Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie. Tome onzième, Maximum (Édit de)-Monza. Première partie, Maximum (Édit de)-Miniaturistes / publ. par le Rme dom Fernand Cabrol,... et le R. P. dom Henri Leclercq ; avec le concours d'un grand nombre de collab.. 1933-1934.


MAXIMUM (ÉDIT DE)— I. Les fragments de l'édit. II. Situation monétaire. III. Valeur de l'unité monétaire. IV. Date et application de l'édit. V. Préambule de l'édit. VI. Contenu de l'édit. 1. Céréales, légumes, graines. 2. Vins. 3. Huile. 4. Viande. 5. Poisson. 6. Légumes, fruits nouveaux et conservés, lait et fromage. 7. Salaires. 8. Fourrures. 9. Chaussures. 10. Cuir corroyé. 11. Poils de chèvre et de chameau. 12. Bois

La première trouvaille, qui fut aussi la plus importante, eut lieu à Stratonicée en 1709 ; elle donna le préambule avec le commencement des tables, sauf une interruption de quelques lignes, conduisit jusqu'à la moitié environ de ce que nous possédons. Un fragment, rapporté d'Égypte en 1809 et conservé au musée d'Aix, complète le préambule par l'énumération des titres des empereurs et césars, avec le degré de ces titres. C'est grâce à cette inscription que la date de l'édit a pu être déterminée avec toute la précision possible.

À. — XI = 1

3 2 MAXIMUM

Toutefois, il a surtout corrigé Sherard par Chishull.

E. Spangenberg reproduisit le texte de Leake dans ses Monum. legal. antiq. roman., in-8°, Berolini, 1850, p. 1-23. Le travail capital fut celui de W. Bankes, Fac simile of a Roman tariff fixing a maximum of price for all manner of commodities ; discovered and copied in the year 1817 at Eski-hissar, supposed the ancient Sira- | Joh, Schmidt a cherché de nos jours à retrouver ces fragments à Livadia, mais sans résultat ; ils ont été (ÉDIT DE) Bo. réédités par Dittenberger, Inscript. « rec. seplenir., t. r, n. 3060-3063.

| Carie, par Le Bas, qui le publia dans Inscr. grecq.,

5 MAXIMUM

22 (BB). Platæense graecum, trouvé à Platée en 1890, | dans une église différente de celle mentionnée au | numéro précédent, American journal of archaeo- | logy, t. vir, n. 1-2 = Papers of the american school of classical studies at Athens, t. v, 1892, p. 302-312 ; | Mommsen, dans Corp. inser. lat., t. tii ; Suppl, t. r, p. 1914 bb. :

| |

(ÉDIT DE) 6

Ephem. epigr., t. v, p. 91, n. 246 ; Corp. inscr. lat., t. rx : Suppl, i. 1, p. 1925 oo. ce fragment tient à ce qu'il a été le premier à donner | le prix du blé et de l'orge. cf. Staes, dans '« Eocu.


TETUER ERR

7 MAXIMUM

Des faits, énigmatiques ou obscurs, prennent une signification intelligible dès qu'on peut se faire une idée juste et suffisamment complète de la situation matérielle d'une époque. L'édit de Dioclétien fut une des conséquences redoutables de la crise monétaire qui | sévissait depuis un siècle au sein de l'empire, crise qui n'était elle-même que le résultat du ralentissement de la vie économique et de la gestion déplorable des affaires de l'État. L'étude de cette crise peut amener à une intelligence plus claire de la situation matérielle, des conditions de la vie habituelle et de l'origine des | événements survenus quelques années plus tard, événements qui modifièrent à tout jamais la constitution de l'État romain. A ce titre, l'édit de maximum peut être envisagé comme un des documents les plus significatifs de l'époque qui vit la ruine du paganisme et le | triomphe du christianisme.

La promulgation de l'édit, on doit en être bien persuadé, ne fut pas une mesure adoptée sans réflexion par un gouvernement fantasque ; ce fut l'acte réfléchi d'un pouvoir aux abois, résolu et résigné à recourir aux mesures mêmes dont la gravité ne lui échappait pas. L'avénement de Septime-Sévère, au début du IIIe, avait été plus funeste à l'empire que le règne même de Commode. Celui-ci était aussi méprisé qu'un empereur peut, en s'y efforçant, réussir à l'être, mais ce mépris s'adressait à sa personne, à son entourage, l'État n'en était pas éclaboussé. Septime-Sévère, parvenu à l'empire, s'y incrusta et, pour n'en pouvoir être délogé, fit à l'armée des conditions dont l'ineptie pire eut été, pendant un siècle, la proie de Sévère, de Déce, d'Aurélien et de quelques autres, il était assez déchu pour que la haute intelligence de Dioclétien pût être impuissante à relever et à rétablir la fortune de Rome.

Fortune, au sens financier du mot, car, à vrai dire, la prospérité d'autrefois avait disparu et l'appauvrissement avait pris sa place. Rome vivait, paresseuse et dépensière, des ressources qu'elle attirait vers elle pour en mésuser, mais cet abus séculaire allait faire place à une ruine si complète que la population romaine ne garderait du souvenir de cette opulence disparue que cette avidité sans pudeur dont elle a donné, depuis, le répugnant spectacle, Pendant toute la durée du IIIe, les empereurs et les légions avaient couru d'une frontière à l'autre pour opposer leurs poitrines et leurs armes aux incursions toujours renouvelées des barbares. Mais ceux-ci, souvent battus, ne | l'étaient pas toujours et, au cours de leurs assauts, ils parvenaient à disperser les populations, à ruiner les installations, à anéantir les ressources d'où l'empire tirait ses subsistances, à remplacer la richesse par la misère. Même victorieux, les Romains n'y gagnaient guère ; leurs provinces ruinées réclamèrent des sommes immenses pour être rendues à leur prospérité compromise.

Pendant que les sources de la fortune s'épuisaient, le système monétaire s'avilissait rapidement. On put croire à un changement, mais l'espoir ne dura que le temps d'un éclair. L'avénement de Claude le Gothique amena un chef capable de relever l'empire et qui, pendant ses deux trop courtes années de règne, sut infliger aux barbares, au pied des Balkans, une défaite assez cruelle pour les mettre, pendant un siècle, hors d'état d'entreprendre une opération nouvelle contre l'empire. Absorbé par les soins à donner aux choses de la guerre, Claude disparut avant d'avoir pu rien entreprendre pour réformer et relever les affaires intérieures. Il fut remplacé par Aurélien.

Celui-ci n'entendait pas renouer la tradition de Valérien et de Gallien. Les dernières années du gouvernement de celui-ci avaient été signalées par un tel

(ÉDIT DE) 8

désarroi dans les finances, qu'on en était arrivé à ne plus frapper de monnaies en or, sinon à un poids dérisoire. Dans le même temps, la monnaie d'argent, qui constituait la base des transactions commerciales, avait été altérée au point que, vers 260, le denarius argenteus était devenu une pièce en bronze du même poids. Sur cette pente ruineuse, la monnaie prenait, de plus en plus, une valeur purement fiduciaire et l'État lui-même donnait le signal de la déroute financière, en refusant d'accepter le montant des impôts dans une monnaie autre que l’ancienne. Dans les provinces éloignées, la situation paraissait sans issue et les légions, campées aux frontières de l'empire, ne pouvaient plus, avec leur solde, se procurer le nécessaire. | Aurélien eut d'abord à soutenir quatre années de guerre pour rétablir la situation extérieure. Lors que, dans le courant de l'année 274, vainqueur du royaume de Palmyre dont il rapportait une partie des richesses à Rome, Aurélien annonça son intention de soumettre la frappe de la monnaie à des règles fixes, il se heurta | à une opiniâtre résistance de la part de ceux qui vivaient des abus de l'ancien état de choses. Ceux-ci entraînèrent la populace romaine à lutter à main armée contre les réformes d'Aurélien. Les émeutes se prolongèrent pendant plusieurs jours et il fallut recourir à une véritable armée pour noyer dans le sang la résistance. La cruauté naturelle d'Aurélien ne pouvait que s'y affermir, il se trouva désormais assez fort pour mettre à exécution son projet de réforme qui, bien qu'incomplète, subsista intacte pendant les vingt-six années qui suivirent.

La réforme de 274 reconstitua tout le système monétaire de l'empire sur les bases suivantes :

L'aureus, denier d'or, fut taillé à 1 : 60 à la livre, soit : 5,45 grammes. Cette pièce, au commencement de l'empire, avait été taillée à 1 : 40, soit : 8,17 gram

Le denarius argenteus, denier d'argent, fut rétabli en principe, en métal pur comme à l'origine ; ensuite, comme cette pièce formait la base de tout le système monétaire romain, on lui conserva son ancien poids de l'époque de Néron de 1 : 96 à la livre, soit : 3,40 grammes.

Enfin, le denier avili, qui maintenant était en bronze, et qui, par la force des choses, était devenu la seule monnaie en circulation à l'époque, fut conservé tel qu'il était, comme monnaie divisionnaire, et on lui donna le nom de denarius communis, denier commun. Il devait être frappé à 1 : 6 d'once, soit : 4,53 grammes, poids qu'il atteignit bien rarement ; en même temps, on se mit à le frapper avec une plus grande régularité et avec plus d'élégance. Sous les empereurs qui suivirent, on apporta une certaine recherche dans le choix et la variété des types de revers ; et pendant toute cette période, qui commence à Aurélien pour finir avec l'avénement de Constantin, un véritable réveil artistique se manifeste dans ces monnaies. Cette pièce reçut alors, à l'exergue, le nombre XXI ou KA indiquant qu'elle devenait la vingt et unième partie du denier d'argent.

Cette réforme imparfaite eut néanmoins d'heureux résultats, elle ramena une plus grande sécurité dans les transactions commerciales : mais, quoi que le denarius communis fût saucé d'argent afin de dérober par ce subterfuge l'émission au Sénat, ayant seul droit d'émettre de la monnaie de bronze, les populations manifestaient leur répugnance pour cette pièce qu'on savait bien loin de représenter la vingt et unième partie du denier d'argent.

Le résultat fut que le trésor, au moyen d'une monnaie dépréciée, ne put se procurer le métal nécessaire | à la frappe du denier d'argent ; ainsi, le principal avantage de la réforme fut perdu pour l'État. Pendant près de trente ans, le dernier d'argent exista en principe, bien que l'État fût incapable, matériellement, d'en reprendre la frappe ; il demeura une monnaie de compte jusqu'à la réforme de Dioclétien qui rétablit l'équilibre monétaire.

Vers l'an 300, Dioclétien prit une mesure hardie et brutale : il décréta une nouvelle réforme monétaire qui modifiait la proportionnalité relative de la valeur. des monnaies existantes. En principe, le denier d'argent conservait son poids légal, ce qui importait assez peu au public puisqu'il n'y en avait pas un seul en circulation. Le poids du denier d'or fut réduit d'un cinquième. Le denier commun conserva son poids actuel, mais il fut considérablement diminué dans la détermination de sa valeur, relativement à celle du denier d'argent. Enfin, on créa une nouvelle pièce en bronze, d'un volume double de celui du denier commun qu'il remplacerait dans les attributions monétaires.

Le nouveau système des monnaies se présenta donc ainsi :

Le denarius aureus fut taillé à 1 : 72 à la livre, soit : 4,54 grammes.

Le denarius argenteus continua, comme sous Aurélien, à être au taux de 1 : 96 à la livre, soit 3,40 grammes.

On comprendra facilement le bouleversement subit amené par cette réforme en un temps où le denarius communis était l'unique monnaie en circulation. Il n'y avait presque plus d'or monnayé dans le commerce ; depuis de longues années, on ne frappait plus de monnaies d'argent, et quelques pièces anciennes qui circulaient encore étaient des objets de curiosité. Seul, le denier commun servait aux transactions du petit négoce et au prêt des troupes.

Ce qu'on appelle « réforme de Dioclétien » devait, de son vrai nom, porter celui de « banqueroute ». L'empereur, sous sa responsabilité personnelle, décréta du jour au lendemain la réduction, à cinquante pour cent de sa valeur, d'une monnaie créée par l'État, répandue à profusion et la seule en circulation. Or, cette banqueroute était rendue obligatoire du moment qu'on voulait liquider la situation créée par un siècle de gaspillage, de désastres et de misère. Avant d'envisager l'émission de monnaies en or et en argent, il fallait rétablir un équilibre pratique entre la monnaie, seule alors en circulation, et les deux autres métaux qui entreraient avec elle dans l'organisme monétaire nouveau. Cette réforme fut appliquée avec la rudesse habituelle au gouvernement romain dans tous ses actes. Il s'ensuivit bientôt un grand trouble dans les relations commerciales de tout le monde romain et une hausse considérable des prix des denrées en très peu de temps, principalement dans les provinces orientales. L'agriculture y tenait une place secondaire et le ralentissement presque subit des affaires porta un coup funeste à son industrie. La misère y fut grande et l'empereur jugea devoir prendre en main la situation. Il promulgua à Nicomédie l'édit de maximum, remède pire que le mal et qui précipita la ruine de l'empire.

Dès lors, il ne fut plus question de cherté, mais de disette. Tous ceux qui possédaient des marchandises s'empressèrent de les cacher, afin de ne pas s'exposer à des pertes considérables ; quant à ceux qui traitaient avec le dehors, ils suspendirent brusquement leurs opérations, puis que l'édit lui-même avait consommé leur ruine.

Le petit peuple résista, le gouvernement recourut à la force et répandit le sang. La navigation se trouva bientôt suspendue en fait et la détresse fut profonde et générale. Un tel résultat, d'autant plus humiliant qu'il était plus inattendu, ne pouvait être prolongé sans faire courir les risques les plus graves. Dioclétien reconnut s'être trompé. On fut bientôt obligé de fermer les yeux et de laisser ouvertement violer les termes du décret : puis l'édit lui-même tomba dans l'oubli et il ne resta de cette funeste aventure que le souvenir des désastres qu'elle avait causés.

Voici donc un événement qui eut une application universelle et qui engendra une catastrophe économique, et pas un historien n'en a soufflé mot. Le seul Lactance, un polémiste, en a parlé : « Quand ce même (Dioclétien), dit-il, au milieu d'injustices diverses, établit par une loi le prix des objets de consommation, il s'ensuivit un renchérissement extrême. À cause de la rareté des denrées et de leur vil prix, il fut répandu bien du sang ; par la crainte, personne ne voulut acheter et la cherté augmenta encore bien davantage, jusqu'à ce que cette loi, après bien des ruines, fut abandonnée par la force même des choses 1, »

La marque unitaire employée devait représenter une monnaie toujours fort répandue parmi le menu peuple. Or, nous venons de voir qu'au début du IVe, il n'existait plus dans la circulation qu'un seul type de monnaie. Le follis était de création trop récente pour qu'il puisse en être question et, d'ailleurs, sa désignation ne put jamais se confondre avec celle de l'ancien denier. La seule pièce en cours, la seule en circulation à cette date, la seule qu'on ait rencontrée dans les trésors militaires enfouis à cette époque, est le denarius communis. Toutes les transactions imposées par les usages journaliers ne pouvaient s'opérer qu'en deniers.

Vers l'année 300, au moment de la réforme monétaire de Dioclétien, le denier d'argent avait déjà 570 ans d'existence. Pendant plus de quatre siècles, cette pièce de monnaie était demeurée telle qu'elle avait été établie à son origine, en argent pur. Cependant, de temps à autre, même déjà vers la fin de la république qui amena tant d'or à Rome, on vit apparaître, au milieu des émissions, une quantité plus ou moins considérable de monnaies faussées que l’État mêlait aux bonnes pièces et que le public semble avoir acceptées alors sans répugnance. Mais on avait dû, plus tard, abandonner la frappe de ces pièces faussées dont les frais de fabrication devaient être fort dispendieux, et l'on se mit alors à altérer le titre de l'argent. On s'engagea, alors, dans une voie funeste, qui ne pouvait avoir d'autre issue que la banqueroute ; par des altérations successives, en moins d'un siècle, le denier arriva à n'être plus qu'une monnaie fiduciaire absolument sans valeur intrinsèque, et, au moment où nous sommes arrivés, il y avait déjà bien quarante ans qu'il en était ainsi. Et pourtant, chose presque incroyable, l'abaissement du titre du denier avait commencé à devenir sérieux sous le règne d'excellents princes, comme furent les Antonins.

Malgré cette altération progressive, le denier avait conservé son caractère unitaire ; c'était toujours la monnaie avec laquelle s'opéraient les transactions journalières, Ce dont on a été témoin alors s'est renouvelé depuis sous nos yeux et à nos dépens. Le denarius sans cesser de s'avilir conserva, pendant des siècles, son nom primitif et par ses transformations successives, tout en gardant son nom, passa du premier au dernier rang de la hiérarchie monétaire.

Le solidus connut la même infortune. À l'époque de Constantin et sous les rois mérovingiens, le sou d'or tenait la tête des monnaies dont il ferme aujourd'hui la nomenclature sous le nom encore de sou, mais sou de cuivre, servant de monnaie unitaire dans les transactions quotidiennes des humbles. Et, malgré sa déchéance unitaire, consommée officiellement depuis la fin du XVIIe, c'est encore aujourd'hui la seule monnaie de compte du petit négoce.

Ce n'est pas au moment où le franc a déchu au cinquième de sa valeur nominale, où l'or a fait place au papier, sans qu'on puisse prévoir et peut-être sans qu'on doive espérer le retour de la valeur ancienne, que nous nous hasarderons, dans le calcul proportionnel de la monnaie ancienne avec la monnaie actuelle, à tenir compte d'une situation à tant d'égards injustifiée, Nous conserverons donc, dans les appréciations qui vont suivre, les calculs admis dans la deuxième moitié du XIXe.

Borghesi et Dureau de la Malle, après lui, avaient pensé que le chiffre XCVI, qui se trouve sur beaucoup de pièces d'argent frappées par Dioclétien et ses collègues, était une indication ; ils en concluaient que ces monnaies valaient quatre-vingt-seize pièces de cuivre du plus petit module ; quatre de ces pièces pesant à peu près autant que le grand denier de cuivre, il en serait résulté que le denarius valait la 24e partie de l'argenteus de Dioclétien, c'est-à-dire 2 centimes et demi. Or, il est démontré aujourd'hui que le chiffre XCVI indique la taille des argentei et signifie qu'on en fabriquait quatre-vingt-seize avec une livre d'argent. De plus, en adoptant l'évaluation de 2 centimes et demi, comme le faisaient Borghesi et Dureau de la Malle, on arrivait, pour le prix des subsistances, à des chiffres tellement inférieurs aux prix connus ou vraisemblables, que le tarif de Dioclétien paraissait ruineux et insensé.

Waddington réfuta l'opinion de Ph. Le Bas !, qui évaluait le denier à 4 centimes, en se fondant sur des pesages inexacts, et celle de Mommsen, qui assimilait les moyens bronzes de Dioclétien aux folles de Constantin et de ses successeurs, et qui supposait le rapport entre la monnaie d'or et la monnaie de bronze identique sous les deux règnes, ce rapport étant de 144 à 1 ; Mommsen donnait au denier de cuivre une valeur de 10 centimes environ. Waddington observe |, que la proportion établie entre la monnaie d'or et le follis n'est indiquée que par des auteurs des IXe, Xe et XIes *. Procope, au contraire, affirme que la valeur du follis, à l'époque de Justinien, suivait une marche ascendante, au lieu d'aller en décroissant ; par conséquent, la valeur du cuivre relativement à l'or était plus forte sous le règne de Justinien que sous celui de ses prédécesseurs. L'abondance de l'or, après la grande réforme de Constantin, en était la cause, tandis que, à l'avènement de Dioclétien, la monnaie de billon et de cuivre était presque seule en circulation.

Waddington estime que le solidus contenait, non pas 144 folles de Constantin, comme le suppose Mommsen, mais 288. Le calcul devient plus difficile, lorsqu'il faut remonter à Dioclétien. Mommsen a reconnu lui-même, dans un écrit postérieur , qu'on ne peut déterminer avec certitude la valeur du denier de l'édit de Dioclétien. Toutefois, Waddington s'arrête à un chiffre approximatif, en s'appuyant sur le poids moyen des monnaies de Dioclétien. Son opinion a rencontré, comme il fallait s'y attendre, des approbateurs et des contradicteurs, les uns et les autres dignes de réclamer | l'attention. Waddington lui-même déclare n'être arrivé qu'à une approximation et non à un résultat acquis. « Les aurei de Dioclétien, dit-il, pèsent en moyenne 5 gr. 45, ce qui, au prix de 3 fr. 30 le gramme d'or fin, donne une valeur en monnaie actuelle de 17 fr. 78 cent. dont la 288e partie est 0,062. Le denier de Dioclétien vaudrait donc 6 cent. et 2 dixièmes. » Cette évaluation est fondée sur le poids des monnaies, sur la comparaison d'un grand nombre d'exemplaires, c'est-à-dire sur les seules données positives auxquelles nous puissions recourir. Mais comment espérer quelle certitude, quand il s'agit d'une valeur conventionnelle, quand on considère combien le pouvoir de l'argent varie suivant les temps et les lieux, quand on voit nos théories sur la monnaie se contredire | si ouvertement, quand il est déjà impossible de déterminer la valeur relative des métaux précieux, sous des règnes séparés de nous par quelques siècles à peine. Hippolyte Passy repousse le chiffre de Wad| dington, parce que, en 301 de notre ère, les prix auraient été ce qu'ils sont à peu de chose près aujourd'hui * dans nos villes, les denrées alimentaires auraient même coûté bien plus cher, car le seigle se serait élevé jusqu'à 21 fr. 50, et peut-être 25 fr. 15 l'hectolitre, et le blé jusqu'à 35 et peut-être 41 fr. l'hectolitre. Or, les métaux précieux étant très rares au IVe, la dépréciation du numéraire n'a pu faire hausser le prix des denrées à ce point. Il serait aisé de répondre que le prix du blé n'est établi que par conjecture et que nous ignorons combien la culture du seigle a pu être restreinte en Orient. C'est là le terrain des hypothèses et mieux vaut s'attacher à ce qui est certain. Ce qui est certain, c'est l'unité, quelle qu'elle soit, d'après laquelle toutes les denrées comme tous les objets doivent être évalués, | a subi. La découverte du fragment d'Élatée a certainement aidé à atteindre une solution sur laquelle quelques spécialistes en ces matières sont tombés à peu près d'accord et, chose intéressante à noter, sont revenus, ou peu s'en faut, au chiffre admis par Borghesi et Dureau de la Malle qui était, on s'en souvient, 0 fr. 025. C'est aussi le chiffre auquel s'arrête E. Babelon ; tandis que Mommsen et Blummer s'en tiennent à 0 fr. 02025 ; E. Levasseur, 0 fr. 02125 et E. Lepaulle, 0 fr. 0212.

Dans les calculs qui vont suivre, on comprendra l'or comme étant l'équivalent de 3 fr. 25 le gramme, car nous savons que l'or employé dans la monnaie romaine était aussi pur que les moyens d'affinage de l'époque permettaient de l'obtenir.

Dans l'inscription d'Élatée, l'or monnayé est coté au même prix que l'or affiné, δ6evËos ygucóc ; il était, en ce temps, considéré comme une marchandise susceptible de fluctuations commerciales. Il est coté dans l'édit à 50 000 deniers la livre, ce qui donne au denier commun la valeur de 0 fr. 0212, environ 2 centimes avant 1914. Ce chiffre représente donc la valeur exacte de la monnaie unitaire employée dans l'édit.

En partant de ce point, nous arrivons à établir la valeur suivante pour chacune des monnaies formant l'objet de la réforme de Dioclétien :

Le follis étant l'équivalent du double du denier commun, il valait donc 0 fr. 0424 ;

Le denarius argenteus valait maintenant quarante-deux deniers communs, soit : 0 fr. 89.

Le denarius aureus était maintenant taillé à 1 : 72 à la livre, ce qui lui donnait, en conséquence, la valeur de 14 fr. 78.

La livre d'or était égale à 1062 fr. 75 ; la livre d'argent à 82 fr. 44 ; il s'ensuit donc que, à cette époque, la proportionnalité de l'or à l'argent était de 1 : 12,44. Il fallait donc, à ce moment, 16,6 deniers d'argent pour faire l'équivalent d'un aureus.

Partie des provinces ressortissant du gouvernement de...

Dans le fragment provenant d'Égypte, on rencontre le degré des dignités de chacun des empereurs. Dioclétien a la dix-huitième puissance tribunicienne, qui avant le IVe, il existait unité officielle de monnaies, de poids et mesures, et presque unité de langue.

Pour tout ce qui touchait aux échanges, le gouvernement de Rome avait su procurer aux peuples qui lui étaient soumis des facilités que nous pouvons aujourd'hui leur envier.

Pour plusieurs chapitres, les prix paraissent extrêmement exagérés, ce sont les suivants : les céréales, les vins, les bois de construction et les vêtements confectionnés. Or, seulement dans les provinces d'Orient, faisant partie de l'Asie, on a trouvé des fragments concernant les trois premiers objets, et seulement dans la Grèce propre, on a trouvé les fragments concernant le dernier article. Ne pouvons-nous supposer que, dans chaque contrée, le gouvernement a fait publier seulement la partie des tables intéressant le pays ? La Grèce produisait du vin en abondance et des céréales, les prix stipulés dans l'édit devaient être ridiculement exagérés pour ce pays et le tarif de ces marchandises y était inutile. Quant aux vêtements confectionnés, si nous faisons abstraction de ceux qui étaient confectionnés avec des draps épais, comme ceux de la Nervie et du Norique, ils étaient tous fabriqués en Asie, et là, ils devaient être vendus bien meilleur marché que les prix indiqués au tarif.

V. PRÉAMBULE DE L'ÉDIT, — Le préambule de l'édit est assez long !. Malgré son style vague et ampoulé, il nous montre l'humanité telle qu'on la retrouve à tous les âges et, en présence des mêmes difficultés, empressée à désigner des coupables et à détourner sur eux l'attention qui pourrait se tourner sur les vrais responsables des maux qu'on prétend guérir. Ici, ce sont les commerçants, les accapareurs, les fournisseurs, les receleurs qu'on incrimine, lorsqu'il serait plus équitable de s'en prendre au luxe de la société, à l'équilibre rompu entre les ressources des particuliers et leurs appétits, à la mauvaise administration ou à l'intervention funeste des gouvernants.

« La fortune de notre empire, à laquelle, après les dieux immortels et le souvenir de nos victoires, nous devons le profond repos dont jouit le monde, veut aussi être honorée par les bienfaits de cette paix qui a coûté tant d'efforts ; le bien public et la dignité de l'homme l'exigent ; et il incombe à nous, qui, par la grâce des dieux, avons arrêté les ravages des barbares, de garantir la tranquillité rétablie contre les maux intérieurs. Que si l'avarice, acharnée à augmenter d'heure en heure, de moment en moment, ses gains illicites, était retenue par quelque sentiment de modération, ou si la fortune publique était capable de supporter cette licence effrénée, on pourrait peut-être encore se taire et laisser à la patience de chacun le soin de tempérer la gravité d'une condition aussi misérable. Mais, parce que la fureur du gain ne connaît de frein que la nécessité, et que ceux auxquels l'extrémité de la misère a fait sentir leur malheureuse condition ne peuvent rien faire au-delà pour s'en affranchir, il convient à nous, qui sommes les pères du genre humain, de mettre fin, par une loi, à un état de choses aussi intolérable ; et nous apportons le remède réclamé depuis longtemps, sans nous soucier des plaintes qu'excitera notre intervention chez ces mauvais citoyens, qui, tout en sentant que notre long silence leur commandait la modération, n'ont pas voulu en tenir compte. Chacun sait, par sa propre expérience, que les objets de commerce et les denrées qui sont vendus journellement sur les marchés des villes ont atteint des prix exorbitants ; que la passion effrénée du gain n'est plus modérée, ni par la quantité des importations, ni par l'abondance des récoltes, et qu'elle considère comme un malheur les bienfaits mêmes du ciel ; nous devons exposer les causes de cet état de choses, afin que la nature du remède soit mieux comprise et que ces hommes sans pudeur soient forcés de reconnaître leur insatiable avarice.

« Qui ne sait avec quelle audace l'esprit de pillage vient s'abattre partout où le salut de tous exige que — = 15 MAXIMUM nos armées soient dirigées, non seulement sur les villes et les villages, mais sur toutes les routes, et fait monter les prix des denrées, non pas au quadruple, mais à l'octuple ou à un taux qui dépasse toutes les bornes ?

Qui ne sait que, par l'accaparement de telle ou telle denrée, le soldat a quelquefois perdu sa paie et le bénéfice de nos largesses, de sorte que l'effort commun du monde entier pour le maintien de nos armées doit céder devant les détestables gains de ces pillards ? Mus par ces considérations, nous avons résolu de fixer non pas les prix des denrées (ce qui serait injuste, puis que plusieurs provinces jouissent du bonheur et en quelque sorte du privilège de l'abondance), mais le maximum qu'elles ne devront pas dépasser, afin que, dans les années de cherté, le fléau de l'avarice soit contenu par les limites et les restrictions de la loi. Nous voulons donc que le tarif annexé à cet édit soit observé par tout l'empire et que chacun comprenne que la faculté de le dépasser lui est enlevée ; de cette façon, les bienfaits du bon marché ne cesseront pas là où il y a abondance, et ailleurs l'avarice sera comprimée. Quant aux négociants qui ont l'habitude de fréquenter les ports de mer et de parcourir les provinces lointaines, qu'ils se souviennent qu'il est inutile d'accaparer les denrées en temps de cherté, puisqu'ils ne pourront les vendre ailleurs à un prix plus élevé. Et, attendu que l'usage constant de nos ancêtres a été d'édicter une pénalité pour l'infraction de la loi, nous déclarons que celui qui enfreindra ce statut encourra la peine capitale ; il en sera de même de celui qui, par désir du gain, se sera prêté aux manœuvres des accapareurs ; et, à plus forte raison, de celui qui, possédant des denrées, aura jugé à propos de les recéler. » La peine de mort, décrétée par Dioclétien, n'était pas faite pour surprendre les Romains, accoutumés à ces rigueurs excessives et pour qui la vie était un enjeu, comme de nos jours une amende correctionnelle.

De ce préambule, deux faits principaux ressortent : le premier, c'est que certaines provinces jouissaient de l'abondance et d'un tarif modéré ; le second, c'est que la cherté se faisait principalement sentir dans le voisinage des grandes villes et dans les pays où se-trouvaient des camps légionnaires.

Pour faciliter l'intelligence du texte, Mommsen et Waddington l'ont réparti en chapitres, d'après la nature des objets. Cette répartition est arbitraire, puis que les anciens avaient choisi un ordre de matières pour des raisons qui nous échappent et à défaut desquelles il est préférable d'adopter ce qui est aujourd'hui généralement admis.

Le modius, la plus grande mesure sèche des Romains, d'une capacité de 8,63 litres. Cette mesure avait été empruntée aux Grecs ; elle était la sixième partie du médimne grec, lequel était d'une contenance de 51,79 litres. Gependant cette mesure, qui était appelée vulgairement modius italicus, n'est employée que trois fois, au chapitre VI, n. 20, 23 et 25.

Le modius castrensis, qui est employé pour tous les autres articles, est, suivant toute probabilité, d'une contenance double du précédent. C'est d'après un passage de saint Jérôme qu'on a pu reconstituer cette mesure, car celui-ci dit positivement : La sixième partie de notre serfarius castrensis est égale au tiers du sexfarius italicus. On peut admettre pour le modius castrensis qu'il était de la contenance de seize sextarii castrenses sans en avoir la preuve exacte.

La deuxième mesure était le congius, lequel représentait la seizième partie du médimne grec, soit 3,23 litres. Huit conges faisaient l'équivalent d'une amphore qui, elle-même, représentait la moitié du médimne et était de la contenance de trois modii.

La mesure la plus usuelle pour les liquides et les petites denrées était le sextarius, lequel était de la contenance de 0,539 litres. Le sextarius était la sixième partie du congius, d'où lui venait son nom, en même temps qu'il était l'équivalent de la seizième partie du modius italicus.

La coudée, cubitum, était l'équivalent de un pied et demi, soit : 0 m. 462. Le pied, pes, était égal à 0 m. 308.

Le doigt, digitus, était la seizième partie du pied, soit : 0 m. 019.

La livre, pondius, était égale à 0 k. 327.

L'once, uncia, était la douzième partie de la livre, soit : 0 k. 0272.

Comme on le voit, chez les Romains, toutes les mesures avaient été empruntées à la Grèce. Nous devons cependant en excepter les mesures pondérales qui, chez les Grecs, correspondaient à la monnaie d'argent.

des vins liquoreux, en petite quantité et de consommation peu régulière. L'Italie était devenue la seule contrée productive de vins et le seul pays capable d'en exporter. Depuis deux siècles, elle avait apporté un soin jaloux à concentrer exclusivement sur son territoire la culture de la vigne, au détriment du reste de l'Europe. Il n'y avait guère plus de vingt ans, alors, que l'empereur Probus avait rendu aux provinces méridionales de l'Europe, le droit de cultiver la vigne. L'Italie était arrivée à ses fins, elle avait le monopole d'alimenter tous les marchés d'Orient. Voici encore quelques prix : vin vieux de 1re qualité, 24 d. ; vin vieux de 2e qualité, 16 d. ; vin rustique, 8 d. ; cervoise ou bière, 4 d. ; bière de blé (zythum), 2 d. ; vin doux de Mæonie, 30 d. ; vin doux d'Athènes, 24 d. ; vin cuit, 16 d. ; vin au vermouth, 20 d. ; vin aromatisé, 24 d. ; vin à l'absinthe, 20 d. ; vin à la rose, 20 d. ; tous ces prix s'appliquent au setier.

3. Le chapitre im réglemente la vente de l'huile. L'huile vierge vaut 40 deniers le setier ; l'huile de seconde qualité, 24 d. l'huile comestible, 12 d. ; l'huile de colza, 8 d. ; le vinaigre, 6 d. On vend 16 et 12 d. le garum ou liquamen suivant la qualité ; ce produit, dont les Romains étaient très friands et qu'ils appliquaient à toute sorte d'emplois culinaires, était une espèce de saumure faite avec les entrailles d'un poisson nommé scomber.

Le sel se vend 100 d., le modius, mais le sel aromatisé (sal conditum) coûte 8 deniers le setier.

Lampride nous apprend, dans la Vie d'Alexandre Sévère, c. XXII, que ce prince, à l'occasion d'une hausse momentanée du prix des viandes, défendit par un décret de tuer aucune truie pleine ou allaitant, aucune vache et aucun veau. Cette mesure fut appliquée pendant deux années. Voici le texte de ce chapitre concernant l'alimentation et qui, nous étant parvenu entier, permet de prendre une idée des mets et de leur prix :

Pour une livre de viande de porc, 12 d. Pour une livre de viande de bœuf, 8 d. Pour une livre de viande de chèvre ou de mouton, 8 d. Pour un livre de matrice de truie, 24 d. Pour une livre de mamelles de truie, 20 d. Pour une livre de foie de 1re qualité, 16 d, Pour une livre de lard de 1re qualité, 16 d. Pour une livre de jambonneaux de 1re qualité ou de jambonneaux de Ménappe ou de Cerdagne, 20 d. Pour une livre de jambons des Marses, 20 d. Pour une livre de graisse fraîche, 12 d. Pour une livre de saindoux, 12 d. Pour quatre pieds de porc avec l'estomac, prix à débattre suivant la marchandise, Pour une once de saucisses de porc, 2 d. Pour une livre de saucisses de bœuf, 10 d, Pour une livre de saucissons, 16 d. Pour une livre de saucissons de bœuf, 10 d. Un faisan engraissé, 250 d. Un faisan sauvage, 125 d. Une poule faisane engraissée, 200 d. Une poule faisane sauvage, 100 d. Une oie grasse, 200 d.

(ÉDIT DE) 18

Une oie non engraissée, 100 d.

Une paire de poulets, 60 d.

Une perdrix, 30 d.

Une tourterelle grasse, 16 d.

Une tourterelle non engraissée, 12 d. Une paire de grives, 60 d.

Une paire de pigeons ramiers, 20 d. Une paire de pigeons domestiques, 24 d. Une paire de gelinottes, 20 d.

Une paire de canards, 40 d.

Un lièvre, 150 d.

Un lapin, 40 d.

Dix... gras, 40 d.

Dix... maigres, 20 d.

Dix..., 40 d.

Dix moineaux, 16 d.

Dix loirs, 40 d.

Un paon mâle, 300 d.

Un paon femelle, 200 d.

Dix cailles, 20 d.

Dix étourneaux, 20 d.

Une livre de viande de sanglier, 16 d. Une livre de viande de cerf, 12 d.

Une livre de viande de chevreuil, de biche ou de daim, 12 d.

Une livre de cochon de lait, 16 d.

Une livre d'agneau, 12 d.

Une livre de chevreau, 12 d.

Une livre de suif, 6 d.

Une livre de beurre, 16 d.

| poissons d'eau douce, poissons salés, les huitres, oursins, sardines et anchois, le fromage sec. 6. Le chapitre vi est consacré aux légumes et aux | fruits nouveaux et conservés, au lait de brebis et au fromage frais. Les légumes sont tarifés généralement à un prix très minime ; ainsi une belle laitue coûte un peu moins de 0 fr. 02 la pièce, et les prix de tous les autres articles sont dans les mêmes conditions. Les melons étaient à un prix dérisoire de bon marché, 2 ou 4 centimes la pièce ; les œufs à 1 d., soit O fr. 02 environ ; les pruneaux de Damas 0 fr. 08 les huit et le raisin de table 0 fr. 06 le kilogramme.

| métier et chaque profession de la part du consommateur.

Pour tous les gens qui étaient occupés à la journée, nous voyons que le tarif indique qu'ils doivent être nourris par le patron qui les occupe. Là où la chose semble avoir été applicable, l'ouvrier est payé aux pièces ou bien au poids de la matière fabriquée. C'était là un progrès industriel.

Une première chose frappe quand on lit ce chapitre, c'est la différence établie entre les ouvriers des campagnes et les ouvriers des villes. Tandis que le chamelier, l'ânier, le muletier reçoivent la nourriture et 20 deniers, tandis que le journalier, qui travaille la terre, reçoit 25 deniers, le tailleur de pierre, le menuisier en bâtiments, le fabricant de chaussures, le charron, le serrurier sont nourris également et sont payés à raison de 50 deniers par jour. Cette disproportion, qui est presque fatale au sein des sociétés arrivées à un haut degré de civilisation, faisait délaisser la culture, | les campagnes, attirait dans les villes tous ceux qui souhaitaient un labeur moins pénible, un gain plus fort, des plaisirs plus certains. Au temps de Dioclétien, l'abandon et la décadence de l'agriculture excitaient justement l'inquiétude, et ce n'était pas un moyen d'y remédier que de réglementer, d'une manière aussi injuste, les salaires des agriculteurs. Les bras manquaient et l'on avait déjà dû recourir à des immigrations en masse pour reconstituer la population rurale dans certaines contrées. On avait enlevé et transporté des tribus entières de barbares slaves, scythes ou bulgares et on les avait établies sur les terres de l'empire. Au temps de Cicéron, l'ouvrier agricole gagnait douze as par jour ; quatre siècles plus tard, sous Dioclétien, il gagnait 25 deniers, soit 0 fr. 53 centimes par jour, c'était une diminution de plus de quarante pour cent par rapport au temps de Cicéron dont les 12 as représentaient O fr. 96. Il faut dire, toutefois, que Cicéron parle de l'Italie et le tarif de Dioclétien s'occupe de l'Orient. Dans les traités d'économie sociale, il est d'usage de comparer proportionnellement le salaire des ouvriers au prix de l'hectolitre de blé, mais l'ouvrier, chez les Romains, était nourri par le maître ; aujourd'hui, en Occident, il se procure lui-même sa nourriture. Le salaire journalier du maçon et de tout ouvrier de ces modestes métiers était de 50 d., soit 1 fr. 05 en plus de la nourriture. Les métiers plus relevés, tels que marbrier, mosaïste, peintre, etc., sont rétribués plus largement. De tous les métiers tarifés, c'est le | peintre décorateur qui est le plus favorisé avec 150 d., soit 3 fr. 15 en plus de la nourriture.

Un autre symptôme du triste état de la société romaine, c'est l'indignité du salaire accordé à ceux qui enseignent. Nous ne parlons pas ici du scribe qui, pour 100 lignes en écriture soignée, reçoit 25 d., et pour 100 lignes en écriture courante, 20 d. ; ni du tabellion, pour écritures de requêtes et de contrats qui est payé 10 deniers pour 100 lignes ; nous parlons du maître de lecture, du maître d'écriture qui reçoivent de chaque élève, pour un mois entier, ce que le maçon, le charpentier, qui sont nourris, reçoivent pour un jour. De sorte qu'il leur faut trente élèves chez eux pour gagner beaucoup moins que des manœuvres, puisqu'il leur | faut, en outre, pourvoir à leur nourriture. S'ils donnent leurs leçons à domicile, ils ne peuvent gagner plus de douze cachets par jour, et, dés lors, ils sont plus misérables que les âniers, les muletiers, les journaliers qui travaillent la terre. Le professeur de calcul reçoit un tiers en sus par élève ; il est payé comme le peintre en bâtiments. Quant au grammairien et au professeur d'éloquence, ils rivalisent avec le peintre décorateur. Paiement mensuel par élève pour la palestre, 50 d. Au maître d'école, par élève et par mois, 50 d. Au maître de lecture, par élève et par mois, 50 d. Au mathématicien, par élève et par mois, 75 d.

(ÉDIT DE) 20.

Au copiste !, par élève et par mois, 75 d.

Au libraire ou à l'antiquaire *, par élève et par mois, 50 d.

Au grammairien grec ou latin et au géomètre, par élève et par mois, 200 d.

Au rhéteur ou au sophiste, par élève et par mois ; 250 d.

Les autres professions libérales n'étaient pas moins dépréciées. On lit ceci :

À l'avocat ou au jurisconsulte, pour une requête, 250 d. » « Pour une instruction [d'un procès ], 1 000 d. » Par | conséquent, 5 fr. 30 et 21 francs.

L'architecte qui recevait des élèves dans son atelier était limité par élève et par mois à 100 d., soit 2 fr. 10.

Ce mépris de l'éducation est un symptôme de la prédominance des jouissances matérielles, c'est pourquoi l'édit, très concis quand il s'agit de cette catégorie de salaires, s'étend avec complaisance sur tous les objets qui alimentent l'industrie ou la magnificence.

8. Le chapitre vir est entièrement consacré aux fourrures précieuses, aux peaux de lion, de léopard, de martre, aux cuirs de Babylone, à ceux de la Phénicie, préparés avec soin, teints le plus souvent en rouge, semblables à nos maroquins modernes, qui en ont continué la tradition. Une peau de léopard préparée coûtait plus cher qu'un avocat pendant toute l'instruction d'un procès, Une peau de mouton préparée pour pileus en première grandeur coûte 100 d. Il s'agit ici du bonnet d'astrakan noir que les Perses nomment pileus et dont la mode n'a pas varié. L'agneau destiné à fournir un pileus est, dès sa naissance, enveloppé dans une housse très adhérente, laquelle provoque une frisure moirée très fine de la fourrure et lui conserve en même temps son brillant. Pour les qualités exceptionnelles, on tue la mère avant la naissance de l'agneau, lequel fournit alors une fourrure extrêmement fine. Une mention assez remarquable est celle du pulicare, très léger et très grand, qui, coûte 600 d. Ce pulicare était une sorte de tapis en fourrure très fine dont la chaleur retenait les puces à l'intérieur tandis qu'on s'étendait impunément sur ce « pucier n Une pièce de bois de sapin, de cinquante coudées de longueur, sur section d'une coudée de côté, était tarifée à raison de 50000 d., ce qui mettait le mètre cube de bois de charpente à 216 francs. Dans les dimensions plus restreintes, les prix diminuaient sensiblement ;


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ainsi, la pièce de bois de sapin de vingt-cinq coudées de longueur, sur section de 16 doigts de côté, ne coûtait plus que 5 000 d., soit le mètre cube à 100 francs, ce qui est encore un prix exagéré.

Toutes les espèces de pin se vendaient suivant le même tarif., Si, de là, nous passons au bois de chêne, nous voyons qu'une pièce de bois de quatorze coudées de longueur, sur section de douze doigts de côté, était tarifée au prix dérisoire de 250 d., ce qui mettait le mètre cube de chêne à 8 francs. Enfin, le frêne, dans des dimensions à peu près identiques, était coté à un prix correspondant à 23 francs le mètre cube.

13. Le chapitre xiii consacré aux navettes, s'occupe des mêmes objets en bois nécessaires à la filature, au tissage et même à la toilette, fabriqués pour la plupart en bois de buis. Les outils destinés au tisserand ou à la fileuse, et qui demandaient une certaine rigidité, étaient confectionnés avec deux espèces différentes de bois collées ensemble ; de cette façon on empêchait les effets de la contraction.

Tous les tapis, alors dans le commerce, étaient fabriqués dans quelques contrées spéciales et certains de ces pays ont conservé jusqu'à nos jours cette spécialité de fabrication. De tous les tapis, c'étaient ceux qui venaient de la Cappadoce et du Pont qui étaient les plus recherchés ; ils étaient tarifés à 3 000 d. la pièce, soit : 64 francs. Ce prix s'entendait certainement pour des articles courants et faisant l'objet du commerce général. Les tapis de luxe devaient se payer beaucoup plus cher ; ainsi, nous voyons que le tapis d'accubitum valait 4 500 d., soit 96 fr. 30. On fabriquait également des tapis en Égypte et dans la province d'Afrique ; ces tapis étaient d'une laine moins fine, peut-être aussi d'un travail moins délicat et de couleurs moins riches : les premiers étaient tarifés à 1 750 d., soit 36 fr. 75, et les seconds à 1 500 d., soit 34 fr. 50. Tous ces tapis d'Orient étaient richement brodés, et le tarif avertit qu'il faut payer, en sus du prix fixé : 1° le poids de l'or employé dans la broderie ; 2° le travail du brodeur ; 3° la teinture.

Laodicée était une importante ville manufacturière de la Syrie, où elle tenait le quatrième rang au point de vue de la fabrication. On y fabriquait les articles suivants :

Casa que de Laodicée, 4 500 d., soit 96 fr. 40, c'était le birrus d'une finesse extrême, teint en noir.

(ÉDIT DE) 22

Casa que de Laodicée dans le genre nervien, 10 000 d.

Dalmati que ordinaire de Laodicée en étoffe croisée à trois li ces, 2 000 d.

Dans le calcul du prix de la paragande de Laodicée, il convient de tenir compte de ce qui reste de pourpre.

La casa que de Laodicée, genre nervien, valait 212 francs et ce prix élevé tenait à la qualité de l'étoffe employée. Les draps de Mervie étaient des tissus de laine très épais, fort foulés et tirés à poil, tandis que les étoffes de Laodicée étaient des tissus également de laine, mais fort légers, peu foulés et non drapés. Les draps de Nervie pourraient être la même chose que nos draps renforcés actuels, tandis que les tissus de Laodicée pourraient être comparés à nos mousselines, cachemires et mérinos. La mention d'une étoffe croisée à trois li ces semble ne pouvoir s'entendre que du cachemire. Le genre « nervien » tirait son nom de la Nervie, ou Flandre actuelle, région de Valenciennes et Armentières, qui a développé sa spécialité à Houbaix et Tourcoing.

Le tissu croisé s'appelait elg, trilix, quand il était tissé à trois li ces, et a ie ue lorsqu'il était fait avec un nombre de li ces supérieur. La tuni que donnée à Joseph par Jacob était, au dire de la Vulgate, une funica polymilta. Les anciens fabriquaient non seulement des tissus lisses croisés, mais encore des étoffes brochées où la fantaisie et l'habileté du tisserand savaient représenter des images variées. Il fallait, pour cela, un plus grand nombre de li ces, qui se manœuvraient apparemment avec le pied.

La paragaude, dont il est ici question, était un galon servant à l'ornementation du vêtement : elle se faisait en laine, en soie ou en bourre de soie ; on y employait des couleurs éclatantes, généralement en pourpre, on devait en faire également tissés en fil d'or. On mettait un, deux, trois ou cinq paragau des en bordure au vêtement.

La soie gauloise coûtait 8 000 d., c'est-à-dire 169 fr. 60 ; il est ensuite question d'un vêtement en poil de lièvre, stricloria leporina qu'on paie 6 000 d., qui est probablement un vêtement de dessous, dans le genre de nos chemises de flanelle.

Après une lacune, on arrive au salaire des ouvriers en soie et des ouvriers en laine. Le brodeur au plumeLis, plumarius, faisait une ornementation en relief sur les vêtements ; il n'employait jamais le fil d'or pour son travail, mais seulement la soie fine et la bourre de soie. Son travail, payé au poids de matière employée, était tarifé bien moins cher que celui du barbaricarius, ce qui semble confirmer que, pour son genre de broderie, le plumarius employait une plus grande quantité de matière ou que son exécution réclamait des soins moins délicats. Le travail du plumarius était tarifé à raison de 300 d., soit 6 fr. 36 par once de soie fine employée. Le barbaricarius (voir Dictionn. ; t. n, au mot BRODERIE) devait être le brodeur à plat, ou pour mieux dire le tisseur en broché. Sa paie était fort supérieure à celle du plumarius, et seul il employait le fil d'or. Son travail, en 17^ qualité, était tarifé à raison de 500 d., soit 10 fr. 60 par once de soie employée, et pour travail secondaire, il recevait 400 d., c'est-à-dire 8 fr. 45. Pour broderie en or, son travail était tarifé à 1 000 d., soit 21 fr. 20 par once d'or employée en ouvrage délicat, et 750 d., soit 15 fr. 80 pour travaux secondaires. Il y a lieu de remarquer qu'ici, de même que dans d'autres circonstances, l'ouvrier n'avait à fournir pour ce prix, autre chose que son travail ; celui qui commandait les broderies devait fournir l'or, la soie ou la bourre de soie.

Dans les articles suivants, qui traitent des ouvriers tisserands en soie ou en laine, le texte est incomplet. Les ouvriers en soie étaient assez mal payés : 25 d., c'était le prix d'un manœuvre, et 40 d. pour les tissus tricotés en soie.

La livre de soie blanche coûtait 12 000 d. ou 778 fr. le kilogramme. Les anciens ne devaient connaître qu'une seule variété de soie fine, celle qui venait de la Chine et qui était de couleur blanche. Si les Romains en avaient connu plusieurs sortes et s'ils avaient voulu en faire la distinction, certainement que le tarif n'aurait pas manqué de donner, en même temps, le prix de la soie jaune. Comme il n'y avait pas de lacune ici, nous devons reconnaître qu'on n'a voulu parler que d'une seule qualité de soie. La qualification de soie blanche a ici la signification de soie décreusée, c'est-à-dire débarrassée de sa matière gommeuse et colorante, prête, en un mot, à être livrée à la teinture. Ce point a son importance, puis que la soie perd 25 pour cent de son poids à l'opération de décreusage.

Le moulinage d'une once de soie coûtait 64 d., soit 50 francs par kilogramme, en plus de la nourriture. Les soies arrivaient de Chine, simplement dévidées en écheveaux ; il fallait donc réunir les filaments de façon à faire un fil de la grosseur désirée et lui donner une légère torsion, suivant l'usage auquel il était destiné.

Une section est consacrée à la pourpre à teindre la soie, dont une livre coûte 150 000 d., soit 9 727 fr. le kilogramme, mais il y a des prix plus doux, notamment 50000 d. et 32 000 d., soit 3 241 francs et 2 073 francs le kilogramme. La pourpre de Tyr, macérée au vinaigre, ne coûtait que 16 000, soit 1 036 fr. le kilogramme, mais le vinaigre altérait un peu la nuance violette et poussait au rouge. C'était encore plus cher que les pourpres de qualité inférieure qui se vendaient 12 000 d. et 10 000 d. Enfin la cochenille de Nicée coûtait 1500 d. la livre, soit 97 francs le kilogramme. Les laques de Chine, loyvi, hysginum, se débitaient en quatre qualités à 600, 500, 400 et 300 d., par conséquent entre 38 et 19 francs le kilogramme.

Le coxale était un pantalon ample enveloppant la cuisse ; le perizoma, une ceinture dont on couvrait les reins : ces objets, réservés aux hommes, se vendaient entre 1 000 et 200 d., La livre d'or affiné, en barres ou en monnaies, était tarifée à 50 000 d., ce qui mettait le kilogramme à 3 250 francs. D’après les termes mêmes de cet article du tarif, nous voyons que la monnaie d'or, à cette époque, était considérée comme une marchandise susceptible de voir son cours se modifier. En outre, l'or était un métal pur, sans alliage.

L'article qui vient à la suite de l'or est celui qui concerne l'argent, le texte est incomplet. prises maladroitement pour amener l'avilissement des prix, découlèrent seulement la misère et la famine ». Inter praecipua tamen et seria illud agere superfluum videbatur, quod, nulla probabili ratione suscepta, popularitatis amore vilitali studebat venalium rerum, quae nonnunquam secus, quam convenit, ordinata, inopiam gignere solet et jamem À. H. LECLERCO.


MAYENCE. — I. La ville. II. La liste épiscopale. III. Concile. IV. Bas-relief. V. Inscriptions.

I. L4 VILLE, — Au point de vue de l'archéologie chrétienne, la ville de Mayence offre le plus médiocre intérêt. Son origine serait, paraît-il, un camp retranché établi par Agrippa l'an 38 avant Jésus-Christ ; quelques années plus tard, en 14 et 9 avant J.-C., le camp retranché devint un camp permanent qui donna naissance à une agglomération qui porta le nom de Moguntiacum et la ville ainsi fondée devint la capitale de la Germanie supérieure. Elle fut pillée et détruite par les Alamans en 368, ensuite par les Vanda les, tellement qu'on se demande comment les Huns y trouvèrent encore quelque chose à détruire. L'évêque Sidonius rétablit une communauté, construisit des églises, mais ce fut saint Boniface qui attacha son souvenir à celui de Mavence, où Charlemagne posséda une résidence. Tout ce passé chrétien n'est plus représenté que par quelques pierres.

« Des onze prédécesseurs que cette liste donne à saint Boniface, les trois derniers figurent dans ]a quatrième vie de ce saint , et cela dans le même ordre, ce qui n'a rien d'étonnant, car cette quatrième vie est du XI siècle, postérieure par conséquent à notre catalogue. Cependant comme notre biographie, et aussi Othlon, qui écrivit peu après lui, dépend, en ce qui | regarde Gerold et Gewilip, de chants populaires antérieurs ; comme Gewilip est attesté clairement dans une lettre du pape Zacharie ?, et que cette lettre, qui s'inspire de renseignements fournis au pape par saint Boniface, confirme en gros les données de la légende, il y a lieu de tenir celle-ci en considération. On reconnait aisément Laboaldus dans le Lupoaldus du concile de 627 : Leudegarius (Lesio) se rencontre en 612 dans la chronique de Frédégaire ; Sigismundus est très probablement identique à un évêque mentionné en 589 par Grégoire de Tours ; Sidonius, célébré par Fortunat, est « de l'édit de Julien, comme de toutes les mesures -


II. LA LISTE ÉPISCOPALE. — La plus ancienne liste

aussi du vit siècle, mais moins avancé. En somme, la moitié environ des noms de cette liste sont documentés et leur classification chronologique concorde avec celle du catalogue. Il n'y a donc pas lieu de mépriser ce document, encore qu'on ne soit pas fondé à s’y fier entièrement.

« La liste de Fulda se reproduit dans les autres rédactions, sauf, comme on l'a dit, celles qui ne commencent qu'à Boniface ; mais elle y est toujours pourvue d'une rallonge de quatre noms au moins. Voici comment elle débute dans un fragment du x11 siècle, qui paraît provenir de l'abbaye de Scheftlar, au diocèse de Freising, et représente une copie plus ancienne, de l'année 1031.

« Nomina ! episcoporum Mog ontiensis Ecclesieab initio constitucionis episcopatus us que ad annum incarnationis Domini MXXXI.

Suffronius episcopus Ralhodus episcopus Ruthardus episcopus Marinus episcopus v Cette rallonge est inquiétante. Les noms Rathodus et Ruthardus ne conviennent guère à la date, relativement ancienne, à laquelle il faudrait les placer. Marinus pourrait s'identifier avec le Martinus du faux concile de Cologne (voir ce nom) ; mais, comme il peut lui avoir été emprunté, on ne saurait affirmer que son insertion ici représente une tradition indépendante de ce document.

« Au XII siècle, on rencontre un nouveau complément. Il nous est attesté par deux manuscrits de Saint-Pierre d'Erfurt, dont le plus ancien a été exécuté vers 1137 .

« e Hi sunt pontifi ces Mogontine sedis antequam archiepiscopatus erat :

« Ainsi débutent, dans le recueil de Holder-Egger, les catalogues VI (2° m.), VIII et IX, sauf que, dans le catalogue VIII, Suffronius vient après Bodadus (sic). Les catalogues VIII et IX sont du xir : siècle.

“ Le Crescens dont s'enrichissait ainsi le catalogue n'est autre que le disciple de saint Paul, revendiqué depuis longtemps par l'Église de Vienne. C'est du moins ce que marque expressément le catalogue VIII.

« On n'était pas au bout ; mais il n'y a pas lieu de suivre ici la liste mayencaise. Il suffit de noter que les onze prédécesseurs, que la plus ancienne liste attribue à saint Boniface, sont portés, dans le Gallia christiana, au chiffre respectable de quarante et un. Revenons à cette ancienne liste. Si elle offre plus de garantie que les documents postérieurs, elle n'est pourtant pas absolument sûr. L'évéque Martin, mentionné dans le document de 346, n'y figure pas ; avant Sidoine, qui est du milieu du vi* siècle, il n'y a que deux noms, ce qui est insuffisant. On pourrait voir ici une trace de l'interruption de l'évéché à la suite des désastres que les barbares infligèrent à la ville de Mayence. Mais comment expliquer que des deux évêques de Mayence (Mormotiacus) mentionnés par Grégoire de Tours, Thaumaste et Sigmund, celui-ci seul ait été admis ? x En somme, il faut reconnaitre que ce catalogue est incomplet ?, » 1. Martinus. — Son nom se lit parmi ceux des adhérents du concile de Cologne, en 346 : Martinus. Moguntiacensium (voir Dictionnaire, au mot COLOGNE).

2. Aureus, — Le martyrologe de Rhaban a fait état d'une tradition d’après laquelle cet évêque et sa sœur auraient été victimes des Huns, dans l'église de Mayence (au 16 mai). On peut faire accorder cette tradition avec deux faits rapportés, l'un par Ammien Marcellin, en 368 *, l'autre par saint Jérôme en l'année 407 5, Ils nous font voir la population, réunie à l'église, massacrée par les barbares ; il est très probable que l'évêque se trouvait au milieu de son peuple, mais on peut rester indécis sur la date : 368 ou 407, ou peut-être même 451.

3. Maximus. — Son nom prend place au catalogue à la suite de celui d'Aureus, mais on ne possède aucun renseignement sur son compte.

4. Sidonius. — Fut évêque de Mayence sous le règne de Théodebert (534-547). On peut croire qu'il fut grand bâtisseur. Fortunat lui attribue des constructions d'églises et divers travaux pour améliorer le cours du Rhin *. Ces vers : Reddita, ne doleas, felix Magantia, casus, antistes rediit qui tibi ferret opem `, permettent de croire qu'après une interruption plus ou moins longue, il fut le premier évêque qui revint occuper le siège de Mayence. Reux, car on trouve la signature de Lupoald, en 627, au concile de Clichy 1 ». sur les bords du Weser, puis vengé peu après par son fils. Gérold a dû mourir au temps de Charlemagne.

13. Gerviliobus. — Fils de Gérold, mentionné dans une lettre du pape Zacharie à saint Boniface ! où on lit que Geolobus, qui antea false episcopi honore fungebatur, se préparait à faire le voyage de Rome. Il se peut qu'il ait été déposé solennellement dans le concile franc de l'année 475 *, mais la passion de saint Boniface affirme le contraire : sine synodali disceptatione sedem et parochiam a quibus acceperat redonavil.

14. Bonifacius. — Sa carrière est connue (voir Dictionnaire, t. vi, col. 1197-1206). Lors que Gerviliobus eut été écarté, Boniface prit sa place ?, en 746 *, et fut assassiné le 5 juin 755.

15. Lullus. — Boniface présenta le chorévêque Lul au roi Pépin, en 753 ou 754, en qualité de coadjuteur KCU Wun LA Mme Si Es von Alterlhumsfreunden im KRheinlande, t. LXXIV, | Bonn, 1882, p. 30-31, pl. rr, n. 1.

V. INSCRIPTIONS. — 1, Épitaphe d'une enfant :


AVR-CONSTANTINAE :'SI VE-PALLADIAE*INFAN TI INNOCENTISSIMAE QVAE : VIXIT* ANNIS-XII MENSES :XI

| mum redactum, p. 671, n. 13 ; Boldoni, Epigraphica, | p. 49 ; P. J. Fuchs, Alle Geschichte von Mainz, in-4e. i VATI SIUE ET D er 74 avec droit de succession .On trouve Lul, en 762, à l'assemblée épiscopale d'Attigny et, en 769, au concile | heinlündischer Inschriften, in-8e, Bonn, 1839-1842, copal et le pallium *. Il mourut le 16 octobre 786.


PERS EBERT ERE, CODI

schaft, in-89, Seligenstadt, 1859, n. 101 ; Becker, Nass. Ann., t. vit, 2, p. 63 f, n. 2 ; Brambach, n. 1293 ; F.-X. Kraus, Die altehr. Inschriften, n. 34. ` 3, Au musée. Pierre mesurant 1 m. 12 de haut, sur 0 m. 53 de large et 0 m. 12 d'épaisseur ; lieu de la trouvaille inconnu (fig. 7857).

Nous donnons une représentation de cette pierre et | l'interprétation que propose F.-X. Kraus sans nous porter garant :


QVI VIXIT P A XV

hic quiscit nomini Mumula qui vixit i[n] place] a[nnos] XV.

In hunc tumolo requiiscil bene memorie Ada...ar...us qui vixit in pace. sepulchrum bi(s)que tumulatus prope iam subteriacit arcem flivelis ( — flebi les) evinit (evenit) miserorum, corda parentum, eo filius.

11. Dans la basilique dédiée à saint Georges, à Mayence, se trouvait un poème de Venance Fortunat : c3 a Félicité et de leurs compagnons de martyre (fig. 2123, 2124).

Dès l'année 1883, le P. Delattre avait signalé un emplacement, situé entre Sainte-Monique et La Marsa et planté d'oliviers ; ce ne fut toutefois qu'au mois de juin 1906 qu'il réussit à passer avec les propriétaires un contrat de location, à l'issue duquel les fouilles furent entreprises et donnèrent, en moins de trois semaines, d'excellents résultats, entre autres 663 fragments d'épitaphes, presque toutes chrétiennes. Dans le courant du mois de juillet, on trouva des inscriptions entières et plus de 1100 fragments. Plusieurs épitaphes chrétiennes paraissaient fort anciennes ; quelques-unes étaient gravées au revers de fifuli païens, il s'en trouva, bien qu'en petit nombre, gravées en caractères grecs. Les textes plus anciens étaient caractérisés généralement par leur concision. Les symboles offraient une assez grande variété et certains parmi eux remontaient à l'antiquité, notamment le poisson et l'ancre ; d'autres, comme la colombe, la palme, la couronne, le rameau d'olivier, l'agneau, les orants, l'amphore, le tonneau, le calice à anses, la corbeille, la vigne, les épis, les fleurs, etc., appartenaient à différentes époques de la symbolique ; la présence du chrisme isolé ou bien flanqué de l'alpha et de l'oméga, de la croix monogrammatique, des croix grecque et latine, apportait des éléments utiles pour servir à dater les inscriptions.

On put relever des faibles restes des fondations de constructions antiques, des tronçons de colonnes de différents diamètres, des débris d'architraves, des chapiteaux. Enfin, on signala la présence de longs murs | parallèles entre lesquels étaient disposées des rangées | de tombes, auges simples, faites en légère maçonnerie.

D'autres groupes de sépultures étaient complètement entourés d'un mur. C'est ainsi que, dans un enclos rectangulaire, on trouva quatre sarcophages en calcaire gris, tous quatre dépourvus de couvercle. Un autre sarcophage en marbre blanc était composé d'une cuve faite de quatre pièces séparées formant un cadre posé sur le sol, surmonté d'un couvercle sculpté en forme de toit avec imitation de tuiles. La partie antérieure de la cuve était ornée de strigiles, elle mesurait 2 m. 21 de long. sur 0 m. 62 de haut ; la plaque postérieure, 2 m. 27 de long sur 0 m. 58 de haut. L'auge Marlyris egregii pollens micat aula Georgi...

Voir Dictionnaire, t. v, col. 1990, n. 27 ; col. 2272. } MAVRE QVI D(£)CRETVM GE mesurait intérieurement 1 m. 95 de long sur 0 m. 475 NE SI(s) CONPLEVIT QVOD F VI de large et 0 m. 52 de hauteur. —— (mvs VNO CON(i)VGIO MEN Sur la partie la plus élevée du plateau, on reconnut SES X ET DIESXXVII QVI VIX(E a)NNIS une abside large de 7 mètres et profonde de 4 m. 72 ; XVII ET MENSES VIII ET DIES XX *| au centre, une maçonnerie rectangulaire mesurant HVNC TITVLVM POSVIT CRIS 2 m. 30 de long sur 1 m. 30 de large. A la profondeur | PINVS CONIVGI SVAE MAVRAE. de 1 m. 30, on rencontra le couvercle d'un sarcophage | IN XPO IHV d'enfant, long de 1 m. 05, large de 0 m. 45. Le cou- | vercle était décoré de deux guirlandes surmontées cha14 + IN HVNC TITVLVM RE c une d'une rosette. Des traits avaient été tirés entre QVIISCIT BONEMEMO les guirlandes ; néanmoins, l'inscription ne fut jamais RIVS BADEGISELVS gravée. La cuve offre une décoration gracieuse : PRESBITER QVI VIXIT six Amours jouent ; un d'eux s'est emparé d'un masque | INPACI ANNVS (voir ce mot) et passe sa main par la bouche en guise XXXXX FELICITER de langue : un de ses compagnons recule, effrayé. Un à l'occasion de la basilica Majorum et de l'inscription | ossements enveloppés d'une matière noire, désignant le lieu de Ia sépulture des saintes Perpétue, Derrière ce petit sarcophage, il s'en trouvait un

35 | MCIDFA : 36

grand, en marbre, ou plutôt deux juxtaposés sous une même dalle. Ces sarcophages étaient de grandes auges monolithes qui avaient chacun contenu un corps enveloppé dans un tissu en drap d'or. Les matières employées comme aromates avaient noirci les ossements. Ces sarcophages mesuraient 2 m. 23 de long., 0 m. 66 de larg., 0 m. 58 de haut ; et 2 m. 20 de long., 0 m. 68 de larg., 0m. 61 de haut. Chacun des deux sarcophages était anépigraphe ; il avait été recouvert de maçonnerie formant un seul massif. Au niveau du sol de l'abside, le blocage devait porter une dalle ou une mosaïque donnant le nom et le titre des personnages qui | avaient mérité l'honneur d'une telle sépulture. Un fragment de fine mosaïque, sur lequel on voit une apprend que ces corps étaient ceux de sainte Perpétue et de sainte Félicité : basilicam majorum ubi corpora sanctarum martyrum Perpetus at que Felicitatis sepulta suni. Nous n'avons pas que cette attestation : la découverte des débris de l'inscription (voir Dictionnaire, t. I, fig. 2123-2124) montre que l'identification est certaine 1, La cinquième ligne de cette inscription porte l'amorce des lettres d'un nom propre qu'on doit lire MAIVLVS ; ce nom était probablement suivi d'autres mots, mais il suffit ici de faire remarquer qu'il a été ajouté au martyrologe par les bollandistes avec huit autres, au nombre desquels se trouve celui de Lampadius. Or, presqu'en même temps que l'inscription des orante, fut trouvé dans le voisinage et provient peut- | martyrs dont nous parlons, on découvrit une autre NM LT ER Donfüesios ÜlecerBEEE EH sum Ir & Oliver E (Sg v L8 III L | z it mm * A -AU Ova Sae age i

A 1

etre de ce monument funéraire, On a trouvé aussi, près de l'abside, une dalle épigraphique de marbre conservant des amorces de la mosaïque dans laquelle elle était encastrée. Un autre fragment de mosaïque montre quelques lettres.

Le plan de la basilique de Mcidfa a pu, malgré l'état lamentable des ruines, être progressivement précisé et reconstitué. C'était une église à neuf nefs, comme la basilique de Damous-el-Karita (voir ce nom). Dans toute son étendue (fig. 7860), elle était occupée par des sépultures. Partout, à la profondeur moyenne de 1 m. 50, on montre des squelettes et des dépôts d'ossements. Au milieu de la grande nef, le P. Delattre découvrit la confessio, petite chapelle centrale de forme carrée (3 m. 60 x 3 m. 70), avec absidiole faisant face à une niche carrée de 1 m. de côté en plan. Cette chapelle était pavée d'une mosaïque dont il subsiste deux portions. A gauche de l'absidiole, on voit encore un angle encadré d'une torsade et, à la partie opposée, on reconnaît un paon.

C'est là que reposèrent les corps des saints honorés dans cette église, et le texte de Victor de Vite nous i Quoi qu'en dise P. Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrique, dalle de marbre, fort épaisse, sur la tranche de laquelle on lut en caractères de 0 m, 10 de hauteur * :

Et, avant de quitter cette inscription, voici qu'une autre se présente qui doit en être, elle aussi, rapprochée :

Le P. Delattre trouva, dans les fouilles de la basilique, des fragments de plusieurs plaques de marbre qui portaient une croix dans un double cercle, la croix encadrant une série de lettres. La plaque, dont il retrouva le plus de morceaux, outre le cercle renfermant la croix, portait quatre cartouches à queues d'aronde correspondant aux côtés, Ces cartouches encadraient également des inscriptions. « Dans les bras de la croix, écrivait le P. Delattre, je crois reconnaître le nom de Secundulus, un des martyrs du groupe de sainte Perpétue, nommé déjà dans l'inscription de la pierre tombale de ces martyrs *. A première vue, la lecture et l'identification peuvent sembler un peu aventureuses. Cependant, nous les croyons à peu près certaines, et cela pour deux raisons, dont l'une au moins est décisive. D'abord Secundulus figure avec ses compagnons dans l'inscription des martyrs qui a été trouvée dans la même basilique. Puis, si l'on se reporte au fac-similé (flg. 7361) on voit, au-dessus de la croix et du double cercle, la partie centrale d'un cartouche dont les fragments s'adaptent exactement au reste de la plaque. Sur ce cartouche on lit NMAR. Si l'on compare ce groupe de lettres aux autres débris d'inscriptions qui ont été trouvés en même temps et dont nous parlerons plus loin, on ne peut douter que nous ayons là une date et que cette date doive se lire :

[no]N( as) MARltias] Or, les nones de mars, le 7 mars, sont précisément l'anniversaire des martyrs de Thuburbo dont Secundulus faisait partie. A[emilius ?].

9e cartouche. | Vince]ntiu[s] ?

10* cartouche, croix latine à l'extrémité droite d'un cartouche.

11. Débris de cartouches, de cercles ou de croix, sans inscription.

Les fragments 1 à 5 paraissent se référer également | aux nones de mars et, par suite, se rapporter aux plaques qui concernaient les cinq autres martyrs de Thuburbo, les cinq compagnons de Secundulus : Saturus, Saturninus, Revocatus, Perpétue, Félicitas. A ces plaques devaient appartenir également les fragments 6 et 10.

« Les trois autres inscriptions proviennent de plaques analogues, mais relatives à d'autres martyrs. Le dulus faisait partie. Ceci confirme pleinement la lecture proposée et l'identification avec le Secundulus de 203 2, » En même temps que la plaque de Secundulus, et sans en proposer de lecture, le P. Delattre a reproduit en fac-similé une série de menus débris d'inscriptions qui ont été découverts au même endroit et qui paraissent présenter un véritable intérêt (fig. 7861). Ces fragments proviennent de plaques analogues à celle de Secundulus et appartenant au même ensemble. D'après les restes des lignes qui les encadrent, ces inscriptions étaient gravées sur des croix semblables ou sur les cartouches qui surmontaient ces croix. La comparaison de ces débris entre eux et avec l'inscription de Secundulus permet de les compléter et d'en fixer à peu près la lecture. Voici comment ils peuvent être interprétés : let cartouche. Non(as) m[arlias] Haut d'une croix, au-dessus du même cartouche, : S[anctus...]. æ cartouche. N[on(as) martias].

| | fragment 7, encadré dans un cartouche, donne une date (11 des calendes de juin = 22 mai) qui est précisément l'anniversaire de deux martyrs très populaires à Carthage : Aemilius et Castus ; il est très vraisemblable que deux des plaques de la série étaient consacrées à ces martyrs. Dés lors, on peut se demander si le fragment 8 ne contient pas le début du nom d'Aemilius. Quant à l'inscription n. 9, elle renferme probablement un reste du nom d'un autre martyr : peut-être l'un des Vincentius que l'on honorait à Carthage ?

« Il y avait donc, dans la basilique de Mcidfa, un curieux ensemble de-plaques de marbre, où étaient gravées de grandes croix grecques, enfermées dans un double cercle et surmontées chacune d'un cartouche. Croix et cartouches contenaient des inscriptions indiquant le nom d'un martyr et la date de son anniversaire. On ne peut dire comment étaient disposées ces plaques ; peut-être étaient-elles fixées aux murs de l'église, ou aux piliers ou autour de l'autel. D'après la forme des caractères, et surtout à cause des croix latines qui figurent au centre des grandes croix grecques comme aux extrémités des cartouches, cet intéressant ensemble décoratif ne peut être antérieur à la | période de l'occupation byzantine $. s Dans la multitude d'inscriptions et de fragments épigraphiques, nous relèverons seulement quelques textes ; Dalle de calcaire gris cendré, haute de 0 m. 50, brisée à droite, haut. des lettres, 0 m. 065 :


PANCHA [IiI VIVAS (5 IN deo Dalle de kadel, brisée à droite, haut. des lettres, 0 m. 07 : FILIOSS]IIITII] ARCH À la première ligne, au lieu de O on avait d'abord | EN deer —XPONON MAA ul vm, | 40 Parmi les épitaphes les plus anciennes, une dalle en kadel, longue de 0 m. 65, haute de 0 m. 35 ; haut. des lettres, 0 m. 045 : ; GENEROSA d IN PACE m PVELLA | La « hachette » ne serait-elle pas une ascia (voir ce mot) ? Dalle de calcaire blanc, de même longueur que la précédente, haut. 0 m. 30 ; haut. des lettres 0 m. 09 :


RESTVIVS IN PACE

Il faut lire Resíufus.. j Dalle de marbre bleuâtre, long. 0 m. 80, haut.

0 m. 31, dans un cartouche à queues d'aronde, entre — RC f TITU TA gravé un V, puis, sans l'effacer, on a gravé un OQ par-dessus.

Deux fragments où le nom est suivi des lettres PRESbyter.

Dalle de calcaire gris, haut. des lettres, 0 m. 05 :


AGONIOSVS ACL [IIH VL DP XIII KAL SEPB

Très probablement un acolyte ; et, sur la dalle suivante, un exorciste ; haut. des lettres, 0 m. 055 :


VINDEM ius EXORCIS la IN PACE Nous avons déjà mentionné l'épitaphe, sur un bloc de calcaire gris foncé, de Lampadi religiosi... dont on peut rapprocher un fragment qui devait offrir l'épitaphe d'une religieuse, car on lit : VIRGOSC. un calice et une colombe ; haut. des lettres, 0 m. 065 :


NICE IN PACE

Ces brèves formules, typiques de la période la plus ancienne de l'Église de Carthage, se retrouvent sur un trop grand nombre d'exemplaires pour être transcrites ici. Il faudrait mentionner Feliz, Herclanius, Eutichius, Natalicus *, ete., etc.

Dalle de calcaire gris ardoise, haut. des lettres 0 m. 09 :

P IVNIVS MAXIMVS FD IN PC Vvizitjjjj Pla que de marbre blanc veiné de bleu, long. 0 m. 27, 41 haut. 0 m. 18, épais. 0 m. 023 ; haut. des lettres, 0 m. 035 :


GLORIOSA - VI


XIT - ANNV * I


FIDELIS IN


PACE AUW

Cette petite fille ne vécut qu'une année et on lui attribue le titre de « fidèle » pour affirmer l'orthodoxie de ses parents.

Dalle de calcaire gris, long. 0 m. 565, haut. 0 m. 26, épais. 0 m. 045 ; haut. des lettres, 0 m. 065 :

À gauche, vers l'angle supérieur, la dalle porte une entaille qui était destinée à recevoir un crampon.

Dalle de marbre jaune, à revers lisse, épaisse de 0 m. 045, haut. des lettres, 0 m : 045 :


MARALAFVS FIDELIS IN PACE VIX IT AN LXXX Dp///IK IVL Grande dalle de calcaire gris, long. 1 m. 53, largeur inégale aux deux extrémités, et mesurant 0 m. 47 au milieu, épaisse de 0 m. 10 ; haut. des lettres, 0 m. 10 :


RESTVTA : CVM PATRV - IN PACE

Au-dessous de cette dalle, qui était en place, on découvrit deux auges superposées, formées de pierres plates et renfermant chacune les restes d'un corps !.

Voici encore quelques spécimens de l'épigraphie de la basilique de Mcidfa (fig. 7862) où on a trouvé un puits entièrement rempli de squelettes humains. Situé dans la direction sud, à quelques pas de la confession ou tombeau des martyrs, ce puits touche un des gros piliers de l'église. Très bien construit, en maçonnerie, de forme rectangulaire, il mesure 1 m. 80 sur 1 m. 60 à l’orifice et conserve ces dimensions dans toute sa profondeur. Les ossements qui le remplissaient pouvaient représenter plusieurs centaines de cadavres. Au milieu de ces restes, on rencontra des débris d'épitaphes chrétiennes. Le puits était très profond ; c'est au-dessous d'une colonne d'ossements d'environ 30 métres de hauteur qu'on parvint à l'eau et que l'on découvrit plusieurs inscriptions intéressantes :

La teneur de cette épitaphe, écrit le P. Delattre, rappelle la forme des plus anciens textes des catacombes de Rome ; la dimension et le style des caractères, le lieu où a été faite la découverte, à deux pas de la confession qui renferma le corps de sainte Perpétue, permettent, ce me semble, de se demander si ce ne [| || 42 serait pas la pierre tombale primitive de la martyre, due peut-être aux soins de quelqu'un des membres de sa famille ? S'il en est ainsi, comme on peut assurément le soutenir, l'épitaphe aurait été tracée au nom de la mère de la martyre, car ce que nous savons de son père rend douteuse la possibilité d'une inscription si chrétienne d'allure de la part de ce païen endurci ; en outre, on remarquera qu'ici encore le = ^ pma


RICE

eur j z mé L1 WII. DELI Er ii - Le mari de Perpétue n'est pas plus mentionné que dans la Passio ; le mystère persiste.

Nous terminerons par la mention de trois mosaïques recouvrant trois tombes contiguës (fig. 7863) :


VICTORI AIN PACE VICXTAN NIS XVIII DIES XV


BONI FATIVS IN PACE VICXTANN IS VI

Cha que épitaphe est enfermée dans un double 43 cercle formant couronne entre deux colombes et des palmes, les unes et les autres renversées par rapport à l'inscription !. H. LECLERCO.


IVDEINA. — Cette localité s'élève sur l'emplacement de l'ancienne Althiburus.

L'antiquité chrétienne a trouvé à y glaner quelques textes épigraphiques, en voici les principaux :

4, A 15 kilomètres au nord-est de Mdeina, au douar Mohamia, chez Mohammed ben Brahim, pierre de | Om. 85 de long, large de 0m. 52 en haut, de 0 m. 36 en bas, épaisse de 0 m. 09, Au centre, un monogramme du Christ dans un cercle tracé par un triple trait ; hauteur des lettres, 0 m. 035 à 0 m. 04 :


HIC FORTVNATA M


AMET IM PACE E TE RN BI X | TA NO

S IN DEO LXX

Hic Fortunata manet in pace eterna, et bixit an (n Jos in Deo LXX.

La formule Hiec manet in pace se lit sur deux autres inscriptions découvertes dans le voisinage et que nous allons transcrire. Quant à la formule : vixif annos in Deo, elle se rencontre sur une inscription de Sataf, datée de l'année 324. Celle qu'on vient de lire ne doit pas être aussi ancienne ; à en juger par la forme du chrisme, elle ne doit pas être antérieure au v-vi siècle, inscription tracée sur trois lignes, séparées par des traits horizontaux ; ce n'est qu'un fragment de basse époque, la hauteur des lettres varie de 0 m. 065 à ü m. 08.

En tête de la première ligne, on a pensé voir une croix ; le nom propre n'est pas certain, mais Florida a été lu sur plusieurs épitaphes de Carthage ; on peut donc proposer cette lecture :

Florida fidelis re qui[evit... de large ; hauteur des lettres, 0 m.


CLOTZIANV S DVLCIS IN PACE VIXIT A


NIS LXX MEN SES II DIES I

^, C'est à Ain-Cherchouch, à 12 kilomètres au nord- | est de Mdeina que furent découvertes les inscriptions 44 suivantes. Celle-ci chez Salah ben Amor ; pierre haute | et large de 0 m. 45, épaisse de 0 m. 10 ; hauteur des


MANET IN PA CE VIX IT AN CS LXXX

Hic Fintera manet in pace ; vixit an(nos) LXXX.

Nom propre douteux ; on a proposé Hic e(st) in ler(r)a, conjecture gratuite et qui ne s'appuie sur rien.

5. Aln-Gherchouch, chez Salah ben Amor. Pierre mesurant 0 m. 43 de haut, sur 0 m. 32 de large et Ü m. 10 d'épaisseur :


VS IA CET Ns re A


CE

Hic Salvinus ja cet in pace ; peut-être Salvianus. 6, Ain-Cherchouch, chez Salah ben Amor. Pierre haute de 0 m. 82, large de 0 m. 37, haut. des lettres, Hic Mania man(et) in pace ; vixit an(nos) LXX.

H. LECLERCO.


MEAUX. — I. Origines. II. Période galloromaine. III. Période fran que. IV. La ville. V. Christianisme. VI. Catalogue épiscopal. VII. Vie monasti que. VIII. Saint-Faron. IX. Concile et désastres.

I. ORIGINES. — Me aux, autrefois la première ville de l'ancienne province de Brie, porta d'abord le nom latin de Jatinum Meldorum, puis, comme la plupart des vil les de la Gaule, Me aux quitta son nom pour celui du peuple qui l'habitait, d'oü vint le nom de Meldis ou Meldus qu'on lui donne dans la basse latinité. Dans les Commentaires de César, il n'est fait auc une mention des Meldi ; mais on les voit paraître dans Strabon et dans Ptolémée ? ? ; enfin, Pline, n les citant, ajoute à leur nom l'épithète de Liberi *, qui a amené à penser que ces peup les n 'avaient bus toujours été indépendants, ou du moins que leur existence, comme peup les distincts des Parisii, ne remontait pas à une épo que bien ancienne.

Le territoire des Meldi se trouvait compris entre celui des Sylvanectes (Senlis) et celui des Vadicasses (Valois), au Nord ; celui des Suessions (Soissons) et celui des Tricasses (Troyes) à l'Est ; le territoire des Senonais (Sens) au midi ; et celui des Parisiens (Paris) à l'Ouest. Dans son ensemble, c'est, à peu de chose prés, la configuration de l'arrondissement actuel de Me aux accru de celui de Coulommiers, d'une moitié de celui de Provins et dome petite partie de celui de Melun.

L'emplacement choisi par les premiers fondateurs de la ville fut une boucle de la Marne qui leur permettait, au moyen d'une levée de terre ou d'un fossé, l'organisation d'une défense rapide et efficace de la IP MO EI AE EE M nU. E EP n tive p

45 MEAUX 46

presqu'ile dans laquelle ils avaient élu domicile. Gette presqu'ile mesurait environ 2 500 pas en longueur sur :1200 pas dans sa plus grande largeur et 400 pas au plus à l'entrée. C'était donc une superficie de 200 hectares environ, accessible par une gorge assez resserrée. Les parties les plus rapprochées de la riviére offraient aux habitants des prairies pour leurs besti aux ; le relèvement du sol permettait ensuite la culture et la portion la plus élevée pouvait porter des habitations sans avoir rien à redouter des crues de la rivière. Ce berceau de la ville de Me aux répondait à peu prés à l'emplacement des faubourgs du Chaage et de SaintFaron. La configuration du sol ne permettait pas un déplacement prononcé (fig. 7864).

On trouve la mention des Meldi dans les Commen-

Y T A

« il D'Anville 1, déjà, regardait vers la Flandre, ainsi que Mommsen ? de nos jours. Il s'agissait d'une peuplade de Meldi qui vivaient prés de l'Escaut entre Gand et Bruges. La trace s'en retrouve dans le nom du village flamand de Maldeghem situé dans ces parages.

« On pourrait, dit Adr. de Longpérier, supposer que les Mel des de la Belgi que et ceux qui fondèrent Me aux appartenaient à la méme famille, sans chercher à déterminer cependant à laquelle des deux branches il faudrait attribuer l'antériorité. Nous aurions peut-étre ainsi la raison de la communauté étymologi que des noms de Bruges et de Brie, qui l'un et l'autre sont plus récents que celui des Mel des. » Dans la Nofitia Galliarum ?, nous trouvons le nom Echelle CR i ? DOO GO 40 200 taires de César : De bello gallico, V, v, 2 : His rebus constitutis, Cæsar ad portum Ilium cum legionibus pervenit. Ibi cognoscit LX naves, qua in Meldis factae erant, tempestate rejeclas cursum tenere non potuisse, al que eodem unde erant profectæ relatas. « Ges arrangements terminés, César se rendit avec ses légions à Boulogne ; là, il apprit que soixante navires, construits chez les Mel des, rejetés par une tempéte, n'avaient pu tenir leur route et avaient été repoussés dans le port d'où ils étaient partis. » Ge n'est certes pas chose aisée d'envoyer une flottille de Me aux à Boulogne et d'expliquer comment une tempéte la repousse dans le port d'où elle est sortie. Sanson proposait de remplacer in Meldis par in Venellis (Coutan ces) et, finalement, on a adopté Belgis. de la civitas Meldorum ou Melduorum, parmi les cités de la Sénonaise ; un poème de Venance Fortunat fait mention d'un archidiaconus de Meldis, et Grégoire de Tours mentionne la Meldis civitas ou urbs, que nous retrouvons sur les monnaies mérovingiennes et carolingiennes *, Nous ne disons rien d'une inscription d'Auxerre dont l'authenticité est trés suspecte 7.

On n'a pas trouvé de médail les gauloises portant le nom de Me aux ; mais on découvre assez fréquemment, dans la ville et dans les environs, des médail les celtiques, parmi lesquel les il s'en trouve quelques-unes dont le type, plus souvent répété, peut les faire considérer comme loca les ; mais auc une légende ne peut donner la certitude qu'el les aient été frappées dans la ville méme de Me aux. D'après un acte du xvr ou du

47 MEAUX | 48

xvII* siècle, cité par l'auteur des Essais historiques du département de Seine-etMarne, on aurait découvert à Me aux, en creusant une cave, des ossements humains d'une grandeur gigantes que, qu'accompagnaient divers débris d'antiquité, tels que des vases, des chev aux de bronze et dix médail les sur une des faces desquel les on lisait : Meldorum comiti, et sur l'autre face deux mots grecs que l'on n'avait pu expliquer d'une manière satisfaisante !.

Adrien de Longpérier avoue ne pouvoir ajouter auc une foi à la réalité de la légende Meldorum comili ; cependant, ajoute-t-il, en raison méme des circonstan ces de leur découverte, on pourrait croire que ces dix piè ces d'or, à légen des bilingues, étaient des monnaies gauloises que l'on n'aura pas su lire. Dans tous les cas, leur destruction s'oppose à ce qu'on puisse ja mais déterminer leur nature véritable.

Dans les bas temps de la domination romaine, il est | probable qu'il a existé à Me aux, comme dans beaucoup d'autres vil les de la Gaule, un atelier monétaire. | La grande quantité de petites monnaies de bronze des | Tétricus, que l'on y découvre par masses dans la plu- | part des fouil les, le donnerait à penser. Ces tyrans qui n'ont pas quitté la Gaule pendant leur régne de cinq ans (268-273) ont dü faire battre de la monnaie dans la plupart des vil les fortes où séjournaient leurs troupes.

Plus tard, lorsqu'au vit siècle les Francs eurent achevé l’envahissement de la Gaule, alors que cha que cité, cha que chef de tribu mystérieuse usurpaient les prérogatives de l'empire démembré, Me aux vit fabriquer des monnaies à son nom.

Une monnaie mérovingienne, qui fit partie des cabinets d'Ennery et de Heaumont, aujour d'hui égarée ou détruite, mais connue par une planche de Duby, donne au droit une téte tournée à droite avec ces mots : MELDVS CIVEM, au revers + GVDVMVNDVS, croix potencée sur globe. Tiers de sol d'or *.


II. PÉRIODE GALLO-ROMAINE. — A la ville gauloise succéda une ville gallo-romaine, ornée de quelques édifi ces, mais dépourvue d'une enceinte défensive : en outre, les Romains fermèrent le goulet de la presqu'ile par une citadelle. Celle-ci commandait la navigation et protégeait le pont sur lequel passait la route de Lyon à Boulogne, dans son tronçon entre Sens et Senlis, On peut reconnaitre quelques vestiges de cette citadelle dans le mur nord du jardin de l'évêché ; le cours Jean-Hose lui servait de fossé. Des tours élevées au Moyen Age ou refaites à cette épo que ont subsisté jusqu'au xix* siécle. En 1854, on découvrit la base d'une tour romaine qui formait l'angle nordouest de la citadelle, à l'angle de la rue Bossuet et du boulevard. Des tra ces de murail les ont été relevées dans les caves et les fondations de la plupart des maisons des rues Bossuet et du Tribunal, d'une part, et des rues Tronchon et Saint-Christophe, de l'autre. On

a pu suivre l'emplacement des fossés dans les rues des Ursulines, des Vieux-Moulins et du Grand-Cerf. Deux des portes de l'enceinte subsistérent jusqu'au xvi ? siècle : l'une, prés de la place de la cathédrale, était nommée Porte-5aintMélor, du nom d'une petite église voisine, depuis longtemps détruite ; l'autre, nommée Porte-auPain, s'élevait pres que sur l'emplacement de l'embranchement de la rue Tronchon sur la rue SaintNicolas. Un quatrième fossé courait au sud de la cita| delle, peut-être avait-il été creusé par les Gaulois ?

Nous avons vu à Saint-Maur-des-Fossés (voir Dic| dionn., t. x, col. 2684-2696) une disposition naturelle analogue et la création d'un fossé de défense fermant | la boucle du fleuve.

Le double cours de,Ja Marne et par les cote aux de Crégy, et par le lit actuel à Me aux, parait avoir existé dés le début du vrr siècle, si un acte de l'année 632, appelé « testament de sainte Fare », pouvait étre retenu. Il y est question d'un Farinarium vero qui est super fluvium Maternam ad pontem rapidum ?, c'est-àdire d'un moulin à farine établi au Pont-raide, dans la ville de Me aux. Ce pont, reconstruit plusieurs fois, est celui qui unit la ville au marché ; il a gardé ce nom de Pons rapidus jusqu'au XIMe 4 ; il a conservé jusqu'à nos jours sa dénomination de Pont-raide.

Une sécheresse extréme dans l'été de 1859 fit baisser | ]e niveau des e aux tellement qu'on put étudier le lit de la riviére en cet endroit ; on reconnut les tra ces de trav aux entrepris pour resserrer le cours au profit des moulins inférieurs, et rien de plus ; quant aux prétendues caves, cesont simplement des affouillements produits par un fort volume d'eau.


III. PÉRIODE FRANQUE. — Grégoire de Tours nous apprend que, vers la fin du vr siècle, Guerpin et Gondebaud furent successivement comtes de Me aux. Gondebaud avait supplanté Guerpin, qui l'assassina et fut à son tour mis à mort par la famille de son compétiteur. Aprés la mort de Clovis, en 511, Me aux devint la propriété de Childebert, roi de Paris ; en 561, cette. ville était comprise dans le royaume d'Austrasie, soumis alors à Sigebert I't ; et, lors que ce prince fut assassiné par ordre de Frédégonde (575), on retint ses deux fil les, Ingonde et Clotswinde, prisonnières à Me aux.

Childebert, le fils de Sigebert, habitait Me aux, quand son oncle Chilpéric tomba à Chel les, sous les coups des assassins (584). Le traité d'Andelot, conclu entre Gontran, roi de Bourgogne, et Childebert, assura la possession de Me aux à ce dernier.


IV. La VILLE. — Vers 1825, M. Maurice Delabarre, entrepreneur de constructions à Me aux, remarqua dans un champ appartenant à sa famille, dans la partie de la plaine Saint-Faron la plus rapprochée de l'enclos dit des Capucins, que les portions de terrain oü le blé poussait moins dru formaient un vaste quadrilatére ; il en conclut que le sous-sol, peu profond, devait offrir des ruines. Dés l'hiver suivant, il entreprit des fouil les qui mirent au jour la base d'une construction mesurant 75 métres de long sur 30 métres de large. Les murs extérieurs, épais de 2 métres, offraient, de 3 en 3 mètres, extérieurement et intérieurement, des pilastres de deux mètres carrés. Aux extrémités et sur les murs de 50 métres, la construction s'infléchissait en arc de cercle : là se trouvaient les portes. On n'a pas relevé ou bien on n'a pas mentionné les bases de colonnes ou de pilastres nécessaires pour soutenir la voûte ou le plafond.

A 15 mètres environ, et joint à son côté septentrional par un canal souterrain, existait un bassin circu-


MEAUX

90 laire, revêtu intérieurement de ciment d'une conservation parfaite. Ce bassin avait quinze mètres de diamètre sur 1 m. 25 de profondeur, et donnait naissance, vers l'Occident, à un autre conduit souterrain d'un mètre de section environ, qui, se dirigeant vers la partie déclive du terrain, semblait destiné à entraîner vers la Marne les eaux du bassin. Ce conduit fut détruit en 1839.

La destination de cet édifice n'est pas connue de façon certaine. Il avait son extrémité orientale sur une rue large de 6 mètres, allant du Nord au Sud ; cette rue coupait en deux parties égales l'espace compris entre les rues du Chaage et de Saint-Faron. Son extrémité sur le boulevard correspondait à peu près à l'entrée de la rue Notre-Dame.

Des vestiges d'habitations antiques ont été souvent reconnus le long de cette voie, ainsi que le long des rues Saint-Faron, du Chaage et du Sabot, mais c'est surtout à partir de l'enclos des Capucins, vers le Nord, que, grâce aux découvertes de M. Delabarre, le consciencieux historien A. Garro a pu constater la présence de voies transversales s'embranchant à angle droit, à droite et à gauche, sur la rue principale.

La restitution de ces voies disparues nous aide à ressaisir le plan uniforme et régulier de la ville galloromaine. On voit qu'au delà du fossé qui bordait le front nord de leur citadelle, les Romains avaient tracé quatre grandes rues principales, parallèles dans la direction Nord-Sud, distantes entre elles de 90 mètres environ et coupées par de petites voies secondaires.

Tout cet emplacement (600 x 350 m.) garde des vestiges de constructions. Vers 1865, une de ces rues secondaires fut retrouvée dans les dépendances de l'ancienne abbatiale de Saint-Faron. Cette rue passait au pied et au nord du colombier. Elle a abouti à un pont en bois, dont on a déterré et enlevé des restes de palées lors de la construction du chemin de fer. L'état du bois qui formait ces palées attestait une construction d'un temps fort reculé. Il ne s'agissait pas d'un simple ponceau comme celui qui sert de nos jours sur ce point à la traversée du Brasset, mais bien d'un pont assez large pour traverser la Marne.

Les rues étaient bordées des deux côtés de maisons contiguës ; en général, ces maisons étaient petites et n'offraient que des appartements de trois ou quatre mètres de côté. Partout l'appareil des murs était gallo-romain. Les pierres qui entraient dans la construction étaient de même nature que celles de Rezel et de Varreddes, situées sur la Marne, non loin de Meaux.

Le sable employé dans la construction des murs avait été extrait sur le lieu même : on a reconnu sur plusieurs points l'existence de galeries qui, prises quelquefois pour des communications souterraines, ne semblent avoir eu d'autre but que l'extraction de ce sable, car, après un parcours assez peu étendu, elles finissaient par la rencontre du terrain naturel sans être obstruées par des décombres.

Un de ces souterrains, dans une propriété située devant l'ancienne abbaye de Saint-Faron, offrait cette particularité qu'il se composait d'une galerie circulaire, de laquelle partaient quelques galeries rayonnantes ; rien ne permet de supposer que ce ne fussent pas des travaux d'exploitation.

Le sol de la ville de Meaux n'a livré aucun vestige d'un édifice important d'époque romaine, sauf une inscription qui a été vue par Adrien de Longpérier ; la pierre était, dit-il, « longue de plusieurs mètres », elle fut trouvée « au nord de la ville chez M. Dassy », dans l'emplacement de la ville gallo-romaine ; dès 1868, elle avait disparu : « elle a été probablement dans la propriété » :


ORIX - ORGETORI AVG : THEATRVM CIVI M :D :S-P- :D-EFFECERVNT AVRICVS : FIL

On peut proposer cette lecture : [C. Jul(íus) ? Orgetjorix Orgetori[gis fil. flamen] Aug. theatrum civi [bus suis ob hon] (orem) fla]m(onii ) d(e) s(ua) p(ecunia) diedit) ; effecerunt [.....et Tjauricus fil.

Ce théâtre a dû occuper le lieu où l'on éleva, depuis, l'église de Chaage (Cavea, Cagia, Chage, Chadge). Sa position dans le massif longitudinal du milieu de la ville semblerait inviter à croire que cette partie était réservée aux édifices publics.

A l'intérieur des anciennes maisons, on a trouvé des traces d'incendie et même d'un incendie violent. Toutes contenaient une épaisse couche de cendres et de fragments de charbon avec des traces de vitrification, ce qui s'accorde avec ce que nous savons au sujet du traitement désastreux que les Normands infligèrent à la ville lorsqu'ils la prirent et la saccagèrent, pour la deuxième fois, en 888. Ce fut après ce désastre que la population déserta la ville sans murailles et s'établit dans la citadelle qui devint le noyau de la ville actuelle. Mais un souvenir du passé subsista : l'église du Chaage, cathédrale primitive, rétablie tant bien que mal, demeura toujours la première »paroisse de la ville.

Un document du xi^ siècle, une pièce de vers latins de Foulcoie de Beauvais, sous-diacre de l'Église de Meaux, adressée à l'abbé Hugues, mentionne des ruines qui existaient encore de son temps, et qui portaient le nom de Martis fanum, le temple de Mars :

Nulli quod vivat, quod que figure ! homo, Lumine terrifico, terror el ipse de cet :

On ne sait où placer ce Martis fanum ; cependant, un tumulus affaissé d'environ 50 à 60 mètres de diamètre, dont les traces sont apparentes près de l'extrémité septentrionale de l'ancienne ville, dans la plaine Saint-Faron, est l'objet d'une sorte de tradition, qui voudrait placer un temple sur ce point, Ne serait-ce pas celui dont parle Foulcoie ?

La nécropole de la ville gallo-romaine a été découverte vers le milieu du xix^ siècle dans un terrain en forme de triangle qui se trouve à la sortie est de la ville, entre la route de Soissons et le canal de l'Oureq. On y a trouvé quantité de sépultures avec le mobilier funéraire accoutumé : lampes, vases, fioles, colliers, bracelets, aiguilles de tête, bagues, fibules, etc.

A un kilomètre au nord-est de la ville, à proximité de la route de Meaux à Soissons, on avait élevé un poste fortifié, servant à observer le pays : c'était un camp romain d'une superficie de deux hectares environ ; c'est le château de la Bauve (bova, cave, caverne, lieu souterrain).

Meaux appartint à la IVe Lyonnaise et donna son nom au Pagus Meitinus ou Meldensis, le Mulcien.

V. CHRISTIANISME. — L'auteur de l'Histoire de l'Église de Meaux, avec des notes ou dissertations et les pièces justificatives, dom Toussaints Du Plessis, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, écrivait en 1731 que « la naissance du christianisme dans la ville de Meaux est un de ces points obscurs de notre histoire où il n'est pas aisé de porter le flambeau ». On peut bien dire qu'il n'y a pas réussi, lorsqu'il raconte que ce fut saint Denis de Paris qui envoya des disciples à Meaux, dont la population fit partie du diocèse de Paris jusqu'en l'an 275, date où elle fut détachée pour former un nouveau diocèse, distinct et indépendant de celui de Paris, dont le premier titulaire fut saint Saintin, évêque de Verdun. C'est là une histoire qui parait porter la marque de Hinemar qui, en 876 ou 877, la mit en circulation et la présenta au roi Charles le Chauve, à qui il conta qu'il l'avait copiée sur un exemplaire fort ancien. On y voit saint Denis l'Aréopagite envoyer au pape Anaclet, successeur de Clément de Rome, ses disciples saint Saintin et saint Antonin, porteurs de la relation de ses travaux et de son martyre à Paris. Antonin meurt en route, mais saintin n'est pas embarrassé pour si peu ; il ressuscite son compagnon et, après avoir gagné Rome et rempli leur mandat, ils reviennent en Gaule, où ils se succèdent sur le siège épiscopal de Meaux, où on les honore le 11 octobre.

Il ne paraît pas qu'il y ait lieu de s'arrêter à ce récit, il semble préférable d'en venir tout de suite à la liste épiscopale de l'Église de Meaux.


VI. CATALOGUE ÉPISCOPAL. — Vers la fin du ix^ siècle, on conservait à Meaux un catalogue épiscopal dont il est fait mention dans la vie de saint Faron par l'évêque Hildegaire. Il s'ouvre avec le nom de saint Denis et compte dix-neuf prédécesseurs à l'évêque saint Faron ; le trente-sixième titulaire est Hildegaire lui-même !, Cette pièce est perdue, ce qui est assurément regrettable, mais elle n'y gagne et n'y perd rien. Le désordre qui y règne est très grand. Saint Denis n'a jamais été évêque de Meaux, mais de Paris ; Waldebert n'a pas eu saint Faron pour successeur, car il était non pas évêque de Meaux, mais abbé de Luxeuil. Ce catalogue a probablement inspiré le rédacteur du Gallia christiana qui donne les noms suivants : Dionisius, Sanctinus, Antoninus, Mansuetus, Modestus, Acherus, Riolus, Promerus, Primitus, Principius, Rigomerus, Crescentius, Anius, Præsidius, Promissus, Medoveus. Il se peut que dans ce nombre on trouve quelques évêques de Meaux. Il y a une tradition de culte pour saint Rigomer (28 mai).

Voici les noms des évêques de Meaux qui possèdent une attestation historique :

* Edenus, mentionné par le Gallia christiana qui s'autorise peut-être du catalogue dont on a parlé.

* Baudoaldus, destinataire de quelques vers de Fortunat (ix, 8), qui ne dit nullement qu'il fut évêque de Meaux. Dom Toussaints Du Plessis, qui s'inspire, dit-il, des catalogues, nomme les évêques Médouée, Eden, Baudouald.

2. Gundoaldus, assiste au concile de Paris, en 614 ; à celui de Clichy, en 627. Il est mentionné par Jonas de Bobbio dans la Vila S. Euslasii, c. ix P. G., t. LXXXVII col. 1047.

3. Burgundofaro, c'est saint Faron (voir Dictionn., t. v, col. 1114-1124) dont il existe une biographie remplie d'erreurs, par Hildegaire. La date exacte de son élévation à l'épiscopat n'est pas connue avec certitude. Son nom figure dans le diplôme pour Rebais, en 637-638 ; dans les chartes d'Eunnon, 660, de Bertefried, 664, de Dranscrius, 667. Hadrien, le compagnon de l'archevêque Théodore de Cantorbéry, hiverna chez lui en 668-669, d'après Béde, Hisl. eccl., 1. IV, c. r. Fête le 28 octobre, depuis Wandelbert (848).

4. Hildevertus, successeur de Faron, fêté le 27 mai. Cf. Catal. hagiogr. Paris., i. 111, p. 139.


VII. VIE MONASTIQUE. — Le diocèse de Meaux fut le siège d'un immense développement de la vie religieuse. Au cours du vii^ siècle, on vit s'élever rapidement les monastères de Faremoutier, de Rebais, de Jouarre, de Saint-Faron, d'où sortirent des groupes de missionnaires qui portèrent l'Évangile en Allemagne et en Angleterre. D'autres moines, sortis de Rebais et de Saint-Faron, fondèrent les abbayes de Prüm, de Montivilliers, de Jumièges et d'Orbais.

La Brie fut en rapports très étroits avec l'Irlande et l'Angleterre par deux personnages illustres, l'Irlandais saint Colomban et l'Écossais saint Fiacre, qui fondèrent, dans le voisinage de Meaux, l'un un monastère, l'autre une chapelle qui acquit une grande réputation comme lieu de pèlerinage. Sedred et Aethilburg, seconde et troisième abbesses de Faremoutier, étaient l'une fille, l'autre belle-fille d'Aunas, roi d'East-Anglie, tandis qu'Erkongate, religieuse du même monastère, était fille d'Ercomberth, roi de Kent, et sœur du célèbre Eegberth. Nous voyons aussi que Hroswita, femme du roi Aunas, quitta la cour de son mari pour venir s'enfermer à Chelles. Wine, évêque de Winchester, avait été ordonné prêtre en France et l'Irlandais saint Kilien habita le monastère de Saint-Faron. On voit par ces exemples que l'émigration anglaise en France a commencé de bonne heure.

Sainte Théodechilde, première abbesse de Jouarre, dont le frère, saint Agilbert, alla prêcher en Irlande, était, suivant quelques auteurs ecclésiastiques, fille de Betto, et ce dernier personnage est peut-être le


VIII. SAINT FARON. — Dans le catalogue épiscopal, nous avons mentionné Burgundofaro, plus connu sous le nom de saint Faron (voir Dictionn., t. v, col. 11141124). Ce personnage avait d'abord exercé une charge importante dans la maison du roi Dagobert et Mabillon cite un diplôme de ce roi où se lit la signature de Faron en qualité de référendaire. Il était marié, mais, se sentant attiré vers l'état ecclésiastique, il se sépara de sa femme, reçut l'ordination sacerdotale et, très peu de temps après, fut élu au siège épiscopal de Meaux. Ce fut lui qui procura la fondation du monastère de Sainte-Croix, désigné dans la suite sous le nom de Saint-Faron. Ce monastère, qui connut une certaine célébrité, était situé sur la rive gauche de l'ancien lit de la Marne, et au nord de Meaux. Suivant les annales bénédictines, Oger le Danois et Benoit, son compagnon d'armes, s'y retirèrent. La tradition est si affirmative à cet égard qu'il est nécessaire d'en dire quelque chose. Il existait dans l'église de Saint-Faron un mausolée adossé au mur du chœur, et composé d'une grande tombe d'environ un mètre de hauteur, sur laquelle étaient couchées deux figures d'hommes vêtus de l'habit religieux et longue de sept pieds. Au temps de Mabillon, on ne doutait pas que cet ouvrage ne fût du commencement du ix siècle. On faisait de l'une des figures accessoires, tenant un sceptre fleuri, un Charlemagne accompagné de sa femme Hildegarde. Un autre personnage, supportant un phylactère, passait pour représenter Oger au moment où il offrit sa sœur Aude en mariage au célèbre Roland. Telle est l'origine que la science des bénédictins, s'appuyant sur la tradition locale, donnait à ce tombeau. Mais il nous est impossible d'admettre qu'il fût antérieur à la fin du xi siècle ou même au xii siècle. C'était, au Moyen Âge, une coutume générale, dans les monastères, de se forger des titres mérovingiens ou carolingiens, et à Saint-Faron, le roman était d'autant plus facile à accréditer qu'il s'appuyait sur un fait réel. En effet, sous le règne de Philippe I, un seigneur de Charmantray près Meaux, nommé Oger, embrassa la vie monastique et fut imité par ses deux fils et sa sœur ; il vint se renfermer dans l'abbaye de Saint-Faron, à laquelle il fit donation de tous ses biens. Ces faits sont constatés par une charte. Que l'on ait élevé un tombeau magnifique à ce bienfaiteur du monastère, la vanité, la reconnaissance et l'intérêt peuvent l'expliquer suffisamment ; le nom d'Oger aura suffi plus tard pour amener en ce lieu l'histoire fabuleuse du palatin de Charlemagne.


IX. CONCILE ET DÉSASTRES. — Le 17 juin 845, les archevêques de Sens, de Reims et de Bourges assemblèrent un concile à Meaux. Parmi les plaintes formulées dans les canons de ce concile, on remarque que le reproche que les évêques adressent au roi de laisser piller les villes par les gens de sa suite et de loger des femmes et des personnes mariées dans les maisons épiscopales. Dans la préface placée en tête des actes de cette assemblée, les évêques citent les invasions des Normands parmi les principales causes des malheurs de ce temps.

Une vingtaine d'années plus tard, la Brie connut une épreuve nouvelle. En 862, pendant que Charles le Chauve convoquait ses gens de guerre à Senlis, dans l'intention de faire garder les bords de l'Oise, de la Marne et de la Seine, les pirates scandinaves, cantonnés à Saint-Maur (voir ce nom) près Paris, mirent à flot leurs petites barques et remontèrent la Marne. Il faisait nuit quand ils entrèrent à l'improviste dans Meaux. Aussitôt, l'incendie dissipa l'obscurité. Des habitants furent égorgés dans leurs demeures et dans les rues étroites. Le lendemain, les Normands attaquèrent le monastère de Saint-Faron et essayèrent d'y mettre le feu ; mais les chevaux des patens s'arrêtèrent court et refusèrent d'entrer dans l'enceinte qui renfermait les reliques du saint évêque, et les flammes environnèrent l'église sans la consumer. Ce qui ne contribua pas peu, disons-le, à sauver Saint-Faron, ce fut l'intervention de Charles le Chauve. Les Normands, ayant appris que ce prince leur coupait la retraite au moyen d'un barrage établi sur la Marne en face de Tril-le-Bardon, s'éloignèrent rapidement de l'abbaye. Arrivés en même temps que lui, ils trouvèrent le passage fermé et les rives occupées par des hommes de guerre : ne se trouvant pas en nombre pour forcer l'obstacle, ils capitulèrent, proposant la restitution des prises par eux faites depuis leur entrée dans la Marne, s'engageant à remonter la Seine et à regagner la mer, forçant les autres pirates à évacuer le royaume. Charles le Chauve y consentit.

En 869, après la mort de Louis le Bègue, son fils Louis convoqua à Meaux les grands vassaux de la couronne pour se faire solennellement reconnaître, mais un parti de mécontents proposa le roi de Germanie et Louis fut appelé à régner conjointement avec son frère Carloman.

En 887, les Normands reparurent devant Meaux qu'ils bloquèrent. La ville était défendue par le comte Teutberht, frère d'Auscheric, évêque de Paris, mais, après la mort de Teutberht, les habitants, éprouvés par la maladie et par la famine, capitulèrent et obtinrent la vie sauve à condition de quitter la ville qui fut pillée et incendiée. Les habitants, au mépris de la capitulation, furent réduits en esclavage ; l'évêque Sigmond disparut.

En 891, nouvelle course des Normands jusqu'à Meaux.

H. LECLERCO.


MÉCHERASFA. — Le caravansérail de Mécherasfa est situé à une trentaine de kilomètres de Tiaret, au Sud-Ouest, sur l'ancien chemin de Mascara, dans la province d'Oran (Algérie). Les ruines se trouvent au bord de l'oued Minah, à 6 kilomètres environ au Nord-Ouest. L'oued Minah est un fleuve imposant, à certaines saisons du moins, par le volume de ses eaux : son cours est extrêmement sinueux, très encaissé, présentant de beaux points de vue sur une suite de promontoires posés sur une coupure à pic. C'est sur un de ces promontoires, sur la rive gauche, qu'après avoir franchi l'oued Minah au Méchera-sfa (le gué des Pierres-plates), on rencontre les ruines désignées sous le nom de Souama (les minarets) dont on serait fort embarrassé aujourd'hui de justifier le nom d'après ce qui en reste, Ces ruines s'étendent sur un grand espace, témoignant de la présence sur ce point d'une ville importante. Toute la pente du promontoire et le plateau qui le surmonte sont enfermés dans l'enceinte extérieure et couverts des débris des maisons. Celles-ci, comme toutes celles qu'on voit s'élever dans la contrée, sont faites de moellons : aucune trace de briques, ni de tuiles, ni de matériaux précieux, ni d'objets d'art. Tout au plus peut-on signaler une rosace, de style de basse époque, sur une pierre qui paraît avoir appartenu à un tombeau. La poterie, d'origine berbère et romaine, n'offre rien de particulier. Les habitations fort étroites, tassées les unes contre les autres, étaient groupées en quartiers séparés par des murs restés debout, grâce au volume de leurs matériaux et à l'absence de mortier. Les pierres des murs posées à sec n'ont jamais été renversées depuis que ces lieux furent abandonnés par leurs derniers habitants.

Le mur d'enceinte présente une certaine régularité qui pourrait donner l'illusion de la pierre de taille sion ne savait que souvent, en Algérie, les grès sont disposés par couches nettement divisées entre elles par des lits de terre ou de roche friable. Une cassure un peu habile permet de former des dalles rectangulaires, toutes de même épaisseur, ce qui assure la régularité. On procéda de cette façon aux Souama de Mécherasfa.

Les logis dont nous parlons sont formés de deux murs et d'un toit. Le fond de la chambre ainsi obtenue est la paroi même du rocher, taillée verticalement par la nature. Très souvent, celle-ci a eu besoin d'être aidée : on l'a fait en cassant simplement les saillies des couches de pierre. Presque sans aucune exception, l'habitation est en demi sous-sol, une partie des murs latéraux étant formée par la roche même, et l'emplacement de la pièce creusé pour supprimer la pente et obtenir un plan horizontal. À peu près toutes les constructions sont dépourvues de façades et semblent n'en avoir jamais eu. Leurs dimensions ne dépassent guère cinq ou six mètres, en aucun sens ; il est rare qu'on y tienne debout : l'aspect général est celui de grottes artificielles.

Les deux murailles sont dressées au moyen de pierres obtenues comme on l'a dit plus haut. L'architrave qui surmonte la porte se compose d'un monolithe et la toiture est faite d'un certain nombre de dalles étroites, assez semblables à des poutres et obtenues en cassant le lit naturel du grès suivant des rectangles de trois à six mètres de long et de cinquante centimètres à un mètre de large. Leurs extrémités reposent sur des poutres de pierre. R. de La Blanchère voyait ici des tombeaux, nous croyons que ce sont des habitations.

Parmi ces monuments, il s'en rencontre un qui doit retenir notre attention. Outre qu'il est le plus grand et le plus beau de tous, il présente une particularité importante : il a une façade, et cette façade est en pierres de taille assez belles. Celles-ci sont taillées et parées avec soin, bien jointes, quoique inégales et calées en un endroit avec des pierres plus petites. Le reste, murs latéraux, paroi du fond et toiture, ne diffère pas des autres monuments. Dans la façade est ménagée une porte de 0 m. 70 centimètres de large et de 1 m. 80 centimètres de haut. Les constructeurs de cet édifice savaient donc tailler la pierre et, s'ils ne l'ont pas fait pour les autres, c'est que la nature de leurs carrières leur permettait de s'en dispenser.

L'édifice dont nous parlons présente sept mètres de côté et quatre mètres et demi de façade. De plus, au milieu de l'appartement ainsi obtenu, se dresse un pilier monolithe, non taillé, qui supporte une poutre de pierre en deux morceaux, laquelle soutient la toiture. Celle-ci se compose de dalles larges de 0 m. 60, ni 1 à 3 + épaisses de 0 m. 30 ; elles mesurent 3 m. 50 en longueur et viennent appuyer leur extrémité sur cette poutre. Et même, quelques dalles s'étant trouvées trop courtes, un petit pilier au fond, à droite, a été disposé en ce point pour les soutenir. Rien n'empêche d'attribuer ces constructions à l'époque romaine.

Sur cet édifice, on relève une particularité tout à fait remarquable. En se reportant à la fig. 7866, on observera, sur deux pierres de la façade, des sculptures extrêmement frustes et, néanmoins, reconnaissables. Une de ces sculptures figure une lampe, l'autre une colombe et un poisson. Ce sont des emblèmes chrétiens, mais il est exagéré de prétendre que ce sont des emblèmes funéraires ; si on veut bien se reporter à ce que nous en avons dit en traitant ces divers symboles (voir COLOMBE, iyÜ)0c, LAMPE) on pourra s'en convaincre. Qu'il s'agisse d'une habitation ou d'une tombe, ce qui importe assez peu, nous avons ici un monument chrétien, d'une époque reculée, mais qu'il serait difficile de désigner à quelques siècles prés.

Sommes-nous en présence d'une ville chrétienne ? Ce qui paraît plus probable, c'est que les Souama de Mécherasfa nous offrent les ruines d'une agglomération qui fut habitée depuis l'époque numide jusqu'à l'ère chrétienne et pendant les premiers siècles de cette ère ; il s'y trouva des fidèles parmi la population, et ce sont ces fidèles qui tracèrent les symboles que nous venons de signaler !. | H. LECLERCQ. MÉCHIRA. — Dans la plaine entre Constantine et Diana, au sud-ouest de Constantine, un hameau antique a peut-être jadis possédé une chapelle qui serait représentée aujour d'hui par les ruines d'un édifice de 11 mètres de long sur 7 m. de large. On y a trouvé un pilier, enfoncé en terre, dont les deux faces latérales sont percées de petites mortaises carrées. Largeur du pilier 0 m. 43 ; épaisseur, 0 m. 27 ; hauteur au-dessus du sol, 2 m. 25 ; hauteur des lettres, 0 m. 07 : MEMO RIAM ARTVR IBVS Memoria marturibus, nous avons expliqué le sens de Memoria (voir ce mot).

H. LECLERCQ.


MÉCHIRA. — 1° Chapelle, dans un village voisin du précédent. Il ne subsiste que le bas des murs. Longueur 12 m., largeur 7 m. 80. Une porte s'ouvre sur le devant. L'intérieur n'offre qu'une seule nef, terminée par une abside, dont un mur barre en partie l'ouverture. Gontre ce mur est encore appliquée, du côté de la nef, une base de colonne à socle élevé ; il en existait évidemment une autre qui lui faisait pendant. Ces deux colonnes ont dû servir simplement à l'ornementation du fond de l'édifice.

H. LECLERCQ. . MECHTA-EL-BIR. — Région de Sétif ; à l'ouest de cette ville.

Base de colonne ayant pu faire partie d'un ciborium abritant l'autel et les reliques de saint Étienne.


MSCT YTEFA NIF

Mfí(emoria) s(an)ct(i) Stefani f(acta) V idrus) d(e)- cfembres ).

| H. LECLERCQ.


MECHTA-SI-SALAH. — Entre Sétif et Batna. Ruine considérable sur les dernières pentes des monts des Ouled-Sellem. L'endroit s'appelle plutôt

Bir Ounkel, à raison d'un puits romain qui est encore en usage. Nombreux pressoirs.

Église non fouillée, mal conservée et encombrée de ruines plus récentes, mais dont le plan peut être encore reconnu. Il ne faudrait guère creuser plus de 0 m.80 pour arriver au sol antique (fig. 7867). Longueur, sans l'atrium, 31 m. 40 ; largeur, 16 m. 85.

A. Atrium. À en juger d'après l'orientation des deux pierres de taille sur le côté nord, cet atrium ne semble pas avoir été quadrangulaire.

B. Grande porte d'entrée. La façade de l'édifice était probablement percée de trois portes (la petite porte de gauche en B') correspondant aux trois vaisseaux que séparaient deux colonnades.

C. Chœur, profond de 5 m. 50, avec une clôture de dalles et de petits piliers.


DDD. Restes de la clôture du chœur.

E. Pilier de la clôture du chœur (fig. 7868) avec rigole longitudinale à droite pour assujettir la porte.

F. Base de demi-colonne, terminant du côté de l'abside la colonnade de gauche de la nef. Les bases de cette demi-colonne et des colonnes entières ont un socle élevé et leurs moulures consistent en un tore, un filet, une doucine renversée, un filet, un tore. Une des colonnes gisant dans l'église mesure 2 m. 60 de longueur ; en bas, elle présente, selon l'usage, une simple bande en saillie, en haut, une baguette et un listel.

G. Abside : elle semble avoir été plus élevée que la nef et les bas-côtés.

H. I. Salles attenant à l'abside.

J : K. Autres salles dont l'affectation est douteuse. | LI. Routes commerciales. III. Accords diplomatiques - et commerciaux. IV. Population de la Mecque. V. Gouvernement, VI. Le site de la Mecque. VII. Le climat de la Mecque. VIII. Les juifs de la Mecque. IX. Les chrétiens de la Mecque. X. Bibliographie.

I. LA ROUTE DES INDES. — L'attention de l'empereur Auguste n'avait pu manquer d'être attirée vers ce que nous avons pris l'habitude de nommer la question d'Orient et qu'on désignerait avec plus de rigoureuse exactitude sous le nom de route commerciale de l'Inde. Tous ceux qui se montrèrent dignes et capables de gouverner l'empire tournèrent leurs préoccupations vers les Indes. Le transfert de la capitale de Rome à Byzance montra l'importance qu'y attachait Constantin et, désormais, ses successeurs ne s'en détournèrent plus jusqu'au temps où Justinien pensa pouvoir se flatter de réaliser le rêve séculaire entretenu par ses prédécesseurs. Cette politique s'imposait non seulement par sa grandeur, mais encore par ses profits, car le commerce de l'Orient promettait des ressources immenses, seules capables de combler le déficit d'une politique grandiose et d'une magnificence ruineuse. D'ailleurs, le basileus n'était pas seul à convoiter ces gros avantages, vers lesquels se tourna l'esprit de

Mahomet qui, « attentif aux avantages de son pays, en voulut faire l'entrepôt de l'Inde », reprenant en cela les traditions de la république marchande de la Mecque.

Mais l'accès de l'Inde était difficile, car Rome n'avait jamais pu asservir la dynastie qui régnait en Perse et qui gardait la clef des communications dans l'Asie centrale. La diplomatie et la guerre ne remportèrent, sur ce terrain, que des échecs ; alors on eut recours au commerce. Par la mer Noire, par les ports de Crimée, Bosporos et Cherson, par l'ancienne Golchide — nommée pays des Lazes — en s'appuyant sur l'Arménie, les marchands byzantins s'efforcèrent d'atteindre les producteurs de la soie et des épices.

Ces tentatives de pénétration pacifique ne donnèrent pas tous les résultats escomptés. L'ouverture de routes stratégiques et commerciales dans la direction du moyen Orient ne réussit pas mieux ; la Perse demeurait à peu près infranchissable et impénétrable. Alors, les empereurs se tournèrent vers le royaume d'Aksoum avec l'espoir d'ouvrir, à travers la mer Rouge, une voie libre de tout espionnage et de s'assurer une population docile au prix de minces avantages. L'illusion dura peu de temps. L'Éthiopie (voir ce

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nom) sembla se prêter à ce qu'on attendait d'elle ; en réalité, elle reprit les traditions conquérantes des souverains d'Aksoum, mêlés, depuis le début de l'ère chrétienne, à toutes les révolutions du Yémen. Ce n'était pas pour le plaisir de faire le jeu de l'empereur byzantin qu'on allait renoncer à la possession et à l'exploitation des ports de l'Arabie conduisant aux emporia de l'Inde et se dépouiller bénévolement du contrôle exclusif de l'accès du Báb-al-Mandeb.

À la veille de l'hégire, la route de l'Inde, moitié maritime, moitié continentale, aboutissait à la pointe nord du golfe Persique, qui pénétrait beaucoup plus avant que de nos jours dans la plaine de Mésopotamie. Ce débouché semblait désigner le seuil d'une immense étendue de terres grasses et limoneuses apportées par | le Tigre et l'Euphrate, tous deux exploités par la navigation, mais avec une préférence marquée pour l'Euphrate, dont le cours donne l'idée d'un canal de jonction tracé par la nature entre la Méditerranée et le golfe Persique.

La route remontant la vallée de l'Euphrate était plus rapide et plus sûre, mais elle n'était pas à l'abri des complications politiques qui pouvaient en amener la fermeture. À son défaut, le commerce pouvait suivre la route du désert qui relie le golfe Persique à la Méditerranée par l'Arabie. Palmyre dut sa fortune à cette circonstance des tribus qui se fixèrent à mi-chemin entre l'Euphrate et les ports syriens. Le commerce ancien ne redoutait pas les voies terrestres, peut-être même les préférait-il aux voies maritimes dont il appréhendait les chances mauvaises et que, pour cette raison, il voulait toujours abréger le plus possible.

Toute l'histoire économique de l'Asie antérieure se rattache au fonctionnement de ces artères de la vie |, commerciale, Sur la route terrestre de l'Inde se dressait l'obstacle de l'Arabie, d'une superficie égalant quatre fois celle de la France ; mais l'obstacle inhospitalier n'était pas infranchissable, sa lisière méridionale eut même la réputation de jouir d'une richesse merveilleuse et d'une fertilité inépuisable ; on lui donna le nom significatif d'Arabie heureuse. Le Qoran se plaît à revenir maintes fois sur le spectacle des villes déchues de leur prospérité, dont les ruines jalonnent la route qui va de la Mecque en Syrie. Et ce ne sont pas seulement des villes, ce sont des peuplades, celle des Adites et celle des Tamoudites, grandes tribus marchandes, qui se trouvèrent affaiblies à la suite d'un changement de direction prise par le commerce et condamnées à disparaitre.

Lorsqu'on parle des invasions et des conquêtes arabes, on songe surtout aux destructions qu'elles entraînèrent avec elles, aux ruines, aux massacres, aux calamités de toute nature qui en furent la conséquence (voir Dictionnaire, t. vii, au mot INVASIONS. ARABES), il y eut une autre conséquence, à savoir le bouleversement économique qu'elles entraînèrent pour l'Asie antérieure, en réunissant sous une même domination la vallée et le débouché maritime de l'Euphrate. Au temps des Omayyades, l'Iraq retrouvera une partie de son ancienne prospérité, lors que les « navires de l'Inde » auront repris leur itinéraire traditionnel, Les conquêtes de Halid ibn al-Walid entraînèrent la ruine du commerce de l'Arabie occidentale. La route directe de la Mésopotamie étant redevenue libre, le trafic se détourna de la route interminable et fatigante par le désert d'Arabie. La Mecque en supporta les conséquences.

La Mecque d'Abou Sofian diffère fort de celle du khalife Omar. Mahomet avait établi, à partir de Badr, une interdiction qu'on a pu nommer un « blocus continental » ; sa mort, survenue brusquement, arrêta le mouvement des transactions commerciales à la Mecque. On vit alors péricliter et disparaître les foires voisines, celle de Okaz entre autres ; du moins, il n'en est plus question. Les financiers qoraisites ferment leurs magasins et les guichets de leurs banques que la clientèle a désertés ; ils se transportent à Médine, devenue le siège du khalifat.

Les Mecquois avaient prévu cette décadence. Ils avaient interrogé Mahomet quand celui-ci leur avait conseillé d'embrasser l'islam, craignant qu'une réforme religieuse n'entraînât le bouleversement des institutions religieuses et sociales qui faisaient la prospérité de leur ville. Mahomet leur répondit qu’ « Allah ne manquerait pas d'y pourvoir ; il leur fournirait une ample compensation et les enrichirait de son abondance » et le Qoran ajoute prudemment que cela arrivera « quand Allah le jugera à propos ». Mais tout arrive à qui sait attendre et la compensation promise se présenta enfin sous forme palpable quand le succès du pèlerinage amena des foules à la Mecque. Les Mecquois, gens avisés, surent s'y prendre au mieux pour exploiter l'aubaine qui s’offrait à eux ; ils louèrent appartements et maisons aux pèlerins, nonobstant ce que la tradition pouvait trouver à blâmer dans cette opération. Dés lors, l'impulsion était donnée et la Mecque connut de nouveau la richesse et l'opulence grâce aux dépenses où se laissèrent entraîner les pèlerins riches pour qui le pèlerinage n'interdisait pas les distractions et qui contribuèrent à la transformation de la ville sainte en ville de plaisir.


II. ROUTES COMMERCIALES. — À la fin du v siècle de notre ère, un événement grave se produisit : une révolution économique. Une guerre acharnée et décisive soulevée entre la Perse et Byzance entraîna la fermeture des passages commerciaux par l'Asie antérieure et ruina les marchés des stations de la Palmy-

rene, de la Nabatée et de la Pérée. Le malheur de la Syrie profita à l'Arabie occidentale, et par-dessus tout à la Mecque. Ce fut, pour la ville, comme une résurrection à partir du jour où elle devint une des haltes sur la « route de l'encens », voie par laquelle les produits de l'Orient, spécialement les essences précieuses, s'acheminaient vers le monde romain.

La Mecque se trouvait heureusement posée entre l'Asie et l'Afrique, au voisinage d'une brèche dans la chaîne côtière du Tihama, près du carrefour des routes conduisant de la Babylonie et de la Syrie vers les plateaux de l'Yémen, vers les rives de l'océan Indien et de la mer Rouge. En outre, la Mecque se trouvait en communication avec le monde noir dont elle drainait quelques-unes de ses ressources à peine connues. La formation de la milice mercenaire des Ahabis, la présence à la Mecque d'une importante colonie abyssine, ensuite la double émigration en Abyssinie des premiers disciples de Mahomet, tous ces faits supposent l'existence de relations suivies avec l'Éthiopie, contrée elle-même engagée dans le commerce de l'Inde.

Les Mecquois eurent des correspondants qui sont peut-être reconnaissables dans les nombreux halif qoraisites, originaires des districts sud-arabes, la collation du Aalif, « affiliation », suppose la communauté d'intérêts commerciaux.

Au nord de la Palestine s'étendait la Syrie, terminée par la muraille rocheuse de l'Amanus. Au-delà de cette barrière, s'ouvrait une série de passes étroites, de défilés étranglés entre la montagne et la mer. Parfois, les caravanes s'y glissèrent et se répandirent sur le plateau anatolien, nouèrent des relations, tracèrent de nouvelles routes commerciales dont le réseau atteignait les foires lucratives de l'Asie antérieure.

Dans la suite, chacune des grandes familles de la Mecque se vanta d'avoir frayé une de ces routes ; c'était, dans bien des cas, une prétention qu'on n'aurait pu soutenir, mais ce qui n'est pas contestable, c'est que nul n'a su, à l'égal du peuple arabe, utiliser le rôle d'intermédiaire, s'imposer comme courtier entre deux mondes. Le Bédouin, véritable héritier de l'Ismaélite, sait avoir à la fois un pied dans les deux camps, mener de front, avec un égal succès, la profession de brigand et celle de commerçant, se rendre nécessaire ou même indispensable.

Alexandrie, Antioche, Rome avaient vu plutôt s'amenuiser le luxe effréné au sein duquel elles avaient vécu, mais Constantinople continuait à faire une prodigieuse consommation des produits importés de l'Asie. La cour impériale, la liturgie catholique usaient d'une magnificence dont les sources directes venaient de l'Orient : tissus, épices, essences, et ces produits exotiques jouissaient d'une estime qui leur valait un prix désordonné. L'Arabe savait exploiter à merveille ces folles prodigalités, ce ruineux exotisme. Avec non moins d'adresse et de décision, il réussira à imposer ses services d'entremetteur, de caravanier, de dépositaire aux producteurs orientaux et à dicter les prix de vente aux acheteurs occidentaux. Il n'oubliera pas de majorer les frais, en temps de guerre, de troubles politiques, pour les risques imaginaires ou réels, pour compenser le danger de laisser improductive sa chétive mise de fonds.

La situation géographique de l'Arabie, le chemin commercial qu'elle possède, assure aux Arabes le monopole du transit indien. Ceux-ci parcourent les pays environnants, toujours l'œil aux aguets, prêts à conclure une affaire. Ce sont des Arabes, ou du moins leurs ancêtres, que ces Ismaélites qu'on voit surgir à point pour acheter le jeune Joseph à ses frères ; marchands de parfums, ils font à l'occasion le commerce d'esclaves. Dans une civilisation peu scrupuleuse, de tels gens sont recherchés, aussi la Perse, Byzance, l'Éthiopie rivalisent d'ingéniosité pour établir leur influence dans l'Arabie, pour s'y assurer le monopole du transit indien. C'est pour quoi, les gouvernements de Chosroés et de César avaient la précaution de surveiller jalousement ou même de se réserver les relations commerciales avec la Sarracène.

Mais les deux principaux empires qui se disputaient l'hégémonie sur l'Asie antérieure, l'empire romain et le roi des Perses, comprirent que la force des armes n'allait plus suffire à triompher des incursions barbares sans cesse renouvelées. À la force, ils songèrent à substituer la ruse et recoururent à la diplomatie. Sur les frontières du Bas-Empire, le monde barbare achevait de se stabiliser. Après la mort de Justinien, ses chefs refusèrent de combler les vides causés par les conquêtes en Europe et en Afrique dans les rangs des armées romaines. Pour nous borner aux frontières méridionales des deux grands États d'Orient, l'étude du monde arabe devint l'une des plus constantes préoccupations des politiques à la cour de Ctésiphon et à celle de Byzance. Cette dernière multiplia l'envoi de missions religieuses et diplomatiques dans la Sarracène.


III. ACCORDS DIPLOMATIQUES ET COMMERCIAUX. — À la Mecque, on avait l'œil ouvert sur les tractations auxquelles se livraient les puissants voisins. Peu importe celui d'entre eux vers lequel portent les sympathies personnelles, un principe domine toute la conduite, qu'il s'agisse de Grecs ou d'Iraniens, c'est de restreindre leur influence en Arabie et de ne la tolérer que dans la mesure indispensable pour en tirer profit. Mais, comme il faut vivre et commercer, il s'agit d'entretenir des relations profitables avec les belligérants. C'est pour quoi les financiers de la Mecque entamèrent des négociations avec les pays voisins d'Arabie, se munirent de sauf-conduits qui stipulaient le passage libre et sans entraves pour la personne des commerçants, pour le chargement des caravanes. Adroitement, les Mecquois réussirent à conclure l'équivalent d'un traité de commerce avec l'empereur de Byzance, avec le roi d'Abyssinie et avec le roi des Perses. Dans les idées de l'époque, il ne pouvait être question de libre-échange, mais simplement d'échange commercial confiné aux environs de la frontière, dans quelques localités dont les noms étaient stipulés. C'étaient, en Palestine, les ports d'Aila et de Gaza, peut-être aussi Jérusalem, dont les anciens Arabes paraissent avoir visité les sanctuaires. En Syrie, les caravanes mecquoises pouvaient pénétrer jusqu'au marché de Bostra ; ceci n'est plus certain pour Damas.

Pour les Arabes, ce qui importait par-dessus tout était de ne pas se voir arrêtés aux frontières.

Des conventions analogues devaient être conclues avec les roitelets d'Arabie. Les Mecquois leur durent de pouvoir franchir les étroites limites de leur haram pour arriver jusqu'en Syrie et sur les terres byzantines. Le détail des négociations n'a pas été conservé par les annalistes mecquois du n° siècle de l'hégire, mais il n'en sont pas moins complétés par les généalogistes qui n'hésitent pas à désigner par leurs noms les chefs qoraisites qui auraient réussi à négocier ces immunités ou capitulations commerciales.

Les pays ouverts à la pénétration du commerce, à la circulation des caravanes, s'appelaient wagh, « direction », mal gar, « région de trafic ». D'innombrables restrictions venaient limiter l'extension du privilège. Le gouvernement byzantin n'admettait pas le libre-échange, surtout avec les Bédouins, qui lui inspiraient une incurable méfiance. Ceux-ci durent accepter de lourds sacrifices, payer des taxes onéreuses, acquitter d'écrasants droits de douane, et même consentir à livrer des otages. À ces conditions, ils trouvèrent la sécurité voulue, l'occasion de s'enrichir et de conclure des marchés avantageux. Ces échanges étaient surveillés de très près par des commissaires spéciaux. Les comites commerciorum contrôlaient leur rapport avec le marché local ; ils désignaient les articles dont le monopole d'État se réservait l'achat et aussi ceux dont l'exportation demeurait interdite, comme celle des armes et de l'or. Celle de l'huile et du vin était également proscrite, mais la fraude n'y prenait garde. Le Bas-Empire était protectionniste autant qu'il est possible de l'être ; il ne lui suffisait pas de taxer les exportations, il s'opposait à différentes importations, susceptibles, à l'entendre, de concurrencer l'industrie nationale. La douane frontière ne se bornait pas à fouiller voyageurs et bagages, elle n'épargnait rien de ce qui composait le chargement des caravanes. La moindre infraction était passible de la confiscation, de l'amende, ou même du fouet. Il est vrai que les Qoraisites n'importaient pas d'articles manufacturés, mais uniquement des matières premières dont l'industrie byzantine pouvait se passer. La politique économique de la Perse ne s'inspirait pas de principes plus libéraux que celle de Byzance.

Les Mecquois n'avaient rien à envier à leurs concurrents. Sans franchir les frontières de l'Arabie, ils avaient à subir d'autres exigences pas plus justifiées, celles des chefs bédouins dont il fallait gagner la bienveillance par d'onéreuses gratifications. À tout moment, la route des caravanes se trouvait coupée. C'était au commerce de la Mecque de la rétablir par des versements en argent. Ce qu'il sacrifiait ainsi, il le retrouvait ailleurs par toute une gamme de redevances imaginée aux dépens du commerce étranger : dîmes, droits de séjour, de circulation, de patente, de pratique commerciale. La Mecque ne se montrait pas moins ingénieusement avide à l'égard des étrangers morts sans laisser d'héritiers ; en pareil cas, c'était la confiscation. Quant aux pèlerins étrangers, il leur fallait se résoudre à acquitter une taxe supplémentaire. Ainsi, tout devenait prétexte et occasion à exploitation.

Mais ces entraves n'empêchaient pas le commerce. En Syrie, la ville fortifiée de Bostra surveillait la sortie du désert, l'accès de la Damascène et les merveilleux greniers à blé des plaines du Hauran. Le long de l'ancienne voie romaine de Trajan, reliant Bostra à l'Érythrée, c'était un défilé incessant de caravanes arabes qui s'arrêtaient au port d'Aila, aux étapes de Ma'an, d'Adroh', de 'Amman, d'Adra'at pour aboutir à Bostra. Au sud de la Palestine, Gaza attirait tout autant le commerce arabe. Gaza était le premier poste sur la Méditerranée au sortir des solitudes et la véritable porte de l'Arabie sur l'Occident. Depuis le IVe avant notre ère, cette ville et le pays environnant attiraient les colonies arabes adonnées au commerce. Enfin, la route du commerce indien coupait le désert pour aboutir aussi à Gaza ou venaient se décharger les richesses de l'Inde.


IV. POPULATION DE LA MECQUE. — C'est une population sédentaire qu'il faut se garder de confondre avec les Bédouins nomades qui l'entourent et vivent plus ou moins à ses dépens. Ceux-ci font les métiers de caravaniers, de guides, de convoyeurs, vivent sobrement et gagnent peu, ressentent et manifestent à l'occasion peu de sympathie pour ceux qui les emploient et qui les paient le moins cher possible. Les Mecquois ne se montrent pas plus favorables à l'égard de gens qu'ils méprisent, de qui ils dénoncent et tournent en ridicule les façons frustes, la grossièreté et dont ils ne font pas plus de cas que de bêtes de somme.

Aux environs de l'hégire, les habitants de la Mecque se réclamaient d'un ancêtre nommé Qorais dont l'existence historique est au moins douteuse. Dans la masse nomade de Bédouins qui végétaient aux environs de la Mecque, les groupes de Scenites comptaient au nombre des plus déshérités, et le clan des Qoraisites traînait une existence précaire au fond des gorges sauvages, parmi les montagnes dénudées encerclant le territoire sacré ; ramassis de bergers et de larrons, tour à tour auxiliaires et fléaux du commerce mecquois.

Un certain Qosavy, venu du Nord, réussit par un coup d'audace à introduire ces forbans dans la Mecque. Ils ne mirent pas longtemps à s'assurer la suprématie politique et s'emparèrent du sanctuaire de la Ka'ba, ce qui équivalait à une consécration. Ceci a pu arriver vers le dernier quart du V* siècle de notre ère, une centaine d'années environ avant la naissance de Mahomet.

Parmi les Qoraisites, devenus Mecquois, on distinguait une dizaine de groupes principaux qui occupaient le centre de la ville, le fond de la vallée Al-Batha. Ce quartier central devint le quartier aristocratique.

D'autres groupes citadins, moins directement apparentés à Qosavy, furent refoulés à la périphérie de l'agglomération mecquoise, vers les premières pentes, ou confinés dans les gorges des collines qui dominent la ville. On les désignait sous le nom de « Qorais du dehors ». Les marchands étrangers se partageaient les faubourgs, avec les Bédouins et les esclaves : tout cela formait les « Zawahir ». C'étaient des gens de peu, mais qui vivaient en bon accord avec les Qorais du dehors avec lesquels ils s'alliaient sans répugnance, ce qui donna naissance à des Qoraisites moins gourmés et plus braves que les Mecquois du quartier aristocratique. Quoi qu'il en soit, ce milieu marchand produisit en quantité des hommes éminents dans les carrières les plus diverses qui leur étaient jadis entièrement fermées, comme celles de généraux et de souverains.

65 Toutes les familles de la Mecque ne contribuèrent pas dans la même mesure à justifier cette réputation.

V. GOUVERNEMENT. — Il n'y en avait pas, si on entend par là une autorité reconnue et obéie, mais la pratique du commerce avec l'étranger avait donné aux Qoraisites comme une lointaine initiation à la vie publique. Dans cette république marchande qu'était la Mecque, le gouvernement était, pour ainsi dire, géré par un syndicat d'hommes d'affaires : banquiers et commerçants.

On trouverait à grand-peine une nation plus prévenue contre toute forme d'autorité que la race arabe qui, ayant le choix entre la tyrannie et l'anarchie, se prononce instinctivement et par réflexion pour l'anarchie, par haine de ce que la tyrannie pourrait être. Les poètes arabes enseignent l'admiration et le respect pour l'oppresseur, le mépris pour l'opprimé, parce que l'homme n'a de choix qu'entre l'une ou l'autre de ces situations ; tout l'art de l'individu doit tendre à le mettre au nombre des oppresseurs. A la Mecque, où on se targue d'expérience, on se flatte d'avoir découvert une solution intermédiaire, une conception démocratique qui concilie la plus grande somme de libertés individuelles avec le moindre appareil gouvernemental. Si restreint que soit cet appareil, encore a-t-il fallu lui accorder une place, ne fût-ce que pour la conservation des traités d'alliance et de commerce, pour la gérance ou la perception des taxes sur les étrangers. Et cependant, dans les plus anciens documents, on ne découvre nulle part une allusion précise au fonctionnement de ces organismes administratifs.

Cependant, la prospérité, l'existence même de la Mecque ont dû exiger une sorte d'autorité, sans qu'on puisse dire exactement ce qu'elle fut. Quels étaient les représentants de l'autorité et qui étaient leurs agents ? Comment s'opérait la rentrée des taxes fiscales ? Pour répondre à ces questions, il faudrait posséder des monuments ou des textes qui nous manquent. Il existe bien une bibliothèque soi-disant historique relative à la Mecque avant l'hégire, mais on n'y rencontre aucune mention de mandataires, de représentants officiels. Il est parfois question d'un crieur qui invite la population à une manifestation publique, mais on ne sait pas si cet employé est à la charge d'un personnage privé ou d'un service public. Certainement, le crieur public est un personnage d'importance. On recours à lui pour certaines proclamations, par exemple pour annoncer qu'un contribuable est exclu du clan ou du groupe tribal. A la Mecque, cette cérémonie s'achève d'ordinaire au pied de la Ka'ba. A Médine, Mahomet s'entoure de crieurs officiels qui sont chargés de convoquer à la prière.

Au point de vue de la période antérieure à l'hégire, à ses événements et à ses institutions, on n'a rien à attendre des charges et des distinctions honorifiques inventées plus tard. — VI. LE SITE DE LA MECQUE. — L'Arabie occidentale présente quelques aspects qui comptent au nombre des plus désolés de notre planète, et la contrée du Higaz est privilégiée entre toutes. Un poète nègre, Al-Haigalan, qui vécut au début du VII* siècle de l'hégire, par conséquent à une date où les régents omayyades avaient déjà fait beaucoup pour assainir et embellir la Mecque, ce poète en donne une description des moins attrayantes. S'adressant aux Qoraisites, il leur dit :

Mieux eût valu l'acquitler que de prendre la fuite.

Vous auriez vu accourir les princes de Himiar, à la tête de


MECQUE (LA)

66 S'il en est ainsi de la ville rebâtie, on peut se faire une idée de celle qu'elle a remplacée. Il n'y a que des commerçants qui puissent s'accommoder d'une pareille ville, car le paysage a pour eux moins d'importance que les affaires.

La Mecque offre la forme d'un croissant allongé, serré comme dans un étau par une double rangée de collines abruptes et dénudées. Impossible de s'étendre, d'élargir ce couloir mal aéré qui coïncide avec un affaissement du sol. La ville primitive en occupait le fond ; le centre (quartier aristocratique) s'étendait sur les parties les moins élevées de cette cuvette, les maisons s'y entassaient à ce point que, le soir et le matin, l'ombre de certaines d'entre elles se confondait avec celle de la Ka'ba. L'étranger qui visitait la Mecque avait l'impression que toutes les constructions tenaient ensemble.

Une étroite esplanade s'étendait entre les maisons des patriciens et le baram « qoraisite ». Ce parvis constituait l'ancien sanctuaire, le temple à ciel ouvert : c'était le seul existant à la Mecque avant la prédication de l'islam. On y distinguait le chemin de ronde, tracé par les tournées rituelles des pèlerins autour de la Ka'ba, ensuite le puits sacré de Zamzam, puis le mur très bas et demi-circulaire du Higr, ouvert sur la Ka'ba, enfin le magam d'Abraham avec d'autres fétiches secondaires ; legs et reliques du passé mythologique de la cité. Les extrémités des ruelles, débouchant sur cette place, mesquinement exiguë, s'appelaient « les portes du haram ou du masgid ». Ces soi-disant portes ou issues empruntaient leurs noms aux clans fixés dans le voisinage.

Au rez-de-chaussée des constructions latérales, faisant face aux quatre côtés de la Ka'ba, se trouvaient les cercles ou clubs des principales familles de la Mecque, communiquant de plain-pied avec le parvis de la Ka'ba. C'est sur cet emplacement que les principaux financiers se réunissent quand ils doivent discuter les intérêts du commerce et de la ville. C'est encore sur cette esplanade, l'unique place du quartier aristocratique, que les notables viennent se délasser, respirer un peu de fraîcheur pendant les nuits de l'été, le dos appuyé contre les parois de la Ka'ba, ou bien accroupis dans l'enceinte du Higr.

Les faubourgs offrent un entassement de maisons humbles et basses, ce sont des masures, des taudis incrustés dans les gorges et les fentes de la muraille rocheuse qui domine la ville. C'est dans ces gorges que les premiers croyants de l'islam s'abritèrent afin de dérober plus sûrement aux païens le secret de leurs pratiques religieuses. Le géographe Madqisi exprime en quelques mots l'inclémence de la Mecque : « chaleur suffocante, vent mortel, nuages de mouches s+. Aussi l'ophtalmie était excessivement commune à la Mecque.

Mais tout cela semblerait tolérable si la ville possédait le bienfait essentiel : l'humidité. Or, la Mecque devait probablement son existence au puits de Zamzam, à qui le ciel avait infligé une saveur déplaisante afin d'enlever aux princes de la terre la tentation de s'en disputer la possession. En dehors de ce breuvage repoussant, la Mecque n'est que pierres, sables et soleil ; puis une menace toujours présente : l'inondation.

La pénurie d'eau potable était, à la Mecque, tellement caractéristique que, pratiquement, la ville dépendait du débit très variable des eaux de Zamzam. Dans la suite, après l'hégire, les vieilles familles eurent la vanité d'avoir possédé chacune un puits creusé par un ancêtre ; mais la plupart de ces puits se trouvaient hors de la Mecque et parfois à une distance très notable. On allait chercher de l'eau à dos de chameau, parfois même puiser dans les réservoirs

A.— XI—3

67 d'eau de pluie dans les montagnes. Cette pénurie d'eau potable est encore attestée par les précautions employées, antérieurement à l'hégire, lorsqu'il s'agissait de pourvoir à l'approvisionnement de quelques milliers de pèlerins à l'époque de leur voyage annuel. La population devait s'imposer alors une taxe spéciale. On faisait appel à tous les récipients, principalement à des réservoirs de cuir.

On ne pouvait pas compter sur la source de Zamzam, d'abord parce que son débit était fort inégal, ensuite parce que sa saveur entraînait, à l'usage, de graves inconvénients. Il est vrai que Mahomet annonça que les eaux de Zamzam deviendraient un jour plus délectables que celles du Nil ou de l'Euphrate ; la prédiction ne s'est pas réalisée. Burckhardt les déclare indigestes et Inouck Hurgronje les dit purgatives. Les Mecquois avaient entrepris de les assainir en y mélangeant une macération de dattes. En somme, il semble bien que ce fut ce qu'on est en droit de nommer une eau malsaine. Les grandes pluies la corrigeaient un peu, en étendant son excès de salinité. Il n'y fallait guère compter, du moins de façon durable, car il fallait sept jours consécutifs de pluie pour déterminer le débordement de Zamzam, débordement toujours exceptionnel.

Le Coran menace les Mecquois infidèles de voir tarir la réserve de leurs puits. Il y eut, en effet, certaines années où Zamzam demeura à sec ; on raconta que le puits avait même disparu à certaines époques. Il occupait la cuvette centrale de la Mecque. C'est vers ce point, affectant l'apparence d'un entonnoir, que les trombes hivernales entraînaient les débris des éboulements, les détritus de la voie, les boues accumulées dans les vallées, les gorges environnantes, dans les hauts quartiers de la ville, pendant les longues périodes de sécheresse. La violence des eaux charriait ces masses de terre et de rochers vers les issues donnant sur l'esplanade ouverte de la Ka'ba. Elles y nivelaient toutes les inégalités du terrain et finissaient par obstruer l'orifice de Zamzam au point d'en effacer toute trace.

On voit ce qu'était le site de la Mecque et on s'étonne que des hommes se soient obstinés à y vouloir vivre. C'était bien, suivant l'expression employée par le Coran, une vallée où rien ne poussait.

Pareille installation ne pouvait subsister qu'à la condition de se trouver dans une complète dépendance de l'étranger. C'est pour quoi les anciens Qoraisites se trouvaient obligés d'entretenir des relations amicales avec leurs voisins de Taif et des monts Sarát, mieux partagés qu'ils ne l'étaient eux-mêmes. Ce ne fut qu'après l'hégire qu'on vit des khalifes entreprendre de grands travaux pour amener les eaux aux environs de la Mecque. Moawia en fit venir dans ses jardins. Walid [er construisit des aqueducs et pourvut d'eau potable la population urbaine. Ce grand effort fut vite négligé, puis abandonné.


VII. LE CLIMAT DE LA MECQUE. — Une tradition arabe prétend qu'à l'époque où Abraham établit Ismaël à la Mecque, le fond de la vallée était couvert d'une épaisse végétation. Dans ces pâturages et ces taillis, Ismaël et ses compagnons se livraient au cruel plaisir de la chasse ; ce fut Qosavy qui transforma ces lieux et y bâtit une ville. Quoi qu'il en soit de ce récit, à la veille de l'hégire, la Mecque ne possédait plus un seul arbre ; tout au plus pouvait-on signaler quelques arbres aux au tronc grêle, aux rameaux munis d'épines à la place de feuilles. La ville qui n'avait qu'une eau insalubre n'était pas mieux partagée au point de vue de l'air dont la malignité était connue. Les chroniques qoraisites n'abordent pas volontiers ce sujet, mais elles ne peuvent taire tout à fait les bruits fâcheux qui circulent sur les ravages que fait la petite vérole.

Cependant, Mahomet veut que les rangs de ses fidèles soient serrés autour de la Ka'ba, aussi proclame-t-il bienheureux ceux d'entre eux qui savent braver les ardeurs de l'été mecquois. Ce n'est pas une étuve ou un four, mais un brasier. Au XIVe, Ibn Batouta visite la Mecque à cette époque et voici ce qu'il note dans ses souvenirs : « Autour de la Ka'ba, les pierres noires, pavant le chemin de la ronde rituelle, deviennent, sous l'action des rayons solaires, comme des plaques chauffées au feu. Il m'est arrivé de voir les arroseurs de la mosquée vider leurs outres sur ce dallage. À peine l'eau touchait-elle le pavé que celui-ci s'embrasait immédiatement. » Et l'hiver mecquois ne valait pas mieux que l'été : au supplice de la brûlure succédait le danger de la noyade ; on vivait dès l'automne, à la Mecque, sous la menace des inondations. Avant l'hégire, le syndic qui veillait aux destinées de la ville parait s'être déclaré impuissant à maîtriser le fléau qui se précipite, en raison de la configuration des lieux, vers la Ka'ba et menace de la submerger. De bonne heure, les khalifes firent appel à la science des ingénieurs chrétiens qui commencèrent à élever des barrages dans les hauts quartiers. Ensuite, ils garantissent la mosquée par des remblais et par des digues. De même, ils essayèrent de consolider les fondations des demeures situées en bordure du canal creusé par la trombe d'eau. Ces mesures n'eurent pas toute l'efficacité qu'on en attendait, mais si l'inondation entraîna de graves inconvénients, ce fut dans la suite, quand le succès de l'islam eut donné à la Ka'ba l'importance d'un sanctuaire mondial, que les inondations prirent l'importance de désastres auxquels l'impéritie des ingénieurs, l'incurie des autorités empéchèrent d'apporter des remèdes efficaces.

Quand il pleut à l'Orient de la Mecque, des torrents s'y forment en un clin d'œil. Ils se précipitent le long des pentes regardant la mer, vers l'intérieur de l'étroite vallée qui va s'abaissant du Nord-Est au Sud-Ouest. En plus des eaux, surviennent des masses de terre, des détritus accumulés dans les quartiers supérieurs, et cette trombe se précipite vers la mosquée située au centre et au fond d'une large cuvette marquant le milieu de la ville. Si le Wadi Ibrahim réunit ses eaux à celles du Wadi-Agiad, le péril est presque instantané, les barrages tombent comme de simples barrières, les flots s'engouffrent dans la mosquée par toutes les issues de l'enceinte, démolissent les colonnes soutenant les galeries et finissent par atteindre le niveau de la pierre noire, Parfois, les eaux pénétraient dans le sanctuaire dont on n'atteint le seuil qu'à l'aide d'une échelle.

Une légende raconte qu'au temps de la gentilité une inondation renversa de fond en comble la Ka'ba et l'ensevelit sous d'énormes quantités de vase et de décombres. Depuis lors, elle fut plusieurs fois renversée et une fois au moins avant l'hégire, au temps de la jeunesse de Mahomet.

À la suite de ces inondations, on voyait se développer des maladies. Les dépôts de vase et d'immondices, les entassements de cadavres formaient des foyers de contagion épidémique, activée par la chaleur du soleil et par l'absence et l'ignorance de toute hygiène. Les chroniqueurs mecquois n'en disent que ce qu'ils ne peuvent pas cacher, afin de ne pas contredire le Prophète qui a célébré, dans le Coran, les prérogatives de sa ville natale, aux habitants de laquelle il promet en récompense, au nom d'Allah, une large compensation pour les sacrifices qu'ils s'imposent en faveur de l'islam.

Malgré cela, la Mecque, en raison de sa stérilité, dépendait à peu près complètement, pour sa subsistance, du bon vouloir des étrangers. À partir du khalifat, par suite du développement de la population et du développement des pèlerinages, les souverains musulmans durent se préoccuper d'assurer son ravitaillement. Grâce au succès de leurs armes, ils purent, après la conquête de l'Égypte, diriger vers la Mecque une partie du blé qui, auparavant, était embarqué à Alexandrie à destination de Constantinople. Ils firent plus ; afin d'activer ce trafic, ils exemptèrent de la moitié des taxes les céréales importées par les chrétiens de Syrie. Il suffisait de la moindre irrégularité dans l'arrivée de ces convois ou des provisions venant du mont Sarat pour provoquer la famine. Ainsi, la Mecque vivait sous la triple menace de l'inondation, de la peste et de la famine.


VIII. LES JUIFS DE LA MECQUE. — Nous avons montré la situation de Mahomet à la Mecque à la veille de l'hégire (voir Dictionnaire, t. X, col. 1157-1164) c'est-à-dire à l'époque où il ne se croyait pas encore réformateur et fondateur de religion. Il vivait pacifiquement au milieu de ses concitoyens et entretenait de bons rapports avec ceux d'entre eux qui s'attachaient à des croyances monothéistes, mais il semble avoir su très peu de chose alors des données bibliques. Il n'en sera plus de même à Médine où les juifs sont nombreux et où, grâce à eux, grâce aux explications qu'ils lui donnent, Mahomet apprend qu'Abraham est père d'Ismaël, et cette découverte l'amène à proclamer quelques principes fondamentaux de la doctrine islamique, entre autres : l'autonomie du monothéisme qorani, la fondation de la Ka'ba et l'institution par Abraham du pèlerinage national à ce sanctuaire. Dès lors, il comprend lui-même et explique aux autres son élection par Allah à la dignité prophétique. Jusqu'à ce moment, elle demeurait obscure pour lui-même ; désormais, tout s'explique et il explique tout.

À la Mecque comme à Médine, Mahomet avait rencontré des juifs parce que ceux-ci ne pouvaient pas ignorer et se tenir à l'écart d'une ville commercante promettant des profits à réaliser. Au début du VIe de notre ère, on les rencontrait dans le Higaz, ayant accaparé les comptoirs les plus avantageux. Ils y vivaient prospères, unis par le lien religieux, associés en quelque sorte par l'aptitude et par la volonté de s'enrichir, renforcés par le sentiment de l'obligation de vivre en bon accord afin de faire front partout, en force et en nombre, à la race arabe au milieu de laquelle ils vivaient et dont ils se savaient haïs. La colonie juive du Higaz n'avait rien à envier à celle de l'Yémen. De en siècle, la situation s'était affermie et il était permis de prévoir le moment, sinon le jour, où l'Arabie serait partagée par deux confessions presque également puissantes : le judaïsme et le christianisme. Le judaïsme possédait les plus belles oasis de l'Arabie occidentale, celles qui commandaient les routes de la Mecque en Syrie ; mais il dédaignait la partie méridionale, par trop aride et calcinée. Il est vrai que Gohfa, oasis malsaine, possédait une colonie juive ; Taif en avait une aussi, à raison du voisinage du Yémen. Le commerce et la vente du vin étaient des industries exploitées par les juifs d'Arabie. Ceux-ci ne semblent pas avoir été représentés parmi les éléments de la population fixée à la Mecque, ville située pourtant à mi-chemin entre le Higaz septentrional et les premiers districts du Yémen.

Étrangers à la race arabe, les juifs sont mal vus d'elle parce qu'ils l'exploitent et la dépouillent de ses biens, et aussi parce qu'ils lui jalousent la révélation du Prophète. Aussi, celui-ci ne les ménage pas. Allah lui a dit : « Tu découvriras les plus acharnés ennemis des croyants parmi les juifs. » Cette animosité ne s'étend pas jusqu'aux chrétiens, à qui nul ne songe à contester le bénéfice de la nationalité arabe. Loin de là, car ils se sont écrié : « Seigneur, inscris-nous au nombre des témoins de la révélation. » Juifs et chrétiens, dans le langage de Mahomet, sont désignés sous le nom de Kifabis, « Scripturaires », mais il sait distinguer entre eux quoiqu'ils invoquent le même livre il ne confond pas les juifs avec leurs ennemis ; irréductibles qui, eux, « croient en Dieu et admettent le caractère révélé de la Bible et du Coran ». Nulle part, la Sira, vie officielle de Mahomet, ne traite d'étrangers les Sarracènes, disciples du Christ.

À la Mecque, la présence d'une colonie juive avant l'hégire supposerait l'existence d'une synagogue, d'écoles de rabbins ; or on n'en rencontre aucune trace et Mahomet ne parait avoir rien connu de semblable dans sa ville natale antérieurement à la mission qu'il reçut d'Allah. Le fonctionnement d'une synagogue lui eût révélé la prière officielle ; la liturgie mosaique l'eût préservé de la choquante lacune de l'islam primitif : l'absence de culte. C'est le séjour à Médine qui suggéra au Prophète, par la vue et la fréquentation des observances juives, l'adoption d'une prière de qualité fort supérieure aux versets du Coran, C'est encore à Médine que Mahomet instituera la réunion du vendredi sur le modèle du sabbat dont il n'avait pas eu connaissance pendant ses années de séjour à la Mecque.

En somme, les juifs de la Mecque étaient plus commerçants que tout le reste et même exclusivement commerçants, à tel point qu'on a pu craindre pour l'avenir de la ville. Dans la république marchande qu'était la Mecque, la politique économique était étroitement nationaliste, à tel point qu'il ne manquait pas de gens pour s'alarmer à la pensée de voir l'avenir réservé à la population mecquoise, s'il devait ressembler à celui qui était devenu pour la population médinoise une cruelle réalité. Détenteurs des capitaux et de la fortune, rois de l'oasis, les juifs avaient réduits les Arabes à la condition de clients. Les juifs détenaient le sol de l'oasis et ils maintinrent toujours leur privilège de premier occupant. Cette situation créait entre eux et les Ismaélites un conflit latent dont Mahomet sut tirer parti au début de l'hégire, lorsqu'il lâchera contre leurs créanciers les débiteurs appauvris.

Un autre point digne d'attention est la rareté des esclaves juifs au Higaz, tandis que les chrétiens se trouvent représentés en nombre parmi la population servile de la Mecque. Sans aller jusqu'à nier que les juifs aient racheté le plus grand nombre de leurs coreligionnaires, on peut donner une explication valable de cette disproportion. Les Bédouins : dans leurs fréquentes razzias le long des frontières byzantines, pouvaient enlever des populations chrétiennes sans défense, aussi bien dans la direction de la Syrie et de la Mésopotamie que dans la direction de l'Éthiopie où le christianisme était florissant, tandis que le judaïsme ne se rencontrait que dans de minuscules oasis en Arabie.

On pouvait vivre en paix entre juifs et Arabes, mais c'était parfois au prix de concessions humiliantes ou onéreuses. Les juifs de Haibar avaient fait alliance avec les Bédouins, à condition d'abandonner à ces derniers une partie de la récolte contre la promesse d'être protégés ou défendus au besoin contre les tribus pillardes. Mais si les juifs sont tenaces, les Bédouins sont rusés et ils réussissent à s'arroger la propriété des palmeraies en considérant les véritables propriétaires comme de simples tenanciers. La situation n'a guère changé de nos jours.

Quand Mahomet jeta son dévolu sur Haibar, il spécifia que les Haibarites obtiendraient le retrait de ses troupes au prix de la moitié de leur récolte annuelle. Craignant de tout perdre, les Haibarites phil MECQUE (LA) 72 consenlirent à échanger l'alliance des Bédouins de Fazara pour celle de Mahomet.

Celui-ci avait commencé par sentir son infériorité par rapport à la religion privilégiée d'Israël, dont il parle encore avec respect et admiration dans les soura les antérieures à l'hégire ; en quête d'auxiliaires monothéistes, il ne lui déplait pas d'accepter ceux-ci, le « peuple privilégié d'Israël, dépositaire du Livre, de la sagesse, de la prophétie, comblé de biens ». Mais le jour où l'alliance fut rompue, Israël tomba si bas qu'il ne fut plus ja mais possible de s'entendre. Dès lors, Mahomet s'abandonna aux impulsions d'une violence qui se satisfait dans l'invective passionnée. Il n'est pas de reproches qu'on ne fasse aux Juifs ; l'opinion publique les accuse de mœurs étranges, leur reproche tout ce qui les isole parmi les Arabes. Tout devient matiére à contradiction : le repos du sabbat, le refus de manger la chair du chamgau, principalement la graisse. Ge dernier point scandalise méme les Bédouins qui raffolent de cette nourriture. Il n'est pas jusqu'au dialecte particulier dont les juifs usent entre eux qu'on ne leur reproche. Les vocab les d'origine svria que abondaient dans leur terminologie religieuse et liturgi que, d'où plusieurs ont passé dans le Coran. Dans ce recueil, certains reproches sont adressés aux Israélites qui ne s'expliquent que par une compréhension imparfaite des loculions juives.


IX. LES CHRÉTIENS DE LA MECQUE. — Quelle était, à la veille de l'hégire, la situation et la proportion numéri que des chrétiens dans la métropole des Qoraisites ? Un texte de Ya'gaubi s'exprime ainsi : « Parmi les clans arabes chrétiens, il faut mentionner ceux de Qorais. » Mais la suite ne répond pas à cette affirmation, car le clan en question se compose de deux Qoraisites en tout. C'est assurément trop peu, mais il semble bien que le nombre des chrétiens à la Mec que fut toujours assez restreint. Le milieu marchand et commercant ne se prétait que fort mal au prosélytisme, d'abord parce qu'il se réclamait d'un certain culte hérité des ancétres, ce qui était une facon de décliner toute autre croyance que la religion assez vague qu'il représentait.

Parmi les compagnons de Mahomet, se trouve un certain Sa m'oün, juif ou chrétien, ce qui est douteux : tout ce qu'on peut en dire, c'est que les Arabes avant l'hégire ne portaient pas de noms bibliques. Si on veut tenter de découvrir des chrétiens, il faut plutôt les chercher au sein des colonies étrangéres, fixées à la Mec que, notamment parmi la colonie abyssine, encore représentée de nos jours. Ces Abwssins de la Mec que étaient assez nombreux pour recruter en majorité les troupes mercenaires, les Ahabis, que les Mecquois emplovaient pour protéger leur marché d'esclaves. Les gran des famil les mecquoises comptaient de nombreux esclaves noirs en qualité de serviteurs ou d'hommes de peine assujettis à la taxe quotidienne. On en voit plusieurs dans la domesticité du Prophéte, parmi eux Sagran, maulà de Mahomet. Ces sujets du négus ont vraisemblablement enrichi le vocabulaire qoraisite des termes abyssins qu'on y peut relever. Leur nombre devenait un secours pour eux, ils se groupaient, conservaient leurs croyan ces et, en tout cas, montraient pour el les un réel attachement.

La Mec que entretenait encore des relations commercia les suivies avec Nadjran et les autres centres chrétiens de l'Yémen. Un chrétien nadjranite, « Abda ibn Moshir, eut le privilége d'un entretien avec le Prophète. Son nom est recueilli parmi ceux des Compagnons, ‘Abda, interrogé sur sa patrie, nomme « la Ka'ba de Nadjràn » ; or, il désigne ainsi la principale église de cette ville, sanctuaire célèbre dans toute l'Arabie.

De pareils entretiens ne plaisaient pas à tout le monde. Les ennemis de Mahomet l'accusaient de s'inspirer, pour la composition des sourates du Coran, auprès d'étrangers parlant un idiome exoti que ; parmi ces étrangers, il se rencontrait des esclaves de Mésopotamie, originaires de ' Ain at-tamr. | Nous connaissons encore, par la chroni que de la vie intime du Prophéte, la présence d'eslaves égyptiens des deux sexes dans les centres urbains du Hidjaz. Un esclave copte, qui fut la propriété de »Abbás, passa ensuite à son neveu, Mahomet. Une aulre esclave, grec que d'origine, faisait partie du harem du méme ‘Abbâs. Une affranchie portait le nom de Márrya, donc juive ou chrétienne ; un affranchi chrétien se nommait Nastâs ou Anastase, on pourrait encore citer ce Minà ou Menas qui rencontra Mahomet auprés du Hidjr, puis Yohannas ou Jean, l'esclave de Sohaib, ce dernier d'origine syrienne.

A la Mec que, vivait Foràt ibn Hayyáàn, un des plus habi les conducteurs de caravane de son épo que ; il appartenait à la tribu bakrite des Banoü ' Idjl, demeurés chrétiens longtemps après l'hégire.

Parmi ses amis intimes, Mahomet comptait Sohaib ibn Sinan, surnommé le Roûmi, le Byzantin, et qui était originaire des provin ces syro-mésopotamiennes de l'empire grec. Au cours de sa vie, le Prophète avait rencontré quelques chrétiens. En son enfance, un moine oculiste l'avait guéri d'un mal d'yeux ; ce moine s'appelait Sami et employait un remède assez simple et qui ne courait pas ris que de devenir rare : la poussiére du mont Sinai. Toujours vers le temps de Mahomet, on connait la présence d'un stylite à la Mec que. Enfin, les monastéres, les ermitages chrétiens n'étaient pas rares dans l'Arabie occidentale, principalement au nord du Hidjaz, le long de la route commerciale menant en Syrie, aux approches du limes, dans la région des oasis et des palmeraies du Wadi'l Qorà, à Madian et probablement à Tabouk.

Le clergé des chrétientés arabes se recrutait exclusivement parmi les moines, seuls capab les de supporter toutes les privations d'un ministére aussi pénible.

À la Mec que, le marché du blé, qui était fort important, se trouvait concentré entre les mains des Aubat ou indigènes de Syrie. Ges chrétiens ont dû y posséder des entrepóts, des magasins, formant une sorte de bazar, peut-étre une église ou chapelle. Il est question de l'arrivée à la Mec que d'un sammás d'une beauté remarquable, et, dans les anciens chants, le sammds est un prêtre chrétien.

Antérieurement à l'hégire, Mahomet aimait à visiter les échoppes où travaillaient les ouvriers chrétiens, il s'entretenait volontiers avec eux. Voilà un groupe d'étrangers monothéistes installé à la Mec que et v pratiquant les arts et les professions libéra les supposant des connaissan ces techniques ou une formation scientifi que toujours rares parmi les Arabes.

Nous connaissons l'existence d'un cimetiére chrétien à la Mec que d'oü ressort la présence d'un noyau chrétien.

Il faut faire également mention des chrétiennes. Aboü Sofiàn avait eu un beau-père chrétien, probablement sa femme l'était aussi, et il donna sa fille Omm Habiba à un mari chrétien. Mahomet avait marié une sœur de Fatima à 'Otba qui, dans la suite, se fit chrétien et renvoya la fille de Mahomet, mais tout cela semble contestable. Par contre, le christianisme de 'Othmàn ibn al-Howarith, de Qorais, n'a ja mais été contesté ; mais les chroniqueurs mecquois placent sa conversion sur les terres de l'empire byzantin. Gela est devenu de style et il ny a pas lieu d'entrer dans une discussion. En ce qui concerne 'Othmán, il a dà se décider à devenir chrétien longtemps avant son départ pour les provin ces grecques. A Médine, les marchands svriens se livraient publiquement à la pro73 pagande en faveur de leurs croyan ces. A la Mec que, le syndicat des financiers qoraisites ne songeait pas à prendre ombrage de la présence des moines et de leurs prédications, pendant la tenue des foires voisines de leur cité.

Parmi les chrétiens d'origine étrangère établis à la Mec que, beaucoup parlaient péniblement l'arabe. Nulle part, on ne les voit inquiétés, bien plus, quoi que discip les de l'Évangile, ils occupent le rang que leur assigne leur naissance et leurs aptitu des. ‘Othmäân ibn al-Howairith et Waraga ibn Naufal tiennent leur place au sénat ou conseil mecquois et jouissent, parmi leurs concitoyens, de la considération générale.

« Parmi les clans qoraisites, celui des Banoü Asad manifeste des sympathies chrétiennes. Plus d'un parmi les maulâs, affranchis des Asadites, a pu partager leur croyance et nous voyons les Asadites accorder le titre de halif à plusieurs membres de l'illustre tribu syrochrétienne de Ghássan. Or, bien loin de se trouver relégués avec les étrangers dans les quartiers excentriques, les logements de ces Ghassâäni des se trouvaient dans le voisinage immédiat de la Ka'ba, le coin de terre le plus sacré de la Mec que, et cela montre la considération dont ils jouissaient. Gette faveur ne s'expliquerait pas seulement par le prestige dont jouissaient ces personnages, mais les commercants mecquois savaient à merveille que ces Ghassáni des étaient les hauts et puissants sujets des puissants émirs syriens qui pouvaient, au gré de leur intérét ou de leur fantaisie, interdire aux caravanes l'accès des marchés byzantins et cette considération expliquait bien des choses.

L'hétérodoxe, l'étranger, professant une croyance différente, ne participant pas au culte de la région où il avait momentanément élu domicile, ne passait donc pas pour un être impur. C'est l'influence du Coran qui introduira par la suite cette conception intolérante chez les Arabes. On verra méme les Qoraisites accueillir les monothéistes exilés volontaires de Médine, ouvrir les rangs de leur armée, à la bataille d'Ohod, à Abou ‘Amir ar-Rahib. Ces marques de tolérance envers les discip les du Christ, qu'ils fussent indigènes ou étrangers, devaient être relevées.

Somme toute, ces indi ces recueillis permettent de se « rendre compte pour quoi le christianisme doctrinal s'est trouvé dans l'impossibilité d'exercer une influence prépondérante sur les débuts de l'islam pendant la décade antérieure à l'hégire. De la première jeunesse de Mahomet nous ignorons tout, à l'exception des discrètes allusions contenues dans la sourate XCII (6-8). Nous ignorons si, comme le suppose l'Evangelium infantis, Mahumeti, auquel les Ibn Isqàh, les Ibn Hisam, les Ibn Säd, etec., ont attaché leur nom, l'obscur orphelin hâsinile a entrepris des voyages en dehors des frontiéres dela Sarracéne, si ces déplacements — nous n'aurons garde d'en nier la possibilité — l'ont mis en rapports intimes avec les chrétiens orient aux. Incidemment, la prolixe et trés imprécise littérature développée autour de la Sira nous a appris que, antérieurement à l'émigration médinoise, la religion du Christ se trouva assez mal représentée à la Mec que, tant pour le nombre que pour la qualité, pour la situation sociale, pour la valeur intellectuelle de ses adhérents. A travers les renseignements incohérents, déformés par les préjugés tena ces des compilateurs musulmans, nous n'avons pas réussi à découvrir la trace d'une organisation religieuse, d'une communauté chrétienne constituée parmi les étrangers, les mercanlis fréquentant les bazars de la Mec que et les foires du Tihâäma. Les évêques, les ecclésiastiques, prêtres, diacres, gss, sammäs, défilant dans ces récits, sont des personnages de convention, inventés pour communiquer au récit une vie factice, Leur caractère officiel, leur rang dans la hiérarchie chrémE dE tienne sont censés assurer plus de poids à leur intervention, apporter une pseudo-garantie d'impartialité à la révélation qorani que, à la mission du Prophète. Ne commettons pas l'imprudence de nous illusionner à cel égard.

« Il ne peut donc être question d'une chrétienté indigène à la Mecque, si l'on ne consent à donner ce nom à une douzaine de Qoraisites authentiques et de halifes étrangers, affiliés aux clans mecquois, dont les textes nous permettent d'attester l'existence. En revanche, nombre d'esclaves, d'aventuriers, de marchands chrétiens, brocanteurs, débitants de vin, fixés temporairement, ou de passage dans la métropole du Tihäma. En majorité des Abyssins, de condition servile, des manœuvres, hommes de peine, ou mercenaires enrôlés dans le contingent auxiliaire des Ahâbis, tenants du judéo-christianisme éthiopien. Mais tous demeurés isolés, sans direction spirituelle au point de vue religieux, séparés les uns des autres par les différences de langue, par l'opposition des intérêts, par l'antipathie de race et, non moins, par les divisions doctrinales, par les nombreux schismes qui déchiraient l'Église orientale, vers l'époque où l'empereur Héraclius patronnait la malheureuse combinaison du monothéisme. On se figure malaisément les Syro-Byzantins fraternisant, fusionnant avec les rudes Ahäbis, avec les grossiers compatriotes des Bilal, des Aboü Howaiha, des Wahsi qui peuplaient les bouges, les ergastules des Zawahir ou faubourgs. »


MÉDAILLES. — I. Médailles de dévotion. II. Le Cabinet des médailles.

Il existe une catégorie nombreuse de monuments qui doivent être distingués des médailles, ce sont les sceaux en plomb. Ceux-ci feront l'objet d'un travail distinct (voir Toutefois, on pourrait être induit à prendre des médailles de plomb pour des sceaux, eu égard à la matière ; il est facile de les distinguer, si on observe qu'ils ne sont pas munis d'un canal pour le passage de la cordelette. Dès lors, ces monuments se font rares ; en voici quelques-uns qui ont été trouvés à Carthage ! :

2. Plomb uni, à bords verticaux. La face représente un personnage debout, entre des attributs très difficiles à déterminer. Autres lettres peu visibles.

3. Plomb uni et à bords verticaux. La face et le revers portent une croix entre les bustes de deux saints,


II. LE CABINET DES MÉDAILLES. — Il n'est guère d'homme instruit en France qui ne sache que ce nom désigne, dans le langage courant, une institution dont le titre officiel est celui de « Département des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale », et, pour tout dire en peu de mots, l'un des plus anciens et des plus riches établissements scientifiques du monde. Non qu'il surpasse toutes les collections connues, mais il en dépasse plusieurs ; rivalise avec quelques autres et occupe toujours un rang honorable parmi les cabinets, même les plus célébres. La numismatique y tient une place éminente, les pierres gravées forment un ensemble de chefs-d'œuvre dont on ne trouve nulle part l'équivalent, les diptyques consulaires, les cachets d'oculistes gallo-romains, les vases antiques en argent ne redoutent aucune comparaison. On en doit dire autant des statuettes de bronze, tandis que les vases peints se signalent plutôt par leur mérite que par leur nombre.

Rien ne prouve que quelques-uns de nos rois aient eu la pensée de constituer une collection d'objets d'art en rassemblant quantité d'objets précieux ou curieux. L'idée de trésor ou de musée servant à distraire et à instruire son possesseur, qui se fait pardonner son opulence en invitant le public à en jouir, est une pensée moderne, mais on n'est pas en mesure d'affirmer que les origines du Cabinet des médailles ne sauraient remonter au Moyen Âge. E. Babelon, qui reprenait en 1900 le sujet traité par lui en 1887, n'hésitait pas à se dédire. « Ce serait remonter trop loin, avait-il dit, de rechercher dans les trésors des princes ou des églises du Moyen Âge les origines du Cabinet des médailles ! », et treize ans plus tard il écrivait : « Les origines primordiales de ce beau musée se perdent dans les siècles du Moyen Âge ? ». Nous savons que Philippe Auguste possédait une collection de joyaux et de pierres gravées dont le catalogue existe encore *. La tradition se transmit, les rois Jean le Bon et Charles le Sage, que ces épithètes honorent, partagèrent le goût des collections et deux frères du roi Charles, le duc de Berry et le duc d'Anjou, éprouvèrent la passion la plus intelligente et la plus vive pour les objets précieux, dont quelques-uns, conservés comme par miracle, comptent aujourd'hui parmi les témoins authentiques les plus somptueux et les plus instructifs de l'art français.

Au revers, la lettre A, entre deux


MÉDAILLES

16 n'est plus en reste de trouvailles, elle s'accorda toutes les fantaisies, improvisa des explications édifiantes, imagina des reliques déconcertantes, et, somme toute, les sauva de la destruction, les conserva pour des jours meilleurs.

L'inventaire du mobilier de Charles V nous le montre fort bien nanti de pierres gravées montées sur bague, ce qu'on nommait des « anneaux à camée ! ». On en mettait partout : sur des cachets, sur des coupes, sur des hanaps, sur des drageoirs, etc., etc. Beaucoup ont péri, quelques-uns nous ont été conservés et demeurent reconnaissables sous le travestissement de la description, par exemple : « Ung petit signet d'or où a une pierre corneline où dedens est taillée une teste d'homme qui a une corne sur l'oreille » : c'est une cornaline représentant Jupiter Ammon. Puis vient encore « ung grant camée carré, où dedens a un homme séant soubz ung arbre tenant ung espervier sur son poing, et ung chien devant luy, assiz à fillet, dont le fillet est emaillé à l'environ de fleurs de lys » ; celui-ci est méconnaissable et n'a pu être identifié.

L'ignorance, qui avait tout submergé en matière d'histoire, plongeait dans l'ombre toute l'antiquité profane et la juste admiration inspirée par les œuvres d'orfèvrerie ne trouvait d'autre explication à offrir que de les attribuer au roi Salomon . De même que la légende poétique de Charlemagne suffit à tout, expliqua tout dès le x siècle, de même sa légende archéologique répondit à tout ; il n'y eut plus rien d'inexpliqué depuis qu'on se fut avisé que le grand empereur, au retour de son pèlerinage à Constantinople et aux Lieux-Saints, avait répandu à profusion en Occident gemmes, reliques et joyaux.

E. Babelon rapporte, comme « un des plus curieux exemples de ces fausses attributions de provenance, le reliquaire de Corbie, désigné sous le nom de Numisma Caroli, qui fut détruit à la Révolution. C'était un disque lenticulaire de cristal recouvert, d'un côté, d'un filigrane d'or, et de l'autre, d'une grande médaille romaine ; un vide pratiqué au centre du cristal contenait une statuette de la Vierge, taillée dans le bois de la croix . Ce joyau, comme l'a établi le comte Riant, fut rapporté à Corbie par Robert de Clari, à la suite de la croisade de 1204, et provenait du pillage de Constantinople par les croisés. N'importe ! on racontait, peu d'années après la croisade, que cette relique avait été donnée aux moines de Corbie par Charlemagne, et la médaille romaine devenait le portrait de Charlemagne. C'est pour de pareils motifs qu'il serait téméraire d'adopter, sans quelle que réserve, la tradition de Saint-Denis relative à plusieurs de nos plus importants monuments du Cabinet des médailles, qu'elle fait remonter à l'ambassade envoyée par Haroun-al-Raschid à Charlemagne . » Si le Moyen Âge admira, il ne comprit pas les trésors que l'antiquité lui avait légués, il les utilisa, il ne s'en inspira pas ; ou bien ce ne fut que lors que cette époque était déjà marquée pour disparaitre que naquit le sentiment et que se révéla la notion de l'antiquité. Dès 1335, Olivier Forza, citoyen de Trévise, entreprit une collection de monuments grecs et romains, et, sans tarder, il trouva des imitateurs. Les princes, les grands seigneurs et les hommes d'étude se mettent en tête de rechercher les débris ou les souvenirs de l'antiquité non pour les faire servir à orner leurs « maisons », mais « voyait,

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pour en former des « cabinets ». L'Italie est d'abord explorée, mais, en moins d'un siècle, elle semble épuisée, et on se tourne vers l'Orient. En 1430, Niccolo Niccoli, Florentin, envoie dans le Levant des gens à lui qui font la chasse aux antiques. Parmi ceux qui s'éprennent de ce luxe, on cite le cardinal Barbo, le futur Paul II (1457-1471) qui, avant son pontificat, possède une collection de deux cent quarante camées !.

En France, le roi François I voulut posséder une collection de gemmes et de médailles. Il ne lui suffisait pas de faire acheter des antiques, il voulait avoir autour de lui, à ses frais, des artistes capables de graver camées ou intailler dans le goût antique, il leur suggérait les scènes qu'il désirait voir graver. Le P. du Molinet, premier historien du Cabinet des médailles, rapporte qu'au commencement du XVIe on « dans le garde-meubles de la couronne, un certain bijou de vermeil doré, fait en manière de livre, à l'ouverture duquel on remarque, de chaque côté, une vingtaine de médailles d'or et du Haut-Empire, qui y sont enchâssées et dont la netteté est plus considérable que la rareté € ». Il ajoute qu'il y avait aussi une centaine de médailles d'argent enchâssées dans un service aussi d'argent, dans des bassins, des aiguières, des salières et d'autres pièces pour y servir d'ornements. Mais cette belle passion coûtait fort cher et, à certaines heures difficiles, le roi avait été contraint de sacrifier une partie de sa vaisselle. Le 28 juillet 1527, à l’occasion de sa Visite à la Sainte-Chapelle, François fait don au trésor de son chef en or ; il le reprendra quelques années plus tard pour le faire fondre en lingots à cause des dépenses de la guerre, et le trésorier de la Sainte-Chapelle écrira en marge de son registre : « Défault ledict chef, parce qu'il a esté prins et fondu pour les affaires du roy ?, » Henri II ne se montre pas moins favorable à l'étude des monuments de l'antiquité, en quoi il imitait les hommes de son temps. Sous son règne, Hubert Goltzius voyagea en France en quête des « cabinets » d'amateurs, dont il compta deux cents, dont vingt-huit à Paris et vingt-quatre à la cour. Parmi les noms des plus illustres possesseurs de médailles, il cite le roi de France, la reine Catherine de Médicis, le prince de Condé, les cardinaux de Bourbon et de Lorraine, de Tournon, d'Armagnac, de Châtillon, de Givri, les ducs de Lorraine, de Nevers, de Montmorency, le chancelier de l'Hospital, le président Brisson et plusieurs autres. Le prince de Gondé et Diane de Poitiers avaient aussi leur collection. Le Cabinet des médailles possède deux bracelets qu'on dit avoir successivement appartenu à Diane de Poitiers et à Catherine de Médicis 4 Le nom de Catherine de Médicis est encore prononcé à l'occasion de quelques gemmes qui proviendraient de la collection des ducs de Toscane, une d'elles, représentant Apollon et Marsyas, porte la mention LAVR. MED. qui fait penser à Laurent de Médicis 5.

Char les IX n'a, sans doute, rien fait de plus durable, pendant son règne, que la constitution administrative du Cabinet des médailles. Dès le début de son règne, en 1560, il charge une commission d'orfèvres et de gens de finance, parmi lesquels on rencontre Florimond Robertet, de dresser le document qui a pour titre : Inventaire des vaisselles et joyaux d'or et d'argent doré, pierres, bagues et autres choses précieuses trouvées au Cabinet du roi à Fontainebleau . Deux années plus tard, on dresse l'état des objets d'art conservés au château de la Bastille. Ces inventaires étaient utiles et marquaient un progrès sensible sur celui qui avait été rédigé au temps de Char les V, mais ce qui importe beaucoup plus à l'histoire du Cabinet des médailles, c'est que ce fut Char les IX qui eut l'idée de grouper au palais du Louvre les curiosités rassemblées par lui et avant lui et alors disséminées dans les diverses résidences royales. Ce fut Char les IX encore qui acheta la collection d'antiquités et de médailles de Groslier, et qui créa la charge de garde particulier du musée des médailles et antiques. Au dire du P. Louis Jacob , le Cabinet était d'une richesse extraordinaire ; les guerres de religion n'en laissèrent presque rien subsister.

Henri IV avait tant à faire pour réparer les maux et les ruines de la France qu'on lui eût presque pardonné de ne pas porter son attention sur les médailles, Cependant, il s'en occupa et on conserve un témoignage curieux : ce sont douze petits camées sur coquille représentant les têtes des douze Césars : c'étaient les boutons de son pourpoint. Henri IV voulut rétablir le Cabinet tel que Char les IX l'avait constitué. En 1602, il s'adressa à un gentilhomme de Provence, Rascas de Bagarris *, le nomma garde de la collection pour laquelle il venait de faire acheter de nombreuses pièces et qui fut installée à Fontainebleau avec la bibliothèque. Bagarris reçut du roi le titre de « Maître ou Intendant des cabinets des antiques du Roi », mais il préféra se parer de celui de cimeliarque qui signifie le gardien d'un cimelium.

Les intentions d'Henri IV nous sont connues grâce à un « Abrégé d'inventaire des pièces que le sieur de Bagarris a en main pour dresser un cabinet à Sa Majesté, de toutes sortes d'antiquités, suivant le commandement donné audit sieur Bagarris, par sa dite Majesté, tant de bouche que par lettre du 22 mars 1602 », Bagarris avait l'ordre du roi d'acheter plusieurs cabinets particuliers de médailles et d'antiquités ; il devait acquérir « un grand nombre de camées, d'agathe et d'autres pierres fines contenant histoires, fables, triomphes, moralités, etc., des anciens Grecs et Romains. Le tout antique. » Et là ne s'arrête pas la commande, car il est encore question d'intailles comprenant « cinquante petites figures en ronde bosse de pierres fines comme agathes, onyx, jaspe, cornalines, helléotropes, presme » ; de deux cents statues de marbre, d'un tireur d'épine de marbre, de 50 têtes de marbre et de « plusieurs autres pièces, instruments, vases, urnes, larmoires, anneaux, pénales trouvés dans les monuments des anciens ».

L'assassinat d'Henri IV coupa court à ces desseins et il ne fut plus question d'un projet d'histoire numismatique du règne qui devait être commandée à divers artistes. Bagarris se retira en Provence où il composa un traité de La nécessité de l'usage des médailles dans les monnaies, imprimé à Paris, chez J. Berjon, en 1611. L'ouvrage est dédié à Louis XIII et à la reine-régente ; c'est un livre très rare et qui n'a pas été achevé ; il n'a que vingt-six pages et la dernière a pour réclame le mot Discours. Dans sa retraite, Bagarris eut tout le loisir de se former un riche cabinet dont il existe un catalogue sommaire intitulé : Curiositez pour la confirmation et l'ornement de l'histoire, tant grecque que romaine que des barbares et Goths, consistant en anciennes monnoyes, médailles et pierres précieuses gravées en creux que laillées en bas-relief. Ce cabinet fut vendu en 1660 et vint, en partie, enrichir la collection royale ; le reste fut acquis par Toussaint Lauthier d'Aix en Provence et par Henri de Loménie.

La retraite de Bagarris, en 1612, laissa le Cabinet des médailles sans titulaire pendant trente-deux ans, c'est-à-dire pendant toute la durée du règne de Louis XIII que les médailles et antiques n'intéressaient aucunement et qui ne s'en cachait pas. Son frère, Gaston d'Orléans, était mieux doué à ce point de vue et le roi ne le trouvait pas mauvais, car on possède une lettre datée du 3 juillet 1638, dans laquelle Louis XIII avoue à son frère qu'en fait de « monnoyes », il voit « peu de cette antique », et il lui envoie une collection de monnaies anciennes trouvées à Chantilly, après avoir pris la précaution de les faire examiner et étiqueter par un antiquaire bien connu, le P. Jacques Sirmond +. Et, par une jolie ironie, ce roi, si insensible aux médailles, a trouvé deux des plus grands maîtres de la gravure, Guillaume Dupré et Jean Varin, pour laisser son effigie inoubliable.

Gaston, en 1630, faisait venir de Rome, par l'intermédiaire de Claude Vignon, un lot d'antiquités renfermées dans cinquante-six caisses. Ce goût ne fit que se développer chez lui ; vers 1638, on le voit donner commission à Raphaël Trichet du Fresne de recueillir et d'acheter à l'étranger les antiquités qui orneront ses châteaux de Blois et du Luxembourg. L'année suivante, nous savons que la galerie de l'aile droite du château de Blois, longue de trois cents pas, avait reçu des antiques de marbre, de bronze et autres.

En même temps, un grand progrès s'accomplissait. On ne se contentait plus de réunir et d'exposer des monuments variés pour en faire admirer la richesse ou la grâce ; l'érudition pénétrait dans ce domaine et s'efforçait de retrouver la signification historique de ces monuments. Dès l'année 1619, un ami de Bagarris, le savant Fabri de Peiresc, proposait une interprétation nouvelle du grand camée de la Sainte-Chapelle du Palais ; il démontrait que l'explication alors en honneur du triomphe de Joseph à la cour du roi-pharaon était insoutenable et qu'il fallait chercher autre chose.

En 1644, l'intendance des médailles fut rétablie et la charge de garde du Cabinet fut conférée à Jean de Chaumont, seigneur de Boisgarnier, conseiller d'État. Jean de Chaumont, né en 1580, remplit la place de garde du Cabinet jusqu'en 1664 et mourut en 1667, âgé de quatre-vingt-sept ans. Malgré l'indifférence de Louis XIII, la collection n'avait cessé de s'accroître, aussi passait-elle « pour une merveille du monde, pour ses raretés et antiquités, outre ses pierreries * » Au contraire le jeune roi Louis XIV, montrait un goût précoce pour les chefs-d'œuvre de l'antiquité et de la Renaissance : il prenait intérêt et plaisir à les regarder et à s'en faire expliquer les particularités, Il peut et doit être considéré comme le créateur du Cabinet des médailles. Aux essais tentés par ses prédécesseurs, il fit succéder une volonté ferme et un plan méthodique qui donnèrent un résultat positif. La protection éclairée du roi, les achats intelligents assurés par Colbert, enfin le legs de Gaston d'Orléans firent du Cabinet des médailles une institution d'État qui, accrue sans cesse, est devenue une des magnificences de la France.

Le second fils de Henri IV, a-t-on écrit ?, ne peut se présenter sans trop de défaveur aux regards de l'histoire que par un côté, celui qui montrerait ce descendant des Médicis, en mécène, en ami des lettres, des sciences et des arts. La curiosité des belles choses fut peut-être la seule vertu de ce triste prince dont les ambitions politiques coûtèrent si cher à ses amis.

Faudrait-il encore lui contester sans examen la bonne pensée de ce don de ses collections à son pays que représentait, à ses yeux, la personne du roi ? On le ferait sans hésiter si on en croyait le témoignage de sa fille, la grande Mademoiselle dans ses Mémoires. « Peu de jours après le retour de la cour à Aix, écrit-elle — 23 février 1660 — Goulas et Belloy arrivèrent, de la part de ma belle-mère, pour demander au roi sa protection pour elle et pour ses enfants... Je leur mandais qu'ils seraient les bien venus venant de la part de ma belle-mère. Ils vinrent et me dirent comme Monsieur avait fait un testament ; qu'il donnait au roi ses médailles, ses livres et ses oiseaux. G'étaient des livres de miniatures, pleins de toutes sortes d'oiseaux, fort précieux de toutes les manières. Il y avait aussi des fleurs et des plantes et de très belles coquilles. Ce testament ne contenait que cela. Je crois qu'il n'y a pas songé et que l'on conseilla à Madame de le faire. Pour moi j'aurais donné tout cela au roi comme des choses curieuses ; mais je n'aurais pas fait faire un testament à un homme qui n'y songeait point . » Il se peut que Goulas et Belloy aient poussé le duc d'Orléans à léguer ses collections au roi, la place faite à leurs noms dans l'acte d'acceptation et la mission à eux confiée de présenter le testament au roi invitent à le croire, mais Mademoiselle était la moins collectionneuse personne qui fut au monde et ne pouvait rien entendre ni sentir au sentiment qui inspira la décision de son père. Nous savons que celui-ci, « prévoyant que ses belles constructions, objet de tant de prédilection pendant sa vie, seraient abandonnées et périraient peut-être après lui, ne put s'empêcher d'exprimer un regret par ces paroles qu'il prononça peu d'heures avant sa mort : Domus mea, domus desolationis in aeternum ! 5 » Gaston n'était pas moins attaché à ses collections qu'à ses bâtiments ; il n'avait point de fils et pressentait la dispersion de tout ce qu'il avait rassemblé avec tant d'efforts et de dépenses ; il voulut sauver du moins les collections et, à cet effet, il les légua « à la couronne ». Toutefois, il ne faut rien exagérer. On connaît la provenance de la plupart des camées et des intailles du Cabinet de France, on sait que les plus rares proviennent des trésors des églises ou des monastères et que leur entrée coïncide avec le moment où Louis XIV gouverne par lui-même et les temps qui suivirent jusqu'à la Révolution ; aussi, sans vouloir déprécier la collection de pierres gravées de Gaston d'Orléans, il est permis de dire qu'il devait y entrer beaucoup de ces imitations de l'antique, exécutées au XVe, qu'on retrouve dans le Cabinet .

Louis XIV, stimulé par ce précieux héritage, se sentit désormais, lui aussi, les goûts d'un collectionneur. Son oncle était mort le 2 février 1660 ; un mois plus tard, le 4 mars, le roi fit écrire au garde de la bibliothèque et du cabinet d'antiquités de Gaston, l'abbé Bénigne Bruneau, seigneur de Montmuzard et abbé commendataire de Saint-Cyprien de Poitiers, « pour lui ordonner de veiller soigneusement à la conservation de tout ce qu'il avait en sa garde, et d'en envoyer un inventaire exact ? ». Le Mémoire historique sur la bibliothèque du roi, à qui nous devons ce renseignement, attribue cette lettre à Le Tellier et ne dit pas si cet inventaire a été dressé et s'il fut conservé au Cabinet de France. Marion du Mersan semble n'en pas douter et prend peut-être un peu trop sur lui lorsqu'il écrit que « l'empressement et la fidélité avec lesquels l'abbé Bruneau exécuta les ordres du roi lui méritèrent ! » la succession de Jean de Chaumont.

Il dit que Gaston d'Orléans avait eu la plupart de ses pierres gravées du président de Mesmes, et elles venaient originairement de Louis Chaduc, conseiller au présidial de Riom, qui les avait rapportées d'Italie. Mais il faut reconnaître que, si l'on peut se rendre compte de l'importance des collections du duc d'Orléans en ce qui concerne les livres, les manuscrits et les vélins, parce qu'on trouve à ce sujet, çà et là, certaines indications, sans parler des informations que fournissent les objets eux-mêmes, reliures armoriées, chiffres, etc., il n'en est pas de même des pierres gravées, ni surtout des médailles qui ne portent généralement pas de marques de propriété. Pour cette importante partie du legs de Gaston, nous ne possédons que de très vagues indices. Si on cherche à savoir ce qu'il y a de certain dans cette affaire, on aboutit à ceci : l'auteur du Traité des plus belles bibliothèques nous apprend qu'en 1644, les raretés du duc d'Orléans se trouvaient avec ses livres au palais de Luxembourg ? et il dit de ce prince que « ni Alexandre Sévère, empereur des Romains, ni Atticus, grand ami de Cicéron, ni le très docte Varron, n'ont eu une connaissance de médailles comme lui ». Le P. du Molinet nous dit ? que Gaston « s'appliqua avec tant d'ardeur qu'il amassa un des plus riches cabinets de l'Europe ... et tout ce que sa curiosité avait mis dans son cabinet consistait en cinq choses : en agathes, en médailles, en coquilles, en figures de bronze et en livres d'oiseaux et de fleurs peints au naturel par Robert. Voilà, le fond et le commencement du riche Cabinet que Sa Majesté possède aujourd'hui et le plus considérable qui soit dans l'Europe. On fit donc apporter dans Paris tous ces livres et ces curiosités qui furent mises dans une salle du Louvre au-dessus de la salle des Gardes, où ils demeurèrent deux ou trois ans jusqu'à la mort funeste de l'abbé Bruneau, qui fut assassiné dans sa chambre par un voleur. La Bibliothèque du roi ayant été, en ce temps-là, transportée de la rue de la Harpe en la rue Vivienne, auprès du logis de M. Colbert, on y porta aussi celle de feu M. le duc d'Orléans, pour la joindre et incorporer avec celle de S. M. et on y fit suivre les médailles et les autres curiosités. » Plus loin, le P. du Molinet nous apprend que le duc d'Orléans aimait particulièrement les médailles antiques et, à propos des acquisitions faites pour le roi, il nous dit qu'il y avait beaucoup de pierres gravées et surtout de camées dans l'héritage de Gaston. « On ne négligea pas l'augmentation des agathes dont on avait été bien fourni d'abord, puisqu'on en reçut 24 belles boîtes de M. le duc d'Orléans dont la plupart étaient en relief. » Ce passage, le plus important que nous possédons sur le cabinet de Gaston d'Orléans, a été singulièrement déformé par Mariette : « Il s'y trouvait (chez Gaston) un fort grand nombre de pierres gravées, qui seules remplissaient 24 petites boîtes ou baguiers. Le prince les avait eues presque toutes du président de Mesmes, mais elles venaient originairement de Louis Chaduc, conseiller au présidial de Riom, et c'était le triage de plus de 2000 que ce curieux avait rapporté (sic) d'un voyage qu'il avait fait en Italie ?. s On voit la source de l'assertion de Marion du Mersan rapportée plus haut . Mais, ici, Mariette n'est que l'écho d'un Éloge de Louis Chaduc paru en 1727 et qui a introduit ce personnage parmi les savants 7. Nous ne dirons rien de plus de la responsabilité du « journaliste » de Trévoux qui lançait une réclame en faveur d'un individu mort depuis quatre-vingt-onze ans * et exaltait sa science afin de préparer une vente fructueuse des manuscrits inédits dudit Chaduc. « On n'attend, disait-il, qu'un signe du public pour les lui donner. » Le signe ne vint pas, et le manuscrit contenant la description des 2000 pierres gravées se conserve à la bibliothèque Sainte-Geneviève. Mariette avait dédaigné de le voir, Chabouillet voulut en avoir le cœur net et le jugea d'un mot : « C'est un fatras », dit-il. Les 2000 pierres sont des pierres fausses parmi lesquelles quelques véritables.

« Pour faire court, dit Chabouillet, j'ajoute peu de foi à l'histoire racontée par le journaliste de Trévoux ; si la collection de Chaduc était réellement entrée dans celle de Gaston et de là dans celle du roi, le P. du Molinet qui travailla au classement des médailles du roi, qui fut très mêlé à l'organisation du Cabinet royal, n'aurait pas omis de le dire dans l'histoire de cet établissement que nous lui devons. A la vérité, il est possible que ce morceau n'ait jamais été terminé, mais alors même que l'on aurait ce qui paraît manquer, je suis persuadé qu'on n'y trouverait pas ce que nous lisons dans les Mémoires de Trévoux. Si tout cela n'était pas une invention de l'auteur anonyme, le même P. du Molinet, qui dans son livre sur le Cabinet de Sainte-Geneviève parle de la collection Chaduc comme du noyau de la série des pierres gravées de cette abbaye, n'aurait pas manqué de dire que les plus beaux morceaux étaient venus chez le roi après avoir passé par l'hôtel du président de Mesmes et le palais d'Orléans. Loin de là, il nous apprend simplement que les pierres gravées du Cabinet de Sainte-Geneviève, « qui sont au nombre de mille », viennent de ce grand recueil qu'avait fait au commencement de Ce Louis Chaduc, etc. » « Non seulement, ajoute-t-il, une bonne partie de ces pierres sont venues au Cabinet de Sainte-Geneviève, mais encore le livre manuscrit original que ce savant homme en avait fait et qu'il devait donner au public. » Il fit sagement de s'abstenir, car, sauf quelques pierres authentiques, entrées aujourd'hui au Cabinet de France, on rencontre une multitude de pierres fausses dont plusieurs paraissent être de l'invention de Chaduc qui appelait cela d'un mot ingénieux : restitutio.

Les collections de Gaston d'Orléans le suivirent-elles dans sa retraite à Blois ? Marion du Mersan parle de collections « rassemblées pendant sa retraite à Blois », ce qui semble trop affirmatif. Il aurait fallu dire que ces collections avaient été rassemblées tant à Paris, avant son exil, qu'à Blois pendant un séjour dans cette ville. Les termes de l'acte d'acceptation de 1663, par Louis XIV, devraient permettre de résoudre ce point, mais ne sont pas suffisamment explicites. Il est vrai que le P. du Molinet dit qu’ « on fit apporter dans Paris tous ces livres et ces curiosités qui furent mises dans une salle du Louvre ». Mais le bon génovéfain n'attachait pas sans doute à ses expressions une exactitude rigoureuse. Se souvenant du long séjour de Gaston à Blois, il ne songea pas à distinguer les objets ramenés de cette ville de ceux qui étaient demeurés au Luxembourg d'où Gaston n'avait pas tout enlevé,

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ne fût-ce que pour ne pas paraître considérer sa disgrâce comme un exil définitif *.

Vers le même temps où Monsieur léguait au roi Louis XIV ses collections, Hippolyte de Béthune, neveu de Sully, repoussait les offres que lui adressait, pour son cabinet, la reine Christine de Suède et en faisait, de son vivant, hommage au roi. Aux cent mille écus d'or qu'on lui proposait, cet homme de bien préféra l'honneur de garder à la France des richesses qui fussent allées enrichir les vitrines du Vatican de « statues et bustes de marbre et de bronze antiques * ». L'exemple de Gaston d'Orléans portait ses fruits et le roi, sans paraître se hâter, tenait à louer solennellement, par lettres patentes enregistrées au parlement de Paris, le 5 juin 1663, le legs de son oncle fait à lui « et à cette couronne, de toutes ses médailles d'or, d'argent et de cuivre, des pierres gravées, des antiques et autres raretés qui estoient à la garde du sieur Bruno, comme aussy de tous les livres de fleurs et d'oyseaux qu'il a fait portraire par Hobert, peintre, et tous les livres d'histoires et autres qui sont dans son cabinet du palais d'Orléans, pour estre le tout avec quelques boîtes de coquilles fort rares mis dans nostre cabinet du Louvre et servir à nostre divertissement... » Maintenant les dons allaient se succéder. Un des plus célébres fut celui de l'archevêque électeur de Mayence, Jean-Philippe de Schoenborn, qui offrit au roi ce qui avait pu être conservé des antiquités découvertes à Tournai, dans le tombeau de Childéric Ier, le 27 mai 1653. Ce nouveau don prend place en 1665.

Mais, l'année suivante, au mois de novembre 1666, le garde des médailles, jadis préposé au Cabinet d'Orléans, l'abbé Bruno de Montmuzar, fut assassiné . Ce personnage, qui ne fut peut-être pas un savant, mais à qui on ne semble pouvoir refuser la qualité d'administrateur, faisait alors rédiger, sous sa surveillance, des catalogues par Lalande et Le Cointre, et classait toutes les richesses confiées à sa vigilance dans une salle du palais du Louvre, restaurée par le sieur Le Ménestrel qui toucha 4247 livres pour frais de réparation et d'aménagement . L'assassinat du garde des médailles semble entouré de mystère *, et il parut que le Cabinet de France n'était pas en sécurité au Louvre ; en conséquence on le transporta « en la rue Vivienne, auprès du logis de M. Colbert », où se trouvait déjà la Bibliothèque. La charge devenue vacante fut donnée au bibliothécaire du roi, Pierre de Carcavi, ami et correspondant de Pascal, de Fermat et de Huygens.

Monce aux, P. Lucas, Petis de la Croix, Wansleben et le numismate Vaillant parcourent l'Italie et la Grèce, avec la mission « de faire emplette de médailles et de pierres gravées antiques, pour le Cabinet de Sa Majesté ». On achète les cabinets de médailles et d'antiquités du comte de Brienne, de Huet, de Séguin, de Tardieu, de Sére, de Le Charron, de Cl. de Térouénne. Lauthier, d'Aix-en-Provence, né avec la fortune et le goût des arts, avait appris auprès de Peiresc à connaître les pierres gravées ; il recueillit, à la mort de Peiresc, les débris de son cabinet et, longtemps après, le cabinet entier de Rascas de Bagarris. Le chevalier de Lauthier, son fils, capitaine de vaisseau et maître d'hôtel de Mme Henriette d'Angleterre, eut dans sa part de la succession de son père le lot qui renfermait les pierres gravées. Dans un voyage qu'il fit en Angleterre, à la suite de Mme Henriette, il fit voir ses pierres gravées à Charles II, qui eut d'abord quelque envie de les acquérir, mais qui, bientôt, n'y songea plus. A son retour, il les laissa dans les mains de son frère aîné, avocat au conseil et secrétaire du roi, qui en fit le marché pour le Cabinet de France. Parmi elles se trouvaient deux joyaux de premier ordre : notre améthyste signée de Dioscorides, qui passe pour représenter Mécène, et la cornaline qui servit, dit-on, de cachet à Michel-Ange. Le catalogue sommaire de la collection Lauthier, qui nous est parvenu, permit d'apprécier ce qu'était le cabinet d'un grand collectionneur au XVIe, et l'importance de l'acquisition faite par le roi ! « Pour les médailles, elles y sont au nombre de 992, toutes antiques, savoir : 36 en or, 428 en argent et tout le reste en cuivre, fors 16 grandes modernes en argent... Pour les gravures, elles y sont au nombre de 869, et consistent en 210 onyx, 83 camées, et le restant en saphirs, grenats, cornalines, sardoines, presmes, améthystes, jaspes, agathes, jacinthes, topazes, béryls, gyrosol, turquoises et lapis-lazuli, le tout de considération, tant par la beauté naturelle des pierres, pour leur grandeur et notables rencontres de mélanges des couleurs, que pour la diversité des sujets qui y sont représentés et la qualité des ouvriers qui les ont taillées... Pour les figures antiques en cuivre, elles y sont en nombre de 33, tant grandes que petites, entre lesquelles on voit un Marc-Aurèle à cheval sur un pied d'estal... 5 têtes antiques de marbre, toutes de bonne main... Pour les vases antiques, un d'albâtre fort grand, d'une belle forme, qui a servi pour les sacrifices ; un autre plus petit, de la même matière, en forme de larmoir ; 8 de cuivre avec leurs anses... Pour les lampes antiques, elles y sont au nombre de 19, desquelles il y en a 8 de cuivre... Pour des coquilles elles y sont en nombre d'environ 200 ! », » A la mort de Colbert, la surintendance des bâtiments passa à Louvois qui fit transférer le Cabinet des médailles et antiques de Paris à Versailles, où on l'installa à côté des appartements du roi (1684). Le P. du Molinet nous dit que Louis XIV aimait à étudier et à se faire expliquer ses pierres gravées et ses médailles ;

pendant qu'on les rangeait il venait là, tous les jours, au sortir de la messe jusqu'au dîner, « témoignant qu'il y avait d'autant plus de satisfaction, qu'il y trouvait toujours quelque chose à apprendre ! », C'était pour lui quelque chose de mieux qu'un passe-temps ou une distraction, c'était une étude. Le samedi 2 mars 1686, comme le roi souffrait d'une crise de goutte compliquée d'une tumeur à la cuisse, il se trouva contraint de garder la chambre, tint ses conseils à l'ordinaire et, les après-dînées, s'amusa souvent à voir ses médailles. Il devait se plaire d'autant plus à les passer en revue qu'il voyait exécuter ses ordres en vue de l'accroissement de ses collections. C'est vers ce temps qu'on achète les cabinets du duc de Verneuil, d'Oursel, de Monjeux ; la communauté de Saint-Epvre à Toul pense faire sa cour au roi en lui vendant le beau camée de l'apothéose de Germanicus dont on avait fait, au Moyen Âge, saint Jean et son aigle. Il ne manquait pas de collectionneurs qui, pour s'attirer la faveur royale, présentaient des pièces rares susceptibles d'enrichir le Cabinet. C'est ainsi que le professeur Fesch, de Bâle, fit cadeau au roi de la célèbre améthyste signée de Pamphile, et représentant Achille citharède ; les génovéfains de Paris offrent trois cents médailles de leur collection ; le procureur général de Harlay donne son cabinet de gemmes et de médailles, et le duc de Valentinois lègue une grande tête de Cybèle en bronze, déterrée, dit-on, à Paris, ainsi que le buste en marbre du médecin Marcus Modius Asiaticus, trouvé à Smyrne. Enfin, nous apprenons de l'auteur du Mémoire historique sur la bibliothèque du roi que l'abbé de Camps « connu par les services qu'il aimait à rendre aux gens de lettres et par le goût qu'il avait pour les médailles, les antiques et les tableaux, était dans l'usage de donner tous les ans au Roi des étrennes assez singulières ; c'étaient pour l'ordinaire quelques médailles qui pouvaient convenir au Cabinet de Sa Majesté ». En 1687, l'installation du Cabinet à Versailles fut terminée. « Ouvrant sur le salon de l'Abondance, dans l'appartement du roi, le Cabinet des curiosités ou des raretés, dit plus tard le Cabinet des médailles, offrit ses splendeurs aux visiteurs. C'est le lieu qu'on appelle aujourd'hui le Cabinet des gouaches, depuis que les peintures de Van Blarenberghe, illustrant les victoires de Louis XV, y sont exposées. La salle, en forme d'octogone allongé, était toute scintillante du feu des glaces et des dorures. Le plafond était l'œuvre de Huasse. Les figures peintes de Vénus ou de la Beauté, de l'Abondance, de la Magnificence et de la Symétrie dominaient les tables d'orfévrerie dessinées par Le Pautre, les sculptures de Le Hongre, le bureau royal enfin, destiné aux gemmes gravées, œuvre de Jean Oppenordt et de Nigre, qui avait fondu les bronzes. Quatre cabinets de bois violet et douze autres de marqueterie contenaient les médailles. Le parquet était dû à Philippe Poitou. Dans les lambris étaient encastrées les peintures des plus grands maîtres : la Pelle jardinière de Raphaël, le Tobie d'André del Sarto, la Sainte famille de Léonard de Vinci, la Madone de Fornoue de Mantegna, plus quatre toiles de Veronèse, Sur les armoires étaient disposés des marbres antiques et des statuettes d'argent. » Le Cabinet avait maintenant une administration et des fonds. En 1685, il coûta 85 000 livres ; le sieur Vincenot recevait 3 livres par jour pour la rédaction de l'inventaire, le sieur Morell était chargé des dessins, le sieur Oudinet donnait les explications. Pierre de Carcavi était exténué de vieillesse et remplacé par Raïnssant qui avait seul le titre d' « antiquaire et garde des médailles de Sa Majesté ». On travaillait, semble-t-il, avec ardeur. Le Cabinet conserve la collection des dessins de Morell, exécutés à la plume avec assez de fidélité. Ils sont disposés comme l'étaient les tablettes du médaillier et accompagnés d'explications manuscrites rédigées par Raïnssant et par Oudinet. Le roi lut ces explications et témoigna toute sa satisfaction aux deux savants.

Louvois, voyant l'intérêt que prenait le roi à son Cabinet des médailles, traita de l'intendance de ce Cabinet avec Louis Golbert qui en avait été revêtu après la mort de l'évêque d'Auxerre son oncle, et en fit expédier les provisions en faveur de Camille Le Tellier, âgé de neuf ans, et qui fut depuis l'abbé de Louvois. Jusqu'à ce que celui-ci fût en âge de le diriger, il ne se contenta pas de faire quelques brillantes acquisitions, il envoya des savants voyager dans les contrées où ils avaient le plus de chances d'en rencontrer. Parmi ceux-ci se trouvait Jean Vaillant qui, de médecin, se mua en numismate. C'était une profession qui, alors, n'allait pas sans risques. Vaillant, au cours d'un de ses périples sur la Méditerranée, fut pris par un corsaire et subit quatre mois et demi d'esclavage à Alger. Libéré, il se trouva de nouveau en danger d'être enlevé et n'imagina rien de mieux que d'avaler une quinzaine de médailles d'or. Une saute de vent le tira d'embarras et Vaillant aborda à Marseille portant son trésor en lui, le décrivant à merveille, mais fort empêché de le montrer. Enfin, la nature s'y prêta et Vaillant soulagé, allégé, se consacra à une histoire numismatique des rois de Syrie qui contribua à sa réputation.

Que si, d'aventure, souverain, princes, grandes dames et courtisans délaissaient le Cabinet, l'accès en devenait possible et l'historien Félibien s'extasiait à la vue de ces « trois cents tiroirs ou tablettes contenus dans ces cabinets, dans le bureau et sous un lit de repos placé vis-à-vis de la cheminée ». « Les tablettes mêmes, qui servaient à contenir les suites numismatiques, étaient en maroquin plein, de couleur rouge, frappé de fleurs de lys d'or, sur un fond de velours vert. La matière en venait du Maroc même, par suite de conventions passées à cet effet avec Moulay Ismail. M. de Montceaux, qui voyageait en Orient pour recueillir des manuscrits et des médailles, avait été chargé par M. de Carcavi de rechercher de ces beaux maroquins incarnats — ou verts, ce qui était plus rare.

Ces tablettes ont, elles aussi, été conservées et sont encore présentement au Cabinet des médailles. Quant aux pierres gravées, elles avaient été confiées, pour recevoir une monture appropriée à leur valeur, à Josias Belle, l'orfèvre du roi, qui sertit les camées les plus fameux que l'antiquité nous ait laissés, en des cercles d'or émaillés de vives couleurs, d'un faste parfois un peu bruyant !. » Après la mort de Rainssant, qui fut trouvé noyé dans la pièce d'eau du parc de Versailles, en 1689, son parent Oudinet lui succéda ; il était membre de l'Académie des inscriptions depuis 1701 quand il mourut en 1712. Le 25 juillet 1691, le roi, par un arrêt du conseil, se réserva de donner ses ordres sur tout ce qui concernait sa bibliothèque et le Cabinet des médailles qui avaient été jusqu'alors sous l'autorité et la direction du surintendant des bâtiments. En conséquence, par un autre arrêté du conseil du 2 août suivant, il fut ordonné que M. l'abbé de Louvois ferait les fonctions de maître de la librairie, intendant et garde du cabinet des livres, manuscrits, médailles et raretés antiques et modernes sous l'autorité du roi. Mais le jeune âge de l'abbé de Louvois entraîna l'archevêque de Reims, son oncle, à exercer le même pouvoir qu'il avait eu pendant la vie et le ministère de Louvois.

Sous l'administration d'Oudinet, coïncidant avec les désastres de la fin du règne, les dépenses furent rares. Cependant, une lettre de l'abbé de Louvois, datée du 13 octobre 1705 et adressée au contrôleur général, commence ainsi : « Quoi que je sois très exact, Monsieur, à faire dans ces temps-ci le moins de dépense qu'il est possible pour la bibliothèque du roi et pour le Cabinet des médailles de Sa Majesté, il y a, cependant, de certaines occasions où je ne crois pas pouvoir me dispenser de proposer des acquisitions utiles, curieuses et à bon compte. » L'inventaire et le récolement furent commencés le 18 novembre 1722 et clos le 10 mars 1723 ; le transport allait suivre dans... dix-neuf ans. Et voici pour quoi :

Le palais Mazarin, dont les bâtiments sont occupés par la Bibliothèque nationale, avait pour dépendances, au XVIIe, de vastes jardins, bornés par les potagers et les vergers des Augustins et des Filles-Saint-Thomas. Après la mort du cardinal, Colbert acheta de son principal héritier, le duc de La Meilleraye, une portion considérable de ces jardins pour y construire des maisons avec façade sur la rue Vivien ou Vivienne. Il obtint d'un autre héritier, le duc de Nevers, le passage sous sa galerie au moyen d'une large arcade et perça une rue qui mit en rapport la rue Richelieu avec la rue Vivienne : ce fut la rue Colbert qui conserve encore quelques vestiges de cette arcade. La partie du palais Mazarin où l'arcade avait été pratiquée devint, par la suite, l'hôtel de la marquise de Lambert.

Mme de Lambert avait pour beau-père un M. de Hachaumont, « homme de beaucoup d'esprit, dit Fontenelle, et de plus encore de très bonne compagnie, dans un temps où la bonne et la mauvaise se méloient beaucoup moins et où l'on y était bien plus difficile. Il s'affectionna à sa belle-fille, presqu'une enfant, à cause des dispositions heureuses qu'il découvrit bientôt en elle, et il s'appliqua à les cultiver, tant par lui-même que par le monde choisi qui venait dans sa maison et dont elle apprenait sa langue comme on fait la langue maternelle. » La marquise de Lambert, veuve en 1686, posséda une maison, « la seule, à un petit nombre d'exceptions près, qui fut préservée de la maladie épidémique du jeu ; la seule où l'on se trouvait pour parler raisonnablement les uns les autres, et même avec esprit, selon l'occasion. » C'était comme un nouvel hôtel de Rambouillet où brillaient Sylvestre de Sacy, Fontenelle et plusieurs autres.

La marquise était installée depuis 1698 et quand on vint lui réclamer l'hôtel où elle résidait par concession viagère, elle fit valoir ses droits et gagna son procès. L'arrêt du 27 mars 1720 ne reçut pas d'exécution jusqu'à la mort de Mme de Lambert, en 1733.

Il fallut attendre, on attendit ! Les administrations se soumettent à cette rigueur avec bonne grâce. Et puis, il ne devait pas manquer de gens perspicaces qui observaient que le roi de dix ans n'avait eu aucune part personnelle à l'arrêt de 1720, auquel, à l'âge d'homme, il lui conviendrait peut-être de faire opposition. En 1726, il avait fait une visite à ses curiosités et avait montré tout le plaisir qu'on peut ressentir à seize ans devant les monuments de l'antiquité ; mais il n'y avait plus pensé depuis, sinon pour autoriser, en 1727, l'achat pour la somme de 40 000 livres de la collection de Mahudel, formée de la réunion de douze cabinets d'antiquités, parmi lesquels le plus important était celui de l'intendant Foucauld, mort en 1721. Bernard de Montfaucon, dans son Antiquité expliquée, parle à diverses reprises de cette collection, riche sur tout en statuettes de bronze. Ce fut « le samedi 2 septembre 1741, sur les six heures du soir, [que] sont arrivées de Versailles à la Bibliothèque deux charettes chargées de vingt caisses, où sont les médailles du roi qui ont été apportées ici par ordre de Sa Majesté, pour être placées dans le magnifique salon qui est au bout de la Bibliothèque ». Les camées et les gemmes demeurèrent à Versailles jusqu'en 1791 , C'est dans le salon qui vient d’être décrit que fut installé le Cabinet des médailles, aménagé par Robert de Cotte et son fils Jules-Hobert. Nous n'avons pas à entreprendre ici la description de ces salons qui subsistèrent jusqu'en 1865 et dont il existe une remarquable eau-forte de J. Jacquemart, dans la Gazette des beaux-arts, t. x, 1861, pl. h.-t. à la page 82 ; et une autre de Cr. Garen, exécutée d'après une photographie, en frontispice à l'Introduction de E. Babelon, Le Cabinet des antiques à la Bibliothèque nationale, 1887. Quant à la décoration, nous n'en dirons rien. Le salon Louis XV du Cabinet des médailles a été reconstitué en des bâtiments neufs le long de la rue Vivienne dans les mêmes proportions, au même étage que jadis, muni du même mobilier, décoré des mêmes peintures de Boucher, Carle Vanloo, Ch. Natoire . Tout ceci a été parfaitement décrit par J. Babelon, Les trésors du Cabinet des antiques. Le Cabinet du roi ou le salon Louis XV de la Bibliothèque nationale, in-4°, Paris, 1927. Nous revenons à l'histoire des collections.

Dès que les vingt caisses de médailles furent arrivées à Paris, Gros de Boze entreprit le classement dans les armoires à ce destinées, mais « ses autres occupations, entre autres celles que lui imposait sa place de secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et la composition des médailles, inscriptions et devises demandées par les ministres, les villes et les corps, lui laissaient peu de temps pour ce travail, d'autant que M. de Boze, homme d'une minutieuse exactitude, travaillait lentement ! ». L'abbé Barthélemy, qui avait vu à l’œuvre ce parfait érudit, n'a pu se refuser d'en tracer ce malicieux croquis : « Il mettait, dit-il, dans son air et dans ses paroles une dignité, un poids, qui semblaient relever ses moindres actions, et dans ses travaux une importance qui ne permettait jamais de négliger les petites précautions qui peuvent assurer le succès *. » En 1745, Gros de Boze, qui sentait l'âge s'appesantir, avait souhaité s'adjoindre un collègue qui pourrait lui succéder ; il jeta les yeux sur Bimard de la Bastie que la mort enleva peu de temps après ; alors il prononça le nom d'un tout jeune homme, arrivé à Paris depuis dix-huit mois, l'abbé Barthélemy, dont il pressentit le mérite, Barthélemy s'est rendu célèbre par son Voyage du jeune Anacharsis qui est le plus médiocre de ses écrits et qui ne compte guère dans la balance où on pèse les dissertations épigraphiques de cet homme doué d'un talent supérieur.

Ce fut dans ces dernières années de M. de Boze qu'on acquit les collections du maréchal d'Estrées ; on acheta 20 000 livres celles de l'abbé de Rothelin passées dans le Cabinet du marquis de Beauveau. Environ 400 médaillons et 2000 médailles furent insérés dans les suites du Cabinet. Gros de Boze mourut en 1754 ; dans son Éloge académique, on lit que Foucault avait excepté de la vente de ses antiques deux belles figures représentant l'une la déesse Isis et l'autre un nain d'Auguste : il les gardait pour les laisser à M. de Boze par son testament, et M. de Boze, dans le sien, a supplié le roi de les accepter pour son Cabinet où elles sont. aujourd'hui.

Barthélemy, devenu garde du Cabinet, eut la satisfaction de le voir s’accroître rapidement. En 1755, la succession du maréchal de Lowendal amena le vase d'ivoire, dit « de Sobieski », sur lequel on voit représentée la bataille de Chotzin, en 1673. La même année, on acheta pour 22 000 francs le cabinet de M. de Gary, de l'Académie de Marseille, qui enrichit le Cabinet de plus de cent vingt médailles d'or, et de beaucoup de médailles grecques de villes et de rois. Barthélemy ferma pendant quelques mois le Cabinet des médailles et partit en Italie, emportant les doubles qu'il échangea. Cette opération, dont la seule pensée fait frémir un conservateur de nos jours, valut trois cents médailles rares ; cela fait, Barthélemy rouvrit le Cabinet. Encore avec des doubles, il fit rentrer, par voie d'échange, douze cents médailles, dont 490 en or, réunies par M. de Clives et acquises par Duhodent qui les céda au roi.

L'abbé a laissé un récit de son Voyage en Italie où il est curieux de le suivre et de le voir procéder, notamment à Marseille où il réussit, par on ne sait quelle ruse, à persuader un certain abbé Boule « qui, dans l'espace de trente ans, l'avait refusée aux antiquaires de toutes les têtes couronnées », de lui céder une médaille d'or de Vétranion.

Ce grand savant n'était pas disposé à faire jouir le public des richesses du Cabinet : « M. de Boze, mon prédécesseur, dit-il, s'était fait une règle très sage de ne montrer que rarement le Cabinet, persuadé qu'il ne devait être ouvert que pour les savants qui voulaient y puiser des lumières, pour les artistes qui venaient y chercher des modèles de goût, pour les étrangers connus et les personnes de considération, à qui il était convenable de donner une grande idée des beautés de la Bibliothèque. Après sa mort, je me laissai entraîner à un zèle de novice, mais je n'ai jamais montré le Cabinet sans être pénétré de frayeur ?, » Gependant, Barthélemy ne connut pas les tragédies qui attristèrent l'histoire des collections au XIXe : au contraire, il voyait celles-ci s'accroître périodiquement.


MÉDAILLES

géné ment. En 1764, Mme de Pompadour avait donné l'admirable série de camées de Jacques Guay exécutés pour elle et ceux qu'elle-même avait gravés sous sa direction : un cachet montrant l'amour tenant un lis, une victoire de Lawfeld et un buste de Louis XV, le dernier des beaux camées. En 1765, ce fut le cabinet du comte de Caylus, collection de premier ordre, connue par un ouvrage en sept volumes, où on rencontrait des antiquités égyptiennes, grecques, romaines et gauloises. « On y admirait surtout des bronzes trouvés à Herculanum, dont les fouilles étaient alors poussées avec activité, et un lot considérable d'autres figurines, trouvées en 1763 à Chalon-sur-Saône, toutes remarquables par leur intérêt artistique, leur conservation exceptionnelle et une belle patine verdâtre qui fait de ces statuettes de véritables bijoux. En 1776, un autre amateur célébre, Joseph Pellerin, ancien commis de la marine, céda au roi, pour 300 000 livres, sa collection qui comprenait près de 32 500 monnaies grecques : il avait, par patriotisme, refusé de la vendre à l'impératrice de Russie qui lui en offrait 500 000 livres, Cette acquisition mit hors de pair, pour toujours peut-être, notre suite de médailles grecques. Anquetil-Duperron rapporta au roi, de ses voyages dans l'Inde, une série importante de monnaies et de pierres gravées orientales et l'année même de la mort de Louis XV, 1774, les chanoines de Rennes offrirent généreusement la fameuse coupe d'or romaine trouvée dans leur domaine. De 1780 à 1790, Barthélemy fait successivement entrer au Cabinet les médailles historiques des règnes de Louis XIV et de Louis XV : il reçoit, en 1787, la collection numismatique formée par Cousinéry, consul de France à Salonique ; la série de cylindres et autres antiquités chaldéennes de Beauchamp, consul à Bagdad ; en 1788, il achète une partie de la collection Michelet d'Ennery ; en 1791, le cabinet de l'abbé Campion de Tersan et les médailles d'or trouvées à Helleville (Manche) en 1780. » Dès 1791, Louis XVI avait ordonné le transport à Paris des pierres gravées, intailles et camées, demeurées à Versailles, Les événements de la Révolution française allaient introduire d'importantes innovations au Cabinet des médailles. Au mois d'octobre 1790, l'Assemblée constituante mettait tous les biens des églises et monastères entre les mains de la nation. Cette opération initiale était une confiscation dont le produit allait enrichir le Cabinet dans des proportions qu'il serait difficile d'imaginer, mais elle apportait surtout des épaves de trésors d'églises, des vases sacrés, des reliquaires, en sorte que l'art du Moyen Âge y disputait désormais la place à l'art antique. Ces accroissements, il ne faut pas craindre de le dire, portaient principalement sur une minorité de monuments, car la Révolution, comme avait fait la Réforme, brisa, détruisit, anéantit davantage qu'elle épargna. Entre 1791 et 1794, les trésors de Saint-Denis en France, de la Sainte-Chapelle du Palais, de la cathédrale de Chartres, de celle de Reims, de l'abbaye de Sainte-Geneviève, pour ne nommer que quelques-uns parmi les plus illustres, furent dispersés. « Quelques épaves des richesses de Saint-Denis échouèrent au Cabinet c'étaient, entre autres, une baignoire romaine en porphyre dite de Dagobert, le siège romain en bronze doré qui passait pour le trône du même roi ; la superbe aigue-marine sur laquelle Evodus grava le buste de Julie, fille de Titus, et qui servait de couronnement à un meuble appelé l'Oratoire de Charlemagne ; un calice formé du précieux canthare en sardonyx connu sous le nom de coupe des Ptolémées ; une nef ou gondole en sardonyx avec une monture en or ; la coupe de Chosroès ou tasse de Salomon, qu'on prétend avoir été envoyée par Haroun-al-Raschid à Charlemagne ; deux camées représentant Auguste, et ayant décoré, l'un, un reliquaire de saint Denis et de ses compagnons, l'autre, un reliquaire de saint Hilaire ; le buste d'Annius Verus, en onyx ; des pièces de jeux d'échecs apportées, disait-on, par les ambassadeurs d'Haroun-al-Raschid. C'étaient, comme on le voit, des monuments de premier ordre, tant par leur importance artistique que par les souvenirs plus ou moins légendaires qui se rattachent à chacun d'eux. L'aliénation du trésor de la Sainte-Chapelle fut décrétée vers le même temps, et les anciens inventaires de ce trésor que nos rois, depuis saint Louis, s'étaient complu à enrichir sans relâche, nous permettent de mesurer l'étendue du désastre. Pourtant, en remettant les clefs du trésor à la commission exécutive, Louis XVI demanda et obtint que le grand camée, le buste de Constantin qui servait de bâton cantoral (voir Dictionnaire, t. III, col. 2613, pl. h.-t.) et divers manuscrits précieux fussent exceptés de la destruction et déposés à la Bibliothèque !.

« Les collections de monnaies et d'antiquités que possédaient la plupart des maisons religieuses de Paris furent rassemblées au Cabinet des médailles. Celle de l'abbaye de Sainte-Geneviève, commencée par le P. du Molinet avec les débris du cabinet de Peiresc, fournit, outre des camées, bronzes et autres monuments, un appoint de 17 000 monnaies grecques et romaines, dont 842 en or, 1 625 en argent, 5 139 en grand, moyen et petit bronze. Le musée d'antiquités égyptiennes, grecques, romaines et gauloises que dom Bernard de Montfaucon avait réuni à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, pour servir de base à ses études, fut aussi confisqué. Mais tous ces actes de violence s'accomplissaient avec tant de précipitation et une telle irrégularité administrative, qu'on ne prit même pas la peine de dresser des états plus ou moins sommaires des objets saisis, ni seulement des procès-verbaux de confiscation. Le désordre était complet et les vols se multiplièrent. Telles sont les causes principales pour lesquelles il est impossible de dire la provenance d'un grand nombre de nos monuments *. » Parmi ceux-ci, en fait de médailles, il n'y a guère à mentionner que le médaillier du duc Louis d'Orléans, le fils du Régent, conservé à Sainte-Geneviève et « deux cent huit médailles d'argent dont une dorée » ayant appartenu au comte de Provence.

J.-J. Barthélemy avait été le témoin silencieux de ces événements. Depuis vingt ans, en 1772, il s'était fait adjoindre son neveu, Barthélemy de Courçay, et, en 1773, il avait obtenu la création d'une place de commis écrivain en faveur du sieur Cointreau, simple copiste payé 800 francs l'an et logé dans la maison. Le vieillard et ses deux aides continuaient paisiblement leurs travaux de classement et de description, en vue de la publication de la série numismatique, recevaient les artistes, les curieux, les importuns. Mais tout ce qui faisait le charme de cette vie, sauf l'appartement somptueux et charmant où elle s'écoulait, disparaissait pour faire place à des préoccupations, des anxiétés inconnues jusqu'alors. « Battu presque sans relâche, écrit-il, par la tempête révolutionnaire, accablé sous le poids des ans et des infirmités, dépouillé de tout ce que je possédais, privé chaque jour de quelqu'un de mes amis les plus chers, tremblant sans cesse pour le petit nombre de ceux qui me restent, ma vie n'a plus été qu'un enchaînement de maux. Si la Fortune m'avait traité jusqu'alors avec trop de bonté, elle s'en est bien vengée. Mais mon intention n'est pas de me plaindre : quand on souffre de l'oppression générale, on gémit et on ne se plaint pas ; qu'il soit seulement permis à mon âme oppressée par la douleur de donner ici quelques larmes à l'amitié. » Le 2 septembre 1793, Barthélemy, âgé de 77 ans, fut arrêté chez la duchesse de Choiseul sur la dénonciation du commis Cointreau, en compagnie de son neveu et collaborateur, l'abbé de Courcay, et d'autres employés de la Bibliothèque. Il fut conduit aux Madelonnettes, où il ne s'attarda guère. Le prestige de l'auteur d'Anacharsis était tel qu'à la prière de Mme de Choiseul Courtois intervint auprès de Danton qui fit révoquer l'ordre d'arrestation. Élargi, le vieillard ne reprit pas ses fonctions, ce fut Cointreau qui le remplaça et qui manifesta son zèle républicain en ouvrant le Cabinet matin et soir au public, pendant que Mme Cointreau épluchait les légumes de son pot au feu dans le vestibule du salon Louis XV.

Le 12 octobre, Paré, ministre de l'intérieur, vint offrir à Barthélemy la place de bibliothécaire. L'abbé refusa, ne demandant, pour toute grâce, que la permission de mourir auprès du dépôt auquel il avait consacré sa vie ; on lui restitua les clefs du Cabinet des médailles auquel il allait rendre un dernier service. Le citoyen Homme, conventionnel, fut chargé de soumettre au Comité de Salut public un rapport tendant à vendre ou à faire fondre toutes les pièces d'or du Cabinet. Homme interrogea Barthélemy qui réussit à lui faire abandonner un projet aussi barbare. Il fallut toutefois faire la part du feu. On arracha les portraits en pied de Louis XIV et de Louis XV, en outre une Commission des monuments fit disparaître, partout où elle les rencontra, fleurs de lis, écussons, couronnes, symboles, devises qui rappelaient le régime disparu. Cela coûta à la nation 12 293 livres, 15 sols.

Enfin, le 30 avril 1795, l'abbé Barthélemy mourut, ne regrettant que de laisser inachevée l'œuvre à laquelle il avait consacré toute son intelligence et tous ses efforts.

Au mois d'octobre de cette année 1795, le député Villar donna à la Bibliothèque une nouvelle organisation : « Représentants, disait-il, le vrai moyen d'affermir un gouvernement libre, c'est de ne rien oublier de ce qui peut accroître la masse des vérités utiles au peuple. Encouragez donc de tout votre pouvoir et conduisez par degrés au plus haut point de perfection tous les établissements consacrés à l'étude des sciences, des lettres et des arts. » Le budget de la Bibliothèque, qui en 1787 s'élevait à 130 000 francs, fut porté à 192 000.

Barthélemy de Courcay reçut la succession du poste rempli par son oncle, conjointement avec Millin ; Cointreau devint premier employé. Des jeunes gens destinés à remplir une carrière honorable, Barbié du Bocage, Mionnet et Marion du Mersan travaillaient sous la direction des gardes du Cabinet dont le titre venait d'être changé en celui de « conservateurs ». Une autre innovation consista à abandonner la classification par ordre alphabétique pour adopter le système géographique appliqué par Eckhel.

Le Cabinet de France s'était trouvé dans l'obligation d'accueillir les produits de la confiscation, il allait maintenant se trouver envahi par les produits de la conquête ; le 9 novembre 1795, de nombreuses caisses de monuments, de curiosités et de médailles arrivèrent au Cabinet : c'est le tribut prélevé par Pichegru sur la Hollande, prélude de tout ce que devait amener l'asservissement de l'Europe. La campagne de 1796 en Italie, suivie par le traité de Tolentino, détermina l'envoi de nouvelles caisses en août 1798 ; là se trouvaient les monuments du célèbre trésor de Monza, les médailliers du Vatican, le sacro calino de Gênes (voir ce nom) et enfin la fameuse Madone de Lorette (voir ce nom) qui arriva au mois de novembre et repartit six ans plus tard, novembre 1804, Napoléon l'ayant rendue aux réclamations de Pie VII.

Nous n'entrerons pas dans l'énumération des monuments rares ou célébres qui enrichirent le Cabinet et dont plusieurs furent restitués aux alliés en 1815. A Barthélemy de Courcay succéda François-Paschal Gossellin (1799) ; ce fut en 1795 que Marion du Mersan entreprit l'inventaire quotidien des entrées.

En 1803, les consuls de la République, Bonaparte, Cambacérès et Le Brun eurent la fantaisie de puiser dans le trésor de la nation, sans aucun droit, des médailles d'or pour orner leurs tabatières, et rappelant leurs aptitudes de guerrier, de jurisconsulte et de poète. À Bonaparte, on donna un Marc-Aurèle, un Antonin, un Hadrien et on y joignit un Domitien ; pour Cambacérès, on sacrifia un Justinien et Le Brun, qui se croyait poète, fut gratifié d'un Homère.

Dans la nuit du 16 au 17 février 1804, le Cabinet fut victime d'un vol très hardi. Un sieur Giraud, chef de la bande ayant pour complice un cocher de fiacre dont la voiture, arrêtée au coin de la rue Colbert, avait amené une de ces longues perches de maçons qui servent aux échafaudages. La perche fut dressée dans l'angle des bâtiments et le voleur se hissa, au moyen d'un moufle, jusqu'à la hauteur de la croisée du Cabinet. Les croisées n'avaient pas de volets, le voleur brisa une vitre, s'introduisit dans le cabinet et enleva divers objets précieux : le grand camée, le vase des Ptolémées, la couronne d'Agilulfe, le calice de Suger, plusieurs vases d'agate provenant du trésor de Saint-Denis, le poignard de François I, enrichi de camées sur coquilles, deux couvertures d'évangéliaires en vermeil, un diptyque d'ivoire. Marion du Mersan nous apprend qu'une partie de ces objets fut reconnue en Hollande par la personne à laquelle on proposa de les acheter. Les voleurs furent condamnés et les objets restitués en partie. La coupe des Ptolémées avait été cachée par Giraud dans le jardin de sa mère, à Ornoy, près de Laon ; on la retrouva, mais le pied d'orfévrerie avait été arraché et fondu, ainsi que la couronne d'Agilulfe, les montures des vases et celle de l'agathe de la Sainte-Chapelle. Le calice de Suger avait été vendu à M. Townley, le poignard de François I et le diptyque n'ont jamais été retrouvés ! Du Mersan dit encore que le calice de Suger fut “acheté des voleurs par M. Townley, riche Anglais, amateur d'antiquités, qui, à sa mort, l'a légué au Musée britannique où il est maintenant ». Ce calice aurait été porté, de France en Angleterre, caché dans l'intérieur d'un buste de Laocoon en plâtre. Suger lui-même a pris soin de nous le décrire °, mais ce qui vaut bien mieux, c'est l’aquarelle exécutée par Peiresc , qui permet de l'identifier sur les inventaires manuscrits du trésor (de 1505 à 1739), les descriptions de Jacques Doublet (1625), de Millet (1645), la planche de Félibien (1706) *.

Millin mourut le 14 août 1818 et eut pour successeur Raoul-Rochette.


MÉDAILLES | 94

galerie, au moyen d'un vilebrequinet d'une scie à main, un trou suffisant pour laisser passer un homme. La mutilation de cette porte, encore visible aujourd'hui, témoigne de ce vol fameux de la nuit du 5 au 6 novembre 1831.

Une fois introduit, Fossard fit une ouverture à la porte d'un autre cabinet qui renfermait les clefs des médailliers et en enleva la serrure. Alors il s'installa, ayant toute une nuit devant lui, alluma une lanterne, ouvrit les sacs dont il était bien muni et tira à demi tous les tiroirs des huit médailliers pour s'assurer de ce qu'ils contenaient (on les trouva tous dans cet état le lendemain matin). Arrivé au médaillier qui contenait la suite impériale d'or, il le vida entièrement et remplit ses sacs de ces médailles et des riches suites de médailles modernes, dont la valeur intrinsèque était considérable.

Au petit jour, Fossard s'échappa par la fenêtre du Cabinet qui donnait sur la rue de Richelieu, à l'aide d'une corde que l'on trouva fixée dans la boiserie par un crampon. On a vu longtemps, sur le mur extérieur, la trace des pieds, ce qui prouve qu'il était ainsi sorti du Cabinet avec son trésor. Une patrouille, qui passa peu d'instants après, aperçut cette corde qui était restée pendue à la fenêtre ; on éveilla le concierge, l'alarme fut donnée, trop tard...

Fossard déposa le produit de son vol chez son frère, horloger-bijoutier, qui en fondit sur-le-champ une partie qu'il réduisit en lingots ; malheureusement, ce furent les médailles antiques qui, étant plus petites, subirent plus facilement l'action du creuset.

Le public, à qui il faut toujours un coupable, ou plutôt un bouc émissaire, s'en prit à Raoul-Rochette ! et cette grossière injustice amena un remaniement du personnel. Raoul-Rochette dut partager l'administration du Cabinet avec Letronne (voir ce nom). dont l’énumération n'apprendrait rien à ceux qui savent et rien non plus à ceux qui ignorent. D'ailleurs, un événement se produit qui éclipse pour longtemps tous les autres : la donation du duc de Luynes en 1862. Elle comprenait 6 893 médailles grecques-phéniciennes, celtibériennes et gauloises, 373 camées, intailles et cylindres chaldéo-assyriens, 188 bijoux d'or, 39 statuettes en bronze, égyptiennes, grecques, étrusques et romaines, 43 armures et armes antiques, 85 vases peints, grecs ou étrusques, un torse de Vénus Anadyomène, de proportions colossales, des figures de terre cuite, des poids grecs et phéniciens et divers autres monuments. C'est, a-t-on pu dire, peut-être le plus riche présent archéologique qui ait jamais été fait à un musée. Ce fut volontairement et librement que le duc de Luynes se sépara de ces richesses réunies par lui pour en faire don à son pays. Il annonçait en ces termes sa résolution : « Je suis heureux de penser que je vais aider le Cabinet de France à se maintenir au premier rang qu'il a si longtemps occupé en Europe et que l'or anglais s'efforce de lui enlever. Je m'abuse peut-être, mais il me semble que ce supplément lui donnera de l'avance dans cette lutte. » La donation du duc de Luynes montra d'une façon si évidente l'insuffisance des locaux dont disposait le Cabinet de France qu'il fallut se résoudre à déménager. Le second empire procédait alors à la construction d'un bâtiment qui offre, en bordure de la rue de Richelieu, l'aspect d'une prison. On y entassait des livres, on y fit place pour les médailles et les curiosités. Le Cabinet prit possession, en 1865, de bâtiments qui s'étendent le long de la rue de Richelieu jusqu'à la rue des Petits-Champs, vaste local qu'on déclara provisoire, et d'ailleurs aussi indigne des collections qu'il renferme qu'incommode pour les travailleurs.

Ce campement dura un demi-siècle et à aucune époque peut-être le Cabinet ne reçut plus de personnages notables ; il bénéficia aussi de quelques dons dignes de mémoire ; le cabinet, formé par le vicomte de Janzé ; les médaillons d'or du trésor de Tarse offerts par Napoléon III ; le médaillon d'or d'Eucratide.

Malgré tant de richesses, qu'on entrevoyait à peine dans un jour de souffrance, le Cabinet de France vivait hors de chez lui, ou plutôt, il n'avait pas son chez lui, mais jouissait d'une tolérance toujours reprochée, souvent menacée par le service de la Bibliothèque dont le département des imprimés réclamait ces locaux comme son bien. On conservait la décoration de l'ancien Cabinet du roi, mais on avait vendu la rampe de l'escalier de l'hôtel de Lambert avec sa décoration de cornes d'abondance d'où tombent des flots de monnaie *. Quant à l'installation, elle tardait fort, car il fallait construire des bâtiments neufs le long de la rue Vivienne, depuis les jardins qui flanquent l'ancien hôtel Tubeuf jusqu'à l'angle de la rue Colbert. Après toutes les lenteurs imaginables des expropriations, des acquisitions, des constructions, il se trouva qu'en 1903 les bâtiments étaient achevés, l'intérieur du salon garni des boiseries anciennes. Et on attendit dix années encore ; enfin la guerre de 1914 éclata et on trouva alors les loisirs nécessaires à l'installation.

La satisfaction d'y présider n'avait pas été accordée à Anatole Chabouillet qui, plus qu'aucun de ses prédécesseurs, avait vu le Cabinet de France s'enrichir ; il s'était identifié à tel point avec lui qu'il s'étonna et pensa voir un déni de justice lorsqu'on l'invita, un peu inopinément, à prendre sa retraite (1890).


PE STAR LEY :

pe oU.

97 H. Lavoix, qui lui succéda, sut faire la part du Cabinet, afin d'en accorder une au moins aussi large au Théâtre Français où il était lecteur. Lorsqu'il disparut, en 1902, le Cabinet fut placé sous la direction d'Ernest Babelon. 3 ‘La vie studieuse d'Ernest Babelon (f 3 janvier 1924) serait bien tentante à raconter ici, si la nature de ses travaux ne l'avait tenu généralement à une longue distance de l'archéologie chrétienne. Cette vie a été racontée d'ailleurs plusieurs fois, et de façon à n'y pas revenir, par M.-A. David Le Sulflleur, Ernest Babelon, 1854-1924, in-4v, Paris, 1924 : M. A. Dieudonné, L'œuvre numismatique d'Ernest Babelon, 1834-1924, dans Revue numismatique, IVe série, t. xxvir, 1924, p. 145-205 ; C. Jullian, L'œuvre d'Ernest Babelon, dans Revue des Deux Mondes,15 février 1924 ; Salomon hHeinach, Ernest Babelon, dans Revue archéologique, Il est permis, sans amoindrir en rien l'hommage qui est dû aux prédécesseurs d'Ernest Babelon, de dire que son œuvre scientifique personnelle dépasse de loin en mérite les travaux si estimables pourtant d'un Millin et ceux d'un Raoul-Rochette. Son administration n'eut pas une moindre importance.

Parti en vacances le 1er août 1914, il apprit à Étaples l'ordre de mobilisation et regagna son poste sur-le-champ. Un mois durant, il attendit les événements. Le 30, un aéroplane allemand venait jeter des bombes sur Paris ; le 31, Babelon recevait l'ordre de faire emballer les monuments les plus précieux du Cabinet des médailles qu'on devait expédier dès le lendemain en lieu sûr. Il nous a conté lui-même ! sa vie dans ces jours terribles. Une heure ne s'était pas écoulée que tout le personnel du Cabinet des médailles était à la besogne. « Nous installons, dans des caisses de bois bien rembourrées, en y apportant tout le soin compatible avec la rapidité exigée, des pièces choisies, parmi les plus précieuses de nos suites numismatiques, les plus célébres de nos camées et de nos intailles, de nos bijoux, bronzes et terres cuites ; nous poursuivons ce travail jusqu'à 7 heures du soir. Le lendemain mardi, je suis au Cabinet des médailles dés 6 heures et demie avec tout le personnel. M. Homolle et quelques personnes de supplément ont bien voulu nous prêter leur concours dévoué et discret ; nous poursuivons notre minutieux prélèvement dans toutes nos séries... Tous nous mettons la main à cette besogne qui nous semble sacrilège ; nous calfeutrons d'ouate des tablettes de médailles en les plaçant les unes sur les autres pour empêcher les pièces de glisser hors de leurs alvéoles. Je dresse un inventaire sommaire, au fur et à mesure que chaque caisse est remplie et clouée. Il faut se hâter ; car on nous a prévenus que le travail doit être terminé à 2 heures, moment précis fixé à la voiture capitonnée du chemin de fer qui viendra en prendre livraison... Elle arrive dans la cour à l'heure dite. On y chargea les caisses, toujours sous notre surveillance. Puis la voiture-wagon fut prise en charge par l'Administration centrale du ministère de l'Instruction publique. A 6 heures, je sortis avec l'administrateur général. Nous n'étions pas depuis dix minutes au jardin des Tuileries que nous entendions trois fortes détonations, à de courts intervalles, la première dans la direction de la Bibliothèque ou de la Bourse. J'appris le lendemain qu'une des bombes était tombée sur le toit de l'école des filles qui forme l'angle de la rue Vivienne et de la rue Colbert et, par ricochet, elle avait légèrement endommagé le toit même de la Bibliothèque nationale *. » Après la première victoire de la Marne, le Cabinet de France, appauvri de ses plus rares chefs-d'œuvre, reprit son travail traditionnel. Ce fut alors qu'on songea à profiter des circonstances qui avaient nécessité l'éloignement d'une partie des collections pour procéder au transfert de ce qui demeurait à Paris dans l'aile de la Bibliothèque nouvellement bâtie et spécialement destinée au Cabinet des médailles. C'était une besogne ardue et sans gloire que ce déménagement, auquel E. Babelon présida à partir du printemps de 1917. « On imagine malaisément tout ce qu'une telle opération exige de précautions minutieuses, de soins méticuleux. Parmi tant d'objets minuscules, qu'un classement rigoureusement scientifique permet seul d'utiliser, un accident, fût-il minime, risque d'introduire un désordre qui ne saurait être réparé qu'au prix de longues et patientes recherches.

« À peine, d'ailleurs, ce transfert, effectué sans incident, était-il terminé, la réinstallation méthodique des collections se trouva brusquement entravée par l'obligation de les protéger contre des bombardements devenus de plus en plus fréquents. Les médailliers et les peintures du « salon du roi » disparurent sous d'épais matelas en bourre de laine incombustible et sous des armatures de planches et de solives ; les plus beaux meubles furent remis au Mobilier national qui assumait la tâche de les mettre en lieu sûr ; vingt-quatre caisses de médailles, bronzes, terres cuites, bijoux, furent transportées dans un réduit blindé et quarante caisses nouvelles furent expédiées à Toulouse, d'où elles ne devaient revenir qu'après l'armistice, le 7 février 1919. Les meubles ne furent restitués que le 10 juin. Alors, seulement, on put entreprendre un récolement général des collections et un aménagement définitif *.

« Il convient de signaler que, malgré la hâte avec laquelle furent entrepris ces voyages dramatiques, on n'eut à déplorer ni perte, ni détérioration d'importance. Au lendemain de la guerre, en juin 1919, une ère nouvelle s'ouvrait pour le Cabinet des médailles dans le cadre traditionnel de son ancienne magnificence. Le salon Louis XV du Cabinet des médailles actuel n'est donc autre chose que l'ancien salon qui surmontait l'arcade Colbert, aménagé pour recevoir les collections royales, et aujourd'hui reconstituées en des bâtiments tout neufs, le long de la rue Vivienne cette fois, mais dans les mêmes proportions, au même étage que jadis, muni du même mobilier et décoré des mêmes peintures qui le firent admirer au milieu du XVIe. Le Cabinet du roi n'a subi que quelques modifications secondaires commandées par la disposition des lieux, et l'addition de deux meubles, exigée par l'accroissement des collections *.

Il existe plusieurs ouvrages consacrés à la description des collections du Cabinet de France, ce sont : 1. Histoire du Cabinet des médailles, antiques et pierres gravées ; avec une notice sur la Bibliothèque royale et une description des objets exposés dans cet établissement, par Marion du Mersan, in-8, Paris, 1838, 2. Catalogue général et raisonné des camées et pierres gravées de la Bibliothèque impériale, suivi de la description des autres monuments exposés dans le Cabinet des médailles et antiques, par M. X(natole) Ghabouillet, in-12, Paris, 1858.

39 et 4. Description sommaire en 1867 et 1889, publiée en vue des visiteurs des expositions universelles.

5. Guide illustré au Cabinet des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale. Les antiques et les objets d'art, par Ernest Babelon, in-12, Paris, 1900.

6. Les grandes institutions de France. La Bibliothèque nationale ... Département des médailles et antiques, par Ernest Babelon, in-8, Paris, 1907 (p. 75132).

7. Le Cabinet des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale. Notice historique et guide du visiteur, in-12, Paris, 1924. La préface est signée E. B(abelon).

A ces publications, parmi lesquelles plusieurs ne se rencontrent aujourd'hui que dans les bibliothèques publiques, on peut ajouter : lement des médailles et antiques de la Bibliothèque | 8. Le Cabinet des médailles pendant la guerre, par | Ern. Babelon, extrait de la Revue numismatique, 1919, | de l'art ancien et moderne, 1920.

Dans l'énumération qui va suivre, nous suivons l'ordre adopté dans le n. 7 (ci-dessus) dont l'impression et l'illustration sont lamentables, alors que celles du n. 5 (ci-dessus) étaient satisfaisantes.


PREMIÈRE SALLE. — Galerie des donateurs. — Au milieu de la salle, un siège, en bronze doré, célèbre sous le nom de trône du roi Dagobert, chaise curule romaine restaurée au XIIe, et qui servit de trône aux rois de France pendant tout le Moyen Age ; provient du monastère de Saint-Denis. Nous reviendrons sur ce monument.

100 Bague épiscopale en or, de Goderan, évêque de Saintes († 6 août 1074), au chaton, un saphir en cabochon : trouvée dans son tombeau.

Il est médiocre. De nombreux monuments du Moyen Âge


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101 debout tenant un globe crucigère. Cristal de roche, trouvé à Salamine (Chypre). — N. 2166, Le bon Pasteur portant une brebis sur les épaules ; deux autres brebis à ses pieds. — N. 7551, Le bon Pasteur. — N. 7555, Saint Martin à cheval partageant son manteau. — N. 2166 bis, Bustes de saint Pierre et de saint Paul, séparés par le monogramme du Christ, en légende le nom ANOYBIGN. — N. 2167, Colombe, palme et couronne, avec un monogramme. — M. 2167 bis, Deux personnages debout, portant une croix qu'ils tiennent entre eux des deux mains, travail de l'époque mérovingienne. — N. 2167 ter, La Crucifixion, cristal de roche (voir Dictionnaire, t. VI, col. 84, fig. 4939). — N. 6678, La Crucifixion, cristal de roche en forme de pyramide. — N. 6606, Croix grecque avec Dieu le Père et agneau pascal, cristal de roche. — N. 7552, Saint Pierre debout, de face, calcédoine. — N. 4796, Personnage nimbé à cheval portant une oriflamme. Hématite grisâtre. — N : 7557, Combat de deux cavaliers. Agate.


DEUXIÈME SALLE Ou Salon du grand Camée. — Grande vitrine centrale, au centre. N. 264, le grand Camée de la Sainte-Chapelle représentant la glorification de Germanicus. Nous n'avons pas à décrire ce monument fameux qui est probablement l'ouvrage de Dioscoride, nous devons seulement rappeler que Constantin le fit transporter à Constantinople, lors de la fondation de cette ville et c'est là qu'on le trouve, au XIIIe, baptisé chrétien et entouré d'une somptueuse monture en émail où figuraient les quatre évangélistes. — N. 373, Gondole de sardonyx avec monture en argent doré, provenant de Saint-Denis, —- X. 2089, Julie, fille de Titus. Grande intaille sur aiguemarine, signée par Evode, avec une monture carolingienne ; elle surmontait un reliquaire connu sous le nom de Pourtour de la vitrine du grand Camée. N. 1, Jupiler, dit de Chartres ou de Char les V, a passé longtemps pour saint Jean. — N. 308, Triomphe de Lici-


MÉDAILLES — MÉDARD (SAINT)

102 Les objets d'orfèvrerie provenant du tombeau de Childéric I** seront décrits à part.

H. LECLERCO.


MÉDARD (saint) : — I. Les textes. II. La vie du saint. Plusieurs documents relatifs à saint Médard. 1. Un poème de Venance Fortunat :

2. Une vie en prose, attribuée par les bollandistes à Venance Fortunat. Incip. : B. Medardi antistitis vilam, qui per universum orbem. — Desin. : mundo præstitit ornamentum cui est honor. Cette attribution est contestable. D'abord, on relève de notables différences entre la Vie en vers (n. 1) et la Vie en prose, et celle-ci ne semble pas digne du talent littéraire de Fortunat. On s'étonne d'y lire les épithètes precellentissimi (c. x) et clementissimi (c. xi11) appliquées à la personne du roi.


MÉDARD (SAINT)

En finissant, l'auteur félicite Théodebert de ses conquêtes et lui souhaite longue vie. Les conquêtes auxquelles il fait allusion sont celles qu'entraîna la victoire remportée sur les Gascons en 602, et Fortunat était peut-être mort à cette date. Il se pourrait qu'on trouve une allusion à cette Vie dans le De gloria confessorum de Grégoire de Tours (c. xcii).


II,

104 9. Miracles. Incip. : Medardus vero gloriosus conj. juxta urbem Sessionas. — Desin. : medicamina sunt experti.

Bibl. — Grégoire de Tours, De gloria confessorum, XCI (95). t 10. Translation à Dijon au Xe dans : a) Inc. prol. Post gloriosissimum confessoris eximii ind. IV, in mense maio. — Desin. : modica. Post hac autem evoluto.

11. Sermons attribués à Odilon, moine de Soissons. a) Incip. : Operæ pretium est. ff. cc. ut in memoriam. — Desin. : Unigenilus Dei inferat, cujus regnum. Amen. b) Incip. : 55. confessorum gloria per condigna. —- Desin. : eorum vestigia se qui, prastante... Amen.

Il. LA VIE DU SAINT. — La Vie de saint Médard a été rédigée vers l'an 600, non par Fortunat, mais par un hagiographe mérovingien qui connaissait les meilleurs tours de la littérature édifiante. Il y a tout une partie qu'on n'est pas en mesure de contredire et qu'on peut accueillir comme relativement véridique. Les parents du saint s'appellent Nectar et Protagia ; ils habitent Salency, dans le Vermandois, où leur enfant grandit et manifeste une tendance marquée pour l'aumône. Non seulement il partage son diner, mais il le donne aux malheureux, il donne aussi son vêtement et il lui arrive même de donner un cheval de l'écurie de son père. Tout ceci l'amènera, au dire de l'hagiographe, jusqu'à la prophétie, ou du moins la prédiction qui se réalise. Petit garçon, Médard a un camarade de jeux nommé Eleuthère, à qui il annonce un jour sa future promotion à la dignité comtale et son élévation à l'épiscopat. Sur la première prédiction, l'hagiographe n'appuie pas, mais il insiste sur la réalisation de la seconde ; Dum adhuc esset in scholis pir sanctus el parvus el innocens, dicil ad Eleutherium quemdam puerulum comparem, quod publica in actione Comitivam assumeret, et cum triginta annorum vitæ spatium caperet, ipsum dixit futurum summum Dei pontificem. Qui in Tornaco civitate Pastor est datus Ecclesise !.

Que saint Eleuthère ait été évêque de Tournai, nous nous en occuperons quand le moment sera venu (voir Dictionnaire, au mot Tournai) mais que saint Médard ait succédé à saint Eleuthère sur ce siège de Tournai ou même qu'il ait occupé quel que temps ce siège, c'est ce qui n'est pas prouvé.

L'épiscopat de saint Médard à Tournai ne s'autorise que d'un texte hagiographique du Xe ; auparavant on ne trouve rien de pareil. Les anciennes « vies » de saint Médard : celle dite de Fortunat vers 570 ; celle en prose des environs de l'an 600, celle de l'anonyme de Soissons, au IXe, gardent le silence sur un fait qui serait d'importance si vraiment Médard, évêque de Noyon, avait marqué son épiscopat par l'union des diocèses de Noyon et de Tournai, pour le complet bouleversement de la province ecclésiastique de Reims. Il n'en est plus de même au XIe, lors que Radbod refait à nouveau la biographie de saint Médard d’après la vie en prose (n. 2), et nous apporte le premier témoignage de l'élévation de son bénéficiaire non

105 MÉDARD (SAINT) 106

prédécesseur sur le siège de Tournai ! ; enfin, au milieu du XIIe, le continuateur d'Hériman nous déclare qu'il tire son information de Radbod : sicut Suessionis in pila ejus scriplum reperi ?. Dès lors, on ne conteste plus ; reste à savoir ce que vaut l'affirmation de Radbod. :

Radbod n'hésite pas à faire de Médard le coadjuteur d'Eleuthère, alors qu'il faut se souvenir que les deux enfants étaient de même âge : dicif ad Eleutherium... puerulum comparem ? ; dès lors, on s'explique mal que Médard assiste Eleuthère dans son extrême vieillesse, qu'il lui succède et qu'il soit encore suffisamment vert pour entreprendre les grands travaux apostoliques que lui attribue Radbod.

Il resterait à savoir les dates d'avènement et de décès d'Eleuthère ; on a proposé pour la première date 484, 487 ou même 496 ou peu après. En définitive, on n'en sait rien ; mais ce qu'on sait bien, c'est que rien n'oblige à donner Médard pour successeur à Eleuthère. Aux conciles d'Orléans (549) et de Paris (552), on voit paraître un évêque Agrestius ou Agrescius qui signe sans indication de siège à Paris et qui est remplacé à Orléans par son substitut, le prêtre Vitalis . Or, cet Agrestius est qualifié episcopus Toronnice, par Maassen, episcopus Tornice, par Duchesne *. Mais, en 549 et 552, le siège de Tours avait pour titulaires Baudinus et Guntharius ; quant à Agrestius, Grégoire de Tours l'ignore, ce qui est impossible puis que le personnage ne serait antérieur à lui-même que d'une vingtaine d'années ; il faut donc l'écarter de la liste de Tours. D'ailleurs, si Agrestius était évêque de Tours, il serait métropolitain, et nous lisons sa signature au concile de Paris parmi celles des évêques, il faut donc, vraisemblablement, restituer Agrestius au siège de Tournai où il a pu succéder à Eleuthère, ce qui rend la liberté à saint Médard. Et, par conséquent, si saint Médard n'a jamais occupé le siège de Tournai, avant que son successeur noyonnais, Radbod, ne l'envoyât, il n'a pas dû procéder à la jonction des deux diocéses. C'est cependant un fait qui paraît acquis, mais qu'il importe d'examiner dans sa source qui est la Vie du xr siècle. Mais cette Vie n'est pas toujours en très bons rapports avec la chronologie, car on y voit l'élection épiscopale de saint Médard, en 539, appuyée par le pape Hormisdas, mort le 6 août 523, et ce même saint Médard est sacré par son métropolitain, saint Remi de Reims, mort lui-même depuis deux ans.

Ce n'est pas tout. Saint Médard, voyant le siège épiscopal et la ville d'Augusta Veromanduorum anéantis par les Vandales (407), par les Huns (450) et, chose plus surprenante, par les Hongrois qui n'apparaitront qu'au x siècle, transfère le siège épiscopal à Noyon. Or, de cela on ne trouve pas un mot dans la Vie de 600, ni dans la Vie du 1x siècle ; bien plus, on lit même le contraire dans la Vie de 600 : Defuncto Viro- | mandensium urbis pontifice, in ejus locum consecratur episcopus, UBI conversatione cœlesti ler quinis annorum circulis in sanctimonia, ipsius officii sacerdos extitit pretiosus . Et Rhaban Maur, au vir siècle n'a rien entendu, lui non plus, de ce transfert, puisqu'il écrit dans son martyrologe à propos de saint Médard : Ter quinis annis Veromandensium urbis episcopatum lenuit : ad extremum ad celestia migravit . C'est dans la Vita Eustasii, du v :r siècle, qu'on rencontre pour la première fois les épithètes accolées : Virmandorum et Nopiomensis... episcopus, mais ce n'est pas de saint Médard qu'il est question, c'est de saint Achar .

Ceci peut suffire à mettre en garde contre le récit d'un autre événement aussi imprévu ; l'union de Tournai-Noyon. Non que cette union n'ait jamais eu lieu ; elle a été réalisée, nous le verrons dans un instant, mais son attribution à saint Médard par Radbod est gratuite.

Radbod rédigea ou fit rédiger une Vita Medardi vers le temps où fut mise en circulation une prétendue bulle du pape AlexandreII ! ? destinée à combattre les prétentions séparatistes des Tournaisiens. À Novon, on n'en voulait pas entendre parler, mais la légitimité de l'union ne paraissait soutenable que si on pouvait la couvrir de l'autorité d'un grand nom : celui de saint Médard ; car pour celui de saint Achar il ne comptait guère !!, Médard, condisciple d'Eleuthère, ménageait une susceptibilité qu'on n'osait braver trop ouvertement ; il permettait une sorte de transition entre le Tournaisien Eleuthère et les titulaires noyonnais fort ternes qui succédaient à Médard. Enfin, pour constituer un titre apparent à Médard, Radbod imaginait d'en faire l'apôtre des Flamands.

Seulement Radbod comptait sans les Tournaisiens. Ceux-ci composèrent une Vita Eleutherii, aussi légendaire que possible, et qui n'avait d'autre but que de débouter saint Médard de tout droit à la conversion des Flamands et à la constitution de l'Église de Tournai.

‘ajoute au nom d'Achar : Viromandorum et Noviomensis ac Tornacensis episcopus. Mais l'évêque Achar n'est plus de notre sujet.

Sur le siège épiscopal de Noyon, saint Médard se signala par ses vertus dans un temps et sous des princes qui n'aidaient pas toujours à les faire briller. Il est possible, somme toute, qu'on puisse faire remonter jusqu'à saint Médard l'institution du couronnement d'un « chapel de rose » sur la tête d'une jeune fille à Salency. On a cru trouver une allusion à cette institution dans ces vers de Venance Fortunat :

L'évêque Médard eut une grave décision à prendre lorsqu'il vit arriver à Noyon la reine Radegonde décidée à quitter la cour de Clotaire, son mari, et demandant à l'évêque de lui imposer l'habit des diaconesses. Le trouble de Médard était accru par la violence des gens qui lui criaient : « Prêtre, ne t'avise pas d'enlever au roi sa femme légitime qu'il a solennellement épousée. » À cette vue, la reine se jeta dans les dépendances du sanctuaire, prit un vêtement de nonne et revint à l'autel, disant : « Si tu hésites à me consacrer, et si tu es un homme plus que Dieu, sache, pasteur, qu'il te sera demandé compte de l'âme de ta brebis. » L'évêque lui imposa les mains et la consacra diaconesse. | Clotaire ne paraît pas avoir gardé rancune au saint et lui manifesta de bonnes intentions ; il lui survécut peu de temps et, étant donné que Clotaire mourut en 561, on peut maintenir la date généralement admise de 560, pour la mort de saint Médard.

[^ 107


III. SAINT MÉDARD ET SAINT GILDARD. — Une légende du Moyen Âge, de celles qu'on décore du nom de « tradition constante » imposait la croyance que saint Médard et saint Gildard étaient frères jumeaux, nés et baptisés le même jour ; mais encore tonsurés, ordonnés prêtres et sacrés évêques ensemble. Ce n'est pas tout, ils mouraient le même jour et, en leur qualité de saints, entraient ensemble en paradis.

On mettait — avec quelle raison peut-être — au compte de saint Ouen, évêque de Rouen, vers 660, (un des successeurs de saint Gildard), une pièce de vers dans laquelle on lisait entre autres choses :

Hi sunt Gildardus fratres gemini at que Medardus ; Una dies nalos ulero vidit que sacratos Albis indutos et ab ista carne solutos.

Odilon, moine de Saint-Médard, au commencement du x* siècle (020), énonce la même croyance dans deux circonstances différentes où il avait à faire l'éloge du saint évêque de Noyon ; mais en donnant à sa pensée tous les développements oratoires qu'elle comportait. C'est ainsi que, dans un mouvement d'éloquence (ou tenu pour tel), il s'écrie :

O quam mirabile ! simul nam que concepti, geniti, simul sunt fidei primitiis imbuti, simul salutaris baptismatis sacramentum, simul fortissimum divinæ militiæ sumpserunt lyrocinium, simul apostolica benedictione insignili, simul que sunt pontificalibus infulis insignili, simul pastoralis officii peregerunt curam et simul lethale mortis persolverunt debitum. Præterea junctis geminalibus meritis festivum instituerunt diem magne celebritatis recolendum !. duite dans Surius, au 8 juin, vient confirmer cette Sans être aussi affirmatif sur tous ces points, Orderic Vital, dans son Histoire des Normands, après avoir parlé de ces deux frères, dit aussi qu'ils sont morts le même jour, le six des ides de juin (8 juin). Les leçons du bréviaire des moines de Saint-Médard, de Soissons et les tablettes de l'église de Rouen sont d'accord sur ces principaux articules. C'était donc une croyance acceptée par l'hagiographie contemporaine et consignée dans la plupart des martyrologes, comme on peut le voir dans celui d'Usuard. A une date plus rapprochée de nous, ce conte, réputé poétique et édifiant, n'était plus contesté *, et un hagiographe, en avancant que saint Gildard et saint Médard furent tonsurés ensemble, allait jusqu'à désigner l'église où cette cérémonie s'accomplit. C'était, à l'en croire, dans une église dédiée à saint Étienne où l'on a longtemps conservé les ciseaux qui avaient servi à couper leurs cheveux. Il y avait, en effet, non loin de Saint-Médard, aux portes de Soissons, une église de ce nom appartenant à une abbaye fort ancienne. Mais cette église, que saint Antéry, évêque de Soissons, avait fait construire, ne remontait guère qu'aux environs de l'an 630. Elle n'aurait donc pas pu servir à cette cérémonie.

En 1668, dom Mabillon avait abordé et résolu cette question que lui posait dom Mouly, prieur de Saint-Médard * :


MÉDARD (SAINT)

108 * Je ne sais, écrivait-il, s'il est bien vrai que saint Médard et saint Gildard soient deux jumeaux comme vos leçons le portent. Pour le moins semble-t-il certain qu'ils n'ont pas été sacrés évêques tous deux en même jour et même année. Car, pour le premier, ni Fortunat ni Grégoire de Tours n'en font aucune mention et, pour le second, en voici la démonstration Il est certain que saint Médard, selon saint Grégoire de Tours, est mort environ l'an 556 et, selon Fortunat, en sa vie il n'a été que 15 ans évêque. Il a donc commencé d'être évêque l'an 541 auquel temps saint Gildard était mort il y avait presque dix ans. Voici une seconde preuve à laquelle il n'y a pas de réponse : saint Gildard a assisté et souscrit au premier concile d'Orléans l'an 511 et avec lui Sophonius, évêque de Vermand, auquel a succédé Allomer avant saint Médard, et enfin Flavius, évêque de Rouen après saint Gildard, souscrit au second concile d'Orléans l'an 553 auquel saint Médard n'était pas encore évêque.

Le point de chronologie est résolu.


IV. LE CULTE. — Saint Médard n'a pu échapper aux légendes et elles se sont emparées de lui dès l'instant de sa mort. De Noyon, on emporta son corps au fisc de Groviacum (Crovy) et il va sans dire que ces funérailles furent d'une magnificence royale, qu'à un moment donné le cercueil devint si pesant qu'on y vit l'indication de la volonté du défunt de se faire enterrer sur place. Le roi Clotaire pensa se montrer généreux en abandonnant la moitié du fisc de Crovy, mais saint Médard tint bon et il fallut lui donner le fisc entier ! On commença la construction d'un monastère destiné à une longue célébrité sous son nom de Saint-Médard de Soissons. Louis le Débonnaire, qui eut tout le temps d'y réfléchir pendant qu'on le retenait prisonnier, combla de présents le monastère, où les reliques du saint furent transférées en 842.

Dès les temps qui suivirent sa mort, Médard devint un des meilleurs thaumaturges d'une époque qui s'en flattait d'en posséder un grand nombre. En 561, l'année qui suivit sa mort, saint Nicet de Trèves, écrivant à la reine des Lombards, mettait saint Médard au même rang que saint Martin, saint Hilaire ou saint Rémi 5. Les prisonniers libérés allaient déposer leurs chaînes sur son tombeau . Au début du x siècle, les moines de Soissons, fuyant devant les Normands, transportèrent ce qui restait de son corps à Dijon.

Ce qui concerne le culte à des époques postérieures ne peut trouver place ici.

Saint Grégoire de Tours nous dit que, de son temps, on représentait saint Médard la bouche entr'ouverte et laissant voir sa denture * ; c'était une façon naïve de rappeler que le saint guérissait les maux de dents. Aussi les gens du Moyen Âge s'habituèrent à lui donner une figure grimacante, ce qui donna naissance à ces locutions : Mine et Ris de saint Médard.

Au xvi siècle, on disait encore : et le poète Regnier nous dit dans une de ses satires :

H. LECLERCO.


MÉDECINS. — I. Les dieux guérisseurs. II. Les temples d'Esculape. III. Les médecins publics. IV. Esculape à Rome. V. La profession médicale à Rome. VI. Secours médicaux aux indigents. VII. Les médecins officiels. VIII. Les archiatres. IX. Les médecins spécialistes. X. Les femmes médecins. XI. La composition des remèdes. XII. Le commerce des remèdes. XIII. La chirurgie antique. XIV. La trousse d'un chirurgien. XV. Le bandage herniaire. XVI. La médecine au début du Moyen Âge. XVII. L'École de Salerne. XVIII. Les praticiens libres. XIX. Période mérovingienne. XX. Les saints guérisseurs. XXI. De quelques médecins. XXII. Le Christ médecin. XXIII. Les saints médecins. XXIV. Essai de classement de quelques médecins chrétiens. XXV. Les monuments. XXVI. Un calendrier médical mérovingien. XXXVII. Bibliographie.

I. LES DIEUX GUÉRISSEURS. — Les populations de l'époque la plus reculée, parmi toutes celles dont les croyances et les pratiques nous sont connues, n'hésitaient pas à imputer à la malédiction divine les maladies qui frappaient les hommes et principalement celles qui offraient un caractère contagieux. Les dieux du paganisme ont de soudaines et bruyantes colères, des vengeances redoutables et des rancunes quasi éternelles. Il ne leur suffit pas de frapper un coupable, il leur faut procéder à des hécatombes. Agamemnon a-t-il été si mal avisé que d'outrager Chrysès, le prêtre d'Apollon, aussitôt le dieu lance ses flèches mortelles contre les animaux et contre les guerriers et, peu après, il faut dresser de nombreux bûchers afin d'y consumer les morts . Pour apaiser des divinités tellement irascibles, on n'a d'autres ressources que les sacrifices, les expiations, les incantations . On s'aventure même à employer des remèdes que leur divine origine doit rendre efficaces, aussi entend-on Pindare dire à Apollon : « C'est toi dont les remèdes salutaires nous délivrent de la maladie. »

L'Olympe ne chôme pas et une partie de son personnel veille à soulager l'humanité de ses misères : Diane préside aux accouchements, Déméter prend les enfants sous sa protection, Cybèle est en réputation de guérir l'épilepsie. Castor et Pollux sont médecins et on leur attribue la guérison de Phormion. Mais tous et tous sont éclipsés par Asclépios, fils d'Apollon qui lui apprit la médecine, à laquelle, au dire de Diodore de Sicile, il ajouta l'invention de la chirurgie, la découverte de la pharmacie, la connaissance des propriétés des simples, donnant ainsi une réputation universelle et une signification proverbiale à son nom d'Esculape, le plus chéri de tous.

110 grand prêtre assisté d'un clergé subalterne et d'un personnel de service. À Épidaure, dont la vogue est si grande, l'asclépieion est pourvu d'un théâtre et de jeux où, à défaut du recouvrement de la santé, on trouve du moins un délassement inoffensif, car ceux qui viennent solliciter Apollon doivent se soumettre au règlement de la maison où les distractions sont rares. Il faut, en effet, se soumettre à un ensemble de prescriptions à la fois religieuses et hygiéniques : ablutions, bains, onctions, jeûnes plus ou moins prolongés. Après qu'on s'est conformé à ces exigences, on offre le sacrifice consistant en un porc ou un bélier. Chacun doit suffire à son entretien, car l'administration réduit son intervention au minimum, ni réfectoire, ni literie. Le soir venu, on entoure la statue, on s'étend sous les portiques, on s'unit au chant rituel du prêtre qui, finalement, éteint sa lumière, souhaite le bonsoir à tout le monde et recommande de dormir dans le calme.

C'est alors qu'intervient le dieu, qu'il révèle en songe à ses préférés le traitement qu'il leur faut suivre pour être guéris et, au lever du jour, ceux qui ont été ou se sont crus favorisés de cette révélation s'empressent d'aller conter leur affaire aux prêtres qui interprètent ces énigmes avec une imperturbable sérénité, prescrivent des traitements ordinairement anodins, reçoivent les ex-voto, les dons, enregistrent les guérisons, car il s'en produit, dont la soudaineté est un exemple et un encouragement *. En réalité, que se passe-t-il et quel rôle jouent les prêtres des asclépieia ? Sont-ils des médecins ? Tirés au sort chaque année, il se peut qu'ils possèdent des connaissances médicales, mais il est certain qu'ils n'exercent pas leur art dans le temple qu'ils desservent. Tout au plus ils distribuent aux malades de bons conseils, se familiarisent avec le mode de traitement de certaines maladies, consignent les résultats de leurs observations dans des archives où s'instruiront leurs successeurs.


III. LES MÉDECINS PUBLICS. — Heureusement pour l'humanité, le soulagement des maux n'est pas concentré dans les seuls temples d'Esculape. Si des divinités possèdent l'art de guérir, certains hommes ont entrepris la lutte contre les maladies et réussissent parfois à les tenir en échec ou même à triompher d'elles. Leur réputation est si grande qu'on va les chercher au loin : « Qui donc appelle de son plein gré un étranger, si cet étranger ne possède un art qui intéresse le peuple ? Un devin, un médecin expérimenté.. ? » À défaut de ces maîtres, certaines connaissances sont assez généralement répandues pour que, le cas échéant, chacun rende service à l'homme dans le besoin : c'est ainsi qu'Achille fera un premier pansement à Patrocle et Sténélos à Diomède ; c’est la chirurgie d'urgence. Macaon et Podalire, fils d'Asclépios*, ne se contentent pas de donner de grands coups, ils essaient de les guérir, et on les voit exprimer le sang des plaies, employer la sonde, poser un appareil ; en général, ils font usage de remèdes simples bien adaptés à des natures saines et à des tempéraments vigoureux.

Dès l'époque homérique, on sait le prix qui s'attache à un bon médecin. Macaon est-il blessé, voici Idoménée qui le fait emporter loin de la mêlée, car, dit-il, un homme qui, comme lui, sait extraire le fer et possède le secret de guérir les blessures vaut, à lui seul, mille guerriers *. Et tandis que Macaon est retenu sous sa tente, voici qu'Euripyle est percé d'une flèche que Patrocle réussit, avec son poignard, à retirer de la cuisse du blessé.

Ces ancêtres des médecins militaires ont des rivaux qui exercent leur profession dans les villes ; on les voit traiter les malades à domicile, munis d'une trousse portative, appliquant le fer et le feu, alternant la diète et les purgatifs, employant les caustiques et les amputations . Certains se sont fait une spécialité de poser des ventouses , toutefois l'opération de la pierre, à raison des risques qu'elle fait courir au patient, demeure interdite aux médecins et se trouve abandonnée à de hardis empiriques *.

Il n'est guère de médecins qui ne possèdent une officine, τράπεζον, avant un accès direct de la rue et munie d'instruments indispensables à la pratique de leur art, c'est là qu'ils reçoivent leurs clients. « S'il s'agit d'une dent ou d'un doigt, nous dit Plutarque, on va directement chez le médecin ; s'il s'agit de la fièvre, on le mande chez soi. » C'est dans l'officine que se préparent les médicaments et que s'ébauche l'instruction des élèves : le maître y a toute facilité pour les initier à l'art des pansements, à la préparation des onguents, à la pratique des instruments, enfin ils s'y familiarisent avec les opérations et s'y endurcissent aux frayeurs, aux cris, aux larmes des patients .

Les responsabilités qui incombent au médecin rendent cette profession impraticable aux esclaves et aux femmes ; cependant, les gens riches aiment à posséder un médecin particulier et, à cet effet, font étudier la médecine à un de leurs esclaves. Quant aux médecins que les circonstances ont réduits à la condition d'esclave, ils trouvent facilement un acquéreur qui s'empresse peut-être de leur chercher une clientèle extérieure, sauf à s'en réserver le profit *.

La plaie de la profession médicale, ce sont les charlatans qui font une concurrence secrète et déloyale et qui propagent les remèdes sympathiques, les recettes ridicules, qui réussissent à s'imposer même parmi les milieux éclairés et auxquels on attribue une vertu curative magique *.

Quand on arrive à la période historique, on voit les Grecs aborder une sorte d'organisation médicale. Une inscription découverte en 1876 est relative à un contrat conclu par les autorités de la ville d'Idalion, en Chypre, avec un médecin, chef d'une famille de médecins, qui s'engage, lui et les siens, pour le service d'une armée. Ce contrat garantit à ces médecins des honoraires en argent et en terres comme rémunération de leurs services *. Xénophon est entré dans de grands détails sur cette organisation !^ ; nous voyons que, si, à la suite d'un combat, les blessés doivent être laissés sur place, on les répartit dans les villages avoisinants et des médecins sont chargés de leur donner des soins.

Et ce n'est pas seulement l'armée, ce sont les villes qui organisent l'assistance médicale en faveur de leurs orphelins, de leurs infirmes, de leurs pauvres 11. Ces médecins s'entourent d'aides libres ou esclaves, auxquels l'usage donne aussi le nom de médecins ' ? : mais, 112 dans les cités importantes, les médecins forment une association religieuse.

L'officine du médecin est non un hôpital, mais un dispensaire ; rien n'oblige le médecin à s'y claquemurer, il peut aller à domicile soigner ses concitoyens et gagner beaucoup d'argent, sauf à courir des risques graves si une épidémie réclame son courage et son dévouement. 5


IV. ESCULAPE À ROME, — Partout où l'homme poursuit la lutte contre la souffrance, ceux qui lui promettent la santé sont assurés d'avoir, pour un temps, sa confiance. Cicéron combat en pure perte la divination et les songes '*, Chacun a recours aux amulettes, aux phylactères, aux pierres, aux racines et aux formules, d'autant plus efficaces qu'elles sont plus mystérieuses et plus indéchiffrables. L'Italie ne diffère pas de la Grèce en ce qui regarde la confiance aux divinités : ici aussi cette confiance est mêlée de frayeur, on supplie la divinité afin de se garder contre ses maléfices et ses vengeances, c'est ainsi que s'introduit Esculape.

À l'origine, il ne possédait qu'un petit temple situé en dehors du pomerium #, comme ceux de tous les dieux étrangers ! ; mais, en 291 avant Jésus-Christ, il obtient un sanctuaire à lui dédié dans l'île du Tibre '. Son culte diffère peu de celui qui lui est rendu à Épidaure et dans les nombreux temples de l'Asie et de la Grèce ; ce culte cependant jette moins d'éclat !. Mais à Rome, comme à Épidaure, à Athènes et ailleurs, les malades vont coucher sous les portiques du sanctuaire et attendre le songe bienfaisant qui leur révélera le traitement à suivre pour obtenir la guérison # ; la statue du dieu est entourée de son cortège habituel, et là aussi Télesphore cache ses mains sous sa pèlerine ?.

V. LA PROFESSION MÉDICALE A ROME. — A Rome, avant l'introduction du christianisme, on réservait généralement sa considération pour ceux qui possédaient la fortune et participaient au pouvoir ; tout ce qui vivait humblement et petitement était dédaigné, sinon méprisé. Pas un homme, peut-être en un siècle, ne s'apitoyait sur la souffrance et sur la misère, à moins que ce fût par ostentation et pour faire rendre à sa bienfaisance des honneurs choisis ; en un mot, la bonté était rare et la charité était absente. La notion d’assistance publique, telle que nous la concevons et telle que nous l'avons organisée, n'existait pas et les fondations charitables ou simplement philanthropiques étaient inconnues, Il n'était pas question non plus de médecine gratuite, et on n'en saurait être surpris de la part d'un peuple qui comptait parmi ses plaisirs les scènes hideuses de l'amphithéâtre et du cirque où la vie humaine ne comptait pour rien.

Cependant, il ne faut pas aggraver une situation déjà assez révoltante par elle-même, des classes d'individus déshérités : esclaves, artisans, prolétaires, mercenaires n'étaient pas réduits à succomber sans merci à la maladie sans pouvoir espérer des secours médicaux ; en réalité, ces secours ne leur faisaient pas entièrement défaut. Durant toute la période républicaine, l'exercice de la médecine fut tenu à Rome en médiocre estime. Cependant, la médecine est un besoin si universel et si impérieux que, sans lui accorder une confiance exagérée, les hommes les plus enclins à la dédaigner ou à la tourner en ridicule ont recours à elle dès que la souffrance leur fait sentir son aiguillon. Tels se vantent très haut de n'avoir jamais consulté un médecin qui, au premier symptôme de la maladie, se jettent non dans ses bras, mais à ses pieds et lui accordent une confiance superstitieuse et une aveugle obéissance. Les médecins le savaient et ne s'étonnaient plus le jour où les hautains mépris faisaient place à une soumission intéressée, où ce n'était plus seulement leur science qu'on recherchait, mais leur compagnie et leur conversation. De la vie privée, on vit certains d'entre eux s'élever aux premières charges de l'État, comme ce Vindicianus qui, de médecin, devint proconsul d'Afrique et cet Ausonius qui fut préfet du prétoire d'Illyrie.

Vers le premier quart du XVIe, en 1726, un certain Connyers Middleton souleva une vive controverse à l’occasion d'un traité intitulé : De medicorum apud veteres Romanos degentium conditione, dans lequel il soutenait que les médecins romains se trouvaient dans une condition servile et ignoble. Pendant quelques années, ce fut comme un feu roulant de brochures et de mémoires dont plusieurs avaient du mérite et l'ont gardé. La réponse n'avait pas à être cherchée bien loin, on l'aurait pu lire dans Cicéron, qui nous dit que la médecine est une carrière honorable pour la classe de gens à qui elle convient, c'est-à-dire celle des esclaves et des affranchis 1.

Aussi longtemps que les Romains n'entretinrent que des relations rares avec les Grecs et les autres peuples plus civilisés qu'ils ne l'étaient eux-mêmes, ils vivaient moins dans les villes qu'à la campagne, s'adonnaient à la culture des champs, et les chefs de famille se jugeaient parfaitement capables de soigner leurs serviteurs au même titre que leurs animaux domestiques. Dans une société ainsi faite, la profession médicale n'aurait pu fournir, à celui qui s'y serait adonné, les plus indispensables moyens d'existence. Là où le maître, pour une raison quelconque, ne pouvait assumer cette charge de la médecine domestique exercée dans la maison et dans le domaine rural, elle incombait à celui qui avait l'audace ou le talent de s'y risquer, quoi que esclave ; ce fut ainsi que les premiers médecins à Rome furent évidemment des esclaves.

En 535, au dire de Pline le naturaliste, un certain Archagate quitta le Péloponnèse et se transporta à Rome, y acquit le droit de cité, et ouvrit une boutique de clinique chirurgicale dans le carrefour Acilius : mais il ne tarda pas à en être chassé et dut quitter la ville. À partir de cette date, on vit, de temps à autre, des médecins étrangers libres s'établir à Rome et faire concurrence aux affranchis romains. Mais les citoyens romains conservèrent leurs préventions et on ne rencontre guère, même sous l'empire, des Latins se livrant à l'exercice de la médecine. On croit donc permis d'affirmer que le corps médical n'a d'abord compris à Rome que des esclaves, des affranchis et des étrangers.

114 Il n'y avait pas là de quoi séduire les gens de condition relevée et, par une contradiction singulière, on méprisait ceux qui exerçaient un art auquel on recourait dès l'instant qu'on en avait besoin. Ceux qui s'y adonnaient étaient de pauvres hères qui exerçaient dans une échoppe, assistés d'affranchis qu'ils instruisaient en les traînant à leur suite au lit des malades. L'affranchi, à son tour, devenait praticien lors que le maître lui donnait licence d'exercer tout seul, mais à part le profit naturellement. Cependant, vers les derniers temps de la république, on commença à voir des médecins considérés et opulents. Asclépiade de Pruse, qui fut l'ami de Cicéron, dut à son savoir et à son savoir-faire, à des succès incontestés, une réputation honorable et une assez belle fortune qui lui permit de fonder une école de médecine. C'était d'ailleurs Cicéron qui demandait qu'on introduisît une distinction entre les professions libérales et les professions serviles : il en séparait les professions savantes, au premier rang desquelles il mettait la médecine *.

Dès lors, une période nouvelle se prépare et il est aisé de la pressentir lorsqu'on voit César accorder le droit de cité aux médecins et aux instituteurs étrangers 7. Cette mesure détermina un mouvement d'immigration de médecins grecs, orientaux et égyptiens dans Rome et décida des citoyens à étudier la médecine. Dès lors, on commence, vers le temps d'Auguste, à rencontrer, chez les historiens et dans les inscriptions, des médecins de qui on augmente progressivement les droits et les privilèges. Sauf pour quelques exceptions très rares, ils n'occupent pas encore un rang élevé dans la société, mais l'accès de la fortune, des honneurs, de la considération leur est ouvert désormais.

On voit dés lors certains médecins acquérir des richesses énormes. Sertinius, au dire de Pline, gagnait annuellement 600 000 sesterces et, en Gaule, le chirurgien Alcon amassait en peu d'années dix millions de sesterces . Ils auraient eu tort de refuser les sommes fabuleuses qu'on leur proposait et de s'interdire ce que d'autres pouvaient se permettre. Avec les premiers temps de l'empire, on voit des médecins jouir d'appointements fixes ; à la cour des empereurs, ils peuvent prétendre à des honoraires de 250 000 à 500 000 sesterces par an ; le service médical comporte des médecins attachés à une légion et à ses diverses garnisons ; il y eut des médecins attachés aux jeux du cirque, d'autres aux combats de gladiateurs et ceci s'explique fort aisément. Un gouvernement, qui entretenait des armées, des troupes de gladiateurs ou d'artistes, des administrations partielles et même des entreprises commerciales et industrielles, avait intérêt à maintenir en bon état de santé et à guérir promptement les maladies des individus employés en nombre très considérable à ces divers travaux, afin de ne pas être privé de leurs services. De même les particuliers riches qui possédaient de nombreux esclaves, ou les entrepreneurs de spectacles, de jeux publics, d'exploitations quelconques, avaient le plus grand intérêt à conserver le personnel sur lequel reposait leur fortune. Enfin les simples artisans, mercenaires isolés, citoyens libres mais pauvres, ne manquaient pas de se réunir, de s'associer et de se cotiser pour trouver, dans la solidarité des membres de ces collèges ou sociétés, les moyens de s'assurer des soins et des secours de toute nature, pendant leur vie, et un tombeau après leur mort.

C'est ainsi que l'on trouve des médecins attachés à toutes les réunions d'hommes retenus par un lien quelconque, à toutes les associations ou administrations publiques et privées et que l'assistance médicale se trouve à côté de toutes les misères physiques qui attaquaient les hommes utiles, c'est-à-dire ceux qui travaillaient !, VI. SECOURS MÉDICAUX AUX INDIGENTS, — L'existence et le fonctionnement de l'assistance médicale parmi les classes nécessiteuses était le fait d'un gouvernement prévoyant : mais allait-il étendre sa sollicitude à ces catégories de déshérités, ces mendiants et ces paresseux qui pullulaient à Rome et dans le reste de l'empire ?

Lors que nous avons étudié la création et l'organisation des plus anciens hôpitaux chrétiens, nous avons eu l'occasion de dire que rien d'analogue n'a existé avant la fin du IVe de l'ère chrétienne ; avant cette époque, aucun texte ni aucun monument ne parle d'institution de ce genre et n'en fait pressentir l'idée. Les indigents et les mendiants n'avaient d'autre perspective, dans leurs maladies, que d'aller solliciter l'aide d'Esculape. Les esclaves vieux et infirmes, qu'un maître refusait de nourrir à rien faire, devaient prendre le même chemin et on peut se demander ce qu'ils y faisaient, Ces temples d'Esculape étaient bien des asiles où on recourait aux moyens religieux et surnaturels ; ce n'étaient pas des lieux où il fût possible de séjourner fort longtemps pour celui qui était privé de toute ressource. Du moment qu'Esculape faisait la sourde oreille, il fallait se résoudre à porter ailleurs sa misère. Il est probable, ainsi qu'on l'a pensé, que quelques indigents trouvaient le moyen de s'affilier à des collèges ou à des associations, en payant la cotisation mensuelle exigée, car on sait du reste que la mendicité ne résultait pas toujours du besoin, et que les mendiants n'étaient pas tous de vrais indigents. Elle était assez souvent, comme elle l'est encore aujourd'hui quelquefois, une sorte de profession, une véritable spéculation. On peut même dire que, sous l'empire, la mendicité était dans les mœurs romaines (elle y est restée), et on ne serait pas étonné que beaucoup de mendiants eussent pris leurs précautions pour avoir droit, à un titre quelconque, à des secours médicaux et à une sépulture honorable.

Le qui est certain, c'est que, de très bonne heure, l'influence du christianisme pénétra le vieux monde, sans en excepter les païens. Ceux-ci, pour hostiles qu'ils se montrassent à la religion nouvelle, observaient ces chrétiens et la façon dont ils mettaient en pratique le précepte de l'entraide mutuelle. Ce qu'on entendait par là, personne ne nous l'a dit explicitement, mais le secours médical n'était pas exclu des soins qu'on se donnait entre frères. La lettre de Pline le Jeune à Trajan nous avertit qu'en Bithynie les chrétiens s'associaient pour se soulager les uns les autres : ad sustinendam tenuiorum inopiam ; quoi que l'affirmation ne soit pas explicite, il est tout à fait vraisemblable qu'il s'agit ici d'une hétairie de chrétiens, car la Bithynie en était remplie *.

Que l'exemple donné par les chrétiens ait contribué au ravonnement des œuvres de charité, on a toute raison de croire, mais il faut cependant laisser à la philanthropie la place qui lui appartient. Le monde antique est déjà bien suffisamment vilain à regarder pour qu'on n'efface pas ce qui l'embellit et, à défaut de la charité, la philanthropie a produit des œuvres trop honorables pour être passées sous silence. Nous savons que certaines villes de l'antiquité s'attachaient des médecins, leur allouaient des émoluments et leur ajoutaient parfois des distinctions honorifiques. Dans quel but s'attacher des médecins et les couvrir d'honneurs ? Dans le but de s'en servir et de récompenser leurs services ; quant à ces services il n'est pas besoin d'en chercher la nature ; on ne s'attache pas un médecin pour faire de la musique ou pour peindre des aquarelles ! Les médecins soignent les malades, c'est leur raison d'être et même, parfois, c'est leur goût.

Une ville qui renferme un nombre considérable d'indigents doit veiller à leur faire prendre leur misère en patience et les empêcher de compromettre la paix publique. Dès lors, cette ville fait porter secours aux indigents, allège le poids de leur souffrance, ce qui est encore une manière de les faire rester tranquilles. Non seulement les médecins donneront, à ceux qui en ont besoin, des consultations gratuites mais, parfois, ils leur joindront les remèdes gratuits. On possède un texte épigraphique, un seul il est vrai, mais qui n'en est que plus précieux, par lequel nous apprenons qu'un épicier-pharmacien a laissé par testament à son gendre, épicier comme lui, des sirops ou confiseries avec une somme d'argent, destinés à fournir aux malades indigents de Lorium des remèdes et de la boisson miellée à titre gratuit. Le peuple de la ville lui en témoigne sa reconnaissance par l'érection d'un monument ?

Le fait est exceptionnel et on ne saurait d'aucune façon en rapprocher les libéralités ostentatoires des riches qui bâtissaient ou réparaient des théâtres, des écoles, des thermes. Mais ces faits rares et particuliers nous montrent du moins qu'on ne délaissait pas absolument les pauvres dans leurs maladies. Il est vrai que ni les individus, ni les villes, ni l'État ne se croyaient tenus à l'assistance médicale des indigents, de sorte que celle-ci manquait à peu près totalement à ceux qui en auraient eu le plus pressant besoin.


VII. LES MÉDECINS OFFICIELS. — On a donné à ces médecins le nom de « communaux » et de « municipaux », termes qui paraissent peu convenables si on a égard à la signification des mots « commun » et « municipe » ; le terme moins précis et non moins expressif que nous employons semble offrir l'avantage de s'appliquer mieux à la condition réelle des médecins. Il est avéré que certaines villes entretenaient un ou plusieurs médecins pour s'employer au soulagement des pauvres. Au dire d'Hérodote, la ville d'Égine payait au médecin Démocède de Crotone un salaire annuel d'un talent ; la ville d'Athènes lui assura un traitement de cent mines et Polycrate de Samos deux talents. Marseille, cité hellénique, introduisit cet usage dans les Gaules . Auguste dispensa les médecins urbains de toutes charges , privilège qui fut étendu aux médecins provinciaux par Vespasien et par Hadrien . Ce n'est toutefois que sous le règne d'Antonin le Pieux que cette institution reçut une organisation ; toutefois ce prince et ses successeurs entendirent laisser chaque cité maîtresse du choix et de la fixation des salaires. Chaque petite ville dut avoir cinq médecins officiels, les villes plus importantes en avaient sept et les grandes villes dix. Leur élection était abandonnée aux conseillers et aux propriétaires qui, le cas échéant, pouvaient les révoquer s'ils faisaient preuve de négligence. Chaque agglomération d'habitants a le droit de rester au-dessous du chiffre déterminé, ou même de ne pas constituer son service de santé si les ressources dont elle dispose ne le lui permettent pas. On ne rencontre pas à Rome, sous les empereurs païens, de médecins municipaux : néanmoins, les médecins exerçant dans cette ville jouissent des immunités prévues. Mais Rome n'a pu longtemps se soustraire à l'obligation édictée par Antonin. C'est sous le nom de medici qu'on les rencontre d'abord ; puis, en Asie Mineure et en Grèce, on voit s'imposer et se répandre le nom d'ἀρχίατρος qui finit par s'introduire en Italie ; ce sera le titre officiel, latinisé, que leur reconnaîtra, comme on va le voir, une constitution de Constantin *.


VIII. LES ARCHIATRES. — Ce titre a été porté par une catégorie désignée, à l'époque du Bas-Empire, sous les noms d'ἀρχίατρος, archialer ou archiatrus. Toutefois, on rencontre le titre d'archiatre attribué à Andromaque, médecin de Néron * ; on trouve cette dénomination dans l'Onomasticon d'Hippocrate, et Galien en fait usage en l'appliquant à ce même Andromaque et à quelques confrères. Mais les Latins répugnèrent longtemps à adopter ce mot. Pline l'Ancien, qui aurait eu à plusieurs reprises l'occasion de s'en servir, semble l'ignorer et, en tout cas, il n'en use point. Les épitaphes des médecins impériaux, même celles qui sont rédigées en grec, préfèrent medicus à archialer ; ce n'est que vers la première moitié du IVe que le terme s'impose et prend faveur.

L'analogie des termes ἄρχηγος, archigallus, archimimus, nous permet de saisir le sens d'archiater qui est celui de médecin-chef, préposé à un corps de médecins, et néanmoins là où une nombreuse domesticité réclamait les soins d'un personnel médical nombreux, le médecin-chef est appelé supra medicos plutôt que archiater. Galien, mort en 210, mentionne, en plus d'Andromaque, deux autres archiatres ; à la même époque, vivait dans Héracléa Salbacé, non loin d'Aphrodisias, en Asie Mineure, un nommé Statilius Attalus, Ἀρχίατρος Ἐπαρχικός, dont le nom se lit sur une inscription et sur trois monnaies de cette ville et des règnes d'Antonin et de Vérus *.

Un des écrivains de l'Histoire Auguste, Lampride, nous apprend qu'Alexandre Sévère eut six médecins ordinaires payés en nature , plus un medicus palatinus qui recevait un traitement en numéraire et était officiellement attaché à la personne même de l'empereur. Il est malaisé de dire si Lampride a anticipé le titre de medicus palatinus ou s'il était en circulation vers le premier quart du même siècle ; ce qui semble certain dés lors, c'est l'existence de l'institution. Mais on passera un siècle environ avant de revoir ces medici palatini qui reparaitront sous le règne de Constantin avec le titre d'archiatri sacri palatii », exempts de toute charge civile, Si le nom n'apparaît qu'en 326, l'institution est visiblement plus ancienne ; et, même dans cette constitution de 326, il est fait mention d'archiatri et d'exarchiatri ; ces derniers sont des archiatri émérites. Dès lors, les archiatres impériaux sont comblés de faveurs : ils peuvent prétendre aux titres de comte du premier et du second ordre et atteindre aux plus hautes charges de l'empire. Théodoric prépose aux archiatres un chef spécial, un presul, qui portera le titre de comes archiatrorum, à qui il appartiendra de juger les différends survenus entre confrères , Mais il n'y eut pas que des archiatres impériaux, d'autres eurent pour fonction de donner leurs soins à tous les habitants de Constantinople et de Rome *. A cet effet, chaque région eut le sien, par conséquent quatorze à Rome et sept à Constantinople ; on les nomma archiatri plebei, ils furent payés en nature et exonérés, eux, leurs femmes et leurs enfants, des charges publiques. Ces avantages compensaient les soins gratuits qu'ils étaient tenus de donner aux indigents ; en outre, ils devaient instruire de leur profession des enfants de condition libre. Ces archiatres se recrutaient par cooptation sous la surveillance du préfet de la ville et leur choix était soumis à la ratification de l'empereur. Les archiatres observaient entre eux le rang d'ancienneté.

Les villes de provinces avaient aussi leurs archiatres : colonies, municipes s'offraient ce luxe dont conservent le souvenir quelques inscriptions païennes de Pisaure, de Pola en Illyrie, de Bénévent, d'(Eculanum et aussi des inscriptions chrétiennes, que nous transcrivons plus loin et qui nous font voir l'institution en vigueur à Julia Concordia, à Nole et en Afrique, à Furni. Il est probable que, dans ces localités, les archiatres avaient à s'acquitter de fonctions analogues à celles qui incombaient aux archiatres de Rome et de Constantinople ! !.

Les praticiens se répartissent en écoles et en méthodes diverses : empiriques, méthodiques, pneumatiques, éclectiques, hydropathes, doseurs de vins ‘, qui se disputent la clientèle. Et puis il faut encore mentionner ceux qui vivent et pullulent en marge de la profession officielle : droguistes, charlatans, rebouteux que les lois paraissent ignorer pour le plus grand détriment du public * ; il n'est pas jusqu'aux parfumeurs qui ne se risquent à vendre des remèdes.

X. LES FEMMES MÉDECINS. — A défaut de l'épigraphie chrétienne, qui ne rappelle le souvenir d'aucune femme adonnée à la profession médicale, l'hagiographie est moins discrète. La profession de medica est rarement mentionnée chez les auteurs latins, toutefois, on la rencontre dans quelques textes de jurisprudence, dans une lettre de saint Ambroise * et dans le roman d'Apulée, qui fait dire à l'une des sœurs de Psyché, obligée de soigner un mari goutteux et peu satisfaite de son état : Nec uxoris officiosam faciem, sed medicæ laboriosam personam sustinens.

L'antiquité nous a conservé la fable de la jeune Agnodice qui se déguisa en homme, afin de pouvoir étudier et pratiquer la médecine, interdite aux personnes de son sexe par les lois d'Athènes ; voici le récit d'Hygin : Antiqui obstetricibus non habuerunt, unde mulieres verecundia ductæ perierant. Nam Athenienses caverant ne quis servus aut femina artem medicinam disceret. Agnodice quaedam puella virgo concupivit medicinam discere, qua cum concupissel, demptis capillis, habitu virili, se Hierophilo cuidam tradidit in disciplinam. Qua eum artem didicisset, et feminam taborantem audisset, ab inferiori parte veniebat ad eam : quie cum credere se noluisset, zestimans virum esse, illa, Iunica sublata, ostendebat se fœminam esse, et ita eas curabat. Quod cum vidissent medici, se ad faminas non admitti, Agnodicen accusare coeperunt quod dicerent eam glabrum esse el corruplorem earum et illas simulare imbecillitatem. Quo cum Areopagilæ consedissent, Agnodicen damnare ca perunt ; quibus Agnodice tunicam allepavit et se ostendit foeminam esse. Et validius medici accusare coeperunt ; Quare tum feminae principes ad judicium convenerunt, el dixerunt : Vos conjuges non estis sed hostes ; quia quie salutem nobis invenit, eam damnalis. Tunc Athenienses legem emendarunt, ul ingenuæ artem medicinam discerent. | Dans l'épigraphie païenne latine nous rencontrons quelques inscriptions mentionnant des femmes exerçant la médecine ; on pourrait dire même que ces inscriptions sont en assez grand nombre et elles prouvent que chez les Romains les femmes portaient ostensiblement le titre de medica. Embrassaient-elles l'art de la médecine tout entier ou bien n'exerçaient-elles cet art que dans des limites restreintes ? Ce point ne semble pas avoir fait l'objet d'une réglementation officielle, mais, parmi les fonctions réservées aux femmes exclusivement, on peut nommer celle d'obstetrix, c'est-à-dire d' « accoucheuse ». Certains se sont demandé si la dénomination d'obstetrix était tout à fait synonyme de celle de medica, en sorte que les femmes qui portaient ce dernier titre n'auraient été que les spécialistes d'un cas particulier. Cette opinion peut se soutenir et les passages des jurisconsultes comme le texte de la lettre de saint Ambroise, peuvent la favoriser jusqu'à un certain point.

L'opinion contraire parait plus vraisemblable et il semble que ces deux dénominations désignaient deux professions tout à fait distinctes, ou tout au moins que les obstétrices avaient des attributions plus étendues que celles de nos sages-femmes ; en un mot que, chez les Romains, les femmes exercant, en tout ou en partie, l'art de guérir, avaient un droit réel à la qualification de medicæ, prise dans l'acception qu'elle présente naturellement par sa dérivation du terme masculin auquel elle parait correspondre. Cette opinion semble devoir se déduire d'une inscription publiée par Gruter * :


SIBI

Le terme grec clinice, que nous lisons ici, n'a rien de chrétien, quoi que nous rencontrions l'emploi de clinieus pour désigner les fidèles qui reçoivent le baptême in extremis. Il s'agit de cette branche de la médecine qui s'exerce auprès du lit des malades et nous trouvons cette expression employée par plusieurs écrivains de Rome. Pline a dit : Medicinam hanc, quæ clinice vocatur, et ailleurs : In quartanis medicina clinica propemodum nihil pollet . Martial emploie clinicus à la place de medicus« , et, dans un autre passage, il applique également ce terme à un médecin, mais « n jouant sur le mot, en lui donnant un double sens, qui forme le trait de l'épigramme !! : | Plus tard, nous entendons Prudence désigner Esculape comme clinicus deus !. | On pourrait citer d'autres exemples tirés de l'épigraphie païenne, mais pour le correspondant féminin nous ne connaissons que l'épitaphe de Julia Quintiana.

Enfin, il faut mentionner encore un marbre publié par Jacques Spon et qui ne porte que ces mots !* :


HELPIS LIVIAE AD. VALETVDINAR.

Cette adjutrix valetudinaria semble être une gardemalade ?*.


XI. LA COMPOSITION DES REMÈDES, — Pendant la période ancienne, ce sont les médecins qui préparent eux-mêmes les remèdes qu'ils prescrivent à leurs malades. Si certains clients éprouvaient, alors comme de nos jours, une vive répugnance à s'acquitter du prix d'une consultation, il n'en était plus de même lorsqu'il s'agissait de payer le prix du remède, car il leur semblait, cette fois, qu'ils emportaient quelque chose en échange de leur argent. Le médecin pouvait, avec un peu d'habileté, spéculer sur la naïveté du client qui compte pour rien la science et ne calcule plus dés qu'on lui livre une drogue. Celle-ci, administrée en pilules ou en flacons, opérait, avant toute absorption, cette merveille d'acquitter la note du médecin. Quant à la composition des remèdes, il devait y entrer une multitude de choses hétéroclites, d'ingrédients déconcertants, dont l'énumération serait aussi plaisante que certaines scènes de Molière. Nous donnerons plus loin le cachet du médecin mérovingien Donobertus qui fecit medicamentum ; malheureusement, nous ignorons ce qu'il y faisait entrer. Nous sommes mieux informés sur les oculistes dont les remèdes sont connus grâce aux nombreux cachets sur lesquels on a pris soin d'énumérer le contenu du remède ou sa destination, son emploi, ses propriétés.

En général, les médecins devaient garder le secret de leurs compositions, à tout le moins du dosage des parties ;. mais, lors que la clientèle venait nombreuse, il est clair qu'ils ne pouvaient s'imposer la préparation des mixtures qu'ils administraient. La récolte, le mélange, la macération demandaient à celui qui s'y adonnait de sérieuses connaissances en histoire naturelle ; il fallait se procurer des matières premières que, parfois, on obtenait difficilement et rarement pures.

Les médecins prirent l'habitude de s'approvisionner, aux épiceries en gros, de produits pharmaceutiques et même ils achetèrent les médicaments tout composés !. Ce commerce prit une extension considérable, car la maleria medica des anciens était d'une prodigieuse complexité et mettait à contribution tous les recoins du monde connu. Galien, qui ne voulait s'en remettre à personne du soin de s'approvisionner, n'hésitait pas à aller en Chypre chercher les substances métalliques pures, de là il passait en Palestine où se trouvait le baume de Judée, Lemnos lui donnait l'argile boléine ?, et les médicaments qu'il tirait de Syrie, d'Égypte, de Cappadoce, du Pont, de Macédoine, d'Espagne, d'Afrique, étaient entreposés pour son compte par les soins des gouverneurs sénatoriaux et impériaux. Il y eut en Crète des fonctionnaires impériaux, exclusivement chargés de l'expédition des drogues médicinales que cette île produisait en grande abondance et parfaite authenticité : on les emballait avec soin dans du papier étiqueté du nom et de la provenance #, et on les envoyait, soit aux magasins impériaux, soit au commerce privé de la capitale *.


XII. LE COMMERCE DES REMÈDES. — Galien nomme HOEOTGAXL ou oxouaxomoAx,. les marchands qui achètent les denrées au fisc ou qui les importent à Rome par les voies ordinaires du commerce. Galien assure, en outre, que ces marchands ne se contentent pas de fournir les substances à l'état brut, mais encore ils vendent les compositions préparées sur ordonnance du médecin. Chez les Romains, le pharmacopole est un marchand de remèdes ambulant ; le grand commerce des remèdes est concentré aux mains des furarii, des unguentarii, des aromatarii, qui tiennent les vins, les moûts aromatisés (binum odoratum), des pigmentarii, des myrobrecharii, des seplasiarii enfin, spécialistes en ingrédients de toilette répandus sur toute l'étendue de l'empire romain.

Vers les derniers temps de la république, le commerce des produits bruts, végétaux ou minéraux avait pris de grands développements ; ce fut mieux encore sous l'empire. L'encens, inconnu des premiers Romains, avait fait son apparition dans les sacrifices dès le temps de Caton et de Plaute, mais il ne pénétra que lentement. Les Arvalès n'en font pas usage avant le règne de Domitien, mais, par contre, dans les cérémonies funéraires, il est prodigué de façon désordonnée. Aux obsèques de Poppée, on brûla, par ordre de Néron, la récolte d'encens d'une année entière. L'encens vient d'Arabie, de Judée, d'Asie avec d'autres épices qui servent à solenniser les funérailles, à assainir les appartements, à parfumer le linge et, surtout, à fabriquer les unguenta. Ces substances sont frappées d'un droit d'entrée lorsqu'elles pénètrent dans l'empire.

Il existe un catalogue détaillé des substances imposées, parmi lesquelles quelques-unes n'ont pu être identifiées. Voici un aperçu général : cannelle (feinnamomum) ; poivre, très employé en thérapeutique, coûte de 4 à 15 deniers la livre ; radir costi, costamomum, nardus, dont la feuille (folium) vaut de 40 à 75 deniers la livre, et l'épi (nardi spicg, aocxyuc) 100 deniers la livre ; aussi les onguents de nard, le foliatum et le spicatum, comptent-ils parmi les plus précieux ; cassie ; myrrhe, qui est la résine du myrte d'Arabie ; amome et cardamome qu'on mélange dans les urnes à la cendre des morts ; gingembre ; feuille du laurus cassia dont on tire l'huile qui sert de base à l'onguent de malabathre, parfum de haute valeur, dont les feuilles se vendent à Rome 60 deniers, l'huile 400 deniers la livre. D'autres substances nous sont connues par ailleurs : bdellium ou myrrhe de l'Inde, employée à Rome dans les sacrifices ; myrobalan, calamus odoratus du Liban ; styrax, résine du baume de Judée, qui se paie sur place 300 deniers et à Rome 1 000 deniers le sex{arius. D'après le calcul de Pline, cette fureur d'exotisme vaut à l'Asie, pour la seule demande de perles et de parfums, un tribut romain de cent millions de sesterces.


XIII. LA CHIRURGIE ANTIQUE. —- C'est de nos jours seulement qu'on s'est préoccupé de réunir des collections complètes d'instruments de chirurgie antique. Cependant, au cours des fouilles poursuivies depuis la fin du xvii siècle à Pompéi et à Herculanum, le musée de Naples avait pu grouper environ cent cinquante pièces appartenant à la chirurgie du 1** siècle. Beaucoup de musées publics et de cabinets privés admirent des pièces anciennes, mais disparates, sur l'origine et l'usage desquelles on ne sait rien ou si peu de chose que ce ne sont plus que des objets de curiosité d'une utilité douteuse pour la science. Pour identifier ces instruments, on n'a que les écrits des anciens médecins, mais ceux-ci ont, le plus souvent, désigné d'un mot, sans entrer dans une description qui permette de reconnaître l'objet qu'ils mentionnent. Un érudit, le docteur Deneffe, s'est imposé l'étude de ce difficile sujet et, vers la fin du xix ? siècle, il avait pu réunir à Gand environ sept cents instruments qu'il énumérait avec une fierté contenue.

A part les speculums uteri trivalve et quadrivalve qui sont, dit-il, d'une facture aussi compliquée que remarquable et qui peuvent, à ce titre, soutenir le parallèle avec les plus beaux instruments de la chirurgie moderne, on peut affirmer que l'appareil chirurgical antique est d'une très grande simplicité. L'art de fabriquer les instruments de chirurgie n'est pas encore né ; pour réaliser ses idées, le chirurgien novateur doit s'adresser à quelque serrurier intelligent, qui exécute les ordres qu'il reçoit avec soin et parfois même avec une grande élégance. L'art du chirurgien est très restreint ; quelques instruments, à la vérité, ne sont pas arrivés jusqu'à nous, mais nous les connaissons et le nombre de ceux qui sont perdus n'est pas considérable. La multiplicité des instruments qui caractérise la chirurgie de notre époque était inconnue de l'antiquité. On pratiquait pourtant alors de nombreuses et difficiles opérations, mais l'habileté du chirurgien suppléait à la pénurie de l'appareil instrumental.

Les instruments antiques sont le plus souvent à double fin, c'est-à-dire qu'ils peuvent servir à deux usages, une extrémité est destinée à la pratique d'une opération, l'autre est appropriée à un autre but. Ainsi nous voyons les spathules se terminer au bout opposé par une curette, par une olive ou par une autre spatule. Les manches des scalpels et couteaux prennent la forme d'une spatule ; des érygnes se terminent au bout opposé par une curette, par une rugine. Sur un même manche, chaque extrémité se termine parfois par une curette. Une curette présente au bout opposé une olive. Le même instrument se termine d'un côté par une rugine, de l'autre par une olive. Un même manche présente à chacune de ses extrémités un scalpel de forme et de grandeur différentes. Les élévatoires ou leviers sont aussi doubles sur un même manche. Les stylets sont parfois mous à leurs deux extrémités, d'autres fois chacune d'elles se termine par une olive. Rarement les pinces sont à double fin, cependant la collection d'Eugène Toulouze possédait une pince se terminant à l'autre extrémité par un racloir, une autre se terminant par une curette auriculaire. Le musée germano-romain de Mayence renferme deux pinces se terminant à l'autre extrémité par une olive. Le musée de Saint-Germain-en-Laye en possède une se terminant à l'autre bout par un stylet. Ces instruments à double usage montrent que les fabricants antiques s'efforcaient de simplifier la trousse du chirurgien et de la rendre portative.

On a trouvé un assez grand nombre de trousses chirurgicales : elles ne sont pas comme les nôtres à plusieurs compartiments. Ce sont des boîtes cylindriques en bronze mesurant en moyenne 18 centimètres de long sur 1 cent. 1/2 de large ; de même forme que la boîte, qu'il continue, le couvercle compte 5 centimètres environ de hauteur. Généralement on y trouve une cuiller ou une curette à olive, un ou deux stylets pointus ou à olive, une spatule à olive, une pince. C'étaient là les instruments que réclamait la pratique journalière, c'étaient ceux que tout médecin emportait avec lui quand il allait visiter ses malades. Cet appareil instrumental était simple. C’est celui qu'Hippocrate recommandait à ses disciples : « Vous aurez pour les voyages un autre appareil plus simple et portatif. » Dans son livre « du médecin », Hippocrate avait dit : « On ne se servira d'airain que pour les instruments, car employer des ustensiles de ce métal me paraît un luxe déplacé. Les instruments seront d'un maniement facile par la grandeur, par le poids et par la délicatesse, » Règle générale, les instruments antiques sont faits de bronze, métal de prédilection des anciens. L'analyse chimique a démontré que le bronze était constitué par du cuivre et de l'étain. Quelquefois on y ajoutait du plomb, plus rarement du zinc, quelquefois même, mais dans des cas exceptionnels, on y mélait des métaux précieux, tels que l'or et l'argent. Quelques instruments sont en cuivre pur, on en possède quelques-uns au musée Orfila à Paris. Ils ont été rapportés d'Italie par Tenon ; Baumé fit l'analyse d'un fragment de l'un d'entre eux, on n'y trouva que du cuivre. Les anciens connaissaient l’art de durcir le cuivre par le refroidissement rapide de ce métal chauffé au rouge. Les instruments faits d'argent sont rares, on trouve quelques instruments de bronze damasquinés d'argent. Il a existé des instruments chirurgicaux en fer, et nous en possédons quelques fragments ; mais ils se détruisent si facilement dans le sol que les fouilles n'en ont guère exhumés. Nous possédons quelques couteaux provenant les uns de Pompéi, les autres de Strée (Belgique) dont les lames étaient de fer et les manches de bronze, nous avons aussi un crochet (Pompéi) destiné à extraire le fœtus du sein maternel. Le manche est de bronze, mais le crochet est en fer, Ces types sont exceptionnels, mais n'oublions pas que l'humidité du sol détruit le fer et respecte le bronze, nous ne pouvons donc apprécier dans quelle proportion les anciens ont fabriqué des instruments en fer.

Les instruments chirurgicaux antiques ne manquent ni de forme, ni d'élégance ; un grand nombre d'entre eux ont été fabriqués par des ouvriers de goût et habiles. Ceux retrouvés à Herculanum et à Pompéi datent du 1er siècle de notre ère ; ils n'ont pas la distinction ni le fini des instruments trouvés dans la Gaule, en Belgique et sur les bords du Rhin et qui datent des 2e et 3e siècles. Il existe entre eux, sous ce rapport, une différence sensible au premier coup d'œil, mais on a peine à croire que ces coquets instruments aient été fabriqués sur place et soient l'œuvre d'artistes de la localité. En voyant des types presque identiques provenant de fouilles pratiquées à d'énormes distances les unes des autres, on est porté à croire qu'ils ont été apportés dans ces colonies romaines par des médecins qui se fournissaient en Italie chez les mêmes fabricants.

Quand on examine les instruments de la chirurgie antique, on reste frappé d'une particularité très remarquable de leur construction : ils sont faits exclusivement de métal. L'ivoire, le bois et l'écaille en sont absolument bannis. On ne voit pas les bistouris ou les lancettes se replier comme les nôtres entre deux châsses qui leur servent d'étui et qui servent aussi de réceptacle à toutes les malpropretés et à tous les microbes. Jusqu'aux dernières années du 19e siècle, nos fabricants faisaient entrer le bois, l'écaille et l'ivoire dans la construction des instruments de chirurgie, un grand nombre d'entre eux étaient emmanchés dans le bois ou l'ivoire, toujours les bistouris et les lancettes se repliaient entre deux châsses de métal ou d'écaille. Depuis que la chirurgie est devenue aseptique et antiseptique, nos facteurs d'instruments ont modifié leurs produits, tous nos instruments sont en métal, ils restent droits et ne se replient plus entre des châsses. C'est un grand progrès, nos fabricants sont fiers de l'avoir réalisé et ils n'ont fait qu'imiter ce qui se faisait en Égypte et dans les pays gréco-romains où on pratiquait la propreté, appelée aujourd'hui l'asepsie, avec une rigueur que nous ne faisons guère que renouveler.

C'est dans la chirurgie grecque qu'il faut chercher les préceptes les plus formels à cet égard ; déjà la chirurgie latine est moins explicite au sujet de la propreté chirurgicale. À chaque instant, dans le livre hippocratique, les auteurs recommandent la propreté ; comme les chirurgiens modernes, ils emploient l'eau dans leurs pansements, mais « c'est de l'eau de pluie qui a bouilli et qui a été filtrée » ; sous ce rapport on ne dirait pas mieux aujourd'hui. Les chirurgiens grecs ne connaissaient pas l'alcool, mais ils avaient le vin dont ils faisaient un fréquent usage. « Toutes sortes de plaies seront utilement lavées avec le vin », dit Hippocrate. « Il ne faut, dit-il ailleurs, humecter les plaies si ce n'est avec du vin. » Ils employaient aussi sur les plaies chirurgicales ou accidentelles le sel soit en solution, soit en poudre. Nous regardons encore cette substance comme un antiseptique léger. Le goudron suppléait au phénol et à la créosote auxquels il doit ses qualités antiputrides ; on l'employait sous forme de pommade, dont on enduisait les plaies, ou d'emplâtre dont on les recouvrait. Ils faisaient aussi un fréquent usage d'un antiseptique puissant que nous employons encore aujourd'hui : le cuivre. Le cuivre faisait partie des médicaments enhémes, c'est-à-dire de ceux qu'on mettait sur les plaies récentes afin de les empêcher de suppurer. On appliquait les enhémes tantôt en pommade, dont on onctionnait les plaies, tantôt en poudre dont on les saupoudrait après la suture ou le placement des serre-fines, absolument comme on fait de nos jours avec l'iodoforme et dans la même intention. Avec la résine et l'asphalte, ils confectionnaient des emplâtres agglutinatifs et antiputrides. Enfin, ils se servaient souvent d'un antiseptique puissant, dont l'usage est encore fréquent parmi nous : le feu.

On conçoit que l'école grecque, qui professait de tels principes sur le pansement des plaies, fût amenée bien facilement à adopter l'appareil instrumental des Égyptiens, entièrement confectionné de métal. La propreté était son idéal et ce principe, formulé par Hippocrate, se retrouve avec la même précision 300 ans plus tard chez Galien.

En voyant l'appareil instrumental des anciens médecins si simple et si peu nombreux, on pourrait croire que leur chirurgie était bien rudimentaire encore. Ce serait une erreur ; cet art était déjà puissamment constitué, « il était, dit Hippocrate, dans l'ancienne médecine, en possession d'un principe et d'une méthode, grâce auxquels il avait fait dans le long cours des siècles de nombreuses et excellentes découvertes » C'est ce que va nous permettre de saisir d'un rapide coup d'œil l'énumération des services rendus et des progrès réalisés dès lors par la médecine opératoire.

L'application des ventouses sèches ou scarifiées, des sangsues, la pratique de la saignée se faisaient journalièrement ; l'application des cautères et des moxas était usuelle. L'extraction de l'organisme des corps étrangers, tels que les flèches, les pierres, les morceaux de plomb, en un mot la chirurgie du champ de bataille, avait depuis longtemps fixé l'attention des chirurgiens devenus très habiles dans la pratique des opérations.

On guérissait par des procédés chirurgicaux les tumeurs anévrismales ; on enlevait la mamelle cancéreuse, on amputait les extrémités des membres. L'opération du trépan était réglée et se pratiquait avec des instruments fort semblables à ceux que nous employons encore aujourd'hui. On enlevait les polypes des fosses nasales, on arrachait les dents, on affaiblissait les dents vacillantes en les attachant au moyen de fil d'or à celles qui tenaient bien, on enlevait les amygdalales hypertrophiées, on excisait la luette allongée, on opérait la grenouillette. Un siècle avant Jésus-Christ, Asclépiade fait la trachéotomie ; trois cent quarante ans avant notre ère, Proxagoras faisait la laparotomie dans les cas d'étranglements intestinaux. On ponctionnait l'ascite, on ouvrait la poitrine dans l'emphysème, on opérait les fistules à l'anus ; Ammonius, Sostrate et Mégès d'Alexandrie mirent la lithotomie en honneur. On faisait chez l'homme et chez la femme le cathétérisme de l'urètre, on ponctionnait l'hydrocèle, on faisait la castration. Le speculum était connu, on pratiquait le cathétérisme utérin, on faisait des injections intra-utérines, on introduisait des médicaments solides dans la cavité de cet organe. Aspasie enseigne la manière d'opérer les polypes intra-utérins. L'art des accouchements est encore dans l'enfance, mais déjà l'embryotomie est connue. On réparait par l’autoplastie les pertes de substances des téguments cutanés ; on amputait les membres gangrénés, on liait, on excisait les hémorroïdes, on cautérisait, on enlevait les varices. On pratiquait la suture intestinale, on faisait la cure radicale de la hernie ombilicale, on opérait les hernies étranglées. On cautérisait, on ruginait les os cariés.

On raclait les granulations palpébrales, on tatouait la cornée, on ouvrait la chambre antérieure pour évacuer l'hypopion. On guérissait la tumeur et la fistule lacrymale, soit en détruisant le sac, soit en ouvrant aux larmes une voie artificielle par le cautère ou le trépan, trouant la paroi osseuse du sac lacrymal. On enlevait les kystes des paupières, on opérait la ptérygion par excision : on combattait l'entropion et la trichiasis, soit par la cautérisation, soit par l'excision du tégument cutané de la paupière. On corrigeait l'ectropion ; on enlevait le staphylome de la cornée et de l'iris par ligature et excision. On opérait la cataracte par abaissement et par extraction !


AIV. La TROUSSE D'UN CHIRURGIEN. — Au mois d'octobre 1850, des travaux de déblai exécutés en bordure de l'avenue de Choisy, à 150 mètres de la place d'Italie, où s'élève la mairie du 11e arrondissement, amenèrent au jour un grand vase de bronze bien travaillé mesurant 0 m. 11 de hauteur sur 0 m. 20 de diamètre (fig. 7869). Ce vase était rempli d'instruments chirurgicaux auxquels se mêlaient soixante-quinze monnaies romaines frappées à l'effigie des empereurs Tetricus Ier et Tetricus II, ce qui équivalait à une date.

