, avait émigré des bords de l'Euphrate jusqu'en Palestine. Le chef Aspebaetos fut baptisé sous le nom de Pierre et consacré par le patriarche de Jérusalem Juvénal.
Ces faits indiquent assez clairement qu'au cours des iv, v et VIes, le christianisme a connu un certain développement parmi les Arabes, plus particulièrement dans la tribu de Ghassan qu'historiens et poètes arabes nous représentent comme attachée depuis une époque très ancienne à la foi chrétienne.
Les inscriptions en assez grand nombre, recueillies dans la Syrie du Nord par Waddington, de Vogüé et Clermont-Ganneau, nous montrent la présence de chrétiens parmi la population syro-arabe de cette région et plus particulièrement autour de Bostra.
Dès le milieu du IVe, le Hauran (voir ce mot) comptait des évêchés et on en trouvait au Sud de cette région ; ces évêques se réunirent même une fois en synode. Au IVe encore, cette portion de la Syro-Arabie est connue comme un pays d'hérésies. En 250, Origène vint en Arabie pour la deuxième fois réfuter les hérétiques qui soutenaient que l'âme meurt avec le corps. L'Onomeasticon d'Eusèbe et les Actes du concile de Nicée, tenu en 325, mentionnent aussi la présence de chrétiens en Arabie, le long de la mer Morte, autour de Kariathaim et de Madaba. Au concile de Nicée, on voit siéger six évêques de la province d'Arabie : Bostra, Philadelphie, Jabrudi, Sodome, Beith-Arma et Dionysias *. Une tradition fait de Zanaaka qui siégea à Nicée un évêque arabe.
1143 L'évêque Aspebaetos, dont nous avons parlé, fut présent au concile d'Éphèse, en 431, et un de ses successeurs, Valens, devint, en 518, évêque suffragant du patriarche de Jérusalem ? En 451, on voyait au concile de Chalcédoine, Eustathe, « évêque des Sarrasins » ; en 458, il était évêque de Damas. Au second concile d'Éphèse, en 449, se trouvait Auxilaos, évêque des Sarrasins alliés. En l'île de Jotabé, près du golfe d'Akabah, se trouvait un autre diocèse arabe dans un centre important de transit commercial et de perception douanière. Un Arabe appelé Amorkesos, désertant les régions soumises au roi de Perse, vint s'y établir, vers 470, après en avoir chassé les préposés romains, En 473, il envoya l'évêque de sa nation, appelé Pierre, à l'empereur Léon, pour lui obtenir la situation de phylarque des Sarrasins : de l'Arabie Pétrée. Léon fit venir l'émir, le combla d'honneurs, lui accorda l'autorité, non seulement sur Jotabé, mais encore sur d'autres localités ?. En 498, l'île fut reprise par Homanus, général de l'empereur Anastase , mais l'évêché se maintint. On trouve au concile de Jérusalem de 536, un Anastase « évêque de l’île Jotahé ». Peut-être ce siège n'était-il autre chose qu'une continuation passagère de celui de Pharan au Sinai .
Cette chrétienté du nord de l'Arabie formait-elle une église nationale ? On en peut douter parce que, d'abord, on n'en trouve nulle part la mention et, ensuite, parce que ces évêques sont bien connus comme étant sous la dépendance des métropolitains grecs de Tyr, de Jérusalem et de Damas et en outre des patriarches de Jérusalem et d'Antioche.
Sur le plateau central de l'Arabie (NedJed) et aux abords du golfe Persique vivaient les tribus de Kinda et de Maad . Dès le temps de l'empereur Anastase, on les trouve en rapports avec les Romains. Elles avaient alors à leur tête un émir Hareth (« Apélac), à qui Anastase députa un certain Euphrasios, chargé de nouer des relations amicales. Son fils Cais (Katicoc), fut en relations avec Justinien, par l'intermédiaire du fils d'Euphrasios, Abramos, et de son petit-fils Nonnosos. Abramos obtint de lui qu'il envoyât son fils Mavia (Mavic) à Constantinople, comme otage, Nonnosos fut chargé d'amener Cais lui-même, sur lequel l'empereur avait des desseins ; mais il n'y réussit pas ; ce succès était réservé à Abramos, qui, pour la deuxième fois, fit le voyage du Nedjed . Dans l'intervalle, Caïs avait eu des difficultés avec le roi homérite Esimph :eos, à propos d'une querelle de rang ; il s'était même vu obligé de quitter son pays. Il accepta les offres d'Abramos, laissa ses tribus sous la direction de ses fils Amr ( » Ap6poz) et Yezid (IéGtóoc), partit pour Constantinople et reçut le gouvernement (fyeuoviæv) de la Palestine, où il amena nombre de ses congénères, Ce Caïs était chrétien. On l'identifie avec le poète arabe Imrulcaïs, auteur de l'un des sept poèmes si célèbres parmi-les Arabes sous le nom de moallakas.
à Houfhouf (Hadjr), à Chatt (Pasd-Ardachir), dans « 'Temekh sous la conduite de ses chefs Malik ibn.
le christianisme atteignit à une réelle prospérité.
1144 Ce n'était pas seulement par ses relations byzantines que le christianisme atteignit le centre de l'Arabie. L'Église perse avait, de ce côté, des avant-postes assez rapprochés. On ne trouve pas moins de quatre évêchés sur la côte du golfe Persique, à Katar, l'île Bahrein (Darin). Ces évêchés apparaissent vers la fin du vi siècle dans les conciles du katholikos = (voir ce mot) de Séleucie. On les trouve encore une centaine d'années plus tard, ce qui prouve qu'ils résistèrent quelque temps à la propagande musulmane. Maintenant, tout établissement chrétien a disparu de ces contrées où les Turcs eux-mêmes sont considérés comme infidèles par les indigènes, Waha-bites fanatiques. Du reste, dès la fin du rx* siècle, les évêchés arabes du golfe Persique devaient avoir disparu, car ils ne sont plus mentionnés dans les listes d'Élie de Dames.
Les auteurs arabes placent la première migration arabe à Hira en 192 de notre ère ; ce fut la tribu de Fahm. A peu de temps de là, cette tribu fut suivie par d'autres : Iyad, Azd, Qudä'ah qui construisirent la ville de Hira, pas très loin de Kufa sur l'Euphrate, au Sud de la Babylonie. Nous savons cependant que vers l'époque d'Alexandre et au premier siècle de notre ère, le Nord et le Sud de la Mésopotamie furent occupés par des tribus arabes qui, au mi siècle, formaient le tiers de la population. Ces tribus étaient naturellement gouvernées par leurs chefs, sujets de la Perse.
La tradition rapporte que sous un de ces princes de Hira, Imru'ul Qais I, qui régna de 288 à 338, le christianisme fut introduit à Hira et parmi les Arabes de Mésopotamie. Cette tradition est peu exacte, car les actes syriaques d'Addai et Mari et d'autres documents syriaques nous apprennent que le christianisme pénétra en Mésopotamie et à Babylone vers le milieu du nt siècle. Les actes des martyrs perses et l'histoire de l'Église chrétienne de Perse (voir ce nom), c'est-à-dire l'histoire de Séleucie-Ctesiphon, nous apprennent de manière certaine que le christianisme, quoi que persécuté par les rois sassanides, fit de rapides progrès dans ces parages et dans les régions avoisinantes ; par conséquent, les Arabes de Hira ne peuvent avoir perçu tous les bienfaits de leur nouvelle religion. Nous savons aussi que durant le règne d'Ormuz Ier (271-273) plusieurs centaines de chrétiens prisonniers furent amenés de Syrie et d'autres provinces romaines dans l'Irak et en Babylonie. D'après ce que nous apprend Tabari, les chrétiens de Hira furent appelés »Ibad ou « adorateurs », c'est-à-dire « adorateurs de Dieu » par opposition aux païens.
La condition de l'Église chrétienne en Perse et en Mésopotamie pendant ces premiers siècles nous est assez bien connue ; il n'en est pas de même pour les chrétiens arabes de Hira. Nous savons cependant que, vers la fin du 1rv* ou le début du vê siècle, Nu'mán Ier, roi de Hira, qui régna de 390 à 418, s'il ne fut pas chrétien, protégea les chrétiens et son règne marqua un grand accroissement de puissance, car son autorité s'étendit sur tous les Arabes de Mésopotamie et de Babylonie, le long de l'Euphrate qui était aussi son frère, Moundhir ibn Moundhir. jusqu'au golfe Persique et aux îles de Behrein. Sa capitale Hira fut enrichie et embellie au point qu'on la nomma Hira de Nu'màn ; aussi les poètes et historiens arabes ont célébré son règne de toute façon.
En 410, saint Simon Stylite, qui était probablement d'origine arabe, se retira dans le désert phénicien où sa réputation de sainteté et d'austérité attira de foules de pèlerins venus de Syrie, de Mésopotamie de l'Arabie septentrionale. Cet exemple et les exhortations qui l'accompagnaient induisirent beaucoup de visiteurs, parmi lesquels se trouvaient des sujets de Nu'màn, à embrasser la foi chrétienne. Nu'màn craignit que ces conversions ne fussent un acheminement vers la désertion de leur pays et, en conséquence, il interdit les pèlerinages à saint Siaméon et les rapports avec les Homains sous peine de mort. On raconte que Siméon lui avait apparu dans la nuit suivante le menaçant de mort lui-même s'il ne révoquait pas son ordre ; ce qui fut fait, et Nu'màn devint un sincère admirateur du christianisme, que seule la crainte du roi des Perses l'empêcha d'embrasser. Ce qu'il n'osait faire, ses sujets en foule le firent et le christianisme eut parmi eux de nombreuses recrues. Cet événement parait avoir un caractère historique ; il nous est rapporté par le prêtre Cosmas qui dit en tenir le récit du général Antiochus, à qui Nu'màn lui-même l'avait conté.
Hamza, Abul-Jaradj d'Hispahan, Abul feda, Nuwairi, Tabari et Ibn Qualdoun disent que Nu'màn abdiqua le trône et s'adonna à la vie ascétique quoiqu'on en dise nulle part qu'il se fit chrétien.
Le principal obstacle à l'expansion du christianisme à Hira était la haine sans bornes des rois sassanides à l'égard des chrétiens de leur empire. Encouragés et stimulés par cet exemple, les princes de Hira se firent, eux aussi, persécuteurs. Le mal fut d'autant plus grand que les chrétiens du royaume de Hira étaient partagés en deux communautés, ayant chacune à sa tête un évêque. La lettre que Siméon de Beth-Arsam écrivit de Hira à son homonyme Siméon de Gabbula nous montre que, dès le temps de Justin I, les conflits religieux s'agitaient autour du roi de Hira. Celui-ci était fidèle dévot aux idoles sémites, en particulier à la déesse Ouzza, la Vénus arabe, à laquelle il offrit parfois des sacrifices humains. Un de ces princes de Hira, Moundir ibn Amraalqais, offrit à cette déesse quatre cents vierges chrétiennes. Ayant un jour fait prisonnier le fils de son rival et confrère Harith le Ghassanide, il le fit également mourir.
Ce Moundir ibn Amraalqais avait une épouse chrétienne, Hind, la propre sœur du jeune prince immolé à la déesse Ouzza. Cette princesse avait fondé à Hira un monastère dont l'inscription dédicatoire a été conservée par le géographe Yakout ; la voici :
« Celle église a été bâtie par Hind, fille de Hérith ibn Amr ibn Hodjr, la reine fille des rois et mère du roi Amr ibn Moundhir, la servante du Christ, mère de son serviteur et fille de ses serviteurs, sous le règne du roi des rois Chosroés Anouscharwän, au temps de l'évêque Mar Ephraim. Que le Dieu pour lequel elle a bâti ce monastère lui pardonne ses fautes, qu'il ait pitié d'elle et de son fils, qu'il l'accueille et la fasse résider dans son séjour de paix et de vérité, et que Dieu soit avec elle, et avec son fils dans les siècles des siècles.
L'inscription a été gravée sous le règne d'Amr, fils de Moundhir (554-569) ; elle suppose que ce prince était chrétien. L'Évangile eut peine à s'enraciner dans cette famille. Après Amr, elle revint au paganisme, sinon dans la personne de son frère Kabous (Kxboonz), au moins par le successeur de celui-ci, étaient riches et puissants, l'idolâtrie et les sacrifices humains, puis se convertit, vers l'année 594. La confession adoptée par les émirs de Hira était la confession nestorienne. Le katholikos Jesuyab Ie mourut en 594 ou 595 à Hira et fut enterré dans le monastère de la reine Hind.
Beaucoup moins favorisé comme diffusion et myrs PR —4—— b CU Ta LE GRE HIP eE y PAD ue or. t = - r 1147 Juifs de l'avantage d'être groupé dans les oasis, tel était dans le Hedjaz le christianisme, si répandu parmi les Bédouins confinant à la frontière syrienne, ensuite dans les Etats des Ghassáni des, ainsi que dans le Yémen où il luttait avec avantage contre le judaïsme. Dans le couloir de Waádil-Qorà, ensuite dans le voisinage de la Syrie, on rencontrait des groupes d'ascétes et d'ermites chrétiens. L'ancienne poésie atteste la popularité de ces moines et le Coran (v, 85 ; XXIV, 35 ; LVII, 27) conserve l'écho de cette sympathie. À la Mecque, nous ne pouvons constater que l'existence d'une infime poignée de chrétiens indigènes, à savoir coraychites. Comme les Juifs, les chrétiens se livraient en Arabie au commerce, principalement de colportage dans les villes, les oasis et les campements bédouins. Les Abyssins chrétiens, commerçants et esclaves, paraissent avoir été nombreux à la Mecque. Tous ces étrangers étaient des tenants des vieilles hérésies. Ils appartenaient à des sectes hétérodoxes, principalement au jacobitisme, ensuite au nestorianisme et au christianisme d'Abyssinie fortement mêlé d'éléments judaïques. Mahomet semble avoir recherché leur compagnie (Coran, XVI, 105 ; xxv, 8).
« La fréquentation de ces informateurs, Eu frustes et parlant une langue étrangère (xvi, 105), connaissant mal leur religion, ensuite leur désaccord et : leurs divisions doctrinales (xix, 35-38), toutes ces circonstances n'ont pu contribuer à fixer les idées de Mahomet sur les dogmes et la valeur du christianisme. Il n'a pas commencé par le distinguer nettement du judaïsme. Dans le principe et avant son arrivée à Médine, Mahomet s'est cru, sur les grandes lignes, d'accord avec les deux religions scripturaires. Il en appelle constamment à leur témoignage et trouve ensuite dans cet accord sur les dogmes monothéistes la preuve de la réalité de sa mission, pour travailler parmi ses compatriotes au triomphe du monothéisme. Cordialement il souhaite la victoire des Byzantins sur les Iraniens polythéistes. C'est à Médine, en discutant avec les Juifs, qu'il s'apercevra de ses illusions et conclura résolument à la mauvaise foi chez les Scripturaires L » VII. FAMILLE DE MAHOMET.
Moitié du Ve de notre ère, la tribu des Coraychites, qui s'était enrichie progressivement par le commerce, eut le bonheur d'avoir un chef des plus entreprenants et des plus habiles dans la personne de Cossayy, le quatrième aïeul de Mahomet à qui sa fortune extraordinaire prépara les voies, Issu d'une tribu obscure des Odzrah en Arabie Pétrée, il entra en rapport avec les Khozâa, et épousa la fille de leur chef. Mais les tribus des Kinâna, ennemies des Khozâa, gagnant tous les jours de l'ascendant, il se fit leur confédéré, acquérant ainsi tous les droits et contractant tous les devoirs de cette tribu, à l'aide de laquelle, après une lutte sanglante, il devint maître reconnu des clefs de la Ka'ba et de la ville de la Mecque (vers 440) où il régna en maître jusqu'à une extrême vieillesse et mourut vers 480, Quand on parle de La Mecque à cette époque, le milieu du v* siècle de notre ère, il est utile de rappeler qu'il n'y avait point encore en ce lieu de ville proprement dite. La vénération des Arabes pour la Ka'ba et pour le sol qui l'environnait était si grande qu'ils n'avaient pas osé jusqu'alors prendre de demeures fixes ni construire de maisons dans le voisinage de ce sanctuaire. On passait la journée à la Mecque, c'est-à-dire dans la circonscription du terrain particulièrement sacré ; mais le soir on s'éloignait par respect. Cette enceinte si respectée, le Haram, comprenait toute la vallée de la Mecque, “ont la circonférence est d'une quinzaine de lieues.
Une salle pour les réunions du conseil de la tribu t procéder aux convocations. | son avis et d'y amener ses antagonistes par Ja perbuaa | sion, seul moyen, sans parler de la force, que | barbares eussent imaginé pour résoudre les queri d'intérêt commun. sacrés, car le calendrier des Arabes, d'abord exclusiCha que tribu avait dans le haram, devenu un véritable asile, ses idoles particulières, et les Kinâna. avaient pu placer la leur, Hobal, non loin de la Ka'ba, au-dessus d'un puits, où elle recevait presque autant d'hommages que la Pierre noire elle-même. Aussi Hobal fut-il placé plus tard par Cossayy dans l'intérieur et dans le trésor de la Ka'ba. Au temps de Mahomet, les idoles accumulées autour de la Kaba montaient au nombre de près de quatre cents. i8 Cossayy, investi de la charge du haram, voulu À en assurer tous les privilèges-à Jui et à ses su seurs, en s'y fixant par une résidence perpé ; Il résolut donc de bâtir une ville dans le haram et, comme les Coraychites craignant de se souiller T d'un sacrilège, hésitaient à abattre les arbres qui s'élevaient sur l'emplacement choisi, il prit la hache ; donna l'exemple et la ville fut. bientôt bâtie. Si la Ka'ba ne fut pas reconstruite, du moins on la pourvut d'un toit en bois. Cossayy se fit élever i p palais prés de la Ka'ba, palais dans lequel il réserve qu'il tenait ainsi sous sa main, d'autant plus qu'en sa qualité de propriétaire, il dépendait de lui de Tout Coraychite ou confédéré âgé de quarante 2 S avait droit d'entrée au conseil. On n'y décidait rien à la majorité des suffrages, car on n'y votait pas. C'était au plus sage ou au plus éloquent de faire prévaloir à Cossayy s'était emparé en outre, des finance et de l'administration des e aux, de. sorté que possédant à la fois le pouvoir civil et le pouvoir reli | gieux, son droit s'étendait bien au delà de la Mecque” et lui valait une sorte de suprématie sur la meilleure partie de l'Arabie. C'était lui qui désignait les mois vement lunaire, avait présenté bientôt de gan différen ces avec les saisons régulières de l'année. soin de rétablir la concordance était un point essen 1 Liel, et il pouvait, dans certains cas, décider les affaires les plus graves de la nation. Sa longue administration, ou plutôt son règnes ne parait pas avoir été ja mais troublé ; il dirigea. sans rival la confédération pendant près d'un demi-siècle, et, parvenu à une grande vieillesse, transmit par une abdication régulière le pouvoir à son fils aîné, Abdeddhar. Mais, à la mort de ce dernier, les Coraychites se partagèrent en plusieurs factions, | et se divisérent les dignités que Cossayy avait jadis réunies sur sa tête. Háchim, arrière-grand-père | de Mahomet, exerça quel que temps les fonctions du hifáda, avec une générosité restée proverbiale. Le. nom même de Háchim lui fut donné comme témoignage de sa munificence. Il signifie donneur de pain, - donneur de miettes, et rappelle la générosité et la | richesse de celui qui, pendant une famine, avait, nourri presque tous les habitants de la Mecque. ! ] Háchim, de son vrai nom, s'appelait Amr. C'est lui - qui, pour faciliter la puisée de l'eau à Zamzam, avait fait faire des réservoirs en cuir qui passèrent à cette — époque pour des merveilles de l'art. Le même Háchim ~ institua définitivement la double caravane actuelle, « j l une d'hiver au Yémen, l'autre d'été en Syrie.
Abd-el-Mottalib, grand-père du Prophète, ne fut — guère moins magnifique et il sut si bien restaurer — et aménager la source de Zamzam, qu'elle ne servit plus qu'à la boisson des Coraychites, et que les autres E puits de la cité i les étre exclusivement consacrés po érations, se trouvaient dans sa famille : c'est si que Mahomet, issu d'ancêtres illustres et puissants, Lue qu'un patrimoine très Ci et a 5i noie. qui étaient au nombre de dix ou douze.
» VIII. ESSAIS DE RÉFORME RELIGIEUSE. — Les ails dans lesquels on vient d'entrer peuvent i ider à comprendre quels éléments trouva Mahomet quand il entreprit l'organisation du peuple arabe en un corps de nation. Sa tentative de réforme gieuse n'était pas absolument nouvelle ayant été précédée par d'autres, moins heureuses que la sienne au point de vue du succès, mais assez semblables néanmoins et instructives en ce qu'elles it idiquent le besoin pe eene senti d'une rénovation.
- Depuis Abraham, il s'était toujours rencontré parmi les peuples des arabes quelques adorateurs du Dieu unique, et le Coran en cite plusieurs comme le s devanciers et les exemp les du Prophète. C'est Houd, chez les Adites ; c'est Saleh, chez les Tha-moudites ; c'est Choaib, chez les Madianites, qui, sans parler des patriarches bibliques, ont préché Ja vraie foi et n’ont pas été suivis |. Cependant ces er iseignements, oubliés par les peuples, gardaient, au temps de Mahomet, quelques adeptes peu nombreux qu'on nommait les EHanyfes ?. Ils étaient “restés fidè les à la foi d'Abraham, et ils prétendaient méme avoir conservé les volumes et les ró les qu'il avait recu des mains de Dieu. Le Coran cite trés souvent ces ró les et ces volumes d'Abraham qui existaient encore du temps du khalife Häroun al - Rasehyd, et qui furent alors traduits du chaldéen “en arabe par Ahmad, fils d'Abdallah è. Il y a méme À des commentateurs qui ont cru reconnaitre dans le texte même du Coran des traductions partiel les de ces livres et l'on ne peut nier que la sourate LIII par exemple (versets 37 à 55) ne semble bien en faire une sorte d'analyse. C'est, au fond, la doctrine que | précha plus tard le Prophéte, et ce rapprochement est digne d'attention *.
C'était une de celles qu'ils honoraient par le sacrifice des victimes ; c'était près d'elle qu'ils s'assemblaient pour célébrer leurs cérémonies religieuses, et qu'ils avaient l'habitude de converser entre eux. Cette réunion avait lieu tous les ans à jour fixe, et c'était une grande fête. Cependant, une fois, quatre personnes se tinrent à l'écart ; et, sous le sceau du secret, elles se communiquèrent les pensées intimes qui les agitaient. Ces hommes étaient Varaka, fils de Naufal, fils d'Asad, neveu de la première femme du Prophète (Khádidja) ; Othmáàn, fils d'Howayrith, son cousin ; Obaydallah, cousin germain de Mahomet ; et enfin Zayd, fils d'Amr. Ils se dirent donc entre eux : « Nos concitoyens sont dans l'erreur, et ils pervertissent la vraie religion. Pouvons-nous comme eux tourner autour d'une pierre qui ne voit rien, et qui ne peut faire ni aucun bien ni aucun mal ? Cherchons une foi meilleure que celle-là ». Ils abandonnèrent donc leur patrie et ils voyagèrent dans les pays étrangers pour y trouver la religion des hanyfes, la religion d'Abraham.
Ces quatre personnages « de bonne volonté » ont été en rapports suivis avec Mahomet et l'on ne peut douter qu'ils n'aient exercé une réelle influence sur lui. Ce qu'il y a de très remarquable dans leur cas, c'est que trois d'entre eux se firent chrétiens. Waraka fut le premier à se convertir, et il se rendit même assez fameux par la connaissance étendue qu'il acquit des saintes Écritures. Obaydallah conserva plus longtemps des doutes ; et, quand il entendit Mahomet prêcher sa doctrine nouvelle, il se rangea parmi ses disciples ; il fut un de ceux qui, menacés d'une persécution plus rigoureuse, se réfugièrent en Abyssinie. Mais là il abandonna l'islam pour embrasser le christianisme, dans le sein duquel il mourut. Othmän, fils d'Howayrith, fut conduit par ses voyages à la cour des empereurs de Constantinople ; on l'y traita avec une grande distinction et il ne tarda pas à se faire chrétien, mélant d'ailleurs à ses croyances religieuses des projets politiques et une ardente ambition.
Zayd, fils d'Amr, est un personnage plus intéressant encore que ceux qui précèdent et à qui le Prophète a pu emprunter davantage. Il resta toute sa vie un pur hanyfe et, tout en ressentant la plus profonde vénération pour le judaïsme et pour le christianisme, il ne se donna ni à l'un ni à l'autre. Il s'était fait comme une religion personnelle et n'offrait ses adorations qu'au Dieu d'Abraham. Il blâmait énergiquement les erreurs de l'idolâtrie contemporaine, et il cherchait à corriger la barbarie des mœurs au milieu desquelles il vivait ; il s'élevait surtout avec force contre l'affreuse coutume d'enterrer les filles toutes vivantes, que Mahomet seul put déraciner. Souvent on le voyait, le dos appuyé sur la Ka'ba, adresser ses conseils et ses reproches à ses compatriotes ; et il disait à haute voix : « Oui, j'en jure par celui qui tient mon existence entre ses mains, je suis le seul parmi vous tous qui pratique la religion d'Abraham. » Puis il ajoutait : « O Allah, si je savais quelle est la forme d'adoration qui te plait le mieux, je la pratiquerais ; mais je ne la connais pas. » Entraîné par son enthousiasme, Zayd, fils d'Amr, avait entrepris de voyager comme ses trois amis ; et il revenait de Syrie à la Mecque pour y entendre le Prophète annoncer la pure religion d'Abraham et des patriarches, quand il fut tué, dit-on, sur la frontière du Hedjaz par des Bédouins. Selon d'autres témoignages, il rentra dans sa patrie, y vécut encore de longues années et se retira sur la fin de sa vie dans un des ermitages du mont Hira, près de là Mecque.
Ce qui distingue surtout Zayd, fils d'Amr, c'est qu'il était poète à la façon dont le fut plus tard Mahomet. Il reste de lui des vers qui ne dépareraient pas le Coran, sinon pour l'expression, du moins pour la pensée. Zayd célèbre dans les termes les plus précis le Dieu unique, le miséricordieux, qui pardonne les péchés, qui soutient les bons et châtie les méchants. Il attaque le culte des idoles, auxquelles il a renoncé. L'homme qui a fait une faute peut se relever un jour, comme l'arbuste flétri peut reverdir quand la pluie vient le ranimer. Zayd ne veut plus connaître désormais que le Dieu créateur de la terre et des cieux, son seul refuge et son seul appui, le Dieu dont il veut être à jamais le serviteur et le fidèle esclave, prêt à faire tout ce qu'il lui ordonnera, car c'est la pitié et non la puissance qui assure à l'homme, pauvre et faible créature, la vie et la félicité éternelle. Le génie de Zayd a beaucoup moins d'énergie et d'éclat que celui de Mahomet, mais, au fond, ce sont absolument les mêmes pensées : c'est le culte du Dieu unique, tel qu'il s'est révélé aux prophètes antérieurs. Seulement Zayd, fils d'Amr, ne se dit pas l'envoyé de ce Dieu, il ne parle qu'en son propre nom.
Zayd, fils d'Amr, passe pour avoir été le maître de ses trois amis. Othmàn, Obaydallah et Waraka. Le fameux Omar était son neveu ; et il est probable qu'il ne fut pas sans action sur lui, bien que la sauvage énergie d'Omar ne se soit adoucie que devant la parole du Prophète. Du reste, si l'on s'en rapporte à la tradition, Mahomet lui-même s'est toujours montré plein de respect et presque de reconnaissance pour Zayd, fils d'Amr. Un jour, pressé par Omar, de prier pour l'âme de Zayd, le prophète répondit : « Je prierai pour lui ; mais, au jour de la résurrection, Zayd formera à lui seul toute une église. »
Parmi les hanyfes contemporains de Mahomet on cite encore Ommaya, fils d'Aby-I-Calt, né à Taif. Celui-ci Ommaya était le plus distingué des poètes de son temps et il semble que ce talent était héréditaire dans sa famille, car son père s'était illustré aussi en ce genre. Il reste quelques vers d'Ommaya cités par divers auteurs ; mais ils ne suffisent pas pour bien faire apprécier ni ses doctrines ni son génie. Persuadé, comme tout le monde l'était en Arabie à cette époque, qu'il paraîtrait bientôt un prophète, il se crut quelque temps destiné à ce rôle glorieux et, lors que Mahomet annonça publiquement sa mission, Ommaya ne manqua pas de le combattre, bien moins par conviction commune qui s'est montrée créatrice pendant plusieurs siècles sans interruption ; cependant, le brahmanisme n'en a été ni moins durable ni moins fort.
Le Coran. — La religion musulmane se condense dans le Coran, qui signifie récitation, et qui est destiné à tenir la place des « leçons » ou péricopes scripturaires dans la liturgie des religions monothéistes.
L'orthodoxie musulmane le tient non seulement pour révélé, mais pour incréé, un peu comme chez les chrétiens on a connu les images « non faites de main d'homme » (achéropoiètes) et les lettres divines « tombées du ciel ». La date de composition des diverses parties du Coran s'étend entre les années 610 et 632 de notre ère.
Le Coran est l'œuvre authentique et personnelle de Mahomet ; jamais le doute n'a effleuré sur ce point la conscience musulmane et, en fait, cette origine ne saurait être mise en question. Les diverses parties du Coran sont dans un complet désordre et les pensées qui remplissent les sourates ou chapitres ne sont pas moins confuses. C'est une sorte de chaos, dans lequel on sent une fermentation puissante, et d'où il se dégage, après réflexion, quelques-unes des grandes idées qui inspiraient l'auteur. L'enthousiasme qui en déborde continue à surabonder même dans les traductions. Une lecture suivie et continue du Coran est presque impossible, et cependant cette lecture, même fragmentaire, laisse une impression réelle, mais trouble. Des lecteurs chrétiens ont fort peu de chose à en retirer ; du moins doivent-ils convenir que des esprits autrement formés que les leurs peuvent y trouver un aliment. On a dit, avec pleine raison, que ce désordre même du Coran est la preuve la plus irréfragable de son authenticité. Ce sont bien là les récitations de Mahomet, les explosions de ce génie fougueux, peu maître de lui-même, quoi que capable de calcul. Le Coran, tel qu'il a été formé, dès le premier temps de l'Islam, après la mort du fondateur, ne porte pas même la trace d'un arrangement chronologique. Il est clair que, quelle que soit la main qui a réuni ces morceaux, elle les a laissés tels qu'ils étaient, pêle-mêle, et sans essayer d'y introduire une certaine coordination, même en conservant scrupuleusement le texte.
Ce cachet évident d'originalité toute personnelle est d'ailleurs une très heureuse circonstance, car les historiens arabes, précis sur tant d'autres points, n'ont pas pu l'être autant sur la manière dont les récitations de Mahomet ont été tout d'abord recueillies.
XI. LA TRADITION. — Le Coran est la base principale de la biographie de Mahomet. A la suite du Coran, vient la tradition qui remonte jusqu'aux premiers compagnons de Mahomet, et qui demande une vérification d'autant plus rigoureuse qu'elle est maniée par un peuple lettré et d'imagination ardente. Les compagnons du Prophète avaient beaucoup à raconter sur l'homme extraordinaire qui les avait convertis et commandés. La génération qui les avait immédiatement suivis, les « Successeurs » (Tabian) comme on les appelait, pouvaient avoir aussi recueilli des renseignements de grande importance. Tout cela peut offrir environ l'espace d'un siècle pendant lequel la tradition prend bien des libertés.
L'extension même du mahométisme, conquérant l'Arabie et les pays voisins, donna tout à coup à la tradition un caractère pratique qu'on n'avait pas d'abord soupçonné. Le Coran, qui devait être la loi religieuse, la loi civile et la loi politique de l'islam, ne suffisait plus aux besoins nouveaux ; il fallut l'élargir et, dans ce but, on recueillit avidement, et comme un supplément au Coran, toutes les paroles, toutes les idées, tous les actes de Mahomet, pour les appliquer, comme autant de décisions sans appel, à tous les cas douteux qui se présentaient. La tradition recula ainsi force de loi, et elle partagea en quelque sorte l'autorité de l'inspiration. On se mit à rechercher tous les souvenirs de ce genre avec une incroyable ardeur ; et, dès la fin du premier siècle de l'hégire, cette occupation était devenue pour une foule de gens comme une profession sainte, celle de « collecteurs ». Les plus instruits et les plus actifs parmi les fidèles allaient de ville en ville, de tribu en tribu, faire cette moisson méritoire, auprès des compagnons, des successeurs et de leurs descendants. Puis ils mettaient en écrit tous ces récits plus ou moins exacts obtenus de tous ces témoins plus ou moins véridiques.
Ce travail touchait de trop près à l'intérêt public pour qu'on pût l'abandonner absolument au zèle des individus et, dès la fin du premier siècle de l'hégire, Omar II, qui mourut en 720, donna des ordres précis pour que cette œuvre à la fois religieuse et politique fût exécutée avec toute la régularité nécessaire. La compilation ne fut achevée que sous la dynastie des Abbassides et une bonne partie fut en état de paraître sous le règne du fameux Al-Mâmoûn (786-833). Il y eut alors six collections principales, qui ont servi et qui servent encore de texte aux écoles théologiques de l'islam, et la collection, un peu plus ancienne, dont l'auteur, Imân Mälik al Müatta, vivait de 95 à 179 de l'hégire (717-801), qui n'entre pas dans le canon orthodoxe et a fourni aux autres une partie de leurs matériaux. Ces monuments qui doivent prendre place à la suite du Coran ont gardé jusqu'à nos jours leur popularité dans le monde musulman. Ils captivent et ils amusent les lecteurs plus que les biographies du Prophète qui ont été postérieurement composées.
XII. LES BIOGRAPHIES. — Le Coran et la tradition conservée comme on vient de le dire, sont les véritables éléments de la biographie de Mahomet. Il paraît que, dès la fin du premier siècle de l'hégire, quelques dévots songèrent à l'écrire ; on nomme Orva, qui mourut en 91, et son disciple Zohri, qui mourut en 124, à l'âge de 72 ans, sous la dynastie des Omeyades. Il ne reste rien de leurs ouvrages : mais Zohri est souvent cité par les auteurs subséquents, ainsi que plusieurs autres biographes, Musa, fils d'Ocba et Abou Mâshar, du début du 11e siècle, Abou Ishäc, à la fin de ce même siècle, et enfin Madaïni, au commencement du 12e siècle. Mais, à défaut de ces auteurs, qui n'ont pas été épargnés par le temps, il y en a quatre dont les ouvrages sont parvenus jusqu'à nous, en tout ou en partie.
Le plus ancien est Mohammad-ibn-Ishâc, qui mourut l'an 151 de l'hégire (773 de notre ère). Il écrivait par conséquent sous les Abbassides, et c'est pour Al-Mansoûr, le second prince de cette dynastie, qu'il composa son ouvrage. On n'en a conservé que des morceaux ; mais son autorité est fréquemment invoquée par ses successeurs, et il passe pour un des auteurs les plus sûrs que l'on puisse consulter.
Le second biographe du Prophète est Ibn-Hishäm, qui mourut l'an 213 de l'hégire (835 de notre ère). On possède son ouvrage tout entier, qui est intitulé simplement « Biographie du Prophète » (Sirat al Rasoûl) ; mais ce n'est pas le seul qu'il eût composé, et il avait fait les plus savantes recherches sur la généalogie des rois himyarites, antérieurs de plusieurs siècles à l'Islam, et de très utiles commentaires sur les passages obscurs des anciens poètes. Ibn-Hishâm avait pris pour base de son travail celui de Ibn-Ishâc, et le sien est même devenu par la suite l'objet de commentaires célèbres. Il ne paraît pas d'ailleurs mériter une confiance entière, car il s'est attaché, semble-t-il, favorablement au Prophète. Son contemporain, Wáckidi, qui naquit à Médine et écrivit et vécut à la cour des Abbassides, auprès desquels il fut dans une faveur constante, surtout durant le règne d'Al-Mâmoûn. C'était un personnage assez considérable, puisqu'il était cadi du quartier oriental de Bagdad. Il avait amassé une bibliothèque qui, renfermée dans six cents caisses, formait à sa mort la charge de cent vingt chameaux. Il avait écrit un très grand nombre de livres : mais le seul qui soit resté jusqu'à nous sous sa forme originale est l' « Histoire des guerres du Prophète » (Al Maghâzi). Ce qui a rendu Wäckidi particulièrement célèbre, c'est son secrétaire Ibn-Saad, connu plus ordinairement sous le nom de Katib al Wäckidi ou secrétaire de Wäckidi. Ce secrétaire, homme aussi intelligent que fidèle, avait hérité des papiers de son maître ; il en tira un excellent ouvrage en quinze volumes sur les compagnons du Prophète, sur leurs descendants et sur l'histoire des khalifes, jusqu'à son propre temps.
Le quatrième des anciens biographes du Prophète est Tabari (Abou Djafar ibn Djarir al Tabari). Né en 224 de l'hégire à Amoul, dans le Tabarestan, et mort à Bagdad en 310 (846-932), il avait été un des imams les plus éclairés et les plus respectés de son temps. Tabari, qu'on a surnommé quelquefois le Tite-Live des Arabes, avait composé des annales, non seulement sur la vie de Mahomet, mais aussi sur les conquêtes de l'Islam. Ce qu'on en connaissait et ce qu'on en avait publié ne commençait qu'à la mort du Prophète. Le reste était regardé comme perdu, quand A. Sprenger, envoyé à Lucknow pour y inspecter les bibliothèques indigènes, découvrit, parmi de vieux manuscrits abandonnés, toute la partie de l'ouvrage de Tabari qui s'étend de la naissance du Prophète au siège de Médine, cinq ans avant sa mort. C'est le quatrième volume de Tabari, extrait en majeure partie des ouvrages d'Ibn-Ishâc et de Wäckidi ; mais, outre l'autorité nouvelle qu'il confère à ces biographes en les répétant, Tabari donne aussi des informations qu'on chercherait vainement ailleurs. Cependant il faut les employer avec précaution, parce que Tabari est un partisan prononcé d'Ali, et qu'il n'est pas toujours impartial envers les Omeyades et pour tout ce qui les concerne.
Tel sont les sources de l'histoire de Mahomet. Ses biographes modernes les ont soumises à une critique rigoureuse et leur conclusion est que toutes les autorités qui dépassent la dynastie des Abbassides n'ont presque aucun poids à côté de celles-là. Après les Abbassides, il n'y a plus rien à recueillir des traditions primitives, et tout ce qu'on fait, alors c'est d'en inventer de nouvelles qui sont trop souvent aussi extravagantes que fausses. Mais grâce aux autorités des premiers temps on peut atteindre avec une sûreté suffisante la vérité historique.
XIII. SA VIE. 1° Période mecquoise, — Mohammad, ou Ammad, appartenait à une famille aristocratique qui était morte deux mois environ avant sa naissance ; sa mère Amina ne l'allaita que peu de jours et dut le confier à une nourrice qui emmena l'enfant dans le désert, assez loin de la Mecque. Vers l'âge de deux ans, rendu à sa mère, il fut élevé par elle et par une esclave noire, Oummi-Ayman. Vers l'âge de six ans, Amina emmena l'enfant à Yathrib pour le présenter à une partie de sa famille ; elle mourut prématurément au retour de ce voyage et l'aïeul Abd-el-Mottalib recueillit le petit orphelin, mais lui-même mourut peu après et, à l'âge de neuf ans, Mahomet fut remis à la garde d'un oncle.
Son bien était si peu de chose qu'on parle couramment de sa misère : un esclave, la négresse qui l'avait élevé, un troupeau de moutons et cinq chameaux. Il y gagna du moins des habitudes de simplicité et de tempérance qui contribuèrent au prestige qui l'entoura depuis. A cela se réduit ce que nous savons d'à peu près certain sur ses vingt-cinq premières années. La Sira ou tradition ne s'est pas fait faute d'enrichir ce fond assez pauvre : il faut avouer que ses inventions ne sont pas invraisemblables, à supposer qu'elles ne soient pas vraies. Elle nous montre le jeune garçon accompagnant ses oncles à la guerre, ramassant les flèches pendant le combat de Nakla et les apportant aux combattants ; s'il n'avait que quatorze ans à cette époque, c'est tout ce qu'on pouvait exiger de lui, mais s'il en avait vingt, comme on peut le soutenir d'après les auteurs les plus autorisés, il semble permis de dire que le courage physique et l'audace martiale sont en effet des vertus qui ne distinguèrent le Prophète à aucune des périodes de sa vie. Pérament méditatif et rêveur, il était plus apte à ces occupations nonchalantes. L'idée de son caractère, troupeaux, occupation humiliante pour les hommes et abandonnée d'ordinaire aux jeunes filles des tribus. Plus tard, ses lectures lui suggérèrent là un trait de ressemblance avec Moïse et David, tous deux bergers. Il est probable que son tempérament, qui était d'une maturité précoce ; on nous dit que ses compatriotes lui décernaient dès lors le surnom d'El-Amin « l'homme sûr ».
L'Arabie n'offre rien d'invraisemblable, les Coraychites se trouvant engagés dans le commerce et les caravanes. Le Coran y fait de fréquentes allusions et même à des voyages sur mer. C'est au cours de ces déplacements qu'il fut mis en rapport avec des moines chrétiens.
Esprit grave, il s'intéressait aux questions religieuses qui laissaient indifférents ses sceptiques concitoyens.
Il s'était formé parmi les principaux familiers des Coraychites une sorte de ligue, appelée Fédération des Fodhoül, afin de prévenir les désordres d'où étaient sorties les guerres longues et sanglantes de Fidjàr. C'était l'association des honnêtes gens contre les perturbateurs ; elle suppléait à l'absence de tribun aux réguliers assez forts ou assez respectés pour imposer leurs décisions. Mahomet fit partie de cette société qui lui survécut longtemps ; il se glorifia toujours de lui avoir appartenu et se disait prêt à répondre au serment prêté jadis. Par ce serment les associés juraient devant une divinité vengeresse qu'ils prendraient à défense des opprimés et qu'ils poursuivraient la punition des coupables, tant qu'il y aurait une goutte d'eau dans l'Océan. Mahomet n'était encore pas marié quand il entra dans cette ligue à laquelle il n'apportait que le concours de ses qualités. Avait-il alors vingt-cinq ans comme le dit Caussin de Perceval, ou bien vingt ans seulement selon le calcul de W. Muir, on n'a pas de motif d'en décider, toutefois cette différence de cinq ans ne laisse pas que d'avoir quelque importance pour montrer la maturité précoce de Mahomet.
Ce fut à l'âge de vingt-cinq ans qu'il épousa sa cousine Khadidja, veuve fort riche qui avait dépassé la quarantaine. Mahomet avait conquis sa confiance par la probité intelligente avec laquelle il avait conduit une de ses caravanes. Un sentiment profond se joignait-il au calcul ? Il n'est pas possible d'en décider. Khadidja avait, en la matière, une appréciable expérience puis que Mahomet fut son troisième mari. L'union fut sinon heureuse, du moins calme et sans événements. Mahomet, qui devait plus tard provoquer tant de jalousies justifiées de la part de ses nombreuses épouses, n'en donna pas le moindre motif, paraît-il, pendant plus de vingt ans à celle qu'il avait épousée en premières noces et qui, par la différence de leurs âges, aurait pu aisément être sa mère. Il eut de Khadidja sept enfants : trois fils qui moururent en bas âge et quatre filles qui, seules, lui survécurent. Une d'elles, la célèbre Fatima, devint la femme d'Ali ; elle fut mère de Hasan et Hosain d'où sortirent les nombreuses familles de chérifs ou descendants du Prophète.
Mahomet profita de l'aisance que lui valait son mariage pour répandre le bien autour de lui. Il rendit à son oncle Abou-talib, qui l'avait élevé, le service de faire l'éducation de son dernier fils, Ali, qui épousa Fatima. Mahomet adopta un jeune esclave chrétien, Zayd, fils de Haritha, enfant enlevé dans une razzia et qui ayant été plus tard retrouvé par son père refusa de le suivre et préféra rester avec le bienfaiteur qui l'avait affranchi.
S'il ne faut pas accorder une créance trop absolue aux récits de la tradition, du moins convient-il de reconnaitre qu'elle se montre assez réservée ; on souhaiterait parfois que les hagiographes occidentaux aient fait preuve de la même discrétion dans les récits de leur invention. Faut-il rejeter comme une fiction le récit de l'intervention de Mahomet dans l'affaire de la Ka'ba ? Mais le récit n'a rien d'incroyable lorsqu'il nous montre Mahomet, quelques années après son mariage, interrogé par ses compatriotes dans les circonstances suivantes : la Ka'ba, en ruines, avait besoin d'urgentes réparations auxquelles chaque famille puissante de la tribu des Coraychites voulait participer. Les contestations apaisées se réveillèrent lorsqu'il fut question d'installer la fameuse pierre noire, à tel point qu'on suspendit les travaux et qu'on prit les armes. Dans une dernière conférence, le doyen d'âge suggéra de s'en rapporter à l'arbitrage du premier qui entrerait dans la salle des délibérations. Ce fut Mahomet ; on l'acclama : El-amin, El-amin ! et on lui exposa ce qui se passait. Lui étendit son burnous à terre, mit la pierre noire au centre, pria quatre des principaux chefs de famille de soulever les coins du burnous simultanément à quatre ou cinq pieds au-dessus du sol. Cela fait, il prit la pierre et la posa de ses propres mains. L'élégante solution fut applaudie et la paix menacée fut rétablie ; le prestige de Mahomet s'en trouva accru.
Vers l'âge de trente ans, Mahomet traversa une crise religieuse qui décida de sa vie et de son rôle. Les Mecquois se préoccupaient fort de la vie future et, comme eux, Mahomet avait accepté le culte national sans enthousiasme comme sans répugnance. Des doutes avaient pu traverser son esprit, soit à l'occasion des conversations qu'il avait avec les hanyfes qu'il fréquentait, par Waraka, le cousin de sa femme Khadidja, soit même par Zayd, fils de Haritha, qui n'avait pas cessé d'être chrétien en devenant fils adoptif de Mahomet. Celui-ci se plaisait à des promenades solitaires dans les environs de la Mecque et il lui semblait que l'idolâtrie ne pouvait avoir été la religion d'Abraham, en sorte qu'il fallait revenir à un culte plus raisonnable et plus pur. Chaque année, il se retirait, comme les personnages les plus dévots de la Mecque, sur le mont Hira, pendant les mois sacrés de la trêve ; et là, dans une grotte étroite, qui avait servi à bien d'autres ermites avant lui, il se livrait à ses réflexions, dans un silence absolu, sous un ciel de feu, devant une nature aride et desséchée par un soleil inexorable. Il ne sortait de ce trou que la nuit pour aller chercher dans sa maison quelques aliments indispensables et il se hâtait de revenir à ses méditations.
Qu'un semblable régime de vie ait troublé sa raison, il n'y aurait pas lieu de s'en montrer fort surpris, et on ne s'étonne pas qu'il ait eu alors des inspirations ou des extases ou simplement les cauchemars nocturnes d'une imagination aux abois. Ce n'étaient pas les élucubrations d'un poète, qu'il se défendit toujours d'être, mais les effusions d'une âme embrasée des sentiments qui l'agitaient et bouleversée par ses tempêtes intérieures. D'autres, mieux équilibrées que la sienne, eussent chaviré dans la folie, mais les objets mêmes de ses méditations l'en préservèrent peut-être, car c'étaient les plus relevés que l'esprit de l'homme puisse se proposer : Dieu, l'immortalité de l'âme, les châtiments et les récompenses de la vie éternelle. Ainsi se préparait un des événements qui allaient coûter à l'Église chrétienne des pays entiers et des nations nombreuses, dans l'histoire des siècles que nous ne cessons d'étudier dans ce Dictionnaire, l'apparition du mahométisme marque un déchirement si tragique que nous devons nous y appliquer avec un soin particulier.
Il semble bien constaté que c'est précisément dans un rêve que Mahomet crut recevoir la première révélation de sa mission future. L'ange Gabriel, pensait-il, lui apparut durant son sommeil, tenant un rouleau couvert d'écriture qu'il lui donna, avec ordre de le lire. Mahomet résista trois fois à cet ordre, et ce ne fut que pour éviter les sévices de l'ange qu'il consentit enfin à lire ce qui lui était imposé. A son réveil, il sentit qu'un livre avait été écrit dans son cœur : c'est l'expression dont il se servait lui-même, si l'on en croit la tradition, pour rappeler cette apparition merveilleuse. Il en fut profondément troublé ; et, après avoir raconté à Khadidja le rêve qu'il avait eu, il retourna au mont Hira, livré au désespoir et à l'égarement. C'était le contraire du remède tout indiqué, mais pas plus lui que son entourage ne se doutaient qu'une alimentation substantielle, une occupation manuelle, quelques soucis d'ordre matériel l'eussent affranchi des visites de Gabriel et de la folie qui, sous cette forme, le guettait. Quand il eut regagné son trou embrasé du mont Hira, ce fut bien autre chose ; il se crut possédé par les esprits malins et songea au suicide pour mettre un terme à sa souffrance. Mais, à point nommé, il entendit la voix d'un ange du ciel qui cria : « O Mahomet, tu es l'envoyé de Dieu, et je suis l'ange Gabriel. » Alors, levant les yeux, il vit l'ange sous une forme humaine et le suivit du regard jusqu'à ce qu'il disparût à l'horizon.
Illusion ou supercherie. Khadidja, avec sa finesse de femme, avait compris que cette intelligence se troublait ; elle envoya à sa recherche, qui ne fut pas longue, et on lui ramena le visionnaire encore tout bouleversé. Elle abonda dans son sens, sachant qu'on ne gagne rien à contrarier une hallucination, elle lui dit à la façon des hanyfes dont elle le voyait de plus en plus adopter les doctrines : « Dieu est mon appui, il ne permettra point que tu aies le malheur d'être un poète auquel personne ne doit avoir confiance, ni un possédé des djinns. Tu dis toujours la vérité ; tu ne manques jamais à ta parole ; nos parents le savent aussi bien que moi. Celui qui tient la vie de Khadidja entre ses mains m'est témoin que tu seras le prophète de cette nation. Rassure-toi et bannis le trouble de tes esprits. » — Comme si elle avait dit à son grand enfant : mange un morceau, bois un coup et couche-toi.
Mais, moins rassurée qu'elle ne voulait le paraître, Khadidja alla conter l'histoire au cousin Waraka, seil. Waraka, déjà fort âgé, avait répondu à la grâce divine qui le sollicitait, il s'était converti au christianisme, avait lu la Bible et fréquentait assidûment juifs et chrétiens. Il en avait tant vu et tant entendu durant sa longue vie qu'il ne s'étonnait plus de grand'chose, et il se contenta de répondre à Khadidja : « Si ce que tu viens de me dire est vrai, ton mari est visité par le grand Namoûs, qui jadis a visité Moïse ; il sera le prophète de ce peuple. Annonce-le-lui et qu'il se tranquillise. » A quel que temps de là, Waraka rencontra, près de la Ka'ba, Mahomet revenu de sa retraite de Hira, se fit raconter la vision, répéta ce qu'il avait dit à Khadidja et ajouta : « On te traitera d'imposteur, on te persécutera, on te chassera, on te combattra violemment. Que ne puis-je vivre pour t'assister dans cette lutte. » Comme ils se séparaient, Waraka posa un baiser sur le front de Mahomet qui en ressentit un grand apaisement et une douce consolation.
Ces récits nous viennent de Mahomet lui-même, s'il est permis d'y supposer quelque exagération, il faut y reconnaitre le premier et plus authentique souvenir de la mission du Prophète telle qu'il s'expliquait cette mission à lui-même et qu'il l'expliquait aux autres. Waraka ne s'était pas trompé en annonçant des contradictions et des combats pas plus qu'en prédisant le triomphe final, mais qui se ferait attendre.
Ainsi un rêve et une hallucination furent l'occasion de la religion nouvelle. C'est dans l'âme de Mahomet que cette religion avait sa source, c'est dans les dispositions du peuple arabe qu'elle trouva son triomphe ; mais Mahomet ne se crut l'envoyé de Dieu qu'après un songe dans lequel il pensa voir et entendre un ange. Toute sa vie, Mahomet ajouta une confiance absolue à ses rêves ; et, lorsqu'il voulut faire, en 627, le pèlerinage de la Mecque, qu'il avait dû interrompre depuis sa fuite à Yathrib, c'est encore un songe qui lui avait inspiré ce projet. Quant à l'hallucination, elle parait d'autant plus certaine que Mahomet en souffrit, la redouta tout en souhaitant de la voir se renouveler afin d'être fixé sur la réalité et le caractère de sa mission ; néanmoins il lui fallut attendre deux ans au dire des uns, six mois au dire des autres et pendant ce délai son esprit fut torturé de perplexités. Il se sentait glisser vers la folie et donnait autour de lui l'impression qu'il y touchait.
On a parlé de causes purement physiologiques et morbides, d'attaques d'épilepsie et d'hystérie, ce sont des explications pseudo-médicales qui eurent leur heure de vogue ; si elles ne sont pas aujourd’hui absolument réfutées et complètement abandonnées, elles ont cessé d'être généralement admises. On comprend mieux Mahomet en se reportant aux idées dont il était possédé, à l'effet prodigieux qu'elles produisaient en lui, à l'ascétisme auquel il se condamnait pendant des mois entiers, en un mot à l'ensemble des circonstances qui déterminèrent la crise dont il fut le sujet et la victime. Dans cette ardente et divine exaltation, il s'est pénétré de la grandeur et de la nécessité des croyances qu'il apportait au monde ; il s'est pris de bonne foi pour l'envoyé de Dieu, en comparant la pureté de sa foi avec la grossièreté de l'idolâtrie qu'il voulait détruire et remplacer. Ainsi qu'il l'a répété vingt fois dans le Coran, il n'a été ni un imposteur, ni un égaré. Transporté d'enthousiasme, il a pris pour la voix de Dieu la voix qu'il entendait en lui, et il s'est cru prophète comme l'avaient été jadis tous ces personnages que la Bible lui offrait pour précurseurs et pour modèles ; eux aussi avaient communiqué avec Dieu, il ne faisait pas de différence entre leur faveur et celle dont il croyait jouir.
Cette foi nouvelle que Mahomet se jugeait désigné pour annoncer aux hommes se réduisait à ceci : croire à un Dieu unique, créateur du ciel et de la terre ; croire à une autre vie où les bons seront récompensés et les méchants punis ; prier Dieu matin et soir après s'être purifié par des ablutions ; enfin reconnaître Mahomet pour son envoyé et lui obéir à ce titre, tel était le dogme nouveau qui allait régénérer l'Arabie par le renversement du culte idolâtrique auquel elle était livrée.
Il se peut que la date exacte et les circonstances précises de l'évolution religieuse de Mahomet soient en partie inconnues, puis que ce que nous savons vient de lui, mais ce que nous venons d'exposer peut cependant donner matière à des approximations suffisantes sur un sujet de sa nature tellement mystérieux. Nous en savons du moins ce que nous apprennent les allusions conservées dans le Coran (xcvr, 1-5 ; LXXIV, 1-10 ; Lxxxr, 17) et dans les pittoresques anecdotes recueillies par la Sira.
La prédication de Mahomet se fit parmi son entourage immédiat : Khadidja, sa femme ; Ali, son neveu ; Zayd, fils de Häritha, son fils d'adoption ; Waraka, son cousin ; Abou-bekr, son ami le plus intime et le plus cher et qui devait être son successeur. La conversion d'Ali qui n'était alors qu'un enfant de onze ans, avait une médiocre importance, Khadidja était une femme, Waraka un vieillard ; mais la conversion d'Abou-bekr fut d'une grande importance et d'un contagieux exemple. Un peu plus jeune que Mahomet et d'une branche différente des Coraychites, il s'était fort enrichi par le commerce. Doux et calme, il jouissait d'une sympathie générale.
Quoi que petit de corps et de complexion délicate, il était capable de poursuivre les résolutions les plus hautes et les entreprises les plus ardues. Beaucoup suivirent son exemple, entre autres, Othmân, fils d'Aflàn, marchand lui aussi, et qui serait le quatrième dans l'ordre de succession des khalifes.
En quelques années de prédication secrète, mais constante, la secte nouvelle arriva à compter une cinquantaine d'adhérents, tous gagnés un à un et de proche en proche, quelques-uns d'une haute position sociale, et d'autres ne comptant pour rien, c'est-à-dire des femmes ou des esclaves. La secte portait le nom d'Islâm, ou l'absolue soumission à la volonté de Dieu ; les croyants s'appelaient les musulmans, c'est-à-dire ceux qui sont soumis à cette volonté sainte et toute-puissante.
D'abord ce fut l'indifférence qui accueillit la secte, puis, quand ses progrès devinrent marquants, ce fut l'hostilité. Les revendications sociales, en faveur des pauvres, irritèrent les riches, l'annonce du dogme de la résurrection parut une facétie et celle d'une catastrophe prochaine une provocation.
Parmi les tout premiers convertis se trouvait un certain Accam, dans la maison duquel le Prophète vint se loger, presque en face de la Ka'ba, sur le penchant de la colline de Safà, c'est-à-dire dans un des lieux les plus fréquentés de la ville, où tous les pèlerins devaient nécessairement passer pour l'accomplissement de leurs cérémonies solennelles. Cela hâta les événements et la persécution qui se déchaîna contre les disciples de Mahomet fut assez violente pour que les plus compromis fussent obligés de s'enfuir ; ils émigrèrent en Abyssinie.
Il y eut, vers l'an 615, deux émigrations : la première composée de douze hommes et de quatre femmes ; la seconde, de quatre-vingt-trois hommes et de dix-huit femmes, sur lesquels onze étaient Coraychites. Les auteurs varient sur ces nombres, sans que les différences soient très considérables. La liste des émigrés a pu être dressée, elle est surtout intéressante en ce qu'elle montre qu'à cette date déjà, Mahomet avait conquis une quantité de disciples fervents, dans les familles les plus illustres et les plus puissantes.
Dans une deuxième réunion, plus nombreuse que la précédente, tenue encore sur l'Acaba l'année « ville du prophète » Mahomet comptait alors quarante ans environ, cinquante d'après la version suivante, en 622, le même serment fut renouvelé ; mais, comme la personne du Prophète était de plus en plus menacée à la Mecque, on jura de la défendre par les armes, s’il le fallait ; et Abbas, oncle de Mahomet, qui avait remplacé pour lui Abou-tàlib, sans être non plus musulman, confia son neveu au courage et à la fidélité des hommes de Yathrib. Il fut donc convenu que, si le prophète ne se trouvait plus en sûreté dans sa patrie, ses nouveaux disciples lui offriraient au milieu d'eux un inviolable asile. Pour plus de précaution, Mahomet nomma douze « apôtres » : trois choisis parmi les Aus et neuf parmi les Khazradj pour préparer toutes les tribus de Yathrib et y répandre la religion nouvelle, en faisant connaître les engagements solennels pris sur la colline d'Acaba ; ce faisant, il parait bien que Mahomet prétendit imiter Jésus-Christ. En outre, il envoya à Yathrib des missionnaires, entre autres Mossäb, fils d'Omayr, qui parait avoir joué un rôle très utile et très courageux ; puis, quand tout fut disposé, le Prophète fit émigrer, par petites troupes, tous les musulmans de la Mecque, afin de les soustraire au danger, qui devenait de jour en jour plus imminent. Demeuré seul dans la ville pour couvrir la retraite, avec Abou-bekr et Ali, il ne se retira que le dernier ; il prit le chemin de Yathrib qui porta désormais le nom de Médine (Medine l'eunabi), traditionnelle.
Son départ de la Mecque inaugura l'hégire (hidjra), c'est-à-dire l'émigration qui forme le point de départ de l'ère musulmane, instituée dix-sept ans plus tard par le khalife Omar. Elle est censée avoir commencé le 16 juillet 622 de Jésus-Christ. Il y a, entre les auteurs, de graves discussions sur la date précise de l'hégire et sur le jour où Mahomet arriva à Médine après de longs détours. Dans la carrière de Mahomet, l'hégire marque un instant d'une importance capitale, celui de la transformation politique de l'islam - qui cesse d'être uniquement une aspiration vers la réforme religieuse, pour devenir une entreprise d'asservissement et de conquête. La première partie de la vie de Mahomet, la plus difficile, la plus respectable - prend fin. Dans le vieux droit arabe, l'hégire signifiait non seulement la rupture avec la ville natale, mais équivalait pour celle-ci à une déclaration de guerre. Jusqu'à ce moment, il n'a été question que de contradiction et de persuasion, désormais il va s'agir de lutte et de violence.
Période médinoise. — Au moment où il commençait sa vie nouvelle de Prophète et de chef d'État, Mahomet nous est bien connu par les divers traits consignés dans les descriptions laissées par des fidèles et recueillies par ses historiens. Sans être de grande taille, il dépassait ce qu'on est convenu d'appeler « la moyenne », de forte et large carrure, solidement planté et, comme on dit ordinairement, « bien charpenté », avec cela, charnu sans être gras, les attaches fines, le cou long et flexible supportant une tête extrêmement grosse ; le front était large, le nez légèrement busqué avec le bout un peu relevé ; la bouche large avec les dents blanches, saines et espacées ; entre de minces sourcils une veine qui se gonflait dans les moments d'émotion ; les yeux, les cils, la chevelure, la barbe et les moustaches d'un noir de jais. Il se tenait voûté et marchait pesamment, le buste penché en avant. Son aspect donnait une impression de force, mêlée de douceur, mais non de franchise, car il ne regardait presque jamais en face ses interlocuteurs.
C'était bien l'Arabe des récits complaisamment arrangés. Silencieux, sentencieux, laissant l'entretien se prolonger jusqu'à ce qu'il tombât comme de lui-même, écoutant sans impatience comme sans passion, plutôt par une sorte de résignation. La domination réfléchie. Ses vêtements étaient simples ; la nation qu'il exerçait sur lui-même lui faisait mettre dans ses paroles une réserve extrême et une prudence. Sa personne extrêmement soignée, il ne supportait pas les parfums. Sa nourriture était légère et délicate ; néanmoins sa force corporelle était remarquable et lui permettait de ne redouter ni de fuir la fatigue. Quant aux plaisirs, il n'avait jusqu'alors consenti à s'accorder rien qui fût répréhensible.
Une période de dix années environ s'ouvrait maintenant devant lui d'où seraient bannies les façons de vivre pratiquées jusqu'alors et où s'accumuleraient les erreurs et les taches évitées jusque-là. Dès son arrivée à Médine, Mahomet prit des mesures à la fois sages et habiles ; il s'occupa d'abord de l'organisation du culte, bâtit une mosquée sur le terrain vague où s'était arrêtée sa chamelle, la fameuse Koswa, en entrant dans la ville. Cette mosquée, dont il tint à payer le terrain quoiqu'on voulût le lui offrir, était excessivement simple et répondait parfaitement à l'humble fortune de l'islamisme naissant. Elle avait cent coudées de long sur chaque côté de son carré. Les murs n'étaient de pierre que jusqu'à la hauteur de cinq coudées, le reste était en briques. Les colonnes étaient des troncs de palmiers, et le toit était formé de feuilles et de branchages. Mahomet ne se contenta pas d'avoir un lieu pour le culte, il fixa les heures de la prière, répétée cinq fois par jour ; chaque semaine, un jour fut particulièrement réservé à la prière, le vendredi. Le fidèle musulman devait se tourner vers Jérusalem en priant, mais cette orientation fut changée après la brouille survenue avec les Juifs, et la Mecque remplaça Jérusalem. Un crieur public annonçait le service quotidien. Le mois de ramadan fut consacré au jeûne et l'institution de la dime devait permettre à tout bon musulman de prendre sa part des dépenses du gouvernement qui venait de se fonder. Telles furent les premières institutions de l'islam. Quant à la circoncision, elle était depuis longtemps pratiquée parmi les Arabes, et on ne peut la regarder comme une doctrine musulmane nouvelle.
Des dissentiments s'élevaient entre les musulmans et les Mecquois musulmans fugitifs de la Mecque et réfugiés à Médine, les Mohadjir ou « émigrés ». Ceux-ci se vantaient d'être Mecquois et y voyaient une supériorité, que les Médinois étaient fort éloignés de reconnaître, eux qui avaient prêté le serment d'Acaba, avaient préparé la retraite de Mahomet et se donnaient le nom d'Ansar ou « auxiliaires ». Cette rivalité, née du dévouement, pouvait engendrer des conflits d'autant plus graves que l'enthousiasme était plus excité parmi les adhérents du Prophète. Mahomet prévint ce péril, rapprocha les « auxiliaires » des « émigrés », fit d'eux une sorte d'aristocratie et une association de fraternité. Il y en eut un grand nombre qui se choisirent chacun un frère adoptif, et ce titre n'était pas vain, car il assurait l'héritage entier du frère qu'on s'était donné, à l'exclusion de la famille. Cette association ne devait pas, par sa nature, durer longtemps ; mais dans les premiers jours, elle fut très utile pour prévenir bien des contentions violentes entre tous ces guerriers ardents jusqu'au fanatisme. Mahomet lui-même prit Ali pour son frère, parmi les Mohadjir ; mais afin de ne pas blesser les Ansar, il accepta parmi eux le simple titre de nakib, en remplacement d'un des douze premiers nakibs qui était mort.
À côté des musulmans, il y avait, à Médine, une importante colonie de Juifs avec lesquels il fallait compter. Mahomet ne douta pas d'abord qu'il ne réussît à les persuader et il se montra fort bienveillant, allant jusqu'à conclure avec eux un traité qui leur conférait presque les mêmes droits qu'aux musulmans. Les rapports qu'il entretint alors avec les Juifs lui permirent de se familiariser avec l'histoire biblique d'Abraham et de s'instruire des relations généalogiques d'Ismaël avec le peuple arabe. Dans la suite, il utilisera ces données pour rendre l'islam indépendant des deux monothéismes scripturaires, le judaïsme et le christianisme, dont le dissentiment doctrinal s'aggrava de plus en plus. Au début, nous avons un exemple des ménagements consentis par Mahomet dans le décret suivant relatif aux chrétiens, écrit le 3 de Moharrem, l'an 2 de l'hégire par Ali ben Talab, dont il porte la signature et qui fut envoyé par Mahomet aux moines du couvent de Sainte-Catherine sur le mont Sinaï. Le voici :
« Moi, Mohammed, fils d'Abd-Allah, décrète pour tous comme un message divin et comme déclaration comminatoire, moi qui suis chargé par les confidences d'en haut de sauvegarder les grâces divines accordées à l'humanité par la Providence... Je prescris les présents ordres à l'égard des chrétiens et de ceux qui sont initiés à cette religion, qu'ils se trouvent dans les pays lointains ou rapprochés, dans les villes connues ou inconnues, en Orient aussi bien qu'en Occident ; que ceci leur serve de loi.
« Celui qui voudrait contrevenir au présent décret, s'opposer à ce qu'il prescrit et attaquer ma loi prophétique, qu'il soit monarque ou simple citoyen musulman, serait condamné comme ayant violé ses vœux envers la Providence, comme s'étant moqué de la vraie foi, comme passible de l'éternelle malédiction.
« Si l'un de leurs prêtres [des chrétiens] ou l'un de leurs coreligionnaires voyage, venant d'une plaine, d'une montagne, se trouvant dans un couvent, arrivant d'un pays aride, d'un désert de sable, d'un village, d'un champ cultivé, se trouvant dans n'importe quel lieu, c'est moi qui suis leur protecteur, ainsi que tous mes disciples, et qui me charge de les défendre ; je leur enlève leur fardeau ; je fais disparaître pour eux les difficultés, car ils sont mes sujets et mes protégés. Je les dispense de toutes les charges qui pèsent sur mes autres protégés non chrétiens, je ne tolérerai pas qu'ils soient molestés.
« On peut percevoir les taxes qu'ils voudront volontairement payer, mais on ne doit pas les persécuter pour cela. On ne peut jamais entraver le chef de leur religion dans l'exercice de ses fonctions épiscopales, ni un prêtre dans son sacerdoce, ni un moine dans sa vie monacale, ni le voyageur dans son voyage.
On ne peut pas non plus démolir une église, ses dépendances, un couvent, pour les transformer en des édifices pieux musulmans ou en faire des mosquées.
Quiconque oserait enfreindre ces prescriptions serait considéré comme violateur des décrets de Dieu et de son prophète.
« On ne peut pas non plus frapper de taxes les chefs hiérarchiques de la religion chrétienne, les moines et ceux qui consacrent leur vie aux prières.
Je protège leurs droits en quel que endroit qu'ils se trouvent, Il faut les entourer de sollicitude, les défendre contre toute agression sur mer comme sur terre, en Orient comme en Occident, au Nord comme au sud, car ils sont sous ma protection et ma mansuétude.
« On doit discuter avec eux raisonnablement, sans jamais les humilier ou insulter à l'occasion de leur religion. Il faut les protéger généreusement et avec magnanimité, s'abstenir complètement de les froisser par de mauvais procédés, en quel que lieu qu'ils se trouvent.
« Si une femme chrétienne est mariée à un musulman, il faut respecter ses droits, ne jamais agir contre sa volonté, ne pas l'entraver dans l'exercice de sa religion. Il faut aider et contribuer à la réparation de leurs églises et de leurs établissements pieux suivant leurs désirs.
« Ceux qui voudraient s'écarter des prescriptions de ce décret sont des traîtres au pacte divin et détruisent l'engagement du prophète.
Tous ces commencements étaient d'une politique profonde ; mais, en ce qui concernait sa vie privée, Mahomet fut moins prudent, il commit alors une faute qui eut les conséquences les plus graves, non pas seulement pour lui, mais pour les destinées de l'islamisme. Après la mort de Khadidja, il avait épousé Sauda, veuve d'un des émigrés de l'Abyssinie : et, pendant quatre ans environ, Sauda avait été, comme Khadidja, sa femme unique. Mais vers la fin de la première année de l'hégire, Mahomet prit une seconde femme dans la personne d'Ayesha, la fille d'Aboubekr, qui n'avait que dix ans et qu'il ne cessa d'aimer pendant le reste de sa vie. À ces deux épouses, il en associa d'autres, qu'il épousa pour la plupart beaucoup plus par calcul que par sentiment.
Un autre soin incomba à cette époque à Mahomet ; il lui fallut choisir trois poètes officiels à Médine qui seraient chargés de défendre sa réputation contre les satires des poètes mecquois, dont les attaques exigeaient aussi impérieusement une réponse que la polémique de nos journaux appelle sa réfutation. Après avoir essayé de se rapprocher des Juifs, Mahomet put se convaincre que toute entente demeurait impossible entre eux et lui. Le don de prophétie qu'il revendiquait était, à leurs yeux, l'apanage exclusif d'Israël ; aussi les rabbins ne cessaient de contester et de plaisanter ce prétendu prophète « gentil ». Mahomet avait rompu avec la vertu de patience qu'il entretenait jadis ; poussé à bout par les épigrammes, il proclama les Juifs « les pires ennemis de l'islam » (1x, 85), rompit avec eux et, renonçant à les convaincre, songea à les intimider ; le moyen le plus efficace pour un prophète, s'écria-t-il, vous m'avez traité 1168 lui sembla être le meurtre de leurs principaux merg dans la suite, il ne les ménagea guère.
Mais ce qui était plus grave pour l'heure, c'était le conflit grandissant entre les Coraychites de la Mecque et les musulmans de Médine. Quelques mois après son installation dans cette ville, Mahomet lança des bandes contre les caravanes de la Mecque. C'était une réponse aux mauvais procédés exercés contre les quelques partisans qui n'avaient pu quitter cette ville. Mais s'en prendre au commerce mecquois c'était attaquer la population de cette ville au point le plus sensible, car la prospérité dépendait de la sécurité des routes commerciales.
Dans l'intervalle, une importante caravane mecquoise avait pris le chemin de la Syrie. Elle devait en ramener pour près d'un million de marchandises et de valeurs. Mahomet se promit de l'intercepter à son retour. Cette nouvelle mit l'émoi à la Mecque, où le chef de la caravane, Abou Sofiàn, avait pu donner l'alarme. Tumultueusement on y organisa un contingent de plusieurs centaines d'hommes, commerçants et bourgeois brusquement arrachés à leurs comptoirs ; soldats improvisés, mal préparés à affronter des adversaires résolus qu'ils se donnaient le tort de mépriser. Cette cohue s'imagina que l'ennemi se disperserait à la nouvelle de leur approche. Malgré le contre-ordre envoyé par Abou-Sofiàn, lequel avait pu gagner de vitesse les Médinois et sauver sa caravane, les Mécquois s'avançaient dans le plus grand désordre, vers Badr, théâtre d'une foire annuelle. Et à tout hasard, les marchands coraychites avaient apporté leur pacotille pour ne pas manquer une bonne occasion. C'est au marché de Badr qu'ils se heurtèrent inopinément aux contingents médinois accompagnés par Mahomet en personne.
Les musulmans n'étaient que 314, dont 83 mohadjir et le reste d'ansar, montés sur 70 chameaux et 3 chevaux. Les Coraychites s'élevaient au nombre d'un millier environ, et le dixième tout au plus était à cheval. Malgré leur supériorité numérique, les Mécquois furent bousculés, mis en pièces, perdirent plusieurs douzaines de morts et autant de prisonniers qu'ils durent acheter au prix fort (janvier 624).
Le Coran (rr, 119) donna le nom de « miracle de Badr » à cette escarmouche dont l'imagination des Arabes fit une bataille telle qu'Actium ou Austerlitz. Ce qui fut peut-être miraculeux, ce fut le fanatisme des musulmans et la couardise du Prophète. Comme on l'a vu pratiquer pour d'autres chefs de guerre en des temps plus rapprochés du nôtre, on lui ménagea sur le champ de bataille un abri qui le protégeait contre les projectiles de ce temps-là ; il arriva même que, dans cette cabane, il s'évanouit.
La victoire n'en fut pas moins attribuée à ses prières et il se montra sans pitié. Lorsqu'on lui apporta la tête d'Aboudjahl, un des principaux Coraychites, Mahomet se prosterna à terre et rendit grâces à Dieu de l'avoir délivré d'un si cruel ennemi. Les cadavres des vaincus avaient été jetés dans un puits ; il s'en approcha et appelant par leurs noms presque tous ceux qui y avaient été précipités : « Indignes complices d'imposteur ; vous m'avez chassé de ma patrie. Dieu a-t-il accompli les menaces qu'il vous avait faites par ma bouche ? Pour moi j'ai vu se réaliser les promesses que j'avais reçues de lui. » Et comme plusieurs de ses compagnons s'étonnaient qu'il parlât à des morts : « Sachez, leur dit-il, qu'ils m'entendent aussi bien que vous, s'ils ne peuvent répondre. »
Sa vengeance ne se borna pas à ces démonstrations. Il fit mettre à mort deux prisonniers contre lesquels il avait un ressentiment personnel pour les tracas qu'il leur avait fait éprouver à la Mecque : Nadhr et Ocha. — D'autres meurtres furent approuvés, sinon commandés par Mahomet, entre autres celui d'une poétesse nommée Assma, qui, dans Médine même, après la victoire de Badr, continuait à persifler le vainqueur, et celui d'un vieillard juif, Abou Afak, coupable de vers injurieux contre Mahomet. L'instinct de cruauté, longtemps contenu et maintenant débridé, inspirerait dans la suite au Prophète d'autres représailles hideuses, notamment à sa rentrée à la Mecque, où il fit exécuter une danseuse de profession qui avait récité des vers composés contre lui par son maître.
Cependant Mahomet ne fut pas un de ces hommes parmi les orientaux. Ses principaux historiens s'accordent à lui reconnaître la douceur et on peut, sans trop chercher, en apporter des témoignages. Ceux-ci laissent souvent un soupçon de calcul de la part de l'homme qui affecte l'indulgence, le pardon, la magnanimité, n'ignorant pas que ces vertus font partie de l'auréole indispensable au prestige et à l'autorité d'un personnage qui joue un rôle public et assume la direction d'un parti.
Personne, parmi les Mecquois un peu avertis de la situation, ne se faisait la moindre illusion sur l'issue de cette entreprise d'où Mahomet ne pouvait sortir que vainqueur. Sans se découvrir, le Prophète entra en relations avec Abou Sofiän, dont il venait d'épouser la fille, Omm Habiba ; sœur du futur khalife Mo'àwia. Abou Sofiàn se rendit à Médine sous prétexte de renouveler l'accord de Hocaibyya, en réalité pour prendre les dispositions nécessaires afin de faciliter à Mahomet l'entrée de la Mecque. A cet effet, il amuserait ses concitoyens et les empécherait de prendre des précautions militaires. Mahomet accorderait amnistie entière pour le passé, respecterait les immunités et l'ancienne organisation de la Mecque où le culte païen serait officiellement interdit. Ce qui aura pu être plus malaisé à obtenir ce fut la condition imposée et acceptée, semble-t-il, par Mahomet, de ne pas y faire sa résidence et de se contenter d'y avoir un représentant. Quand aux « émigrés » de la Mecque ils renonçaient à réclamer la restitution des biens qui leur avaient été confisqués.
Tout se passa suivant le programme réglé d'avance ; Mahomet s'accorda, en plus des conventions passées, le meurtre d'une demi-douzaine de ses ennemis et, à ce prix, montra une modération remarquable envers la population mecquoise qui se convertit tout entière, prêta l'hommage au vainqueur, mais sans conviction. Dans toutes les grandes carrières, il y a des épisodes arrangés auxquels il serait vraiment par trop naïf de croire comme s'ils étaient survenus spontanément.
Les biographes de Mahomet ont pris le ton onctueux de nos hagiographes du Moyen Âge lorsqu'il s'est agi de lui composer un assemblage de vertus édifiantes ; il ne faut pas mettre en doute que, parfois, son cœur ou son esprit lui aient inspiré une pensée ou un mot heureux, une attention, une prévenance sincère. Après qu'il fut entré à la Mecque, Abou-bekr lui amena son père aveugle et âgé de quatre-vingt-sept ans, qui jusqu'alors était demeuré idolâtre : « Pour quoi faire sortir ce vénérable cheïk de sa demeure ? demanda Mahomet : je serais allé l'y visiter. » Il posa les mains sur la poitrine du vieillard et reçut sa profession de foi. Le Goraychite Safwàn demanda deux mois pour se convertir à l'islam, Mahomet lui en accorda quatre.
Ges gestes arrangés en vue de l'impression à produire nous apprennent fort peu de chose. La modération de Mahomet, si elle avait été réelle, eût préservé des violences auxquelles il s'abandonna à l'égard des Juifs. Le massacre des Bassou Qoraiza qui furent égorgés, leurs femmes vendues, ne nous apprend pas seulement la férocité, mais encore l'hypocrisie de Mahomet qui ne consentit point à donner lui-même cet ordre compromettant, mais s'arrangea pour que le supplice fût ordonné et exécuté. La prétendue modération de Mahomet n'empêche pas qu'il se montre comme un tyran lorsqu'il impose aux Mecquois vaincus la conversion forcée à l'islamisme et l'abandon de l'idolâtrie. Dès son entrée à la Mecque, le premier soin du Prophète avait été de se rendre à la Ka’ba, qui était aussi respectée des musulmans que des idolâtres ; il en avait fait sept fois le tour, monté sur sa chamelle ; et il avait touché la pierre noire de son bâton recourbé. Puis, entrant dans le sanctuaire, dont il s'était fait remettre la clef, il y avait successivement détruit de ses propres mains tous les signes et les symboles de l'idolâtrie, une colombe de bois suspendue au plafond, des figures peintes sur les murailles et entre autres celle d'Abraham. Sortant ensuite de la Ka'ba, il avait recommencé à en faire le tour, levant son bâton devant chacune des trois cent soixante idoles qui, scellées avec du plomb, en couronnaient le faîte. Il les avait condamnées en disant : « La vérité est venue, que le mensonge disparaisse. » Et à peine avait-il prononcé ces mots, que l'idole était renversée et mise en pièces par ceux qui le suivaient. En même temps, il avait fait ordonner, par les crieurs publics, à tous les habitants de la ville, qu'ils eussent à détruire toutes les idoles qu'ils avaient dans leurs maisons ; et en quelques heures l'idolâtrie avait disparu de la Mecque, ou plutôt ses simulacres, car après la mort de Mahomet on put constater son retour offensif.
Maître de la Mecque, Mahomet dut aller combattre et il réussit à disperser, à la journée de Honain, une forte coalition de Bédouins ; il fut moins heureux devant la ville de Taïf qui, une fois encore, lui résista. Alors il vint à Médine et y résida. Ses lieutenants, soit par la force, soit par la ruse, ajoutaient de plus en plus à son pouvoir qui s'étendait sur la presqu'île à peu près entière. Le Mahra, l'Oman, le Nadj, l'Hadramant, l'Yémen avaient embrassé l'islamisme par violence ou par conviction. La chrétienté du Nadjràn était anéantie. Il ne restait plus qu'à donner à toutes ces tribus un centre unique d'action religieuse et nationale. Taif même s'était soumise et on avait vu à Médine arriver de nombreux Bédouins apportant l'hommage de leurs tribus. Chez plusieurs, cette démarche était purement politique et n'emporta pas l'acceptation de l'islam.
L'an 631, Mahomet se mit à la tête d'une armée nombreuse, telle que l'Arabie n'en avait jamais vu et prit la direction de la Transjordanie, sans doute avec l'intention d'effacer le souvenir de l'échec de Moüta. Mais arrivé à l'oasis de Taboük, limite du territoire byzantin, il s'arrêta. Décidément la pensée qui remontait jusqu'à Abraham lui-même, vilége ; mais pour qu'elle pût recevoir dignement de l'idolâtrie ; il fallait encore que le pèlerinage annuel eût un caractère et une signification, Pas un seul idolâtre, venu de quelle que partie que ce fût de l'Arabie, ne devait désormais pouvoir s'y présenter. Mahomet s'était décidé à se rendre en personne dans la ville sainte, mais comme la pensée du danger personnel lui souriait peu, il envoya des bandes qui rançonnèrent sans péril et avec profit pour lui les villes de la Nabatée et les petits ports de la mer Rouge.
Depuis la reddition de la Mecque, Mahomet ne s'était plus montré, même à l'époque du pèlerinage ; il comprenait trop que cette ville était indiquée pour servir à rassembler les tribus par la vénération sans bornes dont elle était entourée, et par les traditions
Mahomet ne pouvait penser à la dépouiller de ce prix l'islam, il ne fallait pas seulement qu'elle fût purifiée dont elle était le théâtre depuis vingt siècles, les changements l'altéreraient. À lui il lui fallait en préparer la transformation définitive. Il ne voulut pas entreprendre le pèlerinage aussi longtemps qu'il risquait de rencontrer des idolâtres autour de la Ka'ba ou dans l'enceinte du territoire sacré. Il envoya donc Abou-bekr à sa place, en 631, à la tête de trois cents pèlerins de Médine, avec le titre de chef du pèlerinage (Emir el-Hadjj), et Ali fut chargé de lire solennellement au peuple le passage de “la sourate, qui accordait aux païens quatre mois pour se soumettre et qui déclarait que, passé ce temps, le Prophète était libre de tout engagement envers eux ; il leur était interdit de jamais prendre part au pèlerinage, de même qu'ils étaient éternellement exclus du paradis. L'idolâtrie étant ainsi proscrite de l'Arabie et l'islam devant devenir la loi de l'univers, Mahomet put se rendre à la Mecque : moins de deux mois avant sa mort, il y fit le pèlerinage d'adieu !, si célèbre et si vénéré dans les annales musulmanes ?. Les cérémonies qu'accomplit alors le Prophète sont restées le type inviolable de celles que doivent accomplir tous les pèlerins. Il y apporta d'ailleurs lui-même une rigueur à laquelle ses femmes ainsi qu'Ali durent se soumettre. Entré à la Mecque, il fit les sept tournées obligatoires autour de la Ka'ba, après avoir baisé la pierre noire ; il récita une prière sur le Macäm Ibrahim et parcourut sept fois l'espace compris entre la colline de Safa et celle de Marwa. Ce fut l'emploi du premier jour. Les six jours suivants, il sacrifia, suivant les rites, les victimes qu'il avait amenées avec lui et qui le mettaient en état d'ihräm ; puis, sans quitter sa chamelle sur laquelle il était monté, il adressa, du haut d'une plate-forme de l'Arafât, un long discours au peuple assemblé pour l'entendre. Il s'arrêtait après chaque phrase, et ses paroles étaient répétées à la foule par un de ses compagnons, habia, à la voix retentissante ; la tradition a conservé une partie de ce discours , dont voici seulement un passage 5 : « Ô peuple, écoutez mes paroles, car je ne sais si une autre année, je pourrai me retrouver encore avec vous dans ce lieu. Soyez humains et justes entre vous. Que la vie et la propriété de chacun soient inviolables et sacrées pour les autres. Vous paraîtrez devant votre Seigneur, et il vous demandera compte de vos actions... » La foule qui l'écoutait répondit : « Vous n'êtes qu'une famille de frères ! ». Puis Rabià s'adressant à la foule par l’ordre du Prophète : « Ô peuple, répondez, l'envoyé de Dieu — s'écria de nouveau : « Ô peuple, écoutez mes paroles et fixez-les dans vos esprits ; je vous laisse une loi qui vous préservera à jamais de l'erreur, si vous y restez fermement attachés, une loi claire et positive, un livre dicté par le Ciel. Ô peuple, écoutez mes paroles et fixez-les dans vos esprits. Sachez que tous les musulmans sont frères entre eux, vous êtes tous égaux entre vous. » L'idolâtrie étant ainsi proscrite de l'Arabie et l'islam devant devenir la loi de l'univers, Mahomet put se rendre à la Mecque : moins de deux mois avant sa mort, il y fit le pèlerinage d'adieu !, si célèbre et si vénéré dans les annales musulmanes ?. Les cérémonies qu'accomplit alors le Prophète sont restées le type inviolable de celles que doivent accomplir tous les pèlerins. Il y apporta d'ailleurs lui-même une rigueur à laquelle ses femmes ainsi qu'Ali durent se soumettre. Entré à la Mecque, il fit les sept tournées obligatoires autour de la Ka'ba, après avoir baisé la pierre noire ; il récita une prière sur le Macäm Ibrahim et parcourut sept fois l'espace compris entre la colline de Safa et celle de Marwa. Ce fut l'emploi du premier jour. Les six jours suivants, il sacrifia, suivant les rites, les victimes qu'il avait amenées avec lui et qui le mettaient en état d'ihräm ; puis, sans quitter sa chamelle sur laquelle il était monté, il adressa, du haut d'une plate-forme de l'Arafât, un long discours au peuple assemblé pour l'entendre. Il s'arrêtait après chaque phrase, et ses paroles étaient répétées à la foule par un de ses compagnons, habia, à la voix retentissante ; la tradition a conservé une partie de ce discours , dont voici seulement un passage 5 : « Ô peuple, écoutez mes paroles, car je ne sais si une autre année, je pourrai me retrouver encore avec vous dans ce lieu. Soyez humains et justes entre vous. Que la vie et la propriété de chacun soient inviolables et sacrées pour les autres. Vous paraîtrez devant votre Seigneur, et il vous demandera compte de vos actions... » La foule qui l'écoutait répondit : « Vous n'êtes qu'une famille de frères ! ». Puis Rabià s'adressant à la foule par l’ordre du Prophète : « Ô peuple, répondez, l'envoyé de Dieu — s'écria de nouveau : « Ô peuple, écoutez mes paroles et fixez-les dans vos esprits ; je vous laisse une loi qui vous préservera à jamais de l'erreur, si vous y restez fermement attachés, une loi claire et positive, un livre dicté par le Ciel. Ô peuple, écoutez mes paroles et fixez-les dans vos esprits. Sachez que tous les musulmans sont frères entre eux, vous êtes tous égaux entre vous. » Mahomet paraissait vieilli prématurément et au lieu d'en reporter la responsabilité sur son harem il attribuait son affaiblissement à une tentative d'empoisonnement ; quoi qu'il en pût dire, le dérangement de sa santé devint visible à tous les yeux quelques jours après sa rentrée à Médine, Il y préparait une nouvelle expédition en Syrie. pour venger contre les Romains la défaite de Mou ! a, quand il ressentit les premières atteintes du mal auquel il devait succomber. Une nuit qu'il se trouvait dans la maison d'Ayésha, il se releva dévoré par la fièvre, et, suivi d'un serviteur, il se rendit dans le principal cimetière de Médine (Babi el Gharkad). Là, il demeura longtemps silencieux, puis il se mit à prier à haute voix pour les musulmans inhumés en ce lieu. « Habitants des tombes, dit-il, vous et moi nous avons obtenu l'accomplissement des promesses que le Seigneur nous a faites. Vous êtes bénis, et votre partage vaut mieux que le partage de ceux qui vous ont survécu. Si vous saviez ce que la bonté de Dieu vous épargne ! Les épreuves vont se succéder comme se succèdent les parties d'une sombre nuit toujours de plus en plus sombre, Seigneur, accorde ton pardon à ceux qui sont ici. » La mort. — Les jours suivants, le mal ne cessant pas, Mahomet fit assembler ses femmes chez May— mouna, où il se trouvait alors, et il leur demanda leur agrément pour demeurer désormais chez l'une d'entre elles. Il choisit Ayésha, dont les soins lui étaient les plus doux. Il pouvait cependant encore se rendre à la mosquée pour diriger les prières publiques. et il fit un jour un assez long discours au peuple pour justifier le choix d'Ocáàma, fils de Zayd, commandant, quoi que fort jeune, l'expédition de Syrie. Il eut aussi quelques paroles pleines de tendresse pour Abou-bekr, son futur successeur, et il rappela les circonstances dans lesquelles, onze ans plus tôt, il avait trouvé asile à Médine comme il fuyait la Mecque. Puis il ajouta : « Musulmans, si j'ai frappé quelqu'un d'entre vous, me voici ; qu'il me frappe à son tour. Si je l'ai blessé dans son honneur, qu'il me rende à cette heure injure pour injure. Si j'ai enlevé à quelqu'un ce qui lui appartenait, qu'il reprenne son bien sur tout ce que je possède et qu'il ne craigne pas d'irriter ainsi ma haine, car la haine n'a jamais été dans mon cœur, » Après un silence ; Mahomet répéta ces paroles ; alors un homme dans la foule lui réclama une légère somme d'argent jadis prêtée, Mahomet la lui fit restituer aussitôt, en ajoutant : « Il vaut mieux avoir à rougir dans ce monde que dans l'autre. » Il parut encore une ou deux fois dans la mosquée pour assister aux prières, qui étaient conduites d'après ses ordres par Abou-bekr. Mais ses forces le quittaient, il avait de fréquentes défaillances et quand il revenait à lui on l'entendait dire : « Mon Dieu, fortifie-moi contre le trouble de l'âme à l'approche de la mort. » Dans un instant de délire, il avait voulu écrire un nouveau livre qui devait préserver les musulmans de toute erreur. Après une dernière visite à la mosquée, il eut un évanouissement plus prolongé. En recouvrant ses sens, il vit Ayésha, qui lui frottait les mains en récitant des prières, comme il avait l'habitude de le faire lui-même en soignant les malades à l'extrémité : « Cesse tes soins, lui dit-il, et retire tes mains ; tu ne peux plus rien pour moi. » Puis, la tête appuyée sur les genoux de la jeune femme, il expira en prononçant ces mots entrecoupés : « Que le Seigneur me pardonne ; qu'il me rejoigne à mes compagnons d'en-haut... Éternité, dans le paradis... Pardon... Oui... avec le compagnon d'en-haut. » Il désignait ainsi l'ange Gabriel, Mahomet était alors âgé de 63 (ou 53) ans environ. C'était le lundi 8 juin de l'année 632 de notre ère.