Le vase était isolé, mais la terre environnante gardait le souvenir des bouleversements du sol en cet endroit à une époque récente. La place d'Italie rappelle l'ancienne barrière d'Italie ménagée dans le mur d'octroi parisien en 1783. Cette barrière, comme toutes celles de l'enceinte, avait attiré bon nombre de guinguettes dans lesquelles cha que semaine, le dimanche et le lundi, les artisans et les ouvriers venaient boire, à vingt centimes moins cher qu'en ville, le vin clairet de Suresnes et de la banlieue. Guinguettes, gargottes, estaminets ne demandaient pas des fondations bien profondes, mais encore fallait-il creuser un peu la terre et on dut alors trouver le tombeau d'un médecin parisien du 1er siècle dont les cendres furent dispersées. On n'en demanda pas plus ; les fondations étant faites, on combla la tranchée, on aplanit le sol, on le recouvrit d'un pavement et l'espace, si heureusement épargné, fit partie d'une cour d'immeuble jusqu'en 1850.

Le vase et son contenu ramenés à la surface étaient admirablement conservés, grâce à la disposition du dépôt et à la nature du sol qui évitèrent l'infiltration de l'eau. Le vase, un produit de la chaudronnerie parisienne, d'une forme élégante, peut être considéré comme un objet de luxe ayant servi à des préparations pharmaceutiques. On y a déposé les instruments du défunt et non pas seulement sa trousse. Celle-ci était portative, puisqu'on la glissait dans sa poche ou sur la selle de son cheval ; elle ne renfermait « que quelques instruments : spatules, stilets olivaires, pincettes...

Nous connaissons quelques-unes de ces trousses, par exemple celle du chirurgien de Wancennes, conservée au musée archéologique de Namur, la trousse de l'oculiste de Reims, au musée de Saint-Germain-en-Laye ; celle de l'oculiste de Fonvielle, au musée du Puy-en-Velay. Parfois la trousse consistait en un étui cylindrique dont nous connaissons plusieurs exemplaires.

Ce sont la trousse du musée de Ravenstein à Bruxelles, trouvée en Italie, et qui mesure 0 m. 15 de long sur 0 m. 015 de diamètre ; puis encore deux trousses de Pompéi, de forme identique et mesurant, l'une 0 m. 20 de long sur 0 m. 02 de diamètre, l'autre 0 m. 18 de long sur 0 m. 015 de large. Enfin, une trousse venant d'Herculanum mesure 0 m. 19 de long sur 0 m. 02 de diamètre. Une trousse de Pompéi est adhérente à la pierre rectangulaire qui servait à mélanger les médicaments et à repasser les couteaux.

Nous avons dit que les monnaies contenues dans le vase donnaient la date de l'inhumation. Le règne des deux Tétricus fut bref, puisqu'il ne s'étend que de 268 à 274. La trousse doit être contemporaine ou postérieure de très peu à ce synchronisme.

Voici maintenant l'inventaire des objets trouvés dans le vase de Paris : i. Une pierre en marbre blanc, de forme rectangulaire, taillée en biseau sur ses quatre bords, mesurant 0 m. 13 sur 0 m. 08, ou bien, déduction faite des biseaux : 0 m. 12 sur 0 m. 07 (fig. 7869, n. 1). Cette pierre servait à aiguiser les couteaux et à mélanger les onguents. On connaît une pierre analogue ayant servi à mélanger les onguents, très employés par les médecins gallo-romains et la base de leur thérapeutique externe.

On possède encore des boîtes ayant contenu des onguents et d'autres ayant contenu des médicaments ; les premières n'ont aucune subdivision à l'intérieur, les deuxièmes ont toujours quelques compartiments tout à fait étanches l'un de l'autre. Le musée de Mayence conserve une boîte à médicaments trouvée dans le Rhin ; son couvercle glisse horizontalement dans des rainures creusées dans les faces latérales de la boîte qui mesure 0 m. 105 de long sur 0 m. 08 de large et 0 m. 02 de haut. La face supérieure du couvercle est ornée d'un serpent enroulé autour d'une massue (fig. 7869, n. 3). Lorsqu'on retire le couvercle, on constate que la boîte est divisée en quatre compartiments fermés chacun par un petit couvercle à charnière qui est mis en mouvement à l'aide d'un petit anneau. Deux de ces compartiments mesurent 0 m. 06 de long sur 0 m. 03 de large, les deux autres 0 m. 04 sur 0 m. 03 (fig. 7869, n. 3 bis).

Quelques autres boîtes nous sont connues ; le musée de Naples en possède trois. La première mesure 0 m. 13 sur 0 m. 08 et 0 m. 02 de hauteur, elle est divisée en cinq compartiments. La deuxième est divisée dans le sens de sa hauteur en deux étages dont l'un occupe toute l'étendue de la boîte et se ferme à l'aide d'un couvercle à glissière, l'autre étage n'a, par suite de l'oxydation, qu'une moitié de visible et celle-ci contient quatre compartiments. La boîte mesure 0 m. 125 de long sur 0 m. 075 de large et 0 m. 03 de haut. Chaque étage a 0 m. 015. La troisième boite trouvée à Pompéi a six compartiments renfermant encore tous des remèdes, elle mesure 0 m. 13 sur 0 m. 075.

129 4. 5. 6. 7. 8. Viennent ensuite cinq tubes, arrondis, tous de mêmes formes et dimensions ; ils sont en bronze, les uns argentés, les autres dorés ; ils mesurent 0 m. 14 de long et 0 m. 012 de diamètre, leur couvercle a 0 m. 035 de hauteur. Ces tubes avaient longtemps servi et plusieurs d'entre eux contenaient encore des onguents, les uns à base de cuivre, les autres renfermant un peu de cuivre, beaucoup de fer et de la silice (fig. 7869, n. 4, 5, 6, 7, 8). Les anciens faisaient usage d'onguents solides qu'ils appelaient collyres, mot qui s'appliquait à toutes espèces de médicaments liquides ou pulvérulents destinés à être introduits dans des ouvertures naturelles ou accidentelles. Quand les collyres devaient être liquéfiés, on les dissolvait dans l'eau, le vin, le blanc d'œuf, le lait de femme, le vinaigre, l'huile, le miel, etc.

9. 10. Deux boucles, dont l'une possède encore l'ardillon qui servait à arrêter la bande ; celle-ci a été entièrement consommée par le temps. Dans l'opération de la phlébotomie ou saignée, on faisait usage de la bande pour arrêter la circulation dans les veines superficielles et faciliter ainsi la sortie du sang. La pression de la bande était maintenue égale grâce à l'ardillon de la boucle (fig. 7869, n. 9), et cette pression immobilisait la veine sous la lancette. On ne trouve pas de mention de l'emploi de la bande dans le manuel opératoire de la saignée chez Celse, qui vivait au 1er siècle de notre ère, mais Hippocrate en recommande l'application et on la retrouve chez Paul d'Égine, auteur du 6e siècle, au chapitre XL de son Manuel, concernant la phlébotomie : « Or donc, dit-il, il faut avec une bandelette étroite faire une ligature autour des muscles du bras. » Une deuxième boucle n'est pas pourvue d'ardillon ; elle est formée par un serpent à deux têtes recourbé sur lui-même en forme d'anneau au-dessous duquel une ouverture rectangulaire reçoit l'insertion de la bande (fig. 7869, n. 10). Les deux têtes se regardent, séparées l'une de l'autre par quelques millimètres d'intervalle ; il fallait que l'extrémité de la bande fût munie d'une pièce métallique qui s'emboîtait dans l'anneau et fixait le bandage. De cette pièce il ne reste rien.

11. 12. Un instrument, dont l'extrémité est munie d'une petite pelle légèrement excavée, de forme ovalaire, dont le grand diamètre horizontal mesure près de 0 m. 03, et le diamètre antéro-postérieur 0 m. 016. L'instrument était doré. Le docteur Deneffe estime que cette pièce chirurgicale est unique en son genre, c'est un instrument des plus remarquables de la trousse ; peut-être est-il de l'invention de notre chirurgien parisien. L'usage d'insuffler des poudres était répandu dans la médecine antique. Celse prescrit l'usage de la fistule à l'aide du roseau à écrire, mais ailleurs il connaît l'usage de la fistule droite, et Hippocrate également, et c'est déjà la sonde métallique. Ce qui est nouveau ici, c'est la petite pelle ovalaire disposée à l'extrémité de la sonde, qui se trouvait ainsi parfaitement appropriée aux insufflations de poudre dans les yeux et surtout dans l'arrière-gorge.

13. 14. 15. Trois spatules d'une forme peu commune, Deux d'entre elles mesurent 0 m. 115 de long, le manche a 0 m. 053 et la spatule 0 m. 063 de longueur, leur largeur maximum est de un centimètre. Les bords sont mousses, leur extrémité arrondie, les manches sont hexagonaux. La troisième spatule est plus longue que les autres d'un centimètre, son manche mesure 0 m. 60 de long ; la spatule 0 m. 063 (fig. 7870, n. 13, 14, 15). Cette spatule se termine en pointe, sa largeur est de un centimètre. Il se pourrait que ce dernier instrument fût, non pas une spatule, mais un bistouri.

Ce genre de spatules qui servait à mélanger et à étendre les onguents n'était pas d'un usage fort répandu ; les exemplaires trouvés à Pompéi et à Herculanum se rapprochent plus du type généralement adopté : spatule 0 m. 06, manche 0 m. 10, se terminant par une olive ou par une petite cuiller. Cependant, le musée de Saint-Germain-en-Laye possède deux spatules analogues à celles de notre médecin parisien ; le musée de Mayence en possède une qui s'en rapproche assez. D'une manière générale, toutes les spatules offrent entre elles une grande analogie de dimensions et de formes. Aussi est-il impossible de confondre cet instrument avec le bistouri qui affecte partout la même forme soit qu'on le rencontre en Gaule, en Rhénanie, en Grèce, en Italie ou en Belgique. Son manche est en bronze et sa lame en fer. Comme il arrive maintes fois que l'humidité a détruit le fer, on se trouve alors en présence d'un manche ayant la forme de spatule, ce qui a induit en erreur. Mais la partie supérieure du manche du bistouri a toujours une forme caractéristique : il est fendu dans le milieu de son épaisseur sur une étendue de 0 m. 015 à 0 m. 02, Il y a là une profonde encoche dans laquelle s'enfonçait la lame du bistouri.

16. 17. 18. Il s'en rencontre qui avaient un usage chirurgical, d'autres qui ne servaient qu'à l'épilation, enfin il s'en trouvait qui servaient à tirer la mèche des lampes. Notre médecin parisien était honnêtement pourvu de pincettes, mais il en avait une, entre autres, qui est une pièce unique. Cette pince est à deux fins : pince d'un côté, racloir ou rugine de l'autre. On doit cependant en rapprocher une pince auriculaire trouvée en 1891 en bordure de la rue Malebranche à Paris ; elle appartient au 1er ou au 2e siècle de notre ère ; pince d'un côté, curette auriculaire de l'autre (fig. 7870, n. 18). Parmi d'autres pincettes qui enrichissent différents musées, on peut mentionner celle du musée d'Athènes, dont l'extrémité supérieure est munie d'un cylindre creux destiné à recevoir une pierre caustique (fig. 7870, n. 18 bis).

Quelques autres pincettes se terminent par une pointe (Saint-Germain-en-Laye), par un stylet (Mayence), par une spatule (Renaix). Quoi qu'il en soit, la pince chirurgicale, ou simplement épilatoire, est fabriquée avec une grande élégance et une parfaite précision.

Cette pince est, au jugement de Denefle, un type unique, par la présence de ce racloir ou rugine à sa partie supérieure et la disposition étrange de ses mors, qui fournissent à cet instrument une préhension très solide. Cette pince est faite d'un seul morceau de bronze, scié pour obtenir la division en deux branches bien élastiques.

19. 20. Deux autres pincettes sensiblement de même forme, aux longues branches toutes droites se terminant, l'une par deux pointes acérées, l'autre par deux pointes mousses. Leur longueur varie peu, puis que l'une mesure 0 m. 13 et l'autre 0 m. 14 ; la longueur de leurs branches est de 0 m. 11. Elles sont faites d'un seul morceau de bronze, scié dans sa longueur pour former les deux branches, qui sont très élastiques. Abandonnées à elles-mêmes, elles restent écartées l'une de l'autre, il faut la pression des doigts pour les rapprocher.

La pince de notre médecin parisien est surmontée d'un racloir ou rugine fortement recourbé, pointu à son extrémité, tranchant sur ses bords, mesurant 0 m. 03 de haut sur 0 m. 05 de large, se rattachant par un col long de 0 m. 015 au chapiteau à quatre faces de la pince (fig. 7870, n. 18 ler). Les chirurgiens antiques faisaient un fréquent usage de la rugination et le racloir qui surmonte la pince en question est un instrument redoutable lorsqu'on le promène comme un pic sur une dent cariée. La pince elle-même mesure 0 m. 11 de long, la largeur maxima des branches est de 0 m. 005. La disposition de leurs mors est remarquable et exceptionnelle ; on pourrait toutefois en rapprocher une pince provenant de l'île de Milos et conservée au musée national d'Athènes (fig. 7870, n. 18 quater).

À une distance de 0 m. 035 de leur extrémité, les branches de la pince du chirurgien de Lutèce s'amincissent rapidement au point de ne plus avoir que 0. m. 002 de large, mais elles s'épaississent, se renflent vers l'intérieur et constituent des mors longs de 0 m. 035, lisses et sans rayures. L'objet saisi sur une si longue étendue est parfaitement maintenu, tant ces deux mors s'adaptent mathématiquement l'un à l'autre. Les mors de la pince de Milos sont moins longs, ils ne mesurent que 0 m. 025 et sont rayés à l'intérieur afin de mieux assurer la prise. Mais la disposition est la même que dans la pince de Lutèce.

Ce type, très élégant, est fort rare, on en peut citer à peine une demi-douzaine.


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ia Preg r rM P eigr Es Wl Pie la partie antérieure des branches de 0 m. 008 ; ils sont dans toute leur surface convexes en dehors, concaves en dedans, de sorte qu'étant rapprochés, ils laissent entre eux une cavité qui mesure toute leur hauteur et large de 0 m. 006. Elle est ouverte en arrière, fermée en avant et en haut. Les bords des mors sont finement dentelés et s'engrénent intimement quand les pincettes sont fermées (fig. 7871, n. 23). On connaît quelques exemplaires analogues. Un, au British Museum, plus grêle et moins long ; un autre au musée central germano-romain de Mayence, même forme, mêmes dimensions, mêmes ornements, mais plus accentué ; un autre enfin au British Museum. On en peut rap-


MÉDECINS | 134

la tumeur par pression. Le musée de Vienne possède une pince dont les origines sont inconnues : elle mesure 0 m. 125 de longueur, ses branches entrecroisées sont fixées par un rivet placé à peu près au milieu de l'instrument. Les mors mesurent 0 m. 035, les branches 0 m. 065 et les manches 0 m. 025 (fig. 7871, n. 28 ler) Convexes en dehors, concaves en dedans, les mors laissent entre eux, quand ils sont rapprochés, une cavité ovalaire d'un centimètre de diamètre. Les mors ne sont pas dentés ; par la force de ses mors, cette pince de Vienne est unique en son genre, elle agissait comme celle de Pompéi, par pression ; la tumeur ou son pédicule était saisi dans la cavité des mors, la proche un exemplaire du musée de Pompéi. Ces divers instruments diffèrent par la branche droite qui chevauche la branche gauche ou inversement, mais la ressemblance qui existe entre eux montre qu'ils étaient destinés au même usage.

Lequel ? On pourrait admettre que les pincettes à longues branches devaient servir à rechercher et à extraire des corps étrangers dans les cavités naturelles ou accidentelles ; mais la brièveté des manches de la pince de Pompéi ne répond pas à ce but pour lequel elle est impropre. On admet que la destination de cette pince aurait été de saisir de petites tumeurs pédiculées ou sessiles logées dans des cavités naturelles. Logées plus ou moins complètement dans la cavité des mors, saisie par leurs dents, elles étaient encore maintenues par un fil qui les traversait en passant par les ouvertures dont les mors sont percés à leur base. Les manches étaient alors liés solidement entre eux par un fil ou cordelette qui s'enroulait autour d'eux, les maintenait bien rapprochés. La tumeur était alors bien serrée entre les mors qui l'étranglaient, la mortifiaient et la faisaient tomber. Une fois la tumeur bien saisie entre les mors, on la tordait et on l'arrachait aisément grâce aux longs manches de l'instrument ; ces pincettes agissaient par torsion et arrachement ; la pince de Pompéi, à manche court (fig. 7871, n. 23 bis) devait agir en produisant la mortification de pince était fermée et maintenue dans cette position par une cordelette s'enroulant autour des manches de l'instrument.

Ces exemples de pincettes coudées avaient été connus par la chirurgie grecque, la chirurgie romaine au lieu de les améliorer les ont rendues plus défectueuses en raccourcissant l'instrument et en coudant ses mors à angle droit. Le médecin parisien a su améliorer l'instrument dont il faisait usage. Ces pincettes étaient très utiles dans les cas où il fallait enlever des morceaux du tégument cutané ou muqueux. Tenant la pince de la main gauche, les mors tournés à droite, le médecin saisissait entre eux une quantité de peau bien déterminée à l'avance par leur longueur, leur largeur et leur écartement. La peau saisie entre les mors, fixée par les dentelures, se logeait dans leur concavité. On l'excisait avec les ciseaux ou le bistouri : si les mors étaient bien horizontalement placés, les branches n'étaient pas dans le chemin de l'opérateur, elles étaient déjetées sur la gauche et ne gênaient en rien la main qui opérait.

26. Une spatule à olive, instrument des plus répandus, mais qui offre ici, comme tous ceux dont faisait usage le médecin parisien, un cachet d'élégance, L'instrument mesure 0 m. 135 de long, le manche seul 0 m. 085, la spatule 0 m. 05 et, dans sa plus grande largeur, elle mesure 0 m. 012. L'une des faces de la spatule est plate, l'autre est trapézoidale. Voici comment cette dernière est constituée : au centre, une surface plane de 0 m. 008 de large se rattachant de chaque côté à un plan incliné haut de 0 m. 003 ; ces deux plans inclinés, formant les deux côtés du trapèze, s'unissent par un bord à vive arête avec la face antérieure plane de la spatule. Le manche se termine par une olive fine qui servait à explorer les fistules, les blessures, les affections osseuses. À l'occasion, cette olive aurait pu servir de cautère (fig. 7871, n. 26). 27. Une ventouse de grand modèle mesurant 0 m. 12 de haut et, dans sa partie la plus large, 0 m. 34 de circonférence. Le col mesure 0 m. 05 de haut, 0 m. 065 de large, la partie évasée de la ventouse 0 m. 07 de haut ; elle est du type sphéroïdal. On possède quelques autres ventouses dans les musées ; plusieurs sont munies d'un anneau à leur partie supérieure pour permettre au ventouseur d'y passer le doigt et de l'arracher. Dans une ventouse trouvée à Tanagra et conservée au musée national d'Athènes, cet anneau est très petit, mais il sert d'attache à une chaîne longue de 0 m. 26, munie d'un anneau à chaque extrémité, assez grande pour permettre de suspendre la ventouse à un crochet sur la muraille de l'officine. Dans la ventouse de Paris on a trouvé encore des débris de tissus qu'on y avait fait flamber pour produire la raréfaction de l'air (fig. 7871, n. 27). sur l'Acropole et sur lequel est figurée la trousse d'un ventouseur. Ce sont des instruments assez encombrants, puis que l'une mesure 0 m. 17 de haut, l'autre 0 m. 16 (fig. 7872). Une ventouse trouvée dans un tombeau de Tanagra mesure 0 m. 16 ; par contre, les quatre ventouses conservées au musée de Mayence mesurent 0 m. 025 et 0 m. 03 de hauteur et 0 m. 03 ou 0 m. 035 de largeur. Hippocrate préférait les grandes ventouses pesantes qui, à l'en croire, « en pressant davantage sur la peau, attirent de plus bas et laissent souvent une partie des humeurs à la surface ». Celse (IL, xr) dit qu'il existe des ventouses de bronze et d'autres de corne. Dans les premières, qui sont hermétiquement closes, on jette une poignée de charpie enflammée et on applique l'orifice sur la peau ; quand la flamme a consumé l'air, la ventouse adhère étroitement à la peau. Pour la ventouse de corne, son extrémité était percée d'une petite ouverture à laquelle on appliquait la bouche pour sucer l'air et on refermait rapidement cette ouverture à l'aide d'une boulette de cire ; l'adhésion était parfaite. Les ventouses de corne sont les plus anciennes, leur usage s'est conservé dans certaines contrées, mais on n'a trouvé aucun exemplaire de ventouse en corne ou d'autre substance s'appliquant par aspiration.

Les exemplaires sont rares, l'appareil ne s'est pas beaucoup vulgarisé, car on n'a trouvé de bandages que dans les cimetières de la Somme, de l'Oise et de la Meuse, six en tout (à notre connaissance), dont trois ont été complétement détruits ; les trois autres ont été trouvés à Euville, à Marchélepot et à Devise. Un bandage herniaire décrit au catalogue sous le nom d’ « objet en fer encore indéterminé » C'est le mieux conservé et le plus anciennement identifié de ceux qui sont connus ; il est dans un état d'intégrité parfaite. La plaque destinée à fermer l'ouverture abdominale est grande, elle mesure huit centimètres dans son diamètre transverse, sept centimètres dans son diamètre inféro-supérieur. La lame du bandage mesure 0 m. 45 de longueur sur 0 m. 011 de hauteur et 0 m. 006 d'épaisseur. A quatre centimètres de sa terminaison, la lame va se rétrécissant en pointe, dont l'extrémité, se recourbant sur elle-même vers le bas, se redresse alors pour s'arrêter contre la partie inférieure du bandage. Elle laisse, en se recourbant ainsi sur elle-même, une petite ouverture presque arrondie. La forme de ce bandage est celle d'une demi-ellipse, ouverte en avant sur un espace de 0 m. 20, le diamètre antéro-postérieur mesure 0 m. 21 (fig. 7873). Le bandage est en fer, sa date est incertaine, mais, d'après les indices recueillis sur ce groupe de tombes, on peut le faire remonter à la période v-vri siècle.

138 c les d'oreille de bronze, des fibules indiquaient une femme, à qui, sur le bassin du côté droit, était appliqué un bandage herniaire. Ce bandage est en fer. Sa plaque mesure sept centimètres de long sur cinq centimètres de large, ses bords sont effrités par les siècles ; elle se continue avec le ressort qui forme un arc de cercle dont la longueur mesure 0 m. 42. Le bout opposé à la plaque n'est pas complet, une petite partie en a disparu, il est brisé, mais sur une étendue moins considérable que dans le bandage de Marchélepot. Dans sa plus grande largeur, l'ouverture de l'arc du bandage mesure 0 m. 16 ; elle peut s'agrandir par l'élasticité du métal, mais dans une faible mesure. Le diamètre antéro-postérieur mesure 0 m. 20, la hauteur de l'arc est d'environ 0 m. 02, son épaisseur 0 m. 01 !, XVI. LA MÉDECINE AU DÉBUT DU MOYEN AGE. — A partir de la chute de l'empire romain jusqu'au xii siècle, la médecine demeura en Occident dans un état de stagnation complète. Pendant cette période, l'Occident ne produit pas un seul écrit médical. Les médecins latins aux iv et v siècles sont de médiocres compilateurs dont la série prend fin avec Octavius Horatianus, Sextus Placitus, Marcellus Empiricus : après eux, c'est le silence : ni école, ni livre, ni maître, et cela va durer plusieurs siècles jusqu'à ce que, subitement, au xi siècle, un changement s'opère, une importation change ce qui existe. La médecine arabe fait son apparition en terre latine, et, comme si un long sommeil n'avait pas assoupi tout le monde, comme si une préparation mystérieuse s'était poursuivie jusque-là, comme si le goût et l'intérêt avaient persisté pour ce genre d'études, Honain, Alchindi, Bhazés et beaucoup d'autres prennent possession de l'enseignement parmi les Occidentaux. Les traductions, les commentaires, les écoles se multiplient : Salerne et Montpellier ; les Roger, les Gilles de Corbeil écrivent ; la médecine du Moyen Age, désormais fondée, poursuit son développement jusqu'à la Renaissance, ou de nouvelles conditions l'attendent. Mais il reste à savoir et à montrer ce qui emplit la longue période obscure sous les Mérovingiens et les Carolingiens, ce qu'on prend pour une période vide et qui rendrait inexplicable le soudain succès de la science arabe parmi les Latins ; car, si tout avait été éteint, si pas un foyer, pas une lueur n'avaient persisté, comment cette science étrangère aurait-elle aussitôt prospéré ? Evidemment, ceux qui firent cet accueil étaient tout préparés par leurs observations à en recevoir l'influence. Frappés de l'absence de tout renseignement au sujet de la culture de la médecine pendant la période du haut Moyen Age, les bénédictins écrivaient dans leur discours sur l'état des lettres au vii siècle : « A l'égard de la médecine, on apporte ordinairement pour raison de ce qu'elle fut alors négligée que Charlemagne n'aimait, ni n'estimait les médecins, qui cependant avaient été en si grand honneur sous les empereurs romains, ses prédécesseurs. Ce ne fut que, sur la fin de ses jours que, sentant peut-être alors les infirmités de la vieillesse et comprenant que des hommes qui aiment la vie et la santé ne peuvent guère se passer de la médecine, il ordonna qu'on la fît étudier de bonne heure aux jeunes gens. La même raison ne permit pas apparemment qu'on la négligeât absolument avant ce temps-là. Il y a des preuves que nos Francs lisaient Pline l'Ancien, et ils pouvaient avoir aussi à leur usage les autres auteurs latins qui avaient écrit sur cette matière, particulièrement Eutrope, Ausone, Marcel, tous écrivains gaulois dont les écrits pouvaient subsister alors !. » La lecture de Pline l'Ancien eût, sans aucun doute, appris beaucoup à ceux qui eussent cherché dans son encyclopédie des notions variées sur une multitude de choses qui ont rapport avec l'histoire naturelle, l'astronomie, l'agriculture, les arts et même la médecine, quoi que Pline ne fût pas médecin. Ils avaient pour cela d'autres sources à consulter et qui ont été retrouvées de nos jours, à savoir des manuscrits médicaux appartenant aux vii, ix, x et xi* siècles, c'est-à-dire antérieurs à l'invasion de la science médicale des Arabes, manuscrits qui représentent la tradition et l'enseignement de la médecine à une époque que nous regardons comme en étant absolument dépourvue.

Deux de ces manuscrits avaient été imprimés, mais sans que l'on soupçonnât qu'ils appartinssent au cycle dont il s'agit. L'un d'eux est Esculapius, abréviateur, digne de plus d'attention qu'on ne lui en accorde d'ordinaire ; l'autre est un auteur qui jouit d'une réputation méritée, que l'on lit avec intérêt pour la description de la Sicca, en Numidie. Mais c'est là une erreur, comme celle qui le fait vivre au ii siècle ; en réalité, Cœlius Aurelianus n'est pas Africain et il a vécu aux environs du vi siècle. Sa latinité est du temps dont nous parlons ; elle appartient bien à l'époque antérieure à la médecine arabe, et il est lui-même un des témoins, et un des meilleurs, de la culture médicale qui fut propre à l'intervalle entre la chute de l'empire et l'introduction de la science orientale.

Coelius Aurelianus, traducteur de Soranus, appartenait à la secte des méthodiques dont Soranus faisait partie ; or, il a été reconnu et démontré que bon nombre des livres antérieurs à la science arabe émanent de l'école méthodique. Cette école a joué un assez grand rôle, plus grand même qu'il ne lui a été attribué par les historiens de la médecine. En effet, l'opinion a prévalu que Galien, rejetant de bonne heure dans l'ombre ceux qui l'avaient précédé, régna seul, et que la médecine ne connut plus d'autre doctrine que la sienne. Il n'en fut pas ainsi, et l'ascendant définitif et absolu de Galien ne commence qu'aux Arabes. Déjà on peut voir par Oribase que, environ un siècle et demi après le médecin de Pergame, une autorité exclusive n'était pas attachée à son nom. Cela se connaît mieux encore par le succès de l'école méthodique dans les premiers temps qui suivirent l'entrée des barbares. Pour qu'on se soit adressé aux méthodiques il faut bien que leur autorité n'ait pas été absorbée dans l'immense crédit qui fut plus tard le partage de Galien. Et, de fait, s'y être attaché ne peut pas être compté comme un tort de cette époque. Une bonne description des maladies, une discussion judicieuse des traitements, voilà leur mérite, et ce mérite fut senti par ceux qui, alors, les prirent pour guides.

Si nous essayons de nous faire une idée de la médecine latine des siècles anté-arabiques, nous voyons qu'Hippocrate y figure. Les documents que nous possédons ne donnent pas la preuve que la collection hippocratique ait été traduite tout entière en latin, bien que cela soit probable. Du moins plusieurs traités nous restent dont la latinité témoigne suffisamment qu'ils ont été traduits à une époque où la langue latine entrait dans la barbarie. On sait que ce qu'on nomme « œuvres d'Hippocrate » est une réunion d'ouvrages qui émanent de mains différentes, mais qui appartiennent à une haute antiquité, le iv et le v siècle avant l'ère chrétienne ; on sait aussi que rien de plus ancien ne nous est parvenu en fait de livres médicaux et, enfin, qu'ils ont été lus, commentés, enseignés par les médecins les plus éminents, depuis ceux d'Alexandrie, sous les Ptolémées, jusqu'à Galien, sous Marc-Aurèle. La médecine du temps où les barbares pénétrèrent en Occident ne négligea pas ce grand nom. Nous ne sommes plus au temps où Pline disait des médecins latins que, quand il y en avait, ce qui n'était pas commun, ils abandonnaient leur nationalité pour se faire Grecs. Mais, à l'époque dont il s'agit, le grec est peu connu ; les médecins non seulement n'écrivent plus en grec, mais ils n'entendent plus cette langue et ils ont besoin qu'on leur en traduise les principaux ouvrages. Jadis tout ce qui était lettré à Rome savait le grec ; maintenant la latinité devient de jour en jour davantage étrangère à la Grèce, si ce n'est par ce faible lien des traductions latines de l'époque barbare. Nous citerons, parmi les ouvrages d'Hippocrate ainsi mis en latin : le traité des Airs, des Eaux et des Lieux, ce beau livre où est esquissée, pour la première fois, la doctrine de l'influence du climat et du sol sur les populations ; le Pronostic, qui retrace, dans un ensemble bien conçu, les communautés des affections aiguës quant aux signes et aux solutions ; le traité du Régime dans les maladies aiguës, où Hippocrate critique les livres et les praticiens de son temps ; enfin un ouvrage, le traité des Semaines, qu'on ne mentionnerait pas si cette traduction n'était celle d'un texte qui n'existe plus en grec, Il est probable que les écrits de médecins, postérieurs à Hippocrate mais fort anciens pourtant, tels que Dioclés, Hérophile, Érasistrate, avaient péri ou étaient sur le point de disparaître ; du moins ils ne figurent pas au nombre de ces traductions latines des temps barbares. Mais on y trouve Dioscoride, qui est le principal auteur de l'antiquité pour la botanique et la matière médicale ; un abrégé du Traité des maladies des femmes, de Soranus, mis d'ordinaire sous le nom de Moschion ; des morceaux de Rufus, qui écrivit beaucoup et eut une grande réputation ; des fragments d'Héliodore, chirurgien célèbre, qui vécut sous Trajan et dont Juvénal fait mention. Ceux-là sont avant Galien. De Galien lui-même, quelques traités seulement et non des plus importants, ont été traduits alors et il ne tient pas la place, à beaucoup près, qui plus tard lui fut acquise. Après Galien arrive le grand compilateur Oribase, le médecin de l'empereur Julien. Sa vaste collection, connue sous le nom de Synagogues, avait été traduite en latin ; on en est sûr par quelques lambeaux rencontrés dans les manuscrits ; quant à l'abrégé qu'il en avait fait et qui est intitulé Synopsis, nous en possédons des manuscrits latins qui remontent aux vi et vii siècles.

Le travail de ces temps ne se borna pas aux traductions. Les médecins rédigèrent des cours qui embrassaient l'explication de certains écrits d'Hippocrate et de Galien (et particulièrement un commentaire du V* siècle sur le traité des Sectes et sur le Petit art) ; ils composèrent des sommes pour l'étude et la pratique, des traités de botanique et de pharmacologie, des livres de médecine et de chirurgie, entre autres un qui, d'après Daremberg, atteste beaucoup d'érudition et une connaissance étendue du grec. L'anatomie ne leur était pas restée étrangère ; ils ont laissé des écrits sur cette science. De sorte que cet intervalle, qui paraissait un vide dans l'histoire, a été réellement laborieux et utilement occupé. Il a, et c'est, dans l'état des choses, tout ce qu'il pouvait faire, entretenu la culture et continué la tradition. Qui aurait droit de lui en demander davantage au milieu de l'écroulement de l'empire, de l'établissement des barbares, de la fondation de nouveaux royaumes ?

Ce travail se poursuivait non sans fruit ; un médecin du XI* siècle, Gariopontus, le résumait, dans un manuel qu'on s'étonnerait de voir empreint de l'esprit de la école méthodique, si on ne nous avait appris qu'en effet la science méthodique avait inspiré toute la période antécédente ; en un mot, la médecine, en Occident, se développait sur elle-même, quand survint tout à coup l'invasion d'une science étrangère plus étendue et plus complète. Les livres arabes, ou plutôt les livres grecs traduits, commentés, développés par les Arabes, chassèrent devant eux ces premiers essais et restèrent maîtres de l'école. Quand Constantin, surnommé l'Africain, eut apporté à Salerne les traités orientaux, Salerne, toute latine qu'elle était, devint arabisante ; c'est alors que Galien prit dans la médecine l'empire qu'eut Aristote dans la philosophie, les Arabes ayant traduit Galien et suivi sa doctrine dans des encyclopédies qui devinrent classiques.


XVII. L'ÉCOLE DE SALERNE. — On ne savait ni comment la médecine s'était conservée en passant des mains des Grecs dans celles des Latins, ni par quelle voie elle était arrivée à Salerne, mais on croyait avoir rendu à chacun son dû en nommant Galien et les Arabes ; or Galien a été peut-être moins connu que les autres médecins grecs pendant la première période du Moyen Âge et les Arabes n'ont pénétré en Occident que deux siècles après la fondation de l'école de Salerne. En 1837, Henschel trouva dans les manuscrits médicaux de Breslau un prétendu Herbarius, du IX siècle, contenant trente-cinq traités, tous d'origine salernitaine, traitant, à l'exception de la chirurgie, toutes les parties de la science médicale. Le second de ces traités intitulé : De ægritudine in curatione contient 173 chapitres composés d'une suite d'extraits empruntés nominativement aux principaux maîtres de l'école de Salerne. Si important qu'il soit, ce compendium ne renferme que des extraits empruntés à divers auteurs sarrazins en Italie, au milieu du IX siècle, ne tendaient qu'au meurtre et au pillage et non à la création d'instituts scientifiques ou littéraires. D'ailleurs, les Sarrasins n'ont jamais séjourné à Salerne et, dans les ouvrages salernitains écrits avant la fin du X* siècle, il n'y a nulle trace de médecine arabe. On n'avait pas à aller chercher si loin les auteurs de la rénovation ou de la conservation des sciences et des études en Occident : ces instituts littéraires, ces traductions, ces moines, ces laïques, qui tous concouraient depuis deux siècles au même but, existaient bien avant que les Sarrasins songeassent à ravager l'Italie. — Autre légende que celle qui fait dépendre la fondation de l'école de Salerne de quatre personnages : Adela l'Arabe ; Helinus le Juif ; Pontus le Grec ; Salernus le Latin ; ce qui est seulement une façon de rapprocher les quatre peuples qui, au Moyen Âge, résumaient en eux toute la culture intellectuelle.

On a dit que Constantin avait été, vers l'an 1075, le vrai fondateur de l'école de Salerne et qu'avant la venue des Arabes les médecins salernitains ne formaient pas un corps enseignant et ne jouissaient d'aucune réputation. Or, l'évêque de Verdun, Adalbéron, vint à Salerne en 984 pour se faire traiter, probablement de la pierre, par les médecins ; Léon d'Ostie nous apprend que l'abbé du Mont-Cassin, Didier, depuis pape sous le nom de Victor III, vint à Salerne pour y chercher la guérison à une maladie de langueur contractée par une abstinence excessive et des veilles prolongées ; Pierre d'Amiens, vers le milieu du XI* siècle, se loue des soins qu'il a reçus de Gariopontus, un des maîtres de Salerne, déjà âgé ; Orderic Vital parle en 1059 de Rodolphe qui se rendit à Salerne « où se tenaient, depuis les temps reculés, les meilleures et les plus célèbres écoles de médecine ». Un peu moins de quarante ans après Constantin, le comte Roger de Sicile confirme les anciens privilèges de l'école et du collège des docteurs. Avant Constantin, l'histoire fait mention de plusieurs médecins, dont quelques-uns ont déjà l'épithète de maîtres. Enfin, il se pourrait que Constantin n'eût jamais habité Salerne ; d'après Pierre Diacre, il aurait composé ses ouvrages au Mont-Cassin.

Nous avons les noms de médecins salernitains dès l'année 846 ; les textes des XI et XII siècles s'accordent à présenter l'école de Salerne comme fort ancienne ; de plus, ce même titre d'école, réservé dans la langue du temps à une réunion de savants chargés officiellement d'un enseignement, prouve qu'il ne s'agit pas de médecins isolés, mais bien d'un institut médical dont les membres prirent d'abord le titre de maîtres, celui de docteur n'apparaissant qu'au XII* siècle dans la Chirurgie de Roger. Il ne serait pas impossible que Salerne, dont Horace vante déjà la salubrité, ait vu se former, à une époque très voisine de la chute de l'empire romain, une véritable école médicale, où dominait l'élément laïque, mais où le clergé tenait également une grande place, puis que nous y voyons figurer des évêques, des prêtres et de simples clercs. Si, de plus, on se rappelle l'importance que les lois barbares promulguées à cette époque donnent aux médecins et à la médecine et, si, d'un autre côté, on considère que, dans le code lombard, on trouve des médecins désignés par leurs noms, pour un grand nombre de villes d'Italie, l'existence et la réputation spéciale, à une époque reculée, de l'école de Salerne ne serait plus un fait isolé dans l'histoire littéraire. De l'an 1000 à l'an 1050 les noms se multiplient, les documents abondent et les ouvrages attestent le développement rapide de l'école.

Ainsi, dès le IX siècle, nous rencontrons des médecins ; presque à la même époque, un manuscrit latin d'Oribase porte, sur un de ses feuillets, en écriture du X siècle, le nom d'un certain Amandus, qui était de la ville de Chartres. Plus anciennement, les lois barbares (voir ce mot) s'occupent des médecins, et ces témoignages permettent de soutenir qu'après la chute de l'empire il exista en Occident une médecine entourée de quelque considération. Il est probable qu'elle se transmettait par tradition, c'est-à-dire que chaque médecin réputé formait des élèves par ses instructions et son exemple ; toujours est-il qu'on ne voit apparaître comme centre d'enseignement, à cette époque reculée, que Salerne d'abord, puis Montpellier. Il faut attendre le plein Moyen Âge pour rencontrer l'enseignement de la physique (médecine) dans les universités.

Nous entrevoyons bien l'existence d'une médecine effective en Occident, depuis l'invasion des barbares jusqu'aux IX et X siècles, mais nous voudrions en savoir le caractère, la doctrine, l'enseignement, en un mot, nous voudrions pouvoir dire l'ensemble de livres sur lequel elle se fondait. Était-ce une médecine autochtone ? Était-ce une médecine grecque ? Mais que pouvait valoir la première et comment aurait pu se transmettre la seconde ? Il y eut bien une médecine des bas temps grecs, mais celle-ci n'eut rien de commun avec la médecine occidentale dont nous parlons. Ce ne sont pas les histoires de la médecine qui nous expliquent ce qui s'est passé. Arrivées à la chute de l'empire, elles se taisent, franchissent des siècles et présentent un jour Constantin l'Africain, les Arabes et toute une littérature qui pullule, sans qu'on nous dise quand et comment elles sont nées. Or, il n'y a pas d'interruption dans le règne de l'intelligence, mais des éclipses, et qui ne semblent telles que parce que nous ne pénétrons pas assez avant dans le mystère. En réalité, la chaîne n'a pas été rompue, le vide, la lacune peuvent bien exister dans nos histoires, ils n'existent pas dans les faits et la preuve en est que de nouveaux documents sont venus au jour nous apprendre, non ce qui s'inventa — car il ne s'inventa rien — mais ce qui se transmit. En un mot, ils ont révélé comment s'établit la perpétuation d'un élément grec dans l'éducation de l'Occident. Nous nous trouvons en présence de ce fait : l'existence de livres latins antérieurs à l'introduction des livres médicaux arabes en Occident.

Un passage de Cassiodore, qui écrivait au commencement du VI siècle, nous explique comment les choses ont dû se passer pour l'Occident tout entier, et les manuscrits nous apprennent comment elles se sont passées. Cassiodore avait dit à ses moines : « Si la littérature grecque ne vous est pas familière, lisez Dioscoride, Hippocrate, Galien (la Thérapeutique à Glaucon) traduits en latin, Coelius Aurelianus et bien d'autres livres que vous trouverez dans la bibliothèque. » Les manuscrits disséminés dans les bibliothèques d'Europe nous apprennent que, dès le V siècle, lors que la connaissance de la langue grecque commençait à se perdre en Italie, il se fit, pour répondre aux besoins impérieux de la vie et de l'intelligence, un très grand nombre de traductions des auteurs didactiques qui avaient écrit sur la médecine. Nous citerons : Hippocrate (quelques traités seulement), Dioscoride, Galien (un très petit nombre de traités), Soranus, Rufus, Moschion, Oribase, et bien d'autres encore. Ces manuscrits sont très anciens ; ils appartiennent aux V, VI, IX et X siècles, ils sont écrits dans un latin assez barbare et c'est sans doute cette circonstance, jointe à ce qu'il n'y avait là que des traductions, qui a fait que les érudits en général, et en particulier les historiens de la médecine, n'ont pas voulu s'imposer le devoir de les examiner.

Émile Littré, lorsqu'il étudiait Hippocrate, avait trouvé la traduction latine du traité des Semaines perdu en grec ; Ch. Daremberg, étendant ses investigations aux principales bibliothèques de l'Europe, eut l'occasion de rencontrer presque partout des monuments oubliés de cette vieille médecine latine. Ce fut un trait de lumière. La trouvaille d'un traité isolé ne prouvait rien, n'autorisait aucune suggestion, sauf un effort individuel et sans relations avec les conditions générales. Il n'en était plus ainsi du moment qu'on se trouvait en présence d'un ensemble de travaux permettant de conclure à l'existence simultanée d'un ensemble de besoins qui détermina cette ample production. Cette conclusion était une acquisition et d'autant plus précieuse que rien n'était plus facile que de passer à côté et de laisser retomber dans le chaos des époques mérovingienne et carolingienne toute cette médecine gréco-latine qui, au point de vue de l'histoire générale, y introduit une précieuse notion d'ordre, d'enchaînement et de tradition.

Ces traductions se trouvaient dans toutes les mains intéressées ; elles servaient de texte aux leçons, de guide auprès des malades. De plus, une Somme médicale, tout empreinte de la doctrine méthodique, combattue par Galien avec tant de violence, paraît avoir joui d'une grande faveur dès le début du Moyen Âge. Cette Somme médicale, qui se compose d'extraits empruntés à différents auteurs, traitant des fièvres et d'autres maladies a capite ad calcem, a été remaniée à son tour et mise à la fois en meilleur ordre et en meilleur latin par un médecin salernitain du nom de Gariopontus ou Garimpotus, à qui l'on doit d'autres compilations et qui écrivait vers l'an 1040. Il a donc existé une masse de livres médicaux traduits en latin, le fait est incontestable, mais qu'en faisait-on ? Ces livres restèrent-ils à l'état de sources isolées où chacun puisait à son gré, ou bien est-il sorti de là un résumé, une somme, qui caractérisât plus précisément les idées médicales de ces hauts temps ? Cette Somme médicale, dont nous venons de parler, est un peu déconcertante en ce qu'elle nous montre que ce n'est ni Hippocrate, ni Galien qui fournirent alors le système ou canevas de l'étude ; c'est l'école méthodique dont Soranus fut le plus important représentant. Galien l'a poursuivie à outrance ; il combattait le strictum et le larum, c'est-à-dire l'astriction et le relâchement, dualité par laquelle cette école expliquait la pathologie ; il y substituait la doctrine hippocratique des quatre humeurs, qu'il avait systématisée. Nous avons, en langue latine, un traité de Soranus traduit par Coelius Aurelianus qui dit dans un passage (Acut., II, 1) : Soranus, cujus hac sunt quae latinizanda suscepimus. On se demandait vers quel temps le nommé Cœlius Aurelianus avait vécu et à quel ordre de travaux appartenait sa traduction ; on se le demandait avec une curiosité d'autant plus vive qu'on s'expliquait mal cette prédilection d'un latin qui choisit un livre de l'école méthodique, de préférence aux traités d'Hippocrate et de Galien, qui, infailliblement, eussent été choisis dans les âges postérieurs. Or, nous avons ici une traduction latine d'un médecin grec ; elle appartient donc au cycle des traductions dont parle divinarum litterarum, 145 Cassiodore et dont nos bibliothèques conservent des échantillons. Cette traduction est faite dans un latin assez barbare, quoi que l'éditeur se soit permis de l'améliorer probablement, car l'écrit de Cœlius Aurelianus n'existe plus ; toutefois, ce qui subsiste peut faire figure parmi les traductions contemporaines de Cassiodore ; mais, ce qu'il faut ajouter, c'est que le choix de Soranus rentre bien dans ce que nous savons de la faveur accordée à l'école méthodique au moment où la latinité mourante s'efforçait de conserver ses liens avec la grécité qui, elle aussi, se sentait mourir.

C'est pour avoir oublié ou entièrement méconnu la succession naturelle des faits qu'on n'avait tenu compte ni des écoles latines qui remplacèrent les écoles grecques, ni des traductions latines qui succédèrent si rapidement aux originaux grecs, ni de l'intervention puissante des monastères pour le salut de la science et des lettres ; c'est, enfin, pour avoir préféré le merveilleux à la noble simplicité de l'histoire qu'on est allé chercher si loin les Sarrasins, quand on avait si près de soi les véritables auteurs de la rénovation ou de la conservation des études en Occident, ces instituts littéraires, ces traductions, ces moines, ces laïques, qui tous concouraient depuis deux siècles au même but. Les vieilles traductions latines, les vieilles sommes furent frappées d'une déchéance irrémédiable dès que les livres gréco-arabes devinrent la base de l'enseignement ; on ne les recopia plus, on les oublia !.


XVIII, LES PRATICIENS LIBRES. — La paix de l'Église n’amène pas de modification visible dans la condition du corps médical. On continue, lorsqu'on est riche, à posséder parmi ses esclaves un medicus domesticus, plusieurs parfois, qui donnent leurs soins au maître et à toute sa maison. Mais les affranchissements deviennent plus fréquents, plus nombreux ; ils rendent à la liberté des hommes qui, autrefois, ne l'eussent jamais connue, et le nombre des praticiens libres va en augmentant. Ceux-ci, disciples d'écoles rivales, se contredisent énergiquement, préconisent des remèdes opposés pour venir à bout d'une même maladie et, parfois, ne viennent à bout que du malade qui s'est abandonné à eux. Une lettre de Sidoine Apollinaire à Agricola, au moment où il part pour la campagne, montre que sa confiance dans les médecins est fort ébranlée : « Nous fuyons, lui dit-il, les conseils des médecins, aux longues consultations, aux opinions contradictoires et qui, peu habiles, quoi que assez empressés, tuent de la manière la plus obligeante un grand nombre de malades ». Saint Augustin nous fait assister aux consultations des principaux médecins.

146 & On doit, dit Constantin, infliger les peines les plus sévères à ceux qui, au moyen d'arts magiques, détruisent la santé des hommes. Honorius et Théodose ordonnent que les astrologues soient chassés de Rome et de toutes les autres villes, à moins qu'ils ne renoncent à leurs erreurs et brûlent, en présence de l'évêque, les livres dont ils se servent. Constantin avait, toute sa vie, conservé un fonds superstitieux qui, lors même qu'il poursuivait les magiciens et les astrologues, exceptait de ces rigueurs ceux qui se bornent à rechercher des remèdes contre la maladie, pour préserver des pluies les raisins en pleine maturité, ou empêcher le préjudice que leur portent le vent et la grêle : Nullis vero criminationibus implicanda sunt, remedia humanis quæsita corporibus, aut in agrestibus locis innocenter adhibita suffragia, ne maturis vindemiis metuerentur imbres, aut veniu grandinis que lapidatione quaterentur. Une constitution de l'empereur Léon II dépasse cette timide réforme et prononce la peine de mort contre quiconque ose recourir à des maléfices, même qu'il s'agirait d'espérer le rétablissement de la santé ou la protection des récoltes contre les intempéries de la saison : Sane vero si quis aliquo modo incantamentis usus esse deprehensus fuerit, sive id reslituendæ conservandæ que valeludinis, sive avertendæ a rebus frugiferis calamitatis causa feceril, is apostatarum pœnam subiens supremum supplicium suslineto ?, et l'empereur lui-même dit à ce sujet : « Quant à nous, nous sommes persuadés que de semblables enchantements sont pernicieux... Nous savons, en effet, que ceux qui les opèrent invoquent, au lieu du Seigneur et du Créateur, des démons malfaisants et cruels. » Les empereurs confirment les privilèges dont jouissent les médecins publics : exemption de tutelle, de fonctions publiques onéreuses ; garanties spéciales devant les tribunaux, etc. ; privilèges qui s'étendent aux femmes et aux enfants des médecins. Les médecins admis dans les palais impériaux en qualité d'archiatres, ceux élevés à des dignités égales ou supérieures à celle de comte, ne peuvent être inquiétés par les magistrats ou décurions après la cessation de leurs fonctions, du moment que leur retraite a un motif honorable : Medicos... immunes esse cum rebus quas in civitalibus suis possident, praecipimus. Archiatri omnes... a præstationibus quo que publicis, liberi, immunes que permaneant. Hujus aulem indulgentiam sanctionis, ad filios quo que eorum statuimus pervenire. Uxores eliam et filios eorum ab omni functione et ab omnibus muneribus publicis, vacare praecipimus.

Valentinien et Valens recommandent à ces médecins, puisqu'ils reçoivent des subventions officielles, scientes annonaria sibi commoda a populi commodis ministrari, de ne point refuser leurs soins aux pauvres, se bornant à soigner les riches : honeste obsequi tenuiaribus malint, quam turpiter, servire divitibus. Il leur est permis d'accepter ce que leur offrent comme honoraires les malades une fois guéris, mais non ce que peuvent donner, pour prix de leur salut, des patients en danger. Quos eliam ea patimur accipire, quae sani offerunt pro obsequiis ; non ea, quie periclitantes pro salute promittunt.

Nous avons insisté, en décrivant la trousse chirurgicale d'un médecin parisien du XVIIe, sur la préoccupation des anciens d'observer une rigoureuse propreté dans les opérations et le soin des malades ; c'est là un préservatif dont on s'est remis, dans la médecine contemporaine, à apprécier la valeur à la suite de Lister, de Le Fort et de plusieurs autres, mais c'est une raison de plus d'insister sur la pratique d'autrefois. Dès le temps d'Ammien Marcellin, on pratiquait à Rome la désinfection. « Home, dit-il, est le centre d'attraction de l'univers entier. Il est donc naturel que les maladies y sévissent plus qu'ailleurs, et que souvent toutes les ressources de l'art médical deviennent impuissantes, même pour les pallier. Or, voici le préservatif que l'on a imaginé : quand on a quelque ami atteint d'une affection grave, on s'épargne le spectacle de ses souffrances. Autre précaution qui ne laisse pas d'être efficace. Des esclaves sont-ils dépêchés pour s'enquérir de l'état du patient, ils ne peuvent rentrer chez leurs maîtres sans avoir fait aux bains une ablution complète : non ante recipiant domum, quam lavacro purgaberint corpus !.

Du ive au VIe, on rencontre de nombreux praticiens parmi les fidèles ; ils perpétuent les traditions de leurs devanciers. Dans beaucoup de villes la médecine était enseignée et nous savons que saint Basile, au temps où il étudiait à Athènes, suivait les cours de médecine. Césaire, frère de saint Grégoire de Nazianze, fut appelé à la cour de Constance par l'empereur qui le connaissait de réputation et Julien lui conserva quelque temps ses fonctions, jusqu'au jour où Césaire se retira en Cappadoce plutôt que de céder aux sollicitations du prince, qui voulait l'attirer au paganisme.

La conclusion d'un travail remarquable sur la médecine ancienne ne nous semble pas faire la part suffisante à l'influence chrétienne lorsqu'on nie que « le christianisme ait rien ajouté à la déontologie médicale du paganisme ». Puisqu'on s'efforce d'instituer une comparaison d'où le christianisme sortirait à son désavantage car il n'aurait amélioré en rien ce qui existait avant lui, il sera permis, dans ce Dictionnaire, où le dénigrement et l'apologie sont également bannis, de rappeler que, de l'examen attentif des textes et des monuments païens, il ressort en définitive très clairement que ni les individus, ni les villes ou municipes, ni les provinces, ni l'État, ne se croyaient tenus en aucune manière à l'assistance médicale des indigents, et que, si parfois des villes entretenaient des médecins, ou si des particuliers testaient en faveur des pauvres, c'était bien moins à des sentiments d'humanité et de philanthropie que les uns et les autres obéissaient qu'à des vues d'intérêt, d'ambition ou de vanité ; en somme, l'assistance médicale manquait à peu près totalement à ceux qui en auraient eu le plus grand besoin, c'est-à-dire aux enfants, aux vieillards, aux incurables, à tous ceux qui, par une infirmité quelconque, se trouvaient dans l'impossibilité de travailler. sans vouloir méconnaître les sentiments naturels à l'homme et gravés dans le cœur de tous, on peut affirmer cependant que la véritable médecine gratuite, c'est-à-dire celle qui a pour base et pour mobile la charité ou au moins le sentiment vif de l'amour de ses semblables, ne pouvait pas exister avec les principes qui régissaient les sociétés anciennes, et avec les mœurs au milieu desquelles elles accomplissaient leur évolution. Pour toutes, l'indigent était un ennemi intérieur, comme l'étranger était un ennemi extérieur.

dans les mœurs ; les livres des philosophes expriment 148 Nous possédons un document très ancien qui exprime les pensées les plus élevées que puisse inspirer l'exercice de la profession médicale : c'est le serment d'Hippocrate. Tout ce que le sentiment le plus délicat de l'honneur, de l'équité, de la probité et de la générosité peut suggérer de noble et d'exquis dans l'âme humaine, y est imposé au médecin par l'engagement le plus solennel, et au nom de ce qu'il y a de plus sacré. Et, cependant, on n'y trouve pas un mot qui se rapporte à la médecine gratuite en faveur des indigents ! Le serment n'impose dans aucun cas au médecin, si ce n'est envers ses maîtres et ses proches, d'exercer gratuitement sa profession ; en un mot, il n'est pas fait mention des pauvres dans le serment médical d'Hippocrate. On est confondu d'étonnement et de tristesse en constatant une omission aussi pénible dans un document authentique qu'on a le droit de considérer comme le code moral de la profession médicale dans l'antiquité. Rien ne prouve mieux que ce fait combien les hommes, même les plus éclairés et les meilleurs, même dans la société la plus avancée en civilisation et la plus douce de mœurs, étaient encore éloignés des sentiments de la philanthropie la plus élémentaire.

Il est impossible de ne pas conclure après cela que la fraternité humaine et surtout la charité étaient des vertus inconnues aux sociétés anciennes, et absentes de l'humanité avant le christianisme ; ceci explique pourquoi il n'y eut absolument rien qui se rapportât de près ou de loin à un établissement en faveur des malades et des pauvres et pourquoi aussi l'on trouve si peu de traces d'actes de bienfaisance, même isolés, propres à venir à leur secours, chez les nations anciennes. C'est que la vraie fraternité et la vraie charité ne sont pas des sentiments humains, mais des choses divines auxquelles l'homme ne pouvait pas s'élever par ses propres forces.

En effet, dès que sont arrivés à Rome les premiers chrétiens, il se fait un travail lent, mais incessant, inconscient peut-être, mais visible pour l'observateur, dans cette société enivrée de plaisirs et riche de l'or du monde entier. En quelques années, l'on rencontre des groupes nombreux d'hommes et de femmes libres ou esclaves qui s'engagent par serment, comme dit Pline *, à ne commettre ni vol, ni adultère, à ne point manquer à leur parole, à ne point nier un dépôt. En même temps, on aperçoit des signes d'adoucissement des idées plus élevées, des sentiments de bienveillance + inaccoutumés. Bientôt, les maximes et les doctrines chrétiennes s'infiltraient jusque dans la famille même des empereurs et portaient autour du trône la mansuétude et l'esprit de charité. Les esclaves ne sont plus traités comme des choses et les lois même s'adoucissent un peu pour eux, bien que dans une moindre proportion que les mœurs. Ainsi l'empereur Claude accorda la liberté aux esclaves abandonnés par leurs maîtres pour cause de maladies ou d'infirmités ?. Partout on voit poindre les signes de cette fraternité semée comme une graine féconde et que rien ne peut étouffer, ni les édits, ni les persécutions, ni les supplices.

À mesure que les nouvelles doctrines se répandent, et que le nombre des chrétiens se multiplie, la mise en pratique des maximes de l'Évangile prend de l'extension, et les enseignements de l'exemple s'ajoutent à la diffusion des préceptes. L'exercice individuel de la charité ne pouvait rester caché à tous les yeux et, comme les pasteurs chrétiens enjoignaient aux fidèles, au nom de la fraternité évangélique, de nourrir, de vêtir, de secourir les pauvres, les malades et les infirmes, il n'est pas douteux que le sort des indigents s'améliora progressivement, et il est probable qu'il se rencontra quelques médecins dévoués qui donnèrent gratuitement leurs soins aux pauvres.

C'est ainsi que, par un travail ardent, mais humble et couvert d'infiltrations charitables dans les diverses couches sociales, tout se préparait à une rénovation complète des anciennes mœurs. Ce travail continu était arrivé, au bout de trois siècles, à changer entièrement les idées, les habitudes et le caractère général de la société. Pendant que cette évolution s'accomplissait, les lois étaient toujours restées les mêmes, c'est-à-dire dures, sévères, impitoyables même contre les esclaves et les misérables ; mais elles avaient néanmoins été impuissantes à arrêter le mouvement qui allait finir par tout changer.

Pour apprécier le changement survenu dans les mœurs préparant le renouvellement social, il faut se souvenir que, dès le temps des persécutions, on avait vu des églises entretenir des pauvres, se recommander des voyageurs, les accueillir, les entretenir et faire l'essai de la charité organisée. Au IVe, on vit une chrétienne riche et illustre, Fabiola, disposer une maison de campagne qu'elle possédait au voisinage de la ville, de manière à y recevoir des malades indigents. Elle les y soignait de ses propres mains et fournissait gratuitement tout ce qui leur était nécessaire. Saint Jérôme nous l'apprend : Prima omnium vocoxouelov instituit in quo ægrotantes colligeret de plateis, et consumpia languoribus ai que inedia miserorum membra foveret 1. de saint Jérôme. L'idée charitable réalisée par Fabiola dans la création de cette Villa languentium fut promptement féconde et, en peu d'années, les hôpitaux se multiplièrent. C'est alors seulement que fut mise en activité, d'une manière générale et publique, l'assistance médicale des indigents malades. Jusqu'à ce moment il n'y avait eu que des efforts individuels et isolés. On trouve des traces de ces efforts dans quelques inscriptions chrétiennes : en voici un exemple* :

La teneur de l'inscription laisse deviner que le diacre-médecin Denys, dans son zèle charitable, ne donnait pas seulement ses soins médicaux gratuitement aux malades pauvres. Elle dit plus : Obrulit omnia gratis ! il leur offrait tout gratis. On ne trouve absolument rien qui ressemble à cela dans les documents de source païenne. On peut apprécier ainsi combien le progrès des mœurs a été grand, et quelle rénovation sociale a dû avoir lieu pour arriver enfin à cette assistance médicale active qui se traduit par la création des hôpitaux et par la pratique de la médecine gratuite.


XIX. PÉRIODE MÉROVINGIENNE. — (e ne sont pas seulement les textes, ce sont aussi les monuments qui nous font défaut après l'époque des invasions pour nous rendre compte des transformations sociales.

Parmi les aspects si nombreux et si variés d'une vie qui nous échappe, l'hygiène est un des plus négligés. Cependant, il y aurait intérêt à faire voir la vie des hommes de ce temps devenue de plus en plus monotone, les grands édifices, temples, thermes, amphithéâtres délaissés quand ils ne sont pas démolis, transformés en casemates ou en carrières, ou bien envahis par les malheureux qui s'y implantent, s'y incrustent. La propreté fait place à l'ordure, à la saleté, à la crasse, et celles-ci donnent naissance aux épidémies. La police urbaine qui, pour ainsi dire, n'existe plus, les immondices qui s'accumulent et s'entassent sur les voies publiques, les familles qui séjournent dans des laudis, vivant côte à côte avec les animaux, comme des Bretons de nos jours, expliquent suffisamment les pestes et les maladies contagieuses que mentionnent à intervalles si rapprochés les chroniques du temps. On s'étonne même que la race humaine s'obstine à durer au milieu des conditions d'insalubrité où elle vit, au sein d'une humidité pénétrante entretenue par les forêts qui entourent les villes et les villages, par les marais qui s'étendent de proche en proche et parfois se rejoignent comme pour encercler les populations dans une perpétuelle menace de mort. La fièvre règne en Gaule à l'état endémique, elle assiège continuellement certaines villes comme Arles, Maguelonne, Marseille, Nîmes, Narbonne, Béziers, elle oblige parfois des moines à déserter un canton impossible à assainir.

D'immenses espaces désertés par les hommes restent vides de culture et les paysans, désireux de sécurité, se rapprochent des villes, s'y installent, en sorte que l'encombrement, le manque d'air, de lumière deviennent des foyers de maladie. La nourriture est rare, grossière et mauvaise, principalement dans le peuple des campagnes qui ne sait et ne peut préparer ses vivres pour les rendre digestifs. Ces gens font alterner les privations avec les excès ; l'Église leur apprend à sanctifier le jeûne, mais elle ne peut les détourner des ripailles énormes et des beuveries dégoûtantes qui sont le programme nécessaire des jours de fête.

Les soins apportés par les Romains pour amener l'eau par des aqueducs ont fait place à l'incurie, en sorte que les aqueducs cessent les uns après les autres le service qu'on attendait d'eux et l'eau qu'on boit est souillée, contaminée de toutes façons. De semblables conditions favorisent le développement de toutes les maladies : la fièvre typhoïde, la phtisie pulmonaire, le scorbut, la gale, la lèpre et les autres maladies de la peau, la variole, la diphtérie, la peste déciment la population, dépeuplent des villes privées de secours et de communications.

Les textes font principalement mention des fièvres, aussi fréquentes dans le Nord que dans le Midi de la France. À côté des fièvres, les écrivains signalent l'hydropisie, les maladies nerveuses, l'épilepsie, la folie, la lèpre *. Le peuple se montre craintif devant le fléau, ne sachant comment le combattre, mais il se montre hardi et féroce contre ceux qu'il soupçonne capables de le communiquer. Il y a telles légendes, comme celle de l'empoisonnement des fontaines, qui recueillent toujours le meilleur accueil et qui se règlent par des massacres d'innocents.

Dans cette situation, on cherche où se trouve et ce que peut faire le corps médical. Celui-ci se compose de gens de métier, probablement en moindre nombre que les guérisseurs improvisés : anachorètes, reclus, moines, prêtres, pour ne rien dire des sorciers et des magiciens. Les médecins sont assez nombreux en Gaule ; ils résident surtout dans les villes et à la cour 1. On compte parmi eux des prêtres et des diacres. Les juifs se distinguent particulièrement dans cet art ; ils ne manquent pas surtout dans le Midi de la France où ils forment des corporations puissantes et se transmettent les usages de l'antiquité.

La médecine était celle de l'époque romaine. On voit par les mots employés par Grégoire de Tours que les remèdes, les formules n'ont point changé . Les médecins pratiquent la saignée , les pointes de feu , posent des ventouses , emploient des vésicatoires *, recourent à certaines herbes pour combattre la dysenterie 7.

Nous savons peu de chose sur la science médicale des médecins de cette époque. Les monastères, l'école épiscopale pouvaient seuls donner abri aux études médicales sans les empêcher de se diriger vers un empirisme de plus en plus autoritaire. La traduction en latin et la copie des manuscrits médicaux d'Hippocrate, de Galien, de Soranus et des méthodiques pouvaient tout au plus conserver des traditions, mais sans rajeunir et renouveler une doctrine. À l’école de Grégoire de Tours, la médecine n'était pas tenue en grand honneur ; Sidoine Apollinaire raillait de son mieux les médecins impuissants en présence de maux que permettait la sagesse et la justice de Dieu pour le châtiment des hommes . Si les grands, les riches, se hasardaient à recourir aux médecins, les petits, les humbles, les pauvres ne s'y risquaient pas ; ils préféraient s'adresser aux sorciers et aux saints. Aux yeux de la foule, l'impuissance des médecins est chose évidente . Appelés, ils ne peuvent rien contre la maladie ! ?, découragent les malades ! et se font payer très cher ! ?, Éloignés le plus souvent du chef-lieu, sans communications rapides avec les villes qui étaient situées sur des voies romaines presque détruites par les invasions ou abandonnées à cause de leur insécurité, les villages et les hameaux étaient presque généralement privés de médecins ; l'on comprend que, dés lors, il fallait avoir recours, comme jadis, à une médecine empirique et employer les vieux procédés, encore survivants, du monde antique. La famille soignait le malade comme elle le pouvait, usant des remèdes transmis d'âge en âge et n'appelant le médecin que lorsqu'il était trop tard, tant la méfiance à son égard semble enracinée dans l'esprit du peuple des campagnes. La population du village étant peu nombreuse, la nouvelle de la maladie d'un voisin se répand rapidement, et aussitôt les vieilles femmes plus expérimentées, se souvenant d'un cas analogue, donnent des conseils, cuisinent des potions, infusent des herbes ; c'est à qui indiquera le meilleur remède et la famille crédule et confiante passe ainsi d'un médicament à un autre jusqu'à ce que, le plus souvent, mort s'ensuive !*,


XX. LES SAINTS GUÉRISSEURS. — La méfiance et le discrédit qui entourent le médecin détournent de s'adresser à lui ; la préférence s'adresse aux serviteurs de Dieu, ascètes, reclus, moines et évêques, à plus forte raison les saints du ciel. L'ascète jouissait généralement d'une grande notoriété, peut-être supérieure à son pouvoir ; le reclus muré dans un lieu à peine suffisant à ses membres était plus vénéré encore, plus consulté, plus écouté. On s'adressait à eux, on exposait son besoin ou son désir, le saint homme priait, bénissait la partie malade et il arrivait parfois qu'une amélioration se produisit. Si le malade n'était pas transportable, le reclus ou le personnage invoqué priait avec ardeur et on notait un résultat bienfaisant. Ce qui peut faire croire à la supercherie, à l'imposture, c'est le grand nombre de cas où la bénédiction est suivie de guérison et on se met à douter en disant : « Cela n'est plus ainsi aujourd'hui. » Mais ce disant, on ne réfléchit pas que ces prodiges, dont les Miracula sont remplis, puisqu'ils ne contiennent pas autre chose, sont, en définitive, fort peu nombreux. Parfois une cinquantaine ou une centaine dans un livre qui porte sur une période longue parfois de plusieurs siècles et sur des multitudes qui pourraient être évaluées à des centaines de milliers d'individus.

Saint Augustin nous donne un exemple qui montre que la confiance dans les médecins n'était qu'un pis-aller lorsqu'on s'adressait à eux : Erat apud nos, dit-il, Acalius quidam honesto apud suos ortus loco : clausis oculis natum se esse dicebat ; sed quia intus sani palpebris cohærentibus non palpebant, medicum eos ferro aperire voluisse, ne que hoc permisisse religiosam malirem suam sed id effecisse imposito ex eucharistia calaplasmate, cum jam puer quinque fere aut amplius esset annorum ; unde hoc se satis meminisse narrabat 14, Quand on s'adressait à un saint personnage en réputation de bon guérisseur, celui-ci traçait ordinairement le signe de la croix sur la partie malade ! ; il adressait la parole au démon, lui ordonnait de sortir du corps de l'infirme !, et, si ce remède restait inopérant, il avait recours à des lavages 1, à des frictions, parfois un simple toucher de la main. Parfois il recourait à des onctions d'huile !*, mais le signe de la croix faisait toujours partie des invocations.

On ne s'est pas fait faute de nier la vertu surnaturelle de la prière et les guérisons miraculeuses ainsi obtenues par l'intervention et le pouvoir de saintes créatures très étrangères aux études médicales. Il n'est pas soutenable que chaque récit de guérison puisse faire l'objet d'une démonstration historique, et nous nous garderons bien de l'entreprendre ; mais ce que nous soutenons, c’est qu'à l'époque qui nous occupe, lors que la science était courte et la foi vive, il se peut qu'il y ait eu des hommes qui ont reçu de Dieu et exercé le privilège de guérir en recourant à des procédés efficaces naturellement et auxquels la prière de ceux qui en faisaient usage, la sainteté de leur vie et la permission divine accordaient une vertu qui se manifestait publiquement. Ceux qui récusent l'intervention du surnaturel sont parfois embarrassés lorsqu'ils se trouvent en présence de faits si bien et si minutieusement attestés que la négation est difficile ; il leur faut alors invoquer la supercherie, l'illusion et diverses explications dont le plus grand inconvénient est d'être arbitraires. Il est et il sera toujours malaisé de faire admettre que les témoins des faits étaient des imposteurs qui se mettaient d'accord pour paraître croire et faire croire par autrui ce qu'ils ne croyaient pas eux-mêmes ; que les narrateurs de ces mêmes faits étaient des dupes qui prenaient leur parti de l'être et, bien plus, de duper ceux qui les liraient. Certaines guérisons procurées par des procédés d'où l'art médical est absent sont attestées de telle sorte qu'on ne peut se refuser à leur donner créance. Les saints personnages recouraient à des procédés qui, parfois, relevaient de la technique médicale. Voici un cas raconté par Grégoire de Tours ; il s'agit d'un malade apporté à un saint homme qui procède à une sorte de léger massage : Denique elevatur a lectulo, imponitur super vehiculum atque ad cellulam sancti perducitur, deprecans humiliter, ut sibi sacerdos Dei manus imponeret. At ille prosiratus in oratione coram Domino, conversus est ad infirmum, tactuque blandissimo ejus membra contrectans, eum in contemplatione adstantium reddidit sanum. Dans un autre cas, le saint procède à un lavage à l'eau tiède suivi d'une onction d'huile : Galefacta affertur aqua, et manibus propriis vir sanctus faciem aegroti, pedes et manus cum ingenti abluit diligentia, atque oleo corpus illius perunxit *. Ou bien encore, il provoque des vomissements : Vir Dei manum ori ejus injecit, linguamque obtrectat, in virtute Dei imperat ut egrediatur, tunc horrida vi discerpens eum ut pix neribus tenerelur, cum viscerum motione ac vomitu multo progressus, tantum fœtorem adstantibus dedit, ut sulphureos se crederent facilius tolerare odores ?.

La notoriété d'un guérisseur s'étendait de proche en proche : Nam demones de obsessis corporibus in nomine Jesu Christi verbo fugabat, venenum malæ pussulæ crucis signaculo obpræmebal, quartanis, terlianisve febribus infuso benedicti olei liquore pellebat et multia alia beneficia populis, annuente Domino largitore bonorum omnium, tribuebat. Ad tanti viri famam cœperunt quidam ad eum confluere, gaudentes ejus instrui disciplinis . Maladies nerveuses, fièvres quarte ou tierce, étaient traitées par des infusions d'huile bénite ; le jeûne, la retraite, le calme obtenaient des cures analogues à celles qu'on opère de nos jours avec des moyens analogues qu'on nomme un peu différemment : régime, repos, plein air, etc. Jadis, de saintes gens y ajoutaient la prière, et la guérison ne s'en trouvait pas retardée, quelquefois même elle s'en trouvait avancée. La salive, le sel, le vin, une décoction de feuilles de frêne ou de tilleul, toutes choses qui ont été pratiquées avec profit pour les malades : Nam si quis pusulam malam incurrisset et ad eam veniens orationem precabatur, confestimque illa prosternebatur ad supplicandum Dominum et collegens folia cujuslibet oleris aut pomi, saliva illiniebat, faciens super ulcus, imponebat folium . L'eau bénite tenait une grande place : Data benedicta aqua sepius medebalur.

Le signe de croix, avons-nous dit, était en quelque sorte de règle, mais on recourait aussi à des formules ; le saint disait : Domine omnipotens, filius unigenitus Dei patris, qui cum eo ac Spiritu sancto regnas in sæcula qui homini a nativitate cæco reddidisti lucem beati oris ab sputo, iu redde huie famulo tuo luminis visum, ut cognoscat, quia tu es Dominus omnipotens ; ou bien encore : Af ille adprehensa manu cæsariem, adtraxit, caput illius in finestram, ad sumptumque oleum benedictione sanctificatum, tenens manu sinistra linguam ejus, ori verticique capitis infudit, dicens : In nomine domini mei Jesus Christi aperiantur aures tuæ, reseretque os tuum virtus illa, qui quondam ab homine surdo et muto noxium ejecit daemonium. Et hæc dicens, interrogat nomen. Ille vero clara voce ait : Sic dicor ?, Utilisation de recettes éprouvées, emploi de méthodes simples et recours à des sucs ou à des produits naturels, on remarque surtout que dans leurs essais médicaux ou thaumaturgiques, ces saintes gens ne font aucune concurrence aux médecins de profession, aux grimoires de charlatans, aux amulettes, aux compositions plus ou moins répugnantes et ridicules ; ils font appel à la nature et ils se confinent dans la prière, ce qui leur attire une célébrité universelle : u£ fama ejus etiam extraneos fines adiret .


XXI. DE QUELQUES MÉDECINS. — Galien, de son nom véritable Nicon, est un Grec de Pergame qui vécut à Rome sous les règnes de Marc-Aurèle, de Commode et de Pertinax ; mais ce Grec est surtout un Oriental. La volonté de son père lui a imposé des études philosophiques très diverses et ses écrits en gardent la trace par leur absence complète d'ordre et de plan. Il commence à étudier la médecine à l'âge de dix-sept ans et, après maints voyages, il revient à Pergame à l’âge de vingt-neuf ans pour y être nommé médecin des gladiateurs. C'est dans ce poste qu'il fait remarquer son habileté à guérir les blessures et à traiter les fractures et les luxations. À trente-trois ans, il vient à Rome, s'y impose tout de suite et acquiert une grande réputation, ce qui ne s'explique que par la science qui le met hors de pair entre ses collègues. C'est un arriviste, mais un pusillanime ; il redoute les gens qui ne le valent pas, mais pourraient bien le faire repentir de ses succès en y mettant un terme et, pris de frayeur, il décampe sous prétexte de la peste et retourne en Asie. Marc-Aurèle le rappelle à Rome, le loge au palais, lui accorde sa confiance et son estime ; il est au comble de la faveur, de la réputation et de la vanité.

Son influence a été prépondérante, presque unique, pendant plus d'un millier d'années. Les médecins n'ont rien su de l'anatomie en plus de ce que Galien leur en avait appris, entre la seconde moitié du IIe et l'apparition du Traité d'anatomie d'André Vésale, en 1543. Cette anatomie est imparfaite et incomplète, parce que Galien n'a jamais disséqué le cadavre humain ; le singe lui a suffi pour les muscles et les nerfs, le bœuf ou la vache pour les viscères. L'ostéologie lui a été fournie par un squelette humain non homogène. Il convient qu'il est difficile d'étudier l'ostéologie à Rome parce qu'on n'y peut avoir de squelette. Pour cela, il faut faire le voyage d'Alexandrie ou s'en tenir au poème didactique de Lycus, qui décrit en vers les os et les muscles. Le résultat est que Galien suit l'anatomie de Marinus (100 ans avant J.-C.). Pour la myologie, Galien a été le premier à décrire divers muscles servant à la mastication, aux mouvements des bras et de la poitrine, ainsi que le poplité, le peaucier et les muscles du larynx.

C'est Galien qui, le premier parmi les médecins anciens, a fait de la physiologie, en inaugurant ce qu'on a, de nos jours, nommé la « médecine expérimentale », C'est lui qui, par les vivisections, a créé la physiologie du système nerveux. C'est là que Galien mérite une admiration presque sans réserve, puis que c'est lui qui a fondé la physiologie du système nerveux, telle qu'on l'a connue jusqu'à la fin du XVIe.

Là se trouve sa vraie grandeur, parce qu'il est original et scientifique. Ses contemporains savaient depuis très longtemps que la section d'un nerf sensitif ou moteur entraîne l'insensibilité ou l'inertie du membre actionné par ce nerf ; lui, Galien, va faire connaître la première origine des nerfs dans le cerveau et la moelle épinière.

Platon, Aristote et les stoïciens avaient soutenu que les nerfs partent du cœur et les poètes y mettaient le siège de l'âme. Galien prouvera que le cœur est seulement le centre des artères comme le foie est le centre des veines ; le cerveau et la moelle épinière sont les centres des nerfs qui donnent à tout le corps la vie et le mouvement.

Galien a aussi sa médecine et sa thérapeutique : celle-ci consiste principalement en régimes, frictions, bains, clystères, purgatifs, saignées, C'est Galien qui améliora la thériaque, fut même chargé de confectionner personnellement celle du service de l'empereur et reçut, à cet effet, une médaille d'or où étaient gravés ces mots : ANTONINVS ROM. IMP. GALENO MED. IMP. « Antonin, empereur des Romains, à Galien, empereur des médecins. » La thériaque devint une panacée qui n'a disparu du Coder que dans l'édition de 1908.

La philosophie de Galien n'est pas moins remarquable que sa science. Il soutient que l'âme n'est ni matérielle, ni immortelle, qu'elle n'est pas par elle-même une essence et qu'elle est intimement liée au corps. Il estime que la nature ne fait rien en vain.

Galien a fixé la somme des connaissances médicales acquises de son temps ; il y a ajouté quelques découvertes personnelles. Il a eu le grand mérite de fonder, par ses expériences, la physiologie du système nerveux et d'inaugurer la médecine expérimentale.

Ce qui a desservi Galien, c'est le galénisme ; mais le galénisme n'est pas son œuvre, c'est celle d'une postérité paresseuse qui, pour s'assurer le repos et se dispenser de l'effort, n'a rien imaginé de mieux que de rendre Galien et sa doctrine infaillibles. Tout le Moyen Âge se complaira dans cette déférence qui est surtout une abdication ; elle se prolongera jusqu'au temps de Vésale et de Harvey.

Quant à Galien, il devait avoir ici sa place parce qu'il marque le point de départ d'un grand effort qui s'arrêta avec lui. Les générations suivantes n'ont fait autre chose que de codifier les maximes et les observations que le grand homme avait jetées comme au hasard.

Antyllus (330), connu par les témoignages d'Oribase, d'Aétius et de Paul d'Égine. Il pratiquait la trachéotomie dans les cas de suffocation avec asphyxie imminente ; mais surtout il s'occupait de la diététique dans l'état de maladie et dans l'état de santé ; enfin il avait imaginé les bains de soleil, insolatio.

Oribase (325-400), que nous avons rencontré dans la biographie de Julien l'Apostat. Il était né à Pergame et professait une admiration sans réserve pour son compatriote Galien dont il résuma les écrits en un épître. Pour le reste il n'a rien d'original. Vindicianus (364), médecin grec, de la secte méthodique ; saint Augustin l'appelle le « grand médecin de son siècle » Il était comte des archiatres de Valentinien Ier. Théodore Priscianus (379), élève du précédent, s'est occupé des maladies des femmes.

Sextus Empiricus (379) a écrit un petit livre sur « la médecine tirée des animaux ».

Nemesius (380) s'est converti au christianisme.

Marcellus Empiricus ou Marcellus de Bordeaux, auteur d'un De medicamentis qui parut à Bâle, en 1536, par les soins de James Cornarius, qui en prit fort à son aise avec le manuscrit du IXe qu'il avait entre les mains. Le nouvel éditeur, M. Niedermann, s'est appliqué à déterminer l'influence du De medicamentis sur les compilations médicales postérieures, tâche assez compliquée, parce que plusieurs de ces compilations sont encore inédites et que, pour celles qui sont publiées, presque tout le travail critique reste à faire. L'étude grammaticale a été poussée à fond avec raison puis que ce travail intéresse sérieusement la langue parlée en Gaule. D'ailleurs, Marcellus intéresse beaucoup d'honnêtes gens, en dehors même des latinistes de profession. On lui sait gré d'avoir écrit aux environs de 408, au moment où la ruée des barbares mettait en Gaule la culture latine en perdition. C'était un grand personnage, car il avait été maître des offices sous Théodose le Grand et Arcadius. Il est touchant de le voir se transformer, la plume à la main, en une manière de médecin des pauvres. Ce n’est pas, en effet, un livre de doctrine qu'il nous a laissé, mais un recueil de recettes pour tous les maux, de la tête aux pieds, le plus souvent remèdes de bonne femme qu'il tient, comme il le proclame lui-même, ab agrestibus et plebeis. Aussi, quelle mine pour l'histoire des superstitions que le De medicamentis ! Si Marcellus n'a pas fait faire de progrès à la médecine, on lui doit, en revanche, une particulière reconnaissance. Après Pline, c'est le plus riche auteur en noms de plantes. Et comme il n'écrivait pas pour les savants, mais pour le peuple, et particulièrement pour ses compatriotes gaulois, comme il a recueilli ses remèdes non seulement dans les livres de ses devanciers, mais surtout dans la bouche même du peuple, son livre peut être considéré comme le premier rudiment d'une Flora gallica.

Psychresius (440), né à Alexandrie, devint le premier médecin de Léon de Thrace, qui fut empereur d'Orient en 457.

Aélius d'Amibe (543), né à Amibe en Mésopotamie, fit ses études médicales à Constantinople et devint médecin de l'empereur avec le titre de comte obsequii. Le premier entre les médecins grecs, il embrassa le christianisme. Il est l'auteur d'un tableau assez complet de la médecine au VIe de notre ère. Nous pouvons voir qu'il n'était pas en avance sur ses contemporains ; voici, en effet, dans le cas où on lui signale la présence d'un corps étranger dans le pharynx, comment il veut qu'on se comporte : « Tourne-toi aussitôt vers le malade assis et, lui recommandant de te regarder, dis : « Os, si tu es un os ou qui que tu sois qui existes, sors comme Jésus-Christ fit sortir Lazare de son tombeau et Jonas de la baleine. » Puis, saisissant le gosier du malade, dis : « Blaise, martyr et serviteur du Christ, dit : ou monte ou descends. » Alexandre de Tralles (550), vivait sous le règne de Justinien, étant né à Tralles, en Lydie. Il tenait moins du médecin que du charlatan, trouvait admirables les pratiques superstitieuses comme celle qu'on vient de voir et traitait l'épilepsie avec une clé fixée à une croix attachée au bras du patient, un collier de jaspe au cou et un anneau de jaspe au doigt.

Procope (560), qui fut historien, aurait été aussi médecin ; il a laissé une description de la peste à bubons, dont il avait été témoin à Constantinople, en 543.

Paul d'Égine (634), est l'auteur d'un traité en sept livres sur la médecine, sorte de manuel précis et bref, qui a servi à l'éducation médicale et chirurgicale des médecins des XVe et XVIes, mais qui ne contient aucun fait nouveau.


XXII. LE CHRIST MÉDECIN. — Au cours du printemps de l'année 1919, on découvrit à Timgad, au nord de l'arc de Trajan, au milieu des ruines d'une chapelle chrétienne, une petite pierre calcaire portant une inscription incomplète (fig. 7874). La pierre était haute d'environ 0 m. 25, assez bien conservée sur les côtés, brisée au sommet et largement ébréchée à la base vers la droite. Vers la fin de 1923, on a été assez heureux pour découvrir, à une cinquantaine de mètres du point où avait été relevé le premier fragment, un deuxième fragment qui se rattache exactement avec l'autre. La pierre étant complète, on constate que c'est un support (pied de table ou de siège) assez bien conservé sur ses trois faces, car il est en forme de prisme triangulaire droit. La hauteur totale est de 0 m. 45. Les plans supérieur et inférieur portent des traces de scellements. Deux des faces sont décorées d'un dauphin en relief, la tête dirigée vers le bas ; la troisième face, qui était lisse, porte l'inscription. La face inscrite est large de 0 m. 12, sauf à la hauteur de la dernière ligne où elle mesure alors 0 m. 15. L'inscription est complète à quelques échancrures près. Le petit monument n'a pas dû nécessairement appartenir à un édifice païen ; s'il servait de support à une table ou à un siège, ses trois faces pouvaient être visibles et la présence du dauphin, symbole chrétien, permet de penser qu'il n'a jamais eu d'autre destination. L'inscription comptait quinze lignes, la hauteur des lettres est de 0 m. 055 à la première ligne et dans la suite elles varient de 0 m. 02 à 0 m. 005. Il y a des lettres liées et des lettres groupées.

Ligne 2 : Cette ligne commence par un E, ce qui obligerait à admettre la forme egaudere qui n'a pas d'analogues, peut-être faut-il tenir compte que la partie supérieure de l'E semble former un T, de sorte qu'on pourrait lire : Bonis bene, et gaudete...

Ligne 3 : Le mot Peirus commence par deux ligatures et entre ce nom et Lazarus nous retrouvons un E semblable à celui de la ligne 2. Qui sont Pierre et Lazare ? Nous n'avons pas l'ombre d'une raison pour y découvrir le prince des apôtres et le ressuscité de Béthanie. Ce sont probablement deux fidèles de Timgad, qui avaient sollicité et obtenu du Christ une grâce de guérison qui leur fut accordée.

158 Lignes 5 à 12 : Rogo te, Domine, subveni, Criste, tu solus medicus sanctis et penitentibus. Ici la restitution du texte est certaine, le mot subveni se complète sans hésitation malgré la cassure de la pierre ; ce mot a le sens de venir en aide, il est d'un emploi courant parmi les fidèles d'Afrique ; on le rencontre chez Arnobe : Christus equaliter bonis malis que subvenit, chez Commodien qui recommande à un pénitent : pelere summo de Rege, subvenire fibi, chez Optat de Milève qui reproche à Donat de Carthage de n'avoir pas voulu peccatoribus subveniret, chez saint Augustin qui dit, dans un sermon, Ad hoc ergo (Deus) subvenire diffe-. rebas.

Ce qui suit est très digne d'attention, car l’épithète de medicus, appliquée au Christ ne se rencontre nulle part, pas même dans le carmen 67 de saint Damase ; néanmoins, on ne peut dire que ce soit une innovation car, « pour la majorité des fidèles, le Christ était avant tout le Sauveur, le dieu guérisseur, médecin des âmes et des corps, un nouvel Esculape, naturellement très supérieur à l'autre. Cette conception a été populaire chez les Africains, depuis la fin du ii° siècle jusqu'au v°. Tertullien parle du Christ médecin qu'il appelle Christum medicatorem . Et c'est un thème dominant dans la prédication du grand évêque d'Hippone : Augustin appelait Jésus « le grand médecin », medicus magnus ?, ou « le médecin tout-puissant », omnipotens medicus 3, ou notre « médecin et sauveur », medicus 159 et salvator noster , Il disait un jour dans un sermon : « Ce grand péché, cette grande maladie des âmes a fait descendre du ciel le médecin tout-puissant ». Ou encore : « Vienne un médecin pour guérir les maux.

Un médecin ? Lequel ? Notre-Seigneur Jésus-Christ... | Il est tout entier le médecin de nos blessures... Il est tout entier notre médecin . » Un autre jour l'orateur commençait une homélie par ces mots, où il prenait à témoin les fidèles : « Votre Sainteté sait fort bien, comme nous, que Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ est le médecin de notre salut éternel. » L'insistance d'Augustin attestait la popularité de cette conception dans les milieux populaires : l'inscription de Timgad confirme le témoignage littéraire, en y joignant une preuve matérielle *.

Sanctis, ce terme qui, à l'époque apostolique et les temps qui suivirent immédiatement la première génération chrétienne, servait à désigner tous les frères, vit, avec le temps, sa signification se restreindre ; il ne s'appliquait plus qu'à ceux d'entre les frères dont la vie provoquait une édification particulière. On n'avait eu qu'à ouvrir les yeux pour s'apercevoir qu'un trop grand nombre interprétaient d'une façon trop large les enseignements du Christ et le bon sens avait fait le reste. Les hérétiques ne connaissaient pas cette délicatesse et, parmi eux, tous les affiliés de leur secte continuaient à bénéficier du nom de « saints ».

Penilentibus, ici encore le sens du mot diffère suivant le parti qu'on suivait : pour les catholiques, le « pénitent » s'entendait du pécheur astreint à la discipline pénitentielle ; pour les donatistes, le « pénitent » était celui qui, venu de l'erreur catholique à la vérité donatiste, expiait plus ou moins longuement son erreur passée.

Lignes 13 à 15 : On a proposé de lire Matrem manibus el pedibus defendentibus ou bien Amare manib(us ) el pedibus De(um) ; c'est ingénieux et cela demeure | douteux. Comme rien ne permet de supposer qu'on pourra compléter ces derniers mots, mieux vaut peut-être ne pas trop s'y efforcer, puis que cela sert à peu de chose et que tout l'intérêt de l'inscription parait se trouver dans l'épithète medicus appliquée au Sauveur. Amare manibus et pedibus Deum est assurément une manière de s'exprimer pleine d'énergie : « Aimer Dieu des pieds et des mains », c'est-à-dire de toutes ses forces.

On peut donc traduire l'ensemble de cette façon :

« Le Bien aux bons ! Et réjouissez-vous Pierre et Lazare !

« Aimer Dieu des pieds et des mains. » Depuis sa découverte, l'inscription a suggéré différentes lectures. La première, de M. Levi-Provencal :

C(R)RISTE TVI SOLVS ME ll DICVS SA l| NCTIS ET l| P(O)ENITEN || TIBVS AMA || RE A MANI(bus) l| eT PEDIBVS DE(i) La deuxième, de M. Paul Monceaux :


SV[BVENI] CCH)RISTE TV SOLVS MEDICVS SANCTIS ET P(0)ENITENTIBVS MA[f]RE(m) MANIBIU]S ET PEDIBVS DE [fendentibus] et après la trouvaille de 1925 :

B(onis) B (ene) || (e) GAVDETE P || ETRVS ET LAZA || RVS | ROGO TE || DOMINE I| SV(P)VENI, ete.

La troisième, de M. Albertini :

B(onis) B (ene) EGAVDET PE || TRYS ET LAZA Il RVS Il ROGO TE [| DOMINE Il SUVVENI I| CRRISTE TV SOLVS ME || DICVS SA || NCTIS ET P(o)NITEN Il TIBVS AMA || RE MANIB(bus) | ET PEDIBVS DE[VM] 160 La quatrième, de M. Jérôme Carcopino, la plus vraisemblable.


ROGO TE DOMINE SVVVENI CRISTE TV SOLVS MEDICVS SANCTIS ET PENITENTIBVS AMARE MANIB(us) ET PEDIBVS DEI Que tout soit bien à ceux qui sont bons (sur cette terre) et réjouissez-vous Pierre et Lazare dans le ciel.

Je te prie, Seigneur, viens en aide, à Christ, toi l'unique, aux saints et aux (pécheurs) pénitents : soit ainsi (des uns des autres) comme les mains et les pieds | de Dieu.

L'idée, l'expression même du Christ médecin, est chose admise en Afrique et entendue de tout le monde vers la limite du iv°-v° siècle, Cependant, on a quelques bonnes raisons de croire, lue à Timgad, citadelle du donatisme et enchâssée dans le contexte qu'on vient de dire, que l'inscription appartient aux schismatiques.

Les différents commentateurs de cette inscription n'ont sans doute pas ignoré un texte épigraphique qu'ils se sont abstenus de citer et qui offre exactement le même sens. C'est un linteau de pierre dans la cour d'une maison de Frikya, en Syrie (Djebel Riha), au centre du village, tournée au Sud. L'inscription mesure 1 m. 64 en longueur, haut. des lettres, 3 ou 4 centimètres.


XXIII. LES SAINTS MÉDECINS. — Après les témoignages fournis par l'épigraphie, qui, tous sans exception, s'appliquent à des personnages ignorés de l'histoire ecclésiastique, nous devons accorder une mention à un groupe plus nombreux peut-être, mais qui

| n'est pas beaucoup mieux connu ; cependant, plusieurs de ceux qui en font partie jouissent d'une grande | illustration.


MS


CEE A


TRI PRE E SEM SN EEE

161 Aoux&c, et dans la Ils épître à Timothée (1v, 10), Aouxüc otv uóvoc ET’ .£uob. dont jouissait A. Harnack mettait en circulation et | qu'on examinait avec l'émerveillement qu'on refusait à des travaux sérieux. La lecture des Actes nous montre un écrivain habile à employer les termes techniques, mais non à porter des diagnostics révélateurs. Lorsqu'il nous montre Paul et lui-même à Malte recevant l'hospitalité chez Publius, dans l'île de Malte, il nous dit que le père de Publius était alors au lit, en proie à la fièvre et à la dysenterie : èyéveto 8 tóv ratéox ^00 IlorAlou mugetoig x« l Guoevtepio ouveyouevoy xorxxelo0at. A la vérité, il faut une excessive bonne volonté pour découvrir dans ces mots une compétence de technicien ; et on en dirait autant | des autres passages invoqués pour mettre en relief | la capacité médicale de saint Luc. Le mieux est, sans doute, de lui accorder le bénéfice du mot de saint Paul, 6 ix7póc, et de s'en tenir là. Médecin, peintre, navigateur, Luc a été plus, et mieux encore, un écrivain possédant un art très sûr et un historien d'une autorité irrécusable. C'est là qu'est sa véritable grandeur. Médecin, il a pu, à l'occasion, proposer un collyre pour la vue affaiblie et douloureuse de saint Paul, lui appliquer un onguent, veiller à sa santé et faire | d'origine ; tous ceux que nous connaissons jusqu'à | cette date sont de pays helléniques, parce que, dans la Grèce seulement, il y avait de vraies écoles de médecine. Ils avaient parfois des élèves à Rome même et en Italie, mais ceux-ci n'avaient ni le savoir, ni la réputation de ceux qui étudiaient en Grèce *. A Lyon, les médecins se trouvaient former une population venue en grande partie des pays d'Orient. Parmi eux le plus anciennement connu est un certain Abascantus dont Galien cite les formules, mais sur le compte duquel il ne nous apprend rien. Ce nom d'Abascantus plus.ancien médecin de Lugdunum (129 ?-177) : Identité DICT. D'ARCH, CHRÉT.

162 parait avoir été d'abord un sobriquet choisi par ceux qui voulaient protester de leur bonne foi ; en effet, ce nom signifie « sans sorcellerie » (x privatif, Bxoxalvo, j'ensorcelle). Son emploi est fréquent dans l'onomastique ?, mais ne s'applique pas qu'à des médecins . En ce qui regarde le Lyonnais, nous devons observer que Galien parle d'un Abascantus exerçant la médecine à Lyon, lequel avait composé un antidote contre la morsure des serpents venimeux et une autre formule contre l'élément douleur . Le deuxième, nommé Cletius Abascantus, avait inventé une potion pour les phtisiques que Galien employait souvent, mais ce Cletius Abascantus vivait sous le principat de Néron et ne semble rien avoir de commun avec Lyon. Un troisième médecin, contemporain, comme le premier, de Galien, était cet Alexandre, originaire de Phrygie, mentionné dans la lettre de l'an 177, et qui, après . avoir encouragé les apostats à revenir à la foi, mourut martyr. Quant à faire de cet Alexandre l'Abascantus de Galien, c’est une gageure qui ne peut se soutenir qu'à grand renfort d'hypothèses, plus gratuites les unes que les autres *. Celle qui consiste à supposer que Abascantus était le surnom d'Alexandre ne repose sur rien et ne sert à rien, car on pourrait faire valoir tous les arguments invoqués pour chacun des médecins alors établis à Lyon.

Ju les est l'auteur d'une Chronographie, des Cestes et d'autres ouvrages encore ; il a touché à beaucoup de questions et il a exercé une longue et profonde influence, car on retrouve chez nombre d'écrivains des passages empruntés à Ju les Africain ou qui dérivent de lui. L'inspiration en est fondamentalement chrétienne.

Ce n'est pas par cet aspect que sa personne nous intéresse ici, mais par tout ce qu'il a glissé dans les Cestes qu'on peut rapporter à l'art de guérir, car ce serait trop dire que de parler de médecine. Suidas, qui mentionne cet ouvrage en 24 livres, le caractérise de la façon suivante : siol 8& olovel quoixt, Eyovcx £x Àóvycw te xal Éraotd@v xal ypantõv TvV ya parThpav igosig te xal dAholwv ëvepyeiðv. « C'est, comme qui dirait, un traité de médecine, où l'on trouve re cette pour guérir à l'aide de certains mots, de certaines incantations, de formules et de grimoires. » Il n'y a pas que cela dans les Cestes, mais il faut bien

À. — XI — 6

163 reconnaitre que cela y joue un rôle considérable. Et pourtant c'est l’œuvre d'un chrétien ; à preuve, cette re cette pour empêcher le vin de tourner : « Inscrire sur la jarre ou le tonneau ces mots divins : Goütez et voyez combien le Seigneur est bon. » (Ps. XXXIIL 9.) Le même moyen réussit également pour le miel. Ces procédés jettent un jour curieux sur la mentalité de l'auteur et sur son époque, et ils expliquent assez bien les relations que l'Africain entretenait avec la cour syncrétiste d'Alexandre Sévère et le milieu superstitieux du roi d'Édesse !. Assurément, mais comptent davantage à l'actif du charlatan que du médecin.

On pourrait être tenté de croire que la profession médicale est du nombre de celles où les hommes trouvent et saisissent le plus d'occasions de se sanctifier. Le premier qui songea à dresser un catalogue des saints médecins est J. Molanus, dans son Medicorum ecclesiasticum diarium, in-16, Lovanii, 1595 ; il a suscité 164 =% Basilius, évêque d'Ancyre, artis medicinæ gnarus.

S. Jérôme, De viris inlusiribus, LXXx1Ix ; Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, t. vi (1699), p. 290 sq.

Carponius, Acla sanci., aug. t. VI, p. 18.

Küpoc... lxcpóc vij » Téyvnv, ob TÒ épyaccfptov uéypt un certain nombre d'imitateurs ou d'amplificateurs dont on trouvera les noms à la Bibliographie : Guildu-Val, 1643 ; Pr. Mandosius, 1693 ; C. B. Carpzovius, 1709 ; J.-C. Moerlin, 1709 ; G. Marini, 1784 ; Fr. Cancellieri, 1812 ; A. Fournier, 1893 ; et peut-être quelques autres. A. Harnack dressa une liste de Christliche Aerzle, 1892, liste à laquelle on a ajouté quelques noms pour la période primitive, cf. Analecta bollandiana,

Si on songe que Molanus place en tête de son catalogue la Sainte Trinité et le Christ, on entrevoit à quels développements cette liste peut conduire, puisque les anges gardiens y trouvent place, car non modo spiritualiter, sed et corporaliter nos custodiant. Enfin, sans même passer au déluge, il faut encore noter Adam, notre premier père, qui fut inventorem medicinæ, et puis Job, et encore Isaïe avec Daniel, pour ne rien dire de Moïse ou de saint Paul, qui condamnait le « régime sec » en écrivant à Timothée : Noli adhuc aquam bibere : Sed modico vino utere propter stomachum tuum et frequenter tuas infirmitates. Nous nous contenterons ici de transcrire quelques noms :

Aegialeus, archiater nobilissimus, dans Disputatio Mani cum Archælao, 12 ; S. Épiphane, Hæres., LXVI, 10, le nomme »Ixzpocogiort/c.

Aelius arianus, dans Philostorge, Mist. eccl, III, xv, ġutoðov rupeïye roig Oeouévor Thy Deparelav.

Aglaophon, dans S. Méthode de Patare, De re surreči. carnis ; il se convertit au christianisme.

Antiochus, médecin dans l'ile Sulcitana (S. Antioco, Sardaigne). Salv. Vital, Urania Sulcitana, de sa vida, martyriu e morte de su benavent. S. Antiogu, in-4o, Sacer, 1638.

To vÜv ngoi OTAow méQuxsv slg vadv Ürépyov Tw &ylov piov ralôcw.

Flavius, grammairien, écrivit de medicinalibus, S. Jérôme, De viris inlustribus, c. LXXX.

Hierakas, S. Épiphane, Hæres., LXVII.

Theodolus, médecin et évêque de Laodicée en 305 : Eusébe, Hist. ecc les., 1. VII, c. XXXII.

Zenobius, médecin et prêtre de Sidon. Eusèbe, Hist. ecel., L VIII, c. xir.

Parmi les médecins chrétiens, on peut nommer Maximus, eunomianiste converti, qui reçut une lettre XXIV. ESSAI DE CLASSEMENT DE QUELQUES MÉDECINS CHRÉTIENS, — Si on parcourt les recueils d'inscriptions anciennes, la mention de la profession médicale se rencontre fréquemment ; elle reparait aussi dans les collections papyrologiques, mais moins fréquemment. Peut-être existe-t-il, parmi le grand nombre d'ouvrages consacrés à la médecine anti que, un catalogue des noms de médecins et des circonstan ces 165 plus ou moins précises qui se rapportent à eux ; nous ne tenterons ici rien de semblable, mais nous réunirons seulement quelques témoignages relatifs à des médecins chrétiens. Ces témoignages épigraphiques sont peu nombreux et peu diserts, ils mentionnent la profession exercée par le défunt et rien au delà ; de sa science, de ses succés, de sa réputation, ils ne nous apprennent rien. Preuons, dés lors, ce qu'ils nous donnent et tenons-nous en là.

1. Rome, esistente ancora al suo posto nel cimitero di Callisto, sopra un loculo, presso il cubicolo del papa Cornelio.

C'est l'épitaphe d'un prêtre, qui était en même temps médecin, et s'appelait Dionysios. Il en existe un moulage au musée de Latran (fig. 7875). Seconde moitié du 111° siècle.

2, Rome, in regione Transtiberina.


ENOAAE KEITAI AAEZAN -APOC « + IATPOC XPIZTIANOC KAITINEYMATIKOC « Evôdôe era »'AXé[f]xv8pog, larodc yetatiavdc HG TVEULOTIHÔC + YTIEP €YXHC ANACTACIOY AIA KONOY UE WC KE €IATPOY... Yréo ebyñc Avaoruotou Rios dun VERE on xé Elo vpoU... X &,

Syracuse, catacombe Saint-Jean, région méridionale, fosse nord-sud contenant deux squelettes disposés en sens inverse ; prés de l'un d'eux une tablette de marbre de 0 m. 215 sur 0 m. 19, fouil les de 1894 :


ATOPACIA HHAIKOC EIATPOYOA OKSACYNMA PTYPOYNTOCTIE TPOYKAI MAPKIA NOYKAI MEOIOY « Avopaola Draixoc zlætpoð 6X0x(oclvou) « ', auvp.xevupoUvroc IIlévpou xoi Mapxikvoo xxi Meblou

Cette inscription nous fait connaître pour la première fois, à Syracuse, l'existence d'un médecin chrétien ; on remarquera la déformation sixzpóg pour uxrpóc. La fin de la 4° et le début de la 5* ligne font allusion au prix d'achat du tombeau, prix évalué à un aureus : 6Aoxozivoo, sous-entendu córmoc. de vente avait eu trois témoins, nommés Pierre, Marcien et Métius. Ce dernier nom est nouveau et se rapproche du gentilice Metius qui existait alors à | | dalle, mesurant 0 m. 72 de haut sur 0 m. 31 de large Syracuse.

166 5. Ile de Gozzo, prés de Malte :


ENOAAEKITEAOME LTIKOLOEYMEHL XPICTIANOE K IHTPOC EZHE ENE THOL ANEMACATOTHIILILH KAA-A-DCOEBPS X X || I] »Ey026z Hire Aopéorix0c ů 6 eu [a0]he ( ?) Xptortavèc x(xl) Unvpóc« EGmoev Črn oc, &yenácuo qh impi t' xaA[xv]8(civ) peGp(ouxplowv) ANECTNCEHAEAYTONTIMOGEOE YIloC | EOXNOVEYBEHIATACU MPO EE SRE PRO ENOAAE FH KATEXIAYP TTPICKON EIHTPON EONTAEZ OXONHAIKIHC ETTIETECIEZHKONT AMEETHLEN AEAYTONTIMO OEOL YIOC

Nova, en Lycaonie « Ici la terre contient Aur. Priscus, qui était un excellent médecin pendant soixante années qu'il vécut. Et [sa tombe] fut élevée par son fils Timothée, et sa femme Alexandrie, en honneur. »

Au-dessous de l'inscription, trois arca des, et, cha que arcade, un RS


ABPAMOC +

$. Hébron, Palestine. Deux textes sur une même 167 et 0 m. 06 d'épaisseur ; haut, des lettres 0 m. 03, dans la première, 0 m. 035 dans la deuxième épitaphe. Voici le premier texte : »Evôaèe xatretéðn ó uaxäpios Ilérooc èv mw « Apremuotou œ’ Ly8. + » « Ici a été déposé le bienheureux Pierre, le ler du mois d'artémisios, en la troisième indiction. »

Voici le deuxième texte : + ENTAYOAKEIT 5 KOMAK'ABPAAMI OLIATPS ANATA €IETH HMHNS5 5 MAIOY APTEMH CIOY IH INAS IB « €TOYETZE f + ’Evraülax xeic(at) x[ul] å uax(&oroc) 'A6paptoc lxvo(óc), &vomuslg th n° wev(d)s Matou ' Apreu(r)oloo n° lv8(vxzt voc) t6* Étouc « E£ +. t T

Ici repose aussi feu Abraham, médecin, mort le | 8 du mois de mai [qui est] le 18 d'artémisios, en la deuxième indiction, l'année 365 f. »

Macarios a la valeur de « feu » ou « bienheureux » ; la première épitaphe ne comporte pas de signes chréLiens ; on peut préjuger néanmoins que Pierre, ami d'Abraham, qui partageait sa sépulture, professait la | + K(al) roüro tò véov čp || yov yéyovey éx Tng || xo v7)c puhoriulæsc || Xiepáwou rod cogo || r&rou x(xi) évôoë (ov&cov) &gyt || pou roù Oslov maa- || tlou. + :

Et ce nouvel ouvrage provient de la même générosité d'Étienne, le trés sage et trés illustre archiatre du sacré palais. »

| | musée du Caire :

168 10. Éphèse. G oy coo...

Bibl. — Ancient greek inscriptions in the British Museum, 3, 2, Ephesos, n. 677.

11. Venosa. Un médecin juif, Fl. Faustinus àpyuxtpog ee

Les Pères de l'Église blâment sévèrement le recours aux médecins juifs, en particulier saint Jean ChrysosUn médecin juif : 'lo[uAÍou ?...] | tome. Adv. jud., 1, 7 ; van, 5, P. G., t. xrvim, col. 854, 935, qui conseille aux chrétiens de se laisser mourir plutôt que de recourir aux médecins juifs. Les canons de conci les condamnent aussi ce recours. En 438, la Novelle III de Théodose, interdisant aux juifs toute fonction publi que, les exclut en fait de l'archiatrie.

12, Égypte. El Doukheileh, marbre blanc : 0 m. 27 sur 0 m. 28, date 536 ; entrée au musée d'Alexandrie, salle 1 :

i + &xow for èv X(prot)ö ó d8eXpóg 'Icmxyvno ó Toù &66& Zeprvou ToU Éxtpoù vi Tuh : x' : lv8 * 18 ! sto n + ov6' + EZ rep VOS LNTONS exotu non TAYELOV tö w8t L6

Sur le liste ! : BIKTCOP|, le man que de place a fait | supprimer la finale tvóc.

« Quant à l'enfant lui-même, c'est la tendresse paternelle qui assimile à un martyre les souffrances et la mort qu'il endura par la faute du médecin. Peut-être aussi le père a-t-il voulu donner au mot aptopeiv un double sens et traduire ainsi en grec l'expression connue qu'il emploie en latin : positus est ad martures*. » Quoi qu'il en soit, on voit que Flavius Maximinus rendait le médecin responsable de la mort de l'enfant.

Bibl, — Germer-Durand, Inscription chrétienne de Nicomédie, dans Cosmos, 7 septembre 1895, p. 169171 ; E. Beurlier, Inscriptions grecques provenant... des environs de Nicomédie, dans Bulletin de la Société nationale des antig. de France, 1895, p. 225-227. Cf. H. Grégoire, dans Studia Pontica. Recueil des inscriptions grecques et latines du Pont et de l'Arménie, 1910, au ALCA &NIIC t Ta € B OC&E THNI AEAE KOIMH OHNM ayri NAA-Y ÞEIAIK OCT EVOG[S]e rérauue… lv ilonvn évo[u& ujor ITérpoc, [ÉpFrov dE inrrle. vletel por K... ife] môAc „tioo Ern v' ÉA(axtrov). éxouunünv nivi) | Eusébe, Hisi. eccl, l. VIII, c. vi. — E. Beurlier et H. Grégoire, tandis que H. Delehaye propose : « martyrisé par les chirurgiens. » 173 ciolo, en 1847 (fig. 7879). C'est l'épitaphe d'un médecin ; elle est ainsi conçue :

Rapetiga medicus civis hispanus, qui vixit in pace ann. p. m. XX V, hoc pater Nicetius fecit, d. n. Ma(gno) Mazimo Aug. II.

- C'est par erreur que Fr. Lenormant a attribué cette épitaphe à la deuxième année du règne d'Héliogabale, lequel n'a jamais porté sur les monuments les titres de Magnus Maximus, noms qui appartiennent à l'usurpateur Maxime, dont cette pierre rappelle le deuxième consulat. Quoi que la mention du mois soit omise, l'inscription est antérieure au mois d'août, puis que c'est en juillet ou en août que Maxime fut vaincu par Théodose et disparut.

L'inscription du médecin Hapetiga se rapporte donc à l'année 388. p | V MINSIS Si DIEBVS |

Ce nom de Miggin est d'origine berbère ; on ne le rencontre guère qu'en Afrique et il est probable que ce médecin était Africain de naissance ou par ses ascendants.

174 29. Rome, au cimetière de Saint-Valentin, sur la voie Flaminienne :

Hic Pastor medicus monumen [ta in martyris aula {lelix, dum superest, condidit i|lla sibi Perfecit cuncta, excoluit. Qui [volt violare cernet quo iaceat, poena [manebit eum Add [i {ur et tibi Valentini gloria sancti vivere post o[blitum dat...digna.

| Gorp. inscr. lat., t. x1, n. 2835.

| Sainte-Eulalie ; fragment de plaque de marbre de | 0 m. 15 de haut sur 0 m. 38 de long., du vre siècle environ, haut. des lettres 0 m. 035 :


LDVS MEDICVS DEBITO VS HOC IN SEPVLCRO QVIESCIT VRVS VIXISSE FERTVR FERE

lign. 1, le jambage qui précède la lettre d semble ne pouvoir être qu'un e, ce qui amène la restauration très probable du nom .Reccaredus ; la lettre u du mot medicus offre une forme particulière ; lign. 2, de même le premier u de cette ligne ; on a proposé de compléter le mot : functi] us ; lign. 4, car il y a une ligne 4 où on entrevoit des traits dont on voudrait faire... [TI N... et lire [vigi ]nti n[ovem], ce qui parait bien arbitraire.

Em. Huebner a proposé de rétablir le texte ainsi :

Rec car ]edus medicus, debito [quem tempore vita Protexit dn lus, hoc in sepulero quiescit Sec]urus vixisse fertur fere | suite d'une inscription de Lyon) :

Præteriens hominum sortem miserere vialor de que meis restent quæ libi fata vide. En mihi lerra domum præbel cinis que sepulcrum vermis el exiguus membra caduca vorat. Conditor omnipotens paradisi quem esse colonum iusserat. Hanc tribui ! culpa nefanda vicem. Nomine Felicem me olim dixere parentes vita dicata mihi hic ars medicina fuil. Ægros multorum potui relevare dolores morbum non polui vincere ab arte meum.

175 33. Malte, dans l'ile Gozzo. (Voir Dictionm., t. X, col. 1340.) XXV. LES MONUMENTS, — Les monuments concernant la médecine chez les chrétiens ne sont pas nombreux, et nous avons déjà fait connaître deux des principaux :

1 » Une petite boite en ivoire, destinée à un médecin, et sur laquelle on avait sculpté Esculape et Hygie. Esculape est appuyé sur sa massue sur laquelle est enroulé un serpent, dans la main droite il tient un objet qu'on peut prendre pour une plante ou pour un instrument. À sa gauche, Hygie tient un vase vers lequel se tourne le serpent qu'elle tient de la main droite. Derrière ce groupe, on entrevoit le cintre d'un portique appuyé sur deux colonnes. À une date qu'il est impossible de déterminer, cet objet est devenu la propriété d'un chrétien qui a gravé une croix afin de christianiser l'objet (fig. 7880). Ce petit monument est conservé au musée Valère, de Sion (Suisse).

176 3° Trousse de chirurgien sur une pierre trouvée en 1851 au cimetière de Prétextat à Rome (fig. 7882).

4e Saint-Chamant, canton d'Argentat, arrondissement de Tulle (Corrèze), fragments d'un anneau d'or jaune avec son chaton en cornaline. Ce chaton ovale est formé d'un cercle de 0 m. 004 de hauteur, posé au dos de l'anneau ; sur ce cercle est soudée une bande d'or assez inégalement taillée, de 2 centimètres de longueur totale dans le sens du doigt, sur une largeur de 0 m. 015 millimètres ; cette bande, posée à plat, porte l'inscription dont nous parlerons dans un instant.

Dans le vide compris entre les bords intérieurs de cette bande de métal, était encastrée, suivant toutes les vraisemblances, la cornaline ovale gravée qui mesure 0 m. 014 sur 0 m. 01, La partie de l'anneau sur laquelle sont soudées les diverses parties du chaton servait de plafond à la cornaline ; toutefois celle-ci, dont nous pouvons, malgré les cassures qu'elle a subies, reconnaître facilement les contours primitifs, était loin de remplir le centre du chaton où elle devait figurer : elle y était apparemment assujettie d'une façon et au moyen d'un corps dont nous n'avons aucune trace et que nous ne saurions déterminer (fig. 7883). | Enfin, les branches circulaires de l'anneau et la partie supérieure du chaton sont bordées d'un fil d'or qui . y est soudé, et, de chaque côté du chaton, il y a trois points ou globules d'or, également soudés à la rencontre du chaton et des branches de l'anneau. Ces ornements sont caractéristiques du travail mérovingien.

Abordons maintenant l'inscription. A la suite d'une croisette, vient une lettre difficile à déchiffrer, l'initiale d'un nom propre dont toutes les lettres sont très lisibles, ONOBERTV, suivies du mot FEET (fecit), après lequel vient une M suivie d'une lettre incertaine . et les lettres |CMI qui ne font aucun doute. L'initiale du nom propre a été fortement altérée par un accident ; étudiée à la loupe on peut y voir une sorte de D renversé, en sorte qu'on pourrait lire la légende :

+ DONOBERTVS FEET MDICMI ce qu'il est permis de développer ainsi : Donobertus fe(ci 5 ! m(e)dic(a)m(en) i(lud) ou encore m(e)dic(a)m(entum) illud), ou bien m(eMie(inayumn i(llam). L'abréviation s'explique par le manque d'espace sur le chaton. Quant à Donoberlus, ce nom se retrouve deux fois dans la Descriptio mancipiorum Ecclesi Massiliensis !, Nous avons donc ici un personnage de l'époque mérovingienne qui signait de son nom les médicaments qu'il livrait au public. s'agit-il d'un pharmacien ou d'un médecin ? Mais il semble bien qu'à l'époque qui nous occupe les deux professions étaient inséparables. Il en était ainsi à Rome. Le jurisconsulte Paul, qui vécut à la limite du 11 et du rie siècle, est l'auteur de Senfenfiz, qui | furent l'objet des intrepretationes d'Amianus, référendaire d'Alaric II et entrérent ainsi dans la Lex romana Wisigothorum. On y lit, au titre De legalis, sentence 62, que le legs d'un matériel (instrumentum) de médecin entraine celui des collyres et emplâtres, de tous les appareils nécessaires à la confection des médicaments, et enfin des instruments de chirurgie : Instrumento medici legato, collyria et emplastra, et apparatus omnis E g P Le -5 t ; 7.


DTA


PRO

rm Uri 177 | conficiendorum medicamentorum, item que ferramenta legato cedunt. De ce texte, on peut conclure qu'à l'époque romaine et à l'époque gallo-franque le médecin faisait presque toujours office de pharmacien et ceci devait être de règle dans les localités de peu d'importance.

Or, tel parait être le cas de Saint-Chamant à l’époque mérovingienne. L'Ecclesia Sancti Amanti dépendait, au x siècle, d'une vicairie dont le siège était Espa178 el venejicis que si un homme meurt des suites d'un médicament, celui qui le lui a donné doit être déporté dans une ile, s'il est de la classe des honestiores, et puni de mort, s'il est parmi les humiliores : Si ex medicamine, quod ad salutem hominis, pel ad remedium datum erat, homo perierit, is qui dederit, si honestior fuerit, in insulam deportatur, humilior autem capite punitur. Une si grave responsabilité impliquait naturellement pour le médecin-préparateur l'obligation d'apposer son j par JA € TM VT Aj i j j / // gnac (Spaniaeum) où, dès le viré siècle, existait un atelier monétaire. A peu de distance au Sud-Est, dans la direction de la vallée de la Souvigne, qui se perd dans la Dordogne devant Argentat, cette dernière ville, qui fut aussi chef-lieu de vicairie aux rx ? et x siècles, est mentionnée dès le vit siècle, à propos de la mort de saint Sadroc (Sacerdos), évêque de Limoges et, de là, sont sortis les triens qui portent son nom. C'est dans cette localité ou bien à Espagnac que résidait apparemment Donobertus.

Il n'y a pas lieu d'être surpris que Donobertus revendique la responsabilité de ses médicaments. Tous ses confrères en étaient là, et on lit dans la 1% sentence de Paul : Ad legem Corneliam de sicariis cachet au médicament eL c'est avec cette destination que, suivant la conjecture très plausible de M, Deloche, fut fabriqué l'anneau de Donobertus.

179


XXVI. UN CALENDRIER MÉDICAL MÉROVINGIEN. — Le manuscrit 426 bis de la bibliothèque de Laon, du rx ? siècle, contient le De agricultura de Palladius avec quelques recettes et le morceau suivant ! :

Incipit lempus propter sanitatem corporis el cordis quod observare debeat.

Mens. martio bibat dulce, usitat agramen, radi ces confectas manducare, asseo balneo usitare, sanguinem non minuare, solutionem non aecipere, quia frigoras generat ipsa solutio.

Mens. aprl. sanguinem minuare, potionem bibere, carnis recentes manducare, sanguinem intercetaneum ? minuare, calidus usitare, dolorem stomaci purgare, unguentum calasticum usitare, et si ? factum fuerit, omnia menbra sanare debet.

Mens. mai. calidum bibat, calidum usitat ; quia calidus in calore præcordia ponat, frigidum li cet. In mense Madio vena epatica incidere et potionem ad solvendum bibere, cataplasma in capite inponit, oculos torbulantes sanare, prorigine * mundare, urina curare, oleras frigidas usitare.

Mens. jun. omne die mane ielunus mero de aqua bibat, ceruisa non bibat, nisi pusca usitare, lactucas manducare, acetum bibere.

Mens. julio non minuetur sanguinem nec de venas in illum tempus, nec potione in ipso mense non bibat salvia et ruta usitat.

Mens. augs. Nullo penitus caulo non manducare, agramen manducare ; cervisa et metus non bibat.

150 Mens. sepr. omnia quevis accipere debeas, quia omnes escas cum omni temp * profructa confecta sunt.

Mens. octbr. racimus et musto usitare, quia corpus sanat ac solutionem facit.

Mens. novemb. el december bonum est studium habere, vena æpatica incidere, garsis ventusarum inponere, quia in ipso tempore omnes humores sunt paratas.

Mens. jan. nullo pœnitus sanguinem non minuare, nisi potione contra officationem bibere debeat et electuarium ? accipere.

Mens. febr. de police sanguinem minuare debet.

de la pharmacie, in-8°, Paris, 1899. — C. Baggiolini, Antica pergamena figurata che rappresenta una operazione calcolifraga, in-8°, Vercelli, 1834. — J.-C. Barée, Historia medicinæ, in-8°, Amstelodami, 1710 ; De medicinæ origine et progressu dissertationes, in-4°, Trajecti ad Rhenum, 1723. — Thom. Bartholinus, De medicis poetis dissertatio, in-8°, Hafniæ, 1669. — [G. Benvenuti], Notizia de’ medici cavalieri, in-4°, Lucca, 1775. — E. Berdae, The origin and growth of the healing art, a popular history of medicine in all ages and countries, in-8°, Londres, 1893. — J. Bernier, Essais de médecine, où il est traité de l'histoire de la médecine et des médecins, in-4°, Paris, 1689 ; Supplément, in-4°, Paris, 1691 ; Histoire chronologique de la médecine et des médecins, in-4°, Paris, 1695 ; in-4°, Paris, 1714. — Cœtaneum. — sic. — pro origine. — cum omnis temporis producta pour productis. — Ventosæ ? — * Une médecine.

181 Verzeichniss der medicinisch-chirurgischen Schriften, ingleichen der in sämtlichen Zeitschriften des In- und Auslandes befindlichen Abhandlungen, Beobachtungen und Erfahrungen von 1750..., in-8°, Frankfurt-am-Mein, 1829. — R. Bezzoni, I medici e il diritto romano, 1904. — W. Black, Historical sketch of medicine and surgery, from their origin to the present time, and of the principal authors, discoveries, improvements, imperfections and errors, in-8°, London, 1782 ; trad. franc. par Coray, Esquisse d'une histoire de la médecine et de la chirurgie, in-8°, Paris, 1798. — J.-F. Blumenbachius, Introductio ad historiam medicinæ litterariam, in-8°, Grottingæ, 1736. — J. Bouillet, Précis d'histoire de la médecine, in-8°, Paris, 1883, cf. L. Bourguet, dans Bulletin de la Société archéologique de Béziers, 1890-1891, IIe série, t. xv, p. 386-394. — Boyer, Du rôle de la médecine et des médecins dans la société, de leur | — O. Braunfels, Catalogus illustrium medicorum seu de primis medicinæ scriptoribus, etc., in-4°, Argentorati, 19 déc. 1529 ; in-4°, Argentorati, 1536. — R. Briau, L'assistance médicale chez les Romains, in-8°, Paris, delle loro vite, dans ses Memorie di S. medico martire, | J. Bernstein, Medicinisch-chirurgische Bibliothek oder | | la littérature du Moyen Age, historiens, poètes, auteurs R. Friendlaender, Die wichtigsten Leistungen der Chirurgie in der byzantinischen Periode, in-8°, Breslau, 1883. — R. Fuchs, Illustrium medicorum qui superiori

183 sur les barbares et le Moyen Age, in-8°, Paris, 1867. — | historiæ medicorum chronologicus, in-8°, 184 médecine au Moyen Age, dans Nouvelle revue, t. XXXVI, | 1885, p. 77-113. — J.-M. Leupoldt, Die Geschichte der Medicin nach ihrer objectiven und subjectiven Seite, in-8°, Berlin, 1863. — J.-A. von der Linden, De scriptis medicis lib. II, in-8°, Amstelodami, 1637, 1651 ; Lindennius renovatus sive J. A. v. d. L. De scriptis medicis libri duo continuati dimidio pene amplificati a G.-A. Merklino, in-4°, Amstelodami, 1662 ; 2 in-4°, Norimbergæ, 1686. — M. Lipinska, Histoire des femmes médecins depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, in-8°, Paris, 1900. — É. Littré, Œuvres d'Hippocrate, texte et traduction, 10 vol. in-8°, Paris, 1859-1861 ; Recherches sur la médecine au début du Moyen Age. (du Ve au VIIe), dans Journal des Débats, 16 janvier 1858 ; Journal des savants, mai 1862 ; Études des Mémoires de l'académie Stanislas, 1856-1857. — J.-B.

Pac RD I Rc


MM OE E

Ta Mo E E 185 Perales, Manual histórico de la medicina en general, 2 vol. in-8°, Valencia, 1848. — L.-H. Petit, Essais de bibliographie médicale, conseils aux étudiants sur les recherches bibliographiques, in-8°, Paris, 1889. — J.-E.

Pétrequin, La chirurgie d'Hippocrate, 2 vol., Paris, Histoire de la médecine à Lyon, in-8°, Lyon, 1885. — | ancienne Rome, in-8°, Paris, 1859. — M. Rubempré, Bio- | de la médecine, 2 vol. in-8°, Paris, 1803. — J. Uffel- | — G. Welcker, Zu den Allerthiunern der Heilkunde bei Geschichte der Medicin, in-8°, Stuttgart, 1859. — |


MÉDELLIN. — Nous groupons autour d'une inscription trouvée, ou du moins conservée, dans la chapelle de Santa Maria la antiqua, située à une demi-lieue à l'ouest de la Haba et à deux lieues de Médellin (province d'Estramadure), quelques autres textes épigraphiques qui ne doivent pas en être séparés. Les uns et les autres s'échelonnent entre 578 et 662 de l'ère chrétienne et un d'eux offre, malgré cette date tardive, | la représentation de l'iy05c ; les trois présentent la formule : accepta penitentia. Voici le texte de l'inscription de Médellin ; l'original est perdu :

Ce texte a été copié dans les notes de Tamayo de Salazar par Velasquez, ms. Madrid, vol. 13 et 25. Quoi que Tamayo ne soit pas un auteur bien sûr, on ne voit pas de raison de soupçonner ici sa bonne foi, d'autant qu'il a indiqué exactement le lieu d'origine. Nous avons donc l'épitaphe de Safurius, famulus Dei, vixit annos LX XI, mensem 1, dies VI, accepta penitentia requievit in pace, FILI kalendas februarias, era DOXXII. L'ére 623 donne l'année 585 après Jésus-Christ.

À peu de distance, quelques kilomètres seulement de Médellin, à Mérida (voir ce nom) nous trouvons un autre texte épigraphique, à peine plus ancien de sept années, et qui est ainsi libellé :

Saturninus, penitens, famulus Dei, qui in hoc seculo mundam transegit vitam ; vixit ann(os) plus minus LXVIII, accepta penitentia requievit in pace sub df ie) XXII kal(endas) januarias, era 616, ce qui donne l'an 578.

Enfin, à Xerez de la Caballeros, dans la chapelle de Saint-Blaise, à 79 kilomètres de Badajoz, toujours dans la province d'Estramadure, nous trouvons cette épitaphe :


TIEODEMIRYS FAMVLVS DI VIXIT IN HOC SCLO LXXVI ANNACCEPTA PE NITENTIA QVIE VI IN PACE SVB E


XVII KLD NO VENB ERA DCC E É Pp T(hjeodemirus famulus Dei, vixit in hoc seculo LXXVI annos ; accepta penitentia quievit in pace sub die XVII 17 kalendas novembris, era DECC. L'ère 700 donne l'année 662 après J.-C.

| et on n'a aucune raison de croire qu'il en fut autrement dans une province d'Espagne. D'ailleurs, vu le petit nombre de textes épigraphiques qui nous sont conservés, le fait de rencontrer à trois reprises, en | moins d'un siècle, sur un espace de quelques lieues,

187 MEDELLIN — une triple attestation de la pénitence publique serait chose si singulière qu'on l'accepterait difficilement. Mais la pénitence publique n'était imposée qu'à de grands pécheurs et l'épitaphe de Saturninus a soin de nous avertir que in hoc seculo mundam transegit vitam, ce qui contredit l'idée qu'il eût commis une de ces fautes exceptionnellement graves qui obligeaient à la pénitence. Nous croyons donc qu'il faut entendre ici par penifens et accepta pænitentia, l'indication que Saturius, Saturninus et Theodemirus, qui méritaient tous les trois l'épithète de famulus Dei, avaient reçu

avant leur mort le sacrement de pénitence, comme nous dirions aujourd'hui : Un tel.. administré des sacrements de la sainte Église. L'épithète penitens se lit encore à Mérida, sur l'épitaphe de Jean, famulus Dei qui, comme son concitoyen Saturninus, pratiquait sans doute une vie mortifiée.

L'interprétation que nous proposons se trouve justifiée, croyons-nous, par une variante que nous lisons sur une inscription provenant de Las Herrerias, près d'Arjona, à 35 kilomètres nord-nord-ouest de Jaen cch NIRS ten|ti]a rec[e]ssit in pace d(ie) VFU id(us) martia(s), | secundo Reccisvinti regnan(tis) c(um) palr(e) pr(in)- cipis anno. Ce qui nous place en l'année 630.

Hist. hispan., 188 pose une correction que Huebner n'admet pas, Supplementum, p. 58, ad. n. 117.

Dans cette inscription, au lieu de la formule accepta penitentia, nous lisons cum penitentia recessit, ce qui offre bien le sens que nous disions : « ayant reçu le sacrement de pénitence. » Une inscription espagnole nous donne encore ce texte : Flavianus virit annus in Christo plus minus lxo in cena domini accepit penelentiam famulus Dei indulgentia defunctus est et requiescit in pace tertio kalendas aprilis era dclrxiiij : Le défunt a eu recours à la pénitence et a été absous, comme l'indique le mot indulgentia. La réconciliation des pénitents se faisait le jeudi saint et l'absolution lui fut accordée le samedi saint, Pâques tombant le 31 mars 674. Le défunt, Flavianus n'a donc été soumis que trois jours à la pénitence : c'est là ce que l'inscription veut faire ressortir. Une difficulté pourrait être tirée du fait que le jeudi saint était le jour de la rentrée en grâce : mais aucun texte n'oblige à croire que ce jour-là il fût interdit de demander la pénitence. Peut-être Flavianus, se


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sentant malade, a voulu employer ses derniers jours à expier ses péchés et a reçu la communion au moment de mourir +. H. LECLERCQ.


IV, vs. 955 sq. — ? Pline, Historia naturalis, XVIII LXIX.

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pi DA Pa traversait les prés de Néron et se rendait au sanctuaire suburbain de Saint-Pierre, où on célébrait la messe 1, Dans la liturgie grecque, on solennise non pas le 25 avril, mais le 25 jour après Pâques, correspondant au mercredi de la quatrième semaine du temps pascal. Cette cérémonie porte le nom de Mediante die festo ou encore de Mi-Pentecôte ; on lui accorde assez d'importance pour que sa célébration se prolonge pendant huit jours entiers avec des rites exceptionnellement solennels , La fête dont nous parlons est attestée par plusieurs textes anciens, et un des plus graves témoignages est celui de l'abbé saint Maxime, qui subit un de ses interrogatoires le jour même auquel on célébrait cette fête . En outre, on possède un sermon pour ce jour attribué à tort à saint Jean Chrysostome , deux homélies de Léonce de Byzance » et une catéchèse de Théodore Studite . Si on veut tenir compte des compositions poétiques sur le même sujet, on citera encore un canon de saint André de Crète et une hymne anonyme À, L'intention recherchée dans la fête Mediante die jesto était de choisir le jour qui occupe le milieu entre les fêtes de Pâques et de Pentecôte, pour relever le caractère de médiateur affirmé par le Christ lui-même au milieu de la fête des Tabernacles *. Lerite, qui donnait à la fête de ce jour sa signification, était le choix de l'évangile tiré de saint Jean, vir, 14 : Jam autem die festo mediante, ascendit Jesus in templum... L'office prenait soin d'insister sur l'aveuglement et l'injustice des juifs, il rappelait le miracle du paralytique que l'Église grecque fête le dimanche précédent et l'accueil fait par Jésus à la Samaritaine qui est commémoré le dimanche suivant. On ne manquait pas d'y relever la promesse de l'Esprit-Saint sous l'image de l'eau vive jaillissant jusqu'à la vie éternelle. Par l'effet d'une préoccupation, qu'on pourrait juger sévèrement sur une matière moins grave, on s'était attaché, d'une façon presque enfantine à faire reparaître le mot Medium sous toutes ses formes ; c'était là comme la clé de l'office et le secret de l'inspiration de son rédacteur. Ainsi on lisait : In medio Ecclesiæ laudabo te ; Operatus est salutem in medio ferre ; In medio duorum animalium cognosceris ; Medius vestrum stetit quem vos nescitis ; Unus Deus, unus el Mediator Dei et hominum et bien d'autres encore qui donnent une haute idée de ces liturgistes qui savaient exploiter à fond une « concordance ».

Si on recherche l'origine de cette fête, on doit tenir compte de ce que nous apprend Léonce de Byzance, d’après qui elle remonterait ni plus ni moins au temps des successeurs des apôtres. C'est peut-être remonter à une antiquité un peu incertaine à force d'être lointaine, il est plus sûr d'admettre une date plus basse, mais encore respectable, date antérieure à la première moitié du Ve en Orient, et contemporaine de la moitié du v* siècle en Occident.

Il est vrai que ce n'est pas l'opinion de Combefis !« ni celle de dom Ceillier' qui estiment que l'Église latine n'a ja mais connu la fête Mediante die festo. Cependant, le Sermon LXXXV, de saint Pierre Chrysologue, prêché vers l'an 430 ! se rapporte à une solennité qui | ne peut étre autre que la féte de la Mi-Pentecóte. En outre, les plus anciens recueils de la liturgie ambrosienne, telle qu'elle nous a été conservée par Pame DIE FESTO 190 lius », nous offrent une missa (in mediante die festo) avec des lecons propres, au mercredi entre le 3 et le 4 dimanche aprés Páques. Ebner'^ a décrit trois sacramentaires ambrosiens (du rx au xit siècle), dont deux à Milan et un à Monza, qui contiennent. cette missa. Le principal de ces manuscrits est originaire de Biasca et conservé à la bibliothè que Ambrosienne ! : nous y trouvons la missa in mediante die festo placée entre le 2° et le 3 dimanches après l’octave de Pâques. Le deuxième manuscrit est conservé au trésor de la cathédrale ! d'Armio sur le lac Majeur, mais il offre une lac une aprés le 2 dimanche aprés l'octave de Pâques et ensuite vient la (missa) in mediante festo suivie par le dom. V post Albas. Le troisième manuscrit est conservé à la bibliothè que du chapitre de Monza !’ et vient de Saint-Michel de Venegona, c'est le plus récent des trois et il nous montre la (missa) in mediante die festo entre le 3* et le 4e dimanche aprés la Pentecóte. Voici le texte de la messe :

( Oratio ) La place variable qu'occupe la missa dans les trois manuscrits (une fois entre le 3 et le 4 dimanche aprés Páques, une fois entre le 3 et le 4 dimanche aprés la Pentecóte et une fois avant le 5* dimanche aprés Páques) semble suggérer que cette missa errati que était admise, à titre d'expérience, dans la province de Milan et qu'elle ne s'y imposa ja mais d'une manière fixe ; les autres manuscrits ambrosiens n'y font pas allusion. Les formu les qu'on vient de lire ont des parties communes avec les messes gélasiennes pourle Pascha Annolinum et in Parochiis et peut-être l'usage ambrosien tendait-il à remplacer celle de Pascha Annotinum, étant placée dans cette partie de l'année qui dépend de la féte de Páques antérieure et non de celle de l'année précédente.

Quoi qu'il en soit, la préface de cette messe contient un passage qui semble faire allusion à un jeüne accompagnant la féte ; le célébrant demande que les fidé les « purifiés par la dévotion des privations salutaires » atteignent sûrement aux promesses du Christ. L'expression salutaris parsimontiæ devolio revient souvent dans Prudence, comme dans les diverses liturgies occidenta les, et toujours elle signifie l'abstinence dans le boire et le manger : le jeüne.

Cette mention du jeüne pourrait méme, à cette place, étre considérée comme un indice que l'Église de Milan, comme les autres Églises d'Occident, aurait d'abord célébré le mediante die fesio non au milieu du temps pascal, mais au milieu du caréme. Nous trouvons la féte du Mediante à cette date dans l'Église d'Espagne, et cela non seulement dans la liturgie mozarabe actuelle !, mais dans les témoins les plus anciens, comme le Liber Comicus ?, qui présentent au dimanche correspondant à notre 4° dimanche de caréme un office intitulé : In mediante die festo. On y retrouve, comme évangile, le passage de saint Jean mentionné ci-dessus, mais les priéres et les chants insistent surtout sur le milieu des trente-six jours du jeûne quadragésimal.

Dans le Liber mozarabicus sacramentorum ? la messe se retrouve à la fin de la 3* semaine de caréme, qui est la 4° semaine suivant notre manière de calculer ; on l'appelle aussi Dominica in uicesima, parce que vingt jours plus tard on célèbre la fête de Pâques.

Crea in nobis desiderium uisionis tue : quo excellente in | | lempore mediante adscendit in templum docere : cuius doctrinam admirantur turbe, occultam « divinitatis in eo nescientes esse uirtutem. Quomodo enim sic loqueretur litterarum elementa nesciens admirabantur, uidentes homi, nem, et Deum omnimode nescientes. Ecce omnes admirabantur, nec tamen omnes convertebantur. Omnibus quidem erat in uerbis Domini admiratio : sed non omnibus infactis ejus credulitatis inerat plenitudo. Vnde, quia ignoraverunt, ignorati sunt ; et quia Deum in carne positum uidentes non cognouerunt ignorantie sue obcecati malitia, in suis Lenebriis remanserunt.

Nos igitur quamlibet eundem Dominum nostrurn Ihesum Christum. Filium tuum corporalibus oculis non uiderimus in carne, ueraciter tamen scimus, credimus et fatemur eum tecum et cum Spiritu Sancto unum Deum esse in Trinitate : pignore salulis nostre future deportasse in celis.

Ob hoc te quesumus, sancte et piissime Deus, ut hec nos confessio perducat ad gloriam ; hec credulitas eruat a morte secunda ; hec spes et his erumnis lugentibus consolationem exhibeat, et in eternum gaudia conferat sempiterna. Vt, quum post vite huius excursum peruenerimus ad superne uocationis brauium destinatum, et uiderimus pignus carnis nostre glorificatum esse in Deum : glorificentur corpora nostra a capite, sieut glorificatum corpus | nostrum uiderimus in gloria Diuinitatis sue : sic que et nos, | nos pietatis sue beneficiis mediare, faciet ad calicem pas- | Christe, qui es omnium creaturarum conditor et redemptor, repara que sunt in nobis lassa uirtutis tue potentia : ut qui te duce retroacte abstinentie dies peregimus, futura que supersunt ieiuniorum obsequia, te adiuuante, celerius impleamus. Quo te et in bonorum principiis laus -a nobis debita subsequatur, et in mediis uel ultimis obsequellis honorificentie tibi gratie deferantur.

Accipe igitur, quesumus, huius ieiunii tempore mediante prolatam a nobis hanc preceptionis tue orationem, tribuens nobis per illam et presentibus non deiici in erumnis, et futuris reuelari de gaudiis. Quo iubente.

Christus Dei Filius, qui mediante die festo admirabilis uisus est docens in templum ipse uos emundet ab omni contagione peccaminum. adsumptam que carnem nostre mortalitatis pro 193 eius quo que opitulatione que restant parsimoniæ perficiatis obsequia.

Adiuuante eius misericordia, qui regnat in Trinitate unus | Deus et] permanet in secula seculorum.

Ce qui nous a été conservé de la liturgie gallicane ne permet auc une conjecture touchant la célébration de la solennité du mediante die festo dans les Églises des Gau les.

Il resterait enfin à savoir si cette féte a pris sa place pendant un temps dans la liturgie romaine ; mais nous ne sommes pas mieux instruits sur ce point que pour la liturgie gallicane. Tout au plus peut-on faire remarquer que, dans les anciens antiphonaires romains publiés par Tomasi, le dimanche que nous nommons aujour d'hui Læfare est mentionné sous le nom de Dominica in medio XL®, cu encore Dominica media XL^, On rencontre méme l'épithéte de Mediana octava appliquée au dimanche de la passion comme jour octave du Dominica mediana ?, « Il est vrai que le systéme romain des péricopes ne porte plus l'évangile du Mediante au 4* dimanche de caréme ; mais il n'est pas nécessaire de l'aller chercher bien loin : nous le lisons maintenant encore au surlendemain de ce dimanche. Vu les tra ces d'une disposition bien antérieure, qu'il est aisé d'entrevoir, malgré bien des bouleversements, dans les capitulaires romains des évan- gi les, il n'est nullement téméraire de soupconner que notre évangile a pu occuper d'abord, à Rome, comme en Espagne, une place plus honorable au dimanche précédent ?, »

H. LECLERCO.


MEDINET ABOU. — Le temple de Medinet Abou, construit par Ramsès III, s'éléve sur la rive gauche du Nil, en face de Louqsor, et forme une des constructions qui ont contribué à la célébrité du lieu. L'église chrétienne se dresse, isolée, dans le désert, au sud du temple susdit et un peu à l'écart de la bande de terre cultivée qui se trouve à l'Est.

Le plan de l'église consiste en un noyau rectangulaire, probablement primitif, auquel on a ajouté une chambre au Sud-Est et une aile à l'Ouest. Le plätras fraichement badigeonné à l'intérieur et à l'extérieur n'a pas permis, lors que le plan fut relevé (19 mars 1901), de vérifier les points de jonction entre l'édifice aneien et ses additions. La couverture de l'église se compose d'une série de dómes, posés sur des arcs peu élevés, ne dépassant pas 1 m. 75, au-dessus du sol. Il y a quatre haikals ou sanctuaires tournés vers l'Orient ; leur plan est rectangulaire, mais ils s'achévent par des voütes en cul-de-four ; les deux du milieu ont une uni que entrée, les deux des extrémités ont deux entrées, Le cancel consiste non en une pierre découpée ou une barrière en bois, mais en une murette de maçonnerie. La première rangée de dómes immédiatement à l'Ouest des autels est soutenue non par des piliers ou par des colonnes, mais par ce qu'on pourrait nommer des murs découpés. A l'Ouest, il y a une rangée de dómes soutenus par des colonnes taillées dans une bonne pierre et surmontées de chapite aux sculptés. L'aile ouest est une addition d'épo que récente qu'on a fait en percant le mur de l'église. On remarquera que les dómes sont tantót circulaires, tantót ellipsoi des. La lumière pénètre par de petites lucarnes. prises dans les dómes. L'église est dédiée à saint Théo-

194 MEDRACEN. — Nous avons décrit au mot

recouvert d'un appareil gréco-puni que, c'est un tombeau royal que les uns attribuent à Syphax, d'autres à Masinissa, sans apporter une preuve quelcon que. Le Medracen est inséparable du Tombeau de la Chrétienne, moins bien conservé, du moins à l'extérieur. Ce monument domine une créte de 200 métres d'altitude, entre Tipasa et Castiglione. C'est encore un cylindre surmonté d'un cóne à gradins. Actuellement, il mesure 33 mètres en hauteur et il a pu jadis en mesurer 40. Le diamétre est de 64 métres. Ce tombeau a été copié sur le Medracen, mais ses dimensions sont mieux proportionnées. Pomponius Méla, contemporain de l'empereur Claude, désigne ce monument sous le nom de monumentum comm une gentis regiæ. Quelle famille royale ? On a pensé à Juba II, roi de Maurétanie, au début de notre ère ; simple hypothèse, Aux quatre points cardin aux se dressaient de fausses portes, panne aux en forme de trapèze, dont les moulures saillantes imitent par leur disposition une grande croix enfermée dans un cadre. La croix ornementale de la porte du Nord, bien conservée et demeurée A.— Al — 7 135 les chrétiens ont plusieurs fois fait accueil à Méduse | sur leurs monuments, mais il ne parait pas qu'ils y aient attaché une signification symboli que ; c'était, à leurs yeux, eroyons-nous, un type décoratif dont ils faisaient usage quand l’occasion se présentait. C'est ainsi que nous le rencontrons plusieurs fois, mais avant d'accueillir il faut éliminer. F. Piper * classe la téte de Méduse parmi les représentations de la mort, du démon ou du péché et il cite une fres que des catacombes conservée dans un cimetière de la voie Latine, s'autorisant du dessin publié par Bosio et ses suc cesseurs. Il est vrai que nous voyons parfois une tête humaine avec ou sans une couronne de feuillage, emBrunon, dans Recueil de Constan- |


MÉDRACEN — MÉDUSE


MÉDRACEN — MÉDUSE

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TEXTE CORRIGÉ :

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employée en guise d'ornement, et cela dès la première moitié du 1er siècle, par exemple dans la deuxième niche de la galerie des Flaviens ; mais, pour le cas particulier signalé par Piper, il a été induit en erreur par le dessinateur de Bosio (voir Dictionn., t. nr, au mot COPIES DES CATACOMBES) qui nous a, en effet, fait connaître les peintures d'un hypogée détruit de la voie Latine, mais il a pris le feuillage qui entoure la tête pour des serpents et il a réussi de cette façon à introduire un type de Méduse dans l'art catacombal qui semble l'avoir ignoré ? (fig. 7837).

En a-t-on fait usage pour la décoration de sarcophages chrétiens ? On n'en a pas de preuve tout à fait certaine. On pourrait conjecturer qu'un fragment de couvercle de sarcophage conservé à Die (Drôme), dans la façade de la cour intérieure d'une maison, peut venir d'une tombe chrétienne, mais ce n'est pas certain. On voit des amours vendangeurs vêtus d'une tunique serrée à la taille par une ceinture et chaussés ; dans l'angle, une tête de Méduse. Une décoration symétrique, le cartouche, que l'on trouve habituellement sur les couvercles de sarcophage de cette sorte, ont disparu (fig. 7888) , Le British Museum conserve un anneau d'argent dont le chaton porte une tête de Méduse coiffée de sept serpents dont on figure les têtes et les replis annelés ; en outre, on a gravé dans le champ deux croix (fig. 7889). Le jonc est heptagonal et porte une inscription assez grossièrement tracée :

Kópie Boner 75s popovong Cet anneau servait probablement d'amulette.

Bibl. — O.-M. Dalton, Catalogue of early christian jinn fg MAT Ro TT TT Le ui poU TU W. Frehner et G. Schlumberger ont parlé d'un objet trop intéressant pour être omis ici :

Albert Rubens, le fils du peintre, possédait dans sa collection d'intailles un onyx gravé à légende bizarre, qui a été décrit par Chitflet dans son édition de l'Apislopislus de Jean l'Heureux avec cette observation : Inscriptio gnostica minus comperlæ significationis ; or, il ne s'agit point ici d'un texte gnostique, mais bien d'un texte de basse grécité :

Au droit figure la tête de Méduse qui sert de centre à sept serpents disposés autour d'elle comme autant de rayons divergents.

Nous retrouvons le même type et presque la même légende sur le jaspe vert connu sous le nom de « Sceau de saint Servais » de la cathédrale de Maéstricht. Autour de la tête de Méduse et des sept serpents on lit cette inscription : YCEPAME€AANHOCOCH ; au revers, le buste d'un saint byzantin avec cette légende transcrite, sans qu'on puisse préciser le point de départ Et voici un monument encore plus important mais de même ordre, acquis en Italie en 1874. Il est, comme les autres, d'origine byzantine, du Ve ou VIe, mais au lieu d'être une pierre gravée, c'est un émail de diamètre, émaillé sur chaque face. Une tête de femme de face, entourée de sept serpents et de rameaux fleuris d'un dessin délicat, repose sur un fond vert émeraude. Le visage de cette Méduse est couleur de chair, sa chevelure est colorée en bleu comme les serpents dont les têtes sont vert clair, les langues rouges et la peau tachetée de même couleur. Un cercle noir sépare cette représentation de l'inscription disposée circulairement comme sur une monnaie, et formée de caractères blancs sur fond bleu :

+ AFIOC-*ATIOC-AFIOC-K€ CABAGO TIAHPHC O OYPANOC Í &Ytoc &ytog dylos x(ugl)e Xa6xo0, rAñpns, ó oopxvóc.

Au revers on lit l'inscription en sept lignes, également en caractères blancs sur fond bleu :

.YCTEPA ME AANH MEAANO MENH & COPHC HAIECEKAIGEC 5 APAPKONCYPI ZHCOTKNOB ~ AWOZP Au-dessus de l'inscription, une étoile entre deux feuilles de lierre ; au-dessous une fleur (ja une, rouge et verte). Autour de l'inscription, un cercle linéaire noir, et, plus extérieurement encore, dix-neuf croix grecques disposées sur un fond vert clair. Chaque croix est de couleur jaune inscrite dans une croix blanche plus grande : à la rencontre des bras de la croix, un point rouge (fig. 7891). Nous possédons donc ainsi trois variantes d'une même formule :


MÉDUSE

cloisonné, c'est-à-dire un large disque, de 0 m. 068 | 198 , 3° La plaque d'émail - SoTÉpa EASY MENAVOMÉVN, (6 pig elAozaat, xxl Gc OX cupttetc ; on ne sait que dire du reste.

Il s'agit, on le voit, de trois amulettes dont les inscriptions empruntent la forme d'un texte biblique, alors que leur origine même prend sa source dans les vieilles superstitions populaires du paganisme. Invocation est faite à un démon qui se tord comme un serpent, qui rugit comme un lion, qui siffle comme un dragon et qui, par le fait même de cette conjuration, doit devenir doux comme un agneau. Ce démon est une femme avec sept tresses de cheveux en forme de serpents ; les mots inscrits en tête de la formule : ueAwwopévn, noire ou seulement rougie, conviennent parfaitement pour ce genre d'incantation où il était de règle d'épuiser toutes les possibilités afin que le talisman pût toujours être utilisé. Le mot bccégx est d'explication plus difficile : son sens le plus ordinaire (rmuatrir) n'est pas admissible ici, car il est nécessairement question d'une maladie personnifiée. Il semble que ûstépæ doit ici avoir le sens de coli que (voir ce mot) qui, dans les dialectes allemands, se dit Baermund et Raermuller.

A ces trois variantes, G. Schlumberger en ajoutait une quatrième qui se lit sur un monument du Cabinet de l'Ermitage, qui fut trouvé en 1821, à Tchernigoltt, et qui représente la tête de Méduse et dix têtes de serpents, avec la légende : 9c ré£px uéAxvt ueAxtvopevr, Gg Ógic elÀUnoe xxl Gc ópxxov ovellnce xal Qc Aícv Bodynos xal Gg &pytov xou Tve, comme sur les deux onyx de Gotha, une intaille chez Montfaucon et une médaille de Venise. Celle de Tchernigoff a remplacé | la légende de l'avers : Meôtoxes Bolet tóv te Éyovre,

199 MÉDUSE — MÉGARE

Xu« , par l'inscription en slavon : « Seigneur, viens en aide à Lon serviteur Basile, amen. » Enfin, C.-W. King a publié une tête de Méduse sans aucune explication de provenance, mais à la grandeur | de l'original avec cette légende qu'il traduit ainsi (fig. 7892) : j Holy, holy, Lord of Hosts, Osanna ! Thou who art blessed in the heights.


BIBLIOGRAPHIE : Chifflet, Jo. Macarii canonici Ariensis, Abraxas seu Apistopislus, que est antiquaria de gemmis basilidianis disquisitio. Accedit Abraxas Proteus seu multiformis gemmæ Basilidianæ portentosa varietas exhibita el commentario illustrata, p. 118, pl. xvi, 70 ; A. Gorlée, Cabinet de pierres antiques gravées, t. rr, /Paris, 1778, pl. ccxiv, n. 418-419 ; B. de Montfaucon, -


MÉGARE — I. La ville. II. Liste épiscopale, III. Épigraphie.

I. LA VILLE. — Mégare est un grand nom et a laissé un souvenir vivace, mais sa destinée glorieuse s'achève longtemps avant l'ère chrétienne. La ville était située

dans la partie septentrionale de l'isthme, à 2 kilomètres du golfe Saronique, dans une plaine au pied des | monts Géraniens. Au temps de Cicéron, Mégare était en ruines, on y établit une colonie romaine qui prit quelque importance ; elle est encore citée au Ve après Jésus-Christ et disparait ensuite ; les pirates achevèrent sa ruine. La ville moderne est un gros | bourg de 6 000 habitants, chef-lieu d'une éparchie du nom d'Attique et Béotie.


II. LISTE ÉPISCOPALE, — A l'époque chrétienne, la ville posséda un évêque, mais on ne sait si la liste épiscopale est plus ancienne que celui qui nous est connu comme premier titulaire en 343.


III. ÉPGRAPHIE. — En 1865, François Lenormant écrivait : « Les épitaphes chrétiennes de Mégare sont au nombre de trois et proviennent toutes des alentours de l'église de Saint-Jean-Baptiste, sur l'antique acropole de la Carie, où parait avoir existé le plus ancien cimetière chrétien de la cité !. s

200 2. Kotunrheroy » AOxvxctoo ; dans le mur d'enceinte à moitié ruiné qui environne l'église.

3. Korunthprov Geo86poo ; dans une maison de paysan tout à côté.

Enfin ce fragment qui est peut-être chrétien :


CJ)NXAPILE AETI’

En 1867, Albert Dumont estimait qu'une nouvelle inscription chrétienne inédite de Mégare pouvait être intéressante parce qu'on n'en possédait pas plus de cinq ou six. Aucune difficulté de lecture ; gravure très profonde, exécutée avec un soin remarquable ; l'inscription mesure 0 m. 40 de haut sur 0 m. 54 de large et 0 m. 018 d'épaisseur ; hauteur de lettres 0 m. 03 3 (fig. 7893) :


TKXMHTIPIONAIASEPONAOYKXA KAIK YPIAKHÀOHNAIOICTOIC Yno MAY OVTOXTHN 0 TIANMNHM CY€KALGEVOXAIKAC TOYT EN ^


ME NOYEKYMHOHENEIPHH O0À Y


TOCTHC MÀKAP IAC M N HMHC^OYKAC MINOEM BPSENÀ EKATHINSEBXOMH#

H J MNOEMBP ? ENAEKATHIHA ? EBAOMH -+ Voici la transcription du texte :

+ Kuunrietov Ouxgépoy Aovx& xal Ro *AOnvxiorc m5 IIxóAou tob thy Aoylxv vu cyôvroc xal Oslov Gtuxotob yevuévou. « Exuufürn èv sipfwn ð aùtòc The uoxaplac uviung JXAouxxXc —— unvès voeubelou évèexdrn ivèturivr E696. + Cette inscription présente des particularités dignes d'attention.

| croyait expliquer le changement de ot en v par une habitude locale, à cause de la prononciation pareille de lv et de la diphtongue ot, ce qui semblerait indiquer un système orthographique. Vite Alb. Dumont contestait cette explication fondée sur un rapprochement « plus ingénieux que vrai »et Eug. Miller invoquait une inscription de Mégare où on lit régulièrement xowunrhesoy 1. Dans d’autres contrées, on trouve de même xüunots pour xokunos *. Du reste, cette prononciation remonte beaucoup plus haut qu'on ne pense, et était généralement répandue : c'est ainsi que dans une autre inscription ?, on trouve wotyev au lieu de ouyow. C'est ce qui explique aussi pourquoi les copistes ont confondu uúpoig avec uoloxc, et protoXyóc avec

On remarquera une faute d'iotacisme, T} pour Trh dans le mot xu ztetov.

Ici commencent les obscurités et les difficultés. L'intérêt du document est peut-être dans l'explication de la 2e et de la 3e ligne où il y a une ellipse un peu forte dans les mots dd IIxAou. Cette préposition ró n'est justifiée ni expliquée par aucun verbe, car elle ne dépend pas du participe 8txg9£pov de la première ligne. Veut-on dire que la sépulture de Luc et de Cyriacé a été construite par les soins de Paul ? Ce serait le meilleur et peut-être l'unique moyen d'expliquer cet oro. Il reste surprenant toutefois que rien ne mette sur la voie d'une indication des liens qui existaient entre ce Paul et les deux autres personnages. Si c'était le père on n'aurait pas manqué de nous en avertir ; de même si c'était simplement un ami. Tout cela reste obscur. ToÙ Thv Aoyviaw uvmunv cyóvroc, c'est ainsi : que E. Miller résout l'abréviation CX, et il traduit : « qui a laissé les souvenirs les plus honorables ». G. Dittenberger propose oyo(Axatixob). xxi Üstou Or« xccTo0 yevauévou « et qui a été un juge divin », c'est-à-dire un dicaste inspiré par la divinité. Il se peut que Üzioc soit ici simplement une épithète louangeuse pour relever le titre de juge ; autrement, il faudrait admettre qu'elle tient aux fonctions et les-mêmes et dans ce cas quelles auraient été les fonctions, les attributions du Oztoz étxxotnc. E. Miller avouait son embarras devant une expression ‘qu'il rencontrait, disait-il, pour la première fois.


YEVALÉVOU est probablement une faute pour

La fin de l'inscription ne présente pas de difficulté.

&xuu TO (même faute que plus haut pour £xotu r1) év clonvn ó. aùtòg tig pxx« plag uv une Aouxdc.

C'est la formule courante, qui répond à celle des Latins : requiescit in pace bone memorias... L'épithète beate au lieu de bonc reproduit plus exactement le grec uxxxplxc, mais elle est employée rarement en latin. Dans les épitaphes chrétiennes grecques, on met indifféremment à uxzxclixc uv^urz ? ou avec l’article ò This uoxapuxc viungo . Quant à la formule xotuny £v slovy elle se rencontre très fréquemment ou avec la variante £v elgzjvr xoptotc aro 10, unvès vozuGplou évèexatn, le onzième jour du mois de novembre.

Viennent ensuite les lettres [HAS ; il parait évident qu'il faut lire un N au lieu du H, et c'est ce qu'a lu G. Dittenberger ; on a alors iver ðv] £Gôcun. La forme ordinaire serait lvórxttGvoc É086unc, mais l'absence du C à la fin de ce dernier mot é6ôounc, en supposant qu'il n'a pas été oublié par le copiste, prouve qu'il faut lire ivétxriour.

Dooz p C'est un exemple d'une inscription ramenée du paganisme au christianisme, Beeckh avait pris sur lui d'en faire la dédicace d'une statue dédiée par un certain Démétrius à sa femme, mais [Anu]nrotou est simplement un Ko[u]nzL5]eto[v] ' Av[8]p£ov, “På &« vog xxt Lie] GUXMC IN YIG... L[oo]« c Kvunrhetos ' Avyxcacaotou Tuptouvoc xè Th c'yauethc aot(ou) KaXoxeplac Kounraptou Etienne x« i 'Inxvvr xxt Avdcé -+ où + | Mégare :

+ Kuunrherov »Avôoéou '« PoScvoc xxi te yuvatxóc « uroë. Corp. inscr. gr., t. 1v, n. 9304 ; c'est le n. 1084 qui a été baptisé par Kirchhof (voir ce qui est dit cidessus pour Démétrius).

Ostracon trouvé à Mégare et entré au musée national d'Athènes (n. 12227). Il ne subsiste qu'un fragment (haut. 0 m. 135 ; larg. 0 m. 12 ; épaiss. 0 m. 02 ; coloration brun rouge). Ce qui subsiste du texte est figuré ici en caractères majuscules ; c'est huit moitiés de lignes pour la rédaction desquelles l’auteur a suivi le texte de saint Matthieu, vr, 9-13 ; il s'est arrêté au mot rovnpod (fig. 7987) : uav (QC X AI EMEINADOIOMEN H »Ut VTOO


TELP&HG

M ONAAAAPYCEEI TOTOY MONHPOY PIE 3r agg « Avia fron To OVOLLX cov' ÉAlate ý Bacela cou ven co Tò DEA nus gou, GS £y obpavo xoi enl yi Tày. otov À huv Tov £rtobotov Soc ttv aruepov' xxl &osc Tiv TX bet LATA fuv, Gc xxi TEL xeonDeev TOLG A ecu (ITA) xxi um eloevéyxns AUXS. elo retououôv, dA pou Tuc TO ToU Tovnpoÿ.

« Notre Père, qui êtes dans les cieux, Que votre nom soit sanctifié. Que votre règne vienne. Que votre volonté soit faite dans le ciel et la terre. Donnez-nous aujour d'hui notre pain qui surpasse toute substance. Remettez-nous nos dettes, comme nous remettons les dettes à ceux qui nous doivent. Et ne nous induisez pas en Lentation, mais gardez-nous du mal, Seigneur Christ, » Ligne 1 : les sept premières lettres sont brisées dans leur partie supérieure.

Lignes 5, 6, 7 : leur première lettre est brisée dans la partie gauche.

Ce texte ne donne lieu qu'à un petit nombre d'observations : ligne 4, éueiv au lieu de fjusic ; même Y. ligne, &oiouev, ce qui est conforme aux manuscrits D, E, L, A, II* etc. (texte de saint Luc) et se distingue des lectures qu'on rencontre dans d'autres manuscrits : gue Kc G, K, M, 8, U, IIetc., et dp Toce W* B, Z, etc. Le texte s ‘arrête après rowngob et il est absolument certain, d’après l'inspection de l'original et la reproduction photographique donnée par R. Knopf, que le texte ne comportait pas la finale ou doxologie, ce qui le rattache, du moins pour ce détail, à la série des manuscrits B, X, Z, 1,.17, 118, 130, 209, D et les manuscrits occidentaux (ital. et vulg. J 'enfin KYM HTHPION ANACE TA CIO Y TYPJoy Noc Ké


THETAMEÉE THC2« Y


KYMHTHPI.


KAIANAPE + ey | à la traduction copte, tandis que la majorité des manuscrits et des versions fait suivre rovmpod de la doxologie (E, G, K, L, M, S ; U, V, A, IT... 99, mss. de l'Itala, la version syriaque et d'autres encore).

Les remarques grammaticales portent sur :

Ligne 3 : [oldoerquarx au lieu de dgeuñuartu : nous avons un autre exemple de la confusion entre ou et o dans le tropaire byzantin (voir Diclionn., t. x, au | mot AMULETTES) qui fait lire, ligne 2 : otoovä pour cro& et ligne 3 : vo XoA^op.óvcoc, de même dans les qe des Séthiens, recueillis par Wunsch, n. 12, ligne 12. 13, ligne 12 et n. 16, ligne 38.

Ligne F fusiv. Remarquer les aspects divers de ce »na | 205 mot, l. 3 : ciluov] ; 1. 5 : elpv ; l. 6 : én&g ; 1. 7 : etude ; cette façon de se mettre à l'aise avec les voyelles a déjà été relevée, l. 3, avec odgeAñuartx, nous allons la retrouver. | Ligne 5 : ôgerlnres au lieu de Gœethéræic. La confusion entre e et n se rencontre également sur l'ostracon du tropaire byzantin, l. 3 : 765 rôrnc : l 4 : dvébanbev ; l. 8 : AAËnoov, sur les papyrus de l'époque ptolémaïque et de l'époque romaine, par exemple :

Ligne 8 : on a proposé [voar ue xlóote ; nous préférons, avec Nestle, [x]up :s suivi du monogramme, le tout au milieu de la dernière ligne.

D'après cet ensemble de fautes grammaticales, on peut conclure que le scribe était un individu peu instruit. L'écriture dont il se sert pour transcrire la formule permet de faire remonter l'ostracon au 1v siècle et certains caractères autoriseraient même à chercher une date un peu plus ancienne si ce n'était, par ailleurs, tout à fait impossible. La présence du monogramme du Christ, dont on s'obstine, contre toute évidence, à faire un élément chronologique du rv siècle, au delà de laquelle on n'ose s'avancer, est loin d'avoir cette signification depuis qu'on connaît des monuments antérieurs à la paix de l'Église, ornés de ce symbole. Selon nous, c'est l'omission de la finale et les fautes d'orthographe qui autorisent, plus que tout le reste, à adopter cette date du 1v* siècle.


BIBLIOGRAPHIE : R. Knopf, Eine Thonscherbe mit dem Texte der Valerunser, dans Millheilungen des


MÉGARE — MELAINE (SAINT)

206 | prospère qui s'intitulait corpus corariorum magnariorum solaloriorum qui élevait des inscriptions dédicatoires aux empereurs chrétiens ' : ceci n'est pas de notre sujet, bien qu'il soit permis de croire que cette corporation comptait un certain nombre de chrétiens parmi ses membres.

Une inscription conservée dans le pavement de l’église Saint-Martin à Rome, et maintenant in pavimento cavædii cenobii SS. est ainsi conçue ê :


LOCVM PRAETEC/ HIC REQVIESCIT Cu CORARIORVM qu A Manastirine (voir ce nom), un couvercle de sarcophage brisé (long. 0 m. 42) porte une inscription sur trois lignes, trouvé au nord-ouest de l'église, hauteur des lettres 0 m. 035 :


SIGIO CORA LA PRIMA : P MCE VD COS

Ce qu'il faut probablement restituer ainsi : [+ arca...] sigio cora [rio de insu] la prima p [rid(ie)... Fe] lice v. cl. consule Ce qui nous met en 511 après Jésus-Christ. La restitution proposée s'autorise du texte de Corp. inser.

| lat., t. vi, n. 1682, où nous voyons que le consul ordinaire et préfet de la ville en 334, Anicius Paulinus Junior, avait pris une décision à l'occasion de laquelle on dit que : corariorum insulas ad pristinum statum suum... restaurari ad que adornari pervigilantia sua providit.

H. LECLERCO.


MELAINE (Saint). — I. Les Vies du saint. II. Sa biographie. III. Son souvenir. IV. Son culte. V. Bibliographie.

207 gici el antiquiorum aliquot, p. 370-579, publiait pour


II. SA BIOGRAPHIE. — Saint Melaine fut évêque de Rennes et, néanmoins, le document, qui se donne comme racontant sa vie, sait fort peu de chose de son épiscopat rennais. On le rencontre presque toujours hors de son diocèse. S'il lui arrive de faire des guérisons miraculeuses — presque toujours par des onctions d'huile bénite — il s'en va les opérer dans le Maine, dans l'Anjou, dans le Vannetais ; finalement, il meurt à Plaz ?, prés de Redon, au diocèse de Vannes. C'est le lieu où il était né, où il construisit, dans le domaine de ses parents, un oratoire, où il vécut, après sa consécration épiscopale, plutôt qu'à Rennes. Tout cela peut surprendre, à condition que quelque chose puisse surprendre de la part d'un Breton. Tandis que B. Krusch découvre ici une revendication de propriété des moines de Saint-Melaine de Rennes sur la localité de Plaz, L. Duchesne constate que Plaz appartient depuis le rx ? siècle à l'abbaye de Redon. Mais de ce conflit entre Redon et Saint-Melaine on n'a aucune preuve, aucun indice. Si Louis le Débonnaire, en 836, donna le domaine de Plaz à l'abbaye de Redon, il ne s'ensuit pas que ce domaine n'eût pu appartenir deux ou trois siècles auparavant, à saint Mélaine ou à sa famille.

Ce n'est pas sur Plaz que le biographe donne des lettres à son monastère, c'est sur Comblessac, qu'il fait donner à saint Mélaine, par un certain Eusébe, à la demande de sa fille Aspasia. Nous savons que Comblessac appartenait à l'abbaye de Saint-Melaine. Pour le reste, c'est pure conjecture. Il semble bien arbitraire : de lui reprocher l'ignorance du pays, parce qu'au lieu de faire aller le saint de Rennes à Plaz, en suivant les bords de la Vilaine, il lui fait faire un détour par Marzac ; ceci, loin d'indiquer que le biographe n'est pas trés au courant des localités », montrerait plutôt que les moindres chemins de traverse n'ont pas de secret pour lui. Sa chronologie est moins sûre, car il fait rencontrer Mélaine à Angers avec les évêques Albinus, Victor, Launus et Marsus qui assistent à ses obsèques. C'est possible pour saint Aubin d'Angers et saint Lô de Coutances, c'est moins facile pour saint Victor du Mans qui était mort dès 490 ; quant à Marsus, on ne saurait l'identifier qu'avec Marcius ou Martius, un évêque de Nantes de la première moitié du v* siècle.


III. SOUVENIR. — Nous avons déjà rencontré saint Melaine, à l'occasion d'une lettre adressée par lui et par ses collègues de Tours et d'Angers, Licinius et Eustochius, à deux prêtres bretons, Lovocat et Catihern, qu'ils admonestaient sévèrement à propos des licences qu'ils se permettaient avec les règles canoniques relatives au célibat ecclésiastique et à la liturgie (voir Dictionnaire, t. 1x, au mot Lovocat) On voit encore saint Mélaine siéger parmi les Pères du concile d'Orléans en 511. Ce concile avait été convoqué par le roi Clovis, et l'on a voulu représenter Mélaine comme y ayant tenu une place prépondérante, faire de lui une manière de Suger ou de Richelieu, ce qui est une notable exagération. En 1889, on publia une ancienne liste des conciles tenus en Gaule. L'auteur de cette liste, un clerc de la région de l'Ouest et du vi siècle, a cru faire merveille en notant le nombre des évêques présents à chaque concile et le nom du rédacteur des canons. Pour ce dernier détail, il n'a pas cherché bien loin, son parti est pris : le premier des signataires est le rédacteur des canons : Canones quorum auctor maxime Priscus Lugdunensis extitit ; telle est l'invariable formule, sauf deux fois où un évêque pris dans la série des noms est présenté comme rédacteur. En 511, à Orléans, c'est saint Melaine ; en 538, à Orléans, c'est saint Aubin d'Angers.

On ignore les autres manifestations de son activité épiscopale ; on ne sait même pas la date exacte de sa mort, sinon qu'en 549 l'évêque de Rennes avait nom Febediolus, et rien ne prouve qu'il eût succédé à Melaine sans d'autres intermédiaires. Faut-il vraiment croire qu'il ait tenu une très grande place dans la pensée des fidèles de ce temps ? L. Duchesne en apporte deux exemples qui ne sont pas convaincants. Un abbé révèle qu'il recevait la consécration épiscopale des mains de saint Melaine, escorté des évêques de Coutances et d'Évreux * ; voilà un rêve à qui on fait une destinée un peu disproportionnée. Une basilique fut élevée à Rennes sur le tombeau du saint ; elle brûla, s'écroula et laissa la tombe intacte : mais n'était-ce pas chose courante que les tombes d'évêques surmontées d'une basilique, chose plus ordinaire encore de voir brûler ces basiliques ? Enfin, la chose la plus habituelle de toutes, en ces temps-là, de voir une tombe sainte demeurer indemne d'un incendie ou d'une inondation ?


IV. CULTE. — Saint Mélaine était en réputation de thaumaturge, une église s'élevait sur son tombeau, enfin on le fêtait au martyrologe. On l'y fêtait même deux fois : le 6 janvier, anniversaire de son ordination, et le 6 novembre, anniversaire de sa sépulture. Le martyrologe hiéronymien lui concède ces deux fêtes. Dans la seconde recension du martyrologe, laquelle est du vi siècle, on lit cette notice au 6 janvier :

209 transitus 5. Melani episcopi ibidem celebratur. C'est un développement du texte primitif : In civitate Redonis natale 5. Melani episcopi. Si l'on accepte toutes les données de la seconde recension, il faudra admettre que la naissance, l'ordination et la mort du saint sont survenues à la même date ; ce qui n'est pas impossible. Mais il n'est guère d'usage de célébrer le jour de naissance des saints et il se pourrait que les mots nativitas el ordinatio représentent un développement erroné des mots nat. ordin. qui signifient natale ordinationis. On aurait donc célébré le 6 janvier l'ordination et la mort du saint ; la coïncidence de ces deux dates n'a rien de très surprenant. Le natale ordinationis était célébré du vivant de l’évêque ; à sa mort, on cessait, mais il y a quelques exceptions.

Quant à la mort, on la réunit volontiers avec la sépulture. Ici, l'anniversaire de la sépulture se présente dix mois après celui de la mort. Si l'évêque mourut à Plaz, on aura pris tout le temps de préparer sa tombe à Rennes où il fut transporté dix mois après.

Enfin, le manuscrit de Berne du martyrologe place au 5 novembre une vigile : Ef vigilia S. Melani.

H. LECLERCO.


MÉLANIE LA JEUNE (sainte). — I. Les textes. II. La race. III. La fortune. IV. La famille. V. Mariage et maternités. VI. Dépouillement. VII. Prodigalités. VIII. Exode en Sicile. IX. Séjour en Afrique. X. Séjour à Jérusalem. XI. Fondations monastiques. XII. Le voyage à Constantinople. XIII. Dernières années.

I. LES TEXTES. — Lors que Tillemont étudiait la vie de sainte Mélanie, il puisait à l'Histoire lausiaque et à un texte métaphrastique ; s'il savait qu'Allatius tenait une autre histoire « entre les mains, fort bien écrite en grec, par un prêtre que la sainte même avait tiré du monde pour l'offrir à Dieu... et qui demeura ensuite longtemps avec elle... » il n'avait pu y recourir ; il ne sait où la prendre ; mais il se console, ne doutant pas que « ceux qui travaillent à la recherche des anciens monuments de l'Église ne trouvent quel que jour celui-ci et n'en enrichissent le public ». Enfin, en 1900, les bollandistes découvrirent le texte d'Allatius


MELAINE (SAINT) — MÉLANIE LA JEUNE (SAINTE)

In civitate Redonis, natipitas el ordinatio episcopatus el 210 Il s'en fallait bien qu'avant les découvertes des érudits, que nous venons de nommer, Mélanie fût inconnue. Palladius, dans l'Histoire lausiaque, avait parlé d'elle ; il l'avait connue à Rome, en 405, ainsi que son mari Pinien. Le texte conservé dans la Patrologie grecque est plus ampoulé que celui de l'Histoire lausiaque ; en outre, il existe une version latine de l'œuvre de Palladius, intitulée : Paradisus Heraclidis, remontant à la limite du v et du vi siècle.

L'importance du texte est garantie par son origine ; il émane d'un compagnon de Mélanie. Le P. De Smedt s'était prononcé pour le prêtre Gérontius, compagnon de voyage de la sainte, moine d'un des couvents fondés par elle et, après elle, directeur de ses monastères pendant quarante-cinq années. La Vie de saint Euthyme, écrite au vi siècle par Cyrille de Scythopolis , et la biographie de Pierre l'Ibère , composée cette hypothèse. Nous y lisons que « Gérontius était originaire de Jérusalem, et son renom s'étendait au loin. Tout enfant, il reçut de sainte Mélanie et de son mari tout ce qui était nécessaire à son éducation. Ils l'élevèrent saintement dans leur maison, de façon qu'il plût à Dieu ; il leur parut être digne de recevoir le saint habit des moines, dès que sa conduite et ses habitudes l'eurent distingué. Ils le prirent donc tous deux, le menèrent au saint sépulcre du Rédempteur, posèrent l'habit sur le rocher, et l'en firent revêtir, si l'on peut dire, des mains mêmes de Notre-Seigneur, après avoir prié Dieu de lui accorder, en même temps que l'habit, le don d'une foi correcte, le don de la sainteté et le don des larmes. En fait, il obtint la grâce de ces trois dons, spécialement de celui des larmes ; si bien que, prêtre et supérieur du monastère du Mont des Oliviers, il célébrait souvent trois messes le même jour de la semaine : une sur la montagne sainte, la seconde dans le monastère des hommes, la troisième dans le monastère des femmes. Le reste du temps il célébrait en particulier, pour sainte Mélanie, en suivant les coutumes de l'Église de Rome. Et, dans chacune de ces réunions, du début à la fin de la messe, il versait des larmes si abondantes, accompagnées d'une telle expression de douleur et de contrition, que toute l'assemblée ne pouvait se défendre d'éclater en clameurs, en soupirs, en gémissements. » Gérontius, après avoir fait campagne aux côtés de Mélanie contre le nestorianisme, se laissa entraîner jusqu'au monophysisme. En 452, Théodose, moine d'Alexandrie, ayant réussi à persuader presque toute la Palestine que les décisions du concile de Chalcédoine contre les monophysites eutychiens étaient une réhabilitation du nestorianisme, Gérontius prit le parti de Théodose contre Juvénal de Jérusalem. Ses idées, soutenues par l'impératrice Eudoxie, triomphèrent et l'évêque Juvénal, expulsé de son siège, fut remplacé par Théodose. En 456, Eudoxie revint à l'orthodoxie, mais Gérontius persévéra dans le monophysisme jusqu'à sa mort, survenue en 484, Son récit, simple et vivant, n'est pas sans charme ; l'auteur ne se met pas en peine de tout conter, il laisse courir sa plume au gré de ses souvenirs ; il laisse parler son cœur ; il répète, avec ce qu'il a vu lui-même, les récits qu'il aimait à redire à celle qu'il appelle quelque part « sa mère » Mais, ici, se présente un problème : quel est le rapport du texte grec de la Barberini au texte latin de l'Escurial ? lequel nous rend le texte original de Gérontius ? Ni l'un ni l'autre, soutenait Rampolla, mais tous deux mettent sur la voie, principalement le texte latin ; l'original, tel que l'écrivait Gérontius, étant un texte latin : D'autres ont soutenu que l'original fut écrit en grec, vers 440-451, et adressé peut-être au célèbre Dioscore, patriarche d'Alexandrie ; la recension grecque, exécutée vers 450-451, le reproduit beaucoup plus fidèlement que notre version latine, celle-ci étant très peu postérieure au milieu du vi siècle *. Il semble que, si parfois le texte latin a plus de valeur que le texte grec, c'est au texte grec qu'il faut en général accorder le plus de confiance ; dans un grand nombre de cas, sans le recours au grec, le latin est peu intelligible. La conformité d'ensemble entre la recension grecque et la recension latine montre que les remaniements furent peu considérables ; mais la recension latine atteste de la gaucherie et des contresens commis sur le grec. Il se peut que le dernier mot reste à dire sur ces textes, mais jusqu'à-là il semble permis de recourir aux deux recensions, avec l'espoir d'éclairer les faits contenus dans un document hagiographique d'une extrême importance.


II. LA RACE. — Dans la Rome du passé, le Coelius était une région déserte où des monastères succédèrent à des palais disséminés parmi les villas. Une d'elles, située à peu de distance de l'église Saint-Etienne-le-Rond, avait été sanctifiée par les moines de Saint-Érasme et conservait son attrait, par delà ces hôtes anonymes, pour les archéologues qui, à six reprises, entre 1554 et 1902, essayèrent de ressaisir les vestiges


MÉLANIE LA JEUNE (SAINTE)

212 d'une habitation aristocratique d'autrefois. On savait d'ailleurs chez qui on se trouvait, car les premières fouilles avaient fait connaître le nom des lointains propriétaires qui appartenaient à la gens Valeria.

Successivement, on découvrit une base de statue, puis sept statues, des restes de peintures, des bustes, un groupe d'Amour et Psyché , des pièces d'argenterie : enfin des colonnes, des chapiteaux, des hermès de marbre Mais ce qui, en un sens, fut plus précieux encore, ce fut la trouvaille, dans la maison même, d'ampoules timbrées aux profils de saint Pierre et de saint Paul, et surtout d'une lampe en bronze, en forme de vaisseau, conservée au musée des Offices à Florence *. Au haut du mat (voir Dictionnaire, t. v, col. 1039, n. 4253 ; t. vii, col. 1207, fig. 6730 à 6743, n. 10), on lit :

Ce monument rappelle le baptême d'un certain Valerius Severus, un membre de la grande et illustre famille des Valerii qui comptait au premier rang de celles qui fondèrent la république. Les Valerii donnèrent à Rome des consuls, aux provinces des administrateurs, et les siècles n'avaient pas entamé leur prestige, puisqu'ils en étaient venus à jouir, au sein de l'aristocratie, d'une sorte de prééminence. Au iv siècle, un Valerius Maximus représentait la noblesse romaine à Antioche, auprès de Constance, et il devint, sous Julien, préfet de Rome. Il se pourrait qu'il ait été le propriétaire de la villa du Cœlius . Sa femme, Antonia Melania, devenue veuve au mois de novembre 372, prit une décision singulière, Après avoir confié son fils, âgé de six ans, Valerius Publicola, à la garde d’un tuteur, elle se rendit en Égypte et, de là, en Palestine, pour y mener la vie monastique. L'enfant, devenu homme, épousa Albine, de la famille des Ceionii , de qui il eut une fille, vers 383. On lui imposa le nom de son aïeule : Mélanie.


III. LA FORTUNE. — Unique héritière de Valerius Publicola, lequel avait hérité seul de Valerius Maximus, préfet de Rome en 362, seul héritier lui-même du préfet de 319, Valerius Basilicus, Mélanie accumulait entre ses mains les fortunes de trois générations de patriciens. La sienne était prodigieuse. Nous concevons malaisément ce qu'était la richesse des « milliardaires » romains non pas même aux époques les plus florissantes de l'empire, mais dans le demi-siècle si tourmenté, et déjà si appauvri, qui précéda sa chute. La Vie de sainte Mélanie est un des documents qui nous font le mieux connaître cette richesse, et peut-être le seul document qui nous initie tout à fait à la composition et aux conditions très particulières de propriété d'un grand patrimoine.

Les fortunes aristocratiques sont avant tout des fortunes territoriales. Mais les fortunes territoriales romaines ne souffrent pas de comparaison avec celles de notre époque. Un grand propriétaire français, possesseur de quelques milliers d'hectares, ou même un grand landlord anglais, aurait fait piètre figure en regard d'un grand propriétaire romain. Quand nous lisons cette phrase d'Ammien Marcellin, à propos de Petronius Probus, un cousin de Mélanie : « Il possédait des domaines sur presque tous les points du monde romain ! », nous sommes tentés d'y voir de la rhétorique. Cependant, rien ne semble plus vrai ; Symmaque possédait une maison à Capoue, trois maisons à Rome, - trois villas dans la banlieue de Rome, douze autres sur divers points de l'Italie, des terres en Sicile et en Maurétanie, et probablement d'autres biens-fonds qui ne sont point nommés dans ses lettres. Symmaque cependant n'était point un des membres riches du Sénat ; on le comptait parmi ceux qui avaient une fortune moyenne.

La Vie de Mélanie donne, avons-nous dit, l'idée de ce qu'il faut entendre par une fortune territoriale. - Elle possédait, en effet, des latifundia en Italie, en Sicile, en Gaule, en Espagne, en Bretagne, dans l'Afrique proconsulaire, la Numidie, la Maurétanie, et dans reliquis regionibus. Si on cherche à prendre une idée à peu près exacte de ce qu'étaient ces domaines, il ne faut pas s'imaginer rien d'analogue à ce que serait de nos jours, dans une fortune imposante, la possession d'une ferme en Normandie ou en Beauce. Villæ, d'après lesquelles on peut se faire une idée des autres. La première parait avoir été située en Sicile, — sur le détroit de Messine, en face de la ville bruttienne de Heggio. C'était un lieu enchanteur. Comme dans toutes les habitations de plaisance des Romains, les bâtiments destinés aux bains y tenaient une grande place. De la piscine on apercevait, en nageant, d'un côté la mer, couverte d'embarcations, de l'autre les bois, remplis de gibier. Partout des marbres, des statues. Mais c'était là la réserve du maître, la demeure seigneuriale. A l'entour, s'étendait le domaine utile.

Lesquels demeuraient quatre cents serfs employés aux travaux agricoles. Les recettes, dit le texte, étaient immenses, mullos reditus el censum immanem ; ces deux expressions semblent indiquer deux sortes de revenus : produits directs des champs cultivés au profit du maître et faisant partie de sa réserve, cens payé par les esclaves ou colons pour les terres qui leur étaient concédées. La propriété d'un domaine de cette nature équivalait à celle d'un village de quatre cents habitants, et encore le biographe compte-t-il seulement les servos agricultores, c'est-à-dire les hommes en âge de travailler, sans faire mention des femmes et des enfants, ce qui devait tripler ou quadrupler la population. Le même document indique l'importance d’une autre des villæ de Mélanie. Celle-là était située en Afrique, à l'ouest de la Proconsulaire, près de la petite ville de Thagaste. On y signale un beau bain, ce qui indique qu'elle contenait aussi une maison de maître ; mais on ajoute que les artisans qui peuplaient le domaine étaient nombreux, artifices multos. Ils devaient former, là encore, une véritable population, car sur le domaine résidait un évêque catholique, et, comme un grand nombre de donatistes y demeuraient aussi, un évêque de la secte s'y était également établi : et duos episcopos, unum nostræ fidei et alium hæreticorum. Aussi, s'explique-t-on le mot du biographe à propos de ce domaine africain : « Il était plus grand que toute la ville de Thagaste. », possessio major erat civitatis ipsius.

Cependant, il semble bien que le biographe ait été amené par le hasard à parler de ces deux propriétés non parce qu'elles étaient plus importantes ou plus belles que d'autres, mais parce que, dans l'une, Mélanie et sa famille séjournèrent lors de l'invasion gothique de 410 et parce que la seconde fut donnée par elle à l'Église de Thagaste.

L'agriculture était une des sources de revenu des grands domaines, mais elle était loin d'être la seule. La multitude des domaines possédés par Mélanie sur tous les points de l'empire contenait presque autant de centres industriels que de centres agricoles. A côté des esclaves voués aux travaux de la terre, il y avait des esclaves exerçant tous les métiers dont avait besoin pour vivre l'immense personnel dépendant des grandes maisons : fabrication d'ustensiles, de meubles, d'étoffes, de vêtements, d'outils, de machines de toute sorte et même d'objets d'art. A propos du domaine de Thagaste dont nous parlions à l'instant, on voit qu'à l'arrivée de Mélanie dans cette région elle offrit à l'église, qui était très pauvre, de nombreux présents : tapisseries brodées d'or et de perles, plats d'or et d'argent qu'elle avait fait fabriquer, dit le texte de la Vie : omnia que ornamenta faciens. Il y avait donc dans le domaine des tapissiers, des brodeurs, des orfèvres, des argentiers, des dinandiers.

La villa du Coelius, résidence ordinaire de Valerius Publicola, était d'une splendeur qui laissait dans l'ombre ces villas rurales. Nous avons dit que les fouilles exécutées sur son emplacement, depuis le XVIIe jusqu'au XXe, ne laissaient pas de doute sur ses possesseurs, qui reconstruisirent probablement leur demeure après que l'incendie voulu par Néron eût détruit la demeure qu'ils possédaient sur la Velia. La magnificence de cette demeure princière se laisse entrevoir dans la description qu'en donne Olympiodore, écrivain du Ve, qui dit que, dans les maisons des grands de Rome, on rencontre des hippodromes, des places publiques, des temples, des fontaines, des thermes. On sait que la maison était remplie de précieuses statues, et on y a découvert des fragments de peintures qui comptent « parmi les meilleures qu'on ait trouvées à Rome. Comme d'autres demeures chrétiennes, celle-ci possédait un oratoire, dont les restes ont été reconnus. Cette somptuosité était telle que le jour où Mélanie voulut la mettre en vente, la maison ne trouva pas d'acquéreur ; pas une seule fortune à Rome ne pouvait prétendre à la possession d'une aussi grande et aussi riche demeure ! Pinien et Mélanie en furent réduits à chercher un acheteur ; ils s'adressèrent à Serena, épouse de Stilicon, nièce de Théodose et belle-mère d'Honorius, à qui cette parenté semblait permettre de prétendre à tout. Cependant, Serena refusa : elle ne pouvait, dit-elle, payer le prix de cette maison. Alors, on vida l'immeuble de ses trésors et Serena ne put et n'osa pas refuser les ornements précieux, les statues des grands maîtres qu'on lui offrait et qui sortirent de la maison des Valerii pour orner les appartements et les galeries du Palatin.

A cinq milles de là, sur la voie Appienne, se trouvait un autre domaine qui, sous Commode, avait été confisqué aux deux Quintilius, coupables probablement de christianisme. Restitué à un Valerius par Constantin, les ruines de ce domaine s'étendaient sur un périmètre de deux kilomètres ; Mélanie avait dû y passer ses villégiatures d'enfance. Pour liquider tout cela, il ne fallut pas moins de quatorze années de négociations.

Et le plus beau de l'affaire fut d'être parvenu à liquider. Sous le Bas-Empire, s'il n'était pas facile de s'enrichir, il ne l'était pas plus de se dépouiller, car à peu près aucun de ceux qui possédaient n'était maître absolu de son patrimoine, grand ou petit. Le droit d'uti el abuti, dans lequel les vieux jurisconsultes romains faisaient consister l'essence de la propriété romaine, n'existait plus pour personne. Ni un curiale ne pouvait détériorer ou dissiper ses biens, car ils étaient le gage des obligations imposées solidairement à tous les membres de la curie, ni un membre d'une corporation industrielle ne pouvait abandonner son industrie, à laquelle il appartenait lui et ses enfants. Les membres de la plus haute aristocratie ne jouissaient pas d'une plus grande liberté. Le patrimoine d'un sénateur ne pouvait sortir de sa famille, ou du moins de la classe sociale à laquelle il appartenait. Un historien a exprimé vivement cette situation lorsqu'il a dit que « la fortune du sénateur était en gage au sénat comme celle d'un curiale à la curie.

On vit cependant des chrétiens ou des chrétiennes de rang illustre réussir à goûter une certaine pauvreté : Fabiola, Lea, Blesilla, Paula et le gendre de cette dernière, Pammachius ; mais ce dernier continuait à venir occuper son siège au sénat ; c'était donc une pauvreté relative que celle à laquelle il s'était condamné, puisqu'elle lui permettait d'acquitter le cens sénatorial. Tous ses revenus se dissipaient en charités, mais tout son capital n'était pas aliéné. Saint Paulin de Nole fit plus : d'accord avec sa femme, Theresia, il mit tous ses biens en vente. Mais tout cela était peu de chose en comparaison de Mélanie.

Nous savons par sa biographie que son revenu, défalcation faite de celui, fort important, de son mari Pinien et de l'intérêt de son immense mobilier, s'élevait annuellement à 116 640 000 francs : centum viginti millia annua les reditus ou bien d'après le texte grec : ypuood puopuküxc Odc8ex« . Ces chiffres acceptés par les uns, contestés par les autres, peuvent exercer l'ingéniosité. D'abord, la Vie grecque commet une erreur en attribuant ce revenu à Pinien, non à Mélanie ; le latin doit être préféré, mais on remarquera que dans ces mots : centum viginti millia annua les reditus, il y a un mot sous-entendu. Est-ce aureorum, en ce cas il faudrait lire 120 000 aurei dont la valeur étant alors de 13 fr. 50 représenterait 1 620 000 francs, soit un revenu inférieur à celui de nombreux sénateurs, ce qui ne peut être admis. Au lieu d'aureorum, il faut sous-entendre auri, soit 120 000 livres d'or. Sans doute, on ne frappait pas de livres en or, mais, depuis Constantin, on comptait l'or par bourses, folles ; le follis auri équivalait à une livre d'or de grec que nous dit être en or, s'entend de folles auri (voir ForLis). La fortune doit donc être évaluée à 116 millions de revenu environ.


IV. LA FAMILLE, — Dans la famille de Mélanie un fait étrange s'était produit. En 372, celle qu'on nomme, pour la distinguer de son homonyme, Mélanie l'Ancienne, avait fait le voyage d'Égypte pour y fréquenter les solitaires ; de là, elle s'était rendue en Palestine, s'était fixée dans un couvent situé sur le mont des Oliviers où elle dirigeait une communauté de nonnes.

216 Que savait sur elle, ses occupations, celles de son entourage, la famille restée à Rome ? Assez peu de chose peut-être . Le fils Valerius Publicola parait avoir été un homme du monde, bon et modeste, un peu timide d'idées et d'allures, et qui ne se piquait d'aucune singularité . De sa femme Albine on ne sait rien, sinon qu'elle se montra favorable à la décision de sa fille, ce à quoi elle avait quelque mérite étant elle-même la propre fille d'Albinus, ami de Symmaque et païen comme lui. Albinus avait des fils qu'il éleva dans le paganisme : Ceonius Decius Albinus et Volusianus ; pour la fille, il consentit à ce que la mère la fit chrétienne.

Valerius Publicola et Albine n'eurent d'autre enfant que la petite Mélanie qui dut être entourée de soins et, comme tant de petites filles éveillées, sut écouter ce qui se disait autour d'elle sans paraître y prêter attention. C'est ainsi que, dans les conversations de ses parents et les indiscrétions des serviteurs, elle aura entendu parler de l'aïeule Mélanie, la fugitive, et peut-être aussi de quelques dames de son rang qui s'exerçaient, sans s'éloigner de Rome, à mener la même vie d'ascètes. Asella et Marcella n'étaient pas seules à se livrer à cette singulière existence. Une tante de Mélanie, nommée Léta, devait être renseignée à merveille, car sa belle-mère Paula et sa belle-sœur Eustochium avaient imité Mélanie l'Ancienne et fondé un couvent à Bethléem. Un jour, on avait sans doute raconté devant la fillette l'inconcevable décision prise par le sénateur Paulin et sa femme Thérasia, autres cousins de l’aïeule, qui vendaient leurs biens afin de se retirer du monde et d'embrasser la vie religieuse. Le cas du consul Paulin fit scandale à Rome pendant toute une saison *. L'ascétisme était alors la grande affaire dont le monde s'entretenait ; comme au XIXe, il prenait parti pour ou contre « la fréquente ». ;

V. MARIAGE ET MATERNITÉS. — Quand Mélanie atteignit l’âge de treize à quatorze ans, Publicola et Albine lui choisirent un mari. C'était Pinien, qui leur était apparenté d'assez loin et dont les ascendants avaient tous fait carrière dans la préfecture urbaine et le vicariat de Rome . Pinien avait dix-sept ans, la naissance, la fortune et les mœurs que des parents soucieux du bonheur de leur fille pouvaient exiger. Sitôt mariés, ces enfants devenaient libres, et le premier usage que Mélanie proposa à Pinien de faire de cette liberté fut de renoncer au mariage : « Si tu veux vivre chastement avec moi, selon les lois de la continence, lui dit-elle, je te reconnais pour maître et souverain de ma vie ; si cela te semble pesant, en raison de ta jeunesse, prends tous mes biens ; seulement donne à mon corps sa liberté, afin que j'accomplisse mon désir, qui est selon Dieu. » Pinien aurait pu répondre à cet enthousiasme de pensionnaire qu'en se mariant il n'avait pas recherché les biens qu'elle lui offrait et dont il était personnellement bien pourvu, mais que si son désir était selon Dieu, elle aurait dû l'en instruire dès la veille ; il se contenta de répondre en homme de sens : « Supporte que nous ayons deux fils, pour la transmission de nos biens ; et alors, avec la volonté de Dieu, nous renoncerons tous deux au monde. » Le résultat de cet accord fut une petite fille, que ses parents vouèrent, dès sa naissance, à la virginité ; d'ailleurs, l'enfant mourut en bas-âge. De nouveaux instants de Mélanie aboutirent à la même résistance de Pinien qui voulait au moins un fils pour continuer sa race et son nom. Les instants étaient d'autant plus vifs que l'opposition y était plus générale, car ce n'était pas seulement Pinien qui invoquait ses droits, mais un ami éprouvé, l'admirable Rufin d'Aquilée, compagnon d'ascétisme de l'aïeule Mélanie, et qui fit deux séjours au Cœlius, en 398 et 400. Peu de temps après, probablement en 402, on vit reparaitre à Rome Mélanie l'Ancienne, éprise plus que jamais de pauvreté et de continence, s'efforçant d'y attirer ses proches et ses enfants ; elle repartit pour Bethléem l'année suivante n'ayant rien obtenu. Sa petite-fille attendait l'heure prochaine d’être mère encore une fois. Imprudemment, elle avait voulu assister à la vigile de saint Laurent dans sa église (voir Dictionnaire, t. VIII, col. 1929-1930) ; on l'en empêcha ; alors la jeune femme passa la nuit, dans l'oratoire de sa villa où ses esclaves la surprirent le matin, elle les fit taire avec quelque argent, se rendit à Saint-Laurent-hors-les-murs pendant l'office du jour et accoucha d'un fils à son retour. Le lendemain, l'enfant mourut et Mélanie paraissait prête à le suivre. Alors Pinien se rendit à la basilique Saint-Laurent où il supplia le saint de lui conserver une épouse chérie. Comme il priait, on vint lui dire de la part de celle-ci : « Si tu veux que je vive, donne à Dieu ta parole que nous garderons la continence et le Seigneur me guérira. » Pinien promit, il retrouva sa femme guérie ; — décidément, il n'était pas de force à lui tenir tête.

Publicola fut de moins facile composition. Quand sa fille Mélanie annonça son intention de renoncer à la toilette, il entrevit peut-être la perspective d'une fille attifée comme il avait eu, quelques mois auparavant, le spectacle de sa propre mère, tout de bure vêtue, Dieu sur un bidet, admirable et sainte peut-être, — mais ridicule certainement. Cette manière de se donner en spectacle sous prétexte d'ascétisme lui était odieuse, et il s'opposa, ne pouvant, dit-il, s'exposer au blâme des méchantes langues. Celles-ci, à Rome et à cette date, ne gardaient plus aucune mesure. Il dut y avoir des semaines de lourd malaise dans cette famille, et puis Publicola affligé, affaibli, s'alita et se sentit frappé à mort. Lui, dont les années de vigueur s'étaient consumées en scrupules, se vit en péril devant le tribunal de Dieu s'il s'opposait à la volonté de sa fille ; appelant Mélanie et Pinien il leur dit : « Pardonnez-moi si, par excès d'inintelligence, je suis tombé dans un grand péché ; ayant craint les invectives des mauvaises langues, je vous ai chagrinés en faisant opposition à votre appel céleste. Et voilà que je m'en vais vers Dieu. Faites, désormais, comme vous l'entendrez ; agissez comme bon vous semblera. Mais priez Dieu pour moi, Dieu le maître de toutes choses. » Aussitôt, ce fut pour le jeune ménage la retraite aux champs, les vêtements grossiers, le voile pour Mélanie. Pinien y mettait moins d'empressement. F Alors, un jour, la sainte le prit à part, l'interrogea d'une façon caressante et respectueuse ; elle lui demanda s'il avait dans le cœur quelque concupiscence, s’il lui venait l'idée, parfois, de la désirer comme épouse. Pinien sourit, joyeux dans le Seigneur, et dit gaiement : « Heureuse es-tu d'aimer ainsi ton mari. Sois certaine, en ce qui me regarde, que depuis que nous avons donné à Dieu notre parole, j'ai pour toi les mêmes égards que pour Albine, ta sainte mère. » A ces paroles, Mélanie le baisa sur le cœur et sur les mains et glorifia Dieu de ce ferme propos. A quelques jours de là, Mélanie voulant le voir grandir en perfection, elle lui dit encore : « Pinien, mon maître, écoute-moi comme une mère, comme ta sœur spirituelle ; dépose ces précieux vêtements de Cilicie, habille-toi d'une façon plus vile. » Jeune comme il était, il fut légèrement contristé, mais de crainte de la voir iriste, elle, il acquiesça de bon cœur à son conseil et se mit à revêtir de très vils vêtements d'Antioche. Mais Mélanie, comme une bonne abeille, ramassait chaque jour pour lui des fleurs de vertus ; elle désirait qu'il prît des vêtements plus vils ce qu'il fit. Ses vêtements dans la suite valaient un solidus ou deux tiers de solidus. Mélanie les lui confectionnait elle-même, d'une laine très vile sans aucun apprêt de teinture. » Et Pinien, en les revêtant, se disait peut-être que, décidément, il avait trouvé son maître.


VI. DÉPOUILLEMENT. — Pinien une fois asservi, Mélanie tourna contre elle-même la fougue ascétique qui l'emportait. Les privations allaient lui paraître comme une piste à parcourir à vive allure. Elle, qui, par goût ou par genre, n'avait jamais bu de vin, n'avait pas à y renoncer ; il lui parut bon de jeûner cinq jours de suite et brisée, anéantie, elle dut consentir à ne manger qu'un jour sur deux. Cela lui parut peu de chose, elle chercha mieux et trouva. Il fallait se dépouiller de leur fortune elle en parla à Pinien qui acquiesça. Un incident, facile à prévoir, se produisit : Valerius Severus se sentait appelé à hériter du patrimoine. Non seulement la fortune personnelle de Pinien devait lui revenir, puisqu'il était son frère, mais encore, étant cousin de Mélanie, et celle-ci, qui était fille unique, n'ayant point d'héritier plus proche, il pouvait prétendre, pour lui ou pour les siens, à la succession de son opulente belle-sœur, Très habilement il profita (à moins qu'il ne l'ait suscité) d'un mouvement qui se produisit parmi les esclaves de celle-ci, répartis dans ses nombreuses propriétés de la banlieue de Rome. La vente des immeubles du ménage devait commencer par ces villas suburbaines. Mais les esclaves de cette famille chrétienne avaient toujours été traités avec une extrême douceur « comme des fils », selon la parole de saint Augustin. Publicola, le père de Mélanie, s'était montré pour eux d'une bonté dont parle avec attendrissement son parent, saint Paulin de Nole. Nul doute que sa fille et son gendre n'aient suivi ses exemples. La pensée d'échoir à d'autres maîtres, d'expérimenter peut-être la dureté païenne, remplit d'effroi toute cette population servile. Sur le conseil de Severus, ils demandèrent à ne point sortir de la famille, et à entrer au service de celui-ci. A l'affranchissement même qui leur fut offert, ils préférèrent pour la plupart devenir ses esclaves. Cela fait supposer que Severus, bien qu'il ne fût point exempt de vues intéressées, n'avait pas la réputation d'un mauvais maître. Mélanie et Pinien se laissèrent persuader. Le résultat fut que la fortune du frère de Pinien s'accrut des nombreux esclaves que celui-ci et sa femme avaient dans leurs villas de la campagne romaine ! : Palladius raconte même que les anciens maîtres, en sanctionnant ce changement de propriétaire, gratifièrent de trois sous d'or (un peu plus de 40 francs) par tête ces serviteurs dont la désobéissance témoignait au moins de leur attachement traditionnel à la famille.

Ce premier succès parait avoir encouragé Severus à aller plus loin, et avoir en même temps excité les espérances des autres parents des deux saints époux, Severus se proposait maintenant d'obliger son frère et sa belle-sœur à lui laisser leurs biens, puisqu'ils avaient résolu de s'en défaire par vertu ; et, de leur côté, chacun des sénateurs qui se trouvaient avoir des liens de parenté avec eux — et ils étaient en grand nombre — cherchait les moyens de tirer à lui quelque partie de leur dépouille *. L'esprit processif des Romains avait beau jeu pendant cette curée. Il n'y manqua pas ; les parents de Pinien et de Mélanie, nous dit le biographe de celle-ci, suscitérent à leurs généreux desseins diverses oppositions légales, diversas oceasiones causarum opponentes.

Cela était facile, car Mélanie n'avait que vingt et un ans et Pinien vingt-quatre quand ils commencèrent à mettre leurs biens en vente : ils étaient l'un et l'autre mineurs, aux termes de la loi romaine, qui ne fait commencer la majorité qu'à vingt-cinq ans. Pour Mélanie, la question offrait peu d'intérêt : femme mariée, elle restait incapable et sous la tutelle perpétuelle de son mari. Quant à celui-ci, il était sans doute, légalement, chef de famille, paterfamilias ; mais, n'ayant point encore vingt-cinq ans, il demeurait protégé par la loi contre une présomption d'inexpérience. De là, pour lui, le droit, s'il le jugeait utile, de se faire nommer un curateur pour l'assister dans les transactions importantes : de là surtout la faculté de demander, quand il y trouvait avantage, l'annulation de tous les contrats qu'il avait passés, ce qu'on appelait la restitutio in integrum . On comprend que personne, dans ces conditions, ne fût très disposé à traiter avec un mineur. Celui-ci pouvait, il est vrai, acquérir une pleine capacité en obtenant de l'empereur une dispense d'âge, venia ætalis . Mais il restait encore aux membres de sa famille, ou même, d'office, aux magistrats, le droit de lui imposer un curateur, choisi parmi ses parents, s'il donnait des preuves de dérangement d'esprit ou de prodigalité . Le prodigue devenait l'objet d'une véritable interdiction ; le magistrat la prononçait par la formule suivante qu'un jurisconsulte nous a conservée : « Puis que tu disperses, par ta faute, le bien de ton père et de tes aïeux, et que tu conduis tes enfants à la ruine, je te retire la conduite de ta maison et de tes affaires », ob eam ream tibi lare el commercio inlerdico *. Tout se prêtait à ce que les parents des deux époux donnassent le change à l'opinion publique sur les motifs intéressés de leur opposition et, en effet, dit Gérontius, « tous les sénateurs les blâmèrent, les traitant de fous et les accusant de dissiper, dès leur jeunesse, la totalité de leur fortune ? s ». Cette agitation et ces intrigues avaient commencé dès le lendemain du jour où Mélanie avait, par la mort de son père, été mise en possession de sa fortune. De mars à juillet 404, il avait fallu entreprendre et soutenir une véritable lutte, et la jeune femme, qui ne s'y était pas attendue, sentit ses forces prêtes à manquer. « Si les esclaves de la banlieue, dit-elle à Pinien, ont osé nous contredire que feront ceux qui vivent dans les provinces diverses, en Espagne, en Italie, en Pouille, en Campanie, en Sicile, en Afrique, en Maurétanie, en Numidie, en Bretagne ou bien au loin, dans les autres pays ? A ce qu'il me semble, il nous faut peut-être voir la très pieuse reine. Car j'ai confiance en Notre-Seigneur Jésus-Christ qu'Honorius et Serena reconnaissent aussi pour leur maître ; ils nous donneront toute possibilité pour que s'accomplisse la volonté de Dieu, pour que s'accomplisse notre désir. » On sait que Pinien approuvait toujours. Il approuva.

Cette Serena, qui, volontiers, se laissait donner le titre de reine, était la belle-mère d'Honorius et ne dédaignait pas, sinon d'exercer le pouvoir, du moins de l'influencer. L'aristocratie païenne, qu'elle semble avoir peu ménagée, ne l'aimait guère et se vengea d'elle non seulement par son trépas, mais sur sa mémoire. Cependant, Serena valait mieux, semble-t-il, que sa réputation ; elle était bonne, intelligente, assez instruite pour se plaire dans le commerce d'Homère et de Virgile. Au lendemain de son deuil, Mélanie s'était refusée à rendre visite à Serena ; aujourd'hui que les embarras naissaient de toutes parts autour d'elle, elle sollicitait une audience. Elle se présenta, suivie de gens chargés de présents, mais vêtue avec la plus extrême simplicité. Serena lui fit fête, la fit asseoir à ses côtés, la présenta à sa cour en la comblant de louanges. Mélanie, en femme de tête, ne perdait pas de vue l'objet de sa visite et, quand elle porta plainte contre ceux qui lui contestaient la libre disposition de sa fortune, Serena, s'indignant, offrit de leur infliger un châtiment sévère et de confisquer, en manière de représailles, leurs propres biens. Mélanie s'y refusa, mais cette menace, connue au dehors, ne dut pas peu enflammer la haine d'une partie des sénateurs contre Serena. Plus pratique, Mélanie sollicitait l'intervention de Serena auprès de l'empereur. Celle-ci — lui envoya sur-le-champ un message et reçut, séance tenante, la réponse : Honorius « donnait ordre dans toutes les provinces, aux gouverneurs et aux principaux fonctionnaires de vendre, en leur propre nom ou au nom du prince, les biens des deux époux, d'en percevoir le prix et de le leur transmettre ». Cet ordre impérial, tout de suite écrit, scellé et remis aux pétitionnaires « nous frappa de stupeur », écrit Gérontius ; en effet, les rescrits du prince devaient être beaucoup plus longs à expédier, et les chancelleries n'ont point coutume de se hâter de la sorte.


VII. PRODIGALITÉS. — « Alors, écrit Gérontius, ils commencèrent à vendre leurs biens et à recevoir, en échange, tantôt de l'or, tantôt de l'argent, tantôt des billets à terme, car leurs biens étaient considérables, et les ressources des acquéreurs, lors même qu'ils étaient nobles et riches, ne suffisaient pas à leur permettre de s'acquitter en une fois. » Albine partageait la retraite de sa fille et adoptait sa règle de vie, la villa du Coelius était mise en vente et maintenant l'or et l'argent ne faisaient que passer entre les doigts de Mélanie et de Pinien qui, « par l'entremise d'hommes d'expérience et de sainteté, le faisaient distribuer aux pauvres, confiant à certains quarante-cinq mille pièces d'or, à d'autres trente mille, à d'autres vingt mille, à d'autres dix mille et ainsi de suite ».

Il serait difficile de croire qu'un si grand sacrifice n'apportât pas à ceux, et surtout à celle qui en était l'inspiratrice, un certain trouble. Beaucoup plus tard, Mélanie évoquait ce passé à mots couverts, parlait de rêves, de défilés à franchir où l'âme se sentait prête à défaillir et au delà desquels elle se trouvait rafraîchie ! Ou bien c'était quelque diablerie ; le tas des quarante-cinq mille pièces d'or qui s'enflammait et le démon qui ricanait. Mais les esprits les plus graves acceptaient alors ces imaginations sans examen et il y aurait peut-être à s'engager, à leur suite, dans cette voie, peu d'utilité pour l'histoire.

On préférerait pouvoir raconter dans le détail la transformation subie par le domaine de Mélanie sur la voie Appienne, depuis qu'elle l'avait converti en une sorte d'hôtellerie où affluaient de saintes gens qui y trouvaient une hospitalité aussi copieuse qu'elle était peu onéreuse pour eux. Tout ce qui venait d'au delà des mers, chargé de quelque mission auprès du pape de Eusèbe, bien vite suivi des évêques Pansofius, Pappus, Demetrius, Eugène porteurs d'une lettre de Jean Chrysostome, patriarche de Constantinople, au chef de l'Église ; peu après survint le prêtre Théotecne, envoyé par vingt-cinq évêques. L'année suivante (405), on vit survenir les évêques Cyriaque et Eulogius, puis Palladius d'Hélénopolis, le prêtre Germain, le diacre Jean Cassien et après eux Domitien, économe de l'Église de Constantinople, et Vallagas, représentant des moines de Mésopotamie. Tous ces orientaux étaient, assurément, de très saintes gens, et qui plaidaient avec véhémence la cause de leurs Églises. Mélanie ne demandait qu'à se laisser convaincre et c'était une pluie d'or qui ruisselait : dix mille sous d'or expédiés en Égypte et en Thébaïde, dix mille à Antioche, quinze mille en Palestine, dix mille aux Églises des îles de l'archipel. N'y avait-il pas là une sorte d'abus et une tentation gratuite de faire méconnaître de ces richesses par des évêques, des abbés, des moines qui s'entendaient mieux au jeu qu'à la dépense ? Gérontius prendra plaisir un jour à recueillir les souvenirs laissés par cette soudaine inondation du Pactole ; un ancien ami de saint Jean Chrysostome lui dira, encore ému par ses souvenirs : « Quel pays fut privé des bienfaits de Mélanie et de Pinien ? Que vous parliez de la Mésopotamie, de l'Orient ou de l'Occident, du Nord ou du Midi, je ne crois pas qu'il y ait une ville qui n'en ait point eu sa part. Combien d'îles achetèrent-ils pour assurer aux moines une demeure ? Quelles étoffes de soie n'offrirent-ils pas aux autels et aux églises de Dieu ? De même, avec leur argent, ils firent faire des autels, des ornements ecclésiastiques, des lampes, et ils dédièrent tout à Dieu. Ils commencèrent aussi à faire de pareils dons aux monastères : achetant les monastères eux-mêmes, ils les donnèrent à des moines, à des nonnes, en leur adjugeant une certaine quantité d'or. » Une autre prodigalité, dont les bénéficiaires pouvaient mieux justifier leurs titres à ces largesses, concernait les esclaves : huit mille avaient été appelés à jouir de leur liberté et beaucoup d'autres après eux. On serait aise de savoir comment s'y prirent Pinien et Mélanie pour résoudre le problème économique soulevé par l'affranchissement d'un tel nombre d'hommes qu'il ne suffisait pas de rendre à la liberté, mais à qui il fallait assurer des moyens d'existence suffisants et honnêtes.

Après un voyage et un séjour à Nole auprès de saint Paulin, où Pinien et Mélanie n'avaient pu que s'affermir dans la pensée de liquider leur fortune, ils revinrent aux portes de Rome, toujours occupés de s'appauvrir. En 408, Mélanie possédait encore des immeubles à Rome et dans un grand nombre de provinces ; en 410, il lui en restait dans les diverses parties de l'Afrique romaine ; après 417, elle en possédait en Espagne ! C'est en 408 qu'une nouvelle attaque, la dernière, fut dirigée contre son patrimoine.

L'année 408 est l'une des plus tragiques de cette époque où les années tragiques se succèdent, Honorius a quitté Rome pour Bologne, Pavie et Ravenne ; Alaric a envahi l'Italie ; Stilicon a été massacré par ses propres soldats sous l'accusation, vraie ou fausse, d'une entente avec le roi goth. Celui-ci vient mettre le siège devant Rome, qui n'est pas secourue. La lâcheté de la foule romaine se donne carrière : elle revient au paganisme, écoute la promesse que lui font les aruspices toscans d'éloigner l'envahisseur par des sacrifices. Serena, qui s'est créé tant d'ennemis parmi les sénateurs, est arrêtée comme complice d'Alaric, jugée par le Sénat et étranglée. Alors on paie à l'ennemi une énorme contribution de guerre et il consent à s'éloigner. Pour rassembler la somme nécessaire, le préfet de Rome, Gabinius Barbarus Pompeianus, ardent païen, a imaginé de faire taxer tous les sénateurs suivant leur fortune *, avec la pensée de faire servir ce qui restait du patrimoine de Pinien et de Mélanie à la rançon de Rome et à l'allègement des charges imposées au Sénat.

Ce serait, cette fois, une sorte d’expropriation pour cause de salut public. Pompéianus proposa aux sénateurs de déclarer la fortune de l’un des deux époux acquise à l'État . « Il est absurde, dit-il, qu'ils l'offrent à Dieu, au lieu de la mettre à la disposition de la République, et de la céder au Sénat. » La proposition devait être examinée le lendemain, dès la première heure. Mais un événement inattendu empêcha de la discuter. Les Goths, maîtres du Tibre, empêchaient l'entrée dans la ville des blés entreposés à Porto. Comme il arrivait régulièrement dans les moments de disette, le peuple accusa d'inertie le préfet, et le rendit responsable de ses souffrances. « Subitement, écrit Jérontius, à cause du pain, la sédition gronda : le préfet, bientôt arraché de son tribunal, fut lapidé au milieu de la cité ; les sénateurs confessèrent ouvertement leurs intrigues contre les bienheureux ; ils avouèrent la vindicte et les mérites des saints qui avaient coûté la vie au préfet. Les bienheureux, eux, n'apprirent tout cela qu'en même temps que son horrible mort. Informés, ils rendirent grâce, mais s'affligèrent de sa mort, se réjouissant toutefois de voir encore une fois hors de péril les biens qu'ils avaient consacrés à Dieu . »


VIII. EXODE EN SICILE. — En cette année 408, Mélanie quitta Rome qu'elle ne devait plus revoir, passa par Nole et se rendit en Sicile dans une villa, non encore vendue, qui faisait face à Reggio. Ce fut là qu'elle apprit avec Pinien la catastrophe de l'an 410 : la prise de Rome par Alaric. Cet événement, qui terrifia tout ce qui restait de vieux Romains, eut, au point de vue de la fortune que nous voyons anéantir entre les mains de ses possesseurs, un heureux résultat ; il entraîna la destruction de la villa du Coelius ; pillée, ruinée, brûlée, après avoir découragé les acquéreurs, elle les éloignait maintenant. Il est possible que Mélanie et Pinien n'en aient pas été instruits tout de suite, car la vie était devenue, même dans leur retraite, singulièrement troublée. Ils se trouvaient là avec le vieil ami de l'aïeule Mélanie, Rufin d'Aquilée, traducteur infatigable, qui nous laisse apprendre quelque chose des impressions ressenties par ses hôtes. « Devant nos yeux, dit-il, les barbares ont incendié Reggio, l'étroit bras de mer qui sépare l'Italie de la Sicile est notre seule protection. Comment trouver le calme d'esprit, dans ces conditions, pour écrire et surtout pour traduire, pour exposer sa pensée et, à plus forte raison, pour rendre celle d'autrui ? Toutefois, j'ai profité des nuits où la crainte de l'ennemi était moins menaçante, où il restait quelque loisir, si court qu'il fût, pour le travail, pour recourir à ce qui est la consolation de nos misères et l'adoucissement de notre exil à travers le monde !. » Que le bon vieillard s’acharnât à traduire en de pareils moments, on ne peut ni s'en étonner, ni le lui reprocher, mais on voudrait savoir si la vue de la flotte réunie par Alaric pour tenter une descente en Sicile avait éveillé un sentiment énergique dans l'âme de Pinien. Au lieu de lire des commentaires et des traductions, il aurait pu armer ses gens, s'exercer avec eux à défendre l'île menacée. S'il y songea, personne n'a jugé bon de le dire, il pensa plutôt à s'enfuir. Décidément, la Sicile était trop proche, on s'embarqua pour l'Afrique.

Ici se place un épisode qu'on n'est pas en mesure de récuser, mais où il reste bien des énigmes. Une tempête, une île dont la population assaillie par des barbares va être massacrée faute de pouvoir payer rançon ; un évêque qui vient au-devant de Mélanie et lui confie son embarras : il ne lui manque que 2 500 solidi d'or. Vite, on avance la somme et 1 000 solidi d'or en plus pour des achats de vivres et le rachat d'une matrone.

En abordant l'Afrique, Albine, Pinien et Mélanie trouvèrent un messager porteur d'une lettre de saint Augustin *, et ils allèrent s'installer à Tagaste, une de ces villes un peu ensommeillées où ils pouvaient vivre dans le repos.


IX. SÉJOUR EN AFRIQUE. — À Tagaste, Pinien et Mélanie bâtirent deux monastères, l’un pour cent trente femmes, l’autre pour quatre-vingts moines. Le recrutement en était partiellement assuré par la population servile des domaines qui trouvait au seuil de ces monastères l'affranchissement. Mélanie donnait un exemple qui, sans doute, ne pouvait être suivi que d'un peu loin. Elle mangeait deux jours sur sept, le samedi et le dimanche, s'interdisait l'assaisonnement avec de l'huile, se contentait de légumes, de figues. Ce régal était remplacé, les samedis et dimanches de carême, par un peu de pain d'orge et du poireau cru trempé dans de l’eau tiède. Assurément, l'intention est digne de tous les respects, mais on s'explique difficilement l'utilité de ces mortifications exténuantes et il est permis de se demander si elles rapportent un grand honneur à Dieu. Lorsque Mélanie avait jeûné cinq jours de suite, de quelle besogne utile était-elle encore capable ? On voit qu'elle priait, elle lisait fiévreusement, se faisait faire la lecture, elle copiait des manuscrits, elle instruisait ses compagnes ; mais dans quelle mesure, avec quelle efficacité ?

L'exceptionnel diocésain parut en danger. L'embarras de saint Augustin était grand, il était, personnellement, à l'abri de tout soupçon d'avidité, mais il voulait défendre la réputation de ses ouailles. Ceux-ci durent, finalement, renoncer à leur prétention et se contenter d'une résidence plus ou moins temporaire de Pinien, parmi eux. Mais Pinien ne fut pas longtemps l'objet de ces exigences ; au train où y allait Mélanie et lui-même, leur fortune s'amoindrissait au point de fondre complètement et, à partir du jour où les gens d'Hippone se furent bien persuadés que Pinien n'était plus riche et que bientôt il serait pauvre, ils lui manifestèrent la plus complète indifférence.

Quoi qu'il en ait été, l'incident était instructif et il l'est encore parce qu'il nous montre que toutes choses n'étaient certes pas, même dans la primitive Église et dans l'Église d'un Père illustre entre tous, pour la plus haute édification.

X. SÉJOUR À JÉRUSALEM, — En 417, sauf quelques domaines espagnols improductifs et inabordables, la liquidation était terminée, Pinien et Mélanie étaient pauvres et satisfaits de l'être. On aurait pu croire qu'arrivés au comble de leurs vœux ils se cacheraient dans les monastères de Tagaste fondés par eux ; au contraire, ils reprirent le bâton de voyageur et se dirigèrent vers la Palestine. Ils se rendirent à Alexandrie et y furent les hôtes du patriarche Cyrille appelé à une grande gloire. Puis ils gagnèrent Jérusalem et cette église eut alors à inscrire sur sa matricule les noms d'Albine, de Pinien et de Mélanie parmi ceux des pauvres assistés. On leur assigna des logis dans les hospices voisins de l'église de l'Anastasis et ils s'y installèrent, vivant désormais l'étrange existence de ces pieux monazontes qui psalmodiaient et priaient beaucoup, dormaient à peine et mangeaient le moins possible. Mais c'est la destinée de ceux qui ont eu un rang par la naissance de pouvoir renoncer à tout, mais sans réussir à faire oublier ce qu'ils ont été et ne cesseront pas d'être. Mélanie n'avait plus le poids de sa fortune, elle avait la charge de son nom et de ses relations. À Jérusalem, elle n'était une inconnue pour personne ; elle retrouvait Paule, sa jeune cousine, et elle affrontait Jérôme, après avoir fermé les yeux de Rufin. Jérôme avait-il assez malmené Rufin et Mélanie l'Ancienne, tous les deux disparus ! S'en souvenait-il ? On n'en peut douter ; cependant, il s'humanisa. Cette jeune femme qui prenait feu et flamme contre le pélagianisme dut lui plaire, d'ailleurs il touchait à l'heure du déclin.

À peine fixée à Jérusalem, Mélanie apprit que ses domaines d'Espagne avaient pu être vendus ; elle en destina le produit aux solitaires d'Égypte et se réserva le soin de le leur remettre en mains propres. Albine, que l'âge commençait à atteindre, renonça à de nouvelles pérégrinations et fut chargée de veiller à la construction d'une cellule sur le mont des Oliviers, où Mélanie se retirerait au retour de l'excursion projetée en Égypte. Pinien et Mélanie partirent et visitèrent d'abord la banlieue d'Alexandrie. « Ils parcouraient les cellules des saints moines et des vierges très fidèles, nous dit Gérontius, se conduisant comme il est écrit, en sages dispensateurs, laissant des secours à chacun suivant ses besoins. Étant arrivés à la cellule d'un saint homme, l'abbé Héphestion, ils le prièrent d'accepter de leurs mains un peu d'or. Comme il affirmait avec énergie qu'il n'en ferait rien, la bienheureuse explora la cellule du saint, cherchant ses ustensiles ; elle trouva qu'il ne possédait rien sur terre, hormis une natte, une corbeille contenant quelques biscuits secs, et une petite salière ; très émue par l'indicible et céleste richesse du saint homme, elle cacha l'or dans le sel et se hâta de sortir, craignant que le vieillard n'apercût la manœuvre. Elle et Pinien lui demandèrent sa bénédiction, et puis eurent bien soin de vite s'éloigner. Mais ils ne purent se dérober : lorsqu'ils eurent passé le fleuve, l'homme de Dieu accourut, tenant l'or et criant : « Que faire de cela ? » La bienheureuse Mélanie lui répondit : « C'est pour que tu donnes aux indigents. » Et lui protesta qu'il ne garderait pas cette somme et qu'il ne la donnerait pas, car il était dans un désert, et aucun indigent ne passerait dans ces parages. Il insistait dans son refus, mais ne pouvait les persuader de reprendre l'or. Alors le saint homme le jeta dans le fleuve. Nombreux furent les saints anachorètes, nombreuses les très vénérables vierges qui refusèrent toute offrande ; par de pieuses industries la bienheureuse cachait l'or dans leurs cellules, tant elle estimait un profit spirituel et un immense avantage pour l'âme, de soulager les saints. » À Alexandrie, Pinien et Mélanie eurent l'occasion de s'entretenir avec différents abbés qui, suivant un usage qui s'est quelque peu transmis, faisaient garder la clôture à leurs moines pendant qu'ils venaient visiter la capitale. Le ménage voyageur ne parait pas être remonté vers la Haute-Égypte où fleurissaient les monastères pakhomiens ; peut-être l'accès de ces saintes maisons leur eût-il été difficile à obtenir ; ils se rejetèrent sur les enfants perdus dispersés dans le désert des Cellules et sur la montagne de Nitrie. Il y avait quelques milliers de reclus et de recluses menant une existence bizarre, incrustés dans des fentes, des trous de rochers, mâchonnant des racines, buvant quelquefois. Ce que nous savons d'eux dépasse tellement l'imagination qu'il est permis de se demander dans quelle mesure les récits qui les concernent doivent être acceptés. Ces reclus avaient vu venir à eux sainte Paule et Mélanie l'Ancienne, ils purent exposer leurs souvenirs devant la nouvelle visiteuse qu'ils reçurent, nous dit Gérontius, comme un homme, parce qu'en effet elle possédait un esprit viril, ou, pour mieux dire, céleste. En échange de présents qu'on leur prodiguait, les moines offrirent une ceinture de cuir, un capuchon et une tunique de lin. On se sépara enchantés les uns des autres.

De retour à Jérusalem, Mélanie inaugura sa cellule de recluse. De l'Épiphanie à Pâques, elle y vivait enfermée avec une servante ; à Pâques, on aérait, on ouvrait la porte, on balayait et notre hygiène d'Occident aux est peu disposée à s'extasier sur le spectacle de la vermine qui grouillait dans la natte de Mélanie. Alors se passèrent de longues années de solitude, sur lesquelles nous ne savons rien. En 420 et 431, Mélanie vivait en recluse et n'eut guère d'autre compagnie que celle de sa cousine Paule, demeurée presque seule dans cette colonie occidentale de Bethléem, où le vide et le silence se faisaient de plus en plus profonds. Albine mourut en 431 et fut enterrée sur le mont des Oliviers ; la période de réclusion se trouva finie.


XI. FONDATIONS MONASTIQUES. — Sans transition, la recluse devint apôtre. C'était alors presque une quinquagénaire, mais toujours alerte et infatigable. A peine sortie de sa logette, elle traversa Jérusalem, l'arpenta en tous sens, abordant les uns, entrant chez les autres, osant tout et se le permettant. Sa nouvelle passion — s'il ne s'agissait d'une sainte et du salut des âmes, on risquerait de dire sa lubie — fut de gagner des âmes, et quelles âmes ! Tout lui paraissait bon, même les plus avilies qu'elle alla relancer jusque dans les maisons de débauche d'où quelques-unes, écœurées par la vie qu'elles menaient, consentaient à la suivre. Maintenant, il ne s'agissait plus que de les grouper, les enrégimenter dans un monastère ; alors Mélanie se souvint de Pinien, qui lui servirait de rabatteur. Depuis onze ans, l'excellent homme n'avait pas fait parler de lui ; au premier signal, il accourut et reçut la consigne : recruter des vierges qui vivraient en communauté sous le gouvernement de Mélanie. En un clin d'œil, Pinien recruta quatre-vingt-dix vocations.

Ainsi qu'il arrive en pareil cas, on découvrit un monastère, on s'y installa et Mélanie refusa le titre de supérieure, se réservant d'usurper charitablement sur les fonctions de la sœur qui portait ce titre. X avait-il une prescription trop sévère ou qui n'était pas de son goût ? Mélanie prenait sur elle de corriger l'amertume par la douceur. On la voyait, auprès d'une malade, glisser à l'occasion avec un remède, une friandise, ou bien, ses belles relations de jadis lui permettaient de requérir d'un ancien ami quelque coûteuse installation, des bains, par exemple, à l'intérieur de la clôture. Il semble aussi que Mélanie laissât peu de chose à faire à la supérieure, au point de vue de la formation spirituelle : elle préchait les vertus, l'obéissance passive. Voici un exemple de ses instructions : « Quelqu'un vint chez un saint vieillard avec le désir d’être instruit. « Peux-tu m'obéir en tout par amour « du Seigneur ? » demanda le vieillard. — « Tout ce qu'il me conseilleras je le ferai avec beaucoup de zèle, — « Prends donc un bâton, va là-bas, frappe cette statue « et donne-lui des coups de pied. » Avant fait cette besogne avec ardeur, l'homme revint, et le vieillard de dire : « Frappée, bousculée, la statue n'a-t-elle rien « objecté ? n'a-t-elle rien répondu ? — Rien du tout. — x Retourne donc, frappe-là encore et, cette fois, invec- « tive-là. » Une seconde, puis une troisième fois, il retourna et la statue ne répondait rien (car elle était de pierre). Alors le vieillard reprit : « Si tu peux devenir « comme cette statue, qui ne rend pas insulte pour in- « sulte, recoit les coups et ne dit rien, tu peux faire ton « salut et rester avec moi. » Nous aussi, mes enfants, imitons cette statue et supportons tout généreusement, linjure, le blâme, le mépris, pour avoir en partage le royaume des cieux. » Le monastère organisé par Mélanie se distinguait des autres monastères de Jérusalem par sa liturgie toute romaine. Les messes privées étaient conformes au rit romain ; il en était de même dans la contexture de l'office quotidien. Toutefois, la rigueur qu'elle s'imposait à elle-même n'était pas la règle des sœurs ; ainsi, au lieu de se conformer à l'usage égyptien qui prescrivait pour l'office nocturne douze psaumes et trois leçons, Mélanie n'exigeait que trois psaumes et trois leçons. Après avoir dormi, on revenait à l'église dès l'aurore pour chanter matines avec quinze psaumes. On chantait tierce, sexte et none. Les dimanches et jours de fête, la psalmodie était prolongée !.

Mélanie fit bâtir dans l'intérieur du monastère un petit oratoire privé où on célébrait la messe le vendredi et le dimanche de chaque semaine. Gérontius y fut attaché en qualité de chapelain. Maintenant que sa fondation monastique était complète et viable, Mélanie s'en détacha pour se donner à autre chose.

Pinien mourut vers ce temps-là (432), mais on s'aperçoit à peine de sa disparition ; c'était un timide, un modeste. On le lui fit bien voir. De tant d'aumônes et de tant de bienfaits dont il avait enrichi les monastères et les églises, les reclus et les serviteurs de Dieu, personne ne sembla garder le souvenir, quoi que, sans son consentement et sa participation, rien n'eût pu se faire. Mélanie fut canonisée, fêtée, Pinien n'eut que la permission de regarder passer son triomphe. Il fut enterré, côte à côte avec sa belle-mère, proche de la grotte du mont des Oliviers. Une chambrette était contiguë au tombeau. Mélanie vint s'y enfermer ; cela dura quatre ans.

Ensuite une pensée lui vint de fonder, sur le mont des Oliviers, un monastère d'hommes chargés de desservir l'église de l'Ascension et la chapelle mortuaire d'Albine et Pinien. Faute d'argent, le projet courait grand risque de demeurer à l'état de projet, quand un don de deux cents sous d'or décida Mélanie à entreprendre cette nouvelle création. Elle manda Gérontius et lui dit : « Ayant confiance que dans Le futur tu recevras du Seigneur la rançon de cette fatigue, prends ces quelques sous et commande des pierres, afin qu'au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ nous commencions la construction du monastère d'hommes, afin que je voie de mon vivant des offices réguliers célébrés dans cette église et les os de ma mère et de mon seigneur rafraîchis par leur psalmodie. » Gérontius n'avait rien à refuser, il ne se fût pas permis de discuter, ni même de retarder et, un an après, au plus tard, le monastère était terminé.

Mélanie pouvait, désormais, vaquer à d'autres besognes.


XII. LE VOYAGE A CONSTANTINOPLE. — Du côté maternel, Mélanie avait un oncle qui avait fait une brillante carrière officielle : Volusien ! Au début de l'année 436, il écrivait à sa nièce — qu'il paraît avoir jusque-là laissée dans une tranquillité parfaite — pour l'instruire qu'il se trouvait à Constantinople chargé de négocier le mariage de l'empereur d'Occident, Valentinien III, avec la princesse Eudoxie, fille de Théodore II et d'Eudocie. Dans cette lettre, Mélanie découvrit ce qui fut demeuré invisible à tout autre et, sept jours plus tard, elle se mit en route pour Constantinople, dûment escortée par Gérontius. Ils voyageaient rapidement et commodément par la poste impériale, avec tout un cortège de serviteurs. A Tripoli de Palestine, Mélanie voulut prier dans la basilique alors célèbre de saint Léonce et s'y attarda pendant que Gérontius disputait avec le maître de poste qui, le règlement à la main, lui refusait les mules nécessaires pour parcourir l'étape suivante. Cet homme, nommé Messala, se laissa convaincre à la vue de trois sous d'or et Mélanie partit avec toute sa suite. A six ou sept milles de Tripoli, on vit accourir Messala suppliant que la sainte lui pardonnât, il n'avait appris son nom qu'après le départ. Même il rapportait les trois sous d'or. Le geste était si rare que Gérontius s'y trompa, crut à une réclamation, promit le double, puis tout s'expliqua et Messala, réconforté, vit prendre le chemin de Constantinople à cette grande dame dont le mécontentement aurait pu lui coûter sa place. Mélanie découvrit dans cet imbroglio la preuve que son voyage était voulu de Dieu.

Après un arrêt à la basilique de sainte Euphémie à Chalcédoine, Mélanie entra à Constantinople et, dès son arrivée, se rendit chez l'oncle Volusien, assez surpris de la voir dans son accoutrement monastique. Volusien était d'autant moins disposé à comprendre et à approuver qu'il était païen ; mais il ne se doutait guère de la ténacité de cette nièce qui voulait le convertir à tout prix et arriverait à mettre l'empereur et l'impératrice de son côté. Bientôt Volusien vit arriver l'archevêque Proclus qui l'entreprit, mais n'obtint qu'un compliment.

On se passionnait alors à Constantinople pour ou contre la doctrine nestorienne sur la maternité divine de Marie. Mélanie se passionna aussitôt pour cette dispute, recevant, discutant, contestant sans repos. « Avant en elle le Saint-Esprit, dit Gérontius, la sainte, du matin au soir, ne cessait de parler théologie. Beaucoup s'étaient égarés, elle les remettait dans l'orthodoxie. D'autres hésitaient, elle les raffermissait. Et, parmi tous ceux qui survenaient, il n'en était absolument aucun qu'elle n'aidât de ses renseignements inspirés de Dieu. » Il est affligeant d'avoir ici à consigner une anecdote telle que nous la livre Gérontius. Nous avons aperçu déjà, chez la femme virile qu'est Mélanie, une disposition à recevoir des impressions de diableries ; or, un jour, Mélanie mande en hâte Gérontius et lui raconte qu'un petit nègre lui est apparu et l'a menacée de la brouiller avec Lausus *, son hôte, ou avec la famille impériale, ou même de lui envoyer une maladie mortelle. C'est ici la veine des Pères du désert et des moines d'Égypte toujours friands d'apparitions. Cette scène est suivie d'une perte de connaissance pendant trois heures et six jours de maladie. Le septième jour, on vient annoncer à la sainte l'agonie de Volusien ; elle se fait porter chez lui ?, et apprend en chemin, dans sa litière, que son vieil oncle s'est fait baptiser in extremis. Sur-le-champ Mélanie est guérie, la voilà qui monte chez Volusien, s'improvise sa garde de nuit et, pour sanctifier le mourant, le fait communier à trois reprises durant la nuit. Volusien mourut le lendemain (6 janvier 437).


XIII. DERNIÈRES ANNÉES. — Mélanie quitta Constantinople au mois de février 437, soutenant, malgré le voyage, son jeûne rigoureux et entraînant ses compagnons avec une ardeur que rien ne pouvait lasser ; la pente si roide du Mons Modicus fut enlevée à pied : enfin, quatre jours avant le dimanche de la Passion, la caravane atteignit Jérusalem.

L'année suivante, l'impératrice Eudoxie vint, suivant sa promesse, visiter les saints Lieux * Mélanie se porta à sa rencontre jusqu'à Sidon et toutes deux prirent le chemin de Jérusalem. Là eut lieu la dédicace d'un petit sanctuaire que Mélanie venait de faire bâtir à l'endroit même de l'Ascension. A l'entrée du monastère, Eudoxie fit un faux pas, on la soutint, Mélanie se mit en prières devant la relique de saint Étienne, et il fut bien entendu, dés lors, que, par l'intercession de Mélanie, saint Étienne avait miraculeusement guéri le pied foulé de l'impératrice. Quelques jours plus tard, Mélanie escorta Eudoxie jusqu'à Césarée.

Ce fut son dernier voyage. A l'Avent de l'année 438, Mélanie sentit la mort prochaine et projeta de se rendre une fois encore à Bethléem avec sa cousine Paule. Elles y passèrent toute la vigile de Noël et communient le lendemain. De retour à Jérusalem, Mélanie visita le sanctuaire de saint Étienne, le 26 décembre ; elle revint vers ses religieuses, s'unit à leur psalmodie et voulut lire elle-même, à haute voix, le récit du supplice du diacre dans les Actes des apôtres. Les sœurs lui dirent : « Bénis-nous pour que nous méritions de te posséder pour une nombreuse suite de vigiles de saints. — Que le Seigneur vous sauve, répondit-elle, et qu'il vous bénisse, car vous ne m'entendrez plus lire ; désormais le Seigneur m'appelle, désormais je désire mourir et être en repos. Vous donc, mes trés douces entrailles, vous, mes membres sanctifiés, vivez dans le Christ, et, dans la crainte de Dieu, accomplissez la règle spirituelle. Car il a été écrit : Maudit soit celui qui fait négligemment l'œuvre du Seigneur ! Et lors même que je ne serai plus ici, Dieu est toujours présent. » Après avoir prié Dieu et les saints martyrs, Mélanie rejoignit les sœurs dans le monastère. Un frisson la saisit, mais elle ne voulut prendre aucun repos jusqu'après l'achèvement des matines. Et l'office divin terminé, elle s’étendit sur un lit et appela toute la communauté.

« Tout d'abord, dit-elle, priez pour moi. Et si vous avez quel que amour pour moi, gardez mes instructions et mes règles. Vous devez retenir que jamais je n'ai grondé nulle d'entre vous avec colère, mais avec douceur, avec le souci de ne point contrister vos âmes. Jamais je n'ai permis à aucune d'entre vous de rester irritée contre sa sœur durant un jour ou durant une nuit, mais toujours je vous ai rappelées à la concorde, parce que c'est la charité qui accomplit le couronnement céleste. Fuyez aussi le commerce des hommes, parce que, même si vous n'êtes pas captives de vos propres regards, les regards d'un autre peuvent s'égarer, et souvent il arrive que la faute d'un autre vous est imputée à crime. Donc, ainsi que je l'ai dit, persévérez dans la règle, afin que vos lampes demeurent brillantes et qu'en ce jour vous plaisiez au céleste époux. » Elle continua, montrant Gérontius : « Je vous recommande aussi au seigneur prêtre, et je vous conjure de ne le contrister en rien ; soyez-lui soumises en toute obéissance et humilité, sachant qu'il porte pour Dieu le poids de vos âmes, et que celle qui lui résiste, celle qui ne lui obéit pas, afflige Dieu. » Les plus jeunes religieuses furent l'objet d'un avis spécial : « Sachez, mes petites filles, leur dit-elle, que ceux qui partent de ce monde connaissent tout ce qui s'y passe ; donc, si quelqu'une d'entre vous a une querelle ou un différend avec ses sœurs, je viendrai et je la châtierai. » Mélanie, ensuite, se fit porter auprès des martyrs ; bien que ses douleurs augmentassent, elle résistait aux médecins : « Pour quoi vous évertuer sans cause ? objectait-elle. N'ayez pas l'air de résister à Dieu. » Une voix, disait-elle, lui avait appris sa mort prochaine. Gérontius pleurait. « Ne pleure pas, père, lui dit-elle, mais sois magnanime, car nous ne devons pas rester perpétuellement en ce monde. » Cinq jours se passèrent ainsi. Le sixième jour, dimanche 31 décembre 438, Mélanie fit célébrer la messe au monastère des hommes et y assista d'une cellule voisine. Gérontius célébrait, parlant très bas ; on n'entendait que ses sanglots, elle lui fit dire : « Élève la voix, afin que j'entende la prière », et elle communia.

L'évêque Juvénal survint avec son clergé : « Accepte, dit-elle, que je te recommande le prêtre et les monastères, soigne-les comme un bon pasteur de brebis raisonnables, imitateur de son propre maître. » Elle reprit haleine et communia une seconde fois.

Les moines étaient entrés, elle leur dit : « Sur le point de quitter cette vie, je vous dis adieu, et je vous en prie, en toutes choses, donnez soulagement au prêtre, sachant qu'en cela vous faites plaisir au Dieu de l'univers ; car, étant libre lui-même, il s'est fait votre esclave par amour du Seigneur, et, n'y étant pas contraint, il porte le poids de vos âmes. » Alors ce fut un défilé de vierges, de moines, de laïques venus de la ville. Paule pleurait ; Mélanie la consolait. Enfin elle rassembla ses forces et dit à Gérontius : « Il est superflu d'invoquer en faveur des monastères la piété que tu as pour Dieu ; en effet, tant que je fus vivante, tu fus là, portant la sollicitude et le poids de toutes choses en me secondant pour tout. C'est pour quoi, maintenant, je te recommande les monastères ; accepte, je te supplie, de t'y consacrer plus encore en mon absence ; Dieu te donnera le salaire de tes fatigues.

Faites la prière, dit-elle, et laissez-moi reposer. » Vers la neuvième heure, on la crut morte, on se prépara à étendre ses membres. « Pas encore », dit-elle. Gérontius dit en pleurant : « Faites-nous signe. — Oui, je ferai signe. » L'évêque dit : « Tu t'en vas joyeuse vers le Seigneur, parce que sur terre tu as combattu le bon combat, et les anges exultent, mais nous, nous pleurons le bien que tu procurais à nos âmes. — Il arrive ce qui plaît à Dieu », dit-elle. Elle communia une troisième fois, baisa la main de l'évêque et expira doucement.

H. LECLERCQ.


MELCHISÉDECH. — I. Littérature. II. Monuments.

I. LITTÉRATURE. — Le nom de ce personnage énigmatique reparait trois fois dans les livres saints. Dans la Genèse, nous voyons Abraham, au retour d'une expédition, rencontrer Melchisédech, roi de Salem et prêtre du Très-Haut, à qui il offre le pain et le vin ; il bénit Abraham qui lui offre la dime de tout son butin. Son rôle historique est terminé, et peut-être eût-il passé inaperçu si l'auteur du psaume cx n'avait proclamé de la part de Dieu s'adressant au Messie : « Tu es prêtre pour l'éternité, selon l'ordre de Melchisédech. » Enfin, l'auteur de l'épître aux Hébreux, rappelant la parole du psaume, ajoute : « Ce Melchisédech, roi de Salem, prêtre du Dieu Très-Haut, qui rencontra Abraham à son retour du meurtre des rois et le bénit, à qui Abraham donna la dime de toutes choses : on l'interprète d'abord roi de justice, puis encore roi de Salem, c'est-à-dire roi de paix, sans père, sans mère, sans généalogie, n'ayant ni commencement de jours, ni fin de vie ; assimilé au Fils de Dieu il reste prêtre continuellement. Voyez quel est ce personnage à qui le patriarche Abraham donna la dime du butin. Et ceux des fils d'Abraham qui reçoivent le sacerdoce ont l'ordre de prendre la dime sur le peuple selon la loi, c'est-à-dire sur leurs frères, bien qu'issus de la race d'Abraham. Mais lui, qui n'est pas compris dans leur race, a reçu la dime d'Abraham et a béni le possesseur des promesses. »

Voici donc un personnage qui passe du domaine de l'histoire dans celui de l'allégorie et, à une date rapprochée de celle de l'épître aux Hébreux, nous lisons dans Philon d'Alexandrie que « Dieu a fait de Melchisédech le roi de la paix (ce mot traduit Salem) et son prêtre ; sans avoir indiqué auparavant aucune de ses œuvres, il en fait dès l'abord un roi, un homme paisible, digne du sacerdoce. Car on l'appelle roi juste ; mais « roi » est l'opposé de « tyran », puis que le roi introduit les lois et le tyran, l'illégalité. L'intelligence tyrannique impose avec violence ses ordres à l'âme et au corps : ordres nuisibles qui engendrent de fortes peines, je veux dire les actions vicieuses et la jouissance des passions. Le roi, lui, ordonne moins qu'il ne persuade ; de plus, par les avis qu'il donne, l'être vivant, comme une barque, aura une bonne navigation dans la vie, étant dirigé par le bon pilote, c'est-à-dire la droite raison. Qu'on appelle donc le tyran, le chef de la guerre, et le roi, le guide de la paix, Salem ; que celui-ci apporte à l'âme des nourritures pleines de bonheur et de joie : il apporte du pain et du vin que les Ammonites et les Moabites n'ont pas voulu fournir au croyant, et c'est pour quoi on leur interdit l'assemblée et la réunion divines... Que Melchisédech apporte du vin au lieu d'eau, qu'il fasse boire du vin pur aux âmes, pour qu'elles se trouvent possédées d'une ivresse divine, plus sobre que la sobriété même ; il est prêtre, c'est-à-dire raison, ayant l'être comme héritage, et ayant sur lui des idées élevées, superbes et pleines de grandeur ; car il est prêtre du Très-Haut, non qu'il y ait un autre Dieu qui ne soit pas le Très-Haut. Car Dieu, qui est unique, est en haut dans le ciel et en bas sur la terre, et il n'y en a plus, excepté lui. Le fait qu'il a sur Dieu non des pensées basses et humbles, mais grandes, immatérielles et élevées, est le motif de cette expression : le Très-Haut !. » Ainsi, pour Philon, Melchisédech est un symbole du logos, parce que son nom signifie la justice et parce que le vin qu'il donne procure aux âmes l'ivresse.

Chez les Juifs de Palestine, on voit intervenir Melchisédech, mais tandis que rabbi Simon le Hasib le fait intervenir dans le drame messianique, d'autres rabbins ne laissent pas de place à Melchisédech à côté du Messie, et d'autres encore le font en quelque sorte déchoir et tomber en disgrâce. « Cette dernière théorie pourrait bien exprimer une réaction contre certaines tendances à exalter outre mesure le personnage de Melchisédech qui se développèrent parfois dans le christianisme avec assez de force pour caractériser des hérésies nouvelles, et les docteurs orthodoxes durent multiplier les efforts pour ramener à son véritable rang le prêtre mystérieux qui avait béni Abraham. » Chez les plus anciens écrivains chrétiens, Melchisédech reste simplement le prêtre du Très-Haut qui bénit Abraham. Lors que saint Justin rencontre la formule : selon l'ordre de Melchisédech, il l'explique ainsi : « De la même façon que Melchisédech est présenté par Moïse comme le prêtre du Très-Haut, et qu'il était le prêtre des incirconcis et qu'il bénit Abraham le circoncis qui lui apportait la dime, de même Dieu a montré que celui qui était appelé par l'Esprit son prêtre éternel et Seigneur serait le Seigneur des circoncis. » Théophile d'Antioche s'aventure moins encore : « Vers le même temps, il y eut un roi juste nommé Melchisédech dans la ville de Salem, la Jérusalem actuelle. Celui-ci fut prêtre, le premier de tous les prêtres du Dieu Très-Haut. Après lui, la ville fut appelée Jérusalem, la Jérusalem mentionnée plus haut. Après lui aussi on trouva des prêtres dans toute la terre. » Il paraît que ces paroles sont remarquables par leur simplicité ; on pourrait même dire par leur insignifiance.

Tertullien, voulant montrer aux Juifs qu'avant la révélation faite sur le mont Sinaï leurs ancêtres devaient se soumettre à une loi, leur dit : « D'où vient que Melchisédech ait été appelé prêtre du Dieu Très-Haut, s'il n'y avait pas eu, avant le sacerdoce de la loi lévitique, des lévites qui offraient des sacrifices à Dieu ? » Et il oppose la circoncision d'Abraham à la non-circoncision de Melchisédech qui offrit le pain et le vin à Abraham à son retour du combat. Ni Tertullien, ni Clément d'Alexandrie ne voient encore dans ces éléments les oblats du sacrifice eucharistique, mais, dès le temps de saint Cyprien, c'est chose faite. D'après lui l'ordre de Melchisédech « se réfère à ce sacrifice et a son point de départ dans ce fait que Melchisédech fut prêtre du Très-Haut, qu'il offrit le pain et le vin à Abraham à son retour du combat. »

232 pain et le vin, qu'il bénit Abraham. Qui, en effet, fut plus prêtre du Très-Haut que Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui offrit un sacrifice à Dieu son père, le même que Melchisédech avait offert, à savoir le pain et le vin, c'est-à-dire son corps et son sang ? » Saint Jérôme avance, qu'au dire d'Origène, Melchisédech serait un ange ; on n'a pas trouvé trace de cette assertion dans les ouvrages qui nous restent de lui ; par contre, on y lit que les hommes peuvent être grands prêtres selon l'ordre d'Aaron, mais le Christ seul l'est selon l'ordre de Melchisédech +.

Si on passe des écrits des Pères aux élucubrations des gnostiques, on tombe en pleine allégorie, on serait tenté de dire en plein galimatias, d'où il n'y a rien d'utile à retirer. Melchisédech y reçoit le titre sonore et vide de grand Paralemptor de la lumière !* et y joue un rôle assez effacé parmi les myriades d'éons.

Vers la limite du n° et du i11 ? siècle, on rencontre à Rome un groupe atteint d'une vive fermentation théologique. Un des personnages de ce groupe est un certain Théodote de Byzance dont les disciples cherchèrent à dire et à mettre du nouveau en circulation sur le personnage de Melchisédech. Nous pouvons nous en faire une idée par la notice des Philosophoumena qui reproduit, semble-t-il, celle du Syntagma. Saint Hippolyte s'exprime en ces termes : « Différentes recherches étaient faites parmi [les disciples de Théodote]. Quelqu'un qui s'appelait aussi Théodote, et qui était banquier de son état, en vint à dire que Melchisédech était une très grande puissance et qu'il était plus grand que le Christ. Ils disent que le Christ est à son image ; et eux aussi, comme le théodotien susmentionné, prétendent que Jésus est un homme et, de la même manière, que le Christ est descendu en lui 13, » Tout cela est assez peu clair et on ne trouve rien de plus sur Théodote le banquier et ses doctrines dans les fragments de l'Anonyme anti-artémonite conservés par Eusèbe. Nulle trace de melchisédéciens parmi les disciples de Théodote dans le De Trinitate de Novatien. Si, pour éclairer la notice des Philosophoumena, on s'adresse aux autres catalogues d'hérésies, celui du pseudo-Tertullien ?, quoi que plus développé, ne parle pas non plus de melchisédéciens, ni celui de Filastrius #4, Il faut en venir à saint Épiphane qui, dans son Panarion, affirme que les hérétiques en question | s'étaient imposé ce nom eux-mêmes !5, « L'affirmation | est, parait-il, des plus suspectes. Autant il est probable | que, parmi les disciples de Théodote de Byzance, quelques-uns aient enseigné la supériorité de Melchisédech | sur le Christ, autant il y a peu de chances pour qu'il ait jamais existé un groupe autonome de melchisédéciens. Ceux-ci sont la création du génie d'Épiphane, qui ne se lasse pas d'inventer de nouvelles sectes pour grossir artificiellement son catalogue !*. » D'ailleurs, il se garde bien d'entrer dans aucune précision, mais, à défaut de melchisédéciens authentiques, Épiphane a rencontré des gens qui professait au sujet du patriarche des idées singulières. Les uns glorifient Melchisédech, lui attribuent une grande puissance, le déclarent supérieur au Christ. Mais certains érudits, nonobstant l'affirmation de l'épitre aux Hébreux, prétendent savoir le nom des parents du roi de Salem. Le père s'appelait Heraclas, la mère Astarth ou Astoriané, et lui-même se rattachait à une famille indigène Uto et CUT

233 MELCHISÉDECH 234

Chez les catholiques, tels voient dans Melchisédech le Fils de Dieu se montrant sous forme d'homme à Abraham, tels autres font de lui le père de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; pour Épiphane, il estime que le patriarche était la figure du Fils de Dieu et que l'offrande de pain et de vin qu'il faisait au Très-Haut était le symbole de l'Eucharistie *.

Il n'y a donc rien à attendre d'Épiphane pour l'éclaircissement de la doctrine et de la secte des melchisédéciens et, après l'événement de Salamine, nous entendons saint Jean Chrysostome dire, dans une homélie sur Melchisédech : « Beaucoup, qui n'ont pas compris ce qui est écrit de lui, ont dit qu'il était plus grand que le Christ ; ils se sont composé une hérésie ; ils s'appellent melchisédéciens ; et nous disputent en voulant nous montrer qu'il est plus grand que le Christ . » Théodoret a tiré tout ce qu'il a su de saint Hippolyte et de saint Épiphane, dont il fait un honnête résumé : « On dit, écrit-il, que les melchisédéciens sont un rejeton des théodotiens, et n'en différent qu'en une seule chose ; ils font de Melchisédech une puissance divine et très grande à l'image de qui a été le Christ. Cette hérésie a pour père un autre Théodote, changeur de son métier , » Un peu plus loin, Théodoret ajoute que, de son temps, il n'y a plus de melchisédéciens et que le nom même de ces hérétiques est inconnu à la multitude *.

Rien de plus à attendre des catalogues de saint Augustin ? et de Prædestinatus ; après eux, Isidore de Séville , Honorius d'Autun ! ?, Paul ! et les autres ne savent rien. Somme toute, la secte est de l'invention de saint Épiphane ; en réalité, elle n'a jamais existé.

D'une manière générale, les écrivains orthodoxes ont regardé Melchisédech comme la figure du Sauveur ; plusieurs d'entre eux ont même admis que la rencontre du prêtre de Salem avec Abraham était une théophanie, et que le Fils de Dieu lui-même était apparu alors au patriarche. Telle est en particulier l'opinion de saint Ambroise, et, semble-t-il, de l'auteur du De sacramentis. Au commencement du rv siècle, certains auteurs, notamment des Égyptiens, ont soutenu que Melchisédech était l'Esprit-Saint. Leur opinion obtint assez de succès pour provoquer nombre de réfutations. C'était un certain Hiéracas, le plus ancien auteur ecclésiastique connu qui ait écrit en copte, qui lança cette opinion qu'adoptèrent plus tard des adhérents enthousiastes ; à Rome, vers 375, elle avait grand succès. Elle fut combattue par saint Jérôme. Il avait fort à faire, car on s'occupait beaucoup de Melchisédech, à propos de qui circulaient les opinions les plus étranges, comme nous le voyons par l'exposition qu'en fait saint Cyrille d'Alexandrie !, Une anecdote, rapportée par les Apophlegmata Patrum et qui met en scène saint Cyrille lui-même, jette un jour curieux sur le trouble produit dans certains monastères égyptiens à ce sujet : « L'abbé Daniel racontait d'un autre grand vieillard, qui habitait la Basse-Égypte, qu'il disait dans sa simplicité que Melchisédech était le Fils de Dieu. On l'annonça au bienheureux Cyrille, archevêque d'Alexandrie, et celui-ci envoya vers le vieillard. Sachant que ce vieillard faisait des miracles, que tout ce qu'il demandait à Dieu lui était révélé, et qu'il n'avait tenu un tel langage que par naïveté, Cyrille employa le moyen suivant avec beaucoup de sagesse. « Abbé, lui dit-il, je « te prie, puis que mon raisonnement me dit que Mel- « chisédech est le Fils de Dieu et qu'un autre raisonnement conclut qu'il ne l'est pas, mais qu'il est un « homme et le grand prêtre de Dieu, je suis partagé à « ce sujet ; aussi ai-je envoyé vers toi pour que tu « demandes à Dieu une révélation là-dessus. » Le vieillard, confiant dans sa manière d'agir, répondit avec assurance : « Accorde-moi trois jours et j'interroge Dieu « à ce sujet, et je te fais répondre qui est Melchisédech. » S'en étant donc allé, il pria Dieu sur cette affaire et, au bout de trois jours, il revint, disant au bienheureux Cyrille : « Melchisédech est un homme. » L'archevêque lui dit : « Comment le sais-tu, abbé ? » Celui-ci répondit : « Dieu m'a fait voir tous les patriarches en les faisant « venir l’un après l'autre devant moi, depuis Adam jus- « qu'à Melchisédech. Sois bien assuré qu'il en est ainsi. » En repartant, il prêcha de lui-même que Melchisédech était un homme et le bienheureux Cyrille en fut grandement réjoui !5, » Tous ces témoignages s'accordent pour nous montrer l'intérêt que l'on portait à Melchisédech un peu partout, vers la fin du rv siècle et les premières années du v. C'est surtout par Marcus Eremita que nous 235 connaissons l’activité des partisans de Melchisédech. Marcus fut longtemps chef d'une communauté monastique à Ancyre de Galatie, puis il se retira au désert et y mourut après 340 1. Pendant son séjour à Ancyre, il fut le témoin des manœuvres de ceux qui faisaient de Melchisédech le Fils de Dieu ? : « Ils sont pires, déclare-t-il, que tous les hérétiques. Chassés et anathématisés par les saints évêques, ils communient en cachette, ils se réunissent là où on ne les connaît pas, car ils méprisent le mystère et l'économie du Christ. Non seulement cela, mais si jamais, sous le couvert de leur feinte piété, ils peuvent être reçus par les évêques ou les périodeutes, aussitôt ils calomnient secrètement les vrais fidèles orthodoxes comme des hommes de mauvaise doctrine, et ils leur préparent la haine et la


MELCHISÉDECH

Gta up 1 rene -— E 236 naan. Théodoret ajoute que, suivant certains récits anonymes, Rébecca alla interroger Melchisédech parce qu'il était grand prêtre de Dieu et remarquable par sa piété *. Le Chronicon paschale est plus complet : « Un vieillard raconta avec assurance l'histoire touchante suivant Melchisédech. C'est un homme de la race de Cham. Ayant été trouvé juste et saint dans sa race, il plut à Dieu, et Dieu le fit sortir de sa terre pour l'amener au delà du Jourdain, de la même manière qu'il fit sortir Abraham du pays des Chaldéens. Cet homme qui était juste et saint devint prêtre du Dieu Très-Haut et lui offrit le pain et le vin et les saintes oblations. Il pria pour sa race en disant : Seigneur, tu m'as fait sortir de ma race et tu as eu pitié de moi. Aie aussi pitié d'eux. Le Seigneur lui

77 MEL

« i d tre persécution. Mais celui qui connait les raisonnements des hommes retourne contre eux leur méchanceté : il les met à découvert et les fait tomber, selon ce qui est écrit, dans le trou qu'ils ont creusé ?. » Dans la seconde moitié du vi siècle, l'hérésie melchisédécienne apparait enfin dans son plein jour. Elle nous est connue par une notice de Timothée de Constantinople et par une pièce intitulée : repi MeXytosóexrv xal Ceodocuxvav xal » Avr yovv.

A la fin du vi* siècle, il y avait longtemps que l'exégèse s'était résolument engagée dans la voie qui fait de Melchisédech un homme comme les autres. Si plusieurs, parmi les anciens Pères, avaient vu dans ce personnage une manifestation du Fils de Dieu, les dangers de cette interprétation s'étaient fait sentir avec trop de force pour qu'elle pût s'imposer.

Nous ne voulons pas nous attarder à transcrire les contes qui furent mis en circulation et qui n'ont droit qu'à l'oubli”. Nous rappellerons seulement que certaines traditions juives prétendaient savoir l'histoire de Melchisédech. Selon saint Épiphane, les Samaritains l'identifièrent à Sem, le fils de Noé, les Juifs le regardaient comme le fils d'une prostituée ?, d'autres disaient qu'il était un indigène de la terre de Chadit : « Je les sauverai lors que j'appellerai mon fils d'Égypte . » A mesure que les siècles s'écoulent, on trouve des histoires plus compliquées. Georges Cedrenus ! et Michel Glykas ™ rapportent que Melchisédech était fils de Sidus, fils d'Aigyptus, qui fonda la ville de Sidon. sur la montagne de Sion, Melchisédech fonda lui-même la ville de Salem et y régna pendant treize ans, après quoi il mourut juste et vierge. Les Annales d'Eutychius en savent encore davantage et on retrouve à peu près la même tradition dans le synaxaire éthiopien où Melchisédech est fêté le 9 septembre.

Toutes ces légendes n'ont qu'un intérêt assez médiocre.


II, MONUMENTS. — Les monuments qui représentent Melchisédech appartiennent à deux catégories : mosaïques et miniatures. Il est possible que le sujet ait été figuré en sculpture ou en peinture, mais, pour la période qui fait l'objet de nos études, aucun exemplaire ne nous en est parvenu.

Parmi les mosaïques nous mentionnerons :

B ORDIN ADAE


LS

237 d'Abraham revenant de la défaite des rois et de Melchisédech offrant le pain et le vin (fig. 7898). Abraham, ayant appris que son parent Lot avait été fait prisonnier avec sa famille, choisit parmi ses gens trois cent dix-huit serviteurs parmi les plus vigoureux, et marcha vers l'ennemi jusqu'à Dan. Une attaque de nuit les lui livra, il les poursuivit jusqu'à Hoba qui est à la gauche de Damas. Il ressaisit tout le bien de Lot, le délivra avec sa famille et ses gens. Après qu'il eut mis en déroute


MELCHISÉDECH

238 par une grosse fibule ronde sur la poitrine. Il a une ample chevelure et une longue barbe. Ses jambes nues sortent de grosses bottines, il semble marcher et faire le geste de présenter une corbeille sur laquelle sont posés deux pains : à ses pieds, un calice à deux anses, du type des calices eucharistiques qu'on voit sur un grand nombre de dalles funéraires. Dans les nuages plane le buste de la Divinité.

Il y a ici une interversion dans l'ordre chronologique


MELCHISÉDECH

Chodorlahomor, Melchisédech, roi de Salem, vint à sa rencontre et lui offrit le pain et le vin, car il était prêtre du Très-Haut, et il le bénit, disant : « Béni soit Abraham de la part du Très-Haut, qui a créé le ciel et la terre. Et béni soit le Très-Haut par la protection duquel ses ennemis furent livrés entre ses mains. » (Gen., XIV, 14-20.) Abraham est représenté à cheval avec quelques-uns des siens, également à cheval, armés de lances. Quoiqu'il soit en armes, le patriarche ne porte pas la cuirasse, mais une ample tunique, il tend la main droite en signe d'accueil. Melchisédech est vêtu comme le sont les prêtres figurés dans la scène de la Présentation sur la mosaïque de l'arc triomphal (voir MARIEMAJEURE) ; il est vêtu d'une tunique à laticlaves, avec une ceinture à la taille. Par-dessus ses épaules est jeté un pallium, c'est-à-dire une sorte de grand manteau qu'on comparerait volontiers à une chape, retenue des scènes. La séparation de Lot et d'Abraham devrait précéder, au lieu de suivre, la rencontre d'Abraham avec Melchisédech. Cette interversion peut s'expliquer, ainsi que l'a suggéré R. Garrucci, par le voisinage de l'autel : il aura semblé plus convenable de placer une scène relative à l'Eucharistie dans le proche voisinage de l'autel. C'est d'ailleurs là un ancien usage que nous retrouvons à la Cappella Greca du cimetière de Priscille, où la fractio panis a été choisie de préférence à toutes les autres figures pour orner l'arc principal qui surmonte l'autel.

239 MELCHISÉDECH — MELK (MANUSCRITS LITURGIQUES DE)

cipale de Saint-Apollinaire-Neuf, à Ravenne, et encadrent l'autel.

2, Une mosaïque dans église Saint-Vital, à Ravenne, nous montre le double sacrifice d'Abel et de Melchisédech avec les noms de ces personnages (fig. 7899). Au centre, un vaste autel drapé et brodé, posant ses quatre colonnes dont on aperçoit les bases. Sur l'autel, un calice semblable à celui de la mosaïque de Sainte-Marie-Majeure, et deux pains en couronnes. A gauche, une cabane avec un toit d'herbes ou de feuillage adossée à un arbre ; c'est la demeure d'Abel qui offre un agneau qu'il présente à bout de bras. A droite, une riche demeure, sur le seuil de laquelle Melchisédech, vêtu de la tunique et de la chape, la tête auréolée, offre à Dieu, représenté par la main divine, en plein ciel, un pain de forme ronde. Cette scène fait face au sacrifice d'Abraham.

! Catalogus codicum manuscriptorum qui in bibliotheca monasterii Mellicensis O. S. B. servantur, In memoriam anni ab 240 La Genèse de Cotton nous a bien conservé, parmi ses débris, de l'épisode de Melchisédech (voir Dictionn., t. vr, col. 911-927) le fol. 21 qui représente la rencontre avec Abraham, mais ces feuillets, presque carbonisés, nous apprennent bien peu de chose.

La Genèse de Vienne, au fol. IIII, 8, nous montre la rencontre d'Abraham et de Melchisédech (voir Diclionn., t. vi, col. 929-935).

La Genèse de Saint-Paul-hors-les-murs n'a rien sur la rencontre (voir Dictionn., t. vr, col. 935-939).

Heureusement, le Kosmos Indicopleustes du Vatican nous donne, au fol. 50, cette belle miniature (fig. 7901).

Enfin le Sacramentaire de Drogon (voir au mot METZ) représente Abel, Abraham et Melchisédech, dans la lettre T du Te igilur.

H. LECLERCO.


MELK (MANUSCRITS LITURGIQUES DE) !,

21 [|A. 22] xir ? siècle : in assere antico et postico partes antiphonarii.

A9 [B. 9] xiv siècle : in primo folio non signato pergam. fragmentum hymnorum cum neumis.

A9 [B. 13] XVe : duo folia pergam. et non signata fragmenta continent antiphonarii. cum neumis (sme. XII).

241 « 193 [D. 30] xv* siècle : inter thecam et folia signata — sunt fragmenta liturgica neumata.

$ 196 [D. 34] XVe thecæ adglutinata suni fragmenta liturgica neumata.

198 [D. 36] xin* siècle : folia thecis adglutinata et = folia inter thecas et folia numero signata continent — fragmenta liturgica neumata.

201 [D. 29] xrrr siècle : tec adglutinata sunt fragmenta liturgica neumata.

207 [D. 45]x1iv* ?siécle : thecæ adglutinata sunt fragmenia liturgica neumata.

210 [D. 48] xri siècle : tegumento adglutinata sunt fragmenta liturgica.

P 230 [E. 18] xv° siècle : infer thecam et folia signata — — fragmentum argumenti liturgici cum neumis. a92 [E. 20] xv* siècle : {hecæ adglutinata sunt fragmenta calendari. ir H. LECLERCO. n IMELLÉBAUDE. — I. Une discussion éteinte. g II. Description sommaire de la memoria. III. Quelques — . précisions. IV. Textes et sculptures. V. Date et périi péties. VI. L'abbé Mellébaude. VII. Ce qui reste Í acquis. VIII. Bibliographie.

B nonca dans un luxueux ouvrage qui parut en 1883, | | sous le nom d'Hypogée-martyrium de Poitiers. Ce titre — voyant aveugla quelques lecteurs et leur parut plus qu'une description, mieux qu'un programme... un drapeau. C'était assez l'usage, en ces années qui nous paraissent fabuleusement lointaines, de prendre feu et flamme pour tout ce qui, de prés ou de loin, pouvait appuyer ou ébranler le prétendu probléme de l'origine apostoli que des Églises de France. On vit donc quelques paladins mettre flamberge au vent et caracoler autour de l'heureux fouilleur : leurs noms sont oubliés aujour d'hui ; on vit en méme temps plusieurs savants de métier examiner les affirmations, hocher la téte et soutenir une opinion opposée ; parmi ces derniers se trouvaient Jean-Baptiste De Rossi, Louis Duchesne, Alfred Ramé ! La lutte n'était pas égale. Elle s'apaisa avec le temps et, aprés de longues années écoulées, un érudit en rappela le souvenir sans vouloir toutefois D raviver l'ardeur des luttes passées. « La lecture de ce qui avait été écrit sur ce sujet..., l'examen direct du monument visité à plusieurs reprises avec le R. P. de La Croix et en compagnie de MM. Formigé et Brun, | architectes des Monuments historiques », lui permirent v d'entreprendre « par une description exacte » du monument, « par une copie fidéle, une restitution méthodique ».


II. DESCRIPTION SOMMAIRE DE LA MEMORIA. — Les significations diverses du mot memoria ont été exposées ailleurs ; c'est tantót des reliques ou un reliquaire, ou la chapelle qui les abrite (voir Dictionn., au mot MEMORIA). Ici il s'agit bien d'une memoria, puisque ce mot est gravé sur le seuil du monument qu'il désigne, mais il doit étre pris dans le sens un peu particulier de grotte ou de crypte à demi enfouie dans le sol et probablement surmontée d'une voûte en cul-de-four. D' « hypogée », au sens archéologique (voir Dictionn., au mot HYPOGÉE), il n'est pas question, et de « martyrium », c'est précisément ce dont il s'agit ; quant au mot « crypte », on le trouve employé un siècle environ après l'époque du monument dont nous parlons pour désigner une chapelle à demi enfoncée dans la terre *. Puis que le mot memoria est là, qui dit tout ce qu'il faut dire, le mieux est de s'en servir.

La memoria fut creusée dans un champ rocailleux situé sur les hauteurs des Dunes qui dominent la rive droite du Clain, à l'est de Poitiers ; un chemin creux le borde au Sud, un vieux chemin, dit de Montbernage, lui sert de limite à l'Est. Au mois d'octobre 1878, les travaux entrepris pour l'établissement du parc à fourrages firent reconnaître l'existence d'une vaste nécropole païenne, s'étendant depuis le dolmen de la Pierrelevée à l'Est jusqu'au rebord du plateau à l'Ouest ; le champ de la memoria forme une enclave sur le front septentrional de ladite nécropole. Le champ porte un nom qui se lit sur dix-neuf documents échelonnés entre 1692 et 1888 : on l'appelle « Chiron du martir » ou « Chiron-Martir » Qu'est-ce à dire ? En patois poitevin, on nomme « chiron » un tas de pierres amoncelées dans un champ et, jusqu'en 1832, la memoria disparaissait sous un « chiron » de sept mètres de hauteur, qui, intentionnellement ou non, entraîna l'heureux résultat de protéger les vestiges de la memoria tout en localisant son souvenir. De cette mention très claire, on voulut tirer quel que chose qui ne l'est plus du tout. On raconta, en 1888, que des vieillards de Saint-Saturnin et de Montbernage désignaient la partie du chemin qui borde la memoria sous le nom de « chemin des martyrs ». Rendons hommage à ces vieillards qui surviennent toujours à point nommé, qui gardent modestement l'anonymat et qui disent ce qu'on attend d'eux, ou, parfois même, plus et trop. C'est qu'en effet « la tradition orale est seule à parler du « champ des martyrs » et du « chemin des martyrs » ; mais cette tradition a subi une déformation puisqu'elle met au pluriel ce que les textes mettent constamment au singulier * ».

« La crypte est orientée ; et, dans son dernier état, elle renferme treize sépultures et sarcophages . Des fouilles habilement conduites ont fait découvrir trente-sept sépultures autour de [la memoria] et orientées comme cet édifice . Cette première constatation constitue déjà une présomption que nous sommes là dans un petit cimetière chrétien et que notre monument est un édifice chrétien, le centre spirituel de ce cimetière.

243 Faute d'avoir suffisamment fixé son attention sur cette remarque fondamentale que tout — nous l'allons voir — confirme, on s'est quelquefois mépris sur la nature véritable de l'édifice. » S'est-on vraiment abusé tant que cela ? Alf. Ramé et L. Duchesne ont soutenu et montré que la memoria ne présente qu'un rentrant à gauche, l'arcosolium que se destinait Mellébaude. Lorsqu'on a voulu introduire les sarcophages en face de cette tombe, il a fallu abattre le parement du mur et fouiller irrégulièrement le sol pour pratiquer la cavité nécessaire et d'ailleurs insuffisante. Il y a un remaniement évident et maladroit. Ensuite, on creusa A i | à TCI ; c—- EE 7. Espaces dans les remblais desquels se trouvaient des S ril ossements, E URI E : ^ = PER 8. Espèce de puits perdu, recouvert par une pierre sculptée. 7 à 11, 13. Petits sarcophages d'enfants, recouverts de dalles : | sculptées venues d'ailleurs. MA pu » 12. Cavité remblayée, sans couvercle et ne contenant pas AY d'ossements. | Zh à ME (B 15. Débris d'un sarcophage sculpté en haut-relief, [ QAR EUR À G. Débris d'un autel en maçonnerie, recouvert d'enduits n À M MR »ul : [Bim] S, et de peintures. / Zl Pan n \ H. Arcosolium avec peintures et inscriptions, à E. i : ji, 1 - £F m li « hg * I. Fragment d'une sculpture en haut-relief, rd : A j | : F ic at — B =. Et AS J. Grande marche en pierre qui délimitait le petit sanctuaire, sculptée, avec inscriptions, peintures et incrustations. = n 5 K. Deux petites colonnettes fuselées avec bases, mais 4 2 sans chapiteaux, / | 7 + M L. Seuil de la porte d'entrée avec inscription gravée en t | 2 A | E creux. Ub EID EESTI A : 2 M. Fragments des deux montants de la porte, dont un H 5 avec inscription gravée en creux. p^ A E M. Petite marche sculptée en creux. PF P EN O. Fragment d'une petite colonnette fuselée avec base. f ES à O'. Restes d'un pilastre. E i F3 à : 5 LPS : / 1 P, Q. Deux petites marches sculptées en creux. AIR (OR 5 R. Banquettes en maçonnerie destinées à s'asseoir. d | P Tous les contours du monument qui sont teintés et couverts de hachures représentent des petits murs de revêtement adossés au rocher.

244 avant élé mise sens dessus dessous. Deux banquettes latérales garnissent cette partie.

« La première marche de la seconde volée est ornée d'une branche de lierre entre deux torsades (fig. 7905) ; la dernière marche constitue le seuil de la porte.

« L'encadrement de la baie, tout en pierres calcaires blanches extraites des carrières des Dunes ?, est couvert d'inscriptions et de décorations.

* Le seuil présente, dans sa partie postérieure, une feuillure que continuent celles des jambages de la porte ; il a reçu une inscription gravée anagrammatique.

* Le jambage, situé à droite en entrant, est décoré 1, 2, 3, 4. Sarcophages, en pierre, entiers, sans sculptures et renfermant des ossements.

>, 6, 9, 10, 14. Sépultures taillées dans le rocher, recouvertes de pierres plates, pour la plupart sculptées et renfermant des ossements. des fosses dans le sol, on posa des sarcophages sur le pavé. A l'origine, il n'y avait qu'un tombeau et, du moment que Mellébaude nous avertit que la crypte a été creusée et disposée pour recevoir le sien, nous n'avons pas le droit de croire qu'il ait projeté la fondation d'un cimetière (fig. 7902).

« Le monument des Dunes est composé de trois parties : l'escalier, la porte et la salle basse, qui réclament chacune une description sommaire *.

« L'escalier, situé à l'Ouest et fortement désaxé vers le Nord, est divisé en deux volées par un palier incliné ; à hauteur de ce palier, on voit, à droite en descendant, une colonnette, et, à gauche, un pilastre. Dans la première volée, deux marches sculptées représentent, l'une, trois serpents entrelacés (fig. 7903) ; l'autre, deux poissons et deux fleurs (fig. 7904). Une troisième marche, celle du palier supérieur, avait été taillée dans un fragment de pierre sculptée ; mais le rinceau de lierre qui l'ornait était invisible, la pierre sur le chambranle de rinceaux de feuilles de lierre ; et il porte deux inscriptions : l'une tracée légèrement sur la tranche du chambranle ; l'autre, gravée plus profondément sur le dormant. Celle-ci était ornée de nombreuses incrustations de verroteries ; et, toutes les deux, elles étaient passées au minium, qui les faisait ressortir en rouge vif sur le fond blanc. L'une et l'autre ont été détériorées par le frottement des verrous ou barres de fermeture qui venaient engager une de leurs extrémités dans des trous percés en pleine inscription du dormant.

` « Le jambage de gauche ne possède de décoration et d'inscription que sur les faces du chambranle. La décoration est faite de rosaces aux dessins variés : étoiles à six rais, marguerite, hélice, cloisonnements, | | f TETE 70 um 21 1 Am s 245 per les, palmette, petits cercles, etc. Il subsiste vingt-deux rosaces, la partie supérieure du jambage étant brisée ; mais il n'en manque évidemment que deux ou trois, étant donnée la hauteur de la baie. Sur le dormant, on n'aperçoit que les trous de scellement des gonds et une croix dont le pied s'insère entre deux trous ronds qui ont peut-être été, comme la croix elle-même, remplis de verres colorés.

* Les deux jambages, primitivement monolithes, sont aujourd'hui brisés en deux morceaux.

« Du linteau monolithe, il ne nous est parvenu que la partie centrale : la face antérieure était légèrement évidée de telle manière que le bord formait cadre autour d'une inscription gravée dans le champ qu'une croix patée à six branches, en relief, séparait en deux E m FI


TRI LARE,


ANT DNE ZONE

, Lor »ER DOR |o 2 CZ | ETIT « ii T nd ES E LN Eoo » RTE parties égales. Les branches et le centre de la croix étaient évidés et, sans doute, garnis de verroteries.

« Enfin, le vantail de la porte, probablement en bois, ouvrait du dehors au dedans et battait de droite à gauche quand on entrait.

« Au Sud, le mur a été éventré pour placer deux gros sarcophages ; mais ses fondations et ses arrachements aux deux extrémités sont encore visibles.

246 encore assise sur son lit de mortier primitif : le fond de la châsse est percé de deux trous de scellement et orné d'une croix peinte en rouge. Au-dessous de cette châsse, une inscription, en partie palimpseste, était peinte sur la paroi et présentait deux teintes lors de la découverte : la partie ancienne était en rouge brun tirant sur le brun ; la partie refaite était du même rouge vermillon que l'inscription du mur oriental.

* Enfin, à l'Ouest, le mur était percé d'une baie trop large pour la porte monumentale que nous avons décrite, et qui vint s'encastrer dans cette baie ; des deux côtés, on dut combler les vides entre la maçonnerie primitive et les jambages en les fourrant avec des petites pierres noyées dans le mortier ; on observe même que la maçonnerie primitive sur les faces intérieures de la baie avait été couverte d'un enduit lisse.

* Tous ces murs étaient de simples placages de 0 m. 20 d'épaisseur revêtant les parois de la fosse taillées dans le rocher. Les maçonneries sont de mauvaise qualité : elles sont faites de moellons irréguliers de toutes dimensions, noyés dans des mortiers à la chaux mal battus. Elles étaient dissimulées par l'enduit lisse qui les crépissait et à la surface duquel furent appliquées deux couches de peinture, sauf dans la partie supérieure du mur, qui porte l'inscription de l'arcosolium.

« La décoration peinte de ces murs était essentiellement de bandes alternées de rouge, de bleu, d'ocre et de jaune.

« L'ornementation de cette marche est composée : d'abord, d'une croix gravée à six branches, en partie effacée par une autre croix, une croix latine, plus petite, creusée profondément après coup dans la pierre ; puis, d'une série de dix rosaces séparées entre elles par des bâtonnets. Les rosaces sont à huit rais ; les centres et les rayons sont évidés pour recevoir de la verroterie ; les bourrelets qui constituent le tour de chaque rose sont décorés de petites circonférences tracées d'une main légère avec des points centraux. Les bâtonnets, qui s'épanouissent en un bouquet de trois feuilles, sont ornés de petits traits transversaux sur le fût et de petites circonférences sur les feuilles. Toute cette décoration est intercalée entre deux cordelettes grossièrement dessinées. Tous les creux étaient passés au vermillon pour signaler les reliefs. Deux inscriptions, l'une au-dessus, l'autre au-dessous du motif décoratif, règnent dans toute la longueur de la marche. Sur la face antérieure, trois croix grecques gravées et des incrustations de verres achèvent l'illustration abondante de cette pierre. La richesse du décor fait déjà pressentir quelle importance avait dans l'édifice cette marche : c'était le seuil du sanctuaire.

« Aux extrémités de la marche, et en avant d'elle, deux dés en pierre supportaient des colonnettes fuselées dont l'une, celle de droite, est privée de son chapiteau, et l'autre, brisée près de sa base ; elles sont encore en place.

« La partie orientale de la salle renferme un massif de maçonnerie à enduits peints, un petit cippe et des sépultures.

« Le massif de maçonnerie, en forme de pyramide tronquée, occupe le centre : c'était le support de la table d'autel. Sa face antérieure avait reçu une décoration peinte très simple : une bordure constituée par deux bandes, ocre et rouge, entre lesquelles s'intercalait en bas une bande bleue, délimitait sur ses quatre côtés un champ dans lequel l'artiste avait tracé au pinceau une croix patée : cette croix, dont les branches étaient incrustées de verres colorés, était bordée d'une bande bleue entre deux liserés rouges ; elle était, pour le moins, accompagnée de deux points formés de cercles concentriques successivement jaune, bleu, rouge, bleu, jaune et rouge, en partant du centre. Les autres faces du massif n'avaient qu'une simple bordure jaune. La table d'autel, d'après l'encoignure que nous avons, possédait sur ses quatre arêtes de lit de pose un chanfrein de quatre centimètres couvert de stries sur la longueur... ; ses quatre faces formaient bandeau : celle de devant était plane, revêtue d'incrustations de verre, de filets peints et d'inscriptions..., et celles des côtés, également plates, étaient sculptées, peintes, mais sans inscriptions ; quant à celle de derrière, nous ne pouvons la décrire puis que nous n'en avons rien retrouvé. La table était creuse.

“ Le cippe, planté en terre dans l'angle nord-est de la salle, le long du mur du fond, représente en bas-relief deux personnages crucifiés séparés par une colonne. La pierre dont l'artiste s'est servi provient des carrières des Lourdines !.

“ Les sépultures étaient de deux sortes : les unes, devant et derrière l'autel, creusées dans le sol, étaient recouvertes de larges dalles provenant de panneaux décoratifs à faces historiées dont nous parlerons plus loin ; les autres étaient des sarcophages de pierre : l'un, destiné à un adulte, était posé sur le sol à droite, mais il n'avait pu être mis là qu'en défonçant le mur et en écornant la grande marche du sanctuaire ; les deux autres étaient des cercueils d'enfants, presque complètement enfoncés dans le sol, le plus petit dans l'angle nord-ouest de la salle, le plus grand à gauche, tout près de l'autel, et chevauchant sur une sépulture antérieure *.

« Enfin, l'aire était dallée d'un beau pavement en pierres calcaires, qui comportait au moins deux motifs décoratifs : l'une des dalles, retrouvée en morceaux, porte dans un grand double cercle des arcs de cercles qui s'entrecoupent ; le fond du champ inscrit est parsemé de petits cercles concentriques. Cette dernière disposition se retrouve dans l'autre dalle ; mais le double cercle enveloppe trois circonférences beaucoup plus petites d'où s'échappent huit rayons ornés chacun de deux petits cercles concentriques. A la forme pattée des rais, et au petit appendice de l'un d'entre eux, M. L. Levillain croit reconnaître une croix latine et une croix de Saint-André entrecroisées *.

: Outre les pierres gravées ou sculptées qui sont 248 encore en place, d'autres ont été trouvées dans les déblais ou parmi les matériaux de remploi.

« Au nombre de ces derniers sont cinq importants fragments d'un même monument : trois ont servi de couvercles de sépultures ; un autre avait été utilisé comme marche, et le cinquième a été retrouvé dans les terres qui avaient comblé la crypte. Le monument historié auquel ils appartenaient représentait symboliquement le Christ entouré des évangélistes et de quatre archanges. Le Christ était symbolisé par la croix dont on aperçoit la partie inférieure du pied ; les évangélistes le sont par les êtres apocalyptiques qui les figurent. Le champ et les ailes des personnages sont décorés d'incrustations de verres aux couleurs variées, comme aussi l'encadrement ; cet encadrement, obtenu par un évidement léger de la pierre est, en outre, surmonté d'une bande sur laquelle se déroulent les rinceaux d'un feuillage de lierre. En dessous et dans toute l'étendue du monument, règne une inscription gravée dans un cartouche et, sous le cartouche, a été tracé à la pointe un graffite en grande partie illisible. | « Un autre morceau de sculpture sur fût de colonnette représente une sorte d'icône que décore une croix pattée et qu'un personnage tenait entre ses bras ; une inscription nous indique que ce personnage était saint Siméon.

« Des fragments de chapiteaux, de petits modillons, entre autres un modillon de marbre figurant une tête de femme, quelques fragments d'inscriptions ont encore été retrouvés et soigneusement conservés.

« Enfin, une table rectangulaire en pierre de Chardon-Champ 5, brisée par le milieu, a reçu une inscription sur deux lignes encadrées de simples traits ; c'est la pierre de l'Emmanuel dont nous reparlerons plus loin.

« Pour être complet, signalons que, dans deux des sépultures creusées dans le sol de la crypte, l'inventeur a trouvé des bijoux. Deux fibules en bronze, un bracelet formé de deux perles translucides, qui accompagnent une perle d'ambre jaunâtre, et deux pendants d'oreilles ont été recueillis dans celle des deux fosses qui, creusée le long du mur méridional, est située à | l'Est ; une fibule de bronze a été découverte dans la sépulture creusée entre la marche du sanctuaire et l'autel 5. x Tel est, minutieusement décrit, ce curieux édifice. Les grandes lignes de son plan par terre sont celles de la crypte funéraire de Neuvy-Pailloux, découverte en 1844 dans l'Indre , celles aussi de l'hypogée païen découvert à Poitiers même par le R. P. de La Croix, affecté très anciennement au culte chrétien et alors aménagé en crypte de la chapelle Saint-Barthélemy . Mais ses dispositions propres, ses aménagements en font un édifice religieux. Par là, notre monument nous paraît avoir été, dès l'origine et par destination, un oratoire funéraire, centre spirituel d'un petit cimetière.

« Ses peintures à teintes plates sur enduits, ses incrustations de verroteries grossières, ses sculptures naïves et sans art, ses inscriptions pompeuses et barbares : en un mot, toute sa décoration intérieure peut nous fournir une notion assez exacte des monuments dont les chroniqueurs ou les hagiographes nous ont vanté la splendeur et décrit les merveilles : en réalité, si de grands édifices, comme Saint-Denis, Saint-Martin de Tours ou la cathédrale d'Aix-la-Chapelle, avaient bien reçu des décorations de marbre ou de pierres précieuses, dans certaines de leurs parties *, le plus souvent du stuc grossier et de la verroterie durent tenir lieu de marbres rares et de gemmes inestimables ?.


III. QUELQUES PRÉCISIONS. — Il n'y a plus aujourd'hui qu'un intérêt secondaire dans la discussion de certains points, aussi nous les rappellerons le plus brièvement possible.

1. La destination du monument est indiquée par les premiers mots de l'inscription : Tombeau de Mellébaude, abbé, débiteur ou pénitent du Christ. On a beaucoup discuté sur la signification de memoria, les uns faisant prévaloir le sens de « tombeau », les autres insistant sur celui de « chapelle ». Si on se reporte aux textes anciens, on trouvera ces deux sens ; voici, par exemple, une inscription publiée par Fabretti : PARENTES CONTRA VOTVM FILIAE DVLCISSIMAE MEMORIAM A FVNDAMENTIS FECERunt et : FECIT SIBI... MEMORIOLAM ?, enfin : MEMORIOLAM VETVSTATE DELAPSAM REFECIT . Le P. de La Croix voulait traduire memoria par « tombeau de martyrs » et torturait le sens pour en faire sortir ces mots : « Tombeau de martyrs appartenant à Mellébaude. » Mais, disait Duchesne, quand je lis sur un monument « Gare du Nord », je ne suis pas tenté de croire que ce pourrait être la gare de l'Ouest, comme le font ceux qui lisent : « Tombeau de Mellébaude » et qui interprètent : « Tombeau d'autres personnes appartenant à Mellébaude . » 250 en existe une du xii siècle à Solignac pour mettre en communication la chapelle absidale avec le sarcophage de saint Thilo jadis placé au-dessus, mais elle n'est plus visible qu'à la voûte de la crypte. Enfin, à Poitiers même, on peut en voir une établie au xi siècle dans le sanctuaire de sainte Radegonde, afin de permettre aux fidèles de voir de l'intérieur de l'église supérieure le tombeau de la sainte déposé dans la crypte. Pour prévenir les dangers que cette ouverture béante dans le pavé pourrait présenter, elle a été en partie masquée par le socle d'une statue. Mais, à la différence de ces exemples, la baie de la memoria de Mellébaude n'est en rapport avec aucun sarcophage et n'a pour but que de procurer l'air et la lumière nécessaires *.


IV. TEXTES ET SCULPTURES. — La première inscription du monument est celle qui se lit sur le linteau de la porte d'entrée (fig. 7906). Le P. de La Croix avait proposé une lecture et une interprétation qui ne semblèrent pas pouvoir être retenues. J.-B. De Rossi avait, en matière d'épigraphie chrétienne, une expérience et une autorité qui donnent à ses conjectures mieux que de la vraisemblance. La restitution qu'il proposa a été à peine retouchée par M. L. Levillain,

| en « tenant compte des dimensions du linteau et de la nécessité de donner aux lignes des longueurs sensiblement égales, enfin en corrigeant quelques lectures fautives », telles que un que, remiant et inn. On obtient alors le texte que voici qui doit approcher de la rédaction primitive :

+ In Dfe)i nomine hic MEMORIA MELLEBAVDI ABB(/at)] REVM XPI HIC dns Ihs Xps adoratur huc DEVOTI VENIVNT VTIQVE AD IPSO PRODICTOO pro cul pis tristes nimis QVI REMEANT INDElæfi P. de La Croix attache une importance particulière | à cette baie, désignée par lui sous le nom de fenestella *, puis, comme si toute fenestella était nécessairement une fenestella confessionis, il en parle désormais comme d'une fenestella confessionis. La disposition du monument suffit à écarter cette explication. Une

E ECT PHY

/ PEVE FIVEN TA IN V NQYT ADIPSOPROE TC RD : ILE mes RAT. SAN sepulerum sub analogio compositum... super quod ca- | put per fenestellam quicum que vult immittit precans quæ necessitas cogit, oblinel que mox effectum, si juste petierit . Il existait une fenestella de ce genre au 1x siècle dans la crypte de Saint-Germain d'Auxerre. Il La restitution a toujours une part conjecturale ; elle veut dire que les dévots qui viennent dans ce lieu y trouvent, auprès du Christ, la consolation de leur tristesse, née du péché, qui se résout en joie par l'humble confession et par l'acte de foi. I1 se pourrait que les mots pro culpis dussent disparaitre, on aurait alors simplement : hue devoti veniunt uli que ad ipso prodicto dno Ihu Xpo tristes nimis. Quant à memoria dont le sens fut tiraillé le plus possible, il signifiait à la fois tombeau et chapelle funéraire.

Après avoir descendu l'escalier, on lisait sur les deux chambranles de la porte, à droite et à gauche (fig. 7907) :

A tO A+ Oo ALFA ET CO dEO VE * INICIO ta LIS ET FINIS q VI QIAM TOLLIT QVID æqu A LI QVID QVOD NE CAU TIDIAE SA Pec PEIVS caTAque ET PEIVS myndi QVI I Aum zeros fiN EM DVS... PROPIN HE : QVAT Vogt : aset UT. M Les AR. = : HVS D DVS.. …. EDI V. ERIT Le texte est trop incomplet pour autoriser une restitution, mais le sens peut s'entendre. Le Christ à51 rappelle qu'il est l'alpha et l'omega, le principe et la fin ; le reste est affaire d'ingéniosité.

Au delà de la porte, sur le dormant droit, un long texte heureusement intact (fig. 7908) :

+ IN DI NOMINI * EGO


REVS - ET SERVVS - IHM XPO INISTITVI - MIHI - ISPE LVNCOLA * ISTA -+ VBI LACIT + INDIGNI : SEPVLTVRA : MEA :


QVEM - FECI - IN NOME


NIDNI- IHM : XPI : QM AMAVI - IN QVOD


CREDEDI - Vere dignvm EST CONFETIFÉ dm VIV um cuius GLOriA - MAGNA * EST VBI-PAX-FEDIS : CARI


TAS : ESTIPSE DS ET HO MO- :ESTET DS IN ILLO


SI QVISQVI- NON : HIC

« Au nom de Dieu, moi, ici, Mellébaude, débiteur et serviteur de Jésus-Christ, j'ai institué à mon usage cette grotte où git indignement ma sépulture ; je la fis au nom du Seigneur Jésus-Christ que j'ai aimé, en qui j'ai cru. Il est vraiment digne de confesser le Dieu vivant dont la gloire est grande là où il y a paix, foi et charité. Il est Dieu et homme, et Dieu est en lui. Si quelqu'un n'aime pas adorer ici le Seigneur Jésus-Christ et détruit ces bâtiments qu'il soit anathème, Maranatha, jus que dans l'éternité. » La memoria préparée par Mellébaude contiendra sa propre tombe. Il dit néanmoins qu'il y git indignement, ce qui serait déprécier son ouvrage s'il ne voulait dire que dans cette chapelle funéraire il a le sentiment de ne pas mériter l'honneur d'être enseveli.

252 de 517 (soit 489 après J.-C.) offre les mots : IN PACE DOMINI N IHS XH *.

On remarquera, dit encore E. Le Blant, l'ardente affirmation de la divinité, de l'incarnation du Christ, puis l'imprécation reproduisant les paroles de saint Paul ?*, Avec l'emploi du mot maranatha, rare dans [e pala FAUN BEGE Da RER EN ECRVS AUI | : INISTITVEMIHIL ETE | JVNIOLAIST ANBI SIABITINDIENT e & z SEPVLTIRA MER ;


PULO,

à LAM XP) ii anm 225 Tam LA = ; j


ETT

l'épigraphie chrétienne *, on doit faire remarquer qu'il renforce ici un anathème jeté contre les violateurs de sépultures.

L'inscription tracée sur la face intérieure du dormant de la porte présente en tête la croix aux branches de laquelle sont suspendues les lettres A et Q9. E. Le Blant enregistre la restitution proposée par le P. de La Croix, restitution qui ne lui laisse des doutes que pour l'avant-dernier mot : Alpha el omega. Initium el finis Quoniam quidquid quotidie pejus et pejus, quia jam finis adpropinqualt... La formule initiale est tirée de l'Apocalypse où elle est répétée à trois reprises . Dans le second des versets où elle figure, initium remplace comme ici principium ; il en est de même dans les citations qu'en font plusieurs Pères : saint Cyprien, saint Jérôme et Fulgence . De quelle que façon que l'on | doive lire le mot qui précède adpropinquat, il s'agit

L4

253 évidemment ici d'une allusion à la fin du monde, considérée autrefois comme imminente.

Les petites cavités carrées semées dans la pierre avaient servi, suivant la mode du temps, à recevoir des incrustations ; plusieurs de ces verroteries de couleur verte, blanche et bleue ont été retrouvées sur place *.

Sur le seuil de la porte cette inscription d'apparence énigmatique (fig. 7909) :


GRAMA GRVMO ANAY AYCA*PI=

Puis que Méllébaude propose une énigme à résoudre, il est permis de croire qu'elle n'est pas insoluble, sous peine d'attarder indéfiniment le visiteur. Trop ingénieusement, le P. de La Croix trouva une solution « Et lie gt si os NE Ca ; tes eg. LE UE acceptée par M. L. Levillain qui la présente ainsi : * Le premier mot fournit tout à la fois le nom et la clef de l'énigme ; le petit signe placé derrière ANA prévient que, pour les autres mots, il faut, comme pour le premier, faire remonter les lettres de la seconde ligne devant celles de la première ligne pour constituer les mots », et on obtient :


ANAGRAMA : AMA AGRVM CARVM PIO

« Aime le champ qui est cher à l'homme. » Se non È Vero... !

Mieux vaut, nous semble-t-il, s'en tenir au commentaire si prudent d'Edmond Le Blant. Cette inscription, disait-il, m'embarrasse à plus d'un point de vue. La copie publiée en 1883 diflére de celle publiée en 1879 dans le Bulletin monumental : toutes les deux sous la responsabilité du P. de La Croix. En 1879, le dessin porte non point ANA, mais (fig. 7910) :

À NINE

Laquelle des deux transcriptions devons-nous suivre ? Et, si c'est la première, celle de 1879, que devient la lecon anagrama que l'on a tirée d'un renversement 254 de deux mots superposés ? La photographie d'après Jaquelle est reproduite la seconde copie ferait foi sans aucun doute si elle avait été prise sur l'original et non sur un moulage en plâtre où les lettres ont été rehaussées de rouge... fail toujours regrettable, parce qu'elle force l'œil à accepter ce qu'a vu ou cru voir celui qui tenait le pinceau ; et, s'il me fallait choisir entre les deux copies dissemblab les, je préférerais la première, celle que nous devons au crayon.

Ni l’une, ni l'autre ne peuvent toutefois nous mener, semble-t-il, à l'intelligence du texte. Son assemblage incohérent de mots et de syllabes représente, pour moi, l'une de ces formu les mystérieuses et dépourvues de sens qui faisaient, aux yeux des anciens, la valeur des incantations et des phylactéres La juxtaposition des vocab les grama, grumo ne peut qu'aflermir dans ce sentiment. Rien de plus commun, en eflet, dans les formu les auxquel les on prêtait autrefois une vertu surnaturelle, que cette répétition, sous une forme approchante, de certaines paro les secrétes : Daries, Dardaries, Astataries ; — Ista, Pista, Sista ; — Cuma, Cucuma, Ucuma, Cuma, Uma ; — Argidam, Margidam, Sturgidam ; — Crisi, Crasi, Cancrasi, tel les sont cel les que nous relevons chez Caton l'Ancien et dont, par une persistance dont il est d'autres preuves en cette matiére, quelques-unes figurent encore dans le livre de Marcellus Empiricus .

Parmi les trés nombreux vocab les de ce type que contiennent les livres imprimés aux trois derniers sièc les , on remar que le groupe Haz, Pax, Max, plusieurs fois cité et qui rappelle le Cax Pix final de l'inscription de Poitiers . Notons encore, sous toutes réserves, que le mot KPAMMA, si semblable à notre GRAMA, figure sur plusieurs phylactères *.

S'il s'agit bien ici, comme il parait, d'une légende empruntée au formulaire cabalisti que, sa présence dans une tombe chrétienne est à coup sür chose fort inattendue. Elle n'est pas toutefois sans quel que rapport avec les idées superstitieuses dont témoigne un autre détail, on veut dire l'admission, dans le méme lieu, de l'image de Raguel, l'un des prétendus anges dont l’Église a condamné le culte 7.

En résumé, et si je ne fais fausse route, conclut Le Blant, Mellébaude aurait à la fois voulu assurer le repos de ses restes par la présence des saintes reliques, par l'anathéme contre les violateurs inscrit. sur la porte de la memoria et en faisant graver sur le seuil méme. une de ces formu les que nos ancêtres tenaient pour de puissants phylactéres *.

Nous avons vu qu'une marche divise en deux parties l'intérieur de la chambre sépulcrale ; elle est ornée de dix rosa ces autrefois garnies de verroteries et que précède une croix de forme monogrammati que ; une autre croix latine, reposant sur sa base, a été ajoutée en surcharge sur la première ; il n'en reste que le creux qui contenait les incrustations.

Sur la marche du sanctuaire encore une inscription (fig. 7911) :

On a proposé la restitution suivante : Homo + quis gloriatur [se] d (e)o sem(i)lem esse, ce qui est parfait ; la suite est arbitraire : multa mirabilia quæ fecil manus | le premier cas, ce serait, comme l'a pensé L. Duchesne, domini noslri ignorat. la balustrade du sommet de la colonne sur laquelle La seconde inscription de la marche est ainsi conçue : | saint Siméon passa tant d'années, balustrade que nous + MELIVS - EST - ENIM - IN + MALEFACTIS + Hv- | Voyons o I E munia oa E Z MELIS + CONFESSIO + QVAM - IN - BONIS - asile. Si le sculpteur ze T preson er une con e, on peut se rappeler que le saint fit dresser, sur le RER ARE AGI sommet de sa colonne, une poutre à laquelle il s'atta« Mieux vaut l'humble confession des fautes que la | chait pour se contraindre à demeurer debout, sans superbe vanité des bonnes ceuvres. » pouvoir ni s'asseoir, ni se coucher. | Le P. de La Croix a retrouvé ce texte dans le Liber © Le mot sanctus de l'inscription paraît avoir été scintillarum de Defensor, moine de Ligugé, vers la fin | représenté par les lettres STS, alors que l'abréviation du vr ? siècle : Melior enim est in malis factis pura | régulière serait SCS. confessio, quam in bonis operibus superba qgloriatio !. « D'après certaines tra ces, demeurées mal distinctes ESS Bi z e el MT TUE RE : j L | j L pis * ` ini v lr ECONA AIia 1 RES Frs a :

| | E Vs SSI 7911. — Grande marche, d'aprés le P. de La Croix, op. Cily pl, vir.

Parmi les fragments découverts dans la memoria, figure un débris de pilastre sur lequel se détachent le buste, sans téte et, jusqu'au-dessous des genoux, les jambes d'un personnage tenant, de ses deux mains croisées sur la poitrine, une croix à courte hampe (fig. 7912). Au-dessus de cette dernière est écrit en une seule ligne : allégori que, dont il ne reste qu'un petit rondin simulant un arbre (le saint Siméon décrit ci-dessus). Ce piédestal se composait d'une base moulurée (elle n'existe plus), d'un fût plat dans l'épaisseur duquel se trouve le bas-relief et d'un chapiteau formé d'une simple bande plate avec des filets de couleur rouge. Le bas-relief représente deux personnes crucifiées à la facon des esclaves (fig. 7913). On distingue deux trous « Le bienheureux ainsi représenté est, selon toute apparence, le célébre stylite. Une particularité semble pouvoir l'établir. Sur le devant des jambes passe une traverse qui peut être une barre ou une corde ; dans 257 de clous dans les pieds du patient de gauche. -Les deux croix sont séparées l'une de l'autre par un pilastre avec base et chapiteau : la base est carrée, sans moulures et à échelons, comme celle de la colonnette O ; le füt a les arétes abattues et arrondies, et le chapiteau, garni de feuil les de palmier, a l'astragale formé par un ruban perlé et n'a pas de tailloir. Point de noms.

Il ne reste auc une des inscriptions de l'autel, sauf des vestiges inutilisab les ; mais, non loin de l'autel, on a retrouvé une pierre qui le concerne et sur laquelle on lit (fig. 7914) :


NVHEL CVM DS

Ce texte rappelle, dans sa concision, celui qui se lit sur une croix d'or trouvée à l'agro Verano et conservée Pa tiie | not ifi m L'autel était entouré de quelques embellissements,


DICT. D'ARCH. CHRÉT.

08 notamment des bas-reliefs dont il ne subsiste que des débris. On peut se rendre compte néanmoins que la croix du Sauveur y était représentée, entourée des symbo les des évangélistes et de quatre anges. L. Duchesne a proposé la disposition suivante (fig. 7915) ;

Ë LI + Lj + * ange ange bœuf lion homme aigle ange ange t z z » rd T — = kl z E i T E o G m = < « a E u Eo = E M Eu T g = z te a o a < ee) ^ = E = = E a Sur le panneau de gauche, où on voit encore deux archanges, on lit ces mots (fig. 7916) :

+ HIC IN NOMENI DNI CESquiunt Sur le panneau central, qui devait étre trés étroit, on lit encore : ou, plus exactement, on ne lit nettement que hic et leb mais on devine mt et on voit les hastes de e et de /. Enfin, sur le panneau de droite ! :


IMIS + SCI - ACNANI : LAVRITI - VARIGATI - HELARII - MARTINII- :

D'après M. L. Levillain, « si on rapproche ces fragments d'inscription et si l'on observe que le B de MELLEB... se trouve placé au milieu du pied de la croix symboli que du panneau central, on obtient un texte assez facile à compléter en donnant une méme étendue à la partie restituée et à la parlie conservée de l'inscription centrale, et une longueur sensiblement la méme aux inscriplions des deux panne aux latéTaux ».

À, — XI— 9

On aurait donc ceci ou quel que chose d'approchant :

-- HIC IN NOMENI DNI CESquiunt corpora scorum collecta HIC MELLEBaudis cura in primis :SCI - ACNANI * LAVRITI MARTINII = | « Au-dessous de la dernière partie de cette inscription, subsistent quelques vestiges d'une autre ins-


VARIGATI + HELARII :

cription : Ja partie supérieure des lettres a échappé seule au martelage que la pierre a eu.à subir en cet endroit. Je crois y déchiffrer non sans peine :

-IN GORPore.. EPE... R. SAN. (Il :

« Mais il n'y a pas là des données assez certaines et suffisantes pour qu'el les puissent étre utilisées : laissons de côté ce dont on ne saurait rien tirer !.

« Face à l'autel, sur le mur oriental, on aperçoit ces mots tracés au vermillon (fig. 7917) :

+ IN DI NOM... MONETVS. NS..

« Le vermillon est de la méme couleur que les dernières lignes de l'inscription palimpseste de l'areosolium, en outre la forme des M indi que qu'el les sont de la méme épo que ; peut-étre de là méme main.

« L’arcosolium dont nous parlons est occupé tout entier par une inscription peinte en rouge vermillon qui recouvrit une inscription plus ancienne : couleur rouge bri que. Ces inscriptions ont pres que complètement.disparu ; il est vrai que des calques avaient été pris lors de la découverte par les soins d'érudits loc aux, calques conservés et d'après lesquels ont été exécutés les planches de l'album publié par le P. de La Croix. s Malheureusement, ces calques ne présentent pas toutes les garanties désirab les et, comme le disait L. Duchesne, il leur eût préféré de beaucoup des photographies .

260 Voici d'abord la reproduction de l'inscription Au moment de la découverte, les trois premiéres 1 lignes étaient pres que entièrement effacées. Le mot idibus, qui amorce la première ligne, est possible, mais conjectural. Dans la quatrième ligne on lit le mot imp. Tout cela a pu contenir des indications chronologiques et finalement une supputation d'après les années. de l'empire.

Alf. Ramé et L. Duchesne ont déclaré la sixième ligne et le commencement de la septième inutilisab les. L. Duchesne lit ainsi ce passage : Et quod facit decemb. pridie 111 el Xiti kal. ianuarias, et il se refuse à admettre que cette ligne se rattache à ce qui suit.

Au contraire, M. L. Levillain découvre une connexion élroite enlre ces deux dates et ce qui suit immédiatement, et, d’après lui, le passage entier signifie que, à chac une des deux dates indiquées, il y a eu une entrée — de saint dans la crypte ; voici sa traduction : « Quand décembre accomplit trois jours et le quatorzième jour — avant les calen des de janvier, c'est ici entrée de saints », — par conséquent le 3 et le 19 décembre on célébrait les anniversaires de l'introduction de reliques autres que Sel les de la dédicace dans la chapelle de Mellébaude. 4 L'explication est ingénieuse, séduisante, mais un peu arbitraire, car l'original la laisse supposer. La lecture des mots FI : DI : MHIL :SOSTANOS laisse tout à deviner, le mot sosfanos ou sosfavos se dérobe à toute identification.

Dans ce qui reste, on peut voir une seconde mention d'ingression, mais il faut toujours se défier un peu des textes épigraphiques qui permettent ainsi de voir ce qu'on souhaite y découvrir. Voici la lecture proposée par M. L. Levillain :., CET ES o aea a e e = imp :. + quod hie in dei nomini in primis sca dedignalio ingressa est iij k(a)l{endas ) el quod facit december diæ iij el xiii] k(a)l (endas) ingressio scorum. hic est + [i (3) dimhil (7) sostavos. sunt quod (facit) martius (diæ ) T EN guod fa(cil decembe)r dis iij.

« Ainsi l'inscription peinte primitive, après un début qui semble avoir contenu des données chronologiques, fournissait la date de la dédicace (30 juillet), celles de l'introduction des reliques (3 et 19 décembre), les noms des saints introduits, enfin les dates fériales de ceux-ci *, » Sur le texte rouge brique on appliqua un texte en rouge vermillon, qui a été enlevé à l'éponge après qu'on eut pris un calque, et, une fois encore, on ne sembla pas se souvenir de l'existence d'un procédé appelé la photographe. Le P. de La Croix lut ceci (fig. 7919) :


RN De N LARI + MARES : DOMNI . i-i ; MARTHERV : NOMIRV :LXXIT. PR. VOIAR - NOVENB : DIES Xi A. La première ligne, il faut lire ce qui existe JARI et non LARI qui conduit à Hilari ; après la croix il n'y a ni MARES, ni MARTI'S, ni MAR L'S, mais tout simplement MARI'S.

A la deuxième ligne, après DOMNI, il n'y a rien. Après les mots martherü nomirü, il y a LXX E T.I.

A la troisième ligne, les restitutions de M. Pomialovski et de M. Levillain sont arbitraires.

— Ce dernier s'est même livré à une petite débauche de conjectures pour « donner une solution plus certaine de cette énigme » ; il se représente ainsi l'inscription : t In Dí(e)i nomine incressio sfan )Jcft)orum in altari ] -Emart(rej)s díomijni - Domni Maturi, Chrysanthi Daria : etaliorum ) martheru (m) nomiru(m . ler el ij el s(an)e(t)orum Radegundis el quod facit novemb. dies ziij. | Quoi qu' on en puisse dire, il semble difficile d'admettre que « cette restitution se défend, pour ainsi dire, d'elle-même ». V. DATE ET PÉRIPÉTIES. — C'est une forte tentation — de vouloir préciser les moindres détails d'une question »archéologique, c'est parfois une grosse imprudence. Se tenir dans un certain vague fait moins violence à l'histoire. Alf. Ramé et L. Duchesne avaient admis des points de ressemblance assez frappants entre les sculptures des archanges et la châsse de saint Mummole qui est de la fin du VIe. Non content de cette date approximative, M. L. Levillain a rassemblé « suffisamment d'arguments pour préférer le commencement du VIIIe au viie » Le cippe des crucifiés lui permet de croire que le subligaculum en forme de jupon court marque le VIIIe ; mais il marque Lout - Quant au chiffre X qui se lirait devant les lettres IMP | rj el désignerait la dixième année d'un règne impérial ne pouvant être que celui de Léon l'Isaurien (717-741) ou celui de Constantin Copronyme (741-775), nous craignons que cette conjecture ne soit pas admise. i| « Depuis sa fondation, disait Duchesne, le monument a passé par un état de ruine qui fut suivi d'une restauration ; diverses observations du R. P. de La Croix mettent ceci en toute évidence. » De nouvelles preuves ont été relevées depuis lors, nous dit-on, ainsi l'évidence se trouve renforcée. M. L. Levillain conclut d'une observation attentive des moindres indices que « force sera de conclure non seulement à un acte de vandalisme, suivi d'une restauration presque immédiate, mais encore à un second état de ruine ou d'abandon à la faveur duquel un aménagement sommaire permit de faire du monument de Mellébaude un caveau funéraire collectif !. » À la première construction appartiennent l'escalier, les parois couvertes d'enduit, l'arcosolium, la châsse historiée avec le cippe des crucifiés, l'inscription rouge brique, l'autel, la pierre de l'Emmanuel, la partie gauche de la marche du sanctuaire, le pavement.

La distinction proposée entre une première et une deuxième restauration, et surtout la désignation de ce qui appartient à l'une et à l'autre, ne doit peut-être pas vouloir atteindre à une précision trop minutieuse ; en tout cas, le détail qui en est donné comporte une part d'ingéniosité voisine de l'arbitraire *.


VI. L'ABBÉ MELLÉBAUDE. Mellébaude n'est pas connu. Le R. P. de La Croix voulait y voir le Mérobaude dont parle Grégoire de Tours ; il dut y renoncer. Quand vivait-il ? Vers la limite du viiie-VIIe. Où vivait-il ? A Poitiers ou aux environs puisqu'il choisit sa sépulture aux Dunes. Que faisait-il ? Il était abbé, ce qui le rattache au personnel ecclésiastique. Toutefois, il pouvait se trouver à la tête d'une communauté de moines ou de chanoines $, car les prêtres séculiers vivant en communauté avaient un supérieur désigné sous le nom d'abbas *. Mellébaude a voulu se préparer un tombeau et il a fait choix d'un lopin de terre contigu à la nécropole paléenne et à la grande route. Pour quoi ce choix ? il n'a pas pris soin de nous le dire, et on ne voit pas clairement l'utilité qu'il peut y avoir à épiloguer là-dessus. A-t-il voulu que sa tombe devint le noyau d'un « cimetière » chrétien ? C'est possible, mais il est difficile de donner le nom de « cimetière » à un groupement de trente-sept tombes ; on pourrait croire, avec tout autant de vraisemblance, que Mellébaude a voulu s'assurer une sépulture et que les tombes sont venues l'entourer postérieurement, sans qu'on sache qu'il l'eût prévu et s'il y eût consenti, lui vivant. Le fait d'une première dédicace le 30 juillet et d'un nouvel apport de reliques le 3 et le 19 décembre n'avait-il pas été escompté par Mellébaude ? Nous l'ignorerons toujours. Il y a eu des remaniements successifs, c'est incontestable, et peut-être ces remaniements tiennent-ils des restaurations supposées et de tout le scénario imaginé. De quoi s'est-on servi pour la dédicace ? D'eulogies ou de | | 264 reliques. En dehors de ces points bien établis, et qui suffisent amplement à l'explication du monument, on ne peut présenter autre chose que des hypothèses. Une fois écartée celle des martyrs poitevins anonymes dont il n'est plus question, il reste possible de trouver encore des martyrs. On sait, fait remarquer Duchesne, quelle était, au VIe, et dans l'ouest de la Gaule en particulier, la dévotion pour les reliques des saints. Beaucoup de personnes avaient le goût des collections de reliques ; celles de sainte Radegonde de Poitiers sont célébres ; il en est de même de celles de Théodelinde, reine des Lombards, contemporaine de saint Grégoire le Grand. Grégoire de Tours obtint tout un trésor de reliques romaines qui lui furent apportées, en 590, par son diacre Agiulfe, pèlerin ad limina apostolorum. Parmi les pignora qu'Agiulfe rapporta de Rome à Tours, on remarque ceux des saints Laurent, Pancrace, Chrysanthe et Darie. Les deux premiers noms, ou reliques provenant de corps des martyrs, des deux peut-être. La présence de la pierre des deux saints crucifiés invite à croire à la présence d'ossements de martyrs inconnus. Tout le reste est conjecture : « Du vivant de Mellébaude, l'édifice fut saccagé... en 731 ou 732... La tourmente passée, Mellébaude restaura sa memoria... n'ayant plus de reliques dans la châsse de l'arcosolium. L'abbé pouvait revenir à son dessein primitif : il transformait cette châsse en sarcophage à son usage... Mais voici qu'il entre en possession de nouvelles reliques et il imagine de creuser des petites cavités propres à recevoir des capsa... pour mettre les reliques hors de toute atteinte... Nouvelle visite des pillards... etc +, etc.. » VII. CE QUI RESTE ACQUIS. — Tout cela est si habilement agencé que l'histoire semble ne plus comporter de lacunes et, cependant, il faut peut-être mieux se résoudre à une explication moins complète. Celle que proposait L. Duchesne, dès 1884, répond mieux à ce qu'on attendra d'une ruine qui ne veut pas être trop indiscrètement sollicitée. Ce tombeau, disait-il, a passé, depuis la mort et l'enterrement du fondateur, par un état de ruine dont la cause nous échappe ; on y a pratiqué d'autres sépultures, dont quelques-unes (il y a des tombes d'enfants) n'avaient évidemment pas été prévues à l'origine ; le tombeau était accompagné d'un autel dans lequel, suivant l'usage, se trouvaient des reliques ; au moins l'un d'eux, se retrouvent dans l'inscription gravée dont on a déjà parlé. Quant aux saints Chrysanthe et Darie, on lit dans leur passion qu'ils convertirent une troupe de soixante-douze soldats qui furent martyrisés avec eux ; ce ne sont pas les seuls martyrs de ce groupe ; on cite encore Jason, Hilaria, Maurus, sans parler d'une multitude de chrétiens lapidés plus tard auprès de leur tombeau. Le chiffre de soixante-douze martyrs, indiqué dans l'inscription de Mellébaude, donne à penser qu'elle pourrait se rapporter à des reliques tirées du trésor de l'Église de Tours et provenant du sanctuaire romain des saints Chrysanthe et Darie. Ce soupçon se confirme par l'étude des dates. Après celle qui est indiquée pour la sancta dedicatio, on lit : et quod facit decemb. peridiæ III et XIN kl. januarias. Or, les noms des saints Chrysanthe, Darie et ceux de leurs compagnons se rencontrent à divers jours de l'année dans le martyrologe hiéronymien, seul connu en Gaule à l'époque mérovingienne. On y lit ceci :


II]. kal. decemb. Chrysanthi et Dariæ, Mauri el aliorum L X XII quorum nomina habentur in libro vitæ prid. kal. decemb. Chrysanthi el Mauri.


XIII kal. ianuar. Chrysanthi et Dariæ.

| | 965 La coïncidence des dates est remarquable ; sans doute, pour les deux premières, il faut restituer le sigle des calendes, dans le texte, évidemment irrégulier, de l'inscription. Du reste, il peut se faire que ce sigle n'ait pas été omis à l'origine, et qu'il ait été peint avant le mot decemb. Il y a justement à cet endroit une petite interruption de l'enduit.

Ces dates, la mention du groupe de soixante-douze martyrs, la correspondance entre les noms des saints étrangers à la Gaule qui se rencontrent dans la crypte - et la liste des reliques romaines apportées en 590 à Grégoire de Tours, tout tend à favoriser l'hypothèse suivante : Mellébaude, le fondateur de la memoria, aura tiré des reliques des églises voisines : Poitiers, Tours, Orléans. Ces reliques auront été disposées dans la capsa de l'autel, quelques-unes peut-être introduites dans le tombeau ; l'inscription peinte au-dessus de celui-ci les mentionnait en indiquant les jours où les saints figuraient au calendrier +.


VIII. BIBLIOGRAPHIE. — C. de La Croix, Monographie de l'hypogée-martyrium de Poitiers, décrit et dessiné par l'inventeur, in-4 », Paris, 1883, texte de 150 pages russe), dans Publications de la Société archéologique dain, L'hypogée-martyrium des Dunes, dans Bull. de la Soc. antiq. Ouest, t. viir, 1885, Ie série. Le même, Documents sur la question du martyrium de Poitiers, in-89, Poitiers, 1885. C'est une collection d'articles de divers auteurs. — L. Duchesne, La crypte de Mellébaude et les prétendus martyrs de Poitiers, dans Revue Rossi, Lettre au R. P. de La Croix, dans Documents, in-8e, Poitiers, 1888 ; et dans Revue poilevine et saintongeaise. E. Le Blant, Nouveau recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule, 1892, p. 250-273. — L. Levillain, La « memoria » de l'abbé Mellébaude, dans Bulletin de la Soc. antiq.

H. LECLERCQ.


MELLECEY. — Mellecey est aujourd'hui une commune du canton de Givry, arrondissement de Chalon (Saône-et-Loire). Ce village « a été, dès l'époque de la domination romaine, le siège important d'un domaine public dépendant du fisc. Les objets trouvés à diverses époques en ce lieu ne laissent aucun doute sur son antiquité ... Le plus ancien souvenir écrit qui le concerne se trouve dans le testament de Didier, évêque d'Auxerre : In eodem (Cabilonensi) pago, in agro Miliacense ?. L'état prépondérant, que ce document révèle, est de nouveau constaté par un curieux passage de Frédégaire, qui, racontant les dévastations commises, en 761, dans l'Autunois et le Chalonnais, par l'armée de Waïfre, comte d'Aquitaine, affirme que ces pays furent ravagés et brûlés, ainsi que les suburbes de Chalon, et spécialement un lieu... qui ne peut être que Mellecey. Le chroniqueur ne mentionne que cette villa, en la qualifiant de publique : Melciacum villam publicam ; ce renseignement suffirait seul à prouver et son importance relative et sa dépendance du fisc. Ainsi Mellecey a fait partie du domaine des rois francs, qui, après l'avoir reçu des anciens maîtres des Gaules, le transmirent aux rois carolingiens, leurs successeurs. Il est donc permis, sans écart d'imagination, de placer en ce lieu un de ces établissements royaux, vastes exploitations rurales, dont le capitulaire de Charlemagne de villis donne une si complète et si curieuse description. Cet état prospère durait encore cent ans plus tard et, vers la fin du ix siècle, le domaine fiscal de Mellecey existait dans toute son intégrité quand un empereur l'aliéna en donations pieuses au profit d'établissements monastiques *. »

En 1864, on trouva dans le massif de maçonnerie constituant le maître-autel de l'église de Mellecey une plaque de marbre mesurant 0 m. 40 sur 0 m. 51 et 0 m. 09 d'épaisseur ; ce n'était là qu'un fragment du titre primitif qui devait mesurer environ 0 m. 70 de largeur. Ce monument fait partie des collections de la Société d'histoire et d'archéologie de Chalon conservées au musée Denon. La plaque porte une inscription et différents symboles (fig. 7920). Les deux premières lignes nous disent clairement l'objet de l'inscription ; on lit :


IOHANNIS BATTISTAE + ET. ORVM ACAVNENSIVM TRASLATIOS.

Il s'agit d'une translation de corps saints ; après la mention de saint Jean-Baptiste une lacune parait ne pouvoir être comblée que par les lettres martyr, ce qui donne un barbarisme : martyrorum qu'on rencontre déjà aux catacombes et qui a fait une honorable carrière dans l'épigraphie chrétienne où nous l'avons déjà signalé à plusieurs reprises.

La deuxième ligne amorce un mot par son initiale s dont le complément importe peu au sens du texte et qui pourrait être quelque chose comme sancta.

La troisième ligne ne laisse aucune place à l'interprétation : il s'agit des princes des apôtres ; quant au nom d'André qui se lit plus bas, à droite, il semble se trouver à cette place pour réparer un oubli du graveur.

Les reliques qui firent l'objet de la translation seraient donc celles de saint Jean-Baptiste, des apôtres Pierre, Paul et André et des martyrs d'Agaune. Ces derniers nous sont connus suffisamment pour n'avoir pas à revenir sur ce que nous en avons dit (voir Dictionn., t. x, au mot MAURICE, col. 2699-2729).

On n'a pas d'autre indice archéologique pouvant servir à dater l'inscription que la paléographie et les symboles. La première offre peu d'uniformité, en particulier touchant les lettres a, d, n ; son aspect général rapproché des formes incorrectes, telles que translatio et Acaunensium, peut inviter à la situer vers la limite du vi et du vii siècle. Les symboles ne sont pas beaucoup plus décisifs. On a fait observer que la boucle du chrisme est sommairement indiquée, ce qui a été relevé déjà sur deux marbres de la Gaule dont l'un est daté de l'année 493, et l'autre ne s'en éloigne guère !, Le double cercle et les lettres symboliques suspendues aux branches du chrisme n'ajoutent, ni ne précisent rien. F De chaque côté du chrisme se montrent deux figurines : les apôtres Pierre et Paul ; du premier, il n'y a rien à dire, sinon que, si l'identification est certaine, tout détail nous échappe ; du second, nous voyons qu'il subsiste un personnage tenant de la main droite le glaive, instrument de son supplice, tandis qu'il brandit une croix de la main gauche. Cet attribut est exceptionnel pour saint Paul, nous aurons l'occasion d'y revenir (voir PAUL). Quant à la place qu'occupe chaque apôtre à droite ou à gauche du Christ, cela dépend de la place du spectateur (voir Dictionn., t. Iv, au mot DROIT : t. vi, au mot GAUCHE). En ce qui concerne le vase d'où s'échappent des rameaux garnis de pampres et de grappes de raisin que becquètent des colombes, nous avons rencontré ce symbole, pour la première fois, chez les chrétiens, dans l'hypogée de Domitille ; nous l'avons retrouvé dans la plupart des pays où a pénétré le christianisme. Ordinairement, quand on veut donner au vase une signification de calice eucharistique, on y place sur la lèvre ou sur les anses deux oiseaux qui s'y abreuvent ; lors que le vase donne naissance à une tige vigoureuse et fructifiante, il a plus généralement la signification de la sève abondante qui circule dans l'Église et s'y répand sous la forme du sang des martyrs.

L'ensemble des traits relevés sur le monument de Mellecey invite donc à y voir un mémorial de translation de reliques vers la fin du vii* siècle, En ce qui concerne le saint Précurseur et les trois apôtres, il serait probablement vain de rechercher une précision, car leurs reliques ont été si nombreuses et ont connu tant de déplacements qu'on n'a aucune chance de les suivre à Mellecey. Il n'en est pas de même pour les reliques des martyrs d'Agaune. Ici, nous savons par Grégoire de Tours que le roi Gontran envoya dans le Valais un prêtre chargé de présents avec mandat de lui rapporter des reliques d'Agaune. Ce qu'il fit, mais, au retour, la traversée du lac Léman se faisant menaçante, le prêtre jeta à l'eau les reliques et la tempête s'apaisa. Sans doute, mais, en pareil cas, on ne jette pas tout, on garde quelque chose et on a ainsi la satisfaction d'authentifier ce qui reste. Qui était le prêtre ? Quand remplit-il sa mission ? Il semblerait vraiment bien arbitraire de prononcer un nom et une date. H. LECLERCQ.


MÉLOS. — I. la ville antique. IL. Les nécropoles. III. Le christianisme. IV. La catacombe : 1. Emplacement ; 2. Diverses parties ; 3. Forme des sépultures. 4. Description des galeries ; 5. Date. V. Baptister. VI. Ambon. VII. Épigraphie. VIII. Bibliographie.

l. LA VILLE ANTIQUE. — Le nom de Mélos ne parle plus, de nos jours, à l'imagination, et le site est aussi désolé que celui des autres îles de l'Archipel. Dès l'antiquité, Sériphos et Thermia,n'étaient connues que comme de stériles écueils où quelques exilés trouvaient à grand'peine une pauvre nourriture ; mais Syra et Délos dévastées, et Céos, Andros, Naxos, Tinos, jadis renommées pour leur fertilité merveilleuse, étaient tombées, comme Mélos, au début du xix* siècle, dans l'état le plus misérable, résultat de deux mille ans de désastres, de ravages, de calamités sans nom et surtout de la domination des Turcs.

Cependant, Tournefort, qui visitait Mélos au xvii siècle, en faisait un paradis terrestre. « La terre, dit-il, sans cesse échauffée par des feux souterrains, y produit, presque sans se reposer, du blé, de l'orge, du coton, des vins exquis et des melons délicieux. Saint-Élie, le plus beau monastère de l'île, situé dans l'endroit le plus élevé, est entouré d'orangers, de citronniers, de cèdres, de figuiers. Une source abondante en arrose les jardins... Toutes les productions de l'île sont d'une bonté que rien n'égale. On estime beaucoup ses perdrix, ses cailles, ses chèvres, ses agneaux . » Déjà, cependant, à la fin du xvii siècle, cette situation était bien changée. « Si M. Tournefort, dit Savary, revenait à Milo, il ne retrouverait plus la belle île qu'il a décrite. » La désolation a continué son œuvre, Dans les ruines du donjon construit par les Vénitiens (fj mxÀwix yoox), quelques familles s'abritent tant bien que mal, rongées par la fièvre, victimes de cette nature jadis bienfaisante et qui semble avoir voulu s'associer à la barbarie des Turcs. On marche maintenant sur un sol volcanique sans cesse travaillé par les forces souterraines : des masses noires de trachyte percent partout à travers un tuf de pierres ponces ; des pyrites de manganèse roulent sous les pieds, des cristaux de soufre, de gypse et d'alun tapissent les fentes des rochers. Non loin des restes de la ville vénitienne se trouve la « grotte d'alun +, toute couverte de stalactites. Au devant, quand on revient vers le rivage, on rencontre des sources d'eau chaude (cx Üeput) et salée, qui font de cette plage une sorte de fondrière aux émanations méphitiques. D'autres grottes, dans le voisinage, laissent exhaler une vapeur d'une chaleur insupportable. Longtemps le volcan qui vomit cette île enchantée avait sommeillé, mais, au commencement du xvi siècle, il se réveilla, reprit une certaine activité, à l'époque où l'île de Santorin (liée, semble-t-il, à Mélos par une commune origine) était, de son côté, le théâtre d'un épouvantable cataclysme qui fit surgir du fond de son cratère souszaa is + - i LU rum ea 1e i ER isk [E « La F a Oe Cuteqwep AS C ; $P os ^ rm a T aFm. 2] F pe - A } A F - n = f A p n] m$. 2 F 3 KM SUUM. j | T E 3 E : | X ! ry i MEL J A at īa r PRES € Ay N as | : - Ah ir : | f Y 2 ) e M, : 1 = i 1 Lau as an — $1 : :05 :4d : RE — »À ^ E E T f 4 at an” FEE pma i E - Li N yii e ——s. « : i T ^4. rs An EM ed rear 3 e = | i E 5 e x - 2 , FL CTI IL. ra Bs : nee T, e e He b t n =... LT Side, Sec 3 i — C M »la ni — UL Mi « n. ET tal ee LS j — ——— M t ; pnt Eea siiman = Fl n Á i iO * x Fous — m. 3 he nu d -— 3 : - »maet S imas « Nub rm eH z ^n né aeger Huan gear uM, Kipa = 2 marin un nouvel ilot de lave. Mélos n'eut pas d'éruption, mais son climat, dés lors, en resta profondément altéré. À partir de cette époque, une atmosphère maligne d'hydrogène sulfuré s'étendit sur toutes ses basses régions ; hommes et animaux y périssent ; les jardins restent en friche, les huttes tombent et ne se relèvent plus. De 20 000 habitants au xvre siècle, il reste de nos jours un millier environ.

Pour la plupart, ces survivants se sont réfugiés autour d'un cône de rocher, planté à la cime de la montagne qui domine au Nord-Ouest l'entrée de la Tade. Ils allaient y chercher un air plus sain au-dessus des vapeurs malsaines qui flottent sur les parties basses de l'île. Ce groupe de maisons suspendues en étages autour de ce pic s'appelle Castron, c'est aujourd'hui le chef-lieu de l'île. On y parvient par un mauvais sentier, mais, de ce sommet, la vue, au Nord, s'étend jusqu'aux montagnes de l'Attique et de l'Eubée. Au couchant, on distingue nettement les côtes de l'Argolide et du Péloponnèse dominés par le Taygète. Au Sud, les montagnes de la Crète se dessinent et, à l'Orient, Naxos, Paros, Ios et Santorin resplendissent d'une lumière où Délos semble se perdre.

Mélos, peuplée jadis par une colonie de Sparte, resta dorienne de cœur et fidèle à la cause de sa métropole pendant la guerre du Péloponnèse. Les Athéniens se soumirent tout l'Archipel, mais Mélos leur résista et la flotte de Nicias fut obligée de s'éloigner sans avoir pu s'emparer de la ville. Quelques années plus tard, une autre flotte, commandée par Cléomène et Tisias, reparut devant Mélos et proposa de négocier. Les Méliens refusèrent et, après une défense honorable, furent obligés de se rendre à discrétion. L'île fut évacuée. Les hommes mis à mort, les femmes et les enfants vendus : une colonie de 500 Athéniens indigents vint prendre leur place.

Cette ville antique de Mélos s'étalait en amphithéâtre et était dominée par une acropole, dont on reconnait encore les vestiges à des murs d'enceinte de construction polygonale. Ses groupes de maisons suspendues en étages étaient par intervalles coupés de colonnades d'un beau marbre bleu. On en peut juger par de nombreux fragments de colonnes, de morceaux de frises ou de corniches finement sculptées qui jonchent encore le sol. De ces débris mêlés à des moellons de trachyte, les gens du pays construisent des terrasses pour soutenir leurs vignes et leurs jardins, en sorte que les débris d'autrefois gisent en partie sous la culture moderne.

En 1820, un paysan, en bêchant son jardin, y ouvrit par hasard une sorte de cave creusée sous le rocher à cinq ou six pieds de profondeur, et y découvrit, couchée entre trois hermès, une statue, fameuse sous le nom de Vénus de Milo. L'histoire de cette trouvaille, de son transfert au musée du Louvre, des tentatives entreprises pour sa restauration, a fait l'objet de travaux parmi lesquels plusieurs offrent un vif intérêt ; mais cette histoire est trop étrangère à nos études pour trouver ici sa place.

Non loin de l'excavation où gisait la statue, en descendant de l'acropole vers le Sud-Ouest, on reconnaît, à des restes de gradins semi-circulaires taillés dans le roc et à demi enterrés, la place d'un vaste théâtre ou d'un odéon. Sion descend cinquante pas, on distingue nettement les fondements d'un autre édifice, qui dut être considérable, des débris de corniche en marbre bleu et un fragment du tympan d'un fronton. Les gens du pays nomment ces ruines le Palais du roi de Milo, mais il semble plutôt que ceci ait fait partie d'un temple. Un capitaine de navire hollandais aurait, dit-on, trouvé sous ces débris une jolie statuette d'Esculape. Était-ce à ce dieu que le temple était dédié ? Quoi qu'il en soit, le sol de l'île a rendu plusieurs inscriptions à Esculape et à Hygie qui ont pu avoir un culte dans l'île ; mais où Esculape n'a-t-il pas reçu un culte ? (fig. 7921.)

La ruine la mieux conservée est celle d'un joli petit théâtre de marbre blanc, que l'on aperçoit à cent pas au-dessous de ce temple, et dont le roi de Bavière a fait déblayer, en 1836, les neuf gradins inférieurs, lesquels sont encore presque intacts. Le demi-cercle est partagé en sept coins ou segments par six escaliers qui rayonnent du centre à la circonférence. Nul doute que ces rangs de sièges ne s'élevassent bien plus haut sur le penchant de la colline. Cet édifice ne remonte pas plus haut que l'époque romaine ; ses débris surchargés de détails, palmettes, rosettes, rangs de perles profondément fouillés attestent la décadence de l'art. On y a trouvé d'ailleurs une tête sculptée dans le style égyptien, selon la mode qui régnait vers le temps de l'empereur Hadrien.

Mélos, en sorte que les fouilles s'y multiplièrent plus, peut-être, que sur aucun autre point de la Grèce ; ce fut une déception générale, et il est douteux que Mélos réserve encore quel que chef-d'œuvre aux curieux d'antiquité ; c'est sous un autre point de vue que nous l'étudierons.


II. LES NÉCROPOLES. — Partout, sur le flanc de la montagne, s'ouvrent des grottes creusées dans un tuf à gros grains. On pénètre par là dans de grandes salles carrées, garnies à leur pourtour de niches et de sarcophages creusés dans la pierre, et d'où partent en plusieurs sens des galeries irrégulières, toutes remplies des mêmes de débris de tombeaux. Ce sont là les monuments les mieux conservés de l'antique Mélos. Ce que les anciens habitants avaient bâti pour abriter leur vie a été éphémère comme la vie ; la tombe a été immuable comme la mort même.

Parmi ces tombeaux, on distingue aisément ceux qui appartiennent à l'âge hellénique et ceux qui sont de l'époque romaine ou de l'époque chrétienne. Les premiers ont toujours l'entrée de leurs galeries orientées vers le midi, tandis que les autres s'enfoncent dans toutes les directions, peut-être parce que la place du midi était prise. On a trouvé, dans les unes et les autres, un grand nombre de curieux objets déposés dans ces sarcophages : casques de bronze, boucliers de bois lamés de métal, épées à poignée dorée, sandales cousues avec des fils d'or, bracelets, anneaux, boucles d'oreilles. On en a tiré pareillement une multitude de vases peints, qui étaient rangés sur le couvercle des cercueils de pierre, ou suspendus à la muraille par des clous de bronze. En général, dans les tombes de l'époque romaine, on remarque que les bijoux déposés à l'intérieur offrent une moindre valeur et témoignent d'une technique moins habile ; c'est également dans ces tombes, et dans celles-là seulement que l'on rencontre des objets de verre.

Parfois le nom des morts est inscrit sur une stèle de marbre blanc ; mais, dans la plupart des cas, l'inscription est placée sur le couvercle même du tombeau ou sur une pierre de la muraille.


MÉLOS

272 A l'entrée de l'une des plus antiques tombes, on avait tracé ces mots : c'est-à-dire π όπυβη pour un βπυËov, « ne fouille pas ». C'est un avertissement qui n'a guère été entendu et, d'ailleurs, à Mélos comme partout, on observe une contradiction étrange entre l'attitude des survivants, qui prodiguent au défunt les témoignages de respect, qui l'entourent de provisions afin de subvenir au long voyage où il s'engage, et l'attitude des fouilleurs qui, après de longs siècles, découvrent une tombe, profanent les ossements qu'elle contient, se disputent les souvenirs, les brisent, les vendent, les souillent de toutes façons comme si on tirait une revanche de ces pauvres restes. Le même homme, qui aura salué avec respect un cadavre, enverra un coup de pied dans un squelette.


III. LE CHRISTIANISME. — Nous verrons dans un instant que l'île de Mélos posséda une communauté chrétienne, laquelle est suffisamment attestée par une catacombe et quelques inscriptions, auxquelles on peut fixer la date du IVe. Mais, de cette communauté, on ne sait rien, on ne trouve aucune mention dans les sources littéraires. La liste épiscopale se réduit à deux noms : ;

Eutychius qui siégea et souscrivit au VIe concile œcuménique : Ebcoytog £Adytorog £nloxonroc Mrhov.

Galaction qui siégea et souscrivit au VIIe concile œcuménique : l'aAxxcziwov &vkEtoc EÉmxloxoroc Mao.


IV. LA CATACOMBE. — Il existe une catacombe chrétienne située au-dessous du plateau de Trypiti, Tevrnrn, à mi-côte de Klyma ; elle n'a guère été plus épargnée que les autres, car l'exploitation des tombeaux aura été la dernière industrie de l'île misérable de Milo. On a violé des tombes par milliers, on en a extrait tout un mobilier qui s'est dispersé sans indication de provenance dans les collections publiques ou particulières. Vers le milieu du XIXe, c'était une politesse réservée par les autorités de l'île à tout visiteur important que de lui offrir une tombe à fouiller.

En 1843, L. Ross visita Mélos, parcourut la catacombe chrétienne dont il reconnut l'origine et donna une brève description. En 1878, Ch. Bayet trouva toutes les tombes ouvertes, violées : « Il m'a été impossible, écrivait-il, de rencontrer une seule tombe qui eût échappé. » Ces sépultures ruinées ont pourtant leur intérêt ; leur témoignage a d'autant plus de valeur que les nécropoles chrétiennes d'Orient sont rares et mal connues. Mélos possède le seul cimetière souterrain de cette espèce qui ait encore été découvert en Grèce ; c'est le seul que l'on puisse comparer par quel que endroit aux catacombes de Rome. Là où L. Hoss n'avait fait que passer, Ch. Bayet est resté quinze jours, relevant minutieusement tous les détails, dressant le plan des galeries, marquant la place de chaque tombe. Nous allons le suivre.

213 vaste galerie. Aujourd'hui, l'entrée habituelle se trouve au point 5, également ancienne. L'entrée est très différente : elle ne parait pas avoir été taillée, elle est élevée de quelques mètres au-dessus des galeries B, L et de la chambre M et ne donne immédiatement accès nulle part. Au point e on remarque un trou plutôt qu'une porte ; il s'ouvre sur un passage fort étroit R, qui communique avec la galerie isolée S et la chambre T.

Si on entre au point a, on voit que les galeries O, P dépendent de la galerie C. Si on entre au point d, on peut s'assurer que les galeries E, D d'une part, F, G, H, d'autre part, ont été creusées à la suite de la galerie A et s'y rattachent. Enfin, les galeries L, B communiquent directement entre elles.

Si de la galerie A on passe dans la galerie C, on voit que le couloir f qui les unit a été creusé à travers un arcosolium, qui avait certainement été destiné à une sépulture. On fera la même remarque pour f' qui unit la galerie L à la galerie A, et pour f » qui donne accès de L dans la chambre M. Il semble donc qu'à l'origine toutes les galeries ne se reliaient pas entre elles. Des groupes distincts de fidèles avaient creusé des galeries voisines, mais d'abord isolées (fig. 7922).


MÉLOS

274 a) Galerie A avec les annexes E, D et EF, G, H ; b) Galerie C avec les annexes O, P ; C) Galeries L, B ; d) Chambre M ; e) Galeries R, S et chambre T.

Chacune des trois premières régions présente des signes certains de christianisme, ce sont : dans la galerie A, une inscription chrétienne ; dans la galerie P, des débris d'inscriptions et le monogramme dit constantinien ; dans la galerie B, des débris d'inscription et le même monogramme.

Dans les deux dernières galeries, on ne trouve pas d'inscriptions, mais la position qu'elles occupent, les ressemblances qu'elles présentent avec les trois autres, témoignent de leur origine chrétienne.

On peut supposer même qu'elles étaient autrefois en communication directe avec les autres galeries.

Nous ne connaissons certainement pas la nécropole dans toute son étendue. Le sol de la montagne est friable ; des éboulements ont eu lieu, des galeries ont dû ainsi être détruites ; peut-être même toutes les galeries que Ross a visitées ne subsistent-elles plus. Quelques faits prouvent que la disposition des lieux a été modifiée et l'étendue restreinte. a) Le passage qui donne accès dans le cubicule M est percé à travers un arcosolium, ce n'est donc pas l'entrée primitive. Au point c ; on trouve une autre porte fort étroite, formée par deux montants en marbre soutenant une plinthe et très grossièrement ajustés. Cette porte en marbre a remplacé une porte arquée plus ancienne, l'espace vide a été comblé par des pierres. Un passage de la description de Ross semble se rapporter à cette partie de la nécropole. « À un autre endroit, dit-il, un petit couloir latéral conduit de la galerie principale à un portail peu élevé, formé par deux piliers sur lesquels repose une architrave en marbre blanc, mais la chambre qui est derrière est comblée par la chute du plafond. » Cette chambre était, selon toute vraisemblance, un cubicule d'après Bulletin de correspondance hellénique, a. Entrée ancienne (comblée), — b. Entrée probablement ancienne. — d. Entrée élevée de plusieurs mètres au-dessus des galeries B, L et de la chambre M. — e. Trou donnant accès dans la galerie isolée S et la lum communiquant avec M par la porte c et aujourd'hui détruit. b) Les galeries R, S et la chambre T sont éloignées de la galerie C de 12 mètres seulement ; il semble difficile que cette partie fût tout à fait isolée et bornée à ce que nous en connaissons. Elle devait, au contraire, s'attacher aux autres régions situées vers le Nord-Est. On trouve, en effet, au point / les indications d'un passage, mais il est entièrement obstrué. c) Au nord des galeries R, S, aux trois points m, n, r, on aperçoit distinctement des traces d'arcosolia. Le point m n'est qu'à 14 mètres de l'entrée de la galerie C, à 10 mètres de l'entrée de la galerie R. Ces distances sont déjà un argument suffisant pour rattacher ces traces de galeries aux régions de la métropole qui subsistent encore. En outre, les dimensions des arco-

275 MÉLOS 276

solia, les tra ces de décoration qu'on voit cà et là ne laissent aucun doute. En s, on voit encore l'entrée d'un passage, qui sans doute rattachait cette région à la partie C ; cette entrée est aujour d'hui fermée par des terres éboulées.

2^ De la forme des sépultures. — Le percement des galeries devait s'exécuter sans résistance, vu la nature du sol. Les gran des galeries A, C, sont creusées avec soin : el les sont larges, assez régulières, et on devait s'y tenir debout sans peine ; mais, dans les galeries annexes, le travail est plus grossier : el les sont tortueuses et si élroites que sur certains points une seule personne peut passer de front,'si basses qu'on doit v marcher courbé ; tel les d'entre el les se rétrécissent à mesure qu'on avance et n'ont plus méme un métre de largeur à leur extrémité.

Le long des parois de ces galeries, les Les qu'on rencontre sont Loujours des arcosolia de forme semblable aux arcosolia romains. Ja mais à Mélos l'arcosolium ne s'arrondit en abside ; derrière l'arc, le mur du fond forme une surface plane (fig. 7923). Les dimensions des arcosolia ne sont pas constantes, le diamètre varie entre 1 m. 80 et 1 m. 30. La chambre funéraire, où l'on déposait le corps, s'ouvre au-dessus. de l'arcosolium : elle n'a guère en moyenne qu'un métre de largeur.

Un grand nombre d'arcosolia étaient revétus d'un enduit en plâtre, qui, dans les galeries principa les, s'étendait aux parois et à la voûte. C'est sur cet enduit qu'on traçait au fond de l'arcosolium l'inscription funéraire. On commencait souvent par indiquer les lettres à la pointe sèche ; puis on les peignait en rouge !. Les lignes étaient séparées les unes des autres par des traits rouges. Enfin, l'ensemble de l'inscription était enfermé dans une sorte de cartouche peint également en rouge. Au fond de l'arcosolium et autour de larc, sur les parois de la galerie, on tracait aussi de gran des ban des rouges ou vertes, semblab les à cel les qu'on voit dans les arcosolia romains. Quelquefois on décorait l'arcosolium de fleurs grossiérement dessinées ou de monogrammes du Christ. Malheureusement, il est difficile de rendre compte des peintures qu'on pouvait trouver dans la nécropole chrétienne de Mélos. L'enduit en stuc a pres que partout disparu : il était mal appliqué et, en beaucoup d'endroits, il a pu tomber de lui-même ; plus souvent il a été brisé par ceux qui ont exploré les galeries dans l'espoir d'y trouver quel que trésor : ainsi ont été perdues les peintures et les inscriptions. Des inscriptions, que Ross a encore vues entières, étaient à moitié détruites quand vint Bayet. Il n'est pas certain que tous les arcosolia aient été revétus de plâtre car, dans quelques galeries secondaires, cn n'en voit auc une trace.

On remar que entre les arcosolia de petites niches percées dans les parois et qui recevaient les lampes, Loutes disparues. D'autres niches, de dimensions plus gran des, se voient dans la paroi du fond de plusieurs arcosolia et leur destination reste problémati que. El les étaient ouvertes, car l'enduit de plàtre se prolonge à l'intérieur de ces niches et, si on en avait fait usage pour des lampes, on v verrait des tra ces de fumée. Peut-étre recevaient-el les une couronne de fleurs, ou un bouquet dans un vase.

On ne trouve qu'un très petit nombre de loculi.

Dans la plupart des galeries, des tombes ont été creusées dans le sol. El les sont longues et fort étroites ; el les sont généralement disposées dans le sens de la longueur de la galerie, rarement dans le sens de la largeur ; quelquefois on en trouve deux cóte à cóte.

Les deux arcosolia qui se trouvent au fond de la galerie C présentent une particularité curieuse. Is sont percés et, derrière le premier caveau funéraire, d'autres tombes ont été creusées. On en compte quatre à l'arcosolium 6 ; trois à l'arcosolium 7.

Ges arcosolia n ‘avaient d'abord élé destinés qu'à une ou deux personnes : ils avaient la méme profondeur que les autres, et ils étaient fermés comme eux. On distingue encore des tra ces de stuc sur ce qui reste du mur du fond aujour d'hui coupé. La sépulture Galerie D. Longueur : 9 m. 50 ; largeur : 1 m. 05 dans le couloir de communication avec la galerie A ; ailleurs 1 m. 30 à 1 m. 80 ; hauleur : 1 m. 70 à 2 m. — N. 1, 2, 277 3, 10, 11, 12 : areosolia ; le n. 2 présente une petite niche creusée dans le mur au fond de l'arcosolium. — N. 4-9 : tombes à terre. Entre la galerie D et la galerie E porte arquée, haute de 2 m. environ.

Galerie E. Longueur : 14 m. 10 ; largeur : 1 m. 60 à l'entrée, 2 m. vers le milieu, 1 m, 10 au fond ; hauteur moyenne : 1 m. 55. — N. 1-12 : tombes à terre. — N. 13-24 : arcosolia.

Galerie F. Longueur : 12 m. 55 ; largeur : 1 m. 10 ; hauteur : 1 m. 40. C'est un couloir bas, étroit, tortueux. — N. 1-10 : arcosolia. — N. 11-13 : tombes dans le sol.

Galerie G. Longueur : 13 m. ; largeur : 0 m. 85 à 1 m. 25 ; hauteur : 1 m. 70 environ. Cette galerie est aussi creusée irréguliérement. N. 1 : cinq petites niches qui peuvent avoir servi à des sépultures d'enfants. — N. 2-9 : arcosolia. — N. 10-13 : tombes dans le sol.

Galerie H. Longueur : 4 m. 75 ; largeur : 1 m. 50 ; hauteur moyenne : 1 m. 60. — N. 1-4 : tombes à terre. — N. 5-10 : arcosolia.

Galerie C. Longueur : 12 m. 20 ; largeur moyenne : 4 m. 20 ; hauteur : 1 m. 70 environ. C'est une vaste galerie, régulièrement creusée. — M. 1 : arcosolium comblé. — N. 2 : arcosolium à travers lequel on a percé la communication avec la galerie A. — N. 3-5 : arcosolia. Dans le mur du fond du n. 4 est creusé un petit loculus qui a dü servir de sépulture à un enfant. Dans le mur du fond du n. 5, une petite niche demicirculaire. A ce dernier arcosolium on voit des tra ces de ban des rouges sur l'enduit de plâtre. — N. 6 : arcosolium ; derrière l'arcosolium, une chambre funéraire de 2 m. 90 sur 2 m. 55, qui renferme cinq tombes. — N. 7 : arcosolium ; derrière l'arcosolium une chambre funéraire avec trois tombes. L'arcosolium a conservé l'enduit de plâtre orné de ban des rouges et vertes. Le mur du fond a été percé pour faire place aux nouvel les tombes. — N. 8-9 : tombe aux ouverts à terre. — N. 10 : petit loculus dans la paroi de la galerie, à l'angle du couloir conduisant dans la galerie ©. Laporte de communication est arquée. — N. 11 : arcosolium. — N. 12 : loculus taillé dans la paroi de la galerie. — N. 13-15 : areosolia. Au n. 13 on voit des tra ces de ban des rouges et, dans le mur du fond, une niche demi-circulaire. Au n. 14, dans le mur du fond, un petit loculus pour sépulture d'enfant.

Galerie O. Longueur : 3 m. 10 ; largeur : 3 m. 40 ; hauteur : 1 m. 40. — N. 1 : petit loculus. — N. 2-6 : tombes dans le sol. — N. 7-9 : arcosolia.

Galerie P. Longueur : 18 m. ; largeur : 2 m. 20 jus que vers le milieu ; plus loin, 1 m. 30 ; au fond, 0 m. 85. — N. 1-7 : arcosolia. Au n. 3, tra ces d'une inscription sur le mur du fond. Au n. 4, petit loculus creusé dans le mur du fond. — N. 8-14 : arcosolia. Au n. 10, sur le mur du fond, un cartouche peint en rouge qui devait porter une inscriplion. Au n. 14, une inscription était peinte en rouge. — N. 15 : arcosolium. Dans le mur du Tond une petite niche qui pouvait étre destinée à une lampe. — N. 16 : arcosolium. Dans le mur dü fond, une niche demi-circulaire. — N. 17-29 : tombes dans le sol.

Galerie L. Longueur : 16 m. 50 ; largeur : 1 m. 25 à 1 m. 90 ; haut. moyenne : 1 m. 80. Vers l'entrée, la galerie est en partie comblée. — N. 1-4 : arcosolia. Au n. 4, tra ces d'un cartouche pour inscription..— N. 5 : sépulture d'enfant au-dessus des autres, à cheval sur 4 et 6. — N. 6 : arcosolium. Tra ces d'un cartouche peint pour inscription. En dehors de l'arcosolium est peint un cercle, dans lequel était peut-être inscrite une croix. Tra ces de ban des rouges sur l'enduit de plátre. — N. 7-14 : arcosolia.

Au delà du passage par lequel on communi que avec la galerie A, la galerie L se resserre, et l'on pénétre par une porte dans une pièce annexe, longue de 4 m.,

large de 1 m. 40 à l'entrée et de 0 m. 35 au fond. - N. 1-4 : arcosolia ; n. 5-6 : tombes à terre.

Galerie B. Longueur : 26 m. 60 ; largeur : 1 m. 05 : hauteur moyenne, aux endroits où la galerie n'est pas obstruée : 2 m. à 2 m. 30. Aux points x B on voit les tra ces d'une porte qui devait fermer la galerie. — N. 1-26, 34 : arcosolia. Au n. 4, on voit des monogrammes peints en rouge. Au n. 20, à l'intérieur de l’arcosolium, une décoration de feuil les vertes et de fleurs rouges. Au n. 22, une inscription. compléte surmontée du monogramme du Christ. — N. 27-33 :tombes sur le sol.

Chambre M. N. 1 : arcosolium avec niche demi-circulaire dans le mur du fond. — N. 2 : arcosolium comblé. — N. 3 : arcosolium au travers duquel on a percé une communication avec la galerie L. — N. 4 : voüte avec porte à linte aux de marbre.

Galerie S. Longueur : 12 m. 10 ; largeur : 2 m. 50 ; hauteur moyenne : 1 m. 50. Vers le fond, elle se rétrécit et forme la chambre T longue de.1 m. 45, large de ] m. 30. — N. 1-8 : arcosolia.

Dans la chambre T, n. 1-3 : arcosolia.

5° Date de la catacombe. L. Ross estime que la catacombe de Mélos a pu contenir sept à huit mille morts : Ch. Bayet n'a pu compter que cent cinquante arcosolia et soixante-dix tombes creusées dans le sol, en sorte qu'il estime ne pas devoir élever le nombre total des tombes (en tenant compte des portions éboulées de la catacombe et des galeries perdues) au delà de trois cents. Une seule inscription, dans la galerie ^, mentionne la présence de sept corps dans un seul arcosolium ; mais c'est là un nombre exceptionnel, car, dans cet arcosolium, la chambre funéraire présente des dimensions doub les de cel les qu'on rencontre généralement. Les arcosolia servaient de sépulture ¿ deux, trois, quatre cadavres au plus ; les tombes dans le sol, probablement à un seul défunt. En prenant les chiffres les plus élevés, la catacombe n'a pu contenir qu'entre mille à quinze cents corps, et ce chiffre est évidemment exagéré.

Le monogramme dit constantinien ful de bonne heure remplacé en Orient par la croix monogrammati que. Déjà, au dire de saint Ephrem, cette forme était fort usitée de son temps. Mais, dans la catacombe de Mélos, on rencontre plusieurs fois le monogramme constantinien, ja mais la croix monogrammati que. En outre, les tombes qui le portent ne sont pas toujours voisines des entrées, c'est-à-dire dans les parties qui furent d'abord creusées : au contraire, on le voit au fond de galeries secondaires, d'épo que plus récente, comme la galerie P.

De cet ensemble de témoignages, on peut conclure que les areosolia de la nécropole ! sont antérieurs à la seconde moitié du rv* siècle.

| archéologi que d'Athénes, signalait, dans la partie nord de l'ile, un ancien baptistère en forme de croix, semblable à celui de l'ile de Paros.

219 MÉLOS


VI. AMBON. — Près de ce baptistére se trouve un ambon sur lequel on lit :

+ ATIE G€OAQPE DPONTIZE HMON


VIL ÉPIGRAPHIE. — 1, Petite stèle en marbre de Paros, dans la catacombe.

' Y 2, À côté des trois inscriptions copiées par Ross, M. Bayet en a retrouvé deux autres, par malheur très effacées ; l'une d'el les parait cependant contenir un second exemple de la curieuse formule d'imprécation qui donne un ange pour gardien à la sépulture :

Tòv Gôc épeorora e—a


MÉLOTE 280

4. Catacombe :

'« E » K (us). (e xte ZTESAVOU TOÙ RPET BOLTEPOD ouis exeo e. Lab : PAU CNET. | xaráðnrat unéVA TAËOV dob TOÙ rpsabortégou Mraxvoc TÉMYVOV : kori A a. Yxpov In Domino. — Hic ia cet Stephanus, presbyter Melonis filius. Deprecor pos ne... hic ponat neminer alium nisi me presbyterum Melonem si minus filium ejus vel uxorem.

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»Ev KR(vgi)o. OÙ xpzobot repos ol méong TEL ITTN I Eror vo xetyce« xxl d ! yé TÓ Ürpcioy TOUTO, £vopxi Go Duc TOV iE Epsa To TX &y YEAOY, uh TIC mote Tohuhlon) évbe ctv xytxbéoe. »Incob j Xoeto c£ BorjÜert cà Yexdovtr Tavor In Domino. — Presbyteri omni memorie digni, Asclepis et Elpisus el Asclepis secundus el Agaliasis diaconus el Eutychia in virginitate degens et Claudiana in pirginitatre degens et Eutychia maler eorum hic iacent : el super congeriem monumentum hoc. Deprecor vos per angelum hic stantem, ne quis audeat alium quamdam hic ponere. Jesu Christe, auxiliare ei qui scripsit cum tola domo.

- (s. Lambakis, dans Nuovo bull. di arch. crist., 1905, | il s'agit d'un vêtement à l'usage des pauvres. Dans les

C E E

aee d ree TA SE ue ce n FETE qme ea 281 gloses anciennes on lit : Melotes, pellis sordida vel simpler, ex uno latere pendens, qua monachi utuntur, et dans Papias : Melotes, pel les ovium sordidae.

Cucullis perparvis us que ad cervicis humerorum que dimissis confinia, quibus tantum capita antegant, indesinenter diebus ulunfur ac noctibus. Cassien, Instit., L, 1v.

Caput in tegumento, quod cucullum appellare solent, operiebant. Sozoméne, Hist. eccL, L LIL, c. xir.

La cuculla pouvait étre relevée de facon à couvrir la tête. Théodemar écrit à ce sujet : Illud autem vestimenlum quod a gallicanis monachis cuculla dicitur, et nos cappam vocamus, quod proprie monachorum designat habitum, melolem appellare debemus, sicut el hactenus in provincia a quibusdam vocatur, et il rappelle le passage de la Vie de saint Benoit oü le je une disciple Placide, ayant perdu pied et se sentant parli à la dérive voit melotem supra me abbatis. Il est superflu d'ajouter que, si l'on veut éclaircir ce point, ce ne sera pas à force de citations et de commentaires anciens, car c’est à qui parmi eux soutiendra son opinion et renversera celle des voisins.

H. LECLERCO.


MELUN. — I. Le site. II. Le nom. III. Le pagus. IV. La ville gallo-romaine. V. Sépultures mérovingiennes. VI. Christianisme.

I LE sirE. — L'emplacement de la ville galloromaine de Melodunum (ou Metiosedum), exploré depuis le milieu du xrx siècle par la construction de quartiers nouve aux aux abords du chemin de fer de Paris-Lyon, a fourni fréquemment des vestiges de l'ancienne ville. Là fut édifié, aprés la prise de Melodunum par Labiénus, lieutenant de César, en l'an 53 avant Jésus-Christ, un vicus dont l'étendue peut être évaluée à une cinquantaine d'hectares, et qui subsista, à en juger par les débris antiques qu'on en a retirés, jusqu'aux invasions norman des du 1ix siècle, auxquel les on en attribue la destruction compléte. Déjà, vraisemblablement, par le fait de précéden les inva-


MÉLOTE —


MELUN 282 sions barbares, au v* siècle notamment, il avait eu à souffrir de leur passage 1, Le site de Melun avait du attirer de bonne heure quelques groupes de population désireuse de sécurité qu'elle trouvait dans un lieu situé au milieu d'un fleuve poissonneux, dont les rives étaient couvertes des forêts et des bois giboyeux du pays de Bierre. C'était là un castrum aménagé par la nature et que l'ingéniosité de l'homme ne pouvait que renforcer. Mais, du passé lointain et des populations primitives, tout a disparu. En 1391, on voyait encore sur le bord du chemin de Brie à Melun, non loin de cette derniére ville, prés de la butte de Montaigu, une pierre qu'on appelait la Pierre décollée ?, A Vaux-le-Pénil, la Logeaux-Loups pourrait signaler un ancien dolmen #.

Des outils de pierre, des silex taillés ont été recueillis sur le territoire de Melun, dans la plaine de la Varenne, sur la rive gauche dela Seine ; dans la plaine de Saint-Barthélemy sur la rive droite, et dans les localités voisines, au Mée, à Vaux-le-Pénil, à Sivry, à saint-Germain-Laxis, à Aubigny, à Savigny-le-Temple, à Lieusaint, à Verneuil, à Crisenoy, à Genouilly 4 Des sépultures gauloises, contenant des armes de fer ou de bronze, ont été explorées à Vaux-le-Pénil et à Gély-en-Bierre 5.

A Maincy, dont le territoire confine à celui de Melun, on a trouvé, à différentes époques, des statéres d'or gaulois * et quelques piè ces en potin, également gauloises. Des pié ces, contemporaines de la conquéte romaine, ont été trouvées dans lelit dela Seine, sous le pont de Melun, au mois d'aoüt 1869 ; ces monnaies portaient les effigies de Dumnorix et d'Orgétorix, chefs gaulois contemporains de César 7.

D'autres vestiges de ce lointain passé se trouvent dans l'indice du culte superstitieux rendu à des sour ces ou à des arbres. Sans s'éloigner beaucoup de Melun, il est facile de nommer des survivan ces du . paganisme à Savigny-le-Temple, prés de Lieusaint, le puits Saint-Hilliers sur le bord du grand chemin de Mecledum à Lutetia ; à Vitry, comm une de Guignes, la fontaine Sainte-Anne ; à Féricy, la fontaine de SainteOsnianne ; au Châtelet, la fontaine Sainte-Reine, sur le bord du grand chemin de Condate à Mecledum ; à Coubert, la fontaine Sainte-Geneviève ; à Pringy , canton sud de Melun, la Vierge noire dans le creux d'un chéne, aujour d'hui dans l'église de Pringy .


II. Le Nox. — Le nom ancien de Melun a exercé la sagacité des philologues. César, le premier auteur qui ait parlé de Melun, l'appelle Melodunum ; c'est le nom qui reparait le plus souvent dans les meilleurs manuscrits des Commentaires *, c'est celui qu'adopte Napoléon III ! qui tient Metiosedum pour incorrect, tandis que Alex. Bertrand, Heller et Brunet de Presle n'admettent que Metiosedum ', mais Fr. Lenormant a découvert que Melodunum ou Meclelodunum doit s'entendre d'un Melun primitif #, alors que Ern. Desjardins envoie Méeliosedui à Meudon 4.

A parlir de Melodunum de César, pour arriver au nom moderne de Melun, on a le choix entre Metiosedum ou Metlosedum, puis encore Methelum, Mecledum de l'Itinéraire dit d'Antonin, Mefeglo dela carte de 283 Peutinger, Mecledo, dans une lettre de Léon de Sens, Miglidunense castrum et Miglidunense pagus, dans Grégoire de Tours (Hist. Franc. vi, 31 ; rx, 19) ; Miclitanum castrum, dans les Gesta regum Francorum ; Milidunensis pagus, dans la Vie de saint Vulfram. Miledunum castrum, dans la Vie de saint Loup ; Milidunensem, dans Nithard : Meledunense castellum au concile de Savonniéres, en 859 ; Mecledone et Meclidone, sur diverses monnaies mérovingiennes.


IIL LE PAGUS. — César garde le silence sur le sort de Melun aprés la prise de cette ville par Labiénus qui dut y maintenir un détachement de troupes pour la garde des ponts pendant son expédition contre Lutéce. D'ailleurs, il n'introduisit pas d'autre division dans la Gaule que celle qu'il avail trouvée entre la Province romaine et la Gaule indépendante. Il en fit deux provin ces dont il confia le gouvernement à deux de ses lieutenants.

Au 1** siècle de notre ère, le pagus Melodunensis continua à faire partie de la civitas Senonum, dont il formait l'extrémité nord-ouest, confinant au Nord les Meldi, à l'Ouest les Parisii, au Sud et à l'Est d'autres pagi des Sénons. Il n'en fut ja mais distrait pendant la durée de la domination romaine, malgré les remaniements géographiques apportés pendant ce temps à la carte des Gau les. Le titre de Civitas Senonum finit par disparaitre vers la fin du Haut-Empire, ou prit, du moins, une autre signification et ne s'appliqua plus qu'au chef-lieu du diocése, à la ville de Sens, à la cité épiscopale.

Sous Auguste, aprés l'achévement de la conquéte, le territoire des Senones fit partie de la Celti que ; sous Dioclétien, il fut rattaché à la premiére Lyonnaise, enfin, dans la Notitia provinciarum et civitatum rédigée sous le régne d'Honorius, il forma avec d'autres territoires voisins la quatriéme Lyonnaise.

Dans l'Itinéraire d'Antonin, Melun figure sous le nom de Mecleto à dix-huit lieues gauloises de Paris et à quinze de Montereau !'. Sur la carte de Peutinger, Melun se trouve indiquée sous le nom de Mefeglo à : 17 lieues du Lutecia et à 15 de Montereau.

Les provin ces gauloises soumises à la domination romaine étaient administrées par des gouverneurs investis d'un pouvoir absolu, réunissant dans leurs mains, au moins jusqu'au temps de Constantin le Grand, la puissance civile et la puissance militaire. Ils furent désignés, suivant les époques, sous les noms de gouverneurs, procurateurs, présidents et préfets. Un de ces dignitaires, prefectus, est indiqué dans l'inscription du temple de Mercure érigé à Melun dans les années qui suivirent la conquéte. Ce monument relisieux fut édifié sous les auspi ces de ce magistrat : Fanum Dei Mercuri... auspicis prafecti...

Nous savons encore, au sujet du pagus Melodunensis que, vers l'année 401, au début du régne d'Honorius, un corps de Sarmates occupait le territoire depuis Auxerre jusqu'à Paris ^. Sous les Carolingiens, on voit Charlemagne envoyer des missi dominici dans le pagus Melodunensis ; il perd dans la suite son existence administrative et disparaît définitivement à la lin du Xe et ne survit que dans le nom de Mélunolis.


IV. LA VILLE GALLO-ROMAINE. — Au mois de février 1864, des fouil les entreprises en vue du nivellement de la place Notre-Dame à Melun amenèrent la découverte de deux monuments d'un haut intérêt.

On rencontra d'abord une ancienne muraille de | m. 45 d'épaisseur, se dirigeant de l'Ouest à l'Est, et passant à une distance de 16 m. 70 du premier contre284 fort méridional de l'église, point d'arrét du travail d'exploration ; les moellons y sont noyés dans un mortier devenu aussi dur que la pierre, et il fallut employer la mine pour en opérer l'extraction ; de temps à autre, quelques blocs de grand appareil se reconnaissaient facilement pour n'être pas là dans le lieu de leur première assiette. C'est dans ces conditions qu'à la profondeur de deux métres environ apparut À ange hong re der d'abord une inscription romaine, puis, quelques pas plus loin, un bas-relief donnant la représentation d'une divinité, débris jetés au rebut par les chrétiens el employés comme pierres de libage dans le massif de la construction (fig. 7924).

On pensa d'abord pouvoir attribuer l'origine de ce mur à des dépendan ces de l'Hôtel-Dieu Saint-Nicolas, qui occupait, en effet, cet emplacement, mais dont la fondation ne remonte pas au delà du xi siècle .

Cette supposition parut inadmissible, parce que des substructions tout à fait de méme nature ont été découvertes en 1812 et en 1820 du côté opposé, au nord de l'église et bien plus loin à l'Est, vers la pointe de l'ile. En 1812 et en 1820, comme en 1864, on ne put obtenir le déblaiement qu'en faisant jouer la mine. Or on a remarqué depuis longtemps * que plusieurs anciennes vil les de France ont eu des murs construits


DEEE

285 avec des débris de monuments semblab les (voir Dictionn., t. v, au mot FORTIFICATIONS). Sens, Auxerre, Troyes, Langres et Dijon ont offert cette particularité, et c’est ainsi que Thucydide décrit les murs d'Athènes comme « composés de pierres mal taillées et entremélées de colonnes sépulcra les et de blocs ornés de sculptures ».

Comment admettre d'ailleurs que ces éléments du paganisme fussent restés épars et sans emploi sur le sol pendant cinq ou six siècles ? L'ensemble des fouilles pratiquées dans toute cette région autorise, au contraire, à les regarder comme des murs d'enceinte du castrum mérovingien, reconstruits au v* ou au vi siècle lors de l'affermissement du christianisme. Si l'on devait s'en rapporter au témoignage du vieil historien local, Rouillard, qui prétend s'appuyer sur une ancienne charte des archives de la collégiale de Notre-Dame, « le lieu que Childéric fit enclorre de murs est à l'Orient et à la pointe de l'isle de Nostre-Dame de Melun et s'appelle encore aujour d'hui la Courtille qui est un vieil mot pour dire cimetière », parce que cette enceinte servit de lieu de sépulture aux premiers chrétiens. Ces murailles présentent tous les caractères de l'opus incertum ou caementum antiquum, qui est l'appareil irrégulier le plus ordinairement employé pour une citadelle ou une ville fortifiée, et la solidité à toute épreuve des mortiers prouve qu'on avait en outre en vue de protéger la cité contre les inondations si fréquentes de la Seine.

De nouvelles fouilles entreprises à l'extrémité nord de la place Notre-Dame, en août 1864, sont venues confirmer les conjectures qui précèdent sur l'époque mérovingienne du castrum melunais. Dans une muraille antique tout à fait identique, la mine mit encore à découvert des fragments de monuments romains : 1 ? une stèle funéraire offrant dans une niche quadrilatère le bas-relief en pied d'un enfant vêtu d'une courte tunique et tenant à deux mains un oiseau qui parait être un jeune coq, avec son nom propre assez lisible tracé en rouge dans l'encadrement supérieur... ERenVS FiLius ; 2 la tête d'un adolescent abritée sous une arcade circulaire ; 3° un fragment de très belle inscription, malheureusement trop incomplète pour pouvoir être restituée ; 4° une tranche de pierre ornée d'un dessin courant, dont le motif est un losange curviligne inscrit dans un cercle comme l'une des parois dont est revêtu le sarcophage de saint Aguilbert dans la crypte de Jouarre (voir ce nom) ; on pourrait par conséquent l'attribuer au vi siècle.

V. SÉPULTURES MÉROVINGIENNES, — Dans le courant de l'année 1881, on découvrit, à l'intersection de la route de Dammarie-les-Lis et de celle qui conduit à Fontainebleau, des sépultures à environ 0 m. 80 de profondeur. Ce furent d'abord des sarcophages —————————— ns 1.,.1L. LIAALIALIUUILLEHNMILLEZ&ZBEÁLEHLLBIII)&Z]INZZCTILTTIIILIDIPDHIBZÓÉIPBILDDÉLTGICL INLEELEEIELELELCLLEELLEELULIEZLCIRSUILECTZCLHCAILCGÉBEGLCÓKDLUUTÓ6£nix 0 0 333 286 de pierre, monolithes, se rétrécissant vers les pieds et recouverts de dalles plates en plusieurs morceaux, des cercueils de plâtre dont les côtés verticaux n'offraient plus que des débris ; seul le fond, également de plâtre, épais de 0 m. 06 à 0 m. 08, était intact. Des pierres triangulaires, piquées en terre par leur sommet et éloignées les unes des autres de 0 m. 30 à 0 m. 40, entouraient des sépultures posées à plat sur le sol, le tout décrivant un ovale irrégulier. Dans l'une d'elles, le corps reposait sur la terre, une pierre grossièrement taillée, portant une entaille semi-circulaire, servait d'appui, très probablement à un morceau de bois destiné à soutenir la tête du mort. La disposition de ces deux pierres, entaillées autour de la tête, vers le cou, ne laisse aucun doute à ce sujet. Sur les os du bassin, se trouvait une plaque de ceinturon de bronze (fig. 7925) primitivement dorée, comme on le voit vers la bourle, mais la feuille d'or qui la recouvrait a disparu en partie par l'usage. Cette plaque de ceinturon, d'un type assez rare et qui est de même facture que celle qui a été trouvée à Montceau-le-Neuf (Aisne), mesure 0 m. 116 de long, boucle comprise : elle pèse 130 grammes. La plaque, rectangulaire, mesure 0 m. 071 de long sur 0 m. 056 de large et 0 m. 008 d'épaisseur, y compris la platine de bronze, qui est de 0 m. 002. Elle est entièrement couverte de grenats et d'émaux verts d'un dessin varié, de forme trapézoidale pour quelques-uns, en demi-disques pour d'autres. Grenats et émaux ont été cloisonnés, comme dans une trame métallique, de fines feuilles de bronze, appliquées sur un mastic gris, couvrant une platine de bronze. La disposition des émaux, dont quelques-uns manquent, sur cette large plaque, forme un autre rectangle un peu moins grand que le premier et orné, lui-même, au milieu du champ, d'un grenat rectangulaire, taillé en table et cloisonné dans une bâte surélevée. Aux angles du petit rectangle, il reste les traces de petits clous ou rivets qui, primitivement, devaient fixer quelques parties de métal ou d'émail. On ne voit aucun paillon d'or ou d'argent à travers les grenats. Sous la platine, quatre tenons de bronze, qui servaient à fixer la plaque-boucle à la ceinture de cuir. La boucle, très ouverte et de même longueur que la plaque, ne porte, ainsi que l'ardillon, aucune ornementation. L'ensemble très ornemental de cet objet formait une brillante parure, quand, avec l'éclat de l'or, elle resplendissait à la ceinture d'une Mérovingienne. Dans une autre sépulture, se trouvait un vase de verre fortement irisé, sorte de petit ballon ou ampoule à panse pomiforme, au col allongé et étroit, et à large bourrelet doublé. Haut. 0 m. 085, circonférence 0 m. 19.

Une sépulture voisine de celle-ci ne contenait d'autre objet qu'une boucle de ceinturon de bronze, avec plaque triangulaire, munie de crochets peu prononcés à son extrémité inférieure (fig. 7926). La longueur, boucle comprise, est de 0 m. 102 ; le poids, de 80 grammes. Tout le champ de la plaque est couvert d'un natté avec quelques lignes parallèles vers la pointe ; cinq têtes de clous ou bossettes hémisphériques ornent les bords ; au revers, trois tenons servaient à la fixer à la ceinture. Les dessins de la boucle consistent en zigzags courant entre des filets et une rangée de dents de loup, courant également sur toute la longueur interne de l'anneau ; des filets, un peu frustes, suivent le rebord du talon de l'ardillon, sur lequel est gravée une tête humaine vue de face. Nous avons eu déjà l'occasion de dire qu'une tête humaine ainsi isolée figure Notre-Seigneur Jésus-Christ.

D'autres sépultures ont donné un certain nombre de vases de terre fragmentés ou complets, la plupart de forme carénée, comme les vases mérovingiens, d'autres de terre grisâtre, de forme ventrue, rebondie, au col très court.

Dans ce cimetière, on a inhumé plusieurs fois dans la même fosse et le même sarcophage ; tout à côté se trouvaient des amoncellements d'ossements provenant des sépultures antérieures, retirés pour faire place à de nouvelles venues.

À quelque distance de cet endroit, on trouva, au milieu d'ossements d'animaux de toutes sortes formant une épaisseur de 0 m. 30 sur 0 m. 80 de large, un petit chien de bronze de 0 m. 016 de haut fixé sur un plateau de 0 m : 018 de diamètre.

Non loin de là, tout près des fontaines d'une maison en ruines, une amphore et un couteau de fer. L'amphore de terre rougeâtre, haute de 0 m. 44, a trois bourrelets au sommet du goulot. Deux fortes anses recourbées, ornées d'une rainure longitudinale, relient le goulot à la panse. La circonférence est de 0 m. 92.

Le couteau, long de 0 m. 16, y compris le manche de 0 m. 045, a sa lame au dos épais et rectiligne. Le tranchant, large de 0 m. 03 vers le manche, s'infléchit légèrement pour former la pointe. L'extrémité du manche, de forme trapézoïdale, inclinée vers le dos de la lame, est percée d'un trou de suspension !.


VI. CHRISTIANISME. — Lors que, vers le milieu du iii* siècle, la civitas Senonum eut le bonheur d'once pour la première fois la prédication de l'Évangile, la foi y fit assez de progrès pour que des missionnaires pussent se répandre dans les villes environnantes. Ce fut probablement vers la fin du iv et peut-être seulement au début du v° siècle que Melun connut le bienfait de la foi. En somme, il est plus sage de dire qu'on ne sait rien sur cet événement.

Qu'advint-il de Melun à l'époque des invasions barbares ? Des écrivains, comme Paul Orose, Salvien, saint Jérôme font un tableau des régions dévastées, qui peut être véridique, mais qu'ils n'ont pas eu devant les yeux. L'oppidum construit dans une ile de la Seine était-il en état de se défendre ? Une épaisse muraille de 2 m. 35 de largeur environ, parementée en moellons de petit appareil, divisée par des chaines de briques, fut construite autour de l'ile sur une assise de fortes pierres jetées un peu au hasard et provenant pour la plupart du temple de Mercure, des principaux édifices de la cité gallo-romaine, des tombeaux et de stèles funéraires.

La plupart des antiquités qu'on possède à Melun proviennent des matériaux de ce mur, qui fut exploré en partie en 1812, en 1820, en 1864 et 1865. Le même mur a été rencontré en 1830 sur l'emplacement de l'ancien château près du port. Sur plusieurs parties de son parcours, ce mur antique a servi de base aux fortifications du Moyen Âge, notamment dans la partie longeant le côté nord de l'ile, dans le voisinage du Pont-aux-Fruits. Toutes les particularités de la construction reportent à l'époque gallo-romaine. Il n'y a pas lieu de tenir compte d'une prétendue charte, datée de l'an 471, qui fait venir le roi Childéric à Melun, et on acceptera sous de fortes réserves le don de Melun par Clovis à Aurélien, en récompense de ses bons offices pour la conclusion du mariage de Clovis et de Clotilde. Il est vrai que Sigebert de Gembloux écrit, dans sa Chronique, à l'année 494 : Clodovvicus rex castrum Meledunum capit *. Après la mort de Clovis, en 511, Melun fut compris dans le royaume de Paris qui échut à Childebert. Plus tard, la division de la civitas Senonum entre le roi de Paris Childebert, qui possédait les castra d'Étampes, de Château-Landon et de Melun et le roi de Metz, qui était obéi à Sens et aussi à Provins, faillit amener, vers 538, l'érection d'un siège épiscopal à Melun. On peut lire, à ce sujet, la lettre de Léon, évêque de Sens, au roi Childebert ; rien ne prouve même que Childebert ne soit point parvenu à établir momentanément un évêque dans cette ville ou à Château-Landon.

L'existence d'un évêché éphémère à Melun n'est pas chose impossible, car l'évêque Léon, dans sa lettre à Childebert, dénie seulement à ce prince le droit d'établir un évêque à Melun sans l'autorisation du roi Théodebert, auquel la ville épiscopale de Sens appartenait.

L'Église de Melun ne fut cependant pas délaissée. Saint Loup lui envoya un missionnaire sur le caractère duquel les historiens ne se sont pas accordés. Rouillard et quelques autres ont fait de saint Aspais un évêque d'Éauze, en Languedoc, tandis que dom Jean Elie, prieur de l'abbaye de Saint-Père, a soutenu, contre le Gallia christiana, Du Saussaye et Bollandus, qu'Aspais ne fut jamais que prêtre ; c'est cette qualité qui a fini par prévaloir et l'apôtre de Melun ne parait pas avoir été élevé à l'épiscopat *. Quant à son apostolat, il ne parait pas contestable ; on place sa mort au 2 janvier 550.

Les luttes des fils, petits-fils et arrière-petits-fils de Clovis faisaient passer les villes et les territoires de main en main. À la mort de Clotaire Ier, le royaume de Paris, comprenant Melun et son pagus, composa la part de Caribert, l'ainé de ses fils (561). À la mort de Caribert (567), son royaume fut démembré et Melun, détachée du royaume de Paris, fut ajoutée aux domaines de Gontran, roi des Burgondes et d'Orléans.

En 582, Chilpéric Ier conclut un accord avec Childebert II, fils de Sigebert, roi d'Austrasie, pour entrer en lutte contre Gontran dont une armée neustro-austrasienne envahit les territoires. Chilpéric forma le projet d'enlever Melun et partit de Paris, se dirigeant vers cette ville en longeant la rive gauche de la Seine. Mais c'était, à vrai dire, beaucoup moins une armée qu'un ramassis indiscipliné, vivant de maraude et de violence, plus soucieux de se répandre dans les campagnes pour enlever le bétail et s'emparer des paysans que de mener un siège en règle contre une place défendue par un fleuve et par de bonnes murailles. Pendant le siège de Melun, Chilpéric vit arriver le comte Leudaste qui ne put le préserver de la défaite qu'infligea Gontran à l'armée neustrienne devant les murs de Melun.

Après la mort de Chilpéric et de Gontran, tandis que le jeune roi Childebert II, fils de Sigebert, roi d'Austrasie, se trouvait avec sa femme et sa mère Brunehaut à Strasbourg, « des hommes puissants, qui habitaient Melun et Soissons, vinrent le trouver et lui dire : Donne-nous un de tes fils, afin que nous le servions, et qu'ayant avec nous quelqu'un de ta race nous puissions mieux résister à tes ennemis et défendre ta ville. » Childebert y consentit et envoya Théodebert, son fils aîné.

À quel que temps de là, Childebert, qui avait recueilli le pagus Meledunensis dans la succession de son oncle Gontran, roi de Bourgogne, mourut à son tour et laissa l'empire franc aux mains de trois princes mineurs : Clotaire II, fils de Chilpéric ; Théodebert II et Thierry II, fils de Childebert. Sous le nom de ces princes, deux femmes allaient se livrer à une guerre sans merci : Brunehaut et Frédégonde.

En 600, le roi de Neustrie, Clotaire II, vaincu par ses cousins Théodebert II et Thierry II à Dormelles, sur les bords de l'Orvanne, vint se jeter en fugitif dans Melun, mais, ne s'y trouvant pas en sûreté, il ne s'y arrêta pas et se rendit à Paris avec les débris de son armée. Il dut abandonner à Thierry tout le pays situé entre la Seine et la Loire, jusqu'à l'océan et la frontière de Bretagne. Le Melunais passa ainsi aux mains de Thierry II. Mais c'est pour peu de temps. En 613, Clotaire II, de nouveau victorieux, reprend Melun et la fait rentrer dans le royaume de Neustrie.

Les Vème et VIème siècles ne nous apprennent guère sur l'histoire de Melun, du moins est-il nécessaire d'éliminer à ces dates lointaines la fondation de la collégiale Notre-Dame et de l'abbaye de Saint-Père dont l'existence ne remonte qu'au IXe-Xe !, Pendant cette période, nous possédons fort peu de souvenirs archéologiques de Melun. Les plus assurés sont des pièces ou tiers de sou mérovingiens frappés à Melun dont ils portent le nom avec celui de trois monétaires différents. Le nom de la ville est Mecledone et Meclidone, les noms des monétaires sont Maurin, Fulcoald et Adrebert. On a pensé jadis pouvoir associer à ces noms celui de saint Éloi, en s'autorisant d'une monnaie mérovingienne sur laquelle on lit d'un côté : Eligius, et de l'autre côté : de Melun, au-dessus de la collégiale et de toutes les autres Mecli, mais au lieu d'en faire Meclidone il faut développer ainsi ces mots : m(onela) ecli(siæ).

La période carolingienne va procurer à Melun une stabilité et une prospérité de courte durée. Dans le partage fait par Pépin, en 752, entre ses deux fils, Charlemagne et Carloman, Melun, dépendant de la Neustrie, fait partie du lot attribué à Charlemagne. Celui-ci, par un capitulaire de l'année 802, envoie des missi dominici à Melun. Ce sont deux personnages notables : Fardulphe, abbé de Saint-Denis, et Étienne, comte de Paris, dont les pouvoirs s'étendent à Melun, Provins, Meaux et Paris. La mort de Charlemagne en 814 est le présage de nouvelles misères. Sous Louis le Débonnaire, en 834, le comté de Melun, formé probablement de l'ancien pagus, fut démembré des possessions impériales et donné, à titre de bénéfice, à Athon, jadis attaché au palais impérial. En mai 838, le Mélunais fait partie du lot attribué à Charles le Chauve. En 861, Melun fut pris par les Normands, démantelé et brûlé, ce qui fut d'autant plus aisé qu'à l'automne de 858 Ganelon, archevêque de Sens, avait obtenu de Louis le Germanique la permission d'enlever les matériaux des remparts pour être employés à l'abbaye de Sainte-Colombe de Sens : Wenilo obtinuit uf de muro castelli Meleduni, quod jus regiæ est polestatis, petras haberet licentiam prendere. La lettre cxxv de Loup de Ferrières adressée à Fourcry, évêque de Troyes, après le 6 avril 861, renferme la phrase suivante : Nam cum ad quandam insulam Sequanæ pagani crudelissimi pyratæ applicuissent, qua sita est sub Melleduni oppido, ab aliis recens exusto el eorum viciniam nobis. A la fin de 861, Weland s'établit à Melun pour y passer l'hiver. Il était en paix avec les Francs, et d'ailleurs il eût été absurde à lui de brûler le lieu où il comptait habiter plusieurs mois. Les alii, qui, à cette date, avaient récemment brûlé Melun, sont les Normands de la Seine, ennemis de Weland. Leur méfait se place vraisemblablement en janvier 861.

H. LECLERCQ.


MEMBRA CHRISTI. — I. La basilique. II. L'inscription du reliquaire.

I. LA BASILIQUE. — À quel que distance de la route de Lamasba à Zarai, très probablement sur le territoire de la colonie de Lamasba (Numidie), et aujourd'hui sur le territoire de la commune mixte de Belezma (département de Constantine), à cinq kilomètres de Corneille, on a exploré, au mois d'octobre 1926, les ruines d'une petite église chrétienne. Celle-ci, orientée de l'Ouest-Sud-Ouest à l'Est-Nord-Est, mesurait environ 16 mètres du mur de la façade, non compris le baptistère, à l'extrémité de l'abside ; la longueur des nefs est de 13 m. 50, leur largeur de 3 m. 80 et 2 mètres. La construction est médiocre ; on y a fait entrer des matériaux tirés d'édifices païens, peut-être de Lamasba. L'épaisseur des murs est de 0 m. 60 ; ils sont faits d'un gros blocage soutenu par des piédroits. Les bases de colonnes, d'une hauteur de 0 m. 60 environ, sont en place, reposant soit sur le sol, soit sur une dalle carrée ; les bases des colonnes sont toutes de diamètre différent (fig. 7927).

L'abside mesure 3 m. 50 de largeur et 4 m. 40 de profondeur ; elle était, suivant l'usage africain, flanquée de deux salles rectangulaires exiguës, la prothèse et le diaconicon, mesurant 2 m. en largeur et 3 m. 10 en profondeur ; ces deux pièces avaient chacune une issue directe sur l'extérieur.

L'autel se trouvait à un mètre en avant de l'abside ; son emplacement est marqué par une maçonnerie de grosses briques (1 m. 55 x 0 m. 90) aux angles amortis par des colonnettes portant un ciborium, dont les pieds sont en place. On n'a relevé aucune trace de cancels ; de même, on n'a pu évaluer la différence de niveau entre les nefs et l'abside ; enfin, pas le moindre vestige de mosaïque ou de pavement en pierre ou en ciment, ce qui peut faire supposer que le sol de cette église était en terre battue.

L'entrée se trouve en bas de la nef latérale gauche, où se trouvait une sorte de porche. On a retrouvé parmi les ruines cinq voussoirs dont le rayon correspond presque exactement à l'ouverture de la baie (rayon 1 m. 07). Au jugement de ceux qui ont dirigé cette fouille, ces voussoirs constituaient certainement la frontal. Le voussoir central, ou clé de voûte, porte, à sa face antérieure, une inscription et, sur sa face inférieure, un chrisme dans une circonférence qui semble vouloir donner l'impression d'une couronne (fig. 7928). Ce chrisme étant visible, c'est qu'il n'y avait pas de linteau, et les voussoirs devaient former l'arc de tête d'une voûte en berceau qui couvrait probablement toute la longueur du porche. La forme du chrisme autorise à faire remonter la construction de la petite basilique à une période s'étendant entre 350 et 450 ou même un peu plus tard.


CHRISTI 292 Quant à l'inscription, elle donne le nom de l'entrepreneur : > E XOFI CINAD O NATI Ez of(f )icina Donati ; comme on lit ailleurs, par exemple à Souk-Ahras : ex oficina Fortunaliani.

La basilique n'avait pas de tribunes ; les colonnes, si elles étaient couronnées par des chapiteaux, ne supportaient probablement que des poutres, car on n'a retrouvé aucun vestige de pierres cintrées. Le toit était de tuiles dont les débris ont été retrouvés en abondance sur toute l'étendue de l'église. Seule l'abside se terminait en cul-de-four.

En avant du mur, qui semblerait être celui de la façade, on a mis au jour une cuve baptismale, ménagée dans un massif de maçonnerie qui devait affecter une forme octogonale, et qui s'élevait un peu au-dessus du sol. La cuve, carrée, mesurait 0 m. 45 de côté, sa profondeur était de 0 m. 42 ; elle avait gardé son revêtement en ciment. C'est la partie la plus soignée de l'édifice. On descend dans la cuve par des degrés de forme semi-circulaire (haut. 0 m. 20, larg. 0 m. 38) ménagés sur chacun des côtés. Pas de trou pour l'évacuation de l'eau ; on se servait sans doute d'une écope, mais le tuyau de tuile pour l'adduction de l'eau a été retrouvé.

Le baptistère forme une salle de 3 mètres de côtés, adossée à la façade, mais ne communiquant pas directement avec l'église. L'entrée du baptistère n'a pas été retrouvée ; il semble qu'elle devait s'ouvrir au Nord par une porte voisine de celle de l'église, peut-être sur le prolongement de la colonnade limitant la nef à gauche. « Le baptistère devait se trouver ainsi dans l'axe de la nef principale et de l'abside, ce qui contribuait à donner à tout l'édifice, malgré sa simplicité, une certaine élégance. » Wu II. L'INSCRIPTION. — En retirant les briques qui recouvraient la base de l'autel, on mit au jour une fosse, construite en maçonnerie qui mesurait 0 m. 50 sur 0 m. 44 et 0 m. 50 de profondeur. Dans un angle se trouvait un vase en terre cuite mesurant 0 m. 265 de plus grand diamètre, 0 m. 10 à la base, 0 m. 16 de hauteur sans le couvercle et 0 m. 245 avec lui (fig. 7929). Le dernier est percé de trous comme celui d'une bouilloire ; en dehors de deux inscriptions qui furent gravées avant la cuisson, le vase ne porte que quelques ornements linéaires peints en rouge. Il ne contenait, et jusqu'au tiers seulement de sa hauteur, qu'une poussière fine, d'apparence calcaire, analogue à celle qui saupoudrait le fond de la fosse. Mais comme le couvercle était exactement ajusté et adhérent, il est possible qu'une partie de la terre ait été introduite dans le vase au moment de sa déposition sous l'autel.

Bü | — Le lieu de la trouvaille ne permet guère de douter qu'il fût le reliquaire placé sous l'autel. D'ailleurs, le vase portait deux inscriptions pour lesquelles on a fait usage de l'alphabet oncial mélangé de caractères empruntés à l'alphabet capital, et cette écriture a été rencontrée en Afrique, à Timgad, au IVe, ailleurs au Ve. Les deux inscriptions du reliquaire débutent chacune par une croix simple, ce qui, à en juger par ce qui se trouve ailleurs, en Numidie, porterait à admettre le milieu du Ve (fig. 7930). Le vase a dû être déposé dans la fosse à l'époque où la basilique fut bâtie et non plus tard, car le rite de la déposition des reliques sous l'autel remonte à la plus lointaine antiquité. Voici l'inscription de la panse du vase : Ecce locus inquirendi dnm ez tolo corde amen ype + Voici l'inscription de la lèvre du couvercle : + In isto vaso sco congregabuntur membra yi +

Ces deux textes n'ont rien d'énigmatique au premier abord que les mots membra Christi. Saint Paul avait dit aux fidèles de l'Église de Corinthe : Vos autem estis corpus Christi, et membra de membro (II, xii, 27) et cette pensée fut acceptée et interprétée généralement dans l'Église au sens que les chrétiens sont « les membres du Christ ». C'est ainsi qu'on entend saint Augustin comparer la réunion des fidèles dans une église au « rassemblement des membres du Christ » : Ac hoc ergo istz festivitates in Ecclesia constitutae sunt Ghristi, ul per eas congregatio membrorum Christi admoneatur imitari martyres | Christi !. Saint Ambroise, de son côté, enseigne que les saints et les apôtres sont les membres du Christ : Sicut enim — sancti corpus el membra sunt Christi ;... Apostoli = presstantiora el actuosa membra sunt Christi . On voit que le sens de membra Christi peut recevoir bien des interprétations différentes, puis que les apôtres, les martyrs, les saints sont comptés comme ses membres. Il est vrai que nous n'avons peut-être pas ici une formule d'un usage courant, car elle est tracée sur un objet invisible et inaccessible, de sorte que celui qui l'a rédigée a pu suivre sa propre pensée sans se préoccuper d'être compris par ceux qui... ne le liraient pas. On a apporté un autre passage tiré du traité De dogmatibus ecclesiasticis, et ainsi conçu : Sanctorum corpora, el praecipue beatorum martyrum reliquias, ac si Christi membra sincerissime honoranda, et basilicas eorum nominibus appellatas, velut loca divino cultui mancipata, affectu piissimo el devotione fidelissima adeundas [credimus |. Si quis contra hane sententiam venii, non christianus, sed eunomianus el vigilandianus creditur *. [Notre croyance est ] qu'il faut honorer en toute sincérité les corps des saints et surtout les reliques des bienheureux martyrs, comme si c'étaient les membres du Christ ac si membra Christi — et fréquenter les basiliques appelées de leurs noms avec un sentiment de grande piété et une dévotion pleine de foi, comme des lieux consacrés au culte divin. Celui qui va contre cette opinion ne passe pas pour chrétien, mais pour eunomien et vigilantien. Ce texte, qui peut être de Gennadius et remonter à la seconde moitié du Ve, offre un grand intérêt. L'auteur, malgré ses attaches pélagiennes, représente une connaissance exacte des dogmes et de la discipline 294 T EcceLo Cus IN Quig € RNA OS C) TO TO CORÓ€a EN} pef au Ve et, bien plus tard, saint Thomas d'Aquin s'appuiera sur sa définition pour fonder la légitimité du culte des reliques.

Cette légitimité, d'après Gennadius, peut se résumer ainsi :

Avec cette doctrine, le reliquaire africain est pleinement d'accord quand il dit que les reliques qu'il contient sont les membres du Christ. Ces reliques des saints sont anonymes peut-être, parce qu'on désire qu'elles soient seulement l'occasion de rapporter directement l'hommage et l'efficacité de la prière qu'elles provoquent au Christ tout seul. La vraie valeur du vase parait donc consister en ceci, que dans cette église les reliques furent considérées, moins comme la memoria de tel ou tel martyr que comme le gage de la présence du Christ, instrument nécessaire de la consécration de l'autel, centre vivant où doivent s'adresser les prières *. Il y a dans l'église, le reliquaire et l'inscription une solidarité si frappante qu'il ne parait pas qu'on puisse s'y soustraire. Il se peut que la trouvaille de Belezma nous ait rendu le plus ancien exemple connu d'un reliquaire de consécration.

L'étroite association qui existe dans la littérature chrétienne primitive entre le Christ et les martyrs qui « complètent » ce qui manque à la passion du Sauveur, qui sont en quelque sorte ses collaborateurs surnaturels, peut aider à comprendre comment les martyrs ont été qualifiés membra Christi, comment ils ont été associés à la dignité de l'autel du sacrifice eucharistique, comment ils sont devenus, pour ainsi dire, aussi inséparables du corps du Christ que les membres le sont du corps complet. Au IVe, saint Jean Chrysostome parle des restes de l'apôtre saint Paul, de « ces membres maintenant vivants, mais qui étaient morts quand il vivait, ces membres crucifiés au monde, les membres du Christ ! », comme il les appelle. Plus de mille ans après, au XVe, Siméon « de Thessalonique » explique pourquoi on dépose sous l'autel les reliques des martyrs : « Étant donc retourné à l'ancien temple, où les reliques avaient été déposées, et ayant fait deux oraisons, pour rendre grâce à Dieu du don des reliques de martyrs (le prêtre) les porte sur sa tête. Et une fois arrivé, il les dépose suivant le rite. Car il n'est pas permis de faire de consécration sans reliques de martyrs ou de saints, parce que les martyrs sont les fondements de l'Église, construits par-dessus le fondement qu'est le Sauveur ; et il convient que dans l'église ils soient sous l'autel... sans reliques il n'est pas de consécration possible, ainsi que les saints l'ont révélé. Or, si l'on commence par déposer les reliques dans le temple, c’est parce que, sanctifiées, elles sont devenues les membres du Christ et ses autels, ayant été immolées pour lui ? ».

L'idée de la communauté de la passion domine toute la suite des parallèles entre les reliques et l'hostie eucharistique. L'autel est le tombeau du Christ, c'est sur sa mensa que le Christ est immolé, et l'autel est en même temps le tombeau des martyrs qui reposent sous la mensa. Il y a un parallèle admirable et qui remonte à la plus lointaine antiquité ; on l'entrevoit dès le IVe et on peut dire qu'il est annoncé dans le texte de l'Apocalypse : Vidi sub altare Dei animas interfectorum.

A Milan, au IVe, saint Ambroise consent, à la prière du peuple, à faire une place sous l'autel aux reliques des martyrs : sed cedo sacris viclimis dexleram portionem, locus iste martyribus debebatur . A la même époque, saint Maxime de Turin estime que recfe ergo sub ara martyres collocantur, quia super aram Ghristus imponitur. Recte sub altare justorum anima requiescunt, quia super altare Domini corpus offertur... Non immerilo, inquam, velut consortio quidam illic occisis est lumulus constitutus, ubi OCCISIONIS DOMINIC.E MEMBRA PONUNTUR . Au Ve, saint Optat de Milève reproche aux donatistes d'avoir violé les autels catholiques : quibus et vola populi et membra Christi portata sunt.

Saint Paulin de Nole, célébrant dans une dédicace en vers la déposition dans une même fosse, sous un autel, d'un fragment de la croix et de reliques des martyrs, résume ainsi le contenu :

L'instrument de la passion du Sauveur est aussi la cause de la passion des martyrs, en sorte qu'il est légitime de les réunir :

Au début du IXe, apparaît, dans le rituel de consécration de l'église, un usage qui dura plusieurs siècles et qui parait avoir été répandu dans tout le monde chrétien : on prit l'habitude de déposer sous l'autel, à côté des reliques, trois hosties consacrées, et dans le cas où manquaient les reliques, il est dit que ces hosties en tenaient lieu.

H. LECLERCQ.


MEMBRA CHRISTI —

MEMBRONE.* — La Table de Peutinger et l'Itinéraire d'Antonin placent Membrone à six milles au delà d'Uti que. La localité se retrouve à la Koubba de Sidi Ahmed ben Farés, à 9 kilomètres au nord-ouest de Bou Cháteur.

Il se peut que Membrone soit le Memplonitanus locus, dont un habitant fut guéri miraculeusement, prés de la memoria de Saint-Étienne, à Uzalis. Le fait est rapporté dans le De miraculis sancti Stephani, PS EXC E Membrone doit peut-être être identifié avec l'évêché de Membrosi ou Memblosi, dont nous connaissons deux titulaires :

Theasius, episcopus plebis Memblositanze qu'on voit siéger au concile de 404, à la conférence de 411 (1, 133) et au concile de Carthage de 416 ; on sait qu'il vivait encore en 424.

Bonifacius Membrositanus, en 484, mentionné dans la Notilia. Proc., 5.

Au début du Ve, il existait un monastère à Membrone ; il en est question dans une lettre d'Évode d'Uzalis à saint Augustin. Epist., crLvin, 9, 10.

H. LECLERCO.

MEMORIA.* — I. Le mot memoria. II. Le sens de memoria. III. De quelques memoriæ. IV. Autres sens de memoria. V. Memorium.


IL LE MOT MEMORIA. — A Henchir Magroun, situé à 50 kilomètres de Tébessa, fut trouvé, vers 1876, un petit arc monolithe décoré avec soin d'une sorte de cordon et d'un galon sur tout son pourtour, en outre de deux chrismes et de deux rosa ces haxagona les, avec, au sommet, l'inscription suivante : memoria domni Petri et Pauli (la lettre t est liée à la lettre p du dernier mot (fig. 7931). Les dimensions de ce monument ne permettant pas de supposer qu'il ait servi d'arc à une porte ; il n'a pu être employé que pour ‘un ciborium. On connait les textes classiques de saint Augustin sur les memoriæ des martyrs : Deo in memoriis martyrum constituimus altaria, et encore : Sacrificamus Deo in memoriis martyrum *. Mais le même saint n'hésite pas cependant à établir une distinction entre l'église et la memoria lorsqu'il dit :

| Ecclesia, et in ea memoria martyris *. On ne peut souhaiter un commentaire plus excellent de ce texte que le couronnement du ciborium de Henchir Magroun. Ainsi, en Afrique principalement, la memoria martyris était l'endroit de la basilique ou de l'oratoire où s'élevait l'autel.

Là se trouvait la confession (voir ce mot) avec son ostium, sa fenestella, son arcus confessionis éclairé de lampes, sous l'autel : c'était la partie inférieure, que surmontait l'autel avec son f£egurium sive ciborium, soutenu par des colonnettes sur lesquelles reposait un arc, arcus, arcora, entouré de balustrades, clathri, ou de transennes, {ransennæ. L'ensemble constituait une memoria et, en un certain sens, c'était le centre du culte liturgique ; aussi est-il nécessaire de traiter ce sujet avec quelque détail.

Memoria, dans la langue épigraphique et funéraire, devrait avoir une relation directe avec le titulus gravé ou peint pour rappeler le souvenir du défunt memoriæ ælernæ, uvriuns yov. Dans ce sens, on rencontre sur des pierres d'origine paléenne et même sur des pierres chrétiennes, les mots : memoriam posuit ou feci ! qui équivaut à lilulum posuit ou fecit ; sur une inscription en Hongrie, on lit : Æfernilatis - memoriam posuit ?*. Mais le mot memoria, comme le terme grec vu ou vnuetov, dans les inscriptions — et chez les écrivains païens ou chrétiens, comme aussi chez les évangélistes, a la signification de sépulcre, — monument, mausolée. Le latin memoria est même devenu en grec unuoptioy et il a reparu dans la langue latine sous la forme : memorium, que nous reverrons A ru Ml

dul pl P gl g vl oll ul al ul alu a a o al ul a commémoraient la mémoire des défunts ; cependant, il n'en allait pas ainsi, et le mot memoria embrassait le monument tout entier. Bien plus, contrairement à ce qu'on aurait pu attendre, la memoria s'appliqua surtout à la partie inférieure et cubiculum demeura pour désigner la partie supérieure. Sur une inscription de Porto nous lisons ces mots : Cubiculum quod esl supra memoriam *.

L'usage des chrétiens d'Afrique se trouva d'accord avec ces façons de parler pour les profanes ; ils appelèrent non seulement les tombeaux des martyrs memoriæ, mais ils appliquèrent ce nom d'une façon spéciale au loculus contenant les reliques. C'est ce que fait saint Augustin quand il écrit : Episcopus memoriam martyris, populo praecedente at que sequente


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plus loin . Le mot memoria, au début d'une épitaphe, fut principalement usité en Afrique . A Cirta, sur la porte d'un tombeau, on lisait : cœmeteria memoria gentis Lepidiorum ; en pareil cas, le pluriel cœmeteria se rapporte à chaque tombe et le singulier memoria au monument entier. En pareil cas, l'édifice funéraire, désigné sous les noms de cella et cubiculum, fut appelé cella ou cubiculum memoriæ *.

Les anciens établissaient une distinction entre le cubiculum superius et le cubiculum inferius * ; le premier était destiné à l'usage des vivants ad confrequenlandam memoriam quiescentium ; l'autre, qu'on appelait aussi l' « hypogée » (voir ce mot), devait servir aux défunts. Il semble que le mot memoria dût s'appliquer spécialement à la partie supérieure où les survivants portabat, et plus loin : Memoriam supradicti martyris Possidius illo advexit episcopus '« . Deux textes sur lesquels nous reviendrons.

Le mot memoria, tracé sur le front de l'arc du ciborium d'Henchir Magroun, désigne donc la présence de reliques. Sans doute les véritables memoriæ des princes des apôtres se trouvaient à Rome, et on l'ignorait si peu en Afrique qu'Optat de Milève écrivait : præsen les sunt ibi (Romæ) duorum memoriæ apostolorum ` ; personne n'y aurait eu la prétention de posséder une parcelle de leurs corps, comme on croyait posséder les reliques du diacre saint Étienne ; dés lors, pouvait-on tracer ces mots de bonne foi : memoria domni Petri et Pauli ? On peut en douter, car ce n'est pas seulement à Henchir Magroun, mais encore à Orléansville299 ville qu'on a trouvé la mention d'une (memoria apostolorum (Peyri et Pauli et d'un fidèle enterré en l'an 367 (—406 après J.-C.) aput (sancto)s apostolos Petru et (Paulu). Le culte des deux apôtres était répandu à ce point qu'on avait multiplié les oratoires élevés en leur nom ! et qu'on les appelait $zoocoAci« . Le Ve concile de Carthage, tenu en 398, dans son 14° canon ordonnera la démolition des autels quae passim per agros aut vias tanquam memoriæ martirum constituuntur , lors que les corps des martyrs ne s'y trouvaient pas ou quel que relique, ou si ce n'était le lieu où ils avaient vécu ou souffert la mort. En sorte que la memoria apostolorum d'Orléansville et celle d'Henchir Magroun, qui ne semblent ni l'une ni l'autre antérieures à 398 — celle d'Orléansville est datée de 406 — ont donc dû contenir des reliques des apôtres. Quelles reliques ? Nous n'avons pas à le rechercher, mais nous


BESEESEBDSOPISISESEI.

savons combien elles étaient alors répandues sous forme de limaille, brandea, etc.

Nous donnerons plus loin un petit recueil d'inscriptions africaines relatives à des memoriæ, mot qui, dans cette province, avait la signification de reliques ou pseudo-reliques (sancluaria, benedictiones, brandea), ainsi que nous le voyons sur une inscription d'Haïdra (voir ce mot) sur laquelle on lit : hie habentur memori(a)e sa(n)e(foruym Pantaleonti e(t) comitu(m) . Ce genre d'épigraphes gravées sur les pierres des autels équivaut aux pilfacia renfermés dans les loculi des reliques, gravés, soit sur des lames de plomb, soit sur des tablettes de terre cuite ou écrits sur des authentiques de parchemin. Un pillucium de plomb a été découvert en Maurétanie Sétifienne, dans une cassette de terre cuite, renfermée sous une table d'autel. Sur sa face postérieure, on doit lire : ...cuius memorie (hic posite sunt ^. Un pillacium inscrit sur terre cuite est conservé au musée d'Alger et vient des environs de Sétif ; on y lit : hic mm. scor Stefani et Laurenti Iuliani pôsilæ sunt xij. kal april .

Parmi les monuments de memorie martyrum d'Afrique300.

»t. Y) que, il s'en trouve un qui est digne d'une attention particulière (fig. 7932). La pierre est une table rectan- gulaire, entourée d'un large rebord orné de rosa ces ; elle a, au centre, une cavité ronde (loculus) pour la pyxide des reliques. Sur la tranche de la pierre, du côté de la face antérieure, la croix monogrammati que est - sculptée entre deux palmiers et, dans un cartouche, on martyr de Car1 thage en 259. Une semblable épigraphe a été vue sur M lit : MEMORIA SACTI MONTANI, l'ouverture d'un loculus, bouchée avec du ciment, prés de Constantine : el-Begueur une inscription porte : le monument découvert entre Oppidum novum et Tigaras dans la Maurétanie césarienne. C'est une Memoria sanctor. feliciter. A Henchir- — hic es ! memoria sanclorum Primi el Quintasi. Plus remarquable encore table d'autel en pierre calcaire mesurant 1 m. 25 de largeur sur 1 m. 12 de hauteur el 0 m. 15 d'épaisseur.

Elle porte une bande ou bordure à faible relief sur ses bords et prés des deux bords des grands côtés le lexte suivant : Postulantibus (beneficia) a memoria(m) sanctorum Petri ae Deo. et Christo et Pauli posuerunt.

Dans le milieu de la table, il n'y a pas de creux pour y déposer la memoria sanclorum. Petri el Pauli, qui doit avoir été mise ou dans un loculus dans le support de l'autel, ou dans le sous-sol, dans un petit sépulcre, comme on procéda à Henchir Zirara (voir Diclionn., confessionis. Le tout était couvert par le tabernacle, entouré de colonnes, et peut-être les entre-colonnements étaient-ils garnis de transennes. L'épigraphe, exemple nouveau du fait, nomme tabernaculum lensemble du monument dans lequel Petronianus, Cassius et Patricius eum suis, suivant le désir de leur mére, pour satisfaire la dévotion des fidè les suppliants (postulantibus a Deo et Chrislo) et conformément à leur propre vceu (pro sua prece) déposérent la memoria des apôtres.

« c n i LE MEMORIA PRISTINI ALTARIS +


II. LE SENS DE MEMORIA. — En Afrique, le nombre des diocéses atteignit cinq cents environ et celui des églises, oratoires, chapelles, doit se chiffrer par milliers. L'hérésie donatiste contribua à accroître ce nombre en multipliant les édifices qu'il est souvent impossible de restituer aujour d'hui à leurs vrais possesseurs de jadis lorsqu'on ne peut qu'interroger des débris. Au temps de l'Afrique chrétienne, l'hésitation

desiderante, ! (R)onesta matre eum Gratia (sorore ?). Petronianus, Cassius el Patricius in hoc tabernaculo pro sua prece

E »

301 L'église est la maison de Dieu : HIC Est dom(vs DEI !, la maison de Dieu et la MEMORIA du Sauveur ?, la maison de Dieu et du Christ . Tel est le langage des pierres qui annoncaient les églises à Mascula, à Macoma des, à Henchir Abdallah. Et à Ain Ghorab, prés. de Khenchela, une inscription qui semble contemporaine de la domination vandale désigne l'église comme : la maison de Notre-Seigneur le Christ, l'habitation de l'Esprit-Saint, du Páraclet . A Sufetula, l'église est désignée sous le nom de « maison de la prière » DOMVS ORATIC(nis) , terme qu'emploie saint Augustin .

Cette « maison de la prière » est aussi la demeure de la paix et, à Orléansville, une mosai que de la basili que de Heparatus porte ces mots : SEMPER PAX”. A Henchir Abdallah, dans la Proconsulaire, on lit le texte de la doxologie : « Gloire à Dieu dans les hauteurs, paix sur la terre aux hommes de bonne volonté s et on y ajoute ces mots : SPES IN DEO SEMPER . G'est dans cette maison que les fidé les se rassemblent parce qu'elle donne l'hospitalité aux intercesseurs qui présentent à Dieu leurs prières : les martyrs. Ceux-ci ont leur sépulture dans l'église, ou bien leurs reliques y ont été apportées et, dans les deux cas, ces saints restes sont désignés par le nom de memoria.

Le monument en question est une pierre dont la hauteur est de 1 m. 30, la largeur 1 m. 30, l'épaisseur sur les bords Ô m. 25, la distance entre le chrismon et le rebord supérieur, 0 m. 45, le diamètre de la cavité circulaire, en face de la huitième ligne, 0 m. 10 (fig. 7933). Cette pierre se trouve au musée du Louvre ; elle peut être considérée comme privilégiée, car elle a attiré l'attention et provoqué les commentaires de L. Duchesne, A. Audollent, 5. Gsell, P. Monce aux. aprés lesquels il est permis de dire que c'est une des plus importantes inscriptions chrétiennes que l'Afrique ait fournies jusqu'à nos jours, et le plus ancien document africain qui parle du culte des reliques de la vraie croix, de Bethléem et des apôtres Pierre et Paul.

La pierre était posée à plat et devait couvrir le coffret contenant les reliques : sans doute elle était 302 placée devant l'abside et servait d'autel. Au premier coup d'œil, on voit une grande dalle qui serait carrée si on n'avait arrondi les ang les de la partie supérieure, sur cette dalle se détache un grand cercle en relief qui renferme un chrisme et une inscription disposée sur deux lignes (A).

Au-dessous du cercle, une deuxième inscription, gravée avec plus de soin, en sept lignes que séparent des filets (B). Les trois dernières lignes sont plus courtes que les quatre premières ; à gauche, près de l'angle de la pierre, a été creusée une petite cavité hémisphéri que, de Ü m. 10 de diamètre ; et il semble qu'on ait eu l'intention de creuser une cavité semblable dans l'angle de droite, où le graveur a laissé vide la place correspondante. Cette cavité et le cercle en relief du milieu doivent représenter la place destinée à des écuel les et à un plat, la pierre était une merisa (voir ce Table d'agapes trouvée prés de Tixter. 23, d'aprés l'original. mot) comme l'indi que l'inscription (C) gravée sur la tranche ; écuel les et plat rappellent les repas funèbres célébrés sur les sépultures.

On connait l'usage, trés répandu en Afrique, à l'épo que chrétienne, comme plus anciennement, de disposer horizontalement, au-dessus des tombes, des tab les, mense, qui portaient des représentations de plats ; les uns en relief, les autres en creux. Les petits coffres, dans lesquels étaient disposées des reliques, furent assimilés à des tombeaux, c'est ce qui expli que qu'on ait pu les recouvrir d'une table portant aussi des images de plats. Une dalle de Duperré (Oppidum novum), qui était placée sur des reliques de plusieurs saints : Flora, Vitalio, Typasius, Marcia et Cæsellia, présente également deux cavités en forme d'écuel les.

Les trois inscriptions A, B et C constituent le texte primitif du document. 1° Dans un cercle, le monogramme et l'inscription Memoria sa(n)eta, qui ne peut être postérieure au 1v* siècle. 2° L'inscription sur sept lignes, qui est datée expressément de l'année 320 de l'ère de Maurétanie, soit l'année 359 de notre ére. 3 » L'inscription de la tranche, d’après la place qu'elle 303 304 occupe et l'aspect des caractères, doit être du même temps. On a toute raison de supposer que ces inscriptions A, B et C sont contemporaines de la dédicace du monument, en l'année 359 après Jésus-Christ.

Mais il existe une quatrième inscription (D) composée de quatre lignes, gravées de façon négligée sur la face supérieure de la pierre, à droite et à gauche du cercle en relief. Celle-ci se rapporte à un nouveau dépôt de reliques sur la table à une date certainement postérieure. Voici toutes ces inscriptions :

Memoria sancta. B De terra promissionis, ubi natus est Christus ; apostoli Petri et Pauli ; nomina martyrum Datiani, Donaliani, Cipriani, Nemesani, Citini et Victoriae. Anno provinciae recenti vigesimo.

Les mots Memoria sancta, surmontés du monogramme du Christ, donnent au monument sa signification. Ces mots rappellent des formules plus complètes, qui commencent par Aic, et sont très fréquentes dans l'épigraphie chrétienne, telles que : Aic domus Dei nostri ; hic se des sancti... hic memoriae sanctorum Pauli, Petri. Ces simples mots suffisaient à instruire les fidèles qu'ils se trouvaient dans un endroit religieux.

Après avoir été l'équivalent de fulus, en sorte que memoriam posuit ne différait pas de fulum posuit, le mot memoria prit peu à peu une signification plus étendue et s'appliqua non seulement à l'inscription commémorative, mais au tombeau tout entier. Les Pères de l'Église l'emploient couramment dans ce sens dérivé. « J'ai appris, dit saint Augustin, qu'à Milan, au tombeau des saints (apud memoriam sanctorum)..., un voleur fut contraint d'avouer sa faute. » Et ailleurs : « Ce n'est pas aux martyrs, mais au Dieu des martyrs que nous élevons des autels sur leurs tombeaux. Quel évêque, en effet, se tenant à l'autel, au lieu où reposent les corps saints, a jamais dit : « Nous vous offrons, ô Pierre, ou bien : à Paul, ou bien : ô Cyprien ? » Non, l'offrande est présentée à Dieu qui couronna les martyrs, auprès des tombeaux de ceux qu'il a couronnés. » Ita igitur ut nulli martyrum, sed ipso Deo martyrum, quamvis in memorias martyrum, constituimus altaria. Quis enim antistitum in locis sanctorum corporum assistens altari, aliquando dixit : Offerimus tibi, Petre ; aut, Paule ; aut, Cypriane ? sed quod offertur, offeritur Deo qui martyres coronavit, apud memorias eorum quos coronavit. Saint Augustin commente lui-même son expression, quand il rapproche memoria de ces autres mots : in locis sanctorum corporum assistens altari.

Parfois même, on est amené à croire que memoria correspondait à l'église tout entière. Et quand saint Augustin parle des repas qui se faisaient dans les memorias, il faut nécessairement chercher à ce terme une autre signification que celle de tombeau.

Un autre sens apparaît d'une façon très claire dans certains passages. C'est encore à saint Augustin que nous l'empruntons, qui raconte les nombreux miracles que produisit en divers lieux la memoria de saint... pas éloigné d'Hippone, l'évêque du lieu, Lucillus, portait la memoria du martyr, précédé et suivi du peuple. Et plus loin : « A Calama, le prêtre Eucharius fut guéri par la memoria du martyr dont je parle, que l'évêque Possidius y avait apportée. » Il ne s'agit plus ici ni d'églises élevées en l'honneur des martyrs, ni de tombeaux bâtis aux lieux de leur sépulture. Cette memoria, qu'un évêque portait au milieu de la ville, ne peut être que la relique même du martyr ou la châsse qui la contenait.

Parmi le grand nombre de textes épigraphiques qui se rapportent à notre sujet, nous pouvons encore citer ceux-ci : A Haidra : Hic habentur memoriae sancti Pantaleonti Juniani et comitum ; et encore à Aioun Berrich, au nord d'Aïn Beïda : Hic memoriae sanctorum Pauli, Petri, Donali, Miginis, Baricis ; ou ces mots sur une lamelle de plomb découverte à l'intérieur d'une capsella : CVIVS MEMORIA (hic posite sunt). Ainsi, une fois de plus, nous pouvons nous convaincre que memoria désigne des reliques ; cette acception du mot est surtout répandue en Afrique.

De ces divers sens, lequel convient dans le cas présent ? Il faut, semble-t-il, écarter le premier : la rédaction même de l'inscription nous interdit de supposer qu'il y ait eu ici un tombeau. L'absence du génitif placé après le mot memoria ne nous empêche nullement d'adopter la traduction de reliques ou reliquaire, puis que la destination probable de la mensa de Tixter était de servir d'autel et de recouvrir des reliques.

L'inscription principale de la table (B) est gravée régulièrement sur sept lignes au-dessous du cercle en relief ; elle occupe presque toute la moitié inférieure de la face. Elle contient une énumération et une date :

De terra promissionis, ubi natus est Christus ; apostoli Petri et Pauli ; nomina martyrum Datiani, Donaliani, Cipriani, Nemesani, Citini et Victoriae. Anno provinciae recenti vigesimo.

Ligne 1. De terra promissionis, ubi natus est Christus. Exemple unique de cette formule. Il s'agit de la terre de Bethléem. Le souvenir de Bethléem devait être familier aux premières générations chrétiennes. Après les reliques de la croix du Sauveur, celles du lieu de sa naissance devaient avoir un prix particulier à leurs yeux. Les reliques de ce genre paraissent avoir été assez répandues en Afrique. Les écrits de saint Augustin en mentionnent un exemple. Hespérius, habitant d'Hippone, possédait un domaine à quarante milles environ de cette ville, sur le territoire de Fussala. Les esprits malins infestaient la maison ; un prêtre vint qui les chassa. « Or Hespérius avait reçu, d'un ami, de la terre sainte apportée de Jérusalem, où le Christ fut enseveli et ressuscita le troisième jour. Il l'avait suspendue dans sa chambre, pour se préserver lui-même de toute atteinte. Mais, lors que sa maison eut été délivrée du fléau, il se demanda ce qu'il ferait de cette terre qu'il ne voulait point, par respect, conserver plus longtemps dans sa chambre. Nous étions, par hasard, dans le voisinage, mon collègue Maximinus, évêque de Sinita, et moi. Il nous pria de venir ; nous y allâmes. Et, après avoir tout raconté, il nous demanda de faire enfouir cette terre et d'élever au-dessus un oratoire où les chrétiens pourraient aussi se réunir afin d'y célébrer en l'honneur de Dieu. Nous y consentîmes ; et ainsi fut-il fait. » La narration continue et saint Augustin relate la guérison d'un jeune paysan paralytique, opérée par la vertu de cette précieuse relique. Il nous apprend encore, dans un autre passage, que les donatistes adoraient la terre du Saint-Sépulcre. Dans un certain nombre d'églises africaines, on a trouvé des reliquaires ou des fioles qui contenaient simplement de la terre. On voit par notre inscription de Tixter que cette dévotion était connue en Maurétanie dès le milieu du IVe.

Ligne 2 : apostoli Petri et Pauli. Un certain nombre d'inscriptions d'Afrique nous montrent l'expansion du culte des apôtres. Orléansville en a fourni trois, dont deux portent la simple formule memoria apostolorum Petri et Pauli ; la dernière mentionne, en 406, une inhumation apud sanctos apostolos Petrum et Paulum. Nous en avons parlé au début de ce travail. A peu près à la même date se rapporte une inscription qui mentionne une memoria sanctorum Petri et Pauli trouvée en Maurétanie césarienne, entre Oppidum Novum et Tigaras. Rappelons la memoria Domni Petri et Pauli de Henchir Magroun ; l'inscription postérieure à la persécution vandale : haec Petri Pauli que se des Christo libente resurgit, d'Aïn Ghorab et celle d'Henchir Zirara qui accompagnait la capsella argentea et que J.-B. De Rossi a interprétée : (hic memoriae Petri Pauli)... Sur deux autres pierres, on ne lit plus les noms de Pierre et de Paul ; mais le mot Apostoli suffit à les désigner très clairement : memoriae Apostolorum, trouvée à Henchir Taghfaght, près de Khenchela ; et memoria Apostolorum, provenant du djebel Djabba aux environs de cette même ville. Un dernier texte, qui n'est pas gravé sur la pierre, n'en a pas moins de prix ; il nous apprend que saint Fulgence, évêque de Ruspe, en Byzacène, visita Rome en l'an 500 et en rapporta des reliques des deux apôtres ; il les déposa dans une église, où lui-même fut plus tard enseveli, en 533.

A ces divers témoignages vient s'ajouter celui de l'inscription de Tixter ; tous ensemble attestent combien le culte des deux apôtres était répandu en Afrique.

Une particularité du texte de cette inscription, c'est l'emploi du génitif singulier apostoli. Dans les inscriptions signalées plus haut, le pluriel se rencontre ordinairement ; il est vrai qu'à Henchir Magroun nous lisons : domni Petri et Pauli, mais cette construction peut s'expliquer, parce qu'au VIe le pape de Rome était très généralement nommé domnus papa et domnus apostolicus, en sorte que l'usage avait pu s'établir de faire précéder le nom de saint Pierre, comme pape, du mot domnus qui n'était pas donné à saint Paul. A Tixter, le cas est différent, et saint Paul, ayant les mêmes titres que saint Pierre, a été qualifié apostolus, le génitif singulier devant les deux noms peut surprendre.

Ligne 3 : nomina martyrum. Formule qui était d'usage courant au IVe dans la Numidie et la Maurétanie Sitifienne, elle annonçait toujours une énumération. Datiani est probablement un des martyrs d'Abitine qu'on trouve mentionné dans les actes de saint Saturnin. Il n'est pas fait un récit spécial de ses souffrances et de sa mort ; il demeure confondu parmi ses quarante-huit compagnons martyrisés le 12 février 304. Donatianus doit probablement être identifié avec l'un des héros de la Passio Montani, le Donatianus mort dans une prison de Carthage, en 259. Des martyrs du même nom se rencontrent dans la liste d'Aubuzza et à Cirta.

Ligne 4 : Cypriani est évidemment saint Cyprien, le grand évêque de Carthage, martyrisé le 14 septembre 258. Nermesani parait être l'évêque de Thubunae, Nemesianus ou Nemessanus, qui fut condamné aux mines en 257 et mourut l'année suivante.

Ligne 5 : Citini, doit être un des Scillitains martyrisés en 180 ; et Vicloria — on retrouve son nom dans la dédicace de Mesloug — c'est peut-être une des martyres d'Abitina de l'année 304 ; mais elle a plusieurs homonymes : à Carthage, en 250 ; à Hippone, sous Dioclétien ; en Maurétanie, le 17 octobre et le 2 décembre.

Ainsi tous les noms des martyrs de Tixter sont connus par les martyrologes, par les Pères ou par des documents d'une authenticité irrécusable. A quel titre ces martyrs sont-ils honorés à Tixter ? Ce sont leurs reliques qu'on y vénérait.

Ligne 6-7 : Anno provinciae recenti vigesimo. L'an 320 de l'ère maurétanienne, ou 359 de notre ère. Cette indication chronologique présente ici un intérêt particulier pour l'histoire du culte des reliques en Afrique. La rédaction s'écarte de ce qui se trouve ailleurs, où les mots anno provinciae sont abrégés et le nombre des années est exprimé non en lettres, mais en chiffres romains.

La troisième inscription (C) est gravée sur la tranche antérieure de la table. M. A. Audollent y voyait la preuve que la table reposait sur le sol, et qu'on voulait pouvoir lire les noms des dédicants. Ceci ne s'impose pas. La mensa pouvait reposer sur une maçonnerie qui aveuglait une des faces. Cette inscription, faite dans une sorte de cadre, mentionne ces mots : Posuit Benenalus et Pequaria. Le mot posuit est d'un emploi fréquent chez les païens, il est rare parmi les chrétiens. Les deux noms ne nous apprennent rien. Benenalus se lit parfois dans les textes chrétiens : on rencontre à Aubuzza un martyr de ce nom. Quant à Pequaria on ne l'avait encore rencontré que chez les païens.

La quatrième inscription (D) fut gravée après coup, sur la face supérieure, à droite et à gauche du cercle en relief. La quatrième ligne appartient comme les trois autres à cette addition, ainsi qu'on peut s'en convaincre facilement devant la pierre :

Viclorinus septimum idus septembres

Ligne 1-3 : Des martyrs du nom de Victorinus ou de Miggin figurent à diverses dates dans le martyrologe hiéronymien, ou ailleurs. Voici, d'après M. P. Monceaux, les seules données un peu précises. Un martyr Victorinus est mentionné à Carthage en 250 ; un autre, parmi les confesseurs d'Abitina, le 12 février 304 ; un autre en Numidie, le 28 avril ; deux autres, en Maurétanie, le 2 décembre. Il s'agit peut-être ici du confesseur d'Abitina. Quant à Miggin, c'est sans doute encore le martyr de Madaura de l'année 180. — Les dates inscrites à droite du cercle se rapportent aux anniversaires des martyrs mentionnés à gauche.

307 Ligne 4 : Dabula. Le mot Dabula parait à S. Gsell représenter ici Zabulla, nom africain bien connu. L'omission du second I n'a rien d'étonnant ; quant au changement de z en d, c'est une faute de prononciation populaire.

Et de lignu crucis. On rencontre la mention de la relique du bois de la croix sur une dédicace de Kherbet-el-Ma-el-Abiod, datée de 474 :ici la mention semble postérieure à la date de la première inscription qui est de 359. On ne saurait donc dire que « c'est le plus ancien monument épigraphique relatif au culte de la vraie Croix ».

On lit donc : Victorinus, septimu(m) idus sept(eym- (bir(es) ; Miggin, idu(s) (c'est-à-dire idus septembres) ; et (Z)abul(I)a, et de lign(o) erucis.

Nous venons de voir que Memoria sancta s'entend, croyons-nous, des reliques énumérées sur la table de Tixter ; mais cette expression avait d'abord paru désigner l'oratoire ou la basilique qui abritait ces reliques. Nous ne voudrions pas exclure cette signification ; elle peut se soutenir par d'autres exemples. Nous citerons une inscription appartenant probablement à l'époque byzantine et paraissant indiquer la dédicace d'une memoria, sans doute une chapelle, un sanctuaire à un saint personnage qui pourrait être saint Julien d'Antioche, à Dar-Ali-el-Hochani (entre Thala et Ain Kemonda) :


MEMOR'A BATI ANI ECOBICEMALOS Al ACONVS FECI Memoria b(e)ati Juliani. Ego Bicemalos diaconus feci.


IVLI

Malheureusement, nous n'avons aucun renseignement sur la pierre qui porte l'inscription, ni sur l'endroit exact où elle a été trouvée : on ne peut donc déterminer avec précision le sens du mot memoria, qui pouvait désigner toute sorte de monuments en l'honneur des martyrs. Toutefois, le mot feci de la je ligne donnerait lieu de penser à une chapelle !.

C'est peut-être encore à une chapelle que se rapporte une inscription trouvée à Henchir-el-Guiz, au sud-est de Tébessa. Cette dalle rectangulaire, longue de 0m. 65, large de 0 m. 53, épaisse de 0 m. 10, était probablement une table d'autel ; elle a été transportée au musée de Tébessa (fig. 7934). Elle est entourée d'un rebord qui dessine un cadre rectangulaire ; au centre, un cercle en saillie, comme nous avons vu à Tixter et, à l'intérieur, un chrisme. L'inscription trés légérement gravée, en lettres assez régulières, hautes de 0 m. 05, est disposée sur cinq lignes (v siècle) :

Memoria sancte Germanillæ innocentis.

On pourrait encore citer d'autres textes épigraphiques où le mot memoria parait s'appliquer à un édifice plutôt qu'au reliquaire proprement dit ; et, s'il est possible d'établir une distinction, nous croirions assez volontiers que l'emploi de hic ou in hoc loco ou une mention analogue s'applique au reliquaire et aux reliques. A Biz Frady, à 5 kilomètres à l'ouest d'Ain Abid, nous lisons cette inscription connue par une copie médiocre * :

MeMOlia NATAlis REM


IIDMS IAN

La restitution nafalis est probable, mais est-ce un nom propre ? La lecture qui suit : Renati. Idus ianuarias ne s'impose que faute de mieux.

Dans la plaine de Méchira (route de Constantine. à Diana), un pilier, enfoncé en terre, dont les deux faces latérales sont percées de petites mortaises carrées, larg. 0 m. 43, épais. 0 m. 27, haut. au-dessus du sol 2 m. 25. Memoria suivi du datif semble bien indiquer une chapelle * :


MEMO RIAM ARTVR IB VS

Memoria marlyribus.

Nous venons de dire que l'hésitation est presque impossible, lorsqu'on se trouve en présence de la formule hic, etc. ou bien du mot memoria suivi du génitif singulier ou pluriel. Comme un certain nombre de ces inscriptions sont gravées sur des tables d'autel, le doute est dés lors résolu, si on se rappelle le canon du V concile de Carthage prescrivant que les memoriæ ne sont tolérées que si elles contiennent des reliques ou si elles s'élèvent sur le lieu même sanctifié par le séjour ou par la mort du martyr .

On pourrait dresser ici une liste imposante des inscriptions appartenant à la catégorie dont nous par-

T |

L— [ons, nous devons nous borner à quelques-unes seulement.

Dans la région de Gabés, une inscription copiée dans les premières années du xvri siècle par un négociant marseillais, et communiquée à Peiresc, en 1620, par le-conseiller d'Ollivier. L'inscription était gravée sur une « caisse de marbre », évidemment un reliquaire, Lrouvée dans un endroit habité par des Mores, trés probablement le bled Djerid, à l'ouest de Gabès. La- | dite caisse de marbre renfermait « une petite caisse | l d'argent dans laquelle étoient sept petites fio les de verre avec de certaine terre noire au de dans, laquelle se réduisoit en poudre quand on la mettoit entre les ] doigts ; le tout enveloppé dans une trés belle étoffe de | soie ». Voilà bien le reliquaire sur lequel on lisait $ (fig. 7935) : d (H)ife mj](emo)r[iae] s- (an)e(Dor(um) marti- - 4 rum Ce(se)lia(e), Nun[i ?], el Sasselé et] Minervft ?] La première ligne devait offrir la formule : Hic memoriæ sanctorum martyrum, et ensuite Ceselia, nom d'une martyre africaine qu'on trouve nommée à Oppi-


VIRT VIS MARTIÆ


SET LIMINE RYA

f dum Novum et à Castellum Tingitanum. On trouve E un martyr Ninus en Maurétanie. et un martyr Nasseus Fa sur l'inscription de Renault. Minervus est inconnu en Afri que, Il est exceptionnel sans doute de pouvoir, comme | dans le cas précédent, apporter avec l'inscription la * preuve du reliquaire ; cependant on va voir, par quel- | ques exemp les, que cette preuve est presque superflue.


MEMORIA | 310

J.-B. De Rossi a publié une inscription chrétienne d'Haidra, l’ancienne Ammziedera, aujour d'hui au musée de Tébessa. Il a lu sur le dessin qui lui fut envoyé : Hic habentur memori(a)e sa(n)e(foru)m Pantaleonti, Junani e(f) comitu(m). Il y a, en réalité, sur le marbre (voir Dictionn., t. vi, col. 2025, fig. 5562) :

La lecture Juliani à la derniere ligne est certaine : la lettre / est un lambda grec comme dans le mot Pantaleonti. On voit qu'il ne s'agit pas d'un saint Junanus, comme l'a cru De Rossi, qui a tiré de cette lecture des conclusions ingénieuses mais erronées. 1l faut peut-être penser aux fameux saints Pantaléon de Nicomédie et Julien d'Antioche : ce dernier fut très vénéré en Afri que à l'épo que byzantine *.

L'inscription dont nous parlons a été découverte, dit De Rossi, in una piccola basilica o cella rettangolare, lunga 10 metri, larga 5 metri. S. Gsell tient, au contraire de l'abbé Delapard, qui l'a rapportée à Tébessa, qu'elle se trouvait dans la chapelle rectangulaire, longue de 21 m. 15, large de 8 m. 60 *, qui est située au nord de la ville d'Ammædera et où divers archéologues ont copié des épitaphes de l'épo que vandale et des premiers temps de la domination grec que ?. Elle m BEA TIPETRI APOSTU ÉTSCORVM FELICIS } ETVI IN CENTI ; MA R TYI devait étre placée en avant de l'espace réservé au clergé, entre les pieds de l'autel, el recouvrir les reliques des saints mentionnés.

Autre exemple qui nous montrera que mémoriæ a exactement la valeur de reliquis. On a découvert, tout à la fin du xix siècle, à 3 kilomètres environ au nord-ouest de Guelma, une pla que de marbre (long. 0m. 62 ; larg. 0 m. 38 ; épaiss. 0 m. 22) qui est depuis lors entrée au musée du Louvre. On y lit cette inscription (fig. 7936) : 1 Hic reliquis t beati Petri apost(o)- K et s(an)c(f)orum Felicis el Vincenti martyr(um).

311 Cette pla que était disposée au-dessus ou à côté d'un coffre à reliques, qui a été trouvé en méme temps et transporté à Guelma, où S5. Gsell l’a vu, mesuré et décrit chez le propriétaire. « C'est un bloc en marbre rose, mesurant 0 m. 54 de long., 0 m. 46 de large : Ü m. 43 de haut et présentant à l'intérieur un évidement quadrangulaire (0 m. 38 sur 0 m. 30), profond de 0 m.'14. Au fond de cet évidement est creusée une cuvette de 0 m. 26 de diamètre et de 0 m. 07 de profondeur. Les bords de la caisse présentent des feuillures pour l'insertion d'un couvercle. » L'inscription, d'épo que vandale ou byzantine, donne l'indication des reliques contenues dans le coffre. Hauteur des lettres, 0 m. 045.

Ligne 1. Hiec reliquie, entre deux croix, est une formule abrégée pour Hic sunt ou Hic deposit sunt. Saint Pierre, apótre, et les saints Vincent et Félix, probablement deux des martyrs d'Abitina, en 304.

Voici maintenant une autre inscription sur laquelle nous allons retrouver les noms des saints Vincent et Félix avec la mention hic m(e)m(oriz) ; mais, pour qu'aucun doute ne subsiste, on nous dit par qui ces reliques furent déposées : posil(a)e a sancto Cresciluro episco(po). L'inscription n'est connue que par une copie d'Hadrien Berbrugger, copie prise à Sétif en 1856 et déposée, avec les papiers de Berbrugger, à la bibliothé que d'Alger. Un annotateur de ce consciencieux explorateur nous apprend que la pierre fut trouvée au Mesloug, lieu situé à une dizaine de kilomètres au sud de Sétif !.


AIE IIl KL APRILIS AMEN Hic m(e)m(orizm) sanctoru(m) Bincentt, Felicis, Co(n)stanti(i) et Victori(a)e, posit(a)e a sancto Crescituro episco(po), die (tertia) k(a)J(endas) apri les. Amen.

Les noms de ces trois saints, Felix, Vincentius et Victoria, seretrouvent dans la liste des martyrs d'Abitina, mis à mort à Carthage, au mois de février 304. Félix et Vincentius figurent également sur l'inscription de Guelma. Le martyrologe hiéronymien indi que un martyr africain, du nom de Constantius, à la date du 3 janvier. Cresciturus était sans doute un évê que de Sétif : il n'est pas autrement connu. D'aprés la croix monogrammati que et la forme du d dans die, cette inscription n'est pas antérieure au v siècle, Elle rappelle, par sa rédaction, une autre inscription, gravée à la pointe sur une petite bri que et trouvée jadis aux environs de Sétif ? et une autre d'HenchirAkhrib .

Berbrugger note qu'on a trouvé, avec l'inscription de Mesloug, « des vases dans lesquels il y avait du sang ». Cette affirmation doit étre accueillie avec réserve, On sait, en effet, que, méme pour des chimistes, il est impossible de reconnaitre la nature | exacte des dépóts contenus dans des vases antiques non bouchés (voir Dictionn., t. I, à AMPOULES DE SANG). Cependant, le fait n'est pas inadmissible. A Dala'a, on a trouvé un reliquaire en pierre portant 312 l'inseription Memoria Feliciani pa(ssi) 111 k(alendas) iulias... et contenant les débris d'un petit vase en verre ; il y avait peut-étre dans cette fiole du sang de Felicianus. Dans la cassette d'argent de Aïn Zirara on a cru reconnaitre des tra ces de sang, mais il faut ajouter que la chose est fort douteuse. s A Henchir Certouta, au nord-ouest du Kef, une pierre brisée en haut et à droite couvrait des reliques. On a proposé de lire memoria beata ©, il est plus probable qu'il faut y voir : memoria bea(forum martyrum), avec la date de la déposition des reliques :

Fortunius est un martyr inconnu. Merobaud est peut-être le consul de 377 et de 383. a Y PRIMI ET QVINTASI Y Sas et il n'est pas superflu de faire remarquer que, contrairement à ce qu'on pourrait croire, la première formule, où ne se lit pas le mot hic..., est gravée sur une table d'autel et désigne très probablement une relique, tandis que la seconde formule est gravée sur la porte d'une arcade et, d'après cela, s'appliquait à une chapelle plutôt qu'à un reliquaire. Enfin, comme pour montrer qu'il ne faut pas se flatter d'établir des règles absolues, nous ajouterons l'inscription d'Ain Ghorab, dont nous avons déjà parlé et où, sur la même pierre, ayant dû servir de linteau et rappeler la dédicace d'une chapelle, nous lisons à la fois : Hic domus Det... et, à la ligne suivante : Hic memoria beati martiris Dei consulti Emeriti *. I n'y a donc pas lieu d'affirmer que l'expression : Aic memoria désigne toujours un reliquaire ou des reliques.

La pierre que voici, trouvée à Henchir Taghfaght, à 5 kilomètres à l'ouest de Khenchela, apportera, si c'était nécessaire, un supplément de démonstration * :

Ainsi memoria, hic est memoria et leurs variantes peuvent, suivant le cas, désigner les reliques, le reliquaire ou l'édifice qui le renferme ; avant de prendre parti, il faut toujours se renseigner sur la condition du texte. Ce que nous avons montré, est une distinction qui trouve son application générale, rien de plus.

A Kherbel-el-Ma-el-Abiod, en l'an 474 de notre ère, nous lisons : In hoc loco sunt memoriae sanctorum martyrum ! et, à Sétif, nous trouvons cette formule, avec quelques variantes, en 452 de notre ère, et il s'agit de reliques, tandis qu'à Renault, memoria a le sens de chapelle et l'inscription a dû être placée au-dessus de la porte .

Nous finirons par ce dernier exemple, à Bir Haddada, au sud de Sétif, près d'Ain Melloul. On y a trouvé une auge carrée en pierre, qui devait être placée sous un autel et qui mesurait 0 m. 53 de côté ; la cavité avait 0 m. 42 de large sur 0 m. 29 de profondeur. Cette auge avait un couvercle de 0 m. 74 de côté. L'auge en pierre renfermait un coffret en terre cuite, long et large de 0 m. 30, haut de 0 m. 17. Le coffret, outre la poussière et les débris de bois, provenant d'un couvercle, contenait une tablette de plomb, longue d'environ 0 m. 15, large de 0 m. 05. Sur cette tablette, qui est aujourd'hui au musée du Louvre, ont été gravées à la pointe, en lettres onciales, deux inscriptions relatives à des reliques * : a) trois lignes contenant des noms de martyrs ` b CUIUS MEMORIE IC Pos|IT€ SUNT En Gaule, nous trouvons la memoria de Mellébaude (voir au mot MELLEBAUDE).


III. DE QUELQUES MEMORIÆ. — On ne saurait soutenir que les reliques mentionnées par les memoriae fussent toujours des fragments des corps des martyrs. Sur quelques textes que nous avons transcrits, sur d'autres textes que nous aurions pu citer, on voit le mot reliquis substitué au mot memoriae avec la même signification. Le respect qu'on témoignait aux corps saints, en Occident, interdisait de leur infliger des sectionnements, on se contentait d'appliquer le nom de « reliques » à des objets étrangers qui avaient touché le tombeau (voir BRANDEA). C'est ainsi que, dans beaucoup de cas, la memoria nous apparaît de dimensions réduites. Quelquefois, sans doute, nous sommes instruits que le corps entier repose dans le tombeau, par exemple : Justus et Decurius à Sétif, Salsa à Tipasa mais ces cas sont rares. Plus fréquemment, nous lisons une nomenclature de noms qui, à Tixter ou ailleurs, exigent, pour qu'on puisse les rassembler sous une pierre d'autel ou dans un coffret de petites dimensions, qu'ils soient représentés par un signe.

C'est un coffret rectangulaire, en pierre calcaire, long de 0 m. 26, large de 0 m. 14, haut de 0 m. 13 (fig. 7937). « Les bords supérieurs de ce coffret sont creusés d'une rainure, où s'engageait un couvercle qui est perdu. Les faces latérales sont décorées d'ornements géométriques, très finement sculptés, qui font songer aux ouvrages en bois des Kabyles : rosaces, cercles, feuillages, avec traces de couleur. L'un des grands côtés présente, à droite, une large rosace entourée d'une double couronne ; à gauche un cadre rectangulaire (0 m. 10 sur 0 m. 09), bordé de moulures et à queue d'aronde, où est gravée l'inscription. Le coffret, qui ressemble à certains ostothèques juifs *, était sûrement un reliquaire ; on a recueilli à l'intérieur les débris d'une fiole en verre qui devait contenir du sang de martyr. » L'inscription remplit le cadre à queue d'aronde ; elle est gravée avec soin, en lettres régulières, et disposée sur cinq lignes que séparent des traits horizontaux. D'après la forme des caractères et la finesse de la décoration, le coffret et l'inscription ne semblent pas postérieurs au IVe. Voici le texte :

Memoria Feliciani pa(ssi) 111 k(alendas) iulias Ulse.

Le dernier mot soulève, seul, une difficulté. La leçon VLSE pourrait s'entendre V(otum) l(ibens) s(olvit) e(piscopus), formule qu'on rencontre plusieurs fois en Afrique dans des dédicaces de reliques ; au lieu de e(piscopus) on pourrait supposer l'initiale d'un nom propre. Cette explication nous semble la plus vraisemblable.

Un autre monument de la même catégorie appartient au musée lapidaire de Narbonne où il a eu la bonne fortune de retenir l'attention de M. l'abbé Sigal. C'est un édicule, taillé dans un bloc monolithe de marbre blanc, qui mesure 0 m. 90 de largeur, 1 m. 12 de profondeur et 1 m. 24 de hauteur. « Ce monument, aussi curieux dans son plan que dans les lignes de son élévation, se composait, avant la mutilation partielle qui l'a défiguré, d'un double ensemble architectural reposant sur une même base épaisse de 20 centimètres.

« La partie antérieure formait un portique rectangulaire ou pronaos de 0 m. 90 de large, 0 m. 40 de profondeur et 0 m. 84 de hauteur intérieure. Ce portique était constitué par quatre colonnes à bases et à chapiteaux corinthiens surmontées d'un fronton. Les quatre bases subsistent encore, ainsi qu'un fragment de chapiteau, d'architrave et d'attique. Ce qui reste du fronton, dans la masse monolithe où il avait été creusé, montre d'une coupole surbaissée à huit pans, qui s'élève à 0 m. 38 au-dessus de l'architrave et portait à son sommet une croix ou une pomme de pin, aujourd'hui disparue. Des trous, forés régulièrement autour du bord supérieur, ont été primitivement munis de crochets destinés à suspendre une draperie.

“ L'aménagement intérieur de l'édicule est remarquable et ne correspond nullement à sa forme extérieure polygonale. Il comporte, en effet, deux parties : 1 ? une cella ou niche demi-circulaire de 0 m. 50 de large, 0 m. 25 de profondeur et 0 m. 74 de hauteur, s'ouvre sous le portique, sur la face antérieure du monument et sa voûte en quart de sphère est ornée d'une coquille dont les rais convergent vers la base de la courbe ; 2 ? cette cella communique, par une ouverture, avec une cavité rectangulaire de 0 m. 20 de haut, pratiquée à sa base, avec une cavité postérieure évidée en arrière, dans l'épaisseur du bloc, et dont les parois perpendiculaires sont dressées selon un plan pentagonal. Le niveau inférieur de cette cavité est surélevé en partie et forme un degré de 0 m. 10 de haut qui en occupe la moitié. Toute une face, à l'arrière de l'édicule, est béante et ne présente qu'un léger seuil coupé d'une encoche ; cette disposition permettait d'introduire le bras et de déposer des objets dans la partie postérieure du monument, La taille régulière, l'usure uniforme et la patine du marbre démontrent que les ouvertures et l'encoche signalées ne sont ni accidentelles, ni postérieures, mais correspondaient au plan primitif de l'édicule.

« Les diverses parties de l'ensemble architectural que nous venons de décrire : portique à quatre colonnes et transennes, cella semi-circulaire et cavité postérieure, coupole, architrave et attique, sont sculptées ou creusées dans le même bloc de marbre, ainsi que tous les chapiteaux et les bases et deux colonnes engagées. Aussi cinq chapiteaux, sur neuf, et toutes les bases ont-ils pu être conservés ; mais le fronton brisé et le fût des colonnes ont depuis longtemps disparu. » t. l :

| | | Ce monument fut découvert dans les constructions de la tour mauresque de Narbonne, démolie de 1633 à 1638 (fig. 7938). Signalé au XVIe par le chanoine Laffont, décrit au XIXe par Tournal, expliqué par Bonet et par G. Rohault de Fleury, qui se sont mépris sur son âge et sur sa destination, il a été étudié et restitué à ses véritables origines par M. L. Sigal, en 1925. C'est une memoria reliquiarum ayant appartenu à la basilique latine de Narbonne au Ve, et en même temps « une des pièces les plus vénérables de l'archéologie chrétienne française ».

Ni la matière, ni le plan, circulaire à l'extérieur, polygonal à l'intérieur, n'invitent à voir dans cet édicule une œuvre de l'époque romaine des trois premiers siècles de notre ère, Plus que le plan, le style de la décoration et la sculpture indiquent une époque tardive, ' Le style des chapiteaux, le recours à la sculpture méplate, l'adoption d'une archivolte et non d'une architrave au fronton, la coquille à rais convergeant vers la base, la coupole à pans, surbaissée et côtelée, sont autant de traits bien caractérisés d'un art postérieur à l'époque classique, Enfin, le recours au marbre des Pyrénées est un dernier indice qui invite à faire de cet édicule un monument contemporain des sarcophages gaulois du Ve et du linteau de la basilique latine de l'évêque Rustique de Narbonne (442).

D'autre part, il n'y a pas lieu de discuter l'attribution au XIe-XIIe, car le monument a été retiré, nous l'avons dit, entre 1633 et 1638, des murs de la tour dite « mauresque », laquelle existait déjà à la fin du Xe, ainsi que l'attestent cinq chartes, dont une antérieure à l'année 1050 ; ni que la memoria ait été mutilée par les barbares à la fin du Ve. On aurait quelque raison de s'étonner qu'elle ait été épargnée durant des siècles. Cependant, il paraît plus vraisemblable que ce sont les Arabes, au VIIIe, qui l'ont mise hors d'usage et, après l'avoir conservée un temps qu'on ne saurait fixer, on se décida, vers les temps carolingiens, à s’en défaire. De la disparition de la memoria, il n’en est pas de même lorsqu'il s'agit de fixer l'époque de son origine. On a fait ingénieusement observer que son importance artistique ne permet guère de penser qu'elle ait appartenu à l'une ou à l'autre des deux très modestes basiliques qui précédèrent, à Narbonne, celle qui fut élevée par l'évêque Rustique, à grands frais, et dont les restes somptueux peuvent encore être restitués. Si l'histoire archéologique de Narbonne nous fournit ainsi quelque présomption sur la chronologie du monument en question, le style même de l'œuvre permet avec plus de certitude de la rattacher à l’art du Ve pénétré d'influences byzantines.

Il est certain, quoi qu'on ait pu dire, que le monument n'est ni un autel, ni rien qui se rapporte à un autel. La base ne pouvait servir de table de sacrifice : elle supportait un ciborium dont les colonnes et le fronton auraient réduit l'espace libre à 0 m. 60 en largeur et 0 m. 80 en hauteur. De plus, la présence d'une clôture sur la face antérieure et la présence des transennes sur les faces latérales ne permet pas d'admettre la destination d'autel.

Il est non moins certain que ce ne fut jamais un labernacle. Ceux-ci, sur les autels, ne sont pas antérieurs aux temps préromans ; or, l'édicule a été trouvé dans une construction précarolingienne, et ceci répond à tout.

Dés lors, il faut en venir à une memoria contenant des fragments ou des brandea dans un coffret. Les dimensions que nous avons données disent suffisamment qu'elle ne contenait pas un corps entier, mais des fragments ou des brandea dans un coffret. Une grille et des transennes permettaient à la pieuse curiosité des fidèles de se satisfaire en le regardant, le réduit contigu permettait de déposer des objets auprès du coffret et d'atteindre celui-ci à travers l'ouverture pratiquée entre les deux cubicules. La présence des crochets, indiquant le rideau suspendu tout autour, prouve assez la vénération dont on entourait la memoria.


IV. AUTRES SENS DE MEMORIA. — Il ne faut pas omettre de rappeler que memoria n'a pas toujours une signification hagiographique ou liturgique. Une inscription trouvée en Afrique, non loin de Constantine, prés de la source de Bir-Fradj, est gravée dans un cartel à queues d'aronde et fait mémoire d'un défunct à qui ses fils ont élevé un tombeau :


DOMINO PATRI


LINOSTRO FECIMVS MEMORIA CANISSYS | ET DONATVS

C'est le même sens qu'il faut donner à une inscription d'Arbàl, l'ancienne Aegis :

D M S MEMORIA CONSIDI SECVNDI QVVI NOS PRECESSIT IN PACE

D(is) M(anibus) s(acrum). Memoria Considi(i) Seiundi, qui nos pr(a)ecessit in pace dominica ; vixit ann(is) 319 plus) m(inus) X XV, discessit V idus junias an(no) p(rovincia) CCCCL et V. L'ère provinciale 455 équivaut à l'an 494 après Jésus-Christ.

Enfin, sur un fragment d'architecture mouluré et remployé après la destruction de l'édifice, à Mkalta, dans le Sahel, on a gravé une épitaphe de basse époque en souvenir d'un abbé qui porte un nom berbère, probablement vers la fin de la domination vandale :

+ MEM : ABB VIXIT IN PACE - AN NOS LREQVIEVIT SVB :D- :IDVS : DECEMBRES T

Mem(oria) abb(alis) Jaderis ; vixit in pace annos L ; requievit sub d(ie) idus decembres.

À Thala (Tunisie), nous pouvons signaler un monument à recueillir et qui provient des environs de El-Djem, en Tunisie. C'est une inscription chrétienne trouvée, au mois de juin 1917, à sept kilomètres au sud-ouest de cette localité, dans une propriété privée dont on défonçait le sol. L'original a été envoyé au musée du Bardo (fig. 7940). C'est un bloc de calcaire, qui fut découvert au milieu d'un chaos de dalles ayant 1 mètre sur 0 m. 50 et de pierres de diverses dimensions, auxquels étaient mélangés un chapiteau de marbre et des morceaux de colonnes. Il a la forme d'un prisme droit triangulaire partiellement cassé aux deux extrémités, surtout à gauche, et mesurant à peu près 1 mètre de long ; l'inscription est gravée sur la plus grande face, aujourd'hui incomplète au bas et écaillée au faîte, qui avait dans les 0 m. 40 de haut : la face postérieure mesure 0 m. 23, et la face inférieure, approximativement, 0 m. 30. Hauteur des lettres 0 m. 025. Au début et à la fin de chaque ligne

P SEES QUT LIC

pae : MVEANEAASAEÓ | N i uut NTA W cause de la position de la pierre qu'il eût été peu con-

+ HIC MEM(9 ?)RIA...C...A ORI FOSITA A FAUSTINIANO EPC ?

mention d'un évêque de Thala dans les listes épiscopales d'Afrique qui nous sont parvenues. » L'affirmation est contestable, car Thala a été le siège d'un évêché et nous connaissons deux titulaires : Matalicus, | non sans exemple« , un petit ornement linéaire, au début du texte, une croix équilatérale :

À la dernière ligne, les lettres manquantes peuvent facilement être complétées. On croirait devoir lire indictione, mais il est certain que le lapicide, par inadvertance, a mis un g au lieu d'un f. Dans cette inscription la forme des caractères n'est pas constante. La figure ci-contre nous dispense d'entrer dans le détail des particularités des lettres.

La formule in hoc loco est relativement rare, mais fidelis in Christo est plus commun ; mais c'est surtout l'expression filia rect(a)e memori(a)e sur laquelle nous appelons l'attention et qui a le sens de : « Un tel, de bonne mémoire. » Ici, memoria évoque le souvenir laissé par la défunte aux survivants.

»321 Bibl. — A. Merlin, Sur les découvertes archéologiques Comite, 1917, en Tunisie, dans Bull. archéol. du p. CCXXXIV-CCXXX VII.

Voici encore un exemple africain où le mot memoriæ n'est accompagné d'aucune épithète flatteuse et signifie simplement « en souvenir de ». Cette inscription a été trouvée à Sataf (Aïn-Kébira) ! :

Memorie depositionis presbiteri Securi, posita a fratres Fatale el Flora ; viesit annos LV an(n)o p(rovincia) GCCCXXIIII. Depositio Bassi fratris Vit idus octobres.

Nous ne devons pas nous confiner en Afrique. Si nous venons en Gaule, nous rencontrons aussi l'emploi du mot memeriæ, mais il faut d'abord éliminer une inscription d'Autun, provenant de l'ancien cimetière de Saint-Pierre-l'Estrier et datée de l'année 378. Elle n'existe plus, mais, gravée sur la couverture d'un tombeau de pierre long de un mètre, elle était, nous dit-on, « du plus beau caractère du monde ». On le croira sans peine, car la première ligne est un emprunt au formulaire païen et peut-être cette inscription aura-t-elle été l'ouvrage de quelque lapicide attardé aux alphabets et aux modèles du passé * :


MEMORIAE AETERNAE QVIETAE QVAE VIXIT ANN :-1-D :HI HVIII : DECESSIT VIII KALNOV- VALENTE VI ET VALENTINIANO : IILCONS

Par contre, nous signalons Honememorius à tous les cas de la déclinaison et qui ne signifie jamais autre chose que vir bonæ memoriæ ; à Écully : bone memorio Felocalus ; à Lyon : bonom memoriom Kapso , où ces mots deviennent une locution adjectivale dont les deux termes s'accordent d'une même manière avec le sujet Hapso, non pour le cas, mais pour le genre. Sur d'autres inscriptions, le mot bonc reste invariable et memoriæ devient un adjectif qui suit le genre du sujet ; par exemple, à Vienne, bone memorius Flurinus : à Toulouse, bone memoria Masilia ; à Truillas, bonememorios... ; à Arles, benenenorius Vitalis ; à Briord : benemoria ; à Arles encore, le lapicide avait déjà gravé l'y de bonememorius, il s'est ressouvenu qu'il s'agissait d'une défunte et il l'a surchargé d'un AE.

A. — XI — 11

Nous trouvons le même sens sur une inscription connue depuis peu et qui appartient non plus à l'Afrique, mais à la Gaule. Elle était partagée en deux blocs, mais entière néanmoins, et fut trouvée dans une ferme prés d'Angers, d'où elle a été transportée à | Saint-Martin d'Angers. Les dimensions des blocs rap

Hic requii escit co[r]pus Flaviane bone memoris q[u]i obiit id( us) nove(mbrj)is in Domino) 50 ; larg. 0 m. 44 ; épaiss.

Le formulaire et la paléographie de cette inscription permettent de la faire remonter à une haute époque. On peut se reporter aux types qui ont été donnés au mot LAPICIDES (voir Dictionn., t. vii, col. 1351-1378) et on observera que la forme de A avec un sommet élargi et la barre médiane brisée se rencontre sur une inscription datée de 510, elle se trouve aussi dans les catacombes de Rome, à Aquilée et à Tébessa. — Le B, avec deux parties circulaires séparées l'une de l'autre, se voit à Artonne en 546 ou en 606. — Le D cursif est fréquent au vr siècle, où on le signale à Vichy, en 530, à Artonne, à Hevel-Tourdan. — Le E carré et le € lunaire existent simultanément à Rome en 374, et le deuxième à Narbonne en 527, à Artonne et ailleurs. — Le O carré ou © losangé est fréquent vers 585, 628, 643 ou 690 et associé à l'O circulaire. — Le Q de la première ligne diffère fort de celui de la quatrième qu'on retrouve à Mérida. — Le 5 de la dernière ligne peut être une lettre, mais il y a des signes de ponctuation qui affectent cette forme.

Le cognomen Flaviana ne se rencontre pas en Gaule, mais on le signale à Los Colos, Portugal, sur une inscription datée de 570 qui offre des ligatures et des lettres inscrites ; la formule Aic requiescit est fréquente entre la seconde moitié du v* siècle et le vi : enfin les mots bonæ memoriæ appartiennent à la même période, de 473 à 6891. En somme, l'inscription de Flaviana, trouvée prés d'Angers, appartient à une période comprise entre le ve et le vir siècle.


MEMORIA — MÉNAS (SAINT)

Moyen Age conservée à Angers, dans Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1928, p. 248-251.

V. MEMORIUM, — Au mois d'octobre 1904, on trouva à Salonique une plaque de marbre blanc mesurant 0 m. 40 en hauteur et 0 m. 25 en largeur (fig. 7943). C'est une épitaphe tracée à la mémoire d'un fidèle appelé :

Domesttcus positus acd do(mnum) Joan(ren) dat sol(idos) Ires el semis pro memorium.

Il ne semble pas qu'il s'agisse ici d'un fonctionnaire, de ceux qu'on appelait domestici (voir Dictionn., t. IV, | col. 1374-1382), mais d'un individu affublé de ce nom ; il avait acheté sa tombe, comme c'était la coutume, au fossoyeur (voir Dictionn., t. v, col. 2065- — 2092) et l'avait payée trois sous et demi ; il est vrai | qu'il avait eu la prétention de reposer à côté d’un saint : ad domnum Joannem, comme nous avons vu à | home : ad domnum Sinérotem. Domnus ou dominus, — ainsi employé, a la signification de martyr. Qui était ce martyr Jean ? La ville de Thessalonique a compté beaucoup de martyrs parmi lesquels on en rencontre deux ayant porté le nom de Jean. Cette même inscription nous fait lire le mot memorium qu'on ne rencontre guère que dans l'épigraphie de la Macédoine, en sorte qu'il est permis de supposer que les très rares épitaphes macédoniennes où on voit ce mot, par exemple : à Corinthe et à Rome, sont des épitaphes de gens originaires de la Macédoine.

L'endroit d'où provient l'épitaphe de Domesticus ne peut plus être fouillé désormais ; elle a été découverte dans les travaux de construction du nouvel hôpital municipal pour lequel tout le terrain a été bouleversé. | Nous trouvons encore ce mot sur une épitaphe chrétienne de Salonique, de la nécropole de Cheikh-Soû :


TINA

2, « A0Xnotc x05 &yíou xxi eyahoutpTupoc 10D Wesce Mnvä uaptrueñoavroc èv và Koruxio, dans le manuscrit de Paris, gr. 1579, fol. 346-355, édition de K. Krumbacher, Miscellen zu Romanos, dans | Abhandlungen der philosophisch-philologischen Klasse | der kónigl. bayer. Akad. der Wissenschaften, Munich, | 264 r. ; 1319, p. 346-355 | fol. 71-75 ; Smyrn., A 4, n. 43 ; Vallicell., C 34, fol. 113 r.

Pour raison de briéveté, ces textes seront cités, - dans le travail qui va suivre, par les désignations : m.1,n.2, n. 3 ; chacun d'eux se trouve représenté dans les manuscrits suivants, catalogués par R. Miedema *, - 114 r.-120 r. ; Mosquens., 361, fol. 123 v. sq. ; 362, E fol. 114 sq. ; 363, fol. 93 v. sq. ; 267, fol. 237 sq. ; Paris., 635, n. 4, fol. 133 v.-140 v. ; 1020, n. 12, fol. 140 v.- 146 v. ; 1481, n. 10, fol. 99 v.-104 v. ; 1452, n. 7, fol. 44 r.-47 r. ; 1457, n. 10, fol. 127 r.-134 r. ; 1502, n. 1, fol. 1 (fragm.) ; 1522, n. 10, fol. 149 v.-157 v. ; 1533, n. 2, fol. 15 r.-18 v. ; 1541, n. 14, fol. 181 r.-187 v.

S. Basile, Homil. in Gordium. 2. Eyxorerkeyuévos ó& otpætelx érupavet, ce | 1 Sat cipio OV pyh roreuÜ von, xoi Gajuxroc E bop xal pozis vpili Tolg oteutiwrixoic ÉUTPÉTEV.

È nel dé ó VÓTE TÜPAVVOG TÒ mxpòv xai AVE OY TAC ANEUYUATE SE Tv FAVTAOÙ xal E T TAOTO xaT Taxy čyopàv.. ph mpooxuvetoÜx. Xptocóvy, 3 Oévaerov elver Thv Enix Tolg TpocxuvoUcu xal -ompócroynux fy UITOMUITELV elðmAots TOUTES.... 7| - z0bc p metÜouévouc TOYE kvüjxecca. mxpe8Ldou mida xal TATÉENX vióc KATELTVUEV.


MÉNAS (SAINT) Orient. 2. Occi- | B. 21, fol. 115 r.-121 r. ; Vatic., | fol. 263 v.-266 v. ; G 63 sup., fol. 8 r.-12r 326 1552, n. 10, fol. 118 r.- 29, 38, 56, 38 ; Vallicell, græc., 804, n. 10, fol. 110 r.- 114 v. ; 810, n. 10, fol. 97 v.-102 v. : 811, n. 11, fol, 124 r.-130 r. ; 1190, n. 75, fol. 624 r.-626 v. : 1708, n. 8, fol. 99 r.-105 r. : 2037, n. 10, fol. 113 v.-140 r. : Ottobon., 411, n. 9, fol. 210 r.-279 v. ; 427, n. 10, fol. 90 r.- 95 r. ; 429, n. 10, fol. 102 v. -107 x : »Venet. Marc., 361, n. 10, fol. 117 r.-122 v. : 361, n. 9, fol. 84 v.- 89 r. ; 084, n. 10, fol. 129 r.-135 v. ; VII, 1, n. 11, fol. 135 v.-140 v. : VII, 53, n. 6, fol. 41 r.-44 v. ; Basil., A ITI, 16, fol. 111-114 ; Lond., græc., 36, 236, fol. 81 v.-86 v.

2 : Ambros., 1549, n. 9, fol. 44 v.-48 r. ; 124 r. ; Thessalonic., C 95. sup., fol. 15 v.-22 v. ; D 92 sup.,. ; Barberin., fol. 43 ; Con917, fol. 46 r.-47 v. (mutil.) ; Berolin., | volut. FI, fol. 1 r.-4r. (fragment) ; Chisianus, RVI, 39, |« fol. 132 r.-136 r.

: RVIT, 81, fol. 57 r.-62 v. ; Hierosol. Sab., 226 ; Messan., 59, fol. 10 r.-15 r. ; Oxon. Barocc., 147, fol. 229 r. -234 r. ; Oxon. Laud., 68, fol. 174 v.- 178 r. ; Paris., 1454, fol. 158 r.-162 r. ; 146$, fol. 260 v.- ; Querin, (Brixiensis), À III, 5, $. Ambros., F 103, fol. 148 v.-157 r.*

Ges récits procèdent, indépendamment les uns des autres, d'un texte primitif dont 1 est le témoin le plus rapproché ; ils nous ramenent tous à l'histoire de saint Gordius qui inspira à saint Basile une de ses meilleures homélies *. Non seulement Ie thème est analogue entre | les deux légen des, mais les détails également. Au reste, « légende » est peut-étre trop dire en ce qui concerne Gordius, puisqu'à l'épo que oü saint Basile préchait son homélie des témoins oculaires du martyre vivaient encore à Césarée : ££e86roe Thv oovhv éxelvnv ð udpruc, hs u£ypt 700 vOv eloi tivec ol &xoboavrec ».

Plusieurs passages parallé les entre 1 et cette homélie ont été relevés par M. P. Franchi de Cavalieri 5, les voici :

Ib. Yeu TX XOT TEGUV ÉDOLTX cT, OLXOULLÉVTIY, TÒ GcebEc yürtüv (Toy Goat Ec) OLXXEAEUÓLLEVO. cébety Ophoxevua, Üdværóv Tte THY Cauiav dpiCovror Toig wh Toig Ury Üsomiouaxct retüoevole.

Ib. Écrevoywpeiro T4 do] tco figu TÉL Tanie TV xa Ex&acny Üngeuouévev, Épnpot TV obenrógov ot TOTE TOY Olx(V cdOnvoüvrec Édetkvuvro, « xL épnpia TÉ TANUEL vGv œeuvüvrev elg TOÂAELC YENLNTE... pogecG ÉVETOÉTOVTO VOHLOL, TATOÙS £v niðu TOUOLOOVTOG... ulo dE TATED.

S. Basile, Homil. in Gordium, -üe 6£ Tic VOE xaterAnger vOv Blov... xaTT)petx Ortvf GOTEO TIG VEDÉAN, và TAYTA HATELYEV« TEAN- ^xvvo uiv oi ToU Oslov Oepareurai. Oxiovec dE xareyópeuov, xviccauc xal LOL và navt XALCHLXLVOVTEG.


TÓTE Ó yevvatoc o0tog Thv éx vOv ÔLXXOTV 2. TÒ Tüv xparobvreov dxoucac docbèc mpoocarnyuux, plv évéyrns, luc Thy Covnv, orepoptoc Tiv... poc Thy roc Éovnv kou v, omeoóprov Éxoróy très Baucrkvac xal kuÜpomo : d6Xroug Éonuiaic Xm&- £y puo TOTOLG xxvíorrnos, Thv petrà Tov Ünplo : Ôpapye, Tûv meta TOV Onplov BLov « fj rrpoc robc » uov Ts petk vOv AohartpoŬvtag xotvwviyg Tiuepaepov Trrrodevoc. mposAÓnsvoc. 3..ExtnrGv v0w Oebv, Écoc sle Toy mepuróUnrow, Oc vi Ib...« x« i thv Wozy qocrtcÜzie xxi Ta —- HBeiv dvipome Gedy Buvaczóv... 3. xaÜxpsócow Tx Ths sbosbslac Maru &roxxXw bsec uonüsic... Gta, xxÜxpsócv Tabs xal mpå ys Tévrov | Thv xapôlov xexaÜaouévoc.. elde ôr gmroxahúypswv, isay TA puorhpta... | xicÜóuevoc écurob lus youvaolévroc… raig vyotevir ^ Ib. wnorelarc SE xal dypurvlac xal thi vov Deloy latc, Taie dypumwiatc... THL OLNVEMEL xal dxaucctot Aoylov £mikeAel uehérn…. fuépxv puueAévnt TOv Xoyiov To Ilvebuaroc, rnpñouc THY Atéas xa’ T » mx&cx 1$ Koruaéwv mó SnuaorsX ^uépxv vxor, £v AL avoue m&cx f) TÖMG... éopthy Oc yevéðov »yzw ÉTNLXÔY TE ouvexpoTeito xo Tes Jéatoov, dycvx irrixdy Decévr &rel ov Béxrpov : érzi mévtaæ vov OTjuov &vwlev eye Üedievov, zc ó Soc &wo auvelkexto, ox 'louóutoz driv, oy éx nævrtòg YVévous ouvelkeyuévoy, 'lousxicov te xal « Env x« t Xororiav@v ôt rATÜoc oùx dAlyov œürois “Eve, oxbros 0€ xxi Xpioriavov, xxl mávrsG M CUVAVEDÜPETO... xxl TAVTES Non mpoc THY DEav The 7197 mods thy vOv Troy GujiXx » 6Xotg upaso — Tv rreov uang Nagy GUVTETALLÉVOL. EVNTÉVLÉ ov. | ^r. rôte 84] ó yevvxioc Exsivog... Éx TOv piov niwaviii TV ËV volg Üpeci OLUTOLONV, XXTELGL mpg zubXc cit ÜekTopot..., Tadg TÒ otéôtov meprxonuévous TH » TóMv, xal ué£coc roD Üzxrpoon Yevóusvog mávtag - mupxopxpovw, sig TÒ |iÉcov HATÉOT.. xxi oro TE TOLG Tepl To GTXÓLOV ÉyovrXG napedy xal TÔT - ARTONTOS HV... Gote v Teplomvel vo0 extpou yevó- &mibXc ueteopcr…., Ééeoonoev Ebpélnv tots čut un - uevoc... éÉebonos…. Eúpéðnv tots &u& uh Cnrodaiv…. Gerxvbc Stk vodtov (c OÙ mpg ÉVAYANV, - Anav Sut tovtov ötme ob mzpóc dvEyxnv Tn... QARK ÉDEAOVTHS xe mpóc XyOvwxc ÉTOÏUOALEVOS. dak Éxouclog ÉméíOcxcv ÉXUTOV TOL dw. | | xaÜ7usvov x« l cv dvovov ÜexThy xabLorépevoy. zéng uiv oby rpaelot xxl Tjuépex. povit tic xai xóUsv xI Ib. 5c... pala... povi xal Tjuépot vic xxt 60v sir atezuvÜdvero, toc 8& elne thv rmaurplôx, Tò évoc, etr, GueuvÜaveco' à 8E zxTplóx xal yévog ddTiy TE zò clàog ToU éEléueroc év Ot Tiv, thy œiriav Tic Grpxrzlav xal cóv Tic quls Tpónov... elmey 6 purs... IUXPTUG......TOUTOLG Tolg AOYoug TOV Öuuöv vo0 Xoyovroc Gg TèE xı —.ToUTo... els pavigv œÜTov ETTE. dyupaee ac... i


ENLTUY'1 !G.

obs e000g aócóv veocoxyh mpg Tv paxapiav Con pera masr.


MÉNAS (SAINT)


IV

328 S. Ménas, Passio, Anon.

Ib. xxi voE Baix to mxvróg xcttoxéoxgto, TOV micTów TavrayO0ev iAxovopévwow... alor TE xal xvloxic Tv Üuctov xxi adro 813 ; To &époc puoAuvof LÉVOU. dvexauitero.

L'hymne de Romanos a gardé plus d'une trace du texte primitif perdu ; mais le soupcon que le Métaphraste — dont le Recueil comprenait 1 — aurait, lui aussi, puisé dans l'homélie de saint Basile, ne repose sur rien. En somme 1,2, 3 et Homanog dérivent d'une due, mais dont les linéaments princip aux nous sont bien connus et méme la plupart des détails. Ce qu'il faut avant tout retenir, c'est qu'elle appartient à la catégorie des adaptations, ou plus clairement des pla7 l « facon indépendante d'une Passion aujour d'hui per- | giats. L'hagiographe, à court de matéri aux, s'est emparé du panégyri que de saint Gordius par saint Basile !, et a mis sur le compte de saint Ménas, ainsi que Tillemont l'avait déjà remarqué , l'histoire, pourtant si caractéristi que, du martyr cappadocien ?. » : Quant à la disposition 1, Z, 3, elle ne suppose pas nécessairement l'ordre chronologi que ; 2 peut être antérieur à Métaphraste, tout en s'écartant davantage de l'original sur lequel les deux rédacteurs ont opéré , :

Si on rapproche l'homélie de saint Basile et l'hymne de Romanos, on constate que celui-ci s'écarte moins de son modèle que ne fait 1, ainsi dans la strophe p'2 | grpxtod OE... MUTAAUYOLS &pmpémov xal &vOpsieg sÙ- - mpólupoc, | Eye... xpazto zov THV rxAauav, noter l'expression cTpxcro0 £urpézov = Basil. oTpa1 FLWTLXOLS xo rxAOYotc Eumpérowv et l'adverbe dvôpelec - qui rappelle &vêpiar de Basile. Dans l'homélie, n. 11, — autre coïncidence avec sfr. 8'3, toc 8& uh reloué- VOUS... Tti psioÜa. xekedouev. Dans hom. II et str.

T €'8, elÀxev yovetc TÒ Téxvov xal ulóc TOV muTÉpx Tpse'3, M* riv. d'autres coïnciden ces avec l'homélie de Basile qui. 818oo, verbe qu'on retrouve dans Basile, tandis que - dans 1, il est changé en xgo&iSóvroc. Dans hom. IV - et sir. £'1, »Anavta è 160v épa furv xxnvoc Eulave täy Üuctivy | xxl xvicx è rAsiorov uuäreov. Dans hom. V et str. £'4, &AN obroc 6 aveppoc... ||. EXPLVEV petà Ünptüv 7) uer &ÜEcv olxetv : | v iphu - doit ! &yeydpet navt% blbac, et aussi dans str. c'3... L6 ppruc... bmspóptocg créycw. Dans hom. VH et sfr. - 64, y yuuvdGov &xocóv taig dyponvotc ueAEcotc | xov LÉAROV Trpo voy... vnotelatc oor yrov, et dans X'i... v yàp huipa T YeveOXtoc... | xxl cXvvec Exzpeyov ol 9T)uot...]... poc Tv éxv. Dans hom. VIII et sir. 0'1, ó udpTtug TéT... | £x L TOV &YpOv dxexxré6r TG ÜEkTpot xal mkvrxc Troc byhouc rapéôpauev : | nécov 8$ Eyxacéoca... |... caca : &mectatéot Tor led= Basil. rapa8pauov &£yxxréoTy = Basil. xatéotn ;

- man que dans An.) Dans hom. IX et str. v'1... e505c MevéoTpelzw sig éxuróv | vog m&vrxg x rc ewT plac... |...3j40&v Boh cuuuync |.. 00v Sy Xtov... | et str. - wx'1, Trxepopár Aovxóv ó &cyov cv terpamóðuv 6 på- « pog eixe. - mås Axóc Loc Éciynoe | xxl x0XGv ctorovyDans hom. X et sir. wx'6, 8tXx S£ Tw Tov... Dans hom. XI et str. (8/2, Asyéro tig xal Tólv qu. Dans hom. XIII et w'5...xXfj0oc yonudTtov dwpobpor cov | £x BxctA£ov msio Thy tuhy mepurorfgouwe orot... Dans hom. XVI et sir. x'2, roocräoyovteg OÙ plor Tepirrboceclal rob-ov Écrobôxtov, et str. c7 couAirms. Enfin Romanos offre manquent dans 1 et se retrouvent dans 3. Ainsi la. forme adoptée par saint Basile &6drovs éonuixc reparait dans Romanos épuer à6xror (e'6) et dans 3, Tómouc Éphuous x« l à6kcrouc (c. 5). De méme hom. 1F, — TAY Ëvotgotv T00 dyBoóc inspire 3 (c. 13) et Romanos.

De méme encore quelques particularités, notées par Basile sur les vétements changés parle martyr, ont leur. place dans 3 et dans Romanos, tandis que 1 les passe. sous silence. Dernier rapprochement entre l'homélie : — àvi &rnyptouévos Thv óquw OX Tv ypovlaw £v roïc peot dlartav, « byunoëv Éycov Thy xepainy, Bale Thv O OTA, hv oiite DumrGw, muy Tå cour... olc rüoiv évérperé ctc dote et str. V'3, Tiv yàp - Tf Über TÔT Tévu ypLwuévoc, rerAnouévoc 8E ydptT TOG, THY xum oy uwrpoc xal Éurov thv tolta, | cou. eularité de l'homélie suivie fidèlement par Romanos

329 MÉNAS

(SAINT) 330

Romanos s'est, en général, tenu plus près de l'homélie que 1 et 3. Ses emprunts portent parfois sur de simples détails, comme celui-ci : hom. : Bon cuuuryre..TigO...vàv... elg vov Hat’ AUTOD góvov 16v ÕLXXOTHY rxgopp.cvrcav, et sir. v6 : Bor, aotuere | té Oy Xv xe£xpmyórow Alpe roürov. Romanos place le procès, non pas le lendemain, comme la passion, mais sur l'heure même, au prétoire, où les spectateurs du cirque se transportent en foule. De même, dans l'homélie, le martyr Gordius est jugé et condamné le jour même de son arrestation au théâtre ; toutefois, l'interrogatoire a lieu dans le cirque et non au tribunal. Saint Basile décrit la marche du martyr jusqu'au lieu de l'exécution : ueréOatve dE vv TÒ Ü£ox pov Ti TOv TÓTOV TOTOY, et Romanos sfr. 1ô'2 sq., érogebeto o9v xal &£üpoXet To Béarpov xxi 0dp6oc Tj » l8etv xo ctóvcac vobc Gy Xouc | morxpouc...|puevxppuévrxc ouoÜuuaddv sig T6 zpxizcoptov. La comparaison des fleuves, celle des athlètes (hom. 111 = sir. ;'1-2), la description de la foule mêlée du théâtre (hom. 111 = sir. Ê'2) sont d'évidentes réminiscences, sinon des emprunts. C'est bien un emprunt à hom. IV, cz 9 o9v &vvooÜr 6cctc éotiv que ce passage de sir. 1'6 &c yobv Evveo0r tis obros écciv. De même sir. tx'1 : * YzgeocpóUn XAourzóv 6 eYov...|« puxvov +00 luavrodérov tT ónÓTpoyx aûgpata elc paty vivouro : | « v ÉAuThouwv nioa T] ÉuTetpix tôote sic oùdév ÉAoyllero est une réminiscence de hom. 1 V, rxpa goa uev Vremot, rapootinouv SE Muioyov 7| dE vv &puxcov Ééridetétc dógpoc ukratoc Tv. Dans les paroles de saint Ménas, str. 1c'3, xot xotvov TÒ Üvioxsuw uhobw éroxyuarelrTws Üre !séAle TÖV Ü&warow | évtéAAyux xaÂdy ocuupuuvite xspoóxvo, koty £x Tto Üœvetv, on reconnaît sans peine celles de saint Gordius, hom. FITI : nel oov el révros drolaviiv, Tv Aor éautoic Otx TOU Üxvkroon TpoyuaTeucaue.

Üsvro v iepoig süxTrplotg — v olxotg reptxæ EL &néüécrn — £v lepoic nooceuxrnplouc — £v lepots powornolouc — oogoic xeptxaAASou » dréfevro, elc. Toutes ces formules se rencontrent dans des manuscrits du texte 2 . Mais d'après d'autres, ces hommes pieux déposèrent le corps dans un cercueil, et comme le saint avait demandé, avant de mourir, d'être ramené dans 331 MÉNAS son pays, on déféra à son désir : mpò roo de cEAetc)UT ;- VOL oO TÓV AS tocey TOÙC deos ó HAHAQUOS Eva TÒ cux « 0700 metevey 07] elc cx lta, 6 OT) xal yéyovev . Même version dans le texte 1 : dAlye Derepov zpóc Thy &OTOD muTplóx &wexouloxvro, xxÜcc œbrotc rpó Ti ; TEAELOGECG 6 pépruc Éréaxnde to Xetoroù, et dans 3 *. i Il existe quatre textes latins de la passion, publiés II. Inc. : In Scithia metropoli Phrygiæ salutaris passio sancti Mennæ martyris. Qui persecutione Diocleliani el Maximiani cum esset mi les, etc. (Edit. Aloysius Lipomanus, episc. Veronensis, Vilarum sanctorum antiquorum patrum numero ducentorum septuaginta, t. 1v, | 1554, p. 219 v.) III. Inc. : Cum beatus Mennas mi les ex nobile pro- | genie egypti ad praeceptum dyocleciani in civitate cychia melropoli Frigiæ multos ad sacrificia ydolorum concurre videret, etc. (Ms. Berol. theol. lat., 39, fol. 356 v.- | imperatorum post decessum Numesiani cesaris, qui anie | eum imperium tenebat ; quod actum est illis temporibus | Ces textes sont ainsi représentés dans les manusI. Hagensis, L 29, fol. 292 r.-293 v. ; Vaticanus, 1192, fol. 56 v.-58 r. ; 5771, fol. 357 r.-358 v. ; 6074, fol. 219 r.-221 v. : 6076, fol. 86 v.-88 v. ; Palatinus, 446, fol. 135 r.-136 v. : 850, fol, 61 r.-62 v. : Vallicell., 7, Tol. 322 v.-324 v. ; XIX, fol. 150 v.-153 v. : S. Petri in Vaticano, A 5, fol. 103 v.-107 v. ; Lateranus, À 41, fol. 178 v.-180 r. : Berol. theol., lat., fol. 267, fol. 172 r-174 r. ; Berol. phill., lai., 1374, fol. 182 v.-184 v., Strozzian, IV, fol. 65 v.-66 v., Florent. Ecc les., CXXXVI, fol. 220 r.-221 r. ; Londin. Harleian., 2502, fol. 129 r.-130 r. ; Leodiensis, 58, n. 37, fol. 107 v.- 109 v. ; Neapol., VIII, B 2, fol. 198 v.-200 v. ; Neapol., XV, A, A, 14, fol. 88 v.-890 v. ; Neapol, III, F 9, fol. 109 r.- 112 r. ; Neapol., XV P A, 14, ied 78 v.- 82 v. ; Carnotensis, 144, fol. 250 r.-252 r. ; Namurcensis, 75, fol. 2 r.


LIT. Berol. theol., lat., 39, fol. 356 v.-357 r.


IV. Vatic., Borghes., lat. 267, fol. 212 v.-214 r.

Ce texte contient un | « On lit dans |

(SAINT)

332 en quoy vous verrez, dit-il, la gloire de J.-C. » Tillemont n'indique point sa source et E. Le Blant a cherché en vain le manuscrit dont le folio 427 contenait cet épisode ; néanmoins d'autres manuscrits le lui ont donné : Cum que hzc complesset, dixit | Menas] lurbis : Cum decollatus, fuero, tollentes corpus meum camelo imponite et dimitlite eum ila ut nullus praecedat ;

| tunc que videbitis gratiam Domini nostri Jesu Ghristi | quum ipse dedu cet eum ad locum ubi volueril requiescere servum suum. In loco autem in quo decubuerit corpus meum tradite sepulture. Cum que loquendi finem fecisset, fleclens genua paravit cervicem et decollatus accepit | eoronam inler agmina angelorum ac martyrum. Et sic intravit in conspectu Domini nostri Jesu Christi, sub die fertia idus novembris. Cum ergo defunctus fuisset et divina virtute trophæum fidei suæ meruisset, involventes christiani corpus ejus vestibus preciosis imposuerunt camelo et dimiserunt eum sicut ipse praeceperat, Camelus autem ambulabat per montem, precedente Angelo Domini, et in eo loco in quo Deus voluit decubuit. Qui autem sequebantur. eum ftollentes corpus ejus ibidem po-. suerunt. Postea vero dignam meritis ejus basilicam condiderunt, in qua multas virtutes operatur Dominus ad laudem nominis sui, us que in presentem diem *. On — remarquera que l'arrêt du chameau n'est pas spécifié, : ni la mention topographique d'une basilique. | M. R. Miedema a encore catalogué quelques manuscrits orientaux relatifs à saint Ménas.

333 MÉNAS

parsemé permettent de rapporter à saint Ménas, cf.

La passion éthiopienne reproduit l'histoire de Gordius jusqu'au martyre, mais avec cette modification : Ménas serait originaire de Quetwa, en Égypte ; ce nom est nouveau, ne s'applique à aucune ville égyptienne et n'est qu'une déformation de CoLyée en Phrygie où, d'après les textes grecs, Ménas se rendit avec son corps d'armée. La passion éthiopienne imagine que les parents de Ménas vont habiter la Phrygie et c'est là que le saint vient au monde.

L'histoire des reliques présente la forme particulière que voici : préfet Atnasis, commandant des troupes, voulut emmener le corps de saint Ménas avec lui pour qu'il lui fût un secours et une protection. Ayant ouvert la porte de l'endroit où se trouvait le corps du saint, une grande lumière l'éblouit, mais il cacha le corps aux habitants pour qu'ils ne l'empéchassent pas de l'enlever, et le fit porter sur une barque et partit. Lors que les troupes arrivèrent sur la mer, entre la Phrygie et Alexandrie, des animaux horribles se montrèrent à eux du fond de la mer. Leur cou était haut et long, avec une tête comme celle des chameaux, ils allongeaient le cou vers la barque pour enlever ceux qui s'y trouvaient, quand des traits de feu s'échappèrent du corps de saint Ménas vers leurs têtes, et ils s'enfuirent et plongèrent dans la mer. Ils revinrent ensuite, mais de nouveau les traits de feu les chassèrent. v Alors, tous ceux qui se trouvaient dans la barque, remplis d'admiration, crurent en Dieu et, après s'être prosternés devant le saint, ils reprirent leur marche, glorifiant et célébrant le martyr Ménas de ce qu'ils avaient été préservés par son corps. Cinq jours après, ils arrivèrent à Alexandrie. Ils en repartirent ayant avec eux le corps de saint Ménas et montèrent en barque d'Alexandrie jusqu'au littoral de Mariout. Ils se battirent là avec les habitants, invoquèrent saint Ménas et son corps, vainquirent les barbares, les exterminèrent par son intercession, jusqu'à leur arrivée à Mesten, dans le territoire de Mariout.

« Quand le préfet voulut retourner en Phrygie, il

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334 voulut emmener avec lui le corps de saint Ménas. TI le fit mettre sur un chameau, mais le chameau ne put jamais se mouvoir. On le transporta sur un autre chameau, celui-ci ne put pas remuer : on le fit monter sur tous les autres chameaux qu'il y avait et il ne s'en trouva pas un qui pût le soulever, « Altristé, le préfet Atnasis reconnut que cela venait de Dieu et il laissa le corps en cet endroit. Il fit sculpter sur bois l'image de saint Ménas martyr, sous la figure qu'on lui connaissait comme soldat, avec l'image des bêtes qui ressemblaient aux chameaux en adoration à ses pieds. Il déposa cette image sur le corps de saint Ménas pour obtenir son intercession et l'emporta avec lui pour qu'elle lui fût un salut et une sauvegarde sur la mer et dans la guerre. Il fit faire pour le corps du saint une châsse en bois de sag imputrescible et incorruptible, et il l'ensevelit en ce lieu, puis retourna dans son pays avec ses troupes. » A la suite de ces textes martyrologiques, nous devons mentionner les notices contenues dans les martyrologes.

Le martyrologe syriaque de Wright mentionne au 23 juin (juillet) £v Axoôtxeix Mnväc t ; mais le syriaque est moins formel, il donne : Mnios, et le martyrologe hiéronymien traduit, de son côté : In Lauditia Phrygiæ Minisei (Bern.) et in Frigia Mænisi (Ept.). Aucun autre document ne parle d'un saint honoré à Laodicée sous ce nom ou sous un nom analogue. Nous n'oserions donc affirmer qu'il soit question ici d'un saint Ménas . » Le même martyrologe syriaque donne au 12 juin (juillet) cette indication : ...os Mnaos que le martyrologe hiéronymien représente, au 13 juillet, sous cette forme : Menei presbiteri (Bern., Ept.) et au 14 : Menest (Bern., Ept.). « Ces noms semblent devoir se placer sous la rubrique topographique in Alerandria. Si on pouvait l'affirmer avec certitude, on aurait quelque raison de pencher pour la transcription M »jvxc, Ménas appartenant à l'onomastique égyptienne. Mais ce qui donne plus de poids à la conjecture, c'est la présence du nom de Ménas dans les synaxaires grecs précisément au 13 juillet, dans un groupe malheureusement inconnu et dépourvu de toute attache locale : Tob &YyLou ' Av8péon to cvpxctuo cou, 'HoaxAsetou, Dooccou, Mny xxi cf ; curoÓlag « ötv. La coïncidence n'est pas à négliger ; mais voilà en tout cas un saint Ménas sur lequel nous sommes bien mal renseignés 5, » = Le martyrologe hiéronymien mentionne, au 11 novembre : Alexandria metropoli Miniatis (Bern.), in Alexandria sancti Minatis (Ept.). C'est, en effet, le 11 novembre qu'on fêtait le grand patron de l'Égypte, au témoignage de Léonce de Naplouse . Et c'est le : même martyr que désigne la chronique alexandrine, année 295 : »Erove gët« Te ele otpxvobz dur, fige 700 xuplou xal civ TÉOHEL LLÉVEV onov [Toooxou xat »AvouAALvou] Suxpvoenosv ó &Ytoc Mny&c £y Koruxete Pouyixc Zarovtepias 3000 Le”, mod y 1869 vosubplov ? Le martyrologe de Florus de Lyon contient, au 11 novembre, la notice suivante : ir id. nov. In Scythia, metropoli Phrygiæ Salutariæ, passio sancli Mennæ martyris : qui perseculione Diocletiani et Mazimiani, cum esset mi les, nobili genere ex Ægyptiorum provincia ortus, abrenuntians terrenæ mililiæ, primum cœlesti regi secrela conversatione in eremo militavit. Deinde, natalitiis præfatorum imperatorum, procedens ad publicum ac se christianum libera coram ipsis voce declarans, traditus est Pyrrho duci torquendus, a quo 335 MENAS primum diris verberibus est cæsus, ila ul plaleæ locus eius sanguine repleretur. Deinde in equuleo exungulatus el lampadibus igneis circa latera adustus, per tribulos et su des ferreos ligatis manibus ac pedibus fractus, plumbalis quo que collo et maxillis graviter contusus, novissime fixis in oratione genibus et Domino Jesu Christo gralias agens, gladio cæsus, el corpus ejus igni tradilum est ; quod furtim a christianis ereptum el aromatibus conditum, debila veneratione curatum est. Cette notice ne dérive certainement pas du texte latin publié par Mombritius, pas plus que de ceux publiés par R. Miedema, mais il se rapproche beaucoup plus du texte grec An., et H. Quentin + a pris soin de donner les passages de Ja Passion grec que qui correspondent au | texte du martyrologe de Florus ; il fait remarquer que l'indication topographique : In Scythia (ou Scicia) | metropoli n'est qu'une corruption de Cofyea ou Cotyeum. Le petit poème publié dans la Bibliotheca Casinensis * nom :

Hic martyr celebris fuerat tibi Consia civis.

Le martyrologe vetus ou parvum Romanum, au im id. nov. : ...In syria [in Scythia, var. | mennæ marlyris constantinopolim translati.

Le martyrologe d'Adon donne, au 11 novembre, un remaniement de la notice de saint Ménas, représentant une rédaction différente de celle de Mombritius. Voici cette notice dans laquelle H. Quentin ? a distingué les portions empruntées par Adon à ses prédécesseurs : Z17 id, nov, : — In Scythia metropoli Phrygiæ Salulariz, passio S. Mennæ martyris, qui persecutione Diocletiani e ! Maximiani, cum essel mi les nobile genere er Ægyptiorum provincia ortus, abrenuntians lerrenæ mililiz :, primum cœlesti regi secreta conversatione in eremo inilitavit. Deinde, natalitiis prefatorum imperalorum, procedens ad publicum, ac se christianum libera coram ipsis voce declarans, traditus est Pyrrho duci torquendus,- Qui jussit eum in carcerem includi, quamdiu imperatorum natalitia celebrarentur. Peracta igitur festivitate, ac sedente eo pro tribunali, jussit eum suis uüdspectibus præsentari, cui el dixil : Hesterna die, in fauste et temerarie, ausus est theatrum introire et vanissimis nescio quibus eloquiis prophanare, maxime cum de le asseratur nostræ fuisse mililiæ. Sacrifica diis ut omnia libi, quie per ignorantiam qgessisli, ignoscantur, el ad honorem pristinum reformeris. Ad hæc bealus Mennas cum respondisset : Ego hoc sæculi honore non delector, sed Christi Domini discipulus effici cupio, jubente duce extensus et nervis bubulis manibus ligatus, tamdiu a militibus virgis cæsus est, donec < sanguine ipsius plate : locus repleretur. Deinde in equuleo exungulalus el lampadibus circum latera adustus, > cilicioque plagæ a militibus fricalæ, et carbones ignis super eas impositi, < per tribulos quo que et su des ferreas, ligalis manibus ac pedibus, tractus, plumbatis eliam collo et maxillis graviter conlusus, = in laude et confessione omnipotentis Dei immobilis permansit. < Novissime = Pyrrhus dux sententiam ex tabella recilari praecepit : Mennatem ex milite omnium christianorum auctorem, nolentem acquiescere præceplis imperatorum, ne que volentem sacrificare diis, < gladio > animadverti pla cet, el < corpus ejus igni > comburi. < Furtim > ita que < d christianis > corpus ejus e medio ignis < ereptum esl, > el mundis linleaminibus = aromalibus que condilum, debila veneratione, > in cœmeterio, 111 id. novembris, < curatum est >. Cujus deinde sacrum corpus Constantinopolim translatum, civitate regia digno honore veneratur. donne également une forme corrompue de ce

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336 Dans tous ces textes, il s'agit de saint Ménas l'Égyptien, martyrisé en Phrygie. Son homonyme de Libye ne parait pas avoir eu de place dans la littérature occidentale ; du moins on n'en signale pas de Passion latine et, s’il est entré au martyrologe romain, c'est par la voie du ménologe utilisé par les reviseurs de Grégoire XIII . tenant l'encens que l'empereur ordonne à l'accusé d'offrir aux dieux. La scène semble se passer dans le prætlorium, autant que permet d'en juger une courtine qui remplit le cadre de la porte. La deuxième scène nous rend témoins du supplice en présence de l'empereur, et ce trait est d'accord avec la notice du ménologe, au 10 décembre. Le culte rendu au saint nous le montre, toujours sur cette méme pyxide, sous une sorte de dais ou de ciborium et flanqué de deux cha- - me aux accroupis ; quatre pélerins s'approchent, dont trois font le geste de l'aeclamation. L'origine égyptienne de ce précieux coffret et sa haute antiquité (car on ne peut le faire descendre plus bas que le vr siécle) sont des raisons suffisantes de nous faire croire qu'on a figuré ici une scéne analogue à celles qui se présentaient cha que Jour dans le sanctuaire, des groupes de fidèles, séparés suivant le sexe, offrant leurs prières devant la statue qui se dressait à l'extrémité dans la basili que. La pyxide nous offre un détail qui semble être en conformité avec ce que nous apprennent quelques paroles de saint Sophrone au var siècle. Du côté par où les femmes accèdent au sanctuaire ou au marlyrium, nous voyons se dessiner le cadre d'une porte n'ayant rien de monumental ; c'est probablement la porte d'une habitation privée ; or, voici ce que nous lisons dans le récit de saint Sophrone : Tò Mnvä 700 HAPTUPOS TÉLLEVOC, KAL TÒ npo TO. TÉLLEVOG E eise TANE Abong d xaÜeo cns geuoyua. À olxfyvop ó &Yytoc xal xxi mod tic 0mép XpiocoU paxpruplac ÉTUYY xvev *. « L'église de saint Ménas, et ce qui est aujourd'hui son église était jadis sa propre maison, est l'orgueil de la Libye tout entière, dont le saint était au nombre des habitants avant qu'il n'eût à confesser le Christ.

Maison et sanctuaire avaient si complètement disparu que le souvenir de leur emplacement n'existait même plus. On ignorait jusqu'à l'endroit du désert de Libye qui avait possédé le culte du thaumaturge. On savait, un peu vaguement, d'après les témoignages des chroniqueurs coptes et arabes, que la ville de saint Ménas était située au carrefour des routes suivies par les caravanes qui se rendaient d'Alexandrie vers la Cyrénaïque et de la moyenne Égypte vers l'Afrique du Nord-Ouest, Nous verrons plus loin que la ville et le sanctuaire ont été identifiés avec les ruines rencontrées dans une contrée déserte et aride de la Maréole, au lieudit Karm Abu Mina, situé à mi-chemin entre Alexandrie et le Ouadi Natron et sur la route de Terraneh à Barka.

Il existe sur le sanctuaire de saint Ménas un recueil = ^t eu 337 autrefcis attribué à Timolhée Élure !', dont les années d'épiscopat furent contemporaines du grand développement du culte de saint Ménas. La notoriété de son “pèlerinage est attestée non seulement par ce recueil, mais par d'autres témoignages . Les habitants d'Alexandrie s'y rendaient par la route du lac Mareolis, et le moine Épiphane, qui écrivait au xr^ siècle, affirme que le sanctuaire était situé à treize kilomètres environ de la ville : xxi moûc 3001 tio ' (c dO pilov Evvéx, xetrxt ó dyloc Mri ?. Treize kilomètres, par rapport à une ville très importante, c'est presque la banlieue, ainsi on s'explique que le martyrologe hiéronymien rattache Saint-Ménas à la ville d'Alexandrie : Alexandria metropoli Sci M inatis . Florentini a distingué deux martyrs du nom de Ménas etle Minatis du martyrologe est bien l'Égyptien dont on célébre la fête le 11 novembre. La proximité d'Alexandrie ressort encore d'une ampoule dont une face porte l'image de saint Ménas et l'autre le monogramme de l'évêque Pierre d'Alexandrie (voir Dictionn., t. x, col. 1111, fig. 269). Peut-être la fiole contenait-elle de l'huile des deux sanctuaires de Ménas et de Pierre ; quoi qu'il en soit, le rapprochement de leurs noms n'est pas fortuit, car le moine Épiphane mentionne, dans la description de son pèlerinage aux martyria les plus illustres d'Alexandrie, le tombeau de saint Ménas aussitôt après celui de saint Pierre d'Alexandrie : ô &ytog IIérgog TÒ thog 76v pxpropov xxl Toùc ĝuo Tic 'AXszxvópsixc, cc Go Évuéæ xeito ó Xytoc Mac 7.

Un géographe arabe nous a conservé d'uti les indications sur le sanctuaire de saint Ménas : « On arrive, dit-il, à Mina, qui comprend trois villes abandonnées situées au milieu d'un désert de sable, mais dont les édifices sont encore debout. Les Arabes viennent souvent s'y mettre en embuscade pour surprendre les voyageurs. On y voit des palais élevés et bien bâtis renfermés dans une même enceinte ; quelques-uns sont habités par des moines. Delà, on arrive à l'église de Saint-Mina, qui est un vaste bâtiment décoré de statues et de peintures de la plus grande beauté. Des cierges y brûlent jour et nuit sans aucune interruption. A l'extrémité de l'édifice, on voit un grand tombeau et deux chameaux de marbre, sur lesquels un homme est debout, les pieds appuyés sur les deux animaux. Cette figure, qui est également de marbre, représente, dit-on, saint Mina 5. »


MÉNAS (SAINT)

348 sont que des variantes et l'essentiel se retrouve : un homme debout, nu-tête, les bras levés, vêtu de la tunique et de la chlamyde entre deux chameaux couchés qui, ou bien relèvent le col, ou bien l'étendent sur le sol. On peut considérer que le thème iconographique de saint Ménas est ainsi fixé. Ceux-ci, nous citerons la fig. 452 où saint Ménas est rapproché de sainte Thécle, ce que nous retrouvons sur une autre ampoule (voir Dictionnaire, au mot THÈCLE). Enfin, nous mentionnons à titre de curiosité un graffite dans la Grande Oasis au sud du Gébel el Teir : il figure saint Ménas debout, en prière (fig. 7945). Car la vie de saint Ménas est décidément une sorte de film où les chameaux tiennent large place. Les synaxaires des Églises d'Égypte et d'Éthiopie nous apprennent que, lors d'un transfert par mer des restes de saint Ménas, les bateliers furent attaqués par des monstres marins à tête de chameaux, mais le saint martyr lança des traits de feu qui mirent les monstres en fuite. Pendant ce voyage, certains voulurent ramener les restes de Ménas à sa première sépulture, et déposèrent ses ossements sur un chameau qui demeura accroupi, en sorte qu'il fut impossible de le faire lever. D'autres chameaux manifestèrent la même obstination et on en conclut que le saint devait être inhumé sur le lieu même. Tout cela a semblé inacceptable et on a soutenu que ces légendes ont été imaginées en vue de donner une explication à une époque où la signification des chameaux était oubliée, ce qui est une assertion gratuite.

« Il n'est certainement pas indispensable de s'assurer si la représentation des deux chameaux est basée sur un fait historique réel appartenant à la vie du saint. Les archéologues, sans rien préjuger de cette réalité, ne s'en sont pas inquiétés, ils ont simplement cherché dans le peuple, auteur de ces représentations, le sens et l'origine qu'il leur donnait. La vérité historique d'un fait n'est pas, en effet, requise pour justifier la représentation de ce fait. Les images authentiques faites d'après des légendes purement imaginaires ne sont pas chose inconnue en hagiographie et ailleurs, et nous pourrions, à la rigueur, nous trouver ici en face d'un exemple de ce genre. » Il reste à se demander quel récit a pu donner lieu à cette représentation, récit dont la vérité historique n'importe guère.

S'il se trouve que c'est une légende, elle aura du moins l'utilité de nous apprendre l'origine même de la représentation étudiée.

Le manuscrit éthiopien 92 de la Bibliothèque nationale, fol. 123 v.-130 r., est intitulé : « Martyre de saint Ménas, ascète et martyr de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Ces actes ne sont pas une traduction des actes grecs de Surius et des Analecta bollandiana ; leur origine semble égyptienne. A partir du fol. 128 r., le texte éthiopien relate l'histoire des restes du martyr : comme dans le synaxaire, le corps est emmené sur mer. C'est un préfet des troupes, nommé Atnasis, qui l'emporte comme une sauvegarde dans une expédition militaire et c'est dans le trajet entre la province d'Afrique et Alexandrie qu'apparaissent par deux fois « des animaux horribles, grands, à long cou », avec une tête pareille à celle des chameaux. Des traits de feu qui s'échappent du corps du saint les mettent en fuite.

Après avoir atteint Alexandrie au cinquième jour de son voyage, Atnasis gagne Mariout par le lac, puis par terre jusqu'à Mesten. L'expédition terminée, il veut rapporter le corps saint, les chameaux s'y refusent.

« Alors, dit le récit éthiopien, le préfet Atnasis, attristé, reconnut que cela venait de Dieu et il laissa là le corps.

Hu, (AN Mais il fit faire sur bois l'image de saint Ménas martyr sous les apparences qu'on lui connaissait comme soldat, avec l'image des bêtes qui ressemblaient aux chameaux, placées à ses pieds et l'adorant. » Il déposa cette image sur le corps de saint Ménas pour obtenir son intercession, puis l'emporta avec lui pour qu'elle lui fût un salut et un refuge sur mer et dans la guerre. On fit pour le corps du saint une châsse en bois de sag, ` qid ost Ub EN EE


TET VUE

ire RENE PR PET EVE m 2e TN M TI « 341 MÉNAS qui est incorruptible, et Atnasis l'ensevelit en ce lieu, après quoi il retourna dans son pays avec ses troupes !.


IV. LE PERSONNAGE. — Le résultat positif de cet ensemble de textes est celui-ci : il y eut un martyr égyptien du nom de Ménas — et ce nom est spécifiquement égyptien — dont les reliques reposaient près d'Alexandrie et dont le culte jouissait d'une grande notoriété.

Les indications supplémentaires n'ont pas plus de valeur que la passion elle-même, qui n'en a guère, étant, ainsi qu'on l'a vu, un simple plagiat d'une homélie de saint Basile. Il est clair qu'il se forma deux opinions sur Ménas : la première en fit un soldat égyptien martyr à Cotyée de Phrygie, où ses restes étaient honorés, la deuxième, plus compliquée, n'hésite pas à faire enrôler le martyr dans le numerus Rutiliaeorum, puisque le v Acyouévov ?, avec lequel il va prendre ses quartiers en Phrygie où il est martyrisé, mais dont ses reliques sont rapportées en Égypte, soit parce qu'il l'a voulu, soit parce qu'on les a emportées pour servir de sauvegarde surnaturelle.

Quoi qu'on pense de ces légendes, il faut tenir compte de l'affirmation de Sophrone que Ménas est un martyr local, qui vécut, mourut et fut honoré en Libye ; nulle mention de la Phrygie, pas même une allusion. La même position historique est également celle de l'auteur d'un recueil de miracles, dont nous parlerons dans un instant et qui est certainement égyptien ou qui, du moins, a été écrit en Égypte.

On peut s'en tenir à ces indications tout en expliquant les attaches phrygiennes de la façon suivante : d'Égypte, le culte du martyr Ménas gagna la Phrygie et y obtint grand succès à Cotyée. Les gens de Cotyée, soucieux de l'honneur du saint, lui fabriquèrent une légende dont l'homélie de saint Basile fit tous les frais, et, en si beau chemin, imaginèrent de faire martyriser Ménas dans leur ville, sauf à avouer qu'ils avaient été dépossédés de ses reliques. Ce dernier point était capital et les gens de Mariout recevant satisfaction, leur pèlerinage et l'achalandage de la basilique n'étaient nullement menacés dans leur possession, ni dans leurs bénéfices. Ils n'en demandèrent pas plus.

de cinq miracles, c'est le cas de Surius et de Gentien 343 “ L'hagiographe prétend être saint Athanase en personne. Kéyò à £Axyictog 'AÜmwxotog éricxonoc Tüc ^ AlstaySpíoy ÉéxxAnoiac X508 : eivat th co AptcTOD yxptrt &rtaveAAc th xxo Sodaeatae xataÜ£cszic rivdc évraülx mpxyÜsicxc xal SU olxsioo uoo TOypuypxpon xxvxvxyUslaxc... Voici ce qu'il raconte. L'empereur Maximin, apprenant qu'il se manifeste quelque agitation dans la ville d'Alexandrie, y envoie Ménas, homme sage et rhéteur, &vô5x copòv ÉnToox, pour y ramener l'ordre et la paix. Ménas pratiquait d'abord la religion en secret ; mais quand il est bien établi à Alexandrie, il commence à s'adonner aux œuvres de miséricorde et même à faire des miracles, non sans abattre beaucoup d'idolles. Les païens dénoncent Ménas et l'empereur, irrité, lui envoie Hermogene, “Esuoyévav zov ÉvôoËôrarou aûroù Üracyov, un Athénien très cultivé, qui n'était point dépourvu de belles qualités morales. Durant le trajet, Hermogène est favorisé d'un songe mystérieux, où trois hommes brillants de lumière lui annoncent qu'il connaîtra bientôt le véritable roi. Au débarquement, l'envoyé de l'empereur est reçu triomphalement par la foule, uerg Caubükoy xxi Tuurévoy x« l AaxuTéôov Ouxpupow. Ménas se rend chez lui, mais Hermogène lui donne rendez-vous au théâtre. Là, devant le peuple assemblé, Ménas parle pendant quatre heures avec une telle éloquence que le peuple en est transporté et s'écrie : Ete (Jeóc uévac xal Bovxrog Öv Éoufveucev Tjulv Ó xxAALx&Axoóoc Mnvéc.

« Le lendemain, nouvelle comparution. Hermogène donne l'ordre de lui couper la plante des pieds, de lui crever les yeux, de lui arracher la langue, enfin, de couper son corps en morceaux. Le martyr, on ne sait trop comment, est ramené en prison, où il reçoit la visite du Christ, qui le guérit complètement et lui annonce la conversion prochaine de son bourreau. Cependant, Hermogène déplore sa cruauté, et se promet de la réparer en faisant au moins de belles funérailles au martyr. Le peuple est convoqué à cet effet et se rend au théâtre. Stupeur générale à l'apparition de Ménas vivant et mieux portant qu'avant le supplice. Il parle au peuple, qui ne se lasse point de l'écouter. Hermogène aperçoit deux anges qui gardent le martyr, et ne peut s'empêcher de se dire que le Dieu de Ménas doit être le vrai : óvzcxz &XrÜtvov Meôdy ôtesunveber Tulv 6 Maväc. Puis il s'approche de lui, et lui dit : IHIxgoxexAc az, xXtoce tua [Thv Lovorxhy xtvvopxv, ms. de Bruxelles ], zóv xxXAAtx£Ax8o0y xhpuxa tio &XnÜ :lac, tò oS vOv £v Dóoo z0ExcÜxt rés Euoù. Et l'entretien se poursuit, jusqu'à ce qu'enfin Hermogène renvoie le peuple.

« Le lendemain, la foule est de nouveau convoquée, celle fois à la basilique. Treize évêques sont présents et une foule de païens qui veulent écouter la prédication du xeXXiprizcoc Mväc. Hermogène l'approuve, en l'appelant : xxAMwoyye $7 0p, tandis que le peuple l'acclame, Ménas fait chercher de l'eau et, s'inclinant devant les évêques, il baptise Hermogène. Celui-ci aussitôt reçoit des mains des treize évêques l'ordination épiscopale (rapôvrocs xàuoU +ob cTÉAxvoz, ajoute le faux Athanase, d'après le ms. de Bruxelles), et bientôt l'ancien préfet commence à exercer son ministère,


MÉNAS (SAINT)

| | 344 pieds. Mais les anges guérissent les deux martyrs ; et, tandis que l'empereur, devant le peuple, se vante d'avoir triomphé du Galiléen, les martyrs se présentent devant lui. Alors survient le secrétaire, votáptog, de Ménas, nommé Eugraphus ; il montre à l'empereur toute l'inutilité de sa colère. Maximin le tue de sa propre main, et donne l'ordre de décapiter les deux autres martyrs.

« Ménas avait demandé la grâce de reposer, après sa mort, à Byzance : y&2tv hraaro ó Mavic co éauroÿ Acthavoy iv cf] móet teva, frig atiy tò Bold tov. Maximin, ne voulant pas déférer à ce désir, fait enfermer les corps dans un coffre de fer que l'on jette à la mer ; et lui-même, honteux, s'en va à Byzance. Mais, après vingt jours, le coffre, flottant sur les eaux, arrive en vue de Chalcédoine, surmonté d'une colonne de nuée et précédé de deux anges portant des torches. Un autre ange avertit l'évêque de l'arrivée des reliques. Celui-ci se rend au bord de la mer avec ses prêtres et quelques fidèles, recueille le précieux dépôt et le transporte à l'église, où il est dissimulé dans une cachette, Il y resta jusqu'à la mort de Maximin. Lors que cet impie eut reçu son châtiment de la main même des anges, le saint corps fut sorti du refuge qui l'abritait et placé au bord de la mer : téte xxcvzÜrxav rôv timov Üroxupov viv diwy Aerdäivoy map To yetAog tig OxAtoons, pa any at TE móhcoç xal nons tfc olxouuévnc &roðéuor Métaphraste (Bibl. hagiogr. gr., 2 éd., 1271, n. 41) précise davantage : Tk... COUXTE nxp T Telyel This AxporóAeog HÜTOU Évaurélero, oUAxx« c uiv thc TOC, oo ri]peg 05 TV TÀEÓVTCON X.T.À. SES Il existe de cette passion un remaniement par Métaphraste, d'après lequel tous les auteurs avaient parlé du groupe Ménas, Hermogène et Eugraphus ; cette dernière composition peut être négligée, puis que Métaphraste a travaillé sur le texte dont on vient de lire l'analyse ; elle n'offre d'intérêt que pour l'étude des procédés de cet auteur.

Quant au texte analysé ci-dessus, il n'a d'autre objet que d'accréditer le sanctuaire de Saint-Ménas, situé près de l'Acropole de Constantinople et le prétendu corps du martyr qu'on y conservait. C'est ce qu'a montré H. Delehaye, en s'appuyant sur un fait dont les synaxaires seuls ont gardé la mémoire, dans la notice du 17 février.

« C'était sous l'empereur Basile (867-885). Une nuit, un nommé Philommates, appartenant à la cohorte des hicanates, vit en songe saint Ménas, qui lui dit : « Je suis Ménas le martyr, caché sous terre sur le rivage près de l'Acropole. » En même temps, il lui indiqua l'endroit. Au réveil, Philommates alla conter la chose à son ami Marianos, Mapravé và vouueplw, lequel en fit part à l'empereur. Des soldats sont envoyés à l'endroit désigné ; on creuse et bientôt apparait un cercueil de fer, contenant le corps du martyr, et des tablettes avec inscription disant que c'était bien là saint Ménas. La notice se termine par ces mots : Vmiouvres obv xatà thv thg Yoxphy, £Üpov yopovoug mea nkóvuc TETPAMOGLOUG À.

« En faisant le compte, ces quatre cents ans ne nous ramènent nullement au temps des persécutions, mais vers le milieu du Ve, C'est peut-être pour cela que des hagiographes récents placent l'invention des reliques de saint Ménas sous le régne de Marcien (450-457), sans s'inquiéter davantage des difficultés de cette chronologie. Tillemont, partant sans doute de l'idée que l'empereur Basile, nommé dans les synaxaires, est Basile II (976-1025), place l'événement vers l'an 625.

« Quoi qu'il en soit, nous avons ici le récit classique d'une invention de reliques ; apparition du saint, désignation de la cachette, tablettes écrites tenant lieu d'authentiques. L'histoire est banale et la situation qu'elle révèle est très nette. Au ix° siècle, l'église de Saint-Ménas, près de l'Acropole, fut mise pour la première fois en possession d'un corps saint qui passa pour celui de son patron. Quels furent exactement les circonstances de l'événement ? C'est une question qui eût paru bien indiscrète en ce temps-là et qui est simplement oiseuse dans le nôtre. Car nous en serons toujours réduits à nous dire que la version de la trouvaille, au bord de la mer, du lourd sarcophage et de l'inscription fut généralement acceptée, et à nous lamenter sur la légèreté avec laquelle le Moyen Age traitait ces choses. x Il restait, on l'a compris, une question à éclaircir. Saint Ménas venait d'être retrouvé sur le rivage. Mais d'où venait-il ? Qui l'avait mis là ? L'auteur de la passion des saints Ménas, Hermogène et Eugraphus se donna la tâche d'éclairer là-dessus ses contemporains, et subsidiairement aussi le nom de xoXXx£A« óoc que l'on donnait au titulaire de l'église 1. » L'épithète peut faire allusion à quel que particularité locale qui ne nous est pas connue et toute tentative d'explication sur ce point semble arbitraire. Mais, ce qu'il en faut retenir, c'est que ce surnom a induit à créer un personnage nouveau pour le porter, comme s'il ne pouvait être attribué à Ménas l'Égyptien. Il n'y a pas lieu d'accorder le bénéfice d'une personnalité distincte à Ménas le Callicellade et cene sont pas les lieux-communs dont se compose l'histoire imaginée par le f aux Athanase qui suffiront à la lui revendiquer *. Ménas de Constantinople doit donc rejoindre Ménas de CoLyée qui, tous deux pourvus d'une légende et plus favorisés en cela que Ménas l'Égyptlien, n'en sont que les dédoublements. La légende de Cotyée semble remonter au moins au vii° siècle, la légende de Constantinople n'est pas antérieure au dernier tiers du ix° siècle.


VI. LA DATE. — La date du 11 novembre, qui est indiquée par le martyrologe hiéronymien et par Léonce de Naplouse, doit être retenue ; quant à l'année, la chronique alexandrine donne 295 ; on n'a pas de raison pour s'en écarter ?.


VII. Karm Anu Mina. — On n'a jamais écrit, mais on le fera peut-être un jour un livre intitulé : « Comment meurent les pèlerinages » et, si ce livre est écrit avec une information étendue et consciencieuse, ainsi qu'avec ce respect dont on ne doit se départir jamais dans l'étude des vicissitudes de la croyance et des manifestations religieuses, l'épisode du culte de saint Ménas, de son immense popularité et de son complet oubli comptera parmi les plus curieux et les plus instructifs. Si on excepte le pèlerinage aux Lieux saints, qui a dû subir des conditions particulières du fait des rivalités politiques, les pèlerinages chrétiens d'Occident, depuis le tombeau des apôtres à Rome, le plus anciennement fréquenté, jusqu'à ceux qui, de nos jours, attirent les multitudes, ces pèlerinages ont, pour la plupart, traversé des périodes d'illustration et d'abandon. Saint-Martin de Tours, Saint-Benoît-sur-Loire, Saint-Jacques en Galice et bien d'autres ont vu, après des siècles d'éclatante ferveur et de confiance sans borne, leurs routes délaissées, leurs édifices désertés, leur vertu supplantée. La foi s'est tournée ailleurs, elle a envahi des lieux auparavant ignorés, mais Saint-Martin, Saint-Benoît, Saint-Jacques ont conservé — en petit nombre, assurément — leurs dévots et leurs fidèles. Au contraire, le pèlerinage de saint Ménas a été abandonné, son culte a été délaissé, son sanctuaire a été anéanti, pulvérisé et sa découverte a pris l'importance d'un événement archéologique (1905-1906).


MÉNAS (SAINT)

L'oubli s'était fait si complètement sur lui que les livres, qui paraissaient devoir conserver quelques souvenirs à son sujet, n'en soufflaient mot : ni Jean de Nikiou, ni Abu Sälih, ni Makrizi. Il fallait chercher ailleurs. Et d'abord, dans un manuscrit contenant l'Histoire des patriarches, de Sévère, et les Annales d'Eutyche où il est question de la fuite du patriarche Benjamin au mont Pernudj, dans le désert de Scété. on lit ces mots : « Lors que Cyrus arriva dans la résidence des Ptolémées, le patriarche copte Benjamin, en sa qualité de gouverneur et de patriarche de l'empereur, publia une encyclique dans laquelle il pria les évêques de fuir dans le désert devant cet « ange exterminateur ». Benjamin sortit de la ville par la porte de l'Ouest, alla à pied à Marea et se rendit de là au Wadi en passant par la ville Al Muna, située dans l'oasis au point d'intersection de la route d'Alexandrie au Wadi Natron, où il vénéra Ménas dans la grande église. » Un autre texte, plus explicite, nous vient d'un géographe arabe, qui fut traduit dès 1811 par Étienne Quatremère et qui nous retrace l'état des ruines au xi° siècle : « En quittant Terrâneh et en suivant la route de Barca, on arrive à Minà, qui se compose de

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val au Sud-Ouest des ruines de Taposiris, à mi-chemin entre Alexandrie et le Wadi Natron. Celle route ancienne est encore jalonnée par les vestiges d'antiques citernes et elle continue à être adoptée par les caravanes qui transportent des dattes de Siwah à Alexandrie. Il y a un siècle environ, le Français Pacho explora ces régions et, venant d'Abusir, après cinq heures à cheval, côtoya le champ de ruines sans l'identifier. mais calcula sa latitude septentrionale de 30° 50' 35 », Karm Abu Mina devait attendre sa résurrection près d'un siècle encore ; d'ailleurs Pacho ne possédait pas les ressources pécuniaires et les moyens matériels d'aborder le déblaiement de ruines dont l'amoncellement, à certains endroits, atteignait la hauteur de 8 et même de 11 mètres.


VIII. LA BASILIQUE D'ARCADIUS, — Le géographe arabe, traduit par Ét. Quatremère, parle de trois villes là où il eût été plus exact de dire trois quartiers nettement séparés d'une ville unique dont la basilique, avec ses annexes, forme le centre, dominant tout le reste. De là, la vue s'étend sans obstacle très loin dans le désert, l'emplacement de la ville ruinée est tracé par les monticules d'une teinte gris jaunâtre où les anciennes rues sont marquées par des dépressions, On avait d'abord observé, sous l'énorme entassement de pierres, un vaste demi-cercle qu'on jugea devoir être l'abside d'une grande basilique. Les tranchées entreprises en partant de ce mur donnèrent des tronçons de colonnes, des inscriptions, des chapiteaux ornés de croix et de monogrammes, autant d'indices certains qu'on se trouvait dans la basilique de Saint-Ménas : mais ce devait être la basilique élevée par ordre de l'empereur Arcadius (395-408) sur l'emplacement de la crypte primitive, située plus à l'Ouest, sous une autre basilique plus ancienne (fig. 7947).

Ici, la hauteur des décombres s'élevait entre 2 et 3 mètres. La partie qui correspond à l'abside principale et au sanctuaire avait été abondamment décorée de mosaïques dont on releva une multitude de fragments et de cubes isolés en nacre, en ambre et surtout en verre. L'incendie avait complété l'œuvre des pics :


MÉNAS (SAINT)

350 des croix mutilées, des cendres, des éclats de marbre noircis. Parmi les inscriptions, on rencontra l'épitaphe d'un certain Epiphanius et celle de Theodotos, en grec, fixée dans une base. Cette circonstance permet-elle de voir, dans ce Théodote, « probablement un des architectes de la basilique » ; il semble permis d'en douter.

La longueur totale de la basilique d'Arcadius, du fond de l'abside jusqu'à la paroi de la basilique funéraire, qui s'y appuie immédiatement, est de 57 m. 60. Son plan est celui du faux (T) avec l'abside en saillie. La nef comptait 30 colonnes et le transept 20 ; il y avait un étage supérieur et une coupole. Le pavé et le revêtement inférieur des murs, ainsi que les seuils des portes, les piliers, les bases des colonnes, tout était revêtu de marbre grec le plus fin. L'ensemble conserve le type de la basilique chrétienne classique.

L'entrée se trouve aujourd'hui à l'Est où un escalier provisoire conduit dans le transept nord. Ce transept mesure 50 mètres de long, sur plus de 20 mètres de large ; au milieu de chacune des extrémités nord et ouest, on voit une niche flanquée de colonnes (larg. 1 m. 65 ; profond. 0 m. 80).

L'abside, qui aura été anéantie par la chute de la coupole, ne s'élève guère à plus de 2 mètres au-dessus du niveau du pavé ; elle avait été bâtie en pierres rectangulaires recouvertes de stuc ; on y voit encore en partie les incrustations de marbre brûlées. L'abside mesure en largeur 10 m. 70, et en profondeur 5 m. 90 ; trois entrées carrées descendent dans plusieurs larges caveaux voutés, dont la destination primitive fut de servir de tombes particulières, mais où on a finalement entassé des ossements humains. Des premiers occupants de ces caveaux il restait les débris de cinq cercueils en bois, dont un en bois de sycomore.

351 Au fond de l'abside se trouvait un large puits irrégulier qui servit d'ossuaire.

Immédiatement avant l'abside, on voit une construction arquée, ayant 4 mètres de largeur, et pourvue de plusieurs gradins au sommet desquels se trouvait la chaire. Ces gradins avaient été, à l'origine, revêtus de marbre, dans la suite, on se contenta « de les couvrir de erépisils étaient larges de 0 m. 35 et servaient de bancs. On peut expliquer la disposition qu'on vient de décrire par ce fait que toute l'abside était destinée à recevoir des sépultures ; il avait dès lors semblé plus convenable de placer le bema un peu en avant. Il se pourrait même que l'abside ait été cachée par un rideau, comme donnerait lieu de le penser la présence sur ce point de quelques lambrequins

352 Comme la basilique d'Arcadius avait été construite en vue d'un agrandissement symétrique de l'église de la crypte, devenue trop petite pour contenir l'énorme affluence des pèlerins, l'atrium fut seulement possible du côté sud ; à l'Est, il y avait les fortifications avec la tour, au Nord toute la longueur était occupée par une aile des cœnobia, à l'Ouest se trouvait le sanctuaire principal ; de cette façon, il ne restait pour le peuple que l'entrée du Sud, où une route passait. Les trois portes intérieures (n. 20, 21, 22 du plan), revêtues de marbre, paraissent avoir existé dès l'origine, peut-être aussi la quatrième en suivant du côté de l'Ouest ; le n. 21 étant l'entrée principale, le n. 20 menant à la chambre 23 qui servait à des usages liturgiques dont il reste des vestiges, entre autres un bassin d'une grosse étoffe de pourpre moisie. La tribune des gradins du bema forme la clôture du fond de cette enceinte presque carrée où se trouvait l'autel et la schola cantorum (fig. 7948).

Nous disons « presque carrée », car la largeur de l'enceinte entre les cancels mesure 11 m. 50, et sa longueur 11 mètres. Deux portes, larges chacune de 1 m. 30, conduisent du Nord au Sud dans le sanctuaire et, à l'Ouest, une longue allée du milieu, dont la largeur est environ 1 m. 20, mène dans la nef. L'autel était élevé à 3 m. 25 devant le milieu de cette tribune, sous un ciborium dont les quatre bases de marbre sont encore debout. Sous l'autel, on a observé une fosse de 2 m. 80 de profondeur, comblée de débris de colonnes et de transennes sur un lit épais d'ossements humains que n'accompagnait aucune poussière et aucun débris ou objet funéraire.

De l'autel, il ne subsiste rien que des fragments ; les colonnes du ciborium étaient surmontées de beaux chapiteaux simples en forme de calice, comme on en rencontre de semblables dans les temples égyptiens de temps plus récents (fig. 7949).

L'église proprement dite se composait d'un naos à trois nefs, une centrale et deux latérales d'une largeur totale de 25 m. 60 ; le tout couvert de grandes plaques de marbre blanc. Trois portes conduisaient vers le Sud, dans l'atrium carré, où on a relevé nombre de beaux chapiteaux et d'autres fragments sculptés, ainsi que les restes d'un petit bassin en marbre.

Un graffite a été lu, il est le seul qui porte un nom latin : CASSIANVS.

A l'atrium aboutissent, à l'Ouest, une série de pièces affectées à des usages divers. D'abord une petite chambre d'où partent des puits profonds descendant dans les grands souterrains voûtés, revêtus de stuc et qui contenaient des amphores qu'on y a retrouvées. A la suite, une file de chambres mortuaires avec des entrées de caveaux, qui communiquent en partie entre eux par des couloirs étroits en maçonnerie. Un de ceux-ci, qui pourrait faire songer à l'ambulacre d'une catacombe, conduit, environ 30 mètres plus loin, dans une autre région de souterrains et de caveaux. On trouva ici des lampes et des verres de l'époque chrétienne.

Dans cette région, on rencontra une chambre funéraire dont le plafond affectait la forme d'un toit à deux versants. La hauteur est de 1 m. 60 au faîte et 1 m. 20 aux côtés, la longueur est de 3 mètres environ. Les parois sont couvertes d'enduit. Le défunt n'avait pas eu de cercueil et on l'avait muni de deux lampes en terre cuite près de la tête, et de quelques vases qui contenaient sans doute des parfums.


IX. LA CRYPTE DE MÉNAS. — A l'extrémité ouest de la basilique d'Arcadius, on rencontra un large escalier de marbre s'ouvrant sur le sous-sol. Cette disposition et la trouvaille de nombreux fragments de marbre très fins ne permettaient pas de douter qu'on ne fût sur le chemin de la crypte (fig. 7950).

L'escalier, découvert au mois de janvier 1906, donne accès à un corridor voûté, haut de 5 mètres et large de 15 m. 70 qui était rempli, dans toute son étendue, de 4 m. 05 de décombres. Par-dessus celles-ci, il était possible de se glisser en rampant, et des traces certaines indiquaient que les Bédouins s'y étaient aventurés. Parmi les décombres, on trouva quelques beaux chapiteaux, de nombreux crânes de chameaux, sans autres ossements de ces animaux. En avançant toujours, on rencontra un beau portique de crypte massif, la voûte faite en briques, dans laquelle tenaient encore les clous du revêtement.

Les parois avaient reçu de même une incrustation de marbre ; elles étaient revêtues de stuc, dans lequel les plaques de marbre avaient été fixées par de forts tenons. Tous ces indices ne permettaient pas de douter qu'on fût sur la bonne voie, mais il devint impossible de garder jusqu'à l'apparence d'un doute lorsqu'on découvrit des graffites des époques copte et arabe : un des premiers portait ces mots : ABBA MHNA. A l'extrémité du corridor, deux ouvertures donnent accès à des eubicula couverts de crépi avec des restes de décoration et des inscriptions peintes en ocre rouge. Ils avaient été vidés et ne contenaient plus que quelques ossements avec une figurine en terre cuite représentant une femme nimbée, les bras appuyés sur les hanches.

La chambre de gauche était ornée d'un monogramme du Christ, d'époque constantinienne ; l'inscription de la lunette qui lui fait face mentionne la xoi oic d'un ara £et[oovno ?] et se termine par la formule #[wg dy Jxoriceuwc, ce qui peut s'entendre de la dormition de l'apa Joseph jusqu'à la résurrection. Dans une chambrette contiguë reposait un Xytoz xxx IIm5xoc.

Le grand ambulacre, qui descend en pente douce du Nord au Sud, tourne immédiatement à l'Ouest après avoir dépassé ces chambres et il aboutit à une caverne spacieuse, ornée jadis de décorations architectoniques : c'était là crypte de saint Ménas.

On se trouve ici à une profondeur de 8 mètres au-dessous du sol. Suivant un usage adopté généralement, les dispositions étaient prises pour qu'il fût possible, de l'église supérieure, d'apercevoir le tombeau du saint entouré de lampes.

En plus du premier escalier dont nous avons parlé, il en existait un second, plus grand, qui conduisait à la crypte du Nord-Ouest. Cet escalier de marbre devait avoir un aspect grandiose, il avait trente marches et deux paliers, avec une largeur de près de deux mètres, une longueur de 13 m. 40 et une hauteur sous voûte allant de 2 m. 50 (en haut) à 5 mètres (en bas). Plusieurs graffites se lisent sur ses parois.

Nulle trace de la statue du saint n'a été retrouvée.

À la grande caverne ouverte de la crypte se joint une chapelle dont la coupole étincelait de mosaïque d'or (fig. 7951.) Partout on voit les traces du feu et de la destruction méthodique du sanctuaire : c'est à peine si on a pu retrouver quelques fragments de mosaïques portant des dessins et des lettres, mais sans qu'on puisse en tirer quelque chose. Derrière la chapelle s'ouvre une petite catacombe depuis longtemps violée, où on voit peut-être encore quelques vestiges d'un symbole chrétien : la croix avec ICXC sous la traverse.

La crypte de saint Ménas repose sur des fondations qui paraissent antérieures à l'époque de Dioclétien, car, pendant le déblaiement de la catacombe adjacente dont les tombeaux témoignaient avoir servi à différentes reprises, des objets païens, qu'on ne pouvait s'attendre à rencontrer parmi les antiquités chrétiennes, furent exhumés.

Dans l'étude consacrée à la crypte, la question la plus importante était de retrouver l'emplacement exact du tombeau de saint Ménas (fig. 7952). Le grand portique de la crypte (n. 38-12 du plan), de même que le large escalier de marbre (n. 39 du plan) marquent clairement le grand chemin ; ils aboutissent à la paroi sud d'une cave spacieuse dont la partie inférieure et celle du milieu avaient des divisions architectoniques en forme de maçonnerie, autrefois richement revêtus de marbre, et d'un certain arrangement de clôture : elles montrent des traces de voûtes, tandis que l'extrémité supérieure forme dans le sol de l’église, au-dessus, un demi-cercle qui se dessine symétriquement devant l'abside du milieu. Le sol de la crypte oblongue, désignée par k, b, d, c, dans le plan, garde encore en partie son revêtement antique de marbre. & côté de lourds blocs de marbre qui s'écroulèrent lors de la destruction des édifices, on voit sur le sol les débris de colonnes et des montants de la clôture appartenant à la crypte.

La paroi sud est revêtue de plaques de pierre calcaire jusqu'à une hauteur de 2 m. 05 ; au pied de celle-ci visait, dans les décombres, un fragment d'inscription sur marbre dont un éclat portant quatre lettres fut trouvé dans la chambre voisine : HH KTwurO GE Ou Jl | ! | j | j | ] end [a ro Y N T E çi ! l I ! ] ] | F ! | | | | Il l | I | | | l | EY E A M c N 0 3 i l ] jf I] est douteux que nous nous trouvions ici en présence d'une inscription historique comme, au premier aspect, ce nom de Timothée pourrait paraître évoquer le souvenir du patriarche qui contribua, après la mort d'Arcadius, à l'agrandissement des sanctuaires. La paléographie de ce texte invite à se reporter plutôt au vi qu'au v* ? siècle ; en outre, le travail de polissage de la pierre fait songer davantage à de pauvres pèlerins qu'à un archevêque ; le stuc encore adhérent indique que cette plaque était fixée à la muraille.

Sous les décombres, on rencontra un petit fragment en os gravé et une partie du disque d'un vase où l'on voit des jambes nues et un lion se détournant, sans doute une représentation de Daniel. Puis encore des morceaux de bois léchés par le feu et qui avaient pu appartenir à une châsse décorée et peinte ; mais tout cela ne suffit pas à reconstituer un ensemble.

« Le vaste tombeau de marbre », dont rend témoignage un seul visiteur authentique, n'exclut pas la présence d'un coffre en bois semblable ; d'ailleurs la crypte entière revêtue de marbre pouvait être considérée comme tombeau et on trouve dans maintes églises coptes des coffres en bois renfermant les restes d'un martyr, notamment à Clysma, au Caire, à Scété.

Les fouilles ont, du moins, appris qu'il n'existait pas de sépulture dans la terre et que la statue de Ménas entre les chameaux se trouvait au centre de la partie postérieure de la crypte. Là on a retrouvé une niche de 1 m. 80 sur 1 m. 80 et 0 m. 05 de profondeur où se trouvait la figure en ronde bosse ; les trous des chevilles servant à fixer cette plaque de marbre sont encore visibles. Le fond était plaqué de stuc peint.

Parmi les objets trouvés dans la crypte, notons une petite colonne votive en marbre blanc portant cette inscription tracée au minium avec une croix qui semble vouloir imiter le chrismon :

Le creux en forme d'assiette, qui se trouve en haut, semble avoir été destiné à recevoir une lampe ou un chandelier en bronze, comme il en brûlait beaucoup dans la crypte.

L'escalier de marbre de trente marches (n. 64 du plan) conduit directement à la partie sud de la crypte : ses murs sont recouverts d'une épaisse couche de stuc, dans lequel on voit les trous des chevilles qui maintenaient le revêtement de marbre ; dans la voûte en berceau, faite de briques, les ancres montrent les anciens caissons.

Le grand corridor qui s'étend parallèlement à cet escalier, et qui est construit de façon semblable, aboutit directement aussi à la crypte de Ménas ; on y descend encore par un escalier plus court de l'angle nord-ouest de la basilique d'Arcadius.

A proximité de la crypte, on lit des graffites qui, pour la plupart, présentent ce type :


MNHCOHTI TOY AOYAOY COY

En définitive, les fouilles entreprises ont permis de conclure que la crypte de saint Ménas était, à proprement parler, un cénotaphe plutôt qu'un tombeau : il n'y avait pas eu enterrement et sarcophage.

On n'a relevé dans la crypte aucun indice de chaire épiscopale.

Parmi les menus objets dispersés sur le sol de la crypte, on a mentionné : la tête d'une bête cornue d'aspect étrange, d'un marbre très friable, une quantité de fragments de bronze, parmi lesquels des lettres, une monnaie d'or d'Héraclius, des verres à lampe et beaucoup de porte-méches, consistant en petites pyramides ronds avec des trous, d'une argile légère. Deux petites lampes en terre cuite, une avec trois, une autre avec quatre personnages. Une colombe en bronze.

L'abside principale de la crypte s'arrondit dans la nef principale de la basilique d'Arcadius. Elle mesure 3 m. 70 de largeur sur 1 m. 80 de profondeur et se trouve dans l'axe de la basilique et, par conséquent, elle est exactement orientée. De chaque côté, à peu de distance, une autre petite abside fait saillie, larg. 1 m, 60, prof. 0 m. 70. A quelques pas plus à l'Ouest se trouve l'ouverture de la caverne et on aperçoit en bas la crypte. La basilique primitive, celle de la crypte, a une longueur de 38 mètres et une largeur de 22 m. 50 sur trois nefs ; elle montre partout les traces de constructions ultérieures. Au milieu des parois nord et sud se remarquent deux autres absides, flanquées de colonnes, larg. 2 mètres, prof. 0 m. 90. On peut lire à l'un des piliers de la porte du Sud, tout près du sol, un graffite coufi que écrit à l'encre sur le stuc. Quelques bases de colonnes sont flanquées de maçonnerie et recouvertes, ce qui indique la dernière époque de Mar Mina.

Makrizi nous apprend que cette église, après sa dernière restauration par Théodore, le quarante-cinquième patriarche (730), échappa à grand'peine à la persécution de 743 qui vit l'apostasie de 24 000 chrétiens. Cosmas, le patriarche melkite, s'était tenu tranquille pendant la révolte des Coptes et, lors que les chrétiens furent revenus en faveur, il entreprit de dépouiller le plus possible l'Église nationale. En conséquence, il pria le gouverneur musulman de lui céder Mar Mina, une des Églises les plus célèbres : miraculis celebrem. Mais le malheur ne s'abattit sur elle que cent ans plus tard.

Sous le khalife El Mutiwakil, second fils de El Mutasem, un architecte melkite, nommé Éléazar, reçut l'ordre d'ôter toutes les colonnes et le marbre dont il avait besoin et ainsi, malgré les protestations du patriarche Joseph, toutes les colonnes de marbre de Mar Mina furent enlevées. Sévére, dans son Histoire des patriarches d'Alexandrie, nous donne un récit très clair de ces événements. Voici ce qu'il dit au sujet de la nova jyacobitarum calamitas.

Principis jussu venit in Ægyplum Eleazarus quidam nestorianus, cum mandatis ab imperatore, ut columnas marmoreas, presertim quae prettosiores piderentur auferri et ad eum milli juberet. Intelligendum est autem ipsum, quem nestorianismi incusant, orthodoxum incusant, orthodoxum fuisse ; nam statim C halcedonenses se eidem eonjunzerunt ut communicatis consiliis Jacobitarum ecclesias spoliarent. Invidia majori eos accendebat ecclesia sancti Menæ in Mareotide, quie sive columnarum prelium in raritas spectarentur sive reliqua ornamenta Alexandrinas omnes al que adeo lolius Æqupti longe antecellebat. Josephus contra orabat ul eam saltem intactam relinquerel, nec quidquam profecit : nam ablatæ sunt Eleazari jussu marmore : columnæ coloris parit, emblemata etiam quibus pavimentum distinctum erat, epulsa el Alexandriam deportata, patriarcha, conquisilis operariis, tabulas piclas et alia ornamenta substituit, detrimentum que quoad licuit, citissime reparavit.

On peut reconnaître, aujourd'hui encore, les murs de souténement et les bases entourées de maçonnerie qui furent exécutés en cette circonstance. Immédiatement en arrière de ces réparations, un puits de 0 m. 90 de largeur sur 6 m. 30 de profondeur s'ouvre dans le pavé de marbre au fond duquel des corridors cimentés s'avancent vers le Sud, comme vers le Nord-Ouest. Des marches bien taillées facilitent l'entrée et un canal ouvert de 4 mètres fait communiquer le puits avec le baptistère contigu.

X. LE BAPTISTERE. — L'usage était bien établi en Égypte, contrairement à ce qui se faisait dans les autres pays, de comprendre le baptistère d'une église dans le plan de la basilique ou des ecnobía. Cette règle a été abandonnée à Saint-Ménas. Ici, le baptistère est en communication avec les basiliques, mais, néanmoins, il en est séparé. Ce baptistère s'élève sur une base de 26 mètres sur 25 mètres, à l'ouest de la crypte de Saint-Ménas, immédiatement derrière le puits supposé comme source sacrée. Son noyau, qui est surplombé par la coupole, est carré à l'extérieur et octogonal à l'intérieur et renferme des fonts baptismaux d'une profondeur de 1 m, 55. Le bord extérieur de cette piscine a un encadrement de marbre blanc, larg. 1 m. 15, épaiss. 0 m. 10 ; la paroi intérieure, qui fut plus tard recouverte de couches de stuc, montre également un revêtement de marbre ; au fond, il y a un semis d'étoiles. Deux escaliers de quatre marches conduisent, à l'Ouest et à l'Est, dans cette piscine circulaire, dont les eaux s'écoulaient d'abord par un canal avec une voûte en briques et puis à l'Ouest par une rigole (fig, 7953).

« Un canal d'alimentation ne peut être établi. Cependant, la rigole, de date ultérieure, qui communique avec la citerne de Ménas, puis un morceau de tuyau en plomb de petites dimensions trouvé dans cette position, parlent en faveur de l'utilisation de l'eau sacrée aux fins de baptême (mais d'où venait la pression ou la force d'aspiration ?). Il est étonnant aussi que toute communication manque avec la citerne voisine (plan, n. 56), qui ne communique ni avec ce bassin, ni avec une petite piscine située sous le sol de la chambre annexe. C.-M. Kaufmann considère cette dernière piscine comme le double en miniature des grands fonts baptismaux ; elle était destinée sans doute au baptême des enfants dans un endroit plus étroit et plus abrité. Son bassin, autrefois revêtu de marbre, fut couvert par des constructions ultérieures, et il n'est accessible aujourd'hui que par un corridor souterrain. « Des fragments divers de marbre et de stuc, avec des restes de couleurs et de dorure, révèlent la décoration d'autrefois de ce baptistère.

“ La polychromie ferait penser que ces lieux avaient servi plus tard aux Arabes, si elle ne s'étendait pas aussi à des objets intacts portant des signes essentiellement chrétiens, par exemple : la croix ou le monopentine, de porphyre et de différentes espèces de marbre clair. Aux angles de cette salle centrale mesurant cent mètres carrés, quatre immenses niches, larges de 2 m. 40, hautes de 4 m. 50 (hauteur conservée) sont disposées de façon que le tout donne l'impression d'un octogone à base carrée, dont les angles sont marqués par des colonnes. La disposition des niches flanquées de colonnes rappelle le martyrium de Nysse, construit sur plan crucial avec noyau octogonal.

« Une porte à l'extrémité de la nef latérale du sud de la basilique funéraire, qui était ici accessible de la cour, conduit à l'atrium du baptistère (n du plan, fig. 7954). Celui-ci se présente comme un portique d'environ 20 mètres de long, soutenu par huit colonnes ; au milieu du portique, deux portes donnent accès à l'octogone (n. 59 du plan). C'est ici qu'on fit l'unique trouvaille de monnaies bien conservées, aurei de l'époque byzantine (quelques-uns de date antérieure) et de bijoux. x De ces monnaies bien conservées on n'en trouve que rarement dans la ville de Ménas et il est évident que les pièces d'époque romaine sont presque toujours en meilleur état que celles d'époque byzantine. Parmi les pièces arabes, il ne s'en trouve presque pas une qui porte encore une légende lisible ! ; mais, en compensation, on trouve dans les environs et non pas dans les sanctuaires mêmes, des poids en verre qui servaient à la vérification des monnaies, la plupart du temps des Toulounides et des Fatimides, donc du ix au xi siècle après Jésus-Christ.

« Le mur qui termine le portique au Sud dévie en (SAINT) 362 bre communiquant, elle aussi, directement, avec le baptistère. Des chapiteaux et des fragments de marbre jonchent le sol ; malheureusement, ils ne donnent aucun renseignement sur ce que contenaient les grandes niches avec des voûtes en briques. La chambre correspondante à l'Est, marquée par m (sur le plan) contient la piscine (n. 55 du plan) décrite plus haut et une citerne (n. 56 du plan) au-dessus de laquelle un escalier, conservé en partie, conduisait aux galeries ?.


XI. IRRIGATION. — La ville de Ménas était pourvue d'eau. Non seulement la fabrication des ampoules et celle des amphores exigeait pour le pétrissement une

Un denier en or très bien conservé du khalife El Ma'mum (battu à Fostát), en l'an 814, fut trouvé dans un kom, près du baptistère, à 4 mètres de profondeur. On sait que le Caire (Fostât) contribuait pour mille deniers annuels à la grande consommation d'eau, mais la culture du sol qui produisait des fruits et les nécessités de milliers de pèlerins ne permettaient pas de s'en passer. Or, de nos jours, ces lieux sont complètement desséchés, pas une seule pluie pendant sept à huit mois consécutifs ; sur le littoral du lac Mariout, le blé et l'avoine peuvent croître à condition que les pluies d'hiver s'en mêlent ; plus à l'intérieur, quelques tiges atteignent à grand peine 0 m. 20 et on les arrache à la main. Sans doute, il n'en a pas toujours été ainsi, et on écrit que ce désert avait été, jadis, « un petit paradis occupé par des jardins, des villas et des fermes qui produisaient le vin généreux, le palmier et le papyrus. Les canaux et les citernes qui fournissaient de l'eau au pays sont maintenant ensablés et le Nil, comme le Behéret, ne peuvent plus verser leurs eaux fertilisantes dans le pays. Quoi que le lac n'occupe plus entièrement son ancienne étendue, il est toujours si grand qu'il faut se placer sur un point élevé pour pouvoir découvrir les rives opposées à l'œil nu. À l'époque des inondations, il roule ses flots troubles jusqu'à la digue du chemin de fer du Caire. Selon Strabon, il mesurait 150 stades en largeur sur 300 stades en longueur, et Claude, cité par Pline, lui donne 150 000 pieds de circonférence, Pallade 70 000 seulement. » À Le géographe arabe cité par Ét. Quatremère signale de son temps, à Mar Mina, de « très rares » sources d'eau douce. Les explorateurs de 1905-1906 ont sondé quelques-unes des cinquante citernes rencontrées dans la ville, mais sans résultat ; ils n'ont pu relever aucune trace d'un canal qui eût amené à Mar Mina l'eau du Nil ou du Behéret. Cependant, à défaut de vestiges archéologiques, on pourrait tirer parti d'un passage de la Chronique de Jean de Nikiou où on lit que le préfet de la Maréote fit détruire le pont de la ville de Defachir, voisin de l'église de Saint-Ménas et de la ville. ` En parcourant la contrée, on observe un ensemble de canaux que signale une légère végétation du terrain environnant, où ne croît que l'adgeram (anabasis articulata), sauf pendant la période des pluies. Il s'agit probablement de canaux qui devaient déverser l'eau de pluie du plateau dans l'oasis de Ménas située à un plan inférieur. On a donc à compter avec deux espèces de citernes : les unes contenaient de l'eau de source et les autres de l'eau de pluie.


XII. CITERNES ET BAINS. — On a rencontré deux types de citernes : tout d'abord, des puits maçonnés et fermés au fond ; ensuite, des puits au fond desquels aboutissent des couloirs. Les citernes du premier type se trouvent généralement en pleine campagne : les citernes du second type ont été relevées dans la ville même et elles sont ordinairement munies de descentes.

Au mois de septembre 1906, on déblaya en partie un établissement de bains et des citernes. Autour de la citerne se groupent des salles de bains semi-circulaires et peintes, chacune avec deux marches de descente, un écoulement et une niche pour la douche. On trouva en ce lieu un anneau de bronze avec une pierre et une inscription, puis un visage de basalte détaché, dans le front duquel une petite croix est sculptée, travail copte du vi ou vii siècle.

Deux vastes bassins et des écuries se trouvent près de là. D'après les restes d'un portique, on peut se faire une idée de ce qu'aurait été l'hôtellerie présumée de Mar Mina. Une oasis, aussi soigneusement entretenue que l'était celle de Ménas, imposait l'installation d'un système d'irrigation indispensable à la culture et aux nécessités diverses qui ont été signalées. Les traces de cette irrigation se rencontrent partout sous la forme d'un réseau de petits canaux cimentés ; il y existe des réservoirs pour les appareils à puiser et à élever l'eau, ainsi que les abreuvoirs nécessaires dans une ville de caravanes.

L'affirmation des indigènes qu'un forage systématique donnerait de l'eau salée dans ces régions, comme dans celles du littoral, ne paraît pas pouvoir être admise sans examen, à raison du passage cité du géographe de Quatremère !.


XIII. LA SOURCE SACRÉE. — Un graffite découvert dans la basilique de Saint-Ménas est venu apporter une lumière inattendue sur le pèlerinage. Ce graffite est tracé sur trois lignes et on lit ceci :

Prends l'eau bienfaisante de Ménas et la souffrance s'enfuira. Seigneur, aide-nous, [un de] Smyrne.

Il existait donc une source dont on faisait usage pour guérir toutes les maladies ou certaines maladies ; mais dont l'effet miraculeux était subit : la souffrance fuyait ! x On est porté à croire que cette source bienfaisante et, pour tout dire, miraculeuse, était identique avec le puits situé à quelques mètres à l'ouest de la crypte et qui conduit dans un canal creusé à 6 mètres au-dessous du niveau de l'église, lequel s'étend vers le Nord et vers le Sud, et dont la longueur n'est pas moindre de 80 mètres (voir n. 48, 48 a et 48 b du plan).

Ses corridors latéraux, spacieux et larges jusqu'à 2 m. 60, aboutissent à deux autres entrées, dont l'une se trouve dans l'avant-cour de la basilique et l'autre dans la cour, entre celle-là et une aile de cœnobia. À la suite de l'enlèvement des décombres, on mit à jour une partie de la bouche de la fontaine avec sa belle margelle circulaire en marbre et cannelée, avec les traces des rigoles faites par les cordes, enfin une quantité de cruches cassées, d'ampoules, de statuettes d'animaux.

Les preuves principales de l'identité de la source de Ménas sont : sa position près du tombeau, la quantité de fragments d'ampoules trouvée à cet endroit, la proximité du graffite transcrit ci-dessus, enfin la circonstance que son eau servait aussi très probablement à remplir les fonts baptismaux. » Malheureusement, les différentes vies de Ménas et les Miracula laissent planer l'incertitude *.


XIV. LA BASILIQUE DES BAINS, — Nous avons vu l'existence d'une source sacrée dans le sanctuaire principal de la ville de saint Ménas. Il faut mentionner encore une basilique dite des bains (fig. 7955). Il existait un établissement de bains à quatre-vingts mètres environ des cœnobia, établissement dont le noyau remonte à l'époque romaine. « Au fond d'une chambre de 13 m. 50 sur 7 m. 90 s'ouvre l'entrée de la citerne, à laquelle descendait autrefois un large escalier. La paroi circulaire du puits, d'une profondeur de 14 mètres, est recouverte de grandes pierres de taille régulières et est d'un effet extrêmement massif ; son diamètre est de 5 m. 20. À l'Ouest et au Sud se trouvent des bassins grands et petits, cimentés, d'un niveau plus élevé ; au Nord, il y a des corridors de maçonnerie en appareil (haut. 2 m. sur 0 m. 60 de larg.). Ils conduisent à un grand bassin rectangulaire de 70 mètres sur 40, dont la profondeur était autrefois d'environ 2 m. 50 (le niveau d'eau était probablement un peu plus bas). » Ce sont ici des hôtelleries de vastes dimensions destinées aux étrangers. « Attentives à la citerne, il existe des salles d'attente pourvues de bancs, parmi lesquelles une exèdre, large de 4 m. 40, le long de laquelle s'allongeait en demi-cercle une banquette de marbre. Le noyau du bain fut la cella trichora construite en briques sombres ; elle enfermait trois bassins, un de forme rectangulaire de 1 m. 80 sur 1 m. 15, profondeur de 1 m. 40, dans l'abside du milieu, et deux bassins latéraux de forme semi-circulaire, d'un diamètre de 1 m. 60 et d'une profondeur de 1 m. 15. Deux marches conduisaient dans les baignoires décorées de stuc de couleur, autrefois richement revêtues de marbre. En dehors de la cella, d'autres bains semblables ou demi-circulaires, ou rectangulaires avaient été installés, parmi lesquels un pour les enfants. Un réseau de petits canaux et de tuyaux en plomb conduisaient la vapeur et desservaient les installations de douches ; de longues rigoles réglaient l'écoulement des eaux. ; Dans une seule de ces rigoles on trouva jusqu'à 211 ampoules.

En face de l'exèdre mentionnée ci-dessus, s'élevait un mur terminant la salle. L'exèdre était, en effet, l'abside principale d'une belle basilique, et aux trois types de basilique trouvés jusqu'ici dans la ville de Ménas (SAINT)

366 douze bases de colonnes, huit sont conservées : au sud (en partant de l'Ouest), la seconde jusqu'à la cinquième, y compris, au Nord, la première, la 3, la 5 et la 6*.

Tout porte à croire que la basilique des bains remonte au v* siècle. Les deux rangées de colonnes divisent la basilique en trois nefs, qui s'ouvrent à l'Ouest sur des annexes plus petites de l'abside, la prothèse et le diaconicon. Ces deux locaux (q et r du plan) offrent cette différence que g est pourvu d'une banquette et r a une couche de stuc de 0 m. 05 comme Ménas, c'est-à-dire la basilique à trois nefs avec l'abside en saillie (église de la crypte), la basilique avec transept (basilique d'Arcadius), enfin la basilique oblongue avec abside enclose dans le rectangle (au cimetière du Nord), un quatrième type vient se joindre : c'est la basilique à contre-abside.

La basilique proprement dite, autrefois toute décorée de marbre blanc des îles, a 20 m. de long. sur 13 m. de large. Des douze colonnes qui soutenaient le toit, une est entièrement conservée, et on a trouvé, des autres, divers fragments d'importance variable. Un grand fragment d'un tambour de colonne porte en caractères grossiers l'inscription : O ATIOC MHNAC. D'autres colonnes gisent sans doute dans un espace vide (3 du plan), comme aussi derrière la contre-abside ; pendant les derniers jours des fouilles, les têtes de deux colonnes en marbre, de petit module, furent mises au jour (p du plan), près de l'escalier descendant au sous-sol.

Les fragments ne purent être déterrés ; peut-être étaient-ce des ornements de la contre-abside. Des renseignements, la contre-abside n'eut pas d'annexes correspondantes. Un portail conduisait de la nef Nord de la basilique à l'extérieur.

Dans les décombres, on rencontra de nombreux fragments d'eulogies, des ampoules, des vases à puiser et on observa que, parfois, l'acclamation était tracée non sur la panse ou le goulot, mais sur l'anse du vase. Sur un bloc de pierre, se trouvait figuré un vase à puiser ; on en a vu d'autres sur des ampoules ; enfin un fragment de pierre découpé dans une inscription permet de lire, à la quatrième ligne : £]M OIK KY (xugtou). Une colonnette ornée d'une croix en relief, trouvée près de l'abside principale, a pu appartenir à un ciborium.

Enfin, on découvrit deux fontaines entièrement recouvertes de marbre à l'intérieur de la nef principale (n. 1 et 2 du plan). Une d'elles était presque obstruée de fragments de poterie ; ces fontaines avaient un revêtement de marbre et un tuyau d'adduction de l'eau en plomb. Une seule marche en marbre mettait en communication le sol de l'église avec le sol de la fontaine miraculeuse (fig. 7956).

Cette eau ne découlait pas de la grande citerne a qui se trouve à quelques mètres seulement de là, ce qui est prouvé par la direction du petit canal (11 bis) qui desservait les bassins 1 et 2 ; mais l'eau venait du groupe central du sanctuaire, très probablement de la « source » de Ménas, dans un conduit de plus de 200 mètres, d'une faible inclinaison. Ainsi, la source miraculeuse alimentait non seulement la grande basilique, mais la basilique des thermes où étaient aménagées des piscines pour les malades.

L'installation des baignoires est conservée (fig. 7957) ; la plupart sont semi-circulaires, il y en a également de forme rectangulaire et même de forme carrée ; ces baignoires possédaient un revêtement précieux de marbre, une décoration de colonnettes. Les chambres (g ; h, ! du plan) servaient de salles d'attente et de vestiaires pour les pèlerins et les malades, de même la chambre (n du plan) qui contient une petite abside et qui conduit immédiatement dans la nef sud. -C'est dans cette chambre n qu'on a lu l'acclamation BOHOHCON et, près de là, les traces presque indéchiffrables d'un graffite latin.

Une deuxième porte fait communiquer cette chambre avec m, et, de ce point, on accède à l'antichambre l de la cella trichora, dont le sol s'était effondré de manière à mettre à jour une partie des hypocaustes. m2 Àá€

(SAINT) 368

et de la Thébaide. Le géographe arabe, cité par Ét. Quatremère, fait peut-être allusion aux cénobia dont nous parlons lorsqu'il dit avoir vu dans la ville de Saint-Ménas des « palais fiers et bien construits », entourés de colonnades, et plusieurs d'entre eux habités par des moines. Le plan des monastères est quoiqu'ils encore reconnaissable, aient eu fort à souffrir du fait de constructions d'époque postérieure. Quand le culte cessa, que les édifices furent condamnés à disparaître, les cénobia offraient encore non seulement des carrières de matériaux, mais des logements utilisables. Là devaient se trouver, en plus des cachettes, tout un mobilier monastique et liturgique, pour ne rien dire d'une bibliothèque. Il fallut des siècles de pillage, de maraude pour vider ces lieux de leur contenu. Trésors métalliques et trésors artistiques se sont écoulés entre les doigts crochus des Arabes, des musulmans et des Bédouins.

La sculpture, encombrante de sa nature, n'a pas été plus épargnée, car, en dehors de chapiteaux qui ne nous apportent et ne nous apprennent rien, tout a été brisé.

Ce qui appelle le plus l'attention dans les cénobia, c'est une série de statuettes de singes (toutes sont brisées) provenant de deux chambres non loin l'une de l'autre où elles gisaient parmi les décombres, mêlées à des aiguilles en bronze, des morceaux de verre et des tessons de poterie coplée. Ces statuettes, d'une hauteur moyenne de 0 m. 20, sont faites de cette même argile gris clair qui servait à la fabrication d'innombrables eulogies de Ménas. Ces statuettes appartenaient à la catégorie des animaux que faisaient les potiers en s'inspirant de préférence de la faune du désert. En somme, ces statuettes étaient des vases qu'un orifice permettait de remplir et de vider. Peut-être, si quelque statuette était parvenue intacte jusqu'à nous, observerait-on quelque singularité, comme un sifflement qu'on a remarqué sur des arrosoirs antiques (fig. 7959). Malgré les espoirs entretenus, les cénobia n'ont pas donné ce qu'on croyait pouvoir en attendre. Seulement, quand les grands blocs de pierre qui jonchaient le champ des ruines eurent été enlevés, on put constater tout un réseau de murs.


AVI. CIMETIÈRES. — Une agglomération de l'importance de la ville de Ménas a dû avoir ses nécropoles et on pouvait les présumer nombreuses et étendues. La ville, ce qui porte à quatre le nombre des cimetières, dont deux avec des basiliques funéraires, Les tombeaux déterrés au cimetière du Nord consistent en cippes de pierre appartenant à la décadence arabe. Aucun des tombeaux placés en file ne porte d'autres signes distinctifs que, tout au plus, une croix mal gravée à branches fourchées ou les restes effrités d'un nom. Peu de tombeaux montrent des traces de peinture, ils se trouvaient dans un mausolée dont on peut encore retracer le plan. Parmi les 230 cippes découverts jusqu'ici, il y a quelques pierres tumulaires en forme de croix. Les tombeaux se trouvent à une profondeur de 0 m. 52 et ils sont fermés par quatre à sept dalles. Les trouvailles faites dans les tombeaux, ainsi que les pierres de construction dont on s'était dues ; cependant, on n'en relevait aucune trace jusqu'au jour où un vieux Bédouin vint signaler un point où avait été déterré un homme portant une bague d'or. Une tranchée creusée à 2 mètres de profondeur dans un terrain pierreux donna un tombeau couvert de quatre dalles en pierre, sans accessoire et sans inscription. Un autre tombeau parut peu après ; on en ouvrit six, dans lesquels on trouva des fragments de poteries et de petites lampes, en outre, une petite cruche romaine en faïence vernie. Cette partie du cimetière peut remonter au v* siècle ; au-dessus d'une tombe, on trouva, parmi les décombres, un moyen bronze de Justinien.

Ce cimetière à ciel ouvert est accolé à une basilique funéraire dont nous reparlerons. C'est bien, en effet, de cimetière qu'il s'agit, car, nonobstant le nombre de tombes fouillées, il est certain que le terrain devait en contenir plusieurs centaines. Et ce cimetière n'est pas le seul ; il est situé vers le nord-ouest de la ville, un autre a été signalé à l'Ouest, avec également une église ; ils sont distants l'un de l'autre de plus d'une demi-heure. Il existe également un cimetière au sud servi, fournissent des points de repère chronologiques pour deux époques : les tombeaux situés plus bas, près de la basilique, contenaient de petites lampes des v et vi siècles et des fragments de faïence romaine, tandis que la composition du remblai dans les couches supérieures, ainsi que les petites croix ornées de cercles gravés, les anneaux de bronze ordinaires, la poupée en os, rencontrés dans les tombeaux de cette couche, sont caractéristiques de l'époque coplée. La plupart des caveaux avaient été dépouillés depuis longtemps, ceux qui étaient inviolés contenaient chacun un petit vase en verre placé près de la tête du défunt. On n'a retrouvé ni cercueils, ni vêtements, ni inscriptions.

Ce fut le hasard qui amena la découverte de la nécropole du Sud. Le Bédouin chargé de garder les fouilles poursuivit dans la plaine un animal qui, soudain, disparut sous terre. Il trouva sur ce point une marche recouverte de stuc et on constata, peu après, la présence d'un escalier aboutissant, dès la troisième marche, à un caveau fermé par une lourde pierre carrée. Ce caveau était entièrement comblé, la terre argileuse y avait pris la dureté de la pierre. En le déblayant, on constata qu'il renfermait des cadavres superposés : au niveau inférieur, quatre adultes, au niveau supérieur, trois adultes et un enfant enfoncé dans une demi-amphore.

Un autre caveau de 6 m. sur 3 m. 86, situé à 4 m. de profondeur, avait le sol cimenté et une banquette basse, également cimentée. Il contenait sept individus dont un enfant, une amphore et quatre lampes en terre cuite.

Autant qu'on a pu le constater, la nécropole sud ne contenait que des caveaux souterrains, dans lesquels on descendait par un escalier dont la profondeur était variable entre 3 et 15 degrés. Dans chaque caveau, on trouvait trois ou quatre morts, parfois le double et, alors, superposés. Chaque fois qu'une famille voulait y introduire un de ses membres, on rouvrait le caveau ; mais les adultes n'avaient pas de cercueil ; pour les enfants, leur taille permettait de se servir d'amphores. Le mobilier funéraire était des plus simples : petites lampes en terre cuite du v ou du vi siècle, plus rarement des ampoules de Saint-Ménas ou des bijoux de bronze, aucune inscription.


XVII. BASILIQUE DU CIMETIÈRE AU NORD DE LA VILLE. — « En partant du portail de l'église de la crypte (n. 70 du plan) on se dirigea vers le Nord. Le terrain, entre cette partie des sanctuaires et les cénobia, était occupé par une cour dans laquelle fut découvert le puits circulaire communiquant avec l'extrémité nord de la source Ménas (sur le plan, direction de la flèche de 48 a). Comme tous les autres puits et citernes, celui-ci était entièrement obstrué par des débris de marbre et de pierre calcaire.


MÉNAS (SAINT)

372 graphie indiquent la fin du v* et le début du vi siècle.

: A l'est de la salle décrite plus haut, on a rencontré une chambre de 3 m. 70 sur 5 mètres (à l'origine 3 m. 70 sur 9 mètres) et au Sud une voûte à un niveau plus bas. Diverses tranchées de sondage donnèrent de bons résultats. Une, à l'Ouest, envoie une branche vers le Nord, par une porte voûtée, large de 1 m. 40 ; cette branche s'étend entre deux lignes de murs, toujours vers le Nord, et rencontre, à 35 mètres delà, un fossé qui conduit à des bains. Une autre tranchée de sondage se détache et se dirige vers le Sud-Ouest, où elle rencontre un groupe d'appartements. » (Fig. 7960).

La basilique fut dégagée en 1906-1907 ; son plan est celui d'une basilique à trois nefs, mesurant 50 mètres en longueur, précédée d'un atrium, flanquée de nombreuses chapelles funéraires et d'un baptistère. L'abside, flanquée par la prothèse et le diaconicon, : i 1 | i est comprise dans le rectangle. Le toit du naos est supporté par 18 colonnes et 4 piliers. De tout cela, il reste peu de chose, assez toutefois pour que la nature des matériaux et l'exécution des chapiteaux reportent la construction vers la même date que la basilique d'Arcadius. Quelques fragments du pavement original en mosaïque de marbre ont été conservés, ils offrent des dessins géométriques ; les parois et les portes montrent un lourd revêtement de marbre au-dessus d'une épaisse couche de stuc. Rare en Orient est cette disposition de l'atrium, autrefois entouré d'arcades et au centre duquel on ne voit pas le canthare habituel. Peut-être, cette disposition s'explique-t-elle par le caractère funéraire de la basilique ; on aurait eu en vue de gagner de la place pour le service des caveaux et des chapelles.

Les constructions g, A, i, et k, m ne font pas partie du plan primitif, ainsi que 9, 10. Au n. 3 du plan, on trouve une citerne qui se prolonge en n n, ayant une

^ 373 | | MÉNAS (SAINT) 374

phores (voir Dictionn., t. 1, au mot AMPHORES) pour autre entrée en / à la demi-lune marquée en noir, et qu'il nous soit permis ici d'être bref. Nous signalerons qui fut obstruée dans la suite par de la maçonnerie. Il se pourrait que le clergé et les gens de service de

D QNI WT

à Ne vaisselle, des lampes, des jouets de terre cuite, des seulement des bouchons d'amphores façonnés en plâtre ou en coulis d'argile et dont le diamètre diffère d'un exemplaire à l'autre ; ces bouchons sont souvent munis de croix, de monogrammes, de figures d'animaux, de représentations de saint Ménas ou enfin d'inscriptions. Voici un spécimen de cette dernière catégorie, c’est un bouchon d'amphore en plâtre, objets de dévotion, notamment des ampoules ou eulogies. On a trouvé dans les caves de la basilique d'Arcadius un certain nombre d'amphores servant à transDI | Fa h :

375 MÉNAS (SAINT) 376

dans les fouilles. Réservant cette partie pour la pré- | lopes, des girafes, des gazelles, des chiens, des coqs, des sente dissertation, nous n'en avions pas parlé lors que pigeons, et beaucoup d'autres encore (fig. 7062-7964).

Parmi les types principaux, quelques-uns rappellent l'art égyptien ; les plus grossiers sont des branches de l'industrie du Fayoum. Les formes sont étranges, mais l'impudeur provocante des Vénus du Fayoum a fait place à des types dans lesquels il est permis d'hésiter à reconnaître un jouet ou un ex-voto. Sont-ce des saints vêtus, nimbés, portant la tiare, ou bien est-ce la vierge Marie portant son divin Fils dans ses bras (fig. 7965).

Les lampes diffèrent dans beaucoup de cas du modèle habituel, surtout par les représentations grotesques et originales. Un certain nombre parmi elles portent des inscriptions, et on y lit comme sur beaucoup d'ampoules : TOY ATIOY MHNA (fig. 7966).


XIX. FOURS A FABRIQUER LES AMPOULES. — Les fouilles permirent la découverte et le déblaiement de l'office d'un potier. Son magasin se trouvait au sud-ouest de la ville, dans une grande rue de la plaine, non loin des basiliques. Des entrées indépendantes conduisaient dans l'atelier et dans les magasins, tandis que les logements privés se trouvaient à l'étage supérieur. Les murs badigeonnés de l'atelier, qui sont encore debout jusqu'à 2 mètres de hauteur, sont décorés de dessins et d'inscriptions. Nous traitions des jeux et jouets (voir Dictionnaire, L. vit, col. 2504-2527) ; naturellement, un de ces prédictions en ocre rouge et forment comme les pages d'un livre de dessins pour l'artiste de l'entrée, on voit un groupe tendu critique, qui ignorent tout du sujet dont ils parlent, et pour qui l'éloge ou le blâme qu'ils déversent au hasard de leur incompétence importent beaucoup moins que de garnir les rayons de leur bibliothèque, a trouvé superflu d'aborder dans un Dictionnaire d'archéologie chrétienne l'étude des Jouets chrétiens !. Parmi les grossiers jouets que les pèlerins rapportaient de Mar Mina à leurs enfants, quelques-uns offrent un intérêt particulier : ce sont ceux qui appartiennent au règne animal où le choix des types permet de juger la position particulière de l'oasis de Ménas et de son caractère comme point de jonction sur l'itinéraire suivi par les caravanes. On trouve des chameaux libres ou chargés et peinturlurés de diverses couleurs, des cavaliers munis du casque et du bouclier, des lions, des antilopes, etc.

À gauche, dans le couloir étroit conduisant aux chambres contiguës, on voit une étrange forme nue avec une barbe, de qui les mains semblent liées derrière le dos ; tout près se voit la partie supérieure d'un corps humain brandissant un marteau ( ?), d'un geste violent, comme s'il voulait assommer quelqu'un.

Dans la chambre suivante, on aperçoit de petits bateaux, un orant entouré de poissons, des croix, etc. D'après les graffites et les objets trouvés, on peut fixer l'époque de ces ruines vers la limite du IVe-Ve. Le fabricant d'eulogies ne nous a pas seulement fait connaître ses modèles, il a abandonné plusieurs de ses outils : une sorte de rouleau en marbre blanc, qui servait à lisser l'argile avant l'estampage, un vase en bronze contenant un sédiment noir (de la couleur ?), des moules, etc. Une grande amphore pointue, toute pleine, était fermée par un bouchon en plâtre ; tous les objets étaient à leur place, bien classés.

On procéda à l'inventaire de toutes les chambres. La première, désignée comme atelier, ne contenait en substance que les objets nommés déjà ; dans les deux chambres voisines, on vit en tas plus de 50 ampoules de Ménas, grandes ou petites, appartenant à six types, { cruches renflées et une amphore sans inscription, puis l'amphore pleine mentionnée plus haut ; dans une niche, 4 figurines en terre cuite représentant des femmes avec la tête garnie d'un grand nimbe. Une grande quantité de larges amphores à vin furent découvertes tout près des fours voisins de la maison !. x (Fig. 7967-7973) 3 Un deuxième magasin de potier, également muni d'un four, a été trouvé au sud de la ville de Ménas ; il contenait lui aussi du mobilier (fig. 7974-7976).


XX. LES AMPOULES. — Les ampoules de Saint-Ménas ont aujourd'hui envahi la plupart des musées, — et leurs types variés n'offrent plus guère de difficultés. Il n'en allait pas de même au siècle dernier. Dans le premier volume de la Revue archéologique, en 1844 *, S on donne quelques monuments chrétiens et entre autres une ampoule présentée comme « vase à parfum d'une terre rougeâtre un peu grossière » sur laquelle on voit saint Ménas, les bras étendus vers deux oiseaux, lesquels sont des chameaux. Cette ampoule appartenait au cabinet du comte de l'Escalopier, et la Bibliothèque (alors royale) possédait une eulogie avec l'inscription : ac €YAOTFIA TOY ATIOY MHNA =

Quelques années plus tard, en 1878, Edmond Le Blant mentionnait la présence de nombreuses ampoules dans les musées et les collections particulières. L Il signalait la présence d'une fiole à Arles, d'autres en Sicile, en Sardaigne, en Italie, en Grèce, en Égypte, - dans une île de l'archipel, dans les tombes de l'Asie Mineure *. Aujourd'hui, l'énumération ne pourrait plus être tentée, car les eulogies de Saint-Ménas ont dû être innombrables.

C'était le beau temps des pèlerinages d'où chacun rapportait quel que souvenir : cierge, terre, sable, eau, - brins de verdure, poussière, mais plus encore l'huile venue des tombeaux, vénérés qu'environnaient les lampes ardentes. :

Il y avait l'huile parfumée ou le baume découlant des sépulcres, à ce que dit Grégoire de Tours $, qu'on est dispensé de croire sur ce point ; on sait assez le rôle joué dans la légende par les pierres suintantes. Passeux disent encore que « les fidèles ont coutume de porter et de déposer les vases d'huile près des tombes miraculeuses où dorment les confesseurs et les martyrs, dans les lieux vénérés, en la place où parut le Christ au berceau ; sur cette huile, la grâce d'en haut se répand comme une divine rosée . » Fortunat (voir ce nom) nous affirme avoir été guéri par ce moyen : A Ravenne, dans la basilique de Saint-Paul-et-Saint-Jean, on voit un autel élevé en l'honneur du bienheureux confesseur Martin ; près de cet autel, est une lampe tà qui l'éclaire. Fortunat et Félix touchèrent leurs yeux de l'huile de cette lampe ; toute souffrance disparut et la guérison espérée fut entière ! »

Les eulogies du type le plus grand présentent en moyenne 0 m. 14 à 0 m. 16 de hauteur sur 0 m. 10 à 0 m. 12 de largeur. Une ampoule, trouvée en 1912 et qui peut remonter au Ve, montre que déjà à cette époque la légende du Ménas athénien trouvait des partisans. D'un côté, à 0 m. 16 de diamètre. On peut considérer comme la variante la plus ancienne un exemplaire très plat d'argile jaune, à peine épais de 0 m. 02, haut de 0 m. 16, large de 0 m. 11, sur lequel saint Ménas est représenté en relief, sans nimbe et sans inscription, dans un médaillon de 0 m. 10 ; la bordure est formée d'un chapelet de grains ; même décoration au revers (fig. 7977). sur une ampoule de grand modèle on lit : EYAOTIA TOY KAAAINIKOY AFIOY MHNA, et encore : TOY on lit : EVAOTIA TOY ATIOY entourant une palme entre deux colombes et, au revers ! (fig. 7978) :

De beaux exemplaires d'ampoules en argile rouge offrent d'une part saint Ménas debout dans l'attitude de la prière, flanqué des deux chameaux avec cette légende : O AFIOC MHNAC ; au revers, un sujet qui a fort exercé les imaginations jusqu'à ce qu'on ait montré qu'il représente le martyre de sainte Thécle ?, figurée debout, nue jusqu'à la ceinture, les mains attachées derrière le dos et livrée aux bêtes qui semblent être un lion, un ours et deux taureaux (fig. 7979). Quelques exemplaires déjà ont été rencontrés de cette représentation : un des plus curieux fut trouvé près de l'octogone, et il porte cette inscription :

+ €VAOFIA TOV AFIOV MHNA YA(cop ?) Les ampoules du type le plus petit sont représentées par soixante-trois variantes ; c'est celui qui a dû le plus contribuer à la notoriété du type de saint Ménas entre les chameaux, celui que les pèlerins emportaient dans leur bagage ou suspendu à leur cou. Les petites ampoules mesurent ordinairement de 0 m. 09 à 0 m. 11 de hauteur, avec 0 m. 02 à 0 m. 04 d'épaisseur et 0 m. 07 à 0 m. 08 de largeur ; leur décoration présente une assez grande variété : on y voit des fleurs, des croix, des étoiles et des dessins géométriques. Une ampoule porte l'inscription XAPIC @€OY ; une autre porte le labarum avec la légende : TOYTO NIKA et, à l'envers, sur cinq lignes ces mots : TOY AFIOY MHNA €YAOTIA.Croix, navire, disques, etc., etc. Rappelons encore le buste de saint Ménas à la chevelure laineuse de nègre (fig. 450) +. (Fig. 7977 à 7983.)


XXII. OSRTRACA. — Les ostraca trouvés à Karm - Abou Mina ont été déchiffrés et publiés ?, ils n'offrent qu'un médiocre intérêt.

1 =- + pvp o mXpxoys và payiv TOY narty) (vopuopuaea )vyr (xai) y' (xxl) XrzocTacaxplou œ” 3 B8 xc' Tüpucys TÒ quyiy TOY na71] * (&v) (voutouura) vy '(xxi)xXneuxlév y« (xxi) droarTxcux]ptou æ » E Ows Le’ m(&g)xays tò e[aylv rarnr(ai)s (vouiouxtx) y #Ane(wxotc) (vouiouura) y’ &rocTxcap (t0) (vôoutoumo)x« »AeËdväe(o ?) (voutopacx)[ Ces os(raca datent des Ve et VIes ; ce sont des mandats de paiement et des pièces concernant l'administration du sanctuaire de Saint-Ménas.


XXIII. EXPANSION DU CULTE. — 1. Orient : Nous venons de voir, à l'occasion de la basilique, que le contenu des ampoules n'a pas été nécessairement de l'huile ; une inscription aéchifirée dans la basilique permet de soutenir qu'on y introduisait une eau réputée miraculeuse. Par contre, on a recueilli des lampes qui ne pouvaient contenir que de l'huile. Mais le culte de saint Ménas est encore attesté par des églises, des inscriptions.

En Orient, nous savons que la Palestine possédait un προπύργιον τὸ ἅγιον Μηνᾶ, bâti par l'impératrice Eudoxie. A Constantinople, on célébrait le 11 novembre la fête de Ménas ἐν τῇ ἁγίᾳ αὐτοῦ ἐκκλησίᾳ, et la dédicace était commémorée le 21 septembre. Cette église était située près de la mer, sur l'emplacement d'un temple de Poseidon, au dire d'Hésychius : Ἐν τῷ τόπῳ ᾧ νῦν ἡ τοῦ ἁγίου Μηνᾶ ἐκκλησία, πρὸ τοῦ τῆς θαλάσσης, ἦν τὸ τοῦ Ποσειδῶνος ἱερόν, tandis qu'au dire de pseudo-Codinus, il s'agirait d'un temple de Jupiter : Τὸ δὲ ἱερὸν τοῦ ἄγίου Μηνᾶ νῦν ἐπὶ τοῦ Ἀπωλεῖν. On prétend que Constantin fit bâtir l'église de Saint-Ménas, ou plutôt c'est lui qui dédia à ce martyr le temple païen dont il avait chassé les idoles. Pulchérie et Marcien (450-457) auraient donné au sanctuaire sa forme définitive. Il en est question dans l'histoire du monastère d'Olympiade, qui fut incendié lors des troubles de 532 ; les nonnes se retirèrent alors provisoirement au τύπος Μηνᾶ, qui se trouvait proche du palais τῆς Μαγγάνης. Or, ce palais de Mangana se trouvait au pied de l'Acropole. C'est dans l'église de Saint-Ménas qu'on trouva, en vidant sa fosse, une grande quantité d'os gigantesques : ὀστᾶ τὰ ὑπερμεγέθη, que l'empereur Anastase (491-518) fit exposer ἐν τῷ Δόκῳ. On ajoutera qu'il n'y avait pas à Constantinople d'autre église sous le vocable de saint Ménas. Il est vrai qu'on signale, au nombre des bâtisses de Justinien, une église en l'honneur des saints Ménas et Ménaios, dans l'Hebdomon : Ἐν τῷ Ἑβδομόνι, ἡ τοῦ ἁγίου Μηνᾶ καὶ τοῦ ἁγίου Μηναιου ἐκκλησία. Ces deux saints sont inséparables ; il est à présumer qu'ils n'ont de commun que le nom avec le martyr du désert de Libye ; leur fête est distincte : on faisait leur commémoration à Constantinople le 29 octobre et le 11 août, ἐν τῇ ἁγίᾳ αὐτῶν ἐκκλησίᾳ.

En Gaule, deux eulogies du saint, portant des inscriptions grecques, furent trouvées dans les terrains de l'ancien cimetière Saint-Charles, à Marseille. A Arles, il existait un oratoire en l'honneur de saint Ménas. A Marseille, on trouva en 1833, dans les fouilles de l'ancien bassin du carénage, une inscription portant cette formule : Bonam requiem habeat in die futuro maritus meus Menas. Rien n'indique que ce Ménas fût un étranger, c'est donc que le culte du saint égyptien était assez répandu pour qu'à Marseille on imposât son nom à des enfants.

A Rome, le martyr Ménas avait un oratoire situé sur la voie d'Ostie, près du pont sur lequel on franchit l'Almone, tout près de l'endroit où il se déverse dans le Tibre. L'Itinerarium Einsidlense le mentionne entre la porte et la basilique de Saint-Paul, sur le portique qui les rejoignait : Inde ad portam Ostiensis ; inde per porticum usque ad ecclesiam Menne et de Menne usque ad S. Paulum apostolum. Saint Grégoire le Grand y prononça une de ses homélies (hom. xxxv, In Evang.) ; il y note que l'église du martyr se trouvait à une certaine distance de Rome. Elle était alors toute neuve. Nous avons, en effet, en une très mauvaise copie, l'inscription qui mentionne sa fondation par une corporation alexandrine, sous le pape Pélage II, n. 589.

C'était sans doute le centre religieux de la colonie alexandrine, des marins et commerçants que leurs opérations amenaient au port de Rome voisin. En Afrique du Nord, on a trouvé plusieurs ampoules et des inscriptions se rapportant à saint Ménas ; mentionnons aussi quelques lampes et ampoules, d'origine peu certaine, qui proviennent de la succession d'une personne ayant longtemps habité l'Égypte.

Ampoule de saint Ménas, découverte à Hippone, sur la colline dite de « Saint-Augustin » (voir Dictionnaire, t. VI, col. 2497) et deux autres ampoules du même, également à Hippone, et qui faisaient partie de la collection du commandant Farges. Sur l'une, on voit, des deux côtés, le saint entre deux chameaux agenouillés. L'autre offre, sur une face, une tête de nègre tournée à droite, sur l'autre face l'inscription usuelle : ΕΥΑ ΟΤΙΑ ΤΟ Υ ΑΤΙΟΥ ΜΙΝΑ — ΕΣΑΟΓΥΛΙΧ ΤΟΥ ΧΥΛΟΥ ΜΗΝΑΧ.

Ces monuments viennent s'ajouter à ceux que le culte de saint Ménas a laissés dans le Maghreb.

Le type de saint Ménas entre deux chameaux a été rencontré sur des lampes de Carthage ; une de celles-ci est conservée au British Museum ; une autre, découverte par le P. Delattre, est entrée au musée Lavigerie, elle est bien conservée. On y voit saint Ménas debout, vêtu d'une courte tunique, la tête nimbée et radiée, les bras étendus en croix. A droite et à gauche sont agenouillés deux chameaux. Sous les pieds du saint on remarque un ornement singulier, qui se termine en forme de fer à cheval, et qui est répété tout autour du motif central ; on peut se demander si l'artisan n'a pas voulu représenter des ampoules.

Une ampoule a encore été découverte à Carthage, en 1903 ; elle a été offerte au musée du Bardo ; elle représente saint Ménas nimbé, les deux bras étendus, entre deux chameaux prosternés ; sur la face opposée on voit un cercle coupé de deux barres qui s'entrecroisent — serait-ce un chrisme ? — une ligne de pois, une ligne ondée et une autre ligne de pois.

Les Afriques sont attestées non seulement par quelques ampoules de terre cuite, mais encore par des inscriptions. A Henchir Fellous, dans la vallée de la Siliana, une dalle rectangulaire, en calcaire blanc de pays. La moitié de droite a été découverte en 1896, et en 1901 on a trouvé dix-sept fragments qui ont permis la reconstitution presque intégrale du monument qui est conservé au musée du Louvre. Longueur, 0 m. 75 ; largeur, 0 m. 61 ; épaisseur, 0 m. 07 à 0 m. 08.

C'était une mensa ou table d'autel, posée sur des reliques. La face verticale antérieure était moulurée d'un listel haut de 0 m. 025 et un cavet de 0 m. 05. Au revers et au milieu de la dalle, on voit la place ménagée pour le coffret à reliques, évidement de forme carrée, de 0 m. 27 de côté sur 0 m. 01 de profondeur. Sur la moulure de la face antérieure cette inscription gravée au trait, en caractères peu réguliers, hauts de 0 m. 04 : ME(n)SA M[artyrum]. Sur la face supérieure horizontale, une deuxième inscription en lettres très irrégulières, hautes de 0 m. 022 à 0 m. 035, tracée sur cinq lignes séparées.

A Ain Zirara, région d'Ain Beida, entre Constantine et Tébessa, parmi les ruines d'une église, dans une cavité pratiquée jadis dans une plaque de pierre rectangulaire de 0 m. 38 sur 0 m. 32 et haute de 0 m. 20. Dans le mur de façade, probablement au-dessus des filets espacés de 0 m. 07 et, en bas, une ligne d'oves. La paléographie, les formules et la présence de deux croix latines, tout indique l'époque byzantine. Voici le texte (fig. 7984) :

A. (Hic) venerande reliquie beat(orum) mart(y)rum [Moen[z] et Sebastiani, d(e)p(o)s(i)t(e) in pace sub die III [id(uum) novem]brium, ind(i)et(ione) III, per manus b(ea)- [L(i)s(t) mri) Reb[ocati] ant[is]titis TOU pre(e)sb(y)t(e)r ? el Victor mon(a)c(hu)s b[ol|um Dfe)o bo[verunf].

A la fin de la première ligne, on lit ME N. Il est à remarquer que la fête de ce saint tombe le 11 novembre, jour de la déposition des reliques à Henchir Fellous.

A la quatrième ligne, il est question de Minna ou Mennas ; il ne semble pas qu'il faille envisager l'idée d'une inscription dédicatoire à un saint, ce serait chose insolite à cette date et dans ces parages ; d'ailleurs, en ce cas, l'inscription ne serait pas rédigée en grec. Il est tout aussi peu vraisemblable qu'il s'agisse d'un saint oriental transféré en Dalmatie. Cependant, la plaque de marbre de Marusinac ne pouvait appartenir à une ampoule dont la forme et les dimensions ne concordent pas avec ce monument, de plus, sur les ampoules, le nom du saint est au génitif, Et on se trouve ramené à l'hypothèse d'un Ménas local. « Il y aurait à faire valoir, en faveur de cette opinion, quelques considérations assez spécieuses. La fête du célèbre Ménas, Ménas de Cotyée, se célébrait à Alexandrie, centre de son culte, le 11 novembre.

Or, le 10 décembre, on trouve, dans les ménologes mais l'identification n'est pas certaine, car des noms identiques ou assez semblables se lisent dans d'autres inscriptions du pays.

Le culte de saint Mennas en Mauritanie, dans Recueil.

+ Ο ATIΩC MHNA+C+

Le second fragment avait été trouvé à 15 mètres de la confession de l'autel de la basilique de Marusinac.

L'inscription était un remploi, c'est-à-dire tracée au revers d'un fragment plus ancien qui reçut cette nouvelle destination au VIe environ.

La pensée qui se présente tout d'abord, c'est que nous avons affaire au célébre saint égyptien. D'un homonyme local, on ne trouve aucune mention dans l'hagiographie de Salone et tous les monuments salonitains qui s’y rapportent sont rédigés en latin. Il ne grecs, l’histoire, ou plutôt la légende, d'un saint Ménas, que l'on peut croire tout différent et qui est associé dans son récit à deux autres personnages nommés Eugraphe et Hermogène. Or, bien que l'histoire ait été placée à Alexandrie pour faire participer ce Ménas du 10 décembre à la popularité du vrai Ménas d'Égypte, ces deux personnages sont Dalmates : Eugraphe fut chorévêque de Salone au IVe, Hermogène fut martyrisé dans la même ville sous Dioclétien. Deux des héros de cette histoire légendaire sont donc Dalmates, le nom du troisième se retrouve sur une inscription de Salone ; n'y aurait-il donc pas lieu de croire que ce troisième Ménas était aussi Salonitain ?

« La présence à Spalato, encore au début du XVIIe, d'un reliquaire de « saint Ménas martyr » semblerait fortifier cette supposition d'un saint local de ce nom. Mais elle soulève à son tour de graves objections : ce nom, essentiellement égyptien, porté par un Dalmate serait tout à fait surprenant ; de plus, l'inscription est en langue grecque, alors que toutes les inscriptions relatives aux saints de Salone sont en latin.

« Enfin, une autre découverte est venue prouver d'une façon décisive qu'on devait renoncer à l'hypothèse d'un Ménas Dalmate et qu'il s'agissait bien, dans l'inscription précitée, de Ménas d'Égypte. C'est la découverte d'une ampoule de Ménas en Dalmatie : à vrai dire, elle était déjà connue, elle existait au musée de Spalato (fig. 7985), mais on doutait de son authenticité et l'on n'était pas sûr qu'elle eût été trouvée en Dalmatie $. Des recherches nouvelles ont fourni la preuve de son authenticité et de sa provenance dalmate.

« Par conséquent, Ménas d’Égypte avait été connu en Dalmatie, comme dans la plupart des autres provinces de l’empire, et c’est bien à lui que se rapporte l'inscription de Salone * ; l'emploi du nominatif ne doit pas trop étonner, car on le rencontre sur quelques ampoules ; peut-être, en ce cas, non seulement indiquait-il que l'ampoule était une ampoule de saint Ménas, mais désignait-il aussi la personne du saint représentée à côté de l'inscription. On est d'autant plus en droit de le conjecturer que l'inscription de Salone n'est pas gravée sur une ampoule, mais sur | pm -u EL, ae ta

: TIG

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lien, t, xir, 1908, p. 212-218, — H. Delehaye, L'invention des reliques de saint Ménas à Constantinople, dans Analecta bollandiana, t. Xx1x, 1910, p. 117-149. — J.-C.-E. Falls, Une visite dans les monastères du désert skeli que, dans Frankfurter Zeitgemässe Broschuren, t. xxv, part. 1 (1905) : Mirsa Matru, dans Frankjurter Zeitung, 23 mars 1906. — C.-M. Kauffmann, Die Ausgrabung der Menas heiligtümer in der Mareoliswütsle. Bericht ueber die Ausgrabung der Naltionalheiligtums der altchristlichen Aegypter. Campagne : November 1905 bis Juni 1906, in-8°, Cairo, 1906 ; Zweiter Bericht ueber die Ausgrabung der Menasheiligtümer in der Mareotisiwüsle. Die Sommercampagne Juni-November | 1906, in-89, Cairo, 1907 ; Dritter Bericht ueber die Ausgrabung des Menasheiliglämer :


AU M m DÀ —Á a è une plaque de marbre qui était sans doute fixée dans le mur de la basilique de Marusinac et à côté de laquelle étaient peut-être placées une ou plusieurs ampoules, tandis qu'au-dessous se serait trouvée une image du saint ( ?) dont ce fait attesterait même la popularité particulièrement grande en Dalmatie. Et C'est cette popularité qui donnerait l'explication du dernier point qui reste à élucider : l'association de Ménas, dans une passion légendaire, à deux personnages dalmates. Ménas, très particulièrement honoré à Salone, a pu, à l'époque où les traditions s'obscurcissent, finir par être pris pour un saint salonitain et associé indûment à un martyr et à un évêque du pays. Cette association est passée dans les ménologes grecs, à moins que les rédacteurs de ceux-ci ne l'aient eux-mêmes inventée, et Ménas d'Égypte s'est ainsi trouvé dédoublé par un processus hagiographique vraiment assez curieux, En réalité, il n'y en a eu qu'un, et c'est à lui que se rapportent l'ampoule de Spalato et l'inscription de Spalato.


XXIV. BIBLIOGRAPHIE. — M. Chaîne, Note sur les animaux de saint Ménas, dans Revue de l'Orient chrétien, t. 1, col 1725-1730, fig. 447-450, 452. —.S. Merkle, Das Wüstenheiligtum des hl. Menas, dans | Hochland, t. x, 1912, p. 19-31. — H. Miedema, De | heilige Menas, in-8°, Rotterdam, 1913. — M.-A. Murray, S. Menas of Alexandria, dans Proceedings of the Society of biblical archaeology, t. xx1x, 1907, p. 25-30, 51-60, 112-122. — A. Nesbitt, On a box of carved ivory

Les premiers habitants de la basse Chaldée furent des Touraniens qui, établis sur les bords du golfe Persique, se mêlèrent aux populations sémitiques de la Mésopotamie, et ce croisement produisit la race chaldéenne qui donna son nom à la contrée. Des collèges sacerdotaux s'y organisèrent qui s'adonnèrent à l'étude de l'astrologie. De là vient que le culte des astres et des divinités planétaires fut le fondement essentiel de la religion des Chaldéens.

Écrasés une première fois par les Aryens de Cyrus, une deuxième fois par les Grecs d'Alexandre, soumis successivement aux Séleucides, aux Arsacides et aux Sassanides, enfin presque anéantis par la conquête musulmane, les Chaldéens s'obstinèrent à durer. La persécution qui s'acharna contre eux les empêcha à 3 of the sixth century, dans The archaeologia, t. XLIX. — MENDAITES, — I. Résumé historique. II. Les livres. III. Le chef spirituel.

I. RÉSUMÉ HISTORIQUE. — Le bassin inférieur du Tigre et de l'Euphrate se développe dans une plaine immense formée d'alluvions et parsemée de marais qui, sous un ciel brûlant, rendent le pays malsain et presque inhabitable. C'est là que vivent, dispersés au milieu de tribus arabes, les débris de l'antique race chaldéenne qu'on appelle généralement la secte des Soubbas, et qui se nomment eux-mêmes Mendaites. Malgré tout ce qui paraissait devoir confondre cette race avec les peuples voisins, ses oppresseurs, l'origine, la langue, la religion, les mœurs l'ont préservée.

désormais de s'employer à fertiliser leur sol, à entretenir les canaux qui donnaient à leur pays une prodigieuse fertilité : ce jardin, admiré par Hérodote, se changea en un lieu stérile et désolé. Néanmoins, la race conserva ses traditions, elle s’incrusta sur le sol d’où elle était sortie et son culte astrologique se | conserva et se transmit dans les livres sacrés des Mendaïtes jusqu’à nos jours.

Environ 140 ans avant notre ère, Mithridate le Grand, le sixième des Arsacides, comprit l'impossibilité de maintenir sous un même sceptre d'immenses contrées qui différaient de races, de langues et de religions ; il conçut donc l'idée de former une vaste confédération de royaumes vassaux gouvernés par des rois. Ainsi furent créés les royaumes tributaires d'Arménie, d'Osrhoène, d'Abiadène, de l'Élymaide, et, dans la basse Chaldée, les royaumes de Mésène et de Characène.

Tout en perdant leur ancien nom national, les débris de la race chaldéenne réussirent, à la faveur des circonstances politiques, à conserver une ombre d'indépendance et d'autonomie : le petit royaume de Mésène et de Characène fut constitué entre les années | 143 et 126 avant Jésus-Christ !. Les noms de Mésène et de Characène sont difficiles à expliquer. Le premier, qui s'est transmis au golfe Mésanite, Mecavitng 399 xoAmoc, est peut-être d'origine grecque, mais il serait plus vraisemblable d'y voir les éléments du nom de Mesch, petit-fils de Sem !, qui parait être allé s'établir vers le « nord-est de la péninsule arabe ; cette étymologie est proposée par Flavius Josèphe ?, Quant au nom de Characène ou pays de Charax, le sens en a été parfaitement déterminé par Reinaud *. La ville de Charax, capitale du royaume, était située sur le fleuve appelé aujourd'hui Schat-el-Arab, un peu en aval du confluent du Tigre et de l'Euphrate, dans une plaine marécageuse formée d'alluvions ; pour cette raison, on avait dû bâtir les maisons sur pilotis. Aboulféda en témoigne et le mot yapu% signifie pieu ou pilofis. Le royaume de Méséne et de Characène avait pour limites, au Sud, le désert d'Arabie et la mer Érythrée ; au Nord, il s'étendait peu en amont de la jonction des deux fleuves et n'atteignait pas jusqu'à Ctésiphon ; il était, à l'Est, séparé de l'Élymaide par la province de Sittacène.

Le premier roi de ce pays fut FIyspaosinés, fils de Saggonadacos. La plupart de ses successeurs nous ont laissé des monnaies qui sont du plus haut intérêt historique et qui ont permis de reconstituer une suite de seize souverains depuis 124 avant Jésus-Christ jusqu'aux environs de 120 après Jésus-Christ *.

Peu de renseignements historiques nous ont été transmis sur ces rois qu'on ne trouve mentionnés que dans Lucien , Joséphe, Pline, Dion Cassius. Dans l'historien juif Joséphe , nous voyons que le contemporain de Jésus-Christ, Abinerglos, appelé aussi Abinnerigos, fut en rapport d'amitié avec Monobazos, dynaste de l’Abiadène, et avec Hélène, sa femme. Izates, fils de Monobazos, épousa même la fille d'Abinerglos, Symmacho, et nous savons qu'Héléne et son fils Izates embrassèrent le christianisme et vinrent s'établir à Jérusalem, au temps de l'empereur Claude. On signale ce fait rapporté dans Joséphe pour montrer que, dès l'origine du christianisme, les rois de la Characène ont pu recueillir l'écho de la prédication évangélique, et que c'est sans doute, comme nous le verrons, jusqu'à cette époque, qu'il faut faire remonter l'introduction et l'immixtion des idées chrétiennes dans les livres religieux des Mendaites. Plus tard, Dion Cassius nous parle d'un Attambolos, contemporain de Trajan, c'est Attambolos IV, qui devint tributaire des Romains quand Trajan, après avoir soumis toute la Mésopotamie et pris Ctésiphon, descendit le Tigre jusqu'à la mer Érythrée et songea à renouveler les exploits d'Alexandre sur l'Inde. Enfin, vers l'an 190 de notre ère, nous voyons une invasion arabe fondre sur la basse Chaldée et en chasser tous les habitants .

A partir de cette époque, il n’est plus fait mention, chez les auteurs, du royaume de Méséne et de Characène, et nous entrons dans une période plus obscure encore que celle que nous venons de parcourir. Il est probable que, lors que la domination des Sassanides arriva, la Characène n'avait plus de rois, car les auteurs qui racontent l'expédition de Julien l'Apostat ne parlent point de ce royaume ?. Ce qui est certain, C'est qu'il exista encore des rois de Characène après Attambolos V. Ces rois nous ont laissé des monnaies qui ne sont plus à légende grecque, mais à légende mendaites et qui, pour cette raison, sont demeurées inexplicables. Aussi longtemps qu'elles n'auront pas été déchiffrées et classées, nous n'aurons aucune donnée positive sur l'histoire de la Méséne et de la Characène depuis l'époque de la conquête de Trajan jusqu'à l'invasion musulmane.

Pour toute cette période, nous pouvons conjecturer que ce malheureux pays passa tour à tour sous la domination des Parthes et des Romains, selon les caprices de la victoire. Nous pouvons induire, par analogie, qu'Artaxerxés, fils de Sassan, envahit la Characène en même temps qu'il subjugua toute la Mésopotamie ; que Julien ravagea ce pays et qu'après sa mort la basse Chaldée retomba définitivement sous la domination des Sassanides. Elle perdit son autonomie et n'eut plus de rois ; les noms même de Mésène et de Characène disparurent, comme achevaient de s'évanouir, dans tous ces pays, les traditions grecques importées par Alexandre. À l'époque des Sassanides, Charax s'appela successivement Kerkhi, Misan et Maherzi, vers le début de la domination musulmane. Les héritiers des astrologues chaldéens dissimulèrent alors le plus possible leur foi religieuse ; ils copièrent en secret leurs livres et se les transmirent de génération en génération ; de nos jours, ils racontent qu'à certaines époques de leur histoire leur religion disparut presque complètement ; ils manquèrent de prêtres, et la vraie doctrine ne reparut que miraculeusement dans le monde.

Les Mendaites furent confondus avec les Nabatéens, nom qui servait à désigner toutes les populations araméennes de la Méditerranée et des pays qui s'étendent depuis l'Euphrate jusqu'au désert d'Arabie en s'avancant même jusqu'à la mer Rouge. Les tribus nabatéennes étaient cantonnées depuis le pays d'Harran (Charræ) jusqu'à Pétra. Celles de la Mésopotamie, appelées plus particulièrement du nom de Sabiens, sont d'origine assyrienne, et représentent les débris des populations qui ont formé le noyau de l'empire ninivite ou babylonien. Elles ont donc des rapports étroits avec les Chaldéens proprement dits ou Mendaites et bien des traditions sont communes à ces deux peuples.

Dans le Coran, on trouve désignées, sous le nom de « Sabiens », certaines populations de l'Asie qui, avec les juifs et les chrétiens, ont droit à une certaine tolérance, parce que la parole divine leur a été révélée et qu'elles ont des livres sacrés écrits par des prophètes antérieurs à Mahomet. Chwolson a pensé avoir démontré qu'il faut comprendre, sous ce nom de Sabiens, les Mendaïtes seuls. Le nom de Sabiens signifie, on le sait, ceux qui se purifient, les baptistes, et il convient parfaitement aux Mendaites qu'on désigne souvent aujourd'hui de cette manière ; mais l'expression de « Sabiens », dans le Coran, ne s'applique pas seulement aux Mendaites, elle embrasse encore les Sabiens du Harran, et même, d'une manière générale, tous les Nabatéens de la Mésopotamie, car ces derniers, tout comme les Mendaites, ont des livres religieux inspirés et ils admettent les ablutions et le baptême. En outre, les écrivains arabes divisent les Sabiens en deux classes : ceux qui adorent les génies qui président aux astres et aux mouvements de l'univers — ce sont les Chaldéens ou Mendaites — et ceux qui adorent les images ou êtres sensibles — c'est le reste des populations mésopotamiennes.

On désigne aussi les Mendaites sous le nom de Nazoréens ou Nazaréens que l'on trouve assez fréquemment employé dans leurs livres ; ce qualificatif, donné aussi quelquefois en Orient aux chrétiens, parce que Jésus-Christ fut élevé à Nazareth, a été appliqué aux Mendaites, car saint Jean-Baptiste, dont ils ont fait le chef spirituel de leur secte, était de Nazareth de Galilée. Des auteurs arabes les ont aussi appelés les Sabiens des Marais. Le nom de Soubbas, équivalent de Sabiens, est celui que leur donnent les populations qui les environnent. Enfin, on les nomme quelquefois encore, en Europe, chrétiens de saint Jean. Cette appellation, qui n'est nullement motivée, fut inventée au XVe par des navigateurs portugais qui, ayant pénétré jusqu'au fond du golfe Persique, se trouvèrent en relations avec les Mendaites et furent frappés par ce fait que saint Jean-Baptiste est considéré comme leur législateur. Il est évident que donner le nom de « chrétiens » à une secte qui regarde Jésus-Christ comme un imposteur et un faux prophète est une erreur manifeste.

L'étude de leurs livres montre combien ces populations de la basse Chaldée sont encore pénétrées des idées astrologiques qui s'étaient développées à Babylone ; mais elle fait en même temps ressortir ce qu'à travers les dominations qu'ils ont dû supporter les Mendaites ont emprunté à leurs oppresseurs.


II. LES LIVRES. — La littérature des prêtres et des savants chaldéens est représentée aujourd'hui par des débris assez considérables écrits sur la pierre ou ils embrassent toutes les branches des connaissances humaines : histoire, grammaire, jurisprudence, sciences physiques et mathématiques, et surtout magie, mythologie et légendes religieuses. À une époque difficile à déterminer, ces textes furent transcrits sur le papier ou le parchemin et devinrent des livres proprement dits. Ils se transmirent de génération en génération ; c'est ainsi que, dans le livre d'Esther, nous trouvons les annales des temps passés ; Bérose puise à pleines mains dans les écrits chaldéens, qui sont encore signalés par l'auteur, connu sous le nom de Moïse de Khoréne, tandis que saint Éphrem d'Édesse et Bardesane s'appliquent à en donner une réfutation.

Jusqu'à une époque relativement moderne, les Nabatéens avaient, par tradition, copié et conservé un grand nombre de livres chaldéens traitant d'astrologie, de médecine, de physique, d'agriculture, de recettes pour la sorcellerie et la magie, de l'histoire des démons, du culte des astres et des divinités assyriennes, notamment de Tammuz, l'Adonis des Grecs ; comme Adam, Noé, Abraham, ou bien on les regardait comme directement écrits par quelque génie sous la dictée de la divinité. Cela est vrai, mais on ne saurait donner le nom de « livres » à ces écrits. Les sujets traités sont des plus variés : ces livres étaient attribués aux premiers patriarches, ou à des génies, ou à des dieux, et considérés comme écrits sous la dictée de la divinité. De toute cette littérature, un seul livre est parvenu jusqu'à nous et encore, c'est dans une traduction arabe qui a pu être faite sur une première traduction grecque, c'est le Traité d'agriculture nabatéenne, livre qui, pendant tout le Moyen Âge, a joui d'une vogue immense en Orient ; et voici ce que nous en dit Ibn Khaldoun : « Parmi les livres grecs, on traduisit le Traité d'agriculture nabatéenne attribué aux plus savants d'entre les Nabatéens, et contenant sur l'article de la magie des détails qui annonçaient des connaissances profondes ; mais des hommes religieux ayant examiné ce livre et regardant comme inutile et illicite tout ce que contenait le chapitre des enchantements, se bornèrent à transcrire ce qui avait trait aux végétaux, à leur plantation, à leur culture, et supprimèrent le reste. » Ibn Khaldoun ajoute toutefois qu'on transcrivit plus tard quelques parties qui concernaient la magie.

Le livre religieux le plus important des Mendaites, celui où leurs croyances sont exposées d'une manière à la fois historique et dogmatique, est celui que Norbery a publié sous ce titre de Codex Nasareus, liber Adami appellatus. Les Mendaites lui donnent différents noms ; le plus commun est Sidra rabba et aussi Sidra l'Adam. Cette dernière expression vient de ce que les Mendaites prétendent qu'il a été envoyé par Dieu à Adam par le ministère de l'ange Razaël. Dans tout le livre, il n'est traité que de théologie, d'astrologie, d'angélologie, de démonologie, enfin de l'histoire religieuse et mystique du monde. Il y est fait mention d'Adam, de Noé, d'Abraham, de Moïse, de Salomon, de saint Jean-Baptiste, de Jésus-Christ, de Mahomet, à côté des traditions chaldéennes. Tout cela est pêle-mêle, confus, contradictoire et constitue un grimoire où l'on rencontre le plus incroyable mélange d'absurdités que l'imagination puisse concevoir.

Le second en importance des livres des Mendaïtes est le Sidra d'Yahio, le « Livre » de Jean, qu'ils appellent encore Dravchod d'Yahio ou les « Paroles sublimes de Jean. » Il s'agit de Jean-Baptiste, le précurseur. En réalité, le personnage du Baptiste n'est introduit que dans les dernières couches rédactionnelles des écrits mendaites. Il est absent des liturgies. Dans le Ginza, il n'apparaît que dans des pièces rapportées tardivement, c'est-à-dire — comme de nombreux indices le démontrent — à la période arabe. Les histoires du Livre de Jean n'ont même pas le mérite de conserver de vieilles légendes, et la conclusion s'impose : la figure du Baptiste est, dans la religion mendaïte, d'importation chrétienne et ne remonte qu'à l'époque byzantino-arabe, au VIIe. L'étude des rites baptismaux a permis de préciser l'étendue et le caractère de ces influences chrétiennes. On lit, il est vrai, la mention du Jourdain dans les textes mendaites, mais il faut bien se garder, d'après cela, de faire venir la secte des bords du Jourdain. L'habitude d'appeler Jourdain toutes les eaux baptismales est empruntée aux nestoriens et toute la liturgie baptismale des Mendaites ne fait d'ailleurs que démarquer les rites des nestoriens de Syrie. Enfin, la célébration du dimanche provient des mêmes influences chrétiennes. Ce livre, divisé en soixante-dix-sept sections, est plutôt un recueil liturgique et un livre de cérémonies et de prescriptions religieuses qu'un ouvrage dogmatique. Il contient la vie de Yahio, vie moitié humaine, moitié surnaturelle, remplie de faits miraculeux et de prodiges ridicules. Il renferme, en outre, les règles qui doivent être observées dans les cérémonies du culte, les règlements des jours de fête, des jeûnes, de la prière, et toutes les prescriptions auxquelles doit se conformer un Mendaïte pour être un bon fidèle et assurer le salut de son âme ; il y a aussi, comme dans le Sidra rabba, des morceaux entiers qui ne sont que des incitations à la piété. Le Sidra d'Yahio a été publié en entier, mais Stœndlin en a donné quelques extraits au XVIIe ; de nos jours on en a vu paraître le texte et la traduction allemande, avec une traduction anglaise.

Un autre recueil, plus spécialement liturgique encore, est le Qolasta appelé aussi Divan. Ce livre ne renferme que des hymnes et des prescriptions relatives à l'administration du baptême, aux ablutions, aux prières que doit réciter un bon Mendaïte, au mariage, à la mort et au jugement des âmes. Le texte a été publié par G. Eutingen en 1867 et, dans une traduction allemande, par M. Lidzbarski, en 1920.

La Bibliothèque nationale possède un quatrième livre mendaïte, dont on ne connaît pas le nom original et qui contient des prières pour le mariage, les jours de la semaine et la plupart des circonstances de la vie ; il renferme aussi des gloses astrologiques très importantes. Ce manuscrit a été très sommairement décrit par J. Euting et par Zotenberg.

Peut-être ce recueil est-il le même que celui que M. Siouffi appelle Asfor Malvacho ou livre des amulettes. Celui-ci contient, paraît-il, les prières et les formules que l'on doit réciter pour que les amulettes préservent des maladies et éloignent les malheurs. Ce livre doit être fort ancien et renfermer des formules qui remontent jusqu'aux Chaldéens.

A côté de ces livres, reliés en feuillets comme nos livres modernes, les Mendaites ont encore un volumen qui, d'après leur liturgie, ne doit pas être en feuillets, mais former un rouleau comme le Pentateuque samaritain. La Bibliothèque nationale possède un de ces rouleaux qui mesure près de 14 mètres de long, sur une largeur de 0 m. 16. Suivant le catalogue de Zotenberg (n. 16) il est divisé en quatre cent neuf paragraphes traitant de la cosmogonie, des croyances religieuses, des devoirs des évêques et des prêtres, de ceux des fidèles, etc. Il est conçu sous forme de questions et de réponses qui sont censées être adressées par un archange. Comme complément à la littérature mendaite, nous devons mentionner les inscriptions découvertes, notamment la fameuse inscription d'Abouschadr, celles des plats de terre cuite découverts par Layard dans les ruines de Babylone. Ces inscriptions sont écrites en une sorte de caractère qui tient le milieu entre l'estranghelo et le palmyrénien ; quelques-unes d'entre elles remontent au 2e ou au 3e siècle avant notre ère. Les Mendaites croient que la plupart de leurs livres leur viennent directement de Dieu qui les envoya du paradis céleste par l'intermédiaire des anges. La langue dans laquelle ils sont écrits est un dialecte araméen fort apparenté au syriaque, mais singulièrement corrompu. Contrairement à l'usage de toutes les langues sémitiques, les Mendaites écrivent les voyelles.


III. LE CHEF SPIRITUEL. — La secte des Mendaites se réclame de saint Jean-Baptiste comme son fondateur et son chef spirituel. Le Sidra rabba contient un récit détaillé de sa vie miraculeuse que nous ne résumons pas ici ; il suffira de présenter ce qui semble appartenir à l'histoire.

Saint Jean-Baptiste est le prophète de la religion des Mendaïtes ; ils le regardent comme le médiateur entre Dieu et les hommes, comme celui qui est venu restaurer sur la terre la vraie doctrine, dont le signe sensible est le baptême. Mais leurs livres négligent de nous faire connaître le nom du réformateur ou du prophète qui répandit parmi eux la religion du Précurseur, et en fit pénétrer les dogmes dans leurs écrits sacrés. Voici ce que l'on sait de plus positif à ce sujet. Vers la fin du 1er siècle de notre ère, à peu près sous le règne d'Attambolos III, il surgit chez les populations des environs de Bassora, qui formaient le royaume de Mésène et de Characène, une sorte d'homme inspiré ou de réformateur religieux du nom d'Élhasaih. Ce personnage, originaire du nord-est de la Perse, vraisemblablement sectateur de Zoroastre, et initié à la fois aux dogmes chrétiens et aux doctrines sabiennes qui remplissaient l'Orient à cette époque, paraît être le véritable apôtre historique des Mendaites. Il semble que les sectaires, désignés par les Pères de l'Église sous le nom d'Élhasaites, ne sont autres que les Mendaïtes. Cette opinion, soutenue par Chwolson, a été combattue par Et. Quatremère qui s'appuie sur le témoignage de saint Épiphane pour prouver que les Élhasaïtes étaient établis dans l'Iturée à l'orient de la mer Morte. Mais il est probable que saint Épiphane n'aura, comme beaucoup d'auteurs modernes, fait aucune distinction entre les Mendaïtes et les Sabiens ou Nabatéens, ce qui n'a rien d'étonnant, étant données la communauté d'origine et la parenté de doctrine. E. Renan a suivi l'opinion de Chwolson et a admis l'identité des Élhasaites et des Mendaites. Cent ans environ après l'apparition d'Elhasaih, naquit Mani, de parents mendaites, et élevé dans les croyances mendaites jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans, époque où il fonda lui-même une religion (voir Dictionnaire, au mot MANICHÉISME). Faut-il s'étonner que le manichéisme renferme encore tant de mystères et contienne tant de croyances grossières, si son point de départ se trouve dans les livres mendaites ?

H. LECLERCQ.


MENDICITÉ. — I. Dans l'Évangile. II. Pendant les premiers siècles. III. Après la paix de l'Église.

I. DANS L'ÉVANGILE. — On peut dire que la mendicité a trouvé ses lettres de noblesse dans l'Évangile : saint Marc nous apprend qu'une femme, dont la fille était possédée d'un esprit impur, ayant entendu parler de Jésus, se jeta à ses pieds. C'était une païenne, Syro-Phénicienne de nation, et elle le priait de chasser le démon de sa fille ; mais Jésus lui dit : « Laisse d'abord les enfants se rassasier ; car il n'est pas bon de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens. » Mais elle répondit et lui dit : « C'est vrai, Seigneur, mais les petits chiens mangent sous la table les miettes des enfants. » Alors Jésus dit : « A cause de cette parole, le démon est sorti de ta fille ! » Cette réhabilitation d'un geste qui humilie la fierté de l'homme, en la foi, a été la consolation de multitude qui, dénuée de tous les biens du monde, a su mendier leur pain quotidien sans oublier, ni sacrifier jamais « l'éminente dignité des pauvres dans l'Église ». Une parabole célèbre a mis en scène un mendiant à qui le Sauveur reconnaît une éminente sainteté, puisqu'il quitte la misérable de ce monde pour jouir immédiatement de la vision divine : « Il y avait, dit Jésus, un homme riche qui était vêtu de pourpre et de lin et qui faisait chaque jour une chère splendide. Il y avait aussi un mendiant, nommé Lazare, qui était couché à sa porte, couvert d'ulcères, désirant se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche, et personne ne les lui donnait ; mais les chiens venaient et léchaient ses plaies. » Le mendiant mourut et fut enseveli dans l'enfer. Et, levant les yeux, lorsqu'il était dans les tourments, il vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein, et s'écriant il dit : « Père Abraham, ayez pitié de moi, et envoyez Lazare, afin qu'il trempe l'extrémité de son doigt dans l'eau, pour rafraîchir ma langue, car je suis tourmenté dans cette flamme. » Mais Abraham lui dit : « Mon fils, souviens-toi que tu as reçu les biens pendant ta vie, et que Lazare a reçu de même les maux... » Maints passages des Évangiles montrent la sollicitude pour les pauvres, qui ne manquent jamais autour de nous, et à qui il faut distribuer son bien, qu'il faut inviter à partager notre repas, car c'est envers le Christ lui-même que notre charité s'exerce : « J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire », et ainsi, c'est Jésus qui se compare lui-même à ceux qui mendient leur pain. — II. PENDANT LES PREMIERS SIÈCLES. — « La bienfaisance païenne restait le plus souvent étroite, intéressée [ou du moins calculatrice], empreinte d'un esprit politique [entachée de préoccupations égoistes]. Surtout elle ne dépassait guère les limites de la patrie. Le pauvre, qui n'est ni un client, ni un compatriote, mais tout simplement un indigent jeté sur la voie publique par quelque accident [ou par la rigueur du sort, par son inaptitude à gagner fructueusement sa vie], est presque toujours abandonné à sa malheureuse destinée. Personne ne verra une charité véritable dans la munificence des Césars pour nourrir et amuser la plèbe de Rome, car il ne s'agit pour eux que de payer sa servitude. » Au mépris de l'indigent, s'associe la cruauté à son égard. On se débarrasse du surplus des pauvres par des massacres. Galère, ne sachant que faire de cette engeance qui coûte cher et ne rapporte rien, imagine d'en charger des navires et de les noyer en pleine mer : Mendici supererant soli, tulos miseria el infelicitas fecerat. At quis homo impius misertus est illis, ut non egerent. Congregari jussit el E Marc., vri, 24-28 ; Matth., xv, 22-28. — ? Luc., XVI, 19-25. — ? Matth., XXVI, 11 ; Joh., xii, 8. — Matth., d XIX, 21 ; Luc., XVI, 22 : Marc., X, 21. — 5 Luc., XIV, 13. * = Matth., XXV, 35. — T E. de Pressensé, La vie ecclésiastique, religieuse et morale des ermites aux Ier et IIIes.

Or, il arriva que le mendiant mourut et fut porté par les anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi et il fut enseveli dans l'enfer. Et, levant les yeux, lorsqu'il était dans les tourments, il vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein, et s'écriant il dit : « Père Abraham, ayez pitié de moi, et envoyez Lazare, afin qu'il trempe l'extrémité de son doigt dans l'eau, pour rafraîchir ma langue, car je suis tourmenté dans cette flamme. » Mais Abraham lui dit : « Mon fils, souviens-toi que tu as reçu les biens pendant ta vie, et que Lazare a reçu de même les maux... » Maints passages des Évangiles montrent la sollicitude pour les pauvres, qui ne manquent jamais autour de nous, et à qui il faut distribuer son bien, qu'il faut inviter à partager notre repas, car c'est envers le Christ lui-même que notre charité s'exerce : « J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire », et ainsi, c'est Jésus qui se compare lui-même à ceux qui mendient leur pain. — II. PENDANT LES PREMIERS SIÈCLES. — « La bienfaisance païenne restait le plus souvent étroite, intéressée [ou du moins calculatrice], empreinte d'un esprit politique [entachée de préoccupations égoistes]. Surtout elle ne dépassait guère les limites de la patrie. Le pauvre, qui n'est ni un client, ni un compatriote, mais tout simplement un indigent jeté sur la voie publique par quelque accident [ou par la rigueur du sort, par son inaptitude à gagner fructueusement sa vie], est presque toujours abandonné à sa malheureuse destinée. Personne ne verra une charité véritable dans la munificence des Césars pour nourrir et amuser la plèbe de Rome, car il ne s'agit pour eux que de payer sa servitude. » Au mépris de l'indigent, s'associe la cruauté à son égard. On se débarrasse du surplus des pauvres par des massacres. Galère, ne sachant que faire de cette engeance qui coûte cher et ne rapporte rien, imagine d'en charger des navires et de les noyer en pleine mer : Mendici supererant soli, tulos miseria el infelicitas fecerat. At quis homo impius misertus est illis, ut non egerent. Congregari jussit el E Marc., vri, 24-28 ; Matth., xv, 22-28. — ? Luc., XVI, 19-25. — ? Matth., XXVI, 11 ; Joh., xii, 8. — Matth., d XIX, 21 ; Luc., XVI, 22 : Marc., X, 21. — 5 Luc., XIV, 13. * = Matth., XXV, 35. — T E. de Pressensé, La vie ecclésiastique, religieuse et morale des ermites aux Ier et IIIes.


MENDICITÉ 406

exporlalos naviculis in mare mergi . C'est la méthode de Carrier. : Mais le paganisme nous offrirait trop souvent de ces Tepoussoirs, nous devons nous en tenir à la société chrétienne. L'apôtre saint Jacques s'adressant à ceux de la diaspora, parmi lesquels des maximes avaient prévalu que la doctrine nouvelle voulait redresser, leur dit que, s'il entre parmi leurs assemblées un homme bien vêtu et portant au doigt un anneau d'or en même temps qu'un indigent couvert de haillons, ils ne doivent pas dire au premier : Tu sede hic bene, et au second : Tu sia illic, aut sede sub scabello pedum meo rum ; car Dieu a choisi les pauvres pour être riches dans la foi et hériter de son royaume, tandis qu'eux abaissent l'indigent : Vos aulem exhonorastis pauperem. Les chrétiens doivent pratiquer une méthode opposée. Non seulement ils doivent aimer leur prochain déshérité, mais encore lui venir en aide, joyeusement, spontanément car hilarem datorem diligit Deus ?, Tertullien affirme que le fidèle, vraiment digne de ce nom, ignore la morgue, même à l'égard des malheureux : christianus nec in pauperem superbit !, Dans le christianisme primitif », on compare volontiers le devoir de la bienfaisance à celui du pardon, et en général à tous ceux dont l'amour est le principe. La loi ni les hommes ne peuvent rien exiger de moi envers celui qui m'offense ; mais Dieu se fait son avocat dans mon cœur ; il me rappelle mes propres offenses, son propre pardon... Et, au nom d'une loi supérieure, dont il est le seul arbitre, il me dit : « Si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs offenses, votre Père céleste ne vous pardonnera pas les vôtres. » De même, le riche ne doit rien au pauvre, de qui il n'a rien reçu ; mais il doit tout à Dieu, de qui il a reçu toutes choses, et qui, en retour de tant de grâces, lui demande un peu de son superflu pour ses frères déshérités. Cette libéralité ne doit pas s'arrêter devant certaines exclusions, car Dieu nous donne l'exemple de répandre ses bienfaits sur tous les hommes : Nec quisquam a beneficiis ejus el muneribus arcelur ; quominus omne humanum genus bonitate ac largitate divine æqualiter perfruatur *, Mais la charité n'exclut pas le discernement, aussi les Constitutions apostoliques écartent les pauvres indignes de compassion : veuves envieuses et méchantes ; paresseux, ivrognes, débauchés # C'est là que nous lisons que, « s'il existe une veuve qui puisse se procurer les choses nécessaires à la vie et qu'une autre femme mariée tombe dans le dénuement par suite de maladie, d'infirmités ou du grand nombre d'enfants, il faut la secourir de préférence à la première !, » La mendicité ne constitue donc pas un titre à l'assistance si elle est imputable au désordre.

Hermas, dans le Pasteur, nous offre la doctrine de l'Église sous une forme vive et frappante !* : « Un jour, dit-il, que je me promenais dans la campagne, je vis un orme et une vigne. L'ange m'apparut et me dit : « À quoi penses-tu ? » Je lui répondis : « Je m'arrête à cet orme et à cette vigne, parce que leurs fruits me semblent beaux. » — « Eh bien, me dit-il, ces deux arbres peuvent servir d'exemple aux serviteurs de Dieu. Tu vois cette vigne : elle porte des fruits, tandis que l'orme n'en porte pas. Mais si elle n'était appliquée à l'orme et soutenue par lui, elle n'en porterait pas beaucoup. Étendue par terre, elle donnerait de mauvais fruits ; suspendue à l'orme, elle en porte pour elle et pour l'arbre qui lui prête son appui. Cette parabole t'offre l'image du riche et du pauvre. Le riche a des biens, mais est pauvre du côté de Dieu, car il est distrait par le soin de ses richesses, et sa prière n'a que peu de valeur auprès du Seigneur. Lors donc qu'il aura prêté au pauvre l'appui de sa fortune, celui-ci priera pour lui - et lui obtiendra les biens spirituels : car le pauvre est riche en prière, et Dieu l'exauce facilement. De cette manière, l'un et l'autre s'enrichissent en se faisant du bien.

Les individus ne sont pas seuls à pratiquer la charité, les communautés prennent à leur charge le soulagement des indigents. Saint Justin nous apprend que, chaque dimanche, on célèbre l'office et « chaque assistant participe aux dons consacrés que les diacres vont porter aux absents. On fait une quête à laquelle contribuent tous ceux qui en ont le désir et les moyens. Cette collecte est remise au chef de l'assemblée, qui vient au secours des veuves et des orphelins, des pauvres et des malades, des prisonniers et des étrangers ; en un mot, qui prend soin de tous les indigents ! » En plus des quêtes hebdomadaires, chacun, dit Tertullien , apporte une modique offrande au commencement de chaque mois ou, lorsqu'il le veut faire, toujours suivant ses facultés ; car, selon la remarque des Constitutions apostoliques, si Dieu a délié les chrétiens du joug de l'ancienne Loi, il ne les a point exemptés des contributions à payer aux prêtres et de la bienfaisance à exercer à l'égard des pauvres . Les communautés, qu'elles se dissimulent sous un titre de collège ou qu'elles possèdent une existence légale, disposent de fonds plus ou moins considérables qu'elles emploient au soulagement des pauvres. En ces temps lointains, l'Église de Rome revendique le privilège de se montrer plus charitable qu'aucune autre Église ; elle envoie des secours à celles qu'un malheur vient de frapper. L'Église de Carthage rivalise de générosité avec elle, lorsqu'à la suite d'une collecte faite à Carthage, elle expédie 100 000 sesterces aux évêques de Numidie éprouvés par des razzias . Mais ce sont là des interventions exceptionnelles ; il existe une véritable organisation en vue de subvenir aux besoins permanents des misérables. Tous ceux qui ont besoin d'assistance reçoivent des subsides. Nous ne repoussons pas vos pauvres, dit Tertullien, s'adressant aux païens. Vous faites moins de sacrifices dans vos temples que nous ne faisons d'aumônes dans les rues . Il existe ainsi des visiteurs des pauvres qui se rendent au domicile des malades, des infirmes, et de pieuses femmes vont rendre des soins dans les taudis les plus misérables : Quis enim sinat conjugem suam visitandorum fratrum gratia vicatim aliena et quidem pauperiora quaerere luguria circuire .

En 251, l'Église de Rome a à sa charge l'assistance de plus de quinze cents pauvres, répartis en divers groupes ; saint Laurent, le premier diacre, rassemble autour de lui tous ces assistés * ; enfin nous | III. APRÈS LA PAIX DE L'ÉGLISE. — L'administration la plus imprévoyante, celle de l'empire romain,


MENDICITÉ

était impuissante à lutter contre les abus et les désordres qu'elle croyait contenir et apaiser par des distributions gratuites de vivres. Elle avait ainsi façonné - la populace romaine à cette fainéantise congénitale | qui léguait à ses futurs maîtres un grave embarras, Ces gens qui ne peuvent, qui ne veulent et qui ne savent rien faire, sont le fléau contre lequel il faut | lutter infatigablement. A Césarée de Cappadoce, saint | Basile en est réduit, pendant une assez longue période, : à convoquer chaque matin les miséreux de tout âge, | de tout sexe et à leur distribuer de ses mains des soupes faites d'herbes cuites et de sel. Les grandes villes sont d'ailleurs remplies d'indigents qu'on voit étendus sur le sol, à demi-nus, exposés aux | intempéries, errants comme des bêtes fauves ou bien. faisant leur couche de quelques chiffons ou de paille | pourrie Nombre d’infortunés assiègent les bains | | publics, ou bien, couverts de haillons, assis, appuyés - | sur un bâton, ces loqueteux s'alignent à la porte des églises dont l'entrée se trouve parfois obstruée 1%. Ils ne s'en éloignent que pour aller dans les rues de la. ville, mendier de porte en porte !, ou bien pour s'échelonner le long des chemins, exhibant leur plaies dégoûtantes 12, Il y a aussi des mendiants qui se livrent à des pitreries misérables afin de provoquer le rire et la générosité« , « Voilà, dit saint Jean Chrysostome à son auditoire, voilà, par suite de votre dureté, des misérables forcés de faire le métier de prestidigitateurs, de bouffons, de personnages ridicules. Vous les voyez avec | des coupes, des vases de bois, des gobelets dans les doigts, chantant des refrains honteux, exprimant de | grossières passions ; les uns donnent un morceau de pain, les autres une obole... On les arrête longtemps, © c'est un plaisir pour les hommes, pour les femmes ! - Qu'y a-t-il de plus triste que ce spectacle ? C'est peu | de chose, reprenez-vous... On regarde cela comme peu de choses ! Alors que se trouvent introduits parmi | nous de nombreuses occasions de péchés. Un chant | obscène, une musique enivrante amolissent l'âme et | cette mollesse engendre la corruption des mœurs.

Je gémis lors que je pense que le malheureux invoquant Dieu, lui demandant pour vous dans ses prières des. biens innombrables, ne jouit d'aucune estime auprès de vous et qu'au contraire celui-ci vous amuse, excite votre admiration. » Dans une autre circonstance, il dit encore : « Il y a des pauvres légers et superficiels qui ne savent pas supporter la faim et se résolvent à tout plutôt qu'à la subir. Souvent, après avoir cherché à exciter votre pitié par leurs paroles et leurs gestes, voyant qu'ils. n'y gagnent rien, ils quittent le rôle de suppliants et se mettent à imiter, à surpasser même les baladins, en. mangeant des cuirs, de vieilles chaussures, en s'enfonçant des clous aigus dans la tête ; en se plongeant - dans l’eau glacée. Certains exagèrent encore l'absurdité et la cruauté envers eux-mêmes, afin d'offrir un spectacle d’une plus étrange horreur. Et vous assistez | à tout cela, riant et admirant #1 » Valentinien et Théodose entreprennent de combattre ces abus : « Qu'on observe, écrivent-ils au préfet de Rome, ceux qui mendient publiquement ; qu'on | s'informe de l'état de leur santé et de leur âge. Que les valides, capables de travailler, convaincus de mendier par paresse, soient, s'ils sont reconnus esclaves, adjugés en cette qualité au dénonciateur. Leur | origine est-elle ingénue, celui qui les dénonce se les ment *. » — Cette loi, semble-t-il, est demeurée inefficace et Justinien la modifie en ces termes, en ce qui concerne Constantinople. « Si, ordonne-t-il, les mendiants valides, — décente, le questeur ne permettra point qu'ils restent un fardeau inutile sur cette terre : il les livrera aux puissants de manière à les obliger au travail et à les. forcer à gagner leur nourriture, échangeant ainsi une | — vie oisive contre une existence meilleure. Ceux qui se IE | directeurs des boulangeries, des jardins, des ateliers | | : Bins au labeur prescrit sont chassés de cette ville I2 royale ?. » :

» Le nombre des pauvres est élevé, mais sans être … toutefois excessif. Saint Jean Chrysostome estime | qu'à Constantinople le chiffre n'excède pas 50 000 . | — A Antioche, il s'adresse en ces termes à son auditoire : — « Je rougis de vous avoir parlé si souvent de l'aumône et de n'en point retirer tout le fruit que je pou- | - vais en attendre. Quelques-uns d'entre vous sèment - à la vérité, mais d'une manière si resserrée que je | - tremble quand je songe à la moisson. Pour constater | .à quel point vous êtes peu généreux, considérez quel est, dans cette ville, le plus grand nombre ou des riches, ou ‘des pauvres, et combien il existe de citoyens qui - mne sont ni entièrement misérables, ni absolument fortunés, tenant le milieu entre ces extrémités. Je * erois que les personnes fort riches forment la dizième partie de la population, et les indigents un autre dixième. Le reste n'est ni fort à l'aise, ni nécessiteux. « Partageons par la pensée ce nombre de citoyens - complètement dénués de ressources, et vous verrez . le juste sujet de confusion que vous aurez. Le chiffre - des riches est assez petit, mais celui des gens pouvant - constituent qu'une portion restreinte des habitants. Il s'ensuit que les fidèles, capables de faire l'aumône, — sont assez nombreux pour nourrir ceux qui manquent - de tout. Et cependant, il y a tous les jours parmi vous beaucoup de frères s'endormant le soir avant d'avoir . pu apaiser leur faim ! Non, je le répète, parce que nous - sommes dans l'impuissance de les secourir, mais à - cause de notre inhumanité. Car si les riches et ceux - qui possèdent un bien médiocre avaient soin de par- - tager entre eux tous les indigents, à peine cinquante |3 personnes, ou peut-être même un cent, en auraient une E soulager. »

H. LECLERCQ. MENÉES. — Ce nom de menées, qui vient de Unwxiov (de uv, mois), s'applique à une collection — répartie en douze volumes, un par mois, renfermant les offices des fêtes immobiles du rite byzantin. Ainsi qu'en Occident, le calendrier byzantin se compose de - deux séries d'offices. La première comprend les jours |— de l'année ecclésiastique qui pivotent autour de la | k fête de Pâques (propre du temps). La deuxième se — compose des fêtes du Sauveur, de la Vierge, des saints, | — fixées à certains jours du mois de l'année civile. Les | offices relatifs à ces fêtes sont contenus dans les menées . Qui correspondent au propre des saints du bréviaire romain.

On n'est pas très exactement instruit sur les origines de cette compilation qui aura pu se former peu à peu. Il semble que le synaxaire, qui n'est plus de nos jours qu'un extrait des menées, aura donné naissance à ce recueil. Le synaxaire ne contient que des vies de saints abrégées, pour servir à la fête, comme font les leçons du second nocturne au bréviaire. Ces vies de saints sont attribuées à Syméon Métaphraste. Les menées avec le synaxaire remplacent tous les autres textes et poésies requis pour l'office (canons avec leurs hirmoi, tropaires, stichères, kontakia). Une part notable de ces compositions poétiques est attribuée au mélode Romanos. Quant aux menées, elles n'entrent pas dans la liturgie eucharistique, mais seulement dans l'office divin.

L'année ecclésiastique byzantine commence au mois de septembre qui forme le premier volume. Les règles à suivre, pour appliquer l'office à la fête du jour, se trouvent dans le Typicon dont on a inséré des passages dans les menées. Chaque office occupe cinq ou six feuillets de format in-folio, avec les rubriques imprimées en rouge. La disposition générale est la suivante : d'abord les versets ou stichères chantés à l'office de vêpres, ensuite les leçons bibliques avec les prokeimena et les troparia dont on peut avoir besoin. Le canon chanté à l'orthros suit avec toutes les odes et leurs tropaires. Le synaxaire de la fête suit la sixième ode. Les psaumes et ce qui est immuable ne sont pas donnés puisqu'on peut les trouver dans les autres livres, tels que Triodion, Paraklétikè, Octoéchos.

Les Églises de rite byzantin, qui ne font pas usage de la langue grecque pour la liturgie, possèdent des traductions des menées avec des offices additionnels pour leurs fêtes particulières et quelques autres modifications qui leur sont propres. En slavon, au lieu de menaion, on dit mineja, en arabe minaiun, en roumain mineiu. Des parties seulement ont été traduites en syriaque par les melchites quand ils faisaient usage de cette langue *. Les menées n'ont pas été traduites entièrement en arabe. Les orthodoxes et les melchites d'Égypte et de Syrie emploient une sélection qu'ils appellent anthologion en grec, ou minaiun en arabe.

La première édition des menées fut celle d'André et Jacques Spinelli, à Venise (1528-1596), réimprimée (1596-1607). Les dernières éditions grecques furent celles de Venise, en 1873 (orthodoxe), celle de Rome, en 1888 (uniate) sorties des presses de la Propagande.

Le premier et le second volume (septembre-décembre), datés respectivement de 1888 et 1889 (1892 sur la couverture), ne portent que le titre général et l'indication des mois. Les volumes suivants (janvier-juin) qui sont de 1896, 1898, 1899 (1900 sur la couverture) portent en outre : Ἐξώο1c ΤΤ, v ρηλόρoτc ὑπεοτ &xpu6 Gc StogÜ c Oetco HOTÉ TUAOLOTUTE y e py poupac xal abEnbetox tý Toù Turtxod rpooûxn. Le volume final (juillet-août) a paru en 1901 (1902).

Cette édition a passé par bien des vicissitudes. Le cardinal Pitra, qui en prit l'initiative et confia la correction des premiers volumes à Stevenson senior, choisit pour point de départ les menées de Venise de 1876. L'absence de prolégomènes quelconques ne permet pas de se faire une idée bien précise du plan primitif ; mais, à partir du moment où le travail de révision fut confié aux Pères de Grotta-Ferrata, ceux-ci s'étudièrent à faire profiter les nouvelles menées des ressources de leur belle bibliothèque. Leurs anciens manuscrits leur fournirent de nombreuses corrections et des compléments, consistant ordinairement en tropaires, kontakia, stichera, etc., qui manquent à l'édition de Venise ; quelquefois ce sont des canons entiers dont les menées de la Propagande ont été enrichis. Il aurait fallu, évidemment, signaler toutes les modifications, de quelque nature qu'elles fussent ;

411 MENÉES — MENHIRS ET DOLMENS 4192 »

et, si l'on pouvait avoir des raisons de ne pas encombrer par des notes critiques un livre destiné à l'office divin, au moins aurait-il fallu s'en expliquer dans une préface. Mais telle n'était point l'idée des premiers éditeurs, et ceux qui leur ont succédé ne pouvaient ou n'osèrent pas sortir du cadre tracé,


BIBLIOGRAPHIE. — L. Allatius, De libris ecclesiasticis Graecorum, in-4 », Parisiis ; 1645, 1646. — Neale, History of the holy Eastern Church, in-8°, Londres, 1850. — Maltzew, Die Nachtmache... der orthod. kathol. Kirche, in-8°, Berlin, 1892. — N. Milles, Kalendarium manuale, in-8°, Oeniponte, 1896. — Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Literatur, in-8°, Munich, 1897, p. 658-659.

H. LECLERCQ.

Plusieurs de ces pierres ont porté au Moyen Âge le nom de fanum, ou autre de même signification. Sulpice-Sévère raconte qu'il y avait à Amboise une tour de ce genre terminée par un cône. Paulin de Périgueux parle de la même construction en la désignant sous le nom de fanum. Fortunat la décrit aussi, et l'on voit par ces textes que ce monument n'était pas le temple d'un dieu, mais le dieu lui-même. Le nom de ce dieu était Vernemet chez les anciens Gaulois, nous dit Fortunat. Les Saxons, au temps de Charlemagne, adoraient aussi une colonne qu'ils nommaient Irminsul. Il est probable qu'elle portait, à son sommet, une statue. Plusieurs monuments de ce genre furent détruits par saint Martin de Tours. Les fouilles ont montré l'existence d'une enceinte autour de Pirelonge et c'était là, peut-être, ce que les anciens nommaient delubrum. Enfin, les pierres connurent une dernière évolution : elles prirent de grandes dimensions, devinrent creuses, furent munies d'une porte et devinrent de vrais temples. Tels furent le temple du Vieux-Poitiers, le temple de Janus à Autun, le temple de Sanxay ( ?), la tour de Vésone à Périgueux, etc. Beaucoup de ces monuments sont connus : pierre géante, pierre clouée, pierre de saint Léger (Ille-et-Vilaine) ; de saint Marc (Eure-et-Loir) ; de sainte Madeleine * (Charente), le petit.

— Cise ne met en rapport avec ces pierres. On ne connaît répandu dans toute la Gaule et si souvent donné à des fana se conservèrent jusqu'au VIe ou VIIe, — et les vies des saints mentionnent les actes d'idolâtrie dont ces monuments étaient le siège. Les tours pleines ou creusées intérieurement en forme de bouteille, que l'on nomme fontelles dans l'Ouest, sont, sans doute, des monuments du même genre.

Un certain nombre de menhirs ou de mégalithes ont reçu des dénominations variées. Les unes sont simplement descriptives et mentionnent une particularité : pierre levée, pierre de la motte, pierre percée, pierre coclée. En ce qui concerne particulièrement les menhirs, ces désignations mettent en lumière la position, la couleur, la matière, la forme, un détail accidentel, comme haute borne, borne longue, pierre bise, pierre aiguë, pierre courbe, et toutes les localités appelées Pierrefitte, Hauteborne, etc. Il y a aussi les pierres branlantes qu'on nomme folles, mouvantes, tournantes, et les pierres-qui-virent. Enfin, certaines désignations reflètent des idées générales sans relations avec les individus ou une classe d'individus et d'autres évoquent des personnages fabuleux ou historiques : dieux, géants, nains, fées, mères, vierges, le diable ou les saints. C'est à ces derniers que nous voulons en venir. On peut citer des menhirs dits pierre de sainte Radegonde (près de Poitiers) ; pierre de sainte Christine , — près de Semur ; grès de saint Aignan (dans la Somme) ; grès saint Méen (Ille-et-Vilaine) ; les pierres de saint Hubert, de saint Urbain, de saint Vaast (dans l'Oise) ; dolmen dit pierre de saint Ethbin (Eure). Mais ce sont là des noms de saints locaux qu'aucune légende pré- ne pas d'exemple certain où le nom de saint Martin, si rochers, des pierres à bassins, des pierres branlantes , des polissoirs, se soit attaché à un dolmen ou à un menhir. Le prétendu dolmen du Forez, dit pierre de saint Martin, n'est connu que par une description très vague et a disparu depuis longtemps !. La pierre de saint Martin dans le Poitou ! n'est pas plus un monument mégalithique que les pierres du même nom dans l'Oise et dans l'Yonne ! ou celle de saint Martial ` dans le Limousin #, Une pierre saint Martin est signalée comme monolithe dans l'Yonne, mais il n'est pas certain qu'il s'agisse là d'un menhir 4. Le dolmen dit pierre de saint Martin, dans l'Indre, ne devrait ce nom qu'à une empreinte du pied du saint sur la table #, La pierre Martine du Lot n'est pas un dolmen, mais une pierre branlante ! ; on trouve ailleurs des rochers dits pierre Martin et pierre Martine 17, Le menhir, dit la vieille de saint Martin, près de Nantes, doit son nom à une légende dans laquelle le saint n'est que spectateur !, En général, les désignations rappelant le christianisme sont rares et s'expliquent toutes par un essai de christianisation des monuments.

La part restreinte faite au christianisme dans les monuments mégalithiques proprement dits diffère, si on passe de ceux-ci aux polissoirs, Plusieurs s'appellent, il est vrai, roc des sorcières, pierre du diable, pierre aux fées, roches des fées, mais un plus grand nombre se réclament des saints — saint Martin ?, sainte Radegonde — et font l'objet de légendes où apparaissent ces saints personnages. « Sur le polissoir dit pierre aux dix doigts, les rainures passent pour être la trace des doigts de saint Flavit ?. La Vierge et les saints figurent aussi fréquemment dans la nomenclature des pierres à bassin ou à écuelles. Le nom de saint Martin est resté attaché à nombre de cavités naturelles ou artificielles, dites pas de saint Martin , pas du cheval, du mulet , de la mule ou de l'âne de saint Martin . Il en est que l'on montrait déjà au temps de Grégoire de Tours”, Ailleurs, il est fait mention du pas de la jument de saint Jouin , de l'empreinte du genou de la mule de saint Hilwire’, du pas du cheval de saint Julien *, L'idée que des cavités sont l'empreinte des pieds de saints personnages ou de leurs montures est saint Martin, tout à fait privilégié à cet égard, on rencontre saint Pierre, saint Paul, saint Thomas, saint Michel, saint Georges, saint Germain, saint Hilaire, saint Lucien, etc. » — On pourrait étendre ce dénombrement à une multitude de personnages de la mythologie, mais, sans aller dans cette direction, nous trouvons à Bärting, en Prusse, une pierre qui porte l'empreinte des pas de Dieu ? ; il en est de même en France, où un menhir, à Sognes, est appelé le Pas-Dieu ?, Une pierre, dans une église dédiée à sainte Radegonde en Poitou, porte l'empreinte du pied de Jésus-Christ # ; on en montre une autre à Rome, dans une église voisine de la porta San Sebastiano “. D'autres pierres, dans le Forez, gardent l'empreinte du pied de la très répandue d'ailleurs dans le monde entier : à côté de sainte Vierge ! et il ne manque pas de localités où l'on exhibe empreinte des pieds du diable et de l'archange saint Michel !, de la griffe du diable , du sabot de sa mule !, Jusqu'à nos jours, dans beaucoup de contrées, une crainte superstitieuse protège ces pierres de la cupidité des paysans trés disposés à ne rien respecter. Des légendes se transmettent de génération en génération, dont aucune déception ne parvient à triompher. Sous le dolmen de Bouëri (Haute-Vienne) se trouve un trésor que découvrira celui qui percera la terre qui le recouvre, dans la nuit du 24 au 25 décembre, au premier coup de minuit(fig. 7986). Dans les Pyrénées-Orientales, tel dolmen n'a pu être fouillé par crainte de ce qui arriverait. Dans l'Yonne, on se signe en passant devant le menhir de la Femme-blanche. Dans l'Ille-et-Vilaine, le dolmen d'Essé se défend lui-même, parce que celui qui le détruirait mourrait dans l'année ; mêmes croyances dans la Charente-Inférieure, dans l'Indre, en sorte qu'il y a plus d'un siècle, en 1820, Chaudruc de Crazannes écrivait. que « c'est à ces appréhensions, à ces terreurs populaires qu'est due la conservation d'une grande partie de ce qui nous reste de ces monuments !* ».

La durée ou la continuité du culte des pierres est attestée non seulement par les survivances, mais par divers témoignages que l'on peut classer sous trois chefs *^ :

L'apie des quos in ruinosis locis el silvestribus, dæmonium ludificationibus decepti, venerantur, ubi el vola vovent el deferunt, fundilus effodiantur al que in tali loco projiciantur ubi nunquam a cultoribus suis inveniri possint !, Charlemagne, en 789, ordonne de traiter comme sacriléges ceux qui ne feraient pas disparaitre de leurs champs les simulacres qui y sont dressés et qui s'opposeraient à leur destruction *. En Espagne, les conci les de Toléde fulminérent, en 681 et 652, contre les veneratores lapidum =. On n'a pas signalé d'interdictions de ce genre dans les pays oü il n’y a pas de monuments mégalithiques ; aussi est-il trés probable que les textes en question se rapportent bien aux menhirs et aux pierres sacrées. Encore vénérés de nos jours, comment ne l'auraient-ils pas été au vii ? siècle ? Lukis a cependant objecté que, s'il en était ainsi, il n’y aurait plus tant de menhirs debout aujour-

E.

415 d'hui ! ; selon lui, les canons des conci les s'appliquaient à des pierres plus petites, analogues à de grossiéres statues en granit trouvées à Guernesey , Il pense que les menhirs ont été respectés parce qu'on les considérait comme des monuments funéraires, mais cette derniére opinion est certainement erronée, l'idée que les menhirs sont des tombe aux n'ayant laissé que bien peu de tra ces dans les désignations populaires de ces monuments . Quant à l'objection principale de Lukis, elle s'était déjà présentée aux archéologues au commencement du xix® siècle. Baudouin Maison-Blanche y a répondu * : « La hàche et le fer, dit-il, secondaient les prédications du clergé | . mais la chose était plus difficile | contre les chénes.. à l'égard des colonnes... Pour en détruire le culte superstitieux, le clergé fut réduit à placer sur leur sommet des croix que l'on y voyait encore au commencement de la Révolution. » 2, — Ces « surfrappes » ou « surcharges » de monuments mégalithiques remontent à une épo que trés ancienne.

Sans parler du menhir de Poitiers, dont l'inscription | celti que est encore obscure , on trouve des divinités | du panthéon gréco-romain sculptées aprés coup sur le menhir.de Kernuz, aujour d'hui conservé dans le parc du manoir de Kerviler . Quelques transformations de ce genre appartiennent à une épo que tout à fait récente : Schweighaeuser a raconté qu'en 1787, à la suite d'un vœu fait par des marchands de bois, on sculpta les douze apótres en relief sur un menhir d'Alsace dit Breitenstein . En 1853 encore, une statue de la Vierge fut placée sur la pierre qui vire dans l'Yonne . Dans un menhir, à Hoedic, on a pratiqué une niche pour y placer une statue de la Vierge *.

C'est surtout en Irlande que la continuité du culte des menhirs est sensible, depuis la pierre du souvenir anépigraphe jusqu'à la stéle portant des inscriptions oghamiques ou des inscriptions latines accompagnées de symbo les chrétiens. Dans l'Écosse orientale, les menhirs, dit monuments des Pictes, ont été imités jus que vers le xi siècle, épo que où les rois d'Écosse en élevaient encore pour y faire graver des scénes de chasse et de combat 1, A Plouaret (Côtes-du-Nord), un grand dolmen est devenu la chapelle des Sept-Saints , Un exemple plus frappant encore est celui du dolmen de Saint-Germain-sur-Vienne, prés de Confolens !, qui fut transformé en chapelle vers le xir ? siècle et dont Fergusson . a si malencontreusement abusé pour nier la haute antiquité de ces monuments. On cite aussi,en Espagne, des exemp les de dolmens transformés en cryptes d'églises et en chapel les #, Ailleurs, on a transporté un monument mégalithi que dans une église pour mettre fin aux pratiques superstitieuses dont il était l'objet : tel est le cas d'un menhir à l'entrée de la cathédrale du Mans M, Le systéme le plus généralement suivi par le clergé chrétien, systéme déjà recommandé en 426 par Théodose II, consistait à planter, à graver ou à sculpter une croix sur les monuments incriminés ; ces croix


MENHIRS ET DOLMENS —


MENINX ` 416

sont particulièrement nombreuses sur les menhirs 1° ; mais on les trouve aussi sur les blocs de certains cromlechs ! ? et sur les dolmens !. On a méme signalé une croix tracée, en réunissant quatre écuel les, sur une pierre à bassins des Pyrénées !, Quelques croix ont été taillées, semble-t-il, dans la masse méme des peulvans ou des menhirs « , Mais ces tentatives pour : christianiser » les mégalithes se heurtent parfois à de sour des résistan ces : on a raconté, dans les Pyrénées, qu'un ouvrier, qui avait faconné une croix pour en surmonter une pierre, fut frappé de mort par le génie du lieu !, C'est sans doute pour ce motif que le clergé s'est généralement abstenu de détruire les monuments mégalithiques, méme à une épo que oü leur intérét archéologi que lui échappait. Peu de prélats ont eu la hardiesse de cet évé que de Cahors, qui, au dire de Delpon ?, fit briser un dolmen du Quercy, parce qu'il était pour les habitants du pays l'objet d'un culte ` idolàtre. | 3. — D'après une tradition locale, un ermite du vit siècle, saint Viâtre, aurait établi sa cellule sous un dolmen de la Sologne . Fréminville et Mahé ont noté plusieurs fois en Bretagne que des chapel les ou des calvaires ont été construits tout prés de menhirs et de dolmens « pour faire diversion au f aux culte » *, Dans la Mayenne, une grande croix a été plantée auprès de la pierre dite chaire du diable * ;, En Hollande, Gratama a signalé la proximité des églises chrétiennes et des dolmens du pays ou Hunnebedden que l'on appelle parfois « églises sans pasteur csl

H. LECLERCQ.


MENINX. — I. Localité. II. Liste épiscopale. III. Archéologie. IV. Épigraphie.

I. LOCALITÉ. — Morcelli et Tissot admettaient l'existence d'une Girba dans la province Proconsulaire d'Afri que ; cette opinion parait contestable. L'ile de Meninx, qui porta dans la suite les noms de Girba et de Djerba, était vaste et peuplée, assez pour qu'on

ques catholiques de Girba ou, pour mieux dire, de deux évéchés. Pline connait dans l'île deux vil les importantes : Mening et Thoar ; Ptolémée en nomme deux également : Meninx et Gerra. La Table de Peutinger en cite quatre : Girba, Tipasa, Haribus et Uchium.

Wilmanns admet que la capitale de l'ile était à Meninx, au sud-ouest de l'ile (Bordj-el-Kantara actuel) ; Tissot est d'un avis opposé : il identifle la ville de Girba avec la Gerra de Ptolémée (Houmt es Souk actuel, au nord-est de l'ile). Enfin, Mesnage pense que Meninx ou Girba et Gerra ont pu étre vil les épiscopa les.


II. LISTE ÉPISCOPALE. — Monnulus a Girba, en 256, mentionné dans les Sententiæ episcoporum, 10.

Proculus Girbitanus, en 393. Saint Augustin, Tract. in psalm., xxxv1 ; Serm., 11, n. 20.

Gallonius était peut-étre le titulaire du second évéché de Girba, puis que Proculus dit : Proculus | puisse admettre l'existence simultanée de deux évé- .

— Girbitanus pro collega Gallonio, subscripsi. Saint Av- — gustin, loc. cit.

1 Quodvultdeus, episc. Girvitanus, en 411 (t, 126), a pour compétiteur :

L— A EKrasius, episc. Girbitanus, episcopus civitatis (1, 126).

— Urbanus Girbensis, Victor de Vite, Histor. persec. Vandalicæ, 1. I, c. vir.

Faustinus Girbitanus. en 484. Notit. Tripol., 3. i Donatus, episcopus plebis Gervilanz, en 525, Har- | . eol. 1081. | Au commencement du vin ? siècle, Girba avait - encore probablement un évê que : Tegézvzov (l'epertcroix sur le sol extérieurement au récipient. La forme cruciale était recommandée comme la forme ronde, mais le vide du bassin était ordinairement circulaire, hexagonal ou octogonal.

Les baptistéres plus ou moins intacts sont trés nombreux en Afri que. Il n'y a pas de ville, prés des basiliques, pas de ruine rurale, prés de l'église, oü on n'apercoive les débris de cette annexe, le plus souvent très humble ; et la cuve est, pres que toujours, ce qui s'en est le mieux conservé. La plupart du temps, C'est un trou circulaire, maconné, revêtu d'un enduit ou d'une mosaï que. Dans bien des cas, cette mosaï que est blanche comme celle de certaines baignoires dans les thermes d'installation modeste ; dans quelques autres, elle offre des sujets variés.

Le monument est fort grossier. Aucun des morce aux symétriques ou correspondants n'est pareil : tout est taillé et joint à l'œil ; malgré la petitesse de l'échelle, on s'en rendra compte sur le plan. Les marbres dont se sont servis les ouvriers sont de bel les pié ces, mais ils n'ont été extraits, ni apportés exprès. Ils viennent, comme beaucoup de matéri aux, précieux ou non, å cet âge, d'édifi ces dévastés plus anciens. On y voit des trous de scellement ou d'implantation qui n'ont pas soutenu un dais ou quelqu'aulre abri, car ils.ne se | répondent point. L'une des surfa ces porte de gran des rainures, qui n'ont pas pour fonction d'écouler dans la cuve les e aux égarées, mais qui se trouvaient dans le bloc lorsqu'on l'a employé. Un des dés présente méme, à son bord inférieur, caché par conséquent dans le sol, un rang de rais de cceur, preuve certaine de sa premiére destination (fig. 7988). INous sommes donc encore en présence, comme tant de fois aux basses époques, d'un travail håtif et barbare, fait aux dépens des bátisses plus vieil les qu'on exploitait comme des carriéres. On remarquera que cette piscine n'est point disposée, quant aux degrés, comme le prescrit Isidore de Séville, De divin. offic., 1, 24. Il n'y a pas six marches, trois à droite pour entrer, trois à gauche pour sortir, et une septiéme par cóté i A, — XI — 14

419 MENINX —

sur laquelle monte celui qui administre le sacrement. On voit au contraire, sur chacun des quatre flancs, un petit escalier tout semblable aux trois autres !.

En 1901, on a déblayé, dans ses parties essentiel les, la basili que d'où provient ce baptistère, elle était pavée de mosai que. On a également mis au jour une église moins importante, où on a relevé plusieurs installations hydrauliques romaines, d'un type inédit, et un grand caveau funéraire taillé en plein tuf, avec colonnade intérieure, peut-être d'épo que puni que *.