XIV. LA BONNE FOI DE MAHOMET. — Est-il possible de la nier ou même de la soupçonner ? Pendant toute la période mecquoise. de la vie du Prophète, il ne se distinguait parmi ses compatriotes que par une vie plus louable et un souci peut-être un peu ostentatoire de pureté morale. Aussi longtemps qu'il se livra aux pratiques de l'idolâtrie il n'offrait rien de particulièrement coupable, l'ignorance expliquait sa conduite ; à partir du moment où ses réflexions lui firent entrevoir une religion monothéiste, il se dit et se crut l'envoyé de Dieu, ne voulant dire par là autre chose si ce n'est que Dieu lui inspirait la doctrine qu'il venait précher au monde, Peut-être, car sur ce point on est réduit aux conjectures, peut-être Mahomet croyait-il simplement que sa mission personnelle n'allait qu'à restaurer l'ancien culte professé par Abraham, qu'à continuer les enseignements de Moïse et de David, ou même de Jésus et de tant d'hommes inspirés qui l'avaient précédé,
C'est une solution par trop facile et par trop désinvolte de faire de Mahomet un vulgaire imposteur. On peut et on doit faire des réserves très graves sur sa conduite, mais sa bonne foi parait à l'abri du soupçon, au moins pendant toute la période qui précède l'hégire. En est-il de même lors que les succès sont venus et avec eux les adhérents en nombre de plus en plus considérable ? N'a-t-il pas alors cédé parfois au désir de jouer son rôle et d'exploiter la crédulité des fidèles qui recevaient sans examen tout ce qui venait de lui. Il faudrait, pour donner une réponse valable, entrer dans le mystère d'une conscience humaine et cette conscience fut celle d'un homme remarquablement dissimulé. A défaut d'une preuve certaine de cet abus de sa part, il peut être permis d'indiquer une réserve, mais il n'est pas possible d'imputer une imposture, or une révélation sciemment inventée en serait une. Ce qui parait certain c'est que Mahomet ne doutait pas que ses réflexions personnelles étaient autant d'inspirations divines à lui transmises par un ange de Dieu.
L'effort que lui coûtait la réflexion produisait chez lui une souffrance physique qui a pu contribuer à l'abuser sur l'origine de ce qui n'était que le résultat du mécanisme défectueux de son cerveau. Après tout il n'est pas le premier ni le seul parmi les hommes qui ait enfanté ses idées dans la douleur. Ce qu'il y a de heurté, d'incohérent dans l'expression peut n'être pas voulu ni calculé, mais c'est la preuve d'un travail pénible infligé à une superbe intelligence peu préparée à ce genre d'effort. C'est un homme supérieur mais peu cultivé et, à cause de cela, obligé de suppléer par un déchirement à la production qui eût été facile et régulière chez un sujet plus favorisé par les bienfaits de l'éducation.
Que pensait Mahomet lui-même du Coran et de ses récitations ? | - Après lui, la légende n'a pas hésité à supposer que les feuillets du Coran, écrits dans le ciel, étaient apportés toutes faites au Prophète. Il ne manque pas, aujourd'hui encore, de dévots musulmans pour adopter cette explication comme un article de foi, que ni les paroles ni la conduite de Mahomet aient autorisée. Si on consulte le Coran, on y trouve des métaphores qui peuvent, il est vrai, s'interpréter dans un sens ambigu. Ainsi, plusieurs fois Mahomet, qui parle, à la manière des prophètes, au nom de Dieu ou au sien indifféremment, fait dire à Dieu : « Nous avons fait descendre le Coran du ciel en langue arabe. » (Sourate XII, Verset 2,) Ailleurs, il répète à peu près cette expression, et il dit : « Le Coran est descendu réellement du ciel » (xxvir, 106.) Mais dans bien d'autres passages, il semble faire assez bon marché de cette origine céleste du Coran, et il laisse cette fable aux infidèles. Ailleurs, même, il réprouve cette pensée : « Quand même nous ferions descendre du ciel le livre écrit tout entier sur un rouleau, quand même les infidèles le toucheraient de leurs mains, ils diraient encore : C'est de la magie pure. » (vi, 7.) Quelques versets de la sourate xxvi peuvent éclairer la pensée de Mahomet enveloppée dans ces métaphores équivoques : « Ton Seigneur est puissant et miséricordieux et le Coran est une révélation du maître de l'univers. L'esprit fidèle (l'ange Gabriel) l'a apporté d'en haut et il l'a déposé sur ton cœur, ô Mahomet, pour que tu fasses un apôtre. » (xxvi, 191, 192, 193, 194.) Le Coran ne serait donc qu'une révélation et, en d'autres termes, une inspiration de Dieu ; il n'est pas présenté sous un autre jour dans une foule de passages et, tout en restant l'œuvre indirecte de Dieu, qui permet à son prophète de l'annoncer aux hommes, il n'en est pas moins l'œuvre personnelle de l'apôtre qui le récite, quand l'esprit d'en haut vient le visiter.
Ce qui peut confirmer cette interprétation favorable à la véracité de Mahomet, c'est qu'à ses yeux le Pentateuque de Moïse et l'Évangile de Jésus sont descendus du ciel tout aussi bien que le Coran (irr, 2 58). Il revient souvent sur cette assertion qui n'a rien d'embarrassant pour lui, car il ne voit en Jésus qu'un prophète qui peut exprimer chacun à sa manière, prophète et il lui attribue la composition de l'Évangile au même titre qu'il attribue à Moïse le Pentateuque. Si le Pentateuque et l'Évangile avaient été dictés par Dieu même et s'ils étaient descendus matériellement du Ciel, on pourrait demander comment expliquer que la parole de Dieu est immuable puis qu'elle reçoit des rédactions successives et complémentaires, Avec l'explication de Mahomet, ces écritures sont divines mais par l'intermédiaire des prophètes, suivant les temps et les lieux, la parole de Dieu. L'attitude de Mahomet à l'égard du miracle parait de nature à prouver sa bonne foi. Alors que les prestiges sont l'écueil ordinaire où se révèle l'imposture des fondateurs de religion, Mahomet s'est toujours défendu de faire des miracles. Les idolâtres, les infidèles, les sceptiques, les hypocrites, lui demandaient sans cesse de justifier sa mission par ce témoignage irréfutable ; sans cesse il s'y refuse, et il repousse avec colère et indignation ces pièges où il pourrait facilement tomber. Dans la sourate nr, 179 sq., où il parle en excellents termes d'Anne, mère de Marie, et de la vierge Marie, mère de Jésus, il montre combien le don des miracles lui serait inutile pour persuader les hommes, puis que des prophètes doués par le ciel de cette puissance, n'ont pas moins péri sous la main des incrédules et des méchants : « A ceux qui disent : Dieu nous a déclaré que nous ne serons tenus de croire à un prophète que lors que ce prophète présentera une offrande que le feu du ciel consumera aussitôt, réponds : Il vous est venu avant moi des prophètes qui ont fait des miracles et même celui dont vous parlez. Pourquoi donc les avez-vous tués ? Dites-le si vous êtes véridiques. S'ils te traitent d'imposteur, ô Mohammed, les apôtres envoyés avant toi ont été traités de même, bien qu'ils eussent opéré des miracles et apporté le livre des Psaumes et le livre de l'Évangile qui éclaire. » Ailleurs (xx1x, 49) il dit plus expressément encore : « Ils disent : Si au moins des miracles leur étaient accordés de la part de son Seigneur, nous croirions. Réponds-leur : Les miracles sont au pouvoir de Dieu, et moi je ne suis qu'un envoyé chargé d'avertir ouvertement les hommes. » Les esprits exaltés qui vivaient à son contact n'eussent été que trop enclins à introduire le miracle dans les actes les plus ordinaires de sa vie. Mahomet ne se laissa pas séduire ni entraîner. On en a un exemple lors de la mort de son fils Ibrahim, âgé de deux ans (mars 630). C'était le seul enfant mâle qu'il eût et il témoignait de cette perte une douleur extraordinaire. Or, le jour même où mourut l'enfant, il y avait une éclipse de soleil. On suggéra que l'astre se cachait à cause de la douleur du Prophète, celui-ci coupa court à la légende et dit : « Le soleil et la lune ne s'éclipsent ni pour la mort, ni pour la naissance de qui que ce soit. Ce sont des merveilles divines, par lesquelles Dieu manifeste sa puissance afin qu'on le craigne, Quand vous voyez une éclipse, mettez-vous en prière, et restez-y jusqu'à ce qu'elle soit passée, Quant aux merveilleux récits du voyage accompli en une nuit à Jérusalem, des armées d'anges invisibles, ce sont des contes à dormir debout auxquels ont donné naissance quelques expressions du Coran, et qui n'ont obtenu créance que beaucoup plus tard.
XV. LES MŒURS PRIVÉES. — Les mœurs furent l'écueil de cette grande personnalité à qui on ne peut refuser une haute intelligence, un caractère ferme, une âme droite et les qualités d'un chef. Grâce à ses puissantes facultés il avait ébauché la création d'une nation arabe que personne, avant lui, n'avait su rassembler et conduire. Destructeur du fétichisme le plus stupide, il avait inculqué une conception monothéiste et une morale déjà très élevée à un peuple que la civilisation semblait ne pouvoir atteindre, En somme il avait été un créateur puissant et génial dont on ne peut méconnaître la pensée ni l'œuvre.
Cependant cette gloire fut souillée et elle n'apparaît à la postérité qu'avec la tare répugnante de la polygamie. Ce désordre fatal et presque inexplicable a jeté une ombre et comme une tache indélébile sur la mémoire de Mahomet, qui n'apparaît plus qu'avec cette souillure à la fois déshonorante et ridicule.
Mahomet vécut vingt-cinq ans avec Khadidja dans l'union la plus fidèle et la plus heureuse, d'où étaient nés plusieurs enfants. Veuf depuis un mois à peine, il avait épousé Sauda, veuve de Sakràn, un des émigrés d'Abyssinie (620), et presque en même temps il s'était fiancé à Ayésha, la fille d'Abou-bekr, qui avait alors 17 ans, et qu'il n'épousa que trois ans plus tard (623). Cet engagement, contracté sans doute par calcul politique et afin de se rapprocher davantage encore d'Abou-bekr, fut fatal, et devint l'origine de tous les excès qui suivirent. Pendant près de quatre ans, après la mort de Khadidja, Mahomet s'était contenté d'une femme unique, et Sauda non plus n'avait point eu de rivale. Mais une fois marié à la jeune et charmante Ayésha, il s'abandonna sans mesure à ses passions, et, en moins de cinq années, il épousa huit femmes, sans compter deux concubines. C'est d'abord Hafsa, fille d'Omar et veuve d'un guerrier fameux. Hafsa, d'un caractère altier, et bien connue pour son intraitable humeur, n'avait pu se remarier ; et Othman, entre autres, avait refusé sa main. Par une condescendance assez singulière et pour satisfaire Omar, le Prophète prit Hafsa pour femme, et il donna sa fille Oumm Colthoum à Othman. Cela se passait en 624, c'est-à-dire deux ans environ après l'hégire. Dans le cours de l'année 626, Mahomet épousait jusqu'à quatre femmes : Zeynab (Zénobie), fille de Khozeima, appelée pour sa charité la Mère des pauvres, veuve de son cousin Obeida, tué à Badr ; Oumm Salma, veuve d'un des émigrés d'Abyssinie, qui, en mourant après Ohod, lui avait laissé quatre enfants en bas âge : Zeynab, fille de Djash ; et Djouwevria, fille du chef des Beni Moustalik, dont la tribu venait d'être subjuguée. Captive du Prophète, la belle Djouwevria avait su le toucher, et, grâce à elle, la plupart des prisonniers avaient été épargnés. Mais le mariage de Zeynab, fille de Djash, avait été l'occasion d'un grand scandale. Elle était la femme de ce Zayd, fils de Harithà, dont Mahomet avait fait son fils adoptif, de telle sorte que le Prophète donnant ce coupable exemple, épousait sa belle-fille. Zayd, par un dévouement aveugle, avait répudié sa femme, dont il n'avait point à se plaindre, et l'avait ainsi rendue libre. Le monde musulman était affligé profondément et indigné de cette union contraire à tous les usages. Mahomet la légitima par un verset du Coran (xxxirr, 37), et désormais les fidèles purent prendre pour femmes les épouses répudiées de leurs enfants adoptifs. Zayd, chrétien apostat, fut récompensé de sa complaisance par la mention expresse de son nom dans le livre sacré (xxxii, 37) ; mais, à dater de ce moment, il perdit son titre de fils de Mahomet, et ne fut plus que le fils de Harithà, comme le voulait sa naissance.
L'année suivante, le Prophète joignait aux sept femmes qu'il avait déjà, la belle Rihâna comme concubine. Rihäna, de la tribu des juifs Corayzha, si cruellement massacrés, était restée fidèle à la religion de ses pères, et c'était là un obstacle infranchissable à devenir une épouse légitime. Safia, autre juive, veuve de Kinäma, chef de Kaybor, fut moins scrupuleuse, et, après son abjuration, elle devint la huitième femme de Mahomet. En 628, il en épousait une neuvième dans la personne d'Habiba, veuve d'un des émigrés d'Abyssinie, qui n'avait pas moins de quarante ans, et à laquelle il s'était fiancé par procuration aussitôt après la mort de son premier mari. À la même époque, il prenait comme concubine Maria, l'esclave copte, qui devait lui donner le seul fils et le seul enfant qu'il eut eu depuis Khadidja. Enfin, la dernière femme de Mahomet fut Maimouna, qu'il épousa pendant le petit pèlerinage à la Mecque, trois ans environ avant sa mort. Veuve de deux maris, Maimouna était âgée de cinquante et un ans, et il est probable que l'objet principal de Mahomet, en contractant cette union, fut de hâter la conversion et de s'assurer le dévouement du neveu de Maimouna, le fameux Khalid, fils de Walid, surnommé l'Épée de Dieu, qui devait être, par son courage et son habileté, un des appuis les plus fermes de l'islam à ses débuts. Sur ce nombre de treize femmes que Mahomet posséda, huit étaient veuves, une était répudiée, une était à peine nubile, deux étaient ses captives, une son esclave. Pour la plupart de ces unions, ce fut la politique qui les dicta, pour les autres c'était la débauche qui les provoqua et une brutale convoitise. Par une jalousie tardive, Mahomet recommanda à ses sectateurs de ne pas épouser ses femmes après sa mort (xxxii, 53), et cette prescription fut scrupuleusement observée. Les neuf veuves de Mahomet, entourées de respect, furent pensionnées par l'État, auquel tous les biens du Prophète avaient fait retour, et elles furent appelées Mères des fidèles, afin de mieux consacrer leur veuvage.
Pendant trente années de suite, Mahomet avait pratiqué la monogamie, et il s'était montré père rempli de tendresse pour ses fils, époux fidèle à Khadidja et à Sauda. Soudain, on le vit se précipiter dans les abîmes du vice. On pourrait croire que c'est la prospérité qui l'a enivré et qui l'a jeté dans ces excès, où se sont dégradés tant d'autres hommes parvenus ainsi que lui au faîte de la puissance. Mais cette hypothèse même a bien peu de fondement, quand on le voit, au milieu de ses triomphes et jusqu'au dernier jour, conserver toutes les autres vertus de sa jeunesse, la tempérance, la simplicité et le plus absolu désintéressement, avec une activité incessante et qui se porte tour à tour sur les affaires de la religion, de la politique, de la diplomatie et de la guerre. En défendant aux autres croyants d'avoir plus de quatre femmes légitimes, il s'accorda le privilège d'en avoir neuf, sans compter les esclaves. L'exemple et le précepte étaient également fâcheux, et c'est la polygamie qui a souillé à jamais l'islamisme.
Mais, pour être juste, il faut se hâter de dire que ce n'est pas Mahomet qui l'a fondée. Il la trouvait établie de temps immémorial chez les peuples qu'il convertissait, et elle est malheureusement la condition de l'Asie presque tout entière. Il n'y a donc pas à lui imputer l'introduction de ce fléau, mais il eût été digne de sa grande mission de combattre un si redoutable désordre et de s'employer à sa destruction. L'idolâtrie qu'il a renversée pour mettre à sa place le monothéisme doit lui être comptée comme une grande et bonne action, mais c'était annuler ce bienfait en partie que de confirmer et répandre la polygamie ; réformer les croyances et dépraver les mœurs, c'est rendre son effort à peu près vain. C'est pour quoi l'idée de Dieu qu'il apportait au monde arabe n'y a pas produit toutes ses conséquences, puis que la religion nouvelle n'y a pas créé entre les hommes ces liens sacrés qui fondent la famille et, par suite, les sociétés.
Mahomet eût-il réussi dans son entreprise ? On ne sait, mais ce qu'on sait c'est qu'il ne l'a pas tentée et, à tout risque, c'eût été une gloire incomparable de s'y appliquer, même s'il devait être méconnu. La polygamie est une des différences essentielles entre l'islam et le christianisme, et Mahomet, qui imita beaucoup, n'essaya pas d'imiter sur ce point comme il l'a fait sur bien d'autres. La lutte eût été périlleuse, il y aurait eu gloire à la tenter dans cette Arabie, assez peu préparée encore, mais où la foi chrétienne avait déjà introduit la conception du mariage, et que la croyance musulmane allait faire rétrograder vers la pratique la plus révoltante de l'union sexuelle qui réduit la femme à la condition d'un simple bétail convoité, acquis et ensuite délaissé ou troqué au gré de son maître.
XVI. LA PENSÉE RELIGIEUSE. — La pensée religieuse chez Mahomet n'a rien de bien original, elle s'inspire de ce qui était connu et répandu avec lui et autour de lui, mais c'est Mahomet qui a eu le mérite de la faire prévaloir parmi les tribus arabes : s'il ne peut revendiquer l'honneur de l'invention, on ne peut lui refuser le mérite de la diffusion. Les Hanyfes l'avaient devancé, et il a, sur bien des points, rencontré l'action séculaire du judaïsme et du christianisme ; ceux-ci, toutefois, n'avaient remporté qu'un succès relatif et toujours contesté, Mahomet seul a réussi à imposer une foi et une religion dont les adeptes sont passionnément attachés à leur croyance.
On s'est donné beaucoup de peine pour découvrir les origines de la pensée de Mahomet, l'impression que ses premiers maîtres religieux ont exercée sur lui. Il est curieux de connaître ses relations avec les abrahamites, avec les juifs et les chrétiens, soit à la Mecque, soit à Médine. Mais tout cela n'explique rien, et ce ne sont pas des enseignements de cette espèce qui décident du destin des grands hommes. Il n'y a pas d'école pour les héros, pour les conquérants et moins encore pour les fondateurs de religion !
Nous n'entreprendrons pas ici l'examen du Coran, quoi que ce livre soit le véritable témoignage à faire déposer sur Mahomet, mais nous y emprunterons quelques passages particulièrement significatifs. Le livre se compose de 114 sourates ou chapitres, et la première sourate s'exprime en ces termes :
L'unité et la justice de Dieu se trouvent ainsi au seuil du Coran, et cette pensée reparait sans cesse sous toutes ses conséquences, avec toutes ses preuves. Mahomet est intarissable quand il parle du Dieu unique, du Dieu tout-puissant, du Dieu bon, qui veille sur l'homme, le protège, le console et n'exige de lui que la soumission. Pour faire passer sa conviction, il invoque tous les témoignages que la nature lui offre :
quand elle le suit de près, par le jour quand il le laisse voir dans tout son éclat, par la nuit quand elle étend son voile, par le ciel qui accomplit ses révolutions, par les astres nocturnes qui brillent au firmament, par la terre qui fait germer les plantes, par le territoire sacré de la Mecque, par le figuier et l'olivier, par le mont Sinaï ; il en jure par les coursiers haletants qui se frayent le chemin sanglant à travers les colonnes ennemies, il en jure par le kalam qui écrit tout ; par le Coran, le livre révélé ; il en jure aussi par l'âme de l'homme capable de vice et de vertu, capable de rester pure ou de se corrompre.
A côté de l'unité de Dieu, croyance fondamentale du mahométisme, le Coran enseigne la croyance à la vie future. Après la vie présente, l'homme devra rendre compte de ses actes et de ses pensées au Dieu qui l'a créé ; et un jour viendra où la justice éternelle distribuera, dans sa miséricorde et sa rigueur, les récompenses et les châtiments. Parmi ces récompenses se trouve ce qui est devenu, suivant une expression bretonne, le « paradis de Mahomet ». Le paradis musulman rappelle la conception que se faisaient les premières générations chrétiennes de la béatitude promise dans un jardin merveilleux, arrosé d'eaux courantes, délicieux de fraîcheur sous un climat desséché tel que celui de l'Arabie. Dans ce paradis, les houris, vierges aux yeux noirs, attendent les fidèles et jettent une note de sensualité très réelle, mais moins provocante qu'on ne l'a voulu voir. En cela, le tort de Mahomet est d'avoir voulu préciser les choses dans un sujet où il est interdit à la faiblesse humaine de voir aussi clair qu'elle le désire. Au lieu de se borner à affirmer la vie future avec les fonctions qu'elle comporte et les relations nécessaires des âmes à la Majesté infinie, il a franchi ces limites afin de toucher plus efficacement et de persuader un peuple sensuel, dont l'imagination était surtout accessible à ce genre de plaisirs, où lui-même roulait honteusement et s'abandonnait sans pudeur. Cette faiblesse a coûté cher à l'islam et elle a contribué beaucoup à lui donner cette place secondaire et équivoque qu'il occupe dans la civilisation du genre humain. Avec des croyances et des mœurs pures qui sait à quelle puissance et à quel prestige il se fût élevé. Néanmoins, malgré son grossier appas, Mahomet a réussi à inculquer la foi inébranlable à la vie future parmi les musulmans qui lui accordent une croyance aussi ferme que peuvent le faire les plus fervents chrétiens.
En ce qui regarde la personne de Jésus-Christ, Mahomet se montre respectueux et son attitude ne laisse guère présager les luttes implacables qui s'élèveront plus tard entre l'islamisme et le christianisme. Voici comment il s'exprime, mettant ses pensées sur les lèvres mêmes de Dieu : « Nous avons envoyé Jésus, fils de Marie, accompagné de signes évidents, et nous l'avons fortifié par l'esprit de sainteté (11r, 254). » Ailleurs, Mahomet est plus explicite encore et admet quelques-uns des dogmes principaux du christianisme : « Les anges dirent à Marie : Dieu t'a choisie ; il t'a rendue exempte de toute souillure : il t'a élue parmi toutes les femmes de l'univers. Dieu t'annonce son Verbe ; il se nommera Jésus, fils de Marie, illustre dans ce monde et dans l'autre, un des familiers de Dieu, car il parlera aux humains, enfants au berceau et homme fait, et il sera du nombre des justes. — Seigneur, répondit Marie, comment aurai-je un fils ? Aucun homme ne m'a touchée, — C'est ainsi, reprit l'ange, que Dieu crée ce qu'il veut ; il dit : Sois, et la chose est. Il lui enseignera le Livre et la Sagesse, le Pentateuque et l'Évangile. Jésus sera son envoyé auprès des enfants d'Israël. Il leur dira : Je viens vers vous accompagné des signes du Seigneur ; — je formerai de boue la figure d'un oiseau, je soufflerai dessus, et, par la permission de Dieu, l'oiseau sera vivant ; je guérirai l'aveugle de naissance et le lépreux ; je ressusciterai les morts par la permission de Dieu ; je vous dirai ce que vous aurez mangé et ce que vous aurez caché dans vos maisons. Tous ces faits seront autant de signes pour vous, si vous êtes croyants. Je viens pour confirmer le Pentateuque que vous avez reçu avant moi. Je vous permettrai l'usage de certaines choses qui vous avaient été interdites. Je viens avec des signes de la part de votre Seigneur. Craignez-le et obéissez-moi. Il est mon Seigneur et le vôtre : adorez-le, c'est le sentier droit » (111, 37 sq. ; v, 110). C'est le passage le plus long et le plus explicite qu'on trouve dans le Coran sur Jésus. On voit que le Coran admet la conception surnaturelle du Christ et ses miracles. Dans les versets suivants, Mahomet prend parti pour Jésus contre les Juifs ; il le défend encore dans d'autres passages (1v, 155 ; cf. mm 78 ; 1v, 169).
Mahomet connaissait fort mal les livres qu'il citait avec tant de déférence, et ce qu'il en a dit paraît tiré de traditions incertaines et dénaturées plutôt que des monuments eux-mêmes ; ce respect l'a conduit à formuler des maximes de tolérance telles que celle-ci : « Point de contrainte en religion. La vraie route se distingue assez de l'erreur. Celui qui ne croira point aux idoles et qui croira en Dieu aura saisi une anse solide qui ne rompra pas. Dieu entend et connaît tout. » (11, 257.) Ces préceptes sont en contradiction avec l'histoire de l'islamisme et avec bien des actes de la vie de Mahomet qui se montra impitoyable aux Juifs.
LA SUCCESSION DE MAHOMET. — Au cours de sa dernière maladie, Mahomet avait désigné Abou-bekr pour réciter les prières à la mosquée, sa faiblesse ne lui permettant plus de le faire lui-même, C'était là une manière assez transparente de désigner Abou-bekr comme son successeur, et ce ne fut pas sans peine que Mahomet maintint et imposa ce choix. Sa femme Ayéscha, la propre fille d'Abou-bekr, voulait que ce fût Omar qui remplaçât le Prophète à la mosquée. Omar put en effet remplir une fois cette fonction, mais Mahomet l'entendit de ses appartements, et il fit cesser les prières en attendant l'arrivée d'Abou-bekr.
C'était une succession malaisée à recueillir. « La conversion de l'Arabie n'avait réalisé de sérieux progrès que dans le Hedjàz. Seule Médine pouvait être considérée comme définitivement acquise à la nouvelle doctrine, beaucoup plus que les villes de la Mecque et de Tàif. Partout ailleurs, l'islamisation avait seulement été amorcée, on y avait uniquement reconnu la puissance politique de l'islam. Toujours insaisissables, les Bédouins méritaient les reproches que leur adresse le Coran ; en premier lieu, le manque de sincérité (rx, 98-100 : x11x, 14), de ne professer l'islam que du bout des lèvres. Ils répugnaient à la guerre sainte et non moins à l'obligation d'acquitter la dime. A la mort du Prophète, plusieurs tribus, prétextant le caractère strictement personnel de l'hommage, se prétendirent libérées du serment de fidélité prêté à Mahomet et, tout en se disant musulmanes, refusèrent d'envoyer à Médine le produit des impositions fiscales, La défection en masse des Bédouins montrera alors combien les défiances de Mahomet étaient fondées.
Avant même de se soucier d'enterrer son cadavre, demeuré deux jours sans sépulture, ausár et mohádjir se disputèrent sa succession. Les premiers avaient leur candidat médinois. Les Mecquois se trouvaient divisés. Après de violentes discussions, la faction coraychite, groupée autour d'Abou-bekr et Omar, imposa, par un coup de surprise, son candidat au califat ou vicariat du Prophète. Ce fut Abou-Lekr, le père de Ayésha, favorite du maître disparu. L'influence de cette dernière, ensuite l'énergique intervention d'Omar enlevèrent les adhésions hésitantes, au grand désappointement d'Ali.
Le Prophète était mort depuis trois ans, et Omar, successeur d'Abou-bekr, était en guerre avec le roi de Perse. Quatorze musulmans se donnèrent la tâche d'aller convertir Yezdidjerd, et d'empêcher par là le conflit qui se préparait !. Ce prince, qui n'avait pas encore éprouvé la force des armes musulmanes, reçut ces députés improvisés avec beaucoup de hauteur, et leur fit sentir l'infériorité de l'Arabie osant entrer en lutte contre l'empire des Perses : « Ce que tu as dit de notre pauvreté, de nos divisions, de notre barbarie, répondirent les députés, était juste naguère, Nous étions si misérables, que l'on voyait parmi nous des gens apaiser leur faim en dévorant des insectes et des serpents ; d'autres faisaient mourir leurs filles pour n'avoir pas à partager leurs aliments avec elles. Plongés dans les ténèbres de la superstition et de l'idolâtrie, sans lois et sans frein, toujours ennemis les uns des autres, nous n'étions occupés qu'à nous piller et à nous détruire mutuellement. Voilà bien ce que nous avons été ; mais nous sommes maintenant un peuple nouveau. Dieu a suscité au milieu de nous un homme, le plus distingué des Arabes par la noblesse de sa naissance, par ses vertus, par son génie, et il l'a choisi pour être son envoyé et son prophète. Par l'organe de cet homme, Dieu nous a dit : Je suis le Dieu unique, éternel, créateur de l'univers. Ma bonté vous envoie un guide pour vous diriger. La voie qu'il vous montre vous sauvera des peines que je réserve dans une autre vie à l'impie et au criminel, et elle vous conduira prés de moi dans le séjour de la félicité, La persuasion s'est insinuée peu à peu dans nos cœurs : nous avons cru à la mission du Prophète : nous avons reconnu que ses paroles étaient les paroles de Dieu, ses ordres, les ordres de Dieu, et que la religion qu'il nous annonçait est la seule vraie religion. Il a éclairé nos esprits, il a éteint nos haines, il nous a réunis en une société de frères sous des lois dictées par la sagesse divine. Puis il nous a ordonné d'achever son œuvre en étendant partout l'empire de l'islamisme, en traitant fraternellement les nations qui voudront se convertir, en imposant le tribut à celles qui voudront conserver leur religion, en exterminant celles qui ne voudront ni embrasser l'islamisme, ni payer le tribut* ».
Les historiens ecclésiastiques anciens ont peut-être les qui se révoltent parce que les chefs de l'Église leur refusent d'y occuper un rang proportionné à leur ambition. La légende ne manque pas d'assigner cette origine à l'erreur de Mahomet, victime de l'injustice du pape et de la cour de Rome. En récompense de ses brillants services, des conversions innombrables qu'il a faites, on lui refuse la place à laquelle il aurait droit de prétendre, et le dégoût qu'il en ressent le jette dans le schisme. Peintres et poètes du Moyen Âge ne cédèrent trop facilement à une tendance qui consiste à représenter les hérétiques comme de grands orgueilleux. Manquent pas, en conséquence d'associer Mahomet à Arius, à Sabellius, à Averroès, à l'Antéchrist. C'est probablement chez Théophane le chronographe, qui vécut à Byzance vers l'an 800 de notre ère qu'il faut chercher l'origine de ce système. Théophane, beaucoup plus malveillant pour les juifs que pour Mahomet, explique son rôle prophétique d'une manière assez naturelle. Dans cette légende, deux sortes de données sont sans cesse confondues : celles qui sont relatives à Mahomet lui-même et celles qui se rapportent aux moines, plus ou moins hérétiques, qui sont censés avoir été ses maîtres. Des parties entières de la légende ont versé de Mahomet sur le moine Bohayra, et du moine Bohayra sur Mahomet. Certains documents syriaques jetteraient beaucoup de jour sur tous ces points ; mais il est permis d'entretenir des doutes sur le caractère original de ces fragments, qui peuvent bien ne présenter qu'un écho répercuté en syriaque des traditions arabes. On peut hésiter aussi sur l'importance à donner au rôle de Waraka, fils de Naufal, dans la légende chrétienne. Cet épisode intéressant de l'histoire de l'islam est resté sinon inconnu du moins à peu près inintelligible jusqu'au temps de Caussin de Perceval. Il est douteux qu'un pareil élément soit entré dans la composition des premiers récits chrétiens sur le fondateur de l'Islam. Les documents arabes authentiques sur la vie de Mahomet, comme ceux qui composent le Siral errasoul, sont toujours restés inconnus aux Latins et aux Grecs. Il faut en dire autant des hadith. Le Coran, connu en Occident depuis Pierre le Vénérable, est, aux yeux de la critique, la meilleure biographie de Mahomet. Mais, pour savoir extraire une vie réelle d'un document aussi informe, il a fallu la critique la plus exercée. Certes, tous ces récits sur les moines syriens avec lesquels Mahomet est censé avoir été en rapport sont incohérents, contradictoires. Ce nom de Bohayra parait avoir été le titre d'honneur générique qu'ont porté à une certaine époque les ascètes en Orient : « l'élu ». Quelques traits, cependant, coincident bien avec les conjectures que la critique est amenée à former. La ville de Bostra (voir ce mot), où l'épisode est censé avoir eu lieu, n'est pas mal choisie, Bostra et ses environs ayant toujours été le siège des hérésies judéo-chrétiennes. C'est bien dans cette région transjordanienne que Mahomet parait avoir puisé ses notions sur le christianisme, notions qui ne sont nullement celles d'un chrétien orthodoxe, d'Antioche, par exemple, mais bien celles des sectes nazaréennes et ébionites que saint Épiphane nous montre poursuivant leur tranquille et obscure vie dans les cantons les plus perdus de la Syrie. Ce qu'il y a de remarquable, en effet, c'est que ces légendes en apparence si arbitraires, sur les commencements de Mahomet, sont, en un sens général, en parfait accord avec la vérité historique. Mahomet est bien, en effet, un hérétique, d'une classe dont la science critique des temps modernes a parfaitement déterminé le caractère. Cette riche production de sectes qui caractérisa les deux premiers siècles du christianisme, ne s'éteignit pas, comme on pourrait le croire, à partir de l'acceptation, au IVe, d'un christianisme orthodoxe et normal. Des sectes judéo-chrétiennes et ébionites demeurèrent florissantes au-delà du Jourdain et de l'Anti-Liban. Mal vues et persécutées par les empereurs orthodoxes, ces sectes ne firent jamais corps avec l'Église grecque proprement dite. Elles n'attendaient qu'une occasion pour se séparer de l'empire chrétien ; elles la trouvèrent dans la conquête arabe du VIIe.
Beaucoup de ces sectes adhérèrent à l'islam durant cette période où l'islam n'avait encore qu'une demi-connaissance de lui-même et ne savait pas bien au juste ce qu'il était : près de cent ans après Mahomet, on célébrait encore les deux cultes simultanément dans la grande église de Saint-Jean à Damas. Est-il à cet égard un fait plus démonstratif que celui de Masloula et les douze villages, situés au nord de Damas, où l'on parle encore le syriaque ? Ces villages sont musulmans, et cependant, s'il existe quelque part des Syriens authentiques, c'est bien là.
On a souvent relevé les traits de ressemblance qui existent entre le Coran et les idées des sectes judéo-chrétiennes ou ébionites, telles que nous les connaissons par les hérésiologues chrétiens. La kibla, c'est-à-dire l'habitude de se tourner pour la prière vers un lieu tenu pour sacré, était un trait des plus vieux ébionites ; Jerusalem lanquam domum Dei adorant, nous dit saint Irénée dans un passage qui n'a été conservé que par la traduction latine. Le docétisme des gnostiques, c'est-à-dire la croyance que la passion du Christ ne fut qu'apparente, est un des dogmes fondamentaux des musulmans. Bien plus frappante encore est l'analogie qu'on a remarquée entre les dialogues pseudo-clémentins et la théorie musulmane de la prophétie. Selon l'auteur judéo-chrétien de ces dialogues, le monde, depuis sa création, a reçu la vérité d'une série de prophètes dont le premier est Adam et le plus récent Jésus. De telles idées, fort répandues en Syrie, ouvraient naturellement la porte à un dernier inspiré, qui fût en quelque sorte « le sceau de la prophétie ». Nestorius, proclamant que Marie n'a pas été la vraie mère de Jésus, se trouvait si bien d'accord avec le Coran, qu'il était naturel que, dans beaucoup de récits, le moine chrétien, précepteur de Mahomet, s'appelât Nestor.
Jamais tradition confuse ne fut donc plus vraie que celle qui mit Mahomet en relation avec les chrétiens hétérodoxes de Syrie. Il faut faire dans cette rencontre de la fable et de la vérité une part au hasard ; car ces mêmes auteurs chrétiens qui voyaient si bien les rapports du christianisme et de l'islam se trompaient tout à fait sur les rapports de l'islam avec le judaïsme. Mahomet doit au moins autant aux juifs qu'aux chrétiens. Or le Moyen Âge n'apercut pas l'importance du judaïsme dans la formation de l'islam. Les juifs, d'après la légende chrétienne de Mahomet, sont des traîtres, des pervers. La légende est pour le faux prophète contre ceux qui furent ses véritables maîtres. Aux yeux du courant chrétien du Moyen Âge, Mahomet n'est pas une sorte d'excuse, les juifs n'en peuvent invoquer aucune.
Si le premier noyau de la vie fabuleuse de Mahomet s'écartait peu de la vérité historique, il faut avouer que, dans les développements ultérieurs, la légende reprit assez vite ses droits. Elle procéda, comme toujours, par amplifications et identifications arbitraires. D'abord Mahomet fut assimilé à Nicolas, à Pélage ; cela était assez naturel ; bientôt des rédacteurs ignorants prétendirent qu'il s'était appelé Nicolas, Pélage. Selon quelques-uns, il était de la famille des Colonna ; selon d'autres, il naquit à Bologne ; selon d'autres, sa malice était celle de l'Église romaine elle-même ; l'islam venait des haines intérieures des cardinaux entre eux, de leur ambition forcenée d'être papes. Cette partie de la légende a pu recevoir son développement dans la petite Église gibeline, dont le principe fondamental était que la hiérarchie romaine était l'origine de tous les maux qui affligent l'Église. Pouvait-on imaginer une preuve plus irréfutable de cette manière de voir qu'une théorie historique rattachant aux rivalités des cardinaux entre eux le plus grand malheur qui eût frappé l'Église de Jésus-Christ ?
La singulière habitude qu'a souvent le Moyen Âge latin de désigner Mahomet sous le nom de Nicolas est parfaitement éclaircie aujourd'hui. Une légende chrétienne, remontant aux plus anciens âges de l'Église, présentait Nicolas, l'un des sept diacres institués par les apôtres, comme le premier hérétique, comme le patron en quelque sorte et le prototype de toutes les hérésies. Pour des motifs de jalousie et d'ambition personnelle, Nicolas créait la première des sectes gnostiques, celle des nicolaites, supposée pleine de secrètes infamies. Nicolas et sa secte abominable exprimaient dés lors, résumaient une conception qu'on ne savait trop maudire, trop dénoncer dans la discipline ecclésiastique, celle de l'hérésie. Ce nom servirait à désigner l'auteur qui avait partagé le monde en deux fractions ennemies. Et, dès le temps de Pierre le Vénérable, Nicolas devint le sobriquet ridicule et odieux sous lequel on désigna le fondateur de l'islamisme. Ce choix entraîna une conséquence, il invita à utiliser contre Mahomet et ses disciples tout l'arsenal dont on avait jadis fait usage contre les gnostiques et auquel on n'avait pas cessé de recourir depuis dans la lutte contre les diverses hérésies.
Pour Pierre le Vénérable et ses contemporains, la désignation de Mahomet par le nom de Nicolas n'était qu'une figure de rhétorique, un simple rapprochement. Dans l'enfer de saint Pétrone, à Bologne, qu'on attribue à Buffalmaco, Mahomet et Nicolas figurent vis-à-vis l'un de l'autre comme deux personnages distincts. Par une erreur facile à comprendre, le nom symbolique devint pour plusieurs un nom réel et il fut reçu d'une partie de la tradition que le fondateur de l'islamisme s'appelait Nicolas.
XVIII. « L'YMAGE MAHOM ». — L'idée qu'on se faisait au Moyen Âge de Mahomet et des musulmans était celle de païens à qui on attribuait des divinités communes, telles que Jupiter et Apollon, Tervagant et Mahomet lui-même. De là des accusations de paganisme dont il faut éliminer ce qui vient de légendes sans fondement. Ainsi les jongleurs français prennent plaisir à représenter les Sarrasins, d'après la tradition, comme des idolâtres, des païens, mais on voit que leurs poèmes ne reposent pas sur une connaissance d'accusations reposant sur des faits réels, mais mal interprétés venait d'Espagne, où, bien avant les croisades, les Francs furent en rapport avec les musulmans.
Parmi ces traditions, s'en trouve une qui a trait à la statue de Mahomet : « l'ymage Mahom » adorée par ses coreligionnaires contrairement à l'interdiction rigoureuse portée par leur loi religieuse. Cette légende a pour point de départ une tradition qui nous
1187 a été conservée dans la plus ancienne partie de l'ouvrage apocryphe attribué à Turpin : « Toutes les vdo les que Charlemainne trouva en Espaigne fist-il destruire fors une ymage qui siet en la terre Alandaluf que l'en apeloit Salancadis. Jadis estoit ainsint apelez le leu ou ele estoit, et l'ymage avoit a non Salan, et vaut autant « salan » en caldieu comme nostre « dieu », et dient li sarrazin que éele ymage fist Mahomet en sa vie en son nom, Et siseela dedenz et enclost, par nigromance, une legion de deab les | qui en tel force le tenoient que nus ne li pooit mal | fere. Et quant aucuns chrestiens l'aprouchoit, si moroit et se aucun oisel s'aseoist sus, si moroit. Sus le rivage de la mer avoit une pierre entaillée noblement d'uevre sarrazine, estroite desus et par desouz large et quarrée, eL si estoit [a] merveil les haute ; et là fut cele ymage mise, et fut fete de fin loton en la samblance d'ome, eL estoit desus ses piez. Et avoit torné vers midi son chief, et tenoit dans sa main destre une grant clef. Li Sarrazin disoient que cele clef devoit cheoir de sa main quand.j. roy de France y vendroit qui toute la terre conquerroit, et quand li Sarradin là verroient cheoir, si s'en fuiroient à tout ce qu'il en pourroient porter !, » Dans ce récit nous trouvons, en plus des contes habituels (légion de diab les emprisonnés, danger couru par les chrétiens),quelques traits remarquab les. L'idole se dresse en Andalousie (in lerra Alandaluf) qui est l'ancienne terre des Vanda les (Vandalousie) devenue l'Espagne arabe. Cadis qui est les deux mots sanam (statue, idolé}, et Cadis qui est l'ancienne Gadés, la Cadix actuelle. Placée sur un socle trés élevé, la statue est d'orichal que (laiton), elle tient en main une clef dont la chute annoncera la naissance du roi qui chassera les musulmans d'Espagne.
Ce récit est surtout intéressant parce que pseudoTurpin ne fait que répéter ce qu'avait dit, dés la fin du viri ? siècle, l'Anonyme de Cordoue, le f aux Isidore de Béjà (794 de notre ére) * :
Chez les auteurs arabes la description s'accorde avec celle du pseudo-Turpin, l'interprétation seule diffère. Cette statue, d'après eux, était de fer mélangé de cuivre, ou de cuivre doré ; elle avait la forme d'un Berbére, avec de la barbe et une houppe frisée sur la tête. Sous son aisselle passait le pan d'une robe dont les deux pointes étaient retenues dans la main gauche. Il se tenait debout, au sommet d'une cons- | truction élevée de soixante et quelques coudées. La hauteur de la statue était de six coudées ; elle étendait la main droite tenant une clef, du cóté de la mer, comme pour dire : Il n'y a pas de passage. En effet, la mer, de ce cóté, est appelée El-Iblayah, et on ne l'avait ja mais vue calme ; les vaisse aux ne s'y aventuraient pas, jusqu'à ce que la clef tombât d'elleL'idole s'appelle Salam | nions montre bien que nous avons encore alTaire ici 118 3 méme de la main de la statue ?, D'après l'anonyme i d'Almeria ce qu'on prenait ordinairement pour une clef était, en réalité, un bâton, A ces témoignages viennent s'ajouter ceux des Scandinaves, notamment la Saga islandaise d'Olaf de la première moitié du XII siècle, et le franciscain Mauritius de Bergen, | seconde moitié du xir ? siècle. L'existence de la statue démontrée, il reste à chera cher ce qu'elle représentait. Les colonnes d'Hercule à qu'on placait à Gadés, ville phénicienne, et les détails que nous donnent quelques écrivains semblent tou i naturellement indiquer qu'il s'agit de cette divinité ; entre autres, la massue (clava) qui fut confondue le plus souvent avec une clef (clavis), en raison de l'interprétation mythi que qu'on donnait à son geste. Cette interprétation consistait à y voir une interdic-. tion de pousser plus loin (nec amplius ulira), trad tion comm une chez les Arabes. Elle s'expli que par ce fait qu'un peuple étranger à l'art de la peinture et di la sculpture, et manquant de renseignements hist riques précis, interpréta à sa guise et dans le sens le plus apparent un geste ou une attitude dont il ne sai : sissait pas la portée. Cette explication passa d'ailleurs des musulmans aux chrétiens d'Espagne et, par cona ci, pénétra dans la littérature francaise du Most Age. El-Edrisi rapporte qu'il existait six colonnes de ce genre, surmontées d'une statue de cuivre indiquant, de la main, l'espace qui s'étend derriére elle. Deux de ces colonnes, qui marquaient le nec plus ultra, se seraient trouvées dans les Canaries. Suivant Ibn Khordádbeh, l’une d'el les, représentant un cavalier, auraient existé en Espagne et, de son bras étendu, semblait dire : Derriére moi, il n'y a plus de vole frayée. En effet, suivant la méme légende, quicon que s'aventurait au delà devenait la proie des fourmis. El-Bakoui parle d'une colonne de ce genre, placée sur une montagne du pays des Francs, prés de la ville de Bardanisla (Burdigala, Borde aux). C'est we doute celle dont il est question dans El-Maggari et que Mousa ben Noceur, le conquérant de l'Espagne ; aurait trouvée lorsqu'il pénétra en France. Suivant. les traditions musulmanes, elle portait en arabe linscription que voici : « Fils d'Ismaël, vous êtes arrivés jusqu'ici, retournez. » Mousa, effrayé, battit en retraite. [ El Bakoui place cette colonne prés de Borde aux ; El-Maggari, dans une plaine qui renfermait de nombreuses ruines ; comme il venait de parler de Narbonne, de Lyon et d'Avignon, on y a vu, non sans. apparence de raison, les environs d'Arles connus sous le nom d'Alyscans (voir ce nom), d'autant que : le souvenir d'une bataille s'est conservé dans le poéme. d'Aliscamps. Mais le géographe d'Alméria prétend qu'elle fut trouvée à Narbonne. Cette diversité d'opià une nouvelle adaptation de la légende du nec plus” ulira. | D'autres ont signalé des statues du même genre. A côté de ces attributions fabuleuses, plusieurs auteurs arabes ont conservé le souvenir d'Hercule représenté par cette statue. En premier lieu. El-Bekri, originaire d'un pays voisin de Séville,la men- - tionne parmi les monuments laissés par Hercule 4189.
5 - KHiraglàs) © un des anciens rois des Grecs » I] en est — de méme de Masoudi : « Au point de jonction de la mer de Roum et de l'Océan se trouvent des phares i -de cuivre et de pierres bâtis par Hercule (Herqel) — Je héros ; ils sont couverts de caractères et surmontés | de statuts qui semblent dire du geste : « Il n'y a « ni — roule, ni voie derrière nous pour ceux qui, de la « mer * E Roum, voudraient entrer dans l'Océan. » En effet, “aucun navire ne le parcourt, pas de terre cultivée ni “habitée par des êtres raisonnab les ; on n'en connait ni l'étendue ni la fin ; on ignore le but où il conduit : on le nomme mer des Ténébres, mer Verte ou mer “ Environnante. On a soutenu que ces phares ne s'éle- = vaient pas sur ce détroit, mais sur des î les de la mer - Environnante situées près de la côte, » — Aprés la destruction de la statue de Cadix, la tradition populaire en fit le sujet d'une légende mêlée de TE étrangers qui n'ont rien d'utile pour nous.
E Quant à la statue qui représente successivement Hercule, un héros mystérieux et Mahomet, des tra- - ditions recueillies par les auteurs orient aux, Yaqcut — et El-Qazouini, prétendent que la clef (ou la massue) — dont la chute présageait tant d'événements divers — tomba, et le dernier ajoute que cet événement arriva en l'an 400 de l'hégire (1009-1010 de J.-C.) qu'on la | porta au seigneur de Ceuta et qu'elle pesait trois li- yres. La statue dura encore prés d'un siècle et demi.
- En l'an 540 de l'hégire (1145-1146) l'amiral 'Ali ben $ « Isa, neveu du caïd Abou ‘Abdallah ben Maimoun, — s'empara de Cadix et fit détruire la statue où il espé4 - rait trouver un trésor. 5a cupidité fut décue, la vente = des débris de laiton recouverts d'une couche d'or ne | — lui rapporta que douze mille dinars, environ dix-huit _ mille francs. = Si cette nouvelle arriva aux chrétiens du Nord Ed -de l'Espagne, ils durent s'étonner et se réjouir, à IE a pensée que les Musulmans abattaient eux-mêmes Y Ymage Mahom, présage de la délivrance de l'Espagne '.
XIX. CONCLUSION. — De Mahomet est issu le -mahométisme qui a suscité la nation arabe et lui - a procuré, dans l'histoire du monde, une place que - sans cette décisive influence, elle n'aurait ja mais - occupée. Mahomet a eu le mérite de substituer le. monothéisme à l'idolátrie, de réunir en corps de na-
tion tant de tribus errantes, et de leur assurer un - rôle qu'el les n'eussent ja mais rempli, s'il n'eüt été — leur inspirateur, leur conducteur, leur législateur. On peut rapprocher Mahomet de Moise, qui agit dans les mémes lieux à peu prés et sur des peupla des peu différentes, mais plus de vingt siéc les auparavant.
Moise a été, lui aussi, un conducteur de peuple et. lé créateur d'une nation à laquelle il imprima une |. organisation indestructible qui, dans son essence, sub- — siste encore et semble devoir ne ja mais périr. Mais — le judaisme diflére du mahométisme en ce qu'il ne lE fut pas conquérant d'un vaste empire et se contenta |. d'une terre fertile et peu étendue. Les Juifs, comme [ les Arabes, exterminérent leurs plus proches voisins, mais ils ne possédérent qu'un territoire minuscule sauf à réver d'un royaume qu'ils n'entreprirent ja mais de conquérir. Cea n'est pas une criti que à 1) gnant à son peuple la gloire tragi que de répandre des torrents de sang, assura aux siens et à lui-méme une grandeur plus durable et une domination plus leur adresse, pas plus qu'une criti que à l'adresse | de Moïse qui, en s'épargnant à lui-même et en é par- incontestable : celle d'avoir préparé par le judaïsme les germes essentiels de la foi chrétienne.
Mahomet, dans la modestie que lui valait sa haute intelligence, n'hésitait pas à se placer au-dessous de Moise, en quoi il avait raison, mais la justice n'en exige pas moins qu'on lui fasse sa grande et belle part. Il y a aujour d'hui dans le monde plus de cent millions de musulmans et voilà bientót treize cents ans que leur religion régne sur des pavs qu'ils ont ravagés, ruinés, pour y superposer aux civilisations une civilisation nouvelle, la leur, qui n'a pas été aussi entiérement stérile qu'on a voulu le faire croire.
La manière dont l'islamisme s'est annoncé au monde n'a rien eu de pacifi que et n'est pas faite pour lui concilier l'indulgence. A peine réuni et organisé, le : peuple arabe s'est montré rapace et cruel sans mesure et sans raison. Pendant prés d'un siécle, il a remporté des succés prodigieux par leur étendue et | leur rapidité, il s'est rendu maitre de là Syrie, de la Perse, de l'Inde occidentale, de l'Egypte. de l'Afri| que septentrionale, de l'Espagne, du midi de la Gaule et d'une grande partie du rivage de la Mediterranée. Ce fut une frénésie de prosélytisme et de pillage, mais avec un enthousiasme religieux qui incitait à créer et à convertir, en méme temps qu'à dérober et à détruire.
En 732 — comme en 1914 — c'est la France qui sauva l'Europe de la barbarie qui eüt suivi la conquête musulmane comme la conquête germani que, mais on peut se demander ce que la victoire de l'islam eût fait germer sur notre continent asservi. Les Arabes n'étaient pas des ignorants, ni des sots et, quelques siéc les plus tard, c'était aux scien ces et aux éco les de l'islamisme que l'Europe chrétienne allait recourir pour étendre ses connaissan ces. Destructeurs et niveleurs comme la plupart des conquérants asiatiques, les Arabes ne doivent cependant pas étre confondus avec les hor des sauvages qui n'ont laissé que le souvenir des civilisations abolies par leur violence.
L'influence arabe a été réelle sur la formation intellectuelle du Moyen Âge occidental, mais il n'en faut pas exagérer l'originalité, ni les services. C'est peut-être sous les Omeyades, à Damas en Syrie, non loin des écoles grecques, qu'a commencé pour les musulmans la culture des sciences et des lettres ; mais c'est surtout à Bagdad, sous les Abbassides, qu'elles se sont développées et qu'elles ont répandu leur plus grand éclat. Elles étaient toutes empruntées à celles de la Grèce, par l'intermédiaire de fidèles traductions, et elles durent peut-être aussi quelque chose à ce ciel qui, jadis, avait si bien inspiré les Chaldéens. De Bagdad, quoique à une grande distance, la conquête arabe les a fait pénétrer en Espagne, où l'Europe, curieuse d'apprendre, venait les chercher dès le VIIIe. Cordoue, à l'autre extrémité du monde alors connu, remplaça bientôt la fastueuse Bagdad, qui s'énervait dans le luxe ; et, quand la dynastie abbasside s'éteignait peu à peu sur les rives du Tigre et de l'Euphrate, l'intelligence arabe était encore dans toute sa fleur sur celles de Guadalquivir ; Averroès professait là où étaient nés, mille ans avant lui, Sénèque et Lucain.
Dans les sciences il est malaisé de faire aux Arabes leur part, mais on ne peut refuser à plusieurs de leurs princes d'avoir favorisé, protégé et même de s'être appliqués eux-mêmes à l'étude de ces disciplines jusqu'alors si complètement étrangères à la tournure d'esprit de leurs compatriotes. On ne conteste pas que les Arabes aient fait accomplir des progrès réels en astronomie, en mathématiques, en médecine et ils ont dépassé le point où s'étaient arrêtés Euclide et Archimède, Hipparque et Ptolémée, Hippocrate et Galien. Ils ont été les seuls, pendant plusieurs siècles, à maintenir et à pouvoir développer la tradition grecque dans ces nobles sciences ; et tandis que notre Moyen Âge, livré à l'anarchie et au désordre, pouvait à peine comprendre les théories anciennes, loin d'y ajouter, les Arabes inventaient des méthodes nouvelles de calcul et perfectionnaient l'art de guérir.
Leur philosophie n'est pas très originale ; elle s'est bornée à suivre Aristote qu'elle a parfois défiguré, mais par qui elle s'est laissé discipliner ; s'il a eu, en Occident, des élèves plus intelligents et plus célébres, il n'en a pas eu de plus précoces ni de plus appliqués. Aristote était maître dans les écoles de Bagdad et de Séville trois siècles au moins avant qu'on commentât ses écrits dans les écoles de Paris. Mais cette hâte dura peu, et s'éteignit de bonne heure après avoir brillé quelques instants.
L'histoire ne fut ni comprise ni cultivée par les Arabes ; ceux d'entre eux qui s'adonnèrent à cette branche de la science humaine ne firent rien de plus que des Annales, en quoi ils se montrent au niveau de nos chroniqueurs occidentaux. Les géographes ne s'élevèrent pas au-dessus des historiens et dépassèrent à peine le point où les Grecs s'étaient arrêtés.
Le seul art dans lequel les Arabes aient excellé est l'architecture. Une superstition leur interdisait à peu près complètement la peinture et la sculpture. Il est assez probable que Mahomet, en imaginant ou en autorisant cette interdiction, a voulu prévenir et combattre le retour de l'idolâtrie parmi les tribus qu'il avait eu tant de peine à convertir. La défense de représenter Dieu ou la personne humaine sous aucune forme équivalait à une proscription à peu près complète de la peinture et de la sculpture. La défense a été respectée et pour ne pas s'obliger à ne présenter que des surfaces nues, l'architecture arabe a admis un genre d'ornements qui n'est qu'à elle et qui ne peut être comparé qu'aux combinaisons linéaires chères à l'art celtique. L'imagination, mutilée en un sens, s'est donné carrière dans un autre ; mais le tort irrémédiable des arabesques est d'être sans vie, et la complication pas plus que l'élégance ne peuvent racheter la froideur inanimée à laquelle elles sont condamnées, en dépit du mouvement et des contorsions de leurs lignes. La représentation de la nature est absente de l'art arabe aussi bien que celle de l'homme et des animaux.
En somme, le génie arabe n'a été ni dépourvu ni stérile. Il n'a pas eu la splendeur immortelle et l'inépuisable fécondité de quelques autres ; mais il n'a point été inutile à l'humanité : et, à un certain moment, c'est lui qui a tenu le sceptre que le monde ancien laissait échapper avant que le monde nouveau le ressaisît. Un tel service ne doit être ni oublié ni rabaisser, il est déjà fort honorable à la gloire des Arabes. Cette gloire appartient en partie à Mahomet parce que sans lui l'Arabie n'eût jamais été unie. Parmi les nations qui comptent dans l'histoire, la part de l'Arabie est belle sans être exceptionnelle, elle la doit à l'islam qui lui a donné une religion, une destinée commune, un centre d'activité, et l'on pourrait presque dire une patrie, si jamais peuple asiatique pouvait en avoir une.
Ce qu'il y a de singulier, c'est que l'Arabie ne devait pas être le théâtre de sa gloire nouvelle. On dirait qu'elle s'est contentée de devenir l'inviolable asile de la foi musulmane. La Mecque et Médine, proprement dit, mouraient avec la dynastie des Abbassides, et l'Évangile n'aurait ni fond, ni doctrine, car s'il y a des nations mahométanes en regard des nations chrétiennes. Mais ce n'est pas rabaisser la foi musulmane de dire qu'elle est restée des villes saintes ; et, même jusqu'à nos jours, les infidèles sont demeurés bannis à leurs enceintes sacrées. Ce n'est qu'au prix de leur vie qu'ils essayeraient de visiter, c'est-à-dire de souiller le haram. Mahomet en avait chassé les idolâtres, mais il est peu probable que, dans sa pensée, l'interdiction portât aussi loin, et que, sous le nom d'idolâtres, il proscrivit le genre humain. C'est là, sans doute, une conséquence imprévue que le fanatisme a tirée du Coran, ainsi que tant d'autres non moins surprenantes. Mais qu'elle vint ou non du Prophète, il en résultait que ni La Mecque ni Médine ne pouvaient être les capitales de l'empire, privilège dont leur situation même devait les exclure ; et c'est ainsi que la vénération religieuse subsistant pour elles, a été ardente à cette heure qu'elle l'était il y a seize siècles, la puissance temporelle a dû nécessairement se déplacer, émigrant des déserts arabiques pour les contrées un peu plus hospitalières de la Syrie et de la Perse. Elle n'a pas pu même se maintenir longtemps dans ces régions et, dès le xii siècle, l'empire arabe, si des. Les successeurs de Mahomet n'avaient duré que quelques générations. Des races plus fortes devaient succéder aux Arabes si promptement affaiblis par les excès de leur énergie passagère. Mais le lien religieux, à défaut de lien politique, devait survivre, renouvelé chaque année par le pèlerinage aux lieux saints ; et la possession seule de la Mecque devint le signe de la suprématie, si ce n'est de l'autorité, parmi les nations musulmanes. Mahomet disait aux juifs et aux chrétiens : « Votre Dieu est le mien. » Et il faut savoir le reconnaître : l'islamisme, le christianisme, le judaïsme ont un point de contact, le monothéisme. Le christianisme revendique ses origines dans le judaïsme et il a fait place à la Bible à côté de l'Évangile ; l'islamisme sans la Bible les a dénaturés l'un et l'autre, il en a conservé des traits essentiels. Il n'y a dans notre rapprochement ni scepticisme, ni indifférence. La religion chrétienne est pour nous la plus sainte, la plus bienfaisante, la plus vraie — la seule vraie — de toutes les religions et ce serait une iniquité en même temps qu'un blasphème d'y assimiler le mahométisme. Pour réfuter une telle aberration, il n'y aurait qu'à en appeler au témoignage des faits les plus évidents et à voir ce que le christianisme et la foi juive que de dire qu'elles sont seules, avec le mahométisme, à croire à l'existence d'un Dieu unique. Si ce n'est pas absolument le vrai Dieu qu'il adore, c'est du moins le Dieu créateur, dont la providence veille sur les êtres qu'il a créés, qui, dans sa clémence et sa miséricorde, soutient ce monde plein de sa puissance et de ses merveilles, qui attend l'homme après cette vie pour le récompenser selon ses mérites, qui est la source éternelle du bien et le vengeur du mal. Sur une idolâtrie grossière et invétérée que le judaïsme et le christianisme avaient à peine pu entamer, l'islam a fait, en quelques années, triompher la croyance au Dieu unique. Ce sont les mœurs, bien plutôt que les croyances, qui séparent les nations chrétiennes des peuples soumis à l'islamisme ; ces mœurs ce n'est pas l'islam qui les a faites, il les a trouvées établies de temps immémorial, dominant et corrompant des races à demi sauvages. Il a entrepris de les en corriger et s'il n'y est pas entièrement parvenu, malgré ses louables efforts, il a du moins fait abolir quelques coutumes plus particulièrement odieuses. On connaît le dialogue de Cays, chef des Benou-Témim, et de Mahomet, « un jour que Cays surprit le Prophète tenant une fille tuée ? demande Cays — C'est mon enfant, répondit Mahomet. — Par Dieu, reprit Cays, j'en ai eu beaucoup de petites filles comme celle-là, je les ai toutes enterrées vivantes sans en flairer aucune. — Malheureux, s'écria Mahomet, il faut que Dieu ait privé ton cœur de tout sentiment d'humanité : tu ne connais pas les plus douces jouissances qu'il soit donné à l'homme d'éprouver ! » Cette monstrueuse coutume disparut pour jamais parmi les Arabes, et ce n'est pas le seul bienfait qu'il ait accompli. Pour celui-là et pour d'autres il faut lui accorder cette large indulgence qu'on ne ménage pas, même à une œuvre imparfaite. Ainsi, nous pouvons accorder que Mahomet a banni pour toujours quelques-uns des plus noirs éléments de la superstition qui, depuis des siècles, couvraient la péninsule arabe. L'idolâtrie a disparu devant le cri de guerre de l'islam ; la doctrine de l'unité et perfections infinies de Dieu, et d'une providence à rant dans le cœur des sectateurs de Mahomet, aussi bien que dans le sien propre. Une résignation et une soumission absolue à la volonté divine, c'est le nom même de l'islam, furent exigées comme la première condition de la religion. Les vertus sociales ne manquèrent pas non plus. Un amour de frères fut inspiré dans le cercle de la foi ; les orphelins furent protégés ; les esclaves traités avec douceur ; les boissons enivrantes défendues ; et le mahométisme a pu se faire une croyance. — Mais ces bienfaits ont été achetés bien chèrement. En laissant de côté des considérations de moindre importance, trois conséquences radicalement mauvaises sont sorties de cette foi dans tous les temps et dans tous les pays, et elles ne cesseront d'en sortir tant que le Coran servira de fondement aux croyances. C'est d'abord la polygamie, le divorce et l'esclavage maintenus et perpétués, sapant la moralité publique par sa base, empoisonnant la vie domestique et désorganisant la société. En second lieu, toute liberté religieuse est repoussée et détruite, l'islam. La tolérance est inconnue. Enfin, c'est une barrière infranchissable qui s'est élevée contre l'adoption du christianisme. On aurait grand tort de s'imaginer que le mahométisme puisse jamais préparer les voies à une doctrine plus pure... L'Arabie idolâtre, à en juger par analogie avec d'autres nations, aurait pu s'élever à la vie spirituelle et adopter la foi du Christ ; l'Arabie mahométane, autant que peuvent le voir des yeux humains, est fermée à l'action bienfaisante de l'Évangile. L'épée de Mahomet et le Coran ont été les plus funestes ennemis de la civilisation, de la liberté et de la foi, que le monde ait jusqu'à présent rencontrés.
Ainsi, nous pouvons accorder que Mahomet a banni pour toujours quelques-uns des plus noirs éléments de la superstition qui, depuis des siècles, couvraient la péninsule arabe. L'idolâtrie a disparu devant le cri de guerre de l'islam ; la doctrine de l'unité et perfections infinies de Dieu, et d'une providence à rant dans le cœur des sectateurs de Mahomet, aussi bien que dans le sien propre. Une résignation et une soumission absolue à la volonté divine, c'est le nom même de l'islam, furent exigées comme la première condition de la religion. Les vertus sociales ne manquèrent pas non plus. Un amour de frères fut inspiré dans le cercle de la foi ; les orphelins furent protégés ; les esclaves traités avec douceur ; les boissons enivrantes défendues ; et le mahométisme a pu se faire une croyance. — Mais ces bienfaits ont été achetés bien chèrement. En laissant de côté des considérations de moindre importance, trois conséquences radicalement mauvaises sont sorties de cette foi dans tous les temps et dans tous les pays, et elles ne cesseront d'en sortir tant que le Coran servira de fondement aux croyances. C'est d'abord la polygamie, le divorce et l'esclavage maintenus et perpétués, sapant la moralité publique par sa base, empoisonnant la vie domestique et désorganisant la société. En second lieu, toute liberté religieuse est repoussée et détruite, l'islam. La tolérance est inconnue. Enfin, c'est une barrière infranchissable qui s'est élevée contre l'adoption du christianisme. On aurait grand tort de s'imaginer que le mahométisme puisse jamais préparer les voies à une doctrine plus pure... L'Arabie idolâtre, à en juger par analogie avec d'autres nations, aurait pu s'élever à la vie spirituelle et adopter la foi du Christ ; l'Arabie mahométane, autant que peuvent le voir des yeux humains, est fermée à l'action bienfaisante de l'Évangile. L'épée de Mahomet et le Coran ont été les plus funestes ennemis de la civilisation, de la liberté et de la foi, que le monde ait jusqu'à présent rencontrés.
A history of Arabia, in-8*, London, 1861. — A. Sprenger.
Beyrouth, — for the biography of Mahomet and on the pre-islamite 1194 MAHRINE (EL). — La plaine fertile qui s'étend au sud du coude formé par la Medjerda, en aval de Tebourba est parsemée de petites hauteurs pour la plupart occupées par les ruines d'établissements agricoles romains. Dans l'antiquité, la plaine et les hauteurs qui bordent la rive droite de la Medjerda étaient plantées d'oliviers. Des travaux de défrichement exécutés au domaine d'El-Mahrine, à six kilomètres en deçà du barrage d'El-Batane, ont amené la découverte d'une de ces exploitations antiques. Le bâtiment déblayé, une huilerie, semble-t-il, est malheureusement trop mal conservé pour qu'on puisse en dresser le plan ; on y a recueilli de larges dalles, des pièces de chainage, des chapiteaux et des colonnes en grès très fin. Dans le voisinage, plusieurs citernes de forme carrée ou rectangulaire, le tout ayant appartenu à un groupe rural important.
Au pied de la colline, sur une profondeur moyenne de 060, s'étend vers le levant une couche d'argile blanche très fine, non loin de laquelle s'était installé un potier. Tout autour de l'emplacement occupé par les fours et les magasins gisaient, mélangés à des lessons de céramique chrétienne, des ustensiles de fabrication. Dans le voisinage immédiat de l'atelier, on découvrit un lot important de lampes en terre rouge très compacte, de formes massives, analogues à celles trouvées à Henchir-es-Srira, deuxième moitié du 1v* siècle. Il s'y trouve des lampes à symboles chrétiens : une guirlande de palmettes ou de stries entoure le sujet central, le plus souvent assez grossièrement exécuté : cheval au galop, lion bondissant, canthare, monogramme bouclé à droite, palmette, rosace à seize pétales (voir LAMPES).
Du côté opposé de la route, à environ deux kilomètres à l'ouest du mamelon de Bordj-el-Djerbi on trouve à fleur de sol les restes d'une construction antique dont l'une des murailles mesure 060 d'épaisseur. De nombreux carreaux de revêtement chrétiens recueillis sur l'emplacement de l'édifice permettent d'y reconnaître les ruines d'une petite église.
Les motifs reproduits sur les fragments de carreaux sont d'une exécution généralement soignée et offrent une certaine variété dans le choix des sujets :
Les ruines d'un second édifice chrétien sont encore visibles à environ 1.500 mètres au sud de Bordj-el-Djerbi, dans le voisinage immédiat d'une plateforme bétonnée ayant fait partie d'un réservoir. Un chemin antique empierré passait à proximité de ces constructions. Malgré la démolition presque totale des murs, il est possible de reconnaître dans ce petit monument un baptistère à plan circulaire qui était couvert d'une voûte dont les débris gisent à terre. Rien ne subsiste plus de la piscine placée au centre d'un pavement en mosaïque à décor géométrique. De chaque côté, le long des murs, le sol avait été exhaussé : deux des banquettes étaient recouvertes de mosaïques, elles sont encore en place, l'une est ornée d'imbrications rouges, bleues et grises, l'autre montre sur un fond blanc des combinaisons d'oves allongés à cœur rouge mélangées à des triangles isocèles.
Ces monuments du culte chrétien autour desquels se groupent des établissements agricoles et industriels témoignent d'une prospérité qui paraît avoir duré toute la seconde moitié du 1v° siècle et sans doute le début du ve. d'El-Mahrine, à Henchir-Mssadine on a également découvert les ruines d'une basilique et d'un mausolée chrétiens contemporains ! ; près de Tebourba, une inscription d'Henchir-Tout-el-I&aya mentionne la restauration d'un portique sous le proconsulat de Decimus Hesperius (376) *. La période qui nous ne sera jamais terminée s'il lui arrive d'être, un jour, pas et que son souvenir soit conservé, rosace à six pétales, parfois augmentée d'une ramille por| architectoniques retrouvées à BHesapha-Sergiopolis ;
cellules dont la construction légère a disparu sans Du reste, à dix kilomètres au sud
MAI (ANGELO) 1196
occupe fut donc pour la vallée de la Medjerda particulièrement favorable *, Et c'est ici un nouvel exemple de tout ce dont aura à s'enrichir l'orbis christianus qui, sans doute commencé ! Des ruines, des vestiges, des indices, pas un texte, pas une inscription, mais seulement la preuve qu'une communauté exista en un lieu déterminé et dont ces débris seront tout ce qu'on saura jamais de son existence et de son histoire. Et cependant il y eut là des fidèles, des prêtres, des œuvres, le Christ y a été honoré, servi, des âmes s'y sont sanctifiées ; tout cela mérite bien qu'un nom ne périsse
H. LECLERCQ.
MAHROUM. — Il s'agit d'un groupe de ruines peu considérables et inhabitées de la Syrie du Nord que les Bédouins de la contrée désignent sous le nom de Mahroum*. On y arrive en deux heures le chemin, au sud du village de Delsi, qui se trouve à la rive droite du fleuve, entre Meskene et le poste d'El-Hammam. Aucune cité ne se trouvait là ; il n'y avait qu'une église, dont quelques gros blocs taillés et des bases de colonnes couchées sur le sol, ainsi qu'une petite partie de l'abside, montrent encore les proportions et l'étendue. L'abside était tournée vers l'Est ; l'église mesurait en largeur une trentaine de mètres et 50 à 55 en longueur. Les tronçons de colonnes ont un diamètre d'environ 0,660. La pierre, bien que de très mauvaise qualité, avait été sculptée : il reste à terre d'importants fragments moulurés. Le type d'ornementation diffère assez notablement de ce qu'on retrouve dans tout le district de Saint-Siméon, et se rapproche davantage des décorations, cette analogie permettrait de dater les ruines de Mahoum du VIe. C'est probablement un de ces nombreux sanctuaires établis au désert par les cénobites disciples de Saint-Serge. Ces moines auront eu probablement dodata laisser aucune trace, mais à cinq minutes des ruines dont nous venons de parler, se voient les restes d'une grande construction, large de vingt-trois mètres, et d'une longueur double, orientée du Nord au Sud. Les murs, très épais, et hauts de six mètres au moins, sont ainsi faits : une assise de briques cuites, larges et plates, alternant avec un lit de mortier blanc mêlé de petit gravier ; de loin en loin les briques sont remplacées par un conglomérat de gros cailloux non taillés liaisonnés par un mortier semblable. Du côté Est on remarque des amorces de voûtes ; nulle part il n'y a traces de fenêtres. Cela ferait supposer qu'on est en présence d'une citerne, comme celles de Sergiopolis ; seulement les dimensions en semblent supérieures aux besoins, puis que l'église est isolée. Resterait à savoir l'importance de la communauté qui desservait et peut-être du pèlerinage. Une difficulté plus grave tient à ce que les murs s'élèvent un peu au-dessus du sol, ce qui eût obligé de recourir à des rigoles pour recueillir les eaux de pluie.
H. LECLERCQ.
MAI (Angelo). — I. Biographie. I. Bibliographie. I — Biographie, — L'espèce de célébrité qui entoura pendant près d'un demi-siècle le nom de l'abbé, puis du cardinal Maï ne s'adressait qu'à ses travaux et à ses publications. L'homme vivait comme enseveli dans son immense labeur et on s'occupait peu de sa personne ; disparu, on l'oublia. Il eut pour successeur le cardinal Tosti que remplaça à son tour à la tête de la bibliothèque vaticane le cardinal Pitra. Celui-ci avait trop copieusement savouré l'ingratitude des hommes pour demeurer insensible au traitement infligé à un des plus méritants parmi ses prédécesseurs ; il voulait lui rendre justice et tenait à honorer sa mémoire. « Le cardinal Mai était mort au sein de cette solitude qui avait entouré son existence ; ayant vécu seul, il était mort seul, et nul depuis ne s'était occupé de faire revivre pour la postérité une mémoire qui avait si grandement honoré les lettres et glorifié l'Église. A l'exception de l'oraison funèbre prononcée à Sainte-Marie-Majeure par un certain abbé Ucelli, rien n'avait été publié sur le cardinal Mai. “Le bibliothécaire de la sainte Église méritait mieux que ce silence, et ne devait pas être enseveli dans l'oubli Il avait trop illustré l'Église pour que celle-ci ne cherchât pas à lui rendre un peu de cette gloire qu'il lui avait donnée, et la bibliothèque vaticane lui devait particulièrement une dette de reconnaissance, Le cardinal Pitra voulut se charger de payer cette dette et s'occupa de réunir tous les matériaux d'une étude sur le cardinal Mai. « Le temps n'est guère favorable, écrivait-il à l'abbé du Mont-Cassin (26 mai 1871) à ces sortes d'études académiques. — C'est pourtant le temps présent et la crise où nous sommes, même dans la bibliothèque vaticane, qui nous obligent de rappeler les travaux de l'infatigable bibliothécaire de la sainte Église, Nous sommes du reste de la race des vieux moines que n'ont jamais troublés les assauts des barbares. » — Il est impossible de savoir ce qui fit abandonner ce projet que le cardinal avait conçu et dont il s'était souvent entretenu avec le commandeur De Hossi. « Depuis trois ans, écrit-il, il a offert son concours gratuit, il l'offre encore et même se charge des frais d'une gravure qui reproduirait les traits du cardinal Mai d'après le buste de Tenerani. Toutes ses notes sont prêtes et il ne lui reste plus pour y mettre la dernière main, qu'à recevoir quelques feuillets de texte de la Bibliotheca nova du savant cardinal. Cette biographie serait dans le format de cette publication à laquelle elle servirait comme d'introduction !, » Le projet de Pitra ne fut jamais réalisé. On ne sait s'il faut le regretter pour lui et pour Mai ; celui-ci attendra sans doute longtemps son biographe.
Angelo Mari est né à Schilpario, au diocèse de Bergame, le 7 mars 1782. S'il ne fut pas prophète dans son pays, il l'est devenu depuis, car sa mémoire est parmi les plus honorées parmi les Bergamasques : on se complait, on s'attendrit au récit des prouesses enfantines de ce compatriote qui, dès sa petite enfance, obtenait la décoration (insegna dell Aquila) et composait, à l'âge de quinze ans, un poème en trois chants sur le Natale di Cristo, poème heureusement demeuré inédit. Son premier maître fut Luigi Mozzi, ancien jésuite, jadis professeur à Milan et retiré à Bergame où il était devenu chanoine et archiprêtre de la cathédrale. Lors que le pape Pie VI exténué de vieillesse, obsédé par le duc de Parme, eut consenti à un essai de restauration de la Compagnie de Jésus, le P. Luigi Mozzi conduisit quatre jeunes gens, dont Angelo Mai, âgé de dix-sept ans, au noviciat de Colorno que dirigeait le P. Joseph Pignatelli. Le Colomo, où il avait sans le moindre effort éclipsé ses jeunes confrères, Angelo Maï fut envoyé au collège de Saint-Roch à Parme où il s'adonna à l'étude de l'hébreu sous un maître connu, l'orientaliste de Rossi, de qui il garda bon souvenir ?*. En 1804, la Compagnie de Jésus étant rétablie, le P. Maï fut envoyé à Naples où il professa les humanités pendant une année. Le 19 novembre il recevait l'habit religieux et il écrivait au curé de son village : xz kal. decembr. vesie Societatis Jesu donalus sum. O mihi semper lætam et memorabilem diem, qua tanto Dei beneficio sum politus ! Ego quidem et habeo ei gratiam, et quoad vivam habebo ?. Se trouvant des loisirs, il composa des vers, — qui n'en a pas fait ? — et vint, en 1805, faire ses études de théologie à Rome, et de là à Orvieto où il reçut l'ordination sacerdotale.
A Orvieto, Mai rencontra deux confrères, épaves de l'ancienne Compagnie, qui depuis des années s'employaient à ce qu'ils appelaient la paléographie. Ces deux Espagnols, Montero et Menchaca, faisaient la chasse aux manuscrits anciens à une époque où presque personne n'en faisait cas. Après chaque rafle, Menchaca, qui était le chimiste, infligeait ses lavages aux parchemins et avait la joie de faire revivre l'écriture effacée depuis des siècles aux dépens de ces textes qui l'avaient recouverte et dont c'était le tour de disparaître. Il y avait dans tout cela beaucoup de bonne volonté, d'audace, d'adresse et, par-dessus tout, d'inexpérience. Le jeune P. Mai admirait sans réserve et s'appliquait à lire ces caractères reparus comme par miracle. Sur ces entrefaites, le P. Pignatelli le rappela à Rome, en 1808, mais il ne s'y attarda guère, Un ordre de Napoléon, en 1809, prescrivit à tous les sujets du royaume d'Italie de rejoindre leur province natale. Mais le P. Mozzi possédait de nombreux amis ; par l'un d'eux il réussit à faire entrer le P. Ang. Mai à la bibliothèque ambrosienne de Milan, en qualité de scrittore, pour les langues orientales (1811). En 1813, il devint préfet de l'Ambrosienne et put faire la chasse aux palimpsestes. Ils ne manquaient pas, et on connaît cette lettre de saint Jérôme au pape Damase : Quando ir manus nostras libri veniunt sapientiæ secularis, si quid in eis utile reperimus, ad nostrum dogma conterlimus : si quid pero superfluum, de idolis, de amore, de cura secularium rerum, hiec radimus, his calvitium inducimus, hec in unguium moram ferro acutissimo desecamus.
En 1814, Mai fut mandé à Rome. C'est le moment où on restaurait la Compagnie de Jésus, mais peu de temps après il retourna à Milan et commença à donner des preuves de son savoir et de son adresse dans le déchiffrement des palimpsestes, t i
MAI (ANGELO) 1198
larem séelitia, Iriumpharem gaudio, nullum mihi diem candidiorem illuzisse dicerem, repenie frontem centraxi : primum quidem non misi duo ejus fabulae jolia superisse cognovi ; ilerum quod Loc ipsa quum versus pene octoginta contincrent, ila præ omnibus erani lacera, el a superjecla scriptura consumpla al que lerebrala, ut Danaidum cribrum, non codicis folium mihi spectare viderer ! L'Italie fut très fière et les étrangers en demeurèrent stupéfaits, nous dit-on agréablement, tous les yeux étaient tournés vers ce soleil levant.
Puis vinrent, en 1816, un traité inédit du juif Philon : Philonis Judi de virlule ejus que partibus, des discours inédits du philosophe Themistius, et des fragments grecs dans lesquels Mai crut reconnaître l'abrégé des antiquités romaines de Denys d'Halicarnasse, cité par Photius : Dionysii Halicarnassei pars hactenus antiquitatum romanarum — desiderata, in-4e, Mediolani, 1816.
L'année suivante parurent des fragments de la traduction meso-gothique des épitres de saint Paul, d'une description des campagnes d'Alexandre, Tinerartum Alexandri, et du curieux ouvrage de Julius | ouvrage. En 1818, aidé de l'orientaliste Zohrah, il | ses notes un petit récit où il y a bien, suivant son | habitude, quelques confusions, mais dont la donnée est piquante. La bibliothèque Vaticane comptait au nombre de ses scrittore deux personnages tout cousus d'érudition, Sarti et Amati, au courant des plus chétives minuties de l'histoire, de la philosophie et de ce qu'on nommait alors « philologie ». Or, il arriva qu'on offrit à la bibliothèque deux papyrus contenant un texte grec. Après une longue délibération, les deux augures opinèrent en faveur de l'acquisition, en donnant un avis collectif cui ne compromettait ni l'un ni l'autre. Dès que le papyrus fut entré à la bibliothèque, ils se firent charger du soin de sa publication et, en conséquence, le dérobèrent à tous les regards ; bien plus, afin que l'un ne pût l'étudier qu'en présence de l'autre, ils l'enfermèrent dans un coffre à deux serrures dont ils se réservèrent la garde. Mai, alors simple custode, ne put réussir à entrevoir cette rare merveille. Wu en fut ainsi pendant plusieurs années, car d'essai en essai les deux savants en étaient encore à la préface à l'occasion de laquelle ils entretenaient une correspondance aigre-douce, se traitant réciproquement de fou et d'ambitieux que la vanité allait pousser à compromettre prématurément leur réputation encore intacte. Sur ces entrefaites, le cardinal préfet mourut et Maï, devenu protonotaire apostolique surnuméraire (sic) fit venir un ouvrier, crocheta le coffret, enleva les papyrus, les copia, les imprima en un jour et replaça les papyrus dans leur coffre avec, en regard, un exemplaire de l'édition.
A Rome les occasions s'offraient aussi nombreuses. Elles étaient même plus nombreuses qu'à Milan pour exploiter les manuscrits palimpsestes. Mgr Mai entreprit l'exploitation avec une ardeur redoublée. Il donna une nouvelle édition des huit Harangues de Symmaque, publiées quelques années auparavant, et y joignit un fragment d'un orateur anonyme avec quelques passages inédits (1823). Ce qui mit le sceau à sa réputation, ce fut la découverte sur un manuscrit chargé d'une triple couche d'écriture du célèbre traité de Cicéron intitulé : De Republica. A force de déchiffrer bon nombre de pages qui parurent en 1822 sous le titre de M. Tullii Ciceronis de Republica qua supersunt ; une deuxième édition révisée fut donnée en 1846. A partir de 1825, Mgr Mai renonça aux opuscules et publia ses découvertes dans de volumineuses collections, respectivement intitulées : 1° Scrip torum veterum nova collectio e Vaticanis codicibus edita, qui eut 10 volumes in-4°, à Rome, espacés entre 1825 et 1838 ; — 2° Classicorum auctorum e Vaticanis codicibus editorum collectio, 10 volumes in-8°, à Rome. Le découvrir parmi les manuscrits non inventoriés, sous la cote Vatic. 2797, du Liber pontificalis, le Neap. IV, A, 8, un des meilleurs de la deuxième famille du texte que Mai délibérément sacrifia pour faire réapparaître le texte de Gargilius Martialis. Ce ne sont pas les seuls que l'emploi inconsidéré de la noix de galle ait perdus pour la science !