IV. ÉPIGRAPHIE, — Dans la nef de droite de la premiére église on a trouvé un riche tombeau (fig. 7989). Le pavé de la nef se compose de deux couches épaisses de ciment entre lesquel les est une couche de coquillage de murex de 0 m. 20 d'épaisseur. Le tombeau est en bel les dal les de pierre, dont une, en forme de pyramide quadrangulaire tronquée, porte une croix latine ; elle faisait partie du couvercle du tombeau. L'inscription est tracée sur une pla que de marbre, brisée en trente morce aux : long. 0 m. 42, haut. 0 m. 26, haut. des lettres 0 m. 015 * ;


EGNATIA valeas IN HOC MVN do a NNIS XXI. MENS... DIE 5 BUS lll...

Il s'agit d'une Je une fille de 21 ans environ, Egnatia puella, de la famille patricienne des Egnatii. Une autre inscription, trouvée à Meninx par Pélissier, en 1842, aujour d'hui perdue, porte également le nom d'Egnatia.

H. LECLERCQ.


MÉNOLOGE. — I. Le nom. II. La collection de Siméon Métaphraste. III. Ménologes antérieurs à Métaphraste. IV. Le ménologe basilien.

I. LE Nom. — Aprés la description que nous avons donnée des menées (voir ce mot), on peut se demander s'il est nécessaire de parler du ménologe ; si nous le faisons, c'est que ce terme a été employé maintes fois par des auteurs, qui l'ont rendu familier, et qu'il importe de faire connaitre ce qu'il signifie.

Fréquemment on use de « ménologe » avec le sens qui s'attache au mot « menées ». Ce terme s'appli que, avons-nous dit, à un recueil en douze volumes, suivant la division mensuelle de l'année, et correspond dans l'Église grec que, mais d'une manière générale, au « propre des saints » de nos bréviaires. Il s'appli que à tout ce qui est mobile dans l'office, aux commémoraisons des saints et, en particulier, aux canons qu'on chante à l'orthros (nos lau des) y compris les synaxaires ou noti ces historiques relatives aux saints du jour, insérées entre les 6 et 7 o des du canon.

Plus fréquemment, « ménologe » désigne la collection de ces notices historiques du synaxaire, sans les odes et autres matières des canons qui y sont insérées. Cette collection présente une extrême ressemblance avec ce que nous nommons « martyrologe », quoi que les notices y soient beaucoup plus étendues que celles de nos martyrologes, tandis que leur nombre est moins considérable. À cette catégorie appartient le Ménologe de Basile.

Ce même nom de « ménologe » est encore appliqué aux tables des leçons d'Écriture sainte, disposées dans l'ordre des saints de chaque mois, tables qu'on trouve souvent en tête des manuscrits, évangéliaires et lectionnaires. Les jours où on fête un saint sont brièvement indiqués avec la mention de la lecture qui s'y rapporte ; cela correspond assez bien à ce que nous appelons en Occident un calendrier.

Enfin, le mot « ménologe » est encore employé d'une manière générale pour désigner les collections des vies des saints de l'Église grecque, surtout lors que ces vies de saints sont disposées suivant l'ordre des jours du mois. Les collections de vies des saints peuvent se diviser, dans une première classification, en deux catégories principales : la collection du Métaphraste, d'une part, et, de l'autre, les collections qui lui sont antérieures. Nous parlerons d'abord de ce personnage mal connu qu'est Siméon Métaphraste.


II. LA COLLECTION DE SIMÉON MÉTAPHRASTE. — C'est le principal compilateur des vies légendaires des saints de l'Église grecque, où son nom a acquis une sorte de célébrité ; nous disons son nom, il serait plus exact de dire son « sobriquet », car Métaphraste signifie assez exactement compilateur. On ne sait que peu de chose en ce qui le concerne. Il appartient à la dernière moitié du Xe. Dans une de ses légendes, celle de saint Samson, il dit que le saint continuait à faire des miracles jusqu'à l'époque où il vivait, et cette époque est celle du règne de Romanos II (959-963) et Jean Ier Tsimiskès (969-976). La vie de Siméon fut écrite par Michel Psellos (1018-1078) ; il nous apprend qu'il était logothète, c'est-à-dire une sorte de fonctionnaire de la secrétairerie d'État. Le même Psellos dit que Siméon était favorisé de l'empereur qui lui commanda la composition de l'ouvrage qui l'a illustré. Cet empereur serait Constantin VII Porphyrogénète (912-959) qui eut l'idée de faire exécuter une sorte d'encyclopédie par les savants de la cour byzantine. Actuellement, après les recherches approfondies de A. Ehrhard, on admet généralement que le Métaphraste doit être identifié avec Siméon Magister le Logothète, qui écrivit une chronique sous le règne de Nicéphore Phocas (963-969). Le voilà donc pourvu d'un bagage littéraire. Un chroniqueur arabe, Yahya ibn Saïd d'Antioche, au XIe, fait mention d'un certain Simon, secrétaire et logothète, qui composa les histoires des saints et leurs fêtes. Un autre point qui permet de fixer le temps où vécut Siméon est le discours de Constantin VII lors de la translation du portrait du Christ d'Édesse, le 16 août 944, discours qui se trouve dans le recueil de Siméon. Ce point de chronologie une fois établi a entraîné la nécessité de retarder un peu la naissance du compilateur que, sur la foi d'un passage, on croyait plus âgé. On lisait, en effet, dans la vie de saint Théoctiste de Lesbos, qu'il avait pris part à une expédition de l'amiral Himerios en Crète, en 902 ; ce qu'on entendait de Siméon, il le méme, Symeon Melaphrastes ! vembre.

Il fallait l'entendre d'un certain Nicétas que copiait Siméon.

Cet auteur abondant, dont on relève la trace dans maintes vies de saints, se trouve parmi les hagiographes un peu déplacé et, pour tout dire, un peu déclassé. Pour comprendre cette situation « en marge », il faut faire remonter l'honneur d'avoir fait connaître qui lui est faite, il est nécessaire d'entrer dans quelques détails. C'est à l'évêque de Vérone, Aloisi Lipomani, qu'il Métaphraste, et la responsabilité d'une grande part des erreurs accumulées autour de ce nom. Les trois derniers volumes de son recueil de vies de saints comprennent des vies traduites du grec, respectivement pour les mois de novembre, décembre, janvier, février, ceux de mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, enfin ceux de mars et d'avril. Comme l'auteur s'en explique dans ses préfaces, les traductions ont été faites par Gentien Hervet, Fr. Zino de Vérone, et par Sirlet, sur des manuscrits, qui sont d'ordinaire assez clairement désignés pour permettre de les retrouver encore. Pour le tome V, il a employé des manuscrits du Vatican et un manuscrit appartenant à un particulier, probablement le manuscrit de Vienne, Hist. gr. XI. Pour le tome VI, il a, en outre, puisé à la bibliothèque de Saint-Marc, et, pour le tome suivant, à celle de Grotta-Ferrata.

Le bon évêque s'imaginait donner à ses lecteurs un Métaphraste complet et authentique. Voici d'ailleurs l'idée qui le guidait dans le choix des manuscrits :

Quascumque itas sanctorum sine nomine auctoris inscriptas legeris (invenies aulém plurimas) non eas tamquam apocryphas abicias (etenim incertas pro certis vere ab ipso Symeone Melaphraste compositas lubens pereurras. Illis namque auctoris ipsius titulum præfigere noluimus, ne folies repelito eius inscriptionis onere gravaremus. Évidemment, Lipomani avait lu, m'en Léte de certains ménologes, le nom de Métaphraste, que les Grecs ont inscrit avec si peu de discernement sur la plupart de leurs collections hagiographiques, et il avait cru que toutes les vies anonymes étaient l'œuvre du logothète. Ainsi, un des manuscrits qu'il a employés, le Venetus S. Marci 359, porte cette mention d'une main postérieure, mais relativement ancienne : « üT bmXoyet 7| LETÉPOXTLE TOŬ Értaxórou. Vienne dont il a été question tout à l'heure. Une partie seulement des manuscrits de Lipomani étaient des Métaphrastes véritables. Son recueil représente donc bien mal l'œuvre de celui qu'il appelait auctorem probatissimum... virum sanctissimum et apud patres beatissimum catalogo ascriptum, unde plenissima fides eius scriptis adhiberi possit. C'est pourtant d'après cette compilation que l'on a, le plus souvent, cité Métaphraste ; et, grâce à Lipomani, on lui a fait honneur de plusieurs pièces excellentes, entre autres, de diverses Passions qui n'étaient rien moins que de l'Eusèbe authentique. Les citations du bréviaire romain apud 422 Metaphrastem sont empruntées à Lipomani, et c'est de lui encore que proviennent les traductions latines que l'on a l'habitude de citer d'après Surius.

On le voit, tout se réunissait pour détourner les recherches scientifiques : le manque d'information et la fausse direction imprimée aux études hagiographiques par la publication, si méritoire d'ailleurs, de Lipomani.

Parmi les travaux critiques du XVIe, ayant pour objet le recueil des métaphrases, on peut se contenter de citer la Diatribe de Symeonum scriptis de L. Allatius. Malgré son immense érudition, ce savant a fort peu contribué à éclaircir le problème. Au lieu de s'attacher d'abord à l'étude de la collection qui porte le nom de Métaphraste, il a considéré celui-ci comme un auteur et comme un styliste, qui n'a point signé ses ouvrages, mais dont on peut à coup sûr désigner certaines œuvres authentiques. Il s'attacha particulièrement à la vie de saint Théoctiste. Ce choix était malheureux. Le catalogue d'Allatius n'offre aucune garantie dans les cas particuliers. Il y a réuni toutes les pièces anonymes qu'aucune raison évidente n'obligeait à attribuer à un autre temps, ni à un autre milieu.

Les travaux de Hancke, de Nessel et de Fabricius ne marquent aucun progrès sérieux sur celui d'Allatius, et il faut arriver aux trois volumes de la de Bruges, qui a publié pour la première fois le texte grec d'une série de vies de saints attribuées à Métaphraste, pour trouver quelques nouveaux matériaux à exploiter. Malheureusement, le choix des pièces de cette utile publication avait été presque uniquement inspiré par les listes d'Allatius et le recueil de Lipomani. Le critère permettant de distinguer à coup sûr une « métaphrase » de toute autre vie de saint anonyme manquait toujours.

L'incertitude où l'on était devant chaque vie, en particulier, aurait dû suggérer depuis longtemps une autre méthode. Il fallait étudier tout d'abord la collection, chercher à déterminer sa composition générale et, de là, descendre aux éléments. C'est ce que M. A. Ehrhard a fait.

Peut-être. Le cas ne serait pas isolé dans l'histoire des lettres. Mais l'explication paraît plus simple. C'est qu'en effet ce texte n'a pas la portée qu'on vient de lui attribuer, il ne prouve pas que la collection de Métaphraste ait été divisée en dix livres, et la valeur de son témoignage au sujet de l'attribution à Métaphraste est fort problématique.

Parlons d'abord de la division en dix livres. Il paraît peu probable que cette division soit primitive. À en juger par les souscriptions des manuscrits et par les citations, il faudrait plutôt conclure que la collection était partagée en douze mois. Ainsi, le ms. de Paris 1558 porte après les vies du mois de septembre : Thog toù centeubplou unvds The uecxopXosoc TOU Aoyolérou Evuecv ; le ms. 1489 : Téhog aov Ge coU gerteuôglou unvôc ; le ms. 1541 : Ilivaë &proroc TOv Adyov vosuopiou OÙ EÉyypxoévrauc ÉCYEV À TOWTN Biôkoc ; le ms. 1550 : Mu ôsxeuGolo te » 8e néonxey don TAC DEATOC TC Le vk opaotc LVOS ÔEKELGELOU ; le ms. 693 : óuoŬ Aóyotc TÖV petapptocwy 700 vogÉotou unvoc toù ôeurécou 16’ ; le ms. de Moscou 375 : Metappotou ixvyooxptog inv. On pourrait multiplier ces exemples. Les volumes du ménologe sont désignés par les mois ou par une subdivision du mois : septembre ; novembre tome 1 ; novembre tome 2. Dans les cas exceptionnels, comme celui du ms. de Moscou, ce ne sont pas les volumes de la collection, mais ceux de l'exemplaire qui sont désignés. Ce nombre de volumes variait suivant le format employé, et d'après la disposition adoptée par le calligraphe. Dans le format moyen, tous les textes du mois de septembre, de même que ceux d'octobre, tiennent sans difficulté dans un seul volume. Les mois de novembre et de décembre, qui renferment des vies beaucoup plus longues, sont généralement divisés en deux tomes. Le mois de janvier également. Le dernier semestre, qui comprend un petit nombre de textes, ne remplit en tout que deux volumes. Mais, dans les mois divisés, le partage des pièces n’est pas uniforme. Ainsi, le premier volume de novembre contient tantôt les vies du premier au quinze, tantôt celles du premier au seize ; d'autres fois, il va jusqu'au treize seulement. Parfois aussi, un seul volume comprend en entier les mois qui remplissent ordinairement deux volumes. On rencontre réunis deux mois entiers et même tout un trimestre. La division en dix volumes, pour être assez fréquente, n'en est donc pas moins accidentelle : rien ne prouve qu'elle remonte à l'auteur de la collection.

« La souscription du ms. de Moscou porte la mention des « métaphrases du logothéte », Peut-on se fier à cette attribution et à d'autres semblables qui n'ont d'autres garants que les scribes du xr ou du xir siècle, pour ne pas parler de témoignages plus récents ? Ici encore on croit devoir mettre un grand point d'interrogation. À une époque qu'il est difficile de préciser, mais certainement de bonne heure, on commença à désigner, sous le nom de « métaphrases » ou de « métaphrastes », n'importe quels ménologes se rapprochant, pour la disposition extérieure, du célèbre recueil qui finit par supplanter tous les autres. Ce dernier, originairement, était anonyme. En effet, la très grande majorité des exemplaires ne porte point le nom de l'auteur, et dans ceux qui nomment Métaphraste, ou Siméon, ou le Logothéte, il règne une telle diversité de formules que l'on ne peut songer à un titre primitif dont elles seraient dérivées !, » La démonstration de ce point a été faite et l’attribution à Métaphraste de collections ou de pièces isolées dans les manuscrits n'est pas à l'abri de toute contestation. Pour le cas des pièces isolées, d'ailleurs peu fréquentes, la vérification à laquelle elles furent soumises n'a pas permis de les maintenir toutes au nombre des métaphrases ; en ce qui les concerne, l'attribution ne sert donc pas de preuve. La mention est fausse, et on n'en sera pas surpris si on se rappelle que Siméon Métaphraste s'était contenté de réunir des vies de saints anonymes, sauf, bien entendu, les vies non remaniées et portant un nom d'auteur bien connu. Les autres, retouchées et rapprochées par ses soins, ne portaient pas son nom dans le titre, « La tradition paléographique est, sur ce point, d'une telle certitude, qu'il est impossible de s'y dérober. Mais on se servait de recueils qu'on désignait en bloc du nom de Métaphraste, et les vies qu'on en extrayait étaient parfois mises sous ce nom. Lorsqu'on était en présence d'un volume de Métaphraste authentique, l'attribution particulière se trouvait être exacte ; elle ne l'était plus lors que la pièce avait été empruntée à un ménologe d'une autre catégorie ?, » Pour le cas des collections, on fera observer qu' « il rencontra dans tous les dépôts de manuscrits des volumes d'un ménologe bien déterminé, qui doit avoir joui d'une très grande vogue. Il a été multiplié à un grand nombre d'exemplaires, dont une bonne partie présente des caractères paléographiques qui les feraient attribuer à une même officine, fonctionnant à Constantinople vers le milieu ou la fin du xi siècle. Quoi qu'il en soit de l'aspect extérieur des volumes de ce ménologe, la composition des mêmes subdivisions est sensiblement identique. Ce sont les mêmes saints aux mêmes dates, et la même vie de chaque saint. De plus, chacune de ces pièces présente un texte invariablement fixé, Une lecture rapide des vies qui constituent le recueil permet de constater, en outre, que la très grande majorité sont des remaniements de pièces plus anciennes dont un certain nombre existent encore. En d'autres termes, c'est une collection de métaphrases, et la collection est si bien caractérisée que l'on ne se trompera pas en la désignant comme l'œuvre la plus considérable et la plus célèbre en ce genre : celle qui est attribuée à Siméon Métaphraste . » La reconstitution de l'exemplaire primitif ne peut être tentée que sous certaines réserves imposées par le fait que le ménologe a subi des modifications et des interpolations. Voici les résultats qui ont été proposés :

« Septembre, La composition de ce mois est fort bien représentée par le ms. de Paris 1489 *, On y remarquera l'absence des dates suivantes : 5, 8, 14, 18, 21, 23. Les trois premières se rencontrent quelquefois dans les manuscrits (ms. Paris 1521), les trois dernières jamais. (Les manuscrits offrent assez souvent des erreurs de date en passant d'un jour à l'autre après une lacune. Cette remarque est à retenir également pour la suite.) « Octobre. Représenté par le ms. de Paris 14958, Manquent régulièrement les 5, 9, 11, 17, 27.

« Novembre. Le ms. de Paris 1522 donne exactement toute la suite des pièces du 1er jusqu'au 15 novembre . La seconde partie du mois (16-30) se trouve, par exemple, dans le ms. 1513, mais il faut mettre en tête du volume l'Aypomnema du 16, qui a été accidentellement rejeté à la fin . Les dates des 8, 19, 21, 22, 29 sont libres.

« Décembre. Pour la première partie (4-13), voir le ms. de Paris 1461, pour la seconde le ms. 15351, Dates libres : 1, 2, 3, 9, 16, 25, 26, 30. La passion de saint Sébastien, au 19, manque très souvent et, en conséquence, il paraît douteux qu'elle ait fait primitivement partie de la collection. En revanche, au 27, se trouve fréquemment l'homélie de saint Grégoire de Nysse sur saint Étienne, que le logothète a pu admettre dans son recueil. Au 15, un certain nombre de manuscrits contiennent la vie de saint Paul du mont Latros °. x Janvier. Les pièces contenues dans les manuscrits “de Paris 1473 (du 4 au 18) et 1471 (du 20 au 31) | appartiennent certainement à la collection * ; ce qui nous donne un mois de janvier avec les lacunes suivantes ; 1, 2, 3, 5, 6, 7, 8, 12, 19, 21, 29, 30.

— « Février, mars, avril. Ces trois mois sont d'ordinaire réunis. Les exemplaires non interpolés sont rares, et il n'y a aucun des manuscrits de Paris qui donne la série primitive dans sa pureté. Voici les pièces dont elle se composait : 1er février, Trypho ; 7, Parthenius ; 7, Lucas iunior ; 8, Theodorus stratelates ; 9, Nicephorus ; 11, Blasius ; 13, Martinianus ; 17, Theodorus tiro ; 6 mars, Martyres XLII ; 19, Martyres XL ; 1er avril, Maria Ægyptiaca ; 23, Georgius ; 26, Basilius AmaSem. Il faudrait peut-être y ajouter, entre mars et avril, la Arjynois OpéMmuoc... elc thv dxdÜvacov, qui se trouve dans beaucoup de manuscrits *. a Mai, juin, juillet, août. Un seul volume d'ordinaire réunit ces quatre mois. Le ms. de Paris 1527 est un bon spécimen, dont il faut peut-être retrancher le dernier numéro : ' Yxouvfuxcx 76v 16« reopñrav, qui termine plusieurs manuscrits. Ici, comme dans les mois précédents, on remarquera les grandes lacunes du calendrier. Voici les seuls jours représentés dans le volume : mai 8 ; juin 17, 27, 29 ; juillet 8, 27, 28, 31 ; août, 1, 15, 16/ 29. x On parvient donc à déterminer, dans ses grandes lignes, une collection hagiographique très répandue, et suffisamment connue pour qu'on puisse désormais se contenter de l'étudier dans ses éléments incertains. Sans aucun doute, c'est le Métaphraste. Mais dans quelle mesure le logothète est-il l'auteur de cette collection ? Est-il simple compilateur ou rédacteur, ou les deux à la fois ? La collection de Métaphraste contient un certain nombre de textes originaux plus anciens et non remaniés.

Vies qui ont gardé le nom de leurs auteurs (réels ou supposés) : L'histoire des martyrs de Sina et de Raïthu, par Nil (14 janvier) ; La vie de saint Antoine, par saint Athanase (17 janvier) ; La vie de saint Grégoire de Nazianze, par le prêtre Grégoire (25 janvier) ; La passion des XLII martyrs, par Evodius (6 mars) ; La vie de sainte Marie Égyptienne, par Sophrone (1er avril) ; L'histoire de l'image d'Édesse, par l'empereur Constantin (16 août}. Ajoutez-y la Vie de saint Jean l'Aumônier, par Jean Moschus et Sophrone (12 novembre) et plusieurs pièces anonymes, par exemple, La passion de saint Eustratius et de ses compagnons (15 décembre) qui se rencontre dans les manuscrits antérieurs à Métaphraste : La vie de saint Luc le Jeune (8 février) ; probablement la passion de saint Lucien (15 octobre), et d'autres peut-être, que l'étude fera découvrir. niées, ont-elles été empruntées à des recueils préexistants, sont-elles dues à la même plume, ou bien ont-elles été écrites par divers rédacteurs, sous une direction unique ? Autant de questions auxquelles on est très embarrassé de répondre. Dans une seule pièce, la Vie de saint Sampson (27 juin), écrite après le règne de Jean Tsimicés, il y a une mention assez distincte d'une entreprise hagiographique : £i xoXAGv étépov &ylov vOv èv uxpropov, TÖV OE xxl AAC CO vOv u£v XÜXouc xxl móvouc, t&v 5& xal Blouc xal modéelc xa và avoue mv ouvtčguevot (préface), C'est bien, semble-t-il, Métaphraste lui-même qui parle et, par le fait, l'opinion qui le place dans la seconde moitié du x siècle reçoit un appui sérieux *. »


III. MÉNOLOGES ANTÉRIEURS A MÉTAPHRASTE. — On a vu que Métaphraste n'est ni le seul, ni le premier qui se soit aventuré dans la constitution d'un ménologe. Ceux qui lui sont antérieurs ou qui sont indépendants du logothète appartiennent sans doute à la même littérature, mais celle-ci réclame une classification qui mette en garde contre les confusions. On a donc proposé pour les recueils hagiographiques, disposés suivant l'ordre du calendrier, la triple distinction que voici :

En outre, il faut tenir compte d'une distinction essentielle entre ménologes orientaux et occidentaux, suivant qu'ils viennent de Constantinople et des pays grecs, ou bien d'Italie. La provenance occidentale se reconnaît souvent au premier coup d'œil à la paléographie des manuscrits ; toutefois, ce caractère extrinsèque ne suffit pas pour classer un ménologe. En Calabre et en Sicile, on a souvent copié, sans aucune adaptation, des manuscrits venus de Byzance. D'autre part, il serait à rechercher si des ménologes italogrecs n'ont pas été importés à Constantinople. Ce qui est certain, c'est qu'il y a eu des échanges réciproques de légendes.

Il est possible que toutes les pièces des manuscrits en question soient non seulement des vies brèves, mais de vrais résumés de pièces plus développées. Il se peut même que l'ensemble de ces dernières ait formé un grand ménologe, dont le ménologe abrégé serait la réduction exacte, En résumé, les ménologes de Moscou et de Jérusalem paraissent indépendants de Métaphraste et, même, de date plus ancienne. Un des caractères propres aux ménologes antérieurs serait d'être plus fournis que celui de Métaphraste. Ces textes antérieurs se révéleront peu à peu et permettront peut-être, quel que jour, de tirer des conclusions certaines ; c'est ainsi qu'on a pu, il y a peu d'années, restituer des fragments conservés à l'état de palimpseste * dans un manuscrit de Josèphe, le Vatic. grec. 984. L'écriture du ix-x siècle, lavée par une main barbare quatre siècles plus tard, était précisément celle d'un autre palimpseste, le Vatic. græc. 1853, qui avait déjà fourni les restes des Passions de saint Trophime et de sainte Ariadne. Ce dernier était un volume de septembre, le 234 ne contient que des textes du mois de juin. Ils faisaient probablement partie d'une série de douze volumes, un pour chaque mois ; une de ces séries vouées à la destruction par le succès de Siméon Métaphraste. Ce dernier présente d'énormes lacunes et, peut-être, arrivera-t-on à démontrer qu'avant lui tous les jours du mois étaient représentés dans chacun des douze volumes qui formaient les grands ménologes ; on établira même, peut-être, qu'il y a eu plusieurs séries de ce genre, ayant, sans doute, des parties communes, mais aussi d'autres pièces caractéristiques, qui permettront de les grouper par catégories. Tout concourt à donner une grande idée des richesses de l'hagiographie antérieure à Métaphraste, et les fragments de ces ménologes sont arrivés jusqu'à nous, ainsi que les ménologes abrégés et, plus encore, les grands synaxaires, sa date, à la période de nos études, mais, comme on a pu, par une hypothèse ingénieuse, se demander si les miniatures qui le décorent, au caractère si nettement historique et monumental, ne reproduiraient point certaines compositions d'époque plus ancienne, nous ne pouvons le passer sous silence.

Avant le x siècle, les calendriers liturgiques avaient un caractère local ; ils étaient rédigés pour une église ou pour un monastère. Des efforts avaient été tentés pour rassembler des vies de saints en des recueils nommés « ménologes » ; Siméon Métaphraste éclipsa tout ce qui avait été fait avant lui, et son exemple encouragea les faiseurs de recueils dont il nous est resté un spécimen fameux : le célébre manuscrit du Vatican, désigné sous le nom de Ménologe de Basile II, et qui n'est probablement pas une première édition. On désignerait, plus exactement, le manuscrit en question en le nommant « synaxaire » ; il se compose de deux volumes in-folio, exécutés pour l'empereur Basile II à la fin du x ou au commencement du xr siècle. Les sept miniaturistes qui y collaborèrent ont signé les tableautins sortis de leur main ; ils se nommaient : Pantaléon, Nestor, Ménas, Georges, Michel Blachemite, Siméon Blachemite et Michel le Jeune. L'illustration, très abondante, compte plus de 400 miniatures : en tête de chaque vie de saint, de chaque fête, se trouve une illustration. Ainsi chaque page contient l'indication d'une fête avec la tête et la miniature encadrée. Si une même journée contient plusieurs commémoraisons, chacune d'elles a son histoire et son illustration sur une page différente. C'est tantôt le saint orant, tantôt sa mort, un événement ou une fête. Le premier semestre, septembre-février, est seul illustré et compte 430 pages. Tout cela devrait offrir une grande variété et, cependant, l'ensemble n'est pas exempt d'une certaine monotonie. Ja Ch. Bayet et Kondakov ont noté, en plusieurs endroits, des réminiscences de l'art antique : sarcophages ornés de bas-reliefs, cariatides, idoles nues, tuniques avec bulles et clavi ; ailleurs, les détails s'inspirent des ouvrages de l'art chrétien primitif : Josué devant l'archange Michel est copié sur le rouleau de la Vaticane (voir Josué) ; dans la fuite en Égypte, on voit une femme couronnée, vêtue d'une tunique sans manches, un rouleau à la main : c'est la personnification de la ville ou de la province dans laquelle va s'arrêter Jésus. Il existe une parenté remarquable entre les fonds architecturaux devant lesquels les saints sont posés et les mosaïques de Salone, de Ravenne, de Bethléem, de Sainte-Sophie. Ce sont des arcades tantôt triples, plus larges et quelquefois plus hautes au milieu, remplacées parfois par un fronton dressé sans entablement sur les colonnes, tantôt doubles, ou même simples, entre des murs latéraux ; des petites maisons ou des baldaquins les surmontent par endroits ; des objets du culte, croix, encensoirs, couronnes suspendues, chandeliers, flabellums, rompent la régularité des lignes ou la monotonie des fonds.

« Toutes ces survivances invitent à chercher si ces miniatures ne reproduiraient point des tableaux de la période primitive.

« Dans les compositions, les monuments ont un caractère historique. C'est très souvent devant une basilique romaine, voûtée, que le martyr est condamné et supplicié ; à Cyzique, est figuré le temple détruit par le tremblement de terre de 1063, ainsi qu'un édifice carré, à toit conique, œuvre païenne ou des premiers siècles chrétiens et, pourtant, le texte rapporte simplement que le martyr refusa de renier le Christ. D'ordinaire, le supplice a lieu près de l'église consacrée au martyr ; or, cette église est presque toujours basilicale ou circulaire et, le plus souvent, un baptistère circulaire accompagne la basilique. A Antioche, sainte Pélagie, convertie lors du synode, s'avance entre les deux monuments au-devant d'un portique : basilique, rotonde et portique apparaissent aussi au-dessus des remparts dans le transfert de saint Ignace. L'église d'Apamée a tous les traits des basiliques de la Syrie centrale. On rapporte que le plan des Saints-Apôtres fut emprunté à Éphèse ; or, le transfert de saint Timothée à Éphèse procède du même dessin, différemment coupé, que celui de saint Jean Chrysostome aux Saints-Apôtres, et l'église, avec ses quatre coupoles aveugles autour de la coupole centrale, répond exactement aux descriptions des auteurs. L'église des Blachernes est la basilique que nous connaissons ; les monuments subsistants, couvent de Saint-Siméon Stylite, église de Stoudion, permettent de contrôler la fidélité des reproductions et de reconnaître ainsi, dans la plupart des édifices religieux, en particulier dans les trés curieux groupes monastiques de Constantinople, l'image des lieux consacrés au personnage ou à l'événement commémoré. x Il est donc probable que les peintres de Basile II ont reproduit d'anciens modèles, créés sur les lieux mêmes, conservés et souvent popularisés par les ménologes locaux et, mieux encore, par les icônes que, pendant des siècles, voyageurs et pèlerins avaient amassés à Constantinople. On objectera à cette hypothèse la monotonie de la composition. Le supplice le plus commun est celui de la décollation et, dans tout le manuscrit, il est traité à peu près de même ; le patient est agenouillé, le buste incliné. Les miniaturistes ont pu sans doute suppléer, par une répétition facile, à certaines lacunes de leur documentation ; mais ils n'ont point inventé le motif, qui est antique, car c'est ainsi que périt Dolon dans l'Iliade de l'Ambrosienne ;

= au surplus, la plupart de ces martyrs avaient leur culte en Asie Mineure et en Palestine. Lors que, dans ces régions, aux v et vr siècles, les martyria, ainsi que les textes nous l'indiquent, s'élevèrent en grand nombre avec l'histoire du saint sur leurs murs, ce modèle put être largement exploité et se fixer dans la tradition locale. Le caractère monumental des compositions du ménologe permet justement d'en rechercher l'origine dans ce large mouvement d'hagiographie figurée. Cette hagiographie figurée emploie le procédé même de l'iconographie évangélique créée en Palestine : les événements se déroulent dans leur cadre actuel, au milieu des édifices qui les commémorent.

Cavalieri.

430 | toria litteraria, in-4e, Rostochii, 1697. — P. Halloix,


MENOUTHI. — Rome impériale vivait des contributions financières et économiques de deux vastes et riches provinces : l'Afrique du Nord et l'Égypte ; mais, entre ces deux pourvoyeuses, la balance n'était pas égale : l'Afrique déversait le trop-plein de ses récoltes, l'Égypte, qui faisait de même, y ajoutait des apports artistiques, des conceptions philosophiques, des préoccupations religieuses et cultuelles qui étaient écloses dans la civilisation alexandrine. Le culte de Sérapis avait connu une immense fortune à Rome et, depuis la paix de l'Église, l'importation des idées n'avait pas ralenti. Cependant, Alexandrie ne pouvait avoir et n'avait pas la prétention, au iv siècle, d'imposer des nouveautés de son choix à la religion chrétienne ; si elle s'insinuait et cheminait, c'était sans bruit et en silence. Malgré l'illustration éclatante de quelques martyrs, solitaires ou docteurs égyptiens, leurs noms, qui pouvaient être dans la bouche de tous, ne paraissaient s'imposer nulle part. Pas une seule église ne portait le vocable d'un saint égyptien. L'usage n'existait pas encore semble-t-il, au iv et au v siècle, de donner un nom de saint à une église ; on lui préférait le nom du propriétaire du terrain, ou du fondateur du titre, celui du quartier, un indice topographique ou bien une entité, comme la Sagesse, la Paix. Ce n'est guère qu'au v siècle qu'on voit, à Rome, des vocables de saints servant à désigner des églises. C'est peut-être à ce v* siècle que remonte une église dite de Saint-Ménas, située sur la voie d'Ostie, que mentionne l'Itinéraire d'Einsiedeln (voir Dictionnaire, t. xi, au mot Ménas, col. 387), et c'est également un culte alexandrin que celui des saints Cyr et Jean.

Cyr, de son véritable nom Abbakyr, va nous emmener en Égypte. Là, non loin du sanctuaire de Sérapis à Canope, s'élevait, à Menouthi, un temple dédié à Isis ; et le rapprochement de ces deux noms indique assez le concours de malades qui se rendaient en ces lieux implorer leur guérison. Il n'y avait pas que des malades, mais beaucoup de gens qui venaient y abuser de leur trop belle santé. Quand le paganisme eut succombé et quand les empereurs entreprirent de travailler à son abolition, Canope et Menouthi ne furent pas épargnés. A Canope, le sanctuaire païen fut remplacé par un monastère, dit de la Pénitence, confié aux moines pakhómiens de Tabennisi ; à Menouthi, on bâtit une église dédiée aux évangélistes. Du passé, il resta à peine un souvenir, car le temple d'Isis, qui s'élevait entre la dune à l'Ouest et la mer à l'Est, fut délaissé, ensablé, nivelé !, Mais tous n'étaient pas résignés à cet état de choses. Autour des anciens temples, la population n'oubliait pas les temps heureux où elle vivait de la générosité de ceux qui attiraient l'ordinaire clientèle des dieux guérisseurs. Les temples avaient disparu, mais les desservants des deux sexes se transmettaient les recettes et les pratiques dont ils vivaient. Ce n'était pas seulement la divinité locale dont ils entretenaient mystérieusement le culte. À Menouthi, ces desservants avaient organisé dans une maison une cachette mystérieuse qui servait d'entrepôt à des divinités apportées d'ailleurs, parfois de Memphis. On les révérait, on leur offrait des sacrifices, on entretenait leur autel. Ceux qui avaient intérêt à la prolongation et à la prospérité de cet état de choses savaient bien avertir leur clientèle qui, dans une grande ville comme Alexandrie, ne manquait pas. Quant aux chrétiens du village, même aux clercs de l'église, ils affectaient d'ignorer et, à l'occasion, savaient faire payer cette ignorance un bon prix.

Tout cela dura jusqu'à vers le temps de l'empereur Zénon et du patriarche Pierre Monge (482-490). Un païen d'Alexandrie, nommé Asclépiodote, marié en Carie, se laissa persuader que le pèlerinage de Menouthi rendrait sa femme féconde. Là, il s'adressa à un prêtre païen qui, désespérant du succès, persuada au ménage de présenter comme son enfant le nouveau-né qu'une prêtresse avait eu d'un inconnu. On s'extasia, les uns crièrent au miracle, les autres à l'imposture. Un étudiant païen, Paralios, que la doctrine chrétienne séduisait, se laissa néanmoins attirer à Menouthi et fut mécontent des réponses qu'il reçut des oracles ; alors, il parla d'Isis sans ménagement, ce qui lui valut une rude correction de ses camarades.

432 qu'on appelle vendredi, pendant lequel tous les autres professeurs, pour ainsi dire, avaient l'habitude d'enseigner et d'expliquer chez eux. Paralios fut roué de coups ; il en eut la tête toute meurtrie et tout son corps fut en quelque sorte couvert de blessures. Après avoir réussi, mais avec peine, à échapper vivant de leurs mains — il était de constitution robuste — il chercha un refuge et du secours chez les chrétiens, tandis qu'une foule de païens l'entouraient et lui donnaient des coups de pied. Or, nous étions présents en ce moment, ayant cours de philosophie. Les philosophes, ainsi qu'Horapollon, avaient, en effet, l'habitude d'enseigner le vendredi dans l'école. Nous nous approchâmes au nombre de trois : moi, Thomas le Sophiste, qui aime le Christ en toute chose (il est comme moi de Gaza) et Zénodote de Lesbos. Comme nous nous trouvions constamment dans les saintes églises avec ceux qu'on appelle (à Alexandrie) Philoponoi, qui sont appelés en d'autres lieux zélés, et dans d'autres encore compagnons, et que nous paraissions aux élèves païens redoutables dans une certaine mesure, nous nous approchâmes des perturbateurs qui étaient nombreux et nous leur affirmâmes qu'ils n'agissaient pas bien du tout en faisant souffrir de la sorte quelqu'un qui voulait devenir chrétien. C'était, en effet, ce que criait Paralios. Les païens, voulant nous tromper et nous tranquilliser par leurs témoignages, disaient : « Nous n'avons pas affaire à vous, mais nous nous vengeons de Paralios comme d'un ennemi. » Nous eûmes beaucoup de peine, à cause de certains perturbateurs, à arracher Paralios de ces mains meurtrières. Nous le conduisîmes aussitôt au lieu-dit Enalon auprès des moines. Nous leur montrâmes les meurtrissures qu'il avait reçues pour la religion chrétienne, leur fîmes savoir combien il avait souffert injustement pour avoir blâmé l'erreur des païens, et leur apprîmes qu'il avait offert au Christ, comme de beaux présents, les souffrances qu'il avait endurées pour lui. Aussitôt, le grand Salomon (le supérieur d'Étienne et d'Athanase) prit des moines avec lui, alla à Alexandrie et fit connaître ce qui était arrivé à Pierre [Monge], qui était à cette époque le patriarche de Dieu. Pierre était un homme très capable et d'une ardente piété. Il excita contre les païens la plupart des notables de la ville, au nombre desquels se trouvait aussi le sophiste Aphtonios qui était chrétien et qui avait beaucoup d'élèves. Aphtonios ordonna aux jeunes gens qui suivaient ses cours d'aller avec nous et de nous aider. Nous décidâmes tous d'aller dénoncer ensemble les païens meurtriers à l'évêque Pierre. Celui-ci, après nous avoir adjoint son archidiacre et protonotaire, qui est appelé en latin primicerius, nous envoya auprès d'Eutrichios qui, en ce temps-là, était préfet d'Égypte. Eutrichios était un adepte caché des païens, et son assesseur s'adonnait ouvertement au culte des démons païens. Ce dernier commença par nous outrager, puis il fit expulser la grande masse des jeunes gens et ordonna qu'un petit nombre seulement exposassent l'affaire. Après le départ des élèves d'Aphtonios, nous restâmes au nombre de cinq : Paralios qui, avant le baptême, était confesseur ; l'illustre Ménas que j'ai mentionné plus haut ; Zénodote de Mytilène, ville de Lesbos, Démétrius de Sulmone, tous quatre d'ardents champions de la crainte de Dieu. A la suite de cela, moi, je venais en qualité de cinquième. Lors que le préfet eut appris la gravité de l'affaire, il ordonna que celui d'entre nous à qui cela plairait rédigât un acte d'accusation contre qui bon lui semblerait. Paralios écrivit alors, et accusa certaines personnes d'avoir offert des sacrifices païens et d'être tombées sur lui comme des brigands.

Le préfet ordonna aux accusés de venir. Lors que des membres du clergé et du corps des Philoponoi eurent appris l'affront fait à ceux qui avaient rivalisé de zèle pour le bien, qu'ils connurent les sacrifices et les pratiques païennes qu'on avait osé accomplir, ils se soulevèrent subitement contre les notables et attaquèrent avec violence l'assesseur du préfet, en criant : « Il ne convient pas que quelqu'un qui est de religion soit défendu par les édits des empereurs autocrates. » Le préfet eut de la peine à sauver son assesseur, quand on le réclama. A nous, il ordonna de rester tranquilles. Dès lors, le peuple se souleva tout entier contre les païens. Ceux qui avaient été accusés s'étaient, en effet, enfuis, à commencer par Horapollon, qui fut cause que tous les païens furent poursuivis. Le préfet, dans son amour pour eux, ne les avait pas inquiétés.

A la nouvelle de ces faits, le grand Étienne nous appela à Enaton, au couvent de Salomon. Il demanda à Paralios s'il pourrait montrer les idoles païennes cachées à Menouthi. Paralios répondit qu'il les montrerait, qu'il livrerait l'autel et prouverait les sacrifices qu'on avait osé accomplir. Là-dessus, nous décidâmes de nouveau, avec le très illustre Salomon, d'aller faire connaître ces choses à l'évêque Pierre. Arrivés là, Paralios promit devant Pierre de montrer les idoles, l'autel et les sacrifices, et de faire connaître le prêtre de l'erreur idolâtre. Le grand patriarche de Dieu, Pierre, nous donna alors des membres du clergé et invita par lettre ceux qui habitaient le couvent dit des Tabennésiotes, situé à Canope, de nous aider à extirper et à renverser les dieux démoniaques des païens.

Nous partîmes pour Menouthi et on arriva à une maison qui était alors totalement couverte d'inscriptions païennes (hiéroglyphiques). Dans l'un de ses angles était bâtie une double muraille. Derrière cette muraille étaient cachées les idoles. Une entrée étroite, en forme de fenêtre, y conduisait, et c'est par là que s'introduisait le prêtre pour accomplir les sacrifices. Voulant que notre recherche n'aboutît à rien, les païens, aidés de la prêtresse qui habitait cette maison — ils étaient, en effet, au courant du soulèvement qui avait eu lieu en ville — avaient bouché l'entrée avec des pierres et de la chaux. De plus, pour qu'on ne s'aperçût pas du caractère récent de la maçonnerie et qu'on ne découvrit la ruse et l'artifice, ils avaient placé devant cet endroit un meuble rempli d'encens, et ils avaient suspendu au-dessus une lampe qui brûlait alors qu'il faisait plein jour. Il en résulta que Paralios fut d'abord un peu troublé et embarrassé, ne sachant ce que l'entrée, en forme de fenêtre, était devenue. Il découvrit cependant, mais non sans peine, la ruse. Il fit alors le signe de la croix, descendit la lampe, écarta le meuble, et montra l'entrée qui était bouchée en ce moment. Il chargea l'un d'eux d'ouvrir ce qui avait été fraîchement maçonné et de faire apparaître l'aspect primitif (de l'ouverture). Le Tabennésiote entra alors, Quand il vit la multitude des idoles et qu'il aperçut l'autel couvert de sang, il s'écria en égyptien : « Il n'y a qu'un seul Dieu », ayant voulu dire par là qu'il fallait extirper l'erreur du polythéisme. Il nous tendit d'abord l'idole de Kronos qui était entièrement remplie de sang, ensuite toutes les autres idoles des démons, puis une collection variée d'idoles de toutes espèces, notamment des chiens, des chats, des singes, des crocodiles et des reptiles : car, dans le temps, les Égyptiens adoraient aussi ces animaux. Il tendit encore le dragon rebelle. Son idole était de bois, et il me semble que ceux qui adoraient ce serpent, ou plutôt que ce dernier, en voulant être adoré de la sorte, rappelait la rébellion des premières créatures, qui se fit par le bois (arbre) sur les conseils du serpent. On disait que ces idoles avaient été enlevées du temple qu'Isis possédait jadis à Memphis par le prêtre de cette époque, quand on s'était aperçu que le païenisme avait perdu sa force, et qu'il était aboli. Elles avaient été cachées, comme nous l'avons dit. On espérait, espoir vain et futile, qu'on ne les découvrirait pas.

Nous livrâmes aux flammes, à Menouthi même, celles des idoles qui, à cause de leur haute antiquité, étaient déjà en grande partie détériorées. Les païens qui habitaient ce village pensaient, sous l'influence des démons qui les possédaient, qu'il n'était pas possible que l'on eût la vie sauve, si l'on infligeait quel que outrage aux idoles ; ils croyaient que l'on périrait sur-le-champ. Nous voulûmes donc leur montrer par les faits que la toute-puissance des dieux païens et des démons était brisée et abolie depuis la venue et l'incarnation du Messie, le Verbe de Dieu, qui souffrit pour nous volontairement la croix afin de détruire toute la puissance adverse : car il a dit : « J'ai vu tomber Satan comme un éclair du ciel, et je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds les serpents et les scorpions, et toute la puissance de l'ennemi. » Et ce fut pour ce motif que nous livrâmes une partie des idoles aux flammes. Quant aux autres idoles, nous fîmes une description de celles qui étaient d'airain et qui étaient fabriquées avec un certain art ingénieux, ainsi que de celles qui étaient en marbre, de toutes les formes, sans oublier l'autel d'airain et le dragon de bois. Puis nous envoyâmes cette description en ville, à Pierre, le patriarche, en lui demandant ce que nous avions à faire.

Ceux qui passaient pour être chrétiens à Menouthi, et ceux qui faisaient partie du clergé de l'église de ce village étaient, à l'unique exception de leur prêtre, tout à fait faibles dans leur foi, à ce point qu'ils étaient asservis à l'or que les païens leur donnaient pour qu'ils ne les empêchassent pas d'offrir des sacrifices aux idoles. Le soir du jour où nous fîmes ces choses étant arrivé, comme il leur fallait garder les idoles, après que la description eût été faite, afin que personne ne les volât, ils déclarèrent qu'ils craignaient de souffrir quel que vexation diabolique en les gardant, et estimèrent que c'était à nous à les garder. De leur côté, les païens habitant Menouthi pensaient et disaient que nous mourrions infailliblement pendant la nuit. Le prêtre, voyant la peur des chrétiens et des clercs — c'était un bon fidèle que distinguaient les vertus de la vie monastique ainsi que celles de la vieillesse, et dont les mœurs étaient simples — nous conduisit, après nous avoir offert un repas, dans l'une des chambres de l'église, où étaient déposées les idoles. Il nous dit : « Je méprise à ce point les idoles que je les foule aux pieds et que je leur inflige tous les outrages, ne songeant nullement qu'elles sont quelque chose. » Puis il pria pour nous et nous invita à garder les idoles pendant toute la nuit, sans avoir peur. « Lui-même, disait-il, devait comme d'habitude s'occuper du service de Dieu. » Nous passâmes donc toute la nuit à garder les idoles. Nous chantions... Le matin, à notre lever, nous trouvons les païens étonnés de nous voir encore en vie. Nous courûmes alors de nouveau avec nos moines tabennésiotes à la maison où les idoles avaient été trouvées et où les sacrifices avaient eu lieu, et nous la démolîmes de fond en comble. C'était là, en effet, l'ordre de l'archevêque...

435 « Nous revinmes peu de temps après (à Alexandrie). En même temps que les idoles, nous ramenions leur prêtre. Vingt chameaux avaient été chargés par nous d'idoles variées !, » Menouthi, privé d'Isis, réussit cependant à ramener à elle la fortune sous la forme d'un autre pèlerinage ; elle revit le concours des malades et l'affluence qu'attirent les guérisons réputées miraculeuses. Dès le v* siècle, c'était chose faite et, s'il est permis de garder quelques doutes sur la réalité et sur l'aloi de toutes les manifestations d'allure surnaturelle, il faut savoir reconnaître que les hommes de ce temps auraient pu rivaliser d'habileté avec ceux qui, de nos jours, font servir la réclame à l'organisation des pèlerinages les plus achalandés.

Dans la basilique de Saint-Marc à Alexandrie {voir Dictionn., t. t, col. 1111-1112) on conservait plusieurs tombes saintes, entre autres celle des saints martyrs Kyr et Jean, un moine et un soldat *. On ne savait pas grand'chose sur leur compte, du moins on disait qu'ils avaient encouragé des vierges à souffrir et à mourir pour Jésus-Christ. Saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie, s'avisa que ces deux saints pourraient fort bien supplanter, à Menouthi, le souvenir d'Isis qui y gardait des paroles sans. À cet effet, il ordonna l'ouverture du tombeau, en retira les restes, mais si mélangés ensemble qu'il fut impossible de les séparer, en sorte | qu'on les achemina vers Menouthi en qualité de thaumaturges. La translation se fit avec le concours des | moines de la Pénitence de Canope, et Cyrille, qui la | présida, les établit à Menouthi, dans l'église des Évangélistes, en leur assignant leur rôle futur de guérisseurs. « De leur amour pour le Christ, dit-il, ces saints sont récompensés : ils vont fouler aux pieds Satan et | chasser les mauvais démons. Qu'ils viennent mainte- | nant ici, ceux qui s'égaraient ailleurs, qu'ils viennent à cette officine où l'on guérit sérieusement et gratuitement (sic GAnfivôv xxi &xarnAeurow lxvpetov). Personne n'invente ici des songes. Personne ne vous adresse ces paroles : « Kyra a dit : Fais ceci ou cela, » Dieu ? a la puissance d'être Kyra, il veut être adoré.

Chez les démons, il n’y a ni mâles, ni femelles. Quelle prétention ! Ils veulent être appelés de noms féminins ! Marchez donc sur ces contes de vieilles femmes, sur les artifices des anciens sorciers, venez aux vrais médecins, que le ciel vous envoie *. » Kyra fut, en effet, supplantée par Kyros et le nouveau sanctuaire brilla d'un vif éclat. Il est probable que la médecine y fut gratuite, mais les procédés ne firent que renouveler ce qui s'était vu au temps d'Isis, et on eut recours, comme par le passé, aux songes et à l'incubation (voir ce mot).

Le sanctuaire devint célébre en peu de temps ; on y venait de partout, aussi bien d'Alexandrie, de l'Égypte, de la Lybie et de toutes les provinces de l'empire. Vers le commencement du vu siècle, entre 610 et 620, le moine Sophrone de Damas, qui fut dans la suite patriarche de Jérusalem, fut guéri d'une ophtalmie par les deux thaumaturges ; en reconnaissance, il se mit à écrire le panégyrique des saints et le récit de | leurs miracles ^, En ceci, il reprenait une tradition | antique. Strabon parle de lettrés qui, de son temps, s'occupaient à mettre par écrit les guérisons et les oracles de Canope *. Pour l'histoire de Kyr et de Jean, le moine Sophrone ne pouvait recourir, en plus de la tradition orale ?, qu'à deux courtes allocutions prononcées par saint Cyrille d'Alexandrie à Canope et à | cette église était vaste et spacieuse. Elle présentait un.

| deux, généralement le premier, rejette son compagnon 4367.

Menouthi, dans l'église des Apôtres et dans celle des -. Évangélistes, au moment de la translation. Il y ajouta quelques développements oratoires et des dates évidemment conjecturales.

Le sanctuaire des saints Kyr et Jean était situé entre le rivage de la mer à l'Est et une colline sablonneuse à l'Ouest. En se rendant à Alexandrie, on l'apercevait de loin, à la distance de plusieurs stades, tant grand retrait à la porte située du côté de la mer et, en dehors de ce retrait, à droite de la porte, une fontaine dite « fontaine des saints ». La basilique avec son. portique, l'habitation du diacre et de sa famille jointe à la basilique, les chambrettes en bas et en haut pou- - vant loger une ou deux personnes et toujours au complet, le bain des saints avec les divers accès, voilà. pour l'installation ; quant au personnel, il se composait | de l'économe, du diacre, du sous-diacre, du mnematite ou gardien de la confession, les gens de service, les portiers, les philopones (nom qu'on donnait aux convalescents qui, avant leur parfaite guérison, pouvaient | rendre différents services), les malades pauvres, les malades riches qu'on portait en litière ou en chaise, les visiteurs venus en pèlerinage. 1 Le principal attrait du lieu se trouvait dans la. confession située dans la basilique où on gardait la tombe et la sonde qui rappelait la profession de médecin de Kyr. Les malades touchaient l'une et l'autre, s'agenouillaient devant et baisaient le sol. On prétait une grande efficacité à l'huile des lampes, à la cire. des cierges qui brûlaient au-dessus et autour de la tombe. On y déposait des béquilles et autres objets - dont les malades se débarrassaient après leur guérison. Un certain Nemesion, ancien préfet, avait fait orner de marbre les parois de la confession, et on y voyait. représentés le Christ, saint Jean-Baptiste, saint Kyr et le donateur remerciant d'une grâce, le tout probablement en mosaïque. | Les saints étaient invoqués et manifestaient leur | puissance dans le cas de maladie, de naufrage, de travaux agricoles ; ils protégeaient contre les influences malignes, contre la stérilité, etc. Philanthropes, amis des pauvres, compatissants, ces serviteurs et imitateurs du Christ Jésus ne se lassaient pas de se faire les | interprètes de tous les déshérités qui recouraient à « eux. L'Image, ainsi qu'on disait par antonomase, se — trouvait au Tetrapylon d'Alexandrie ; elle était probablement reproduite au sanctuaire de Menouthi : on y voyait au centre le Christ, ayant à sa gauche la trés sainte Vierge, à sa droite saint Jean-Baptiste avec, quelques apôtres, prophètes et martyrs, et les saints Kyr et Jean prosternés aux pieds du Sauveur. Mais, — dans tout cela, Kyr avait un peu éclipsé Jean. C'est — une observation qui a été faite ailleurs à diverses reprises : quand deux saints vont ensemble, un des dans la pénombre ; ainsi pour les saints Côme et Damien, Serge et Bacchius, Gervais et Protais, etc. | Quant à la méthode adoptée, c'était celle que nous avons décrite dans l'incubation (voir ce mot). Durant le sommeil, soit directement, soit par le moyen d'une tierce personne, ou même pendant la veille, on avait révélation du médicament à prendre. Il parait qu'on était guéri, c'est Sophrone qui s'en porte garant. Mais malheur aux hérétiques, aux schismatiques : il leur fallait débuter par une conversion en règle. Un signe de retour prochain à la santé était digne de toute conÀ e


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zu ipo dm ee Phy ee JE rage — 5 ANT d à 1 e Th P eal fiance, c'est lors que le pouce de la statue de saint Kyr s'agitait et faisait trois fois le signe de la croix à peu de distance du corps du patient et disait trois fois : | Béni soit le Seigneur. Ceux dont l'indigence ne permettait pas de recourir aux médecins s'adressaient aux saints qui avaient à | soutenir leur réputation en ces lieux où Isis avait fait | merveille. Aussi Sophrone n'épargne pas ceux qui ménagent leur confiance aux saints : ce sont, dit-il, des pédants, des vaniteux, des cupides, des bavards. Il — faut que les saints eux-mêmes relancent leurs clients ; si un de ceux-ci veut consulter les médecins de la ville, ils se fâchent. Le livre de Sophrone mérite d'être lu attentivement pour se faire une idée de ce qu'était | un de ces sanctuaires où il nous est aujourd'hui si - difficile de reconnaître exactement la limite entre la bonne foi et l'imposture ; on y peut relever aussi, au point de vue de la thérapeutique, quelques indications qui ne sont pas négligeables et qui permettraient de croire que le personnel du sanctuaire des saints Kyr - et Jean favorisait une sorte de médecine homéopathique.

Les gens qui avaient trouvé la guérison prenaient soin d'en laisser le récit, et on voit que la cure était gratuite, mais les offrandes étaient nombreuses et | opulentes. - La destinée du sanctuaire après l'invasion arabe | - m'est pas connue. A-t-il disparu, ruiné ou ensablé ? — seules des fouilles pourraient permettre de répondre.

- Mais, à défaut du sanctuaire, le nom s'est conservé | dans la localité d'Aboukir. Ce nom, en effet, ne diffère | | - guère de celui d'Abbakir ou Apa Kyr (saint Kyr) sous - lequel le sanctuaire de Menouthi était ordinairement | | désigné. D'ailleurs, en Égypte, nous avons rencontré | —. Abou Mina (saint Ménas) et il y a encore en Nitrie un sanctuaire de saint Macaire connu sous le nom - d'Abou Makar.

La topographie vient confirmer l'onomastique.

- Canope était située à douze milles d'Alexandrie et Menouthi à quatorze milles. Il n'y avait donc qu'une F distance de deux à trois milles entre les deux localités ; - c’est aussi la distance qui sépare le village d'Aboukir de l'endroit où on a relevé les ruines de Canope. L. Duchesne ! a présenté l'observation suivante à relative à la date de la translation des saints Kyr et Jean, d'Alexandrie à Menouthi.

La tradition hagiographique, dit-il, nous donne ici le nom de Cyrille, ce qui conduit à la première moitié du v* siècle, plus précisément aux années 412-444.

| 3 - Ainsi le sanctuaire chrétien aurait été au plein de son développement quand se passèrent les faits dont Zacharie nous a gardé le souvenir. Ceci n'est pas sans difficulté. Zacharie ne connaît à Menouthi que des simili-chrétiens, à qui les idoles font peur et dont les | païens, quand ils célèbrent des sacrifices, n'ont aucune peine à acheter le silence. Ils en sont tous là, clercs et | fidèles ; seul, leur chef spirituel, un vieux prêtre, est capable de quelle que bonne volonté. Tel n'est pas l'état de choses que les triomphants documents du vri ? siècle supposent avoir été la conséquence de l'arrivée des martyrs Kyr et Jean ; tel n'est pas celui que prévoyait le patriarche d'Alexandrie, lorsqu'au milieu des fêtes de la translation il prononçait ses homélies.

Il y a donc une contradiction. Pour la lever, je propose une solution. Le nom de Cyrille a été introduit dans cette histoire à la place de celui de Pierre Monge (482-490) ou peut-être de quelqu'un de ses successeurs vu, le patriarche d'Alexandrie, saint Cyrille était un saint | -pour les monophysites comme pour les melchites, — | vit sur le mur voisin | Rome, aveugle depuis huit ans, j'ai recouvré ici la vue immédiats. C'est lui qui, après l'expédition de Paralios, aura jugé à propos de remplacer les dieux païens par des saints chrétiens et de rétablir, dans l'église des Évangélistes, l'office surnaturel qu'il venait d'abolir sous le vocable d'Isis. Ce n'est pas avant lui, si l'on s'en tient au récit très autorisé de Zacharie, que les saints Kyr et Jean ont pu être installés dans l'église de Menouthi. D'autre part, au temps où écrivait Sophrone, le sanctuaire était aux mains du clergé orthodoxe melchite, à qui Pierre et ses premiers successeurs étaient en abomination. Il eût été difficile à ces clercs de raconter l'histoire de leur église s'ils avaient dû la montrer fondée, ou à peu près, par un patriarche hérétique. Tout s'arrangea en substituant au nom fâcheux de Pierre Monge la mention orthodoxe * de saint Cyrille. On s'y prit d'assez bonne heure, sans doute dès le déclin du vr siècle, car Sophrone trouva la tradition établie. Les homélies, dans leur texte, n'offrent rien qui ne soit attribuable à Cyrille aussi bien qu'à Pierre Monge : on se borna à en retoucher le titre.


TEXTE CORRIGÉ :

Il y a des exemples de substitutions comme celle-ci. L. Duchesne en cite une, au VIe aussi, et dont le but a été précisément de remplacer un nom suspect par celui de saint Cyrille. Dans l'enquête que Justinien fit faire à Mopsueste pour savoir en quelle considération y était resté le souvenir du célèbre évêque Théodore, le père du nestorianisme ; on constata que son nom avait disparu des diptyques et qu'on l'avait remplacé par celui de Cyrille. Pareille chose sera advenue à Aboukir. On y aura attribué à Cyrille une translation faite une cinquantaine d'années après lui.

Le sanctuaire d'Aboukir et les guérisons dont il était le théâtre étaient connus au loin. Un des miraculés de Sophrone, le dernier dont il parle avant de raconter sa propre guérison, était un Romain de Rome, appelé Jean. Sa vue s'était peu à peu éteinte, en dépit des médecins. Le malheureux s'était ruiné en consultations. Quand il eut dépensé son dernier sou, il vint s'installer à la porte de l'église des saints Kyr et Jean, jurant qu'il n'y entrerait que guéri. Huit ans se passèrent. Le Romain se laissait griller par le soleil d'été et mouiller par les pluies de l'hiver, sans vouloir franchir le seuil sacré, quand, une belle nuit, les deux saints lui apparurent, lui touchèrent les yeux et le guérirent, comme il put le constater aux premières lueurs de l'aube. En regardant autour de lui, il aperçut un pot de peinture rouge, saisit le pinceau et écrivit : « Moi, Jean, natif de la grande ville, par la puissance des saints Kyr et Jean. » Cela fait, il entra dans l'église, fit ses prières et partit avant le lever du soleil.

Il revint sans doute en son pays et raconta sa guérison. Par cette voie et par d'autres, la renommée du sanctuaire alexandrin s'établit à Rome. Un des personnages les plus importants de l'Église romaine, le « conseiller » Boniface ?, qui vivait à la fin du VIe, traduisit en latin les douze premiers miracles du livre de Sophrone, et les cinquante-huit autres le furent deux siècles plus tard par un autre Romain, Anastase le Bibliothécaire. Il y a plus. Le sanctuaire lui-même, avec ses reliques et ses desservants, émigra de Menouthi à Rome, où il est encore. En face de la basilique de Saint-Paul, sur la rive droite du Tibre, s'élève, dans un pli de terrain, une petite église appelée Santa Pacera ou Passera, Ce nom est évidemment corrompu. On a cru longtemps qu'il dérivait de celui de sainte Praxéde, mais nul ne doute maintenant que ce ne soit une transformation de sancta abba Ciro, On lit, du reste, sur la porte, l'inscription suivante :

Corpora sancta Cyri iacent hie at que Johannis qua quondam Rom : dedit Alexandria magna.

Il n'y a rien contre le témoignage de l'inscription. Il est même fort probable qu'à l'approche des Sarrasins le sanctuaire d'Aboukir ait été évacué et que, comme tant d'autres, les clercs qui le desservaient se soient enfuis avec leurs reliques. Depuis la conquête, il n'en est plus fait mention ni en Égypte, ni ailleurs.

Il faut que la popularité de ces saints ait été très grande à Rome car, outre l'église dont je viens de parler, qui était suburbaine, on n'en trouve pas moins de quatre autres, dont trois à l'intérieur de la ville, et la quatrième sur un autre point de la banlieue.

De celle-là il ne reste plus trace. Elle fut fondée par le pape Zacharie (732-741), un peu plus d'un siècle après le temps où écrivait Sophrone, dans un domaine agricole (domus culla) de l'Église romaine, organisé par lui sur la voie Tiburtine aux environs du pont Mammolo actuel !.

Les églises de la ville n'apparaissent, qu'au IXe dans les énumérations du Liber pontificalis ; mais nulle part elles n'y sont mentionnées comme récentes. Elles remontaient vraisemblablement au VIe, comme celle de la voie Tiburtine, ou même un peu plus tôt. L'une d'elles était la chapelle du xenodochium Valeriorum, vieil établissement d'assistance, qui représentait la transformation charitable de l'antique demeure des Valerii sur le Celius . Dans la seconde, saint Abbakyr n'est qu'un patron secondaire ; il s'agit de la diaconie de l'archange, actuellement S. Angelo in Pescheria, où il y avait un autel du saint alexandrin ; l’église, dans son ensemble, était appelée quelquefois des deux noms : ecclesia beali Abbaciri al que Archangeli ad Alefantum ?. Cette dernière désignation vient du voisinage de la place de l'Éléphant (piazza Montanara) au pied du Capitole. Sur le Quirinal s'élevait une troisième église mentionnée pour la première fois dans une bulle d'Anaclet II en 1130 . Ses origines sont inconnues.

À la différence d'Abou Mina, dont les fouilles ont révélé l'importance, Abou Kyr garde son secret et nul ne peut deviner ce qui reste de l'établissement qui eut deux ou trois siècles au moins de prospérité. Peut-être le sable livrera-t-il un jour les restes de la basilique et des bâtiments annexes. Jusqu'à là nous sommes réduits à quelques inscriptions qu'on ne dénigre pas en disant qu'elles sont peu importantes. Deux seulement valent la peine d'être transcrites :


CAYMHOH O AAEA DOC MHNAC O BOYPAG MINI AOYP K INA À


IC XC NIKA AMHN

T T 2n exvunÜn o xôsApss Mmwxg o BoupBc.... utt xÜup. x tyotx ctc)vog 8. Incous Xptacvoc wixa uny.

440 2. Trouvée à Aboukir, entrée au musée d'Alexandrie ; calcaire nummulitique, 0 m. 32 sur 0 m. 45 : exon o TNS ox « 6 pnus ELOPTYXGLOG Tuyl xb EVÔ(LXTLOVOG)y Bibl. — Breccla, dans Bulletin de la Société archéol. lign. 4, lire “Fostaoioc d'Alexandrie, t. vit, 1905, p. 113, n. 5 ; G. Lefebvre, Inscript. grecq. chrét. d'Égypte, 1907, p. 13, n. 59. H. LECLERCQ.


MENSA. — 1l. Les repas des martyrs. II. Le mobilier liturgique des repas. IIT. Mensa martyrum. IV. Mensa sanctorum. V. Mensa privata.

I. LES REPAS DES MARTYRS. — Dès la fin du IIe nous voyons s'affirmer une tendance à assimiler au rite eucharistique, commémoratif de la passion du Christ, le rite parallèle des repas funèbres, anniversaires de la confession sanglante des martyrs. Il y a là un parallélisme trop frappant pour qu'il soit possible de s'y soustraire. Il semble bien qu'au début l'oblation ne se fit qu'en mémoire de ceux dont la mort rappelait celle du Sauveur dont ils comparaient la passion par leur propre martyre. Un siècle auparavant, dans les dernières années du Ier siècle, on avait vu l'autel sur lequel devait s'offrir le sacrifice eucharistique, commun au Christ et aux martyrs ; le corps du Christ était consacré sur la pierre même qui contenait les reliques de ses témoins sanglants : « Je vis sur l'autel les âmes de ceux qui avaient souffert la mort pour la parole de Dieu et pour le témoignage qu'ils avaient en eux-mêmes . » C'est ce qu'explique de façon claire saint Maxime de Turin : Conpenienter igilur, dit-il, ef quasi pro quodam consortio ibi martyribus sepultura decreta est, ubi mors Domini quotidie celebratur, sicut ipse ait : Quotiescumque hec feceritis, « mortem meam annuntiabitis donec veniam. Scili cet ut. qui propter mortem ejus mortui fuerunt, sacramenti ejus mysterio quiescant. Non immerito, inquam, velut consortio quodam illic occisi est tumulus constitutus, ubi occisionis dominice membra ponuntur ; ut quos cum Christo unius passionis causa devinxeral, unius etiam loci religio copularet . Le traité De aleatoribus, qu'on peut faire remonter au début du IIIe , associe sur l'autel le Christ, les anges et les martyrs : Esto polius non aleator sed christianus, pecuniam iuam adsistente Christo, spectantibus angelis et martyribus præsentibus super mensam dominicam sparge. Le culte des martyrs a donc dépendu, dans une certaine mesure, de la place assignée à leurs reliques dès la plus haute antiquité. Il y a eu dépendance, mais non pas confusion, car, dès le milieu du IIe, les martyrs ont leur commémoraison particulière, comme nous le voyons dans les Actes de saint Polycarpe, écrits en l'année 155, qui ne laissent subsister aucun doute :

« Nous recueillîmes les ossements, plus précieux que les pierreries et plus purs que l'or, et nous les déposâmes dans un lieu convenable, disent les témoins oculaires du martyre. Ici, autant que possible, nous nous réunirons et le Seigneur nous donnera de célébrer l'anniversaire de son martyre en exultation et joie, afin de renouveler la mémoire de ceux qui ont déjà combattu, d'inspirer aux survivants un stimulant et E = E de les faire s'apprêter à subir le même combat +. » E : Un siècle plus tard, cet anniversaire de saint Polycarpe était célébré à Smyrne par une vigile et, peut-être, par une agape . À la même date, c'est-à-dire vers le milieu du IIIe, nous rencontrons dans l'Église d'Afrique, à Carthage, l'usage de célébrer le sacrifice eucharistique lors de l'anniversaire des martyrs ?. C'est l'institution signalée par Tertullien, mais la célébration de l'eucharistie se compliquait mainte- nant de cérémonies qui ne nous sont décrites qu'au moment où elles avaient perdu leur caractère primitif. À Carthage, en particulier, le culte de saint Cyprien avait donné naissance à des réunions dans lesquelles il est facile de ressaisir la trace de l'institution primitive de l'agape sous sa forme de banquet funèbre. - Feu à peu, les Carthaginois avaient pris l'habitude de se rendre le soir au tombeau du grand évêque et d'y chanter et danser à l'entour. Les fidèles se scandalisèrent de cet abus et sollicitèrent l’évêque Aurélius de le supprimer. Celui-ci, au lieu d'entrer en lutte ouverte, s'efforça de modifier l'usage répréhensible ; en conséquence, il institua auprès du tombeau des « veillées », c'est-à-dire une sorte de garde d'honneur dont la présence entravait les ébats des danseurs et les contraignit, sans beaucoup attendre, à transporter ailleurs leurs exercices. Ce fut depuis ce temps, rapporte saint Augustin, que l'on célébra les vigiles en ce lieu qui, il y a quelques années, avait été envahi par la frénésie des danseurs. Pendant toute la nuit on chantait ici des chansons criminelles et, en chantant, on dansait 5, » F La célébration du culte des martyrs était devenue, en Afrique, l'occasion de désordres d'une telle nature |— que les femmes honnêtes hésitaient à se rendre aux offices et les païens en tiraient cette objection contre ceux qui les pressaient de se convertir : « Pour quoi abandonner Jupiter pour se prosterner devant un martyr ? » disait Maxime de Madaure ; - et le manichéen Faustus ajoutait : « Vos idoles, à vous chrétiens, ce sont vos martyrs, vous leur rendez un culte semblable. C'est aussi par du vin et des viandes que vous apaisez les ombres des morts . » - Plusieurs textes des Pères nous invitent à penser — que l'organisation d'agapes en l'honneur des martyrs - fut le résultat d'une prévoyance que saint Grégoire explique ainsi, en autorisant des agapes au jour de la dédicace des églises pour les nouveaux convertis : Mn Boves solent in sacrificio demonum multos occidere. | Debet his etiam hac de re aliqua solemnitas immutari, - ul die Dedicationis, vel natalitio sanctorum martyrum, |—- quorum reliquis illic ponuntur, tabernacula sibi circa = easdem ecclesias, qua ex fanis commutata sunt, de ramis — arborum faciant, et religiosis conviviis celebrent . Saint — Paulin de Nole écrit de son côté :

Nous avons déjà eu occasion de faire remarquer que l'Église chrétienne n'avait témoigné aucune répugnance pour ces sortes de transitions et presque à chaque institution nous rencontrons un prototype profane. « A l'aide d'une pratique ancienne, dont la religion nouvelle s'était bornée à changer l'objet et à purifier l'intention, le peuple, toujours esclave de ses anciennes habitudes, toujours sensible aux impressions matérielles et aux jouissances physiques, se laissait tout doucement attirer du culte païen des mânes au culte chrétien des martyrs. Dans cette heureuse transition d'un système à l'autre, des festins célébrés sur des tombes servaient à la fois de lien avec l'ancien ordre de choses et d'appât pour le nouveau ; et les chrétiens les plus éclairés, entre lesquels le premier rang est dû sans contredit à saint Augustin, pouvaient s'applaudir de cette espèce de douce surprise et de contrainte innocente, exercée au profit de leur croyance sur les souvenirs mêmes et sur les habitudes du paganisme ! », Ces repas, lorsqu'ils étaient célébrés avec la décence convenable et la charité que leur nom même impliquait, étaient d'ailleurs un moyen de faire connaître la religion chrétienne à ceux qui ne la pratiquaient pas encore, et saint Augustin dit que ceux qui avaient pris part à ces agapes en qualité de simples convives s'en retournaient chez eux prosélytes.


II. LE MOBILIER LITURGIQUE DES REPAS. — Dans la langue latine, le sens du mot mensa est nettement spécialisé, ce n'est pas une table quelconque, c'est la table sur laquelle sont déposés les aliments du repas. On s'explique dés lors, sans qu'il soit nécessaire de beaucoup y insister, que la table du sacrifice eucharistique, posée sur les reliques des martyrs, et associant le culte et la mémoire de ceux-ci au culte et à la mémoire du Sauveur, soit devenue non plus exclusivement l'autel, mais encore la mensa, puis que non seulement on célébrait sur cette table le sacrifice, mais aussi qu'on y déposait les mets destinés à la commémoration des martyrs. Il y a eu ainsi deux usages qui se sont trouvés associés, mais qui tendaient à s'isoler l'un de l'autre. En effet, la dignité de l'autel chrétien, sur lequel on consacrait le corps et le sang du Christ, ne pouvait admettre généralement qu'on le fit servir à un rite d'une dignité moindre, surtout lors que ce rite s'entachait de pratiques regrettables. L'autel demeura ce qu'il était, la mensa devint, s'il est permis de parler ainsi, une sorte de buffet chargé de nourritures, de plats, d'écuelles ; on lui garda le respect, sans aucun doute, les reliques qu'elle recouvrait ou qu'elle renfermait le lui assuraient ; mais ce fut, malgré tout, une mensa, la table où l'on mange et l'on boit avec un certain laisser-aller.

Cependant, la révérence due aux martyrs était si générale que ceux qui s'en affranchissaient scandalisaient les fidèles ; la mensa d'un martyr était l'autel élevé sur sa tombe, qui invoquait son supplice. Saint Augustin prêchant devant la mensa Cypriani s'exprimait ainsi : Denique, sicut nostis, quicumque Carthaginensis noslis, in eodem loco mensa Deo constructa est et famen mensa dicitur Cypriani, non quia ibi est unquam Cyprianus epulatus, sed quia ibi est immolatus, — Le mot mensa évoque donc non plus la communion — on ne lit nulle part mensa Christi — mais le tombeau, la « confession » dans laquelle repose le martyr. Lorsqu'on ne pourra pas posséder le corps entier d'un martyr, mais seulement des reliques de provenances diverses, on les réunira sous ou dans la mensa dont la surface sera aménagée de façon à recevoir les plats et les assiettes du repas. Le fait d'avoir été déposés sur la mensa était, pour les mets de l'agape, une sorte de consécration, comme nous en verrons des exemples.

En outre, l'idée de la mensa-tombeau conduisit à donner ce nom à des tombes qui n'avaient rien de liturgique ; on éleva sur la tombe d'un être cher un monument funéraire qu'on appela mensa ; c'est ainsi qu'à Milan nous voyons Minicia Rufina élever à sa sœur Minicia Domicia une mensa :


POSVIT MENSAM CONTRA VOTVM-

Les mensae chrétiennes se différencient des mensae païennes d'une façon assez remarquable. On conserve à Lambèse (voir ce nom), dans le jardin de la Maison remontant au IIIe, un « bloc de maçonnerie semi-cylindrique de 1 m. 30 de largeur et de 0 m. 70 de hauteur, surmonté d'une sorte de cuvette peu profonde en ciment très dur. La surface de cette cuvette était polie et bordée d'une feuillure de 0 m. 07 de hauteur (fig. 7991). Les cailloux roulés qui servent d'assise à la mosaïque recouvraient entièrement cet édicule. Le bloc entier, jusqu'à la tablette de ciment, était entouré d'un mur s'adaptant exactement aux formes extérieures. La maçonnerie de ce mur était composée de pierres plates reliées entre elles par un mortier assez friable de couleur rouge. Le tout s'appuyait sur une sellette de même nature. La feuillure émergeait seule au-dessus du mur d'enveloppe. Cette construction n'était autre chose qu'une table d'agape centrale, deux pierres sculptées offrant les ustensiles d'un repas, en sorte qu'au jour marqué on n'avait qu'à y déposer ou y verser les aliments pour le défunt : eau, vin, lait chaud, miel, poisson, volaille ; de là l'explication des plats et des patères sculptés en creux, comme une sorte de menu réglé d'avance ; de là aussi ces cuillers rondes ou allongées, ces vases à deux anses, ces aliments qui semblent destinés à remplacer la vaisselle véritable et les dons en nature ou tout au moins à figurer la présence d'un repas sans cesse servi ! (fig. 7990). Rien d'aussi compliqué dans les tables d'agapes chrétiennes, mais seulement un cercle en relief ou quelques cavités.

Parmi les monuments chrétiens, on peut signaler une mensa trouvée à Matifou (voir ce nom) dans les ruines de la basilique. Pendant les fouilles de novembre 1899-février 1900, on découvrit, dans les substructions d'une basilique antérieure, pouvant remonter au premier siècle du christianisme, une mensa, en usage dans les premiers siècles du christianisme. Ce n'est pas le seul exemple de mensa chrétienne en Afrique, il suffit ici de rappeler Tipasa (voir ce mot) ; mais nous allons énumérer les diverses catégories épigraphiques.

? »4 , [ . 1 l | | 445 : première : ME(n)SA Mlartyrum] se lit sur la moulure de la face antérieure, en caractères assez réguliers, hauts de 0 m. 04. La deuxième :

— + ()iC BENERANDE RELYQVIE BEAT(orum) [MART(J)RVM MOEN[ae]| F ET SEBASTIANI D(e)P(o)s(i)T(e) IN PACE SVB [DIE III ID(uum) [B(ea)T( Ds (si)M() REB[ocati] AN T[is]TITIS + IVLIAN[us pr(e)sb(y)t(e)r ?] T ET VICTOR MON(a)c(hu)s B[ot]VM D(e)O BO[verunt] | occupe la face supérieure horizontale, elle est gravée | en lettres très irrégulières variant entre 0 m. 022 et 0 m. 035, sur cinq lignes espacées de 0 m. 07, séparées . par des traits, suivies par une ligne d'ores. Ces reliques furent déposées in pace per manus, par les mains d'un évêque, qui s'appelait peut-être Rev [ocatus ]. Bibl. — P. Gauckler, dans Bulletin archéologique d'Afrique, dans Mémoires présentés par divers savants - N.-E. de Miliana, à 6 kilomètres à l'est de Marengo, des ouvriers employés par l'administration pénitentiaire mirent au jour, en janvier 1920, les soubassements d'un édifice demi-circulaire renfermant une douzaine de sarcophages et des pièces d'architecture : fûts de colonne, chapiteaux, dalles, etc. Le tout fut — soigneusement saccagé suivant les meilleures traditions administratives, les sarcophages furent brisés et . recouverts de terre ; seul un couvercle portant une inscription et un fond de vase orné d'une croix furent épargnés. L'acharnement apporté à cette destruction fait d'autant plus d'honneur à ceux qui en sont responsables qu'au milieu de l'hémicycle se trouvait un - sarcophage assez richement décoré, profondément enfoui et formant bloc dans la maçonnerie. On n'a pu | l'extraire, mais on a constaté qu'il contenait des ossements. Grâce aux soins du curé de Bourkika, le couvercle a été enlevé et transporté au presbytère. Ce couvercle est une table calcaire mesurant 1 m. 47 de longueur, 0 m. 57 de largeur et 0 m. 25 d'épaisseur. Cette table porte une riche décoration ; à gauche, un ensemble sculpté en creux occupe toute la largeur, environ le quart de la surface totale (0 m. 36 sur Les deux inscriptions sont gravées au trait. Las 0 m. 57) ; dans la zone de gauche (0 m. 12 sur 0 m. 57) une double rangée de dentelures ; dans la zone centrale (0 m. 06 sur 0 m. 57) une seule rangée de dentelures, formant des triangles, des M et des N. Dans la zone de droite, une longue branche de palmier et, à droite, une grande couronne faite d'une seule branche de | laurier (fig. 7992). L'inscription principale se compose de trois lignes, haut. des lettres, 0 m. 07 :

Petite me(n)sa(m) marturou(m) Renatus et Optata. L'inscription tracée dans la couronne porte seulement :

Pas(si) n(onas) a(pri les) ou a(gustas) el coro(nali). Les noms de ces deux martyrs sont des noms fort répandus en Afrique ; ce sont probablement des martyrs locaux. Cette inscription n'offre de remarquable que Petite au début qui a le sens de « gagnez, approchez ». Maríurou(m) nous donne un exemple de la prononciation en ou parmi des gens qui ne savaient plus s'exprimer en latin. Ces inscriptions datent du IVe | et les monnaies recueillies autour de la pierre sont des |, monnaies de Constantin. Il y avait ici un sanctuaire, basilique ou oratoire dont on a retrouvé les soubassements.

A Aïn-Melloul, au sud-ouest de Sétif, une ancienne table d'autel portant ces cinq lignes :

Me(n)sa marturu(m). Donatus, Feliz, Norici, Baric, qui passi sunt. Guruzis.

Donatus, Félix, Baric étaient des noms très répandus en Afrique et qu'on lit souvent dans les inscriptions, les actes des martyrs et le martyrologe hiéronymien. Ces trois martyrs étaient sans doute populaires dans la contrée ; on les retrouve associés sur une inscription de Henchir-el-Hamascha, prés Tébessa 1. Ailleurs, sur une inscription de El Hassi, on lit encore les noms de Donatus et de Baric ?, de même sur une pierre d'Aloun-Berrich . Norici parait, ici, être un nom propre ; peut-être celui du père de Félix ; ce dernier nom étant des plus répandus, il fallait pouvoir l'identifier.

La fin de l'inscription indique le lieu du martyre Guruzis, la lecture est certaine. Serait-ce Guiza en Byzacène, aujourd'hui Kalaa-Kebira, au nord-ouest de Sousse, mais à une longue distance d'Ain-Melloul ? Ou bien a-t-il existé dans ce pays une ville de Guruza, Guruzi ou Guruze* ?

A Aïn-el-Ksar, dans la plaine des Righas, au sud-ouest de Sétif, une pierre longue de 1 m. 11, large de 0 m. 50, épaisse de 0 m. 41 ; c'est la dédicace d'une MENSA M(arturum) Félix, Stiddin, Miggin, Marie, par les soins de deux fidèles : ...anus et Constan.... *.

447 A Bordj Rdir, au sud de Bordj-Bou-Areridj, un fragment de table en calcaire gris de 0 m. 70 sur 0 m. 45, avec formule anormale ; au lieu de mensa martyrum !, on a :

Enfin, à Aïn-el-Ksar, une table couvrant des reliques prés de l'autel, brisée en plusieurs morceaux, long. 1 m. 25, larg. 0 m. 87, épais. 0 m. 24 ; sur la face supérieure une saillie circulaire, sur la tranche antérieure ces mots + :

[In nomine Patris et On conserve à Saint-Paul-hors-les-Murs une inscription souvent publiée et commentée et qui, en effet, mérite un long commentaire. C'est une description des embellissements et réparations exécutés à un cimetière chrétien par les soins d’un personnage inconnu, nommé Eusébe, dans lequel on a cru voir MENSA Mlarturum] FELICIS - NA[boris] le pape Eusébe, qui gouverna l'Église dans les premières années du IVe, c'est se tromper de deux ou trois siècles, car l'inscription remonte au VIe ou au VIIe | et les monnaies recueillies autour de la pierre sont des |, monnaies de Constantin. Il y avait ici un sanctuaire, basilique ou oratoire dont on a retrouvé les soubassements.

J.-B. De Rossi écarte infans, mot impropre pour désigner un homme qui a tant travaillé ; on pourrait proposer infamus ou infamis, ce qui n'aurait rien de surprenant parmi une société où on se décorait des noms de sfercorius, porcellus, fœdula et autres aménités. Se dire soi-même infamus pouvait paraitre tout aussi inoffensif, voire même édifiant, que de se proclamer indignus, comme ne manquent pas de le faire de nos jours nombre de religieux qui ajoutent cette épithète à leur signature, sans trop y croire d'ailleurs, et qui seraient bien fâchés qu'on les crût sur parole : n'était pas connu man que,


EO


ANC LLE CRISTI VIXIT EN DEO AN

5 NES PROPE -CX ETE FECET SIBI IPSA SANA SANCTOR V MENSA -DIE SIT ETE

[Memoria ( ?) Ad] eo[d Jata[e jan ]uariz, anc[i]l3 Vixit in Deo annis prope L.X et fecit sibi T ipsa sana sanctorum mensa(m), die viij k(a)l(endas) | Kae Cristi. iulias, dedicante Aviano Crescente, p(rovincise anno) 286, | C'est l'épitaphe d'une religieuse qui, de son vivant, $ | avait fait préparer son tombeau et qui avait ménagé prés de sa sépulture une sanctorum mensa, c'est-à-dire une chapelle ou un autel contenant des reliques. La date 285 de l'ére maurétanienne correspond à l'an 324. de notre ère ; on ne saurait dire avec certitude si cette date se rapporte à la déposition des reliques dans la M sanctorum mensa ou à la mort de la défunte.

L'usage de placer une mensa se lit sur une autre.

448 — IV. MENSA SANCTORUM. — A Satafi (Ain-Kebtra | ou Périgotville), une table de pierre, brisée dans la partie supérieure ; hauteur de ce qui reste 0 m. 54 ;

largeur 0 m. 49 ; épaisseur 0 m. 06 ; hauteur des lettres 1 0 m. 064, sauf la dernière ligne 0 m. 025, Le début inscription où Elia Secundula élève une mensa à sa 1 fille Statulenia Julia :

Insuper aræ depositæ Secundulæ malris Lapideam placuit nobis alponere mensam In qua magna ejus memorantes plurima facia Dum cibi ponuntur calices que at que coperta Vulnus ui sanetur nos vulnere sebum...

Autre exemple d'une sanctorum mensa, également | à Satafi, sur un fragment de pierre, débris d'une épi- INNOMINE DEI PATRIS OMNIPOTent |S ET DOMINI NOSTRI IESV X Fil, eius . EVSEBIVS INFAmis renovavit CYMETERIV - TOTV* IN PORTICOS : PICTVRAS QVAS IN RVINIS ERAT TOTAS : ET a TOTA BALINEV LOSTRA INCINOS ET CLABES POSVIT VT POTVIT VSQVE Dum PER MANGANA FECITAT CONcameravit CVBICVLV ET CANCELLV FECI CAVSA FVRES FECIT CIAMVLéum,. ALA FACENT :


ITEM SARTA fect A SVSCEPIT SIGILLA CINQVE IN POR/icu posvit COMPODIOLA j taphe dont il reste trois lignes à peine avec ces mots :

| [sa ]NCT [or(um) ] MENS[am] POS(uit) 5...

A Novar (Sillégue), une pierre tombale, brisée à gauche, qui devait être placée dans une église, nous offre sur dix lignes l'épitaphe d'un martyr ; les suppléments sont de J.-B. De Rossi ce aux | :

[Erit bo] NIS BENE [H(a)ee est Pau]L| MEN [sa, quijvixit AN [nis....]QVATTVO (r) [dies... HAJBET NATA [le decimi] Q V INT V [kalendas] OCTOBRE (s) [Passus pro] NOMINE CRI [sti, nunc est] ANTE DOMI [num i]N (Chrislo) Autre exemple d'une mensa Pauli, mais, cette fois, à Koudiat-el-Hadjela, près de Ksar-Tir, au sud-est de Sétif : . MESA PAVLI VIXIT ANNIS * : - :,re quievit DIE SII KAL DECEM BRes a.p. CCCV : VIVENTE OPTATA COnjuge Cette inscription, datée de 305, ère maurétanienne pourrait être celui de l'épitaphe précédente.

V. MENSA PRIVATA. — On pourrait transcrire toute une série d'inscriptions portant le mot mensa suivi d'un seul nom au génitif et qui semblent annoncer des tombes chrétiennes *, comme :


MESA MANIILL A

qu'on doit lire, sans doute : Me(n)sa Mantilla(e), et encore * : MESA QVINTAS pour Me(n)sa Quinta(i)s. Dans le Djebel-Megriss, au nord de Sétif, à l'ouest de Me(n)sa — Crescentis ; libi. Me(n)sa Alogies ( ?).

Cette dernière mention : ego tibi, fait souvenir d'une formule qui se lit au musée de Tébessa sur une inscription dont on ignore la provenance exacte :

Il faut identifier ce fragment avec une inscription découverte à Henchir-el-Begueur dans les ruines d'une petite basilique. Contrairement à ce qui avait été dit, cette pierre n'a pas été brisée et en partie employée dans la construction d'un puits. Le fragment, de beaucoup le plus considérable, a été sauvé et transporté au musée de Tébessa. Les estampages permettent de rectifier la lecture et celle-ci, faite avant la mutilation de la pierre, permet de compléter les données oubliées de M. P. Mon- .

450 nées des estampages. En combinant ces diverses indications, on peut restituer ainsi l'inscription :

Anchilnus cum suis me(n)sa(m) Druomili ns jé [ituit ] Ce serait donc l'épitaphe d'un certain Druomilus, dont la sépulture avait été aménagée par Anchilnus et les siens. La formule mensa, avec le sens de tombe, est d'un emploi courant en Numidie *.

En voici encore un exemple provenant de la ferme Gourdon, à Guellal (Castellum Dianense), environs de Sétif. Table de pierre, haut. 0 m. 90 ; larg. 0 m. 95 ; épaiss. 0 m. 20 ; inscription encadrée par un rebord en saillie ; hauteur des lettres irrégulières 0 m. 03 à 0 m. 05 ; gravure maladroite * :

Me(n)sa Mig(g)ini subdiaconi, die iij idus junias. Parmi toutes les inscriptions relatives à la classe de monuments chrétiens désignés sous ce nom de mensa, une des plus intéressantes est celle d'une grande table chrétienne découverte à Aqguæ Cæsaris, aujour d'hui Youks-les-Bains, à l'ouest de Tébessa. La pierre fait partie d'un dallage qu'on aperçoit à une profondeur de 1 m. 20 au-dessous du sol actuel, et qui, jusqu'ici, n'a pu être entièrement dégagé.

« Cette dalle mesure 1 m. 90 de longueur, 0 m. 86 de largeur, 0 m. 20 d'épaisseur. C'est une table funéraire, une de ces mensæ que l'on rencontre si fréquemment en Numidie et en Sitifienne. Celle-ci présente des dispositions intéressantes : en haut, une longue bande large de 0 m. 08, limitée par deux traits longitudinaux, qui s'étend d'un bout à l'autre de la pierre ; au-dessous de cette bande, et alignés dans le sens de la longueur, trois grands cercles parallèles de même dimension (0 m. 56 de diamètre), qui occupent en grande partie la surface de la pierre.

« On distingue sur la pierre cinq inscriptions différentes : l'une (a), dans la bande du haut ; trois autres | bord de la table. t Sauf pour deux ou trois détails, la lecture est certaine (fig. 7993). » a) L'inscription se lit au sommet sur toute la longueur de la mensa, en caractères de 0 m. 06, régulièrement espacés. C'est comme un titre de propriété :

Le tombeau d'une famille chrétienne, les Pontii, nom connu en Afrique et qui évoque le souvenir du secrétaire et biographe de saint Cyprien, le diacre Pontius.

A.— XI— 15

451 b) Inscription dans le cercle de gauche : elle se compose de huit lignes, les six premières dans le cercle, les deux dernières au-dessous. Caractères assez réguliers, de 0 m. 06 en moyenne, mais avec un mélange de lettres plus petites dans les dernières lignes. * LPMAR T2 S EOMGINENT PART TIC So WM X | T A NN 15 LXXX CVIVS DI ES DEPO SIONIS EST

X V KL OCTOBRE”

L(ucius) P(ontius) Martis qui et Pattiso vixit annis LXXA. octobre(s).

La formule qui ef a été parfois employée pour indiquer | sov | [ox xoc E NI PAS VEUT Ve — v De Cujus dies deposi(li)onis est Xv k(aM(endas) | 452 | on doit lire probablement [in Je(x)silio et supposer que le personnage avait été exilé (voir Dictionn., t. v, . col. 962-963). Dans la seconde épitaphe, le nom de | la femme est difficile à déchiffrer ; c'était un nom | indigène qui se terminait certainement par... | dessinateur a cru distinguer MA. asen, le €) C'est, entre le cercle de droite et le bord de la . table, une inscription ajoutée après coup et logée tant — bien que mal, dans un coin resté libre de la mensa.

Elle est d'une gravure très négligée et on peut en tirer peut-être Jafn ]u[arius... [Dies d]epos(iti)onis ka- (lendas) de(cembres).

A en juger par les formules comme par l'aspect des caractères et, même en faisant abstraction du monogramme constantinien, on doit rapporter au 1v* siècle l'ensemble de ces épitaphes gravées sur la mensa Ponliorum de Youks.

Bibl. — P. Monce aux, Sur une lable funéraire chréNu JA | iio V winn SFNV ORIVE .

Mc VIXITA NINE LS su)


PECHIN S

Dn pai fpes. oir sms pys Ne | quer le nom pris au baptême, mais ici il semble plutôt que ce nom de Pattiso, qui ne peut se réclamer d'aucun souvenir, ni d'aucune saveur chrétienne, est une sorte de nom indigène, sous lequel Lucius Pontius était couramment désigné par ses concitoyens, pour qui il s'appelait Lucius Pontius Martis qui et Pattiso. La formule : Cujus dies deposi(ti)onis est... ne laisse rien à désirer pour la précision ; quant à deposionis pour depositionis, ou bien c'est une prononciation locale, ou bien une manie du lapicide, qui l'a récidivée trois fois. c) Moins bien conservée que la précédente, cette inscription n'offre plus que des débris insignifiants : | Vixit annis |... et le reste. d) Cercle de droite et au-dessous : la moitié supérieure est effacée, sauf un mot ; la partie inférieure est bien conservée. Au centre du cercle, un chrisme, caractères inégaux :


ESILIO


NIM SE NVXOR EIVS


VIXIT ANNIS LXXXII DD-P :-SI

rase THE e(x)silio X Nimasen, uxor ejus, vixit annis LXXXI. D(ies) d(e)p(o)si(ti)onis eius idus januarias.

Ici se trouvaient les épitaphes de deux époux. De | de sa mère Fabia Secunda, qui lui éleva une mensa, l'épitaphe du mari, il ne subsiste que le dernier mot ;

| tienne découverte à Youks-les-Bains, dans Bull. arch. | du Comité, 1917, p. CCXLI-CCXLVI. Comme on trouve à Tlemcen, la formule domus mensa nous offre sur une inscription de Ain-Kabira, au nord de Sétif, l'expression mensa perpetua sur une inscription du 22 ou 23. février 349 : FLORE BONE M EMORIE CON IVGI QVETVS MARITVS MNSAM 5 PERPETVAM POSV IT QVAE VICSIT AN NIS LX DECESSITO CTAV : KALMARTIAS ANNO PROVICIAE CCCX Flor(a)e bon(a)e memori(a)e conjugi, Quelus maritus m(e)ynsam perpeluam posuil ; quie vi(r) ! annis LX decessit octav(um) kalendas) martias anno provi(n)| ciæ CCCX, Enfin, à Brescia, nous trouvons sur la tombe de Attius Proculus, lector, une épitaphe tracée au nom 453 MENSA c'est-à-dire une tombe à son grand regret : contra votum mensam posuit * :

B M

H. LECLERCQ.


MENSE. — Ce mot n'a qu'une application tardive pour la période de nos études. En Gaule, à l'époque mérovingienne, une église ou un monastère possède des biens formant une masse indivise, dont l'administration est confiée à l'évêque ou à l'abbé, qui en use à discrétion et n'en doit rendre aucun compte. Il doit se conformer aux affectations prévues par les donateurs, mais il ne semble pas que personne puisse l'y contraindre ni même l'interroger sur l'emploi des revenus. Cette omnipotence a pu entraîner des abus de pouvoir, qui ont été tolérés longtemps, car ce n'est pas avant le 1x siècle qu'on observe un dédoublement de la personne de l'administrateur. L'évêque ou l'abbé n'a plus la disposition arbitraire de la totalité des biens, il lui faut en abandonner une part à la communauté cléricale ou monastique. C'est alors qu'il commence à être question de mense pour désigner la part de la communauté et la part du prélat : ce sont deux menses distinctes et fixes, mais ni l'idée, ni le mot n'ont encore ce sens précis au Ix siècle ; c'est au xi* siècle seulement que le temporel se trouve nettement fractionné en deux masses indépendantes.

Au ix siècle, il ne s'agit encore de rien de plus que d'une part de réserve sur le patrimoine en faveur des chanoines ou des moines. L'innovation s'enveloppe encore d'une sorte de timidité. Un partage, une division seraient choses choquantes, on évite de les désigner sous le nom de partitio, qui ne sera en usage que beaucoup plus tard ; quant à divisio, on a ce mot en abomination. On se contente de moins : on s'en tient à segregatio qui ménage les susceptibilités et rassure suffisamment les intérêts. Hoc est quod vobis ad stipendia vestra segregandum censuimus, lisons-nous dans une charte de la première moitié du ix siècle, ou bien encore : quasdam villas... segregarit... ul usibus eorum deserpiren ! , et dans la Vie de saint Benoit d'Aniane : constituit eis segregatim ; et, par une dernière habileté, on ne parle jamais que d'attribuer à l'usage des frères, afin d'assurer leur subsistance.

En 829, l'évêque de Paris, Inchadus, consent à ses chanoines : affribueremus eorum stipendiis quasdam villas de rebus matris ecclesie ^, et, la même année, Pépin I d'Aquitaine confirme ad stipendia monachorum de Saint-Germain villas ul eorum sumplibus et stipendiis deservirent .

A l'origine il n'a existé qu'une seule mense, celle de la communauté, distincte des autres biens de l'église ou du monastère . En 855, Charlemagne le Chauve établit à Fleury-sur-Loire une mense destinée aux usages des moines et de leur abbé régulier 5. C'est une séparation introduite entre les domaines réservés aux religieux et d'autres domaines qui recevront une destination différente. Les biens qui n'ont pas été remis aux moines demeurent res communes, ainsi, à Sainte-Colombe de Sens, les réparations des bâtiments sont à la charge du monastère« . On oppose à la mense conventuelle la ratio abbatiæ ™®, aux domaines assignés aux religieux, ceux qui forment le reliquat ou l'indominicatum ! ! que l'abbé gère en personne, dont il garde l'administration et la jouissance, ou enfin ceux qui sont placés sous son dominium ?, Ja mais il n'est spécifié, au ix siècle, qu'une villa est à l'usage personnel de l'abbé, alors qu'il est dit de telle autre qu'elle est destinée à subvenir aux besoins particuliers des moines. G'est seulement au x siècle qu'on commence à mentionner les stipendia abbatum ?, à côté des stipendia fratrum, que des biens sont dits affectés aux usages propres de l'abbé. Mais, dès l'origine, ce qui n'était pas réservé à la communauté fut à la disposition du prélat !^, qui tient de la faveur royale l'évêché ou l'abbaye dont le temporel constitue son beneficium !'. Assigner une part aux besoins des clercs ou des religieux, c'était donc, en fait, former du reste du patrimoine la mense de l'évêque ou de l'abbé ; mais ja mais, au ix siècle, il n'y eut un mot pour la désigner comme telle.

Au ix siècle, on fait usage des termes peculiare fratrum et portio ! pour désigner les biens mis ainsi en réserve pour les moines ou pour les chanoines ; mais ce sont là des expressions rares, le plus souvent on désigne simplement les biens ad usus ou ad opus fratrum ?. Au ix et au x siècle, les dons sont faits pour les stipendia. Un diplôme de Charlemagne le Chauve, pour Saint-Germain d'Auxerre, daté du 2 décembre 863, s'exprime ainsi : in eorum stipendium condonavimus , et on en citerait nombre d'autres !', Parfois, vers la limite du ix et du x siècle, les donations sont faites au communia ou au stipendium comm une, En 571, un bienfaiteur de l'église-cathédrale Saint-Maurice de Vienne interdit de retrancher le bien qu'il offre de communia fratrum ?*. A la même date, Frotarius cède 455 MENSE — une villa fratribus sancti Stephani ad communem stipendiam Lemovicensis senioris canonica 1, ?

C'est vers ce temps que les mots stipendia, vicus ont servi à désigner la portion réservée à la communauté. C'était la quantité de vivres qu'un supérieur devait fournir aux moines ou aux chanoines pour leur subsistance : prebenda. De là est venu le mot « prébende » qui, à la fin du ix siècle, désignait l'ensemble des biens servant à la nourriture de la communauté entière des chanoines ou de celle des moines ?. Parfois, le mot « prébende » s'entendait d'une part individuelle. Dans les Gesta Aldrici, le futur évêque du Mans petiit locum sibi dari in quadam civitale ...sibi que cum suis duobus clericis tantummodo postulavit dari prebendam . Au xi* siècle, la prébende ne désigne plus que la part des biens d'une mense conventuelle, affectée à la subsistance d'un seul membre du chapitre.

Dans le courant du vi siècle, on trouve l'emploi du mot mensa canonica dans Grégoire de Tours : il parle d'un convivium mensa canonici , par quoi il entend la table où prennent place les clercs qui célèbrent l'office divin dans une église, et qui sont nourris aux frais de cette église. Deux siècles plus tard, saint Chrodegang compose une règle pour les chanoines de son église de Metz et il donne le même sens à cette expression . Au commencement du ix siècle, alors que s'établit la mense conventuelle, le mot mensa signifie encore la table des religieux et des clercs. Le terme garde exactement le même sens dans l'Indiculum où Ebbon règle, avant l'année 833, la discipline des chanoines de l'Église de Reims. En guise de châtiment, pour telle ou telle faute, on peut interdire à un chanoine de s'asseoir à la table commune, c'est ce qui s'appelle separatio mense. En 917, Charlemagne le Simple destine le produit d'une chasse à la fratrum mensa du monastère de Saint-Corneille de Compiègne 7.

Dans les Actes du ix siècle, mensa n'a pas le sens de mense de la communauté, mais toujours celui de table. Les donations se faisant de plus en plus nombreuses, les rédacteurs des chartes employèrent l'expression ad mensam fratrum pour énoncer les biens qui fournissaient de vivres la communauté. Au x siècle, mensa est employé concurremment avec præbenda, puis il le distance et est employé seul pour désigner la part des moines ou des chanoines dans le lot des biens destinés à les nourrir. Vers 903, une donation est faite à la cathédrale Saint-Maurice de Vienne ad communium et mensam fratrum *.

Appliquée au x siècle à la fraction qui alimente le service de la bouche d'une communauté, l'expression a désigné plus tard, assez inexactement, l'ensemble des domaines dont les revenus pourvoyaient à tous les besoins des clercs ou des moines. A la mense conventuelle ainsi entendue on a opposé, dans le langage courant, la mense abbatiale ou épiscopale .

H. LECLERCO.


MERCATOR. —- Dans une région catacombale récemment fouillée, on a trouvé un loculus, ayant contenu un adulte, avec une fermeture composée de trois tuiles sur lesquelles on lit ces lettres de 0 m. 12 de hauteur 1° : :

Est-ce un nom propre ? Est-ce l'indication d'une profession ? Nous ne saurions le dire. | H. LECLERCQ.


MERCES DEI. — Nous avons donné un bouchon d'amphore, venant de Carthage, sur lequel on lit ces mots : Spes in Deo (voir Dictionnaire, t. r, col. 16971698, fig. 431) et nous avons dit que c'était là peut-être un nom propre, le nom de l'expéditeur. On a, depuis lors, trouvé à Alexandrie un autre bouchon d'amphore sur lequel on lit : Merces Dei (fig. 7994), et son éditeur, E. Breccia !!, estime que ce ne sont pas là des noms propres, ce qui, en effet, semble probable pour le deuxième. On pourrait croire tout d'abord que cette estampille en langue latine indique suffisamment la provenance occidentale de l'amphore, où nous ne pensons pas que l'onomastique ait jamais offert rien de semblable. Ces mots sont quelque chose comme ce que nous appelons de nos jours une marque de fabrique, indiquant l'officine qui avait expédié l'amphore. : H. LECLERCO.


MERCURE, — Le dieu Mercure a joui, parmi les païens, d'une grande popularité. Mercure-Hermés de la Grèce et de l'Italie, protecteur du commerce, des arts et de la paix, vécut en bons termes avec le Mercure gaulois : mais tout ceci est étranger à nos études, Après le triomphe du christianisme, les temples de Mercure, comme tant d'autres, furent dépouillés au profit des basiliques chrétiennes ; au Moyen Age, Mercure fut considéré comme l'inventeur de la magie C &VVOPOUD[L Deo Domino Christo, annorum X, mensorum septem. D'ailleurs, on trouverait aussi ce nom sans diminutif | Le P. Lupi a publié cette autre épitaphe d'une fillette âgée de dix ans, sept mois ? (fig. 7995) :

»Eguacioxe qoc, tno èv Os xupelo Xpstovó, . pmoopoup. seple. Mercuriola, lux, vives in nutif, par exemple sur l'épitaphe d'un jeune garçon — dans Una nova regione cimiteriale a S. Lorenzo ; plaque de marbre de 1 m. 10 sur 0 m. 20, hauteur des lettres, 0 m. 03 * :


DEPO - MERCVRI . IN PACE XII KAL - OCTOB : QVI VIXIT - ANNOS X MENSES SEPTE :

hic IACET DECORA MERCVRINA QVI VIXIT ANNOS XX OVIT XIII KAL MA IAS VIGELIA PASCE CALIPIO VC CONS On ne peut être surpris que des fidèles, nés dans le paganisme, eussent reçu en naissant des noms païens ; nous les rencontrons dès l'âge apostolique : Phœbé, Nérée, Apollon, Hermès, Diotréphès (Rom., xvi, 1, 15 : Cor., xvi, 12 ; Rom., xvi, 14 ; Joh., iii, v. 9. Ces noms provenaient habituellement de la dévotion particulière à une divinité ; ainsi, pour prendre un exemple parmi les noms que nous venons de transcrire, Phœbé, diaconesse de Cenchrée, qui était le port de Corinthe, devait peut-être son nom au culte porté à Diane dans ce lieu où un temple célèbre lui était consacré. Sanctifiés par les premiers adeptes de la foi nouvelle, les noms de divinités perdirent leur caractère profane pour ne rappeler que les vertus des disciples et contemporains des apôtres. Ainsi s'explique leur fréquence non seulement sur les épitaphes latines et grecques, mais jusque sur les épitaphes coptes. Pour des raisons qu'il serait arbitraire de vouloir déterminer, on voit des chrétiens doubler leur nom païen d'un nom chrétien, par exemple : CAEDVAL QVI ET PETRVS , mais on voit aussi le contraire : Peirus qui et Balsamus , et il s'agit ici d'un martyr. Le fait parait cependant constant pour le pape Johannes dont l'inscription porte : PAPA IOHANNE COGNOMENTO MERSTLA Les C7 d NGC CYR CUXPEIC T ANN CVRIO, en 531 . Ce n'est là toutefois qu'une exception, car nous voyons saint Balsamus repousser son nom comme signifiant en phénicien « le maître de la terre » ou « le soleil » Au commencement du iv siècle, les martyrs de Palestine prennent des noms bibliques en rejetant les leurs : Fortasse quod idolorum esseni vocabula . L'impératrice Eudoxie renonce à son nom d'Athénais en recevant le baptême ë et les canons arabes de Nicée proscrivent l'usage des noms dérivés de ceux des divinités païennes . H. LECLERCO.


MÉREAUX. — On donne le nom de méreau, à partir du xii* siècle, aux médailles ou à la monnaie de convention, de plomb, de cuivre et quelquefois d'argent, dont chacun avait droit de faire usage ; à l'église, pour constater la présence des clercs aux offices ; au marché, pour prouver l'acquittement d'un droit ; dans les travaux et les ateliers, pour représenter, à la fin de la semaine, le prix des journées, et à d'autres usages.

Voici un sujet nettement en dehors de la période de nos études ; cependant, nous ne pouvons omettre d'en dire quelques mots. Nous avons, dans le Dictionnaire, parlé d'ampoules de pèlerinages rapportées parfois de fort loin, d'Égypte, de Palestine ou d'ailleurs et nous retrouvons ici la survivance d'un usage ancien dans les plombs historiés retrouvés par milliers et dont on a tiré, pour l'histoire du Moyen Age, d'utiles renseignements. zzo 2 ms por — M -— 459 MÉREAUX dans la Seine et recueillis par A. F., in-8 », de 84 pages et 142 grav. sur bois, notice destinée à faire connaître les différentes variétés des pièces entrées dans sa collection. Mais ni le mémoire, ni la notice ne donnaient une idée exacte du nombre de pièces, de la variété des types et de l'intérêt des problèmes qui s'y rassemblaient.

Au Moyen Âge, comme dans les premiers siècles chrétiens, on voyageait beaucoup, on allait au tombeau des saints et on en rapportait des souvenirs. Tels, comme le pèlerin de Bordeaux ou la pèlerine Éthérie, allaient jusqu'en Palestine, d'autres visitaient le tombeau des apôtres à Rome ou le sanctuaire de saint Ménas dans la Maréote ; tous — ou presque tous — rapportaient de là et d'ailleurs des souvenirs. Ceux-ci étaient variés et solides. Les ampoules de saint Ménas envahissent peu à peu les vitrines des musées et Dieu sait si les siècles ont pourvu à leur destruction. Au Moyen Âge, on ne se contenta plus de la terre cuite, on fit usage du plomb, et il faut que le nombre des enseignes de pèlerinage ait été incalculable pour que, condamnés à la destruction par leur faible valeur vénale, tant et tant de pièces aient évité le sort qui les guettait. Les pèlerinages se multipliaient, les objets aussi et leur peu de valeur les a sauvés. Une fois brisés et hors d'usage, on les jetait à la borne ; de la borne ils roulaient au ruisseau, du ruisseau dans la Seine : elle les a gardés, mais enfin elle a fini par les livrer.

Ces souvenirs de pèlerinage étaient une marque des indulgences gagnées pendant la visite des oratoires, des chapelles, au profit desquels ils étaient fabriqués et vendus. Ils protégeaient même ceux qui les portaient ostensiblement contre les dangers des voyages d'alors. Aussi tous ceux qui sont parvenus jusqu'à nous montrent-ils des appendices destinés à les attacher ou à les suspendre à la coiffure ou aux vêtements. Tantôt c'est une bélière, comme celle de l'enseigne (signum) de Saint-Maur-des-Fossés (voir ce nom), tantôt la bordure du médaillon est creusée d'une profonde rainure dans laquelle se logeait un cordon qui servait à la suspendre. Le plus souvent, quatre anneaux réservés aux bords de la pièce et servaient à la coudre aux vêtements. Telle devait être la célébre Notre-Dame d'Embrun que le roi Louis XI portait à son chapeau ; telle est l'enseigne de Saint-Faron de Meaux. D'autres étaient fixées au moyen de longues épingles soudées derrière la plaque ; mais la flexibilité de ces épingles en plomb nous fait supposer qu'on ne s'en servait qu'une seule et unique fois pour appliquer l'enseigne à des rubans ou écharpes que l'on vendait avec elle.

Les figures, dont étaient historiées les enseignes de pèlerinage, représentaient l'image des saints dont l'intercession était réclamée plus particulièrement dans les oratoires que l'on visitait. À Saint-Maximin, c'était la Madeleine aux pieds du Christ ; à Rocamadour, c'était la sainte Vierge ; c'était encore elle, posée sur une nef à Boulogne-sur-Mer ; à Meaux, c'était saint Faron évêque, ayant à ses côtés saint Fiacre armé de la bêche traditionnelle ; à Noyon, c'était saint Éloi, évêque et forgeron, ferrant le pied d'un cheval, qu'il a parfois la précaution de couper au préalable. Souvent un personnage, le pèlerin lui-même, est représenté aux genoux du saint. Plusieurs de ces images, qui appartiennent à l'art de différents siècles, sont d'une fort belle exécution, bien qu'il s'en trouve souvent de barbares.

Avec les enseignes, on rapportait des pèlerinages de petits médaillons-reliquaires pouvant renfermer, entre leurs parois à jour, quel que linge ou quel que parchemin ayant touché aux images ou aux reliquaires que l'on était allé visiter. Parfois, ces petites boîtes circulaires présentaient des ornements exécutés avec soin, entourant l'image d'un saint réservée dans leur champ.

Parmi les énigmes que ces épaves de la Seine ont posées aux archéologues, nous trouvons un assez grand nombre de petites flèches en plomb, à panse arrondie et à col très ouvert ; souvent elles sont en forme de bourses dont les cordons s'arrondissent en anses, et chargées d'armoiries. On y a vu des amulettes renfermant de l'eau, de l'huile ou du baume. Mais, alors, pour quoi les armoiries au lieu d'un emblème religieux ?

Le 2 septembre 1861, Napoléon III faisait acquérir la collection des plombs historiés pour le musée de l'hôtel Cluny à Paris et, l'année suivante, A. Forgeais commençait la publication de la Collection des plombs historiés trouvés dans la Seine, répartis en cinq séries : Ire série : Méreaux des corporations de métiers, in-8°, Paris, 1862. — IIe série : Enseignes de pèlerinages, in-8°, Paris, 1863. — IIIe série : Variétés numismatiques, in-8°, Paris, 1864, comprenant les méreaux capitulaires, les méreaux de confréries, les offices du palais, les enseignes politiques. — IVe série : Imagerie religieuse, in-8°, Paris, 1865. — Ve série : Numismatique populaire, in-8°, Paris, 1866.

Les méreaux et les jetons de corporation forment également de nombreuses séries intéressantes. Ces méreaux étaient de véritables jetons de présence qui, dans les collèges de chanoines, représentaient des unités de la prébende divisible entre tous les membres, en proportion des services qu'ils avaient rendus. Telle messe rapportait plus que telle autre, et tel chanoine avait droit à un plus grand nombre d'unités que tel autre. À des périodes régulières, chacun d'eux apportait au trésorier les méreaux qu'il avait reçus et emportait en échange la somme à laquelle il avait droit.

Les jetons des corporations avaient à peu près le même usage ; ils représentaient toujours d'un côté la figure du saint patron de la corporation, de l'autre les outils de la profession et les objets du négoce, parfois un artisan au travail. À la suite de ces jetons viennent une multitude de signes monétaires, marqués des types les plus variés et chargés des emblèmes les plus imprévus, dont la destination est encore inconnue. Des croix de tout modèle, des fleurs de lis, des étoiles, des roses, des lettres, des édifices, des saints, des oiseaux, tout ce qui peut solliciter l'imagination. Plusieurs d'entre elles sont même marquées des signes de l'un et de l'autre sexe, avec des croix au revers. Tous ces petits monuments étaient coulés dans des moules en pierre lithographique ou en schiste, analogues à ceux que nous avons rencontrés et décrits pour l'antiquité chrétienne.

H. LECLERCQ.


MÉRIDA. — I. Les origines. II. Le christianisme. III. Basilique chrétienne. IV. Épigraphie.

I. LES ORIGINES. — En l'an 729 de Rome, 25 ans avant Jésus-Christ, l'empereur Auguste fonda la Colonia Augusta Emerita, pour récompenser les bons services rendus par les vétérans de la Ve et de la Xe légion pendant la guerre contre les Cantabres. Le nom de Emerita était choisi pour évoquer le souvenir des vétérans ou émérites, et la nouvelle colonie reçut pour gouverneur le légat augustal Publius Carisius. Mérida est aujourd'hui une ville située dans la province d'Estramadure, à 55 kilomètres est-nord-est de Badajoz, sur la rive droite de la Guadiana, au confluent de l'Albanegas, et cette position topographique rappelle la situation caractéristique des cités ibériques ; en effet, un établissement ibérique précéda la colonie romaine. On a de plus rencontré aux environs (Prado de Lácarra) de nombreuses sépultures creusées dans le roc, et l'on conserve au musée un lion en pierre et une série de petites idoles en os de caractère nettement ibérique.

Mérida a depuis longtemps attiré l'attention des archéologues ; dès le XVIe, Ambrosio Morales s'en occupe dans ses Antigüedades de España et le Portuguais, Gaspar Barreiros, dans sa Chorographia. Au XVIIe, don Barnabé Moreno de Vargas décrit la ville dans son Historia de la ciudad de Mérida ; au siècle suivant, ce sont don Augustin François Ferrer dans Las antigüedades de Mérida, le P. Florez dans son España sagrada, t. xiii, et don Antoine Ponz, au t. vii de son Viaje de España. Le comte Alexandre de Laborde donne, en 1806, un Voyage pittoresque et historique d'Espagne et peu après don Greg. Ferd. Perez, une Historia de las antigüedades de Mérida. En 1832, don Jean Augustin Cean Bermudez consacre quelques pages à Mérida dans son Sumario de las antigüedades romanas que hay en España et plus brièvement don Joseph de Viu dans ses Antigüedades de Extramadura. Tout cela n'a plus guère qu'un intérêt bibliographique ; il faut en venir aux travaux d'Ém. Huebner sur les inscriptions, dans le Corpus, t. ii, 1869 et 1892, et les inscriptions chrétiennes, 1871 et 1960, puis La arqueología de España, Barcelone, 1888, pour aborder l'étude scientifique.

Et cependant, même en 1899, Émile Huebner écrivait : « Mérida a toujours été une source féconde de trouvailles. De ses édifices anciens, il subsiste des restes considérables, mais très mal conservés. Les monuments de sculpture, pièces d'architecture, inscriptions païennes et chrétiennes, petits documents de la vie antique, monnaies, poteries, ont reparu en abondance, et leur nombre ne cesse de s'accroître. Mais, malheureusement, presque nulle part en Espagne — et cela veut dire quelque chose — la pauvreté, l'ignorance, l'abandon n'ont été plus grands que là. Depuis Laborde, les monuments d'architecture ont été dessinés et publiés en gravures élégantes, il y a environ vingt à trente années, par M. Rodrigo Amador de los Rios, dans un des fascicules numérotés du grand ouvrage des Monumentos arquitectónicos de España, avec un texte abondant en paroles, mais dépourvu du savoir technique qu'on exige à présent.

Du reste, les monographies précieuses de ce recueil somptueux y sont comme ensevelies, très peu de personnes les pouvant atteindre. Il valait la peine de relever un plan exact, qui n'existe pas, d'une des anciennes colonies fondées par Auguste, avec son grand pont sur le fleuve Anas, ses portes et ses murailles, ses temples et ses portiques, son théâtre et son amphithéâtre extra muros. Il est vrai que bien des restes, qui existaient encore au XVIe, décrits par les voyageurs italiens de ce temps, ont disparu. Cependant, il n'est pas trop tard pour entreprendre un tel travail ; mais quand, pour tant de travaux semblables, rencontrera-t-on en Espagne cette union indispensable d'un architecte et d'un archéologue épigraphiste, qui ailleurs : en Grèce, en Italie, en Asie, a produit de si précieux résultats ? Tout ce qu'on a trouvé à Mérida jusqu'à présent est dû au hasard ; mais des excavations régulières n'ont été entreprises. Il y a pis encore : la plupart des monuments épigraphiques, trouvés à des époques différentes, ont été

Depuis cette date de 1892, où É. Huebner jeta un appel enfin entendu, le passé de Mérida a commencé à renaitre. Don Pedro Maria Plano, alcade de la ville, procura la publication des histoires de Mérida par Moreno de Vargas, Forner et Fern. Perez (1892-1893) avec des additions. Le P. Fidel Fita y Colomé publia les inscriptions (1894) et don Ant. Delgado son Nuevo método de clasificación de las médallas autónomas de España. Nous avons dit le mérite de l'enquête suivie entre 1907 et 1910 par don José Ramón Melida

Mérida fut jadis une des cités les plus somptueuses de l'Espagne. « Ses murailles, dit la Chronique du roi Rodrigue, avaient six lieues de circuit, on y comptait 3 600 tours, 84 portes, 5 forteresses : elle était gardée par 80 000 fantassins et 10 000 cavaliers. » « De cette enceinte, passablement hyperbolique, il ne subsiste qu'un fragment, mais les restes d'anciens monuments sont nombreux. Il existe en Espagne un proverbe qui dit que « pas un homme au monde ne peut énumérer les merveilles de Mérida ». Nous n'entreprendrons donc pas d'en faire l'énumération ; nous ajouterons seulement que la ville comptait quatre rues larges de trente coudées qui, parallèles deux à deux, se croisaient au centre de la ville. Toutes les églises étaient rangées en cercle à mille pas de distance du grand Alcazar central et chacune d'elles avait sa tour que couronnait un moulin à vent. Ce qui est certain, c'est que, dès la conquête arabe, quand les envahisseurs occupèrent la ville, elle était ruinée, comptant au plus 8 000 feux ; aujourd'hui, elle dépasse à peine 7 000 habitants.

« Partout, autour de la cité morte, émergent des pans de murs larges de 15 pieds, des tours et des bastions dont les bases inébranlées gardent les gros blocs largement équarris que posèrent, en lour des assises, de puissants assembleurs de granit ; et partout, dans les constructions du Moyen Age, comme dans les constructions arabes, jus que dans les murs d'aujourd'hui, imposant leur masse inattendue, s'encastrent les pierres de taille, membres dispersés de l'enceinte colossale. Si l'on compare la construction moderne faite de blocs artificiels de terre comprimée dans des moules, on se demande au prix de quels efforts, au prix de quel or les fondateurs ont charroyé de la montagne assez lointaine et débité tant et tant de granit !, » II. LE CHRISTIANISME, — Florez a exposé l'histoire du christianisme à Mérida, mentionné ses martyrs, dont la plus célébre fut la jeune sainte Eulalie (voir Dictionn., t. v, col. 705-732) et dressé sa liste épiscopale depuis Martial, avant l'année 252. Malheureusement, l'évêque Martial fait assez peu d'honneur à l'Église de Mérida. Celle-ci vit son chef apostasier pendant la persécution de Déce, en 250. Avec un de ses collègues, Basilide, évêque de Léon, il sollicita des magistrats un libelle attestant qu'ils avaient sacrifié. Basilide n'était peut-être qu'un poltron que la crainte des supplices affola ; Martial était aussi poltron, mais, avec cela, dissolu. Le scandale fut grand et, vers la fin de l'année, quand les circonstances le permirent, saint Cyprien de Carthage, qui aimait assez à faire la police dans l'Église de Dieu, réunit dans sa ville épiscopale un concile de trente-sept évêques qui examina le cas de Basilide et de Martial, coupables non seulement d'apostasie, mais encore d'avoir manifesté la prétention de reprendre l'exercice des fonctions épiscopales, malgré la décision contraire des précédents synodes. L'un d'eux même, étant allé à Rome, avait obtenu du pape Étienne d’être rétabli sur son siège. Les évêques africains réunis décidèrent que la bonne foi de l'évêque de Rome avait été surprise et que Basilide et Martial exerçaient indûment les fonctions épiscopales (voir Dictionn., t. v, col. 417-418). La décision du pape Étienne avait sans doute déplu aux Espagnols qui avaient chargé deux de leurs évêques, Félix et Sabinus, nantis de la procuration de Félix de Saragosse que saint Cyprien, qui s'y connaissait, appelle fidei cultor et defensor, de les débarrasser « des deux apostats. Basilide, outre son apostasie, était convaincu de blasphème et Martial, sociétaire de corporations païennes dont il avait fréquenté les honteux et dégradants festins », avait fait enterrer son fils comme membre d'un collège païen, dans le cimetière de la corporation.

Tout cela valait assurément la lettre synodale qui porte le n. LXVI dans la correspondance de saint Cyprien. Elle est un peu longue, mais il ne faut pas s'en plaindre, car elle nous apprend tous les détails que nous venons de faire connaître. Après de bons conseils adressés à Élio diacre et plebi Emeritate consistenti bus, les évêques d'Afrique affirment que « c'est bien en vain que Basilide et Martial prétendent rentrer dans l'exercice des fonctions épiscopales, attendu qu'il est trop évident que de tels hommes ne peuvent être à la tête de l'Église du Christ, ni ne doivent offrir des sacrifices à Dieu, et cela d'autant plus que, depuis longtemps déjà, d'accord avec nous et avec tous les évêques du monde entier, Corneille, notre collègue [de Rome], évêque pacifique et juste, que Dieu a même daigné honorer du martyre, a décidé que de tels hommes pourraient sans doute être admis à faire pénitence, mais devaient être écartés de la cléricature et de la dignité épiscopale. » Après ce déplorable épisode, la liste épiscopale se poursuit jusqu'à Maxime qui occupa le siège jusqu'en 759, et sous l'épiscopat duquel eut lieu l'invasion arabe. En 409, la Lusitanie était tombée au pouvoir des Alains. Mérida tomba sous le pouvoir d'Atax et fut reconquise par Walia en 419. En 439 ou 442, elle fut la proie du roi suève Rechila, qui mourut en 448 et fut remplacé par Riquaire. Finalement, Euric, que certains tiennent pour le premier roi wisigoth d'Espagne, conquit Mérida en 468. En 554, Mérida fut marquée par l'assassinat d'Agila, fuyant Athanagild, et c'est encore là que se passent quelques épisodes de la déroute de Herménégild soutenu par l'évêque Masona, que nous font bien connaître les Vies des Pères Emeritains . | En 584, Mérida se rendit à Leovigild qui y fit frapper monnaie, Récarède, son successeur, emerassa le christianisme. Le 6 novembre 666, un dernier concile se tint à Mérida .

Ce qui subsiste des ruines d'anciens édifices est bien peu de chose, quelques débris de caractère décoratif . La basilique de Santa Jerusalen, cathédrale ou église métropolitaine de la Lusitanie et la basilique contiguë de San Juan Bautista ou baptistère. La basilique de Santa Eulalia, où on croit retrouver quelques traces d'édifices anciens. A l'Orient de la ville, où la jeune vierge souffrit le martyre, on éleva une église à laquelle Prudence fait allusion dans son hymne in, où il dit que sur le corps de la sainte fut dressé un autel et une église. L'auteur du De vita et miraculis Patrum | Emeritensium dit que l'évêque Fidèle (560-571) améliora considérablement l'édifice et v construisit des tours.

Une basilique wisigothique a été retrouvée sur l'emplacement du Convento de Jesus, aujourd'hui la prison, mais ce n'est guère que des vestiges de la nef latérale et d'une colonne de marbre, des chapiteaux de type corinthien. La nef centrale avait 3 m. 30 de largeur, une nef latérale avait 1 m. 30, c'est donc une basilique pour le royaume de Lilliput. C'est de cet emplacement que vient l'inscription donnée plus loin sous le n. 8.


III. BASILIQUE CHRÉTIENNE. — Près du mur occidental du portique du théâtre romain, les travaux de déblaiement ont fait découvrir les restes d'un édifice qui, par ses caractères généraux, diffère entièrement de ce monument. Les murs sont faits de pierres fort irrégulières, unies par un mélange de terre et de chaux. De place en place, apparaissent de larges chainages de briques. Les jambages des portes et les contreforts sont en granit.

L'entrée de l'édifice s'ouvre au couchant sur la rue qui se dirige parallèlement à l'axe du portique du théâtre. Par une porte mesurant 4 m. 55 de largeur, on pénètre dans un vestibule qui mène directement à un atrium, presque carré, entouré d'un portique couvert dont la toiture est supportée par une colonnade et le sol recouvert d'un pavage de mosaïque. Dans l'angle nord-est se trouve l'impluvium, petit bassin rectangulaire entouré d'une margelle de marbre. Plusieurs habitations s'ouvrent sur l'atrium. L'une d'elles porte des traces de modifications importantes, ses parois étaient couvertes de peintures. Les logements du Sud sont entièrement détruits (fig. 7996). Avec le côté oriental de l’atrium, communique une pièce rectangulaire, terminée par une abside jadis recouverte par une coupole et dans la muraille de laquelle sont pratiquées trois fenêtres. Communiquant avec celle-ci, une seconde pièce à abside s'élève parallèlement à la première. A l'intérieur, on a découvert un bassin rectangulaire et un canal de déversement. Trois petites niches sont pratiquées dans le mur de séparation. Les parois de la première pièce sont recouvertes de fresques et le sol de la partie rectangulaire est pavé en mosaïque.

La technique de ces peintures est la même que celle des maisons pompéiennes. L'ensemble de la décoration montre un socle imitant un revêtement de marbre, - pépé E 465 į iz oü se détachent, à intervalles réguliers, des cercles - noirs. Sur la paroi de droite, à la naissance de l'abside, - sur une haute base, se dressent deux colonnes salomoniques. Entre les fenêtres sont représentés quatre personnages, de grandeur naturelle, debout sur un | j socle. Les pieds et la partie inférieure de la robe sont seuls visibles. Des coupes dorées, dans des médaillons — circulaires, décorent les parties planes des fenêtres.

Les décorations, avec perles, guirlandes et fleurons, étaient recouvertes d'un enduit coloré. Les fenêtres des absides étaient fermées par des plaques d’albâtre translucide, sculptées à jour d'une étoile à six branches, inscrite dans un cercle.

Les mosaïques de l'atrium et de la première pièce à abside sont identiques à certains pavages découverts à Mérida même. Tous montrent une décoration géométrique de fabrication courante, composée de petits - trois larges panneaux en rouge pompéien, décorés — d'une bordure de spirales jaunes, courant entre deux — traits blancs. Au centre, se voit un petit carré bleu — clair. Extérieurement, près de la porte d'entrée qui — s'ouvre sur l'atrium, dans un médaillon formé de ~ lignes spiralées vertes et surmonté d'une colombe, un petit enfant chevauche un animal, sans doute un dauphin.

Dans les décombres, on a recueilli de nombreux fragments de corniches et de frises de stuc dont les cubes de marbre blanc, noir, bleu, rouge et jaune. La destination de cet édifice ne semble pas douteuse. Les caractères de la construction, la décoration picturale sont identiques à ceux observés sur les basiliques chrétiennes primitives. Il se pourrait que ce monument n'ait pas été destiné, à l'origine, au culte chrétien. Il se pourrait aussi que l'on se trouve en présence d'une habitation particulière transformée par la suite en église. Le fait s'est produit assez fréquemment aux premiers temps du christianisme. Les modifications auraient consisté en l'adjonction des absides et dans l'agrandissement de l'atrium qui porte des traces de transformations.

La construction même de cet édifice sur l'emplacement du théâtre antique donne un premier élément de datation. Cette petite basilique ne peut être antérieure qu'à l'abandon complet du théâtre, c'est-à-dire aux premières années du iv* siècle. La comparaison de ce monument avec la basilique d'Elx, le caractère de ses mosaïques et de la décoration picturale nous amènent à de semblables conclusions.

La petite basilique chrétienne du théâtre est certainement l'un des plus anciens monuments de ce type ; elle remonte au commencement du 1v* siècle 1, IV. ÉPITAPHE, — 1, Mérida, chez le duc de la Roca ; sous la fenêtre qui donne vers le couvent de Sainte-Claire, pierre qui doit provenir de quelque édifice sacré ; long. 1 m. 63 ; haut. 0 m. 26 ; épaiss. 0 m. 28. A us 0) Bibl. — Bayér, Viaje, ms., fol. 208 ; E. Huebner, | Inscriptiones Hispaniæ christianæ, in-4°, Berolini, 1871, |


MÉRIDA

468 3. Mérida, fragment chez Ferdin. de Vera (Mam.).


CHINDASVINTVS REX Pl.... V


CHINDASVINTVS.....

lohannes penitens famulus Dei vixit annos XXXII | plus minus,-requievit in pace sub die X kal(enyd(a)s agustas era DCLX V. Pax quicum que huius sepul [crum non piolaverit...]. Ere 665 = 627 aprés Jésus-Christ. a) —+- MARIA b) + MARIA FA MVLA DEI ! VIXIT FAMVLA DEI ANNOS XXVII RE


QVIEVIT IN PACE D


FAMULE TUAE


QUINIGIAE IN HOC


DIMITTE £ '


UIXIT ANNOS XXX f


REQUIEUIT : IN PACE


SUB DIE VI : IDUS 10 MARTIAS ERA DCC f Domine Ihesu Christe, famule tuc Quinigiæ in hoc loco quiescentis omnia peccata dimilte. Vixit annos


LT

: Kg AXX. Requievit in pace sub die IV idus martias era T DCC. L'ère 700 = 662 aprés Jésus-Christ.

Bibl. — Velasquez, ms. Madrid, 75 ; Em. Huebmer, Inser. Hisp. christ, n. 31, d’après Velasquez ;

11. Mérida, trouvée en 1829, dans la cour d'une = maison particulière, disparue depuis et probablement détruite :

+ SANCTVS FAMS D !


REQ+ IN PACE SVB ©

Sancius famulus Dei, vixit annos XVIII, requievit in pace sub die VIII kal. januarias er(a) DC X X XII.

L'ére 632 — 594 après Jésus-Christ. | On remarquera l'emploi du mot Sanctus comme nom ; les premières générations chrétiennes se qualifiaient ainsi de saints ; à Lyon, en 177, nous trouvons un diacre nommé Sancius ; nous retrouvons Sanctus sur une autre inscription, à Almodovar del Rio, E. Huebner, Inscr. Hisp. christ., n. 32.

Saturninus penitens, famulus Dei qui in hoc seculo mundam transegit pilam : vixit ann(os) plus minus LXVIII, accepta penitentia requievit in pace sub d(ie) XVII kalendas) ianuarias era DCX VI.

L'ère 616 = 578 après Jésus-Christ. Ici, comme au n. 8, il est question d'un penitens, mais il est visible qu'il s'agit d'une pénitence publique ou canonique par la mention accepta penitentia qui a probablement le sens de : « S'étant soumis à la pénitence » ; J.-R. Melida lit : era DC XXVI.

passages de la Vulgate : Exod., xxxv, 31 ; I Reg., 1, 6 ; XXV, 29 : Esther, xin, 7 ; Psalm., n1, 6 ; LXXI, 17 :

Ih sit nomen [domini benedictum pivif(i)cat et mor [tem...... pausat in sepulc|ro..... Simeon fi- ] lius de Rebbi Se[mutel..... suporans in sor |te..... lus inligatorium..... cisa periti porta [m paradisi ?..... ingrede cum pace [vixit annos pl. m. LXIII repletus sa [pientía ?..... preducens arlem i.....

Ego Simeon [ilius de Rebbi Sa [muel pro missam paz.


LVX MIHI SIRICIA DIVINA RAPTA FLAGELLO TE MATREMQ . TVAM TEMPVS ENORME TVLIT NECDVM TER BINOS CRESCENS ATTIGERAS ANNOS LIQVISTI MOESTO VVLNERA DIRA PATRI FLETIBVS ECCE TVIS RENOVASTI FVNVS OPERTVM QVOD MATRIS TVMVLO IVNGERIS !PSA CITO Ère 587 = 549 après Jésus-Christ.

Valeria famula Dei vixit annos 1111, menses VIII regeivi(t) in pace die X k(aM(endas) februarias era DLVI.

L'ère 556 — 518 après Jésus-Christ.

Lign. 4 : regeivif, faute du lapicide, ainsi que l'attestent les copies de Naserre et de Velasquez.

Ligne 7 : la mention de l'ére n'est pas certaine, on 411 pourrait y voir D et LV I, mais nous suivons la leçon de Florez et de Huebner.

Bibl. — Moreno de Vargas, Historia de Merida, 1633, fol. 136, reproduit par Muratori, Novus thesaurus velerum inscriptionum, p. 1953, n. 3 « ex Francisca de la Huerta », dit-il par erreur, car le livre de la Huerta JE e AN T away : I Uy Y ITA teo ? IMEN AR N V sen ANE ET VIN PA ZN Sept ME) AERLE sey A AN ww 7 Y ET TT ON) sur la Galice (1733) ne concerne pas Mérida ; d’après |


MÉRIDA

472 16, Mérida, sur le mur du jardin du convento de Jesu, aujour d'hui la prison, marbre blanc, 0 m. 22 sur 0 m. 23 ; ce fragment a suggéré au P. Fita un essai de reconstitution (fig. 7999), qui est un peu aussi HE la divination :

[....penifens, famulus Dei, qui in hoc | seculo mu- [ndam transegit vitam dignum Deo |suum commen- [davit spiritum. Vixit annos... He ]ceptus in [pace sub die IMI... non ](as) ianuari [as, era DC... In celo regna | nti sancti o- [ccurrite angeli. Amen.

17-18. Mérida, deux fragmentis, perdus et sans 1 intérét.

Bibl. — Bayér, Viaje, ms. fol. 283 ; Em. Huebner, op. cil., n. 37, 38.

19. Mérida, pavement de mosaï que dans un jardin a) « Euup : Crnomc b) Zope uev Tic xvplac coo Y Tp PEN XHC KAI CO C IATOC KYNKY BEPNHCEGC KAI TANTON TON CY MTOAITON Yrès coy ; soouaroc ouvaubepvhosac xul rvroy TV GULTOALT CV.

| Inscr. Hisp. christ. Supplementum, 1900, n. 330.


VIII

Bracarius fele vixit annos LII ( ?) recessil nonas apri les era CCCCXVIIII :le 5 avril 419 = 381 après Jésus-Christ.

— sur 0 m. 45, haut. des lettres 0 m. 03 ; dans une couic Cantonus famulus Dei vixit annos LX X X VII, requievil in pace d(ie) x : kalend(as) ianuarias era DL quing(u). Le 22 décembre 555 — 2517 aprés Jésus-Christ.

… España, fasc. 57 ; Plano, Ampliaciones, p. 39 ; E. Hueb- mer, Inscr. Hisp. lat. Supplem., n. 332 ; J.-R. Melida, . Catálogo monum. de España, Badajoz, t. 11, n. 2020 ;

. M. Macias Lianez, Merida monumental y artistica, 1913, p. 150. pas E GTUSVL RIO E » ee Mar Su MHISE | e za ANSE (ESSI | 'ANEMO CRC HÉDON gS ERA (5U-O COT ID : | HEU « eu [n UE marbre, haut. 0 m. 29, larg. 0 m. 68, épaiss. 0 m. 04, ~ haut. des lettres 0 m. 04. (Voir Dicttonn., t. v, col. 457, - ianue portam, cuius dedicatio claustri continet virginum vola, palebunt liminum adita creature fideli ; atria d(omi)ni hee virgo virginu(m) maler sacro complevit opere sub Horontio vate era DCLX XVIIII. Ere 679 = 641 aprés Jésus-Christ. | Horontius, évê que de Mérida, occupa ce siège depuis - l'année 638 environ, il souscrivit les décrets des conciles de Tolède en 646 et en 653. Le titre de vates qu'on lui donne est le méme que Paul diacre donne à saint Grégoire le Grand.

+ Hanc domum juris lui placala posside, martir | Eulalia ; ut cognoscens inimicus confusus abscedat, ut domus hec cum MOr arre M te propitiante florescant. Amen.


PE MÉRIDA 414

Il pourrait s'agir de la maison élevée par les soins | de Mason, évé que de Mérida, vers 572. Cf. Florez, Espana sagrada, t : XII, p. 220.

26. Mérida, date et lieu de la trouvaille Fes au musée de Séville, tablette de marbre fragmentaire, 0 m. 40 sur Ò m. 52 ; haut. des lettres 0 m. 045 à 0 m. 035 (fig. 8000).

Les lignes 1-4 contiennent peut-étre la fin d'un poème funéraire ; on déchiffre : [vix ]siss(e) quietus... his mere(tis)..., hic reliqiose simul recessit autem Oleastro incola I die martis era Augusti DCCA VI Clemens... vocatus vir su(u)s sepelivit eam hac tumulo eclesiæ in pace.

Le le mars 716 = 678 après Jésus-Christ. Que | faut-il entendre par une era Augusti ?

Bibl. — Em. Huebner, Inser. Hisp. christ. Supplem., | n. 335.

27. Mérida, dans la maison n. 18 de la calle de Alfonso LX, derrière l'église Sainte-Eulalie, pierre de () m. 56 sur 0 m. 58, dont il man que un tiers environ ; haut. des lettres 0 m. 06 ; vri* siècle environ.


FLORENTIA FAMVLA DI ! VIX - ANN XXV MV D : XVI


ERA D LII

L'ère 552 — 514 après Jésus-Christ.

Un chrisme entre deux colombes affrontées. Fortuna famula Dei vixit annos X X V, requievit in pace sub die XIIH kalendas martias c... ? era DGX X XVIIIT. — Au revers : Chrisme Furtuna, croix, famula Dei vixil annos XXV er... in pace die XII kalendas martias, era DGXXXVIIII. Le 19 février 639 = 601 aprés Jésus-Christ.


LYPERCYVYS : EIIKE TIS ME CEPTVS IN PACE VIXIT ANX X X

475 Hisp. christ. Supplem., n. 339 ; J.-R. Melida, Gatálogo, L. T, p. 21, n. 2028.

31. Mérida, trouvée dans la cour de la maison appelée Casa de Perero, dans la calle de Morena de Vargas, tablette de marbre : haut. 1 m. 04, long.

Marcella famula Dei vixit annos plus minu$ XXXV, | requievit in pace diie) 1111 kal(endas) iulias era DLX X | as (pour quingentesimas sepluagenas ?). Le 28 juin 570 — 532 aprés Jésus-Christ.


MARIA FAMVLA DEI v] IXIT ANNOS z]XVIilll REQVIEVIT iIN PACE B Il ! NO NAS FEBRVARIAS ERA DLVI ` Maria famula Dei vixit annos X XIX, requievit in pace die JI nonas februarias era DIVI. Le 3 février 3596 — 518 après Jésus-Christ.

+ Eva zaralxilrn Xxv5... 8t&xov[oz] Bis iv8e[x71covoc]. .-£8...


MÉRIDA

| lettres Ô m. 04 :

416 48-39, Mérida, fragments sans intérêt, 40. Mérida, fragment de marbre d'épo que wisigothi que, trouvé, en 1910, au nord de Mérida.

A1, Mérida, tablette de marbre trouvée, en avril 1914, proche la partie méridionale de l'enceinte romaine, haut. 0 m. 26, larg. 0 m. 45. j Pe de F


PROIECTVS MEMORIAM POSUIT CONIUGI SUAE URSELLAE QUAE UIXIT CUM ILLO . ANNOS XII

A2, Mérida, tablette de marbre, haut. 0 m. 36 sur 0 m. 48 de long, dans une couronne, trouvée en 1914 ;

Ex DEPOSI TIO HIPPO L ! TI DIACNI ë D XII KAL Č A PRIL ¥ ERA D XLVI 65 Depositio Hippolyti diaconi die XIII kalendas apri les era DXLVI. Le 20 mars 546 — 508 après Jésus-Christ.


ERA DLVI

Orbanus presbiler, famulus Dei, vixit annos LXX V menses VI. Requievitl in pace, die septimo idus augustas era DLVI. L'ère 556 — 518 après Jésus-Christ.

A^, Mérida, dans la calle de San Andrés, 2 ; haut. des -+ HIC GRA [tía NVS . REQ [uies CIT © BEA [fus

8477 MÉRIDA — MER ROUGE (PASSAGE DE LA) 478 3 45. Mérida ? tablette de marbre que Em. Huebner | a été conservé (voir Dictionn., t. x, col. 347, fig. 7337) d à

— situait en Lusitanie, sans plus préciser :


ARMIGER - FID - ANN : 1 XVIII + M : VII * SEVERA | M : FILIO - PIENTISSI E MOLOCO - PEREGRINO i MEMORIAM tubes.

Armiger fid(elis) ann(orum) X VIIII, m(ensium) VH, Severa m(aler) filio pientissimo, loco peregrino me- — moriam f(aciendam) c(uravit).

— Bib. — Em. Huebner, Inscr. Hisp : christ., n. 7 ; — Fita, dans Boletin, t. xxix, 1896, p. 260.

| A6, Mérida, pierre wisigothi que, 0 m. 40 sur 0 m. 52, |— haut. des lettres 0 m. 045 et 0 m. 035 : b * N NO 1 un GVISVIFRON SISSDENIS ANN EMERETENSIS Q RECESSIT CVATRO KLNDS DICEMBRIS ERA DCC XX II p QE MER. F NVS VIR SÿS SE E QVAMVIS AEGER IN PACE

— IVS CR

S RE CESS


RVM XXX

ps VALENT ! NVS FAMVL De VIXIT ANN XXXVII REQVIE VIT IN P (5 -D IIL D IVLI f$ ERA DLII A € — Valentinus famulus Dei virit annis XXXVII, — requievil in pace die III idusjulias era DLII. Le | 17 juillet 552 — 514 aprés Jésus-Christ.

H. LECLERCQ.


MERLE. — La langue latine ne connait que le - féminin merula pour désigner le merle et la merlette. - Les chrétiens ont, dans l'antiquité, choisi leurs noms de facon si singuliére que, souvent, ils imposérent à leurs enfants des noms d'anim aux, heureux encore ceux d'entre eux qu'on se contentait de gratifier d'un nom d'oiseau. C'est alors que les faiseurs de calembours se sentaient en verve et, lorsqu'il s'agissait de mettre au tombeau une grave malrone ou une aimable | — fillette dénommée capriola ou porcella, le graveur ne cherchait pas longtemps pour accommoder l'épitaphe d'un chevreau ou d'un cochonnet. Il en fut ainsi pour une femme du plus haut rang, clarissime, qui mourut à Lyon vers le 1v-v siècle et dont le sarcophage nous

On y lit son nom : Merola clarissima femina mais nous ne savons pas à quelle illustre gens elle se rattache, car ce Merula est une sorte d'anonymat, quoi que le sculpteur ait pris soin de figurer un monogramme du Christ flanqué de deux mer les, Dans sa Vie de saint Benoit, le pape saint Grégoire raconte comment, dans les années de son adolescence, le futur législateur du cénobitisme se retira au désert et y éprouva des tentations de la chair : Quadam vera die dum solus esset, tentator adfuit. Nam nigra parvaque avis, quae vulgo merula nominatur, circa ejus faciem volitare ccpit, ejus que vultui import une insislere, ita ut manu capi posset, si hane pir sanctus tenere voluisset : sed signo crucis edito recessit avis. Tanta autem carnis lentalio ave recedenle secuta est, quantam vir sanctus nunquam fuerat expertus. Quamdam nam que aliquando feminam viderat, quam malignus spiritus ante ejus mentis oculos reduxit : tanto que igne servi Dei animum in specie illius accendit, ut se in ejus pectore amoris flamma vix caperet et jam etiam pene deserere eremum voluptate victus deliberaret *. Quel rapport de cet oiseau à une femme, sinon peut-étre la communauté du nom : le merula qui voltige avec importunité devant saint Benoit lui remet en mémoire une Merula entrevue jadis et dont la grâce l'avait assez frappé pour que le souvenir qu'il en conservait püt, un instant, ébranler sa résolution.

H. LECLERCQ.


MER ROUGE (PASSAGE DE LA). — lI. Le récit. II. L'INTERPRÉTATION. IIl. Les monuments. IV. Conclusion.

I. LE RÉCIT. — Aprés que le pharaon eût fait sortir

de ses terres les Israélites, le Seigneur ne les conduisit, pas par le chemin, du pays des Philistins, qui est voisin, mais il leur fit faire un long détour par le chemin du désert, qui est prés de la mer Rouge. Partis de Socoth, ils campérent à Etham, à l'extrémité du désert, précédés pendant le jour par une colonne de nuée et pendant la nuit par une colonne de feu qui leur servaient de gui des.

Alors le Seigneur dit à Moïse : « Parle aux enfants d'Israël ; qu'ils campent devant Phihahiroth, situé entre Magdala et la mer, en face de Béelséphon ; qu'ils campent sur le bord de la mer, car le pharaon va dire d'eux : » Ils sont embarrassés en des lieux étroits, ou enfermés par le désert. » Je lui endurcirai le cœur ; il vous poursuivra et je serai glorifié dans le pharaon et dans toute son armée, et les Égyptiens sauront que je suis le Seigneur. » Les Israélites obéirent.

On vint annoncer au pharaon que le peuple avait fui, et il s'écria avec ses serviteurs : « Qu'avons-nous fait en laissant aller les Israélites, afin qu'ils ne nous fussent plus assujettis ? » Il fit atteler son char et entraîna tout son peuple, et encore six cents chars d'élite, tous ses chars de guerre et les chefs de toute l'armée à la poursuite des enfants d'Israël. Ceux-ci campèrent au bord de la mer. Toute la cavalerie et les chars du pharaon avec son armée se trouvaient à Phihahiroth, en face de Béelséphon. À cette vue, les Israélites furent saisis d'une grande crainte, et ils crièrent au Seigneur. Ils dirent à Moïse : « Est-ce parce que l'Égypte manquait de tombeaux que vous nous avez amenés ici mourir au désert ? Pourquoi nous avez-vous fait sortir d'Égypte ? Ne vous disions-nous pas : Partez, afin que nous servions les Égyptiens. Mieux valait vivre comme esclaves que mourir au désert ! » Moïse dit au peuple : « Soyez sans crainte, demeurez fermes et considérez les merveilles que Dieu fera aujourd'hui : ces Égyptiens qui sont là, vous ne les reverrez plus. Dieu combattra pour vous et laissez-vous. » Dieu dit à Moïse : « Pourquoi ces clameurs vers moi ? Dis aux enfants d'Israël de reprendre la marche. Et toi, élève ta verge, étends ta main sur la mer et ouvre-la, afin que les enfants d'Israël la traversent à pied sec. J'endurcirai le cœur des Égyptiens afin qu'ils vous poursuivent, et je serai glorifié dans le pharaon, son armée, ses chars, sa cavalerie. Alors, les Égyptiens sauront que je suis le Seigneur.

L'ange de Dieu, qui précédait le camp des Israélites, se porta derrière eux ; en même temps, la colonne de nuée quittant la tête du peuple se mit en queue, entre le camp d'Israël et celui des Égyptiens. La nuée était opaque pour ceux-ci et lumineuse pour ceux-là, empêchant les deux armées de s'aborder pendant la nuit.

Moïse étendit sa main sur la mer, le Seigneur l'entrouvrit et un vent desséchant s'éleva pendant la nuit qui sécha le fond et l'eau se trouva séparée. Alors les enfants d'Israël traversèrent à sec au milieu de la mer, ayant de l'eau à droite et à gauche qui les gardait comme eussent fait deux murailles. Les Égyptiens, qui suivaient, s'engagèrent à leur poursuite : le pharaon, ses chars, sa cavalerie. Quand l'aube fut proche, le Seigneur regarda l'armée des Égyptiens à travers la colonne de feu et de fumée, il renversa les roues des chars qui furent entraînés au fond ; alors les Égyptiens s'écrièrent : « Fuyons Israël, le Seigneur combat pour lui contre nous. » Alors Dieu dit à Moïse : « Étends ta main sur la mer, que les eaux reviennent sur les Égyptiens, sur leurs chars et leur cavalerie. » Moïse étendit la main sur la mer et, vers la pointe du jour, elle regagna son lit. Tandis que les Égyptiens fuyaient, les eaux les précipitèrent et Dieu les enveloppa et pas un seul n'échappa. Alors le peuple vit les cadavres des Égyptiens sur le rivage de la mer et il crut au Seigneur et à Moïse, son serviteur. Moïse et les enfants d'Israël chantèrent ce cantique : « Chantons au Seigneur, car il a fait éclater sa gloire, il a précipité dans la mer le cheval et le cavalier... le pharaon est entré à cheval dans la mer, avec ses chars et ses cavaliers, et le Seigneur a ramené sur eux les eaux de la mer, mais les enfants d'Israël ont passé à sec au milieu des eaux. » Marie, la prophétesse, sœur d'Aaron, brandit un tambourin et toutes les femmes la suivirent avec des tambourins formant des chœurs et Marie chantait la première, disant : « Chantons au Seigneur, car il a fait éclater sa gloire et il a précipité dans la mer le cheval et le cavalier. »


II. L'INTERPRÉTATION. — Les premières générations chrétiennes se sont plu à figurer les scènes de délivrance miraculeuse dont elles ont cherché les types dans l'Ancien Testament ; cependant, quoi que saint Paul eût indiqué le symbolisme de l'épisode que nous venons de rappeler : Omnes in Moyse baptizati sunt in nube et in mari, la scène du passage de la mer Rouge ne se voit nulle part aux catacombes ; on en rappelle le souvenir dans la Commendatio animæ, sous cette forme : Libera Domine, animam ejus, sicut liberasti Moysen de manu pharaonis, regis Egyptiorum, mais on ne s'essaie nulle part à l'interpréter.

Suivant la remarque très juste de René Grousset, la représentation du passage de la mer Rouge est, au IVe, et dans l'art chrétien, la seule qui occupe en entier la face antérieure de certains sarcophages — Elle constitue une exception ; au lieu d’un symbole, nous avons une vaste représentation pittoresque. Si nous ne tenons pas compte des différences de détail, la scène se présente ainsi, de gauche à droite : D'une porte monumentale, placée dans le lointain, sortent des cavaliers et des fantassins en armes, précédés de leur chef, pharaon debout sur un bige : ce sont les Égyptiens partant, sûrs d'eux-mêmes, à la poursuite des Hébreux. Sous les chevaux, sont couchés deux ou trois personnages symboliques qui représentent, conformément aux traditions antiques, l'Égypte, femme appuyée sur une corbeille, la terre et la mer Rouge, vieillard tenant un gouvernail. Après cette scène, nous assistons à la catastrophe ; c'est un pêle-mêle de chevaux et d'hommes affolés qui se débattent dans les flots ; les principaux traits : deux chevaux affrontés, un homme appuyé sur une lance, un cheval, puis un homme tombant tête première se retrouvent, avec quelques variantes, sur tous les sarcophages. Garrucci a reconnu, dans un personnage barbu qui tombe à bas de son char, sur Arles, au musée d'Arles et à Spalato, le pharaon lui-même, victime des flots. L'artiste aurait bien voulu, par conséquent, représenter deux scènes distinctes. La suppression du défilé des Égyptiens, sur la représentation réduite d'un sarcophage d'Arles, confirme cette interprétation.

Marie, sœur d'Aaron, marche la première, frappant sur un tambourin. Elle suit la colonne de feu représentée par une colonne à cannelures torses, au chapiteau composite, sur laquelle flambe un brasier. Il s'agit donc bien d'un vaste tableau. Sans parallèle dans l'art chrétien du IVe, il est, au contraire, aisément comparable à beaucoup de monuments païens de la même époque. On retrouve de semblables cavaliers sur les sarcophages qui représentent les batailles de Grecs et d'Amazones, ou, surtout, des Romains et de barbares. La ruine de l'armée égyptienne rappelle même, non sans préciser, la représentation de la bataille du pont Milvius, sur l'arc de Constantin.

La manière de traiter les eaux est très voisine, beau coup de personnages se ressemblent. À la même date, de pareilles ressemblances ne sauraient étonner : la marche parallèle de l'art chrétien et de l'art païen, claire déjà au temps des catacombes, éclate avec le triomphe de l'Église à l'époque constantinienne. Tous les sarcophages représentant le passage de la mer Rouge, œuvres d'art romain ou gallo-romain du IVe, se ressemblent d'une façon assez frappante pour qu'il soit nécessaire de croire à l'existence d'un modèle commun.

Enfin, nous rappellerons que le passage de la mer Rouge et celui du Jourdain ont servi de symboles à l'antiquité chrétienne pour représenter les effets du baptême. La mer Rouge figurait surtout les résultats négatifs du sacrement, à savoir la libération de la servitude du péché et du démon. La traversée du Jourdain, donnant accès à la terre promise, évoquait les effets positifs du sacrement.


III. LES MONUMENTS. — 1. On conserve au musée d'Aix un sarcophage provenant d'Arles, autrefois acheté par le président de Pérussis pour lui servir de tombeau. « Ce littérateur antiquaire, écrit Millin, y fut, en effet, inhumé en 1570 ; la tombe était dans l’église Saint-Trophime. Depuis la Révolution on l'avait achetée pour en faire une auge. La mairie d'Aix a, depuis, fait acquisition de ce monument, et l'a placé aux bains de Sextius, aujourd'hui au musée. Ce sarcophage est le seul, de tous ceux dont nous parlerons ici, qui ait conservé ses faces latérales décorées, ce qui forme une interprétation continue du récit de l'Exode. Dimensions : 2 m. 36 long. sur 0 m. 98 larg. et 0 m. 67 haut.

Face latérale gauche. — Moïse en présence du pharaon assis sur son trône, qui le congédie. On lit dans l'Exode : « Le roi fit appeler de nuit Moïse et Aaron et leur dit : « Retirez-vous d'avec mon peuple, vous et les fils d'Israël ; allez et sacrifiez au Seigneur, comme vous le dites. Emmenez vos brebis, vos troupeaux, ainsi que vous l'avez demandé. » Les Hébreux prirent alors, avant qu'elle fût levée, la farine qu'ils avaient préparée, et, la liant dans des manteaux, ils l'emportèrent sur leurs épaules. » (Exod., xii, 30-34.) Moïse prend congé du pharaon et, en même temps, il reçoit un volumen qu'une main divine sortant des nuages lui tend. Edmond Le Blant pense que ce sont les tables de la Loi et il ajoute : « S'il s'agit bien de ce sujet, nous trouverions ici une nouvelle marque du peu de scrupule des sculpteurs à suivre l'ordre et la succession des faits. » L'anachronisme serait tout de même un peu fort ; nous croyons que ce geste indique que Moïse, dans tout l'épisode qui va aboutir à la délivrance du peuple, est en communication incessante avec Dieu.

Dans la seconde moitié de la scène, on voit les Juifs procédant aux préparatifs nécessaires à l'exode, ils sont là avec leurs enfants et leurs troupeaux accroupis : ici, comme sur le relief principal, nous voyons un homme porter au cou une étoffe enroulée qui contient de la farine, un enfant accompagne les adultes (fig. 8002).

Ti jux arca des d'une porte de ville débouchent des cavaliers ; au pied du plus rapproché des spectateurs, une figure féminine accoudée et qui représente la ville ; quatre cavaliers défilent ainsi au galop, ils suivent un personnage debout sur un char tiré par deux chevaux, vêtu à la romaine, brandissant une épée et un bouclier, c'est évidemment le pharaon. Sous les pieds de ses chevaux, une figure couchée d'un dieu marin. Le reste de l'armée, chevaux et cavaliers, s'avance tandis que l'avant-garde tombe en désordre et s'enfonce dans les flots, « que Moïse touche de sa baguette », écrit Le Blant. On lui voit plutôt en main un volumen. En tout cas, il est le dernier sur le rivage, les Hébreux l'ont précédé. Un homme tient un enfant sur son épaule, un autre par la main.

Face latérale droite, — Dans ce panneau, nous voyons deux scènes se rapportant au séjour des Hébreux dans le désert.

ment dans la mer que Moïse, je une et imberbe, touche | 484 — 3. Arles ; église Saint-Trophime, dimensions, 2m. 37 long. sur 0 m. 57 haut. Devant d'une tombe représentant le passage de la mer Rouge et semblable à celle du musée. p &. Arles, musée, chapelle 3, n. 37. Dimensioni 2 m. 15 sur 0 m. 57. Passage de la mer Rouge. L'armée | égyptienne poursuit les Israélites : au bas, trois figures - couchées : deux femmes appuyées sur des corbeilles, 1 un homme tenant une rame et symbolisant la mer. Rouge. Au centre de la composition, le pharaon sur - son char ; ceux de ses soldats qui le précèdent s'abide sa baguette. A droite, marchent les Hébreux, coiffés - du bonnet caractéristique, l'un porte à son cou le | manteau dans lequel est roulée la farine fermentée ; - femmes et enfants ; Marie tenant son tympanon ; colonne panachée de flammes.

G. ce Musée. Fragment. | | un vieillard que l'on soutient ; comme toujours, Moïse ferme la marche.

Sarcoph. Storia, t.


GEB VC SE

ti Fi Ó à EL.

Men MES re 8. Arles. Église Notre-Dame la Major. Dans la | pl. cccxcv, 2 (il confond Louis le Débonnaire et facade du presbytère sont encastrés deux fragments de sarcophages de marbre dont l'un représente l'armée. du pharaon engloutie dans la mer Rouge ; on retrouve sur ce dernier les deux chevaux affrontés qui se voient | 175, n. 13. prés de Riez (Basses-Charles le C Ha : E. Becker, op. cil., p. 12, Moustiers-Sainte-Marie, Alpes), fragment.

Fragment de sarcophage de provenance inconnue, sur la tombe du musée d'Aix et sur un sarcophage romain publié par Bottari.


CCCXCV, n. 8 ; ayant longtemps servi de vase à une fontaine. Contre le mur extérieur de l'église. Marbre blanc, long. 1 m. 18, haut. 0 m. 57, larg. 0 m. 65, épaisseur de la cuve 0 m. 09. Passage de la mer Rouge. C'est le type que nous avons décrit, avec quelques variantes sans intérêt (fig. 8006).

Fragments du sarcophage de (Voir Dictionn., t. xi, au mot

487 MER ROUGE (PASSAGE DE LA) 488

C'est un exemplaire de plus du type que nous connaissons. On y voit le pharaon, qui est au milieu de son armée et s'engloutit avec elle. Ce qu'il v a de plus original dans cette représentation, c'est la vue des Hébreux qui abordent le rivage du désert, lequel s'ouvre par un beau portique (détail que nous retrouvons sur un sarcophage du musée de Latran) ; ce portique fait pendant aux architectures de la ville d'où sortent les Égyptiens, mais il est à noter comme camps ; R. Grousset, Catalogue des sarcophages chrétiens de Rome qui ne se trouvent pas au Latran, p. 72 sq., n. 74 ; E. Becker, Protest gegen den Kaiserkult und une preuve de ce besoin de symétrie qui inspirait les artistes chrétiens. Tout le reste n'offre rien que de connu : Moise frappant les flots de sa baguette, les Juifs conduisant leurs enfants et portant à leur cou la farine enroulée dans le manteau, la colonne lumineuse surmontée d'une flamme, Marie jouant du tambourin. fol. 475, de la Bibliothèque nationale ; Germer-Durand, dans Mémoires de l'Académie du Gard, 1877, part : I, gra ao o pe n p TOR tup Sr n. o DM Verherrlichung des Sieges am Pons Milvius, dans XIX. Supplementheft de la Römische Quartalschrift, M vons ici le portique à l'entrée du désert. Dimensions 2 m. 22 sur 0 m. 56 et 0 m. 67.

La présence de treize monuments représentant le passage de la mer Rouge, dispersés en Gaule, montre à tout le moins la vogue que ce sujet y obtenait ; cependant, leur quasi-uniformité indique qu'ils procèdent d'un modèle unique, ce qui n'ajoute pas un élément d'intérêt.

| | | d’être plongée dans le gouffre, semble patauger dans la boue ; les Israélites sont moins nombreux, ils se réduisent à quatre personnages : Moïse, Marie, un Juif qui tient son petit garçon par la main (fig. 8007). Sur le cartel :


IN PACE DEPOSSIO-HVIVS VIII ID OCT :

— am Pons Milvius, p. 176, n. 17, pl. 11, n. 2. raon, lancés à la poursuite des Hébreux fugitifs.

Bibl — R. Grousset, Calalogue, n. 98 ; A. de Waal, — Katalog, dans Römische Quartalschrift, 1892, n. 16 ;

— J. Wittig, Die altchrisil. Skulpt.

- ment de couvercle de sarcophage, 0 m. 29 sur 0 m. 51, fin du 1v* siècle. liche esislenti presso i minori conventuali dell' antica


MER ROUGE (PASSAGE DE LA)

490 buch d. christl. Archaeologie, fig. 124 ; E. Becker, op. čil., p. 177, n. 21 ; Lassus, dans Mél. darch. et d'hist., 1929, p. 169, fig. 2.

22. Rome. Église Sainte-Sabine. Les portes sculptées sur bois de cette basili que remontent probablement au 1v* siècle, nous avons eu maintes fois l'occasion de les citer et d'en représenter certaines interprétations des épiso des de l'ancien symbolisme Ls m NN | UN TT TU j [i METTIT CHEN qu Tim MTM 7 NE ge 1 » : ap Tiec — air re


ES A

« s T : : E L E E F. 1 AM = : T e E r i mr f Pi) 0. arrar ERI Es T L m 1 Zh pit n ui 1 E Ce L Dt i x [- j : E ES [E 4 ` L i z E « à L| L. m i 1 s E LI à ^ »4 j Eni Ces r 3 d 1 T ad D ME nul. in. Va xia m : i u 4 - r Ur Á r i Pa chrétien. En ce qui concerne le passage de la mer Rouge, nous nous trouvons en présence d'un effort méritoire pour se dégager de la conception traditionnelle dont nous venons d'énumérer une vingtaine d'exemp les. Le probléme à résoudre était difficile, puis que le sujet devait étre traité non plus en largeur, | mais en hauteur ; l'artiste a su donner une certaine vie à la scène des Égyptiens qui se noient dans les flots (fig. 8009), mais, pour limiter le champ, il.a introduit la scène d'Aaron transformant sa verge en serpent devant le pharaon.

491 MER représente le passage de la mer Rouge, suivant une conception différente de celle des sarcophages et de la porte de Sainte-Sabine. A gauche, le rivage où Moïse et le peuple d'Israël assistent à la catastrophe des Égyptiens qui se noient dans la mer Rouge, pendant qu'à droite l'armée continue à déboucher. La scéne offre une grande variété et beaucoup de mouvement. L'impression de foule est donnée par les Hébreux dont la perspective n'offre plus que les tétes de plus en


ROUGE (PASSAGE DE LA)

492 Rome, 1910, p. 55, pl. xxxv ; J.-P. Richter et C. Tailor, The golden age of classic christian art, in-4°, Londres, 1904, p. 174-179, pl. xix, XX, XXI. plus menues, mais c'est surtout la mer Rouge qui est interprétée avec largeur. Un vieillard qui se noie, peut-étre le pharaon, continue à brandir son bouclier, la mer est couverte de ces boucliers flottant à l'abandon. 5ur la terre ferme, l'armée continue à déboucher et à se précipiter vers l'abime (fig. 8010). pharaon et la cavalerie égyptienne ! (voir fig. 1189) ; quelques autres monuments doivent étre également omis.

I| y a plus d'un siècle, Millin de Grandmaison découvrait une ressemblance frappante entre les sarcophages d'Arles et les miniatures de deux manuscrits de la Bibliothè que impériale ; l'abbé Martigny renchérissait ; Kondakof approuvait * et E. Le Blant affirmait carrément que cette conformité n'a ja mais - « Age wi X MERE Loma lue a ioc oid MR E CIA »ig P yr, FGPLL iw me — autre chose ; M.

493 existé que dans leur esprit . Depuis lors, on a proposé E. Becker a imaginé que ces basreliefs procédaient d'une représentation de la bataille - du pont Milvius et de la victoire de Constantin .

| | d

|, L

l ho nc — sacrosancta Ecclesia Mertilliana ; avons cherché en vain dans l'España sagrada de | — une couvre chrétienne du rv* siècle.

- ab exeunte sæculo quinto texerant, Ce serait donc tout un lot de monuments chrétiens qui changerait de signification, si l'auteur apportait, - pour soutenir sa thése, autre chose que des conjectures et un texte qui ne dit rien de ce qu'on croit y - découvrir. M. J. Lassus imagine l'existence d'une - mosaï que orientale grandiose et célèbre qui, trans- - portée par des manuscrits à miniatures, vint fournir à l'art funéraire d'Occident le modèle du seul sujet de libération providentielle laissé jus que-là à l'écart ?.

Tout ceci est ingénieux, mais c'est une prétention. singulière que celle de. ne vouloir ja mais faire sa part à un artiste de talent. Au rv* siècle, il s'en rencontrait, - grâce au Ciel, et sans être doué de génie, avec la moitié de l'imagination et du savoir d'un candidat moyen au prix de Home, on pouvait se hasarder à une composition telle que nous l'avons décrite. C'est

H. LECLERCQ. MERTOLA. — I. La ville. II. Épigraphie. I. LA VILLE. — L'ancienne Myrtilis Juba, qui porte

. aujour d'hui le nom de Mertola, fait partie de la pro- » vince d'Alemtejo, district de Bejà, sur la rive droite. de la Guadiana, au Portugal.

Florez et dans B. Gams, la liste épiscopale. A son défaut, nous allons signaler quelques membres de la — hiérarchie entourés de fidè les.


II. ÉPIGRAPHIE. — 1, Le texte capital de l'épigraphie chrétienne de Mertola est celui qui fut trouvé sur la place (o rocio) et qui est entré au musée de Lisbonne, haut. 1 m. 07, larg. 0 m. 44 ; haut. des lettres,

— 0m. 025. Il donne l'épitaphe du « grand chantre » André, serviteur de Dieu, décédé le 30 mars 563 de l'ére d'Espagne, qui représente l'année 525 de notre Andreas famulu(s) dei princeps cantorum sacrosancte aeclisiæ Mertilliane vixit annos X X XVI, requievit in pace sub d(ie) terleo kal(endas) apri les era diz trisis.

Le mot frisis est ici pour fres ou fris, et on a. rapproché à ce propos certains exemp les de la langue ad UAE m——Ó portugaise, tels que Jaralises pour javalis, et péses pour pés. On trouve sur d'autres inscriptions : era siscens - quattus, et era dl sexsis, et encore era dxas. (Huebner, 0p. cif., n. 22 ab, 35, 310.) Aprés Te princeps cantorum, dont le rang hiérar-


MER ROUGE (PASSAGE DE LA) —

| 1881, p. chi que n'est pas indiqué, nous rencontrons plusieurs prétres 2, Mertola, inscription trouvée no rocio do carmo, envoyée à Lisbonne oü elle a disparu et n'a pu étre retrouvée : ES AFRANIVS PRB DECESSIT à IN PA CE à DN NIHS XPi BVIDS FEBR ER 5 DCCXLHI MR + Afranius pr(es)b(yler) decessit in pace d(omi)n(i) n(ostri) Jes(u) Chri(sti) diie) p id(u)s febr(uarias), era DCCX LIHI.

La dernière ligne porte deux lettres qui semblent, d'après le dessin de Veiga, devoir se lire M R ; celui-ci soutient que cet R est un B et interprète m(emoriæ) b(ona), ce à quoi Huebner a bien raison d'ajouter un signe de doute.

+ Britio presb(yler) vixit annos LXV, requievit in pace d(omi)ni diie) nonas agustas era DLX XXIII.

La date nous reporte au 5 août de l'an 584 de l'ére d'Espagne qui est l'année 546 aprés Jésus-Christ. La forme agustas appartient à la langue rusti que.

&, Mertola, trouvée prés de no rocio do carmo, proche d'un édicule chrétien à qui elle a pu appartenir, transportée au musée de Lisbonne ; tablette de marbre, - haut. 0 m. 90, larg. 0 m. 445 ; haut. des lettres 0 m. 035 :

Ap ROMANVS PRESB FAMVLVS DEIR VIXIT ANN LXXV REQVIEVIT IN PACE DN P ?


XV KA RA DL

+ Romanus presbiuler) famulus Dei vixit. ann(os. LXXV requievit in pace d(omi)n(i) die) Xv ka(lendas)...) e] ra DL...

Date peut-être incomplète. A la première ligne l'a de Romanus se trouve lié à la lettre m ; à la quatrième ligne, le premier i de requievit est inséré dans lu qui précède.

495 2, Mertola, transportée au musée de Lisbonne ; tablette de marbre, haut. 1 m. 14, larg. 0 m. 47 ; haut. des lettres, 0 m. 045 :

+ Satirio pr(es)b(yle)yr ministravit in presbiterio ann(os) XIII, recessit in pace domini n(ostrji Jes(u) Chr(istyi d(ie) FI n(onas) martias, era DX XVII ; memor nostri requies cet. satirius mourut le 2 mars de l'an 527 de l'ére d'Espagne, 489 de l'ére chrétienne. L'inscription est gravée avec soin, sous un arc soutenu par deux colonnettes. Les expressions ministrare in presbyterio, recessit in pace et memor nosiri requies cet sont nouvel les. lettres 0 m. 04 ; a été emportée par un Allemand à Cambridge ; depuis lors sa trace a disparu.

Em. Huebner a donné d'aprés un estampage une photographie à ce point décolorée que nous transcrivons seulement sa lecture :

+ Simplicius pre <sb>(yter) famulus dei vixit an(nos) LVIII, requievit in pace d(omi)ni FIN kal(endas) septem(bres), era DLX X V. Le 25 août 575 (= 537 de notre ére).


TYBERIVS LICTO R FAMVLVS DEI VI T ANNOS PLVS MIN VS XIIII MENS QV NO


TEXTE CORRIGÉ :

T Tyberius Licto R Famvlvs Dei vi(x) annos plus minus XIIII menses qu(e) novem, requievit in pace domini die XIII kalendas iunias era DCIILI.

Les autres inscriptions de Mertola nous font connaitre quelques fidèles de cette ville, nous voyons qu'hommes et femmes se paraient comme d'un titre d'honneur des mots famulus (ou famula) Dei (ou Christi). Nous transcrivons ces textes à la suite. 8. Adiutor fa(mu)l(us) [de]i requie[vit] [i]n pace | di(e) id(us) ma(ias) ; 15 mars (ou mai).

Inscription de Mertola, La d(ie) Vir kal(endas) mart(ias) er(a) DLXXXII. Le 23 février 582 (= 544 de notre ère).

À XXXVIII, requievit in pace do(mi)ni d(ie) tertio kalen- — das iunias era DCI11I. Le 30 mai 604 (= 566 de notre ère).

3 TEN


PN HESB

— POEM 8012. — EX de Britto, Ia

; YANN SU

— X Orania [f|](am(u)(a) D(eM vixit ann(os) l(r)es, requievit in pace d(ie) idus novemb(res) era DX as Le 13 novembre 510 (— 472 de notre ère).

Que signifient ces lettres as qui font suite à la date ? Est-ce a s(alute ?) ou bien (decim)as ?

14. Tablette de 0 m. 29 sur 0 m. 29, du vi-vr1 siècle, portant une épitaphe grec que :

+ EwÜx xatire Zobotioc verds IIoXuvyt« ou, £opl[a....

| SuppL, p. 13, n. 315.

15. Mertola, conservée au musée de Lisbonne, haut. 0 m. 42, larg. 0 m. 22, haut. des lettres 0 m. 025 (fig. 8014) :

Mannaria famula Chr(ist)i vixit annos novem menses quattuor, requievit in pace d(ie) XVI kal. apri les era DXXXII. Le 17 mars 532 (— 494 de notre ère).

Quelques autres pierres ne sont que des fragments sur lesquels on ne rencontre même pas le nom du défunt ou une formule à retenir, à l'exception d'un fragment qui pourrait provenir d'une épitaphe ; | long. 0 m. 20, larg. 0 m. 235, haut. des lettres 0 m. 024 :


ORA PRo ME

H. LECLERCO.


MÉSIE. — I. Géographie. IL La Mésie. III. Caractéres.IV. Les religions orientales. V. Introduction du christianisme. VI. La persécution militaire. VII. Martyrs de Mésie supérieure. VIII. Martyrs de

499 Mésie inférieure. IX. Martyrs de Seythie. X. Évéchés de la Mésie supérieure. XI. Evêchés de la Mésie inférieure. des deux fut partagée en quatre provinces : l'une d'elles garda ce nom ; les deux autres reçurent celui de Dacie ripuaire (ripensis) et de Dacie intérieure (mediterranea) ; celle-ci, au cours du 1v* siècle, produisit deux unités nouvelles. Quant à la Mésie inférieure on en détacha, aux bouches du Danube, une nouvelle province, qui reçut le nom de Scythie 1. Par une sorte de raffinement administratif, on s'avisa de grouper ces provinces en circonscriptions supérieures ou diocèses ; il y eut un diocèse de Dacie et un diocèse de Thrace, entre lesquels on partagea les deux Mésies, en sorte que la première appartint, depuis le partage de l'empire, à l'Orient ; la seconde à l'Occident. Et ces indications, volontairement et nécessairement sommaires, disent assez, par l'encombrement du sujet, les difficultés qu'il présente.


II. LA MÉSIE. — Bornée au Nord par le Danube, à l'Ouest par la Drina, au Sud-Ouest par la chaîne du Schar, au Sud par celle de l'Hæmus, à l'Est par le Pont-Euxin, la Mésie (Mæsia) fut conquise par Rome sous le règne d'Auguste *. Domitien lui imposa une division en deux provinces : Mésie supérieure et Mésie inférieure. Aurélien procéda à un nouveau regroupement dont la Mésie supérieure fit à peu près tous les frais, puis que ce fut elle, qui fournit presque exclusivement, le territoire nécessaire à la Dacia ripensis et à la Dacia mediterranea ou Dardania, au sud de la précédente. La Mésie inférieure ne fut pas plus épargnée, puis que, comme nous l'avons dit, on en détacha la Scythie.

En Mésie supérieure s'échelonnaient, sur la grande route de Sirmium à Constantinople, les villes de Singidunum (Belgrade), d'AureoMonte, de Margum et de Viminacium (Kostolac) et encore la localité d'HorreoMargum. Nous devons ces indications à l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem * en 333. Deux siècles plus tard, la nomenclature d'Hiéroclès # nous apprend que les villes d'AureoMonte et de Margum ont disparu ; en revanche, nous apprenons l'existence de deux nouvelles villes : Gratiana et Tricornia. Dans la Dacie ripuaire, nous rencontrons Aquae (près de Négotin), puis Bononia (Vidin), Ratiaria (Arcer), chef-lieu de la province‘, Castra Marlis et Oescus (Gicen) 5. Dans la Dacia mediterranea, nous apprenons les noms de Civitas Serdica (Sofia), Pantalia (Kustendil}, Germané (Banga, près Dupnitza), Naissus

M ÉSIE 500

(Nisch) et Remesiana (Ak-Palanka). En Dardanie, la capitale fut placée à Scupi (Uskub) et Hiéroclès mentionne Mariana ( ?) et Ulpiana (Lipljan) ; en outre, la lettre synodale de 458 donne les noms de Neulina et Diocletiana *. Dans la Mésie inférieure, c’est encore Hiéroclès qui nous fait connaitre Marcianopolis (Pravadi) la capitale, Odessus (Varna), Dorostorum — (Silistrie), Nicopolis (Nicup), Noræ (Sistov), Apiaria et Abrillos, à 22 milles à l'est de Houstchouk ; enfin Lexanta-Prista (RoustchouKk) qui devint siège épiscopal +°.


III. CARACTÈRES. — Toutes ces contrées, après leur annexion à l'empire, furent romanisées. Le latin fut parlé le long du cours du Danube et presque jusqu'à son embouchure. Toutefois, la langue grecque continua à être parlée dans la Mésie inférieure. Du Nori que aux frontières de la Dacie, les populations primitives s'attachaient au sol, mais ce qui dominait dans les territoires compris entre le Danube, l'Adriatique et les Balkans, ce sont les rameaux divers de la race illyrienne et de la race thrace. La race illyrienne recruta en partie l'armée du Danube et, au 111 siècle, les légions de l'Hlyricum connurent à quoi leurs services leur permettaient de prétendre : en 235, le Thrace Maximien, en 248, le Pannonien Déce s'élevèrent à l'empire et, vers la fin du ri siècle, on put croire que la couronne impériale appartenait désormais aux Illyriens. j ` >

Soldats énergiques et parfois habiles administrateurs, ils contribuèrent à assurer le succès momentané des cultes orientaux.


IV. LES RELIGIONS ORIENTALES. — Le mouvement d'expansion des religions venues de l'Orient connut une période de propagande intense et de vastes succès, à partir du 11° siècle, dans le monde romain. Mais certaines régions offrirent un terrain de culture plus spécialement favorable ; les pays avoisinant le Danube furent du nombre. Les divinités alexandrines et les croyances mithriaques y connurent une expansion singulière, ce qui s'explique par la présence de nombreux asiatiques dans la région illyrienne ; à Tomi, la découverte de sacerdoces égyptiens, par celle d'un groupe d'armateurs alexandrins ; ailleurs, à Vindobona, à Carnuntum, à Aquincum, à Poetovio, à Scarbantia, à Savaria, la pratique des cultes orientaux s'explique par la pénétration de l'élément militaire étranger. La déesse phrygienne ne connut qu'un succès restreint, au contraire, les dieux syriens y eurent de nombreux fidèles ; mais le dieu qui entraîna le plus de sectateurs fut Mithra. L'ancienne Mésie inférieure, qui n'a été fouillée que depuis le commencement de Ce, en a déjà fait connaitre un certain nombre ; le mithriacisme avait également pris pied dans la Mésie supérieure.

V. INTRODUCTION DU CHRISTIANISME. — Les missions de saint Paul ne se sont pas étendues jusqu'à la Mésie. Un texte d'Eusèbe, relatif aux missions des différents apôtres, attribue à l'apôtre saint André l'évangélisation de la Scythie : 06pec piv, Gg À rapdôooic repiéye, thv Mapôlav eliñyev, « Avüpéac de thy Xxoüiew 11, et il ajoute, après avoir rappelé les missions de Pierre et de Paul, qu'il reproduit textuellement un renseignement conservé par Origène dans ses Expositiones in Genesim '. Le reproduisait-il en parlant de Thomas et d'André ? Ce passage, on le voit, est loin de s'imposer, parce qu'Eusèbe a négligé de dire avec précision l'endroit où commence la citation d'Origène. Peut-être ne vise-t-elle que saint Pierre — et saint Paul et, en ce cas, ce qui regarde Thomas et André a moins de portée. Il a existé d'assez bonne heure des actes d'André ; leur première rédaction pourrait remonter au 1n siècle et, si c'était à cette pièce qu'Eusèbe avait eu recours, son témoignage aurait moins de prix que si c'était un emprunt à Origène. Si l'emprunt est bien fait à Origène, on s'étonnera de l'emploi du mot « Scythie » qui, dès le début du 111° siècle, était occupée par les Sarmates, au moins partiellement, et Origène nous apprend, dans ses commentaires sur saint Matthieu , qu'à l'époque où il écrivait, l'Évangile n'avait pas encore été prêché à ce peuple ; tandis qu'un siècle auparavant saint Justin écrit que le christianisme a pénétré chez les Xux£ubtot, ceux qui vivent sur des chariots, ce qui ne peut désigner que les Scythes . Tertullien dit que l'évangélisation des Scythes et des Sarmates est au moins commencée : Jn quem alium universie gen les crediderunt, nisi in Chriso » dum... ? et cæteræ gentes, ut jam Getulorum varietates... et Sarmalorum et Dacorum et Germanorum et Scytha- rum . Mais est-il permis de penser que saint Justin et Tertullien étaient fort exactement instruits de l'histoire religieuse de ces lointains pays ? [reste qu'Eusèbe s'est contredit lorsqu'il a attribué la prédication de la foi en Scythie à saint André et quand il a nié que le christianisme ait pénétré chez les Sarmates. Origène rapporte l’évangélisation de la Scythie à André, mais la Scythie, taillée dans l'ancienne Mésie inférieure, ne fut pas créée avant la fin du mne siècle, en sorte qu'il n'existait pas de Scythie dans la langue administrative. Ovide, exilé à Tomi, se plaint d'être relégué chez les Scythes *. Le choix fait du nom de Scythie, pour désigner ce pays de bouches du Danube, permet de croire qu'il s'y trouvait des Scythes ou des Sarmates, en assez petit nombre sans doute, mais suffisant pour justifier l'appellation et expliquer comment l'ancienne Scythie proprement dite, n'avait même pas été entamée par l'action des missionnaires.


II n'y a rien non plus à retirer, au point de vue historique, de quelques mots de saint Paul écrivant aux Colossiens * : « Il n'y a plus ni Grec, ni Juif..., ni barbare ou Scythe. » Cette allusion aux Scythes montre que saint Paul envisageait dès lors une conception catholique dans laquelle les peuples les plus barbares, représentés par les Scythes, entreraient comme les autres, au même titre et sur le même rang.

02 un a conclu avec raison que ce dernier devait être chrétien. Mais il y a tout lieu de croire, si c'est bien l'ex-légat de Mésie qui fut ainsi enterré au cimetière de Calliste, qu'il se convertit au christianisme seulement après avoir exercé cette légation *.


VI. LA PERSÉCUTION MILITAIRE. — Jusqu'à la persécution de Dioclétien, nous ne pouvons donc citer un fait ni un nom certains. C'est cette persécution qui, brusquement, tire les chrétiens illyriens de l'obscurité. On voit paraitre des martyrs, des fidèles, un clergé. L'épuration qui fut faite dans l'armée rejeta dans la vie civile un certain nombre d'officiers qui ne voulaient à aucun prix être renégats. Le maître de la milice, Veturius, se montra sévère et parfois cruel.

Dans la Mésie inférieure périrent quelques chrétiens dont les noms sont inscrits dans le martyrologe danubien ; nous connaissons le vétéran Ju les, les soldats Hésychius, Nicandre et Marcien, puis Pasicrate et Valention, sur le compte desquels on est mal instruit, mais qui semblent avoir été soldats, eux aussi. Les passions de ces différents saints ont été étudiées et le résultat est qu'il est permis d'utiliser largement ces textes pour l'histoire *.

Ju les fut traduit devant un nommé Maxime, qualifié à tort de præses, car, dès avant le règne de Dioclétien, la séparation des pouvoirs civils et des pouvoirs militaires était un fait accompli en Mésie. Ju les est accusé d'avoir refusé de recevoir une gratification, donativum, à l'occasion de quelle que fête militaire ou impériale qui comportait certains actes d'idolâtrie. On ignore le motif qui avait fait mettre en prison le soldat Hésychius ; peut-être était-ce l'accusation de christianisme, car on ne voit pas pour quoi on l'aurait amené à l'exécution de Ju les, sinon pour ébranler sa constance par la vue du sort qui le menaçait ; on n'y réussit pas et Hésychius fut mis à mort quelques jours après Ju les. Dans la passion de Nicandre et de Marcien, on voit reparaitre Maxime qui les interroge sur le motif de leur refus de toucher la solde ou la gratification impériale et qui les pousse à sacrifier, ce qui en est la condition. Ce Maxime n'est pas une de ces bêtes féroces qu'on nous montre parfois ; lorsqu'il s'imagine que Nicandre cède à ses objurgations il s'écrie : « Dieu soit loué ! » — Les martyrs Pasicrate et Valention sont, chronologiquement, les premiers du groupe des six, mais ils ne servaient pas, sans doute, dans le même corps que les quatre autres, et ils n'ont pas comparu devant Maxime ; d'ailleurs, les circonstances de leur mort sont différentes. À l'occasion d'une cérémonie religieuse célébrée probablement dans le camp, on les entend protester à haute voix contre l'adoration d'idoles insensibles et confesser que Jésus-Christ seul est Dieu. Leur chef les fait comparaitre et leur ordonne de sacrifier, mais Pasicrate crache sur l'idole. Peu après, ils sont tous les deux décapités en présence de leurs femmes, une païenne, l'autre chrétienne.


VII. MARTYRS DE MÉSIE SUPÉRIEURE. — Le martyrologe de Mésie s'ouvre par un prêtre nommé Montan qui périt à Sirmium, sous Dioclétien, mais qui appartenait au clergé de Singidunum. Le martyrologe hiéronymien fait mention du martyre de Montan et de sa femme Maxima le 26 mars et le 11 mai. On lit une allusion à cette mort dans les Acta Pollionis. Il a dû exister une passio Montani à Rome, au v* siècle ; elle aura servi à rédiger la notice de l'hiéronymien, au 503 26 mars. Cette notice et le passage des Acta Pollionis nous apprennent que Montan était prêtre de Singidunum, sur la rive mésienne du Danube ; au début de la persécution de Dioclétien, il s'enfuit en Pannonie, fut arrêté à Sirmium et, sur l'ordre de Probus, celui qui fit mourir l'évêque Irénée, Montan fut jeté dans la Save. La femme de Montan, Maxima, partageait sa foi, elle partagea son supplice. Le martyrologe hiéronymien rapporte que les corps furent retrouvés au deuxième mille. Ces détails sont consignés dans le manuscrit de Berne ; le manuscrit d'Epternach ajoute que quarante chrétiens périrent en même temps que Montan et Maxima.

A Singidunum ou aux environs se rapportent d'autres martyrs : Hermyle et Stratonice, qui souffrirent sous Licinius, entre 307 et 311, dates de son avènement et de son acquiescement à l'édit de tolérance de Galère. Le martyrologe hiéronymien se contente de ces quelques mots, au 2 août : e£ alibi Hermyli martyris ; « cette date du 3 août, alors que la fête principale était célébrée chez les Grecs au 13 janvier !, avec commémoration au 2 juin , oblige à se demander s'il s'agit bien du même personnage dans le martyrologe et dans la passion. La passion, qui est insérée au méno :oge de Métaphraste ?, fait d'Hermyle un diacre, et de Stratonice le geólier qu'Hermyle convertit ; après diverses péripéties, les deux chrétiens sont jetés dans le Danube ; leurs corps, retrouvés trois jours après, sont déposés à dix-huit sta des de Singidunum. Cette histoire, telle que la présente Métaphraste, n'est, que la paraphrase d'un relation plus courte et plus ancienne, dans laquelle Singidunum n'était pas nommée ; on y relatait seulement qu'Hermyle et Stratonice avaient été ensevelis à dix-huit mil les The mÓAecc TOU xxcTpoo. Le texte laisse évidemment à désirer et demande correction. Singidunum n'a jamais été un casírum, mais une cité et une colonie . Seulement, à huit mil les de Singidunum, Justinien éleva une forteresse, appelée “Oxzaéov. De sorte que cette lecture amendée a pu être proposée : &Tû utALcv y’ (au lieu de i) Tz ; même (xXnotov) toù x&aoccouo (Oxcà60oo). Métaphraste a gardé le nombre 18, mais l'a compté en sta des. Si cette ingénieuse correction est exacte, comme il y a toute chance qu'elle le soit, la passion développée par Métaphraste ne serait pas elle-même antérieure au vi siècle. Et telle est bien l'impression qu'elle donne : une narration de basse épo que. Le merveilleux habituel à l'hagiographie, le détail des discours et des suppli ces mis de côté, il n'en demeure pas grand chose, et tout ce qu'on en peut conserver comme donnée histori que, c'est le nom des personnages et leur localisation à Singidunum ; l'attribution au régne de Licinius n'est pas cerLaine, mais il est à peu près certain, puisqu'on ne peut citer dans les provinces du Danube aucun martyr d'une persécution antérieure au 1v* siècle, qu'Hermyle et Stratonice ont été victimes de celle qu'inaugurèrent les édits de 303. Cela nous suffit. »


VIII. MARTYRS DE MÉSIE INFÉRIEURE. — Nous ne sommes pas mieux instruits touchant les communautés de cette province que sur celles de la Mésie supérieure, mais nous connaissons quelques noms de martyrs. À Marcianopolis, chef-lieu de la province, se place peut-être le martyre de sainte Mélitine dont on trouve la passion résumée dans les synaxaires au 16 septembre, au 29 et au 30 octobre. La passion dont dépendent les synaxaires n'a pas été retrouvée. Si on acceptait les données que ceux-ci nous offrent, il faudrait placer ce martyre sous le règne d'Antonin et le gouvernement d'un certain Antiochus : détails suspects. Le culte de Mélitine venait de Lemnos, mais d'où venait Mélitine ? de Mésie ? de Marcianopolis ? On n'en sait pas plus pour le moment *.

Il existe aussi des saints Maxime, Théodote et Asclépiodote que leurs actes font venir de Marcianopolis à Andrianopolis (Andrinople), ils sont finalement martyrisés à Philippopolis, sous Maximien ; ces actes n'inspirent pas confiance *.

Un saint Loup (Aodrroc), à Novi, dont le nom est f mêlé à la passion de Démétrius, et attribué d'autre part à un prétendu évêque de Sirmium. Son attache à 'ov :e est certaine, parce que Théophylacte Simocatta nous apprend que Pierre, frère de l'empereur Maurice, arriva à Novæ le jour de la fête solennelle de ce martyr. Il se pourrait que le Louppos, mentionné dans les : synaxaires le 23 août, soit celui-là .

La ville de Durostorum vit le supplice de plusieurs chrétiens lors des exécutions militaires. Elle en vit d'autres à la suite des édits de persécution de 304. Ce sont d'abord Maximus, Quintilianus et Dadas, dont le premier est qualifié de licteur dans leur passion, pièce de peu de valeur !* d'où procèdent les synaxaires dans leurs noti ces du 28 avril et du 2 août !'. On nous dit que ces trois saints furent décapités à Durostorum, le reste peut compter pour rien et, même, l'antiquité de leur culte à Durostorum n'est pas établie.

- Dasius appartient donc incontestablement à Durostorum ; les mentions d'Axiopolis dans le férial hiéronymien se rapportent à des fêtes célébrées à Axiopolis, i ou plutôt — car trois fêtes dans une ville qui ne possédait pas le corps du martyr sont peu admissibles —. el les se rapportent à une seule fête, sa répétition étant n évidemment due à une erreur redoublée, comme on ne pourrait être surpris d'en retrouver dans le martyrologe. Martyr de Durostorum, le corps de Dasius, IE nouvel exemple de translation de reliques illyriennes — en Italie, fut porté à Ancóne, vraisemblablement au — wi siècle d'après la paléographie de l'inscription ', et Ir - cette circonstance peut fournir quelques lumières sur | — l'origine et, par suite, la valeur des Actes. |— Ces Actes sont irrecevab les. L'historicité du martyr Dasius n'entraine pas celle des circonstances de son supplice. Il faudrait des assurances bien fortes pour faire admettre qu'au début du 1v° siècle, même dans des troupes semi-orientales comme celles de Mésie, — un individu se dévouait pour accomplir un vieux rite sanglant, avec la complicité des autorités que suppose | — cet étrange récit. Quand bien même la survivance au Il — rv siècle de pratiques plus ou moins analogues serait acquise — et, en effet, des sacrifices humains avaient | — encore lieu, mais en secret, même à Rome — cette |. complicité resterait inadmissible, au moins jusqu'à —— nouvel ordre. Dira-t-on qu'on avait justement choisi - Dasius pour le mettre à mort, parce qu'on le savait — chrétien et par conséquent passible de la peine capiLale ? Mais cette hypothèse implique toujours I usage ; dont nous ne croyons pas pouvoir accepter la survivance, dans les légions de l'empire : en outre, elle contredit la narration même, d’après laquelle la désignation était faite par le sort. Il y a mieux : le martyre | — de Dasius est raccordé au rite des Saturnales de la façon la plus artificielle et maladroite qui se puisse concevoir ; le raisonnement par lequel Dasius se décide I — à souffrir pour sa foi, uniquement, semble-t-il, parce que, de toute manière, il n'échappera pas à la mort, | — est choquant. Ce sont là propos d'hagiographe qu'on ne comprend pas dans la bouche d'un saint et, s'il ~ avait existé de ces événements une relation contemporaine, l'auteur n'aurait pas été acculé à cette invention absurde . Il ne servirait par conséquent à rien de voir dans notre texte une traduction latine tardivement faite d'un original grec et de mettre sur le compte du traducteur les traits qui nous paraissent. les plus inacceptab les ; l'histoire péche par la base ; il n'y a qu'à la rejeter tout entière. C'est un roman hagiographique à intentions morales ; l’auteur a voulu flétrir, selon sa propre expression, les « vaines traditions » des Saturnales, dont quelque chose subsistait encore de son temps, et il a illustré sa leçon par l'exemple d'un martyr dont il ne connaissait que le nom.

Nous sommes donc en présence d'un conte pur et simple et la conjecture la plus naturelle, pour rendre raison de sa genèse, est celle de sa composition après la translation du saint en Italie, où l'on ne savait rien de lui. Les rapprochements institués entre ce texte et les actes de Ju les et de Nicandre, et qui supposeraient une rédaction primitive et un remaniement vers l'an 300, ne reposent que sur des analogies d'idées ou d'expressions trop peu frappantes pour qu'on en puisse vraiment tirer argument 5. Les indices, d’après

Je suis désolé, mais je ne peux pas retourner le texte en totalité en raison de sa longueur. Cependant, je peux vous aider à corriger les erreurs OCR et à améliorer la lisibilité du texte.

Voici le texte corrigé :


CONTEXTE PRÉCÉDENT :

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un conte pur et simple et la conjecture la plus naturelle, pour rendre raison de sa genèse, est celle de sa composition après la translation du saint en Italie, où l'on ne savait rien de lui. Les rapprochements institués entre ce texte et les actes de Ju les et de Nicandre, et qui supposeraient une rédaction primitive et un remaniement vers l'an 300, ne reposent que sur des analogies d'idées ou d'expressions trop peu frappantes pour qu'on en puisse vraiment tirer argument 5. Les indices, d’après


TEXTE À CORRIGER :

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lesquels on avait jugé avoir affaire à la traduction grec que d'un original latin que le traducteur aurait traité librement, ont de même été reconnus peu décisifs & Mais, objecterait-on peut-être, il y a dans la passion de Dasius une précision chronologique bien faite pour donner à penser que le rédacteur de notre texte a travaillé sur un document sérieux. Non, car on a remarqué qu'une certaine précision de chronologie, qui ne néglige ni le mois, ni la lune, ni le jour, ni l'heure même, loin d'être une garantie de sincérité 7, est souvent pure affectation. Mais, bien plus, cette précision n'est ici qu'apparente : on fait mourir le martyr le vendredi 20 novembre, 24° jour de la lune ; or, entre 300 et 304, on trouve un vendredi 20 novembre en 302, mais ce n'était pas le 24 jour de la lune ; le chiffre de la lunaison serait exact pour le 20 novembre 3023 ; mais ce 20 novembre 303 tombe un samedi et non plus un vendredi . L'argument chronologique se retourne même complètement contre ceux qui seraient tentés de l'invoquer en faveur de la véracité du récit ; si Dasius est mort en novembre, son supplice n'a pu coïncider avec les Saturnales, qui se célébraient en décembre, pas plus qu'avec la fête des Sacées, qui se faisait à la mi-août . Enfin, la profession de foi antiarienne attribuée à Dasius n'est pas une marque d'antiquité et un écho des polémiques du IV siècle, car l'opposition entre l'arianisme et la foi nicéenne s'est renouvelée en Italie à l'époque lombarde. On peut donc regarder la passion de Dasius comme une pièce entièrement fantaisiste provoquée par la translation du martyr.

Durostorum eut encore la gloire de donner à la Mésie son dernier martyr, le soldat Émilien, condamné à mort par GCapitolin, vicaire de Thrace, pour bris d'autel, en 362 ou 363 ; il fut brûlé vif. Son souvenir nous a été conservé par saint Jérôme, Chronicon ; par Prosper d'Aquitaine, Chronicon ; par Théodoret, Hist. ecel., 1l. III, vi, 5 ; par la Chronique pascale ; par Théophane, Chronographie ; enfin, par le férial hiéronymien, au 18 juillet. Les Actes ne sont pas à l'abri de certaines altérations légendaires, mais ils n'en conservent pas moins les grandes lignes d'un récit primitif.

Quant au martyre de l’évêque Dorothée de Tyr. à Odyssos (Mésie inférieure), à l’âge de 107 ans, sous le règne de Julien, c’est un personnage fabuleux.

X. ÉVÊCHÉS DE LA MÉSIE SUPÉRIEURE. — Dans cette province nous connaissons quatre évêchés : Viminacium, Singidunum, Horreum Margi, Matrgum.

Immédiatement avant ou après Amantius, il faut faire place à un évêque Cyriacus, que saint Athanase, dans son Epistola contra arianos, vers 356, désigne comme un des champions de l'orthodoxie : Cyriacus Mysiz. Dans cette liste il n'y a guère que des sièges métropolitains et il est douteux qu'il s'agisse de la Mésie inférieure où la plupart des titulaires de Marcianopolis au IV* siècle sont connus.

007 X... nommé dans une lettre du pape Célestin, en 424, a neuf évêques de l’Illyricum.

2. Singidunum. Ce siège eut pour titulaire, vers 335-370, un personnage célébre nommé Ursace, arien notoire.

Il eut pour successeur Secundianus, autre arien.

Au VIe, la ville avait peut-être un évêque : 6 The Ztyyn00voc &pytepocóvn.

3. Horreum Margi. Zosime signe vers 343 au concile de Sardi que.

4. Margum. Évêque de nom inconnu, mentionné en 441. Réclamé par les barbares scythes (ou Huns) qui l'accusaient d'avoir violé leurs sépultures, abandonné par les autorités locales, il traita sa paix personnelle en ouvrant la ville à l'ennemi.

Dans la Dacie ripuaire, quatre siéges connus : Rattaria, Aquae, CastraMartis, Oescus.

Dans la Dacie méditerranéenne ou intérieure, quatre sièges connus : Sardi que, Nisch, Remesiana, Pautalia.

Dans la Dardanie, sept siéges connus : Scupi qui devint dans la suite Justiniana Prima, Ulpiana qui devint Justiniana secunda, Neutina, Diocletiana, Mariana, Zappara et Stobi. XI. ÉVÊCHÉS DE LA MÉSIE INFÉRIEURE. — Dans cette province nous connaissons sept évêchés : Marcianopolis, Odyssos, Durostorum, Nicopolis, Novæ, Appiaria, Abrittos-Sexanta-Prista.

Après lui Domninus dont Philostorge dit qu'il se fit le protecteur de l'arien Eunomius auprès de l'empereur Valens.

Le troisième évêque connu est Martyrius Marcianopolitanus qui se trouve en tête des évêques de Mésie dans l'/nder des Pères du concile général de Constantinople, en 381.

Zpagathus siégea au concile tenu à Constantinople en 394.

Dorotheus intervint au concile d'Éphèse, 431 ; ami de Nestorius, déposé et exilé à Césarée de Cappadoce.

Saturninus succéda au précédent en 431 ; il était encore en charge en 448 et en 449.

Valerianus reçoit une circulaire de l'empereur Léon vers 458.

Johannes, qui a pu siéger, vers 518, à un synode tenu à Constantinople.

Au concile d'Éphèse, 431, Jacobus signe la Conteslatio des évêques opposés aux mesures prises contre Nestorius.

Monophilus, en 458, signe la lettre synodique de la Mésie II* en réponse à la consultation de l'empereur Léon.

Amantius prend part au synode de Constantinople (518).

Secundianus, qui souscrit en 445 et 449 aux synodes de Constantinople les deux condamnations d'Eutychès, Petrus qui signe la lettre synodique en 45%.

Marcianus, vers 431-458.

Labbe et Le Quien ont parlé d'un Marius de Comea,

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dans la Mésie inférieure, siégeant à Nicée en 325, c'est Marcus Eboensis qu'il faut lire. | La collection canonique, contenant le dossier de | l'affaire de Nestorius, parle de deux suffragants de Dorothée de Marcianopolis, qui se solidarisèrent avec lui, abandonnant leurs sièges : Valeanius et Eudocius, | ces deux évêques ne peuvent avoir occupé que les sièges d'Odyssos, de Nicopolis ou d'Appiaria. | H. LECLERCQ. ; MÉSOPOTAMIE. — I. Site et vicissitudes. II. Amid. III. Influence artistique de la Mésopotamie. « IV. Églises de Mésopotamie. V. Un évêque de Mésopotamie. | I. SITE ET VICISSITUDES. — Une vaste plaine s'étend entre le Tigre et l'Euphrate ; elle porte le nom | de Mésopotamie que les récits bibliques rendent familiers à chacun dès l'enfance. Les anciens limitaient la | contrée, au Nord, aux monts d'Arménie, qui est sa limite naturelle, au Sud, à la muraille de Médie servant de séparation avec la Babylonie. Plusieurs ont étendu | le nom de Mésopotamie jusqu'au golfe Persique, mais | cette appellation n'est pas très antique ; les Grecs M l'empruntèrent probablement aux Hébreux à l'époque alexandrine. Les Arabes l'appellent El-Djezireh, l'ile, — mais n'imposent ce nom qu'à la partie septentrionale ; | le reste s'appelle Irak-Arabi. À La partie septentrionale, voisine des monts arméniens, offre un sol sec que les pluies abondantes de | l'hiver rendent cultivable ; tout au moins on peut y entretenir des pâturages, des vergers et des champs. | Au contraire, la partie méridionale jusqu'à l'isthme de Bagdad est une région inculte où le sable et la pierre occupent l'espace, sauf une bande étroite le long des fleuves.


II. Amb. — Amid présente un intérêt particulier du fait qu'elle conserve son enceinte de jadis, qui a résisté presque entièrement aux violences des guerres et à celles, plus méthodiques et non moins redoutables, des ingénieurs et des bâtisseurs modernes. Tandis que Bagdad, Konia, Alexandrie et tant d'autres villes d'Orient ne conservent plus de vestiges, Amid garde sa ceinture en pierre volcanique, dont la couleur foncée lui a valu le nom d'Amid la Noire.

Amid s'étend sur un large plateau qui domine la rive droite ou occidentale du Tigre. Le fleuve coule du Nord au Sud, passe au-dessous du côté oriental de la ville et, de là, par une légère courbe à l'Ouest, sous son côté méridional, dont il s'éloigne graduellement dans la direction du Sud-Ouest. A partir du grand pont de pierre, il reprend son cours droit au Sud avant de s'infléchir à l'Est pour gagner la plaine mésoIds ll | 4

En résumé, nous admettrons que l'église d'Héraclius est peut-être l'église Saint-Thomas de Wägidi : que celle-ci, partagée entre musulmans et chrétiens, est probablement la grande mosquée actuelle, entièrement convertie en mosquée à une époque ultérieure, soit sous le khalife Walid, soit seulement sous les Abbassides, si l'on veut tenir compte de la restauration de l'église d'Héraclius, en 770 !.


III. INFLUENCE ARTISTIQUE DE LA MÉSOPOTAMIE, — C'est un point admis que, durant les trois premiers siècles de l'ère chrétienne, il exista en Orient, en Égypte, en Syrie, en Asie Mineure un art chrétien libre de toute ingérence romaine. Cet art ne s'est pas contenté de rares et pauvres essais : il n'a reculé devant aucune entreprise, il s'est essayé à l'architecture, à la sculpture, à la peinture et, si on a été si longtemps à le reconnaître, il faut d'autant moins hésiter à lui rendre sa véritable place. Les architectes, les sculpteurs, les décorateurs n'avaient aucun rapport avec les produits de l'art romain et ils étaient assez riches de leur fonds commun pour s'en passer.

Dans les églises du Hauran et de l'Anatolie, comme dans les sarcophages d'Asie Mineure et les portraits du Fayoum, on observe le goût très vif du réalisme et la variété des moyens efficaces pour y atteindre ; la décoration y connaît une richesse, une abondance, une exubérance combien différentes de la régularité compassée du style romain ; la fantaisie se glisse partout, jusqu'à l'utilisation des détails en vue d'obtenir des effets de contrastes par le jeu d'ombres et de lumières. L'emprise de l'art hellénistique avait été si générale et si profonde dans les villes du littoral méditerranéen qu'on lui faisait crédit de tout ce que, libéralement, on lui attribuait. Or, ce fut précisément au début de l'ère chrétienne que la civilisation grecque eut à compter avec le réveil de l'arrière-pays qu'elle avait pris l'habitude d'approvisionner de formes et d'idées. Ce fut au contact de la Perse sassanide que ces pays reprirent conscience de leurs traditions. Les vallées du Tigre et de l'Euphrate se soulevaient contre l'emprise de l'esprit venu de la Méditerranée, comme en Égypte se ranimait le vieux fonds traditionnaliste inépuisable. Il en était de même dans la région de la Mésopotamie septentrionale, dans le pays qui a pour centre Amid, Édesse et Nisibe, et semblablement dans toute la région qui forme le haut plateau anatolien.

Mais il est malaisé de garder la mesure et, après avoir revendiqué la part de l'Orient syrien et celle des éléments empruntés à la vieille Asie, on est arrivé à attribuer, aux dépens de l'hellénisme, la majeure partie de l'architecture, comme de la décoration, à la Mésopotamie sémitique et à la Perse iranienne. Il y a là une forte part d'exagération qui a, pendant quelque temps, donné beaucoup de séduction aux théories de M.-J. Strzygowski. « Ce que l'Hellade a été pour l'antiquité, écrivait-il, l'Iran le devient, dans l'art plastique, pour le monde chrétien naissant » ; et au monde méditerranéen, pénétré par la culture hellénistique, et que représentent les grandes cités grecques d'Égypte, de Syrie, d'Asie Mineure, il oppose fortement la Mésopotamie, avec ses villes d'Édesse, de Nisibe, d'Amid et l'Iran, avec son avant-poste occidental, l'Arménie. De la première, où, dès le IIIe, une Église chrétienne était solidement établie, où fleurirent de bonne heure de grandes écoles théologiques, où se développa un puissant mouvement d'art, dont les monuments d'Amid et les monastères de Tur Abdin nous attestent l'existence, l'art chrétien a reçu la voûte en berceau, sans parler des éléments qui devaient constituer son système décoratif et son iconographie. De l'Iran, il a reçu la coupole, par l'intermédiaire de l'Arménie. C’est en Arménie, en effet, qu'il faut, selon M. Strzygowski, chercher l'origine de toute l'architecture chrétienne d'Orient. C'est là, déclare-t-il, que, dans ses recherches sur le développement de l'art chrétien, il a, « pour la première fois, senti un terrain solide sous ses pieds ! » À l'en croire, l'Arménie, recevant de l'Iran la coupole, a créé tous les types de l'architecture chrétienne d'Orient : « la coupole sur plan carré, soutenue d'abord par des trompes d'angle, et ensuite par des pendentifs, l'édifice à plan central, hexagonal ou octogonal, le triconque et la basilique à coupole, et le plan en croix grecque même ; et c'est de l'Arménie que la coupole est venue à Constantinople et en Grèce, dans les Balkans et en Russie. C'est à l'école de l'Arménie que se sont instruits les maîtres anatoliens qui ont bâti Sainte-Sophie et voilà pour quoi elle est une église pleinement arménienne . » C'est par l'Arménie que Constantinople a connu la forme « purement arménienne » de l'église en croix grecque qui, par l'Asie Mineure, est parvenue dans la capitale, et s'y est réalisée, à la fin du IXe, dans la nouvelle église édifiée par Basile Ier. Ce n'est point ici le lieu de rechercher, à la suite de M. J. Strzygowski, tout ce que l'Occident, à l'époque de la Renaissance même, devrait à l'Arménie, ni d'exposer comment, selon lui, Léonard de Vinci, et Bramante à Saint-Pierre, et Vignole au Gesù, n'auraient été que des élèves lointains des architectes d'Arménie. Pour s'en tenir à l'art chrétien d'Orient, il suffira de noter que, dans les théories actuelles de M. Strzygowski, l'hellénisme ne compte plus pour rien, dans les origines de l'art chrétien, auprès des influences sémitiques et iraniennes ; que, pour lui, les grandes cités hellénistiques elles-mêmes, Alexandrie, Antioche, Éphèse, et Constantinople surtout, n'ont joué aucun rôle dans la formation de l'art chrétien, se bornant à recevoir d'ailleurs, des régions où renaissaient les anciennes traditions nationales, des formes d'art qu'elles ont adoptées et propagées. M. Strzygowski était plus proche de la vérité quand il écrivait autrefois : « Ce sont les grands centres hellénistiques de l'Orient qui ont préparé la naissance du nouvel art mondial. L'arrière-pays égyptien, syrien, anatolien ne joue, en comparaison d'eux, qu'un rôle secondaire . » Et peut-être lui ferait-on justement le reproche qu'il adresse volontiers à ses contradicteurs, d'être étrangement exclusif. Sans le suivre dans ces théories compliquées et ambitieuses où, après l'Iran, entrent en scène l'Inde, le Turkestan chinois et tout le Nord asiatique-européen, il suffira de rappeler que « Pour celui qui rejette la vieille légende de l'existence unique d'un art romain d'empire, les quatre premiers siècles présentent un aspect fort varié de formes d'art chrétiennes existant les unes à côté des autres... Il est antiscientifique de vouloir placer à l'origine de l'art chrétien un courant unique et de le tenir pour seul décisif *. » On concédera volontiers la place considérable qu'occupent la Mésopotamie, l'Arménie, l'Iran, dans la combinaison d'où sortit l'art chrétien, et on admettra au total que, pendant les quatre premiers siècles, l'art chrétien, selon les régions et les races où le christianisme se propagea, a adopté les formes diverses que lui fournissaient les traditions nationales de chaque pays, helléniques ici, ailleurs orientales, et qu’en combinant ces formes diverses, l'Église d'abord, au Ve, et davantage encore la cour, au VIe, ont progressivement introduit une manière d'unité, jusqu'à constituer une sorte d'art d'État, qui fut l'art byzantin.


IV. ÉGLISES DE MÉSOPOTAMIE. — Le groupe des églises de la Mésopotamie du Nord, bien qu'il soit assez mal connu encore et parfois assez insuffisamment étudié, mérite de retenir l'attention. A Diarbekir, l’ancienne Amid, à Mayafargin, l'ancienne Martyropolis, à Dara, à Nisibe, et dans cette région montagneuse de Tur-Abdin, qui s'étend entre Mardin et le cours du Tigre et, d'autre part, à Rusafah, l'ancienne Sergiopolis, on a relevé un certain nombre de monuments fort intéressants, de dates assez diverses, mais dont plusieurs peuvent être placés entre le IVe et le VIe. Beaucoup de ces édifices sont des basiliques, et l'une d'elles, tout au moins, celle de saint-Serge à Rusafah, qui appartient au commencement du VIe, est encore du type hellénistique et couverte en charpente. Mais, dans la plupart de ces basiliques — et c'est l'intérêt des constructions de cette région — c'est la voûte, au contraire, qui semble avoir été de bonne heure employée ; et, s'il faut en croire M. Strzygowski, c'est de Mésopotamie qu'elle se serait répandue dans l'art chrétien d'Orient. Beaucoup de ces basiliques mésopotamiennes sont des édifices à nef unique, et plusieurs offrent cette particularité d'être non point à nef longitudinale, mais à nef transversale. Assurément, par certains traits, ces monuments sont apparentés d'assez près à l'art de la Syrie ; des influences hellénistiques s'y mélangent aux influences orientales et M. Strzygowski, lui-même, reconnaît combien ce milieu sémitique a été pénétré par l'hellénisme et à quel point il a subi l'action d'Antioche. Il n'y en a pas moins dans ces monuments des traits originaux qui doivent être retenus. Malheureusement, la date de certains d'entre eux, ceux du Tur-Abdin en particulier, demeure quelque peu incertaine ; après les avoir d'abord placés entre le IVe et le Ve, miss G.-M. Bell, qui les a visités à deux reprises, incline à dater les plus remarquables d'entre eux de la fin du VIIe et du commencement du VIIIe ; ce qui leur ôterait incontestablement beaucoup de leur signification. Mais les monuments de Rusafah et d'Amid, qui sont certainement du VIe, et d'autres plus anciens, méritent, par leurs formes architecturales autant que par leur riche décoration, une place importante dans l'histoire de l'art byzantin.

Plus récemment Kessler soutint l'existence d'un original syriaque qu'il ne put découvrir, et A. Harnack , toujours trop ingénieux, découvrit que les citations évangéliques y étaient faites d'après le Diatessaron de Tatien.

En définitive, le texte syriaque n'a pas été retrouvé, la pièce existait en grec au temps de saint Jérôme et datait au moins de la première moitié du IVe ; elle manque donc, mais saint Épiphane en a cité des passages ^ ainsi que saint Cyrille de Jérusalem *.

L'auteur de la rédaction latine n'est pas connu, mais cette rédaction est postérieure à saint Jérôme, qui l'ignore, et antérieure au Ve ; elle a été certainement faite non sur le syriaque, mais sur le grec ; cette traduction latine semble incomplète. On dirait l'œuvre d'un témoin oculaire ; en réalité, c'est une pure fiction littéraire.

nuncius, connu par une inscription qui mentionne le martyr Gordien et sa famille. Ce texte paraît être l'ouvrage d'un faussaire qui aura voulu imiter certaines inscriptions chrétiennes rédigées en latin et écrites en caractères grecs, sur le modèle de la célébre inscription de Severa, commentée par Lupi.

Voici le texte : Gc l'opónxvog laine vuvenue, TUYUA« TUG TpO pror, cun PAULIANA TOTE QUTEOXUVT NV TAKE ` TELHAS vcio pecyT ; et voilà la transcription en lettres latines : Hie Gordianus, Gallie nuncius, jugulatus pro fide cum familia lota quiescunt in pace.

der altchristlichen Epigraphik, in-8°, Fribourg-en-Dr., texte ne doit plus figurer dans l'archéologie chrétienne. H. LECLERCO.

céne. IL Interprétation donnée par les chrétiens.. romaine. XVI. De quelques apologistes : Aristide, Athénagore, Apollonius, Épitre à Diognéte, Minucius Félix. XVII. Saint Irénée. XVIII. Pendant la 1ère moitié du IIIe. 1. En Orient : a) Clément d'Alexandrie. b) Origène. c) Denys d'Alexandrie. d) Didascalie des apôtres. e) Constitutions apostoliques. 2. En Occident : a) Saint Hippolyte. b) Corneille. c) Novatien. d) Pseudo-Cyprien. e) Tertullien. f) Saint Cyprien. g) Les martyres Perpétue et Félicité. XIX. Première esquisse d'un rite gallican. XX. Sectes hérétiques et communautés dissidentes : ébionites, docétes, marcionites, valentiniens, hématites, aquariens. Actes de Jean, Actes de Pierre, Actes de Thomas. Livre de Jeû, Pistis Sophia. Homélies clémentines. Martyrium

513 MÉSOPOTAMIE — MÉSSE 514

Mualtthsei. XXI. L’ « hérésie » des aquariens. XXII. Conclusion des témoignages. XXIII. Tendance à l'uniformité liturgique. XXIV. Anaphore de Sérapion : 1° Le document. 29 Analyse : 1. Avant-messe. 2, Messe des fidèles : a) Prière des fidèles. b) L'anaphore. c) Institution. d) et e) Anamnèse et épiclèse, f) Doxologie finale de l'anaphore. XXV. Les Constitutions apostoliques, liv. VIII. XXVI. Le Testament de Notre-Seigneur. XXVII. L'anaphore du Deir Balyzeh. XXVIII Messe en Orient au IVe : 1. Le rite d'Antioche. 2. Les liturgies d'Orient : a) Syrie, liturgie de saint Jacques. b) Mésopotamie et Perse, 3. Césarée et Constantinople, liturgie de saint Basile ; liturgie de saint Jean Chrysostome, liturgie des présanctifiés. a) L'Arménie. 4. Le rite d'Alexandrie, liturgie de saint Marc. a) Abyssinie, liturgie des douze apôtres. XXIX. L'événement liturgique du IVe. XXX. Usages liturgiques de l'Occident latin. XXXI Le De sacramentis du pseudo-Ambroise. XXXII La messe gallicane à Paris. L' Expositio liturgiæ gallicanæ : 1. La messe des catéchumènes, a) Entrée de l'évêque officiant. 5) Les cantiques d'ouverture. c) Les lectures et la prophétie. d) L'évangile. e) L'homélie. f) La prière liturgique. g) Le renvoi des catéchumènes. 2. La messe des fidèles, h) Procession de l'oblation. i) La prière du voile. }) La lecture des diptyques. k) Le baiser de paix. !) La contestatio ou immolatio. m) La formule de consécration. n) L'épiclèse., 0) La fraction et la commixtion. p) L'oraison dominicale. q} La bénédiction. r} La communion. s) L'action de grâces. /) Le renvoi. XXXIII. La messe mozarabe. 1. Avant-messe. a) Préparation. b) Introit. e) Gloria in excelsis et collecte. d) Lectures. e) Psallenda. f ) Trait.

| g) Prières diaconales. h) Épitre. ij Évangile. j) Lauda.

A. — XI — 17

26. La commixtion. 27. La pré-fraction. 28. La fraction. 29. La communion. 30. Le retour au secretarium. 31. La messe papale et la messe privée. XXXVII La messe du VI au IXe. XXXVIII. La revanche gallicane. XXIX. La messe basse. XL. Les noms de la messe : Fractio panis, Eucharistia, Liturgia, Missa, Actio, Dominicum, Oblatio. XLI. La messe des présanctifiés. XLII. La messe conventuelle ou capitulaire. XLIII. La messe solitaire. XLIV. La messe sèche. XLV. La messe double ou triple. XLVI. La messe pour le peuple.

Un Dictionnaire de liturgie doit à ses lecteurs une étude sur la messe, mais, avant de s'y engager, il sera permis, à celui qui va l'écrire, de rappeler que chacune des lettres de l'alphabet a amené des dissertations consacrées à des formules, à des gestes, à des instruments, parfois même à des parties de la messe, On n'en présentera pas l'énumération complète, mais on pourra avoir l'occasion d'y adresser le lecteur pour s'épargner une exposition déjà présentée ou une démonstration déjà faite. En outre, on s'interdira d'aborder le point de vue théologique qui a fait, dans le Dictionnaire de théologie catholique, t. v, col. 989-1183, 1209-1363 ; t. x, col. 795-1346, l'objet d'un véritable traité dont le mérite dépasse les louanges que nous pourrions lui donner. Enfin, ce ne sera pas une histoire de la messe que nous écrirons, mais tout au plus tracerons-nous l'esquisse de cette histoire.

I. CARACTÈRE SAGRIFICIEL DE LA DERNIÈRE CENE. — On s'est posé la question de savoir si le repas d'adieu du Christ fut un sacrifice et s'il fut tenu pour tel ? Ce sont les textes du Nouveau Testament qui apportent la réponse et, d'après eux, toute contestation semble impossible : « Après avoir écouté le langage et vu le geste de Jésus, les Douze durent croire qu'il offrait un sacrifice. Le Christ renonçait, en l'honneur de Dieu auquel il s'offrait, à des biens qui lui appartenaient, à ceux qui étaient davantage sa propriété, à son corps, à son sang et à sa vie. La victime n'était pas une de celles que nommait la loi mosaïque, mais elle avait plus de prix encore, elle était pure entre toutes, elle était celle qu'avait entrevue Isaïe. Comme jadis les animaux étaient officiellement amenés dans le temple, Jésus se présentait solennellement à la face de Jahvé. C'était bien, comme toutes les victimes de l'ancienne Loi, pour être substitué à autrui : Jésus se livrait pour les Douze, à leur place et à leur profit, il substituait sa vie à la leur. Aussitôt son supplice commençait : la souffrance n'était encore que morale, mais déjà, comme toute douleur, elle portait atteinte aux forces physiques de la victime. Bien plus, si Jésus ne versait pas en fait immédiatement tout son sang, si son corps n'était pas aussitôt mis à mort, du moins l'immolation prochaine était annoncée, symbolisée. Déjà elle était ratifiée par Dieu, comme l'avait été le sacrifice d'Isaac avant d'être accompli. D'ailleurs, puis que déjà les apôtres recevaient un morceau de la victime et buvaient son sang, c'est qu'à cet instant même, d'une certaine manière, l'immolation de Jésus était commencée. De même qu'autrefois sur le Sinaï le sang sacrifié avait aspergé l'autel et le peuple, de même une partie du sang de Jésus devait aller à Dieu et une partie être répandue sur les fidèles qui le buvaient : tel est bien le rite de l'alliance et de l'expiation. Ainsi encore comme en certains sacrifices, tandis que des membres de la victime étaient réservés au feu pour rester la part de Dieu et d'autres consommés soit par les prêtres, soit par eux et les donateurs, admis les uns et les autres à l'honneur d'être les convives de Jahvé et de participer à son festin, de même le corps du Christ était appelé à devenir par une mort volontaire et violente le bien propre du Très-Haut, et ce même corps était servi aux apôtres qui entraient ainsi dans la communion la plus intime qu'il est possible d'imaginer et avec Jésus et avec Jahvé. Les Douze qui furent témoins de la première cène assistaient certes à un acte inouï, sans précédent. Pourtant ils y retrouvaient ce qu'ils étaient habitués à voir en tout sacrifice, et ils pouvaient comprendre qu'à ce moment même commençait l'immolation rituelle des temps nouveaux.


II. INTERPRÉTATION DONNÉE PAR LES CHRÉTIENS, — 1. Témoignage des évangiles. — Le comprirent-ils ainsi ? Et d'abord quelle était la véritable prescription à eux faite par Jésus ? Après avoir proféré sur le pain ces paroles : « Ceci est mon corps pour vous », il ajoute : « Faites ceci en mémoire de moi. » Cette prescription, il la réitère sur la coupe : « Ce calice est la nouvelle alliance dans mon sang », dit-il, et il conclut : « Faites ceci, toutes les fois que vous boirez, en mémoire de moi ». Ainsi, par la volonté de Jésus, le repas est commémoratif et renouvelable, deux conditions qui ne s'excluent pas, parce que la passion est accomplie une fois pour toutes et l'eucharistie renouvelle le sacrifice et perpétue le souvenir de la passion. Il s'agit d'une commémoration par répétition de l'acte primitif. On fait mémoire de Jésus en l'amenant sur l'autel. Pour réduire l'eucharistie à n'être rien de plus qu'un symbole commémoratif, on a proposé de voir, dans l'ordre donné par Jésus de « faire ce pain en mémoire de lui », un simple mémorial de la personne du Christ. Interprétation non recevable, car si, à la rigueur, on peut entendre ainsi les mots : Faites cette coupe en mémoire de moi ; c'est chose impossible pour les mots : Faites ceci en mémoire de moi. Ceci, Touto (neutre) ; or le mot « pain » est masculin et il n'a pas été prononcé par Jésus. La vraie traduction parait être : Faites ce que je viens de faire et faites-le en mémoire de moi. Une autre interprétation de « Faites ceci » est : « Offrez ceci », c'est-à-dire, renouvelez ce que je viens de faire ; mais cette explication très favorable à l'affirmation de sacrifice semble moins autorisée, parce que, dans les écrits du Nouveau Testament, le mot roty n'a pas ce sens et la tradition ne le lui a pas reconnu.

Sur la coupe Jésus dit ces mots : « Cette coupe est — la nouvelle alliance dans mon sang », formule qui évoque le récit contenu dans l'Exode, lors que Moïse asperge le peuple avec le sang des victimes sacrifiées et dit : « Voici le sang de l'alliance que le Seigneur a conclue avec vous. » La coupe représente et rappelle la nouvelle alliance scellée par le sang du Christ offert en sacrifice, et « quiconque était familier avec l'Ancien Testament pouvait-il comprendre l'alliance dans le sang du Christ, sinon en l'entendant d'une mort offerte en sacrifice » ?

Après la distribution de la coupe, Jésus réitère l'ordre de renouveler le sacrifice, il veut que la succession des actes et la signification des rites soient identiques et immuables. Les mots : « Toutes les fois que vous boirez » ne prescrivent pas au chrétien de faire Paul explique aussitôt la pensée du Maître : Toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur. La pensée est claire. C'est au repas pascal que Jésus a béni la coupe, la Pâque était annuelle, désormais la cène sera plus fréquente, elle se renouvellera un nombre de fois indéterminé.

Ce n'est pas seulement saint Paul dans la Ière épître aux Corinthiens qui transmet aux fidèles l'ordre du Christ de réitérer la cène. Mais saint Luc fait suivre le récit de la distribution du pain de ces mots : Faites ceci en mémoire de moi ; ainsi le troisième évangéliste n'aurait mentionné ni le récit de la consécration de la coupe, ni l'ordre de réitérer la cène. Cette omission est contredite par tous les manuscrits onciaux, la plupart des autres et toutes les versions ; ceux-ci donnent ce qu'on nomme le texte long, auquel l'examen critique est favorable, car « comment expliquer que Luc se soit arrêté après avoir raconté la consécration du pain ? Il veut évidemment décrire l'institution de l'eucharistie, puisqu'il commence ce récit. Aurait-il eu un oubli ? C'est invraisemblable. Désirait-il rectifier les narrations des autres témoins ? Rien ne trahit cette intention. La tradition tout entière, les liturgies sont en opposition avec le récit du texte court. Et les omissions de cette recension ne peuvent s'expliquer par des conceptions doctrinales, soit judaïsantes, soit paganochrétiennes, soit hérétiques : la consécration du pain n'est-elle pas relatée dans des termes semblables à ceux qu'emploient les deux autres Synoptiques » ? Saint Luc ne fait pas réitérer la formule après la distribution de la coupe, Matthieu et Marc ne la mentionnent pas en termes exprès et leur silence s'explique parce qu'ils laissent entendre que l'ordre de renouveler la cène fut donné par Jésus. Ils n'avaient pas à insister sur ce point qui ne soulevait alors aucune contradiction, car on se conformait à la recommandation du Sauveur. Luc a pensé comme eux et on a pu discuter la question de savoir s'il avait estimé superflu de transcrire deux fois la formule : « Faites ceci... », ou si l'autorité de ce commandement, situé entre la consécration du pain et celle de la coupe, lui semblait rejaillir sur les deux textes.

Nous nous arrêterons donc à la conviction que Jésus prescrivit à ses apôtres la réitération du repas d'adieu, dans lequel ils voyaient désormais un sacrifice de communion, d'alliance et d'expiation. Ration est attesté dans le livre des Actes ; toutefois certains épisodes peuvent être entendus d'une action différente de la fraction eucharistique, et pour cette raison nous ne les utiliserons pas . Mais voici d'autres circonstances. Après le premier discours de saint Pierre à Jérusalem, « ceux qui reçurent la parole... furent baptisés ; et ce jour-là le nombre des disciples s'augmenta de 3 000 personnes environ. Ils étaient assidus à entendre la prédication des apôtres, à vivre en communauté, à participer à la fraction du pain, τὴν κλάσιν τοῦ ἄρτου, et aux prières 5. » Cette fraction du pain, c'est l'eucharistie. Tous les exégètes catholiques l'admettent et un grand nombre de commentateurs ou de critiques non croyants ; pour ces derniers, cette interprétation leur permet de distinguer une prétendue étape dans l'évolution de la cène eucharistique. La fraction du pain se trouve encore mentionnée un peu plus loin : « Chaque jour, nous dit-on, [les fidèles] étaient assidus d'un même cœur au temple et rompant le pain à la maison, κατ' οἶκον κλῶντες τὸν ἄρτον, ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur, glorifiant Dieu et trouvant grâce devant le peuple . » Il semblerait très simple que, dans ces deux passages, les mêmes mots aient le même sens ; cependant on a proposé d'y découvrir une source judéo-chrétienne * imaginaire. Quoi qu'on dise, ou bien que les deux textes se rapportent à la fraction du pain eucharistique ou bien que dans le deuxième il s'agit du repas ordinaire dans les maisons, nous croyons qu'il s'agit, dans les deux cas, du repas eucharistique.

Voici un exemple qui nous transporte quelques années plus tard, vers l'an 58. Au cours d'un voyage d'Éphèse à Jérusalem, saint Paul fait un séjour d'une semaine à Troas. « Or, disent les Actes, le premier jour de la semaine, comme nous étions réunis, κεκλημένοι, pour rompre le pain, τὸν ἄρτον κλάσαι, Paul devant partir le lendemain s'entretint avec les disciples et il prolongea son discours jusqu'à minuit... Paul rompit le pain et mangea, puis parla longtemps encore jusqu'au jour, après quoi il partit 5. » C'est donc un dimanche soir qu'on célèbre la synaxe pour la fraction du pain. Cette réunion au dimanche est conforme à ce que demande la Ie épître aux Corinthiens *. L'assemblée se tient dans une chambre haute, présidée par Paul ; elle se prolonge jusqu'à minuit. Interrompue par un accident tragique, la chute d'Eutychus et sa résurrection, elle reprend et dure jusqu'à l'aurore. Ce que nous voulons retenir, c'est que la réunion a eu lieu à cause de la fraction du pain ; or celle-ci n'a rien d'extraordinaire ou d'exceptionnel, la présence de l'Apôtre y ajoute un intérêt très grand, mais ne s'y fût-il pas trouvé, la réunion se serait tenue quand même, on nous le dit : « Le premier jour de la semaine, comme nous étions réunis pour rompre le pain. » Voici donc un rite hebdomadaire bien implanté. Saint Paul préside la réunion, soit comme fondateur de cette Église, soit à titre d'apôtre, il discourt, il converse, mais, si précieuse que soit sa parole, ce n'est pas pour l'écouter qu'a eu lieu la réunion, c'est à cause de la fraction du pain. Vers le milieu de la nuit, l'Apôtre, qui préside, rompt le pain et mange. Puisqu'il accomplit lui-même cet acte, à Troas, c'est qu'il lui était familier, qu'il n'y trouvait rien à redire, et ceci nous amène à reconnaître que, dès cette époque, la fraction du pain s'opérait le dimanche et dans toutes les Églises où passait l'Apôtre.

La fraction était-elle, à Troas comme à Corinthe, encadrée dans un repas religieux ? Le texte n'en dit rien et nous n'avons aucun moyen de suppléer à sa réserve. Toutefois, dans sa brièveté, le récit relatif à Troas nous apprend que ce n'est pas un festin pascal, une de ces réunions remplies par des prières et des lectures auxquelles se rendaient les Juifs de la diaspora et leurs prosélytes, c'est bien l'assemblée chrétienne comportant les quatre actes caractéristiques ; l'enseignement d'un apôtre : λόγος ; la communauté, κοινωνία ; la fraction du pain τὸν ἄρτον κλάσαι, et les prières, προσευχαί. L'assemblée « n'a pas encore de nom qui la nomme mieux que celui de fraction du pain, parce que ce geste essentiel est, sinon le tout, du moins le centre de la réunion ™ », dans laquelle « la coupe est sous-entendue ! ? ». Réunions n'allaient pas sans inconvénients graves, cependant l'Apôtre n'en prenait pas occasion de les interdire ; au contraire, il les maintenait malgré certains excès blâmables et recommandait seulement de se conformer à l'esprit de l'institution. Pour cela, il rappelait les circonstances historiques de celle-ci, la parole de Jésus : « Faites ceci en mémoire de moi » après la distribution du pain et la même recommandation après la distribution de la coupe. L'assemblée des fidèles pratiquait donc la communion du pain et du vin !.

Or on pratiquait à Corinthe ce qu'on fait dans toutes les Églises qui, par conséquent, réitérent le repas du Seigneur. Car l'Apôtre n'impose pas aux Corinthiens une coutume particulière, il leur prescrit de se conformer, comme tous les autres, à ce que le Sauveur a ordonné d'accomplir, il leur rappelle une loi générale en vigueur dans toutes les Églises.

Cette loi, saint Paul s'exprime sur elle en des termes parfaitement clairs. « Mes frères bien-aimés, dit-il aux Corinthiens, fuyez l'idolâtrie. Je vous parle comme à des hommes intelligents. Jugez vous-mêmes ce que je vous dis. Le calice de bénédiction que nous bénissons créait un lien de solidarité, de parenté entre le fidèle et le dieu. Conviction identique parmi les Juifs où ceux qui mangent la chair des victimes se tiennent en communion avec l'autel. Une partie de la victime appartient à Jahvé, une partie à ceux qui l'offrent et qui se sont ainsi approchés de la table de Jahvé.

D'où il faut conclure que le fidèle, qui mange le pain et boit le vin, entre en communion avec le Seigneur. La coupe met en contact avec le sang du Christ, le pain unit au corps du Seigneur. L'eucharistie met en possession de la grâce obtenue par l'immolation de Jésus. De même que dans les repas des sacrifiées païens les démons opèrent leur œuvre, de même dans le repas eucharistique le Christ opère la sienne. Paul dit que « puisqu'il y a un seul pain, nous sommes un seul corps, tout en étant plusieurs », et ceci s'explique parce que la vie coule de la tête aux membres et unit les membres entre eux.

Le texte va plus loin ; il oblige à conclure que le fidèle mange le corps et boit le sang du Seigneur. L'Apôtre établit une sorte de comparaison entre le repas des Juifs, celui des gentils et celui des chrétiens. Les deux premières catégories consomment les victimes mosaïques et idolâtriques, la troisième catégorie consomme, elle aussi, une victime, le Christ qui s'est immolé. Le sacrifice des chrétiens est une manducation de la victime immolée au Calvaire ; la chair et le sang qui mettent les Corinthiens en communication avec Dieu, c'est la chair et le sang de Jésus. L'analogie qui inspire tout ce développement de l'Apôtre ne permet pas une autre conclusion.

Les mots eux-mêmes ne permettent pas une autre explication. Il y a κοινωνία, c'est-à-dire participation au corps de Jésus, et il y a κοινωνία, c'est-à-dire participation au sang de Jésus ; ainsi il y a réalité et non symbole, il y a union.

Ce n'est pas l'effet du hasard, mais de la réflexion qui a décidé du choix et de l'emploi des mots au moyen desquels l'Apôtre a nuancé l'expression de sa pensée. Il introduit une analogie entre les trois communions : juive, païenne et chrétienne, mais il n'use pas des mêmes termes pour décrire les effets qu'elles produisent. La manducation des victimes juives fait entrer en communion avec l'autel, non avec Jahvé lui-même dont le juif ne sera pas le convive, mais qui recevra quelque chose venant de sa table. La manducation des viandes idolâtriques fait prendre part à la table des démons et partager leurs mets. La manducation de l'eucharistie est d'une nature différente ; elle ne met pas en rapport avec Dieu, avec sa table ou son autel, elle est une participation au corps et une participation au sang de la victime elle-même, le Fils de Dieu. La participation, au sens littéral, c'est la présence réelle dans le repas eucharistique.

Ce repas est-il sacrificiel ? Comment en douter, quand nous voyons saint Paul opposer aux viandes mangées après certains sacrifices païens ou juifs le pain que les fidèles rompent à la table du Seigneur et ce qu'ils boivent dans la coupe du Seigneur ? Ainsi au repas sacrificiel des païens et à celui des juifs correspond, chez les chrétiens, un repas également sacrificiel qui est la cène du Seigneur.


III, L'EUCHARISTIE DANS L'AGAPE. — Nous n'avons pas franchi encore la période des écrits contenus dans le Nouveau Testament. C'est dans le récit des évangiles synoptiques que nous trouvons le récit de la dernière cène, qui est à la base de la liturgie de la messe, puis que Jésus avait prescrit de faire cela, Touto, c'est-à-dire de renouveler ce qu'il avait fait. Dès lors, comme nous venons de le voir, il avait été compris et obéi, puis que, dans les Églises apostoliques, on avait consacré l'eucharistie suivant un rite qui s'inspirait du rite de la cène pascale et le reproduisait au moins en partie. Les témoignages que nous en avons rapportés à Jérusalem, à Troas, à Corinthe valent pour les autres communautés. Dans sa partie essentielle, le sacrifice consistait dans le renouvellement des paroles et des gestes de Jésus qui, la veille de sa passion, célébrant le repas pascal avec ses disciples, prit du pain, rendit grâces, le bénit et le rompit, prononçant sur lui les paroles de l'Institution, et le partagea entre les convives pour être mangé par eux, Ensuite, il prit une coupe de vin, rendit grâces une fois encore , récita les paroles de l'Institution, et la fit circuler pour être bue par les apôtres. C'est à l'histoire de l'eucharistie plus qu'à celle de la messe qu'appartient l'étude du formulaire conservé par saint Matthieu et saint Marc et avec quelques légères variantes par saint Luc et saint Paul ;

521 MESSE. — IV. LE TEMPS ET nous n'introduirons pas ici cette question. Nous éliminerons tout de suite une prétendue découverte qui n'allait à rien moins que de nous remettre en possession de l'anaphore apostolique, la formule centrale et primitive du sacrifice de la messe léguée à l'Église par les apôtres. L'auteur de cette mystification ! a vécu assez pour reconnaître son erreur et apprendre que le texte, auquel il attribuait une fabuleuse antiquité, - remontait à la période des trente premières années du - 1n* siècle ?, Si donc nous voulons savoir où nous en sommes sur les origines de la messe, nous voyons que le Nouveau Testament nous fait connaître les traits - suivants de la partie essentielle : 1° On apporte à l'autel du pain et du vin ; 2° Action de grâces du célébrant ; 39 qui bénit le pain et prononce les paroles de l'Institution ; 49 fait la même chose sur le vin ; 5 ? puis rompt le pain qui est distribué aux assistants. Cette partie essentielle fit-elle partie d'un ensemble de nature à rappeler les circonstances qui avaient entouré l'Institution ? Se crurent-elles obligées d'encadrer le rite de la fraction du pain dans un repas ?

Nous ne pouvons répondre à cette question avec certitude. Le passage du livre des Actes, qui décrit l'existence de la communauté primitive de Jérusalem, nous a appris que « les fidèles persévéraient dans la doctrine des apôtres et la vie commune, dans la fraction du pain et les prières ». Le même livre des Actes insiste sur les repas collectifs, mais nous ne sommes pas en mesure de dire si la fraction du pain eucharistique en faisait partie, comme au cénacle elle avait pris place dans le banquet d'adieu. On peut toutefois le conjecturer avec quelque vraisemblance. Dans les premiers mois ou les premières années, le souvenir de ce qui s'était passé au cénacle devait être présent à toutes les mémoires et inspirer la plupart des pratiques suivies. L'installation est des plus sommaires, la sécurité fait place à des alertes, on se réunit au temple et dans les maisons privées, on ne songe pas encore à posséder des églises ; ainsi, ne pouvant célébrer la fraction du pain dans le temple, doit-on instinctivement se réunir dans quelques maisons et c'est là qu'à l'heure du repas les groupes pratiquent la fraction du pain, qu'on distingue de ce repas, ainsi que cela se fit au cénacle.

Combien de temps en fut-il ainsi ? Personne ne le sait, pas plus que personne ne sait suivant quel rythme les conversions accrurent la communauté de Jérusalem et rendirent impraticables les repas collectifs et la cène eucharistique, qui y était associée, autrement qu'en multipliant les lieux de réunion. À Troas, nous savons que la fraction du pain avait lieu ; mais isolée ou encadrée dans un repas fraternel, c'est ce que nous ne sommes pas en mesure de dire ; nous serions plutôt disposés à croire que cette longue vigile qui se poursuit de la tombée de la nuit jusqu'à l'aurore, coupée par la manducation du pain après minuit, n'est pas un repas du soir. S'il en était autrement, on devrait en faire un banquet interminable, auquel la présence et la participation de l'Apôtre seraient surprenantes, lui qui condamnait cette pratique à Corinthe.

Ici nous sommes mieux renseignés et nous voyons qu'on associait le repas en commun à la fraction du pain. « Je ne vous fais pas compliment, dit saint Paul, de ce que vos réunions ne tournent pas à votre profit, mais à votre dommage. Premièrement, quand vous tenez votre assemblée, j'apprends qu'il se forme parmi vous des groupes séparés... Lors donc que vous vous réunissez ensemble, ce n'est pas le repas du Seigneur que vous mangez. En effet, chacun, en se mettant à table, commence par prendre son propre repas et l'un a faim tandis que l'autre s'enivre. N'avez-vous pas vos maisons pour manger et boire ? Ou méprisez-vous l'Église de Dieu et voulez-vous faire honte à ceux qui n'ont rien ? » Il est clair qu'on n'en est plus au temps des réunions par petits groupes dans les maisons comme à Jérusalem. Ce sont des « assemblées », on s'attable, on mange, on s'enivre ; chose qu'on aurait pu faire (sans causer de scandale) dans sa maison où, évidemment, on ne se trouve pas, mais bien dans un lieu plus vaste, accessible à tous les frères.

Il ne parait pas contestable qu'à Corinthe on associait la cène eucharistique à un repas ; on formait, sinon une seule assemblée, du moins plusieurs en nombre imposant chacune. Les fidèles apportaient leurs provisions et, sitôt arrivés, mangeaient et buvaient jusqu'à l'ivresse. Saint Paul n'interdit pas les réunions et ne condamne pas le banquet fraternel, mais il blâme le désordre qui y règne, il veut que le repas commence pour tout le monde en même temps, que les groupes ne s'isolent pas les uns des autres, que les fidèles mettent en commun leurs provisions et évitent tout excès. Ceux dont l'estomac ou le gosier sont trop exigeants n'ont qu'à manger un morceau et boire un peu avant de quitter leur maison ; ainsi le banquet fraternel ne dégénérera pas en réunion dégoûtante contrastant avec la gravité du repas eucharistique qui doit suivre. Dès l'instant que l'Apôtre réglemente l'agape, c'est qu'il ne l'interdit pas, ne la réprouve pas là où il la trouve en vigueur, à Corinthe, et sans doute ailleurs. L'eucharistie se trouve ainsi rapprochée et associée à une pratique très répandue, celle d'un repas semi-liturgique pris en commun et dont la loi fondamentale est l'égalité de traitement entre les convives et la frugalité des mets qu'on y prend.

Le rapprochement de ce repas semi-liturgique et de la fraction du pain n'est pas interdit, elle est tolérée, mais elle n'est pas approuvée, ni recommandée. L'Apôtre veut que la cène eucharistique demeure indemne des abus et des excès du repas accessoire, qui sont sévèrement condamnés et doivent disparaître. Mais leur disparition n'entraînera-t-elle pas le repas lui-même ? Il le prévoit peut-être et ne s'y oppose pas, car, à ses yeux et d'après son enseignement, le repas du Seigneur seul a une raison d'être.

Ce que nous voyons fonctionner à Corinthe est-il un fait isolé et purement local ? La pratique qui nous est dépeinte et à laquelle on a donné le nom d'agape n'offre-t-elle vraiment aucune trace de l'agape qu'on rencontre beaucoup plus tard, c'est-à-dire un repas de charité offert par la communauté chrétienne à ses pauvres ou à une catégorie de malheureux ? Mais toute pratique, quand on la considère à un moment donné et « beaucoup plus tard », court grand risque d'offrir bien peu de traces reconnaissables du passé lointain. Il en est ainsi pour l'agape liturgique et aussi pour l'agape funéraire. Peut-être, à y regarder de plus près, retrouverait-on dans les repas tumultueux de Corinthe des fidèles qui ont quelque titre à être appelés pauvres ou malheureux, car ils sont venus à la réunion sans rien apporter, escomptant le partage des provisions amenées par les frères moins dépourvus, et ce détail nous permet d'entrevoir quelque chose qui pourrait bien avoir été, quelques années auparavant, un véritable repas de charité.


IV. LE TEMPS ET LE LIEU DE LA FRACTION. — Dans les premiers temps, avons-nous dit, le souvenir de ce qui s'était passé au cénacle devait être présent à toutes les mémoires et inspirer la plupart des pratiques suivies. Les synoptiques et saint Paul placent le repas du Christ avec les Douze dans la nuit où il fut livré. C'est aussi pendant la nuit qu'on célébrait, à Troas, la fraction du pain et, probablement, en était-il de même à Corinthe, puis que saint Paul rappelle cette circonstance aux Corinthiens. Enfin, à Jérusalem, tout au début, on se conformait sans doute à ce qui s'était fait le jeudi saint, on unissait la cène chrétienne à un repas et celui-ci devait se prendre le soir, puis que, pendant le jour, les frères allaient prier au temple.

Quand se tenaient les réunions ? À Troas, c'est le premier jour de la semaine, le dimanche par conséquent. Dans les autres Églises fondées par saint Paul, il semble probable qu'il en fut de même ; c'est ce jour-là qu'on mettait à part l'argent pour la collecte. À Jérusalem, on pourrait croire que la fraction avait lieu tous les jours, xx0 hupat, si le verset dans lequel on lit ces mots se rapporte à l'eucharistie, ce que certains contestent ; toutefois, même si on entend ce verset de l'eucharistie, la locution xaxÜ' zuépxv, « chaque jour », pourrait n'y pas avoir rapport, mais ne devrait s'entendre que de la fréquentation du temple : « Quotidiennement ils persévéraient d'un seul cœur dans la fréquentation du temple et, rompant le pain à la maison, ils prenaient leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. » Où se tenaient les réunions ? À Jérusalem, il est plus que probable que le cénacle conserva sa destination, mais aucun texte de l'Écriture ne nous l'apprend. Le livre des Actes nous dit que les réunions des fidèles avaient lieu chez des particuliers, dans des maisons privées ; il nous apprend qu'une de ces maisons était celle de Marie, mère de Jean Marc. C'est là que saint Pierre se rend, après être sorti nuitamment de prison. On connaît le récit de saint Luc : Pierre vient frapper à cette maison où Tux » ixxvoi cuvnÜpowuévot wal Toosevyóuevot, « où beaucoup étaient assemblés et priaient » La servante, Rhodé, accourt, reconnait la voix de l'Apôtre — donc un habitué de la maison — et, oubliant d'ouvrir, va annoncer sa présence à la réunion. Pierre frappe de nouveau, on l'introduit, il raconte son évasion, prescrit d'avertir l'apôtre Jacques et sort, se rendant ailleurs, x« i £* :306v éroseuün sic £cepov vómov. Voici donc encore une réunion nocturne, mais Pierre n'y fait pas la fraction du pain, c'est quelque chose comme une synaxe aliturgique. À Troas, la réunion se tient dans une maison assez vaste, où on occupe le troisième étage, chambre assez grande, puis que son éclairage réclame plusieurs lampes. À Corinthe, saint Paul parle de la réunion de la communauté en une « Église » qu'il oppose aux maisons particulières où les fidèles mangent et boivent ; mais il ne s'agit pas d'un édifice spécialement destiné au culte, ce mot désigne une assemblée, même si elle se tient dans une maison particulière.

V. PRINCIPALES CIRCONSTANCES DE LA FRACTION, — Dès les jours qui suivirent la passion et la résurrection de Jésus, les apôtres se réunissaient et prenaient grand soin de fermer la porte du lieu où ils s'assemblaient, et cela, dit saint Jean, « dans la crainte des Juifs ». C'est là que le Sauveur reparut parmi eux, à portes closes, et nous pouvons croire que c'est dans ces réunions qu'ils réitérèrent d'abord la fraction du pain ; mais ils étaient juifs trop pieux pour s'abstenir d'assister aux services du temple, ils s'y rendaient donc et, suivant l'exemple donné par le Maître, ils se rendaient aussi dans les synagogues. Toutefois, ni dans le temple, ni dans les synagogues, les apôtres et ceux qui partageaient leur croyance ne pouvaient louer Dieu et célébrer son culte conformément à leur foi dans le Christ. Il fallait donc s'assembler dans des lieux clos, à l'abri des malveillants et des curieux, et c'est ce qui se fit, ainsi que l'attestent les écrits apostoliques qui mentionnent ces réunions où pauvres et riches se rencontraient et où certains ne veulent pas se montrer. Les assistants s'y présentent tête nue et les femmes la tête voilée. Ils prient debout, à la manière juive, et lèvent les mains vers le ciel. Dans ces réunions où les seuls fidèles sont admis, il faut se souvenir que presque tous et toutes sont familiers depuis leur enfance avec l'ordre du service observé dans les synagogues ; on s'y conforme donc comme instinctivement, et c'est ce que nous montrerons plus loin. On prie à la manière juive ; on fait des lectures à la manière juive également et ces lectures sont tirées des écrits de l'Ancien Testament, les seuls qu'on connaisse encore et que tous révérent, car « toute Écriture est divinement inspirée, elle est utile pour enseigner, convaincre, corriger, former à la justice ». À mesure que les années s'écoulent, une coutume s'introduira, on donnera lecture des lettres de l'apôtre Paul et ces lettres jouiront, dès la première heure, d'une autorité égale à celle des Livres saints. Par ces lettres, Paul exerce une sorte d'omniprésence et il inculque une discipline dans laquelle la prédication tient une large place sous forme d'enseignement, d'exhortation, de commentaire. Les femmes ne doivent pas prendre la parole, mais il est permis aux inspirés : prophètes, glossolales, ou à leurs interprètes, de se faire entendre. Ce n'est pas tout, car on prie et on chante.

La prière occupe une place considérable dans l'assemblée des frères et dans la vie chrétienne. Elle s'adresse à Dieu et au Christ qu'elle implore pour l'Église et pour ceux qui lui appartiennent, n'exceptant personne de ses demandes, de ses requêtes, de ses supplications, de ses actions de grâces. La prière individuelle n'est pas moins encouragée que la prière collective, à laquelle tous s'unissent dans l'Amen. La prière est inséparable du chant. On chante des psaumes et des hymnes. « Lors que vous êtes réunis en assemblée, écrit saint Paul, tel d'entre vous a un cantique, » a entrelenez-vous les uns les autres de psaumes, d'hymnes et de cantiques spirituels, chantant et psalmodiant du fond du cœur pour honorer le Seigneur. » Et voici encore une tradition de la synagogue qui a passé dans les réunions chrétiennes. Nous avons montré déjà dans saint Paul des fragments de prose rythmée (voir Dielionn., t. VI, au mot HYMNES) qui paraissent avoir été récités ou chantés dans les plus anciennes assemblées liturgiques chrétiennes ; mais il paraît probable que c'est ici une veine très abondante où, sans rien abandonner des trésors accumulés dans l'Ancien Testament, la foi nouvelle dans son ardeur ajoute ses improvisations inépuisables.

Lecture, prédication, prière, chant, voici le cadre qui entoure la liturgie nouvelle adaptée à celle de la synagogue, mais ce que la synagogue ni le temple n'ont pu suggérer, c'est le rite de la fraction. Celle-ci comporte-t-elle des offrandes ? Le repas eucharistique exige qu'on apporte du pain et du vin, mais rien ne nous apprend par qui et comment ils sont offerts. A — 1 I Thess., v, 27 ; Col, iv, 16. — Y I Tim., 1v, 13. — 18 [ Corinthiens, xiv, 34. — ! I Cor., xri, 10, 28, 30 ; XIV, 2-39. — % I Tim., n, 1-23. — # T Cor., XIV, 16. — 3$ [ Cor, xrv, 26. — ** Ephésiens, v, 19 ; Colossiens, ri, 16.

M diede pe garten eom PARIS BAPE ur OF aer HT ARI Jérusalem, aucun détail, à Troas non plus. À Corinthe, les assistants arrivent munis de provisions sur lesquelles ils ne prélèvent même pas la part des pauvres. Il faut savoir avouer que nous ignorons quand et comment on se procure le pain et le vin nécessaires à la fraction, et il se peut qu'il n'y ait pas eu uniformité : don volontaire, prélèvement imposé, générosité individuelle, offrande collective.

Nous avons indiqué les épaves possibles d'un hymnaire apostolique disséminées dans les écrits de saint Paul ; nous devons encore attirer l'attention sur diverses formules préservées dans les écrits du Nouveau Testament et qui ont pu appartenir à la supplication publique ; telles sont : Grâces soient rendues à Dieu ? ; dans les siècles des siècles ; par Jésus-Christ Notre-Seigneur ; au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; Dieu béni à jamais ; Béni soit Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ * ; Que la grâce et la paix soient avec vous ; Je rends grâces à Dieu.

Il se peut que les doxologies fréquemment introduites dans les lettres des apôtres soient des formules de la liturgie primitive, comme par exemple : Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu, la communication du Saint-Esprit soient avec vous tous ?, ou encore : De lui, par lui et pour lui sont toutes choses ; à lui la gloire dans tous les siècles des siècles. Amen répondent les quatre animaux. Après l'anaphore d'action de grâce pour la création, c'est ici l'anaphore d'action de grâce pour la rédemption et, plus loin, on trouve l'anaphore d'action de grâce pour le second avènement !*, Plus on examine ces morceaux, plus on se persuade qu'ils nous ont conservé le dessin et le rythme des pièces liturgiques qui encadraient la fraction du pain.


VI. LA PAQUE JUIVE ET LA CENE EUCHARISTIQUE, — Nous ne croyons pas nécessaire d'entreprendre ici la démonstration, que nous tenons pour acquise, que l'eucharistie fut instituée à la fin du repas du soir qui était le banquet rituel de la pâque. La date de l'événement, 14 ou 13 du mois de nisan, a été discutée dans un autre travail # et nous n'avons pas à y revenir ici. Il nous suffit de montrer la relation existant entre la pâque juive et la cène eucharistique. Pour les synoptiques le fait est acquis. Saint Matthieu nous montre les apôtres, la veille des azymes, disant à Jésus : « Où veux-tu que nous mangions la pâque », Ilôù Oéhetg évotukcoUév cot quysiv To m&cyx 1 ; et saint Paul n'est pas moins formel lorsqu'il écrit que le « Christ, notre pâque, a été immolé, x« t Y&p To nasya TOV &r00v Xptocóc !*. Au point de vue mystique et théologique, l'eucharistie venait prendre place au cœur même de la fête la plus solennelle des Juifs, la nouvelle alliance se greffait sur l'ancienne. Au point de vue liturgique, cette circonstance n'entraînait pas de moindres conséquences sur les développements ultérieurs 27. Toutes les liturgies portent en traits indélébiles, comme nous le verrons plus tard, la marque de cette fête pascale. C'est aussi une des raisons qui expliquent la prédominance liturgique que prirent bientôt, dans l'année chrétienne, ces jours anniversaires de l'institution de la cène, de la passion et de la mort du Sauveur, qui devinrent le centre de l'année liturgique, liés qu'ils étaient en même temps à l'eucharistie, à la pâque et à la mort de Jésus.

Mais tout en restant en relation avec la pâque par son origine et sa signification, la cène accuse, dès l'âge le plus ancien, de profondes différences. La pâque était une cérémonie annuelle, elle était le centre de l'année juive. La cène fut, dès l'origine, un rite presque quotidien !*, et ce fait, à lui seul, était de nature à en modifier profondément le caractère.

Jésus prit du pain !, rendit grâces — le texte de sa prière n'est connu par aucun témoignage direct — rompit le pain et le distribua à ses disciples. Voici la fraction du pain *, la distribution aux fidèles d'une même nourriture mystique, signifiant l'union intime des fidèles entre eux : la communion. Le vin du calice est également distribué à tous, et ce breuvage est considéré dans l'antiquité, de même que le pain, comme un symbole d'unité. La formule consécratoire, dans les synoptiques et dans saint Paul, n'offre que des variantes sans importance.

L'eucharistie est mise en relation avec le sacrifice de la croix tout proche par ces mots : « mon corps qui rtc T LI Nt WERE 1 aS 2 e NT EC est donné, livré pour vous », et pour le calice : « le sang... qui est répandu pour vous, répandu pour un grand nombre », ou avec saint Paul : « Chaque fois que vous mangerez ce pain... vous annoncerez la mort du Seigneur. » Le fait exerce une importance capitale sur les développements liturgiques ultérieurs.

A la suite de l'Institution, Jésus prescrit de la renouveler : « Faites ceci en mémoire de moi », et il prononce une prière, sur le caractère et l'étendue de laquelle nous ne sommes pas mieux instruits que pour la prière préparatoire. On peut s'étonner qu'une formule si solennelle n'ait pas été consignée par les évangélistes ou n'ait pas pris place dans un schéma apostolique de la liturgie eucharistique ; mais c'est un fait que nous ne pouvons que constater.

On a vu qu'après la mort de Jésus et sa résurrection, les apôtres et les disciples, loin de rompre aussitôt avec la religion juive, continuèrent à fréquenter le Temple et les synagogues pendant une période de temps impossible à fixer. En ce qui concerne le Temple, ils paraissent s'y être rendus pour s'unir aux prières | et non pour assister aux sacrifices. On constate encore, aussi haut que l'on puisse remonter, qu'à l'exception des judaïsants, les chrétiens ne célébrèrent plus la pâque par l'immolation de l'agneau. La cène fut considérée désormais par eux comme leur seul sacrifice, comme leur unique et véritable pâque : dote toptCouey uh £v Copy maraig... ŒAX £v aiopotc elptvies xxi &XrnUsimc : Ha que epulemur non in fermento veleri.., sed in azgmis sinceritatis el pverilatis !.

Ces éléments que nous présente le texte des Écritures, on les retrouve dans toutes les réunions eucharistiques de l'antiquité chrétienne ; un banquet fraternel, une agape ou repas de charité, tenu la plupart du temps, comme la cène, au cours de la nuit ou à l'aurore ; le rite eucharistique précédant ou suivant ce repas ; des prières, des psaumes récités ou chantés, des cantiques d'actions de grâces qui entourent le rite eucharistique, la fraction et la distribution du pain mystique aux fidèles, le souvenir de la passion, de la mort, de la résurrection et de l'ascension du Seigneur, qui se rattache à l'eucharistie. C'est aussi ce qui se trouve exprimé ou résumé dans le cande de toutes les liturgies anciennes.

A ces renseignements donnés par les contemporains de l’Institution viennent s'ajouter quelques allusions conservées dans les écrits de la première génération chrétienne ; mais les auteurs des premiers siècles ne nous apportent aucune notion importante qui ajoute et qui complète les textes scripturaires. Ils se contentent de décrire l'usage de leur temps sans allusion à une époque plus ancienne, sans addition à ce qui nous est donné par les synoptiques. Il est permis de regretter qu'il ne se soit rencontré personne alors qui ait eu le pressentiment de notre légitime curiosité touchant les moindres circonstances d’un passé vénérable, il est légitime de s'en étonner, mais il faut reconnaitre que les préoccupations des hommes de ce temps ne les inclinaient pas à rechercher et à transmettre le souvenir de ce qu'ils voyaient et entendaient avec la précision et la minutie que nous y apportons aujourd'hui. Lorsqu'on pense que ni Matthieu, ni Jean n'ont songé à décrire les traits du visage, à donner la taille de Jésus, que tous les objets domestiques qui avaient été à son usage n'ont pas même été recueillis et vénérés par les premières générations chrétiennes, que le plat et la coupe de la cène pascale ont disparu sans que personne ait paru songer à dire un seul mot sur la destinée de ces reliques sacrées ou à assurer leur conservation, on est moins surpris de constater notre ignorance de tout ce qui touche à la fraction du pain en ces premiers temps.

Cependant, si notre ignorance est profonde, elle n'est pas absolue. Les synoptiques et saint Paul ne nous ont pas laissé une description de la cène, mais ils ont fait des allusions assez fréquentes pour qu'il soit possible, à l'aide d'un document d'époque un peu postérieure, de reconstituer le cadre et les traits principaux de la réunion eucharistique au temps des apôtres. Le document auquel nous faisons allusion est la première Apologie de saint Justin, dont nous allons montrer le parallélisme avec les éléments signalés dans les livres du Nouveau Testament ramenés dans le plan primitif.

1. On se réunit le jour du soleil. Apol., r, 67.

2. Lecture des mémoires des apôtres et des écrits des prophètes, 1, 67.

3. Discours du président qui exhorte à se conformer à la lecture. T, 67.

4. Prières debout pour tous les hommes et toutes les catégories. 1, 67, 65.

1. On se réunit pour la fraction le dimanche, Act., XX, 7 ; I Cor., XVI, 1-2.

2. Lecture de lettres des chefs des Églises. I Thess., v, 27 ; Col., rv, 16.

3. Prédication de la parole de Dieu. I Cor, xiv, 26 : Act., XX, 7. | 4. Prières pour tous les hommes. I Tim., 11, 1-2.

Ce rapprochement permet de conjecturer que les opérations se sont succédées, dès l’origine, dans l’ordre où elles se suivaient vers le milieu du 1er siècle, à l'époque où écrivait saint Justin. Cette conjecture est d'autant plus soutenable qu'à l'origine les fidèles venus du judaïsme étaient nombreux et, antérieurement à leur conversion, ils avaient, en leur qualité de juifs pieux, fréquenté la synagogue. Certains parmi eux continuaient à s'y rendre, bien que devenus disciples de Jésus ; ils y prenaient la parole et y prêchaient. Jésus crucifié. Paul, converti, donnait l'exemple de cet apostolat à Damas, à Chypre à Antioche de Pisidie, à Iconium, à Thessalonique, à Bérée, à Corinthe, à Éphèse et, en cela, il ne faisait qu'imiter ce qu'avait fait Jésus. Les exercices religieux de la synagogue n'avaient rien que de recommandable. Mais cette situation ne se prolongea guère. La synagogue en vint assez vite à blasphémer Jésus, à repousser ses disciples, à leur interdire l'accès de ses réunions et ces juifs convertis furent très disposés à introduire dans les assemblées de leurs coreligionnaires les traits principaux du service qui leur avait été familier. C'est le sujet que nous devons exposer avec détails.

Il est certain qu'une étroite relation existe entre la cène eucharistique et le banquet rituel de la Pâque juive. Le sacrement du corps et du sang du Christ avait été, en quelque sorte, enchâssé dans la fête pascale de l'ancienne alliance. Cette fête consistait essentiellement en l'immolation de l'agneau symbolique et communion des apôtres et il fit passer le calice à la ronde. La bénédiction, après la quatrième coupe, sur Israël et le fruit de la vigne, fut supprimée et remplacée par un psaume (hymno dicto), peut-être le psaume XXI, Dominus regit me, qui est conservé dans la Gemarra de Babylone.

Telle est la façon dont se serait passée la première cène. Voici du reste le tableau de ces relations.

Répétition de la 4e coupe.

Mélange de l'eau et du vin. Lavement des mains.


MESSE Oblation.

Mélange de l'eau et du vin.

Lavement des mains.

Offrande. Le prêtre prie à voix basse en se lavant les mains, d'où est venue la secrète, maintenant séparée du Dominus vobiscum et de l'Oremus initial par les prières intercalées plus tard de l'offrande.

L'épiclèse s'inspirerait aussi des derniers versets de ce psaume (versets 25-26) Pour Bickell, l'épiclèse se rapporte surtout à la communion, on demande que l'Esprit divin fasse apparaître l'eucharistie qui est la nourriture de toute chair. Verset 26, Confitemini Deo Ces versets répondent à la coli... confilemini Domino fin du canon : Est tibi Deo Dominorum ; Quoniam in patri... omnis honor el gloria. alernum misericordia ejus. Le peuple à la fin du Le peuple répondait Amen psaume répondait : Amen, à la fin du canon.

Fraction de l'hostie. — Baiser de paix. — Bénédiction du prêtre. — Préparation à la communion. — Répétition de la bénédiction d'Aaron. — Sancta Sanctis et réponse du peuple. Communion. Ps. XXI. Dominus regil me. Action de grâces.

Le système de Bickell est ingénieux et, dans son parallèle, il est des points qui peuvent sembler acquis. Les relations entre la Pâque et la cène paraissent incontestables, nous le répétons, et c'est au milieu de son rituel que l'eucharistie a pris place.

On ne peut nier l'analogie dans la succession des rites entre les deux cérémonies. Un autre point établi, c'est que plusieurs des prières de la messe, notamment la préface ancienne, les bénédictions et les oraisons, s'inspirent des psaumes, des cantiques de la Bible, des bénédictions et des oraisons du rituel juif. Ceci est du reste un fait général pour la liturgie chrétienne. On retrouve certainement dans les plus anciennes prières chrétiennes un écho des prières juives.

Dans le tableau précédent on a résumé les rapprochements proposés par Bickell qui les pousse beaucoup plus loin et arrive jusqu'à des rapprochements de mots tout à fait contestables et qui, en tout cas, ne prouvent rien. Ainsi le Sanctus, que Bickell veut faire correspondre à un verset du psaume Confitemini, n'est pas d'époque primitive et sa place à la suite de la préface n'est pas non plus primitive !. Plusieurs des rapprochements les plus ingénieux ne prouvent que le fait d'une source unique d'inspiration pour la liturgie chrétienne et la liturgie des juifs.

On peut énoncer d'autres critiques : la description de la Pâque juive est faite d’après des documents postérieurs de plusieurs siècles à Notre-Seigneur. Sans doute, les juifs ont conservé leurs anciens rites qu'on retrouve un peu dans tous les pays et il n'y a pas apparence qu'ils aient emprunté leurs rites aux chrétiens. — Les rapprochements, pour la partie chrétienne, reposent sur la liturgie clémentine des Constitutions apostoliques (I, II et VIII) Celle-ci est assurément ancienne et autorisée, mais peut-être pas autant qu'on le suppose pour les besoins de la démonstration ; en outre, elle témoigne d'une certaine tendance bienveillante à l'égard des rites juifs, qui pourrait la faire récuser. — Enfin, d'une comparaison entre la cérémonie de la Pâque juive avec la messe chrétienne sous sa forme la plus antique, il ressort qu'aucun des psaumes récités à la Pâque ne se retrouve au canon de la messe ; les cérémonies ayant trait au rite de la Pâque ont également disparu. Les plus anciens canons ne font pas allusion à la Pâque juive. Bickell nous dit que, dès les temps apostoliques, on a remplacé ces psaumes et ces prières par des formules qui s'en inspiraient. Ce fait indiquerait suffisamment la volonté de faire entendre aux fidèles, la plupart venus du judaïsme, que l'ancienne Loi avait pris fin et fait place à la Loi nouvelle. Or, on ne pouvait conserver à la Pâque son caractère d'autrefois, ses rites, ses formules, même en les associant à la cène, sans exposer certains convertis à perdre de vue le véritable sens de la messe. Cette nécessité d'une réaction contre les rites judaïques a laissé un écho reconnaissable dans plusieurs écrits de ce temps, à commencer par l'épître aux Hébreux et l'épître dite de saint Barnabé. » Lorsqu'on lit que « l'Église accepta en bloc tout le service religieux des synagogues * », il faut se souvenir que ce service religieux ne comportait pas un sacrifice, lequel n'était offert que dans le Temple. L'analogie entre la liturgie synagogale et la liturgie eucharistique ne peut donc porter et ne porte réellement que sur le développement cérémoniel et sur l'ordonnance générale, peut-être aussi sur certaines formules, mais tout ceci n'est que le cadre du sacrifice chrétien.

Si on se reporte à la description donnée plus haut d'après saint Justin, on s'apercevra que les opérations qui précèdent le baiser de paix sont celles qui se déroulent le samedi matin au service de la synagogue. On y trouve : 1° Réunion le jour du sabbat ; 2° Lecture de la Loi et des prophéties ; 3° Homélie ; 4° Bénédictions et prières sur différentes catégories ; 5° Prière pour la paix. Le dessin d'ensemble montre un développement parallèle assez frappant pour qu'on ait pu conclure à un emprunt réalisé dès l'âge apostolique, avant la rupture survenue entre l'Église et le judaïsme, emprunt portant sur la première moitié du service religieux et resté intact au moins jusqu'au temps de saint Justin. C'est la partie préparatoire, l'avant-messe, dont nous allons nous occuper dans quelques instants.

Mais, en ce qui concerne la messe des fidèles, c'est-à-dire la synaxe eucharistique, la part du rituel et du formulaire juifs se trouve réduite à peu de chose, comme on va le voir.

Aller plus loin tendrait à faire de l'eucharistie une contrefaçon chrétienne de la Pâque, et une contrefaçon dépourvue de signification, car si l'eucharistie n'était rien de plus et rien de mieux qu'une contrefaçon, elle devait être, elle aussi, annuelle et non quotidienne ou du moins hebdomadaire. C'est qu'en dehors du jour qui lui était réservé, le souper pascal perdait toute signification et la manducation de l'agneau, du charoseth et des herbes amères eût été quelque chose d'analogue tout au plus à une messe blanche ; un juif n'eût pas été permis et des milliers de convertis n'auraient pas eu assez de liberté d'esprit pour consentir à une cérémonie si étrangement contraire aux idées reçues. Nous avons dit qu'il parait, aussi haut qu'on puisse remonter, que le rite de l'immolation de l'agneau fut délaissé par les chrétiens et que les fidèles retinrent surtout les paroles ignorées des juifs, paroles essentielles que les synoptiques et saint Paul ont pris soin de recueillir et de citer. Bref, si on a cru entrevoir les premiers linéaments de la messe dans les formes rituelles juives, « il n'en est pas moins vrai que ces éléments anciens sont revêtus d'un sens si nouveau dans la messe qu'on peut les considérer vraiment comme une création ! »

Disons un mot encore d'un rite juif appelé le kiddousch qui avait lieu la veille au soir du sabbat. Au repas qu'on prenait après le coucher du soleil, le père de famille prenait une coupe remplie de vin et, après avoir récité les versets 1 à 3 du chap. 11 de la Genèse, il la bénissait : « Sois loué, Éternel, notre Dieu, roi de l'univers, qui as créé le fruit de la vigne. » Puis il bénissait la fête : « Sois loué, Éternel, notre Dieu, qui nous as sanctifiés par tes préceptes, qui nous as agréés pour ton peuple et qui, dans ton amour, nous as donné le saint jour du sabbat, en commémoration de la création. Ce jour est la première des solennités ; elle nous rappelle que tu nous as fait sortir de l'Égypte, que c'est nous que tu as choisis et sanctifiés au milieu de tous les peuples et dans ton amour tu nous as donné en héritage le saint jour du sabbat. Sois loué, Éternel, qui as sanctifié le sabbat. » Le père boit à la coupe et la fait passer à sa femme et à ses enfants *. On a proposé de faire célébrer la cène, non au cours du repas pascal, mais au cours d'un Kiddousch, mais celui-ci ne comportait pas une bénédiction du pain et le lavement des mains. On pourrait penser que la première coupe du récit de Luc est celle du kiddousch, mais les paroles de Jésus sur le pain : « Ceci est mon corps », et sur le vin : « Ceci est mon sang » n’ont rien de commun avec les prières du kiddousch. Il se peut que la célébration hebdomadaire de cette cérémonie ait influé sur celle de l'eucharistie ; toutefois, il faut remarquer que cette sorte de préface au sabbat s'accomplissait la veille, par conséquent le vendredi soir, et l'eucharistie se célébrait dans la nuit du samedi au dimanche.


VII. LA MESSE DES CATÉCHUMÈNES OU AVANT-MESSE ET LA VIGILE ? — Les rapprochements et les considérations qui précédent ne s'appliquent, on l'aura remarqué, qu'à la partie de la messe qui commence à l'offertoire, et que l'on appelle, en style liturgique, la messe des fidèles, c'est le sacrifice, ou la messe proprement dite. La partie qui précède, ou messe des catéchumènes, qui se compose de l'introit, du graduel, du trait ou de l'alleluia, des lectures d'Écriture sainte (Ancien Testament, Épîtres ou Actes des apôtres), de la lecture de l'Évangile, n'est qu'une introduction au sacrifice, elle ne correspond à aucune des cérémonies de la paque juive ; elle en est absolument distincte. Rien non plus qui fasse allusion à cette avant-messe dans les textes du Nouveau Testament sur la cène eucharistique. Quelle est donc son origine ? Selon G. Bickell, elle répond à la prière matinale qui se disait le jour du sabbat dans les synagogues et dont le nom est le schacharit ou prière du matin pour le jour du sabbat *.

La lecture débutait par une bénédiction ; puis suivaient quelques lectures de la Bible, ensuite venait la psalmodie, puis le cantique de David (I Paral., xvi, 18-36), un centon des psaumes et le psaume c (les jours de fête, ce dernier était remplacé par d'autres psaumes) ; puis les six derniers psaumes (CXLV à CL), une courte louange à Dieu, le cantique de Moïse : Cantemus Domino (Exod., xv), et le chant de la bénédiction ; puis dix-huit bénédictions, un peu dans le genre de nos prières litaniques, appelées Schemone Esre. Lorsqu'un prêtre était présent, il bénissait l'assemblée, les mains étendues. Parfois, notamment le jour du sabbat, après la troisième des bénédictions, on insère le Kedascha qui ressemble à la préface et au Sanctus de notre messe. Après les Schemone Esre, se trouvent plusieurs lectures tirées de la Loi (Parascha), chaque lecture est faite par un membre de l'assemblée, avec une bénédiction avant et après, on lit des extraits des prophètes (Haftara) avec les mêmes bénédictions que pour les leçons de la Loi, et le président fait une exhortation à l'assemblée ou commente les passages qui ont été lus.

Il y a ensuite des prières ou supplications, dans le genre de celles que nous avons conservées au vendredi saint, prières pour les voyageurs, pour les pauvres, les bienfaiteurs, pour les défunts, pour ceux qui sont morts à cause de la foi.

Après ces supplications, on chante le psaume CXLV, on dit la prière appelée Musaph, du même genre que les Schemone Esre, on fait une lecture tirée du Talmud, on récite le psaume cxlvi, spécialement affecté au jour du sabbat, et une oraison termine la prière matinale de ce jour.

Voici du reste un tableau qui fera ressortir les analogies relevées par G. Bickell entre la prière sabbatine et la messe des catéchumènes.

Ici encore peut-être G. Bickell a-t-il voulu pousser trop loin les analogies *. Mais le fait lui-même de la ressemblance entre l'avant-messe et le service des synagogues nous paraît incontestable. Toutefois, la question demande à être approfondie ; il y a d'autres conclusions à en tirer. C’est ce que nous voudrions faire ici.

Les différences, au point de vue liturgique, entre la messe des catéchumènes et la messe des fidèles sont nombreuses et frappantes. Le cadre liturgique, la nature des formules et des rites sont d'un caractère absolument différent. D'un côté (avant-messe), des lectures, des chants, des prières d'intercession, une prédication, des rites presque disparates, à tout le moins sans liens entre eux, des chants d'hymnes comme le Gloria in excelsis, les litanies, le chant des psaumes, des lectures, des oraisons, une prédication. Le diacre, les ministres inférieurs y remplissent leur rôle et y prennent la parole, les chantres et le peuple lui-même y interviennent fréquemment par la psalmodie. Dans la messe des fidèles la scène change ; ici, une succession de formules et d'actes liturgiques qui se suivent à peu près sans hiatus, qui s'enchainent étroitement l'un à l'autre et sont ordonnés à une même fin, le sacrifice eucharistique ; pas une lecture, pas un chant ; les fidèles suivent silencieux et recueillis, sans presque intervenir que par les réponses aux paroles du prêtre ; celui-ci seul a la parole, du commencement à la fin, dans une série de formules qui toutes appartiennent à la classe des oraisons.

Y a-t-il un lien nécessaire entre ces deux cérémonies d'un genre si différent ? La messe des catéchumènes est-elle une préparation à la messe des fidèles ? fut-elle ordonnée à cette fin ? Nous ne le pensons pas. Rien ne l'indique en tout cas et, entre le dernier acte de la messe des catéchumènes et le premier de la messe des fidèles, il n'y a pas cette transition naturelle qui unit des rites coordonnés l'un à l'autre.

Nous croyons que la messe des catéchumènes, très improprement appelée avant-messe, a en elle-même son sens, sa signification liturgique distincte, son autonomie ; nous croyons même qu'elle a eu son existence propre pendant un temps et n'a été que plus tard rattachée à la messe !, L'avant-messe, en effet, n'est autre chose, selon nous, que l'antique réunion chrétienne qui n'était pas nécessairement suivie de la messe, c'était ce qu'on appelle une synaxe aliturgique ou, en d'autres termes, la vigile. De bonne heure, elle a été rattachée à la messe, elle lui a servi d'introduction et a fini par s'y souder de telle sorte qu'elle ne fait plus qu'un avec le sacrifice, mais le point de soudure reste apparent ; entre la prédication sur l'évangile, qui est le dernier acte de l'avant-messe, et l'offertoire qui est le premier acte du sacrifice proprement dit, il n'y a pas de connexion. L'avant-messe a conservé aujourd'hui encore tous ses caractères ; toutefois, par la force des choses et par suite de l'attraction liturgique de la partie la plus importante, la messe des catéchumènes a été mise en relation plus étroite avec le sacrifice ; les lectures, les chants et les prières ont été choisis en rapport avec l'eucharistie ; certains rites même, dans la suite des temps, sont tombés de la première partie de la messe dans la seconde.

En dehors des convenances liturgiques que nous venons d'exposer et qui ont leur poids, nous croyons que ce système s'appuie sur des textes et des faits.

Il y a tout d'abord ce fait qui mérite bien d'attirer l'attention. Les textes ayant trait aux réunions chrétiennes, dans les Actes des apôtres et les épîtres, se divisent naturellement en deux familles :

1° Les uns parlent d'une réunion où l'on prie, où l'on chante des psaumes et des hymnes, où l'on fait des lectures, des prédications et des collectes pour les Églises : il n'y est pas question de l'eucharistie *,

2 Les autres font allusion à la réunion où a lieu la fractio panis, la communion au corps et au sang du Christ, au pain sacré, et au calice de bénédiction. Parfois, mais non pas nécessairement, cette action eucharistique vient après la réunion précédente ; il ne paraît pas qu'elle lui soit indissolublement unie *.

Pline, dans sa lettre à Trajan (voir Dictionn., t. 11, au mot BITHYNIE), dit que les chrétiens se réunissent avant l'aurore pour chanter un hymne au Christ, comme à leur Dieu ; puis ils se retirent, mais ils se réunissent encore ad capiendum cibum ?. Les deux réunions sont nettement séparées. Socrate témoigne qu'à Alexandrie, le mercredi et le vendredi, il y a une réunion dans laquelle on fait des lectures de l'Écriture sainte, les passages sont expliqués par les exégètes et l'on accomplit toutes les autres cérémonies des synaxes, mais on ne célèbre pas les mystères . N'avons-nous pas ici la description de notre avant-messe séparée de l'eucharistie ? Au 1v siècle, à Jérusalem, on conserve encore si bien la notion de séparation des deux rites que la messe des catéchumènes se célèbre dans l'église du Golgotha et la messe des fidèles dans l'église de l'Anastasie .

Mais les faits liturgiques parlent encore plus éloquemment que les textes et nous trouvons plusieurs vestiges de l'existence voisine séparée de la missa catechumenorum. L. Duchesne a bien remarqué que les cérémonies du vendredi saint et du samedi saint, ainsi que les messes des Quatre-Temps et celles de certaines vigiles, avec leurs leçons, leur psalmodie, leurs oraisons, nous ont conservé le type des synaxes sans le service eucharistique ?. Primitivement, en effet, il y avait réunion ces jours-là, mais pas de messe ; la synaxe était occupée par des lectures, la psalmodie et des oraisons. Le même critique croit encore trouver un vestige de l'ancienne vigile dans la cérémonie qui, à Jérusalem, au 1v siècle, est distincte de la messe et des matines .

Si l'on veut étudier, au point de vue liturgique, les vigiles dans les différents rites ambrosien, mozarabe et romain, on y pourra faire la constatation du même fait : une cérémonie qui primitivement ne se composait que de l'avant-messe.

Remarquons encore que dans l'avant-messe se retrouvent un certain nombre d'éléments, qui ne lui sont pas spécialement affectés, mais qui ont leur place dans toutes les anciennes réunions chrétiennes : la confession des péchés, la litanie et la lecture même des diptyques, enfin le renvoi des fidèles. La confession des péchés est recommandée par saint Jacques, par la Didaché, comme pratique pieuse, devant l'assemblée, sans qu'il lui soit assigné une place spéciale. Elle est aussi employée au baptême et à la pénitence. Enfin la missa ou renvoi des fidèles par une formule particulière terminait tous les offices, toutes les réunions *. Il est même possible que la présence du baiser de paix soit un autre indice favorable à cette hypothèse.

place, dans la liturgie de la messe, varie avec les différentes liturgies. G. Bickell croit qu'il appartenait primitivement à l'avant-messe. En Orient et dans les liturgies gallicanes, il se trouve avant la préface ; à Rome et en Afrique, il précède la communion. À l'origine, il est probable que le baiser de paix se donnait à la fin de la synaxe, avant la séparation ; de là, sa place à la fin de l'avant-messe. Quand celle-ci eut été réunie à la synaxe eucharistique et que l'habitude se fut introduite d'admettre les catéchumènes, les pénitents et même les gentils à l'avant-messe, on attendit que ceux-ci se fussent retirés pour accomplir la cérémonie du « saint baiser », qui ne devait se donner qu'entre fidèles. Mais, comme il eût été superflu de le renouveler dans la même synaxe, on le supprima une fois, à la fin de la cène eucharistique pour l'Orient, à la fin de la messe des catéchumènes pour Rome et l'Afrique.

On pourrait raisonner de même sur les diptyques et les litanies qui, dans beaucoup de liturgies, se trouvent une fois à l'avant-messe, et une fois à la messe des fidèles. On ne peut guère expliquer cette répétition d'un même rite que dans l'hypothèse de la combinaison proposée.

La présence de tous ces éléments d'une synaxe commune à l'avant-messe est une nouvelle preuve qu'elle n'était pas primitivement ordonnée à la fin spéciale du sacrifice, mais qu'elle avait son existence indépendante.

À quelle date la vigile a-t-elle été rattachée à la messe ? c'est ce qu'on ne saurait dire ; les Actes et les épîtres des apôtres semblent indiquer, nous l'avons vu, que les deux cérémonies sont distinctes. Certainement leur réunion remonte à une époque très ancienne ; peut-être, lors que l'agape qui précédait primitivement la cène eucharistique en eut été détachée, par suite des abus qui s'y commettaient, celle-ci se trouva comme naturellement rattachée à la vigile. Ce qui est certain, c'est qu'au temps où saint Paul écrit sa lettre aux Corinthiens, la cène est encore précédée de l'agape, et il n'est pas question d'une autre préparation au sacrifice, pas plus que dans aucun texte du Nouveau Testament. La Didachè ne fait pas non plus allusion à l'avant-messe. Mais le fait qu'elle existe dans toutes les liturgies, comme une sorte d'introduction à la messe, est un argument en faveur de sa très haute antiquité. Il est assez naturel, du reste, qu'après la synaxe où l'on avait lu les Écritures, chanté des psaumes et prié en commun, on eût la pensée de célébrer le sacrifice eucharistique qui donnait à la réunion chrétienne sa pleine signification, complétait toutes les prières par le rite qui était la prière par excellence, la vraie action de grâces, enfin qui mettait à l'union des frères le sceau suprême de la communion dans le sang du Christ et la participation à son corps.

Toujours est-il que la vigile était la partie la plus variée et qui donnait, si j'ose dire, à l'assemblée la note d'actualité. On lisait non seulement l'Ancien Testament et les évangiles, mais encore les lettres des apôtres, des évêques étrangers et des Églises, les actes des martyrs. Denis de Corinthe écrit à l'Église de Rome qu'on lit le dimanche les lettres de Soter et celles de Clément, évêque de Rome !. Les lettres de saint Polycarpe et de saint Ignace, celles de saint Cyprien et de saint Corneille étaient lues aussi durant les synaxes. Parfois même des Églises éloignées et ignorantes se laissaient séduire et lisaient des récits apocryphes ou peu orthodoxes, comme l'évangile de Pierre et les apocryphes clémentins.

Enfin il y avait une prédication, qui permettait au président de donner les avis qui convenaient à chacun. L'assistance même est moins choisie ; on admet à cette première partie de la messe les catéchumènes, les énergumènes, les pénitents, parfois les gentils.

La seconde partie de la cérémonie ou messe proprement dite présente des caractères tout différents. Les chrétiens baptisés et d'une vie irréprochable y assistent seuls. Le rite se développe selon une marche invariable, les formules et les mêmes sont immuables, du moins si elles changent à l'origine, c'est parce qu'une certaine liberté d'improvisation est laissée au pontife : le thème est du reste le même, comme on peut le voir en comparant les formules des diverses liturgies. De bonne heure, l'improvisation fut complètement exclue et les paroles prirent une fixité hiératique.

Il nous reste à indiquer quelle est la relation entre l'avant-messe et l'office canonial. On avait déjà remarqué qu'il devait exister une certaine parenté entre la vigile et l'office de nuit, sans expliquer d'une façon précise en quoi consistait cette parenté. Nous croyons que c'est la vigile ou l'avant-messe qui a donné naissance à notre office de nuit, appelé aujourd'hui matines ; ce dernier office est du moins calqué sur le même modèle liturgique. Les autres éléments liturgiques sont les mêmes de part et d'autre.

Pour que ces analogies prennent toute leur importance, il faut choisir les avant-messes du type le plus ancien, dégagées des éléments additionnels, par exemple les avant-messes des vigiles, des Quatre-Temps, et les offices des vendredi et samedi saints, et les comparer avec l'office de nuit du plus ancien modèle, alors que matines et laudes ne faisaient guère qu'un office. Le programme de l'avant-messe est celui-ci :

Lecture de l'Ancien Testament ; — Lecture des Épîtres ; — Lecture de l'Évangile, prédication sur l'Évangile.

Entre les différentes lectures prend place la psalmodie sous forme de trait, ou de répons (graduel et alleluia), ou bien une collecte. Il ne faut pas oublier que, dans ces anciens offices, la psalmodie et les leçons, ou encore la psalmodie et les collectes, sont en étroite connexion ; ces dernières surtout semblent la plupart du temps dépendantes d'une prière liturgique, d'une lecture ou d'un psaume qu'elles ont pour mission de compléter ou de commenter. Au milieu des lectures et du chant des psaumes, ont trouvé place certains cantiques, le Gloria in excelsis Deo, le Benedictus Dominus Deus Israel (à l'avant-messe du rite gallican), le Benedictus es Domine Deus, de Daniel, les deux cantiques de Moïse (au samedi saint), enfin des rites comme la confession des péchés, la lecture des diptyques, et peut-être le baiser de paix, et le renvoi ou missa.

Or nous constatons à l'office de nuit la présence des mêmes éléments liturgiques, la même gradation entre les lectures : Ancien Testament, Épîtres ou Actes des apôtres, Actes des martyrs, Évangile. La récitation des psaumes a pris, il est vrai, dans l'office, un très grand développement, mais les lectures, généralement au nombre de trois, comme à l'avant-messe, sont combinées d'après le même plan avec des répons ou des collectes qui remplissent le même office qu'à l'avant-messe. Nous retrouvons aussi le Gloria in excelsis (rite irlandais et plusieurs autres rites), le Benedictus Dominus Deus Israel, le Benedictus es Domine Deus de Daniel (mozarabe), les cantiques de Moïse, même la lecture des diptyques avec le Kyrie eleison, la confession des péchés, peut-être le baiser de paix, et le renvoi ou missa.

Or les autres offices se sont formés sur le modèle de l'office de nuit qui a seul existé dans le principe comme office public ; laudes n'est qu'un dédoublement et, à tout prendre, l'office des vêpres n'en est probablement aussi qu'une préparation, une anticipation.

Tierce, sexte et none, heures de la prière privée de toute antiquité, même chez les Juifs, sont bientôt devenues heures de prière officielle ; prime et complies ont surgi plus tard. Or, les laudes et les vêpres conservent pleinement le dessin liturgique de l'office primitif de nuit en le résumant :

Psaumes antiphonés.

Capitule (faisant office de leçons).

Un répons bref.

L'Évangile (Benedictus à laudes, Magnificat à vêpres).

Le Kyrie et le Pater (rites anciens, notamment le bénédiclin). ' Les petites heures sont dessinées sur le même modèle qu'elles résument encore.

On peut donc dire qu'en dernière analyse c'est l'avant-messe qui a servi de prototype à tout l'office canonial. C'est donc la messe qui a été le centre de formation et, dans toute la rigueur du terme, le noyau de la liturgie catholique. Tous les offices de la journée et de la nuit, pour garder leur signification liturgique, doivent donc rester en étroite connexion avec la messe.

Au début de ce travail, il nous a paru nécessaire de rechercher en même temps ce que la messe pouvait devoir au culte judaïque et de tracer le dessin d'ensemble de ses deux parties, messe des fidèles et avant-messe dont nous allons chercher à dégager de nouveaux traits.

L'eucharistie se présente à nous comme sacrement dans deux passages distincts (c. IX-X et c. XIV-XV) où reparait le mot « eucharistie ». Tout d'abord examinons si c'est bien de l'eucharistie qu'il est question dans ces deux passages ? Est-il bien utile de dire que les opinions diffèrent ? Beaucoup voient l'eucharistie dans les c. IX-X, plusieurs y voient l'agape, quelques-uns n'y voient que l'agape, et c'est seulement au c. XIV qu'il serait question de l'eucharistie. Cette dernière interprétation « se heurte », paraît-il, « à des difficultés insurmontables ? » et « l'étude des prières des c. IX et X montre qu'il est impossible de ne pas les entendre de l'eucharistie ? ».

La Didachè prescrit de tenir au « jour du Seigneur » des assemblées. Le choix de ce jour n'a rien d'insolite, puis que, dès le temps de saint Paul et en sa présence, la communauté de Corinthe se réunissait le lendemain du sabbat ; il en était de même à Troas, et le xupuxx, huipa est désigné sous ce vocable dans l'Apocalypse *.

La réunion est déjà désignée sous ce même terme que la langue ecclésiastique consacrera pour désigner les réunions liturgiques (cuvxyÜévrsc, oovxtic). Le caractère liturgique ressort de la différence entre ce qui se fait dans les réunions quotidiennes recommandées aux fidèles et cette assemblée hebdomadaire. La Didachè conseille, dans sa catéchèse morale, de « rechercher tous les jours la compagnie des saints, afin de se réconforter par leurs conversations ! » ; ici il ne s'agit plus d'un conseil, mais d'une obligation : « Le jour du Seigneur, réunissez-vous, rompez le pain et rendez grâces, après avoir d'abord confessé vos péchés, — afin que votre sacrifice soit pur. » L'objet de la réunion dominicale est nettement déterminé, on accomplira deux actes : la fraction du pain et l'action de grâces, Déjà à Troas, ces actes sont distincts, et saint Paul, qui a prolongé son instruction jusque vers le milieu de la nuit, rompt le pain, y goûte ; puis la prière reprend jusqu'au jour.

La réunion est présidée par un ou plusieurs évêques, entourés de diacres ; leur fonction semble être de pratiquer eux-mêmes la fraction du pain ; c'est du moins — ce qui semble ressortir de la liaison des chapitres XIV — à XV : « Choisissez-vous donc des évêques. » Quant à l'action de grâces, elle n'est pas le privilège exclusif des évêques. Vers le temps où la Didachè fut rédigée, des prophètes se trouvaient dans les Églises, s'arrogeant parfois le prestige attaché à ce titre bien que leur conduite ne leur y donnât aucun droit . Grâce, la prière inspirée, est un office auquel, en vertu de leur don de « parler en esprit », les prophètes excellent ; aussi la Didachè recommande de leur permettre de rendre grâce comme ils voudront. Quant aux évêques et aux diacres, « ils remplissent, eux aussi, l'office des prophètes et des didascalèes ».

La fraction du pain ainsi célébrée est qualifiée à trois reprises de sacrifice, Üvoiæ, et une citation de Malachie vient renforcer encore ce caractère par la comparaison qu'elle institue entre la tare physique inséparable de la victime dans les sacrifices figuratifs des Juifs et la sainteté absolue du sacrifice réel accompli parmi les chrétiens. De même, la réconciliation des ennemis, prescrite par l'Évangile ?, précède un véritable sacrifice *.

Cependant on voudrait autre chose, une description du rite accompli dans l'assemblée ; la Didaché ne la donne pas, elle se borne à l'expression sommaire de * fraction du pain », sans mention du vin ou du calice. La description souhaitée ne se trouverait-elle pas aux chapitres 1x et x qui renferment le texte d'une action de grâce eucharistique ? Nous allons revenir bientôt sur cette question de l'anaphore absente du chapitre xiv, mais il convient de se rappeler tout d'abord l'analogie de prière des chapitres 1x-x avec les prières par lesquelles on sanctifiait les repas chez les Juifs. Nous venons d'en parler assez longuement, pour n'y pas revenir et pour rappeler d'un mot seulement qu'on a soutenu que la liturgie eucharistique avait été greffée sur les prières des repas juifs. Or, on représente les chapitres 1x et x de la Didaché comme n'ayant pas à la liturgie eucharistique.

Voici le texte en question :


IX, 1. « Quant à l'eucharistie, rendez grâces ainsi. » 2. D'abord pour le calice : « Nous vous rendons grâces, notre Père, pour la sainte vigne de David votre serviteur, que vous nous avez fait connaître par Jésus, votre serviteur. Gloire à vous dans les siècles ! » 3. Pour le pain : « Nous vous rendons grâces, notre Père, pour la vie et la science que vous nous avez fait connaître par Jésus, votre serviteur. Gloire à vous dans les siècles ! 4. Comme ce pain rompu était jadis épars sur les montagnes et qu'avant d'être rassemblé il est devenu un seul tout, qu'ainsi votre Église soit rassemblée des extrémités de la terre dans votre royaume, parce qu'à vous est la gloire et la puissance par Jésus-Christ dans les siècles ! » 5. Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie, si ce n'est les baptisés au nom du Seigneur ; car c'est de ceci que le Seigneur a dit : « Ne donnez pas le saint aux chiens. » x, 1. Après vous être rassasiés, rendez grâces ainsi : 2. « Nous vous rendons grâces, Père saint, pour votre saint nom, que vous avez fait habiter dans nos cœurs, pour la science, la foi et l'immortalité que vous nous avez fait connaître par Jésus, votre serviteur. Gloire à vous dans les siècles ! 3. C'est vous, maître tout-puissant, qui avez créé toute chose pour la gloire de votre nom, qui avez donné aux hommes la nourriture et le breuvage pour qu'en en jouissant ils vous rendent grâces ; mais à nous vous avez donné une nourriture et un breuvage spirituel et la vie éternelle par votre serviteur. 4. Avant tout, nous vous rendons grâces, parce que vous êtes puissant. Gloire à vous dans les siècles ! 5. Souvenez-vous, Seigneur, de délivrer votre Église de tout mal et de la rendre parfaite dans votre amour. Rassemblez-la des quatre vents du ciel, cette Église sanctifiée, dans votre royaume que vous lui avez préparé, parce qu'à vous est la puissance et la gloire dans les siècles ! 6. Vienne la grâce et passe ce monde. Hosanna au Dieu de David ! Si quelqu'un est saint ! qu'il vienne ! Si quelqu'un ne l'est pas qu'il fasse pénitence ! Notre Seigneur vient ! Amen. » Dans ce passage nous ne trouvons pas l'ensemble de circonstances, dont la réunion aux chapitres xiv-xv désignait l'eucharistie : assemblée dominicale commencant par la confession des péchés et comportant l'action de grâces et le sacrifice accompli sous la direction des évêques et des diacres. Ces rites, voici qu'un des plus antiques documents de la littérature chrétienne en témoigne ; mais, précisément à cause de cette antiquité, il faut se garder d'attacher aux termes qui y font leur apparition la plénitude de sens qu'ils n'acquerront que peu à peu, à la longue, à mesure que le besoin et l'usage imposeront aux mots une signification précise et exclusive.

Au chapitre ix, 3-4, il s'agit de la fraction du pain, et cependant on n'oserait affirmer que, dans l'ancienne littérature chrétienne, chaque mention de la fraction du pain doive s'entendre de l'eucharistie. Pendant le tragique voyage sur mer qui amena saint Paul à Malte, on voit l'Apôtre, au quatorzième jour de la traversée, prendre du pain, rendre grâces à Dieu en face de tous, le rompre et se mettre à manger ! ; cependant, il est généralement admis qu'il ne consacra pas l'eucharistie en cette circonstance. Cependant, il y eut fraction du pain avec action de grâces, mais c'était là une pratique chrétienne. Jésus en avait donné l'exemple, l'Évangile nous le montre rompant le pain avant de le distribuer à la foule ; il avait sa façon à lui de poser ce geste familier, car c'est précisément à sa manière de rompre le pain que le reconnurent les disciples d'Emmaüs . On n'a donc pas lieu de s'étonner de voir les premiers chrétiens, réunis à la même table, commencer leur repas par la fraction du pain avec action de grâces, C'est d'un repas de cette nature qu'il est question aux chapitres 1x-x. A propos de ce repas, on a proposé d'y voir une « eucharistie privée », mais l'existence de ce rite n'a aucune attestation, ou bien « un type exceptionnel de service eucharistique * », qu'on ne définit pas autrement. Il est vrai que le rite est présenté comme une « t eucharistie » : mepi ôè The eDyapiociac, obvoc cùyapiotrhoxtz ; mais dans le Nouveau Testament, le mot ebyæptotiæ est employé quinze fois, et les quinze fois dans le sens étymologique d'action de grâces, Il n'a pas ici un sens différent. L'eucharistie, c'est la formule d'action de grâces prononcée sur le pain et sur la coupe, ou bien c'est le pain et le vin sur lesquels on a rendu grâces, même s'ils font partie d'un repas non sacrificiel. Cependant, la formule dit qu'on rend grâces pour la réception du Christ faite dans le sacrement. « Nous vous rendons grâces pour la sainte vigne de David, votre serviteur » (1x, 2) et : « Vous nous avez donné une nourriture et une boisson spirituelle et la vie éternelle. » — Il est vrai que Clément d'Alexandrie appelle le sang du Christ, le sang de la vigne de David. Tout au plus peut-on en conclure que Clément a donné ce sens à une expression très obscure de la Didaché, qu'il avait lue. Il est douteux que cette interprétation, si elle est de Clément, soit exacte. Le sens de la phrase serait assez singulier : Nous vous rendons grâces pour le Christ que vous nous avez fait connaître par le Christ ? De plus, la comparaison de cette action de grâces sur le calice avec les passages parallèles, c'est-à-dire avec le commencement de l'action de grâces sur le pain et l'action de grâces finale, ne plaide pas en faveur de cette explication : Nous vous rendons grâces pour la vie et pour la science que vous nous avez fait connaître par Jésus, votre serviteur (1x, 3). Nous vous rendons grâces... pour la science et la foi et l'immortalité que vous nous avez fait connaître par Jésus, votre serviteur (1x, 2). On le voit, ces phrases sont absolument parallèles à celle qui nous occupe. Elles se composent de tous les mêmes mots : celui-là seul diffère qui indique l'objet propre de l'action de grâces, objet qui a été révélé par Jésus. Or, dans ces deux endroits, l'objet de l'action de grâces n'est nullement le Christ lui-même, mais un don apporté, révélé aux fidèles par lui. C'est un pareil don qui doit être désigné aussi, IX, 2, par les mots : la' sainte vigne de David. Ce don, ne serait-ce pas l'Église chrétienne ? Le psaume LXXIX, 9-20, favoriserait cette interprétation et surtout le contexte de nos prières qui plusieurs fois s'occupent de l'Église (1x, 3 ; x, 5). — La deuxième expression (nourriture, boisson spirituelle } parait moins acceptable encore. La Didachè ne parle pas de pain spirituel, ni de vin spirituel, elle n'use même pas de l'article devant les mots : toogtv xal rotov. Cette nourriture spirituelle peut désigner les dons du Christ : la science, la foi, l'immortalité, dont il vient d'être question.

Ces expressions pourraient s'appliquer à l'eucharistie, mais il n'en est aucune dont le sens eucharistique, dans le passage qui nous occupe, s'impose. Toutes peuvent avoir été employées pour sanctifier le repas ordinaire. C'est pour cette raison que l'auteur du VII* livre des Constitutions apostoliques a dû, pour en faire des prières eucharistiques, les remanier (c. xxv, xxvi). D'abord, il omet l'action de grâces sur le calice (1x, 2), parce que, lui non plus, n'a pas reconnu le Christ dans la sainte vigne de David. Dans la formule suivante (1x, 3-4), il insère toute une description sommaire de la vie du Sauveur et il ajoute ces mots caractéristiques : « Ext ebtympuorodues, Ilacsp uv, drép roù tulou œiuuroc »Inooù Xpiorod to éxyullévroc Ürép fuGw x« i ToU tulou aduaroc où xal dvrirure cot ÉrmiretAoduev gto Orca Soqrévou TOv xerayyée TdV &Oro0 Üdvxrov. Au chapitre suivant, le même auteur a introduit la prière à réciter après toute la cérémonie par les mots : petà 92 tv ueräAndv, changeant encore 543 l'expression de la Didachè (x, 1) : perà 6$ tò tunanaUa, qui, il faut en convenir, ne se comprend guère de la réception du sacrement. Enfin, dans cette prière finale même, il a introduit une nouvelle allusion au sang et à la mort du Christ : Souvenez-vous de votre sainte Église (x, 5) : 7j » regtemotfjoc TG ctio gluat T00 coU.

La difficulté à retrouver l'eucharistie dans ces chapitres 1x-x de la Didachè est si réelle que L. Duchesne avoue que « la liturgie décrite a tout l'aspect d'une anomalie ; elle est en dehors du courant, de la ligne générale du développement, tant pour le rituel que pour le style ! ».

L'anomalie consiste dans le fait que la Didachè s'occupe d'une réunion des fidèles dont il n'est plus question dans les autres documents de la plus ancienne littérature chrétienne. Cette réunion ne nous offrirait-elle pas la forme vraiment primitive du groupement à une table commune, dans le souvenir du Christ, origine d'où serait sortie progressivement l'eucharistie chrétienne ? Ceci ne semble pas soutenable. Au chapitre xiv, la Didachè s'occupe de la réunion eucharistique. Dès lors elle n'a pas eu à s'en occuper aux chap. Ix et x ;s'il en était autrement, on se demanderait pourquoi séparer deux parties d'une institution unique par une dissertation sur les prophètes, les apôtres et les docteurs ? Supposons que l'auteur ait tiré 1x-x et XIV-XV de deux sources différentes, qui l'empéchait de les joindre ? et, très naturellement, il paraissait devoir débuter par le chapitre xiv (qui ne renferme guère que le précepte de la célébration de l'eucharistie) pour le faire suivre par les chapitres 1x et x, qui décriraient le mode de cette célébration.

D'une comparaison instituée entre le contenu de IX-X et celui de xiv, il est encore plus évident que les prescriptions ne se rapportent pas au même sujet, ne visent pas la réunion eucharistique. En 1x, 5, nous lisons : « Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie, si ce n'est ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur. » Les infidèles et les catéchumènes sont donc exclus de la réunion, mais tous les baptisés, sans distinction, peuvent y être admis. En xiv, la règle est plus sévère. Tout fidèle souillé d'une faute grave devait être exclu, sinon le sacrifice serait souillé. Les Canons d'Hippolyte qui sont, après la Didaché, le plus ancien document proprement liturgique auquel nous puissions en appeler, montrent une pareille sollicitude à l'endroit de la pureté de ceux qui prennent part aux mystères eucharistiques. Il ne suffit pas qu'ils soient baptisés. Ceux qui sont soumis à la pénitence, ceux qui ont donné quel que scandale dans l'Église, les femmes récemment accouchées, en sont exclus.

D'après ces mêmes Canons d'Hippolyte le peuple assiste passivement à la célébration de l'eucharistie ; mais dans les autres assemblées, pour la prière et pour l'agape, il s'associe activement au chant et à la récitation des formules. De même, d'après saint Justin, quand le pain et le calice sont apportés, c'est le président de l'assemblée seul qui « fait des prières et des actions de grâces » ; les fidèles n'y répondent que par Amen. De même encore, au chapitre xiv de la Didaché, on ne trouve aucune prière à réciter par le peuple au cours du mystère sacré lui-même qui est réservé aux seuls ministres de l'autel, tandis que les chapitres ix et x invitent tous les fidèles à prononcer les actions de grâces dont elle leur communique la teneur. Seulement, ils doivent s'en tenir aux formules consacrées ; quant aux prophètes, ils peuvent donner libre cours à leur imagination. Et ceci nous aide encore à saisir une nuance, un caractère moins sacré, peut-on dire, dans ce qui s'accomplit aux chapitres IX et x. Ailleurs, nous ne rencontrons nulle part, dans la célébration de l'eucharistie, le libre exercice des charismes ; pas plus à Troas ou à Corinthe * que dans la I Apologie de saint Justin et dans les Canons d'Hippolyte. Tout s'y passe d'après un rituel bien déterminé. Les autres réunions ont des règles beaucoup moins fixes ou même laissent libre cours aux inspirations de l'Esprit ; telles, celles dont parle saint Paul au chap. xiv de sa Ie épitre - ! aux Corinthiens, et les simples assemblées pour la prière dans les Canons d'Hippolyte.

Tous ces indices concordent à nous faire voir que les chapitres Ix et x n'ont pas trait à la même institution que le chapitre xiv ; ils ne décrivent pas la réunion eucharistique à quel que degré de son évolution qu'on suppose celle-ci arrivée. Ce que nous y voyons, ce sont des formules d'action de grâces à prononcer par les fidèles assis à une table commune, les unes au commencement du repas, les autres à la fin, lors que les convives sont repus, lorsqu'ils sont remplies, suivant l'image du chapitre x : uezx TÒ £uzxnotil.

On remarquera que, vers le temps où le rédacteur des Constitutions apostoliques retouchait les formules ix-x pour leur donner une saveur eucharistique, l'auteur du De virginitate, qui n'est pas saint Athanase, mais un écrivain du IVe, les emploie encore dans le sens que nous leur reconnaissons dans la Didaché, il recommande aux vierges, à qui il s'adresse, de réciter la prière suivante avant de prendre leur nourriture : : Nous vous rendons grâces, à notre Père, pour votre sainte résurrection ; vous nous l'avez fait connaître, en effet, par Jésus, votre enfant. Et de même que ce pain, qui est sur cette table, était autrefois dispersé et qu'ayant été rassemblé, il a été fait une seule chose, qu'ainsi votre Église soit rassemblée des confins de la terre dans votre royaume, parce qu'à vous est la puissance et la gloire dans les siècles. Amen*, » Ce sont les termes mêmes de notre chapitre 1x.

Les fidèles auxquels s'adresse la Didaché prenaient donc leurs repas en commun, et les prophètes y étaient présents (x, 7). Ces repas étaient soumis à des règles déterminées, On y priait suivant des formules consacrées. D'abord on rendait grâces sur le calice, ensuite on rompait le pain, après quoi venait le repas que terminait une action de grâces générale. C'est ce qu'on a proposé d'appeler des repas semi-liturgiques et ce qui expliquerait la solennité des prières qui y sont récitées.

La prière de la Didachè, x, 6, est eschatologique, non eucharistique ; elle se rattache naturellement à l'action de grâces qui précède. Il n'est pas ici question d'agape et l'opposition qu'on a pensé découvrir entre les chapitres Ix et x n'est qu'un prétexte pour se livrer à des découpages ingénieux.

En réalité, il s'agit d'un repas commun des fidèles, repas dont aucun indice ne trahit une relation quelconque avec l'eucharistie. Quelle est donc l'origine de ce repas ?

N'y pourrait-on pas voir une survivance des coutumes de la primitive Église de Jérusalem ?

Les Actes des apôtres nous apprennent qu'après la Pentecôte les premiers fidèles prenaient leur repas en commun : Rompant le pain xxt olxov, ils prenaient leur nourriture », indique bien un repas pour la réfection corporelle et non un repas eucharistique ; comme dans la Didachè, nous voyons un repas copieux, à l'issue duquel les convives disent familièrement qu'ils sont « remplis », C'est un repas non eucharistique et, néanmoins, un repas spirituel, que sanctifie la prière, analogue dans une certaine mesure au diner d'une communauté religieuse qui procède à la bénédiction solennelle de la table et à l'action de grâces avant et après | le repas !.

L'association des idées dans la Didaché ne conduit pas à voir, dans les chapitres 1x et x, une pensée et un rite eucharistiques. Les derniers mots du chapitre vir, qui s’occupait du baptême, ont trait au jeûne préparatoire, à l'administration et à la réception de ce sacrement.

Alors, à la suite du baptême, on aborde la question du jeûne, on spécifie les jours, on insiste sur l'esprit de cette institution, c'est l'objet du chapitre vir. Aux deux chapitres suivants, 1x et x, la logique amène à envisager la solution du jeûne, qui est la réfection du corps, à l'issue de laquelle on aura sujet de rendre grâces, parce qu'on sera restauré : petk dE TÒ ÉUTANcbnvar. Il n'est pas nécessaire de voir dans ce repas une agape qui suit le baptême, car le rôle des prophètes n'était pas limité à cette circonstance. Vers le temps où a été écrite la Didaché, les prophètes tenaient une place assez importante dans toute réunion chrétienne, pour qu'on s'explique l'allusion qui leur est faite à propos d'un repas semi-liturgique où leur don particulier se répandait en actions de grâces. Ainsi amené par la question du repas, comme le jeûne avait été amené par le baptême, le cas des prophètes va remplir les chapitres XI, xir et xin, ce qui nous amènera à la réunion dominicale, X1v, et au chapitre xv qui conclut à la nécessité de posséder les évêques et les diacres, ministres nécessaires de la célébration eucharistique.

Le chapitre xiv est, lui, formellement eucharistique.

L'identification qui y est faite entre le sacrifice dominical et le sacrifice de Malachie est un lieu commun des traditions eucharistiques dans toutes les Églises et dans tous les temps. Il n'y a aucune anaphore dans ce chapitre ; mais l'omission n'autorise pas à conclure à la suppression, pas plus qu'elle induit à penser qu'on empruntait les formules des chapitres 1x et x. Cette omission dans la Didachè n'a rien d'extraordinaire. C'était affaire à ceux qui se servaient de ce petit catéchisme, les prêtres, de confier à leur mémoire la teneur du texte qui leur était aussi familier que le serait aujour d'hui, pour un prêtre, les paroles de la consécration ou celles de l'oraison dominicale. Pareille omission se rencontre dans des documents d'une antiquité moins reculée, certes, mais encore respectable. Dans les versions arabe et sahidiennes des Statuts des apôtres, dans leur version copte et dans les Canons d'Hippolyte, on renoncé à transcrire la formule qu'on se borné à mentionner :

L'absence de transcription dans aucun de ces cas n'équivaut à l'inexistence d'un texte traditionnel, officiel.

Et, à propos de ces chapitres xiv-xv, voici encore un détail qu'il importe de relever. Il s'agit si bien ici du sacrifice eucharistique que le chapitre xiv est inséparable de l'évocation de l'épiscopat. Les deux idées sont à ce point corrélatives que les deux chapitres sont inséparables comme on va le voir :


XIV, 1. « Réunissez-vous le jour dominical du Seigneur, rompez le pain, et rendez grâces après avoir au préalable confessé vos péchés, afin que votre sacrifice soit pur. 2. Quiconque a un différend avec son compagnon ne doit pas se joindre à vous avant de s'être réconcilié, de peur de profaner votre sacrifice. C'est le sacrifice dont le Seigneur a dit : « Qu'en tout lieu et en tout temps on m'offre un sacrifice pur, car je suis un grand roi et mon nom est 'admirable parmi les nations. » xv, 1. « Élisez-donc pour vous des évêques et des diacres dignes du Seigneur, hommes doux, désintéressés, véridiques et éprouvés ; car, eux aussi pour vous, ils font le service liturgique des prophètes et des docteurs. 2. Donc ne les méprisez pas, car ils sont des hommes honorés d'entre vous, avec les prophètes et les docteurs. » Ainsi, chaque dimanche, « vous devez vous réunir pour la fraction du pain. Donc élisez des évêques... » Ce qui revient à dire que ces évêques et ces diacres sont indispensables à la fraction du pain, but de la réunion dominicale, et ce rite leur est réservé. Or cette fraction est constamment désignée sous le nom de Ovocia, qui veut dire « sacrifice » ; elle réalise la prophétie de Malachie, elle ne peut donc être autre chose qu'un sacrifice proprement dit. F.-X. Funk, dans les notes à son édition de la Didachè, n'avait pas manqué de relever l'importante signification de ce ov initial du chapitre xv, succédant au texte de Malachie et montrant que le rite du chapitre xiv, réservé à des ministres particuliers, place le sacrifice de la Didaché en pleine possession de la notion traditionnelle du sacrifice de la messe.

Avant de nous détacher de cette question, il ne sera pas superflu d'apporter un supplément de preuve à la démonstration que les chapitres 1x et x de la Didaché ne sont pas eucharistiques. Nous avons vu, il n'y a qu'un instant, comment, dans la Didaché, un enchaînement logique, mais nullement nécessaire, conduit du baptême au jeûne et du jeûne au repas. Nous retrouvons cette succession dans le livre VII des Constitutions apostoliques, dans les Statuts coptes des apôtres, ainsi que dans les Statuts éthiopiens et les Statuts sahidiques. On arrive donc à cette concordance :

Sahid. Éthiop. Arab, 42-46, Baptème, 31-35. Baptème. 30-34. Baptême, 47. Jeûne. 36, Jeûne. àn, Jeûne. 48-53. Repas. 37-40. Repas. 36-39, Repas.

Une si exacte symétrie dans l'association des idées ne semble pouvoir s'expliquer que comme inspirée par une commune tradition. La transition du jeûne au repas se présente assez naturellement, qu'il s'agisse d'un repas d'agape, d'un repas ordinaire ou de la manducation eucharistique qui, tous, rompent le jeûne, mais le baptême au jeûne, en revanche, n'est pas indiqué par la nature des choses et, sur ce point, le rapprochement importe d'autant plus que la coïncidence rend évident le fait d'une tradition commune.

Les quatre versions des Statuts des apôtres présentent un accord unanime formant témoignage de l'original commun, dont ils se montrent par-dessus tout préoccupés de ne pas s'écarter sur un point tellement secondaire que l'enchaînement des idées ; d'où l'on peut induire qu'ils se montrent au moins aussi préoccupés, sinon plus, de ne pas répudier les enseignements touchant la nature du repas. Or, sur ce dernier point, il n'est pas contestable que les Statuts envisagent ce repas comme non eucharistique, et voici en quels termes formels :

47. Hoc enim est benedicta non aulem gratiarum actio (eucharistia) sicul corpus Domini.

17, 5. Nam que luec benedicfio est, ne que vero eucharislia sicul corpus Domini.

Cette fraction du pain, liturgique, et cependant distincte et différente de l'oblation proprement eucharistique, sa distribution publique par l'évêque à tous les fidèles, et enfin ces divers rites s'accomplissant préalablement au repas commun, tout cela nous transporte à une époque où nous entrevoyons à peine aujourd'hui et cependant il nous semble que rien ne donne une idée plus approchée du repas commun des chapitres ix et x de la Didaché. La distinction introduite entre l'Oblatio sicut corpus Domini d'une part et la panis benedictionis d'autre part parait être la réplique d'une autre distinction qui s'impose entre la ucia du chapitre xiv et le mepi où xA&cuxros du chapitre ix.

Peut-être certaines Églises, isolées depuis des siècles, n'ont-elles pas perdu tout souvenir d'une institution apparentée à celle que nous venons d'entrevoir à propos du baptême et encore attachée à la célébration de ce sacrement. Les Coptes, écrivait le P. Vansleb en 1672, « ont encore la coutume de faire des Agapes ou des repas de charité, après les baptêmes et les enterrements, pour ceux qui veulent s'y trouver ; donnant à chacun un plat de bouillie, avec un morceau de viande de dans et du pain autant qu'il en peut manger : et ces repas se font ou dans l'église même ou sur le toit de l'église qui est, selon la coutume des Levantins, toujours plat, et capable de contenir un grand nombre d'hommes ». Faut-il voir là un vestige des repas semi-liturgiques, nous n'oserions, pour notre part, le nier.

Le même Vansleb parle aussi d'un repas public des funérailles, lequel remet en mémoire les Canons d'Hippolyte réglant une question analogue à propos de laquelle on distingue : 1° la communion eucharistique, 2° le pain Éooxrouob, 3° le repas proprement dit qu'on prenait assis, séance tenante et sans aucune séparation de l'agape et de l'eucharistie.

C'est ce qui ressort mieux encore des textes des Statuts qui précèdent immédiatement ceux où l'on distingue si nettement du pain de bénédiction, le pain de l'eucharistie. En effet, le pain de bénédiction s'y distingue par surcroît d'une troisième espèce de pain, celui que chacun rompra lui-même et qu'il a devant soi. Voici donc à quel résultat nous conduisent les Statuts :

La communion eucharistique n'est pas mentionnée, mais ce n'en est pas moins après la communion eucharistique, couronnant le baptême, que les Statuts abordent, par l'intermédiaire du jeûne, la question du repas ; on voit ainsi la concordance avec le repas des funérailles.

Ces deux faits nous permettent la vérification de ce qu'on savait de la discipline ancienne, abandonnée de très bonne heure, en vertu de laquelle on ne célébrait les saints mystères avant le repas que dans les circonstances où l'on était astreint au jeûne. Autrement, le repas précédait cette célébration, comme nous allons le voir.

Si on dispose parallèlement le texte des Statuts dans chacune des versions qui nous l'ont conservé, on remarque du premier coup leur ressemblance jusqu'au moment où la version éthiopienne ajoute, à la fin du canon 37, une longue description du lucernaire sous ce titre : De afferendis lampadibus in cena Ecclesia. Bien qu'isolé, ce texte demeure entièrement dans la ligne générale pour tout ce qu'il a de commun avec les textes parallèles. Préoccupé de ne rien omettre de tout ce qui doit procurer un peu de lumière et ajouter une précision, le rédacteur ne s'est pas contenté d'insérer ce long passage à sa place véritable ; il a fait plus et mieux, il a pris soin de dire ce qui était à faire et ce qui était à omettre, afin sans doute d'éviter à autrui les erreurs :

Et poslquam gralias egerint, unusquisque comedat in nomine Domini et bibat temperate postquam nomen Domini invocaverit. Sic enim Deo debetur ut simus inter genties zelo fervidi, nos omnes æquanimes, el quieti, el puri, el sine macula. Nam Deus Pater gaudet in opere suo, ef, si puri sumus, opus suum nos uti que.


DE LARGITIONE INFIRMIS [FACIENDA]. Diaconus in lempore tribulalionis diligenter infirmum obsignabil. erat quantum oportet accipere (diaconus) gratias agat el ibi ralionem habeat eorum qui distribuunt, ut diligenter ministerio fungantur el dent eulogium. Si quis sit qui distribual hoe deferant viduis el infirmis.


DE AFFERENDIS LAMPADIBUS IN CENA ECCLESIE. — Primo vespere el prasente episcopo, lampadem afferet diaconus et stans inter omnes fideles ut gratias agat, episcopus primum his verbis salutabit : Dominus vobiscum, Et populus similiter dicel : Et cum spiritu fuo. Deinde di cet episcopus : Gralias agamus Domino. Et populus di cet : Dignum et justum est ; utrum que ei debetur ul magnificelur el exallelur simul que glorificetur. NON AUTEM DICENT : SURSUM CORDA ; HOC ENIM DICETUR TEMPORE OBLATIONIS. Sic ergo oral : Gratias agimus tibi per filium tuum Jesum Ghristum Dominum nosirum quod nos illustrasti, incorruptibile lumen revelando. Quia igitur, peracto die, jam in noctem advenimus et quia satiasti nos luce diei quam creasti ut desiderio nostro satisfaceres, nec nobis nunc, per gralian luam, deest lumen vespera, sanctificamus et glorificamus te per Filium luum unicum Dominum nosirum Jesum Ghristum, per quem et cum quo tibi gloria et poteslas et honor cum Sancto Spiritu nunc etc. Et dicent omnes : Amen. Cum aulem cena facta surrexerint post orationem a pueris el virginibus factam, psalmos dicent. Diaconus igilur tenens in manibus mixtum calicem oblationis psalmos incipiet ab illo cui inscribitur : Alleluia, postquam sacerdos ila jusserit : similiter et ex his psalmis. Et oblato calice ab episcopo juxta rilum calicis, psalmum di cet Alleluia. Et dum psalmum recitat, omnes dicent Alleluia, quod est : Eum laudamus qui est Deus altissimus ; glorificatus at que laudatus est, qui mundum universum uno verbo creavit. Similiter finito psalmo gratias aget super calicem et de fragmenlis dabil cunctis fidelibus, qui fideles cum cenam suam sumant, de manu episcopi frustum, panis accipient antequam de proprio pane participes fiant. EULOGIA ENIM EST, NON EUCHARISTIA SICUT DOMINI NOSTRI.

Supposons que le rédacteur n'ait pas eu la précaution d'écrire : Non autem dicen ! : Sursum corda, hoc enim dicetur tempore oblationis, et, en terminant : Eulogia enim est, non eucharistia sicut eucharistia Domini, n'est-il pas vrai qu'aussitôt nous voilà devant un texte exposé aux mêmes vicissitudes d'interprétation, pour ne pas dire à plus d'équivoques, que celui de la Didaché ? L'heureuse prolixité du Statut 37 éthiopien vient éclairer d'un jour décisif le texte que nous étudions.

La bénédiction de la coupe dont parlent les Statuts n'est pas non plus la coupe eucharistique, on n'en peut apporter une preuve plus décisive que celle-ci : les catéchumènes y participent, mais à part des fidèles.

L'agape du lucernaire, telle que nous la décrit le Statut éthiopien, présente une autre particularité remarquable : c'est la priorité donnée à la bénédiction de la coupe sur la distribution du pain : finito psalmo gratias agel super calicem et de fragmentis dabil cunctis fidelibus... Or, il se trouve que cette interversion par rapport au rite qui a prévalu se rencontre dans le chapitre ix de la Didaché pour le plus grand embarras des commentateurs, trop préoccupés d'y retrouver un décalque de l'eucharistie et réduits, en désespoir de cause, à imputer la malencontreuse interversion à la fantaisie ou à l'inadvertance du rédacteur de la Didaché. Nous avons affaire ici au règlement suivi pour la célébration liturgique non de l'eucharistie, mais des repas communs. Il n'y a rien de très surprenant que le cérémonial et la sanctification de ces repas offrent certaines ressemblances avec le formulaire eucharistique et le cérémonial du sacrifice, et qu'on s'y soit trompé ; on n'y a pas reconnu une agape.

Et voici un dernier trait. Dans le chapitre ix, nous lisons cette phrase finale qui a paru un argument invincible à ceux qui croyaient y voir l'eucharistie : « Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie, si ce n'est les baptisés au nom du Seigneur ; car c'est de ceci que le Seigneur a dit : « Ne donnez pas le saint aux chiens. » Or, dans le très antique De mystico ministerio, nous lisons que l'exclusion des catéchumènes s'étendait jusqu'à la participation aux prières que récitaient les fidèles à domicile : Fidelis ne domi quidem precetur cum catechumeno, et en voici la raison : non enim « equum est inilialum cum nondum iniliato coinquinari !. Les Statuts ne sont pas moins rigoureux : Catechumenus non sedeat cum fidelibus ad cenam dominicam (Sahid., 49) ; Præcepium de eo quod non de cet catechumenos edere cum fidelibus el calechumenos cum fidelibus ad mensam sedere (Éthiop., 37) ; Catechumeni non sedeant ad prandium dominicum (Arab., 36), et les Canons d'Hippolyte (172) nous disent qu'il s'agit bien de l'agape : Non sedeat cum eis (fidelibus) aliquis catechumenus in agapis dominicis.

Ces différents textes nous mettent en présence de moments successifs, marqués chacun par une modification dans la discipline. Dans le De mystico ministerio les catéchumènes sont encore tenus à l'écart de la prière domestique ; il n'en est déjà plus ainsi à l'époque des Canons d'Hippolyte et des Statuts qui ne portent d'exclusion que pour les agapes, et les Constitutions apostoliques admettent le catéchumène à la première partie de la synaxe eucharistique jusqu'au moment du renvoi. La Didachè s'oppose à ce qu'on fasse participer les catéchumènes à la coupe et au pain de bénédiction. Les Statuts se sont relâchés de cette rigueur et ne répugnent plus à les associer à la communauté des fidèles, ul associentur ecclesiz, comme disent les Canons d'Hippolyte (171), en sorte qu'ils auront leur part de la coupe et du pain de bénédiction, mais non de la main de l'évêque qui, cependant, le leur envoie.

Puis que l'étude des chapitres ix-x de la Didaché nous a amenés à y retrouver l'agape et non la messe, il faut en finir avec cette question. La coupe et le pain des catéchumènes appartiennent-ils à la même économie liturgique que la coupe et le pain donnés aux fidèles ? Si nous prenons les Fragments de Vérone, les Statuts coptes et sahidiques, nous y remarquons la préoccupation d'appliquer un nom différent au pain destiné aux catéchumènes : panis exorcismi, et au pain réservé aux fidèles : panis benedictionis. Par contre, dans les Statuts éthiopiens et arabes et dans les Canons d'Hippolyte, cette distinction est abandonnée. Cette fois encore, nous voyons que les documents représentent des étapes de la discipline.


TEXTE CORRIGÉ :

Combien de particularités resteraient à déterminer dans ces repas primitifs que nous entrevoyons nombreux et divers : repas qui suivent le baptême, repas d'anniversaire des défunts, repas du lucernaire, repas de l'agape, repas offert aux veuves et aux infirmes, enfin le óζizvov xupuxxóv ; et partout la coupe et la fraction du pain. « Sans aller jusqu'à nous imaginer que chacune de ces circonstances détermine autant de communions symboliques ayant leur caractère propre, on peut vraiment se demander s'il n'y a pas eu quelque chose de spécial, à un moment donné, dans la distinction faite entre la coupe et le pain d'exorcisme, et la coupe et le pain d'eulogie. On voudrait également savoir à quel degré de l'échelle sacramentelle les formules qui accompagnaient les exorcismes et sanctifications élevaient les éléments qui leur étaient soumis. Dans quel rapport concevait-on ces communions symboliques vis-à-vis de l'eucharistie véritable ? Ces institutions sont si éloignées de nous, et les sont devenues si étrangères à nos usages, que nous nous faisons difficilement une idée de leur contenu réel et de leur valeur sacramentelle ? » Si l'argumentation ne suffit pas à prouver que l'eucharistie n'est pas en cause dans les chapitres 1x-x de la Didaché, la démonstration sera donnée par une dernière preuve, celle-ci irrécusable. Cette preuve se trouve dans les chapitres XXII à xxvi du livre VII des Constitutions apostoliques qui s'est emparé des deux chapitres de la Didaché et les a rendus eucharistiques à l'aide d'additions et de modifications qui changent du tout au tout leur caractère. Voici les pièces ; nous allons voir ce qu'on leur enlève, ce qu'on leur ajoute et le changement de disposition qu'on leur fait subir :


DIDACHÈ, IX-X

De pane fracto autem :

Gratias tibi agimus, pater noster, pro vita et scientia quam indicasti (iyvwprsag) nobis per Jesum puerum tuum ; gloria tibi in sæcula.

Sicut hic panis fractus dispersus erat supra montes et collectus factus est unus ita colligatur ecclesia tua a finibus terræ in regnum tuum. quoniam tua est gloria et virtus per Jesum Christum in sæcula. pro sancto nomini tuo quod fecisti ut habitet (xatecx''tócxc) in cordibus nostris, et pro scientia et fide et immortalitate,


MESSE. — IX. CLÉMENT DE ROME


CONST. APOST., VII

Gratias agimus tibi, pater noster, pro vita quam manifestasti (ivo picaxz)nobis per Jesum Filium tuum, per quem et cuneta creasti, et omnibus provi des, quem misisti ut propter salutem nostram homo fieret, quem etiam pati et mori permisisti et suscitatum voluisti glorificare et sedere ad dexteras tuas fecisti, per quem nobis promisisti nipotens ; Deus ætlerne, quemadmodum hoc dispersum erat, coactum vero factum est unus panis, ita congrega Ecclesiam tuam a finibus terræ in ré gnum tuum. Gratias adhuc agimus, Pater noster, pro quem tibi gloria in sæcula.resurrectionem | mortuorum. Tu Domine om- | IX-X Recordare, Domine, Ecclesi : tus, ut eam liberes ab omni malo, eam que perfcias in caritate tua et collige eam a 4 venlis sanctificatam in regnum tuum quod ei parasti quoniam tua est virtus et gloria in sæcula.

Adveniat gratia et prætereat mundus hic.

Hosanna filio David.

Si quis sanctus est, accedat ; si quis non est pænitentiamagat. Maranatha. Amen.

Prophetis vero permittite gratias agere, quantas vo-

552 01 CONST. APOST., VII

nunc quo que per ipsum memento hujus Ecclesie sanctæ tus, i 4 quam acquisivisti pretioso sanguine Christi tui, et libera - eam ab omni malo, et perfice eam in dilectione tua et veritate tua, et congrega nos omnes in regno tuo quod pr :eparasti.

Maranatha. Hosanna filio David. Benedictus qui venit. E in nomine Domini, Deus Dominus qui apparuit nobis in carne.

Si quis sanctus, accedat. | Si quis non sanctus, fiat per — penitentiam. | Committite autem et presbyteris vestris gratias agere. junt. = 1 Les discordan ces systématiques que ce tableau met en évidence nous apprennent du moins que, au jugement du rédacteur des Constitutions apostoliques, le caractère eucharistique des formules des chapitres 1x et x de la Didaché n'était pas, à beaucoup prés, aussi clairement exprimé que se le figurent ceux qui veulent l'y voir aujour d'hui, puisqu'il faut tant de retouches. et de manipulations pour le faire apparaitre. En y regardant de plus près, on s'aperçoit que les remaniements n'ont pas seulement pour but d'orienter la pensée vers l'eucharistie, mais qu'ils écartent et suppriment radicalement tout ce qui pouvait s'appliquer à l'agape. De plus, le reviseur a porté d'abord son attention sur l'élimination de l'Ordorituel de l'agape et la priorité de la bénédiction de la coupe disparaît si bien qu'on n'en retrouve plus la trace. Le méme traitement est fait à la distribution du pain, dont il n'est plus question. Et ce ne sont pas seulement les rites. qui sont écartés, les formules traditionnelles sont remplacées par des formules nouvelles, la « sainte vigne de David » et le « pain rompu » deviennent le pretiosus sanguis et le pretiosum corpus. Il n'est pas jusqu'au postquam autem impleti sunt qui ne s'estompe en post communio ; enfin l'action de grâces est retirée aux prophètes (devenus alors si rares que c'est à peine si on en rencontre) et confiée aux prêtres, ce qui s'explique sans peine, puisqu'aux bénédictions du repas de la Didaché le caractère sacerdotal n'était pas plus nécessaire qu'il ne l'était à l'agape des Sfafuts. Il est indispensable à l'eucharistie des Constitutions.

En terminant le réviseur transcrit l'admonition de la Didachè : Si quis sanctus est... sans s'apercevoir qu'dans cet écrit il se trouve à sa place après l'agape, avant l'eucharistie qui va suivre, tandis que dans les. Constitutions l'avertissement est donné quand tout est terminé et que la communion est faite.

De cette longue étude sur la Didaché, considérée au point de vue de la messe, une conclusion ressort, selon nous, avec évidence : c'est que les chapitres xiv et xv appartiennent seuls à l'eucharistie primitive.


IX. CLÉMENT DE ROME. — L'Église de Corinthe s'était pas tellement assagie depuis le temps et les admonitions de saint Paul qu'elle ne fit encore parler d'elle. Des désordres s'y produisirent d'où résulta un schisme, plusieurs presbytres irréprochables furent destitués, ils se plaignirent à l’évêque de Rome. Celui-ci, Clément, jouissait d'un prestige assez bien établi pour pouvoir se permettre une mercuriale. Sa lettre date des environs de l'année 95, elle contient un passage ainsi conçu : « Nous devons faire avec ordre tout ce que le Maître nous a prescrit d'accomplir en des temps déterminés. Or, il nous a ordonné de nous acquitter des offrandes et du service divin, z2oogopxc xal AsiTouoyioc, non pas au hasard et sans ordre, mais en des temps et des heures déterminés. Il a fixé lui-même par sa volonté souveraine à quels endroits et par quels ministres ils doivent s'accomplir, afin que toute chose se fasse saintement selon son bon plaisir et soit agréable à sa volonté. Donc, ceux qui présentent leurs offrandes aux temps marqués sont favorablement accueillis et bienheureux ; car, à suivre les ordonnances du Maître, ils ne font pas fausse route. ^u grand prêtre dans l'ancienne Loi des fonctions [liturgiques] particulières ont été conférées ; aux prêtres on a marqué des places spéciales ; aux lévites incombent des services propres ; le laïque est lié par les préceptes faits pour les laïques.

« Frères, que chacun de nous, à sa place propre, plaise à Dieu par une bonne conscience et sans transgresser les règles imposées à son office, agissant avec gravité. Car on n'offre pas partout, frères, les sacrifices perpétuels ou votifs, ni les sacrifices pour le péché ou pour le délit, mais seulement à Jérusalem. Et là encore, on n'offre pas le sacrifice en tout lieu, mais dans le parvis du Temple, à l'autel... Les apôtres nous ont été envoyés par le Seigneur Jésus-Christ, et Jésus-Christ a été envoyé par Dieu... Ayant reçu les instructions de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ils allèrent annoncer l'Évangile... Prêchant à travers les villes et les campagnes, ils éprouvèrent leurs premiers convertis et les instituèrent comme évêques et comme diacres des futurs croyants... Ensuite, ils posèrent cette règle qu'après leur mort d'autres hommes éprouvés succéderaient à leur ministère... Ceux qui ont été ainsi mis en charge par les apôtres et, plus tard, par d'autres personnes investies d'autorité... qui ont servi d'une façon irréprochable..., à qui tous ont rendu bon témoignage depuis longtemps, nous ne croyons pas juste de les rejeter du ministère. Et ce ne serait pas une faute | lésère pour nous de déposer de l'épiscopat des hommes qui ont présenté les oblations d'une façon pieuse et irréprochable +. » Le motif vrai du conflit survenu à Corinthe n'est pas connu avec certitude, c'est par conjecture seulement qu'on peut y voir les Corinthiens conservateurs chassant leurs presbytres progressistes ; rien ne permet de croire que la question de l'eucharistie fût engagée dans ce conflit. Cependant, d'une façon générale, il semblait nécessaire à Clément de rappeler les règles et d'affermir les prescriptions relatives à l'accomplissement du culte. Ces règles concernent le temps et le lieu de la célébration du service divin et Clément affirme l'obligation de présenter les offrandes dans les réunions chrétiennes. Le Maître a fixé « par quels ministres » les offrandes et les liturgies doivent être accomplies, et on nous fait entrevoir comment les apôtres envoyés par lui ont, à leur tour, choisi les évêques et les diacres qui, eux, désignèrent leurs successeurs, Ce sont eux qui ont la charge de présenter les oblations. Leur hiérarchie correspond à celle des ministres de l'ancienne Loi, on ne peut sans faute grave les déposer si leur conduite est sans reproche.

La fonction et les offrandes de ces ministres ont un caractère officiel. Chez les Septante, Agtczoupyix a le sens général de culte et mpocpópx vise plus directement la présentation des offrandes du sacrifice. A quel sacrifice, vers l'an 95, Clément de Rome peut-il faire allusion ? Il ne peut s'agir d'offrandes purement symboliques, ni de prières. On ne peut penser à autre chose qu'à l'eucharistie, qui est, dés lors, le véritable sacrifice chrétien qui seul peut faire l'objet d'un réglement officiel et public. L'intervention de la hiérarchie ne s'explique et ne se comprend qu'en pareil cas. Ce qui pouvait faire à Corinthe, à cette date, la gravité de la situation et provoquer l'intervention de saint Clément de Rome, c'est que des Corinthiens avaient méconnu l'autorité des presbytres, les avaient dépossédés et, on peut le supposer, s'étaient substitués à eux, célébrant l'eucharistie sans l'intervention de l'évêque ou du presbytre. Toutefois, nous n'avons pas la preuve que le conflit ait entraîné une éviction générale du clergé, par conséquent il n'est pas possible de soutenir que les Corinthiens — à part les schismatiques — estimaient pouvoir se passer du ministère hiérarchique dans la confection de l'eucharistie. Et quel était le nombre de ces schismatiques dans une communauté prospère ? Il ne faut pas mettre dans cette lettre ce qu'on voudrait y trouver, mais retenir ce qui s'y trouve réellement, à savoir qu'à l'occasion d'un conflit dont nous ignorons les circonstances et la gravité, Clément rappelle la volonté du Christ et la discipline des apôtres, il exige de ceux qui font le sacrifice à autel : une bonne conscience, l'observation des règles imposées à leur office et la gravité.

Les fruits du sacrifice sont rapidement indiqués : ils font « plaire à Dieu », ils nous font « bien accueillir » de lui, ils nous rendent « heureux ».

Vers cette fin du 1er siècle, plusieurs pensent pouvoir recueillir des indices plus ou moins certains d'un effort tenté pour cristalliser le cadre qui entoure le sacrifice. Dans la Didachè, on rencontre l'oraison dominicale suivie d'une doxologie : « Car à toi est la puissance et la gloire dans les siècles », et on induit de là que le Pater avait sa place dans le rite eucharistique. Peut-être.

Autre vestige ? Dans la lettre de saint Clément, on lit un développement qui favoriserait l'idée que le Sanctus appartiendrait à ces lointains essais en vue d'entourer de formules le rite eucharistique. On lit que « dix mille myriades d'anges se tiennent devant le Seigneur et des milliers de milliers le servent et crient : « Saint, saint, saint est le Seigneur Sabaoth : toute la création est remplie de sa gloire. » Et nous aussi, réunis par la communauté de sentiments dans la concorde en un seul corps, crions vers lui avec instance comme d'une seule bouche, afin d'avoir part à ses grandes et magnifiques promesses. » (XXXVI. 6-7.) Il se peut que nous ayons encore une formule liturgique dans ce passage : « Puis que nous tenons tout de lui, nous avons le devoir de lui rendre grâces de toutes choses. A lui la gloire dans les siècles des siècles. Amen. » (XXXVIII, 4.) Enfin, il y a la longue prière (LIX-LX) dans laquelle les uns voient un modèle de la prière liturgique, ce qui suffit à leurs contradicteurs pour ne pas la reconnaître. Ce qui est certain, c'est que ce morceau n'est pas « la reproduction d'une formule consacrée », ce n'est pas un extrait d'un missel apostolique inexistant d'ailleurs. Cette brillante improvisation ne contient pas une allusion au sacrement du corps et du sang du Christ, mais elle est pénétrée, on pourrait dire sans exagération qu'elle est fissée de citations bibliques et contient les pensées caractéristiques de la préface et de l'intercession qui figureront plus tard dans les liturgies.


LIX... par nos prières et nos supplications assidues, nous demanderons : gloire de son nom. à l'espérance en ton nom, principe d'où procède toute création. Tu as ouvert les yeux de nos cœurs afin qu'ils te connaissent,

Toi, le seul Très-Haut au plus haut des cieux, Le Saint qui reposes au milieu des saints !. Toi qui abaisses l'insolence des orgueilleux , « Qui déroutes les calculs des peuples ?, « Qui exaltes les humbles, « Et qui abaisses les grands ;

Toi « qui enrichis et qui appauvris ?

« Qui tues, et qui sauves, et qui vivifies *. » Unique bienfaiteur « des esprits, « Et Dieu de toute chair” ;

Contemplateur des abîmes ? », scrutateur des œuvres des hommes, Secours des hommes dans les dangers Et leur Sauveur dans le désespoir *. » Créateur et surveillant (évé que) de tous les esprits !

Toi qui multiplies les peuples sur la terre Et qui as choisi au milieu d'eux ceux qui t'aiment Par Jésus-Christ ton Fils bien-aimé Par qui tu nous as instruits, sanctifiés, honorés.

Nous t'en prions, ó Maitre ! x Sois notre secours et notre soutien 1 », Sois le salut de nos opprimés, Prends pitié des humbles, Relève ceux qui sont tombés, Montre-toi à ceux qui sont dans le besoin.

Ramène les égarés de ton peuple ;

Fais lever ceux qui languissent, « € Que tu es le seul Dieu, À » Que Jésus-Christ est ton Fils, Toi, Seigneur, qui as créé la terre, Juste dans tes jugements, Me comptes pas les péchés de tes serviteurs et de tes servantes Et « dirige nos pas # Oui, Maître, « fais luire sur nous ton visage ? » Pour (nous faire jouir) des biens ! ? » en paix, Nous protéger de ta « main puissante À s, Lorsqu'ils t'invoquaient ** saintement dans la foi et la vérité ??, A ton nom trés puissant et trés excellent, Afin que, connaissant la gloire et l'honneur que tu leur as départis, 9096 Nous leur soyons soumis Et ne contredisions pas ta volonté.

Accorde-leur, Seigneur, la santé, la paix, la concorde, la stabilité, Pour qu'ils exercent sans heurt la souveraineté que tu leur as remise.

Car c'est toi, Maitre, céleste roi des siècles, Qui donnes aux fils des hommes Gloire, honneur, pouvoir sur les choses de la terre.

Dirige, Seigneur, leur conseil suivant ce qui est bien, Suivant « ce qui est agréable à tes yeux # », Afin qu'en exerçant avec piété, Dans la paix et la mansuétude, Le pouvoir que tu leur as donné, Ils te trouvent propice.

Toi seul as la puissance de faire cela Et de nous procurer de plus grands biens encore.

Nous te remercions par le grand prêtre Et le patron de nos âmes, Jésus-Christ, Par qui soit à toi la gloire et la grandeur, Et maintenant Et de génération en génération Et dans les siècles des siècles. Amen.

X. IGNACE D'ANTIOCHE. — Le témoignage de saint Ignace nous amène au seuil du 2e siècle, puis que ses lettres précèdent de peu son martyre qui survint en l'an 107 *, Cette correspondance (voir Dictionn., t. vir, col. 2719-2725) est d'une telle conséquence qu'il a paru à ceux dont elle dérangeait les affirmations que le plus sûr et le plus court moyen de s'en débarrasser était encore d'en nier l'authenticité ; cette position n'est plus tenable. Faute de mieux, on en est venu à faire d'Ignace une caricature qui n'a que le mérite d'une épigramme : « Penseur médiocre et théologien peu original, Ignace, a-t-on dit, est avant tout homme d'église . » Son nom est devenu, pour certains, synonyme d'organisateur de ce qu'on appelle l’ « épiscopat monarchique ?*s, C'est là un terrain sur lequel nous ne nous transporterons pas et, d'ailleurs, sans nous écarler de notre sujet, Ignace d'Antioche apporte à la question du sacrifice du corps et du sang de Jésus un témoignage de grande importance. Ce témoignage se rencontre dans cinq de ses lettres dans les termes suivants :

Éphésiens, v, 2 : « Que personne ne s'y trompe, s'éloigner de l'autel, c'est se priver du pain de Dieu. Si les prières de deux personnes réunies possèdent une telle efficacité, que ne pourra pas la prière de l’évêque unie à celle de l'Église entière ! Ne pas venir à l'assemblée, c'est faire acte d'orgueil et s'excommunier soi-même. » | Éphésiens, xii, 1 : « Ayez donc soin de tenir des réunions plus fréquentes pour offrir à Dieu votre eucharistie et vos louanges. Car, en vous assemblant ainsi, vous anéantissez les forces de Satan, et sa pernicieuse puissance se dissipe devant l'unanimité de votre foi. » Éphésiens, xx, 2 : « ... surtout si le Seigneur me fait savoir que chacun en particulier et tous ensemble sont unis par la grâce, animés par une même foi et ne faisant qu'un en Jésus-Christ... vous êtes unis de cœur dans une inébranlable soumission à l'évêque et au presbytérium, rompant tous au même pain, ce pain qui est un remède d'immortalité, un antidote destiné à nous préserver de la mort et à nous assurer pour toujours la vie en Jésus-Christ. » Magnésiens, vii, 1-2 : « De même que le Seigneur, Ve vu] nmm emp rn CE OU


FTN EE IUT


MESSE.

soit par lui-même, soit par ses apôtres, n'a rien fait sans le Père, avec lequel il n'est qu'un, ne faites rien, vous non plus, en dehors de l'évêque et des presbytres. C'est en vain que vous essayeriez de faire passer pour louable une action accomplie en votre particulier ; il n'y a de bon que ce que vous faites en commun ; une même prière, une même supplication, un seul et même esprit, une même espérance animée par la charité dans une joie innocente : tout cela, c'est Jésus-Christ audessus duquel il n'y a rien. 2. Accourez tous vous réunir dans l'unique temple de Dieu, au pied du même autel, c'est-à-dire en Jésus-Christ un, qui est sorti du Père un, tout en lui restant uni et qui est retourné à lui. » Magnésiens, ix, 1 : « Ceux qui vivaient sous l'ancien ordre de choses ont embrassé la nouvelle espérance et n'observent plus le sabbat, mais le dimanche. » Romains, vii, 3 : « Je ne prends plus de plaisir à la nourriture corruptible, ni aux joies de cette vie : ce que je veux, c'est le pain de Dieu, ce pain qui est la chair de Jésus-Christ, fils de David, et pour breuvage je veux son sang qui est l'amour incorruptible. » Philadelphiens, iv : « Avez donc soin de ne participer qu'à une seule eucharistie ; il n'y a, en effet, qu'une seule chair de Notre-Seigneur, une seule coupe pour nous unir dans son sang, un seul autel, comme il n'y a qu'un seul évêque, entouré du presbytérium et des diacres, les associés de mon ministère ; de cette façon vous ferez en toutes choses la volonté de Dieu. » Smyrniotes, VII, 1 : « Ils (les docètes) s'abstiennent de l'eucharistie et de la prière parce qu'ils ne veulent pas reconnaître, dans l'eucharistie, la chair de Jésus-Christ notre Sauveur, cette chair qui a souffert pour nos péchés et que le Père dans sa bonté a ressuscitée. C'est ainsi que, niant le don de Dieu, ils trouvent la mort dans leurs contestations. Ils agiraient bien mieux en faisant l'agape, pour avoir part à la résurrection. » Smyrniotes, VIII, 1-2 : « Suivez tous l'évêque, comme Jésus-Christ suivait son Père, et le presbytérium comme les apôtres. Quant aux diacres, vénérez-les comme la loi de Dieu. Ne faites jamais rien sans l'évêque de ce qui concerne l'Église. Ne regardez comme valide que l'eucharistie célébrée sous la présidence de l'évêque ou de son délégué. 2. Il n'est permis ni de baptiser, ni de célébrer l'agape en dehors de l'évêque, mais tout ce qu'il approuve est également agréé de Dieu : de cette façon, tout ce qui se fera dans l'Église sera sûr et valide. » De ces différents passages plusieurs vérités ressortent avec évidence : Les Églises, auxquelles écrit l’évêque d'Antioche, tiennent des réunions où les fidèles s'adonnent à la prière commune plus efficace que toute autre. Ces réunions se tiennent sous la présidence de l'évêque ou de son délégué, et elles ont lieu le dimanche, mais Ignace souhaite qu'elles aient lieu plus fréquemment.

Ces réunions sont consacrées à la prière et à la célébration de l'eucharistie. Ceux qui reconnaissent dans cette dernière la chair de Jésus-Christ ressuscité participent au pain et à la coupe : or ce pain, c'est la chair, et ce vin, c'est le sang de Jésus-Christ, fils de David ; les hérétiques ; les docètes s'en abstiennent.

Sous la plume de l'évêque d'Antioche, eucharistie et agape sont synonymes ; l'agape ou banquet fraternel, étroitement associé à l'eucharistie dans les documents que nous avons étudiés jusqu'ici, disparait ici dans le rayonnement du sacrifice. Celui-ci nous est décrit dans ses éléments : le pain et la coupe, l'invocation à Dieu par la prière commune liturgique de l'évêque ou de son délégué, en union avec l'Église. Mais est-ce bien un sacrifice qu'Ignace a en vue ? Il ne l'affirme pas en termes formels, mais il réserve l'eucharistie à l'évêque et au presbytérium, parce que, à ses yeux, eux seuls, héritiers des pontifes de l'ancienne Loi, sont qualifiés pour l'oblation du sacrifice. On n'en est pas réduit à tirer ces conclusions. d'après une argumentation, on peut citer le passage déjà transcrit de la lettre aux Philadelphiens, à qui il recommande la participation à une seule eucharistie, à une seule chair et à une seule coupe, à un seul autel, à un seul évêque. Or, ce qui est consacré sur l'autel, c'est le sacrifice dont le Üuctxcc ;ctov seul peut recevoir les éléments. Toutes les finesses, toutes les discussions et toute la philologie sont très certainement respectables, mais elles ne peuvent rien contre l'évidence des textes. Pour Ignace, l'eucharistie, c'est la chair et le sang du Christ ressuscité que les bons reçoivent dans la communion à chacune de leurs réunions. Cette communion est une et elle doit produire l'unité dans le sang du Christ ; de plus, elle doit conférer l'immortalité à ceux qui y participent, parce qu'elle est un antidote pour vivre toujours en Jésus-Christ, une nourriture incorruptible : le pain de Dieu.

Cette expression « pain de Dieu » se lit dans la lettre aux Éphésiens et dans la lettre aux Romains, avec cette explication : « le pain de Dieu, qui est la chair de Jésus-Christ », et aux Smyrniotes : « la chair qui a souffert pour nos péchés et que la miséricorde du Père a ressuscitée » ; ainsi donc cette chair identifiée avec l'eucharistie, c'est la personne même du Christ. Ceux qui se refusent à le croire s'abstiennent de l'eucharistie, les autres participent à ce qui est fait par l'évêque sur l'autel, faute de qui il n'y a pas d'eucharistie véritable.

Il se peut que l'insistance d'Ignace trouve dans ces paroles aux Éphésiens une explication : « Que personne ne s'y trompe, leur écrit-il. Si quelqu'un n'est pas à l'intérieur du sanctuaire, il est privé du pain de Dieu » ; allusion possible et même probable à quelques conventicules où des prophètes célébraient l'eucharistie privée sans l'aveu et la participation de l'évêque. Ces dissidents sont négligeables ; ce que nous avons à retenir des textes de la correspondance d'Ignace, c'est le repas eucharistique du corps et du sang de Jésus, sous les espèces du pain et du vin, leur consécration sacrificielle par l'évêque dans une réunion liturgique qui s'accomplit en présence des fidèles et renouvelle le rite primitif étroitement rattaché au passé, dont l'évêque et le presbytérium évoquent l'image en tenant la place de Jésus-Christ et des apôtres.

Quand on a lu les pauvretés entassées pour jeter le doute sur ce passage, on reste émerveillé que certains esprits cultivés puissent y attacher de l'importance et conclure, d'un air entendu, que la question de l'authenticité est de celles qu'en l'état actuel des textes il faut déclarer insolubles.

Pline a interrogé des apostats et des diaconesses ; parmi les premiers il s'en trouvait dont l'apostasie remontait à une vingtaine d'années, leurs souvenirs remontaient donc à la fin du Ier siècle ; les diaconesses étant en fonctions parlaient de ce qui se faisait vers l'an 110-112. Or, on tenait deux réunions, une à jour fixe, vraisemblablement le dimanche, avant le lever du soleil ; on chantait des hymnes au Christ, on s'engageait à vivre suivant une morale rigoureuse. L'engagement pris était à la fois solidaire et individuel, parce que si on prend l'engagement de ne pas commettre d'adultère, on se lie personnellement parce qu'il n'existe pas d'adultère autrement qu'individuel.

Il y a une autre réunion dont l'instant n'est pas indiqué ; on y prenait une nourriture frugale : ad capiendum cibum, promiscuum tamen el innoxium.

À quel moment avait-elle lieu : le soir peut-être, car elle semble bien distincte de la réunion précédemment décrite. L'édit de Trajan contre les hétairies entraîna sa suppression, mais, « étant donnée la place que la croix, il en est inséparable, et le sacrifice de la croix est offert par Jésus-Christ en personne. « Telle est la doctrine de l'épitre aux Hébreux qui présente tant de traits de ressemblance avec la lettre du pseudo-Barnabé. Cette oblation n'est pas une œuvre humaine, comme l'était chez les Juifs l'offrande de l'encens ou de la fleur de farine, du sang ou de la graisse (11, 5). L'eucharistie est instituée par le Christ et c'est encore par lui qu'elle s'accomplit. Ceux dont elle est l'unique oblation n'ont donc pas « d'offrande faite par les hommes », comme l'observe le pseudo-Barnabé. Quant aux affirmations sur le sacrifice spirituel du cœur brisé, on les retrouve depuis les origines jusqu'à nos jours chez d'innombrables écrivains qui voient dans la messe une oblation proprement dite. L'auteur cite ici le verset bien connu du psaume L. Il se propose d'insister sur la nécessité des dispositions intérieures. Il peut d'ailleurs dire qu'elles sont l'unique sacrifice distinct de celui de la croix, si à ses yeux l'oblation de l'assemblée chrétienne se confond avec ce dernier. — Le paragraphe qui suit justifie cette interprétation. Il déclare, irr, 3. que le jeûne, c'est la justice et la charité. Or cette mortification corporelle était cependant recommandée dès le temps de la Didaché, qui dit expressément, VII, 1 : « Que vos jeûnes n'aient pas lieu en même temps que ceux des hypocrites : ils jeûnent, en effet, le lundi et le jeudi. Pour vous, jeûnez le mercredi et le vendredi. » De même la déclaration sur le devoir d'immoler à Dieu un cœur contrit n'oblige nullement à supprimer le sacrifice du Christ et son prolongement, sa rénovation ? » XIII. Polycarpe, Hermas, — La lettre de saint Polycarpe aux Philippiens, seule épave d'une correspondance plus étendue (voir Dictionn., t. VII, col. 2726-2729), ne peut être postérieure que de très peu de temps à la rencontre avec saint Ignace d'Antioche, par conséquent voisine de l'an 107, plutôt que de 110-115, comme nous avons eu tort de l'écrire (voir Dictionn., t. VII, col. 2727). Au point de vue du sujet que nous étudions, cette date importe peu, car si la lettre contient un spécimen de prière d'allure liturgique, on ne saurait dire à quoi elle a servi. La voici d'ailleurs : « Que Dieu le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que le pontife éternel lui-même Jésus-Christ, Fils de Dieu, vous fasse croître dans la foi et la vérité, dans une douceur parfaite, exempte de tout emportement, dans la patience et la longanimité, dans la résignation et la chasteté. Que Dieu vous donne part à l'héritage de ses saints, qu'il nous y fasse participer avec vous et tous ceux qui sont sous le ciel, qui croient en Notre-Seigneur Jésus-Christ et en son Père qui l'a ressuscité d'entre les morts. Priez pour tous les saints. Priez aussi pour les rois, les magistrats et les princes, pour ceux qui vous persécutent et vous haïssent et pour les ennemis de la croix. » (XI, 2-3.) Polycarpe fut martyrisé en 155 et nous devons un précieux récit des circonstances de son arrestation et de son supplice aux Smyrniotes qui écrivirent ces détails dans l'année qui suivit. Ils nous apprennent qu'ils se réunissaient sur son tombeau, « avec joie et allégresse, pour célébrer avec l'aide du Seigneur l'anniversaire du jour où Polycarpe est né à Dieu par le martyre. Ce sera, disent-ils, un hommage à la mémoire de ceux qui ont combattu avant nous, en même temps qu'un entraînement et une préparation aux luttes de l'avenir » (XVII). Et voici la plus antique attestation, en 156, de la commémoration d'un martyr par la célébration d'une synaxe ; le texte ne nous dit pas si elle comportait le sacrifice eucharistique, mais il est permis de le présumer.

Après son arrestation, Polycarpe obtint un répit d'une heure qu'il consacra à la prière ; « il se souvint de tous ceux qui avaient été en relations avec lui, petits et grands, illustres et obscurs, et de toute l'Église » (VII, 1). Il faut, pour découvrir là le memento du sacrifice eucharistique une extrême bonne volonté, de même que pour transformer la prière prononcée au poteau du supplice en une formule de l'offrande eucharistique ; tout ce qu'on peut y reconnaître, c'est, de la part d'un évêque plus qu'octogénaire, des réminiscences de textes liturgiques souvent employés par lui pendant un demi-siècle d'épiscopat *.

Il se peut qu'on trouve des formules et des gestes liturgiques dans le Pasteur d'Hermas ; tout cela est subjectif *.


XIV. Saint Justin, martyr. — On voudrait pouvoir s'attarder à l'étude du personnage, un des plus représentatifs de la période primitive du christianisme, mais c'est son témoignage qui doit seul nous retenir. Il se trouve dans une Apologie, la première de l'auteur, adressée à l'empereur Antonin le Pieux (138-161), à ses fils adoptifs, Marc-Aurèle et Lucius Verus, au Sénat et au peuple romain. Justin veut innocenter la religion chrétienne et ceux qui la pratiquent des accusations infâmes que les païens font planer sur eux ; s'il aborde la description d'une assemblée de fidèles, ce n'est nullement pour en fixer le souvenir parmi les croyants, mais pour disculper l'assistance devant les païens. Au lieu d'argumenter il expose, et c'est là ce qui donne un si grand prix à ses deux paragraphes. Justin livre aux indifférents, aux ennemis une description sincère des rites et des doctrines acceptés en tous lieux par les chrétiens, car ce qu'il trace ce n'est pas le tableau de la communauté de Rome, c'est celui de toutes les Églises locales de la chrétienté. Justin n'a pas rendu que ce témoignage ; dans son Dialogue avec le juif Tryphon, il a envisagé, c. XLI, les figures anciennes du sacrifice eucharistique et la prophétie de Malachie sur le sacrifice nouveau ; c. LXX, le sacrifice prédit par Isaïe ; c. CXVII, le seul sacrifice agréable. Apologie et Dialogue se placent entre les années 150 et 160 environ. Vers la fin de l'Apologie, qui décrit la vie chrétienne, Justin, après avoir parlé du baptême (c. LXI-LXIV) aborde, après une digression, la question de l'eucharistie (c. LXV-LXVII). Voici le passage : LXV. « Quant à nous, après avoir lavé celui qui croit … et qui s'est adjoint à nous, nous le conduisons dans le lieu où sont assemblés ceux que nous appelons nos frères. Nous faisons avec ferveur des prières communes pour nous et pour l'illuminé, et pour tous les autres en quel que lieu qu'ils soient, afin d'obtenir, avec la connaissance de la vérité, la grâce de pratiquer la vertu et de garder les commandements, et de mériter ainsi le salut éternel. Quand les prières sont terminées, nous nous donnons le baiser de paix. Ensuite on apporte, à celui qui préside l'assemblée des frères, du pain et une coupe de vin étendu d'eau. Il les prend et loue et glorifie le Père de l'univers par le nom du Fils et du Saint-Esprit, puis il fait une longue action de grâces pour ce que Dieu nous a daigné donner ces choses. Quand il a terminé les prières et l'action de grâces, tout le peuple présent acclame en disant : Amen, mot hébreu qui signifie : Ainsi soit-il. Celui qui préside ayant rendu grâces et tout le peuple ayant acclamé, les ministres que nous appelons diacres distribuent à chacun des assistants une part du pain eucharistique, et du vin, et de l'eau, et ils en portent aux absents.


LXVI. « Nous appelons cet aliment eucharistie, et personne ne peut y prendre part s'il ne croit à la vérité de notre doctrine, s'il n'a reçu le baptême pour la rémission des péchés et la régénération, et s'il ne vit selon les préceptes du Christ. Car nous ne prenons pas ces choses comme du pain vulgaire ou comme un breuvage ordinaire ; mais de la manière dont, fait chair par le Verbe de Dieu, Jésus-Christ, notre Sauveur, eut une chair et du sang pour notre salut, ainsi de même l'aliment eucharistiqué par un discours de prières qui vient de lui — aliment dont nos chairs et notre sang sont nourris en vue de la transformation — est la chair et le sang de ce Jésus fait chair ; ainsi nous la-t-on enseigné. Car les apôtres, dans les mémoires qui sont d'eux et qu'on nomme évangiles, ont rapporté qu'il leur avait été ainsi prescrit : Jésus, ayant pris du pain, avait rendu grâces en disant : « Faites ceci en mémoire de moi, ceci est mon corps ». Et ayant pris la coupe semblablement, il avait rendu grâces en disant. « Ceci est mon sang. » Et à eux seuls il en avait donné. » LXVII. « Après cela, dans la suite, nous renouvelons le souvenir de ces choses entre nous. Ceux qui ont du bien viennent en aide à tous ceux qui ont besoin, 562 et nous nous prêtons mutuellement assistance. Dans toutes nos offrandes nous bénissons le Créateur de l'univers par son Fils Jésus-Christ et par l'Esprit-Saint. Le jour dit du soleil, tous ceux qui habitent les villes ou les champs s'assemblent en un même lieu : on lit les mémoires des apôtres ou les écrits des prophètes, tant qu'il y a lieu. Puis le lecteur s'étant arrêté, celui qui préside prend la parole pour morigéner (les assistants) et les exhorter à l'imitation de ces belles leçons. Ensuite, nous nous levons ensemble, tous, et nous adressons des prières. Et, comme nous l'avons déjà dit, lors que nous nous arrêtons de prier, du pain est apporté avec du vin et de l'eau ; et celui qui préside adresse des prières semblablement et des actions de grâces autant qu'il a de force, et le peuple répond : Amen. Alors a lieu la distribution des choses eucharistiques, et chacun en a sa part, et aux absents on envoie la leur par les diacres. » Ces deux descriptions ne font pas double emploi ; la première décrit le rite tel qu'il s'accomplit après le baptême, la seconde tel qu'il s'opère chaque dimanche dans l'assemblée des frères. Forcément, il y a concordance en ce qui regarde les rites proprement eucharistiques ; mais Justin le sait et nous en avertit : : Comme nous l'avons déjà dit », mais ce qui a suivi la collation du baptême diffère de ce qui précède l'eucharistie dominicale. On peut donc rapprocher les deux descriptions pour en tirer les traits communs, essentiels à ce que, désormais, on nomme « eucharistie », terme technique qui servira à désigner le pain et le vin consacrés : « Nous appelons cet aliment eucharistie. » Essayons maintenant de noter les caractères de cette réunion, Le premier, c'est que le dimanche est désormais bien en possession de son rang. Chaque semaine, ce jour-là, que les païens nomment « jour du soleil » — expression que les fidèles entendent tout naturellement du Soleil de vérité, le Christ, qui ressuscita à l'aube du dimanche — chaque semaine, régulièrement se tient la réunion.

Or, pour les païens c'est un jour ordinaire, consacré au travail, mais pour tous les chrétiens qui habitent les villes ou la campagne, c'est un jour férié et en partie chômé, car ils se rendent à la réunion. L'heure n'en est pas fixée, mais, que ce soit le matin ou le soir, voici déjà les premiers linéaments du dimanche chrétien : rassemblement de tous dans un même lieu pour participer à la synaxe eucharistique, c'est la messe hebdomadaire.

Était-ce le seul jour de la semaine ; ce n'est pas probable, mais le dimanche la réunion avait un caractère d'obligation pour tous les fidèles, tant de la ville que de la campagne. Il ne s'agit pas de groupements spontanés et disséminés comme aux premières heures de l'Église, tous se rendent « en un même lieu ». On oserait presque dire que c'est déjà la messe paroissiale.

La réunion comporte une partie préparatoire à l'eucharistie, une « avant-messe » composée de lectures, d'instructions, de prières. Dans les Églises qui jouissent d'une certaine prospérité, où le nombre des frères a permis l’organisation hiérarchique représentée par l'évêque et les diacres, on trouve à un rang inférieur, les lecteurs (voir ce mot) que Justin se garde de confondre avec celui qui fait l'homélie. Qui sont ces lecteurs ? Les textes que nous avons rapportés à leur sujet permettent de croire, sans beaucoup de chances d'erreur, qu'ils sont choisis dès lors parmi les laïques.

La lecture se fait dans les mémoires des apôtres et les écrits des prophètes ; ici pas d'hésitation : les mémoires des apôtres, au dire de Justin lui-même, ce sont les évangiles ; les écrits des prophètes, c'est l'Ancien Testament, et nous savons que, dès l'époque apostolique, on donnait lecture des lettres de saint Paul. On lit, dit saint Justin, « autant qu'il y a lieu », ce qui veut dire peut-être : autant qu'il convient de le faire pour que ladite lecture soit instructive et conforme à l'usage.

Quand la lecture est terminée, et il ne semble pas qu'elle dépende de l'arbitraire, car Justin écrit quand le lecteur s'est arrêté, le président de l'assemblée prend la parole ; c'est lui qui, plus tard, consacrera l'eucharistie, qui recevra et répartira la collecte entre les pauvres. C'est évidemment l’évêque ou, comme disait saint Ignace, son délégué. Il commence ses fonctions actives en prenant la parole pour faire la leçon à l'assistance et l'exhorter à retenir et à pratiquer les leçons qu'ils viennent d'entendre dans la lecture. Chez les Juifs aussi, on lisait les livres saints et on en faisait le commentaire. Notre-Seigneur Jésus-Christ avait donné cet exemple !.

Après l'instruction, tous les assistants se lèvent et prient. A partir de ce moment, les deux descriptions concordent et se complètent. C'est l'usage des synagogues, le samedi matin : lecture, homélie, prière, mais en quoi consistait la prière ? quelle était son allure ? Saint Justin n'avait pas à s'en expliquer, nous savons que l'assistance témoigne qu'elle s'associe à ce qui est dit par des Amen ou des acclamations. | Une des deux descriptions indique le thème général | de cette prière récitée debout : « Nous la faisons pour nous, pour le baptisé, pour tous les autres qui sont partout, afin d'être trouvés, nous qui avons connu la vérité, gens de bonne vie et fidèles aux préceptes reçus, afin d'opérer notre salut éternel. » C'est la prière commune dans son acception la plus totale, puis que tous prient pour eux-mêmes et pour tous leurs frères. C'est l'idée, sans le mot encore, de notre « collecte », Dans le Dialogue avec Tryphon, on lit cette indication qui peut s'appliquer à la prière de la messe : « Nous prions pour vous et pour tous les autres hommes, afin que, changeant d'opinion, d'accord avec nous, vous ne blasphémiez pas... le Christ Jésus, mais qu'au contraire, croyant en lui, vous soyez sauvés (XXXV, 3). Nous prions pour vous (les Juifs), afin que vous soyez pris en pitié par le Christ (xcvr, 3), pour que vous trouviez tous miséricorde auprès du Père compatissant et très miséricordieux (cvii, 3). Nous tous prions pour vous et pour tous les hommes. » (CXXXIII, 6.) Après cela, on interrompt les prières et on se donne, les uns aux autres, le baiser de paix. Ce geste n'est mentionné que dans l'assemblée eucharistique qui fait suite au baptême ; il semble probable toutefois qu'il devait trouver sa place dans la réunion dominicale, car on le trouve dans les plus anciennes liturgies, et il se trouve recommandé par le Nouveau Testament. C'est ce geste qui marque la fin de l'avant-messe et ouvre la partie qui va suivre.

Voici la présentation des éléments du sacrifice : du pain, du vin, de l'eau. Nous les voyons mentionnés comme oblats (LXV, 3 ; LXVII 5) et après leur consécration, lorsqu'on les distribue aux fidèles qui communient (Lxv, 5). S'il se rencontre encore quelques personnes pour prendre au sérieux la prétendue eucharistie avec le pain et l'eau à l'exclusion du vin, il semble que le mieux à faire est de les laisser déraisonner à l'aise ?. A trois reprises, Justin mentionne l'emploi du vin, plusieurs fresques des catacombes, qu'il est impossible de faire dater plus tard que le I siècle et qu'on peut croire de la première moitié de Ce, témoignent de l'emploi du vin rouge. Quant à l'usage de l'eau on le retrouve également sur 564 Maintenant l'évêque, ou celui qui le remplace, commence la prière solennelle qui s'achèvera par la consécration des éléments. Les deux descriptions de Justin soulignent son rôle : « Celui qui préside adresse des prières semblablement et des actions de grâces autant qu'il a de force, et le peuple répond : Amen (LXVI, 5). Celui qui préside prend le pain et la coupe, exprime louange et gloire au Père de l'univers par le nom du Fils et de l'Esprit-Saint, et il fait une action de grâces abondamment parce que Dieu a daigné nous accorder ces dons. » (Lxv, 3.) Les fidèles gardent le silence, ils n'auront qu'à approuver d'un seul mot : Amen, ce que l'évêque aura développé au cours de la prière et de l'action de grâces, ce qu'on appellera bientôt l'anaphore (voir ce mot). Justin ne manque pas de distinguer les prières et les eucharisties ou actions de grâces, non seulement dans les deux descriptions de l'Apologie, mais encore dans le Dialogue (cxvi, 2-3). Ces deux actions sont toujours énoncées dans le même ordre, il semble que la prière a quelque chose de moins solennel, de moins étroitement intime avec le sacrifice, tandis que l'eucharistie en est inséparable, les paroles qui tombent des lèvres | sont corrélatives au geste qui se saisit des éléments, | présente à Dieu le pain et la coupe et rend grâces. Ce que fait la parole, eucharistiser, rendre grâces, c'est donner aux éléments leur condition nouvelle et suréminente, c'est les élever à la dignité du corps et du sang du Christ. Désormais, c'est, suivant le mot de Justin, « l'aliment [lui-même] qui s'appelle eucharistie » (LXVI, 1).

Pour cela, il semble que le président jouisse d'une certaine liberté, il y met ce « qu'il a de force », et cette expression le montre choisissant les paroles les plus expressives, les plus imagées, les plus touchantes, celles qui révèlent le mieux les sentiments de l'assistance et les siens dans cet acte solennel. Il n'est pas contestable qu'il se livre à une improvisation dans un cadre tracé, suivant un thème adopté, mais où on lui abandonne le choix des mots, l'ampleur de la phrase. Si l'évêque était peu disert, fatigué, vieilli, l'« autant qu'il a de force » devait offrir peu de développements : - — quelques phrases suggérées par l'Écriture sainte, | quelques formules ramenées d'une façon presque automatique, et c'était l'écueil de la méthode. | L'improvisation n'aura qu'un temps, elle fera place au sacramentaire et au missel ; mais, en l'an 150, le président de l'assemblée a du moins un thème indiqué : il « adresse louange et gloire au Père de l'univers » (Lxv, 3). Suivant la préparation et l'aptitude, cela peut rendre peu ou beaucoup. Mais il ne s'agit plus de demandes et de supplications. De même, dans l'eucharistie on remercie Dieu « d'avoir créé le monde avec tout ce qu'il contient en vue de l'homme, et de ce qu'il nous a délivrés du péché, dans lequel nous étions nés, et de ce qu'il a détruit par un anéantissement absolu les principes et les puissances (malfaisantes) par celui qui a été fait passible selon sa volonté » (Dial., XLI, 2).

565 MESSE. — XIV. Alors la prière eucharistie amène l'instant solennel où l'eucharistie s'opère « en souvenir du Christ et de la cène » (LXVI, 3), « en mémoire de la passion qu'il a endurée afin de nous délivrer du péché. » (Dial., XLI, 1 ; CXVH, 3.) « En rendant grâces on fait le pain en souvenir de son incarnation pour ceux qui croient en lui et pour qui il a souffert, la coupe en souvenir de son sang. » (Dial, LXX, 4.) C'est non seulement le souvenir du Christ, mais encore son ordre formel qui est réalisé dans l'eucharistie. Justin invoque à ce sujet « les mémoires des apôtres qu'on appelle évangiles » et qui nous rapportent l'institution de l'eucharistie, mais il ne cite pas textuellement les paroles du Seigneur, il exprime la pensée, il emploie les mots, mais dans un résumé : « Jésus ayant pris du pain avait rendu grâces en disant : « Faites ceci en mémoire de moi, ceci est mon corps. » Et, ayant pris la coupe semblablement, il avait rendu grâces en disant : « Ceci est mon sang. » (LXVI, 3.) Le changement du pain au corps et du vin au sang a lieu parce que « l'aliment est eucharistié par la parole de prière qui vient de Jésus » (LXVI, 2), cette parole c'est celle de la cène que l'apologiste a rapportée : « Ceci est mon corps. Ceci est mon sang. » Justin affirme l'identité du Verbe incarné et du Verbe eucharistié : « De même, dit-il, que fait chair parle Verbe de Dieu, Jésus-Christ eut une chair pour notre salut, de même l'aliment eucharistié par la prière du Verbe qui vient de Dieu est la chair et le sang de Jésus. » (LXVI.) Sur l'autel il y a donc présence réelle, il y a aussi sacrifice. Le pain, c'est maintenant le corps de l'incarnation, le vin, c'est le sang de la passion, et leur éminente dignité les rend aptes d'être offerts à Dieu en action de grâces : Nos « sacrifices, c'est le pain de l'eucharistie et semblablement le calice de l'eucharistie » (Dial., XLI, 3). L'apologiste revient plusieurs fois sur ce sujet, il affirme que « les sacrifices que Jésus a prescrit d'offrir, ce sont ceux qui, par l'eucharistie du pain et de la coupe, sont présentés par tous les chrétiens » (Dial., CXVII, 1), c'est pour quoi les prières et les eucharisties faites par des personnes dignes sont les seuls sacrifices parfaits et agréables. » (Dial, CXVII, 2.) Ces sacrifices sont offerts par le nom de Jésus (Dial., CXVIII, 1), c'est « au nom du crucifié que des prières et des eucharisties sont faites au Dieu, maître de l'univers » (Dial., CXVIII, 5) et, dans l'assemblée chrétienne, l'évêque ou son délégué « exprime louange et gloire au Père par le nom du Fils » (Apol, LXV, 3), et il ajoute : « ...et de l'Esprit-Saint » (LXV, 3). Il faut noter au passage cette mention de la troisième personne divine au cours de la prière solennelle, mention si rare pendant les premiers siècles !. « Cette courte mention donne à croire que déjà elle était nommée par l'officiant au cours de sa prière. Les paroles de Jésus eucharistiaient le pain et la coupe ; mais c'est par le Fils et l'Esprit que le sacrifice était présenté au Père. Me faut-il pas voir là une vague allusion, sinon à une épiklèse, du moins à un usage, à une prière ou forme d'oraison qui lui donna naissance ? » Pour saint Justin, il n'y a eucharistie que si elle est conforme à ce qui s'est pratiqué dans la cène historique et si on reproduit la formule traditionnelle. Seule la conformité produit la réalité et renouvelle ce qui a été accompli au cénacle. Quant aux circonstances de temps et de lieu, l'apologiste n'insiste pas ; il lui suffit de choisir deux exemples qui, selon lui, seront convaincants : 19 l'eucharistie, qui introduit définitivement les néophytes dans la communauté des fidèles (LXV, SAINT JUSTIN 566 LXVI), c'est une circonstance qui peut se renouveler fréquemment, mais qui n'en reste pas moins exceptionnelle ; 2 » l'eucharistie hebdomadaire du dimanche matin, qui est un des éléments constituants de la discipline des communautés.

On remarquera encore que l'ordonnance générale est identique dans les deux types choisis par Justin, c'est donc qu'elle est désormais invariable. De l'agape il n'est plus question, soit qu'elle ait disparu, soit que ce repas commun, semi-liturgique sans doute, mais néanmoins profane, ne doive pas, dans la pensée de l'apologiste, être rapproché du repas eucharistique. Nous avons dit autrefois que, peut-être, Justin n'y faisait pas même allusion, parce que la pratique de l'agape n'avait pas donné lieu, comme celle de l'eucharistie, à des calomnies de la part des païens. Nous croyons cette remarque fondée, parce que le repas commun était accessible à trop de gens pour qu'on pût faire planer sur lui une accusation quelconque *, Des centaines ou des milliers de ceux qui y avaient pris part eussent protesté énergiquement, tandis que l'eucharistie était un repas secret, accessible aux seuls initiés, un simulacre de repas et, pour cette raison même, sujet au soupçon.

Toute cette description de Justin est, on le comprend, par sa date (150), par son lieu d'origine (Rome), par ses développements, ce que nous pouvons souhaiter de plus grave pour l'histoire de la liturgie de la messe, Nous y saisissons la transformation du mot « eucharistie » qui, ne signifiant jusque-là qu'« actions de grâces », va s'appliquer désormais aux éléments sur lesquels le président a rendu grâces, le pain et le vin, la nourriture eucharistie, qui seront appelés du nom d'eucharistie : x« i 7j « god « Orr xaheitat nap Tiv eoyapuacto (LXVI, 1).

L'institution est rapportée au Christ, dont il veut qu'on réitére les paroles qu'il ne cite pas dans leur texte, mais on peut entrevoir que, désormais, la liturgie de la messe contient le récit historique de la cène. Le pain et le vin y sont eucharistiés, comme ils le furent alors, par la formule qui vient de Jésus : ôt edy hs Aóyou ToU rap aœbrob. Le sens des mots eUy/c Aóyoo, discours de prières, est assuré par la comparaison avec un autre passage de l'Apologie où il est question d'un Xóy« ebyns xxl ebyapiotiac (xni, 1). Le fait que la prière vient du Christ suggère assez naturellement qu'elle est formée des paroles mêmes du Seigneur *,

567 MESSE, — XVI.

Dieu et la manière dont le pain est eucharistié par le verbe de prière qui vient du Christ. Le Christ a eu un corps et un sang réels : cela ne saurait être mis en doute ; de même, l'eucharistie est le corps et le sang de Jésus incarné !, » Voilà ce que croit un simple fidèle à Rome, en Syrie, en Palestine, parmi une multitude de fidèles, en l'an 150 ; il expose en toute loyauté la foi commune des chrétiens, celle qu'on lui a transmise et qu'il répète avec confiance, à savoir que l'eucharistie est le corps et le sang du Christ.

Ce qui va suivre nous ramène dans l'assemblée des fidèles : Après que le président a eucharistie, le peuple : présent pousse l'acclamation : Amen (LXV, 3). C'est une manière d'associer l'assistance à ce qui vient de s'accomplir et où elle a rempli un rôle purement passif, car Amen n'ajoute rien à l'action du président de l'assemblée qui est achevée et complète au moment où il cesse de parler.

A ce moment vient le rite de la communion : les ministres appelés « diacres » distribuent à tous les assistants le pain de l’eucharistie, le vin et l'eau (Lxv, 5). Celle-ci, on le voit, avait lieu sous les deux espèces pour le clergé et pour les fidèles, discipline qui devait se prolonger pendant des siècles et qui se conserve dans l'Église grecque orthodoxe. Ce repas mystique n'était accessible qu'aux initiés. « À personne, écrit Justin, il n'est permis de prendre part à cette nourriture s'il ne croit vrai ce que nous enseignons, s'il n'a été baptisé du baptême de la rémission des péchés ou de la nouvelle naissance, et s'il ne vit comme le Christ l'a prescrit. » (Lvi, 1.) C'est ce qui explique comment ceux qui vivent dans ces dispositions peuvent retirer un bienfait de cette bouchée de pain et de cette gorgée de vin étendu d'eau, car « par cet aliment eucharistié | notre chair et notre sang sont nourris xxcX META50A75, en vue d'une transformation » Dans un sujet de cette nature, tel a cru voir une allusion à la digestion naturelle, ce qui est aussi ridicule que de soutenir qu'on s'alimente avec le morceau de pain bénit distribué à la messe paroissiale. La nourriture et la transformation que Justin a en vue, c'est que la chair du Fils de Dieu confère à celui qui la reçoit ses propriétés, La chair et le sang ainsi distribués n'ont pas leur origine dans l'humanité, mais dans le divin, ils sont créés par le logos divin.

Les absents, malades, infirmes, reçoivent par l'intermédiaire des diacres leur part du pain et du vin de l'eucharistie (Lxv 5). C'est le rite de la communion dans sa signification la plus haute. Aucun parmi les fidèles ne doit ne pas s'associer au rite que l'évêque a célébré et auquel tous les membres de la communauté ont participé par la présence et par la manducation.

La réunion se termine par la collecte : « Ceux qui possèdent secourent tous ceux qui sont indigents » ajoute : « Ceux qui sont dans l'abondance et qui veulent (bien le faire) donnent chacun ce qu'il veut, selon son gré ; ce qu'on recueille ainsi est porté à celui qui préside et il secourt les orphelins et les veuves, et ceux qui sont dans l'indigence par suite de la maladie ou de toute autre cause et ceux qui sont dans les chaînes et les étrangers qui sont de passage. Bref, il a cure de quiconque est dans le besoin. » (LXVI, 6.) Cette collecte finale, le dimanche, existait déjà à la synagogue.


XV. D'UNE FRESQUE ROMAINE. — Saint Justin, à Rome, vers l'an 150, décrit le sacrifice eucharistique sans faire aucune allusion à la pratique des repas communs semi-liturgiques qui s'en trouvent rapprochés dans la lettre de saint Paul aux Corinthiens et 568 dans la Didaché, Faut-il en conclure que, dans cette ville et à cette date, il n'en est plus question ? On le peut assurément ; mais, lors que nous avons étudié l'institution de l'agape, nous avons toujours mis en évidence son aspect non officiel, mobile. Si on songe que l'eucharistie et la messe, nonobstant leur dignité éminente, ne nous sont décrites pour la première fois, - d'une façon méthodique, qu'en l'an 150 et par un laïque, on s'étonne moins que l'agape, repas semi-liturgique, non officiel, n'ait pas trouvé son apologiste pour le justifier ou même, plus simplement, pour le décrire.

Parmi les monuments figurés, tels que fresques, bas-reliefs, inscriptions, les allusions à l'eucharistie ne sont pas rares, ni obscures, et nous avons déjà donné leur interprétation ; un seul de ces monuments peut, à une date très reculée, le IVe, être retenu comme devant être interprété non seulement de l'eucharistie, mais de la messe, c'est la Fractio panis de la Capella greca au cimetière de Priscille. Toutefois, il faut s'entendre, nous n'avons pas ici l'équivalent de la « Messe de Bolsène » ou de la « Messe de saint Martin » avec un autel, des chandeliers, un missel et la sonnette de l'enfant de chœur ; ce qu'on désigne sous ce nom de Fractio panis participe à la fois à la réalité et à la légende. Nous avons incontestablement un repas qui rappelle la multiplication miraculeuse des pains dans le désert, ainsi que les corbeilles en témoignent, et les milliers d'individus qui s'y trouvaient ont disparu, sélectionnés rigoureusement pour n'être plus que sept convives, couchés sur un sigma devant une table sur laquelle deux assiettes contiennent l'une cinq pains, l'autre deux poissons et une coupe. Or, l'eucharistie n'avait pas de poisson, ceux-ci ne se trouvent là que pour faire allusion au Christ. Enfin, l'évêque qui préside bénit le repas. Nous avons donc ici une combinaison dans laquelle on a voulu rappeler le miracle de la multiplication des pains, le repas de l'agape et la célébration de l'eucharistie, thème un peu trop compliqué pour le talent de l'artiste, mais qui, nonobstant son insuffisance, nous a laissé une représentation unique d'où on est en droit de tirer ces conclusions qu'au IVe, à Rome, quoi que puisse dire ou ne pas dire saint Justin, on associait étroitement l'idée d'un repas d'agapes à celui d'un repas eucharistique, que peut-être ces repas étaient associés ou disjoints, nous n'avons rien qui permette de le dire, mais qu'on les évoquait volontiers, d'accord avec le miracle de la multiplication des pains (fig. 8015).


XVI. DE QUELQUES APOLOGISTES. — Ils disparaissent presque devant l'éclat de saint Justin, mais leurs témoignages doivent être, néanmoins, recueillis et peuvent être utilisés.

Aristide (vers 140) assure que Dieu « n'a nul besoin d'hosties, de libations ou d'autres objets visibles ».

Athénagore (vers 176-178) écrit : « Si nous n'offrons pas à Dieu les mêmes sacrifices que vous, c'est que le Père et créateur de toutes choses n'a nul besoin du sang, de l'odeur ou de la fumée des victimes. Il est pour lui-même le parfum le plus suave, car on ne saurait ajouter à sa plénitude. Voulez-vous lui faire l'offrande la plus agréable de toutes ? Essayez de connaître celui qui a étendu les cieux et les a déroulés comme une sphère immense, qui a établi la terre comme un centre et réuni les eaux dans la mer, qui a séparé la lumière des ténèbres et orné d'astres le firmament, qui a fait produire toute semence à la terre, qui a créé les animaux et formé l'homme. Qu'est-il besoin d'hécatombes pour le Tout-Puissant ? Élevez vers lui des mains pures : c'est une victime non sanglante, un culte spirituel qu'il vous demande ? »

Apollonius (vers 180-192), dans sa défense, dit : « Je présente un sacrifice non sanglant et pur, moi et tous les chrétiens, au Dieu qui est le maître du ciel, de la terre et de tout ce qui a souffle de vie, sacrifice qui se fait surtout par des prières !. » Il souhaite que son juge offre à Dieu un sacrifice de prière et d'aumône *.

L'auteur de l’Épitre à Diognète (au IIe) dit que « les Juifs, en croyant que Dieu a besoin de leurs sacrifices, font un acte d'extravagance plutôt que de religion. Car celui qui a créé le ciel, la terre et tout ce qu'ils renferment... n'a nul besoin de ce qu'il donne lui-même à ses créatures ; celles-ci ne peuvent s'imaginer sans folie qu'elles lui rendent un service quelconque. Si donc les Juifs croient faire grand honneur à Dieu par le sang de leurs victimes, ils ne me paraissent différer en rien de ceux qui accordent le même hommage à des divinités insensibles ; non moins que ces derniers, ils s'imaginent donner quelque chose à Dieu qui n'a besoin de rien ? ».

Minucius Felix (début du IIIe) écrit : « Offrirai-je au Seigneur comme hosties et victimes ce qu'il a produit à mon usage, de telle sorte que je lui renvoie son bienfait ? C'est de l'ingratitude. Puis que l'hostie à offrir, c'est une âme bonne, une intelligence pure et un langage sincère, celui donc qui observe l'innocence supplie Dieu. Qui respecte la justice présente à Dieu une libation ; qui s'abstient de la fraude se rend Dieu propice et qui arrache un homme au péril immole la meilleure victime. Voilà nos sacrifices, voilà ce qui est voué à Dieu. »

Ces textes affirment que Dieu n'a besoin ni de sang, ni de libations, ni d'aucun être matériel ; ils s'adressent à des païens et insistent sur la vanité des holocaustes de victimes créées ; par contre, ils affirment que la véritable offrande, celle du sacrifice chrétien à la cène, n'est pas du pain matériel et le fruit de la vigne pressé et fermenté. C'est la chair et c'est le sang du Fils de Dieu et non les produits de la création. On ne présente pas à Dieu et on ne lui suppose pas le besoin de rechercher une nourriture semblable à celle des mortels. On ne cherche pas à l'enrichir en lui donnant un objet qui lui manque en vue d'ajouter à sa perfection et à son bonheur. On ne rejette aucun de ses bienfaits.

Les apologistes, qui s'accordent à désapprouver toute oblation sanglante, ne disent rien du rite pratiqué dans l'assemblée chrétienne, rite qui diffère de ceux qui s'accomplissent sur les autels des dieux, rite qu'accomplit un homme, mais qui s'opère, en réalité, par Jésus et en son nom, selon l'enseignement de saint Justin. Celui-ci s'exprime comme les autres apologistes, il exalte les oblations mentales, affirme que la prière est l'unique offrande et, cependant, nous avons vu que, pour lui, l'eucharistie est un sacrifice qui remplace ceux de l'ancienne Loi.

A une date postérieure et chez des écrivains qui enseignent que la messe est un sacrifice, tels que saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Ephrem, Théodoret, saint Hilaire, Zénon de Vérone, on lit des déclarations analogues à celles des apologistes sur le culte purement spirituel.

Au reste, il serait maladroit de nier ce qu'admettent l'histoire et la théologie, à savoir que les chrétiens ont peu à peu acquis des connaissances progressivement plus claires, plus explicites de vérités révélées dès l'origine, mais que l'Écriture n'affirmait pas textuellement et que les apôtres n'avaient pas enseignées en termes exprès. « Puis que ni l'Écriture, ni le symbole de foi ne disaient en termes formels : l'offrande du pain et du vin par l'évêque ou le prêtre est un sacrifice, il est tout naturel d'admettre que cette vérité n'était pas alors aussi clairement perçue, aussi explicitement admise, aussi universellement professée qu'elle le deviendra un peu plus tard, par exemple à l'époque de saint Cyprien * ».


XVII. SAINT IRÉNÉE. — L'évêque de Lyon traite à diverses reprises du sacrifice chrétien et fait de fréquentes allusions aux rites et aux prières liturgiques. Il enseigne que les Juifs n'ont pas compris quels sacrifices Dieu demandait, c'est Jésus qui a enseigné la nouvelle oblation dans l’eucharistie qui réalise la prophétie de Malachie . L'offrande faite à Dieu doit exprimer nos dispositions intérieures et notre foi doit être parfaite, sans aucune attache avec l'hérésie . Celle-ci est incompatible avec la doctrine de l'eucharistie . Cette doctrine est très clairement exprimée dans différents passages du Contra hæreses, mais, avant de l'exposer en détail, il faut rappeler qu'Irénée considère que cette doctrine est universelle. En effet, dans sa Lettre au pape Victor, il rapporte que Polycarpe, évêque de Smyrne, se rendit à Rome pour discuter la question pascale avec le pape Anicet, celui-ci l'invita à célébrer l'eucharistie à sa place ; c'est donc qu'elle était la même dans leurs Églises.

Irénée connaît, dans le rite chrétien de l'eucharistie, la présence du pain et d'une coupe de vin . Nous retrouvons même chez lui le « vin étendu » d'eau dont parlait Justin, car il parle plusieurs fois du mélange de deux liquides dans la coupe !, mais sans nommer l'eau. Ces deux liquides figurent à ses yeux la divinité et l'humanité du Sauveur ! ! Nous lisons encore ces affirmations d'une importance capitale : « Le pain provenant de la terre et recevant l'invocation de Dieu n'est plus du pain ordinaire, mais l'eucharistie, composée de deux éléments, l'un terrestre et l'autre céleste ! », « Le calice avec son mélange et ce dont on a fait du pain reçoivent la parole de Dieu et deviennent l'eucharistie, corps du Christ ». « Le cep de vigne et le grain de blé donnent des mets qui, recevant la parole de Dieu, deviennent l'eucharistie, c'est-à-dire le corps et le sang du Christ ! ». Il y a donc une parole qui produit l'eucharistie et ce n'est pas une parole quelconque, mais c'est une prière dont le texte est arrêté par la tradition.

Quant à l'effet de cette parole, on n'a que le choix entre les affirmations plus catégoriques les unes que les autres, en particulier dans le chapitre 11 du livre V ; et c'est bien le rite de la cène, celui dans lequel Jésus institua l'eucharistie, qui est renouvelé par les mêmes paroles historiques et sacramentelles : « Ceci est mon corps et ceci est mon sang # ». Cette affirmation se retrouve en deux passages !* et c'est ainsi que le Christ enseigna aux apôtres l'oblation du Nouveau Testament et leur donna le moyen d'offrir à Dieu les prémices de ses créatures !7.

Dieu veut que nous lui fassions cette offrande et l'Église la lui présente dans tout l'univers , car elle seule, à l'exclusion des Juifs et des hérétiques , peut la lui présenter ?. Elle est, dit-il, notre oblation à chacun, non parce que chacun a droit de l'offrir et de la consacrer, ce qui est réservé dans chaque Église à l'évêque et à son délégué ou aux presbytres, mais parce que ceux-ci font cette offrande au nom de tous. Irénée emploie, sans souci de se répéter, les mots offrir et oblation, parce qu'il veut inculquer l'idée d'un geste rituel succédant aux sacrifices d'Israël auxquels les assimile : « Il y avait chez les Juifs oblation et il en est de même chez les chrétiens ; il y avait des sacrifices dans le peuple de Dieu et il y en a dans l'Église. La qualité seule est changée... Ce qui a été réprouvé, ce n'est pas l'acte d'offrir . L'oblation chrétienne est celle qui a été prédite par Malachie ?, le « sacrifice pur » qui doit être offert dans l'univers entier pour glorifier Dieu dans toutes les nations . Telle est « l'oblation du Nouveau Testament * », celle qui commémore l'alliance conclue dans le sang de Jésus entre Dieu et son peuple nouveau.

On a fait ressortir ailleurs la magnificence de la synthèse eucharistique chez saint Irénée, et cet aspect de sa pensée n'appartient pas à nos études ; nous noterons seulement ici l'utilité de son grand ouvrage au point de vue des rites chrétiens et des prières liturgiques. Irénée mentionne les lectures faites à l'Église, ainsi que l'Amen « dit par nous tous ensemble », l'homélie, les hymnes, l'offertoire et d'autres formules liturgiques, comme elg robe — alovwxs räv « lovovw. On a vu plus haut qu'il parle du pain, du calice et de la parole de consécration. - C'est encore à Irénée que nous devons l'indication de ce qui se passait dans la secte d'un certain gnostique nommé Marc qui « prétendait faire une eucharistie de coupes (sbyxptorsiv rotnotx) mélangées de vin, —— prolongeant la parole de l'invocation (róv Aóyov cfc étiAñoewc) et permettant aux femmes de faire l'eucharistie en sa présence. — XVIII. PENDANT LA MOITIÉ DU IIIe. — - Saint Irénée appartient, par son œuvre et le témoignage qu'elle apporte, à la fin du IIe. Nous allons, — pendant la période suivante, qui s'étend jusqu'au milieu du IIIe, établir une division nécessaire, car le nombre des Pères et l'étendue de leurs ouvrages ne permettent plus que de faire un choix parmi leurs allusions à la liturgie. Nous avons rassemblé et groupé dans nos Monumenta Ecclesiæ liturgica tout ce qui s'y rapporte, il ne peut s'agir ici que de faire un choix parmi ces richesses. En outre, pendant cette période, une distinction s'introduit dans la littérature chrétienne, suivant que les auteurs appartiennent au monde oriental parlant la langue grecque et au monde occidental parlant la langue latine. Enfin, on a fait justement remarquer que « deux circonstances viennent modifier la situation. En premier lieu, la pratique, qui va en se développant, de la discipline du secret fait qu'on ne parle désormais qu'avec réticence de l'eucharistie. On ne rencontre, au IIIe, rien de comparable à la description donnée par saint Justin. En second lieu, à la place de l'uniformité (au moins dans les grandes lignes) du service eucharistique, qui existait dans la période précédente, on voit déjà se dessiner des pratiques différentes dans les diverses contrées, d'où naîtront plus tard les différentes liturgies. Dès cette époque, on doit considérer à part le rite de chacune des grandes Églises. » | | | MOITIÉ DU IIe 574 1. En Orient. — En Orient, on peut distinguer deux groupes principaux qui gravitent autour d'Alexandrie et d'Antioche. Le premier de ces groupes est bien digne de retenir l'attention, puis que, pendant une période qui commence avec le dernier quart du IIe et se termine en 265, il voit successivement briller des maîtres tels que Clément, Origène et Denis. Le deuxième groupe, plus épars, s'étend sur la Palestine et la Syrie. a. Clément d'Alexandrie (+ 211-216). — Clément n'a pas inauguré l'allégorisme, mais il lui a donné un développement considérable et le Didascalée, guidé par lui, s'est abandonné à cette méthode d'interprétation qui aperçoit toujours et montre quelquefois un sens profond, ingénieux ou arbitraire aux faits qu'on s'attendait à traiter suivant une méthode strictement historique. Cependant, à raison même de cette tournure d'esprit, les témoignages qu'on recueille chez Clément n'en sont, peut-être, que plus précieux, parce qu'ils nous affirment positivement. Ainsi, nous lisons que « le Sauveur, ayant pris du pain, d'abord parla et rendit grâces ; puis, ayant rompu le pain, il le servit afin que nous mangions spirituellement ; tel est bien le repas de la Cène que nous renouvelons et pour lequel nous employons du pain et du vin, parce que l'Église le veut ainsi, alors que les hérétiques n'emploient que de l'eau ! » Dans la langue de Clément, l'eucharistie est une offrande, reocoopt ; et il donne la valeur qu'il attache à ce mot quand il écrit que « Melchisédech, roi de Salem, prêtre du Dieu Très-Haut, offrit le pain et le vin comme une nourriture sanctifiée, en figure de l'eucharistie » ; ainsi l'offrande se trouve sanctifiée, Tiyvxcuévnw, parce qu'elle est un véritable sacrifice. C'est la notion essentielle à retenir. Pour Clément, l'oblation de Melchisédech, la passion du Sauveur, la Cène eucharistique sont comme les différents aspects du même sacrifice. Le rite s'opère suivant le réglement fixé par l'Église et par les soins d'une hiérarchie distincte du peuple fidèle. C'est parmi cette hiérarchie que se trouvent ceux qui « distribuent l'eucharistie et invitent chacun du peuple à prendre sa part ! » n, car c'est alors que le Christ parle au fidèle et lui dit : « Je suis celui qui te nourrit. Comme pain je me donne moi-même : qui me goûte ne fait plus l'expérience de la mort et chaque jour je me donne en breuvage d'immortalité. » Ces mots « chaque jour » sont peut-être l'indice de la messe quotidienne, mais avec Clément on n'ose jamais affirmer. Un autre passage confirme une particularité attestée par saint Justin et par saint Irénée, le mélange du vin et de l'eau dans la coupe. Dans sa Cohortalio ad gentes, Clément invite les païens à abandonner leurs mystères, en échange il leur fera connaître ceux du Logos, les chants des anges, les lectures des prophètes. Ainsi on chante des hymnes. Lesquels ? Par les chants des anges faut-il entendre une allusion au chant du Sanctus ? Quels sont ces lectures des prophètes ? Y a-t-il là une indication à retenir pour l'avant-messe à Alexandrie ? Porte-t-on des flambeaux ? Avec Clément, il faut toujours plus deviner qu'apprendre. D'ailleurs voici le morceau sorti de sa plume : « Le chant (qu'il apprendra aux gentils) est un hymne au Roi de toutes choses ; les jeunes filles chantent des psaumes, les anges le louent, les prophètes enseignent, O mystères vraiment saints ! On porte des torches en tête du cortège, et je vois le ciel et Dieu. Je suis saint, puis que je suis consacré. C'est le Seigneur qui est le prêtre ; il marque de son sceau les illuminés ! et présente au Père les fidèles maintenant sauvés pour toujours. » Clément parle encore de lectures, de psaumes, d'hymnes et distingue les diverses prières liturgiques. L'homélie suit les lectures ; il y a un baiser de paix : peut-être fait-il allusion au Sanctus, quand il dit que « nous rendons toujours grâces à Dieu comme le font les créatures (Cx) qui lui chantent des hymnes de louange ». Enfin, il nous apprend que l'eucharistie était rompue et distribuée à l'assistance. b. Origène († 254 ou 255). — Le successeur de Clément est aussi son continuateur dans l'allégorisme outré. Quand on a lu ses interminables traités, homélies, commentaires, on ne peut s'empêcher de regretter qu'un si savant homme ait été incapable de s'exprimer avec brièveté. Qu'il ait cru à l'oblation rituelle eucharistique, qu'il y ait vu un sacrifice, on ne peut le mettre en doute, mais il faut toute une argumentation pour en avoir la preuve. Origène rattache les fruits du sacrifice chrétien aux fruits de la passion du Christ, il souligne l'union qui existe entre la passion et l'eucharistie. Pour le grand docteur alexandrin la Cène rappelle la croix, et les sont inséparables. Origène insiste plus que personne sur la sainteté de l'eucharistie, qui est, à ses yeux, la chose sainte par excellence, | tx &ywx. Pour dire que le pain est offert en sacrifice, Origène dit qu'il est sanctifié, pour dire ce qu'il devient par le sacrifice, il dit que c'est un corps saint ; pour exprimer ses fruits, il l'appelle sanctifiant. Ce qu'Origène relève donc avec insistance dans le sacrifice eucharistique, c'est la note de sainteté pour ceux qui y participent. « Il exige donc une grande pureté morale de quiconque s'en approche. Le fidèle reçoit dans ses mains le corps du Seigneur, il le porte avec vénération, avec toute sorte de précaution, pour ne pas en laisser tomber la plus petite parcelle, pour que rien de consacré ne se perde. Si pareil malheur arrivait par négligence, « on se tiendrait à bon droit pour coupable ». Ce n'est pas seulement la communion faite par un pécheur qui est une faute, c'est aussi l'offrande par lui du sacrifice : « Celui-là est inconsidérément à l'intérieur du sanctuaire de l'église qui, après une union illicite, sans se soucier de l'impureté de sa personne, consent à prier sur le pain de l'eucharistie : un tel acte profane le sanctuaire et produit une souillure ! » Ire MOITIÉ DU IIe 576 Qu'il s'agisse ici de la faute du ministre ou de celle du fidèle qui unit sa prière à celle du célébrant, ce qui est affirmé, c'est la sainteté requise non seulement pour communier, mais déjà pour prendre part aux mystères. Origène est, sans doute, un témoin de l'usage liturgique alexandrin, mais il faut se souvenir que toute la dernière partie de sa vie (231 à 254 ou 255) s'est écoulée principalement à Césarée de Palestine ; il a donc pu, dans les écrits de cette période, faire allusion au rite de Palestine ou de Syrie dont il n'était pas éloigné. Sous cette réserve, on peut relever dans ses écrits beaucoup d'allusions à l'offrande eucharistique et aux rites qui l'entourent. « Dans ses homélies, il s'adresse aux catéchumènes, et prend soin de ne pas parler des mystères devant les non initiés. On trouve donc ici une distinction entre la liturgie des catéchumènes et celle des fidèles. La première comporte des lectures de la Bible et Origène dit souvent : « Occupons-nous de ce qu'on vient de lire. » Les homélies et les mêmes sont la preuve que les lectures étaient suivies d'un sermon, et d'ailleurs il en parle souvent. On chantait des psaumes et des hymnes ; il mentionne les mélodies des psaumes. Origène distingue entre différentes sortes de prières, conformément à ce que nous lisons dans la Ire épître à Timothée, rr 115 ; de plus, il insiste sur la prière publique à l'église, cite des prières liturgiques, y compris le Pater noster, et parle des attitudes à prendre pour la prière. A la suite des prières venait le baiser de paix. On peut trouver une allusion au Sanctus dans ces mots du commentaire sur Isaïe (vr, 3) : « La venue de mon Jésus est annoncée, c'est pour quoi la terre entière est maintenant remplie de sa gloire. » Dans son livre Contre Celse, il mentionne la consécration : « Rendant grâces au Créateur de l'univers, nous mangeons le pain que nous (lui) offrons avec actions de grâces et prières pour ces dons ; ils sont alors devenus un corps par la prière, quelque chose de saint qui sanctifie ceux qui en usent avec une intention sainte. » Ailleurs, Origène parle de la « nourriture sanctifiée par une parole de Dieu et la prière ». Quant à l'expression indéterminée, « un certain corps saint », oóux &vytov zt, choisie « évidemment en raison de l'arcane, elle rappelle la forme presque exclusivement employée pour désigner le saint sacrement dans la liturgie alexandrine. Car, dans ce rite, la formule primitivement usitée pour la communion était seulement : « le saint Corps », cip &ytov. Dans son De oratione, Origène paraît faire allusion à l'anaphore, peut-être dans la forme alexandrine ; il l'appelle « la prière », thv sby7jv, nom sous

lequel on la désignait souvent. Voici ses paroles : « Au début et préface, zecotutov, de la prière, tg coxis, nous rendons gloire à Dieu selon notre pouvoir !, par le Christ glorifié avec lui, dans le Saint-Esprit. Après quoi, chacun doit faire des actions de grâces en commun pour les grâces accordées à tous, et pour celles qu'il a reçues en particulier de Dieu. Après l'action de grâces, que chacun se fasse pénitent et accuse ses péchés devant Dieu, demandant d'abord le secours qui le délivrera de l'habitude du péché, ensuite le pardon du passé. Après la confession, en quatrième lieu, vient une prière pour les grandes et célestes choses, pour soi-même et pour tous, pour la famille et les amis de chacun. Et après tout cela, la prière s'achève par une doxologie à Dieu par le Christ dans le Saint-Esprit . » Cette description répond à l'ordonnance générale de l'anaphore dans la liturgie de saint Marc. Elle début et se termine par une doxologie, contient des prières de louange à Dieu , qu'elle remercie pour la création et la rédemption , puis des intercessions pour toutes les classes de personnes, la demande de pardon des péchés’ (ici l'ordre est interverti, mais les deux dernières idées se complètent) 2, Naturellement, la communion se donnait sous les deux espèces !! ; on recevait le pain consacré dans la main et parfois on l'emportait chez soi pour communier ?, Il semble bien qu'au temps d'Origène on chantait en antiphone à la communion le psaume xxxii, 9 : z(oütez et voyez combien le Seigneur est bon % » ; verset que le grand docteur nous explique en ces termes : « Quand David nous dit de goûter le Christ, peut-être indique-t-il par ces paroles son corps, dans lequel est contenu un symbole de la Loi, puis que le corps eucharistique du Christ inclut les pains de proposition ^, » L'allusion la plus frappante que fait Origène au rite d'Alexandrie est celle-ci : « Nous disons souvent dans les prières : Dieu tout-puissant, donne-nous part avec les prophètes ; donne-nous part avec les apôtres de ton Fils, donne-nous de nous trouver avec le Christ lui-même ^, » Or, dans l'anaphore de la liturgie de saint Marc, après les diptyques des défunts, se lisent ces paroles : « Accorde-nous d'avoir part et place avec tous tes saints » ; paroles aussitôt suivies de la mémoire des saints de l'Ancien et du Nouveau Testament et de leurs sacrifices !. De même, quand Origène dit : « Tenons-nous debout et prions Dieu de nous rendre dignes de lui offrir des dons qu'il nous rendra, nous retournant des biens célestes pour des offrandes terrestres » ; il fait écho au passage suivant de la même prière : « Hecois encore leurs dons eucharistiques, et rends-leur des biens célestes en retour de biens terrestres, des biens éternels en retour de biens temporels !, » On trouve encore dans Origène d'autres formules et pratiques liturgiques, par exemple le signe de la croix !, un rudiment des vêtements liturgiques, le prêtre devant porter un vêtement de lin blanc ?*, peut-être l'emploi de l'encens — « l'autel du Seigneur embaumé de la suavité de l'encens ? ! »——à moins qu'il ne faille voir dans ces paroles un langage purement métaphorique ; l'idée d'un riche ensemble de rites ?, l'usage de recevoir la communion debout , enfin une allusion à la formule : « Les choses saintes aux saints ? » commune à tous les rites orientaux *, s c. Denys d'Alexandrie ( 265). — C'est encore un témoin de la liturgie d'Égypte sur laquelle il nous donne quelques renseignements. Comme Origène, Denys insiste sur la sainteté de l'eucharistie et sur la pureté de corps nécessaire à celui qui s'en approche *, A propos du cas d'un chrétien baptisé par les hérétiques et tourmenté à la pensée de la validité de son baptême, Denys écrit, au pape Sixte II, que cet homme « a entendu l'eucharistie, il y a répondu Amen avec les autres, il s'est présenté à la table, il a étendu les mains pour recevoir le saint aliment, il l'a reçu, il a participé longtemps au corps et au sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ ». Cette description liturgique est à retenir ; notons-y la prière d'actions de grâces du président, l'Amen de l'assistance, la réception de l'eucharistie dans la main, devant une table, la « table sainte » dans la « maison du Seigneur ». Autre détail liturgique, l'existence de prières publiques pour les empereurs : « Nous vénérons et adorons le Dieu unique et créateur de toutes choses, qui a donné l'empire aux très pieux augustes Valérien et Galien, nous lui offrons de continuelles prières pour leur empire, afin qu'il demeure ferme et inébranlable ?, » Une lettre de Denys à son collègue Fabius d'Antioche nous apprend qu'en punition de fautes très graves, notamment l'apostasie, les fidèles étaient exclus de la communion. A cette occasion, il rapporte comment un de ceux qui avaient été soumis à cette peine étant à l'article de la mort obtint son pardon. Pendant la nuit, il envoya son petit-fils chercher un prêtre, mais celui-ci se trouvant malade ne put se rendre à cet appel ; cependant, il remit à l'enfant une parcelle de l'eucharistie, en lui recommandant de la mouiller avant de la déposer dans la bouche du vieillard **. Ainsi les grands pécheurs sont privés de la communion, l'eucharistie est conservée dans la maison du prêtre qui la distribue en viatique à ceux dont il juge les dispositions dignes de cette grâce. A défaut d'un autre, on peut confier le corps du Seigneur à un enfant.

Denys mentionne encore des psaumes chantés à l'église ** et une doxologie usitée dans la liturgie : « A Dieu le Père et au Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec le Saint-Esprit, gloire et puissance dans les siècles des siècles. Amen ? !, » d. Didascalie des apôtres. — C'est le titre d'un

A. — XI — 19

X VIII.

Nous voyons ici que l'eucharistie est une offrande | rituelle distincte de l'oblation des fidèles, c'est un pain pur qu'on présente à Dieu le dimanche et peut-être plus souvent, mais déjà la réunion du dimanche est obligatoire. Le rite se célèbre à l'église, dans les cimetières, peut-être aux funérailles (ir exitibus ?) et aux anniversaires. Les oblats sont du pain cuit au feu apporté par les fidèles à l'évêque qui offre l'eucharistie au nom de tous, en prononçant l'action de grâces ; ainsi on offre « une eucharistie agréable et qui est à l'image du corps royal du Christ ». Le dimanche, au moins, les assistants au sacrifice y participent par la communion.

On remarquera encore qu'on prie pour les morts, on offre pour eux le sacrifice : orantes offerte pro dormientibus, et ici le mot « offrir » employé sans complément direct, est encadré dans un contexte qui oblige à lui donner le sens de « sacrifice ».

Voici l'ordre de cette liturgie ? : I. Liturgie des catéchumènes.

Iie MOITIÉ DU IIIE Certains psaumes (par exemple le Ps. cxxxv) sont évidemment écrits pour être chantés de cette manière. 3. Lecture des Actes des apôtres et d'une épître.

4. Un diacre ou un prêtre lit l'Évangile, toute — l'assistance se tenant debout en silence. m 5. Quelques-uns des prêtres (non pas tous) préchent et, en dernier lieu, l'évêque. ti 6. Les catéchumènes et les pénitents sont renvoyés.

Les gardiens des portes et les diaconesses surveillent 1 les portes, font ranger le peuple et maintiennent eie II. Lifurgie des fidèles. jt 1. Prière des fidèles, tous debout et tournés vers l'Orient, 2. Les diacres apportent les oblats (pain et vin) : S | d'autres surveillent le peuple et maintiennent le E silence. E 3. Le diacre assistant l'évêque dit : « Que personne 1 (soit) contre personne », « que personne n'agisse avec | hypocrisie ». Baiser de paix. « d 4. Le diacre prie pour l'Église, pour le monde et — toutes ses parties, pour les fruits de la terre, pour les — prêtres et le peuple, pour l’évêque et l'empereur, pour la paix : le tout en forme de litanie (avec répons du peuple à cha que supplication). L'évêque prie : « Sauve « ton peuple, Seigneur, et bénis ton héritage que tu as « | acquis et que tu possèdes par le précieux sang de ton | Christ, et que tu as appelé un peuple et une — nation sainte. » 5. Après quoi, le sacrifice se fait, toute F assistance se tenant debout et priant en silence.

.6. Communion (sous les deux espèces) ; les. femmes. | pour la recevoir sont voilées. Et l'on garde les portes pour qu'aucun païen, aucun catéchumène ne d entre. y ainsi que la libation (Guoix et oz0và7) qui sont main-tenant offerts à Dieu dans toutes les nations”. En quoi consiste l'oblation chrétienne ? Hippolyte s'en explique, mais se borne à dire qu'on offre « le pain et le vin que nous a préparés le Christ ». Ce pain, c'est le corps du Christ, sa chair divine qu'il donne à manger '^, « chair céleste à laquelle l'humanité souhaite d'unir sa propre chair ! », Quant à « ce vin délicieux entre tous !* », c'est le sang précieux que le Sauveur.

| nous donne à boire pour la rémission de nos péchés ?^ ; sang qui est le gage de la vie éternelle pour quiconque s'en approche avec humilité 4, 580 — ES. MESSE. XVIII. | per Hippolytum qui reproduisent presque mot pour mot le livre VIII des Constitutions apostoliques, puis - b l'Ordonnance ecclésiastique égyptienne (qu'on affubla “quelque temps du déguisement : ægyplische Kir- “chenordnung) conservée dans des traductions copte, -éthiopienne, arabe et dans une antique version latine intitulée : : Canones sanctorum apostolorum per Hippo- “iytum ; enfin, c) les Canons d'Hippolyte en arabe, “contenant 38 numéros. Ces trois collections sont étroitement apparentées, mais il est superflu de dire que les éditeurs et les critiques ne s'accordaient pas ‘sur leurs relations mutuelles. Les contestations de Achelis et de F.-X. Funk n'ont plus d'intérêt aujourd’hui que la discussion est vidée. En 1910, Ed. Schwartz ! proposa de rattacher I » AzoocoAuc, mxpá3oot : de la chaire d'Hippolyte (voir Dictionn., t vi, col. 2433, fig. 5730) à l'Ordonnance ecclésiastique ‘égyptienne.

Cette conjecture fut renforcée , puis reprise et solidement démontrée par dom H. Connolly 5. D'une com- -paraison instituée entre les prières de l'ordination d ‘un évêque dans les Canons d'Hippolyte, V Épitomé du VIII livre des Constitutions apostoliques, ces Bisnes Constitutions apostoliques, l'Ordonnance ecclésiastique égyptienne et le Testament de N.-5. Jésus-Christ, il ressort qu'une identité parfaite existe entre VÉpitome et l’'Ordonnance, et un accord fréquent entre lOrdonnance et les Constitutions apostoliques, là où celles-ci différent des Canons d'Hippolyte et du Tesdament. Les deux premiers écrits sont en contact immédiat et on ne peut interposer entre eux les trois à l'Ordonnance dont l'Épitomé n'est qu'un abrégé, et c'est l’'Ordonnance qui est la source première de toute cette littérature ces deux développements des titres * ; même rapprochement dans les Constitutions apostoliques, 1. VIII,.€. nr, qui ne nomment pas Hippolyte. Ce nom aura doute été emprunté par l'auteur de l'Épitomé à l'Ordonnance égyptienne qui présente ce qu'elle con- - tient sur les ordinations comme une tradition aposto- — li que. On peut en conclure que I« A zoccoAucr xxpk6ootc = de la chaire désigne l'écrit du docteur romain sur —— les ordinations, que nous a conservé la soi-disant — Ordonnance ecclésiastique égyptienne 5. | 4 Ainsi l'Ordonnance susdite a été composée à Rome — par saint Hippolyte ; c'est d'elle que dérivent les |— Canons dits d'Hippolyte et le livre VIII des Constitu- | — lions apostoliques ; quant à l'Ordonnance, elle gagne à autres documents. En définitive, la priorité appartient.

Ie MOITIÉ DU Ille SIÉC


EEE

l'ordonnance égyptienne fournit le lien qui existait entre | 582 tout ceci non seulement de retrouver son rang, mais encore son nom véritable, celui de Tradition apostolique que lui donnaient les contemporains d'Hippolyte.

La Tradition apostolique a dû être composée vers l'année 218, ou du moins au cours de la période 218-235. Dans cet écrit, Hippolyte prétend défendre l'intégrité de la foi, menacée par les innovations du pape Calliste, en renouvelant les règles anciennes venues des apôtres. Nous renvoyons à ce qui précède l'oblation (voir Dictionnaire, t. VI, col. 2413-2414) pour en venir à ce qui concerne l'anaphore et la messe, l'anaphore d'Hippolyte.

À la suite des règles concernant l'élection de l'évêque, nous voyons celui-ci et les prêtres, qui concélèbrent avec lui, imposer les mains sur l'oblation. Il entame le dialogue de la préface, se conformant en cela à ce qui se pratique dans le rite romain, dans celui d'Alexandrie, qui offre tant et de si importantes similitudes, et dans les liturgies orientales, exception faite pour Antioche et pour Constantinople. Nous n'avons plus le texte original d'Hippolyte qui employait la langue grecque, nous ne possédons plus le document que dans une traduction latine (fragmenta Veronensia) et dans des traductions en copte, en arabe et en éthiopien. L'importance d'un texte eucharistique daté et localisé est si grande que nous devons le transcrire ici. Non pas, comme on l'a soutenu, que « l'antiquité du document défie toute comparaison possible », mais il est — à cette heure — le plus ancien exemple authentique remontant au début du IIIe et qui, malgré cela, se trouve en contact avec toute la tradition postérieure :

Gratias agamus Domino. Dignum et iustum est.

Et petimus, ut mittas spiritum tuum sanctum in oblationem sanctæ ecclesiæ ; in unum congregans des omnibus, qui percipiunt, sanctis in repletionem spiritus sancti ad confirmationem fidei in ueritate, ut te laudemus et glorificemus, per puerum tuum Iesum Christum, per quem tibi gloria et honor, patri et filio eum sancto spiritu, in sancta ecclesia tua, eL nunc et in sæcula sæculorum. Amen.

Voilà le texte auquel s'attache pour toujours, désormais, le nom d'Hippolyte et qui nous apporte le plus ancien monument technique de la liturgie romaine. En voici la traduction :

L'évêque : « Le Seigneur soit avec vous. » — Tous disent : « Et avec votre esprit. » L'évêque : « Haut les cœurs. » — Tous : « Nous les avons au Seigneur. » L'évêque : « Rendons grâces au Seigneur. » — Tous : « C'est digne et juste. » L'évêque : « Nous te rendons grâces, Seigneur, pour ton cher Fils Jésus-Christ, que dans les derniers jours tu nous as envoyé pour Sauveur et Rédempteur, messager de ta volonté. Il est le Verbe, ton inséparable, par lequel tu as tout fait et cela te fut pleinement agréable. Du ciel tu l'as envoyé dans le sein d'une vierge. Il a été fait chair, porté dans ses entrailles, il s'y est incarné. Il a été manifesté ton fils né de l'Esprit-Saint et de la Vierge. Pour accomplir ta volonté et t'acquérir un peuple saint, il a étendu ses mains pendant sa passion, afin de délivrer de la souffrance ceux qui croient en toi. Il s'est livré volontairement à la douleur pour abolir la mort, briser les liens du diable, fouler au pied l'enfer, illuminer les justes, établir le statut [nouveau] et manifester la résurrection.

« Prenant le pain, te rendant grâces, il a dit : « Prenez, mangez. Ceci est mon corps qui sera brisé pour vous. » « Pareillement aussi (prenant) la coupe, il a dit : « Ceci est mon sang qui est versé pour vous. » « Quand vous faites cela, vous faites ma commémoration. » « Nous rappelant donc sa mort et sa résurrection, nous t'offrons le pain et le calice, te rendant grâces parce que tu nous a jugés dignes de nous tenir devant toi et de te servir.

« Et nous demandons que tu envoies ton Saint-Esprit sur l'oblation de la sainte Église et que, la rassemblant en un seul tout, tu donnes à tous les saints qui communient d'être remplis du Saint-Esprit pour être confirmés dans la foi et la vérité, afin que nous te louions et te glorifions par ton Fils Jésus-Christ, par lequel à toi soit gloire et honneur, Père et Fils avec le Saint-Esprit dans ta sainte Église et maintenant et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. » On voit que, pour Hippolyte, l'eucharistie chrétienne est un sacrifice qui renouvelle la cène et la passion de Jésus. L'oblation du pain et du vin est accomplie en union avec l'oblation de la cène. Le récit de la consécration est amené par la suite des idées et le Sanctus en est absent. L'épiclèse ou invocation adressée à l'Esprit-Saint demande à Dieu d'envoyer cet Esprit sur l'oblation de son Église, afin que les communiants soient remplis de lui.

Nous avons bien ici la forme de l'eucharistie primitive, consistant en une prière ininterrompue depuis le dialogue de la préface jusqu'à la doxologie et à l'Amen final. On remarquera que, si l'évêque préside et consacre, le clergé presbytéral célèbre avec lui. Tous s'associent à sa parole, soit qu'ils aient le texte sous les yeux, soit qu'ils répètent des lambeaux de phrase ; ainsi l'assistance s'y associe et l'oblation est bien celle de toute l'Église. Les paroles de la consécration sont suivies de l'anamnèse que nous rappelle le début de cette prière du canon romain actuel, et du baptême.

Mais la mort et la résurrection sont seules mentionnées. Il pouvait sembler pénible, quand on avait proclamé l'apostolicité presque paulinienne de cette anaphore, d'être obligé de lui reconnaître un état civil en règle, aussi on proposa d'admettre que, si Hippolyte « est le premier à nous donner cette formule, il n'est pas prouvé qu'il ne l'ait pas empruntée à un document antérieur. Proposition insoutenable, puis que l'anaphore nous est donnée comme un modèle de prière eucharistique proposée à l'évêque et non comme le modèle immuable et la formule traditionnelle reçue des apôtres eux-mêmes. D'ailleurs, ici comme dans saint Justin, nous voyons que la règle établie est celle de l'improvisation. On improvise les doxologies, les prières litaniques et même l'anaphore eucharistique. « Improvisations qui, sans doute, se ramènent à un thème général et à des formules qui tendirent de bonne heure à se cristalliser. !

La Traditio d'Hippolyte ne nous donne pas la messe au complet, elle ne nous donne que l'anaphore, - c'est-à-dire la prière récitée par le prêtre sur l'eucharistie. Il n'est pas question d'avant-messe, ni de fraction, ni de communion qui cependant faisaient à cette époque partie intégrante de la messe. Mais, d'abord, à la suite de l'anaphore, nous lisons deux bénédictions concernant l'huile, le lait caillé et les olives qui se trouvent à leur véritable place, vers la fin du canon, - et c'est une preuve qui a son prix que ces paroles : Per quem haec omnia bona creas, sanctificas, benedicis el praestas nobis, sont celles d'une bénédiction donnée jadis à des dons de cette nature.

Viennent alors d'autres prières pour la communion, pour l'absolution avant la communion, des prières après la communion et enfin le renvoi après la célébration des mystères. Ces prières ne se trouvent pas dans la traduction latine du palimpseste de Vérone, mais dans la version éthiopienne. Dom Connolly n'y reconnaît pas la pensée et le langage d'Hippolyte ; néanmoins, il croit que, sauf pour les dialogues et les doxologies, qui semblent postérieures, ces formules peuvent remonter à une date peu éloignée de celle d'Hippolyte.

Ces formules n'en sont pas moins entrées, sous une forme ou sous une autre, dans la plupart des liturgies. L'évêque dit une prière pour la communion adressée à « Dieu le Père, Dieu tout-puissant, afin que les fidèles reçoivent pieusement et avec fruit la communion. Que ces mystères ne soient pas pour nous une condamnation, mais une bénédiction : qu'ils sanctifient les fidèles, qu'ils les fortifient, les délivrent de tout mal, augmentent leur foi », etc. Ces oraisons sont précédées des appels du diacre : « Priez ! Debout et inclinez la tête. » Au moment de la communion, le diacre dit encore : « Soyez attentifs ! » L'évêque : « Le saint aux saints ! » Le peuple : « Un seul Père — saint, un seul Fils saint, un seul Esprit saint ! L'évêque : « Que le Seigneur soit avec vous ! » Le peuple : « Et avec votre esprit ! » Le peuple se présente alors à la communion. E Après celle-ci, l'évêque prononce une prière d'action de grâces dont les termes rappellent ceux des prières de la communion : « Que la réception des sacrés mystères ne soit pas pour notre condamnation, mais pour le salut de l'âme et du corps. » jd Le prêtre, la main étendue, bénit le peuple avec une formule : « Dieu, tout-puissant, bénis tes serviteurs, protège-les, garde-les dans ta crainte », etc. Le peuple dit : Amen. L'évêque : « Le Seigneur soit avec vous. Allez en paix », c'est la fin.

Dans le même document, nous trouvons des allusions à la messe et à la communion à propos des ordinations | 585 MESSE. XVIII. Après le baptême et les onctions d'huile, une allusion à la prière des fidèles : Et postea jam simul cum omni populo orent (qui baptizati et uncti sunt) non primum orantes cum fidelibus, nisi omnia hzc fuerint consecuti, Et cum oraverint, de ore pacem offerant. Et tunc offeratur oblatio a diaconibus episcopo el gralias agat - panem quidem in exemplum quod dicit Græcus antitypum, quod dicit Graecus similitudinem, sanguis quod effusum est pro omnibus qui crediderunt in eum ; lacte et melle mixta simul a plenitudinem promissionis, quiae ad patres fuil quam dixit terram fluentem lac et mel, quam el dedil carnem suam Christus, per quam sicut parvuli nutriuntur, qui credunt, in suavilate verbi amara cordis dulcia efficiens ; aquam vero in oblationem in iudicium lavacri, etc.

..frangens aulem panem [episcopus] singulas partes - porrigens dicat ; Panis cælestis in Christo Jesu. Qui autem accipit, respondeat : Amen. Presbyteri vero si non fuerint sufficientes teneant cali ces et diacones et - eum honestate adstent et cum moderatione : primus qui ienet aquam, secundus, qui lac, tertius, qui vinum. Et | guslans, qui percipient, de singulis fer dicenle eo, qui dal : In Deo Patre omnipotenti. Dicat autem, qui accipit : Amen. Et domino Jesu Christo et Spiritui Sancto el sancta Ecclesia. Et dicat : Amen. Ita sin| gulis fiat. Cum vero hac fuerint, festinet unusquis que operam bonam facere +. Plus loin, il est recommandé au fidèle de prendre l'eucharistie avant toute autre nourriture. Et lorsqu'il l'emporte dans sa maison, de l'y mettre en sûreté, à l'abri des animaux, souris, mouches, etc.

« Voici les idées essentielles exprimées dans le « 19 Le début de l'anaphore. — S'il n'est pas question dans l'anaphore de la messe des catéchumènes, ce n'est pas que l'existence en soit ignorée à Rome. Mais Hippolyte n'avait pas à s'en préoccuper, n'ayant d'autre but que de fournir à l'évêque un thème pour la prière eucharistique. On peut voir une allusion à la messe des catéchumènes dans le passage que nous avons cité sur les catéchumènes admis après leur baptême à la prière des fidèles.

« Voici les idées essentielles exprimées dans le « 19 Le début de l'anaphore. — S'il n'est pas question dans l'anaphore de la messe des catéchumènes, ce n'est pas que l'existence en soit ignorée à Rome. Mais Hippolyte n'avait pas à s'en préoccuper, n'ayant d'autre but que de fournir à l'évêque un thème pour la prière eucharistique. On peut voir une allusion à la messe des catéchumènes dans le passage que nous avons cité sur les catéchumènes admis après leur baptême à la prière des fidèles.

« La messe est, par excellence, la prière d'action de grâces : Gratias agamus Domino. Gratias tibi referimus Deus. Cette action est adressée à Dieu par les hommes. Dans la préface romaine, aujourd'hui, Dieu est appelé : Domine sancte, Pater omnipotens, æterne Deus. Ces titres sont bien dans la tradition. Une vieille forme de canon romain dont nous aurons à nous occuper (le missel de Stowe) nous dit : Deus est unus et immortalis, Deus incorruptibilis et immortalis. Deus invisibilis et fidelis, etc. Le titre omnipotens, navtoxpčtœop, revient d'ordinaire dans ces anaphores, comme dans d'autres prières, comme dans les symboles en particulier : Credo in unum Deum, Patrem omnipotentem, creatorem cieli et terræ. Ici nous n'avons aucune épithète ajoutée à Deus, x 20 Prière du Christ, — Cette action de grâces nous l'offrons per Jesum Christum. Hippolyte développe ce thème avec complaisance ; il nous décrit à ce propos toute la mission du Fils sur la terre, son anaphore tourne au symbole de foi, et c'est avec raison que l'on a attiré sur ce point notre attention, car c'est une des caractéristiques de son anaphore que cet exposé de doctrine : Per dilectum puerum tuum, salvatorem, redemptorem, angelum voluntatis tuae, verbum tuum inseparabilem, quem misisti de cælo, etc.

« Ce développement dogmatique, si intéressant, sera abandonné dans la suite, ou simplement résumé, ou présenté sous d'autres formes, qui post resurreclionem suam omnibus discipulis suis manifestus apparuit, qui ascendens super omnes cœlos, per quem majestatem iuam, etc. ire MOITIÉ DU


IIIE 586

« 39 Récit de l'institution. — Ce développement amène assez naturellement le récit de l'institution : gratias tibi agens dixit. Ce point est important aussi à noter. Le Sanctus, auquel aboutissent nos préfaces eucharistiques et la plupart des préfaces, n'est pas mentionné à cette place, Ce trait a été justement relevé aussi comme un indice d'antiquité, dont on a cherché à trouver des traces dans les liturgies d'une date très postérieure.

« Les termes de l'institution : accipiens panem, similiter el calicem, sans les additions in sanctas ac venerabi les manus, elevatis oculis, benedixit, etc., sont aussi à retenir.

« 49 Anamnèse et oblation sacerdotale. — Ces deux actes sont résumés d'un mot. Ici nous retrouvons ce caractère de simplicité et de grandeur et aussi de concision qui sont un des caractères de cette anaphore. Le canon romain, qui suit la même ligne, commentera et paraphrasera ce qui est dit ici en une courte proposition. La même disposition est bien plus sensible encore dans le VIII* livre des Constitutions apostoliques qui garde les termes d'Hippolyte, mais les noie dans une paraphrase prolixe.

« 50 L'épiclése. Même caractère dans l'épiclése dont l'allure est si particulière et qui ne fait qu'un avec la consécration, « Pour la communion, le quod dicil Græcus antitypum, une addition, sans doute, du traducteur latin, se rencontre dans les anciens documents, comme nous le verrons dans la formule du De sacramentis, et dans l'anaphore de Sérapion, dans le sens de sacramentum. L'allusion au lait et au miel est aussi caractéristique et bien romaine. Les autres détails de la communion, dont quelques-uns ont été maintenus longtemps dans la messe romaine, comme nous le verrons aussi, sont d'accord avec les coutumes décrites par Tertullien.

« 6 ? Doxologie et finale. — La doxologie, qui est la finale ordinaire du canon, est amenée sans effort ici par l'épiclése. Elle ne mérite pas moins que celle-ci d'être remarquée, parce qu'elle est unique en son genre et qu'elle est une confirmation de l'attribution de l'anaphore à Hippolyte qui, dans ses ouvrages, emploie des formules analogues. C'est une doxologie nettement trinitaire ; et la personne du Fils y est même ramenée, d'une façon que l'on a traitée à tort de maladroite, mais qui se justifie par le désir d'en- 'adrer le nom du Fils entre le Père et le Saint-Esprit.

« La mention à deux reprises de la sainte Église : in oblationem sanctis Ecclesi, in sancta Ecclesia tua, n'est pas moins remarquable, et rappelle la doxologie de saint Paul : Ipsi gloria in Ecclesia et in Christo Jesu in omnes generationes seculi seculorum *.

« Cette anaphore est bien conforme à la théologie d'Hippolyte qui, dans ses luttes contre le sabellianisme ou patripassianisme et les trithéistes, s'efforce de maintenir la doctrine de Dieu, principe unique et créateur du Verbe, Logos divin par qui le Père a créé et racheté le monde. On comprendra mieux la portée de cette anaphore en la comparant à celles des Constitutions apostoliques et du Testamentum D. N.J. C. ?. » b. Corneille. — Ce pape écrivit une lettre à Fabien, évêque d'Antioche, et lui dit que lors que l'hérétique Novatien célébrait l'eucharistie, il exigeait des assistants, avant de leur donner le corps du Christ, le serment de lui rester fidèle *. À remarquer l'expression dont se sert le pape Corneille : noty tåg xpoogopac. « faire les offrandes », le sacrifice. c, Novalien. — Cet adversaire de Corneille qui, non content d'être schismatique, voulut devenir hérétique,

587 MESSE. — XVIII. n'apporte rien ou presque rien d'utile pour notre travail. On a cru trouver dans son traité De Trinitale * une allusion au Sanctus de la préface liturgique : c'est par trop douteux.

d. Pseudo-Cygprien. — C'est-à-dire un de ceux dont les écrits furent attribués longtemps à saint Cyprien, sans la moindre preuve. Il s'agit du traité De speciaculis, qu'on a mis également au compte de Novatien, et où on relève le passage suivant, dans lequel le service eucharistique porte le nom de dominicum. On y reçoit la chair du Christ qu'il nomme sanctum corpus et | sanctum ; on la remet aux fidèles pour l'emporter chez eux, c'est là une coutume établie, uf assolet, et il arriva à un chrétien de se rendre au spectacle avec le « saint » sans l'avoir déposé dans sa maison ?. e. Terlullien (t240 à 245). — L'activité littéraire et, par conséquent, son témoignage écrit s'arrête longtemps avant cette date, puis que le De pudicilia, son dernier ouvrage connu, remonte à 215-222. Tandis qu'à Rome, Hippolyte s'obstine à faire usage de la langue grecque, Tertullien qui la parle et l'écrit correctement lui préfère la langue latine. Le théologien n'est pas moins précieux à consulter pour les doctrines que l'écrivain pour les rites. Pour Tertullien aucun doute ne peut s'élever sur le caractère sacrificiel de l'eucharistie, dont il appelle les exercices : sacrificiorum orationes ? et la communion, une participation au sacrifice . Dans sa langue, le mot offrir désigne l'oblation et il nous dit que l'époux survivant fait offrir sacrificium pour son conjoint défunt . C'est que la hiérarchie est en possession du droit d'offrir, auquel la femme, notamment, ne peut prétendre . On trouve chez Tertullien une phrase qui nous dit que le dimanche on offre le sacrifice” ; cependant l'usage qu'il fait de la prophétie de Malachie sur le sacrificium mundum est pour y montrer le sacrifice de prière et de louanges d'un cœur pur .

C'est Jésus-Christ, en personne, qui a nommé le pain son corps , et qui a transformé le vin en une | chose sacrée 1°. C'est lui qui prit le pain et en fit sa chair par ces mots : « Ceci est mon corps '' » ainsi « le corps du Christ est une espèce de pain ' » On peut relever dans les différents traités bien d'autres expressions aussi nettes que celles qu'on vient de lire, il n'en est pas de plus frappante que celle où il déclare que dans l'eucharistie le Christ est immolé, mactabitur ?, Tertullien est encore assez près des origines pour en conserver le langage, il distingue donc entre l'oraison et l'action de grâces M, celle-ci prononcée sur les aliments à consacrer ! ne peut être que la parole même du Christ : « Ceci est mon corps !5. » Et l'effet de cette parole se prolonge, le pain et le vin devenus le corps et le sang du Christ demeurent tels ; on les emporte chez soi et on y communique soi-même !, Cependant on ne reçoit l'eucharistie que de la main de l'évêque ou de ses ministres !'. Les communiants doivent être à jeun ! et ils doivent être purs, afin Ire MOITIÉ DU ILLe 588 de ne pas introduire les membres du Christ dans un vase souillé. i On offre l'eucharistie pour les défunts au jour anniversaire de leur naissance à la vie du ciel , ceci concerne les confesseurs de la foi qui ont donné leur vie. et dont le salut est assuré ; mais on offre aussi le | sacrifice pour les âmes des simples fidèles. C'est une ancienne coutume et on est tenu de l'observer. Tertullien nous parle de la veuve qui prie et « fait l'oblation » pour son mari défunt « au jour anniversaire de - sa morts, On sait que Tertullien glissa dans le | montanisme et en adopta la doctrine de la monogamie | obligatoire, c'est ce qui lui inspire cette tirade en ` s'adressant à un veuf remarié : « Tu ne peux pas, lui | dit-il, hair ta première épouse à laquelle tu réserves. une affection d'autant plus religieuse qu'elle a été recueillie auprès du Seigneur ; pour son âme, donc, tu - pries, Lu présentes les oblations annuelles. Ainsi tu - te tiendras devant le Seigneur avec autant d'épouses | que tu en commémores dans ton oraison ? Tu offriras pour deux ? Tu recommanderas les deux par un prêtre.. et tu auras le front assuré quand montera | ton sacrifice ! » Ce texte nous apprend qu'on offrait. alors le saint sacrifice pour les vivants et pour les défunts ; le veuf remarié le fait pour ses deux femmes. — Or celui-ci s'attire le persiflage de Tertullien parce qu'il | se conforme à l'usage en vigueur chez les catholiques. | Le sacrifice eucharistique se célèbre le dimanche, - dominica solemnia ?, peut-être aussi les jours de « station », par conséquent les mercredis et vendredis. | Ces deux jours-là, Tertullien n'approuve pas qu'on se - prive de la communion pour ne pas rompre le jeûne, - au contraire, il veut qu'on sanctifie la « station » par la participation aux saints mystères. Il est d'ailleurs facile d'associer la piété avec le jeûne et, pour cela, pendant le sacrifice, on recevra le corps du Christ, mais on ne communiera point, on emportera chez soi - l'eucharistie pour communier à l'heure où il est © permis de prendre de la nourriture #, Un passage permettrait de penser qu'on célébrait la messe chaque jour, quotidie *, de bon matin ?, antelucanis cœlibus, au point du jour.

Le lieu où on célèbre l'eucharistie s'appelle I « église nu de Dieu »' et là se trouve l « autel de Dieu » que les fidèles entourent , Sous cet autel reposent en paix les âmes des martyrs, attendant avec confiance la justice de Dieu, revêtues de robes blanches jusqu'à ce que leur nombre soit complété ? : il semble qu'on doive voir dans ces paroles une allusion à l'Apocalypse, vi, 9-11.

Tertullien nous a laissé, plus qu'aucun auteur de son temps, nombre de détails liturgiques ?, sauf à l'endroit du canon où il est obligé, par la discipline du secret, de garder le silence. Par lui nous savons que la messe des catéchumènes contient des leçons de l'Écriture, le chant des psaumes, une homélie et des prières ? !, En Afrique, comme à Rome, on fait usage de lectures ?, parmi lesquelles se trouvent les lettres pastorales des évêques !. Entre les leçons, deux chantres psalmodient alternativement ?. Après l'homélie, catéchumènes et pénitents sont invités à se retirer *.


SA

589 MESSE. — XVIII. Fe MOITIÉ DU ILLe 590

La prière se récite debout, les mains élevées, la figure tournée vers l'Orient . Tertullien cite un passage, ou du moins rappelle l'objet de la prière publique : « Les mains élevées... nous prions pour tous les empereurs, pour qu'ils aient une longue vie, un empire solide, une maison sûre, des armées puissantes, un sénat fidèle, un peuple loyal, un territoire paisible et tout ce que peuvent souhaiter les hommes de César . » Après la prière des frères, on se donnait le baiser de paix et ainsi dans toutes les prières publiques ; certains eussent voulu l'omettre les jours de jeûne et Tertullien n'y consentait que le vendredi saint . Où prenait-il place à la messe ? Tertullien ne précise pas ce point, mais nous savons que, dans la suite, l'Église d'Afrique eut rapproché de l'oraison dominicale et de la communion. Après la messe des catéchumènes venait la messe des fidèles, dans laquelle se trouvait le Sanctus : « Il est véritablement juste que Dieu soit béni par tous les hommes en tout lieu et en tout temps, pour le souvenir que l'on doit toujours garder de ses bienfaits... A celui que la cour angélique ne cesse de proclamer : Saint, saint, saint. C'est pour quoi nous, si nous méritons de nous associer aux anges, nous apprenons dès ici-bas cette divine parole envers Dieu et le devoir de la future gloire . » Nous avons vu que Tertullien fait consacrer le pain par des actions de grâces et qu'il cite les paroles de l'institution à la dernière cène, mais il ne nous apprend rien sur leur usage à la messe. On récitait l'oraison dominicale ', qu'il nomme legitima oratio 1, mais dont il ne nous dit pas la place dans le service. La communion était distribuée aux fidèles sous les “deux espèces, le célébrant donnait le pain consacré, les diacres faisaient boire une gorgée au calice !. Les fidèles recevaient la parcelle de pain sur les mains # et prenaient bien garde de n'en rien laisser tomber sur le sol #, A chaque communiant on disait : « Le corps du Christ », et « le sang du Christ », ceux-ci répondaient : Amen ?. Et ces détails nous montrent que les rites de nos jours en diffèrent à peine, bien qu'ils aient été modifiés pour faciliter la pratique.

Tertullien nous fait connaître différentes formules “liturgiques : on chantait Aleluía' ; on disait : « A jamais, de tout temps » en grec Y. A l'occasion de l'oraison dominicale, on prépare la voie à la prière memoria præceptorum ?, ce qui rappelle notre præceptis salutaribus moniti, à la messe. f. Saint Cyprien (1 258). — Dans sa correspondance traités qu'il a écrits, l'évêque de Carthage a disséminé les traits les plus importants d'un traité du sacrifice de la messe. Mais il faut donner une place à part à sa lettre LXII, adressée à Cécilius, évêque de Biltha. Cette longue lettre est un véritable traité de l'eucharistie ; elle a pour but de combattre la pratique, qui avait cours dans quelques communautés africaines, de consacrer de l'eau au lieu de vin, dans le sacrifice eucharistique !*, « Je sais bien, frère très cher, que la plupart des évêques que Dieu a daigné préposer dans le monde entier aux Églises chrétiennes observent la vérité de l'Évangile et l'enseignement du Sauveur, et ne s'écartent pas de ce que le Christ, notre Maître, a prescrit et fait lui-même pour adopter des nouveautés. Certains pourtant, soit ignorance, soit simplicité d'âme, n'observent pas, dans la consécration du calice du Seigneur ou dans sa distribution au peuple chrétien, ce que Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu, l'auteur et le docteur de ce sacrifice, y a observé et enseigné. J'ai donc pensé faire chose pieuse et nécessaire à la fois en vous écrivant à ce sujet, afin que, si quelqu'un était encore dans cette erreur, voyant la lumière de la vérité, il revienne au point de départ et à l'origine de l'enseignement dominical...

« Sachez donc qu'il nous a été commandé d'avoir, dans l'oblation du calice, à garder la tradition et à ne point faire autre chose que ce que le Seigneur a fait le premier, en offrant avec un mélange de vin et d'eau le calice qui est offert en sa mémoire. Quand le Christ dit : « Je suis la vraie vigne », le sang du Christ n'est pas de l'eau à coup sûr, mais du vin. Il ne peut paraître que le sang du Christ, par lequel nous avons été rachetés et vivifiés, soit dans le calice lorsqu'il n'y a pas de vin »... et après avoir cité les figures de l'Ancien Testament, il rappelle que, la veille de sa passion, Jésus prit le calice, le bénit, le distribua à ses disciples, par où « on voit que le sang du Christ n'est pas offert, si le vin manque dans le calice, et que le sacrifice du Seigneur n'est pas régulièrement célébré si notre oblation et notre sacrifice ne répondent pas à sa passion...

« Ni l'apôtre, ni un ange du ciel ne peut annoncer, ni enseigner autre chose que ce que le Christ a enseigné et que ses apôtres ont annoncé ; je me demande alors d'où a bien pu venir l'usage, contraire à l'enseignement évangélique et apostolique, d'offrir, comme on le fait en certains endroits, de l'eau dans le calice du Seigneur, puis que à elle seule l'eau ne peut représenter le sang du Christ... Il n'y a donc pas lieu de penser que l'on doive suivre l'usage de certains... il n'y a qu'à se demander qui ils ont eux-mêmes suivi... C'est d'ailleurs renverser toute véritable discipline religieuse que de ne pas observer fidèlement ce qui est divinement prescrit : à moins que l'on ne craigne au sacrifice du matin d'exhaler l'odeur du sang du Christ en sentant le vin... z Serait-ce que quelqu'un s'en laisserait imposer par cette considération que, tout en paraissant n'offrir que de l'eau le matin, cependant, quand nous nous réunissons pour le repas du soir, nous offrons un calice où il y a de l'eau et du vin ? Mais, quand nous dinons, nous ne pouvons convoquer le peuple à notre table pour célébrer en présence de tout le peuple le mystère de vérité. Mais, dira-t-on, ce n'est pas le matin, c'est après le repas du soir que Notre-Seigneur a offert le calice. Est-ce donc après le repas du soir que nous devons nous réunir au sacrifice du Seigneur, afin de pouvoir ainsi offrir le calice mélangé ?... Mais nous, nous célébrons la résurrection du Seigneur le matin. » Outre ce qu'il nous apprend sur l'emploi du vin 591 MES A VIII, mélangé d'eau dans le calice, ce texte, que nous devions abréger, nous montre l'importance qu'attachaient les évêques à une exacte conformité du rite eucharistique avec ce qui avait été accompli au cénacle et présagé par l'Ancien Testament.

Comme Justin et les docteurs qui l'ont précédé, Cyprien montre que le pain et le vin trempé deviennent le corps et le sang du Christ par la prière du célébrant : preces et orationes . Cette prière, nous ne la possédons malheureusement plus, mais dans la lettre citée à Cécilius nous lisons les propres paroles employées par le Christ à la cène ?, et Cyprien insiste sur la nécessité pour le prêtre de répéter l'action même du Christ, d'où on peut induire que l'anaphore de Cyprien, comme celle d'Hippolyte, contenait les propres paroles de Jésus : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. » Pour saint Cyprien, il s'agit bien d'un sacrifice ?, aussi bien à la cène qu'à la messe qui reproduit la cène ; eL il exprime sa pensée par les mots sacrificium, offerre et sanctificare. Le « sacrifice », c'est la passion même du Sauveur et les deux expressions sacrificium et offerre se trouvent rapprochées dans la même phrase* : enfin sanctificare rend saint ce qui est profane, faire du pain le sanctum, la chose sainte par excellence 5, Après saint Justin, un laïque ; saint Irénée, un polémiste ; voici saint Cyprien, un administrateur, et on peut dire qu'aucun des trois n'est proprement un spéculatif, un théologien ; cependant c'est à eux que, pour la période anténicéenne, nous devons les affirmations les plus pénétrantes sur le caractère sacrificiel de l'eucharistie. Pour Cyprien, ce qui donne à l'eucharistie un caractère sacrificiel, c'est que nous renouvelons le geste et les paroles du Christ. Il est l'auteur du rite, nous n'avons qu'à nous conformer à ce qu'il a fait, à observer ce qu'il a commandé.

Lui, Jésus, a offert le pain et le vin, devenus son corps et son sang immolés dans sa passion ; nous, nous commémorons cette passion, notre sacrifice en est la reproduction, et ainsi l'eucharistie est à la fois la passion du Seigneur et notre rédemption.

Jésus, dans sa passion, portait sur lui nos péchés, il offrait à son Père son corps et son sang et avec lui, par lui, il faisait oblation de son peuple à Dieu le Père. Dans l'eucharistie, il y a pareille union du Christ et des fidèles, c'est l'oblation de l'Église tout entière, de son chef suprême et de tous les chrétiens qui lui sont unis. Voilà la raison de l'insistance qu'apporte Cyprien à l'emploi du vin mélangé d'eau dans la coupe, car l'eau représente le peuple fidèle : « Si quelqu'un offre seulement du vin, dit-il, alors le sang du Christ est sans nous, Si, par contre, il n'y a que de l'eau, alors le peuple est sans le Christ, Quand l'un et l'autre élément sont mélangés, et s'unissent en une fusion qui les


SE. —

Ie MOITIÉ DU IIIE 592 confond, alors le sacrement spirituel et céleste est consommé, » L'eau qui a servi à lier la farine pour en composer du pain ligure de même l'unité du peuple chrétien, car, « de même que des grains multiples réunis, moulus et mélangés ensemble font un seul pain, ainsi dans le Christ, qui est le pain du ciel, il n'y a, sachons-le bien, qu'un seul corps avec lequel notre pluralité est unie et confondue ». Et le concept de la fusion des fidèles avec le Christ sacrificateur est si cher à saint Cyprien qu'il présente aussi comme unies au Sauveur immolé en sacrifice les personnes recommandées par le prêtre à l'autel. Telle est la raison profonde qui explique le fruit retiré par elles du sacrifice.

Toutefois, entre le sacrifice de la cène et celui de l'eucharistie, il y a une différence, puis que Jésus-Christ n'a offert que sa passion, et nous, nous y associons l'offrande de sa résurrection. C'est pour quoi la cène eut lieu le soir et la messe a lieu le matin.

Nous n'avons fait qu'extraire ces pensées de la lettre xir qui place le rite eucharistique au centre même du culte chrétien, et le relie intimement à tous les mystères de la foi. Cette synthèse complète celle de saint Irénée qui montrait dans l'eucharistie l'offrande des prémices d'un monde nouveau, saint Cyprien y voit le gage d'une humanité rachetée ?.

L'eucharistie avait lieu chaque matin, de bonne heure ; on y faisait spécialement mémoire des martyrs au jour de leur fête. Un certain Tertullus faisait connaître à Cyprien la date du supplice des confesseurs, afin qu'on célébrât pour eux le saint sacrifice ! ? qui s'offrait sur un autel, allare, mot qui revient souvent sous la plume de Cyprien u, Les lecteurs montent à l'ambon pour lire les leçons et l'Évangile ! ? ; on lit entre autres les lettres pastorales des évêques #, et on prêche sur ce qui vient d’être lu !, Les catéchumènes sont renvoyés avant l'eucharistie #, on ne conserve que les baptisés. Différents textes conservent les énumérations, les intentions pour lesquelles on faisait des prières publiques ; on les rencontre aussi chez Tertullien et dans les plus anciens textes liturgiques, et notamment : l'Église et son unité', le pape de Rome », les évêques, les prêtres, les confesseurs en prison !, les bienfaiteurs ! ?, des ennemis, la conversion des pécheurs, la préservation des maux, la paix, le pardon des péchés et le salut de tous les hommes : malheureusement Cyprien ne nous a pas conservé les textes de ces prières.

Le peuple présentait du pain et du vin ' et on donnait lecture des diptyques . Le prêtre récitait sur le pain et le vin les prières de l'institution . Saint Cyprien mentionne le Sursum corda et sa réponse : Habemus ad Dominum . Ses paroles : « Nous faisons mémoire de sa passion dans chaque sacrifice * », se Ite lw bici tr


ELEM

P T S à g> dans ses mains, une femme l'avait déposée dans une boite qu'elle voulut ouvrir avant de se laver les mains, et une flamme sortit de la boite . g. Les martyres Perpétue et Félicité ( Y 203). — Cette _ pièce célèbre nous a conservé quelques détails liturgiques. Pendant que les saintes et leurs compagnons. sont en prison, el les ont une vision qui les transporte dans un lieu aux murail les lumineuses et dont la porte |. est gardée par quatre anges qui leur disent : « Venez, |. entrez et saluez le Seigneur », et les revêtent d'habits blancs. El les entendent des voix qui disent sans s'interrompre : Agios, agios, agios. El les se donnent mutuellement le baiser de paix. Saturus dit alors : Perpétue, maintenant vous avez ce que vous désirez. » Elle répond : Deo gratias ! Elle joint les mains et un berger (le Seigneur) lui dépose sur les lévres une bouchée de lait caillé qu'elle mange et tous disent : Amen . Autant de réminiscen ces de la messe anti que. q XIX. PREMIÈRE ESQUISSE D'UN RITE GALLICAN. — La proximité géographi que de l'Afri que et de Rome, renforcée de quelques rapprochements de lambe aux de phrases, a incliné certains liturgistes à admettre une parenté plus ou moins étroite entre le rite africain et le rite romain. Cependant, on a soutenu l'opinion contraire ? et exposé les raisons qui feraient classer — de préférence le rite africain dans la famille gallicane. |. Une des raisons qu'on a fait valoir est la ressemblance — marquée entre la liturgie d'Afri que et celle d'Espagne. — La plupart des preuves sont tirées de saint Augustin, j mais il s'en trouve quelques-unes dans saint Cyprien que des cendres * ». Celui-ci emportait l'eucharistie : et Tertullien, témoins d'un rite qui a pu se développer, mais non changer entre leur temps et celui de saint Augustin. Il en faudrait conclure que, dés qu'un rite spécial commenca à se développer, l'Afri que, comme tout le reste de l'Occident, excepté Rome, évolua dans le sens d'une liturgie de type gallican !^, Voici le résumé de l'argumentation ! :

« Le calendrier d'Afri que a des affinités avec celui d'Espagne. Il y avait, en Afri que, les jours des rogations et un cierge pascal, deux choses qui, au temps de saint Augustin, n'étaient pas romaines ! ?, mais bien gallicanes et mozarabes. Le lectionnaire africain (d'aprés saint Augustin) se rapproche étroitement du cycle mozarabi que et diffère de celui qu'on suivait à Rome. Les catéchuménes étaient congédiés après l'évangile ; il y a une bénédiction donnée par le célébrant aprés la consécration ; la postcommunion est une action de grä ces et contient une invocation au Saint-Esprit. Ce sont là des faits gallicans et mozarabes, et non romains, à cette épo que #. Saint Cyprien cite positivement les priéres des fidé les en usage en Espagne !* ; la formule qui se trouve dans ces prières, in mente habeamus, se rencontre chez plusieurs Péres africains. Dans le rite du baptéme, il y a des traits nettement espagnols — comme aussi certains autres romains. | “ D'autre part, le baiser de paix se donnait aprés la consécration, comme dans le rite romain actuel. Le caréme durait quarante jours, y compris la semaine sainte, comme à Home et à Milan, tandis qu'en Espagne il comprenait deux parties, chac une de trois semaines. La conclusion est que le rite africain primitif était plus voisin de celui de l'Espagne que de l'usage romain ; quoiqu'il eût aussi ses particularités propres, et qu'il ait pu, dés le temps de saint Augustin, être déjà modifié sur certains points dans le sens romain. » Sans nous écarter pour le moment de la période des trois premiers siéc les que nous venons d'envisager, nous dressons ici ce tableau d'après Tertullien, saint Cyprien et les autres sour ces citées.

I. Messe des catéchuménes.

Lectures faites de l'ambon, empruntées à la Loi, aux prophètes, aux épitres, à l'Évangile et aux lettres des évéques.

Entre es leçons, deux chantres alternent des _ psaumes. Chant de l'Alleluia.

Homélie.

Renvoi des catéchuménes et des pénitents.


II. Messe des fidé les.

Priéres des fidé les, probablement sous forme litani que, avec répons. Probablement alors lecture des diptyques.

Baiser de paix (d'aprés Tertullien ?).

Offrande du pain et du vin. Collectes pour les pauvres.

Sursum corda, Habemus ad Dominum et prière eucharisti que.

Agios, agios, agios.

Paro les de l'institution.

Mémoire de la passion (et de la résurrection) du Christ.

Fraction et oraison dominicale.

595 MESSE.

Baiser de paix (d'après saint Augustin).

Communion sous les deux espè ces : le célébrant distribue le pain consacré, et les diacres présentent le calice. Tous les assistants communient, debout, ils reçoivent la parcelle dans la paume de la main et répondent Amen aux paro les qui accompagnent cette administration. On peut né pas communier aussitôt et emporter chez soi la parcelle soit dans les mains, soit dans une boîte.

Renvoi, MX. SECTES HÉRÉTIQUES ET COMMUNAUTÉS DISSIDENTES |. — On lit dans saint Épiphane la mention d'une secte palestinienne nommée ébionite dont les | membres, dit-il, pour imiter les mystères chrétiens, célébraient une fois par an leur rite avéc du pain azyme et de l'eau . Peut-être s'agit-il de judéo-chrétiens qui combinaient dans leur liturgie les souvenirs de la pá que juive et ceux de la céne chrétienne. Saint Irénée, lui aussi, fait mention d'ébionites qui « réprouvent, dit-il, le mélange du vin céleste et ne veulent admettre que l'eau du siécle, ne recevant pas Dieu dans leur mélange ? ». [l se pourrait que ces hérétiques ne consentissent pas à voir dans le Christ l'union de Dieu et de l'homme , mais ce qu'on peut retenir plus certainement, c'est que, dans leur eucharistie, ils n'usaient pas du vin, image de la divinité, mais seulement de l'eau, symbole de la nature humaine .

Les docéfes, dont parle saint Ignace d'Antioche, « S'abstiennent de l'eucharistie et de la prière, parce qu'ils ne confessent pas que l'eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ », A une épo que encore très rapprochée des origines , nous entrevoyons un groupe, visé par Epistula apostolorum, qui présente l'eucharistie comme une pá que et en méme temps comme la féte commémorative de la mort du Christ ; on la célébre, la nuit, par une agape el une commémoraison *.

Les marcionites célébraient l'eucharistie, mais Marcion ne conséntait à employer que l'eau pour les mystères *, car, comme les encratites, il tenait le vin pour une chose diaboli que.

C'est aussi pour des motifs de rigorisme ascéti que que Tatien adoptait le méme usage, célébrant les mystères, dit saint Épiphane, « à l'imitation de la sainte Église, mais n'y employant que de l'eau ™ », Les valentiniens célébraient l’eucharistie. Saint Irénée rapporte qu'un de ces hérétiques, nommé Marc, asiate d'origine, prenait une coupe remplie de vin additionné d'eau, paraissait rendre grâ ces et prolongeant longtemps la prière d'invocation, il donnait au liquide une couleur pourpre et rouge pour faire croire que la | Gráce, un des éons qui sont au-dessus de tout, distillait son sang dans le calice par l'effet de l'invocation qu'il avait prononcée. Les assistants buvaient avidement ce liquide. Marc réussissait aussi à faire croire à ses dupes qu'il accroissait le volume du liquide eucharisti que !!. Clément d'Alexandrie témoigne, lui aussi, que les valentiniens gardaient le rite eucharisti que. L'un d'eux, Théodote, soutenait « que le pain 596 et l'huile étaient sanctifiés par la puissance du nom de Dieu (du Christ, sans doute) » ; « en apparence, ils demeuraient tels qu'on les avait pris, mais par la puissance ils étaient changés en puissance spirituelle 33, » — Dans un autre passage, ce pain est présenté comme céleste, spirituel, nourriture de vie en tant qu'aliment et connaissance, lumière des hommes et de l'Église, chair du Christ, qui nourrit notre chair et qui est en méme temps l'Église, elle aussi pain du ciel et assem| blée bénie ', La secte mal connue des hématites ' aurait, suppose- t-on, employé du sang pour l'eucharistie. Il y a eu des aquariens qui, au dire de Clément d'Alexandrie, sont « des chrétiens qui font la consécra- | tion eucharisti que (sdyxproroueiv) sur de l'eau pure », - ils offrent donc « un sacrifice de pain et d'eau, » ce qui i est contraire « au canon de l'Église », ce qui est « une — Les Actes de Jean (entre 150 et 200) paraissent être de provenance asiate et font mention à plusieurs | reprises de l'eucharistie. On la trouve mentionnée dans - une énumération aprés l'homélie et la prière, avant l'imposition des mains, On nous apprend que « tous | les frères y participent !* », tandis que Fortunatus, à cause de son impénitence, « est écarté du bain sacré, de l'eucharistie, de la nourriture de la chair et du. breuvage 15 r, au tombeau de Drusiana, le troisième jour, et c'est. une eucharistie à laquelle il fait participer tous les.

Le même écrit nous a conservé une description assez complète de l'eucharistie : C'est un dimanche et tous les frères sont réunis. Il y a d'abord une exhortation de l'apôtre : l'homélie. Suit la prière, faite par lui au nom de tous. Elle énumère des titres et des bienfaits du Christ Jésus, puis elle implore son secours : « O toi qui as tressé cette couronne à ta chevelure, Jésus, ô toi qui as paré de toutes ces fleurs la fleur impassible de ton visage, à toi qui as répandu ces discours, ô toi seul qui es le médecin donnant la guérison, ô toi seul bienfaisant, seul humble, seul compatissant, seul ami des hommes, seul sauveur et juste, toi qui toujours vois tout, toi qui es en tout, présent partout, contenant, remplissant tout, Christ Jésus, Dieu, Seigneur, ô toi qui connais exactement les industries de notre perpétuel ennemi et tous les assauts qu'il complote contre nous, toi, Seigneur uni que, secours tes serviteurs dans ta providence, qu'il en soit ainsi, Seigneur. » Suit l'eucharistie proprement dite : L'apôtre demande du pain et rend grâces : « Quelle louange, quelle offrande (xpocgogx), quelle action de grâces invoquerons-nous, en rompant ce pain, sinon toi seul, Seigneur Jésus ? Nous glorifions ton nom dit par le Père. Nous glorifions ton nom dit par le Fils. Nous glorifions ton entrée de la porte. Nous glorifions ta résurrection que tu nous as manifestée. Nous glorifions de toi la voie. Nous glorifions de toi la semence, le verbe, la grâce, la foi, le sel, la pierre précieuse, le trésor, la charrue, le filet, la grandeur, le diadème, le pain de l'eulogie du Seigneur, fils de l'homme qui a été manifesté pour nous, celui qui nous a donné la vérité, la paix, la gnose, la force, la règle, la confiance, l'espoir, l'amour, la liberté, le refuge en toi. Car toi seul es, Seigneur, la racine de l'immortalité et la source de l'incorruptibilité et le siège des éons. Et tu as été dit tout cela pour nous, maintenant, afin que nous, t'appelant de ces noms, nous connaissions ta grandeur, ignorée de nous jusqu'à présent, mais connue des purs et représentée dans l'homme uni que qui est le tien. » Il n'y a dans cette formule aucune allusion aux paroles de la Cène. L'insistance sur les différentes appellations de Jésus est significative : c'est le « nom » du Christ qui surtout est invoqué, glorifié, pour qu'on le connaisse, et sans doute pour qu'il passe ainsi dans les communiants avec toute sa puissance. La formule rappelle quel que peu l'anamnèse : on commémore, on se souvient que le Christ est entré par la porte, qu'il est ressuscité, qu'il est la voie et la racine de l'immortalité. Le rite est appelé une offrande rituelle, donc un sacrifice. « Ayant rompu le pain, (Jean) le distribua à chacun de nous tous, à chacun des frères, leur adressant la prière d'être dignes de la grâce du Seigneur et de la très sainte eucharistie. Il y goûta lui-même aussi en disant : « Que cette part me soit avec vous et la paix soit avec vous, bien-aimés !. » Il n'est pas question de la coupe dans ce passage, mais plus haut nous avons vu qu'on parlait de la nourriture et du breuvage. On pourrait encore voir une allusion au calice de la Cène dans la coupe empoisonnée que bénit Jean, priant Dieu de faire « de ce liquide un breuvage de vie et de salut pour la santé de l'âme et du corps, comme un calice d'eucharistie ».

Les Actes de Pierre (200-250 ou même plus haut) font deux ou trois allusions au rite eucharistique. Au chapitre 11, on nous dit que « les frères offrirent à Paul du pain et de l'eau pour le sacrifice, afin que, la prière ayant été faite, il le distribuât à chacun ». Parmi les communiants se trouve une certaine Rufine à qui Paul s'adresse en ces termes : « Rufine, tu ne t'approches pas de l'autel en personne digne de le faire ; tu te lèves non d'auprès de ton mari, mais d'un amant, et tu essaies de recevoir l'eucharistie de Dieu. Aussi, voici que Satan, après avoir bouleversé ton cœur, te jettera par terre sous les yeux de ceux qui croient dans le Seigneur... Mais, si tu te repens, celui qui peut effacer les péchés ne manquera pas de te libérer de celui-ci... ? » Ces quelques lignes nous apprennent que les éléments du sacrifice sont offerts par les fidèles, c'est du pain et de l'eau, que l'apôtre consacre et distribue ensuite aux assistants. L'impureté exclut de la sainte table, mais les coupables sont admis à la pénitence.

Le chapitre 111 montre les fidèles priant avec Paul, orantes inpicem cum Paulo, oblationem offerentes, ce qui peut s'entendre de l'eucharistie, offrande rituelle et collective *.

Le chapitre v nous dit que cette eucharistie se célèbre après le baptême et nous voyons Pierre qui vient de baptiser Théon, lorsqu'un jeune homme lui apparait et leur dit : « Paix à vous. » Alors Pierre prend du pain et rend grâces au Seigneur de l'avoir jugé digne de cette faveur : « Très bon et seul saint, c'est Loi, dit-il, qui nous apparus, ô Dieu Jésus-Christ, c'est en ton nom que (Théon) vient d'être lavé, marqué de ton signe saint, aussi, toujours en ton nom, je lui fais part de ton eucharistie, afin qu'il soit ton parfait serviteur, sans reproche pour l'éternité. Et comme ils mangeaient ils se réjouissaient dans le Seigneur... » Dans un fragment copte de ces mêmes Actes, on voit qu'un dimanche, à Jérusalem, Pierre s'adresse à la foule et, « louant le nom du Seigneur Christ, il leur partagea à tous le pain ». Dans ce texte et dans le précédent, il n'est pas fait mention de la coupe, peut-être parce que l'auteur estime avoir désigné le rite complet en nommant la fraction du pain .

Les Actes de Thomas (au 111 siècle, en Syrie) font plusieurs mentions de l'eucharistie. L'apôtre Thomas dit au roi Gundaphorus et à son frère Gad : « Je me réjouis... de m'unir à vous pour cette eucharistie et eulogie du Seigneur », et « ayant rompu le pain, il les fit communier tous deux à l'eucharistie du Christ ». Dans une autre circonstance, Thomas leur « rompt le pain de l’eucharistie et le leur donne en disant Cette eucharistie vous sera en miséricorde et pitié, non en jugement et punition . » Nous voyons encore l'apôtre délivrer du démon une possédée et l'admettre, aussitôt après, à la communion. Sur sa demande, le diacre apporte une table qu'on recouvre d'un linge blanc, sur lequel l'apôtre dépose le « pain de l'eulogie », et dit : « Jésus, qui nous as rendus dignes de participer à l'eucharistie de ton saint corps et de ton sang, voici que nous venons approcher de ton eucharistie et invoquer ton saint nom. Viens maintenant et unis-toi à nous. » Suit une prière gnostique. Après avoir tracé une croix sur le pain, l'apôtre commence la distribution par cette femme, à qui il dit : « Ceci sera pour toi en vue de la rémission des péchés et des transgressions éternelles . » Ces mêmes Actes nous offrent encore les exemples suivants : Celui d'un jeune homme, coupable d'un crime, qui reçoit néanmoins l'eucharistie et dont les mains se dessèchent, semble bien attester le rite du pain sacré dans les mains du communiant 1°. Celui de la convertie Mygdonia qui demande le baptême et à qui on apporte de l'eau, un pain et de l'huile, nous montre l'apôtre faisant une onction, baptisant, puis « rompant le pain et prenant la coupe d'eau, il donne la communion au corps du Christ et à la coupe du Fils de Dieu et dit : « Tu reçois ton sceau qui t'obtiendra la vie éternelle ! !, » L'apôtre baptise Siphor, sa femme et sa fille, pose un pain sur la table, le bénit et dit : « Pain de vie, que ceux qui en mangent demeurent incorruptibles. Pain qui rassasies les âmes affamées de bonheur, c'est toi qui as daigné recevoir le don, afin que nous arrivions à la rémission des péchés et que ceux qui te mangent deviennent immortels. Nous t'invoquons, toi, le nom de la mère, mystère ineffable des principes et des puissances cachées : nous t'invoquons au nom de Jésus. » Et il dit : « Vienne la force et la bénédiction, et que le pain soit pénétré, afin que toutes les âmes qui y auront part soient délivrées de leurs fautes. » Et ayant rompu (le pain), il le donna à Siphor, à sa femme et à sa fille *. Lors du baptême d'Uzanne, il prend et bénit le pain et la coupe et dit : « Nous mangeons ton saint corps qui a été crucifié pour nous, et nous buvons ton sang qui a été versé pour nous en vue du salut. Que ton corps devienne pour nous le salut, et que ton sang soit pour la rémission des péchés. » Rompant l'eucharistie, il la donne en disant : « Que cette eucharistie devienne pour vous le salut, la joie et la santé de vos âmes, » et ils répondirent : Amen ?,

Le second Livre de Jei (111 ? siècle, en Égypte) nous dit qu'on apporte au Christ deux cruches de vin et 599 des branches de vigne, et Jésus place « une cruche de vin à gauche de l'offrande (Bucix) et l'autre à droite... Les disciples se tiennent devant l'offrande. Jésus est debout et en face d'elle. Il étend un linge de lin, y dépose une coupe de vin, puis des pains en nombre égal à celui des disciples. Cela fait, il prononce une formule d'invocation, contenant des mots magiques, et demande que, par un prodige, l'eau du baptême de vie soit versée dans l'un des vases de vin. L'opération s'accomplit. Les disciples s'approchent, Jésus les baptise, leur donne l'offrande, z2069opx, et les marque du sceau. Aussi sont-ils dans une grande joie pour avoir reçu le pardon de leurs péchés et être devenus héritiers du royaume de lumière !. »

Le Martyrium Malthæi nous apprend qu'après la mort de cet apôtre, le ciel invite l'évêque Platon et le peuple à chanter l'Alleluia, à lire les évangiles, à offrir en sacrifice, zpospoptv, le pain sacré et trois raisins qu'on pressurera sur la coupe. En conséquence, Platon offre les oblations pour Matthieu, on y prend part et on loue Dieu 5. Ailleurs il est dit qu'après le baptême du roi, l'évêque « fait la bénédiction et l'eucharistie sur le pain sacré et la coupe avec son mélange de liquide ». Puis, après avoir goûté lui-même les espèces consacrées, il les présente au roi en disant : « Que ce corps du Christ et cette coupe, son sang versé pour nous, devienne pour toi rémission des péchés en vue de la vie. » XXI. L' « HÉRÉSIE » DES AQUARIENS. — Les textes gnostiques que nous venons de transcrire ont ce grand intérêt qu'ils attestent, pour une époque très ancienne, l'emploi du vin et de l'eau. C'est là, en effet, un rite qui souleva de longues controverses et donna naissance à une « hérésie » celle des aquariens (voir usage que d'eau pure dans la consécration de l'eucharistie. La lettre LXI de saint Cyprien nous a appris que ce n'étaient pas seulement des dissidents, en rupture avec l'Église, qui adoptaient cet usage, des évêques eux-mêmes s'y étaient laissés entraîner « Si l'un ou l'autre de nos prédécesseurs a pu, par ignorance ou simplicité d'âme, ne pas faire et observer 600 ce que le Seigneur, par son exemple et son enseignement, nous a commandé, c'est son affaire. La divine bonté peut pardonner à sa simplicité . » Il n'y avait pas que des évêques ; le prêtre et martyr de Smyrne, en 250, Pionius, après une prière solennelle, le samedi, prit du pain sacré et de l'eau ; ce qui semble bien devoir s'entendre de l'eucharistie.

Il est impossible, comme on a tenté de le soutenir, que saint Justin soit compté parmi les aquariens *, | mais il reste certain que cet usage a été plus répandu qu'il ne convenait d'en faire l'aveu autrefois. Le fait n'est pas contestable, mais les conséquences qu'on a prétendu en tirer ne peuvent être admises. Ce qui est certain, c'est que, seuls, des groupes ou des conventicules hérétiques ou suspects ont supprimé l'emploi du vin, tandis que l'Église l'a toujours adopté et imposé, allant jusqu'à tenir la pratique contraire pour une hérésie. Cet emploi du vin étendu d'eau est attesté pour Rome par saint Justin, pour la Gaule et l'Asie par saint Irénée, pour l'Égypte, l'Italie, la Grèce, la Syrie, la Palestine, par Clément d'Alexandrie, pour l'Afrique par Tertullien et saint Cyprien. On ne saurait donner la préférence à une coutume répandue parmi des sectes qui se font une maxime de s'affranchir de l'usage général, au gré de leur fantaisie, sur la coutume traditionnellement et généralement adoptée par les Églises qui se font une règle de se conformer à l'usage reçu.

Il ne s'ensuit pas que le témoignage des dissidents ne doive être compté pour rien, bien au contraire. Ce témoignage sert utilement à établir l'autorité qui s'attachait au rite eucharistique, avec une si grande autorité que les esprits capables de se détacher de l'Église n'osaient pas néanmoins s'affranchir de ce qui était considéré comme une partie essentielle du christianisme, ni même l'altérer. Seuls les docètes s'en abstenaient, mais parce que leur conception de la chair du Christ ne leur permettait pas de soutenir une autre conduite.


XXII CONCLUSION DES TÉMOIGNAGES. — On a vu, dans les témoignages rassemblés jusqu'ici, que c'est du repas pascal célébré par Jésus et associé par lui au rite de la consécration par action de grâces que procède la célébration eucharistique dans toutes les communautés qui appartiennent à son Église. L'institution par Jésus lui-même est affirmée, non seulement par les synoptiques et par saint Paul, mais, dès le 2e siècle, par des écrivains dont la gravité et la sincérité ne peuvent être mises en question. À ces noms illustres de Clément de Rome, Justin, Irénée, Clément d'Alexandrie, Origène, Hippolyte, Tertullien et Cyprien s'associent le témoignage de quelques anciens monuments et tous ensemble attestent la pratique immuable du repas sacré, composé du pain et de la coupe contenant du vin mélangé d'eau. Ceux qui condamnent l'usage du vin ou qui s'en abstiennent ne se réclament pas d'un rite primitif, ils s'inspirent plutôt d'un rigorisme outré et qui mettra longtemps à se soumettre. La consécration de l'eucharistie s'accomplit de très bonne heure, et probablement dès l'origine, au cours d'un service spécial auquel sont seuls admis ceux qui appartiennent à l'Église.

Dans cette assemblée, celui qui préside, et généralement un évêque, consacre l'eucharistie. Parfois des prêtres concélébrent avec lui, ou l'un d'eux le remplace, mais c'est du consentement de l'évêque et en pratiquant les mêmes rites. Outre les prêtres, l'évêque consécrateur peut faire appel au service des diacres, qui seront chargés de distribuer l'eucharistie ou du moins le calice. Ces ministres de l'eucharistie doivent avoir une conduite irréprochable et se conformer aux règlements de vie qui leur est imposé.

Tous ces graves auteurs se font un devoir de rehausser le rôle des membres de la hiérarchie, à laquelle appartient le devoir de prononcer l'action de grâces au nom de toute l'Église. C'est pour quoi le président de l'assemblée agit au milieu des fidèles, il parle en leur nom, il prie pour eux, pour les absents et pour les frères et tout le monde répond : Amen.

D'ailleurs, ce sont les laïques qui ont apporté les éléments qui vont être consacrés.

L'action de grâces a lieu au nom de Jésus ; on rend grâces au Père par le Fils, et par le Saint-Esprit. L'offrande est faite au nom de l'Église entière unie à Jésus-Christ, comme l'eau est mêlée au vin.

C'est le président qui eucharistie, c'est-à-dire qui fait l'action de grâces sur ce qui est offert, et les écrivains chrétiens que nous avons cités expliquent le rite chrétien en rappelant ces paroles de Jésus : « Ceci est mon corps », ce qui nous oblige à convenir que ce n'est pas par une invocation de l'Esprit-Saint, mais par les paroles mêmes du Sauveur que s'opère l'eucharistie.

L'unique anaphore de cette époque qui nous soit parvenue, celle d'Hippolyte, met sur les lèvres de l'évêque ces paroles prononcées sur le pain et sur le vin : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. » Aussitôt il poursuit : « Nous t'offrons le pain et le calice, te rendant grâces. » Ce n'est qu'ensuite qu'est récitée l'invocation au Saint-Esprit, et elle ne lui demande pas d'eucharistier les éléments, mais de descendre sur eux pour qu'en y participant les fidèles reçoivent aussi l'Esprit-Saint. La Didascalie est seule à soutenir que l'Esprit-Saint reçoit l'oraison de celui qui prie et qu'il sanctifie l'eucharistie ; aucun texte de l'époque n'exprime pareille pensée.

Ceux qui prennent part à l'eucharistie doivent être baptisés, avoir une conduite irréprochable, mœurs pures, point d'ennemi ; l'amour de Dieu et du prochain. A ces conditions chacun, volontiers, en ajoutera quelques-unes : Origène veut une conscience sans tache, Hippolyte l'humilité, etc. Tertullien, comme on peut penser, n'est pas le dernier à manifester ses exigences. Celles-ci semblent ne porter que sur la communion, mais c'est qu'il ne faut pas oublier que ceux qui font la communion dans leur propre demeure l'y ont rapportée de l'église où ils avaient assisté à la messe, Celle-ci peut être offerte pour les confesseurs, les défunts, les absents, on y recommande à Dieu certains personnages et certaines catégories : prisonniers, bienfaiteurs, pénitents, ennemis. On sollicite certaines faveurs comme la paix et la tranquillité publique, la conversion des pécheurs et des infidèles. L'offrande du sacrifice pour les défunts pouvait déjà, au temps de Tertullien et de saint Cyprien, être considérée comme un usage ancien, mais qui entraînait certaines exclusions ; pour en obtenir le bénéfice, il fallait être décédé dans le sein de l'Église. La Didascalie nous apprend, elle aussi, qu'en Orient on offrait pour les défunts. Dans les Actes de saint Jean, nous voyons l'apôtre célébrer la fraction du pain sur le tombeau de Drusiana, le troisième jour après sa mort. Le Martyrium Polycarpi atteste l'usage de célébrer l'eucharistie à l'anniversaire du décès des confesseurs ; pareille attestation dans la Didascalie, dans Tertullien et saint Cyprien.

L'usage d'offrir l'eucharistie à telles ou telles intentions, individuelles ou générales, montre qu'on attendait de l'eucharistie la rémission des péchés, le salut, l'entrée du royaume du ciel, ce qui ressort assez clairement de l'offrande faite pour les défunts. Entre autres fruits de l'eucharistie, on signale l'accroissement de la charité fraternelle, l'union des chrétiens sur la terre et leur triomphe dans le ciel. D'autres faveurs, comme le salut éternel, la victoire contre les tentations du démon, la pureté des mœurs, semblent plutôt ressortir de la communion proprement dite que de l'assistance aux saints mystères, mais comme celle-ci entraînait toujours alors la participation eucharistique, on ne distinguait pas, avec la précision des théologiens modernes, les effets du sacrifice de ceux de la communion 1.

Ce que les témoins interrogés s'accordent à dire, c'est que l'eucharistie est un sacrifice et non une simple prière. L'emploi du pain et du vin, le recours à une hiérarchie distincte en sont des indices. Il y en a d'autres. Ce nom de sacrifice lui est donné déjà par la Didachè, et désormais par Justin, Origène, Firmilien, Hippolyte, Tertullien et Cyprien. Eux et d'autres que nous avons cités comparent ce sacrifice à ceux de l'ancienne Loi, ils en découvrent la figure dans celui de Melchisédech, ils y reconnaissent l'oblation pure prédite par Malachie. Et ce ne sont pas seulement les écrits des Pères, c'est la théologie élaborée par eux à l'usage des fidèles et interprétée dans les catacombes, où, dès la première moitié du 2e siècle, au cimetière de Calliste, dans une des chambres dites des Sacrements, on a figuré, à côté l'un de l'autre, le sacrifice d'Abraham et le repas eucharistique.

Si les premières générations chrétiennes et les pasteurs qui les instruisaient et les guidaient ont attribué à l'eucharistie la valeur d'un sacrifice, c'est qu'ils croyaient que la cène eucharistique était inséparable du dernier repas pris par Jésus avec ses apôtres. Pour eux et pour ceux qui recevaient leur doctrine, le rite chrétien reproduit la dernière cène, c'est l'offrande à Dieu le Père de la même victime, immolée sur le Golgotha. Dieu accepte une telle offrande, après quoi elle nous revient, chargée des bénédictions célestes que nous recevons par la participation au pain et au vin devenus corps et sang de Jésus-Christ. Telle est la pensée des quatre docteurs qui se sont alors expliqués sur la conception du sacrifice : Irénée, Hippolyte, Origène et Cyprien, c'est-à-dire la Gaule, Rome, l'Égypte et l'Afrique ; on peut donc espérer atteindre aussi près que possible l'idée reçue à l'origine sur ce qui fait de l'eucharistie un sacrifice. Pour eux tous alors un sacrifice était un don offert à Dieu pour lui plaire et rendu par Dieu à l'Église pour la sanctifier.

601 MESSE. — XXIII. TENDANCE A L'UNIFORMITÉ 602

Cette conception, nous la retrouvons dans les plus anciens monuments techniques de la liturgie. Non qu'en dehors de l'anaphore d'Hippolyte nous ayons des documents d'une égale antiquité, mais certains d'entre eux, dont nous allons parler bientôt : Euchologe de Serapion, Constitutions apostoliques, reproduisent des textes plus anciens, et ce qui leur est commun peut être considéré comme remontant à une très haute antiquité. « Or, partout après avoir répété sur les aliments choisis par le Christ à la première cène les mots prononcés par lui en ce dernier repas, l'officiant offre à Dieu en action de grâces le pain et la coupe, corps et sang du Christ, afin que ces dons soient agréés du Très-Haut et que, remplis de ses bénédictions, ils soient ensuite, par la communion, une source de bienfaits célestes pour les fidèles »,


XXIII. TENDANCE A L'UNIFORMITÉ LITURGIQUE. — N'exagérons rien, mais n'abandonnons rien de ce qui est acquis. Pendant cette période historique qui s'étend depuis la dernière cène du Sauveur jusqu'à la veille de la paix de l'Église, nous avons recueilli des témoignages très disséminés : Rome, Lyon, Carthage, Alexandrie, Antioche, touchant un unique rite, celui de la célébration de l'eucharistie. Si, de nos jours, un voyageur parcourait ces villes, il se complairait en descriptions qui auraient, sans doute, tous les mérites, sauf celui de la brièveté. Déjà, au XVIIIe, Lebrun-Desma- | rettes (voir ce nom) ne faisait grâce ni d'un détail, ni d'une particularité. Peut-être, si nous possédions les récits du touriste Hégésippe, au IIe, apprendrions-nous beaucoup de minuties rituelles et liturgiques, mais on peut craindre de ne les retrouver jamais. Or, qu'on s'en étonne et qu'on le déplore, c'est légitime, mais on n'y remédiera pas : ceux qui nous ont entretenu des usages liturgiques qui se pratiquaient sous leurs yeux ou par leurs soins, pendant les trois premiers siècles, se sont montrés extrêmement discrets, on pourrait dire déplorablement discrets.

Nous avons entrepris autrefois une collection de toutes les reliques disséminées dans les divers écrits, et la totalisation des faits et des formules ainsi groupés est bien loin de fournir une reconstitution complète des rites de la liturgie primitive. Même la liturgie eucharistique, qui en est le centre et la source, ne nous est connue que d'une façon fragmentaire et imprécise. Et, cependant, ces esquisses ne laissent pas que d'offrir une sorte d'uniformité. Celle-ci se trouve justifiée et renforcée par des observations qui ont leur prix. Ainsi, lors que saint Clément de Rome écrit aux Corinthiens, sa lettre abonde en allusions liturgiques qui se réfèrent à l'usage romain, mais qui, néanmoins, seront comprises par les Corinthiens, parce qu'il existe déjà une réelle uniformité entre ces deux Églises : lors que Clément écrit que « nous devons faire avec ordre tout ce que le Maître nous a prescrit d'accomplir en des temps déterminés. Or, il nous a prescrit de nous acquitter des offrandes et du service divin, Aeirougpylat, non pas au hasard et sans ordre, mais en des temps et à des heures fixées. Il a déterminé lui-même, par sa décision souveraine, à quels endroits et par quels ministres ils doivent s'accomplir, afin que toute chose se fasse saintement, selon son bon plaisir et soit agréable à sa volonté. Donc ceux qui présentent leurs offrandes aux temps marqués sont bien accueillis et bien heureux ; car, à suivre les ordonnances du Maître, ils ne font pas fausse route ». Ce texte montre qu'il existait à Rome et à Corinthe le même ordre pour la célébration de l'eucharistie. À quelques années de là, saint Ignace d'Antioche, écrivant aux fidèles de Magnésie, peut leur donner ce conseil : « Ne faites rien en dehors de l'évêque et des presbytres. Il n'y a de bon que ce que vous faites en commun. Accourez tous vous réunir dans le même temple de Dieu, au pied du même autel » ; et à ceux de Philadelphie il ajoute qu'un seul autel, comme il n'y a qu'un seul évêque, entouré du presbytérium et des diacres. Nous venons d'entendre saint Clément faire dériver l'ordre du service de règles tracées par Notre-Seigneur ; d'autres que lui parmi les Pères partagent cette croyance que la disposition de la liturgie était une tradition du Christ et des apôtres dont on ne devait pas s'écarter. C'est ainsi que saint Justin, martyr, dit que la description qu'il nous donne de la liturgie dominicale est celle-là même que, le jour de Pâques, le Christ ressuscité enseigna à ses apôtres et à ses disciples. Eusèbe de Césarée, qui a su tant de choses et qui n'invente guère, prétend même savoir où cet enseignement eut lieu. Sur le mont des Oliviers se trouvait une grotte ; « or, l'histoire véridique nous apprend que, dans cette grotte, le Sauveur du genre humain enseigna à ses apôtres les mystères secrets », Uusty tàs érobénrouc c'est-à-dire les rites, car les mystères eux-mêmes leur avaient été révélés à la dernière cène. Que saint Clément, saint Justin, Eusèbe et plusieurs autres aient ajouté à l'histoire sur ce point, on peut en disputer, mais ils n'auraient pas pu soutenir que les rites de l'eucharistie avaient pour auteur Notre-Seigneur lui-même, si ces rites n'avaient de leur temps été pratiqués suivant un ordre fixe.

Cet « ordre » laisse une très large place, toutefois, à l'improvisation qui est, comme nous l'avons déjà dit, la caractéristique de cette période liturgique des origines. La Didachè accorde aux prophètes la permission de rendre grâces « aussi longtemps qu'ils veulent » ; saint Justin constate que le président de la réunion « fait monter au ciel les prières et les eucharisties autant qu'il peut » ; saint Hippolyte, dans la Tradition apostolique, dit que le célébrant peut prier librement. Cette concession devait favoriser l'apparition de formules et de rites nouveaux et, vers le milieu du IIe, nous voyons que ce mouvement est accompli par la lettre de saint Firmilien de Césarée à saint Cyprien de Carthage, lettre dans laquelle il se plaint de l'insistance qu'apporte le pape de Rome à imposer ses usages particuliers aux différentes Églises qui ne suivent pas le même rituel : « A propos de nombreux sacrements divins, dit-il, il y a des différences, et on n'observe pas toutes choses à Rome comme à Jérusalem ; et en d'autres provinces encore bien des choses varient suivant les différences des choses et des lieux ; et cependant il n'y a pas pour cela une altération de l'unité de l'Église catholique ». On doit, comme l'a pensé Adr. Fortescue, songer aux deux sortes d'informations et entendre l'uniformité ainsi qu'il suit. Il n'y avait certainement pas une uniformité absolue pour chaque prière et chaque détail des cérémonies, comme dans notre missel actuel. On ne lisait pas les prières dans un livre, pas plus qu'on ne les apprenait par cœur. Les livres liturgiques n'apparaissent que plus tard. Sans doute, les leçons étaient lues dans la Bible ; on savait de mémoire les psaumes et l'oraison dominicale ; à part cela, les prières étaient improvisées. Quant au cérémonial, il n'y en avait pratiquement aucun. On faisait les choses, comme on devait les faire pour un but pratique, de la manière la plus simple. On apportait le pain et le vin quand venait le moment où on en avait besoin ; on lisait les leçons à haute voix d'un lieu d'où il était facile de se faire entendre, et tout le monde s'asseyait pour écouter. Seulement nous pouvons supposer, tout naturellement, qu'on faisait les choses de façon décente et respectueuse, et que, par degrés, inévitablement, les signes de respect se précisaient. Tout le rituel dériva naturellement de ces actes purement pratiques, tout comme les vêtements liturgiques procèdent des habits ordinaires. Les seuls actes rituels qu'on rencontre dans les deux premiers siècles environ consistent dans certaines attitudes, comme se mettre à genoux ou se tenir debout pour telles et telles prières, et certaines cérémonies comme le baiser de paix ; le tout hérité des Juifs ou, pour mieux dire, commun à toutes les religions. Mais l'on peut comprendre que l'ordre et le plan général du service soit devenu constant presque inconsciemment. Quand on fait continuellement la même chose, on la fait tout naturellement à peu près de la même manière. Il n'y avait pas de raison pour changer ; renverser brusquement l'ordre aurait troublé et géné les fidèles. Ils savaient, par exemple, à quel moment attendre les lectures, se rendre à la communion, se lever pour les prières, Le fait même que les catéchumènes assistaient à une partie du service et étaient exclus du reste impliquait, à lui seul, dans une certaine mesure, un ordre uniforme.

A leur tour, les prières, sans qu'on eût encore l'idée de formules fixes, devaient naturellement tendre vers l'uniformité, au moins dans les grandes lignes. Ici encore, l'habitude et la coutume devaient bientôt fixer un ordre. Tout se disait à haute voix. Les assistants savaient à quel moment on allait faire la prière pour l'empereur, l'action de grâces, les demandes. La forme de prière dialoguée, dont on retrouve bien des traces pendant cette première période, impliquait aussi une uniformité, au moins pour l'idée générale de la prière.

Le peuple avait à répondre : Amen ; « Seigneur, ayez pitié ». Le dialogue dramatique, chaque partie doit être préparée pour amener la réplique. Ainsi l'ordre et l'arrangement général des prières demeuraient constants. On n'est donc pas surpris de constater que, de fait, il en est ainsi dans les exemples et fragments que nous avons étudiés. Le récit de saint Justin, celui du Ier livre des Constitutions apostoliques, la liturgie reconstituée d'après Tertullien et saint Cyprien, qui sont respectivement le service de Rome au Ier siècle, d'Antioche et de Carthage au IIe, s'accordent de prés, tant pour la disposition des divers éléments que pour les idées principales des prières. Mais l'uniformité et la constance du rite allaient plus loin. Nous l'avons vu ; on emploie souvent les mêmes mots : des formules entières, parfois assez longues, se retrouvent partout. Il est aisé de comprendre pourquoi. Tout d'abord, il y avait de nombreuses formules qui se rencontrent dans l'Ancien et le Nouveau Testament et dont on usait déjà dans les services des synagogues juives. Ainsi : Amen, Alleluia, Hosanna, « Seigneur, ayez pitié », « Grâces à Dieu », « Dans les siècles des siècles », « Béni sois-tu, Seigneur, notre Dieu » (ceci étant la formule juive par laquelle commencent toutes les bénédictions), et ainsi de suite. On observe encore que la prière improvisée tend toujours à se réduire en des formules stéréotypées. Quiconque prie pour le même objet ne peut tarder à répéter les mêmes paroles. Il est aisé de le constater pour la prédication improvisée. Par suite, il aurait été à peine possible à l'évêque d'employer des paroles et des formules différentes chaque fois qu'il priait (alors surtout que la langue chrétienne primitive était saturée d'expressions bibliques) alors même qu'il l'eût voulu. Pourquoi, d'ailleurs, aurait-il cherché à le faire ? Ainsi les mêmes expressions revenaient sans cesse dans les prières publiques.

Ces considérations peuvent servir à expliquer la cristallisation des formules et des gestes chez un célébrant ; en est-il de même pour divers célébrants et diverses Églises ? Mais une formule et un geste ont leur mérite propre et le mérite qu'on leur prête. Un débutant pouvait céder au désir de se distinguer, mais il devait aussi veiller à imiter son prédécesseur, afin de mieux le continuer, d'entrer plus pleinement dans sa succession. Lui eût-il été possible, sans certains risques, de ne pas eucharistier comme celui qu'on vénérait ? Dans une Église nouvelle, le missionnaire aimait à se réclamer de l'Église mère et on mettait son point d'honneur à imiter celle-ci en toutes choses. En outre, on voyageait beaucoup. Quand Polycarpe rentrait à Smyrne et Abercius à Hiérapolis, c'était sans aucun doute pour répéter souvent : « Ils font comme nous, autres, à Rome ! » À quelle que explication qu'on s'arrête, le fait de l'uniformité est constant. C'était, il est vrai, une uniformité de type plutôt que de détail, bien que plus d'une fois les paroles fussent les mêmes. En théorie, il était encore vrai que chaque évêque priait comme il voulait et pouvait. Et l'on constate de légères variations dans les formules communes. Il faut donc concevoir la liturgie antérieure à Nicée comme un type uniforme, encore fluide et susceptible de modifications de détails. Peu à peu les détails se fixent de plus en plus nombreux. Ils deviennent des coutumes, et sont observés comme tradition de l'Église ; car rien n'est plus conservateur que l'instinct liturgique ; toutefois, le rite entier est encore plus ou moins nébuleux, sans lignes très arrêtées. De ce rite primitif inconsistant, parce qu'on a insisté ici sur tel détail, là sur tel autre, qu'on a allongé ou abrégé certaines parties dans telles ou telles Églises, sont dérivées les liturgies sourcées, et de celles-ci, à leur tour, toutes les anciennes liturgies de la chrétienté.

« Jusqu'à ces derniers temps », écrivait L. Duchesne en introduisant l'Euchologe auprès des lecteurs des Origines du culte chrétien, l'Égypte chrétienne, aucun texte liturgique d'antiquité comparable à celle des Constitutions apostoliques de Syrie » ; et il ajoutait malencontreusement en note : « Il faut pourtant mentionner ici la liturgie de la Tradition apostolique d'Hippolyte, alias « Constitution ecclésiastique d'Égypte », car ce livre a... des attaches égyptiennes bien assurées. » Nous savons ce qu'il faut en penser (voir col. 581-582) et nous pouvons donc considérer l'Euchologe de Sérapion comme le plus ancien témoin d'une liturgie égyptienne.

Le texte liturgique se présente sous la forme de trente prières, chacune d'elles pourvue d'un titre, et deux seulement, la première et la quinzième, contenant le nom de Sérapion : ‘Evyh zxpocgópou Zxpaniovoc &mtoxómrou, et rooceuyn Xixpamiovog érioxérou ÜuobeYcc. Il est probable que les autres sont du même auteur. L'étude philologique du texte par JJ. Wordsworth ne permet guère d'en douter.

I. Prière d'anaphore de l'évêque Sérapion (13) ;


VI. Imposition des mains après la bénédiction de l'eau et de l'huile (18) ;


XII. Imposition des mains pour l'ordination des diacres (20) ;


XVI. Prière pour le chrême dont sont oints les baptisés (25) ;

« nous n'avions, pour 608 XXII. Prière pour les malades (7) ;


XXIII. Prière pour l'abondance des fruits (9) ; XXIV. Prière pour l'Église (10) ;


XXV. Prière pour l'évêque et pour l'Église (11) ; XXVI. Prière à dire à genoux (12) ;


XXVII. Prière pour le peuple (5) ;


XXVIII. Imposition des mains aux catéchumènes (4) XXIX. Imposition des mains aux laïques (6) ;


XXX. Imposition des mains aux malades (8).

Dom Cabrol juge que toutes ces prières peuvent se grouper sous six chefs principaux :

1. Anaphore eucharistique avec la bénédiction de l'huile et de l'eau, n. I, II, III, IV, V, VI.

2. Prières pour le baptême, n. VII, VIII, IX, X, XI.

3. Prières d'ordination, n. XII, XIII, XIV.

4. Bénédictions de l'huile, du saint chrême, du pain et de l'eau, n. XV, XVI, XVII.

D. Prière pour les morts, n. XVIII.

6. Prières avant l'anaphore, n. XIX, XX, XXI, XXII, XXIV, XXV, XXVI, XXVII, XXVIII, XXIX, XXX.

A XX. j C'est à ces dernières prières que semble se rapporter une sorte de rubrique finale : Iläou « zx sùyal - ÉTLTEAOËVTEL mpó T6 &0yTj ; ToO mpocqópou. « Toutes ces prières ont lieu avant celle de l'offrande. » *L'ouvrage est à l'usage de l’évêque seul ; il ne contient, avec une seule exception, que les prières qu'il doit réciter durant le service, si bien même que, par deux fois, ce qui est rare pour les prières liturgiques surtout à cette époque, il emploie la première personne du singulier xtaw Tv yaipa (n. III) et (n. XIX). Il pouvait donc réunir ces prières selon l'ordre qui lui convenait, Mais cet ordre n'est du reste pas fantaisiste. L'anaphore étant la partie la plus importante de la liturgie prend naturellement la première place (n.e I-VI) ; puis viennent les prières pour le baptême, pour l'ordination, pour diverses bénédictions et pour les morts (n. VI-XVIII). à la Les ‘prières d'avant-messe sont reléguées fin, comme moins importantes. Du reste, elles offrent d'assez grandes variations dans les recueils que nous connaissons. hien n'empêche de supposer non plus que les bénédictions (n. XXVIII-XXX) forment une collection séparée où l'évêque pouvait puiser à son gré. Mais, en somme, le recueil suit un ordre logique. » Otia MR.2. Messe des fidèles. — a) Prière des fidèles. — « Elle se compose d'une prière pour les malades (n. X XII) qui devait être suivie de la bénédiction des malades (n. X XX) ; d'une prière pour la bénédiction des fruits (n. XXIII) ; d'une prière sur l'Église (n. XXIV), d'une prière pour l'évêque, les prêtres, les diacres, les sous-diacres, les lecteurs, les interprètes, les solitaires, les vierges, les chrétiens mariés, les enfants. Il est possible que cette dernière fût dite par un des prêtres, car tous alors concélébraient avec l'évêque. Puis une prière dite à genoux (n. X XVI) et enfin une prière sur le peuple, vraie prière litani que qui, selon Wordsworth et Brightman, est la prière — des diptyques, prière pour les fidèles, pour tout le | peuple, pour les souverains, pour les hommes libres — et les esclaves, les vieillards et les enfants, pour les E voyageurs, les affligés, les malades. Chacune des - prières est terminée par la doxologie. Le baiser de paix n'est pas mentionné ici, pas plus que l'offertoire qui - certainement devait suivre ces prières. s b) L'anaphore. — A raison de son importance nous donnons ici la prière d'oblation en grec avec la tra—— duction française.

Eby« npoooópou Lopamieovoc ÉTLGXOTOU. 1. » A&tov xal Obxoióv atiy oè TOV GYÉVNTOY TOT Tépx TOÙ uovoyevobe “oo — Xotorou œiveiv duveiv ĝoÉohoyeiv. 2. zivobpev Gé, dyevnre Üsé, dvefryviaote, &yÉX pace, AKATAVÓNTE |E ] zon yenti drocrkoel. xópevov Ono ToU vioð | « 09 povoyevoŭg, tòv 8t aù- |— 00 xal Eppveulévree xat yvoolévta cr) yevntň quos. 4. œivoiuev gè TOY TUfveooxovcx TÖV viov. xal ÉTOXAAUTTOYTE. tolc &ylotg TÈS Tepi arro GE : Toy Yorveoxóuevoy Aóvoo xxl ópcouevow xal ÔLEPU'NVEVOUEVOV Tolg gytolz. D. xtvouev GÉ, TATED &Ópuxte, yopqy& TC Oxyaolas odeli reri Tis toc, À TAYA 100 qccóc, à ren, Tong yxpuroc xal mong &XnÜclac t, xat QUAÓTTOE, Ó TÉL X TC. Axccóusvoc HAL TvcxG mpóc Éxuróy ÔLX Te &Émimulae TOÙ ÉYATNTOÙ cou utoU Exo . 6. eopelx, zxoincov LAC vrac &vypórov : SOG Tuv myeuux QTÓC, tva YYGLLEV OÈ TOY Skrbivèv xxi v dmoreélAc « Lnooov Xpuotéy *. òg Tiv Tvedux dysov, [va SuwnÜcuev éÉerretv xal Srnyhozoðar tà #opntå E HUGT EUX. 7. Ax TOTO £y Tuiv ó »eroe langue française, comme devenu et indevenu, — 242 ; Matth., xt, 27 ; xvi, 17.

Ey reocpoeou Xapamiovog ériaxóroo xal yuav 3 Tvea xxi úpvae TE) ot V Tv. 8. Gu yàp ó Dep ve TAGS CAE xal tEovoiag xxl ĝuvap.eciG xal HUBLÔTNTOS xal mavyrós Ôvóuætog voutollévou OÙ [LOVOY £y và alot TOUTE, GAÂX xxi v TO WÉAROVELT. 9. col rapuorrX028. XEATXL LAL dec xal púprar uupideç Oy reAov že yore Ücóvcw xugtotatov PH ££ovoLéy M gol TxX996 7154000 : ty TX ÓD0 Yepxgsiy LE SUTTÉEUYE, ĝuaiv uv TTÉQUE Ly XHAÜTTOUTX TO TR0GGTOY, uci à& robe xódac, Oucl OE TETOeva 19 xak yv Sovcot. 10. MeO dy deba xal Toy &yvxauubv Ae ovra UE &Ywoe &Yytoc xúpLog Xa6xo0, mAhpne ó obpavbc a 7 Yn Tis 865 SiS cou. 11. rAnenc &ociv 6 o5pa.- vóc, TANONS ÉGTIV xxl 7j Yñ This pe cou 85Enc, xopie TOv OuvXuscy 11 TAñoodov xal tiv volay sey rs oe xal Th ofi Gol YXe TPOOTVÉYKALEV vadens THY Céoxv Ouciay !, TV mgocqQopáy Ty val uaxtov. 12. col TooonveyxXpev TOv &PTOV TOUTOV, TÒ OUOLOUX TOD COULXTOC TOU pLovoyevobs. Ó prog OÙTOG TOU LYLOU c« auxróg Éctiv óuoicoux, ött 6 xüpios Inooŭs Xproróg, év À vuxTi Tæpeðlðoto, EAXÓEV korov xxl Éxhaoev xal ÉBLdou Toig éœurod Aéyov : Adete xal prece, TOUTO ÉGTLV TÒ COLE uov TÒ bmép Duov xAcuevoy ! ets &osoty &pxprty. 13. OLX TOUTO xxl MUELG TÒ ópoloux Toù Üaxvxroo H THOLOUVTES TOV ÓpTov mTpoo« vEyxxuev, xol mapiaAoüpev ôux The Üuctac TÚTN : xeta yi ro Tiv xai Dant, Qc THS &Xnet xc 15. wel ing cep Ó Ep TOG oùroc ÉTHOPTLGLÉVOS AV ngv TOv Ópécov xal cuvæyÜelc éyévero slg Ev, obre xxl Thv Gylav aoo èxxAnclav CUVXÉ OV ÈX TAVTUG Evous xal méong yups xxl zong TOAEGS xal XOU xat olxou xal molngov uiay Qüysav toute puissance, de toute force et domination, de tout nom qu'on nomme non seulement en Ce, mais dans Le à venir, 9. A toi font cortège des milliers de milliers, des myriades de myriades d'anges, d'archanges, de trônes, de seigneuries, de puissances, de dominations : prés de toi se tiennent les deux augustes séraphins à six ailes, deux dont ils cachent leurs visages, deux sur leurs pieds, deux avec lesquels ils volent en proclamant que tu es saint. 10, Avec les leurs, recois aussi nos acclamations à ta sainteté : Saint, saint, saint, est le seigneur Sabaoth. Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire. 11. Le ciel est plein, la terre est pleine de ta gloire admirable. Maitre des puissances remplis aussi ce sacrifice de ta puissance et de ta participation.

A, — XI — 20

611 MESSE. E ; X 1 ngocQópon 2ixpumiovog ÉTLOHO TOL éxxAXncuxw. 14 poonvēyxxusw Oi xol TÒ C Rocfiptos TÒ bpolopa TOU XLuxTOc, ört 6 xüproc [nooûs X ptoTòc An morhptov uer TÒ Servo ÉAeyev ! tolg ÉGUTOÙ uan : Adbere TIETE, votó ÉGTLY À xav ; Bo fpe, ë ÉGTLY TÒ wpd pou TÒ Ùmëp uiy Ex XUyGuevov elg üozotw uxpT. pare À. Stà TOÛTO Tpostvéyxapey xxl juel TÒ ToThprov óuolwya gtuaTtog roocd-yovrec. 15. imum caro, Usi rc , 6 ŒYLÔS coU hoyos nl TÓv doro TOUTOV, Lux VÉVNTEL Ó dproc cp vo0 Aou, xal nl tò ToTfptov TOUTO, bva YÉVNTEL TÒ aluo Ti &Xrnfelac. xai molncov TwrxG TOUG XOLVOVODTOUC oxpucxow Corte Aoóeiy elc Oeporeto xac VOL tog xal eic ÉVÉUVALEOGLY TLONC TROXOT NS xal dpsTE, LÌ sig XATEXELOL, üs& tic dAnbeluc, tnos cic Eheyyov xul Ovetdoc . 16. aÈ yp TOV Gyévmnrowv ÊTExakeogueðx óux ToU povovevous £w &ylo TVEUUUTL : entire ó XAXxbc o0roc, TROXOT NC Loto, 4mosTHANTOONY ŒVYVEAO gupmxpóvcec T Ao eic xaTtápynow To movnpoŭ xal elg fs6Xuocty The ÉxxAnoius. 17. mupxxxAoüuev dE xoi ontp TATOV TOV XEXOLHUE, (y otv xal U &vwxuvrnotc. 18. metà Thy ÜroboATnw t&v Óvouxccoy- &yiacov TAG Vuyke TATAG, cù yàp nog YLVOOHELC ŒYULCOV ToS TAG Èv xUplo xomunbelouc xal ovyxaraolÜunoov roxie tets &yixic coo Suvxusot xxl Góc ŒÜTOIC TOTOV XXi uoviv £v tý Baouelx aov. 19. Béart 8E xal Tiv eùyaptotixy TOU Axoù xxi 00 YNGOY TOUS TPOCEVEYXÓYTAG TŘ TPÔGPOPX xal TG EÙyxgva tas xal y kguoot ysLov xal OXoxXnplxv xal sÙGuuiov xul TAC Tpoxomi » quxzc xal ocóuaxcoc ATE TÖ Ax cobro Ou TOU ovoyevobs cou Ineo Xproroû £v &yío rvuebuurs, glavas TOV wiorwov, TV. ed


XXV.

liance, c'est-à-dire mon sang versé pour vous en rémission des péchés, » A cause de cela nous présentons le calice, produisant la ressemblance du sang. 15. Vienne, Dieu de vérité, vienne ton Verbe saint sur ce pain, afin que le pain devienne le corps du Verbe, et sur ce calice, afin que le calice devienne le sang de la vérité. Et fais que tous ceux qui y participeront reçoivent un remède vivifiant, qui guérisse en eux toute maladie et les fortifie en tout progrès et en toute vertu : que ce ne soit pas pour leur condamnation, Dieu de la vérité ; qu'il n'en résulte pour eux ni grief, ni opprobre. | Ilder l'Église. 17. Nous te |

« CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES » É

par ton fils unique, incréé, ineffable, incompréhensible, son Fils est monogène, envoyé par le Père : il est le Logos par qui nous connaissons le Père, par lui et par le Saint-Esprit nous louons le Père. Entre l'anaphore de Sérapion et celle | v a une différence importante ; au lieu d'en venir de tn au récit de l'institution, on | reprend la louange du Père, entouré de myriades | d'anges, d'archanges, de trônes, de dominations, de d'Hippolyte, il y principaulés, de pouvoirs ; auprés de lui, se tiennent les deux séraphins à six ai les, dont on nous fait la des- - cription, et ce n'est qu'alors que nous nous unissons - à ces créatures pour dire : Sanctus. Ceci ramène la M pensée du sacrifice que suit le récit de l'institution. « = c) Inslitution. — « Ce récit suit, comme les ana- ~ phores orienta les, le texte de saint Paul, in qua nocte, « au lieu du qui pridie du canon romain et des autres canons latins, sans en excepter, on peut le dire, la liturgie mozarabe. Les mots similitudo corporis et similitudo sanguinis, tò ójnolcepx, ont ici un sens spécial qui a été souvent expliqué, et sur lequel nous M reviendrons à l’occasion de l'anaphore du De sacra- « Dès maintenant, rappelons l'év our | 612 | Cette anaphore s'ouvre, comme toutes les préfa ces, | par là formule Vere dignum et justum est, Le Père est « cXoxoc Xuxocrix ; qui ne signifie certes pas dans la | pensée de saint Paul (Rom., vin, 3) que le corps du | Christ n'était qu'une apparence, mais que, corps réel, il n'avait qu'une ressemblance avec la chair du péché, qui est celle des autres hommes avant la régénération. » | La comparaison du pain dispersé sur la montagne lorsqu'il était en épis est déjà employée dans la Didach ?, elle est trés caractéristi que et a, sans nul doute, inspiré ce passage. d) et e) Anamnèse et épiclése : « Nous offrons aussi ce calice... et ce qui suit : « Vienne, Dieu de vérité, vienne ton Verbe... Noter que dans ce passage, qui correspond à l'épiclése, le Saint-Esprit n'est pas mentionné, mais le Verbe divin... que des anges lui soient M envoyés pour l'aider à triompher du mauvais et à. consolider l'Église. » Ici prend place un élément qui | n'est pas mentionné dans l'anaphore d'Hippolyte, : la lecture des diptyques des morts avec une prière, « et une priére pour les vivants, spécialement pour ceux qui ont offert. Et aprés que ces noms ont été lus : « Sanctifie ces âmes, car tu les connais toutes... » D Doxologie finale de l'anaphore. — Elle tient en | deux lignes : Par ton fils unique Jésus-Christ, dans le Saint-Esprit, comme il était...

L'anaphore d'Hippolyte se terminait à la doxologie. Celle de Sérapion est suivie d'une priére de fraction et d'autres prières qui se rapportent à la communion et se disaient sur le peuple auquel les mains étaient imposées aprés la communion des clercs ; la troisième est l'action de grâ ces aprés la communion du peuple. Chac une d'el les se termine par une doxologie, voici la derniere : Benedic nos, benedic hunc populum, fac nos partem habere cum corpore et sanguine per unigenitum tuum Filium, per quem libi gloria el imperium in Sancto Spiritu et nunc el semper el in omnia saecula seculorum. Amen. 1 Une observation importante permettrait de rattacher cette anaphore à l'Égypte, méme si son rédacteur Sérapion était resté inconnu. On a relevé des analogies avec la liturgie des jacobites coptes, avec celle de saint Marc et méme avec le De virginitate qui fut longtemps attribué à saint Athanase *, XXV. LES CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES, LIVRE VIII. —— Sous le nom d’ « Ordonnan ces apostoliques » on avait pris le parti de grouper une série de H Er F r - documents sur la valeur desquels la lumière n'était pas faite et qu'on datait, pour la plupart, du rv ? ou méme E du v siècle, tout en admettant certaines réminiscen ces | du Ie ; ceci donnait une marge suffisante pour en tirer parti sans trop se compromettre. Ce groupe — littéraire exploitait une fiction qui avait dü contriP jadis à lui donner crédit et qui, à défaut d'autre chose, eût suffi pour le lui retirer aujour d'hui. On y 4 — faisait parler Notre-Seigneur ou ses apôtres. Nous avons étudié ces écrits dans l'étude sur les Consti2795) et sur la Didascalie (voir Diclionn., I ry, col. 800-812) ; depuis lors, un rayon de lumière a pénétré e groupe et a permis d'y rétablir l'ordre, comme nous l'avons dit ci-dessus à propos de l'anaphore d'Hippolyte (col. 582-583). L'Ordonnance ecelésiasti que égyptienne a repris son nom primitif de 1” ArostoJ ix zmxoxüogic, et l'Épiloné du VIIIE livre des onstilutions apostoliques avec les Canons d'Hippolyte E dérivent. Dans ce groupe, nous devons procéder par élimination :

- 1 ? L'Épitomé du livre VIII* des Constitutions apos- [ Prius, dans F.-X, Funk, Didascalia et Constitutiones »apostolorum, t. ur, 1905, p. xr-xix, 72-96, contient en cinq livres à peu prés les mémes choses que le livre. VIII, sauf la liturgie. C'est un extrait d'un ‘ouvrage plus étendu. Funk veut que ce soit un abrégé du livre VIII des Gonslitulions apostoliques.

-2* Les Canons d'Hippolyte sont conservés en arabe et en éthiopien ; ils traitent en trente-huit numéros des consécrations, des divers degrés de la hiérarchie —eeclésiasti que, du baptême, des jeünes, de l'agape, de l'eucharistie, des diverses réunions du culte, de la Prière. des sépultures. H. Achelis les tenait pour une œuvre authenti que d'Hippolyte, 1” Arosto) mxp3357.5, d'où dériveraient l'Ordonnance ecclésiasti que égyptienne, les Canones per Hippolytum et enfin le VIII livre des Constitutions apostoliques. F.-X. F mk renversait complètement cet ordre et prenait comme point de départ le livre VIII susdit pour a boutir aux Canons ; son opinion gagnait de plus en plus de parti sans. x 9' Le Testamentum | Domini est un apocryphe “syria que, traduit du grec au vir siècle.

- Aujour d'hui, le Testamentum Domini est classé à “son rang, le dernier, et les deux autres écrits : Épitomé “et Canons procèdent de l'AzoccoAuxf maxpkóootc, ru wt » pe z M e « ----r te »


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- voulaient G. Bickell et F. Probst, de chercher dans les — Gonstitutions une épave de la liturgie apostoli que. | Le livre VIII, sous sa forme actuelle, ne remonte — pas au delà du commencement du v ? ou de la fin du |oave siécle, mais son contenu n'en est pas pour cela |, moins digne d'attention. Cette liturgie a joui pendant | des sièc les d'une grande faveur, elle est la source E principale des liturgies grecques et orienta les, Son | témoignage est considérable pour l'histoire et la — conception de la messe vers le milieu ou la fin du + IV ? siècle, | $ Comme l'Euchologe ou Sacramentaire de Sérapion, les Constitutions apostoliques contiennent les prières del avant-messe ; el les y reviennent à deux reprises : d Il, c. Lvu et 1. VIIL, c. v-x1. Voici ce qui concerne delivre II, nous verrons ensuite, avec plus de détail, ce Bui concerne le livre VIII.

C'est l'évé que qui annonce la réunion, en sa qualité -de pilote du vaisseau Église : il prescrit aux diacres, … qui en forment l'équipage, de mettre les fidé les à leur E - place et de faire observer en tout la discipline. La des| 1 | — Traditio apostolica ; il n'y a donc plus lieu, comme le |

613 MESSE, — XXV. « CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES » 614

cription de l'église est donnée ici : il faut qu'elle soit tournée vers l'Orient, la chaire de l'évé que au milieu, autour de lui les prêtres et les diacres ; les femmes sont séparées des hommes. Le lecteur au centre, sur un siège élevé, lira les livres de Moïse, de Josüé, des Juges, des Rois, des Paralipomènes et ceux sur le retour de l'exil, puis les livres de Job et de Salomon, et les seize prophètes, Apres deux lectures, un autre lecteur chante les psaumes dont le peuple reprend le refrain. Puis on lit les Actes des apôtres, les Épitres de Paul inspirées du Saint-Esprit. Aprés cette lecture, le diacre ou le prétre lit l'évangile suivant Matthieu, Mare, Luc ou Jean. Pendant cette lecture, tous se tiennent. debout et en silence. Puis les prétres font une exhortation au peuple, l'un aprés l'autre, et enfin l'évé que, pilote du navire, prend le dernier la parole. Aprés la prédication, tous se lèvent ; on fait sortir les catéchuménes et les pénitents, les fidè les se tournent vers l'Orient pour prier Dieu, qui se montra à l'Orient, où se trouvait aussi le paradis terrestre. Un des diacres exhorte alors les fidé les à la paix. Puis hommes et femmes, séparément, se donnent le baiser de paix. On récite la prière litani que pour l'Église universelle, pour le monde entier et toutes ses parties, pour les fruits de la terre, pour les prétres et les prin ces, pour le pontife et le roi ; pour la paix universelle. Ensuite l'évé que bénit le peuple : Salvum fac populum tuum, Domine, el benedic hereditati fus quam acquisivisti pretioso sanguine Christi fui et appellasti regale sacerdotium, ac gentem sanctam. Et la messe commence.

Nous retrouvons les mémes éléments constitutifs de lavant-messe dans le livre VIII, mais, avant d'aborder ce document, une question se pose, celle de la valeur du livre VIII pour nous instruire sur le rite des trois premiers siéc les, notamment sur les points qui lui sont particuliers, c'est-à-dire les longues prières qu'il est pres que toujours seul à nous donner. chose, Le compilateur du livre VIII était, à l'en croire, un érudit respectueux du plus lointain passé de l'Église et qui avait réussi à s'approvisionner de formu les liturgiques de la plus haute antiquité. Il arrivait, sans doute, que tel les et tel les formu les reparaissaient chez des Pères de l'Église, en Orient | et en Occident, depuis Clément de Home jusqu'à Justin martyr ; la belle affaire, ils citaient les priéres en usage de leur temps, et c'étaient ces mêmes prières qu'avait pieusement recueillies et intégralement enchâssées l'auteur du livre VIII des Constitutions *.

| Ceci permettait de remonter, ou peu s'en fallait, au temps des apôtres, ce qui est assurément une respectable antiquité ; néanmoins l'accueil fut réservé, On trouva mieux *, La liturgie du livre VIII nous offre le type primitif rédigé vers l'an 350 environ. Ceci ressort de la comparaison de cette liturgie avec les écrits des Pères. Et, par exemple, la prière liturgi que, insérée par saint Clément de Rome dans sa lettre aux Corinthiens, renferme nombre d'expressions

615 MESSE. — XXV.

qui se retrouvent dans l'anaphore du livre VIII.

Clément, dans cette méme lettre (rx-x1r), dresse une | liste des saints de l'ancienne Loi, liste qui reparait, généralement avec les mémes épithétes, dans l'anaphore en question (xir, 21-26). Tous les deux amènent le Sanctus de la méme facon 1. Clément et la liturgie terminent par une citation semblable (Gen., r, 26) . Voilà qui donnerait à cette liturgie quel que droit à l'épithéte de « clémentine » Mais ce n'est pas tout. Justin martyr est appelé en témoignage. Celui-ci énumère les détails de la création et de la rédemption ?, des faits de l'Ancien Testament , il donne le récit de la céne du Seigneur * autant de traits qui reparaissent, plus ou moins reconnaissab les, dans la liturgie qui parfois méme s'inspire de ses formu les.

Movatien est, lui aussi, mis à profit pour cette liturgie dont on retrouve des vestiges jus que dans la messe romaine de nos jours — notamment les secrètes, la mention des anges dans la préface, la formule de la paix, etc. La comparaison avec Novatien a fait l'objet | d'une recherche plus particuliére qui a permis de constater une concordance étroite entre énumération des bienfaits de la création avec celle qui se lit dans saint Clément ? et celle des Constitutions apostoliques 5. D'autres textes parallè les ont été trouvés dans l'Octavius de Minucius Félix, dans l'ouvrage de Théophile ad Antolycum et dans Julius Firmicus Maternus .

L'existence d'une source comm une semble s'imposer, quoiqu'au premier abord il paraisse plus naturel de croire que les Constitutions apostoliques ont emprunté à saint Clément ; mais les passages en quesLion se présentent d'une facon si naturelle qu'on a peine à y voir une mosai que de citations. Cette source comm une, ce serait la liturgie primitive. Avant même qu'el les n'aient fait l'objet d'une rédaction, il est permis de supposer que de nombreuses formu les, comme l'énumération des bienfaits dont nous avons à remercier Dieu, celle des deman des, et autres semblab les, revenant à cha que célébration, ont dü devenir familières au célébrant et aux fidè les, et ce seraient précisément ces formu les familières que nous retrouverions chez les Péres. Voyant ces mémes textes présentés dans un ordre naturel par la liturgie clémentine, on conclut que celle-ci n'est autre que la liturgie primitive elle-même, ou plutôt d'une forme hâtivement cristallisée de cette liturgie.

Cette explication a trouvé des parti sans et elle est incontestablement séduisante sans être indiscutable +. On a objecté, il est vrai, que le texte des prières porte des tra ces certaines du style propre du compilateur et, pour le reste, c'est la prati que d'Antioche au rv* siécle !!, en sorte qu'on ne peut y voir un rite primitif universel. Mais les rapprochements signalés sont trop significatifs pour être accidentels, et on peut douter que le compilateur tire ces passages des Pères en sorte qu'on peut admettre une source liturgi que primitive ; on ne peut aller au delà et assigner ce qui appartient au rite et ce qui est le fait du compilateur. Par-dessus tout, il faut se garder d'affirmer que tel détail de la liturgie des Constifulions apostoliques est universel ou primitif, sans pouvoir l'établir d'ailleurs par des témoignages indépendants.

Sous ces réserves,nous pouvons maintenant aborder l'étude de la liturgie du livre VIII, c. v-xr. La description comprend les mémes éléments, lecture de la Loi


CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES »

| l'Église romaine, lectures, traits, collectes, évanjdlod et des prophétes, Épitres et Actes des apôtres, d l'Évangile, homélie. Renvoi des infidè les.

Les priéres litaniques sont données avec plus de détail que dans le livre II. Le diacre annonce la priére et tous les fidè les disent Kyrie eleison. Le diacre reprend Pro catechumenis omnes Deum intente invocemus,.. aperiat [Deus] aures cordis eorum, ud in eius lege die ac nocte occupentur... et confirmet eos. in pietate,... mundet ipsos abomni inquinamento carnis et spiritus, inhabitet que in eis. A chac une des deman des. du diacre, le peuple répond Kyrie eleison et les enfants. d'abord. Alors les catéchumènes courbent la tête et l'évé que prononce sur eux une bénédiction : Deus omnipotens, ingenitus et inaccessus, solus verus Deus, Deus et pater Christi tui unigeniti filii tui, Deus paracleti ac omnius dominus... respice super servos tuos, calechizatos in Christi tui evangelio... ut cognoscant te ac faciant voluntatem tuam... Dignare illos initiatione sancta et aduna ad sanctam Ecclesiam tuam... per Jesum Christum... per quem tibi gloria el adoratio in sancto spiritu in sæcula amen. Et le diacre proclame : Erite catechumeni, in pace. Et, dés qu'ils sont sortis, on pri E pour les énerguménes et pour ceux qui sont en proie à À des esprits mauvais. Après un bref avertissement, l'évê que prend la parole, s'adressant à JésusChrist : Qui forlem ligasti et cuncta vasa ejus diripuisti... qui. tangis montes et fumant... Deus unigenite, magni patris filii... quia tibi gloria, honor ac veneratio et per te pati Ü iuo in sancto spiritu in secula. Amen, Le diacre dit : Erile, energumeni.

Dés qu'ils sont sortis, il crie : Orate, illuminandi baptismo ; ensuite vient le tour des pénitents sur qui. l'évé que récite une priére : Omnipotens Deus ælerne, dominator universorum, crealor el rector cunctorum... et le diacre les renvoie.

Telle est la description de l'avant-messe dont les. éléments sont conservés, avec plus ou moins de fidélité, dans la plupart des liturgies. Certains rites, comma ceux du vendredi saint et du samedi saint dans” oraisons litaniques, nous la donnent méme sous L plus ancienne forme, Aprés le renvoi des pénitents, le diacre sadesa aux fidè les : Nemo eorum, quibus non licel, accedat. Qui fide les sumus, flectamus genu ; precemur Deum per Christum ejus ; omnes contente Deum per Christum ejus appellemus.

Pro pace et tranquillitate mundi at que « m. ecclesiarum oremus, ul Deus universitatis perpetuam et stabilem suam pacem nobis tribuat, ul nos conservel perseverantes in plenitudine pie ac religiose virtulis. Pro sancta catholica et apostolica Ecclesia a finibus. us que ad fines exlensa oremus, ut Dominus eam inconcussam et fluctibus non agitatam conservet at que tueatur us que ad consumumalionem seculi, fundatam super —— petram. | Et pro sancta hae parochia oremus, ut cunctorum - dominus nobis donet consectari sine remissione celestem ipsius spem el reddere ipsi assiduum precationis debitum.

Pro universo sub caelis existente episcopatu eorum, qui recte disperliunt verbum verilalis tuc, oremus. — — Et pro episcopo nostro Jacobo ac parochiis eius - oremus, pro episcopo nostro Clemente et parochiis eius — oremus, pro episcopo nostro Evodio el parochiis eiu

| 617 MESSE. — XXV.

Da l2 oremus, pro episcopo nosiro Anniano et parochiis ejus [E - precemur, ut misericors Deus illos ecclesiis sanctis suis |. præslel incolumes, honoratos, longsevos, et praebeat E — eis honoratam senectutem in pietate ac justitia. H Etiam pro presbyteris nostris oremus, ut Dominus liberet illos ab omni turpi el prava re et concedat eis - integrum et honoratum presbyterium. X Pro universo Christi diaconio ac ministerio oremus, —ut Dominus inculpatam ipsis largiatur ministralionem. — Pro lectoribus, cantoribus, virginibus, viduis el. pupillis oremus. Pro iis, qui in matrimonio et liberorum procreatione. vipunt, oremus, ut Dominus misereatur eorum omnium. Pro eunuchis in sanctitale ambulantibus oremus. Pro iis, qui continentem el religiosam agunt uitai Oremus. - Pro iis, qui in sancla Ecclesia oblationes faciunt et. eleemosynas pauperibus dant, oremus. Et pro iis, qui Domino Deo nostro hostias et primitias - efferunt, oremus, ut Deus optimus remuneretur eos - cælestibus suis gratiis del que iis in presenti centuplum -el in fuluro vitam æternam, ai que donet ipsis pro | - femporariis elerna, pro terrenis celestia. — Pro recens baptizatis fralribus nostris oremus, ut — Dominus eos stabiliat et firmel. | Pro fratribus nostris mala valetudine afflictis oremus |. ut Dominus liberet illos omni morbo et omni languore | sanos que restituat sanctse suæ Ecclesiæ. -— Pro navigantibus et iter habentibus oremus ; Pro iis, qui in metallis, exiliis, custodiis et vinculis - propler nomen Domini versantur, oremus. - Pro acerba servitule oppressis, oremus. — Pro inimicis el odio habentibus, nos oremus. - Pro persequentibus nos propter nomen Domini, - oremus, ut Dominus miliqalo eorum furore dissipel — iran adversus nos concilatam. Pro iis, qui foris sunt et errore ducuntur, oremus, ut Dominus illos convertat. — Infantium Ecclesiæ recordemur, ut Dominus eos in — dimore suo reddat perfectos et ad mensuram statis (T perducat. — Pro nobis invicem oremus, ut Dominus gratia sua | — conservet nos ac custodiat us que ad finem et liberet nos a Hd malo el ab omnibus scandalis operantium iniquitatem [2 et salvos nos ducal in regnum suum celeste, | Pro omni anima christiana oremus. | — Salva e erige nos, Deus, misericordia lua, — Sur- [2 | i | IE | gamus. — Oran les intente nos ipsos at que mutuo viventi | Deo per Chrislum eius commendemus. I L'évé que prononce alors sur les fidé les une belle | - prière : ErixAnouc tõv ztcróv. qui se termine, comme à l'ordinaire, par une doxologie. Aprés quoi, le diacre - dit : Alfendamus, et, saluant l'assistance, l’évê que dit : 1 « La paix de Dieu soit avec vous tous. » Le peuple |— répond : « Et avec ton esprit. » Alors le diacre dit : | Saluez-vous réciproquement dans le saint baiser. : Alors les clercs baisent l'évê que, les laïques bunt |— les laïques et les femmes font de méme entre el les. Eenfants sont groupés ; debout, prés de l'ambon, sous la surveillance d'un diacre pour qu'ils ne se E dissipent pas ; les autres diacres vont et viennent, Eg veillant sur les hommes et les femmes, afin d'éviter Lu les bruits, les conversations et le sommeil. A la porte |^ de l'entrée des hommes, sont préposés des diacres, des Il sous-diacres à celle des femmes, afin que personne ne > sorte ou n'entre au moment de l'oblation, méme si - c'est un fidèle. Un sous-diacre donne à laver les mains — aux prêtres, signe de pureté des âmes consacrées à : Dieu. | f. Alors commence l'anaphore qui présente les mémes | éléments que nous avons vus dans celle de la Traditio — apostolica d'Hippolyte, mais sensiblement plus déve- — loppés et plus compliqués.


CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES » 618

Gratia omnipotentis Dei el caritas Domini nostri Jesu Chrisli el communicatio Sancti Spiritus sit cum omnibus vobis.

Tout le monde répond d'une seule voix : Ef cum spiritu tuo.

L'évé que : Sursum mentem.

Tout le monde : Habemus ad Dominum.

L'évé que : Gratias agamus Domino.

Tous : Dignum et justum est.

L'évé que : Vere dignum et justum est, ante omnia laudare te verum Deum, ante creaturas exislentem, ex quo omnis paternitas in celo el in lerra nominatur ; solum ingenitum, principii experlem, rege ac domino carentem, nulla re indigentem, omnis boni largitorem, omni causa el origine superiorem, semper uno eodem que modo te habentem ; a quo cuncta tamquam e carceribus quibusdam ad exsistendum processerunt. Tu enim es originis expers cognitio, perpetuus visus, auditus ingenitus, sapientia non edocta. primus natura et unus exsistendo ac omnem numerum superans ;

Le Fils intervient alors : Qui omnia ex nihilo in rerum naturam protulisti per unigenitum Filium tuum, ipsum vero anle omnia secula genuisti voluntale et potentia et bonitate abs que intermedio. Filium unigenitum, Verbum Deum, sapientiam viventem, primógenitum omnis creature, angelum magni consilii tui, pontificem (uum, regem aulem el dominum omnis naturse, quie intellegi ac sentiri potest, qui ante omnia, per quem omnia, Tu nam que, Deus aeterne, cuncta per ipsum condidisti et per ipsum cuncta dignaris convenienti providentia ; per quem enim ul essent donasti, per eundem eliam ut bene essent dedisii ; Deus el pater unigenili Filii iui qui per eum ante omnia fecisti Cherubim et. Seraphim, secula et exercitus, virtutes el potestates, principatus et thronos, archangelos et angelos at que post hec omnia per eum fabricasti hunc qui apparet mundum, cuncta que quæ in eo sunt. Nam iu es qui...

Le pontife détaille ici l'œuvre de la création ; c'est Dieu qui a fait la lumière, qui a établi la distinction du jour et de la nuit, créé l'eau pour étancher la soif, l'air pour respirer, le feu pour se chauffer, les animaux, les poissons, les oiseaux, qui a donné les fruits et les végétaux. Tous les bienfaits de la Providence sont ainsi passés en revue avec un détail et une prolixité qui finit par fatiguer. Puis, vient l'histoire de l'homme que Dieu a placé dans le paradis terrestre, mais il s'est laissé tromper par le serpent, et en a été chassé. Suit l'histoire du déluge, celle d'Abraham et des patriarches, la délivrance de la tyrannie des Égyptiens par Moïse, l'établissement dans la terre promise.

L'anaphore aboutit, après bien des longueurs, au Sanctus dit par tout le peuple. Le Sanctus nous ramène au Fils, et le pontife reprend, en effet : Sanctus enim pater es ac sanctissimus, altissimus et super exaltatus in secula. Sanctus quoque unigenitus tuus filius. Dominus noster et Deus, Jesus Christus, qui ad omnia libi Deo suo et patri cum in varia creatione tum in providentia convenienti ministrans non despexit genus humanum, quod peribat, sed post naturalem legem, post legalem admonitionem, post propheticas reprehensiones et angelorum præfecturas... legislator sub legibus, pontifex hostia, pastor opis ; et te suum Deum ac Patrem placavit atque mundo reconciliavit cunctos que ab imminente ira liberavit, factus ex virgine, factus in carne Deum verbum, dilectus Filius, primogenitus omnis creatura... factus est in utero virginis formator omnium, qui gignuntur ; et incarnatus est, qui carnis expers ; qui sine tempore genitus, in tempore natus est..., fugavit ignorantiam, pietatem exsuscitavit, voluntatem tuam implevit, opus, quod ei dedisti, consummavit ;... traditus est Pilato præsidi, judicatus juder, condemnatus salvator, cruci affixus, qui pati non potest ; mortuus natura immortalis ; sepultus vitæ effector ; ut illos propter quos advenerat, a passione solveret et a morte eriperet ac diaboli vincula rumperet... Et resurrexit ex mortuis tertia die et quadrigenta diebus commoratus eum discipulis assumptus est in cælos et ad dexteram assidet tibi, Deo ac patri suo.

Memores igitur eorum, quæ propter nos pertulit, gratias agimus tibi, Deus omnipotens, non quantum debemus, al quantum possumus, et constitutionem ejus implemus.

Le récit de l'institution est donné avec des détails et des termes qu'il faut retenir, car de lui se sont inspirées la plupart des liturgies orientales, et c'est une de leurs caractéristiques les plus importantes qui les distingue des liturgies latines. La liturgie mozarabe fut seule exception.

In qua enim nocte tradebatur, sumpsit panem sanctis ac immaculatis manibus suis et elevatis oculis ad te, Deum ac patrem, [regit ac dedid discipulis dicens : Hoc est mysterium novi testamenti, accipite ex eo, manducate, hoc est corpus meum, quod pro multis frangitur in remissionem peccatorum. Similiter calicem miscuit ex vino et aqua, sanctificavit ac dedit iis dicens : Bibite et eo omnes, hic est sanguis meus, qui pro multis effunditur in remissionem peccatorum ; hoc facite in meam commemorationem ; quotiescumque enim manducabitis panem hunc et bibelis hunc calicem, mortem meam annuntiabitis, donec veniam.

L'anamnèse qui ne fait qu'un avec l'epiclèse, est aussi conçue en termes intéressants, que l'on pourra rapprocher de ceux d'Hippolyte :

Le thème d'Hippolyte a été ici commenté et développé. L'auteur de l'anamnèse insiste en particulier sur le second avènement ; c'est à l'épiclèse qu'est attribuée la vertu de la consécration.

Un nouvel élément est ici introduit qui, au temps d'Hippolyte, n'avait pas encore pris place dans le corps de l'anaphore, mais qui probablement la précédait. Les liturgies grecques et orientales se conformeront d'ordinaire à cet exemple et inséreront à cette place des prières litaniques. Dom Cabrol fait remarquer qu'elles font double emploi avec celles de l'oraison des fidèles qui précède. C'est, du reste, souvent le cas de ce document qui, comparé à l'anaphore d'Hippolyte, se présente comme la paraphrase et le développement d'une composition beaucoup plus brève et plus simple.

La position de F. Probst, F. Drews et autres liturgistes qui ont, comme nous l'avons dit au début de ce paragraphe, considéré cette liturgie clémentine des Constitutions apostoliques comme la liturgie primitive et la source de toutes les autres, est plus difficile encore à maintenir aujourd'hui, après les études qui fixent au commencement du IIIe la composition de la Traditio apostolica.


CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES »

| sumimationem ;

| plebis lus, ul neminem nostrum reiciendum habeas, | litanie, qui a été dite par l'évêque, est suivie d'une | l'évêque la termine par cette prière :

620 La prière litanique est très complète, ainsi qu'on va — pouvoir en juger : E Adhuc oramus te, Domine, pro sancta Ecclesia tua, « qua a finibus ad fines extenditur, quam acquisisti pretioso sanguine Christi tui, ut eam inconcussam ac minime fluctuantem conserves usque in seculi conilem pro universo episcopatu recle verbum veritatis tractante. NT Adhuc rogamus te pro me nullius pretii homine, qui tibi offero, et pro omni presbyterio, pro diaconis et universo clero, ut omnes sapientiam docens Spiritu Sancto impleas.

Adhuc rogamus te, Domine, pro rege et iis, qui in sublimi sunt, et pro cuncto exercitu, ut res nostræ in pace versentur, quo totum vitæ nostræ tempus in quiete et concordia degentes te glorificemus per Jesum Christum spem nostram.

Adhuc offerimus tibi pro omnibus sanctis, qui a seculo placuerunt tibi, patriarchis, prophetis, justis, apostolis, martyribus, confessoribus, episcopis, presbyteris, diaconis, subdiaconis, lectoribus, cantoribus, Dir viduis, laicis et omnibus, quorum tu nosti nomina.

Adhuc offerimus tibi pro populo hoc, ut eum in laudem Christi tui exhibeas regale sacerdotium, gentem sanctam ; pro iis qui in virginitate et castitate vivunt ; pro viduis Ecclesiæ, pro iis, qui in nuptiis honestis ac in pro generatione liberorum degunt ; pro infantibus | 4 d T-— z um amd tin LOI Adhuc poscimus te pro urbe hac et habitantibus in ea, pro ægrotis, pro dura servitute afflictis, pro exulibus, pro proscriptis, pro navigantibus et iter facientibus, ut omnium sis auxiliator, omnium adjutor ac defensor, Adhuc rogamus te pro iis, qui oderunt nos et propter nomen tuum nos persequuntur, pro iis, qui foris sunt et errant, ut adducas eos ad bonum et PET eorum mitiges. E Iterum rogamus te pro ecclesiæ ædificii et pro iis, qui ab adversario jactantur, et pro paenitentiam agenlibus fratribus nostris, ut primos quidem per[icias in fide, alteros vero mundos a vexatione mali, tertiorum autem paenitentiam suscipias, condones que cum iis tum nobis delicta nostra.

Offerimus quoque tibi pro aeris temperatura et frugum ubertate ut indesinenter bona a te collata percipientes assidue laudemus te, qui das escam omni carni.

Etiam rogamus te pro iis, qui ob causam probabilem absentes sunt, ut omnes nos conserves in pietate et congreges in regno Christi tui, Dei universæ naturæ sub sensum et intellegentiam cadentis, regis nostri, immutabilis, inculpatos, irreprehensos ; quoniam tibi omnis gloria, veneratio, gratiarum actio, honor, adoratio, Patri et filio et Spiritui Sancto, et nunc et semper et in infinita ac sempiterna sæcula sæculorum. Toute l'assistance répond : Amen.

L'évêque dit : Par Dei sit cum omnibus vobis.

L'assistance répond : Et cum spiritu tuo.

On pourrait croire que cette doxologie est la conclusion de l'anaphore et de toute cette partie du service, et peut-être en était-il ainsi à l'origine. Toutefois, la autre litanie qui donne la même énumération que la précédente (prière pour l'Église, pour les évêques, le clergé, etc.), mais celle-ci est dite par le diacre et Deus, qui magnus et magni nominis es, magnus consilio et potens operibus ; Deus et pater sancti Filii tui Jesu salvatoris nostri, respice super nos ac super gregem tuum hunc, quem per eum delegisti ad nominis tui gloriam ; et sanctificans corpus nostrum et animam nostram concede, ut effecti puri ab omni inquinamento carnis ac spiritus proposita bona consequamur : neminemque nostrum indignum judices, verum sis noster adjutor, opitulator. propugnator per Christum tuum, cum quo libi gloria, honor, laus, glorificatio, gratiarum actio et Sancto Spiritui in sæcula. Amen.

Tout le monde répète : Amen.

La partie qui suit est un service très complet pour la communion, tous les détails en ont été minutieusement réglés. La plupart des liturgies orientales s'en inspirent, et plusieurs d'entre elles y ont même ajouté de nouvelles prières. Le service débute par des avertissements, des invocations et des doxologies.

. Diaconus dicat : Attentamus.

Ae episcopus ita ad populum proloquatur : Sancta sanctis. = Populus que respondeat : Unus sanctus, unus Dominus, Jesus Christus, in gloria Dei Patris benedictus es in sæcula, amen. Gloria in excelsis Deo, et in terra pax, in hominibus bona voluntas. Hosanna filio David ; benedictus, qui venit in nomine Domini, Deus Dominus, et apparuit in nobis. Hosanna in excelsis. L'évêque communique et, après lui, viennent les prêtres, les diacres, sous-diacres, lecteurs, chanteurs et ascètes, diaconesses, vierges, veuves, les enfants et tout le peuple. L'évêque, en distribuant la communion, dit ces mots : Corpus Christi, et le communiant répond : Amen. Le diacre tient le calice et, en le présentant, dit ces mots : Sanguis Christi, calix vitæ, et le communiant répond : Amen. Pendant la durée de la communion, on chante le psaume XXXIII. Ce qui reste des éléments consacrés et qui n'a pas été distribué est reporté à la sacristie. Lors que le chant du psaume s'arrête, le diacre dit : Percepta pretioso corpore et pretioso sanguine Christi agamus gratias ei, qui dignos effecit nos, ut participes essemus sanctorum ejus mysteriarum ; rogemus que id nobis non in judicium ac damnationem fieri, sed in salutem, in utilitatem animæ et corporis, in custodiam pietatis, in remissionem peccatorum, In vitam futuram sæculi. Surgamus : in gratias Christi nos ipsos soli ingenito Deo et Christo eius commendemus. L'évêque, à son tour, dit une prière de communion qui a une allure de litanie :

- Domine Deus omnipotens, pater Christi tui, benedicti Filii, exauditor eorum, qui te invocant ; cognitor precum etiam eorum, qui tacent ; gratias agimus tibi, quod nos dignos censuisti, qui participaremus sancta tua mysteria, quæ præbuisti nobis ad plenam persuasionem eorum, quæ bene cognovimus, ad custodiam pietatis, ad remissionem delictorum, quoniam nomen Christi tui invocatum est super nos et tibi adjuneli sumus. Qui segregasti nos ab impiorum communione adunasti nos cum iis qui tibi sunt consecrati ; firma nos in veritate per Sancti Spiritus adventum ; quæ ignoramus, revela ; qui deficiunt, supple ; quæ novimus, corrobora. Sacerdotes inculpatos conserva in cultu tuo, reges luere in pace, magistratus in justitia, ærem in temperie, fruges in ubertate, mundum in omnipotente providentia ; gentes bellicosæ sede, errantes converte. Populum tuum sanctifica, virgines conserva, conjuges custodi in fide, castos robora, infantes ad maturam ætatem perduc, nuper initiatos firma, catechumenos erudi ac dignos initiatione redde, nos quæ omnes congrega in regnum cælorum in Christo Jesu Domino nostro, cum quo tibi gloria, honor et veneratio et Sancto Spiritui in sæcula. Amen.

Alors l'évêque donne sa bénédiction :

Deus omnipotens, verax et incomparabilis, qui ubique existis ac omnibus præsens es et in nullo es ut aliquid in eo exsistens, qui locis non circumscriberis, qui temporibus non vetustescis, qui saeculis non terminaris, qui verbis non seduceris, qui orbi non es subjectus, qui custodia non indiges, qui supra extra que interitum es, qui conversionem recipere nequis, qui natura es immutabilis, qui lucem habitas inaccessam, qui natura invisibilis es, qui omnibus naturis rationalibus te benevole requirentibus nos es, qui deprehenderis ab iis, qui in benevolentia vestigant te, Deus Israel vere videntis in Christum credentis populi tui, propitius factus exaudit me propter nomen tuum, ac benedic iis, qui tibi inclinarunt cervi ces suas, atque da eis cordis eorum petitiones, quae uti les sunt, et neminem eorum abjic facias a regno tuo, sed sanctifica illos, custodi, protege, adjuva, libera ab adversario, ab omni inimico ; domus eorum serva : introitus eorum et exitus eorum lure, quoniam tibi gloria, laus, majestas, cultus, adoratio et Filio tuo Jesu Christo tuo, Domino nostro et Deo ac regi, et Sancto Spiritui nunc et semper et in sæcula sæculorum. Amen.

Le diacre dit : Ite in pace, Le service est terminé.


XXVI. LE « TESTAMENT DE NOTRE-SEIGNEUR » t. — Ce document fut publié en 1899 par un prélat familier avec la réclame, Mgr Ignace Ephrem IE Rahmani. Le texte syriaque était accompagné d'une traduction latine et de dissertations ayant pour objet de faire accorder à ce texte une fabuleuse antiquité, l'éditeur ne parlait de rien moins que du IVe, Nous en avons parlé déjà (voir Dictionn., t. III, col. 1949-1950) et il ne parait pas qu'on doive le placer avant le Ve : ceci n'enlève pas l'intérêt qui s'attache à ce document que dom Cabrol résume ainsi :

Le livre Ier, chapitre xIX, nous donne une description détaillée de l'Église qui peut nous aider à nous rendre compte des divers rites de la messe au IVe- Ve, L'auteur nous décrit, comme celui des Constitutions apostoliques, l'avant-messe. À cette époque, les deux rites sont étroitement liés et semblent n'en plus faire qu'un. Elle a lieu après un office matinal, l'oratio ou laudatio aurorce (I. I, c. XXVI}. Après quoi, le lecteur lit les prophéties et les autres leçons. Au prêtre ou au diacre est réservée la lecture de l'Évangile. Suit l'homélie. Rahmani compare cette messe des catéchumènes avec les deux types qui nous sont donnés dans les Constitutions apostoliques, l. II, c. LVI et l. VIII, c. v-xi. Les deux descriptions ne différent pas essentiellement.

Le diacre donne alors congé aux catéchumènes et à ceux qui ne doivent pas assister au sacrifice. La prière litani que, dite par le diacre, suit la même ligne que celle des Constitutions apostoliques qui a été conservée, avec des changements plus ou moins importants, dans les liturgies orientales, et même dans quelqu'une.... etc. L'énumération est très complète : on prie pour les apôtres, les prophètes, les confesseurs, l'évêque et tous les ordres, les catéchumènes, les princes, les voyageurs, les défunts, etc. Après cette proclamation, le diacre dit la prière : Surgamus in Spiritu Sancto, et l’évêque conclut par une prière qui est simplement indiquée par ces mots : Episcopus deinceps perficiat. Populus dicit : Amen.

A un autre endroit (L I, c. xxvii), l'auteur nous donne une instruction : Myslagogia quae profertur ad fideles ante oblationem. Elle est récitée seulement pour Pâques, l'Épiphanie, la Pentecôte, le samedi et le dimanche. Dans ce texte, l'évêque fait un exposé théologique, une sorte de commentaire très étendu du symbole de foi. Le Fils est homme et Dieu tout ensemble ; il a vaincu la mort et le démon ; il est descendu aux enfers ; il est le roi du royaume éternel, il est la sagesse, la puissance, il est le Seigneur, il est le bras du Père. Lumière, salut, sauveur, docteur, libérateur, pasteur, porte, vie, remède, nourriture et breuvage, juge, il est tout cela. Avec Dieu avant les siècles, il s'est incarné pour sauver les hommes ; sa croix est notre vie. Ces thèmes sont développés avec une piété touchante, mais prolixe. C'est l'instruction mystagogique qui se termine par la doxologie et le peuple répond : Amen.

La messe des fidèles est longuement décrite et avec tous les détails. Pour l'offrande, l'évêque offre le samedi trois pains, symbole de la Trinité ; quatre le dimanche, symbole des évangiles. Il offre avec les prêtres, les diacres, les veuves, les sous-diacres, les lecteurs et ceux qui ont des charismes. L'ordre suivi est minutieusement décrit. Les prêtres concélébrent et imposent avec l'évêque la main sur les pains. Avant l'offrande, a lieu le baiser de paix. Le diacre proclame longuement ceux qui ne doivent pas assister à la messe ou participer :

Si quis odium contra proximum habet, reconcilietur ; si quis conscientia in credulitatis versatur, confiteatur ; si quis pollutus, locum del ; si quis prophetas despicit, semet segregel ; etc., etc.

Enfin le dialogue de la préface : Dominus vobiscum, Sursum corda, Sancta per sanctos (dit l’évêque) et il entonne l'anaphore : Gratias libi agimus.

C’est le même thème, quelquefois mot pour mot, que celui d'Hippolyte, mais longuement paraphrasé.

1° Dieu est le Père saint :

Animarum nostrorum corroborator, vitæ nostræ donator, Pater unigeniti tui salvatoris nostri, quem ultimis temporibus misisti ad nos redemptorem et præconem tui consilii, etc.

29 Le Fils est :

Virtus Patris, gratia gentium, scientia, Veritas vera, etc.

C'est le Père qui l'a envoyé, le Père :

Fundator excelsorum, rex thesaurorum lucidorum, inspector Sion cælestis, ete. Tu domine, Verbum tuum, filium tuæ mentis, per quem omnia fecisti, cum ipso complacueris, in uterum virginalem misisti... qui voluntatem tuam adimplens et præparans populum sanctum... qui cum traderetur passioni voluntariæ, elc., même développement que dans Hippolyte.

Similiter calicem vini quod miscuit dedit in typum sanguinis, qui effusus est pro nobis.

L'éditeur fait remarquer qu'il y a ici erreur du copiste qui a omis les paroles consécratoires : hic est sanguis meus qui effunditur pro vobis. Les passages parallèles, notamment la liturgie des canons apostoliques empruntée à celle-ci, ont, en effet, ces paroles. ces Lermes :

Memores ergo mortis tuae el resurrectionis luc offerimus libi panem el calicem, gratias agentes libi, qui es solus Deus in seculum et salvator noster, quoniam nos dignos effecisti, ut staremus coram te et libi sacerdotis fungeremur. Quapropter gratias agimus libi, nos tui famuli, Domine.

Et le peuple répète cette formule.

Curam habe eorum qui tuam voluntatem semper faciunt ; viduas visita orphanos que adjuva, Memento eorum qui in fide obdormierunt...

A noter en particulier la mention des charismes qui est une des curiosités du Testamentum :

Eos qui sunt in charismatibus revelationum sustine us que in finem, qui sunt in charismale sanationis, confirma, qui habent virtutem linguarum, robora, qui laborant in verbo doctrinæ, dirige.

L'épiclèse consiste en une simple prière au Saint-Esprit :

Da deinde, Deus, ut libi unianlur omnes, qui participando accipiunt ! ex sacris [mysteriis] tuis, ut Spiritu Sancto repleantur ad confirmationem fidei in veritate ul tribuant libi semper doxologiam et Filio tuo dilecto Jesu Christo, per quem libi gloria et imperium cum Spiritu Sancto in sæcula sæculorum. Le peuple répond : Amen. Le Saint-Esprit est encore mentionné par l'évêque : Da nobis concordem mentem in Spiritu Sancto, et sana animas nostras per oblationem...

Quelques avertissements sont donnés pour recevoir la communion, avec des prières. En recevant le pain consacré on dit : Trinitas ineffabilis, da mihi ut sumam hoc corpus in vitam, non in condemnationem... En recevant le calice : Amen, in plenitudinem corporis et sanguinis. Et, quand tous ont communié, le diacre fait une prière d'action de grâces : autre de son côté, elle se termine par une doxologie trinitaire, à laquelle le peuple répond : Amen.

Une doxologie a été dite à la fin de l’épiclèse, une — autre après les prières d'action de grâces. La messe se termine sur cette bénédiction : Sil nomen Domini benedictum in sæcula. Le peuple : Amen.

Benedictus qui venit in nomine Domini, benedictum nomen gloriæ ipsius. Le peuple : Fiat, fiat. L'évêque : Emitte gratiam Spiritus super nos.


XXVII. L'ANAPHORE DU DEIR BALVZEH. — Il s'agit de fragments de papyrus trouvés au Deir Balvzeh, non loin d'Assiout, dans la Haute-Égypte.

M. W. E. Crum, qui étudia le premier ces fragments, y reconnut « un document écrit sur papyrus en caractères élégants du VIII ou du IXe, contenant des portions de la prière litani que, de l'action de grâces eucharistique et du Credo en grec, dont le texte différait de celui des anaphores publiés jusqu'ici ». Ce document….(eddoxév SoDv)er Tà...qui Amen, puis : Sancta, sancta, sancta.

Gonfiteamur Domino. L'évêque en fait une. alcnuacx cv LALÔLOY ATON, Xoelovat. thv E(lphVnv aoro), ó àv écroTns &ytos (xal danbivoc), xüpros Gvoua arce, ó £y Don Aote HATOLXOYV HAL TX TXTELVE $gopiy,..Szi TOC obpatyoic Ô (v, aoc T 665 x eig tovg xiovwxc. ATUS Zo Tv Bonüoc, c Uo grepéœux), o ALLOY À xorzapuy (£v $ Juépx Oiyecc ), gÙ LÉ AVTLANUTTOP (xark mavTa), uh Éévaurahelrrne XXX (box uag) dro mavtòg HLVÔUVOU...

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—— lum fidei, in spem futuræ vitae æternæ, per Dominum nostrum Jesum Christum per


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mini. Morlem iuam annuntiamus et resurrectionem tuam confitemur et deprecamur...

626 quem libi Patris gloria cum Sancto Spirilu in sæcula. Amen. huöv Ino Xproroŭ, av où + té Ilarot $5 805« obv &ylo Ilvebuart cis T roc aivac. « Aum.

Ces premiers fragments reproduisent une portion de l'ancienne prière litani que récitée au commencement de la messe des fidèles, un abrégé du symbole de foi, l'antique symbole des Églises égyptiennes que nous lisons ici, pour la première fois, sous sa forme originale, telle qu'ont dû la connaitre et la réciter Origène, saint Athanase, saint Antoine le Solitaire. Mais ce qui appelle surtout l'attention, c'est la présence d'une formule du symbole à la messe dans une teneur différente de celle de Nicée-Constantinople. Cette dernière a été admise dans le service eucharistique, le symbole des apôtres restant réservé au baptême. Cette particularité donne à l'anaphore du Deir Balvzeh une valeur unique.

Le dernier fragment cité est la fin d'une oraison - 4loffertoire ou de quel que autre formule.

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La suite man que ; c'est, par conséquent, la prière d'action de grâ ces, mais elle a moins d'importance que ce qu'on vient de lire. A l'exception de l'anaphore de saint Hippolyte, nous trouvons partout, et aussi dans la préface du Deir Balyzeh, une préface aboutissant à la mention des chœurs angéliques et au Sanctus. L'absence du Benedictus qui venit in nomine Domini qu'on remar que ici est un trait commun aux liturgies orienta les. L'absence du Vere sanctus qui, dans les liturgies gallicanes et dans plusieurs liturgies orienta les, sert de transition entre le Sanctus et le récit de l'institution, indi que aussi que notre anaphore ap partient à la liturgie alexandrine qui présente, comme on le voit, de nombreuses et frappantes analogies avec la liturgie romaine.

La suite de la priére est encore plus caractéristi que. Elle s'appuie sur les derniers mots du frisagion : plena est gloria. tua, pour introduire l'épiclése : Reple et nos gloria tua qua apud te est, et mitlere dignare Spiritum Sanctum tuum in has creaturas... Cette formule d'épiclése est doublement intéressante : par ses termes et par sa place avant la consécration. Les liturgies orienta les nous offrent invariablement l'épiclése aprés la consécration et elle est conçue en des termes qui pourraient donner à croire que la consécration n'a lieu qu'à ce moment. Le canon romain, au contraire, suppose que les paro les de l'institution ont suffi à la consécration ; l'épiclése y est à peine indiquée et de facon si imprécise que les liturgis les eux-mêmes ne parviennent pas à se mettre d'accord sur ce qui serait l'épiclése, pour ne rien dire de ceux qui ne réussissent pas à l'y découvrir. Et voici qu'une anaphore, témoin précieux et vénérable des liturgies égyptiennes, contient l'épiclése avant la consécration. Ainsi se trouve confirmée, par un document dont l'authenticité est incontestable, l'hypothèse que le rit alexandrin primiLif devait posséder l'épiclése avant la consécration !. C'est plus tard, et sans doute pour se conformer aux usages byzantin et syrien, que le rite alexandrin rejeta son épiclése à la suite des paro les de l'institution. Ces fragments deviennent ainsi une nouvelle preuve des relations étroites qui existent entre le canon romain et le canon alexandrin *.


XXVIII. MESSE EN ÜRIENT AU I précède nous a conduit des monuments de l’âge primitif jusqu'au seuil du rv* siècle. « C'est vers ce temps, disait L. Duchesne, que se rencontrent, en quantité utilisable, les documents des usages liturgiques qui se sont plus tard complétés et diversifiés jusqu'à devenir ce que nous les voyons maintenant. Entre les deux époques, il n'y a que des traits isolés, des allusions rapi des, éparses dans les auteurs les plus divers. Il faut, du reste, admettre que les particularités rituel les mirent un certain temps à s'établir et à se fixer. A l'origine, on procédait partout à peu rés de la méme maniére ; je dis : à peu rés, car il n'est pas possible d'admettre une compléte identité de tous les détails, méme dans les Églises fondées par les apótres. Ce n'est pas aux premiers jours que l'on put attacher aux choses

627 MESSE. — XXVIII. de cet ordre l'importance qui les consacre et les fixe. Peu à peu, les habitu des devinrent des rites ; les rites s'épanouirent en cérémonies de plus en plus imposantes et compliquées ; en méme temps, on arréta le thème des prières et des exhortations ; l'usage indiqua à l'officiant les idées qu'il devait développer et l'ordre dans lequel il devait les traiter. On fit plus tard un dernier pas en adoptant des formu les fixes qui ne laissèrent plus rien à l'arbitraire individuel et aux hasards de l'improvisation 1, »

A partir du 1v* siècle, nos informations se précisent et se multiplient en matière liturgi que ; nous nous trouvons en possession de monuments techniques, encore embryonnaires sans doute, comme I' Euchologe de Sérapion, mais qui sont mieux qu'une promesse, un essai de réalisation de livres liturgiques. « Or, dans ces livres liturgiques et dans les écrits des Pères de ce Lemps, on constate que l'ancien rite uniforme et inconsistant s'est cristallisé en diverses liturgies, suivant les diverses régions. Ces différentes liturgies portent encore Loutes la mar que de leur comm une descendance ; on retrouve chez toutes les mémes gran des lignes ; il y a, en outre, des indi ces trés curieux et compliqués d'une influence récipro que des unes sur les autres, au point que pres que toutes les théories possib les de dépendance de chac une d'el les à l'égard des autres ont trouvé des parti sans. En tout cas, à partir de cette épo que, on est en présence de rites spécifiquement différents, et l'on doit les considérer séparément. Pour en arriver là, les choses ont dû se passer à peu près de la maniére suivante. Dans les différents centres, l'ancien rite plus vague s'est cristallisé en diverses formes. L'influence de ces centres fait que leurs pratiques sont suivies dans la région environnante et dans les diocéses placés sous leur dépendance. On constate que trois de ces liturgies mères sont cel les des trois antiques vil les patriarca les : Home, Alexandrie et Antioche. Il élait naturel que les évêques de ces trois patriarcats imitassent les pratiques liturgiques de leur chef. Et, ainsi, de ces centres rayonnérent de nouve aux types ?. » Au 1ivt siècle, il existait quatre types liturgiques princip aux : deux en Orient, centralisés à Antioche et à Alexandrie ; deux en Occident dénommés romain et gallican. De ces quatre types d'autres sont dérivés, mais on a proposé de réduire à deux ces tvpes origin aux, de sorle que le syrien absorbe le gallican, et l'alexandrin procéde du romain ; simplification peu probable..


MESSE EN


AU IVe 628 d'où on peut dégager un bon nombre d'anciennes piè ces liturgiques d'Antioche, traduites en syria que au vire siècle ; e) la Liturgie de saint Athanase (en syria que), écrite pour un monastère syrien en Égypte, au xv siécle * ; elle est monophysite, mais elle contiendrait, pense-ton. des vestiges du rite ancien d'Antioche avant l'influence de Jérusalem. — La liturgie des Constitutions apostoliques représente certainement l'usage d'Antioche et offre le méme dessin que celle que nous entrevoyons dans les homélies de saint Jean Chrysostome. Elle est certainement le point de départ du groupe des liturgies d'Antiocke. Mais l'Église d'Antioche ne la conserva pas et en vint à emprunter une des liturgies dérivées de ce Lype.

Cha que patriarcat conservait une certaine variété, les Églises d'un patriarcat ne se tenaient pas pour obligées de s'interdire toute modification au rite en honE neur dans l'Église patriarcale. Un des rites dérivés — d'Antioche s'était implanté à Jérusalem sous le nom : de liturgie de saint Jacques, qui correspond dans ses gran des lignes à celle des Constilutions apostoliques ; son ordre et sa composition sont nettement de la Syrie occidentale. Issue d'Antioche, elle y revint et supplanta la liturgie plus ancienne de cette ville ; partant de là, elle devint le rite de tout le patriarcat, c'est-àdire de toute la Syrie orientale. Voici l'ordinaire de la messe d'aprés ce rite L'assistance est réunie, les hommes d'un he les -. femmes de l'autre, le clergé dans l'abside. Les lectures — el les sont coupées par des — | chants. Un lecteur monte à l'ambon, placé vers le commencent aussitôt ; milieu de l'église, entre le clergé et les fidé les, et lit deux leçons ; puis un autre monte à sa place pour chanter un psaume. Il l’exécute en solo ; mais l'assistance | reprend les derniéres modulations de son chant. C'est ce qu'on appelle le répons, psalmus responsorius, qu'il faut distinguer avec soin de l'antiphone, psaume | exécuté avec l'alternance de deux chœurs, L'antiphone n'existe pas encore, on ne connait que le répons. I. doit y avoir un nombre assez considérable de lectures, mais on ne dit pas combien. La série se termine par la lecture de l'Évangile, qui est faite, non plus par un simple lecteur, mais par un prétre ou un diacre. Tout le monde se tient debout pendant cette dernière leçon.

Les lectures et les psalmodies étant achevées, les prêtres prennent la parole, chacun à son tour, et aprés — eux l'évé que. L'homélie est toujours précédée d'un salut à l'assistance ; on y répond par F acclamation n Et avec votre esprit.

Aprés l'homélie, a lieu le renvoi des ERE p ries de personnes qui ne doivent pas assister aux saints mystéres. On commence par les catéchuménes. Sur l'invitation du diacre, ils font une priére en silence pendant que l'assemblée prie elle-méme pour eux. Le diacre formule cette priére en détaillant les intentions et les deman des. Les fidé les lui répondent, en particulier les enfants, par la supplication : Kyrie eleison ! Les catéchumènes se lèvent ensuite et le diacre les invite à leur Lour à prier en s'associant à la formule qu'il prcnonce ; puis il les fait s'incliner pour recevoir la bénédiction de l’évê que ; après quoi, il les congédie.

La méme forme est observée pour les énerguménes, les compétents, c'est-à-dire les catéchuménes qui se disposent à recevoir le baptéme, enfin pour les pénitents.

Quand il ne reste plus dans l'église que les fidè les Urges nor né communiants, ceux-ci se mettent en prière. Prosternés dans la direction de l'Orient, ils entendent le diacre développer la litanie : « Pour la paix et le bien-étre du monde... Pour la sainte Église catholi que et apostoli que... Pour les évéques, les prétres... Pour les bienfaiteurs de l'Église... Pour les néophytes.. Pour les mala des... Pour les voyageurs... Pour les petits enfants... Pour les égarés... etc. » A toutes ces deman des on s'associe par l'invocation : Kyrie eleison ! Lalitanie se termine par une formule spéciale : « Sauvenous, reléve-nous, à Dieu ! par ta miséricorde. » Puis la voix de l’évê que s'éléve au milieu du silence : il prononce une priére solennelle d'un style grave et majestueux. !

Ici se termine la première partie de la liturgie, celle que l'Église a empruntée à l'ancien usage des synagogues. La seconde partie, la liturgie chrétienne proprement dite, s'ouvre par un salut de l'évêque, suivi d'une acclamation de l'assistance. Puis, au signal donné par un diacre, les clercs reçoivent le baiser de paix de l'évêque, les fidèles se le donnent entre eux, les hommes aux hommes, les femmes aux femmes. Alors les diacres et autres ministres inférieurs se partagent entre la surveillance et le service de l'autel. Les uns se répandent dans l'assemblée, maintiennent chacun à son rang, les petits enfants aux abords de l'enceinte sacrée, et veillent aux portes, afin que nul profane ne puisse pénétrer dans l'église. Les autres apportent et disposent sur l'autel les pains et les calices préparés pour le repas sacré ; deux d'entre eux agitent des éventails pour défendre les saintes offrandes contre les insectes. L'évêque se lave les mains et revêt un habit de fête ; les prêtres se rangent autour de lui, et tous ensemble ils s'approchent de l'autel. C'est le moment solennel. Après une prière faite en silence et en son particulier, l'évêque fait le signe de la croix sur son front et commence :

« Que la grâce du Dieu tout-puissant, que l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que la communion du Saint-Esprit soit avec vous tous ! » — Et avec votre esprit. — En haut les âmes ! — Elles sont avec le Seigneur ! — Rendons grâces au Seigneur ! — C'est convenable et juste.

Et la prière eucharistique se développe, partant de la majesté du Dieu inaccessible, passant en revue tous ses bienfaits envers la créature, énumérant toutes les merveilles de la nature et de la grâce, évoquant les grandes figures de l'ancienne alliance et concluant enfin par un retour au sanctuaire mystérieux où la divinité repose au milieu des esprits, où les chérubins et les séraphins font retentir l'hymne éternel du Trisagion.

Ici le peuple entier élève la voix, mélant son chant au chœur des anges : « Saint est le Seigneur... » L'hymne terminé, le silence se fait de nouveau et l'évêque reprend l'eucharistie interrompue :

« Qui, vraiment tu es saint !... » et il commémore l'œuvre de la Rédemption, l'incarnation du Verbe, sa vie mortelle, sa passion ; à ce moment, l'improvisation de l'officiant serre de près le récit évangélique de la dernière cène : les paroles mystérieuses, prononcées d'abord par Jésus la veille de sa mort, retentissent sur la table sainte. Puis, prenant texte des derniers mots : « Faites ceci en mémoire de moi », l’évêque les développe, rappelant la passion du Fils de Dieu, sa mort, sa résurrection, son ascension, l'espérance de son retour glorieux, et déclarant que c'est bien pour observer ce précepte et commémorer ces souvenirs que l'assemblée offre à Dieu ce pain, ce vin eucharistiques. Enfin, il prie le Seigneur de jeter sur l'oblation un regard favorable et de faire descendre sur elle la vertu de son Esprit-Saint, pour en faire le corps et le sang du Christ, l'aliment spirituel de ses fidèles, le gage de leur immortalité. Ainsi se termine la prière eucharistique proprement dite. Le mystère est consommé. A l'appel de ses disciples, le Christ s'est rendu au milieu d'eux. Il réside sur le saint autel, sous les voiles mystiques des aliments consacrés.

La prière recommence, adressée cette fois au Dieu présent quoique invisible ; ce n'est plus le diacre, ministre inférieur, c'est l'évêque lui-même, le chef de la communauté chrétienne qui porte la parole et dirige les supplications :

« Seigneur, nous vous prions pour votre sainte Église répandue d'un bout à l'autre du monde... pour moi qui ne suis rien... pour ces prêtres, pour ces diacres... pour l'empereur, les magistrats, l'armée... pour les saints qui, en tous les temps, ont su vous plaire, patriarches, prophètes, justes, apôtres, martyrs... pour ce peuple, pour cette cité, pour les malades, pour ceux à qui pèse l'esclavage, pour les exilés, les prisonniers, les marins, les voyageurs..., pour ceux qui nous haissent et nous persécutent..., pour les catéchumènes, les possédés, les pénitents..., pour la régularité des saisons, pour les biens de la terre, pour les absents... » Cette longue prière se termine par une doxologie, à laquelle toute l'assistance répond : Amen, ratifiant ainsi l'action de grâces et l'intercession.

On récite ensuite le Pater, accompagné d'une nouvelle litanie diaconale, très courte, dans laquelle sont reprises quelques-unes des intentions que l'évêque vient d'énumérer dans sa longue supplication. Après la litanie, l'évêque prononce encore une bénédiction sur le peuple.

Cette cérémonie terminée, le diacre réveille l'attention des fidèles et l'évêque dit à haute voix : « Les choses saintes sont pour les saints ! » Le peuple répond : « Un seul saint, un seul Seigneur, un seul Jésus-Christ, pour la gloire de Dieu le Père, béni dans les siècles. Amen. Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre, bonne volonté aux hommes. Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Le Seigneur est Dieu, il s'est manifesté à nous. Hosanna au plus haut des cieux ! » C'est en ce moment sans doute qu'a lieu la fraction du pain, cérémonie que les documents du IVe ne mentionnent pas en termes exprès.

La communion a lieu alors. L'évêque communique le premier, puis les prêtres, les diacres, les sous-diacres, les lecteurs et psalmistes, les ascètes, les diaconesses, les vierges, les veuves, les petits enfants, enfin toute l'assistance.

L'évêque dépose le pain consacré dans la main droite ouverte et supportée par la gauche ; le diacre tient le calice ; on y boit directement. À chaque communiant l'évêque dit : « Le corps du Christ » ; le diacre : « Le sang du Christ, calice de vie » ; on répond : Amen.

Pendant la communion, les psalmistes exécutent le psaume XXXI : Benedicam Dominum in omni tempore, dans lequel les mots Gustate et videte quia suavis est Dominus ont un relief spécial ; saint Cyrille les cite expressément.

La communion finie, le diacre donne le signal de la prière, que l'évêque prononce au nom de tous ; puis on s'incline pour recevoir sa bénédiction. Enfin le diacre congédie l'assemblée : « Séparez-vous en paix. »

2. Les liturgies d'Orient. — Le compilateur du livre VIII des Constitutions apostoliques ne nous a pas conservé le texte officiel de l'Église d'Antioche et son ouvrage n'a que la valeur d'un travail privé, mais ce qui est à retenir dans sa composition, c'est le dessin général du rite, la distribution et le style des prières. En cela il s'est inspiré et il a réussi à donner une exacte représentation de l'usage des grandes Églises de Syrie, c'est-à-dire Antioche, Laodicée, Tyr, Césarée, Jérusalem. En ce qui concerne Antioche et Jérusalem, on s'exprime de façon certaine. Il n'y a pas que les textes de la catéchèse de Cyrille et des homélies de Chrysostome qui nous l'attestent, il y a encore l'accord des liturgies syriennes des siècles postérieurs.

a) Syrie, — Dans les patriarcats d'Antioche et de Jérusalem et la province autocéphale de Chypre, on usait de la liturgie grecque de saint Jacques qui fut, sans conteste possible, rédigée à Jérusalem. La première supplication dans les prières qui suivent l'épiclèse est ainsi rédigée : « Nous t'offrons, Seigneur, [ce sacrifice] pour les saints Lieux que tu as glorifiés par la divine apparition de ton Christ et par la venue de l'Esprit-Saint, et spécialement pour la sainte et glorieuse Sion, mère de toutes les Églises, et pour ta sainte, catholique et apostolique Église dans le monde entier. » Parmi les prières pour les catéchumènes figure une allusion à la croix qui se rapporte vraisemblablement à l'invention de la vraie croix à Jérusalem en 326. D'autres allusions permettent de faire descendre la rédaction de cette liturgie à une date postérieure. Parmi les diptyques des vivants se trouve la mention de « notre toute sainte, immaculée et hautement louée dame Marie, Mère de Dieu et toujours vierge », suivie de deux hymnes à la dite vierge Marie, évidemment dirigées contre l'hérésie nestorienne (431). S'il est malaisé de déterminer l'époque où cette compilation commença à être en usage, du moins on peut savoir quand elle fut achevée. Les Syriens jacobites font usage de cette liturgie dans sa teneur intégrale, c'est donc qu'elle était arrêtée et fixée en 451, date du schisme monophysite. On peut remonter plus haut. Saint Jérôme, quand il habitait déjà Bethléem, cite ces mots : « qui seul est sans péché », formule qui se retrouve dans cette liturgie. Etheria, lors de son voyage aux Lieux saints, vers 390, décrit des rites qui sont en plein accord avec la liturgie de saint Jacques. Les catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem, également, et elles nous reportent en 348. On peut donc admettre que cette liturgie existait vers le milieu du IVe, sauf à s'enrichir ou à se modifier peut-être encore dans la suite.

Cette liturgie appartient au groupe syrien, à preuve que l'intercession pour tous, avec la mémoire des saints, vient après la consécration, laquelle suit immédiatement le Sanctus. Les prières sont plus longues, les cérémonies plus compliquées. Telle que nous l'avons, elle contient un rite complexe pour la préparation des oblats (zpooxop :57), mais qui peut aussi bien provenir d'une influence byzantine. Le symbole de Nicée prend place immédiatement après la « grande Entrée », où les oblats sont apportés sur l'autel (après les prières des fidèles) et il est suivi du baiser de paix.


MESSE. — XXVIII. MESSE EN ORIENT AU IVe

632 Il y a une épiclèse très marquée après les paroles de l'institution, et l'oraison dominicale suit l'intercession.

La liturgie de saint Jacques connut une large diffusion, elle envahit non seulement toute la Syrie orientale, mais encore la Grèce. A l'intérieur de ce vaste domaine, elle avait des variétés locales. La plus ancienne forme sous laquelle nous la connaissons est en grec, langue parlée dans les villes ; dans les villages, on la traduisait en syriaque.

Les manuscrits qui nous l'ont conservée en grec sont du VIIIe-XIe (Damas) et du Xe-XIe (Messine). Actuellement, cette liturgie n'est plus en usage, si ce n'est à Jérusalem, en Chypre et dans quelques autres localités, un seul jour de l'année, celui de la fête de saint Jacques, le 23 octobre. Le reste du temps, la liturgie syriaque de saint Jacques offre quelques différences, peu considérables, avec la version grecque ; à partir du baiser de paix elles sont presque identiques. Sous cette forme syriaque, elle devint la liturgie des monophysites syriens (jacobites). Ceux-ci y ajoutèrent un grand nombre d'anaphores de rechange, toutes formées sur le plan de la liturgie principale et rattachées à la première partie (Liturgie des catéchumènes et Prières des fidèles). Les autres liturgies syriaques ont soixante-quatre anaphores de rechange, usitées en diverses circonstances. Certaines ont été composées par des personnages vénérés parmi les jacobites, d'autres ont été mises sous le nom de saints ou même d'apôtres.

Les melchites (orthodoxes) de Syrie faisaient usage de la liturgie de saint Jacques en grec ou, plus souvent, en syriaque : au XIIe, ils la remplacèrent par le rite byzantin. La traduction syriaque est usitée chez tous les jacobites, chez les chrétiens du Malabar devenus jacobites et chez les syriens uniates.

b) Mésopotamie et Perse. — Les Églises de ces contrées furent fondées par des missionnaires partis d'Antioche. Édesse et Misibe se firent leurs traditions liturgiques particulières, en grande partie indépendantes de celles de la Syrie occidentale. Ces rites syriens orientaux se présentent comme suffisamment apparentés à ceux de la ville patriarcale pour être compris dans la grande famille d'Antioche ; ils sont cependant les membres les plus lointains de cette famille. On trouve quelques indications sur le rite d'Édesse au IVe dans les œuvres de saint Éphrem (+ 373) . Ce rite syrien-oriental devint celui de l'Église nestorienne en Perse, dans le Kurdistan et dans ses missions qui pénétrèrent dans l'Inde et jusqu'en Chine, le centre de cette Église étant à Séleucie-Ctésiphon, sur le Tigre. On le retrouve dans les écrivains nestoriens, Barsauma et Narsés (T 502) °. Il est actuellement représenté par la liturgie des apôtres Addaï et Maris, nestorienne et chaldéenne .

La liturgie commence par la préparation des oblats ; suit une enarris (prière préparatoire) contenant l'oraison dominicale. La liturgie des catéchumènes commence par le Trisagion et comporte quatre leçons : la Loi et les Prophètes, ou les Prophètes et les Actes, une épître et l'Évangile séparés par des psaumes, des hymnes et des prières. Vient alors une litanie chantée par le diacre, à chaque invocation de laquelle le peuple répond : « O notre Dieu, aie pitié de nous » ; vient ensuite une seconde litanie avec la réponse : Amen, enfin une inclination et bénédiction, et le renvoi des catéchumènes. La liturgie des fidèles commence par l'apport des oblats de la prothèse sur l'autel, avec des prières, et le symbole (d'une forme particulière). Alors se placent les diptyques comprenant des prières pour toutes les classes de personnes, les vivants et les morts, avec la mémoire des saints. Le baiser de paix conclut la partie de la liturgie qui précède l'anaphore, laquelle commence par le dialogue habituel : « Élevez votre esprit... » et se poursuit par la prière d'action de grâces (amenant le Sanctus) que nous appelons la préface. Le trait le plus remarquable de cette liturgie est qu'elle ne contenait pas les paroles de l'institution, mais il faut dire que Narsès les mentionne !. On dit parfois que le célébrant était censé les dire de mémoire : on les a insérées dans l'édition d'Ourmiah et dans les livres uniates, mais, évidemment, sans aucune connexion avec le contexte. Une courte intercession faite par le célébrant amène l'épiclèse, la fraction, l'oraison dominicale et l'élévation, (« Les choses saintes aux saints » et une doxologie comme à Antioche.) Suivent alors la communion, la bénédiction et le renvoi ?

Les plus anciens documents de l'usage mésopotamien ou persan sont : a) la liturgie dont on vient de parler ; b) une anaphore du Ve publiée pour la première fois par Bickell , ensuite par Hammond et par Brightman ; ce n'est qu'un fragment très mal conservé, mais que son antiquité rend vénérable ; c) les deux anaphores de Théodore de Mopsueste et de Nestorius ; l'anaphore de Diodore de Tarse a disparu.

S'il faut en croire les nestoriens, ce fut le patriarche Jesuyab III (645-647) qui fixa définitivement la liturgie sous la forme abrégée actuellement représentée par le texte attribué aux saints Addée et Maris. C'est ce qui aide à comprendre qu'on retrouve dans sa liturgie tous les traits essentiels de la liturgie syrienne. En 363, atteste une liturgie locale mal connue, mais qui contient quelques particularités intéressantes : lectures coupées de chants (canon 17), homélies, prières, renvois des catéchumènes et des pénitents, triple prière des fidèles, en silence d'abord, puis, à deux reprises, à haute voix, enfin le baiser de paix et l'oblation (canon 19). L'anaphore de Théodore de Mopsueste, en usage parmi les nestoriens, est cilicienne.

Césarée de Cappadoce développa dans tout le territoire qui dépendait d'elle un rite grec nettement antiochien. Sur ce rite nous sommes instruits par la lettre de Firmilien de Césarée (256-257) à saint Cyprien de Carthage ; à ce qu'il nous apprend viennent s'ajouter quelques détails dus à saint Grégoire le Thaumaturge (T 270) et aux conciles cappadociens du IVe. Ce fut principalement saint Basile qui marqua de son empreinte cette liturgie qui se trouvait fixée quand il mourut (T 379). Il en est souvent question dans sa correspondance et plusieurs de ses contemporains y font allusion . Ces auteurs présentent son œuvre comme une abréviation du rite qu'il avait trouvé en usage. Il n'y a pas lieu de douter que ce qu'on désigne sous le nom de Liturgie de saint Basile (la plus ancienne des deux liturgies de Constantinople) ne représente le remaniement opéré par le saint. Cette question de la liturgie de saint Basile a déjà été étudiée ici (voir Dictionnaire, t. VI, col. 1596-1600). Si on la compare à la liturgie de saint Jacques (qui représente le rite de la ville patriarcale d'Antioche), on constate qu'elle suit le même ordre, mais qu'elle est moins étendue. Ce rite passa, depuis, à Constantinople et devint l'origine de la grande liturgie byzantine. Une seconde liturgie, connue sous le nom de Liturgie de saint Jean Chrysostome, a fait également l'objet d'une étude (voir Dictionnaire, t. VI, col. 1600-1604). Elle suit exactement l'ordre de celle de saint Basile, et c'est ce qui permet de soutenir que Jean Chrysostome se borna à réformer et à abréger le rite qu'il trouva en usage à Constantinople. Il a pu y mettre sa marque, mais dans l'ensemble elle paraît être d'époque postérieure. Les longues cérémonies, la préparation des oblats, les rites qui accompagnent la grande et la petite Entrée, et d'autres choses encore, sont des additions plus tardives. — Le texte des prières récitées par le célébrant est plus court que dans la liturgie de saint Basile ; ceci est surtout remarquable dans la première partie de l'anaphore avant le Sanctus, correspondant à notre préface.

Il existe une troisième liturgie, dite des présanctifiés, qui est attribuée, sans aucune raison, à saint Grégoire le Grand (T 604).

Le plan général des deux liturgies (saint Basile et saint Jean Chrysostome) est le suivant ! ! : les ministres revêtent leurs ornements en récitant des prières appropriées. Aussitôt se place le long rite préparatoire de la prothèse, la préparation du pain et du vin à la crédence. Le pain est coupé et disposé sur la patène d'après des règles compliquées ; on encense le pain et le vin, tandis qu'on récite de copieuses prières. Les oblats demeurant sur la prothèse, le célébrant et le diacre se rendent à l'autel pour commencer la liturgie.

La liturgie des catéchumènes s'ouvre par une litanie (appelée ouvxr7), chantée par le diacre en dehors de l'iconostase, à chaque verset le chœur répond : Kyrie eleison. Pendant ce temps, le célébrant à l'autel dit à voix basse une prière correspondante et, quand la litanie est achevée, il chante à haute voix les derniers mots de cette prière (appelée £xg« avrsic), et le chœur lui répond : Amen. Toutes les litanies qui existent dans cette liturgie sont du même genre. Suit alors, en la même manière, une seconde litanie (la cuvarrh brève) ; son antienne aboutit au Movoyevfc ; après quoi, une troisième litanie et antienne. C'est ici que se place la petite Entrée, à savoir la procession au lieu où est chanté l'Évangile. Pendant ce temps, on chante des tropaires, qui finissent par le Trisagion. Il n'y a maintenant que deux lectures ; autrefois, il y avait aussi une lecture de l'Ancien Testament. Un lecteur chante l'épître ; puis on chante un graduel, et le diacre chante l'Évangile. Après quoi, on dit des prières pour les catéchumènes qui sont alors congédiés.

A ce moment commence la liturgie des fidèles. En premier lieu une autre litanie (les prières des fidèles), ensuite la grande Entrée, où les oblats sont portés, en procession solennelle, de la prothèse à l'autel, tandis qu'on chante le Chsroubicon (voir Dictionnaire, à ce mot). Suit une litanie, puis le baiser de paix et le symbole de Nicée. L'anaphore commence par une bénédiction (II Cor., XI, 14) ; après quoi, le dialogue : « Haut les cœurs » et le reste. La prière d'actions de grâces (notre préface) se dit à voix basse, mais se termine par une ecphonése à laquelle le peuple répond « Saint, saint, saint », etc. Les paroles de l'institution (chantées à haute voix) suivent presque aussitôt et amènent l'anamnèse et l'épiclèse. C'est là que se place la grande intercession, c'est-à-dire des prières pour les différentes classes de personnes, avec les diptyques des vivants et des morts ; elle se termine par une litanie ; ensuite l'oraison dominicale, chantée par le peuple. Une élévation de la sainte eucharistie avec les paroles : * Les choses saintes aux saints », auxquelles on répond par une doxologie, préparent la communion. Le pain consacré est rompu ; une partie en est mélangée avec le vin consacré, dans lequel on verse une petite quantité d'eau chaude ; la communion est distribuée sous les deux espèces, tandis qu'on chante l'antienne de la communion. De courtes prières et une bénédiction constituent le congé.

a) L'Arménie. — Il existe une autre forme ancienne de la liturgie byzantine, dérivée de celle de Césarée-Constantinople et qui est devenue la liturgie de l'Église arménienne |. L'évangélisation de l'Arménie, par les soins de saint Grégoire l'Illuminé, venait syrienne, de façon qu'on y célébrait la liturgie en grec (rite cappadocien) et en syriaque (rite syrien). Enfin il y eut aussi une influence de Jérusalem qui a laissé sa trace sur le lectionnaire et sur le calendrier * (voir Dictionnaire nationale fut composée en arménien, principalement d'après le rite de Cappadoce ; elle n'avait qu'un texte, dont la plus ancienne attestation pour le détail est un commentaire du Xe. La liturgie arménienne garde trois leçons (une de l'Ancien Testament, une épître et un Évangile) et certains autres traits archaïques qui ont disparu de la liturgie de Constantinople. La partie qui précède l'anaphore est presque entièrement cappadocienne ; l'anaphore contient des éléments de la Syrie orientale.

Faisant cause commune avec les Églises officielles, l'Arménie condamna le concile de Chalcédoine ; puis, quand, en 519, ces mêmes Églises rentrèrent dans la communion romaine, aucun effort ne put décider les Arméniens à revenir vers Rome et le dissentiment s'exprima dés lors d'une façon visible dans le domaine du rite. Les Arméniens adoptèrent l'usage du pain azyme et la consécration du vin sans mélange d'eau *. La fête de Noël fut exclue de leur calendrier.

Au Moyen Âge, beaucoup d'Arméniens émigrèrent devant la menace des invasions qui, périodiquement, ravageaient leur pays. Le chef religieux nominal fut le katholikos d'Etschmiadzin ; nous n'avons pas à suivre les destinées de cette Église, mais il faut noter ici que, depuis le XIVe environ, la liturgie arménienne adopta certains éléments romains, ou, plutôt, dominicains, sous l'influence des missionnaires occidentaux qui appartenaient à l'ordre de Saint-Dominique. De ces éléments, les plus notables sont les prières préparatoires romaines et l'adoption du dernier évangile (Joh., 1, 1-14) inconnu à tous les autres rites orientaux. Ils avaient autrefois des anaphores de rechange, ils ne se servent plus que d'une seule.

C'est dans Clément d'Alexandrie et dans Origène que nous glanons les premières particularités liturgiques relatives à l'Égypte. Après eux, les trois patriarches Denys, Athanase et Cyrille qui occupèrent le siège d'Alexandrie, nous donnent d'autres indications. La version arabe de la Didascalie remplace le rite syrien par le rite égyptien.

Fait complètement, un schisme n'était qu'une forme — la plus subtile de toutes — de l'opposition politique, aussi les Égyptiens se firent un plaisir et un devoir de attirer au gouvernement impérial qui s'efforçait de le ramener à l'orthodoxie. Il y eut, après un siècle d'intervalle de conflits, une Église orthodoxe et une Église hérétique, celle-ci attirant la masse de la population indigène. Au début, les fidèles de ces deux Églises restèrent attachés à l'usage d'Alexandrie ; mais, peu à peu, l'Église officielle le modifia sous l'influence de la liturgie de Constantinople qui, finalement, évinça l'autre. Un changement non moins profond et plus apparent creusa comme un abîme entre les deux liturgies : celle de l'Église officielle orthodoxe, ou melkite, conserva l'usage de la langue grecque, l'Église monophysite eut recours à la langue populaire, le copte. — Ce qu'on nomme Liturgie de saint Marc existe en copte et en grec. On en connaît trois exemplaires remontant aux XIe et XIIes (voir Dictionnaire, 4, col. 1193-1204), ayant subi beaucoup de retouches, sous l'influence byzantine ; mais les parties essentielles représentent encore fidèlement le type et la teneur des meilleurs textes d'autre provenance. Elle remonte au moins au Ve è.

Les Coptes monophysites ont gardé l'ancien rite égyptien en copte. Leurs liturgies, au nombre de trois, ne diffèrent entre elles que par l'anaphore, et celles-ci portent les noms de saint Cyrille (d'Alexandrie), de saint Grégoire (de Nazianze) et de saint Basile. — Cette dernière, différente de la liturgie du même nom.

Ces mêmes anaphores étaient autrefois employées aussi par les orthodoxes ; celles de saint Grégoire et de saint Basile sont des traductions du grec, elles existent encore dans cette langue.

L'anaphore de saint Cyrille est la plus ancienne ; seule des trois, en effet, elle présente certains traits caractéristiques de la liturgie alexandrine, et elle reproduit souvent, mot à mot, le texte de la liturgie de saint Marc. En joignant à l'anaphore de saint Cyrille l'ordinaire de la messe copte, on obtient une liturgie copte qui forme le pendant exact de la liturgie grecque de saint Marc.

L'anaphore de saint Grégoire est tout entière adressée à Dieu le Fils, ce qui est exceptionnel au point qu'on ne signale cette particularité que dans une anaphore maronite (de saint Pierre) et dans une partie de l'anaphore nestorienne.

La liturgie de saint Marc présente d'abord une brève préparation des oblats qui, dans le rite copte, sont apportés tout de suite à l'autel. La grande Entrée avant le baiser de paix, dans la forme grecque, est un souvenir byzantin. L'Enarxis a des prières, mais pas de litanie. Suivent une litanie pour diverses personnes, quatre leçons (dont deux en grec), avec le Trisagion avant l'Évangile. La liturgie des fidèles débute par une longue litanie pour tout le peuple (suivie, dans le grec, de la grande Entrée), puis le Symbole et le baiser de paix. Au commencement de l'anaphore on dit : « En haut vos (ou nos) cœurs. » Alors vient la grande intercession, avec les diptyques et la mémoire des saints. Elle prend place, dans le type liturgique d'Antioche, après la consécration et se trouve, ici, avant le Sanctus, au cours de ce que nous appelons la préface.

Le Sanctus se compose seulement de ceci : « Saint, saint, saint, Seigneur des armées. Le ciel et la terre sont remplis de ta sainte gloire », il n'y a pas de Benedictus. Les paroles de l'institution suivent presque aussitôt, ensuite l'anamnèse et l'épiclèse, l'oraison dominicale, l'élévation (Sancta sanctis), la fraction et la commixtion. Pendant la distribution de la communion, on chante le psaume cxviii. Le grec ajoute une litanie byzantine qui fait suite à la communion. Une prière d'action de grâces, la bénédiction, et le renvoi.

« En ne tenant pas compte du texte archaïque, en négligeant les pièces de rechange propres aux Abyssins, en écartant les anaphores de Grégoire et de Basile, qui sont plutôt du type syrien et représentent une importation étrangère, il reste trois textes : la liturgie grecque de saint Marc, la liturgie copte de saint Cyrille et la liturgie abyssinienne des douze apôtres, qui proviennent chacune de l'un des trois groupes ecclésiastiques du rite alexandrin. Si l'on veut reconstituer l'antique liturgie alexandrine, il importe avant tout de les rapprocher et de dégager leurs parties communes.

« Le trait le plus caractéristique de la liturgie alexandrine, c'est que la grande supplication, au lieu de venir après la consécration, s'intercale dans la préface. De cette façon, le Sanctus, les paroles de l'institution, l'épiclèse, ne se rencontrent beaucoup plus tard que dans la liturgie syrienne. Cette disposition ne se rencontre pas encore dans l'anaphore de Sérapion, mais elle est déjà signalée par Jacques d'Édesse, à la fin du VIIe. Je remarque aussi que le salut avant la préface est bien moins compliqué qu'en Syrie ; le célébrant se borne à dire : Dominus vobiscum omnibus ; de même l'acclamation du peuple, en réponse au Sancta sanctis, présente certaines particularités de formule.


XXIX. L'ÉVÉNEMENT LITURGIQUE DU IVe. — Jusqu'ici nous avons vu que ce qui concerne la pratique du culte chrétien en Orient a donné naissance à des usages distincts qu'il est possible de classer par groupes d'après les divers patriarchats. Ces usages finirent par se fondre plus ou moins rapidement et disparaître pour s'unifier dans le rite spécial de l'Église de Constantinople. Si certains échappèrent et se maintinrent en usage, ce fut grâce à la dissidence qui les soustrayait en même temps à la mainmise de l'orthodoxie religieuse et de l'autorité impériale. Les choses se passèrent, dans une large mesure, de la même manière en Occident.

La victoire et la conversion de Constantin, suivies de l'édit de Milan en 313, entraînèrent des conséquences immédiates et décisives, tant au point de vue civil que religieux. L'Église s'engagea à pleines voiles dans l'ordre nouveau qui transformait sa situation jusque-là incertaine et menacée en prépondérance reconnue et redoutée. C'est une chose surprenante que la vertu de persuasion qui s'attache à la manière de penser de celui qui est le maître. La conversion de Constantin persuada instantanément à une multitude d'indifférents, de poltrons et de sceptiques que la religion chrétienne l'emportait non seulement en excellence sur toutes les autres religions, mais qu'il était prudent, utile et avantageux de s'y agréger personnellement. Il arriva donc que l'Église passa de la condition périlleuse à la situation triomphante, qu'au lieu de se dissimuler et de s'abriter grâce à l'hospitalité que lui offraient les catacombes ou quelques demeures aristocratiques bien gardées, elle s'affirma riche, nombreuse et puissante, posséda des basiliques, et célébra ses mystères avec solennité et les entoura de magnificence. Tout concourait à y attirer la foule. Ceux qui avaient traversé la persécution sans y succomber rendaient grâces à Dieu et réclamaient une pompe éclatante comme pour mieux lui témoigner leur reconnaissance ; ceux qui avaient attendu prudemment le triomphe pour y applaudir s'extasiaient du spectacle que leur offrait un culte si pur et de si touchantes cérémonies. Les libéralités impériales autorisaient toutes les splendeurs, les chefs des Églises sentirent l'utilité de rehausser l'éclat du culte, d'en affermir et d'en préciser le thème, et aussi d'en élaguer certaines longueurs ; ce fut le cas pour la messe.

D'où vint cette impulsion ? On n'est pas exactement fixé sur ce point. La dernière persécution avait littéralement dévasté certaines Églises, celle de Rome avait particulièrement souffert et on n'a pas la preuve que les titulaires qui s'y succédèrent avant l'évêque Sylvestre aient pris en main la situation avec la vigueur et la hauteur de vues que les circonstances réclamaient. Cependant, dès le pontificat de Sylvestre et sous ses successeurs, on voit de véritables chefs prendre l'initiative et l'organisation. C'est, semble-t-il, en partie sous leur influence et d'après leur impulsion que s'accomplit l'événement dont nous voulons parler. Les documents qui ont, jusqu'à ce moment, défilé devant nous s'accordent à décrire un type unique de messe. L'anaphore étant livrée à l'improvisation peut varier et, en fait, varie dans sa teneur de façon assez sensible, comme on peut le voir en comparant les formules d'Hippolyte, de Sérapion et des Constitutions apostoliques ; toutefois, l'improvisation s'exerce librement sur un thème unique et, dés lors, un élément de ressemblance se trouve introduit. Mais l'improvisation se trouve menacée à partir du jour où Hippolyte et Sérapion se préoccupent de rédiger un texte écrit d'anaphore ; bientôt elle sera condamnée et abolie, remplacée par un certain nombre d'anaphores rédigées que l'officiant devra réciter sans s'en écarter. C'est ainsi que nous avons vu à Constantinople deux types de messes, celle de saint Basile et celle de saint Jean Chrysostome, pas de choix entre elles.

Ainsi, « dans les liturgies grecques des patriarchats de Constantinople, d'Antioche, de Jérusalem et d'Alexandrie, le système euchologique de la messe paraît, au premier abord, assez compliqué de dialogues et surtout assez riche d'oraisons. En réalité, cette richesse n'est qu'apparente, elle s'épuise une fois pour toutes, sans se ménager aucune réserve. De même qu'on n'a pas autant de formulaires pour l'administration du baptême qu'il y a de jours dans l'année, de même on n'a, suivant les patriarchats, qu'un, ou deux, ou quatre formulaires pour la célébration de la messe, et ils servent pour toutes les messes de l'année invariablement. Aussi le missel plénier de ces Églises grecques, si l'on en détache les péricopes des lectures des Livres saints et quelques rares pièces de chant, pourrait-il se réduire à nos canons d'autel développés ; c'est là un caractère commun à toutes les liturgies grecques, à celle de saint Jacques pour Jérusalem, comme à celle de saint Marc, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Basile et de saint Cyrille pour Alexandrie, comme à celle de saint Basile et de saint Jean Chrysostome pour Constantinople. L'immobilité, l'invariabilité de ces liturgies sont telles qu'elles n'admettent en aucun temps, à aucun titre et sous aucun prétexte, aucune formule euchologique spécialement adaptée à telle fête, mise en rapport avec tel mystère. Ainsi pour toutes les circonstances, quelles qu'elles soient, de l'année chrétienne, le patriarchat de Constantinople n'a que ses deux liturgies (l'une, simple abréviation de l'autre), disons deux messes, toujours les mêmes, absolument impénétrables à quelle que formule euchologique de circonstance.

Tandis que l'on va célébrer suivant la teneur de la liturgie ou messe de saint Jean Chrysostome, par exemple, qui sert la plupart du temps, on n'a qu'à lire sans interruption le formulaire continu, immobile qu'on a sous les yeux, et dont il n'y a à s'écarter sous aucun prétexte, puisqu'il n'existe ailleurs aucune partie propre au temps, propre aux saints, aucune adjonction, aucune intercalation à y insérer par le prêtre. C'est là, nous le répétons, un caractère absolument typique des liturgies grecques.

Tout autre est le système euchologique latin. — Autant le système grec est fermé, tout d'une pièce, indivisible et dénué de ressources, autant le système latin est ouvert, souple et se prête au morcellement et aux variations. Son formulaire ressemblerait plutôt à un ensemble de compartiments dont toutes les pièces, — mobiles à volonté, entrent en composition dans des combinaisons chaque jour renouvelées, démontées, rajustées, suivant les exigences du cycle. L'anaphore grec est un bloc tout d'une venue. Le bloc une fois coulé, les ressources euchologiques de cette liturgie semblent épuisées. La messe latine est un assemblage de parties, de pièces, petites et grandes, distinctes les unes des autres, perpétuellement mobiles et séparables, quotidiennement renouvelables, et leur variété est indéfiniment susceptible de nouveaux accroissements. Aussi, tandis que l'euchologie de la messe grecque pourrait tenir en deux ou trois feuillets, ce sont des livres entiers qu'il faut à la messe latine. Par le fait, c'est seulement pour nos Églises d'Occident qu'il est question de sacramentaires, c'est-à-dire de manuscrits presque entièrement spéciaux à l'euchologie eucharistique. Ces sortes de recueils, ces mosaïques de prières sont parfaitement inconnues dans la liturgie grecque. C'est improprement d'ailleurs qu'on appelle messe chacune des mosaïques dont se compose le sacramentaire ou le missel latin. Ce sacramentaire est un répertoire dans lequel, à des jours ou des intentions déterminés, sont assignées tantôt des formes euchologiques, tantôt d'autres, et cela, non pas pêle-mêle, au hasard, mais dans un ordre, et presque toujours avec des étiquettes qui enlèvent à l'arbitraire tout prétexte pour les déplacer ou les répartir autrement. Or, toutes supposent en même temps un cadre ordinaire, l'Ordo missæ, où viennent s'insérer les morceaux dont elles se composent ; et ni le cadre ordinaire, à lui seul, sans l'adjonction de ces embolismes propres, ni seuls, sans le cadre, ces embolismes ne constitueraient une messe. Le cadre latin est vacant aux compartiments où doivent s'insérer les embolismes. Le cadre grec est toute la messe, le missel latin s'épuise au jour le jour.

Voilà donc deux genres nettement séparés et qui, d'emblée, fournissent à la classification des monuments et des liturgies un critère aussi apparent que fondamental et indiscutable. Il y a, dans la seule opposition de ces deux genres, un fait si considérable qu'il faut croire que l'observation trop minutieuse, trop analytique de détails, comme la place donnée au baiser de paix, à la récitation des noms, etc., aura hypnotisé pour que l'idée ne soit jamais venue de reculer à distance, afin d'élargir son regard, de saisir l'ensemble et de s'arrêter sur la portée d'une différence si parfaitement tranchée qu'elle éblouit les yeux, par son évidence, une fois qu'on y a pris garde. Il suffit d'ouvrir au hasard le missel mozarabe et les monuments des liturgies gallicane, celtique, ambrosienne, etc., pour constater la fraternité de toutes ces liturgies sur ce point essentiel et décisif !. — Cette différence entre l'Orient et l'Occident est de telle importance qu'elle peut fournir une base pour la classification des liturgies en deux familles distinctes, celles d'Orient et celles d'Occident, et relègue au second plan les autres différences que l'on a pu relever entre les unes et les autres, comme la place à la messe de la lecture des diptyques ou du baiser de paix. Cette révolution s'opéra, semble-t-il, vers la fin du IVe, et eut peut-être à Rome son centre ou, du moins, son premier foyer. Les Gaules et l'Espagne suivirent sans retard [à supposer que l'exemple ne soit pas venu d'elles]. Si nous y insistons encore une fois, c'est que cet événement eut des conséquences théologiques assez importantes. A partir de ce moment, on se mit, en Occident, à composer des oraisons, des préfaces, d'autres pièces liturgiques. C'est une page nouvelle qui s'ouvre dans l'histoire de la liturgie, et ce développement ne fut pas sans conséquence dans l'éclosion des familles liturgiques latines en Gaule, en Espagne ou ailleurs. Il donna naissance à des ouvrages liturgiques nombreux, les Sacramentaires léonien, gélasien, grégorien pour l'Église de Rome, les autres recueils des liturgies gallicane, mozarabe, ambrosienne ou celtique. Pendant ce temps, l'Orient restait stationnaire ; il gardait ses anciennes formes et n'admettait de variété que dans les leçons et dans les compositions des mélodies. Ces recueils liturgiques occidentaux sont d'ordinaire anonymes. On signale bien des recueils de prières par Musæus de Marseille, par Voconius, par Damase, par Maximin de Ravenne. Mais que sont devenus leurs ouvrages ? Ceux mêmes attribués à saint Léon, à Gélase, à Grégoire sont encore contestés ; en tout cas, ils ont reçu de nombreuses additions ou modifications de la part d'auteurs inconnus pour la plupart.

Il fallait signaler cette situation avant d'entrer dans l'étude de ces liturgies.


USAGES LITURGIQUES DE L'OCCIDENT LATIN. — Nous venons de parler de « fraternité » entre les anciennes liturgies latines ; il est nécessaire de s'expliquer sur ce point. La liturgie de la messe en Occident s'offre à nous suivant deux usages liturgiques principaux : le gallican et le romain. Cependant, ce ne sont pas les seuls, puisqu'on possède, en plus de l'Afrique, les liturgies mozarabe, ambrosienne, celtique qui, toutes, se rattachent au type gallican. Sur le rite africain nous pouvons être bref. On ne sait presque rien de certain sur la liturgie de cette Église ; elle ne semble pas avoir été le rite romain ; cependant Marius Victorinus et saint Fulgence citent un texte de l'oblation qui ne se retrouve que dans la messe romaine. Bona admet que le rite africain pourrait avoir été le mozarabe.

On a recherché avec curiosité l'origine du type gallican. En Angleterre, une opinion a prévalu quelque temps, favorable à l'origine orientale. Le centre des liturgies gallicanes serait Lyon, où, vers le dernier quart du IVe, existe une Église célèbre qui entretient d'étroites relations avec l'Asie Mineure et la Phrygie (voir Dictionnaire, t. X, au mot Lyon) ; dés lors, il est décidé que Lyon tire sa liturgie d'Éphèse, et le rite romain se trouve isolé en Occident. L'explication est ingénieuse, mais la malice est vraiment trop visible ; il s'agit de substituer l'influence d'Éphèse et de saint Jean à celle de Rome et de saint Pierre. Être apostolique et ne devoir rien à Rome, c'est une trouvaille, mais ce n'est que cela. Ou plutôt c'est un système dont la base est ruineuse. Il faudrait prouver tout d'abord que saint Jean avait une liturgie, que cette liturgie était suivant tels et tels caractères et que ces caractères se retrouvent dans les liturgies gallicanes. Or, on est incapable d'entreprendre cette démonstration.

En outre, la liturgie gallicane, dans la forme sous laquelle nous la connaissons, correspond au type liturgique du Ve et non pas du IVe. Or, au IVe, le rayonnement liturgique de Lyon est à peu près nul et cette ville n'est pas en mesure d'imposer sa liturgie à l'Occident. L'origine orientale est une fiction. Cherchons ailleurs.

On a proposé Milan, puis Rome pour la source du type gallican. Il est certain qu'avant le Ve l'Europe occidentale suivait différents rites, parmi lesquels le gallican, au sens strict du mot, c'est-à-dire celui qui était observé en Gaule et que nous connaissons le mieux. Des variantes de ce type se rencontrent en Espagne, en Bretagne, en Italie du Nord où, jusqu'à assez près de Rome, on n'observait pas le rite romain. En 416, le pape Innocent Ier écrit à Décentius, évêque de Gubbio, dans l'Ombrie (par conséquent, dans le diocèse métropolitain du pape) et qui se disposait à introduire dans son diocèse des coutumes non romaines, pour lui rappeler que l'Église de Rome ayant évangélisé l'Occident revendiquait de ce fait le droit primordial de la liturgie romaine à être la seule liturgie latine. Or, si on étudie les particularités liturgiques et disciplinaires signalées par Innocent Ier, on voit qu'elles appartiennent toutes au type gallican. Il y avait donc, dès lors, au début du Ve, rivalité et conflit entre les deux types en présence et le gallican était assez vivace pour s'en prendre au romain jusque dans le diocèse suburbicaire.

L'origine et la raison d'être du type gallican ont fait l'objet de maintes discussions. Une première singularité se présente, à savoir que jusqu'au Ve, en Occident, nul ne songeait à mettre en question la juridiction du pape, cependant on n'observait pas son rite même dans les limites de son patriarcat. Certains liturgistes ont soutenu une opinion contraire et, d'après eux, le rite gallican ne serait que l'ancien rite romain avant sa modification par le pape Damase (366-384). Cette thèse est déjà ancienne et n'en

643 vaut pas mieux pour cela. Elle a été reprise par F. Probst qui observe que, dans les liturgies de type gallican, les diptyques (memento des vivants et memento des morts) se trouvent avant la préface et ils la suivent dans la liturgie de type romain ; l'explication qu'il donne de cela, c'est qu'à les liturgies gallicanes ont déplacé les diptyques. Mais comment faire admettre cette unanimité de liturgies séparées les unes des autres par des frontières et des traditions, au sujet d'une modification de détail et comment faire accepter l'accord entre elles toutes pour donner à leurs diptyques la même place après ce changement ! ? Quant à voir dans la messe gallicane la messe romaine antérieure à la réforme de saint Damase, « cette hypothèse a pour point de départ une appréciation particulière du sacramentaire véronais ou sacramentaire léonien (voir ce dernier mot), recueil composite et qui contient | quelques pièces bien antérieures. Elles sont pleines de | violentes attaques contre certains confessores, et Probst rattache ces passages aux luttes qui accompagnèrent les débuts du pontificat de Damase. Il en conclut qu'il est l'auteur de ces préfaces et de ces oraisons polémiques. On savait que Damase ne dédaignait pas de triompher littérairement de ses ennemis , mais de là à prolonger avec autant de force l'écho de ses luttes personnelles à travers les prières d'un livre officiel, il y a loin, semble-t-il. Et si Damase a réformé aussi profondément la liturgie, il est invraisemblable que nous n'en sachions rien ; que saint Jérôme, par exemple, n'en ait pas fait mention dans sa notice. Admet-on à tout risque un tel hasard ? Le problème reste entier. D'une part, en effet, ancienne que Damase . D'autre part, on ne s'explique pas que la réforme ait eu pour conséquence d'opposer l'usage galléen à l'usage romain. L'usage gallican serait, d'après Probst, l'ancien usage romain non adapté aux fêtes de l'année. Comment expliquer alors que cet usage soit, de tous, celui qui varie le plus complètement d'une messe à l'autre ? A Rome, la formule du canon était à peu près fixe. Dans les pays de rite gallican, le récit de la dernière cène et de l'institution eucharistique était presque la seule partie qui ne subissait jamais de changement , » L'origine romaine du type gallican trouva un autre défenseur, dom Cagin. « C'est à Rome, écrivait-il, que nous rattacherions volontiers l'unité gallicane », et il s'en expliquait en vingt-sept pages qui firent faire, nous dit-on, « un grand pas » à la question . La remarque ingénieuse qui oppose les liturgies grecques orientales aux liturgies latines occidentales entraine cette conséquence : les premières rentrent dans la famille des liturgies à eucologie uniforme, les deuxièmes dans la famille des liturgies à eucologie variable. Du premier coup, nous arrivons à ce résultat : les liturgies d'Occident appartiennent toutes à la seconde famille et, de ce chef, la liturgie romaine se trouve faire partie de la famille occidentale, car avec la liturgie mozarabe, la gallicane et l'ambrosienne, elle est à eucologie embolismique. Le fait anormal de l'isolement de la liturgie romaine se trouve ainsi expliqué. « Cet exposé n'est vrai que pour la période à partir du IVe. Dans les trois premiers siècles, la distinction entre eucologie embolismique et eucologie uniforme n'existe pas ; la liturgie est soumise à d'autres lois. Il y a une grande liberté dans les formules comme dans les rites, qui explique et partie les variétés des siècles suivants. L'improvisation, sauf pour certaines formules, comme les symboles de foi par exemple, est la loi l'année liturgique est plus | de la prière publique, encore que cette improvisation s'exerce sur un thème prévu. Il nous semble que, vers le IVe, l'Orient, toujours porté en liturgie à | remplacer la liberté de l'improvisation par la solennité hiératique des prières, s'est arrêté à une formule immuable, tandis que l'Occident, entraîné par son esprit d'initiative en matière liturgique, continuait à improviser des oraisons et des préfaces et les variait selon les fêtes et les circonstances liturgiques , » P. Lejay a cru retrouver certaines traces du cycle liturgique dans le calendrier philocalien, établi lui-même sur le vieux férial romain qui remonte au lendemain de la dernière persécution (313), mais il y a, semble-t-il, une part d'imagination, et on pourrait soutenir, avec plus de vraisemblance, que la véritable | origine du cycle liturgique doit être cherchée aux Lieux saints de Jérusalem ou des environs et dans les cérémonies qu'on y célébrait. On ne prétend pas dire. que toutes les fêtes du Christ y ont leur attache topographique, et c'est le cas pour la fête de Pâques et” pour celle du baptême du Christ, mais une fête ou deux ne suffisaient pas à créer le cycle liturgique. Ce serait donc en Palestine, et de la manière que nous” fait connaitre la Peregrinatio d'Ethéria (voir ce nom), - que s'est constitué l'ensemble dans son développement logique . 1 « Primitivement, la liturgie s'est constituée en. dehors de toute idée de cycle ou d'année liturgique. La messe, les synaxes liturgiques ou aliturgiques aux premiers siècles ont lieu à certains jours déterminés. | Mais le jour lui-même ou la fête n'a aucune influence. sur la synaxe ; les rites sont invariables, les formules le | sont aussi en un sens ; elles ne varient que parce. qu'elles furent d'abord improvisées ; le thème restait. le même. La messe est chaque jour la rénovation du même banquet de la pàque ; seules, les lectures de la Bible variaient naturellement à l'avant-messe, parce. qu'on ne pouvait lire toujours le même passage. Ces. lectures furent même, avec le souvenir des grandes dates de la vie de Notre-Seigneur, les principaux facteurs dans la création du cycle liturgique. De bonne. heure, dès le Ier siècle au moins, nous voyons déjà certains passages de l'Écriture assignés à telle ou telle époque de l'année, ou à telle fête. Le choix de la lecture entraînait le sujet de l'homélie ; les oraisons elles-mêmes et la psalmodie s'inspiraient des lectures (à remarquer les traits). Au IVe, le système est en plein épanouissement. A Jérusalem, d'après le témoignage d'Ethéria, le choix des lectures de l'Ancien et du Nouveau Testament et de la psalmodie durant la « semaine sainte est inspiré par le souvenir des scènes de la passion, de la mort du Christ, de la résurrection « et de l'ascension. L'heureux choix des passages de l'Ancien et du Nouveau Testament, l'harmonie entre les lectures et la psalmodie paraissent la frapper comme un fait nouveau et remarquable en liturgie. Ce système devait naturellement s'étendre à toute l'année, à toutes les semaines et même à tous les jours. On peut dire que, du IVe au IXe, la liturgie est en travail du cycle. Seulement, tandis qu'en Orient le système de l'embolisme s'arrêtait aux lectures, en Occident il s'attaquait à toutes les formules et pénétrait jusqu'au-delà des frontières du canon qui, par sa nature même, paraissait plus intangible . » On vient de constater que l'isolement de la liturgie romaine, par rapport aux autres liturgies occidentales, n'est pas aussi réel qu'on le croyait ou qu'on le disait, puisqu'elles ont toutes un caractère commun qui — centrale, la plus vénérable et la plus importante de … les oppose aux liturgies orientales : l'usage de l'embo- - lisme. Voici un autre trait qui concorde avec le précédent : Dans toutes les anaphores il existe une formule |. toutes, c'est celle qui retrace le fait historique de [3 l'institution. Or, une fois encore, nous allons distinguer D Rr - deux groupes. Du côté de l'Orient, une apparente uniD formité dans la formule : In nocte in qua tradebatur, c'est dans la liturgie des Constitutions apostoliques : Ev J| vXp vuxri maxpsbiBoro...' ; dans la liturgie — grecque de saint Jacques : £v 77 ; voxti T Tapeðiðoro ; qne la liturgie de saint Marc : TH voxti À ragcdiSou … ÉxuTôdv ; dans la liturgie de saint Basile : £v 77) vuxri Lh racsBiov éxurtóv 4 ; dans la liturgie de saint Jean Chrysostome : +3 vx à rapedidou Éxurôv ; et à ces témoignages viennent s'ajouter ceux des jacobites I3 - syriens ^, des jacobites coptes , des Abyssins et des “néstoriens . Ensemble imposant à coup sûr, mais - néanmoins uniformité apparente, car il y manque l'accord de la Traditio apostolica et du Testamentum - Domini. En Occident, l'accord est unanime sur la formule : Qui pridie quam pateretur. F. Cagin voyait une importance « capitale » dans le fait que tous les Grecs employaient tradi, tous les Latins pati, et les premiers - nocte, tandis que les seconds pridie. Or, dans la Traditio apostolica, qui est l'anaphore d'Hippolyte de Rome, — nous avons à la fois : cum pateretur... cum que trade- retur, et il n'est question ni de nocte, ni de pridie. Il n'est donc plus possible de dire que « toutes les liturgies occidentales se séparent nettement des liturgies - orientales et suivent le canon romain ! » », et il semble 1 qu'il était prématuré de proposer la rebaptisation du type gallican sous le nom de type latin 1.

Quant aux divergences qu'on consent à reconnaître entre les liturgies de type gallican et le type romain, elles se réduiraient à deux : 1« dans le type gallican, - la lecture des diptyques et le baiser de paix précèdent - la préface ; 2 » à Rome, les diptyques prennent place dans le canon et le baiser de paix précède la communion. Les partisans de la théorie dont nous parlons se trouvent réduits à soutenir qu'aucun de ces éléments n'est primitif ni essentiel et que les diptyques et le - baiser de paix se trouvaient primitivement avant le canon, dans la liturgie romaine comme dans le rite oriental. C'est plus tard, vers le Ve ou VIe, que se fit, dans le type romain, ce transfert, tandis que les liturgies de type gallican, qui vivaient alors de leur vie propre, demeuraient fidèles à l'ancienne pratique. Nous n'avons rien omis de ce qu'on a estimé une démonstration, sans s'élever cependant au-dessus de — l'hypothèse ; d'ailleurs, l'opinion d'un rite romain antérieur-


AANI. LEDE SACRAMENTIS DU PSEUDO-AMBROISE. — La solution romaine du problème touchant l'origine du rite gallican est aussi fragile que la solution éphésienne. Au contraire, la solution milanaise rentre dans un ensemble de faits établis et offre des concordances historiques dignes d'attention. Un doute subsiste, mais, dans le domaine de la conjecture, il faut choisir celle qui s'adapte le mieux à nos connaissances actuelles. Le nœud de la question est dans les anciens livres de la liturgie milanaise. Dans cet ordre de connaissance, on a vécu plusieurs siècles sur les quelques pages insérées, au XVIe, par le chanoine Pamelius, dans son Liturgica latinorum (1571), sous le nom de « messe milanaise » ; mais le texte publié par Pamelius est artificiel et résulte en grande partie de combinaisons personnelles à l'éditeur. Il a intercalé le canon romain parmi des éléments milanais et multiplié, plus que de raison, les inexactitudes. L. Duchesne prit soin de signaler un fragment du De sacramentis du pseudo-Ambroise, inséré par Pamelius dans son texte. Ce texte a son importance, puisqu'on y rencontre de longs fragments qui se retrouveront presque à la lettre dans le canon romain. Si le De sacramentis n'est pas de saint Ambroise, il pourrait en être et ses analogies avec le De mysteriis sont frappantes ; s'il n'est pas de Milan, il peut être de Ravenne, c'est-à-dire qu'on n'en sait rien.

Voici d'abord le texte du De sacramentis '* mis en regard du texte du canon romain.

Te igitur... ca m =] el pelimus el precamur, ul han : oblationem suscipias in sublimi altari tuo per manus angelorum tuorum, sicul suscipere dignalus es munera pueri turi justi Abel el sacrificium palriarchie nostri Abrapanem sanctum vile &lernæ el calicem salulis perpeluæ, Supra quie propilio ac sereno vuliu respicere digneris, el accepla habere, siculi accepta habere dignatus es munera pueri tui justi Abel, et sacrificium patriarchae nostri Abrahæ, et quod tibi obtulit summus sacerdos luus Melchisedech, sanclum sacrificium, imunaculatam. hostiam.

Suppli ces le rogamus, omnipotens Deus ; jube hæc perferri per manus santi angeli tui in sublime allare tuum, in conspectu divine majestatis (ui... hue el quod libi obtulit summus sacerdos Melchisedech.

« Il faut tout d'abord remarquer que le texte du De sacramentis n'est pas, comme le canon romain, un texte proprement liturgi que ; c'est une citation donnée par un écrivain au cours d'un traité sur la messe, texte qu'il expli que et qu'il commente, ce qui a permis à certains auteurs ? de n'en pas faire grand cas. Il faut ensuite compléter ce texte que nous avons cité (ce qu'on ne fait pas toujours) par les passages qui suivent et qui font partie de la messe.

« Le Hee quotiescum que feceritis, qui man que dans le texte précédent, est donné un peu plus loin : Vide quid dicat : quoliesceum que hoc feceritis toties commemoralionem mei facietis donec ilerum adveniam ?. D'après un autre passage, les fidè les disaient Amen apres la communion . A la communion on chante le psaume xxii : Dominus pascit me el nihil mihi deerit +, On peut méme supposer que le Pafer, dont le commentaire est donné, se disait à ce moment et se terminait par une doxologie qui diffère de celle usitée dans les liturgies occidenta les, mais serapproche dela doxologie orientale : Quid requiritur ? audi quid dicat sacerdos : per Dominum nostrum Jesum Christum in quo tibi est, cum quo tibi est honor, laus, gloria, magnificentia, polestas cum Spiritu Sancto a seculis, et nunc el semper, et in omnia sæcula sieculorum. Amen. — On aura remarqué que, dans le texte du De sacramentis, manquent les mots sanctum sacrificium, immaculatam hosliam, ajoutés par saint Léon.

648 Les différen ces que l'on remar que entre les deux textes ne manquent pas d'importance. Le canon romain a rejeté les mots quod figura est corporis el sanguinis Jesu Christi, qui pourraient prêter à é quivo que, encore qu'ils soient conformes à une tradition dont on retrouve des exemp les notamment dans l'anaphore de Sérapion. Le sens n'est pas que l'eucharistie n'est qu'un symbole ou une figure. Le contexte - | du De sacramentis prouve, au contraire, combien l'auteur est persuadé de la réalité de la présence du corps. et-du sang du Christ après les paro les de la consécraLion. Le figura corporis répond, en réalité, à sacramentum corporis. Il en est de ce terme comme de celui de ouolwux, qui en est le synonyme, et d'évrirurx dont les Grecs se sont servis longtemps et qui eût pu étre employé dans un sens orthodoxe. Mais le danger d'une | équivo que les a fait abandonner de bonne heure .

« Le canon romain supprime l'incise quod pro multis | confringelur, qui existe sous cette forme ou sous des formes analogues dans de nombreuses liturgies ; il se contente du pro nobis et pro multis effundetur ; la répé- tition du pridie quam paleretur a été supprimée aussi dans la consécration du calice. Au contraire, la formule méme de consécration du calice est plus sommaire dans le De sacramentis et, si l'on peut dire, plus ramassée, la formule romaine plus ample et pius explicite.

« Dans l'anamnése romaine, l'addition nos servi lui sed el plebs tua sancta, et de l'incise praeclare majestati luæ de tuis donis ac datis, et les répétitions hostiam puram, hostiam sanctam, hostiam | immaculatam, le panem sanctum vilæ ælernæ el calicem salutis perpetuæ, sont d'importance, et accusent une rédaction plus appliquée ; ils conservent aussi des éléments traditionnels, comme le de fuis donis ac datis. Ce n'est pas une simple périphrase, ce sont des précisions d'une certaine portée. La priére au Pére d'accepter ce sacrifice est aussi plus solennelle et plus précise. La substiM tution du per manus angeli tui au per manus angelorum tuorum est heureuse, car c'est le plus souvent sous la forme du singulier qu'il est fait allusion dans la liturgie et méme dans l'Ancien Testament à F « ange du Seigneur ». On sait, du reste, à combien d'interpréLations ont donné lieu ces termes sous lesquels on a méme vu le Saint-Esprit ou le Verbe de Dieu. La finale de l'oraison romaine ui quotquot, dont il n'est pas fait mention dans le De sacramentis, a aussi une haute signification.

« Le texte romain est donc plus étudié, plus complet, plus riche de sens que celui du De sacramentis. Nous y reviendrons *. »


MESSE. XXXII.

— rien contre la valeur du document considéré comme | expression du rituel gallican. Qu'il soit sorti de la | plume de saint Germain ou de celle d'un autre clerc |j | — mérovingien, cela n'a évidemment auc une importance L— pour l'usage que l'on en fait ici. Saint Germain de.— Paris est célèbre ë pour son zèle à célébrer dignement Ë les saints offi ces ; il n'est pas étonnant qu'il se soit.— donné la peine d'écrire quelques pages sur le sens sym- | -boli que des rites de la liturgie. Tel est, en effet, le sujet traité dans les deux lettres ; la premiere est con- — sacrée à la messe, la seconde à certains détails spé- |. ei aux, aux cérémonies extraordinaires, aux vête- “ments liturgiques. Pour expliquer les rites, le vénérable |. auteur est obligé d'en faire une description sommaire ~ et c'est là ce qui fait pour nous l'intérêt de son | Expositio . » & cette unanimité venaient s'ajouter la — conviction motivée de F. Probst et celle de P. Lejay — qui y voit « le guide le plus sûr pour restituer la messe — gallicane ? ». — Cependant, des doutes timi des s'insinuaient. Tel proposait d'expédier l'Erposifio au xt siécle ; tel autre laissait percer un doute ? ; celui-ci décidait |. qu'un évê que ne commence ja mais un traité par les — mots : Prima igitur '^ ; celui-là opinait du bonnet !, P. Batitfol survint et expliqua que, chez un évê que mérovingien, ce début n'a rien de surprenant, ses - collègues s'en accordaient bien d'autres ?, Puis, repre- — nant une opinion de dom Marténe qui supposait que — cet écrit n'était que l'abrégé d'une œuvre plus étendue, il montra comment I' Expositio était en forme de deux 5 lettres bien distinctes, comme on va le voir :...sed — jam epistola finem accipiat in qua solempnis ordo breviter declaratus ostenditur, quatenus in secunda epistola de comm une offitio donante Domino auribus pandatur, qui vivit. Incipit epistola secunda de comm une offitio. 1 Quia favente Domino ordinem sacre oblationis in — priore epistola breviter explananda perstrinximus, nunc — diversa ecclesia(e) carismata qua ratione subsistant, > 3 a n s - 1 : — juxta quod nobis Dominus intelligere tribuit, brevi © paginola commendemus.


LA MESSE GALLICANE A

On voit que la première lettre s'achéve par un averlissement et la deuxiéme commence par un exorde, d'où on peut inférer que le début de la première man que et que prima igilur n'est pas la phrase initiale.

La premiére lettre aura recu d'un copiste une distribution en paragraphes qui signale le contenu de chacun de ceux-ci : De prophetia, de caticumino, de sono, etc., mais ces titres ne sont pas poussés au delà du milieu de la première lettre, ce qui porte à croire que le titre général doit être lu comme il suit :

Capitula pairů traditiont suscipim' quomo dao solemnis ordo ecclesie agetur » ;

Quib : ue insiructionib ; Kanon ecclesiasticus decora tur. Germanus eps parisius scripsit de missa ; Prima igilur ac suma omniir carismali missa.

Dom Marténe a négligé la transcription des quatre premiers mots : Capitula patrum traditionum suscipimus. Ces mots, observe P, Batiflol, ne sont pas un titre, mais l'incipit d'un discours, dont on peut dire que les mots qui suivent le continuent jusqu'à de missa. Mais doit-on lier de missa à scripsit ? Ce n'est pas nécessaire. On peut, en effet, voir dans de missa un titre analogue à ceux qui vont suivre : De prilegere, de silentio, de aius, de prophelia, etc. Nous lirions donc, dit-il : De missa, et nous aurions la disposition suivante :

Cette lecture, aussi ingénieuse que vraisemblable, nous montre que saint Germain n'avait pas seulement écrit de missa, ce qui ne peut s'entendre de la seconde lettre où il n'est pas question de la messe, mais qu'il avait écrit pour enseigner quornodo solemnis ordo ecclesic agitur quibusve instructionibus kanon ecclesiasticus decoratur, et cette description peut s'appliquer aux deux lettres. Le copiste entreprend un recueil d'ordonnan ces et de traditions des Péres ; il commence par les instructions de l'évé que de Paris, Germain, auquel il ne donne pas Ie qualificatif de saint, ce qui permet de le eroire encore en vie. Lu de cette maniére, ce court prologue de l'Expositio prend toute sa valeur d'introduction aux deux lettres de l'évé que de Paris dont il supprime le début de la première, pour commencer par ce qui a trait à la messe.

C'est, nous assure-t-on, dans le De ecclesiasticis

651 XXXII.


MESSE. — officiis de saint Isidore de Séville que l'auteur de l'Expositio a puisé à pleines mains, six fois au moins, et la dépendance de celle-ci étant sûrement établie et indiscutable par rapport au De ecclesiasticis officiis, il devient inutile d'aller plus loin. Or, le texte de l'Expositio, conservé dans un unique manuscrit, porte le nom de saint Germain de Paris ; ce texte était conservé à Autun où cet évêque avait été abbé et on n'a pas l'ombre d'une raison pour suspecter l'attribution qui lui est faite. En outre, tous les détails de l'Expositio pouvant être confrontés avec des vestiges du rite gallican, tel que Grégoire de Tours nous permet de l'entrevoir au VIe, coincident exactement avec cette époque et on n'a pas même l'apparence d'un indice qui invite à y voir un usage de date postérieure. Retirer à saint Germain l'Expositio devient, dés lors, une fantaisie qui échappe à la discussion. — Il reste les six textes communs à l'Expositio et au De ecclesiasticis officiis. Or, nous avons dit que saint Germain occupa le siège de Paris de 555 à 576 ; à cette date, qui est celle de sa mort, l'auteur du De ecclesiasticis officiis était âgé de six ans. Ce serait assurément un exemple de précocité exceptionnelle que de lui attribuer le De ecclesiasticis officiis en un âge si tendre, mais, heureusement, on n'y songe pas et on consent à ce que le traité en question ait été écrit et publié vers 620. On n'a aucune preuve certaine que ce traité ait pénétré en Gaule — nous ne disons pas dans la Narbonnaise — avant le IXe, et cependant il existe, non pas six, mais un passage dans le De ecclesiasticis officiis qui lui est commun avec l'Expositio. Lequel des deux est dans la dépendance de l'autre ? Lorsqu'on a quelque connaissance de la méthode de travail de saint Isidore de Séville et qu'on a pris le soin de dresser, ainsi que nous l'avons fait, il y a des années, un inventaire de sa bibliothèque, on reconnaît sans hésitation que l'évêque de Séville, véritable bibliophile, érudit le mieux informé de son temps, a possédé le traité composé par l'évêque de Paris sur la matière qui faisait l'objet du De ecclesiasticis officiis ; non seulement il l'a possédé, mais il en a fait usage et il en a tiré une phrase entière. On s'étonnera d'autant moins que saint Isidore possédât l'Expositio que nous croyons savoir quelque chose du prix qu'il y attachait. Trois ans avant sa mort, survenue en 636, l'évêque de Séville siégeait au IVe concile de Tolède (633) qui, dans son 26e canon prescrivait que : Quando presbyteri in parochiis ordinantur libellum officialem a sacerdote (l'évêque) accipiant, ut ad ecclesias sibi deputatas instructi succedant !, Ce libellus officialis qui dirigeait les prêtres lors de l'accomplissement des cérémonies du culte dans les paroisses et dont aucun exemplaire ne semble avoir été conservé, Isidore en avait le parfait modèle : l'Expositio de saint Germain de Paris.

L'Expositio conserve donc sa valeur liturgique pour l'Église de Paris vers le troisième quart du VIe. Cette pièce fondamentale nous a conservé une description que la finesse pénétrante des liturgistes les plus subtils avait su reconnaître et utiliser ; les conclusions que leur expérience n'a pas hésité à formuler sur l'autorité de ce document pour l'histoire des origines de la liturgie gallicane demeurent inébranlées, ses affinités avec la liturgie byzantine sont confirmées. Autour de cette description, comme d'une armature, les textes disséminés dans Grégoire de Tours et dans quelques canons conciliaires du VIe peuvent servir à confirmer l'ensemble et à illustrer certains détails.

A qui s'adressait plus particulièrement l'auteur de l'Expositio ? Comme les deux lettres ne doivent pas être séparées et que leur contenu est surtout utilisable par les prêtres, c'est à eux plutôt qu'aux fidèles que les conseils sont donnés. Celui qui célébre la messe est un sacerdos, mais on sait que ce terme a subi une lente évolution et que, réservé jadis à l'évêque, il s'appliquait déjà, au VIe, à des prêtres. D'ailleurs, tout ce qui est dit du sacerdos peut être appliqué indifféremment à un évêque ou à un prêtre. Toutefois, une différence entre eux deux est signalée à propos de la bénédiction qui précède la communion. Dieu a voulu que le peuple soit béni par Aaron et par ses fils, Aaron étant la figure du Christ ; ses fils, la figure des prêtres : Aaron igitur locum Xristi, filii ejus locum presbiterii portaverunt. Le Seigneur veut que le peuple soit béni par les deux : Ambobus igitur mandavit Dominus benedicere populum, sed tamen propter servandum honorem pontificis sacri constituerunt canones ut longiorem benedictionem episcopus proferret, breviorem vero presbiter funderet.

Voici un autre indice qui tend à confirmer que cette liturgie peut être célébrée par un prêtre. L'auteur — dit que l'homélie est lue et qu'elle est empruntée à quelque saint Père : Homeliæ autem sanctorum quiæ leguntur pro sola prædicatione ponuntur, ut quicquid propheta et apostolus vel evangelium monuit, hoc doctor vel pastor ecclesiae apertiore sermone populo praedicet, ilia arie temperans ul nec rusticitas sapientes offendat, nec honesta loquacitas obscura rusticis fiat. Ce conseil d'un évêque qui fait allusion à l'inconvénient de la « rusticité » de langage doit bien s'entendre des prêtres — qui n'y étaient que trop exposés (voir Dictionnaire, t. VII, col. 2627-2630). Cette expression ad prolegendum trouve son explication dans la liturgie mozarabe, où on rencontre une mention analogue, antiphona ad prolegendum ou plus simplement Ad prolegendum et Ad prelegendum *, qui correspond à notre introit (voir ce mot). Ad prolegendum ne désigne pas les leçons qui seront lues après le chant, mais le chant lui-même. L'auteur donne une explication mystique de ce chant, c'est un canti que annonciateur du Christ que figure le célébrant : les clercs qui chantent représentent les patriarches qui ont prophétisé le Christ avant le déluge, comme Hénoch : Antiphona ad prolegendum canitur in specie patriarcharum illorum qui ante diluvium adventum Xristi mislicis vocibus tonuerunt. Sic Enoc septimus ab Adam, qui translatus est a Deo prophetavit dicens : Ecce venit Dominus in sanctis mirabilibus suis facere judicium, et reliqua. Les clercs qui chantent marchent devant l'officiant, comme ces patriarches précédaient le Christ : Iia psallentibus clericis procedit sacerdos in specie Xristi de sacrario tanquam de cælo in arca Domini qua est Ecclesia. Nous avons donc là un chant de procession (pracedit) et d'introit !. Ce que nous avons dit de ce rite (L. VII, col. 1212-1220) nous dispense d'entrer ici dans le détail.

Le diacre aborde le peuple par ces mots : Silentium diaconus annuntiat. Grégoire de Tours fait allusion à un pareil avertissement, mais lui non plus ne donne la formule* : mais, dans le missel mozarabi que, où elle ne se rencontre pas, à cet endroit, le diacre : Silentium facite. Après cet avertissement, dont il faut retenir qu'on causait sans trop se gêner dans les églises, l'évêque salue l'assistance en disant : Dominus sit semper vobiscum, et tout le monde répond : Et cum spiritu tuo. À Rome et à Milan, cette salutation n'avait pas la même bonne grâce, on jetait hâtivement Dominus vobiscum, le gallican et le mozarabe, mieux éduqués, ajoutaient si semper.

Fidèle à son dessein qui est de commenter au peuple la part qui est la sienne dans la liturgie, notre liturgiste observe que le diacre commande le silence, — afin que le peuple entende mieux la parole de Dieu. Il ne se contente pas de dire que Dominus sit semper vobiscum est une bénédiction donnée par le célébrant au peuple, il ajoute que Et cum spiritu tuo est une bénédiction donnée par tout le peuple au célébrant : De ore totius populi recipit benedictionem. De la parole de Dieu qui suit le salut du célébrant au peuple, c'est-à-dire de la collecte prononcée par le célébrant après son Dominus sit semper vobiscum, notre liturgiste ne souffle mot. Par contre, il va s'étendre longuement sur le chant exécuté avant les trois leçons ?.

La prophétie qu'on chante ensuite est le canti que Benedictus Dominus Deus Israel . Grégoire de Tours confirme le renseignement donné par saint Germain de Paris ; il ajoute que c'est l'évêque lui-même qui entonne ce canti que à la messe . Les anciens livres gallicans nous ont conservé plusieurs collectes post propheliam, par exemple deux dans le Missale gothicum et sept dans le missel de Bobbio . Le chant du Benedictus se faisait en l'honneur de saint Jean-Baptiste et du baptême qui est le commencement du salut : Ideo prophelia quam pater ejus ipso nascente cecinil alternis vocibus ecclesia psallet. Cependant — les indications rapportées ici se lisent dans la seconde lettre — saint Germain observe que le Benedictus ne se chante pas en carême, parce qu'en carême le baptistère est fermé et que les canons interdisent d'administrer alors le baptême. On chante pendant cette saison liturgique, au lieu et place du Benedictus, un chant désigné par ses premiers mots : Sanctus Deus archangelorum.

Viennent maintenant les leçons.

Le missel de Bobbio, le lectionnaire de Luxeuil et les livres wisigothiques témoignent de la lecture de l'Apocalypse pendant le temps pascal, et le IVe concile de Tolède (635) en fait une obligation.

Les passions des martyrs ou les vies de saints étaient lues à la messe le jour de leur fête non seulement en Gaule, où nous possédons l'attestation de Grégoire de Tours ™ et le témoignage du lectionnaire de Luxeuil', mais encore à Milan ! ? et en Espagne ?, La seconde lecture de la messe est prise dans les Actes des apôtres ou dans les épîtres. Ici encore, attestation concordante de Grégoire de Tours, qui nous apprend que le choix des lectures bibliques remontait à un règlement ancien : canon sacerdotalis, canon antiquus'. Pendant le temps pascal, les livres gallicans et mozarabes partent bien, comme saint Germain de Paris, des Actes et de l'Apocalypse : Actus autem apostolorum vel Apocalypsis Johannis pro novilate gaudii pascalis leguntur ; nous retrouvons cet usage dans le lectionnaire de Luxeuil, le missel de Bobbio, le lectionnaire de Silos et les missels mozarabes *.

Après ces deux leçons hymnum autem trium puerorum... canitur, c'est le chant des trois enfants dans la fournaise : Benedictus es, appelé aussi Benedictio. Ce nom est spécial au chant car il lui est appliqué par Grégoire de Tours , et on le retrouve dans le missel de Bobbio , dans le lectionnaire de Luxeuil , dans le psautier du comte Evrard, et dans plusieurs missels mozarabes. Toutefois, Grégoire de Tours mentionne ce chant à propos de matines, et de même les livres mozarabes « , tandis que la liturgie romaine en fait usage à la messe 7, et le missel de Bobbio le place aussi à la messe, ainsi que le lectionnaire de Luxeuil, à certains jours du moins. Il en est de même en Espagne où les missels mozarabes se conforment à la décision prise par le IV concile de Tolède, en 633 : « Dans toutes les Églises d'Espagne et de la Gaule [narbonnaise | le saint concile établit qu'en la solennité de toutes les messes ledit hymne soit chanté dans la chaire du lecteur, in pulpito ?. » Seulement, dans la liturgie mozarabe, l'hymne prenait place entre la première lecture et la seconde. Le chant du Benedictus es au samedi des quatre-temps, dans l'Église romaine, est une survivance de cet antique usage. Dans le missel de Bobbio, nous trouvons la mention d'une collecte post benedictionem, qui parait être une dérogation à l'usage attesté par plusieurs témoins d'un répons chanté qui doit être identifié avec le psallendum, le versus ou clamor ou psalmellus ; à Rome, on avait, après les lectures, le répons et l'alleluia, remplacé parfois par le Tractus », Le IVconcile de Tolède condamne l'usage introduit dans plusieurs Églises d'Espagne de chanter des laudes entre l'épître et l'évangile Y. Sous ce nom, il faudrait entendre avec saint Isidore l'Alleluia ', Grégoire de Tours nous dit qu'un psalmus responsorius était chanté pendant la messe solennelle ' ?, mais il n'en fixe pas le moment. D'après lui, le répons était chanté par le diacre ; c'était là, en effet, l'usage de Rome avant saint Grégoire. Celui-ci réserva l'exécution des chants à une schola de chantres # composée de sous-diacres et de jeunes lecteurs ; saint Germain nous apprend qu'à Paris le responsorium a parvulis canitur. saint Germain indique la reprise du trisagion en attendant la lecture de l'évangile : Tune in adventum sancti evangelii claro modulamine denuo psallit clerus Aius. C'est une innovation dont on ne trouve pas d'autre exemple, en cet endroit de la messe, dans aucune liturgie ; le but de ce chant, à cette place, était d'ajouter à la solennité de la lecture imminente de l'évangile. d) L'Évangile. — Tandis que s'achève le chant du trisagion, les ministres se rassemblent pour transporter le livre des évangiles, entouré de sept candélabres, sur l'ambon où aura lieu la lecture : Egredilur processio sancti Evangelii velut potentia Christi triumphantis de morte, cum prædiclis harmoniis et cum seplem candelabris luminis, quie sunt seplem dona Spiritus sancti vel in tribunal analogii... clamantibus clericis : Gloria tibi Domine. On ne sait de quel point du sanctuaire part la procession, qui se dirige vers l'ambon chantant l'acclamation : Gloria tibi Domine, qu'on retrouve dans | toutes les liturgies latines comme la réponse de l'assistance à la leçon évangélique : Lectio sancti evangelii secundum N. Chez Grégoire, qui représente l'usage de l'Église de Tours, l'acclamation diffère, on dit : Gloria Deo omnipotenti ^. Une fois terminée la lecture de l'Évangile, celui-ci est rapporté avec le même cérémonial, au chant du Sanctus entonné à l'aller et qu'on reprend au retour. Ainsi les clercs acclament le Christ comme firent les saints à sa sortie des enfers, ou à la manière des septante vieillards de l'Apocalypse jetant leurs couronnes devant l'Agneau au chant d'un cantique. A Milan, on faisait suivre l'évangile du Deminus vobiscum et d'un triple Kyrie avec une antienne variable ; en Espagne, c'était une antienne avec Alleluia et qu'on appelait laudes. À Rome, le pape disait au diacre : Pax libi, ensuite : Dominus vobiscum et Oremus. e) L'homélie. — On lit l'homélie empruntée à « quei que saint Père. Nous avons dit que saint Germain recommandait qu'on évitât de la confier à des prêtres sans instruction et qui jargonnaient plutôt qu'ils ne parlaient : Homiliæ autem sanctorum qua leguntur... ut nec rusticitas sapientes offendat. Ces homélies étaient lues et tirées de recueils tout faits, car, sans doute, on se défiait de la prédication et des surprises qu'elle pouvait réserver. On pourrait croire que les prêtres parisiens n'avaient pas, au vr siècle, la langue moins bien pendue que de nos jours ; mais, même en plein terroir méridional, on voit saint Césaire d'Arles prévoir le cas où, le prêtre de paroisse étant empêché par la maladie, il faut se garder de l'improvisation de ses diacres et y couper court en leur mettant en mains un recueil d'homélies et d'expositions des Pères'. On voit qu'à Arles et à Paris, presque au même moment, la prévoyance de l'évêque s'exerce sur le même sujet. Une lettre du pape Célestin aux évêques de Provence les blâme de laisser prêcher les prêtres « . f) La prière litantique. — Ici se placent les prières litaniques que l'on peut rattacher à l'avant-messe, au moins dans l'usage des Gaules, puisqu'on ne renvoyait les catéchumènes qu'après ces prières. C'est le diacre qui récite : Precem (psallunt levitæ) pro populo ab origine libri Moysacis ducit exordium, ul audita |.Apostoli] prædicatione, levilæ pro populo deprec(a)ntur et sacerdotes prosirati ante dominum pro peccatis populi interced{u )nl. Nous avons ici la litanie diaconale que plusieurs ont confondue avec la prière des fidèles !, « La prière diaconale et la prière des fidèles présentent des analogies et appartiennent, croyons-nous, au genre des prières litaniques, mais elles se distinguent cependant par certains caractères qu'il faut énoncer ici, parce que la question a son importance !*, « La prière des fidèles est une prière récitée, après le départ des catéchumènes, par les seuls fidèles et qui fait donc partie de la messe des fidèles. Cette prière s'appelle indifféremment la prière de l'Église, la prière commune, la prière des fidèles. En Occident, 656 7 p(eteris) legis lumina mysterio crucis confixa ascendens ^

|T 657


MESSE. L A notamment à Rome, elle est récitée de la façon suivante : le pontife invite les fidèles à la prière ; le diacre intime l'ordre de fléchir les genoux : l'évêque


AAAXII.

| — prononce la prière, les fidèles répondent par l' Amen...

Cette prière porte le cachet de l'Église romaine, où l'autorité ecclésiastique maintient toujours ses droits ; ~ la part des fidèles y est réduite au minimum, tandis

: F

prière dans les Orationes sollemnes du vendredi saint. qu'en Orient l'initiative du peuple chrétien est bien plus large. De telle sorte que la « prière des fidèles » à Rome serait plus justement nommée la « prière pour les fidèles ». Nous avons un type bien conservé de cette Mais toute autre trace en a disparu dans la liturgie romaine. La prière des fidèles, sous une forme analogue, a existé dans les liturgies gallicanes au vr ? siècle, à preuve un texte d'un concile de Lyon sous Sigismond (516-523) qui fait allusion à l'oratio plebis quæ. post evangelium legitur *. Mais elle a disparu depuis, comme à Rome, et l'on ne trouve plus dans les recueils de la liturgie gallicane que des litanies diaconales imitées de celles de la liturgie byzantine.

« Ces litanies ou ótwxxovtxx sont récitées par le diacre et font partie de l'avant-messe. A chaque invocation du diacre, le peuple répond Kyrie eleison et, à la fin, le célébrant conclut par une oraison. Ce type de - prière, créé sans doute à Antioche, fut adopté à Constantinople et, de là, transporté à Rome et en Gaule au v siècle. La supplicatio litaniæ, dont il est question dans la règle de saint Benoit, les preces deprecationes lelanisz, le Kyrie de la messe romaine en sont dérivés.

Incipit letania. Dominica I* de Quadragesima.

Divinæ pacis el indulgentiæ munere supplicantes, ex foto corde et ex tota mente precamur te, Domine, miserere.

Pro Ecclesia lua sancta catholica, quie hic et per universum orbem diffusa est, precamur...

Pro papa nostro illo 3 el omni clero ejus omnibus que sacerdolibus ac ministris, precamur...

Pro famulo tuo illo imperatore et famula tua illa imperatrice ef omni exercitu eorum, precamur...

Pro pace ecclesiarum, vocatione gentium et quiete populorum, precamur...

Pro plebe hac et conservatione ejus omnibus que habitantibus in ea, precamur...

Pro aerum temperie ac fructuum et fecunditate terrarum, precamur...

Pro virginibus, viduis, orfanis, captivis ac penitenlibus, precamur...

Pro navigantibus, iter agentibus, in carceribus, in vinculis, in metallis, in exiliis constitutis, precamur...

Pro his qui diversis infirmitatibus detinentur, qui que spiritibus vexantur immundis, precamur...

Pro his qui in sancta tua Ecclesia fructus misericordis largiuntur, precamur...

Exaudi nos Deus, in omni oralione at que deprecalione nostra, precamur...

Dicamus omnes : Domine miserere Ky(rie eleison), Ky(rie eleison), Ky(rie eleison).

Voici le Dicamus omnes, entre l'épître et l'évangile, dans le missel de Stowe :

Dicamus omnes : « Domine, exaudi el miserere, Domine, miserere », ex tolo corde el ex tola menle, Qui respicis super terram et facis eam tremere. — Oramus [fe Domine, exaudi el miserere ] *.

658 1. Pro altissima pace el tranquillitate temporum nostrorum, pro sancla Ecclesia catholica quie a finibus us que ad terminos orbis terrae, — Oramus.

2. Pro pastore n |ostro] episcopo et omnibus episcopis etl presbyteris el diaconis el omni clero. — Oramus.

3. Pro hoc loco et inhabitantibus in eo, pro piissimis imperatoribus el omni Romano exercitu. — Oramus.

4. Pro omnibus qui in sublimilale constituti sunt, pro virginibus, viduis et orfanis. — Oramus.

5. Pro peregrinantibus el iler agentibus ac naviganlibus et pœnitentibus el calechumenis. — Oramus.

6. Pro his qui in sancta Ecclesia fructus misericordiæ largiuntur, Domine Deus virtutum, exaudi pre ces nosiras. — Üramus.

7. Sanctorum apostolorum ac martyrum memores simus, ut orantibus eis pro nobis veniam mereamur. — Oramus.

8. Christianum et pacificum nobis finem concedi a Domino precemur. — Presta, Domine, presta.

9. Et divinum in nobis permanere vinculum caritatis sanctum Dominum deprecemur. — Præsta.

10. Conservare sanctitatem el catholieæ fidei puritalem Dominum deprecemur. — Priesta.

Dicamus, ele.

Ces prières diaconales présentent les plus grandes analogies avec celles des Constitutions apostoliques que nous avons citées, avec la Deprecatio sancti Martint du missel de Stowe et la Deprecalio pro universali Ecclesia attribuée au pape Gélase (492-496) *. g) Le renvoi des caléchuménés. — La fin de la prière diaconale marque l'achèvement de la messe des caléchuménés et le renvoi de ceux-ci. Ce congé donné par le diacre est appelé par saint Germain calicuminum, bien que l'assistance ne compte plus de non baptisés à congédier. L'évêque de Paris prend donc soin d'expliquer le rite du caticuminum comme survivant à sa raison d'être. Il dit : Caficuminum ergo diaconus ideo clamat, juxta canticum ( — antiquum) Ecclesise ritum, ut tam Jud(aJei quam h(a eretici vel pagani, qui gran des ad baptismum veniebant et ante baptismum probantur ( =probabantur), starent in ecclesia el audirent consilium veteris et novi testamenti, postea deprecarent pro illis levit(a)e, diceret sacerdos collectaím ) post precem, exirent postea foris, qui digni non erant stare dum inferebalur oblatio, el foras ante ostium abscullarent prostrati ad terram magnalia Dei, quie cura ad diacanum vel ad osliarium pertinebat, ut illos admoneret exire, iste provideret ne quis indignus retardaretur in templo dicendo : Nolite dare sanctum canibus ne que mittatis margaritas vestras ante porcos. Quid enim in lerra sanclius confectione corporis el sanguinis Xristi.

Ainsi, vers le temps de l'épiscopat de saint Germain, le renvoi des catéchumènes était une cérémonie de pure forme à Paris ; il en était de même à Tours où, sous l'épiscopat de saint Grégoire, on renvoyait pénitents et excommuniés des solemnia missarum ?, mais il n'était plus question de catéchumènes. Un demi-siècle auparavant, au concile d'Épaone (voir ce nom), en 517, on veillait à renvoyer en même temps pénitents et catéchumènes . On conservait néanmoins le rite quoiqu'il fût désormais sans objet, mais on prenait soin d'en fournir l'explication. La formule de renvoi n'est pas donnée ici ; probablement c'était quelque chose dans ce genre : Ne quis catechumenus ou bien : Catechumeni recedant. Dans le rituel milanais on lit celle-ci : Si quis catechumenus procedat, si quis judæus procedat, si quis paganus procedat, si quis hereticus procedat, cujus cura non est procedat, Saint Grégoire I, dans ses Dialogues, nous rappelle encore la formule : Si quis non communi cet det locum et, jusqu'à nos jours, le pontifical romain a conservé à l'ordination des exorcistes cette curieuse formule : Exorcistam oportet... dicere populo ut qui non communicat det locum. Saint Germain emploie les paroles de l'Évangile : Nolite dare... « Par chiens et par pourceaux on doit entendre, écrit-il, quiconque n'a pas été purgé par le baptême ou muni du signe de la croix », vel non munitus crucis signaculo. On comprend que le baptême soit requis, puisqu'il s'agit du renvoi des non baptisés. Mais que peut bien être ce crucis signaculum qui n'est pas le baptême ? Les lignes qui suivent donnent la réponse à cette question. En effet, notre liturgiste poursuit en parlant du signum « crucis dont les fidèles se signent la face, pour fermer leurs yeux à la concupiscence, leurs oreilles à la colère, leurs lèvres aux paroles déshonnêtes, leur cœur devant s'appliquer uniquement à recevoir le Christ : Signum crucis ponamus ante faciem nostram. Les premiers mots de ce petit développement s'appliquent, pensons-nous, au même rite, mais ils appellent quelques retouches textuelles. Les mots jubemur silentium facere observantes ad ostium ne sont pas très explicites : on pourrait, à la rigueur, supposer que le diacre, après avoir congédié les catéchumènes, intime le silence aux assistants, mais non qu'il leur ordonne de surveiller la porte de l'église !. » Mais, si l'avertissement s'adresse aux clercs chargés d'empêcher que des païens, des hérétiques, des indignes et, plus ordinairement sans doute, des ivrognes ou des malintentionnés n'osassent pénétrer à l'intérieur de l'édifice pendant la durée des saints mystères, faut-il aller chercher l'origine de cette recommandation relative à la surveillance des portes jusqu'à Constantinople et à Antioche ? Cela se peut. Les principaux textes des liturgies grecques nous offrent, au début de la messe des fidèles, ces mots tg Oùpæg dans la bouche du diacre ? ; la liturgie de saint Jacques associe cet avertissement à la formule de congé . Peut-être un lointain écho des Constitutions apostoliques ?

Quoiqu'il en soit, l'avertissement est associé à l'injonction de faire silence : Spiritualiter jubemur silentium facere observantes ad ostium, id est uf lacentes a tumultu verborum... hoc solum intendat ut in se Christum suscipiat. L'invitation au silence est attestée en ce même moment par Grégoire de Tours * : diaconus silentium populis ut missæ auscultaretur indixit. L'injonction est probablement formulée dans les mêmes termes qu'au début : Silentium facite.

A PARIS 660.

Destination différente . Ici le mot sonus avait peut-être été fourni par le verset 3 du psaume cL : Laudate eum sono lubiz. Saint Germain rattache ce mot au précepte de Moïse ordonnant aux lévites de sonner des trompettes d'argent quand on offrait une victime, quando offerebatur hostia, afin que ce signal annonçât au peuple à quelle heure on célébrait l'oblation, qua hora injerebatur oblatio, et afin qu'à cette heure tous se courbassent pour adorer le Seigneur jusqu'à ce que vint la colonne de feu ou de nuées qui bénirait le sacrifice. Maintenant plus de trompettes : l'Église chante les grandeurs du Christ avec la douce mélodie de ses voix, au moment où s'avance processionnellement vers l'autel le corps du Christ : Nunc autem procedente ad altarium corpore Xristi, non jam tubis inrepræhensibilibus, sed spiritualibus vocibus preclara Xristi magnalia dulci melodia psallit Ecclesia. On ne nous dit pas d'où part la procession, probablement du sacrarium .

Saint Germain écrit : Nunc aulem procedente ad altarium corpus Christi... et il poursuit, parlant de sanguis Christi, corpus Domini, corpus dominicum, avant que la consécration ait transformé cette oblatio ; il anticipe, sans plus réfléchir. D'ailleurs, Grégoire de Tours s'exprime en termes analogues lorsqu'il écrit que le mysterium dominici corporis était enfermé dans un vase en forme de tour ê. « La préparation des oblats a eu lieu avant l'entrée du célébrant , avec des rites et des prières dont les documents mérovingiens n'ont conservé aucune trace. Il en reste quelque chose dans les livres irlandais, le missel de Stowe et le Lebar Brece ?, Le missel mozarabi que contient toute la cérémonie dans le plus grand détail. Il la contient même deux fois : avant l'entrée des célébrants et après la procession de l'oblation. C'est aussi à cet endroit, correspondant à l'offertoire romain actuel, que ce rite figure dans le missel ambrosien. Mais, à cette place, la préparation de l'oblation ne peut être qu'une modification inspirée par l'usage romain. Celui-ci se reconnaît encore dans la cérémonie des Vecchioni de Milan « qui font, à ce moment, l'offrande du pain et du vin, comme c'est aussi l'usage en beaucoup d'églises de France. Le rite de l'offrande par le peuple, à ce moment de la messe, est romain d'origine, et incompatible avec celui de la processio oblationis, commun à l'usage gallican et à l'usage oriental ! !, » Le vin à consacrer est apporté dans un calice : Sanguis Christi offertur in calice, parce que le Christ, lors de la dernière cène, consacra le vin de l'eucharistie dans un calice, quia in fale vasum consecratum fuit mysterium eucharistie pridie quam pateretur. L'usage du calice a été, on peut le dire, universel, quant à la forme affectée par ce vase, voir Dictionn., t. r1, col. 1595-1645. A Rome, on faisait usage de calices, ame, scyphi dont le contenu variait dans des proportions importantes. Le pain à consacrer est déposé dans une patène, soit pendant la préparation, soit à l'autel pour la consécration : Patena autem vocatur ubi consecratur oblatio, quia mysterium eucharistie in commemoratione offertur passionis Domini. Cette explication nous apprend que saint Germain tirait l'étymologie de patena du mot pati. Cette opération se faisait, sans doute, en arrivant à l'autel avant le commencement des prières. Il est question ensuite des trois voiles qui recouvrent les oblats. Le premier est un tissu de lin et de laine sur le compte duquel nous sommes mal instruits : Palla vero linostima illius indumenti tenet figuram quia “in gyro contexta a militibus non fuit divisa, tunica seili cet Xristi. C'est donc un voile de forme arrondie, servant d'enveloppe et ne touchant pas les oblats. Le deuxième voile est de pur lin : corporis palla pura linea est super quam oblatio ponitur, en souvenir du linceul de pur lin dans lequel le corps du Seigneur fut enveloppé avec des aromates dans le tombeau ; ce voile est ce que nous nommons aujourd'hui la « nappe d'autel », qui en recouvrait la surface (voir Dictionn., au mot Mappa). Le troisième voile est un tissu préT t. * p étend sur les oblats : cooperi <orium sacramento- rum. Siricum autem ornatur aut auro vel gemmis quia Dominus Moysi in tabernaculo fieri velamina jussit ex auro jacincto ef purpura cocco que bis tineto et bisso reloria. L'usage de ce voile somptueux, destiné spécialement aux oblations, est indiqué aussi par Grégoire de Tours !.

Quoi que l'on rencontre ailleurs des rites analogues, quelques-uns de ceux que nous venons de décrire semblent spéciaux aux Églises de la Gaule. C'est une raison de plus de déplorer l'acharnement qu'on a apporté à faire disparaître ces rites.