A ces reproches mérités au point de vue technique s'ajoute celui du désordre de la présentation et de l'insuffisance du commentaire. Editeur consciencieux et infatigable, il lui suffisait de jeter en pâture des textes inconnus ou mal connus, présentés et annotés sommairement. Ces réserves faites, l'œuvre demeure estimable et même, en un sens, glorieuse. Désintéressé, Mai ne vivait que pour son œuvre, elle l'avait emprisonné dans sa conception un peu étroite, il ne voyait rien de plus beau dans un recueil de neuf volumes qu'un dixième volume. Le 12 février 1838, il fut nommé cardinal et successivement préfet de la Congrégation pour la correction des livres de l'Église orientale, membre de la Congrégation du Concile et de la Propagande, bibliothécaire de la sainte Église. Il mourut à Albano, à l'aube du 9 septembre 1854.
Moins de quatre ans après, Pitra écrivait : « Je me trouve dans ce magnifique palais bâti par Clément X, et récemment habité par le cardinal Maï. On me montre la belle galerie, qui a son jardin suspendu, au fond duquel travaillait l'infatigable prélat de la Vaticane et des Spicilèges. C'est là qu'il est mort, et si cruellement. Il est enterré dans l'église de Sainte-Anastasie, où j'espère aller prier sur sa tombe, déjà peut-être abandonnée. Sa mémoire est à peine respectée, même à la Vaticane. Poursuivi comme par un pressentiment de sa fin prématurée, tourmenté par l'isolement dont il se plaint souvent, sans émule, si ce n'est dans ce pauvre abbé Mastrenga, qui lui a fait sur sa fosse un odieux procès, il a pu parfois rudoyer, brusquer, sabrer les convenances. »
H. LECLERCQ.
MAIMALLA ou ISMAIMALLA. — Le texte épigraphique que nous allons décrire a été trouvé au cours d'une fouille opérée dans les ruines de l'église Saint-Denis, à Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire) avant l'année 1887. Cette église était un type de l'architecture angevine du temps de Philippe Auguste, mais dans un état de délabrement tel qu'il ne fut pas possible de songer à une restauration et on a procédé, à différentes époques, à sa démolition. A l'occasion de quelques travaux entrepris dans une partie de son jardin, sur l'emplacement du mur septentrional de la nef, le propriétaire de ces ruines rencontra plusieurs cercueils de pierre qui ne contenaient, dit-il, rien d'intéressant. En outre, il trouva une petite inscription gravée sur un calcaire très fin qu'il donna à M. Magne, architecte des Monuments. Cette épitaphe n'est remarquable que par le nom d'une des deux défuntes, nom qui n'a pas été rencontré et sur la lecture duquel on peut entretenir quelques doutes. Voici la lecture du texte :
Hic requiescent bonememoriiis maimalla in anis ai el Siggifledis in ‘anis xv.
L'adjectif bonememorius, qui se rencontre fréquemment sur les inscriptions chrétiennes de la Gaule, fait au pluriel bonememorii. Mais, ici, nous avons bone memoriiis, dont M. Michel fait : bonememoriis Maimalla, tandis que R. de Lasteyrie, S. de Ricci, E. Le Blant et O. Hirschfeld inclinent ou prononcent plutôt la forme : bonememorii Ismaimalla. Les deux formes Maimalla et Ismaimalla n'ont pas plus d'attestation l'une que l'autre ; quelle que soit celle des deux qu'on adopte, elle est unique ; c'est, pour moi, écrit E. Le Blant, une forme absolument nouvelle ; toutefois Aug. Longnon et Maximin Delosche la jugent acceptable. L'apposition d'un i devant la lettre s suivie d'une consonne est un phénomène assez répandu à l'époque où a pu être gravée l'inscription : à ce sujet, on peut rappeler que les diplômes orthographient le pays d'Etampes : pagus Isfenpensis ; et la topographie n'est pas seule à offrir des exemples : on peut en rencontrer d'autres dans l'onomastique humaine.
Saint Ismido, évêque de Die, mort le 28 septembre ; un autre Ismido, vassal de Guillaume d'Aquitaine, et qui vivait au début du x° siècle ; un abbé nommé Ismundus, etc.
Par contre, la forme sma commençant un nom propre est chose si exceptionnelle qu'on n'en trouve guère d'exemple dans les tables du Corpus et qu'on ne peut citer que le nom bien connu de Smaragdus.
Les noms propres commençant par la syllabe mam sont plus communs. Parmi ceux qui se présentent tout d'abord à la mémoire, on peut citer Mamma, Mammes ou Mamas qui a plusieurs titulaires dans les fastes hagiographiques de l'Église d'Orient ; puis encore Mamella, Mamertus qui illustra la siège archiépiscopal de Vienne ; enfin, et ceci importe particulièrement, nous rencontrons dans l'antiquité le nom même qui nous intéresse, c'est Maimallos, nom qui fut porté par un des Myrmidons et qui se conserva jusqu'en pleine époque byzantine, puisqu'il reparait sous la forme Maimallos, désignant un primicier de la cour de Constantinople, qui fut chargé, en 781, par l'impératrice Irène, d'une ambassade à la cour de Charlemagne. Ce sont là, suivant la remarque de R. de Lasteyrie, des raisons assez fortes pour faire donner la préférence à la leçon Maimalla. On ne saurait objecter que la pour des lignes ne favorise pas cette leçon, car il est évident que le lapicide s'est uniquement préoccupé de faire entrer un même nombre de lettres dans une ligne, et l'on voit, dès le début de l'inscription, qu'il n'a pas hésité, pour atteindre ce but, à couper les mots. On ne saurait tirer une objection de l'emploi du datif bonememoriis accolé à deux noms au nominatif, car l'autre lecture suppose l'accord de l'adjectif masculin bonememorti avec deux substantifs féminins, solécisme pour le moins aussi grave. La faute consistant à faire accorder un nom au nominatif avec un adjectif au datif est aussi probable, pour ne pas dire plus, que celle qui résulterait de l'accord d'un adjectif au masculin avec deux noms féminins. Si l'on se reporte aux inscriptions de l'époque, on constate que l'accord des genres est bien mieux observé que celui des cas. Le recueil d'Edm. Le Blant nous offre une douzaine d'exemples de l'emploi du même adjectif qui nous occupe ici. Or, on n'a pas une seule fois manqué de le faire accorder en genre avec le nom de personne auquel il est associé. Au contraire, il arrive plusieurs fois qu'il ne s'accorde pas en cas et l'on trouve des fautes absolument semblables à celle qu'il faudrait supposer dans l'inscription de Doué-la-Fontaine. Sur un marbre conservé à Ecully, on lit : In hoc tumulo requiescit bone memorio Feilocalus... Ailleurs, c'est l'accusatif au lieu du datif que l'on accorde avec le sujet de la phrase, par exemple, à OB : Hoc fumolo ja cet bonum memorio in rapso... Ces arguments seraient décisifs en faveur de la leçon Maimalla, si celle-ci ne se heurtait à la présence de trois i dans bonememoriiis, ce qui favorise la leçon Ismaimalla. Siggijledis appartient à la catégorie des noms terminés en fridus, frida. La substitution de la terminaison is à la terminaison a est un phénomène commun chez les Mérovingiens, tout comme la permutation de r et de l. La mention de l'âge des défunts n'offre rien de remarquable ; on trouve à Rome : Euficio qre in annos zzij ?, el Regulus in aniisi.
H. LECLERCQ.
MAIN. — Nous avons déjà eu, à plusieurs reprises, l'occasion d'aborder différents aspects de ce sujet dans le Dictionnaire ; nous n'avons pas à y revenir et nous y renvoyons dès maintenant : BÉNIR (Manière de) t. t11, col. 746-758 ; HOMMAGE, t. vr, col. 2742 ; IMPOSITION des mains, t. vir, col. 391-413 ; LAVEMENT des mains, t. vir, col. 2002-2009.
l'Allemagne à propos de l'achèvement de ventes. Ce sujet ne nous appartient pas non plus. Nous nous bornons à notre domaine : l'archéologie.
II. MAIN DIVINE. — Les Séleucides fondèrent en Asie Mineure une quantité de colonies afin de tenir en respect les populations indigènes. A cet effet, ils employèrent des Grecs et des Juifs. Antiochus le Grand, deux siècles environ avant notre ère, transporta deux mille familles juives de Babylonie en Phrygie et en Lydie, les plaça dans des forteresses et leur donna des terres. En conséquence, les rois de Syrie accordèrent aux Juifs, dans les cités, des droits égaux à ceux des Hellènes. Dans certains districts de Phrygie, cet élément sémitique exerça une influence prépondérante. Nous avons vu la ville d'Apamée (voir Dictionnaire, t. 1, à ce mot) faire graver sur ses monnaies l'image de l'arche et le mot NOE.
Ces colonies juives ne se piquèrent pas d'une fidélité rigoureuse à leur foi et leur croyance se laissa pénétrer, entamer et dissoudre en partie sous l'action du paganisme ambiant hellénique et indigène ; ils oublièrent l'hébreu pour se servir exclusivement du grec ; l'organisation de leurs communautés fut imitée de celle des cités ; ils autorisèrent ou tolérèrent les mariages mixtes, exercèrent à l'époque romaine le sacerdoce dans le culte impérial et admirent une multitude de pratiques et de superstitions païennes. En matière religieuse, ils cherchèrent des accommodements pour concilier leurs traditions nationales avec les croyances païennes. Mais, d'autre part, les païens subirent à divers degrés l'ascendant du monothéisme hébraïque et cherchèrent à s'en rapprocher.
Un passage de Valère Maxime (r, 32) nous apprend qu'en l'an 139 avant notre ère le préteur Cornelius Hispalus força les Juifs qui s'efforçaient d'inculquer le culte de Jupiter Sabazios de regagner leurs demeures. On a vu dans le Jovis Sabazios de ce texte le Jahvé Zebaoth, ou dieu des armées de la Bible. La confusion paraît certaine, mais elle n'est pas due à une simple erreur. Dans Plutarque, un convive démontre doctement que le Dieu des Juifs n'est autre que Dionysios-Sabazios. Tertullien connaît cette assimilation et la repousse. Il y a donc eu identification au ii siècle et l'origine n'est pas étrangère à ces Juifs que le préteur Cornelius Hispalus força de regagner leurs demeures. L'épigraphie confirme cette assimilation par une inscription de Sardes mentionnant une dédicace d’un thiase de Sabazios au dieu Hypsistos qui, on vient de le dire, n'est autre que Jahvé.
Une autre inscription, en Bithynie cette fois, donne à Sabazios le titre de mxvxoípxvoc, synonyme poétique du terme biblique zxvroxpxctop, rappelant la puissance du maître unique de l'univers ; et les monuments phrygiens nous apprennent en effet qu'on regardait Sabazius comme une divinité panthée, réunissant en elle la puissance de tous les êtres célestes.
Ces monuments ont montré qu'un groupe de « mains votives » couvertes de symboles variés, qui ont été trouvées dans les régions les plus diverses du monde romain, appartiennent au culte de Sabazios et qu'elles figurent la main du dieu lui-même qui bénit et protège ses fidèles. Dans tous ces bronzes, les doigts ont une position caractéristique, les trois premiers levés, les deux autres repliés, ce qui est le type de la bénédiction latine.
Or la coutume de consacrer des « mains votives » ne se rencontre en Asie Mineure dans aucun autre culte que celui de Sabazios. On voit ainsi que l'usage de semblables dédicaces est étranger à la vieille religion du pays et y est toujours resté particulier aux mystères du Zeus phrygien. Mais cette pratique étant au contraire très répandue en Syrie, on trouve de ces mains consacrées aux dieux les plus divers : à Jupiter Dolichenus, à Jupiter Héliopolitanus et, ce qui est plus remarquable, au Théos Hypsistos que nous avons déjà rencontré si souvent. On est donc naturellement amené à supposer que l’offrande de mains votives en bronze faisait partie à l'origine du rituel des cultes sémitiques, qu'elle était pratiquée aussi par les Juifs plus ou moins orthodoxes de l'époque hellénistique et qu'elle fut introduite par l'intermédiaire des colonies juives, en Asie Mineure, où elle resta particulière au culte de Sabazios, identifié avec Jahvé.
Les mains de provenance syrienne ou consacrées à un Baal syrien sont ouvertes, et ne font pas le geste caractéristique de bénédiction ou de protection ; ce geste distingue spécialement celles de Sabazios. Certainement il était usité dans le cérémonial de ses mystères : dans les célèbres fresques du cimetière de Prétextat (voir ce nom), il est prêté à l'un des bienheureux assis au banquet céleste et qui accueillait la défunte. Cette raison vient s'ajouter à celles invoquées par M. Blinkenberg pour rendre probable que le rite de la bénédiction latine a passé des mystères phrygiens dans la liturgie chrétienne. Il se pourrait cependant que celle-ci comme ceux-là l'eussent emprunté à la Synagogue !
Les Livres saints nous montrent fréquemment l'emploi de manus pour désigner la présence et l'action de Dieu, le Nouveau Testament adopte les mêmes expressions : Elenim manus Domini erat cum illo ? ; El nemo polest rapere de manu Patris mei ? ; El eral manus Domini cum eis ; El uunc ecce manus Domini super le . Dans l'Apocalypse nous lisons trois fois l'expression de manu angeli *.
Peut-être les chrétiens ont-ils été amenés à adopter la main comme signe et symbole de l'intervention divine sous l'influence des habitudes répandues en Syrie grâce à l'expansion du judaïsme dans ce pays. Toutefois il faut reconnaître que nous n'en avons aucune preuve certaine et l'emploi de la main divine, dans la symbolique chrétienne ne se rencontre pas avant le iv siècle.
Dans les représentations de la main divine, on voit souvent le Christ recevant la Loi ; or, dans ces deux sujets, l'intervention divine se manifeste de façon sensible : elle retient le bras du patriarche, elle présente la loi au législateur. Dans ces deux cas, c'est une main sortant de la nuée qui figure la divinité. Mais les artistes ne rendent pas toujours cette main de façon uniforme. A Ravenne, à San-Vitale, c'est une main allongée qui ne fait qu'un geste d'appel (fig. 5979) sur le manuscrit Vatic. - gr. 699, du Kosmas Indicopleustes, c'est une main bénissante d’où sort un effluve rayonnant (fig. 5920) ; - sur le médaillon central d'un plat en plomb c'est un bras nu et une main qui fait le geste d'empoigner celle du patriarche (fig. 5985) ; dans le Sacramentaire de Drogon (fig. 3885) c'est une main rayonnante et dans une autre miniature du même manuscrit (voir METZ) c'est une main allongée sur laquelle semble glisser la colombe figurant le Saint-Esprit. | 7 3 E e rappelle l'ivoire de Munich HUC Rim et on la retrouve encore sur le célébre manuscrit de la Bible pos Saint-Paul-hors-les-Murs (pag. 92 ve), sur un qui- « maire de bronze représentant Constantin debout dans un quadrige qui l'emporte parmi les bienheureux !. En décrivant cette médaille mentionnée par Eusèbe - Eckhel fait observer que la croyance à la réception “ par la divinité des personnages montant au ciel exis- ~ tait chez les païens. — La main de Dieu soutenant une couronne au-dessus — de la tête du Christ, se voit déjà sur un sarcophage — de Marseille qui représente le Christ donnant la Loi ;
- sur un sarcophage de Bordeaux la main divine tient — deur colossale, à Clermont et à Saint-Maximin . - Même particularité sur une lampe en terre cuite et — sur une brique trouvée en Tunisie avec l'inscription — une couronne dans laquelle se détache le chrisme .
Parfois la main de Dieu est représentée de grandeur colossale ; de même sur un tombeau de Pise où ce détail a été négligé par Lasinio ; enfin sur un sarcophage de Syracuse où le Sauveur est figuré par une tête colossale 19, |
MAIN
1210 sentent leur couronne posée sur le pan de leur manteau. (Voir aussi les apôtres de la coupole du baptistère des Orthodoxes, à Ravenne, Dictionnaire, t. v, col. 672, pl. hors texte.) Nous retrouvons ce geste sur plusieurs sarcophages de Ravenne, du Ve : à Saint-Apollinaire in Classe, le Christ assis entre saint Pierre, reconnaissable à la croix qu'il porte sur l'épaule gauche, et saint Paul à qui il remet la loi nouvelle que l'apôtre reçoit sur le pan de son manteau, tandis que deux vieillards présentent les couronnes qu'ils portent eux aussi sur le pan de leur manteau (fig. 7519).
Un panneau en marbre, jadis encastré dans la face intérieure d'un mur à Constantinople et entré depuis au Kaiser Friedrich Museum à Berlin », appartient déjà à la décadence de l'art et peut prendre place vers la limite du vi au vii siècle. Le sujet représenté est Moïse recevant la Loi sur le Sinaï ; il a les mains voilées et la main divine lui confie le rouleau sacré L'exécution est médiocre, c'est un dernier effort tenté vers le modelé, mais, en ce qui concerne la draperie, cet effort n'aboutit qu'à un tracé de lignes parallèles. (fig. 7520).
= = PT D dim adore npa orm gy rca ess rro 1211 au Christ, l'un les pains, l'autre les poissons. Tous deux, ont, par respect pour les objets qu'ils portent et pour Celui à qui ils s'adressent, les mains enveloppées dans un pan de leur pellium. Deux sarcophages de Narbonne et de Saint-Maximin offrent la même particularité, Rien de plus ordinaire, en effet, aux premiers siècles chrétiens que la représentation de personnages voilant leurs mains pour porter ou pour recevoir les choses sacrées. Les exemples en sont nombreux, dans les mosaïques, où nous voyons surtout anges et bienheureux portant des couronnes ; sur les sarcophages, saint Pierre recevant les clés du ciel ; sur les fresques ou les mosaïques les papes recevant le pallium ; on voit même sur un sarcophage de la Gaule Élisée recouvrant ses mains pour recevoir le manteau d'Élie. Et les textes confirment le témoignage des monuments. Grégoire de Tours, au chap. vii des Vitae Patrum, raconte comment « venu au tombeau de saint Nizier, le diacre Agiulfe voulut rapporter un souvenir de sa visite à ce monument vénéré ; ce fut dans ses mains couvertes d'un voile qu'il reçut du prêtre quelques brins de la jonchée de verdure dont les fidèles couvraient le sépulcre du saint évêque. » Parmi les sarcophages de la Gaule, nous relevons encore la même particularité à Soissons et à Vienne où le centenier aborde le Christ les mains couvertes de son manteau : à Marseille où saint Pierre reçoit la Loi nouvelle sur ses mains voilées ; de même à Aix, et à Saint-Maximin, un apôtre présente au Sauveur un des pains qu'il va multiplier miraculeusement.
Nous ne devons pas négliger les textes qui peuvent servir de commentaire aux monuments qui en sont, eux, l'illustration. La passion de sainte Dorothée !, martyre en Cappadoce, nous montre cette martyre
Les liens sont amenés pendant le cours d'une audience et les païens et l'est resté longtemps à la cour de Byzance, et d'ailleurs superflu, d'entreprendre la staarrivée au lieu du supplice où elle est abordée par un je une enfant tenant dans un linge trois pommes magnifiques et trois roses. Les actes des saints Serge et Bacchus ont eu à subir des retouches, mais n'en gardent pas moins des parties intéressantes. Des chrél'on apporte en même temps au juge une lettre impériale ; celui-ci se lève et la reçoit dans la pourpre de sa chlamyde ?. . Ce cérémonial était en usage chez les. lorsqu'on devait toucher les choses saintes ou sacrées ; or tel était le caractère de celles qui émanaient de l'empereur ou que l'on tenait de sa main. C'est ainsi que nous lisons ce passage dans Ammien Marcellin : « Un certain jour de fête, Julien fit introduire prés. de lui des Agentes in rebus pour leur remettre une somme d'argent, Au lieu de présenter un pan de sa. chlamyde, comme le veut l'étiquette, l'un de ces ; | hommes tendit les deux mains et l'empereur dit : Les Agentes in rebus savent bien comme on prend : 1 ils ne savent pas comment on reçoit , » tisti que du geste de l'orante. Nous l'avons figuré dans des centaines de monuments disséminés dans le Dictionnaire, et les chrétiens ne l'ont pas inventé, puis que, bien longtemps avant eux, les païens usaient d'un geste semblable. Le plus ancien exemple probablement que nous connaissons est celui de Moïse qui | pendant le combat livré aux Amalécites par le peuple : d'Israël à Raphidim, gravit la montagne avec Aaron et Ur et élève les bras vers le Ciel. Et quand ses bras étaient levés, Israël l'emportait, mais s'il les abaissait un peu, l'avantage passait aux Amalécites. Voyant cela Moise fit approcher une pierre et s'assit par-dessus, ses bras étant soutenus par Aaron et par Ur placés à ses côtés ê. Cette scène est représentée sur une mosaïque de Sainte-Marie-Majeure (voir au mot MARIE-MAJEURE). Après Moise, le prophète Jérémie : recommande d'élever les cœurs avec les mains vers le Ciel et David donne le même conseil . L'admirable statue, connue de tous les archéologues sous le nom d'« orant de Berlin », nous montre toute la grâce du geste, sur les variétés duquel on pourrait -épiloguer. Les bras sont plus ou moins tendus, les cou des plus ou moins pliés, les paumes plus ou moins - élevées -ou écartées !.
Chez les chrétiens l'attitude est familière et les textes - eonfirment ce que les monuments nous apprennent. - Les païens semblent avoir une tendance marquée à — élever les bras dans une position verticale, les paumes - des mains. tournées vers le haut ; les chrétiens corri— gent ce geste simplement pour ne pas l'imiter servileélever les mains modérément sans ostentation avec générations chrétiennes et, ment, Tertullien prétend y mettre une leçon de modestie et, en conséquence, il engage les chrétiens à | dignité temperate et probe ? ; c'est ce qui a conduit au - geste des bras en croix et à l'attitude dite de l’orante - dont on a d'ailleurs des exemp les aux catacombes plus anciens que le 11° siècle et qui est attesté par - des textes anciens des rri ? et 1v* sièc les ?.
Ce qui a dà inspirer cette attitude dès les premières probablement, dés le - temps des apôtres, c'est la pensée de reproduire la > position du Christ sur la croix. Tertullien, saint Augus- … tin, saint Ambroise recommandent aux fidè les de - figurer dans la prière l'image de la croix * ; c'est ce - que leur répète l'auteur du De sacramentis 5.
Il y a là un raffinement qui plait à l'état d'esprit de ces générations dont la foi robuste ne dédaigne ” cependant pas ce qui peut nous sembler superflu.
Minucius Felix expli que comment « s'le signe de la croix se reconnait dans les voi les gonflées du navire, . dans les rames qui poussent l'esquif sur les flots. Le - joug levé en l'air représente aussi la croix et de méme - l'homme au cœur pur qui prie Dieu les mains étendues *. » Tertullien va plus loin ; à l'entendre « le - bétail et les bétes féro ces prient à leur facon quand ils fléchissent les genoux ; de méme l'oiseau qui s'élève vers le ciel forme une croix en étendant ses ai les — comme fait l'homme qui prie en étendant les mains 7. » Saint Maxime de Turin, vers le milieu du Ve, nous expli que que « l'homme n'a qu'à élever les mains pour faire de son corps une figure de la croix ; c'est pour quoi, dit-il, on nous enseigne à étendre les mains pour prier, geste par lequel nous proclamons la passion du Seigneur. Accompagnée de ce geste notre brière sera plus vite exaucée, car ainsi, tandis que l'âme parle au Christ, le corps imite le Grucifié. De plus, nous avons l'exemple de Moïse le Saint qui, Iut- tant contre Amalec, le vainquit, non par les armes ni par le fer, mais simplement en élevant les mains vers Dieu, car il est écrit : « Quand Moïse tenait ses mains levées, Israël était victorieux ; mais, sitôt qu'il les
MAIN
1214 abaissait, Amalec reprenait le dessus 5. » Et, d'ailleurs, n'est-ce pas au moyen du signe du Seigneur que l'homme fend les flots de la mer, qu'il laboure la terre, quil partage le ciel . » Ces derniers mots font allusion au mát du navire que traverse une vergue et à la charrue anti que pourvue d'un manche uni que muni d'une poignée transversale (voir Diclionn., t. 11, fig. 2665 et pl. hors texte). L'attitude de la prière les bras élevés sera encore celle des moines, celle de saint Benoit que le pape saint Grégoire nous montre mourant debout, la prière aux lèvres et les mains élevées vers le ciel ', Le geste reparait dans plusieurs instituts monastiques !, Enfin le prêtre à l'autel, dans l'action du sacrifice, conserve ce rite aujourd'hui si étriqué qu'il en est devenu pres que méconnaissable.
Le saint curé d'Ars, qui lisait peu de livres, avait bien pu trouver cette définition qu'il aimait « L'homme est fait sur le modèle de la croix. » Il aurait pu trouver la même pensée chez beaucoup d'écrivains des premiers siècles dont nous venons ce rappeler quelques-uns parmi bien d'autres que nous avons recueillis ailleurs ! ?, Le geste des bras et des mains levés vers le ciel ne fut pas seulement une attitude convenable à la supplication, on y trouva une mortification méritoire. Lors que les discip les de saint Macaire linterrogeaient : « Comment devons-nous prier ? » il leur répondait : « Il n'est pas nécessaire d'user de beaucoup de paro les, il suffit de tenir les mains élevées ?, » C'était le geste du Sauveur sur la croix, c'était aussi un peu de sa souffrance, car l'extension des bras devenait très vite une fatigue très douloureuse et comme certains pouvaient se laisser aller à réduire tellement le geste qu'il ne représentait plus ni symbole, ni pénitence, on imagina dans certains monastères, une pratique régulière, une sorte de mise en croix, qui consistait à se placer devant une croix et à maintenir les bras étendus à la hauteur de la traverse, On lit dans la vie d'Aleuin qu'ayant appris qu'un incendie venait d'éclater dans le monastère, il courut se prosterner au tombeau de saint Martin, la face contre terre, les bras en croix ! et nous avons déjà fait connaître des inhumations très originales relevées à Saint-Mathurin (Maine-et-Loire). Dans un champ, à la profondeur de 0 m. 40 à 0 m. 50, on trouva, en un seul groupe, douze sépultures diversement orientées. Le fond de chacune se composait de tuiles plates, le dessus de tuiles à rebords ; les côtés et les extrémités étaient fermés par des ardoises non taillées. Dans l'une d'elles, se trouvait un squelette, la face contre terre, les bras étendus en croix ; on avait, pour le placer ainsi, percé les deux côtés des parois du sépulcre et une petite toiture | |
1215 | MAIN
d'ardoise recouvrait chaque bras ! (voir Dictionn.. t. v, col, 2572).
Une pratique de ce genre témoignait d'une grande humilité. Malheureusement dès l'instant qu'elle est adoptée par les Celtes, il faut s'attendre à la voir aboutir à des excentricités.
L'expression « se crucifier = que l'on trouve sous la plume de quelques hagiographes irlandais doit être une allusion à cette pratique de pénitence. L'usage de prier en observant cette attitude, soit par dévotion spontanée, soit pour accomplir une pénitence imposée, fut particulièrement familier aux anciens chrétiens d'Irlande . Le vieil Irlandais a même un mot spécial pour désigner cette pratique, crossfigell, c'est-à-dire « veille de la croix » (crucis vigilia) ou « prière de la croix ». Dans la crossfigell l'orant se tenait quelquefois couché, mais le plus souvent debout. On voit par un pénitentiel rédigé en irlandais au vii siècle, où il est traité des divers modes de commutations de peines canoniques (de arreis), que la position horizontale, la face contre terre, pour l'accomplissement de la crossfigell était laissée, dans certains cas, au choix du pénitent . D'autre part, il est raconté, dans la Vie de saint Féchin de Fore que, lors que les parents du jeune Féchin se couchaient, ils avaient coutume | de placer l'enfant entre eux deux, dans leur lit, mais qu'à leur réveil ils le trouvaient souvent étendu à terre les bras en croix , a Toutefois, c'est debout, que se pratiquait généralement la crossjigell. Un canon pénitentiel irlandais prescrit les manus sopinatae ad orationem ?. Cette posture, quand elle durait quelque temps, était incomparablement plus pénible que la position cruciforme du corps couché à terre. Le traité De arreis, déjà mentionné, prescrit, à la fin de chaque centaine de psaumes, une crossfigell qui doit durer seulement jusqu'à ce que la fatigue se fasse sentir. Pour une | faute plus grave la même posture est ordonnée pour | un temps plus long, dans un cas durant la double | héros châtiant son corps par les jeûnes et les veilles et passant les nuits en oraison, debout, sans appui (sine aliquo suslenlaculi adminiculo 1°.) La légende s'empara même résolument de cette pratique chère à l'ascétisme des Celtes. Saint Finian de Clonard avant, un jour, député vers ses disciples l'évêque -Sénach, celui-ci les trouva occupés, chacun à sa façon, à des œuvres de piété, mais il remarqua entre tous Colom Mac Cremthaim, qui, ravi en extase, se tenait les bras en croix, et portait des oiseaux perchés sur | des exemples assez significatifs pour n'aller pas les | côté de la femme de Noé a les mains ouvertes exactement appliquées sur la poitrine (voir Dictioni | la catacombe de Saint-Janvier à Naples, où un chuchotement, peut-être l'avertissement envoyé par entre ses mains aux doigts croisés ; geste semblable — ses mains et sur sa tête !!, Un autre texte nous apprend | que saint Kevin de Glendalough demeura, sept ans durant, appuyé contre une planche, en posture de cross figell, ne fermant l'œil ni jour ni nuit, et gardant une telle immobilité que les oiseaux firent leurs nids dans ses mains 1. ` 4
V. MAINS OUVERTES DEVANT LA POITRINE. — Un geste d'allure moins ample consiste dans la position des mains ouvertes devant la poitrine, les paumes | plus ou moins ouvertes, les bras plus ou moins collés. au corps. Nous en avons donné dans le Dictionnaire e
chercher ailleurs. L'ivoire Trivulce ne manifeste guère l'émotion ou la surprise ; au contraire, le jugement de l'âme de Marcia nous la montre dans la catacombe | de Santa Maria di Gesù, à Syracuse, suppliante, agenouillée devant le Christ (voir Dictionn., t. 1, col, 1511, fig. 357) ; de même, la coupole d'une des chapelles | de Baghaouat nous fait voir Noé dans l'arche avec sa femme et leurs enfants ; un de ceux-ci placé à t. ir, col. 1516, fig. 1811) ; nous pourrions encore citer la fille du primicier Théodote sur une fresque de Sainte-Marie-Antique (voir Diclionn., t. v, col. 2043, - fig. 4599) et la tombe de Théotecne et Hilaritos dans sa femme : à ses côtés un assesseur tient son genou Enfin nous avons un texte dont la clarté ne laisse rien à désirer relativement à l'usage de joindre les mains en croisant les doigts pour la prière, geste si profondément expressif où semble passer une ardeur - qui ne comporte pas le geste des doigts allongés. Saint Grégoire le Grand dans un chapitre de la vie de saint Benoit nous apprend qu'un jour cha que
1217 MAIN 1218
— année, le patriarche rendait visite à sa sœur avec - Jaquelle il passait la journée en pieux colloques jus- - qu'à l'heure du souper. Un soir qu'ils étaient à table Et s'attardaient à causer, sainte Scolasti que dit à son frère : « Je vous en prie, demeurez ici afin - que nous passions la nuit entière à nous entretenir des joies de la vie future. » Benoit refusa. A ce moVET Ez TTA - Shure tl. 2 i AA. Grp. x « m. - er F J i : i :
PITT. A
VIII. MAIN EN FER. — Nous avons déjà parlé d'un bandage herniaire trouvé dans une tombe d'épo que barbare (Diclionn., t. vr, col. 2530, fig. 5701). Voici un autre témoignage de l'habileté techni que des médecins ou chirurgiens vers la méme épo que.
Du Breul, dans son Thédíre des Antiquilez de Paris, | nous apprend qu' « en faisant les fondemens de la neuve église Saint-Médéric, du temps du roi Francois I on trouva sous le grand autel, dans un tombeau de pierre, le corps de son fondateur, avant des bottines de cuir doré aux jambes, lequel, sitôt qu'il eût air, se tourna en poudre. La date de son épitaphe qui étoit auprès ne se peut lire pour la vieillesse, et le reste fut gravé en une autre pierre que l'on posa au milieu du chœur, sous l'aigle des chantres. » Cette sépulture était celle d'Eu des leFauconnier (Odo Falconarius). D'après l'abbé Lebeuf, l'inscription de ce fondateur aurait été renouvelée, vers 1530, sur une tombe de cuivre, remplacée au xvne siècle par un carreau de marbre qui fait partie du dallage du chœur dont il occupe à peu près le milieu. Ce marbre a la forme d'un losange allongé ; il n'a point été dérangé, et recouvre encore certainement le tombeau retrouvé au xvi* siècle :
HIC JACET VIR BONÆ MEMORIÆ ODO FALCONARIUS HUIUS ECLESIÆ FUNDATOR ORA PRO EO
« On peut penser, dit l'abbé Lebeuf, que cet Odo est ce fameux guerrier de Paris, lequel, avec Godefroi, autre guerrier, défendit si vigoureusement la ville contre les Normands, en l'an 886, sous les ordres du comte Eu des, qui devint roi deux ans aprés, Du moins jusqu'ici on n'a pu trouver dans aucun autre monument un Odo Falconarius. Il se peut faire que ce nom de Falconarius lui fût venu de ce que le comte Eu des | l'aurait fait son fauconnier lorsqu'il se vit élevé à la royauté, ou de ce que, pour repousser les Normans, il se seroit servi de l'espéce de lance qu'on appeloit falco, parce qu'elle était recourbée. » Dans cette dernière hypothèse, le surnom de Falconarius aurait offert une certaine analogie avec celui de Martel, donné dans Le précédent à l'aïeul de Charlemagne. Les bottines de cuir doré trouvées aux jambes du fondateur de Saint-Merry indiqueraient assez un personnage du rx* siécle ; on en voit de semblab les dans les costumes que présentent les miniatures des manuscrits de l'épo que carolingienne. 5i l'abbé Lebeuf a rencontré juste en désignant ce guerrier comme un des sauveurs de Paris, le modeste carreau de marbre du chœur de Saint-Merry, aujour d'hui laissé sans honneur, ne désignerait rien moins que la tombe d'un héros, Voici en quels termes le moine de Saint-Germaindes-Prés Abbon, a célébré la valeur de notre Odo à la fin du livre Itt de son poème : De bellis Parisiacae urbis. Aprés avoir rappelé de brillants succés remportés sur les Normands pendant le siège de Paris, il poursuit en ces termes :
À. — X. — 39
1219 N'est-ce pas un fait digne de mention dans les anna les de la chirurgie qu'au rx ! siècle il se soit trouvé a Paris un mécanicien assez habile pour remplacer une main perdue par une main de fer, qui rendait à l'amputé à peu rés les mémes servi ces ! ?
IX. IMPOSITION DES MAINS (voir Diclionn., col. 391-413). t. VII,
H. LECLERCO.
MAIRE DU PALAIS. — Nous avons déjà parlé du domesticus franc (voir Diclionn., t. rv, col. 13781382) ; nous avons dit qu'il est fonctionnaire. Mais en quoi consistent ses fonctions ? Dans une formule de Marculfe (1, 39), le roi ordonne au domesticus d'affranchir, à l’occasion de la naissance d'un prince, trois jeunes gens dans chac une des villae de son ressort, c'est-à-dire -des domaines roy aux qu'il administre, Un diplôme de Dagobert I » au domesticus Ragauricus, en 637, lui annonce que le roi abandonne la villa d'Écouen au monastère de Saint-Denis ? : un autre diplôme de Childéric II, adressé au domesticus Odon, en 667, l'avertit qu'il abandonne à Remacle, abbé de Stavelot-Malmédy, six mille menses de foréts sur les curtes d'Ambléve, de Chérain et de Lierneux *. De ces deux diplómes,il ressort que le domesticus exerce une autorité sur les biens domani aux. En outre, dans ce second diplóme, Childéric prescrit à Odon de mesurer les terrains et d'y placer des bornes avec
l'aide des forestiers, ses subordonnés, cum foreslariis | Autre chose, le domesticus a la garde des biens confisqués. Flavianus, domesticus de Childebert II, remet à Sicharius les biens que la reine Brunehaut lui avaient confisqués , plus tard il recoit des présents pour avoir fait échapper Animodus aux accusaLions portées contre lui devant le roi Childebert : et de ceci, il ressort que le domesticus est en outre administrateur des domaines roy aux. Lors que les habitants de Me aux et de Soissons demandent à Childebert un de ses fils comme roi, il leur envoie son ainé Théodebert cum comitibus domesticis, majoribus at que nutriciis vel omnibus qui ad exercendum servitium regale erant necessari ?, par conséquent tout le personnel indispensable au fonctionnement des affaires.
La charge de domesticus n'a existé que sous la premiére dynastie fran que ; les rares diplómes carolingiens qui fassent mention d'un domestieus montrent qu'ils sont peu nombreux et en train de disparaître, Un des derniers connus parmi ces fonctionnaires est Dodon, l'assassin de saint Lambert de Liége. A partir du gouvernement de Char les-Martel, on ne rencontre plus le nom d'un seul domesticus, quoi que le titre apparaisse encore. Le dernier acte oü le domesticus est nommé est un capitulaire de 806, dans lequel. Charlemagne s'adresse à ses missi. Dans ce document « le domesticus apparaît comme possesseur de fiefs, indépendant du souverain.
Le domesticus est cité souvent comme faisant partie de l'entourage royal et on pense pouvoir conclure que. son séjour habituel est la cour du roi. On rencontre ces fonctionnaires au plaid royal dans un diplôme de Sigebert II, en 648 5 : le roi les consulte au sujet d'une donation faite au monastère de Stavelot-Malmédy ; « on les voit assister nombreux au baptéme d'un fils de Childebert II ; enfin ils siégent au tribunal du palais en qualité d'assesseurs . Les diplômes de Clovis III, en 6953 !5, et de Childebert IIT, en 697 !!, en citent l'un quatre ; l'autre trois, qui ad causas audiendas vel recla — judicia terminanda resident. Une formule de Mareulfe ~ 1220 est plus expliciteencore : Cum nos ibi in palatio nostro | ad universorum causas recto juditio lerminandas cum domnis et patribus nostris episcopis vel cum pluris et. obtimatibus nostris, illis episcopis... illis domesticis... pel reliquis quam plures nostris fidelibus resederemus !*, La présence du domesticus au plaid et au tribunal du ~ roi n'entraine pas pour tous la résidence à la cour, sinon il faudrait conclure de la présence fréquente d'évéques à la cour au séjour continuel qu'y auraient fait les membres de l'épiscopat. Il faut laisser jouer « un peu en pareil cas et admettre que des fonctionnaires « s'attardent plus que de raison à la cour sous des | prétextes plus ou moins valab les.. On ne voit pas la nécessité d'admettre l'existence de domestici pour les reines. Sans doute, on peut invo- : quer les passages de Grégoire de Tours # sur Leonar- - dus et sur Flavianus, mais il faut ajouter qu'ils sont attachés respectivement à Frédégonde et à Br unehaut qui remplissent la charge de régentes pendant la minorité de leurs fils et qui, à ce titre, ne sont plus à proprement parler des reines, mais des régentes, c’est-à-dire pres que des rois.
Dans les premiers temps de la période mérovingienne 1 le domesticus est le subordonné direct du roi. Lors que | la Gaule entiére est placée sous l'autorité d'un seul roi, comme Clovis, celui-ci est assez fort pour imposer son autorité à tous ses sujets ; mais si le tróne est occupé par plusieurs prin ces que l'histoire,a désignés sous le nom de fainéants, on voit apparaitre l'autorité d'un personnage qui,sous le nom de maire du palais, sait se faire obéir par les fonctionnajres, qu'on les nomme comes ou domesticus.
Qu'est lui-même le maire du palais sinon un fonctionnaire ou domesticus, c'est-à-dire un administrateur du domaine privé plutót qu'un personnage politi que ?
Ce fait est conforme aux idées germaniques et le palais est, à bien des égards, demeuré une cour germani que oü tous les fonctionnaires sont des officiers palatins et non des administrateurs publics. Saint Arnoul était déjà évé que de Metz sans cesser de remplir domeslicatus sollicitudinem el primatum palacii 4, il gouverna donc le palais sous Théodebert II, mort en 613, sous Clotaire II, mort en 630, et pendant la minorité de Dagobert I. Sous Théodebert, il dirigeait en qualité de domesticus les ressorts ordinaires de six de ces dignataires et Paul Diacre l'appelle 1
ME.
palatii moderator. La Vita Chlodulfi le qualifie - palatii rector et majordomus t. Umno, un de ses descendants, l'appelle aussi major domus * et il n'est pas douteux que saint Arnoul fut maire du palais ; on lit dans sa Vita cette assertion : diversis in palatio - honoribus et ministerio primus floruit 3.
De méme, Conda, parait avoir été maire du palais — de Théodebert I“, puis que, comme le dit FortuHi
AREA
(TTE NET FE ri h$ Tw FII uU « n TS natt :
Theudeberlhus enim comiülivae praemia cessit, auxit ef obsequiis cingula digna tuis. vidit ut egregios animos meliora mereri, moz poluit meritos amplificare gradus, instituit cupiens ut deinde domesticus esses : crevisti subito, crevit et aula simul. fJlorebant pariter veneranda palatia tecum, plaudebat vigilii dispositore domus. Theudebaldi eliam cum parva infantia vixil, hujus in auxilium maxima cura fuit, actibus eximiis sic publica jura fovebas, ut juvenem regem redderes esse senem : ipse gubernabas, veluti si tutor adesses.
- Conda gouverna pendant la minorité de Théodebald, — roi d'Austrasie (547-555).
Licinius , évêque d'Angers, mort en 605, et Didier , évêque de Cahors, mort en 654, semblent de même avoir exercé la charge de maires du palais. Au commencement du VIe, les fonctions de domesticus et celles de maire du palais sont assez semblables, et cela s'explique assez bien par l'étude de la mairie du palais à ses débuts. Suivant la juste remarque de G. Waitz, le nom lui-même — major domus — renseigne déjà sur son humble origine ; ce n'est d’abord qu'un valet parmi les autres qui remplissent la maison, il est seulement le premier d'entre eux, le chef de la domesticité et se confond avec le domesticus. Grégoire de Tours ne cite pour le VIe que trois noms de maires et qui ne semblent pas tenir une place fort grande, C'est Waddo' », ancien comte de Saintes, attaché par Chilpéric I« à sa fille Rigonthe, qui se rend en Espagne pour épouser le roi Récaréde ; puis Florentianus 5, major domus reginae, que le même Childebert II charge, avec le comte palatin, d'une mission financière à Tours ; enfin Badégisile, domus regiae major, et qui deviendra évêque du Mans *.
Les maires Badégisile, Florentianus et Waddo sont donc des fonctionnaires privés comme autant de domeslici : ils sont même d'un rang inférieur à ces derniers puis que Grégoire les nomme après eux ??, Certains auteurs ont même confondu le domesticus et le major domus ; d'ailleurs Marculfe leur en donnait l'exemple lorsqu'il remplacait les mots illo comitae par illo majorem domus.
Nous venons de voir les maires s'élever du rang de chefs de la domesticité à l'administration du palais royal, au VIe, Puis, au siècle suivant, le maire est le chef de l'administration et le premier parmi les fonctionnaires du palais, comme cela arrive à saint Arnoul de Metz. Un siècle encore et ses successeurs deviendront les chefs politiques du pays, en vertu de cette idée germanique que les fonctionnaires palatins sont seuls fonctionnaires royaux, parce qu'ils font partie de la suite du roi, de sa maison. Les fonctionnaires politiques, eux, sont plutôt des vassaux et, dès que les charges de comtes deviendront héréditaires, le régime féodal sera établi.
Il faut observer toutefois que le domesticus n'a pas vu accroître sa puissance, on pourrait même dire qu'à chaque accroissement de la puissance du maire, on peut noter un degré de déchéance pour le domesticus, Au VIe, lors que le maire devient le chef de l'administration, les comtes accaparent les fonctions de domesticus ; au VIIe, lors que les maires se substituent définitivement aux rois, les domestici achèvent de disparaître. Ces phénomènes, en apparence contradictoires, résultent des mêmes causes.
Au VIe, la puissance des rois francs est grande ; ils gouvernent par eux-mêmes. Bien qu'ils séjournent de préférence dans un lieu déterminé, ils n'ont pas de résidence fixe et passent d'une villa à une autre villa ; des raisons économiques ne sont pas étrangères à cette conduite : ces princes nomades s'en vinrent consommer sur place les revenus de chaque domaine. Le roi visite tour à tour chaque domesticus et le major domus n'est que le chef du personnel qui se déplace à la suite du roi. A cette époque, le domesticus est parfois très riche et jouit d'une position indépendante.
Au début du VIIe, les circonstances politiques donnent une certaine puissance aux comtes et la puissance du maire s'accroît ; il règle les difficultés d'ordre administratif, le domaine royal s'amoindrit. A la fin du VIIe, la famille carolingienne s'établit à la tête du royaume ; elle éclipse la dynastie en attendant qu'elle la remplace, ce qui ne tardera pas. Dodon, qui assassina saint Lambert, en 708, se qualifie domesticus principis Pippini et ne se réclame nullement de Childebert III. Vers le milieu du VIIIe, Pépin devient roi et le rôle des maires du palais est terminé ; car, en fait, leur évolution est achevée. Partis du rang de premier serviteur du roi, ils sont devenus le ministre principal de sa maison, puis premier ministre du royaume : il ne restait qu'un échelon à gravir et Pépin, devenu roi, n'est pas disposé à l'oublier. H. LECLERCQ.
MAISON. — I. Le sens de Domus. II. Les villes antiques. III. Athènes. IV. Rome. V. Pompéi. VI, Égypte, VII Syrie centrale. VIII. Constantinople. IX. En Afrique. X. Timgad. XI. Portus Magnus. XII. Henchir Touta. XIII. Gaule. :
I. LE SENS DE DOMUS. — On a trouvé en Italie des récipients en terre cuite, ayant la forme d'une habitation et servant d'urnes funéraires. C'est que, depuis une haute antiquité, les hommes se sont flattés de l'idée d'une existence posthume, dont les circonstances leur échappaient en grande partie, mais qu'ils imaginaient offrir des analogies avec leur existence terrestre. Celle-ci s'était écoulée dans une maison dont l'aspect extérieur ne présentait, sans doute, rien de luxueux ni même de confortable, mais c'était la demeure, le foyer familial, ou les joies et les douleurs s'étaient succédé suivant un rythme auquel presque personne n'échappe, et ces pauvres muraillons en brique, parfois en pisé ou même en torchis, ce toit de chaume et le seuil marqué d'une poutre ou d'un linteau devenaient le symbole des années écoulées avec leur cortège de souvenirs. Par une association d'idées facile à saisir, le défunt en se séparant de cette demeure voulait s'en préparer une autre plus étroite, plus grossière encore, conforme aux nécessités rudimentaires de cette vie souterraine qui allait être la sienne. Réduits en cendres, déposés dans un récipient d'argile rigoureusement clos, ceux qu'on déposait dans cette maisonnette n'y attendaient pas la résurrection que le paganisme ne promettait point, mais ils espéraient y prolonger longtemps, à l'abri des chances contraires, une existence amoindrie dont ils ne prévoyaient pas le terme pas plus qu'ils ne s'en expliquaient les conditions.
Des générations se succédèrent et les habitués changèrent. On délaissa le coffre en forme de maison, on adopta des procédés différents d'inhumation, mais l'idée et le mot survécurent à l'usage. La tombe, le sarcophage prirent le nom de domus aeterna et cette expression fut adoptée par les fidèles eux-mêmes. Mabillon n'avait pu se l'expliquer mais il fallait la pro-
X CALEVIVSBEN DIDITAYI LYCIVS HPA
Le mot domus fut appliqué à une tombe et nous en trouvons un premier exemple daté sur une inscription romaine de l'année 380. C'est une belle dalle de marbre qui a dû fermer un arcosolium ou bien une tombe au ras du sol, et que J.-B. de Rossi a vue et dessinée à la villa Albani (fig. 7522). Gaetano Marini, qui la publia le premier, en donne cette interprétation :
| OVEMAMICEDEFIEN S OLACIVAAQREQVIRIN | PROHNNCINVIMO RASVBOIEM QVENSSNPERIS TITEMREQVISTI2ETERNAREOVIEMÉEHICITA.
SCAVSAM ANDBISIIIXKH LEN D A. 5 OT O P. RIS CVCVRBITINNSEEABVNO d N'TRIJSOMVVDBIPOSITI ERANT VINI ET CALVILIVS ET i hic quiescit ancilla Dei, quae de sua omni (re) possidet domum islam, quam amicae deflent, solacium que re quirunt. Pro hac una ora subole, quam superstitem reli- — quisti : aeterna (in) requie Felicitas... manebis (fortasse — pausam habebis) xii kalendas octobris. Cucurbitinus el Abundantius hic simul quiescunt. DD. N N. Gratiano V et Theodosio Augustis (consulibus).
S HICGIMVIQVIESCIL PEOD OSIOA AV GG |
A la ligne 2, les mots de sua omnia seraient mieux rendus par de suis omnibus.
A la ligne 5, on peut compléter [eeu IS Causa manebis, Il se pourrait que la défunte s’appelât : Ancilla Dei
COS STIL
| de F. Buecheler, n. 1619 ; Silvagni, Inscr., christ. urb.
Rom. saec, VII antiguores, n. 3194 ; E. Diehl, Inser. lat. christ. veleres, n. 1464.
Une inscription dont un fragment est conservé à Urbino, à la mairie, où il fut copié par De Rossi, se 1224 —
# J €
uU co ES trouve heureusement complétée par une copie de Francesco Ptolemeo de Sienne qui vit l'inscription intacte | (fig. 7523). Le sens est clair. Calevius vendit à Avinius ce tombeau dans lequel reposaient déjà GCalvilius et ri Lucius, sous le consulat de Stilicon, l'an 400, La formule débute par un chrisme : Calevius bendidit Avin » (risomu ubi positi erant Vini et Calvilius et Lucius in pa(ce) cos. Stil(icone).
J.-B. de Rossi nous dit que de symbolis huic epitaphio insculptis erudite viri mulia dispularunt, et on le croira sans peine ; on y reconnaitra sans difficulté une balance, la momie.de Lazare dansson Aeroon, peut-être un chandelier à sept branches, une maison ayant une porte et deux fenêtres, enfin un poisson. Cette maison est probablement un tombeau dont on nous montre la facade que Martigny à restauré | fort bien (fig. 7524), à condition que ce ne soit pas | tout simplement le plan par terre de la concession Huc sl | n sut fn lj j ji il « m. —— MR dar cs M | vendue par Calevius et l'emplacement des trois tombeaux. criplionum antiquarum quae in aedibus paternis asser
D'après lui, Helandus, Fasti consulares, in-8°, Tra
Nous nous en tiendrons à ces monuments et à ces textes pour la maison considérée au point de vue funéraire.
II. LES VILLES ANTIQUES. — Rien de plus différent que l'aspect de la ville antique comparé à celui de nos cités modernes ; et cette différence ne porte pas seulement sur le langage, le vêtement, les habitudes et la civilisation des individus, mais encore et surtout sur les conditions parmi lesquelles s'écoule leur existence. Qu'on parle grec, latin ou français, qu'on porte la toge ou la redingote, qu'on se rende au bain ou au cinéma, cela importe assez peu puis que, en définitive, on cause, on s'habille, on s'amuse comme on l'entend. Mais dès qu'il s'agit d'habitations, de mœurs, il n'en est plus de même. Nos villes modernes, et jusqu'aux moindres villages, nous offrent le spectacle de rues tracées par l'alignement d'alvéoles, grands ou petits, mais tous percés d'ouvertures multiples qui semblent inviter à une communication incessante entre ceux qui s'abritent à l'intérieur et ceux qui n'y pénètrent pas. La maison moderne est une façade décorée et perforée à profusion dans laquelle tout est ménagé pour entretenir le contact avec ce qui n'est pas cette maison et ceux qui lui sont étrangers.
Au contraire, la maison antique est essentiellement aveugle et systématiquement renfrognée. Point de façade sauf une muraille haute, nue, qui se dresse pour décourager par sa roideur toute curiosité et toute sympathie. La porte n'est que la fente indispensable pour permettre au maître du logis d'y introduire sa famille et de s'y glisser à sa suite. Qu'on en fasse le tour et tous les aspects, toutes les faces du quadrilatère seront aussi peu accueillants et cette disposition s'explique par un ensemble de conditions bien caractérisées.
Sur ces rives aimables de la Méditerranée, la lumière est ardente et la chaleur excessive ; on a donc cherché à n'en subir que ce qui est nécessaire ou agréable et, en conséquence, on a réduit le nombre et la surface des communications, on a tamisé la lumière et la chaleur à leur entrée dans les appartements où s'écoule une vie nonchalante. La pudeur et la vertu des femmes ne semblent pouvoir être mieux à l'abri de toute mésaventure que dans le gynécée où elles vivent presque prisonnières, mais toujours isolées et s'adonnant à des occupations qui distraient leur paresse. La faconde et la vanité des hommes souffriraient trop de cette réclusion à laquelle ils échappent en passant leurs journées sous les portiques, au bain, au forum, parlant sur toute chose, s'engageant dans des brigues, dans des cabales qui leur rendent la maison silencieuse si peu attrayante qu'on ne les y voit rentrer que pour l'heure du repos qu'ils retardent le plus possible.
Enfin, faute de savoir employer le verre et de s'appliquer à le couler en plaques, on s'interdit le moyen d'éclairer les chambres qui ne purent prendre jour que sur la cour centrale ou sur des galeries intérieures ; on grelotta et on s'enfuma. Grecs et Romains ont pu entreprendre et réaliser de grandes choses, mais ils n'ont jamais su faire cette petite trouvaille qui rend supportable le taudis d'un savetier ; un carreau de vitre. | Dès lors, la maison antique fut essentiellement composée d'une cour entourée de bâtiments prenant jour sur elle. Les Romains qui se croyaient d'esprit pratique transformèrent cette cour en appartement dont le toit découvert laissait les eaux pluviales s'amasser dans un bassin. Ainsi comprise, la maison grecque ou la maison romaine fut celle que nous avons décrite et dont nous avons montré l'aménagement vers le temps de la naissance du christianisme (voir Dictionnaire, t. 11, au mot BASILIQUE). C'est cette demeure majestueuse qui servit aux réunions des fidèles, mais ceux-ci, en majorité, ne vécurent pas dans des maisons analogues, qui formaient l'exception. Vers le début de notre ère, en Italie comme en Grèce ou dans les villes maritimes de l'Asie Mineure, la multitude des habitants s'entassaient dans des demeures beaucoup plus simples et qu'on pourrait comparer avec assez de justesse aux habitations de nos paysans, modestes cabanes dont il ne subsiste guère de vestiges, mais que l'archéologie nous permet de reconstituer.
Ces cabanes furent tracées tantôt sur plan circulaire, tantôt sur plan rectangulaire ; leurs parois se composaient d'arbres ou de madriers plus ou moins espacés et leur toit de chaume tenait avantageusement la place des terrasses qui ne s'imposèrent que beaucoup plus tard. C'est ici que nous servent les urnes cinéraires dont un assez grand nombre a été rencontré dans les nécropoles des monts Albains et dans les fouilles exécutées sur l'emplacement du forum romain. Une des plus souvent reproduites nous montre la hutte ronde à toit conique, faite à l'aide de branchages et recouverte de chaume et de roseaux. La forme ronde tend ensuite à s'allonger dans le sens de l'ovale et bientôt à devenir carrée. Le toit sera percé d'une ouverture qui donne passage à la fumée (fig. 7525). Telles ont pu être quelques-unes des huttes qu'habitérent encore dans de misérables bourgs, certaines des premières générations chrétiennes. Ce ne sont certes pas dans de belles demeures aristocratiques, avec péristyle, impluvium et triclinium que vécurent les nomades périodiques, mais dans des taudis et des cabanes dont nos contemporains refuseraient de franchir le seuil.
Quand prévalut la forme carrée, on y put voir l'influence de l'Étrurie. Le toit était percé d'une ouverture rectangulaire donnant passage à la fumée et, par contre, donnant accès à la lumière et à la pluie. C'est encore par une urne funéraire que nous pouvons nous figurer l'apparence et les dispositions des demeures des vivants. L'urne (fig. 7526) a été trouvée près de Chiusi, petite ville qui a possédé, à l'époque des persécutions, deux cimetières chrétiens. Nul doute que dans les campagnes et, même dans les villes, ce modèle ne persista longtemps, mais on peut remarquer que la pente du toit rejette l'eau pluviale au dehors. Cela devenait fâcheux dans une ville où les maisons se rapprochaient les unes des autres à ce point qu'elles se touchaient presque, afin de ne pas perdre un terrain coûteux. L'eau qui coulait des toits formait des rigoles et des bourbiers qu'il devint utile de supprimer ; on imagina alors de bâtir les maisons sans aucun intervalle ce qui entraîna l'adoption d'une nouvelle forme pour le toit ; la pente fut tournée vers l’intérieur où un bassin creusé dans le sol recueillit l'eau (impluvium).
Pendant des siècles, les Romains ne connurent pas d'autre forme d'habitation. Une pièce centrale, l'atrium, « ainsi nommée parce qu'elle est noircie par la fumée (ater) du foyer. L'atrium est le logis primitif composé d'une salle plus ou moins grande que séparent des cloisons perpendiculaires au toit disposé en pente. Dès les derniers temps de la République, cette installation devient le rêve de tous ceux qui ont quelque aisance. Toute la vie familiale s'écoule là. On y mange, on y reçoit, on y dort, les amis rendent visite, les enfants jouent, l'épouse gouverne ses servantes et jouit d'une liberté d'allure et de mouvement qu'elle ne connaît pas en Grèce. Au fond de l'atrium on ménagea deux recoins, les alae où on installa les archives, les souvenirs de famille. Déjà, les quartiers où on construisait ces maisons prenaient une sorte d'élégance et les artisans enrichis, les propriétaires s'y ménagèrent une installation ; mais c'était là un traitement d'exception et il n'est pas douteux que « les fidèles, gens de mince fortune — lorsqu'ils n'étaient pas esclaves — ne devaient pas être nombreux au début à posséder des maisons. Toute l'ambition pouvait et devait s'arrêter à vivre dans quelques chambres louées ou à se blottir dans quelque arrière-boutique, tabernæ. Celles-ci étaient fort modestes, fermées par des poutres ou des planches, adossées à des murailles le long des rues ou dans les carrefours.
Isidore de Séville nous dit qu'on appelait tabernæ les petites et modestes maisons des plébéiens et fabernarii ceux qui y logeaient. Le nom de tabernæ venait de ce que les maisonnettes étaient faites de planches de bois, C'était sans doute l'équivalent de ce que nous appellerions échoppe ou appentis. Isidore faisait remarquer que depuis longtemps on avait remplacé les planches par la pierre, mais le nom de tabernæ était resté. Souvent, ces installations de fortune s'adossaient à une grande habitation.
— Nous n'avons rien à dire des palais, quoi que les chrétiens n'en aient pas été exclus ; qu'on se souvienne de ceux qui de domo Caesaris sunt ; rien à dire — non plus des habitations riches où vécurent de grands personnages comme Flavius Clémens, Glabrion et E d'autres (voir Dictionnaire, t. 1, au mot ARISTOCRATIQUES, E et t. 2, au mot Pa ergun) ; Il y eut nombre de Cécile on la voit e de ce que nous nommerions aujourd'hui un « petit hôtel ». Mais ce sont là, — malgré tout, des exceptions ; la population chrétienne — dans l'empire, pendant les premiers siècles, se compose — d'indigents, d'artisans, d'esclaves, d'une classe qui s'estime heureuse et satisfaite dans un pauvre logis, une — bouti que exigué, et c'est de cela seulement que nous — voulons parler. — En Grèce, en Macédoine, dans les villes d'Asie Mineure où prédominait l'influence hellénique, la — majeure partie de la population des villes s'entassait — dans de chétifs appartements ayant accès directement sur la rue. Une pièce suivie d'une autre pièce dont l'obscurité marquait la destination de chambre à coucher, parfois un escalier en colimaçon ou bien une échelle conduisait à un étage supérieur. Sauf dans les cas où le sol était meuble, on évitait les fondations — et l'humidité en prenant pour assise le rocher aplani — sur lequel on posait à même les parois inférieures de l'habitation en pierre, par-dessus on élevait la muraille qui n'était souvent guère plus qu'une cloison en bois, ou en briques crues, ou en cailloux assemblés avec de la terre en guise de mortier. Le rez-de-chaussée s'était tout naturellement transformé en bouti que et la mansarde devenait un abri où étaient heureux de se réfugier de pauvres gens ou des étrangers de passage.
III. ATHÈNES. — Il n'est pas impossible de se faire une idée de l'aspect de ces quartiers urbains envahis par les petits, les humbles et d'où les riches s'étaient peu à peu retirés ; ces pauvres maisons, tout comme d'imposants édifices, ont laissé leur trace sur le roc. À Athènes, le quartier de Mélité est le plus ancien et le plus populeux de la cité, et on distingue encore les soubassements des maisons sur les collines de l'Aréopage, des Nymphes, du Pnyx et de Philopappos.
« Les logements sont très petits, souvent précédés d'une terrasse, souvent munis d'escaliers, de bancs, de niches, tout autour se creusent des canaux qui conduisaient l'eau des pluies aux citernes rondes et aux réservoirs. À l'ouest de la colline des Nymphes on suit encore deux rues à profondes ornières. Entre le Pnyx et la colline de Philopappos passe une grande voie antique (xotAz 600ç), pourvue de stries transversales, d'ornières et de rigoles pour l'écoulement des eaux, À examiner le sol, on s'aperçoit que tout ce quartier, voisin de l'acropole, de l'agora et du Pnyx, devait être très peuplé et très animé. Pourtant on n'a pu y découvrir les traces d'une maison de quelque apparence. Evidemment ce n'est pas là que demeuraient les élégants. Ainsi durent se présenter longtemps toutes les vieilles cités, où, seuls, les dieux et les magistrats étaient bien logés. C'est là sans doute l'aspect que gardèrent toujours les bourgs de l'intérieur du pays !. » Pour en donner une idée, nous décrirons rapidement les habitations d'une petite ville voisine de Corinthe, l'ancienne Éphèse qui offre l'ensemble le plus complet et le plus varié.
« Toute la partie orientale du plateau est, sur une longueur d'un kilomètre et sur une largeur de 300 mètres, couverte d'empreintes de maisons, de rues, d'escaliers. C'est l'emplacement d'une ville fort ancienne, aussi curieuse et plus variée à certains égards que les rochers taillés de l'Aréopage et du Pnyx ou de la colline de Munychie... Deux rues principales donnaient accès au plateau (au Nord-Ouest)... Du côté du Sud-Est, sur des sentiers ouverts dans le roc, ou s'élevait péniblement d'une terrasse à l'autre, entre deux rangées de chambres coupées dans le roc. La plus longue de ces rampes est en face de l'extrémité du vallon où l'on avait établi le stade. On en suit les détours pendant plus de 200 mètres. Cette rampe donnait accès à une foule d'habitations. Les parois sont formées par des pans de rocher habilement coupés et polis, parfois à une hauteur de plus de deux mètres. Une de ces chambres, dont les quatre côtés sont bien conservés, a 3 m. 10 sur 4 m. 10 ; on voit encore le seuil de la porte, des moulures empreintes sur le roc, et, à hauteur de main d'homme, une petite cavité pour la lampe.
« Si, à l'endroit où ce chemin débouche sur le plateau, on se tourne vers le Nord-Est, c'est-à-dire dans la direction du sanctuaire de Poséidon, on aperçoit une série d'escaliers qui ont d'ordinaire quatre ou cinq marches, parfois jusqu'à vingt ou trente. Ces escaliers mettaient soit les maisons soit les ruelles en communication directe avec la rue principale de la ville.
Puis, c'est une habitation à deux chambres, l'une n'ayant d'issue que sur celle de devant. Voici un petit escalier de quatre marches entre deux pièces ; un escalier tournant à plus de vingt-cinq marches : une citerne ronde ; une habitation à double issue, d'une part sur la grande rue, d'autre part sur une rampe qui contourne le rocher... Les rues, les fondations, les parois des rochers, le mobilier, tout est taillé dans le rocher. On rencontre çà et là des moulures. Mais tout a un caractère nettement archaïque ?. » On voit que le roc tient une place importante dans ce genre de construction : quant à l'installation, elle parait encore plus primitive et plus modeste que dans les boutiques de Pompéi. À Pompéi, comme à Rome, les pauvres et tous ceux qui n'avaient pas plus que le nécessaire, louaient une chambre, un appartement à l'un des étages supérieurs d'une maison bourgeoise ou dans une maison de rapport à ce destinée (insula).
trois catégories de logis que comporte une insula : ce sont les boutiques (fabernae), les ateliers (pargulæ), les appartements (cenacula). Ces maisons de location, habitées par de petites gens, furent de bonne heure opposées aux « hôtels » occupés par les personnes de condition. Après l'incendie de Rome, Néron forma derrière les maisons des grands (domus). » Ces indications ne sont pas du tout exactes. Il se peut qu'à l'origine on ait appelé insula une habitation complètement isolée, entourée de toutes parts d'un jardin ou d’une cour ; mais rien ne prouve qu'à partir de Cicéron il en fût encore de même‘, Ainsi, par exemple, M. Paminius Umbricus Visum j ; i r IND. TIE a LUTTE GUERRE jun M à AU NU TREAES D Lame LT m. BÉ ædificiorum Urbis novam excogitavit, ut ante insulas ac domos porticus essent *, Dans cet incendie, dit encore Suétone ?, praeter immensum numerum insularum, dopretiis 3, Montfaucon a conservé le dessin d'une maison, caserne défensive ou magasin militaire plutót que maison de rapport, qui existait encore à Metz au commencement du xvi siècle. Elle avait six étages en comptant le rez-de-chaussée et un toit à pignon qui devait abriter un immense grenier (fig. 7527). Les pignons à re rappellent de manière frappante ceux du palais de Constantin Porphyrogénète à Byzance. Le général L. de Beylié a emprunté à un sarcophage du Latran de soi-disant « maisons à étages et fenêtres probablement vitrées » qui représentent non des maisons privées, mais des basiliques avec leur baptistère. Un bas-relief qu'on peut dater approximativement du ii siècle de notre ère représente une ville du lac Fucin avec ses rues, ses maisons à étages bien alignées (fig. 7528), ce qui aide à comprendre la position des insulæ entourées de rues sur leurs quatre faces. La spéculation ne manquait pas de s'insinuer là comme partout. Généralement l'insula appartenait à un seul propriétaire, mais entre les pauvres citoyens et les riches, il existait une classe moyenne qui tenait à honneur de n'habiter que dans un logement à elle, qu'elle possédait en propriété, regardant comme une honte d'être inquilinus, c'est-à-dire locataire. Dans ce but, ceux qui possédaient un peu d'argent se réunissaient trois ou quatre ensemble, plus ou moins, suivant l'objet de leur ambition, ils bâtissaient ou achetaient à leurs frais une maison dont ils se divisaient la propriété : l'un ayant le rez-de-chaussée, l'autre le premier étage, un autre le deuxième et ainsi de suite.
Dans le dictionnaire de Freund, l'insula est définie comme une maison isolée sans vestibule ni pavillon. x La plupart de ces maisons, y est-il dit, étaient rangées nous voyons dans le passage de Suétone cité plus haut, que des portiques longeaient les insule et les | domus, ce qui présuppose une ligne ininterrompue de - maisons. Ainsi encore, il est inadmissible que, comme Fi e s le dit Freund, la plupart des insulæ fussent rangées 1 derrière les maisons des grands. Nous connaissons, en effet, par le Curiosum Urbis et la Notitia regionum Urbis XIV, le nombre exact des insulae et des domus E “qui se trouvaient, sous l'empire, dans les quatorze . régions de la Ville. Or, dans chacune d'elles, le nombre “des insule était infiniment plus grand que celui des ^ domus. Dans l'un des appendices de ces curieux documents, le nombre total des insule est fixé à 46 602 et celui des domus à 1 790. Il était donc matériellement 1 impossible que la plupart des insulæ fussent rangées — derrière les domus. Dans un commentaire sur les — Annales de Tacite, les insula sont définies comme — des groupes de maisons isolées de toutes parts. Nous croyons pouvoir affirmer que ce ne sont ni des groupes — de maisons, ni des maisons complètement isolées ?.
Le plan antique de Rome nous montre, au rez-de-chaussée d'une insula, des boutiques occupant tout le pourtour d'une cour étroite et profonde. Les ateliers - sont aménagés avec plus de soin, mais parfois ils — empiètent sur la rue et sont installés sous un toit, mou peut-être sous une bâche, à la façon de ce qui se fait de nos jours pour permettre l'étalage sur le trottoir débordant la devanture du magasin ; c'est ce * qu'on nommait pergula. Même aux étages supérieurs on organisait des pergulæ qui agrandissaient un peu les dimensions du logement composé en général de peu de chambres, d'une cuisine et d'une latrine.
Afin de ménager l'espace et d'épargner l'argent on f procéda à une simplification qui dénaturait le carac- - tére de l'habitation : cha que appartement n'eut plus - son escalier spécial, un même escalier desservit plusieurs logis. Mais aussi dans une insula on multiplia - les escaliers afin de desservir des séries de chambres ou d'appartements, comme on fait de nos jours dans E « maisons de rapport », et c'est à Tertullien que E 1 nous devons ce curieux détail : Cenacula in aedicu- larum disposita sunt forma, aliis at que aliis pergulis E = supersiructis et per lotidem scalas distributis . jiUne insula ne ressemblait certes pas à ces im1 meub les qu'on désigne aujour d'hui d'un nom aussi disgracieux qu'eux-mêmes : des « gratte-ciel » ;; néanmoins, - vers le début de notre ère, une insula comptait ordi- - nairement trois et même quatre étages, Vitruve nous = dit que Rome « s'est si bien développée et les ci- | - toyens y sont si nombreux qu'il faut construire partout des habitations. Comme on ne pouvait loger prés du - sol toute cette population urbaine, on a exhaussé de . plus en plus les constructions . » Sous Auguste, il fut - défendu d'élever les façades à plus de 70 pieds du sol, 1 ce qui correspond à des maisons à cinq et six étages, E ! mais on semble avoir tenu peu de compte de cette - prescription. Lors de la reconstruction qui suivit l'incendie de la Ville sous Néron, il fut interdit de dé- ~ passer la hauteur de 60 pieds i, | — Cet incendie fameux devint l'occasion de réformes |. administratives dans la construction des maisons. Non seulement Rome fut rebâtie, mais ses rues furent Wu tracées d'après un plan régulier, el les furent élargies, | au point qu'on put bâtir des portiques devant les — hôtels particuliers et devant les insule. Le bois fit - généralement place à la pierre, le plan hellénique de la L maison à plusieurs cours s'imposa de préférence au ES pen romain et on interdit les murs mitoyens, de sorte - que cha que hôtel ou cha que insula occupa tout l'espace entre quatre rues. Tout ceci était bel et bien, mais alors, comme en des temps plus rapprochés du nôtre, les prescriptions administratives ne pouvaient prévaloir contre les habitudes prises, On continua à bâtir des maisons à plusieurs étages ; le poète Martial nous |. apprend qu'il habitait au troisième , mieux partagé |. en cela que certains de ses confrères qui demeuraient Ever) sous les toits ; quant à Juvénal il nous apprend qu' demeurait dans un taudis . Ces logements médiocres ou misérables coûtaient encore assez cher parce que les insulze étaient ordinairement louées en entier par un entrepreneur qui sous-louait cha que chambre ou appartement en détail, ce qu'en appelait cenaculariam exercere ?.
La maison de Livie, au Palatin, a conservé plusieurs chambres dont les plafonds sont richement décorés et les muraux ornés d'arabesques et de fresques. Une de celles-ci représente une rue de Rome avec des promeneurs, des curieux aux balcons et sur les terrasses (fig. 7529). Si, des rues, nous pénétrons à l'intérieur des maisons, nous voyons le luxe les transformer de plus en plus, mais cela demande du temps. Vitruve a soin de nous dire que « les gens de fortune moyenne n'ont pas besoin de magnifiques vestibules, ni de fablinum, ni d'atrium » ; mais, d'une manière générale, les maisons particulières et les hôtels sont beaucoup moins nombreux à Rome que les insulæ remplies de locataires. Sur ce point, nous n'en sommes pas réduits à une vague affirmation ; voici une statistique qui Annal.,l. XV, 43. — Martial, 1, 118, 7. — Suétone, De ill. gramm., 9. — ? Juvénal, in, 166, — * Digeste, IX, 111, 5 ;
PT ES IPC nU remonte à la première moitié du iv siècle de notre ère :
Regio I Porta Capena....... 3250 insulæ, 120 domus
Soit, au total, 46 602 insule et 1790 maisons particulières ; la proportion étant de un à trente environ, V. Pompér. — C'était une petite ville, mais commercante, élégante, trés éveillée, où les boutiques et les maisons de rapport se rencontrent par centaines, avec des maisons particulieres opulentes et trés variées d'aspect, Il ny a pas de commentaire plus excellent des descriptions anciennes pour nous faire identifier et comprendre les moindres particularités d'une habitation. Le choix des matéri aux et leur emploi nous permettent de reconnaître l'âge des différentes constructions. On a devant les yeux des murs, bâtis en moellons ou en tuf réguliérement taillé, ou encore en blocage ;l'emploi dela briqueestexceptionnel, néanmoins, on connaît les chainages vertic aux et horizont aux. Afin d'alléger la construction on emploie volontiers le bois au premier étage ; il a disparu mais ses amor ces Sad dés) À sal POISE ST SEESE eh 1236. sont encore visib les ; des balcons de bois et des crois sées sont apparents (fig. 7530). Maintes colonnes - sont encore debout et nous montrent tout ce qu'il y avait de f aux et de « truqué » dans ce luxe appa- | rent,car beaucoup de ces colonnes sont en stuc ou en briques, plaquées de stuc, peintes en f aux marbre. La facade des habitations est simple, beaucoup sont entourées de boutiques. Un certain nombre d'habitations ne possèdent ni atrium, ni péristyle ; parfois méme on n'y voit pas le fablinum. Dans la rue de Stabies (sirada Stabiana) se trouve une petite habitation où l'on pénètre par la bouChamére E Tablinum.3 3 Ámphtuium E + == | m, | —— — Io Cursine ZI Tess | | e latrines 7531. — Plan d'une maison, ti que qui occupait toute la largeur de la façade, on. voit le tablinum faire suite au magasin, ainsi qu'un : triclinium ouvert d'une large baie donnant sur une courette où l'on cultivait quelques fleurs ; deux. chambres donnaient sur cette cour. Dans le fond de | la maison, un petit escalier conduisait aux chambres. du premier étage éclairé et aéré par la petite cour. Parfois l'atrium est un simple fragment ; une cour | biscornue comme sur les plans (fig. 7531). Le premier nous montre, dès l'entrée, les latrines et la cuisine, - et l'impluvium est adossé à la muraille. De cha que côté de l'impluvium des escaliers conduisent aux chambres de l'étage supérieur. Le triclinium est à proximité de la cuisine et des latrines : c'est un plan tracé par un esprit utilitaire. L'autre plan est trés différent ; une bouti que sur la rue, un corridor conduisant à l'atrium ou l'impluvium est muni d'un toit 4 triple pente adossé au mur : en face une chambre, et plusieurs pié ces au premier étage (fig. 7532). Certaines maisons remplacaient l'afrium par un viridarium, jardin d'agrément plus ou moins étendu et orné de portiques sur un ou plusieurs cótés ; des : massifs de maçonnerie, évidés dans toute leur lon- | gueur et installés entre les colonnes, recevaient des massifs de verdure et des fleurs. Ces petites maisons - nous paraissent plus humaines et moins solennel les - que les nob les et vastes installations comme la mai- - son de Pansa.Si, dés l'an 70, Pompéi comptait une communauté chrétienne naissante, ses membres de- —waient être répandus dans ces petites et accueillantes “demeures que nous décrivons. La vie devait y être douce, facile et aimable ; les maisons sont construites —— « Les maisons qui dominent la vallée offrent une vue admirable, el les sont bâties avec art et un grand superposent et ont ainsi plusieurs étages conduisant à des chambres recouvertes de terrasses spacieuses que le soleil enveloppe toujours et que l'on ombrageait moyen de velaria et de tonnel les dont on voit | | | | solaria fleuris, délicieux à habiter et où la brise de | mer venait adoucir la chaleur du jour (fig. 7533). Les E maisons situées dans l'intérieur de la ville ont bien | aussi quel que vue sur les montagnes par les fenêtres | des cenacula supérieurs ; un petit solarium souvent — était installé sur la terrasse de plusieurs toits. On Lun peut juger de l'effet produit dans certains peintures | qui en représentent la disposition. Enfin, les toits de | Pompéi étaient pres que plats, en mortier battu ou i légèrement bombés ; mais ceux qui y étaient recou- | — verts de tuile avaient peu de pente.
Mu « Quant aux escaliers qui desservaient les piè ces supérieures, il y en avait de différentes sortes : la — plupart étaient en bois et ont disparu ; on suit leur - trace le long du mur et les premières marches qui »existent encore sont en pierre ou formées d'un mas- | sif de maçonnerie. Ceux-ci sont praticab les, mais leurs - marches trés hautes offrent peu de largeur ; l'escalier ne montait pas toujours d'un seul trait, il se — qui laissait libre une grande niche que quelquefois les Lares occupaient, ou bien servait de placard ou apotheca.
« Une maison de la rue de Nola fait exception par la dimension de son escalier qui occupe un espace relativement considérable et donne un champ suffihe sant pour permettre à trois personnes d'y passer de front. Gertaines habitations importantes ont jusqu'à trois escaliers différents, Rarement les maisons possédent des caves ; il n'y avait guére que les grands propriétaires et les négociants en vins qui én eussent installé, Certains marchands se contentaient de planter des dolia en pleine terre dans leur jardin !. » VI. — Dès les premiers sièc les de notre ere, l'évangélisation a trés probablement dépassé les frontières de l'empire et de la civilisation grécoromaine. Nous savons d'une facon certaine ses progrès en Syrie et sa rencontre avec une civilisation et des coutumes loca les, Au dire de Diodore de Sicile et de Flavius Josèphe, la population de l'Égypte proprement dite, d'Alexandrie à Philae, montait encore, au I siècle de notre ère, à sept millions ou sept millions et demi d'individus. Une notable partie de cette population vivait dans des bourgs et dans de petites vil les ouvertes ; il existait, en plus, des agglomérations urbaines fort considérab les : Saïs, Memphis, Thébes étaient de fort gran des vil les. Les textes, égyptiens ou grecs, ne nous apprennent rien sur l'aspect des vil les égyptiennes et sur le groupement, les dimensions moyennes en hauteur et en largeur des habitations urbaines. Diodore rapporte qu'il y aurait eu à Thébes des maisons à quatre ou cinq étages, mais il ne les a pas vues et il les attribue au régne de son fabuleux Busiris. Dans les représentations figurées, on ne remar que pas de maisons qui aient plus de trois étages et encore est-ce l'exception ; reme í— 1 r] 1239 d'ordinaire, on ne rencontre qu'un rez-de-chaussée, un premier étage et une terrasse couverte. Les maisons représentées sur les bas-reliefs y paraissent souvent entourées d'une muraille crénelée ; el les s'élévent au milieu d'une cour ou d'un jardin. Toute maison un peu riche devait ainsi couvrir une assez vaste superficie. Les maisons méme des pauvres paraissent avoir eu d'ordinaire leur cour au fond de laquelle s'élevait une construction qui ne comportait qu'un regde-chaussée et une terrasse à laquelle on s'élevait par un escalier extérieur, Un petit modèle de maison égyptienne conservé au British Museum offre cette disposition qui rappelle certaines maisons syriennes,notamment celle de Douma. Dans les maisons plus vastes, les chambres étaient rangées autour d'une cour et réguliérement distribuées sur deux ou trois cótés, ou bien el les s'ouvraient surun long corridor. Les chambres du rez-de-chaussée servaient aux besoins du ménage, tandis que cel les de l'étage supérieur étaient habitées par la famille. Au sommet de la maison se trouvait une terrasse, souvent garantie du soleil par un toit léger posé sur des. colonnettes de bois et peint de couleurs brillantes. La partie de la terrasse qui n'était pas couverte portait unlarge auvent en planches (fig. 7534).
VII. SYRIE CENTRALE. —- Le Hauran ou Syrie centrale est une région lointaine, voisine du désert, si voisine méme que le désert a empiété sur elle et l'a gardée intacte pendant des siéc les de l'atteinte des hommes. Au moment de l'invasion musulmane au vire siècle, toute une population a fui ces vil les et ces villages où elle ne revint ja mais, tellement que les chemins en furent, pour ainsi dire, perdus. Un sol rocheux, un climat sec, une terre aride sont devenus comme l'écrin où se sont conservés des édifi ces, des maisons d'où l'absence de bois éliminait une chance de ruine, car tout y était construit en pierre, méme les portes, méme les toits.
La maison syrienne dérivait en partie de la maison égyptienne du ri siècle de notre ère. Celle-ci était carrée, à un ou deux étages disposés autour d'une cour centrale, En Syrie, les habitations du r1n siècle étaient construites sur un plan à peu prés semblable ; el les comprenaient un ou plusieurs corps de bàtiments à deux ou trois étages, avec galeries extérieures disposées à l'entour de la cour. L'un des cótés était consacré à l'habitation des maîtres : au rez-de-chaussée se trouvaient une salle de réception, des chambres pour les hommes ; le premier étage était réservé aux - les serviteurs, les magasins et les écuries.
1240 E femmes et aux enfants. Les autres bâtiments, que | nous pourrions nommer les « communs », recevaient ä, — Outre ces irois appartements, il existait d'autres. pié ces servant de sal les pour les étrangers et de magasins. Au-dessus de ces pié ces sont disposés les ap partements des femmes et des enfants, auxquels on accède | par un escalier intérieur o. Un corridor c sépare les appartements des maitres des dépendan ces contenant les chambres des domestiques, les cuisines et less écuries, Un escalier extérieur e conduit aux chambres de domestiques. Quant à l'écurie E qui peut contenir onze chev aux, elle a 8 métres sur 6. Les chev aux sont placés dans les bas-cótés, dont les murs sont percés de haies rectangulaires contenant les mangeoires et donnant sur la salle centrale. Cette meison esl 4241 x “entièrement en pierre, les plafonds sont formés par mus dal les.
— Le trait principal ce cette habitation est la grande sale centrale qui correspond à l'oïxoc des maisons _ grecques où se tenaient les réunions de famille, où se donnaient les repas, où on recevait les étrangers. tole IR PS à ^ Rd
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wmm D Cette maison n'est pas la seule qui mérite attention :
“nous avons déjà parlé de celle de Banagfour, nous E encontrerons encore celle d'El Rabah qui est pluEU une villa et appartient à cette catégorie de constructions rura les ; il en est de méme de la maison de $ Serdjilla, du v* silicio : ayant un rez-de-chaussée et “un premier étage, chacun avec trois chambres.
D'autres maisons à Serdjilla et à Befadi offrent “plutôt le caractère de maisons urbaines. La façade “extérieure sur la rue est pourvue d'un balcon ; la facade intérieure offre des portiques et donne sur une cour entourée de bâtiments secondaires consacrés aux dépendan ces, aux chambres de serviteurs et - aux écuries. Les dépendan ces n'ont souvent qu'un rezde-chaussée. Cependant quelquesunes ont un porti que “surmonté d'un étage. Les escaliers sont extérieurs, | “généralement dans l'angle des portiques abrités. En — général les maisons particulières ont un rez-de-chausI sée et un étage. - VIII CONSTANTINOPLE. — L'ancienne Byzance “élevée au rang de capitale de l'empire fut plus que B -tormée et agrandie ; on peut dire sans exagé— ration qu'elle fut rebâtie. Les trav aux furent poussés avec une rapidité extrême, car il fallait faire sortir du sol simultanément les édifi ces officiels, vastes, — grandioses, somptueux, et les habitations particulières adaptées à la population d'une grande cité. Des édi- - fi ces officiels nous pouvons nous faire une idée grâce “aux bas-reliefs de la colonne (voir ce mot) de ThéoE. publiés par Banduri,d'aprés un dessin de Genlile Bellini, montrant le cortège triomphal de l'empe— reur le long de la voie sacrée, en 386. On peut en rap- procher un ivoire de Trèves figurant une translation de reliques ; mais il n'en sera pas question ici.
En ce qui concerne les habitations particulières, “il est probable que les architectes de Constantin apportèrent de Rome le plan de la maison patricienne. On a raconté que l'empereur avait fait construire des maisons à plusieurs milliers de patriciens qui n'eurent d'autre peine que de se transporter en personne et de s'installer dans la nouvelle Rome. Il se peut qu'il y ait là, comme dans tant d'autres légendes, une parcelle de vérité. Un ou plusieurs patriciens ou courtisans obligés de suivre à Byzance l'empereur s'y firent construire leur logis sur le plan et avec la décoration de l'hôtel qu'ils possédaient à Rome. Ce qui est probable, vraisemblable, c'est que l’architecture étant un art qui improvise peu et lentement, la nécessité où se trouvèrent les architectes de se hâter leur laissa peu de loisirs pour imaginer et appliquer des formes nouvelles. Ce fut probablement le luxe mobilier qui se distingua de la simplicité des installations romaines. Saint Jean Chrysostome se plaint de ce luxe insensé. Les riches particuliers, dit-il, avaient des salles de bains, des portiques, des promenoirs, des jardins, des aqueducs, etc., etc. Tout cela nous apprend peu de choses, car ces lamentations se font entendre à toutes les époques et on leur préférerait quelques précisions. Ce que nous savons c'est que cette ville constantinienne : palais, églises, hôtels, maisons, édifices ne dura guère ; les incendies fréquents alternant avec les tremblements de terre les jetèrent à bas. Vers la fin du Vème siècle, le péril incessant que les barbares faisaient courir aux grandes villes, la perte des provinces qui constituaient une partie importante, et même la plus considérable, de la fortune immobilière des patriciens, ne permirent plus de vivre sur le même pied qu'auparavant et amenèrent la disparition des grands palais romains.
Au VIème siècle, au moment même de la formation du style byzantin définitif et de la construction de Sainte-Sophie, la manière de vivre des habitants et, par suite, les dispositions intérieures des habitations se modifièrent complètement. La foule des clients et des parasites disparut et les anciens palais font place aux maisons de rapport.
Constantin avait attiré, par des privilèges et des distributions de vivres, une population très nombreuse. En peu de temps, la ville fut tellement peuplée que l'enceinte, à peine achevée, devint trop petite. Les maisons, entassées dans un terrain nécessairement borné, chevauchèrent les unes sur les autres et rendirent les rues fort étroites, au point d'entraver absolument la circulation des voitures. Il est fort probable que, dès cette époque, les architectes adoptèrent les balcons en encorbellement, les loggias, les moucharabies, les bow windows, pour gagner de l'espace sur les rues. Cette mode existait à Pompéi au Ier siècle et en Syrie au IVème siècle. Un des traits originaux de la nouvelle ville est ce rassembler et de combiner les traditions de Rome et de l'Orient qui se fondirent. On rencontre la tradition orientale, en sa structure même, dans la rue centrale et les innombrables portiques bordant toutes les avenues. J. Strzygowski a constaté que pour l'aménagement des eaux on emprunta, au IVème siècle, le réservoir syrien à ciel ouvert, et au Vème siècle, lors que la ville se fut étendue et que la place manqua, la citerne souterraine alexandrine. Il est probable qu'en dehors des édifices publics et des maisons de luxe, l'Orient, l'Asie Mineure, alors très prospère, et surtout la Syrie fournirent une grande partie du personnel appelé à construire la nouvelle ville. La loi même de Constantin que nous avons rappelée, montre que la majorité de la noblesse s'était recrutée surtout en Asie.