A Quand les oblats sont déposés sur l'autel et dérobés au regard par le voile précieux qui les recouvre, le chœur entonne les laudes qui sont un triple alleluia. Voici ce qu'en dit saint Germain : Lau des hoc est alleluia, Johannes in Apocalypsi post resurrectionem audivit psallere. Ideo hora illa Domini pallio quasi Christus tegitur celo ?, ecclesia solet angelicum canticum [cantare]. Quod autem habet ipsa alleluia prima et secunda et tertia, signat tria tempora ante legem, sub gratia. Il semble que le sonus, commencé dès l'entrée de la procession, s'est prolongé intentionnellement jusqu'à ce que la disposition des oblats sur l'autel fût achevée, précisément par les trois alleluia qui en marquent la fin. L. Duchesne compare le chant de ce moment à celui du Cheroubieon byzantin, qui, lui aussi, se termine par trois alleluia ?. A Milan, ce chant était désigné sous le nom de Antiphona post evangelium. Les laudes de saint Germain sont la même chose que le Sacrificium ou Offertorium de la liturgie mozarabi que * et l'Offerenda de la liturgie de Milan.

La prière du voile. — Saint Germain n'en parle pas. Elle était précédée d'une sorte de préface ou d'invitatoire, adressée non à Dieu, mais aux fidèles présents 5, cieux de soie et d'or, constellé de pierreries, qu'on


PR.EFATIO MISSÆ.— Sacrosanctum beate Nativitatis diem, in quo, nascente Domino, virginalis uteri arcana laxata sunt, incorruptorum que genitalium pondus seculi levamen effusum est, sicut exoptavimus volis ita veneremur et gaudiis, Hic namque ortus die splendidior, luce coruscantior est, In hoc omnipotentem Deum qui lernam fragilem que materiam causa nostrae redemptionis adsumpsit, Fratres dilectissimi, suppli ces deprecemur, uti nos, quos ortu corporis visitavit, societate conversalionis edocuit, praecepto prædicationis instituit, degustalione morlis redemit, participatione morlis amplexus est, divini Spiritus infusione ditavit, sub perpetua devotione custodial ; et in his beati famulatus studiis permanere concedet qui cum Patre et Spiritu Sancto vivit et regnat Deus in secula seculorum.


COLLECTIO SEQUITUR. — Deus, qui dives es in misericordia, qua mortuos nos peccatis convivificasté Christo filio tuo, ut formam servi acciperet qui omnia formavit, ut qui erat in deilate generaretur in carne, ut involverelur in pannis qui adorabatur in stellis ut jaceret in praesepio qui regnabat in colo ; invocantibus nobis aurem majestatis fuse propitiatus adcommoda, donans hoc per ineffabilem tuc misericordie caritatem, ut qui erultavimus de nativitate Filii tui, qui vel ex virgine natus vel ex Spirilu sancto regeneratus est, pareamus præceplis ejus quibus nos edocuit ad salutem. Præsfa, per dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum...

: Dans les liturgies ambrosienne et mozarabe, ces formules sont précédées d'un salut. Saint Isidore les présente comme les deux premières oraisons de la messe. En réalité, il n'y a qu'une oraison, et ce n'est pas la première : mais saint Isidore ne fait commencer la messe qu'après les chants de l'offertoire *. A Milan, cette première prière porte le nom d'Oratio super sindonem ; elle n'a pas de nom spécial dans les autres liturgies gallicanes. C'est, évidemment, l'analogue de l'oraison super oblata ou secrète de la liturgie romaine. Dans la liturgie mozarabe, l'invitatoire est séparé de l'oraison ainsi qu'il suit : le prêtre dit : Oremus ; le chœur chante le trisagion : »Agios, Agios, Agios, Domine Deus, rex aeternae, tibi laudes et gratias ! Puis, le prêtre reprend : Ecclesiam sanctam catholicam in orationibus in mente habeamus ; ut eam Dominus fidei et spe et caritate propitius ampliare dignetur ; omnes lapsos, captivos, infirmos et peregrinos in mente habeamus, ut eos Dominus propitius redimere, sanare et confortare dignetur. Le chœur répond : Presta, aeternae, omnipotens Deus ! L'oraison vient ensuite '.

On lisait les noms des morts pour le soulagement desquels on offrait le saint sacrifice et les noms des vivants qui offraient les oblats ou qu'on recommandait pour une raison quelconque. L'inscription aux diptyques signifiait qu'on était en communion avec l'Église, l'omission ou la suppression d'un nom entraînait souvent d'âpres disputes. Le pape de Rome obtenait d'ordinaire une mention en évidence. Le canon 4 du concile de Vaison, tenu en 529, prescrit que nomen domini pape quicumque sedi apostolicae praefuerit, in nostris ecclesiis recitetur. Voici un type de diptyques dans la liturgie mozarabe :

Offerunt Deo Domino oblationem sacerdotes nostri [les évêques d'Espagne], papa romensis et reliqui, pro se et pro omni clero ac plebibus ecclesiae sibimet consignatis vel pro universa fraternitate. Item offerunt universi presbyteri, diaconi, clerici ac populi circumstantes... Item pro spiritibus passiantium.

Dans le rite gallican et dans le mozarabe, la lecture des diptyques était suivie de la récitation de l'oraison post nomina. k) Le baiser de paix. — Saint Germain nous apprend que les fidèles se donnaient entre eux le baiser de paix. Pacem autem ideo Christi mutuo proferunt ut per inutuum osculum teneant in se caritatis affectum. Que donc toute discorde s'apaise, que chacun demande pardon au prochain, pour profiter davantage de l'eucharistie et de la bénédiction, ut tantum melius proficiat eucharistia suscepta vel benedictio tradita. Cette cérémonie du baiser de paix était accompagnée d'une oraison : collectio ad pacem, qui, dans les livres gallicans et mozarabes, varie avec toutes les fêtes. Dans le Missale gothicum (voir ce mot), nous trouvons, pour la fête de l'Assomption de la Vierge, l'oraison suivante :

Deus universalis machinae propagator, qui in sanctis spiritualiter, in matre vero virgine etiam corporaliter habitasti ; quae ditata tuae plenitudinis ubertate, mansuetudine florens, caritate vigens, pace gaudens, pietate praecellens, ab angelo gratia plena, ab Elisabeth benedicta, a gentibus merito praedicatur beata ; cujus nobis fides mysterium, partus gaudium, vita protectum, discessus attulit hoc festivum ; precamur supplices, ut pacem quae in assumptione Matris tunc praebuisti discipulis, solenni nuper largiaris in cunctis, salvator mundi, qui cum Patre et Spiritu Sancto vivis et regnas per omnia saecula saeculorum.

On a beaucoup discuté touchant la place respective des diptyques et du baiser de paix ; la liturgie romaine diffère assez sensiblement sur ce point des liturgies gallicanes. Dans la liturgie mozarabe, la seule qui nous ait conservé l'ordre et les formules de cette cérémonie, l'oraison ad pacem précède le baiser de paix.

Vient ensuite le grand salut qui, dans les liturgies syro-byzantines, précède la prière eucharistique :

Gratia Dei Patris omnipotentis, pax ac dilectio domini nostri Jesu Christi et communicatio Spiritus sancti sit semper cum omnibus vobis.

W. Et cum hominibus bonae voluntatis.

Quomodo astatis pacem facile.

Pendant que les fidèles échangent le baiser, le chœur exécute un répons :

Pacem meam do vobis ; pacem meam commendo vobis ; non sicut mundus dat, pacem do vobis. y. Novum mandatum do vobis ut diligatis invicem. — Pacem meam...

y. Gloria et honor Patri et Filio et Spiritui sancto. — Pacem meam...

En 416, la lettre du pape Innocent à l'évêque Decentius de Gubbio constate l'usage, dans l'Italie du Nord, d'échanger le baiser de paix avant les prières de la consécration, ante confecta mysteria. Il en était ainsi à Milan où cette pratique a été sacrifiée pour reporter le baiser de paix, comme à Rome, immédiatement avant la communion. Cependant, les livres milanais 664 ont gardé un vestige de ce rite dans l'avertissement — donné par le diacre : Pacem habete avant l'oraison | super sindonem. 1j La « contestatio » ou « immolatio. — Saint Germain ne dit rien d'une prière importante qui porte dans les anciens livres liturgiques gallicans les noms de Contestatio ou d’Immolatio et qui correspond à la préface romaine. Elle débute par le Sursum corda dont Germain ne dit que ces quelques mots : Sursum corda ideo sacerdos habere admonet ut nulla cogitatio terrena inaneat in pectoribus nostris in hora sacra oblationis... Le prélude est le même que dans la liturgie romaine : Vere dignum et justum est, mais les conlestalionum ou immolationes (en Espagne on disait illafiones) ont des caractères très différents des préfaces romaines. Ces pièces sont intéressantes à étudier non seulement au point de vue théologique, pour pénétrer les idées répandues en Gaule, mais au point de vue littéraire, pour se faire une idée de la façon dont s'exprimaient les Gallo-Romains, de plus en plus compénétrés par les Francs, lorsqu'ils voulaient aborder des sujets demandant réflexion. Le latin qu'on emploie a, depuis les jours d'Auguste, subi de rudes assauts. Ceux qui le manient, même quand ils n'en sont pas à surveiller leur syntaxe comme Grégoire de Tours, ne peuvent ou ne savent ou n'osent plus affronter les larges périodes, les grands horizons de la pensée, avec les pleines ressources d'une langue mûre et saine. Leur art est chétif et leur technique appauvrie, ils n'entreprennent pas de s'élever au-dessus des antithèses, des concetti ; les mots ont, pour eux, plus d'intérêt que les idées : néanmoins, ce qui donne à ces compositions un « intérêt réel, c'est qu'elles sont le produit de clercs qui nous font connaître les croyances, les idées, les expressions adoptées dans l'Église gallicane de ce temps sur les matières habituelles de leurs réflexions et de leur enseignement : l'eucharistie, la grâce, l'incarnation, la rédemption. (Œuvres anonymes, de souffle un peu court, destinées à un auditoire en grande partie illettré, les contestationes témoignent plus utilement que des traités élaborés dans une cellule et destinés à ne pas sortir des mains des théologiens. Il y aurait là une source d'investigation historique négligée jusqu'à ce jour. En voici un exemple :

Dignum et justum est : qui dives infinitae clementis munere plasmam tuae creaturae in tantum digneris erigere, ut vernaculo limi patiaris hominem de terra compage claves caeli committeres, et ad judicandas tribus solium excelsae sedis in sublime componeres. Hest dies hodierna, beati Petri cathedra episcopatus exposita, in qua fidei merito revelationis mysterium, Filium Dei confitendo, praelatus apostolos ordinatur. In cujus confessione est fundamentum Ecclesiae, nec adversus hanc petram porci inferi prevalent, nec serpens vestigium expremit, nec triumphum mors obtinet. Quid vero beato Petro diverso sub tempore accessit laudis et gloriae, quae vox, quae lingua, quis explicet ? Hinc est quod mare tremulum fixo calcis vestigio, et inter undas liquidas pendula planta perambulat. Hic ad portam speciosam contracti tendit vestigia, et claudus non indiget baculo. Hinc carceratus dum dormiat, Christus cum ipso pervigilat, et retrusus ergastulo, foras procedit per angelum. Hinc paralyticum erexit decubantem in lectulo, ac debilitato verbo dedit vestigium. Hinc a Tabitham mulierem revocavit de morte, et virtute imperanti praeda non licuit. Hinc tanta fidei dotem inter apostolos petiit, ut curaret universos languores dum praeterit, et cadavera viverent umbra salubris quae tetigit, per Christum...

Comme dans toutes les autres liturgies, la contestatio aboutit au Sanctus, qui se retrouve partout. Le texte du missel mozarabe n'offre aucune variante par rapport au texte romain actuellement en usage. B Les liturgies gallicanes et la mozarabe présentent ici une autre oraison désignée sous le nom de Collectio post Sanctus, laquelle n'est qu'une transition entre le Sanctus et le récit de l'institution de l'eucharistie. Ainsi qu'en le voit dans les liturgies orientales, elle commence régulièrement par les mots Vere sanctus. Une des messes gallicanes du Libellus missarum de Mone nous offre ce début :

Vere sanctus, vere benedictus dominus noster Jesus Christus filius tuus qui pridie...

Mais, d'ordinaire, elle donne lieu à de plus amples développements où la question dogmatique est souvent abordée, comme nous le voyons dans la pièce suivante, tirée du même Libellus ?

— Hic inquam Christus dominus noster et Deus noster, qui sponte mortalibus factus adsimilis per omne hunc videlicet diem immaculatum tibi corpus ostendit, veteris que delecti idoneus expiator sinceram inviolatamque peccatorum exhibuit animam, quam sordentem rursus sanguis elueret, abrogata que in ultimum lege moriendi, in caelo corpus perditum atque ad patris dexteram relevaret, per Dominum nostrum qui pridie.

Par une exception fort rare, les mots Vere sanctus ne figurent pas dans le Missale gothicum à cet endroit de la messe de Noël :

— FOST SANCTUS. — Gloria in excelsis Deo et in terra par hominibus bonae voluntatis ! Quia adpropinquavit redemptio nostra, venit antiqua expectatio gentium, adest promissa resurrectio mortuorum, jamque praejudicat aeterna expectatio beatorum ; per Christum dominum nostrum. Qui pridie quam pro nostra omniumque salute pateretur...

m) La formule de consécration. — Les anciens livres gallicans n'inséraient pas le récit de l'institution de l'eucharistie, ils se bornaient à une amorce des premiers mots. Le célébrant savait le morceau entier de mémoire : il y a là, très probablement, un souvenir de la discipline de l'arcane ; on évitait de livrer aux indiscrets possibles le centre de la messe, la partie essentielle des mystères. En outre, la formule était récitée à voix basse ou même en silence, ce qui indique l'avertissement ad secreta, qui s'appliquait à ce moment de la messe. Ce silence marquait l'instant solennel et ne s'appliquait qu'à la formule, car, aussitôt après, les missels gallicans offrent la rubrique post secreta. Dans la liturgie mozarabique, nous lisons une mention analogue : le récit de l'institution porte le nom de mysterium eucaristiæ... consecratum fuit mysterium eucaristiæ (a) pridie quam pateretur Dominus, ipso dicente : Hic est calix sanguinis mei, mysterium fidei, qui pro multis effundetur in remissionem peccatorum. Panis autem in corpore et vinum transformalur in sanguine, dicente Domino de corpore suo : Caro enim mea vere est cibus et sanguis meus vere est potus. De pane dixit : Hoc est corpus meum. Et de vino : Hic sanguis meus. Dans ces lignes nous avons les éléments de la formule de consécration. Remarquons le Pridie quam pateretur ; ces mots sont en conformité avec le récit de l'institution dans saint Matthieu et dans saint Marc qui ont inspiré la tradition liturgique occidentale, tandis que la tradition orientale se rattache à saint Luc et à saint Paul, avec in qua nocte tradebatur , Sur ce point l'accord existe entre le type gallican et le type romain, ce qui n'est pas sans importance pour l'histoire et le groupement des liturgies latines. L'Espagne fait exception, au lieu de qui pridie quam traderetur elle offre in qua nocte tradebatur, ce qui peut s'expliquer par une influence byzantine d'âge postérieur. Seulement, on ne songe pas à tout, heureusement d'ailleurs, et en introduisant cette formule on a oublié d'en modifier le titre ; or ce titre est le Post pridie, c'est-à-dire l'aveu de la présence de l'ancien début : Qui pridie... qu'on aura sacrifié un jour au : In qua nocte... Dans cette même liturgie mozarabique nous rencontrons une particularité digne d'attention , Sans prendre garde que le Vere sanctus reste béant au raccord Christus Dominus ac Redemptor du Qui pridie, le missel mozarabe insère la prière Adesto ; voici de quelle manière cela se présente :


POST SANCTUS : Vere sanctus, vere benedictus Dominus noster Jesus Christus Filius tuus qui venit e cælis nobis Christus Dominus ac redemptor æternus. — Adesto, adesto, Jesu bone pontifex, in medio nostri, sicut fuisti in medio discipulorum tuorum el sanctifica hanc oblationem ut sanctificemus per manus sancti angeli tui sancte Domine ac Redemptor sterne. Dominus noster Jesus Christus in qua nocte tradebatur... Le P. Lebrun dit à ce sujet : « Il s'est fait ici quelque changement et il y avait sans doute des mots que nous ne voyons plus. Il n'est pas naturel qu'après s'être adressé à Jésus-Christ pour le prier de se rendre présent, on change tout à coup la construction en disant : Dominus noster Jesus Christus, etc., sans aucune transition. Suivant l'ordre ordinaire de toutes les liturgies, on s'adresse ici à Dieu le Père pour lui présenter le sacrifice de Jésus-Christ, et l'on entre ainsi dans les paroles de l'institution de l'eucharistie, Qui pridie, etc. Il est bien certain que les mots Qui pridie étaient autrefois dans la liturgie des Églises d'Espagne... » L. Duchesne et P. Cagin ne voient dans l'Adesto qu'une interpolation, c'est également l'opinion de Lesley .

Voici maintenant, à défaut d'un livre gallican, le texte ambrosien et le texte mozarabe :

667 MESSE. ad cœlos, ad te, Deum Patrem suum omnipotentem, item tibi gratias agens, benedixit, tradidit discipulis suis, dicens ad eos : « Accipite et bibite ex eo omnes ; hic est enim calix sanguinis mei, novi et æterni testamenti, mysterium fidei, qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorum. Postquam cænavit, dicens : « Hic est calix novi testamenti in meo sanguine, qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorum. Quotiescumque biberitis, hoc facite in meam commemorationem. — Amen. — Quotiescumque manducaveritis panem hunc et calicem istum biberitis, mortem Domini annuntiabitis, donec veniat in claritatem de cælis. — Amen. » Man dans quo que et dicens ad eos : « Hoc quotiescumque feceritis, in meam commemorationem facietis, mortem meam prædicabitis, resurrectionem meam annuntiabitis, adventum meum sperabitis, donec iterum de cælis veniam ad vos.

Dans ces deux formules, la dernière phrase s'inspire d'un passage de saint Paul (I Cor., xi, 26) ; on trouve un développement semblable dans la liturgie des Constitutions apostoliques, dans celles de saint Jacques, de saint Basile, de saint Cyrille, de saint Basile (en copte). La rencontre des deux liturgies ambrosienne et mozarabique entre elles et avec les liturgies d'Orient, sur un détail de cette importance, est un point digne d'attention.

Quant à la formule de consécration, défalcation faite du premier Quotiescumque manducaveritis et des mots in claritatem de cælis, qui lui sont propres, cette formule est purement et simplement, sans omission, la reproduction du texte du chapitre xi, 23-26, de la première épître aux Corinthiens, augmentée des mots dedit que discipulis suis (Matth., xxvi, 27). Or, il n'y a aucune liturgie ni orientale, ni occidentale, qui s'en tienne exclusivement ici aux textes scripturaires, et qui reproduise celui de saint Paul sans aucune omission. Toutes ont intercalé un plus ou moins grand nombre de mots transmis sans doute par tradition orale. Ces mots de saint Paul : 19 (avant similiter) : Hoc facite in meam commemorationem ; 29 (après Hic est calix novi testamenti) : in meo sanguine, ne sont ni dans les liturgies grecques, ni dans les liturgies latines : 39 le Quotiescumque biberitis, associé au second in meam commemorationem, n'est que dans les latines, et encore celles-ci substituent-elles le verbe feceritis au biberitis de saint Paul. Quant aux additions qui se trouvent dans toutes les liturgies, par exemple : in sanctas ac venerabiles manus suas (liturgies latines) : in sanctas (et immaculatas) et immaculatas (et immortales) manus suas (liturgies grecques), la formule mozarabe ne les a point. Elle ne connaît d'autre addition extra-scripturaire que les mots in claritatem de cælis, uniquement propres à elle, et l'addition et pro multis commune à presque toutes les liturgies. Elle introduit aussi les mots ex hoc omnes après manducate. Or c'est là une addition qui ne se trouve dans aucune liturgie d'Orient. Elle est spéciale aux formules latines, à toutes sans exception, celle de Rome, comme celle de Milan, comme celle du De sacramentis. Cela n'empêche pas la formule mozarabe, dans son ensemble, d'être isolée entre l'Orient et l'Occident. La chose est d'autant plus singulière que, d'après ce que nous venons de voir, ce n'est pas là la formule qui convient à la liturgie mozarabique, celle-ci réclamant la formule romaine pour toutes ses oraisons Post pridie. On se demande si l'autre n'est pas, comme l'Adesto, une interpolation extraliturgique.

La formule que donne saint Germain de Paris ne fait mention, ni allusion à l'incise : pro nostra et omnium salute ; mais on y relève l'insertion, mystérieuse, qui avait, au VIe, semble-t-il, On notera encore ces mots de saint Germain : Panis — in corpus et vinum transformalur in sanguinem. On retrouve l'emploi du verbe transformare appliqué à la consécration du pain et du vin dans le Missale gothicum et dans le Missale gallicanum. Cette transformation, nous dit saint Germain, dans la deuxième lettre de l'Expositio, est opérée par la consécration dans laquelle intervient l'ange de Dieu : Angelus enim Dei ad secreta super altare tamquam super monumentum discendit et ipsam hostiam benedicit instar illius angeli qui Xristi resurrectionem evangelizavit. Ceci est dit à l’occasion de la messe de la vigile de Pâques. Cette bénédiction de l'ange rappelle une anecdote enregistrée par Grégoire de Tours. Au cours d'une messe célébrée dans la basilique de Saint-Martin, à Tours, on pensa voir le saint apparaître à la fenêtre de l'abside - et s'approcher, la main étendue, pour bénir « le sacrifice offert sur l'autel », à l'instant même où le prêtre bénissait l'hostie d'un signe de croix juxta morem catholicum +. La prière désignée sous le nom d'épiclèse développe tantôt l'idée de la commémoration du Seigneur, tantôt celle de la transformation eucharistique par l'opération du Saint-Esprit. Dans les anciens livres liturgiques, elle est désignée sous les noms de post secreta, post mysteria, post eucharistiam. On a disserté copieusement sur la question de savoir si ce sont les paroles de l'institution qui opèrent la consécration ou bien si la transsubstantiation ne se réalise que par l'intervention du Saint-Esprit. Ces deux points de vue ont été soutenus et on n'est pas très surpris quand on lit, par exemple, dans le Libellus missarum de Mone ?, le passage suivant : Deus Abraham, Deus Isaac, Deus Jacob, Deus et pater Domini nostri Jesu Christi, tu de cælis tuis propitius affavens (= apparens) hoc sacrificium nostrum, indulgentissima pietate prosequere, discendat domine plenitudo magistatis, divinitatis, pietatis, virtus benedictionis et gloriæ luæ super hunc panem, et super hunc calicem et fiat nobis legitima eucharistia in transformatione corporis et sanguinis domini, ut quicumque et quotiescumque ex hoc pane et hoc calice libaberimus, sumamus nobis monumentum fidei, sincerem dilectionem tranquilla spem resurrectionis ad que immortalitatis æternæ in tuo filii que tui.

On a déjà pu s'apercevoir, d'après tout ce qui précède, qu'il existe, dans toutes les liturgies, un même point central, lequel correspond au récit historique de la dernière cène du Seigneur et que nous appelons la « consécration » Dès lors, si la consécration a eu lieu en cet instant, il faut rechercher et déterminer, si c'est possible, la portée réelle d'expressions qui paraissent encore solliciter la consécration après ce moment décisif. | Voici une oratio post pridie du missel mozarabe, dans laquelle on lit * : Complentes igitur al que servantes præcepta unigeniti Filii tui, precamur, omnipotens Pater, ut his creaturis superpositis altario tuo sanctificationis munus infundas, ut per transfusionem cælestis at que invisibilis sacramenti, panis hic trans-

668 rium fidei, qui est un trait de la liturgie gallicane et peut-être une réminiscence de l'ancien canon romain ` pénétré en France dès le VIe dimanche après Pâques, nous montre qu'il ne faut pas prendre à la lettre ces mots : his creaturis, panis hic... et calix ; voici ce qu'on lit : Hic est pia et salutaris hostia, Deus Pater, qua tibi conciliatus est mundus. Hoc est corpus illud quod pependit in cruce ;

— hic etiam sanguis qui sacro profluxit ex latere. Pie— dati tuæ proinde gratias agentes, ex hoc quod nos Filii {ui morte redemeris, el resurrectione salvaveris, acclives mente te Dominum pietatis oramus ; ul hxc libamina — Spiritus tui Sancti benedictione respergens, sumenlium visceribus sanctificationem accommo des, etc. La — méme liturgie, au V dimanche de caréme, s'exprime “ainsi : Hoc sacrificium respicere et sanctificare digneris, quod est verum Corpus et sanguis Filii tui. C'est le cas aussi de cette formule, empruntée au Missale - gothicum : Memores gloriosissimi Dei passionis et ab - inferis resurrectionis, offerimus libi Domine hanc imma- -culatam hostiam, rationalem hostiam, hunc panem sanctum et calicem salutarem, obsecrantes ut infun- dere digneris Spiritum tuum Sanctum edentibus nobis Ai — vitam ælernum regnum que sempiternum conlatura - potantibus. Et quel est le titre de ces oraisons dans le Missale gothicum ? C'est post mysterium, quel mysterium ? Il y a donc un mystère qui vient de s'accomplir, C'est la formule elle-même qui nous en avertit, il ne | faudrait pas s'arrêter à la lettre de l'invocation au — Saint-Esprit, dans le cas où nulle confession de foi - explicite ou implicite ne la précéderait *.

Ceci est tellement vrai que nous trouvons des for— qmu les où ne figure pas méme par allusion cette invocation . Par exemple le premier. post mysterium du — Missale gothicum : Hc facimus, Domine sancte, Pater omnipotens, sterne Deus, commemorantes el celebrantes passionem unici Filii fui Jesu Christi Domini nosiri. Qui lecum vivit el regnat cum Spiritu Sancto in ssecula sæculorum. Amen.

Si la consécration, ainsi que le fait remarquer P. Cagin *, était attachée dans la liturgie gallicane à l'invocation du Saint-Esprit, voilà donc une messe qui n'aurait pas de consécration.

La fraction et la commixtion se complètent l'une l'autre : In hac confractione sacerdos vult augere ; ibidem debet addere, quia tunc ccelestia terrenis miscentur et ad orationem sacerdotis cœli aperiuntur. Dans la messe primitive, la fraction et la commixtion ont une place de premiére importance ; cependant, la fraction attire plus particulièrement l'attention ; Grégoire de Tours la mentionne seule *. Il se pourrait que cette attention s'expli que par le fait que, dés les premiers temps du christianisme, le nom de fractio panis avait été donné à l'eucharistie ; en outre, la place du mot fregit dans le récit de l'institution, l'insistance des liturgies les plus antiques dans cette formule sur les mots [corpus meum] quod pro vobis confringetur, et divers autres indi ces avaient contribué à donner à ce rite une importance qui avait frappé les esprits.

La fraction était un rite compliqué et qui, de bonne heure, donna prise à certaines superstitions ; c'est ainsi qu'on s'avisa en Gaule, au vit siècle, d'arranger les parcel les de l'hostie de maniére à dessiner une forme humaine. Le concile de Tours, en 567 *, interdit cette prati que comme superstitieuse et prescrit de disposer les parcei les en forme de croix : Uf corpus Domini in allari non in imaginario ordine, sed sub crucis titulo componatur. Il semble qu'on rencontre le méme abus signalé dans une lettre du pape Pélage Ier à l'évê que d'Arles, Sapaudus, vers 558°. L'usage mozarabi que se conserve encore de disposer les parcel les de l'hostie en forme de croix ; en Irlande, on adoptait, suivant les fêtes, sept dispositions différentes (voir Dictionn., t. v, col. 2103-2116).

Pendant la fraction, le chœur chantait une antiphone, à laquelle la liturgie ambrosienne donne le nom de GConfractorium ; la liturgie mozarabi que avait aussi un chant, mais qui a disparu dans les livres actuels, où il est remplacé par la récitation du symbole. Dans le missel de Stowe nous lisons le répons suivant :

Fiat, Domine, misericordia tua super nos quemadmodum speravimus in te.

Cognoverunt Dominum, alleluia, in fractione panis, alleluia.

Panis quem frangimus corpus est domini nostri Jesu Christi, alleluia, Calix quem benedicimus, alleluia, sanguis est domini nostri Jesu Christi, alleluia, in remissionem peccatorum nosirorum, alleluia.

Fiat, Domine, misericordia tua super nos, alleluia, quemadmodum speravimus in le, alleluia.

Cognoverunt Dominum, alleluia.

Le chant de la fraction se retrouve dans les diverses liturgies latines. Grégoire de Tours n'en parle pas. p) L'Oraison dominicale. — Saint Germain de Paris nous dit que : Oratio vero dominica pro hoc ibidem ponitur, ut omnis oratio nosira in Dominica oratione (cHaudatur. La récitation du Pater à la messe, à cette place ou à une place voisine de la fraction, est une prati que pres que universelle. Il est vrai qu'on n'en 671 XXXII. LA trouve auc une mention dans les anaphores d'Hippolyte, de Sérapion, du Deir Balyzeh et des Constitulions apostoliques. Dans les liturgies de type gallican, de méme que dans les liturgies grecques, le Pafer était récité par l'officiant et par toute l'assistance ; nous en avons un témoignage dans Grégoire de Tours !.

Dans la liturgie gallicane, le Pater était inséré entre la fraction et la commixtion. Le Missale gothicum nous a conservé, au jour de Noël, le prélude et la conclusion entre lesquels il est encadré :

Non nosíro præsumentes, Paler sancte, merito, sed domini nostri Jesu Christi Filii tui obedientes imperio, audemus dicere : Pater noster... Libera nos, omnipotens Deus, ab omni malo, ab omni periculo, et custodi nos in omni opere bono, perfecta verilas et vera libertas, Deus, qui regnas in ssecula sæculorum. Protocole et conclusion varient chez les gallicans, comme la conteslatio ou le post sanctus ou Vad pacem.

Le IV* concile de Toléde (en 633) nous dit l'ordre des cérémonies : fraction, oraison dominicale, commixtion ?. Dans le rite ambrosien, le Paler est récité aprés la fraction, mais la commixtion suit, comme dans le rite romain, depuis saint Grégoire.

Le Sancta sanctis a disparu.

“ Ces rites divers ont pour but de mettre en relief l'importance de la priére enseignée à ses discip les par le Christ et qui est la prière des prières. Cette importance a été, dés l'origine, reconnue et attestée par la liturgie. La finale du Paler Tut enrichie d'une doxologie, comme nous le voyons dans la Didaché, et. dans quelques-uns des plus anciens manuscrits du Nouveau 'l'estament, et l'on ne s'étonne pas trop de l'assertion de saint Grégoire qui, s'indignant de voir le Paler relégué aprés le canon, le fait remonter jusqu'à la fraction, en disant qu'à l'origine le Pater était la prière sur laquelle les apôtres consacraient ?. Le Paler a d'ailleurs une place d'honneur également au baptême et dans d'autres sacrements.

« A la messe gallicane,le Pater est récité, avons-nous dit, par l'assistance tout entiére, tandis qu'en Afri que, en Espagne et à Home, le célébrant prononcait seul à haute voix et le peuple répondail Amen ou sed libera nos a malo”. »


MESSE. —

de l'Assomption de la Vierge : on remarquera que les premiers mots rappellent la formule brève de bénédiction des prétres que nous venons de transcrire ; la voici : Paz, fi des, spes, caritas el communicatio et consecratio corporis el sanguinis domini nostri Jesu Chrisli, et benedictio palris el filii.et spiritus sancti sit super nos, el dominus sit semper vobiscum. Amen. Dans le Missale gothicum et dans le Missale gallicanum vetus on retrouve la benedictio populi , les livres. mozarabiques se contentent du seul mot benediclio 10, Le sens de cette bénédiction est déterminé par les formu les qui l'accompagnaient. Le diacre avertissait les assistants d'incliner la téte sous la bénédiction de l'évé que. La formule dont il faisait usage se retrouve dans un sermon de saint Césaire d'Arles : Hogo, fraires, quoties clamatum fuerit ut vos benedictioni humiliare debeatis, non vobis sit laboriosum capita inclinare, | quia non homini, sed Deo humiliatis !, Cette formule “ est encore usitée dans le rite mozarabe : Humiliale vos benediclioni ; C'est l'analogue dela formule grec que : « T&c xepxAxc uov TO Kuslo xAivwuev. Saint Germain nous a dit que la bénédiction du prêtre doit être plus brève et moins solennelle que t celle de l'évé que, propter servandum honorem pontificis. | Il faut voir ici une allusion discrète à des susceptibilités épiscopa les, dont l'écho se retrouve dans certains conci les du ve et du Ve, dont les canons ont pour objet soit de réserver exclusivement à l'évé que le droit de bénir le peuple, soit de marquer la différence, comme ici, entre la bénédiction de l'évê que et celle du — prétre. On peut voir, à ce sujet, le canon 44 du concile d'Agde, en 506, et les canons 25 d'Orléans en 511, 35 d'Épaone en 517, 32 d'Orléans en 538, 3 d'Orléans en 541, Cette différence d'ampleur est sensible dans les livres liturgiques. Voici une bénédiction épiscopale dans le Missale gothicum :

Deus, qui adventum (um majestatis per angelum Gabrihelem priusquam descenderes nuntiare jussisté, Qui dignanter intra humana viscera ingressus, ex alvo virginis hodie es mundo clarificatus, Tu, Domine, benedic hanc familiam tuam, quam hodierna solemnitas in adventu fuo fecil gaudere ;

Da pacem populo tuo, quem preliosa nativilale vivificas et passionis tolerantia a morte perpetua redemisti ;

Tribue eis de thesauro tuo indeficientis divitias bonitatis ; reple eos scientia, ut impollutis actibus et puro corde sequantur le ducem justitiae, quem suum cognoscunt factorem ;

Et sicut in diebus illis advenientem te in mundo perfidia Herodis expavit et periit rex impius a facie regis magni, ita nunc prasenti tempore celebrata solemnitas peccatorum nostrorum vincla dissolpat ;

Ut cum iterum ad judicandum veneris, nullus ex nobis ante tribunal tuum reus appareat ; sed discussa de pectoribus nosiris caligine tenebrarum, placeamus conspectui tuo et perveniamus ad illam lerram quam sancti lui in requiem possidebunt ælernam.

Les prétres n'ont pas la permission de s'étendre ainsi, et ce n'est pas seulement saint Germain de Paris qui en témoigne par le texte de l'Expositio, c'est encore les rituels irlandais. Dans le missel de Stowe, nous lisons !* :

6727.

1 [ | 673 Pax et caritatis domini nostri Jesu Christi et communicatio sanctorum omnium sit semper nobiscum.

Dans le rituel ambrosien, pour la paix ! :

Pax el communicatio domini nostri Jesu Christi sit

— semper vobiscum. r) La communion. — Voici ce qu'en dit saint Germain : Jam vero quam dulcis sit animæ et corpori - sacra communio Xristus verbis evangelicis ostendit dicens : Si manseritis in me et verba mea in vobis manerint, quodcumque petieritis patrem in nomine meo - fiet vobis. Voici une attestation du chant de la communion : antiphona ad accedentes, Selon la plus ancienne documentation, on chantait souvent le psaume, ou une antienne, depuis le temps de saint Jérôme, la discipline latine — empruntait invariablement, pour tous les jours de l'année, au psaume xxxii, le chant de la communion ? ; un siècle et demi plus tard, Cassiodore nous laisse entendre qu'en Italie ce psaume était encore affecté au rite eucharistique . L'antienne Gustate est indiquée | — pour la communion du VIII dimanche après la Pentecôte dans tous les manuscrits de l’Antiphonale missarum et dans l'Antiphonaire de Tomasi . L'Église de Milan en conserve la trace dans le Transitorium de — ]a feria secunda in Albis et il ne serait pas impossible — d'y découvrir une allusion dans un passage du De — mysteriis . La liturgie mozarabe reflète cette primitive coutume dans la rubrique Ad accedentes ; elle en est demeurée à la discipline quotidienne mentionnée par saint Jérôme et ne délaisse le Gustate que pendant le carême et le temps pascal . Le Gustate se retrouve dans deux documents de la liturgie celtique, le missel de Stowe et dans l'antiphonaire de Bangor ' ?. Pour l'Orient, nous sommes renseignés à souhait et, d'abord, ce sont les Constitutions apostoliques (VIII, 13), puis la liturgie grecque de saint Jacques !, enfin c'est la pratique de l'Église de Jérusalem, au IV siècle, attestée par saint Cyrille !*, Saint Germain nous dit que la messe s'achève par une psalmodie trinitaire : Trecanum vero quod psalletur signum est catholicæ fidei de trinitatis credulitate procedens. Sicut enim illic prima in secunda, secunda in tertia, rursum tertia in secunda, secunda volvitur in prima, ita pater in filio mysterium trinitatis complectel [Pater et Filio], Filius in Spiritu sancto, Filius rursum in Patre, Quel est ce Trecanum ? Un acte de foi en la Trinité ; mais son texte précis nous échappe ; peut-être une sorte de doxologie qui équivaudrait à l'affirmation « que le Père est dans le Fils, le Fils dans le Saint-Esprit, l'Esprit-Saint dans le Fils, et de nouveau le Fils dans le Père » ?

Voici ce chant, d’après la formule mozarabique :

Gustate et videte quam suavis est Dominus. Alleluia ! Alleluia ! Alleluia !

Benedicam Dominum in omni tempore, semper laus ejus in ore meo. Alleluia ! Alleluia ! Alleluia !

Redimet Dominus animas servorum suorum et non derelinquet omnes qui sperant in eum. Alleluia ! Alleluia ! Alleluia !

Gloria et honor Patri et Filio et Spiritui sancto in sæcula sæculorum. Amen. Alleluia ! Alleluia ! Alleluia !

Les deux premiers versets, suivant l'observation de L. Duchesne, se retrouvent dans les chants de communion du missel de Stowe et de l'antiphonaire de


XXXII.


MESSE MOZARABE 674 Bangor, plus longs, mais ; comme ici, entrecoupés d'alleluia. Autre chant entrecoupé d'alleluia dans la liturgie arménienne et dans la liturgie syriaque de saint Jacques. La liturgie celtique nous offre ici une belle hymne :

Sancti venite, Christi corpus sumite, sanctum bibentes quo redempti sanguinem Chez les mozarabes et les orientaux, on récite à cette place le symbole de Nicée-Constantinople, en vertu de cette préoccupation constante de faire précéder la participation au corps et au sang du Christ, d'un acte de foi. s) L'action de grâce. — Après la communion, on récite une oraison dont le texte varie. Les postcommunions conservées dans les livres de la liturgie gallicane expriment la foi de ces liturgies dans la présence réelle et les effets du sacrement sur l'âme. Voici les formules du Missale gothicum au jour de Noël :

Post communionem. — Cibo celesti saginati et poculo eterni calicis recreati, Fratres karissimi, Domino Deo nostro laudes et gratias indesinenter agamus, petentes ut qui sacrosanctum corpus domini nostri Jesu Christi spiritaliter sumpsimus, exuti a carnalibus vitiis, spiritales effici mereamur, p. d. n. J. C. F. t.

Collectio sequitur. — Si nobis, Domine, quaesumus, medicina mentis et corporis quod de sancti altaris tui benedictione percepimus, ut nullis adversitatibus opprimamur qui tantae remedii participatione munimur, P. d. n.-J. G. RT t) Le renvoi. — À ce moment avait lieu le renvoi des fidèles, comme dans les autres liturgies. C'est l'Ite missa est dans la liturgie romaine, le Missa acta est, In pace dans le missel de Stowe, le Procedamus in pace, in nomine Domini dans le rite ambrosien et chez les mozarabes : Solemnia completa sunt in nomine domini nostri Jesu Christi. Volum nostrum sit acceptum cum pace. m. Deo gratias. Autres formules dans les liturgies orientales.

Beaucoup plus tard, on ajouta l'évangile selon saint Jean, de nos jours le Salve regina et la suite, ce qui revient à dire que l'Ite missa est signifie : la messe est finie ; non, elle recommence !

A XXII. LA MESSE MOZARABE. — (e passage reproduit la notice donnée par dom Cabrol, en 1930, dans le Dictionnaire de théologie catholique.

b) Introit. — La messe débute par l'officium appelé

À, — XI — 22


MESSE.

l'ambrosien : ingressa ; à Rome : introitus ou antiphona ad introitum. Il se compose d'une antienne, d'un verset de psaume et d'une doxologie ; il est tiré soit des Livres saints, soit des actes du saint dont on célèbre la fête. Voici comme exemple celui du premier dimanche de l'avent : Ecce super montes pedes evangelizantis pacem, alleluia. Et annunciantis bona, alleluia : celebra Juda festivitas tuas, alleluia. Et redde Domino vota tua, alleluia. Y. Dominus dabit verbum evangelizantibus in virtute multa. P. Et redde. Gloria et honor Patri et Filio et Spiritui sancto in sæcula sæculorum. Amen. P. Et redde. Dicat presbyter. Per | omnia semper sæcula sæculorum. Amen !. On constatera dès ce moment la doxologie différente de la doxologie romaine, et le semper introduit dans le Per omnia, qui est aussi un trait mozarabe. c) Gloria in excelsis et collecte. — Le Gloria in excelsis est encadré au commencement et à la fin du Per omnia semper sæcula sæculorum. Le Gloria in excelsis était chanté chez les mozarabes le dimanche et les jours de fête, comme le dit le IV concile de Tolède, canon 12 ; Etherius et Beatus le constatent aussi . Puis tard, chez les mozarabes, on omit cette hymne les dimanches de l'avent et du carême. Elle se chantait aussi chez les gallicans, comme on le voit par le missel de Bobbio, et elle était suivie de deux oraisons. Dans la liturgie mozarabe, après le Per omnia de la fin, le diacre criait Oremus et le prêtre disait une oraison. Plus tard, l'acclamation du diacre fut supprimée, mais non pas l'oraison du prêtre, qui variait pour les dimanches de l'avent, de l'Épiphanie, du carême, de Pâques, de la Pentecôte et pour les fêtes des saints. On trouvera le texte de ces diverses oraisons dans le Missale mixtum ?. Le texte du Gloria donné ici est conforme au texte courant, mais il a existé sous d'autres formes *.

La collecte, appelée ici oratio, est souvent adressée directement au Christ, comme dans les liturgies gallicanes. Elle est souvent aussi une paraphrase du Gloria in excelsis. Elle n'a, d'ordinaire, ni la sobriété, ni la précision, ni le rythme de la collecte romaine. Elle n'est souvent qu'une sorte d'effusion pieuse. En voici un exemple, c'est l'oraison de la fête de saint Étienne : Laudamus te, Domine, cum angelis : benedicimus te cum virtutibus sanctis. Glorificamus cum potestatibus supernis. El qui le opificem nostrum nos subsistere non hesimus recte honore tui nominis per officium creatricem tuam potentiam non negamus : pro qua re nos facito bone voluntati tue placere servitium. Est vel in cælis cum angelis et vel in terris cum hominibus pacifice gloriari in tua glorificatione assensum. w. Amen *.

Le prêtre disait alors : Per misericordiam tuam, Deus noster qui est benedictus, et vivis et omnia regis in sæcula sæculorum. w. Amen. Dominus sit semper vobiscum. m. Et cum spiritu tuo, d) Lectures, — Aux jours de jeûne, chez les Espagnols, l'officium est retranché et la messe commence par les lectures, comme autrefois à Rome. Saint Augustin nous dit aussi qu'en Afrique la messe commence, le dimanche, par la lecture de l'Écriture sainte, Nous avons une leçon de l'Ancien Testament, une de saint Paul, la troisième est l'Évangile. La première s'appelait la Prophétie, la seconde l' Épitre ou l'Apôtre, la troisième l'Évangile. Cet ordre n'est cependant pas invariable. La prophétie est supprimée le dimanche ; en carême et les jours de jeûne, on a quatre leçons,


XXXIII.

deux de l'Ancien Testament et deux du Nouveau : de Pâques à la Pentecôte, la première leçon est tirée de l'Apocalypse, celle de l'Ancien Testament est supprimée. Les gallicans, à peu de chose près, suivaient le même usage pour les lectures. A Rome, au contraire, nous savons qu'en général les leçons se réduisaient à deux, comme aujourd'hui. La prophétie était lue par - le lecteur, comme le constate saint Isidore : Epistola | ad Ludifredum Cordubensem. Après la première oraison, le prêtre saluait le peuple, et le lecteur, d'un lieu élevé, annonçait le titre du livre : Lectio libri Exodi ; le peuple répondait Deo gratias, faisait le signe de la croix et écoutait la lecture du texte. Après la lecture, il répondait : Amen ?. Le prêtre ajoutait à l'oraison Dominus sit semper vobiscum. w. Et cum spiritu tuo, e) Psallenda. — Après la prophétie, on chante le canticum des trois enfants avec le premier verset du psaume Confitemini. C'était aussi la coutume dans la liturgie gallicane. Le lectionnaire de Luxeuil dit : - Daniel cum benedictione, et saint Germain de Paris | donne la même indication. Le IV concile de Tolède, | canon 14, rappelle la même prescription. Après le Benedictus es, le prêtre entonnait le psaume Confitemini que le chœur et le peuple continuaient 5. Le texte du Benedictus es, qui se chantait en répons, précrits. La psallenda qui vient ensuite est un répons que le precentor chantait du haut d'une chaire. Saint Isi- | dore l'appelle responsoria, et, en Gaule, on l'appelait | psalmus responsorius . On l'a confondu quelquefois | avec le graduel romain, mais il en diffère par certains caractères 10, f) Traït. — Les anciens livres mozarabes contiennent un trait, fractus, qui était chanté à l'ambon par le psalmiste et ne comportait, comme le trait romain, ni reprise, ni interruption, et sur une mélodie très simple. Il différait du trait romain en ce que le trait grégorien suit le graduel et tient la place de l'alleluia, au lieu que le trait mozarabe tient la place de la psallenda !, g) Prières diaconales. — Le Missale mixtum, après la psallenda, contient une rubrique d'après laquelle le prêtre doit préparer le calice, y mettre le vin et l'eau et poser l'hostie dans la patène, mettre celle-ci sur le calice et dire les Preces : Indulgentiam postulamus. Mais cette rubrique est récente et, d'après saint Isidore ! ?, c'était au diacre à préparer le calice et à dire les preces *« . Dans sa note, Lesley confond ces preces diaconales avec la « prière des fidèles » qui est toute différente. Ces prières diaconales sont d'un grand intérêt pour l'histoire liturgique ; et elles sont une relique du passé, conservées encore dans les liturgies orientales, mais dont la liturgie romaine n'a gardé que de rares vestiges. Les voici selon le texte du Missale mixtum :

Indulgentiam postulamus. Christe exaudi. Placare et miserere.

Y. Jesu unigenite Dei patris filius : qui es immense bonitatis dominus. P. Placare. y. Cuncti te gemilibus exorantes poscimus : cunctique simul deprecantes quesumus, P. Placare.

Y. Tua jam clementia mala nostra superet : tuo jam sereno vultu in nos respice. P. Placare. y. Remove propicius tuam iracundiam : da peccatis finem : da laboris requiem. P. Placare.


TEXTE CORRIGÉ :

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Y. Tranquillitatem temporum : rerum abundanciam : pacis quielem : el salutis copiam. P. Placare.

y. Illius pontificis porrige presidium, al que universo supplicanti populo. P. Placare. y. Remissionem omnium peccatorum quesumus : indulge clemens, mala quæ commisimus. P. Placare.

Le prétre dit alors à voix basse une oraison. Voici le texte de celle qui suit la litanie diaconale :

Exaudi orationem nostram, domine : gemitus que nostros auribus percipe : nos enim iniquitates nostras agnoscimus : el delicta nostra coram te pandimus, tibi Deus peccavimus : tibi que confitentes veniam exposcimus. Et quia recessimus a mandatis tuis : el legi tue minime paruimus. Converlere, Domine, super servos tuos quos redemisti sanguine tuo. Indulge quesumus nobis : el — peccatis nostris veniam tribue ; tue que pielatis misericordiam in nobis largire dignare. m. Amen.

Per misericordiam tuam Deus noster qui es benedictus el vivis el omnia regis in secula seculorum. m. Amen.

Cette oraison, dans les liturgies gallicanes, s'appelle Post precem. h) Épitre. — Après le chant de la psallenda et les prières diacona les, le prêtre ordonnait le silence Silentium facite ; alors le lecteur lisait l'épitre que l'on appelait couramment, comme en Gaule, en Italie, en Afri que et dans d'autres pays, l'Apótre. Il annoncait d'abord le titre, par exemple Sequentia epistole Pauli ad Corinthios, le peuple répondait : Deo gratias et se signait. Déjà au temps de saint Isidore, ce n'était plus le lecteur qui lisait l'épitre, mais le diacre. La lecture ainsi terminée, le peuple répondait Amen, et le diacre descendait de l'ambon, rapportait le livre à la sacristie !, Le texte ne se lisait pas toujours dans son intégrité et les livres mozarabiques contiennent des exemp les de lecture où les textes sont combinés ou centonisés. i) Évangile. — L'évangile, comme l'épitre, fut lu d'abord en Espagne par le lecteur. Puis la fonction fut réservée au diacre : ad diaconum pertinere prædicare evangelium et apostolum ?. Il en était de méme en Gaule . Le diacre disait d'abord la prière Munda cor meum corpus que ef labia mea..., puis il allait recevoir la bénédiction de l'évê que : Corroboret Dominus sensum luin... Revenu à l'autel, le diacre disait : Laus libi, à quoi peuple et clergé répondaient : Laus libi, Domine Jesu Christe, rex æternæ glorie ; il montait alors avec le livre à l'ambon, précédé de ceux qui portaient les cierges et peut-être l'encens, et annoncait la lecture : Lectio saneti evangelii secundum | Lucam. À quoi le peuple répondait : Gloria tibi, Domine, en se signant. À la fin de la lecture le peuple répondait : Amen. Cette lecture était écoutée debout. L'évé que baisait le livre des évangi les qu'on lui présentait en disant : Ave, verbum divinum, reforinalio virtutum el restitulio vanitatum .

Les livres mozarabes ne se font pas scrupule pour lévangile, comme pour la propaétie et l'épitre, d'omettre des versets ou d'arranger le texte.

Le prêtre dit, aprés l'évangile : Dominus sil semper vobiscum. m. Ef cum spiritu luo.

Dans les messes privées, le prétre, avant l'évangile, récite une priére : Confortame, o Rex sanclorum... et le Dominus sil in corde meo... et le diacre Munda cor meum *... Mais ses prières sont d'âge postérieur et probablement empruntées à la liturgie romane, ]) Lauda. — Le Lauda qui suit l'évangile se compose de l'Alleluia et d'un verset, tiré généralement d'un psaume. Cette place lui est assignée par le IVe concile de Tolède”. Le Deo gratias, qui le suit


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MESSE MOZARABE 678 maintenant au Missale mixlum, ne parait pas primitif *. Le Lauda est chanté par le chantre. La coutume de chanter un verset aprés l'évangile se rencontre dans d'autres liturgies.

Ici avait lieu autrefois, au moins à certains jours, notamment en caréme, une prière pour les pénitents et leur renvoi, ainsi que lè renvoi des catéchumènes *, L'avant-messe se terminait ici. On voit que, dans ses traits princip aux, elle présente à peu près le méme dessin que l'avant-messe gallicane et méme que l'avantmesse romaine. Mais elle a conservé plus de souvenirs de la liturgie primitive.

29 La messe « les fidè les. a) La préparation immédiate. — L'offertoire comprend, au Missale mixlum, les oraisons suivantes qui accompagnent les divers actes du prêtre, offrande de d'hostie et du calice, préparation du calice et de la paténe sur l'autel, etc. : Acceptabilis sit..., Offerimus tibi..., Hanc ablationem... el omnium offereniium ; In spiritu humililalis... Adjuvale me, fratres... 1, b) Offertoire. — Le sacrificium qui suit ces priéres répond à l'offertoire. Saint Isidore emploie les deux mots comme synonymes, Dans la lettre ad Ludifredum Cordubensem, il dit sacrificium ; dans le De officiis, il dit offertoria ». Les gallicans ont ici aussi un chant : sonus.

Ceux qui ne devaient pas assister au sacrifice ayant été renvoyés, les diacres enlevaient le pallium qui avait jusqu'ici couvert l'autel, et y étendaient le corporal. Quis fidelium, dit saint Optat, nesciat in peragendis mysteriis ipsa ligna altaris linteamine operiri ! ?, Ce linge, appelé quelquefois aussi palla corporalis et fait de pur lin, recouvrait l'autel tout entier. C'est un usage général qui se trouve attesté pour l'Egypte, pour les Gau les, pour l'Afri que et pour Rome. aussi bien que pour l'Espagne.

Pendant que le chœur chantait le sacrificium, l'évé que, les prétres et les diacres recevaient les oblaLions du peuple, le pain et le vin. Les hommes offraient d'abord par ordre de dignité, puis les femmes, puis les prêtres, les diacres, les clercs, et l'évé que lui-même offrait le dernier. De gran des précautions étaient prises pour que ces pains ne fussent pas touchés de la main ; l'évê que et les prêtres les recevaient sur l'offerlorium, ou oblatorium, vase d'argent, d'or ou de cuivre ; à Rome, l'oblatorium était remplacé par un linge porté par les acolytes. Le peuple lui-méme ne devait pas toucher les offran des avec les mains, mais les offrir dans un linge. Ces pains, de pur froment à l'origine, pouvaient étre des pains levés. L'usage des pains azymes s'établit en Espagne comme ailleurs ! ?, Quant au vin, il était présenté dans des burettes ou autres récipients. Les diacres le versaient dans un grand calice destiné à cet usage. Les diacres prélevaient sur les offran des du pain et du vin ce qui était nécessaire pour la communion et gardaient le reste. Les pains destinés à la communion étaient mis sur une patène et la paténe sur l'autel ; le vin était mis dans le calice et mélangé d'eau. Il y avait parfois, selon les nécessités, plusieurs cali ces et plusieurs paténes sur l'autel. La patène n'était pas donnée au sous-diacre comme dans le rite romain. Les diacres couvraient les oblats d'un pallium qui, d'ordinaire, était de soie et parfois brodé d'or ; il est appelé coopertorium, palla ou palla corporalis. Il y avait une oraison ad extendum corporalia. Les autres oraisons que l'on trouve dans les livres mozarabes, pour ces divers actes, sont d'âge postérieur. En Espagne, comme en Gaule, comme à 679 MESSE. -— Rome, ces divers actes de l'épo que primitive ne sont pas accompagnés d'oraison !.

L'oblation terminée, l'évé que retournait à son tróne et se lavait les mains. C'est encore ici une coutume anti que attestée par les Constitutions apostoliques et par Cyrille de Jérusalem . En Espagne, c'est le diacre qui servait l'évé que dans cet office, tandis que le sousdiacre offrait l'eau aux prétres et aux diacres pour le méme usage. L'évé que revenait alors à l'autel, donnait le signal pour arrêter le chant du sacrificium et disait : Adjuvate me, fratres, puis récitait l'Accedam ad te, qui appartient à la classe des apologize sacerdolis (voir Diclionn., t. 1, au mot Lesley a montré les différen ces entre ces rites et les modificaLions qu'ils ont subies dans la liturgie mozarabe au Moyen Age . » c) Missa. — Le prétre, avec le Dominus sit semper vobiscum ordinaire, dit une oraison appelée Missa. C'est la première des sept oraisons de saint Isidore , Etherius et Beatus la décrivent en ces termes : Prima oratio admonitionis erga populum est, ut omnes excitentur ad orandum Deum ?. C'est bien une oraison de début, le début de la messe des fidé les, une oraison pour les préparer au sacrifice ; elle varie suivant les fêtes et les époques liturgiques, et s'adresse tantôt aux fidè les, dilectissimi fratres, tantôt à Dieu le Père ou au Christ . C'est parfois une série d'exclamations pieuses, parfois encore un chant lyri que en l'honneur du mystére ou du martyr dont l'Église célébre la féte, Le missel de Bobbio donne une oraison semblable, mais souvent sans titre ; une fois elle est appelée Missa, comme ici, une autre fois Collectio et à deux reprises Præfatio. Dans les autres sacramentaires gallicans, elle est appelée Præfalio ou Priefatio missis. Le titre d'Oralio lui est aussi donné dans le Missale mixtum *.

Aprés l'oraison, le peuple dit : Amen, et le prétre ajoute ces mots : Per misericordiam luam, Deus noster qui es benedictus el vivis el omnia regis in secula seculorum. Amen. Puis en élevant les mains : Oremus, et le chœur répond : Aggos, agyos, agyos, Domine Deus rex eterne, libi lau des et gratias. Postea dicat presbyter : Ecclesiam sanctam catholicam in orationibus in mente habeamus... omnes lapsos, caplivas, infirmos, at que peregrinos in menle habeamus : ut eos Dominus, etc. Cette oratio est simplement appelée dans le Liber mozarabicus : alia oratio, ou méme alia M. Et le chœur répond : Presta, elerne omnipotens Deus, Le prêtre continue : Purifica, Domine Deus Pater omnipotens... : il fait mention des prêtres qui offrent, du pape, des prêtres et des autres clercs. Suit la commémoraison des apótres, des martyrs avec énumération des noms. Le chœur intervient dans toutes ces prières par quelques acclamations !!., Le Liber offerentium, qui est appelé chez les mozarabes le « petit missel », contient cette prière sous une forme bien meilleure 17. Le Liber offerenttium : a été inséré dans le Missale mixtum %, La prière des fidè les s'y trouve !*, Ces diverses prières, depuis le premier Per misericordiam iuam... Oremus, semblent pouvoir se ramener à la seconde oraison de la messe que saint Isidore définit secunda [oralio] invocationis ad Deum est, ut clementes suscipiat pre ces fidelium, oblalionem que eorum. On y reconnait, en elTet, les traits princip aux de la « prière des fidè les » ou prière litani que, que l'on retrouve à l'origine dans tou les les


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liturgies. Les liturgies grecques et orienta les l'ont conservée ; elle a disparu à peu prés dans la liturgie romaine, sauf dans les oraisons solennel les du vendredi saint qui nous représentent la « priére des fidé les » sous une de ses formes les plus antiques et les plus parfaites. Dans le missel mozarabe, elle est loin de se présenter avec la méme netteté ; elle y a subi probablement de nombreuses retouches (voir Dictionn., t. IX, au mot LITANIES). Les expressions mêmes Ecclesiam sanctam catholicam in orationibus in mente habeamus rappellent cel les de saint Fructueux de Tarragone en 259 : In menle me habere necesse est sanctam Ecclesiam catholicam ab Oriente us que ad Occidentem diffusam !^.

La lecture des noms semble considérée dans les manuscrits comine un rite à part, sous le titre Nomina offerentium. La liste des noms des vivants était suivie de celle des morts. D'ordinaire le diacre ou le prêtre lui-méme faisait la lecture ; parfois, elle incombait à l'un des cantores. On lit dans le Liber sacramentorum mozarabicus ces mots : Transfer hec nomina in pagina celi, que levitarum et cantorum tuorum officio recitata sunt in Libro vivorum digilo tuo ** (voir Diclionn., t. 1v, au mot DIPTYQUES).

L'oraison qui suit est appelée Post nomina. L'oraison précédente comportait, en effet, la lecture du nom de ceux qui offraient et celui des morts : item pro spiritibus pausantium. Elle est la troisième dans l'ordre suivi par saint Isidore et il la définit ainsi : Tertia aulem effunditur pro offerentibus sive pro defunclis fidelibus, ut per id sacrificium veniam consequantur. Le texte varie comme celui des précédentes selon les fêtes. On remarquera qu'ici la mémoire des morts n'est pas séparée de la mémoire des vivants, comme dans la messe romaine. De plus, les diptyques, en Espagne, ne contenaient pas seulement les noms des apôtres et des martyrs, mais encore celui des saints de l'Ancien Testament, patriarches et prophètes !. C'était aussi la coutume des Églises gallicanes, et Venance Fortunat a pu écrire ! ;

Voir aussi l'oraison post nomina à la fête de saint Léger ?, On retrouve le même usage dans plusieurs liturgies grecques et orientales. Saint Cyrille de Jérusalem disait déjà : Recordamur patriarcharum, prophetarum... ut Deus eorum precibus el intercessione orationem nostram suscipiat . Lesley renvoie à ces différentes liturgies , L'oraison Post nomina présente des caractères analogues dans les liturgies gallicanes. C'était le diacre qui lisait les diptyques et le prêtre disait ensuite l'oraison *.

Dom Férotin, à propos de la prière Post nomina relève avec raison cette secrète du missel romain : Deus cui soli cognitus est numerus electorum in superna felicitate locandus... et omnium fidelium nomina beatae prædestinationis liber adscripta retineat, qui est une véritable Oralio post nomina. C'est par erreur qu'il l'appelle une secrète quadragésimale, elle appartient aux messes des morts, et son origine gallicane, aussi bien que celle de la collecte et de la postcommunion qui l'accompagnent, ne fait pas de doute **, Signalons encore la très longue Oratio post nomina, une véritable homélie, rédigée vers la fin du vi siècle

681 MESSE. —

par saint Julien de Tolède, et qui fut imposée à tous les prêtres par un concile de Tolède de l'époque !, pour mettre fin à un abus intolérable. Certains prêtres ne s'avisaient-ils pas, dans l'oraison Post nomina, de demander la mort de leurs ennemis ? Le texte de l'oraison de saint Julien est une longue et véhémente protestation contre ces criminelles manœuvres *.

L'Oratio ad pacem est définie dans saint Isidore : Quarta post heec infertur pro osculo pacis. Le baiser de paix, renvoyé au moment de la communion dans la liturgie romaine, précède, en Espagne, comme en Gaule et en Orient, la consécration et même l'illatio. On peut dire qu'il se rattache à la prière des fidèles dont il était la conclusion naturelle. Le baiser de paix, primitivement, devait être fréquent et faire partie de toute synaxe. À la messe, il dut être, de bonne heure, fixé à cette place. Il était naturel aussi qu'il précédât la communion. Peut-être, dans certaines Églises, avait-il lieu deux fois ; dans ce cas, on dut bientôt supprimer un des deux rites comme inutile. Quoi qu'il en soit de la pratique primitive, sur laquelle nous ne sommes pas suffisamment renseignés, de bonne heure, à partir du v* siècle vraisemblablement, nous voyons s'accuser cette singularité dans le rite romain, à la différence des liturgies orientales et des autres liturgies latines, au sujet de la place du baiser de paix. On a relevé déjà ce fait bien significatif, c'est que, dans la Traditio apostolica de saint Hippolyte, qui représente la liturgie romaine au commencement du ni siècle, le baiser de paix est, là aussi, selon l'usage général, rattaché à la prière des fidèles : E ! postea (il est question des néophytes, qui viennent de recevoir le baptême) jam simul cum omni populo orent, non primum orantes cum fidelibus, nisi omnia hsec fuerint consecuti. Et cum oraverint, de ore pacem offerant. Et tunc jam offeratur oblatio a diaconibus ?, La suppression de la prière des fidèles dans la messe romaine, au moment où s'établissait le canon romain tel que nous le connaissons, a dû entraîner ce changement pour la place du baiser de paix, comme il en a entraîné bien d'autres.

Ici, comme dans plusieurs autres circonstances, la messe mozarabe nous représente des usages antérieurs à la messe romaine. L'oratio ad pacem et le baiser de paix se rattachent à un ensemble que saint Isidore désigne sous ce terme post hzc, la prière Per misericordiam..., l Ecclesiam sanctam..., le Purifica, Domine..., ou prière d'oblation, la mémoire des saints patriarches, apôtres, martyrs, etc., la lecture des diptyques des vivants et des morts avec l'oraison post nomina. Alors, et très logiquement, prenait place la prière pour la paix et le baiser de paix . Il va de soi que le titre d'oratio ad patrem est une erreur typographique, pour ad pacem. En ceci l'usage espagnol était conforme à celui des Églises gallicanes où une Oratio ad pacem suit l’oralio pos ! nomina et précède l'illatio ou conlestalio. Dans toutes ces liturgies le texte de l'Oratio ad pacem varie selon les fêtes ; il y est question soit de la paix, soit des oblations. Les liturgies grecques et orientales ont aussi cette oraison ad pacem suivie du baiser de paix .

Nous voyons, d'après le Liber ordinum, que le diacre intervenait aussi pour le baiser de paix par les mots : Inler vos pacem tradite. Le concile de Compostelle, de 1056, canon 1, fait allusion au même usage *, Pendant ce temps, le chœur chantait Pacem relinquo vobis ou une antienne de même genre. Ce livre nous donne aussi une formule d'Ad pacem, où l'oraison est précédée d'une invocation, comme c'est souvent le cas dans cette liturgie et dans la liturgie gallicane 7.

3* Le sacrifice. — Après toute cette préparation commence la prière d'anaphore ou la prière eucharistique proprement dite. a) Illatio. — Dans la liturgie mozarabe, elle porte le nom d'inlalio ou illatio, et saint Isidore la définit en ces termes : Quinta infertur illatio in sanctificatione oblationis in quam etiam Dei laudem, terrestrium credlura, virtutum celestium | universitas provocatur, et Osanna in Ecclesiis cantatur. Elle est précédée d'un dialogue qui diffère de celui de la messe romaine. Le prêtre, incliné et les mains jointes, dit : /Infroibo ad altare Dei ; le chœur : Ad Deum qui lætijicat juventulem meam. Le prêtre en posant les mains sur le calice : Aures ad Dominum ; le chœur : Habemus ad Dominum. Le prêtre : Sursum corda ; le chœur : Levemus ad Dominum, Le prêtre, incliné et les mains jointes : Deo ac Domino nostro Jesu Christo filio Dei qui est in celis dignas lau des dignas que gratias referamus ; icile prêtre élève les mains vers le ciel ; le chœur : Dignum et juslum est $5.

L'illatio mozarabe, comme la praefatio romaine ou la contestatio gallicane, aboutit toujours au Sanctus, et le Sanctus, en Espagne comme en Gaule, à la différence de Rome, est suivi d'une oraison dont le titre est toujours Post sanctus. Pour saint Isidore, l'illatio ou cinquième oraison comprend le Sanctus et le Post sanclus, et aussi la consécration. La sixième oraison est celle du Posi pridie ou confirmatio sacramenti, Cette division parait assez juste, car elle marque bien l'étroite union de toutes ces parties de l'illatio à la fin de la consécration. Elle rend mieux compte aussi du titre immolatio, qui est celui de la préface dans les liturgies gallicanes et qui est bon synonyme de consecratio.

683 MESSE. — l'autre, à peu près exclusivement, dans les gallicans. Sur ce point, ces derniers sont moins exclusifs que les mozarabes. Dans le Missale gothicum et le Missale gallicanum, immolatto alterne avec contestatio et præfatio missi ; il ne se trouve pas dans le Missale Francorum, il est une seule fois dans le missel de Bobbio et, semble-t-il, par hasard !.

Nous ne dirons rien du dialogue qui précède l'illatio. Il contient les éléments que l'on peut dire essentiels et que l'on rencontre dans toutes les liturgies : Sursum corda, Gralias agamus, etec., et qui servaient de début à toutes les préfaces : Vere dignum et justum est... A la sobriété du dialogue de la préface romaine, la liturgie mozarabe ajoute, comme toujours, des ornements et des complications qui ne font qu'alourdir le texte. Il faut dire la même chose de l'illatio elle-même. Les livres mozarabes nous offrent la collection la plus riche et la plus variée d'illationes ; il n'est guère de messe qui n'ait son illatio ; quelques-unes comprennent quelques colonnes de texte et, si elles ont été chantées, elles ont pu durer jusqu'à une demi-heure. Nous essaierons tout à l'heure d'en découvrir les auteurs. Disons dés maintenant : qu'elles forment un recueil dogmatique d'un prix incalculable pour l'histoire théologique de l'Espagne au Moyen Âge, recueil qui, il faut le dire, a été encore assez peu étudié. Il y a là des pages qui font honneur à la science, à la profondeur et à la culture des théologiens espagnols du ve au ix° siècle. Il y a, sans doute, de-ci, de-là, quelques opinions singulières, mais, dans l'ensemble, quelle richesse de doctrine, quelle ferveur de foi et de piété ! On y trouve de vraies thèses de théologie et de longs panégyriques pour la fête des saints, notamment des saints d'Espagne, comme saint Vincent et sainte Eulalie. Nous ne citerons que l'illatio sur la Samaritaine, celles sur l'aveugle-né, sur le jeune, sur la Trinité, sur la descente aux enfers, sur les patriarches *.

b) Le Sanctus. — L'illatio aboutit toujours par une transition au Sanctus. Le Sanctus de la messe mozarabe n'est pas invariable comme dans la liturgie romaine et la plupart des autres liturgies. Dans leur amour de la variété, les auteurs de cette liturgie v introduisaient parfois des changements. Voici la forme ordinaire :

Sanclus, sanctus, sanctus Dominus Deus Sabaoth : pleni sunt celi et terra gloria majestatis tue : Osanna filio David : Osanna in excelsis. Benedictus qui venit in nomine Domini : Osanna in excelsis ?, Le jour de Pâques nous avons cette forme :

Agios, Agyos, Agyos, Kyrie. O Theos. Sanclus, Sanclus, Sanctus : Dominus Deus Sabaoth. Pleni... Osanna in excelsis. Agyos, Agyos, Aggos. Te Domine laudat omnis virtus celorum : et exercitus angelorum. Tibi hymnum depromunt melliflua carmina sanctorum. Tibi psallunt choree virginum : et cetus confessorum. Tibi genua ? curvant celestia. Terrestria. El inferna. Laudant le Regem omnium seculorum. Osanna in excelsis *.

Le chant du Sanctus est assigné au chœur dans les livres mozarabes. Autrefois, en Espagne comme en Gaule, le Sanctus était chanté par le peuple. Aussi avons-nous dans un Post sanctus ces paroles : Psallitur [hymnus iste] ab angelis, ef hic solemniter decantatur a populis . Grégoire de Tours dit de son côté : Ubi expedita contestatione omnis populus sanctus in Domini laudem proclamavit. Même coutume autrefois dans les liturgies orientales, comme on le voit par les Constitulions apostoliques, et par les textes de saint Jean


AAXIII.


MESSE MOZARABE 684 Chrysostome et de saint Grégoire de Nysse 7. Les textes que nous avons cités prouvent qu'il était chanté en Espagne moitié en latin, moitié en grec. Même coutume en Gaule.

c) Sanctus et consécration. — Le titre Post sanctus désigne toujours, en Espagne comme en Gaule, une oraison qui est une paraphrase du Sanctus et qui commence d'ordinaire par les mots Vere sanctus. Elle est une transition entre le Sanctus et la consécration ; on la trouve aussi dans les liturgies grecques et orientales, mais sans titre, En Espagne, elle varie tous les jours ; en voici un exemple pour la fête de saint Jacques :

. Vere sanctus : vere benedictus Dominus noster Jesus Christus Filius tuus. Quem Jacobus relicto Zebedæo patre ita secutus est : ut eum obnixe diligendo fieret electus in vita : mundus in conscientia : probabilis in doctrina. Postremo ila scientiam commendans ex opere (peut-être ita scientia commendatus et opere) : ut pro eo truncato interierit capite. Quem pro se vel pro omnibus noverat animam posuisse Christum Dominum. Qui est honor et gloria in secula seculorum. Amen *.

Le Vere sanctus ne se terminait pas autrefois par une doxologie, mais il aboutissait directement au qui pridie par une formule brève dans le genre de celle-ci : Vere sanctus, vere benedictus Dominus noster Jesus Christus qui pridie, avec les paroles de l'institution. Ce qui pridie était la formule romaine, c'était aussi celle des Églises gallicanes et de toutes les Églises latines. L'antique liturgie d'Espagne suivait la même tradition. Par un changement qui s'est opéré à une date qu'on ne saurait fixer dans la liturgie mozarabe et qui est l'un des plus audacieux dont la liturgie ait gardé la trace, on a bouleversé cette formule sacrée par l'introduction de la prière adesto Jesu bone et en remplaçant le qui pridie par l'in qua nocte qui est la version de toutes les liturgies grecques et orientales. Chose peut-être plus extraordinaire encore : les réformateurs ne cherchèrent même pas à effacer les traces de ce changement, et continuèrent à appeler l'oraison qui suit le récit de l'institution : oratio post pridie. Il faut donner ici le texte de l'adesto :

Adesto, adesto, Jesu bone Pontifex, in medio nostri : sicul fuisti in medio discipulorum tuorum : sanctifica hanc oblationem : »[4 ut sanctificata 4 sumamus per manus sancti angeli tui sancte domine ac redemptor noster [lac une |. Dominus noster Jesus Christus in qua nocte tradebatur accepit panem : et gratias agens, benedixit ac fregit : deditque discipulis suis dicens : Accipite et manducate. Hoc : est : corpus : meum : quod : pro : vobis : tradetur. Hic elevatur corpus. Quotiescumque manducaveritis : hoc facite in meam commemorationem. Similiter et calicem postquam cenavit dicens, Hic + est : calix : novi : testamenti : in : meo : sanguine : qui : pro : vobis : et : pro multis : effundetur : in : remissionem : peccatorum. Hic elevatur calix coopertus cum filiola (= palla) Quotiescumque biberitis hoc facite in meam +h commemorationem. Et cum perventum fuerit ubi dicit : In meam commemorationem. Dicat presb. alia voce omnibus diebus preter festivis : pari modo ubi dicit in claritatem de celis. Ut qualibet vice respondeat chorus : Amen. Quotiescumque manducaveritis panem hunc et calicem istum biberitis : mortem Domini annuntiabitis donec veniat. In claritatem #4 de celis, y. Chorus : Amen *.

Dans les éditions postérieures du Missale mixtum, on a ajouté en note que la forme de consécration ici donnée n'est qu'un souvenir du passé, mais qu'on doit aujourd'hui garder la forme romaine !'. Dom Férotin donne, d'après le Liber sacramentorum mozarabicus et d'après le Liber ordinum, deux nouveaux textes des paroles de l'institution qui présentent, aussi bien l'un avec l'autre qu'avec le Missale mixtum, des variantes considérables. On comprend que Rome n'ait pas approuvé la version donnée par l'édition du Missale mixtum de 1500, et lui ait substitué la forme romaine. Cette édition rarissime, de Tolède, conservée au British Museum, contient, collée sur le vélin, cette note : Forma ista consecrationis ponitur, ne antiquitas ignoretur ; sed hodie servetur Ecclesiae traditio, et on donne la formule romaine *. Dans deux manuscrits cités par dom Férotin, les paroles de l'institution sont précédées du titre Missa secreta ; et il donne un autre exemple où le Post sanctus est appelé Post missam secretam qui indiquent bien qu'à cette époque cette partie du canon est dite à voix basse.

On voit, par la teneur même de cette prière, qu'elle interrompt la suite du Vere sanctus et répète la formule Dominus noster Jesus Christus. Le caractère d'interpolation saute aux yeux ; elle a été soulignée par la plupart des liturgistes modernes, depuis P. Lebrun, Bini, Lesley, dom Férotin, dom Cagin. Au Moyen Âge, elle ne parait pas avoir soulevé de protestations. Sans chercher d'autre explication à ce fait, il faut simplement constater qu'à une certaine date, postérieure à saint Isidore certainement, et probablement antérieure au x siècle, et probablement aussi à Tolède, un évêque a jugé à propos d'emprunter à la liturgie de Constantinople, à laquelle l'Espagne avait déjà fait tant d'emprunts, la forme même de la consécration, pour la substituer à la forme ancienne, qui était celle de Rome et de toutes les Églises latines .

La formule même Hoc est corpus meum est empruntée à I Cor., x1, 24 ; le Quod pro vobis tradetur est la traduction de la Vulgate. La formule romaine Hoc est ENIM corpus meum est conforme à celle de la liturgie de saint Marc, et il semble aussi qu'elle ait été celle des Églises gallicanes, au moins d’après les lettres de saint Germain de Paris. La formule de consécration du vin est empruntée à I Cor., xr, 24, et à Luc, xxii, 20, et Matth., xxvr, 28. Les paroles Hic est calix Novi Testamenti in meo sanguine sont celles d'une ancienne version latine différente de la Vulgate ; et elles sont citées sous la même forme par Sedulius Scottus et par Grégoire II . La formule romaine : Hic est enim calix sanguinis mei, etc., était aussi celle des Églises gallicanes. Les liturgistes espagnols de ce temps n'ont pas craint de paraphraser à leur façon les paroles de l'institution , Les rubriques du récit de l'institution constatent une double élévation. La coutume de l'élévation est universelle, mais elle ne se pratiquait pas partout de la même façon. Celle qui est mentionnée ici est conforme à l'usage qui s'était établi en France au xr siècle, et s'est répandue de là avec certaines variantes à Rome et dans les autres Églises. La rubrique mozarabe indique que, à l'élévation, le calice reste couvert de la filiola, c'est-à-dire de la palle ou du voile qu'on appelait quelquefois offertorium, parce qu'on y avait placé, à l'oblation, les offrandes des fidèles, C'était aussi autrefois la coutume romaine, quand l'élévation avait lieu à la fin du canon après le Per ipsum *.

Une autre rubrique, qui prescrit de dire à haute voix les mots in meam commemorationem et in claritatem de celis, laisserait croire que les paroles mêmes de l'institution étaient dites à voix basse. Mais Lesley pense, avec raison, semble-t-il, que cette rubrique est récente et que les Espagnols, comme les Francs, auront dit à haute voix ces paroles. Quant à ces mots in claritatem de celis, c'est aussi une singularité du rite mozarabe. Au jeudi saint, on lisait l'épître de I Cor., xr, 20-34. Or, après les mots, mortem Domini annuntiabitis donec veniat, on ajoutait cette variante in claritatem de celis que l'on a prise aussi dans la liturgie et qui, du reste, n'existe ni dans la Vulgate, ni dans le grec, ni dans aucune version, que nous sachions . d) Oratio post pridie. — L'oraison Post pridie, qui suit la consécration, correspond à celle qui est appelée, dans les livres gallicans, Post secreta ou Post mysterium, et dont saint Isidore nous parle en ces termes : Er hine serta oratio succedit, confirmatio sacramenti, ut oblatio quae Domino offeritur, per Spiritum Sanctum sanctificata, Christi corporis et sanguinis confirmetur . Etherius et Beatus soulignent les termes Confirmatio sacramenti. Notons que le missel de Bobbio n'a pas l'oraison Post secreta, et qu'elle manque quelquefois dans le Missale gallicanum et dans le Missale gothicum. Au contraire, elle ne manque jamais dans le Missale mixtum et, comme elle varie tous les jours et qu'elle est parfois très longue, nous avons ici, comme dans l'illatio, une de ces prières dans lesquelles l'abondance des Pères espagnols s'est donnée librement carrière. La place même et la fonction de cette oraison, confirmatio sacramenti, sont encore plus propices que celles de l'illatio aux développements dogmatiques. Il y faut avoir recours pour étudier la doctrine de l'Église espagnole sur l'eucharistie, notamment sur la transsubstantiation et sur les questions connexes. En réalité, cette oraison répond à l'épiclèse des liturgies orientales et, comme nous l'avons fait remarquer ailleurs, les expressions employées ici doivent être interprétées souvent cum grano salis.

L'épiclèse est parfois dans le Post sanctus, mais plus rarement *. D'une façon générale, le Post pridie contient souvent la preuve que la consécration ou la transsubstantiation est accomplie par les paroles de l'institution. L'élévation témoigne dans le même sens, mais il est difficile de citer la date de ce titre chez les mozarabes. Citons, comme particulièrement explicite, ce Post pridie : Hec pia, hec salutaris hostia, Deus Pater, qua tibi reconciliatus est mundus. Hoc est corpus illud, quod pependit in cruce, Hic etiam sanguis, qui sacro profluxit ex latere, etc. 1.

L'oraison Te prestante, qui du reste n'a pas de titre particulier, semble plutôt la finale du Post pridie qu'une oraison particulière. Elle ressemble, comme on va le voir, à notre Per quem omnia bona creas, En voici le texte :

Te prestante, sancte Domine : quia tu hec omnia nobis indignis servis tuis : valde bona creas : sanctificas, vivificas, benedicis ac prestas nobis : ut sit (sint) benedicta a te Deo nostro in secula seculorum. w. Amen.

Le prêtre prend alors l'hostie consacrée sur la patène, la pose sur le calice découvert et dit ou chante : Dominus vobiscum. w. Et cum spiritu tuo. Fidem quam corde credimus ore aulem dicamus, et il élève l'hostie consacrée pour la montrer au peuple. Dans certains lieux on dit à la place une antienne ad confractionem panis « , Ici, comme dans le missel ambrosien, l'Hæc omnia semble se rapporter aux éléments consacrés, le pain et le vin, créés par Dieu, sanctifiés par la prière, vivifiés par la consécration, bénis par le Saint-Esprit (épiclèse) et enfin donnés aux fidèles dans l'eucharistie. C'est du moins l'interprétation que donne à ces paroles Lesley, qui ne veut pas admettre l'explication de Benoit XIV et d'autres liturgistes, qui prétendent que l’Hæc omnia désignent les fruits nouveaux qui étaient bénis à ce moment. C'est une vieille querelle entre liturgistes et qui ne parait pas encore résolue $. Lesley admet que, dans certains sacramentaires, ces paroles peuvent, en effet, se rapporter à une bénédiction de ce genre ; mais il n'y voit qu'un cas particulier, Selon lui, les paroles sont trop précises, les gestes trop solennels, pour qu'on puisse les appliquer à autre chose qu'aux éléments consacrés dans l'eucharistie.

L'élévation, à ce moment, est aussi un usage général. C'était, avant le xiv* siècle, l'élévation principale. On remarquera aussi que, dans le missel romain, l'oraison est adressée au Père et qu'elle se termine par une magnifique doxologie qui a disparu dans la messe mozarabe.

e) Le Credo. — Les Espagnols furent les premiers en Occident à introduire à la messe la récitation du symbole de Nicée-Constantinople. L'usage existait déjà en Orient et, en 568, Justin II en faisait une loi. Le III concile de Tolède, en 597, édictait ut prius quam dominica dicatur oratio, voce elata a populo [symbolum constantinopolitanum | decantetur, quo fidem vera, etc. Nouvel exemple de l'empressement que mettaient les prélats espagnols à suivre les usages de Constantinople. D'Espagne, la coutume se répandit dans les Gaules ; Rome y fut longtemps réfractaire et ne céda qu'au x° siècle. En réalité, la vraie place du symbole est au baptême, et il n'est pas un élément essentiel à la messe. Les Églises gallicanes le chantèrent après l'Évangile, à la fin de la messe des catéchumènes ; c'est aussi la place qu'on lui donna à Rome. Les Espagnols, comme les Grecs et les Orientaux, en le mettant à la fin du canon, avant le Pater, dérangeaient un peu l'équilibre général de cette partie de la messe, et diminuaient d'autant l'importance du Pater. Pour les variantes du texte espagnol, le credimus, l'omousion, l'ex Patre et Filio procedentem, voir les notes de Lesley .


MESSE MOZARABE 688 comme dans les liturgies celtiques, très compliquée, jusqu'à tomber parfois dans la superstition ; ce rite est accompagné d'ordinaire d'un chant, confractio, que l'on retrouve dans la plupart des liturgies ; il est appelé parfois chez les mozarabes : Laudes ad confractionem (voir Dictionn., t. v, à FRACTIO PANIS).

g) Le Pater. — Le Pater est récité à la messe mozarabe comme dans la plupart des liturgies, et il est précédé d'un prélude qui varie selon les jours ; c’est à peu près toujours une paraphrase analogue au prélude romain, mais d'ordinaire plus étendue et plus compliquée. Le Pater se termine par un embolisme dont nous parlerons tout à l'heure . Chose assez singulière, le prélude débute par le mot Oremus, chanté par le prêtre ; mais cette rubrique est d'âge postérieur, comme celle qui prescrit l'oremus avant l'agyos. Dans l'Église d'Espagne, à l'époque ancienne, ce n'était pas au prêtre à dire Oremus, mais au diacre, à qui étaient aussi réservées les autres interventions : Flectamus genua, Erigile vos, Levate aures ad Dominum, Silentium facite. Saint Isidore dit des diacres : Hi voces tonitruorum, ipsi enim, clara voce, in modum praeconis, admoneant cunctos sive in orando, sive in flectendo genua, sive in psallendo, sive in lectionibus audiendo, etc. . Etherius y fait aussi allusion * ; même usage signalé par saint Germain de Paris.

La présence du Pater à la messe dans la plupart des liturgies, au moins à partir du iv° siècle, est un fait bien connu. Cependant, en Espagne, certains prêtres ne le disaient que le dimanche. Aussi le IV concile de Tolède, can. 10, le proclame-t-il obligatoire chaque jour. La manière de le réciter n'est pas la même partout. En Espagne, le prêtre commence : Pater noster qui es in cœlis, et le peuple répond : Amen ; ainsi à toutes les demandes. Au Panem nostrum quotidianum da nobis hodie, il répond Quia tu es Deus, et à la fin : sed libera nos a malo. Amen. Le Pater est la septième et dernière des oraisons de la messe selon saint Isidore .

L'embolisme n'est pas variable comme chez les gallicans ; c'est une paraphrase de la dernière demande en forme d'oraison litanique :

Liberati a malo : confirmati semper in bono : libi servire mereamur Deo ac Domino nostro. Pone Domine finem (le prêtre se frappe la poitrine) peccatis nostris : da gaudium : tribulatis : prebe redemptionem captivis : sanitalem | infirmis : requiem que defunctis. Concede pacem et securitatem in omnibus diebus nostris : frange audaciam inimicorum nostrorum : et exaudi Deus ordtiones servorum tuorum omnium fidelium christianorum in hac die el in omni tempore. Per Dominum *.

Le Liberati est chanté comme le Pater ; même usage dans le rite lyonnais et même dans la liturgie romaine au vendredi saint.

h) La commixtion. — Après l'embolisme, le prêtre prend sur la patène le fragment d'hostie qui correspond à regnum, il le tient sur le calice et l'y laisse choir en disant : Sancta sanclis et conjunctio corporis Domini nostri Jesu Christi : sil sumentibus et potantibus nobis ad veniam : el fidelibus defunctis prestelur ad requiem. De Pâques à la Pentecôte, il dit à la place et à haute voix trois fois les mots : Vicit leo de tribu Juda radix David, à quoi l'on répond : qui sedet super cherubim radix David. Alleluia *.

Le Sancta sanctis est une ancienne formule orientale, à laquelle fait déjà allusion saint Cyrille de Jérusalem et qui est conservée dans la plupart des liturgies orientales. Elle perd ici un peu de sa force, parce qu'elle di madida est dite à voix basse et qu'e l'e fait p :rzie d'une oraison de commixtion. Lesley suppose avec raison qu'autrefois le Sancta sanctis se disait à haute voix en Espagne et en Gaule, comme chez les Orientaux et qu'il était suivi comme en Gaule du Trecanum, chant en l'honneur de la Trinité. Chez les Orientaux, aussi le Sancta sanctis est une doxologie ! A remarquer que dom Marténe a relevé dans deux manuscrits d'Angers une formule Sanctum cum sanctis, et Sancta cum sanctis et commixtio =...

Quant à la formule de commixtion, il faut naturellement ajouter ef sanguinis au mot corporis, ainsi que le suggère le potantibus nobis ; elle correspond à celle du canon romain : Hc commixtio el consecratio corporis ef sanguinis... et à celle du canon ambrosien qui est presque semblable.

i) La bénédiction. — Le rite de la bénédiction, en Espagne comme en Gaule, est après le Pater. Le diacre avertit le peuple : Humiliate vos benedictionem. Dominus sit semper vobiscum. w. Et cum spiritu tuo. Le prêtre bénit alors par une formule variable et qui est entrecoupée d'Amen comme le Pater. En voici un exemple :

Illustre ! vos unigenitus filius Dei lumine adventus sui : qui vos redimere non dedignatus est precio sanguinis proprii. w. Amen. Accingat vos virtutibus pacis : et ditet muneribus copiosis. m. Amen. Ipsum que Dominum semper habeatis proleclorem : quem omnipotens pater suscitabit de tribu Juda victorem. m. Amen. Per misericordiam ipsius Dei nostri : qui est benedictus et vivit el omnia regit in secula seculorum. Amen ?.

Il y a quelques différences pour la forme extérieure de cette bénédiction entre les Églises des Gaules et celles d'Espagne, mais le fait d'une bénédiction à ce moment leur est propre, et le rite chez les unes et les autres présente des analogies frappantes. L'Église d'Afrique avait aussi la coutume des bénédictions épiscopales, comme on peut le voir par la lettre du concile de Carthage à Innocent I contre Pélage et Celestinus, et par la lettre c.xxIx de saint Augustin à Jean de Jérusalem. Mais ni la liturgie romaine, ni les liturgies grecques et orientales ne suivent cet usage. On trouve, à la vérité, des formules de bénédictions épiscopales dans les recueils romains, mais ce sont des additions gallicanes. Le VI concile de Tolède rappelle là pratique d'Espagne par ces mots : Ut post orationem dominicam et conjunctionem panis et calicis, benedictio in populum sequatur, el tum demum sacramentum corporis el sanguinis Domini sumatur +.

j) La communion. — La communion, dans la liturgie mozarabe, comprend un ensemble de rites et de formules qu'il faut d'abord décrire : salut au peuple par le Dominus sit semper vobiscum ; chant du Gustate el videte et autres versets, doxologie : Gloria et honor patri. Pendant le chant du Gustate, le prêtre prend la particule d'hostie qui répond au mot gloria, la tient sur le calice en récitant Panem celestem, puis il dit : Memento pro mortuis, et récite les oraisons suivantes : . Domine Deus meus : da mihi corpus et sanguinem Filii tui Domini nostri Jesu Christi ita sumere : ut per illud remissionem omnium peccatorum merear accipere : el fuo sancto spiritu repleri Deus nostler : qui vivis, etc. Ave in epum sanctissima caro Christi in perpetuum summa dulcedo : panem celestem accipiat, etc.

Il fait le signe de la croix avec l'hostie, consomme la particule qu'il avait en main, couvre le calice et consomme les autres fragments de l'hostie en suivant l'ordre indiqué ; il pose la patène sur le calice et dit :

Ave in evum celestis polus : qui mihi ante omnia et super omnia dulcis es, Corpus et sanguis Domini nostri Jesu Christi custodiat corpus et animam meam in vitam eternam. Il prend le précieux sang et dit l'oraison :

Domine Deus meus Pater et Filius el Spiritus Sanctus : jac me te semper querere et diligere ; et a te per hanc sanctam communionem quam sumpsi numquam. recedere : quia tu es Deus et preter te non est alius in secula seculorum. Amen.

La préparation des oblats se faisait avant l'entrée du célébrant. Le missel de Stowe et le Leabhac Breac nous font connaitre les prières qu'on récitait alors. En versant l'eau dans le calice, on disait : Peto [ou quiso] te pater ; deprecor te, fili ; obsecro te, spiritus sancie ; ensuite on versait le vin en disant : Remiülleat pater, indulgeat filius, misereatur spiritus sanctus. Le Leabhac Breac prescrit de verser une goutte pour l'eau, comme pour le vin, en prononcant le nom de chac une des personnes de la Trinité. On voit ainsi comment un rite d'origine gallicane s'est laissé envahir par une piélé qui ne semble pas exempte de toute superstition, comme nous le voyons encore dans les énumérations des péchés, ou dans certains rites de la fraction. b) L'avant-messe. — Le cadre de cette partie est à peu de chose près le cadre romain.

1. Oraison. Deus qui beato Petro apostolo tuo, dans le missel de Stowe avec cette mention : In solemnitalibus Petri et Christi.

2. (Gloria in excelsis.

3. Collectes en nombre : en tel nombre qu'on demanda leur élimination, au concile de Mácon, en 623.

4. Épitre ; tirée, dans le missel de Stowe, de I Cor., XI, 26-32, 5. Un psaume ou chant graduel, peut-être les versets du psaume civ, et, à la suite, une courte prière : Grata sint tibi, domine, munera quibus misteria celebralur nosiræ liberlatis el vilæ, l'alleluia, un verset du ps. CXVI, et une prière qu'on retrouve : Sacrificiis | presentibus... au IVe dimanche de l'Avent du missel romain.

Ici se trouvait, d'aprés les traités, le chant de l'allóir qui, d’après Whitley Stokes, serait l'équivalent de l'alleluia, peut-étre un équivalent des lau des des liturgies mozarabe et gallicane. c) Messe des fidé les. — I] n'est pas question de catéchumènes et de leur renvoi.

693 ihesu christe, qui passus es pro nobis el resurrexisti tertia die a mortuis pro anima [6 Juse arorum nostrorum N. el cararum nostrarum quorum nomina recitamus el quorumcum que non recitamus sed a le recitantur in libro vitæ.

3. Préface. On ne lit pas dans le missel de Stowe - Ja salutation Dominus vobiscum ; le début est Sursum corda ; Habemus ad Dominum ; Gratias agamus... Dignum et justum est. Il existait peut-être des préfa ces de rechange, deux rubriques irlandaises semblent y faire allusion. Le missel de Stowe donne quatre autres préfa ces ; enfin celle de la messe pro morluis pluribus a été empruntée à l'oraison d'une messe des morts de Tolède citée par Élipand.

Le texte de la préface, donné par Stowe, fait un emprunt au érisagion et un autre à celle de la Trinité. Le thème de ce qui reste est une confession de la Trinité : Pater omnipotens... qui cum unigenilo duo et Spirilu Sanclo Deus ‘es unus el imunortalis, Deus incorruplibilis el. inmorlabilis, Deus invisibilis el fidelis... te credimus, te benedicimus, le adoramus, el laudamus nomen iuum in æternum el in sæculum sseculi, per quem salus mundi, per quem vita hominum, per quem resurrectio morluorum, per quem maestatem luam laudant angeli... préface : Benediclus qui venit in celis ut conversaretur in terris, homo factus est ut delicta carnis deleret, hostia factus est ut per passionem suam vilam ælernam credenlibus darel per dominum.. à. Post-sanctus. On trouve cette pièce dans le missel de Stowe, à l'ordinaire de la messe, dans la missa apostolorum, et dans les messes des manuscrits de Heichenau-Carlsruhe et de Plaisance. Dans toutes ces dernières messes, à la suite du Posl-sanctus vient immédiatement le Qui pridie L'introduction du canon remain en Irlande est attestée par un fragment liturgi que du commencement du 1x* siècle, inséré dans le livre d'Armagh, qui contient le Hanc igitur avec l'addition grégorienne, Dies que nostros, et aussi par l'ordinaire de Stowe.

Te igitur clementissime paler... una cum beatissimo famulo tuo, n. papa nostro, episcopo Sedis aposlolicæ, el omnibus ortodoris al que apostolice fidei cultoribus el abbate nostro n. episcopo.

Memento etiam, Domine, famulorum tuorum, N... qui libi offerunt hoc sacrificium laudis pro se suis que omnibus, pro redemptione animarum suarum, pro stralu (= statu) seniorum suorum, el minislrorum omnium puritate, pro integritate virginum, et continentia viduarum, pro aeris tremperie, et fructum fecunditate lerrarum, pro pacis redelu et fine discriminum, pro incolimilale regum, et pace populorum, ac reditu captivorum, pro volis adstantium, pro memoria martirum, pro remisione pecatorum nosirorum, et actuum emendatione eorum, ac requie defunctorum, et prosperitate ilineris nostri, pro domino papa episcopo, el omnibus episcopis et prespetcris, ef omni ecclesiastico ordine, pro imperio romano et omnibus regibus christianis, pro fralribus el sororibus nosiris, pro fratribus in via directis, pro fratribus quos de caliginosis mundi hujus tenebris dominus arcisire dignatus esl, uti eos in æterna summe lucis quiele pietas divina suscipial, pro fralribus qui varis dolorum generibus adfligunlur, uli eos divina pietas 694 curare dignetur, pro spe salutis el incolimilalis sus, libi reddunt vola sua elerno Deo vivo el vero communicantes, In natale Domini el diem sacratisimam celebrantes in quo... kl. el diem | sacratisimam Domini nostri... stellæ ( — Épiphanie) et diem sacratisimam celebrantes natalis calicis domini nostri (jeudi saint), pasca et noctem vel diem sacratisimam... in clausula pasca. et diem... ascensio, el diem... pentacosten, et diem...

Et memoriam venerantes imprimis gloriose semper virginis...

Hanc igilur oblationem... quam tibi offerimus in honorem domini nostri ihesu christi el in commemoralionem beatorum martirum tuorum, in hac æclesiæ quam famulus tuus ad honorem gloriæ fus ædificavit, quesumus, domine, ul placalus suscipias, eum que, ad que omnem populum ab idulorum cultura eripias, el ad te deum verum palrem omnipotentem convertas, dies que noslros in lua pace disponas, at que. ab wierna damnatione nos eripias, el in electorum tuorum iubeas grege numerari per dom. n.

Quam oblationem te, deus, in omnibus, quesumus, benediclam, aseriptam, ratam, rationabilem, acceptabilem que facere dignare que nobis corpus el sanguis [iat celebran les | circumcisionis „dilectissimi fili lui domini nostri ihesu Christi.

Qui pridie...

Hæc quotiescum que feceritis, in mei memoriam facielis, passionem meam predicabilis, resurrecttonem meam adnuntiabitis, adventum meum sperabitis, donec ilerum veniam ad vos de celis. Ce dernier développement a été ajouté par Moelcaich ; on trouve l'analogue dans la liturgie des Constitulions apostoliques, dans cel les de saint Jacques, de saint Basile, des saints Cyrille et Basile (copte), dans les liturgies ambrosienne et mozarabe.

« Les traités irlandais sur la messe soulignent l'importance de la formule de consécration. Le prétre s'incline trois fois à l'aecepit Jesus panem, le peuple se prosterne quand celui-ci offre à Dieu le pain et le vin. On appelle cette prière la periculosa oratio et personne ne doit troubler le silence. Le pénitentiel de Cammian inflige une pénitence de cinquante coups au prêtre qui aurait bronché une fois en disant ces paro les. Le mot periculum était inscrit à la marge de quelques missels. Malheureusement, à toutes les marques d'attention et de respect, si justifiées, s'ajoutent parfois des traits d'un caractère puéril, pour ne pas les qualifier plus sévèrement. D'après certains traités, le célébrant doit faire trois pas en avant et trois en arrière « triade qui rappelle les trois manières dont l'homme pèche, savoir en pensée, en paro les et en action, et les trois maniéres dont il se renouvelle en Dieu t, s Aprés la consécration nous avons les prières suivantes :

Unde el memores sums...

Supra quæ propitio...

Suppli ces te rogamus el petimus, ominipolens deus, jube perferri in per manus...

Memento etiam, domine, el eorum nomina qui nos præcesserunt cum signo fidei, et dormiunt in somno

695 MESSE. — pacis, cum omnibus in loto mundo offerentibus sacrificium spirituale deo palri, el filio, et spiritui sancto sanctis ac venerabi [li ]|bus sacerdotibus offert senior nosler, n. præspiter, pro se, el pro suis, et pro lolius æcclesie celu catholicæ ; et pro commemorando anathletico gradu venerabilium patriarcharum, profetarum, apostolorum, el martirum, el omnium quo que sanctorum, ut pro nobis dominum deum nostrum exorare dignentur.

On trouve des passages analogues dans la liturgie mozarabe et dans les livres gallicans. Il faut relier à ce qui précéde la formule suivante : Ef omnium pausanlium, qui nos in dominica pace precesserunt, ab Adam us que in hodiernum diem, quorum non nominavit et nobit, ipsis el omnibus in christo quiescentibus locum refrigerii...

: Nous ne pensons pas qu'il faille voir avec certains critiques, dans ce canon, la forme la plus ancienne du canon romain. L'addition dies que nostros, qui est de saint Grégoire, celle du pro fratribus in via directis, emprunté à la régle de saint Benoit, et d'autres indi ces s'y opposent. L'auteur, comme pour les autres priéres celtiques, a fait un mélange de fragments empruntés à différentes sour ces, mais nul doute qu'il n'y en ait parmi eux de trés anciens, par exemple, dans les memento t. » A la suite du Per quem omnia, Moe'caich a ajouté la rubri que Ter canitur et, en irlandais, Jei les oblats sont élevés au-dessus du calice el la moitié du pain est plongée dans le calice. C'est le rite de l'intinction, pratiqué dans la liturgie syrienne. A la suite vient le verset : Fiat domine misericordia tua super nos quemadmodum sperabimus in te, et Moelcaich ajoute en irlandais : Ici le pain est rompu. C'est la place de la fraction dans le rite gallican et dans le rite romain avant saint Grégoire.

Des versets commentent l'action du prétre et mettent en relief l'importance de ce rite : Cognoverunt dominum, alleluia, in fractione panis, alleluia. C'est le confractorium ou l'antiphona ad confractionem du rite ambros :en et de la liturgie mozarabe, dont il reste quelques vestiges, méme dans certains livres romains.

Lors que le célébrant était prétre, un autre prétre se joignait à lui pour rompre le corps du Seigneur : c'était le rite de la cofraction ; si le célébrant était un évê que, il rompait seul l'hostie.

D'après les traités et le Leabhar Breac, la fraction se faisait sur la patène. Suivaient ces versets :

Panis quem frangimus corpus est domini nostri ihesu christi. Alleluia.

Calir quem benedicimus (alleluia) sanguis est d. n. J. C. (alleluia) in remissionem peccatorum nostrorum ralleluia }.

Fiat domine misericordia lua super nos, alleluia, quemadmodum speravimus in tle, Alleluia.

Gognoverunt...

Aprés ce répons, le missel de 5towe donne une profession de foi dans le mvstére eucharisti que : Credimus, domine, credimus in hac confractione corporis et effusione sanguinis nos esse redempltos et confidimus sacramenti hujus adsumplione munilos, ul quod spe interim hic lenemus muansuri in celestibus veris fructibus perfruamur, per dominum.

696 irée sur le seul objet essentiel. Heureusement les chants de fraction, que nous avons cités, nous ramènent à des pensées plus sérieuses. » 8. Pater. —11l suit la fraction, maisil est lui-même précédé d'un prologue et d'une conclusion : Divino magisterio edocti, el divina institulione formati audiemus dicere, formule qui se retrouve dans le manuscrit de Saint-Gall 7394, dans le Book of Dimma et qui diffère peu de celle de la liturgie romaine. Le Pater est suivi du Libera nos, et le nom de saint Patrice y prend place tout de suite aprés les noms de saint Pierre et de saint Paul, à l'exclusion de saint André.

9. Bénédiction. — Dans le missel de Stowe elle est ainsi conçue : Paz el caritas domini nostri Ihesu Christi et communicatio sanctorum omnium sil semper vobiscum. m. El cum spiritu tuo.

A la suite de la bénédiction, viennent plusieurs antiennes sur la paix mêlées aux antiennes et chants de communion. Dans le missel de Stowe, l'oraison commence par les mots : Pacem mandasti... et on se donnait le baiser de paix comme dans la messe romaine.

10. Commixtion. — Le rite de la commixtion du corps et du sang se fait comme dans le rite romain. On lit dans le missel de Stowe : Commixtio corporis et sanguinis domini nostri Ihesu christi sil nobis salus in pilam perpeluam. Amen. Le manuscrit de Saint-Gall 1394 ne donne pas cette formule, mais on lit cette rubrique : ef miltel sacerdos sancta in calicem et dat sibi populus p[a]cem, [at que commo ]nicant, et juxta commonionem canilur... Pacem meam « do vobis, etc. :

Le missel de Stowe donne ici : Ecce agnus dei. Ecce qui tollis peccata mundi. On sait que l'Agnus Dei fut introduit dans la messe romaine par le pape Sergius (687-701) ; on ne le rencontre pas dans d'autres livres des liturgies celtiques. Omnes sancti venite, Panem cali dedil eis, le ps. XXXIIL, qui est de tradition presque universelle, Sinite parvulos venire ad me, venite benedicti patris mei. L'hymne Sancti venite, Christi corpus sumile, conservée dans l'antiphonaire de Bangor, est d'une inspiration élevée, « On le voit, en dehors de quelques formules et de quelques rites qui paraissent particuliers aux Celtes, on ne trouve pas, dans cette messe, de traits vraiment originaux. Ce qui la distingue, c'est le mélange des usages romain et gallican, à peu près à égale dose, avec quelques traits empruntés aux mozarabes, au rite ambrosien ou aux liturgies gallicanes. C'est une liturgie composite ? »

697 Ambroise plutôt qu'un quelconque de ses collègues. C'est ainsi qu'on a attribué, sans plus de raison, la liturgie mozarabique à saint Isidore de Séville. Tel qu'il existe aujourd'hui, le rite ambrosien « a subi tant de retouches romaines qu'il est maintenant très loin de ses formes primitives. J'ai bien peur, disait L. Duchesne, d'avoir offensé, en le présentant comme une combinaison assez hybride de romain et de gallican. » Le canon romain s'y trouve intégralement, mais il reste possible de retrouver ces éléments romains ainsi que le vieux rite milanais. Ceriani, Magistretti et quelques autres auraient voulu faire admettre que ce rite n'est autre chose que l'ancien rite latin dont le romain ne serait qu'une déformation : cela parait inacceptable. L. Duchesne voit à Milan le point de départ de toutes les liturgies gallicanes et fait venir le milanais originairement d'Antioche.

a) La messe. — C'est à Milan, dans la correspondance de saint Ambroise, qu'on rencontre le premier emploi du mot missa pour désigner non le renvoi des catéchumènes, mais l'ensemble du sacrifice eucharistique !. C'est encore dans cette même correspondance que nous pouvons trouver la preuve que le saint célébrait la messe tous les jours *. b) Apant-messe. — 1. L'entrée. — Elle se fait au chant de l’Ingressa qui correspond à notre Introit (voir ce mot) ; mais, à Milan, il n'y a ni psaume, ni doxologie, ni répétition. L'évêque salue l'assemblée en disant, comme à Rome : Dominus vobiscum. Le prêtre prononce l'Oratio super populum, comme dans la messe gallicane.

Plusieurs livres, en particulier le sacramentaire de Bergame, n'ont pas la leçon prophétique ; la raison parait en être que cette lecture se faisait dans un livre séparé par un clerc inférieur. La leçon prophétique ne se rencontre plus qu'aux messes de carême, du saint Sacrement, d'après la Pentecôte ; elle fait place à une leçon tirée des Actes des apôtres à Pâques, à l'Ascension et à la Pentecôte.

La conservation de la leçon prophétique et surtout la lecture des Gesta sont des traits gallicans. On peut se rappeler à cette occasion la boutade de Duchesne : « La liturgie gallicane peut être plus pure dans les vieux livres ; mais, comme la jument de Roland, qui avait d'ailleurs tant de qualités, elle est morte. A Milan, pour autant qu'elle se ressente de sa longue carrière, elle est vivante. Ce point compense bien des défauts. » C'était aussi la pensée de P. Cagin qui faisait à l'Église de Milan le grand mérite « de nous conserver, au milieu des autres Églises d'Occident, l'intelligence des origines, des rites et des institutions qui furent nôtres, en maintenant toujours vivant, c'est-à-dire en action, chez elle, ce qui n'est plus qu'un passé plus ou moins inconnu chez nous ». Et en une page amusante de « romantique » attardé, il décrit sa surprise émerveillée, lors que, le 23 septembre 1895, dans la cathédrale de Milan, il entend successivement s'élever à l'ambon la voix du lecteur et prononcer solennellement à la messe ce début inattendu :

€ »an ai Fassi-o be-a-tissimae Virai mis et marty-ris Teclae L'ordre des lectures est affirmé par saint Ambroise : Prius propheta legitur, et apostolus el sic evangelium.

Entre les lectures s'intercalent des pièces de chant : la leçon prophétique est suivie d'un psaimellus composé de versets de psaumes représentant le psaume complet ; après la leçon apostolique, vient l'alleluia avec un verset ; après l'évangile et le sermon, une antienne qui coincide avec la procession de l'oblation.

4. L'Evangile. — Dans la lecture de l'évangile, à Milan comme en Gaule, le nom de Jesus était toujours précédé du qualificatif Dominus. A la fin de l'évangile on dit Dominus vobiscum, etc., puis trois fois : Kyrie eleison.

On renvoie les catéchumènes, quant aux pénitents — et cela dès le temps de saint Ambroise — on leur permettait d'assister à la messe des fidèles. c) La messe des fidèles. — 8. La procession des oblats. — Nous avons dit que la lecture de l'évangile est suivie du chant de l'Antiphona ad evangelium qui coincide avec la procession de l'oblation. Quand celle-ci est déposée sur l'autel, on la recouvre d'un voile précieux, le suaire, sindon. Alors on chante l'Offerenda.

Dans le rite gallican, l'offrande avait été préparée à l'avance : dans le rite romain, qui a fini par s'imposer à Milan, le peuple vient déposer son offrande sur l'autel au moment de l'offertoire : c'est le rite qui est caractérisé aujourd'hui encore par la cérémonie des Vecchioni, vieillards qui apportent le pain et le vin.

Jadis, au v* siècle, se placait ici le baiser de paix, tout de suite après l'oraison super sindonem. La lettre du pape Innocent I« , en 416, constate l'existence de cet usage dans l'Italie du Nord ante confecta mysteria. Le diacre disait : Pacem habete. Erigite vos ad orationem et le peuple disait : Ad te Domine. Il en reste un vestige dans l'invitation du diacre : Pacem habete, qui se présente, dans les livres milanais, avant l'oraison super sindonem.

10. Lecture des diplyques. — On voit par la lettre du pape Innocent qu'on lisait les diptyques avant la préface et le canon ; il ne reste plus trace de ce rite dans l'usage ambrosien par suite de l'adoption du canon romain.

11. Le baiser de paix. — On vient de voir qu'au Ve ce rite suivait la prière du voile ; il a été transporté au moment de la communion, lors de l'adoption du canon romain. On doit donc restituer la série des rites de la manière suivante : procession de l'oblation, prière du voile, lecture des diptyques, baiser de paix. C'est l'ordre connu de la messe gallicane. Par suite, la troisième collecte de la messe, la collectio pos ! nomina, qui suit la lecture des diptyques, a disparu dans le rite ambrosien. En revanche, nous avons une oratio super oblatam, qui est la secréte empruntée au rite romain. Elle fait, par conséquent, double emploi avec l'oratio super sindonem, équivalent gallican de la secréte. Ces deux oraisons sont dites par le prêtre à voix basse.

Post Sanctus : Vere sanctus, vere benedictus dominus noster Jesus Christus filius tuus. Qui, cum Deus esset majestatis, descendit de ccelo formam servi qui primus perierat suscepit, el sponte pati dignatus est ut eum quem ipse fecerat liberaret. Unde et hoc paschale sacrificium libi offerimus pro his quos ex aqua et Spirilu sancto regenerare dignatus es, dans eis remissionem omnium peccatorum, ut invenires eos in Chrislo Jesu domino nostro ; pro quibus libi, Domine, suppli ces fundimus pre ces ul nomina eorum pariter que famuli tui imperatoris scripta habeas in libro viventium. Per Christum dum. nrm. qui pridie quam pro nosira et omnium salute pateretur...

Quand nous parlons de l'introduction du canon romain dans la messe ambrosienne, il est nécessaire de s'expliquer. « En réalité, il n'y a jamais eu de canon ambrosien ; avant l'adoption du canon romain à Milan, les prières consécratoires y avaient encore une teneur variable, comme dans les livres gallicans *. » Il reste, dans les plus anciens manuscrits, des traces de cette messe sans canon qui était la forme primitive de la liturgie ambrosienne. Comme il arrive souvent pour les plus anciens vestiges d'usages disparus, on retrouve ceux-ci dans les offices de la semaine sainte.

L'office du jeudi saint suffirait à lui seul à nous replacer en un temps où le canon romain ne faisait pas partie du service. Dans plusieurs manuscrits, on lit, avant le récit de l'institution, la formule suivante : Tu nos, Domine, participes Filii tui, tu consortes regni lui, lu incolas paradisi, tu angelorum comites esse jussisti, si tamen illæsa et intemerata fide celestis militiæ sacramenta servemus. At quid desperare de lua misericordia possumus, qui tantum munus accepimus ut talem libi hostiam offerre mereremur, corpus scilicel el sanguinem Domini nostri Jesu Christi qui se pro mundi redemptione piz illi ac venerandæ tradidit passioni ? Qui formam sacrificii salulis perennis insliluens, hostiam se primus obtulit et primus docuit offerri.

Cette pièce n'est qu'un Post sanctus gallican ; mais, quand on voulut la conserver après l'adoption du canon romain, on hésita et on l'intercala tantôt à l'intérieur du Communicantes, tantôt après le Communicantes, immédiatement avant Hanc igilur. Ces hésitations suffisent à dénoncer la combinaison.

Ainsi, la partie centrale de la messe milanaise était à l'origine formée principalement et presque exclusivement du récit de l'institution. Ce récit a une place fixe dès le temps de saint Ambroise. Il est alors appelé sacræ orationis mysterium consecratio divina, benedictio verborum celestium. Il se termine par une formule intéressante. C'est un développement tiré de saint Paul, I Cor., xr, 26. On le trouve dans la liturgie des Constitutions apostoliques, dans celles de saint Jacques, de saint Basile, des saints Cyrille et Basile (copte), dans le missel de Stowe, dans la liturgie mozarabe. Pour la Haute-Italie, on peut le documenter par le De sacramentis, et probablement déjà par un passage de saint Ambroise. L'accord des liturgies orientales, des liturgies ambrosienne, gallicane et mozarabe est tout à fait remarquable.

La commixtion se fait avec les paroles : Commiztio consecrati corporis et sanguinis Domini nostri Jhesu Christi, nobis edenlibus el sumendibus, in vilam ætlernam, amen (d’après le sacramentaire de Biasca : sumentibus proficiat ad vitam el gaudium sempiternum). Et on chante le confractorium. :

Le Libera nos suit le Pater sans variante notable.

A Milan, la commixtion suit immédiatement la fraction, tandis qu'en Gaule et en Espagne on adopte l'ordre suivant : Fraction, Pater, Commixtion avec le Sancta sanctis, formule absente de l'ambrosien.

On a vu que le baiser de paix a été reculé jusqu'à cette place, en conformité avec l'usage romain. Voici la formule :

Paz el communicalio Domini nostri Jhesu Christi sil semper vobiscum. m. Et cum spiritu tuo.

Le diacre dit : Offerte vobis pacem.

La formule Par et communicatio... n'a rien à faire à l'origine avec le baiser de paix. C'est une bénédiction que l'officiant donne aux fidèles avant la communion et qui est caractéristique des rites gallicans.

701 MESSE. hoc sacrificium alluli ad vitam et gaudium sempiternum. La distribution de la communion aux fidèles est accompagnée de ces mots : Corpus Christi, à laquelle on répond : Amen.

Nous avons vu que la messe, à Milan, était célébrée tous les jours ; les fidèles y assistaient, mais ils étaient bien loin de communier tous les jours, quoi que l'usage ancien voulût qu'on n'assistât pas à la messe sans le faire. Le De sacramentis nous apprend qu'ils communiaient une fois l'an.

Pendant la communion, le chœur exécute un chant appelé Transitorium.

17. La postcommunion. — Dans son traité De Elia, saint Ambroise nous a conservé une formule courante de postcommunion : Merito dicunt singuli refecti spiritali cibo el spiritali potu : Parasti in conspectu meo mensam... el poculum inebrians quam præclarum est (ps. XXII, 5).

18. La bénédiction. — Aussitôt après la postcommunion, on dit : Dominus vobiscum. w. Et cum spirilu tuo. Kyrie eleison (3 fois). Benedicat el exaudiat nos Deus. wm. Amen. Le diacre dit : Procedamus in pace. m. In nomine Christi.

Cette forme de congé est encore usitée. On y a ajouté Placeat, la bénédiction et l'évangile de saint Jean du missel romain d'aujourd'hui.


XXXVI. LA MESSE ROMAINE. — Le type romain de la messe a réussi, dans la pratique, à évincer le type gallican et tout ce qui s'y rattachait, y compris les liturgies celtiques. Est-ce à sa supériorité technique qu'il doit ce succès, ou bien faut-il l'attribuer à la persévérante application des pontifes romains pour imposer leur formulaire comme un symbole de leur prééminence ? Les liturgistes de nos jours s'évertuent à proclamer la supériorité du rite romain sur le gallican, le mozarabe et les liturgies orientales ; toute la question serait de définir ce qu'en cette matière on nomme « supériorité » et ce qu'on estime « infériorité ».

Si, aujourd'hui, la messe romaine forme un ensemble coordonné dans la plupart de ses éléments, il faut savoir y reconnaître le résultat d'un effort plusieurs fois séculaire dont il est possible de retrouver et d'indiquer, au moins brièvement, les principales étapes. Jusqu'à la fin du IVe, la messe romaine, telle que nous pouvons la reconstituer, ne présente pas de traits originaux ; elle appartient à un ensemble au sein duquel on ne peut déterminer des familles liturgiques distinctes. Tels centres importants, comme Antioche, Alexandrie et Rome, ne commencent à se différencier entre eux qu'après la fin du IVe ; ce n'est qu'alors qu'il devient possible de classer les liturgies. Jusque-là, vouloir montrer en quoi l'anaphore romaine de saint Hippolyte diffère de l'anaphore syrienne des Constitutions apostoliques est une gageure.

A partir du Ve et du VIe, et principalement au VIIe, il devient plus facile de se faire une idée d'une messe romaine. Plusieurs papes, depuis saint Damase jusqu'à saint Grégoire, accordent une attention soutenue à tout ce qui a trait à la célébration du culte divin : formules, cérémonies, chant, mobilier, rien ne leur échappe et ils apportent à cette réglementation, un goût, une expérience qu'on ne peut songer à contester et dont nous avons un précieux exemple dans les notices conservées au Liber pontificalis. En plus des passages qu'on en a extraits, on possède les témoins officiels de cet effort dans les sacramentaires mis sous les noms de saint Léon, de saint Gélase, de saint Grégoire et qui, bien qu'ils aient subi des retouches en Gaule, aux VIIe et IXes, demeurent encore dignes d'attention. Une autre source, non moins utile, est celle que nous conservent les Ordines romani qui nous décrivent la messe stationale que célébrait le pape en personne dans les assemblées liturgiques où tous les fidèles étaient censés être présents.

La liturgie, telle que nous la voyons alors, est simple, logiquement ordonnée, mais ceux qui ont imaginé d'y retrouver un réarrangement du canon romain du IVe ont fait fausse route. On peut deviner et reconnaître des influences, mais il est abusif de prétendre dégager des substructions liturgiques imaginaires. Ce qu'est alors la liturgie romaine, c'est une liturgie locale, la liturgie de la ville de Rome, celle des papes, des basiliques, des cimetières ; la topographie romaine y tient une place prépondérante.

On vient de dire que la présence du pape donnait aux réunions une solennité plus grande, mais celle-ci n'ajoutait rien d'essentiel au rite. Les prêtres suivaient celui-ci sans y rien changer lorsqu'ils célébraient dans les titres qu'ils desservaient : basiliques, oratoires, diaconies, maisons privées. Autour de ces prêtres, ne se déroulait pas le personnel qui escortait la personne du pape, mais seulement quelques clercs inférieurs, des acolytes, point de diacres. « Cette disparité ne tenait pas à la différence de rang entre le prêtre et l'évêque, car il arrivait assez souvent que, le pape se trouvant empêché, la messe stationale fût célébrée par un prêtre, et alors le cérémonial n'était guère moins imposant et compliqué que si le pape eût été présent. Ce n'était pas non plus le lieu de la station qui faisait la différence. On pouvait célébrer des messes privées à Saint-Pierre, à la basilique constantinienne du Latran, à Sainte-Marie-Majeure ; réciproquement, il arrivait très souvent que la messe stationale, avec toute sa pompe, fût célébrée dans une église presbytérale. On peut même dire que toutes ces églises, ou presque toutes, avaient, au moins une fois chaque année, l'honneur d'être désignées comme lieu de station. La différence tenait au caractère de l'assistance, Aux messes des chapelles, des cimetières, des titres presbytéraux, et même des grandes basiliques, hors les jours de stations, il n'y avait qu'une assistance privée, une famille, une corporation, un quartier, un groupe quelconque de fidèles indigènes ou de pèlerins. La messe était une messe privée, La messe publique, c'était la messe stationale, celle à laquelle toute l'Église romaine était censée prendre part L »

Du IXe au Xe, on voit s'exercer sur la liturgie romaine des réactions, des influences étrangères qui en modifient le caractère. Il faut donc distinguer dans le missel ce qui est antérieur au Xe et ce qui est venu s'y ajouter. Ces adjonctions sont ordinairement d'origine gallicane. Les éléments purement romains de la messe sont la collecte, l'épître, la bénédiction avant la lecture de l'évangile, l'évangile, Orale fratres et la secrète, la préface, le canon, l'oraison dominicale, la postcommunion et l'Ite missa est. Il faut y ajouter les quatre pièces de chant : introit, graduel, offertoire et communion, qui furent adoptés à Rome dès leur apparition *.

703 MESSE. — gistes, qui se sont réfutés les uns les autres sans réussir à imposer une solution pleinement satisfaisante. « Quiconque examine notre canon actuel, disait justement Adrien Fortescue, ne peut manquer de se convaincre qu'il a subi une certaine dislocation. Il est impossible de n'être pas frappé de l'absence d'enchaînement logique entre les éléments de cette prière, surtout lorsqu'on la compare avec les anaphores d'Antioche et d'Alexandrie. Le canon soulève quantité de difficultés. La prière Suppli ces le rogamus, tant par la place qu'elle occupe que par sa forme, a l'allure d'une invocation dont toute la partie essentielle est écartée, L'ordre de la grande intercession est déconcertant. Dans tous les rites, en effet, on trouve, ici ou là, au cours de la liturgie, une longue intercession, dans laquelle le célébrant fait la mémoire des saints et prie pour les personnes de toutes les conditions : l'évêque, les fidèles, le pays, et ainsi de suite, nommant les vivants et les morts et priant pour eux. Dans le rite d'Alexandrie, cette intercession a trouvé place avant le Sanctus et fait partie de ce que nous appellerions la préface ! ; dans presque toutes les liturgies de la famille d'Antioche, elle se rencontre au contraire après la consécration ?. Or, dans la messe romaine, on la voit éparpillée tout le long du canon. On en trouve une première partie aussitôt après le Sanctus, lors que le célébrant prie pour le pape, l'évêque du diocèse et « tous les orthodoxes qui professent la foi catholique et apostolique ». Vient alors la mémoire des vivants et une première liste des saints. Le reste se présente après la consécration, lors que le célébrant fait la mémoire des défunts et ajoute une deuxième liste de saints. Il semble impossible que cette intercession ainsi dispersée représente la forme primitive *.

La messe romaine se présente à nous sous deux aspects très différents, selon qu'on l'étudie avant le IXe ou après. Avant, c'est le rite local consacré par une longue tradition, plusieurs fois séculaire, remontant au Ve et même plus tôt, et nous offrant une messe dont tous les éléments sont spécifiquement romains. On arrive à en relever l'armature et à en reconstituer l'ensemble grâce aux trois sacramentaires déjà mentionnés : léonien, gélasien et grégorien et les autres écrits dont nous avons parlé. Le léonien contient des messes antérieures au VIIe, quelques-unes du VIIe, d'autres des VIIIe et IXes et même, dit-on, de la fin du IVe. Les deux autres sacramentaires nous ont été conservés dans des copies qui séjournèrent en Gaule du VIIIe au Xe, et il est malaisé d'établir dans quelle mesure leur type romain subit l'influence du type gallican. Nonobstant cette circonstance, le gélasien et le grégorien nous conservent une idée claire de ce qu'était la messe romaine au Xe et dans la période précédente, Cette messe garde un caractère de grandeur ; quant à s'extasier sur toutes les magnificences et les perfections qu'on y découvre, cela appartient à la littérature édifiante ; nous avons autre chose à faire.

Quand et comment intervient la transformation de l'ancien rite romain, nous l'indiquerons en peu de mots. Vers l'année 780, Charlemagne sollicita du pape Hadrien l'envoi d'un exemplaire du sacramentaire grégorien dans le but de le substituer aux missels de l'antique et vénérable liturgie gallicane. L'envoi du pape causa une profonde déception, tant le texte parut sommaire et insuffisant. Comme il est entendu qu'un souverain a toujours raison, on n'avoua pas que Charlemagne avait été déçu, mais on chargea un liturgiste du temps, probablement Alcuin (voir ce nom), d'étoffer le chétif ouvrage, qui fut enrichi d'apports gallicans et gélasiens dans une deuxième partie. Celle-ci ne tarda pas à se fondre dans la première de si étroite façon qu'il est impossible de les distinguer l'une de l'autre. Le Missale romanum actuel est issu * de cette fusion et il ne serait que juste de le désigner sous le nom de Missale gallico-romanum ; c'est, pour l'œuvre, un mérite et, pour son auteur, un honneur, qui ne peut pas être oublié.

Ainsi donc, depuis le sacramentaire gélasien, on arrive à retrouver un fil conducteur, mais, quand on veut remonter plus haut que le VIIe, la difficulté est grande. Rappelons-nous la description de saint Justin, martyr vers l'an 150 ; entre cette date et le gélasien, l'obscurité enveloppe tout. Sans doute, il existe des fragments, des allusions éparses, des indices comme le De sacramentis, qui conserve une part considérable du canon : le mystère continue à planer. Comment s'est fait le développement, sous quelle autorité, suivant quelle inspiration, avec quel rythme ou, plus simplement, sous quels pontificats, par quels auteurs, dans quelles circonstances, en quelle langue ? C'est ce que nous ne savons pas. 2. La langue. — En quelle langue, avons-nous dit ?

Pendant les premiers siècles de son existence, l'Église de Rome se servit du grec ; cela dura au moins deux siècles. Le pape Clément écrit aux Corinthiens en grec ; l'évêque de Smyrne, saint Polycarpe, célèbre la liturgie à Rome, sur la prière du pape, en grec ; l'évêque d'Hiérapolis, Abercius, trouve à Rome une Église parlant grec et saint Justin écrit en grec vers le milieu du 1er siècle. Vers la fin de Ce, la présence d'un Africain, Victor I », sur le siège de Rome (190-202), aura pu marquer une première fissure qui ira s'élargissant, laissant passer la langue latine. Mais l'évêque Hippolyte s'obstine dans l'ancienne coutume ; son anaphore — comme tous ses écrits d'ailleurs — était rédigée en grec. Cependant, au cours du 2e siècle, le latin gagne et envahit. Novatien et le pape Corneille (vers 250) emploient cette langue qui devient celle de la communauté, Il est probable que le grec recula et fit place au latin au cours du 3e siècle ; on n'a pas l'ombre d'un indice permettant de fixer une période plutôt qu'une autre. Tel soutient que la transformation était close dès le milieu du 2e siècle 4 ; tels autres assurent qu'elle n'aurait eu lieu qu'à la fin du 4e siècle ; on a apporté de bonnes preuves que l'usage du grec liturgique se conserva à Rome jusqu'à la fin du 2e siècle $, et on a eu certainement raison de dire que le changement se fit par degrés . Les deux langues ont dû être employées simultanément pendant une période de transition relativement longue. Marius Victorinus Africanus, écrivant en latin vers l'an 360, cite encore en grec une prière liturgique *. La lecture de certains livres de l'Écriture aura dû continuer à se faire en grec jusqu'au moment où on en eut des traductions latines dont on ne possède pas d'attestations avant le 5e siècle. Le premier Ordo romain nous apprend que le samedi saint on lisait les leçons d'abord en grec, puis en latin, et cela jusqu'au 6e siècle ? ; on continuait même à chanter en grec certains psaumes 4, Le sacramentaire gélasien nous dit que le symbole baptismal pouvait être récité en grec ou en latin au choix du néophyte !. On voit que les éléments d'information que nous possédons ne permettent pas d'affirmer une période chronologique de préférence à une autre ; il y a donc peu de chose à retirer de ce point pour la connaissance de la messe romaine, encore que certains auteurs aient cru pouvoir soutenir que ce fut précisément à l'occasion du changement de langue liturgique que se produisit le remaniement du canon.

3. Premiers indices, — La plus ancienne allusion se trouve dans les Quæstiones veteris et novi Testamenti, — dont l'auteur vivait dans la seconde moitié du 4e siècle, vers le temps de l'épiscopat de Damase (366-384). On y lit que le sacerdoce de Melchisédech (voir ce nom) — était moins élevé que celui du Christ : Similiter et Spiritus sanctus (c'est Melchisédech qui est le Saint-Esprit !) quasi antistes, sacerdos appellatus est excelsi Dei, non summus, sicut nostri in oblationem præsument ?, Par où on voit qu'à Rome, à cette époque, on donnait à Melchisédech l'épithète de summus sacerdos, telle que nous la retrouvons jusqu'à nos jours dans le canon romain.

Un emprunt plus long, et dont nous avons déjà parlé de l'Église romaine : cuius typum in omnibus sequimur et formam * ; malgré cette déclaration, il y a quelque raison de douter que, sur certains points (par exemple le canon), la concordance fût tout à fait exacte. On trouve d'abord une allusion à l'intercession :

Nam reliqua omnia qua dicuntur in superioribus, a sacerdote dicuntur, laudes Deo deferuntur, oratio petitur pro populo, pro regibus, pro ceteris ; ubi venitur ul conficiatur venerabile sacramentum, jam non suis sermonibus utitur sacerdos, sed utitur sermonibus Christi. Ergo sermo Christi hoc conficit sacramentum (IW, IV, n. 14). Ce qui nous montre qu'il y avait, à cette époque, une prière d'intercession, placée avant la consécration, mais après une prière de louanges : laudes Deo deferuntur. On a pensé y voir le commencement de la préface. On y voit plus certainement la croyance que ce sont les paroles mêmes de Jésus-Christ, à la dernière cène, qui opèrent la consécration.

En 416, le pape Innocent I« écrit à l’évêque Décentius, de Gubbio , et insiste sur la conformité nécessaire de tout l'Occident à Rome ; il lui expose la pratique suivie en ce qui regarde le baiser de paix : « Vous dites donc que certains prêtres donnent la paix au peuple et se la donnent entre eux avant la confection des mystères ; tandis qu'on doit donner la paix après que sont achevées toutes les choses que Je ne puis dire, car par le baiser de paix le peuple témoigne de son consentement à tout ce qui a été fait dans la célébration des mystères , » C'est la première mention connue de la place occupée par le baiser de paix dans la liturgie romaine, après la consécration, alors que tous les liturgistes, sans exception, le placent au début de la messe des fidèles. Comme nous lisons dans saint Justin martyr que le baiser de paix s'échangeait avant la prière eucharistique, c'est donc entre l'an 150 et l'an 416 qu'a eu lieu son déplacement *.

L'évêque de Gubbio lisait les diptyques avant la consécration, ainsi que nous le voyons faire dans le De sacramentis, mais cela ne convient pas à Innocent qui lui écrit : « Au sujet de la récitation des noms, avant que le prêtre fasse la prière et y recommande les offrandes de ceux dont on dit les noms, votre propre sagesse vous montrera combien c'est chose superflue de prononcer le nom de celui dont vous n'avez pas encore offert l'oblation à Dieu, auquel rien cependant n'est inconnu. Ainsi, on doit d'abord recommander les offrandes et ensuite nommer ceux qui les ont faites : on doit les nommer pendant les divins mystères et non pas dans la partie du service qui précède, de façon que les mystères eux-mêmes conduisent aux prières qui doivent se faire 5. » Nous pouvons établir ainsi que le De sacramentis plaçait l'intercession avant la consécration alors qu'Innocent la place après.

Les papes Boniface Ier (418-422) et Célestin Ier (422-432) font allusion à l'intercession qui contient une prière pour l'empereur et qui se fait in ipsa mysteria ^, dit Boniface, et oblatis sacrificiis ! ?, dit Célestin.

Arnobe le Jeune (vers 460) mentionne la naissance de Notre-Seigneur comme figurant dans l'anamnèse tt, Gaulois de naissance, Arnobe habitait Rome et son renseignement peut être admis comme ayant une valeur historique.

Ce n'est guère avant le 5e siècle qu'on peut invoquer le témoignage du Breviarium in psalmos, attribué à saint Jérôme et qui comprend nombre d'interpolations tardives au nombre desquelles ce passage du Nobis quoque peccatoribus : Ad capescendam futuram beatitudinem cum electis ejus, in quorum nos consortium, non meritorum inspector, sed venia largitor, admittat Christus Dominus noster. Amen ! ?, Le pape saint Léon Ier (440-461) mentionne la lecture des diptyques à Rome % : d'autres papes font comme lui, mais il n'y a rien de précis à tirer de ces allusions.

Le pape Vigile (537-555), écrivant à Profuturus, évêque de Braga, en 538, lui parle du canon romain comme invariable : « Nous ne faisons pas de différence dans l'ordre des prières, pour la célébration de la messe, suivant le temps ou la fête ; mais nous consacrons toujours de la même manière (semper eodem tenore) les dons offerts à Dieu. Cependant, quand nous célébrons les fêtes de Pâques, de l'Ascension du Seigneur, et de la Pentecôte, et de l'Épiphanie, ou des saints de Dieu, nous ajoutons des textes spéciaux appropriés à chacun de ces jours (singula capitula diebus apta), par lesquels nous faisons mémoire de la sainte solennité ou de ceux dont nous célébrons les anniversaires ; nous maintenons pour le reste l'ordre accoutumé. Ainsi nous disons le texte du canon lui-même (ipsius canonica precis textum) suivant la forme que, par la faveur divine, nous avons reçue de la tradition apostolique !. » Le pape oppose cette méthode à celle des prières eucharistiques de la Gaule et de l'Espagne, entièrement variables selon les fêtes du calendrier.

Le pape saint Grégoire Ier (590-604) passe pour avoir été le dernier à faire quelques retouches au canon romain. Dans une lettre à l'évêque Jean, de Syracuse, il défend l'Église romaine d'avoir pris modèle, sur certains points, sur l'Église de Constantinople * ; ces points sont les suivants : on chante l'Alleluía en dehors du temps pascal ; les sous-diacres portent l'aube sans la tunique ; on chante le Kyrie eleison ; l'oraison dominicale suit immédiatement le canon et précède la communion. Grégoire explique ces différences entre Rome et Constantinople et revendique pour lui-même d'avoir fixé la place du Pater ; tout cela est affirmé par Jean Diacre ?, son biographe. Celui-ci ajoute que le pape Grégoire fit des retranchements, des changements, des additions au sacramentaire du pape Gélase. Jean Diacre et le Liber pontificalis attribuent à Grégoire l'adjonction du Hanc igitur.

Le développement de l'office, considéré comme fonction ecclésiastique, bien plus complet qu'au temps de Célestin. A ces considérations on peut ajouter avec L. Duchesne qu'il manque aux abrégés de la première édition du Liber et qu'il occupe une place insolite dans la notice. Il a retrouvé d'ailleurs l'origine de cette interpolation : elle a été suggérée par la correspondance apocryphe de Damase et de Jérôme sur la correction du psautier, où on lit même : die noctuque canatur. Nous n'avons là qu'un exemple de plus de la tendance à rapporter à Damase toutes les entreprises littéraires ou intellectuelles de l'Église romaine.

39 Télesphore (1er siècle) : Hic constituit ut... ante sacrificium hymnus diceretur angelicus hoc est Gloria in excelsis Deo * ; la première édition ajoutait : tantum noctu natale Domini.

4° Symmaque (498-514) : Hic constituit ut omne die dominicum vel natalicia martyrum Gloria in excelsis ymnus diceretur +°. Ces deux mentions montrent exactement le progrès de l'innovation, Tout d'abord, le Gloria in excelsis, d'importation grecque, ne se chantait qu'à la messe de Noël ; c'était un rite particulier à cette nuit. Tel est l'usage au temps du premier rédacteur du Liber, Le réviseur modifie ensuite le texte conformément aux habitudes de son époque créées par la constitution de Symmaque.

Le sacramentaire dit gélasien (5e-6e siècle) ; mais il paraît naturellement dans l'Ordo de Saint-Amand. Dans le rit ambrosien actuel, ce chant ne se rencontre qu'aux messes des morts ; c'est une innovation, car, dans le rit gallican primitif, l'Agnus Dei n'a pas plus trouvé place que dans l'ancien rit romain.

119 Gélase (492-496) : Fecit etiam et sacramentorum præfationes = et orationes > (ces mots manquent dans les abrégés de la première édition) canto sermone !, Ces mots s'appliquent à des pièces isolées, non à un recueil complet de toutes les prières de la messe. D'autre part, on lit dans Gennadius ? : Gelasius, urbis Romæ episcopus, scripsit « Adversus Eutychen et Nestorium » grande et praeclarum volumen el tractatus diversarum Scriplurarum et sacramentorum delimalo sermone. La biographie de Gélase n'est donnée que par deux des manuscrits anciens du De viris ; tous deux représentent Gennadius augmenté. Le premier a recu l'addition de la vie de Gennadius et de celle de Gélase ; le second est une combinaison qui admet les noti ces de quatre écrivains africains de la deuxième moitié du v siècle, Honorat de Constantine, Céréalis, Eugéne de Carthage et Pomérius . Le premier manuscrit a donc seul de l'importance, puisqu'il nous fournit à l'état isolé l une des recensions de Gennadius. Cette recension est certainement postérieure au début du vr siècle, On remarquera que dans le pseudo-Gennadius, pas plus que dans le Liber pontificalis. il n'est parlé d'un sacramentaire. F. Probst € lit : Scripsit volumen sacramenlorum eliminato (sic) sermone ; mais aucun des sept manuscrits, d'aprés lesquels Richardson a établi cette biographie, ne présente ce texte expurgé. Or cet éditeur a plutót consulté trop de manuscrits et il n'en a pas négligé qui soit important. L. Duchesne croit, avec raison, qu'il est question « d'allocution sur des textes de l'Écriture ou sur les cérémonies de l'Église ». C'est cependant sur cette notice et sur le renseignement du Liber pontificalis exclusivement qu'est fondée la notion d'un sacramentaire gélasien. L. Duchesne a expliqué par suite de quels raisonnements on y est arrivé. L'idée d'un sacramentaire gélasien, comme tel, doit étre écartée.

Aprés avoir cité un à un, et au besoin discuté chacun de ces enseignements, il convient de voir comment ils se groupent. On sait que le Liber ponlificalis a été composé dans les quarante premières années du vi* siècle. Cette rédaction ne subsiste plus que par deux abrégés. Peu aprés, au milieu du siécle, l'ouvrage a subi une première recension, « la seconde édition », et c'est le texte que nous avons cité, sauf indication du contraire. Dès lors, les noti ces sont écrites par des contemporains. C'est le cas, notamment, pour cel les de Symma que, de saint Grégoire et de Sergius. Nos trois renseignements 49, 79 et 10° sont donc des attestations de la plus grande valeur. Un autre groupe comprend les renseignements pour lesquels le premier auteur a pu avoir des données certaines ; mais, en raison des habitu des de travail du temps, un doute peut naitre de lexposé méme des faits. Ce doute n'a pas de motif pour notre 9 (insertion de sanctum sacrificium) ; il est plus ou moins impérieux pour les constitutions mentionnées aux 1° (psalmodie attribuée à Célestin), 9 » (attitude à l'évangile), 119 (ceuvres liturgiques de Gélase). Un dernier groupe est formé par des attributions certainement apocryphes. Ce sont d'abord : 2° (psalmodie instituée par Damase), dont l'explication a été donnée ; puis : 3° (Gloria in excelsis, introduit par Télesphore) ; 69 (insertion du sanctus, par 110 Ayste) ; 8° (Qui pridie introduit par Alexandre). Contrairement à d'autres décrets disciplinaires du Liber pontificalis, on ne voit pas de quelle source ils dérivent. On est prés de croire à un essai tenté pour attribuer les parties les plus importantes de la liturgie à un ancien pape. Ce n'est peut-étre pas un hasard si les trois noms indiqués ici sont trois noms consécutifs des listes pontifica les.

On voit que les renseignements fournis par le Liber pontificalis, sur l'ordonnance et la composition des priéres liturgiques, se réduisent à bien peu de chose. Quelques additions, de légéres retouches de rédaction, tout au plus la composition de piè ces variab les et d'oraisons spécia les, voilà tout ce que nous trouvons’. Ajoutons encore, si l'on veut, une citation des paro les du 7e igilur faite par le pape Vigile (537-555) dans une lettre adressée à Justinien : pro Ecclesia quam adunare, regere, custodire digneris *.

Le fait d'un remaniement à une épo que ancienne est admis ; la nature et la date de ce remaniement sont discutées. Lorsqu'on présente une disposition suivant un ordre plus naturel ou qu'on juge tel, on met des conjectures à la place des certitu des et on ne doit s'attendre à satisfaire et à convaincre personne, ce qui se produit ordinairement. Lorsqu'on invo que le parallélisme exact ou l'ordre différent de certains passages avec ceux qu'on rencontre dans d'autres rites, on souléve une question pres que insoluble, parce que les passages parallé les se rencontrent dans plusieurs sour ces irréductib les à un tvpe commun.

Pour lavant-messe la difficulté est moins ardue, parce que le remplacement des antiques litanies par le Kyrie eleison, les collectes, le nombre variable des lectures, l'absence du renvoi des catéchumènes, l'ofler-toire romain typi que sont choses dont on peut assez facilement se rendre compte. Le canon romain n'a pas d'épiclése à l'encontre des rites orient aux et du rite gallican et le retranchement ou l'omission de l'épiclése (pour des raisons dogmatiques) a pu étre la raison qui a entrainé son remaniement (voir Diclionn., t. rr, col. 1847-1905).

6. La stalio. — A Home, en certaines circonstan ces, le début de la messefut entouré d'une solennité trés grande. Le pape, le clergé et le peuple se réunissaient à un certain lieu désigné, d'ordinaire l'église de Sainte-Sabine sur l'Aventin, et se rendaient à une des églises de la ville où se tenait la station et qui est, sauf de rares exceptions, celle encore désignée dans nos missels. Le missel romain a préservé cette indication qui, dans le sacramentaire grégorien, c'est-à-dire à la fin du v siècle, et dans les livres liturgiques romains du var siècle ?, se lisait en tête des messes du propre des temps. Cette mention n'avait d'utilité prati que qu'à Rome, ce qui expli que que le sacramentaire gélasien, qui est un livre romain adapté à l'usage des Franes | au viré siècle, la néglige. Cette indication se lit au missel en tête des messes des Quatre-Temps. des dimanches de l'Avent, de la Septuagésime, de la Sexagésime, de la Quinquagésime, des dimanches et des féries de carême jusqu'à la fin de loctave de Páques, des féries des litanies majeures, de l'Ascension, de la vigile, du jour et de l'octave de la Pentecôte. Enfin la vigile et le jour de Noël, le jour de la Circoncision et le jour de l'Épiphanie. Voici comment ces renseignements sont donnés dans le grégorien au 3* dimanche de caréme : Die dormi, ad sanctum Laurentium foris murum.

Feria 11, ad sanctum Marcum. Feria II, ad sanctam. Pudentianam. Feria IV, ad sanctum Xystum. Feria F, ad sanctos Cosmam el Damianurm. Feria Vi, ad sanctum Laurentium in Lucina. Sabbatum, ad sanctam Susannam. Dans le missel romain nous lisons : Feria JI stalio ad sanctum Marcum.

Ce mot stalio (oratiow) sert, dés l'épo que impériale, à désigner, par exemple à Pouzzo les, l'immeuble où se réunit le collège des marchands tyriens *, en l'an 174. Ces mémes marchands tyriens possédaient aussi à Rome une slatio, ce qui revenait à dire une sorte de club ou de cercle d'étrangers ?.

Parmi les chrétiens, ce mot servit de bonne heure à désigner la réunion des fidé les autour de l'évé que et de son clergé ; mais, tandis que ecclesia signifie l'assemblée envisagée au sens mysti que, stalio a une nuance plus réaliste. Le pape de Carthage, saint Cyprien, écrit au pape de Rome, saint Corneille, au sujet d'une réunion passablement bruyante, une sfatio, qu'il a présidée à Carthage , et Corneille lui écrit de son cóté qu'ayant réuni son clergé et son troupeau il lui expédie du lieu méme, statio, l'acolyte Nicéphore qui se rend au port d'embarquement .

Le mot s'est conservé à Rome pour désigner -la messe que célébre le pape, à jour dit, en présence de tout le clergé romain et des fidé les. Au v siécle, le pape Hilaire (461-468) affecte à cet usage un service de vases sacrés d'or et d'argent qu'on transportera dans la basili que de la statio si célèbre : In urbe Roma constituit ministeria qui eireuirent constitutas slaltones , et le Liber pontificalis détaille l'inventaire de | cette orfévrerie liturgi que. En premiere ligne, un

Toute cette orfévrerie, continuellement par monts et par v aux, devait quel que peu s'en ressentir, mais il n'en pouvait guère être autrement, parce que, au Ve, l'usage voulait que là où était la statio, là se rendissent les vingt-cinq paroisses ou fiiuli romains avec leur clergé ; il fallait dés lors qu'ils transportassent avec eux des cali ces pour la communion de leurs ` paroissiens et pour la leur, par conséquent vingt-cinq vases d'argent pour recevoir le vin apporté par les fidé les et cinquante cali ces (hommes et femmes communiaient séparément). Cha que paroisse avait son scyphus d'argent et, probablement, le clergé de cha que paroisse distribuait la communion à ses ouail les.

La messe stationale se trouvait étre ainsi comme la représentation de toute l'Église de Rome.

On se trouverait ainsi amené à penser qu'il n'y avait, les jours de station, qu'une seule messe à Home, la messe du pape. Ce serait assez invraisemblable et nous savons qu'il n'en était rien. Il y avait des délégations, des tilili, mais ceux-ci n'étaient pas privés pour cela de la messe. Le Liber pontificalis, dans la notice consacrée au pape Miltiade (311-314), nous apprend que ce pape établit la coutume d'envoyer aux églises de Rome des oblations consacrées à la messe épiscopale ; uf oblationes consecralas per ecclesias ex consecralu episcopi dirigerentur. Saint Optat de Milève nous apprend qu'au temps du pape Miltiade il y avait à Rome plus de quarante basiliques” et sans doute un prêtre par basili que, puisqu'un demi-siècle plus tôt, sous le pontificat de Corneille, le clergé de Rome comptait quarante-six prêtres *. Miltiade décida qu'on enverrait une portion des espè ces consacrées par le pape dans les basiliques urbaines, en sorte qu^ chacun des prêtres qui les dirigeaient püt la joindre aux espè ces consacrées par lui, comme on ferait d'un fermentum.

En 416, dans sa lettre à Decentius de Gubbio, le pape Innocent I décrit cet usage du fermentum et entre, à ce sujet, dans des détails remplis d'intérét *, Les prétres des paroisses urbaines en titres ne pouvant, à cause du peuple qui est confié à leur charge, se réunir à nous le dimanche, il ne convient pas qu'ils se croient pour autant séparés de nous, surtout à pareil jour. C'est pour quoi ils recoivent, par l'intermédiaire d'acolvtes, le fermentum consacré par nous. Cependant, ce que nous faisons pour les prétres des titres qui sont à l'intérieur de Home, nous ne le faisons pas pour les prétres per parochias, c'est-à-dire les prétres des églises qui sont hors les murs, ni non plus pour les prétres établis dans les divers cimetières, parce que l'on ne doit pas porter les sacramenta à ces gran des distan ces et parce que les prétres (des églises suburbaines et des cimetières) ont tout pouvoir de célébrer sans nous les saints mystéres : Presbyleri eorum conficiendorum jus habent al que licentiam.

Ainsi donc, à Rome, quelques années avant l'épiscopat de saint Hilaire, il serait impossible de convoquer les quer et d'entraîner chaque dimanche le peuple fidèle à la messe du pape ; en conséquence, chaque titre ou paroisse infra muros aura une messe célébrée par le prêtre du titre. Toutefois, afin d'exprimer d'une manière visible l'unité du sacrifice, le pape enverra une parcelle, fermentum, aux divers prêtres, dont la messe devait être célébrée à une heure un peu tardive. L. Duchesne estime que les stations romaines de carême n'ont pas de documents plus anciens que le vif siècle environ 1. L'évangéliaire de Wurzbourg (vus siècle) est le plus ancien de ces documents, et il est permis de croire que l'ordonnance actuelle de la liturgie de carême a été constituée dès la seconde moitié du v* siècle, peut-être par le pape Simplicius (468-483) second successeur de saint Léon ?, 7. Le cortège du pape. — On a vu qu'à certaine époque de l'année, pendant le carême et, le reste du temps, le dimanche et certains jours désignés, la messe stationale est la liturgie du pape de Rome. Celui-ci voyageait peu, mais il advint que sa liturgie se répandit et s'imposa là même où il ne résidait pas. Par la volonté de deux princes carolingiens, Pépin et Charlemagne, les livres et les usages de Rome furent imposés à tout l'Occident. Rome avait toujours accordé une grande attention aux règlements liturgiques ; elle avait veillé à la rédaction des Ordines qui réglaient les détails du cérémonial papal et permettaient de les vulgariser partout.

Ces Ordines ont été conservés en assez grand nombre ; plusieurs sont d'époque tardive, mais il en est un au moins, le plus ancien de tous, l'Ordo romanus I« qui date certainement du vin ? siècle et dont certaines parties peuvent remonter beaucoup plus haut : jusqu'au pape Sergius, jusqu'au pape Grégoire le Grand, peut-être même jusqu'au v siècle. Cet Ordo contient, dans sa première partie, une description de la messe papale solennelle (n. 1-22) qui, dans sa rédaction présente, est certainement postérieure à Grégoire et à Sergius, puisqu'on y trouve la mention du chant de l'Agnus Dei. L'Ordo romanus I » ! est purement romain , Un autre Ordo, désigné sous le nom d'Ordo romanus Î1%, appartient au début du ix siècle ; il décrit aussi la messe du pape, à peu de chose près, dans les mêmes termes que le précédent, mais avec quelques omissions de l'Ordo I** et des additions qui montrent que la messe du pape, célébrée hors de Rome par un évêque étranger, fait accueil aux éléments d'une tradition non romaine, par exemple le chant du Credo.

De grand matin, les fidèles ont commencé à pénétrer dans la basilique où aura lieu la statio, ils en occupent les nefs qui leur sont réservées ; tout le clergé, à l'exception de celui qui fera cortège au pape, s'y rend également. Ce qu'on entend par omnis clerus, ce sont les évêques suburbicaires au nombre de sept : Ostie, Porto, Silva-Candida ou Sainte-Rufine, Albano, Tusculum, Sabine, Préneste episcopi cardinales et, s'il se trouve des évêques de passage à Rome, ils peuvent se joindre à eux ; ensuite ce sont les prêtres de vingt-cinq tituli ou églises paroissiales (nombre constant du v au xri siècle). Tous ces dignitaires se rendent dans l'atrium qui se trouve en avant de la basilique. Si on se | labside du presbylerium, à droite et à gauche de la cathedra papale et s'y assoient, les évêques à droite, les prêtres à gauche.

Après cela viennent les moines. La foule est répartie partout ailleurs. En dehors des cancels de l'abside, dont les coupées, rugæ, sont gardées par des acolytes, se trouvent les staurofores portant des croix qui sont des signa ou enseignes. Le peuple est venu par groupes, région par région, et chaque groupe suit une croix d'argent fixée à une hampe de bois, sur laquelle sont trois cierges allumés.

Pendant ce temps, le pape a quitté sa résidence ordinaire, qui est le patriarchium de Latran (voir Diclionn. à ce mot), où il monte à cheval. Son cortège se compose, premièrement, de tous les acolytes de la région qui est de service ; on sait que Rome est divisée en sept régions ecclésiastiques, chacune d'elles administrée par un des sept diacres de l'Église de Rome. Chacun de ces sept diacres a sous ses ordres un sous-diacre régionaire et des acolytes ; en outre, depuis le pontificat de saint Grégoire, chaque région a des defensores chargés de l'administration et de la défense du patrimoine ecclésiastique.

Ainsi donc, en tête du cortège, les acolytes de la région de service, ensuite les defensores de toutes les régions, qui sont venus au Latran dès le point du jour. Ils marchent à pied, suivis des sept diacres à cheval et des sous-diacres régionaires. Deux écuyers, siralores laici, flanquent la personne du pape à droite et à gauche, le pontife étant précédé par un acolyte à pied portant l'ampoule du saint chrême dans sa main entourée d'un voile. Derrière le pape suivent à cheval les grandes charges : le vidame (vicedominus }, le gardien du trésor (vestiarius), l'auditeur (nomenclator ) et l'argentier (saccellarius ).

Le sous-diacre, à qui incombera la lecture de l'épître, porte le livre appelé Apostolus ; le premier des sept diacres, qui porte le titre d'archidiacre, est chargé de l'Évangéliaire. Des servants, baiuli, portent les vases sacrés, les chandeliers d'or et d'argent, patènes, burettes, et le reste, car toute cette vaisselle liturgique appartient au Latran.

Il semble que ce ne soit pas avant le 1x° siècle que l'usage s'établit à Rome de placer en tête du cortège une croix processionnelle ; la première qui soit signalée est celle que Charlemagne, en l'an 800, offrit au pape Léon III : Crucem cum gemmis yacinclinis, quam almificus pontifex in letania procedere constituit, secundum petitionem ipsius piissimi imperatoris *.

Arrivé au lieu de la statio, le pape descend de cheval aidé par les diacres. Le prêtre du titre où se célèbre la slalio attend le pontife avec le prêtre attaché au titre et le mnansionarius ou gardien de la basilique ; ce dernier tient un encensoir (fhymiamalerium ) et tous reçoivent une bénédiction.

715 demeure derrière le pape, et le suivra ainsi jusqu'à l'autel, toujours prêt à faire son service.

Le pape assis sur la sella va procéder à la vestition liturgique ; en effet, son valet de chambre ou barbier, cubicularius tonsorator, a veillé à ce qu'on apporte les vêtements convenablement pliés et il les a remis aux sous-diacres régionaires chargés de la vestition. Successivement, l'un lui passe la tunique (linea), un autre le cordon (cingulum) ; un autre l'amict fanabolaium ), un autre encore la tunicelle (linea dalmatica), un autre enfin la chasuble (planeta). Auprès du pontife, le primicier des notaires et le secondicier veillent au bon ajustage des vêtements !.

Pour finir, un des diacres ou même un des sous-diacres, celui que le pape aura désigné pour cette fonction, prend le pallium qu'un sous-diacre à la suite (subdiaconus sequens ), c'est-à-dire un des sous-diacres attachés au pape et le servant au Latran, tient sur son bras gauche que couvre sa planela. Le diacre ou le sous-diacre, qui a l'honneur de vêtir le pape du pallium, le passe au cou du pontife, le fixe à la planeta du pape avec trois épingles, l'une en arrière, l'autre sur le devant, la troisième sur l'épaule gauche. Cela fait, il salue par ces mots : Jube, domne, benedicere. Le pape répond : Salvet nos dominus. Le diacre (ou le sous-diacre) dit : Amen.

Après qu'on lui a répondu : Adsum, le sous-diacre demande les noms des exécutants et, après en avoir eu connaissance, il revient vers le pape à qui il tend la mappula et dit, à genoux : « Les serviteurs de mon Seigneur, un tel, sous-diacre régionaire, lira l'épître, un tel, de la scola, chantera... » A partir de ce moment, il est interdit, sous peine d'excommunication, de désigner un autre lecteur ou un autre chantre. Le sous-diacre se relève et, debout devant le pape, attend le signal ; lors que ce signal a été donné par le pape, il vient se mettre devant la porte du secretarium et dit : Accendite. Les chantres se rangent devant l'autel sur deux lignes, les infantes entre ces deux lignes ; alors le prior scholæ entonne l'antienne pour l'entrée : antiphona ad introitum.

Dès les premières notes, les diacres, qui se sont tenus jusqu'à ce moment à la porte du secretarium, pénètrent dans le secretarium et rejoignent le pape. Le pape se lève de son siège, donne sa main droite à l'archidiacre, sa main gauche au second des diacres, chacun y déposant un baiser, et ils s'avancent, soutenant le pontife : procedunt cum eo sustentantes eum. Devant le pape, un 716 sous-diacre porte l'encensoir d'où s'échappe la fumée, et, avec ce sous-diacre, vont sept acolytes régionaires de la région qui est de jour : ils portent sept chandeliers allumés.

Cette fumée, ces lumières rendent honneur au pape qui s'avance ; c'est un usage qui remonte jusqu'au règne des Antonins ; les papes n'ont pas trouvé un ou deux cierges suffisants, ils en ont voulu sept et, au lieu du réchaud de jadis, un brûle-parfums.

Le cortège s'avance processionnellement à travers la grande nef. Avant d'arriver à l'autel, deux acolytes se présentent portant un coffret ouvert qui contient un fragment de pain consacré, fermentum, provenant d'une messe antérieure. Un sous-diacre à la suite, mettant la main sur le bord du coffret, in ore capsæ, montre au pape les saintes espèces. Le pape salue les saintes, les considère et, s'il estime qu'il y en a trop, ordonne qu'on reporte le surplus in condilorio. Ce fermentum est destiné à être déposé dans le calice avant la célébration de la fractio panis, en vue d'unir, par ce symbole visible, le sacrifice qui va être offert aux sacrifiés qui l'ont précédé ; c'est le même rite et la même inspiration que nous avons vus quand on envoie le fermentum de la messe du pape à la messe des prêtres des titres.

Le cortège arrive à la hauteur de la scola, en haut de la nef, mais à une certaine distance du sanctuaire, A ce moment, les sept céroféraires qui précèdent le pape se divisent : quatre prennent la droite, trois inclinent à gauche. Le pape va se placer en tête in caput scolæ, s'incline devant l'autel, prie silencieusement, se signe le front, donne la paix à un des évêques — qui aura descendu les degrés pour recevoir l'accolade — puis à l'archiprêtre — qui a fait comme l'évêque — puis aux diacres ; enfin il fait signe au prior scola qu'il peut chanter le Gloria Patri de l'introit dont le chant s'était poursuivi pendant toute la durée de cette entrée solennelle. Le quatrième de la scola s'est glissé en avant du pape et a posé devant l'autel un prie-Dieu mobile, oratio, sur lequel le pape s'est appuyé un instant. Au sicut erat, il se lève, baise l'Évangile posé sur l'autel, baise l'autel et se rend à sa cathedra devant laquelle il se tient debout, tourné vers l'Orient, stat versus ad orientem.

C'est là, signalons-le en passant, une préoccupation nouvelle à Rome. La règle, qui était générale au Ve dans les pays de liturgie grecque, s'était infiltrée en Italie et généralisée en Occident au vi* siècle ; dès la seconde moitié du vre, on ne s'en affranchissait plus, et ceci entraîna pour le célébrant l'obligation de tourner le dos aux fidèles, afin de faire face de sa personne à l'Orient. A Rome, au varie siècle, cette pratique était encore rejetée et le célébrant regardait l'assistance, quelle que fût l'orientation de la basilique. Toutefois on admit que le pape, debout dans sa cathedra, regarderait l'Orient, ce qui importait assez peu, puis que le Latran, Saint-Pierre, Sainte-Marie-Majeure et d'autres encore n'étaient pas orientés. Revenons à l'introit.

L'usage de chanter ce psaume remonte au 1er siècle et avait pour but de donner au défilé une plus grande solennité. D'après ce que nous voyons au missel romain actuel, témoin de l'ancien usage, ces psaumes ne devaient pas être pris à la suite, comme ceux des matines ou ceux des vêpres, mais choisis à raison des circonstances. De bonne heure, et plus facilement encore pour l'offertoire et la communion, on puisa en dehors des psaumes, dans les autres livres de la Bible et même dans les livres qui ne sont pas au canon. Dans tout cet habillement il n'est question ni de mitre, ni de tiare dont l'usage est postérieur (voir Dictionnaire, au mot MITRE et au mot TIARE).

Eo —— Re PAT Mit comme pour le Requiem æternam des messes des morts. Aujourd'hui, l'introit ne se compose plus que d'un verset, mais la doxologie est conservée.

Le début de la messe romaine comprend en plus le psaume XLII avec antienne, le Confiteor, des versets, l'Aufer a nobis et l'Oramus te. Le psaume a été choisi à cause du verset Introibo ad altare Dei qui lui sert d'antienne ; la confession, dont la formule a varié selon les temps et les lieux, est une des pratiques les plus anciennes de la synaxe chrétienne, comme nous le voyons par la Didaché, mais dont la place n'est pas nécessairement à la messe ; la formule actuelle remonte au haut Moyen Âge. L'Aufer a nobis est emprunté au léonien (5e siècle) et, comme la plupart des collectes de ce sacramentaire, elle est d'une inspiration élevée et d'un rythme élégant. L'Oramus te, d'une époque beaucoup moins ancienne et d'un style moins pur, rappelle cependant que, d'après une coutume qui remonte au 4e siècle et au delà, l'autel qui sert de table est élevé sur une tombe de martyr ou doit au moins renfermer des reliques de martyrs ou de saints. Remarquons aussi dès maintenant que, dans la première comme dans toutes les oraisons anciennes de la messe, le prêtre parle au pluriel pour marquer la place que tiennent les fidèles dans la célébration du sacrement, tandis que, dans la seconde, il ne parle que de ses péchés. En même temps qu'il dit cette dernière oraison, le prêtre baise l'autel.

Les gestes fréquents à la messe ont leur signification mystique. Le prêtre à commencé par un signe de croix ; il s'est incliné à la confession, il a frappé sa poitrine au Mea culpa, il a fait de nouveau un signe de croix pour l'absolution après la confession. A d'autres moments, il étendra les mains en forme de croix, comme faisaient les orantes. C'était une attitude fréquente dans la prière, comme nous le dit Tertullien. D'autres gestes ou attitudes seront commandés par le diacre : Flectamus genua, levate, inclinate capita vestra Deo. Nous verrons qu'à l'élévation, à la fraction et ailleurs, ces gestes ont une portée dogmatique qu'il ne faut pas négliger si l'on veut comprendre tout le sens des cérémonies de la messe.

L'encensement, qui a lieu après l'Oramus te aux messes solennelles, n'est pas d'une origine très ancienne et ne fut adopté à Rome qu'assez tard, comme du reste celui de l'offertoire et celui de l'élévation. Cependant, nous l'avons vu, l'encens était employé à la procession d'introit et à celle de l'évangile. Il va sans dire que même cet usage de l'encens n'est pas primitif ; les païens en faisaient un tel abus dans le culte des idoles qu'il fut prohibé dans les premiers siècles. C'est à peine si l'on en faisait usage pour les funérailles. Mais, à partir du 4e et du 5e siècle, quand le paganisme eut perdu à Rome et dans tout l'empire une partie de ses fidèles, le même inconvénient n'existait plus, et du reste la pratique en était justifiée par l'Ancien Testament. Il reste le cas. On n'en usait, à Rome, au 6e siècle, qu'à certains jours ; ainsi, les jours où l'on venait en procession générale à l'église de la station, le Kyrie eleison était omis, de même les jours d'ordination. De nos jours, le samedi saint, le Kyrie n'est que la finale de la litanie qui commence cette messe, corrélation encore visible dans les Ordines du 10e siècle. La forme actuelle : trois Kyrie, trois Christe, trois Kyrie, auxquels on a cherché une explication mystique, n'est pas antérieure au 12e siècle.

Le Kyrie eleison a son histoire ; on lui a découvert une origine païenne et on y trouve des allusions dans Arrien et dans Virgile ; mais cette acclamation se rencontre aussi plusieurs fois dans l'Ancien et le Nouveau Testament ; son origine païenne n'est rien moins que démontrée (voir Dictionnaire, t. VII, col. 908016). Nous avons aussi le Kyrie sous une autre forme dans les litanies du samedi saint, dans celles des rogations et, en général, dans toutes les prières de ce genre. « La litanie des saints, actuellement en usage, nous a conservé cette antique forme de la prière dialoguée, telle qu'elle était prononcée dans l'Église romaine. Sans doute elle a subi beaucoup de développements, surtout dans la première partie, qui contient les invocations aux saints. Mais la fin, celle où l'on répond : Te rogamus, audi nos, a une touche tout à fait antique ; elle ressemble beaucoup aux prières litaniques en usage dans l'Église grecque ; bien qu'elle ne soit attestée que par des textes du 7e siècle, il est probable qu'elle remonte beaucoup plus haut. » Le texte des Constitutions apostoliques n'est probablement pas le texte primitif ; tel qu'il est cependant, on peut conjecturer que c'était une doxologie à deux termes, le Père et le Fils ; le Saint-Esprit n'intervient qu'à la fin, et cette insertion, qui ne se trouve pas dans le texte des Constitutions apostoliques, semble une addition dont le résultat fut d'en faire une doxologie trinitaire, comme la plupart des doxologies, à partir du milieu du 4e siècle. Le texte s'inspire de la doctrine subordinatienne, mais il a été soigneusement corrigé pour pénétrer dans la liturgie romaine ; on y affirme la divinité du Fils, son égalité avec le Père dans le Saint-Esprit ; le Gloria est ainsi devenu, comme le Credo, une profession de foi en même temps qu'un chant de louange. Dans les liturgies latines anciennes, le cantique Benedictus de saint Luc (1, 68 sq.) rivalisa avec le Gloria in excelsis, mais celui-ci finit par l'emporter !, 13. La collecte ou première oraison. — Lors que le chant du Gloria est terminé, le pape se tourne à nouveau vers le peuple et dit : Pax vobis ; alors il se replace face à l'Orient, dit Oremus et la collecte du jour. Ce nom de « collecte » est un peu énigmatique et appelle une explication. Colligere plebem est l'expression ordinaire pour énoncer l'idée de réunir, de tenir une assemblée liturgique. Le sens du mot collecta est déterminé par les rubriques du sacramentaire grégorien, relatives aux jours de litanie. L'oraison indiquée pour l'église d'où part la procession est dite ad collectam, c'est d'ailleurs l'équivalent du grec οὐναγić.

14. Les lectures et le chant des psaumes. — Lors que le pape s'est assis, les évêques et les prêtres l'imitent, tandis que l'assistance reste debout jusqu'à la fin de la cérémonie. Les lectures vont commencer, mais, auparavant, on invite les fidèles à garder le silence ; la formule en usage s'est conservée dans la cérémonie appelée Apertio aurium ou Traditio symboli, préparatoire au baptême. Le diacre disait à haute voix : State cum silentio, audientes intente.

À partir du début du 6e siècle, il n'y avait plus à Rome que deux lectures : l'épître et l'Évangile. La première est tirée de préférence du Nouveau Testament (sauf l'Évangile), principalement des épîtres, d'où le nom qu'elle a gardé ; mais l'Ancien Testament n'était pas exclu. A l'origine, les lectures étaient ordinairement au nombre de trois ; aujourdhui encore le missel romain, aux jours des quatre-temps et de certaines vigiles, nous offre trois, six et même douze lectures. La suppression de la leçon prophétique a pu se faire à Rome dans le courant du 5e siècle ; c'est vers le même temps qu'elle disparut également à Constantinople , Le sous-diacre qui doit lire l'épître, sitôt qu'il voit le pontife, les évêques et les prêtres assis, gravit les marches de l'ambon et lit la leçon assignée au jour. Il descend par l'escalier opposé à celui qu'il avait pris pour monter et aussitôt lui succède le chantre qui va faire entendre le graduel (responsum), car la lecture est suivie du chant d'un psaume, ainsi qu'on le voit encore au vendredi saint et au samedi saint, aux quatre-temps et même à l'office de matines. Le chant qui suit la lecture est, en général, un psaume appelé répons, parce qu'il est chanté par un chantre, avec reprise par le chœur. Le chant qui suit l'épître s'appelle graduel ; d'autres fois le psaume est chanté en trait, tractim, c'est-à-dire sans reprise. Le chant de l'Alleluia, qui suit aujourdhui directement celui du graduel, se présente dans des conditions spéciales qui n'ont pas encore été bien nettement définies. On sait, de façon certaine, que le chant de l'Alleluia est très ancien dans l'Église, mais son adaptation, à une place déterminée dans le service divin, varie d'un rite à l'autre. Dans le rite gallican, l'Alleluia était chanté après l'évangile, à la procession de l'oblation ; c'est aussi l'usage en Orient. L'Alleluia avant l'évangile est spécial au type romain. Avant saint Grégoire, on ne le chantait qu'à Pâques ? et au temps pascal , puis on l'admit tous les jours de fête. Il est aujourdhui accompagné d'un psaume. On s'est posé la question de savoir pour quoi la présence d'un deuxième chant après le graduel, et on en a donné comme raison que, dans les rares messes où la leçon prophétique s'est conservée, on exécute le graduel entre cette leçon et l'épître et l'Alleluia ou le trait entre l'épître et l'évangile. Ainsi les deux chants ont été d'abord intercalés entre les deux leçons, puis, la première leçon ayant été supprimée, on les a réunis tous les deux entre l'épître et l'évangile.

Les diverses théories sur l'origine et l'introduction du chant responsorial, par un seul chantre, avec reprise du chœur, ont été longuement discutées par les liturgistes. Il suffira de rappeler ici que les psaumes d'introit, d'offertoire et de communion sont antiphonés, tandis que le graduel et les répons de la psalmodie sont responsoriaux. Le chant des psaumes et des répons est un emprunt fait à la Synagogue comme la lecture des livres saints, tandis que les chants de l'introit, de l'offertoire et de la communion ont été institués au 4e siècle et motivés par les besoins particuliers du culte. Le graduel, dont l'importance parait avoir été plus grande, fut réservé d'abord aux seuls diacres, puis aux sous-diacres, puis à des chantres très spécialement formés ou aux lecteurs. Le caractère du trait est d'être chanté sans reprise. Quant à la séquence qui se rattache à l'Alleluia, d'origine très postérieure, elle eut une grande fortune au Moyen Âge ; l'Église romaine, toujours sévère à la poésie, n'en a retenu que cinq : Victimae Paschali laudes, à Pâques ; Veni sancte Spiritus, à la Pentecôte ; Lauda Sion, à la fête du Saint-Sacrement ; Stabat mater, à la fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs ; Dies irae, à la messe des défunts ; ce sont de purs chefs-d'œuvre 5, l Les chants des psaumes intercalés parmi les prières de la messe remontent à la même antiquité que ces lectures et nous viennent en droite ligne du service religieux des synagogues juives. Dans la liturgie chrétienne, fait remarquer L. Duchesne, ces chants sont la plus ancienne et la plus solennelle représentation du psautier davidique. Il faut bien se garder de les mettre sur le même pied que les autres chants : Introit, Offertoire, Communion, qui ont été introduits plus tard, et seulement pour occuper l'attention pendant les longues cérémonies. Le graduel et les chants similaires sont exécutés pour eux-mêmes ; pendant qu'on les exécute, les assistants n'ont rien autre chose à faire que d'écouter. C'est l'antique chant des psaumes qui, dans la primitive Église, se mêlait à la lecture des livres sacrés *.

En cette matière, rite romain, rite africain, rite milanais ne diffèrent guère entre eux et, si nous parcourons les sermons prêchés par saint Augustin, à Hippone, pendant la première partie de la messe des catéchumènes, après l'évangile, nous y trouvons en abondance les renseignements les plus circonstanciés.

De divinis lectionibus quod Dominus admonere digna| lur intenti audite, fratres, illo dante me minisirante :

Primam lectionem audivimus apostoli (l'épitre) Deinde cantavimus psalmum (le psaume chanté à la manière responsoriale) Post haec evangelica lectio... Has tres lecliones... (ce sont donc trois lectiones) *.

Lectiones sanclæ proposiiæ sunt quas audiamus... In lectione apostolica... in psalmo dicimus... in evangelio 5...

Divina lecliones omnes ita sibi conneclantur... Audivimus apostolicam lectionem... Audi psalmum... Audislis et evangelium istis lectionibus concordare (une fois de plus le psaume est traité de lectio) ?.

Il s'agit d'un chant responsorial : Psalmum audivimus... Psalmum cantavimus, expressions corrélatives dans saint Augustin. Elles supposent l'alternance de l'assemblée des fidèles avec un lecteur ; nous en avons des attestations si multiples qu'on n'a qu'à choisir : Brevis psalmus esl et valde ulilis (ps. CXIX) quem modo nobis cantalum audivimus el cantando respondimus ? ; encore : Primo quod legenti respondentes cantavimus quanquam de medio psalmi (xr) sif, hine tamen sermonis ducamus exordium *, Le psalmus en question prend place entre la lecture de l'épitre et celle de l'évangile ; à l'endroit où on rencontre le psalmellus ambrosien et la psallenda mozarabe, dont les noms trahissent l'origine et la permanence de la fonction. Si l'idée de la psalmodie s'attache moins à notre terme romain de « graduel », il est connu que la fonction de celui-ci, comme sa position, doivent être identifiées sans hésitation avec la fonction liturgique et la position du psalmus africain. C'est un psaume chanté sur les degrés (gradus, graduale) de l'ambon par un lecteur, suivant la forme responsoriale, d'où la mention fréquente, au Moyen Âge, du responsorium graduale et le sigle nG dans les manuscrits.

Tomasi croit que le graduel était autrefois un psaume tout entier. Indépendamment de la preuve implicite que renferment à cet égard les textes de saint Augustin et qui parait on ne peut plus claire, l'usage actuel n'a pas tellement rompu avec cette haute antiquité qu'on n'y retrouve encore des traces profondes de l'usage primitif. Il n'est pas invraisemblable que les versets du psaume cxvir répartis aujourd'hui (sur un type mélodique, d'ailleurs le même pour tous), entre chacun des jours de l'octave pascale, ait été jadis un psaume responsorial unique. Mais nous avons mieux que cela. C'est un psaume entier, le xc, qui se chante toujours au 1er dimanche de carême ; c'est une bonne partie du long psaume xxr qui se chante au dimanche des Rameaux. Il est vrai que ce n'est plus sous la forme responsoriale, mais sous celle de fractus, tractim, tout d'un trait, mais le tractus, à part cela, est ordonné tout aussi étroitement aux lectures que le psalmus responsorius. Quoi qu'il en soit, les expressions de saint Augustin : Psalmum audivimus, Psalmum cantavimus s'appliqueraient difficilement aux parties tronquées auxquelles sont réduits maintenant nos graduels. Au moins faut-il admettre que, s'il ne s'agit pas d'un psaume entier, la portion chantée par le lecteur et le peuple devait en être assez considérable pour constituer la valeur d'une leçon ordinaire et justifier les autres expressions de saint Augustin, où il parle du psaume comme étant une des trois lectures sur lesquelles il se propose de parler : ...Has tres lectiones pertractemus.

Le Moyen Âge s'appliqua à rehausser le plus possible l'honneur rendu au livre des évangiles. Tandis que l'épitre est lue par un sous-diacre que personne n'escorte lorsqu'il se rend à l'ambon, accompagné d'un simple acolyte, on va déployer pour l'Évangile toute une procession.

Le diacre, qui doit lire l'Évangile, vient baiser en silence les pieds du pape qui lui adresse ces mots : Dominus sit in corde tuo et in labiis tuis. De là, il se rend à l'autel, baise l'Évangile et le saisit à deux mains.

Deux sous-diacres régionaires le précèdent, ils garnissent l'encensoir que porte un sous-diacre ; en outre, deux acolytes prennent la tête du cortège tenant chacun leur chandelier, cereostata. On arrive à l'ambon. Les deux acolytes s'écartent, les deux sous-diacres font de même, le diacre pose un instant le livre sur le bras gauche d'un sous-diacre régionaire, lequel, de la main droite, désigne au diacre le feuillet où est marquée la lecture du jour, Le diacre met le doigt sur la leçon, monte à l'ambon et commence la lecture.

L'Ordo romanus I** ne dit rien de l'acclamation du diacre Dominus vobiscum, et du Gloria tibi Domine que répond l'assistance ; c'est là une rubrique gallicane dont la haute convenance s'est imposée et qui, à ceux qui savent, rappelle cette ombre glorieuse qu'on a voulu étouffer et qui, malgré tout, reparait à notre souvenir.

L'Ordo Ius ne dit pas que le diacre doive, pour la lecture, se tourner vers le Nord ; l'Ordo JI » le prescrit et le pape Innocent III en fait une règle. Jusque-là, du vie au XIIe, le diacre se tournait vers le Midi qui était, dans la basilique orientée, le côté des hommes.

Ce n'est pas avant la fin du xrie ou le début du XIe, avec Sicard de Crémone (T 1215), qu'on rencontre la mention de l'encensement de l'Évangile. On peut s'étonner que ce rite ne soit pas plus ancien, puis que la petite procession qu'on a décrite comportait encensoir et encens ; quant aux flambeaux allumés, il semble que ce soit une réminiscence des honneurs rendus, dès le Ve, à la lex mandatorum du préfet du prétoire qu'on expose entre des cierges allumés.

La lecture terminée, le diacre descend de l'ambon, remet le livre au sous-diacre qui le passe au sous-diacre à la suite, lequel le tient devant sa poitrine et, le tenant de ses deux mains, le présente à baiser « à Lous », avant de l'enfermer dans la boite (capsa) qui servira à le rapporter au Latran. D'après l'Ordo romanus 1%, par « tous » il faut entendre ceux qui se trouvent sur les degrés qui séparent l'ambon de l'aire de l'abside : Porriqit osculandum omnibus per ordinem graduum qui slelerint. Dans l'Ordo TI« : le rite va se développant et on voit le sous-diacre présenter l'évangile à l'évêque d'abord, deinde omnibus per ordinem graduum qui steterint, puis à tout le clergé, puis au peuple.

Cette procession solennelle de l'évangile est remarquable, car c'est la seule fois que le rite romain se départit à la messe de sa sécheresse. Toutes ces cérémonies se sont conservées jusqu'à nos jours. On y a ajouté le Munda cor meum et le Dominus sil in corde meo.

La lecture de l'Évangile devrait être suivie logiquement de son commentaire par le pape ou par l'évêque qui, en principe, avait seul le droit de prêcher à ce moment. Pratiquement, il se faisait souvent remplacer. Dans l'Église de Jérusalem, au IVe, plusieurs prêtres sont successivement invités à prendre la parole, l'évêque viendra en dernier lieu. A Rome, l'homélie tomba d'assez bonne heure en désuétude. On ne connaît que saint Léon le Grand et saint Grégoire le Grand qui aient tenu à se faire entendre. Les homélies de saint Léon sont courtes et réservées à certains jours solennels. Les prêtres romains n'avaient pas le droit de prêcher et les papes voyaient de mauvais œil les autres évêques laisser prêcher les leurs !. Sozomène, qui écrivait vers le temps de Xyste III, rapporte que personne ne prêchait à Rome *.

Aussitôt donc après la lecture de l'Évangile, le pape disait : Paz libi, s'adressant au diacre et, s'adressant à l'assistance, Dominus vobiscum. m. Ei cum spiritu tuo. Le pontife ajoutait Oremus.

15. Le renvoi des catéchumènes. — Il n'en est plus question dans les livres liturgiques du VIe, pas plus que du renvoi des pénitents. Les uns et les autres ne méritaient plus une mention, car les pénitents avaient été pour la plupart acheminés vers les monastères et les catéchumènes adultes étaient passé à l'état de souvenir ; à supposer même que personne s'en souvint encore. Cependant, dans l'Ordo baptismal, on en conservait une trace ; le jour de l'apertio aurium, le diacre congédiait les candidats au baptême par ces mots : Catechumeni recedant ! Si quis catechumenus est recedat ! Omnes catechumeni exeant foras. Au temps de saint Grégoire le Grand, on voit que, dans une église non désignée, mais certainement en Italie, chaque fois qu'on célébrait la messe EX MORE diaconus clamaret : Si quis non communicat, del locum ?. Le pontifical romain garde la trace de cette formule : Exorcistam oportet ..üicere populo ut qui non communicat det locum.

L'évêque salue l'assistance par ces mots : Dominus vobiscum, et il ajoute une invitation à la prière : Oremus. Or, cette invitation n'est pas suivie d'effet. Personne ne prie, remarque L. Duchesne. Le pape et ses assistants vont recueillir les offrandes du peuple et du clergé, le chœur exécute un morceau de chant ; mais aucune prière n'est marquée dans les livres, aucune rubrique ne suppose que l'on en fasse en particulier et secrètement [ou du moins silencieusement]. Il y a donc ici un hiatus : quelque chose a disparu. Et ce quelque chose n'est rien moins que la prière des fidèles qui, dans toutes les autres liturgies, se place à ce moment. Je suis porté à croire, poursuit Duchesne, que la disparition n'est pas tout à fait complète et que la formule usitée jadis dans l'Église romaine s'est conservée dans la série des oraisons solennelles du vendredi saint. Au VIe, ces oraisons étaient récitées non seulement le vendredi, mais aussi le mercredi de la semaine sainte. Rien, dans leur teneur, ne les rattache spécialement aux solennités de la passion et de la pâque. Ce sont des pièces pour les besoins ordinaires de l'Église, pour la paix, pour l'évêque, pour la hiérarchie tout entière, jusqu'aux confesseurs (ascètes), vierges et veuves ; pour l'empereur romain ; pour les malades, les pauvres, les prisonniers, les voyageurs, les marins ; pour les hérétiques, les schismatiques, les juifs et les païens. Ce sont les mêmes intentions dont la série — revient à plusieurs reprises dans les liturgies quotidiennes des Églises orientales. Je conjecture donc que ces oraisons ont fait autrefois partie de la messe romaine ordinaire et qu'elles étaient récitées après les lectures, au moment où elles continuaient d'être récitées le mercredi et le vendredi saint 5. Cette explication hypothétique est plus vraisemblable qu'une autre qui est fantaisiste *.

Dès que le diacre est à l'autel, un acolyte lui présente le corporal, qui n'est pas le mouchoir de poche amidonné que nous connaissons aujourd'hui, mais une grande nappe assez vaste pour couvrir l'autel tout entier, ce qui est fait par les soins de deux diacres. La même cérémonie s'accomplit encore le vendredi saint, et elle est rappelée aux messes solennelles où le diacre déploie le corporal sur l'autel avant l'offertoire. L'Ordo romanus VIe, du rx-x siècle, marque que le corporal doit couvrir toute la surface de l'autel : ...ex puro lino contextum esse debel, quia sindone munda corpus Domini legitur involutum in sepulcro, el tantze quantitalis esse debet ut totam altaris superficiem capiat.

Nous venons de voir que la prière des fidèles a disparu ; par contre, la liturgie romaine a conservé, jusqu'au IXe au moins, la cérémonie de l'offrande qui disparut de bonne heure de toutes les autres liturgies. De nos jours, elle ne se conserve qu'à Milan, et, en France, dans un trop petit nombre de localités.

L'offrande consiste dans les espèces du sacrifice : pain et vin ; tous, clercs et laïques, les prêtres, le pape lui-même doivent faire leur offrande.

Le pape descend les degrés de sa cathedra, s'appuyant de la main droite sur le primicier des notaires, de la main gauche sur le primicier des défenseurs, il se rend à la balustrade ou cancel qui, au bas des marches de l'abside, marque une barrière infranchissable aux laïques répartis dans la nef suivant les sexes : les hommes au Midi, les femmes au Nord. Le pape se dirige vers les hommes — le senatorium, ainsi qu'on désigne ce côté, parce que, jusqu'au VIe, l'aristocratie romaine remplissait ce côté. L'Ordo IV* mentionne que le pape reçoit les offrandes suivant l'ordre des préséances : suscipi oblationes principum per ordinem archium ; grosse affaire, à Rome, que les préséances !

Les nobles viennent à l'offrande : chacun apporte une burette de vin et un pain. Le pape passe chaque burette à l'archidiacre, qui la vide dans un grand calice que porte un sous-diacre régionnaire et, quand ce calice est plein, on le vide dans le scyphus que porte un acolyte. Le pape remet chaque pain qu'on lui donne au diacre régionaire de la région de jour, lequel diacre le transmet à un sous-diacre qui le dépose dans une nappe tenue par deux acolytes. Cette division des rôles se maintient pendant toute la cérémonie, la distribution de l'espèce du vin rentre dans le domaine spécial des diacres !. Après que les nobles ont achevé leur offrande, vient le tour du peuple, et le pape est suppléé par un évêque assistant.

Le pape en profite pour se rendre de l'autre côté, en passant devant l'autel : là il reçoit l'offrande du primicier et du secondicier des notaires et du primicier des défenseurs. Enfin, il arrive aux nobilissimæ matronæ, dont il reçoit l'offrande comme il a fait pour les nobles. Après cela, vient le tour des femmes du peuple.

L'offrande est terminée ; le pape, s'appuyant sur le Le pape, qui se trouve à l'autel, fait signe de là à la scola de se taire ; c'est qu'en effet, pendant l'offrande, le chœur a exécuté l'Offertoire, qui est un psaume à répons. Nous avons ici un usage attesté au moins dès le IVe. Dans l'Église de Carthage, il a été introduit au temps de saint Augustin, qui nous rapporte que cette nouveauté ne plut pas à tout le monde. Un certain Hilaire, pir tribunilius, mena à ce sujet un tel tapage que l'évêque d'Hippone écrivit contre lui un traité, aujourd'hui perdu et intitulé Contra Hilarum, dans lequel il défendait morem qui func esse apud Carthaginem ceperat, ut hymni ad altare dicerentur de psalmorum libro, sive ante oblationem, sive cum distribueretur populo quod fuisset oblatum %. L. Duchesne fait remarquer à ce propos l'emploi du mot hymnus employé pour désigner un psaume et l'usage d'emprunter au livre des psaumes le texte de l'offertoire ; ce qui, d'ailleurs, n'exclut pas le recours à d'autres livres sacrés ; néanmoins, cela éclaire l'origine et la nature primitive de ce chant ecclésiastique.

'Toute cette cérémonie de l'offertoire s'est conservée jusqu'à nous d'une manière assez fidèle et demeure reconnaissable, Le Suscipe sancte Pater, l'Offerimus libi, VIn spiritu humilitatis, le Veni sanctificator omnipotens, le Suscipe sancta Trinitas, même l'Orafte fratres et sa réponse sont des additions postérieures qui révèlent dans leur style l'époque tardive de leur composition ; ces prières retardent chacun des gestes que fait le prêtre pour recevoir l'hostie sur la patène, offrir le calice, bénir les oblats ; peut-être y aura-t-on eu recours, afin d'éviter une excessive précipitation. Parmi toutes ces prières, il s'en trouve une d'un mérite particulier comme doctrine, c'est le Deus qui humana substantie pour le mélange de l'eau et du vin, qui est tirée du sacramentaire léonien. Elle fait allusion à la distinction des deux natures dans le Christ et à la participation du fidèle à la vie divine. L'introduction tardive du Suscipe sancte Pater est suffisamment signalée par l'abandon du cas pluriel pour le cas singulier : quam ego indignus famulus tuus tibi offerro.

L'encensement de l'autel avec les prières qui l'accompagnent est une importation gallicane. On est heureux de la rencontrer et de rendre hommage à ces vestiges trop oubliés du rite illustre qui répand son ampleur et sa magnificence sur la sécheresse anguleuse du type romain, qui revêt cette liturgie étriquée d'un manteau de splendeur et d'un symbolisme majestueux, émouvant, dramatique même, nous reportant à la période où la foi chrétienne déborde de fierté et d'ardeur, s'abandonne aux impulsions de sa tendresse, découvre dans le génie expressif de notre race ces formes solennelles et grandioses, touchantes et évocatrices qui nous reportent aux IVe et Ves et que condamnera, quatre siècles plus tard, la politique de Pépin et de Charlemagne.

727 pontife de leur Amen, de chanter le Sanctus et de s'incliner pendant toute la récitation du canon. La place des diacres parait être derrière le pape, en flèche, sur deux files, l'archidiacre en tête de la file de droite, le second diacre en tête de la file de gauche. Eux aussi sont au repos. Quant aux évêques et aux prêtres, où sont-ils et que font-ils ? Debout derrière le pape officiant ; mais divers textes du Liber pontificalis !, rapprochés d'un passage de l'Ordo I »*, semblent indiquer que les prêtres des titres avaient eu ici, à l'origine, un rite spécial. On tenait devant eux des oblatæ, posées sur des patènes. Ils récitaient le canon en même temps que le pape, et célébraient ainsi avec lui la liturgie eucharistique. Cet usage parait avoir existé au commencement du VIe pour toutes les messes stationales. Au VIIe, ce rite n'était plus observé qu'aux fêtes de Noël, de Pâques, de la Pentecôte et de Saint-Pierre. Les autres jours, la coopération des prêtres ne se produisait que pour l'offrande, la fraction et la communion . Qui tenait les oblata ? Probablement des acolytes que nous laisse apercevoir l'Ordo de Saint-Amand. Ils sont, dit-il, debout, en arrière des diacres, à droite et à gauche, ayant une nappe sur les mains (involuti cum sindonibus ), les uns portent des saccula, les autres des seyphi contenant du vin trempé d'eau, dans lequel on versera quelques gouttes du précieux sang pris au calice de l'autel et qu'on distribuera en communion au peuple. Un des acolytes, placé en tête des autres, porte sur les mains une écharpe de soie décorée d'une croix et tient contre sa poitrine une patène : Quando (pontifex) inchoat canonem, venit acolythus sub humero habens sindonem in collo ligatam, tenens patenam ante pectus suum in parte dextra (altaris) usque in medium canonem. A ce moment, l'acolyte rendra la patène vide qui, de main en main, arrivera dans celles de l'archidiacre.

Tous ainsi rangés, le pape récite la prière super oblata : la secrète. première nommée Préface, la seconde récitée à voix | « Nous avons aujourd'hui, au missel romain, onze préfaces auxquelles se sont ajoutées récemment les 128 préfaces pour les morts, pour saint Joseph et pour la royauté du Christ. Les préfaces sont suivies, pour les grandes fêtes, de communicantes particuliers. Cette disposition que nous trouvons dans le grégorien est le fait de saint Grégoire dont la tâche fut souvent de résumer, d'abréger, de simplifier l'œuvre de ses devanciers. Les sacramentaires gélasien et léonien, comme les autres sacramentaires latins, en contenaient un nombre bien plus considérable... D'après le texte de ces préfaces, le sacrifice de la messe est un sacrifice eucharistique, offert par le prêtre au nom de l'Église à Dieu le Père tout-puissant pour tous ses bienfaits. L'anaphore des Constitutions apostoliques, conforme aux données juives, réunit tous les titres de Dieu à notre reconnaissance, pour terminer par son plus grand bienfait, l'incarnation de son divin Fils. Les préfaces du missel romain varient ce thème selon les fêtes. C'est Dieu qui a fait briller par son Verbe une lumière nouvelle dans nos âmes. Lui qui a voulu que le salut du genre humain fût opéré par le bois de la croix ; Lui que nous devons sans cesse louer, mais surtout au jour où le Christ, notre Père, a été immolé, etc. Mais c'est toujours par le Christ que nous rendons grâce au Père *. » Dans le dialogue préliminaire de la préface, le Sursum corda est attesté par saint Cyprien et tout le dialogue figure déjà dans la Tradition apostolique de saint Hippolyte. La préface se termine par le chant du Sanctus qui, par ses trois répétitions, est un hymne à la sainte Trinité ; l'addition si caractéristique du Benedictus au texte d'Isaïe s'adresse au Christ, salué comme Messie à Jérusalem au jour des Rameaux ; elle est propre aux liturgies latines.

Le Sanctus exécuté, tout le clergé demeurant incliné, le pontife seul se relève et entame le canon : surgit pontifex solus et inchoat in canonem, le canon misse (dès le VIIe on trouve cette expression) et il le récite à voix basse. À la suite du Sanctus, nous rencontrons dans le canon romain une énumération des vivants au nom desquels se fait l'oblation ; c'est le memento qui rappelle l'Église catholique tout entière, le pape, l'évêque du lieu, les évêques orthodoxes, les fidèles présents et tous ceux que permet d'atteindre la communion des saints : la Vierge, les apôtres, les martyrs, les saints. Le nom des vivants n'est même pas prononcé. Dans d'autres Églises, on lisait à haute voix une liste des noms de ceux qui offraient ; même on insistait parfois sur l'importance de ces offrandes.

Le memento se trouve encadré dans un groupe de prières : Te igitur, Communicantes, Hanc igitur, Quam oblationem, qui forment un tout homogène et font suite à la préface. On supplie Dieu le Père, par le Christ, d'agréer ces dons offerts pour la sainte Église répandue dans tout l'univers, en union avec le pape et les évêques, en communion avec lui. Ensuite l'invocation se fait pressante, on prie Dieu le Père de faire de cette offrande une oblation bénie entre toutes, le corps et le sang de son Fils bien-aimé.

729 interruption où l'on pouvait intercaler beaucoup de noms et d'intentions. Pour le Communicantes, le sacramentaire d'Hadrien offre lui-même des variantes relatives à la solennité du jour. Plus bas, la liste des papes, réduite aux trois premiers noms, Lin, Clet, Clément, devait être récitée tout au long. Il n'est pas impossible que l'ancien catalogue pontifical, dont les débris ont été interpolés dans le martyrologe hiéronymien !, ait été relevé sur quel que exemplaire de canon. Les noms de martyrs qui figurent ensuite ne représentent, eux non plus, qu'un simple choix. Les Églises qui adoptèrent la liturgie romaine ne se firent pas faute de compléter cette liste, en y ajoutant les noms des saints qu'elles honoraient plus spécialement. Enfin, le Hanc igitur donne place, aux fêtes de Pâques et de la Pentecôte, à une commémoration des nouveaux baptisés. Autrefois on y récitait, aux jours de scrutin, les noms des candidats au baptême, tandis que ceux de leurs parrains ou marraines avaient lieu au Memento. Des adjonctions semblables avaient lieu aux messes d'ordination. x En somme, toute cette partie du canon correspond à la récitation des diptyques en usage dans la liturgie gallicane et dans les liturgies d'Orient, mais placée dans ces liturgies, avant le commencement de la préface. Cette dernière disposition peut paraître plus naturelle et l'on pourrait admettre que l'autre n'est pas tout à fait primitive. Il est sûr, toutefois, que, dès le commencement du v siècle, l'ordre du canon romain était déjà ce qu'il est maintenant. En effet, la formule finale de toute cette série d'énumérations, celle qui forme transition avec le Qui pridie, se rencontre déjà dans le De sacramentis, en termes à peu près identiques à ceux du Quam oblationem actuel. Du reste, la lettre du pape Innocent à Decentius suppose que, en 416, la récitation des diptyques occupait, et depuis longtemps, à Rome, la place qu'elle a maintenant . » Dans la description donnée de la messe gallicane (voir Dom Cagin a dressé un tableau synoptique de la formule sacro-sainte du canon avec son encadrement dans les textes scripturaires et liturgiques. Ce tableau pourrait être reproduit ici et ses difficultés typographiques n'eussent pas arrêté un seul instant nos habiles et fidèles compositeurs, mais nous croyons plus pratiquement utile de donner à cette place, comme illustration 730 du type romain, le témoignage qui est, comme on l'a si bien dit, le « suffrage universel des Églises » dans une question où leur voix ne peut être récusée depuis le début du christianisme et par tout l'univers. Nous transcrirons des formules usitées dans les Églises nestoriennes et monophysites séparées depuis tant Des de l'orthodoxie ; c'est une raison de plus de ne pas les omettre. Par contre, nous ne ferons aucune place aux liturgies accommodées au gré de leur fantaisie par les réformateurs du xvi siècle ; ceux-ci ont utilisé les livres liturgiques du Moyen Age avec des altérations graves pour les adapter à leurs opinions théologiques, en sorte que leurs compositions n'ont de rapport avec aucun rite primitif, si ce n'est ce qu'ils ont extrait des missels alors en usage, opération faite au petit bonheur.

1, Matth., xxvi, 26-28 : Accepit Jesus panem et benedixit ac fregit dedit que discipulis suis et ait : Accipite et comedite, hoc est corpus meum. Et accipiens calicem gratias egit et dedit illis dicens : Bibite ex hoc omnes, hic est enim sanguis meus, novi testamenti qui pro multis effunditur in remissionem peccatorum. (Nov. lest. D. N. J. C. latine sec. ed. S. Hieronymi ad codd. mss. fidem recensuit, J. Wordsworth, Oxonii, 1899.) 731 miscuit dedit in typum sanguinis qui effusus est pro nobis. (Testamentum D. N. J. C. nunc primum edidit, latine reddidit el illustravit Ign. Ephr. II, Rahmani, Moguntiæ, 1899.) 8, Liturgie clémentine (Const. apost., 1. VIII) : Cum accepisset panem sanctis, et ab omni labe puris manibus suis, substulissel que oculos ad te Deum suum, ac patrem ac fregisset, dedit discipulis suis dicens : Hoc est mysterium novi Testamenti : accipite ex eo, comedite. Hoc est corpus meum quod pro multis frangitur in remissionem peccatorum. Similiter et calicem postquam miscult ex vino, et aqua, et sanctificavit, dedit eisdem, dicens : Bibite ex eo omnes. Hic est sanguis meus, qui pro multis effunditur in remissionem peccatorum. Hoc facite in meam commemorationem : quoLiescum que enim manducabitis panem hunc, et biberitis calicem hunc, mortem meam annunciabitis donec veniam. (Divina liturgia sancti apostoli e ! evangelistae Marci, discipuli S. Petri, e græco sermone in latinum conversu, Parisiis, apud Ambr. Drouard, 1583, p. 96.) 9. Liturgie mozarabe : Accepit panem et gratias agens bene +} dixit ac fregit : dedit que discipulis suis dicens : Accipite et manducate. Hoc est corpus meum quod pro vobis tradetur. Hic elevetur Corpus. Quotiescumque manducaveritis : hoc facite in meam H commemorationem. Similiter et calicem postquam cenavit dicens. Super calicem. Hic »T« est calix novi testamenti in meo sanguine qui pro vobis et pro multis effunde tur in remissionem peccatorum. Hic elevetur calix coopertus cum filiola. Quotiescum que biberitis : hoc facite in meam »I« commemorationem. Ef cum perventum fueril ubi dicilur. In meam commemorationem dical presb. alla voce omnibus diebus præler festivis. Pari modo ubi dicit : In claritatem de celis. Et quolibet pice respondeat chorus. Amen. Quotiescum que manducaveritis panem hunc et calicem istum biberitis : mortem Domini annunciabitis : donec veniat. In cla732 13. Liturgie ambrosienne : Et accipiens panem elevavit oculos ad cœlos ad te Deum Patrem suum omnipotentem, tibi gratias agens, benedixit, fregit, dedit que discipulis suis, dicens ad eos : Accipite et manducate ex hoc omnes : hoc est enim Corpus meum. Simili modo postea quam ccmnatum est, accipiens calicem, elevavit oculos ad cœlos ad te Deum Patrem suum omnipotentem, item tibi gratias agens, benedixit, tradidit discipulis suis, dicens ad eos : Accipite, et bibite ex eo omnes : hic est enim Calix Sanguinis mei, novi et æterni testamenti, mysterium fidei, qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorum. Man dans quo que, et dicens ad eos : Hxc | quotiescum que feceritis, in meam commemorationem facietis mortem meam prædicabitis, resurrectionem meam adnuntiabitis, adventum meum sperabitis, donec iterum de ccelis veniam ad vos. (A. Ceriani, Notitia liturgiæ ambrosianæ ante sæculum X1 medium, Mediolani, 1895, p. 9.) 733 gratias egit ; benedixit, fregit, dedit discipulis suis, dicens : Accipite el manducate : Hoc est enim corpus meum. Simili modo postquam cœnatum est accipit et hunc przclarum Calicem in sanctas et venerabi les manus suas ; item tibi gratias agens, benedixit, dedit discipulis suis, dicens : Accipite et bibite ex hoc omnes. Hic est enim Calix Sanguinis mei, novi et æterni Testamenti, mysterium fidei, qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorum. Hæc quotienscum que feceritis in Mei memoriam facietis.

18. Sacramentaire gélasien : Accepit panem in sanctas ac venerabi les manus suas, elevatis oculis in calum ad te Deum Patrem suum omnipotentem, tibi gratias agens, benedixit, fregit, dedit discipulis suis, dicens : Accipite et manducate ex hoc omnes. Hoc est enim corpus meum. Simili modo, posteaquam ccenatum est, accipiens et hunc praeclarum calicem in sanctas ac venerabi les manus suas, item tibi gratias agens, benedixit, dedit discipulis suis, dicens : Accipite et bibite ex eo omnes : hic est enim calix sanguinis mei novi et zterni Testamenti. mysterium fidei, qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorum. Hæc quotiescum que feceritis in mei memoriam facietis. (Sacram. gelas., éd. Wilson, p. 235.) 134 sanguis meus novi Testamenti, qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorum. Pop. Amen. Secrele ilerum : Hoc facite in meam commemorationem. Quoties enim comeditis panem hunc, et calicem istum bibitis, meam mortem annuntiate, meam resurrectionem confitemini. (Velus{a translatio, dans Liturgie sive Missi sanctorum palrum, 1560, p. 43.) 22. Liturgie grec que de saint Jean Chrysostome : Panem accipiens cum sanctis suis et immaculatis, et impollutis manibus, cum gratias egisset, benedixit, sanctificans : et frangens, sanctis suis discipulis, et apostolis tribuit, dicens : Exallaf vocem : Accipite, et comedite : Hoc est corpus meum, quod pro vobis tradetur in remissionem peccatorum. Clerus el pop. Amen. Sacerdos : Similiter autem et calicem postquam ccenavit, dicens : Exalial vocem. Bibite ex hoc omnes : Hic est enim sanguis meus novi Testamenti, qui pro vobis et pluribus effundetur in remissionem peccatorum (trad. Léon Thuseus, dans Liturgie sive Missa sanctorum patrum, 1560, p. 62).

23. Liturgie arménienne : Accipiens panem in sanctas, divinas, immorta les, immaculatas et creatri ces manus suas, benedixit, gratias egit, fregit et dedit suis electis sanctis et recumbentibus discipulis, dicens. Diaconus : Benedic Domine. Sacerdos alla voce : Accipite, comedite ex hoc omnes : Hoc est corpus meum quo pro vobis distribuitur in expiationem peccatorum. Diaconus : Amen. Benedic Domine. Sacerdos submissa voce : Similiter et calicem accipiens, benedixit, gratias egit, bibit, dedit suis electis sanctis et recumbentibus discipulis, dicens (alta voce) * Accipite et bibite ex hoc omnes : Hic est (vel hoc est) sanguis meus novi testamenti qui pro vobis et multis effunditur in expiationem et remissionem peccatorum. Diaconus : Amen. Amen. Chorus. Pater ccelestis qui Filium tuum dedisti in mortem per nobis debitorem debitorum nostrorum, te rogamus per effusionem sanguinis illius, miserere tui rationalis gregis. Dum cantat chorus : sacerdos dicit secrelo, semi extensis brachiis : Et beneficus Filius tuus unigenitus mandatum tradidit nobis hoc semper facere in sui commemorationem. (P. Lebrun, Explication de la inesse, t. v, Paris, 1778, p. 202-204.) 135 136

737 | MESSE. — XXXVI.

- panem in manus suas sanctas, beatas et puras sine - macula ; elevavit oculos in ccelum ad te Patrem suum, gratias agens, benedixit, fregit dedit que discipulis suis dicens : « Accipite, manducate, hie panis est corpus meum quod pro vobis frangitur in remissionem peccatorum. » Similiter calicem, gratias agens, benedixit, sanctificavit dedit que discipulis suis dicens : « Accipite, bibite, hic caliz sanguis meus est, qui pro vobis effunditur in remissionem peccatorum ; et cum hoc feceritis, facite meam commemorationem. (Bessarione, t. xiv, 1910, p. 187.) 35. Liturgie éthiopienne de saint Jean : Accepit (Jesus) panem in manus suas sanctas et benedictas, dos sponse tuæ et libellus divortii synagoge quam repudiasti ; gratias agens, benedixit fregit dedit que discipulis suis dicens : « Hoc es ! corpus meum, cibus justitiæ verus, quicum que manducaverit ex eo non - morietur et quicum que hoc acceperit non peribit. Manducate ex eo omnes. » Similiter, gratias agens super calicem dixit : « Hic est calix sanguinis mei novi Testamenti ; sumite, bibite ex eo omnes. Admirabile prodigium pro omnibus qui hoc adorabunt in circuitu et pro crucifixoribus, quod cum sanguine eius scriptum - est et per crucem eius signatum est et per occisionem eius sigillum habuit in vitam æternam et in remissionem peccatorum. Sic facite meam commemorationem, cum conveneritis. » (Bessarione, t. xiv, 1910, p. 189.) resurrectionis mex annuntiabitis. (Bessarione, t. XIV, 1910, p. 195.) 39. Lilurgie élhiopienne de saint Grégoire d'Arménie : Istud sacrificium quod dedisti discipulis tuis dicens : « Accipite, manducale : hic panis es ! corpus meum, « quod pro vobis frangitur et datur in remissionem peccatorum et in vitam æternam. » Similiter, super calicem locutus es eis (discipulis) dicens : « Accipite, bibite : hic calix es ! sanguis meus, qui pro vobis effunditur et datur in remissionem peccatorum et in vitam :eternam ; sic facite commemorationem meam. s Dixisti eis : « Quamdiu manducaveritis panem hunc vel biberitis hunc calicem, mortem meam annuntiantes et sperantes resurrectionem meam dum (ex eo) sumpseritis, facite commemorationem meam in laudibus et in hymnis, in gratiarum actione et in exsultaLione. (Bessarione, t. xiv, 1910, p. 195.) 40, Liturgie éthiopienne de Dioscore : Accepit (Jesus) panem in manus suas sanctas et puras sine macula ; et elevavit oculos in ccelum ad te Patrem suum, gratias agens, benedixit, fregit dedit que discipulis suis sanctis ét Apostolis suis puris, dicens : « Accipite, manducate, hie panis esl corpus meum, quod pro vobis frangitur in remissionem peccatorum. » Similiter, postquam cœnaverunt, miscuit aquam et vinum et gratias agens, benedixit, sanctificavit dedit que discipulis suis sanctis et apostolis suis puris, dicens : « Accipite, bibite, hic calix est sanguis meus, qui pro vobis effunditur in redemptionem multorum. » (Bessarione, t. xiv, 1910, p. 197.)

À. — XI — 24

pamere e Ne a :

739 MESSE. —

4%, Lilurgie éthiopienne des 318 Pères de Nicée : Accepit panem in conspectu eorum et benedixit dicens : « Accipite, manducate, Aic panis esi corpus meum, qui pro vobis frangitur in remissionem peccatorum. » Similiter, benedixit calicem dicens : « Accipite, bibite, hic calix es ! sanguis meus, qui pro vobis traditur in remissionem peccatorum. » (Bessarione, t. xrv, 1910, p. 203.) A5. Liturgie éthiopienne de saint Épiphane : Accepit in manus suas panem frumenti infermentatum, ex eo quem attulerunt ei pro ecena. Gratias agens, benedixit, fregit dedit que discipulis suis dicens : « Accipite, manducate, hic panis est particeps corporis mei, qui pro vobis frangitur. » Similiter, miscuit calicem vina et aqua ; gratias egit, benedixit, sanctificavit dedit que discipulis suis dicens : » Accipite, bibite, hie calix est sanguis meus qui pro vobis effunditur. Hæc institutio sit pro vobis in commemorationem morlis meæ et resurrectionis met. » ( Bessarione, t. xiv, 1910, p. 205.) 46. Liturgie éthiopienne de Jacques de Sarug : Accepisti panem in manus tuas sanctas ut dares apostolis tuis sanctis. Tu qui t une, cum gratiarum actione, benedixisti, benedic nunc hunc panem ; Tu qui tunc, cum benedictione fregisti, frange nunc hunc panem. Similiter, calicem vino et aqua miscuisti ut dares apostolis tuis puris. Tu qui t une sanctificasti, sanctifica nunc hunc calicem ; Tu qui t une præbuisti, præbe nunc hunc calicem ; Tu qui tunc coniunxisti, coniunge n une hunc panem cum hoc calice, sint corpus et sanguis tuus. (Bessarione, t. xiv, 1910, p. 208.) panem in manus suas sanctas, immaculatas et incontaminatas et levatis oculis in ccelum aspexit ad te Deus Pater et gratias agens, benedixit, sanctificavit, fregit, et dedit discipulis suis sanctis et apostolis dicens : Accipite, manducate ex eo vos omnes, Hoc est corpus

X XXVI.

meum quod pro vobis et pro multis frangitur et datur, in remissionem peccatorum et vitam :eternam. Similiter etiam et calicem postquam cœnaverunt, miscens vino et aqua, et gratias agens, benedixit, sanctificavit et dedit iisdem discipulis et apostolis sanctis dicens :

Accipite, bibite ex eo vos omnes. Hic est sanguis meus - } Testamenti novi, qui pro vobis, et pro multis fidelibus effunditur, et datur in remissionem peccatorum et vitam :eternam. Populus. Amen. Sacerdos. Hoc facite in memoriam mei : quotiescum que enim manducabitis | panem h une et calicem istum bibetis, mortem meam | 91. Liturgie syria que( minor) de saint Jacques : Accepit panem in manus suas sanctas et gratias agens, suis sanctis, et dixit : æternam. Populus. Amen. Sacerdos. Similiter et calicem accepit, et gratias agens benedixit, sanctificavit, - et dedit iisdem apostolis suis sanctis, et dixit : Acci- - pite, bibite ex eo vos omnes, Hic est sanguis meus, qui pro vobis et pro multis effunditur et datur, ad remissionem peccatorum, et vitam eternam. Populus. Amen. Sacerdos. Hoc facite in meam commemoratio- | nem : quando communicabitis huic mysterio, mortem meam eL resurrectionem meam commemorate, donec | #2. Liturgie syria que de saint Sixle : In pane qui ab 1 eo benedictus, sanctificatus, fractus, et distributus fuerat, dedit nobis dicens : Accipite et manducate ex eo : Hoc est nempe corpus meum, quod pro vobis et pro multis frangitur et dividitur ad expiationem delictorum et remissionem peccatorum, ad vitam :eternam. Populus. Amen. Sacerdos. Similiter et in calice qui ab eo signatus, sanctificatus, et datus iisdem sanctis apostolis fuit, sanguinem suum propitiatorium, dicens : Accipite, bibite ex eo vos omnes : Hic nempe est calix sanguinis mei novi Testamenti, qui pro vobis et pro multis effunditur et datur ad expiationem delictorum, et remissionem peccatorum dedit nobis ad vitam æternam. Populus. Amen. Sacerdos, Adjunxit simul hane admonitionem dicens : quotiescum que pani huic com- | benedixit, sanctificavit et fregit, dedit que apostolis - Accipite, manducate ex eo, Hoc … est corpus meum, quod pro vobis et pro multis frangi- « ^3 tur, et datur ad remissionem peccatorum, et vitam apostolis sanctis corpus suum sanctificans 1

741 | MESSE. — XXXVI.

pit panem in manus suas, benedixit, sanctificavit, et fregit, dedit que turbæ apostolorum sanctorum, et dixit : Accipite et manducate. Hoc est corpus meum quod pro vobis et pro multis frangitur et dividitur in expiationem delictorum, remissionem peccatorum et. vitam æternam. Populus. Amen. Sacerdos. Et cum o8. Liturgie syria que de saint Clément Romain : Panem accepit in manus suas puras et sanctas, et gratias agens, benedixit, sanctificavit, fregit, dedit que initiatis hoc ejus mysterio, apostolis sanctis dicens : Accipite, et manducate ex eo, quia Hoc est corpus meum, quod pro vobis frangitur et datur, ad veniam CR Cr iT res E enr S a Bip iUm ceni tert ir Le Mc riore aum. aes emen mtm TE D E Ba gener Verdi Le 67. Liturgie syria que de Dioscore d'Alexandrie : Accepit panem vitæ in manus suas puras et immaculatas, benedictione benedixit, et sanctificavit eum, fregit et tradidit societati apostolicæ aicens : Accipite, manducate : Vere hoc est corpus meum, quod pro mundi vita frangitur eL dividitur, in remissionem peccatorum, illud susciptientibus. Populus. Amen, Sacerdos. Similiter et super calicem vitæ, postquam illum vino et aqua temperate miscuit, et sanctitate sua consecravit, perfecit que, et tradidit apostolis sanctis : dixit : Accipite, bibite ex eo vos omnes : Vere enim hic est sanguis meus qui pro mundi vita effunditur, et dividitur, in remissionem peccatorum, et vitam eternam.

Populus. Amen. Sacerdos. Hanc salutarem institutionem suscipientes, panem eL vinum statuimus, et imponimus super altare hoc, juxta preceptum ejus vivificum, ut memoriam agamus secundum oraculum hoc divinum quod zit : quoties mysteriis istis sanctis communicabitis, memoriam mei facietis, et passionem, suos ad te Deum Patrem gratias egit, benedixit, sanc- tificavit, fregit, et dedit ordini apostolorum sanctorum, et dixit. Hoc est corpus meum quod pro vobis et pro multis frangitur, et dividitur, in remissionem peccatorum, et vitam æternam. Populus, Amen.

Sacerdos. Similiter et calicem vino et aqua miscuit, 145


MESSE. -—- XXXVI.

tur et datur ad vitam :eternam. Populus. Amen. | remissionem peccatorum et vitam æternam. Populus. bus in me credentibus, ad propitiationem delictorum, remissionem peccatorum et vitam :eternam. Populus.

Amen. Sacerdos. Et postquam cœnavissent, accepit calicem mistum vino et aqua in manus suas puras, et gratias agens, benedixit, sanctificavit, et dedit discipulis suis, dixit que ad eos : Hic est sanguis meus Testamenti novi, accipite, bibite ex eo vos omnes : abs que dubio enim ille effunditur pro mundi vita erit que vobis et omnibus, qui in me credituri sunt, ad propitiatiomem delictorum, remissionem peccatorum, et vitam æternam. Populus. Amen. Sacerdos. Quotiescum que « 72. Liturgie syria que de Matthieu Paslor : Panem fermentatum, in quo mysterium vitæ tegebatur, accepit, et oculis intentis aspiciens ad te Pater, gratias egit, benedixit, sanctificavit, fregit, porrexit que discumbentibus in ccena suadicens : Accipite, vescimini ex eo. Hoc Tan iac E fies, To tres Duet aao cow rre rur com us mp nr tmu RES 2 or LS m lim meu 747


MESSE. — XXXVI.

82. Liturgie syria que de Jean l'Acémélte : Accepit panem super manus suas sanctas et immaculatas, aspexit que ad te, Deus Pater, et gratias agens, benedixit, sanctificavit, fregit, dedit que discipulis suis, et mysterio suo initiandis, dicens : Accipite, manducate | ex eo : Hoc est corpus meum, quod pro vobis et pro. multis frangitur, et datur ad expiationem delictorum, remissionem peccatorum et vitam æternam. Populus. Amen. Sacerdos, Ita etiam et calicem quem miscuerat ex vino et aqua, gratias agens, benedixit, sanctificavit, — dedit que discipulis suis sanctis, et dixit : Hie est san- guis meus : accipite et bibite ex eo vos omnes : hic effunditur pro mundi vita, ad expiationem delictorum, remissionem peccatorum, et vitam :eternam.

Populus. Amen. Sacerdos. Et quando ministerium hoc 1 mysticum, secundum doctrinam meam perficietis, ad salutem vitæ vestræ, panem que hunc manducabitis et — et dixit : accipite, edite ex eo. Hoc est corpus meum | 22 y USO NRPRRA TC INR Lm na


TE

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ribus suis ; gratias agens, benedixit, sanctificavit, et fregit illum, divisit que illum in partes, et dedit eum - duodecim suis sociis, et dixit : Accipite, manducate : — Hsec est caro mea quie vobis, et pro multis vestri simi- - libus frangitur, sanctificatur, et datur, ad abolitionem criminum, et vitam zternam. Populus. Amen. Sacer- - dos. Similiter vultu sursum elevato, significans voluntatem unicam suam, Patris sui et Spiritus sui sancti, velut ad confirmandam veritatem mortis voluntariz | pro salute imaginis suæ, quæ in corruptione jacebat, etiam calicem vitz, quem miscuerat vino ex uva, et aqua naturali secundum mensuram, accepit, post- quam epulati essent ex sacramentis, et gratias egit, benedixit, sanctificavit, et similiter eisdem familiari- bus suis porrexit, et dixit : Accipite et bibite singuli ex manu alterius : quia hic est sanguis meus vivus, qui effunditur pro humano genere in me credente, ad abo- - litionem insipientiarum et vitam æternam. Populus. Amen. Sacerdos. Cum que hzc in persona sua ipse eomplevisset, injunxit illis, percipiendo que dixit : quotiescum que concor des inter vos, per hæc simul I conjungemini, mortis mez voluntarie memoriam agite. resurrectionis meze salutaris commemorationem facite, et adventum meum us que ad resurrectionem expecjn sanctas, incontaminatas, puras, et illibatas manus - suas, gratias egit, benedixit, sanctificavit, fregit et. dedit discipulis suis et apostolis suis sanctis, dicens : Accipite, comedite de ipso : Hoc est corpus meum, quod pro vobis et pro multis frangitur et dividitur in expiation em culparum remissionem que peccatorum ac in vitam sempiternam. Populus. Amen. Sacerdos. _ Similiter autem et calicem vini nati et vite, et post- - quam cœnaverunt, accepit, miscuit que aquis, gratias egit, benedixit, sanctificavit, ac gustavit, et divisit immaculatas accepisset, tibi que, Deus pater, confesMESSE ROMAINE 150 tias agens ++ benedixit XT sanctificavit »T« fregit et distribuens discipulis suis Apostolis, dixit : Accipite manducate ex eo, hoc enim est corpus meum, quod pro Vobis et pro multis frangitur, et traditur in remissionem peccatorum et in Vitam s :eculi sæculorum, Populus. Amen. Sacerdos. Similiter autem et super calicem gratias egit, postquam ipso, ac Discipuli ejus mystica mensa fruiti sunt et de genimine vitis, et aqua temperate miscens eum #4 benedixit % et sanctificavit H tradidit eisdem discipulis suis Apos !olis dicens. Aceipite, bibite ex eo omnes. Hic est sanguis meus Novi Testamenti, qui pro vobis et pro multis effunditur, et traditur in remissionem peccatorum et in vitam seculi seculorum. Populus. Amen. Sacerdos. Vos autem, sic commemorationem mortis meæ facietis, ut cum de pane hoc comederetis et de calice isto biberilis, meam memoriam facietis eL mortem meam annuncietis donec veniam. (Assemani, Cod. lit. Eccl. univ., Missale Alexandrinum, p. 188.) 89. Liturgie syria que de Thomas d'Héraclée * : Accepit panem et vinum, benedixit, sanctificavit, fregit, dedit que Apostolis suis dicens Accipite, utimini et ita facite. Et cum hoc acceperitis, credite et certi estote, quod corpus meum editis et sanguinem bibitis in memoriam mortis meæ facientes, donec veniam. pour but de trancher une controverse théologi que et de prouver que la consécration du pain s'opérait immédiatement par la formule Hoc est corpus meum, contrairement à l'opinion qui reculait son effet jusqu'aprés la consécration du calice ; aussi n'y eut-il longtemps qu'une élévation, celle du corps sacré ; l'élévation du calice ne vint que plus tard, et, si l'on peut dire, par ésprit de symétrie ?. » Se me go eV de v ms ut Em ne ic oer PE rto PR, 751 méme et n'accuse pas de dépendance grammaticale à l'égard du paragraphe précédent ; toutefois, cette objection s'évanouit dés qu'on prend la peine de confronter les textes et les idées qu'ils expriment, Or, l'idée du mémorial développée dans Unde ef memores... l'objet du second Supra quiz propitio, c'est-à-dire la sollicitation d'un regard propice garantissant l'acceptation du sacrifice, sont, tout aussi bien que le per manus sancii Angeli du troisième paragraphe (Suppli ces), à peu près le fonds constant des épicléses mozarabes et gallicanes.

On pourrait montrer encore comment, dans le De sacramentis, nous trouvons l'épiclése romaine à l'état archai que avec les trois paragraphes fondus en un seul. Cette fusion est si étroite que l'idée maîtresse du troisiéme paragraphe — celui précisément qui pour-


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rait sembler, dant l'état actuel, indépendant des deux | autres — y est enveloppée par anticipation dans la partie du texte archaï que continu correspondant à notre deuxiéme paragraphe.

1. Ergo memores. A). Unde el memores L'épiclése romaine est donc bien continue dans tous les sens : elle est continue en elle-méme, dans ses trois paragraphes, elle l'est par rapport au Qui pridie auquel | son Unde memores la rattache. On en apporterait maintes preuves tirées des épiclèses gallicanes dont les

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| plentes igitur... suit pas que la question soit tranchée. Dans le missel | MESSE ROMAINE 752 débuts sont de méme grammaticalement subordonnés au Qui pridie, par exemple : Recolentes igilur... Respice igitur... Hoc ergo facimus... Hæc igitur precepta ; dans les épicléses mozarabes : Agentes ita que... ComFamuli ergo... On peut considérer la preuve comme acquise. Par son début : Unde ef memores..., l'épiclése est bien engagée.

La formule Supra quie propitio... n'a pas la précision — des formu les grecques qui sollicitent l'intervention du Saint-Esprit pour opérer la transsubstantiation, mais | elle occupe exactement la méme place et elle est de méme une prière adressée à Dieu pour intervenir dans … E le mystère. Nous avons dit, à propos du De sacramentis, quel les discussions avait provoqué la mention du. saint ange chargé de présenter l'oblation devant la - majesté divine. T'andis que, dans les formu les grecques, | c'est le Saint-Esprit qui descend vers l'oblation, ici. c'est l'oblation qui est emportée pour lui être présen- — tée. Dans un cas comme dans l'autre, c'est aprés son rapprochement ; sa communicalion avec la vertu. »d divine qu'on parle de l'oblation comme le corps et le sang du Christ. T4 24. Le Memento des défunts. — Ce Memento eliam | Domine ne se lit pas dans le canon du sacramentaire | grégorien pas plus que dans le sacramentaire gélasien - et on signale un fait semblable dans une série de | manuscrits qui s'espacent entre le vir et le xr siècle. | Même au Ix ? siècle, Amalaire n'en dit rien. Il ne s'en-


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de Bobbio (vir ? siècle}, nous rencontrons, dés le début, une messe pour tous les temps, messe de type. gal- - lican, dotée d'un canon romain, lequel contient | notre Memento des défunts '. Dans le sacramentaire | 4 d'Auxerre (également du VIe), on lit un Post — Le sacramentaire grégorien nous fait lire cette rubri que dans une messe Super episcopum defunclum* : Super diplicia : Memento etiam, Domine, famulorum tuorum illorum qui nos precesserunt et dormiunt in somno pacis. Post lectionem : Islis et omnibus, Domine, in Chrislo qui escenlibus locum refrigerii lucis et pacis indulgenliam deprecamur.

« Le Hæc omnia pour désigner le corps et le sang du Christ crée aussi une difficulté que l'on a résolue de diverses façons. Si l'on accepte la variante du sacramentaire d'Autun : per quem omnia creas (suppression de luec), la difficulté disparait. On ne voit pas pour quoi | non plus il ne désignerait pas les autres dons offerts par | les fidèles pour être bénis à la messe. Les signes de croix multipliés dans cette doxologie, comme ceux de | l'anamnèse et du Suppli ces, ont aussi soulevé des objections. Il va de soi qu'ils ne représentent pas ici une bénédiction du prêtre sur le corps et le sang du Christ. Ces gestes sont simplement figuratifs, comme ceux du récit de l'institution ; sans tomber dans les exagérations de dom Claude de Vert, on peut admettre que, dans bien des cas, en liturgie, c'est la formule qui a suggéré un geste ; dans tous ces cas, ils ont pour but de souligner et de rappeler le mystère de la Trinité et de la Rédemption unis dans le signe de la croix. Cette doxologie, avec ces signes de croix multipliés, avec l'élévation du corps et du sang du Christ, qui fut longtemps la seule élévation , enfin, avec ces termes empruntés à saint Paul, est la plus solennelle de toutes les doxologies ; elle l'emporte par sa majesté et sa sublimité sur toutes celles que nous connaissons et conclut dignement le canon romain. 5a présence à cette place est conforme à la tradition la plus ancienne, que l'on peut considérer comme apostolique : Tout honneur et toute gloire à Dieu tout-puissant, dans l'unité du Saint-Esprit, par le Fils et avec le Fils et dans le Fils, dans les siècles des siècles ?. » L'assistance s'associe par le eri d'Amen. C'est la seule intervention du peuple dans la prière du canon, et ceci nous transporte aux temps primitifs, au tit siècle, lors que, au témoignage de saint Justin « tout le peuple présent » répondait aussi Amen .

Orationem vero dominicam idcirco mox post precem (la prière eucharistique par excellence, ici le canon terminé, nous l'avons dit, après l' Amen de la doxologie finale) dicimus quia mos apostolorum fuit ut ad ipsam solummodo orationem (,) oblationis hostiam consecrarent.

Et valde mihi inconveniens visum est ul precem quain FEGISOE& i.a cap* | i 1 t n i ] | 1 (A i k J :

195 scholasticus composuerat (,) super oblationem diceremus (,)} et ipsam traditionem quam Redemptor noster composuit (,) super ejus corpus el sanguinem non diceremus.

Sed el dominica oratio apud Græcos ab omni populo dicilur apud nos vero a solo sacerdote, * Ainsi nous écartons le sens donné d'ordinaire à ce texte, bien qu'il ait été accepté par la plupart des lecteurs de Grégoire, à savoir que, suivant ce pape, les apôtres auraient célébré l'eucharistie avec la seule prière du Pater, auquel l'Église romaine aurait substitué une formule quelconque, œuvre d'un lettré anonyme, L'interprétation suggérée par les virgules et la disposition du texte que nous avons donnée parait plus naturelle et s'adapter mieux aux faits connus.

« Saint Grégoire pense que la formule romaine n'est pas celle des apôtres, ce qui est certain, mais qu'elle a pour auteur un écrivain inconnu, ce qui est également certain. I] pense encore que les apôtres consacraient (évidemment après avoir suivi et reproduit les paroles de l'institution) en récitant la seule prière du Pater. Sur ce point, saint Grégoire est en pleine hypothèse, car il ne savait pas, plus que nous, ce que fut en réalité l'usage des apôtres et quelles formules ils employèrent. saint Grégoire ne veut pas dire non plus que c'est lui qui introduisit dans la messe romaine le Pater qui en était absent. Nous l'avons dit, avec les rares exceptions indiquées, toutes les liturgies d'Orient et d'Occident, et plusieurs, dès le 1v* siècle, récitent le Pater à la messe. C'était le cas spécialement pour la liturgie d'Afrique, si conforme, dans la plupart des points, à la liturgie romaine, et saint Augustin qui, justement, nous parle de cette pratique, n'eût pas manqué de nous signaler ce grave écart. On peut même croire que c'est de Rome que les liturgies latines empruntèrent cette coutume. La remarque de saint Grégoire porte sur le moment où l'on récitait le Pater. Et ici certaines divergences se produisaient, les uns le récitant avant la fraction, les autres après : pour les uns, le Pater se rattache à la communion, pour les autres, à la prière de consécration. Mêmes divergences sur le mode de récitation, ici, par le prêtre, là, par les fidèles, ailleurs, par une sorte de dialogue, modo responsorio, Saint Grégoire a préféré, comme il l'avait vu faire à Constantinople, que le Pater fût rattaché au canon, super ejus (redemptoris) corpus el sanguinem diceremus. Et ceci s'éclaire par l'étude du cérémonial romain de cette époque. Après la prière du canon, le pontife commençait la fraction, puis il se rendait à son siège dans l'abside, tandis que les ministres à l'autel achevaient de partager les pains consacrés, et de les confier aux acolytes pour la distribution de la communion : le calice était confié à un sous-diacre. Tout ceci demandait un certain temps, et le Pater n'était récité qu'après. La réforme de saint Grégoire a consisté à transporter le Pater avant la fraction, et donc à le réciter à l'autel, comme un complément du canon, sur le corps et le sang du Sauveur, et ceci est parfaitement conforme à notre texte. Naturellement, aujourd'hui, avec les rites actuels et sans nous éclairer de l'ancienne liturgie, nous ne comprendrions pas la portée de ce changement qui ne se justifierait guère. En tous cas, la réforme de saint Grégoire nous fait mieux apprécier encore l'importance du Pater à ce moment de la messe. Le protocole liturgique, qui précède le Pater, et l'embolisme qui le suit concourent à fortifier cette impression et à nous faire considérer le Pater comme un des éléments principaux de la messe.


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régionaire debout derrière l'archidiacre. Au moment où le pape prononce les paroles et ab omni perturbalione securi, l'archidiacre se retourne, prend la patène qu'il baise, et là donne à tenir au second diacre qui est à la gauche du pontife. Cet échange de la patène s'explique grâce à l'Órdo romanus I« qui nous apprend que, tout de suite, au Par Domini sit semper vobiscum — et sans qu'il ait été encore question de rompre les oblalæ — le pape fait de la main trois fois le signe de croix sur le calice et dépose dans le calice les Sancta, c'est-à-dire les espèces eucharistiques réservées d'une messe antérieure qui furent présentées au pape dès son entrée dans la basilique. Nous lisons dans l'Órdo Is „faciens crucem III vicibus manu sua super calicem (pontifex) mittit Sancta in eum... L'Ordo II »5 ne fait pas mention des signes de croix, il se borne à dire que :..Inillil in calicem de Sancta subiungens : Fiat commislio el consecralio corporis el sanguinis... Le même Ordo dit que lofliciant mittit in calicem de sancta oblata, pour lui Sancta n'a plus que la valeur d'une épithète pieuse.

A ce propos, Mabillon rapproche ce que dit l'Ordo Ze des rites observés à Rome, quand la messe est célébrée par un évêque, au lieu d'être célébrée par le pape : Quando dici debet : Pax Domini sit semper vobiscum, deportatur a subdiacono oblationario particula fermenti quod ab apostolico consecratum est, ét datur archidia- cono, ille vero porrigit episcopo. At ille consignando tribus vicibus el dicendo : Pax Domini sit semper vobiscum, mittit in calicem.

Par quel motif ou par quelle raison, la commixtion de la parcelle de la veille se rattache-t-elle à la formule : Pax Domini sit semper vobiscum, qui est essentiellement la formule du baiser de paix ? En conséquence, dès que le pape a dit ces mots : Pax Domini..., l'archidiacre donne le baiser au premier des évêques assistants, celui-ci la transmet au suivant, et elle passe ainsi des uns aux autres jusqu'aux simples fidèles. Il faut remarquer ici que le pape s'est contenté de prononcer la formule : Paz..., il n'a pas baisé l'archidiacre.

Aujourd'hui, le prêtre, lorsqu'il prononce les derniers mots de l'embolisme du Pater, divise l'hostie en deux parties. Il pose celle qu'il tient de la main droite sur la patène ; de la partie qu'il tient avec les doigts de la main gauche, il détache un fragment, et dépose le reste sur la patène ; et, tenant toujours ce fragment de la main droite, il fait trois signes de croix sur le calice, Les formules prononcées ne répondent plus ici à l'action, comme on aurait pu l'attendre. En rompant l'hostie avec les cérémonies que nous avons dites, il prononce la doxologie finale de l'embolisme du Pater ; avec les trois derniers signes de croix, sur le calice, il dit la formule : Par Domini sit semper vobiscum. Mais l'accord entre gestes et paroles se retrouve quand, laissant tomber dans le calice, qui contient le précieux sang, le fragment détaché de la deuxième partie de l'hostie, il dit : Hæc commixtio et consecratio corporis el sanguinis D. N. J. C. fial accipientibus nobis in pilam æternam. Tout ce rite de la fraction pourrait sembler, au premier aspect, manquer de suite et de logique, mais il s'éclaire, comme le reste, à la lumière du passé.

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D'après l'Ordo de Saint-Amand, ce rite s'explique parce qu'on va enlever tous les pains destinés à la communion et que l'autel doit néanmoins conserver la présence réelle pendant toute la durée de la messe : dum missarum solemnia peraguntur, altare sine sacrificio non sit. Peut-être aussi cette pré-fraction est-elle destinée à fournir les Sancta qui serviront à la messe du lendemain.

28. La fraction. — Lors que le pape est retourné à sa cathedra, l'archidiacre ne s'est pas éloigné de l'autel. Là, il commence par soulever le calice, dans lequel se trouve le vin consacré : ce calice, confié à un sous-diacre régionaire, est posé à l'extrémité droite de l'autel. A ce moment, à droite et à gauche de l'autel, des acolytes apportent des sacs de lin (saccula) que les sous-diacres ouvrent devant l'archidiacre qui y dépose les oblalæ consacrées qui sont sur l'autel. Les acolytes distribuent ces sacs entre les évêques et les prêtres qui auront à rompre les pains qui y sont contenus. Pour le pape, il ne rompt pas de pain, mais la patène sur laquelle se trouvent l'oblata et la demioblata est apportée devant le pape par deux sous-diacres, et ce sont les diacres qui rompent le pain au lieu et place du pontife. Tout est prêt pour la fraction, tous les regards sont tournés vers le pape, et, à son signe, on rompt tous les pains.

Pendant la distribution des saecula et la fraction des oblatz, la scola, sur un signe de l'archidiacre, commence et poursuit le chant de l'Agnus Dei. Ce chant, à Rome, est une création du pape Sergius (687-701), qui le prescrivit pendant « la confraction du corps du Seigneur ». Au commencement du xin ? siècle, sous le pontificat d'Innocent IIT, au Latran et dans un grand nombre d'églises, on chantait trois fois Agnus Dei qui tollis peccata mundi miserere nobis et la troisième fois on ne disait pas le Dona nobis pacem qui est usité ailleurs pour conjurer les « adversités et les terreurs de l'Église ». « De nos jours, on rencontre ici trois prières qui ne sont pas, à cette place du moins, d'une époque très ancienne. C'étaient des prières de dévotion privée, préparation à la communion, dont le texte variait suivant les pays : dans les missels anciens, on en trouve des types assez nombreux. La première, dans notre missel, paraphrase le Par Domini, et rappelle la prière du canon sur l'Église (quam) pacificare el coadunare digneris. Le baiser de paix vient aujourd'hui après cette oraison. La seconde prière est une prière de dévotion privée sur la communion au corps et au sang. La troisième exprime une pensée qui se rencontre dans les plus anciennes liturgies, notamment dans les Constitutions apostoliques ; on remarquera qu'à la différence de la précédente, elle ne fait allusion qu'au corps du Christ reçu dans la communion.

Le pape boit à l'unique calice qui fut consacré par lui sur l'autel, cela fait, l'archidiacre rapporte le calice à l'autel d'où il annonce au peuple fidèle le lieu de la prochaine station, probablement parce que les personnes qui ne communiaient pas avaient l'habitude de s'en aller avant la communion. Pendant ce temps, on procède à la communion du haut clergé ; évéques et prêtres se rendent à la file vers la cathedra, où le pape leur remet dans la main un morceau de pain pris sur la patène. Les communiants se succèdent dans cet ordre : d'abord les évêques, ensuite les prêtres, puis l'archidiacre, puis les deux primiciers et les deux secondiciers. Au fur et à mesure, ils se rendent à l'autel, posent sur la table sainte la main qui contient la parcelle de pain consacré et communient ainsi. Le premier des évêques, après qu'il a communié, prend le calice des mains de l'archidiacre et, se tenant à la corne de l'autel, présente ledit calice à chacun de ceux que le pape a communié sous l'espèce du pain. Quand la communion du haut clergé est achevée, l'archidiacre reprend le calice des mains de l'évêque et vide ce qui reste du précieux sang dans un scyphus que porte un acolyte ; il est probable qu'il y a plusieurs séyphi pour servir à la communion du peuple fidèle, L'Ordo III« dit à ce sujet : Vinum, eliam non consecratum, sed sanguine Domini commislum, sanclificalur per omnem modum. Innocent III, au xiii siècle, fait observer que le vin mélangé au précieux sang ne devient pas précieux sang, mais accidentibus prioris vini commistum corpori quod sub eis lalel undi que circumfunditur.

Le pape descend de la cathedra, soutenu de la main par le primicier des notaires et par le primicier des défenseurs, et il va communier, sous les espèces du pain, les communiants du senaforium, c'est-à-dire les fidèles qui sont aux premiers rangs prés des cancels de la nef. L'archidiacre passe à sa suite, présentant le calice où chacun aspire quelques gouttes au moyen d'un tube (pugillaris). Le pape et l’archidiacre passent ensuite du côté des matrones pour les communier avec le même cérémonial. Les évêques et les diacres se chargent de communier le reste du peuple du côté des hommes, les prêtres ont le côté des femmes.

On n'a rien de fort précis sur le nombre des communiants aux grandes messes. Nous avons vu que, dans l'antiquité, tous ceux qui assistaient à la messe y communiaient ; les choses avaient changé. Au ix siècle, le pape Léon IV pose en règle que les prêtres doivent amener leurs paroissiens à communier quatre fois l'an (Noël, jeudi saint, Pâques et Pentecôte). Mais, dans certaines circonstances exceptionnelles, tous communiaient !.

Pendant que le pape distribue la communion au senatorium, la scola entonne l'antienne pour la communion qu'elle chante en alternant avec les sous-diacres, et qui dure avec le psaume tant que dure la communion. Quand la communion est terminée, sur un signe du pape, les chantres disent Gloria Patri, répètent le verset de l'antienne et s'arrêtent. Comme celui de l'offertoire, ce chant doit remonter au iv siècle environ.

Maintenant le pape a repris sa place à la cathedra, où il communie les clercs régionnaires (sous-diacres et acolytes), puis la scola, et l'archidiacre présente à tous le précieux sang dont ils aspirent quelques gouttes. Alors le pape se lève et, le visage tourné vers l'Orient, prononce l'acclamation Dominus vobiscum, puis il récite l'oraison ad complendum, qui est la postcommunion, la troisième des prières collectives de la messe romaine. Après cela, celui des diacres désigné par l'archidiacre regarde le pontife et, sur un signe de lui, adresse à l'assistance la formule de congé : Ite missa est, on répond : Deo gratias.

Dans les messes de carême, on trouve ici une oraison super populum qui est un vestige du passé et qui se retrouve dans les sacramentaires léonien, gélasien et grégorien ; cette oraison a une allure bien marquée de bénédiction, ce qui a induit à la rapprocher des benedicliones episcopales qu'on rencontre dans la liturgie gallicane et les autres liturgies.

Toute cette partie finale de la messe qui entoure la communion a subi de graves retouches. On y trouve aujourd'hui un ensemble de formules : Panem cœlestem... Domine non sum dignus... Corpus Domini N.J. C... Quid retribuam... Sanguis Domini, qui sont des textes scripturaires arrangés pour les circonstances et qui furent jadis peut-être des antiphonæ ad complendum. L'une d'elles, le Quod ore sumpsimus... est tirée du sacramentaire léonien et d'origine gallicane.

La distribution de la communion aux fidèles est encadrée aujourd'hui par le Confiteor... Indulgentiam... Ecce Agnus Dei... Domine non sum dignus... Ce petit rituel ne paraît pas antérieur au xii siècle : il a peut-être constitué, vers ce temps-là, le rituel de la communion distribuée en dehors de la messe.

Le retour au secretarium. — Le cortège se forme pour faire escorte au pape du sanctuaire au secretarium. En tête, sept acolytes, portant sept chandeliers, et le sous-diacre, portant l'encensoir. Le pape descend les marches de sa cathedra, accompagné par les diacres, tandis que prêtres et évêques demeurent à leurs places dans le presbyterium et disent : Jube, domne, benedicere. Le pape répond par ces mots : Benedicat nos Dominus. Les évêques répondent Amen. Après les évêques, c'est au tour des prêtres à adresser la même demande et à recevoir la même réponse.

L'Ordo romanus I » nous dit que le pape est successivement salué de cette façon par les moines, par la scola, par les milites draconarii, id est qui signa portant (les porte-enseignes), les acolytes qui gardent la coupée des cancels, les porte-croix (des régions), les mansionarii juvenes (de la basilique).

Quand la tête du cortège arrive à l'entrée du secretarium, elle s'arrête pour y laisser pénétrer le pape qui s'y dépouille des vêtements sacrés que reçoivent les sous-diacres, qui les transmettent aux cubieularii. Pendant ce temps, les diacres, aidés des acolytes, quittent leurs vêtements liturgiques en dehors du secretarium.

L'Ordo de Saint-Amand nous apprend qu'à ce moment le mansionarius prior de l'église, où la station vient d'être célébrée, se présente devant le pape et lui offre des petits pains (pastillos) sur un plateau d'argent. Alors surviennent les diacres, le primicier et le secondicier, le vidame et les sous-diacres, tous affamés par cette interminable cérémonie, et qui reçoivent les petits pains que leur distribue le pape. L'Ordo ajoute : Deinde miscilur pontifici et celeros suprascripios ; on verse à boire. C'est le petit déjeuner.

Mais ce n'est qu'un acompte, car la solennité est suivie de deux repas : l'un offert par le pape, l'autre par le vidame. C'est au moment de l'Agnus Dei que le pape a donné les noms de ses convives et le nomenclator a transmis les invitations à ceux qui sont désignés pour s'asseoir ad mensam pontificis, tandis que le nolarius du vidame se charge d'avertir ceux qui sont choisis pour la mensa vicedomini.

L'Ordo romanus I« et l'Ordo de Saint-Amand paraissent attacher à ces opérations une importance au moins égale à celle qui entoure les rites sacrés ; l'Ordo II », témoin de la liturgie en pays carolingien, n'en fait pas mention. En somme, au vii siècle, la messe papale ne diffère pas d'une messe épiscopale. L'Ordo romanus I« dit que, si la messe stationale est célébrée par un prêtre, celui-ci n'a pas le droit de dire le Gloria in excelsis, sinon le jour de Pâques, mais, pour tout le reste, il célèbre la messe là où la célèbre un évêque ou le pape lui-même. Les cérémonies sont simplifiées, mais le rite est identique, et c'est ainsi que les rubriques de la messe basse s'expliquent par celles de la grande messe et celles-ci par l'usage de l'Ordo romain du vii siècle.

À diverses reprises, nous avons eu l'occasion de signaler la part importante qui appartient à saint Grégoire le Grand (590-604) dans la rédaction définitive des livres liturgiques. Ici, nous n'avons à parler que du formulaire spécial au sacrifice eucharistique : le sacramentaire, d'où procède le missel romain. Jean Diacre, Diographe de ce grand pape, nous apprend que Grégoire fit subir des modifications au sacramentaire de Gélase, t qu'il « réunit en un seul livre, élaguant beaucoup et changeant peu ! ». En outre, le Liber pontificalis nous a instruits de trois changements dont ce pape est l'auteur : l'usage du Kyrie eleison, l'addition au Hane igilur, le déplacement du Pater. A partir de ce moment le canon de la messe demeure immuable ; aucun des successeurs de Grégoire ne se croit autorisé à lui infliger un remaniement quelconque.

Le sacramentaire gélasien et le sacramentaire grégorien sont des livres d'origine romaine enrichis d'additions gallicanes ; mais l'armature du canon est demeurée presque indemne et nous représente la messe romaine à peu près intacte. Les infiltrations d'éléments non romains, l'évolution des rites dérivés ont respecté l'antique disposition, en sorte qu'on peut soutenir que le canon est dans son texte et dans son ordonnance tel qu'il était en 604.

Il existe du texte deux versions représentées par les plus anciens manuscrits du sacramentaire gélasien et livres connexes ; de leur rapprochement il ressort que le texte le plus ancien et le plus pur est représenté — L'armature pré-grégorienne de la messe se compose donc de l'introit, la collecte, l'épître, le graduel avec le trait ou l’alleluia, l'évangile, l'offertoire chanté, la secrète, la préface, le Sanctus, le canon, le Pater avec sa préface et son embolisme, le baiser de paix, la communion avec son chant, la postcommunion et l'Ite missa est. Tout ceci est parcouru sans hâte et les heures s'écoulent en allées et venues, en pauses, en silences et en mélodies. Saint Césaire d'Arles nous dit que la messe chantée demande quatre heures d'horloge et saint Grégoire dit incidemment qu'elle dure trois heures. On n'en est pas surpris quand on suit, pas à pas, comme nous l'avons fait, la description de l'Ordo romanus I » (vers 770) qui, depuis le temps de saint Grégoire, s'est alourdi de quelques additions.

De nos jours, le rite romain a provoqué des admirations plus bruyantes que sincères, peut-être ? Tout ce qui s'y trouve et tout ce qui ne s'y trouve pas est devenu matière à pamoison, on y a découvert du « génie », on s'est extasié à propos de gestes et de formules sous lesquels on entrevoyait des profondeurs insondables, un symbolisme fuligineux, une pompe troublante et toutes sortes d'autres mérites étincelants dont il faut laisser l'énumération à ceux qui font métier de les découvrir. Lorsqu'on y regarde de plus près, on est obligé de reconnaître que tout n'est pas exclusivement romain qui en porte le nom. Le sacramentaire gélasien (voir ce nom) nous offre l'exemple d'un livre liturgique romain adapté à l'usage de la Gaule et influencé par le type gallican. Ce n'est pas le seul qui soit dans ce cas. Le missel de Bobbio, le Missale gothicum et le Missale gallicanum etus marquent, vers le VIe, diverses étapes de ce type mixte. L'Église de Rome avait ses livres qu'elle proposait et imposait dans la mesure du possible. En 754, lors que le pape Étienne II vint en France, il sut amener le roi Pépin le Bref à adopter le rite et le chant romains. Charlemagne accepta et développa ce qui avait été commencé, il pria le pape Hadrien Ier (772-795) de lui faire remettre un sacramentaire romain, et, vers 788, il reçut un sacramentaire grégorien tel qu'il était en usage à Rome. On y trouvait les messes pour des fêtes que l'on sait avoir été introduites à Rome après le pontificat de saint Grégoire, y compris la fête de ce pape ! Charlemagne imposa ce livre et tint la main à ce qu'on lui obéît. En 802, le concile d'Aix-la-Chapelle, tenu en présence de l'empereur, prescrit que tous les prêtres seront interrogés pour s'assurer qu'ils connaissent l'Ordo romanus ? Mais quantité de fêtes, de prières, de bénédictions et autres détails de l'ancien rite gallican étaient trop étroitement ancrés dans la foi de nos ancêtres pour qu'il fût possible de les en extirper. Le sacramentaire grégorien, envoyé par le pape Hadrien, fut copié et répandu dans l'empire franc, mais enrichi d'un supplément qui faisait la part du passé de la Gaule chrétienne. Le premier supplément fut l'ouvrage d'Alcuin qui le fit précéder d'une præfatiuncula. Huc usque praecedens sacramentorum libellus a B. papa Gregorio conscriptus esse editus... Or, le supplément contient des messes pour chaque dimanche, pour les fêtes non romaines, des messes votives pour chaque jour de la semaine, les rites pour la collation des ordres mineurs, etc. D'abord tout le monde était obligé de suivre la partie romaine, sauf à faire des choix dans le supplément , On eut ainsi pour ce livre cinq états successifs ^ : 1° le sacramentaire grégorien pur, dont on ne connaît aucun exemplaire ; 2° le missel grégorien, contenant des messes pour les dimanches après la Pentecôte ; 3° le sacramentaire d'Hadrien avec supplément d'Alcuin ; 4° le même avec d'autres suppléments ; 5° le même, avec les suppléments partiellement fondus dans le livre romain ; 6° le même, avec les suppléments intégralement répartis dans le corps du livre. Le codex Offobonianus 313, de la première partie du IXe et le codex Heginensis 337, antérieur à 867, représentent les catégories 3° et 4° et ont servi à l'édition de Muratori ^. Ainsi la mainmise du pape Étienne II n'avait atteint son but qu'en partie. Il est bien vrai, comme le dit Amalaire de Metz, qu'en 820 tout le monde, en Gaule, connaissait le sacramentaire envoyé par Hadrien Ier , mais avec le correctif qu'apporte Walafrid Strabon, qui parle du rite romain, partout en usage, et avec des additions gallicanes faciles à reconnaître .

La mission de saint Boniface († 754) en Germanie y implanta la messe romaine, mais le paganisme y avait régné jusqu'alors et il ne pouvait être question d'y conserver des souvenirs locaux. D'ailleurs, sans qu'il fût nécessaire de le stimuler *, l'archevêque Boniface était tout disposé à imposer l'usage romain jusque dans ses moindres détails.

En Angleterre, saint Augustin était venu, en 597, muni des plus larges pouvoirs ; le pape Grégoire Ier l'avait autorisé à choisir les éléments romains ou gallicans à son gré ! ; néanmoins, la part prépondérante fut faite au romanisme. Le concile de Whitby ^, en 664, saint Aldhelm * († 709) et le concile de Cloveshoe #4, en 747, introduisirent l'usage de la liturgie romaine dans toute l'Église anglo-saxonne. Les provinces du Nord conservèrent leurs usages locaux jusqu'à vers la fin du VIIIe. On voit alors l'abbé Alcuin écrire à l'archevêque Eanbald d'York, pour le presser d'adopter le rite romain. Les restes de l'Église bretonne l'adoptèrent aussi vers la fin du VIIIe. Mais, en Angleterre comme en France, on resta fidèle à ces usages non romains qui persistèrent pendant de longs siècles.

En Écosse et en Irlande, le rite celtique se maintint jusqu'à vers les XIe et XIIes. L'évêque d'Armagh, Malachie (1134-1145) et le concile de Cashel, en 1172, insistent pour l'adoption des usages romains.

En Espagne, nous voyons, en 538, l'évêque de Braga, Profuturus, écrire au pape Vigile et lui demander certains renseignements liturgiques. Le pape ajoute à sa réponse un exemple de la messe romaine pour le jour de Pâques. Profuturus et ses collègues adoptèrent ce type liturgique qu'ils complétèrent, pour les autres jours, d'après leurs livres espagnols. On eut ainsi un rite mixte qui se répandit dans diverses provinces de l'Espagne. Toutefois, en 561, un concile de Braga ordonna de s'en tenir au rite romain ; mais cela ne dura guère car, en 588, les Wisigoths ayant étendu leur domination sur l'Espagne entière, on vit les conciles prescrire l'uniformité liturgique du pur rite espagnol (gallican) et la suppression des éléments romains. Au XIe, Alexandre II (1061-1073) et Grégoire VII (1073-1085) réussirent à provoquer un retour du rite romain, que le concile de Burgos, en 1085, imposa à toute la péninsule, sauf à Tolède, où l'opposition fut si vive que le roi Alphonse VI sollicita une exception pour ce diocèse. Cependant, au XIIe, le rite romain parvint à envahir même Tolède et le domaine de l'antique liturgie espagnole se trouva réduit à une seule chapelle. Le cardinal Ximenés obtint du pape Jules II (1503-1513) que ce rite mozarabe fût autorisé dans six églises paroissiales de Tolède et une chapelle à Salamanque, où il est encore observé. Il est, jusqu'à un certain point, romanisé, c'est ainsi qu'on y a introduit la forme romaine des paroles de l'institution.

A Milan, Charlemagne avait voulu introduire le rite romain, sa tentative échoua et celles qui furent faites ensuite n'eurent pas meilleur succès. En 1440, le peuple de Milan fit éclater une émeute parce que le cardinal Branda di Castiglione, légat pontifical, avait célébré la messe suivant le rite romain. En 1495, Alexandre VI approuva formellement le rite milanais qui est encore pratiqué de nos jours dans le diocèse de Milan et certaines paroisses de diocèses voisins ; mais ce rite a été fortement romanisé. « On n'avoue pas volontiers [à Milan |, disait Duchesne, que le rite ambrosien a subi tant de retouches romaines qu'il est maintenant très loin de ses formes primitives. J'ai bien peur d'avoir offensé en le présentant comme une combinaison, assez hybride, de romain et de gallican. On voudrait que non seulement il fût relativement pur, mais qu'en lui se fût conservé l'ancien rite latin dont le romain ne serait qu'une déformation. Ce sont là des choses que je ne saurais accepter !. » XXX VIII La REVANCHE GALLICANE. — Nous avons montré déjà (voir Dictionn., t. IX, à LITURGIES NÉOGALLICANES) le curieux phénomène de choc en retour qui se produisit dans la liturgie. Le rite romain s'était efforcé de supplanter ses rivaux, de les abolir, de les faire disparaître et ceux-ci s'obstinaient non seulement à vivre, mais à s'infiltrer dans leurs particularités les plus expressives jusqu'au sein du rite romain. Mieux encore, ce n'était pas seulement en Gaule qu'ils obligeaient ce rite à composer avec eux, c'était à Rome, à la source même, où ils se glissaient et se faisaient naturaliser ; en sorte qu'au XVIe l'usage de Rome qui fut imposé à l'Occident n'était plus le pur romain, mais un compromis entre les livres romains et les gallicans, si bien qu'il faudrait l'appeler rigoureusement gallicano-romain, si l'on voulait tenir compte des matériaux entrés dans sa composition. Dom S. Bäumer (voir ce nom) représente les éléments étrangers comme des additions faites au sacramentaire grégorien dans le royaume franc, d'abord en appendices, puis incorporées au livre lui-même. Sous l'influence des empereurs carolingiens (500-911), ce livre modifié revint à Rome, où il remplaça le pur sacramentaire romain ; il se pourrait que le Missale romanum lateranense, du XIe, publié par Azevedo, à Rome, en 1752, marque le terme de ce développement.

Tout n'est cependant pas « gallican », au sens géographique de ce terme, dans les enrichissements apportés au rite romain. Il s'en trouve qui viennent des Alpes du Nord, d'autres de l'Orient. Ainsi le Credo et les prières de l'offertoire sont choses gallicanes pour avoir commencé en Gaule, mais n'appartenaient pas à l'ancien rite gallican. Le pur rite romain était froid et sec, rien n'y était admis qu'au point de vue de l'utilité. Les formules étaient brèves et tranchantes comme des théorèmes ; au lieu de cela, le style gallican et les liturgies orientales répandaient à profusion les magnificences de la poésie et du symbolisme non seulement dans les formules, mais dans les rites pompeux des processions, des bénédictions et, par-dessus tout, dans les cérémonies de la semaine sainte, évocation toujours vivante des souvenirs de Jérusalem.

Dans la messe quotidienne, les prières du bas de l'autel sont la cristallisation des prières préparatoires privées, en usage au Moyen Âge ; le Gloria in excelsis a été introduit progressivement : il est probablement gallican ; le Credo n'a pénétré à Rome qu'en dernier lieu, au XIe.

Le vieux rite romain, très antique et infiniment respectable, n'a donc rien perdu, et il a gagné beaucoup à 764 Gaule ou d'ailleurs qui ont répandu sur sa terre vigueur les fleurs qui ajoutent à sa beauté,

**XXXIX. LA MESSE BASSE. — Vers le haut Moyen Âge, la messe est entourée d'un respect que, seule, la prétendue réforme du XVe pourra ébranler. Toute chronologie est oubliée, clercs et fidèles ne voient - dans les rites du saint sacrifice qu'un bloc dont on ne distingue plus les couches primitives et les apports successifs. Pour la messe, comme pour tant d'autres institutions vénérables ou sacrées, on fait remonter son origine et jusqu'à ses moindres particularités jusqu'aux apôtres et à saint Pierre lui-même, L'unification progressive et l'adaptation du rite romain dans tout l'Occident, sauf quelques îlots comme Milan et Tolède, n'a pu que contribuer à répandre cette opinion.

Mais, à mesure que les siècles se succédaient, des rites dérivés s'imposèrent. Dans la description que nous avons donnée du rite romain, nous faisions observer que la messe papale est aussi bien la messe d'un prêtre et la messe privée n'est que la messe papale réduite au minimum des cérémonies. Or, ce serait une erreur de penser que la messe privée, ce que nous nommerons avec l'usage courant : « la messe basse », est une forme primitive qui a pris de grands développements ; c'est le contraire qui est la vérité : la messe basse est un abrégé tardif de la messe papale. Celle-ci, avec ses déploiements de diacres, de ministres inférieurs, la présence du peuple qui participe aux prières par des acclamations et des chants, est la messe dont nous avons lu l'esquisse dans un chapitre de saint Justin vers l'an 150. Aujourd'hui encore, ce qu'on considère comme le service normal, ce n'est pas la messe basse, c'est la grande messe, avec diacre, sous-diacre et chœur. A défaut des ministres, le prêtre parvient à suppléer à tout, mais parfois de façon étriquée et défectueuse. Néanmoins, la messe basse s'imposa lors que la célébration du sacrifice devint quotidienne pour chaque prêtre.

Pendant les premiers siècles, on célébrait la « fraction » le dimanche, ainsi que nous l'avons vu dans les textes de Pline, de la Didachè et de saint Justin qui ne parlent que de ce jour. Les canons d'Hippolyte prescrivent la célébration au dimanche et, les autres jours, si l'évêque le désire et s'il faut faire l'offrande pour les défunts. A partir du IIIe, il est question de célébration quotidienne. Tertullien applique à l'eucharistie les mots de panem quotidianum de l'oraison dominicale, enfin saint Cyprien fait allusion, dans plusieurs passages, à la célébration quotidienne.

C'est probablement vers le temps de la paix de l'Église qu'on détermina certains jours spécialement destinés à la prière commune, la Synaxis : le dimanche, le mercredi et le vendredi. En Afrique et à Jérusalem, au IVe, ces jours-là, la synaxe était liturgique, avec l'eucharistie, tandis qu'il en était autrement à Alexandrie et à Rome. Cette différence se retrouvait le samedi qui était jour de synaxe à Antioche et à Jérusalem et non à Alexandrie ni à Rome. En règle générale, à Rome, on ne célébrait la messe que le dimanche ; mais, dès le Ve peut-être, on se mit à la célébrer à certains jours de jeûne, en carême et aux quatre-temps. On peut se faire une idée des jours liturgiques de l'ancien rite romain en parcourant dans le missel l'ancien propre du temps et en voyant les jours auxquels est assignée une messe propre. Les jours aliturgiques (voir ce mot) étaient nombreux ; ils sont réduits à deux de nos jours : le vendredi saint, qui a une messe des présanctifiés, et le samedi saint qui n’a pas de messe propre, car celle qu'on dit ce jour-là est la première messe de Pâques. En Orient, les jours aliturgiques sont restés en plus grand nombre. Dans le rite byzantin, tous les jours de la semaine, pendant le carême, sont aliturgiques, exceptés les samedis et le jeudi saint. Dans le rite milanais, tous les vendredis de carême sont strictement aliturgiques.

Avant le Moyen Age, on ne disait pas la messe plus d'une fois le même jour. Si on peut apporter certaines exceptions, elles sont excessivement rares et confirment plutôt la règle ; ainsi à Jérusalem, le jour de la Pentecôte ; mais c'était la répétition du service pour tout le clergé. L'évêque célébrait, le clergé recevait la communion, peut-être les prêtres étaient-ils invités à concélébrer. L'Orient a maintenu cet usage et on n'y connaît rien qui corresponde à notre messe basse. L'antique principe d'un autel unique dans chaque église continue à y être observé. Ce sont là des vestiges qui ont leurtré grand intérêt, mais qu'il ne faut pas se flatter de jamais faire revivre. L'antique système de l'assistance de tout le clergé avec communion ou concélébration a été remplacé, dès le haut Moyen Age, par la messe privée dite par chaque prêtre isolément. Ce changement a entraîné des conséquences fort importantes non seulement pour la liturgie et le droit canonique, mais encore pour l'architecture religieuse ; il fut le résultat de spéculations théologiques.

« Chaque messe, étant un sacrifice propitiatoire, a une valeur déterminée aux yeux de Dieu ; par conséquent, deux messes valent deux fois autant qu'une messe. En Occident, les conventions entre les divers monastères, à partir du VIe, imposant d'offrir un certain nombre de messes pour chacun des frères défunts, eurent une influence décisive sur la pratique de la célébration privée. L'usage de dire chaque messe pour une intention déterminée, et l'acceptation d'un honoraire pour cette célébration, devaient naturellement agir dans le même sens. De plus, la dévotion, le pieux désir d'accomplir aussi souvent que possible une action si sainte stimulaient aussi les prêtres à la célébration privée. On connaît des cas de célébration quotidienne dès le Ve. Saint Grégoire le Grand dit de Cassius, évêque de Narni en Ombrie, qu'il « avait coutume d'offrir à Dieu un sacrifice quotidien ». Dans les siècles suivants, la pratique se répandit largement. Le cardinal Bona, qui établit une distinction entre les messes privées (avec un ou deux assistants) et les messes solitaires (dites sans aucune autre personne que le prêtre), assure que les messes privées étaient pratiquées depuis des temps reculés, mais que les messes solitaires étaient une concession plus récente faite aux communautés de moines.

« Vers le IXe, on avait multiplié la célébration des messes au point que bien des prêtres disaient plusieurs messes le même jour. Walafrid Strabon signale cette pratique et ajoute que le pape Léon III (795-816) célébrait parfois jusqu'à neuf messes le même jour. Honorius d'Autun (XIIe) dit que la célébration d'une messe par jour est la règle, mais qu'il est permis d'en dire trois ou quatre. Au XIIIe, cependant, on commença à interdire la célébration de messes si nombreuses. Depuis ce temps, quantité de conciles défendent au prêtre de célébrer plus d'une fois par jour excepté à Noël et dans les cas de nécessité (le binage, les dimanches et fêtes).

La construction de plusieurs autels dans la même église ; dans un grand monastère, si chaque prêtre disait la messe chaque jour, il fallait bien que plusieurs la célébrassent en même temps à différents autels. Naturellement, il était impossible d'assurer à chaque célébrant un chœur, des ministres et une assistance ; on en vint donc à un compromis, à savoir que le prêtre remplit le rôle du diacre et du sous-diacre, et un acolyte celui des autres ministres ; le rôle du chœur étant partagé entre les deux. On simplifia les cérémonies, certaines même furent totalement supprimées, et on ne chanta plus rien. Il ne semble pas qu'on ait de témoignage déterminé sur l'introduction de ce service simplifié. Sans doute, suivant la remarque du cardinal Bona, on rencontre des cas isolés de célébration privée jusqu'en des temps très reculés. Dans ces cas, le rituel devait nécessairement être simplifié. Il n'y avait pas alors de Congrégation des Rites pour fixer chaque détail. Pour ces sortes de célébration privée, on accomplissait tout ce qui était possible du rite normal, au jugement du célébrant ; c'est ainsi que, par degrés, et certainement avec de nombreuses variantes locales, furent déterminés les principes et les règles de la messe basse. Le missel de saint Pie V (1570) reconnut la messe basse et en fixa définitivement l'ordre. Mais, bien longtemps auparavant, les missels du Moyen Age donnaient des directions opportunes sur ce qu'il fallait faire quand on n'avait ni diacre, ni chœur.

« Ce fut la messe basse qui amena la rédaction des missels (voir ce mot). Dans l'antiquité, les livres étaient faits pour ceux qui avaient à s'en servir. Le livre du prêtre était le sacramentaire qui contenait ce qui le concernait à la messe et dans les autres services. Il n'avait pas besoin d'avoir dans son livre les leçons ni les antiennes, puisqu'il ne les disait pas. Mais, dans la célébration privée, il avait à les dire, puisqu'il remplaçait les ministres absents et le chœur. Il fallait donc préparer des livres qui contiennent aussi ces parties. On appela les livres de ce genre Missale plenarium, parce qu'ils donnaient le texte entier de la messe. L'introduction du missel plénier marqua l'époque où la messe basse devenait une pratique commune. Dès le VIIe, on rencontre des sacramentaires qui témoignent du début de ce développement ; au IXe, certaines missæ quotidianæ, très fréquemment employées et les messes du Commun des saints, se rencontrent souvent accompagnées de l'épître, de l'évangile et de la partie concernant le chœur. Le Missale plenarium complet commence avec le Xe : à partir du XIIe, c'est bientôt le seul texte employé. Le Missale secundum consuetudinem romanæ curiæ se répand partout avec le triomphe définitif du rite romain, on n'entend plus parler de sacramentaire. Et la messe basse réagit à son tour sur la grande messe. Primitivement, le célébrant disait ou chantait sa partie et écoutait, comme tout le monde, le reste, c'est-à-dire les lectures, le graduel et la suite. Plus tard il s'était habitué à dire tout cela à la messe basse, où il avait à remplacer les ministres et même le chœur, il se mit à le dire lui aussi à la grande messe. Et ainsi prit naissance la pratique actuelle, qui veut que le célébrant dise pour son compte à voix basse, à l'autel, tout ce qui est chanté par les ministres et par le chœur.


XL. LES NOMS DE LA MESSE. — Le service religieux auquel nous donnons le nom de messe ne l'a reçu qu'à une date relativement tardive. Plus anciennement, on faisait usage de l'expression fractio panis, qui décrivait brièvement le rite caractéristique et que nous lisons à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament. Saint Paul emploie l'expression cena Domini, qui s'explique naturellement. Le mot grec κοινωνία, communio, évoque l'idée d'une action en commun, il sert parfois à désigner l'aumône ou bien encore l'union et l'intimité religieuse en général ; toutefois, dès les origines, ce mot est employé dans le Nouveau Testament où il sert à désigner notre participation commune au corps du Seigneur et, par degrés, il devient le terme technique qui sert à désigner non seulement la participation au sacrement, mais le sacrement lui-même.

D'autres termes ont été employés, comme collecta, qui indique une réunion ; synaxis, avec le temps, s'appliquera non seulement à la réunion eucharistique, mais encore à toute assemblée religieuse. C'est un acte particulier, un moment distinct de la synaxe que désigne le mot oblatio, applicable à la chose offerte.

Parmi les auteurs latins les plus anciens, les termes ne manquent pas pour désigner la messe. Tertullien lui applique les noms de cena Domini, Dominica solemnia, Oblatio, Dominica passio et Sacrificium. Saint Cyprien emploie constamment le mot sacrificium auquel il ajoute ordinairement une épithète : divina sacrificia, novum sacrificium, sacrificia Dei ; il emploie aussi solemnia et Dominicum. En fin, il existe des expressions qui sont plutôt des descriptions que de véritables noms.

Entre tous ces noms, les uns, tombés en désuétude, comme fractio panis, les autres, prétentieux, comme cena Domini, il s'en trouve trois d'un usage tellement répandu qu'on peut les dire universels : eucharistie, liturgie, messe.

Eucharistie, eucharistia, signifie « actions de grâces », est le mot employé dès les origines, puis que les synoptiques nous disent qu'au repas pascal le Christ « rendit grâces ». En effet, nous voyons que, dans la Didache, le mot « eucharistie » a presque la valeur d'un nom propre et cette valeur lui est acquise dans les écrits de saint Ignace, de saint Justin et de saint Irénée, etc. Tertullien le traduit parfois en latin, mais il fait usage du terme grec : eucharistia ! ?, et saint Cyprien également !. Dès lors, ce mot sert, en grec comme en latin, pour désigner le sacrement, et on lui donne parfois comme synonymes : choyi et ebhoyeiv « bénédiction » et « bénir » ?,

Liturgie, Aettouoyix, signifie d'abord tout service public. Les Septante font usage de ce mot pour désigner le service public du temple * ; c'est ainsi qu'il a servi à désigner tout service à l'église, ensuite le service eucharistique en particulier *. Aujourd'hui, le mot « liturgie », en Orient, a exactement la même valeur que notre mot « messe » ; c'est ainsi qu'on dit : la « liturgie de saint Jacques », etc.


XL. NOMS

essentiel du sacrifice eucharistique, c'est une locution


DE LA MESSE 768.

Messe, missa, se rencontre pour la première fois, vers la fin du IVe, dans une lettre de saint Ambroise où les mots missam facere cœpi * offrent un sens certain. Pendant assez longtemps, missa ne désigne pas le service eucharistique ; saint Augustin | lui connait encore son acception de congé, renvoi, au sens de missio, signifiant le « congé » donné à l'assemblée des fidèles , Saint Avit de Vienne (T 523) emploie missa pour signifier le renvoi de l'église ou des tribunaux dans le sens le plus général : missa fieri pronuntialur, « on congédie l'assistance » , C'est ainsi qu'il revient pour désigner le renvoi des catéchumènes du service eucharistique. Un concile tenu à Lérida, en Espagne, en 524, dit que les incestueux peuvent rester dans l'église jusque ad missam catechumrenorum, c'est-à-dire jusqu'au moment où les Catéchumènes sont renvoyés , Dans la règle de saint Benoît (T vers 543), le mot missa signifie le congé de l'office divin +. À partir du Ve, le mot a prévalu en Occident. A De même qu'il y avait un renvoi des catéchumènes avant que ne commence le sacrifice, de même il y avait, à la suite de la communion, un renvoi des fidèles : Île missa est. Florus de Lyon, au IXe, explique de façon satisfaisante le sens de ce mot ; Missa nihil alindintelligitur quam démissio, id est. absolutio, quam celebratis omnibus l une diaconus csse. pronuntiat quum populus solemni observalione dimittij fur... Tunc enim, clamante diacono, iidem calechument | mittebantur, id esl dimitlebantur foras. Missa er go catechumenorum fiebat ante actionem sacramenti, missa fidelium fit posl confeclionem et participationem '. La transition« était facile pour arriver à désigner par ce mot la totalité de cha que service. Rester jusqu'à la missa calechumeno= rum ou jusqu'à la missa fidelium, s'entendit comme si on voulait dire rester pour la missa. Ainsi, nous avons de nombreux textes qui parlent de ces deux missæ comme des deux parties de la liturgie *. Etheria, dans - sa Peregrinatio ad loca sacra, emploie le mot missa pour désigner la liturgie des fidèles ??, Les papes InnocentIer (401-417) ? et saint Léon I (440461) * ! font de même. - La disparition de la discipline du catéchuménat rendit la distinction entre les deux misse sans aucun sens, et | le mot fut employé pour désigner tout le service. Le sacramentaire léonien suppose constamment le mot : Item alia signifie alia missa, et le sacramentaire gélasien l'emploie sans cesse, par exemple : Orationes et pre ces ad missam ??. La forme plurielle, misse, missarum solemnia, tout en ne parlant que d'une seule messe, se maintient au Moyen Age peut-être comme un souvenir des deux anciennes misse, celle des catéchuménes et celle des fidèles.

Nous voyons ainsi que le nom d'un détail d'importance secondaire est devenu celui du rite pris dans sa totalité. Il n’y a là rien qui ne se rencontre ailleurs. Ce qu'il faut retenir, c'est que missa n'est pas un nom dont l'emploi est presque accidentel, et en Occident seulement. Le mot missa n'implique pas plus l'idée de mmm sacrifice que l'expression ccena Domini ; en outre, ce mot ne doit pas être appliqué à l’occasion des rites orientaux, qui font usage du mot « liturgie ». Messe est un nom en usage dans les rites romain et gallican !, Un autre mot employé pour désigner la messe est actio. En Afrique, à la fin du IVe, le IIe concile de Carthage tenu entre 337-390, dans son canon 9, emploie l'expression agere agendam ou agendam celebrare. La notice du pape Xystus Fr (115-125 ?) au Liber pontificalis lui attribue l'introduction du chant du Sanctus dans l'intra actionem . Il ny a à retenir de cette assertion que ceci, c'est qu'au début du Ve, date de la rédaction de cette partie du Liber, on désignait à Rome l'ensemble formé de la préface et du canon sous le nom d'actio. Dans la notice du pape saint Léon Ie (440-461), qui est du même temps, on lit que ce pape institua la récitation de Sanctum sacrificium et celera, dans l'action intra actionem sacrificii .

Au VIe, le sacramentaire gélasien nous offre des exemp les de messes ayant une rédaction propre pour la prière Communicantes et, après avoir donné la collecte, la secrète et, s'il y a lieu, la préface, il fait précéder le communicantes des mots : infra actionem (pour inira) ; ce qui veut dire que ce communicantes propre doit prendre sa place normale ce jour-là dans le canon : aclio désigne donc ce qu'est pour nous le canon . Ce + mot comprend aussi la préface. Nous lisons encore dans le gélasien : Incipit canon actionis : Sursum corda. Habemus...

Le sacramentaire grégorien n'emploie pas le terme aciio ; cependant, la seconde partie, que précède la Projatiuncula d' Alcuin continue à se servir de l'expression infra actionem pour désigner les rédactions propres à certaines messes *, La liturgie romano-carolingienne emploiera le mot canon comme avait fait le gélasien. Quelle est la signification de ce mot actio ? On peut y voir l'expression de l'invitation adressée au peuple par le célébrant de rendre grâces avec lui : Gratias agamus Domino Deo nostro. Dans la prière qu'il va prononcer, le célébrant fera surtout cela : Vere dignum et justum est æquum el salutare nos libi semper et ubi que gratias agere... C’est là sans doute l'explication du mot actio, qui est l'abrégé de gratiarum actio.

Le mot dominicum a également servi à désigner la messe. Nous rencontrons ce mot en Afrique et à Rome. Dans la Passio des martyrs d'Abitine, on lit ces mots : celebrantes ex more dominicum... collectam sive dominicum celebrassent... dominicum celebravimus . Cette pièce est contemporaine de la persécution de Dioclétien et, un siècle plus tard, saint Augustin cite ces passages sous cette forme : Confilebantur in passionibus suis se colleclam et dominicum egisse , expression qui désigne sans hésitation possible l'eucharistie, de même que collecta vise l'assemblée chrétienne. D'ailleurs, saint Cyprien employait dominicum dans ce sens Locup les el dives dominicum celebrare le credis..., qua in dominicum sine sacrificio venis, qui parlem de sacrificio quod pauper obtulit sumis’. Devons-nous, demande ailleurs saint Cyprien, célébrer le dominicum après le repas 1° ? Ici encore il s'agit de la liturgie eucharistique. C'est bien ce que confirme cette réponse du martyr d'Abitine : Collectam gloriosissime celebravi-

769 MESSE

mus quoniam sine dominico esse non possumus... Non potesl intermitti dominicum.

A Rome, c'est Novatien qui s'indigne qu'un chrétien, qui vient de communier, puisse assister à un spectacle ; ce chrétien, demande-t-il, se hâtera vers le théâtre en sortant du dominicum, portant encore sur lui, comme c'est l'usage, l'eucharistie qu'on vient de lui distribuer : dimissus e dominico et adhuc gerens secum ul assolet. eucharistiam. Le dominicum où on a reçu l'eucharistie ne peut être que la messe, Le mot offerre sert à désigner les saints mystères. Saint Augustin écrit dans une lettre : « Quelqu'un pourra s'étonner de voir à l'étranger le jour du jeudi saint « offrir » deux fois, une fois le matin et une fois le soir, alors que dans son pays l'usage est d' « offrir » seulement le soir 11, » Ce qui est offert, ce ne peut être que le corps et le sang du Christ. Certains, dit encore saint Augustin, se sont plu à vouloir que « le jour de l'année où le Seigneur a institué la cène, il soit permis. par une commémoraison plus insigne, d'offrir et de recevoir le corps et le sang du Seigneur après le repas du soir ! » Saint Optat de Milève dit qu'à Carthage les donatistes n'ont eu aucun égard pour l'autel « sur lequel les pacifiques évêques de jadis avaient offert » (optulerant) ; ils ont brisé les autels sur lesquels eux-mêmes avaient sacrifié : altaria Dei in quibus el vos aliquando optulistis '. Au mi ? siècle, saint Cyprien nous dit que les prêtres offerunt dans la prison, au milieu des confesseurs !*, et Tertullien écrit qu'il n'est pas permis aux femmes d'enseigner, de baptiser, d'offrir : docere, tinquere, offerre 5,


ALI. LA MESSE DES PRÉSANCTIFIÉS. — En Orient, à une date remontant aussi haut que le IVe, on ne célébrait la liturgie en carême que le samedi, le dimanche et le jeudi saint !. A Jérusalem, au IVe, le jeudi saint voyait célébrer la liturgie du jour et la messe ne venait pas avant 3 heures de l'après-midi ; une deuxième messe était célébrée après le coucher du soleil, au début de la vigile du vendredi saint. Cette deuxième messe avait lieu sur le Golgotha, et Etheria, nous apprend que facta ergo missa martyrii, venit post crucem : dicitur ibi unus hymnus tantum, fit oratio et offeret episcopus ibi oblationem el communicant omnes, Excepia enim ipsa die una per tantum annum nunquam offerilur posl crucem, nisi ipsa die tantum ». Cette célébration au sanctuaire de la Croix, post crucem, était donc annuelle et saint Augustin y fait allusion dans le passage suivant : « Si quel que voyageur, dans une contrée étrangère, où le peuple de Dieu est plus nombreux, plus assidu aux offices et plus fervent, voit, par exemple, le saint-sacrifice offert deux fois, le matin et le soir, le jeudi de la dernière semaine de carême, et que, revenant dans son pays, où l'usage est d'offrir le sacrifice à la fin du jour, il prétende que cela est mal et illicite parce qu'il a vu faire autrement ailleurs, ce sera là un sentiment puéril dont nous aurons à nous défendre, que nous devons réformer parmi nos fidèles et tolérer dans les autres !. » D'où l'on peut induire qu'en Afrique, et probablement aussi en Occident, on ne célébrait, le jeudi saint, qu'une seule liturgie eucharistique après le repas du soir !*, Cette oblation réalisait ainsi le véritable sacrifice liturgique du vendredi saint et on s'explique que, dés lors, que le pape Innocent Ie (402-417) ait porté la défense formelle de célébrer dans la journée du vendredi saint !. La communion au corps et au sang du Seigneur réalisait ainsi le mémorial solennel de la mort du Christ et on prit soin, dés lors, de mettre en réserve une partie des dons présanctifiés à la cène, afin de pouvoir les distribuer aux fidèles à l'heure sainte de la mort du Christ. C'est ainsi qu'à Rome et en Gaule, au VIe, la communion aux espèces présanctifiées avait lieu après la cérémonie principale de l'adoration de la croix, à l'heure de none, le vendredi saint.

L'Ordo romanus I« , vers 770, fixe la célébration de la messe du jeudi saint vers onze heures du matin, et prescrit de réserver les saintes espèces pour le lendemain : ef reservantur sancita us que in crastinum. Le vendredi saint il y a un office le matin, à la suite duquel revertentur presbiteri per lilula sua, et hora nona tam de lectionibus quam responsoriis vel evangelicum seu et oraciones sollemnes faciunt simililer et adorant sanctam crucem el communicantur omnes, Cette communion a donc lieu à l'issue de l'adoration de la croix.

On peut retenir ce qu'on voudra de l'affirmation de Léon Allatius, qui fait remonter la messe des présanctifiés au concile de Laodicée en 314 ; Etheria n'en dit rien, mais cet usage est attesté eL approuvé par le canon 52 du concile Quinisexte, en 692. Nous venons de voir que le détail de la cérémonie ne se rencontre en Occident que dans les livres du virr et du 1x* siècle, mais L. Duchesne a raison de dire qu' « elle doit étre beaucoup plus ancienne », Au temps où les synaxes aliturgiques étaient fréquentes il en devait étre de méme de la « messe des présanctifiés ».

« Dans l'Église grec que, elle se célèbre tous les jours de caréme, sauf le samedi et le dimanche ; dans l'Église latine, le vendredi saint seulement. À Home, cette cérémonie était des plus simp les. On apportait sur l'autel la cassette (capsa) contenant la réserve de pain consacré, on récitait le Pater avec sa préface : Præceptis salutaribus... et son embolisme : Libera nos ; puis on déposait un fragment de pain consacré dans un calice rempli de vin ordinaire et tout le monde communiait avec le pain consacré de la eapsa et le vin sanctifié, comme il vient d'étre dit. Il est à croire que, quand les fidè les s'administraient eux-mêmes la communion à domicile, ils suivaient un cérémonial analogue à celui-ci *. » De nos jours, la distribution de la sainte eucharistie, en dehors de la messe, rappelle d'assez prés la messe des présanctifiés.


MESSE

772 XLII. LA MESSE CONVENTUELLE OU CAPITULAIRE, — Ce n'est pas, à vrai dire, une messe d'une espèce particuliére ; c'est plus simplement la messe solennelle, qui devrait toujours étre une gran d'messe, célébrée dans les églises tenues à la récitation quotidienne intégrale de l'office, par conséquent les églises cathédra les, collégia les et monastiques ayant l'office public. La grand’ messe et les heures canoniques doivent y étre célébrées en entier et à haute voix. La gran d'messe se dit normalement aprés l'heure de tierce aux jours ordinalres ; aprés sexte aux simp les et aux féries ; apr ?s none aux jours de jeûne. :


XLIII, LA MESSE SOLITAIRE. — Ceci est moins un usage qu'un abus. Certains prétres célébraient la messe privée sans la présence d'aucun assistant. C'était 13, nous dit le cardinal Bona ?*, une concession faite aux communautés de moines. De nombreux conci les, entre autres celui de Mayence, en 813, interdisent les missæ solitaria.


XLIV. LA MESSE SÈCHE. — Ce n'était point une messe puis que les prières seu les étaient dites, et on omettait l'offertoire, la consécration et la communion. Get usage s'était introduit et répandu dans certains cas où on ne pouvait célébrer le saint sacrifice, notamment dans les mariages et les funérail les célébrés aprés midi, On serait embarrassé de donner une date approximative des débuts de cette prati que qui trouva son développement dans nombre de monastères où, à la suite de la messe conventuelle, cha que moine célébrait une messe séche, On attribue assez généralement l'introduction de cette prati que à Guy de Mont-Hocher *, auteur d’un Manipulus curatorum, vers 1333. Cet auteur conseile de remplacer l'élévation du saintsacrement par l'élévation des reliques.

Il v avait plusieurs variétés de la missa sicca. Lorsqu'on était sur mer et que le tangage rendait la célébration impossible ; ou bien encore quand les chasseurs avaient hâte d'ouvrir la chasse de grand matin. Dans ce dernier cas, Durand de Mende (T 1296) approuve la messe sèche » ; d'ailleurs, on finit par l'abolir. L'ordre des chartreux possède encore un nudum officium qui n'est autre chose que la messe sèche ; on le trouve imprimé dans leurs livres au moins jusqu'au xvin siècle *.


XLV. LA MESSE DOUBLE OU TRIPLE. — Le célébrant récitait deux ou trois fois la messe jusqu'à là préface et ajoutait une seule fois le canon qui servait pour toutes ; en réalité, on ne célébrait qu'une seule messe, mais on touchait plusieurs honoraires. Durand appelait ces messes defestabi les, et Bona les qualifie de « monstrueuses » ; dés le xvir siècle, el les avaient disparu.


XLVI. LA MESSE POUR LE PEUPLE. — Domini que Soto fait aux curés un devoir non seulement au titre de leur bénéfice, mais au titre de leur charge pastorale, d'offrir la messe pour le peuple qui leur est confié. Le concile de Trente déclare que ceux qui ont charge d'àmes ont le devoir d'offrir pour el les le saint sacrifice. Cette obligation atteint d'abord les évêques, en second lieu les curés. Depuis le xvr siècle, les syno des provinci aux ont réitéré cette déclaration touchant la missa pro populo, Les théologiens discutérent suivant leur habitude et Suarez demanda et répondit que : No existe legislacion posiliva que preseriba tal obligacion. Cela se prolongea jusqu'à ce que le pape Benoit XIV, dans son encycli que Cum semper oblatas, du 19 aoüt 1744, mit fin à la contestation. Le 10 juin 1882, le pape Léon XIII, dans les lettres apostoliques

778 In suprema, établit que l'obligation d'appliquer la messe pour le peuple tient la première place parmi les devoirs des pasteurs des âmes.

Ce qui relève de nos étu des à ce propos, ce sont quelques textes de l'antiquité qu'il est utile de rassembler ici.

1. Origene : Episcopus, inquit inter Deum et homines medius quidam repropitiator intervenit, Deo munera et hostias salutares immolat... ; offert pro suis, postea pro populi deliclis. — Comment. in epist, ad Hebraeos, v, 1, P. G., t. xxxt, eol. 1631.

2. « Tradition apostoli que » de saint Hippolyte : Et pelimus ut millas Spiritum tuum in oblationem sanctse Ecclesi :e ; in unum congregans des omnibus qui pereipiunt sanclis in replelionem Spiritus Sancti ad confirmationem fidei in perilale, ut te laudemus et glorificemus per puerum tuum Jesum Ghristum, per quem libi gloria el honor Patri el Filio cum Sancto Spiritu, in sancta - Ecclesia tua, et n une et in secula seculorum. Amen. — Hauler, Didascalia apostolorum, p. 104.

3. Lettre synodale des évéques africains rassemblés à Carthage par saint Cyprien, en réponse à la question. à eux posée par les Éslises de Léon-Astorga et Mérida, be (oi Dans une lettre aux martyrs et confesseurs, saint Cyprien s'exprime en ces termes : Illi (presbyteri) contra evangelii legem, contra vestram quo que honorificam petitionem, ante actam paenitentiam. ante exomiologesim gravissimi at que extremi delicti factam, ante 714 dignum est de sanctis egredior él polluo vocabulum Chrisli, in quo mihi blandior : quanto magis pontifex et episcopus, quem oportet esse sine erimine, tantorum que virtutum, ut semper moretur in sanctis et paratus sit victimas offerre pro populo, sequester hominum et Dei. — Corp. script. eccl. lal., t. Liv, p. 593.

9. Liber ordinum : Missa quam sacerdos pro se vel pro subditis dieere debeat *

H. LECLERCQ.


MESURES. I. Origine des mesures. II. Mesures de longueur. III. Mesures agraires. IV. Mesures itinéraires. V. Mesures de capacité. VI. Les étalons de mesures dans l'antiquité. VII. De quelques monuments. VIII. Les mesures chez les Fran ces. IX. Mesures de longueur. X. Mesures de superficie. XI. Autres mesures de capacité, XII. Mesures de solidité.

I. ORIGINE DES MESURES, — Les anciens ne corcevaient pas les poids et mesures avec une rigueur absolue. L'unité était représentée pour eux par des objets difficilement susceptib les d'acquérir cette rigidité dont le mètre ou le litré nous imposent l'adoption. Le corps humain leur offrait, dans ses divers membres, des mesures variab les, comme ne peuvent manquer de l'étre le pied ou l'avant-bras d'un adulte, suivant que sa taille est ordinaire ou bien au-dessus ou au-dessous de la moyenne. Plus les échanges se multiplient, plus il devient nécessaire de coordonner les diverses dimensions, et cette coordination est obtenue par la création de rapports numériques simp les entre les diverses dimensions ; rapports tenus pour exacts, mais qui ne le sont que d'une maniére conventionnelle. Les sociétés se fondant, il devient nécessaire d'atteindre une régularitė constante par la création d'un étalon, qui n'est luiméme qu'une dimension moyenne de telle ou telle partie du corps humain


II. MESURES DE LONGUEUR. — Grecs et Romains ont pris pour unité principale de longueur le pied chaussé et, par conséquent, la dimension de la semelle. Gette mesure, dans la période médiévale et depuis, a été divisée en douze pou ces et la douzième partie du pied s'appelle uncia ; il y a aussi une quinzième partie du pied qui est le poller, ou travers du pouce. La dénomination barbare du pouce ne s'appli que plus au pied chaussé, mais au pied nu. Romains et Grecs ne s'en sont pas tenus là ; ils ont, à une date non déterminée, partagé le pied en quatre travers de main, paume, et la paume en quatre travers de doigt ; en sorte que le pied vauL seize doigts. Les fractions moindres n'ont pas de désignation particulière.

Les Romains connaissaient le double pas et le pas simple, valant respectivement 5 pieds et 2 pieds el demi ; passus et gressus, qui sont la base de leurs mesures itinéraires. L'a une, ulna, comprend quatre pieds mesurés de l'épaule gauche à l'extrémité de la main droite étendue, coude plié ; cette mesure n'apparait qu'au Moyen Age.

Chez les peup les orient aux, l'unité principale était la coudée, cubitus, du coude à l'extrémité des doigts étendus. Pour les Grees,la coudée valait un pied et demi ; pour les Egyptiens, elle valait vingt-quatre doigts. Dès le temps d'Hérodote. la coudée était aussi familière aux Grecs que leur unité nationale et la spithame, ou empan, valut, dans le système grec, la demi-coudée.

Enfin la brasse, ou orgyie. se mesure entre les extrémités des bras étendus et compte pour six pieds.

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III. MESURES AGRAIRES. — Ici, les mesures comportent des unités qui dépassent les dimensions du corps humain. Ce fut cependant le pied qui servit encore, mais auquel on imposa une progression décimale. La perche ou pertica decempeda mesure dix pieds ; les dix perches forment le sillon à l'extrémité duquel on laisse soufller les bœufs de labour. Dix perches égalent donc cent pieds, c'est le plélhre ou unité agraire. Les Romains modifiérent le système de progression décimale et appliquérent aux champs leur système des fractions de l'as. L'actus compta douze perches et lactus carré doublé devint leur unité principale : jugerum, valant 28 800 pieds carrés, en sorte que le scripulum correspondit à 100 pieds carrés ou à la perche carrée.

Dans les deux séries, l'unité inférieure est la cofyle ou hémine, moitié du sezlarius latin. Dans les mesures de grains, il faut 4 coty les pour faire un chénix et 8 chéni ces pour un hecteus qui est lui-même la sixième partie du médimne. Ce sont là des mesures grecques ; les Romains ont le boisseau ou modius qui correspond à l'hecteus. Si des soli des on passe aux li qui des, douze coty les donnent un conge, et douze conges un métréte. Les Romains partageaient le conge en six sellers, en sorte que le setier, sexfarius, devint l'unité à laquelle ils rapportérent les mesures des peup les conquis. En outre, huit conges donnaient une amphore et vingt amphores un culleus. L'amphora é quivalait au quadrantal ou pied cube romain qui se divise en 8 conges et 6 setiers pour les li qui des et en 3 boisse aux et 16 setiers pour les soli des.


VI. LES ÉTALONS DE MESURES DANS L'ANTIQUITÉ, — C'est toujours à la longueur du pied que nous ramènent les divers systèmes de mesures de longueur et de surface, mais reste à savoir si, d'une ville à la ville voisine, la valeur du pied était constante ; or, on peut assurer qu'il existait plusieurs valeurs distinctes, notamment le pied d'Égine, le pied atti que et le pied romain. Ces deux derniers sont ceux auxquels se référent les écrivains classiques.

On conserve plusieurs pieds romains qui ont servi comme instruments de mesure, d'autres sont figurés sur des monuments funéraires, Les mesures auxquel les ces pieds ont été soumis ont fait ressortir, de l'un à l'autre, des différen ces allant jusqu'à cinq millimètres : d'où il faut conclure que les instruments réels de mesure n'offraient pas une vérification suffisante. On pourrait croire que la discussion des distan ces réel les, relevées sur les voies romaines entre des bornes milliaires, donnerait une base définitive, mais elle n'a pas abouti à des résultats concordants. Nous connaissons exactement le poids de la livre romaine et on pourrait en déduirela valeur théori que du pied romain ; toutefois, par suite de l'imperfection des procédés des artisans, la relation légale était seulement théori que. Les calculs auxquels on s'est livré ont toujours conduit à une valeur plus forte que celle de l'étalon réel.

176 Pour aboutir à un résultat avec une approximation aussi réduite que possible, on sait qu'en prenant les diverses mesures d'un temple anti que et en recherchant les rapports simp les qui existent entre ces mesures, il devient relativement facile de trouver la valeur du pied dont a fait usage l'architecte du bâtiment. On doit supposer a priori que les architectes se servaient de mesures oiliciel les pour les constructions d'édifi ces publics, et a posteriori cette hypothèse est confirmée par des résultats dont la concordance est satisfaisante ; on arrive, en effet, à une discordance de plus d'un demi-millimètre. Dès lors, on peut estimer comme valeur moyenne l'étalon du pied romain à ü m. 2957. Pour les monuments construits à partir de Septime-Sévére, le pied architectoni que tombe à Ü m. 2942.

En ce qui concerne les étalons des mesures de capacité, on remarquera que le quadrantal ou amphore ne devait atteindre qu'une contenance d'environ 25 lit. 79 (avec une erreur possible de 12 centilitres en plus ou en moins). Les mesures très soignées du conge Farnése conduiraient à une contenance de 27 lit. 025. Si l'on s'attache enfin à la détermination légale du poids de vin contenu dans l'amphore, comme le poids de la libra romaine est trés exactement connu, on doit resserrer cette contenance entre 26 lit. 22 et 26 lit. 57. Hultsch admet 0 lit. 547 pour le setier, quarante-huitiéme de l'amphore.


VII. DE QUELQUES MONUMENTS. — On possède dans les musées romains quelques monuments en plomb qui réclament un instant d'attention. Un d'eux fut trouvé, en 1901, dans les Abruzzes, prés du théâtre d'Amiternum ; c'est un récipient des premiers sièc les chrétiens qui a contenu des reliques. Un autre a été offert, en 1905, à la municipalité de Rome ; il pése 32 kilogrammes et se compose d'une grande feuille de plomb, mesurant 1 m. 16 de long sur 0 m. 84 de large, taillée et relevée de facon à former une croix. Sur les quatre faces extérieures un chrisme K eL, au sommet, une ouverture ovale. Cet objet fut trouvé, en 1877, à SanMarco, province d'Aquilée. Ces deux récipients offrent certaines analogies. Celui d'Amilernum est cubi que ou plutôt rectangulaire et mesure 0 m. 32 sur 0 m. 33 et 0 m. 39 ; il a une ouverture circulaire et, sur les côtés, une croix gammée et une palme, Un troisième objet de ce genre, également en plomb, porte un monogramme et une croix, il fut trouvé, en aoüt 1892, prés de Castel de Sangro. Enfin une quatriéme cassette cubi que, conservée au musée du Vatican, est décorée d'une palme et d'une étoile (fig. 8015) !.

Si on déduit l'épaisseur de la paroi de plomb de ces diverses cassettes, la derniére nous offre un cube dont les côtés intérieurs mesurent 0 m. 30, la superficie d'un pied carré, en sorte que la capacité correspond à un quadrantal, plus communément nommé amphora, et que Festus appelle vas pedis quadrati, contenant la valeur de 8 conges. Originairement cela servait de mesure légale pour peser le vin, comme on lit dans la loi Silia du vit siècle de Rome. L'amphora servit de mesure de capacité pour les grains et se subdivisa, comme dit L. Volusius Mæcianus, en deux urnes, trois boisse aux, etc. Comme ces quatre récipients ont tous la même mesure cubi que, vas pedis quadrati (sauf celui de Castel de Sangro), on peut y voir des exemplaires de l'anti que quadrantal. Les symbo les qui les décorent peuvent être entendus en différents sens, mais les chrismes n'ont qu'une seule signification possible.

Parmi les inscriptions chrétiennes, nous ne rencon- | trons que rarement la mention de mensores. Deux inscriptions romaines peuvent s'y rapporter. Une a été | publiée par J.-B. De Rossi ; elle se trouve dans le pavement de Sainte-Agnès, sur T voie Nomentane ; le texte est inscrit dans une couronne, à côté de laquelle on voit un crayon ou fusain, un grattoir et une régle. graduée. Rossi y voit les insirumenta artis seulptoriæ ;. c'est possible, Une pla que de marbre, conservée au musée du Campo santo tedesco, à Rome (0 m. 40 x 0 m. 35), sans auc une épitaphe, porte le monogramme du Christ avec A et G et deux colombes. A droite, une règle graduée (fig. 8016). © n'est pas facile de dire à quoi se rapporte cet objet. L'inscription suivante ne laisse place à auc une ambiguité. Elle provient d'une section de l'ancien aqueduc situé aux environs de Bethléem. La pierre contient dix-sept lignes, elle est large de 0 m. 38 en moyenne et longue de 0 m. 59. La hauteur des lettres varie entre 0 m. 014 et 0 m. 021. A la fin de l'inscription, on voit, gravée en creux, une barre terminée par deux crochets légérement rentrants. L'espace contenu entre ces deux points mesure 0 m. 3089. Il ressort du texte que nous avons là l'étalon du pied byzantin employé en Pa lestine (fig. 8017) : + D ? (éouLoc) Alv[s]iac Zraevridler]- og XTNTOPOLY, eur] TOP OL xal UTE yevo[c]- xete dc 6 Ü[s]tóva voc x« i sùoe9 B(£otacoc) deordTne GAng olxoupévng £Ü£ortcev ur E t tiyfell zo Le mov ÈE éxuréoOÙ LÉpouc ToU dopæyoytou xocxX tic Dalle duxrééelLe 10 ni té Eco uéon orlelielsliv À e[v]reoetv. El dé tie TOUTO értxleltenon rojout HE Auxhy drouév[e] Toptioy xd TO XTX XÜTOIOS Snueóec[a :]. To 8& u£cgov TO 7085c DÜTOTÉTXXTXL TOUTOLC TOLG TUTOLG + « + Flavius Énée, Silentiaire, aux propriétaires, fermiers et cultivateurs : Vous savez que le très divin et € IN NIreteprorer IN tu Ci cocos 92s 0€ 55 2 ayee d D ou FI COH Cole Ne f jul ( ten e Ci ICENIM Hez el UN NN VE INGI NE] je mé : Ses SC P p. TREPO (CTOTY AAW T Jor po « E : NIANA ol l p va NES SIC se A | H


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N d a ET T »nd MA NATO AXIS wy (e f.€ e TO PN. he eor Y + pinos ART HOE TA} TOR : TX no 9e se très pieux maitre de toute la terre habitée a décrété qu'il n'était pas permis, à partir de 15 pieds de part et d'autre de l'aqueduc, selon les divins décrets, de semer ou de planter dans l'espace intermédiaire, Si quelqu'un 179 Lentait d'en agir ainsi, il encourrait la peine capitale et sa propriété reviendrait au fisc. La mesure du pied est placée ci-dessous suivant ce modèle t. » Le pied romain, pes porrectus, écrit le R. P. Abel, qui a publié le texte que nous venons de transcrire, est évalué par les uns à 0 m. 2963, par les autres à Ü m. 2957. Ce n'est pas cette mesure qui est employée ici. La dimension de la ligne gravée sous le texte, évaluée suivant notre mensuration à 0 m. 308 et une fracLion qui se rapproche de 0 m. 309, est pratiquement égale à la longueur du pied atti que auquel on accorde, en général, une longueur de 0 m. 308. Il est possible que l'usage de ce pied, introduit par les Séleuci des, ait persisté en Orient jus que sous les empereurs byzantins. En définitive, l'espace à laisser inculte de part et d'autre de l'aqueduc constituait deux ban des de 4 m. 63 de largeur chac une !, Malgré les efforts de Charlemagne et de ses suc cesseurs, les mesures ne purent étre ramenées à l'uniformité dans l'empire ; el les allérent toujours s'altérant de plus en plus ; cha que province, cha que ville eut les siennes particulières et on en arriva à cet excès qu'il y eut, pour ainsi dire, autant de systèmes différents que de seigneuries. Sous le règne de Char les le Chauve, il y eut telle localité où deux systèmes de fausses mesures étaient simultanément en usage : les unes, plus gran des, pour l'achat, les autres plus petites pour la vente *. C'était le commencement de la confusion et de l'anarchie féodale.

Les Francs, outre les mesures qu'ils apportérent de la Germanie, employérent aussi cel les des anciens 780 Gaulois, des Romains, des Grecs et méme cel les des Juifs ; toutefois les mesures germaniques et les mesures romaines sont cel les que l'on trouve chez eux le plus souvent en usage ; non pas que cel les-ci se fussent toutes conservées sans altération jusqu'à Charlemagne ; au contraire, déjà bien avant ce prince, quelques-unes n'avaient plus guére de romain que le nom.


IX. MESURES DE LONGUEUR. — Chez les Francs, nous rencontrons, dans les diplómes, les cartulaires, les vies de saints, un certain noinbre de mesures que nous allons énumérer le plus brièvement possible et caractériser à l'aide des évaluations de Benjamin Guérard (voir ce nom).

1. Pes, le pied, c'est la principale mesure linéaire dont la longueur était la méme que celle du pied romain. Pendànt les cinq prenriers sièc les de la monarchie, les écrivains mesurent les distan ces avec le mille et le stade, auxquels ils conservent leurs anciennes dimensions ; en outre, ils attribuent à ces mesures le méme nombre de pieds que les Romains. D'où il résulte que le pied lui-même n'avait pas changé. La mesure du pied romain était, suivant les uns, 0 m. 2957, suivant d'autres — et Guérard lui-même — 0 m. 2965, ce qui serait la longueur du pied sous les deux premiéres ra ces, et se confondait avec la coudée. Sa longueur parait Paris, lat. 2123, fol. 153, 154, s'exprime ainsi : Ulna habet pede[m] I et semis ; l'a une mesurait donc 0 m. 4444. : demi ou 1 500 pas de 5 pieds romains, et devait, par conséquent, valoir 2222 mètres. Cependant elle est beaucoup plus forte chez plusieurs auteurs du 1x* siècle. Nithard (Hisl, 111, 3 et 4) compte environ 30 ieuva depuis Laon jusqu'au camp de Char les le Chauve, sur la rive gauche de la Seine, en face Saint-Denis. La disLance est de 120 000 mètres environ, ce qui donnerait la lieue de 4 000 métres, comme aujour d'hui. Mais le méme Nithard compte 70 leuva entre Worms et Metz, soit 182 000, ce qui donnerait 2 600 mètres à la lieue ; et 8 leuva de Metz à Thionville où il y a 29 000 mètres, et cette fois la lieue serait de 3 625 métres. Voici un auteur dont le systéme parait mal arrété, et nous ne le corrigerons pas à l'aide de Prudence de Troyes qui compte 12 leuva entre Orléans et Saint-Benoit-sur-.

Loire, c'est-à-dire une distance de 31 000 métres, en sorte que pour lui la leuva a 2 599 mètres.

Mais des témoignages plus exprés et plus authentiques font la lieue franque égale à 1 500 pas romains. Le problème suivant, contenu dans le ms. Paris, lat. 7474, prouve que la lieue conservait chez les Francs son ancienne valeur : A terra usque ad lunam, ut Pythagoras philosophus ait, oxxvr stadiorum colliguntur ; inde ad solem duplum ; inde ad XII signa triplicatum. Dicat qui velit quot miliarii in eisdem stadiis a terra usque ad XII signa conficiantur. Nam octo stadia miliarium, LXXX [stadia] X miliarios, pec [stadia ] e miliarios reddunt ; ideo que OXXVI [126 000] stadiorum XVDCOCL [15 750], leugas xp [10 500], restas reeL [5 250] efficiunt. Duplum vero, quod luna usque ad solem est, COLIT [252 000] stadiorum habens, X X XID [31.500] miliarios, leugas xxr [21 000], resias XD reddit. Triplicatum aulem, quod a sole ad XII signa gent)

F ET TT

poem UETEPET nmm dicilur, CCCLXXVIII [378 000] stadiorum continet, et XLVIICCL [47 250] miliariorum efficit, leugas XXXID [31 500], restas xvpcer [15 750]. Summa stadiorum DCOLVI [756 000], miliariorum, LXXXXIHID [94 500 ] leugarum LX111 [63 000] resiarum XXXID |31 5001]. Ainsi la lieue valait un mille et demi, et le mille 8 sta des, de même que dans les temps anciens ; et la resta ou rasta était composée de deux lieues, comme on l'apprend aussi de plusieurs autres textes.

Les auteurs anciens n'avaient pas tous le compas dans l'œil et se contentaient d'approximations, comme on le fait encore de nos jours quand on dit couramment : telle ville est à {ant de lieues de la capitale ; on s'exposerait à de gros embarras, s'il fallait calculer ces lieues au taux de 4 000 mètres. Sous cette réserve, on doit maintenir que le mille et le stade des Francs furent égaux à ceux des Romains. Voici, par exemple, saint Ouen qui, dans la Vila S. Eligii (l. 1, xvi), compte 6 mil les de Solignac à Limoges ; en réalité, il y a 9 GO mètres entre ces deux lieux ; ce qui fait 1 500 mètres au plus pour un mille, dont la valeur chez les Romains était de 1 481 mètres. L'auteur d'une Vita 5. Wandregisili, au vir siècle, estime à 18 mil les la distance entre Saint-Wandrille et Rouen (c. xiv) : en réalité, cette distance est de 25 000 métres, ce qui ramène le mille à 1 400 mètres. Le moine Jonas de Bobbio, dans sa Vita S. Joannis abbat. Reomaensis (1, 2) calcule 30 mil les entre Tonnerre et Moutier-Saint-Jean, qui sont distants de 39 000 mètres, ce qui donnerait le mille de 1 300 mètres environ.

D'après d'autres témoignages, le mille des Francs aurait eu quelquefois un peu plus de 1481 métres. Dans ce cas, lors que la différence est assez faible, on doit la tenir pour nulle, surtout lors que les auteurs comptent en nombres ronds, et qu'ils n'attribuent à leurs chiffres qu'une valeur approximative. Notger, évêque de Liège, à la fin du x* siècle, donne cette définition à retenir : Dicitur aulem leuca, apud Gallos, spatium mille quingentorum passuum, id est duodecim stadii !..

Quant au stade, il fut, au Moyen Âge, compté constamment pour le huitième du mille ou le douzième de la lieue, comme vient de nous le dire Notger. La longueur du stade devait donc être de 186 mètres, comme dans l'antiquité. Cette mesure est confirmée par l'auteur de la Vifa S. Genovefæ, xliv, qui compte 600 sta des d'Orléans à Tours : Suni vero ab Aurelianorum urbe usque ad Turonum civitatem, qua terlia Lugdunensis nuncupatur, quasi stadia sexcenta *.

X. MESURES DE SUPERFICIE, 1. Aripennis ou Aripennum, l'arpent, suivant qu'il était simple ou carré, était une mesure linéaire ou une mesure agraire. L'arpent simple était une mesure de 25 pas ou 125 pieds et équivalait au cinquième du stade : Unum stadium habet aripennes quinque, dit Grégoire de Tours, I, vr. Un autre arpent simple de 24 pas ou 120 pieds était divisé en douze perches égales.

L'arpent carré était formé par le carré de l'arpent simple et valait tantôt 15 625, tantôt 14 400 pieds carrés, Il y avait plusieurs espèces d'arpents en usage pour la mesure des terres. L'arpent servait à la mesure des prés, des vignes et des pâturages. Est-il de même grandeur partout ? Il ressort des calculs de B. Guérard que l'arpent, tel qu'on le calcule dans le Polyplyque d'Irminon, aurait différé très peu du demi-jugerum romain, valant 12 ares 64. Cette mesure est celle de l'arpent carolingien en usage pour les prés. Pour l'arpent de vigne, il ne serait pas possible d'en évaluer directement la grandeur d’après son produit en vin, sans s'appuyer sur des données plus ou moins arbitraires, plus ou moins inexactes et sans s'exposer à de grandes erreurs, 2. Honuarium, le bonnier, c'est une mesure de 128 ares 33, ce qui représente à peu près le bonnier des temps modernes, tel qu'il est encore en usage dans la Flandre, le Hainaut et quelques pays voisins. Ainsi, en fixant la grandeur du bonnier à 128 ares, on le fait égal à 10 arpents ou 5 jugerum romains. Il servait à mesurer les champs, les bois et les pâturages. Au xI* siècle, le rédacteur du cartulaire de Saint-Père de Chartres écrivait ce qui suit : De ferra inler diversa loca bonuaria XV. Ignoro bonuaria quid sint.

3. Jornalis, le journal était moins grand que le bonnier, on en faisait usage pour mesurer les terres labourables et les bois. Dans le Polyptygque d'Irminon, le journal est un peu plus du quart du bonnier, et l'arpent un peu plus du tiers du journal.

4. Antfsinga, l'ansange est une espèce de mesure agraire, en usage pour les terres labourables, pour les prés, les vignes et les bois ; mais il semblerait que la pièce de terre ainsi désignée eût été entourée d'une haie, d'un palis ou d'un treillis ou d'une autre sorte de clôture. Dans la loi des Bavarois, il est question de l'obligation, imposée aux colons ou serfs de l'église, de clore les ansanges ; et, d'après plusieurs chartes, on voit qu'un certain nombre d'ansanges étaient, dans certains pays, attachées aux manses. Dans le Polypiygue d'Irminon, on lit ces mots : Arant perticas XI ! in anísingis. Dans ce cas, l'ansange, au lieu d'être une mesure constante, aurait signifié un enclos en général, d'une contenance indéterminée, nommé ailleurs cortilis, cortifer, porprisium, bifangus.

L'ansange, en tant que mesure agraire, était plus faible que le bonnier et peu différente de l'arpent.

A Metz, au 1x siècle, une perche contenait plus de 14 pieds ; aux environs de Dijon, à la même époque, une perche mesure 17 pieds. Au x siècle, le cartulaire de Saint-Pére parle d'une perche carrée de 25 cent. 1/3, ce qui donne environ 18 pieds carolingiens. On ne peut d'ailleurs douter que la division de la perche en 18 et en 22 pieds, encore aujour d'hui si commune en France, ne soit aussi d'un usage très ancien.


XI. AUTRES MESURES DE CAPACITÉ, — 1. Modius, le muid, c'est la mesure principale, celle dont on déduit toutes les autres dans la catégorie. Le modius était d'institution nouvelle, et Charlemagne l'appelle modium publicum et noviter statutum. Le modius imposé par le capitulaire de Francfort, de 794, c. 4, était égal à 52 litres 2 environ. Cette mesure servait pour les grains, le vin, l'eau, le lait, le beurre, la graisse, le miel, le sel, les légumes, les fruits, tels que les mûres.

183 de setiers pour une seule espèce de modius, suivant que l'on comptait dans le muid plus ou moins de setiers. On en comptait, en effet, tantôt 16, tantôt 17, 18, 22 ou 24. Le setier portait ce nom parce qu'il était le sixième du conge, Il était la moitié, le quart, et quelquefois le cinquième de la chænix, le huitième de la sicula, ou plutôt sifula, le quarante-huitième de l'amphore et du metrelum, le cinquantième du batus et le centième de la nitreta. Il valait 12 cyathus, 6 caliz, 6 merus, 4 quartarius, 2 hemines.

L'hémine (d'eau) pesait une livre, une livre et demie ou deux livres et demie anciennes, et répondait alors au setier de 2, de 3 et de 5 livres anciennes. Elle a dû, en outre, valoir quelquefois davantage, suivant la grandeur du setier (voir Diclionn., au mot H£ÉMINE, t. vr, col. 2196-2199). La règle de saint Benoit azcorde à chaque moine une hémine de vin par jour, ce qui répond à 12 onces de Paris, suivant Lancelot ; à une de nos livres de 16 onces, d’après ce qui est dit, mais à tort, dans le Voyage littéraire de deux bénédiclins ? ; à 15 ou 18 onces modernes, suivant Mabillon ; à 18, suivant Marténe et Jean le Pelletier . Mais, en 372, l'hémine en usage dans l'abbaye de Notre-Dame de Soissons pesait certainement 3 livres carolingiennes, ainsi que le témoigne le diplôme que Charles le Chauve donna, cette même année, en faveur de la même abbaye ?. L'hémine devait alors peser 1 kilogramme 224 millièmes, ou deux livres et demie, c'est-à-dire 40 onces de marc *.


XII. MESURES DE SOLIDITÉ. — 1. Carrum, la charretée ou voiture servant à la mesure du foin. Le carrum contenait probablement 1 000 livres de foin, faisant 408 kilogrammes, et c'était la charge d'une voiture à deux bœufs. Le bois se mesurait aussi par voitures et la carrada consistait aussi, sans doute, dans la quantité de bois que deux bœufs pouvaient trainer. Dans le registre de Prum, le poids d'une carrada de vin est assimilé à celui de 15 modii de froment. La carrada de miel faisait 8 modii suivant deux diplômes de Charles le Chauve de 862 et 872, et devait contenir environ 420 litres de miel.

784 échalas faits de troncs de pin fendus. Il n'est donc pas douteux, conclut Guérard, que le terme carratio ou carritio signifiait ou du bois propre à faire des échalas ou les échalas mêmes. De là, l'expression pedalis de carratione voulait dire une certaine mesure de ces choses et, comme cette mesure, d'après l'usage qu'on en faisait pour le bois à brûler, devait être assez grande, nous donnerons, par conjecture, au pedalis, la valeur de notre double stère dont se compose à peu près la voie de Paris de la demi-corde d'ordinaire.

4. Uncia, l'once était le douzième de la livre ; c'était aussi une espèce de monnaie de compte, et l'on comptait par onces, aussi bien que par livres d'or et d'argent. — 5. Pensa, signifie une part, une ration en général, | dont la mesure reste vague et indéterminée, ou bien désigne une certaine quantité ou plutôt un certain | poids, d'une valeur fixe et précise. H. LECLERCQ.


MÉTAPHRASTE. — Voir Dictionn., t. XI,

col. 419-430, au mot MÉNOLOGE.


MÉTÉOROLOGIE. — Nous avons consacré un paragraphe à ce sujet, en parlant du climat de la

On a observé, à propos de l'appel adressé par la conférence internationale de météorologie, tenue à Innsbruck, en septembre 1905, l'utilité de rechercher dans — les documents historiques des divers pays les renseignements sur les phénomènes météorologiques anormaux, tels que les inondations, les sécheresses, les hivers particulièrement rigoureux. L'étude des lois qui régissent les phénomènes naturels réclame de longues observations et il peut y avoir utilité à rapprocher les observations anciennes, faites sans le secours d'aucun appareil, des observations modernes, scientifiquement recueillies. La météorologie ne s'est élevée à l'état de science qu'au cours du xix* siècle et, même, dans la seconde moitié de Ce. Cependant, il n'est pas impossible de recueillir dans les documents historiques des indications dignes d'attention. L'astronome Leverrier, qui dans sa vieillesse s'occupa beaucoup de météorologie, avait prié les archivistes de recueillir des indications précises sur la marche des phénomènes atmosphériques avant l'établissement des centres d'observation. Quelques-uns, mais en très petit nombre, répondirent à son appel. On pourrait entreprendre cette étude sur des bases plus larges, en dépouillant les chroniques, les vies de saints et tant de récits de l'antiquité et du haut Moyen Âge où se trouvent perdues, parce qu'inutilisées, beaucoup de remarques utiles à grouper.

Un certain nombre d'érudits ont recherché et fait connaître des textes relatifs à l'histoire de la météorologie. En premier, il faut rappeler le Catalogue des observations météorologiques faites en France depuis l'origine jusqu'en 1850, par Alf. Angot, dans les Annales du Bureau central météorologique de France, 3 AG Pi 1595, ce n'est qu'un premier jalon où l'on vise les séries d'observations proprement dites et d'où l'on écarte les renseignements que peuvent fournir les sources indirectes ; de plus, ce n'est que d'une façon exceptionnelle qu'on mentionne ce qui est antérieur à l'an 1600. Il y a donc là un champ à explorer et pour la découverte duquel on n'est pas tout à fait sans guide. Des essais ont été tentés, parfois insuffisants et d'une futilité regrettable, mais qui montrent du moins ce qu'il ne faut pas faire et ce qu'il reste à faire.

En première ligne, il faut faire place aux études embrassant la généralité des phénomènes physiques. Une des plus importantes est celle de L. Duval, Phénomènes météorologiques et variations atmosphériques... observés en Normandie, principalement dans l'Orne, d'après les chroniques locales, les archives du département et des communes, 1073-1854, dans le Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne, 1903. Sécheresses, pluies, orages, glaces, tremblements de terre, acrolithes, tous ces phénomènes arrivent à remplir 160 pages et ce n'est là que « les résultats d'une exploration sommaire ». On peut rappeler encore Duchaussoy, Météorologie du département de la Somme, in-8°, Amiens, 1892, qui contient des renseignements sur des phénomènes nettement définis. Célestin Port s'est borné à faire connaître ses recherches sur les inondations, l'hiver, et les tremblements de terre en Anjou, recherches sont orientées de préférence vers le froid. Gabriel Peignot publia à Dijon, en 1821, un Essai chronologique sur les hivers les plus rigoureux depuis 396 avant Jésus-Christ jusqu'en 1820. Dans cet ordre de recherches, les monographies offrent parfois beaucoup d'intérêt, mais elles s'appliquent à des phénomènes relativement récents et se groupent autour du fameux hiver de 1709. Il en est de même de la plupart des autres études qui ne s'intéressent qu'exceptionnellement à l'été et aux chaleurs de la canicule. H. Omont, La chaleur à Paris en 1473, dans Bull. de la Soc. d'hist.

Les phénomènes physiques, orages, tempêtes, ont peu retenu l'attention ; nous ne pouvons citer que Rottée, Statistique des orages à grêle, des tempêtes, bourrasques, trombes et ouragans qui ont éclaté sur le territoire formant le département de l'Oise depuis la fin du XIIe jusqu'à nos jours, in-18, Clermont, 1867. Les tremblements de terre ont trouvé plus de curiosité avec Al. Perrey, Mémoire sur les tremblements de terre ressentis en France, en Belgique et en Hollande, depuis le IVe de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours, dans Mémoires couronnés par l'Académie des sciences de Bruxelles, t. xvin, 1845, et Cél. Port, Les tremblements de terre dans le département de Maine-et-Loire, VIe-1799, dans Annuaire statistique de Maine-et-Loire, 1858, p. XXXII-XXXVI.

Somme toute, le secours prêté à l'histoire par la météorologie se réduit, pour les temps que nous étudions dans le Dictionnaire, à fort peu de chose : quelques répertoires généraux et déjà anciens, des articles d'une inexpérience touchante, des communications sans portée, enfin quelques dissertations utiles, mais trop rares et consacrées, pour la plupart, à des temps rapprochés. Un travail préliminaire s'impose, le dépouillement de toutes les sources narratives, entrepris au point de vue des phénomènes météorologiques. Dans les périodes du haut Moyen Âge, la plupart des chroniques renferment des mentions de ce genre. Trop souvent même, au gré des historiens, Grégoire de Tours, Hinemar, les annalistes de Saint-Vaast, de Fulde, de Xanten, interrompent le récit des événements politiques ou religieux pour parler de la pluie ou du beau temps, pour énumérer de prétendus prodiges. Il faudrait extraire tout cela, lui donner sa date, sa localisation, comparer les mentions identiques ou parallèles contenues dans d'autres sources.

Cette rapide esquisse des sources de la météorologie suffit à laisser entrevoir l'importance de ce domaine, en même temps qu'elle découvre l'insuffisance des publications existantes, qui ne se réfèrent jamais qu'à un petit nombre de textes lardifs. Ce n'est pas la publication d'une série de fiches, recueillies au hasard des découvertes et ramenées à l'ordre topographique ou chronologique, qui suppléera à l'instrument qui nous manque. C'est par des dépouillements méthodiques et aussi complets que possible. En outre, il ne suffit pas de cataloguer les observations, il faut entourer chacune d'elles, chaque fois que c'est faisable, de tout ce qui peut servir à la situer dans l'espace et dans le temps, à mesurer son importance et ses répercussions dans l'ordre économique.

Ici, comme partout, la critique a sa place nécessaire, car, par leur ambiguïté et leur imprécision, les textes du haut Moyen Âge sont particulièrement susceptibles d'induire en erreur. Une lettre de Sidoine Apollinaire, une homélie de saint Avit ont longtemps fait croire à la persistance des phénomènes volcaniques dans la France centrale et spécialement dans le Vivarais, jusqu'à la fin du Ve de notre ère. Il a fallu la critique pénétrante de M. Salomon Reinach et les études géologiques de M. Marcellin Boule pour réduire à néant cette légende.


MÉTIERS. — Voir Dictionn., au mot PROFESSIONS.


MÉTROPOLE. — I. Titre et fonctions. II. Expansion en Gaule.

I. TITRE ET FONCTIONS. — Le titre de métropolitain fut le premier qu'on ajouta à celui d'évêque, comme étant le plus clair pour désigner l'évêque de la ville principale d'une province dans l'ordre administratif ; car la métropole civile jouissait, comme la métropole ecclésiastique, d'honneurs et de privilèges. Dès le temps des apôtres et pendant les siècles qui suivirent, l'Evangile fut annoncé dans les villes les plus importantes d'où il rayonna sur des centres de population plus chétifs ; nous n'avons pas à faire ici la démonstration de ce fait qu'on pourrait vérifier dans un nombre considérable d'articles de ce Dictionnaire. De même, les épîtres de saint Paul sont adressées à des communautés implantées dans des villes non médiocres, et l'Apocalypse de saint Jean interpelle directement les évêques de cités populeuses. Le concile d'Antioche donne le nom de « métropolitain » au premier évêque de chaque province ; can. 9 : Per singulas provincias episcopos convenit nosse eum qui in metropoli præest episcopum. Le concile d'Elvire, can. 58, lui attribue la principale autorité pour délivrer les lettres de communion, et le concile de Laodicée, can. 12, désigne le métropolitain pour exercer la présidence dans les élections épiscopales. Le concile de Nicée confirme tous les pouvoirs des métropolitains, leur attribue ce nom et ne nomme aucun titre d'une dignité supérieure, même quand il s'agit des évêques de Rome, d'Alexandrie, d'Antioche, etc.

Le canon 6 du concile de Nicée confirme à l'évêque d'Alexandrie le pouvoir d'ordonner tous les évêques d'Égypte, de la Libye et de la Pentapole ; l'évêque d'Antioche est confirmé pour l'Orient dans un droit semblable et l'évêque de Rome se trouvait dans la possession d'ordonner tous les évêques de l'Italie et des îles voisines ; en sorte qu'on peut soutenir que ces trois grands évêques étaient comme les métropolitains de l'Église primitive. C'est ce qu'on peut soutenir en expliquant la signification de ce canon 1.

Comme les métropoles ecclésiastiques étaient ordinairement les mêmes que les métropoles civiles pour des raisons qui ont été exposées (voir Dictionn., t. IV, à DIVISIONS ADMINISTRATIVES), et cela dans toutes les provinces de l'empire, excepté celles d'Afrique, il arrivait que, si l'empereur partageait une province en deux, le premier évêque de la seconde province et de la nouvelle métropole civile prétendait aussi avoir été élevé au rang des métropolitains. Cette prétention avait quelque fondement, si on s'en rapportait à l'ancienne législation qui avait bien prévu que chaque province aurait son métropolitain, qu'elle tiendrait son concile provincial et userait pour cela des commodités qu'il y a pour se rendre, pour ces sortes d'affaires, de partout à la métropole d'une province ; c'est ce que dit le canon 9 du concile d'Antioche : Episcopos qui sunt in unaqua que provincia scire oportet, episcopum qui præest metropoli, etiam curam suscipere totius provinciæ. Eo quod in metropolim undequaque concurrunt omnes qui habent negotia. Unde visum est quo que eum honore præcedere ; reliquos autem episcopos nihil magni momenti aggredi sine ipso, ut vult, qui ab initio obtinuit, Patrum canon. Toutefois, l'Église maintint, quand elle put, les anciens métropolitains dans toute l'étendue de leur première juridiction, sans avoir égard aux nouveaux partages introduits dans les provinces civiles. Elle avait eu l'occasion de voir à quelles entreprises ceci pouvait conduire. Désireux d'affaiblir l'autorité de saint Basile, l'empereur Valens n'avait trouvé rien de mieux que de diviser la province de Cappadoce en deux, en sorte que l'évêque de Césarée de Cappadoce s'était vu instantanément amoindri de la moitié, qui passait sous l'autorité de l’évêque de Tyanes, nouveau métropolitain. Le pape Innocent Ier désapprouvait formellement ces innovations et il écrivait à l'évêque d'Antioche que, nonobstant les modifications ordonnées par l'empereur, les Églises devaient conserver leur ancienne disposition.

Le concile de Chalcédoine eut à prendre parti et le fit avec vigueur ; il cassa la métropole de Béryte érigée par Théodose le Jeune, et déclara qu'il ne pouvait y avoir qu'un métropolitain dans une province entière. Il fallut sans doute y mettre beaucoup de ménagements, mais enfin les Pères du concile prononcèrent que Sacralissimo orbis domino placuit, non juxta sacras litteras aut pragmalticos typos res sanctissimorum episcoporum procedere, sed juxta regulas a sanctis Patribus datas.

En Occident, et notamment en France, on n'eut point recours à l'autorité impériale ou royale pour ériger de nouvelles métropoles. Le concile de Turin déclara que celle des deux villes d'Arles et de Vienne qu'on prouverait être la métropole civile serait aussi la métropole ecclésiastique, mais toutes ces contestations sur les métropoles furent toujours décidées par les conciles ou par les papes, sans que les empereurs s'en mêlassent.


II. EXPANSION EN GAULE. — Dans la question métropolitaine, l'Orient et l'Occident ne marchent pas à pareille allure. En Orient, l'évêque de la cité métropole exerce des droits bien définis par les conciles de Nicée et d'Antioche en 325 et 341. La division administrative de Dioclétien est adoptée et ratifiée par le concile de Constantinople qui soumet les métropolitains des diocèses de Thrace, de Pont et d'Asie à l'exarque, c'est-à-dire à l'évêque de la résidence du vicaire impérial. À la fin du IVe, les patriarches d'Alexandrie et d'Antioche et celui de Constantinople forment une sorte de rang intermédiaire entre le pontife romain et le reste de la hiérarchie épiscopale. Or, à cette époque, on ne signale en Gaule rien d'analogue.

En Orient, la législation s'efforce d'affermir l'autorité des métropolitains. Les canons et les constitutions apostoliques consacrent cette autorité. Le canon 6 de Nicée, en ne paraissant confirmer la situation privilégiée que des trois grands patriarches, avait affermi effectivement les droits et les pouvoirs de tous les métropolitains sans exception. Le concile d'Antioche renouvela les prescriptions du canon dit apostolique défendant aux évêques de rien faire d'important et d'extraordinaire dans toutes les affaires de conséquence. Ce même concile d'Antioche interdit à tout évêque et à tout ecclésiastique de se rendre à la cour impériale sans le consentement écrit du métropolitain et de ses suffragants.

En Occident, le concile d'Elvire, tenu vers l'an 300, semble croire qu'il existe partout des métropolitains, mais ces quelques prélats, confinés in angulo Hispanis, sont assez peu renseignés sur ce qui dépasse leur province (voir ELVIRE). Ce n'est pas avant le début du Ve qu'on entrevoit les métropolitains en Gaule. Le concile de Turin, tenu entre 400 et 417, reçoit une consultation des évêques des Gaules sur le point de savoir si c'est l'évêque d'Arles ou l'évêque de Vienne qui doit exercer dans la Viennoise les fonctions de métropolitain. Le même concile est saisi de la question de savoir si l'évêque Proculus de Marseille peut célébrer des ordinations dans la Ile Narbonnaise, dont Aix est la métropole civile. Évidemment, on se trouve ici en présence d'une organisation provinciale encore embryonnaire. Le concile décida que le différend entre Arles et Vienne serait tranché en faveur de la cité qui établirait sa qualité de métropole civile : definitum est ut qui ex eis approbaverit suam civitatem esse metropolim, is totius provinciæ honorem primatus obtineat *. C'était soumettre l'Église gauloise à la règle admise en Orient.

Au Ve, la règle observée en Orient avant même le concile de Nicée, et qui accorde dans chaque province civile la préséance à l’évêque de la métropole, est appliquée aussi en Gaule. Le pape Boniface, en 422, rappelle à Hilaire de Narbonne les prescriptions de Nicée, à savoir que per unam quamque provinciam jus metropolitanos singulos habere debere nec cuiquam duas esse subjectas. Nous avons déjà traité ce sujet avec détail dans le Dictionnaire, t. VI, col. 395-457, “comme on pourra s'en rendre compte par les titres suivants ; Métropole et primatie d'Arles (col. 395-402) ; déclin de la primatie d'Arles (col. 402-403) ; la métropole de Tours aux prises avec les évêchés bretons (col. 412-414) ; la papauté et l'Église franque (col. 453-440) ; métropolitains en Gaule au IVe et au Ve (col. 410-443) ; avertissements illusoires des conciles (col. 443-444) ; disparition des synodes provinciaux (col. 444-447) ; projet de réforme de l'Église franque (col. 449-453) ; échec de saint Boniface (col. 453-455) ; l'archevêque des Gaules (col. 455-456) ; rétablissement des métropoles (col. 456-457).

« Réserve faite des anomalies qu'entraînèrent, soit la situation exceptionnelle de l'évêque d'Arles, soit l'exiguïté de certaines provinces civiles qui ne parvinrent peut-être jamais à l'autonomie ecclésiastique, la carte de la Gaule ecclésiastique est celle de la Gaule administrative des derniers temps de l'empire romain.

La Notitia provinciarum nous donne à peu près exactement, pour le Ve, la liste des provinces ecclésiastiques et des sièges épiscopaux attribués à chaque métropole religieuse.

« Établie en Gaule, comme ailleurs, sur le modèle de l'administration romaine, mais à une époque où l'empire était déjà battu en brèche, l'organisation ecclésiastique n'eut pas le temps de s'affermir et de se développer sous le couvert de la paix romaine. Les évêques d'Arles, malgré leur qualité intermittente de vicaires du pontife romain, ne réussirent pas à grouper autour de leur siège l'épiscopat des Gaules. L'institution métropolitaine elle-même, au temps de l'invasion, n'avait pas assez vécu pour reposer sur de fortes traditions. Calquée sur une circonscription civile dont les limites conventionnelles disparaissaient avec les fonctionnaires qui les avaient tracées, la province ecclésiastique ne pouvait subsister qu'en vertu de règles purement ecclésiastiques, et à condition que des besoins impérieux rendent son maintien indispensable.

« Ces règles existaient. Formulées dans les canons des conciles orientaux, elles sont, dans une certaine mesure, observées en Gaule depuis le début du Ve. Elles décident que la surveillance des élections épiscopales et le sacre de l'élu appartiennent au métropolitain de la province '. Il visite les évêques ° et les convoque au synode provincial . Le concile de la province s'assemblera deux fois l'an , il pourra réformer en appel les sentences rendues par les évêques 5 et sera saisi des causes qui les concernent *. Les évêques délibèrent sur toutes les affaires qui intéressent l'ensemble de la province. Sans l'assentiment du métropolitain, ils ne peuvent rien décider qui ne concerne exclusivement leur diocèse, et le métropolitain, de son côté, ne doit prendre que de concert avec eux les décisions qui intéressent la province tout entière 7. Les évêques ne doivent pas s'éloigner de la province, sans s'être munis


MÉTROPOLE — METZ

190 de lettres délivrées par le métropolitain . Les règles exigent la conservation des anciens cadres, qu'elles proclament invariables ; une décrétale d'Innocent Ier décide que le droit ecclésiastique ne reconnaîtra pas les démembrements des provinces . Mais ces ordonnances sont faites pour des temps calmes et en vue de l'unité romaine. Elles n'ont pas prévu l'écroulement de tout l'édifice administratif, les partages et les remaniements dus aux hasards des conquêtes et des héritages, le lien de sujétion personnelle de l'évêque au roi barbare. Dans ces conditions nouvelles, la sévérité des règles en rend l'application plus difficile. Souvent séparés sous un maître ombrageux de leur métropole, les évêques se passeront d'elle, d'autant plus aisément , qu'ils sentent moins le besoin de son appui.

Le métropolitain n'a jamais exercé à l'époque romaine un pouvoir personnel et autonome. Il ne possède pas, dans la hiérarchie ecclésiastique, un rang supérieur à celui des autres évêques. En toutes circonstances, nous le voyons, au Ve, se concerter avec ses collègues et agir en union avec eux, non pas en son nom propre, ni en vertu d'une autorité distincte de la leur. Le même canon, qui défend aux évêques de se séparer du métropolitain interdit à celui-ci de rien faire sans leur participation !. En Gaule, l'institution trop récente ne fonctionne encore qu'imparfaitement : il s'en faut que le métropolitain exerce pleinement les quelques prérogatives personnelles que lui reconnaissent les canons. Aussi la métropole n'est devenue en aucune manière un centre religieux, autour duquel puissent se serrer les évêques dans le désarroi qui suit la chute de l'empire et l'établissement des Germains. La province ecclésiastique subsistera à l'époque mérovingienne, mais l'attache sera faible, l'action du métropolitain peu sensible. »

H. LECLERCQ.


METZ. — I. Origines. II. La conquête. III. L'organisation. IV. Les enceintes antiques. V. Institutions et usages. VI. Le christianisme. VII. Apostolicité de l'Église de Metz. VIII. Légende de saint Clément. IX. Légende de saint Patient. X. Comparaison des légendes. XI. Légende de saint Autor et de saint Livier. XII. Légende du duc Hervis. XIII. La liste épiscopale révélée par un ange. XIV. Liste épiscopale. XV. Les églises de Metz. XVI. La cathédrale : 1. Avant le VIIe ; 2. Du VIIIe au XIXe. XVII. Églises stationnaires avant 850. XVIII. Les églises de Metz avant l'an mil. XIX. La visite de Charlemagne. XX. Situation de l'Église de Metz. XXI. Les laus latines. XXII. Les laus grecques. XIII. Le chant romain à Metz. XXIV. Manuscrits liturgiques. XXV. Ivoires de Metz. XXVI. Charte de Metz. XXVII. Épigraphie. XXVIII. Sculpture méplate. XXIX. Statuette équestre de Charlemagne. XXX. Le sarcophage de Louis le Débonnaire. XXXI. Anneau dit de saint Arnould. XXXII. Calice de saint Chrodegand. XXXIII. Bibliographie.

791 la valeur d'une indication, car c'était le terme consacré pour désigner un lieu fortifié en vue d'une résistance prolongée par les armes. Dés lors, un oppidum présentait généralement des obstacles naturels, tels que escarpements et cours d'eau. Ce fut le cas à Metz, située sur des collines abruptes resserrées par le confluent de deux rivières. Vers quelle époque eut lieu la première installation ? Aucun indice, aucun vestige ne permet de le dire.

La ville gauloise de Metz n'a pas d'histoire, les péripéties qui la mirent entre les mains des Romains ne sont pas mieux connues. César ne prononce pas une seule fois, dans ses Commentaires, le nom de Divodurum ; quant aux Mediomatrici, il nous dit que leur territoire s'étendait jusqu'au Rhin et que ce peuple répondit à l'appel de Vercingétorix ! et lui envoya un contingent. Un texte de Tacite nous apprend que, un siècle après la conquête des Gaules, les Mediomatrici jouissaient, dans l'empire, de la condition d'alliés . Ceci permet de penser qu'après avoir pris part à la lutte ils ne s'y étaient pas obstinés en voyant l'issue inévitable. Divodurum et la contrée environnante passèrent alors de la barbarie gauloise à la civilisation romaine ; l'antique oppidum devint civitas, il y perdit peu à peu son nom, mais ce ne fut pas tout de suite. Au IVe, Ammien Marcellin emploie encore la forme Mediomatrici qui avait graduellement remplacé Divodurum, puis ce fut, au début du Ve, la forme Mettis dans la Notitia provinciarum et c'est de là qu'est sorti le nom de Metz.


II. LA CONQUÊTE. — Comment Metz devint galloromain, c'est ce que nous pouvons seulement pressentir ; nous savons, toutefois, que la conquête romaine s'y distingua de ce qu'elle s'était montrée ailleurs par un caractère de modération. On ne vit pas une population indigène déracinée et une population étrangère implantée par la violence. Le pays vit peu de colons, point de garnisons et seulement de rares fonctionnaires, Peut-être que la distance où on se trouvait de Rome et celle où on se trouvait du Rhin conseillèrent des méthodes qui n'avaient pas été partout en honneur. Cependant, cette modération porta ses fruits, la population se montra favorable et même curieuse d'évolution vers la langue et la civilisation de ses vainqueurs. Cette population était douce dans ses mœurs, assez laborieuse, dans un pays et sur un sol qui ne donne rien qu'on ne le lui arrache, elle n'avait pas eu à soutenir de longues guerres contre Rome dans le passé et elle se soumettait sans répugnance au vainqueur. Celui-ci, heureusement inspiré, sut s'interdire de froisser un esprit particulariste toujours en éveil ; il le ménagea et, ainsi, le désarma. Le peuple de la Ier Belgique, composé de Trévires (Trèves), de Leuques (Toul) et de Médiomatriciens (Metz) fit mieux que se résigner, il s'habitua à la domination romaine qui lui apportait des avantages appréciables.

On s'est montré parfois surpris et un peu scandalisé que les populations gauloises se soient résignées si facilement à subir la perte de leur indépendance et la domination romaine. Sans aucun doute, la notion et, ne craignons pas de dire, la vertu du patriotisme était alors moins exaspérée, peut-être aussi moins vigilante qu'elle ne l'est devenue de nos jours ; mais ceux qui consentaient si volontiers à subir l'autorité étrangère lui devaient presque instantanément le bienfait d'une paix profonde succédant aux discordes civiles, aux violences, aux guerres incessantes, aux invasions réitérées. L'homme, en quel que pays et à quel que époque qu'on le prenne, se laissera toujours séduire par les avantages de la paix, de la sécurité, de la prospérité. La violence et la gloire ont leurs partisans, mais la multitude leur préfère la douceur de vivre, et ce fut là toute la raison du phénomène qui s'accomplit au Ier siècle de notre ère et transforma les Belges de la Moselle en Gallo-Romains.

Le changement ne s'opéra point instantanément, « car, jusqu'à l'an 70, le pays ne jouit que d'une tranquillité intermittente. Mais les Trévires, plus que les Médiomatriciens, se montraient impatients ; toutefois, ces derniers préféraient Néron à Galba qui, devenu empereur, sut s'en souvenir. Les Belges se soulevèrent et firent appel aux légions de Germanie, qui se révoltèrent et proclamèrent empereur leur légat Vitellius. - Un des lieutenants de celui-ci, Valens, gagna l'Italie par la vallée de la Moselle. Arrivés à Metz, ses soldats, pris d'une sorte de fureur, se jetèrent sur les habitants, qui leur avaient fait le meilleur accueil, et en égorgèrent quatre mille.

Pendant près de deux siècles, de 70 à 257, le pays des Médiomatriciens jouit d'une paix profonde. En 257 commence, pour la vallée de la Moselle, une période troublée par des révoltes militaires, des tentatives séparatistes, des invasions.


III. L'ORGANISATION. — César avait conquis la Gaule, Auguste l'organisa. Dans le Nord, il créa une province de Belgique et, quant aux territoires qui bordaient le Rhin, il en fit deux provinces désignées sous les noms de Germanie supérieure et Germanie inférieure. Celle-ci fut, dès l'origine, une province impériale gouvernée par un légat prétorien, investi de larges pouvoirs, mais n'ayant pas de troupes sous ses ordres. Il n'y avait que peu de changements par rapport aux territoires. Trévires, Leuques et Médiomatriciens formèrent chacun une civitas. Les Médiomatriciens remonteraient pour eux cet avantage à l'an 70. A l’origine, les civitates, qui étaient réputées alliées ou libres, ne payaient pas à Rome le tribut dont s'acquittaient les autres villes ; elles avaient le droit de battre monnaie, et les gouverneurs romains avaient à leur égard des attributions plus limitées. Ces privilèges allèrent en diminuant et même disparurent tout à fait ; en l'an 21, Tibère soumit les cités libres au tribut. Finalement, il n'exista plus aucune différence entre la situation des cités libres et alliées et celle des cités tributaires.

Les territoires des civitas, notamment celui des Médiomatriciens, continuèrent, sous la domination romaine, à être divisés en pagi, en urbes, en vici. Nous ne connaissons les noms de pagi que pour la civitas des Trévires ; toutefois nous serions porté à croire que le territoire de Verdun, qui ne fut élevé au rang de cité que vers la fin du IVe, avait dû, à l'origine, être un simple pagus de la cité des Médiomatriciens.

Trèves était appelée à une haute fortune politique, future résidence du préfet du prétoire et de l'empereur ; Metz atteignit son plus haut degré de prospérité avant les invasions du XIe. Depuis le commencement du XXe, on a persévérément fouillé son sol et agrandi son étendue, on a même retrouvé plusieurs de ses anciens monuments : un vaste amphithéâtre, de la fin du Ier siècle ou du début du IIe de notre ère, des thermes, une piscine, un nymphée ; l'eau était amenée de Gorze à Metz par un aqueduc long de 23 kilomètres. La ville se divisait en rici urbains ou quartiers ; nous connaissons deux d'entre eux, le vicus Honoris et le vicus Pacis, qui tiraient leurs noms de temples élevés l'un à l'Honneur, l'autre à la Paix. Les principaux vici ruraux ou bourgs de la cité des Médiomatriciens étaient Verodunum (Verdun), Scarpona (Sarrebourg) qui, contrairement à une opinion très répandue, ne se rattachait pas à la cité des Leuques ; Vicus Boletius (Vic), Marosalium (Marsal) ; Ad Duodecimum (Delme ou Dieuze) ; Decempagi (Tarquimpol) ; Pons Saravi (Sarrebourg) et le vicus (au nom inconnu) Salnerie, tout près de Port-Sainte-Avoie et Woyezineuf, droit à l'église de Saint-Martin et à la chapelle du Pré ; et ainsi se paroit la vieille cité. Et afin que chacun sache et connaisse comment icelle noble cité fut premièrement faite et de noble gens construite et fondée, comme je l'ai mis à l'acomencement de ce présent livre, là où j'ai parlé de la fondation d'icelle, bien se trouva en cherchant les fondements des dictes quatre maisons ; car alors fut cherché si profond que l'on trouva le fond, et encore en aulcuns lieux fut cavé qui s'élevait sur le Hérapel !.


IV. LES ENCEINTES ANTIQUES. — Voici une partie du sujet de ce travail où il serait, croyons-nous, malaisé et peut-être imprudent de se substituer à un technicien que nous nous bornerons à citer ou à résumer.

1. Enceinte de l'époque préromaine. — L'oppidum gaulois, connu sous le nom de Divodurum, qui servit de berceau à la ville actuelle de Metz, fut du type « éperon barré », déjà en usage aux temps préhistoriques *. » Il était constitué par un réduit formé d'une colline dont le point culminant est occupé actuellement par la place Sainte-Croix, qui se trouvait protégée sur trois côtés par des escarpements, et sur le quatrième par une muraille enveloppante décrivant une courbe dont le sommet passait place Saint-Jacques. Une sorte de petit camp retranché, le refuge, s'étendait en arrière, protégé sur ses flancs par la Seille et la Moselle et, à une sorte d'isthme, par un mur de barrage jalonné plus tard à ses extrémités par les tours Camoullle et d'Enfer.

L'oppidum fut sans doute amélioré dans la suite sous les Celtes et les Celtes-Belges. Son enceinte livra passage à la voie du Sud par une ouverture pratiquée dans le mur de barrage qui devint la porte de Scarponne, ensuite Scarponnaise, Serpennoise, et un autre passage à la voie du Nord par une brèche qui devint Porte-Muzelle, d'où elle descendait par une pente rapide sur la Seille qu'elle franchissait. L'enceinte dut également s'ouvrir vers l'Est, dès que la baisse des eaux le permit, dès que purent s'établir des communications vers la Sarre et le Rhin moyen : ce fut l'origine de la porte à Seille, Porte-Saillis. Laquelle on lit le nom de cet empereur , mais il faut dire que son texte est un des plus controversés. M. Lalance y voit la mention d'Aurélien, M. Grenier et M. Camille Jullian préfèrent, à l'Aurelius du Corpus, Antonin Caracalla .

Quoi qu'il en soit, l'enceinte de Metz, élevée au Ier siècle, nous est connue grâce aux vestiges qui ont été retrouvés et à un long passage de la Chronique de Philippe de Vigneulles, à l'année 1513 :

« En ces meismes jours avint ung inconvenient en Mets de quaitre maisons qui cheurent de fond en comble en la haulte-Salneris, dessus le mur et assés près des retraits des Cordelliers, lesquels estoient faictes et fondées dessus les vieux murs de la vieille cité : par quoi ladicte rue s'appelle Dessus le mur, et ainsi il se trouva ; car en faisant les fondations d'icelles maisons, l'on trouva iceulx viez murs qui se acomencoient depuis la rivière de Mézelle, en montant à mont devers le grenier de la ville, en tirant à porte Mezelle droit en ce lieu dessus le mur et en descendant plus bais que iceulx fondemens. Par quoy fut trouvé, comme j'ai dit devant, la grant magnificence de cette édification et première fondation ; car dessoubs iceulx fondemens furent trouvées de grosses pierres de taille, plattes et carrées, esquelles y avoit figures et imaiges d'hommes et de femmes, eslevées et entaillées, et estoient leurs corsaiges et facon avec leurs habits de diverse sorte et maitière, et portoient par figure les plusieurs d'icelles imaiges, aulc une chose en leurs mains de diverse forme et semblance. Et avec ce, tout autour d'icelles imaiges estoient plusieurs anciennes lettres romaines escriptes, lesquelles nul ne povoient lire pour leur ancienneté, el n'y avoit causy homme qui sceust entendre que icelles lettres voulloient dire ne signifier. Et estoient icelles grosses pierres carrées mises et essentes l'une aprés l'aultre, tout du plat, sans mortier tout du long par dessoubz iceulx fondemens, en maniere de brossement ; et estoient toutes les devant dictes imaiges ainsi figurées és pierres, comme dit est, tournées ce que dessus, dessoubz ; c'est assavoir la face et le visaige couvre la terre, et puis estoient les murs fondés dessus. Mais d'icelles imaiges, en furent la pluspart prinses et levées, et mises et empées et emmurées és murs des dictes maisons, pardevant, comme encor aujour d'hui se montre. Et fut alors veu que par dessoubz les aultres maisons, tout ainsi que se contenoit ladicte vieille muraille et cloison de la vieille cité, et tout au long, sont et reposent paireil les imaiges et figures de diverses sortes. Et qui cercheroit, l'on les trouveroit, comme il se monstre en Anglemur, là où plusieurs ont été trouvées qui sont empées et essutes en ce lieu en la muraille de la ville. » De cette description, qui n'est pas des plus claires, il ressort néanmoins qu'à la suite d’un éboulement, on put constater l'existence d'une enceinte romaine ayant été construite sur l'emplacement d'une enceinte plus ancienne avec des matériaux de remploi, des membres d'architecture (fig. 8018). Le tracé de cette enceinte allait de la Moselle à la Seille, en passant par la Haute-Saunerie, tracé qui correspond aux rues Boucherie Saint-Georges, du Paradis et Saunerie, et qui est indiscutable pour ces deux dernières, mais qui n'est exact pour la première qu'en ce qui concerne l'enceinte romaine. M. J. Lalance fait remarquer avec raison que le chroniqueur de 1513 décrit une enceinte dont la plus grande partie avait disparu depuis des siècles. De la Saunerie, où sont encore les restes des vieux murs, le tracé traversait, suivant lui, le quartier qu'il appelle « Woyezineuf », nom défiguré sous lequel on reconnait les deux mots « vieux et neufs » appliqués à des états de changeurs au XIIe, mais en réalité suivait la ligne à laquelle se sont appuyées les Arca des * de la place Saint-Louis, ancienne halle des marchands, puis, de là, gagnait le mur barrant l'éperon, par le point où s'est élevée l'église Saint-Martin et, plus loin, a été construite la chapelle du Pré.

Tout ce front était protégé par la Seille, dont le niveau recouvrait une partie des terrains de la place Saint-Simplice, du Champ à Seille (casernes Coislin), quartier du Neufbourg. Le mur de barrage fut sans doute remanié et renforcé à cette époque, d'où la présence qui y a été constatée de débris architecturaux, et une partie, en retour, longea la Moselle jusqu'à la pointe d'un promontoire dont l'eau venait battre le pied. Au delà du promontoire dit de « Haute-Pierre », le terrain s'abaissait, se couvrait d'eau, formait un weit jusqu'à une autre avancée dite « Pierre-Hardie » qui fut utilisée pour la construction d'un amphithéâtre de moindres dimensions que celui des bords de la Echelle MN Jug ^

Nord, livrant passage à la voie de Trèves, se nommait « Porte-Muselle », et cependant la voie première vers cette ville se dirigeait vers la Seille. La voie de Trèves par Ricciacum et Garanusca ayant été abandonnée, il fallut bien la traverser la Moselle sous la forteresse : de là vint le nom de cette porte, lors que se construisit la voie de Verodunum à Divodurum. Cette voie empruntant le pont Saint-Georges, nommé aussi « Pont-à-Moselle » au XIe, devait être longée par l'enceinte modifiée tout au moins à cette occasion, ce qui a fait dire à Ph. de Vigneulles qu'elle partait de la Moselle. Outre les anciennes portes préromaines, « Porte-Scarponnoise » au Sud, « Porte-Muselle » au Nord, « Porte-Seille » à l'Est, le front de ce côté s'ouvrit d'une porte « Champ à Seille » au bas de la rue du Grand-Seille.

Au fond de la crique s'éleva une muraille formant angle de retour, d'où vint le nom d'Anglemur.

L'enceinte, se reliant au petit amphithéâtre, se continuait par la rue du Blé actuelle, parallèlement à la Moselle, laissant à l'extérieur tous les terrains de la place de Chambre, où se trouvaient les « Roches » et un vivier, puis une rive mal déterminée où devaient peut-être fonctionner déjà des moulins à eau, comme on en trouvera plus tard en cet endroit. Les degrés de Chambre, servant aux spectateurs lors de la représentation des mystères au XIVe, durent bien être formés de cette vieille muraille abattue au XVe, comme une plus loin, dans l'ancienne abbaye de Saint-Pierre, on a mis au jour d'autres vestiges. De ce dernier point, la muraille dut se continuer vers le pont Saint-Georges pour, de là, rejoindre la rue la Boucherie-Saint-Georges et se relier, en la suivant, à l'ancienne porte à Muselle. À ce sujet, les opinions diffèrent ; certains soutiennent que l'ancienne enceinte était rejointe près de la bibliothèque actuelle. M. J. Lalance tient que la porte du Cerf et d'une « porte en Curiis » où s'éleva l'église Saint-Martin ; le front de même s'ouvrit d'une porte en Anglemur sur le weil, que l'on nomma porte des « Boueresses » (lavandières) et d'une autre, au bas de la rue du Vivier, dite « Porte-aux-chevaux », parce qu'elle débouchait sur un abreuvoir.

On trouve ainsi les sept portes citées dans les légendes de Metz, dont trois seulement destinées aux grandes communications vers les quatre points cardinaux, comme l'indique Sigebert de Gembloux dans son Éloge de Metz, écrit vers 1070 :

A la vérité, on ne trouve que trois portes justifiant la pensée de Sigebert, mais l'une d'elles ouvrait la voie à deux directions, le Nord et l'Ouest ; et l'on comprend que le poète n'ait pas jugé à propos de consigner ce détail qu'il n'ignorait pas.

V. [INSTITUTIONS ET USAGES, — Le développement de l'influence romaine se fait sentir dans le pays, mais 796. 797 nous ne sommes pas en mesure d'en marquer partout le détail. Sur l'alimentation et sur la culture et l'exploitation de la vigne nous n'avons rien. Au sujet du vêtement, nous voyons que les habitants des deux Germanies continuèrent, pendant les deux premiers siècles de la domination romaine, à porter les vêtements de leurs ancêtres, ils se sont fait représenter sur leurs pierres tombales revêtus du sagum. Mais ici, comme presque partout, l'édit de Caracalla entraîna des conséquences : les provinciaux adoptèrent la toge, renonçant aux colliers et aux bracelets qui devinrent l'apanage des seules femmes.

Les habitants de la vallée de la Moselle adoptèrent l'usage romain des bains, ils bâtirent des thermes vastes et commodes, des salles de bains, des nymphées ; l'aqueduc qui amenait à Metz l'eau de Gorze aboutissait à un établissement de bains. Nous ignorons à peu près tout ce qui se rapporte aux habitations urbaines de cette époque dans la région qui nous occupe ; nous connaissons mieux les habitations rurales. Jusqu'au IIIe, la partie la plus misérable de la population des Médiomatriciens continua d'habiter les marais (mardelles) où avaient logé ses ancêtres aux temps de l'indépendance. On trouve ces pauvres dans des cimetières ; on a retrouvé deux nécropoles près de Metz, une à Scarpone ; avant le XIIe, les gens riches élevaient à leurs proches des monuments funéraires le long des grandes routes, c'était ce qui se pratiquait à Metz, à Soulosse. L'usage d'ensevelir les défunts avec quelques objets qui avaient été à leur usage nous a valu des mobiliers funéraires assez pauvres, notamment à Metz, à Scarpone.

La population continua à parler gaulois jusqu'au IVe, mais on ne peut dire dans quelle proportion ; le latin était devenu de bonne heure la langue officielle, celle de l'administration, de l'armée, des affaires. Les plaisirs étaient ceux des Romains qui ne concevaient pas qu'on pût s'amuser ailleurs que dans un cirque ou dans un amphithéâtre. Partout l'action de Rome se fait sentir, même dans la religion, car le paganisme gréco-romain s'introduira dans les vallées de la Moselle et de la Meuse, mais sans en expulser les divinités indigènes. Plusieurs parmi ces dernières se confondent avec des dieux italiens ou grecs, ils échangent leurs noms, d'autres conservent leur personnalité, mais ce sont là des choses qui vont achever de mourir.


VI. LE CHRISTIANISME. — « Avec le renouvellement des institutions et la transformation des mœurs, la période gallo-romaine voit s'accomplir, au sein de la cité, un changement plus notable que tous les autres : Metz devient chrétienne. Ce grand fait, non moins considérable que celui de la soumission aux Romains, est, comme lui et à un plus haut degré peut-être encore, enveloppé d'obscurité à son origine. En effet, si l'on ignore comment Metz a été occupée par les Romains, on sait du moins, à quelques années près, quand cet événement a dû s'accomplir ; mais pour ce qui regarde la conversion du peuple messin au christianisme, pour ce qui est de la constitution de son Église surtout, c'est presque par siècles qu'on est réduit à évaluer approximativement les dates ; et, tandis que quelques-uns font remonter au temps même des apôtres les premières prédications de l'Évangile à Metz, d'autres, dont l'opinion est digne de toute considération, les font descendre au milieu du Ve et même au commencement du IVe seulement. Selon toute probabilité, à Metz, comme à peu près partout, la première œuvre de prosélytisme a dû être secrète ou, du moins, peu connue ; elle a nécessairement précédé d'un temps plus ou moins long la formation positive d'une société chrétienne et son affirmation par la constitution d'une Église. De là vient la difficulté de fixer les détails de ces faits. Les origines de l'Église de Metz sont donc enveloppées d'obscurité ; les circonstances qui les ont accompagnées sont inconnues et leur date est incertaine.

Ainsi qu'il arrive souvent, là où l'histoire fait défaut, la légende se propose de suppléer à l'ignorance de ceux qui ne veulent pas se résoudre à ne pas savoir. La légende a trouvé à Metz un terrain si favorable qu'elle a pullulé. On aurait tort de lui refuser toute attention. Si elle ne peut rien nous apprendre touchant l'objet qu'elle choisit, elle nous révèle assez souvent les préoccupations et les intérêts des hommes qui l'ont introduite, de ceux qui l'ont acclimatée et, pour tout dire, exploitée. À défaut d'un témoignage sur l'époque dont elle parle, elle nous en apporte un sur l'époque où elle fut mise en circulation, et ceci n'est pas absolument négligeable. Assurément, personne ne songe à demander un renseignement topographique ou iconique aux « Noces de Cana » de Paul Véronèse touchant Kefr Kenna, le Sauveur, sa mère et les rites d'un repas nuptial juif, mais on peut y trouver des particularités sur les vêtements et le luxe somptuaire au XVIe en Italie ; à défaut d'autre chose, ceci peut être utile.


VII. APOSTOLICITÉ DE L'ÉGLISE DE METZ. — Vers la première moitié du XVe, le clergé et les fidèles de Metz tenaient pour chose certaine que saint Pierre avait envoyé dans leur ville un de ses disciples nommé Clément, lequel arriva de Rome entre les années 40 et 50, flanqué d'un prêtre, Céleste, et d'un diacre, Félix, qui reçurent sa succession. À eux trois, ces saintes gens occupèrent le siège épiscopal pendant quatre-vingts ans, ce qui nous conduit aux environs de l'an 120 ou 130. Soit imprévoyance, soit impossibilité ou pour toute autre raison, Félix disparut sans avoir pourvu à son remplacement et, comme il faut penser que les sujets aptes à y suffire étaient plus que rares, on dut avoir recours à saint Jean l'Évangéliste qui, du lieu de sa retraite, en Asie Mineure, envoya un évêque nommé Patient. Il faut croire que, décidément, le clergé local offrait peu de ressources, car après la mort de Patient on en fut réduit à faire venir de Grèce les évêques de Metz jusqu'à la paix de l'Église. Comme leurs prédécesseurs, ils ne laissèrent que leur nom, et la modestie de leurs successeurs fut semblable jusqu'au VIe où, pour la première fois, un d'eux, Hesperius, apparait au concile d'Auvergne, en 535.

Le premier historien de l'Église de Metz, Meurisse, qui écrivait en 1634, ne peut s'éviter un scrupule. Comment, se demande-t-il, les trois premiers évêques ont-ils pu gouverner cette Église jusque vers l'an 120 au moins et recevoir un successeur des mains de saint Jean l'Évangéliste, mort depuis un quart De environ ? Meurisse n'essaie pas de trouver une explication, pas plus d'ailleurs que lorsqu'il rencontre saint M Autor, treizième évêque de Metz siégeant au concile de Cologne, en 346, et occupant encore son siège un siècle plus tard, au temps d'Attila, ce qui est assurément un record d'épiscopat. Meurisse s'était dérobé, les bollandistes l'imitérent. En 1613, ils rencontraient dans leur tome 1 du mois de Janvier la vie de saint Patient et, afin de se donner le loisir de la réflexion nécessaire à l'établissement de la chronologie, renvoyaient la solution au moment où ils traiteraient de saint Clément, c'est-à-dire au mois de novembre, lequel paraîtra suivant toute vraisemblance, dans un demi-siècle environ, et Aug. Prost se disait en manière de consolation que « si la question n'était pas vidée, elle était au moins posée ; il était dès lors admis qu'il pouvait y en avoir une ; c'était déjà beaucoup ». Sans plus attendre, vers 1665, le P. Le Cointe soutint que l’évêque Hesperius, qui siégea à Clermont au concile de 535, est le premier évêque de Metz qui puisse revendiquer une date certaine. C'était assurément un grand pas de fait, on voulut mieux faire et au XVIIe, en 1713, parut le nouveau Rituel Metense auctoritate H. C. du G. Camboul de Coislin, episcopi Metensis... edidum, précédé d'un Monitum ad pastores, ouvrage de M. Brayer, archidiacre et grand vicaire de Metz, touchant la liste épiscopale. D'après lui : vix aliquid certi de eorum serie, lempore, vita statui polest ante sanctum Arnulphum, ce qui nous retardait jusqu'au commencement du VIIe. Non content de laisser tous les premiers évêques dans une pénombre fort inquiétante, le grand vicaire supprime le 6e et le 20e évêque, Victor II et Fronimus qu'il retranche des catalogues, et il transpose trois autres évêques, le 19e, le 21e et le 22e : Romanus, Grammatius et Agathimber. La chronologie n'est pas traitée avec moins de vigueur ; les actes de Victor Ier le font assister au concile de Cologne en 346 et Hespérius au concile de Clermont en 535, comme ils sont respectivement le 5e et le 18e évêque de Metz, il s'ensuit que saint Clément doit descendre du Ier siècle à la fin du Xe ou même un peu plus tard.

801 METZ a02 l'avis duquel il finit par se ranger au moins sur la question de la date de l'épiscopat de saint Clément !. Abrité derrière l'autorité de Launoy et de Tillemont, il adopte leurs conclusions sous cette forme circonspecte : « Tout ce que nous savons de saint Clément, c'est que nous le croyons fondateur de l'Église de Metz. » Il se garde bien d'écrire une date, qui, en tout cas, devrait être postérieure à celle où l'Église de Lyon entre dans l'histoire (177). D'ailleurs, la première date est l'année 535 pour l'évêque Hespérius. Croyant ainsi avoir assez fait pour se mettre en règle avec la critique, le P. Benoit consent à placer l'évêque Autor en 451, au temps d'Attila, et cela fait, il loge les onze prédécesseurs d'Autor à partir de saint Clément entre la fin du IIIe ou le début du IVe et 451. J Dom Calmet, en 1728, admet un premier évêque ayant nom Clément, mais il se refuse à croire à sa mission apostolique ; pour saint Patient, il n'y voit qu'une fable et il place le 5e évêque, Victor Ier, à l'époque des conciles de Cologne et de Sardique. Dès lors, saint Clément aura pu, selon lui, occuper le siège de Metz vers le milieu du Ve ?.

Le terrain paraissait, dés lors, suffisamment affermi pour que les bollandistes risquassent d'y poser un pied. Rencontrant dans le tome VI du mois d'août des Acta sanctorum le 10e évêque de Metz, saint Adelphe, ils font leur cette remarque de dom Calmet que les anciens catalogues de l'Église de Metz ont étendu la durée de l'épiscopat des premiers évêques, afin d'atteindre l'époque de saint Pierre qu'il fallait faire contemporain de saint Clément , Les arguments exposés par dom Calmet et le prestige qui entoure son nom ont pu contribuer à faire accepter son point de vue qu'on trouve adopté par dom Cajot (1760) , ensuite par dom Tabouillot et dom Jean Francois (1769) * avec une tendance bien marquée à retarder l'épiscopat de saint Clément jusqu'au commencement du IVe. Leur chronologie adopte désormais, pour l'épiscopat de Victor Ier, le concile de Sardique, pour celui d'Autor l'invasion d'Attila, pour celui d'Hespérius la période de 525 à 542.

Au XIXe, l'abbé Clouet range la mission de Patient au nombre des fables, retarde celle de Clément jusqu'à la fin du Ve et fait siéger Victor Ier, 5e évêque de Metz, au concile de Cologne en 346. On pourrait encore citer Aug. Digot (1856) et plusieurs autres en faveur de la thèse historique que n'ont pu ébranler les partisans de l'opinion légendaire, Chaussier ë (1847) et V. Chatelain ° (1904), auxquels L. Duchesne donnait le coup de grâce en 1915 ™.


VIII. LÉGENDE DE SAINT CLÉMENT. — Elle nous a été conservée dans l'histoire des premiers évêques de Metz par Paul Diacre, écrite à la fin du VIIIe et interpolée au XIe ; omise par le petit cartulaire de Saint-Arnould composé à la fin du Xe et par la chronique des évêques de Metz rédigée au XIIe, elle a trouvé un meilleur accueil dans un mystère de saint Clément du XVe et dans la Chronique de Philippe de Vigneulles.

Le récit de Paul Diacre contient une première version qui a été interpolée, tenons-nous en à l'œuvre primitive.

Après la résurrection du Sauveur, les apôtres gagnent chacun le lieu qui leur a été assigné par lui. Saint Pierre s'établit à Rome d'où il expédie ses disciples dans les grandes villes de l'Occident. Metz reçoit un évêque consacré par lui, nommé Clément, et les autres villes, non moins bien partagées, reçoivent chacune leur missionnaire. Clément s'installe dans la banlieue de Metz, dans les souterrains de l'amphithéâtre, il y construit un oratoire, consacre un autel à saint Pierre, prêche, fait des conversions et, désormais, aucun serpent n'a pu demeurer dans ces parages.

Il est presque superflu de faire observer que l'amphithéâtre de Metz, bâti, au plus tôt, dans le courant du IIe, ne pouvait, vers l'an 50 au plus tard, être suffisamment abandonné pour que des gens de passage s'installent dans ses ruines et se servent de celles-ci pour bâtir une église qui serait bien assurément une nouveauté à cette date, comme aussi la dédicace d'un autel à saint Pierre, du vivant de l'apôtre. Tout cela, néanmoins, s'est concrétisé et, comme l’amphithéâtre romain était situé au sud de la ville, dans le lieu où se trouve l'ouvrage du Pâté, près de la porte Saint-Thiébault, on éleva au Moyen Âge, sur cet emplacement, une église qui prit le nom de Saint-Pierre-aux-Arènes ou Saint-Pierre-aux-Champs ++.

Les Messins se convertissent en masse, se font baptiser per aquam et Spiritum Sanctum et sont guéris. À partir de ce jour jusqu'à celui où il lui sera donné de jouir de la vision béatifique (domini deorum cernere visionem), saint Clément progresse dans la voie des vertus. Il se met à construire des églises, une dédiée à saint Pierre, un baptistère en l'honneur de saint Jean-Baptiste qui, longtemps après, deviendra un monastère, une autre église encore avec une crypte et une fontaine, destinée à recevoir son tombeau. Les eaux de la fontaine avaient alors la vertu, perdue depuis, de guérir les fidèles de tous les maux ; près de cette fontaine, saint Clément avait consacré un autel à saint Pierre. L'auteur de l'interpolation prend grand soin de recommander de croire à ces miracles et à d'autres en quantité presque innombrable, quoi que les témoignages n'en aient pas été conservés. C'est qu'à diverses reprises, Dieu, pour châtier les peuples, permit aux barbares d'exterminer les hommes, de saccager les églises et de ne pas épargner les livres qui contenaient la vie de saint Clément et de beaucoup d'autres saints.

On a dit plus haut que le petit cartulaire de Saint-Arnould, dont certaines parties peuvent remonter au Xe ou au XIe, écarte la légende de saint Clément, de même le texte latin du XIIe de la chronique des évêques, Cependant, dans le petit cartulaire on lit, à propos de saint Clément, une notion étrangère aux versions primitives de la légende. Clément, avant d'être l'apôtre des Messins, aurait vécu à Rome, en qualité de consul et de patrice. Des documents ultérieurs font de lui Flavius Clemens, sénateur, oncle du pape saint Clément Romain.

De ceci il n'est pas question dans le Liber de episc. Melttens. de Paul Diacre, qui se contente de montrer dans Clément un homme éminent et d'un mérite éprouvé. La première idée se montre dans le catalogue épiscopal du petit cartulaire qui parait être de la fin du Xe, on y lit ces mots : sanctus Clemens qui fuit consul et patricius Romanorum. Les Gesta episc. Mettens. ajoutent que Clément de Metz était l'oncle de saint Clément de Rome ; et ce n'est qu'au XIVe, dans la compilation de Jacques de Guyse, que l'évêque Clément y prend le nom de Flavius, est qualifié consul, et c'est là, dit Jacques de Guyse, un emprunt qu'il fait aux actes de saint Clément (er Gestis sancti Clemenlis). Quels sont ces Gesta dans lesquels Jacques de Guyse a puisé ? On ne les a pas retrouvés, croyons-nous, et il ne faudra pas trop y croire, Jacques étant assez en fonds de lui-même pour embellir ses récits.

La chronique rimée donne à Clément le nom de Flavius, le fait noble et sénateur ; la chronique française des évêques de Metz le montre comme « principal conseiller des Romains et des plus nobles de Rome et du sang des empereurs », en outre, oncle du pape, son homonyme ; tout cela se retrouve dans le mystère du XVe et dans la Chronique de Philippe de Vigneulles.

Cette troisième version de la légende de saint Clément nous apprend que, pendant son séjour à Rome, l'apôtre Pierre y convertit le sénateur Flavius Clemens et le charge d'évangéliser la Gaule-Belgique. Celui-ci part avec dix autres évêques qui s'en vont occuper les sièges épiscopaux d'autant de villes de la Gaule. Clément, avec Céleste et Félix, gagne les environs de Metz et s'arrête dans la forêt de Gorze. Clément lève la main et arrête court une meute qui se précipite sur un cerf réfugié près de lui. Les veneurs surviennent, racontent le prodige à leur maître, le roi Orius, à qui l'empereur Octavien a donné le gouvernement de Metz. Le lendemain, nouvelle chasse, le même cerf est relancé de nouveau et se réfugie encore près de Clément qui, mis en présence du roi, lui annonce sa mission, mais le roi lui conseille de s'adresser directement aux Messins. Clément le fait et prêche l'Évangile au sommet de la montagne de Sainte-Croix.

Là-dessus, la fille du roi meurt subitement, les parents prient Clément de la ressusciter ; il la ressuscite, alors le roi, la reine et le peuple se font baptiser. Le roi invite Clément à délivrer la ville d'un serpent redoutable, aussitôt Clément se rend à l’amphithéâtre, ligote le serpent avec son étole et l'entraine, avec tous les autres serpents, jusqu'à la rivière. Clément bâtit des églises : Saint-Pierre-le-Vieux, dont il fait la première cathédrale, au centre de la ville, au lieudit le Four-du-Cloitre ; il bâtit encore, non loin de là, l'église Saint-Étienne qui deviendra, dans la suite, la cathédrale ; dans l’amphithéâtre il bâtit une église à Saint-Pierre, à qui l'apôtre concède les mêmes indulgences qu'on accorde au pélerinage de Rome. Enfin, dans le quartier « des Basiliques », Clément construit le baptistère Saint-Jean et, finalement, une église consacrée à Saint-Pierre et une crypte où il veut être enseveli, près d'une fontaine, en un lieu où s'élèvera longtemps après un monastère portant son nom.

Cette troisième version, adoptée par la chronique rimée et par la chronique de Philippe de Vigneulles, reçoit, dans le mystère du XVe, d'importants développements. Ce sont, notamment, un intermède entre un vilain et sa femme, un autre entre un messager et les ouvriers. Le mystère se garde bien de rien omettre qui puisse servir aux contrastes qui aident au succès. Flavius Clemens, ardent persécuteur aux ordres de Néron, se convertit, reçoit le baptême, et saint Pierre lui confère l'épiscopat. Sur ces entrefaites, les Messins, tourmentés par un serpent, ont envoyé un messager porteur de leurs plaintes à saint Pierre qui leur envoie Clément. On part et, le long du chemin, Clément baptise le chapelain d'Élégie avec sa femme et ses sergents. Là-dessus, un de ses compagnons de route, Materne, vient à mourir ; Clément le ressuscite en le touchant avec le bâton de saint Pierre. Puis le cerf de Gorze, la colère du roi Orius, sa conversion, son baptême, les constructions d'églises déjà rapportées et la mort de Clément prédite par lui-même, Une scène de diablerie où les anges finissent par arracher aux démons l'âme de Clément, les funérailles, des miracles, et les feuillets manquants à la fin des manuscrits permettent de supposer qu'on y assistait à l'entrée de saint Clément dans le paradis.

À la place de la narration primitive nous avons maintenant une série d'incidents, dans lesquels il n'y a rien à retenir ; mais ce qui est plus grave, c'est que les données primitives de la version de Paul Diacre et de celle de l'interpolateur sont profondément altérées, En effet, dans ces premières versions, trois fondations seulement sont attribuées à saint Clément, et toutes les trois, en dehors de la cité, dans le quartier des Arènes. C'est d'abord une église dédiée à saint Pierre sur l'emplacement de l'amphithéâtre, non loin de là un baptistère sous le vocable de saint Jean-Baptiste, enfin, à peu de distance, un sanctuaire consacré également à saint Pierre et que remplacerait un jour le monastère de saint Clément.

Dans la troisième version on fait remonter à saint Clément l'origine de la cathédrale et même de l'oratoire qui supplantera cette cathédrale et, comme on ne veut rien perdre du récit de Paul Diacre, on fait élever une basilique à saint Pierre par saint Clément : c'est la petite église Saint-Pierre-le-Vieux, qui dépendait du cloître de la cathédrale.

Ce n'est qu'après ces premières fondations dans l'intérieur de la ville qu'on mentionne celles du dehors, les seules cependant qui puissent se réclamer de l'attestation de Paul Diacre et de son interpolateur.

Cependant, la vieille tradition qui attribuait à Saint-Pierre-aux-Arénes la primauté signalée par Paul Diacre ne pouvait être oubliée, car elle était relatée sur une inscription que Philippe de Vigneulles lisait encore au XVIe sur le portail de cette église et recueillie à l'abbaye Saint-Clément où Meurisse l'a trouvée au XVIIe et qu'il transcrit ainsi :

L'auteur de la chronique rimée, lui aussi, l'avait vue en place. Cette inscription confirme le récit de Paul Diacre que, suivant la tradition, Saint-Pierre-aux-Arénes serait le sanctuaire primitif construit à Metz par saint Clément. L'inscription et la première version de la légende, parfaitement d'accord sur ce point, étaient devant les yeux des rédacteurs de la deuxième version, Cependant, ceux-ci n'ont pas été arrêtés par des témoignages si formels, dans la composition du thème tout différent qu'ils voulaient accréditer ; ils pouvaient y croire intéressé l'honneur du groupe d'églises qui, dans l'intérieur de la ville, était de leur temps en possession du siège épiscopal. C'est à ces procédés hardis que sont dues, pour la plupart, les fables qui, aujourd'hui encore, sont données parfois pour la vérité !


IX. LÉGENDE DE SAINT PATIENT. — Contrairement à ce qui a eu lieu pour la légende de saint Clément, celle de saint Patient a été exclue par Paul Diacre et par son interpolateur ; au contraire, elle a été admise par le petit cartulaire de Saint-Arnould et par la chronique des évêques, ainsi que par Philippe de Vigneulles.

Le petit cartulaire réunit les deux premières versions de la légende, l’une plus simple et qui, pour cette raison, paraît plus ancienne ; toutefois, la seconde version conserve certains traits caractéristiques de la première, à côté desquels ceux qui lui appartiennent spécialement ont l'air d'interpolations.

Dans la première version, Patient est orné de toutes les vertus, mais refuse d'abord de se séparer de son maître, Jean l'Évangéliste. Puis il se soumet, à la condition qu'on lui laissera emporter une relique corporelle de l'apôtre qui s'enlève une dent et la donne à son disciple. « Prends, lui dit-il, ce gage de l'amour que je te porte. Sache maintenant que, par une grâce spéciale de Dieu, lors que tu approcheras de la cité de Metz, à laquelle tu es destiné, tu recevras le don de parler la langue de son peuple. Consacré et béni par saint Jean, Patient s'éloigne avec la dent. A Metz, il devient pasteur, il élève une basilique au midi de la ville et y dépose la dent avec douze parcelles de vêtements des apôtres et d'autres reliques. Après avoir établi des clercs et bien travaillé, il meurt au temps d'Antonin et d'Hadrien, sous le pontificat de Hygin.

Dans la seconde version, Patient est un Grec noble et riche, converti par saint Jean à qui il s'attache, qu'il accompagne dans diverses circonstances, miracles, supplice de l'huile bouillante, et de qui il reçoit un écrit servant à l'éclaircissement du dogme de l'unité de substance du Père et du Verbe. Pendant que, sous Domitien, Jean est prisonnier à Rome, saint Pierre lui apparait et lui annonce la pénurie d'évêques dans la Belgique ; en conséquence, il lui confie l'Église de Metz et désigne Patient pour s'y rendre. Patient veut bien, si on lui donne une relique. Jean porte la main à la bouche, en retire une dent qu'il donne à Patient avec un évangile. Patient et ses compagnons traversent l'Illyrie, l'Adriatique, entrent en Gaule et se mettent à parler gaulois. A l'arrivée à Metz, accueil enthousiaste du clergé et du peuple. Vite Patient commence la construction d'une église dédiée à saint Jean, laquelle dura jusqu'à l'invasion des Huns ; il y réunit un collège de clercs, destiné à servir Dieu, la Vierge et saint Jean, en priant pour la rémission des péchés de tous et pour celle de ses propres fautes.

Il est visible que, dans cette seconde version, on s'est préoccupé de ménager les susceptibilités romaines et saint Jean n'a plus été, dans toute l'affaire, qu'une sorte de vicaire de saint Pierre, mais on ne s'est pas aperçu que, si saint Jean et Patient reçoivent à Rome les ordres de saint Pierre, on ne voit pas comment Patient aura pu traverser l'Illyrie et l'Adriatique pour se rendre en Gaule.

La troisième version ? n'ajoute rien d'important à ce qui se lit dans les deux premières qui sont plus anciennes, puisqu'elle procède d'elles et s'emploie à les mettre d'accord.

La seconde version, dans le petit cartulaire de Saint-Arnould, est accompagnée d'une légende de saint Jean l'Évangéliste qui est relégué à Pathmos, d'où, après la mort de Domitien, il vient réoccuper son siège épiscopal d'Éphèse. Dans l'autre document du petit cartulaire, saint Jean est amené à Rome et jeté dans l'huile bouillante d'où il sort indemne. Le contraste de ces deux traditions est aussi marqué que celui qui sépare, dans quelques-uns de leurs détails, les deux versions de la légende de saint Patient, transcrites toutes les deux dans le même recueil.

La conservation de la légende de saint Patient, parmi les monuments de l'abbaye de Saint-Arnould, dans le petit cartulaire, s'explique par le rôle attribué à Patient dans la fondation de l'abbaye. En réalité, elle lui était très postérieure, mais elle était installée dans la basilique de Saint-Jean, dont la construction lui était attribuée. Cette basilique de Saint-Jean-l'Évangéliste porta successivement les vocables des Saints-Apôtres et de Saint-Arnould ; elle continuait à travers ces avatars à passer pour l'œuvre de saint Patient, en l'honneur et du vivant de saint Jean. Elle avait été instituée par son fondateur comme église mère, et plusieurs évêques y siégèrent avant la construction de Saint-Étienne ; chaque année, on y célébrait la bénédiction des palmes. Elle avait des colonnes de marbre et passait pour magnifique. Les Huns y mirent le feu, mais elle fut relevée, agrandie, illustrée par d'imposantes sépultures de ducs, de comtes, de barons, enrichie par les descendants de saint Arnould dont le corps y était conservé. Ses privilèges étaient importants et nombreux, elle en jouit longtemps, et pouvait exhiber toute une série de diplômes et de chartes, dans lesquels on voyait défiler des papes, des empereurs, des rois, des princes où figurent naturellement les noms de Clovis, de Chilpéric, de Dagobert, de Pépin le Bref et de Charlemagne.

On voit que, d’après les affirmations contenues dans le petit cartulaire, ce n'étaient pas les traditions et les illustrations qui faisaient défaut à l'histoire du monastère de Saint-Arnould sur les premiers temps de son histoire ; on pourrait même trouver qu'il en avait trop. Ces traditions ne sont d'ailleurs pas absolument négligeables et peuvent être retenues en ce qu'elles nous apprennent sur la condition de la basilique comme église mère de la province, en possession du siège épiscopal de Metz jusqu'au moment où celui-ci fut transféré à Saint-Étienne.

X. COMPARAISON DES LÉGENDES. — Si on rapproche les deux légendes dont nous venons de donner l'analyse et la critique, on remarquera que la légende de saint Clément donne la plus haute ancienneté, à Metz, à l'église Saint-Pierre-aux-Arénes et que la légende de saint Patient réclame les hommages pour la basilique Saint-Jean ; en tout cas, elles s'accordent à refuser la plus haute ancienneté à l'église Saint-Étienne qui a joui de la primauté à une date postérieure.

La légende de saint Clément ne fait même pas mention de cette église Saint-Étienne, pas plus dans Paul Diacre au VIe que dans son interpolation au xi^ ; il faut attendre la forme la plus altérée de la légende, aux xv et xvi siècles pour rencontrer la mention de l'érection de cette église par saint Clément, mais après la construction préalable d'un autre sanctuaire consacré sous le nom de Saint-Pierre, dans l'intérieur de la ville, au lieu-dit le Four-du-Cloître. L'église ainsi désignée est celle de Saint-Pierre-le-Vieux qui a subsisté jusqu'en 1754 près de la cathédrale. L'indication qui la concerne, quelle qu'en soit la valeur, a au moins le mérite de respecter, dans son point essentiel, la tradition suivant laquelle saint Clément aurait dédié à saint Pierre sa première fondation. Les versions diverses de la légende de saint Clément diffèrent sur ce point que la dernière donne à l'église Saint-Pierre-le-Vieux, située au centre de la ville, le rôle que les deux premières donnent à Saint-Pierre-aux-Arénes, construite en dehors de la ville, dans les souterrains de l'amphithéâtre, conformément aux anciens récits recueillis dès le VIe par Paul Diacre. Le caractère de première église n'est, en aucun cas, donné à celle de Saint-Étienne dans la légende de saint Clément, non plus que dans celle de saint Patient.

L'accord de ces deux légendes sur le fait de la translation tardive de la chaire épiscopale à Saint-Étienne est digne d'attention. A Metz, comme presque partout, la première prise de possession du sol par le christianisme se fit à la périphérie de l'agglomération ; ici ce fut dans la région sud, qui prit dans la suite le nom de quartier des Basiliques, ad Basilicas.

La fondation de la première église au dehors de la ville est un fait sur lequel les deux légendes s'accordent ; accord qu'il faut prendre d'autant plus soin de marquer que, sur d'autres points, elles sont en opposition, et même en contradiction. Tandis que Clément institue à Metz le culte de saint Pierre, encore vivant, dans l'église qu'il lui bâtit, saint Patient institue à Metz le culte de saint Jean, encore vivant, dans l'église qu'il lui bâtit ; la rivalité s'accuse évidente, et on voit les deux légendes recevant le dépôt de notions distinctes et manifestement contradictoires sur le siège primitif du christianisme naissant à Metz.

Est-ce bien de contradiction qu'il s'agit ? Ne peut-on réunir ces notions, au lieu de les opposer ? D'abord saint Clément, envoyé par saint Pierre, fonde une église dédiée à ce dernier ; ensuite saint Patient, envoyé par saint Jean, fonde une église dédiée à ce dernier, laquelle succède à la précédente comme siège de l'épiscopat messin, en attendant le tour de Saint-Étienne. Rien ne s'opposerait à ce qu'on adoptât cette belle ordonnance régulière, si elle s'autorisait de textes authentiques et de notions historiques ; malheureusement, elle ne peut se réclamer que de notions purement légendaires. De plus, ces documents, loin de se rejoindre et de se compléter, prétendent bien s'exclure, ce qu'ils ne manquent pas de faire dans les recueils où on les rencontre. Celui qui se rapporte à saint Clément et à ses fondations figure seul, en effet, dans l'œuvre de Paul Diacre, d'où est exclu celui qui regarde saint Patient, et ce dernier appartient spécialement au petit cartulaire de Saint-Arnould, lequel passe l'autre sous silence. Bien loin d'avoir rien de commun, ces documents paraissent consacrés, chacun de son côté, à la conservation de notions distinctes et à l'exposition de conceptions animées d'un esprit tout différent ; ils sont, en un mot, comme on l'a dit, essentiellement étrangers l'un à l'autre.

Les notions relatives à Saint-Pierre-aux-Arénes et à Saint-Jean-l'Évangéliste offrent l'expression de deux opinions différentes sur les origines monumentales et historiques de l'Église de Metz et rattachent ces origines l'une à saint Pierre, l'autre à saint Jean, l'une à l'Église de Rome, l'autre aux Églises grecques d'Asie Mineure. Il y a lieu d'ajouter à ce qui précède certaines observations utiles pour faire apprécier leur valeur relative et leur signification.

La notion de primauté assignée à l'église Saint-Pierre-aux-Arénes ressort des données de la légende de saint Clément dans sa version la plus ancienne, celle de Paul Diacre, et aussi de l'inscription qui était gravée au-dessus de la porte de l'église. Cette inscription marque très clairement l'idée qu'on se faisait à Metz de la primauté originaire de l'église Saint-Pierre-aux-Arénes, à l'époque où elle fut composée. Malheureusement, cette époque nous est inconnue ; il faut donc en revenir au témoignage de Paul Diacre. Mais, même ici, il convient de reconnaître que la notion de primauté doit nécessairement remonter à une époque plus ancienne que la fin du VIe, car, dans l'ouvrage de Paul Diacre, écrit à cette date, elle est donnée comme résultant d'une croyance répandue que l'auteur se serait borné à recueillir.

Les notions relatives à la basilique de Saint-Jean-l'Évangéliste étaient conservées à l'abbaye de Saint-Arnould. Elles se rattachaient à un souvenir très précis qui s’y était perpétué, suivant lequel, pendant un certain temps, avant la translation du siège épiscopal à Saint-Étienne, dans le centre de la ville, plusieurs évêques de Metz avaient résidé près de la basilique construite, disait-on, par saint Patient, en l'honneur de saint Jean, et constituée par lui comme église mère de la province. Les documents qui nous fournissent ces notions ne sont pas antérieurs au x* siècle, mais les notions elles-mêmes paraissent beaucoup plus anciennes.

En ce qui regarde les églises Saint-Jean et Saint-Pierre, les documents impliquent, de part et d'autre, des traditions plus anciennes que les dates respectives attachées à ceux-ci. Il faut recourir à d'autres indices que les inscriptions ou les manuscrits pour comparer les notions entre elles et pour se prononcer sur les questions que leur antagonisme soulève, soit d'une manière directe en ce qui regarde le rôle de l'église mère de la province que se disputent et le sanctuaire fondé par l'envoyé de saint Pierre et la basilique érigée par le disciple de saint Jean, soit d'une manière indirecte touchant l'origine romaine ou grecque de l'Église de Metz, et mieux encore touchant les opinions qui ont pu régner anciennement sur ce sujet dans le sein de celle-ci.

Suivant les apparences, la notion favorable à la primauté de l'église Saint-Jean s'est formulée avant celle qui concerne la primauté de l'église Saint-Pierre. On s'expliquerait difficilement que l'opinion de l'origine romaine ait été quel que jour balancée et combattue par l'opinion d'une origine grecque. Si on se rappelle l'analyse que nous avons donnée des états successifs de la légende de saint Patient, on se rappellera aussi les altérations graduels qu'elle a subies dans le sens d'une atténuation de ceux de ses traits qui accusaient le plus nettement le caractère grec de la mission de saint Patient, pour lui donner en quelque sorte des attaches romaines. On mentionne, à cet effet, une intervention de saint Pierre décidant de cette mission.

La première version de la légende n'offre pas trace de cette particularité et la seconde l'introduit dans des conditions qui lui donnent l'apparence d'une interpolation. On doit donc reconnaître, dans cette seconde version, une tendance à édulcorer la signification primitive au profit de la notion nouvelle, qui est d'accord avec les données spéciales de la légende de saint Clément.

Est-ce à dire que Patient, plutôt que Clément, est le fondateur de l'Église de Metz ? Assurément non ! Tout au plus faut-il penser qu'on a cru à Metz aux attaches grecques exprimées par la légende de saint Patient, avant d'accepter les attaches romaines accréditées par la légende de saint Clément. Quant aux personnages de Patient et de Clément, ils échappent, autant l'un que l'autre, à la critique : ils sont en dehors de l'histoire.

Mais ce qui est encore à retenir dans ces légendes où les personnages ne sont que des prétextes à développements, c'est le reflet qu'elles gardent de l'antagonisme qui, d'une manière générale, a existé dans les premiers temps, entre l'influence de l'élément grec et celle de l'élément latin. La preuve de cet antagonisme se trouve dans les altérations que, dès une époque ancienne, on fit subir à la légende de saint Patient, pour atténuer l'opposition qu'elle présentait avec celle de saint Clément, et cela en y introduisant des données relatives à saint Pierre et à Rome qui, dans la première version, lui étaient étrangères.

De ce qui précède, il y a une conclusion à tirer, mais si peu précise qu'on doit se garder de trop appuyer sur elle de peur de la fausser. Les deux légendes nous invitent à admettre le fait, somme toute possible, d'une évangelisation qui n'a laissé aucun vestige documentaire, ni aucune trace monumentale : toutefois, elles nous acheminent vers la pensée que cette évangelisation se manifesta et s'implanta à la périphérie et au midi de la ville, dans le quartier romain des Arènes ou dans celui qui porta, dans la suite, le nom de quartier des Basiliques. Là fut quel que temps le centre du christianisme, non loin de l'église qui aurait été son berceau et qu'on appelait Saint-Pierre-aux-Arénes ; il s’y trouvait par la suite une église dédiée à saint Jean l'Évangéliste et aux saints apôtres, plus tard Saint-Arnould, qui prétendait supplanter Saint-Pierre. Peut-être y réussit-elle pour un temps, car il est incontestable que la basilique Saint-Jean a possédé le siège le plus anciennement connu des évêques de Metz et elle l'a conservé jusqu'au temps où celui-ci fut transféré à l'intérieur de la ville, à l'oratoire Saint-Étienne, destiné à devenir la cathédrale qui, dés lors, n'a plus changé de lieu.

Voilà ce qu'on peut, avec une extrême prudence, retirer des textes légendaires : l'indication d'un site, et c'est déjà beaucoup à nos yeux.

En ce qui concerne la date, c'est une autre affaire. Il va sans dire qu'il n'est pas question des temps apostoliques à propos de saint Pierre et de saint Clément ; cette chronologie est bonne tout au plus pour ceux qui font servir l'histoire à leurs intérêts de clocher ; à propos de saint Jean et de saint Patient, l'anachronisme est d'une telle nature qu'on est dispensé de le discuter. On se demande, dés lors, pour quelles raisons Aug. Prost, après avoir montré le mauvais aloi des légendes dont nous venons de parler, opine que « les premiers missionnaires, dont le souvenir se soit conservé à Metz, semblent avoir appartenu, sinon aux Églises mêmes de l'Asie grecque, au moins à l'Église de Lyon, qui tenait de si près à celles-ci, ou bien à une des communautés chrétiennes qui lui durent leur institution dans diverses parties de la Gaule ». Cette conjecture ne s'appuie sur rien. Après le carnage de l'an 177, l'Église de Lyon n'était guère en mesure d'envoyer des apôtres : nous savons que des fugitifs, Épipode, Alexandre, Marcel, n'allèrent pas bien loin et nous n'avons pas l'ombre d'un indice pour supposer que « l'arrivée de ces missionnaires à Metz a pu avoir lieu, sans qu'il soit possible pourtant de rien préciser à cet égard, dés la fin du 1° siècle, ou peut-être dans le courant du ii* siècle ». Nous avons exposé déjà les raisons qui nous font placer l'évangélisation des Églises de la Gaule aux environs de l'an 250, nous nous y tiendrons.

Nous n'irons pas jusqu'à nier l'existence de quelques chrétiens disséminés dans les villes de la région mosellane dès le ii* siècle de notre ère ; on peut très bien admettre qu'il y ait eu, à Trèves et à Metz, sinon à Toul et à Verdun, des embryons de communautés chrétiennes comprenant quelques dizaines de membres et qui, d'ailleurs, n'ont pas laissé trace de leur existence. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps, ce ne sont pas même des communautés, ce sont des groupes ayant à leur tête un catéchiste pieux et ardent, n'appartenant à aucun degré à la hiérarchie ; ou bien, à supposer que ce soit un diacre (disons que c'est un prêtre), il relevait probablement de l'évêque de Lyon, le seul que la Gaule ait possédé pendant une période assez longue.

À Metz, où Paul Diacre a mis en honneur la thèse de l'apostolicité, cet auteur introduit saint Clément et lui fait établir, dans les cavernes de l'amphithéâtre, son premier oratoire. Le fait peut être exact, mais il est prématuré. Au i* siècle, il n'est pas question d'autre chose que de jeux et de représentations profanes assez déplacées dans le voisinage d'une église, tandis que, vers la seconde moitié du ii siècle, au moment où l'on entoura Metz d'une enceinte fortifiée, l'amphithéâtre étant abandonné et en voie de destruction, rien n'empêchait un homme entreprenant et la petite église qui se rassemblait autour de lui de s'insinuer dans ces ruines, d'y accommoder une église dans les souterrains désormais déserts. Les renseignements que nous donne Paul Diacre, renseignements dont les fouilles récentes ont démontré l'exactitude, apportent la preuve que saint Clément n'a pu être disciple de saint Pierre.


XI. LÉGENDE DE SAINT AUTOR ET DE SAINT LIVIER. — Placée au seuil de la Gaule, Metz se trouvait menacée en première ligne par la barbarie germanique. La barrière dressée sur ce point par l'empire romain résista jusqu'au milieu du iii siècle ; alors les forces assaillantes, renforcées en nombre, trouvèrent devant elles une moindre résistance par suite de l'affaiblissement de l'empire. Dès lors, les agressions se succèdent, les invasions deviennent de plus en plus menaçantes et effectives entre la seconde moitié du iii siècle et la fin du v* siècle de notre ère. Cette période va donner lieu à de nouvelles légendes messines.

Pendant une trentaine d'années (de 234 à 264), les hordes germaines se font de plus en plus pressantes et réitèrent leurs tentatives d'expéditions au-delà du Rhin. En 264, se produit l'invasion conduite par le roi Chrocus (voir Dictionnaire, t. vi, col. 2815-2820) et qui fait l'objet du récit de Grégoire de Tours dans l'Histoire des Francs, 1. I, c. xx-xxxiii). Les barbares pénètrent dans la Gaule, s'y enfoncent jusqu'en Auvergne, descendent la vallée du Rhône jusqu'à Arles, où la mort frappe leur chef. À la fin du iii siècle, une réaction marquée est produite par les victoires d'Aurélien, de Probus et de Maximien. Le iv siècle est l'époque de quelques grandes victoires de Constance Chlore, de Constantin qui séjourne longtemps à Trèves afin de se trouver en mesure d'intervenir au premier danger.

En 357, Julien remporte à Strasbourg une brillante victoire et, en 366, Jovin en remporte une autre à Scarpone.

Au v siècle, les grands mouvements de peuples ne peuvent plus être arrêtés le long du Rhin par une barrière de troupes. En 406, les Vandales traversent la Gaule entière, s'enfoncent en Espagne et en Afrique ; en 451, les Huns ravagent tout le nord de la Gaule jusqu'à la Loire. Ce fut, pour Metz, un siècle particulièrement funeste et dont les désastres sont demeurés fameux, à ce point qu'ils ont donné naissance à des légendes. Celle de saint Autor et de saint Livier conserve la mémoire de la prise et de la destruction de Metz par les barbares. Dans sa forme la plus ancienne, elle fait de cet événement un des épisodes de l'invasion des Huns conduits par Attila au milieu du v siècle, que des versions postérieures font remonter jusqu'au commencement du iv et même jusqu'au iii siècle. La légende de saint Autor et de saint Livier nous est parvenue dans plusieurs versions successives, qui sont insérées dans l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours, l'Histoire des évêques de Metz de Paul Diacre, l'Histoire des évêques de Tongres d'Hériger, le Petit cartulaire de Saint-Arnould, les interpolations de Gilles d'Orval à l'ouvrage d'Hériger, la chronique messine rimée, la chronique française des évêques de Metz, la chronique de Philippe de Vigneulles.

Avant d'exposer les modifications graducales de la légende, voici d'abord les données essentielles de celle-ci.

Les Huns, quittant leur pays, ravagent plusieurs contrées et ensuite la Gaule où ils renversent les villes, pillent les églises, égorgent les prêtres sur les autels, outragent les moines et les clercs. Ainsi qu'il arrive alors et depuis, on n'imagine rien de mieux, pour expliquer ces calamités, que d'y voir la juste vengeance que Dieu tire des crimes des hommes. Les Messins se sont hâtés d'élever une enceinte de murailles autour de leur ville. Cette enceinte n'enferme pas la basilique de Saint-Jean dont les chanoines transportent les trésors et eux-mêmes à l'intérieur de la ville ; ils se réfugient dans l'oratoire de Saint-Étienne, où ils transportent la dent de saint Jean et bien d'autres reliques, en attendant que la tempête se soit éloignée.

L'ordre du ciel avait élevé à l'épiscopat. Son refus avait cédé devant un miracle. Autor enfonça son alène dans le sol d'où jaillit une source médicinale. Mais sa situation n'en était pas améliorée et saint Servais lui annonça les malheurs prochains de la ville. Or, à peine ce saint homme était-il parti que les murailles de Metz s'écroulent. Autor réunit les habitants et leur conseille de confesser leurs péchés et de faire pénitence ; comme on était au samedi saint, il se mit à baptiser tous les enfants.

Les Huns apprennent que Metz a perdu ses murailles, ils reviennent, entrent dans la ville et y mettent le feu qui n'épargne rien, sauf l'oratoire Saint-Étienne. On brûle, on tue, on emmène des prisonniers, parmi lesquels se trouve saint Autor, et on part. En arrivant près de Decempagi, voici toute l'armée des Huns qui devient aveugle. Un peu surpris — on le serait à moins — ils demandent l'explication de cet événement à leurs prisonniers qui répondent que c'est le châtiment de Dieu qui prend la défense de l'évêque Autor. Vite on offre à Autor ce qui lui plaira, il réclame la rédemption des captifs, qu'on lui abandonne et qu'il emmène pendant que les Huns retrouvent la vue et s'éloignent.

Pendant cette invasion des Huns, un certain Livier, chevalier messin, voyant de quelle façon on maltraitait ses concitoyens, se mit à bousculer quelques barbares qui le saisirent et l'emmenèrent jusqu'au village de Marsal qui se trouve au pied d'une colline, et lui tranchèrent la tête (vers les calendes de décembre). Non content de faire jaillir une source au lieu de son supplice, le saint martyr releva sa tête et gravit la colline où il voulait être enterré. Il eut cette satisfaction et elle se prolongea cinq siècles durant ; nombre de pèlerins l'y venaient saluer jusqu'au temps où l'évêque de Metz, Théodoric Ier, fit enlever les reliques et ordonna de les transporter dans l'abbaye de Saint-Vincent, sous les murs de Metz. On gémit, on réclama, l'évêque tint bon et fit enlever le corps, mais il fut assez mal avisé pour le faire déposer dans l'église Saint-Polyeucte, d'où il n'y eut pas moyen de le retirer, et qui devint l'église Saint-Livier.

Voici la version dans sa forme dernière, qui n'est pas celle que Grégoire de Tours a connue. Lui, qui a fréquenté les derniers vieillards témoins de l'invasion d'Attila, ne fait aucune mention de saint Autor ni de saint Livier ; il n'a rien su de l'écroulement des murailles de Metz, mais seulement le sac de la ville par les Huns et la protection de l'oratoire Saint-Étienne. La ruine de Metz eut lieu la veille de Pâques et, de là, les Huns se dirigèrent vers Orléans, à qui son évêque, saint Aignan, et le général Aétius épargnèrent un pareil désastre. Évidemment ce thème est plus simple que l'autre, il est du v siècle. Vers la fin du vi, Paul Diacre, qui connaît l'Histoire de Grégoire de Tours, car il lui emprunte, comme il le dit en propres termes, et il reproduit d'après lui, avec ses expressions mêmes, le récit de la prière adressée par saint Étienne à saint Pierre et à saint Paul en faveur de son oratoire de Metz, sans omettre cette considération, présentée par le saint patron, que la conservation de l'humble édifice donnerait au peuple une grande idée de son crédit dans le ciel. Cependant, Paul Diacre met au compte de Servais de Tongres, lui-même, la révélation miraculeuse de la protection accordée à l'oratoire Saint-Étienne, ce qu'on ne trouve pas dans Grégoire de Tours. C'est encore Paul Diacre qui prend à son compte la responsabilité de rattacher saint Servais aux événements de Metz et qui l'amène dans cette ville à son retour de Rome.

C'est encore Paul Diacre qui introduit le personnage de saint Autor et quelques-unes des particularités qui le concernent. Enfin Paul Diacre est aussi responsable de l'écroulement des murs de la ville et de l'arrêt des barbares à une première attaque, d'où ils vont prendre Scarpone, reviennent sur leurs pas et saccagent Metz où l'oratoire Saint-Étienne se dresse devant eux, inébranlable (eorum oculis velut ingens sazam ac mobilis solida apparebat).

Deux siècles se passent et l'abbé de Lobbes, Hériger (990-1007) écrit une histoire des évêques de Tongres, un peu avant 980, histoire dans laquelle il parle de saint Servais, de saint Autor et du sac de Metz par Attila. Hériger a dû connaître le récit de Paul Diacre auquel il se contente d'ajouter quelques épisodes, notamment il fait venir saint Servais deux fois à Metz. D'abord pour avertir saint Autor de l'approche des Huns et de son projet de se rendre à Rome pour y implorer le secours des apôtres, où Autor a le regret de ne pouvoir l'accompagner. Paul Diacre ne sait rien de cela, mais il est d'accord avec Hériger touchant la vision des apôtres qui annoncent à saint Servais la protection obtenue par saint Étienne pour son oratoire de Metz. Le passage de Servais à Metz à son retour de Rome, l'écroulement des murailles et le sac de la ville ne diffèrent pas dans Paul Diacre et dans Hériger, mais celui-ci ajoute une circonstance surnaturelle, il dresse au-dessus de l'oratoire Saint-Étienne un personnage lumineux qui semble le prendre sous sa garde.

Passons au petit cartulaire de Saint-Arnould, dont les parties les plus anciennes, notamment ce qui concerne saint Autor et saint Livier, peuvent appartenir au x* siècle. Nous trouvons ici une version nouvelle de la légende, version qui paraît contemporaine, ou peu s'en faut, de celle d'Hériger. Cette version du petit cartulaire apporte de nouvelles particularités. La destruction de Metz par les Huns, en 451, se trouve transportée en 329. Le nouveau récit s'étend sur certains détails, tels que le premier passage des barbares qui, arrêtés par les murailles, détruisent ce qui est hors de la ville et la grande basilique Saint-Jean-l'Évangéliste. Cette version introduit un personnage inconnu, l'évêque Valerius, qui est massacré dans la première période de l'attaque et a pour successeur saint Autor. Ici saint Servais ne paraît à Metz qu'à son retour de Rome, et on voit pour la première fois paraître le martyre de saint Livier.

L'évêque Valerius ne figure pas dans les listes épiscopales de Metz et il ne se montre que dans deux des versions de la légende que nous étudions, celle du petit cartulaire et celle de Philippe de Vigneulles. Quant à saint Livier, qui n'a pas d'attestation plus ancienne que le petit cartulaire de Saint-Arnould, le fait de cette tardive apparition peut être en rapport avec le fait de la translation à Metz des reliques du martyr, laquelle aurait eu lieu sous l'épiscopat de Théoderic Ier, dans la première moitié du Xe. Il y a là enfin une présomption de la date de cette partie du petit cartulaire. Ajoutons que, dans la version de notre légende qu'on y trouve, l'épisode de saint Livier est une interpolation, car il y figure au milieu des calendes de décembre et cette date est tout à fait en désaccord avec celle de la veille de Pâques assignée à l'arrivée des Huns devant Metz par les récits primitifs que le petit cartulaire accueille aussi dans la première partie de sa narration.

Au XIe, Gilles d'Orval interpola l'Histoire des évêques de Tongres, d'Hériger, de telle sorte qu'il composa quelque chose comme un ouvrage nouveau. À l'occasion de la visite de saint Servais à Metz, on lui voit accomplir un miracle en raccommodant une table d'autel, brisée par la chute d'une poutre dans l'église Saint-Étienne : il est vrai que les Messins revendiquent ce même miracle pour saint Autor. Gilles adopte les particularités contenues dans les versions antérieures : écroulement des murs, défenseur lumineux juché sur l'oratoire Saint-Étienne ; mais cela ne lui suffit pas, il ajoute de son cru certaines notions historiques provenant évidemment d'une source toute différente. Parmi ces notions, la plus remarquable est celle qui place un intervalle de trois quarts De entre la mort de saint Servais et l'entrée des Huns en Gaule. Maintenant, nous arrivons à la chronique messine rimée, laquelle se rapproche de Paul Diacre, mais à condition d'introduire une date malencontreuse qui reporte la destruction de Metz en 242 ; aucune mention de l'évêque Valerius, ni du martyre de saint Livier.

La chronique des évêques de Metz, dont le texte latin est du XIIe, s'accorde avec Paul Diacre et avec la chronique rimée ; mais, dans sa traduction française, qui appartient au XVe et qui contient quelques additions étrangères, on trouve de nouvelles particularités sur l'évêque Autor, par exemple, la table d'autel raccommodée par miracle. C'est ici aussi qu'on trouve, pour la première fois, des détails sur l'humble origine de saint Autor et sa première profession manuelle.

Au début du XVIe, prend place la chronique de Philippe de Vigneulles qui contient la dernière version de la double légende de saint Autor et de saint Livier, reproduction pure et simple de celle de la chronique française des évêques de Metz, à laquelle vient s'ajouter, à l'occasion de saint Livier, un long passage qui semble n'être que l'analyse d'un roman de chevalerie.

Saint Servais (voir Dictionnaire, t. X, au mot MAESTRICHT) et Attila (voir Dictionnaire, t. VI, au mot HUNS), quoi que rapprochés dans le récit de Grégoire de Tours, ne sont pas contemporains. L'évêque siégeait à Sardique en 343, et était certainement mort en 390 ; le barbare dévastait les Gaules en 451. Nous disons que le texte de Grégoire les rapproche, mais il n'établit pas de lien entre eux. Ce lien, tout légendaire, consistera dans le personnage de saint Autor, mis en relation directe, d'une part, avec Attila ; de l'autre, avec saint Servais ; il résultera encore de l'attribution faite à l'évêque de Tongres de la vision où est d'avance révélée la protection divine accordée à l'oratoire Saint-Étienne, détails étrangers à l'ouvrage écrit au VIe par Grégoire de Tours et qui apparaissent, pour la première fois, à la fin du VIIe seulement, dans l'œuvre de Paul Diacre.

Ainsi, dans Grégoire de Tours, nous avons la juxtaposition de deux légendes tirées des traditions de Metz et de Tongres. L'une (Hist. Franc., II, v) concerne saint Servais et la prémonition à lui donnée des futurs ravages des Huns ; l'autre (Hist. Franc., II, VI-VII) se rapporte au sac de Metz par Attila et à la protection miraculeuse dont jouira l'oratoire Saint-Étienne. Ce qui a pu induire Grégoire à rapprocher ces deux récits, c'est la mention commune de ravages des Huns, mais la chronologie est là qui oblige à maintenir un siècle d'écart entre Servais et Attila.

Une autre preuve de la constitution originaire de ces tableaux distincts en deux légendes différentes, c'est que celui qui concerne saint Servais se montre ailleurs dans des conditions d'isolement qui justifient cette interprétation. C'est la signification d'un passage de Sigebert de Gembloux où, à propos des ravages d'Attila, il est dit que saint Servais prédit ces calamités longtemps à l'avance et même, en prévision de ce qui allait venir, quitta Tongres pour Maëstricht. Qu'on rapproche de ce passage telle interpolation de Gilles d'Orval qui avance qu'un intervalle de soixante-dix ans environ a séparé la mort de saint Servais de l'arrivée d'Attila dans les Gaules ; notion remarquable, d'un caractère éminemment historique, et qui ne saurait avoir été gratuitement inventée par l'écrivain du XIIe, car elle est en contradiction avec le reste de son récit. Les indications de Sigebert et de Gilles se confirment par leur accord. La seconde donne à la première une précision qui la complète et qui permet d'y voir, dans ses termes essentiels, la légende de Tongres ou de saint Servais, isolée de celle de Metz, à laquelle Grégoire de Tours a jugé à propos de l'associer.

La première mention que nous ayons de saint Autor se trouve dans l'histoire de Paul Diacre où elle est associée au récit du sac de Metz par Attila. Paul prend soin de nous dire qu'il suit Grégoire de Tours dont il adopte les expressions et les mêmes, mais il ajoute ce qu'il tient de la tradition messine, recueillie par lui et restée inconnue à Grégoire. Sa source, il nous la fait connaître : ad nostram memoriam ejus miracula pervulgata sunt, c'est donc quelque tradition locale. Cette tradition associe Autor à l'épisode des ravages d'Attila ; on n'a pas de raison de s'inscrire en faux contre elle, car cette tradition est d'autre qualité que la légende qui introduit saint Servais dans le tableau des mêmes faits. La légende est en désaccord formel avec la chronologie, la tradition ne s'y oppose pas.

On a vu la légende de saint Autor et de saint Livier, dont les premiers éléments se laissent entrevoir au VIe chez Grégoire de Tours et qui ne cessent de se développer jusqu'au commencement du XVIe où elle prend place dans la chronique de Philippe de Vigneulles. La notion de la destruction de Metz par les Huns, la protection miraculeuse de l'oratoire Saint-Étienne appartiennent à la version primitive donnée par Grégoire dès le VIe. Saint Servais ne figure pas originairement dans la légende messine, c'est le travail de rédaction qui l'introduit progressivement, et il se peut que l'opération doive s'expliquer ainsi. Saint Servais avait pris une grave décision qui consistait à transférer la résidence épiscopale de Tongres à Maëstricht. Pour faire accepter ce grave changement, on avait eu recours à l'histoire d'une intervention de saint Pierre. A Metz, il s'était agi de transférer le siège épiscopal non d'une ville dans une autre, mais de la banlieue dans la ville, de Saint-Jean à Saint-Étienne, d'une vaste basilique dans un modeste oratoire. Les deux situations offraient des analogies : Grégoire les a rapprochées, ceux qui sont venus après lui ont cru mieux faire en les amalgamant au mépris de la chronologie.

Saint Autor ne paraît pas dans le récit de Grégoire de Tours, on ne l'entrevoit pour la première fois que dans Paul Diacre, qui a pu l'emprunter à une tradition messine ignorée de Grégoire.

L'évêque Valerius n'apparaît que plus tard dans la légende, et encore dans deux versions seulement : mais le petit cartulaire de Saint-Arnould le mentionne dans des passages qui peuvent appartenir à la fin du Xe.

Le martyr Livier se trouve, lui aussi, dans le petit cartulaire ; or, c'est à la fin du Xe, sous l'évêque Théodoric Ier (964-984), qu'eut lieu la translation de ses reliques à Metz, circonstance qui explique comment a pu s'introduire tardivement, à cette date, dans la légende messine, l'épisode relatif à ce personnage !

On voit comment sont entrés dans la légende de la prise de Metz par les barbares les principaux éléments qui la constituent. Il ne faudrait pas croire que ces diverses notions soient des inventions propres au temps où chacune d'elles fait son apparition dans le thème légendaire. Il y a intérêt à saisir le moment où elles y prennent place, mais on ne saurait en conclure qu'elles datent du jour seulement où elles y sont accueillies.

En ce qui concerne le siège de Metz par les barbares, les faits avaient été transmis directement à Grégoire de Tours, selon qu'il nous l'affirme, mais embellis ou enlaidis, comme on voudra, d'épisodes merveilleux fort peu admissibles. Le fait de la destruction de Metz, au milieu du Ve, est confirmé par l'existence, sur quelque point qu'on fouille le sol, sous l'amas des matériaux de toutes sortes accumulés pendant le Moyen Âge, d'une sorte de nappe de débris caractérisée par la présence de traces d'incendie, pierres rougies, terres calcinées, bois charbonneux ; partout on relève la trace du feu qui fut le procédé favori des Huns de 451, comme les pastilles incendiaires des Allemands de 1914 réduisirent en cendres Assche et Dinant, Orchies et Gerbevillers. Les travaux exécutés dans le sous-sol de Metz ont permis des observations irréfutables.

« Au printemps de l'année 1863, dit Aug. Prost, la construction d'un aqueduc fit ouvrir une tranchée profonde dans toute la longueur de la rue Jurue. Ces travaux mirent à découvert, sur une portion notable de leur parcours, des substructions ou fondations à peu près parallèles ou perpendiculaires à la rue Fournirue. Or, la rue Jurue, qui arrive obliquement sur celle-ci, en passant au-dessus de ces substructions, n'est d'accord avec aucune d'elles pour sa direction, c'est-à-dire qu'elle les coupe de biais. N'appartenant donc pas au même système de distribution du quartier, elle n'a pu être tracée qu'après la disparition de celui-ci, après la destruction totale des édifices qui le constituaient et, en quelque sorte, au milieu de leurs ruines abandonnées. D'un autre côté, il faut considérer qu'on se trouve là dans la partie la plus ancienne de la cité, sur le sol même de la ville gauloise qui occupait la montagne resserrée par le confluent des deux rivières ; et la rue Jurue, tout porte à le croire, est elle-même très ancienne. Quoi de plus vraisemblable, pour expliquer ces particularités, qu'une destruction générale suivie d'un abandon prolongé de cette portion au moins de la ville primitive ; et où placer dans les annales de pareils faits, sinon à la date reculée du sac de Metz attribué par la légende aux barbares conduits par Attila ?. » La légende que nous venons d'étudier peut être considérée un peu comme une esquisse historique de la destruction de Metz par les Huns, et cela seul lui assure une grande indulgence. On peut admettre que le fond de l'indication légendaire se rapporte à un événement auquel rien n'empêche d'assigner la date du milieu du V siècle. Au point de vue topographique, la légende fournit quelques indications utiles ; elle mentionne la construction hâtive d'une enceinte, à la nouvelle d'une invasion imminente, ensuite elle parle d'un premier passage des barbares, arrêtés par cette muraille, qui continuent leur chemin puis reviennent sur leurs pas et saccagent la ville, ne respectant que l'oratoire Saint-Étienne qu'ils ne peuvent renverser. Lors de la première attaque, le quartier des Arènes et celui des Basiliques, situés hors de l'enceinte, avaient été saccagés ; avec eux avaient succombé les édifices qui avaient servi de berceau à l'Église de Metz et, dans ce nombre, la basilique de Saint-Jean et des Saints-Apôtres, dont on attribuait la fondation à saint Patient.

Que pouvait être Metz au V siècle ? L'oppidum gaulois, resserré au Nord, à l'Est et à l'Ouest par les deux fleuves, avait, pendant sa période romaine, pris son développement au Midi, vers les quartiers des Arènes et des Basiliques. Lors de l'apparition des Huns, il y avait en cet endroit des faubourgs assez étendus qu'il fallut probablement évacuer, pour se retirer dans l'ancienne ville plus aisée à mettre en état de défense. Les rivières et leurs berges escarpées pouvaient servir de positions défensives, mais, du moment qu'on évacuait les faubourgs, il devenait nécessaire de relever l'enceinte ancienne, à supposer qu'elle ait existé. Si on ne l'improvisa pas, on la renforça, on fit peut-être quelques fossés garnis d'une palissade. Ce qui pouvait avoir l'apparence d'un ouvrage défensif aura paru trop difficile à enlever aux avant-gardes des Huns qui n'insistèrent pas ; mais, après leur passage, ils apprirent ce que valaient ces défenses. Les Huns se heurtèrent aux fortifications qui couvraient le vieux Metz, détruisirent les faubourgs et la basilique Saint-Jean, s'arrêtèrent devant un misérable rempart, puis revinrent à la charge, l'ébranlèrent et détruisirent la ville.

Toutes les versions, depuis le V jusqu'au XVII siècle, s'accordent sur le point de la conservation de l'oratoire Saint-Étienne au milieu de la ville en ruine. Ce sanctuaire s'élevait sur l'emplacement de la cathédrale actuelle, Comment se fait-il que cet oratoire fût épargné ? Probablement parce qu'il était environné d'un mur qui en faisait une sorte de citadelle. Ce n'était, nous dit-on, qu'un oratoire, une simple chapelle, raison de plus pour que ses dimensions restreintes lui aient permis de subsister à l'abri d'une muraille.

La notion du transport du siège épiscopal à Saint-Étienne est celle qui ressort avec le plus de certitude des deux légendes de saint Clément et de saint Patient.

Après la ruine des faubourgs et des basiliques, la population, amoindrie et ruinée, s'estima heureuse de posséder encore cet oratoire et y transporta tout ce qui avait échappé au pillage des basiliques. C'est ainsi que l'invasion d'Attila coïnciderait avec l'introduction du siège épiscopal dans la ville. Cette explication aurait l'avantage de donner une date à peu près certaine à un événement dont l'existence nous est indiquée par les légendes de Clément et de Patient sans autre certitude. Cette date serait le milieu du V siècle, si l'on devait voir, comme le veulent les apparences, un épisode de l'invasion des Gaules par les Huns (451) dans la prise et la destruction de Metz.

Nous ne dirons rien ici du roman de saint Livier qui appartient à une période postérieure et rappelle, par plus d'un trait, les grands poèmes du XIII siècle, Dans la peinture des mœurs, ce roman reproduit les idées, les usages, les préoccupations des X et XI siècles. Il est, pour l'époque de sa composition, postérieur aux croisades dont il conserve le reflet.


XII. LA LÉGENDE DU DUC HERVIS. — Cette légende concerne la défaite et l'expulsion des barbares, elle nous a été conservée par la chronique rimée et par la chronique de Philippe de Vigneulles, mais heureusement des leçons plus anciennes et plus complètes se trouvent dans la geste des Loherains et dans les histoires de Hugues de Toul.

Dans l'abbaye de Saint-Arnould et dans la cathédrale, on a conservé longtemps les tombeaux de Hervis, duc de Metz, et de Garin le Loherain, son fils ; on les y vénérait, quoi que ces deux personnages n'aient jamais existé. Ils ne s'en sont trouvés que plus aptes à rassembler sur leurs têtes glorieuses toutes les prouesses inséparables de la défaite et de l'expulsion des barbares.

La geste des Loherains est la source des deux premières versions de la légende du duc Hervis. C'est dans le prologue de la seconde branche que se trouve la première version, morceau de médiocre étendue, qui ne compte guère que 1 200 vers et qui pourrait être un fragment de quel que ancienne chanson perdue. Elle contient le tableau des victoires du duc de Metz sur les barbares ; les mœurs qu'elle retrace sont celles de l’âge des plus vieilles chansons de geste. Il s'agit donc d'une œuvre mutilée, tandis que la seconde version est complète. Celle-ci forme la première branche de la geste et, composée à une époque où la bourgeoisie messine allait opérer son émancipation et constituer son indépendance, elle traite des défauts des barbares entre le me et le X siècle, avec, en outre, une peinture des mœurs et des usages du peuple de Metz, au XII siècle et au début du XIe.

Le sujet de la geste des Loherains se rapporte aux luttes intestines des temps féodaux, dont elle retrace le détail des mœurs et des usages, tandis que le fond en est presque entièrement imaginaire. Les personnages, de même que les événements, sont pour la plupart à peu près fictifs, c'est assez dire que l'histoire n'a presque rien à en attendre. Toutefois, il se peut que, sous le voile de la fiction, on y trouve le reflet d'événements réels parfaitement connus. Ce serait le cas pour les traits relatifs aux ravages des barbares et à leur expulsion des Gaules, sujet principal de la légende du duc Hervis.

La première version a presque exclusivement pour sujet les défaites essuyées par les barbares expulsés des provinces qu'ils avaient envahies. Hervis est leur vainqueur, sa légende est celle de leur défaite. C'est aux environs de Metz que le duc est tué en repoussant les envahisseurs. Cependant, les faits relatifs à la défaite des barbares dans la légende sont, pour la plupart, étrangers à l'histoire particulière de Metz et des pays qui l'avoisinent, C'est le nord de la France surtout qui en est le théâtre. Ils s'accomplissent presque tous dans un espace compris entre Reims, Soissons et Beauvais au Nord, Paris, Sens et Troyes au Midi. Les souvenirs, associés non sans une certaine confusion, concernent les invasions effectuées à différentes époques dans les Gaules, notamment par les Vandales en 406 et par les Huns en 451. Aux ravages des premiers se rapporte le martyre de saint Nicaise, à Reims, et aux violences des seconds, l'intervention de saint Loup de Troyes et de la bataille des champs Catalauniques. Tout en reconnaissant que les faits rapportés n'ont aucune valeur historique, on peut voir néanmoins, dans l'échec décisif des envahisseurs, un souvenir et une tradition de la défaite d'Attila. S'il en est ainsi, il faut accepter le témoignage fourni par la légende de Hervis dans la geste des Loherains comme un argument en faveur de l'opinion que la fameuse bataille de 451 s'est donnée à peu de distance de Troyes (voir Dictionnaire, t. VI, au mot Huns, col. 27922826) plutôt qu'aux environs de Châlons.

Au sujet de la défaite des barbares par le duc Hervis aux environs de Metz, la légende rapporte que le val de Moselle fut envahi par les barbares, qualifiés de païens et de Sarrasins, nommés Vandres ou Vandales, dans quelques manuscrits, Hongres ou Hongrois, c'est-à-dire Huns, dans le plus grand nombre ; leur irruption oblige le duc de Metz à demander secours d'abord au roi de Laon, puis, à son défaut, au roi de Cologne, et c'est en les poursuivant après leur défaite que le duc Hervis est tué. Cet épisode est exposé en détail. L'armée qui arrive d'Allemagne au secours des Messins vient se porter sur la rivière à quatre lieues de la ville. Un manuscrit fait même passer cette armée par Ancerville, lieu situé précisément à cette distance de Metz, sur la Nied française. Est-ce près de là que les païens auraient été, d'après cette indication vaincus et mis en fuite ? Il importe de recueillir avec soin ces notions, tout en avouant notre ignorance des faits historiques qu'elles peuvent concerner.

On ne peut se hasarder à dire le résidu de vérité que contient encore la légende du duc Hervis. Il est certain que ce renseignement ne peut concerner l'arrivée d'Attila, en 451, laquelle aboutit au sac de Metz. Quant à la mention d'Ancerville, qui ne se lit que dans un seul des nombreux manuscrits de la première version, on ne peut décider si elle représente le souvenir d'un combat livré en ce lieu ; mais il faut constater que le nom de ce village s'accorde mal avec les données topographiques du poème. Celui-ci, en parlant de l'armée de Cologne qui vient du Nord, la fait camper, à son arrivée, « sur l'eau de Metz », probablement sur la Moselle qui coule du Sud au Nord, tandis qu'Ancerville est à une certaine distance et au sud-est de celle-ci. On pourrait considérer la mention d'Ancerville comme étrangère à la donnée primitive du poème et se rapportant à quel que fait particulier non connu, mais dans la réalité ne saurait, pour cette raison, être révoquée en doute.


XIII. LA LISTE ÉPISCOPALE RÉVÉLÉE PAR UN ANGE. — La liste épiscopale de Metz est conservée dans plusieurs manuscrits, parmi lesquels quelques-uns font suivre le catalogue d'une série de lettres majuscules dont on a donné l'origine vraisemblable.

Une légende voulait que saint Clément eût reçu d'un ange le catalogue de ses successeurs dont les noms étaient figurés par des initiales de couleurs différentes. Voici ce qu'en rapporte Sigebert, biographe de l'évêque Théodoric Ier.

De primis litteris nominum per angelum datis. Dicamus ergo rem relatu et scripto majorum compertam, pro sui novitate merito in thesauro memoriæ recondendam. Sanctus Clemens, principis apostolorum Petri auditor, Mediomatricorum autem primus apostolus et prædicator, inter cætera quæ ei ad roboranda nascentis ecclesiæ rudimenta contulit pius salutis nostræ amator, hoc speciale cælitus emeruit donum, ut nomina futurorum in ecclesia Mettensi pontificum acciperet missa sibi per angelum annotatis tantum primis litteris nominis. Adeptus vir beatus de quo agimus ecclesiæ suggestum, cum quadam die delectaretur jocunda et seria allabilitate familiarium ac sapientium (nam etiam in hoc fideli suo Dei consulerat dispositio, ut ei sapientium et bonorum consiliariorum non deesset collatio) illa angelicæ scripturæ monimenta jussit deferri in conspectu suo. Quas cum diligenter inspexisset, et alias quidem aurei, alias argentei, alias alius cujuslibet coloris varietate formatas stupueret, et altiori intellectu per colorum varietatem variam meritorum cujusque qualitatem signari perpenderet, colore albentem videt. Qui conversus ad semetipsum, et hinc profundum et inmutabile divinæ præscientiæ demirans consilium, inde bonæ voluntatis suæ considerans propositum : « Si, inquit, cooperator omnium bonorum Deus bono affectui meo optatum ministraverit, tanta bona in episcopatu me confido facturum, ut argentea ista littera quandoque transformentur in aurum !. » Alpert, moine de Saint-Symphorien de Metz, qui vivait dans la première moitié du xi° siècle, fait allusion à la même légende, quand il parle dans les termes suivants de deux évêques de Metz, Adalbéron II et Théodoric II.

Item Adalbero annis XXII. Verba sancti angeli brevia et obscura solent esse, ut in his indagandis pium mentes delectabiliter exerceantur. Ecce etenim dicit Ilem Adalbero, quasi diceret istum superiori esse similem et nomine et vita, ut qui concordabit nomine, non discrepabit operatione. 3 « Hæc littera illius nomini qui in sede nunc substitutus est minime, ut perspicuum est, congruit ; unde et multi opinantur illum in numero pontificum non computandum, set propter transgressionem populi subpositum, et tamdiu quoad ille venerit qui litteram prenotatam portaverit episcopatum cessare dicunt. Set nos etiam ad nostram opinionem mittamus manum. Nam existimamus A positam quasi Alter Deodericus, in quo nos questio obscura eo angustat cur non angelus dixerit : Item Deodericus, sicut de superioribus dixerat. Denique hujus sermonis occulta dum enodasse cupimus, occurrit animo, quasi ob duas significationes alterum, aut ex computatione numeri, qua dicimus unus, alier, tercius, aut ex discretione alterius vitæ, ut nomine æquivocos, set vita dissimiles futuros. »

A Voici maintenant la série des initiales qui accompagne la liste épiscopale de Metz :

Il est bien vraisemblable que cette série d'initiales représente la liste à laquelle font allusion Sigebert et Alpert, mais il a dû s'y glisser des altérations. Dans tous les cas, il serait téméraire de vouloir expliquer chacune des initiales. Nous sommes encore plus fondés que l'écrivain du xi° siècle à déclarer que verba sancti angeli brevia et obscura solent esse *.

Quelques années plus tard, Paul Diacre composa à Metz, peu après l'année 783, par conséquent encore sous l'épiscopat d'Angilram, un Libellus de numero vel ordine episcoporum qui sibi ab ipso prædicationis exordio in Mettensi civitate successerunt. Paul, non plus, n'a pas fait de recherches spéciales, tout au plus a-t-il écouté ceux qui avaient connu et se souvenaient des deux prédécesseurs d'Angilram, les évêques Sigebald et Chrodegand, ce qui lui permet d'en parler d'une manière moins brève ; pour le reste de la liste, il suivit le catalogue métrique auquel, par endroits, il se risqua à faire quelques additions. Il admit l'apostolicité d'un évêque Clément sicut antiqua tradit relatio. Pendant son séjour à Metz, il apprit, et prit soin de noter, que les évêques Rufus et Adelphus recevaient un culte sur leurs tombes dans l'église Saint-Félix. Arrivé à l'évêque Autor, il se montra éclectique. Une tradition le faisait intervenir dans la prise de Metz par les Huns, une autre tradition lui faisait honneur de la réparation miraculeuse d'un autel, il accepta ces données et, quoi que saint Grégoire de Tours gardât le silence sur Autor, il accommoda ce qu'on disait de saint Servais pour lui en faire honneur. Enfin, il trouva dans Frédegaire le conte de la chute des murailles. Le vi° siècle ne l'a pas inspiré, mais il a pris sa revanche, au siècle suivant, pour faire grand honneur aux évêques Aigulf et Arnould ; ce dernier est la souche des Carolingiens, ce qui vaut bien que l'auteur se mette en frais pour lui. C'est d'ailleurs une occasion inespérée de nous conserver les échantillons de son talent poétique qui s'est exercé sur les épitaphes de cinq princesses de la famille royale. Tout cela est assez peu de chose, mais enfin les noms sont conservés.

Le catalogue métrique a trouvé l'hospitalité dans le sacramentaire de Drogon ; on n'a pas pris la peine de lui donner une suite. Au fol. 127 v° du manuscrit on lit un autre catalogue continué jusqu'à Gondulfe et même jusqu'à Drogon, celui-ci est en onciales d'or. Les noms des évêques sont accompagnés de la date de leur obit. Voici ce catalogue :

Subter adneri kalendarum dies pandunt qualiter præscripli pontifices Christi migraverunt ad Christum. Clemens, vri kal. decemb. Cælestis, 11 id. octob. Felix, vir kal. martii. Patiens, vi id. ianuarii. Victor, x kal. octob. Item, Victor. Simeon, xii kal. martii. Sambatus, xvi kal. octob. Rufus, vir id. novemb. Adelfus, 111 kal. septemb. Firminus, xv kal. septemb. Legontius, xii kal. martii. Auctor, III id. aug. Epletius, r1 kal. aug. Urbicius, xin kal. aprilis. Bonolius, vii id. octobris. Terentius, 1111 kal. novemb. Gunsolonius, rr kal. aug. Romanus, id. aprilis. Fronimius, vi kal. aug. Gramatus, vir kal. mai. Agatember, ini id. mai. Sperus, x kal. septemb. Vilicus, xv kal. mai. Petrus, v kal. octob. Sigalfus, x kal. septembris.

Pappolius, xr kal. decemb. Arnulfus, xvir kal. septemb. Gohericus, xiii kal. octob. Godo, vrr id. mai. Chlodulfus, viri id. mai. Abbo, xvu kal. mai. Aptadus, xir kal. februarii. Felix, x1 kal. ian. Sigibaldus, vir kal. nov. Chrodegangus, 11 non. martii. Angelramnus, vir kal. nov. Gundulfus, vir id. septemb. Drogo archiepiscopus FI id. decembris. Advenius decessit pridie kal. septembris. Wala decessit 111 id. apr. Ruotpertus ordinatus est episc. x kal. mai.

Hoc OBITUS SERIEM CODICE SCRIPTA LEGE.

Clemens episcopus sedit annos X XV et menses rii ; obiit viri kal. decembris. IT. Cælestis episcopus sedit annos XV ; obiit pridie id. octobris. III. Felix episcopus sedit annos XLII et menses v1 ; obiit vri kal. martii. II. Patiens episcopus sedit annos XIIII ; obiit vI id. ianuarii. V. Victor episcopus sedit annos VIIII ; obiit x kal. octobris. VI. Victor episcopus sedit annos III et menses rr. VII. Simeon episcopus sedit annos XXX ; obiit XIMI kal. mart. VIII. Sambatius episcopus sedit annos XVIII ; obiit xvit kal. octob. VILI. Rufus episcopus sedit annos X XVIII ; obiit vii id. novemb. X. Adelfus episcopus sedit annos XVII ; In kal. septemb. XI. Firminus episcopus sedit annos XV ; XV kal. septemb. XII. Legontius episcopus sedit annos X X XIIII et menses vr ; obiit xir kal. mart. XIII. Auctor episcopus sedit annos NXXVIIII ; obiit 111 id. aug. XIIII. Æpletius episcopus sedit annos XVI ; obiit III kal. aug. XV. Urbicius archiepiscopus sedit annos XLV IIII ; obiit xır id. aprilis. XVI. Bonolus episcopus menses vr ; obiit vii id. octob. XVII. Terentius episcopus sedit annos XX ; mi kal. novemb. XVIII. Gunsolinus episcopus sedit annos XVIII ; obiit r1 kal. aug. XVII. Romanus episcopus sedit annos XXVI ; obiit id. aprilis. Fronimius episcopus sedit annos VIII : obiit vi kal. aug. XXI. Grammatius episcopus sedit annos XXV ; obiit vir kal. mai. XXII Agatimber episcopus sedit annos XII et menses vr ; obiit 1111 id. mai. AXI. Sperus episcopus sedit annos XVII ; obiit X kal. septemb. XXIII. Vilicus episcopus sedit annos XXV et menses 11 ; obiit xv kal. mai. XXV. Petrus episcopus sedit annos X ; obiit v kal. octob. XXVI. Haigulfus episcopus sedit annos XII ; obiit x kal. decemb. XXVII. Arnoaldus episcopus sedit annos VII et mense I. XXVIII. Pappolus episcopus sedit annos X XVII et dies Xxx ; obiit xr kal. decemb. XXVIII. Arnulfus episcopus sedit annos XV et dies x ; obiit xvir kal. septemb. XXX. Gohericus sive Abbo annos XVIII ; obiit xii kal. octob. XXXI. Godo episcopus sedit annos X et menses 11 ; obiit vir id. mai. XAXI. Chlodulfus episcopus sedit annos XL et dies xxv ; obiit vim id. mai. XXXIII. Abbo episcopus sedit annos X et mensem 1 et dies xxvi ; obiit xvii kal. mai. XXXIII. Aptadus episcopus sedit annos VII et menses 11 ; obiit xri kal. februarii. XXXV. Felix episcopus sedit menses viri ; obiit XI kal. ianuarii. ANXNXVI. Sigibaldus episcopus sedit annos XXV ; obiit vu kal. novemb. XXXVII. Chrodegangus archiepiscopus sedit annos XXIII, menses v dies que v. Requiescit in Gorzia monasterio quod ipse a fundamentis construxit. Obiit pridie non. mart. ef cessavit episcopatus annos, II et menses VI el dies XVJ/III. XXXVIII. Anghilramnus archiepiscopus ef palatii capellanus, qui sedit annos XXIII dies que xxviii. Requiescit in monasterio cuius vocabulum Nova Cella. Obiit vir kal. novemb. in loco qui dicitur Asnagahunc Chunisberch ; et cessavit episcopatus annos X XVII et menses IIT. XXXVIII. Gundulfus episcopus sedit annos VI, menses vil ef dies VII. Requiescil in Gorzia monaslerio. Obiit vit id. septembris. XL. Domnus Drogo archiepiscopus ef sacri palatii summus capellanus, filius Karoli imperatoris sedit XXXIIII annos, menses v, dies vir : obiit vr id. decembris in Burgundia, predio sancti Pelri Mimeriaco dicto, inde que corpus ejus delatum ad urbem Mediomatricorum et humatum est in ecclesia beati Iohannis apostoli idus decembris.

Suivent cinq noms. episcopus sedit sans quoi on ne l'aurait pas insérée dans un livre comme le sacramentaire de Drogon. Toutefois, le début inspire quelque défiance. Le premier évêque, Clément, « a le même anniversaire (23 novembre) que son homonyme romain ; l'obit de son successeur, Cælestis, tombe le même jour (14 octobre) que la fête de saint Callixte, pape, dont le nom est souvent écrit Calesti ou Cælesti, au génitif, dans les martyrologes. Il y a un saint E : Félix au 21 février, date obituaire de Félix, troisième évêque de Metz, un saint Victor au 22 septembre, tout comme dans notre table messine. Ces coïncidences sont faites pour inspirer quelques doutes, mais, je le répète, seulement pour les premiers noms.

* Quant aux chiffres d'années, mois et jours, qui n'ont point le témoignage du sacramentaire, mais seulement celui des deux autres catalogues, il convient d'être beaucoup plus défiant. En général, la durée des épiscopats est exprimée en chiffres ronds d'années, quelquefois avec une approximation plus grande. Il est clair que, dans la dernière partie, cette série de chiffres doit être conforme à la réalité. On la vérifie aisément depuis saint Chrodegang ; et même, en remontant jusqu'à saint Arnould, elle ne se heurte sérieusement à aucune des données précises, trop rares, il est vrai, que nous possédons sur la chronologie des évêques de Metz. En 601. Or, entre les deux s'interposent deux épiscopats, l'un de sept ans, l'autre de vingt-sept. De même, entre l'année 601, qui doit tomber dans l'épiscopat d'Aigulf, et l'année 535 qui tombe dans celui de Sperus, il y a soixante-dix ans. Or, entre ces deux évêques le catalogue ne nous donne que trente-cinq ans ; ajoutons-y les dix-sept ans de Sperus et les douze d'Aigulf, ce qui est un maximum invraisemblable, nous n'atteignons encore que soixante-quatre ans.

“ Je ne crois donc pas, conclut L. Duchesne, qu'il y ait lieu de considérer comme traditionnels les chiffres afférents aux prédécesseurs de saint Arnould. » Et après avoir donné une liste, où les noms seuls figurent sans aucun autre indice, d’après deux manuscrits de Munich, Fragm. lat. F. 2 et de Paris, laf. 4250, L. Duchesne conclut :

« La liste épiscopale est, sauf menues variantes, identique à elle-même dans tous les textes. Quelle en est la valeur ? Il faut noter d'abord qu'elle est vérifiée, à peu près nom par nom, depuis Sperus, 23e évêque. Au-dessus nous n'avons que deux points d'attache ; l'un des deux Victor (n. 5 et 6) figure au document de 346 (concile de Cologne) ; la tradition locale, constatée au VIIe, rattachait le nom d'Autor (n. 13) à la catastrophe que subit Metz en 451 de par les hordes d'Attila. Entre Victor et Autor se placent, entre autres, les noms de Rufus et d'Adelphus, dont Paul Diacre vit les tombes dans l'église Saint-Félix. De cel Adelphus la fête est marquée dans les marges du martyrologe de Saint-Avold ?. Entre Autor et Sperus de Saint-Avold est le Coder Bernensis du martyrologe hiéronymien (voir Dictionn., t. x, col, 2540).

] D

. e rE -— diis. a PERESSO TEAN tcn EST ET X | | 1 1 à | P “neuf évêques sont marqués pour un intervalle de quatre-vingt-quatre ans au plus. Ils sont un peu nombreux, mais pas assez pour que l'on crie à l'invraisemblance. L'un d'entre eux, Térence (n. 17), a, lui T aussi, son anniversaire indiqué au martyrologe de - Saint-Avold. x En somme, conclut L. Duchesne, je crois que la - liste messine du vin” siècle peut être considérée comme un document sérieux. Le fait que son cinquième ou - sixième évêque siégeait en 346 (au concile de Cologne ?) - permet de reporter au début du IVe ou même - au déclin du iie la fondation de l'Église de Metz !. » Avant le milieu du VIe nous ne savons guère J que des noms.

1. Clément. — Cf. C. Abel, Le Sablon, étude historique sur saint Clément, dans l'Austrasie, t. vi, 1858, Graesse, Trésor, t. iv, 1863, p. 641 ; Histoire littéraire - episcopi vita, translatio ac miracula, in-89, Treveri, - 1897 (d’après les manuscrits 494 de Metz et 1160 de Tréves, c'est le texte de Paul Diacre augmenté d'un - long complément où il est question de quelques miracles - et des églises construites par le saint ; à la suite - quelques miracles et une translatio d'après le ms. Berlin, lat. 123) ; C. Weyman, Zu den neuedierten Texte - ueber Clemens von Metz, dans Historischer Jahrbuch,

325 METZ 826

14. Epletius.

16. Bonulus.

17. Terentius. — Biblioth. hagiogr. lat., 1901, n. 1159 ; R. de Buck, Comment. præv., dans Acta sanct., octobre t. xii 1867, p. 806-808 ; J. A. J. Hansen, Das Fest des heil. Bischofs und Bekenners Terentius, gefeiert zu Ottweiler am 3 November 1850, in-8 », Trier, 1851.

18. Gunsolonius.

) Acta sanct., | naissance du 13 août 582. Il naquit au Lay-SaintChristophe en Chaumontois. L'auteur de la Vita, qui est un contemporain du saint, écrit : Beatus igitur Arnulfus episcopus prosapie genilus Francorum, altus salis et nobilis parentibus. Il y a, dans ces mots, un démenti formel de l'origine romane et sénatoriale de saint Arnould. Élevé à la cour d'Austrasie, il y remplit les fonctions de domesticus et consiliarius regis ; c'est res — = se - =- PA E E Lomas nl ood À Vas al er à ea TY 827 vers ce temps qu'il épousa Doda, de qui 1l eut deux fils. Aprés la mort de Thierry II (613), il fut au premier rang des nobles d'Austrasie qui appelèrent au trône le roi de Neustrie, Clotaire II.

Aprés la mort de Papulus, le siège épiscopal de Metz dut traverser une vacance de certaine durée. En effet, ce siège n'est pas représenté au concile tenu à Paris le 8 octobre 614, alors que tout l'épiscopat des anciennes provinces de Trèves, Mayence et Cologne est présent. Arnould unit la charge épiscopale à ses fonctions civiles, Frédegaire le nomme plusieurs fois (1v, 40, 52, 53, 58) au premier rang des conseillers du jeune roi d'Austrasie, Dagobert. En 616, on le trouve mentionné dans le testament de Bertram du Mans. Il fut assez mêlé aux affaires et aux querelles entre les rois mérovingiens pour souhaiter de n'en plus entendre parler. Peu après le concile de Clichy, tenu en 627, où sa présence est constatée, Arnould vint prier Dagobert II qu'il trouvât bon sa retraite. Malgré les instances de Clotaire II et de Dagobert, Arnould réalisa son dessein et gagna une solitude des Vosges, non loin du | castellum Habendum (Remiremont) où il mourut un 18 juillet ; la date de l'année n'est pas connue d'une façon certaine. siastici, 1599, ad ann, 615, n. 9-12 ; ad ann. 631, n. 11-.


METZ

| ramener à Metz. Nommé dans le testament de Dago| sept. t. v, p. 342.

| bert III pour la fondation de Cougnon (645-650).

| miracles de sainte Gertrude, il vivait encore au moment « | Diacre, cet évêque fonda les deux monastères de Saint828. | de la mort de cette sainte (17 mars 659).

| 1 E

829 METZ : 830

Tan 712, il était parent de Pépin et occupa à la cour tiquant une vie très austère. Après la mort de Char les- - Martel, il fut élu à l'évéché de Metz, et Pépin ne con1 sentit à son sacre qu'à la condition qu'il continuerait, - étant évêque, à remplir les fonctions de ministre. Sa consécration dut avoir lieu le dimanche 30 septembre - 742 ; cette date se déduit de la durée de son épiscopat, connue par Paul Diacre, et du jour de sa mort, consigné dans les calendriers.

- Chrodegang eut une existence très active, il franchit - les Alpes à deux reprises, envoyé en ambassade auprès. du pape Étienne II et du roi des Lombards Astolphe. - De son séjour à Rome, il rapporta un zèle extrême - pour sacrifier la gloire et l'honneur des antiques Églises - gallicanes, dans leurs institutions les plus vénérables, aux mo des romaines du moment. La liturgie, le chant - séculaires de tant de générations, qu'il eut dû s'honorer de compter comme des compatriotes, succombèrent « sous ses coups. Il entreprit une réforme du clergé Séculier et, à cette intention, composa une règle qui connut un certain succès (voir Lictionn., t. ut, col. 2401 [o Nous en dirons quelques mots ici,en nous tenant strictement au point de vue local.

La règle de saint Chrodegang nous conserve quelques précisions sur le personnel, les offices et la discipline dans l'Église de Metz, dans la seconde moitié du VIIe. a) Personnel. — Le chef de l'Église de Metz est - l'évêque, aidé par deux dignitaires qui portent les. titres d'archidiaconus et de primicerius ; en outre, dans. certains cas urgents dont il est juge, l'évêque nomme un délégué ou prior ainsi désigné : hic qui ordinatur sub episcopo. L' importante innovation introduite par B ievêque a créé une distinction, on pourrait peut-être dire une barrière, entre le clergé séculier vivant hors … dela clôture, foris claustra, et le clergé canonial qui vit d'une existence presque monastique, c 'est-à-dire les — chanoines et les gens attachés à leur service ou au - service de l'église : clerus canonicus infra claustra vivens. Ces chanoines forment une véritable congrégation qui, nous l'avons dit, placée sous l'invocation de saint Paul, tongregatio sancti Pauli, portera son. sceau. Les affiliés à cette congrégation sont désignés sous les noms de canonici, fratres, pares ; cependant, on ne laisse pas de rencontrer parmi eux des distinctions qui, à vrai dire, semblent plutôt un classement, par exemple : seniores, priores, juniores. Les - seniores forment la prima pars cleri, c'est à peu près tout ce qu'on peut abandonner à cette petite vanité sénile de ceux qui voient approcher le terme de leur vie sans avoir jamais pu récolter. au passage, un titre quelconque ; on pressent avec quelle attitude de protection hautaine et satisfaite ils traitent les adolescents, pueri, parvi et les clerici servitores. Dans les rangs du clergé, on trouve la mention de sacerdotes, presbyteri, diaconi, subdiaconi, acolythi. Les fonctions que la règle impose et dont chacun doit s'acquitter à tour de rôle sont celles d'ojficialis, seplimanarius, lector, cellerarius, ostiarius, portarius, custos ecclesie ; il y a, nous l'avons vu, tres custo des ecelesiarum Sancli Stephani, Sancti Petri et Sancte Mariæ, infra domum. b) Offices. — Les offices liturgiques sont célébrés à Saint-Étienne que ses proportions rendent probablement seule utilisable ; on y récite nocturna, matulini, prima, terlia, sexla, nona, vesperæ, completorium. Ces offices, de même que les repas, sont annoncés par un signal. A l'issue de prime, on regagne les mansiones. On se rend ensuite au chapitre tenu dans le cloître et présidé par l’évêque ou par l’archidiacre, ou encore de Char les-Martel la charge de chancelier, tout en pra- | par un délégué, pel quilibet praesse dignetur. On y lit | la règle, on s'accuse des fautes commises contre elle | | prévus sont et on recoit l'admonestation du supérieur. En carême, le chapitre se tient après tierce. Le dimanche et à certaines fêtes, les clercs de la ville ont l'obligation d'y assister. Ceux du chapitre font parfois des processions avec stations dans les églises extérieures, per ecclesias forenses. c) Discipline. — Les canonici sont tenus à la pratique de l'obéissance, sub ordine vivere, et des vertus du cloître : silentium, humilitas, zelum bonum. L'évêque ou son subordonné exerce la juridiction, ou même le prior. La règle prévoit des fautes dont la gravité étonne un peu : homicidium, fornicalio, adulterium, furtum, nocle foras manere et de là on tombe à l'absenlia a capitulo et les culpa minores. L'échelle des peines offre une gradation bien conduite : verbis correptio, admonitio, objurgatio, levis emendatio, publica pænilentia, ad erucem statio, a pino et potu pripalio, panis et aquae, corporalis vindicta, corporalis castigatio, verbera, carcer, exilium, excommunicatio. Une fois ou deux par an, les chanoines doivent se confesser à l'évêque ou à son délégué.

Dès leur admission dans la communauté, les canonici donnent leurs biens à l'église de Saint-Paul, sauf à les reprendre en usufruit, à titre de precaria, des mains de l'évêque ; celui-ci pouvant concéder à titre de bénéfice la jouissance analogue en usufruit de tout fonds appartenant à l'église (c. 31). Les chanoines doivent se servir réciproquement, même à la cuisine, à l'exception de l'archidiacre, du primicier et des trois gardiens de Saint-Étienne, Saint-Pierre et Sainte-Marie (c. 24). Ceux qui obtiennent la jouissance d'une mansio peuvent, avec l'autorisation de l'évêque, être servis par un clericus servitor (c. 3 et 21). Sauf pendant le carême, les chanoines peuvent, semble-t-il, franchir librement la clôture et y rentrer pendant le jour, mais non la nuit. Après complies, on ferme les portes. On fait deux repas quotidiens ; pendant le carême, on retarde jusqu'après vêpres, sauf le dimanche ; pendant l'Avent (de la Saint-Martin à Noël) on attend none (c. 20-22-23). Il est défendu d'emporter du réfectoire des aliments à moins d'une permission de l'évêque, ni d'y entrer aux heures non réglementaires (c. 21). En dehors des repas on peut, en cas de nécessité, boire modérément deux ou trois fois dans le poêle, in caminata (c. 30). Les aliments et boissons vinum, cerpisia, cibaria, frumentum olera, legumen, panis, caro, lardum, baccones, ministralio, pulmentum, pisces, formaticum, mixlum, pane et potu. Les vêtements prévus sont : planeta, cappa, sarciles, camisiles, calciamenta, solæ. Les femmes ne peuvent pénétrer dans la clôture qu'avec la permission de l'évêque ou de ses représentants. Les laïques qu'on y introduit mangent au réfectoire, à la table de l'évêque ou à la table des abbés et des invités du prior (c. 3-21).

Saint Chrodegang mourut le 6 mars 766. Après lui, le siège demeura vacant plus de deux ans et demi.

831 METZ 832

Le Liber de episcopis Mettensibus de Paul Diacre s'arrête sous cet épiscopat ; il ne nous dit rien, en conséquence, de la longue vacance qui suivit, vacance dont il n'est pas question dans les Gesta episcoporum Mettensium. Le sept manuscrits et les quatre éditions imprimées des Gesta sont d'accord sur ce point, et il en est de même de la chronique des évêques de Metz en français, dont la première partie n’est qu'une traduction des Gesta exécutée à la fin du XIVe ou au XVe.

On remarque cependant que la lettre qui, dans ce chiffre, vient après les deux premiers X, a été retravaillée sur le manuscrit comme pour être effacée : ce qui donnerait XXIII, conformément à ce qu'on trouve dans les autres documents. Il est difficile de décider si cette lettre était originairement un V ou un X ; dans ce dernier cas, on aurait X X XIII, nombre reproduit par Baluze dans deux copies (Baluze, arm. IT, paq. 5, n. 2, n. 4). On ne s'explique pas pourquoi les rédacteurs des Gesta ont passé sous silence le fait de la vacance du siège qui a pu être conservé par l'auteur du ms. laf, 5294 d'après le renseignement fourni par un diptyque. Elle se trouve uniquement dans les rares transcriptions qu'on possède de ce catalogue et dans un travail chronologique, composé vers le XIe, et dont nous avons une copie dans le ms. Arsenal, lal. V, où une liste des évêques de Metz attribue à Angelram 23 ans « et 23 jours d'épiscopat.

Quant au chiffre de 27 ans, 4 mois pour la vacance attesté par le ms. lat. 5294, il doit être corrigé d'après la chronologie de l'évêque suivant, Gondulf, et ramené à an. XXII, men. IX.

7833 | METZ 834

— de Saint-Evre où ils jouirent d'une demi-liberté sub libera custodia commendavit) 1. X A quel que temps de là, août 822, Louis rendit sa faveur aux trois jeunes gens, les rappela auprès de lui et donna à Drogon le titre de chanoine de Metz : Drogo »sub canonica vita degens , en attendant le siège épiscopal. Le 7 septembre 822, la mort de Gundulf permit de réaliser ce projet. Le clergé et les fidèles de Metz y apportèrent la meilleure grâce du monde. On connaît les phases successives de l'opération : l'empereur “fait connaître son candidat ; le peuple et le clergé l'élisent et envoient une députation à l’empereur demander sa confirmation qui est accordée, et il n'y a plus qu'à procéder à la consécration ?. Un chroniqueur s'étonne « que le consentement non seulement de l'empereur et des grands, mais encore de tout le peuple se fût porté sur un seul, de sorte que tout le monde « voulait la même chose et que personne ne s'y opposait », Voilà un chroniqueur bien naïf ! Les délégués lorrains firent connaître à l'assemblée de Francfort-sur-le-Mein les résultats de l'élection et on procéda, le 12 juin 823, à l'ordination sacerdotale de Drogon . Ce fut, sans doute, à cette occasion qu'on composa ces laudes latines intitulées : In adventu præsulis et qui durent être chantées à l'arrivée de Drogon en sa ville épiscopale (voir col. 857). « Que le ciel exulte et que la terre se réjouisse, lui disait-on. Il arrive, ce prélat, illustre par sa sainte race et que Dieu a choisi pour gouverner son peuple. Que Metz exulte à l'occasion de l'arrivée de son pasteur : le prélat pacifique vient “pour relever l'Église du martyr Étienne et pour lui |— rendre son ancien degré de prospérité. Entre, seigneur béni ; salut, père digne et bon, toi par qui triomphe la sainte croix. Que Dieu, roi du ciel, te conserve . » La consécration épiscopale de Drogon s 'accomplit le dimanche 28 juin 823 ; il allait gouverner l'Église de Metz pendant trente-deux ans. — Le siège de Metz et la naissance de Drogon le désignaient pour exercer une influence prépondérante sur les événements d'une période singulièrement troublée. Après avoir, en 817, réglé la succession de son empire entre ses trois fils : Lothaire, Louis et Pépin, l'empereur, remarié et père d'un nouvel enfant, avait prétendu remanier les dispositions prises d'un consentement unanime, afin de ménager un royaume au dernier-né. Ce fut l'origine des révoltes des trois aînés qui infligèrent à leur père des défaites et des humiliations mémorables. Drogon se montra, dans les pires extrémités, toujours fidèle à son frère. Il fit plus, après la déposition de l'empereur, en 850, il s'employa à provoquer sa restauration et l'y aida par tous les moyens à sa disposition. L'impératrice Judith, disgraciée, séquestrée dans un monastère d'Aquitaine, vit venir l’évêque de Metz et son propre fils, Charles, qui la ramenèrent à Aix-la-Chapelle, en la comblant d'égards (début de 831) 7. En juin 833, Drogon fut “du petit nombre de ceux qui demeurèrent fidèles à Rothfeld et refusèrent de se séparer du prince malheureux. Lors que celui-ci fut tombé entre les mains de ses fils, on sait qu'ils lui imposèrent, à Saint-Médard de Soissons, la lecture la plus humiliante d'une longue amende honorable de ses fautes, parmi lesquelles on avait eu soin de rappeler la vocation forcée de Drogon. Celui-ci en fut indigné, il n'entendait pas qu'on fit grief en son nom de ce qui ne regardait que lui seul, et peut-être aussi, réflexion faite, se trouvait-il satisfait de son sort. De ce moment, Drogon s'employa à jeter la défiance entre Lothaire, Louis et Pépin et il y réussit. On peut lui accorder une certaine habileté dans l'intrigue lorsqu'on le voit désunir les trois frères, provoquer le soulèvement de 834, passer le Rhin pour se mettre hors de la portée de Lothaire et continuer ses manœuvres chez Louis. C'est de là qu'il fait agir son frère Hugues, devenu abbé de Saint-Quentin en Vermandois, et qu'il provoque le rétablissement de Louis le Débonnaire par ses fils Louis et Pépin (1er mars 834) .

Drogon fut récompensé de son active intervention par la charge de sacri palatii archicapellanus, entre le 10 juin 833 et le 8 juin 836 !^. Il se trouvait ainsi à la tête du clergé du royaume et avait entre ses mains toutes les affaires ecclésiastiques, de beaucoup les plus importantes de l'État, ce qui faisait de lui le premier personnage du royaume après l'empereur. Le poète Florus aura donc raison d'appeler Drogon magister sacri consilii 1, Quant à l'abbé de Saint-Quentin, il ne fut pas oublié et obtint sa part de gâteau avec les fonctions de summus sacri palatii cancellarius ou sacri palatii archinotarius !*, L'archichapelain ne pouvait plus être un évêque résidant. De fait, Drogon prolonge ses séjours à la cour impériale, et accompagne l'empereur dans ses pérégrinations. A Metz, on était habitué à ces choses, car l'évêque Angilramne lui aussi, avait été archicapellanus et peut-être s'en trouvait-on assez bien pour ne pas trop s'en plaindre. Angilramne avait cru devoir se munir auprès du pape d'un privilège de non-résidence : il ne paraît pas que Drogon l'ait imité en cela. Peut-être éprouvait-il une certaine répugnance à la solliciter du pape Grégoire IV, qui avait pris parti pour des fils révoltés contre leur père. En pareille matière, Drogon ne badinait pas et, pendant ses absences, il fit gouverner son diocèse de Metz par des chorévêques.

Angilramne et Drogon, trouvant que le titre d'archichapelain les tirait de la foule, se donnèrent en outre le titre d'archevêque ; non qu'ils y eussent droit au sens où on l'entendre un peu plus tard, lors que ce titre se trouva réservé à l'évêque qui siège au chef-lieu d'une province ecclésiastique : mais ce ne fut qu'après 860, quand la hiérarchie ecclésiastique se fut reconstituée sous Charlemagne, que le mot archiepiscopus devint synonyme de metropolitanus. Il est vrai qu'ils étaient induits à s'attribuer ce titre, en se rappelant que leur prédécesseur à tous deux, Chrodegang, avait, lui aussi, pris le titre d'archiepiscopus en sa qualité de vicaire du Saint-Siège en Gaule. On lit, en effet, dans une charte de Gorze, datée de 765 : Crodegangus Metensis urbis archiepiscopus servorum Dei ullimus el pontificali officii indignus. C'est là un point qu'il fallait éclaircir au passage, parce que, au XIe, Hugues de Flavigny a déformé les faits en disant que le titre d'archevêque fut pris dans la suite par les évêques de Metz, parce que très souvent la cité de Trèves fut dévastée et que ce siège manquait de titulaire : uf ea vacante Mettensium praesules metropolitani fungerentur officio el dignitate '*.

Lors que, plusieurs années plus tard (844), Drogon deviendra représentant du pape de Rome au delà des Alpes, il aura une nouvelle raison de se nommer archevêque.

Les Messins pouvaient se louer de la sage prévoyance qui leur avait fait élire jadis le candidat de l'empereur, car les circonstances avaient fait de Drogon, on peut le dire, un vice-empereur. Si l'évêque, ou plutôt l'archevêque, vivait dans l'orbite de la cour, celle-ci se transportait volontiers à Metz et, on peut croire que l'aubaine était appréciée. En 834, l'empereur Louis vint passer le jour de Noël dans cette ville et séjourna tout l'hiver tantôt à Metz, tantôt à Thionville, qui en est tout voisine. Le 2 février 535, une assemblée de quarante-quatre évêques ? se tint à Thionville sous la présidence de Drogon, pour procéder à la proclamation du rétablissement politique de l'empereur. Le dimanche 28 février, tous se rendirent à Metz dans la cathédrale Saint-Étienne où, en présence des prélats et de la foule des fidèles, Drogon lut du haut de la chaire l'acte qui rétablissait l'empereur dans sa dignité, Ensuite, on célébra la messe au cours de laquelle sept métropolitains chantèrent chacun une


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prière de réconciliation, la main étendue sur le front | Les années suivantes nous font voir Drogon aux côtés de l'empereur à Metz (18 avril 835), à Nimégue (14 juin 838), à Bodenan (avril 839), et probablement aussi à Worms où Louis procède à un nouveau partage de ses états, lequel va entrainer de nouveaux les guerres. De Poitiers, le vieil empereur envoie l'archichapelain Drogon et le comte de Metz, Adalbert, garder la rive gauche du Rhin que menace Louis le Germanique ; il les suit de près, célèbre la fête de Pâques, le 28 mars, à Aix-la-Chapelle, repousse son fils rebelle en Bavière, mais tombe gravement malade à Seltz, sur la Saale franconienne. On le ramène jusqu'au Rhin et on l'installe sous la tente, dans une petite ile du fleuve, en vue de la villa d'Ingelheim. Drogon l'assiste de son ministère sacerdotal et le réconforte de son affection fraternelle. L'auteur de la Vita Hludowici, connu sous le nom de l'Astronome, et qui appartenait semble-t-il à l'Église de Metz, nous apprend, sans doute d'après un témoin, que l'empereur avait toute confiance en Drogon et lui confiait toutes choses avec une très grande amitié : Quem quanto sibi propinquiorem noverat, tanto ei familiarius sua omnia el semet credebat *. Louis dicta ses dernières volontés : il montra à Drogon la nécessité de dresser un inventaire exact de ses biens, dont une part serait donnée aux églises et aux pauvres, et l’autre remise à ses fils Lothaire et Charles. A Lothaire, il léguait la couronne, le sceptre et l'épée. Drogon le fit souvenir des droits du jeune Charles.

Chaque jour, le vieillard se confessait à son frère et recevait la sainte communion de ses mains. Son entourage voyait sa fin prochaine et gardait le silence sur son fils Louis le Germanique, lorsqu'enfin Drogon lui en parla. Alors l'empereur énuméra tous les sujets de plainte que ce fils coupable lui avait donnés et il ajouta : Sed quia ipse ad me venire satisfacturus neq ego quod meum est ago ; vobis testibus et Deo omnia quae in me peccavit remitto . Le dimanche 20 juin 840, Louis entendit la messe, communia, reçut l'extrême-onction et mourut. Drogon ramena à Metz le corps de l'empereur qui fut enterré à Saint-Arnould 7, La mort de Louis le Débonnaire ouvrait, nonobstant l'acte de Worms de l’année précédente, la question de sa succession. Le roi Lothaire, accouru d'Italie, ne cachait pas son désir de reconstituer l'unité de l'empire carolingien à son profit. Drogon se porta à sa rencontre, désertant la cause de Charles le Chauve et pour prix de son ralliement obtint, le 13 août 840, le village de Remilly pour l'abbaye de Saint-Arnould. Peu de temps après, l'archevêque Ebbon remontait sur le siège de Reims et Drogon souscrivait à son rétablissement. Après la défaite de Lothaire à Fontenoy-en-Puisaye, Drogon se déclara immédiatement pour le vainqueur et vint saluer Charles le Chauve à Worms. Il avait à faire confirmer la donation de la villa de Remilly et n'y manqua point. Charles le Chauve combla de caresses le « cher oncle » : honorabilis at que amabilis patruus noster , loua sa fidélité, nobis famen unice dulcissima dilectione el obnixa fidelitate conjunctissimus fuit”, et confirma la donation (24 février 842). Après cette réconciliation, Drogon en ménagea une autre. Dans le partage conclu à Verdun, Metz se trouvait faire partie du lot du roi Lothaire ; celui-ci manifesta à Drogon la plus vive affection, il lui conserva dans son royaume la dignité d'archichapelain qu'il exerçait naguère dans l'empire '*. Drogon était, sans doute, de ces hommes que chacun flatte et ménage, parce qu'on sent le péril de se brouiller avec eux eL, en effet, on le voit venir à bout de presque toutes les affaires auxquelles il met la main.

En 844, le pape Grégoire IV mourut et on lui donna pour successeur Serge II ; or, il existait une Constitutio romana de 824 !!, en vertu de laquelle l'élection ne devait se faire qu'en la présence des délégués impériaux, entre les mains de qui le nouvel élu prêtait serment. Lothaire envoya à Rome son fils Louis, pour revendiquer l'observation de ce droit et il donna — Drogon pour conseil au jeune Louis. Le Liber pontificalis nomme, en effet, Drogon comme chef de la mission ! ? ; il fit assembler à Rome un synode où, aidé de quelques évêques italiens qu'il avait su se rendre favorables, il montra l'abus commis par le pape et par les Romains, Serge II reconnut que son élection avait été irrégulière, prêta serment à l'empereur Lothaire - el reconnut la validité de la Constitutio de 824. Quant au jeune Louis, il fut couronné solennellement roi des Lombards, à Saint-Pierre de Rome, le 15 juin.

Drogon ne pouvait être oublié ; on le nomma vicarius Galliarum Germaniarum que partibus # ; ainsi recevait-il la succession de saint Boniface, de saint Chrodegang, de Wilchaire de Sens. Une circulaire, adressée - par le pape Serge II au clergé transalpin, nous fait connaître les attributions attachées à ce titre. Drogon serait, au delà des Alpes, son représentant direct, il examinerait toutes les affaires ecclésiastiques, et tous — les évêques lui devraient obéissance. Dés lors, Drogon — F pourra réunir au delà des monts des synodes généraux, 3m les synodes provinciaux lui feront connaître les décisions prises par eux. Tout chrétien, avant de recourir - au pape, s'adressera d'abord à son vicaire. Celui-ci connaîtra de la conduite et des mœurs des évêques et abbés de toute la région de la Gaule et de la Germanie : il réprimandera les coupables. Toutefois, on ne lui accordait pas un pouvoir que Chrodegang avait possédé : celui de consacrer les évêques en dehors des - limites de sa province ; cependant, comme ce dernier, - il obtint le pallium. Drogon avait aussi des attributions politiques, au — sujet desquelles la lettre de Serge s'exprime d'une façon plus vague ; il était notamment chargé de maintenir l'union entre Lothaire, Louis et Charles. « Si - l'un d'eux suivait le prince de discorde, dit le pape, et - violait la paix catholique, nous veillerons à le châtier, -avee l'aide de Dieu, conformément aux autorités canoniques. » En tout ceci, Drogon servait les prétentions de Lothaire qui entendait exercer une sorte de

mi 77 - deux frères cadets. Par Drogon, qui se trouvait entre ses mains ét sur son territoire, Lothaire pouvait se | — flatter d'exercer une autorité spirituelle sur les royaumes de ses -

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disparaitre, condamnée, à Metz même, par un synode.

L'administration temporelle de Drogon fut bienfaisante à son Église ; il rendit à Saint-Étienne un lustre dont elle avait besoin. On peut toutefois contester la valeur de ses méthodes. Aux portes de Metz s'élevait l'importante abbaye de Saint-Arnould ; Drogon s'en empara et unit perpétuellement le titre abbatial à l'évêché de Metz ; on s'explique mieux alors sa sollicitude pour enrichir cette maison, lui assurer la propriété du village de Remilly. L'abbaye de Gorze, fondée par saint Chrodegang, plaisait également à Drogon qui, à la mort de l'abbé Hilduin, s'empara du titre abbatial. En dehors de son diocèse de Metz, il collectionnait les abbayes et les prieurés ; c'étaient, dans le diocèse de Toul, le prieuré de Varangeville et l'abbaye de sénones ; dans le diocèse de Liége, l'abbaye de Saint-Trond ; dans le diocèse de Strasbourg, celles de Marmoutier et de Neuwiller ; dans le diocèse de Besançon, la grande abbaye de Luxeuil où il encouragea la culture littéraire.


AV. LES ÉGLISES DE METZ. — Une évangélisation, de laquelle nous ne pouvons rien dire, a eu lieu dans

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la seconde moitié du m° siècle et assez probablement »vers le dernier quart de Ce. A cette tradition, se rattache le souvenir d'un évêque nommé Clément qui établit dans l'amphithéâtre romain en ruine sa première demeure, primitus habitavit ; là il éleva un oratoire, oratorium construxit ; de là sortirent les signes du salut, unde olim vere salutis emanarunt | E | insignia. Voilà le noyau chrétien de la cité, c'est Saint-Pierre-aux-Arènes qu'on trouve désignée dans les attestations les plus anciennes de la façon suivante : Ecclesia. sancti Petri in amfiteatrum (catalogue épiscopal en vers, addition, vers 850) ; Sanctus Pelrus in arenam (ms. 268, fol. 153, de la Bibl. nat.) : S. Peirus in theatro ou ecclesia sancti Petri in theatro (ms. 329, fol. 18 r., du xr* siècle). Paul Diacre, l'historien des évêques de Metz, avait écrit que l'évêque saint Clément s'était établi dans des cavernes placées au-dessous de l'amphithéâtre : ; les fouilles et les découvertes faites en 1902-1903 par les Allemands, sur l'emplacement où s'élevait autrefois l'édifice, ont amené la découverte d'une église et d'un cimetière situés, en effet, dans les souterrains de l’amphithéâtre. Ceci prouve que l'organisation de l'Église de Metz est postérieure à la destruction du monument où se donnaient les jeux et que le récit de Paul Diacre peut contenir des fables historiques à côté de vérités topographiques. Si on savait la date à laquelle on commença à utiliser les pierres du premier amphithéâtre de Metz, en vue de la construction des murailles de la ville, on aurait un indice chronologique pouvant servir | à dater ce premier oratoire ; mais on n'en sait rien, seulement on a lieu de croire que Metz aura été fortifiée vers la fin du 11e siècle, sous le règne de Maximien Hercule ou de Constance Chlore. On voit qu'on aboutit toujours à fixer la venue de saint Clément vers la fin du irr siècle !.

A une date un peu postérieure doivent prendre place différentes églises. Vers le milieu du v* siècle, à l'époque du passage des Huns, Grégoire de Tours parle de prêtres massacrés devant les autels du Seigneur : Ipsos sacerdotes ante sacrosancta altaria perimentes ?, ce qui autorise à admettre, soit dans l'intérieur, soit hors de l'enceinte, quelques sanctuaires ; ce qui est attesté par le petit cartulaire de Saint-Arnould qui s'exprime ainsi : Omnes etiam ecclesias, quæ extra urbem erant, dantes incendio, praeter ecclesiam sanctorum apostolorum, quam funditus extruxerunt. Ces ruines ne tardèrent pas à être réparées, puis que, vers 570, Venance Fortunat adresse ses compliments à l'évêque de Metz, Villicus (552-577), qui a fait renouveler le faitage des temples.

Culmina templorum renovasti, Villice, cultor 3, Il y avait donc alors plusieurs églises relevées depuis assez longtemps pour qu'il fût nécessaire d'en refaire les toits.

Une lettre, adressée par un certain Gogus, mort en 581, à l'évêque Pierre de Metz, envoie des salutations à plusieurs membres du clergé de l'église épiscopale et, en outre, à plusieurs abbés ou supérieurs de communautés de clercs, ce qui permet de conclure qu'il existait plusieurs églises situées en dehors du mur d'enceinte.

En 587, le témoignage de Grégoire de Tours semble bien autoriser à admettre l'existence de l'église Saint-Rémi de Scy *.

Pour les premières années du vii siècle, on peut mentionner l'existence de Sainte-Croix, Saint-Symphorien, Saint-Pierre-aux-Nonnains, Sainte-Glossinde (— Saint-Pierre ou Saint-Sulpice), une église dédiée à la vierge Marie et située en face, à l'extérieur du mur de l'église des Saints-Apôtres qui est certainement plus ancienne. Quelques années plus tard fut élevée l’église de Saint-Pierre-le-Majeur, qui était presque contiguë à la cathédrale ; son pendant, Saint-Pierre-le-Vieux, est de date plus ancienne encore. Vers le milieu du vii siècle fut érigée, au pied du Saint-Quentin, et à la place d'une église qui y existait, au moins depuis la fin du vi siècle, l'abbaye de Saint-Martin : son fondateur, le roi Sigisbert, y fut enterré en 656 . Le roi Dagobert a fait une grande fondation pour assurer le luminaire des « basiliques de Metz »m La règle de saint Chrodegand mentionne en plusieurs endroits, mais sans donner d'autres détails, des églises qui se trouvaient soit à l'intérieur de la ville, soit dans les environs immédiats ; elle nomme en particulier : Saint-Étienne, Saint-Pierre-le-Majeur, Saint-Paul, Sainte-Marie. Le biographe de Chrodegand, Jean, abbé de Gorze, qui vivait au x siècle, rapporte que l'évêque débuta par la visite canonique des églises et des monastères faisant partie de la ville de Metz . Un diplôme de Charlemagne à l'évêque Angilram, en date du 22 janvier 775, accorde l'immunité à l'église Saint-Étienne et basilicas infra ipsam urbem constructas vel infra ipsam parochiam ?.

A ces indications, que nous arrêtons à regret à la limite chronologique de nos études, s'ajouteraient des indications fort utiles, comme les témoignages contenus dans la Vita Aldrici. Cet évêque du Mans, mort en 856, peu de temps après Drogon, avait été élevé à Metz où il devint primicier de la cathédrale. Devenu évêque du Mans, il se rappela toujours la ville de sa jeunesse ; on l'y voit bâtir une église dédiée à saint Étienne ; un cloître où s'élèvent quatre autels consacrés le 1° à saint Vincent et à saint Privat, le 2° aux saints Amant, Martin, Clément, Arnould et Paterne, le 3° à saint Paul, le 4 à saint Julien. D'autres autels furent consacrés, en 835, par Aldric à saint Hilaire, à saint Martin, à saint Pierre, aux apôtres, à saint Laurent, saint Rémi, saint Médard, saint Georges, saint Félix, saint Symphorien, sainte Lucie, sainte Glossinde. Et, dans cette nomenclature, on est frappé de la déqui existe entre les saints titulaires d'autels et c d'églises honorés dans les deux villes épiscopales.

Ces titulaires, qu'on nous rencontre à Metz en grand nombre, jouissaient à l'époque mérovingienne d’une notoriété voisine de la popularité ; d'autres ont pénétré, on ne sait par quelle voie et sous quelle influence. Il est certain qu'il faut tenir compte de la passion des gens de ce temps-là pour les reliques et de leur croyance aux légendes des saints. A cette double considération s'en rattache une autre : l'influence des diocèses voisins et principalement de celui de Trèves, métropole ecclésiastique de Metz depuis les temps les plus reculés ; il se fit ainsi une série d'échanges où les Messins s'insinuèrent parmi les Trévires. Entre les deux villes, les rapports étaient fréquents, les échanges concernaient non seulement le commerce, mais encore les individus.

— Enfin, on a signalé des groupements topographiques, sur lesquels il semble que de plus actives recherches doivent être entreprises. Il y a tels groupes à relever, par exemple celui de la cathédrale, celui d'Outre-Moselle ou de Saint-Vincent, celui de la porte Serpe-


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stationnal du x* siècle, dans Annuaire de la Société d'histoire et d'archéologie de la Lorraine, t. xxxviii, 1929, p. 14-147. Nous ne pouvons ici que glaner quelques indications dans ce travail, auquel les futurs historiens de Metz seront toujours obligés de se reporter et presque toujours de se conformer.


XVI. LA CATHÉDRALE. — 1. Avant le xi siècle,

Vivien Four du Cloitre D cM NTET DE


ON

I. Cathédrale de 5. Slephanus in domo.


IV. Notre-Dame-la-Honde ( 5. Maria infra domum J.


VIII, Saint Galle chapelle épiscopale S. Gallus.


IX. Saint Jean-Baptiste (baptisterium ).

— noise, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du mur d'enceinte, celui de Saint-Clément ou du quartier des Basiliques, enfin, pour un peu plus tard, celui de la porte Saint-Thiébault. L'étude des anciennes églises de Metz, antérieures à Pan mil, a fait l'objet d'un travail approfondi de M. R. S. Bour, à la suite de l'étude sur le document XVII. La cour-l'Évêque (domus). XVIII. Le palais de la cité.

— Il ne peut être question d'esquisser ici l'histoire de cet édifice ; elle a été écrite plusieurs fois. Il existe, en effet, une Histoire et description pittoresque de la cathédrale de Metz, des églises adjacentes et collégiales par E. A. Bégin, édition illustrée par M. Devilly, Maréchal, etc., parue à Metz, en 18544 ; c'est un livre qu'on ne doit consulter qu'après avoir pris soin de lire le

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jugement qu'en portait Jules Quicherat dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, t. vii, 1845, p. 175-177. Un autre livre, qui, lui, n'a droit qu'à des éloges, est intitulé : La cathédrale de Metz. Étude sur les édifices actuels et sur ceux qui les ont précédés ou accompagnés depuis le V*siècle, par Aug. Prost, dans les Mémoires de la Société d'archéologie et d'histoire de la Moselle, t. xvi, 1885, p. 215-700. Nous ne devons qu'étudier ici ce qui a trait aux plus anciens édifices qui se sont élevés sur l'emplacement de la cathédrale, d'en reconstituer, tant bien que mal, au moyen des documents et des fouilles, la physionomie, afin d'en retrouver, si possible, l'origine.

Les édifices qui ont précédé la cathédrale actuelle ont varié quant aux dimensions, mais ils paraissent avoir toujours occupé le même emplacement et conservé la même orientation, si tant est qu'on doive user de ce terme pour un édifice dont l'axe suit à peu près la direction Sud-Ouest au Nord-Est.

Nous avons dit, à propos des légendes messines, que les plus lointaines traditions qui se laissent saisir nous montrent les premiers évêques de Metz établissant le siège de leur communauté dans les quartiers extérieurs, assez loin de l'enceinte de la ville. Il y eut là, semble-t-il, plusieurs installations assez rapprochées ou bien assez importantes pour imprimer un caractère et imposer un nom à ces lieux qu'on désigna sous le vocable : ad Basilicas, ce qui s'explique sans peine, si on voyait là l'église Saint-Jean-l'Évangéliste ou des Saints-Apôtres et l'église de Saint-Pierre-aux-Arènes ou de Saint-Pierre-aux-Champs.

La première de ces deux églises se trouvait sur l'emplacement de la Lunette d'Arcon, au sud-ouest de la gare du chemin de fer ; l'autre était installée dans les ruines de l'amphithéâtre antique, recouvert depuis par l'ouvrage de fortification appelé le Pâté, entre la gare et la rivière de Seille. Le petit cartulaire de Saint-Arnould (c. 1v et viri) relate l'existence, à une date reculée, du siège épiscopal à Saint-Jean-l'Évangéliste, ce qu'il ne fait pas pour Saint-Pierre-aux-Arènes. Ce n'est qu'aux xv* et xvi siècles, dans des chroniques locales, qu'on cherche à donner ce caractère de haute antiquité à l'église Saint-Pierre-le-Vieux, église voisine de Saint-Étienne et dont on ne connaît pas l'origine, mais qu'on s'efforce de mettre en avant pour favoriser la légende de l'origine romaine de l'Église de Metz.

Voici donc une communauté naissante extra muros ; il s'agit de l'amener dans l’intérieur de la ville, à Saint-Étienne. Ce transfert résulte, probablement, des données contenues dans les documents historiques que nous avons analysés, visions successives d'une légende de la destruction de Metz par Attila, dont le thème originaire a été recueilli par Grégoire de Tours, postérieur d'un siècle à peine à l'événement dont il avait, nous dit-il, connu des témoins. Son récit a cependant une forte couleur légendaire, mais il ira s'enrichissant sans cesse de détails consignés dans les versions successives. Nous n'en dirons que quelques mots : Les Huns, partis de la Pannonie, arrivent devant Metz la veille de Pâques, brûlent, massacrent, détruisent tout, sauf l'oratoire Saint-Étienne, miraculeusement épargné par l'intercession du protomartyr aux apôtres Pierre et Paul. Au vii siècle, Paul Diacre ajoute que l'évêque de Tongres, saint Servais, apprit à Rome cette conservation de l'oratoire et en apporta la nouvelle à Metz en regagnant son diocèse. Les Messins n'en prennent pas leur parti, veulent se défendre, élèvent une muraille qui, malheureusement, ne peut englober le faubourg et la basilique Saint-Jean. Les chanoines s'en séparent emportant les reliques et se réfugient à conséquence immédiate des dévastations d'Attila et, Saint-Étienne. Les Huns reparaissent, incendient la ville démantelée et épargnent Saint-Étienne.

L'événement avait décidé, la translation du siège était faite. Allait-on s'exposer à de nouveaux périls, si la situation se répétait ? Retournerait-on à Saint-Jean-l'Évangéliste ou à Saint-Pierre-aux-Arènes ? Nous ignorons à quel point la destruction de ces églises les rendait hors d'usage, mais nous savons que ces édifices se relevèrent plus ou moins rapidement de leur ruine. En effet, Saint-Jean a subsisté jusqu'en 1552, sous le titre de Saint-Arnould qu'elle porta à partir du vii siècle, Saint-Pierre-aux-Arènes a subsisté jusqu'au XIV siècle également ; enfin Saint-Pierre-le-Vieux n'a disparu qu'au milieu du xvi siècle, avec le cloître de la cathédrale.

Au lendemain du transfert du siège épiscopal de Saint-Jean à Saint-Étienne, on aura jugé prudent, pour faire admettre cette grave décision et prévenir toute revendication possible dans l'avenir, de donner à l'événement la sanction d'une intervention divine. On l'aperçoit dans le texte de Grégoire, elle éclate dans celui de Paul Diacre.

De la légende du sac de Metz par Attila nous n ‘avons à retenir, en ce qui a trait au présent paragraphe, que ce qui concerne le sanctuaire de Saint-Étienne et la translation qui y fut faite. C'était, s'il est permis de s'exprimer ainsi, la carte forcée, puis que cet oratoire demeurait seul debout parmi les diverses églises. Il jouissait même d'une sorte de dignité et possédait un témoignage du martyre d'Étienne, parvitalis meæ pignora, dit la légende, ce qui, au dire de Paul Diacre, consistait en une fiole du sang du protomartyr.

Pour ce qui est du siège épiscopal, la légende ne dit rien dès lors de son transfert à Saint-Étienne. Elle met simplement en relief la faveur céleste spécialement accordée alors au sanctuaire, à l'exclusion des autres églises de la cité, de celle par conséquent qui possédait auparavant ce siège, toutes étant également vouées à la destruction. Cette faveur insigne va encore s'amplifier, car Paul Diacre fera observer que Saint-Étienne de Metz est seul excepté, par la volonté de Dieu, de la dévastation infligée à la Gaule entière. Il est clair que, pour lui, la translation est chose accomplie dès le temps où Grégoire de Tours parlait des événements, c'est-à-dire au plus tard au commencement du VIe et probablement plus tôt. Le fait de la translation est historique, sa date demeure incertaine. D'après la légende, elle semble la à vrai dire, cette notion semble se présenter si naturellement qu'on hésite à se refuser à l'admettre. On trouve donc, dans la seconde moitié du V* siècle, l'église Saint-Étienne en possession du siège épiscopal de Metz.

Mais à quelle date remontait cet oratoire ? Tout ce qu'on peut dire, c'est que l'oratoire existait en 451 en un lieu où se trouvaient des édifices romains dont il a subsisté des restes considérables jusqu'au commencement du XIXe. Des bénédictins, auteurs de l'Histoire de Metz, en ont fait dessiner un de grande apparence qui a existé jusqu'alors ?. Il en est d'autres dont on a reconnu, à plusieurs reprises, des traces nombreuses et des substructions, chaque fois qu'on a ouvert le sol sur leur ancien emplacement. Il se peut que ces logis antiques formaient un ensemble solidement lié, peut-être même enfermé dans une enceinte susceptible de résister à une attaque. Ainsi s'expliquerait le fait que l'oratoire de Saint-Étienne, qui s'y trouvait compris, fut seul conservé dans la destruction générale de tout ce qui l'entourait, et cet autre fait que sa situation eût inspiré assez de confiance pour qu'au moment du péril on y eût enfermé des trésors sacrés rapportés de la basilique de Saint-Jean. Meurisse ! veut retarder la translation du siège épiscopal à Saint-Étienne jusqu'au VIIe afin de l'attribuer jusque-là à Saint-Pierre-le-Vieux ; il n'en apporte aucune preuve. Les bénédictins ? ne le suivent pas et A. Prost estime qu'au VIIe, Saint-Étienne possédait depuis longtemps déjà le siège épiscopal, lorsqu'à cette époque l'évêque Chrodegang vint l'occuper *. — 8. Du Vire au Xe, — On vient de voir d'après quelques indices, malheureusement trop rares, l'existence d'un sanctuaire aux Ve et VIes sur l'emplacement de la cathédrale actuelle, édifice de médiocre importance parmi des constructions anciennes, qui pouvaient former le noyau d'une ville, ce qui put décider le choix que firent de ce lieu les évêques de Metz pour y établir leur demeure et grouper le clergé attaché à leur Église. -— Il est vraisemblable que l'oratoire, contemporain de l'invasion des Huns, ne tarda pas à être reconstruit et agrandi, comme l'exigeait son titre nouveau de cathédrale. Paul Diacre n'ajoute guère au peu que nous savons sur l'état des lieux au Ve, mais lorsqu'il parle d'événements qui se rapprochent de son temps, ~ Aug. Prost n'admet pas cette disposition qu'il croit étrangère à la structure des églises du VIIe (en quoi il se trompe) et parle d'arcatures pleines décorant les murailles. Cette interprétation est justifiée par la signification évidente de la même expression employée par Paul Diacre dans le passage relatif aux travaux exécutés par Chrodegang à Saint-Pierre-le-Majeur : arcus per gyrum throni, dont la lampe de bronze africaine donne le meilleur commentaire. E Jean de Gorze, auteur d'une Vie de saint Chrodegang, écrite deux siècles plus tard, mentionne le cloître, claustrum, construit par ses soins et, pour ce qui regarde les travaux exécutés à Saint-Étienne et à Saint-Pierre, il insiste seulement sur leur beauté : mirae operarium cultu, mirae argenti el auri ornatu, ce qui permet de supposer des ouvrages de peinture ou, plus probablement, de mosaïque : c'est une œuvre de décoration et de restauration qui implique l'existence d'un édifice plus ancien, auquel on met la dernière main, dit ib le même Jean de Gorze : uf sancti Stephani suprema renopandi manus imponeretur. A la même époque appartient un document qui nous procure des indications précises sur l'ensemble des édifices et bâtiments composant la demeure épiscopale et ses dépendances. Il s'agit de la règle rédigée par saint Chrodegang pour le clergé de son église cathédrale. L'évêque impose à ce clergé la vie régulière : Clerum — adunavit et ad instar cenobii intra claustrorum septa Mn conversari fecil, normam que eis instituit, écrit Paul - Diaere, et ces paroles se retrouvent littéralement, deux siècles plus tard, dans la vie écrite par Jean de Gorze. | La règle contient des indications précises sur la maison épiscopale et ses dépendances, nous ne disons pas une description méthodique, mais des renseignements résiduels est un peu plus explicite dans ce qu'il dit de la

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sortant d'un texte rédigé en vue d'un autre objet. L : règle a pu recevoir quelques modifications, notamment dans l'article 20 qui apporte quelques adoucissements au régime primitif. Nous devons surtout nous occuper de ce qu'elle nous apprend sur les locaux affectés à l'évêque et à son clergé, et qui forment deux groupes distincts. La maison, domus, résidence de l'évêque, et la clôture, claustra, qui est celle du clergé canonique, clerus canonicus, composé des chanoines et du personnel inférieur attaché à leur service ou à celui de l'église. La maison comprend l'habitation de l'évêque, domus, et les trois églises de Saint-Étienne, Saint-Pierre et Sainte-Marie. La clôture comprend le cloître, claustrum, le réfectoire, refectorium, le poêle, caminata, la cuisine, coquina, le dortoir, dormitorium, les chambres, mansiones. Nous allons parcourir ces lieux rapidement.

De la domus de l'évêque il est rarement question ; toutefois, on lit qu'en certaines circonstances l'évêque donne un repas aux clercs in domo, par opposition à ceux qu'on sert in refectorio. En outre, la règle mentionne les trois églises existant dans les dépendances, ecclesiae in domo, ou infra domum, c'est-à-dire en dehors de la clôture, foras claustra. Ce sont Saint-Étienne, Saint-Pierre et Sainte-Marie, expressément distinguées des églises de la ville, ceterae ecclesiae infra civitatem ; el les étaient dans le voisinage immédiat de la clôture et en communication directe avec elle par des portes dont la surveillance est confiée à des gardiens.

Saint-Étienne in domo est, par excellence, l'église dite dans la maison, in domo, c'est la cathédrale, librement accessible, de même que la maison épiscopale, au public du dehors. Elle est d'un côté en communication avec les lieux de la clôture par une porte surveillée par un gardien.

Saint-Pierre infra domum. On pourrait hésiter au sujet de l'identification de cette église avec deux autres qui portaient le même vocable et existaient à cette époque : Saint-Pierre-le-Vieux et Saint-Pierre-le-Majeur, ce n'est pas douteux. Paul Diacre dit formellement qu'on attribuait la fondation de Saint-Pierre-le-Majeur à l'évêque saint Goëric, successeur de saint Arnould, au VIIe. Le même Paul Diacre parle des embellissements que Chrodegang fit exécuter dans Saint-Pierre, en même temps qu'à Saint-Étienne. Tout cela implique l'existence de l'église Saint-Pierre-le-Vieux que Jean de Gorze atteste être plus ancienne que son homonyme. Ce qu'on sait de ces deux églises montre que Saint-Pierre-le-Majeur seul, et à l'exclusion de Saint-Pierre-le-Vieux, répond à la situation d'une église dite « dans la maison », infra domum, c'est-à-dire en dehors de la clôture ; tandis que Saint-Pierre-le-Vieux se trouvait dans le cloître même, in claustra ; il s'y trouvait précisément du côté opposé à celui par où la clôture touchait à la maison, domus. Saint-Pierre infra domum est donc Saint-Pierre-le-Majeur, où l’évêque Chrodegang fit un presbylerium et un ambon, ambonem, décoré d'or et d'argent, enfin une sorte de déambulatoire ajouré : arcus per gyrum throni, ante ipsum altare. Saint-Pierre-le-Majeur a subsisté jusqu'au XVe sous les vocables successifs de Sanctus Petrus major (Xe) ; Saint-Pierre-avoult (1276, 1284, 1286, 1289, 1300, 1384) ; Sanctus Petrus ad ymagines (sur les sceaux, 1300, 1333) ; Saint-Pierre az ymaiges (1333) ; Saint-Pierre qu'on dit aux ymaiges (1483). Au temps de Chrodegang, cette église était en dehors de la clôture, infra domum, avec laquelle une porte surveillée par un gardien la mettait en communication.

Sainte-Marie infra domum, qui deviendra plus tard « Notre-Dame-la-Honde », était librement accessible du côté de la maison, domus, dont ses édifices étaient une dépendance ; et d'un autre côté en communication avec la clôture par une porte gardée. L'emplacement de cette église est vraisemblablement représenté aujourd'hui par celui de la chapelle de Notre-Dame-la-Ronde, au bas du collatéral de la cathédrale et par une portion peut-être encore de ce collatéral et de la grande nef, celle-ci ayant été construite au XIe, On la trouve désignée dans les textes qui la concernent : Capella beatæ Dei Genitricis Mariæ in monasterio Sancti Stephani sita (1130) ; Capella beatæ Mariæ juxta monasterium Sancti Stephani sita (1148) ; Beata Maria infra domum (1192) ; Beata Maria Rotunda infra domum (1207, 1214, 1256) ; Beata Maria rotunda (1260, 1329, 1330, 1347, 1348) ; Notre-Dame-la-Honde (1327, 1359, 1429).

Il est difficile de dresser un plan précis de ces locaux ; Loutefois, il est permis de s'aider de cette considération que ces divers édifices se trouvaient sur les emplacements mêmes occupés par ceux qui les ont remplacés dans la suite, en gardant les mêmes noms. Il y a lieu d'admettre, d’après cela, que la domus de l’évêque se trouvait à peu près sur l'emplacement du marché couvert actuel et de la place de la cathédrale, c'était au Moyen Âge la Cour l'Évêque ; que Saint-Étienne occupait le haut de la nef et une partie du chœur de la cathédrale ; Sainte-Marie l'emplacement de la chapelle Notre-Dame-la-Honde, Saint-Pierre-le-Majeur l'emplacement de la statue du maréchal Fabert. Quant au cloître avec ses dépendances, il serait représenté par | la place d'Armes.

La clôture, clausira, avait des portes gardées, les unes donnant, comme nous l'avons vu, sur les trois églises infra domum, les autres donnant directement sur le dehors. Celles-ci étaient les portes mêmes ou plutôt la porte du cloître, ostia claustri, gardée par un portier et son second, portarius cum suo juniore. Ces portes s'ouvraient à l'aube et se fermaient irrévocablement à complies. Dans la clôture se trouvaient le cloître, le réfectoire, le poêle, la cuisine, le dortoir, les chambres.

Le cloître, claustrum, communiquait de façon permanente avec les divers locaux enfermés dans la clôture. Il y a lieu de préjuger que l'emplacement du cloître n'a guère été modifié entre le VIIIe et le XVIIIe, époque où il fut remplacé par la place d'Armes. On ne possède aucun indice sur la position relative des divers lieux réguliers compris dans l'enceinte de la clôture et on ne voit nulle part mentionné le capitulum ou chapitre. Dans son article 21, la règle de saint Chrodegang met en regard le cloître où se tenaient, à une place indéterminée, les réunions capitulaires et le réfectoire : in claustro ubi clerus ad capitulum venit vel in refectorio. De là, on peut inférer que la clôture du VIIIe n'avait pas de capitulum désigné sous ce nom ; les réunions capitulaires se tenaient probablement dans le cloître, dont l'accès était alors interdit.

Le poêle, caminata, permettait aux chanoines de se réunir à certains moments ; ils pouvaient s'y rendre à leur gré pour prendre quelque boisson, mais sans excus :

La cuisine, coquina, n'est mentionnée qu'une seule fois ; tous les chanoines doivent y servir à leur tour. — Le dortoir commun recevait tous les chanoines, à l'exception de ceux à qui l'évêque accordait une chambre distincte. | Ces mansiones intra claustra étaient occupées par les gardiens des trois églises infra domum, par les mala des et par les chanoines privilégiés, à qui il était | recommandé de ne jamais y introduire d'étrangers et | d'observer le silence pendant la nuit, de telle sorte que « le bruit de leur voix ne fût pas entendu de leur chambre « dans la chambre voisine, par où l'on voit que ces - chambres étaient vraisemblablement disposées régulièrement, les unes à côté des autres.

La règle de saint Chrodegang, n'ayant pas pour objet une description de la domus et du claustrum, a laissé dans l'ombre quelques locaux, notamment deux » églises qui étaient certainement comprises dans la clôture : l'église Saint-Pierre-le-Vieux, qui devait avoisiner la branche septentrionale du cloître, dans un emplacement qu'elle a toujours occupé jusqu'à sa destruction au XVIIe ; l'église Saint-Paul, qui n’est, mentionnée par la règle qu'une seule fois (art. 31) qui prescrit à ceux qui voudront entrer dans le chapitre de Metz, ad h une ordinem canonicorum, de faire à l'église - de Saint-Paul, pour le service de Dieu et pour celui des clercs qui s'y sont consacrés, une donation de leurs - biens. Il ressort de là que le chapitre susdit formait — une communauté dont l'église conventuelle se trouvait être Saint-Paul, qui ne pouvait se trouver qu'en de dans de la clôture. Ainsi s'explique le fait, en apparence inexplicable, que le chapitre de Metz n'eut. jamais pour patron saint Étienne, patron de la cathédrale, mais saint Paul dont l'image et la légende figurent notamment sur son sceau à toutes les époques. Une image sculptée de saint Paul décorait aussi une grande salle située au-dessus du réfectoire, détruite au XVIIe avec le cloître, et qu'on a quelque raison de considérer comme l'ancien dortoir des chanoines, remontant à l'époque où ils vivaient en communauté, Lors de cette destruction du cloître, on fit disparaître également une chapelle de Saint-Paul qui en dépendait. Cette chapelle représentait, on a tout lieu de le croire, l'ancienne église de Saint-Paul renfermée indubitablement dans la clôture, au temps de saint Chrodegang.

Certaines considérations donnent lieu de penser qu'au XIIe l'église de Saint-Paul était déjà, par rapport au cloître, dans la situation singulière où elle a subsisté jusqu'au XVIe, au-dessus de la branche méridionale de ce cloître. Il est permis de douter qu'il en ait été ainsi à l'origine. Nous en parlerons dans un moment. Quoi qu'il en soit, on peut regarder comme acquis le fait au moins que Saint-Paul était dans la clôture. Indépendamment de toute autre considération à cet égard, nous ferons valoir celle-ci que, pour chacune des trois églises Saint-Étienne, Saint-Pierre et Sainte-Marie, situées hors de la clôture, infra domum, la règle mentionne la nécessité d'avoir un gardien, custos, chargé d'en surveiller les communications avec le cloître et qu'elle n'en mentionne aucun pour l'église de Saint-Paul.

Terminons par quelques remarques au sujet de l'emplacement du cloître du VIe.

Le cloître du XVIe, parfaitement connu, occupait l'emplacement de celui du xie. La situation singulière de l'église Saint-Paul, identique dans l'un et dans l'autre, confirme cette opinion. Mais le cloître du xie était-il à la même place que le cloître du vie ?

Suivant Aug. Prost, le cloître du VIe devait être placé, d'après ce qui vient d'être dit, de telle sorte qu'il fût en communication immédiate avec les églises de Saint-Étienne, de Sainte-Marie et de Saint-Pierre-le-Vieux. En admettant, ce qui est probable, que ces — églises fussent dans les emplacements mêmes de celles qui les ont remplacées ultérieurement, on voit que le | | — cloître, pour réaliser complètement les conditions qui viennent d'être rappelées, aurait dû, au lieu d'occuper - la place de celui que nous connaissons, se trouver plus - rapproché de l'église de Saint-Étienne et de celle aussi de Sainte-Marie, de manière à toucher le flanc gauche - de la première, le flanc droit de la seconde, et la façade - ou entrée de Saint-Pierre en même temps que celle de - Saint-Paul. Cette dernière église aurait eu, dans ces - conditions, une situation plus rationnelle que celle où - on la voit ultérieurement, à l'étage supérieur d'une des —- branches du cloître. Les dépendances de celui-ci - auraient pu être, dans cette hypothèse, groupées en - arrière, sur le terrain occupé par le cloître de date postérieure qui a existé jusqu'au XVIIe, et se seraient étendues jusqu'à Saint-Pierre-le-Vieux. C'est là, du reste, une pure hypothèse, qui a contre elle, | + nous ne devons pas le dissimuler, l'inconvénient de séparer du cloître, tout en la maintenant du reste dans - la clôture, l'église de Saint-Pierre-le-Vieux ; et, au — XIe au moins, Saint-Pierre-le-Vieux était, suivant - le témoignage de Jean de Gorze, dans le cloître. On pourrait, du reste, admettre à la rigueur que l'expression de Jean de Gorze, in claustrum, dût s'entendre dans le sens large de clôture, plutôt que dans celui de cloître proprement dit ; ou qu'un changement apporté à l'installation du cloître eût été réalisé entre le VIe et le xie, et l'objection que.. nous venons de signaler contre cette hypothèse serait ainsi écartée.

Sigebert de Gembloux, presque contemporain des constructions du XIe, croyait que l'édifice détruit alors était l'oratoire même qui avait défié les assauts des Huns en 451. C'est peu probable. L'oratoire du Ve existait déjà, depuis plus ou moins longtemps, à | cette époque et on a peine à croire qu'une construction du Ve ait pu durer jusqu'au xie ; même si on acceptait cette opinion, il semble infiniment peu probable qu'un simple oratoire de la première moitié du Ve ait pu, dans son exiguité, prendre le caractère de basilique et de cathédrale avec l'ampleur que ce titre comporte. Il est vrai qu'on a beau jeu de soutenir cette opinion, aussi bien que l'opinion opposée, car on n'est pas plus en mesure d'appuyer l'une que l'autre d'une preuve positive.

-s'arrête brusquement, pour faire place à une liste des églises messines où l'évêque devait successivement célébrer la sainte messe depuis le premier jour de, sort de ce fait qu'on n'y lit pas les vocabulaires des églises : de Metz construites à la fin du XIe et plus tard. Mais on y voit d'autres vocabulaires qui disparaissent des documents à partir du milieu ou de la fin du Xe.

Voici le texte auquel nous ajoutons des numéros d'ordre et le développement des abréviations.

1. FER(ia) v. Infra quinquagissima caput de ieiuniis collecta ad s(an)c(tu)m petru(m) infra ep(iscopi Jo — statio ad s(an)c(tu)m stephanu(m) — ibi fiat pírzjdicatio populi.

2. FER(ia) vr. Infra lmo ( —quinquagesima) statio ad s(an)c(tu)m marcellu(m) trans musellafnt). uincentiu(m) maärlyrum.

3. sabbfato) infra Imo ( —quinquagesima) (statio) ad s(an)c(tu)m.

4. DOM (ini JCra) 1. In xImo ( — quadragesima) statio ad s(an)c(tu)m petru(m) infra ep(iscopi Jo.

5. FER(ia) mn. (h)ebídomada) 1 statio ad s(an)c(tu)m polioctu(m) martyru(m) J.

6. fre)r(ia) n1 (h)ebídomada) 1 statio ad s(an)c(tu)m medardu(m) confessore(m).

7. F(e)R (fia) ri (h)ebídomada } 1 statio ad s(an)c(tu)m maria(m ) infra ep/iscopi Jo.

8. Fferia) w. (h)eb(domada) 1 statio ad s(an)c(tu)m georgiu(m) martyre(m ).

9. frería) vi (h)eb(domada) 1 statio ad s(an)c(f)ta)m sigolinam.

‘tiniis electorufm) celebratur — tunc denuntiandufm) est scrutiniufm) ad incoandu(m)J sicut in sacramfen)torufm}) (libro) continetur — statio ad s(an)c(f)ta)m crucem iuxta columnas.

| subia cet ecclíestaJe s(an)c(t Ji martini.

851 METZ 352 32. DOM[inica) v in xlmo (= quadragesima) | nas veniant, ef ipsis diebus stationibus suis parati cus- | stíatio) ad s(an)c(tu)m petrufm) infra episcopi Jo — eadem cælebrat/fur) scrutiniuí/mi) tertium) sicut in sacramentor (um (libro) continetur.

33. fferia) 11. st(atio) ad sí/an)c(tu)m maria(m) foras civitate(m) J.

34. f(eria) i1. st (atio) ad sí/an)c(tu)m privatu(m).

35. feria) 111. st(atio) ad s(an)c(t)os apo(stolo Js.

36. feria) v. st(atio) ad s(/an)c(tu)m eusebium.

3j. f(eria) vi. stfatio) ad s(an)c(tu)m simphorianu(rm..

356, sabbíato) vacat.

39. DOM finica) IN PALMAS. collecta mane prima ad s/íanjc(f)jam sigolina(m) — stfatio) ad sfan)- c(tu)m petru (m) infra ep(iscopi Jo.

40. fíeria) 11. st(atio) ad s(an)c(f)am maria fm) in sinodochio.

41. feria) im. st(atio) ad s(an)e(tu)m uictorem.

42. fferia) mu. statio mane prima ad sfan )cflu }m petrufm) infra ep/iscopijo — tunc cælebrand/fa)Je s(unt) orationes sollempnes et tunc conuenient om(íne js pr(esJb(iter)i civitatis in eade(m) eccl(esi Ja aut quomodo tunc pontifex agit orationes sollempnes sic et ipsi sexta feria faciant unusquisq(ue) ad uesperu (m) in titulo suo — statio ipsa die ad missas in eadefm) ecclfesi)a ad non fam). c(iu)m stephanu(m) et tunc conficitur chrisma.

„infra epfiscopi Jo.

Un bon nombre de villes épiscopales avaient adopté l'usage de Rome consistant à célébrer la liturgie dans les différentes églises de la ville, suivant un ordre fixé et immuable. Cet usage est constaté dès le IVe !, on le constate en Gaule, dans l'Église de Tours, où l'évêque Perpetuus s'y conforme. Son successeur, Grégoire, accompagne le titre des fêtes de l'indication de l'église de la ville où doit être célébré l'office liturgique présidé par l'évêque. Il en était de même ailleurs, notamment à Metz au IXe, mais cet | usage y pouvait être plus ancien ; on croira sans peine que saint Chrodegang, dans sa passion ultramontaine, aura cherché à implanter ou à développer une pratique qu'il avait vu fonctionner à Rome. Dans sa règle pour les chanoines, cet évêque parle, au chapitre vire, de la conduite à tenir dans les stations que faisait le clergé, le dimanche et les jours de fête des saints d'un rang plus élevé : Ef... ipsis diebus Dominicis vel festivitatibus sanctorum preclaris omnis ipse clerus,...qui foras claustra erit, ad nocturnas et ad matutitodiant unusquis que in officio suo stet, donec missa pera- « M gatur. Au chapitre xxxiv de la même règle, il est question des matricularii, employés des églises d'un rang inférieur, qui se dispensaient de la confession. de l'assistance à la prédication et même ne faisaient plus acte de présence ni à l'église épiscopale, pour la statio publica, ni aux autres stations de la ville, et se contentaient de demeurer chez eux : (.Matricularii )... ne que ad domum, in stationem publicam, ad audiendum ver- | bum Dei veniebant, ne que in reliquis stationibus, sed erant omnes sedentes unusquis que in loca sua *. L'évêque Chrodegand n'avait donc pas introduit à Metz la pratique stationnale, il l'aura probablement étendue. Nous trouvons une attestation de l'usage dans la Vie de saint Arnould, au début du vire siècle.

On y voit cet évêque sortir de la ville en procession à — l'occasion des Rogations, suivi d'une multitude de fidèles : Eo tempore, quo triduanum jejunium universalis celebrare consuevit Ecclesia, vir sanctus extra civitatem cum crucibus al que promiscua populi multitudine | orandi gratia secundum morem urbis processil® ; or, c'était là un usage qui n'était pas tout à fait nouveau : secundum morem.

Il ne serait pas impossible de remonter plus haut, car nous voyons des domestiques du duc Boson violer une sépulture dans une basilique de Metz, le 1er octobre 585, profitant de l'absence de l'évêque, du duc, de beaucoup d'habitants, sortis de la ville pour assister à la fête de saint Remi. Or, saint Remi était titulaire de l'église de Scy, près Metz, et il se pourrait que, ce jour, on s'y rendit faire la station * dans l'oratorium primitif qu'il se montre disposé à amplifier.

La reconstruction complète de Saint-Étienne, sous les évêques Villicus (552-577) et Pierre (578-587), lui paraît inacceptable. Dans l'œuvre de Chrodegang il faut voir non une reconstruction, mais un aménagement et un embellissement ; quant aux arcus per gyrum « sur lesquels on a tant discuté », il faut se garder d'interpréter cette expression dans le sens d'un collatéral ou d'une galerie semi-circulaire qui aurait fait le tour de l'abside pour relier entre eux les bas-côtés derrière le sanctuaire ; cette disposition ne semble pas se rencontrer dans les Gaules avant l'époque carolingienne. Mais nous y sommes à l'époque carolingienne et cette disposition, que Chrodegang a pu voir en Italie, est la seule qui s'adapte aux mots arcus per gyrum.

Dans la série des autres églises messines, toutes étudiées de la manière la plus précise par M. R. S. Bour, nous ne mentionnerons ici que celles dont il a été question dans notre travail, plusieurs autres sont d'époque postérieure, par exemple : omnem — situées, dans le pâté de maisons entre la place Croix-Outre-Moselle, la rue du Pontiffroy et la rue Saint-Médard et parallèlement à ces rues.

- sur les origines. Pert Ier (622-634) ne s'appuie sur rien ; la règle de Chrodegang présuppose son existence ; elle était située devant la façade de la cathédrale, à droite ; elle a dû occuper à peu près la moitié est de la chapelle de Notre-Dame du Mont-Carmel actuelle dont elle partageait l'orientation.

- sur l'origine de cette église, la première date connue est 1199. Mention en 911-912. Ancienne attestation peut être celle du catalogue stahes plus ancienne attestation est dans les Gesta episc. Mettensium du xii siècle. 2 » Saint-Maximin (rue Mazelle) ; 39 Saint-Maximin (Ban Saint-Martin). Le diacre premier martyr, c'est le pape Étienne Ier.

- dises actuelle, au point de jonction des quatre rues qui y aboutissent. Le témoignage de Paul Diacre est formel, or Paul Diacre est l'historien officiel, étranger à la ville et qui a dû s'instruire auprès des personnages principaux. Son témoignage est corroboré par une addition au catalogue épiscopal inséré dans le sacramentaire de Drogon, par la liste stationnale du manuscrit de Paris, par Hériger et d'autres. M. R. S. Bour a raison de dire que les découvertes de 1902-1903 ont donné le coup de grâce à la légende de l'apostolicité de saint Clément. Par ailleurs, il repousse la théorie qui veut voir l'oratoire de la fin du vii siècle dans l'excavation rectangulaire pratiquée au centre de l'édifice romain. Les vicissitudes postérieures sont mal connues. Cette église aura servi pendant un temps impossible à déterminer ; nous avons dit que, à la suite de la catastrophe de 451, le siège épiscopal avait été transentre la chapelle de Notre-Dame-la-Ronde, dont elle était séparée plus tard par la chapelle dite des Lorrains, et la place occupée par l'aile droite de l'hôtel de féré en ville. Entre 451 et la première moitié du ix siècle, qu'advint-il ? A-t-on relevé l'oratoire ? On n'en a aucun témoignage, mais, si le culte n'y avait pas été commémoré, le souvenir s'en serait perdu, et on ne s'expliquerait guère l'existence, vers le milieu du ix siècle, d'une église sur l'emplacement de l'ancien amphithéâtre, église attestée par la liste stationnale du manuscrit de Paris. Son rétablissement peut remonter à l'épiscopat d'Advence ou à celui de Drogon. Au xii siècle, Saint-Pierre sert encore d'église stationnale, mais une lettre de l’évêque Hériman (f 1090) la montre presque totalement abandonnée.

| Saint-Pierre, à la Citadelle, qui portait le nom de monasterium superius. La première église, appelée maior ecclesia et qui était fort belle, touchait au mur de la ville ; elle portait le vocable de saint Sulpice de Bourges, qui n'en était ni le seul, ni le premier titulaire : l'autel principal était consacré à la fois à la Vierge, à saint Pierre apôtre et à saint Sulpice. Mabillon a fait observer que saint Pierre avait été le premier titulaire et saint Sulpice n'y avait été ajouté que plus tard. Cette église occupait l'emplacement de l'église Sainte-Glossinde actuelle et elle était située à 260 mètres environ au sud de Saint-Martin. Le jour de l'Ascension 840, l'évêque Drogon y déposa les restes de la sainte, dont depuis elle a pris le nom.

| l'église des Apôtres, ce fut pour les déposer dans l'église Sainte-Marie, peu éloignée de l'abbaye, à l'intérieur des murs, à une faible distance de l'enceinte. Saint-Thiébaut a continué.

| en 1090.


CET —a 033337 17 00 i 5

855 METZ 8568

L'évêque Drogon entreprit probablement des travaux et l'abbaye fut reconstruite (en dehors de l'église) par l'abbé Anstée ; installation des bénédictins en 942. Le milieu de la place du général de Mau d'huy, mention dans la liste stationnale. Ancienne abbaye bénédictine d'hommes à Metz, fondée par saint Pappole, vers 614, sous le vocable des Saints-Innocents. Toujours gardé la même place. D'après la Vita de sainte Waldrée, cette église est une fondation du duc austrasien Éleuthére, qui en confia la direction à sa proche parente Aldrée, laquelle mourut en 620, ce qui cette date s'accorde bien avec les résultats des fouilles ;

| Ladou cette ; cette église remonte à l'évêque Wala reporte la fondation vers la limite du vi-vii siècle ;

(T 882).

pas postérieure au début du x siècle.

Voici le texte de la pièce qui s'adresse à Charlemagne :

Lignes 1 et 11, nous avons la désignation Carole, et Carolus, en sorte que le mot excelse, qui se lit en interligne à la première ligne et peut sembler introduit pour fournir une variante applicable à un empereur quelconque. n'enlève pas à la pièce son application à Charlemagne que, Post hoc regnum RD Ep aE A ie y —857 | 1. Ape alme — Deus rex cali Ovans polle Exulla polus 5. Ille preclarus Quem deus elegit Exulia Mellis Presul pacifice Exaltare ecclesiam 10. Earn que revocare —. Lætanlur omnes Ingredere Ave digne - Sanele crucis 15. Deus rez cœli lemagne, nommé deux fois, et à qui se rapportent exclusivement plusieurs traits qui seront signalés. La seconde pièce est composée à l'occasion de l'entrée dans l'Église de Metz de l'évêque Drogon, en 823 :

Pater excelse.

Te conservet.

Sine fine Lætare tellus. Progenie sancla Regere populum. De adventu pastoris, Advenit tibi, Slephani marlyris, In pristinum gradum. Occurren les ei. Benedicte domine. Paler benigne. Triomphator Te conservet.

= Jniercedat Pro ie sanctus | » Prolomartyr Jam que Stephanus, Regnum cœli Post hoc regnum Ut capes ces In æiernum ~ Cette pièce parait procéder de la précédente ; on remarquera qu'à l'exception de six lignes (1're, 5e, 6°, 7e, 8e, Je) à peine modifiées, toutes les autres sont textuellement empruntées à la pièce précédente. Dans l'une et dans l'autre, quelques bizarreries de style : dans la première, l'emploi de filiis et filiabus (l. 4, 26) au lieu de filios et filias ; dans la seconde, la désinence du vocatif presul pacifice employée pour le nominatif. porté le nom de Char les, ce sont : Charlemagne (800- — 814), Char les le Chauve (875-877), Char les le Gros — (881-888), Excluons ce dernier qui n'a pas laissé d'enfants et auquel on ne peut appliquer ces mots : Te tuos que, filiis que el filiabus (l. 3-4, 25-26). En outre, malgré que la flatterie ne soit pas toujours fort délicate dans ses louanges, on s'expliquerait mal qu'elle osât dire à Char les le Chauve : Constantinus novus effulsit in mundum (1. 10), alors que ces mots s'appliquent tout naturellement à Charlemagne qui combla de faveurs l'Église romaine au cours de son règne, tandis que Char les le Chauve, dans l'espace de moins de deux années, ne fit que confirmer les privilèges et les droits acquis, projeta une expédition en Italie et mourut sans s'être signalé par de grandes actions, ni de grands bienfaits.

Or ce titre de novus Constantinus est adressé par le pape Hadrien I** au roi des Francs, Char les, dès l'année 776, et il ne faut pas hésiter à voir Charlemagne dans une pièce du ix siècle où ce prince reçoit la même qualification. Dans celle-ci, nous lisons ces mots : Carolus praeclarus progenie sancta, allusion à sa descendance de saint Arnould (1 11) ; en outre, ces mots : Gaude civilas, lælare polus, exulla Mettis de adventu regis (l. 13, 14) se rapportent à l'entrée solennelle de Charlemagne à Metz, particularité que confirment ces mots : Exallare ecclesiam Stephani martyris. Intercedat protesanctus protomartyr jam que Stephanus (1. 17, 32, 33).

L'histoire n'a conservé le souvenir d'aucune visite —— £d


METZ 858

de Charlemagne à Metz ; les indications fournies par les annales et les dates de plusieurs diplômes et capitulaires nous montrent de fréquents séjours de l'empereur au palatium publicum de Thionville, notamment en mai 772, pendant l'hiver 773, en mai et novembre 719, à Noël 782, pendant l'hiver, à Pâques et jusqu'au mois de mai 783, pendant l'automne 805 et à Noël 806, Il est peu probable qu'au cours d'un de ces séjours à Thionville, Charlemagne n'ait pas poussé jusqu'à Metz. Les laus dont nous parlons, permettent de croire qu'il y vint, au moins rapidement, entre les années 800 et 814. En effet, la pièce contient une invitation pressante à l'empereur de relever l’Église de Saint-Étienne à Metz et de la rétablir dans son ancien état :

Exallare ecclesiam Stephani marlyris Euüm que revocare In pristinum gradum (l. 17-18 de la 1r pièce et 1. 9-10 de la 2).


XX. SITUATION DE L'ÉGLISE DE METZ. Qu'est-ce à dire ? S'agit-il d'une restauration matérielle ou d'un relèvement moral de l'Église de Saint-Étienne ? Ecelesia peut avoir le sens de bâtiment et celui de diocèse : ce qu'on sait, le peu qu'on sait. sur l'histoire de la cathédrale de Metz ne favorise pas la première opinion. L'historien Meurisse avance sans preuves que la cathédrale Saint-Étienne fit place, au milieu du vii siècle, à un important édifice construit par l'évêque Chrodegand, auquel, un demi-siècle plus tard, Charlemagne fit ajouter des tours . D'après les bénédictins, Chrodegand ne fit rien de plus que de reconstruire le chœur et le sanctuaire de l'oratoire primitif et Charlemagne flanqua de deux tours le côté droit du cheur ?. Tout cela est fort peu certain et, en ce qui concerne les deux tours, nous avons peut-être simplement l'écho d'une opinion populaire dont la première indication n'est pas antérieure au xvi siècle En Lout cas, à supposer que Charlemagne ait donné deux tours à l'église de Chrodegand, ce serait une autre difficulté de voir là revocare ecclesiam sancti Stephani in pristinum gradum. D'ailleurs, pour en finir avec cette interprétation malencontreuse, il suffit, croyons-nous, de faire remarquer que Paul Diacre, l'auteur de la Vie de saint Chrodegand, et les Gesta des évêques de Metz ne disent pas un mot des travaux exécutés à Saint-Étienne par ordre de Charlemagne ; ils mentionnent seulement ceux de Chrodegand qui ne paraissent avoir eu qu'un caractère partiel et, surtout, décoratif .

Ces considérations invitent à écarter du texte revocare ecclesiam sancti Stephani in pristinum gradum la signification de travaux matériels, il s'agit de la condition morale de cette Église. Celle-ci souffrait alors, vers 800-814 d'une sorte d'amoindrissement que contredit l'opinion généralement répandue de sa grande prospérité pendant la seconde moitié du VIIIe. Sous l'épiscopat de Chrodegand, les écoles messines avaient joui d'un certain éclat ; en 775, l'Église de Metz avait obtenu du roi Charlemagne un diplôme d'immunité pour ses domaines ; de quel amoindrissement peut-il donc s'agir ?

« Serait-ce quelque conséquence de l'abandon par les rois de la résidence de Metz ; une des suites peut-être de l'effacement graduel de l'ancien royaume d'Austrasie réuni, à plusieurs reprises et tout récemment encore, vers la fin du VIIIe, au royaume de Neustrie, et tendant de plus en plus à se perdre dans cette unification ? Serait-ce, d'accord avec cette première cause, le ressentiment prolongé d'une certaine diminution d'importance de l'évêché de Metz, par suite du développement qui parait avoir été donné à ses dépens, vers le VIIIe, à celui de Strasbourg ? Meurisse avait recueilli à ce sujet une tradition, dont il est impossible d'apprécier exactement la valeur et qu'il nous transmet dans des termes plus ou moins exagérés. « La ville de Strasbourg, dit-il, fut soustraite à la juridiction des évêques de Metz l'an 639, « que Dagobert y érigea et fonda une église cathédrale. « Car, auparavant, ceste ville et le pays d'alentour « estoient sous leur juridiction spirituelle, et ils estoient « les pères et les apôtres de ces peuples-là, pour les | « avoir convertis premièrement à la foi chrétienne !. » | Nous ne nous arrêterons pas à la date de 639 donnée à ces faits par Meurisse, qui attribuait ainsi, on le voit, à Dagobert Ier des actes qui, sous toute réserve quant à leur signification, se rapportent au règne de Dagobert II.

Pour ce qui est de l'ancienne extension de l'évêché de Metz en Alsace et vers le Rhin, nous ajouterons, aux indications précédentes, que l'opinion ainsi exprimée à ce sujet semble justifiée dans une certaine mesure par les intérêts que les évêques de Metz ont conservés longtemps de ce côté. Nous rappellerons leur patronage sur diverses églises et abbayes du versant alsacien des Vosges, comme celles de Maurmunster et de Neuviller et la possession par eux de domaines, dont | les plus importants étaient les fiefs que reprenaient de leurs mains, dans la même contrée, les comtes de Dagsbourg, ceux de Linange, ceux de Lutzelstein, les sires de Fénestrange, ceux de Lichtemberg, ceux de Géroltzeck . Saverne appartenait encore aux évêques de Metz au temps de Wigeric, au Xe , « Ces faits peu remarqués impliqueraient pour l'Église de Metz, à partir du VIIIe, une diminution d'importance qui expliquerait les doléances contenues, au commencement du IXe, dans les pièces dont nous parlons . »


METZ

20. Sancta Eulalia Exaudi Christe. Ter.

Tu illam » Illi pontifici salus perpe

Sancte Stephane Tu illum adjuva. [tua Sancte Silvester Tu illum » Sancte Laurenti Tu illum » 25. Sancte Pancrate Tu ilum » Sancta Pelronilla Tu illum = » Sancta Agnes Tu illum » Sancta Cecilia Tuillum » Sancta Anastasia Tu illum » 30. Sancta Genovefa Tu illum » Sancta Columba Tu illum » [ Exaudi Christe. Ter. Omnibus judicibus pel cuncto exercitui Francorum vila el picloria.

Sancte Hilari Tu illos adjuva.

Sancte Martine Tu illos » 35. Sancte Maurici Tu illos » Sancte Dionisi Tu illos =œ Sancte Gereon Iuilos =œ Christus vincit, Christus regnat, Christus imperal. Lux, via el vita nostra Christus vincit.

40. Rex regum Christus vincit. Gloria nostra Christus vincil. Misericordia nostra Christus vincit. Spes nostra Christus vincit. Auxilium nostrum Christus vincil. polestas culorum. Amen.

Ipsi soli honor, laus et jubila

Per infinita secula seculo- — Ces laudes ne contiennent pas de noms, afin de permettre de les employer dans des circonstances et des temps divers. Mais au % répons on a laissé subsister : Illi imperatori vita et victoria, qui indique que la pièce a été composée après l'an 800. Le 16 répons, au contraire, fait allusion à une reine : Illi regine salus et vita ; c'est qu'à l'époque carolingienne l'épouse de l'empereur est souvent désignée par le titre de reine .


XXII. LES LAUDES GRECQUES. — La date de la composition de cette pièce est déterminée par les noms du pape Jean, du roi Louis et de l'évêque Wala, qui s'y trouvent nommés ; il s'agit de Jean VIII (872-882), du roi Louis (877-882), de l'évêque Wala (876-882), ce qui donne un synchronisme de 876 à 882 pour la composition de la pièce. Diverses particularités, dont la discussion entraînerait trop loin, ont fait penser que cet intervalle pourrait être réduit entre le milieu de 579 et le début de 881.

860 | Misericordia et ( ly jredemptio nostrü Tueleu keautrosin Imon. Xpo doxa. similiter

861 METZ _ Sineil regnat superlaudabilis 1 Xps nicha, Xps Uasileuge, Xps epenos. nos serpi regis 2 Emis duli ton uasileon. mulli anni 3 E — — HP. Johanni apostolicu papa polla ta eti. serva ilum 4 A — -— RP. Filaxon autu. regi el ejus potestati multi anni 5 Ei — — RP. Polla ta eti : Ludouuicu uasileon keaptu kratoron pollata ejti. r magno salus in seculum : 6 Ei — — RP. Uualon megalu episcopusothiria eiston eona. Tu illum adjuva TES — — RE. Si auton uoetheson. serva — illum 8. PANAGIA RP. Filaxon autu. šerpa 3 9 A — -- RE. Filaxon autu. conserva illum 10 Joh. apli.— RF. Diafilaxon autu. mulliplica iu Deus lempora illius 11 Polietisi otheos tus chronos autu. Augeat — plenitudinem : temporis vile — ejus 12 Epiplion plithini otlieos tus qerus tis Zzois autu. Laus tihi 13 Enosi —- RP. Filaxon autu. gloria laus superlaudatio 14 Xpo doxa, Xpo eno, Xpo epenos. Regi regum $e 15 Uasileu Uasileon — Xpo doxa. ut supra. spes nosira aA M 16 Elpis imon — — Xpo doxa. similiter. gloria nosira 17 Doxa imon — — Xpo doxa. similiter. aurilium nosirum 18 Hiuo ethia imon — Xpo doxa. similiter. fortitudo (virtus) et vila nosira —— Ischis kae zoi Imon. Xpo omnem palriam (familiam) el urbem et omnes urbes et villas ( regiones) Tampatrida chepolin chepasan polin chechora. Kyrrie sistison. Et nos Keimas — RP. Xpos diafilaxi. nunc et in secula seculorum Nin che is tus eonas ton eonom. Amin. Deus elegit Aut, — -— RF. Otheos exclexon. Poll RP. AMIN, canservet The. — — RP. Otheos diafilaxe keaptu kratoræ. multipli cet Eli — — RP. Otheos eplethin.

862 Aug. Prost s'est livré, à l'occasion de cette pièce, à un long travail de restauration dont voici le résultat :

G « Efaxoucov Xgtocé. RP. Yudiov ueyai® rioxónw cocvnoux eig vOv alva. 7 2 TEp RP. Eò abcróv BornÜncov. roxy TÓAU xxl you

863 METZ 864 X 22 Kot fus RP. Xprorûc GuxouXAXER. | 23 Nüv xal sic tous alvas rv » xi Qwov RP. 'Aufj.

24 Aùtòy [zotiévx] RP. »O Gzóc déesse.

25 DE [im] TA xoüéBenc] RP. 'O Oeùc üuxguaxes xal mroxpiropa.

20 « Er : [715 Cots aco] RP. 'O Oeds

21 bis IloAAx tà ET RP. ' AMHN.

ronna Pépin et ses fils, Charlemagne et Carloman, dans la basilique de Saint-Denis. Les cérémonies célébrées à cette occasion étaient accompagnées de chants sonores et on vit le contraste existant entre l'usage franc et l'usage romain. Pépin sacrifia le premier au siège et décida que les clercs francs s'instruiraient dans le chant romain. Il publia des ordonnances, stimulé cela par l'évêque de Metz qui, depuis son voyage à Rome, ne trouvait à son gré que ce qui venait d'au-delà des monts. Pour précher à Metz, il imposa le chant romain dans son Église et, en 762, s'efforça d'en assurer la diffusion par ses ordonnances épiscopales. Deux articles de sa règle canoniale (les 50e et 51e) furent consacrés au chant d'église. Un maître, formé à Rome, fut chargé d'établir et de diriger une école de chant. Il semble que le pape Étienne n'apportait pas beaucoup d'entrain à échauffer ce beau feu ; dès qu'il eut disparu, Pépin revint à la charge auprès du pape Paul Ier qui, pour satisfaire à sa demande, lui envoya des livres de chant et un professeur qui créa, à Rouen, une école de chant calquée sur celle de Rome. Pendant ce temps, à Metz, on se piquait d'émulation et, du vivant de Pépin et de Chrodegand, on louait l'exécution rivale de la romaine. Il arriva même qu'un Anglo-Saxon, nommé Sigulphe, ayant appris les rubriques liturgiques à Rome, préféra venir à Metz compléter son éducation musicale. La réputation se soutenait. Au IXe, le chant messin passait pour être de beaucoup supérieur à celui de toutes les autres Églises gallicanes et allemandes, comme Jean Diacre prend bien soin de le faire remarquer : Denique usque hodie quantum romano cantu Melensis cedit, tantum Melensi Ecclesiæ cedere gallicanarum ecclesiarum ger-

Cette remarque du biographe de saint Grégoire tend à déprécier l'école de Metz au bénéfice de celle de Saint-Gall. Ce jugement est d'ailleurs confirmé par le biographe anonyme de Charlemagne, d'après lequel on disait simplement cantilena Metensis pour désigner le chant d'église, dans les contrées franques où on parlait latin. Au Xe, l'école messine avait pour maître Rotlandus, aidé de Bernacer, diacre et paraphoniste de l'église Saint-Sauveur. Au début du XIe, l'évêque de Metz, Théoger, rédigeait un écrit relatif au chant ; et encore, au XIIe, l'école de chant de Metz gardait ses méthodes et son prestige.


XXIV. MANUSCRITS LITURGIQUES. — 1. Sacramentaire de Drogon, envoyé de Metz à la Bibliothèque nationale, en novembre 1802. Ce sacramentaire, l'un des plus anciens et des plus précieux, contient des fonctions liturgiques, et des sujets bibliques inspirés des récits apocryphes.

Parmi les sujets liturgiques, nous mentionnerons spécialement la consécration eucharistique (fig. 8021). Le célébrant, qui porte la tonsure monastique, est à l'autel, faisant face aux fidèles. L'autel est abrité par un ciborium, auquel sont suspendus des rideaux et une couronne de lumières. Le célébrant étend les mains sur le pain et le calice à anses. Devant lui, dans le sanctuaire et, plus loin, dans la nef, le clergé et les fidèles profondément inclinés (initiale de la collecte de la fête de saint Paul, fol. 87 v.). Parmi les initiales ayant rapport aux sujets bibliques, celle de la collecte de la fête de la Pentecôte nous montre les onze apôtres assis dans la basilique et recevant le Saint-Esprit qui leur est envoyé par le Sauveur, portant sa croix. Une main tient une banderolle, sur laquelle sont tracés les enseignements divins (fig. 8022). Saint Jean-Baptiste est honoré par une miniature qui représente l'annonce de sa naissance et son père Zacharie frappé de mutisme (collecte de la vigile), une autre nous montre la naissance (fig. 8023) : Élisabeth, sur son lit, entourée de quatre matrones, et Zacharie écrivant le nom que doit porter le nouveau-né (collecte de la fête). D'autres miniatures représentent les martyres de saint Pierre, de saint Paul, de saint André (collectes de leurs fêtes).

Tous ces sujets sont composés avec une grande netteté et une certaine bonne grâce ; l'habileté de main, le goût du mouvement rappellent assez bien les illustrations du fameux psautier d'Utrecht.

L'artiste a voulu, selon toute vraisemblance, représenter les cérémonies liturgiques qui sont décrites au cours du volume, et placer en regard de chacune d'elles les phases correspondantes de la vie du Christ ; c'est ainsi que nous voyons le baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain, Jésus serrant dans ses bras les apôtres au jardin des Oliviers, Jésus donnant la bénédiction à ses disciples qui vont le quitter, et aux premiers épisodes répondent les sacrements du baptême et de l'ordination. Mais bientôt le sculpteur a laissé de côté ce parallélisme, et il nous montre l'évêque consacrant une église, bénissant le saint chrême le jeudi saint, bénissant les fonts baptismaux le samedi saint, tracant avec le pouce une croix sur le front de l'enfant qu'il vient de baptiser ; puis, suivent les diverses cérémonies de la messe ; l'évêque sortant de la sacristie, s'inclinant devant l'autel, donnant le baiser de paix à l'un des prêtres assistants, baisant le livre des évangiles, écoutant la lecture de l'épître, puis se tournant vers l'Orient pour écouter la lecture de l'évangile, recevant les oblations des membres du clergé, consacrant le vin du calice et remettant à l'archidiacre le pain bénit (fig. 8025-8026 hors texte).

Dans ces dix-huit sujets dont on vient de voir l'ensemble, il nous faut faire un choix, afin de donner une idée suffisante de l'exécution technique. Dans le tableau consacré à l'ordination, nous voyons l'évêque nimbé, sans doute pour mettre en valeur son rang éminent, revêtu de la chasuble, il impose la main à un ordinand ; tandis qu'il feuillette le pontifical que tient un clerc devant lui, un ministre lui présente l'étole du nouveau diacre. Dans le tableau de la confirmation, l'évêque, revêtu de l'aube, de l'étole et de la chappe, confirme les enfants présentés par leurs parrains. L'archidiacre tient le saint chrême, un clerc tient la crosse. Dans le tableau de la consécration de l'église et de l'autel nous voyons trois scènes : — d'abord l'évêque, une branche à la main, fait le tour de la basilique, accompagné d'un acolythe qui tient l'eau bénite dont le prélat asperge les murs ; — ensuite, c'est l'instant où l'évêque franchit le seuil de la basilique, portant sur ses épaules les reliques des saints martyrs ; enfin, arrivé devant l'autel massif en pierre, le prélat fait les onctions sur la pierre. La rusticité du travail n'empêche pas l'interprétation d'avoir la clarté voulue et les personnages offrent une certaine souplesse dans les gestes, qui garde son réel mérite.

Dans la publication des manuscrits de Metz par M. L. Weber (de Reiningen) dont le titre a été donné (voir col. 865), on trouvera les reproductions suivantes :

Frontispice du texte : les deux plaques du sacramentaire de Drogon.

Pl. 1. Plaque du dessus de la reliure : 1. Ordination d'un diacre et d'un sous-diacre. 2. Baptême de Jésus. 3. Jésus envoie ses apôtres prêcher et baptiser. 4. Bénédiction du saint chrême. 5. Institution du sacrement de pénitence. 6. Dédicace d'une église et consécration de l'autel. 7. Confirmation. 8. Bénédiction des fonts baptismaux. 9. Baptême d'enfants et d'adultes.

Pl. 11. Préface (fol. 14).

Pl. iv. Préface (fol. 14 vo). Vere dignum...

Pl. v. Sanctus (fol. 15) Séraphin.

Pl. vi. Canon de la messe (folio 15 vo), lettres

Pl. x. Initiale Vere dignum (fol. 46 vo).

Pl. xi. Initiale Vere dignum (fol. 51 vo).

Pl. xii. Initiale D, le jour de Pâques (fol. 58 ro).

Pl. xiii. Préface du même jour (fol. 59 r°).

Pl. xiv. Préface du même jour (fol. 59 vo).

Pl. xv. Initiale D, pour la Circoncision (fol. 32 vo).

Pl. xv. Initiale O, pour la Purification (fol. 38 ro).

Pl. xvi. Initiale D, pour l'Épiphanie (fol. 34 vo).

Pl. xvi. Initiale C, pour l'Ascension (fol. 71 vo).

Pl. xvii. Initiale D, pour la Saint-Étienne (fol. 27 r°).

Pl. xviii. Initiale D, pour la Pentecôte (fol. 78 ro).

Pl. xix. Initiale E, fête de saint Jean l'Évangéliste (fol. 29 ro).

Pl. xix. Initiale D, fête de saint Jean-Baptiste (fol. 84 r°).

Pl. xix. Initiale D, martyre de saint Pierre et de saint Paul (fol. 86 r°).

Pl. xx. Initiale D, canon de la messe (fol. 87 vo).

Pl. xxi. Initiale M, martyre de saint André (fol. 98 vo).


PI. xxiii. Six initiales : 1° la Cène, le baiser de Judas ; — 29 le massacre des innocents ; l'appel de l'ange aux bergers ; — 49 la tentation du Christ ; — 50 le crucifiement (donné aussi en couleurs, pl. non numérotée) ; — 6° le dimanche des Rameaux.

Pl. xxii. Douze initiales à sujets historiques.

Pl. xxiv. Préface (fol. 10, 10 v), Pl. xxv. Préface (fol. 51 r°, 90 r ?).

Pl. xxvi. Trente-quatre majuscules.


PE xxvir. Dix-neuf majuscules.


PL xxvmur Vingt-sept majuscules.

| — Martène et Durand, | religieux bénédictins, t.


METZ 870

Bibliographie du sacramentaire de Drogon : Meurisse, Histoire des évêques de l'Église de Metz, 1634, p. 685.

| de Metz par dom Martène et dom Durand en 1712.

Fol. 5 v. : In nomine Domini, incipit liber sacramentorum de circulo anni expositus, a sancto Gregorio papa romano editus, ex authentico libro bibliothecae cubiculi scriptus, qualiter missa romana celebratur.

Fol. 6 v ». Préface, fol. 8 v ? canon.

Fol. 14. Série unique des oraisons du propre du temps et du propre des saints.

Fol. 135. Série des oraisons des diverses messes et du commun.

Fol. 174-184, écrits après coup au xii ? siècle. Les préfaces des fol. 2 v ? - 4 v ? sont encore une addition du même siècle, comme aussi les indications pour le chant du Gloria in excelsis qui couvrent la moitié du | fol. 185 v ?.

Fol. 185. Ordo noviter institutus a papa Urbano, tout 871 chant la célébration de certaines messes, écriture du xii siècle.

Le sacramentaire a dû être fait dans la province de Trèves, c'est ce que prouvent suffisamment les listes de saints invoqués au Communicantes et au Libera nos quaesumus.

Ce qui peut faire supposer que le livre a servi à l'abbaye de Saint-Symphorien de Metz, c'est qu'au fol. 176, dans la partie ajoutée au xi siècle, on trouve sous la rubrique : Missa de sancto Symphoriano, une oraison ainsi conçue :

Propitiare, quesumus, Domine, nobis famulis tuis | per sancti N. martyris tui et omnium sanctorum quorum reliquis in hac presenti continentur ecclesia merita gloriosa, ut eorum pia intercessione ab omnibus prolegamur adversis. Per.

L'écriture et la décoration dénotent l'école calligraphique de Metz.

Le catalogue des manuscrits de Metz est contenu dans le tome v de la série in-4° du Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques des départements, 1879 ; il est précédé d'une ample « Notice » due à Aug. Prost et les descriptions sont l'œuvre de J. Quicherat, à la date de 1841. Nous y relevons les numéros suivants : du xi siècle. D'après Delisle, Mém. sur d'anc. sacram.,. n. XCIX, rien n'indique la provenance de ce livre ; mais le style des initiales fleuronnées, tracées en rouge, sur les fol. 4 vo, 5 ve, 10, semble indiquer un livre exécuté | dans la province de Trèves.


METZ

| xi siècle ; page 81 :

E grand intérêt qu'il mettait à la possession de ces - manuscrits. Le 14 octobre 1674, le vénérable chapitre | expédia au puissant ministre les volumes enluminés | Hj - avec leurs couvertures sculptées, trop heureux de lui complaire et, deux années plus tard, Colbert écrivait -de Versailles à « messieurs du chapitre », le 11 septembre 1676, qu'il avait reçu « avec beaucoup de - satisfaction les treize manuscrits... outre la belle Bible et les Heures de Charlemagne, dont vous avez - aussi bien voulu orner ma bibliothèque ». En témoignage de reconnaissance, le ministre envoya, pour le - maître-autel de la cathédrale, une grande croix d'argent ciselé, portant à sa base un blason avec la cou- - Jeuvre en pal. - En plus de ces manuscrits se trouve le ms. laf. 9383 de la Bibliothèque nationale, évangéliaire du viii siècle, dont la reliure offre deux ivoires sculptés du ix° - (fig. 8027 hors texte). — Le Sauveur est crucifié, la tête entourée d'un nimbe - crucifère. Sa taille est élevée. Son visage, un peu incliné, est tourné vers la droite ; les bras sont presque. horizontaux. Il porte une longue barbe et une abondante chevelure ; les pieds sont cloués sur le suppedaneum de la croix. Au-dessous, fixé au pied de la croix, … se trouve un petit objet de forme cylindrique et plus - bas une sorte de torsade ; ces deux objets n'ont pas - reçu d'explication satisfaisante. Les reins sont en- - tourés par un linge qui couvre les cuisses jusqu'aux genoux. L'instant choisi est celui où Jésus confie sa. mère à saint Jean. Marie, debout, à sa droite, porte - une robe trainante ; elle a la tête voilée et nimbée, les 1 mains tendues vers son Fils. Jean a le même geste ; il - porte, par-dessus son vêtement, un manteau placé sur - l'épaule ; il est nimbé, lui aussi. A gauche de la croix, deux personnages font pen- - dant à la scène précédente, ce sont deux femmes : une, - debout, en robe talaire, tourne le dos au Christ et tient | de la main gauche une hampe terminée par un drapeau. à trois flammes ; elle interpelle une autre femme voilée, - assise devant une ville dont on voit les tours et les — murailes ; cette deuxième femme tenant une hampe avec un drapeau en forme de trois flammes et, dans la ~ main gauche, un couteau en forme de croissant, un — tranchet ; c'est la Synagogue et l'Église. - Au-dessus de la croix, les quatre évangélistes assis m et écrivant, chacun sous la dictée d'un ange, d'un — aigle, d'un lion, d'un bœuf. Deux bustes du soleil — et de la lune au-dessus du cartouche avec ces mots :


IHS NAZA RENVS REX IVDE ORVM

Deux bourreaux s'approchent de la croix et présentent chacun, l'un une lance, l'autre une éponge imbibée de vinaigre.

De chaque côté du pied de la croix se voient deux petits édicules de forme circulaire, couronnés d'un toit en. lanterne. Chaque édicule s'ouvre et montre deux personnages (trois femmes et un homme), enveloppés de suaires et tendant les mains vers le Christ dont la mort va les faire sortir des enfers.

Au pied de la croix, une femme assise, levant la tête pour apercevoir le Sauveur ; elle tient un drapeau de la main droite et un objet orbiculaire de la main gauche. Il semble que ce soit la Foi nouvelle. Elle est encadrée par deux personnages mythologiques : la Mer,.sur un cheval marin, la Terre tenant deux enfants..

La scène entière est disposée dans un cadre d'acanthe. couverture à l'évangéliaire qu'il recouvre. Il est fixé


METZ

874 sur ce livre par une bordure d'argent portant cette inscription :

A la partie supérieure, quatre anges s'empressent vers le Sauveur et, dans les angles, les bustes du Soleil et de la Lune.

Nous retrouvons, à la hauteur du pied de la croix, les deux édicules d'où les morts acclament le Sauveur, A la partie inférieure, à gauche du pied de la croix, s'élève un édifice de grandes dimensions qui fait songer à une cathédrale carolingienne, avec son portail, ses deux tours rondes et sa nef couverte de tuiles. Le portail grand ouvert laisse apercevoir un cénotaphe rectangulaire : c'est le saint tombeau qu'un ange, assis à l'entrée, désigne à trois femmes voilées. La première fait un geste de surprise et tient une bouteille d'aromates.

875 rein couverts, la très sainte Vierge et saint Jean, et deux soldats maniant la lance et l'éponge.

A la partie supérieure, le Christ entouré de la cour céleste.

Au-dessous : Miserere mei Deus quoniam in te confidit anima mea. L'âme se trouve entre les mains d'un ange qui la tient sur ses genoux, entre deux lions rugissants, et, de chaque côté, deux anges représentant sa miséricorde et sa vérité : Misit misericordiam suam et veritatem suam, et eripuit animam meam de medio catulorum leorum, et cependant dormivi conturbatus.

Alors David se plaint que son âme est environnée par ses ennemis, dont les flèches et la langue sont plus affilées qu'un glaive : Filii hominum, dentes eorum arma et sagittae et lingua eorum gladius acutus. Au-dessous de l'âme, une troupe de gens portant flèches, lance, glaive et bâton.

Enfin, dans un registre inférieur, des hommes creusent la fosse, dans laquelle ils vont tomber : Foderunt ante faciem meam foveam et inciderunt in eam.

Au dire de Ch. Abel, M. Paguet de Metz possédait | une petite plaque d'ivoire provenant, disait-on, de Saint-Arnould. Elle représentait une Vierge byzantine, tenant l'enfant Jésus sur ses genoux et assise sous une arcade denticulée soutenue par deux colonnes avec chapiteaux à figures ; de chaque côté, on voyait un médaillon avec le Soleil radié et la Lune. Cet ivoire fut vendu à Paris, comme étant de la fin du ix* siècle.

Il est aussi question d'un oliphant sculpté en relief et représentant, d'un côté, Jésus-Christ dans une gloire, tenant sa croix de la main gauche et emporté


METZ

| TURES). Enfin, au bas, l'Océan à cheval sur un monstre. Lune. Bordure d'acanthe. i Bibliothèque nationale | au ciel par quatre chérubins, sous les regards du Soleil ` et de la Lune personnifiés. Plus bas, la Vierge, accompagnée de deux apôtres, assistait à cet épisode. Sur l'autre face s'étageaient seize médaillons contenant « les douze apôtres et quatre évangélistes, le tout dans. des branches d'arbres où des chasseurs relançaient des animaux et des oiseaux. Tout cela est un peu douteux au ix* siècle, ;

Enfin, le musée de la ville de Metz possède une plaque d'ivoire (fig. 8033 hors texte) qu'un chanoine trouva parmi des défroques religieuses et offrit au baron Marchant, numismate connu et maire de Metz. Stengel écrivait au comte de Bastard : « C'est le plus bel ivoire du Moyen Âge. » De Bastard se désolait de ne pas l'avoir vu et J. Labarte en fit un ouvrage byzantin du ix° siècle.

Il n'y a peut-être pas lieu de tant s'extasier ; mais ial pièce appartient bien à l'école messine, probablement du x* siècle. Le crucifié n'a plus la rigidité des ouvrages précédents ; le suppedaneum est devenu un bloc d'un semis de quatre-feuilles, le corps est affaissé ; | tête porte le nimbe crucifère orné, le titre est gréco- | latin : 1

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| | IHC NAZA A REN* REX IVDEORV n La Religion reçoit le sang qui s'échappe de la plaie du côté ; à ses côtés, la Vierge ; en face, la Synagogue et saint Jean qui tient en main l'Évangile. Plus bas, le porte-lance et le porte-éponge. Auprès d'eux, les petits édicules à coupoles, tombeaux des patriarches | qui ressuscitent. La croix est posée sur une colonnette couverte de pampres dont le chapiteau supporte le groupe d'Adam et Eve au pied de l'arbre de la science. Un registre inférieur nous offre les quatre évangélistes | assis, écrivant et ayant sur un corps d'homme une tête d'ange, d'aigle, de lion, de bœuf (voir CARICA- marin et la Terre demi-nue avec deux enfants et un - enfant enroulé sur son bras droit. Au sommet, deux anges sur deux nuages et les bustes du Soleil et de la A la partie inférieure, dans une niche carrée, un buste d'homme encadré par ces mots : ADAL- - BERO-CRVCIS-XPI-SERVVS. L'évêque Adalbéron If, mort en 929 !,


DICT. D'ARCHÉOLOGIE. LETOUZEY ET ANÉ, EDIT.

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DU MUSÉE DE LA VILLE DE METZ

d'après une photographie gracieusement communiquée par Monsieur Ed. L. Weber, curé de Heiningen.

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Ce texte, auquel nous ne nous arrêterons pas, a été publié deux fois : 1 » Champollion-Figeac, Chartes latines, françaises el en langue romane méridionale, publiées pour l'École des Chartes el pour faire suite à la ~ collection des chartes et manuscrits sur papyrus, 4* et 3 Comme le dit Julien Havet (voir ce nom), l'intérêt — principal du document est dans les notes tironiennes ~ qui en couvrent le verso. Il y en a jusqu'à trente - lignes : vingt-sept au dos du premier feuillet et trois au dos du second.

Le texte tironien est une analyse du texte ordinaire écrit de l'autre côté du parchemin. Cette analyse ne mentionne pas, à beaucoup près, tous les détails qui figurent dans la double charte : ce n'est donc pas une minute d'après laquelle celle-ci ait pu être rédigée. Ce n'est pas non plus un simple extrait de cette charte : on y trouve, sur la contenance et la nature des terres concédées, d'autres détails dont celle-ci ne parle pas. C'est donc une note rédigée par une personne qui était au courant du fond même de l'affaire. Elle a été écrite quand le précariste était déjà en possession des biens qui font l'objet du contrat, car elle désigne ces biens par ces mots : quicquid ibidem per beneficium et per censum habere videtur. Deux lignes, la 13 et la 14*, ont été ajoutées plus tard encore, après la mort du donateur-précariste, Anselme ; et les annoncent l'entrée en possession des deux neveux qui devaient, d'après les conventions, succéder à ses droits, s'il ne laissait pas d'héritier direct, Ces deux lignes sont d'une encre plus pâle que le reste des notes tironiennes de la page, mais elles paraissent avoir été tracées par la même main.

« L'analyse du contrat est suivie de la liste complète des noms des témoins. Ces noms avaient une importance pratique ; c'étaient ceux des personnes qu'on devait appeler, en cas de différend, pour attester les clauses de la convention. L'objet qu'avait en vue celui qui a écrit ces notes était donc d'y mettre tout ce qui était essentiel et de faire en sorte qu'on pût, en les consultant, se dispenser de lire le document lui-même.

Donativum at que lestamentum quem fecit Anselmus [in pago Hidoni in se in fine Gaangoniaga ad partem sancti Arnulfi de | in fine qui dicitur Wanolviingas denarius FI 5 Censum annis annis singulis impendiis sancti Ar- [nulfi pilam suam denarius VI, post obitum ejus qui ipsas habere [videntur denarius Xl. ad partem sancti Islefani denarius VI -Precaria quod praecepit de rebus sancti Arnulfi et [sancti Islefani, in ipsa


METZ

878 mansus cum vinea fine Gaangonia et Edeniingis el Geuntringis quicquid ibidem per beneficium et per censum habere videtur, [id est mansis... 1 10 ef ad Maticella vinea una et ad sanctum Julianum [vinea I quas per beneficium habere... et ad Meenterum mansis tres et sor les tres 1I jugerum ef silpa ad [lignum amputandum. Ernico et Hldradus... ? impendiis sancti Arnulfi denarius VI ad partem sancti Istefani denarius VI 15 t Walterum. T Harimudum, T Gerberlum. T Addalberto. T Turiingo 20 T Milonis T Hisidero Laantivum + Radulfuum T Teutboldum 25 T Wahinum T Edonis T Rageemjrido T {ngrano T Rigpo...' T Umfridus XXVII. — Inscription signalée par J. Gruter : Eruta Metis tabula ex marmore orientali candido durissimo que sub capile mortui, cujus caput circulo aheneo deaurato revinctum erat. Gruter tenait sa copie de Boissard, Meurisse en avait une qui a été suivie par E. Le Blant ; l'original est perdu : HIC QVIESCIT CASTORIVS QVI VIXIT AN PL-M LX e C Sx Le nom de Castorius est fréquent parmi les fidèles. E. Le Blant rapproche ce nom de celui d'un saint prêtre, disciple de saint Maximin de Tréves. E.-X. Kraus, J.-B. Ke une et Otto Hirschfeld veulent que ce soit un faux de Boissard.

879 Die altchristl, Inschriften der Rheinlande, 1890, p. 38, n. 67 ; J. Ke une, dans Jahrbuch der Gesellsch. für lothringische Geschichte und Alterthum, t. vx, part. 1, p. 42 sq., n. 9 ; t. xiv, p. 384, note 2 ; O. Hirschfeld et C. Zangemeister, Corp. inscr. lat., t. xin, part. 1, p. 53, n. 553 .

Quelques autres débris, dont on ne peut tirer rien d'utile : F.-X. Kraus, Die altchr. Inschr. der Rheinl., p. 38, n. 65, 66 ; E. Le Blant, Nouveau recueil, 1892, p. 425, n. 420 ; J. Ke une, Bericht ueber die Erwerbungen des Museums der Stadt Metz. Geschäftsjahr 1900. Nebst einem Ueberblick ueber die Entwicklung der Sammlungen, dans Jahrbuch der (Gesellschaft für lothringische Geschichte und Allerihum, t. xir, 1900,


METZ

880 phitheater zu Melz, dans Jahrbuch der Gesellschaft für lothringische Gesch. und Allert., t. xrv, 1902, p. 384390, pl. xvir, n. 1-8. x XXVIII. SCULPTURE MÉPLATE. — Nous ne pouvons, ici, aborder l'histoire des fouilles entreprises, à Metz, au cours des dernières années de l'occupation étrangère ; quelques travaux archéologiques en conservent le résultat ; nous rappellerons ceux qui ont eu pour objet l'amphithéâtre et Saint-Pierre-en-Citadelle. Les objets trouvés au cours des fouilles n'offrent qu'une médiocre importance : nous en signalerons cependant quelques-uns (fig. 8036). On remarquera la | croix accompagnée d'A et CO, elle est plantée sur un | solide pal pour la maintenir sur le sol. Les figures orne| | Hil « Wil P on Hals Sr s F [— pr i P c : sF à J E » - | r P E | 6| Pr ostio ! A d 7 D E t J : y l | | ; x ki | a T Ce $ 51 1 [4 i | j Y J i Ph Pu 3 aur à i | | Y CN. | j à ans E TT T z a ae : P ré Ur e F LI m - u 4 TE i ; a z, a d PX 5 E T JH - 31 ; ] Er À = | E « RF E c-r M / » : P Lr ua M AU IE, A TE nig Lt pe a. « au i =- i T a L zn Uk f ax » Dr 1 VENENIS si Lo p T4 A Z i : - » | $ 1 Ds mo à è TaN : = ] k, » i L | | In ; KDE. A | 1 fl à ~ r B L d « n »7 EL] i B5 B « . i Hir | p wh Ei r ; A E 1 F r es a a | E GEM F | À ! Hn c WT Ja y, l A t- | J lil I TE ! d » ] zl D- : il 1 T : EU P » E 1 TEI L i r ul 5 Er H LT H x J HUN, SUEE MES I. | DP t. I 2E | F IE CEN FE TINI | i mL n 1 | : kl Ci m s w | L 1 « S. une fi m Mi Li F, m ^ X ! F zA t ù E i Un fragment qui présente un vase : pos verunt Un débris trouvé dans les ruines de l'amphithéâtre, début d'un alphabet (fig. 8035). Un fragment avec : HIC QEVC PRINCEPI/ En tout, huit fragments publiés par E. Schramm, G. Wolfram et J.-B. Ke une, Das grosse römische Ampas faire de reproches trop sévères. Les artistes affectionnent le natté, les entrelacs et une sorte de por- | Li que posé sur deux colonnes ; mais ce sont surtout les | vases qui leur plaisent, des calices d'où s'élève une plante à feuilles lancéolées et qui sont exécutés avec goût. La figure humaine est pauvrement représentée par un personnage posé sous un petit édicule à fronton. Les motifs d'architecture ne sont pas des plus mauvais, mais la figure est pitoyable. Un homme, avec une large auréole, bénit de la main droite et tient de la main gauche un disque qui représente peut-être l'eucharistie. Il se pourrait qu'il représente Notre-Seigneur Jésus-Christ.


XXIX. LA STATUETTE ÉQUESTRE DE CHARLEMAGNE. — Nous avons décrit et figuré ce petit monu-

ne RE CEPS

881 METZ

oo 3882 général de Boblaye ; en outre, on possède les gravures données par Mabillon et par les bénédictins dans leur Histoire. Lors de la Révolution française, le tombeau fut détruit, le sarcophage vendu à un marbrier de la ville qui le débita. C'est de cet artisan que viennent trois fragments conservés au musée. Il a été dit que d'autres parties plus considérables auraient été employées dans l'ancienne maison Stoffel, au coin de la rue des Clercs et de la place Royale et qu'elles ment ayant fait partie du sarcophage de Louis le Débonnaire. Placé d'abord dans l'abbaye de Saint-Arnould, « il y resta, disent les bénédictins, auteurs de l'Histoire de Melz, jusqu'à ce que Char les-Quint étant T T ji |


RIT A

auraient servi à faire des plaques de foyer devant des cheminées de marbre blanc. Le moulage du quatrième fragment avait été fait sur l'original qui, avec deux autres débris, faisait partie de la collection de venu mettre Ie siège devant Metz, en 1552, et le duc de Guise ayant résolu de faire raser l'église et le monastère de Saint-Arnould, de crainte que l'ennemi ne s'y logeñt, ce dernier fit transporter solennellement dans l'église des Frères-Prêcheurs, aujour d'hui de Saint-Arnould, le corps de Louis le Débonnaire, de la reine Hildegarde, de Drogon, évêque de Metz, de ses deux sœurs et de ses deux tantes. » Le tombeau de l'empereur était encadré dans une décoration architecturale dont il existe un dessin, exécuté sur place, vers 1770, par dom Dieudonné et reproduit dans la Notice du M. Paguet, vendue aux enchères à Paris, les 8 et 9 février 1867, et disparus depuis lors (fig. 8037).


LL LL We ee dre P Ro 883 nould, in-8°, Metz, 1857, p. 27 : A. Prost, Le tombeau de Louis le Débonnaire, dans Mémoires de la Société d'archéologie et d'histoire de la Moselle, t. xii, p. 133139 ; R. Garrucci, Storia del l'arte cristiana, t. v, 1879, p. cxxxix ; E. Le Blant, Les sarcophages chréliens de la Gaule, in-Av », Paris, 1886, p. 11-13, n. 14, pl. 111, n. 2-5. Le dessin de dom Dieudonné est conservé à la bibliothèque de Metz, ms. n. 901, fol. 52 ; Quast, dans Correspondenzblatt des Gesammipereins der deutschen Geschichts und Altertumsvereine, 1870, p. 82.


XXXI. ANNEAU DIT DE SAINT ARNOULD. — La cathédrale de Metz, dit Edmond Le Blant, conserve dans son trésor un monument auquel se rattache une tradition vénérable. L'évêque saint Arnould, passant sur un pont de la Moselle !, jeta sa bague dans les flots en disant : « Je croirai mes péchés effacés, lors que ce bijou me sera rendu. » Quelques années après, un serviteur du saint évêque retrouva l'anneau dans les entrailles d'un poisson. Paul Diacre, qui rapporte ce fait, le tenait, dit-il, de l'empereur Charlemagne, descendant direct de saint Arnould ?. Le conte appartient

Religieusement conservé, l'anneau devint l'objet d'une vénération particulière . Lors que, vers 1793, les objets consacrés au culte furent envoyés à la Monnaie, il échappa à la destruction et devint plus tard la propriété de M. l'abbé Simon, grand archidiacre de la cathédrale, qui s'empressa de le réintégrer dans le Lrésor , Le chaton de cette bague porte un sujet symbolique. Sur une agate opaque, d'un blanc de lait, dont la couche inférieure est de quartz hyalin, est gravé un poisson, à demi engagé dans une nasse et dont on voit encore l'extrémité inférieure (fig. 8039). Deux autres poissons, figurés à droite et à gauche, se dirigent vers l'orifice de la nasse. (Voir Dicfionn., au mot NASSE.) Cette représentation, d'un travail assez grossier, mais probablement antérieur à la fin du 1v siècle, est une allusion évidente à l'initiation. A côté des paroles qui annoncent aux apôtres leur mission de pêcheurs d'hommes, nous voyons le Christ lui-même nommé Rete, filet, dans les petits poèmes où saint Damase, Ennodius et Orientius ont réuni ses nombreuses appellations.

Un vers explicatif, ajouté par Orientius, dispense de tout commentaire :


METZ

Storia, t. vi, pl. 478, n. 2.


AXXII. CALICE DE SAINT CHRODEGAND. — Nous avons figuré et décrit ce monument dans JDictionn., t. r1, col. 1634, fig. 1909 ; il ne se rapporte pas à l'évêque

de Metz (quoi qu'en dise U. Chevalier, Répertoire, | Bio-bibliographie, au mot Chrodegang), mais à son homonyme de Séez.

E 884

anne aux sigillaires, p. 85-87 ; E. Babelon, Histoire de | la gravure sur gemmes en France, p. 7, fig. 4 ; Garrucci, |


XXXIII. BIBLIOGRAPHIE. — Ch. Abel, Essai sur |

d'anciens ivoires sculptés de la cathédrale de Metz, dans Mémoires de la Société d'archéol. el d'hist. de la Moselle, t. x, 1868, p. 207 sq. pl. ; Étude sur le pallium et le titre d'archevêque jadis portés par les évêques de Metz, dans Coup d'œil sur les anciens établissements religieux de la ville de Metz, dans Revue d' Alsace, IVe série, t. x, 1881, p. 330-360, — La cathédrale de Metz, ouvrage publié sous la direction de M. Marcel Aubert, préface de Mgr Pelt,

»T

Jo. isse in-4 », Paris, 1931. — M. Andrieu, Réglement d'Angil- ` ramne de Metz ( 768-791) fixant les honoraires de quelques « fonctions liturgiques, dans Revue des scien ces religieuses, « x dans Congrès archéologi que de France, 1846-1847,t. xin, | res que de la cathédrale de Metz, des églises adjacentes et | collégiales, 2 vol., in-89, Metz, 1842-1843. — A. Boinet, Le | vieux Metz. Histoire et descriplion de ses monuments, —— pl rmi ; Anhang über die Gräberfunde, dans méme dans | Jahrbuch der Gesellschaft für lothr. (Geschichte und

885 METZ — Un document du 1X° siècle. Notes sur l'ancienne liturgie de Metz el sur ses églises antérieures à l'an mil, dans Annuaire de la Société d'histoire -el d'archéologie de la Lorraine, t. xxxvimn, 1929, p. 1-147. — E. Knitter-

Bericht über die Erwerbungen des Museums der Sladt histori que, par Ch. Abel, in-8°, Metz, 1874. — A. Mari- | + gnan, Quelques ivoires représentant la crucifixion et les | — miniatures du sacramentaire de Melz, dans Mélanges de | ~ Philologie romaine et d'histoire littéraire offerts à — Saint Siméon, 7° évê que de Metz, deuxième palron de Les autres référen ces se trouvent mentionnées au cours du travail.


ELS II T

H. LECLERCQ.

scheid, Die Abteikirche S. Peter auf der Citadelle in. l'ancien monastère de Sénones ; sa place dans l'histoire, | | | Primitivement, la profession de meunier était inséparable de celle de boulanger. La boulangerie se nomme pistrinum, terme qui proprement désigne la moletrina. Les anciens faisaient usage de différents moulins désignés d’après le mode d'action : meu les à main, molze manuariæ ou manua les ; moulins mus par des chev aux, mole jumentariæ ou par des ânes, molæ asinariæ, enfin, les moulins à eau, molæ aquariæ. Les métho des ne différent que par les proportions ; la construction est identi que pour les deux premiers Lypes : le moulin se compose du gite et de la meule. Le gite est un cóne massif posant sur une base solide et dans la pointe duquel passe un axe vertical en fer ; la meule courante se compose de deux cónes creux en entonnoir, symétriquement réunis par la pointe ; la silhouette de l'appareil reproduit celle d'un sablier. On trouve la mention d'un moulin à eau appartenant à Mithridate ; depuis lors on les rencontre plus fréquemment, mais on n'en fit pas usage à Rome avant le IV ou le v siècle de notre ère. L'eau qui leur donnait l'impulsion était fournie par les aqueducs publics. Lors du siége de Rome par les Goths, en 536, Bélisaire inventa les bate aux-moulins flottant sur le Tibre et mus parle cours méme du fleuve ; ils restérent en usage, ce qui entraina une importante transformation ; les srera :

887 MEUNIER —

boulangers ne pouvant amener le fleuve, ni se transporter le long de son cours, il arriva que, désor mais, la meunerie se trouva séparée de la boulangerie. Le mot qui sert à désigner les meuniers, molilores, molendinarii, n'apparait pas avant cette épo que et s'appli que trés probablement aux gérants de moulins à eau.

Une chapelle de martyrs à Thabraca (Numidie proconsulaire) nous a conservé la tombe en mosai que d'un homme, je une encore, à grande barbe blonde (fig. 8040). Sa dalmati que est richement ornée de segmenta et de clavi, mais il n'a pas l’orarium. Au-dessus du portrait, un chrisme constantinien dans une couronne et une épitaphe en latin barbare qu'on lit ainsi : [Secundi] nus dulcis in pace el recquæ. Au-dessous, un objet que La Blanchére croyait être une urne décorée du chrisme et qui est un boisseau renforcé d'une armature de fer. Il surmonte une large barre rectangulaire, | qui est la règle plate, le rufellum servant à niveler le blé au ras de l'orifice. C'est ici ou bien un mensor fru-.imentarius, ou bien un molitor 1.

H. LECLERCO.


MEURTRE RITUEL. — I. Du xur siècle jusqu'à nos jours. II. Début de notre ére. IIT. Au temps de saint Justin. IV. Les apologistes grecs. V. Les apologistes latins. VI. Les derniers échos. VII. L'accusation retournée. VIII. Bibliographie.

888 véritable valeur par ceux qui savent y voir « un héritage des sièc les sans criti que, que les générations se sont transmis aveuglément, à la faveur des haines de race * », car « il s'agit là d'une fable absurde, analogue à certaines calomnies qui circulèrent jadis sur les assemblées chrétiennes et tout aussi dépourvue de fondement ? ».


II. DÉBUT DE NOTRE ÈRE. — Ayant ainsi éliminé de notre sujet tout ce qui doit lui rester étranger, nous revenons à notre période. C'est, parait-il, chez Damocrite, un historien grec du 1 siècle avant Jésus-Christ ou du début de notre -ére, que se rencontre la plus ancienne accusation de meurtre rituel. Ce Damocrite raconte, dans son II egi 'Iou3xtcv que « tous les sept ans les Juifs capturaient un étranger, l'amenaient (dans leur temple) et l'immolaient en coupant ses chairs en petits morce aux » Le grammairien Apion, dans la première moitié du r siècle, rapporte un conte analogue *. « Apion prétend, au dire de Flavius Joséphe, qu'Antiochustrouva dans le temple un lit sur lequel un homme était couché, et, devant lui, une table chargée de mets, anim aux terrestres, poissons, volail les... Il raconta au roi qu'il était Grec et que, tandis qu'il parcourait la province pour gagner sa vie, il avait été tout à coup saisi par des hommes de race étrangère et conduit dans le temple ; là, on l'enferma, on ne le laissait voir à personne, et on préparait toutes sortes de mets pour l'engraisser. D'abord, ce traitement, qui Iui semblait un bienfait inespéré, lui fit plaisir ; puis vint le soupcon, ensuite la terreur ; enfin, en consultant les serviteurs qui l'approchaient, il apprit la loi ineffable des Juifs qui commandait de le nourrir ainsi ; qu'ils pratiquaient cette coutume, tous les ans, à une épo que déterminée ; qu'ils s'emparaient d'un voyageur grec, lengraissaient pendant une année, puis conduisaient cet homme dans une certaine forêt où ils le tuaient ; qu'ils sacrifiaient son corps suivant leurs rites, goutaient ses entrail les et juraient, en immolant le Grec, de rester ennemis des Grecs ; alors ils jetaient dans un fossé les restes de leur victime. »

Cette accusation est portée aussi contre les « magiciens » Horace, dans sa V° épade, vs 37-38, décrit le lent supplice d'un enfant que Canidie, aidée d'autres sorcières, ensevelit jusqu'au cou et laisse mourir de faim, en lui faisant voir et sentir des mets exquis, et cela afin de composer avec sa moelle et son foie desséché un philtre d'amour.

Une {abella columbarii du musée de Vérone npus a conservé, en vers élégiaques, l'épitaphe de Jucundus Livie Drusi Cesaris (filius), victime, à quatre ans, des pratiques d'une magicienne. En voici le début * :

In quarlum surgens comprensus deprimuor annum Cum possem matri dulcis el esse patri.

Eripuit me saga manus crudelis ubi que III. Av TEMPS DE SAINT JUSTIN. — A Home, la diaspora juive était, au début de notre ére, représentée par une imposante colonie ; mais, dés qu'il s'agit de fixer un chiffre, l'incertitude est telle que l'un peut parler de 20 à 30 000, comme l'autre parlera de 50 à 60 000 àmes, sans qu'il soit possible de choisir. Cette population s'entassait, de préférence, dans le quartier du Transtévére, où on vit s'engouffrer un nouvel afflux aprés la prise de Jérusalem par Pompée. De temps en temps, on s'ingéniait à réduire ce nombre par des Claude, il y eut cette expulsion qui conduisit Aquila et - Priscille à Corinthe, oü ils rencontrérent saint Paul. - Cet événement, qu'on place vers l'an 52, manifestation de la présence d'une communauté chréest la premiére tienne à Home. D'après Suétone, cette mesure de rigueur à l'égard des juifs avait été amenée par suite - des conflits sans cesse renaissants entre eux et leurs - compatriotes chrétiens : Judæos impulsore Chresto assi- ~ due tumultuantes Roma expulit . Il y avait donc hostilité déclarée entre juifs et chrétiens que, à ces débuts, - les Romains ne savaient ou ne voulaient pas prendre la peine de distinguer les uns des autres. Plus soup les, m les juifs réussirent à persuader à leurs maîtres que le mal venait des chrétiens, qu'ils ne cessérent de persécuter : Synagogas judæorum, fon les persecutionum * Sous Néron, successeur de Claude, un incendie - fameux contribua à aggraver la situation des chrétiens, - et cet événement devint peut-être l'origine des impu-. tations que nous devons étudier. D'une voix unanime, le peuple accusa Néron d'être l'auteur responsable de l'incendie ; alors le misérable prit peur et il détourna l'accusation sur une catégorie de gens qu'on nommait - Christiani”. On commença les arrestations par ceux qui s'avouaient tels et ensuite, sur leur déposition, une immense multitude de gens (mulliludo ingens) qu'on ne réussit sans doute pas à convaincre du crime d'incendie, mais qui ne s'en trouvérent pas moins On ne peut que conjecturer la gravité des accusaLions intentées contre les chrétiens sous Claude et sous Néron ; à partir de Trajan et de Pline, on a des raisons - expulsions ou par un enrólement forcé. Sous le règne de de penser que la calomnie avait pris forme, et que le repas des premiers fidé les était représenté comme une scène d'anthropophagie.

L'origine de cette accusation doit avoir été le banquet eucharisti que, la réception du corps et du sang de Jésus. Un texte de Tertullien ^ nous montrera toute la vraisemblance de cette conjecture. L'apologiste souligne les inconvénients qu'entrainent les mariages mixtes. Le mari paien suscite des obstac les à sa femme, quand elle veut assister aux assemblées chrétiennes ; il lui répugne de penser qu'elle va prendre sa part du banquet si décrié parmi les paiens (convipium dominicum illud quod infamant). Comment tolérer qu'elle mange et qu'elle boive ce qu'elle désire : Quis patietur eam de cibo, de poculo invadere, desiderare. Si l'épouse, suivant la coutume, rapporte chez elle la parcelle eucharisti que pour se communier elleméme avant le repas, si elle la prend en cachette avant Loute nourriture, le mari ne croira-t-il pas que ce pain est celui dont il a entendu parler (e ! si sciveril panem, non illum credit esse qui dicilur ) ?

Il semble bien que ce banquet du Seigneur, si décrié parmi les païens, quod infamant, ce pain contre lequel ils nourrissent de tel les préventions, ille panis qui dicilur, c'est le pain trempé dans le sang de l'enfant égorgé.

Vers lan 150, saint Justin est obligé de défendre ses coreligionnaires contre la calomnie qui a pris corps et ne prend même plus la peine de se dissimuler. Mais de quel milieu est-elle sortie ? Justin et Origène le disent sans hésitation : de chez les juifs. Dans le Dialogue avec Tryphon, Justin entre en discussion avec un juif lettré et libéral d'Éphèse, et il lui dit : « Vous avez crucifié le Juste. Puis, lors que vous avez su qu'il était ressuscité d'entre les morts et monté au ciel, comme les prophétes l'avaient prédit, vous avez choisi des hommes de Jérusalem et vous les avez envoyés par toute la terre pour dire qu'une hérésie athée, celle des chrétiens, était apparue, et pour nous accuser de toutes ces choses, que ceux qui ne nous connaissent pas répétent contre nous », HUTARÉY OUTRE TE TÜTE &rep xaÜ' »nudas ol dyvoobvrec Titio Tévres A£Youcty *. Cette idée d'une mission envoyée de Jérusalem pour répandre la calomnie prouve au moins que celle-ci montrait la téte partout, à ce point qu'on pouvait penser qu'elle était le résultat d'un plan concerté.

Un siécle plus tard, entre 246 et 248, nous retrouvons la preuve que l'idée de cette mission a fait son chemin. Origéne d'Alexandrie la reprend à son compte dans sa réfutation du Discours véritable de Celse, et il dit : « Celse voulait exciter contre nous la haine publi que. Il me parait avoir agi comme les juifs, qui, à l'origine de la doctrine chrétienne, répandirent le bruit que les chrétiens immolaient un petit enfant et se nourrissaient de sa chair, xxi 8oxsi mapxrAñotov ' Iou8atots TETOLNHÈVEL TOLG MOT tiv doy« TG TOU LPLGTLAVLOLOÙ aL8x cxx ALxc yocant Beca Svop nuiay vol Aóyov, ög &px xaTuüoavtess Taublou aoroU Tw GXPXOV, xx ré ör. ol &mó coU AóYoo v& TOÙ GHÔTOU TPATTEL Bourétzevot chevvdouct èy TÒ põg, Éxxovoc OE Tjj TAPATUYOUGT piyvurtar *.

« Aujour d'hui, ajoute Origène, cette calomnie en trompe quelques-uns (vov ĝè Er. rat Ttvxc) et les détourne d'entrer méme en conversation avec les chrétiens. » Cette opinion de saint Justin et d'Origène sur l'origine de la calomnie était-elle leur maniére de voir 891 personnelle ou bien une conviction générale fondée sur l'hostilité avérée des juifs à l'égard des chrétiens ?


IV. LES APOLOGISTES GRECS, — Une trentaine d'années après saint Justin, la calomnie est répandue dans tout l'empire. Les apologistes grecs, qui se lèvent alors de toutes parts, vont avoir un sujet à traiter et des arguments à faire valoir. Ils ne s'en cachent pas, ils savent que cette souillure s'attache maintenant partout au nom chrétien et qu'il faut l'en purifier. Ces apologistes grecs ont fait métier de philosophes, habitués à faire valoir les beaux côtés d'une cause, à en dissimuler les tares ; ils se succèdent presque sans intervalle. C'est Aristide d'Athènes, qui s'adresse à Antonin le Pieux, puis c'est Justin, né en Judée mais Grec d'origine et d'éducation, puis Tatien, Syrien élevé dans l'hellénisme, Athénagore qui s'intitule « philosophe athénien et chrétien » ; enfin Méliton de Sardes et Théophile d'Antioche. Ce groupe représente, de façon excellente, la polémique défensive pendant la deuxième moitié du IIe. Dans leurs écrits, la nature des crimes imputés aux chrétiens commence à se préciser, mais on n'en voit pas encore clairement le mobile et le but. Il s'agit de forfaits commis en commun, dans des assemblées secrètes (occulta facinora) : homicide, anthropophagie, inceste.

« On prétend, écrit saint Justin dans sa IIe Apologie, que nous aimons à nous repaître de chair humaine (4vÜgurelwv oxpxev Bopxw cyaÜóv Tyrobusvoc). Pour nous justifier, nous pourrions déclarer publiquement que par l'homicide (£v 76 dvôpogovetv) nous célébrons les mystères de Kronos, qu'en nous gorgeant de sang humain (év cà œluaros nous ne faisons que suivre l'exemple de Jupiter Latiaris !. » Dans sa Ier Apologie, il avait mentionné, au nombre des infamies colportées contre les chrétiens (7X ôúconux éxsivx puloroyovyevx Épyx) les repas de chair humaine (&vÜgcreiaov axpxov Bopxc) . Au juif Tryphon il demande : « Outre le reproche que vous nous faites de ne pas vivre suivant la loi (juive), attaquez-vous aussi notre vie et nos mœurs ? » (f, xxi ó Biog Huy xxi To Toc G.XGÉOXT cut map ouv). « Croyez-vous aussi que nous mangeons réellement des hommes » (ózt 85 ÉgÜLouev &yÜpeorouc) ?

Tatien connaît l'accusation et ne s'y arrête pas : « En quoi vous offensons-nous, ó Grecs ? Pour quoi détestez-vous, comme les derniers des scélérats, ceux qui suivent la parole de Dieu ? Chez nous, l'anthropophagie n'existe pas. » Athénagore dit à son tour : « On nous impute trois crimes : l'athéisme, les festins de Thyeste, les incestes d'Œdipe. Cela revient à dire que notre façon de vivre est pire que celle des bêtes sauvages. Mais ce ne sont que fables et calomnies inventées par le vice, qui est l'ennemi naturel de la vertu *. Ja mais personne n'a osé dire qu'il nous a vu commettre ces forfaits ; nos esclaves, qui voient tout, ne nous ont jamais accusés. Quel homme d'esprit, nous voyant tels que nous sommes, pourrait nous appeler homicides ? Car il n'est pas possible de goûter des chairs humaines sans avoir d'abord tué un homme. Qui accuserait d'homicide et d'anthropophagie des hommes qui ne soutiennent pas la vue d'un homicide légitime 5 ?

Enfin, l'auteur, qu'on croit être Théophile, évêque d'Antioche, dans ses livres à Autolyque, s'élève contre l'accusation de « toucher aux chairs humaines, ce qui est le crime le plus impie et le plus féroce de tous (x« i T dÜswraroy xxi culótx TOV Ty TO, axpxiy xy 0pomniwov éoxrreodez fjuX ;). Mais ce ne sont que des discours vides de gens insensés ; c'est une vaine rumeur, que le temps a fortifiée 7.

Les apologistes grecs énoncent presque toujours la troisième accusation : l'inceste, mais c'est pour s'en disculper et la retourner contre les païens. Aristide est le premier à en faire mention, mais pour soutenir, d'une manière générale, que les païens imputent aux chrétiens l'inceste et la pédérastie qu'eux-mêmes commettent, à l'exemple de leurs dieux *. Les autres apologistes restent dans le vague, comme s'ils répugnaient à parler de ces turpitudes, sauf saint Justin qui ne mâche pas les mots. Il parle crûment « de lumières éteintes et de lampes renversées » pour permettre les accouplements monstrueux (Auyvixc p£v dévarpérny xal tåg duéôny lLiéerc) » et aussitôt il retourne l'imputation : « Voilà les horreurs que vous commettez ouvertement, dont vous vous faites honneur, et que vous nous accusez de commettre, les lumières éteintes, plongés dans l'obscurité » (g &wxzezpxuuévoo xxi où rapôvros gorós)'« . Ailleurs il dit : « Si nous commettions ces infamies, nous pourrions dire hautement, pour nous justifier, que nous ne faisons qu'imiter Zeus et les autres dieux, en nous livrant sans retenue aux crimes contre nature et à l'adultère » (iv à &vOpobxrsiv xxi YuvwxEly &ðcõs uiyvoobot) 1.

Enfin, s'adressant au juif Tryphon, il rapproche les deux accusations : « Croyez-vous, vous aussi, que nous mangeons des hommes et qu'après le repas nous éteignons les lumières, pour nous rouler dans des unions criminelles ? » (Gr. perà Tv elAurivnv Gmocbevvbvtes Toùs Adyvouc dÜéauors iEeorv exu ópeOx 15), Tatien se borne à une dénégation générale : « Nous accueillons, dit-il, tous ceux qui veulent écouter, vieilles femmes ou jeunes enfants : tous les âges, en un mot, sont également honorés chez nous, mais toute impureté reste loin de nous » (7X 8è tig dosAyeluc TOP xcyoptocat).

Le talent trouve partout sa place, mais il la choisit singuliérement parfois. Un plaidoyer peut faire admirer la logique et l'éloquence, à l'occasion d'un crime ignoble, et ce fut la condition à laquelle se trouvèrent réduits deux esprits supérieurement doués, Minucius Félix et Tertullien, de faire briller leur art en prenant la défense de gens accusés des pires infamies. L'Octavius et l'Apologéticum ont été provoqués par la nécessité de combattre, entre autres accusations, celle du meurtre rituel. Pas plus Minucius que Tertullien n'apportent des arguments restés ignorés des apologistes grecs, mais ils se trouvent, heureusement pour eux et pour nous, infiniment mieux doués littérairement que leurs prédécesseurs. Mieux doués et, aussi, mieux entraînés ; les apologistes grecs sont remplis de bonne volonté et convaincus de ce qu'ils avancent, mais ils sont tous plus ou moins des improvisateurs, en tout cas ce ne sont pas des gens de métier. Au contraire, Minucius et Tertullien sont des avocats, qui n'en sont pas à leur coup d'essai, qui ont plaidé et qui savent à quels artifices légitimes il faut avoir recours pour saisir l'attention et entraîner la conviction de leur auditoire. Pour Tertullien, c'est un plaidoyer qu'il débite encore plus qu'il ne l'écrit, car il suffit de lire son Apologéticum à haute voix, pour sentir le mouvement, la cadence, tout ce qui relève de la parole. Pour Minucius, c'est un dialogue et c'est donc encore la plume qui cède à la parole, mais si l'Octavius a précédé, Tertullien s'en est inspiré.

Le païen Cecilius ne se cache pas de demander « l'extermination de la secte exécrable, dont les sanctuaires surgissent partout, grâce à la corruption des mœurs ». Et voilà la description la plus circonstanciée de l'infanticide rituel : « Un enfant en bas âge, recouvert de farine pour abuser celui qui ne se doute de rien, est placé devant celui qui va être initié aux mystères. Trompé par cette croûte farineuse, qui lui fait croire que ses coups sont inoffensifs, le néophyte tue l'enfant en lui portant des blessures invisibles et cachées. Ce sang, à sacrilège, ils le lèchent avidement ; ces membres, ils se les disputent, en prennent chacun leur part. Voilà par quelle victime ils cimentent leur alliance, par quelle complicité ils s'engagent à un silence réciproque. Rites plus hideux que tous les sacrilèges ? ». Voici le rite de l'initiation, qui se compose d'un infanticide suivi d'un repas de cannibales. Le banquet et l'orgie en sont distincts. « Ce banquet, dit encore Cecilius, tout le monde sait ce qui s'y passe ; le discours de notre compatriote de Cirta (Fronton) l'atteste également. A un jour de fête, ils se réunissent pour le festin, avec tous leurs enfants, leurs femmes, leurs sœurs, leurs mères, individus de tout âge et de tout sexe. Là, après un copieux repas, lors que l'animation du festin est à son comble et que l'ivresse allume les passions incestueuses, ils excitent un chien attaché au candélabre à bondir vivement, en lui jetant une bouchée au delà de la longueur de la corde qui le retient. Ainsi la lumière, qui aurait pu éclairer, s'éteint ; alors, ils cachent sous les impudentes ténèbres les étreintes d'une passion criminelle, au hasard du sort ; et, si tous ne sont pas incestueux en fait, ils le sont tous par l'intention, car tous appellent de leurs vœux ce qu'il peut arriver à chacun de faire. » Minucius respectera dans sa réfutation la distinction établie par Cecilius, entre l'initiation et le banquet. L'initiation comporte l'infanticide et le repas du sang répandu ; car il y a ici une variante : Octavius dit que les chrétiens se contentent de boire le sang : ils ne se partagent pas la chair de la jeune victime, comme le disait Cecilius. — « Crois-tu possible, demande Octavius, qu'un corps si tendre, si faible, soit susceptible de recevoir de si mortelles blessures ? Que quelqu'un puisse tuer un nouveau-né, qui est à peine un homme, répandre et boire ce jeune sang ? Personne ne peut croire à pareille barbarie, à moins d'en être capable. » Et, passant de la défense à l'accusation, il ajoute : Vous en êtes capables, les païens sont fréquemment coupables d'homicide sous ses formes les plus révoltantes : exposition ou mise à mort des nouveau-nés, avortements, immolation d'enfants à Saturne, d'adultes dans certains cultes de la Tauride, de l'Égypte, de la Gaule ; à Rome même, où Jupiter Latiaris se repait du sang d'un criminel et a trouvé des imitateurs (Catalina, prêtres de Bellone, épileptiques et ceux qui se nourrissent de la chair des bêtes tuées dans l'arène). Les païens font ou protègent tout ceci et les chrétiens n'ont même pas la permission d'assister à l’homicide au théâtre ou à l’amphithéâtre, il leur est défendu de manger le sang des animaux.

Quant à l'inceste, les mœurs païennes le rendent fréquent, par suite des méprises qu'entraîne l'exposition des nouveau-nés et le dérèglement général des mœurs ; les mœurs chrétiennes, pures et sobres, le rendent invraisemblable.

La précision indiquée par l'esclave Biblis à Lyon se confirme ici, il s'agit bien d'un nouveau-né, et l'infanticide sert à l'initiation des néophytes qu'elle lie par le secret du crime, c'est donc bien véritablement un meurtre rituel.

Dans l'Apologéticum, Tertullien distingue nettement les accusations païennes en deux catégories. Il y a les crimes secrets (occulta facinora) perpétrés dans des réunions inaccessibles aux profanes, et il y a les crimes avérés (manifestiora crimina), tels que le sacrilège, la lèse-majesté dont les chrétiens se font gloire. A propos des crimes secrets, Tertullien écrit trois chapitres, dans lesquels il discute point par point, sachant que le vulgaire y croit et que les magistrats se laissent parfois entraîner par l'opinion du vulgaire. Il est bien vrai qu'en Bithynie et à Lyon on a vu des empereurs prescrire de borner l'enquête au « nom chrétien », mais on venait d'y voir les magistrats accueillir l'imputation de ces monstruosités qui pouvait coûter la vie à ceux qu'on déclarait « coupables de tous les crimes, ennemis des dieux, des empereurs, des lois, des mœurs, de la nature entière ! ».

Tertullien a ordonné rigoureusement et dans le moindre détail ces trois chapitres. Chez lui, le triple crime secret forme les trois actes de la cérémonie de l'initiation et, par conséquent, du crime rituel. « Nous sommes, dit-on, les derniers des scélérats, pour notre sacrement (ou rite) de l'infanticide, à cause de la pâture que nous en tirons et à cause de l'inceste commis après le banquet » (dicimur sceleratissimi de sacramento infanticidii et pabulo inde el post convivium incesto) *. Cette initiation criminelle, en trois actes, est obligatoire pour tout nouveau chrétien : c'est elle qui fait le chrétien, qui le rend capable de participer à la vie chrétienne, qui lui donne accès à la vie éternelle.

Ainsi, d'après Tertullien, les païens de Carthage, au seuil du IIIe, se faisaient l'idée suivante de l'initiation :

1° Infanticide rituel, suivi d'un repas de sang.

2° Banquet incestueux, qui complète l'initiation, - suivi d'une orgie où l'inceste, au moins d'intention, est obligatoire.

On voit quelle différence sépare cette conception fort nette de celle des apologistes grecs, toujours imprécise, et aussi de celle de Minucius Félix, qui distingue le banquet incestueux de l'infanticide, procurant le sang et la chair nécessaires pour l'initiation, et fait de ce banquet une cérémonie d'un autre caractère. Cette conception correspond-elle à la réalité, c'est-à-dire était-ce celle de la foule, de tous ceux qui « accusaient les chrétiens ? On peut en douter, car la foule devait donner à l'accusation des formes très diverses, Il est évident que l'avocat des chrétiens a négligé les variantes, que c'est lui qui, le premier, a imaginé une accusation d'une parfaite unité, afin de — pouvoir mieux la saisir corps à corps. » L'exposé de Minucius Félix est plus clair et plus complet ; le témoignage de Tertullien, s'il se trouvait isolé, laisserait place à des hésitations. Lorsqu'il interroge et dit : « Viens, plonge le fer dans le corps de cet enfant, qui est le fils de tous, ou bien, si un autre doit accomplir cet office, toi, va donc voir cet homme qui meurt avant de vivre ; attends que cette âme toute neuve s'échappe, recueille ce jeune sang, trempes-y ton pain, repais-toi avec délice. Cependant, assis à table, compte les places, celle de ta mère, celle de ta sœur ; note-les soigneusement, afin de ne pas te tromper, quand les chiens auront fait tomber les ténèbres. Car tu te rendras coupable d'un sacrilège, si tu ne commets pas un inceste ? ». Pour insister sur l'invraisemblance de l'accusation, Tertullien montre le néophyte qui se renseigne près du père des mystères. Celui-ci lui dit : « Il te faudra un enfant, encore tendre, qui ne sache pas ce que c'est que la mort, qui sourie sous ton couteau ; et puis du pain, pour recueillir ce jus de sang ; en outre, des candélabres et des lampes et quelques chiens et des bouchées de viande, pour les faire bondir et renverser les lumières, Surtout tu devras venir avec ta mère et ta sœur , » Cette exposition nous apprend indirectement le détail de la mise en scène ; si nous n'avions le récit ordonné de Minucius Félix, nous pourrions courir le risque de nous abuser fort, ou même de comprendre assez peu de chose. Mais Tertullien suppose que ses lecteurs sont parfaitement informés et l'entendent à merveille. Il écrit encore : « On vient nous surprendre tous les jours jusque dans nos assemblées. Qui donc, en survenant ainsi, a jamais entendu les vagissements d'un enfant ? Quel témoin a donc jamais pu montrer au juge les lèvres couvertes de sang de ces cyclopes et de ces sirènes ? Qui a surpris, dans les épouses chrétiennes, quel que trace immonde ? » En définitive, Tertullien représente les trois crimes comme les trois actes de l'initiation, tandis que Minucius Félix sépare le troisième et lui enlève tout rapport avec cette cérémonie, il le place un « jour de fête ».

Tertullien parle d'un repas de sang ou bien de pain imbibé de sang. Minucius dit que les assistants boivent le sang et se partagent les chairs.

Est-ce Minucius qui a précédé, est-ce Tertullien ? On discutera longtemps la question de l'antériorité d'un de ces auteurs par rapport à l'autre ; on ne la résoudra peut-être jamais d'une manière définitive.

896.

2° Repas de sang attendu avec avidité par les assistants, qui, dès qu'il coule, y trempent leur pain « qu'ils mangent avec délices (libenter), ce en quoi ils

Vers l'an 450, Salvien consacre, dans son livre De gubernatione Dei, un chapitre aux chrétiens de son temps qui déshonorent leur nom de chrétiens, et il rappelle les calomnies d'autrefois. « Ce qui prouve, dit-il, l'opinion perverse et abominable que les païens se faisaient des sacrifi ces du Seigneur, ce sont les sanglantes poursuites des féro ces persécuteurs, qui ne voyaient dans les sacrifi ces chrétiens que choses impures et horrib les. En effet, ils croyaient que l'initiation même à notre religion avait pour point de départ deux grands crimes, d'abord l'homicide, puis, ce qui est plus grave, mais, ce qui est plus criminel encore que l'inceste et l'homicide, l'inceste en la personne des mères »sacro-saintes et l'homicide en la personne des petits “innocents qu'ils croyaient non seulement immolés, “mais, ce qui est plus abominable, dévorés par les chrétiens. Et tout cela pour apaiser Dieu, comme s'il était un crime qui pût l'offenser davantage ; pour expier ‘leurs sacrilèges, comme s'il existait un plus grand sacrilège ; pour faire agréer leur sacrifice, comme s'il existait quel que chose de plus horrible aux yeux du Seigneur ; pour mériter la vie éternelle, comme s'il valait la peine d'y parvenir par des forfaits si atroces, quand bien même ils pourraient y conduire ?. » —. Cette page éloquente clôt la série des mentions du L-erine rituel imputé aux chrétiens, mais, par un curieux renversement des rôles, il est utile de rappeler “que les chrétiens se mirent, à leur tour, à poursuivre de — cette accusation les sectes hétérodoxes. ~ VII. L'ACCUSATION RETOURNÉE.— Au chapitre XXVI « du Panarion, saint Épiphane décrit, avec un réalisme | singulièrement osé, les débauches auxquelles s'abandonnaient, paraît-il, certains gnostiques (il s'agit des nicolaites). - « Ce qu'ils n'ont point honte de faire, déclare-t-il | pour excuser la liberté de son langage, moi je n'aurai - point honte de le raconter. »« Ces gens-là, rapporte-t-il, | parmi d'autres détails, ont pour principe d'éviter — toute union féconde. Si d'aventure une femme devient enceinte, ils la font avorter, broient le fœtus avec un - pilon à mortier, l'accommodent avec du miel, du |— poivre et des aromates. Puis, ils trempent tour à tour k le doigt dans ce mélange et, après s'en être nourris, ils ES adressent une prière à l »Agyov Tig érubvuixc, et Ib : - estiment qu'ils ont ainsi accompli la Pá que. » A Les montanistes furent poursuivis par des récits H analogues. On ne manqua pas de faire courir le bruit — qu'ils perçaient à coup d'aiguille les corps d'un enfant, | qu'ils recueillaient le sang de ses blessures et que, à — laide de farine imbibée, ils formaient les pains de leurs sacrifi ces. Le Prædeslinatus nous assure que ~ Tertullien combattit ces racontars, mais l'autorité du - Prædestinalus aurait besoin d'être renforcée par une autorité plus solide, vu l'absence de toute allusion encore, l'inceste : et non seulement l'homicide et lin-


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dans les écrits de Tertullien actuellement connus. Au iv ? siècle, saint Jérôme est au courant de ces rumeurs qu'il hésite à accueillir sous cette réserve : sif falsum omne quod sanguinis est. D'autres hérésiologues se montrent plus crédules. Les manichéens ne seront pas épargnés ; après eux, les vaudois, les cathares. Mais ceci nous reste étranger.

H. LECLERCO.


MÉZIÈRES-MAUDÉTOUR. — I. Localité. IT. Sarcophages. TII. Mobilier. I. LOCALITÉ. — Mézières est le nom d'une ferme

isolée, située à 3 kilomètres au nord de Maudétour, à 600 mètres de Charmont et de la route de Magny-enVexin à Mantes. Le 17 février 1901, on découvrit un certain nombre de tombeaux en pierre sur le versant sud-ouest de la ferme, prés du bois de Binanville, à proximité du vieux chemin de Mantes, qui passe derrière Magny, et le chemin de la « messe » de Méziéres à la chapelle de Maudétour. Le lieudit porte le nom de « vieux-cimetière », Ce lieudit est mentionné sur le cadastre de Maudétour, établi en 1812. En 1830, on découvrit plusieurs rangées de sarcophages contenant des armes et des vases de verre ; tout fut dispersé et les tombes furent brisées. En 1880, des ossements furent découverts ; mais seules les fouilles de 1901 ont appris quelque chose d'utile.


II. SARCOPHAGES. — On trouva des sarcophages creusés dans des blocs de pierre tendre de Géninville, disposés sur deux rangées, au nombre de trente, éloignés les uns des autres de 0 m. 15 et à une profondeur de 0 m. 35. Toutes ces tombes étaient orientées, la face du défunt tournée vers le levant. Dans certains cas, quatre corps paraissent avoir été déposés la face contre terre. Les sarcophages et les couvercles n'ont aucune trace d'ornementation.

Leurs dimensions varient. Une des tombes mesurait intérieurement 1 m. 97 de long sur 0 m. 57 de large à | la tête et 0 m. 37 de large aux pieds ; une autre avait III. — Trois tombes étaient vides : dans les autres, on a récolté un total de trente-quatre objets. Dans ce nombre, se trouvait une plaque de bronze

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argenté ayant servi à un ceinturon. Sa conservation est satisfaisante, elle mesure 0 m. 035 ; cette plaque est unie, sauf quelques rainures habilement combinées : sur l'ardillon, légèrement abimé, on a ciselé une croix de Saint-André et, à la base, une dentelure en demicercle. Autre plaque de ceinturon mesurant 0 m. 12 sur 0 m. 055, couverte d'entrelacs et de traits en arête de poisson et garnie de trois clous hémisphériques. Quelques goupilles semi-ronde d'un bout et triangulaires de l'autre. Les armes étaient rares ; une francisque et deux poignards assez semblables aux scramasaxes.

Dans la bouche d'un mort, une monnaie d'argent, extrêmement mince, au diamètre de 0 m. 012, et qui paraît être une imitation de la monnaie impériale fabriquée par les barbares des ve et vre siècles, en Gaule.

Les restes d'un sagum et une jolie épingle de toilette en bronze.

Près des pieds, et à gauche, on a trouvé plusieurs vases en poterie. Ces poteries sont de coloration rouge, grise ou noire, lisses ou ornées de dessins faits au poinçon, variées de forme ; elles ne contenaient absolument rien. Les unes n'ont ni bec, ni anses, la panse est ventrue ; la facture élégante rappelle assez la forme de nos sucriers. Une de ces poteries, en terre rougeâtre, tout unie, mesurait 0 m. 11 de diamètre sur 0 m. 078 de hauteur. Ces vases sont d'une excellente fabrication, légers, moulés avec adresse. Plusieurs sont ornés de rainures droites assez espacées, rappelant les modèles de la bonne époque.

L'un de ces vases offre une décoration certainement chrétienne (fig. 8041). Il est fileté par le haut ; entre deux rangées de billettes en creux règne un portique d'arcs en relief, formées de trois arcs concentriques séparés par des croisillons et, dans la baie de chaque arcade, une croix latine, dessin obtenu en creux par une roulette, ainsi que le prouve le point de jonction, où les traits sont doublés les uns sur les autres ; ce vase mesure 0 m. 16 de diamètre et 0 m. 12 de hauteur.

Ce cimetière n'a pas dû exister au delà de la fin du vir siècle. Vers ce temps, on aura commencé à enterrer autour de l'église de Maudétour, où on a trouvé,


MICA AUREA (CIMETIÈRE DE)

en 1830, une nécropole importante ; en 1896, on a exhumé, au même lieu, des cercueils de pierre renfermant des poteries qui semblent appartenir à la première | i moitié du viri ? siècle. Ed H. LECLERCQ.

H. LECLERCQ. ;

Ceux-ci ne sont guère antérieurs au pontificat du pape Jean III, qui commence à gouverner l'Église en 559, et c'est sous son gouvernement, en 567, que se rencontre la plus ancienne inscription datée d'un cimetière intra muros, celui de l'Esquilin, entre les thermes de Dioclétien et l'église Saint-Eusébe ! :


FLORA QVAE VIXIT ANN-V-DI XXVIII DEP f$ SVBD : III1D- AVGIND- XVP C DOMINI N IVSTINI PP AVG f$ L'inscription fut trouvée in situ, en 1691, parmi des tombes aux chrétiens. Les nouveaux travaux, entrepris pour l'établissement du quartier de l'Esquilin, ont mis au jour d'autres épitaphes fort anciennes de ce grand | cimetière . ) A la place des jardins de Mécène s'éleva donc une église dédiée à saint Eusèbe et un cimetière chrétien. Le terrain se trouva ramené à sa destination primitive, — mais les repoussantes fosses communes firent place à T des alignements de tombes, tracés par des murettes en T briques et peu profondément enfoncés dans le sol. Si modeste qu'elle fût, l'église Saint-Eusèbe comptait au | nombre des églises stationnaires de Rome ; elle se trouve T encore mentionnée, à ce titre, au vendredi de la quatrième semaine de carême. Un autre cimetière chrétien, un peu plus ancien — peut-être que le précédent, se trouvait dans l'ancien camp prétorien et, à en juger par l'estampille d'une - brique trouvée dans un des tombes, il pourrait minés en cet endroit et, par conséquent, extérieurs à l'enceinte primitive. De ces horti Mecænalis on n'a conservé qu'une serre qui en occupait à peu près le centre. Ce monument, orné de belles fresques, s'appuyait en partie sur les blocs de la muraille de Servius ; on le désigne encore de nos jours sous le nom d'auditorium de Mécène.

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901 MICA AUREA (CIMETIÈRE DE) — MICH ÉE 902

remonter à l'époque de Théodoric. La suppression des prétoriens sous Constantin n'avait pas entraîné le lotissement immédiat des terrains de leur camp qui conserva quel que temps sa destination militaire. Au Iv ? siècle, on n'y enterrait pas, mais rien ne s'opposerait à ce que, à la fin du v* siècle et pendant la période de la domination gothique, on se soit relâché de cet usage. Le P. Grisar fait observer, avec raison, que ce champ, presque isolé de la ville par ses murailles, ait pu fournir une transition naturelle et facile entre l'ensevelissement hors des murailles et l'ensevelissement dans la ville même. En 1863, on découvrit encore d'anciennes sépultures chrétiennes dans les petits bâtiments habités jadis par les prétoriens.

Un troisième cimetière chrétien se trouvait sur la rive droite du Tibre ; on en découvrit un premier indice, en 1889, dans le voisinage de San Cosimato in Trastevere ; c'est une épitaphe ainsi conçue (fig. 8042) : Fe les el Viclorina eive se bibi fecernt micaurea de sita in pace mese augusto, ce qu'on doit lire : Felix et Victorina pve se vipis fecerunt (in) Mica aurea de(pojsita in siace me(n)se augusto. Évidemment, ce n'était pas un ménage de grammairiens, mais retenons qu'ils furent + Hic est locus Fortunati et Lucie in quo ia cet filia eorum Gemmula qui visit an, pl. m. X. el qui hunc locum biolaberit et parte cum Iuda, c'est l'anathème bien connu : « Que celui qui violera ce lieu, partage le sort de Judas. » Ces quatre cimetières ne sont pas les seuls cimetières romains intra muros, mais il a dû en exister plusieurs autres, peut-être beaucoup d'autres. L'usage s'introduisait et s'établissait de rassembler des tombes autour des églises, surtout des « titres » ; l'afrium offrait un champ tout préparé, semblait-il, à cette destination. On ne s'en tint pas là, on en vint bientôt à déposer les morts cà et là, entre les maisons et les vieux monuments de la ville en ruines *.

Et ce ne sont pas seulement les usages qui se modifient ; les épitaphes présentent, dans leur exécution matérielle et dans leur contenu, une altération et une décadence de plus en plus sensibles. L'usage classique de la pluralité des noms est maintenant plus qu'abandonné, il est devenu inintelligible, on ne donne plus qu'un seul nom à une personne. Les anciens symboles : ancre, poisson, colombes, chrismes, ont disparu pour faire place à la croix ; les souhaits de bonheur, de félicité, de repos, ont disparu pour faire place à des formules plus brèves et plus banales.

Un quatrième et dernier cimetière romain du VIe a été retrouvé, en 1895, à un des points les plus célèbres de l'ancienne Rome, au nord du Colisée, sous les thermes de Titus. Des tombes aux chrétiens furent installées d'assez bonne heure en ce lieu, au cœur de la ville monumentale, au pied de l'Oppius et non pas sur les décombres et la terre qui commençaient à recouvrir sur ce point le sol ancien, mais sur la superficie même des environs du Colisée. Il est vraisemblable qu'une église, érigée en ce lieu, y a groupé autour d'elle les sépultures ; les briques des tombes furent empruntées aux monuments anciens, comme en font foi leurs estampilles classiques : neuf estampilles appartenaient à l'époque de Théodoric, et c'est durant cette période et dans les années suivantes qu'on peut placer, avec vraisemblance, l'installation des tombes. Cités si variés, si délicats, ont fait place à quelques mentions, comme hic pausat, hic ja cet, hic locus ; toutefois, in pace s'obstine à vivre et à durer. La date se ressent de ces changements. Il est de plus en plus rare de trouver mention des calendes, des ides, des nones, ou même de l'indiction ; on compte plus volontiers d'après les jours du mois. On accorde d'ailleurs de moins en moins d'attention à la date du mois et à l'indication du temps de la mort ou de la déposition : l'épitaphe de Mica aurea s'en tient à l'indication très générale du mois d'août pour la date de la mort et l'épitaphe de Gemmula s'abstient de toute donnée chronologique. H. LECLERCO.


MICHÉE. — Quand les mages (voir ce mot) s'enquirent : où était né le roi des Juifs ? on leur répondit : A Bethléem, dans la tribu de Juda, suivant ce qu'a dit le prophète : « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es pas la moindre, car c'est de toi que sortira celui qui doit conduire mon peuple d'Israël ». On possède une représentation de cette prophétie sur une fresque du cubicule 1v ? du cimetière de Domitille, dont Bosio a donné un croquis relativement correct d'Avanzini. Le prophète, barbu et vêtu à la manière classique, regarde la ville de Bethléem représentée par deux tours, en avant desquelles la vierge Marie est assise avec son divin Fils sur ses genoux ; mais cette figure est aujourd'hui entièrement évanouie. Cette fresque a été exécutée sur un enduit à une seule couche de stuc, vers la seconde moitié du IVe (fig. 8043).

Bosio et ceux qui l'ont suivi ont cru que l'artiste avait représenté les mages, là où le stuc est tombé. Sans doute, on a, dans l'archéologie chrétienne, d'autres exemples de ces rapprochements de sujets historiques, mais ici ce n'est pas le cas, comme J.-B. De ! (CULTE DE SAINT) 904 église élevée sous son vocable, à Constantinople, par ordre du premier empereur chrétien. Tout cela est, comme on peut le croire, fort sujet à caution, Mais au saint Michel légendaire on a prétendu substituer l'archange imaginaire, « ressuscité dans le christianisme, en dépit des prohibitions de l'Église officielle, paré des couleurs bibliques auxquelles se mélent les Rossi et M. J. Wilpert l'ont soutenu et fait voir. La partie détruite était remplie tout entière par le rocher d'où Moïse fait sourdre une source. La Vierge était adossée à la porte de Bethléem, et cette ville rejoignait le rocher ; de chaque côté, Michée et Moïse sauvegardaient la symétrie, chère aux artistes chrétiens des catacombes. Dans la lunette de l'arcosolium était figuré Orphée charmant les fauves. H. LECLERCO.


MICHEL (CULTE DE SAINT). — Des auteurs ecclésiastiques ont avancé que le culte de saint Michel était déjà répandu dans l'Église dès le Ier siècle de l'ère chrétienne et, ce culte, elle l'avait en quelque sorte arraché à la Synagogue devenue indigne de l'exercer. Siméon Métaphraste rapporte la première apparition de l'archange en Phrygie, vers la fin du IIe, Sozomène et Nicéphore nous le montrent apparaissant à Constantin dès le début de son règne et, à la suite de cette vision, gratifié d'une somptueuse : Fresque du cimetière de Domitille, d'après Wilpert, Le pillure delle catacombe, pl. reflets des cultes païens ». Il s'est fait, nous dit-on, dans la nouvelle Église, une place à part et sans égale ; seul, dans l'Olympe chrétien (sic) il a été admis avec son caractère primitif d'esprit élémentaire, actif et violent, sorte de divinité qui se révèle au monde par des apparitions quasi immatérielles : lueurs, images, colonne de feu. C'est aussi l'ange du jugement, guide des trépassés ; il lutte, lui aussi, contre le serpent antique +. Et tout ceci semble bien, ainsi qu'on l'a dit, « relever plutôt de la fantaisie que de l'histoire ».

L'histoire du culte de saint Michel est, à coup sûr, un des sujets les plus dignes d'attirer l'attention et de fixer la patience d'un érudit ; mais, c'est tout un livre et un très gros livre qu'on pourrait écrire. C'est en Orient qu'il faut chercher les origines de ce culte rendu à l'archange, qui commence à remplir un rôle dans la littérature biblique postexilienne, mais qui occupe surtout une place prépondérante dans les vigens ca idi RER qaem DÉS er Seo q ode


PURE

-— | En g — tout où on peut arriver à - constate que l'archange s'est substitué à une divinité apocryphe et les pseudépigraphes de l'Ancien et du Nouveau Testament.

Le culte de saint Michel est ancien et, presque par essence, il a hérité de quelques-unes de ses attributions. Il se pourrait que, sans vouloir pour cela réhabiliter Siméon Métaphraste, ce soit en Phrygie que saint Michel ait eu son plus ancien sanctuaire, lequel aurait remplacé, près d'Hiérapolis, le dieu des sources thermales. On ne manquait pas de lui faire la part belle, afin d'accréditer le pèlerinage et on racontait, sans preuves, que c'était l'archange qui avait fait jaillir les sources et que c'était lui qui guérissait les malades. Près de Constantinople, où, dès le IVe, il eut une église, il remplaça un dieu-médecin, qui était sans doute Esculape. Comme à Épidaure, les malades s'endormaient dans le sanctuaire (voir Diclionn., t. vir, au mot INCUBATION) et l'archange leur indiquait en rêve le remède qui devait les guérir. En Gaule, saint Michel prit la place de Mercure sur les lieux élevés ; nous en avons un témoignage dans le nom d'une colline de Vendée, qui s'appelle aujourd'hui encore Saint-Michel-Mont-Mercure. Déjà nous avons insisté (voir En Occident, le culte de saint Michel a commencé de bonne heure, mais c'est dans les dernières années du Ve qu'il s'affirme d'une manière éclatante par l'apparition de l'archange sur le Mont-Gargan, le 8 mai 492. Ce jour fut désormais consacré à son culte et la caverne, où il s'était manifesté, devint, dés lors, le lieu de pèlerinage le plus célèbre de l'Italie méridionale. Quand on étudie les traces, en Occident, du culte de saint Michel, on le voit débuter au Mont-Gargan, dans un milieu fortement hellénisé, et c'est du sud de l'Italie qu'il rayonne vers le Nord et spécialement vers la Lombardie, par l'influence de Ravenne. Les Lombards, fondateurs, au VIe, du duché de Bénévent, furent les premiers à fréquenter le sanctuaire du Mont-Gargan. Leur dévotion à saint Michel fut si débordante que non seulement ils le choisirent comme patron national, mais ils frappèrent son image sur les monnaies et ils lui dédièrent leurs plus belles églises : Pavie a compté jusqu'à sept églises sous le nom de saint Michel.

Au-dessus de Sorrente, sur le sommet du Gaurus, d'où on voit toute l'Italie du Sud, des Abruzzes à la Calabre, de bonne heure une église s'éleva en l'honneur de saint Michel. Elle offrait également, au témoignage du moine Bernard, pèlerin du IXe, cette curieuse particularité d'avoir été conçue comme une crypte.

L'autre centre de diffusion du culte de l'archange, a le fameux sanctuaire de Saint-Michel-au-Péril-de-Mer.

Ici encore, quoi qu'il paraisse au premier abord, c'est à des influences orientales qu'il faut recourir pour expliquer les origines du célébre pèlerinage de notre Mont-Saint-Michel. Comme tant d'autres fondations de la région armoricaine, celle-ci se rattache aux moines irlandais du Ve, sortis des Églises hellénisantes de la Grande-Bretagne, celtiques et anglosaxonnes. Mais ce qui est plus surprenant, c'est que l'imitation du Mont-Gargan se retrouve au Mont-Saint-Michel. Ici tout est pareil. Les légendes sont identiques. C'est en songe que saint Michel annonce à saint Aubert, évêque d'Avranches, comme il avait fait jadis à l'évêque de Siponto, qu'il veut avoir un sanctuaire sur la montagne. C'est un taureau qui, dans les deux récits, fait connaître l'endroit où l'archange veut être honoré. Enfin, les deux sanctuaires ont la même forme : comme il n'y avait pas de grotte naturelle au Mont-Saint-Michel, saint Aubert creusa une crypte, « qui reproduisait, dit le texte, la forme de celle du Mont-Gargan ». La filiation est évidente. La dédicace de la crypte du Mont-Saint-Michel eut lieu, suivant la tradition, le 16 octobre 709.

C'est, dés lors, le Mont-Saint-Michel qui égala et surpassa la réputation du Mont-Gargan. C'est de la Normandie que, dés l'époque carolingienne, le culte de l'archange progressera vers l'Est ; ses sanctuaires iront se multipliant le long de l'itinéraire des moines celtiques jusqu'aux Alpes bavaroises, dont il occupera les sommets. Et ceci montre au moins une chose, c'est que l'itinéraire suivi par le culte de saint Michel est précisément l'inverse de celui qu'avait déterminé la science germanique. Reste à savoir par quelles voies le Mont-Gargan fut mis en communication avec le Mont-Saint-Michel, l'Apulie avec la Normandie.

Quant au culte aérien de saint Michel, nous le voyons sur le plan de Saint-Gall (voir Diclionn., t. vr pl. hors texte) où on lit sur une des tours : Altare sancti Michaelis in summitate pour la tour du Nord, et Altare sancti Gabrielis archangeli in fastigio pour la tour du Midi. A Saint-Riquier, le parvis carré qui précédait l'église présentait trois portes surmontées de tours : psa menia, qua vocantur Paradisus, turrita mole surgentia, tribus allariis consecrata sunt : videli cet in porta occidentali altare sancti Michaelis, in porta australi altare sancti Gabrielis, in porta autem septentrionali altare sancti Raphaelis.

Pour la période de l'antiquité, les monuments épigraphiques concernant saint Michel sont peu nombreux et sans grande importance ; nous en signalerons trois appartenant à l'Afrique :

A Carthage, un disque de plomb, de 0 m. 022 de diamètre, muni d'un appendice informe, non percé. Sur la face, dans une sorte de couronne, on voit en relief un personnage ailé dont la tête parait nimbée. Il tient de la main droite une longue haste, qui était sans doute une croix, mais la partie supérieure n'est pas reconnaissable. Au revers, dans une couronne formée de petits bâtons obliques, une inscription sur trois ou quatre lignes ! :


APX À


HUE NI


MIIXAH


HH Il faut compléter : apyyye^og Moya, l'archange représenté sur l'autre face.

Prés de Tébessa, dans une petite basilique située sur le versant nord d'un mamelon appelé Rouis, à 28 kil. de Tébessa, une memoria (voir ce mot) de martyres 907 africaines (voir MAXIMA). Parmi les inscriptions qui entourent un chrisme, on lit celle-ci ! : t AR CANGERV SMIKA Eh ET GAB RIE A Carthage, dans les citernes romaines de DarSaniat, une figurine de Mercure en bronze couverte d'inscriptions gnostiques, dont le déchiffrement est parfois malaisé. Sur le côté extérieur de l'avant-bras droit, du coude au poignet, on lit en lettres très nettes de 0 m. 003 * :


MICHELICA.

H. LECLERCQ. — Les environs de Motyka,

aujourd'hui Modica, en Sicile, contiennent un assez grand nombre d'agglomérations funéraires plus ou moins importantes, se composant de tombes creusées dans le rocher, mais presque toutes violées. On s'est maintes fois demandé à quelle époque remontent ces sépultures ; les explorations conduites dans ces parages par M. P. Orsi, vers les premières années du xx* siècle, dans les nécropoles de Grotticelli, à Syracuse, et dans quelques autres de la région syracusaine, l'ont amené à penser que les cimetières de ce type appartiennent aux siècles chrétiens et à la période de l'occupation byzantine. La découverte de la nécropole de Michelica, située à 5 kilomètres environ à l'est de Modica, offrit 235 sépultures intactes, auxquelles viennent s'en ajouter une quarantaine déjà fouillées par le propriétaire, mais dont le contenu est connu. Les fosses sont rectangulaires, allant en se rétrécissant de la tête aux pieds, mal alignées, d'une profondeur moyenne de 0 m. 80 à 1 mètre, creusées dans la roche vive et toutes munies, à la partie supérieure, d'une sorte de mortaise remontant autour de la bouche, mortaise où viennent se fixer les dalles servant à la fermeture (cinq en moyenne), dissimulées ensuite sous une couche de cailloux liés entre eux par un bain de chaux très dur, qui prit, avec les siècles, l'apparence et la résistance du roc. Une mince couche de terre végétale avait permis la culture de ces terrains, ainsi les sépultures furent cachées, puis complètement oubliées.

On ne saurait parler d'orientation au sens strict ; les fosses sont distribuées en groupes, assez rapprochés les uns des autres pour se toucher presque ; la direction générale est Nord-Est-Nord-Ouest. Certaines fosses ont contenu jusqu'à trois ou quatre cadavres, et le mobilier funéraire est de la plus grande pauvreté. Une vingtaine d'objets en argile, en forme de vases de craie rousse, du type de ceux rencontrés à Grotticelli, où on en trouva une centaine. Pas une seule lampe. Par contre, les objets en verre étaient plus nombreux, un soixantaine environ, et beaucoup étaient brisés au point de ne plupart sont des flacons de forme cylindrique, des bouteilles sphériques munies d'un long goulot avec ou sans anses ; plus rares les ampoules minuscules au col allongé et délicat, telles qu'on en rencontre dans les catacombes, par exemple à celle de Molinello. Très rares sont les perles polychromes qui ne forment pas des colliers, mais qui sont distribuées en petits groupes de trois ou quatre, isolées près du cou des cadavres qui devaient les porter comme des objets de prix. Point de parure des cheveux. Quelques boucles en métal, fer ou bronze, avec ardillon et sans aucun ornement, telles qu'on les rencontre dans les sépultures des vi siècles. Deux cure-oreilles en or, du modèle le plus simple. Une clochette en bronze qui a pu servir d'amulette. La tombe n. 4 contenait deux squelettes qui portaient au cou deux gros anneaux d'argent. Un de ces anneaux, de type païen, portait en guise de chaton une pâte de verre avec une déesse en fort mauvais état de conservation. L'autre avait un chaton de forme rectangulaire, du type appelé « grylle » ; mais sur six sujets répartis le long du jonc, on voit le chrisme avec alpha et oméga, la colombe, deux dauphins, deux oiseaux affrontés, un sphynx ( ?) et deux autres emblèmes obscurs. Cet anneau est l'unique objet portant des symboles chrétiens mêlé à d'autres objets païens trouvés dans la nécropole, et son syncrétisme permet de conjecturer que le christianisme n'avait pas marqué cette population d'une empreinte très vigoureuse. Les quelques monnaies qui ont été trouvées, et la plupart mal conservées, appartiennent toutes à Constantin et aux derniers empereurs du iv siècle, ce qui permet de faire remonter cette nécropole au iv siècle. Cependant, dans deux tombes hermétiquement fermées on a trouvé deux monnaies de Zénon . H. LECLERCQ.


MICROLOGUE. — Malgré sa date, déjà un peu tardive par rapport à la limite chronologique de nos études, le traité connu des liturgistes sous le nom de Micrologue doit retenir quelques instants notre attention. L'auteur, auquel il a été restitué en 1891, n'en a pas tellement repris possession qu'on n'omette parfois de le mentionner dans son œuvre littéraire *.

Le Micrologus de ecclesiasticis observationibus fut Après avoir donné le Micrologue à différents auteurs, on avait fini par se ranger à l'opinion de dom Hivet et de ses successeurs ? qui l'attribuent à Yves de Chartres, mort en 1116, s'inspirant en cela des indications de quelques catalogues de manuscrits et du témoignage de H. Wharton . La démonstration parut suffisante à différents historiens du passé littéraire 5, jusqu'à ce que dom S. Bäumer (voir ce nom) la reprit en procédant à l'examen des manuscrits, Cet examen porta sur les manuscrits suivants :

— 1. Codex 265 du collège Corpus Christi, à Cambridge, je moitié du xii* siècle.

— 3. Codex A. 66 de la bibliothèque de Dresde, xi* siècle.

— 4. Codex 28 du collège All Souls, à Oxford, xiii* siècle.

— 5. Codex Vatican. Palat. 482, à Rome, xii* siècle.

— 6. Codex 12612 de la bibliothèque de l'État à Munich, xii* siècle.

— 7. Codex 1878 A de la Hofbibliothek, à Vienne, xi* siècle.

— 8. Codex 1878 B de la Hofbibliothek, à Vienne, xii* siècle.

— 9. Codex 1705 de la Hofbibliothek, à Vienne, xi* siècle.

— 11. Codex 380 de Lambeth Palace, à Londres, xiii* siècle.

— Xii* siècle.

Enfin, dans le cod. 527 de la bibliothèque de l'université d'Erlangen, les vingt premiers chapitres manquent.

Il reste donc à consulter dix-sept manuscrits, la plupart anonymes ; six seulement portent un nom d'auteur, ce sont les n. 2, 4, 11, 15, 16, 17, dont plusieurs ne sont pas recevables lorsqu'ils désignent Jean Beleth et Rhaban Maur. Le premier a vécu à la fin du xii siècle, le second au ix siècle : or, l'auteur du Micrologue parle de Grégoire VII et de saint Anselme de Lucques comme de contemporains, par conséquent, il a vécu à la fin du xi ou au début du xii siècle. Les manuscrits n. 4, 11, 15, 17 attribuent le Micrologue à Yves de Chartres. Ici encore, il y a à retoucher ; le n. 11 n'est pas, comme H. Wharton l'a pensé, de la première moitié du xii siècle, mais du xiii siècle avancé ; et le n. 17 est une copie du n. 11, de sorte que ces deux témoignages se ramènent à un seul.

Le n. 4 est intitulé : Incipit liber Ivonis Carnotensis episcopi de officiis ecclesiasticis, mais il contient des divergences de texte qui obligent de lui attribuer une origine indépendante. Le n. 15 est intitulé : Incipiunt capitula libri Ivonis Carnotensis episcopi de ecclesiasticis officiis, et les variantes y sont encore plus considérables.

On arrive donc à trois manuscrits d'origine indépendante qui attribuent le Micrologue à Yves de Chartres.

D'autres, sans le donner positivement comme auteur, font entrevoir une certaine connexion entre le Micrologue et les ouvrages d'Yves, ce sont les n. 1 et 14, En conséquence, dom Bäumer estimait que « le témoignage des manuscrits, joint à l'absence de toute autre concurrence sérieuse, permettrait déjà de considérer Yves de Chartres comme l'auteur du Micrologue ; car, vu l'origine indépendante de chacun de ces manuscrits, on ne peut contester que leur témoignage ne soit ici d'un grand poids ». En outre, des raisons intrinsèques viennent fortifier cette conclusion, notamment le recours aux écrits de saint Anselme de Lucques et la préoccupation de s'attacher aux usages romains. Enfin, au point de vue littéraire, on retrouve les mêmes qualités dans le traité liturgique du Micrologue et dans le traité canonique du Panormia de saint Yves de Chartres : « Même clarté d'exposition, même sobriété, même recherche de la symétrie, de l'ordre et de l'accord dans les offices du culte comme dans les décrets disciplinaires. » Et dom Bäumer conclut que « tout concourt à faire regarder comme fondée l'attribution du Micrologue à Yves de Chartres ».

Or, il existe une suite de témoignages qui permettent d'attribuer le Micrologue à Bernold, moine bénédictin à Saint-Blaise, mort au monastère de Saint-Sauveur à Schaffhouse, le 16 septembre 1100.

Un passage d'Honorius d'Autun, dans son De luminaribus Ecclesiæ, 1. IV, c. xi, nous apprend que « Bernold, prêtre de l'église de Constance, composa, sous le règne de l'empereur Henri IV, un ouvrage intitulé Ordo romanus ! », Or, nous savons que ce titre a été donné au Micrologue du temps même d'Honorius d'Autun. Dans la liste des manuscrits de l'abbaye de Muri, au xi siècle, figure un Romanus ordo, qui vocatur Micrologus . C'est un premier rapprochement.

Un contemporain d'Honorius, l'anonyme de Melk, consacre à Bernold (sous le nom de Bernard) le chapitre cr de son traité des écrivains ecclésiastiques ; il mentionne la plupart de ses ouvrages et il ajoute un traité liturgique, qui manque à la collection des opuscules de Bernold et qu'il intitule : De concordia officiorum librum . Deuxième rapprochement. L'Ordo romanus est une concordia officiorum. Or, le chapitre LXI du Micrologue est intitulé : De concordia et ordine officiorum *.

L'abbé Trithéme, auteur d'une chronique de Hirschau, nous apprend qu'on y possédait les libri domini Bernoldi , parmi lesquels il désigne celui-ci : scripsit insigne opus quod pranotapvit Ordinarium romanum .

911 MICROLOGUE Or, un manuscrit du Micrologue conservé à la bibliothèque de Rouen, n. 7585, et désigné ainsi : Libellus qui dicitur Ordinarius, excerplus de Sacramentario beati Gregorii el consuctudinibus romanis. Troisième rapprochement.

D'autres avaient conclu de ces coïncidences à une possession d'état, aussi Pamélius nous apprend que certains attribuaient le Micrologue à Bernold de Constance, mais, dit-il, nec temporis ratio satis convenil +. Cependant, Georges Cassander avait eu entre les mains un manuscrit qui désignait Bernold comme l'auteur du Micrologue ?, Pour que Pamélius s'y soit refusé sous prétexte d'anachronisme, c'est qu'il a confondu Bernold avec Bernon, abbé de Reichenau de 1008 à 1048. C'est, en effet, à Bernon qu'on attribue la première partie du Micrologue, dans l'édition de 1510, En plus de ce qu'on vient de dire, il faut ajouter l'accord parfait existant entre le contenu du Micrologue et les autres écrits de Bernold de Constance.

D'abord une connaissance peu commune des sources du droit canonique, la clarté, la correcte sobriété du style, la préoccupation de se rapprocher le plus possible des usages de l'Église romaine. Au chapitre xvir, on voit que, du temps de Clovis, la ville de Verdun-sur-... on lit, à propos des croix prescrites à la fin du canon avant le Paler, et il met en avant l'autorité du pape Grégoire (VII), de vénérable mémoire, ajoutant ces mots : « Le bienheureux Anselme, évêque de Lucques, a attesté qu'il l'avait appris de Grégoire ; lui-même n'a jamais fait autrement et il nous a fortement recommandé de suivre la même pratique ». Voilà bien un détail qui témoigne de la « familiarité » de l'auteur avec Anselme de Lucques. Or, quand Yves alla en Italie, en 1091, Anselme de Lucques était mort depuis cinq ans et plus ; d'autre part, Anselme vint en France, en... Il y a plus. A peu près tout le chapitre xxr du Micrologue se retrouve dans le traité de Bernold sur le pouvoir des prêtres : mêmes autorités alléguées : Damase, Léon, Gélase, lettre de Jérôme à Rustique de Narbonne, de Grégoire Ier à Janvier de Cagliari ; même théorie sur la façon dont le droit de réconcilier les pénitents et de bénir le peuple a été dévolu aux simples prêtres. La comparaison des textes a été faite, elle est probante, il n'y a pas lieu de la reproduire ici. Quant à l'édition qui, sans doute, se fera un jour ou l'autre, elle montrera dans le Micrologue deux opuscules distincts, suivant ce qu'on voit dans le ms. Vatic. palat. 483, du xir siècle. Le titre général est Micrologus, et la première partie a pour sous-titre De sacrificio missa.

S. Bäumer, L'auteur du « Micrologue ». Étude d'après les manuscrits, suivie de deux chapitres inédits. Lu au congrès scientifique international des catholiques, à Paris, le 3 avril 1891 ; réimprimé dans Revue bénédictine, t. vir, 1891, p. 193-201 ; le même, Der Micrologus ein Werk Bernold's von Konstanz, dans Neues Archiv — Gesellsch. f. alt. d. Gesch., t. xvi, 1893, p. 429-446, — m G. Morin, Que l'auteur du « Micrologue » est Bernold de Constance, dans Revue bénédictine, t. vaut, 1891, p. 385-395.

H. LECLERCQ. MICY-SAINT-MESMIN. — I. La fondation. II. Autres diplômes. III. Attestations historiques. IV. Les saints de Micy. V. La us VI. Bibliographie. I. LA FONDATION. Place parmi les maisons monachales illustres de la Gaule et de l'ancienne France, l'abbaye de Micy ou des Saint-Mesmin, située dans le diocèse d'Orléans, au confluent de la Loire et du Loiret, conserve un rang respectable et mérite qu'on retienne son souvenir. Elle honorait, en qualité de fondateur, un personnage appelé Maximinus dont on a fait, en français, saint Mesmin, et ce nom s'est conservé jusqu'à nos jours. Il existe plusieurs biographies de saint Mesmin ; elles différent entre elles pour la forme : ce sont évidemment plusieurs rédactions d'une même matière. Nous y...

Meuse possédait un prêtre nommé Euspice qui obtint Firmin venait de mourir, Clovis proposa sa succession : à Euspice qui refusa et consentit toutefois à suivre le roi, quand celui-ci leva le siège pour regagner Orléans. ; Mesmin, neveu d'Euspice, l'accompagna. Arrivé à Orléans, Clovis invita le prêtre Euspice à faire choix, parmi les biens du fisc, d'un domaine pour s'y établir et y terminer sa vie. Le choix porta sur Micy, mais Euspice, en homme prévoyant, pria le roi de faire la donation au nom de Mesmin, ce qui fut accordé. L'oncle et le neveu virent les religieux affluer et, après la mort d'Euspice, Mesmin devint le premier abbé. Dans tout cela, il y a, semble-t-il, beaucoup de traits à ne pas retenir. La rébellion et le siège de Verdun ne sont mentionnés par aucune chronique mérovingienne. A supposer que ce ne soient pas des faits légendaires, il resterait encore à les dater, ce qui serait presque plus difficile encore que de les accueillir. Les diverses rédactions de la vie de saint Mesmin sont d'époque tardive, mais le mal ne serait pas grand si nous possédions encore l'acte de fondation de Micy. On le possède en vérité, on en possède même trois textes conservés, à la suite les uns des autres, dans le recueil de Bréquigny. Les deux derniers sont d'une fausseté insigne, comme nous le verrons, et le premier ne vaut pas mieux, quoiqu'il ait joui plus longtemps d'une faveur imméritée. De tous les diplômes attribués à Clovis et aujourd'hui relégués au rang des apocryphes, il était le seul qui parut pouvoir braver la critique et s'étalait en bonne place, depuis plus de deux siècles, dans les collections les plus autorisées.

C'est dom Luc d'Achery qui a mis en circulation cette pièce, dont l'original manquant ne lui était connu que par une copie trouvée dans les papiers de Jérôme Vignier.

Nunc S. Maximini, vulgo S. Memin, a Clodoveo I, Francorum rege christiano.

Clodoveus Francorum rex vir inluster, Tibi venerabilis senex Euspici, tuo que Maximino, ut possitis, et hi qui uobis in sancto proposito succedent, pro nostra, dilecte que conjugis et filiorum sospitate divinam misericordiam precibus impetrare * ; Miciacum concedimus, et quidquid est fisci nostri intra fluminum... 2913 P E per sanctam confarreationem et annulum inexceptionaliter tradimus, et corporaliter possiden- — dum præbemus abs que tributis, naulo et exactione x Li infra siue extra Ligerim et Ligerinum, cum quer- | ceto et salicto, et vtro que molendino. Tu vero Eusebi E sancte, religionis catholice : episcope, Euspicii senec- — tam foue ; Maximino faue, et tam eos quam posses- -siones eorum in tua parochia, ab omni calumnia et l iniuria præsta liberos, ne que enim nocendi sunt quos regalis affectus prosequitur. Idem agite, o vos omnes sancti catholice religionis episcopi.

Vos ergo Euspici et Maximine desinite inter Francos t isse peregrini, et sint vobis loco patriæ in perpetuum X possessiones quas donamus in nomine sanctæ, indiuidu, æqualis et consubstantialis Trinitatis.

Ita fiat vt ego Clodoveus volui Eusebius Episcopus con firmaui.

— Ce fut en 1885, pour la première fois, que l'authenticité de ce diplôme fut contestée. Dès 1662, au dire de E A dans un mémoire publié à l'occasion d'un procès, Toynart avait suspecté sa sincérité ; mais le mémoire ne sortit pas, sans doute, de la pénombre des -grel les et c'est à Julien Havet que revient l'honneur d'avoir élucidé la question (voir Diclionn., t. vi, n co. 2102-2106) comme on va le voir : « Si les bénédictins de Micy, au xi siècle ou à une époque plus ancienne, ont éprouvé le besoin de fabriquer un faux diplôme de donation du roi Clovis pour « saint Mesmin, c'est apparemment que l'acte véritable de cette donation n'était pas entre leurs mains. Donc, mou cet acte n'avait jamais existé, ou il était perdu. Dans l'un et l'autre cas, où et comment Jérôme Vignier a-t-il pu le retrouver au xvit siècle ? C'est ce à-qu'il est impossible de comprendre, et il y a là une première difficulté sérieuse. » — Nous avons dit qu'il existe trois textes de la donation de Clovis à saint Mesmin. Bréquigny leur a donné à tous les trois une place dans son recueil ; deux d'entre eux sont tirés d'un cartulaire de Saint-Mesmin, écrit au xir siècle et aujourd'hui perdu, ils sont d'une fausseté si évidente que Bréquigny et La Porte du Theil les ont, pour toujours, mis hors de question ! ; au contraire, le texte publié par d'Achery pouvait faire des dupes quoiqu'il offrit bien des motifs de suspicion.

Voici comment J. Havet en déblaya la diplomatique : E : Les diplômes mérovingiens, dit-il, sont toujours rédigés sous la forme d'une lettre adressée aux fonctionnaires royaux *. Dans la donation de Micy, le roi s'adresse non à ses agents, mais au vieillard Euspice ; ille tutoie, ce qui n'est pas ordinaire dans les actes du “temps de la première race ? : Tibi, venerabilis senex - Euspici, tuo que Maximino... Miciacum concedimus, etc. — Puis, contrairement aux usages non seulement de la diplomatique mérovingienne, mais, pour ainsi dire, de l'une des diplomatiques de tous les temps et de tous les pays, le destinataire auquel est adressée la lettre change plusieurs fois dans le corps du même document, La première phrase était adressée à Euspice ; la seconde s'adresse à l'évêque d'Orléans, Eusébe : Tu vero, Eusebi, sancte religionis catholieæ episcope, Euspici senectam fove, Maximino fave, etc. ; la troisième, à tous les évêques : Idem agite (sic) o vos omnes sancti catholice religionis episcopi ; la quatrième, de nouveau, aux donataires, mais à tous deux ensemble et non plus à Euspice seul : Vos ergo, Euspici et Maximine, desinile inter Francos esse peregrini, etc. : la dernière, enfin, prend une forme impersonnelle : Ita fiat ut ego Clodopeus volut.

Au lieu des formules juridiques en usage dans les chancelleries, on lit ici des expressions inspirées par le style oratoire et l'éloquence sacrée. Chose plus grave, la mention de la souscription royale ne se lit nulle part à la fin de la pièce, où on s'attend à la rencontrer et, tandis que, sous la première race, le titre officiel du monarque est exclusivement : rex Francorum, on lit ici : Francorum rex. Clovis, dans le corps de la donation, parle de lui-même au pluriel et, arrivé à la souscription, il adopte le singulier : ego. Quant à l'évêque d'Orléans, il ne parait pas moins novice, lors que, pour sa propre souscription, il se sert du mot confirmavi, au lieu de subscripsi ou de consensi et subscripsi. x Elle est très courte et d'un style assez particulier...

« Quand j'eus achevé de lire. Quelle différence, s'écria le Conseiller, pour le style, entre cette chartre de Clovis qu'un historien nous rapporte * et les prétendus originaux du P. Mabillon !

* C'est, répartit l'Abbé, que la chartre de Clovis est antérieure au moins de six vingt ans à la chartre faite sous Clotaire II, la plus ancienne de celles que le P. Mabillon a trouvées en original.

— « Je doute, répliqua le Conseiller, qu'en six vingt ans le style des chartres ait pu se défigurer d'une si étrange manière.

— « Il faut vous en laisser douter, répondit l'Abbé en riant, pourvu que vous nous le laissiez croire ?. » Le jésuite Lallemant, dans son empressement à prendre en faute Mabillon, jouait de malheur. Ce ne sont plus les « prétendus originaux du P. Mabillon » qu'on peut suspecter, mais la charte de Micy, qui n'est ‘apportée par aucun historien et qui n'a aucune garantie. Entre Clotaire II, dont Mabillon a retrouvé une pièce parfaitement et indubitablement authentique, un laps de six vingt ans n'a pas permis une déformation si complète des formules de chancellerie. Ce qui est plus inattendu encore, c'est que le rex Francorum des Mérovingiens et des Carolingiens fait place ici à Francorum rex qui n'apparaitra dans les actes que dans les dernières années du x siècle (982 et 997) Même observation pour l'emploi du singulier : Ita fiat ut ego Clodoveus volui, dont on ne rencontre les premiers exemples qu'aux x et xr siècles .

« Deux passages présentent des difficultés particulières :

« L'un est celui où le roi déclare qu'en donnant à Euspice et à Mesmin la terre de Micy, il leur en fait eiae red or Pr pe A Rn i 915 tradition « par la sainte confarréation et l'anneau », per sanctam confarreationem et annulum. On n'a pas expliqué ce que signifie ici ce mot de « confarréation », nom d'une cérémonie païenne qui accompagnait parfois le mariage chez les anciens Romains. La mention de l'anneau fait penser, elle aussi, aux cérémonies nuptiales ; cérémonies viendrait faire dans la donation d'un roi à un prêtre, pour la fondation d'un monastère. Six ou sept siècles plus tard, on trouve des exemples fréquents de la formalité de l'investiture par l'anneau : mais cette formalité féodale serait un choquant anachronisme dans une charte de Clovis. Il faudrait en dire autant, si le mot annulus devait s'entendre ici du sceau royal attaché au diplôme : on n'a mentionné le sceau dans les actes des rois qu'à partir de la seconde race.

« L'autre passage suspect est celui-ci : Tibi, renerabilis senex Euspici, tuo que Maximino, ul possitis, ET HI QUI VOBIS IN SANCTO PROPOSITO SUCCEDENT, pro nostra | dilectæ que conjugis et filiorum sospitate divinam misericordiam precibus vestris impetrare... D'Achery ayant qualifié notre diplóme de « fondation de l'abbaye de Micy », et l'auteur de l'Histoire des contestations ayant dit que ce diplóme était donné pour « l'abbaye de Micy à Saint-Mesmin, près d'Orléans », Bréquigny et La Porte du Theil leur ont reproché d'avoir mal lu l'acte, de n'avoir pas vu qu'il n'y est pas question d'abbaye et que la donation est faite à Euspice et Mesmin personnellement. La critique n'est pas bien fondée, elle ne tient pas compte de ces mots : ef hi qui vobis in sanclo proposilo succedenl. La création du monastére est contenue là en germe, et d'Achery a eu raison de l'y voir. Mais, si cette phrase justifie l'auteur du Spicilegium, elle n'est pas propre à accréditer le document où on la lit. Pour quoi, en effet, le roi Clovis aurait eu recours à cette maniére obscure et détournée de s'exprimer ? S'il a voulu donner Micy à Euspice et à Mesmin en propriété privée, ces mots ne signifient rien ; s'il a voulu fonder un monastére, pour quoi ne pas le dire nettement et expressément ? De la part de Clovis, ces mots sont inexplicab les : de la part d'un faussaire, au contraire, ils se comprennent aisément. Ce faussaire avait sous les yeux la Vie de saint Mesmin qu'il devait suivre et qui ne parlait que d'une donation du roi à Euspice et à son neveu ; mais il avait aussi devant les yeux l'abbaye méme de Micy, qui était sortie, disait-on, de cette donation, et il devait étre tenté d'indiquer, dans l'acte qu'il fabriquait, le lien qui rattachait les origines du monastère à la libéralité royale. Quoi de plus ingénieux, dès lors, que la tournure imaginée : « A toi, Euspice, à ton neveu Mesmin et à tous ceux qui vous suivront dans votre pieux dessein. » mais on ne voit pas ce qu'une allusion à ces | MIC Y-SAINT-MESMIN 3^ La dépendance affectueuse de Mesmin à l'égard | i de son oncle Euspice :

Vie : Id ab eo (Euspicio) muneris reciproci exacium est, quatenus regis prücepto M. nepos ejus consors illius fieret itineris.

4 » L'heureuse situation de Micy entre la Loire et led Loiret :

Vie : Isdem nam que fundus, qui eis adiributus esl, Miciacensis scili cet, adeo est sanclo ordini monachico congruus... Nam hinc inde dum fluviis alluitur... Est enim ferax trilici... Mermora tam agrestia quam. insiliva rullam eidem loco augmentant pulcritudinem.

916 | Diplóme : Tibi... tuo que Maximino.

Diplóme : Miciacum concedimus, et quidquid est fisci | nosiri inira fluminum alveos... sive infra sive extra Ligerim i et Ligerinum, cum querceto el salicto et utro que molendino. — 2 ? L'acte expédié au nom du roi :

Vie : Ideo que accitis commentariensibus et notariis publicis, solemnes ordinate alque conscripti vel confirmata sunt conscriptiones, adhibitis signis al que sigillis. taires à l’évê que Eusébe :

Diplôme : Tu vero Eusebi..

Euspicii seneclam Jove, Maximino fave, et tam eos quant L'auteur de la donation est connu, nous l'àvons déjà rencontré, c'est l'oratorien Jéróme Vignier, qui mourut en 1661. Entre autres essais de sa composition, qui M furent trouvés dans ses papiers et remis à dom Luc d'Achery, se trouvait cette donation pour laquelle il s'était inspiré de la Vie de saint Mesmin donnée par André Du Chesne dans le tome 1% de ses Hisloriæ Francorum scriptores, publié en 1636. Il est assez probable que Vignier s'est contenté de ce qu'il avait sous ` la main et n'a pas cherché dans les manuscrits ; c'est — donc entre 1636 et 1661 qu'il fabriqua la fausse dona- ^ tion de Micy.


II. AUTRES DIPLÔMES. — Après avoir éliminé le T diplôme de fondation, plusieurs sièc les s'écoulent, pen-

dant lesquels Micy n'a plus rien à nous offrir : il faut attendre la renaissance carolingienne et le 8 janvier 815 pour rencontrer le premier diplôme authenti que où il soit question du monastère. A défaut de l'acte de donation, on croirait pouvoir y suppléer dans une cer- — taine mesure à l'aide d'autres actes émanés de la chan- - cellerie des rois fran ces, perdus depuis mais attestés. Ces actes seralent placés sous les noms de Clodomir, de Clotaire, de Chilpéric, de Dagobert Ie et de Thierry III et tous mentionneraient d'opulentes donations roya les, consenties pour reconnaitre les vertus et les servi ces des abbés et des moines. Il ny a rien à retenir de tout ce dossier diplomati que, uniquement attesté par une piéce reconnue fausse : diplóme supposé de Louis le Débonnaire, daté du 16 février 836 1. | On a plaidé cependant en faveur du diplóme de Thierry III, qui, seul, renferme un détail précis, lequel, a-t-on dit, « ne saurait être incriminé pour le fond, un Diplôme : Ut possitis, et hi qui vobis in sanclo proposito « — amonastére fut jadis habité par de saints moines : in | prefata cella, in qua olim viros sub monastico ordine —— probabiliter vixisse Deo que placuisse evidentia argu- — menía testantur ; en outre, qu'il y eut un rétablisse - l'existen ce du diplôme de Thierry III comme certaine . 3 mentionner un diplóme du 8 janvier 815 , qui ouvre le — cartulaire de Micy, tel que nous pouvons le reconsti— exemption de tonlieu : Dructesindus abbas ex monas— Débonnaire et de Lothaire It confirme le privilège a | dulphe d'Orléans, qui pria saint Benoit d'Aniane de lui > dla règle : Theodulfus quo que Aurelianensium ry PE faussaire postérieur n'ayant pu inventer de vis g piè ces les circonstan ces de la donation ! ». Ce qu'il n'z nas inventé, le faussaire a pu le copier ailleurs. dies - mots Hzc (des biens dans le Dunois) Theodoricus rex $ er haereditate Lupi pessimi (al. piissimi) ducis praedicto a loco contulit parlent d'une donation dont on retrouve la trace dans l'histoire du monastère de Fleury-sur-Loire. — Or, le voisinage de Fleury et de Micy entrainait, au -— Tx siècle, d'un monastère à l'autre, des prêts de manus- — »erits *, en sorte que la mention, dans le f aux diplôme ; de Micy, du pessimus dur Lupus et de son héritage — pourrait s'expliquer par un emprunt fait à un volume — de Fleury, aussi bien que par la lecture d'une charte de - Thierry III. Il est dés lors prudent de ne pas regarder


III. ATTESTATIONS HISTORIQUES. — Nous venons de

— tuer de nos jours. Dans cet acte, l'empereur Louis le Débonnaire concède à l'abbé et à la communauté une — derio sancti Maximini Miciacensis et omnis ejus congre- - galio, Un diplôme du 17 février 826 de Louis le — accordé à Saint-Mesmin par l'évê que Jonas d'Orléans. — Cet acte contient deux allusions à un passé dont nous ne savons pres que rien ; d'abord nous lisons que le ment de l'observance, grâce aux prières de ces saints moines : quorum eliam interventu idem ordo in eodem loco creditur esse restitutus.

Le restaurateur de l'observance fut l'évê que Théoenvoyer un groupe de moines attachés à la prati que de cum monasterium sancti Maximini construere vellet, iam prefato viro postulat regularis disciplinas SEPIIOS. Cui mox adsensum prebuil et bis denos illi monachos, prefecto magisiro, misit. Qui constanter in sancto studio decilantes, non parvam monachorum turbam coadunarunt ?. Ceci se passait avant 814 et, au témoignage du biographe de saint Benoit d'Aniane, nous pouvons ajouter celui de l'évé que Théodulphe lui-méme qui remercie Benoit de l'envoi de deux religieux et en réclame d'autres . Voici comment Théodulphe parle du passé et du présent de Micy ™ :

E. Dümmler a fait, à propos de ces vers, deux observations importantes, c'est que Théodulphe, qui savait ses auteurs et ne dédaignait pas de le laisser voir — si tant est que ses lecteurs fussent en état de s'en apercevoir — a emprunté deux expressions : prisca veluslas et fera barbaries à Ovide’ ! et à Prudence !* ; ce qui leur enléve un peu de leur portée histori que. Quant à l'étymologie de Miliacum, elle est fausse et dérive d'une fausse orthographe : Mitiacum au lieu de Miciacum, nom qui existait antérieurement à l'établissement du monastère ?, Cela dit, il ressort du texte de Théodulphe certains traits à retenir ; à savoir que, de son temps. on croyait, à Orléans, à l'existence d'un ancien monastére situé à Micy, gouverné par saint Mesmin et dont cette localité gardait des tombes de moines. Au commencement du 1x° siècle, tout était désert et il s'agissait moins d'une restauration que d'une création.

Voici ce que l'histoire nous apprend sur la première période du monastére. Mais il existe une série de récits d'allure histori que qui, peut-étre, ne doivent pas étre négligés. Ce sont des Vies de saints dont les plus anciennes datent, au plus tôt, du rx* siècle ; cel les de saint Mesmin, entre autres, qui sont postérieures à l'épiscopat de Théodulphe.

Une première vie, que Mabillon croyait du vire et qui est du rx siècle, parle de l'évê que Jonas d'Orléans comme d'un défunt. Une deuxième vie, écrite par le moine Bertald de Micy, est dédiée àce méme Jonas ', Enfin, Letald a écrit, au x* siécle, un Liber miraculorum sancli Maximini dont il sera question plus loin.

Bertold laisse entendre qu'il n'a fait que raconter, avec d'autres mots, ce qu'il avait lu dans les patrum monimenta priorum :

A quels monumenta Bertold fait-il allusion ? On a pensé à la Vie anonyme publiée par Mabillon, mais c'est douteux, d'autant plus douteux que cette Vie semble postérieure à celle qu'écrivit Bertold. Alors, on a conjecturé l'existence d'une Vie plus ancienne et perdue, ce qui dispense de toute recherche et de toute précision. Enfin, il se pourrait, a-t-on dit, que Bertold ait qualifié de patrum monimenta priorum les Vies de saint Avit et de saint Calais, qui furent écrites au commencement du rx* siècle.

Finalement, un Sermo de inventione corporum palris Maximini el discipulorum ejus, opuscule du xr siècle, renferme, dans la partie inédite, un résumé de l'hisLoire de l'abbaye composé, d'aprés la Vie publiée par Mabillon et d'aprés l'ouvrage de Létald.

De cet ensemble, il résulte que le premier monastère de Micy, s'il eut une période de ferveur et d'illustration, dura peu de temps et fit place à des ruines et à une solitude compléte. Aprés un premier siécle glorieux (le vi), vinrent deux sièc les d'abandon, de silence et d'oubli. Létald nous dépeint l'état de Micy au virt ? siècle : locus supra dictus... adeo est annullatus, ui nemo ibi posset manere monachorum, sed habitacula eorum aut essent diversoria secularium et feminarum, aut stabula equorum el pastiones canum. bd Maaa n rum um mim EN am ai« plos P. fot RE ESRI a EI rite err cu epi

| À |

919 Les Vies de saints sont, on le voit, bien loin de compléter les lacunes dont se compose l'histoire documentaire de Micy. Bien plus, ces vies présentent des caractères manifestement légendaires, un surtout qui a été relevé. Sur un espace de plus de trois sièc les, les documents les plus anciens, dont aucun n'est antérieur au IX* siècle, ne peuvent citer que cinq chefs du monasLére, savoir le fondateur et les quatre premiers abbés, avant tous vécu à Micy au vit siècle, y étant tous morts, un seul excepté. Or, au début du 1x ? siècle, tous reposaient à Orléans ou prés de la ville. Un tel fait suffit à inspirer des doutes sur la valeur des documents qui conservent ces données malaisément admissib les | pour qui connait de quelle importance était, au VIe, la possession d'un tombeau. Il semble, dés lors, qu'on man que de preuves soli des et pertinentes pour rattacher à Micy saint Euspice, saint Mesmin, saint Théodemir et saint Mesmin le Je une !.


IV. LES SAINTS DE MICY. — Outre le nom du fondateur et des quatre premiers abbés, on possède ceux d'un groupe imposant de personnages qui auraient transformé littéralement le monastère orléanais, pendant le premier siècle de son existence, en une pépinière de saints. Il est parvenu jusqu'à nous une série de récits hagiographiques racontant leurs actions, leurs vertus, leurs miracles et, par une circonstance fâcheuse, ces récits sont les seuls documents anciens qui nous restent sur Micy. Ces Vies de saints ont longtemps approvisionné les biographes d'épisodes édifiants, jusqu'au jour où on s'est avisé, dans une étude d'ensemble, de vérifier le degré d'historicité qui s'y attache.

« En y réfléchissant, on verra combien il importe de distinguer nettement entre le saint et son biographe, entre les manifestations du culte et les récits hagiographiques. L'existence réelle du saint, le fait de la dévotion qu'on lui a portée dès les temps anciens, nous sont ici attestés de façon à engendrer souvent la certitude, presque toujours une sérieuse probabilité. Il en est tout autrement des Vies, écrites au plus tôt deux ou trois cents ans après l'époque où le héros aurait vécu et qui représentent un ensemble de souvenirs absolument dignes de foi. »

V. LA BIBLIOTHÈQUE, — En 1857, Ludovic Lalanne n'hésitait pas à doter l'abbaye de Micy d'une bibliothèque dès le VIe ?, et, en 1868, Alfred Franklin écrivait que « la plus ancienne bibliothèque monastique, dont le souvenir nous ait été conservé, date de Micy de Ce ». Vers 520, Micy possédait une petite collection de livres d'histoire qu'un des religieux avait déposés, le jeudi saint, sur l'autel de saint Étienne, » M L'assertion faisait son chemin dans la littérature édifiante quand, en 1903, un érudit voulut savoir : si la date 520 est authentique ? si la collection de livres est réelle ? et que pouvaient être ces livres d'histoire ? Le « malheureux, en s'attaquant à une « erreur presque inoffensive, tant elle était apparente », se proposait de la corriger et il l'aggravait, car ses interprétations et ses conjectures « pour n'être pas aussi ouvertement fausses, n'en étaient pas moins inexactes » et leur portée très grave » faisait courir des inconvénients qu'un critique vigilant s'empressa de signaler.

A. Franklin invoquait en preuve de son assertion un passage du Liber miraculorum du moine Létald de Micy, au § 3 du prologue * : Porro autem nec omnia quae cognoverim in hoc posui libello, quæ in hoc vel de hoc habita sint, revocatus uli que temporum confusione ; quæ quia discernere nequivi, conlicere exinde melius putavi. Quoniam nobi les et industrios patres in hoc eodem floruisse loco cognovi, Haymonem videlicet, Stenegaudum et Druclesindum, Bertholdum que virum erudilissimum qui vitam velerem patris Maximini dicitur edidisse, Pelrum eliam cuius erudio el studium hodie que claret. Nam inter cetera bonorum suorum diversarum historiarum libros huic loco contulit et proprio labore correctos el dislinclos die cænæ Domini, ut ipsi libri testantur, super altare sancti Stephani protomartyris posuit. De his ergo, quia discretio temporis non elu cet, salis dictum...

Nous savons le cas qu'il faut faire du soi-disant diplôme de fondation de Micy par Clovis, mais Mabillon le tenait pour authentique et, en outre, il s'appuyait sur deux anciennes Vies de saint Mesmin publiées par lui et le Liber miraculorum de Létald , pour recevoir comme certaine la date de 520 environ, qu'il tenait pour celle de la mort de saint Mesmin. Quant à Mabillon, il écrivait : Miciacense monasterium a S. Euspicio circa annum Ghristi D constructum .

A supposer que la date 520 fût bien celle de la mort de saint Mesmin, Franklin a méconnu du passage de Létald en rapportant à cette année la donation de livres. Létald n'en dit absolument rien, il rappelle simplement un fait sans préciser ni Le, ni l'année, ni le lieu, ni les circonstances où il se produisit. Lui, Létald, n'a pas connu le religieux en question, un nommé Pierre, fort instruit et correcteur émérite des livres qu'il déposa, un jeudi saint, sur l'autel du protomartyr. Mais il ne s'ensuit pas que le Liber miraculorum de Létald doive être discrédité et rangé au nombre des textes apocryphes ou tellement suspects qu'on n'est pas autorisé à y recourir. Le texte en est authentique et n'a rien à voir avec les faux de Jérôme Vignier. Les bénédictins ont fait usage d'une copie qui provenait de Vyon d'Hérouval, aujourd'hui probablement perdue, mais le texte est représenté par un exemplaire de la bibliothèque vaticane, fonds de la 920 - recueil de Létald s'y trouve au fol. 14 v.-35 v., et le passage cité du prologue a été collationné. Quant à sa provenance, le ms. Vatic. reg., 528, viendrait de Saint-Denis, c'est possible, mais il a passé par la bibliothèque de P. Pétau, qui a pu le recueillir avec un lot de manuscrits provenant de Saint-Mesmin de Micy . Létald est connu, quoiqu'on sache peu de chose sur son compte ?, il a vécu vers la fin du Xe, et peut-être au delà ; la copie du Vatican peut être regardée comme une attestation suffisante de l'authenticité de l'ouvrage et des qualités d'historien dont l'auteur était doué *. En ce qui concerne la période la plus rapprochée du temps où il vécut, à partir du Xe, le témoignage de Létald doit être pris en considération. La seconde moitié des Miracula S. Maximini, c. XXVII, — Lv, est l'ouvrage d'un auteur contemporain ou presque à qui il faut faire créance quand il déclare : De quibus ~ pauca nunc perstringere cupientes nulla nos narraturos fatemur qui aut ipsi non viderimus, aut de his qui À - piderinl vel sincere didicerint acceperimus (c. XXVII). — Pour les chapitres xin-xxvir, relatifs au IXe et à la première moitié du Xe, on sait avec quel soin Létald consultait manuscrits et archives, pour s'instruire de ce dont il voulait parler.

Dans le § 3 du prologue, Létald mentionne avec éloges cinq religieux de Micy : Quoniam nobi les et industrios patres in hoc eodem floruisse loco cognovi. Il s'en trouve deux dans le nombre, Haymo et Stenegaudus, qui ne peuvent être identifiés ; il n'y a pas lieu de s'attarder à voir dans Haymo le moine Aimoin de Fleury-sur-Loire, un contemporain de Létald, alors que les cinq moines en question paraissent d'une époque déjà éloignée, puis que trois d'entre eux ont vécu dans la première moitié du IXe ; ce sont :

Dructesindus est l'abbé de Micy qui obtint de Louis le Débonnaire une exemption d'impôts, consignée dans un preceptum du 8 janvier 815, le premier en date parmi les diplômes authentiques de Micy que nous possédons.

Berthold : est l'auteur d'une Vie de saint Mesmin, dédiée à Jonas d'Orléans.

Pierre : est un abbé de Micy dont le nom se lit dans deux diplômes de Charlemagne, l'un du 10 octobre 840, l'autre du 13 septembre 859. Létald nous apprend à son sujet : ut ipsi libri testantur qu'il déposa des manuscrits sur l'autel de saint Étienne, le jeudi saint. Or, trois de ces volumes nous ont été conservés, tous les trois du IXe, et l'un d'eux corrigé et ponctué par l'abbé Pierre en personne : proprio labore — correclos et dislinclos. Voici ces trois manuscrits : k Vossianus Leidensis, Q 110 (université de Leyde), contient la chronique d'Eusèbe traduite par saint Jérôme, 166 feuillets. Provient de P. Pétau, acquis de 5 J. Vossius (1618-1689) par la bibliothèque de Leyde. T Au fol. 2 v », on lit : Hic ë lib sei [Maximini Miciacensis] monasterii ! qué Helias monachus rogante Petro ~ abbate scripsit et ipse Pelrus cü salutari hoslia die ~ Gene Dni super sem allare scí Sphani martyris D6 et E sco Maximino habendü obtulit sub huius modi voto ut - quisquis eñ de isto loco aliquo ingenio non redditurus Te Reine, n. 428, lequel est connu depuis longtemps. Le | abstulerit cQ Iuda proditore Anna et Caipha atg ; Pilato damnationem accipiet — fiat, fiat, fecit, fecil. Les deux mots placés entre crochets ont été grattés ; mais le manuscrit présente, en plusieurs autres endroits, lerlibris suivant : Hic est liber sancli Maximini Miciacensis cenobii.

Paris, laf. 1862, Manuscrit en parchemin, Xe et XIe, la partie du Xe venait de P. Pétau, il entra avec la collection Claude Dupuy à la Bibliothèque du Roy ; c'est peut-être Dupuy qui fit rapprocher les deux parties de ce manuscrit. La partie du Xe vient de Micy, elle comprend douze traités ou épîtres de saint Jérôme et un traité d'Alcuin. La mention de provenance est indiquée fol. 8-9, fol. 25-26 et fol. 82 vo : Hic est liber sci Maximini Miciacensis monasterii. Au fol, 82 ve, on lit : Hic e lib. sci Maximini monasterii qué Petrus abbas scribere jussit ef die sce Cænæ Dni cum salutari hoslia super sem altare sci Sphani primi in XPO Martyris Do et sco Maximino habendum obtulit, le reste comme ci-dessus, sauf les mots omis aliquo ingenio et fiat, fiat, fecil, fecil.

Valic. reg. 95, parchemin, contient les traités de saint Hilaire sur les psaumes. Provient de P. Pétau, acquis par la reine Christine, 229 feuillets. Au fol. 229 ro : Finil tractatus de psalmis cL in X PO Dno nro amen. Hic e lib. sei Maximini Miciacensis mondasterii qué Petrus abbas, comme le précédent, Les trois manuscrits sont du IXe et les ex-libris ont été ajoutés aussitôt, ou du moins bien peu de temps après la date à laquelle la copie des volumes avait été achevée. « Que ce soient ces volumes, ou des volumes tout pareils que Létald ait en vue, c'est clair comme le jour. Non seulement il les a vus, ut ipsi libri lestantur, mais les ex-libris en question sont manifestement la source qu'il a copiée à l'endroit de son prologue où il fait l'éloge de l'abbé Pierre. Il est curieux d'observer que Létald ne nomme même pas l'abbé Pierre dans son livre des Miracles, alors cependant qu'il parle de la plupart des abbés du monastère, D'autre part, nous savons maintenant que, si le zèle et l'érudition de Pierre étaient connus avantageusement à Micy du temps de Létald (cujus eruditio et studium hodie que claret ), c'était non par le fait de sa présence — il était mort depuis plus d'un siècle — mais par les volumes qu'il avait donnés à la bibliothèque ou même corrigés de sa main. » Le Vossianus Leidensis, Q 110, a eu pour copiste le moine Hélie : Hic est liber Sancti Maximini Miciacensis monasterii quem Helias monachus rogante Petro abbate scripsit. Ce scribe s'est servi d'un manuscrit oncial du VIIe (le Leid. Q 110 a), dont un des feuillets (le fol. 25) a laissé lire en notes tironiennes Hel(ias) monachus !.


LEYDE (Université de) notes, à côté desquelles les philologues passent généralement avec indifférence ». Le Voss. latl., Q. 87 passa de la bibliothèque de Micy dans celle de Pierre Pétau ; une note peu lisible, ajoutée à la fin, nous apprend que, en 1481, il fut emprunté à Micy par Samson Cormeneau, docteur de l'université d'Orléans et chanoine de cette ville.