On peut donc penser que les maisons romaines restaient nombreuses et formaient en quelque sorte l'ossature de la nouvelle capitale, mais qu'on rencontrait, derrière les portiques des rues principales et dans le dédale des rues populaires, de très nombreuses habitations conçues dans le goût de la maison syrienne et ne différant de celle-ci que par les matériaux employés, le nombre des étages et quelques modifications aux dispositions intérieures imposées par les mœurs et les habitudes de la capitale.
IX. EN AFRIQUE. — Nous avons dit que la maison antique avait adopté deux plans ou deux types principaux : le grec, qui distribue les appartements autour d'une cour centrale ; le romain, qui concentre toute l'existence familiale dans l'atrium. Les Africains, conquis et soumis par Rome, loin de se croire obligés d'adopter le type romain, cédèrent peut-être à un goût de contradiction ou d'opposition en donnant la préférence au type grec. Au-delà de l'entrée unique vient le vestibule qui mène à la cour. Celle-ci est tantôt rectangulaire, tantôt carrée, entourée de portiques et décorée d'une ou plusieurs fontaines, avec des plantes et des fleurs qui, à la faveur d'un climat où les intempéries sont rares et brèves, peuvent se développer dans tout leur éclat. Au fond de la cour, une ou plusieurs baies ouvertes laissent plonger le regard dans une vaste salle consacrée aux réceptions. Lors que la maison est très vaste, la cour principale ne suffit pas : on y ajoute des cours secondaires, assez étroites, bordées de portiques sur un ou trois côtés : autour, sont disposées des pièces formant un appartement. Souvent un local est ménagé pour prendre des bains.
La construction est en blocage, avec des chaînes d'angle en pierre de taille ; l'épaisseur des murailles ne dépasse guère 0 m. 50. Les salles étaient couvertes de terrasses plates : il est assez probable qu'elles posaient sur des poutres et formaient plafond, car c'eût été fort onéreux de voûter toutes ces salles et chambrettes. Nulle part on n'a constaté l'existence d'un étage.
X. TIMGAD. — La conservation exceptionnelle de Timgad ne s'étend pas, malheureusement, jusqu'aux maisons. On en a découvert un grand nombre au sud du decumanus maximus, mais toutes en fort mauvais état et ayant subi des transformations plus ou moins complètes après la chute de la domination romaine.
Voici la description d'une maison située au nord-est du forum entre la basilique judiciaire et le decumanus. La porte s'ouvrait sur le decumanus et donnait accès à un vestibule rectangulaire. Dans la cour, qui mesure 10 m. 50 de côté, des balustrades en pierre, aux contours assez capricieux, limitaient des jardinets, disposés symétriquement autour d'un puits. Cette cour était, selon l'usage, bordée de quatre portiques. Les salles qui la flanquent sont au nombre de onze. La plus vaste, pavée d'une mosaïque ornementale, fait face à l'entrée : elle présente, du côté de la cour, une très grande ouverture, coupée en trois baies par deux colonnes. A droite et à gauche de ce salon, il y a une chambre, précédée d'une sorte de vestibule, avec lequel elle communique par deux baies, qu'une colonne sépare.
A Timgad, entre autres découvertes, une maison a été étudiée qui se divise en quatre sections sensiblement pareilles. Celle du nord-ouest est fractionnée en cinq parties inégales : dans l'angle nord-est, salle carrée avec porte et escalier sur la rue septentrionale, deux petites chambres dont une garnie d'une table de pierre ; sur la rue de l'ouest, atrium (4 m. 75 sur 4 m. 85) dallé en pierre et moellons et possédant un beau puits de 7 mètres de profondeur ; un mur double de 1 m. 25 d'épaisseur le sépare d'une salle encore en partie dallée où trois mangeoires de pierre ont été installées.
La section du sud-ouest comprend six pièces : trois sur la rue méridionale, celle d'angle ayant porte communiquant avec la voie de l'ouest ; une salle (5 m. 30 sur 5 m. 20) en partie dallée, avec porte et escalier sur cette dernière voie ; et deux chambres n'offrant rien de particulier, au dallage de béton.
La section du sud-est comporte sept divisions : deux sur la rue sud, trois autres au nord de celle-ci et, au nord-est de la section, escalier de quatre marches conduisant à un terre-plein (1 m. 40 sur 1 m. 15), puis à un couloir fermé du côté est. Enfin la section nord-est contient quatre salles qui méritent une description particulière.
Trois de ces salles s'échelonnent le long de la voie septentrionale ; la plus vaste est dallée en pierre et sert de vestibule, elle communique avec les salles latérales ; une quatrième salle, dallée en grès, s'éclairait sur la rue de l'Est.
La chambre de l'angle nord-est contient deux cuves rectangulaires, au fond de béton et aux parois de pierre de 0 m. 20 d'épaisseur ayant toute la longueur de la pièce. Au centre de chaque cuve, un vase circulaire de foulon en terre cuite s'enfonce dans le sol. La pièce située à l'Ouest du vestibule a sa partie méridionale occupée par deux bassins dont le second seul possède un vase de foulon. Autour du centre de la grande salle rayonnent six compartiments tous pourvus d'un radier en béton et tous, sauf un, ayant des vases de foulon au diamètre variable entre 0 m. 95 et 0 m. 65. Le compartiment qui n'a pas de vase renferme un puits.
Le nombre des cuves à foulon est donc de dix. Il est facile de comprendre que le maître pouvait surveiller ses ouvriers avec la plus grande facilité en se plaçant sur le terre-plein auquel on accédait par l'escalier disposé en avant du couloir mentionné dans la section sud-est de la construction. Ces fouilles nous font ainsi connaître un établissement curieux pour l'histoire de la teinture des étoffes dans l'antiquité africaine.
Les déblais de maisons entrepris à Timgad ont commencé par l'insula située dans la partie nord-est de la cité, sur la même ligne que la bibliothèque municipale, dans le sens de l'est à l'ouest. On a trouvé fort peu de restes de murs dans l'intérieur de la fouille et on ne pourrait que difficilement et arbitrairement restituer les dispositions de la construction. On distingue toutefois des traces de seuils sur les côtés est et nord, les vestiges d'une salle importante dans la partie orientale de la maison, et d'un atrium au centre. Sur le côté méridional du decumanus ou est, en dehors de la cité proprement dite, on a entrepris le déblai d'une large bande de terrain. En général, les murs mis au jour sont assez mal construits ou plutôt refaits avec des matériaux de remploi à une basse époque. Mais on a découvert d'assez jolis bains particuliers dans une maison sise en bordure sur une petite rue perpendiculaire au decumanus et parallèle au forum, le vestiarium, le marché aux vêtements voisin du marché de Sertius. La rue, assez étroite dans la partie la plus chantante.
Les « bains » comprennent six chambres :
Sur le flanc occidental de ces petits bains, on a déblayé un long couloir accédant à une salle dallée (4 m. 50 sur 3 m.) disposée au nord des bains et ouverte sur la rue. C'était le vestibule de l'habitation.
Nous insistons sur ces bains privés parce que beaucoup de maisons en possédaient ; il a pu y avoir là un souci de commodité, mais aussi, chez les chrétiens, une pensée de décence et de modestie afin de se dérober à la promiscuité des bains publics.
XI. Portus Magnus. — Voici une petite maison de Portus magnus, aujourd'hui Saint-Leu, en Algérie. Les murs ne dépassent guère le sol ; en quelques endroits, ils sont même complètement détruits. Cependant les dispositions intérieures demeurent visibles. Le rectangle de 24 m. 70 de long sur 23 m. 50 de large. L'entrée est ménagée près d'un des angles au Sud-Est.
On reconnaît fort bien l'emplacement du vestibule, qui communique avec la cour par une porte dont le
) i A za E : es Ed fer A Dx E im e A T z | Ld xs E : zm S a Ea E : Ed = seuil s'est conservé, Des colonnes soutenaient les quatre portiques. Celui du Nord était isolé par des murettes,mais il avait trois portes : il devait servir d'antichambre à un appartement réservé composé d'au moins deux pièces !. Dans l'espace à ciel ouvert, de petits murs arrondis représentent sans doute des parois de fontaines ? ; les cuvettes sont pavées de mosaïques blanches et noires. La salle principale est à l'Ouest. Elle offre surle devant trois baies, séparées par deux piliers. La baie centrale mesure 2 m. 75 de largeur ; elle semble avoir été fermée par une drille. Les deux autres sont larges de 1 m, 40 ; à celle de gauche, on voit encore un seuil de porte. Cette salle était décorée d'une mosai que ornementale, consistant en des rosa ces. Il y avait aussi des mosaïques sous les portiques de la cour, mais il n'en reste plus que quelques cubes *.
A Saint-Leu encore, une autre maison plus vaste mais aujour d'hui à peu prés indistincte. Le plan dressé en 1862 permet néanmoins de s'y reconnaitre (fig. 7537). La lettre A indi que un vestibule qui faisait saillie en avant de la facade et qui était, semble-t-il, largement ouvert sur le dehors, Autour de la cour B, s'élevalent quatre portiques bordés de vingt colonnes et couverts de toits en tui les ; il est probable qu'ils
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élaient pavés de mosaïques communes. Des fontaines en forme d'hémicycle étaient appliquées contre trois de ces portiques, et, au centre de l'espace à ciel ouvert, il y avait un bassin rond.
Les couloirs C et D conduisaient peut-être à des communs. On reconnaissait nettement, à droite de la cour, les chambres F, G, H, I, J, K, L, dont plusieurs offraient des mosaïques ornementa les. A gauche, au contraire, lesmurs étaient pres que effacés ou recouverts par des constructions plus récentes, Le plan de 1862 n'indi que pas de communication directe entre la cour et ces chambres de gauché (E.).
En arriére de la cour B, il y avait un couloir M pavé de mosaï que, flanqué de deux jardinets carrés N et O, que des colonnes limitaient et où s'élevaient des fontaines semi-circulaires . Une galerie PP, longue de 32 mètres et revêtue d'un parement en mosaï que, était perpendiculaire au couloir. La grande salle de réception OQ s'ouvrait sur cette galerie par trois baies inéga les. Elle mesurait 8 m. 40 de largeur et 12 m. 40 de profondeur. La paroi du fond était peutétre percée de trois fenétres ou portes ayant vue sur le jardin. Sur le sol s'étendait une belle mosai que à personnages, que l'on a transportée au musée-d'Oran ; elle représente diverses scènes mythologiques . Une autre mosaï que, avec le triomphe indien de Bacchus, a été également découverte dans cette maison ; on n'a pas pris soin d'indiquer avec précision dans quelle salle elle se trouvait. La lettre R du plan désigne une citerne, qu'alimentait un canal partant d'une cuvette ménagée à l'un des ang les du jardin N,
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cuvette où s'écoulaient les e aux qui tombaient sur les toits eL les terrasses 1, XII. HENcuiRg Toura. — Henchir-Touta est située sur la voie romaine de Theveste à Ad Majores, par Ubaza Castellum (Henchir-Terrebza), cercle de Tébessa. Ce fut, à l'épo que byzantine une ville populeuse, assez grande puisqu'elle couvrait une superficie s'étendant sur plus d'un kilométre en longueur et environ 400 métres en largeur. Cette ville byzantine, pourvue d'une enceinte et d'un fort, succédait à une ville romaine. A 80 mètres du fort, au centre de la ville, à un carrefour de rues, se trouvait un monticule qui fut fouillé et donna une maison de l'épo que byzantine.
Les murs extérieurs avaient une longueur de 13 m. 30 sur une largeur de 13 métres ; c'étaient des murs ea moellons de toutes formes, de toutes dimensions, alternant avec des pierres taillées provenant de la démolition d'autres maisons. Dans l'angle a du bâtiment (fig. 7538), on dégagea une petite chambre mesurant 3 m. sur 4 m. 50, le sol était parsemé de débris de poteries, d'épaisseurs, de formes et de couleurs variab les. A un métre au-dessous du sol moderne on découvrit un cachot. Au point B se trouve l'entrée de la maison, au fond et à gauche d'un couloir de 1 m. 50 de large ; en C, une chambre de 4 m. 50 de long sur 3 m. de large dans laquelle débouchent la porte d'entrée et deux autres portes intérieures. La chambre D tient toute la largeur du bâtiment, elle mesure 13 m. de long sur 2 m. 80 de large. La chambre C'est séparée de la chambre D par un mur en pisé, ainsi qu'une partie du mur est de la chambre D. Le local marqué E sur le plan a probablement servi d'écurie, prolongée par un magasin marqué F. On voit encore trois auges supportées par quatre piliers rectangulaires formés chacun d'une pierre de taille. A droite et à gauche des auges, deux portes de 1 m. et 0 m. 80 de large. Ces portes nous mènent dans une cour de 5 m. 50 sur 4 m. Contre la rangée d'auges | moellons un peu plus loin. Puis, à 1 m. 50 de profonT | deur, apparurent de gran des et bel les pierres ce | pu recueillir plus d'un mètre cube de tessons. Au centre | pièce de l'angle nord-est du premier étage une sorte de on voit un escalier de 0 m, 80 de large ; les trois : | marches inférieures sont en place. A droite de la première, une pierre de -taille carrée de 0 m. 60 de haut, plantée dans le sol, indi que un pilier. Sur le ` méme alignement et dans l'axe de la cour, on voit une pierre tronconi que de (0 m. 60 de diamètre moyen et — de 0 m. 50 de hauteur, surmontée d'un dis que de pierre. Le dis que soulevé découvre l'orifice d'une | citerne de 8 mètres de profondeur, de 1 m. de large, 1 1 m. 50 de long, maçonnée jusqu'à 3 m. du sol. La | margelle présente intérieurement des sortes de cannelures produites par le frottement des cor des de puisage ; les mémes cannelures se constatent sur une grosse pierre en saillie dans la paroi de la citerne. Un canal en pierre de taille, à section triangulaire, recouvert de dal les, traverse la cour du Nord au Sud. Il servait à amener dans la citerne les e aux des toitures de la maison. A gauche de l'orifice de la citerne, une pierre de taille carrée à la base, cylindri que au sommet, dénote un pilier symétri que à celui dont nous | venons de parler il n'y a qu'un instant. Dans la cour. et prés de la porte de la chambre A, dans laquelle ont été découverts des tessons sur lesquels des lettres | étaient tracées, on a trouvé un fragment de poterie portant plusieurs lignes d'écriture. x Au sud de la citerne, au point H, on a déblayé. À une sorte de hangar. La terre y était mélangée de cendres, de charbon et de tessons de vases de toutes formes et de toutes dimensions ; on y a méme reconnu. ` des ossements humains. La chambre contiguë au hangar mesure 3 m. de long sur 2 m. 50 de large, elle | contient des fragments de terre cuite et des ossements. « En J se trouve une écurie semblable à celle qui lui. fait face de l'autre côté de la cour ; les auges reposent sur des pierres de taille, au nombre de quatre, dont = l'une a appartenu à un montant de porte. Cette écurie est la seule piéce de la maison qui soit pourvue d'un pavement dallé, | Au dehors de la maison, en K, la fouille a été continuée jusqu'au niveau du seuil de la porte, parmi de - nombreux débris de poterie qui deviennent de plus en plus volumineux. Une partie du mur nord de la chambre A a été démolie et on en a découvert les taille en calcaire blanc, quon peut suivre sur une i longueur de 4 mètres et à une profondeur de 2 m. 50, = On se trouve alors au-dessous du niveau de la mai- = son byzantine ; ces pierres sont renversées les unes sur les autres et, parmi el les, on rencontre de nombreuses lames de calcaire blanc débitées à la scie, ainsi que | des fragments ornés de sculptures. L'un deux représente un homme armé d'une gaule et abattant lesfruits d'un arbre fourchu, sur une branche duquel est appuyé un autre personnage.
I] est certain que nous avons ici une maison de l'époque byzantine, maison dont les appartements du rez-de-chaussée servaient de magasins, dans lesquels des denrées alimentaires étaient conservées dans des jarres ou des amphores fort nombreuses, puisqu'on a se trouvait une écurie pour trois chevaux, et dans la bureau, où le maître de la maison tenait ses comptes sur des débris d'amphores, ces ostraca retrouvés sur lesquels on a déchiffré des noms de débiteurs ou de créanciers et la mention des sommes d'argent *, — XIII. GAULE, — Nos climats septentrionaux ne nous offrir que de rares vestiges d'anciens édifices, comme le temple Saint-Jean à Poitiers ou l'église de Germigny-des-Prés (Loiret), témoins de “l'époque gallo-romaine et de la renaissance carolingienne. Ailleurs on ne rencontre nulle part un ensemble, mais à peine des fondations, des pans de murs sur la destination desquels il est permis d'épiloguer sans fin et sans grand profit. — Les maisons des Gallo-Romains, celles des barbares ont disparu et s'il n'est pas impossible de reconstituer — le plan d'une villa des champs, il est superflu de rechercher quoi que ce soit d'une maison dans les villes. E Parfois un nom reste attaché à une construction d'aspect ancien et entretient l'illusion d'une bâtisse primitive ; ainsi à Tournai, on donne le nom de + maison de Childéric » à deux façades romanes du XIIe, “situées à quelques mètres de l'emplacement de la — tombe du roi Childéric ; cette appellation ne s'autorise Fi ni d'un texte, ni d'une tradition, ni d'un indice quelconque. Eu égard à la proximité de ces maisons romanes avec l’église Saint-Brice et la tombe du roi Childéric, “on serait en droit de douter qu'une maison royale, qui comportait d'assez vastes dimensions, ait pu se trouver en cet endroit qui devait appartenir au cimetière. Il n'y a donc pas lieu d'interpréter cette appellation de « maison de Childéric » comme une survivance d'un édifice plus ancien. Avant toute discussion, il faudrait être fixé sur la date à laquelle cette appellation se rencontre pour la première fois. E Les barbares, à leur entrée en Gaule, eurent bien “mieux à faire qu'à s'essayer au métier de bâtisseurs ; E ils avaient d'ailleurs le choix entre beaucoup de maisons que le droit de la force leur permettait d'exproprier et de s'attribuer. Le voulussent-ils, ils eussent été sans doute fort inexperts dans l'art de transformer les habitations des Gallo-Romains dont ils s'emparèrent et où ils s'installèrent à la suite des invasions des ve et VIIes. — Dans l’art de l'architecture, la maison est certainement ce qui caractérise le mieux les mœurs, les goûts, les usages d'une population ; son ordonnance, comme ses distributions, ne se modifient qu'à la longue, et si puissants que soient les conquérants, leur tyrannie ne va jamais jusqu'à tenter de changer la forme des habitations du peuple conquis ; il arrive, au contraire, que l'envahisseur se plie, en ce qui concerne “les habitations, aux usages du vaincu, surtout si celui-ci est plus civilisé que lui-même. Cependant le -nouveau venu introduit peu à peu dans ces usages « des modifications qui tiennent à son caractère et à ses traditions ; il s'établit un compromis entre les deux ‘principes en présence et, un siècle ou deux écoulés, l'habitation laissée par le premier possesseur du sol s'est peu à peu transformée. Toutefois il ne faudrait _ pas croire que ces transformations soient telles qu'elles ne laissent subsister des traces très apparentes des 1 - habitudes et par conséquent de la structure primitives. — Dès les premiers siècles du Moyen Age, c'est-à-dire avant l'époque carolingienne, la maison des champs “du Français prend un caractère de défense. Quant à — la maison des villes, occupant un espace plus étroit par E suite de la nécessité où l'on s'était trouvé d'enceindre | ces villes de murailles, elle dut nécessairement abandonner, dans bien des circonstances, les dispositions — étendues d'un vaste rez-de-chaussée, pour superposer E des étages afin de trouver en hauteur l'espace qui lui [manquait sur le sol. Si les Romains n'employaient | pas le bois à profusion lorsqu'ils construisaient des | maisons pour eux, il est certain que les populations |= des Gaules ne cessèrent jamais de se servir de cette | matière ; peut-être donnèrent-elles pendant la domination romaine, une importance plus grande aux constructions en maçonnerie ; mais, sous l'influence des invasions du Nord, elles reprirent certainement | les constructions en bois sans répugnance. En effet, | l'art de la charpente, l'emploi exclusif du bois dans la construction n'appartiennent qu'aux races indogermaniques. Le bois, enrichi de peintures, joue un rôle important dans la construction de l'époque mérovingienne et les incendies fréquents, qui détruisirent des villes tout entières pendant les premiers temps du Moyen Age, témoignent assez de l'emploi presque exclusif de la charpenterie dans les constructions privées, De ces habitations antérieures au XIIe, il ne reste rien aujourd'hui ; on ne peut donc s'en faire une idée qu'en recueillant les renseignements laconiques donnés par les écrivains, les vignettes de manuscrits, fort imparfaites, et quelques bas-reliefs. Mais, si vagues que soient ces documents, ils n'en sont pas moins concluants sur un point important, à savoir que les maisons des premiers temps du Moyen Age étaient faites de bois, que ces constructions de bois étaient un mélange de charpenterie et d'empilage de pièces assemblées aux angles ; et ce point mérite toute notre attention.
En effet il y a deux manières de construire en employant exclusivement le bois : ou l'on peut empiler les uns sur les autres des troncs d'arbres équarris en les embrévant aux retours d'équerre ; ou l'on peut, par des combinaisons plus ou moins ingénieuses, en se servant du bois, tantôt comme support rigide, tantôt comme chaîne, tantôt comme décharge, tantôt comme simple remplissage, obtenir des pans de bois d'une extrême solidité, très légers, et permettant d'élever les constructions à de grandes hauteurs. La première de ces méthodes n'exige pas de la part des bâtisseurs de grands efforts d'intelligence et la seconde n'appartient qu'aux races blanches pures ; nous la voyons pratiquée à l'origine chez tous les peuples descendus des plateaux septentrionaux de l'Inde, chez les Scandinaves, chez les Francs, chez les Normands. Les renseignements que l'on peut réunir sur les habitations des époques mérovingienne et carolingienne nous laissent voir quelques traces de la méthode des constructions de bois par empilage, une connaissance assez développée de la construction en bois de charpente assemblés et des traditions gallo-romaines.
L'exiguité du périmètre de l'enceinte des villes en Gaule nous permet de comprendre facilement comment, dès l'époque mérovingienne, les maisons urbaines possédaient un ou plusieurs étages au-dessus du rez-de-chaussée ; les auteurs mentionnent souvent leurs étages et les représentations sculptées ou peintes nous les montrent plutôt dans la forme de tours ou de pavillons élevés que comme des logis juxtaposés, Grégoire de Tours signale des maisons à plusieurs étages : * Priscus, dit-il, avait ordonné au commencement de son épiscopat que l'on exhaussât les bâtiments de la maison épiscopale » et ailleurs : « Le duc Beppolen étant à table dans une maison à trois étages tout à coup le plancher s'écroula. » Les maisons mérovingiennes dont il reste des traces dans le nord de la France se composent habituellement d'une cave en maçonnerie non voûtée, surmontée de constructions de bois ; leur périmètre est petit et les logements devaient nécessairement être superposés. C'est d'après ce programme que paraissent avoir été construites les maisons représentées sur des chapiteaux de l'ancienne église de Vézelay (fig. 7539). La deuxième figure offre cette particularité d'un escalier extérieur ; or ces escaliers extérieurs, ou grands perrons, se rencontrent déjà en Syrie centrale, dont nous savons les communications avec la Gaule
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1254 MAISON — MAITRE-QUEUX . 412520
par les colonies d'Orient aux (voir Dictionnaire, t. 1H, au mot Colonies), et nous les retrouvons sur les manuscrits grecs du VIIe.
Retenons ce fait qu'en France, pendant la première période du Moyen Age et jusqu'au XIIe, il semble que dans les habitations privées on ait maintenu les traditions de l'antiquité gallo-romaine pour le rez-de-chaussée, et que l'on ait adopté les habitudes introduites par les barbares pour les étages supérieurs. Il se pourrait qu'après l'invasion, les conquérants aient conservé nombre de maisons de ville ou de campagne gallo-romaines et que sur les rez-de-chaussée qui les composaient ils aient fait élever en charpenterie des salles et des services dont ils avaient besoin. On aurait ainsi adopté depuis lors un système de construction | résultant de deux méthodes entées l'une sur l'autre par les habitudes de deux civilisations ou plutót de | deux races différentes. Dans les maçonneries l'influence gallo-romaine se fait sentir très tard, tandis que les ouvrages de bois ont, dès l'origine, un caractère qui appartient évidemment aux races du Nord et qui ne rappelle point l'art de la charpenterie des Romains. Cette superposition de deux systèmes de construction ne parvint pas avant le XIIe à former un ensemble complet. . LECLERCO.
MAITRE D'ÉCOLE. mee avons déjà parlé de la condition de ces humbles et groupé les principaux textes relatifs à ceux dont le souvenir sera conservé pour la période de l'antiquité chrétienne (voir | En plus des monuments épigraphiques déjà cités nous ajouterons celui de Faustinus ; il s'agit d'une petite pierre trouvée à Hom (Deux-Sèvres), vers 1858, et qui semble avoir péri :
Au-dessous de ces mots se voyait une croix au milieu d'un cercle dentelé ; entre les bras de la croix étaient | chfeld, dans Corp. inser. lal., t. xii, n. 1176 : nuny tracés grossièrement, comme avec la pointe d'un couteau, les mots suivants, en graffite : i ESTINTO SANTO BONO ; FF L ORE NTIO 5 QANIVIXITA NIS XIN | TORITY E AGIT ERS QVIPLU $ AXXVIT | T. DRM EEUU AS VVACORFCO IDEVS E PATER firi BENEAXERETI FECERAT | Cr, UN gg, : prat p 7540. — Épitaphe de Florentius, antiqua sit dubitari potest. Ajoutons encore la représentation d'un texte déjà MAITRE-QUEUX.— Chez les Latins, condire. exprime l'idée d'ajouter quelque chose à la saveur d'une nourriture quelconque. Varron parle des oleas. albas, quas condideris novas, nisi condieris, propter E team d P RODE amaritudinem illas respuit palatum !, et Cicéron : Fungos, heluelas, herbas omnes ita condiunt, ut nihil. possil esse suavius *. Le mot condilarius est T'adjectif
1253 MAITRE-QUEUX — MAJESTÉ 1254
verbal de condio, il s'applique à celui qui fait profession ad condiendum, Saint Augustin parle d'une coquina - ceondilaria, id est taberna, ubi cibi cocti el conditi pros- — jant’, c'est-à-dire un restaurant | Nous avons une inscription chrétienne, épitaphe faite pour Mercurianus, conservée au musée chrétien de Latran, où les défunts sont un maître-queux ou maître d'hôtel et sa femme qui exerçait la même profession, — pour laquelle nous avons le choix entre « cuisinière » — ~ qui lui parut un peu modeste — et « cordon bleu » — - dont l'anachronisme serait un peu fort. Voici le texte - (fig. 7541) 2.
RIA EOS IN PACE
Le supplément praetoribus est de Mommsen ; lire ensuite Hilaritas ; à la dernière ligne eos n'a pas de sens ; peut-être veut-il dire requiescere optat eos ? H. LECLERCQ.
L'histoire des anciennes maîtrises de Rouen, de Lyon, de Paris et de Chartres a été faite par des ecclésiastiques compétents : Histoire de la maitrise de Rouen, par les abbés Collette et Bourdon, in-4°,
MAJESTÉ. — Les archéologues ont adopté cette locution : « Dieu de majesté », « Christ en majesté » qui n’est peut-être pas d'une clarté aveuglante mais qu'à force de rencontrer et de comparer à l'image qu'elle désigne on s'est habitué à comprendre. Littré définit la majesté un « caractère extérieur de grandeur, apparence auguste » ; au figuré : « grandeur imprimant le respect ». Bossuet dit que « la majesté est l'image de la grandeur de Dieu » Tout cela est à merveille et s'applique bien à la représentation iconographique que nous voulons caractériser,
Pendant les trois premiers siècles du christianisme, les arts n'abordent pas de représentations imposantes : pour exprimer la foi, l'espérance et la charité chrétiennes, il leur suffit de figurer des sujets épisodiques, des symboles d'une naïveté très grande et d'une interprétation accessible à tous. Mais les temps s'écoulent, m + Eu
1255 MAJESTÉ 1256 .
des événements se produisent qui donnent à l'Église une situation officielle et qui font d'elle la religion de l'empereur et celle de l’État. Or, jusque-là, l'empereur était dieu, des hommages divins l'environnaient ; depuis Auguste sa personne avait sans cesse été entourée, rehaussée par des manifestations combinées en vue de lui attirer l'adoration des hommes. Depuis Dioclétien, ce culte avait pris une allure plus hiératique ; l'Asie avait été appelée à concourir à ces manifestations et à leur enlever toute spontanéité à laquelle trop souvent se mélent l'improvisation et le sans-gêne, Avec Constantin, Byzance posait sa marque, imposait ses méthodes, faisait de l'empereur une figure presque inanimée, une manière d'idole immobile sur son trône d'or, sous des vêtements somptueux, des brocarts, des cabochons. A peine un regard, ou un geste indiquait-il encore la vie ; telle est la conception que l'on se fit alors de la majesté impériale. La majesté divine ne pouvait lui être inférieure et c'est de là, de ces audiences théâtrales, qu'on s'inspira pour représenter Dieu et le Sauveur dans une pose de « majesté ».
En somme, pour les fresques il faut attendre la première moitié du VIIe et aller au cimetière de Generosa pour rencontrer vraiment ce qu'on est convenu de nommer le « Christ en majesté » Le dessin que nous en avons publié (voir Dictionnaire, t. VI, col. 877, « fig. 5154) peut seulement donner une idée de cette — noble et grave figure où le Sauveur tenant d'une main l'évangile, lève la main droite pour bénir, faisant face DRE PTT ew PTE : pa rp ome d C'est la mosaïque qui s'est appliquée et qui a réussi à réaliser le type de « majesté ». Nous avons déjà appelé l'attention sur l'admirable figure de l'abside de Sainte-Pudentienne. On pourrait comprendre le rapprochement qui s'impose entre les scènes réelles de la pompe officielle et le type des mosaïques en se reportant aux diptyques d'ivoire qui nous montrent empereurs ou consuls dans l'apparat d'une splendeur et d'une pose étudiées, impériaux caparaçonnés comme des idoles et réduits à l'immobilité pour ne rien déranger de cette magnificence. L'admirable
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Fer - diptyque de Magnus, consul en 518, conservé au Cabinet nous fait bien voir cette attitude immuable où les yeux fixés, le corps immobile, le geste mesuré doivent donner à la multitude l'impression d'une sorte de divinité (fig. 7543), mais convenons-en, d'une divinité ankylosée. Qu'on rapproche de ce diptyque le Christ de l'abside de Saint-Vital de Ravenne (voir Dictionnaire, t. VII, col. 2418, fig. 6207) entre ses deux anges tout guindés comme des Victoires et on verra que le type de « majesté » est bien l'expression cherchée et voulue d'une scène impressionnante : le basileus entouré de ses gardes et de sa cour apparaissant à son peuple. On pourrait encore appeler le Christ trônant entre les anges à Saint-Apollinaire nuovo de Ravenne et la Vierge dans une attitude identique dans la même église ;
CREE nt V Rica A E I] suffira de parcourir le Dictionnaire pour y faire une récolte assez abondante de monuments du type dont nous parlons ; nous en donnerons ici un qui a le mérite d'être inédit. C'est un bas-relief provenant de Penalva de Castro, ville de la province et à 70 kilom. S.S.-E. de Burgos dans la Vieille-Castille. Ce monument doit avoir été apporté de Clunia, probablement pour orner l'ancienne église après la démolition de laquelle il fut transporté et encastré au-dessus de la porte de l'ayuntamiento (mairie). Sous une baie surmontée d'un fronton, posant sur deux colonnes, on voit un personnage (le Christ) « en majesté » et un riche encadrement (fig. 7544) que le tailleur de pierres du pueblo a martelé pour y inscrire PLAZA DEL REY.
H. LECLERCQ. MAJORITÉ DES ROIS MÉROVINGIENS. — On ne sait pas d'une façon tout à fait certaine l'âge auquel les rois mérovingiens atteignaient leur majorité,
[1257 J MAJESTÉ — MAJORITÉ DES ROIS MÉROVINGIENS 1258
On a parlé de quatorze ans. Grégoire de Tours rapporte que le roi Gontran fit choix de son neveu Childebert qui venait de terminer sa quatorzième année, et l'institua son héritier. A cet effet, au cours d'une assemblée solennelle, il lui mit dans la main une haste, qui est le nom qu'on donne à un bois de lance. Dom Ruinart z pensé voir dans cette cérémonie la formalité officielle de déclaration de majorité ; Bréquigny et La Porte du Theil sont d'un avis différent : selon eux la haste que Gontran mit dans la main de Childebert était le signe de l'abandon qu'il lui faisait de ses États pour en jouir après lui, ce n'était pas le symbole de la transmission actuelle de la puissance royale. Au VIe, on pratiquait volontiers ces formes matérielles pour donner à un acte une sorte d'évidence ; ainsi, lorsqu'il s'agissait d'une donation d'immeubles, on placait dans la main du donataire un objet quelconque, représentant la chose immobilière. La loi salique prescrivait d'agir ainsi dans le cas d'une institution d'héritier. On mettait dans la main de celui-ci une paille, une branche d'arbre et il est certain que, dans le cas de transmission d'un royaume, une haste avait une sorte de convenance particulière.
Qu'il s'agisse ici d'une institution d'héritier, c'est ce qui résulte du récit de l'historien. Voici le langage qu'il prête à Gontran s'adressant à Childebert : = Voilà le signe, lui dit-il, que je vous transmets mon royaume... Je vous en fais l'héritier à l'exclusion de tous autres. » Il n'ajoute point qu'il lui transmet l'exercice actuel de la puissance souveraine. Dans un repas qui suit la cérémonie, Gontran s'adresse aux grands personnages du royaume et leur dit « qu'il ne faut plus traiter Childebert comme un enfant, ils doivent renoncer aux brigues et aux cabales, puis que Childebert est le roi qu'ils doivent servir. » Cela est un bon conseil donné dans la familiarité du repas et Grégoire de Tours n'a pas prétendu dire que cet avertissement eût rien d'officiel, que Gontran eût déclaré que Childebert avait acquis la majorité et qu'il était parvenu à l’âge qui lui donnait le droit de gouverner. En ce moment, dit encore Grégoire, Gontran tira l'enfant à l'écart pour lui parler en secret. Bréquigny et La Porte du Theil se demandent si Grégoire aurait appelé « enfant », puer, un prince que, dans l'instant même, il aurait voulu désigner comme ayant acquis l’âge où on est propre à régir un État ? C'est faire dire à Grégoire plus qu'il n'en a pensé sur ce sujet, car le mot puer sous sa plume et sous celle de bien d'autres auteurs latins n'a pas une signification restreinte aux années de l'enfance, Ceux-ci emploient couramment ce mot pour désigner un enfant par l’âge, un serviteur, un inférieur qu'on traite avec une douce autorité, absolument comme de nos jours on entend un supérieur ecclésiastique, un évêque, employer ce mot en s'adressant à un adulte déjà promu au sacerdoce. Il n'y a donc pas à faire fonds de cet argument, Il n'y a pas non plus à beaucoup compter sur celui-ci : Sigebert, fils de Dagobert et de Ragnétrude, naquit en 630, et fut fait roi d'Austrasie en 633, par son père, dont il hérita en 638, n'ayant encore que huit ans. En attendant qu'il pût administrer lui-même, on nomma, pour régir le royaume et le palais, Chunibert, qui siégeait à Cologne, et le duc Adalgise. Lors que Sigebert donna, assez longtemps après, à l'abbé Remacle un vaste terrain situé dans la forêt Hercynienne, la donation fut ratifiée par Chunibert parce que Sigebert n'était pas majeur. Or, l'acte de cette donation doit se rapporter à l'année 648 ; à cette date Sigebert avait dix-huit ans ; il n'était donc pas majeur. Plus tard, en la quatorzième année de son règne, Sigebert donna d'autres lots de la forêt Hercynienne au monastère de Stavelot-Malmédy ; cette quatorzième année 1259 du règne, à compter depuis la mort de Dagobert, nous mène en 651, à cette date Sigebert avait vingt et un ans. Or, dans cet acte, Sigebert dit que cette année-là ad legilimam ielatem pervenisse de façon que les dons ou concessions émanés de lui deinceps forent valida. Il n'est plus question de Chunibert, et il en résulterait que la majorité des rois mérovingiens n'était acquise qu'à vingt et un ans.
Mais rien, dans le diplôme de 648, ne laisse entendre qu'alors Sigebert fût mineur, ni que Chunibert, qui avait été chargé avec Adalgise de l'administration de ce royaume, ait donné son consentement en cette qualité. Ce diplôme contient une formule qui se rencontre dans un très grand nombre de donations faites par des rois majeurs ; on y dit qu'elle est faite avec le consentement des fidèles du roi, des évêques, des hommes illustres, des domestiques, parmi lesquels, il est vrai, sont nommés Chunibert et Adalgise, mais parmi d'autres, et non sous le titre particulier de tuteurs du roi. Dans le diplôme de 651, Sigebert rappelle que, précédemment, il avait fait don de quelques portions de la forêt des Ardennes au monastère de Stavelot (c'est évidemment la donation de 648), et dit qu'il a résolu d'y ajouter d'autres biens et d'autres droits ; mais il ne renouvelle ni ne confirme la donation de 648, ce qui, cependant eût été nécessaire, si cette donation avait été nulle, comme faite par un roi mineur. Il ajoute que tout cela sera exécuté de manière que si, déjà au temps passé, et tandis qu'il était mineur, quelques-uns des biens compris dans sa présente dotation avaient été concédés, ces donations n'auront aucun effet. Il en ressort évidemment que Sigebert n'avait aucune intention de considérer comme entachée de nullité la donation de 615, mais seulement celles qui avaient été faites pendant sa minorité, probablement par les administrateurs du royaume. Quand avait fini cette minorité ? C'est ce que les diplômes ne nous font point connaître. On ne saurait donc en conclure, ainsi que l'observe J. M. Pardessus, qu'à vingt et un ans seulement, et |
FIDELIS IN PACE VI X 1 T ANNIS X TRS 2 DE HAC VITA SD IIKAL OCTO
Baleria fidelis in pace vixit annis X transivil de hac vita sub d(ie) II kal octobris.
L'âge de la défunte est indiqué par un X dont les deux branches portent aux sommets un épisémon et un croisillon, ce qui inviterait à lire XXVI.
H. LECLERCQ.
— MALABAR 1260 |
MALABAR. — I. Évangélisation. II. Liturgie. M
I. ÉVANGÉLISATION.— « On dit que [l'apôtre] Thomas ayant reçu du Saint-Esprit l'ordre d'aller évangéliser les Indes, résistait en lui-même et cherchait à s'excuser de ne pas entreprendre cette route vers un peuple barbare. Pendant qu'il hésitait, on vint lui dire qu'un négociant appelé Habban, envoyé par le roi des Indes, venait d'arriver. Thomas alla le trouver pour prendre des renseignements sur le pays. Tandis qu'il se rendait chez lui, le Seigneur lui apparut sous la figure d'un marchand, et, le prenant par la main, le conduisit vers Habban à qui il dit : « Voilà un serviteur ; c'est un honnête ouvrier, si tu en as besoin, achète-le. » Habban répondit : « Je suis venu exprès. » — Habban paya le prix convenu. Le Seigneur lui livra Thomas à qui il remit l'argent, en lui donnant l'ordre de prêcher sans crainte.
« Après être arrivé dans l'Inde, Habban présenta Thomas au roi, qui lui demanda s'il était capable de construire un palais. Thomas se montra habile architecte. Le roi ordonna au ministre du Trésor de lui remettre à Thomas autant d'or qu'il serait nécessaire pour la construction de l'édifice, qui devait être terminé au retour du prince, alors sur le point de partir en campagne. Thomas distribua l'or aux pauvres et aux malheureux. Le roi, à son retour, vit l'édifice et, comme les fondements n'étaient pas même sortis de terre, il s'emporta contre Thomas qui répondit : « J'ai employé tout l'or pour les fondements ; j'en voudrais d'autre pour les murs, — Il est devenu fou, dit le roi, qu'on l'enferme. »
Peu de temps après, le frère du roi étant gravement malade, eut une vision qu'il raconta au prince : « J'ai vu dit-il, un homme qui me prit par la main et me montra un magnifique palais, dont les fondements étaient sur la terre et dont le sommet touchait le ciel. Je lui ai demandé à qui il appartenait, et il me répondit : « C'est le palais que l'esclave juif à bâti à ton frère. » C'est pour quoi je te prie de le faire sortir de prison pour qu'il me bâtisse aussi un palais semblable. »
Le roi fit délivrer Thomas, embrassa la foi chrétienne avec son frère et beaucoup de grands du royaume. Thomas les baptisa et prêcha librement l'évangile dans le pays. »
Ce récit a pour auteur Bar-Hébréus et quoiqu'on l'ait présenté comme n'étant pas dénué de vraisemblance, nous croyons devoir nous en tenir aux traits qui suivent. Thomas fut enseveli dans l'île de Melia pour d'où son corps fut transporté à Édesse, au IVe. La chrétienté fondée par lui eut à subir, peu de temps après, de violentes persécutions de la part de princes païens qui s'emparèrent de Melia et d'autres villes de cette contrée. Un grand nombre de fidèles émigrèrent dans la région montagneuse qui constitue, à proprement parler, le Malabar, et de là se répandirent dans les pays circonvoisins.
Ils étaient fort nombreux au IXe et le roi païen du Malabar, Ceram Perumal, fondateur de la ville de Calcutta, leur accorda de nombreux privilèges, entre autres celui de jouir des honneurs réservés aux nobles et d'être jugés par leurs propres évêques, aussi bien dans les affaires civiles que dans les questions ecclésiastiques. Ils se multiplièrent à tel point, qu'ils formèrent un royaume ; le premier roi chrétien du Malabar, Baliartes, fut appelé roi des chrétiens de saint Thomas. Mais ce royaume fut très éphémère et ce qui suit appartient à une époque trop éloignée de l'antiquité pour devoir nous retenir.
II. LITURGIE. — Le royaume de Malabar tomba donc sous le pouvoir des rois de Diamper et, en 1589, lors que l'archevêque de Goa, Aleixo de Menezes, visita le Malabar, il tint à Diamper un important synode qui fut le point de départ d'une série de réformes imposées à l'Église nestorienne, avec le concours de l'autorité portugaise. Il s'agissait, avant tout, de ramener ces chrétiens à la foi catholique. Malheureusement les moyens employés ne furent pas habiles, on eut même recours à une mesure irréparable : sur l'ordre des prélats latins, tout ouvrage suspect de nestorianisme à un degré quelconque fut brûlé. Presque toutes les bibliothèques de cette chrétienté y passèrent. On corrigea les rituels, les missels et autres livres liturgiques et de tout un passé il ne resta rien.
— En quoi ont consisté les changements introduits dans la liturgie par Menezes, et le rite aboli contenait-il la formule de l'institution eucharistique, cette formule a-t-elle changé de place, l'épiclèse ou invocation de l'Esprit-Saint a-t-elle été modifiée afin de lui retirer son caractère de formule de consécration ? Ces questions ont été longuement étudiées de nos jours. Les anciens auteurs ont insinué la possibilité d'une parenté plus ou moins étroite entre le rite de liturgie des « apôtres » Addaï et Mari. En 1870, Gustave Bickell écrivait que « sauf de pures variantes, la liturgie de Malabar est identique à celle des apôtres et ne doit pas, par conséquent, être traitée comme une liturgie distincte ; » cette opinion, partagée par Edm. Bishop, a fait l'objet d'une minutieuse démonstration de la part de dom R. H. Connolly. Cette démonstration compare la liturgie syrienne des apôtres Addaï et Mari, et la traduction latine de la liturgie de Malabar révisée par les Portugais. Cela fait, il devient possible de se rendre compte des altérations faites au rite primitif de Malabar et d'entrevoir la parenté ou la dépendance qui existent entre ces deux liturgies.
En ce qui concerne la liturgie des apôtres Addai et Mari, elle fut éditée pour la première fois dans la traduction latine de E. Renaudot, Liturgiarum Orientalium Collectio, t. II, p. 1262. La version syriaque fut donnée par G. P. Badger, The Nestorian Liturgies, 1875, p. 1-16. Le texte syriaque fut imprimé pour la première fois par les soins de la mission protestante d'Urmi en Perse, Liturgia sanctorum apostolorum Adaei et Maris, Urmiz, 1890. Ce texte syriaque est la base de la traduction anglaise donnée par Brightman, dans Eastern Liturgies, 1896, p. 252-305. Pour le rite de Malabar, il n'existe pas d'édition du texte non révisé et on n'en a rencontré aucun manuscrit, malgré d'actives recherches. On suit donc ici le texte revu établi par le synode de Diamper en 1599. Les actes de ce synode furent d'abord publiés en portugais, à Coimbre, en 1606, par Antonio de Gouvea, dans son Jornado do arcebispo de Goa dom Frey Aleixo de Menezes. Confrère de Menezes, cet Antonio de Gouvea séjourna aux Indes entre 1501 et 1602, en sorte qu'il était bien placé pour prendre connaissance des actes du synode et de la liturgie retouchée. En 1745, un autre religieux augustin donna une traduction latine des actes susdits dans son Historia Ecclesiae Malabaricae cum Diamperitana synodo, Rome. Cet ouvrage fournit le texte latin de la liturgie retouchée, ce qui est la pièce capitale pour la comparaison à instituer en vue d'établir le rapport existant entre la liturgie de Malabar et celle des apôtres Addaï et Mari.
Voici la disposition suivie dans la confrontation qui va suivre. L'ensemble est partagé en six sections distinguées entre elles par les chiffres romains I à VI. Dans la colonne de gauche, on suit le texte syrien de Urmi dans l'ordre où il est imprimé, avec références à Brightman ; dans la colonne de droite on suit le texte de Malabar avec références à l'édition de Raulin, sauf pour la section II où l'ordre diffère matériellement de façon si sensible qu'il a paru nécessaire de reporter cette section plus loin et de lui accorder un traitement particulier. On ne pouvait songer à noter d'une manière générale les formules confrontées sont substantiellement les mêmes.
1263 (11) p. 253, l. 28 ; p. 254, l. 17 : sanctuary.
(12) p. 254, l. 19-26. Prière avant le Lákhumára : When the sweet savour.
(13) p. 254, l. 28 ; p. 255, l. 22 : The Lukhumára : Thee, Lord, etc.
(14) voir (12) ci-dessus.
Anthem of the (15) p. 255, l. 15-23. Trisagion.
1264 man que 1, »EN voir (14) plus bas. p. 295, l. 34 ; p. 296, l. 16 : Te Dominum, etc. p. 296, l. 17-25 ; Dne Ds nr quando spirabil... odon suavissimus. p. 296, l. 26-34. Trisagion.
II. DEPUIS LES LECTURES JUSQU'AU CREDO.
Dans cette section le parallélisme des deux liturgies présente de telles inversions qu'on en traitera séparément plus loin.
III. DEPUIS LE CREDO JUSQU'AU SURSUM CORDA.
(1) p. 271, l. 9-17. Rubrique prescrivant le lavement des mains.
We confess, man que ici, ol se trouve plus loin. | p. 307, l. 32 ; p. 308, l. 13. Le diacre : Oremus, par nobiscum ; orale in memoriam reducentes Patrem nostros catholicos, etc. man que. voir (11) plus bas. man que.
Christus exaudiat orationes tuas, etc. s man que ?, man que.
: Pelamus, confileamur el … 1265 RE ; E (1) p. 283, l. 4-6 : The grace of our Lord, etc.
— (2) p. 283, l. 10 : Lift up your minds.
— (3) p. 283, l. 12 : Unto thee, God of Abraham, etc. —— (4) p. 283, l. 15 : The offering is being offered unto d God the Lord of all.
T (5) p. 283, l. 17 : I ! is fit and right.
(6) p. 283, l. 20. Le diacre : Peace be with us.
- (7) p. 283, l. 23-26. Cushäpa : O Lord, Lord give — us openness. of face, etc.
- (8) man que. | 2 (9) p. 283, l. 32 ; p. 284, l. 8. Prière {gehänta) : — Worthy of praise from every mouth, etc.
— (10) p. 284, l. 10-17 : Holy... Hosanna in the highest.
| (11) p. 284, l. 21-36. Prière (cushdpa) : Holy, etc. | (12) p. 284, l. 38-39 : Bless, o my Lord (trois fois), |— My brethren, pray for me. | (13) p. 285, l. 2-23 : Prière (gehánla) : And with - these heavenly hosts, etc. ? | (14) p. 285, l. 28. Le diacre : Pray in your minds, | — Peace be with us. — (15) p. 285, l. 31 ; p. 286, l. 5. Prière (cushápa). - O Lord God of hosts, accept, etc. (intercession) * prager, etc.
IV. DEPUIS SURSUM CORDA JUSQU'A LA FRACTIO PANIS,
1266. 312, l. 8-10 : Gratia Domini nostri, etc.
312, l. 12 : Sursum sint mentes vestri.
312, l. 13-14 : Apud te Deum Abraham, etc. 312, l. 15 : Oblatio Deo omnium Domino offertur, Toy 312, l. 16 : Dignum el justum est, 312, l. 16 : Paz nobiscum.
. 312, l. 17-25 : Domine Deus forlis, da nobis facie. revelationem, etc.
. 312, l. 26 : Benedic Domine mi.
. 312, l. 27-40 : Omnium ore glorificetur, etc. p VUT3TTT T p. 312, l. 41 ; p. 313, l. 3 : Ses, ses, scs, Hosanna in excelsis. p. 313, l. 4-23. Prière : Scs, etc. man que !. p. 213, l. 23-27 : citibus, etc. p. 313, l. 38 : Orate mentibus vestris : Pax nobiscum.
Cum his igitur cæleslibus exerman que #, man que.
| manuum tuarum ne derelinquas 5, man que 7.
Ẹ.
And the priest and says.
1267 (6) p. 290, col. name, ect.
(7) man que.
(11) p. 290, l. 36 ; p. 291, naming the Trinity he breaks... And he puts the half which is in his left hand in its place... And with the half in his right hand he signs the blood in the chalice „dipping a third part... into the chalice...
(12) p. 291, l. 24-29 : The precious blood is signed, etc.
(13) p. 291, l. 30-35. Rubrique... And so he signs the body in the palen in like manner with the same half which is in his hand saying.
2, l. 5-13 : Praise to thine holy Chant : l. 22. Rubrique : While I am the bread 1268 | p. 316, l. 29-35 : Gloria nomini tuo sancto, etc. p. 316, l. 35 ; p. 318, l. 5. L'institution. | p. 318, l. 5-7 : Gloria tibi Domine mi (trois fois) propter ineffabile donum tuum. | p. 318, l. 10 ; p. 321, l. 4. Le diacre et k chœur : 3 Ego sum panis, ete, *. | p. 321, l. 5-9 : Accedimus Domine mi, etc. p. 321, l. 10-12. Rubrique : Sacerdos, parlem hostiæ quam manu sinis- | d tra tenet, imponit patenæ, aliam vero sanguine intingit, - us que ad medium, dicens. p. 321, l. 135 : Signelur sanguis preliosus, ele. | p. 321, l. 16-17 : Et particula sanguine inducta signat alteram parlem, el superponil palenz, dicens. sg man que. voir (24) plus bas.
Gloria libi Domine mi, quoniam 1 Omnes nos — man que *.
VI. DE LA PRIÈRE DU SAUVEUR JUSQU'A LA FIN.
- 1269 r3 (4) p. 297, l. 4-26. Chant : Terrible art thou, etc. — (5) p. 297, l. 30. Le diacre : Let us pray. Peace, etc.
(6) p. 297, l. 31. Rubrique : And the priest takes the hand of the deacon and pla ces il om the chalice ' - hy body, etc.
—. (16) voir (14) ci-dessus.
| - Strengthen, o our Lord, etc.
TEXTE CORRIGÉ :
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1270 man que !, mangue E p..325, I. 11-13 : Accedens diaconus ad altare Sacerdos apprehendit manum eius dexteram, el infert in patenam, dicens. p. 325, l. 14-16. Le diacre : Gloria (sic) Domini nostri. Le prêtre : Sit fecum et nobiscum in regno celesti. Gloria Deo vivo, p. 325, l. 17. Le diacre, Glorificate Deum vivum. p. 325, L 18-28. Chant : Gloria ipsi. mari que. man que. p. 325, 1. 29-30 : Donum graliæ, etc. p. 326, l. 1. Le diacre : In secula sæculorum. Amen. voir (16) plus bas. p. 326, 1. 2-4. Formule quand le prêtre reçoit le calice. man que !, man que. ci-dessus). p..326, 1. 30. Le prétre : Ipsi gloria propter ineffabile ejus donum. man que.
- Aprés avoir procédé à cette comparaison, il nous reste à étudier la deuxième section depuis le commencement des lectures jusqu'à la récitation du symbole ; cette fois le texte syrien d'Urmi et celui de Malabar cessent de se développer parallèlement ; c'est pour quoi, afin d'aboutir à un résultat, il faut procéder par subdivisions qui seront au nombre de six. Une premiére table va présenter ces six subdivisions dans l'ordre qu'elles ont à Urmi et la place qu'elles occupent respectivement dans la liturgie de Malabar.
| Malabar, les réviseurs ont ajouté Dei aprés Filii. — * Cette
1271 MALABAR ` 1272%
C. 3. Troisième litanie (Brightman, p. 266, 1. 13-33). D. 4. Renvoi des catéchumènes (Brightman, p. 266, 1. 36 ; p. 267, 1. 28). E. 5. Dépôt des oblats sur l'autel (Brightman, p. 267, 1. 29 ; p. 270, 1. 26).
F. 6. Credo (Brightman, p. 270, 1. 30 ; p. 271, 1. 7). Nous allons maintenant reprendre séparément chacune des subdivisions désignées par les lettres A à F.
A. Les lectures (subdip. 1 = 5).
(1) p. 255, 1. 25-33. Prières avant les lectures.
(2) p. 256, L 2-5. Lectures de l'Anc. Test. et des Actes.
(3) p. 256, 1. 7-28. Shurrdya.
(4) voir (10) plus bas.
(5) p. 256, 1. 30 ; p. 257, 1. 3. Prière avec la lecture de l'Apótre : Enlighten, etc.
(6) p. 256, note a. Priére alternant avec la précédente : Do thou, o wise governor...
(7) man que.
B. Première et deuxième 3. (Raulin, p. 303, I. 23 ; p. 301. 1. 10.) 4. (Raulin, p. 304, 1..11 ; p. 305, 1. 2.) 2. (Raulin, p. 301, 1. 1 ; p. 303, I. 22.) 6. (Raulin, p. 307, 1. 30.) man que. man que, man que. p. 305, 1. 3 : Le diacre (7 ?) : Oremus pro nobiscum. j p. 305, l. 4-12. Prière ; Illumina. 3 p. 305, 1. 14-20. Prière : Te sapientissimum guberM natorem, eic. p. 305, 1. 21. Le diacre : Silele. p. 305, 1. 22-23. Le prétre : Paulus apostolus Epis voir (4) plus haut. man que. man que.
Domini nostri Jesu Chrisli praedicatio Joannis.
Le diacre : Gloria Christo Domino.
Le prétre : Benedicat ! Domine mi.
Le diacre : Benedicat te Christus. man que. litanies (subdip. 2 = 1). ici comme on le trouve dans le syrien.
! On n'en voit pas trace dans le texte syrien d'Urmi. — Man que dans le texte d'Urmi, ajouté dans Brightman d'après l'usage actuel, — ? Man que dans le texte d'Urmi, — Man que dans le texte d'Urmi. — * On s'attendrait 1273 And while il is being said they both (c'est-à-dire le prétre et le diacre) go, and the deacon takes the censer, and the priest censes the paten.
= And he takes the paten and puts in il as many bukhras (= pains) as he desires ; and he sets the paten on the treasury until the kárózütha is ended. And when he kürüzütha is ended [le dass dit] : The Lord of hosts, we beseech, etc.
« (1) p. 266, 1. 13-25 : La litanie. ` (2) p. 266, 1. 27-33. Prière : We beseech and ask of thee.
(1) p. 266, 1. 36-37. Le diacre : Bow down your E. Dépôt des oblats sur l'autel ( subdiv. 5 D. Renvoi (subdiv. 4 1274 p. 300, 1. 19-39.
Dum hæc diaconus recilat, sacerdos in medio allaris accipit palenam, el præbente thura diacono, et tenente thuribulum ambabus manibus cum igne, immittit incensum in ignem in formam crucis et patenam thuris odore imbuit. ‘Ici suit la prière pour l'encensement de la patène, du voile et du calice.
C. Troisième lilanie ( subdiv, 3 = 3). p. 303, 1. 23 ; p. 304, 1. 1 : La litanie.
* p.304, 1. 2-10. Prière : Rogamus el obsecramus te, etc.
RUN
p. 304, 1. 11-12. Le diacre : Inclinate capita vestra, elc.
-Dans cette subdivision il est indispensable de suivre le texte d'Urmi, dans lequel les formu les et rubriques - Pour tout ce qui a trait au dépôt des oblats sur l'autel nous suivons dom R.-H. Connolly. water and pours il into the chalice...
— is mixed with. wine and wine with water, and let - them both be one -in the name, etc. (comme ci-contre, ` En. 3). voir (5) ci-dessus.
Sacerdos superponens allari (14) voir (12) ci-dessus.
(15) man que !, p. 302, 1. 9-13 : Constituantur et ordinentur mysteria hmc, etc. voir (14) plus bas. p. 302, 1. 14 ; p. 303, 1. 17. Elevans vocem dra s Gloria Patri, et le reste de l'antienne. p. 303, 1. 18-21. Rubri que : Operiens oblata — dicit : Amictus lumine sicut vestimento *, etc. p. 303, 1. 22. Rubri que : Dum sacerdos lavat manus. dicit diaconus : Ici, la troisième litanie (voir le Tableau D).
(16) p 7, I. 11 ; p. 8,1. 3. And they go forth to the nave ; and the priest la des the deacons with the cross and the gospel and SAYS : Christ. our Lord account you worthy to meet Him with open face, Amen. And they bind (back). the veils (of the sanctuary) ; and. the priest begins the anthem of the Mysteries, whichever, il be and those in the altar repeat it. And the priest worships towards the four si des of Ihe bema... and he says : Glory be in the anthem of the Mysteries. And he comes down and is saluled by the people ; and when he reaches the deacons they worship towards him, facing each other ; and he says to them : May God the Lord of all, etc., And when he arrives at the door of the apse which is the altar, he says : Having our hearts bespinkled, etc. He proceeds : But thou art good, | etc ; or if (here is no room (for m) he says : Our Lord Jesus Christ be with us, etc. (Bright, p. 268, 1 32-36 :
Le parallélisme qu'on vient de relever entire la liturgie de Malabar, intitulée Sacrum bealorum Apostolorum, et la liturgie syrienne orientale des apôtres Addai et Mari, confirme pleinement ce que disait G. Bickell de leur identité primitive Sur deux points seulement on relève entre el les des différen ces, différen ces qui ne sont d'ailleurs que de simp les variantes. Ce sont : 1° relativement à la présence dans la liturgie de Malabar de la formule de l'institution de l'Eucharistie, qui man que dans les manuscrits de la liturgie d'Addaï et Mari ; 2° relativement à la deuxième section où l'ordre diffère complètement.
Parmi ceux qui se trouvent dans les prières faites par le prêtre, cinq précèdent l'anaphore (Sursum - Les réviseurs ont craint que la doctrine nestorienne ne s'insinue dans des mentions telles que « Christ s, x Jésus » « Fils », et ils ont pris à tâche de les développer : Jesum Christum filium suum Dominum nostrum. au lieu du simple Christum, ou bien ce sont les mots Mater Dei remplacant Mater Christi. Deux corrections ont une certaine importance liturgique : la substitution du symbole de Nicée au symbole en usage parmi. les Nestoriens de Malabar, et la substitution de la formule quod tu offers pro te, pro nobis et pro universa catholica Ecclesia et omnibus orthodoxis at que catholicae el apostolice Fidei cultoribus, à la formule : quod tu offers pro te, pro nobis et pro toto orbe a minimo us que ad maximum.
En définitive, on doit conclure que la liturgie de Malabar est essentiellement la même que la liturgie syrienne orientale dite d'Addai et Mari. Les changements imposés par le synode de Diamper, sauf pour le Credo et pour les verba consecrationis de l'institution eucharistique, sont mentionnés dans les actes du synode. L'invocation n'a subi d'autre changement que le mot filii après Christi. Il n'y a que dans le Credo qu'on a introduit des mots tirés du missel romain, dans les paroles de la consécration et dans une réponse des fidèles. A cette réponse on ajouta les | mots du Te igitur romain. La liturgie de Malabar n'a pas été « romanisée » ; il est possible, à l'aide des actes du synode de Diamper, de la traduction latine de cette liturgie par A. de Gouvea, de l'édition syriaque de 1774 (à Rome) et du texte d'Urmi de rétablir une part considérable du texte syriaque de la liturgie de Malabar. H. LECLERCQ.
MALAGA. — I. Historique. II. Christianisme. III. Épigraphie.
I. HISTORIQUE. — Strabon et Marcus Agrippa ont
mn. 278, 279. — ? Dozy, Le calendrier de Cordoue, in-8 », | ces livres de certaines erreurs et de couper, arracher et brûler les offices spécialement consacrés à des hérésies. 1278 attribué la fondation de Malaga aux Phéniciens. La ville fut possédée par Carthage, et plus tard, par Rome, qui ne manqua pas d'y construire des édifices dont l'incurie séculaire des Espagnols n'a rien conservé. A l'époque romaine, on sait que Malacca était une cité commercante et prospère, dont les invasions du v* siècle commencèrent le déclin. Ensuite, ce fut la domination arabe. La ville occupait un sol uni, se relevant un peu vers les extrémités nord-ouest et nord-est, où elle était entièrement abritée par la montagne de Gibralfaro, où se dressait une forteresse, dominant la ville à 170 m. d'altitude et dont les assises sont de construction romaine. De l'époque arabe, il reste l'Alcazab ou citadelle dont quelques parties sont encore habitées.
| ou Sunila (638-6462), Samuel (681-683), Honorius Au IX siècle, le martyrologe d'Usuard place à Malaga-les saints martyrs Cyriaque et Paula, vierge, mais la tradition orale du pays parait confirmer les textes arabe et latin du calendrier de Cordoue publié par Dozy qui fixe au 18 juin le martyre de ces saints à Carthagène et leur fête à Cordoue ,
III. ÉRIGRAPHIE. — Nous avons déjà eu, à plusieurs
| reprises, l'occasion de rappeler des monuments sur lesCes symboles ont été rencontrés dans l'épigraphie espagnole ; entre autres une pierre trouvée à Santiponce (Italica), une autre encore trouvée au même lieu et qui sont étrangères à nos études . Il n'en est, pas de même d'une pierre chrétienne, provenant des fouilles exécutées à Malaga, au mois d'avril 1906 ; elle fut acquise par le chanoine archiviste de la cathédrale, don José Moreno Maldonado. L'inscription gravée sur le marbre, en forme d'estampille, est reproduite trois fois et on lit à la suite d'une croix le mot l'évêque Severus de Malaga (578-601) dont parle avec éloge saint Isidore de Séville . On remarquera la similitude qui existe entre la croix de la première et de la troisième estampille et ce même symbole figuré | tinos y sus imitaciones galo-romanas en Ampurias, Bar1279 sur les triens en or à l'effigie du roi Leovigilde. Le P. Fidel Fita ? qui a publié cette inscription y découvre dans les deux dernières lettres la ligature rus et dans la deuxième estampille le sigma grec au lieu du s latin. Le même érudit ajoute que fácil es imaginar que el vesligio, donde se contiene la triple inscripción, es la milad anterior de la sandalia ó de la huella de un pie derecho visto de frente por el expectador ; et il conclut que ce pied droit était accompagné du pied gauche de façon à observer la symétrie sur lequel on devait lire sur trois lignes : EPS ARAM CONS Ep(iscopu)s aram cons(ecravit). Et dans cette voie des conjectures, il va son train : pense-t-il, a dû appartenir à une table d'autelqui faisait allusion au verset 7 du psaume cxxxr (Infroibimus in tabernaculum ejus ; adorabimus in loco ubi stelerunt PEDES ejus.
Le 26 du mois de mai 1888, à Malaga, dans la rue de Larios, on trouva une pierre mesurant 0 m. 33 de hauteur sur 0 m. 30 de largeur et 0 m 07 d'épaisseur, et portant une inscription chrétienne demeurée intacte. En haut et en bas une branche de lierre, à gauche une palme ? (fig. 7546).
T R X N
»20 DIES :
Aurelius Julianus, nationem afram, qui virit ann(os) pi, m(enses) x, dies xi ; manel in Dei gloria.
On pourrait lire annu(m) I [unum ].
Lors que cette inscription fut publiée, R. Mowat ? la signala à la « Société nationale des antiquaires de
NA NEM AF VI VI
ce fragment, | iv 1280 France » et, sans attacher plus d'importance qu'il ne | convenait à la faute grammaticale nationem ajram pour natione afra, il fit observer que la formule finale manet in Dei gloria était insolite ; tout au moins il n'en connaissait pas d'autre exemple. Aussitôt L. Duchesne, qui n'entretenait avec l'épigraphie que des : relations trés espacées, appuya cette observation, : demanda que des réserves fussent faites sur l'authenticité du texte jusqu'à plus ample informé. Le soupçon — était mal venu, mais Emm. Rodriguez de Berlanga ne se fit pas prier et envoya un estampage de l'inscription suspecte. L'empreinte était trés nette ; l'inscription occupait en hauteur 0m. 215 et 0 m. 140 en largeur ; à gauche, une palme au pointillé ; au-dessus et au-dessous un rinceau de feuillages également au pointillé. Les lettres étaient de forme gréle et allongée. Les E à barres inégales et les R avec queue insérée à l'intersection de la haste et de la boucle ont une forme qui, d'après Mowat, impressionne défavorablement. Le digne homme en fut pour ses impressions.
Moins d'une année plus tard, Edm. Le Blant montrait que la formule mise en suspicion par L. Duchesne était conforme au style épigraphique des premiers fidèles et il en apportait plusieurs exemples.
C'était d'abord une inscription vue et publiée par R. Fabretti :
1281 MALAGA — MALC 1282
C'était ensuite un marbre trouvé l'année précédente dans les fouilles de la catacombe de Priscille :
| Victrix qua vix if annis viiij. Deposita est pridie nonas augustas manet in pare el in Chrislo.
. C'était enfin cette formule d'une inscription copiée à Milan, dans l'afrium de la basilique de Saint-Ambroise, et où il est dit qu'une chrétienne défunte « est et dans Marangoni le graffite tracé sur la chaux d'un loculus ? :
> à Prima vivis in gloria Dei el in pace Domini nosiri *
H. LECLERCO.
MALC. — I. Les débuts du monachisme. IT. Saint Jérôme hagiographe. III. La vie de saint Malo. IV. Bibliographie.
I. LES DÉBUTS DU MONACHISME. -— Au Iv ? siècle, le monachisme était encore une nouveauté et une curiosité. Ceux qui s'engageaient dans cette voie et ceux qui l'observaient avec une nuance de sympathie, ne pouvaient faire rien de plus que de distinguer des directions et de classer des individus. Il n'existait nulle - part une forme authentique, officielle, approuvée à - l'exclusion de formes différentes ; on était à la période d'essais généreux, imprévoyants, à cette heure — où l'improvisation peut encore tenir tête à l'expérience et invoquer l'avenir sans qu'on puisse lui imposer trop résolument le passé. Parmi les insatiables curieux de ce temps, saint Jérôme ne résista pas à l'attrait de la vie monastique ; il l'expérimenta sous ses formes diverses à Rome, à Chalcis, à Bethléem. Quelle opinion s'en fit-il ? Il ne s'en est pas expliqué avec toute la clarté qu'on eût pu attendre de lui. Peut-être trouvait-il à louer et à blâmer partout, mais l'écrivain impénitent qu'il fut jusqu'à son dernier souffle, trouva bien une occasion de s'expliquer — ja plume à la main — et il nous apprend lui-même : hec scripsi vitam Pauli monachi..., Captivum monachum, vilam beati Hilarionis ?. Il se fit donc ~ hagiographe et son succès, son influence pendant tout - le Moyen Age, ne furent pas moins géniaux et moins profonds que comme exégète et théologien. Non seulement il fut copié, lu, traduit en différentes langues, mais il fut imité et les Vies de Paul l'Ermite, ce Male le Captif, et d'Hilarion l'Anachorète, autorisées par le grand nom de saint Jérôme, enfiévrées de son style robuste et coloré, ont occupé une place éminente parmi un si grand nombre de productions d'un rang médiocre ou nettement inférieur, qui encombrent au Moyen Age la littérature hagiographique. Saint Jérôme était trop magnifiquement doué, pour réussir à ‘paraitre ja mais insignifiant ; en abordant l'hagiographie il a su s'y montrer égal à lui-même et donner à des sujets dont la banalité pouvait sembler un écueil, un charme et un éclat qui les ont fait vivre et discuter jusqu'à nos jours.
II. SAINT JÉRÔME HAGIOGRAPHE. — Ce fin lettré, ce savant consciencieux que fut saint Jérôme n'a pas seulement créé ou, du moins, amélioré le latin ecclésiastique, il a appliqué sa méthode à un genre
d'autant plus difficile, que le plus grand nombre s'imagine qu'il l'est moins. Il ne manque pas de gens, en effet, pour reculer devant les études préparatoires à quelque grande synthèse historique ; il s'en trouve même parfois pour s'avouer incapables de tenter avec succès l'art d'une vaste exposition à la fois sincère et colorée, mais il ne s'en rencontre guère pour se défiler d'eux-mêmes, au point de se récuser devant le récit d'une vie de saint, ou la biographie d'un personnage quelconque. Saint Jérôme appartenait à une génération chrétienne si pénétrée de la noblesse et de la rigueur de la loi divine, qu'elle n'hésitait pas à dénoncer les chefs-d'œuvre de la littérature et de l'art classique comme incompatibles avec la pureté de la foi et l'espoir du salut éternel. Quand l'empereur Julien décida la fermeture des écoles pour les enfants chrétiens, il fut bien loin de soulever une protestation unanime : les uns se consolèrent en songeant que la ferveur y gagnerait ; les autres se dirent que l'occasion était propice de remplacer les auteurs classiques par des versificateurs chrétiens. La plupart eussent compris et accepté sans répugnance qu'on exigeât de tous les catéchumènes le serment de renoncer pour toujours à la lecture des livres profanes. Saint Jérôme avait partagé ces opinions extrêmes et le récit d'un rêve célèbre nous a appris, sous une forme dramatique, le conflit qui se livrait dans son esprit. Il avait renoncé aux classiques, pour se livrer exclusivement à la lecture des Écritures, poussant l'esprit de pénitence jusqu'à l'étude de l'hébreu. Mais il n'avait pas oublié pour cela la séduction de la science profane, et il avait été trop fervent lettré pour s'en être détaché sans regret et sans réserve. On le voit revenir à ce culte des lettres, que Rufin lui reproche et dont il se justifie, C'est que sa ferveur littéraire a trouvé un terrain d'entente, pour se concilier avec sa ferveur religieuse. Il mettra en harmonie le génie oriental et le génie romain, son admiration pour la beauté s'exhalera dans le tour classique pour les magnificences de la Bible. Sa belle intelligence devenue ingénieuse à force de vouloir n'être infidèle à personne, saura réconcilier l'art de bien dire avec l'art d'être vrai et il fera entrer les études orientales dans le cadre trop exigu de la culture romaine. Désormais Jérôme s'applique à comprendre la lettre des Livres saints et il en célébre l'esprit avec l'enthousiasme d'un artiste et la chaleur d'un croyant. S'il lui faut apprécier d'un trait les prophètes et David, il les compare aux grands classiques : « David, dit-il, c'est à la fois Simonide, Pindare et Alcée, c'est aussi Horace, Catulle et Sérène. » On a rappelé souvent, et on ne peut guère se dispenser de rappeler le point de vue exposé par saint Jérôme dans sa lettre à Paulin, sur l'étude de l'Écriture sainte et dans sa lettre à l'orateur Magnus, devant qui il se justifie des citations empruntées par lui aux auteurs païens de la littérature classique. Emprunts, citations, réminiscences, imitations, tout cela n'est qu'une manière adoptée par le christianisme pour s'assimiler la culture philosophique et esthétique de l'antiquité, avec certaines réserves de bon sens et d'autres de bon goût. Les Juifs, dira saint Jérôme, pouvaient, d'après le Deutéronome (ch. xxi), épouser les femmes païennes et captives, après leur avoir rasé la tête, coupé les cils, les poils et les ongles du corps. Ainsi doit-il en être pour les auteurs chrétiens : ils doivent pouvoir s'approprier la sagesse profane, à cause de la beauté de l'éloquence et de la proportion des membres, en coupant ou rasant seulement ce qu'il y a de mort en elle, l'idolâtrie, la luxure, l'erreur et sur la meilleure manière de traduire est une façon de justifier la méthode personnelle de saint Jérôme qui estime qu'on doit rendre le sens et non les mots, excepté pour les Livres saints.
Le style de Jérôme est marqué d'un cachet chrétien, parce que l'ascétisme exerçait sur lui une grande influence, mais cet ascétisme n'excluait, ni ne laissait oublier les préoccupations du savant et l'éducation du littérateur. Non seulement il se souvient des différentes règles de style apprises jadis, mais il les applique et se complait, dans son âge mûr, aux artifices et aux effets de la rhétorique ; c'est ainsi qu'il parsème ses écrits de citations empruntées à ses auteurs favoris, particulièrement à Virgile. Ainsi il réussit à unir le génie chrétien à la culture antique, dont il estime et recherche la perfection de la forme et cela lié à ce qu'il savait et à ce qu'il sentait la langue elle-même et à ce qu'il l'aimait en connaisseur. La manière dont il en use révèle sous le style expressif une vigoureuse individualité. Il est de la trempe de Tertullien, avec en plus, et en mieux, une souplesse, une éloquence, une clarté qui ont manqué à l'Africain. Au besoin, Jérôme sacrifiera l'élégance, mais ce ne sera jamais qu'à contre-cœur. Son style nous montre l'étendue et la perfection de son instrument littéraire ; il l'entraîne parfois à des boutades, des invectives, des calembours, qui ne sont pas des meilleurs, mais l'instant d’après il se relève par des portraits, des tableaux qui ont la rapidité d'une esquisse et l'éclat d'une œuvre achevée. Il lui arrive ainsi d’être artiste, peut-être sans le vouloir, mais certainement pas sans le savoir.
Saint Jérôme n'appartient plus au monde ancien, son génie est moderne et apparenté à la société nouvelle. Héritier de tout ce qu'il y a eu de plus robuste et de plus délicat dans le génie ancien, il rêve de l'assouplir pour en faire l'apanage du génie chrétien. « Si je pouvais, écrit-il à saint Paulin, vous enseigner ce que j'ai appris et vous introduire, comme par la main, dans les mystères des prophètes, nous verrions naître pour nous quelque chose que la docte Grèce nous envierait ! » Insatiable de science, il possède à fond toutes les subtilités de la grammaire, toutes les finesses de la rhétorique, toutes les ressources de la dialectique, cela ne lui suffit pas. Il entreprend de longs et pénibles voyages, afin d'acquérir cette expérience que donne la fréquentation des hommes et que les livres ne procurent pas. Et cependant il se passera plus facilement des hommes que des livres qu'il aime avec passion, qu'il transporte partout avec lui, au risque de la fatigue que lui infligent ces manuscrits tant aimés. Il y dépose le fruit de son érudition immense, soit qu'il commente l'Écriture, soit qu'il réfute le moine Jovinien maximes chrétiennes, vertus païennes, préceptes des philosophes, exemples des sages, anecdotes populaires.
Non seulement rien ne l'arrête, mais rien ne le retarde, rien ne le détourne de l'entreprise qui est devenue le but de sa vie : ses commentaires, ses traductions, sa correspondance, ses polémiques ; avec cela la maladie ne peut trouver jour et la mort doit attendre qu'il la recoive. Au moment où le monde ancien s'écroule, Jérôme, debout parmi les tombeaux et les ruines, dicte ses commentaires sur les Prophètes.
Dans cette œuvre si variée et dont on a tant de fois relevé les qualités, les trois pièces hagiographiques ne comptent ni parmi les plus parfaites, ni parmi les plus célèbres ; ce sont d'honnêtes productions qui n'ont pas atteint l’élégance des Dialogues fameux de Sulpice Sévère, mais qui n'en ont pas moins contribué à créer un genre et, dès le début, à lui donner sa forme durable. C'est par là que la vie du moine Malchus appartient à nos études ; elle a contribué à élargir l'action et à approfondir l'influence du monachisme, en associant le récit d'une mésaventure à celui de la vie religieuse, en lui donnant une sorte d'intérêt qui en paraissait exclu, en prêtant à un personnage, peut-être imaginaire, une réalité intense qui donnait à son autobiographie l'émotion d'un épisode vécu et contribuait à situer cette composition hagiographique dans l'histoire littéraire à un rang qu'elle n'a plus cessé d'occuper.
La correspondance de saint Jérôme nous montre son enthousiasme pour la vie ascétique, et c'est ce sentiment qui a donné naissance à ses trois Vies de saints, par lesquelles cette branche nouvelle fut greffée sur la littérature chrétienne de l'Occident. Jusqu'alors, certes, on ne manquait ni de légendes, ni de récits d'une sincérité historique indiscutable ; on possédait des merveilles comme la Lettre de l'Église de Lyon et la Passion de sainte Perpétue, et encore des récits d’une gravité superbe comme les Actes proconsulaires de saint Cyprien ou sa Vie par le diacre Pontius. Après la dernière persécution qui avait causé tant de ruines, plusieurs s'étaient hasardés à faire appel à des souvenirs, à des récits, dont la naïveté n'excluait pas toujours la fantaisie, et on voyait se multiplier des productions d'où la valeur littéraire et la vérité historique étaient absentes. Entre ces deux extrêmes, une place restait vacante pour une production à la fois « grave, sincère et touchante, tenant compte de l'éducation et du goût de la génération à laquelle on la présentait. » Cette place était en train d’être usurpée par les rhéteurs chrétiens qui, dans leurs écoles et à titre d'exercices de style, proposaient des thèmes émouvants peut-être, mais certainement imaginaires, pures déclamations auxquelles Jérôme lui-même avait fait accueil un instant, dans sa première lettre intitulée, De muliere septies percussa.
Ce fut un ouvrage grec qui traça la route que saint Jérôme allait suivre dans ses Vies de saints. Le célèbre Bios Antoniou de saint Athanase inspira la Vie de saint Paul l'Ermite, qui parait avoir été composée vers 374 et fut probablement le commencement de son œuvre ; elle fut suivie, longtemps après, à Bethléem — de deux autres Vies, celle du moine Malchus et celle de l'anachorète Hilarion. Chacune des trois montre des particularités de style distinctives : ce genre de littérature chrétienne latine est donc représenté d'une manière variée dans les Vies des saints de Jérôme, qui avait même la pensée de composer, au moyen de biographies des saints et des martyrs, une histoire de l'Église depuis les apôtres jusqu'au iv siècle ; il considérait uniquement ses Vies de saints comme un exercice préparatoire à ce grand ouvrage.
Si plein de respect qu'il pût être pour saint Athanase, si reconnaissant qu'il dût lui être de lui avoir tracé, par le Bios Antoniou, une voie à suivre, saint Jérôme ne pouvait se garder du travers dans lequel tombent tant d'auteurs et s'interdire de revendiquer pour son héros l'illustration qu'Athanase réclamait pour saint Antoine, qui, décidément, n'avait rien inventé et n'avait fait qu'imiter l'ascétisme de saint Paul. Il a composé un récit célèbre et sur lequel nous reviendrons, et il a apporté un art délicat d'une simplicité d'expression calculée pour rendre cette Vie de saint Paul accessible même aux illettrés.
La Vie de saint Hilarion est un ouvrage fort considérable ; c'est une biographie détaillée pour la composition de laquelle saint Jérôme a eu recours à une source orale et à des documents écrits. Dès le début, l'auteur invoque l'assistance du Saint-Esprit afin de rendre son livre digne du sujet qu'il va traiter et de la voie qu'il va tracer. C'est un panégyrique sans réserve d'un héros de la vie ascétique, fondateur de la vie monastique en Palestine. Sa réputation était si étendue qu'elle lui attirait des malades et des disciples en si grand nombre que le saint s'y déroba, visita l'Égypte, la Sicile et se retira dans une gorge montagneuse de l'île de Chypre, où il mourut en 371. La Vie de Malchus le Captif est plus brève et offre un caractère particulier.
IH. LA VIE DE SAINT MARC. — Si on se place au point de vue des origines du monachisme, les trois Vies composées par saint Jérôme ne présentent pas la même importance ; les biographies de Paul de Thèbes et d'Hilarion de Gaza en ont beaucoup plus que l'autobiographie de Malchus de Nisibe dont la vie et la mésaventure n'ont influé en rien sur les destinées de l'institution monastique. L'insignifiance de Malchus a contribué à le faire négliger longtemps, jusqu'au jour où on s'avisa qu'un si mince personnage ne pouvait vraiment pas avoir bénéficié du très grand honneur d'attirer l'attention de saint Jérôme et de mettre sa plume en mouvement. Mais, sauf quelques lignes d'introduction et quelques mots en manière de conclusion, saint Jérôme n'apparaît ici que comme un secrétaire écrivant sinon sous la dictée, du moins d'après les souvenirs d'un entretien qu'il avait eu avec Malchus à Marona.
Originaire des environs de Nisibe, Malchus était un fils unique que ses parents voulaient voir faire souche. Ni les menaces du père, ni les cajoleries de la mère ne peuvent l'attirer au mariage : il préfère prendre la fuite ; mais les hostilités entre Romains et Persans lui interdisent l'Orient, il se dirige donc vers le désert de Chalcis, entre Imma et Beroé. Ayant rencontré des moines, il se joint à eux, travaillant pour vivre et jeûnant pour garder sa chasteté. Beaucoup d'années s'écoulèrent, et ayant appris la mort de son père, il forma le projet de revoir sa mère, veuve et délaissée, voulant profiter de ce séjour pour entrer en possession de l'héritage paternel, afin de le vendre, d'en donner le prix aux pauvres et d'en garder une partie pour lui-même. L'abbé jeta les hauts cris, et découvrit tout de suite une tentation du diable, déclara que le chien retournait à son vomissement et se répandit en citations et exemples tirés de la Bible ; finalement il se prosterna, supplia, le tout inutilement. Malchus soupçonnait toute cette mercuriale de n'être pas entièrement désintéressée ; alors l'abbé déclara voir ce fils marqué du sceau de Satan et livra cette brebis vagabonde à la dent des loups.
La route qui mène de Béroé à Édesse côtoie le désert et elle est peu sûre, aussi les voyageurs s'y forment-ils en caravane. Malchus ne négligea pas cette précaution et se joignit à un groupe de soixante-dix personnes environ. Ils marchaient tranquillement quand ils furent surpris et assaillis par une troupe de Bédouins, armés d'arcs et de lances, montés sur des chevaux et sur des chameaux, qui se précipitent sur la caravane, la dispersent et se partagent les prisonniers. Malchus échut au pouvoir d'un maître qui l'emmène ainsi qu'une jeune femme et les conduit chez lui, au-delà du fleuve Chabor. Là il se trouve réduit en esclavage, avec, pour tout vêtement, une ceinture sur les reins, et on le charge de garder les brebis, n'ayant pour se nourrir que du lait et du fromage. Du moins il vivait solitaire, loin du maître et de ses compagnons d'esclavage, pouvant prier, chanter les psaumes et se trouvant heureux, somme toute, d'avoir échangé la vie monastique pour la vie érémitique.
Berger attentif, le troupeau de Malchus devenait prospère et le maître satisfait d'avoir trouvé un si utile serviteur, voulut l'en récompenser sans y rien perdre lui-même ; il lui ordonna d'épouser la jeune femme entraînée en captivité en même temps que lui. Malchus répondit qu'étant chrétien, il ne lui était pas permis d'épouser celle dont le mari avait été, devant leurs yeux, entraîné par un autre maître ; ce que le Bédouin prit fort mal, voulant se jeter sur lui, l'épée à la main. Enfermés ensemble dans l'obscurité, Malchus redoutant de succomber à la faiblesse de la chair, protesta qu'il serait martyr plutôt que mari et, en preuve, se disposa au suicide. Mais la jeune femme le calma, et lui proposa un mariage fictif, ce qui fut convenu entre eux.
Le Bédouin, enchanté de sa combinaison, célébra les noces et tout parut rentrer dans le courant ordinaire de la vie. Un jour, Malchus regarda une fourmilière et se prit à réfléchir sur lui-même jusqu'à ce que, de retour dans sa chambre, très déprimé, il s'ouvrit à sa compagne d'un projet de fuite combiné avec toutes les précautions dont les fourmis lui avaient suggéré l'utilité. La-dessus, ils tuent deux boucs de grande taille, les dépouillent pour faire deux outres de leurs peaux et emportent une provision de viande. Ils arrivent au bord du fleuve, le traversent à la nage assis sur leurs outres, ramant avec leurs pieds, perdant une partie de leurs provisions et abordent l'autre rive ; prenant la précaution de boire abondamment en vue de la soif qui les attendait. Ils s'avancent, marchant la nuit plutôt que le jour, aussi bien pour se dérober à une poursuite de leur maître qu'à celle des Bédouins errants et à l'ardeur du soleil. Après trois jours de marche, les fugitifs aperçoivent deux chameaux montés. Heureusement ils peuvent s'enfoncer dans une caverne profonde où une lionne allaite ses petits. Le Bédouin qui les a dépistés envoie à leur poursuite son serviteur qui les somme de revenir, de se rendre. La lionne irritée par les appels se précipite sur ce serviteur et l'abat sous elle ; le maître, ne le voyant pas revenir et se croyant bravé, accourt l'épée au poing et la lionne lui inflige le même sort, prend son lionceau dans sa gueule et s'éloigne. Malchus et sa compagne attendent la tombée du jour et fuient sur les chameaux restés sans maîtres. Dix jours plus tard ils gagnaient le camp romain, racontaient leurs aventures. Ils vécurent depuis dans le désert de la presqu'île Chalcidique, Malchus moine, et sa compagne dans une communauté de religieuses.
IV. LES TROIS VERSIONS, — Il existe trois textes différents de la vie de saint Malchus, tous trois offrant la même histoire et les trois de même longueur, sauf quelques détails. Cette circonstance suffirait presque, à elle seule, à montrer le succès qui accueillit ce récit puisqu'il fut traduit en deux langues très répandues : grecque et syriaque. Des trois rédactions, celle qui est due à saint Jérôme est la plus connue. C'est un ouvrage de sa vieillesse puisqu'il est postérieur à l'élévation d'Evagrius sur le siège d'Antioche (388-389) et antérieur à la rédaction de De scriptoribus ecclesiasticis (fin 392). La Vie de Malchus prend donc place probablement vers 390 ou 391. Le texte latin est représenté par un très grand nombre de manuscrits ; on le trouve au tome 1er d'octobre des Acta sanctorum, mais une véritable édition critique manque encore.
Le texte syriaque est conservé dans le ms. Sachau 302 de la bibliothèque de Berlin, et il a été publié par Sachau dans le catalogue des manuscrits syriaques de Berlin ; le texte du 302 est du V-VIe (Sachau) ou du VIIe-Xe (Bäthgen). Vers le milieu du récit, le texte présente une lacune considérable par suite de la disparition d'un feuillet. Ajoutons que le British Museum possède deux fois la même recension, dans ms. Add. 12175, fol. 27v à 35r, et dans Add. 12174, fol. 185v à 188v. Le premier de ces manuscrits est du VIe-VIIe ; le second est daté de 1197. La Vie de Malchus se trouve aussi dans deux exemplaires de la compilation d'Enanjésu intitulée : Le Paradis des Pères.
Le texte grec a été connu par le cardinal Sirleto qui en fit une traduction latine que l'évêque de Vérone Lipomani inséra dans sa collection de Vies des saints ; L. vir ; elle est fort inexacte. Ce texte grec a été étudié et établi par M. P. Van de Ven d'après les manuscrits Paris, gr. 1605, 1598, Vatic. gr., 1660, 825 ; Moscou 296. Le travail de cet érudit était entrepris pour servir de réfutation à l'opinion de J. Kunze, qui déniait à saint Jérôme la paternité de la Vie de Malchus. C'était une affirmation produite sans avoir en sa possession tous les éléments nécessaires à la solution du problème. Le texte grec connu seulement par la traduction latine fort négligée du cardinal Sirleto, et l'importante lacune qui déparait la publication du texte syriaque par Sachau imposaient cette étude nouvelle où le texte grec est établi de façon très soignée d'après trois manuscrits de Paris et du Vatican, et où le texte syriaque est complété par le ms. du British Museum. Désormais, la discussion pouvait être conduite avec méthode et poussée à fond, de sorte que la paternité littéraire de saint Jérôme sur la vie de Malchus est établie de façon péremptoire. A la suite de cette démonstration, l'auteur présente des preuves positives de l'antériorité de la rédaction latine, preuves qui tendent à établir, par l'examen des détails, que les recensions grecque et syriaque trahissent à chaque moment le traducteur, tandis que le texte latin se présente avec tous les caractères d'une rédaction primitive et originale.
Il restait à savoir qui était le traducteur de la Vie de saint Malchus. Celle-ci et la Vie de saint Hilarion ont eu un traducteur commun. Or saint Jérôme lui-même signale que la version de la Vie d'Hilarion a été faite par Sophronios. On peut donc penser au même personnage pour la Vie de Malchus.
- disposés autour d'une étoile à huit pointes, la lettre O ne figure qu'une seule fois. — 6 pan, dont une partie a été enlevée par un coup de cisaille ; on — lit encore MOANA ; — 7 pan, on lit AXOO, au-dessous AAA, au-dessous encore YYY. — 8° pan, trois annelets disposés en triangle, la queue du serpent, le mot PAS, un trait, deux annelets et e&eE3. A L— l'intérieur de l'anneau on lit cette légende gravée | sur deux lignes, CEYC. KOAON. MITPA CITA TTONO OEOC KEAEYOC) MHYC IN : entre les deux lignes de caractères sont gravés divers signes : trois croissants sous un trait, un trait ondulé, deux croisettes, le monogramme du Christ, trois annelets réunis par deux traits, une pointe de fléche, de nouveau trois annelets réunis par deux traits, un grand Z, une étoile — A six rais terminés par des renflements.
E Pour les formules manuscrites de maléfices nous | -. mous bornerons de même à quelques exemples. Nous
| 1289 MALÉFICE | 1290
Ein koplischer Zauberer et Heidnische bei den Koplen, dans Aeggypt. Zeils., 1805,t. xxxi, Aus den Papyrus der königlichen Museen, Berlin, 1895 ; Aegyptische Urkunden aus den königlichen Museen zu Berlin, Koplische Urkunden, 1. 1, et le manuscrit du Brit. Mus., Or. 1013 a, a été publié et traduit par le même : Zauberspruch für einen Hund, dans Aegypt. Zeils., 1895, t. XXXIII.
Voici une formule de maléfice du ms. Br. Mus., Or : 6172, jeté contre celle qui a détourné un fils de sa mère. On remarquera la présence du chrisme en tête et en queue de cette formule.
EE Moi, la pauvre et misérable pécheresse, élève ma voix vers [toi, ó] Dieu, seigneur omnipotent, afin que tu juges mon affaire avec Tnoute qui m'a éloigné mon fils de sorte qu'il me mésestime. Fais-la désespérer sur ce monde-là, fais-la..., fais-la stérile, fais qu'elle absorbe le foetus de son flanc ! Envoie un démon vers elle, afin qu'il l [arrache ] dans une maladie violente et dans une peine immense. Envoie le froid, le chaud et la scabie sur elle ! Envoie douze... sur elle, que les vers avec le sang sortent d'elle, qu'on prenne tous les jours de sa vie, qu'elle ne vive pas, qu'elle tombe à la mort ! Abats-là à bas, toi, qui es assis dans le char brillant. ; ` * Chérubins et Séraphins, jugez mon affaire avec Tnoute !
« Michaël, juge mon affaire ! i u Gabriel... Tremuél, Abraxiel, Emmanuël jugez mon affaire avec Tnoute : Avec hâte !
« Vingt-quatre presbytes et quatre bétes portant le trône du père, jugez mon affaire ! x Toi, qui arrêtes la justice aux oppressés juge mon affaire ! Avec hâte ! » AAA BEBTIRR ZZ x x AAA EEE ZZZ HHHIII OOO ovbps AAA avec hâte, avec hâte ! encore ! &XUOE I * Autre formule de maléfice tirée du ms. Oxford Bodl., copt. c. 4 :
« Moi Jacob, le pauvre misérable, je sollicite, je gémis et je prie ; j'envoie ma prière et mon désir devant le trône de Dieu, Sabaoth tout puissant : « Prends mon droit et ma vengeance sur Marie, fille de Tsibeline, de Tator, fille de Tashain, et d'André, fils de Marthe ! Sur-le-champ !
« Dieu uni que de vérité qui connais toi seul ce qui est caché et ce qui est apparent, frappe d'une maladie maligne, de la colère et de la fureur, de grave souffrance et de misère inguérissable Tator, fille de Tashain, et ses enfants, et Marie, fille de Tsibeline, et André, fils de Marthe, et toute sa famille et Yvan Misoter et ses enfants. Amen !
« Je te conjure, Père, je te conjure, Fils, je te conjure Saint-Esprit, Trinité d'une seule substance !
1291 ma vengeance et ma violence de Tator, d'André et de Marie, fille de Tsibeline, et de ses enfants ! Envoie sur eux la cécité des deux yeux, envoie sur eux une grande douleur, une maladie [très grave], de lourdes [souffrances ], la perte et la destruction.
“ Père, frappe-les. Fils, frappe-les ! Dieu qui as été avant que le monde fût, frappe-les vite, vite ! Toi qui es assis au-dessus des Chérubins et autour duquel sont des Séraphins, frappe Marie, fille de Tsibeline, Tator, fille de Tashaïn et André, fils de Marthe, et leurs enfants ! Vite ! Toi, aux pieds duquel des milliers de milliers et des dix milliers de dix milliers d'anges et d'archanges, de souverains, de vertus et de forces..., qui te louent et glorifient, en criant d'une seule voix : « Saint, saint, saint, seigneur, * Sabaoth ! Le ciel et la terre sont pleins de ta « gloire, » frappe Tator et ses enfants et son époux, | Marie et ses enfants et... son époux d'une grande colère et de souffrances inguérissables ! Car ils nous ont fait une grande injustice et toi, Dieu, tu sais tout !
“ Vous, les vingt-quatre, les plus vieux qui soyez assis devant le Père, frappez Tator, André et Marie ! Vite !
« Toi qui as libéré les trois saints du four de feu en flammes, frappe Tator, fille de Tashain, Marie fille de Tsibeline, et André fils de Marthe, frappe-les de grande colère, de grande perte et de ruine ! x : Toi qui as libéré Daniel de la fosse aux lions, frappe Marie, Tator et André de la fureur de ta colère ! tı Raphaël, frappe-les de ton glaive de feu ! vaut Dieu, frappez-les de vos glaives de feu ! Frappez | vite Marie, Tator et André ! Amen.
« Adonai, Eloé, Eloi, Yao, Sabaoth, Emmanuel, el, Emmanuel, Michaël, Gabriel, Raphaël, Rakouel, Souriel, Anaël, Ananaël, Fanouel, Fremouel, Abrasaxsax ! à « Père, Fils, Saint-Esprit ! Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, Dieu des Anges, Dieu des Archanges, Dieu des Chérubins, Dieu des Séraphins, Dieu de toutes les Vertus, qui as créé le ciel et la terre, qui as créé le soleil, la lune et les étoiles, qui a créé l'homme d'après ton image et d’après ta figure, toi outre lequel il n'y a personne, fais mon droit !
« Seigneur, Dieu uni que de vérité, auprès duquel je me suis réfugié afin que je rejette [de moi | mes soucis [devant toi], Grand Dieu, car toi-même [tu as dit] : « Rejette à moi tes soucis et moi [je te « garderai en vie et | forte [je rendrai | ta main contre.
MALÉFICE — MALEKA T'HA
: Bon messager Gabriel, archange, prends mon droit, | les mains du méchant démon qui les vexera nuit et jour ! Amen ! Amen ! Amen ! sible toutefois d'y reconnaître dans l'état actuel la forme d'une église. Le nom moderne Malekat« ha que l'on doit traduire par regina ejus, ne rappellera aucun nom ancien connu. Le Kh. Malekatha, où a — été trouvé ce baptistère, est situé près de la grande | route romaine qui allait de Aelia Capitolina (Jérusalem) à Eleuthéropolis un peu au delà du 18* mille en comptant à partir de Jérusalem. Ce milliaire a été retrouvé avec son inscription. Les ruines sont situées. sur une colline qui occupe l'extrémité orientale ' de la vallée, laquelle porte maintenant le nom de Wadi Shuweikeh, et qui est certainement l’ancienne vallée de Socoh, où le je une David terrassa le géant Goliath. Le baptistère est en forme de croix et porte cette inscription : YITEP COTEPIAC MAOEOY KAÏI] FEGPRTIOY :
La forme des lettres semble dénoter une période : assez basse, le vr ou le vire siècle environ.
Le baptistére a 0 m. 90 de diamètre à l'intérieur dans sa plus grande largeur, et 0 m. 60 dans sa plus petite. L'épaisseur de la pierre formant margelle est de Om. 14 en moyenne et de 0 m. 18 aux pointes. ll est monolithe et haut de 1 m. à l'extérieur. La forme de la croix se maintient sur 0 m. 75 ; à la base, le reste allecte la forme ronde. A l'intérieur, la croix garde sa forme sur une profondeur de 0 m. 35 seulement. Ensuite vient une cavité parfaitement ronde de Om. 60 de diamètre sur 0 m. 15 de profondeur.
1292 — considérables et portent le nom de Khirbe ! Maleka l'ha. Il est impos- « ` r Š + -
H. LECLERCQ.
MALGA (LA) et MARSA (LA). — Ces noms nous ramènent à Carthage (voir Dictionn., t. 11, col.
E. 2226-2229, et col. 2278-2280, fig. 2113). Nous n'avons E guère à ajouter à ce que nous en avons dit, tout au — plus a-t-on découvert quelques épitaphes chrétiennes qui n'apprennent rien de nouveau. C'est l'invariable formulaire que nous connaissons : A la Malga ? ; marbre gris, à revers lisse, épais de 0 m. 07, trouvé dans la démolition d'une maison du J— village : i se CYNDVLA IN pace et REQVE VIXI !/ an nos r VSTICA IN PA ce et reg VE VIXIT AN nos ASIRIA IN PAC e et regVE VIXIT ANN os A la Marsa * ; grosse dalle de marbre blanc, brisée à gauche, épaisse de 0 m. 08, hauteur 0 m. 52, haut. des lettres 0 m. 04.
POSSSORM AMEN +
H. LECLERCO.
MALO (Saint). — I. La légende. II. Les textes. IH. La critique. IV. Le fonds historique. V. Le personnage. VT. Bibliographie.
I. LA LÉGENDE. — La Vie de saint Malo a fourni la matière à une légende des plus brillantes et pleine de sens profonds. Dans sa jeunesse, le patron de tant de hardis marins —- Jacques Gartier, DuguayTrouin, Robert Surcouf, ces noms suffisent — quitte son monastère de la côte cambrienne et part, avec son maître Brendan, à la découverte de l'ile fortunée d'Yma, où l'on ne connait ni les maladies ni la vieillesse. Le voyage est rempli d'aventures. L'ile restant introuvable, Malo va réveiller un géant, enterré depuis cent ans sur un rocher désert. Le ressuscité est païen, il est vrai, comme tous les hommes des temps antiques, mais il est si content d'être ressuscité qu'il se laissera baptiser. Ce n'est pas l'eau qui manque ; on le baptise donc et le voilà promu guide de l'expédition. Mais étant trop grand pour monter à bord, cet ancêtre de Gulliver descend dans l'Océan et remorque le navire de Lilliput en marchant sur le fond. Malheureusement, la science et la bonne volonté du géant ne servent de rien ; l'ile aux falaises d'or ne se laisse pas découvrir. Au cours de l'expédition, Malo descend à l'aiguade sur une côte inconnue ; les fontaines lui versent des perles avec de l'eau. Le jour de Pâques, un poisson gigantesque offre son dos pour dresser un autel, sur lequel le saint célébre la messe, à la grande joie de tous ses compagnons. Enfin, lassés de ces recherches inutiles, et d'un voyage de sept années, les moines bretons regagnent la terre natale. On a dit depuis longtemps que cette race manque de persévérance ! Malo, qui ne peut tenir en
MALEKA T'HA — MALO 1294
x Autour du baptistère on voit épars ! un grand nombre de cubes de mosaïques (fig. 4549). place, ne s'attarde guère et repart peu de temps après | pour aller s'établir en Armorique, à l'embouchure de la Rance, près de l'antique cité d'Alet. Il s'y plait et s'y installe, Après un long séjour dans ce pays, où il exerce le ministère épiscopal, il se prend de querelle avec ses ouailles, se retire devant l'opposition qu'elles font à son ministère et va chercher un refuge dans le pays de Saintes, auprès de l'évêque Léonce.
Ce beau thème hagiographique a fourni une ample matière aux légendaires, qui y ont rattaché nombre de traditions locales des pays de Saint-Malo, de Dol et de Saintes.
II. LES TEXTES. — De cette légende on n'a possédé longtemps que des rédactions du xi et du xii siècle ; ce n'est que depuis 1884 qu'on connaît deux rédactions beaucoup plus anciennes, du ix* siècle, écrites, l'une à Alet et dédiée à l'évêque Ratwili (vers 866-872) par Bili, diacre de son église, l'autre à Saintes, peu après la précédente et dont l'auteur est anonyme.
1. La première est publiée par dom Fr. Plaine. C'est la Vita auctore Bili diac. Alethensis, libr. IL — Incip. epist. : Dno... Ratuili ep... Magnitudo caritatis. — Inc. prol. : Religiosorum virorum gesta prædicabilia. — Ine. lib. I : gitur ven. al que sacratissimus Machutus ep. generosis pareniibus, — Des. lib. II : cuius nos suffragia semper adiuvant... Amen. — Cf. Fr. Plaine, Vie inédite de saint Malo, écrite au ix* siècle, par Bili, publiée avec notes et prolégomènes, dans Bulletin | el mémoires de la Société archéologique du département Les autres rédactions sont les suivantes :
1299 B. Vincent de Beauvais, Speculum historiale, c. XXIL 94-100, C. Petrus de Natal., x, 64.
D. Inc. : S. enim antistes Macutus in Britannia maiori generosis parentibus. -— Des. : praesulis vestimentum contaminapit ; cf. Capgravius, fol. 219-221 ve, E. Inc. : Gloriosus Christi conf. Maclovius. — Des. : Deo spiritum exhalavit : cf. Brev. Aberdonense, pars aestiva, propr. SS., 161 v^, 162.
TEXTE CORRIGÉ :
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7. Translatio de Sanctonica regione in Britanniam sæc. IX extr. — Inc. prol. : Jussus a fratribus, — Inc. : Igitur eo tempore quo Alanus rex. — Des. : in aliis vero miraculis quantum fulserit... Amen, — Cf. Fr. Plaine, dans Bulletin et mémoires cités, 1883, t. xvi, p. 257-264 ; et dans Fr. Plaine et A. de La Borderie, op. cit, p. 120-128.
Les deux biographies par Bili et par l'anonyme sont indépendantes l'une de l'autre, mais dérivent d'un même texte pour le commencement, d'un même texte ou d'une même tradition pour la fin. Ce texte primi-
MALO (SAINT)
contenait la vie contemporaine du saint.
A. de La Borderie soutient que le ms. lat. 12 404 est la source commune des vies du saint les plus connues, Sigebert, Mabillon, Dubois, reproduites par tous les hagiographes ; quoiqu'il en soit de cette assertion, on possède au moins un texte authentique et qui fait autorité.
Cette légende contient des récits de miracles posthumes opérés à Saintes, sur le tombeau de saint Malo ; vient ensuite la translation à Alet de son chef et de son bras droit, puis deux ou trois épisodes contemporains, dont les deux autres ne sont que des abrégés, provenant de Bili. Il y a là des traits de mœurs bretonnes d'un grand intérêt et des traditions locales assez bien conservées. Mais pour dégager de ses appendices le fonds primitif du récit, pour distinguer les diverses rédactions de celui-ci et surtout pour se prononcer sur la valeur historique de telle ou telle de ses parties, il faut l'étudier de plus près et à la lumière des documents similaires. Parmi ceux-ci la première place revient de droit à l'anonyme conservé dans le ms. 12 404 et dont la rédaction se placerait, d'après A. de La Borderie, à Saintes. Le récit s'arrête à la mort du saint ; y a joint un appendice (reproduit dans l'édition) de la relation originale du transfert du corps de saint Malo de Saintes à Alet. C’est une histoire fort curieuse.
Cette translation est un acte de pur brigandage. Au temps d'Alain le Grand, roi de Bretagne (888-907), un Alethien, de séjour à Saintes, s'insinue dans la confiance du prêtre chargé de garder le tombeau du saint. Excité par l’évêque breton Bili, il profite d'une absence de ce prêtre pour se saisir des reliques et les emporter à Alet. Saint-Malo qui eut plus tard beaucoup de corsaires dans sa clientèle, ne paraît pas désapprouver le procédé extraordinaire dont on se sert pour le ramener chez lui : son retour est accompagné de nombreux miracles. L'évêque Bili est l'ancien diacre de Hatwili, son successeur et le biographe du saint.
III. LA CRITIQUE, — En définitive, si on veut en venir au résidu historique, à l'incontestable biographie de saint Malo, nous avons la rédaction de Bili et celle de l'anonyme. Celle de Bili n'est pas antérieure à 866 et le récit de la translation des reliques doit être postérieur au règne d'Alain le Grand, mort en 907 ; mais comme ce récit est antérieur au transfert des reliques à Paris, il doit appartenir à la première moitié du x* siècle. Quant à la rédaction de l'anonyme, sa date peut donner lieu à diverses conjectures. Chose plus grave, entre Bili et l'anonyme l'accord n'est pas parfait et, même, sur un point, la contradiction est formelle. D'après Bili, saint Malo reçut l'épiscopat dans le pays de Galles avant son émigration en Armorique ; d'après l'anonyme, il aborda en Armorique encore prêtre et reçut l'épiscopat à Tours, des mains de l'évêque du lieu.
Bili représenterait une rédaction d'Alet ; l'anonyme une rédaction de Saintes, procédant d'un texte primitif qui serait plus ancien et contemporain ou presque contemporain de saint Malo. En effet, Bili, à la fin de son prologue, fait mention d'un alius sapiens qui avait, longtemps avant sa naissance, consigné dans un livre « la vie, l'origine, la pérégrination et le séjour en divers lieux du saint évêque Malo. » Plus tard, ce récit fut repris et gâté ; pour cette raison Bili essayait de le refaire.
Bili eût bien fait de nous apprendre le temps où vécut cet alius sapiens ; il nous dit seulement qu'il vivait longtemps avant sa naissance : longo tempore antequam nos orti fuissemus ; or que savons-nous sur le compte de Bili. Vers 870, il était diacre de l'évêque d'Alet, Ratwili, qui siégea, d'après les chartes de Redon, entre 866 et 872 environ : il lui succéda et occupa ce même siège épiscopal vers la fin du ix siècle !, ce qui permet de reporter sa naissance vers 840. Le biographe qui vient longo tempore ante — peut donc être reporté sous le règne de Louis le Débonnaire. L. Duchesne ne pense pas devoir remonter delà de ce règne, car au moment où écrit ce biographe, alius sapiens, les nouveaux rites sont assez bien entrés dans les habitudes pour qu'il ne songe plus qu'au rite romain de célébrer la messe. Les détails liturgiques donnés à propos de cette messe sur le dos d'un monstre marin, se rapportent, non à la liturgie gallicane qui était celle des Bretons des deux côtés de la mer et des Églises franques aux temps antérovingiens, mais à la liturgie romaine. L'Agnus Dei, venant après le Pater, est un trait caractéristique. Nous savons même à quelle époque il fut introduit dans la messe romaine ; c'est sous le pape Serge (687-701), tout à la fin du vi siècle, et certes la liturgie romaine n'a pu pénétrer à Alet avant les derniers temps du règne de Charlemagne. Les Bretons, hostiles de longue date aux usages romains, n'auront pas dû devancer cette époque pour s'y rallier. Même, son introduction chez eux aura dû être un des résultats de la conquête franque et peut-être après bien des lenteurs et des marchandages. Mais au temps où la vie de saint Malo fut écrite, c'était chose faite, et l'uniformité liturgique était acquise, si bien acquise qu'en racontant un épisode remontant à trois siècles en arrière, on n'imaginait pas que le rite romain ne fût pas en vigueur. Le détail ne peut être imputé à Bili puisqu'il se trouve dans les deux rédactions, et appartient ainsi à celle de l'alius sapiens. Celui-ci écrivait à une date déjà avancée du règne et aux approches de l'année 840, car nous savons que, lors de la révolte de 811, les papiers de l'Église d'Alet avaient été consumés dans un incendie *. C'est donc, sans doute, un certain temps après que le sapiens s'avisa d'interroger les souvenirs des bonnes gens et d'en consigner le résultat dans son ouvrage : sicul ab aliis sapientibus audivit ge didicil scribere curavit. La tradition avait eu tout le temps de se déformer au cours des deux siècles écoulés depuis la mort de saint Malo, mais quelques traits caractéristiques pouvaient s'être fixés, noms d'homme ou noms de pays. Il est même possible et, on dirait volontiers probable, bien que nous n'ayons sur ce point aucun témoignage, que la vie du saint ait été mise par écrit avant la conquête franque, et que le plus ancien biographe connu, l'alius sapiens dont parle Bili, ait pu se servir d'une rédaction antérieure et plus ou moins rapprochée du saint, sinon tout à fait contemporaine. Mais cela n'est qu'une simple possibilité, sur laquelle il n'y a rien à fonder. Avec les textes dont nous disposons, il n'est pas possible d'atteindre autre chose que le témoignage de l'écrivain contemporain de Louis le Débonnaire. A. de La Borderie tenait pour certaine l'origine saintongeaise de la rédaction de l'anonyme ; L. Duchesne estime que cette origine ne paraît pas bien démontrée. Et la démonstration, à supposer qu'elle fût faite, laisserait encore la possibilité de soutenir l'antériorité du texte saintongeais sur celui de Bili.
La question doit donc être examinée.
On a relevé plus haut une contradiction entre les deux rédactions : l'anonyme fait consacrer Malo dans le pays de Galles, Bili l'envoie à Tours recevoir l'épiscopat. Lequel des deux, l'anonyme ou Bili, a reproduit la tradition enregistrée par l'alius sapiens ? Si c'est l'anonyme, il faudra admettre que Bili a rompu avec la tradition existante et introduit de son chef l'ordination par l'archevêque de Tours. Mais Bili n'avait aucune raison pour cela, lui qui dédiait son livre à l'évêque d'Alet qui n'était pas suffragant de Tours. Quel intérêt aurait-il eu, à mettre son attitude en contradiction avec celle du saint fondateur ? C'est déjà beaucoup qu'il ait laissé subsister dans son livre, où il s'est permis tant de changements, un épisode aussi peu d'accord avec le droit canonique introduit par Nominoé.
Il n'en est pas de même s'il a suivi à la lettre l'alius sapiens lequel écrivait, on l'a vu, sous Louis le Débonnaire, c'est-à-dire à une époque où le métropolitain de Tours consacrait tous les évêques de Bretagne, ses suffragants. Quelle qu'ait été la réalité historique, de quelle façon que les choses se soient passées au temps de saint Malo, on comprend très bien qu'un hagiographe, écrivant sous le régime franc, ait représenté un évêque d'Alet comme soumis à la métropole de Tours.
C'est donc l'anonyme qui aura rompu avec l'usage, soit qu'il ait fait revivre une tradition plus ancienne, soit qu'il se soit inspiré des relations hiérarchiques de son temps pour parler de celles du temps de saint Malo ou pour se taire à leur sujet.
Il y a donc de ce fait une prévention en faveur de Bili. En outre, on ne peut lui contester le goût de la précision. On l'entend situer à Corseul le miracle du mort ressuscité, celui de la pierre changée en coupe de verre et celui de l'eau changée en vin ; l'anonyme ne dit pas où ces faits se sont passés. S'agit-il de la résurrection de la truie, Bili désigne Lan-Domnech (Saint-Domineuc), et c'est encore Bili tout seul qui a le souci de désigner l'île de Césambre, où aborde saint Malo, et l'île d'Aoron, où il vit solitaire ; enfin, par un dernier scrupule, il nomme les deux fermes Laioc et Guoroc, où l'âne de saint Malo allait tout seul faire les commissions de son maître.
Bili a une autre supériorité sur l'anonyme — si toutefois c'en est une, Il donne plus de miracles ; mais d'où les tire-t-il ? De la tradition ? Écrite ou orale ?
Avant de donner à Bili la préférence sur l'anonyme il faut y regarder de plus près.
Bili, à la fin de son prologue, fait connaître ses autorités : c'est d'abord la tradition orale : relatione el narratione fidelium virorum, c'est ensuite l'alius sapiens que nous connaissons. Mais ce n'est pas tout, et Bili cache quelque chose ; il a recouru à des sources écrites qu'il n'avoue pas. Dès le début de son livre, il a reproduit abondamment le prologue de la vie de saint Pair d'Avranches, par Fortunat. Et non content de cela, il y est revenu, pour ses chapitres XL, XLIII et XLVI, où il copie fidèlement tout en prenant la précaution de changer les noms propres. Or, tous ces passages manquent dans la rédaction de l'anonyme, ce qui porte à croire qu'ils ne figuraient pas dans l'alius sapiens et que, c'est Bili qui les trouvant de son goût les a démarqués, se flattant que personne n'y verrait rien. Et, de fait, personne n'y vit rien pendant mille ans, jusqu'à ce qu'un confrère, un clericus Alefensis, s'en aperçût ; c'était Duchesne.
Pour qu'on ne m'accuse pas, disait-il, de calomnier Bili, je vais donner un spécimen de ses procédés d'assimilation littéraire, en reproduisant le début de son prologue et celui du prologue de la vie de saint Pair par Fortunat *.
1299 Bili Domino sancto el venerabili toto que pectoris sinu amplectendo ac meo magistro gregorio ! in sancta Trinitate Ratuilio episcopo mihi amantissimo, Bili, lepila humilis, perpetuam salutem.
Magnitudo caritatis profert testimonium cuius curam in amico nee mors subirahi ! post sepultum. Qui famam amatoris mul- {is oslendere studel post obitum, iam ipsam memoriam fortiter diligil in defuncto qui affectum in Deo piventis loto bibit in pectore propler quod nec sepultum abstulit oblivio de sermone, Quo volto solli- »lante, paler venerandissime, de beati Machuti vita opintone que confingere aliqua secundum nostram impossibilitatem, paucis paginis indicantibus, pigrilalem eicien les studuimus. Qui certe vir apostolicus
MALO (SAINT)
FORTUNAT Domino sancto el venerabili meritis toto que sinu pectoris amplectendo in Christo patri — Martiano abbati Fortunatus humilis.
Magnæ karitatis profert | lestimonium cuius curam in amico nec mors subtrahit posi sepulchrum : nam qui famam amatoris studet post obitum, ipsam memoriam fortiter diligit in defuncto ; deni que affecium vwiventis tolo bibil in pectore, quem nec sepultum abstulit oblivio de sermone, Quo volo sollicitante, pater venerandissime, de beati Paterni opinione tam celebri iniungere non distulisti a nobis aliqua loquente pagina promulgari. Qui cerle vir apostolicus nec apud vos oblivione nec apud nos absens est in viriute, etc.
| portait ja mais, et qu'il se contentait d'une simple 3 | l'archevê que de Tours ; l'anonyme orne d'un miracle | au fonds commun des historiettes du temps et qu'on. nec apud vos oblivione nec apud nos absens es ! in virlute, etc.
Cette citation, et les autres qui pourraient la suivre, font peu d'honneur à Bili qui, au point de vue littéraire, empruntait sans le dire, des phrases entiéres à Fortunat et, faute plus grave, au point de vue hisLori que, faisait passer au compte de saint Malo les vertus et les mirac les de saint Pair.
L'anonyme ne s'est pas permis ces libertés avec le texte qu'il avait devant les yeux et que, d'une facon générale, il a plus respecté que ne l'a fait Bili. Que chacun d'eux ait développé un théme primitif, c'est ce qui ressort de la comparaison des deux rédactions, Au début, suivant la remar que de Duchesne, el les différent trés peu. La naissance de saint Malo, sen éducation dans le monastère de Lancarvan sous la discipline de l'abbé saint Brendan, le miracle du je une saint entouré par la mer et sauvé miraculeusement, l'histoire du psautier qui va le rejoindre sur sen ile, Loute cette première partie se retrouve dans les deux rédaclions à peu prés dans les mémes termes. Cà et là un synonyme, un tour de phrase plus ou moins heureux, c'est tout ce qu'on trouve, le plus souvent, en fait de différen ces. Cependant, il faut noter que le parentage du saint est plus complet dans la vie anonyme : nous y voyons, ce que Bili ne nous dit pas, que saint Magloire était, comme saint Samson, eousin de saint Malo, la mére de celui-ci étant la sceur d'Umbrafel, pére de saint Magloire. Quand saint Malo vient au monde, sa mére a soixante-cinq ans dans la vie anonyme, quarante seulement dans le texte de Bili. La vraisemblance est ici du côté de Bili ; est-ce une preuve qu'il soit plus primitif ? On en doute fort. Plus loin, pour peindre l'ardeur intérieure qui consumait le je une saint, Bili nous le montre suant à grosses gouttes, en plein hiver, et cherchant à se liberté prise avec le texte de l'alíus sapiens qui par1300. débarrasser de son manteau ; l'anonyme dit qu'il nen tuni que, ce qui ne l'empéchait pas d'avoir toujours le front couvert de sueur. Ici encore son récit a quel que. chose de plus satisfaisant, qui porte à croire qu'il s rapproche plus complétement de l'original. Vers H fin de l'histoire du psautier miraculeusement transporté, Bili dit que le tas d'algues sur lequel le livre sacré avait navigué fut changé en une petite ile ; « te. détail est omis dans la vie anonyme. En somme, dans cette premiére partie, les deux rédacteurs s'inspirent et souvent copient le méme texte, mais ave plus ou moins d'exactitude et de liberté ; quel que menus détails, propres à chacun d'eux, s expliquent ou par une fidélité plus ou moins grande dans E b transcription ou par des retouches. - Après avoir ainsi poursuivi parallèlement leur récits cha que rédacteur introduit des épiso des différents, Bili raconte l’ordination sacerdotale de Malo par de plus l'enfance du saint, miracle qui appartient. retrouve dans les vies de saint Guénolé et de saint. Maudez : les charbons ardents qui ne peuvent Be Cette petite diversion ne dure guére, les deux rédied teurs reviennent à leur modèle et se mettent à raconter abondamment les preuves de la science et de. la sainteté du saint, à qui, au dire de l'anonyme, saint Brandan confie la charge de la prédication. On aborde ensuite le récit du voyage à l’île d'Yma.
Ici la rédaction anonyme offre une particularité remarquable. Après avoir décrit le départ du saint. 2 el de ses compagnons, embarqués au nombre de quatre-vingt-quinze sur le méme navire, elle se borne à dire qu'ils voguérent trés longtemps sur la mer, visithfent les Orca ces et autres î les du Nord, et que, - n'ayant pas trouvé ce qu'ils cherchaient, ils revinrent. dans leur patrie. Puis, saint Malo continuant à se distinguer par ses mérites et par ses mirac les, sa réputation devint si grande que les rois et les nob les de la province (reges et nobi les illius provincis) V élurent évê que d'une seule voix. :
Suit un second récit de la pérégrination à la recherche de l'ile merveilleuse, Eodem vero ordinato | navalibus que instrumentis paratis, ad predictam insulam, etc. A partir d'ici la coïncidence avec Bili redevient sensible. Il est clair que tous les deux dérivent, non pas seulement d'une méme tradition. orale, mais d'un texte identi que dont les expressions. se retrouvent cà et là, Le rédacteur anonyme est, en général, plus prolixe que Bili ; cette relation se - maintient jusqu'à la fin de l'histoire du géant Mildu et à sa réintégration dans son tombeau.
Il paraît clair que l'anonyme a imaginé cette pérégrination en deux actes afin de ramener à terre saint Malo pour l'y faire ordonner évê que, ce qui lui permettra de célébrer la messe sur le dos d'un poisson. Voilà où il s'est trouvé conduit par une première, lait d'ordination presbyvtérale. L' anonyme, pour ne | pas multiplier les ordinations, a imaginé une consécration épiscopale, dans le pays de Gal les, et il l'a placée à un moment où force lui était d'interrompre la navigation pour ramener le saint sur la terre ferme. A vrai dire, on s'étonne un peu de ce scrupule, et - dans cette jonglerie d'impossibilités et d'invraisemblan ces, le rédacteur aurgit pu imaginer une ination improvisée sur le pont du navire par quele évê que transporté par les cheveux, mais il ne pas fait, n'y songeons plus. Bili, il faut le recondépart pour Yma. — Entre la résurrection du géant Mildu et la messe ire de fontaine enchantée qui fait ele les per les -la place de l'eau, et encore l'épisode de la ronce ueillie par saint Malo, ronce dont il sera de nouu question aprés le retour des voyageurs à Lan car-. Tout cela man que dans la vie anonyme et manait probablement aussi dans la rédaction de Valius iens. Observons que le récit de la fontaine enantée est introduit par une phrase où l'on dit —que, la nuit de la septième pá que, les navigateurs, “privés d'eau depuis longtemps et mourant de soif, abordent sans s'en douter sur une côte inconnue, E : n pourrait croire qu'ils vont y demeurer pour céléh r la fête de Pâques. Mais non : on les retrouve au | be du soleil, le matin du jour de Pâques, désolés de se trouver en pleine mer et de ne pouvoir débarler sur le moindre ilot pour y chanter la messe. y a iei une incohérence évidente que Duchesne li que par une interpolation. Bili, dit-il, se réclame de la tradition orale dans son prologue. Ici, à propos de la ronce cueillie par saint Malo près de la fonLaine aux per les, il dit qu'elle fut plantée à Lan car- (van et que beaucoup d'Alétiens l'v ont vue : mulli « r nosiris regionibus ad illam patriam euntes. viderunt, C'est peut-être un de ces pieux voyageurs qui i lui aura rapporté l'histoire de cette plante merveilleuse, histoire qui est étroitement liée à celle de la fontaine aux per les. Il l'aura eousue lui-méme, nais mal cousue, au récit du fameux voyage. Dans celui-ci, peut-être, le texte qui formé le chapitre XXVI de Bili devait suivre immédiatement celui du cha- | p pitre xxr.
. Bili et l'anonyme se retrouvent à peu près d'accord “lorsqu'il s'agit de faire passer saint Malo de l'ile de Bretagne dans l'Armori que ; mais l'aecord cesse à H partir du débarquement sur la côte d'Alet. D'après z Bili, ce débarquement se fait à l'ile de Césambre où — Malo tue un dragon et demeure trois mois parmi les - moines de l'abbé Festivus. Aprés cela, il gagne Alet, | bourgade ruinée et déserte, où il installe, dans les : »masures encore debout en ville et aux environs, des — cellu les monastiques et où il exerce sur les habitants | - desquel les une sorte d'autorité, quoiqu'il se soit retiré — avec son disciple Riwan dans deux cavernes du voisi- — nage, oü ils ménent la vie érémiti que. Cette supéP riorité s'affirme par des visites périodiques du saint, f visites que signale un jour la résurrection d'une truie. E Dans le récit de Bili, cette historiette est séparée s de ce qui précède par deux chapitres (XLII et XLIII) r copiés dans la vie de saint Pair : un autre chapitre L— (le XLVI), emprunté au méme document, suit immé- # diatement. Ces trois chapitres sont des interpola- © lions qu'il suffit d'écarter pour voir le récit se déveE lopper réguliérement. Malo visite les monastéres dissé- ~ minés dans la région, fait un miracle, est consacré. 6 vé que.
— Ce miracle, c'est la résurrection de la truie dont © Bilia connu le nom du propriétaire, un solitaire — Domnech, à qui appartenait un vaste terrain, présent © à lui fait par Méliau, prince du pays d'Alet. Là-dessus, Bili raeonte comment le saint fut dé-. signé pour l'épiscopat par le roi Judicaël, electione |. populi al que sacerdotum consensu, et envoyé par lui = à Tours où il fut ordonné par les évéques de ce ressort métropolitain ; pendant son séjour à Tours, le saint opére des guérisons, une colombe s'arréte sur
MALO (SAINT)
1302 sa téte au moment oü les évéques lui imposent les mains. Cela fait, Malo revient à Alet, s'établit dans l'ile d'Aaron, avec son disciple Riwan, et un âne qui va seul aux provisions.
L'anonyme fait débarquer le saint dans l'ile d'Aaron oü il tierit compagnie à ce solitaire jusqu'au moment où on lui confie le siège d'Alet, Tout cela est briévement raconté, suivi du triple miracle et de la ré surrection de la truie. Dés lors, le parallélisme cesse entre Bili et l'anonyme qui ne se rencontrent plus que sur quelques points très rares. Bili parle des mauvais procédés que les ennemis du saint emploient à l'égard de Riwan ; l'anonyme en parle à un endroit où ce récit semble mieux à sa place. Ensuite, Bili raconte le voyage de saint Malo à Luxeuil, la fondation du monastère de Roz (Raus), les entreprises du due Bretagne contre le monastére d'Alet ; ce prince devient aveugle. et Malo le guérit.
Dans la viè anonyme, ce dernier épisode reparait et le duc en question porte le nom de Haïloc, tandis que Bili l'appelle Retluvald, fils de Juduel, et lui donne le titre de roi. A la suite, il raconte qu'après la mort de Judel, parut un impie, appelé Rethwal, qui voulait mettre à mort tous les fils de Judel, à l'exception d'Hailoc, à qui il destinait le tróne. Malo réussit à sauver un des enfants dont six fréres ont déjà été égorgés, il l'emporte au monastére d'Alet, mais. Rethwal l'y poursuit, atteint l'enfant, le tue, et meurt lui-méme trois jours aprés.
Nous avons ici deux versions du même fait, mais ces versions se contredisent sur un point. Judel ou Juduel, c'est-à-dire Judicaël, a un fils nommé Reth-ald ou Rethwal qui, dans un cas, attaque le monastère d'Alet, devient aveugle et guérit, dans l'autre cas, meurt trois jours après avoir violé l'asile monastique. L'anonyme donne au Hethwald de Bili le nom de Haïloc, et c'est l'anonyme qui semble mieux respecter la version qu'il rapporte. Suit, dans Bili, une longue série de chapitres (LxIxci) sur la sainteté de Malo, sa prédication, ses miracles ; tous ces détails, sauf une exception, rentrent dans la catégorie des lieux communs de l'hagiographie ; ils manquent dans l'anonyme et peut-être qu'en cherchant bien dans les vies des saints antérieurement composées, on trouverait que Bili les a pillées pour cette partie de son œuvre, comme nous avons vu qu'il a pillé la vie de saint Pair.
Duchesne a relevé une exception, celle du triple miracle qu'on retrouve chez l'anonyme et qui est caractéristique de la légende de saint Malo. Bili nous dit qu'il se passa à Corseul, il fait connaître un des témoins, un certain comte Cunmor, dux Domnonicæ regionis, S'il s'agit là du personnage dont parle Grégoire de Tours à propos de la révolte de Ghramme contre Clotaire, il faut croire que, sur ce point, la tradition était fort altérée, car Cunmor n'a pu vivre après Judicaël.
-La comparaison entre Bili et l'anonyme peut s'étendre encore ; ainsi le chap. rxvim de Bili et le chap. xvin de l'anonyme décrivent une guérison de possédé : fille ou garçon, il n'importe.
L'anonyme au ch, xxr, Bili au chap. xci, commencent le récit de l'exil volontaire du saint, de son retour passager et de sa mort. Bili est plus long et plus précis, notamment dans les indications topographiques, mais l'anonyme a ses trouvailles, comme celle du loup qui mange l'âne du saint et entre désormais à son service, Au moment d'entrer dans le récit du départ, l'anonyme raconte le mauvais tour joué à Riwan par les ennemis du saint et là malédiction que celui-ci jeta sur les gens d'Alet. Puis il s'interrompt pour intercaler un nouveau prologue. Peut-être la vie de l'anonyme était-elle divisée en deux livres, pourvus chacun d'un prologue ; le second livre commencerait ici.
Bili n'a pas pris le soin de nous apprendre la nature des reproches adressés à saint Malo par les gens d'Alet. L'anonyme est moins discret ; d’après lui, ils reprochaient à Malo d'avoir accaparé trop de biens-fonds. N'y a-t-il pas eu autre chose ? Il semble qu'on ait fait courir des bruits fâcheux sur l'intimité existant entre Malo et Riwan. Bili parle d'un châtiment surnaturel qui atteignit les calomniateurs et l'anonyme place le départ de Malo en rapport immédiat avec l'histoire de Riwan.
L. Duchesne conclut en ces termes : l'impression qui se dégage de la comparaison des deux rédactions est, je crois, qu'elles sont indépendantes l'une de l'autre et qu'elles relèvent toutes les deux d'un même texte pour le commencement, d'un même texte ou d'une même tradition pour la fin. Pour le commencement, les mots, les phrases sont le plus souvent identiques. A partir de la grande pérégrination à la recherche de l'île d'Yma, certaines expressions caractéristiques se rencontrent çà et là dans les deux vies et prouvent qu'elles dérivent encore d'une même rédaction, quoi que l'une d'entre elles au moins s'en écarte grandement. Depuis que le saint a quitté la Cambrie pour venir en Armorique, ces traces fugitives disparaissent et il ne reste plus de commun que les traits généraux du récit. Bien que Bili soit plus développé en général et plus précis dans ses indications de lieux et de personnes, je ne voudrais pas affirmer qu'il reproduise avec plus de fidélité la “rédaction du premier « sage ». Les faits qu'il est seul à relater ont pu être tirés d'autres vies de saints, comme nous pouvons le constater pour les passages empruntés à celle de saint Pair ; ils ont pu aussi lui être fournis par la tradition orale ; et celle-ci a pu conserver ou déterminer des localisations que le premier « sage » n'avait point enregistrées.
Cette dernière observation n'atteint pas les localisations de la période saintongeaise. Celles-ci supposent une connaissance exacte du pays. Si Bili avait voyagé en Saintonge, il est difficile qu'il n'en eût rien dit dans son prologue. Il est plus naturel de croire que c'est le premier « sage » qui aura recueilli ces traditions si bien classées au point de vue topographique.
IV. LE FONDS HISTORIQUE. — Au IXe environ, à Alet et dans le pays environnant, on se faisait de saint Malo, une idée qui devait ressembler à celle-ci.
C'était un évêque local, fondateur du monastère encore subsistant, venu de l'île de Bretagne et mort à Saintes. Dans cette dernière ville, Malo avait été accueilli par l'évêque Léonce, personnage sans grand éclat, même dans son propre pays. Ce Léonce va nous permettre de faire entrer la chronologie dans la vie de saint Malo. Sur le siège épiscopal de Saintes se sont succédé Audoberthus qui assiste à un concile tenu à Paris en 614 ; Léonce qui assiste au concile de Clichy, en 627 ; Bertaire qui assiste à un concile tenu à Châlon vers 650. Ainsi donc Léonce a occupé le siège de Saintes après 614 et avant 650. Voilà une première donnée à retenir ; en voici une autre qui concorde avec elle.
Saint Malo, au dire de Bili, fut appelé à l'épiscopat sous le règne de Judicaël, qu'on sait avoir fait, en 637, un voyage à la cour de Dagobert. Dés lors, Léonce et Malo sont contemporains et ont parfaitement pu se rencontrer. Le même Bili nous apprend que Judicaël mourut avant saint Malo. Nous avons vu que le prince qui persécuta Malo s'appelait Rethwal ou Hailoc, peu importe ; ce qu'il nous faut retenir c'est que la persécution ne s'abattit sur Malo que sous un successeur de Judicaël, lequel vivait encore en 637 et dont on peut proposer la date de la mort peu après... Alors seulement Malo dut s'éloigner et se rendre à Saintes où il aura pu mourir aux environs de l'année 640, sous l'épiscopat de Léonce.
Nous pouvons calculer approximativement la date de la mort, nous n'avons aucun indice touchant celle de la naissance. La tradition lui donne 133 années de vie. Il n'y a rien à retenir d'un pareil chiffre, pas même l'indice d'une longévité très prolongée, car c'est ici un chiffre mystique qu'on ne saurait prendre au sérieux. En effet, nous savons que, dans les dernières années de sa vie, Malo voyagea beaucoup, alla notamment à Luxeuil d'où il revint à Alet ; ce ne sont pas là des excursions recommandées aux centenaires. Ce qui semble assez probable c'est que Malo, mort vers 640, était né vers le déclin du siècle précédent.
Quant à la parenté entre saint Malo et saint Samson, elle parait avoir été imaginée après coup, ou plutôt : suggérée par le voisinage des deux monastères de Dol et d'Alet. Il n'y a donc pas lieu de s'appuyer avec sécurité sur la généalogie. Malo naît dans la nuit de Pâques, au monastère de Lancarvan, où sa mère était venue passer la vigile ; elle était âgée de soixante-cinq ans et escortée de trente-trois femmes enceintes qui, cette même nuit, accouchèrent chacune d'un garçon. Ils furent élevés avec Malo, devinrent ses disciples et ne se séparèrent jamais de lui. Dans tout ceci il y a deux noms à retenir : Malo et Lancarvan, son lieu d'origine. Quand, plus tard, la célébrité aura consacré son nom, on ne trouvera rien de trop illustre pour le rapprocher de Malo et on fera choix de saint Brendan. Mais celui-ci n'est pas un Gallois, c'est un Irlandais qui n'eut jamais la moindre relation avec Lancarvan. Quand le rapprochement fut accompli, Malo s'en arrangea et entra dans la légende brendanienne, devint grand navigateur, lui qui, peut-être, ne fit qu'une fois la traversée qui l'amena en Armorique. Il semble, en effet, que Malo n'était d'abord rien moins que célèbre avant le milieu du IXe. Bili rapporte que l'évêque Dotwoïon, de Saint-Pol de Léon, un prélat qu'il avait vu et connu, non seulement ne célébrait pas saint Malo, mais ignorait même le jour où on le fêtait à Alet. C'est Bili qui le décida à l'introduire dans son église.
Même dans la période alétienne de sa légende et dans les parties qui, communes aux deux rédactions conservées, paraissent avoir appartenu à celle du « premier sage » ou tout au moins dériver de traditions moins incertaines, il se trouve bien des choses qui inspirent de légitimes soupçons, La belle histoire du petit oiseau qui vient pondre son œuf sur le manteau du saint et que celui-ci laisse couver tout à son aise, se retrouve, sous une forme plus merveilleuse et plus primitive, dans la légende de saint Kado. Cet épisode est commun aux deux rédactions. Celle de Bili est la seule qui parle du dragon exterminé par le saint et de l'enfant royal que celui-ci couvre de sa protection. On trouve des choses semblables dans les légendes de saint Efflam et de saint Méloir. J'ai bien peur qu'une étude attentive ne permette de retrouver une à une toutes les histoires où nos légendaires ont donné un rôle à saint Malo. Mais il est impossible de porter ici un jugement définitif, tant qu'on n'aura pas une édition quel que peu critique des vies des saints bretons.
Les épisodes saintongeais, de même que bonne partie des miracles propres à Bili, sont d'une touche moins merveilleuse, moins poétique. Le saint celte est dépaysé. Sur la terre prosaïque d'Aquitaine, il ne fait plus que des miracles ordinaires, des guérisons de muets, d'aveugles, de lépreux. Que cette partie du récit relève de traditions locales, je suis tout disposé à l'admettre, quoi que cependant il y ait encore quelques traces d'emprunts faits aux légendes voisines. Dans le loup qui croque l'âne de saint Malo et, pour punition, est obligé de le remplacer, qui ne reconnaîtra un congénère de l'ours de saint Martin ? Avouons-le : sur la vie réelle de saint Malo nous n'avons que très peu de détails particuliers. Venu du pays de Galles et du monastère de Lancarvan, il fut à Alet un maître de la vie monastique, et remplit les fonctions d'évêque au milieu des populations bretonnes. Comme tous les saints de son temps et de son pays, ce fut un homme d'une foi, d'une piété et d'une austérité extraordinaires, un prédicateur énergique, un grand protecteur des faibles, une âme fière, capable de parler ferme aux représentants de la force brutale et de lutter contre eux avec l'ascendant de la vertu. Sa vie se passa dans l'exercice des œuvres de religion et de charité. Vers la fin, se sentant impuissant à dominer des oppositions injustes, il se retira en pays franc et y mourut peu après, d'une mort paisible. Avant et après sa mort, il fut en grand renom de miracles.
« Ce qui le caractérise, ce n'est ni sa provenance, ni son rôle ; tous les vieux saints bretons viennent d'outre-mer, tous ont eu, comme chefs religieux, la même attitude en face des mêmes besoins, Malo n'a qu'un trait particulier, c'est son exil volontaire. En général, les saints bretons meurent chez eux ; celui-ci est allé mourir à l'étranger, après avoir, dit-on, maudit ses ouailles les ingrates. On ajoute, il est vrai, qu'il leur pardonna avant de mourir et même qu'il vint leur apporter ses dernières bénédictions. J'ai bien peur que ce dernier trait ne soit une atténuation de la tradition primitive et authentique. Les saints bretons n'étaient pas tendres : c'est beaucoup qu'ils pardonassent au lit de mort. À d'autres époques, qu'il en soit ce qu'il en soit, les Alétiens ne gardèrent pas rancune à leur pasteur ; quand ils apprirent que son tombeau était devenu miraculeux, ils se mirent en devoir de faire valoir les droits qu'ils avaient sur ses reliques.
Le roi Philibert — dans les légendes bretonnes le roi franc s'appelle toujours Childebert ou Philibert, et c'est bien perdre son temps que de chercher de quel règne il s'agit — le roi Philibert ayant dans son pays un saint aussi considérable, a soin de veiller à ce que son sanctuaire soit bien desservi. Il envoie même des évêques inspecteurs pour s'assurer que les offices sont célébrés suivant toutes les règles. Or il arrive que, pendant une de ces tournées d'inspection, le moine chargé de sonner matines au confrères, pour la bonne raison que le coq, croqué par maître renard, n'a pu le réveiller lui-même. Le monastère ne s'éveille qu'au jour et l'office commence en retard. Voilà l'évêque de Saintes et son clergé les envoyés du roi ne réussissent pas à saint Malo les tire de peine ; le renard arrive au chapitre tenant entre ses dents le corps du délit, c'est-à-dire celui du coq. Dés lors la responsabilité des moines se trouve dégagée.
Cependant les gens du pays d'Alet se mettent en campagne pour récupérer les reliques de leur patron. Ils arrivent à Saintes au nombre de vingt-quatre, douze du pays d'Alet proprement dit, douze du pays d'outre-forêt (Pontrocoet) ; sept prêtres sont du nombre. L'ambassade est conduite par deux Alétiens, Rociantworet et Riwoed. Ce sont tous de bons chrétiens, capables de réciter sans broncher leur credo et leur pater. Les Saintongeais, néanmoins, leur trouvent quelque chose d'étrange et les prennent pour des fous. Très interloqués, nos Bretons se décident à s'adresser au roi ; douze d'entre eux restent à Saintes, les douze autres vont trouver Philibert. Ils le rencontrent à la porte de son palais, partant justement en pèlerinage pour le tombeau du saint. Ils y reviennent à sa suite. Après un jeûne sévère, les ossements de saint Malo sont tirés de sa tombe et placés sur l'autel. Quatre clercs bretons s'en approchent et essaient de les soulever ; la tête seule et la main droite leur restent entre les mains ; les autres os ne peuvent être remués. Ils disparaissent de dessus l'autel et réintègrent d'eux-mêmes leur tombeau. Les Bretons, satisfaits de leur part, s'en retournent dans leur pays : sur le passage des saintes reliques, des prodiges éclatent en diverses localités. Une fois installées dans l'île d'Aaron, elles ne tardent pas à y manifester leur vertu surnaturelle ; cependant les reliques restées à Saintes ne perdent pas la leur et les miracles se partagent entre les deux tombeaux.
Telle était, au temps de l'évêque Ratwili, la façon dont on racontait la translation des reliques de saint Malo. On se contentait alors d'avoir sa tête et sa main droite. Sous l'évêque Rethwalart, prédécesseur de Hatwili, en un temps de grande sécheresse, on avait porté ces reliques en procession dans les campagnes alétiennes et obtenu ainsi une pluie abondante, sans parler des guérisons miraculeuses. Bili, qui vivait en ce temps-là et qui raconte les faits, ne marque nulle part que l'on enviât à l'Église de Saintes les autres parties du corps saint.
« Au premier abord, il semble que ces deux narrations soient conciliables, et que la translation opérée par Ménobred n'ait été que le complément de la précédente. Cependant on doit remarquer que le récit de la translation par Ménobred ne fait pas la moindre allusion à celle de Riciantworet. Au contraire, il suppose que les Alétiens étaient consternés de n'avoir pas le corps de leur évêque : animo consternati eo quod erant destituli ex presentia sacri corporis beati Machulis. A diverses reprises l'auteur parle soit du corps de saint Malo reposant à Saintes, soit du désir que les Alétiens ont de le posséder, sans jamais donner à entendre qu'il ait le moindre vent d'un partage antérieur entre les deux églises.
« Il faut donc sacrifier l'un des deux récits. Le premier a un aspect légendaire qui ne dispose pas en sa faveur ; mais on ne saurait contester un fait, dont Bili témoigne abondamment, c'est qu'à Alet, vers le milieu du IXe, tout le monde croyait avoir d'importantes reliques de saint Malo.
« En ce temps-là, on admettait le doute avec Saintes. A la longue, on voulut avoir le saint tout entier. De là l'histoire de Ménobred. » Vraie ou fausse elle ne laisse que le choix entre le vol et le mensonge. Ou bien les Alétiens ont volé les reliques ou bien ils s'en sont vantés sans l'avoir fait.
V. LE PERSONNAGE. — Dans le texte de Bili, le nom du premier évêque d'Alet est décliné Machu, Machutis, deux ou trois fois Machutus, et une seule fois le vocatif Maclonne. Le texte de la translation donne Machutes, Machulis ; et il en est de même dans le texte de l'anonyme du ms. 12404, où cependant, vers la fin, l'auteur se permet : Machlovus, Machlovi, Machlovo, Machlovum. La forme archaïque parait être Maclovius. Ce nom a donné Malo en Bretagne, Maclou en Normandie, en Champagne et dans l'Orléanais, Macour, Macoult en Saintonge et en Poitou, et peut-être Mato en Italie.
Maclovius est né dans le courant du VIe, dans l'île de Bretagne, au pays de Gwent, dont le chef-lieu répondrait peut-être à la ville actuelle de Chepston.
Son père aurait été un des chefs de la Cambrie et nous avons dit le peu qu'on doit retenir de sa prétendue parenté avec saint Samson. Maclovius fut élevé sur les terres limitrophes du Gwent et du Clamorgan, proche l'embouchure du canal de Bristol, au monastère de Lancarvan, fondation de saint Cadoc. Il n'y a aucun motif plausible à invoquer pour faire de saint Brandan un abbé, même temporaire, de Lancarvan. Le rapprochement imaginé entre Malo et Brendan n'a d'autre motif que d'associer le nom de Malo à celui d'un illustre moine et de faire rejaillir sur lui quelque chose de la gloire qui s'attache au mystérieux navigateur.
Voulant partir à la recherche de l'île d'Yma, Brendan invite Maclovius. Celui-ci accepte et on commence les préparatifs de l'expédition qui doit comprendre neuf cent cinq passagers montant un seul navire. Le voyage commence et dure sept années. On visite les Orcades et les îles septentrionales. Ces singuliers navigateurs vont à l'aventure comptant sur le hasard pour les amener à Yma. Au cours de la septième année, on aborde dans une île qui contient un tombeau si long que Brendan commande à Maclovius de demander la résurrection du mort qui y repose. Comme la prière s'achève, le tombeau remue et un géant en sort. Il revient en droiture de l'enfer et se laisse baptiser puis répond aux questions qu'on lui pose sur l'île d’Yma : « Dans mes courses en mer, je l'ai entrevue une fois ; mais un vent très violent et une mer très houleuse m'en séparèrent. C'est une île qu'entoure un mur doré, elle brille comme un miroir. Je n'y ai remarqué aucun port. » Maclovius ordonne à Mildu d'en retrouver le chemin. Mildu, haut comme un cèdre, prend dans sa main la corde de l'ancre et tire le vaisseau en marchant dans la mer ; mais il ne trouve rien, le vent se lève, la mer est démontée, l'ancre se brise. L'équipage revient dans l'île et replace Mildu dans son tombeau en priant pour le repos de son âme. Fatigués de ces mésaventures, les navigateurs décident de regagner leur pays et naviguent pendant la vigile pascale. La privation d'eau potable leur était si cruelle que leurs langues collées au palais ne laissaient plus prononcer une parole. Le navire fit côte sans qu'on s'en aperçût et saint Brendan demanda un homme de bonne volonté pour chercher de l'eau sur cette terre inconnue. Maclovius prit une écope, descendit dans l'île et vit un sentier lumineux qu'il suivit jusqu'à ce qu'il rencontrât une fontaine d'où coulaient des perles brillantes comme des étoiles. Maclovius bénit la fontaine, puisa, mais il ne put boire. Alors il pria et quand il puisa pour la troisième fois il trouva une eau excellente dont il but et emporta le restant. Comme il regagnait le navire, son pied heurta une souche qu'il saisit et attacha à sa ceinture. Au retour de Maclovius, Brendan bénit l'eau et chacun en but à satiété. Alors le vent se leva, le navire quitta le port et navigua jusqu'au matin de la fête de Pâques. Au lever du jour, comme l'heure que baigne la lumière au coucher du soleil dans les 1308 de tierce approchait, Brendan pria Maclovius de chanter la messe et, soudain, on aperçut une petite île qui pouvait faire très bien l'affaire, On jeta l'ancre et on célébra le saint sacrifice. Mais, au moment de l'Agnus Dei, l'île remua et on s'aperçut que la roche n'était qu'un dos de poisson. Ces navigateurs, vraiment bien novices et qui confondaient une roche avec une carapace, furent pris de peur et saint Brendan crut lui-même avoir affaire au diable. Mais Maclovius rappela la baleine du prophète Jonas, renvoya tout l'équipage dans le vaisseau, termina la messe et regagna le bord. L'excellente baleine tint à escorter le navire jusqu'à la troisième heure du lendemain. On aborda enfin, Saint Brendan et saint Malo se rendirent à Lancarvan et plantèrent la souche qui devait donner une plante que personne ne connaît et qui parait être de la famille des palmiers. Quant à l'équipage, il dispersa et raconta dans tout le pays les merveilles divines opérées par l'entremise de saint Malo ; leurs récits, transmis de bouche en bouche sont arrivés jusqu'à Bili.
Les deux narrateurs ont cédé à des préoccupations différentes : Bili a essayé de conter un événement qui lui tenait peut-être pour historique et qu'il prétendait rendre édifiant en mettant sur les lèvres des saints le langage des Écritures ; l'anonyme ne croit guère à cette expédition fabuleuse : il montre des saints gens affamées d'idéal, parties en ce bas monde à la recherche d'une demeure quasi céleste, image de cité divine. Ils regagnent leur monastère persuadés qu'ils trouveront le ciel dans la contemplation des choses divines.
Au fond, il se peut que ce conte repose sur une assise historique. Des moines sont partis sur un bateau qui les a conduits vers les Orcades, les Hébrides même les Shetland et les aventures ne leur ont pas manqué ; même il a pu leur arriver d’être poussés sur une île voisine qu'ils n'ont pu quitter qu'à force de cordes et de bras, à la hâte, afin de les remettre à flot. Cette population ne s'est pas fait faute de raconter ce qu'elle savait et ce qu'elle ne savait pas touchant l'île dont les navigateurs lui parlaient sans se rendre compte s'ils s'en faisaient entendre. La description n'est pas compromettante : un mur doré et une surface polie comme un miroir, pas de port ; cela ressemble à bien des îles des parages des mers polaires.
Là, en effet, nous amène un autre détail. C'est la vigile pascale et voilà une vigile bien prolongée puis que la soif se fait sentir au point de réduire tout l'équipage à l'état d'impuissance ; cependant on touche terre et Brendan fait un discours à l'équipage. Maclovius débarque seul en pleine nuit, marche longtemps : (longius ac longius), suit un chemin qui semble éclairé par une réverbération lumineuse, trouve une fontaine gelée, mais dont les glaçons sont mélangés avec de l'eau ; il puise et boit, revient sur ses pas, arrache une souche qui a failli le faire tomber et annonce la bonne nouvelle : de l'eau. Tout l'équipage s'abreuve. Or on nous dit qu'ils sont 905, cela demande un peu de temps si on fait circuler l'écope (triblia) inépuisable ou si, comme c'est plus probable, on organise des corvées d'eau du navire à la fontaine. Enfin, quand on est rafraîchi, le vent se lève, on met à la voile et on quitte le port avant le soleil levant. Voilà une nuit singulièrement longue, mais qu'à la nuit ordinaire on substitue la nuit polaire qui dure des semaines et des mois entiers, et tout devient facile, tout s'explique.
Et il y a encore un autre détail à relever que la description du sentier lumineux que suit Maclovius : semijam minimam ulcentem ante se invenit, et cela nous fait songer à un phénomène bien connu d'aurore boréale pendant l'hiver. En outre, la terre est sèche, lerram siccam, la fontaine donne des perles, gemmas : c'est l'hiver qui durcit le sol et congèle l'eau. Vers le temps de Pâques, mars ou avril, le soleil reparait, il éclaire et échauffe, on peut reprendre la mer. L'épisode de la baleine ne conserve-t-il pas le souvenir d'une île faite d'un immense glaçon soudé par le gel au rivage polaire, s'en détachant aux premiers effluves de chaleur et partant à la dérive.
Après s'être associé à une expédition polaire, Maclovius rentra à Lancarvan, s'y ennuya, comme tout bon Anglais dans son sweet home, et ne rêva plus qu'à en sortir. Il songea alors à prendre une autre direction ; au lieu d'aller au Nord, il ira au Sud, à la découverte de la Bretagne-Carrée, Brilannia quadrangulata, comme dit l'anonyme, ou la Bretagne appelée Cornouaille.
Au nord de la ville actuelle de Saint-Servan s'étend un terrain inculte inhabité, au delà duquel surgissent les murailles d'un fort et s'élève un promontoire formant la séparation entre l'embouchure de la Rance et le havre de Saint-Malo. Cette pointe s'appelle encore aujourd'hui pointe de la Cité ; ce fort, fort de la Cité ; et le terrain qui l'entoure, quartier de la Cité ; enfin, parmi les dernières maisons de la ville qui bordent ce terrain vague, on montre une étroite chapelle, débris d'une ancienne église romane, connue de tout temps sous le vocable de Saint-Pierre de la Cité. La cité à laquelle tous ces indices se rapportent est la ville gallo-romaine d'Alet ou Aleth, qui, grâce à son excellente situation commerciale et maritime, finit, dans les derniers temps de l'empire, par devenir la véritable capitale des Coriosolites. Au IVe, Alet fut un poste de première importance, on l'entoura d'une enceinte dont on voit encore quelques vestiges au bord de la mer, vers l'Ouest ; en outre, la ville s'éleva au rang de chef-lieu d'une division militaire et la résidence d'un préfet de légion.
Il semble que le christianisme n'y pénétra qu'à une date déjà tardive. À une époque qu'on n'a aucun moyen de préciser, Maclovius emmena à sa suite un groupe de disciples, on parle d'une trentaine, et aborda dans l'île de Césambre occupée alors par une école monastique dirigée par un certain Festivus. Si son nom n'est pas purement symbolique des joies spirituelles qu'il communiquait à son auditoire, on peut supposer que le personnage était Gallo-Romain. Ces saintes gens végétaient sans doute quand ils se trouvèrent littéralement submergés par Macut ou Maclow et sa bande.
Festivus comprit qu'il ne lui restait plus qu'à s'effacer ; il pria Maclow, dont on fait saint Malo, de prendre la charge de son école et de lui donner un enseignement approprié. C'était l'épisode qu'on a revu des centaines de fois depuis lors : l'Anglais qui débarque, s'installe, ouvre un comptoir, s'implante et dit aux occupants :
Seulement Malo n'était pas né pédagogue et une école, fut-elle prospère, ne lui suffisait pas. C'était un voyageur, un prédicateur, un apôtre qui voulait établir, à ses risques et périls, le royaume du Christ. À peine arrivé, il se mit à parcourir les campagnes et sa prédication y eut du retentissement.
Quand vint la fête de Pâques, Malo forma le projet d'aller la célébrer à Corseul et d'y chanter, pendant la nuit de la vigile, la messe de la Résurrection. Les clercs qui escortaient Malo et faisaient les préparatifs indispensables à la fête, s'aperçurent alors qu'ils n'avaient ni vin, ni calice pour la consécration eucharistique. Pendant qu'ils cherchent à s'en procurer à Corseul, survient le comte Conmor, dux Domnonica regionis (nous avons dit, col. 1302, que sur le point la tradition semble très altérée), accompagné d'une suite nombreuse, qui s'émeut à la vue de l'enterrement d'un jeune homme. Des gens s'en aperçoivent et lui disent que le prêtre Malo pourrait certes par ses prières, ressusciter le mort. Le duc pénètre dans l'église, fait semblant de prier (orationem simulans) et demande l'homme dont on lui a parlé. Malo se présente, mais il ne salue pas le comte qui ne lui demande pas sa bénédiction. Toute l'assistance le supplie de ressusciter le mort. Lui fait apporter le cercueil dans l'église pour célébrer l'office des défunts. Beaucoup de gens riaient (multi deridebant), mais Malo fait sortir tout le monde sauf les clercs, se prosterne auprès du cadavre qui se lève de son cercueil.
Il y avait là une grande multitude (innumerabiles populi erant expectantes missarum solemnia) dans l'attente de la messe de Pâques que Malo devait célébrer. Ces divers incidents l'avaient retardée ; enfin on commence et, après l'Évangile, au moment de la consécration, tout s'arrête faute de calice et de vin. Le comte Conmor et le peuple murmurent (magna perturbatio) ; Malo n'est pas embarrassé pour si peu de chose : il prend une pierre de l'autel dont il fait un calice et change de l'eau en vin.
On voit que la Vie du saint fournit plus d'éléments à l'imagination qu'à la vérité historique. Ce que nous devons y retenir surtout, c'est la création du siège épiscopal d'Alet, dont saint Malo fut le premier titulaire. A. de La Borderie place cet événement vers 585-590 parce qu'il lui convient de faire naître le saint en 520 pour lui accorder cent vingt années de vie ; nous avons dit que la date la plus probable de la naissance du saint est 580 environ ou même un peu plus tôt, mais ce point de chronologie laisse intact le fait de la fondation du siège épiscopal d'Alet.
Sur ce point Bili et l'anonyme sont d'accord. Suivant l'anonyme, Maclovus, cum monacho Aaron (chez qui il l'a fait débarquer) tamdiu donec episcopatus civitatis Britannis quæ vocatur Aleta eidem divinitus extilil conversus. Non enim erat eadem civitas longe ab insula Aaronis. Super litus maris sedebat, habens ex uno latere fluvium nomine Rinclus, ex altera vero parte mare aderat. Quibus in locis nondum Britanni erant penitus christiani. Tunc ila que ccpit celeberrimus Machovus antistes docere populum et cd piam veritalis adducere. (Chap. xv.) Suivant Bili « le prêtre de Dieu gouverna l'Église du Christ dans la cité d'Alet pendant quarante ans. Et durant le même temps, par la puissance de la doctrine catholique, il convertit à la sainteté de la foi chrétienne une multitude de peuple », (liv. I, ch. xc) et plus loin : « Comme nous le redisons souvent, ils sont innombrables les hommes que Malo retira de l'erreur et du culte sacrilège des idoles pour les amener à la connaissance de Jésus-Christ vrai Dieu, fils unique du Père, les arrachant au péril de leur péché envieilli, les plongeant dans l'onde sacrée du baptême, et les conduisant ainsi à une vie nouvelle parfaite » (liv. I, ch. Xc).
D'après ces textes, la mission de Malo parait avoir été restreinte aux environs d'Alet, à ce que Bili et l'anonyme appellent le pagus civitatis Alethensis, assez difficile à déterminer, car dans certains passages cette expression s'applique seulement à la partie qu'en appela au Moyen Âge le Pou-Aleth ou Clos-Pouleth : ailleurs, elle a une signification plus large, sans jamais embrasser à beaucoup près tout le territoire qui forma depuis le IXe le diocèse d'Alet ou Saint-Malo. Malo fonda à Alet et autour de cette ville un grand nombre de monastères. Bili l'affirme lorsqu'il dit que, de l'île Césambre, Malo « vint à la cité appelée Alet, située sur le fleuve Hance, qui était depuis longtemps abandonnée par ses habitants. Mais grâce au secours efficace de la miséricorde divine agissant par la main de son fidèle serviteur Malo, dans la cité d'Alet, dans les îles et dans les lieux qui en étaient les plus proches, furent construits des monastères et des cellules, dans lesquels de nombreuses communautés de moines vaquaient au service de Dieu » (liv. I, ch. XL). Ce fut par l'apostolat des moines que la population païenne dont parle Bili fut baptisée, convertie, christianisée.
Bili nous raconte aussi l'histoire du moine Domnech, un ermite qui s'était bâti une cellule dans laquelle il vivait heureux et paisible. Passe un prince du pays d'Alet, nommé Méliau, qui fait un bout de causette avec le bonhomme et, se trouvant en veine de générosité, lui donne deux bœufs qui n'ont pas encore travaillé, afin qu'il les attelle à une charrue et tracent entre le lever et le coucher du soleil, un sillon qui marquera le terrain abandonné à Domnech. C'est là un récit qu'on retrouve fréquemment chez les hagiographes et qui peut bien attendrir les citadins, mais qui laisse les paysans fort incrédules. C'est qu'ils savent ce que cela veut dire : mettre sous le joug deux bœufs qui n'ont pas encore travaillé et leur faire tracer un sillon ! Le malheureux bouvier qui s'attelle à cette entreprise sait que, parfois, l'espace enclos le premier jour par ce sillon ne suffirait pas à loger un poulailler. C'est bientôt dit : mettre le joug, mais ensuite il s'agit d'ébranler la paire de bœufs, de la mettre au pas, d'attacher la charrue et il arrive que le soleil se couche avant que l'attelage ait démarré.
Quoiqu'il en soit, Domnech a su arrondir son jardinet, il en a fait un lann, le Lann-Dounee et, comme le savetier de la fable, depuis qu'il est devenu propriétaire, il a perdu sa félicité. Malo passe dans le pays, Domnech va à sa rencontre et lui abandonne son lann et son domaine.
Tant et si bien, que le convertisseur des païens et le fondateur des monastères est élevé à l'épiscopat à la demande du roi Judicaël. Ce prince appelle le saint homme et le prie d'accéder au vœu universel. Malo, à la différence de quelques autres saints bretons, n'opposa à ce vœu nulle résistance. Il se rendit donc à Tours avec les envoyés du prince chargés de le présenter au métropolitain, et de solliciter pour lui la consécration épiscopale. Le métropolitain ne soulève aucune objection, il ordonne, et Malo revient occuper le siège d'Alet. Tant que vécut Judicaël tout alla bien, mais l'accord ne dura plus avec ses successeurs, ce fut la querelle et, quelle que soit l'accusation qu'on souleva contre lui, Malo ne put la supporter et quitta Alet (après 637).
1312 Il se peut qu'avec sa roideur bretonne, Malo ait sous-estimé la fierté de ses nouveaux compatriotes. Peut-être a-t-il pensé avoir fait plus que la réalité. - ne manquait pas de païens à convertir en Domnonée, mais il n'y avait pas que des païens, on y trouvait des moines comme Festivus et Domnech ayant chacun une communauté et qui n'avaient pas attendu Malo, pour connaître et pratiquer la vie monastique. Il s'y trouvait aussi des sacerdotes (omnia loca circa se sila, in quibus sacerdotes servire Deo esse videbantur per 5 jectissime instruebat) qui étaient à peu près certainement des prêtres non religieux et appartenant au clergé séculier. Judicaél avait prodigué les donations et bien d'autres à son exemple, ce qui provoqua des jalousies, des réclamations. Malo a eu des velléités de se faire ermite avec son disciple Riwan, ensuite il a multiplié les monastères et non sans soulever les oppositions, notamment celle de Guorgucan, dont Bili ne nous apprend pas la condition sociale, lui donna la pensée ou précipita son projet d'aller visiter saint Colomban à Luxeuil, mais saint Colomban avait quitté Luxeuil vers 604, Malo était alors fort jeune et sa visite à Luxeuil aura pu avoir lieu après la mort de saint Colomban (615) dont le souvenir planait sur cet illustre monastère comme s'il y vivait encore. La fondation du monastère de Roz (Raus) est postérieure au voyage à Luxeuil ; il y avait alors de quoi occuper un apôtre en Armorique : Brittanniar t patriam populum que visitare volens ut animas errantium | (per) fructum prædicationis suæ ad regnum celoterium | rum perduceret, ad unum locum venit, el in eo monas- — guod vocatur Raus construxit. La Vie par l'anonyme - nous dit de même qu'à cette époque : quibus im locis nundum Britani erant penitus christiani. La Vie | de saint Tudual corrobore ce que nous apprend la Vie de saint Malo. Tudual, assez longtemps avant | l'apostolat de Malo, traversa tout le nord de la Bre- - tagne depuis le Conquet, dans l'arrondissement de | Brest, jusqu'aux environs de Dol et il vit que les fidèles formaient la majorité. Le saint parcourut en pures lier les parages qui nous occupent : le second pagus | de Daudour, entre l'Arguenon et la Rance, où il | trouva beaucoup de paroisses ; de là, celui de Recter, | placé entre Dol et Combourg, où il trouva beaucoup de | paroisses et il trouva beaucoup d'autres paroisses tant en Bretagne que chez les Gaulois : ef exivit ad alium. (pagum) Daudour et invenit multas parrochias ; et inde ad pagum Racter et invenit multas parrochias et alias | mullas invenit tam in Britannia qa in regione Gallorum !.
Ces parrochiæ n'étaient pas toutes des fondations monastiques et on voit que A. de La Borderie a, suivant son habitude, fait dire aux documents plus qu'ils ne contiennent lorsqu'il écrit : « Ainsi, ici comme partout dans la Bretagne armorique, il n'y a que des moines, nulle mention du clergé séculier. C'est grâce aux moines, disciples de Malo, c'est par leurs travaux et leur ministère que cette nombreuse population païenne dont parle Bili est baptisée, convertie, christianisée. » Ce disant l'admirateur trop enthousiaste de saint Malo enlève à autrui ce qui lui appartient légitimement ; en quoi il imite servilement les biographes de son saint.
Nous avons dit, d’après Bili (liv. I, c. LXXII), comment saint Malo aurait laissé un roitelet pondre dans sa cuculla ; or voici une fois encore Bili surpris en flagrant délit ; après la Vie de saint Pair d'Avranches il à démarqué la Vie de saint Calais d'Anille. ?
8 1313
VITA CARILEFI, 1, 12.
a que die quadam cum. operi instarel cœplo, vi- — lem que reperiam, tamquam poli sui adjutricem circum | jodiendo, el superflua quæque resecando excolerel, su- - dore laboris coactus, vesti- Menlo, quod cucullam vocant, exutus, quercui apr pendit. Inter hec aulem - auicula perexiqua, cujus vocabulum est Bitriscus, dum quaquaversum, ut ei moris est, raga pererrarel, el juxia familiarem - sibi consuetudinem, intima E uge que quadam curiosiue diclanle perlustraret, | vestimento sese abdit, at que | recedens opum enirum re- | liquit. Carilephus | autem - devotus Christi famulus, - diurno explicito opere, cum. jam sol verticem axis declivior linqueret, et. occasum - lepescentibus radiis vicinum promitteret, vestimen- » dum receplurus, arborem — adiit, opum alitis reperit. Quo viso inæstimabile gall/ dium, admiralioni miatum,. eum occupavit, totum que - spatium illud, quo lucis à abscessu umbra terras te- - nuerunt, in laudibus divi-. nis expendit.
MALO (SAINT) 1314
VITA MACLOVIT, I, LXXIII.
Contigit autem quadam die, dum sanctus Machu vilem unam exerceret quam ibidem invenerat, illam que circumfodiens at que omnia qui ibidem absurda erant absciderel, exulus que cuUcullam suam pependit eam in quercu qui erat sibi prope : sed Deus, qui mirabilis est in sanclis suis, volebat confortare athletam suum. Tunc una avis parpula, cui vocabulum est bistriscus, in ipsa cuculla quam vir sanctus propler operis laborem exuerat, opum protulil. Tunc vir Dei, cum vespere opus suum perfecissel, venit ad arborem in qua cucullam suam reliquerat el repperit in ea ovum (il admire et prie) : Domine omnipotens, et qui fecisti avem pusillam concupiscere cucullam meam, si eam tollam, ovis opum perdam. » Mirum enim in modum movere Maluit Cucullam suam, sed maluit dimitlere avi pusillz quam se ex ea induere, et nisi aves nulriti fuerunt, cuculla comunota ex illa arbore non fuit. Quid mirum si in pauperibus misericors fieret, qui avibus misericordiam tribuit.
L'emprunt est évident, et le procédé invite à entre-
NUT TE
tenir des doutes sur les autres miracles de saint Malo, qui pourraient bien n'être pas mieux attestés que celui-ci. Les autres vies de saint Malo ont renchéri et, d’après elles, tant que la cuculle du saint resta accrochée à l'arbre, la pluie en tombant ne la mouilla pas : Inlerim lamen nulla quippe aura nec pluvia tetigit capam, dit l'anonyme, qui ajoute avec componction : Hoc miraculum quicum que audierunt Deo lau des dederunt (chap. xx). L'auteur de l'emprunt a transporté à Saint-Servan les vignes de Saint-Calais, sans paraître s'apercevoir que la différence de climat ne favorise guère cette transplantation.
Voilà donc un miracle de saint Malo tout à fait compromis ; en dirait autant de quelques autres, en particulier de la résurrection d'un jeune homme dans l'église de Corseul. La présence de Cunmor, prince de la Domnonée à une époque où Malo célèbre la fête de Pâques, peu avant son ordination épiscopale ; or celle-ci ne peut qu'appartenir au VIe, Malo étant né vers 580, et Cunmor étant mort vers 560 ou même quelques années plus tôt. La résurrection du jeune homme est tout aussi mal attestée que l'épisode liturgique qui l'accompagne. Il s'agit pour Malo de célébrer la messe le jour de Pâques : il n'a ni calice, ni vin, et charge ses disciples d'y pourvoir ; ils n'y parviennent pas et A. de La Borderie voit là « un refus concerté entre les païens de Corseul, pour mettre les chrétiens dans l'embarras et faire échec à Malo. » Mais, en vérité, il n'y avait pas que des païens à Corseul et les disciples sont inexcusables de ne s'être pas adressés à ces innombrables populi qui erani expeclantes missarum solemnia... el precabaniur omnes ut ille illo die missam celebraret. Or, après avoir été incapables de découvrir un verre et une burette de vin, les voilà qui laissent Malo commencer la messe et attendent après l'Évangile pour lui faire l'aveu qu'ils n'ont ni calice, ni vin ! En vérité ces disciples étaient bien nigauds ; eux qui suivaient un personnage capable de changer le marbre en cristal auraient dû compter à tout hasard sur quelque tour de gobelet, c'est le cas de le dire. Il n'y a donc pas à s'arrêter à de telles inepties, mais on voit que plus on examine la Vie de saint Malo, plus elle s'allège et on peut être tenté de demander ce que, finalement, il en restera.
Bili nous apprend que lors que saint Malo se rendit à Alet, cette ville était depuis longtemps abandonnée par ses habitants, qua a longo jam lempore habitatoribus eral derelicta (liv. I, ch. xr). Qu'est-ce à dire ? Le pays était vidé de sa population indigène, qui se retirait devant les envahisseurs bretons.
“ La domination des Bretons s'est établie par la violence dans une bonne partie du territoire occupé par eux !, » Ces gens, qui fuyaient leur pays envahi par des peuples sauvages venus d'Allemagne, n'étaient sans doute pas très disposés à recourir aux ménagements, mais ils venaient d'avoir si grand peur qu'ils devaient en garder une certaine modération. Les Bretons, nous apprend Gildas, « se rendaient aux contrées d'outre-mer, poussant un long gémissement, et, sous leurs voiles gonflées, en place de la chanson des rameurs, psalmodiaient ces paroles de David : Vous nous avez livrés, Seigneur, comme des agneaux à la boucherie, vous nous avez dispersés parmi les nations ?, » Enfin, d'après Procope, les Francs eux-mêmes voyant chaque année un flot d'émigrants arriver, leur assignaient les cantons les moins peuplés du pays Ut inde singulis annis « um uxoribus liberis que migreni ad Francos qui in sum ditionis solo quod deserlius videtur se des illis adscribunt ?, L'invasion bretonne eut pour conséquence le refoulement de la population gallo-romaine, mais il n'y eut pas, à proprement parler, abandon et solitude : le texte quæ a longo jam lempore habitaloribus erat derelicta indique ce refoulement et la substitution des nouveaux occupants à ceux d'autrefois. C'est ainsi qu'on a pu tenter, non sans laisser une place trop large à l'arbitraire, de tracer la frontière entre la Bretagne devenue celtique et la ligne de retraite des populations galloromaines. « Ces noms, presque semblables dans les pays gallos de Rennes et de Nantes à ceux du reste de la France, changent brusquement de physionomie et commencent tous par les monosyllabes caractéristiques, de telle façon que les traces de l'occupation du pays par les Bretons insulaires sont en quelque sorte inscrites à chaque pas sur le sol. » Il s'en fallait de beaucoup que les nouveaux maîtres fussent aimables : In captivitafe Britannorum positi, gravi jugo subditi sumus, dit l'évêque de Vannes 5, et Grégoire de Tours nous montre les Bretons du VIe tels qu'ils sont demeurés jusqu'à nos jours : difficiles à gouverner, têtus et poltrons, ravageant les pays de Nantes et de Rennes hors d'état de se défendre, s'interdisant les expéditions en royaume franc où ils seraient châtiés de main de maître ; redoutables aux faibles, méprisés par les forts. Nation d'appoint qu'on attire à soi pour l'exploiter, la charger des besognes répugnantes et la rejeter ensuite dans sa terre inclémente. Elle courbe la tête, promet
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1315 MALO (SAINT)
Lout, résolue à ne rien tenir ou le moins possible. La vie, parmi des populations de cette espèce, était par trop alarmante et ainsi s'explique l'abandon progressif des villes par leurs habitants gallo-romains.
Nous avons dit que l'alius sapiens dont parle Bili devait écrire vers l'an 840 et Bili lui-même était diacre et tenait la plume vers 870, Or, à cette date, la situation politique de la Bretagne ne ressemblait plus guère à celle du temps de saint Malo. Cependant Bili écrit, sans sourciller, que la renommée du saint gagnant de proche en proche, le prince Judicaël qui, pour lors, était duc de Bretagne et de beaucoup d'autres pays, princeps, qui tunc dux Britannis multarum que aliarum regionum nomine Judicaël, voulut l'élever à la dignité épiscopale, L'anachronisme est de taille. Au temps où vivait saint Malo, les Bretons étaient répartis en trois tribus dirigées chacune par un chef de leur race, auquel Grégoire de Tours se garde bien de donner le titre de roi, mais qu'il assimile à un comte, fonctionnaire royal chargé de l'administration d'une contrée : Nam semper Brilanni sub Francorum polestate post obitum regis Chlodovechi fuerunt et comites, non reges appellati sunt !, A l'époque de Charlemagne, la Bretagne n'eut plus de chefs indigènes, même en qualité de comtes. Les comtes de Vannes dont les noms sont conservés au Cartulaire de Redon sont, d'après leurs noms, des Francs. En 797, deux missi du comte Fredoaldus viennent à Landegon ? s'informer si Anau est réellement propriétaire | de ce bourg, et, en présence des missi, six individus |. portant des noms bretons, mais qualifiés scabini de Frodoaldus, jugent que Landegon appartient à Anau. Les comtes de Vannes sont successivement Guido, Rorigo, autres Francs, et c'est vers 830 seulement que Louis le Débonnaire donne le titre officiel de missüs à Nominoé qui saura s'en servir pour concentrer entre des mains bretonnes les diverses tribus jusqu'alors indépendantes les unes des autres et le plus souvent ennemies.
Salomon, un des successeurs de Nominoé, avait réussi à placer toute la Bretagne sous son autorité. Le 27 avril 869, à Plélan, il fit don de riches ornements d'église, ce dont témoigne une charte dans laquelle Salomon est qualifié tolius Britanniae magni que partis Galliarum princeps. Bili a souscrit cette charte et il ne l'a pas souscrite sans avoir lu ; aussi lors que, l'année suivante probablement, il rédigea la Vie de saint Malo, il ne fit que reproduire le texte qu'il avait sans doute admiré et qui chatouillait agréablement son patriotisme breton ; il décerna donc à Judicaël la titulature que pouvait revendiquer Salomon et il écrivit sans broncher : princeps, qui lunc dux Britanniæ multorum que aliarum regionum nomine Judicaël erat.
Judicaël avait fait souche de seize fils et cinq filles ; en réalité on ne s'entend pas bien sur ces chiffres, mais cela importe très peu. Parmi les fils il y eut deux saints : Judoc ou Josse et Winnoc ; parmi les filles Eurelia et Onenna ont donné leurs noms à deux paroisses bretonnes des Côtes-du-Nord et du Morbihan. Ces personnages ne causèrent d'embarras à personne, mais ils n'étaient pas seuls. Parmi les fils de Judicaël se trouvait Hailoc qui eut maille à partir avec saint Méven et avec saint Malo. Il est vrai que ce Hailoc de l'anonyme devient Hethwal chez. Bili. Étaient-ils deux ou bien les deux n'en font-ils qu'un ? Ce qui parait probable, c'est que la dispute suivit de près la mort de Judicaël et Malo, aussi bien que Méven, fut obligé de s'éloigner. Saint Méven jeta son dévolu sur l'Anjou où il fonda des monastères, dans lesquels il attira ses disciples du monastère breton de Saint-Jean de Gaël. A Lassé, arrondissement de Baugé, une église est dédiée à saint Méen et il coule | pas que, partant sans but déterminé sinon celui | « Aífas, Ais, l'ile d'Aix, où se trouva de bonne heure une | | Gembloux, ce ne serait que plus tard, au cours d'une un ruisseau du même nom ; à Châteaupanne, comm une - de Montjean (Maine-et-Loire), autre fontaine E de Saint-Méen. BE Outre ses difficultés avec Hailoc-Rethwal, “san Malo ne manquait pas d'embarras avec ses diocésains. | Il se trouva dans le cas de leur abandonner la place et d'aller habiter l'île d'Aaron avec son disciple | Riwan. Mais la jalousie le poursuivit dans sa retraite ; | on eut la cruauté d'attacher Riwan sur la grève à l'heure de la marée montante. Le saint maudit Guor- - gucan jusqu'à la neuvième génération et s'en fut à Luxeuil. On reprochait à l'ermite d'accepter de trop nombreuses donations, ce en quoi il imitait ses collègues et dérangeait les appétits de bien des gens. | Ceux-ci disaient : « Voyez Malo, cet homme d'outremer, il vient dans notre pays pour prendre tout notre | bien, Que donnerons-nous à nos fils et à nos neveux ? | On ne pouvait te souffrir chez toi, tu es venu chez nous. R pour nous dépouiller. » Cependant Malo était Breton, ni plus ni moins que ceux qui l'accusaient d’être étranger. Mais l'émigration bretonne en Domnonée était | déjà ancienne, Malo était des derniers venus et ceux | qui étaient implantés depuis plusieurs générations se. trouvaient disposés à voir des intrus dans leurs compatriotes nouveaux arrivants. Ainsi, pratiquement, Vémigration était close. L'épisode du voyage et de la mort en Saintonge, - in pagum Santonicum, appelle aussi l'examen. Quoi que le plus court chemin de l'Armorique à l'Aquitaine ne passe pas par l'Océan, on ne s'étonne d'échapper à ses adversaires, Malo préfère s'embarquer ; la voie de mer était plus rapide et presque sûre que la voie de terre. E Il aborde donc à une ile appelée Agenis, ad insulam — quie vocatur Agenis, peut-être une mauvaise lecture | pour insula Aquensis, Ayensis, dérivé d'Aia, Aga, colonie monastique. Ces bonnes gens apprennent à leur hôte que l'évêque du pays a nom Léonce. Ce | Léonce se trouvait alors dans une ile nommée Kura, | Evra, Aire, ou peut-être Evre, îlot et rocher prés de Marennes, qui a pu diminuer de superficie depuis le — vri ? siècle, c'est-à-dire à une époque où l'île d'Oléron | était presque rattachée au continent. Malo se rend - sur cet ilôt qu'on lui désigne (au dire de Sigebert de tournée pastorale où il accompagnait Léonce) ; il rencontre l'évêque de Saintes et passe avec lui quelques jours dans un lieu nommé Brea et possédant deux. églises, in villam qua dicitur Brea, sans doute Broue, geminas continens basilicas, où il guérit, en lui appliquant une feuille de lierre bénite, une jeune fille mordue par un serpent, chelidra, — la fille du gouverneur de Saintes, — comitis Sanctonivi pagi, dit une autre version, ce qui rapprocherait de Saintes ce Brea, qui ne peut pas être La Brée, comm une de Segonzac (Charente), comme le propose A. de La Borderie, ni La Brée, comm une de Saint-Georges d'Oléron, puisqu'il n'y a jamais eu là les deux églises constatées à Broue : Saint-Pierre et Saint-Eutrope ; enfin, Maló ressuscite un enfant tombé dans un puits. Léonce, qui semble beaucoup moins exercé comme thaumaturge, s'aperçoit peut-être que son confrère l'éclipse et il l'invite à se rendre au village de Trogolaius, in villa qui dicilur Trogolaius, où il continue à faire des miracles si nombreux que la foule l'y assiège, et c'est Malo lui-même maintenant qui demande qu'on lui désigne une vraie solitude. Ordinairement, on les découvre sans références ; et Léonce désigne Nancras ! Hisl. Francor., 1. IV, c. 1v. —* Langon, canton de Redon (Ille-et-Vilaine).
— (« Nancraris), comm une du canton de Saujon (Chak COUPE … Mais les diocésains d'Alet n'ont pas tardé à se repentir d'avoir fait la vie dure à leur évêque ; ils E ont relevé sa piste et l'ont retrouvé à Nancras, ce g désert. Il faut convenir qu'en ces temps lointains, où les voyages étaient difficiles et la poste fort lente, on arrivait sans trop de peine à relever la piste des gens. Les Alétiens, assez penauds, viennent supplier leur E évêque de réintégrer son diocèse : « Votre malédiction, disent-ils, pèse sur notre terre que les pluies n'arrosent - plus depuis environ sept années. Les herbes, les fleurs - et les arbres sont desséchés par le soleil ; les hommes e les animaux meurent presque de soif et de faim. » Voilà sept années bien vite comptées, si le saint est parti d'Alet après la mort de Judicaël en 657 et s'il est mort lui-même vers 640 ! L'évêque Malo se laisse - convaincre et, tout de suite, il entreprend le voyage - d'Alet, sous réserve de] 'engagement pris de revenir à - Saintes. Aprés un séjour à Alet, où il rétablit la paix,. Malo reprend le chemin de l'Aquitaine.
Ge voyage aller et retour de Saintonge en Bretagne sg s'accomplit, cette fois, par voie de terre et Malo pro- - digue les miracles, les prédications. Dés son arrivée à - Alet, la pluie tombe, elle le suit pas à pas, n'osant le | précéder, et arrose tout le pays depuis la mer jusqu'à. ]a Rance, texte qui délimite l'évêché.
L'évêque entre en triomphe à Alet, ses ennemis. mêmes lui font cortège, mais l'anonyme tient à nous | expliquer pour quoi il ne reprend pas son siège : c'est qu’un ange l’a averti de retourner en Bretagne lever - son excommunication, rendre la fertilité au sol, la santé aux humains et de revenir à Saintes pour y. mourir. Ge retour à Saintes s'explique encore parce que Malo est devenu une sorte de coadjuteur de —— Léonce, Malchovus coepiscopus, dit l'anonyme ; aussi. a-t-il demandé la permission de se rendre à Alet. De - retour en Saintonge, Malo rencontre Léonce à Arcam biata.
- Arcambiala ! Qu'est-ce à dire ? Archingeay, comm une du canton de Saint-Savinien, arrondissement de. Saint-Jean-d'Angely (Charente-Inférieure), disent les uns ; mais d'autres et parmi eux le P. Albert Legrand et dom Mabillon proposent Archambray ; le P. Lon- | - gueval suggère Archambri, dont l'abbé Briand fait - Arch-en-Brie, localité inconnue en Saintonge et qu'il invente sous le vocable de Braia apud Arcum ; là-. dessus, son confrère, l'abbé Vallée, découvre Brie, fief et terrier entre Saintes et Saint-Georges-des-Coteaux,. prés des arcs, ancien nom des arènes, c'est-à-dire à Saint-Macoux.
L'évêque Léonce recoit Malo, qui meurt peu après, et lui donne la sépulture au lieudit Pardina situé en dehors des murs de Saintes, extra muros Sanclonicæ — civilatis, in loco qui dicitur Pardina. bras de saint Macoux au château de Merpins, prés | de Cognac, et la paroisse voisine, Ars, prit peut-être = à cette occasion le vocable du saint : « en l'église — Saint-Macoul fut seveliz li tresors soz lauter et onc Normanz mau ne fit... Li bras saint Macoa fut porlez au chasteau de Merpins qui est sora Ghareante. » Une partie de ce : bras passa à l'abbaye de Saint-Jean d'Angély qui la donna à l'abbaye de Monj tierneuf de Poitiers, comme le prouve un acte du |- 26 mars 1466.
L'église de Saint-Macoux, dont les fondations sont encore visibles au faubourg de ce nom à Saintes, ruinée dans les guerres des Anglais, fut définitivement rasée par les protestants en 1568, Le titre subsista et, | en 1741, le prieur de Saint-Eutrope prend possession au lieu où jadis était l'église Saint-Macoux devant une grosse pierre sur laquelle autrefois on célébrait là messe, une autre marquant le bénitier et autour de | quoi est un lieu abandonné qu'on nomme les cimetières de Saint-Macoul où il y a encore quelques | tombes et une croix de pierre ; le tout affermé le 12 juillet 1746 pour la somme de 350 francs par an, | par Jean dé Lacroix, docteur en théologie, chanoine | de l'église royale de Saint-Thomas du Louvre à Paris, prieur commendataire et seigneur des prieurés, aux sieurs Morisson, couvreur, et Verdeau, marchand à saint-Eutrope.
— L. Duchesne, La Vie de saint Malo, étude critique, | ro les el documents, in-8 », Dunkerque, 1885. — Frére, | (par Luc Gérard, 1732), dans Rev. hist, de l'Ouest, Beauvais, Spect. hist., xxir, n. 93-100, H. LECLERCQ. MALTE. — I. Géographie. II. Histoire. III. Saint Paul à Malte. IV. L'Église de Malte. V. Les catacombes. VI. Épigraphie. VII. Terre-cuite. VIII. Peinture.
IX. Mosaique. X. Bibliographie.
I. GÉOGRAPHIE. — L'île de Malte, située dans la Méditerranée, est la plus grande d'un groupe qui comprend en outre Gozzo, Comino et les ilots Filfola et Cominotto. Malte se trouve à 90 kilomètres sud de la côte de Sicile et à 290 kilomètres est de la côte orientale de Tunisie. Sa superficie est de 275 kilomètres carrés, sa forme est ovale et elle mesure 27 kilomètres de longueur sur 10 kilomètres de largeur moyenne et 14 kilomètres de plus grande largeur. Sa surface est accidentée par des vallées et des hauteurs aux pentes abruptes dont la plus élevée atteint 1319. Vers le Nord-Est, les plateaux s'abaissent en pentes plus douces. On ne trouve à Malte ni étang ni rivière, ni même ruisseau et l'eau manque presque entièrement. La côte nord est la plus hospitalière ; c'est là qu'on rencontre les plus profondes échancrures, là que sont situées la baie de La Valette, dont le mouillage passe pour un des meilleurs du monde, la baie de Saint-Paul où, dit-on, l'Apôtre des Gentils aborda ; la baie de Melleha qui sépare en partie de la masse de l'île le promontoire qui la termine à l'Ouest. Malte a une apparence dénudée, son sol est maigre, et souvent à nu ; l'eau est soigneusement conservée dans des citernes et réservoirs et distribuée au moyen d'aqueducs. Les pluies sont abondantes de décembre à février, la grêle se montre parfois, la neige est absolument inconnue. Les étés sont torrides et le sirocco, vent du Sud-Est, dessèche tout.
Malte offre un aspect dénudé dû au manque de bois et aux nombreux murs de pierre qui forment les clôtures des champs. Les campagnes sont parsemées de rochers gris ; les plantes sont recouvertes d'une fine poussière ; les villages, dont les murs sont éclatants de blancheur, ressemblent à des carrières en exploitation. Dans leur culture, les paysans maltais font preuve d'une merveilleuse industrie. Ils béchent même les pentes les plus rocailleuses, élèvent des terrasses pour retenir la terre végétale, en obtiennent là où elle fait défaut, par la trituration de la pierre, en rapportent de Sicile. Jadis, tous les navires de l'île étaient tenus d'en rapporter une certaine quantité en guise de lest. Quoi que fort mince, la couche d'humus est d'une fertilité extrême et peut produire deux, ou même trois récoltes par an.
II. HISTOIRE. — Peu de contrées ont connu autant de vicissitudes que cette petite île. La position du petit archipel dont Malte fait partie, le désignait pour devenir une importante station commerciale où affluèrent tour à tour Phéniciens, Carthaginois, Romains ou Arabes. L'île était connue et fréquentée de temps immémorial ; on a supposé que c'était là l'antique Ogygie d'Homère et on montre encore une prétendue grotte de Calypso. Avant les peuples historiques, des peuples autochtones ou conquérants avaient habité ce pays et leur séjour a été marqué par de nombreuses grottes creusées dans les rochers, des « tours de géants » et quelques restes de monuments bizarres qui pourraient être attribués aux Phéniciens de Sidon qui paraissent avoir possédé un établissement dans l'île, vers l'an 1200 avant notre ère. On a trouvé, en effet, des images, des inscriptions, des débris de verre et de poterie qui semblent d'origine phénicienne. L'île devait être alors presque complètement stérile. Les Phéniciens y apportèrent de la terre végétale. À cette époque lointaine, Malte paraît avoir subi la fortune de la Sicile, et avoir passé des Phéniciens aux Grecs, puis des Grecs aux Carthaginois, enfin des Carthaginois aux Romains. Les différentes dates de ces régimes successifs semblent être : Grecs, 736 av. J.-C., Carthaginois, 400 av. J.-C., Romains, 218 av. J.-C.
Malte avait atteint sous les Phéniciens une prospérité industrielle et commerciale dont les effets subsistaient encore au siècle d'Auguste. Elle était renommée pour les tissus, le miel et les roses qu'elle exportait sur toutes les côtes de la Méditerranée. Ce commerce lui avait valu une sorte d'opulence et sa capitale, Melita, comptait un grand nombre d'édifices publics et particuliers. C'est dans une baie de la côte que le vaisseau qui portait à Rome saint Paul prisonnier aborda en l'an 60. L'apôtre y séjourna quelque temps.
Après la division de l'empire entre un empire d'Orient et un empire d'Occident, en 395, Malte fut attribuée à l'Orient. Au IXe, l'île fut envahie et ravagée trois fois par les Sarrasins en 828, 830, et 870. Cette fois, les vainqueurs abattirent une partie de la capitale, afin d'en rendre la défense plus aisée et changèrent son nom de Melita en Medina.
Vers 1090, les Normands de Sicile abordèrent à Malte, lui imposèrent un tribut qui ne fut pas payé, ce qui eut pour conséquence la conquête de l'île qui, en 1194, passa avec le royaume des Deux-Siciles à l'empereur d'Allemagne, Henri VI. À partir de 1284, Malte suivit la fortune de la maison d'Aragon. En 1492, les juifs en furent expulsés et, en 1530, Charles-Quint y installa les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, chassés de l'île de Rhodes par les Turcs. En 1565, le grand maître La Valette défendit victorieusement l'île contre Soliman le Magnifique et construisit la nouvelle capitale qui porte son nom. En 1798, Malte se rendit en quatre jours à Bonaparte qui y laissa Vaubois avec une garnison. Les Anglais assiégèrent La Valette et s'en emparèrent au bout de deux ans (8 septembre 1800). L'article 7 du traité de Paris, en 1814, leur en abandonna la possession, peut-être définitive.
III. SAINT PAUL À MALTE. — En l'an 52, Félix fut nommé procurateur de Judée ; c'était un affranchi qui devait sa fortune à Pallas, son frère, tout-puissant sur l'esprit de l'empereur Claude. Son gouvernement fut tel qu'on pouvait l'attendre d'un homme sans mœurs, sans pitié et sans probité. L'impunité lui étant acquise, il se permettait tout ce qu'une âme vile et un cœur dépravé osaient souhaiter. Au temps où nous sommes, en 58, il avait pour concubine Drusille, sœur d'Hérode Agrippa II et de Bérénice ; il l'avait enlevée, par des pratiques infâmes, à son légitime mari, Aziz, roi d'Émèse.
Lorsque saint Paul, arrêté à Jérusalem à la suite d'une émeute, eut été envoyé par le tribun Claudius Lysias à Césarée de Palestine, deux centurions reçurent l'ordre de former une escorte composée de deux cents soldats, de soixante-dix cavaliers et de deux cents gardiens de police. Lysias rédigea un élogium, c'est-à-dire une lettre contenant le détail de l'affaire et adressée à Félix, à qui le prisonnier et l'élogium furent présentés dès l'arrivée à Césarée.
Félix dit qu'il entendrait la cause dès que les accusateurs seraient arrivés, et, en attendant, il ordonna de garder l'apôtre dans l'ancien palais d'Hérode le Grand, devenu la résidence des procurateurs. Un soldat (frumentarius) fut sans doute attaché à sa garde. Trois jours plus tard — ou cinq jours, à compter de celui où Paul sortit de Jérusalem — arrivèrent les accusateurs : le grand-prêtre Ananie en personne, quelques anciens et un certain Tertullus, avocat, capable de soutenir l'accusation. Félix ne les fit pas attendre et prit place à son tribunal. Tertullus loua Félix, célébra la sagesse de son gouvernement, l'excellence de son administration et l'assura de la reconnaissance publique. Puis il appela ses sévérités sur le perturbateur du judaïsme, le chef des hérétiques nazaréens, le brouillon sans cesse occupé à révolutionner ses coreligionnaires partout où il pouvait pénétrer parmi eux. Son crime, cette fois, était d'une gravité capitale puisqu'il ne s'agissait de rien moins que de la violation du Temple. « Nous l'aurions jugé nous-mêmes selon notre loi, ajouta-t-il, si Lysias ne nous l'avait violemment arraché des mains. » Ananie et ses complices approuvaient hautement tout ce discours.
Félix fit signe à Paul de s'expliquer : « C'est avec pleine confiance, dit-il, que je plaide ma cause devant vous, car je sais que depuis de longues années vous êtes le juge de cette nation. Il n'y a pas plus de douze jours, vous pouvez vous en assurer, que je suis venu faire mes dévotions à Jérusalem ; et depuis lors on ne m'a vu disputer avec personne, ni susciter aucun désordre, soit dans les synagogues, soit en ville. On ne parviendra pas à prouver ce dont on m'accuse.
— Je ne vous le cache pas, je sers Dieu selon cette doctrine qu'ils appellent secte : croyant tout ce qui est écrit dans la Loi et les prophètes, espérant comme ils le font eux-mêmes que Dieu ressuscitera les bons et les méchants. C'est pour quoi je tâche d'être sans reproche devant Dieu et devant les hommes. Après plusieurs années d'absence, j'étais venu porter des aumônes à mon peuple et présenter des offrandes à Dieu.
Au moment où j'accomplissais les purifications rituelles ; quelques Juifs d'Asie, qui devraient être ici pour soutenir leur plainte, m'ont trouvé dans le Temple où je ne causais ni attroupement ni tumulte. Que mes accusateurs ici présents disent de quel crime ils m'ont convaincu, lors que j'ai comparu devant le Sanhédrin, à moins qu'ils ne me reprochent cette profession de foi : c'est à cause de la résurrection des morts que je suis mis en jugement. » De la résurrection des morts, Félix n'avait nul souci, mais ce qui lui importait fort c'est que l'inculpé n'était pas un perturbateur ; les véritables témoins, ceux qui eussent pu se porter accusateurs étaient absents. Félix dut comprendre que ce procès pourrait lui valoir quelques profits ; il leva la séance après avoir déclaré qu'il avait besoin d'un plus ample informé :
Paul ne vit pas que ses intimes. Félix et Drusille eurent la curiosité de l'entretenir sur cette religion nouvelle dont il se faisait le prédicateur. Paul ne ménagea point ces pécheurs, il parla avec tant de force de la justice, de la continence, du jugement futur que Félix, mal à l'aise, termina l'entretien : « Je t'écouterai une autre fois, dit-il, quand il en sera temps. » Félix n'ignorait pas que Paul avait apporté une somme considérable, produit de la collecte des églises, il espérait en tirer quelque profit personnel, mais l'apôtre fit la sourde oreille ! Félix s'obstina, retint Paul prisonnier, aggrava le régime et le fit enchaîner. Deux ans s'écoulèrent ainsi.
Au mois de juin 59, Félix fut rappelé et son successeur, Porcius Festus, laissa Paul en prison. Trois jours après son débarquement, Festus alla passer huit ou dix jours à Jérusalem. Les Juifs profitèrent de sa présence pour l'entourer et obtenir de lui le renvoi de Paul à Jérusalem ; on eût dressé sur la route une embuscade et il eût été assassiné. Festus « qui, peut-être, eut vent de ce complot, répondit que : les Romains n'ont pas coutume de condamner un homme sans le mettre en présence de ses accusateurs et sans lui permettre de se défendre. » C'est à Césarée, où il allait se rendre de sa personne, que les Juifs pouvaient se faire représenter et soutenir l'accusation. Dès le lendemain de son retour, Festus fit comparaître Paul et ses accusateurs. À leurs imputations, l'apôtre se contentait de répondre : « Je n'ai rien fait de mal ni contre la loi des Juifs, ni contre le Temple, ni contre César. » Festus voyait une cause épineuse dont il pouvait se débarrasser si l'accusé consentait à comparaître à Jérusalem, devant une cour juive. Il le lui proposa. Paul répondit : « Je suis devant le tribunal de César, c'est ici que je dois être jugé. Je n'ai fait aucun tort aux Juifs, vous le savez. Si j'ai commis une action digne de mort, je consens à mourir. Mais si toutes leurs accusations sont fausses, personne n'a le droit de me livrer à eux. J'en appelle à César. » Ces derniers mots finissaient tout et soustrayaient l'inculpé à la juridiction du procurateur qui ne put que répondre : « Tu en appelles à César, tu iras à César. »
Dans l'attente du départ, il survint un incident singulier. Hérode Agrippa II et sa sœur Bérénice vinrent saluer Festus. Leur hôte les entretint de ce Paul qui avait entrepris de convertir leur sœur Drusille et, pour satisfaire l'envie qu'ils éprouvaient de l'entendre, Festus prétexta le besoin de recourir à leurs lumières pour rédiger son rapport à l'empereur sur cette superstition d'un certain Jésus mort depuis longtemps. L'audience fut fixée au lendemain.
Ce fut un grand spectacle. Agrippa et Bérénice se rendirent au tribunal accompagnés d'une suite brillante : les autorités militaires et les notables de la ville y vinrent également. Paul comparut enchaîné et Festus ouvrit la séance : « O roi Agrippa et vous tous ici présents, dit-il, vous voyez devant vous un homme dont les Juifs de Jérusalem me demandaient à grands cris la tête. Moi, je ne trouvais rien en lui qui méritât la mort ; mais comme il en a appelé à César, j'ai décidé de l'envoyer à Rome. Ne sachant ce qu'il faut écrire à l'empereur, je compte sur vous, et sur toi principalement, ô roi Agrippa, pour m'en instruire. » Agrippa accepta la présidence honorifique qu'on lui offrait et donna la parole à Paul. Celui-ci s'engagea dans un long discours, raconta sa vie, la vision du chemin de Damas, la vocation de prédicateur de l'Évangile aux gentils, affirma la résurrection de Jésus. A ces mots Festus l'interrompit : « Tu es fou, Paul, les lectures t'ont troublé l'esprit. » Paul en appela à Agrippa versé dans la théologie juive, mais Agrippa répondit ironiquement : « Tu vas me persuader de me faire chrétien. — Oui, dit vivement l'apôtre, non seulement toi, mais tout l'auditoire. Puissiez-vous me ressembler... à l'exception des chaînes. » Paul n'avait converti personne à sa foi, mais avait convaincu tout le monde de son innocence. Festus opina, résumant bien l'impression générale : « Sans l'appel à César, cet homme aurait pu être mis en liberté. » Et Paul fut remis, avec quelques autres prisonniers, à la garde d'un centurion de la cohorte prima Augusta Italica, nommé Julius. Avec Paul devaient s'embarquer Timothée, Luc et Aristarque de Thessalonique ; mais on se trouvait au mois de septembre, à une date où les vents contraires ne permettaient plus de songer à une traversée directe de Césarée à Rome.
Un vaisseau allait partir pour Adramytte en Mysie, ville située en face de Mytilène. Soit dans ces ports, soit dans les escales sur la route, Julius comptait trouver un navire en partance pour l'Italie ; faute de quoi on prendrait la voie de terre, par Troas et Philippes le long de la voie Egnatienne. On était vers le temps de l'équinoxe d'automne, mauvais moment à passer dans ces parages.
Dès le lendemain du départ on arriva à Sidon et Paul eut la permission de descendre à terre avec un gardien et de visiter ses amis. Le navire devait toucher Myre et la route directe eût été de prendre le large et de gagner la Lycie en laissant sur sa droite l'île de Chypre, mais les vents étaient contraires, il fallut courir au Nord, en longeant la Phénicie, puis serrer les côtes de l'île de Chypre qu'on laissa à bâbord. Entre Chypre et les côtes de Syrie et de Cilicie, on s'aida des brises de terre pour remonter au Nord, et après avoir traversé le golfe de Pamphylie, on entra dans le port de Myre, en Lycie. Là, se trouvait, par chance, un navire alexandrin qui portait en Italie un chargement de blé d'Égypte. Le centurion Julius passa marché avec le capitaine et transborda ses armes et ses hommes : cela porta le nombre de l'équipage et des passagers à deux cent soixante-seize personnes.
A peine fut-on sorti de Myre que la navigation devint lente et difficile. Il fallut côtoyer la rive et, après plusieurs jours, on se trouvait à la hauteur de la pointe de Cnide. Là, il fut impossible d'entrer dans le port ; après avoir lutté contre le vent de Nord-Est, le capitaine prit son parti de se laisser dériver vers l'île de Crète. On ne tarda pas à reconnaître le cap Salmoné, formant la pointe orientale de l'île. L'île de Crète procure, à la région de la Méditerranée qu'elle couvre au Sud, une sorte de port assez bien à l'abri des tempêtes venant de l'archipel. Le capitaine ne songea qu'à profiter le plus tôt possible de cet avantage ; il suivit la côte orientale de l'île puis se dirigea vers la côte méridionale, assez inhospitalière, où l'on trouva, non sans peine, un port étroit, profond, fermé par un îlot et bordé par deux plages de sable, entre lesquelles s'avance une pointe de rochers. Ce n’est guère autre chose qu'une crique, qui semble divisée en deux parties, ce qui lui a valu son nom Kali Limenes (les Bons Ports) ; non loin de là se trouvait une ville nommée Lasaea ou Alassa. Ce port parut assez sûr pour y entrer et donner à l'équipage le temps nécessaire pour réparer les avaries d'une traversée longue et pénible, en même temps qu'un repos nécessaire. On fit une relâche qui se prolongea assez et, quand il fut question de repartir, Paul se prononça carrément contre un voyage qu'il estimait périlleux. On était alors en plein mois d'octobre et il avait assez de fois voyagé sur mer pour prévoir de sérieux dangers et de graves avaries. Le capitaine et l'armateur n'en croyaient rien et calculaient la perte que leur causerait un hivernage de cinq mois, d'ailleurs presque impossible aux Kali Limernes. Le centurion partageait la manière de voir des deux marins et il fut décidé qu'on quitterait Bons-Ports pour gagner la rade de Phœnix (aujourd'hui Loutro) situé sur la côte méridionale de l'île, et qui offrait un bon mouillage. Une brise du Sud se leva qui parut favorable à ce dessein, on leva l'ancre, on fit des bordées le long du flanc de l'île jusqu'au cap Littinos, puis on cinglerait vers Phénix.
La seule difficulté consistait à franchir le cap Lithinos qui forme un saillant marqué ; parcourir était si faible que les matelots mirent le canot à la mer afin de n'avoir qu'à remorquer le navire. Mais presque au moment où on sortait de Bons-Ports, le vent se leva en tempête, un ouragan venu de l'Est-Nord-Est que les marins nomment euraquilon ou caecias. En peu d'instants, le navire fut hors d'état de résister ; on cargua la voile et on s'abandonna au vent. On fila devant une petite île nommée Cauda (aujourd'hui Gafda ou Gaudo) et grâce à l'abri qu'elle procura pendant quelques minutes, on put remonter à grand-peine le canot à bord du navire. On prit alors deux précautions en vue du naufrage inévitable, la première fut d'entourer horizontalement les flancs du vaisseau d'un câble très fort, dont les extrémités se croisant sur la proue, et rentrant par les écubiers, étaient fortement serrées à l'aide de cabestans ; c'était comme une ceinture qui fortifiait la coque contre les coups répétés des lames qui, la secouant d'avant en arrière, auraient bientôt disjoint les bordages et rompu la quille. La seconde précaution consista à mouiller une ancre flottante, surface plane retenue par des chaînes dans un sens vertical, de manière à ralentir la course du vaisseau que le vent du Nord-Est risquait de jeter dans les Syrtes où il se serait ensablé.
Le second jour, la tempête n'avait rien perdu de sa violence ; on songea en conséquence à alléger le navire et on jeta la cargaison à la mer, en vue peut-être de stabilité et réduire l'effet du tangage. Le troisième jour, les meubles et ustensiles qui encombraient le pont et entravaient la manœuvre, passèrent par-dessus bord. Les jours suivants furent affreux ; on vivait dans une obscurité complète, ni soleil, ni étoiles, on ne savait plus où on était, où on allait. Tout espoir était perdu. La mer, semée d'îles, la Méditerranée présente entre la Sicile et Malte à l'Ouest, le Péloponnèse et la Crète à l'Est, l'Italie méridionale et l'Épire au Nord, la côte d'Afrique au Sud, un grand carré de mer libre, où le vent se déchaîne sans obstacle et roule d'énormes tas de mer. C'était là ce que les anciens appelaient souvent l'Adriatique. L'opinion générale des gens du bord était que le navire courait sur les Syrtes de l'Afrique, où la perte des corps et des biens était certaine. La fatigue et l'épuisement étaient venus à bout de tous les courages, nul ne songeait à prendre de la nourriture d'ailleurs impossible à préparer.
On sut, en foulant terre, qu'on était à Malte. Il était impossible de savoir sur quels points la tempête avait entraîné le navire, mais peut-être n'avait-il pas fait tant de chemin que les naufragés l'avaient supposé. La vue d'un bâtiment en détresse, désemparé, d'un équipage et de passagers se sauvant à la nage ou sur des épaves est un des événements de la vie monotone des populations maritimes. Beaucoup d'insulaires étaient accourus sur le rivage, s'empressaient de secourir les naufragés mouillés et grelottants de froid et de faim ; même ils allumèrent un grand feu pour les réchauffer sous une pluie torrentielle. Paul cherchait des brindilles pour alimenter la flamme, il revint avec une farde de broussailles qu'il jeta dans le brasier. A l'instant, une vipère qui y était cachée, ranimée par la chaleur fit un bond et s'attacha à la main de Paul. A cette vue, les gens de l'île frémirent. « Il faut, se dirent-ils entre eux, que cet homme soit un meurtrier puis que, échappé du naufrage, la vengeance des dieux le poursuit jusque sur terre. » Paul secoua la main, le reptile tomba et il n'en éprouva aucun malaise : vipère, couleuvre, orfraie, il n'importe ; ceux qui, un instant auparavant, le tenaient pour un grand criminel l'acclamèrent comme un dieu.
L'île de Malte était gouvernée au nom des Romains par un fonctionnaire nommé Publius, princeps du municipe. Soit que de son habitation il eût suivi les péripéties du naufrage et du débarquement, soit qu'il portât intérêt à des malheureux, cet homme vint sur le rivage, invita chez lui une partie des naufragés, parmi lesquels se trouvaient Paul et ses compagnons et les hébergea pendant trois jours jusqu'à ce qu'on eût pourvu à leur logement et à leur entretien. Cet acte d'hospitalité reçut bientôt sa récompense. Le père de Publius souffrait des fièvres et de la dysenterie. Paul l'alla visiter, posa sa main sur la tête du malade en récitant une prière et lui rendit la santé. Le bruit de cette guérison courut dans l'île et tous ceux qui souffraient se rendirent prés du guérisseur. Parmi une population ignorante et grossière, bien des maux pouvaient être soulagés et même dissipés par un traitement convenable. Luc, qui accompagnait Paul, et qui avait des connaissances médicales, vit ces gens, les conseilla, et contribua à leur amélioration par quelques remèdes discrètement indiqués. L'apôtre, cédant à l'inspiration de son grand cœur, aura sans doute guéri quelques-uns de ceux que la science de Luc n'eût pas rendu à la santé.
Après l'effroyable traversée qu'on venait de subir, personne n'avait hâte de reprendre la mer. Ce fut seulement quand le cabotage reprit, après un séjour de trois mois dans l'île, vers la mi-février de l'an 61, que le centurion Julius traita du passage de ses prisonniers sur un autre navire alexandrin, le Castor et Pollux, qui avait hiverné dans le port de l'île. Les prisonniers et l'escorte s'embarquèrent et gagnèrent Syracuse d'où après trois jours, on repartit pour Rheggio et Pouzzoles.
Il existe sur le naufrage de saint Paul et son séjour à Malte une bibliographie assez étendue : expériences de saint Paul, in-12, Neuchâtel, 1896. — V. Belloni, S. Paolo a Malta, poema, in-8°, Malta, 1875. — U. Benvoglienti, Notizie inforno il naufragio di S. Paolo, ms., 1732. — Fr. C. Bucher, De peregrinatione Pauli transmarina, in-4°, Wittenbergæ, 1679. — Fr. Bulié, Melita del naufragio di san Paolo, dans Bullettino di archeologia e storia dalmata, 1916, t. XXXIX, p. 185-189. — W. J. Burns, Memorials of S. Paul at Malta, dans The Month, 1881, t. xiii, p. 485. — J. A. Ciantar, De beato Paulo apostolo in Melitam, Siculo-Adriatici maris insulam naufragi ejecto dissertationes apologeticæ in Inspectiones anticriticas Ignatii Georgii, in-4°, Venetiis, 1738. — A. A. Caruana, Monografia critica della grotta di S. Paolo nel sobborgo di Melita, l'antica capitale di Malta, in-8°, Malta, 1896 ; le même, Monografia critica dei compagni dell'apostolo S. Paolo nel suo naufragio e nella sua dimora in Malta l'anno 56 del l'era cristiana, in-8°, Malte, 1902, — W. J. Conybeare and W. J. S. Howson, Life and Epistles of S. Paul comprising a complete biography of the apostle and a paraphrastic translation of his Epistles, inserted in chronological order, 2 vol., London, 1861, t. II, p. 308 sq. — P. Crusius, Paulus naufragus, in-8°, Lipsiæ, 1609. — J. Floder, Acta Pauli in insula Melita, in-4°, Upsalæ, 1769. — C. Fouard, Les origines de l'Église : saint Paul, ses missions, in-8°, Paris, 1892. — O. Funcke, Saint Paul sur terre et sur mer, trad. J. Gindre aux, in-12, Lausanne, 1880. — Ign. Georgi, | pexillo navis Alexandrinæ, qua Paulus gentium doctor F. Prat, Saint Paul, in-12, Paris, 1925, p. 154-168. — J. J. Quandt, Dissertatio de maritima Pauli peregrinatione, in-4°, Regiomonti, 1710. — G.-M. Regnaud, Le mire benefiche della grazia nella caduta in sulle vie di Damasco e le tracce amorevoli della Providenza nel naufragio in sulle rive di Malta del l'apostolo S. Paolo, primario tutelare del l'isole di Malta e Gozzo, in-4°, Roma, 1749. — E. Renan, Saint Paul, in-8°, Paris, 1869, p. 536-559. — Rennell, On the voyage and plate of shipwreck of S. Paul a. D. 62, dans The Archaeologia, 1826, t. xxi, p. 92-106, — J. de Rhoer, De sancti Pauli ad insulam Melitam naufragio, in-4°, Trajecti ad Rhenum, 1743. — R. Ricard, La navigation de saint Paul, la tempête de quatorze jours en Méditerranée, dans Études, 1927, t. cxc, p. 448-465. — K. Th. Rückert, Nach Nord Afrika, 1884, p. 421 sq. — J.-J. Ruflieux, Un épisode du dernier voyage de l'apôtre saint Paul, servant de complément géographique aux Actes des apôtres, dans Revue suisse catholique, 1874, t. vi, p. 86-105. — Rupertus à S. Gaspare, Divus Paulus apostolus e Melita Illyricana in Africanam quondam nunc vero S. Joannis Hierosolymitani equitum feliciter redux, sive anticriticarum inspectionum Ign. (Georgii amica inspectio, in-4°, Venetiis, 1739. — C. S. di San Floriano, Navigazione dell apostolo IV.
L'ÉGLISE DE MALTE. — Il n'est pas dit que Paul, au cours de ces trois mois passés à Malte, y ait fondé une Église ; malgré les bienfaits et les miracles il n'avait pas rencontré sans doute, parmi cette population grossière, les éléments que lui offraient les villes de Galatie, d'Asie Mineure, d'Achaie ou de Macédoine et il repartait sans avoir implanté la foi. Est-il bien nécessaire, à ce sujet d'aborder la question du lieu où aborda saint Paul : Malta, Melita, Meleda ? C'est dans le De administratione imperii, c. XXXVI, de Constantin Porphyrogénète, qu'on rencontre, croyons-nous, pour la première fois, la mention de Meleda comme lieu de débarquement. Or Méléda est une île située sur la côte de Dalmatie, à peu près à la hauteur de Teramo ; et cet itinéraire fantaisiste est du nombre de ceux dont on est dispensé de parler !.
On peut donc s'en tenir à Malte où il débarqua, disent les Actes, xxvi, en cÓmoc Otu0xAxccoc. Une ancienne « tradition », c'est-à-dire un racontar sans preuves, le fait débarquer au nord de l'île. Bucht Cala di San Paolo parait pour la première fois dans Quintinus, au xvi° siècle et n'en vaut pas plus pour cela *. Paul prêcha et, cela va sans dire, convertit un grand nombre d'habitants, c'est saint Jean Chrysostome qui nous l'apprend °, mais saint Luc, dans les Actes des apôtres ne souffle mot, et il y a quelque raison de l'en croire puis que saint Paul partit sans fonder d'Église.
Il est vrai qu'on a imaginé de faire du princeps Publius (Act. xxvii, 7) le premier évêque de Malte « d La première trace de cette légende se rencontre dans le petit martyrologe romain, au 21 janvier : Athenis S. Publii episcopi qui Melitenus a Paulo episcopus ordinatus ... mais Tillemont a fait remarquer depuis longtemps que l’évêque d'Athènes, Publius, mourut sous Marc Aurèle , ce qui donnerait au Maltais un épiscopat de plus d'un siècle, ce qui semble un peu long. Joe le premier évêque, la première cathédrale Oh ! il faut reconnaitre qu'elle était modeste : simple grotte pour laquelle saint Luc, à qui la médecine laissait des loisirs, peignit un portrait de la vierge Marie, et où l'apôtre donna l'ordination épiscopale “xx ']d ‘ggi ‘AMI Jo punjsp au] ui soMajauisa umj]snn[o pun squioj uvbnd juapuy Suenle) »V « v sade, p $3]O45) CJ ap J4nospsodg np urpaeyp Derat inn pU à Publius. Il faut penser que dans l'esprit des défenseurs de ce conte, l'Église de Malte fut longtemps bien modeste et bien indigente car, d'après eux, cette grotte demeura la cathédrale de l'île jusqu'à la paix de l'Église, époque où Constantin bâtit une basilique sur l'emplacement du palais de Publius. Cette belle discussion parut sans objet, au moment où on vint soutenir que la grotte en question était une ancienne prison transformée en chapelle et qui peut avoir des rapports avec le séjour de saint Paul à Malte '. ] Enfin l'ordination de Publius a son monument, c'est un diptyque d'ivoire conservé à Florence , et qui date du v° siècle et dont l'un des panneaux représente des scènes empruntées aux Actes des Apôtres, (fig. 7550). Au centre, l'artiste montre saint Paul secouant le reptile qui l'a mordu au doigt ; au-dessous on voit deux malades venus des environs implorer leur guérison ; dans le registre supérieur l'apôtre est assis dans une chaise à dossier avec un large tabouret et semble enseigner. Voilà, nous dit-on, l'ordination de Publius par saint Paul ?, Et puis que son épiscopat n'a pas de meilleure attestation nous nous bornerons à n'en pas tenir compte.
Après le pseudo-Publius, le pseudo-Ácatus. Celui-ci doit l'existence non à Dieu, mais à Pirro qui le fait siéger au concile de Chalcédoine en 451. Il est vrai qu'on rencontre parmi les Pères présents à ce concile plusieurs évêques portant le nom d’Acacius : l'un occupait le siège d'Antioche, un autre le siège d'Ariarathia, un autre celui d'Antioche Lamotis, enfin un dernier à Cüma ; il n'y a pas trace d'Acacius à Malte, non seulement à cette date, mais pendant toute la durée de l'empire romain.
Si, au iv° siècle, il y eut une Église, elle n'a guère fait parler d'elle et elle comptait pour si peu de chose | que, dans le texte célèbre de saint Innocent Ier à l'évêque Decentius de Gubbio, on lit ceci :...praeserlim cum sil manifestum in omnem Italiam, Gallias, Hispanias, Africam at que Siciliam el insulas interjacen les nullum insitiuisse Ecclesias, nisi eos quos venerabilis apostolus Petrus aut ejus successores consli- | tuerunt sacerdotes... Oportet eos hoc se qui quod Ecclesia romana custodit a qua eos principium accepisse non dubium est *. Évidemment Malte passa avec les insulg interjacen les. En somme, il est plus vrai de dire que nous ne savons rien sur son compte.
Malte tomba-t-elle entre les mains des Vandales ? Voici ce que nous lisons dans Victor de Vite * : Post cujus (Valentiniani) morlem tolius Africæ ambitum obtinuit ( Geisericus), nec non ef insulas maximas Sardiniam, Siciliam, Corsicam, Ebusum, Maioricam, Minoricam vel alias mullas superbia sibi consueta defendit.
Tout cela nous apprend peu de chose. Heureusement Pirro se charge de découvrir des évêques, mais il a la malchance de n'en trouver que de douteux : après Acacius, voici qu'il nous présente-un certain Constantinus. Melitensis eps, qui a siégé à un concile tenu à Rome par le pape Symmaque. Mais, une fois, de plus, Pirro a la main malheureuse : il s'agit d'un Constantinus Melilenensis eps, évêque authentique non de Malte mais de Méliténe $.
À l’époque byzantine, Malte, d’où part Bélisaire pour sa glorieuse expédition contre l’Afrique, devient un centre important. Les catacombes de Malte remontent au xvii* siècle, où elles furent visitées par un savant d’Augsbourg, Georges Walter, qui avait débarqué dans le même dessein, visité la Sicile. L’étude scientifique commence avec Abela (1647) et attire un instant l’attention de Boldetti (1720), puis elle est reprise et conduite avec méthode par Caruana entre 1881 et 1897 et Alb. Mayr (1901). Enfin, en 1904, se placent les premières recherches de M. Themistocle Zammit, conservateur du musée de La Valette, recherches qui ont rendu possible l’ouvrage de M. Erich Becker Malla sotterranea.
La plus grande partie des cimetières chrétiens de Malte se trouve devant l’ancienne capitale, C Vecchia ; le plus important est la catacombe Saint-Paul. Le sol est un calcaire facile à travailler. Beaucoup de sépultures sont creusées dans de petites chambres ; elles sont en général à mi-hauteur et grandes que deux cadavres peuvent facilement trouver place. Les chambres adoptent la forme du corps humain, suivant la mode phénicienne ; elles s’ouvrent pas directement sur la galerie, mais au fond d’une niche qui sert d’antichambre ; elles sont fermées par une pierre plate que deux saillies arrêtent au dehors (disposition qui ne se rencontre, croyons-nous, qu’à Malte et dérive peut-être des ‘chambre mortuaires puniques). Ces petites nécropoles se creusent le plus souvent à la naissance d’une colline ou au fond d’une fosse peu profonde : elles comprennent deux galeries qui se coupent à angle droit non loin de l’entrée (Maghalaq, Hlantun, Mintna). Il arrive, plus rarement, que les chambres s’ouvrent, non sur des galeries, mais sur une sorte de grand vestibule ; ainsi par exemple, aux catacombes d’Abbatia-tad-deyr, de Qasam-el-fawara, d’Inghieret el^ de Bengemma. Ces nécropoles avec petites chambres sont à peu près contemporaines des tombes à arcosolium, mais plus récentes ; dans l’ensemble, elles datent au plus tôt des derniers siècles de l’empire ; en général, elles sont d’origine chrétienne, mais leur disposition est copiée sur les tombes païennes.
Nous ne descendons pas plus loin, on voit que l’histoire de l’Église de Malte est peu connue et peut-être est-elle peu connue parce qu’elle n’a compté que peu d’événements et aucun personnage remarquable. Les monuments, dont nous allons parler, n’ajoutent presque rien à ce que nous savons.
V. LES CATACOMBES. — La première mention des catacombes de Malte remonte au xvii* siècle, où elles furent vues, mais non explorées, par un savant d’Augsbourg, Georges Walter, qui avait débarqué dans le même dessein, visité la Sicile. L’étude scientifique commence avec Abela (1647) et attire un instant l’attention de Boldetti (1720), puis elle est reprise et conduite avec méthode par Caruana entre 1881 et 1897 et Alb. Mayr (1901). Enfin, en 1904, se placent les premières recherches de M. Themistocle Zammit, conservateur du musée de La Valette, recherches qui ont rendu possible l’ouvrage de M. Erich Becker Malla sotterranea.
La plus grande partie des cimetières chrétiens de Malte se trouve devant l’ancienne capitale, C Vecchia ; le plus important est la catacombe Saint-Paul. Le sol est un calcaire facile à travailler. Beaucoup de sépultures sont creusées dans de petites chambres ; elles sont en général à mi-hauteur et grandes que deux cadavres peuvent facilement trouver place. Les chambres adoptent la forme du corps humain, suivant la mode phénicienne ; elles s’ouvrent pas directement sur la galerie, mais au fond d’une niche qui sert d’antichambre ; elles sont fermées par une pierre plate que deux saillies arrêtent au dehors (disposition qui ne se rencontre, croyons-nous, qu’à Malte et dérive peut-être des ‘chambre mortuaires puniques). Ces petites nécropoles se creusent le plus souvent à la naissance d’une colline ou au fond d’une fosse peu profonde : elles comprennent deux galeries qui se coupent à angle droit non loin de l’entrée (Maghalaq, Hlantun, Mintna). Il arrive, plus rarement, que les chambres s’ouvrent, non sur des galeries, mais sur une sorte de grand vestibule ; ainsi par exemple, aux catacombes d’Abbatia-tad-deyr, de Qasam-el-fawara, d’Inghieret el^ de Bengemma. Ces nécropoles avec petites chambres sont à peu près contemporaines des tombes à arcosolium, mais plus récentes ; dans l’ensemble, elles datent au plus tôt des derniers siècles de l’empire ; en général, elles sont d’origine chrétienne, mais leur disposition est copiée sur les tombes païennes.
Les catacombes de Malte sont contemporaines de l’empire du rv au vre siècle ; c’est à cette époque que le christianisme sera implanté dans l’Île, et il semble aventureux de dire que ces cimetières souterrains peuvent remonter jusqu’au iiii et au ri* siècle : en tout cas, on ne peut apporter un fait ni un indice favorable à cette opinion. Malte est absolument dénuée de souvenirs et de témoignages liturgiques ; son Église, qui ne peut offrir que peu de noms et encore très espacés de la liste épiscopale, n’a conservé ni diptyques, ni férial, ni livres ou fragments liturgiques. Les noms des catacombes n’offrent même pas, ainsi qu’à Rome, des noms anciens de propriétaires “du sol ; Saint-Cataldus, Sainte-Venera ou Sainte-Gathe indiquent un culte local et se dérobent à toute chronologie. Dans les catacombes elles-mêmes, les fresques, les inscriptions, les souvenirs chrétiens sont si rares et si vagues que leur témoignage n’apprend presque rien.
Au point de vue architectural, les catacombes de Malte se rattachent à celles de Syracuse et de la Sicile ; les plans que nous donnerons et quelques croquis nous dispensent d’une description dans laquelle reparaîtraient nécessairement les termes en usage pour les catacombes romaines. C’est ainsi que dans la catacombe de Saint-Paul, il est question d’une « basilique » qui n’offre rien sans doute de ce qu’on entend par ce mot, mais qui nous montre un espace assez dégagé (fig. 7552) dont on ne renconLrerait pas facilement l’équivalent dans les catacombes romaines. Dans la catacombe de Sainte-Agathe on se croirait transporté à Cvrène (voir ce nom), dans une salle soutenue par des piliers (fig. 7553). Dans la catacombe de l’Abbatia nous rencontrons une de ces tombes à baldaquins qu’on verra nombreuses sur les plans et dont on ne rencontre pas d’exemples à Rome ; ici même on l’a décorée d’une sorte de tore enroulé à ses extrémités (fig. 7554). Dans la catacombe xxvi, on a figuré une transenna. Sur un couvercle de tombe ou plus probablement une table d’autel, on a figuré le treillis d’une transenna et un chrisme.
Voici la bibliographie spéciale aux catacombes :
G. Walter, Siciliæ et objacentium insularum. el Francesco Abela, vicecancelliere della sacra ed eminentissima religione Gerosolimilana, in-4 », Malta, 1647. — B. Niderstedt, Malta vetus et nova a Buchardo Niderstedt Holsato adornata auspiciis el jussu Christophori Casparis Liberi Baronis a Blumenthal edita Helmestadii, 1660. — M. A. Boldetti, Osservazioni sopra i cimiterij de’ santi marliri, ed antichi cristiani
Les catacombes chrétiennes, juives, hypogées de l’île de Malte sont actuellement au nombre de :
i. Cimitero di S. Paolo ; cf. Caruana, Monograple of the catacomb of Saint-Paul, 1898, p. 1-1v, 101-107 ; A. Mayr, Die altchristl. Begräbnissiätlen, 1901, p. 358370, fig. 7 ; E. Becker, Malia sublerranea, 1913, p. 10-44.
ii. Cimitero di S. Agatha.
iii. Cimitero di Santa Venera, E. Becker, p. 44.
iv. Cimilero di S. Cataldo, E. Becker, p. 44-45.
v. Cimitero di S. Maria della viriù, E. Becker, p. 45 ; Grech, La chiesuola, Tal Virtut. Contributo di sorla palria religiosa, Malta 1907.
vi. Cimitero di S. Maria della Grolla, E. oz p. 46.
vii. Cimitero nominalo L’Abbatia (tad-Deyr). Ciantar, pl. p. 48 ; Boldetti, p. 633 ; Mayr, P : 370-374 ; Becker, p. 47-49, pl. x.
viii. Petite nécropole chrétienne près de l’Abbatia, Caruana, pl. xxiv, p. 93 ; Cap. inscr. lal., t. x, n. 2498 ; E. Becker, p. 49.
ix. Catacombe della Via Boschetto, Garuana, pl. XXII, p. 89 ; E. Becker, p. 49-50 (découverte en 1892).
x. Catacombe près de l’école élémentaire de Rabalo, Caruana, pl. xxii, p. 91 ; E. Becker, p. 50, pl. 1v.
xi. Calacombe des rues S. Maria et Ruggiero, E. Becker. p. 51-52, pl. ir (découverte en 1904).
xii. Catacombe Field Tac-cagliki, E. Becker, p. 92, pl. v, 1 (découverte en octobre 1907).
xiii. Catacombe Tac-caghki S. Domenico, E. Becker. p. 52-53, pl. xr, 1 (fouillée en 1906).
xiv. Groupe Tac-caghki au sud du Molino, E. Bec-ker, p. 55, pl. xtv, 1.
xv. Petit hypogée de Ghar Barka ou de Tal Bûr. E. Becker, p. 56-58.
xvi. Catacombe de la rue de Boschelto, E. Fer p. 58.
Dans la partie ouest de l’île :
xvii. Catacombe tal Mghalaq, Caruana, pl. virg E. Becker, p. 59 ; Mayr, p. 221-224.
xviii. Groupe tal Mintna, Caruana, pl. xx ; Mayr.
Le nom arabe {ad Dlam, ou « le lieu sombre », fait allusion à la catacombe. Diar hanzira est aujourd’hui Vicolo Catacombe. Après onze siècles d’abandon, cette combe fut explorée entre le 2 janvier 1894 et fin du mois d’août de la même année. Elle n’est et une troisième entrée O. 8. indiquent les excavations à des plans inférieurs,
Caruana, en a donné un plan très clair que nous reproduisons, il l’a malheureusement criblé de lettres dont quelques-unes seulement ont reçu une explication souvent confuse ; nous laissons seulement E, F Les tracés pointillés-
La catacombe a deux accès principaux : E, sur la route Hal-Bajada ; F du Vicolo Catacombe. A.-A * g 2 m E PA | combe. — C, plateforme.
La chapelle de la catacombe Saint-Paul marque probablement le noyau de l’excavation tout entière. Ces cryptes A et B ont deux accès, en E et en F suivant qu’on vient de Hal-Bajada ou du Vicolo Catacombe. — D, abside qui contient trois tombes 1. 2. 3. — G, corridor. — HH, corridor construit après la crypte A, avec trois tombes, 4-5-6, qui auront probablement contenu des sarcophages ; les tombes 7, 8 sont de simples formes. — La crypte A communique avec le reste du cimetière par trois ouvertures, k. l. m et i et un escalier descendant. — Dans la crypte B on observe une cavité L qui a pu recevoir la confessio., l’autel étant en I. — p el r ont pu servir de puits pour écouler l’eau des ablutions. — q est une issue latérale. — s quatre colonnes formant pilier de soutien. — au milieu de chaque abside en A, on voit un évidement circulaire c, d de 4 pieds 4 pouces de diamètre : ce sont des bassins à ablutions.
Voici quelques dimensions :
On remarquera que la transcription n'est pas littérale, mais il n'y a aucun doute sur la source d’où le texte est tiré. Dans les inscriptions similaires d'Afrique, le nom de Jésus n'apparaît pas ; elles débutent toujours par des formules comme In nomine Christi ou bien In nomine Domini ou Dei : le nom de Jésus se trouve au contraire dans les plus anciens textes chrétiens de Syrie. La façon d'écrire IHS se rencontre dès le v siècle dans une inscription chrétienne de Mertola en Portugal, datée de l'année 489 (voir Dictionnaire aux mots ABRÉVIATIONS et JESUS-CHRIST) et offrant les mots : RECESSIT IN PACE DOMINI N IHS XR ?, ainsi qu'au revers d'un médaillon contorniate du même temps, portant la légende : DN IHS XPS DEI FILIVS .
Le second verset renferme une formule de prière qui se retrouve en Numidie, dans une inscription chrétienne de Tobna sous cette forme : (domine salvofs nos fac] *. dans la partie Sud-Est de | | xeA[xv]ó(cv) gebp(ouaplav).
1340 — Malte, alla città notabile ; dans la catacombe, sur un arc.
NOT N iTO BIXIT IN PAC Inscription tracée au minium sur l'enduit recouvrant une pierre qui fermait une tombe près de l'église de Saint-Publius, entrée dans le cabinet d'Abela :
+ IN hoc Loco IACET BONE MEMORIE BO Qui BICSIT IN ROC SECULO AN NIS L UEQUIEBIT IN POCE Sub ol G. KO)L : SED TESBRE INDICTIO NE DHOS CINA T. Inscription trouvée à Malte, près de l'église de Sainte-Venera, au Musée. | BA IN_PACE BIXIT E : $
| * V KLS AGVSTAS
Inscription, à 14 sta des de La Valette, près du port de Marsa, dans une grotte ou catacombe de Santa - Maria delta Grotta.
KOIMHTHPI 9N HI 9 PACMEN ON ATI & ZCOEIMH TIN & EKAIANI KE
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Dans l'île Gozzo :
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II. TERRE CUITE. — Les lampes chrétiennes trouvées ne fournissent aucun symbole nouveau aux séries que nous avons déjà mentionnées (voir Dictionnaire, t. viri, au mot LAMPES) ; elles ne fournissent même aucun exemplaire digne d'une particulière attention. Abela et Ciantar avaient un respect trop profond pour tout ce qui touchait au passé de leur île pour négliger ces fragiles débris, mais Caruan leur prêta une attention mieux instruite et, dans son Report de 1882, fit place à douze lampes chrétiennes reproduites par la photographie. En 1898, hifauth en accueillait dix-huit et, l'année suivante, aruana leur consacrait trois planches dans son reÉneil : Ancient pollery (pl. xvin, 22-24 ; pl. XVII, 25 36 ; pl. xix, 37-47), poissons, paons, lièvres, lions, VE ses, usa et croix, enfin un « sacrifice d'Abraham » (pl. XVIL n. 22) qui a fait partie du cabinet d'Abela. Plusieurs de ces lampes ont été publiées de nouveau par E. Becker (pl. xxvirr-xx1x), d'une façon plus soignée. Dans le nombre nous signalerons un exemplaire du Christ tenant la croix et foulant le basilic (pl. xxvii, n. 6) type dont nous avons parlé déjà (voir Dictionnaire, t. vii, col. 1169, n. 64). Une lampe, qui semble d'époque et de fabrication chrétiennes, représente une femme assise levant le bras gauche ( ?) (pl. xxx, n. 1). Quelques ampoules à saint Ménas ; l'une d'elles porte la formule connue :
CYAO
AN AL TO YM
L HNA +
I Les autres offrent le type classique du saint entre
VIII. PEINTURE. — Dans la catacombe de Saint-Paul, nous voyons un essai maladroit sur lequel on a longuement écrit et qu'il n’y a rien de mieux à faire au-dessous un monogramme indéchiffrable, et au_ A San t'Agatha, un cartouche à queues d'aron des, soutenu par deux amours ; on peut lire encore quelques lettres, mais on n'en peut rien tirer d'utile *.
IX. MosaïQue. — Une mosaïque trouvée à Malte représente un homme entièrement nu, les mains liées derrière le dos et retenu par une femme, tandis que devant lui une autre femme, armée dans la main droite d'une paire de ciseaux, s'apprête, en lui saisissant les poils de la barbe, à la couper et sans doute aussi les cheveux. A. Mayr, a publié cette mosaïque en désespérant de l'expliquer ?, ce qu'a fait M. S. Reinach. « Je suis, dit-il, tenté de croire qu'il s'agit d'une légende analogue à celle de Samson, introduite dans l'île de Malte par les Phéniciens et qu'on devait raconter sur le héros local Meliteus. Nous connaissons en effet un texte attique qui raconte qu'il fut nourri de miel. Or, le Samson biblique est aussi un meliteus (.Jug., xrv, 8-9), — un mangeur de miel. On voudrait savoir le nom de la Dalila maltaise . » M. E. Becker a eu l'occasion de reproduire la mosaïque en question et il s'applaudit d'en avoir découvert l'interprétation $, identique à celle qu'on vient de lire ?, $ E Fi ba : d dans les catacombes de Malte n'apportent pas | X. BIBLIOGRAPHIE, — G. F. Abela, Descrizione di Malta... con le sua antichità ed altre notizie lib. IV, in fol., Malta, 1647 : Malta illustrata con... corr., accresc, e contin. da Giov. Ant. Ciantar, 2 vol. in-fol., Malta, 1772-1780 ; trad. : Malta illustrata sive descriplio hujus insulse latina facta... aucta. et contin, a Jos. Ant. Seinero, in-fol., Lugd. Batav., 1723, dans Graevius, Thes. antiq. Ital.-Sicil., t.« xv. — Barbaro, Degli avanzi di alcuni antichissimi edificii scoperti in Malta, dissertazione storico-critica, in-49, Malta, 1794. — L. de Boisgelin, Ancient and modern Malta, with an appendir containing a number of authentic state MAMACHI(Tommaso Maria)... I. Biographie. II. Bibliographie. III. Les Origines et Antiquitates.
I. BIOGRAPHIE. — Tommaso Maria Mamachi est né le 3 ou le 4 décembre 1713 dans l'île de Chio, d'où ses parents, qui étaient d'origine grecque, l'amenèrent encore enfant en Italie où il grandit, étudia dans un couvent de dominicains et, finalement, prit l'habit de Saint-Dominique. Il enseigna la théologie à Florence et y passa ses thèses en 1738 ; la première intitulée : De oraculis ethnicorum, contre Van Dale, la seconde : De cruce Constantino visa contre Jean-Albert Fabri-
EE i na mi ai a aa rit genou ru pum an oput piger m Rr taped men €t aea m eos im ee 1343 | Propagande et Benoit XIV lui conféra le titre de docteur en théologie ; peu après il fut nommé consulteur de la congrégation de l'Index, dont il devint secrétaire en 1779.
Mamachi faisait carrière dans l'administration ; en même temps il se faisait une place honorable dans la science de l'antiquité ecclésiastique. Il y a dans son œuvre une large part faite aux controverses théologiques et aux polémiques ; comme on peut le penser ce n'est pas celle qui lui fait le plus d'honneur. Il se fit beaucoup d'ennemis et s'attira des pamphlets fâcheux, entre autres le Mamachiana, per chi vuol divertirsi, Gelopoli, 1770, par le marquis Spiriti ; toutefois Mamachi était de taille à répondre et ne s'en privait pas, étant agressif de tempérament et avec cela | possédant de l'esprit et de l'érudition. En 1779, il devint secrétaire de la congrégation de l'Index, une manière de personnage capable d'obliger ses contradicteurs à compter avec lui. Pie VI le nomma maître du Sacré-Palais ; il avait décidément partie gagnée. Parfois, depuis la mort de Schiarra, le pape recourait à sa plume, c'était une manière de favori en expectative du cardinalat. Étant allé faire une courte villégiature à Corneto, près de Montefiascone, une fièvre bilieuse l'emporta en quelques jours (commencement de juin 1792). Il allait être octogénaire : l’âge de la retraite.
IL BIBLIOGRAPHIE. — 1738, De ethnicorum oraculis, in-12, Florentiæ : De cruce Constantino visa, in-12, Florentiæ ; De evangelica chronotaxi, in-12, Florentis.
Romæ. Ouvrage mis en souscription et qui est resté | et plus sûr, une connaissance plus étendue de l'antiquité chrétienne. cius. En 1740, il fut appelé à Rome, au collège de la | | le lecteur. Cet ouvrage a été réimprimé à Florence, | Christi mortem experlibus beatæ visionis Det libri duo, en 2 volumes, en 1853. Il a eu une traduction allemande : Sitten der ersten Christen, 3 vol. in-49, Augsbourg, 1796.
? — Mamachi composa une réfutation de l'Exposition de la doctrine chrétienne de Mésenguy ; son travail paraît n'avoir jamais été publié. Tout d’abord, Mamachi s'était, dit-on, prononcé en faveur de Mésenguy, puis il fit condamner ce livre, et cela lui attira de vifs reproches ; on le traita de « théologien à tout vent. s 7 — Le cardinal Stuart, duc d'York, avait tenu, en 1763, un synode à Frascati, dont il était évêque, Mamachi écrivit, dit-on, une défense de ce synode.
B spit z, -De honorificis nominibus, quibus olim sese | vocare christiani solebant, p. 1.
E Cap. 11, De contumeliosis nominibus, quibus ethnici, judæi at que hæretici orthodoxos christianos vocare »solebant, p. 83.
FE. Cap. nr, De calumniis, quibus ethnici sunt wn homines insectati, p. 114.
Liber II, De origine et propagatione christianæ religionis, p. 191.
— Cap. 1, De reipublicæ judaicæ statu quo tempore Ghristus inter homines versabatur, p. 192.
E natus est Christus, p. 208.
- Cap. m, Qui status aliarum gentium ea ætate, qua Christus est natus, fuerit, p. 220.
. Cap. IV, De origine ac propagatione christianæ religionis in Palæstina cum Christus servatur inter homines ageret, p. 232.
— Cap. v, De propagatione christianæ religionis in atoris in caelum : de prodigiis a Deo per apostolos patratis ; de que sævitia Judæorum in christianos, 292.
P Cap. vi, De consilio ab apostolis suscepto regiones gentium peragrandi, de que eorum, imprimis que Petri aec Pauli itineribus, et evangelii apud ethnicos pro= Ilusepyov, De propagatione christianæ religionis a - Neronis Augusti tempore ad Trajani tempora, contra —.. Cap. vu, De persequtionibus quibus catholica Ecelesia quatuor primis seculis vexata ab ethnicis est ; de maxima sanctorum martyrum multitudine ; de que Tome rr. — Libri II pars altera, De origine et propa| gatione religionis christianæ in provinciis Romanorum P. Caput r, Quibus modis constituta in Palæstina christiana religio fuerit post martyria sanctorum aposto.
Cap. 1u, De origine et progressu religionis in reliqua Cap. xir, In provinciis Honoriade et Bithynia reliM Cap. xx, De initiis et progressu christianæ religionis - in Germania, Helvetia, KRhetia, Belgio et Batavia,. 193.
| Cap. xxr, De origine et propagatione christianæ reliCap. un, De romanz reipublicæ statu quo tempore læstina, et reliqua Syria post ascensum Christi ser-
MAMACHI | 1346
Cap. xxir, De origine et propagatione chr istianæ religionis in Galliis, p. 235.
Cap. xxur, De ortu et progressu religionis chrisLian : in Hispania, p. 248.
Cap. xxiv, De origine et propagatione christianæ religionis in Britanniis, p. 261.
Cap. xxv, De origine et progressu creer religionis in Proconsulari, Mauritaniis, Tinguitana, ac Cæsareensi, Numidia et Byzacena provinciis Afric, p. 275.
Cap. xxvr, De ortu et propagatione christianz religionis in insuiis Africae vicinis, p. 290.
Cap. xxvi, De primordiis et propagatione christianæ religionis in America, et insulis, quz ad eam orbis terrarum partem attinent, p. 292.
Cap. xxvii, De ortu et progressu et adversis rebus religionis catholicæ in Japonia vicinis que insulis, p. 304.
Cap. xxix, De origine vicibus que christianæ religionis in Sinensi imperio et Tartaria magna, p. 334.
Cap. xxx, De ortu et progressu christianæ religionis in.imperio magni Mogolis, Bengala, Malabaria, Tonquino-Cochinchina, Siamo et in insulis adjacentibus, p. 380. :
Libri IV pars 1*, De personis dignitatibus que sacris, Caput r, De variis classibus seu ordinibus christia-
A. — X, — 43
7750, i, à P t'a. D Or E I E RE rim m x ra r : g | ILU UT m. k a man aeee ap EERE m TU ai ga, 1347 Cap. ir, De potestate laica et ecclesiastica, p. 20.
Cap. nr, De forma et ratione gubernandæ Ecclesiz, p. 238. Cap. 1v ordine episcoporum, p. 249-490, Tome v. — Libri IV, pars altera, De episcopalibus ubi que gentium constitutis, p. 1.
Caput r, De primate universe Ecclesiæ, p. 2 Cap. 11, Quiz causæ majores nostros impulerint, ut Petri ad laevam, Pauli vero imaginem ad dexteram sculpi pingive interdum facerent, p. 403.
Cap. nr, De titulis honorum beati Petri. p. 443.
Cap. 1v, Petrum Romam venisse, in ea que urbe marLyrio fuisse perfunctum veterum christianorum auctoritate constat, p. 452.
Cap. v, S. Petrus non verbo solum, sed re etiam vera episcopus Homanorum fuit, p. 494-498.
Tome vr. — Cap. vr, De romano pontifice successore beati Petri, p. 2-190.
H. LECLERCO.
MAMBRÉ.— I. Mambré dans la Genèse. II. Témoignages des Pères. III. Le décret de Constantin. IV. Emplacement de la basilique. V. Dispositions de la basilique. VI. Autres souvenirs. VII. Dimensions. VIII. Conclusions. IX. Mosaïque de Havenne.
La célébrité de Mambré a été consacrée par le récit suivant : « Le Seigneur apparut à Abraham en la vallée de Mambré, lorsqu'il était assis à la porte de sa tente dans la plus grande chaleur du jour. Abraham ayant levé les yeux, trois hommes lui apparurent debout près de lui. Aussitôt qu'il les eut aperçus, il courut de la porte de sa tente au-devant d'eux, et se prosterna à terre, et il dit : « Seigneur, si j'ai trouvé grâce devant vos yeux, ne passez pas devant votre serviteur. Je vous apporterai un peu d'eau pour vous laver les pieds, et vous vous reposerez sous cet arbre, et je vous servirai un peu de pain pour reprendre vos forces, et vous poursuivrez votre chemin, car c'est pour cela que vous êtes venus vers votre serviteur. » Ils lui dirent : « Fais comme tu as dit », Abraham rentra vivement dans sa tente et dit à Sarah : « Pétrissez vite trois mesures de farine et faites cuire des pains sous la cendre, » Il courut à son troupeau, prit un veau jeune et tendre, le donna à un serviteur qui s'empressa de le faire cuire. Il prit du beurre, du lait, le veau rôti et les déposa devant ses hôtes, lui se tenant debout auprès d'eux sous l'arbre. Après qu'ils eurent mangé, ses hôtes lui dirent : « Où est Sarah, ta femme ? » Il répondit : « Elle est sous la tente. » Un des hôtes dit : « Je reviendrai vers toi à pareille époque et ta femme Sarah aura alors un fils. » A ces mots, Sarah se prit à rire derrière la porte de la tente, car tous deux étaient avancés en âge et Sarah n'avait plus les règles. Elle rit en cachette et se dit : « Je suis vieille, mon mari est vieux, irai-je user du mariage ? » Dieu dit à Abraham : « Pourquoi Sarah a-t-elle ri, disant : Du puis-je enfanter, vieille comme je suis ? » Y a-t-il rien de difficile à Dieu ? Je reviendrai à ce même temps et, alors, Sarah aura un fils. » Sarah se défendit : « Je n'ai pas ri », dit-elle épouvantée. « Non, dit Dieu, tu as ri ».
II. TÉMOIGNAGE DES PÈRES. — Eusèbe de Césarée nous apprend que, de son temps, on vénérait non loin d'Hébron un très vieil arbre, un chêne, qu'on disait être celui sous lequel le patriarche Abraham avait planté sa tente et où il reçut la visite du Seigneur. Sozomène ajoute que tous les ans, à l'été, un marché important se tenait sous le « chêne d'Abraham » et qu'on y voyait affluer les Juifs, les Phéniciens, les Arabes ; hébreux, païens et chrétiens s'associaient au culte qu'on y rendait et qui ne laissait pas de participer à l'idolâtrie par des sacrifices et des libations. Tout pèlerin se croyait tenu d'offrir pour ce qu'il avait de plus cher et pour lui-même un animal soigneusement engraissé depuis un an. Les hommes y amenaient leur épouse magnifiquement parée. Pendant la durée de la fête on ne buvait pas l'eau du puits creusé par Abraham près de l'arbre parce que, suivant la coutume païenne, on placait sur la margelle des lampes allumées, on jetait du vin, des parfums, des galettes, des pièces de monnaies, de telle sorte que l'eau n'était pas buvable. Il y avait donc, à Mambré, comme ailleurs, une foire du térébinthe dont parlent Eusèbe, saint Jérôme, Sozomène, Socrate et le Talmud de Jérusalem (tr. Aboda Zara, I, 4). L'échange entre le chêne et le térébinthe remonte à Flavius Josèphe et on le retrouve dans le Pélerin de Bordeaux et dans Eusèbe. Dans l'Onomasticon, vi, 11-15, 8poc et Tepwog voisinent, ainsi que sur la carte mosaïque de Madaba où on lit : (IKAI [zse]|EBINOO C, en cubes de couleur noire, i H APjus IMAMI6or) j en cubes de couleur rouge. Eusèbe parle de chêne ; plus tard le nom de térébinthe prévalut ; on peut supposer que les pèlerins ne savaient pas la différence qui existe entre ces deux essences. Saint Jérôme dit que, de son temps, ce marché était ancien et considérable : Legamus veteres historias et traditiones plangentium Judaeorum, quod in tabernaculo Abrahae (ubi nunquam per annos singulos mercatus celeberrimus exercetur) post ultimam eversionem quam suslinuerunt ab Hadriano, multa hominum millia penundata sunt, et quae vendi non potuerint translata in Aegyptum, et tam naufragio et fame quam gentium caede truncata, et encore : Alit vero quod ultima captivitate sub Hadriano quando et urbs Jerusalem subversa est, innumerabilis populus diversae aetatis et utriusque sexus in mercato Terebinthi venumndatus sil.
Hadrien avait su rappeler le souvenir vénéré d'Abraham, pour ses descendants, en une sorte d'outrage le plus cuisant qu'il pût leur infliger, en remplaçant son sanctuaire par un marché d'esclaves des plus achalandés. Au IVe, le Talmud de Jérusalem cite le marché d'Hébron parmi les plus importants de la Palestine ; les deux autres se tenaient à Acra et à Gaza. Mambré avait été jusqu'alors une sorte de lieu saint du judaïsme. Au Ier siècle de notre ère, des écrits apocryphes nous font voir le pseudo-Baruch et le pseudo-Esdras favorisés de visions tandis qu'ils se trouvent à l'ombre du chêne d'Abraham. Au IIe, circulait un récit d'après lequel l'arbre en question était sorti du bâton d'un des trois mystérieux voyageurs.
III. LE DÉCRET DE CONSTANTIN. — [Longtemps après Hadrien, Eutropie, belle-mère de l'empereur Constantin, au cours d'un pèlerinage en Terre sainte, se rendit à Hébron pour y vénérer le sanctuaire d'Abraham et s'acquitter d'un vœu. Elle vit les pratiques idolâtriques qu'on y célébrait et en rendit compte à l'empereur qui ordonna de purifier ces lieux, d'en détruire l'autel souillé, de brûler les idoles et de bâtir une basilique conforme à la sainteté du lieu et digne de l'Église catholique et apostolique. Ce décret fut transmis à l'évêque Macaire de Jérusalem et à ses collègues de Palestine, nous ont été conservés par Eusèbe dans la Vita Constantini, 1. III, c. LILIN, On ne s'est pas fait faute d'accuser Eusèbe d'avoir forgé cette pièce avec bien d'autres, mais il a fallu y renoncer et accepter son authenticité. ED ‘ailleurs le fait auquel le décret fait allusion se trouve pleinement confirmé, et d'abord par le Pélerin de Bordeaux dont l'Itinéraire se place en l'an 333, c'est-à-dire encore sous le règne de Constantin. Cet anonyme a vu de ses yeux à Hébron l'édifice à peine terminé : Ubi Abraham habitavit et puteum fodit sub arbore terebintho et cum angelis locutus est et cibum sumpsit, ibi basilica facta est. Teen Constantini mirae pulchritudinis.
Un autre témoignage nous est apporté par saint Jérôme qui, vers 390, traduisit en latin l'Onomasticon d'Eusèbe et y fit quelques additions :
EUSÈBE SAINT JÉRÔME E : À ügüc “Apud xal tò Quercus Abraham (quae el “uvnux « 5z60. Üewpeiror Mambre,us que ad Constanxal Opnoxeverar éruwav@c lini regis imperium mons-mpóg tÖY väv ý vepéfrabatur),etmausoleumeius wog xal ol « o '« Aópxàp (in praesentiarum) cernitur | E co des &YYYEAOL. (cum que a nostris ibidem | 4 ecclesia iam constructa sit), 3 a cunctis in circuitu gentibus lerebinthi (locus) su- | perstitiose colitur, eo quod ES... sub eo Abraham angelos 3 quondam hospitio Suscepe- $- ril.
B. Ce que nous avons mis entre parenthèses est ajouté E. par saint Jérôme.
Troisième témoignage : la mosaïque géographique de Madaba. Elle nous montre, au sud du puits de Philippe, une basilique de grandes dimensions pourvue d'un narthex et flanquée à gauche d'un bâtiment qui paraît devoir être un monastère ou un hospice ; à droite se dresse le « térébinthe » ou le « chêne », car le mosaïste emploie les deux termes, ce qui prouve une fois de plus son étroite dépendance à l'égard de l'Onomasticon d'Eusèbe, vi, 12-13 ; wir 18-19, mais il emploie deux couleurs différentes, le noir pour térébinthe, couleur réservée au langage contemporain, — et le rouge pour chêne, couleur attribuée aux romains bibliques. récit et la lettre adressée par l'empereur Constantin |
Enfin un quatrième témoignage est fourni par Arcule-Audamnan, en 670, qui s'exprime en ces termes : Ilem ita que monticellus Mambre nominatus habet in cacumine campestrem planitiem, ubi ad aquilonalem eiusdem cacuminis partem lapidea magna fundala est ecclesia, in cujus dextrali parte inter duos grandes eiusdem basilicae parietes, mirum diclu, quercus Mambre exstat in terra radicata, quae et quercus Abraham dicitur, eo quod sub ea quondam angelos hospitio receperit.
IV. EMPLACEMENT DE LA BASILIQUE. — Ce n'est pas dans les textes bibliques qu'il faut chercher une détermination topographique bien précise ; la Genèse rapproche Hébron et Mambré (xii, 18 ; xxii, 17 ; xxv, 9), de telle sorte qu'on est enclin à les identifier. Raison suffisante pour que la tradition se soit montrée hésitante et qu'elle ait fixé Mambré au nord, au nord-ouest et à l'ouest d'Hébron sans se fixer nulle part, mais autorisant les revendications de six localités au moins qui sont : 1. Chirbet Sibla à environ 2 kil. d'Hébron ; 2. au pied du Gebel er-Rumède, à l’ouest d'Hébron ; 3. au sommet du Gebel er-Ruméde : 4. Chirbet Nimra, à 1 200 mètres d'Hébron ; 5. Chirbel enNasära, à plus de 2 kilomètres au nord d'Hébron ; enfin Ramet el-Chalil.
Cette dernière localité peut invoquer en sa faveur quelques textes. a) Eusèbe, Saint Jérôme, Onomastlicon, xxiv, 15-17 ; xxv, 21-23 : Alv œuAñc Icuôx, iepebois dcwptouévn. Éort dE xour vov Brfüeviv 2evcuuévn &xó B » ornuelos tie Xebcav dE dnd tecodpow. — Ain in tribu Judae, urbs sacerdotibus separata, est el us que | hodie villa Bethennim nomine in secundo lapide a terebintho (hoc est tabernaculo Abraam) quatuor millibus a Chebron. Bethennin est certainement la localité biblique Béth Auóth, de Joséphe, xv, 59, identique à la localité actuelle Bét Ainün située à cinq kilomètres au nord-ouest d'Hébron. La distance de deux milles romains de ce point au térébinthe, c'est-à-dire à Mambré, et autant de ce dernier point à Hébron, place indubitablement les ruines de Kämet el-Chalil à 2750mètres au sud-ouest de Bél 'Ainûn et à 3 kilomètres au nord d'Hébron. Les découvertes archéologiques confirment le fait de la présence en ce lieu d'un édifice considérable. b) Le Pélerin de Bordeaux * : lem ab Hierusalem euntibus Bethlehem milia quatuor super strata in parte dextra est monumentum, ubi Rachel posita est, uxor Jacob, Inde milia duo a parte sinisira est Bethleem... ibi basiliea facla est jussu Constantini...
Inde Bethasora milia XIII, Ibi est fons, in quo Philippus eunuchum baptizavit.
Inde Terebintho milia VIIII. Ibi Abraham habitavit et puteum fodit sub arbore terebintho et cum angelis loculus est et cibum sumpsit, ibi basilica facla esl Just Constantini mirae pulchritudinis.
Inde Terebintho Cebron (sic) millia II. Ubi est memoria per quadrum ex lapidibus mirae pulchritudinis, in qua positi sunt Abraham, Isaac, Jacob, Sarra, Rebecca et Lia.
Nonobstant la confusion du XIV mille entre , k - & : : : t Li s T 2 rera o, m mp rs ag v i rot a edo rap prr rrr er ttn tat yr tg ete cm oem perte seed yt ie temone ze con a A à no
Bethléem et Bethasora, et celle du VIIII mille entre Bethasora et le lieu du Térébinthe, ce dernier est nettement localisé dans l'itinéraire à Rämet el-Chalil puis que la distance entre Jérusalem et Bethasora est donnée d'une manière très exacte avec IV + XIV — XVIII milles, du moment que près de Bethasora, plus précisément à 130 mètres au nord du puits de Philippe, on trouve encore dix-huit milles romains, et, d'après Sozomène ! et, d'après lui, Nicéphore Calliste ? calculent 15 stades (à 180 m. — 2 700 m.) entre le Térébinthe et Hébron, ce qui nous amène à Kämel el-Chálil. — Maintenant c'est aux fouilles à rendre témoignage.
V. DISPOSITIONS DE LA BASILIQUE. — Celui qui visite Rämet-el-Chälil aperçoit d'abord deux murs qui se rencontrent à angle droit ; celui qui se dirige du Sud au Nord se prolonge sur 49 m. 35 ; celui qui se dirige à l'Ouest mesure 65 m. 10 ; ce mur d'enceinte est bâti en pierres de proportions colossales ; aussi les opinions différent quant à l'époque de la construction : les uns en font l'enceinte d'un temple de Baal, les autres y voient l'ouvrage d'Abraham, de David ou de Salomon. Victor Guérin voulait y voir un temenos des Iduméens et des Juifs. Robinson n'en croit rien. M. de Vogüé admet que ce puisse être une construction constantinienne et R. ^. 5. Macalister veut en faire un Khan arabe, édifié à l'aide des matériaux de la basilique élevée par Constantin. De Saulcy, Salzmann et Mauss tiennent pour une impossibilité d'établir une relation quelconque entre cette construction et la basilique en question qu'ils placent à un kilomètre et demi au Sud, à Chirbet enNasára, comme font V. Guérin, Conder et Kitchener, Ebers-Guthe et le P. F.-M. Abel. Nonobstant ces opinions diverses M. A. E. Mader a tenu pour certain que la basilique constantinienne devait se trouver à l'intérieur du Hüram Rämet el-Chalil. Les fouilles sont venues lui donner raison, et les se sont poursuivies en novembre-décembre 1926, mars-avril 1927, avril-mai 1928.
Les recherches ont établi tout d'abord que le mur d'enceinte dont nous avons parlé, qui est connu et sur lequel on discute depuis si longtemps, correspond à un mur qui fermait le parallélogramme mesurant environ 65 m. sur 50 m. de côté, et qui fut probablement construit par l'empereur Hadrien. L'ensemble des matériaux en pierre doit provenir d'un temenos de l'époque hérodienne dont on a relevé quelques vestiges. Ruiné après l'an 70 ou après la guerre d'Hadrien, ce temenos aura servi à une construction paléenne entourée d'une vaste enceinte qui renfermait le puits d'Abraham : elle était destinée à encadrer la basilique constantinienne.
Au cours des fouilles on avait rencontré le long du mur d'enceinte, à l'intérieur, des traces de constructions pouvant appartenir à une basilique, mais qui ne paraissaient pas dignes d'une basilique constantinienne. Il est vrai que celle-ci aurait pu s'élever à l'extérieur de l'enceinte, et particulièrement sous un monceau de ruines situées à 42 mètres plus à l'est, au point où Victor Guérin, Conder et Kitchener, Ebers-Guthe, le P. Abel et la plupart des Guides en Palestine soutenaient qu'on retrouverait la basilique avec narthex et abside. L'examen de ce monceau de ruines n'a pas confirmé ces prévisions, On revint à l'intérieur de l'enceinte et, à l'aide d'une centaine de terrassiers, pendant deux semaines, on déblaya toute la partie orientale sur une étendue d'environ 45 mètres direction Nord-Sud et 31 mètres direction Sud-Ouest, à une profondeur de deux à trois mètres.
Une solide bâtisse arabe en pierre, un kaor (château ou tour de veille) de 7 mètres de hauteur et de 8 m. 80 de longueur latérale protégeait l'abside semicirculaire dont l'arc mesure 6 m. 40 et le rayon 3 m. 15.
, ment faire remonter au temps d'Hadrien. En avant de bien voir les deux canaux I et II du plan. Plus tard L'abside se trouve à la partie est de l'axe principal de l'enceinte du Haram et s'appuie au mur est, dudit Haram. Le plan que nous donnons (fig. 7557) est assez clair pour ne pas demander de plus longues explications. Les murs de la basilique sont conservés en partie ; ils mesurent 1 m. 60 d'épaisseur et 1 m. 80 de hauteur, construits en grande partie avec d'anciens blocs taillés en carré, des membres d'architecture, des tambours de colonnes retirés des constructions d'Hadrien et d'Hérode. Toute cette basilique forme un angle droit avec le mur du Haram qui est traversé dans toute sa longueur, dans la direction Nord-Sud, par un mur de 1 m. 80 et 1 m. 60. Ce mur a été construit avec des débris de toute sorte : blocs, chapiteaux, fragments d'architraves et de corniches qu'on peut facilement reconnaître. Ce mur, s'en trouve un autre parallèle, à une distance de 3 m. 80, et mesurant lui aussi une épaisseur de 1 m. 60 environ ; à eux deux ces murs forment le narthex de la basilique. Plus avant encore, et à une distance de 5 m. 10 du précédent, on a relevé la trace d'un mur de 7 m. de long sur 1 m. 70 de large : sa technique est semblable aux deux précédents, mais sa destination reste incertaine.
Les débris trouvés dans les terres et les gravats de la basilique sont les seuls témoins qu'on puisse interroger, car il ne reste aucune trace de pavement, d'inscriptions, de sculptures. Mais on a trouvé d'innombrables débris de céramique, plus d'un millier de monnaies, des morceaux de plaques de marbre et de vases d'albâtre, des chapiteaux, des débris d'inscriptions, des tuiles, des palets, des clous de fer, des éclats de verre irisé, de petits flacons, un autel votif, des lampes, des clochettes de métal, etc., et jusqu'à des ossements d'animaux qui nous reportent au temps des sacrifices païens. Il y a dans tout cela un tri à faire, mais les objets les moins anciens nous amènent vers la période du VIe ou du VIIe de notre ère — invitent à croire que la basilique constantinienne, comme tant d'autres édifices de cet empereur, n'aura eu qu'une durée précaire et aura été remplacée par un nouvel édifice de forme un peu différente : c'est ce que portent à croire des débris d'inscriptions grecques et des graffites de pèlerins. Ainsi pourrait-on se trouver amené à croire que la basilique constantinienne aurait été détruite à l'époque de l'invasion persane, en 614, puis relevée ou restaurée par les soins du patriarche Modeste, pour disparaître définitivement au temps de l'invasion arabe.
VI. AUTRES SOUVENIRS, — Entre le double mur du narthex et tout le reste du terrain enclos se trouvait une vaste cour qu'on peut considérer comme l'atrium, — Dans l'angle sud-ouest se trouvait le térébinthe voisin du puits d'Abraham. La construction de ce puits semble bien avoir été refaite du temps de Constantin. « A l'époque arabe, toute cette partie occidentale du Haram fut transformée en réservoir, ainsi que le font encore, quand le bassin ne fonctionna plus, on placa dans l'angle nord-ouest du Haram un petit cimetière arabe qui reçut des sépultures en des temps récents.
Dans l'atrium, devant l'entrée de la basilique, se trouvait un monument important qui avait toujours attiré la vénération et traversé bien des vicissitudes : l'autel d'Abraham. Renouvelé sans doute plusieurs fois il était, au commencement du XVe, souillé de sacrifices païens. Constantin ordonna son entière destruction et son remplacement, mais la rivalité des païens, des juifs et des chrétiens pour y avoir accès : contribua à lui conserver un caractère superstitieux dont témoigne Sozomène, au Ve, sans doute vers l'an 1137, le signale ainsi : Irt loco uero qui appellatur Terebinthus, ubi apparuerunt tres angeli Abrahae esl puteus Abrahae optimus el speluncae duae luci-
MAMBRÉ | 1354
d'atrium mesure du nord au sud 45 m, 50 et d'est en ouest 37 m. 04, Le narthex forme un péristyle d'une largeur de 3 m. 80. Nous passons à la basilique dont la nef principale mesure en longueur 13 m. plus l'abside 3 m. 45 ; la largeur de cette nef est de 3 m. 45. Les nefs latérales ont chacune 17 m. 70 de longueur sur 4 m. 50 de largeur.
VII. DIMENSIONS. — On a marqué sur le plan (fig. 7557) les principales dimensions : il pourra sembler utile de les transcrire ici. L'enceinte extérieure du Haram mesure au nord 64 m. 77, au sud 65 m. 10, à l'est 48 m. 55, à l'ouest 49 m. 35. La cour servant de largeur. Le diaconicon et la profhésis ont les mêmes dimensions : 5 m. 10 sur 3 m. 30.
Ces dimensions sont très inférieures à celles de la basilique constantinienne de la Nativité, à Bethléem (environ 50 m. du narthex à l'abside) ou du martyrion de Jérusalem (43 m. en chiffre rond) ; d'autre part la largeur de la nef principale du milieu d'une colonne au milieu de la colonne opposée donne 10 m. 25, ce qui correspond exactement à la largeur de la nef principale de Bethléem. La basilique de Mambré rappelle donc plutôt par les dimensions celle de l'Éléona, sur le Mont des Oliviers, qui mesure 30 m. sur 18 m. 60, soit 1 m. 50 de moins qu'à Mambré. A l'Éléona la largeur de la nef centrale est de 9 m. 60 et celle des deux nefs latérales, 4 m. 50.
VIII. CONCLUSIONS. — Les fouilles conduites par le H. P. Mader et les explications textuelles qui concordent si exactement avec les résultats acquis permettent d'affirmer aujourd'hui que le site de la chénaie de Mambré est définitivement fixé ! et que les ruines
forme presque carrée devant laquelle sont assis trois personnages vêtus de façon semblable, jeunes, imberbes, à la chevelure bouclée et la tête auréolée. Deux d'entre eux font le geste de la bénédiction, tous étendent une main pour se saisir de trois pains crucifères déposés devant eux. A leur droite, un vieillard, vêtu d'une tunique courte, serrée à la taille, les jambes et les pieds nus, s'approche avec une attitude visible de respect et présente un plat sur lequel un veau est couché. En arrière de cet homme, le cadre d'une porte dans lequel on voit une femme dans une sorte de pénombre. Le paysage offre un sol verdoyant et fleuri, des arbres dans le lointain et au premier plan, le chêne ou le térébinthe qui abrite le repas des trois sont celles de la basilique constantinienne * : « Dans la partie orientale de ce Haram, la fouille a exhumé les vestiges plusieurs fois remaniés d'une église chrétienne. A n'en juger que par les débris échappés au pillage on hésiterait peut-être à y reconnaître aujourd'hui la basilique constantinienne attestée par Eusèbe, le Pèlerin de Bordeaux, saint Jérôme et la carte de Mädabä pour ne citer aucun témoignage plus tardif. Il subsiste néanmoins assez de lambeaux expressifs et de trouvailles accessoires pour que l'on ne puisse plus mettre en doute l'existence d'un sanctuaire chrétien très fréquenté depuis le IVe jusqu'à une époque aussi basse que le VIIe pour le moins. Cet accord entre le monument et les données littéraires doit définitivement prévaloir sur l'impression subjective qui fait trop souvent miroiter de merveilleux édifices ou des ruines grandioses dès qu'on parle d'une fondation constantinienne. » IX. MOSAÏQUE DE RAVENNE.— Le récit de la Genèse a été interprété sur une mosaïque de l'église Saint-Vital à Ravenne. Deux épisodes de la vie d'Abraham s'y trouvent représentés : la réception des anges et le sacrifice d'Isaac (fig. 7558). Au centre une table de visiteurs, L'autre partie de la mosaïque nous montre Abraham debout, le regard levé vers le ciel où une main divine s'apprête à retenir le bras du patriarche qui brandit une épée sur la tête du jeune Isaac, vêtu et agenouillé sur un autel ; une brebis regarde cette scène (voir Dictionnaire, t. VII, fig. 5979).
H. LECLERCQ.
MAMERTINE (PRISON), — I. L'emplacement. II. La destination. III. La légende. IV. Bibliographie.
I. L'EMPLACEMENT. -— Près de l'arc de Sévère, à peu de distance de l'Ara Coeli, se trouve un oratoire dédié à saint Pierre, en possession d'une légende attendrissante. Il y a lieu d'examiner de près l'édifice et la légende.
Dès la plus lointaine antiquité, une fontaine coulait au pied du Capitole, elle était appelée Tullianum. Le latin primitif donnait aux sources jaillissantes le nom de (ulli ou fullii ; c'est de ce nom qu'on dériva celui de fullianum . La fontaine n'a jamais tari, elle existe encore, À une époque ancienne, un système de canaux demeurés visibles la mirent en relation avec la cloaca maxima. Dans la Rome antique, le temple de Vesta rappelait la conservation publique du feu — à l'usage des premiers habitants de la ville, le Tullianum conservait le souvenir de l'eau, à défaut de laquelle le site n'eût pas été habitable ; ainsi le feu et l'eau recevaient, sur le Forum, un hommage public. Le réservoir du Tullianum est en partie creusé dans le tuf et il était à l'époque la plus reculée recouvert d'une voûte en pierres colossales. La forme et la disposition répondent tout à fait à la source antique des ruines de Tusculum (fig. 7559). Assez longtemps avant la période impériale, des constructions annexes transformèrent ces lieux en une très forte prison d'état ; c'est alors que la chambre où se trouve la source reçut sa couverture voûtée actuelle percée en son centre d'une ouverture unique par laquelle on descendait les condamnés qui n'en devaient plus sortir vivants et qui périssaient de faim et de misère. Tel fut le supplice infligé à Jugurtha et aux complices de Catilina. A l'extérieur de la prison on portait les noms des consuls ? : inscription qui se rapporte à une restauration du bâtiment. BENE IL — [I LA DESTINATION. — Nous venons de dire que devenu une prison d'état. Il garda longtemps cette destination qui remonte à l'époque de la république qu'on retrouve très tard après la paix de l'Église. En 368, Ammien Marcellin rapporte que Doryphonus y fut enfermé et, à cette occasion, on remarquera qu'il fait encore usage du terme classique — de carcer tullianus . Dans l'intervalle on a dit qu'il aurait reçu les apôtres Pierre et Paul qui y languirent des mois dans l'attente du martyre. Pour y employer leurs journées, les apôtres auraient converti leurs deux geôliers, Processus et Martinianus, ainsi que quarante-sept détenus. Nous y reviendrons. - D'après ce que nous savons de la permanence des institutions administratives à Rome depuis le IVe jusqu'à la guerre des Goths, on est fondé à croire que le Tullianum conserva sa destination jusqu'au milieu du VIe ; mais à cette date il avait échangé son nom ancien contre un autre nom. Les diverses rédactions des Mirabilia urbis Romæ renferment toujours un chapitre sur les loca quz inveniuntur in passionibus sanctorum. Parmi les lieux consacrés par le souvenir des martyrs figure la privata Mamertini sub Capitolio, qui n'est autre que le Tullianum. Mais ni le nom de Mamertinus ni l'adjectif de même forme, ne se rencontrent à propos de cet édifice dans les textes antiques. Les plus anciennes attestations qu'on en puisse apporter se trouvent dans des passions de martyrs rédigées pour le populaire de Rome et dans sa langue, depuis le déclin du Ve *. Toutefois ce nom n'a pas encore prévalu partout au Ve puis que, dans la Passio Chrysanthi et Dari, la prison est encore désignée avec l'ancien nom de « custodia iulliana et comme continuant de servir à cet usage protion et de reconstitution de l'antique bâtiment dans ParX peut encore lire l'inscription en capitaux antiques |
- CVIBIVS- C-FRVFINVS-M-COCCEIVS-N-F-NERVA-COS-EX-SC |
A de Tullianum, perdant son caractère primitif était fane ; cetle même passio fait aussi allusion aux antiques canaux qui communiquaient avec la prison *.
L'origine de cette désignation n'a donc pas encore été expliquée ; mais, dès lors, la prison Mamertine passait pour le lieu où les martyrs de Rome étaient renfermés d'ordinaire avant d'être conduits au supplice. Saint Pierre et saint Paul l'avaient illustrée de leur présence, sanctifiée par leur apostolat et, cependant, les premiers chrétiens semblaient n'y avoir pas pris garde ; en tout cas ils n'y avaient pas, comme il eût été naturel, installé le culte des apôtres. Gependant le lieu gardait sa destination au moins jusqu'au milieu du VIe. A ce moment commence la période byzantine de l'histoire romaine, On voit alors la justice criminelle et le petit commerce déserter l'antique forum (voir ce nom) et ses abords pour se transporter de l'autre côté du Capitole, à l'ancien s CLS, ur rorum olitorium, aujourd'hui piazza Montanara. Ce lieu s'appelait Ad Elejantum : le préfet de la Ville y tenait ses assises ; là était la prison publique. Cela résulte d'un récit du Liber pontificalis relatif à l'an 772$, On y voit que des assassins, livrés à la justice du préfet, furent conduits Elefanto, in carcere publico. L'emplacement de cette prison nous est connu ; il est marqué par la vieille église de Saint-Nicolas in carcere. Certains documents lui donnent même le nom de Saint-Nicolas in carcere Tulliano, bon signe que c'est bien le carcer Tullianus, ou plutôt son affectation, qui avait émigré d'une extrémité à l'autre du Capitole.
III. LA LÉGENDE. — La croyance populaire voulait que le Tullianum eût gardé entre ses murs bien des martyrs et des plus célébres et on peut admettre fort bien que des souvenirs se soient conservés, échos d'une histoire lointaine plus véridique que les récits hagiographiques qui ont prétendu la conserver et la transmettre. En ce qui regarde les deux apôtres, la source est des plus suspectes : c'est la Passio sancti Petri, apocryphe qui se donne pour auteur le pape Linus ; puis les actes plus suspects encore des martyrs Processus, Martinianus et leurs compagnons. En effet, dans pseudo-Linus, le passage visé est une interpolation postérieure, tandis que les actes de ces martyrs sont une rapsodie dans laquelle rien ne mérite d'être conservé. Leur auteur n'a peut-être jamais entrevu le carcer tullianus dont il parle ; en tout cas il a bien escompté l'ignorance qu'en auraient ses lecteurs quand il veut leur faire croire qu'un local qui a moins de trois mètres sur six a pu contenir deux apôtres, deux geôliers et quarante-sept détenus. Autre ineptie consistant à faire jaillir une source du rocher au commandement de Pierre, alors que ce lieu était depuis toujours une fontaine. De pareils détails ne permettent pas de faire remonter la composition de la légende au delà du VIIe, et ce n'est pas à Rome qu'elle a pu prendre naissance.
Quelle que soit l'opinion qu'on entretienne sur la réalité des martyrs Processus et Martinianus et sur l'ancienneté de leur culte, il faut renoncer à établir de prétendus rapports entre eux, les princes des apôtres et le carcer fullianus !.
Si le souvenir de saint Pierre s'y était attaché dès le temps de la paix de l'Église, on a peine à admettre que Constantin n'y eût pas érigé un oratoire : il fallut attendre que la dévotion populaire s'emparât de la vieille prison romaine, et on attendit longtemps, puis que nous n'en avons pas de preuve certaine et directe avant le XVe, car c'est alors seulement que nous trouvons l'église San Pietro in carcere mentionnée dans un texte de Mafeo Vegio . Cependant après le transfert administratif que nous avons dit de la prison publique d'une extrémité à l'autre du Capitole, le carcer Tullianus devenu la privata Mamertina fut déserté et devint abordable aux pèlerins à qui on contait que des martyrs y avaient langui dans l'attente du supplice. Rien ne s'opposait plus à ce que ces récits donnassent naissance à des légendes et provoquassent des élans de dévotion ; ce serait donc vers la période du VIe-VIIe qu'aurait été esquissé le culte local.
Un passage du Liber pontificalis, relatif à Grégoire III (731-741) , parle d'une église des Saints-Serge-et-Bacchus ad beatum Petrum, mais il n'y a pas là de mention de l'oratoire de saint Pierre à la prison Mamertine ; il s'agit ici non pas de l'église des deux martyrs près de la prison, mais de la région du Vatican, où ils possédaient près de l’église de Saint-Pierre un sanctuaire qu'Alfarano marque sur son plan de cette basilique *.
On ne saurait négliger une indication fournie par l'itinéraire d'Einsiedeln, au Ve, c'est-à-dire précisément dans la période byzantine de l'histoire de Rome. Rédigé au Ve et même dans la pré-tradition. Sur le Janicule il n'y en a pas la moindre que les apparences contraires proviennent de quelles 3 tan ces diverses ont longtemps refusé la consécration.
TEXTE CORRIGÉ :
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1360 Première moitié du VIe, nous ne devrions pas songer à chercher dans ce document trace d'un culte quelconque rendu à la prison Mamertine. Au VIe au contraire, nous n'avons pas lieu de nous étonner qu'on la mentionne. Nous lisons donc dans ce document l'indication d'une source et d'une prison de saint Pierre au même endroit : Fons sancti Petri ubi est carcer ejus. Bianchini et Cancellieri ont pensé que cette donnée ne se rapportait pas à notre région du Forum, mais à un autre quartier de Rome, au delà du Tibre et à une antique opinion dont il ne reste pas mémoire. L'Itinéraire place ce fons sancti Petri à droite du commencement de la route qui va de la porte Aurélienne au pont Émilien. Cet endroit, il est vrai, comme le reconnait L. Duchesne, n'est pas à l'angle est du Capitole, c'est le sommet du Janicule, tout près de la porte Aurélienne. Si l'Itinéraire était, dans son texte actuel, un document infaillible, — il faudrait renoncer à faire usage de cette indication. — Mais l’Itinéraire d'Einsiedeln, tel qu'il nous a été conservé, présente souvent des déplacements de mots et de lignes ; il n'est pas sage de s'y fier aveuglément. — Dans le cas qui nous occupe, on remarquera qu'il est sûr qu'au temps où fut rédigé l'Itinéraire, la tradition de la prison Mamertine était déjà fixée par l'écriture. Il n'est pas douteux, en effet, que la passion des saints Processus et Martinianus et celles des autres martyrs romains, n'aient été rédigées avant le VIe. Ces documents sont antérieurs de deux siècles environ à l'Itinéraire. Quand même ils ne relèveraient pas d'une tradition, cette durée est suffisante pour qu'ils en aient créé une. On doit donc admettre que pour les Romains du VIe, — comme pour ceux du XVe*, fons et carcer sancti Petri — se trouvaient réunis à la Mamertine. En aucun endroit de Rome on ne trouve localisée cette double trace. Il serait du reste bien étrange que l'on trouvât en deux endroits distincts ce groupement caractéristique de la source et de la prison. La possession de la Mamertine était bien établie et au-dessus de toute contestation, du moment où l'on trouve réunies en un texte quelconque une source et une prison de saint Pierre ; même si elles semblent indiquées ailleurs, il est à croire que c'est de la Mamertine qu'il s'agit et accident ou confusion. En somme la prison Mamertine, comme la voie Sacrée, comme le Colisée, appartient à la catégorie des lieux auxquels se rattachent de très anciennes traditions chrétiennes, mais auxquels des circonstances du culte public.
H. LECLERCQ.
1361 | MANASSÉ. — Les chrétiens se sont plu à interpréter les scènes de délivrance de l'Ancien Testament, comme Isaac, Daniel, les trois jeunes Hébreux et Suzanne, que nous rencontrons fréquemment dans les peintures des catacombes et qui reparaissent sur d'autres séries monumentales. La pensée commune est que Dieu sauve le fidèle du péril auquel il s'expose pour la foi. Avec la pénitence de Manassé, que les premières générations chrétiennes n'ont pas interprétée, la pensée qu'on inculque est que Dieu retire du malheur le pécheur repentant. Un seul rituel juif des jeûnes mentionne la délivrance de Manassé, c'est le rituel de Tripoli. Un exemple chrétien est fourni par la miniature du ms. 510 gr. de la Bibliothèque nationale. On y voit Manassé rétablissant le culte du vrai Dieu, en un mot manifestant son repentir. Cette miniature a permis d'interpréter le petit fragment, b_ Antique.
La pénitence de Manassé figurait, on ne sait sous quelle forme, dans un cycle de peintures de l'église des Saints-Jean-et-Paul, au Célius. Elles nous sont révélées par une inscription connue grâce à la sylloge Laureshamensis ; on l'a retrouvée, attribuée au pape Symmaque, dans la sylloge de Cambridge, mais avec des variantes. Cinq sujets sont mentionnés dans cette inscription : la dédicace du Temple, Asa détruisant les idoles et les faux dieux, Josaphat vainqueur par la grâce de Dieu, Ezéchias ramené à la santé, enfin le repentir de Manassé ; voici les deux vers relatifs à ce dernier :
— Le thème iconographique de la pénitence de Manassé n'a pas une longue histoire : il n'est pas entré doute à une certaine défiance à l'égard des apocryphes où cette donnée du repentir du roi prévaricateur est spécialement exploitée (voir l'Oratio Manasse en supplément aux Bib les latines). Il est vrai que les Paralipomènes racontent sa conversion, et le thème de la miniature du ms. 476 et de la peinture de Sainte-Marie-Antique se rattache au texte apocryphe de la prière de Manassé, mais aussi bien au texte de II Paral., XXXIV, 16 : Porro instauravit altare Domini et immolavit super eo victimas et pacifica et laudem ; en effet, Manassé est représenté les bras levés vers le ciel et, à ses pieds, la victime du sacrifice. Néanmoins, il demeura dans le souvenir populaire le roi idolâtre et le bourreau d'Isaïe !. £ H. LECLERCO.
X MANASTIRINE. — I. Les environs de Salone. II. Cimetière legis sancte christianæ. III. La basilique à absides. IV. Sarcophages. V. Mosaïque. VI. Inscriptions.
Donc autre chose que de préciser ce qui concerne l'important cimetière chrétien de Manastirine, situé à une centaine de mètres au nord de l'enceinte de la ville construite au commencement du Ve. Son nom Manastirine dit suffisamment son origine. : « le vieux monastère », Son étendue totale ne peut qu'être présumée ; elle n'était pas inférieure à 5400 mètres carrés. Au XVIe, deux voyageurs, J. Spon et G. Wheler, entreprirent un voyage en Dalmatie et autres lieux ; ils passèrent à Salone et « nos guides, disent-ils, nous montrèrent parmi ces ruines une cave, qu'ils disoient estre le sépulcre de saint Domne... et prés de là deux autres sépulcres, l'un de saint Anastase et l'autre de saint Renier ? », Le 29 juillet on commémorait ce souvenir, ce qui attirait beaucoup de monde à Manastirine. En 1693, un clerc bosniaque, Frane Markovic, obtint du provéditeur vénitien, Daneil Dolfin, la permission d'élever une chapelle sur ces chambres sépulcrales, en l'honneur des saints Domnion et Anastase ? ; elle existe encore, avec une dédicace latine à l'entrée : Quod tibi Bosnensis cepi ! devolio Franci. Domni dive, sacrum palria tollat opus 1695.
Un demi-siècle plus tard, deux chanoines de Spalato s'emploient à transcrire les inscriptions qui vinrent ainsi sous les yeux du P. Antoine Zaccaria qui les donna comme préface au tome II de I Zilgrieum sacrum de Farlati.
A partir du XIXe, l'attention des archéologues est rappelée périodiquement sur Salone et ses environs, mais surtout depuis 1860 ; il suffit de rappeler les noms de Ancië, Glavinié, Jelié et Bulič. Celui-ci fut l'organisateur et l'utilisateur compétent qui donna sa place définitive dans l'antiquité chrétienne au cimetière legis sanctæ christianæ.
II. CIMETIÈRE legis sancte christianæ. — Au delà de l'endroit occupé aujourd'hui par la chapelle moderne des saints Domnion et Anastase, on a rencontré ol QVIS SVPER HVNC. CORPVS ALIVM CORPVS PONERE VOLVERET IN FERET ECCLESIAE ARGENTI P*
CABI EVM - DEPOSTIO DOMNIONIS - DIE - III. KAL - DE
Ab quis super hunc corpus alium corpus ponere volueret, inferel. ecclesiæ argenti pondus X ( ?) ; Flavius. Theodolus curator reipublice peregrinum filium in lege sancta christiana collocabi eum ; depostio Domnionis die III kalendas decembris cons. Antonio.
Voici un important fonctionnaire, un curator reipublice du municipe de Salone qui fait enterrer son fils à Manastirine ; il lui donne le nom de peregrinus parce que, suivant l'usage ancien, le curator était étranger à la ville dont il avait à contrôler l'administration ; ce fils portait cependant le nom de Domnion, ce qui pourrait indiquer qu'il était né à Salone ou qu'il appartenait au moins au pays dalmate. Mais ce qui fait le prix de ce texte épigraphique, c'est qu'il nous donne le nom officiel dont on désignait alors le cimetière, legis sancte christianæ, qui équivaut à ceci : religionis sancte christianæ fratrum, ou cunctae fratemitatis Ecclesise. Cela prouve que le cimetière, s'il avait d'abord été la propriété d'une famille qui l'avait mis à la disposition des fidèles, était désormais devenu le bien commun de ceux-ci, à la date du consulat d'Antonius, en 382, le 29 novembre.
Quelques années plus tard, en 426, une autre inscription du même cimetière (voir Dictionnaire, t. 1, col. 1978, fig. 539) porte ces mots :...ADIVRO PER DEVM ET PER LEGES CRESTEANOR. Ces deux textes font allusion à une lex christiana qui impose l'obligation de payer à l'Église de Salone, en cas de violation de sépulture, une somme prévue. L'Église était donc légitime propriétaire du cimetière des fidèles, elle devait y veiller et étendait sur lui sa loi '.
III. LA BASILIQUE A ABSIDES. — La partie sur laquelle ont eu lieu les fouilles s'étend sur la déclivité du mont Kozjak, au nord de Salone. Le sol est marneux, avec une couche supérieure argileuse et ocreuse d'une épaisseur variable. L'enclos du cimetière est limité au nord par le rocher qui forme là pente de la montagne, au sud, par des croûtes rocheuses qui courent de l'est à l'ouest, parallèlement au mur de la ville. Les eaux ont entraîné les terres de la croupe de Kozjak et les ont répandues sur le cimetière où elles ont recouvert le sol antique d'une couche dont l'épaisseur varie entre quatre et cinq mètres. A l'époque la plus ancienne, on accédait de la ville au cimetière par la porte occidentale, dite Caesarea, et par la porte orientale, dite Andetria ; à partir du VIe, par les deux portes Suburbia et Capraria qui font face au cimetière. Une des deux voies traversait la partie sud de l'enclos, l'autre la partie est. Le cimetière demeura en usage jusqu'à la ruine de la ville, en 639. Il avait, à ses origines, passé par les phases ordinaires aux cimetières chrétiens. Son origine, toutefois, reste incertaine. On peut affirmer seulement qu'il existait à la fin du IVe et c'est là que furent ensevelis Venance, martyrisé sous le règne d'Aurélien, et bien d'autres martyrs de la persécution de Dioclétien : Domnio, Asterius, Seplimius, Victoricus, Hermogenes, Gaianus, Antiochianus, Paulinianus et Telius, sans parler de plusieurs autres peut-être dont les noms n'ont pas été conservés,
L'area martyrum, enclos funéraire de forme elliptique, composé d'une série de chapelles ou mausolées élevés entre le IIIe et le IVe, coïncide avec l'emplacement d'un monument funéraire privé et les édifices d'une villa de la fin du IIe ou du début du IIIe : mais on peut s'en tenir au IIIe. Cette villa, d'après M. R. Egger, aurait été détruite sous Dioclétien. On peut inférer de là que la famille propriétaire était devenue chrétienne, mais il n'y a pas de raison de supposer, comme l'avait fait Jelié, qu'elle était déjà chrétienne au IIe.
Au point de vue qui est celui des études du Dictionnaire, l'enclos funéraire de Manastirine nous offre une importance exceptionnelle. On y rencontre des sépultures de formes variées, simples tombes, sarcophages avec ou sans base, tombeaux murés et chambres funéraires voûtées, précédées du petit puits à clôture verticale ou à valve.
Le noyau du cimetière est le monument sépulcral de la famille du propriétaire du praedium. Près de ce monument s'élevaient diverses constructions servant soit à l'habitation soit à l'exploitation. Le monument sépulcral est de forme quadrilatérale (14 m. x 15 m.). À gauche s'élevait la sépulture dont il ne subsiste que des fragments : la décoration à fresques est entièrement ruinée. Un fragment de l'epistilium - porte une belle inscription monumentale qui, complétée par quelques indications de l'épigraphie locale, permet de restituer la sépulture à L. Domitius. Devant cette chambre une antichambre plus vaste et quelques constructions ayant dû servir à l'exploitation du domaine agricole. C'est sans doute dans la partie centrale du cimetière, qui devint postérieurement la confessio de la basili que, que furent inhumés, dès les premiers temps — qui suivirent la paix de l'Église, la plupart des évêques de Salone, pendant une centaine d'années environ. Autour de la sépulture des évêques et des martyrs M s'élevèrent une rangée de petits monuments, en forme d'absi des : on en a compté jusqu'à onze ; c'était comme autant de petites absi des où on se faisait enterrer « ad sanctos quand on pouvait, par ses servi ces ou par sa fort une, espérer ce bonheur. Mais le cimetière fut M saccagé, dans les dernières années du 1v° siècle, par ` une invasion barbare. La tourmente passée, les évêques M Gaianus, puis Symphorius édifièrent une basili que pour y recueillir les restes des martyrs, dont le plus illustre M était l’évê que Domnion, mis à mort sous Dioclétien — et le plus anciennement connu d'une manière certaine des chefs de l'Église de Salone. La basili que, finie dans le premier quart du Ve, fut agrandie vers le milieu du ve par un narthex. Une nouvelle des- - truction violente se produisit dés 602, au début du vinrent mettre fin à l'existence de Salone ; mais, entre — 602 et 612, qui mar que la disparition de Salone, une - église de fort une, dont l'existence parait avoir été révélée par M. R. Egger, fut encore établie dans les ruines de l'ancienne où la présence d'une iconostase, d'un narthex intérieur et d'une seconde nef latérale irréguliére faisaient un monument uni que en son genre.
— prolongement de cel les du porti que d'entrée. I et I peuvent étre reportées aux jours qui suivirent le “ triomphe de l'Église, mais on n'en saurait faire la — preuve ; el les furent épargnées au Ve lors de la — eonstructionde la basilica major à qui el les servirent — de chapel les latérales. IV, V, VI ne sont pas anté- — rieures à la seconde moitié du rv* siècle.
De ce qui subsiste de la basili que du Ve, on | - apurecueillir quelques fragments sculptés, chapite aux - avec l'acanthe et, ce qui est plus intéressant, la balusE IV. SancoPHAGES. — Le sarcophage que nous allons - décrirefut trouvé en 1859, avec celui qu'on désigne * sous le nom de sarcophage d'Hippolyte ; depuis 1872, ils sont à Spalato et Albert Dumont l'a fait con- | naitre à cette date. 2 Ce sarcophage est en marbre blanc ; il a été taillé | nécropo les — Ja chambre sépulcrale O, qui doit demeurer notre !
1366 pour contenir deux corps et mesure 2 m. 50 sur 1m.35,et 2 m. 31 en hauteur ; il est sculpté sur trois faces, mais une des faces latérales a été brisée par les violateurs, comme cela se rencontre pres que toujours pour les urnes funéraires mises au jour dans les de Salone !, Le sarcophage d'Hippolyte et le sarcophage du Bon Pasteur placés côte à côte n'avaient pas été épargnés. Le style des deux monuments n'indi que pas des époques différentes ; ce sont là deux ceuvres de la décadence. Il est superflu d'insister sur ce qu'ont, de lourd et d'incorrect les basreliefs du sarcophage chrétien. La-face principale cependant, ne man que ni de simplicité, ni de grandeur ; on y reconnait, sinon une main habile du lombe aux paiens. Maison rurale.
ES Jombe aux chrétiens, EM Aaranoissement cst complète, mais les chrétiens n'avaient pas de scrupu les excessifs sur ce point : nous avons pu nous en convaincre dans les représentations du baptéme du Christ (voir Dietionn., t. 11, fig. 1283-1312). Cependant, la scéne du baptéme est restée dans ce genre une exception et de bonne heure la modestie imposa sa regle aux chrétiens, au moins pour les représentations d'adultes, En tout cas, un paien qui voyailce sarcophage n'y découvrait,au premierabord, rien à quoi il ne füt habitué. | La face antérieure du sarcophage était plutót faite pour dérouter les curieux et leur apparaitre CSS Maison rurale. EUH Église et ses agrandissements. comme une énigme. La disposition architecturale est habilement conçue ; sur un socle orné, deux colonnes se détachent aux extrémités soutenant une cimaise également ornée. C'est dans ce cadre que s'élève au centre un édicule à fronton flanqué de deux niches cintrées. On remar que sous ces divers membres d'architectures trois personnages, mais par une singularité digne d'attention, le personnage central qui est le bon Pasteur est de taille inférieure à celle des deux personnages ; c'est évidemment le fronton décoré qui en est cause. Ce bon Pasteur est figuré dans un paysage indiqué par deux arbres et le troupeau par deux brebis ; la brebis égarée se trouve sur les épau les de son maitre qui marche rapidement de droite à gauche. Aux acrotéres du
A A LI ERE
fronton, on voit deux paons qui soutiennent les lemnisques d'une guirlande. Sous cha que cintre deux personnages : à droite, un homme debout, amplement : drapé, tenant un rouleau en main ; à gauche, une matrone portant sur son bras un tout petit enfant nu. Aux pieds de ces deux personnages un entassement de personnages de petite taille et qu'on prendrait sauf deux ou trois, pour des enfahts ! ; ils sont quatorze qui entourent la matrone, et vingt-huit qui se pressent autour du mari. Nous avons ici certainement deux époux défunts représentés avec leur enfant, qui ne leur a pas survécu ; ce fut peut être le motif.
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La deuxième face latérale a été mal interprétée« | 1369
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| — de la résurrection, De cha que cóté de la porte, deux | - groupes : à gauche, le ménage et leur petit enfant ; E — à droite, la mére et son enfant. On remarquera ce — détail qui se rapporte à ce que nous avons dit à pro- | — pos des gestes des mains dans la prière (voir Dictionn., — t. x, col. 1216, au mot Mains). L'époux et la femme - font un geste identi que, celui de l'orant, mais l'époux - a les mains devant la poitrine et la femme écartées au »delà des épau les ; il est clair que cette diflérence est zu Salona und der dortige Sarkofag der Guten Hirlen, | 1370 VI. INscniPTIONS. — Parmi les soixante-douze inscriptions, inscriptions que leur paléographie fait attribuer aux trois premiers sièc les, nous n'en trouvons Le | ! | sement brisée au sommet et qui nous montrait un
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TESA ;
EVASSV IN PAGE VALERIA CON IVGI SVO FECIT MEMORIA z ANIS VIX LX
AVR - SEXTINVS ARCAM EX DERE LECTO QVIRIACE NO . MEI PERSCRIBSI IN =
Aur(elius) Sextinus arcam ex dere lecto Quiriace no- (mine) mei perséribsi in Ghristo. il el sibi. mani primipilar(is) filie, etc. bn. Egger, op. cit., n. 80.
PRE PP Wee p wem a B E TP 3 m s GEHT TATE Fragment portant le nom de l'évé que martyr Dom- |
MANASTIRINE | 1374
8. Face antérieure d'un sarcophage :
AVR IVLIANAE PVELLE INN OCENTISSIME QVI VIXIT ANN 08 DECE SEPTE MENSIS VNDECIM DIES DVODECIME LIVLIVS ET A RELIA EMERIVS ARCA POSV ERVNT FILIE DP D XVIII // | AN Aur (eli) Julianæ puell(a)e innocentissim(a)e qui piri ! annos dece(m) seple(m) mensis undecim dies duodecim Flfavius) Julius ef Aurelia Emerius arca(m) posuerunt filiqa)e d(e)p(o)sita d(ie) xvu k(alendas) jan (uarias ).
KH. Egger, op. ci, n. 83.
; S sad n Y SM. e Medal fig ra | P ON VUIEA jen | TEN « Br ILL AU 4^ Viu m »s Xr GUAE fik £ am jo RA UM NES Eüce6tne xalaeñic ópasus copóv || y £c xoben || èvrehéec TLGTHV || eiyev éroc | ÈY TOLTATE 8E RAÉAOLTE Bov || xóm oc &euacoc | Puyat & taig œylec o[v]vUpovoz éc(o)ouév.
ES DO a NERO NU Vo p ; Handbuch der alichr. Epigraphik, p. 184 ; R. Egger, Bibl. : Corp. inscr. lat., t Op. cil, n. 85.
11. Sarcophage d'enfant, larg. 1 m. 25, prof. 0 m. 60 ; sur un des acrotères du couvercle, le monogramme du Christ.
I, n. 9579 ; R. Egger, Op. cil., n. 86.
12. Face d'un sarcophage, trouvé en 1827 près de | | liére : quinquagesimo octavo anna finila est. a chapelle Saint-Domnion.
RVSTICIA CLOD ana FILIO CARISSIM o RusTICIANO QVI VIX i
EMEO PETO BOS FRA
SEPTIMIA SABIRA-VIVA SIBI PO suit aRcam ei GRATINO EVSE BIO C :NPARI DVLCISSI mo
SP MAXI + MIA
VP - PRIN - COLM-N
VIVOSIBI. ET CO
SIME PDOSVIT QVI
VIC-SIT ANNIS LXV
D-E POTV-SDIE IIl NONAS FEB Seplimius Maximianus pir perfectissimus princeps coloniæ Marli Naronæ vivo sibi el coniugi sue dulcissime posuit qui nicsif annis LXV, depositus die III nonas februarias.
HIC PVELLA IACET PR imis cito rap TA SVB ANNIS SILVIA malerne reno VANS IN NOMINE FLETVS, quz vitam PRO MORTE TVLIT NIHIL Ante malorum VIDIT ET AD DVLCIS Animas re DITVra PER AVRA s OCC idit. INFELIX SERVat pater... n OMEN QVE m promissa æter NA IVBENT sperare | parentib{us) u(t) pu(nJeremu(s) filiam nostram inc , BI : Bullellino, t. viu, p. 106, n. 147 ; t. xY :
PI Corp. inser. a t. ur, n. 9597, add., p. 2140 ; | . Egger, op. cit., 91, fig. 46. | Pl Sarcophage, [Um 1 m. 95, prof. 0 m. 80 ; couvercle en partie brisé :
VALERIA HERMOGENIA HF DIE V KAL
On remarquera ici l'emploi de cette locution fanus n :
15. Fragment de pla que, gels Ü m. 45 X 0. m. 50 :
LLA- : C FABRECE ec JGL ES[iae Alexsio piscinam) al dua corpura deponenda meum el — coiuge(m) meam Renatafm) el, nefas, quadravit nobis — Une des formu les qui reparaissent le plus fréquem- - ment à Manastirine est la mention de l'amende funé- - raire à payer en cas de violation de la tombe ou den superposition d'un autre corps (voir Diclionn., t. x,
CVS FIDEI
-— de]eus [fi ]dei... nus honores culpa |ri | nihilum dimilite regis, digna memoralu elueal per sæcula fama, dep(osilus) die VI idus aug(ustas) Constantio Aug- (usto) x et Juliano Cæs(are) iij cons(ulibus).
+ 23. Pla que brisée de trois côtés, 0 m. 335 x 0 m. 70 X Om. 12, hauteur des lettres 0 m. 055 ; 1v* siècle :
E hanc mihi fabric]À M E XR A tione argenti E librarum centu]MET DVAR um feci juxta loca | sanclissi |MA QVAS V nt martures et . + e 5. . DATVM SVM mae supra scriptae... presentia — A nt]HIMI ET BONO s ?
P PIRESTITI VT OM ni anniversario notaiis mei — DEO GRATIES ibi agerent.
Constanti coniux parvorum mater Honoria dulcibus | - eximie carissima semper e ! una comple(n)s ler denos -quia pilam vixerit annos marliribus adscita cluet, cu(i) - parvula contra rapta prius præstal tumuli consortia dulcis, deposita FII kal(endas) apri les (voir Dictionn., | Le mari est mort après sa femme, son épitaphe fut ajoutée à gauche de la précédente :
| | E AFRICAE DIE PRID NO
E N IVL POST CONS-DN GRA | iES TIANI AVG : IILET E B - QVITI VC Depositus Conslantius vir clarissimus ex proconsule Africae die pridie nonas iulias post consulatum domini nostri Gratiant Augusli iij el Equili viri clarissimi.
Constantius, proconsul d'Afri que, mentionné sur deux Novel les, 10 juillet et 7 septembre 374 (code - 22., Sarcophage, long. 2 m. 40, prof. 1 m. 20 : | gnus sel dignus amari, dux idem socius que sui cum | Théodosien, VIII, v, 33 ; IV, xit, 7) ; il mourut à Salone le 6 juillet 375. | 25. Sarcophage, long. 2 mètres, prof. 0 m. 80.
FI. Terentius, Fl. Taiasiæ (voir Diclionn., t. m col. 1165).
26. Sarcophage, long. 1 m. 96, haut. 0 m. 70. L'épitaphe est gravée sur un cartel à queues d'aron des. Le texte et la figure ont été donnés déjà, à propos du nom du cimetière : in lege sancta christiana collocabi.
27. Couvercle de sarcophage : pas une épitaphe mais le souvenir d'une inhumation o + Pas. OS SC CIRQLA N/A Chrismon. Aur(elit) M (a)rcianus... ahin civis Afer el Quintina uxor ei[u]s v[i]vi sibi hanc p[i ]|scinam virginem-a se comparatam constituerunt.
Dans l'article consacré à la Dalmatie, nous avons relevé un certain nombre d'inscriptions funéraires avec le mot arca ; le mot sarcofagum (ou sartofagur) est tout aussi fréquent ; un exemple suffira :
1379 fronia die X11 kal(endas) iul(ias) ; sur la face antérieure : depositus Nereus die 11 nonas ag(ustas) ; au-dessous : pro nefas iste tuum loquitur, Petronia, nomen || iam lilulus, nono vixdum | lacrimabilis anno nata, diu duicis el longi pignus ! amoris. vila brevis, sed ll nunc istic iam longa parentum vulnera Nere ! us genitor geneIrixq. | funesti Sofronia brevibus tumuli flevere querellis. tu lamen hine spera ll cælum pia mente fidelis 31. nent d'un sarcophage (voir Dictionn., L. rv, col. 68, fig. 3522).
. 32. Architrave (voir Dictionn., noster...
-- AS UITA MAX È SIMO ARCEPSC +
n. 152, fig. 50. 34. Sarcophage avec couvercle, long. 2 m. 10, prof. 0 m. 70.
NATALE S[ci Septi]MI MART[yri]8 DIE XIII KA MAIA 1380 A la figure que nous avions donnée un fragment sd | venu s'ajouter ; on lit aujour d'hui : t [dep Jositio sci Symferi episc [......d.k]al. ianu(a)rias. ^.
40. Sarcophage, long. 2 m. 05, prof. 0 m. 72 ; le couvercle n'est qu'à moitié conservé. On peut se rendre compte de l’ inscription par la fig. 7569 : E T (h)ie quiescit in pace | [F M (apius ) Pacatianus “M domes || ticus [qlui vixit in seculo) Il a(nnos x)rxo «
DEPOSITIO FL.THALASSI EX COR
NICVLARIO DIE X.KAL - IANVAR* POST CONS LVCI VC-
„Depositio Fl(avil) Thalassi ex corniculario die X kal(endas) ianuar(ias) post cons(ulatum) Luci v(iri) ` clarissimi). EC
DEPOSITIO VICTVRI ADVOCATI DIE V
NONA RV OCTOBR - BASSO ET ANTIOCHO CONSS : QVI VIXIT ANN * XXX ETMENS :II
Le 3 octobre de l'année 431 mourut Victurus qui * était avocat et âgé de trente ans seulement.
IC REQVIESCIT IN PACE $ ADIV : VAOEEICII INL-POVI VIXIT / SIT RAVENNE DIE XIII KAL : S TVS DIE ID-OCTOB - AETIO E TO VVCC : CONS : IND | ]ic requiescit in pace 5...... [sub] adiuva officii inl(usiris) piræfecluræ) [a]ui vixil a[nnis...re ces ]- sit Ravenne die Xr11 kal(endas ) s(eptembres, deposi Hus die id(ibus) octob(ribus) Ætio ef t Sigisvul ]lo vfiris) c{larissimus) cons(ulibus) ind (ictione) [VI].
Kro- | cm xw mm - dl K u E entouré par deux colombes ; de cha que cóté pam« pres et raisins, larg. 0 m. 73, haut. 1 m. 05 ;
| l'inscription remplit un cadre de 0 m. 40 sur 0 m. 74 (fig. 7570).
. Aur(elius) Fortuni | us pet [i Jfu (s ) a con ! iuge 4 sua Aurfelia) ! Vermantilla || sorori sue Urse || que ' vixit ex cari || fate eoruin sene ullo Il devitum € Aur(eái Thr UE ER Nm Aaa E Tum ' i - 7 Mmm »f O »| TT ji ATTI à ! it PE PORN | A ER KR , INN Ton vr iis RAO. ^u !
« n a ; » EN LIT mt AU MP za ji — soin de nous dire, mais il est plus probable que c'est i E méme défunte, Benigna, qui a obtenu de lui une tombe et une épitaphe : — Jn hunc sarlofagum posila est Benina h (onesta ) Lffemina) matrona [F]l(avii) Marciani memor (ia )- IE —Ifis) qui vi [c |zit an(nos) XXV si quis extraneus ponere - voluerit del fisco auri lib(ras) IN. ke Voici pour la suivante :
| i Hic in pace quiescel Benigna honesta femina qua fuit | uror Marciani memorialis filia vero Dextræ hfonestæ } P sellam figi fecil. — R. Egger prend la pla que qui se trouvait sur le sol pour tesella ; or le texte nous dit que le mari fit faire [un sarcophage (arca) et sur ce sarcophage une décoration en mosaï que. Un memorialis était un commis d'un rang plutôt 46. Stèle de l'épo que classi que ; au sommet un vase | d ear à l'une il procura un sarcophage, à l'autre une | épitaphe en mosaï que, ce qu'il a d'ailleurs pris grand | EÉemina ) pro cuius spiritum marilus super arcam dle- | | modeste ; il semble que celui-ci avait su faire un beau mariage puis que sa femme est qualifiée Afonesta) f (emina ).
Bibl. : Corp. inser. lat., t. x11, n. 9532-9533 ; R. Egger, op. cik, n. 190-191.
90. Fragments d'un sarcophage, long. 0 m. 90, haut. 0 m. 41 :
| long. 0 m. 40, haut. des lettres 0 m. 095 :
| long. 0 m. 52, haut. des lettres 0 m. 04.
ARCA... NE DIAC (oni) Dfe)p{ositio) Luciani su(b)d(iaconi ) Viii [k(alendas )] septemb(res) Dioscora v(iro) clarissimo).
D(e)p(osttio) Thalast id ( ibus ) uug(ustis )Mavimo II el Paterio.
Ce sarcophage a servi à trois-défunts : Crescentius, mort le 7 septembre 442 ; le sous-diacre Lucien, le 24 août 442 ; Thalasius, le 15 août 443. La pluralité de ces inscriptions qui se.suecédent en moins d'une année est une chose extrémement singulière et inexplicable dans ce cimetiére de Manastirine parmi une population qui mar que tant de répugnance pour la superposition des cadavres.
ENE MEMORIAES VDS VIII KALSMAR Cs+ ARCA SVBDOS Es OL) zd k r Aeg TR L 7 rs Ea a a ME pd cab ig 7 7 a a arm. jen qe] emot mma une et EP 1383 56. Onze fragments d'un sarcophage avec lequel on peut restituer l'épitaphe d'un portier de l'église de Salone (fig. 7571) : à + Ego lIuvinus ust[i arius [... lanæ hanc] a [rcam...
27. Fragment de couvercle de sarcophage, long. 0 m. 89, haut. 0 m. 34 :
HARCA MD PVERO SCAE ECCLES | SAL :
ec Jelisiæ SalonitArca Mondo puero sfan)e(t}æ ecclesfiæ) Salfonilanz). Il est probable que ce puer est un serviteur, peut-être un esclave de l'église de Salone ; ainsi qu'on lit au Liber diurnus : donamus libi at que largimur puerum.. pimus ecclesie, + arca Miniat [iano v(iro).. nos[z jugali eius ].
. defensuri [et] + Bo+ ARCA-lo HANNI S ATORIETT4 IAE IVCA LI EIVS + Arca Johanni sa [r |tori et Titia jugali ejus.
, ex familia sanclæ roman : cui deo auctore deser- :
Optatus et | | 0m. 24 ; haut, des lettres 0 m. 06. : E | 1384 61. Fragment d'un couvercle de sarcophage : OLIBRIO ANAG L'FARI ET
NATE IVGALIS N PEA
iat., t. ri, n. 9542 ; R. Egger, op. cil. pe 99, n.208. 63. Fragment d'un couvercle de sarcophage, long, g,
CEM
+ ar]CA . EPIFA[ni € | ALEGARI LE [ge eT RECEAE + | DEDE ' Bulleltino, t. xxvi, p : 164 ; R. Egger, op. , P104, n. 257. de Fragments d'un couvercle de sarcophage, long F 1 m. 50, haut. des lettres 0 m. 05 Cg 1014. m Ursi tumulum cernis... o Salona [s a ]dducta est 69. Fragment de pluteus avec les noms de cinq martyrs [An ]fiochianu [s] ; [Gaialnus, Teliu[s], [Paulinia ]nus, Aste [rius] (fig. 7573).
NS E CH GREC DXK. E
d'aprés R. op. cil., p. 108, fig. 61. | E RSS « x 7576. — Inscription au sarcophage du chorévê que . 68. Fragment de sarcophage, brisé au sommet roAa rocia e AC KàikAOOAIE ic ibl C z HCACEÏCTONBI EM IHN€€ NO à AEK
$ A W A $ Y
A :
de b Done Io ESEE, (0p. fi D. 305, fg. Ba. 7578. — Fragment d'épitaphe, woananm, rib e »EF zz I dl RR DET
ET
nm————— aen re pi 72. Pla que en deux fragments (fig. 7577) qui commémore Valerius Januarius, prêtre de l'Église catholi que, enterré avec sa mère Dionysia, originaire du pays d'Apamée : dig Oüaréproc '« Iavo[udgtoc] [es] ob0Tspog tg &vÜOX8e Xylx[c] « DE xxi xbole [fx]eXnolxc Cac tlg tòv lov Toürov ETh Ve, évÜXóe xiv[e duju cfc patedc œùdrod A[r]ov[uoíac] xe (unc) X-Tpovxvécvy cfe Anau évaôe [ire Saugpelvic Zuvo.....[ dr xéunc Iluro.....[Guyér ne EdyAw(oorou èv [elonvn eoù rpd de[x]an(evre xahevôtv [c]erze[uopiov. CTroxox ka dc [£c eixo] GL XXL ÉTTTO vriata) »AT où AxuTo(orätou [två] 6.
MANDATUM. — Voici un rite liturgi que qui peut revendiquer une antiquité et une origine à rendre jalouses les dévotions modernes. Pendant qu'il célébrait le repas pascal avec ses apôtres, Jésus s'agenouilla devant eux et leur lava les pieds. Saint Jean (xir, 4-15) nous a conservé le récit de cet épisode :
« Jésus se leva de table et óta ses vêtements, puis, ayant pris un linge, il s'en ceignit, versa de l'eau dans un bassin et commença à laver les pieds de ses discip les, et à les essuyer avec le linge dont il était ceint, Il vint donc à Simon-Pierre, et Pierre lui dit : « Vous, Seigneur, vous me lavez les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je fais, tu ne le sais pas maintenant, mais tu le sauras plus tard. » Pierre lui dit : « Vous ne me laverez ja mais les pieds. » Jésus lui répondit avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, non seulement mes pieds, mais aussi les mains et la téte. » Jésus lui dit : « Celui qui s'est baigné n'a plus besoin que de se laver les pieds, car il est pur tout entier. Et vous, vous étes purs, mais non pas tous. » Gar il savait quel était celui qui le trahirait ; c'est pour quoi il dit : « Vous n'étes pas tous purs. » Aprés qu'il leur eut lavé les pieds et qu'il eut repris ses vétements, s'étant remis à table, il leur dit : « Savez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m'appelez Maitre et Seigneur ; et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maitre, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; car je vous ai donné l'exemple, afin que ce que je vous ai fait, vous le fassiez aussi. » On voudrait penser que cette leçon histori que se perpétua, comme le saint sacrifice de la messe dès le temps des apótres ; mais nous n'en avons aucun Écov n. 9434, pl. XVIIL} ;
| tismi videretur pertinere, multi hoc in consuetudinem. manquent | novum do vobis ; de quo more S. Augustinus, Elena « evangelista... cur non pie. actiones exhibitione imbuti | | Deni que coruscante sancte operationis exemplo, pardotibus non lavantur, nihil aliud obten des, nisi solam | | tradilionis consuetudinem. Evidemment le rite n'est - | pas encore partout adopté, mais il est en train de : « Si je ne te lave, tu n'auras point de part — MANDATUM 1388 témoignage ancien, pas le moindre indice. Même dans l'Église de Jérusalem du rve siècle, tout imprégnée des souvenirs de la Semaine sainte du Christ et que nous connaissons en détail grâce à saint Cyrille et à Éthéria, il n'est fait auc une mention, le Jeudi saint, du lavement des pieds. Il est permis d'en conuii que les autres Églises ne le pratiquaient pas non plus Un passage d'une lettre. de saint Augustin à Januarius s'exprime ainsi ! : De lavandis vero pedibus, cum Dominus hoc propter formam humilitatis, propter quam docendam venerat, commendaverit, sicul. ipse consequenter exposuit, quiesitum est quonam tempore polissimum res lanta eliam facto docerelur, el illud tempus occurrit, quo ipsa commendatio religiosius inhereret, Sed ne ad ipsum sacramentum baprecipere noluerunt, Nonnulli etiam de consuetudine. auferre non dubitaverunt. Ali qui aulem ut hoc et sacraliore tempore commendarent, et a baptismi sacramento distingüerent, vel diem tertium octavarum, quia et ternarius numerus in multis sacramentis maxime excellit, vel etiam ipsum octavum ut hoc ipeo elegerunt.
Si Il Église d'Afri que avait, aux ivt et ve sièc les, prani qué ce rite du lavement des pieds le Jeudi saint, saint Augustin n'aurait pu se dispenser de nous l'apprendre ; aussi Du Cange a-t-il fait erreur en écrivant au mot Mandatum : Ablutio pedum, que fit in Coena Domini, | cum scili cet Chorus cantant illud Christi : Mandatum i
CXIX, 15.
Cest en Espagne, à la fin du vire siecle, que nous rencontrons la première indication du rite liturui que au Jeudi saint. Le concile de Tolède, tenu en 694, dans son 3 canon s'exprime ainsi ? : sb Dominus Hedempltor que noster discipulorum non des dignatus est ablutione aquae ablui pe des, protestante exemplorum ejus non simus devolissimi sectalores ? 1 tim desidia, partim consuetudine, in quibusdam ecclesiis in ccena Domini ablulione pe des fratrum a sacerDès le 1x siècle, le rite est établi. Alcuin nous ap- - prend que : Apostolicus vir in memoriam depbotissima - mulieris membris Christi hodie facit, quod ipsa fecil Capili, el ideo a statione publica vacat. Le nom de Mandatum qui s'inspire des paro : Mandatum novum do vobis ut diligatis invicem ‘est dès lors adopti puis que le 20° canon du concile d'Aix-la-Chapelle s'ex prime ainsi : In cena Domini pe des fratrum post Man datum abbas lavet el osculetur 5, Nous nous arrêtons au seuil du Moyen Age et de ses divagations en matière histori que. Alors et depuis, « on a écrit des volumes entiers sur la question de savoir M si le mandalum devait être fait à douze sujets ou à ^ treize. Gette grave question a été traitée sous tous ses aspects par Sarnelli, Orlendi, Frescobaldi, Catalani, Quilichini e tulti quanti.
1389 MANDOUREL — MANICHÉISME 1390
MANDOUREL. — Voir Dictionnaire, t. VI, col. 1179-1180, fig. 5255.
La manumissio est figurée, on peut se reporter au diploème de Coutau. — Manche de couteau en ivoire, trouvé dans les catacombes de Rome ! (fig. 7579). ou applications du médecin grec : l'emploi de la mandragore en qualité de remède ; la mandragore produit un effet calmant, analogue à celui de la belladone, On sait que la plante qui porte le nom de mandragore offre un tronc rugueux terminé par une racine qui bifurque de façon à rappeler, quoi que d'assez loin, une forme humaine : tronc, cuisses et jambes, ce qui lui a valu parfois la désignation d'homunculus ou semi-homo. Dans la fig. 7580, on voit Dioscoride assis dans un fauteuil et en face de lui l'Invention sous les traits d'une femme ; entre eux un chien achève de crever. On sait que c'était seulement par le moyen de cet animal que l'homme réussissait à se mettre en possession de la plante qui, prise sans modération, pouvait produire des effets funestes. Dioscoride expose sa théorie dans un appartement en présence de la Contemplation, tandis qu'un peintre s'apprête à dessiner la racine qui offre une apparence humaine, C'est le sujet de la deuxième miniature. H. LECLERCQ.
MANICHÉISME. — I. Les sources. I. Raisons de la diffusion du manichéisme, III. Le manichéisme et l'Eglise. IV. Le manichéisme et l'État. V. Le manichéisme en Orient : 1. Syrie ; 2. Asie Mineure : 3. Judée : 4. Égypte ; VI. Les manichéens en Occident ; 1. Dalmatie ; 2. Espagne et sud de la Gaule ; 3. Afrique ;
l 4, Rome.
I. LES SOURCES. — Au cours des premiers siècles de son existence, le christianisme s'est heurté à des oppositions multiples. Ce n'est pas seulement la puissance romaine représentée par ses empereurs, ses légistes et ses fonctionnaires qui a ouvert contre la religion nouvelle une lutte au cours de laquelle les uns et les autres n'ont négligé aucun des moyens mis par la force, par le droit et par les mœurs à leur disposition ; ce sont aussi des puissances d'ordre intellectuel qui se sont dressées et qui ont lutté contre la foi au Christ et ses adorateurs par toutes les séductions de la doctrine, de la dialectique et de la controverse. Mani, Marcion, Montan comptent assurément parmi ceux qui retardèrent les progrès et contrarièrent l'expansion de la religion chrétienne. L'expansion du manichéisme doit nous retenir quelques instants.
Nous sommes très imparfaitement instruits sur son activité parce qu'il ne nous est guère connu que par les réfutations de ses contradicteurs. Ceux-ci n'ont pas apporté moins de logique à combattre ses enseignements qu'à détruire systématiquement ses monuments, et il faut leur rendre cette justice que leurs efforts ont été couronnés de succès. Aujourd'hui que le péril de l'erreur parait ne plus offrir aucun inconvénient, on est presque tenté de dire que ce succès fut trop complet, en ce qu'il nous prive de moyens d'information auxquels rien ne peut suppléer. Point de monuments figurés, une seule inscription assez insignifiante et les témoignages de ce qui a péri. Or ce qui a péri semble incalculable. Saint Augustin parle de ces familiers et tam grands et tam précieux codices auxquels on donna la chasse impitoyablement et qu'on brûla par masses : incensis eorum codicibus quarum magnae moles fuerunt interceptae, malgré leurs enluminures.
Poursuivi, persécuté, le manichéisme ne se résignait pas à disparaître ; il s'acharnait à durer, avec tous les périls et toutes les séductions qui entourent une société secrète. A défaut d'un culte extérieur, il avait une doctrine vivace transmise par des prosélytes anonymes et insaisissables. Il fallait aux défenseurs de la foi chrétienne une vigilance toujours en éveil pour contenir et pour réfuter ces théories ruineuses. De là des traités, des discussions où l'enseignement est combattu pied à pied, où les personnages et les événements — en un mot, l'histoire — nous restent invisibles. Il est malaisé de raconter l'histoire d'une ère à cs D a E ark, a aa a i aiaa ara ad. La ope PE ERO TAI UNA A GRUT RT OR gr RR aAA C NEG 7 jr al Rei UE ip mcd. CORR a pec RE Kreis cedri cg Rol RR IRR i WR Ag Da : Rb ds Su aep, P7 7.7 quam, PTS E 1391 MANICHÉISME on 1392 | religion qui s'interdit les temples et les autels, dont les partisans traqués osent à peine se réunir et dont on est parfois amené à conclure l'existence sur un point donné d'après le faible indice qu'apporte de leur présence une réfutation.
Cette doctrine d'importation babylonienne s'implante sur le sol romain où elle rencontre certaines circonstances favorables à son expansion et d'autres hostiles à sa diffusion. Les Pères sont aux aguets afin de tout noter, de tout signaler, de tout dénoncer pour mettre en garde les fidèles contre les séductions que les manichéens savent faire miroiter devant leurs yeux. Il ne leur suffit pas de surveiller, ils attaquent l'adversaire partout où ils le découvrent, malgré ses artifices de dissimulation. La principale difficulté consistait précisément à découvrir une doctrine dissimulée sous les traits d'un syncrétisme parfois malaisé à reconnaître ; en sorte que ceux qui ont combattu le manichéisme sont ordinairement des adversaires d'une éminente capacité intellectuelle. Mani puise dans la doctrine de Bouddha, dans celle de Zoroastre et dans celle du Christ pour façonner son syncrétisme religieux ; c'est au christianisme qu'il fait les emprunts les moins importants : cependant, il prétend restaurer la véritable doctrine du Christ et achever son œuvre. La biographie de Mani a été faite et l'exposition de sa doctrine a été présentée avec autant de précision que de clarté !, Nous n'avons pas à aborder l'histoire des doctrines, mais seulement à faire connaître la diffusion du manichéisme dans l'empire romain ? et l'obstacle qu'il dressa à l'expansion du christianisme.
II. RAISONS DE LA DIFFUSION DU MANICHÉISME, — Le gnosticisme, dans les systèmes de Basilide et de Valentin, est une conception hellénique ; le marcionisme est une déformation du christianisme ; le manichéisme est une production essentiellement orientale ; d'ailleurs Mani est Persan de race et il n'a connu le christianisme et l'hellénisme que comme une importation à laquelle il fut initié peut-être par l'intermédiaire de disciples de Marcion et de Bardesane.
Ce qui aurait dû être pour lui, croirait-on, une infériorité n'en fut pas une, parce que le manichéisme sut s'adapter aux besoins moraux de la société romaine. À cette époque, le paganisme gréco-romain ne satisfait plus aux aspirations de ceux qui se détournent des mythes et des légendes et de ceux qui se délachent d'une liturgie desséchée. D'Alexandrie et d'Asie Mineure sont venus des besoins ignorés jusque-là et les formules qui leur donnent satisfaction. La divinité, la destinée humaine ouvrent à la pensée un champ infini où elle pourra s'égarer, mais où elle veut s'aventurer quand même. Le manichéisme se flatte de donner les solutions philosophiques. Mani se présente comme le Paraclet révélateur de la vérité, non seulement religieuse ou morale, mais encore naturelle et physique. Son ambition était sans mesure. Elle embrasse non seulement le problème capital de l'époque, celui de l'origine du mal, mais elle impose la conception persane du dualisme relevée d'une vaste mythologie. Succédant au mithracisme, autre importation persane qui avait initié l'Occident aux dogmes de l'antique religion babylonienne, le manichéisme recueillait l'héritage d'une vaste propagande doctrinale, ébranlée et amoindrie par les assauts que lui donnait l'Église chrétienne, Mais celle-ci, en ébranlant la religion de Mithra, n'avait pas réussi à s'incorporer tous ceux qui se détachaient d'elle et dont un grand nombre se laissèrent gagner par une foi conciliante qui permettait de réunir dans une même adoration Zoroastre et le Christ.
Le gnosticisme eut d'étroites affinités avec la religion de Mani, qui tâcha d'attirer à lui les partisans de Bardesane, qui fit aussi des avances à ceux de Marcion et de Valentin, en qui il reconnaissait des précurseurs ou plutôt des initiateurs qui répandaient dans l'empire des croyances inspirées de son propre esprit. Le manichéisme prétendit donner aux grands problèmes religieux des solutions rationalistes et, quoiqu'il fit preuve souvent d'un dogmatisme farouche, il faut reconnaître dans la philosophie fondamentale du système des tendances rationalistes marquées. À des générations lassées du vide du paganisme, impatientes d'avoir une croyance, le manichéisme offrait une pleine satisfaction. Au IIIe, les athées, les incrédules étaient rares et ne se vantaient pas tout haut de leur scepticisme. La multitude aurait pu leur faire un mauvais parti, car elle poussait la crédulité jusqu'à la superstition. Mais ceux qui ont reçu de l'instruction, qui ont pris contact avec la philosophie savent ménager les susceptibilités de la foule ignorante ; adorateurs d'Isis, de Sérapis ou de Mithra, ils prétendent résoudre, sans sacrifier jamais la raison, les énigmes de l'univers. Le manichéisme, dans cette voie, dépasse le gnosticisme, il ne réclame pas la foi et prétend n'imposer ses dogmes qu'au nom de la raison. Ce fut sa force en même temps que sa faiblesse : il s'adressa à une élite et dédaigna la multitude ; mais, parmi cette élite, se trouvaient des intelligences qui suffiraient à la gloire d'un système philosophique. Saint Augustin fut manichéen avant sa conversion « Si nous sommes tombés dans les pièges de ces hommes, disait-il, c'est uniquement parce qu'écartant une autorité redoutable, ils prétendaient conduire à Dieu par la raison pure et simple ceux qui voulaient les écouter... ils disaient qu'on nous effrayait avec des superstitions, qu'on commandait la foi avant la démonstration, qu'eux au contraire, ne l'imposaient à personne avant d'avoir discuté et clairement débrouillé … la vérité. Qui donc n'eût pas été séduit par ces promesses, surtout étant jeune, passionné pour la vérité, AS quelques savants entendus à l'école, tel enfin qu'ils — me trouvèrent alors, méprisant, comme je disais, des fables de vieilles femmes et avide de posséder et de puiser la vérité pure et sans mélange ? » : À L'esprit rationaliste se montre principalement dans le dualisme manichéen, qui prétendait résoudre le problème de l'origine du mal autrement que ne faisait l'Église chrétienne, dont les doctrines sur ce point ne donnaient pas satisfaction à tous les esprits. Les gnostiques, pour leur part, s'y étaient essayés et avaient imaginé des systèmes d'une complication et d'un arbitraire déconcertants. Le manichéisme personnifie l'élément mauvais et le dresse devant Dieu comme une puissance égale ; il a du moins, sur le gnosticisme, l'avantage de la clarté et il est permis de croire que beaucoup de gnostiques trouvèrent dans le manichéisme la solution de leurs difficultés.
Gnostiques et manichéens ont un autre terrain d'entente : leur mépris pour tout ce qui touche à l'Ancien Testament, à la nation juive. « Si du moins, écrit le manichéen Secundinus à saint Augustin, en quittant le manichéisme, vous étiez entré dans l'Académie, ou si vous aviez raconté les guerres des Homains qui ont soumis le monde entier, frappé alors des grandes et nobles actions que vous auriez eues sous les yeux, vous n'auriez pas été vous fourvoyer dans cette secte judaïque aux mœurs barbares. » Fauste le manichéen traite les catholiques de judaisants. Mani avait la haine des Juifs et représentait leur Dieu créateur comme un démon ; il le nomme « l'archonte des ténèbres. » Cette hostilité s'explique un peu par la rivalité entre sectes ardentes à la propagande. Juifs et chrétiens s'y employaient comme nous avons eu maintes fois l’occasion de le montrer ; les manichéens s'adonnaient passionnément au prosélytisme. L'étude de la doctrine et sa prédication étaient pour l'élu la forme éminente d'activité et il recherchait, de préférence, des possédants une certaine pratique des choses intellectuelles. Ils brillaient dans la dispute, ils y faisaient valoir leur souplesse, leur éloquence. Mani nous est représenté comme valde vehemens tam sermone quam opere ; Scythianus dispute avec les docteurs juifs ; Eutérebinthus rétorque les arguments de Parcus et Labé »decus, Fauste est doué d'une véritable éloquence et Félix d'une rare habileté dialectique. Les fidèles et le clergé chrétien pouvaient difficilement soutenir la discussion avec ces controversistes retors. « Ce qui contribua surtout à me jeter dans ces erreurs, avoue saint Augustin !, ce fut la triste victoire que je remportais presque toujours dans mes disputes avec des chrétiens ignorants et qui défendaient leur foi de leur mieux. Comme c'est après avoir entendu les « docteurs de la secte que j'abordais ces disputes, j'en rapportais volontiers à eux seuls tout le succès. » Et non seulement cela, mais encore par les entretiens particuliers. « Ces erreurs, ajoute-t-il ?, je les ai cherchées avec curiosité, persuadées à ceux auxquels je les ai pu, défendues contre les autres avec acharnement et chaleur, » Mani était Persan et, comme la plupart des Orientaux, inclinait vers les mythes cosmologiques ; il prétendait fournir l'explication des phénomènes naturels, éclipses, phases de la lune, succession du jour et de la nuit, équinoxes, orages, etc. Non qu'il anticipât sur les explications d'apparence « scientifique » où se complaira le Moyen Âge, mais il proposait des explications d'une poésie puérile comme lorsqu'il expose la cause des tremblements de terre : c'est que l’éon qui soutient le monde vient de céder à la fatigue et changer son fardeau d'épaule ?. Le christianisme ne se laissera jamais aller à rien d'analogue. « On ne lit pas dans l'Évangile, dit saint Augustin , que le Seigneur ait dit : Je vous enverrai le Paraclet qui vous enseignera le cours du soleil et de la lune ; il voulait faire des chrétiens et non des astrologues. » Tandis que les livres des manichéens « sont pleins de fables sans fin sur le ciel, les astres, le soleil et la lune 5, » Fables, extravagances, divagations, ce sont les qualificatifs que le grand docteur venu enfin à l'orthodoxie applique aux théories manichéennes : « Les savants du siècle, dit-il, m'avaient appris beaucoup de vérités sur la nature. Je saisissais la raison de ses phénomènes par le calcul, l'ordre du temps et l'observation directe des astres. Je comparais ces résultats avec les interminables extravagances que Mani a écrites sur ces matières ; ici, plus rien de rationnel dans l'explication des solstices, des équinoxes, des éclipses, rien qui fût d'accord avec la science du siècle, J'étais pourtant obligé de croire à ces divagations en parfait désaccord avec les explications raisonnées, fondées sur les calculs et sur l'observation de mes yeux , »
Ce qui rebutait les hommes séduisait les femmes ; le manichéisme obtint auprès d'elles un succès considérable. Très flattées par la perspective de devenir élues, elles consentaient, pour mériter ce titre, à s'imposer la vie errante des missionnaires et à soutenir les discussions publiques. « C'est le procédé de tous les hérétiques, dit l'Ambrosiaster, de se glisser dans les maisons et d'y charmer les femmes par des paroles habiles et rusées, afin qu'elles séduisent leurs maris ; ils suivent en cela l'exemple de leur père le diable, qui par Eve trompa Adam ; toutefois cela est vrai surtout des manichéens 7, » Saint Léon le Grand dit à peu près la même chose. « Vous surtout, femmes, gardez-vous de tout rapport et de tout discours avec les manichéens ; craignez de tomber dans les pièges du démon, tandis que vos oreilles se laissent charmer par des contes fabuleux. Il sait bien, le démon, que par la bouche de la femme il a séduit Adam. Maintenant encore il tend ses pièges à votre sexe, avec plus d'astuce et de succès, afin de dépouiller en même temps de la foi et de la pudeur celles qu'il pourra séduire par ses ministres d'erreur 5. » L'allusion à la pudeur amène à parler de la conduite privée des manichéens qui, au dire de saint Augustin, « ont deux puissants moyens de se faire passer pour sages aux yeux des simples. D'abord ils critiquent l'Écriture, ensuite ils affectent les dehors d'une vie chaste et d'une prodigieuse continence °. » L'ascétisme manichéen était, en effet, très rigoureux. Par suite de leurs privations, la pâleur et la maigreur des élus prévenaient en leur faveur ' ?, les persécutions qu'ils enduraient ajoutaient à leur prestige u. Ils se vantaient de dépasser la morale des catholiques 12 Vous me demandez, leur disait Fauste, si je reçois l'Évangile, quand vous en voyez en moi la preuve ; je veux dire l'observation de ses préceptes. N'est-ce pas à moi de vous demander si vous l'admettez, vous en qui je ne vois aucune marque d'un homme qui le reçoit ? J'ai quitté mon père et ma mère, mon épouse, mes enfants, tout ce que l'Évangile ordonne d'abandonner, et vous me demandez si je reçois l'Évangile « #, » Tout cela, répond-on, n'est qu'apparence et artifice. Cette grande austérité s'accommode du théâtre !. « Ils interdisent le mariage, dit encore l'Ambrosiaster, mais ils ont une loi qui encourage leurs déréglements ; ils exaltent la bienfaisance, mais ils sont injustes les uns envers les autres ; ils disent qu'il faut mépriser le monde, mais ils ont le plus grand soin de leur toilette ; ils se vantent avec jactance d'insister sur les jeûnes, alors qu'on les voit repus ; seulement ils ont des artifices pour pâlir leur teint !*. » Saint Cyrille leur adresse le même reproche 16,
La torture arrachant de prétendus aveux que retire un prompt repentir. Ce qui semble possible c'est le scandale donné par des dissidents. Un manichéen nommé Viator fut arrêté et interrogé à Carthage, il dénonça une secte séparée dont les affiliés portaient le nom de catharites. De son côté, saint Augustin nous apprend que « les manichéens disent qu'un parmi les élus se sépara d'eux par haine, fit schisme et devint l'auteur d'une abominable hérésie !. » Ainsi limitée, l'accusation peut être fondée, mais la secte ne s'en trouve pas atteinte, Elle semblerait plutôt préter à un reproche d'excessive mysticité et d'ascétisme désordonné. Al-Birouni, écrivain dont la sincérité est notoire, fait cet aveu que dans les écrits de Mani qu'il a lus, il n'a trouvé aucune allusion à ces déréglements ; toute sa vie, au contraire, semble enseigner une doctrine opposée ?, Aussi longtemps qu'il appartint à la secte, saint Augustin ne paraît avoir eu aucun soupçon de ces mœurs relâchées ; dans ses Confessions, il expose les motifs qui le détachèrent du manichéisme et il ne dit rien de ces prétendues abominations dont se seraient rendus coupables les élus de la secte. Peu de temps après sa conversion il écrivait à Honorat : “ Lors que j'étais auditeur chez eux, je ne cessais de désirer et d'espérer tous les plaisirs nuisibles et pernicieux. Je n'en attribue pas la faute à leurs leçons, je conviens même qu'ils ont grand soin de mettre en garde contre ces choses ?. » S'il en eût été autrement, des hommes déréglés n'eussent pu conquérir le respect des adeptes qui leur en prodiguaient les marques. Ceux-ci leur parlaient à genoux, sollicitaient l'imposition des mains et se trouvaient comblés par une promesse de prières, « Une chose surtout, dit saint Augustin, qui séduit aisément l'inexpérience de la jeunesse, me jeta dans ce cercle inextricable d'erreurs ; ce fut leur amabilité familière, qui, s'insinuant en moi sous je ne sais quel extérieur de bonté, m'enlaca dans ses replis, ainsi qu'une chaîne qui s'enroule autour du cou, »
III. LE MANICHÉISME ET L'ÉGLISE, — Pour son début, Mani tomba dans une lourde erreur ; il fit de Jésus-Christ un personnage signalé, successeur de Bouddha et de Zoroastre, que lui-même dépassait tous, étant le Paraclet. Cette négation de la divinité de Jésus mettait le nouveau prophète en contradiction avec l'Église et la foi chrétiennes qui ne pouvaient manquer de dénoncer la prétention de Mani comme blasphématoire. Le christianisme se déclarait seule religion divine et condamnait toutes les autres sans exception et sans restrictions ; dés lors, c'était le conflit et, peut-être, la défaite et la ruine. Le manichéisme le comprit et consentit des concessions : Jésus devint le révélateur suprême ; Mani se reconnut son humble disciple , cessa de se proclamer Paraclet et se borna à soutenir que le Paraclet habitait en lui ë ou bien qu'il était son envoyé . La mission de Mani n'est plus que celle d'un réformateur, et, dans les polémiques de Fauste, elle se réduit à une restauration de l'Évangile faussé ou mal compris. Fauste n'invoque nulle part l'autorité de Mani, il parle toujours de l'Évangile, mais cet Évangile il le tient pour mutilé, et ces concessions d'une sincérité douteuse soulèvent d'inextricables difficultés. « Quand j'étais votre disciple, leur dit saint Augustin, je vous ai souvent demandé pour quoi la fête de la Pâque du Seigneur passait le plus souvent inaperçue parmi vous, lesquels il lui faudrait lutter. Le récit, légendaire, pour quoi elle n'était célébrée que par un petit nombre de fidèles et avec une extrême froideur, sans aucune vigile qui la précédât, sans aucun long jeûne imposé aux auditeurs, sans aucun appareil ; à votre fête de Bema au contraire, en souvenir de la mort de Mani, vous dressiez une chaire à cinq degrés, vous l'orniez de tissus précieux et, vous prosternant devant elle, vous lui rendiez les plus grands honneurs . » On peut penser qu'avant d'affronter le christianisme dans l'empire romain, Mani ne s'était pas fait une idée claire de la doctrine et de l'organisation contre laquelle il est vrai, des Acta Archelai peut conserver une portion historique lorsqu'il nous apprend que les apôtres envoyés par Mani se heurtèrent en pays chrétien à une vigoureuse opposition. Mani se procura les livres saints, en détacha quelques passages qui semblaient M confirmer son dualisme, mais en réalité il ne leur emprunta que le seul nom du Christ. Il semble, d'après cela, que la première tentative de propagande n’ait recueilli qu'un échec.
Mani fit plus, il adopta le dogme de la Trinité, mais sans modifier le fonds de sa théologie qui restait un pur paganisme. Le manichéisme n'en devint pas pour cela une secte chrétienne ; sans doute il reconnaissait le Christ pour son chef, mais il repoussait sa doctrine. En réalité, il n'empruntait à l'Évangile que deux noms : celui de Jésus et celui du Paraclet. C'était une imposture qui ne pouvait leurrer que ceux qui voulaient l'être ; et c'est pour quoi les manichéens se trouvèrent toujours en face des catholiques dans une situation fausse.
Les Pères ne s'y trompèrent pas et dénoncèrent l'artifice. Quiconque était sincère et éclairé s'apercevait que ce christianisme n'était qu'une étiquette trompeuse placée sur une mémoire païenne. Socrate nomme le manichéisme un « christianisme apparent ». Suivant les manichéens, dit la vie de Porphyre, « le Christ ne s'est fait homme qu'en apparence, mais eux aussi ne sont chrétiens qu'en apparence ». Tous ceux qui réfléchissent leur donnent raison. Les manichéens, eux, se prétendaient chrétiens et seuls chrétiens, ce qui indignait ceux qui, plus qu'eux, avaient droit à ce titre. Se trouvant contredits par une multitude de passages de l'Évangile, ils déclaraient ces versets faussés ou interpolés, sans autre raison que leur non-conformité avec les idées de Mani. Celui-ci devenait l'auteur d'une doctrine qui réformait l'enseignement de Jésus et qui était, d'un bout à l'autre, le contre-pied de la croyance chrétienne. Enfin, le manichéisme avait le fanatisme habituel des religions orientales. Mani disait en parlant des chrétiens : « Ils iront en enfer selon leurs mérites, car ils sont les auteurs de la perversion. » Et Fauste osait dire de lui-même : « Je me regarde comme le temple raisonnable de Dieu. » De semblables affirmations suffisaient à mettre en garde les catholiques. Aussi ce fut principalement parmi les gnostiques, qui mêlaient quelques éléments de christianisme aux idées grecques ou orientales, et parmi les derniers partisans du polythéisme que le manichéisme recruta ses adhérents. L'auteur de la Vie de Porphyre, dit sans détour qu'« ils ont composé cette abominable doctrine de différentes hérésies et de divers systèmes païens voulant par ruse et tromperie attirer le monde ». Eusèbe les accuse de rassembler et de répandre dans l'empire des mille hérésies depuis longtemps éteintes, et de les répandre dans l'empire comme un poison mortel ! » et saint Léon le Grand : « Quod denique in omnibus hæresibus sacrilegum alque blasphemum est, hoc in istos quasi in sentinam quandam cum omnium sordium concrelione confluxit ? ».
IV. LE MANICHÉISME ET L'ÉTAT. — Le manichéisme avait commencé à pénétrer dans l'empire vers l'an 240 ; un quart De à peine s'était écoulé, que le gouvernement s'alarmait de ses progrès et s'efforçait d'y mettre un terme. Tel est l'objet d'une constitution impériale promulguée par Dioclétien et datée d'Alexandrie, le 31 mars d'une année qui n'est pas désignée, mais qui doit être 296, parce qu'alors Dioclétien assiégeait dans cette ville l'usurpateur Achille. La constitution est intitulée : De maleficis et manicheis ; elle prescrit au proconsul d'Afrique de poursuivre les membres de la secte. Des progrès si prompts s'expliquent dans une certaine mesure par l'organisation de la secte à laquelle Mani avait assigné pour but de conquérir le monde.
Sans doute Jésus avait envoyé ses apôtres enseigner toutes les nations, mais le concept d'organisation avait été très différent. Les chrétiens s'avançaient de proche en proche, s'implantaient et rayonnaient imprimant à leurs Églises et aux évêques qui les gouvernaient un caractère de stabilité. Il y eut sans doute des périodéutes qui poussaient leur pointe plus ou moins loin, mais il ne paraît pas qu'ils aient créé de grandes Églises : leurs missions étaient comme des coups de sonde et n'avaient pas le caractère d'un progrès organisé et méthodique. Dans chaque Église chrétienne, l'évêque enseigne, administre et gouverne ; en un mot il fonde pour le présent et pour l'avenir.
La conception du manichéisme est très différente. Les élus ne doivent ni s'arrêter ni s'établir : « leur devoir est d'errer sans cesse dans le monde, de prêcher et montrer la voie du salut ». Le manichéisme semble n'avoir jamais eu un clergé à résidence fixe. Aucun dignitaire de l'Église manichéenne ne nous est désigné avec sa résidence. On voit l'évêque Fauste de Milève toujours par monts et par vaux, toujours à cheval et tantôt à Carthage, tantôt à Rome. Les autres dignitaires sont tout aussi itinérants pour ne pas dire vagabonds. Même les femmes qui remplissent les fonctions d'élues sont astreintes à ces perpétuels déplacements.
Une mission manichéenne se rend d'Antioche à Gaza ; elle se compose de cinq personnes dont trois femmes et c'est l'une d'elles qui dirige la propagande.
On comprend que Dioclétien, aussi vigilant que sévère, ait frappé cette secte insinuante autant qu'insaisissable ; et il la traite sans pitié, il ne s'agit de rien moins que de l'anéantir : « ut igilur stirpitus ampliari mala luec nequitia de sæculo beatissimo nostro possit ». Les chefs et les propagateurs qu'on pourra saisir seront brûlés vifs, ainsi que leurs livres, les simples fidèles seront décapités, les adhérents appartenant aux classes élevées seront condamnés aux mines et leur fortune sera confisquée. La constitution relève l'accusation de magie ; son titre assimile les manichéens aux magiciens. Cette accusation de magie était d'autant plus à craindre, qu'elle survivrait à l'accusation d'hostilité au paganisme. Celui-ci n'avait plus que peu d'années à être redoutable, mais sous les empereurs chrétiens, la magie continuerait à désigner ses adhérents à la peine de mort. Enfin l'imputation de commettre des impudicités religieuses semble accueillie par Dioclétien qui appelle la secte « inauditam et turpem et per omnia infamem ». Théodose semble y faire allusion quand il dit : « ne in urbibus claris consueta feralium mysteriorum sepulcra constituant », et Valentinien III en fait un de ses principaux chefs d'accusation : « Ne que enim aliquid nimium videtur posse decerni in eos quorum incesta perversitas religionis nomine lupanaribus quoque ignota vel pudenda committit ». Celui-ci n'est pas plus que Dioclétien porté à l'indulgence ; on le voit frapper d'une amende de dix livres d'or les officiers qui ne dénonceraient pas leurs inférieurs affiliés à la secte. Cette rigueur est compréhensible à l'égard de gens qui ne peuvent qu'introduire dans l'armée des théories dissolvantes. Sous aucun prétexte le manichéen ne pouvait tuer le prochain, même à la guerre ; il lui était même défendu d'enlever la vie dans les règnes animal et végétal. En pareille matière, les empereurs, chrétiens ou païens, ne badinaient pas. À une époque où le relâchement des mœurs entraîne la stérilité des unions et la rareté des mariages, les lois ne peuvent épargner ce manichéisme qui réprouve l'union des sexes, et professe que la prolongation de l'espèce est un mal. En un temps où les disettes sont fréquentes, il condamne l'agriculture et le commerce ; l'État fait appel à l'aide financière des particuliers, le manichéisme leur interdit de répondre à cet appel. Sur certains points l'ascétisme chrétien professait ces doctrines, mais beaucoup plus en théorie qu'en pratique.
Constantin voulut tirer l'affaire au clair et se fit renseigner sur le véritable caractère de la secte par Musonianus ; nous avons des indices à peu près certains que la persécution continuait sous Constance : « Le chemin du salut vous est ouvert, dit Cyrille de Jérusalem à des convertis, si vous renoncez au manichéisme, non seulement du bout des lèvres, mais du fond de l'âme. » Pourquoi leur orthodoxie inspirait-elle de la défiance, si elle n'était pas stimulée par crainte de la persécution ? Et Cyrille dit encore : « Haissez ceux qu'on a soupçonnés d'être manichéens, et à moins de vous être assuré de leur conversion par le temps écoulé, ne vous fiez pas à eux précipitamment ». Le règne bien court de Julien semble avoir été plutôt favorable aux manichéens, mais Valentinien Ier, Gratien et Théodose revinrent aux mesures de rigueur. En 381, une loi enlève aux manichéens le droit de tester et les frappe de mort civile. En 382, une autre loi renouvelle l'incapacité de tester et prononce la peine capitale contre les sectaires qui se dissimulent sous les noms d'eucratites, saccophores, hydroparastates. En 389, Valentinien II inflige aux manichéens l'exil et la confiscation de leurs biens, il frappe de nullité leurs testaments. En 405, Honorius renouvelle les constitutions de ses prédécesseurs, il recommence en 407 et inflige cette fois de fortes amendes aux gouverneurs de province et aux fonctionnaires des villes qui n'exécuteraient pas ses ordres. Naturellement les défenseurs, ces souffre-douleurs, sont menacés de leur côté, s'ils épargnent une secte mise hors la loi comme coupable de « crime public ».
On hésite à mettre au compte de l'humanité les sanctions moins sévères prises, en 425, par Valentinien III qui se contente de bannir les sectaires au-delà de la 100e borne à partir de Rome. En 428, Théodose II leur interdit le séjour dans les villes. Mais ce relâchement ne dure guère. En 445 Valentinien III renouvelle toutes les mesures antérieures ; Anastase Ier prononce la peine de mort, et c'est aussi la politique impitoyable de Justin et de Justinien, à l'égard non seulement des opiniâtres, mais encore des convertis au christianisme surpris en rapports avec leurs anciens coreligionnaires qu'ils ne dénoncent pas aux magistrats ; seul moyen qu'ils ont de montrer la sincérité de cette conversion. Enfin, on menace de peines sévères les fonctionnaires tièdes à faire connaître leurs collègues manichéens, et ceux qui conservent des livres de la secte.
Par une contradiction qu'il faut signaler sans essayer de l'expliquer, on voit tenir en suspicion les convertis pendant qu'on provoque les conversions par des motifs intéressés ; ainsi, d'après les lois de Théodose et de Justinien, le testament du manichéen devient valable si le fils se convertit ; une loi d'Honorius transfère les droits sur l'héritage aux membres orthodoxes de la famille ; enfin les esclaves convertis d'un manichéen sont exonerés.
La réputation de magie et cette législation impitoyable disposaient les esprits à regarder les manichéens comme des monstres et à les traiter en conséquence. On voit le manichéen Tyrbon chassé des hôtelleries, dont on lui refuse l'accès sans même lui accorder un verre d'eau ! Les apôtres de Mani lui avouent qu'ils ont été un objet d'exécration pour tout le monde, surtout là où le nom chrétien était en honneur. La profession manichéenne mettait celui qui l'acceptait au ban de l'humanité. A une époque où l'empereur Constance paraissait disposé à se détacher des ariens, ceux-ci lui disaient : « Veillez au moins à ce qu'on ne nous confonde pas avec les manichéens. » On ne connaît aucun martyr manichéen et il n'est guère probable qu'ils en eurent, car la secte parait avoir pris toutes les précautions les plus efficaces pour n'en pas avoir. Le culte n'existait pas, il se bornait à la prière solitaire ; point d'églises, pas de sacrifices, pas de reliques. La réunion dite du Béma était annuelle et obligatoire, mais elle pouvait sans doute éviter toute manifestation publique, si celle-ci était jugée imprudente. Quant à la fête de Pâques, sa célébration était facultative. Les élus avaient des réunions dont ils gardaient le secret, même à l'égard des auditeurs qui, d'ailleurs, ignoraient la plupart des chefs. Mani avait trouvé une formule ingénieuse pour abriter toutes les lâchetés, toutes les capitulations ; il se vantait « de n'être pas inhumain comme le Christ qui dit : Si quelqu'un me renie, je le renierai à mon tour. Moi je vous dis : Celui qui me reniera devant les hommes et se sera sauvé par ce mensonge je le recevrai avec joie, comme s'il ne m'avait pas renié. »
Une secte qui se forme sur de pareilles directives n'a pas de droits acquis à beaucoup de ménagements, et la tactique suivie à l'égard des convertis, ou soi-disant tels, est d'exiger d'eux la dénonciation de leurs complices. Saint Augustin prescrit : « Si Victorin demande la pénitence, qu'on ne croie à sa sincérité qu'après qu'il aura dénoncé les autres manichéens qu'il connait non seulement à Miliana, mais aussi dans toute la province. » Le défaut de culte public fut un des points faibles du manichéisme. On a fait observer avec raison qu'une religion n'exerce pas une emprise bien puissante sur les âmes, qui se prive volontairement des cérémonies et des assemblées. Les foules ne pouvaient s'intéresser, ni s'attendrir quand on leur parlait d'une secte mystérieuse où rien ne parlait au cœur et à l'imagination. Les hommes se plaisent à mettre leurs souffrances et leurs inquiétudes en commun, le manichéisme ne leur proposait qu'une implacable solitude, des mortifications pénibles à la nature, une association insaisissable et des prescriptions décourageantes. Il ne peut guère éviter le péché et il ne peut pas plus en sortir, car quoi qu'il fasse il commet une faute : cultiver la terre, tuer un animal, construire une maison, autant d'actes qui lui réservent après sa mort d'interminables expiations. Le mariage même lui est interdit comme un état coupable.
Avec de si nombreux et si grands attraits, on comprend que le manichéisme ait trouvé peu d'adhérents parmi les foules, quoi qu'il ait tenté d'exercer son prosélytisme parmi elles ; son principal succès fut remporté parmi les intellectuels, et on sait que cela ne conduit pas très loin. D'autre part la règle qui faisait de l'élu un missionnaire errant, très favorable à une expansion lointaine, l'était beaucoup moins à un établissement fixe et durable. Libanius fait cette remarque qui paraît devoir être très juste : « Il y a des manichéens un peu partout, mais nulle part il n'y en a beaucoup ! » La Mésopotamie est peut-être la contrée où le manichéisme fut le plus puissant. On voit pourtant par les polémiques de saint Ephrem, que le manichéisme était loin d'y balancer la puissance du bardesanisme. Même dans ce pays son importance n'était que secondaire. Secundinus, un manichéen de Rome, applique à la secte ces mots de l'Évangile : « La voie du salut est étroite, et il en est peu qui la trouvent ! » Et voici là déposition d'un manichéen converti : « Prenant Dieu à témoin, je déclare dénoncer tous les manichéens et toutes les manichéennes que je connais dans la région de Césarée : Marie et Lampadia, la femme du banquier Mercurius, avec lesquels nous devons nommer aussi l'élu Eucharistus, Césaria et sa fille Lucilla Candida qui habite Tipasa, l'espagnole Victorina, Simplicianus, père d'Antonius, Paul et sa sœur qui sont à Hippone..., c'est tout ce que je sais ; si on découvre que j'en connais davantage, je me reconnais moi-même coupable. » Il en connaît donc dix en tout en Maurétanie. Cela s'accorde avec ce que dit saint Augustin : Tanta vestra paucitas ! et ailleurs, In tam exiguo ac paene nullo numero vestro !
V. LE MANICHÉISME EN ORIENT. — Vers l'an 325 QUES. un certain Hégémonius composa un récit connu sous le nom d'Acta Archelai, où il met en scène Mani et un contradicteur qui est Archélaüs, évêque de Cascar ; Leur controverse est suivie d'une biographie légendaire de Mani et de ses prétendus successeurs. C'est un ouvrage apocryphe, mais habilement imaginé pour montrer l'inventeur du manichéisme confondu, et par conséquent, sa doctrine condamnée. Le personnage de Mani n'est guère ménagé, il fait figure d'imposteur au sens le plus fâcheux de ce mot.
Il ne peut même pas revendiquer pour lui sa doctrine, qui appartient à un nommé Scythianus, Saracène de nation, que les docteurs du judaïsme ont copieusement réfuté. Scythianus a pour disciple Térébinthe qui ne réussit pas mieux que son maître et qui se fait réfuter en Babylonie par le prophète Parcus et par Labdacus, fils de Mithra. Il réussit à gagner à ses idées une vieille femme à qui il légue ses livres de doctrine. Après la mort de la vieille, Mani, l'esclave de celle-ci, hérite des livres, en prend connaissance, et s'avise de compléter ce qui s’y trouve par quelques emprunts au christianisme.
Ce conte trouva du crédit et fut répandu par l'usage qu'en firent saint Cyrille de Jérusalem, saint Epiphane, Héraclien, saint Jérôme. Les Acta circulérent en Occident : on voit que saint Philastre les connaissait vers l'an 380 ; toutefois ils ne furent traduits en latin que vers la première moitié du Ve.
Mani se proclamait le prophète de la TIC et ce pays demeura la terre sainte du manichéisme, son chef. Maltraités, chassés à différentes reprises par les Sassanides, les manichéens reparaissent désormais à l'Ouest, dans l'empire romain ; à l'Est, en Perse, dans le Turkestan, dans l'Inde et la Chine. C'était vers l'Est que Mani, persécuté par Sapor, s'était dirigé de sa panne et c'est là qu'il avait prêché sa doctrine. Ces débuts du manichéisme échappent presque entièrement à l'histoire et le peu que nous en connaissons procède de légendes dont il est nécessaire de dire quelques mots.
Les Acta et Théodoret nous apprennent que Mani avait trois disciples : Thomas, Addas et Hermas. Il envoie Thomas en Égypte, Addas en Scythie, ne gardant que Hermas auprès de lui : à leur retour, il leur fait part de leur insuccès, et des mauvais traitements qu'ils ont essuyés, surtout en pays chrétien. Mani se procure alors les livres sacrés du christianisme. Il y cherche des passages favorables à son dualisme, leur emprunte le nom du Christ et charge ses disciples d'une nouvelle mission. Un peu avant sa mort (lors de la visite à Cas car), Addas était en Orient, Thomas en Syrie, Hermas en Égypte.
Ces personnages, qui auraient vécu en Perse avec Mani, sont inconnus de la tradition orientale : on peut s'étonner de les voir porter tous les trois des noms célébres dans les premières traditions chrétiennes, celui de Thomas, l'apôtre de Christ, celui de Hermas, l'auteur du « Pasteur », celui d'Addas ou d'Addaios, l'un des soixante-douze, le fondateur de l'Église d'Edesse et le guérisseur miraculeux d'Abgar.
Les manichéens ne se contentèrent pas de s'emparer des noms, ils adoptèrent des livres attribués à ces personnages. Au nombre des écrits découverts près de Tourfân se trouve une version manichéenne du « Pasteur » d'Hermas. Ils firent également le meilleur accueil à l'Évangile apocryphe attribué à saint Thomas. Ils avaient aussi des « écrits d'Addas », sans doute quelque arrangement des Acta Edessena, apocryphe syriaque qui contenait la légende d'Abgar et dont devait sortir la Doctrina Addaei ; ils étaient fort répandus en Syrie, en particulier dans le pays d'Édesse. A l'époque où la secte se répandit, ces écrits étaient exclus du canon orthodoxe et suspects d'hérésie. Après que le manichéisme les eut repris, on oublia qu'ils étaient antérieurs à sa naissance ; on y vit alors des productions nouvelles dues aux docteurs manichéens ; les noms qu'ils portaient furent ainsi donnés par la légende aux premiers propagateurs de l'hérésie et se mêlèrent aux souvenirs qu'on gardait des commencements de sa diffusion.
La tradition dont s'inspirent les Acta veut que Mani ait eu trois disciples ; celle que recueille Michel le Syrien lui en donne douze à l'exemple du Christ. Il paraît certain que, du vivant de Mani, le manichéisme pénétra jusqu'en Judée. On place la date de sa mort vers 275, et saint Épiphane nous apprend qu'en 274 le vétéran Akouas apporta le manichéisme de Mésopotamie à Éleuthéropolis, où Épiphane a pu se renseigner, car il y habita longtemps. Cette date, 274, concorde à peu près avec le récit d'Eusèbe qui place la prédication du manichéisme sous le pontificat de Félix (269-274). Cependant, on assigne généralement une date plus tardive à l'apparition du manichéisme dans l'empire. L'auteur des Acta Archelai et saint Cyrille de Jérusalem la placent sous Probus (175-182). Eusèbe, dans sa Chronique, soutient l'année 279, et la version de saint Jérôme. L'exécution de Mani fut accompagnée d'une atroce persécution de ses partisans, qui se dispersèrent et dont beaucoup se réfugièrent dans la Mésopotamie romaine et la Syrie, où ils trouvaient une population de même race et de même langue.
Peine car, dans ce pays, Bardesane d'Édesse avait préparé le terrain à Mani, et les doctrines prêchées par ces deux hérétiques ont des points de contact si frappants qu'on a pu soutenir que Mani n'avait fait qu'adapter Bardesane dont il employait la langue : le syriaque.
Le manichéisme rencontra un milieu fait à souhait pour lui en Babylonie, il y prit un développement considérable et devint vraiment la religion des foules. Toutefois il rencontra un adversaire adroit et infatigable dans la personne de saint Éphrem d'Édesse, qui le combattit dans un traité et surtout dans des hymnes polémiques qui obtenaient un véritable succès parmi le peuple. Éphrem excelle à tourner en ridicule tout ce qui y prête dans la religion de Mani, et l'âpreté du ton suffirait à révéler l'imminence du danger. Le manichéisme est également combattu en termes violents, dans la Narratio de bealo Simeone Bar Sabæ. Dans la première moitié du Ve nous savons par Rabulas que les manichéens étaient encore puissants à Édesse.
Le manichéisme se fortifiait en même temps dans la Syrie occidentale. Vers 325, il ne retient qu'en passant l'attention d'Eusèbe , et vers 350 les réfutations commencent à le combattre. Titus, évêque de Bostra , sous Julien l'Apostat, le réfute presque en même temps qu'Eusèbe, évêque d'Édesse , Georges de Laodicée 5 Apollinaire de Laodicée , et vers la fin du siècle, Diodore de Tarse . Malheureusement toutes ces œuvres ne sont connues que par leurs titres. A Antiochie, saint Jean Chrysostome ne ménageait pas cet adversaire redoutable : « Les manichéens, disait-il, chiens muets et enragés, affectent les dehors de la douceur, mais au dedans d'eux-mêmes ils ont l'âpre fureur des dogues et sous la toison de l'agneau, ils cachent le loup ; mais ne l'arrête pas aux apparences, pénètre aux dedans, tu verras la bête . » Saint Épiphane, vers 374, consacre à la réfutation du manichéisme une dissertation étendue, la plus considérable de tout son traité des hérésies *. avoir été un vaste exposé de la doctrine, une espèce de somme de la théologie manichéenne. Agapius parait avoir vécu au IVe ou au début du Ve.
3. Judée. — On rencontre le manichéisme de très bonne heure en Judée. Akouas l'introduit à Éleuthéropolis vers le dernier quart du IIIe, et ses partisans sont désignés sous le nom d'akouanites 1, C'est principalement à Jérusalem que le manichéisme fit des progrès. Lors que l'évêque Cyrille, vers 348, y adressait ses catéchèses aux catéchumènes, il trouvait des manichéens convertis parmi ses auditeurs '*, et il ne manquait pas d'étaler devant eux les abominations reprochées à la secte »., En Palestine, les manichéens rencontraient certaines sympathies, peut-être pas très efficaces, comme celle du rhéteur Libanius qui les recommande, en 364, à son ami Priscianius, gouverneur de la province « . — « Ils ne font de mal à personne, dit-il, mais d'aucuns leur font du mal. Que ceux de la Palestine trouvent un refuge dans votre vertu, qu'ils soient en sécurité : que ceux qui voudraient leur nuire n'en aient pas les moyens.
Vers la fin du IVe, quand la prospérité et la sécurité déclinent, le manichéisme semble se réfugier dans les petites villes !*, où il faisait assez bon ménage avec le paganisme expirant. Nous avons déjà parlé de l'évêque de Gaza Porphyre (voir Dielionn., t. VI, col. 700-702), nous le retrouvons à propos d’une nommée Julie qui entreprit à Gaza une active propagande vers l'année 404 16, « Ayant su, lit-on dans la vie de Porphyre, qu'il y avait à Gaza beaucoup de nouveaux convertis, encore mal affermis dans la foi, elle les perdit par sa doctrine pleine de magie, mais plus encore par l'argent qu'elle distribua. » L'évêque Porphyre la manda et lui dit : « Renoncez à cette doctrine impie car elle vient du démon. » Elle répondit : « Parlez et écoutez, et vous convaincrez ou serez convaincu. » Une conférence n'aboutit pas, et Julie reprit sa propagande avec ardeur. « Porphyre voyant Dieu blasphémé par cette femme possédée du démon, se dressa devant elle : « Dieu, dit-il, frappera votre langue et bâillonnera votre bouche. » Julie se mit à trembler, elle changea de visage. Immobile, elle ne parlait plus, les yeux grands ouverts, fixés sur l'évêque. On essaya de la ranimer, on lui cria dans l'oreille, mais plus de voix, plus d'ouïe ; bientôt elle rendit l'âme et s'en alla vers les ténèbres qu'elle avait servies les ayant prises pour la lumière 1. » Une lettre de saint Nil, l'ascète du Sinaï, mort vers 430, reproche à un prêtre nommé Philon de profiter de la situation écartée de son église pour introduire les doctrines manichéennes dans son enseignement 18,
EE —
1406 tion de saint Athanase qui les combat de son mieux.
… Saint Épiphane ' semble lui attribuer une ävrippnotc spéciale contre la secte. Cet écrit parait perdu. Quant à saint Antoine il tenait à l'écart les manichéens et les autres hérétiques *.
On a conservé les traités consacrés par Didyme - l'Aveugle et par Sérapion de Thmuis à la réfutation 5 4. du manichéisme, mais ils ne fournissent guère de détails historiques.
Le comte Sébastien, commandant à Alexandrie, E. manichéen et fort hostile aux catholiques ; peut-être ceux-ci eussent-ils grandement pâti, si ce personnage avait été élevé à l'empire, comme ils purent le craindre au moment où mourut Valentinien I, mais.]a Providence leur épargna cette épreuve, Sébastien - fut tué à la bataille d'Andrinople. L'Égypte, si particulariste en matière de religion, eût-elle tenu ferme à l'orthodoxie ? On hésite à le croire quand on connaît son histoire. La manichéisme s'infiltrait dans les monastères assez pour préoccuper le patriarche Timothée (380-385) qui permit aux évêques et aux moines de manger de la viande le dimanche, afin de pouvoir reconnaitre les manichéens pour qui ce jour était jour de jeûne strict * ; les évêques et les moines ES ue profitérent de la permission, attestant. ainsi leur orthodoxie. Parmi les manichéens, certains Buen de dissimuler en substituant le poisson à la viande, violant ainsi le principe manichéen qui était strictement végétarien ; on nomma ceux qui faisaient cette concession sammakini ou mangeurs de = poisson, par opposition aux saddikeni de la rigoureuse observance.
Les manichéens, obligés de se cacher ou de taire leur affiliation à la secte pour n'être pas poursuivis, avaient pénétré dans le clergé, mais n'y pouvaient faire beaucoup de 1avages. Certains d'entre eux prenaient le parti de se retirer au désert. La loi de Théodore contre les solitaires manichéens les désigne comme sédentaires, et en cela ils se dérobaient au précepte de la vie errante et de la prédication. En revanche, ils paressaient consciencieusement. L'oisiveté absolue des moines manichéens a frappé les Pères du IVe qui les appellent « les fils de la. paresse. Eux-mêmes ne font rien ; ils vivent du travail d'autrui 4, » D'après les Anna les d'Eutychius, les manichéens devaient être particulièrement nombreux en Thébaïde, En 394, le solitaire Copros racontait à des voyageurs qu'étant allé un jour dans cette ville, il y trouva un manichéen qui attirait la foule. Il s'était mis aussitôt à discuter avec lui, malheureusement sans grand succès. « Le manichéen, avouait-il, était trop adroit et toutes mes raisons ne pouvaient l'acculer. Comprenant que ce serait un grand scandale pour la foule s'il se retirait vainqueur du débat, je dis à ceux qui nous écoutaient : « Qu'on allume un grand « feu... entrons-y tous les deux, et celui qui en sortira + sans brûlure, celui-là aura la vraie foi. » Cette proposition plut au peuple etle bücher fut bientôt prêt. Saisissant alors le manichéen, je commencai à l'entrainer avec moi. « Pas ainsi, cria-t-il, que chacun entre « séparément et vous le premier qui l'avez proposé. » J'entrai ; les flammes se dispersérent à droite et à gauche, s'écartant loin de moi. Je restai ainsi une demi-heure et, grâce au nom du Seigneur, je ne subis
MANICHÉISME
1406 aucun dommage... La foule alors commença à presser le manichéen, mais il voulut résister. On le jeta au milieu des flammes qui l'attaquérent et dont il sortit à moitié róti. On le chassa honteusement de la ville en criant : « Que le séducteur soit brûlé ! » Le peuple me prit avec lui et me conduisit à l'église. » Copros s'en tirait avec honneur, mais il lui eût resté à faire la démonstration que la flamme épargne les orthodoxes et grille les hérétiques.
Les Vies des Pères nous offrent un exemple mieux choisi : « Il y avait en Égypte un vieux solitaire qui demeurait dans le désert. Loin de lui habitait un autre ermite, mais qui était manichéen et de ceux que dans cette secte on appelle prétres. Comme ce dernier voulait aller visiter, un coreligionnaire, la nuit le surprit justement à l'endroit où habitait l'homme saint et orthodoxe ; mais sachant qu'il était connu de lui comme manichéen, il hésitait, craignant que l'hospitalité ne lui fût refusée. A la fin, pressé par le besoin, il frappa. Le vieillard lui ouvrit, et, l'ayant reconnu, l'accueillit avec joie. Il le fit prier, et après l'avoir restauré, lui donna une place pour dormir. Pendant la nuit, le manichéen réfléchit en lui-même, il se disait avec admiration : « Comment n'a-t-il conçu aucun « soupçon contre moi ? voilà un véritable serviteur « de Dieu. » Et s'étant levé le matin il se jeta aux pieds du vieillard en disant : « Dés ce jour je suis orthodoxe « et je ne vous quitterai plus » Et dans la suite ils demeurèrent ensemble, ».
VI. LE MANICHÉISME EN OCCIDENT. — 1. Dalmatie. — Dans les premières années de Ce, on découvrit dans les ruines de Salone au sud-est de la basilica urbana une plaque en pierre grise (mesurant 0 m. 30 sur 0 m. 39) ; ME porte cette inscription * :
B A CCA TTAPOENOC AYAIA MANIXEA Bécox maphévos Avia Mavryec., La pierre est brisée au bas, et la fin de l'inscription a disparu, mais les lignes conservées sont complètes, Ce fragment est le début de l'épitaphe d'une vierge, nommée Bassa, originaire de Lydie et affiliée à la secte manichéenne (pxviyéx est pour pxvey ota).
Il est rare de trouver dans une épitaphe l'indication de la religion du défunt, à moins qu'il n'ait été revêtu d'une charge sacerdotale cu d'une dignité du culte ; cependant on connaît un certain nombre d'inscriptions où des chrétiens se disent explicitement yguoctuxvot et, fait à noter, ces inscriptions ont 14607 pays d'origine de Bassa. Celle-ci était une vierge (rzxpÜUivoc) ; peut-être jouissait-elle à ce titre d'une position privilégiée parmi les fidèles de son sexe. Bassa était-elle comme Julie d'Antioche, une missionnaire errante, allant de ville en ville précher la foi de Mani ? La brièveté de l'inscription ne permet que des conjectures.
2. Espagne et sud de la Gaule. — L'histoire du progrès du manichéisme dans ces pays est liée à l'histoire du priscillianisme. En 385, Priscillien et ses associés furent exécutés à Trèves comme manichéens +, Cette opinion a trouvé un assentiment général jusqu'en 1888, épo que oü furent découverts et publiés les traités de Priscillien ; depuis lors, elle est discutée. On chercherait en vain dans les écrits de Priscillien ce qui est spécifiquement propre au manichéisme, on y rencontrerait parfois une contradiction des doctrines de la secte sur des points essentiels. D'ailleurs le manichéisme est une hérésie hostile à l'Église, dans laquelle Priscillien se défend de vouloir soutenir une révolte quelconque ; il proteste de sa soumission au pape et soumet sa cause à son arbitrage ; il proteste contre l’accusation qu'on porte contre lui : « Parmi nous, dit-il, il n'en est pas un seul qui ne condamne les manichéens ?... Anathéme à tous ceux qui ne maudissent pas Mani el ses doctrines“. » Il existait certaines analogies dans les pratiques extérieures qui pouvaient favoriser la thèse de ceux qui, comme les évêques Idace de Mérida eL Ithace d'Ossobona, avaient juré la perte de Priscillien :- la pratique de l'ascèse, des réunions ou conventicu les privés, certaines fonctions confiées au zèle des femmes, la consommation de l'eucharistie dans les maisons particulières. Les priscillianistes praliquaient aussi le jeûne dominical, condamnaient le service militaire, et réclamaient l'abolition de la peine de mort. Dans tout cela il y avait incontestablement des points de contact, mais les documents sur lesquels nous jugeons ne sont pas tous sûrs.
Dans ceux qui se rapportent à ses origines, nous constatons que le priscillianisme n'a rien de commun avec les doctrines manichéennes. Les sources postérieures au premier concile de Tolède, vers 400, c'est-à-dire les exposés d'Orose, de saint Augustin, de saint Léon, les canons du IIe concile de Tolède, en 447, et du synode de Braga (563) nous montrent un priscillianisme évolué. On y attribue à Priscillien des dogmes manichéens difficiles à concilier avec ses traités, mais il faut rappeler à sa décharge que Priscillien est mort et qu'on a beau jeu de l'inculper. Nous n'avons pas à étudier ici le priscillianisme à l'occasion du manichéisme ; c'est un sujet sur lequel nous pourrons avoir occasion de revenir.
En Afrique, le manichéisme trouvait le terrain préparé pour lui par le montanisme qui échauffait les enthousiasmes ; aussi, dès le début, les manichéens se signaleront par leur zèle outré : le proconsul Julianus écrit à Dioclétien « qu'ils y troublent le repos des populations et causent les plus grands dommages aux villes : Populos nam que quietos turbare necnon civitatibus, maxima detrimenta inserere ». Au temps de saint Augustin, le manichéisme était en pleine prospérité en Afrique et il menait une offensive audacieuse contre le catholicisme, Fauste, évêque de la secte, était l'inspirateur et le propagateur de cette polémique. Originaire de Milève, issu de parents pauvres, bien doué du côté de l'esprit et des talents, Fauste avait su prendre une première place dans la secte pour laquelle il avait renoncé à sa femme, à ses enfants et à son bien. Converti du manichéisme, il s'adonna sur le tard à l'étude de la rhétorique, se fatigua, ruina sa santé et compromit l'efficacité de son apostolat. Très éloquent, il ne fit néanmoins que peu de conquêtes, mais au sein de la secte son prestige était immense. On le réclamait, on l'attendait, on se l'arrachait et cela ne lui profitait guère, car il parait avoir été surtout un rhéteur, ce que nous nommerions aujourd'hui un beau parleur, un phraseur.
Au début, Augustin, alors manichéen, fut conquis. « L'avidité avec laquelle je l'avais attendu, dit-il, trouvait quelle satisfaction dans le mouvement et la chaleur de ses discours, dans la propriété de son langage qui se pliait comme un vêtement à sa pensée ; j'étais sous le charme. » Mais « il débitait les mêmes fables que les autres, quoi que avec infiniment plus d'agrément ; j'en avais déjà assez de pareils discours. Ils ne me semblaient pas plus solides pour être mieux débités, ni plus vrais pour être plus éloquents, et je ne mesurais pas sa sagesse à la connaissance de sa physionomie, ni aux grâces de son élocution ! » Fauste était uniquement littérateur et n'avait rien approfondi, mais il savait ce qui lui manquait, et il évitait prudemment les controverses d'où il fût sorti péniblement. Les fragments de son ouvrage nous le font voir attaquant l'Ancien Testament et l'interprétation orthodoxe du Nouveau, soulevant des objections, invoquant le texte contre la tradition ou la tradition contre le texte. Son érudition superficielle se cache sous l'éloquence et peut faire impression à des hommes sans grande pénétration.
Il séjourna à Rome et n'arriva à Carthage qu'en 383. À quelques années de là, en 386, le proconsul Messianus fit arrêter et traduire devant son tribunal quelques manichéens ; Faustus était du nombre et il y allait pour lui de la vie, si on lui appliquait la législation de Théodose contre les élus, mais l'intervention des chrétiens qui avaient provoqué le procès fit commuer la peine en relégation. Peu après, à l'occasion d'une fête, il fut gracié.
Fauste rencontra un adversaire redoutable en la personne de saint Augustin. Celui-ci avait appartenu à la secte, en qualité d'auditeur, depuis l'âge de dix-neuf ans et ne l'avait quittée qu'à vingt-huit après une lutte intérieure, dont le récit se trouve dans le livre VII des Confessions. Converti, il attaqua le manichéisme sur le terrain de la philosophie, réfuta les principaux écrits qui circulaient en Afrique : la lettre du fondement de Mani, l'ouvrage d'Adimantus, le livre de Fauste. Dans sa ville épiscopale d'Hippone, il trouva des sectateurs du manichéisme comme ce Fortunat qui exerçait une propagande active, catholiques et donatistes lui proposèrent une conférence publique avec saint Augustin ; elle dura deux jours : 28 et 29 août 392. Fortunat s'avoua vaincu et quitta la ville. Il fut remplacé par un autre prêtre manichéen.
Dans une lettre dont on attribue la date à l'année 404, il s'appelait probablement Félix et soutint la dispute le 7 décembre 401. Il se montra faible, hésitant, sur toutes les questions abordées et fut repoussé avec perte. La discussion avait lieu à l'église fort paisiblement ; elle dura jusqu'au soir. Alors Félix demanda cinq jours de répit ; mais le 12 décembre, il avait perdu toute assurance, se plaignit qu'on avait saisi ses livres et qu'il ne pouvait parler sans eux. Finalement il jeta anathème à Mani et à sa doctrine ! C'est du même Félix, sans doute, que nous avons un acte d'abjuration, où il déclare dénoncer tous les manichéens qu'il connait.
À Malliana, en Numidie, un diacre nommé Victorin communiquait secrètement avec les manichéens chez qui il était auditeur. Il demanda la réconciliation de la ville. — À partir de l'année 405, il semble que saint Augustin interrompe sa polémique contre les manichéens, devenus assez peu redoutables, pour qu'il pût les négliger et se tourner tout entier contre les donatistes et les pélagiens. — En 420, le tribun Ursus, préfet de la maison impériale, arrêta quelques manichéens à Carthage. On leur fit subir un interrogatoire dans lequel ils avouèrent les abominations reprochées à la secte.
Les Vandales ne se montrèrent pas plus indulgents que les Romains ; Hunéric (477-181) pourchassa les manichéens et s'aperçut avec indignation qu'ils avaient envahi le clergé arien. Quelques-uns furent brûlés, le plus grand nombre fut embarqué et conduit en Europe. Le manichéisme était trop profondément enraciné en Afrique pour qu'il fût possible de l'extirper : fidèles à leur politique, ses adhérents affectèrent les dehors de l'orthodoxie. Fulgence, évêque de Ruspe, en découvrit qui se disaient catholiques, mais qui soutenaient que les mouches, les scorpions, les puces, etc. étaient des créatures du démon. À la fin du Ve, saint Grégoire le Grand engageait un évêque à ne pas ordonner à la légère des hommes venant d'Afrique, ce pays étant une pépinière de manichéens ; cette recommandation passa dans une formule usitée pour les ordinations épiscopales et fut répétée jusqu'au milieu du Xe.
Le manichéisme était trop profondément enraciné en Afrique pour qu'il fût possible de l'extirper : fidèles à leur politique, ses adhérents affectèrent les dehors de l'orthodoxie. Fulgence, évêque de Ruspe, en découvrit qui se disaient catholiques, mais qui soutenaient que les mouches, les scorpions, les puces, etc. étaient des créatures du démon. À la fin du Ve, saint Grégoire le Grand engageait un évêque à ne pas ordonner à la légère des hommes venant d'Afrique, ce pays étant une pépinière de manichéens ; cette recommandation passa dans une formule usitée pour les ordinations épiscopales et fut répétée jusqu'au milieu du Xe.
À la même époque, Ambrosiaster les prend à partie avec une extrême vivacité, Marius Victorinus combat le manichéen Justin et, en 333, pendant son séjour à Rome, saint Augustin essaye de l'amener à une dispute, mais saint Augustin, indigné, le dégrada et le renvoya. À Rome, saint Augustin y rencontre un grand nombre de coreligionnaires qui lui font obtenir la chaire de rhétorique à Milan. Vers la fin du IVe, on vit à Rome un essai de réforme ou de réorganisation manichéenne. Un homme riche nommé Constance ne pouvait souffrir les reproches adressés à ses coreligionnaires errants, dispersés, misérables, et il tenta de les réunir dans sa maison. Cet essai d'organisation conventuelle était formellement en contradiction avec les principes édictés par Mani qui interdisait la stabilité. Ceux qui se rassemblèrent chez Constance reçurent le sobriquet de Mallarii « ceux qui couchent sur des nattes », mais cette tentative fut combattue par la plupart des évêques manichéens, notamment par Fauste. Cet essai de réforme était rendu nécessaire par le relâchement qui s'était introduit, au point que saint Augustin répète fréquemment que pas un manichéen n'était fidèle à ses devoirs.
L'édit de Valentinien II et celui de Théodose, en 389, visent surtout les manichéens de Rome. Le pape Sirice (381-389) en exila plusieurs, peu de temps après, son successeur Anastase Ier en découvrit d'autres. Comme ces sectaires participaient au culte catholique, Sirice leur avait interdit spécialement la communion ; même le manichéen converti n'était admis à la recevoir à l'heure de la mort que s'il s'était retiré dans un monastère. Vers le milieu du Ve, l'Église manichéenne de Rome se renforça de nombreux Africains chassés de leur pays par les Vandales. Ils cherchaient toujours à se dissimuler, mais se trahissaient parfois par leur refus de la communion sous l'espèce du vin. Les dénonciations de ceux qui avaient été arrêtés firent connaître un grand nombre de leurs prêtres et de leurs évêques. Vers la fin de l'année 443, des élus furent traduits devant une assemblée d'évêques et de prêtres présidée par le pape, et à laquelle assistait une partie du sénat et du peuple. On les interrogea sur leurs pratiques secrètes. Saint Léon rappelle en plusieurs circonstances la confession faite par plusieurs manichéens, entre autres leur prétendu évêque de Rome sur les rites impurs qu'on reprochait à la secte. « Ils étaient là présents, tous ceux qui avaient participé à ce crime horrible : une fillette de dix ans à peine, deux femmes qui l'avaient élevée et préparée à son métier abominable, le jeune homme qui l'avait déshonorée, enfin l'évêque de la secte, organisateur de ce crime épouvantable. Une partie de leurs livres fut détruite. » Ces rigueurs eurent pour conséquence un certain nombre de conversions. Les convertis furent invités à jeter l'anathème sur Mani et sa doctrine et signèrent dans l'église un acte d'abjuration. Ceux qui s'y refusèrent furent condamnés à un exil perpétuel. En 445, une constitution de Valentinien III confirma les accusations formulées par saint Léon et sanctionna toutes les mesures prises antérieurement.
Les manichéens continuaient à se cacher à Rome. Saint Léon fait aux fidèles un devoir de conscience de dénoncer aux prêtres ceux qu'ils découvrent et la société qu'ils fréquentent. « Ceux, dit-il, qui ne croient pas devoir les livrer, on les proclamera coupables au jugement du Christ pour s'être tus. » Beaucoup sortirent de Rome et se répandirent en Italie ; saint Léon écrivit aux évêques pour les inviter à la vigilance ; ses lettres sont adressées non seulement à des évêques d'Italie, mais encore d'Espagne et d'Orient. On voit ainsi un manichéen nommé Fascentius obligé d'errer de Rome à Astorga, puis à Mérida d'où il doit s'éloigner encore.
Les manichéens se maintenaient toujours à Rome. Le pape Gélase (492-496) en découvrit, les fit déporter et brûler leurs livres. Le pape Symmaque (498-514) poursuivit aussi la secte et brûla ses livres ; enfin le pape Hormisdas (511-523) exila encore quelques manichéens, après leur avoir donné la torture et les coups. On retrouve la secte au VIe. Saint Grégoire le Grand ordonne à son intendant de Sicile de poursuivre les manichéens qui pourraient se cacher dans les domaines pontificaux et de les ramener à l'Église de toute façon. Le même pape écrit à l'évêque de Scyllaeum, dans le Brutium, de ne pas ordonner à la légère des Africains et cette recommandation est renouvelée par les papes Grégoire II (715-731) et Nicolas II (1058-1061). Au IXe, l'épiscopat espagnol écrit à l'épiscopat franc et jette l'anathème à Mani et à ses doctrines. Paschase Radbert ignore s'il en reste encore de son temps : Audiant, si forte »adhuc ulli sunt, manichaeorum compli ces.
H. LECLERCQ,
MANIPULE. — I. Textes et monuments. II. Bibliographie.
I. TEXTES ET MONUMENTS. — Vers 1887, on découvrit dans le cimetière romain de Tav aux (Jura), déjà connu par d'autres trouvailles analogues, une stèle mesurant 0 m. 70 de largeur, sur 1 m. 70 de hauteur. Elle représente une femme dont elle formait le monument funéraire. La défunte est figurée à mi-corps, de face ; de la main droite et pressée contre la poitrine, elle tient une coupe en forme de calice. L'exécution est grossière et due à une main inexpérimentée ; cependant la figure dont les traits sont très accusés et caractéristiques parait vouloir être un portrait (fig. 7581).
L'inscription gravée dans un cartouche est ainsi conçue :
D M SIINOBIINA D( iis) mí anibus). Senobena.
Ce nom celtique est nouveau ; il appartient à la même classe que les noms Senocondus, Senodonna, Senognatus..., etc. Le sens parait être : « vieille femme ».
Mais la partie la plus intéressante de ce monument est la bande d'étoffe frangée que Senobena porte sur le bras gauche : c'est une mappula ou orarium, ce que nous nommons couramment un mouchoir. Le mot orarium n'apparait qu'à une époque relativement basse ; on le rencontre d'abord chez Trebellius Pollio !, puis chez Flavius Vopiscus qui raconte que l'empereur Aurélien distribua au peuple des oraria que les spectateurs agitaient au cirque ou à l'amphithéâtre pour applaudir les cochers ou les acteurs favoris.
On ne connaissait pas, jusqu'alors, de monuments appartenant à l'antiquité païenne, propres à nous renseigner sur la manière de porter le mouchoir. Si on savait qu'il se portait sur le bras gauche, c'est grâce à des textes d'auteurs ecclésiastiques !5*, grâce aussi aux monuments chrétiens, cette partie du vêtement civil ayant été conservée dans le costume ecclésiastique. à Le monument que nous venons de décrire offre d'autant plus d'intérêt que l'origine du manipule est plus obscure. Son nom a varié assez pour qu'on hésite à en attendre une indication utile ; tour à tour on l'a appelé : mappula, sudarium, mantile, fano, manuale et sestace. « A Mappula, diminutif de mappa qui, dans le latin classique, avait le sens que nous donnons au mot serviette, a été en usage jusqu'aux environs de l'an mille. - On rencontre mappula dans le latin de la décadence | et son sens varie beaucoup. Tantôt on s'en sert pour désigner une sorte d'écharpe qui entoure le cou et couvre les épaules, tantôt c'est un suaire, ou bien : une toile servant à envelopper divers objets ; ou bien c'est encore une sorte de baldaquin et c'est enfin le « manipule liturgique qui seul a conservé jusqu'à nos jours ce nom qui a remplacé mappula. C'est un curieux cas de survivance d'un objet dont la destination n'a jamais eu de pratique et qu'on ne sait dans quelle catégorie il faut placer. En effet, ce n'est ni un vêtement, ni un ornement, alors que la chasuble avec sa doublure rigide et sa découpure arbitraire laisse encore deviner l'ancienne casula, tandis que l'étole peut sans trop d'effort rappeler la stola de jadis ; le manipule semble être une réduction de l'étole et | n'avoir d'autre destination que d'entraver les mouvements du prêtre à l'autel ; néanmoins il s'est imposé | 4 et rien ne permet de penser qu'il doive disparaitre désormais. Comme nom servant à désigner le manipule, mappula se rencontre dans le Ier Ordo romain et dans le IIIE, puis chez Rhaban Maur, chez Walafrid Strabon, chez pseudo-Alcuin et Hiculf de Soissons ; Puis encore dans les sacramentaires, pontificaux, missels et inventaires, par exemple ceux de Monza
E.
(vers 900), de Saint-Gall (xi* siècle), Paderborn (1031), Spire (1051), etc.
Le mot fano a plusieurs sens chez les liturgistes ; il désigne le voile des oblations servant à la présentation des offrandes, ou encore le corporal et l'amict papal. Le premier qui donne au manipule le nom de fano est Rhaban Maur ; on le rencontre ensuite dans ~ des prescriptions synodales : Nemo cantet missam...
— sine fanone ; d'autres attestations s'éloignent de plus . en plus de l'époque de nos recherches. — Sudarium. au sens de manipule, n'a pas d'attestation plus ancienne qu'Amalaire, etc. — Mantile, avec la signification que Rhaban Maur. — Manuale ne peut se réclamer d'aucun titre plus ancien que le glossaire anglo-saxon | d’Aelfric !, les Gesta des évêques d'Auxerre , et l'inventaire du trésor de Saint-Pierre à Rome .
Le document le plus ancien qui nous offre l'emploi -. du mot manipulus au sens liturgique est la donation faite par Adelgaster, fils de Silo, roi des Asturies, à la date de 790 ; ce prince offre, entre autres parements six étoles et cinq manipules au monastère d'Obona . Au xsiécle, nous rencontrons ce mot dans la dotation du monastère du Sauveur à Lerez (vers 916), dans le testament de Riculfe d'Elne (mort en 986), dans un sacramentaire de Tours, dans celui de Ratold de Corbie (mort en 986), dans le pontifical d'Egbert et dans le sacramentaire de Moissac *.
À l'époque classique. on donnait le nom de manipulus à une poignée, plus, à une bottelée d'herbe ou de foin, à une gerbe de blé ; comme, à l'origine, on tenait le manipule ou mappula plié dans la main, on a pu ainsi passer d'un nom à l'autre par suite de l'analogie du geste.
Pour l'époque antérieure à la paix de l'Église, nous n'avons ni un texte, ni un monument chrétien qui offre rien d'applicable au manipule. Il serait tout aussi hasardeux de soutenir qu'on en faisait usage que de le nier. Ce qui est très certain c'est que le vêtement sacerdotal des juifs n'offrait rien d'analogue ; ce n'est pas dans cette direction qu'on peut espérer trouver un indice d'origine. On a proposé une explication malaisée à admettre. En s'autorisant de ce fait que les textes et les monuments attestent, on a dit que le manipule n'était autre chose que le voile dont les anciens et les chrétiens avaient coutume de se voiler les mains pour toucher les choses saintes. La coutume de se voiler les mains est incontestable, mais nous ne connaissons aucun texte qui établisse l'usage de saisir toute chose les mains voilées, Nous voyons | sans doute saint Pierre recevant les clefs ou bien le | rouleau de la Loi avec les mains voilées ; Moïse recevant les tables de la Loi, Élisée le manteau d'Élie, des saints ou des évêques portant un exemplaire des Évangiles ou bien le modèle d'une église sur leurs mains voilées, et encore les vieillards offrant à Dieu leur couronne, mais d'abord ils emploient un voile qui couvre les deux mains, tandis que le manipule n'en couvre qu'une seule lorsqu'il la couvre, car il est parfois posé sur l'avant-bras, en deçà du poignet. D'ailleurs la pratique des mains voilées n'était pas une règle absolue, puis que les fidèles recevaient l'eucharistie sur la paume de la main nue et non couverte ; en outre nous voyons sur les mosaïques de Saint-Vital, de Saint-Laurent, de Saint-Venance des diacres qui tiennent le livre des évangiles dans leurs mains nues. L'usage de se voiler les mains ne | pouvait d'ailleurs être une règle sans exception ; il eût rendu certains gestes trop maladroits, de même qu'on ne peut s'aviser de célébrer toute la messe avec | des gants.
Avant d'avoir aucun texte nous trouvons le manipule représenté sur un monument chrétien ; il s'agit d'une fresque ornant une catacombe de Syracuse. La scène représentée est le jugement de l’âme d'une | défunte nommée Marcia, qui se trouve en présence Au VIe, nous commençons à relever des textes intéressant. le manipule ; ce sont deux passages du Liber pontificalis. Dans la notice du pape Silvestre (314-335) nous lisons que ce pape rendit une ordonnance, aux termes de laquelle les diacres devaient user de la dalmatique à l'église et se couvrir la main gauche de la pallia linostima : Et pallia linostima leva LL = : = z a E a aa CIRE a 7. Tu í EL ZÉÓ Sisi EP ET eni UTE DICE Ban pr cm Ar a a CR PE CE SAT - ; 3
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eorum tegerentur. Dans la notice du pape Zosime (417415) il est dit : Hic fecit constitutum ut diacones leva tecta haberent de palleis linostimis per parræcias ! ; c'est le texte de la première rédaction. Dans la rédaction postérieure on lit seulement : Hic fecil constitutum ul diacones leva lecta haberent de palleis linostimis. Suivant qu'on préfère un texte ou l'autre, on voit que Zosime aura répété l'ordonnance de son prédécesseur ou bien il l'aura élargie ; la première rédaction parait préférable. Il n' Y a pas de raison sérieuse de mettre en doute que ces ordonnances soient bien l'ouvrage des papes Silvestre et Zosime, mais, voulût-on en douter, il resterait que ces textes nous conservent le témoignage de ce qu'on pratiquait à Rome comme une chose d'habitude autorisée et prescrite officiellement.
Comme le nom l'indique, les pallia linostima 5e composaient d'une étoffe dont la chaîne était de lin et la trame de laine ou de soie, par conséquent un lissu d'une excellente qualité. Les pallia linostima ainsi portés sur la main gauche servaient d'ornement, car nous sommes ordinairement si peu habitués de cette main, qu'il ne faudrait pas la charger de quoi que ce soit pour la rendre tout à fait inutile. A vrai dire si les pallia linostima se posaient comme le manipule que nous voyons à Marcia, ils n'étaient guère encombrants et c'était tout au plus un ornement.
J.-B. De Rossi considérait le manipule de Marcia, non comme un vêtement profane, mais comme un véritable pallium linostimum « qu'elle porte, quoi que laïque, parce qu'elle comparait devant le souverain Juge, ce qui la place dans une condition analogue à celle du prêtre qui monte à l'autel. G. Rohault de Fleury lui objectant que cet objet a l'apparence d'un ruban, De Rossi répondait que c'est parce que la mappula était pliée, ce qui la faisait paraître étroite.
D'après le Liber pontificalis, le pallium linostimum servait à la liturgie ; si on tient compte du développement que le vêtement liturgique a connu depuis la paix de l'Église, le pallium linostimum ne peut-être identifié qu'à la stola diaconalis ou à la mappula. Si on tient compte de la fresque de Syracuse, des deux textes du Liber pontificalis et de l'usage unanime postérieur au vie et au 1X* siècle, on voit que c'est toujours du même objet qu'il est question.
Le Liber pontificalis n'assigne pas de but particulier et pratique au pallium linostimum ; dans la suite Amalaire y verra une sorte de mouchoir pour s'éponger et Durand de Mende le symbole de la sueur de l’âme. Nous voilà bien renseignés !
Le Registre de saint Grégoire le Grand nous met au courant d'une querelle qui s'éleva entre lui et Jean de Ravenne à l’occasion du port du manipule *. Le pape reproche à l'évêque le fait que le clergé ravennate s'est arrogé le droit de porter la mappula en assistant son évêque au service de l'autel. A cela Jean répond son regret d'être obligé de rappeler ce que la vérité suffit à prouver. Lors que l'usage du manipule est autorisé aux plus petites églises des environs de Rome, le pape n'aura que l'embarras d'interroger ceux qui l'entourent, pour se convaincre que lorsqu'un évêque de Ravenne recevait à Rome la consécration épiscopale, prêtres et clercs portaient publiquement le manipule sans que personne y trouvât à reprendre. Le pape nia et n'accorda l'usage du manipule. aux seuls premiers diacres de Ravenne que pendant le temps qu'ils assistaient leur évêque.
| étu des archéologiques, t. vi1 (1888), p. 35-45. — De Rossi, | Tiburtine conserve une fresque appartenant à la Dans la lunette de l'arcosolium on a représenté la donnons ici . On connaît l'épisode auquel il est fait | allusion :
pert, Le pitture delle catacombe romane, 1903, pl. 242,2. — dans Bull. di archeol. erist., 1877, pl. xr. H. LECLERCO. ' MANNE. — I. Fresque. II. Peinture. III. Reliquaire. E I. FRESQUE. — Le cimetière de Cyriaque sur la voie Appienne, à Rome, conserve une fresque appartenant à la deuxième moitié du IVe ; elle décore un arcosolium que J.-B. De Rossi qualifiait avec raison d'insigne per i rarissimi dipinti on d'é fregialo *, dipinti manifestamente fatti sotto i primi imperatori cristiani 4,
« Toute la multitude des enfants d'Israël étant partie d'Élim, vint au désert de Sin, qui est entre Élim et le Sinaï, le quinzième jour du second mois depuis leur sortie d'Égypte. Les enfants d'Israël murmurent tous contre Moïse et Aaron dans le désert, en leur disant : « Plût à Dieu que nous fussions morts dans l'Égypte par la main du Seigneur, lors que nous étions assis près des marmites pleines de viande et que nous mangions du pain à satiété ! Pourquoi vous avez-vous amenés dans ce désert pour y faire mourir de faim tout le peuple » ? Alors le Seigneur dit à Moïse : « Je vais vous faire pleuvoir des pains du ciel ; que le peuple aille en ramasser ce qui lui suffira pour chaque jour, afin que j'éprouve s'il marche ou non dans ma loi. Qu'ils en ramassent le sixième jour pour la garder chez eux, et qu'ils en recueillent deux fois autant qu'en un autre jour. » Alors Moïse et Aaron dirent à tous les enfants d'Israël : « Vous saurez ce soir que c'est le Seigneur qui vous a tirés d'Égypte, et vous verrez demain matin éclater la gloire du Seigneur, parce qu'il a entendu vos murmures contre lui. Mais qui sommes-nous pour que vous murmuriez contre nous ? » Moïse ajouta : « Le Seigneur vous donnera ce soir de la chair à manger, et au matin il vous rassasiera de pains, parce qu'il a entendu les paroles de murmure que vous avez fait éclater contre lui. Car pour nous, qui sommes-nous ? Ce n'est point nous que vos murmures attaquent, c'est le Seigneur. » Moïse dit aussi à Aaron : « Dites à toute l'assemblée des enfants d'Israël : Approchez-vous devant le Seigneur, car il a entendu vos murmures. » Et lors que Aaron parlait encore à toute l'assemblée des enfants d'Israël, ils regardèrent du côté du désert et la gloire du Seigneur parut tout d'un coup sur la nuée. Alors le Seigneur parla à Moïse et lui dit : « J'ai entendu les murmures des enfants d'Israël ; dites-leur : « Vous mangerez ce soir de la chair, et au matin vous serez rassasiés de pains, et vous saurez que je suis le Seigneur votre Dieu. » Et il vint donc le soir un grand nombre de cailles qui couvrirent tout le camp, et le matin il y eut aussi une couche de rosée tout autour du camp. Et la surface de la terre en étant couverte, on vit comme pilé au mortier, qui ressemblait à de la gelée blanche sur la terre. Ce que les enfants d'Israël ayant vu, ils se dirent l'un à l'autre : « Manu », c'est-à-dire : « Qu'est-ce que cela ? » car ils ne savaient pas ce que c'était. Moïse leur dit : « C'est là le pain que le Seigneur vous donne à manger. Et voici ce que le Seigneur ordonne : Que chacun en ramasse ce qu'il lui en faut pour manger. Prenez-en un gomor pour chaque personne, selon le nombre de ceux qui demeurent dans chaque tente. » Les enfants d'Israël firent ce qui leur avait été ordonné, et ils en ramassaient les uns plus, les autres moins. Et l'ayant mesuré à la mesure du gomor, celui qui en avait plus amassé n'en eut pas davantage et celui qui en avait moins préparé n'en avait pas moins, mais il se trouva que chacun en avait amassé selon qu'il en pouvait manger. Moïse leur dit : « Que personne n'en garde jusqu'au matin. » Mais ils ne l'écoutèrent pas, et quelques-uns en ayant gardé jusqu'au matin, il s'y mit des vers, et le tout se corrompit. Et Moïse s'irrita contre eux. Chacun donc en recueillait le matin autant qu'il en fallait pour se nourrir et, lors que la chaleur du soleil était venue, elle se fondait. Le sixième jour ils en recueillirent une fois de plus qu'à l'ordinaire, c'est-à-dire deux gomors pour chaque personne. Or tous les princes du peuple en vinrent donner avis à Moïse, qui leur dit : « C’est ce que le Seigneur a déclaré ; demain est le jour du sabbat dont le repos est consacré au Seigneur. Faites donc aujourd'hui tout ce que vous avez à faire, faites cuire tout ce que vous avez à cuire et gardez pour demain matin ce qui vous restera. » Ils firent ce que Moïse leur avait commandé et la manne ne se corrompit point et on n'y trouva pas de vers. Moïse leur dit ensuite : « Mangez aujourd'hui ce que vous avez gardé, parce que c'est le sabbat du Seigneur et que vous n'en trouverez point aujourd'hui dans la campagne. Recueillez donc la manne pendant six jours ; mais le septième jour est le sabbat du Seigneur, c'est pourquoi vous n'en trouverez point dans le désert quel que chose de menu et pour quoi vous n'en trouverez pas. » Le septième jour étant venu, quelques-uns du peuple allèrent pour recueillir de la manne et ils n'en trouvèrent point. Alors le Seigneur dit à Moïse : « Jusques à quand refuserez-vous de garder mes commandements et ma loi ? Considérez que le Seigneur a établi le sabbat parmi vous et qu'il vous donne pour cela, le sixième jour, une double nourriture. Que chacun donc demeure chez soi et que nul ne sorte de sa place au septième jour. » Ainsi le peuple garda le sabbat au septième jour, et la maison d'Israël donna à cette nourriture le nom de manne. Elle ressemblait à la graine de coriandre ; elle était blanche, et elle avait le goût de la farine mélée avec du miel. Moïse dit encore : « Voici ce qu'a ordonné le Seigneur : « Emplissez de manne un gomor, et qu'on la garde pour les races à venir, afin qu'elles sachent quel a été le pain dont je vous ai nourris dans le désert, après que vous avez été tirés de l'Égypte. » Moïse dit donc à Aaron : Prenez un vase et mettez-y de la manne autant qu'un gomor en peut tenir, et placez-le devant le Seigneur, afin qu'elle se garde pour les races à venir, selon que le Seigneur l'a ordonné à Moïse. » Et Aaron mit ce vase en réserve dans le tabernacle. Or les enfants d'Israël mangèrent de la manne pendant quarante ans, jusqu'à ce qu'ils vinssent dans la terre où ils devaient habiter. » Ce procédé d'alimentation ne parait pas avoir beaucoup surpris les premières générations chrétiennes, car nous n'en voyons aucune autre représentation parmi leurs monuments que sur la fresque de la catacombe de Cyriaque. La scène est des plus simples, elle rassemble quatre personnes qui semblent recevoir dans leurs mains tendues l’objet qui tombe du ciel et que l'état de la fresque ne laisse plus voir.
Ce sujet n'a jamais été, à notre connaissance, figuré sur les sarcophages où sa représentation n'eût pas offert de difficulté spéciale. »
II. PEINTURE. — Au Latran, sous la Scala sancta, se trouvent trois salles qui ont été déblayées vers 1880. Un pilier, à demi engagé dans la muraille, porte des traces de fresques sur ses trois faces apparentes. Sur les faces est et ouest sont peintes deux colonnes, l'une avec des cannelures en spirale et l'autre cannelée ordinaire. Sur toute la largeur de la face sud du même pilier (1 m. 15) et sur une hauteur à peu près égale, est représentée une scène d'ensevelissement. Un saint nimbé portant une longue barbe blanche pointue, et vêtu d'une sorte de manteau ou linceul roussâtre qui laisse voir à travers les nombreux interstices de ses bandelettes une tunique blanche, est étendu dans un cercueil rectangulaire. Il a les yeux ouverts et tend les bras en l'air, les mains ouvertes, dans l'attitude de l'orant. A droite et à gauche sont deux clercs tonsurés, vêtus d'une longue robe à grandes manches, de couleur jaunâtre, sorte de dalmatique à ramages formés de petits cercles encadrés dans des losanges ou dans des lignes ondulées, avec deux bandes foncées parallèles par-devant. Autour du cou et de l'avant-bras apparaît l'aube blanche (fig. 7584). E.
Le costume de ces clercs ressemble fort à celui des servants de la messe sur la fresque de Saint-Clément représentant l'enterrement de saint Cyrille ou de saint Clément. L'expression de leurs figures est presque identique. Celui qui est à gauche tient un cierge dans chaque main ; celui de droite agite de la main droite un encensoir sphérique (avec une triple flammèche) soutenu par une triple chaîne, d'un modèle exactement semblable à ceux que l'on voit dans la fresque de Saint-Clément. Au-dessus du saint tombe une sorte de neige formée de points blancs sur fond bleuâtre qui paraît sortir d'un nuage circulaire. Cette scène figure l'enterrement de saint Jean l'Évangéliste. Les points blancs, figurent la manne opérait des guérisons, était conservé au Latran : De manna sepulturæ sancti Joannis Evangelistæ ampulla plena *. On observera que la manne tombe du ciel comme celle des Hébreux, ce qui n'est pas tout à fait conforme à la légende ?.
La manière dont est traitée cette peinture ne manque pas d'un certain art. Les plis du manteau, ou plutôt du linceul de saint Jean sont faits de traits blanchâtres d'une assez grande délicatesse et la saillie « des genoux du vieillard sous l'aube est fort bien rendue. Il en est de même des ombres, de la barbe et des cheveux. Les tons de chair sont assez plats. Cependant la tête de saint Jean est ombrée suffisamment, et les deux clercs ont sur les pommettes des plaques de vermillon ; les traits de leurs figures sont soignés et dénotent quelque habileté. | Le style des costumes, l'attitude des personnages, enfin, la comparaison avec l'enterrement de Cyrille à Saint-Clément # (xi* siècle, avant 1034) — rapprochement qui s'impose — permettent de dater cette fresque d'une manière très sûre. C'est une peinture de la même école que celui qui a travaillé à Saint-Clément. Elle a dû remplacer une autre peinture plus ancienne qui remontait au ix° siècle ! ; peut-être aura-t-elle repris et interprété le même sujet.
III. RELIQUAIRE. — « Quand les rois, qui sont les lieutenants de Dieu, sont infidèles à leur mission, Dieu, alors, prend en main la verge de fer, pour frapper les princes et les sujets. Au moment où il se croyait maître de tout, Julien l'Apostat, à l'âge de trente-deux ans, meurt percé d'un dard sur le champ de bataille, dans sa guerre contre les Perses ; et une sécheresse pareille à celle qui désola l’humanité, au temps du prophète Élie, affligea les peuples en punition de leurs désordres. » (D'après ce début on peut entrevoir quelque chose de l'inepte récit qui va suivre.) Arras et son territoire avaient reçu à plusieurs reprises des évangélistes envoyés par le Saint-Siège, la foi s'y était presque éteinte, la faim la réveilla, et on se mit à pratiquer la prière, le jeûne et l'aumône, autant du moins que le comportait le triste état d'une population sans pasteurs et revenue à l'idolâtrie.
— Cependant, de tous les points de la contrée, on invoqua Jésus et Marie. Ce serait donner à ce récit une importance et une attention auxquels il n'a aucun droit que d'y reléguer. Avant l'année 363 qui avait prêché la foi dans l'Artois ? Et si elle avait été prêchée, d'où venait le prédicateur ? Cela s'était renouvelé à plusieurs reprises (sic). Ces évangélistes, ces prêtres avaient disparu, l'idolâtrie avait reconquis la contrée, et néanmoins on y pratiquait encore, aussitôt qu'on manquait de pain, la prière, l'aumône, le jeûne et le reste. On les pratiqua si parfaitement que « le Seigneur fit un prodige analogue à celui qu'il opéra dans le désert en faveur de son peuple. Le ciel qui, jusque-là, avait été d'airain, se couvrit à l'horizon d'un groupe de petits nuages, qu'une brise légère étendit bientôt au-dessus de la ville d'Arras et de ses environs. La température s'adoucit, et l'air reprenant la douceur et la sérénité des plus beaux jours, on vit tomber des régions supérieures sur les campagnes arides et desséchées, une substance blanche, comme une espèce de laine ou de ouate très fine, imprégnée de gouttes de pluie, qui, couvrant la superficie du sol pendant un certain temps, d'une couche épaisse, lui communiqua une douce et bienfaisante fraîcheur. En quelques semaines la terre se couvrit d'un tapis de verdure ; tout refleurit, tout se développa avec une incroyable rapidité, en sorte que cette année-là même, la terre produisit des moissons, des fruits, des grains en si grande abondance, que de mémoire d'homme, etc., etc. » Le « céleste engrais » (sic) donna la fertilité aux campagnes de l'Artois pendant des siècles.
On qualifia cette merveille du nom de manne et l'évêque du temps « dont le nom n'est point parvenu jusqu'à nous » en fit une provision qu'on garda dans un vase précieux placé dans le lieu saint. Ceci arriva vers l'an 371 et le prodige fut en grande réputation, car la Chronique de saint Jérôme l'enregistra : Apud Atrebalos, lana e ccelo pluviæ mixta de fluxit, et Paul Orose n'osa moins faire : Apud Alrebatos vero lana de nubibus pluviæ mixta defluxit, Tous les deux rapportent un bruit parvenu jusqu'à eux, sans en chercher l'explication et encore moins sans en tirer des à l'avenir du xi* siècle, et peut-être est-elle due à un artiste | se montrait tout aussi réservé : | liniani 1422 conséquen ces. Au xine siècle, Vincent de Beauvais Anno imperii Valentertio, Gratianus filius Ambiani imperator factus est el paulo post apud Atrebatas lana calo plupig miria defluxit. Ainsi tout se réduit au phénomène de flocons d'apparence laineuse et humides d'eau de pluie dont on signale la chute en terre d'Artois, sans spécifier l'étendue, la quantité et la durée. Il est facile, dés lors, de ramener ledit phénomène aux plus modestes proportions.
Cela ne fait pas l'affaire de Molanus qui, plus de dix siècles après le fait qu'il rapporte, l'exploite de son mieux. D'abord il lui impose une date nouvelle, 403, ensuite il met en circulation la belle fertilité qui résulta de cette pluie merveilleuse, fertilité qui dure encore : summam accepit fertilitatern quam haclenus conservat. Là-dessus les curés d'Arras se mettent à l’œuvre. Messire Guillaume Gazet, curé de Sainte-Marie-Madeleine fait de son mieux et Messire Féry de Loere, curé de Saint-Nicolas-sur-les-Fossés, tâche de mieux faire encore. Le P, Gil les Boucher, jésuite, se met de la partie et atteste qu'en 1653 on conservait encore de notables portions du “ céleste engrais ». Après cela, on est bien aise de dire que les bénédictins, auteurs du Gallia christiana, ne | croyaient pas un mot de cette imposture et rappor- | taient qu' « on conserve dans la basilique cathédrale d'Arras, une substance qu'on appelle la manne, ou espèce de laine qui est tombée du ciel sur la contrée, au temps de saint Jérôme. Elle est enfermée dans un vase d'or enrichi de pierreries, et on l'expose à l'époque des longues sécheresses, pour obtenir du ciel des pluies rafraîchissantes. » Comment le récipient qui renfermait la manne s'est-il maintenu intact depuis l'an 371, alors que l'Église d'Arras n'a conservé aucun souvenir et aucun vestige de ce passé lointain et que tout a péri jusqu'à une époque très postérieure ? C'est ce qu'on ne peut expliquer. A l'approche des barbares, prêtres et clercs s'enfoncèrent dans de sombres et profonds souterrains | avec la précieuse relique. Là « elle resta longtemps oubliée et, peut-être plusieurs siècles s'écoulèrent avant qu'elle reparût au jour », ce qui n'a « rien qui doive nous surprendre. » Puis on bâtit la cathédrale, on érige un autel, une chapelle à la sainte Manne ; on expose la fière cha que année sur le Petit-Marché ou sur une place qu'on appelait Follye, située vis-à-vis du portail de l'église de Saint-Jean-en-Ronville. L'exposition nécessita la construction d'un édicule, domus, avec un reposoir et un tronc ad petendum eleemosynas, meuble qu'on n'oublie jamais. L'exposition de 1285 fut une des plus mémorables, elle donna lieu à une foire annuelle. Le 21 septembre 1346, un tumulte populaire aboutit à l'enlèvement de la sainte Manne de la cathédrale ; elle fut transportée de force et mise en dépôt dans la pyramide du Petit-Marché où l'on garde la sainte Chandelle, Elle n'y demeura pas. L'évêque Jean Canardi s'avisa de la faire circuler dans le diocèse afin | de provoquer les aumônes (1392). Au cours de cette quête, le prieur et les moines de Lucheux s'en saisirent dans l'espoir d'exploiter la relique à leur profit, mais on les força à la rendre ; en 1392, on la retrouve à Aubigny et elle reprend le chemin de la cathédrale. Elle s'y trouvait le 24 janvier 1463 lorsqu'elle reçut le baiser du roi de France Louis XI. De temps à autre, on organisait une procession générale à laquelle prenaient part tous les reliquaires ; celui de la sainte Manne n'était pas oublié, avec la sainte Chandelle,
1423 MANNE — MANOSQUE ~ 1424 —
le chef de saint Géry, le corps de saint Vaast. Pendant la première moitié du xvi* siècle, les expositions et processions furent plus fréquentes que jamais. Le 22 mai 1723, les fermiers et censiers du pays viennent solliciter du chapitre l'exposition de la Manne pour obtenir la pluie. Quelques mois après, tenait jadis à l’ordre des Hospitaliers, Manosque a conservé quelques restes de ses antiques remparts - et deux portes du XIVe. Deux églises : Saint- | Sauveur et Notre-Dame où se trouve le sarcophage - dont nous allons parler et auquel se rattache ce qu’on appelle une ancienne tradition. une épidémie emportait trois ou quatre chanoines ; alors on descendit la Manne ; l'année suivante (1725) on la descendit encore, mais cette fois pour obtenir le soleil..
Le 12 mars 1792, les sieurs Philippe Jonc qui et Bruno Gorlier, tous deux orfèvres demeurant à } li i A 2 jos j Arras, reconnurent le reliquaire qu'ils décrivent et qui avait peu de valeur : argent, cuivre et quantité de pierres sans importance ; il fut brisé et les objets qu'il contenait, après avoir passé dans plusieurs mains échouèrent à la paroisse Saint-Nicolas : la sainte Manne, en chemin, avait disparu, et désormais il n'en fut plus question. H. LECLERCQ.
MANOSQUE. — Manosque, chef-lieu de canton du département des Basses-Alpes, arrondissement de Forcalquier. Vieille ville fortifiée qui ap par-
. Le P. Colombi est l'auteur d'une Virgo”Romigeria seu Manuascensis, dans laquelle il raconte qu’ « autrefois un païen labourait son champ, lors que ses boeufs, arrivés à une place que les broussailles avaient couverte, refusèrent d'avancer, malgré le fouet et l'aiguillon. -Ony fouilla et, à peu de profondeur, on rencontra une belle tombe de marbre. Un prêtre que l'on avait appelé l'ouvrit et y trouva une Vierge sculptée en bois, tenant sur ses genoux l'enfant divin, et richement vêtue. » On l'avait enfouie de la sorte, dit la chronique locale, par crainte des Sarrasins. Une grande vénération s'est attachée à cette image qui, si l'on en juge d’après la gravure donnée par Henry, peut remonter, au plus tôt, au XIe ; le mot romi qui, en langue provençale a le sens de « buisson », la fit nommer Notre-Dame de Romigier, Le sarcophage fut transporté dans l'église de 2 kÅ[— « fig. 7586 et 7587). — Le P. Colombi constate que la tombe de Manosque portait des traces de dorure ; ce fait, révoqué par. ment (fig. 7585). Au centre se détache le monogramme dans une couronne surmontant une croix dont les bras portent deux colombes ; au pied de la croix deux soldats. C'est + Ja représentation du labarum. Nous avons donné déjà © t.rm, fig. 3129) a été désigné, t. viir, col. 955, fig. 6544, sous le nom de Manosque. A droite et à gauche du. labarum sont groupés les douze apôtres, chacun d'eux a la tête surmontée d'une étoile et, au même plan,. le soleil et la lune accompagnent le monogramme central ; c'est un détail dont on ne connaît pas d'autre exemple sur les sarcophages antiques. — La croix, le monogramme, les soldats accroupis et les mains E droites des deux apôtres les plus proches du labarum sont de restitution moderne. —. Les parties des faces latérales, non engagées dans | la maçonnerie, représentent à gauche Adam et Ève, à droite les trois jeunes Hébreux dans la fournaise Henry, n'a rien qui doive surprendre. Des sarcophages à sculptures peintes et dorées ont déjà été rotromvé |. Manosque ; il y sert d’autel. C'est un beau monument France, comme en Italie ; il suffira de rappeler ici les bas-reliefs de la colonne Trajane, sur lesquels on a relevé de nombreuses traces d'or et de couleurs.
| Manosque, 1799 ; in-89, Apt, 1808. — J.-J.-M. Féraud, Histoire civile politique, ecclésiastique et littéraire de la ville de Manosque, arr. de Forcalquier, dans Anm. hist. des Basses-Alpes, 1842-1844, t. rv, p. 285-296 ; t. vr, p. 23-31, 127-136, 151-168, 233-280, 347-353 :
| Histoire civile, politique, religieuse et biographique
H. LECLERCO.
t :
La * EN COURS DE PUBLICATION : ` 18 volumes parus.
PAR
Évêque de Rottenbourg et S. Em. le card. HERGENROTHER Traduction nouvelle augmentée de notes critiques et bibliographiques ds Ve L'Histoire des Conciles parait par volumes in-8 raisin de 600 pages environ, au prix de 40 francs, payable dans la quinzaine qui suit la réception. Les volumes ne sont pas vendus séparément.
M. Delarc avait publié une traduction souvent incorrecte des sept premiers volumes de la {re édition allemande. Cette traduction, malgré ses défauts et ses lacunes, avait été assez rapidement épuisée et, depuis longtemps, on ne la trouvait que difficilement et à un prix élevé.
Les travailleurs, trop nombreux encore, qui ne connaissent pas l'allemand, se trouvaient donc privés de cet ouvrage indispensable pour l'étude de l'histoire de l'Église. Sollicités de différents côtés pour publier une nouvelle traduction, nous avons tenu à la présenter au public avec des améliorations telles qu'on puisse la regarder comme une nouvelle édition.
Tout d'abord, la traduction, faite sur la 2° édition allemande, profite de toutes les retouches et de toutes les do Hors qui lui ont été faites par Mgr Hergenróther et par le D » Knópfler. La traduction de M. Delare ne contient pas les tomes vii et ix publiés par le cardinal Hergenróther.
Non content de donner une traduction exacte et précise, le traducteur a voulu mettre le lecteur au courant des travaux les plus récents au moyen de notes nombreuses et d'appendices (plus de 3 000 pages d'additions) qui en font véritablement une 3* édition.
Pour faciliter les recherches, nous avons adopté les mêmes divisions que l'édition originale. Les tomes se correspondent, et nous indiquons en marge les pages de la 2* édition allemande. Chaque tome a sa table des matières. Le dernier volume contiendra en outre une table des matières générale très détaillée qui permettra de se retrouver facilement au milieu de ce travail monumental.
De plus, nous continuerons la publication jusqu'au concile du Vatican inclusivement.
Ainsi traduite, complétée et continuée, notre édition de l'Histoire des Conciles se présente comme un ouvrage susceptible de rendre service et à l'Église et à la science. Aussi les encouragements ne nous ont pas manqué.
VIENT DE PARAITRE : Tome IX, Le Concile de Trente, par P. Ricuanp, docteur ès lettres.
LES JOURNÉES D’ OCTOBRE ET LA FIN DE L'ANNÉE 1789
Un volume in-8 raisin, 456 pages, 2 planches. Prix : 50 Fr.
Un volume in-raisin, 496 pages. Prix : 50 Fr.
Un volume in-8 raisin, 552 pages. Prix : 50 Fr. GRAND PRIX GOBERT 1930 DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
Extrait de la Préface
En 1922, j'ai commencé cette Histoire du déclin et de la chute de la monarchie française qui s'étend de la mort de Louis XIV (1er Septembre 1715) au 10 Août 1792, Le récit s'ouvrait par l'Histoire de la Régence pendant la minorité de Louis XV (3 volumes) : il sera continué par Le Ministère de Monsieur le Duc et par Le Ministère du Cardinal de Fleury. Le règne de Louis XV n'étant que celui des ministres qui gouvernèrent la France sous le nom du Roi, je raconterai Le Ministère du Duc de Choiseul et la fin du régne sous le duc d'Aiguillon. L'espoir que fit naître l'avénement de Louis XVI, les entreprises tentées pour restaurer et rajeunir l'ancien régime, me conduiront à l'étude de cette généreuse et imprudente démarche que fut la convocation des Etats généraux.
Je ne suis pas astreint à suivre l'ordre chronologique et de la crise du début j'ai passé à la crise finale, J'ai donné en 1924 Les Journées d'Octobre et la fin de l'année 1789, aujourd'hui je raconte les événements qui nous acheminent vers la Fédération et à La Fédération. J'espère pouvoir, sans trop de délais, poursuivre mon récit du 15 Juillet 1790 jusqu'au 10 Août 1792. Cela fait, je reviendrai à la période intermédiaire et l’œuvre entière, s'il plaît à Dieu, sera achevée.
Du même auteur :
HISTOIRE DE LA REGENCE pendant la minorité de Louis XV 3. volumes in-8 raisin, LXXXVI-535, 529 et 510 pages. Prix : 100 Fr. OUVRAGE COURONNÉ PAR L'ACADÉMIE FRANÇAISE
Imprimé en France — Imprimerie Lerouzey ET ANÉ, 87, Boulevard Raspail, Paris-VI.
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ET
« 87, Boulevard Raspail, 87
ARTICLES CONTENUS DANS LES FASCICULES CVI ET CVII
MABILLON. — »ole préliminaire. I. Le village de Saint-Pierremont, II. L'Eglise. III. La maison. IV. La famille. V. Enfance et jeunesse. VI. Etu des et vocation. VIL Noviciat et profession, VIII. A Saint-Germain-des-Prés. IX. L'édition de saint Bernard (1667). X. Les Actes des saints bénédictins (1668). XI. L'édition de Pierre de Celle (1671). XII. Le voyage de Flandre (1672). XIII. La Disquisitio de azymo et fermentato (1674). XIV. Les Vetera analecta (1675). XV, Le « Mémoire justificatif des Actes des Saints » (1677). XVI. L'auteur de l'Imitation de Jésus-Christ (1677). XVII. La société de l'Abbaye. XVIII. Le traité De re diplomatica (1681). XIX. Voyages de Lorraine et de Bourgogne (1682). X X. Le voyage d'Allemagne et l'Her Germanicum (1683). Le De liturgia gallicana (1685). XXII. Le voyage en Italie et l'Iter Italicum (1685-1686). XXIII. Le traité des Etu des monastiques (1691-1693). X XIV. Les Réflexions sur les prisons (1694), X XV, La généalogie de la Maison d'Auvergne (1695). XXVI. Le voyage en Lorraine (1696). X XVII. Le culte des saints inconnus (1698-1705). XXVIII. L'édition bénédictine de saint Augustin (1609), XXIX. Derniers voyages d'érudition (1698-1701). XXX. La sainte Larme de Vendôme (1700). XXXI. Mabillon à l'Académie des Inscriptions (1701), XXXII. Les Anna les ordinis sancti Benedicti (1703). XXXIII. Le Supplementum au De re diplomatica (1730). XXXIV. Les dernières années. XXXV. Les disciples. X XXVI. Les amis, XXXVII. Les correspondants de Mabillon. X XXVIII. Caractère de Mabillon. X XXIX. Les derniers mois de Mabillon. XL. La vieillesse et la mort. ALI. Les éloges. XLII. L'exemple et l'intercession de Mabillon. XLIII. Les portraits, XLIV. Epitaphe. XLV. La « Vie de Mabillon = ». XLVI. Translation (1799). XLVII. Translation (1819). XLVIII Bibliographie. 1. Ouvrages imprimés de Mabillon. 2. Trav aux manuscrits, 3. Correspondance. 4, Ouvrages relatifs à Mabillon (d'après l'ordre chronologique), par H. LECLERQ, col. 427-522.
et Castrum. IIT. Voies romaines, IV. Christianisme. a. Catalogue épiscopal. b. Concile, V. Archéologie, par H. LECLERCQ, col. 748-753.
MAÇON, MAGONNERIE. — I. Caractère de la première période. II. Maconnerie par compression. III. Construction pilonée. IV. Les parements et les charpentes enclavées. V, Les voûtes en maçonnerie. VI. Voûtes sur armature. VII. Armature en carrelage.. VIII. Voûtes d'arêtes, IX. Voûtes sphériques. X. Les contrelorts. XI. Les constructions appareillées. XII. La seconde période, ses caractères. XIII. Les massifs. XIV. Les parements. XV, La colonne byzantine. XVI. Voûtes sur cintres. XVII. Voûtes sans cintre, XVIII, Voûtes d'arête. XIX. Coupoles, XX. Niches sphériques. XXI. Voûtes sphériques sur trompes, XXII. Voûtes sur pendentifs. X XIII. Les tassements. XXIV. Les chainages. XXV. Les contreforts, XXVI. Maçons, par H. LECLERCQ, col, 753-795.
MIACTAHR. — I. Nécropoles, Il. Basilique. III. Oratoire. IV. Liste épiscopale, V. Epigraphie, par H. LECLERCO, col. 796-806,
Le Dictionnaire d'Archéologie chrétienne et de Liturgie parait par fascicules in-4 de 128 pages environ, représentant la valeur de trois volumes in-12 de 300 pages. — Une gravure hors texte tient lieu de 16 pages.
Pour les souscripteurs à l'ouvrage complet le prix du fascicule est de 20 francs (port en plus), payable dans la quinzaine qui suit la réception de chaque fascicule. En cas de retard dans le paiement, les frais de recouvrement sont à la charge du souscripteur.
Les volumes brochés se vendent séparément 150 francs, Il n’est pas vendu de fascicules séparés.
I. La ville. IL. Les thermes. IIT. La d] pt Y ET > : s - MINISTERE DELIN TEREUR PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION P DEPOT D IMPRIMEUR | s z pie du R"e Dom Fernand CABROL z^ Aiit ABBÉ DE FARNBOROUGH A e ORNATA DE
PARIS-VI LIBRAIRIE LETGUZEY ET ANE
| 87, Boulevard Raspail, 87 I 1 s 1931
ARTICLES CONTENUS DANS LES FASCICULES CVIII ET CIX
MAESTRICHT. — I. Sous la domination romaine. II. Destruction par les barbares. III. Période des invasions. IV. A l'époque mérovingienne. V. Le siège épiscopal. VI. La liste épiscopale, VII. Saint Servais. VIII. Les successeurs de saint Servais. IX. Les successeurs de saint Monulphe. X. Saint Lambert. XI. De l'évêque Candide. XII. Crosse. XIII. Coupe. XIV. Tissus. XV. Anneau. XVI. Clef. XVII. Inscriptions. XVIII. Abrasax, par H. LECLERCQ, col. 922-077.
MAFFEI (Scipione), par H. LECLERCQ, col. 977-079.
MAGES. I. Le symbole. II. L'histoire. III. L'interprétation, IV. La signification. V. Les explications des Pères, VI. L'intention des artistes. VII. Essai de classement. A. Fresque, B. Haut-relief, C. Bas-relief. D. Gravure. E. Sculpture méplate. F. Mosaïque. G. Miniature. H. Or. I Argent. K. Bronze. L. Ivoire. M. Terre cuite. N. Bois. O., Os. P. Fonds de coupe. Q. Gemme. R. Tissu. VIII. Les noms des mages, par H. LECLERCQ, col. 980-1067.
MAGIE. — I. Le mot et la chose, II. Les pratiques magiques. III. Astrologie et magie. IV. Historique. V. Les juifs. VI. Les chrétiens. VII. Origène et la magie. VIII. L'accusation de magie. IX. La baguette magique. X. La magie au IV* siècle. XI. La magie chez les coptes. XII. Persistance de la magie. XIII. Formules magiques, par H. LECLERCQ, col. 1067-1114.
est de 30 francs. de souscription.
Le Dictionnaire d'Archéologie chrétienne est publié par fascicules in-4 de 256 colonnes, contenant la matière d'un volume in-8 de 500 pages (1 000 009 de lettres environ). Une gravure hors-texte tient lieu de 16 pages de texte. La vente des fascicules est réservée aux souscripteurs. Le prix du fascicule Pour les souscripteurs à l'ouvrage complet, le prix du fascicule est réduit à 20 francs (port en plus) payable à la réception ; mais ils devront faire un versement préalable de 100 francs à valoir sur les derniers fascicules à paraître, Ce versement restera acquis aux éditeurs en cas de cessation Les volumes formés de six fascicules se vendent séparément 180 francs.
MAIRE DU PALAIS, par H. LECLERCQ, col. 1219-1222.
MAISON. — I. Le sens de Domus. II. Les villes antiques. III. Athènes. IV. Rome. V. Pompéi. VI. Égypte. VII. Syrie centrale. VIII. Constantinople. IX. En Afrique. X. Timgad. XI. Portus Magnus. XII Henchir Touta. XIII. Gaule, par H. LECLERCQ, col. 1222-1251. ;
MAITRE D'ÉCOLE, par H. LECLERCQ, col. 1251-1252.
MAITRE QUEUX, par H. LECLERCO, col. 1252-1253.
MAITRISE et MANÉCANTERIE, par H. LECLERCQ, col. 1253-1254, MAJESTÉ, par H. LECLERCO, col. 1254-1257.
MAJORITÉ des rois mérovingiens, parH. LECLERCQ, col. 1257-1259.
MAJORQUE, par H. LECLERCQ, col. 1259.
MALABAR. — I. Évangélisation. II. Liturgie, par H. LECLERCQ, col. 2160-2177.
MALAGA. — I. Historique. II. Christianisme. III. Épigraphie, par H. LECLERCQ, col. 2177-2181.
MALC. — I. Les débuts du monachisme. II. Saint Jérôme hagiographe. IIT. La vie de saint Malc. IV. Bibliographie, par H. LECLERCQ, col, 1281-1288.
MALÉFICE, par H. LECLERCQ, col. 1238-1292.
MALAGA ct MARSA, par H. LECLERCO, col, 1293.
MALO (Saint). — I. La légende. II. Les textes. IIT. La critique. IV. Le fonds historique. V. Le personnage. VI. Bibliographie, par H. LECLERCQ, col, 1317-1342.
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o d PAR Pierre DIB Chorévèque maronite Maître de conférences à la Faculté de théologie catholique de Strasbourg TOME PREMIER L'Église maronite jusqu'à la fin du Moyen Age In-8 de 276 pages orné de gravures …... … 25 francs Les Églises d'Orient dont on ne s'occupait guère, il y à peu de temps encore, à part quelques rares spécialistes, attirent maintenant l'attention des historiens. Elles sollicitent même la curiosité de quiconque est seulement avide de culture générale. De plus en plus on veut connaître les chrétientés, on se plaît à rechercher leurs origines, à étudier leur discipline, leur liturgie, leur organisation.
Les invasions, les guerres, les conditions si dures au milieu desquelles ont vécu pendant de longs siècles les chrétiens en Syrie, n’ont guère permis à ces derniers de se constituer des archives. Les renseignements que l'on possède encore se trouvent principalement dans les actes du Saint-Siège, les lettres patriarcales et épiscopales, les synodes, les rapports des missionnaires et des légats, les relations des voyages, les ouvrages d'histoire qui racontent les événements et citent parfois des textes perdus.
Mais la plupart de ces documents sont des manuscrits épars dans différentes bibliothèques, ce qui en rend la consultation assez longue et assez pénible.
Joli volume in-12 de 320 pages, orné de magnifiques gravures. … 14 francs
Un retrouvera, dans cet ouvrage, la Petite Histoire de Notre-Dame de Lourdes, donnée dans les Annales de Notre-Dame de Lourdes (1868-1869), par le P. Dubois, et qui n'avait jamais été publiée en volume. Cet exposé est précédé d'une étude sur la valeur de ce récit et sur diverses questions, telles que la fin de la deuxième apparition, l'origine de la source, le miracle du cierge, le nombre et les dates des apparitions, le premier pèlerinage, la vraie Bernadette.
A la suite on a donné le discours du P. Dubois à l'inauguration de la crypte et du culte dans le Sanctuaire (1866), — le récit de la mort et des funérailles de Bernadette, — et les éphémérides de 1870 à 1930.
C'est donc une histoire complète du pèlerinage.
BULLAIRE DE L'INQUISITION FRANÇAISE
RECTEUR DE SAINT-YVES DES BRETONS, ROME
M. J.-M. Vidal. Sati Fi iaki Beau vol. in-8° de LXXXVIII-560 pages. Prix : 40 francs.
Le bullaire publié par M. J.-M. Vidal est une contribution importante à l’histoire de l'Inquisition en France au XIVe. Il renseigne complètement sur l'organisation territoriale de l'Inquisition, sur le personnel des tribunaux, sur les justiciables, sur la procédure et sur l'intervention des papes. Les documents imprimés sont au nombre de 350 environ. Ils appartiennent aux règnes des papes depuis Benoît XII à Jean XXIII exclusivement. L'auteur les a extraits des registres du Vatican, d'Avignon et de Latran, aux archives Vaticanes.
Plusieurs conclusions se dégagent du recueil de l'auteur, dont voici les plus intéressantes :
- On savait déjà que le XIVe marquait pour l'Inquisition une période de décadence. Le bullaire en donne une preuve éclatante. D'un pontificat à l'autre, les rapports du Saint-Siège avec les tribunaux inquisitoriaux deviennent plus rares, et ceux-ci de plus en plus inactifs.
Cela tenait à diverses causes. Tout d'abord les prévenus se faisaient rares. L'albigéisme, la grande pourvoyeuse des inquisiteurs du XIIIe, n'a plus que de rares adeptes. Ceux qui subsistent encore et qui se sont réfugiés dans les montagnes du comté de Foix seront arrêtés par les soins de l'évêque de Pamiers, le futur Benoît XII. Les seuls hérétiques redoutables sont les vaudois qui infestent le Dauphiné, l'Embrunois et la Bourgogne. L'Inquisition les traqua activement, surtout sous le pontificat de Grégoire XI, mais elle se heurta à de grosses difficultés. Les hérétiques s'étaient enfuis dans les montagnes des Alpes, il lui fallut organiser de coûteuses expéditions armées. Encore se heurtaient-elles au mauvais vouloir des officiers royaux et des seigneurs locaux qui se permettaient de rendre la liberté aux prisonniers dont ils avaient la garde. D'autre part, les évêques, sommés par le Saint-Siège de subvenir à l'entretien des inquisiteurs et de leurs subalternes, et de fournir l'argent nécessaire pour la construction des prisons, ne se hâtaient pas d'obéir. Ils étaient, d'ailleurs, fort excusables. Les papes les avaient grevés d'impôts, et leurs terres avaient été saccagées par les Grandes Compagnies.
Le nombre des prévenus diminuant chaque jour, le Saint-Siège étendit la compétence des tribunaux inquisitoriaux aux causes d'apostasie, à l'adultère, aux crimes contre nature, à l'inceste, au concubinage, à l'usure, au sacrilège, à l'occultisme, à l'envoûtement, au blasphème, etc.
Jusqu'ici, les historiens modernes, se basant sur un texte du Sezte, admettaient l'inefficacité des appels interjetés au Saint-Siège par les inculpés. Tout au plus constataient-ils qu'ils avaient existé pour les sentences interlocutoires. En tout cas, on les déclarait vains quant aux sentences définitives et, surtout, quant aux condamnations entraînant la peine de mort. L'opinion de Léa et de Tanon est contredite par les faits, au moins au XIVe. Les recours au Saint-Siège furent fréquents. M. Vidal en compte dix-huit cas, à une époque où l'Inquisition était en décadence. Les appels au Saint-Siège furent presque tous terminés au profit de ceux qui les avaient interjetés. Les bulles des papes énoncent des charges affligeantes pour la mémoire des juges inquisitoriaux. Elles narrent leurs abus de pouvoir, leurs actes arbitraires, leurs dénis de justice, leur ignorance en matière juridique, leurs exactions. D'ailleurs les chapitres généraux de l'ordre des frères prêcheurs constatent les mêmes abus. Ceux de Florence et de Vienne, en 1321 et 1322, chargèrent les provinciaux de les réprimer.
Les conclusions que suggère le livre instructif et très neuf de M. Vidal — elles sont nombreuses — recommandent son ouvrage à l'attention des historiens. On y trouve beaucoup à glaner. Les textes sont accompagnés d'une annotation copieuse qui en rend l'intelligence parfaite.
LE DECLIN ET LA CHUTE DE LA MONARCHIE FRANÇAISE
LES JOURNÉES D'OCTOBRE ET LA FIN DE L'ANNÉE 1789
Un vol. in-8° raisin de 456 pages, 2 planches. Prix : 50 francs.
Un vol. in-8° raisin de 496 pages. Prix : 50 francs.
Un vol. in-8° raisin de 552 pages. Prix : 50 francs.
Le Grand Prix Gobert a été accordé aux trois volumes : Les Journées d'octobre, Vers la Fédération, La Fédération, que dom Leclercq a écrits sur une seule année de la Révolution française ; car cette étude considérable tient entre les premiers jours d'octobre 1789 et les derniers jours de septembre 1790. Dom Leclercq a entrepris de retracer dans une vaste étude d'ensemble Le Déclin et la chute de la Monarchie française. Il nous avait donné il y a dix ans une Histoire de la Réforme. Soudain, et comme il préparait l'étude des règnes de Louis XV et de Louis XVI, il a passé aux événements qui ont plus immédiatement précédé la chute de la monarchie. On n'ose lui faire grief de cette brusque saute à travers le temps : l'auteur est maître de son œuvre et on se rappelle que Michelet, après avoir écrit une série de volumes sur l'Histoire de France, interrompit brusquement son œuvre pour courir à la Révolution française qui l'attirait. Ainsi en a-t-il été pour dom Leclercq.
C'est bien, en effet, une Histoire de la Révolution jusqu'en 1792 dont il nous donne aujourd'hui les premiers volumes. L'historien ne s'attache pas à une démonstration et ne paraît en rien servir une thèse. Il se soucie uniquement de mener une enquête serrée, copieuse, extraordinairement détaillée et précise, sur tous les événements petits ou grands de la Révolution à ses premiers pas.
On ne peut qu'admirer tout à la fois la haute conscience avec laquelle cette enquête est menée et l'aisance avec laquelle, de cette écrasante documentation, dom Leclercq fait jaillir tantôt des scènes saisissantes de vie et de mouvement, tantôt des tableaux dont le détail ne nuit nullement à l'ensemble, tantôt des portraits sans prétention littéraire mais qui paraissent tracés d'une main très assurée.
La Révolution a déjà, depuis un siècle, et plus particulièrement depuis un demi-siècle, fait l'objet d'études innombrables. Sans doute dom Leclercq n'apporte à notre connaissance aucun événement qui n'ait déjà été étudié, mais la méthode qu'il a suivie — et c'est celle qui a rendu célèbre l'Ordre bénédictin auquel il appartient — est si scrupuleuse que le résultat en donne, chose rare, l'impression de quelque chose de définitif.
Un mérite qui nous frappe dans la manière de l'auteur est le soin qu'il a de sortir sans cesse de Paris pour aller chercher dans les provinces les contre-coups de chacun des mouvements de la capitale : ses chapitres sur la province constituent certainement ce qu'il y a de plus nouveau dans ces volumes. Un autre mérite est la liberté d'esprit dont fait preuve dom Leclercq. Sa robe de moine ne l'a nullement gêné quand il a été appelé à raconter et à juger les faits, et notamment les événements qui ont mis aux prises l'Assemblée constituante avec l'Église. Certes, il ne porte contre l'ancien régime aucune de ces condamnations sans réserves qui, trop souvent, ont faussé l'histoire, quand on prétendait expliquer et justifier, par la décadence de la vieille France, l'essor des idées révolutionnaires : toutefois il formule sur l'Église de France à la fin du XVIIIe une opinion assez sévère et va jusqu'à voir, dans Talleyrand portant à la fortune matérielle l'A de cette Église un coup mortel, une manière d'agent de la Providence.
L'Académie n'a pas attendu d’être en face de l’œuvre, à vrai dire énorme, qui, un jour, s'étendra d'une si opulente façon sur un siècle de notre histoire ; mais elle a jugé que le morceau considérable qui lui était soumis était par lui-même d'une valeur largement suffisante pour qu'un si bel effort fût par elle couronné et, par là, encouragé...