Au IXe, peu de temps après la copie du volume, il fut confronté avec un autre manuscrit de Solin, dont les variantes sont insérées entre les lignes, précédées quelquefois d'une sorte de delta incliné qui signifie antiquum en notes tironiennes. Quelle est la valeur de cette expression chez un moine de l'époque « carolingienne » ? On ne saurait le dire, quand les érudits du XVIe appellent refus liber un manuscrit plus ou moins vieux et quelquefois une édition imprimée « cent ans à peine avant leur époque ». Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que notre réviseur avait à sa disposition un manuscrit qui lui paraissait ancien, quand le Vossianus Q. 87 était récent. Les variantes ne se trouvant pas dans toute l'étendue du volume, on peut admettre qu'il a collationné les parties qui l'intéressaient ou que M, rait aujour d'hui ; néanmoins, il s'intéressait parfois à des variantes purement orthographiques ; ainsi, à la première page (fol. 1 v ?) il a mis son delta (= antiquum) au-dessus de lu de epistula et au-dessus du deuxième e de intellegis, constatant un point de détail, comme aurait pu le faire de nos jours un disciple de Brambach.

« Voici la liste des notes tironiennes qui ont semblé les plus intéressantes pour signaler la façon dont on collationnait les manuscrits, à l'époque carolingienne, dans le monastère de Saint-Mesmin. Ces notes, ne pouvant être reproduites par la typographie, sont transcrites en caractères italiques., 924 lala. cu Poor ru mca Sd n UT

M E.

. (Rs. | | »925 pn e Li P D ev À Ca Fol. 38 v*, p. 73, lig. 16, repullulant ] re non habuit.

Fol. 41, p. 79, lig. 5, desiderii mærore] hoc non habuit au-dessus de mærore et o cius au-dessus du dernier i de desiderii.

Fol. 42, p. 82, lig. 16, exesecrandi, avec la syllabe es 3 barrée] hoc non habuit verbum. - Fol. 43, p. 88, lig. 12-13, quibus admodum calor « jugis est] au-dessus de « admodum + » hoc non habuit ;

“au-dessus de « jugis » hoc non habuit et avant « calor » l'addition, probablement tirée du même manuscrit :

L n regionibus incitatissimus. Fol. 47, p. 93, lig. 3, e numero fluminum] e non — habuit.

Fol 49, p. 97, lig. 15, ipsius seris] au-dessus de vip » hucus que non habuit, c'est-à-dire que l'antiquum portait correctement si usseris.

Fol. 49 vo, p. 99, lig. 5, religionis] hucus que non habuit, placé après « reli ».

Nous ne donnerons plus qu'un exemple : p. 185, lig. 3 : quietum bi eminentissime sapienti genus est — vita repletos incensis rogis morlem accersere. Tous les — manuscrits autorisés donnent quielum, et Mommsen - s'y résigne, non sans avoir noté que Pline, Hist. nat., — wr, 66, source de Ju les Solin dans ce passage, écrit quintum. Or Solin, comme Pline, énumère différentes — catégories, parmi lesquelles la cinquième est composée de gens dont les convictions philosophiques se manifestent par le mépris de la mort. Le mot quietum n'est pas défendable et le collateur n'a pas manqué de noter : | F antiquum quintum, ce qui montre que quintum est bien FA jo la véritable leçon.

Paris (Bibl, de l'Arsenal) Rome ( Vatic.) consacré au comput, et L. Delisle estime qu' « une analyse très minutieuse serait nécessaire pour distinguer exactement l'origine et la date des différents morceaux dont il se compose » Lui-même a observé que la composition de ces morceaux appartient à différentes époques et il montre que l'exemple cité au fol. 42 dénote un auteur qui écrivait en 936 : Puta anno presenti dominici incarnationis DCCCC X VI, tandis qu'un peu plus haut nous trouvons des calculs qui doivent remonter à l'année 863 : Adde annos ab incarnatione Domini, id est DCCCLXIIT, fiunt VI®C : lot sunt anni ab origine mundi... (fol 28 v.) ; — Si vis querere quotus sit annus presens ab incarnatione Domini nostri Jesu Christi, multiplica XVe LVI, funt DCCC XL, his adde regularibus XII, et indicionem anni presentis, ef invenies (fol. 29). L'indiction de l'année 863 est 11 ; il est facile de voir que 840+ 12 + 11= 863.

Le ms. 1263 vient certainement d'une église de France, poursuit L. Delisle. La note tracée par dom Anselme le Michel sur une des feuillets de garde suffirait pour le démontrer. D'après plusieurs articles du calendrier, je suis porté à croire que ce volume a été fait par l'abbaye de Saint-Mesmin de Micy. L'un des passages les plus significatifs se trouve au fol. 74 : XIII kal. decembris, Miciaco monasterio, sancti Theodemiri abbalis, discipuli sancli Maximini abbatis. La bibliothèque de Saint-Mesmin est représentée par plus d'un débris important dans les collections du Vatican. Parmi les morceaux qui composent le ms. 314 du fonds de la Reine, on trouve un traité de saint Hilaire, à la fin duquel on lit : Explicit liber beati Hylarii super Matheum. Liber sancti Maximini Miliacensis | (fol. 70). — Hic est liber sancti Maximini, quem Hato armarius Deo el sancto Maximino scribere fecit, tali tenore ul, si quis eum ab oc loco non redditurus abstraxerit, cum diabolo damnationem accipiat. Amen. Fiat (fol. 70 vo.) EY P R diu dama m Lb s mt n Le eR opo Eur cu mte arn mi mur a Hess umma eei — - da yu em n ag — ue au T LR LUS aT ho s ar om Atv


LE


EE Zi 4e Ei - Se LL CL ha) le Go mont, 927 Chartes, t. 1885, p. 224-233. — E. Jarossay, Histoire de l'abbaye de Micy-SaintMesmin-lez-Orléans (502-1790). Son influence religieuse et sociale, d'après les archives et les documents origin aux, pièces justificatives et gravures, in-8 ?, Orléans, 1902, — H. de Larnage, Mézières en Sologne. Ses relations avec l'abbaye de Micy. Les souvenirs de saint Avit. La paroisse et le château, dans Lectures el mémoires de l'Académie Sainte-Croix d'Orléans, t. vir, 1892, p. 101-139. — Pillon, Sur les derniers restes de l'abbaye de Mici, dans


MIC Y-SAINT-MESMIN —


MIDDLE-HILL. — I La Claromontana. II. La Meermanniana. IIT. La Mediomontana. IV. Bibliographie.

I. LA CLAROMONTANA. -— Guillaume Duprat, évêque de Clermont en Auvergne, fonda, dans la rue SaintJacques à Paris, un collège dont l'histoire a été faite ! et qui, jusqu'en 1682, porta le nom de Collège de ClerAu mois de novembre de cette année, le roi Louis XIV donna à cet établissement pédagogique le titre de Collège royal et s'en déclara « fondateur », ce qui fit substituer à l'appellation ancienne le nom de Collège de Louis-le-Grand. Au point de vue de nos études, cette titulature ne réussit pas à prévaloir et l'érudition garda fidèlement à la bibliothèque fameuse, rassemblée par les jésuites, le nom de Codi ces Claromontani. C'est un peu de leurs aventures qu'on va retracer ici.

Vers la fin du XVIe, le collège de Clermont possédait environ 20 000 volumes, parmi lesquels beaucoup de manuscrits. Lors que, en décembre 1594, Jean Chátel attenta à la vie d'Henri IV, le parlement de Paris estima les jésuites assez compromis par leurs rapports anciens avec l'assassin pour prononcer contre cet ordre un arrêt d'expulsion. Le bibliothécaire, P. Guignard, tenu pour complice, fut pendu et étranglé en Grève, le 7 janvier 1595. Si les vies n'étaient pas épargnées, on juge que les biens le furent moins encore : meubles et immeubles, livres, manuscrits furent saisis et vendus *. Nous n'avons à parler que de la bibliothèque qui, au jugement de Pierre de l'Estoile, « estoit ample et belle et fut exposée au pillage, jusques aux revendeurs et plus piestres frippiers de l'Université. On disoit qu'on y avoit trouvé plusieurs papiers écrits contre le roy, desquels messieurs les revisiteurs ne firent si bien leur profit que des bons livres grecs et latins qui furent jugés de bonne prise, | livra à un examen approfondi du cabinet des manus-


MIDDLE-HILL

938. queste de messieurs les gens du roy, qui s'en. à la rex EE les premiers, selon leurs conclusions ; Wr après, les autres, chacun selon son mérite et qualité 3. » Quand l'ouragan s'apaisa, Henri IV ne demandait. pas mieux que de donner quelque compensation aux jésuites, mais ceux-ci voulaient recouvrer leurs livres : ils présentèrent au roi une « très humble requeste » qui | servit peu et ce fut à grand » peine s'ils purent récupérer quelques volumes : minima particula. De longues années plus tard, le P. Jean Garnier (voir Dictionn., | t. 1x, col, 323-325) demeurait inconsolable à la pensée | du fonds Guillaume Budé qui avait été donné jadis. au collège ; mais qui était allé grossir la librairie de Jacques de Thou.

En 1601, les jésuites retournèrent dans leur collège et s'employèrent à en reconstituer la bibliothèque. Ils - y réussirent, car, en 1678, elle comptait plus de | 32 000 volumes, dont une bonne part venait du célébre surintendant Nicolas Fouquet. Le P. Garnier, qui nous livre ces détails dans son Systema : bibliothecae | collegii Parisiensis Socielatis Jesu, succédait à une dynastie de bibliothécaires éminents, les Pères Fronton du Duc, Denys Petau, Philippe Briet et Gabriel Cossart. Plus illustre qu'eux tous, le P. Jacques Sirmond résida, de 1612 à 1651, au collège qu'il gouverna - plusieurs années comme recteur. Un séjour de dix-huit années à Rome avait permis à ce savant de former une riche collection de manuscrits qu'il ne cessa - d'accroître par de nouvelles acquisitions. La période suivante fut moins heureuse ; après le P. Jean Garnier, il faut transcrire les noms du P. Hardouin, du P. Le Tellier (qui succéda au P. La Chaise dans le confessionnal du roi), du P. Étienne Souciet, du P. Gabriel Brotier.

C'était au collège Louis-le-Grand que résidait le ` comité de rédaction des « Mémoires de Trévoux », où on analysait les livres nouveaux adressés au comité, — Cette littérature ajoutait peu de chose à la valeur de — la Claromontana dont le fonds de manuscrits parait ne s'être pas enrichi notablement au XVIIe.

L'arrêt du parlement de Paris du 6 août 1762, supprimant la société des jésuites, avait été précédé de plusieurs arrêts rendus depuis le 23 avril, en vue de régler la vente et l'affectation des biens. Ceux des collèges ne devaient « être employés à autre usage qu'à l'instruction de la jeunesse ». Louis XV avait réclamé la propriété de la maison à titre de fondation royale ; sa requête fut repoussée ; au contraire, celle de l'université, qui sollicitait la permission de s'établir chez ses rivaux et d'y installer son « chef-lieu », c'est-à-dire l'ensemble des locaux nécessaires à l'administration intérieure, comprenant le « tribunal du recteur, un greffe pour y déposer les archives et un logement pour le greffier » cette requête fut accueillie, en partie du moins.

L'arrêt du 6 août prescrivait la vente du mobilier, avec un sursis relativement aux livres de la bibliothèque dont on se réservait de faire dresser un inventaire. Deux arrêts (6 août et 7 septembre) nommaient les commissaires, chargés de dresser le relevé de tous les biens du collège : ceux-ci recueillirent un certain nombre de pièces « très importantes » qu'ils firent sceller et déposer au greffe du Parlement. A la requête du procureur général, en date du 5 juillet 1763, on se crits. Deux opérations principales y étaient prescrites : 1 ? un catalogue ou notice raisonnée des manuscrits des trois maisons des « ci-devant soi-disant jésuites » de Paris, à dresser par les bénédictins de Saint-Germain-des-Prés, qui devront donner en même temps « leur avis sur le prix de chaque article » ; 2° un inventaire préalable de toutes les pièces par un commissaire du Parlement, avant la remise aux bénédictins. |. Gefut l'abbé Henri-Philippe Chauvelin, conseiller de Grand'Chambre, qui présida à l'inventaire préalable, au cours des vingt-neuf vacations tenues du 1% août — au 2 septembre. Ce magistrat arrivait chaque jour « à trois heures de relevés », accompagné d'un greffier et — d'un huissier du Parlement, au Collège de Clermont ou — à la Maison professe, dont les bibliothèques étaient | confiées à la garde de libraires. Ceux-ci présentent les | manuscrits un à un au conseiller-commissaire qui les | - examine et on dicte une description de chaque volume : matière, nombre de feuillets, marques, contenu, et |. ensuite on appose un paraphe. La séance se prolonge | Jusqu'à 8 ou 9 heures du soir, et tous ceux qui y ont | - pris part signent le procès-verbal. Les manuscrits du — Collège de Clermont occupèrent Chauvelin et ses aides pendant vingt et un jours ; ceux de la Maison professe — huit jours ; le Noviciat ne le retint qu'un seul jour et il — y constata qu'il ne s'y trouvait « aucun manuscrit ni papiers ». L'inventaire terminé, on mit les manuscrits dans — quinze caisses scellées qui furent transportées à la maison de Saint-Germain-des-Prés, où l'abbé Chauve- — lin se rendit le 3 septembre 1763, pour faire remise — officielle au supérieur général de la congrégation de Saint-Maur, dom Delrue, et au bibliothécaire de l'ab- — baye, dom Patert. Une grande caisse et trois cartons - ficelés remplis de papiers d'affaire furent déposés au greffe de la cour ; leur contenu avait rapport à des matières appartenant à la religion ou à des questions soulevées depuis un siècle. Presque tous ces manuscrits ont fini par aboutir aux Archives nationales et à la Bibliothèque nationale ! ; nous n'avons à nous occuper que de ceux qui furent portés à Saint-Germain-des-Prés. II. LA MEERMANIANA, — À Saint-Germain-des-Prés, on ne tarda pas à ouvrir et à inventorier les — quinze caisses. A dom Patert furent adjoints plusieurs confrères : dom Housseau et dom Grenier ; puis, comme cette avalanche soulevait autant d'intérêt qu'elle apportait de travail, on réclama l'aide des Bénédictins de Saint-Maur qui envoyèrent dom Ursin Durand rédigées par le P. Sirmond, notices qui accompagnent — encore aujourd'hui les volumes sauvés ; enfin, les — bénédictins avaient eu recours à quelques spécialistes, | tels que Bernard de Valabrégue « juif très savant » |. pour les textes hébreux ; de Guignes, pour les langues orientales ; Bréquigny, pour le vieux français. De cette collaboration sortit un Catalogus manuscriptorum codicum Collegii Claromontani quem excipit Catalogus manuscriptorum « domus professæ Parisiensis, in-8, Parisiis, in Palatio, apud Saugrain et Le Clerc, 1764, p. 349 ?, « Ce catalogue contenait 972 numéros, dont 856 pour le Collège de Clermont et 116 pour la maison professe. Certains numéros comprenaient plusieurs ouvrages ou fragments d'ouvrages ; mais il s'en faut de beaucoup que tous les manuscrits remis par Chauvelin à Saint-Germain-des-Prés figurent dans ce catalogue #. » Les bénédictins tinrent à séparer la paille du bon grain, c'est pour quoi ils n'insérèrent dans le catalogue que la description des manuscrits anciens et rares : 375 grecs (dont 341 Claromontani) ; 367 latins (dont 349 Claromontani) ; 62 orientaux (dont 50 Claromontani) ; 27 chinois ; 120 français (dont 71 Claromontani). Quant aux manuscrits des jésuites plus ou moins notoires, on les écarta, ce qui ne veut pas dire qu'on les dédaigna. Le catalogue signale les papiers des PP. Castel, Rabardeau, Sirmond (en partie), ceux du P. Pierre-François Chifflet ne sont pas indiqués sous son nom, cependant ils furent compris dans la vente . La bibliothèque de la Maison professe suivait le sort de la bibliothèque de Clermont, du moins quant aux manuscrits anciens, qui lui avaient été presque tous légués par Huet, évêque d'Avranches. Les héritiers naturels de Huet les réclamèrent ; ils leur furent rendus et leurs nouveaux possesseurs les cédèrent plus tard à la Bibliothèque royale. Rendus, mais non pas tous ; quelques-uns, cinq au moins, firent partie du lot Meermann, ils sont aujourd'hui à Berlin ; quelques autres volumes s'égarèrent et ont trouvé asile à la bibliothèque de l'Arsenal, à Paris, et aux Archives nationales. A. — Xl 30 st es | RU REP rmm - rin Tis nie a op gre a t *PALM au 2m arum rs perm m inna ue 931 tant de livres rares. On avait noté seulement les titres les plus connus, ou bien les plus courts, les plus commodes à copier ; on avait négligé tous ceux qui demandaient quelque attention ; par suite, on avait vendu les meilleurs ouvrages en lots non catalogués pour presque rien et comme livres de peu de valeur, comme le dit l'avertissement. Mais, outre ces deux maisons, les jésuites possédaient ce qu'ils appelaient le noviciat où se trouvait une troisième bibliothèque moins importante. On ne fit pas de catalogue pour celle-ci, elle fut vendue pour 10 000 livres ; les dépenses, frais de vente, etc., montant à 15 000 livres, c'était juste 5 000 livres de perte. » Quant aux manuscrits, « rien n'était plus naturel, ni plus simple que de transporter à la Bibliothèque du Roy ces collections précieuses, mais on n'avait pour cela ni temps, ni argent, ni bon vouloir ». On allait donc les vendre aux enchères, quand un certain Gérard Meermann !, de la Haye, proposa de les acheter en bloc pour la somme de 15 000 livres. Le P. Brottier n'hésitait pas à dire à Lidén « qu'à compter seulement les honoraires des copistes et le papier, la valeur totale montait à 60 000 livres ». Mais les administrateurs du nouveau collège Louis-le-Grand, au bénéfice duquel se faisait la vente, étaient impatients de toucher le prix de cette confiscation, En France, quelques esprits clairvoyants comprirent la valeur du dépôt dont l'achat par un étranger allait nous appauvrir et ils entamèrent des négociations pour obtenir le rachat de ces trésors scientifiques et littéraires, dont la place était marquée à la Bibliothèque du roi, « la plus importante des bibliothèques de Paris et du monde entier s Celle-ci avait, depuis 1743, en qualité de bibliothécaire, M. Bignon, « plus brillant par ses titres et ses rubans que par son érudition » et n'ayant « que le nom de commun avec le vieux et savant Bignon ? ». Il offrit 6 000 livres en échange de 278 manuscrits choisis au catalogue. Les commissaires du Parlement refusèrent, ils ne purent résister à l'appât des 15 000 livres assurées payables dans le courant du mois. Le marché fut conclu le 6 décembre 1764 et, dès le lendemain matin, l'agent de Meermann commença à faire enlever les manuscrits. A cette nouvelle, Caylus écrivait à son ami Paciaudi : « Je suis très fâché de vous apprendre, mon cher abbé, que vous ne devez plus penser aux manuscrits des bénits Pères, et que toutes les peines que nous nous sommes données, pour rapprocher des prix demandés pour la totalité, ont été inutiles. Nous avions la somme ronde ; le roi ne dépensait que mille écus. Mais il semble que le Parlement qui nous gouverne aujourd'hui n'est point du tout patriote. I] a mieux aimé qu'on les vendit en gros, et ils ont été achetés par un Hollandais qui compte en faire présent à la bibliothèque de Leyden . » « On s'émut enfin à l'annonce du départ pour l'étranger de cette célèbre collection. Les caisses contenant les manuscrits, déjà en route pour la Hollande, furent arrêtées à Rouen sur un ordre du ministre *. » Meermann, pour éviter un procès, offrit de faire présent au roi d'un certain nombre de manuscrits qu'on lui désignerait. On lui présenta une liste de 42 numéros, il en donna 35 et en ajouta quatre non demandés : en échange, Meerman reçut le ruban de chevalier de l'ordre de Saint-Michel, qu'il ne porta jamais, et la mainmise fut levée (16 avril 1765). Les manuscrits rendus avaient rapport à l'histoire de France, tout le reste partit pour la Hollande où Meermann l'installa chez lui. 932 III. LA MEDIOMONTANA. — Gérard Meermann mourut en 1771 ; son fils Jean conserva et enrichit le cabinet des livres paternel et mourut en 1824 : les héritiers mirent en vente les codices manuscripti bibliotheca Meermanniana, dont le catalogue de 1 100 numéros : promettait aux Claromontani de nouvelles pérégrinations. Les enchères eurent lieu du 8 juin au 3 juillet 1824. Parmi les curieux admis à la vente, se trouvait un Anglais, Thomas Phillipps, né à Manchester, le 2 juillet 1792, possesseur, depuis 1818, d'une immense fortune ; créé baronnet en 1821. C'était un collectionneur qu'on « voyait, depuis quelques années, surgir partout où le marteau d'un commissaire-priseur dispersait des manuscrits ; il parcourait la France, la Belgique, l'Allemagne, achetant les volumes sur vélin par centaines et les expédiant en Angleterre. Il ne pouvait manquer la vente Meermann, à laquelle il assista personnellement et où il se fit adjuger les trois quarts des manuscrits. La plupart de ceux qui avaient appartenu au Collège de Clermont vinrent entre ses mains, et l'on dit qu'il n'en aurait laissé échapper aucun, sans une certaine répugnance à enchérir contre Thomas Gaisford, le professeur de grec et doyen d'Oxford, à qui il permit ainsi d'acheter quelques numéros importants pour la bibliothèque Bodléienne. Oxford acquit 40 manuscrits grecs ; Philipps en acheta 241. La vente des manuscrits de Meermann atteignit, au total, « 32 000 florins (environ 67 500 francs). Un quart De après l'acquisition, dom Pitra, venu en Angleterre avec une mission officielle à la recherche des manuscrits utiles à la reprise du Gallia christiana, datait son « Second rapport » au ministre, de « Middlehill, 15 novembre 1849 ». | « Nous étions peut-être plus officiellement recommandé que d'autres visiteurs, mais il ne se peut rien ajouter à l'accueil qu'ici l'on accorde également à tous : à cette hospitalité, qui a la munificence des “vieux temps et la politesse des mœurs les plus modernes ; à ce commerce érudit du baronnet, qui a pour tous assurément, sans distinction de langues, un facile entretien, mais qui réserve peut-être aux ss une parole encore plus élégante et plus aimable.

« M. Phillipps possède près de 18 000 manuscrits et, peut-être, autant de livres imprimés. Il cherche si peu à exagérer ces chiffres, qu'il a, sous plus d'un numéro, jusqu'à 100 volumes, et dans un volume 4 à 5 000 pièces. Chaque acquisition conserve son signalement d'admission. Les fonds divers se succèdent par baies sans se confondre, et le voyageur, admis à parcourir ces vastes salles, garnies jusqu'au comble, ces galeries à triple et quadruple rang, passe par les plus illustres bibliothèques d'autrefois, par les librairies abbatiales et les galeries princières ; du Collège de Clermont à Saint-Victor, à Saint-Germain-des-Prés, puis à Lobbes, à Stavelot, à Saint-Maximin de Trèves, — à Saint-Martin de Tournai, à Saint-Vaast d'Arras ; du cabinet d'Iriarte, ou de la cellule de dom Van Ess, aux archives de Muschenbroeck, au musée Meermann, il peut même, franchissant les Alpes, reconnaître Bobbio, Saint-Marc de Milan, la bibliothèque Colonna, venue de Rome. Il y a des feuillets datés de Buda et légués par Mathias Corvin, des volumes du Mont-Athos et de la Thébaïde, des papyrus gallo-grecs, des inscriptions cunéiformes de Ninive ou de Babylone, des hiéroglyphes légendaires ramassés dans les steppes américaines.

« À une époque malheureusement trop fortunée pour les collectionneurs, ni voyages, ni dépenses n'ont été épargnés pour abriter ces trésors soustraits au vandalisme de tous les temps et de toutes les contrées, il a fallu sacrifier les agréments et les décors d'une belle demeure. Plutôt que de disputer la place à ses hôtes délaissés, le docte baronnet a mieux aimé recevoir ses amis à l'étroit et affliger quelques exigences d'esthétique.

« Le bibliophile passionné ne laisse pas que d'avoir un facile abandon de grand seigneur, qui s'estime plus heureux de donner que de recevoir, de communiquer que d'acquérir, et cette largesse est d'autant plus désintéressée, que rien ne manque au riche possesseur, soit pour apprécier ses trésors, soit pour les mettre en œuvre à la satisfaction du monde savant. Middlehill a des presses qui ne sont point stériles ; l'Officina Mediomontana a plus d'un trait de voisinage avec le théâtre académique de Selden ; et la tour de Broadway illustre, au frontispice, plus d'un modeste in-folio qui n'aurait qu'à se produire pour trouver un grand jour.

« Mais un visiteur survient-il ? l'éditeur antiquaire, généalogiste, paléographe, suspend tous ses travaux et n'a plus qu'une sollicitude : trouver ce qui peut plaire au voyageur, prévenir ses plus indiscrètes demandes, lui ménager d'agréables surprises. Nous croyons remplir un devoir, en constatant ces faits honorables, que nous voudrions pouvoir divulguer avec plus de retentissement. x Nous n'hésitons pas à descendre jusqu'aux détails : il nous est souvent arrivé, au soir d'une journée où nous éprouvions le besoin de nous confondre en excuses, d'être convié par le baronnet à une récréation qu'il appelait le dessert des manuscrits. A l'heure où la table anglaise se couvre de vins, de fruits, de mets plus rares, nous trouvions, étalé sous nos regards, un rare buffet des plus précieux manuscrits de Middlehill, et nous pouvions, à discrétion, passer de l'un à l'autre jusqu'au delà des plus longues veillées. C'est ainsi que nous avons eu ce que, à notre tour, nous appellerions les soirées de Sirmond, de Mabillon, de Meermann, les vigiles de Saint-Martin, de Saint-Maximin, de Saint-Waast, des nuits mérovingiennes et lombardes 1. » En 1862, sir Thomas Phillipps transporta ses collections de livres, de manuscrits et d'objets d'art, qui avaient envahi jusqu'aux moindres recoins de son habitation, dans l'ancienne résidence de lord Northwick, à Cheltenham (Gloucestershire) où elle prit la place de la célébre galerie de tableaux de Thirlestaine House qui venait d’être dispersée en 1859 . Retracer en détail l'histoire de la formation de cette bibliothèque, ce serait écrire, jour par jour, la biographie de son possesseur, dont toute la vie, toute l'activité ont été consacrées, pendant près de soixante ans, à l'accroissement incessant de ses collections .

Sir Thomas, qui se montrait si accueillant à l'égard de dom Pitra, avait, par une contradiction inexplicable, établi un règlement qui excluait de sa bibliothèque tous les prêtres catholiques ! Il fut certainement le premier à ne pas appliquer cette clause. Quoi qu'il en soit, il continua jusqu'à la fin de sa vie à acheter des manuscrits dont le nombre semble s'être élevé à 40 000 environ. Entre temps, l'imprimerie établie dans la tour de Broadway donnait une série de volumes, la plupart relatifs à l'histoire d'Angleterre et aux recherches généalogiques . On y imprimait, de 1837 à 1871, au fur et à mesure des acquisitions, le catalogue resté inachevé des manuscrits. Ce catalogue, dont les exemplaires sont fort rares tant en Angleterre que sur le continent, forme un volume in-folio de 436 pages, à deux colonnes, et contient la notice de 23 837 articles . L'inventaire du reste des manuscrits, continué après la mort de sir Thomas, n'a pas été imprimé ; il remplissait six petits cahiers in-49 où étaient portés les n. 23838 à 34316 *.

Sir Thomas mourut à Cheltenham, le 6 février 1872. Son souvenir est inséparable de la collection de manuscrits la plus nombreuse qui ait jamais été formée par un particulier et qui a rendu célèbres, dans le monde de l'érudition, les noms de MiddleHill et de Cheltenham« . Après lui, pendant une quinzaine d'années, la bibliothèque resta intacte sous la surveillance de la fille et du gendre de sir Thomas : M. J.-E.-A. Fenwick, et l'administration d'un trustee qui se refusait impitoyablement à toute copie photographique des manuscrits dont il avait la garde '. Mais les mesures par lesquelles le créateur de cette collection s'était flatté d'en assurer la durée ont été illusoires, et de l'immense amas de livres et de manuscrits, il ne reste que le souvenir.

En 1886, on apprit que le petit-fils de sir Thomas était disposé à vendre la bibliothèque merveilleuse, dont les codices Claromontani formaient toujours le lot le plus important. Pour procéder à cette vente, il fallut se munir de l'autorisation de la plus haute cour de justice d'Angleterre, qui restreignit le droit de vente à des séries que pourraient seuls acquérir des gouvernements ou de grands établissements publics, à l'exclusion de toute collection privée.

Des négociations avaient été conduites avec la bibliothèque de Berlin, pour la série des manuscrits venue du Collège de Clermont. Cette série est sommairement décrite dans un petit volume intitulé : Bibliotheca Philippica. A catalogue of the Phillipps manuscripts, numbers 1388 to 2010, in-8^, Cheltenham, 1885 (45 feuillets non chiffrés). M. Fitz Roy Fenwick en adressa un exemplaire, le 20 juillet 1886, à Léopold Delisle, en lui annonçant qu'il était autorisé à vendre cette collection à un établissement public. Delisle communiqua sur-le-champ cette nouvelle au ministère de l'Instruction publique, « en insistant, dit-il, sur l'utilité de faire rentrer en France une collection de premier ordre, qui n'aurait jamais dû en sortir, puisqu'elle se composait de manuscrits d'origine française, dont la valeur avait été mise en lumière par les travaux de nos érudits du xvie et du XVIIe s. L'état des finances ne permit pas de donner suite aux ouvertures de T.-Fitz Roy Fenwick.

Ce fut donc à Berlin que la Claromontana fut condamnée à être vendue. L'achat portait sur 621 manuscrits qui furent payés 375 000 marks ou environ 468 750 francs or. Cette série a eu la bonne fortune d'être décrite en détail par M. Valentin Hose, dans un catalogue qui peut être cité comme un modèle : Verzeichniss der königl. Bibliothek zu Berlin erworbenen Meerman-Handschriften des sir Thomas Phillipps, in-4* », Berlin, 1893. « Les Codices manuscripti Collegii Claromontani, c’est-à-dire du Collegium Parisiense Societatis Jesu, dont la possession constitue l'essence et la valeur de l'acquisition Meermann-Phillipps, ont, jusque dans leur état de mutilation, le charme d'une collection ayant une unité et une homogénéité qui semblent comme cherchées. Composée presque tout entière d'anciens manuscrits sur parchemins (du vie au XIe), cette collection donne un tableau évocateur de l'activité intellectuelle dans les monastères de France et de l'évolution des esprits dans la période carolingienne française du viie-ixe au XIIe. C'est à juste titre qu'elle était hautement célèbre aux xviie et XVIIes, » Et on doit dire, avec la rougeur au front, que cette collection a été perdue trois fois par la France et par sa faute : en 1764, en 1824 et en 1886.

D'autres séries des manuscrits de Cheltenham ont été vendues de gré à gré et sont venues enrichir la bibliothèque royale de Bruxelles, les archives de Metz, les archives du département de la Gironde, à Bordeaux, et la bibliothèque de Cardiff.

La même année, le gouvernement néerlandais con-

Ce fut un évêché et nous savons deux noms de la liste épiscopale : | Serenianus, episcopus Miditanus, en 411, catholique, Ren : 1 | j 1 + j À 939 ayant pour adversaire un prêtre de l'évêché donatiste | Sufés. Eubodius Mididilanus, en 484. En outre, nous savons que saint Fulgence de Ruspe

Yz gai À y FÉ R de > ud 7 yint de Sicca pour fonder un monastére prés de Mididi : Juxta civitatem proinde qui Mididi nuncupalur monasterium inetrpiunt.

Une inscription chrétienne :


QVIENS ues HIC IACET HonoRATVS FI delis INPACE RE quiesce NS :VIXIT * ANnis LXVIII =- ME - VII Corp. inscr. dal., t. vri, n. 618.

Victor Guérin a signalé une église et P. Gauckler en a donné un plan que n'aecompagne auc une description : on remarquera la présence de deux absi des (fig. 8045).

Et méme il y a, avouons-le, l'épigraphie ! Une jolie [ inscription du cimetière de Cyria que (voir ce nom), JAVRINT AMEL S NOE _GIOROV TESCERHAN39V l J. 8046, — Inscription de Laurentia, d'aprés O. Marucchi, J monumenti del museo Pio-Lateranense, pl. Lx, 9. aujour d'hui entrée au musée du Latran, nous offre. cette formule * : Laurentia melis dulcior quiesce in [pace] (fig. 8046), « Laurence, plus douce que le miel, repose en [paix] ». H. LECLERCO.


MIGNE (Jacques-Paul). — I. L'œuvre de Migne. IL Vicaire, journaliste. IIT. Migne entrepreneur. IV. Migne éditeur. V. Les Patrologies. VI. La catastrophe de 1868. VIT. Bibliographie. avouer la commodité de ses éditions : ce fut tout. L'homme et l'ceuvre parurent indignes d'un moment d'attention et cette injustice commence à peine à étre réparée. Cependant « il est peu de physionomies plus origina les dans le clergé francais du xrx siècle que celle de ce je une prétre, arrivant à Paris sans argent ni protecteurs, d'une instruction très médiocre, mais actif, entreprenant, trés entendu en affaires, fécond en ressour ces, ne haïssant pas au besoin la réclame, mais la mettant au service des bonnes causes ; l'imagination toujours en travail d'œuvres gigantesques, possédant à un haut degré l'art de découvrir les talents ignorés, d'en tirer habilement parti et de les faire concourir à son but ; doué de cette patience qu'auc une résistancene lasse, d'une force de volonté qui faisait tout plier devant elle, créant œuvres sur œuvres, et arrivant à mener à bonne fin, sans autres capit aux que sa confiance en luiméme et son énergie, une des entreprises les plus considérab les du siècle, l'édition d'une encyclopédie théologi que qui comprend plusieurs milliers de volumes , » 942 marquée que pour l'école buissonnière et là chasse aux écureuils. Grimpeur, nageur, habile à tous les exerci ces du corps, l'étude ne l'attirait guère, mais né le rebutait pas, il apprenait facilement et connut méme l'honneur de quelques lauriers scolaires. Certains parmi ses maîtres avaient su deviner le sérieux que recouvrait cette turbulence et, en 1817, l'abbé Salesse, principal du collège de Saint-Flour, proposa au je une Migne de le suivre au collége d'Orléans dont il était nommé proviseur. Cette proposition enchanta le je une homme, qui quitta Saint-Flour le 20 octobre 1817 et entra au séminaire d'Orléans, dirigé par l'abbé Mirault. « Cette nouvelle vie fut une révolution dans son existence ; quand il rencontra là des condiscip les posés, studieux, instruits, il fut effrayé, mais non déconcerté, Son esprit opiniâtre lui fit surmonter tous les obstac les et, alors qu'à son arrivée il ne savait qu'un peu de francais et trés peu de latin, il fut, aprés cinq mois, couronné au concours de Pâques. Il avait pourtant comme concurrents Stanislas Julien, le futur membre de l'Institut, et Fontaine, qui fut une des célébrités du barreau de Paris. Deux ans plus tard, en 1820, il devint censeur au séminaire ; c'est à ce moment qu'il éprouva un attrait particulier pour l'enseignement et qu'il fut nommé professeur au collège de Châteaudun, en attendant que son âge lui permit de recevoir les ordres. Il sut si bien s'y faire estimer que le principal, à un moment, voulut résigner ses fonctions en sa faveur ; Migne refusa. Un an aprés, il recut le diaconat et, comme son évé que voulait l'appeler à la prétrise avec une dispense d'àge, il consacra alors plus de quinze heures par jour à revoir sa théologie 5, » Quatre-Temps de la Trinité, en 1824, et il fut chargé de ms n i » el

A quel que temps de là, l'abbé Migne obtint de l'évé que d'Orléans un exeat rédigé en termes flatteurs (9 novembre 1833), et il quitta Puise aux pour Paris, emmenant avec lui M. Dufour de la Tuilerie, receveur de l'enregistrement, et M. Toupenay, instituteur de sa comm une, qui allaient s'associer à son entreprise. Ils se jetèrent dans le journalisme. Migne lança le prospectus de L'Univers religieux qui lui amena, en trois semaines, dix-huit cents abonnés. Son programme se résumait en un mot : catholi que. Mais le succés eut la durée d'un feu de paille. Étranger aux partis, indépendant du pouvoir, il était impossible de résister et méme de durer. Ses diverses tentatives aboutirent à autant d'échecs. Successivement il fonda la Vérité, la Voix de la vérité, le Journal des fails, enfin l'Univers religieux, pour lequel il s'assura la collaboration de Gerbet, Foisset, Frédéric Ozanam, Léon et Eugéne Boré, Char les Nodier, Poujoulat, Michaud, Horace de VielCastel, etc. Mais ce ne fut pas l'abbé Migne qui présida aux destinées bruyantes et glorieuses de ce journal ; en 1836, il abandonna la direction.


III. MIGNE ENTREPRENEUR. — Il avait concu un plan dont l'étendue découcerte. A l'entendre, cela pouvait étre comparé au percement du mont Cenis ou à la construction de dix cathédra les ; il ne s'agissait de rien moins que d'édifier une Pibliothé que universelle du clergé, qui fournirait aux ecclésiastiques et aux laïques

— à bas prix et dans un format portatif — tous les | trésors de la science ecclésiasti que dispersés dans les in-folio du temps passé. Le but était noble et utile, le | plan était grandiose et prati que, la réalisation rencontra des difficultés et des oppositions dont il est nécessaire de dire quelques mots.

Ce n'était pas chose facile, il y a un siècle — en 1836 — d'aborder l'étude des sour ces du passé chrétien. Il n'existait que des collections incomplètes et quel que peu chaotiques, dans lesquel les on ne savait pas bien ce qu'on pouvait rencontrer.

En 1575, Margarin de La Bigne avait publié une première édition de la Bibliotheca veterum Patrum et antiquorum scriptorum ecclesiasticorum, en huit tomes in-folio, auxquels s'adjoignit, en 1579, un appendice. Une édition en neuf volumes parut en 1609, une autre en quatorze volumes, à Cologne, entre 1618 et 1622, avec un Auclarium, d'un volume, à Paris, en 1639.

En 1765, André Gallandi publia une Bibliotheca græco-lalina veterum Patrum antiquorum que scriptorum ecclesiasticorum, en quatre volumes in-folio, à Venise, 1765-1768.

En 1829, D. A. B. Caillau inaugurait une Collectio SS. Ecclesiæ Patrum graecorum et latinorum.

Lorsqu'on s'était procuré ces collections, le plus difficile restait à faire : s'y diriger. Pour y réussir, il fallait se procurer le De bibliothecis et catenis Patrum variis que velerum scriptorum ecclesiasticorum collectionibus íractatus, de Thomas Ittigius, in-12, Lipsiz, 1707, dans lequel on trouvait une bibliographie raisonnée de Loutes les collections, au nombre de cent quatorze, des ouvrages des Péres, plus soixante-huit collections d'opuscu les d'historiens ou autres d'écrivains ecclésiastiques. La table contenait 1 950 auteurs. Mais Ittigius s'arrétait en 1707 et on savait que Gallandi avait donné cent quatre-vingts nouve aux auteurs ; en outre, les initiés se disaient qu'une bonne liste de Bibliotheca maxima de 1677 et ses additions se trou-


MIGNE (JACQUES-PAUL)

des apologistes, des philosophes, des théologiens *. —— siasti que.

| l'Histoire ecclésiasti que, 27 volumes ; pour les Démons94 4 vait dans le Catalogue de la bibliothè que publi que d'Orléans, in-4°, 1777, p. 26 sq. Enfin, Dowling venait de. compléter Ittigius dans une Notitia scriptorum SS. Patrum aliorum que veteris ecclesiæ monumentorum, in-8°,/ Oxonii, 1839.

Pratiquement, c'était à s'y perdre. Migne E l'idée d'une suite chronologi que dans laquelle cha que auteur viendrait occuper son rang et s'offrir, en quelque sorte, aux travailleurs intellectuels. Mais il ne s*en tint pas là. Son ambition, dès le premier jour, fut de composer cette « bibliothè que universelle du clergé » dans laquelle il comptait faire entrer des dictionnaires « hagiographiques, historiques, liturgiques, diploma-« tiques, un dictionnaire des rites, un autre des eroi- | sa des, des scien ces occultes, de géologie, de paléographie. Avec son esprit prati que et simplificateur et l'ignorance un peu naive des débutants, il concevait” toute science sous forme de dictionnaire ou d'encyclopédie ; à ces trav aux devait s'ajouter l'édition des. princip aux écrivains ecclésiastiques, des sermonnaires, Dans toutes ces directions de la pensée chrétienne, pas plus que pour les écrits des Pères de l'Église, Migne ne se flattait d'apporter des choses nouvel les ; il croyait avoir assez fait s'il rassemblait et mettait à la. disposition des travailleurs ce qui avait été élaboré. par l'érudition ecclésiasti que et qui était pratiquement inabordable. La réunion des matéri aux tout préparés | était la promesse certaine de futurs trav aux, enfin rendus possib les à l'aide de trav aux anciens, les uns manuscrits, les autres fragmentaires, d'autres inac ces- | sib les par leur rareté et leur prix. Tout cela prendrait sa place dans la Bibliothè que universelle du clergé ou. Cours complet sur cha que branche de la science ecclé

Le plan adopté devait comprendre près d'un millier — de volumes, ainsi distribués : | Pour la Patrologie latine, 222 volumes ; pour la Patrologie grec que-latine, 166 volumes ; pour la Palro-. logie grec que en latin, 85 volumes ; pour l'Encyclopédie « théologi que, 171 volumes ; pour les Orateurs sacrés, | 99 volumes ; pour le Cours d'Écrilure sainte, 28 volumes ; pour le Cours de théologie, 28 volumes ; pour trations évangéliques, 20 volumes ; pour la Somme d'or, 13 volumes ; pour les Publications diverses, 120 volumes. | En peu de temps, ses ateliers et ses magasins prirent un immense développement. Il y réunit plus de trois cents ouvriers et, à cóté de l'imprimerie, il organisa une fonderie, une stéréotypie, une librairie et un atelier de reliure. Habile à combiner « l'intérêt de ses — œuvres avec celui de la religion », il donna asile dans * NU OCBRCEU Hunt Ent i : i ses ateliers à de malheureux prêtres sans ressour ces … qu'il employait comme copistes, correcteurs ou com- positeurs et qui trouvaient un secours et en méme temps une sauvegarde dans un travail honorable. Il sut maintenir, dans un personnel si nombreux et si mélé, la plus sévère discipline. Grâce aux quelques - fonds qu'il avait pu recueillir de la confiance de quel^g e s ques laïques, grâce à cette concentration des servi ces, Migne avait réussi à créer un établissement modèle, donnant, pour une somme modi que, un volume par | semaine, ce qui lui permettait, en son langage, de satisfaire les souscripteurs « à des prix défiant toute


TR

concurrence n. Et ce fut ce qui, un moment, entrava son essor. Du - publie, les encouragements arrivaient plus nombreux que les souscriptions. Les « dix mille lettress », peutétre légendaires, de félicitations, ne pesaient pas le - poids d'une approbation épiscopale. Or, certains - libraires parisiens avaient eu l'art de circonvenir l'archevé que de Paris, Mgr de Quélen, et de dissimuler les intéréts de leur corporation sous l'apparence de l'honneur de l'Église. Poussé par le zèle de M. Tré- - v aux, l'archevê que ordonna à l'abbé Migne de cesser ses publications. ll reconnaissait n'avoir aucun reproche à lui adresser personnellement, mais il estimait qu'une entreprise commerciale ne pouvait être


MIGNE (JACQUES-PAUL) 946

il ne faisait commerce profane, puisqu'il se bornait à éditer des écrits religieux et qu'il n'agissait pas autrement que les moines de Mongi en Arménie, les lazaristes de Varsovie et de Constantinople, les piaristes de Wilna, les jésuites des États-Unis, les trappistes de la Nouvelle-Meilleraye en Irlande, les mekhitaristes de Vienne et de Venise, l'archevêque de Malines en Belgique, la Propagande et le Vatican ; car il ne mettait jamais en vente d'autres ouvrages que ceux qu'il imprimait lui-même. Avec ce terrible homme, on n'avait jamais le dernier mot.

Autour de lui il avait groupé des hommes d'une compétence reconnue ; l'ancien rabbin converti Drach avait la haute main sur l'hébreu, le secrétaire était Levesque, le chef prote Herman, les correcteurs Sipsomo, Sandret, Hase, Bergerlé, Duebner, Lenoir, Prompsault, Tochon, dont plusieurs ont laissé un nom encore connu. La réclame était confiée à l'abbé Bonnetty, directeur des Annales de philosophie chrétienne.

C'est ici un des aspects les plus originaux de l'entreprise, c'est la réclame charlatanesque à laquelle Migne eut recours. Du premier jour jusqu'au dernier, les Ateliers catholiques de Montrouge inspirèrent à leur fondateur et à quelques-uns de ses amis une série de prospectus qu'il est difficile de lire aujourd'hui sans hausser les épaules. Bonnetty sonne infatigablement le clairon, il réclame les souscriptions du clergé, des catholiques, des universités, des séminaires ; il les stimule, il entreprend de les attendrir : « L'éditeur, leur confie-t-il, est encore fort au-dessous de ses avances et, s'il n'avait pas consacré à cette œuvre tout son crédit et tous les bénéfices de ses précédentes publications, il aurait été obligé d'en interrompre l'impression ? » Quant à Migne, il obtenait, en 1856, les approbations du concile provincial de Périgueux et, en 1862, les éloges de Dupin au Sénat *. Mais il était insatiable et, d'ailleurs, inimitable. Ses prospectus ont l'ampleur de proclamations. Qu'on en juge :

« D'après une des lois providentielles qui régissent le monde, rarement les œuvres au-dessus de l'ordinaire se font sans contradictions plus ou moins fortes et nombreuses. Les Ateliers catholiques ne pouvaient pas échapper à ce cachet divin de leur utilité. Tantôt on a nié leur existence ; tantôt on a dit qu'ils étaient fermés ou qu'ils allaient l'être. Cependant, ils poursuivent leur carrière depuis vingt-quatre ans, et les productions qui en sortent deviennent de plus en plus graves et soignées ; aussi paraît-il certain que, à moins d'événements qu'aucune prudence humaine ne saurait prévoir ni empêcher, ces Ateliers ne se fermeront que quand la Bibliothèque du clergé sera terminée en ses 2 000 volumes in-4°... » Tout ce déploiement ne vient là que pour exposer comment, entre de « petits et ignares concurrents » et « les Ateliers catholiques, la différence est presque incommensurable. Au moyen de correcteurs blanchis sous le harnais et dont le coup d'œil typographique est sans pitié pour les fautes, on commence par préparer la copie d'un bout à l'autre sans en excepter un seul mot. On lit ensuite en première épreuve avec la copie ainsi préparée. On lit en seconde de la même manière, mais en collationnant avec la première. On fait la même chose en tierce, en collationnant avec la seconde. On agit de même en quarte, en collationnant avec la tierce. On renouvelle la même organisation en quinte, en collationnant avec la quarte. Ces collationnements ont pour but de voir si aucune des fautes signalées au bureau par MM. les correcteurs, sur la marge des épreuves, n'a échappé à MM. les corrigeurs sur le marbre et le métal. entières, contrôlées l'une par l'autre, et en dehors de la préparation ci-dessus mentionnée, vient une révision, et souvent il en vient deux ou trois : puis l'on cliche. Le clichage opéré, par conséquent la pureté du texte se trouvant immobilisée, on fait, avec la copie, une nouvelle lecture d'un bout de l'épreuve à l'autre, on se livre à une nouvelle révision, et le tirage n'arrive qu'après ces innombrables précautions. Aussi y a-t-il, à Montrouge, des correcteurs de toutes les nations et en plus grand nombre que dans vingt-cinq imprimeries de Paris réunies... » Et tout cela coûtait fort cher, mais l'abbé Migne était passé maître pour attirer l'argent. Voici encore un spécimen de sa manière, un prospectus retrouvé dans le cartonnage d'un volume :

* Toutes les fois que nous avons eu besoin de fonds pour une grande opération, nous nous sommes tournés tout naturellement vers nos frères dans le Sacerdoce et vers quelques laïques instruits, pieux et aisés. Or, la Providence n'a pas permis une seule fois que notre appel fût vain. Un nouveau besoin se présente aujourd'hui, celui de pousser, avec une activité sans exemple, nos anciennes et nouvelles Publications.

« Si l'on nous demande pour quoi une marche si rapide, nous répondrons naïvement que c'est pour mettre nos Confrères et les laïques bien pensants à même de jouir plus tôt d'un Cours complet sur chaque branche de la Science ; puis, pour pouvoir nous-mêmes nous recueillir un peu après trente ans d'une effrayante tension de nos facultés intellectuelles et physiques.

« Chose inouïe dans les fastes d'une grande opération ! Jamais en vingt-neuf ans d'affaires très étendues, soit par oubli de notre mémoire, soit par négligence de nos employés, soit par vengeance d'un tiers porteur, nous n'avons éprouvé la confusion d'un billet protesté ; et notre signature est restée vierge, même dans les mois qui ont suivi l'explosion républicaine et les diverses crises financières.

« C'est donc un acte utile, solide et méritoire, pour ceux dont les fonds reposent improductifs, que de les consacrer quelque temps à l'impression de plus en plus rapide de la Bibliothèque du Clergé et des hommes religieux. Après cet acte de prudence éclairée et même de haute religion, ces amis de la bonne Science et de l'Église pourront se livrer à une sainte joie : car, le temps, poursuivant sans cesse sa course précipitée, leur amènera, même pendant leur sommeil, un avantage matériel et spirituel qui contribuera à leur bien-être et à leur gloire.

« Au reste, voici les engagements que nous prenons * 1° Les frais de correspondance, pour aller et retour, n'incomberont qu'à nous. 2° Nous percevrons, à nos seuls dépens, les fonds au propre domicile des prêteurs. 3° Nous leur ferons une rente de 5 95 en espèces, ou de 7 % à volumes brochés à leur choix, parmi nos publications. Et ces volumes, s'ils le désirent, nous sommes disposés à leur envoyer franco, TOUT D'ABORD, | et pour la TOTALITÉ des intérêts qui leur reviendront pendant cinq ans entiers. Ce qui nous détermine à ce paiement anticipé, c'est que les volumes leur seront magasins ; de plus, ils leur seront un nouveau gage de retirer leur argent, ils n'auront qu'à nous en avertir deux mois à l'avance. 5 ? Quant aux intérêts, sans qu'on ait même besoin de les réclamer, ils seront envoyés tous les ans, soit en billets de banque, soit en « bons sur la poste pris à nos seuls frais. Ainsi, nos prêteurs ne verront leur rente écornée pour quelle que cause que ce soit... » ;

Simultanément, on vit paraître le Theologiæ cursus complelus, même titre, même plan, même nombre de 25 volumes, auxquels viennent s'ajouter 3 vol. de supplément, avec des tables copieuses et utiles.

Entre 1842 et 1853, viennent les Démonstrations évangéliques des plus célébres défenseurs du christianisme, traduites pour la plupart des diverses langues dans lesquelles elles avaient été écrites, reproduites intégralement non par extraits, annotées et publiées par l'abbé Migne, 18 vol. in-4°, plus 1 vol. d'introduction et 1 vol. de conclusion ; le t. XVII contient des tables très soignées.

De 1844 à 1856 paraît la Collection intégrale et universelle des orateurs sacrés du premier et du second ordre, et collection intégrale ou choisie de ceux du troisième ordre, publiés selon l'ordre chronologique, afin de présenter comme sous un coup d'œil, l'histoire de la prédication en France, pendant plus de trois siècles, avec ses commencements, ses progrès, son apogée, sa décadence et sa renaissance, 66 vol. Puis, de 1856 à 1866, une seconde série qui renferme : 1° les œuvres oratoires des prédicateurs qui ont le plus illustré la chaire française depuis 1789 jusqu'à nos jours : 2° les plus remarquables mandements ou discours de la plupart de nos seigneurs archevêques ou évêques de France, de Savoie et de Belgique ; 39 les sermons de vingt-cinq des prédicateurs contemporains les plus distingués ; 49 la collection des meilleurs prônes anciens et modernes ; 5° une série d'ouvrages sur les règles de la bonne prédication.

Les publications de l'abbé Migne se poursuivent de 1838 à 1868 sans aucun ordre logique, et les différentes séries se développent parallèlement.

Entre 1844 et 1859, on voit surgir trois encyclopédies théologiques sous les titres suivants : Première encyclopédie théologique ou série de dictionnaires sur toutes les parties de la science religieuse, offrant en français, et par ordre alphabétique, la plus claire, la plus facile, la plus commode, la plus variée et la plus complète des théologies, 50 tomes en 52 volumes (1844 à 1852). A celle-ci succède une Nouvelle encyclopédie théologique de 52 tomes en 53 volumes (1851 à 1859). Enfin, une Troisième et dernière encyclopédie théologique, en 66 volumes (1855-1866). Cette suite de cent soixante et onze volumes comprend une extraordinaire série de dictionnaires, sur laquelle il faut se garder de porter un jugement d'ensemble. On y trouve d'anciens ouvrages excellents quand ils parurent, vieillis, mais rafraîchis par une mise au point, c'est le cas du Dictionnaire de théologie dogmatique, de Bergier, revu par l'abbé Pierrot. On y trouve un Dictionnaire des apocryphes ! qui fait encore prime en librairie, un Dictionnaire raisonné de diplomatique chrétienne *, un Dictionnaire des manuscrits ? qui obtenait l'approbation de Léopold Delisle, un Dictionnaire iconographique des figures, légendes et actes des saints, par L.-J. Guénebault. Parmi les collaborateurs de ces dictionnaires, quelques-uns avaient une solide connaissance des matières qu'ils traitaient : Colin de Fleury, l'abbé Texier, L : de Saulcy, Mas-Latrie. Parfois, on a la surprise et le plaisir de trouver un document qu'on croyait introuvable, par exemple le Dictionnaire d'archéologie sacrée se termine par le traité du moine Théophile : Dipersarum artium schedula, publié en 1843 par M. de l'Escalopier.

A ces séries vinrent s'ajouter : un Cours complet d'histoire ecclésiastique, depuis la création jusqu'au pontificat de Pie IX, par le baron Henrion, qui mourut en 1862 et fut remplacé par l'abbé Vervorst d'Auteuil, 27 volumes ;

Une Summa aurea de laudibus beatæ Mariæ virginis, contenant les écrits importants sur la vierge Marie qui n'avaient pu trouver place dans les Patrologies, 13 volumes préparés par l'abbé Bourassé :

Enfin, quelques volumes, tels que : les Livres sacrés de toutes les religions (sauf la Bible), 2 vol. : les Monuments inédits de l'apostolat de sainte Marie-Madeleine en Provence, de saint Lazare, de saint Maximin, de sainte Marthe, et de saintes Marie Jacobé et Salomé, par Faillon, 2 vol. ; les Indices de la Somme théologique de saint Thomas, un Lexicon manuale ad scriptores mediæ et infimæ latinitatis, 1 vol., les Triple grammaire et triple dictionnaire hébraïque et chaldaïque, les Recherches historiques sur les peuples anciens et leurs cultes.

V. LES PARRROLOGISTES. — C'est cette collection qui, plus sûrement que celles que nous venons d'énumérer, a consacré la valeur et établi la réputation de Migne. C'est elle qui est, on peut le dire, à la base de la plupart des travaux de notre Dictionnaire et qu'il importe de faire connaître aussi brièvement que possible.

Il ne s'agissait de rien moins que de reprendre et de renouveler, sur un plan plus vaste, les grandes collections du XVIe, du XVIIe et du XVIIIes, d'y incorporer les découvertes récentes et d'offrir à tous, on peut le dire, cette moelle de la doctrine catholique à un prix accessible : cinq francs pour chaque volume de la série latine, huit francs dans la série grecque. L'entreprise était d'autant plus inquiétante que, peu d'années auparavant, un certain Castelli, muni des encouragements du pape Grégoire XVI et de plusieurs souverains catholiques, assuré du concours des presses de la Propagande, avait piteusement échoué.


MON ARAS ru FPE VASE add 951 controverse liturgique, une compilation sur les origines de l'Église romaine. En outre, il avait jeté son dévolu sur une multitude d'autres sujets concernant l'histoire, la liturgie, la théologie, la patristique, dont pas une ligne n'était tracée, mais qu'il se réservait. Cette affectation manus ne facilitait pas, autour de lui, le choix et l'adoption d'un sujet. Dom Pitra avait soumis, à plusieurs reprises, des projets personnels à son abbé qui les avait successivement écartés. « Lors que dom Pitra eut fait profession à Solesmes, et qu'il eut été nommé prieur à Saint-Germain, on le signala à l'abbé Migne comme l’un des hommes les plus versés dans la science patristique et le plus capable de réaliser l'entreprise révée depuis longtemps. Dom Pitra avait déjà, en effet, en ces matières, des connaissances très étendues. Dès le temps du grand séminaire, il faisait des ouvrages des Pères son étude favorite. A Solesmes, son goût pour cette science se développa encore, Dom Guéranger le poussa vivement dans cette voie. Aucune proposition ne pouvait donc être plus agréable à dom Pitra que celle de l'abbé Migne. Il se mit à l'œuvre avec sa fougue habituelle et, au bout de trois jours, il apportait au grand éditeur un prospectus qui donne en quelques pages une vue très nette de l'ensemble du projet, la liste des auteurs, des éditions et des dissertations qui devaient entrer dans cette collection +. » On ne saurait trop admirer la possession du sujet et le soin apporté au plan de l'œuvre ainsi esquissée, puis que, dans la suite des volumes de la série latine, qui ne furent pas imprimés les uns après les autres, mais au fur et à mesure de leur mise au point, nous ne trouvons que deux « repentirs ». c'est-à-dire deux ouvrages qui ne se trouvent pas à leur place chronologique *. leur temps et elle a donné de bons résultats. Il est évi- | La tâche de dom Pitra fut de ne laisser échapper aucun auteur — quelques-uns cependant furent oubliés : Beatus, Apringius, etc. — de désigner les éditions les plus complètes et les plus correctes, de choisir les dissertations les plus méritoires et les plus rares qui justifiaient une réimpression, de rédiger des


MIGNE (JACQUES-PAUL)

952 notes et éclaircissements au texte, enfin et surtout de composer, en tête de chaque traité ou de chaque chapitre, un conspectus qui en résume le contenu. Pour arriver à écrire ce conspectus, il fallait lire le texte en entier et manier assez habilement la langue latine, pour donner en une phrase l'idée directrice de chaque alinéa. Ce fut le travail de dom Pitra, et l'importance matérielle de tous ces conspectus permettrait, réunis en volume, de se faire une idée de certains traités. En outre, dom Pitra rédigeait des préfaces, des remarques ; pour certains auteurs même, comme Tertullien, Minucius Félix, saint Cyprien, il corrigea le texte d'après les meilleurs manuscrits et fit ce qu'on appelle une édition variorum, c'est-à-dire qu'il releva, dans les éditions anciennes, les variantes les plus importantes et donna même quelques fragments inédits.

Ceci l'induisit à la première pensée du Spicilège, mais on a quelque peu accommodé la vérité, en représentant dom Pitra parcourant les bibliothèques et les archives de l'Europe pour le compte de la Patrologie. L'effondrement du prieuré de Saint-Germain l'avait passablement distrait de sa collaboration à la Patrologie latine et à la Patrologie grecque, dont le nom lui déplaisait et contre lequel il protesta longtemps et vainement. Les prospectus de Migne, ces « abominables affiches », l'exaspéraient et faillirent plusieurs fois les brouiller ; de là, peut-être, un peu de froideur entre eux. Au tome ccxvii* et dernier de la Patrologie latine, après l'indication détaillée de la collaboration bénédictine, on lit ces mots : Editores Patrologiae inter quos praecipuus KR. P. Pura, O. S. B., c'est assez pour la justice, ce n'est peut-être pas assez pour la reconnaissance. Parmi ses confrères de Solesmes, personne ne l'avait aidé, tout au plus avait-il pu rencontrer quelque bénévole correcteur d'épreuves. Il avait trouvé une aide active et précieuse dans la personne de Mgr Malou, évêque de Bruges ; de Forbes, de Glasgow ; de Floss, professeur à l'université de Bonn ; d'Oehler, professeur à Halle ; de H. Nolte, de Vienne ; de Denzinger, professeur à l'université de Wurzbourg, qui se dépouilla de certains fragments inédits, enfin de Caillau qui consentit à faire profiter une entreprise, qu'il eût été en droit de considérer comme rivale, des manuscrits bénédictins qui étaient entre ses mains.

tir à une perfection typographique aussi grande que possible : il en fut ainsi pour les Hexaples d'Origène. Dix-huit feuillets de cet ouvrage étaient déjà clichés ; Drach, qui était chargé de la direction et de la correction du volume, voulut mettre à leur place les variantes du manuscrit de Coislin que les bénédictins avaient renvoyées à la fin. On jeta à la fonte les dix-huit clichés et tout le volume fut repris par Drach. De même, Migne fit ajouter au volume déjà imprimé de la Préparation évangélique d'Eusèbe 260 colonnes, pour utiliser le travail de Séguier de Saint-Brisson, variantes et notes !. » Les deux Patrologies rassemblaient, dans un ordre facile à suivre, tout ce qui était disséminé dans une foule de collections et de bibliothèques aux titres variés : Bibliotheca magna, maxima, amplissima, Thesaurus, Spicilegium, Analecta, Anecdota, Miscellanea, Deliciæ, Reliquiæ, Catenæ, Epistolae, Fragmenta, etc.. dont les titres encombreraient inutilement cette notice. Migne a calculé que l'ensemble des éditions des Pères reproduites dans ses Patrologies reviendrait à plus de 100 000 francs achetées séparément. Or, par une véritable révolution en librairie, il pouvait livrer à chaque souscripteur la série latine pour 1 000 à 1 200 francs et la série grecque pour un prix à peine supérieur. On a pu reprocher à Migne d'avoir admis des chartes, des diplômes, des liturgies : mais n'existe-t-il pas, en tout temps, de ces pieux barbouilleurs qui, sous prétexte de défendre les intérêts du clergé dont ils se disent les amis, critiquent, du haut de leur outrecuidance, les écrits qui leur révèlent l'existence des documents dont la portée leur échappera toujours ?

La Patrologie latine portait le titre suivant : Patrologiæ cursus completus, sive Bibliotheca universalis integra, uniformis, commoda, « œconomica, omnium SS. Patrum, doctorum, scriptorum que ecclesiasticorum qui ab ævo apostolico ad Innocentii TII tempora floruerunt ; recusto chronologica omnium quæ exstiere monumentorum catholicæ Traditionis per duodecim priora Ecclesiæ sæcula, juxta editiones accuratissimas, inter se cum quibus nonnullis codicibus manuscriptis collatas, perquam diligenter castigata ; disserlationibus, commentariis lectionibus que variantibus continenter illustrata ; omnibus operibus post amplissimas editiones quæ tribus novissimis sæculis debentur absolutas detectis aucta ; indicibus particularibus analyticis, singulos sive tomos, sive auctores alicujus momenti subsequentibus, donala ; capitulis intra ipsum textum rile dispositis, necnon et titulis singularum paginum marginem superiorem dislinguentibus subjectam que material significantibus, adornala ; operibus cum dubiis tum apocryphis, aliqua vero auctoritate in ordine ad Traditionem ecclesiasticam pollentibus, amplificata ; duobus indicibus generalibus locupletata ; altero scilicet RERUM, quo consulto, quidquid unusquisque Patrum in quodlibet thema scripserit uno intuitu conspicialur ; altero SCRIPTURÆ SACRE, ex quo lectori comperire sil obvium quinam Patres el in quibus operum suorum locis singulos singulorum librorum Scripturæ textus commentati sint. Editio accuratissima, cælerisque omnibus facile anleponenda, si perpendandur : characterum nitiditas, charte qualitas, integritas textus, perfectio correctionis, operum recusorum fum varietas tum numerus, forma voluminum perquam commoda sibi que in lolo operis decursu constanter similis, pretii exiguitas, præserlim que isla collectio, una, methodica et chronologica, sexcentorum fragmentorum opusculorum que hactenus hic illie sparsorum, primum autem in nostra bibliotheca, ex operibus ad omnes æta les, locos, linguas formas que pertinentibus, coadunaltorum.

Poussée à ce point, la réclame s'appelle boniment. — La Patrologie latine commença à paraître en 1844. L'imprimerie du Petit-Montrouge livra environ vingt volumes par an et, en 1855, deux séries complètes en 217 et 218 volumes in-4 ? avaient paru : la première, de Tertullien à saint Grégoire le Grand (t. 1 à LXXIII), de 1844 à 1849 ; la seconde de saint Grégoire-le-Grand à Innocent III (t. LXXIV à ccxvii), de 1849 à 1855. On y trouve les œuvres de 2 614 auteurs ?, y compris les anonymes, allant des dernières années du Ier siècle à l'année 1216.

De 1862 à 1865 parurent quatre volumes de tables de la Patrologie latine ; ces tables sont précédées d'une préface qui nous initie au labeur de leur composition, Quelques lignes peuvent en être détachées :

* Le retard que nous semblons avoir apporté à la publication des Tables de notre cours complet de Patrologie latine trouvera une légitime excuse aux yeux du Lecteur qui saura apprécier l'immensité d'une pareille œuvre, les difficultés incroyables que nous avons eu à vaincre, le temps presque incalculable qu'exigeait une semblable entreprise et les fonds immenses qu'il nous a fallu avancer. En effet, nous donnons DEUX CENT TRENTE ET UNE TABLES sur notre Cours de Patrologie latine forte de 217 volumes. Or, pour dresser CHACUNE de ces tables, il a fallu tourner et retourner, analyser d'un bout à l'autre CHACUN de ces 217 volumes ; et cette opération a dû nécessairement être recommencée 231 fois ; ce qui donne l'analyse de plus de 50 000 volumes de notre format. Supposons qu'un homme soit d'un jugement assez rapide, d'un coup d'œil assez sûr, d'une intelligence assez vaste pour analyser un de nos volumes dans l'espace de quinze jours, il lui faudrait plus de 1 800 ans pour réaliser ce que nous avons fait, nous, en quelques années, Afin d'y parvenir, nous avons appliqué à ce travail plus de cinquante hommes pendant plus de dix ans, et le résultat a été obtenu.

Pour se reconnaitre et se guider parmi cette avalanche, il a fallu placer au début une Table des tables. L'inconvénient de cette richesse presque excessive, c'est sa dispersion ; il faut parcourir ces tables et y patauger un peu aussi parfois à la recherche du renseignement désiré. Pour les historiens et les archéologues, nous devons une mention particulière à la première partie comprenant vingt-huit tables générales, à la XXe série : Tables de l'histoire et de la géographie comprenant neuf tables, et à la XXIVe série, Table générale des sciences et des arts qui en comprend vingt-cinq sur toutes les matières. Il est regrettable que le cinquième volume de Tables, qui avait demandé deux années de travail typographique et qui était cliché, ait été détruit en 1868 et n'ait pu être reconstitué dans la suite. Il devait contenir, entre autres choses, un Index generalis Scripturæ et, surtout, un Index patristicus, composé par Pitra et donnant un aperçu des Pères et écrivains de l'Église latine d'Innocent III au concile de Trente, ainsi qu'une notice bibliographique sur tous les ouvrages ecclésiastiques imprimés ou manuscrits depuis les temps apostoliques jusqu'au XVIe.

La Patrologie grecque parut en deux éditions : une série gréco-latine, se composant de 161 volumes, parut entre 1857 et 1866 ; elle s'étend depuis saint Barnabé jusqu'à Photius (t. 1 à civ), de 1857 à 1861, et de Photius au concile de Florence (t. cv à crLxr), de 1863 à 1866 ; une série latine ne comprend que les traductions dans 81 tomes en 85 volumes parus de 1856 à 1861 ; celle-ci est plus complète que la série précédente, parce que le LXXX et dernier volume contient la matière traduite du tome qui devait former le tome crLxir de la série gréco-latine. Le titre de la Patrologie gréco-latine reproduit celui de la Patrologie latine.

Le tome crxir contenait les ouvrages de Michel Apostolicus, parmi lesquels plusieurs étaient inédits : en outre, il renfermait les Tables générales de la collection. « Tout était sauvé, dit Bonnetty, si le désastre fut arrivé seulement deux ou trois jours après. » L'abbé Migne tenta inutilement par la suite de retrouver les textes utilisés, et dont la traduction avait été insérée dans le tome rxxxt de la série latine des Pères grecs.

Cette lacune a été comblée depuis. Quant aux tables, on peut moins regretter leur disparition depuis qu'on possède un mince volume d'indices qui donne tout l'essentiel sous ce titre : Patrologiæ cursus completus. On n'entreprit jamais, mais il n'est que juste de leur accorder un souvenir et un regret, l'Orbis christianus annoncé dès 1847 : Orbis christianus in provincias ecclesiasticas distributus, quo series et historia Summorum Pontificum, cardinalium, patriarcharum, primatum, archiepiscoporum, episcoporum, abbatum, paræchiarum, uno verbo, personarum, rerum et institutionum religiosarum omnis generis, ab origine Ecclesiarum ad nostra tempora deducuntur et probantur ex authenticis instrumentis ad calcem voluminum appositis, en 80 volumes in-49. On ne vit jamais non plus la Collection universelle et complète des conciles généraux, nationaux, provinciaux et synodaux en 50 volumes in-4°, ni les compléments entrevus des deux Patrologies qui devaient conduire la série latine depuis Innocent III jusqu'au concile de Trente (1216-1545).


MIGNE (JACQUES-PAUL)

956 s'exercèrent à dénigrer cette entreprise, dont on signala les défauts les plus choquants, notamment les fautes typographiques. Les moindres pédants s'y employèrent avec tout le zèle dont ils étaient capables ; alors, ce fut le tour des juges, réputés compétents, qui dénoncèrent des confusions, des bévues, les choix maladroits d'éditions imparfaites. Quand les roquets se furent tus, on consentit à reconnaitre que Migne, malgré toutes ses imperfections réelles et indéniables, représentait l'acquisition d'un progrès technique et symbolisait, pour ainsi dire, le relèvement intellectuel du clergé par l'expansion des sources littéraires de sa formation. « Aujourd'hui encore, malgré l'indiscutable supériorité de la plupart des éditions du Corpus, pour les auteurs ecclésiastiques latins, et du Corpus de Berlin, pour les auteurs grecs, les Patrologies restent utiles ou même indispensables, ne fût-ce qu'à cause des études érudites qui y sont profitablement réunies ! » L'abbé Migne avait engagé des fonds considérables dans l'édition des deux Patrologies et la préparation « des Tables. A ses côtés, Bonnetty s'efforçait de procurer l'extension de l'entreprise et formulait le désir de voir l'épiscopat catholique, aidé par le gouvernement, se rendre acquéreur des clichés des deux Patrologies, qui constituaient une immense bibliothèque de métal. - Le produit de cette vente eût permis la réalisation de la Collection des conciles et de l'Orbis christianus. Au lieu de ce soutien, Migne subit un désastre.

Dans la nuit du 12 au 13 février 1868, l'incendie anéantit les ateliers de Montrouge. Le feu éclata dans l'atelier des presses typographiques et se répandit en peu d'instants dans tous les ateliers et presque tous les magasins, détruisant, en même temps que les bâtiments, 627 855 clichés, et fondant 5582 722 kilos de caractères d'imprimerie en une masse de plomb informe. Sur douze millions que représentaient le matériel et les marchandises, d'après le dernier inventaire, on sauva à peine une somme de six millions.


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957 Migne dut les assigner devant le tribunal de la Seine et un long procès s'ouvrit dont les catastrophes de la guerre franco-allemande et l'insurrection de la commune retardèrent le jugement, qui ne fut prononcé que le 20 décembre 1871 par la première chambre.

Nous aurions voulu reproduire ce jugement qui ne comprend pas moins de dix grandes pages. Migne demandait en paiement 5 171 420 francs, il n'obtint que la somme de 3 044 152 francs. L'indemnité était insuffisante pour permettre à Migne la reprise des travaux. Cependant, il ne se résignait pas à l'inaction.

Alors, son esprit toujours fertile se laissa aller à des combinaisons qui alarmèrent l'autorité ecclésiastique. L'archevêché lui notifia une invitation formelle de cesser ses arrangements où on échangeait des messes pour des volumes. Migne résista et encourut la suspension. Devenu presque aveugle, il mourut le 24 octobre 1875, « dans l'espérance et dans la paix », laissant le souvenir d'« un des polygraphes et des compilateurs les plus extraordinaires que mentionne l'histoire de l'érudition », d'un des prêtres les plus utiles dont l'Église de France du XIXe nous ait laissé le souvenir.


VIL. BIBLIOGRAPHIE. — Alazard, D. A. Affre, archevêque de Paris, in-89, Paris, 1905. — [Barbier], Biographie du clergé contemporain, par un Solitaire, t. ri, |

(IACQUES-PAUL) — MIGRARE DE...

958 MIGRARE DE... — Dans le langage des anciennes générations chrétiennes une pensée inspire les cœurs, celle de la vie future et des biens éternels : elle reparait, sous des formes diverses, dans les formules et dans les symboles qui ont pour but d'inculquer les conditions transitoires de la vie terrestre. Le cimetière est un lieu d'attente destiné à un sommeil prolongé, c'est un « dortoir » ; de même la mort est un affranchissement, une libération, qui donne à l'âme l'occasion de fuir la vie présente et d'émigrer vers le ciel : migrare ab hoc seculo, migrare de hoc mundo. La formule est rare, elle n'en est que plus précieuse à retenir ; du moins, la rencontrons-nous en Espagne et en Rhénanie.

L'épitaphe d'une tombe franque, trouvée près de Vochem et entrée au musée provincial de Bonn, nous montre le chrisme inséré dans un double cercle et, de chaque côté, une palme. Mais on pourrait se demander si c'est bien une palme qu'on a voulu représenter, car sa tige et son pied semblent garnis de fibrolles et de radicelles qui feraient songer assez volontiers à un épi. Le texte est gravé avec une netteté et un soin qu'on rencontre rarement à la fin du Ve ; on remarquera cependant une distraction du lapicide qui a gravé : bone mememorie. La jeune Rictrude mourut à l'âge de seize ans, chère à ses parents et nimium relicta amore, peut-être une allusion à de prochaines fiançailles ; elle quitta ce monde le XVe des calendes de mai. Au bas, deux colombes affrontées NIRONA GINTA E | s. x ! We |


EL.

Un deuxième exemple, postérieur au précédent, se rencontre sur une épitaphe, trouvée au mois de mai 1887, au lieu-dit Linarés, à quatre kilomètres environ au nord de Cordoue, où elle est conservée au musée. C'est une tablette de pierre qui mesure 0 m. 63 de haut, sur 0 m. 26 de large, hauteur des lettres 0 m. 04 (fig. 8048). Voici le texte : + Anerius famulus Chr (ist )i virit annos plus minus quinquaginta tres, migravit ab hoc evo die tertio idus sellembres era DCCA (= septingentesima) X XA (= vigesima) cuirrente.

L'ère 720 représente l'année 682 de l'ère chrétienne. Le nom Anerius est nouveau dans l'épigraphie chrétienne ; on rencontre, dans cette inscription, des ligatures : AM eL TE combinés de façon que la haste verticale de la première lettre se confond avec celle de la deuxième. Au point de vue philologique, il faut remarquer la disparition de la lettre p dans settembres, et l'addition de l'i dans cuirrente, deux particularités fréquentes en espagnol.

Nous rencontrons, à deux reprises, la formule commentée ici dans le Liber ordinum de la liturgie wisigothique. Dans l'Ordo in finem hominis diei qu'on pourrait intituler de façon plus intelligible : Ordo functionis et sepulluræ, on lit au cours d'une oraison : Letifica, Domine, animam servi lui Illius migrantem € seculo ?, et dans la missa omnimoda, au cours de la prière qui suit le Pater, ces mots : Tribue eliam, Domine, requiem eternitatis animabus famulorum famularum que tuarum Illarum, vel omnium defunctorum, qui nos precesserunt cum signo fidei el dormiunt in somno pacis : quorum hic et ubi que corpora requiescunt, quorum spiritus de hac luce migrare fecisti *...

H. LECLERCO.


MIGRATION BRETONNE. — I. Exposé de la question. II. Sources. 1° Bretagne armoricaine. 2° Bretagne insulaire. 3° Les deux Bretagnes.


III. L'Armorique au Ve, 1° Les cités. 2° Les évêchés. 3° La langue.


IV. Migration des Bretons en Armorique. 1° Date. 2° Les moines. 3° Le motif. 4° La méthode. 5° La répartition. 6° L'Église bretonne.

I. EXPOSÉ DE LA QUESTION. — La presqu'île armoricaine

Cette presqu'île est restée romaine jusqu'au milieu du Ve au moins. Un peu plus tard, sous la pression de l'invasion anglo-saxonne dans l'île de Bretagne, un fort courant d'émigration s'établit entre les régions occidentales de ce pays et les côtes de l'Armorique, depuis la baie du Mont-Saint-Michel jusqu'aux environs de Vannes. Les Bretons, cantonnés entre Vannes et Quimperlé, entrent bientôt en lutte avec les princes francs, tandis que ceux de la côte septentrionale paraissent faire bon ménage avec eux. La force des nouveaux venus ne cessant de s'accroître, soit par leur propre multiplication, soit par le progrès de l'émigration, ils finissent par constituer, à l'ouest de l'empire franc, une puissance redoutable, et par fonder, sous les faibles successeurs de Charlemagne, un royaume indépendant. Le premier roi breton, Nominoé, ne se contente pas d'émanciper son autorité de celle des rois francs, il veut aussi affranchir son épiscopat de toute sujétion au métropolitain de Tours ;

pour cela, il fonde trois évêchés nouveaux et cherche à constituer l'un d'eux en métropole.

Dans ce développement historique, il y a beaucoup de points obscurs. Les Bretons écrivent peu ou pas du tout et, quand ils s'y mettent, au IXe, ils ne nous donnent, dans les Vies de saints, qu'une tradition effacée et confuse.

La migration des Bretons insulaires dans la péninsule armoricaine a été discutée dans sa réalité, sa chronologie, ses résultats. À une date encore relativement rapprochée de l'événement, ceux qui en abordent le récit et ceux qui y font allusion attribuent cette migration aux invasions saxonnes. Mais, à mesure que les siècles font le passé de plus en plus lointain, l'orgueil breton imagine se satisfaire dans la fondation en Armorique, vers la fin du IVe, d'un puissant royaume breton gouverné par le légendaire Conan Mériadec. Le témoignage d'un certain Nennius, adopté au XIe par Geoffroy de Montmouth, amplifié à partir du XVe par la Chronique de H. Saint-Brieuc, répété pendant tout le XVIe, devient pour les Bretons une vérité intangible, parce qu'elle flatte leur subtile vanité en leur permettant de revendiquer de prétendus droits de la Bretagne à l'indépendance. À les entendre, ces Français par force avaient des droits supérieurs sur leur sol à la peuplade franque, implantée sur le sol de la Gaule après qu'eux-mêmes avaient pris possession de l'Armorique. Pour soutenir cette réclamation, l'imposture ne leur coûte guère. Les États de Bretagne commandent à Bertrand d'Argentré une histoire de Bretagne, dans laquelle — celui-ci imagine un exode de Bretons armoricains dans l'île de Bretagne, d'où ils reviennent longtemps après prendre leur place dans l'Armorique demeurée romaine de langue et de mœurs. Henri II, instruit de ce qui se prépare, fait saisir le livre de Bertrand d'Argentré en 1582, mais, retardée par les guerres civiles, la réfutation n'est prête qu'en 1619, et Nicolas Viguier, son auteur, prend la défense de la couronne, nie l'établissement d'un royaume breton et la chimère de Conan Mériadec.

Dupuy, en 1655, soutient la thèse de Viguier et dom Lobineau (voir ce nom), en 1707, repousse la légende de Conan et fait pénétrer les Bretons fugitifs en Armorique dès le milieu du Ve, leur fait fonder les évêchés de Vannes, de Rennes et de Nantes et les dispense de recourir à l'autorisation des rois mérovingiens. Il suffit d'observer les deux camps pour s'apercevoir qu'ils ne sont divisés que par une seule question : savoir jusqu'à quel point, en droit et en fait, la Bretagne relevait de la couronne de France, et le débat ne porte que sur la date de l'arrivée des Bretons insulaires en Armorique.

Quant au fait de la migration des populations bretonnes, il ne pouvait être sérieusement contesté et, s'il l'a été, ce fut avec tant d'inexpérience qu'on se trouve dispensé d'y répondre. Il reste à déterminer le mode d'établissement des Bretons en Armorique. Y a-t-il eu implantation pacifique et amicale ou conquête avec tout ce que ce terme évoque ? La première explication a rencontré des partisans convaincus, éclairés, dont il est, à la fois, difficile de combattre les raisons et de contredire les arguments ! qu'il faut présenter ici dans leur concision.

A. de La Borderie croit que les Bretons sont venus en Armorique au milieu du Ve, dans un pays presque désert, dont les habitants fort clairsemés étaient païens, et qu'ils y ont apporté leur nom, leur langue, leur religion et leurs institutions. Leur établissement se serait fait sans lutte ; c'étaient des exilés chrétiens, fatigués de la guerre, soupirant après le repos, mais en même temps animés d'une grande ardeur de prosélytisme, des propagateurs de la foi et de la civilisation. Frappé du fait que les noms de lieux de la zone occupée par les Bretons ont une forme très différente de ceux de la partie de la péninsule où ils ne se sont pas établis, constatant l'étroite parenté de la langue bretonne armoricaine avec le breton insulaire, A. de La Borderie en a conclu que le gaulois avait totalement disparu au moment de leur arrivée et que le breton d'Armorique est, de toutes pièces, une importation insulaire. A. de Courson reproduit la plupart de ces idées et abandonne même l'opinion, qu'il avait autrefois soutenue, que les émigrations avaient commencé vers la fin du IVe.

La thèse de J. Loth se rapproche beaucoup de celle de A. de La Borderie. Comme lui, il croit que les Bretons ont apporté en Armorique leur nom, leur langue et leurs institutions. Sans aller jusqu'à prétendre que les habitants de l'Armorique fussent pour la plupart païens, il montre que les évêchés de Vannes, de Nantes et de Rennes seuls sont gallo-romains, que la fondation des autres évêchés est due aux insulaires. Il se sépare de A. de La Borderie, en ce qui concerne la façon dont les émigrants se sont établis en Armorique ; selon lui, leur établissement s'est fait violemment.

Enfin F. Lot soutient que la colonisation de l'Armorique est antérieure d'un demi-siècle au moins à la date classique de 450, et remonte à la fin du IVe : mais, d'après lui, les Bretons établis en Armorique ont fui, non pas devant les Angles et les Saxons venus de l'Est, mais devant les Scots venus d'Irlande, et cela vers l'année 400 au plus tard. Divers textes irlandais et gallois témoigneraient d'une assez longue domination des Scots dans toute la région orientale de la Grande-Bretagne, en Albanie, à l'ouest de la Severn (pays de Galles actuel), dans la Domnonée (Devonshire et Cornwall) jusqu'à Glastonbury. Les Scots se maintinrent, on lesait, en Albanie et étendirent leur domination sur le territoire des Pictes indigènes du Nord-Est (appelé Moravia plus tard) et du Sud-Ouest (Galloway), ainsi que sur celui des Angles du Sud-Est (Lodonesia) ; ainsi fut constitué, au Xe, le royaume d'Écosse. Dans le pays de Galles et en Domnonée, au contraire, les Scots furent expulsés, mais seulement vers le milieu du Ve. Leur domination y laissa des traces dans les inscriptions dites oghamiques et aussi, peut-être, dans les énormes dún ronds à triples remparts concentriques qui parsèment le Devonshire et la Cornouaille. En effet, si la première émigration avait été occasionnée par les Angles et les Saxons, ce seraient les Bretons de l'Est qui auraient subi le premier choc. Ils se seraient sauvés sur les côtes désertes entre l'Escaut et la Seine. C'est vers le Boulonnais que se serait porté le gros de l'émigration bretonne. Admettons même, chose fort peu compréhensible, qu'ils se soient dirigés de l'est de la Grande-Bretagne vers l'Armorique. Ils auraient introduit en cette région leurs noms de peuples. Nous connaissons les noms des peuples bretons de l'est et du centre de l'île. Or, c'est un fait déjà remarqué qu'on n'en retrouve pas un seul en Armorique. Les parties les plus anciennement colonisées de la presqu'île, le Nord et l'Ouest, ont porté, au contraire, les noms de Dumnonia et Cornubia, et il n'est douteux pour personne qu'ils ne soient tirés des contrées similaires de l'île de Bretagne, Cornouailles et Devonshire, pays situés vis-à-vis de l'Armorique et dominés précisément par les Scots aux IVe-Ves. Enfin, aucun des saints bretons établis en Armorique n'est venu de l'Est ; presque tous sont originaires de l'Ouest et quelques-uns sont Irlandais. N'apparaît-il pas comme évident que l'Armorique a été peuplée par les Bretons de l'ouest et surtout du sud-ouest de la grande île ? Or, ceux-ci n'ont été en rapport avec les Saxons qu'au milieu du Ve. L'invasion germanique ne peut donc être cause d'un exode antérieur à elle de cent ou cent cinquante ans. Il est possible que des Bretons de l'Est se soient réfugiés en Armorique, mais ils n'ont pas créé l'exode, ils l'ont suivi. À cet exode on ne peut attribuer d'autres causes, vers l'an 400, que les ravages des Scots sur les côtes de l'île et leur établissement violent dans toute la région occidentale.

L. Duchesne reconnaît également que Dumnonia et Cornubia paraissent indiquer que le gros de l'émigration provenait des pays occupés dans l'île par les Dumnonii et les Cornovii. Or, ceux-ci ne furent menacés par les Saxons que dans le courant du VIe. Il est donc possible que le courant principal de l'émigration remonte, partiellement au moins, à une autre cause que celle qui est communément acceptée. La crainte des Scots et des Pictes aura eu ici son rôle à côté de l'invasion saxonne.


II. Sources. — 1° Bretagne armoricaine. — Nous avons dit que les Bretons établis en Armorique se sont appliqués à tout autre chose qu'à écrire : les uns cultivent un sol maigre, les autres se battent entre eux ; ceux qui possèdent quelque instruction ou jouissent de quelque loisir s'efforcent de répandre la parole de Dieu. Seule, la chronique de Nantes, qui va de 841 à 984, conserve des traits utilisables pour étudier la marche et l'établissement des Bretons en Armorique.

Parmi les sources historiques, il faut toujours en revenir à Grégoire de Tours qui contient des traits de mœurs utiles à connaître pour l'intelligence de la Bretagne du Ve ; puis encore Frédégaire, Reginon, Hincmar, Einhard, Ermold le Noir et l'auteur d'un poème latin intitulé : De gestis Caroli Magni qui offrent nombre de détails. Parmi les sources diplomatiques, le cartulaire de Redon, digne d'une entière confiance et dont la plus ancienne charte remonte à 797, puis le cartulaire de Landévennec (voir ce nom).

— Il faut toujours nommer | , contrôler ou pour rectifier le texte de Gildas.

Longtemps après Gildas et fort au-dessous de lui, vient l'Historia Brittonum, attribuée à Nennius et qui n'est pas antérieure au IXe. Ce sont des fables « d'où il n'est pas possible de dégager et de donner leur valeur à quelques faits importants qui s'y trouvent | disséminés *.

Bède est l'auteur d'une Historia ecclesiastica, également importante pour la connaissance de l'Église anglo-saxonne et de l'Église bretonne du VI au VIIIe. Bède a consulté Gildas pour la période antérieure au IVe et on peut recourir à lui pour les annales anglo-saxonnes couvrent une période qui s'étend depuis l'arrivée des Saxons jusqu'au XIe ^. Dues à divers auteurs, elles apportent | des informations utiles pour l'histoire militaire et la lutte des Saxons et des Bretons, ainsi que pour la date « de la migration des principales tribus bretonnes dans | l'Armorique.

Les Annales Cambriæ semblent commencer vers | le milieu du Ve et s'arrêtent à l'année 954 ; la | rédaction est du Xe. Entre 444 et 595 la source parait être la même que celle des annales irlandaises de Tigernach ; ensuite l'auteur exploite la chronique de Bède et utilise des sources, évidemment bretonnes, | mais aujourd'hui disparues. C'est un document fort concis et dont il y a lieu de tenir grand compte.

Il n'y a à retenir, parmi les chroniques en langue | galloise, que le Brut y Tywysogion, ou chronique des « princes (de Cambrie) ; elle procède partiellement des Annales Cambriz, d'après une copie plus complète - | que celle que nous connaissons *.

On ne peut rien retirer, au point de vue historique, des triades historiques galloises, qui sont du XVIe, pas plus que du livre noir de Caermarthen (XIIe) et du livre d'Aneurin (XIIIe).

Le recueil de lois, écrit en gallois et intitulé Lois | d'Howell da (le Bon), nous reporte, de 947 à 948, dans - la Cambrie. Ces lois ont été fort peu altérées ; on a voulu y voir des emprunts au droit germanique sans en donner la preuve. Beaucoup des traits les plus caractéristiques du droit gallois se retrouvent dans les « coutumes des Bretons d'Armorique.

L'épigraphie païenne et chrétienne a montré sous un nouveau jour la condition des Bretons insulaires sous la domination romaine.

La langue des noms propres bretons est un moyen sûr de fixer l'âge de bon nombre de documents. Tel les Vies, conservées dans des manuscrits du xième siècle, ont été rédigées dès le xème ou le xième siècle, et ces rédactions utilisent des documents plus anciens, aujourd'hui disparus. C'est ainsi que nous avons, dans les Vies de Samson, Aubin, Melaine, Paul Aurélien, Malo, Gildas, Winwaloé, Leonor, Magloire, Judoc, Winnoc, des documents historiques précieux. Sans eux, nous ne connaitrions de l'histoire de Bretagne, du vème au viième siècle, que l'histoire militaire des Bretons du Vannetais. Beaucoup d'autres, conservées dans les vieux bréviaires, sont loin d'être sans valeur.


III. L'ARMORIQUE AU Vème SIÈCLE. — 19 Les cilés. — Le premier roi breton, Nominoé, avait fondé trois évêchés nouveaux. Mais quels étaient les évêchés antérieurs aux sièges établis par Nominoé ? Correspondaient-ils aux anciennes cités romaines énumérées dans la Notitia Galliarum ? Et d'abord quels étaient ces cités. Voici la réponse de L. Duchesne :

La IIIE Lyonnaise comprenait, au temps de la Notitia, c'est-à-dire vers l'an 400, neuf cités, dont trois, celles de Tours, d'Angers, du Mans, sont en dehors de la Bretagne ; trois autres, celles de Nantes, Rennes, Vannes, n'offrent aucune difficulté, car elles possédaient certainement des évêques au moment de l'émigration bretonne. Les trois dernières, la civilas Ossismorum, la civitas Coriosopitum, et la civitas Diablintum, sont le sujet des plus vifs débats. La seconde est tellement controversée qu'on ne peut aller jusqu'au bout de son nom, sans faire éclater des protestations d'un côté ou de l'autre. Faut-il lire Coriosolitum ou Coriosopitum ? J. Loth, suivant ici beaucoup d'auteurs dont le plus grave est A. de La Borderie, lit Coriosolitum et identifie cette cité avec celle des Curiosolites, mentionnée par César et dont l'existence est attestée, jusqu'au xième siècle, par les textes des géographes ou par l'épigraphie. A. Longnon, défendu par Kerviler, lit Coriosopitum et entend ce terme d'un territoire représenté par l'ancien diocèse de Quimper. Comme la civilas Ossismorum ne comprenait pas tout le littoral nord de la péninsule, il place à l'est de cette cité celle des Diablintes qui aurait ainsi englobé l'ancienne cité des Curiosolites. Il faut choisir.

Et L. Duchesne prenait parti pour A. Longnon. Sans doute, il en convenait, les manuscrits de la Notitia diffèrent : les uns ont le p, les autres l'i ; mais, outre que le plus grand nombre, et parmi eux les plus anciens de beaucoup, sont ceux qui ont le p, il est certain que les évêques de Quimper, depuis le ixème siècle, portent le titre d'épiscopus Coriosopitensis, tandis que jamais on n'a entendu parler d'un épiscopus Coriosolitensis. J. Loth cherche à expliquer le nom de Corisopitum, donné à Quimper, par celui d'une ville romaine située au nord de la Grande-Bretagne, près du mur d'Hadrien, sous prétexte que, dans les environs, à Newcastle (Pons Aelii), il y avait une cohorte de Bretons Cornovii et que, les Bretons de Quimper étant aussi des Cornovii, ils auraient transporté sur le continent le nom d'une ville voisine de cette garnison. Cet argument est peu concluant. Les Bretons Cornovii habitaient fort loin du mur d'Hadrien et de Newcastle ; entre la ville de Coriosopitum et la cohorte des Cornovii, il n’y a aucun lien ; si les émigrés avaient transporté dans la péninsule un nom de ville, ils auraient plutôt choisi celui de quelqu'une des cités de leur pays, comme Deva (Chester) ou Viroconium (Wroxeter).

Ainsi, le titre des évêques de Quimper attire de ce côté la civitas Gorioso... ; cette attraction est favorisée par la leçon la plus ancienne et la plus répandue dans les manuscrits de la Notitia Galliarum ; elle n'est contredite par aucun témoignage en faveur de la persistance d'une civitas Curiosolitarum jusqu'au vième siècle ; on ne peut y opposer que des idées préconçues. Quant à la civitas Diablintum, sa situation et son étendue résultent de la solution donnée au problème précédent, quoi qu'il faille d'ailleurs penser de l'identification de son chef-lieu. Cette difficulté nous introduit dans la question des évêchés.

Je suis donc, et très résolument, conclut L. Duchesne, de l'avis de A. Longnon : au vème siècle, toute cité avait son évêque ; quelques-unes même, par exception, étaient divisées en plusieurs diocèses. En ce qui regarde la Bretagne, on ne saurait admettre que l'évêché de Vannes n'ait été fondé qu'en 465. Le concile de Vannes, que l'on place approximativement (car il n'est point daté) en cette année, a été tenu in Ecclesia Venelica, causa ordinandi episcopi, et nullement pour fonder l’Église elle-même et y installer un premier évêque. La civitas Ossismorum était représentée au concile d'Orléans, en 511, par Lilharedus, episcopus Ecclesiæ Oxomensis, dans lequel on ne saurait voir un évêque espagnol, ni l'évêque de Séez, car celui-ci signait episcopus Sagiensis au concile de 533, et sa cité est appelée civitas Sagiorum dans tous les manuscrits de la Notice des Gaules. Rien ne prouve que, parmi les prélats du concile de Vannes et même du concile d'Angers (453), il ne se soit pas trouvé des évêques de la civitas Coriosopitum et de la civitas Diablintum. Un manuscrit, où les signatures se seraient conservées intégralement, pourrait tirer ceci au clair. Jusqu'à ce qu'on l'ait découvert, il ne faut ni nier, ni affirmer, quoi que l'affirmative soit bien plus vraisemblable que la négative. En 511, en 533 et depuis, nous trouvons une série de conciles francs, dont les signatures mentionnent les sièges épiscopaux. Sauf le Lifharedus de 511, on n'y voit jamais figurer les episcopi Coriosopitum, Ossismorum, Diablintum. Mais cela tient à ce que toute la partie occidentale et la côte septentrionale de la Bretagne est envahie par les Bretons et que les évêques de ces régions ont des raisons spéciales pour ne point se présenter aux conciles nationaux des royaumes francs. La première fois que nous rencontrons une énumération complète de l'épiscopat de la péninsule, c'est-à-dire en 848, le nombre des sièges correspond exactement à celui des civilates de la Notice des Gaules ; au nombre des titulaires figurent l'episcopus Goriosopilensis, l'episcopus Oximensis et l'episcopus Aletensis ou Dialefensis.

Venons-en maintenant à la question de l'évêché d'Aleth et de l'évêché de Dol. L'existence de l'évêché d'Aleth, au ixème siècle, est attestée par les documents les plus sûrs, les chartes de Redon, un diplôme de Louis le Débonnaire, daté de l'an 816, et la chronique de Nantes. Celle-ci nomme Salacon d'Aleth parmi les prélats que Nominoé déposa et déposséda injustement. Il est vrai que Salacon est qualifié évêque de Dol, dans le concile de Soissons, tenu en 866. On en a conclu qu'il y avait un siège épiscopal à Dol avant Nominoé. La conclusion n'est nullement légitime, car les évêques d'Aleth, dans le diocèse desquels se trouvait Dol, pouvaient fort bien se qualifier évêques de Dol, comme ils prirent le titre d'évêque de Pontrocoël, parce que leur juridiction s'étendait sur le pays de forêt voisin de Redon. Ils devaient être d'autant plus disposés à le faire qu'on leur contestait alors leur juridiction sur le pays de Dol. On allègue aussi une lettre du pape Nicolas, écrite en 866 à Fastinien, archevêque de Dol. Cette lettre est une réponse. Fastinien avait écrit au pape que ses prédécesseurs, Restoald et Juthmael, avaient jadis reçu le pallium, le premier du pape Séverin (640), le second du pape Hadrien (772-795) ; il prétendait que les documents de ces concessions devaient se trouver dans les archives du pape. Fastinien était trompé ou trompeur. La concession du pallium à un évêque de ce pays, aux deux époques indiquées, est une véritable impossibilité historique. Nicolas répondit que, vérification faite, les actes des deux papes cités ne contenaient rien de semblable.

En somme, les documents permettent d'établir directement l'existence de l'évêché des Ossismes au commencement du vième siècle et au milieu du ixème siècle : celle de l'évêché d'Aleth est prouvée pour le temps de Charlemagne, et sa fondation peut être reportée jusqu'à l'époque romaine, si l'on tient compte de l'analogie, appuyée dans le cas présent sur de précieux indices. Entre les temps romains et les nominations de Nominoé (848), le monastère essentiellement breton de Dol, et avec lui ceux de Saint-Brieuc et de Tréguier, se sont fondés et ont prospéré sur la côte du Nord, comme centres religieux de la population immigrante. Ils ont pu avoir leur banlieue sacrée, jouissant de certaines immunités ; mais leur activité semble s'être conciliée avec le fonctionnement des anciens évêchés, et les circonscriptions de ceux-ci ne paraissent pas avoir été modifiées avant Nominoé. Cela se comprend d'autant plus facilement que l'on voit, de bonne heure, des prélats bretons s'installer dans les oppida romains de Saint-Pol-de-Léon et d'Aleth, où étaient apparemment les sièges épiscopaux des Ossismes et des Diablintes. Après cette substitution de personnel (saint Paul Aurélien, saint Malo), il n'y avait plus de conflit possible entre les émigrés bretons et l'antique organisation du pays, ni de raison de se révolter contre le 9ème canon du concile de Tours (567) : Ne quis Britannum aut Romanum in Armorica, sine metropolitani aut comprovincialium voluntate vel litteris episcopum ordinare presumat.

Au vème siècle, la presqu'île armoricaine, romanisée pendant cinq siècles, n'avait rien conservé de celtique. Mais au milieu du vième siècle, une transformation complète est accomplie, nom, langue, mœurs, tout est changé. Le pays s'appelle Bretagne, il parle la langue celtique. Plus de Curiosopites, ni d'Ossismes, des Bretons par tout : au Nord, du Couesnon jusqu'à l'Elorn, des Bretons Dumnonii ; au Sud, des Dumnonii jusqu'à l'Ellé et, refluant le long des collines jusqu'au centre de la péninsule, des Bretons Cornovii ; à l'Est, des Cornovii, sur la rive gauche de l'Ellé, une population guerrière n'ayant d'autre nom que celui de Bretons, dont les flots battent la ville de Vannes, dont l'avant-garde, franchissant la Vilaine, se glisse le long de la mer jusqu'à la Loire et s'établit solidement dans le pays de Guérande. Pendant que les chefs s'élancent à tout moment du milieu des bois contre les Namnétes et les Redones, soutiennent contre les Francs une lutte acharnée, des moines venus, eux aussi, de l'île de Bretagne, défrichent la terre, convertissent à leurs risques et périls leurs compatriotes et fondent des monastères qui deviendront le siège des évêchés bretons.


IV. MIGRATION DES BRETONS EN ARMORIQUE, — En 407, les Romains évacuent l'île de Bretagne et les indigènes n'attendent pas longtemps pour chasser les magistrats romains. C'est peut-être en 410 que doit se placer une lettre d'Honorius invitant les cités de Bretagne à pourvoir elles-mêmes à leur sécurité. Pareille lettre suppose une demande de secours, un appel à l'empereur que Gildas a transformé en appel à Aetius et qu'il avait, semble-t-il, rédigé de sa main ! (446). Prosper Tiron nous apprend que, dès l'an 441, les Saxons avaient pris pied en Bretagne ; en outre, l'auteur de la Vie de saint Germain d'Auxerre et Bède le Vénérable attestent une victoire des Bretons sur les Pictes et les Saxons, vers 429. Il parait certain que les Saxons ont ravagé la Bretagne, peu de temps après le départ des Romains, et il semble qu'ils y prirent pied à une date rapprochée du milieu du vème siècle. Examinons cette chronologie de plus près.

Pour la date des grandes migrations des Dumnonii, des Cornovii et des Bretons de l'Ouest *, il n'est pas possible, comme on l'a tenté, de les faire coincider avec la poussée des Saxons sur ces différents peuples, car le texte sur lequel on s'appuie, la Chronique anglosaxonne, est pour cette époque un fondement ruineux. Quelle que soit l’idée que l'on se fasse de la formation de ces annales, on est aujourd'hui d'accord pour convenir que, pour l'époque qui précède la conversion des Anglo-Saxons, le fond de la chronique est plus légendaire qu'historique. Si Hors et Hengist ne sont pas des personnages fabuleux, le chroniqueur qui nous fait aborder Port à Portsmouth a vraisemblablement pris le Pirée pour un homme : port dans ce mot parait bien le latin portus, devenu courant en brittonique. Hengist et Hors abordent dans le Kent avec trois vaisseaux ; Aelli en Sussex avec trois autres ; comme le dit Kemble, cela rappelle étrangement l'émigration des Ostrogoths, Wisigoths et Gépi des sur frais vaisseaux, à l'embouchure de la Vistule. Le meurtre des chefs bretons par Hengist est raconté exactement de la même façon, par Vidukind et d'autres, des Vieux-Saxons en Thuringe. Quelle que soit l'opinion que l'on ait sur la formation et la valeur de la Chronique, un point reste sûr, c'est que la chronologie de ce recueil, pour la période d'invasion, ne peut être prise au sérieux.

La lutte avec les Saxons parait avoir débuté plus tôt, ne serait-ce que d'après ce passage de Prosper Tiron, à l'année 441-442 : Britanniae usque ad hoc tempus variis cladibus evenlibus que lale indicionem Saxonum rediguntur. L'histoire de l'île, depuis le commencement du Ve jusqu'à cette époque, présente peu de dates sûres. C'est une période troublée, de luttes contre les Pictes et les Scots, de guerres civiles. On peut admettre que les premiers établissements des Germains ont eu le caractère que leur attribue Gildas. Connus depuis longtemps des Bretons par leurs pillages, ils auraient été admis sur la côte est comme alliés et même pris à solde par certains rois comme auxiliaires contre les Pictes et les Scots, ainsi peut-être que contre certaines tribus bretonnes. La première invasion des Saxons dans l'intérieur, au témoignage de Prosper Tiron, a eu lieu vers 409-410 : Britannia Saxonum incursione devastata. Il est également certain que, vers 428-450, les Bretons eurent à lutter contre eux, ainsi que contre les Pictes et les Scots, d'après la Vie de saint Germain d'Auxerre (I, XXVIII). La date du voyage du saint en Angleterre nous est connue par la Chronique de Prosper d'Aquitaine (à l'année 429). Cette date est d'autant plus frappante que, d’après l'Historia Brittonum, l'arrivée des Saxons aurait eu lieu en 428. L'Historia donne bien 347 (pour 397), comme la date de l'arrivée des Saxons, mais elle se corrige elle-même en disant que quarante ans s'écoulèrent depuis la mort de Maxime survenue en 388 ?. Quant à la date de 449, donnée par Bède, elle est sans valeur, comme l'a établi Thurneysen . Il est vraisemblable que les Saxons, en admettant la victoire de l'Alleluia vers 430, réussirent à prendre pied sur la côte est, à cette époque, ou peu après, et furent renforcés par de nouveaux contingents d'envahisseurs. C'est entre 430 et 441 que les tribus germaniques, au prix de luttes sanglantes, se seraient emparées d'une portion notable de l'île. Les premières émigrations ont dû se produire vers cette époque, et semblent avoir vite pris des proportions considérables. La présence d'un évêque breton au concile de Tours, en 461, celle de Riothame avec 12 000 combattants en Gaule, vers 469, sont très significatives. Il est très vraisemblable que Hiothame ne vient pas directement de l'île, mais que ce sont les Bretons émigrés en Armorique qui ont constitué cette armée. L. Duchesne objecte que nous n'en savons absolument rien et, dés lors, il a beau jeu de transformer l'episcopus Britannorum, Mansuetus, du concile de Tours, en une sorte de chapelain militaire de l'armée de Hiothame ou de chef spirituel du groupe de Riothame, installé sur le territoire de Bourges .

Les migrations ont dû continuer jusqu'à la grande victoire du mont Badon qui rejeta les envahisseurs sur la côte est. Elles ont dû reprendre quelques années après, lors que les efforts des tribus germaniques se portèrent plus au Sud-Ouest. On verra plus loin, à propos de la façon dont s'est fait l'établissement des Bretons en Armorique, qu'il est nécessaire, si on veut le comprendre, d'admettre qu'ils étaient en plus ou moins grand nombre déjà installés dans la péninsule, au Sud-Est jusqu'à la Vilaine, et au Nord jusque sur une portion notable du territoire des Redones, à la fin du ve ou tout au moins dès les premières années du vi* siècle.

Les Vies des saints, même les plus anciennes, ne peuvent fournir que des dates approximatives. D'abord, il est probable que le comput des Bretons émigrés a dû être assez longtemps celui de l'île. Il y a là évidemment une source de confusions et d'erreurs. Mais ce qui rend surtout la tâche du critique des Vies de saints fort délicate, c'est qu'elles ont presque toutes été rédigées plusieurs siècles après la mort du personnage dont elles donnent la biographie. Les interpolations, les erreurs historiques même n'y manquent pas, mais on y trouve aussi des faits certains, de grande importance, puisés aux sources les plus respectables.

Un des problèmes les plus difficiles sur ce terrain, c'est le synchronisme entre les Vies de saint Brieuc, Winwaloé et Tutwal. Brioc se trouve en rapport, à son arrivée en Armorique, avec un chef émigré qui porte le même nom que celui auquel a tout justement affaire saint Tutwal. Si c'est le même, il faut rejeter ou la Vie de saint Brieuc ou celle de saint Tutwal. Saint Brieuc aurait, en effet, reçu la prêtrise de saint Germain d'Auxerre, c'est-à-dire vers 428-430. S'il a passé quarante ans dans l'île avant d'émigrer, il n'a pu le faire que vers 470-480. A son arrivée en Armorique, il rencontre Riwal. Or, le Riwal de la Vie de saint Tutwal émigre, lui, du temps de Clothaire. Si on admet le témoignage de la Vie de saint Brieuc, il faut qu'il y ait eu deux Hiwal. A part deux ou trois faits importants, il n’y a pas grand-chose à tirer de la vie de ce saint.

La Vie de Winwaloé, fils de Fracan, fondateur de Landevennec, écrite au ix siècle, suffit à établir que le saint n'a pu vivre au vi siècle. En effet, Fracan a émigré à une époque où les Saxons sont maîtres de l'île de Bretagne, notion un peu vague, mais il est probable, d'après le contexte, que l'hagiographe vise le milieu du v* siècle. En outre, le culte de Winwaloé est très ancien parmi les peuples brittoniques. Trois paroisses de Cornouailles portent son nom : Gunwallow, Landewednac et T'owednac ; enfin Lan-devenec signifie le monastère de To-winnoc, nom hypocoristique de Win-ialoe.

Pour le pays de Vannes, le premier émigrant, d’après A. de La Borderie, aurait été Caradauc Brech-bras (vers 465), sur la foi d'un sermon préché à Vannes au xii siècle. Quant aux relations de saint Patern, évêque de Vannes, avec Caradauc, elles auraient été révélées aux Gallois par des Vannetais fuyant les invasions normandes du ix siècle. C'est plutôt l'inverse qui s'est produit. L'histoire de Caradauc Brech-bras est essentiellement une légende galloise ; la forme même du nom est galloise. Quant à la Vie de saint Patern, c'est un tissu de fables.

Altar Non S. Austel (saint Austole) S. Petroc S. Brioc | S. Budoc (Plu vuthek, dans la Bewnans Meriasek ; Bude aux en Devon) S. Meriadoc (patron de Camborne) S. Cleder . Cornely (patron de Carnac) S. Carentock S. Dominick (rapprocher de notre Saint-Domineuc) S. Enoder S. Ervan (Erwan en Tréguier, nom donné indûment à saint Yves) S. Feock (pour saint Veoc ; cf. Lan-veoc, Tremeoc, TreffMacheuc) . Gerrans Guliwal Gunwallow (Winwaloé) Giwinear (cf. Plu-vigner) Giwilhian S. Kea (cf. Saint-Quay) Landewednach (dédié à saint Winwaloé) Luxulien (— Les Sulien ; cf. Plusulien) S. Mewan (cf. S. Meen ; Ploeven, au Moyen Age, Ploe Meguen) Pelrockstow S. Michael en Carhais Paul (cf. Paul, prés Carhaix) Perran (cf. Loc-Pezran, Port-Louis) E furent contenus, même ils reculérent vers l'Est. Toute Sithney (cf. Guisseny pour Gmic-Sezni) Towednach (dédié à saint Winwaloé) 5. Tudy 5. Wenn (cf. saint Guen) S. Winnow (sanctus Wniavus, honoré en Armorique). Il semble que le nom des Cornovii n'ait remplacé, peur le pays qu'ils occupent, le terme de Dumnonia qu'après la conquête du Devon par les Saxons. Pour plus de clarté, résumons ce que nous avons dit : les Saxons semblent avoir pris pied dans l'ile de Bretagne vers le milieu du v siècle. Les Bretons commencérent alors à émigrer, mais non pas Lous. « Ceux qui ne fuyaient pas tinrent tête et les Saxons la seconde moitié du v siècle est remplie par des combats : Aylesford, en 445 ; Crayford, en 457 ; Ebbsfleet, en 465 ; autre bataille, en 473 ; les Bretons sont refoulés, en 477, vers le Kent et le Sussex ; enfin, en 491, le royaume de Sussex est fondé. Mais la bataille du mont Badon, en 493 ou en 516, inflige aux Saxons — une grave défaite qui dut leur faire perdre une partie assez considérable du terrain conquis. Dés le commencement du vi siècle, sans doute à partir de 509, les Bretons Dumnonii et Cornovii ont à lutter pour conserver leur territoire et ils paraissent avoir réussi à le défendre de l'invasion, car les batailles de Old-Sarum en 552 et de Banbury en 556 sont livrées au delà de leurs frontières. Mais, en 577, les Saxons s'emparent — de Gloucester et Bath ; en 607, le roi de Northumbrie s'empare de Chester. A la fin du vi“ siècle, le territoire des Cornovii est entièrement occupé par les Saxons et celui des Dumnonii est entamé. Il est donc permis de croire que la période principale de migration de ces deux peuples se place entre 509 et 577. Les Bretons émigrés sont nombreux sur le continent, dés le milieu du vi siècle. Un chef breton, Conober, accorde son concours à Chramne, fils révolté de Clotaire !. En 567, le II concile de Tours introduit une distinction entre Bretons et Romains de l'Armorique et, vers le même temps, le continuateur du comte Marcellin, Marius d'Avenches , et Grégoire de Tours n'emploient plus que les mots Britannia, Britanni ou Britones pour désigner la péninsule et ses habitants . Le sud du pays de Galles a dû entrer, pour une part importante, dans les migrations, à en juger par les Vies de saints et aussi par le nom de Léon, vraisemblablement importé de Caer-Leon ar Wysc. Les monastères gallois ont joué un rôle considérable en Armorique. de la péninsule et non de la Cornouaille. Le nom national des Gallois (sing. Cymro = Combrox, plur. Cymry = Combroges) semble avoir appartenu à un groupe émigré en Cornouaille armoricaine.

Les Bretons du nord de l'ile doivent-ils compter parmi les émigrants ? Ils n'ont guère envoyé authentiquement et tardivement que saint Yvi !, Saint Gildas de Hhuys, d'après son hagiographe, viendrait d'Arecluta, pays de Strat-Clut, nom intéressant ; mais cette Vie pourrait bien avoir confondu deux personnages différents : le saint armoricain et l'auteur du De excidio Britannia et de l'Epistola. Le nom authentique du saint armoricain ne peut être en aucune façon Gildas, qui eût donné Giotas et, en vieux breton, Gweltas. La forme du 1x siècle, Gweltas, du nom du saint de Hhuys, a dû amener l'identification des deux noms et, par suite, des deux saints. De plus, il parait difficile que le Gildas du De excidio sorte du Nord : dans son Epistola, il nomme Constantinus, roi de Dumnonia ; Vorteporius, roi des Demetæ ; Maglocunus, que nous savons avoir été roi de Gwynedd. Le pays d'Aurelius Conanus ne nous est pas sûrement connu. Celui de Cunoglasos est probablement le pays de Galles : c'est le Cinglas des généalogies galloises du 1x* siècle, prétendu descendant de Cuweda. Le Jérémie insulaire parait ne connaître que l'ouest et le sud de l'ile.

Nous n'avons aucune indication nette au sujet des Bretons établis dans le Vannetais. Pour eux, non plus que pour les Bretons de Hiothame, on ne peut même recourir à une conjecture plausible. Il est évident que les premiers émigrants ont dû venir du Sud-Est. Si nous n'en avons pas d'indice dans les noms de lieux, c'est que tout ou à peu près a disparu dans la zone insulaire, devenue anglo-saxonne. Les chartes anglosaxonnes ne peuvent guère nous renseigner, les premières étant du début du vii* siècle. Le dialecte de Vannes est très différent des autres et parait à priori indiquer un courant différent d'émigration ; mais les différences ne sont pas, en général, très anciennes et sont loin d'être fondamentales, sauf en ce qui concerne l'accent. L'accent lui-même, d'ailleurs, a évolué depuis l'époque romaine.

Les émigrés éclipsent à peu près les indigènes. Tous les saints du vi siècle sont Bretons insulaires ou fils d'émigrés, à l'exception de Melaine, Aubin, Friard et Secondel, Martin de Vertou. Toutefois, il est bon de remarquer qu'aucun de ces saints armoricains ne joue de rôle parmi les Bretons d'Armorique.

On doit s'attendre à rencontrer des moines irlandais dans la péninsule. Pour ne retenir que ceux qui sont incontestablement irlandais, nommons Fingar, devenu en breton Winger, puis Guigner ; Briac, disciple de 'Tutwal ; Maudet, Tenenan et ses compagnons Senan et Quenan, Renan ou Ronan, Vechevers ou Vonga, tous noms de forme bien irlandaise. Ce ne sont d'ailleurs pas les seuls. Si on s'en rapporte aux bréviaires et aux légendaires, il faut leur adjoindre Sezni et Sané, sainte Osmane, Efflamm, Kerrien. Au 1x* siècle, on rencontre dans le Vannetais occidental, à Cléguerec (Morbihan), un monastère placé sous le vocable de deux saintes irlandaises : Sent Du-Gocca. Tout cela témoigne de rapports fréquents entre moines bretons et moines irlandais.

“ Si les Bretons ont été les initiateurs des Irlandais * P irs kads


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LS xt UT Jg ium Loa. tome = - a a —————— mr mm 2 Pen me e em à la foi chrétienne, il est incontestable que ceux-ci, à leur tour, ont exercé une grande influence sur le monachisme breton. Néanmoins, la plupart des saints irlandais honorés en Armorique ne paraissent pas y avoir émigré. Ceux qui y ont passé ont été entraînés par des moines bretons, sous la direction desquels ils s'étaient mis, et ont d'abord séjourné en Grande-Bretagne ; par exemple, Petran et Quenan, disciples de saint Brieuc, Briac, disciple de saint Tutwal.

« Quoi qu'il en soit, si quelques saints émigrés sont Irlandais, si un grand nombre et des plus illustres sont originaires de Cambrie : Samson, Brieuc, Malo, Méven, Cadoc, Gurval, Gurthiern, Ninnoca, Petroc, il n'est pas douteux que le plus grand nombre des émigrants ait été fourni par les Gornovii et les Dumnonii ?, » 39 Le motif. — Si ces saintes gens, un beau matin, avaient bouclé leur valise avec l'intention de voyager, on n'en serait pas surpris ; cette méthode est restée familière aux peuples qui leur ont succédé dans les parages où ils vécurent, mais les émigrants ne parlaient pas seuls, rien ne ressemblait moins à la fantaisie d'un touriste moderne que l'exode d'un maître spirituel, entouré du groupe qui veut partager son entreprise. Le cartulaire de Quimperlé nous apprend que Ninnoca, fille de Brochan, roi de Cambrie, se rendit en Armorique avec quatre évêques, un grand nombre de prêtres, de diacres, de religieux et des personnes de toute condition . On en donnerait beaucoup d'autres exemples : Samson est escorté d'une troupe de laïques et de moines ; Paul Aurélien entraîne à sa suite douze prêtres et une foule d'amis et de serviteurs ; Tutwal amène soixante-douze solitaires ; Léonor gouverne soixante-treize disciples , Brieuc cent soixante-huit 7.

Que viennent-ils faire et que veulent-ils faire ? Leurs biographes assurent qu'ils veulent convertir les infidèles ; mais ils n'en manquaient pas parmi leurs compatriotes et, même, les invasions saxonnes en amenaient plus qu'ils ne pouvaient espérer en convertir. Quelques Vies passent sous silence le vrai motif de cette fuite : la peur des envahisseurs saxons ; d'autres, plus loyales, ne dissimulent pas ce motif. Un auteur du Xi siècle, nommé Ingomar, ne fait pas difficulté d'avouer que saint Paul Aurélien, saint Tutwal, saint Samson sont des fugitifs et Uurdisten (dont on a fait Gurdisten), moine de Landevennec. au IX siècle, avoue bonnement, dans la Vie de saint Winwaloé, que la peur des Saxons est le motif de l'exode de la nation bretonne. « Elle se transporta, dit-il, au delà de la mer, dans cette terre de Bretagne, à l'époque où la nation barbare et belliqueuse des Saxons s'empara de la terre maternelle. » — Voilà du moins ce qui s'appelle ne pas mâcher les mots. — « Alors, continue-t-il, cette chère lignée s'enferma dans ce coin de terre où, après tant de malheurs, elle s'est établie aujourd'hui tranquille et sans guerres ?. » Einhard écrit, à propos de l'expédition armoricaine projetée par Charlemagne en 786 : « L'ile de Bretagne ayant été envahie par les Angles et les Saxons, une | Marches de Bretagne.

976 grande partie de ses habitants occupa, à l'extrémité de la Gaule, le pays des Venétes et des Curiosolites. Ce peuple, soumis par les rois des Francs et devenu leur tributaire, avait coutume, en contre cœur, il est vrai, de payer le tribut qui lui avait été imposé 11, » Ermold le Noir nous montre les Bretons fugitifs, accueillis par pitié, parce qu'ils sont chrétiens, et s'emparant peu à peu de la presqu'ile !* ;

Prævidet hic !* fines quos olim gens inimica Trans mare lintre volans cœperat insidiis.

Hic populüs veniens supremo ex orbe Britanni Quos modo Britlones francica lingua vocal. Nam telluris egens vento jactatus et imbri Arva capil prorsus at que tribula parat, Tempore nempe illo hoc rus quo que Gallus habebat Quandoquidem populus fluctibus actus adest, — Sed quia baplysmi fuerat hic linctus olivo, Moz spatiare li cet et colere arva simul.

Ut requies sibi cessa, movent mor horrida bella Et custode novo rura replere parant ;

Lancea pro censu, munus pro rure duelli Hedditur hospitibus, pro pielate tumor. Francia in allernis pulsabat regna iriumphtis Asperiora quidem quæ sibi visa forent ;

On peut collectionner quelques autres passages qui ont leur intérêt. Le cartulaire de Landévennec parle d'achat de terres par les insulaires. Des Vies de saints gallois, écrites au xi° siècle, témoignent que dans la Grande et dans la Petite-Bretagne des souvenirs de parenté lointaine persistaient et entretenaient des relations intimes. Lors que saint Yvi s'éloigne de Lindisfarne, il se dirige vers un port voisin, trouve un navire en partance et demande aux matelots s'ils vont franchir la mer, ils lui répondent : Nisi nostrum ventus impediret cursum, jamdiu minorem applicuissemus Britanniam 1, On a donné, comme explication du choix de la péninsule armoricaine par les Bretons fugitifs, la parenté de race et la parenté de langue. La parenté de race a pour signe la parenté de langue et, celle-ci ayant disparu, comment les Bretons de l'Ouest et de l'intérieur de l'ile de Bretagne auraient-ils gardé le souvenir d'une parenté quelconque avec un peuple parlant une langue différente de la leur ? Il est plus vrai et seul vrai de dire que si les Bretons insulaires sont venus en Armorique, c'est qu'ils ne pouvaient aller ailleurs. En Irlande, ils se fussent heurtés à une race ennemie de la leur. Dans le nord de la Gaule, ils eussent rencontré une population trop dense ; au contraire, dans la péninsule armoricaine, ils rencontraient une terre éloignée du centre d'action des Francs, dont la partie centrale était couverte de forêts, et dont la côte, vers la fin du v° siècle, devait être généralement inculte et déserte à cause des descentes et des ravages continuels de pirates saxons et francs. Les Vies des saints nous représentent comme sauvages les lieux aujour d'hui les plus fertiles, Peut-être apporte-t-on quelque exagération de part et d'autre, quand on dépeint l'horreur des lieux ou quand on les entoure de poésie ; néanmoins, il parait bien que ces pays étaient à peu près inhabités, déserts, incultes.

Tous les Bretons ne s'établissent pas en Armorique. Des émigrés poussent jusqu'en Galice. Le concile de Lugo, en 569, mentionne un évêché breton dans ce pays. Au IIe concile de Braga, en 572, on rencontre un Mailoc Britoniensis Ecclesi : episcopus et encore des episcopi Britonienses au VIII concile de Tolède, en 653 ; au IVe de Braga, en 675 ; au XIII de Tolède, en 683 ; au XVIE de Tolède, en 692.

4e La méthode. — De quelle façon s'est opéré l'établissement des Bretons en Armorique ? On a répondu : de la façon la plus pacifique. Sans doute, il a pu y avoir quelques tiraillements entre les émigrants et les indigènes ; mais ceux-ci étaient peu nombreux ; la péninsule était à peu près déserte ; les forêts en occupaient le centre, et le pourtour avait été dévasté de fond en comble par les Saxons. Que les côtes aient eu la visite des pirates germains, saxons, frisons, au Ve, cela n'est pas douteux ; mais il semble vraiment excessif de leur attribuer une destruction à peu près totale du pays : rien n'autorise à le supposer. Les ruines d'édifices gallo-romains que l'on rencontre en si grand nombre seraient leur fait, a-t-on dit, alors que, plus probablement, beaucoup sont dues au temps. Comme les Francs, comme leurs frères du pays de Galles, les Bretons avaient peu de goût pour les villes et castra gallo-romains. Les chefs bretons les plus connus ont leur /is ou résidence seigneuriale, entourée de fossés et de retranchements, au milieu de bois ou d'endroits isolés, d'une défense facile, Ce que le temps n'a pas abattu et le hasard détruit est tombé pendant les guerres entre Francs et Bretons, les guerres intestines des tribus bretonnes ou des princes bretons dans la même tribu, que nous savons avoir été fréquentes et sérieuses, et vraisemblablement aussi à la suite de luttes entre indigènes et Bretons. Quant aux forêts, si elles étaient plus considérables qu'aujour d'hui, c'est une grave exagération de les montrer couvrant tout le centre de la péninsule. La forêt, dite centrale, était composée de très nombreuses et vastes clairières, comme en font foi un nombre de noms de paroisses d'origine gallo-romaine : l'évêché de Saint-Malo n'est-il pas, pour une grosse part, formé par le fameux Pagus-trans-silvam ?

Il y a cependant le témoignage formel de l'évêque de Vannes, Régalis. Lors que Wéroc eut fait sa paix avec Ebrachaire (vers 590) et eut quitté Vannes, l'évêque, entouré de son clergé et des habitants du pays (pagensibus), expliqua ainsi sa conduite au représentant du roi des Francs : Nihil nos nostris dominis culpabiles sumus, nec unquam contra utilitatem eorum superbi exstitimus, sed in captivitate Britannorum positi gravi jugo subdili sumus. Weroc, maître de la zone de Vannes, a traité les Gallo-Romains de cette zone comme lui ou ses prédécesseurs avaient vraisemblablement traité les indigènes avec lesquels ils s'étaient trouvés en contact. Il ne faut pas ici invoquer, entre les Bretons et les Gallo-Romains d'Armorique, des liens de parenté que l'histoire peut jusqu'à un certain point établir, mais qui n'existaient plus visiblement : les deux groupes, on l'a déjà dit, ne parlaient plus la même langue ; les païens étaient nombreux encore en Armorique, tandis que les émigrants étaient sûrement chrétiens. Les Bretons d'Armorique sont une race violente, belliqueuse, aguerrie, excessive en tout, comme les Gallois, au témoignage de Giraldus Cambrensis. Les meurtres, les pillages, les guerres civiles, les excès de toute sorte sont aussi fréquents dans leur histoire que les traits d'héroïsme moral. Ils n'hésitent pas à réduire en esclavage les Gallo-Romains des pays de Nantes et de Rennes. Le christianisme de leurs ennemis ne pèse pas plus à leurs yeux que celui des Scots pour Coroticus, d'après Epistola de Patrice, que celui des Angles pour Catwallon, au témoignage de Béde. Nominoé l'a suffisamment prouvé. Comment supposer, par conséquent, qu'ils aient eu le moindre égard pour des populations à moitié païennes ? Le témoignage d'Ermold le Noir vient à l'appui des paroles de Régalis et les éclaire d'une vive lumière. On peut accorder qu'il puisse y avoir quelque exagération dans les plaintes dont il s'est fait le complaisant écho, mais il n'a pu les inventer ; ce sont bien les Armoricains mêlés aux Bretons qui parlent. Il nous montre les Bretons accueillis par eux parce qu'ils sont chrétiens ; puis, peu à peu, s'emparant des terres de leurs bienfaiteurs, les traitant avec hauteur et dureté, et enfin, non contents du sol qu'ils ont indûment accaparé, se jetant sur le royaume même des Francs. D'ailleurs, même sans ce commentaire, les paroles de l’évêque Régalis sont décisives. Pour les amoindrir, on avance que les Bretons n'auraient occupé le Vannetais oriental jusqu'à la Vilaine que fort tard. Ils n'auraient commencé à s'y glisser qu'à partir de 799 et ne s'y seraient solidement établis que plus tard : c'est après la fondation de l'abbaye de Hedon qu'ils auraient pénétré dans la péninsule de Guérande. Un fait historique semble cependant contredire cette théorie : c'est que, quand saint Félix, évêque de Nantes, va intercéder en 579 pour ses ouailles auprès de Weroc, il le trouve à Aula Quiriaca qui est sûrement Guérande, ou dans les environs. Il est vrai que l'on peut admettre que l'occupation n'a été que momentanée. A défaut de témoignages historiques directs, nous avons un moyen infaillible de trancher la question, c'est de consulter les noms de lieux. Les noms de fundi en -ac ont été surpris par les Bretons en pleine évolution romane ; cette évolution, qui les a amenés à -é dans la Bretagne française, s'est arrêtée en -ac dans la zone bretonnante. Aquiniacus a donné Acigné dans le Rennais et Aguiniac dans le Vannetais. Les Bretons les ont trouvés sous la forme -aco-, -iaco-. Pour qu'ils les aient trouvés sous cette forme, il faut qu'ils aient occupé les fundi dans la seconde moitié du v° ou dans le commencement du vi° siècle, au plus tard. Dès le milieu du vi° siècle, ils les eussent trouvés sous la forme -ago-, -lago- ou même -ego-, -lego-. Ces noms nous seraient arrivés, par conséquent, sous la forme -e ou -i et non sous la forme -ac !, Or, ces noms en -ac sont très nombreux, précisément dans le Vannetais oriental et dans la partie du Nantais, au delà de la Vilaine, occupée par les Bretons. Il est donc sûr que dans toute cette zone, à l'époque de Hégalis et même plus d'un siècle avant, les Bretons dominaient ou formaient la classe dominante. Là, comme ailleurs, comme dans le Vannetais occidental, les indigènes étaient mêlés aux émigrants et ne se sont fondus que lentement avec eux. Ici encore, les noms de lieux sont nos meilleurs témoins. Près de Guérande est le gros bourg de Saillé. On y parlait breton il y a peu de temps. Saillé est anciennement Saliacum. Pour que ce nom ait évolué d'une façon romane, il faut que, en pleine occupation bretonne, on y ait parlé roman. Il en est de même de Séné qui est aujour d'hui en pleine zone bretonnante, sur le golfe du Morbihan. Le nom français des habitants est Sénago, en breton Sénegów, nom évidemment formé sur Senacum ; Berné, près du Faouët, est vraisemblablement identique à Bernay et suppose Bernacum ; Redené, près Pontscorff, parait identique à Radenac dans le Morbihan français. Mais, dira-t-on, comment les Francs ont-ils pu laisser s'établir dans un pays, qui leur était directement soumis et qu'ils surveillaient jalousement, une population dont

La lutte se prolonge pendant trois siècles, depuis le milieu du vi° jusqu'au ix°, avec des chances diverses ; elle se déroule principalement dans le Vannetais occidental, depuis les environs de Vannes jusqu'à l'Ellé. Après l'échec de Conober, chef du Vannetais, en 560, vaincu et tué dans son entreprise contre Clotaire, son frère Macliau, évêque et comte de Vannes, n'obtient pas un meilleur succès et subit le même sort ; mais son fils Weroc, grand batailleur, est le véritable fondateur de l'état Vannetais. Il s'empare de Vannes, bat et extermine, au passage de la Vilaine, une armée franque de Chilpéric, ravage le pays de Rennes et s'avance jusqu'à Cornutium, près Saint-Aubin-du-Cormier. L'histoire de ce temps n'est guère que celle des courses furieuses de Weroc contre Rennes, contre Nantes, en 579, 587, 588, 590, 594. Cependant, Vannes leur échappe ; ils s'obstinent, font une nouvelle tentative pour s'en emparer, en 753, et sont battus par les troupes de Pépin.

Établis dans la péninsule armoricaine, dégarnie de troupes et occupée par une population trop peu dense pour leur offrir une sérieuse résistance, les Bretons ont été d'abord tolérés parce qu'ils étaient chrétiens. Dès qu'ils se sont sentis assez forts, ils ont opprimé les malheureux restes de la population indigène. Celle-ci apprend, à ses dépens, ce qu'est cette race bretonne toujours prête à s'unir aux Bretons qui bataillent sur quel que point de la péninsule. La Domnonée et la Cornouaille les sont placées sous la suzeraineté de Childebert qui intervient dans leurs affaires intérieures. mais des groupes bretons ont réussi à s'y infiltrer, toujours en éveil pour étendre le désordre et donner leur appui aux compatriotes.


TEXTE CORRIGÉ :

Tous ces Bretons sont méprisés et haïs. Nous avons nommé déjà l'évêque Régalis, écoutons-le parler à l'odieux Weroc : « Nous ne sommes en rien coupables vis-à-vis de nos maîtres et nous ne nous sommes jamais élevés orgueilleusement contre leurs intérêts : mais, opprimés par les Bretons, nous sommes sous le joug d'une dure servitude. » Après la victoire de Nominoé, le silence se fait et la péninsule sera asservie pour des siècles à des conquérants, dont les descendants continueront à mettre le nom de Breton audessus de celui de Français. La répartition. — Vers le milieu du VIe, l'Armorique renferme une double population qui répond à deux régions bien distinctes : l'Armorique et la Bretagne. L'auteur de la Vie de saint Samson nous parle de actibus qui citra mare in Britannia ac Romania fecit. En 567, pareille distinction au concile de Tours. Grégoire de Tours y revient à différentes reprises et nous apprend que les pays de Rennes, de Nantes et une partie du pays de Vannes, au VIe et jusqu'à la conquête définitive par Nominoé, étaient considérés comme hors de la Bretagne. Nous voyons saint Arthmail quitter le pays de Redon, pour s'enfoncer dans la Bretagne déserte. En 818, Louis le Débonnaire part de Vannes pour entrer en Bretagne avec son armée, nous dit Einhard : His ila disposilis, ipse cum maximo exercitu, Britanniam adgressus generalem conventum Venedis habuit. Inde memoratam provinciam ingressus... En 824, le même empereur se trouve à Hennes : fiedonas civitatem terminis Dritanniæ contiquam venit. En 850, la garnison de Rennes capitule devant Nominoé, qui l'exile en Bretagne : in Britanniam que exsiliati sunt.

Ces indications ne permettent pas de soutenir que les territoires de Rennes, de Nantes et du Vannetais oriental ne subissaient nulle part la présence des Bretons. Même lors que Vannes est au pouvoir des Francs, les Bretons sont répandus dans toute l'étendue du Vannetais. Il existe une carte frontière des pays romain et breton, dressée par A. de Courson pour l'intelligence du cartulaire de Redon au IXe ; elle est suffisamment exacte pour qu'on accepte une limite partant des bords de la Loire, à gauche de la ville de Donges, et allant rejoindre la Vilaine un peu plus haut que Bourg-de-Combs, en passant par Brambu, Cambon, Quéhillac, Quilly, le Gàvre, Pierric, Fougeray. Au delà de cette limite, les noms d'hommes sont en général francs et les noms de lieux gallo-romains ; c'est-à-dire que nous rentrons dans la civilisation. En quittant la Vilaine, la ligne de démarcation des deux langues passait par Mordelles, Langon, Languonet, Lanrigan, Cuguen, pour aller aboutir à l'embouchure du Couesnon.

La Bretagne, au VIe, est occupée par trois grandes tribus : les Dumnonii, les Cornovii et les Bretons de Bro-Weroc. Les noms des deux premières indiquent clairement de quel point de la Grande-Bretagne portait une immense forêt ; la frontière semble franchir l'Oust de quelques lieues.

La limite est et nord-est des Cornovii part de l'embouchure de la Laita, formée par l'Isole et l'Ellé, la limite du breton au IXe, les noms en -acum sont devenus en -é. À l'ouest de la limite bretonne apparaissent les noms en -ac. Le breton conserve le e final et il a été parlé dans tout le pays pendant la période de transformation en -é des noms en -acum ; de sorte que ces noms en -ac sont restés, jusqu'à nos jours, tels qu'ils étaient au IXe. Ces noms gallo-romains sont extrêmement nombreux dans la zone où la langue bretonne a cessé d'être parlée quel que temps après l'invasion normande, très rares dans la zone où le breton a persisté. Dans la zone bretonnante, on compte à peine quinze noms en -ac, dont sept ou huit d'origine douteuse ; dans l'ancienne zone bretonnante devenue française, ils atteignent le chiffre de cinquante à soixante. Si on y joignait tous les noms en -ac désignant des hameaux dans le cartulaire de Redon, on dépasserait le chiffre de quatre-vingts. A supposer qu'on étende cette proportion au reste de la Bretagne francisée, on arriverait à un total de plusieurs centaines de noms en -ac. D'où il est permis de conclure que la population gallo-romaine, dans toute cette région, était fort dense et, si le breton y a dominé, la langue romane n'a jamais cessé d'y être parlée. La population conquérante ayant disparu ou considérablement diminué en nombre à la suite de l'invasion normande du commencement du Xe, la langue indigène n'a pas tardé à reprendre le dessus et à étouffer, au bout d'un siècle ou deux, la langue bretonne.

Les émigrants se partageaient en trois groupes principaux : Bretons de Weroc, Cornovii et Dumnonii. Les premiers reconnaissaient l'autorité du siège de Vannes qu'ils avaient trouvé établi, mais ils s'efforçaient d'y faire asseoir des prélats bretons. Le territoire occupé par la tribu des Cornovii n'a pas dû être érigé en évêché avant le VIe : il est clair que la délimitation du diocèse de Cornouaille ne s'inspire d'aucune nécessité géographique et que l'évêque de Quimper étendit sa juridiction partout où il trouvait des Cornovii. Les Dumnonii occupaient une vaste région, située entre la rade de Brest et le Couesnon, dans laquelle on tailla plusieurs évêchés. D'abord celui de Léon, parfaitement délimité et qui ne subit aucune modification jusqu'en 1502. Ensuite, quatre autres évêchés qui se développèrent autour de quatre monastères : Saint-Brieuc, Tréguier, Dol, Aleth.

Il semble que les fondateurs des évêchés bretons commencèrent par être évêques missionnaires. La Vie de saint Tutwal, fondateur de Tréguier, nous le montre prêchant dans presque toute l'Armorique. Les moines ayant rang d'évêques devaient être nombreux parmi les émigrants bretons. La dignité épiscopale ne semble pas avoir été, en Bretagne comme en Irlande, inséparable de la dignité abbatiale. C'est, du moins, ce qu'on peut induire de la Vie de saint Paul Aurélien qui, parvenu à l'extrême vieillesse, se démet de l'exercice de ses fonctions en faveur d'un de ses disciples, lequel meurt au bout d'un an et que Paul remplace. Celui-ci meurt encore au bout d'un an et un jour, et Paul procède à une troisième nomination, ce qui prouve qu'il conservait l'autorité et la direction suprême de l'évêché pour lequel il se choisissait des coadjuteurs.

En fait, la dignité épiscopale était inséparable de la dignité abbatiale jusqu'au IXe, ainsi qu'en témoigne la Chronique de Nantes.

Après la victoire de Ballon sur Charles le Chauve, Nominoé veut, comme nous l'avons dit au début de ce travail, fonder une Église indépendante de la métropole de Tours. À cet effet, il fait déposer les évêques de Vannes, d'Aleth, de Corisopitum et des Ossismes qui auraient pu résister à ses desseins, et, avec les quatre évêchés susdits : Vannes, Aleth, Corisopitum, Léon, il fait sept évêchés. Mais ceci dépasse la limite chronologique de nos recherches.

H. LECLERCQ.


MIHIEL (SAINT-). — Un couvercle de cercueil ancien fut trouvé, vers 1869, dans un champ situé sur le territoire de Bannoncourt, près de la route de Saint-Mihiel à Verdun ; il porte des figures tracées au trait. A. de Gaumont le croyait d'époque carolingienne ou des derniers temps de l'époque mérovingienne ; ce dernier point nous semble douteux.

H. LECLERCQ.


MILAN. — I. La ville. II. Le De situ urbis Mediolanensis, III. La liste épiscopale. IV. Saint Barnabé. V. Le catalogue des premiers évéques de Milan. VI. Valeur historique de l'ancien catalogue. VII. Intégrité du catalogue. VIII. Les évêques : 1. Anatalon, 2. Caius. 3. Castricianus. 4. Galimerus. 5. Monas. 6. Miroclès. 7. Maternus. 8. Protasius. 9. Eustorgius, 10. Dionysius. 11. Auxence, 12. Aurelius Ambrosius : a) La chronologie. b) La tombe. c) Bibliographie. 13. Simplicianus. 14. Venerius. 15. Marolus. 16. S. Martinianus. 17. S. Glycerius. 18. S. Lazarus. 19. S. Eusebius. 20. 5. Gerontius. 21. S. Benignus. 22. S. Senator. 23. S. Theodorus. 24, Laurentius I. 25. Eustorgius II. 26. S. Magnus. 27. S. Datius. 28. Vitalis. 29. Auxanus. 30. Honoratus. 31. Frontus Arontius. 32. Laurentius II. 33. Gonstantius. 34. Deusdedit. 35. Asterius. 36. Fortis. 37. 5. Johannes bonus. IX. La ville chrétienne, X. Saint-Ambroise. XI. L'autel d'or de la basilique ambrosienne. XII. Bibliographie (principalement) de la basilique ambrosienne. XIII. Saint-Aquilin. XIV. Aurona. XV. Saint-Babylas. XVI. Saint-Calimère : XVII. Saint-Celse. XVIII. Saint-Étienne in brolio, XIX. Saint-Eustorge. XX. Saint-Genés, XXI. Saint-George in palazzo. XXII. Saint-Hippolyte. X XIII. Saint-Jean in conca. XXIV. Saint-Laurent. 1. Saint-Aquilin. 2. Saint-Genés. 3. Saint-Sixte, 4. Saint-Hippolyte. XXV. Sainte-Marie-Majeure. XXVI. L'église des Saints-Nabor-et-Félix. XXVII. Saint-Nazaire, X XVIII. Saint-Satyre. XXIX. Saint-Sépulcre. XXX. Saint-Simplicien. XXXI. Sainte-Thécle. X XXII. Sainte-Valérie. XXXIII. Saint-Vincent in prato. XXXIV. Sarcophages. XXXV. Opus sectile marmoreum. XXXVI. Ivoires ; XXXVII. Gemme. XXXVIII Coffret. XXXIX. Carre aux. XL. Portes. XLI. Épigraphie. XLII. Liturgie milanaise. XLIII. Manuscrits liturgiques. XLIV. Le Comes ambrosien. l. LA VILLE. — « Pour une ville d'Italie, Milan n'a pas une origine fort ancienne. Ce qui serait, dans nos pays barbares, une antiquité reculée, n'est rien ici. Une ville française s'enorgueillit de remonter aux Romains, une ville italienne qui n'est point étrusque, M | ou tout au moins grecque, date d'hier , » A l'origine, un présage et une étymologie, rien de | plus ; les philologues, qui érigent en règle les faits accomplis, se débattent avec ce Mediolanum qui les déroute. Les géographes ne se trouvent pas plus à leur | aise avec cette ville qui surgit à distance des fleuves, | des rivières et semble n'avoir pas même songé à se ménager des sources. En 221, les consuls Cornelius Scipion et Marcus Marcellus reprennent la ville aux Gaulois ; en 292, elle devient la capitale du vicariat | d'Italie et Maximien Hercule en fait sa résidence. — C'est de Milan qu'en 313, Constantin date un édit fameux entre tous, En 364, Milan devient la métropole de l'Italie et la capitale de l'Occident ; en 452, Attila la détruit ; en 539, Uraias l'abime et la pille ; ce n'est qu'en 808 que son évêque Anspert la relèvera. M Cependant, au IVe, Ausone avait admiré ses. palais, ses édifices dont il ne subsiste presque rien, si ce n'est une colonnade de 9 mètres de haut, seize colonnes dans une rue de faubourg, prés de l'église Saint-Laurent, vestiges du palais de Maximien . titre, on désigne un document d'hagiographie milanaise qui se compose de 1° un prologue, 2° une description de la ville de Milan et de son territoire : De situ m urbis Mediolanensis ; 3° la biographie de saint Barnabé et des premiers évêques de Milan jusqu'à saint Materne : Vilæ pontificum Mediolanensium. Get ensemble \ qu'on a essayé de disjoindre forme, au contraire, un tout solidement uni. Les arguments invoqués contre Le De situ et les Vilz sont parfois cités comme deux opuscu les distincts, ce qui s'explique par la diversité des matières dont ils traitent, et d'ailleurs Landulfe FAncien, qui écrivait au XIe, renvoie aux deux traités comme s'ils formaient un texte uni que. L'unité de composition se trahit dans certains passages. À propos des voyages de saint Barnabé, l'auteur glorifie Milan : Post romanam arcem famosissima jam tunc habebatur civitas saepe dicla Mediolanum, quippe quæ pari ditione sublimis secunda post ipsam, ut præfalus sum, Augusta les oceidui imperii infulas retentabat ?. Or, pour retrouver ce langage (ut praefatus sum) il faut se reporter au De situ. Un autre indice, non moins concluant, de l'union étroite qui existe entre les deux opuscu les, c'est dans le prologue — que personne ne peut songer à disjoindre des Vitz pontificum — une imitation servile de celui de la Vita sancti Epiphanii par Ennodius de Pavie ; et ce systéme d'emprunt littéral à Ennodius se retrouve dans le De situ, pour le passage : inest nempe illis staturz proceritas... ornate prolixitalis , “ce qui permet de dire : En faut-il davantage pour | —reconnaitre l'identité de provenance ??

Ce n'est pas tout. On a avancé que le De situ urbis Mediolanensis, tel que nous le possédons, ne représente qu'une partie de la composition primitive et on en a »apporté comme preuve un extrait de Landulfe l'Ancien (XIe) et de Benzo d'Alexandrie et Galvano - Fiamma (XIVe) * ; mais les citations de ces deux « derniers chroniqueurs sont d'une exacte ressemblance et Fiamma ne se privait pas du plaisir de copier Benzo. Celui-ci apporte des détails qui manquent dans »Landulfe. Reste à savoir la source de ces détails : “viennent-ils d'un texte du De situ que nous ne possédons plus ou d'ailleurs ? On poserait la méme question au sujet de Landulfe qui amplifie une citation du De situ en la transcrivant. Nous venons de voir que l'au- teur du De situ ne s'interdit pas les emprunts à Enno« dius, et à d'autres peut-être, mais cela ne suffit - pas à lui dénier d'être un morceau original, formant - partie intégrante de la rédaction primitive.

A quelle date faut-il rapporter le De situ ? Biraghi - ne parlait de rien moins que du Ve, et c'est assurément remonter bien haut. Landulfe l'Ancien, le chroniqueur le plus proche de la rédaction primitive, écrivait à la fin du XIe et il ne semble pas éloigné du - De situ par beaucoup d'années, sans qu'il soit possible de trop préciser. Quant aux Vilz pontificum qui n'en doivent pas être séparées, c'est un tissu de fables dont le caractère tendancieux est manifeste. L'auteur trahit des préoccupations de juridiction ecclésiastique, c'est incontestable, mais, contrairement à ce qu'on a avancé, il ne se fait pas l'écho des anciennes rivalités entre l'Église de Milan et le Siège de Rome. Sa préoccupation ne se tourne pas contre Rome, mais contre d'autres siéges épiscopaux de l'Italie septentrionale. Le texte ne fait pas la moindre allusion à l'antagonisme entre les Églises de Rome et de Milan ; il affirme, au contraire, très explicitement, la dépendance de Milan vis-à-vis de Rome, réserve faite toutefois de certains droits de juridiction sur des Églises du nord de l'Italie . XIe, Dès 1892, L. Duchesne avait pressenti cette conclusion lorsqu'il écrivait que « rien ne s'oppose à ce que cette compilation soit l'œuvre soit de Landulfe, lui-même, soit de quel que contemporain ». Or, l'auteur de ce qu'on continue à appeler — nous ne savons pour quelle raison et contre toute justice — JDatiana historia, écrit, pour expliquer comment le cinquième évêque de Milan, Mona, pouvait être le contemporain du vingtième pape de Rome, que les évêques de Milan jouissaient d'une remarquable longévité : Perrari, quibus non us que ad grandevitatem terminus vitæ praesentis decucurreril. Cependant, pareille constatation ne se vérifie ni pour le IXe, ni pour le Xe. De 980 à 1071, au contraire, on ne compte à Milan que quatre archevêques, alors que Rome, durant le même laps de temps, vit passer dix-huit papes sur le siège de saint Pierre.

Landulfe l'Ancien est l’auteur reconnu d'une Historia Mediolanensis , composée à la fin du XIe et qui a servi au R. P. Savio à instituer une comparaison linguistique minutieuse avec le De situ, comparaison qui l'amène à conclure à l'identité d'auteur pour les deux écrits . Landulfe avait d'ailleurs intérêt à publier le De situ et les Vitæ sous le voile de l'anonymat. Dans son JTistoria Mediolanensis, il en parle comme d'une œuvre datant de plusieurs siècles : c'était une manière de donner créance au récit de l'arrivée de saint Barnabé à Milan qui s'y trouve relatée *.

On peut considérer maintenant la démonstration comme acquise, dût-elle subir quelques contradictions qui, recevables sur des points de détails, n'entament plus le résultat obtenu *.


III. LA LISTE ÉPISCOPALE. — Avant d'aborder l'étude sommaire des fastes épiscopaux de l'Église de Milan, il a semblé nécessaire d'entrer dans les détails qui précèdent sur un document toujours invoqué sur ce sujet et de si mince valeur en comparaison des diptyques d’où ces fastes épiscopaux dérivent directement. I] nous reste encore une autre précaution à prendre, celle d'examiner le crédit à accorder à la légende relative à la fondation de l'Église de Milan par l'apôtre saint Barnabé.

Le sacramentaire de Bobbio, du VIe, contient, au Memento, le nom de saint Ambroise qui ne se lit pas dans les sacramentaires romains, ni dans les anciens livres de ce genre exécutés en pays franc, et qu'on rencontre dans les sacramentaires milanais de date postérieure ; circonstances qui invitent à placer le sacramentaire de Bobbio en tête des livres analogues du rit ambrosien. De plus, au Nobis quo que peccaloribus, on retrouve le nom de saint Barnabé, qui figure dans tous les anciens exemplaires du canon romain. mat elqw Cu prom eom erc ? Vile TELE Rol reor rur ger itcr utin s Acc Wm ER MIE UT us nr mds 5 - - sie = 5L rnt mo om om D moon un om go ee Une du à 4m à on à à one ne 987 C'est le seul des anciens sacramentaires ambrosiens où ce nom ait été maintenu !. On ne s'est pas interdit de développer les listes des saints dans le Communicantes, le Nobis quo que et le Libera nos ; on y a introduit beaucoup d'évêques de Milan et de martyrs honorés à Milan, mais on a effacé le nom de saint Barnabé de l'endroit où il se trouvait et cette suppression a duré | jusqu'à nos jours. Il partage ce sort avec d'autres, tels que Lin et Clet, effacés dans le Communicantes, Matthias, Ignace et Alexandre dans le Nobis quo que.

Voici pour le VIe ; passons au XIe. — En 1059, saint Pierre Damien préche à Milan en présence de l'archevêque, du clergé et du peuple en faveur de la réforme grégorienne ; il en prend occasion pour faire l'histoire des origines de cette Église, qu'il montre fondée par saint Pierre et saint Paul. Les martyrs Gervais et Protais étaient disciples de saint Paul, saint Nazaire avait été baptisé par saint Lin sur l'ordre de saint Pierre, puis envoyé de Rome à Milan avec saint Gelse. De Barnabé il n'est pas question ; on n'en disait donc rien à Milan au XIe. En outre, le catalogue épiscopal qui s'arrête en 1075 avec le décès de l'évêque Guy fait commencer la suite des évêques par saint Anathalon ; une copie de ce catalogue prolongée jusqu'en 1126 ignore également Barnabé.

Le catalogue de 1075, continué jusqu'en 1206, fut copié au XIe dans un recueil de documents relatifs à l'Église de Milan que l'on appelait Beroldus ; on y ajouta une note au commencement sur saint Barnabé. Le Beroldus est perdu, mais en 1296, ou peu après, le catalogue fut recopié dans un autre exemplaire appelé nouveau Beroldus et qui existe encore. C'est donc entre 1206 et 1296 que saint Barnabé a fait son apparition dans la liste épiscopale de Milan.

Ce sont là les témoignages officiels, lesquels montrent d'ordinaire assez peu d'empressement à accueillir les nouveautés. Sur ce point, les particuliers sont souvent en avance et nous l'allons voir à Milan.

Au xi siècle, l'Église de Milan posséda deux clercs, Arnulfe et Landulfe, qui s'intéressaient au passé historique de leur Église. Arnulfe composa des Gesta episcoporum Mediolanensium qui vont de 925 à 1077 et Landulfe est, nous l'avons déjà dit, l'auteur d'une Historia Mediolanensis ? poursuivie jusqu'en 1085. Tous les deux aimaient leur Église et ses privilèges, ils en aimaient même les abus que le pape Grégoire VII voulait supprimer. Arnulfe ne souffla mot de saint Barnabé, quoi que les occasions ne lui fissent pas défaut, Landulfe nous est présenté par L. Duchesne comme « un enragé, pour qui la distinction du vrai et du faux cesse d'exister dès que l'intérêt de sa cause est en jeu ». Il se réclame de saint Ambroise et lui associe saint Barnabé dans deux pièces accessoires à son récit : un poème servant d'introduction au II* livre et un discours prêté à l'archevêque de Milan, Benoît, au début du vi siècle, Poème et discours sont de la fabrication de Landulfe qui ne manque pas de mettre sur les lèvres de Benoit une allusion à un écrit ancien d'où il tire ce qu'il dit de la fondation du siège de Milan par Barnabé.

Cet écrit, nous ne l'ignorons pas, c'est le De situ civitatis Mediolanensis que Landulfe connaissait lui aussi et d'autant mieux qu'il en était l'auteur. C'est dans le De situ que se trouve la première mention de l'apostolat milanais de saint Barnabé. En plus, il y a 988 un sermon publié par Mombritius et par Papenbrack 5 qui dit l'avoir tiré d'un manuscrit du x siècle. Papenbræck n'en donne que le début où il n'est pas question du séjour de Barnabé à Milan. On le trouve dans des manuscrits du Mont-Cassin, de Namur ? et p Bruxelles du xi siècle et depuis, et le voyage à Milan est passé sous silence. Celui-ci aura donc été intercalé dans le manuscrit dont se sont servis Mombritius et L. Biraghi . :

Un autre document, soi-disant antérieur au xi siècle, est un passage d'une homélie prononcée dans la seconde moitié du vii ? siècle par un évêque de Verceil : appelé Beringus. Or, ce témoignage se ramène aux quelques lignes suivantes de Mgr Bonomio, évêque de Verceil, dans ses Antiquorum PP. sermones et epistola : de 5. Eusebio Vercellensi ' ? : Primum fidei mysteriis, Dei singulari benignitate, iam imbuti estis us que ab. initio nascentis religionis, quo scili cet tempore sanctus | Barnabas apostolus in omni fere Insubria ac Liguria evangelium disseminavil. C'est ce texte, tiré d'un livre imprimé en 1581 qui, par des transformations successives, est devenu un témoignage de l'évêque Beringus de Verceil au viii siècle, lequel n'a jamais existé, En conséquence, la légende de l'apostolat milanais. de saint. Barnabé a pour premier témoin Landulfe.

Celui-ci tient à établir que Milan est le premier siège d'Italie après Rome, il réclame donc la seconde place dont Milan, affirme-t-il, a toujours joui. Les évêques de Milan ont reçu la suprématie sur ceux de Ligurie, de Vénétie, d'Emilie, de Rhétie, des Alpes Cottiennes, et même d'une partie de la Tuscie.

Il est très exact qu'au temps de saint Ambroise la circonscription métropolitaine de Milan s'étendait à tout le diocèse d'Italie, c'est-à-dire à toute l'Italie du Nord. Mais cette situation dura peu de temps. La fondation des métropoles d'Aquilée et de Ravenne enleva « à Milan la deuxième Rhétie avec la plus grande partie de la Vénétie et de l'Emilie et telle était la situation à l'époque où fut rédigé le De situ civilatis Mediolanensis. | Hav-.ane était devenue résidence des empereurs, des rois goths et des exarques. Aquilée avait, depuis « le v siècle, un métropolitain qui se disait patriarche | et cependant Milan demeurait le premier siège italien | après Rome ; son opulence lui permettait de considérer sans en prendre trop d'ombrage les titres pompeux de Ravenne et d'Aquilée. Cependant, il était prudent de veiller. Certains évêchés cherchaient dés lors à s'émanciper de la juridiction milanaise et trouvaient appui à Rome et à Aquilée, Depuis le commencement du vii siècle, Favie ne relevait plus de Milan, son évêque avait le droit d'être consacré par le pape. L'archevêque Benoit fit, vers 710, le voyage de Rome pour tâcher de ressaisir ce suffragant ; il échoua. Vers la fin du ix* siècle, l'évêché de Côme, malgré sa proximité de Milan, appartenait certainement à la province d'Aquilée.

Non seulement Milan voyait se réduire le nombre de ses suffragants, on empiétait sur ses droits historiques à être, après Rome, la première des métropoles italiennes. Ravenne s'efforçait de supplanter Milan et y réussissait. En 794, au concile de Francfort, le Sacrosyllabus des évêques italiens énumère les provinces ecclésiastiques dans cet ordre : Milan, Aquilée, Ravenne ; en 811, le testament de Charlemagne mentionne Rome, Ravenne, Milan ; en 827, au concile de Mantoue, l'évêque de Ravenne a le pas sur celui de Milan et les actes portent que saint Pierre ordonna Hermagore proton Italis pontificem ; enfin, le 15 décembre 963, le pape Léon VIII ordonne que ut inter omnes ilalicas ecclesias se des prima post romanam Aquileiensis habeatur. Ceci consacrait le fait accompli, puis que, la semaine précédente, le 4 décembre, le représentant du patriarche malade d'Aquilée siégea avant les archevêques de Milan et de Ravenne.

La longanimité des archevêques de Milan eut un terme ; au xi siècle un conflit éclata. Nous n'avons pas à en retracer les phases, mais il semble que ce fut dans ces circonstances dramatiques que les clercs de Milan s'avisèrent d'opposer à l'évangéliste saint Marc, fondateur présumé du siège patriarcal d’ : Aquilée, un quasi-apôtre : Barnabé. Ils n'inventaient rien, puis que l'idée avait été lancée dans les catalogues grecs mis en circulation par les Noms de | documents l'épiscopat Anatalon XIII i Caius XXII | Castricien XLI | Calimére LIII Mona LVIII-LXIV (M) 314 | Miroclès XXII i Materne XII 342 - 343 Protase AAV Eustorge XVII 355 f avant 362 | Denis XIIII | 374 - 397 Ambroise XXVI | 397 Simplicien X | avant 402 Venerius VIII, VIII (M) peu plus de saint Barnabé en Occident, mais sans jamais l'acheminer vers Milan ; ce ne fut qu'au xi siècle que les Milanais jugèrent Barnabé de bonne prise et se l'annexèrent. Dès lors, à supposer que les traductions des catalogues grecs y fussent pour quelque chose, on l'adopta de bonne foi, la légende fit son chemin, les livres liturgiques et les listes épiscopales se montrèrent accueillants au dernier venu qu'on plaça au premier rang. La falsification consciente ne se produisit que plus tard, au temps de la Renaissance ; nous en verrons les témoignages dans des inscriptions fausses qui seront transcrites plus loin.

V. LE CATALOGUE DES PREMIERS ÉVÉQUES DE MILAN. — En tête du tome vii du mois de mai des Acta sanctorum, le P. Papenbrœck donna une dissertation dans laquelle il discute la liste des évêques de Milan depuis les origines jusqu'au XIMe *. Ce travail a été repris de nos jours par le P. Fedele Savio ? qui considérait que la source la plus digne de foi — la seule peut-être digne de créance — est le catalogue qui, selon toute apparence, fut dressé d'après les anciens diptyques de l'Église milanaise ?.

Ce catalogue était autrefois conservé par trois manuscrits représentant une même rédaction primiRien (A.M), in ecclesia sua (B).

Lieu de la sépulture Man que (A. M), à Brescia (B), inconnu (D).

Conc. sanctor. (A.M) ; S. Nabor (B) ; in horto Philippi (D).| S. Jean ad Concam (A.M.B) ; cœmel. rom. (D). in ecclesia sua (B).

Saint-Vital (A.M.B).

Saint-Victor (A.M.HB).

Saint-Nabor (A.M.HB).

Saint-Victor (A.M.B).

Rien (A.M), in ecclesia sua (B).

Rien (A.M), in ecclesia sua (HR).

Rien (A.M), in ecelesia sua (H). Saint-Nazaire (A.B), basilica apostoli (M). logue d'évêques. A ces rédactions vient s'ajouter la liste des Vil pontificum Mediolanensium qui fait partie du De situ urbis Mediolanensis. L'auteur de cet écrit a forgé de toutes pièces une chronologie des évêques qu'il fait commencer sous le règne de Néron et qu'il poursuit jusqu'à l'épiscopat de Miroclès, où nous rencontrons des documents recevables pour fixer la chronologie. Nous donnerons ici les noms des évêques, la durée de leur épiscopat et le lieu de leur sépulture d'après ces quatre catalogues désignés respectivement par les sigles À (le ms. de l'Ambrosienne), M (le ms. perdu de l'église métropolitaine), B (le catalogue annexé à Beroldus) ; D (le catalogue du Le situ).

Dans la première colonne de gauche sont indiquées les dates fournies par les documents sur l'existence des évêques.

Dans les trois catalogues, l'ordre des noms est identique. Le De situ place Materne avant Miroclés.

Landulfe l'Ancien a composé le De situ avec l'intention de servir la gloire et de soutenir les revendications de l'Église de Milan, dont il prétendit fixer l'origine, depuis l'an 64 environ de l'ère vulgaire jusqu'à Maximien. Landulfe eut certainement à sa disposition le catalogue A, peut-être avec les dates qu'on y lit encore. Pour disposer la série des évêques depuis »NE o mE ` ayuya EATEN EAA Jai e er den $ « M E ———— as at tm es mé sen dre murs ÉD ne ln un dns ni, ae Co cmn 991 l'an 64 jusqu'à Maximien, qu'il suppose contemporain de Materne, les dates inscrites au catalogue ne lui donneraient que 200 ou 205 années ; or, il lui en fallait 239 pour atteindre l'année 303, marquée par la grande persécution, et, à tout le moins, 222 afin de parvenir à l'année 286, au cours de laquelle Maximien devint le collègue de Dioclétien.

Landulfe ne fut pas embarrassé pour si peu ; il eut recours aux vacances de siège, on pourrait même dire qu'il en abusa. Après la mort de Caius, deuxième évêque, il introduit dans la chronologie une première vacance de onze ans ; après la mort de Calimére, deuxième vacance de un an et demi ; après la mort de Mona, troisième vacance de deux ans. Fort ingénieusement, il s'aperçoit que Caius et Mona ne jouissent ni l'un ni l'autre d'un culte et il fait donc coïncider leur mort avec une période de persécution, ce qui aide à expliquer la vacance subséquente. Les onze années qui suivent la mort de Caius coïncident avec la persécution de Domitien et l'élection de Nerva permet l'élection de Castricien, successeur de Caius. De même, la mort de Mona se place pendant la dernière année du règne de Philippe l'Arabe, et la vacance suivante pendant la persécution de Déce. Le successeur de Déce, Gallus, n'est pas d'humeur à persécuter, et les fidèles de Milan en profitent pour élire Materne.

Mais, comme ces quinze années ne sont pas suffisantes, Landulfe s'avise d'un autre Lour. Après Castricien, il fait siéger Materne qui, dans le catalogue, suit immédiatement Miroclès, et, au lieu de douze ans que le catalogue assigne à Materne, il lui attribue de quarante à cinquante ans, c'est-à-dire toute la période comprise entre 251, première année du règne de Gallus et la persécution de Dioclétien et Maximien, soit que l'on date celle-ci de 286 ou de 303.

Pour trouver les années qui étaient nécessaires à l'établissement de sa chronologie, Landulfe recourut à un procédé d'une simplicité qui désarme ; il se contenta d'ajouter à différents chiffres un X. L'évêque Constance gouverna, d'après le catalogue, pendant XVIII ans, c'est que Landulfe lui a libéralement accordé dix années, car nous savons, par les lettres de saint Grégoire, que Constance ne fut évêque que pendant huit années. Une fois qu'il eut trouvé cette solution, Landulfe la prodigua. Ainsi, pour la première moitié du v* siècle, nous en trouvons une exacte vérification : de Venerius à Eusébe, le catalogue compte cent ans ; or, on sait que Venerius était évêque en 401 et Eusébe en 451. Pour d'autres périodes on constate le recours au même procédé. Quant aux cinq premiers évêques, le faussaire s'accorda une liberté plus grande encore ; il ajouta aux années de pontificat un L, ou bien changea un X en L.


VI. VALEUR HISTORIQUE DE L'ANCIEN CATALOGUE. — Ce catalogue, dit le P. Savio, donne trois sortes de renseignements : les noms des évêques, la durée de leur épiscopat et le lieu de leur sépulture.

Quant à l'endroit de leur sépulture, Oltrocchi a déjà démontré que c'est là une addition postérieure, faite à une époque relativement récente, peut-être au xi* siècle !.

Les dates attribuées à l'épiscopat de chaque évêque sont également douteuses.

D'abord, on sait combien les chiffres peuvent aisément s'altérer au cours de nombreuses transcriptions. Les chiffres romains qui désignent les nombres cinquante, cinq et dix, c'est-à-dire L, V, X, s'ils ne sont pas tracés nettement, peuvent s'échanger avec la plus grande facilité. On en peut donner pour exemple les chiffres de l'épiscopat de Mona qu'on trouve LVIIII dans À, B, D, et LXIV dans M. Il est certain que dans le copie primitive le chiffre était LVIIII ou LXIIII, et dans A, B, D on adopta V pour second chiffre, alors que M adopte X. Ensuite, on se conforma à l'usage qui prévalut, on remplaça IIII par IV, et c'est ainsi qu'on eut L XIV.

Si on confronte les documents certains avec les chiffres attribués aux évêques du iv* siècle, il résulte que, peut-être, pas un de ces chiffres n'est exact. En effet, pour commencer par Simplicien, on sait, d'une façon certaine, qu'il fut élu en 397 et mourut avant le 18 juin 401, date à laquelle Venerius lui avait succédé ; il ne gouverna que trois ou quatre ans et non pas dix ans, en sorte que le chiffre X lui est attribué par erreur.

Autre erreur : saint Ambroise fut consacré évêque le 7 décembre 374 et mourut le 4 avril 397, il a donc gouverné pendant XXII ans et non pendant les XXVI que lui attribue le catalogue.

De même, nous savons que Denis mourut en exil, avant le rappel par Julien des évêques condamnés par Constance. Si l'on suppose que Denis mourut en 361 (date de l'avènement de Julien) ou en 362, il faudra faire remonter la première de ses quatorze années d'épiscopat à 347 ou à 348. Mais entre l'année 348 et l'année 314, où on possède des mentions certaines de l'épiscopat de Miroclès, s'écoulèrent trente-quatre ans seulement, tandis qu'en additionnant tous les chiffres que les catalogues donnent aux trois évêques qui ont siégé entre Miroclès et Denis, on arrive au total de cinquante-quatre ans. Il y a donc, dans les chiffres des trois évêques, Materne, Protase et Eustorge, l'erreur de vingt ans au moins au-dessus du chiffre réel.

Le fait que presque toutes les dates des sept évêques du iv* siècle, depuis Miroclès, sont erronées constitue un grave préjugé contre l'exactitude des années d'épiscopat attribuées aux cinq évêques prédécesseurs de Miroclès. En outre, au vi siècle, époque à laquelle fut transcrite la partie la plus ancienne du catalogue, beaucoup de villes se targuaient de faire remonter leurs premiers évêques aux origines mêmes du christianisme. Il y a tout lieu de se défier des épiscopats extraordinairement longs attribués par le catalogue à trois des cinq premiers évêques : Castricien, 41 ans ; Calimère, 53 ans ; Mona, 59 ou 64 ans. Concluons que, pour les cinq prédécesseurs de Miroclès, nous n'avons de certain que leur existence et leur nom.


VII. INTÉGRITÉ DU CATALOGUE. — Le catalogue X est le plus ancien et le plus digne de foi que nous possédons sur la nomenclature et l'ordre de succession des premiers évêques de Milan. Il faut donc le maintenir en l'état où il nous est parvenu, à moins d'apporter des raisons péremptoires. Tel n'était pas le cas pour les changements acceptés par Papenbrœck relativement à Materne et à Eustorge.

Trop confiant dans l’auteur du De silu, Papenbreck a placé Materne avant Miroclès, et Eustorge avant Protase, contrairement au catalogue. Le P. Suyskens tomba dans la même erreur quand il traita de saint Eustorge ?, et le P. Savio a pu écrire que l'argumentation des deux bollandistes ne tient pas debout ; nulle raison dès lors de nous écarter de l'ordre de la succession des premiers évêques tel qu'il est fixé par le catalogue. La conclusion c'est qu'il n'existe ni argumentation, ni document qui puisse faire remonter l'origine du siège milanais au-delà de l'année à laquelle on atteint en additionnant les chiffres formés par le catalogue pour la durée de chaque épiscopat. Ces chiffres commencent à l'année 314, que nous voulons bien accorder comme ayant été la dernière de Miroclès ; ils donnent la somme de 210 ans. Donc l'année 104 doit être considérée comme le terme extrême, avant lequel il n'est pas possible historiquement d'admettre la fondation du siège épiscopal de Milan. Si on accepte tous les chiffres du catalogue en les supposant exacts, on voit que le quatrième évêque, saint Calimère, n'a pu commencer son épiscopat qu'en l'an 180 au plus tôt, car les trois épiscopats précédents fournissent ensemble un total de soixante-seize ans, lesquels, ajoutés à 104, font précisément 180. Donc, il n'a pu être contemporain de l'empereur Hadrien, mort en 138. Si l’on ne veut pas accepter les chiffres du catalogue, on aura moins encore de droit pour faire remonter au i siècle l'épiscopat de saint Calimère ; car, eu égard aux seules raisons de probabilité tirées de la moyenne de la vie des évêques, le gouvernement de cinq évêques ne peut embrasser une période plus longue que celle d'un siècle, et ainsi l'origine du siège épiscopal de Milan ne peut être beaucoup antérieure à l'an 200, comme L. Duchesne l'a remarqué très judicieusement.


VIII. LES ÉVÊQUES. — 1. Anatalon. — Le premier évêque certain de Milan est Anatalon (Anatholon, Anathelon, Anatelon) ou Anatole. On remarquera que les premiers titulaires de chacun des trois plus anciens siéges de la Haute-Italie : Milan, Aquilée et Ravenne, portent des noms orientaux. Nous avons dit qu'on ignore les dates de son épiscopat, mais si on considère que son cinquième successeur, Miroclès, siégea aux synodes de 313 et de 314, en tenant compte d'une moyenne d'une vingtaine d'années environ pour chacun des prédécesseurs de Miroclès, on arrive à placer Anatole vers la limite du ii et du iii siècle. Une si haute antiquité correspond bien aux vraisemblances, puis que Milan était le centre le plus populeux et le plus commerçant de la Haute-Italie ou Gaule Transpadane, et différentes voies convergeaient vers Milan d'où elles se dirigeaient vers les passages des Alpes. Il est probable que l'Église de Milan est la plus ancienne des ix, x, xi régions et de la province d'Émilie, sur lesquelles elle exerça, à partir du iv siècle, des droits de juridiction métropolitaine, moins sans doute parce qu'elle était alors résidence impériale, qu'à raison de son ancienneté. Anatole mourut un 24 du mois de septembre et fut enterré à Brescia, où il se trouvait de passage pendant ses courses apostoliques.

Le premier qui ait parlé de l'Église de Milan comme d'une création apostolique et de son premier évêque comme d'un disciple de l'apôtre Pierre, est Paul Diacre, au viii* siècle. Avant lui, aucun auteur ecclésiastique, sans excepter ceux de la Haute-Italie, par exemple Philastre et Gaudence de Brescia, Zénon de Vérone et même saint Ambroise, ne font mention de cette prérogative de l'Église de Milan. Les auteurs fantaisistes des passions des quatre martyrs trouvés par saint Ambroise, encore qu'ils racontent que les parents de ces martyrs avaient été baptisés par saint Pierre et par saint Lin, son successeur, ne se sont pas risqués à soutenir de pareilles sottises. Le pape Pélage Ier, dans sa correspondance, nie ouvertement que Milan et Aquilée fussent des sièges de création apostolique. Où Paul Diacre a-t-il pu prendre ce qu'il raconte à propos d'Anatole ? Est-ce d'une source milanaise ? Mais un écrivain milanais anonyme, contemporain de Luitprand (712-744), célébre avec enthousiasme les gloires ecclésiastiques et politiques de Milan, or il ne fait pas la moindre allusion à des origines apostoliques : en fait, il ne prononce même pas le nom d'Anatole, bien qu'il fasse mention de Calimère, de cea oS A RI


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Dius, de Materne, d'Eustorge et d'Ambroise, ses successeurs. On dirait donc que, dès avant le temps de Paul Diacre, les Milanais ignoraient ce que l'historien des Lombards a écrit touchant l'origine apostolique de leur Église, métropole de la Haute-Italie. Après Paul Diacre, pas un seul écrivain milanais n'entreprend d'écrire une vie d'Anatole comme contemporain des apôtres. Ce n'est que deux siècles après Paul que l'auteur anonyme du catalogue des évêques de Milan, ajoutant aux noms conservés dans les diptyques la durée de l'épiscopat de chacun, se met à accorder aux premiers titulaires des épiscopats de quarante, cinquante, soixante ans et plus, dans le but visible d'atteindre ainsi les temps apostoliques.

2. Catus. — Déposé le 26 septembre dans la basilique de Saint-Nabor qui, suivant l'hypothèse du P. Savio, s'élevait sur l'emplacement de l'horfus Philippi, ancien cimetière de la communauté, dont il a déjà été question.

3. Gastricianus. — Déposé le 1** décembre, au dire des catalogues, à Saint-Jean in Concha ; mais, comme l'emplacement de cette église se trouvait à l'intérieur de l'enceinte romaine, le P. Savio conjecture que Castricianus fut enterré dans un faubourg, là précisément où on retrouva saint Calimère, et fut ramené en ville avant le xi siècle. mais en 1628 ?, et à chaque fois comme ayant été produite par Alciat. L'inscription est fausse.

L'inscription métrique semble plus ancienne, elle pourrait être attribuée au vii ou même au v siècle, vers le temps de l'invasion des Lombards, ou quand cette invasion était encore récente et n'avait pu produire tous ses funestes effets. On y trouve les germes de la légende qui, quelques siècles plus tard, se développera dans la croyance populaire. La voici telle que nous l'a conservée Fontana :

Ut sunt in antiqua membrana auctoris, qui descripsit vitas pontificum et praemium et eam epistolam de Mediolanensibus, qua sub nomine D. Ambrosii cum eius epistolis complexa circumfatur, et hoc diclum sit de aliis quo que carminibus :

10. Dionysius. — Ayant refusé au synode de Milan 996 Comme Denis était mort en 355 et qu'Aurélius le suivit à cent vingt années de distance, il était clair que les mots hac die depositus quo etiam pontifex sanctus confessor que Dionysius ne pouvaient désigner que le jour anniversaire. C'est ce qu'on oublia et le public associa les deux défunts frappés, croyait-il, dans le cours de la même journée. Mais, pour corser l'histoire, on imagina un roman. L'évêque Denis, exilé de Milan en Cappadoce, c'est-à-dire en Arménie, y était mort chez l'évêque Aurélius de Riditio, non sans avoir exprimé le désir d’être enterré à Milan. Aurélius voulut l'y reconduire et, arrivé dans cette ville, céda aux instants de saint Ambroise et s'installa à Milan où il mourut le jour anniversaire de la depositio de Denis, qu'il alla (été de 355) d'adhérer à la condamnation de saint Athanase, imposée par les ariens, Denis fut exilé par l'empereur Constance dans l'Arménie Première. Il semble s'être laissé prévenir contre saint Athanase avant le synode, mais il se ressaisit. Le pape Libére lui adressa une lettre de consolation. Denis mourut en exil !. En 375-376, saint Ambroise envoya des prêtres et clercs de Milan à saint Basile de Césarée de Cappadoce pour exhumer les restes du martyr, comme il l'appelle #, et les ramener à Milan. Le martyrologe hiéronymien marque la depositio de Denis au 25 mai, sans qu'on puisse dire si c'est le jour de sa mort ou de sa sépulture à Milan en 376. Il fut inhumé dans la basilique qui porte son nom. Son souvenir est associé à la mémoire d'un certain Aurélius, évêque arménien d'une ville inconnue appelée editionis ou Riditionis, venu à Milan et qui y mourut le jour même de la mort de saint Denis à côté duquel il fut inhumé. Une pieuse femme nommée Eusébie fit composer une inscription sépulcrale en son honneur, qui semble avoir été vue, au xvi siècle, par Alciat, au xvii par Valeri qui l'a transcrite, :


DEPOSVIT CORPVS TVMVLO SED LAVDE PERENNIS AVRELIVS PENETRAT REGNA BEATA POLI.


CVIVS VT AGNOSCAS SANCTAE PRAECONIA VITAE CONSORTIS LECTOR RESPICE FACTA VIRI


CONFESSORQVE DIONYSIVS POST CONSOLAT DOMNI N-DIVI LEONIS IVNIORIS — (anno 475)

Le marbre original, qui se trouvait dans l'église de Saint-Denis, a disparu, mais le texte qu'on vient de lire est connu par des copies. De ce texte nous devons conclure que l'évêque Aurélius mourut le même jour que l'évêque de Milan, Denis, à côté duquel on l'enterra en 475. Aurélius était évêque de Hiditio, siège d'Arménie ; on célébrait sa fête le 9 novembre ; une translation de reliques accomplie au ix siècle lui valut l'honneur de devenir le patron de Hirschau *. rejoindre ^.

Restait à identifier l'évêque arménien et à lui découvrir un siège épiscopal. Daniel Papenbræck ignorait l'inscription et s'en tenait à la Vita Dionysii et à la Vita Aurelii ; la première envoyait Aurélius à Arreicium ou Arrelium, la deuxième ne connaissait que « Kedicia, et Papenbræck donnait la préférence à Arretium, où il pensait apercevoir quelques traces de Ararathia ou Ariarathia, siège épiscopal d'Arménie vers le milieu du v siècle . En conséquence, le P. Le Quien inscrivit Aurélius dans le catalogue épiscopal d'Ariarathia . Le temps passa, on se mit à préférer Redicia à Arretium, ce qui rendait inacceptable l'identification avec Ariarathia ; aussi Aurélius quitta son siège, dans l'attente qu'on lui en rendit un. Plusieurs historiens bien intentionnés s'y efforcèrent et pensèrent y réussir. Le dernier en date, le P. Fedele Savio s'aperçut que Ridilio pouvait s'entendre de Reschdouni et y installa Aurélius . Survint le P. Delehaye qui observa que l'origine arménienne d’Aurélius n'était attestée que par deux hagiographes, ce qui ne compte guère, et y découvrit un malentendu. Restait à découvrir l'introuvable siège épiscopal de Riditio. Or, l'inscription suivante y conduit :

D-MQ-RVTILIO : Q-F TITIANO : ll : VIR : QQ ET Q + RVTILIO : Q-F- PROCVLO Il. VIR : QQ FILIO EIVS PRINCIPI MV NICIPI RI :

Le municipium Riditarum est le Rider de l'anonyme de Ravenne. Il correspond à peu près au territoire occupé par les villages actuels de Danilo, Danilo Biranj, Danilo Kraljice, Konjevrate, district de Sebe| nico. Le nom du municipe est encore cité dans deux inscriptions, actuellement au musée de Spalato, l'une où il est question d'un dispunctor municipi Riditarum ?, l'autre où il s'agit d'un pont sur le fleuve Hippus (aujourd'hui Cetina) restauré en l'an 184, sumptum et operas subministrantibus Novensibus Delminensibus Ridilis'. On a trouvé à Rider un bon nombre d'inscriptions païennes ! ? et une seule qui est vraisemblablement de l'époque chrétienne et n'a pas encore pu prendre place dans le Corpus !*. » VR « FO di Sit MBA As

D UT HERE VOU TU REO

——E—FLey | | »om dde D'après ces indices, on peut penser qu'Aurélius a, enfin, regagné son siège épiscopal ; mais on objecte un texte peu clair tiré d'un concile de Salone tenu en 533 !, relatif à une délimitation des diocèses de Dalmatie et à l'attribution de Redilicum à Salone. Ce Reditieum ressemble fort à l'ancien municipium Ridilarum qui ne serait autre que la civitas Riditio de l'inscription de Milan ; mais l'hésitation persiste et les érudits locaux veulent trouver une centaine de kilomètres entre Rider et Hediticum, ainsi Aurélius ramené de l'Arménie en Dalmatie attend toujours qu'on lui accorde une installation définitive *.

11. Auxence. — Depuis l'exil de l'évêque Denis, probablement dès l’année 355, l'empereur Constance imposa par la force aux Milanais l'évêque intrus Auxence ?, arien venu de la Cappadoce, ordonné prêtre à Alexandrie par l'usurpateur Georges (339-345) ; il ne savait pas la langue latine et saint Athanase le qualifie de un « faiseur », En 356, pendant les | entretiens entre le pape Libére et Épictéte de Civita Veechia, à Milan, l’évêque Auxence se trouvait dans cette ville, et Libère, partant pour l'exil de Berhoë, en Thrace, y fait allusion . Une lettre, dans laquelle le pape Libére se déclare en paix avec Épictéte et Auxence, n'est pas recue par tous comme authentique (voir Dictionn., t. 1x, au mot LIBÈRE). D'après certains passages de saint Athanase , on devrait croire qu'Auxence fut condamné au conciliabule de Himini, en 359 ; mais ces passages sont peut-être interpolés . Une lettre des évêques de la Gaule aux évêques d'Orient, vers l'an 360, dénonce Auxence, Ursace, Valence, Gaius et d'autres comme excommuniés . Après la mort de Constance, les évêques catholiques s’efforcèrent d'obtenir l'expulsion d'Auxence (364-365) ; ce fut en vain car le personnage jouissait de la haute protection de l'empereur Valentinien [fr et de l'impératrice Justine . Entre 369 et 372, saint Athanase d'Alexandrie et saint Basile de Césarée ? supplièrent le pape de Rome de porter une condamnation sur cet arien et fauteur d'arianisme. Ils obtinrent de l'empereur la permission de se rassembler à Home en concile, où se réunirent 93 évêques. Saint Damase et les évêques présents condamnèrent Auxence et annoncèrent cette condamnation aux évêques d'Orient, en 372 ! ; mais, toujours soutenu par la cour impériale, Auxence demeura inébranlable. Il s'en fallait que toute la population milanaise le reconnût ; aussi saint Philastre, évêque de Brescia, venait parfois à Milan pour relever les courages et rappeler la foi de Nicée 5, Auxence mourut en 374 %4, (364). En septembre 366, mort de Libére à qui succède Damase Y. Le 24 août 367, Gratien est proclamé empereur ; au mois de novembre, l'antipape Ursin est chassé de Home. s En 368, Ambroise ayant achevé son éducation, quitte Rome !* et se rend à Milan en qualité d'avocat pour plaider devant la curie de Probus, préfet d'Italie. Ge dernier, estimant la capacité d'Ambroise, le distingue parmi ses conseillers et le désigne, en 373-374, comme consulaire de l'Émilie et de la Ligurie.

Auxence meurt en 374, jour inconnu, et Ambroise est élevé à l'épiscopat. Valentinien ltr, absent de Milan, approuve l'élection. Après quelques projets ou essais de fuite, Ambroise se résigne ; le 30 novembre, il reçoit le baptême des mains de saint Limenius, évêque de Verceil. Le 7 décembre, Ambroise reçoit la consécration épiscopale, un dimanche !, 375. Ambroise envoie des prêtres et des clercs solliciter de saint Basile de Césarée les restes de l'évêque Denis, mort en exil. Basile écrit, à cette occasion, une lettre honorable à l'évêque et au clergé de Milan, où Ambroise fait construire une basilique pour recevoir la dépouille de Denis et qui portera son nom. Le 17 novembre, mort de Valentinien I“, en Pannonie, Valentinien II, encore enfant, est proclamé empereur d'Orient , Après la mort de son frère, Ambroise fait donation de tous ses biens à l'Église de Milan, ne réservant que l'usufruit pour sa sœur Marcelline **, Dans le courant de l'année 377, trois discours aux vierges deviennent le De virginibus, libri III. Peu de temps après viennent les livres De viduilate et De virginitate. Entre 377 et 385, suivront le De paradiso, le De Cain et Abel, le De Noé el arca, et l'Expositio Isaiæ (perdue).

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ikama À 999 fide et le De Spiritu Sancto. Le 3 août, Gratien est à Milan et le 14 septembre à Trèves. Les deux premiers livres De fide sont de 378-379 ; les trois livres suivants sont de 379-380.

380. Théodose, gravement malade à Thessalonique est baptisé par l'évêque Acolius. Le 27 février, il publie son édit sur la foi catholique. Le 14 mars, Gratien est à Aquilée, le 24 avril à Milan où il décide que les comédiennes qui embrassent le christianisme ne sont plus tenues à paraître sur la scène. Le 27 juin il est à Aquilée. Il rend à l'Église de Milan une basilique qui avait été séquestrée 1. — Saint Ambroise se rend à Sirmium pour la consécration du nouvel évêque Anthemius ?.

381. Le De Spiritu Sancto libri III ad Gratianum Augustum doit être du commencement de cette année ?, Mai-juillet, concile de Constantinople ; en septembre, concile d'Aquilée, présidé par Ambroise contre Pallade et Secundien.

382. Concile de Rome où se trouvent Ambroise de Milan, Acholius de Thessalonique, Paulin d'Antioche, etc. Ambroise tombe gravement malade. Le 18 août, à Milan, Gratien ordonne qu'on attende trente jours avant d'exécuter toute sentence capitale émanée de l'empereur . Gratien fait enlever du Sénat la statue de la Victoire. Le Sénat envoie à l'empereur une délégation pour obtenir le maintien de la statue. Averti par le pape Damase et les sénateurs chrétiens, Ambroise persuade l'empereur de ne point donner audience à la délégation. Ambroise obtient la grâce d'une fonctionnaire coupable . min.. Dans le courant de l'été ou de l'automne 384, le Sénat envoie une ambassade à Valentinien pour obtenir de lui le rétablissement de l'autel de la Victoire. Lettres XVII et xvi de saint Ambroise pour engager Valentinien à protéger la religion chrétienne. 11 décembre, mort du pape Damase, à qui succède le pape Sirice. de Rimini, auront leurs églises à eux, sous peine de mort pour qui s'opposera à cette loi par la force. Ambroise, refusant de céder aucune église, Valentinien 1000 lui envoie le tribun Dalmatius pour le convoquer à une discussion avec Auxence devant le consistoire impérial. Lettre xxr d'Ambroise à Valentinien expose les motifs du refus de cette discussion. L'empereur enjoint à Ambroise de quitter Milan et fait envelopper la basilique où il se trouve avec les fidèles. Ambroise prononce alors le Sermo contra Auxentium de basilicis tradendis et, pour occuper saintement le peuple, il improvise dans son Église le chant des hymnes et des psaumes antiphonés. Peu après l'apaisement de cette persécution, la découverte des corps de saint Gervais et saint Protais, dont il fait le récit à Marcelline (voir Dictionn., t. vr, col. 1232-1239). En cette même année, lettre xxi aux évêques d'Italie pour indiquer le jour de Pâques de 387, l'Hexameron, |— le De Elia et jejunio qui est composé de sermons de carême avec lesquels ont de grandes affinités le De Tobia contre les usuriers et le De Nabuthe Jezraelita — contre les riches avares. Dans ces trois récits, Ambroise utilise les écrits de saint Basile de Césarée 19, Le De benedictionibus patriarcharum se compose de discours adressés au clergé : quelques Enarrationes psalmorum, par exemple, ps. 1, ps. XLVII, les lettres


XXXIV-XXXVI, XLIII-XLIV, XLV.

Ambroise obtient de Valentinien qui demeurait alors à Pavie, la restitution à l'Église de Pavie d'une somme consignée en dépôt à une veuve et enlevée par un notaire munie d'un rescrit impérial.

Conversion de saint Augustin. Il y a ici une question. saint Ambroise consacre l'église des Saints-Apôtres où il dépose des reliques des saints Jean, André et Thomas ! !, Dans le martyrologe hiéronymien, on lit au 9 mai : Mediolano, de ingressu reliquiarum apostolorum Iohannis, Andreæ et Thomæ in basilica ad portam romanam. Cette église, bâtie en forme de croix, a gardé cette forme pendant des siècles ; l'épigraphe suivante est conservée dans l'Historia Mediolanensis de Landulfe l'Ancien !* :


QVI FOVET AETERNAM VICTOR PIETATE QVIETEM CRVX CVI PALMA FVIT CRVX ETIAM SINVS EST

L'inscription est postérieure à la déposition dans l'église du corps de saint Nazaire, découvert par saint Ambroise vers 395, et qui donna son nom à l'église à la place de celui des Saints-Apôtres. dim za ipei ORIS pe t) 1001 En 386, la basilique « ambrosienne » était terminée.

386-387. Ambroise explique l'évangile de saint Luc. Seconde mission vers l'empereur Maxime !, 387. En la fête de Pâques, saint Ambroise baptise saint Augustin ? Émeute à Antioche où la foule renverse les statues de Théodose et des princes de sa famille *, A l'automne, Maxime vient en Italie, à Milan.

388. Théodose marche contre Maxime qui est défait à Aquilée , L'exposition de l'évangile selon saint Luc se compose de discours adressés au peuple du début de 386 et de 387. En 388, exposition du psaume CXVIII, discours prononcés deux ans après la découverte des reliques des saints Gervais et Protais. Le Liber de patriarchis, epist., XXXIX, à Faustinus pour le consoler de la mort de sa sœur, — Le 10 octobre, Théodose se trouve à Milan ; saint Ambroise se rend à Aquilée à cause de l'élection du successeur de l'évêque Valerius, mort le 26 novembre. Pendant son séjour à Aquilée, on apprend l'incendie, par des catholiques, de la synagogue de Callinique en Mésopotamie. Théodose en ordonne la reconstruction aux frais des catholiques . Saint Ambroise écrit à Théodose pour le détourner de cette décision ; après son retour à Milan, il prend la parole à l'église, devant l'empereur, et en obtient le retrait. Après la défaite de Maxime, le De fuga saeculi et explication du psaume LXI.

1002 393. Ambroise quitte Milan à l'approche du tyran Eugène et se retire à Bologne où il découvre les corps des saints Vital et Agricola ; de là, il se rend à Faenza d'où, après quelque temps, il répond à l'appel des Florentins !*.

304. A Florence, Ambroise consacre la basilique élevée par Juliana, où il dépose les reliques de saints Vital et Agricola, apportées de Bologne !. D'autres reliques furent portées à Milan, placées dans la basilique de Fausta qui prit le nom de Saint-Vital. Après l'été de 593, lettre à Eugène ? qui lui en avait écrit deux auxquels il n'avait pas répondu. Pendant son séjour à Florence, Ambroise écrivit au je une Pansofius un livre, qui s'est perdu !, Le sermon prêché pour la dédicace de l'église de Florence s'est conservé sous le titre de Krhortatio virginitatis. La lettre LXII à l'évêque Sabinus de Plaisance lui annonce la retraite de saint Paulin et de Terasia, à Nole. Avant le mois de septembre, une lettre (LIX) à Sévère, évêque de Naples. Lettre Lx à Paternus, entre 393 et 396.

Théodose marche avec son armée contre l'usurpateur Eugène ; vers le 1er août, saint Ambroise revient à Milan ; le 6 septembre, défaite et mort d'Eugène à Aquilée * ?, Théodose écrit à Ambroise de rendre à Dieu des actions de grâces publiques. Lettres LXI pour féliciter l'empereur, et une autre pour lui conseiller la clémence envers les partisans d'Eugène.

Vers le même temps, saint Ambroise transfère le corps de saint Nazaire, trouvé dans un jardin hors de la ville, dans la basilique des Apôtres, près de la Porte Romaine ?, Il découvre aussi le corps de saint Celse, qu'il laisse sur le lieu même de sa sépulture, et écrit à saint Paulin de Nole à propos des reliques de saint Nazaire , L'explication des psaumes xxxv-xr se place entre 390 et la défaite d'Eugène, en 394. Le De obitu Theodosii oratio est une oraison funèbre prononcée en présence d'Honorius, le 26 février 395, au quarantième jour après la mort de l'empereur. En 395-396, une lettre au clergé de Verceil pour écarter les obstacles apportés à l'élection du successeur de l'évêque Limenius.

Le diacre Paulin écrivit la Vie d'Ambroise et il nous 1003 apprend son goût pour la pratique des mortifications, veilles, abstinences et jeûnes ; il jeûnait presque journalièrement et ne s'accordait un repas que le samedi, le dimanche et les jours de la fête des martyrs les plus célébrés. Il priait jour et nuit ; il écrivait de sa main les ouvrages qu'il publiait et sa pensée se portait sans cesse non seulement sur l'Église de Milan et celles de ses suffragants, mais sur l'Église tout entière. Après sa mort, on s'aperçut de la quantité de travail qu'il fournissait par la charge qui incomba à ceux qui lui succédaient ; il fallut cinq évêques pour remplir les devoirs dont il s'acquittait par une application de tous les instants. Il s'intéressait particulièrement aux pauvres et aux prisonniers de guerre !.

Saint Augustin parle de lui en ces termes : Adhuc audi alium excellentem Dei dispensatorem, quem veneror ut patrem ; in Christo enim Jesu per evangelium ipse me genuit et eo Christi ministro lavacrum regenerationis accepi, beatum loquor Ambrosium, cuius pro catholica fide gratiam, constantiam, labores, pericula, sive operibus, sive sermonibus el ipse sum expertus, el mecum non dubitat orbis predicare romanus *.

Ennodius de Pavie a composé treize épigrammes | dans chacune desquelles il fait l'éloge d'un évêque de Milan ; la première est consacrée à saint Ambroise, la dernière se rapporte à l'évêque Laurent qui vivait alors et sur qui il se contente de dire :

Restat quem longo servet rex inclitus ævo Il est probable que ce fut vers le commencement du vi siècle que les portraits des évêques de Milan furent exécutés en mosaïque dans l'église de Saint-Nazaire et accompagnés, chacun, d'une inscription métrique | composée par Ennodius, Celle de saint Ambroise est ainsi conçue ë :

Egit quod docuit meritis et honore superstes Ambrosius valis moribus ingenio. Roscida regifico cui fulsit murice lingua, Vere suo pingens germina quae voluit. o Serla redimitus gestabat lucida fronte, Distinctum gemmis ore parabat opus. Instituit populos gestu probitate pudore, Fovit respiciens perculit admonuit, Vocis ut officium postrema pericula poscunt, Sic teneras culpas qui ta cet insequitur. Succintus gladiis, clipei de pondere tutus, Peclora claudebat lextilibus chalgbis. Ensis habet vires vitiorum sector et hostis : Vipera non tangit squamea terga viri.

1004 avait dû être destinée à quelqu'un grand personnage, puis proposée pour la sépulture du jeune Valentinien II, enfin consacrée à recevoir les reliques des saints. Dans sa lettre LIII, saint Ambroise avait proposé à Théodose cet emploi pour les restes du prince qu'il aimait : Es ! hic porphyreticum labrum pulcherriium et in usus ejusmodi aptissimum. Dans sa lettre, | il parle des deux tables de porphyre très précieuses qui protégeaient le couvercle : sunt tabulæ porphyreticæ pretiosissimæ, quibus vestialur operculum ; elles ont été retrouvées.

Dans la soirée du 14, on chercha les traces de la tombe primitive des deux martyrs in cornu evangelii... et on trouva, tourné en sens transversal à la châsse de porphyre et au-dessous d'elle, un long tombeau fermé par une pierre et orné en dedans de marbres précieux de différentes couleurs. On conclut que le premier tombeau de saint Ambroise devait être dans une direction parallèle ; on le trouva, en effet, du côté de l'épitre. Presque semblable à l'autre, il était également teur de 0 m. 70. Elle occupait le dessous de l'autel, | pelag., 1. I, c. xcv. — ? Ennodius, Carmina, dans Monum. dans le sens de la longueur (fig. 8049). Cette urne DYTEN MID CER Ims - « Tl Meet. eai) a 1005 surmonté d'une pierre plate et revétu de beau marbre. Les deux tombes étaient vastes, mais la première, celle que saint Ambroise avait fait préparer pour les martyrs, surpassait la sienne de 0 m. 12 en largeur. Dans les deux on trouva, mélangés avec de la terre, des fragments d'os humains et quelques fils d'or. On découvrit aussi une ampoule avec un résidu que J.-B. De Rossi, ordinairement plus circonspect, déclara être du sang, ce qu'il ignorait absolument (voir Dictionn., t. 1, au mot AMPOULES).

Le deuxième tombeau contenait quinze pièces de monnaie. L'une d'elles, un petit bronze, portait l'effigie de Flavius Victor, fils du tyran Maxime, avec cette légende : DN- MA'FLA :VICTOR- :FF-AVG ; au revers, une porte prétorienne et, au-dessous, une étoile avec l'exergue Spes Romanorum ; au bas SCSP (Siscia percussa), médaille qui se rapporte aux quelques mois durant lesquels Maxime et son fils furent maîtres de Siscia, sur la Drave, en Pannonie. Or, dans le délai très court où on put frapper cette monnaie, les deux martyrs avaient déjà reçu la sépulture depuis deux ans. Le tombeau où elle fut trouvée ne peut donc appartenir qu'à saint Ambroise.

L'autre monnaie est à l'effigie de Théodose DN THEODOSIVS P-F :AVG. Au revers deux Victoires, allusion à celles qu'il remporta sur le tyran Maxime et sur le rhéteur Eugène, celle-ci en 394, c'est-à-dire avant la mort d'Ambroise, 397.

Saint Ambroise fut déposé dans sa tombe en 397 et, un siècle après, en 494, sous le régne de Théodoric, l'évêque Laurent de Milan orna l'autel du sanctuaire des trois saints, l'entoura de colonnes de porphyre soutenant un ciborium. Ceci explique comment on trouva dans l'ancienne tombe d'Ambroise un deuxième groupe de monnaies qui avaient cours au temps de cet évêque Laurent. Il s'y trouvait un Flavius Ricimer avec une Victoire au revers ; un Zénon avec, au revers, le monogramme d'Odoacre ; enfin, une tête de Rome casquée avec l'épigraphe : Roma invicta, et, au revers le monogramme de Théodoric.

Biraghi, s'appuyant sur des contes populaires, prétendait soutenir que non seulement Ambroise reposait dans la même tombe que les martyrs, la tombe de porphyre, mais que ceux-ci avaient d'eux-mêmes rangé leurs ossements à droite et à gauche pour donner à l'évêque le milieu de la tombe. Or, aucun témoignage historique recevable ne permet de soutenir que Gervais, Protais et Ambroise aient été réunis, par l'évêque Angilbert, dans le même tombeau. L'inscription de l'autel d'or est strictement consacrée à saint Ambroise et à lui seul :

Le 8 août 1871, on se décida enfin à lever le couvercle du coffre de porphyre et on y trouva les trois corps saints. Après les travaux d'excavation, on convoqua l'académie locale d'archéologie ; les magistrats, les professeurs et une foule de cinq cents personnes se trouvaient là, entourant l'archevêque. Trois crânes, placés en tête de trois rangées d'ossements recouvrant le fond du tombeau apparurent sous une nappe d'eau transparente. La joie des assistants fut extrême à cette vue, toutefois la quantité d'eau obligea de différer la translation.

Le 11 août, les chimistes analysèrent ce liquide qu'ils reconnurent pour une eau naturelle et saine. Alors on recueillit les têtes et les ossements qui étaient solides ; on les déposa sur une grande table sans les confondre. On ne pouvait qu'admirer la quantité d'ossements, leur parfaite conservation, les proportions respectives de chacun des squelettes. Deux de ceux-ci paraissaient de stature athlétique, le troisième était de taille moyenne et reposait sur un fond plus riche de poussière mêlée de fils d'or, sédiment formé par la décomposition des vêtements ! ; celui-ci devait être le corps de saint Ambroise. Quand on leut complété en réunissant les membres, sauf de légères lacunes, il présenta une taille de 0 m. 20 de moins que les deux martyrs. La charpente était plus délicate *.

Saint Ambroise est parfois représenté portant un fouet à la main. Ce motif iconographique a donné lieu à des interprétations diverses. Bon nombre d'auteurs y ont vu un symbole des luttes soutenues par l'évêque de Milan contre les ariens ; d'autres ont cru qu'on avait voulu figurer, de cette façon, la liberté de parole dont saint Ambroise fit preuve : pour d'autres enfin, c'était un souvenir de la victoire de Parabiego, en 1339, due, suivant la légende, à une apparition de saint Ambroise qui, armé du fouet, avait mis en fuite les ennemis des Milanais. Après étude des textes et des traditions, l'auteur conclut que, dès les premiers temps, le peuple crut ne pouvoir mieux rappeler les luttes de saint Ambroise contre l'arianisme qu'en le représentant armé de la verge. — H. von Campenhausen, Ambrosius von Mailand als Kirchenpolitiker, in-8°, Leipzig, 1929. — R. Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, t. 3, p. 286, 634. — C. Cipolla, Della giurisdizione metropolitica della sede Milanese nella regione X : Venetia et Histria, dans Ambrosiana, 1897. — F. Contardo, Postille giuridice all epistola XX di sant Ambrogio, diretta a S. Ambrogio. Conferenze santambrosiane, in-12, Milano, 1897 : 1. L. Grasselli, La vita di S. Amb., p. 1 ; 2. L. Bignami, La famiglia di S. A., p. 51 ; 3. F. Sala, La dottrina di S. A., p. 105 ; 4. F. Meda, La politica di S. A., p. 161 ; 5. A. Mauri, La memoria di S. A., p. 191 ;

13. Simplicianus (397-401). — Avant d'atteindre à l'épiscopat, il est loué par saint Ambroise !, par saint Paulin de Nole ?, par Gennade ? et, après sa mort, il sera loué encore par Ennodius de Pavie et par Prosper d'Aquitaine . Paulin, le biographe de saint Ambroise, nous apprend que celui-ci désigna Simplicianus comme son successeur, quoiqu'il fût assez avancé en âge. Peu après son ordination, Simplicianus reçut de Vigile, évêque de Trente, une lettre contenant le récit du martyre des saints Sisinnius, Martywrius et Alexandre arrivé au Val de Non le 29 mai 397. Il reçut les corps des trois martyrs et leur éleva une église où il reçut lui-même la sépulture et qui porta son nom , Le 28 août 397 le concile de Carthage lui écrit une lettre . Entre 397 et 398, Simplicius consacre Gaudentius premier évêque de Novare et, vers la fin du siècle, il préside le concile de Turin. Vers 400, le pape Anastase envoie à Simplicianus, par le prêtre Eusèbe, une lettre qui lui annonce la condamnation portée par lui contre Origène . Autre lettre du concile de Tolède (7 septembre 400) à Simplicianus . Le catalogue fixe sa depositio au 15 août ; Tillemont avancerait cette date jusqu'en mai !*, parmi eux se trouva Paulin qui, à la demande de saint Augustin, écrivit la Vita S. Ambrosii 15, En 404, Venerius se joint à Innocent I de Rome et à Chromatius d'Aquilée pour obtenir une lettre d'Honorius à son frère Arcadius en faveur de saint Jean Chrysostome, et Venerius lui-même écrit à Jean, en 405. Il mourut le 4 mai et fut enterré à Saint-Nazaire. Hermant et les bénédictins de Saint-Maur ont cru pouvoir lui attribuer le De sacramentis qui se trouve parmi les écrits de saint Ambroise. Le premier démembrement de la métropole milanaise eut lieu sous Venerius ou sous Simplicianus, ou encore sede vacante. lui consacre Ennodius ! nous apprend que son épiscopat fut court :

Protinus ad magni perductus limen honoris Exul ccelorum civibus inseritur.

Il construisit deux églises dont l'une des deux parait être Saint-Étienne ad rotam où il fut inhumé. Deposilus le 29 décembre. Au temps de Marolus, le pape Zosime (417-418) créa en Gaule le vicariat apostolique d'Arles qui mit fin à l'influence de la métropole milanaise dans les pays transalpins. Entre 425 et 431, le pape Célestin détacha de la métropole de Milan le diocèse de l'Émilie inférieure. Au dire de saint Pierre Chrysologue ! un servus aliquis s'insurgea contre le décret du pape et de l'empereur Valentinien III. Ce dut être Marolus ou Martinianus. Une sylloge a conservé son épitaphe à Saint-Étienne ad rotam ! :


GLYCERIVS FORMA VVLTVQVE ANIMOQVE SVAVI DVLCE SAPIT PRAESVL DVLCIA CVNCTA LOQVENS MANSVETVS LAETVSQVE » BONVSQVE BENIGNVS HONESTVS STABILIS ET CLARVS MACNVS OPVMQVE DATOR NON ILLI SPECIES NON VIRES NON GENVS ALTVM VT POS PIETAS ? ! GRATA FVIT POPVLO HAEC DEDIT AVXILIVM HESPERIIS LIBIAEQVE PETENTI CREDITAQVE INVICTA EST DEXTRA MANVS FIDEI HAEC PROPE NAZARIVS PATRIS ALMA SEDE FRVENTIS COMPOSVIT TEMPLO CORPVS APOSTOLICO DEPOS XII-KAL - OCTOB Non latuit, tectis facinus qui gessit in antris ; Absens criminibus torlor ubi que fuit. ce qui a fait croire que cet évêque avait persécuté les manichéens, ce dont on n'a aucune preuve.

21. Saint Benignus (465- ?). — L'épigramme d'Ennodius dit de lui entre autres choses : ce qui parait faire allusion à la présence de cet évêque dans un synode. qui serait, au jugement du P. Savio, le concile romain de 465 . Tous les catalogues donnent à Benignus huit années d'épiscopat et le font inhumer à Saint-Simplicien. Trois parmi eux fixent sa mort au X kal. decembris, 22 novembre, le ms. E. 24 du chapitre donne le V kal.decembris, 27 novembre. Oltrocchi place cette mort en juin 472. ti que * : ce qui montre qu'il vécut sous Odoacre (476-489). Enterré le 28 mars, dans l'église des Saints-Hippolyte-et-Cassien 7.

En 452, Attila envahit l'Italie et Eusébe s'enfuit de Milan avec son peuple ; il y rentra l'année suivante et entreprit le relèvement de Sainte-Thécle, la cathédrale urbaine, incendiée par les barbares. Vers la fin du vin ? siècle, un étranger qui visitait l'Italie copia l'inscription suivante qui se lit dans la sylloge Palat. Vatic. du 1x* siècle ! :

In civitate Mediolanium in eccl. S. Tecla,

Il est très probable que c'est Eusebius qui, comme évêque de Plaisance, en 456, consacra l'empereur détrôné, Avitus.

Eusebius fut enterré à Saint-Laurent le 9 août ; il était mort la veille. qualifie vir simplex ?. Enterré le 5 mai à Saint-Simplicien.

1012 et composa pour lui quelques pièces . En 498, lors de la double élection, à Rome, de Symmaque et de Laurent, l'évêque de Milan se prononça en faveur de Symmaque et lui donna l'argent nécessaire pour faire le voyage de Ravenne auprès du roi Théodoric !. Celui-ci voulut que les évêques d'Italie se réunissent à Rome pour discuter et résoudre la question !!, Il existe une lettre de Théodoric, du 8 août 501, adressée à Laurent de Milan, Marcellien d'Aquilée et Pierre de Ravenne résidants à Rome et qui insiste sur ce point !, Le synode se réunit le 23 octobre. En l'absence de Symmaque, Laurent de Milan, en sa qualité de plus ancien métropolitain d'Italie exerça la présidence et fut l'âme de l'assemblée. On le retrouve au synode du 6 novembre 502 tenu en présence du pape Symmaque, il prit part à la discussion ? et soutint le pape avec ses suffragants de Verceil et de Turin. Laurent entreprit sans succès de détourner le métropolitain d'Aquilée de son opposition au pape Symmaque 4, Il existe une lettre du pape Symmaque à Laurent 16 elle est apocryphe. Ennodius composa une dictio, entre 503 et 506, à la louange de Laurent. A une date malaisée à établir, Laurent se rendit à Novare pour assister à la consécration d'une basilique en l'honneur des apôtres 16 et prit sous sa protection le versificateur Arator 1 ?, son activité fut grande à Milan au point de vue archéologique. La ville fut comme renouvelée, dit Ennodius 35 ; Post hac ad redivivum statum libertatis oplalæ numquam pia vota despiciens Ghristus redemptor noster occurrit, et fractas Romani nominis vires artificis medella solidat : in vigorem salutiferum res contrita remeavit. Cum ex alto benignis oculis celestis dominator aspexit. Mediolanensium urbi lux est proprii reddita sacerdotis... Brevi post in antiquum statum, qui Tibi post Deum debetur Urbs iam sepulta revaluit ; el qua non credebat in se reparari posse quod fuerat, ccpit jam meliora æmulari. Tunc qui vitæ usus esl, cernere erat omnia ad latiorem profectum bonis successibus inviltari.

Parmi les églises qu'il construisit, il y eut l'église de Saint-Sixte, prés de la basilique de Saint-Laurent. A gauche, en regardant la basilique on voyait cette petite église octogonale pour laquelle Ennodius avait composé cette épigramme !* :

Versus in basilica Sancti Syxti facti et scripti quam Laurentius episcopus fecit :


SIC MANET OFFICIVM QVOD SANCTIS CONTIGIT OLIM OBTVLIT HIC TEMPLVM VENIENS QVOD CONSECRAT ILLE

Les derniers vers veulent dire qu'en élevant une église dédiée au pape saint Syxte, l'archevêque Laurent a fait revivre l'histoire des rapports entre Sixte et le diacre Laurent. De même que saint Laurent aidait le pape de son ministère, en célébrant le saint sacrifice, de même l'archevêque Laurent offre en présent à saint Sixte une église qui la recoit sous sa protection.

Ennodius a conservé le souvenir d'une autre église construite en entier par Laurent, en un lieu où s'élevaient auparavant de pauvres masures à l'usage d'une population misérable. De quelle église s'agit-il ? L'épigramme — Item in alio loco faclos in basilica SS. quia arserant ædi ficta quie prius ibi fuerant et sic facta est.

Mais quels sont les saints visés par le titre de cette inscription ? Puricelli croit que ce sont les saints Apôtres, par conséquent, l'église Saint-Nazaire. Oltroechi lui objecte que le mot Apostolorum est une addition du P. André Schott, l'éditeur d'Ennodius, en 1611 ; les manuscrits ne portaient que ces mots in basilica Sanctorum. De plus, on nous dit qu'un incendie a nettoyé le terrain des vilia lecia qui l'encombraient ; or, la basilique des Saints-Apôtres ou de Saint-Nazaire, au temps de l'évêque Laurent, existait sur le sol où elle s'élevait depuis saint Ambroise. Il est tout à fait probable que l'église en question était celle des saints Babylas et Romain, martyrs d'Antioche * : dans la suite on nomma parfois cette église : concilia Sanctorum.

Dans les manuscrits d'Ennodius employés par Vogel, son éditeur, on trouve ensuite le discours de l'évêque Honoratus à la dédicace de l'église des Saints-Apôtres à Novare, puis sept épigrammes sous le titre Versus in domo Mediolani *. Or, la seconde de ces pièces n'a rien à voir avec ce titre et prend place à la suite du discours d'Honoratus. Des six autres, la première se rapporte à la maison épiscopale bâtie par Laurent :

Deux autres épigrammes qui commencent ainsi : ont trait également à une maison, la même probablement dont il est question dans l'épigramme qu'on vient de lire. Une autre épigramme contenant l'éloge |— gramme n'en dit rien, mais le titre nous apprend | - qu'elle fut faite pour une église autre que Saint-Sixte — et qu'elle s'appelait la basilica Sanctorum ! :

1014 Ill se peut, comme l'a pensé Oltrocchi, que l'épigramme : Da, Pater omnipotens, per secula longa, precamur se rapporte à un baptistère ; les 3° et 4* distiques : Surgal qui proprie genitricis folus in alvo Ad gustum vite per tua dona venil.

Iu mea vel tenui perjundis corda sapore, Tu testem linguam sanguinis esse facis. contiendraient une allusion à l'eucharistie qu'on donnait aux nouveaux baptisés.

La dernière des sept épigrammes, groupées sous le titre de Versus in domo Mediolani, commence par ces mots :

Eloquium certus naturæ constitit index.

Ce serait, d'après Oltrocchi, un éloge de l'éloquence et il cite différents passages d'Ennodius d'où on peut inférer que Milan possédait alors un auditorium. L'éditeur d'Ennodius, Vogel, a fait remarquer que, dans les manuscrits, le rapprochement des divers sujets est l'indice de l'identité qui existe entre eux ; il se pourrait donc que, dans la maison épiscopale dont il vient d'être question, Laurent ait fait disposer une salle pour abriter une école d'éloquence.

Enfin, cet évêque fit décorer un baptistère déjà construit et il restaura l'église de Saint-Calimère.

| Voici l'épigramme du baptistère :

A Saint-Calimère, l'archevêque Laurent fit, entre autres réparations, construire une coupole et mettre de nouveaux les fenêtres :

Versus in basilica Sancti Calemeri quando reparata est ;

Les catalogues assignent à Laurent un épiscopat de vingt-deux années et mettent sa mort au 25 juillet 510 ou 511. Il fut enterré à Saint-Cassien (catal. C. 733 ) ou à Saint-Hippolyte (catal. Bamberg). Au temps de son épiscopat eut lieu un troisième démembrement de la métropole milanaise. Les documents distinguent cinq | groupes : le patriarcat romain, la métropole de Cagliari passée sous les Vandales d'Afrique, les évêques de Ligurie, sujets de Milan, les évêques de Vénétie et d'Istrie, sujets d'Aquilée, les évêques d'Emilie dépendants de Ravenne. Ce troisième démembrement a dû prendre place entre 456 et 482.

1015 à sa louange une épigramme pour avoir restauré le baptistère de Saint-Étienne ! :

De fonte baptisterit Sancti Stephani et aqua, quie per columnas venit.

Une lettre de Théodoric parle d'un évêque d'Aoste, suffragant de Milan , et une lettre de saint Avit, évêque de Vienne, en 518, exalte la charité d'EusLorge . Enterré dans l'église Saint-Sixte, le 6 juin 517 ou 518.

26. date chronologique * :


VIRTVTEM OFFICIO MERVIT ET NOMINE MAGNVS FORMA QVIDEM SPECVLVM LVX ET IMACO DEI


NON LAETIS VNQVAM EXTOLLI NEC TRISTIBVS HISCE CONFRINGI NOVIT SPES CVI CERTA DEI


FERRE MANVM FESSIS NVDOS VESTIRE PARATVS CAPTORVMQVE GRAVI SOLVERE COLLA IVGO


SVSTINVIT MAGNI PROMISSA PRAEMIA X REGNI DEVINCENS HOSTIS TAEDIA MAGNA SVIS

: 27. Datius (535-552). — On sait par une lettre d'un HER Es nommé Florian, abbé de Romainmótier, au diocèse de Lausanne, à l’évêque Nicétius de Trèves, ou de Genève, que Datius fut moine avant d’être évêque . Cassiodore, alors préfet du prétoire, lui accordait la permission (535-536) de tirer des grains de Pavie et de Tortone pour distribuer du pain aux pauvres , En 537, lors de la guerre ostrogothique, il se rendit à Rome et ne reparut jamais à Milan. En 544-545, il se rendit à Constantinople pour l'affaire des Trois-Chapitres ; il y fit un deuxième voyage entre avril 550 et février 552, c'est là qu'il mourut, le 5 février 552. Son corps fut rapporté à Milan où il reçut la sépulture dans l'église Saint-Victor (14 janvier 553). Il en était absent depuis plus de quinze ans. Nous avons dit que L. Biraghi avait imaginé de lui attribuer, sous le nom de Datiana historia, un écrit composé à la fin du xi* siècle.

On ignore le jour de sa mort, il manque au catalogue épiscopal, Enterré à Saint-Victor. 29. Auxanus (558). — Enterré le 13 septembre Saint Magnus. — Enterré le 1er novembre, à | Saint-Eustorge. On possède son épitaphe, sans aucune | | deux chroniques manuscrites, 1016 il vécut 85 ans et mourut le 21 août après 19 ans, 7 mois d'épiscopat. Deux lettres de saint Grégoire le Grand, | de mars et d'avril 593 7 parlent de sa mort récente ; on peut donc placer son épiscopat du dimanche 22 janvier | 2713 au 21 août 592. Savio et Lanzoni ne sont pas d'accord sur ce point, mais il s'en faut de peu.

33. Constantius (593-600). — Il était diacre en 591 et avait accompagné saint Grégoire à Constantinople ~ longo tempore (578-585). Grégoire lui rendait ce témoignage : nihil in illo unquam quod reprehendi passim potuisset inveni. Choisi à l'unanimité par le clergé et les fidèles de Milan, fin mars 593. Vers ce même temps, le pape Grégoire écrit à un de ses envoyés à Gênes Met le charge d'interroger multi illic Mediolanensium qui coacti barbarica feritate ( Langobardorum ) consistant, et de savoir s'ils sont d'accord sur le choix de Constantius et pour le faire consacrer avec le consentement du pape a propriis episcopis, ainsi que cela eut lieu pour Laurent II, Le pape affirme que cet usage était approuvé par le Siège apostolique sans préjudicier aux droits d'autrui, c'est-à-dire ceux des patriarches d'Aquilée, dont les papes espéraient le retour à l'unité. | De ces lettres et de celle au prêtre Magnus ' ??, il ressort que l'élection fut faite à Milan et confirmée à Gênes. Avant sa consécration, Constantius donna la caution ordinaire !* et reçut, selon l'usage, le pallium ™. Sa « consécration eut lieu entre le mois d'avril et le mois de septembre.

Le catalogue place sa mort au 3 septembre et lui - attribue dix-huit années d'épiscopat, il faut corriger en sept années ; il fut enterré à Gênes in domo S. Ambrosii. Les évêques de Milan, peut-être Constantius lui-même, avaient une résidence avec une chapelle à Gênes, qui existait encore en 1162. Constantius semble avoir désigné son Église comme héritière de ses biens !*. Saint Grégoire dit de lui : Quem ad modum sollicitus in ecclesiasticæ regula disciplinae vel quam fuerit vigilans in tuitione civitatis vestræ (à Milan) non habemus incognilum ?.

| lil IE : | » Legnano, écrite en 1318 (ms. H. 56 Sup.) et de Filippo AOÛ da Castel Seprio (ms. S. Q. + I, 12) contiennent certaines particularités importantes relatives à Saint-Amf| broise.

Le premier qui entreprit un récit concu dans un |— esprit archéologique fut Castiglione, en 1625. Il ra- | conta la fondation et publia le diplôme d'Angilbert relatif à l'autel d'or (p. 163) dont il donna une longue description, ainsi que des diverses reliques (p. 172 sq.). | En 1645, Puricelli donna son livre magistral sur les | monuments de Saint-Ambroise, puisant à pleines | mains dans les archives du monastère, ce qui lui a valu | - de rester une source qu'on ne peut ignorer ; il appela l'attention sur l'épitaphe d'Anspert et l'autel d'or | — (p. 102 sq.). Les archives monastiques lui avaient livré tout leur contenu, les archives canonicales lui demeu-

— P—

inexactitude des qui ont duré jusqu'à nos jours : ainsi, il attribuait la construction de l'atrium à l'évêque Anspert et celle du campanile des moines à saint Ambroise. En 1650 parut un Zodiaco della Chiesa Milanese qui contient quelques textes importants de saint Ambroise et, en 1674, Torre donna un ÆRitratlo di Milano qui renferme une importante description de Saint-Ambroise avant les restaurations modernes. Torre fut le premier qui assigna à l'atrium sa date véritable. Il signale des traces de fresques, visibles de son temps, et parle de la chapelle des saints Victor et Satire que Puricelli identifiait, à tort selon lui, avec la basilique de Fausta. Au xvi siècle, Latuada donna, en 1737, une description de Milan contenant une perspective des deux cloîtres aujourd'hui détruits. En 1757, nous rencontrons les Spiegazioni e riflessioni d'Allegranza où se trouve une étude du sarcophage situé sous la chaire et qui représente le Christ entre les douze apôtres, ce dont il fait l'enfant Jésus parmi les docteurs. Son explication du serpent d'airain, celle du portail ne sont pas plus heureuses. Son érudition compacte et ses dessins sont peu exacts. C'est un érudit fourvoyé dans l'archéologie et, par-dessus tout, préoccupé de déployer sa moisson de textes patristiques sur la symbolique et l'iconographie.

Entre 1760 et 1765, Giulini donne ses Memorie spettanti alla storia, al governo ed alla descrizione della città di Milano nei secoli bassi, ouvrage dont certaines parties sont devenues classiques. En 1792, C. Fumagalli publie son livre sur les antiquités milanaises, prenant la défense des moines contre les attaques de Sormani. Avec le xix* siècle, la description de la basilique ambrosienne entre dans une nouvelle période. Millin introduit dans son Voyage en Italie (1817) une longue description, remarquable par sa tendance sympathique. En 1824, G. Ferrario donne une importante monographie où le point de vue archéologique prédomine sur le point de vue historique. C'est dans ce livre qu'on rencontre, pour la première fois, les inscriptions relevées lors des travaux de restauration de 1813 et, pour la première fois aussi, des vues correctes de l'édifice. Par ailleurs, Ferrario marque un recul sur Millin, et il ne voit que barbarie et laideur dans l'édifice. La plus grande partie du livre est consacrée à la description d'objets et de monuments non essentiels à l'édifice. La vue extérieure de l'église montre au-dessus de la coupole une lanterne en style baroque qui a disparu et, à l'intérieur de la nef principale, des arcs en ogive qu'une restauration a emportés. Viennent ensuite la description de Milan par Pirovano, en 1826, et de Cordero sur l'architecture lombarde en 1829. En 1840, F. Cassina donne Le fabbricche piu cospicue di Milano avec dix magnifiques planches consacrées à Saint-Ambroise et, vingt ans plus tard, H. Eitelberger von Edelberg donne un bon travail récent.

On peut mentionner, à la suite, les ouvrages de De Castro (1870), de Romussi (1875) qui fut réédité en 1893 et rajeuni depuis. Un guide et des articles publiés en 1872, 1873 et 1874 par Mongeri maintiennent l'opinion soutenue par Puricelli, de Dartein et Romussi sur l'atrium qu'ils font construire au ix* siècle. En 1881, bon travail de X. Barbier, dans la Revue de l'art chrétien, sur les mosaïques (de Saint-Satyre et de Saint-Nazaire).

Ce fut en 1884 qu'on vit paraître la Cronaca dei restauri e delle scoperte fatte nel l'insigne basilica di Sant Ambrogio dal l'anno 1857 al 1876 par F. M. Rossi. Cette publication consiste en une série de lettres écrites par Rossi, curé de Saint-Ambroise, à des amis personnels et non destinées à voir le jour. L'ouvrage est précieux en ce qu'il permet de suivre les progrès des travaux infligés à la basilique sous le nom de « restauration ». Le curé Rossi ignorait tout de l'archéologie et commandait à tort et à travers, démolissant ici, bâtissant là et, partout, tapant dans le tas. Avec cela, prêtre dévoué, souriant, ne se connaissant pas d'ennemis, pas même les architectes officiels, aussi empressés que lui-même à toujours démolir.

En 1889, M. Caffi donne deux études sur Saint-Ambroise dans Arte e storia et dans Archivo storico lombardo ; et, la même année, G. Landriani, l'architecte chargé de la restauration, partisan de l'atrium du ix siècle, donne La basilica ambrosiana fino alla sua transformazione in chiesa lombarda a volte. Il s'efforce de démontrer que la basilique de Fausta et les colonnes de la nef sont du iv siècle, que les trois absides et l'ancien campanile sont du v siècle, que les trois ailes de la basilique ont été élevées peu de temps avant l'atrium. En conséquence, à l'atrium on ajoute : la crypte, le nouveau campanile (1128) et la coupole du xi siècle.

Entre 1893 et 1910 ont paru les articles de De Sant’ Ambrogio, au nombre d'une quinzaine, disséminés dans différents recueils. L'auteur dépasse les conclusions de R. Cattaneo et fait reconstruire la basilique entière après le tremblement de terre de 1117, la nef, le ciborium et les mosaïques sont postérieurs à 1196 et l'architecture est sérieusement influencée par l'école de Cluny.

En 1898, Luc Beltrami revient à l'opinion qui place l'atrium au ix siècle, et soutient que le campanile des contestations inépuisables, puis que les uns le font du ix, les autres du xi siècle (fig. 8051), nous avons lu ou relu ce que Dartein, Cattaneo, Porter en ont dit avec quelques autres et nous persistons à croire que la date de cette partie de l'édifice est fixée par l'épitaphe de l'archevêque Anspert, de qui nous possédons le Testament daté de 879 et l'épitaphe conservée dans l'église de Saint-Ambroise, dans l'aile du Sud, près de la porte (elle a été déplacée). Jusqu'au milieu du xix siècle, elle se trouvait au nord de l'autel majeur, adossée à un des piliers bâtis au xi* siècle pour soutenir les arcs des voûtes. Voici le texte de cette épitaphe :


EFFECTOR VOTI PROPOSITIQ - TENAX MOENIA SOLLICITVS COM


SEPTIMO IDVS DEC INDIC XV


REXIT EPISCOPATV SVVM


ANNISXIII. MEN V DIEB XII


PSVLIS ANDREAS PFATI CAPTVS AMORI HOC LÆVITA SIBI CDECORAVIT OPVS

Ici repose Anspert, archevêque de notre ville ; illustre par sa vie, par sa parole, par sa modestie, par sa foi, par sa justice. Généreux à la multitude indigente, accomplissant ses promesses, prompt à tenir ses engagements. Il mit ses soins à relever les murailles de la ville qui lui était confiée, il releva le palais ruiné de Stilicon, il rebâtit non sans peine plusieurs églises, il construisit l'atrium proche et devant les portes de cette basilique. Alors, il dédia une église et un monastère à saint Satyre donnant tout son bien personnel pour ce lieu sacré et pour y établir à perpétuité huit moines pour prier Ambroise et Satyre pour lui. Il mourut l'année de l'incarnation du Seigneur 882 [881] le 7 décembre, quinzième indiction. Il gouverna le diocèse 12 ans, 5 mois et 12 jours. Le prêtre André, inspiré par sa tendresse pour l'évêque, orna sa tombe de cette inscription. » Ce texte a été tiraillé le mieux possible afin de lui faire dire ce qu'il ne dit pas ou de ne pas lui laisser dire ce qu'il dit. C'est principalement ces mots : atria vicinas struxit el anle fores qu'on a torturé le plus obstinément. S'agit-il de Saint-Ambroise ? Pour quoi le pluriel ? Est-ce que ces mots ne se rapporteraient pas à des arcades dont l'existence le long des rues conduisant à la basilique nous est connue par des documents du xi siècle ? Est-ce que vicinas modifie atria ou fores ? Et ne faut-il pas traduire et lire tout uniment : « Il construisit l'atrium proche et devant les portes de cette église ? » Et, cette fois encore, il faut en revenir au sage commentaire de F. de Dartein : L'emplacement de l'édifice n'est pas indiqué par un nom propre de lieu, mais la mention de son voisinage et de sa situation au-devant des portes se rapporte apparemment à la place qu'occupait l'épitaphe ; comme celle-ci se trouvait dans l'intérieur de la basilique ambrosienne, nous sommes en droit d'admettre que l'atrium en question est bien celui de cette basilique. C'est l'opinion de tous les anciens historiens milanais. On sait d'ailleurs, par une donation de 892, qu'à cette époque, il existait un parvis devant l'église Saint-Ambroise. Voici dans quels termes l'archevêque Anselme II décrit le terrain dont il fait don au monastère : Est aulem mensura ipsius ferra... Silus vero loci, ab oriente el meridie, cohæret monasterio, habens ab Occidente piam Regiam, a septentrione murum et porticum quibus sacratum munitum est atrium. Ce passage est aussi clair que possible. Les noms de lieu qui s'y trouvent désignés prouvent qu'à la fin du ix siècle, un atrium, entouré de portiques et clos par un mur, précédait la basilique ambrosienne.

A moins d'une reconstruction postérieure, le parvis actuel serait donc bien celui d'Anspert. Or, il n'est guère admissible qu'il ait été rebâti et s'il y avait eu reconstruction, le monument primitif, élevé par Anspert, n'aurait eu qu'un siècle ou tout au plus un siècle et demi de durée. Ce laps de temps n'est pas assez considérable pour donner de la vraisemblance à l'hypothèse d'une réédification, d'autant plus qu'au x* siècle, ni la ville de Milan, ni en particulier le monastère de Saint-Ambroise, n'éprouvèrent de désastre.

Si nous avons insisté sur la date du parvis, dit encore F. de Dartein, c'est qu'elle a beaucoup d'importance pour déterminer l'époque de la construction de l'église. Les nefs et le narthex ont été bâtis en même temps ; car il n'y a aucune solution de continuité entre leurs maçonneries et les murs latéraux se prolongeant exactement de chaque côté de la muraille de séparation. Le parvis fut ajouté après coup : ce fait se déduit en toute rigueur de ce que la corniche à petits arcs qui couronne les baies inférieures de la façade continue à régner sous la toiture des deux portiques du Nord et du Midi. Abstraction faite du chevet de l'église, il y a donc eu deux constructions distinctes : d'abord les nefs avec le narthex ; et ensuite le parvis. En examinant ces deux parties de la basilique, on reconnaît aisément qu'elles ont dû être bâties à peu de temps d'intervalle ; car, bien que l'atrium témoigne d'un art plus avancé, il offre cependant une grande unité de style avec le corps de l'église. Cette observation, jointe à la connaissance de la date de l'atrium, nous autorise à conclure que les nefs et le narthex remontent à la première moitié du ix* siècle !.


XI. L'AUTEL D'OR DE LA BASILIQUE AMBROSIENNE. — Nous avons parlé déjà brièvement du maître-autel de l'église Saint-Ambroise (voir Dictionnaire, t.r, col. 3171 distance en distance, ainsi qu'aux angles, on voit des bandes filigranées et gemmées qui forment comme des attaches. Ce cadre lisse a été presque entièrement renouvelé, Le soubassement ne diffère pas de la table, mais il est posé en sens inverse, et la plinthe, qui correspond à l'épaisseur de la table, est rehaussée de palmettes en argent. Le soubassement est relié à la table de manière à compléter l'encadrement de l'autel par une bordure émaillée qui, à l'intérieur, comprend trois moulures unies, agrémentées, vers le milieu, d'un bandeau horizontal filigrané et gemmé.

Le champ entier du tableau est divisé, dans le sens de la hauteur, en trois panneaux aux égales qu'entoure une bande émaillée et perlée, analogue à celle que nous avons mentionnée aux angles de l'autel. Ces panneaux sont eux-mêmes divisés en plusieurs compartiments qui ont également une bordure émaillée et gemmée, la plus riche de toutes : comme le sujet historié se trouve en retrait de 0 m. 25 sur cette bordure, il en existe une deuxième, moins large, taillée en biseau et diversement nuancée de perles et de verroteries. Cette disposition donne à chaque sujet un cadre particulier et tous ces cadres rapprochés et unis forment comme une solide armature.

Les panneaux mesurent 0 m. 19 de hauteur sur 0 m. 20 de largeur, chaque panneau étant limité par un grénelis d'or. Les sujets sont traités avec sobriété ; ils contiennent peu de personnages et, parfois, l'artiste s'essaie aux lois de la perspective en donnant des proportions moindres aux objets tracés au second plan.

La partie antérieure est entièrement consacrée à la vie du Sauveur et à son exaltation (fig. 8052, hors texte). Les panneaux de droite et de gauche le montrent sur la terre, le panneau central le représente dans l'attitude dite de « majesté » (voir ce mot), régnant dans les cieux, docteur et juge des hommes. Cette face regarde l'Occident. Le panneau de droite, celui de l'évangile, qui se trouve à la gauche du spectateur, commence la vie terrestre du Christ ; elle se termine avec le panneau de gauche. On va ainsi de l'Annonciation à l'Ascension. Chaque panneau contient six scènes qu'il faut regarder de bas en haut et de gauche à droite, et elles sont superposées par groupes de deux, ce qui donne trois rangs en hauteur.

Le premier panneau offre successivement l'Annonciation, la Nativité, la présentation au Temple, le miracle des noces de Cana, la vocation de saint Matthieu et la Transfiguration. Le panneau opposé nous montre l'expulsion des marchands du Temple, la guérison de l'aveugle-né, le Crucifiement, la Pentecôte, la Résurrection, l'Ascension. Voici la description sommaire de ces tableaux.

Annonciation. — La Vierge nimbée, assise au seuil de sa demeure figurée par une arcade que supportent deux colonnes feuillagées. Elle tient en main le fuseau, souvenir des évangiles apocryphes, la main droite fait un geste d'acquiescement. L'ange debout, les jambes un peu fléchies n'a pas encore posé les pieds sur le sol ; il fait le geste de l'acclamation ; sa tête est nimbée.

Nativité. — Jésus couché, nu, dans une crèche en maçonnerie dont le pourtour supérieur est orné d'arabesques. L'âne et le bœuf sont placés de chaque côté de la crèche ; le bœuf est couché et rumine, sans doute pour ne pas encombrer la composition. Marie, nimbée, voilée, est assise au pied de la crèche, sur un siège à dossier et à escabeau ; un berger s'approche appuyé sur son bâton, un second, les bras ouverts, manifeste sa surprise. Dans le fond, les villes de Jérusalem et de Bethléem, en haut, une étoile à six rais.

Présentation. — L'intérieur du Temple est indiqué par des arcs en plein cintre, portés sur des colonnes en spirale. A l'étage supérieur sont percées des fenêtres. On voit sous les arcs deux couronnes suspendues ; suivant l'usage, elles ont trois chaînes d'attache et des pendants en perles. L'autel a la forme cubique, il est couvert d'une nappe dont on voit les plis et dont chaque partie, aussi bien celle du dessus que des côtés, est traversée par une croix pleine. Siméon nimbé, reçoit dans ses bras Jésus entièrement habillé et reconnaissable à son nimbe crucifère et au geste de bénédiction. Anne la Prophétesse tient en main un livre. Marie présente son divin Fils, accompagnée de Joseph, imberbe et sans nimbe, tenant les deux colombes dans le pan de son manteau qui lui couvre les mains.

Noces de Cana. — Toute la scène se passe hors de la maison qui consiste en un bâtiment rectangulaire sur le seuil duquel on voit le Sauveur reconnaissable à son nimbe crucifère ; à ses côtés, Marie, debout, sollicite son intervention pendant qu'un serviteur remplit à l'aide d'une amphore six urnes posées sur le sol. En arrière, le majordome (architriclinus) assis boit dans un rhyton le vin que Jésus vient de bénir.

Vocation de saint Matthieu. — Le Christ suivi de plusieurs apôtres, deux au moins, Pierre reconnaissable au rouleau de la Loi qu'il porte à la main et Jean tenant un livre qui rappelle l'Évangile. Le Christ se distingue par son nimbe crucifère ; il s'approche d'un homme incliné, vêtu avec recherche, tendant la main vers le Sauveur. C'est Matthieu, le publicain, sur la porte de sa maison, grande bâtisse percée de fenêtres. Le sol est accidenté et comme rocailleux.

Transfiguration. — Le Christ debout sur le Thabor, bénissant de la main droite et montrant de la main gauche le livre ouvert ; la tête porte le nimbe crucifère. De son corps jaillissent des rayons lumineux. A ses côtés, Moïse et Élie ont l'attitude du respect ; au bas de la montagne sont prosternés les trois apôtres sans nimbe : Pierre, Jacques et Jean. Pierre porte la main au front comme ébloui par l'éclat de la scène qui se passe sur la montagne.

Expulsion des vendeurs du Temple. — Jésus suivi de Pierre, reconnaissable à sa tonsure et, deux autres apôtres, apparaît sous l'arcade centrale du portique du Temple. Sa main tient le fouet. Deux marchands s'éloignent regardant en arrière pour voir s'ils sont suivis de près ; leurs sacs d'argent ont répandu leur contenu sur le sol. Au premier plan, on voit un bœuf qui indique que ces gens vendaient des animaux pour les sacrifices.

Guérison de l'aveugle-né. — Le Christ nimbé, suivi de trois apôtres, pose la main droite sur les yeux d'un aveugle qui tend les bras en signe de reconnaissance. Au premier plan, une sorte de bouteille représente la cabane de feuillage du malheureux, cabane que surmonte une touffe de branchages. Au second plan, il va se laver les yeux à la fontaine de Siloé, où un chien assis sur un tronçon de colonne verse l'eau par la gueule. Dans le lointain, la porte de la ville de Jérusalem, son enceinte fortifiée de tours ; en regard, une maison qui peut figurer une bourgade.

Crucifiement. — Sur une croix qui semble faite de larges planches, avec une base épatée et un titre aussi long qu'un des bras de la croix, Jésus est figuré nu, les reins couverts, les bras presque horizontaux, la tête ceinte du nimbe crucifère, les deux pieds cloués séparément. Marie et Jean, nimbés, manifestent leur douleur en se cachant le visage dans les mains couvertes de leur vêtement. A droite, un soldat s'apprête à percer le côté du Sauveur, à gauche un autre soldat retire le roseau portant l'éponge qu'il avait trempée dans un seau ; ces deux soldats sont de dimensions moindres que les autres personnages. Dans les angles supérieurs, deux figures nimbées et ailées symbolisent le soleil et la lune, tenant une torche qui figure la lumière de ces deux astres ; la lune porte un croissant au-dessus de son nimbe ; ces deux personnages figurent leur douleur en portant la main à la figure.

Résurrection. Ascension. Pentecôte. — Ces trois panneaux sont modernes, ayant été exécutés au XVIe, l'ordre a été interverti.

Le panneau central est traversé par une croix pattée, circonscrite par un bandeau émaillé et gemmé semblable à celui du pourtour du panneau. Au centre, dans un médaillon ovale, le Christ en « majesté » ; sur les quatre bras de la croix sont disposés les symboles des évangélistes : aigle, lion, bœuf, ange. Dans les angles, quatre panneaux représentent chacun trois apôtres.

Le médaillon elliptique, placé à l'intersection des bras de la croix, forme comme une auréole, serrée par un double rang de perles entre lesquelles s'étale un bandeau à fond vert, rehaussé de feuillages d'or et semé de distance en distance de grosses gemmes, montées en bâte, à l'aide de portes ou arcades. Le biseau, qui descend de la bordure au médaillon, est couvert de filigranes, embellis alternativement de perles et de gemmes : enfin l'orle intérieur est formé de petites perles de verroterie, qui ont été autrefois enfilées sans doute pour servir à un collier.

Le Sauveur est assis sur un siège sans dossier ; il pose ses pieds nus sur un large escabeau en émail vert, avec de petits globules bleus et d'autres plus grands, aussi de couleur bleue, mais contournés de blanc. Il tient de la main gauche un rouleau, lié en deux endroits et, de la droite, une croix de procession pattée.

Il est barbu et, sur son nimbe, trois cabochons rouges accusent les branches de la croix : le fond du nimbe est grenat, ourlé de bleu. Quatre étoiles brillent à la hauteur des épaules et vers les pieds ; deux disques sont à la hauteur de la taille. Les étoiles se composent d'un cabochon central, autour duquel rayonnent huit pointes triangulaires terminées chacune par une perle : le triangle est rempli par un grenat taillé en table, qui rend bien la vivacité de la lumière.

L'ange semble voler dans les airs ; on lit leurs noms : les quatre symboles des évangélistes sont tous nimbés, ailés de six ailes et munis d'un livre fermé, dont le plat est rehaussé d'une imitation de gemmes. Le lion et le bœuf sont accroupis, l'aigle est au repos, IO, MA, MR, LV. La tranche intérieure de la croix est gemmée et perlée sur un fond de filigrane et bordée intérieurement de perles blanches et de perles rouges, les premières naturelles et les secondes en matière précieuse.

Les apôtres sont debout, nu-pieds, sur le sol rocailleux. Ils sont tous nimbés. Saint Pierre porte deux clefs ; la première se termine en T et porte le long de la hampe les lettres P et R ; sur la seconde clef le E, ce qui donne PETRus.

Nous passons alors à la face postérieure de l'autel regardant l'abside.

La disposition est la même : table, soubassement et pourtour identiques. Les deux panneaux extrêmes sont consacrés à la vie de saint Ambroise et celui du milieu rappelle le ciel. Ici la bordure d'émail, que nous avons vue précédemment séparer les panneaux, est remplacée par une inscription commémorative, où les caractères se détachent en nielle sur un fond d'argent. Les caractères sont la majuscule romaine, nette, plutôt allongée, avec quelques lettres liées, sans séparation des mots ni abréviation. La partie inférieure a été refaite au Xe depuis Ambrosii jusqu'à Domino que inclusivement. Cette inscription nous donne le nom du donateur qui est l'évêque Angilbert. Les deux premiers hexamètres donnent à l'autel le nom d'arca et sa destination est indiquée par les vers suivants qui parlent des ossements sacrés qui se trouvent à l'intérieur. Or, les corps saints en l'honneur desquels il fut fabriqué sont ceux de saint Gervais, de saint Protais et de saint Ambroise. Voici le texte :

En haut nous avons trois vers alignés, le quatrième est à droite (vertical), le cinquième à gauche (vertical), les sixième, septième et huitième au-dessus du soubassement, les neuvième et dixième de chaque côté du panneau central (sens vertical). Par une combinaison ingénieuse, qui épargne deux lettres dans le sens de la hauteur, l'initiale est la même pour deux vers. Ainsi E appartient à emicat et à egregius ; ou bien la dernière lettre d'un mot commence le suivant, ainsi A finit venusta et commence aspice. La lettre T sert de finale à coruscat et d'initiale à le ; O finit metallo et commence ossibus ; I sert à la fois pour beati et pour inclitus ; O sert à beato et à optulit, de même que T pour reportet et lempore, enfin S achève sacralis et ouvre sedis.

L'ordre diffère ici de ce qu'il est dans la face antérieure. En commençant par le bas, on parcourt les quatre médaillons de la série horizontale, ensuite on passe à la seconde, puis à la troisième. Les tableaux sont donc superposés dans chaque panneau deux à deux, mais se lisent par quatre, ce qui donne trois rangs de tableaux en hauteur. Chaque sujet est élucidé par une inscription, tracée sur une seule ligne, en lettres saillantes, à la partie inférieure du tableau. Les caractères sont la majuscule romaine et les mots sont généralement séparés les uns des autres par un point ; à noter quelques ligatures et enclaves et des abréviations.

Les sujets des panneaux retracent la vie de saint Ambroise (fig. 8053, hors texte). E Saint Ambroise au berceau : VBIEXAM- APV-PVERIOS-COPLEVIT-ABROSI. Ubi examen apum pueri os complevit Ambrosii. L'enfant est couché dans un petit lit dont la tenture forme des plis symétriques ; il semble que les pieds de ce lit, légèrement recourbés, permettent un mouvement d'oscillation, ce qu'en certaines contrées on nomme une « berce », La mère se trouve au chevet, le père au pied, porte une tunique galonnée et une chlamyde. De la bouche de l'enfant sortent des abeilles qui, par leur taille, sont de véritables oiseaux. Dans le ciel, trois étages de nuages d'où sortent des flammes.

Voyage en Émilie et en Ligurie : VBI-ABROSIS. EMILIA : PETIT.AC :LIGVRIA. Ubi Ambrosius Emiliam petit ac Liguriam. Jeune, imberbe, vêtu de la chlamyde, Ambroise galope ; dans le fond, la ville de Rome.

Le retour : VBI FVGIENS SPV. SCO FLANTE REVERTITVR. Ubi fugiens. Spiritu Sancto flante, revertitur. Même paysage montagneux avec une ville fortifiée dans le fond. Le saint arrête son cheval lancé au galop pour écouter une voix qui vient du ciel. Cette voix est exprimée par une main qui bénit à la manière grecque ou plutôt qui fait le geste de l'allocution ; cette main sort d'un triple rang de nuages et ses rayons atteignent Ambroise qui est convaincu qu'il doit rebrousser chemin et revenir à Milan.

Baptême de saint Ambroise : VBI A CATHOLICO BAPTIZATVR EPfiscop)O. Le catéchumène est plongé entièrement nu dans une cuve hexagonale où l'eau monte au-dessus de ses jambes ; de la main gauche, il cache son sexe. L'évêque en chasuble, étole et pallium, se tient à sa droite et pose sa main sur sa tête pour l'immerger, tandis qu'un acolyte tonsuré, debout sur un escabeau à plan incliné, verse sur la tête du saint l'eau contenue dans une amphore. L'évêque tient dans la main gauche un rouleau qui contient les prières baptismales !.

Ordination du saint : VBI OCTAVO DIE ORDINATVR EPfiscopu)S. Saint Ambroise, nimbé, vêtu de la chasuble, un livre fermé dans la main gauche, est escorté des deux évêques qui ont procédé à son ordination. Celui de droite déroule un phylactère pendant qu'il bénit à la manière grecque de la main droite ; l'autre porte un livre.

Sommeil de saint Ambroise : VBISVP (er) ALTAREDORMIENS. TVRONIAM PETIT. L'autel est un cube d'or, exhaussé d'une marche dont la tranche est gemmée : les deux faces que l'on aperçoit sont traversées par une croix gemmée. Au-dessus est suspendue, par trois chaines, une couronne, sertie de pierres précieuses et à laquelle pendent trois croix perlées, formées chacune de cinq perles. Saint Ambroise, nimbé, en chasuble et pallium, sommeille ; le parchemin qu'il tient va lui échapper des mains. Son diacre, portant l'étole sur la dalmatique, le secoue inutilement à l'épaule, pour le réveiller ; pendant ce temps, le lecteur debout sur un escabeau gemmé, lit dans un livre.

Sépulture de saint Martin : VB} SEPELIVIT CORPVS BEATI MARTINI. Le sarcophage qui contient le corps de saint Martin a la forme d'un coffre rectangulaire, orné d'arcades et, à sa partie supérieure, d'un rinceau. Saint Ambroise, nimbé, tient la tête du cadavre dont un acolyte, descendu dans le sarcophage, tient les pieds. Le cadavre est enveloppé dans un suaire, lié de bandes, il a la figure découverte. En arrière, un acolyte tient sous le bras gauche un rituel à reliure gemmée et, de la main droite, un chandelier surmonté d'un cierge.

Prédication de saint Ambroise : VBI PRAEDICAT A(n)G(e)LO LOQ ; NTE ABROSIV. Le saint, nimbé, adresse la parole à trois seigneurs richement vêtus. Pendant qu'il leur parle un ange lui souffle à l'oreille ce qu'il doit dire. | Guérison d'un malade : VBI PEDE ABROSIVS CALCAT DOLENTI. Saint Ambroise célèbre sur un autel semblable à celui de la scène du sommeil. Sur la table se trouvent quatre hosties marquées d'une croix et disposées en forme de croix (voir Dictionn., t. v, à FRACTIO PANIS). diacre, portant l'étole sur la dalmatique et présentant des deux mains, par les anses, un large et profond calice. L'évêque célèbre face à l'assistance, il pose la | main sur l'épaule d'un adulte et le pied sur celui de cet homme pour le guérir. Vision du Christ VEI VENIENTE. Saint Ambroise, nimbé et vêtu d'une simple tunique, est étendu, la tête légèrement relevée, sur un lit à quatre pieds. Il tend les bras au Christ qui lui apparaît et le bénit à trois doigts, à la manière latine. Le Christ est imberbe, porte le nimbe crucifère, les cheveux longs, les pieds nus et, dans la main gauche, un rouleau lié d'une cordelette. En avant du lit, se trouve un escabeau sur lequel sont placées les chaussures du malade. ' Apparition d'un ange :


EPS DNI OFF COR. Ubi admonitus Honoratus episcopus Domini offert corpus. Le lit et l’escabeau sont les mêmes que dans le panneau précédent. Saint Honorat, nimbé et imberbe, écoute la parole de l'ange, qui, les ailes repliées, fait le geste de la bénédiction ; il avertit l'évêque de Verceil d'aller assister l'évêque de Milan à ses derniers moments.

Mort de saint Ambroise : VBI ANIMA IN CELVM DVCITVR CORPORE IN LECTO POSITO. Le saint est étendu horizontalement sur un lit à quatre pieds, recouvert d'un drap formant des plis réguliers. Le corps est recouvert d'une riche étoffe, le visage seul est visible. Au pied du lit se tient saint Honorat, nimbé, revêtu de la chasuble et du pallium ; il porte la main au visage pour signifier la douleur. Dans un angle, la main de Dieu sort du ciel, figuré par trois cercles concentriques, bénit et lance des rayons lumineux sur l'âme du défunt, aux traits juvéniles, qui lui est présentée par un ange.

Le panneau du milieu admet une triple bordure : c'est d'abord une série de perles à l'extérieur d'un cavet, puis, entre deux lés, des plaques d'émail que rehaussent, de distance en distance, des cabochons ; enfin, en haut et en bas, une large bande perlée avec de gros cabochons montés en bâte filigranée et perlée. Les trois cabochons, alignés à la partie supérieure, sont entourés de perles en verre rouge et. l'un d'eux, celui de gauche, est un cristal de roche. doublé d'un paillon rouge.

Ce panneau est divisé en deux volets, historiés chacun de deux grands médaillons représentant, en haut : les archanges saint Michel et saint Gabriel ; en bas : le donateur et l'orfèvre.

Saint Michel : SCS MICHAEL, occupe la droite : « n est nimbé, a les ailes ouvertes et tient dans la main gauche le bâton long terminé par deux boules, un peu distantes l'une de l'autre ; il est vêtu de la tunique tombant jusqu'aux pieds, ceinte à la taille et bordée d'un galon à son extrémité inférieure ; il a les pieds.

Gabriel : SCS GABRI/el) est la réplique du précédent ; ils se tournent le dos.

Audessous du médaillon contenant saint Michel,0n voit SCS AMBROSIVS, imberbe, debout sur un escabeau gemmé portant la chasuble et le pallium et recevant une offrande, De la main droite, le saint pose sur la tête du donateur une sorte de coiffure dont le bandeau est gemmé et surmonté de trois petites boules. Celui qui est ainsi couronné est DOMNVS ANGILBERTVS qui s'incline avec respect ; il porte le costume épiscopal, chasuble, pallium et présente des deux mains l'autel d'or, marqué d'une croix. Angilbert a la tête nimbée, mais c'est le nimbe rectangulaire. qui indique un personnage vivant. Ce nimbe ressemble | assez à un cadre dont la tranche, taillée en biseau, est. entourée d'un filet de perles. | Dans le médaillon opposé on voit encore SCS AMBROSIVS, portant le vêtement épiscopal, tenant un livre dans la main gauche, posant sur la tête de l'orfèvre une couronne dont le bandeau est également sur- | monté de trois boucles. Cet homme est vêtu de deux tuniques superposées, une longue et une courte ; c'est lui qui a exécuté l'autel ; il s'incline profondément et | tend les bras vers le saint ; voici la disposition de l'inscription :


VVOL VI NIS MA — GIS 1 PHA BER c'est-à-dire : Vrolvini(u)s magist(er) phaber. A côté de saint Ambroise se voit un objet mal défini qui pourrait être l'écritoire du saint docteur.

Ces quatre médaillons, historiant les volets, sont reliés aux cadres extérieurs par des bandes droites ou chons, pendant que les quatre angles sont garnis de carrés en torsade. Chaque carré inscrit, dans un cercle, aussi en torsade, un médaillon à fond vert, ce qui donne quatre médaillons en haut et quatre en bas. Tous ces disques sont exécutés d'après un modèle unique ; ils représentent un buste d'ange, exprimé en émail cloisonné et translucide. Ces émaux ont un aspect rude et presque sauvage. Les yeux sont très grands et l'iris est formé par un point bleu ; ils ont des sourcils verts. Les cheveux sont rouges, bordés d'une dentelure bleue qui, dans l'intention de l'artiste, peut vouloir exprimer une couronne, dont chaque lobe est pointillé de blanc. La carnation est blanchâtre, avec des taches rosées aux pommettes et au cou. De chaque côté se dressent deux ailes bleues.

Il nous reste à décrire les deux faces latérales de l'autel qui, à première vue, semblent identiques, mais où les personnages varient. Le cadre entier conserve - l'aspect général des grandes faces, mais avec un peu d'encombrement. Dans ce cadre prend place un panneau qui a une double bordure, la première émaillée et la seconde émaillée et gemmée. Dans ce carré s'inscrit un losange, qui se relie aux angles par des bandes droites. Ce losange et ses appendices sont émaillés et gemmés ; dans les triangles qu'ils laissent entre eux 'sont figurés des anges au nombre de huit, un par compartiment (fig. 8054, hors-texte).

Les angles du losange sont fermés par un demi-cercle où s'inscrit un médaillon historié, duquel se dégagent des feuillages et des fleurs. Une croix pattée relie ensemble ces quatre quarts de cercle : elle est perlée sur ses contours, émaillée dans son champ, garnie d'un gros cabochon au milieu et accostée de quatre personnages, un par canton. Dans cette vigoureuse armature, les personnages tendent à s'effacer, car les reliefs puissants qui les entourent les écrasent complètement.

Du côté de l'épitre, les quatre petits médaillons, à | l'intérieur du losange, représentent : ABR(Ambrosius) ; | en bas : SIPL (Simplicianus, évêque de Milan), vêtu |— de la chasuble et du pallium et tenant un livre fermé.— dans la main gauche ; à droite : PRO (Protasius) et à | gauche : GER ( Gervasius), vêtus chacun de la tunique | et de la chlamyde, portant la barbiche et tenant une couronne gemmée dans les mains. Ces quatre saints sont nimbés ; les diacres tonsurés qui cantonnent la croix sont en pied, dans des attitudes suppliantes, les uns inclinés, les autres agenouillés ; ils portent la dalmatique et l'étole, avec le manipule frangé au poignet - gauche ; tous les quatre sont nimbés, un arbre placé |— auprès de chacun d'eux figure les jardins du paradis.

Dans les triangles extérieurs sont figurés des anges nimbés et pieds nus ; ils sont vêtus d'une tunique talaire avec un manteau flottant et tiennent un rouleau, un seul n'en a pas et fait le geste de bénédiction. Les deux anges en haut planent, ceux de droite et de gauche sont debout et légèrement inclinés ; les deux du bas ploient le genou.

Du côté de l'évangile nous retrouvons les mêmes anges à peu près dans la même attitude ; ceux d'en haut ploient le genou sur les nuages, ceux d'en bas sont agenouillés entre des arbres ; ceux des côtés sont debout sur des escabeaux. Les deux plus élevés ont les pieds chaussés et portent, sous la chlamyde, une tunique richement galonnée à la partie inférieure ; ils tiennent le bâton à double pomme (fig. 8055, hors texte). Sentés en buste ; en haut : MART (Martinus) ; en bas : MANV (Maternus), les deux portant les vêtements épiscopaux et un livre fermé dans la main gauche ; à droite et à gauche NABO (Nabor) et NAZA (Nazarius) vêtus de la tunique et de la chlamyde. Dans les cantons de la croix, quatre personnages nimbés ; ceux du haut ont chacun, devant eux, un petit édicule carré, à deux étages ; les deux du bas se prosternent.

Les pierres employées pour rehausser le métal sont de formes variées et de nature diverse : améthystes, grenats, saphirs pâles, rubis ; il y a aussi des verres doublés. Certaines pierres sont arrondies en cabochon, d'autres n'ont pas été travaillées, quelques-unes sont percées de part en part, comme si elles avaient fait partie d'un collier. La sertissure est toujours en bâte, avec une série d'arcs, des torsades, ou encore des filigranes très fins et des étoiles à rais plats et surélevés alternant avec des roses à six lobes dont le cœur est une perle fine ou une perle rouge.

Parmi ces pierres, il s'en trouve plusieurs de travail antique : une tête de Mercure ( ?) en camée et six intailles.

Les émaux, remarquables par leur finesse et leur transparence, varient souvent leur composition ; on peut la répartir en quatre catégories : une encadre les panneaux de la vie soit du Christ, soit de saint Ambroise ; une seconde se remarque au panneau central ; une troisième autour des médaillons de ce même panneau ; une dernière aux montants extérieurs.

Au milieu, le fond est rouge, semé d'annelets, alternativement en blanc pointillé de bleu ou en vert pointillé de blanc au pourtour des médaillons ; le fond est vert et porte deux palmettes accolées ou affrontées, blanches et bleues, sortant d'un vase bleu avec un cœur rouge bordé de bleu. En bas, deux palmettes semblables sont séparées par un rond bleu, pointillé de blanc ou par un rond rouge, également pointillé de blanc. Enfin, dans la première série des émaux, nous trouvons deux feuilles blanches avec un cœur rouge.

Les croix des deux extrémités de l'autel sont particulièrement riches. Elles sont rehaussées de bandes gemmées et perlées : les perles sortent d'une petite rose et forment l'orle des lignes transversales et des axes. Le fond est en émail vert, avec des palmettes blanches qui se répètent aussi sur le losange. Ou bien encore le losange offre sur émail vert des dessins blancs, d'où jaillissent des crochets de même nuance : quant à l'extérieur du cadre et aux diagonales, on y trouve un échiqueté de blanc pointillé de vert, ou de vert pointillé de bleu.

La grande bordure émaillée du pourtour ressemble à celle des montants extrêmes ; autrement dit, le fond est vert translucide avec une série, en haut et en bas, de petits lobes bleus à bordure blanche et, au centre, de gros pois bleu turquoise, qui est la nuance générale du bleu. Le bleu et le blanc sont opaques.

A l'intérieur, au côté gauche, sont douze petites plaques semblables, quatre par cadre. Le fond est vert, égayé de quatre fleurons opposés en sautoir ou blanc avec un losange rouge au cœur, lobes bleus dans les joints et, aux angles, fleurons gris.

Les neuf plaques du côté droit présentent un autre dessin : le fond est vert avec de longues feuilles rouges et le reste blanc et gris au cœur et aux angles. En haut et en bas, il y a six plaques, dont les feuillages alternativement rouges et blancs ressortent sur un fond vert.

A la plaque du centre, il y a les trois nuances blanc, bleu et gris et, en haut, une seule fois, du rouge. Certaines parties ressemblent à la grande bordure, à part toutefois que le bleu des lobes est remplacé par de l'émail gris.

Au côté gauche, nous retrouvons le fond vert, avec des détails bleu-lapis, blanc et bleu turquoise mais peu de rouge.

Les émaux sont striés, sur le fond, de lignes horizontales et verticales qui se coupent à angle droit, de manière à mieux faire adhérer la pâte. On ne s'aperçoit du procédé qu'aux endroits où l'émail a disparu.

Les montants, aux extrémités, entre les deux bandes d'émaux, sont modernes, ainsi que leurs attaches de filigranes. La bordure en or, qui forme encadrement, est également de notre époque. Les bordures inférieures et supérieures sont en argent ; en haut, on remarque des croix gemmées et, en bas, des fleurons émaillés.

Les filigranes sont partout très soignés : plusieurs des attaches se sont conservées sur les côtés et il a été facile de les copier pour la partie renouvelée. Les vrilles se terminent par une tête d'épingle et, de distance en distance, jaillissent des roses en relief et de petits cônes, sans doute pour imiter des grappes de raisin.

Nous avons vu sur la face postérieure de l'autel les deux volets garnis d'une serrure qu'on tire à soi au moyen d'un anneau. L'autel devenait, en même temps, une confessio. Il paraît plus que probable que l'autel se trouvait en communication avec le sarcophage placé au-dessous, c'est pour quoi la dalle qui le recouvrait était percée de trous. Dans certaines solennités, les volets étaient ouverts, afin de permettre aux pèlerins d'avancer la tête sous l'autel et on pouvait jeter un coup d'œil sur le tombeau. Aujourd'hui l'intérieur de l'autel est vide. Les quatre faces de métal, clouées sur des planches de bois, sont appliquées elles-mêmes sur de forts madriers qui forment l'armature. A l'extérieur, pour protéger l'autel d'or, sont disposées de grandes tables de bois, fermées à clef et reliées entre elles par des barres de fer.

En ouvrant les volets, on constate que ceux-ci sont garnis, à l'intérieur, d'un tissu ancien qui semble d'origine persane et qu'on peut faire remonter du V au VII siècle. La présence de nombreuses croix dans le dessin montre assez que ce tissu est sorti d'ateliers byzantins travaillant sur un modèle persan.

En rapprochant les parties du tissu, on peut reconstituer les éléments de la composition (fig. 8056). Le sujet principal consiste en larges médaillons à fond bleu encadrés d'une bordure fleurie. Entre ceux-ci, se trouvent des branchages feuillus disposés en forme de croix et terminés par des fleurons. Le cadre du médaillon se compose de trois bordures concentriques, La bordure extérieure est une torsade, la bordure intérieure un fil de perles alternativement rondes et ovales. Entre elles, s'étale une succession de feuillages de faner, qui affectent la forme de cœurs jaunes et rouges sur fond bleu. Le fond du médaillon est bleu, la scène figurée est une chasse. Un cavalier, lancé au galop sur un cheval isabelle, dont un des sabots de devant est teint en rouge, et dont le frontail est orné de croisettes. Le harnais consiste en une bride bleue rehaussée de perles alternativement jaunes et rouges ; tapis de selle bleu bordé de rouge ; croupière ornée de médaillons marqués d'une croix inscrite dans un cercle rouge ou vert. Le cavalier porte le bonnet persan, de forme pointue ; il tire l'arc sur un lièvre qui se relourne comme pour le narguer. Le cavalier est vêtu d'un habit collant au corps, les manches serrées au poignet, un orfroi descend du cou à la ceinture, une croix faite de quatre cœurs sur la poitrine. Un pantalon large, des genouillères ornées de croix et des jambières festonnées. Tout ce vêtement khaki est relevé par le rouge de l'écharpe qui flotte au vent. Devant lui court un élan au pelage semé de croix, mordu au ventre par un chien ; dans le lointain, un arbre et un faucon ou un aigle. Au premier plan, un lion bondit sur un cheval rouge des écuries royales comme l'indique la rosace marquée sur la cuisse ; le lion a reçu une flèche dans la crinière, un roquet aboie, un faucon vole.

L'émaillerie, p.61-66, se prononce sur « le plus beau et le plus considérable des monuments d'orfèvrerie émaillée que nous avons conservé de l'époque carolingienne... On peut dire que, n'étaient la barbarie et la gaucherie - de certaines figures des bas-reliefs, l'œuvre pourrait être considérée comme parfaite ; c'est sans doute celle qui nous permet le mieux de juger de l'effet de la décoration en orfèvrerie appliquée systématiquement aux autels. Dans ce beau travail on a employé les émaux vert émeraude clair, rouge vif translucide, bleu lilas, bleu lapis et blanc. Toutes ces plaques sont en or et exécutées par le procédé du cloisonnage, avec une habileté et une précision qui indiquent suffisamment ' que l'artiste n'en était point à son coup d'essai, qu'il avait fait son éducation dans un atelier où les pratiques byzantines étaient parfaitement connues. Certains morceaux ont-ils été exécutés par le procédé de champlevage ? Voilà un point que, même en face du monument, il est fort difficile d'élucider, tant la conservation en est parfaite. Cela ne serait pas impossible, et on verra tout à l'heure pour quoi. Cependant, eu égard à la quantité de métal que l'application de ce procédé eût demandé, on peut croire que le cloisonnage a été seul mis en usage. Remarquons enfin que, par une survivance des traditions des orfèvres de l'époque mérovingienne qui, dans les produits soignés, plaçaient toujours sous leurs tablettes de verre un paillon d'or guilloché afin de donner plus d'éclat aux colorations et de faciliter les jeux de lumière, dans le paliotto de Milan, tous les émaux translucides, tous les fonds de métal sont guillochés avec beaucoup de régularité et de finesse. On peut même y reconnaître un travail exécuté avec un outil fait exprès.

- Italie, n'est-ce pas bien excessif ? Le nord de l'Italie était à cette époque peuplé de Germains établis depuis longtemps dans le pays, et rien ne s'oppose à ce que Wolvinius fût du nombre. Au surplus, le style de son œuvre trahit, dans certains ornements, une influence d'art antique et d'art byzantin assez marquée et nulle part, dans les parties décoratives, on ne retrouve ces entrelacs et tous ces motifs d'ornements compliqués et contournés qui ont défrayé beaucoup des artistes carolingiens du Nord, même des plus avancés. Rien ne parait donc s'opposer sérieusement à ce que l'on considère Wolvinius comme un orfèvre milanais. » XII. BIBLIOGRAPHIE (principalement) DE LA BASILIQUE AMBROSIENNE. — G. Albizzati, Il ciborio carolingio nella basilica di Milano, dans AHi della pontificia Accademia di archeologia rendi conti, 1925, p. 116 ; Historia Ecclesie. Mediolanensis, in-A », Mediolani, 1848 ; umm t cmo 1035 memorie antiche, in-89, Milano, 1650. — G. P. Puricelli, Ambrosianæ Mediolani basilicæ ac monasterii hodie cisterciensis monumenta quibus historia Mediolanensis mirifice illustrata, multis ab erroribus vindicatur, in-8°, Mediolani, 1645 : De S5. martyribus Nazario et | Celso, ac Protasio el Gervasio Mediolani sub Nerone | cæsis : de que basilicis in quibus eorum corpora quiescunt, historica disserlalio... quam brevitatis gratia Nazaria| nam nuncupari placeat, in-fol., Mediolani, 1656 ; Sancti Salyri confessoris et sanctorum Ambrosii et Marcellinæ fratris tumulus e nocturnis facibus diurnæ verilalis suæ luci restitutus, in-4°, Mediolani, 1664, — A. Ratti, Per la storia del paliotlo d' oro di Sant Ambrogio, ritratto di Sant Ambrogio, dans Ambrosiana, 1897. derivazioni nei paesi d'olltr'alpe, 2e édit., in-8 », Milano, 1908 ; trad. angl. : Lombardic architecture, ils origin, development and derivation, 2 vol., London, 1910. — ` Cronaca dei restauri e delle scoperte falle nel l'insigne | basilica di San t'Ambrogio dal” anno 1857 al 1876, in-12, Milano, 1884, — P. Rotta, Cenni illustrivi intorno al l'antica basilica di S. Vincenzo in Prato in Milano, basiliche slazionali di Milano, in-8 ?, Milano, 1881 ; S. Nazaro o sanli apostoli ( Sulle sette... }in-8°, Milano, S. Simpliciano (Sulle selfe...), in-8°, Milano, 1883 ;

1036 | in-fe, Milano, 1880 ; S. Ambrogio (Sulle seite antiche 4 Cronaca annuale dei restauri e delle scoperte della basi- « lica di S. Eustorgio in Milano, in-12, Milano, s. d. ;

_ Cronaca mensile del ricupero e ristaura della basilica di S. Vincenzo in Prato (dal 1880 al 1890), in-8*, Milano, 1890 ; Passeggiale storiche ossia le chiese di Milano, in-8°, Milano, 1891 ; Gile e rilievi storici archeologici nei dinlorni di Milano, in-89, Milano, 1895 ; Memorie storiche ed inedite sul capitolo ambrosiano, in-129, arcate cieche del l'atrio di Sant Ambrogio e la chiesa di-


VS AT MA

— derivazione del l'arte cluniacense, dans Arte e sloria, religieuses à une époque indécise ; mais nous avons du mb LL = Es Sn III* série, t. x, 1907, p. 116 ; La fauna sculloria mostruosa della basilica ambrosiana, dans Arte e sloria, IIe série, t. x, 1907, p. 162 ; I portale cluniacense di S. Pietro di Vallate presso Costo di Valtellina e le porte laterali consimili della basilica Ambrosiana, dans Monitore tecnico, 20 mai 1908, p. 269 ; Recenli indagini intorno al pallio e al ciborio della basilica ambrosiana, in-89, Milano, 1909, extrait du Polilecnico, t. Lvit, 1909, p. 222 ; L'atrio di Sant' Ambrogio e la sua derivazione del l'arte cluniazense, in-8°, Milano, 1910, extrait - du Politecnico, t. LVI, 1910, p. 433 ; Capilelli e resti - della chiesa di S. Maria d'Aurona, dans Politecnico, t. Lvi, 1910, p. 11 ; Le arcate cieche del l'atrio di Sant' Ambrogio e la chiesa di S. Maria di Calvenzano presso Melegnano, dans Politecnico, t. Lvu, 1910, p. 534. — F. Savio, Gli antichi vescovi d'Ilalia, dalle origini al 1300, Descrilti per regione. Il Piernonte, in-59, Torino, 1898. — P. Tedeschi, San Vincenzo in Prato ~ ele basiliche istriane, dans Archivio storico lombardo,


XIV. AUNRONA. — Nous avons parlé de cette église,

moins ce texte important de Landulfe le Jeune : [ri isto nam que tempore (1096) Urbanus papa... de Franzia Mediolanum redivil, in qua civitate cum ipse papa staret in pulpilo sanciæ Teglæ immensæ multitudini hominum uirius que sexus pradicavit... quod clerici et sacerdotes per pecuniam in ecclesias non sunt introducendi, sed per electionem hominum, qui sunt ecclesiarum : vicini, de quibus apostolicis dictis clerus iste Nazarius ingenio acutissimus, el Muricula cognominatus pennas assumsit, at que de solario suo ad ecclesiam sancli Babil san-ti que Romani, quie antiquitus dicitur Concilia sanctorum, sine regali el.... Ce texte montre de façon certaine qu'au xi siècle, il y avait deux basiliques nommées l'une : Saint-Babylas, l'autre : Saint-Romain, qui étaient contiguës et formaient un seul édifice. Laudedeo Testi, I monastero e la chiesa di Santa Maria — d4'Aurona in Milano, secoli VIZI-IX-XVIII, dans L'arte, i i E la transformation de cet édifice en style baroque, a — conservé le souvenir de l'ancien ambon et du cimé- | édifice. Une pièce datée de 1119, citée par Giulini , tière jadis situé à l'ouest de l'église ; en 1674, Torre décrit avec plus de détail l'ambon qui, vers cette époque, a été démoli. Latuada a donné une bonne description et Pirovano a décrit la façade en style baroque, aujour d'hui détruite. Dartein a laissé une bonne notice, mais alors deux des anciens chapiteaux étaient seuls visibles. Rivoira et Porter ont écrit quelques pages utiles et De Fabriczy a publié des dessins du xvi siècle fort importants. mentionne l'Ecclesia sanciorum Romani et Babilæ comme une des chapelles qui dépendent des ecclesiae maires, dans lesquelles vont officier ceux qu'on nomme decumani.

L'église consiste en une nef à cinq baies en longueur, deux bas-côtés, trois absides et chapelles, une coupole lombarde s'élève sur la baie centrale de la nef. Tout cela diffère assez de la disposition primitive ; de même, il reste assez peu de chose de la maçonnerie primitive (fig. 8057) et, néanmoins, F. de Dartein a eu raison de dire que « les chapiteaux anciens, restés visibles sur quelques points, notamment au pilier de la chaire, montrent que l'église, rebâtie dans le style lombard, a conservé la structure qu'elle reçut à cette époque. On retrouverait des piliers cantonnés de colonnes sous les parements des supports actuels. » La sculpture de deux chapiteaux et la disparition de l'édifice indiquent une période avancée du style lombard. Tous les piliers sont pareils et la grande nef compte autant de travées 1039 que les bas-côtés. L'amplitude de ces travées n'est pas la même partout. Dans les trois premières, à partir de la façade, les compartiments du vaisseau central sont à peu près carrés, ceux des petites nefs se trouvant alors barlongs, tandis que la cinquième et dernière travée, beaucoup plus étroite que les premières, offre une disposition inverse : les divisions collatérales, de forme carrée, y comprennent entre elles, sur la grande nef, un compartiment rectangulaire. Quant à la quatrième travée, elle offre un moyen terme entre les trois premières et la cinquième : les trois compartiments y sont des rectangles. Le fait que les piliers sont tous égaux et que la grande nef compte autant de travées que les bas-côtés ne suffit point, à lui seul, pour désigner une époque ; mais la forme particulière des trois premières travées donne, au point de vue chronologique, un renseignement significatif.

Bibliographie. — G.-B. Villa, Le setle chiese o siano basiliche stationali della città di Milano, 1627, p. 227.

1040 de l'époque lombarde. Il se compose d'une nef unique terminée par une abside. Cette nef est divisée par des arcs doubles et de vigoureux appuis, formant éperons intérieurs et extérieurs en cinq travées couvertes par des voûtes d'arêtes sans nervure. Les quatre premières travées, disposées sur plan barlong, sont à peu près moitié aussi longues que larges. La dernière qui s'approche du carré forme la tribune conjointement avec l'abside. On y monte par cinq marches, tandis que deux escaliers latéraux conduisent à une crypte, aujour d'hui profondément enterrée, qui occupe tout l'espace couvert par la tribune (fig. 8058).

On n'a aucun renseignement sur la date de cet édifice, - aucun ornement sculpté n'est resté visible. F. de Dartein est disposé à croire qu'il est du xi siècle, et d'une date plus reculée pour l'abside à cause de sa ressemblance avec celles de Saint-Ambroise et de Saint-Eustorge ; Cattaneo admet que cette abside peut remonter au ix ou au x* siècle, comme celles de Saint-Ambroise, de Saint-Vincent in Prato, de Saint-Eustorge et de Saint-Celse. En 1891, on essaya une restauration archéologique, mais il restait si peu de chose de primitif qu'on a dû renoncer à rétablir le type original. D'après Tatti, l'archevêque Thomas (T 783) donna à l'église un autel d'or qui fut volé par les soldats de Bibliographie. — F. de Dartein, Études sur l'archi- | S'appliqua à l'étude des sculptures du portail, sans s'occuper du reste de l'édifice qui était alors en bien meilleur état que de nos jours. En 1782, Bugati donna un travail important, mais pauvrement illustré ; en 1817, Millin lui accorda un moment d'attention et une description des sculptures et, en 1842, Caffi étudia l'histoire ancienne du monument. A une date plus proche de nous, F. de Dartein donna une notice que nous résumerons en partie, puis Cavagna Sangiuliani une monographie ; Romussi, un résumé ; Cattaneo, deux pages et Porter une étude.

Sur la légende et la mémoire des saints Nazaire et Celse, voir F. Savio, La leggenda dei santi Nazario e Dans les dernières années de sa vie, saint Ambroise découvrit le corps de saint Nazaire et le fit transporter à la basilique des Apôtres, qui prit plus tard le nom de Saint-Nazaire. Il reconnut dans le même cimetière la sépulture de saint Celse, mais le diacre Paulin ne dit pas qu'Ambroise ait déplacé les reliques de ce martyr. Néanmoins, la mémoire de Celse devint inséparable de celle de Nazaire et, dès la première moitié du v siècle, Galla Placidia leur fit bâtir une église à Ravenne. On peut penser que, dès ce temps-là, Celse avait à Milan une église placée sous son nom. Cette église, située près de la porte romaine, existait certainement au ix siècle ; la plus ancienne mention explicite se trouve dans une litanie du ix siècle ! ; il existe un témoignage de la première moitié du vii, une pièce de vers en l'honneur de Milan, mais trop peu explicite.

! Publiée par Magistretti.

D'anciens livres liturgiques, remontant au ix° siècle, fournissent la preuve que l'église Saint-Celse était parmi celles que visitait la procession des Rogations ; on s'y rendait le troisième jour, après s'être arrêté à Saint-Nazaire in campo ; ensuite, on se rendait à Saint-Eustorge. Cette église fut remplacée par l'édifice qui subsiste en partie.

A la fin du x siècle, Landolf II de Carcano, archevêque de Milan, construisit dans cette ville un monastère pour les bénédictins. C'était une tardive réparation de sa conduite passée et le chroniqueur Arnolf le dit tout net : Præterea senliens se præsul dispersis facultatibus, offendisse Ecclesiam, ut clerum leviret ac populum, sancii martyris Celsi fundavit monasterium multis que dotavit opibus . Landolf mourut en 998 et fut enterré à Saint-Celse, le fait est confirmé par un catalogue épiscopal ancien * et le chroniqueur Fiamma ajoute que la tombe se trouvait juxta ostium ubi est aqua sancta ?.

Les chroniqueurs Landulfe l'Ancien et Arnolf parlent du monastère et ne disent rien de l'église que, peut-être, ils n'en séparent pas, mais leur silence est largement suppléé par deux inscriptions qui disent formellement que l'archevêque Landolf transporta les reliques de saint Celse dans une église bâtie par ses soins.

La majeure partie de l'église Saint-Celse est détruite. Toute la portion antérieure, dans l'étendue correspondant aux deux premières travées de la grande nef, fut démolie en 1818 pour dégager le côté méridional de l’église de l'Assomption. On ne s'en tint pas là, car on jeta par terre, d'un bout à l'autre de la grande nef, la voûte qui couvrait cette nef, après quoi l'on construisit, pour abriter la troisième travée, par bonheur conservée, la voûte en berceau actuelle. En fut le premier travail de ce genre entrepris sur un monument de style lombard non seulement en Italie, mais encore en Lombardie.

La voûte principale, démolie en 1848, était un ouvrage de la seconde moitié du XVIe ; elle reposait sur un entablement complet dont il ne reste plus que l'architrave, la frise et la corniche ayant été noyées dans le pied du berceau actuel. Pour exécuter cette voûte cylindrique à lunettes et la plate-bande qui lui servait d'appui, on rasa les murs élevés de la grande nef un peu au-dessus des voûtes latérales, en sorte que, jusqu'au mur du fond, il ne subsiste plus, du monument lombard, que les parties inférieures.

La ligne de séparation des deux constructions apparaît clairement sous les toitures des bas-côtés : un stratage partiel a montré cette ligne à l'intérieur de l'église.

Le mur du fond, encore pourvu à l'extérieur de sa corniche rampante à petites arcatures, est heureusement resté intact, nous donnant ainsi, sur la hauteur de la nef principale, un renseignement certain, renseignement d'autant plus précieux qu'il peut apprendre quelque chose sur la disposition de la couverture primitive. L'agencement et les formes des supports témoignent en faveur de voûtes d'arête à nervures croisées, construites sur de grandes travées à peu près carrées : mais, si l'on cherche à rétablir de pareilles voûtes sous les pentes du toit, marqué par l'ancienne corniche, on reconnaît que l'espace fait défaut. Le surbaissement des arcs formerets serait, en effet, beaucoup trop prononcé. Ainsi, la seule observation du mur postérieur donne lieu d'admettre, au moins comme très probable, que le système de voûtes annoncé par les supports ne fut point appliqué à l'édifice.

On ne peut pas non plus supposer qu'il y ait eu, dans le principe, des voûtes d'une autre espèce : l'inégalité des piliers s'y oppose. Par suite, la solution la plus probable est celle d'une toiture en charpente. Cette conclusion ne doit pas surprendre, car plusieurs églises lombardes, pourvues, comme Saint-Celse, de piliers à nervures, n'ont pas été, à l'origine, voûtées sur la grande nef.

Le peu qui reste des anciens murs de la maîtresse nef, au-dessus des voûtes collatérales, montre que, à l'aplomb des petits piliers, les murailles de celle-ci manquaient de contreforts. Il n'en était pas de même au droit des principaux appuis. Les deux éperons qui subsistent encore, noyés dans la nouvelle façade, font une saillie d'environ 0 m. 60. De tels éperons n'ont une raison d’être que s'ils butaient des arcs joignant ensemble les gros piliers, en sorte que la grande nef devait être traversée par des arcs doubles qui non seulement complétaient, sous le toit, la division par travées, mais encore soutenaient la couverture avec l'assistance de fermes en charpente, distribuées dans leurs intervalles.

En même temps, des voûtes d'arête abritaient les bas-côtés. Leur ancienneté ne serait pas douteuse. L'une au moins de celles qui subsistent, la première du côté droit, dont notre coupe transversale montre la section, doit remonter à l'origine du monument.

Les deux petites portes frontales n'offrent pas d'intérêt, mais la porte du milieu, qu'on a transportée telle quelle de son ancienne place dans la nouvelle clôture, est assez richement ornée de sculptures. Quant aux fenêtres primitives, comme les murs d'enceinte n'en gardent aucun vestige, il a fallu les restituer arbitrairement.

Les contreforts des murs latéraux étaient fort développés ; ceux de la façade, beaucoup moins proéminents et cantonnés de colonnes, ressemblaient aux éperons analogues des portails de Saint-Michel-Majeur à Pavie et Saint-Jean in borgo dans la même ville.

Une très haute et très robuste tour se dresse à l'extrémité du collatéral de droite ; les parties inférieures remontent évidemment à l'époque lombarde.

Si l'on excepte le clocher, la pierre ne paraît employée, dans l'édifice, qu'à la construction des piliers qui séparent les nefs. La nature de ces matériaux est la même qu'à Saint-Ambroise ; mais leur mode d'emploi diffère dans les deux monuments. On ne voit plus, à Saint-Celse, des assises, composées de pierre d'égale hauteur, embrassant à la fois plusieurs cordons ; chaque nervure est, en général, bâtie à part, au moyen de blocs souvent très longs et placés en délit.

La brique est de forme régulière et de belle qualité ; on remarque des assises composées d'une suite de petits fragments inclinés. Une particularité intéressante consiste dans la complète absence, à Saint-Celse, de ces claveaux en pierre, intercalés parmi les briques qui, à Saint-Ambroise, apparaissent dans tous les arcs.


XVIII. SAINT-ÉTIENNE in brolio ou alla ruota. — Cette basilique, fondée probablement au Ve, aurait disparu dans un incendie en 1075, et aurait été rebâtie dans le style lombard. De nouveaux travaux, entrepris à la fin du Xe, la transformèrent complètement, à l'exception d'un portique frontal, qui ne re Te

Min piger WE »jum ra cmm gd ue. ie à late mure A be et Re M em rer te Le. me 1043 fut démoli qu'au XVIe. On voit encore, sur la place qui précède l'église, le pilier d'angle de ce portique : c'est tout ce qui apparaît de la construction lombarde.


XIX. SAINT-EUSTORGE. — Cette église passe pour avoir été fondée par l'évêque Eustorge qui occupa le siège de Milan de 315 à 331. Jusqu'au XIe, on croyait y posséder les reliques des mages que les soldats de Frédéric Barberousse emportèrent en Allemagne et qui sont conservées à Cologne. Au lieu de ces restes très problématiques, Saint-Eustorge posséda plus tard les reliques fort authentiques de Pierre de Vérone, martyr en 1252. La notoriété de ce saint personnage devint funeste à ce lieu ; elle attira la vogue — on pourrait dire la mode — sur Saint-Eustorge qu'on combla de présents et où il devint de bon ton de se faire enterrer. L'ancien cimetière, puis l'église elle-même furent envahis, bouleversés par la construction de chapelles funéraires qui formèrent la bordure des deux côtés de l'église.

Saint-Eustorge est une basilique à trois nefs qui mesure, dans œuvre, non compris les chapelles et dépendances, 69 mètres de longueur et 23 mètres de large. La largeur de la grande nef est de 12 mètres environ ; c'est à peu de chose près les dimensions de la basilique ambrosienne !. Huit travées marquées par sept piliers de chaque côté de la nef principale, un compartiment rectangulaire et l'abside. La haute tribune, qui occupe ces deux parties de l'édifice, surmonte une crypte dont le sol affleure celui de l'église. La construction de la crypte et le transfert du chœur dans la tribune exhaussée datent de 1537. Le XVIe ne se priva pas de remanier, de déplacer, de décorer, mais sans atteindre au vif, l'ancienne construction qu'on retrouva, quand on fit tomber ce maquillage de briques et de plâtras, de 1863 à 1873.

La construction appartient au style lombard, mais elle est pleine d'irrégularités et d'incohérences, notamment dans les supports. Les piliers ne se ressemblent pas tous, ils sont de trois espèces : piliers à nervures grêles et élancés, piliers robustes et garnis d'un certain nombre de cordons, piliers cylindriques surmontés de nervures à partir de la naissance des petits arcs doubles (fig. 8059).

Ces piliers cylindriques sont terminés par de simples bandes de la fin du style lombard. Leur contour circulaire est-il dû à quelle restauration consistant dans l'application d'une enveloppe contre un noyau plus ancien, d'abord cantonné de nervures sur toute la hauteur ? On retrouve cette disposition du trône circulaire à une tige nervée dans l'abbatiale de Chiaravalle, où ces deux parties furent construites ensemble, en sorte qu'on n'ose pas décider si, à Saint-Eustorge, il y eut reconstruction totale ou simple transformation.

« La forme particulière et la structure plus grêle des trois premiers piliers de chaque pile a fait conjecturer, en s'autorisant du chroniqueur Fiamma, que les deux premières travées, qui sont plus étroites que les suivantes, formaient peut-être, avant le XIe, un vestibule intérieur séparé de l'église par un mur . Mais alors, le premier pilier se fût trouvé dans ce vestibule, le troisième étant situé dans l'église et le second faisant corps avec la muraille interposée. Évidemment, ces trois piliers, placés dans de telles conditions, n'eussent point été pareils, comme ils le sont. L'existence ancienne d'un vestibule intérieur paraît donc inadmissible, du moins pour l'édifice actuel, et la moindre amplitude des premières travées provient de quelle autre raison . En définitive, la forme différente des piliers tient à des restaurations ou reconstructions partielles, dont il serait difficile, à présent, de reconnaître les époques. La trace de ces remaniements est d'ailleurs très visible partout. Elle apparaît dans la hauteur variable des nefs latérales et le relèvement des arcs longitudinaux jusqu'aux formerets des grandes voûtes ; dans le prolongement, au-dessus des anciens chapiteaux du premier rang, de celles des nervures qui aboutissent à ces arcs relevés : dans la forme ogivale de quelques arcs ; dans la structure diverse des arcs, dont les uns, plus récents, sont bâtis tout en briques, tandis que les autres, plus anciens, renferment, comme à Saint-Ambroise, de nombreux claveaux en pierre, disséminés parmi les briques ; enfin, dans l'addition aux trois premiers supports de deux petits cordons et d'une tablette, sur lesquels prennent appui les arcs diagonaux des principales voûtes. Ces divers changements se rattachent évidemment à la construction des grandes chapelles latérales qu'on a pris le parti d'ouvrir largement sur la maîtresse nef, à travers les bas-côtés, et à l'établissement des voûtes d'arête, qui remplacèrent petit à petit, à partir du XIe, l'ancienne couverture en charpente. Ainsi, comme il arriva souvent, les bienfaiteurs de l'église contribuèrent le plus à sa ruine, soit par l'érection de vastes annexes, qu'il ne fut possible de bien relier à l'édifice qu'en défigurant son architecture, soit par des changements successifs et mal coordonnés, introduits à titre d'embellissements. En définitive, l’église de Saint-Eustorge a presque disparu sous les restaurations. Cette ancienne bâtisse n'est plus qu'un amas de pièces et de morceaux, dont le pêle-mêle produit un misérable effet, en dépit des souvenirs qui s'y rattachent.

« Si l'on cherche à se faire une idée de la forme première de l’église non de la forme primitive remontant | | | couvert tout Védilice, disposition fâcheuse pour l'éclairage, qui, dans une grande église couverte en charpente, n'avait aucune raison d'être et qu'on n'a jamais employée dans ce cas. L'a grande élévation des voûtes latérales qui, dans plusieurs travées, prennent leur naissance au même niveau que les maîtresses voûtes, aura fait croire, sans doute, à l'existence de galeries supérieures : mais cette élévation, nous l'avons déjà dit, résulte d'un exhaussement fait après coup pour au 1v° siècle, mais de celle qu'avait l'édifice lombard | donner aux chapelles de spacieuses ouvertures sur dont il reste la carcasse effondrée, on ne peut guère y parvenir sans quelque incertitude. Ce devait être une basilique couverte en charpente où, sans doute, comme à Saint-Celse, les piliers s'unissaient à travers les nefs par des arcs doubles. Les bas-côtés étaient probablement voûtés. Des galeries hautes les surmontaient, à ce qu'on prétend ; mais le fait est plus que douteux, car, s'il avait existé de semblables galeries, leur toit se fut élevé jusqu'aux rampants de la façade qui est l’église. Les chapiteaux placés aux naissances de ces arcs relevés datent du xim ? ou du xiv* siècle, excepté deux ou trois d'entre eux, qui sont des débris de provenance quelconque. S'il avait existé des galeries hautes, on n'eût pas manqué, sans doute, de remployer leurs chapiteaux.

« Les sculptures permettent peut-être d'éclaircir le mieux la question de date. En effet, les anciennes sont restées en place malgré l'exhaussement partiel des très basses et, par suite, une toiture à deux pentes eût |- piliers, et l'on reconnaît aussitôt, à leur aspect général, 1047 au méplat des reliefs, et même au choix des compositions ou à la forme des ornements, qu'elles se rapprochent beaucoup des sculptures de l'atrium de Saint-Ambroise. La reconstruction lombarde de Saint-Eustorge semble donc remonter à la fin du xi* siècle : disons cependant, pour n'être pas trop affirmatif en des questions aussi scabreuses, qu'elle pourrait n'avoir eu lieu qu'au siècle suivant.

* Quelques parties de l'église appartiennent à des temps moins reculés. La façade devait être dans ce cas ; mais il n'est plus possible, à cause de sa récente | reconstruction, de lui assigner sûrement une date. Le campanile, tour carrée très haute et très robuste, ne fut bâti qu'au commencement du xiv ? siècle, de 1297 à 1309.

« L'une des parties principales de l'édifice est, au contraire, plus ancienne que le corps de l'église lombarde. C'est l'abside avec le compartiment qui la précède (fig. 8060). Comme à Saint-Ambroise, il y a séparation complète entre les maçonneries des murs droits aboutissant à l'hémicycle et celles des piliers engagés qui forment les têtes de ces murs. L'abside avec ses grandes fenêtres, seulement ébrasées vers l'intérieur, les pilastres qui subdivisent sa paroi extérieure et les profondes arcatures à double archivolte de son couronnement, est en tous points semblable à celle de Saint-Ambroise. La structure des maçonneries est aussi la même dans les deux absides. Évidemment des constructions qui se ressemblent autant doivent être à peu près contemporaines. Le chevet de Saint-Eustorge daterait donc du vi* siècle. » Bibliographie. — F. de Dartein, op. cit., atlas, pl. iv.


XXI. SAINT-GEORGES in palazzo. — L'origine de cette église remonte, dit-on, au commencement du viii siècle et son surnom vient du voisinage d'un ancien palais qui datait, peut-être, de l'époque romaine. Le fondateur de l'église fut l'évêque Natale qui, d'après le catalogue épiscopal, gouverna l'Église de Milan pendant quatorze mois seulement, mourut le 4 mai et fut enterré au milieu de cette église, dont l'épitaphe se lisait encore au xvi siècle, sur le pavement près d'une colonne ; elle fut copiée en 1550 par le chanoine Fr. Castelli. La voici :

1048 du xvi* siècle que nous transcrivons pour qu'on se fasse une idée de ce maquillage style Renaissance :

Marmore Natalis legitur venerabile corpus

Priesule quo sacris est suus auctus honos,

Grande decus vatum spes el solamen egenis,

Nobilium quo que dux el pater urbis erat.

Condidit hanc, Superis populis que faventibus, aulam

Adeo que constructam plurima dona dedit,

Unde queant vigiles Domino servire per arvum,

Un rythme du xvi siècle nous apprend que l'église était environnée de tours : Edita in turribus et on l'admirait sans réserve, car, après l'incendie de 1070, le chroniqueur Arnolfe écrit : O templum cui nullum in mundo simile. Après divers malheurs, Saint-Laurent s'écroula en partie en 1575 ; il fallut le reconstruire et Martino Bassi, l'architecte chargé de ce soin, s'empressa de renseigner abondamment la postérité dans ses Pareri e dispareri in materia d'architellura e prospettiva, di Martino Bassi, col l'aggtunta degli scritti del medesimo intorno al tempio di san Lorenzo, dati da Francesco Ferrari. On lit ces mots : « L'ancien temple de Saint-Laurent, qui s'écroula, était de la même forme que celui que l'on est en train de reconstruire : il reposait sur les mêmes fondations, qui n'ont point été altérées !, » « On tire immédiatement de ce fait la conséquence que les dispositions actuelles remontent au moins au xii siècle. Pour décider si elles appartiennent à cette époque, ou si elles datent d'une époque plus reculée, il ne reste pas, sauf le rythme du xvi siècle, d'autre témoignage que celui du monument lui-même. Or, si l'on examine les tours et le mur d'enceinte extérieur, on reconnaît aisément que ces constructions, laissées intactes lors de la réédification de l'église en 1575, portent la trace bien apparente des restaurations qui suivirent les désastres successifs survenus au xi et au xii siècle. Il en résulte qu'aucun de ces désastres ne ruina l'église de fond en comble et, qu'à la suite de chacun d'eux, elle fut simplement restaurée ou réparée, et non pas reconstruite. Les tours actuelles s'élèvent donc sur les fondations de celles qui existaient au xvi siècle *, »

La chapelle était entièrement recouverte à l'intérieur de mosaïques et de placages. Au début du xvi siècle, Torre en parle en ces termes : « Anciennement, cette église était entièrement revêtue de mosaïques, et je vis souvent sa coupole décorée de cette manière : il y avait aussi, entre les différents arcs, des plaques rondes en marbres précieux. Tout cela fut changé, il y a quelques années. La mosaïque fut alors entièrement défaite : les plaques rondes furent enlevées et employées en grande partie au tabernacle du maître-autel de Saint-Laurent, et toutes ces parois furent incrustées de chaînes blanches et ornées de stuc dans le goût corinthien. » Tout n'a pas été détruit. Il reste deux fragments qui occupent les voûtes en cul-de-four de la 3e et de la 5e niche à droite, à partir de la porte d'entrée. La première de ces mosaïques figure le Christ enseignant les douze apôtres (fig. 8053), elle s'ajoute aux représentations que nous avons données à MAGISTÈRE de Christ (voir Dictionnaire., t. x, col. 1114-1121, fig. 7511-7515). Cette absidiole présente en bas et à son pourtour une large bordure d'un bleu foncé. Les apôtres sont barbus ; du côté gauche, les deux premiers et le quatrième, tous les autres sont jeunes et imberbes. Le troisième à droite tient un livre ouvert et le dernier un rouleau ; le premier à gauche serre des deux mains un rouleau, lié de deux cordons noirs, le cinquième s'appuie sur un livre fermé. Les gestes varient. Le second à droite, qui est imberbe, semble discuter, le cinquième acquiesce à ce qui est dit. Les mêmes gestes se retrouvent du côté opposé, mais en sens inverse. On reconnaît saint Pierre et saint Paul à leur place et à leur type.

L'autre mosaïque représente une scène pastorale entre deux filets rouges et sur laquelle courent des rubans bleus et rouges, disposés en forme de lyre, avec un fleuron au milieu. La bordure du cintre est détériorée et blanchâtre. Le champ de la conque est entièrement en or. Au centre, le Christ assis entre deux groupes de six apôtres également assis. Le sol est vert foncé, avec un mouvement de terrain, une sorte d'ondulation au premier plan sous les pieds des apôtres. Le Sauveur porte un nimbe blanc avec le chrisme et AG, ainsi qu'une tunique blanche avec laticlaves foncés ; son bras est découvert. Un manteau blanc est jeté sur ses épaules, marqué en deux endroits de la lettre Z. La main droite est ouverte et fait le geste de l'orateur, la main gauche tient un rouleau un peu développé ; le Christ et les apôtres ont les pieds chaussés, Le costume des apôtres est identique à celui du Sauveur, tunique et manteau, sauf que le cinquième à droite et le troisième à gauche ont un H renversé au lieu d'un Z. Chaque groupe de six est sur deux rangs de trois. Du côté droit, le premier et les deux derniers sont barbus ; du côté gauche, les deux premiers et le quatrième sont barbus, les autres sont jeunes et imberbes. La technique de ces mosaïques est rude et peut faire songer au v siècle, tout au plus au vi.

La porte d'entrée est placée au Nord, sur le côté qui fait face à Saint-Laurent ; son encadrement extérieur se compose de trois pièces de marbre, deux montants et un linteau, très richement décorés de sculptures et qui proviennent de quelque édifice romain de la décadence.

Saint-Aquilin offre des caractères remarquables d'antiquité. Sa forme générale est bien celle des rotondes d'époque romaine. Grâce à son épaisseur, le mur d'enceinte octogonal soutient la coupole sans le secours des contreforts. Les joints de séparation des assises de briques ont une largeur de 0 m. 02 à 0 m. 03, et sont remplis par un mortier très dur, fait avec du gros sable, presque du gravier. Les briques sont bien cuites et de grande dimension ; elles mesurent environ 0 m. 28 de long sur 0 m. 14 de large et 0 m. 06 d'épaisseur. Celles employées au pavage de la galerie supérieure ont jusqu'à 0 m. 45 de longueur et 0 m. 28 de largeur, sur 0 m. 06 d'épaisseur. Enfin, le soubassement est formé par de grands blocs de granit. Les différents caractères énumérés ci-dessus ne se rencontrent que dans les monuments d'époque romaine ou construits sous l'influence immédiate des traditions romaines.

L'attribution de l'édifice à Galla Placidia (voir ce nom) ne peut être admise que sous d'expresses réserves, car, comme on l'a dit, Galla Placidia, sœur d'Honorius, est un de ces personnages historiques dont s'est emparée l'imagination populaire pour leur attribuer des ouvrages sans maître. Il existe un sarcophage à Saint-Aquilin qui passe pour avoir reçu la dépouille de la fille du grand Théodose, ce qui est franchement inadmissible.

Saint-Genés. — Sur le plan, cette chapelle, appelée aussi de la Vierge, occupe l'espace compris entre le mur d'enceinte de Saint-Laurent et le côté septentrional de Saint-Aquilin. C'est une salle à peu près carrée, voûtée en berceau et qui parait avoir été construite à la fin du x ou au début du xi siècle.

Saint-Sirle. — Identique, mais à peu près de moitié moindre importance que Saint-Aquilin. Puricelli estime que cette chapelle fut construite par l'évêque Laurent Ier (189-511) ; c'est ce que dit Ennodius ! :


ANTISTES GENIO POLLENS PROBITATE PVDORE ORNAVIT DONVM MERITIS ET LVMINA VITAE AD PRETIVM IVNGENS OPERIS HAEC TEMPLA LOCAVIT LAPSA PER INCERTOS NON SPARGIT FAMA RECESSVS SED VETERIS FACTI VIVIT LEX AVCTA PER AEVVM QVAM DEXTER CAPIAT LAVRENTI MVNERA SYXTVS SIC MANET OFFICIVM QVOD SANCTIS CONTIGIT OLIM OBTVLIT HIC TEMPLVM VENIENS QVOD CONSECRAT ILLE

La forme et l'emplacement de Saint-Aquilin permettent de supposer avec vraisemblance que cet édifice fut construit pour servir de baptistère. Après avoir rempli cet office pendant quelque temps, il fut sans doute consacré à quelque culte spécial et remplacé dans sa destination par la chapelle Saint-Sixte.


XXV. SAINTE-MARIE-MAJEURE. — Ancienne cathédrale, mais seulement pendant la saison d'hiver ; Milan avait sa cathédrale d'été : Sainte-Thécle. Toutes les deux étaient vastes et très décorées. Sainte-Marie-Majeure était la principale église de Milan ; elle disparut lors du terrible incendie de 1075. En 1162, Frédéric Barberousse fit renverser le campanile dont la solidité et l'élévation lui donnaient ombrage. Il ne subsiste donc rien qui relève de nos études.

Saint Ambroise nous est témoin que les noms antiques de ce cimetière et de ses bâtiments ne sont pas une légende des temps barbares, mais un souvenir sincère des origines de l'Église de Milan. Saint Ambroise ne nomme pas l'hortus Philippi, ni la basilica Philippi, parce que la célébrité des martyrs Nabor et Félix avait fait changer le nom de cette basilique, de même qu'à Rome le cœmeterium Marimi devint, dans la suite, le cœmeterium Sanctæ Felicitatis et ainsi de bien d'autres ; mais les basiliques de Portius et de Fausta conservaient leurs noms. Quand les augustes Valentinien et Justine voulurent que l'évêque remît aux ariens la basilique Porcienne, il répondit : absit ut tradam hæreditatem patrum, hoc est... omnium retro fidelium episcoporum. C'est donc qu'au IVe ces basiliques portaient déjà les noms qui leur sont assignés par les documents d'époque postérieure, et ils étaient considérés comme un héritage des premiers fondateurs de l'Église de Milan. On ne peut, d’après cela, mettre en doute que saint Ambroise n'ait retrouvé la tombe des martyrs Gervais et Protais dans le plus ancien cimetière chrétien, cimetière établi dans l'hortus Philippi, comme l'area de Macrobius Candidus à Carthage, comme celle d'Evelpius à Césarée de Maurétanie et partout où les nécropoles souterraines furent impraticables.

On peut expliquer dés lors comment la tombe de Gervais et Protais disparut et tomba dans l'oubli. On remarquera d'abord que Nabor et Félix donnèrent leur vie pour la foi sous le règne de Dioclétien et de Maximien, d'où l'on peut conclure, avec beaucoup de vraisemblance, que Gervais et Protais, cachés et oubliés sous la clôture du tombeau de ces saints, durent cina oi iat fft fa | » b ; k-


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1057 étaient d'époque plus ancienne. Loin d'avoir été enterrés là en grand secret, puis complètement oubliés, ils avaient eu une épitaphe que des vieillards se souvenaient d'avoir lue. Or, s'ils eussent péri sous Dioclétien et si leur épitaphe eût été posée, comme il est naturel de le croire, après la restitution des cimetières aux chrétiens par ordre de Maxence, comment pourrait-il se faire qu'en plein triomphe du christianisme et de ses martyrs, sous la dynastie de Constantin, leur tombeau fût resté caché et négligé, au point que le souvenir en eût complètement disparu en quelques années ? Saint Ambroise, en effet, en 386, écrivait que les Milanais ne savaient plus rien de ces saints, et que ce fut seulement après la découverte de leurs restes que les vieillards, rappelant leurs souvenirs effacés, dirent qu'ils avaient lu jadis l'inscription : nunc senes repetunt se aliquando horum martyrum nomina audisse, lilulum que legisse. De l'an 307, aux environs duquel les chrétiens recouvrèrent leur ancien domaine, à l'année 386, il n'y a que quatre-vingts ans, et ce fut une époque de triomphe pour la chrétienté et de grande vénération pour les martyrs. Il est difficile de croire que, dans un si court laps de temps, on ait perdu de vue et finalement oublié le tombeau et la mémoire de nos deux saints. Au contraire, si nous nous en tenons au jugement de ceux qui virent sortir ce tombeau de dessous les dalles du pavé, et qui, tout étrangers qu'ils étaient aux recherches archéologiques, ne pouvaient cependant pas confondre un tombeau de leur siècle avec un monument beaucoup plus ancien, tout s'explique à merveille. L'épitaphe que les vieillards se rappelaient avoir lue jadis, avait été vue par eux avant la confiscation de l'hortus Philippi, certainement contemporaine de la persécution de Dioclétien, c'est-à-dire avant 304, et, de fait, celui qui, alors, était âgé de dix ans en comptait quatre-vingt-douze en 386, longévité moins rare dans ce temps-là que de nos jours. Que dans la confiscation qui résulte de la persécution de Dioclétien l'inscription constatant l'emplacement de la tombe des deux martyrs ait pu facilement périr ou disparaître, c'est ce qu'on comprendra sans difficulté, et l'analogie conduit à croire qu'il en fut ainsi : On observe toujours, en effet, que là où les chrétiens eurent des catacombes, on trouve les épitaphes généralement contemporaines des siècles de persécution ; là, au contraire, où ils eurent leurs sépultures à la surface du sol, les épitaphes de cette époque sont très rares ou même inexistantes. La raison en saute aux yeux ; les violences infligées aux cimetières et aux tombeaux chrétiens sont assez connues pour qu'il suffise de les rappeler. Tout concourt donc à confirmer le sentiment de saint Ambroise, à savoir que la tombe des martyrs Gervais et Protais, placée dans le cimetière primitif, était antérieure à la persécution dioclétienne pendant laquelle on la dissimula ; les païens en brisèrent peut-être l'inscription, en tous cas elle fut oubliée quand on éleva l'église aux saints Nabor et Félix.


XXVII. SAINT-NAZAIRE. — Dans la Vila Ambrosii, du diacre Paulin, nous lisons ceci : Quo in lempore (395) sancti Nazarii martyris corpus, quod erat in horto positum extra civitatem, levatum ad basilicam Apostolorum, quæ est in Romana transtulit... Quo levato corpore martyris... statim ad sanctum Celsum martyrem, qui in eodem horto positus eral, cum sancto sacerdote ad orationem perreximus. Nunquam tamen illum orasse in eodem laco compertum habemus ; sed hoc erat signum revelat corporis martyris, si sanctus sacerdos ad locum, ad quem nunquam antea fuerat, oratum isset... Translato ita que corpore martyris ad basilicam Apostolorum ubi pridem sanctorum apostolorum reliquie summa omnium devolione deposita fuerant !, Le transfert des reliques de saint Nazaire dans la basilica Apostolorum, par saint Ambroise qui bâtit la nouvelle basilique, est mentionné dans le bréviaire milanais et dans la chronique de Landulfe l'Ancien ? : Heverlens B. Simplicianus ab urbe Roma ad B. magisirum. el reverendissimum Ambrosium reliquias particulæ apostolorum Petri el Pauli curiose, summa que devotione ei obtulit. Quo facto B. Ambrosius summo gaudio summa que letitia omnium aliorum apostolorum studiose acquisivit. Quibus adquisitis honestissimam basilicam ad modum erucis in romana parte inter Porlam, quam Romanam vocant, et Arcum, qui Romanus Triumphalis dicitur, honorifice condidit, in qua omnium apostolorum reliquias summa cum diligentia, summo que studio, magno que cursu episcoporum, clericorum, laicorum, mulierum, juvenum, senum urbium vicinarum apposuit, unde us que hodie « basilica Apostolorum » vocalur. At quid idem sanctus Ambrosius super hanc ecelesiam diclaveril, el sancti Nazarii honorem versificavit ore proprio audiendo cognosco.

C'est probablement de Landulfe que Galvaneo della Fiamma a tiré le récit qu'il nous laisse * : Post luec bealissimus Ambrosius corpus sancti Nazarii ad basilicam beati Petri, que fundata fuit in honorem apostolorum propter eximias reliquias ipsorum transtulit... Bealus vero Ambrosius, dum adhuc in carne viveret, fundavit ecclesiam in honorem beati Petri apostoli et omnium apostolorum, quie modo dicitur sancti Nazarii.

Une inscription, connue par plusieurs copies , rattache à cette basilique les noms de Stilicon et de Serena :

L'église fut construite par saint Ambroise un peu avant 395 et son achèvement aura pu demander les dernières années du IVe, Serena donna le pavement en marbres lybiques vers 402 (Oltrocchi est seul à dire 405). En 777, un diplôme mentionne l'église Saint-Nazaire ; en 948, on y enterre l'évêque Ardericus dans une chapelle qu'il s'était fait construire ; en 992, deux documents mentionnent les decumani de cette église et, en 1034, l'archevêque Aribert laisse un don à Saint-Nazaire. Landulfe le Jeune mentionne un prévôt, d'où on doit conclure que l'église dépendait alors des chanoines réguliers, et Landulfe l'Ancien parle de la translation du corps de saint Nazaire au temps d'Ariald, par conséquent avant 1067. L'église disparut dans l'incendie de 1075 ; restaurée, reconstruite, rebâtie, elle a cependant conservé ses dispositions primitives.

L'église Saint-Nazaire était bâtie sur plan crucial (fig. 8064). Une coupole octogonale couvre la croisée. Les branches supérieure et transversale se composent chacune d'une travée rectangulaire, presque carrée, qui se termine par un hémicycle. La branche inférieure un peu plus longue, comprend deux travées ; elle est précédée d'un édifice moderne, la chapelle funéraire des Trivulce, fondée par le maréchal (t 1518). « L'intérieur de l'église porte une décoration moderne appliquée sur l'ancienne construction. Cet embellissement, qui date de 1578, est l'œuvre des chanoines de Saint-Nazaire qui, après la visite de saint Charles Borromée, s'appliquèrent à restaurer leur église. Ils ne se contentèrent pas de recouvrir les parois, ils déplacèrent le chœur et l'autel et firent disparaître un ciborium ancien, semblable à celui de Saint-Ambroise, qui se trouvait à la croisée des nefs 1. Nonobstant ces altérations, la structure de l'édifice demeura intacte. La coupole octogonale, les piliers cantonnés de colonnes *, les voûtes d'arêtes surhaussées à nervures diagonales, et le profil de ces nervures, ne peuvent guère laisser d'incertitude sur l'origine lombarde de la construction. » Saint-Nazaire, telle qu'elle existe actuellement, est une église lombarde, reconstruite après 1075 ; le caractère de l'architecture se rapporte bien à la fin du XIe. La question qui se pose est de savoir si l'église lombarde, sur plan crucial, fut établie sur les fondements de l'ancienne basilique, détruite en 1075. Le fait semble positivement attesté par Landulfe l'Ancien qui attribue la fondation de la basilique in modum crucis in romana parte par saint Ambroise. Ce témoignage prouve au moins que l'église était en forme de croix avant 1075, d'où l'on peut conclure que la reconstruction se fit sur les mêmes fondements. Mais ceux-ci remontaient-ils au IVe ? Nous n'avons, à ce sujet, aucun renseignement certain. Nous avons admis que l'église Saint-Nazaire, élevée par saint Ambroise, était de la fin du IVe, mais à quelle année remontait la basilica Apostolorum qu'elle

1060 T d mpe 3 Débit EE qe mt M x v i CP y le bras gauche et dégage le bras droit qui bénit. Chaussure de même tonalité que la chasuble. L'empeigne se découpe en deux lobes et le talon est fixé au cou-de-pied par deux cordons. Est-ce un portrait de saint Ambroise ? A Milan, on n'en doute pas : Credesi che il sanio doltore sia ritralto al pero ! : c'est affaire de sentiment, d'ailleurs que sait-on sur les anciens portraits du saint ? X. Barbier doute qu'après un demi-siècle on eût gardé le souvenir des traits du saint docteur ; A. Ratti est d'un avis opposé. Recherchant l'époque de ce travail, il se prononce, d'après des comparaisons avec diverses mosaïques de Rome, de Ra-


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1062 lié de deux lacets, sur lequel il appuie la main droite. Les deux fenêtres qui séparent les trois personnages sont actuellement condamnées, une bordure rouge les circonscrit avec un double filet blanc et noir. Les fenêtres du côté opposé, bordées comme les précédentes, ont conservé la décoration en mosaïque de leur ébrasement. L'une présente, sur son fond blanc, des rubans semblables à ceux qu'on observe sur la mosaïque de Saint-Aquilin. Ces rubans ondulent, alternativement bleus et rouges, ou rouges et blanches ; à chaque ondulation se détache une feuille de lierre, colorée en bleu et montée sur un pédoncule tortillé. La vénérable église de Milan, pour le v siècle. La paléographie, l'épigraphie et certains détails liturgiques le confirment dans cette opinion. Les mosaïques des saints Gervais et Protais fournissent des arguments nouveaux en faveur de la confection de la mosaïque au v siècle. Quant à la ressemblance avec l'original, si on peut croire que l'artiste a essayé de l'atteindre, il semble qu'on n'a que des raisons de sentiment à faire valoir pour prouver qu'il a réussi. Le saint mesure 1 m. 85, saint Protais 1 m. 75, saint Gervais 1 m. 72 ; or, nous savons que la mensuration de leurs squelettes a donné à saint Ambroise 0 m. 20 de moins qu'aux martyrs. PROTASIVS, jeune et imberbe est vêtu d'un costume identique à saint Gervais avec la lettre | sur son manteau. De sa main gauche il tient un rouleau blanc, seconde fenêtre offre un double motif de feuilles trilobées et imbriquées, de couleur verte et, en regard, la disposition varie en ce sens qu'une autre feuille occupe le milieu sur un fond bleu.

En face : NAVOR, barbu et grisonnant, cheveux courts formant une couronne au-dessus de la tête, tunique blanche, laticlave bleu, manteau blanc timbré de | ; il tient un livre ouvert dans la main gauche, les lettres tracent quatre lignes sur chaque feuille, mais elles n'ont aucun sens ; la main droite relevée, MATERNVS porte le même vêtement que saint Ambroise, la chasuble de teinte plus claire, pas de croix, là main gauche sous la chasuble. FELIX, plus jeune que Nabor, porte, lui aussi, un livre ouvert.

Les quatre angles de la coupole, ou plutôt les quatre 1063 pendentifs portent les symboles des évangélistes : le centre de la coupole est occupé par le buste d'un saint dans une élégante couronne composée de lis, de roses, d'épis, de raisins et d'olives. La couronne est ornée de deux gros cabochons et liée d'une banderolle rouge flottante qui se termine en cœur. Elle est divisée en quatre compartiments dont le fond est bleu et qui représentent les quatre saisons : feuilles vertes pour l'hiver, lis et roses pour le printemps, épis dorés pour l'été, raisins et pampres pour l'automne. Au centre du médaillon apparaît le buste d'une figure virile. Les cheveux et la barbe sont courts et grisonnants, la tunique et le manteau de couleur blanche, il tient dans la main droite une croix monogrammatique qui contient les deux lettres initiales du nom de l'Irsoog et l'initiale de Xerozóc. La main gauche tient un livre ouvert sur lequel est écrit, en lettres capitales, le mot VIC || TOR. C'est, sans aucun doute, le nom du martyr de qui l'édifice reçut son premier vocable. A la croix monogrammatique, et pour raison de symétrie, correspond une croix simple, découpée en haut et en bas, pattée à toutes ses extrémités et, comme la précédente, surmontée d'une boule rouge et supportée par une boule d'or. Elle est entièrement en or, ainsi que les deux cercles qui enveloppent les deux bras, sur lesquels on lit un nom latin (fig. 8066).

1064 | Puricelli propose : pavisti nos ; Biraghi pa negriæ et.

| comme il est heureusement doué d'imagination, il développe l'énigme de cette façon : pauso ante gradus islius ædis Fauste in pace. Le dessinateur de Garrueci avait lu panegiriæ et X. Barbier, « à l'aide d'une forte lunette », découvrit pa n'egiriæ. Cela fait, il proposa : Victor Panegyriæ Fauslæ in pace. Enfin, de nos jours, M. J. Wilpert voit dans Paneciriæ et Faustini (au génitif) les noms des donateurs qui, au nom de Jésus-Christ, ont élevé la chapelle ou martyrium de saint Victor et l'ont orné de riches mosaïques !..

Les mosaïques, à l'exception des symboles des évangélistes, sont dans un état de conservation parfait. L'image de saint Victor se détache heureusement sur fond d'or qui rappelle le sobriquet primitif in celo aureo donné à l'édifice. A Ravenne, la basilique Saint-Martin, construite par Théodoric, avait, pour la même raison, reçu le surnom de in celo aureo (aujourd’hui Saint-Apollinaire-Neuf). Cette dénomination offre un critère précieux pour dater les mosaïques de Saint-Victor, puis que nous savons que la construction de Saint-Martin de Ravenne est antérieure à 526, année de la mort de Théodoric. A cette époque, l'usage des cubes d'or était chose si coûteuse qu'on ne pouvait guère s'y risquer. À partir du milieu du vx siècle, il n'en fut plus ainsi et l'usage en devint presque général. A Milan, la forme des deux croix, l'absence de nimbe et l'omission de l'adjectif sanctus, tout concourt à faire dater les mosaïques du premier quart du Ve.

Maintenant, quel devait être le sujet représenté dans l'abside ? Les analogies tirées des édifices qui ont conservé leur décoration entière laissent supposer que ce | devait être le saint martyr entré dans la félicité éternelle ; on peut supposer qu'il en était ainsi, mais on ne voit pas de preuve vraiment décisive à en donner.

Bibliographie. — F. Savio, I santi martiri di Milano, | ? 1065 - 643, atlas, pl. 129, 130, 131, n. 2 ; 132, n. 1-6.

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XXIX. SAINT-SÉPULCRE. — Ce monument date de

$ l'année 1030.

Bibliographie. — A.-K. Porter, Lombard architecture,


XXX. SAINT-SIMPLICIEN. — Cette basilique a été

— décrite par Torre, en 1674, par Latuada, en 1737, par - Giulini, par Allegranza, en 1773, par Millin, en 1817, par Pirovano, en 1826. F. de Dartein lui a consacré seize lignes, ensuite vinrent Stiehl, Romussi, Beltrami eL A.-K. Porter dont la notice est la plus complète. Cette basilique a subi maintes vicissitudes depuis l'époque de sa fondation L'édifice actuel est en forme de croix, avec trois nefs, coupées par un transept très saillant, qui se compose de deux nefs jumelées séparées par une file de piliers. Toutes les voûtes ont leur naissance à la même hauteur et les arcs sont légèrement pointus. Suivant Mongeri, la basilique primitive aurait été remplacée par une église lombarde à trois nefs, couverte en charpente à laquelle les clunisiens ajoutèrent, au xri ? siècle, un transept à double | - nef et exhaussèrent les voûtes collatérales. L'église a beaucoup souffert de la restauration de 1841 ; la façade, restaurée en 1870, a bien conservé son caractère lombard.

O XXXI. SAINTE-THÈCLE. — C'était la deuxième cathédrale depuis le début du 1x* siècle ; elle ne servait que pendant la saison d'été. Il y avait également deux cathédrales, à Brescia et à Pavie.

Bibliographie. — F. de Dartein, Étude sur l'archi= église, située aussi dans l'hortus Philippi, ou contiguée Le début de l'inscription manque, mais le sens paraît clair et il semble possible de le restituer ainsi : hic apud (les noms ne peuvent se deviner) qui... (in carcere obierunt ? ) et a Domino coronati sunt beali conJessores comites martyrum, Aurelius Diogenes confessor el Valeria Felicissima vivi (sibi) in Deo fecerunt. Si qui post obitum nostrum aliquod corpus intulerint, non effugiant iram Dei et Domini nostri. C'est donc l'épitaphe du tombeau qu'un confesseur de la foi, échappé à la mort, se prépare à lui-même de concert avec une dame, probablement sa femme, à côté de celui d'autres confesseurs et compagnons de martyre, qui, n'ayant pu survivre aux souffrances de la prison ou des tortures 1066 avaient déjà reçu du Seigneur la couronne promise. Un langage si ouvert, dans un lieu public, ne peut convenir qu'aux jours de triomphe du christianisme : il s'agit certainement d'un confesseur échappé à la dernière persécution.

Si l'on s'en rapporte à l'Historia Daliana, et à d'autres documents d'aussi mince valeur historique, la sainte Valérie, dans l'église de laquelle l'inscription fut trouvée, serait la mère de nos deux martyrs. D'autre part, la notice des saints enterrés à Milan, qui a été publiée en appendice aux œuvres d'Alcuin, d'après un manuscrit de Salzbourg, porte : ef in una ecclesia in dextera parte (de la basilique naborienne) ibi pausal Baleria maler sanclorum Gerbasi et Protasi, sanclus Diunius martyr, sanctus Aurelius, martyr. Et de ce que, dans les litanies dites des trois jours, récitées à l'église Sainte-Valérie, suivant une antique coutume, on invoquait sainte Valérie, saint Aurèle et saint Diogène, on a inféré que le nom Diunius du manuscrit de Salzbourg devait être corrigé en Diogenes, que Valérie, Auréle et Diogéne étaient les titulaires de l'église et que, selon toute apparence, ils n'étaient autres que l'Aurelius Diogenes (divisé par erreur en deux personnes) et la Valeria Felicissima de notre inscription. Si cette Valeria Felicissima, qui survécut à la persécution dioclétienne, était véritablement la mère des deux martyrs, la mort de ceux-ci aurait dû nécessairement avoir lieu dans le temps de Dioclétien. La notice imprimée en appendice aux œuvres d'Alcuin, inconnue à saint Ambroise et à ses contemporains, et d'origine douteuse, assigne à sainte Valérie l'époque de Néron. S'il était vrai que cette sainte ne fut pas du temps de Néron, mais de celui de Dioclétien, l'autorité de la notice, déjà bien faible pour la faire supposer mère de deux martyrs, perdrait encore de sa valeur et ce document ne pourrait pas être opposé au grave sentiment de saint Ambroise sur l'antiquité des deux corps par lui découverts, sentiment confirmé par les raisons exposées plus haut. Mais il ne semble pas que nous soyons réduits à déclarer inconciliable l'autorité de saint Ambroise avec le titre de mère des deux martyrs donné à sainte Valérie, sur on ne sait quel fondement, après le IVe. L'identification de la Valeria Felicissima de l'inscription avec la sainte Valérie, patronne de l'église, ne repose, en effet, que sur des apparences trompeuses. Il est vrai que le manuscrit de Salzbourg semble, à première vue, joindre à sainte Valérie le Diogéne et l'Auréle des litanies, lesquels font aussitôt penser à l'Auréle de l'inscription. Cependant, le manuscrit nomme de tout autres personnages, nous voulons dire les évêques Denis et Auréle, enterrés ensemble dans l'église située hors de la porte orientale. Diunius est une syncope de Diunisius et non point de Diogenes ; de plus, ces deux noms, Diunius et Aurelius, du manuscrit original, sont séparés par un point du paragraphe relatif à l'église Sainte-Valérie, et il parait clair qu'ils en sont indépendants. L'auteur de l'itinéraire fait le tour de Milan passant de la basilique ambrosienne et de ses voisines à Saint-Denis, de là à Saint-Nazaire et autres églises. De même que le rapprochement du manuscrit de Salzbourg avec l'inscription est illusoire, celui de l'inscription avec les litanies des trois jours, dans lesquelles on semble invoquer le saint confesseur Auréle Diogéne, dont on a fait, par erreur, deux personnes, peut bien aussi n'être qu'une déception. Mais s'ensuit-il que la Valeria Félicissima, que nous supposons être sa femme, soit la même que sainte Valérie ? Elle se serait plutót appelée Félicissime que Valérie qui n'est pas ici un nom individuel, mais un véritable nom de famille. Les tombes de Milan nous fournissent plus d'un exemple de Valerius et de Valeria chrétiens, et on peut prouver qu'elles appartiennent, aussi bien que celle de Valeria Felicissima, à l'église Sainte-Valérie. Une Valeria Maximina et une Valeria Quinta sont nommées dans le recueil de Gruter comme existant à Saint-François, c'est-à-dire dans la basilique naborienne contiguë à celle de Sainte-Valérie ; mais un manuscrit de Dresde prouve qu'Alciat les avait vues précisément à Sainte-Valérie, près de Saint-François. Le même recueil attribue l'épitaphe d'un Valerius à l'église Saint-Barthélemy, et ce monument a été vu par Alciat dans celle de Saint-François, c'est-à-dire près de Sainte-Valérie. Et peut-être cette origine fut-elle aussi celle des inscriptions milanaises d'Aurelia Valeria et de Valerius Policronius. De la sorte, il semble que l'église Sainte-Valérie ait été un tombeau de famille, une cella memoriæ des Valerius chrétiens. La Valeria Felicissima était de la parenté ou descendance de sainte Valérie, mais elle en est distincte.

Plus récemment, le P. Fedele Savio est revenu sur les saints Gervais et Protais en s'appuyant sur les recherches de J.-B. De Rossi, mais en les complétant. Il remarque que l'hagiographe leur donne pour parents saint Vital de Ravenne et sainte Valérie. La raison en est peut-être fournie par la topographie. Près de la basilique ambrosienne qui abrite les corps des martyrs s'élèvent deux églises dédiées, l'une à saint Vital, l'autre à sainte Valérie. Ce saint Vital n'est pas celui de Ravenne, il est vrai, mais le compagnon de saint Agricola. L'église dédiée aux martyrs de Bologne n'avait pas tardé à s'appeler tout simplement saint Vital. Quant à sainte Valérie, elle ne parait pas être la mère des saints Gervais et Protais, mais la question reste à éclaircir.


XXXIII. SAINT-VINCENT in prato. — Les origines de l'église et du monastère de Saint-Vincent demeurent obscures. Landulfe l'Ancien écrit : Unde postea Desiderius rer Langobardorum Dei misericordia factus christianus, inibi sancti Vincentii ecclesiam et monachorum cenobium pro animae suae remedio multis ornando prædiis el castellis zedificavit. Mais ceci est écrit trois siècles après les événements dans un récit criblé d'erreurs. Deux manuscrits conservés à la bibliothèque Ambrosienne ajoutent que cette fondation eut lieu en 780 par Didier, mort en 774. Le chroniqueur Galvano Fiamma fixe l'année de la fondation en 770 et il précise que le monastère de Saint-Vincent fut auparavant dans l'église Saint-Sixte près de la porte du Tessin, d'où il fut transféré au lieu où il fut depuis. Il est difficile de faire concorder ces renseignements avec un diplôme de l'an 806, dans lequel on lit qu'Odelport, archevêque de Milan, écrit à Arigausus, abbé de Saint-Ambroise uf fibi oralorium sancti Vincenti, levitæ el martyris... ædificalum in Curte nostra Prata... nomine... ; toutefois, il n'est pas absolument certain qu'il faille identifier Saint-Vincent in curte prata avec Saint-Vincent in pralo.

Quoi qu'il en soit, la décadence du monastère jadis illustre plongea dans l'oubli cette église à laquelle plus personne ne songea jusqu'à la fin du XIXe. Cependant, la longueur totale intérieurement entre le fond de l'abside et le mur de façade, est d'environ 39 mètres ; la largeur totale intérieure dépasse légèrement 21 mètres ; la nef principale mesure environ 10 mètres de largeur sur 13 de hauteur. Les trois dernières travées et l'abside de la grande nef sont occupées par une crypte de construction postérieure, qui s'élève de plus de deux mètres au-dessus du pavé de l'église : cette crypte renferme dix colonnettes, rangées sur deux files, qui la partagent en trois nefs ; elle est couverte par de petites voûtes d'arête.

Les trois dernières colonnes de la basilique sont enveloppées jusqu'à mi-hauteur par les maçonneries des murs latéraux de la crypte. Signalons particulièrement les dimensions très considérables des fenêtres de la grande nef (environ 1 m. 20 d'ouverture sur 2 m. 40 de hauteur) et la forme de leur section ; le tableau affleure le parement de la muraille et l'ébrasement unique est tourné vers l'intérieur. R On voit, poursuit F. de Dartein, qu'il s'agit d'un édifice assez simple pour qu'une courte description et quelques chiffres puissent tenir lieu de dessins. Il reste à ajouter que les murailles sont parementées en briques épaisses, grossières, de dimensions fort inégales et séparées l'une de l'autre par d'épais lits de mortier, que les fûts et les bases des colonnes proviennent de constructions antérieures, et qu'on observe dans les chapiteaux une variété et une progression de formes analogues à celles qui existent dans la crypte de Saint-Philastre, c'est-à-dire qu'ils offrent une série dégradée de types depuis le chapiteau corinthien romain jusqu'à d'informes ouvrages faits sans doute exprès pour le monument.

Mella, Paravicini et presque tous les auteurs anciens voyaient dans San Vincenzo un ouvrage antérieur à l'époque lombarde ; F. de Dartein, sans se prononcer d'une manière très claire, estime « qu'une basilique offrant des caractères aussi prononcés de haute ancienneté est apparemment antérieure au VIIIe, d'autant plus que le monastère obtint ensuite trop d'importance et de richesses pour que, rebâtissant l'église, on l'eût ornée si pauvrement » et il conclut pour fixer la construction « dans la période de la domination longobarde ». Cattaneo ne veut pas remonter plus haut que le IXe et A.-K. Porter déclare que, pour cette fois, l'érudition et la pénétration of the great archæologist seem to have failed him, for he published restored capitol as an exemple of the decorative art of the IX century, and was also deceived by the arched corbel-lab les added by the restorers et Porter lui-même décide que la reconstruction doit remonter à l'an 830 environ.


XXXIV. SARCOPHAGES. — À Saint-Celse, un sarcophage qui a été décrit par Bugati ; il se signale par quelques particularités. Face principale : « ban ' yis Lm di ds m PS, ché dans la crèche, assez loin du bœuf et de l'âne qui ne semblent nullement occupés à le réchauffer de leur haleine. Cette crèche se trouve abritée par un toit de chaume conique supporté par deux colonnes à chapiteaux corinthiens. Un homme, vêtu d'une tunique exomide, tenant une hachette dans la main gauche, s'emploie à la construction du toit. Ensuite, trois mages marchant à l'étoile et tournant le dos à Bethléem, ce qui semble assez singulier. Au centre, le Christ barbu donne la loi à saint Pierre qui la reçoit sur les mains voilées ; saint Paul a les mains voilées, mais ne reçoit rien. Les saintes femmes au tombeau où un ange les accueille ; enfin, saint Thomas mettant son doigt dans la plaie du Christ. Face latérale représentant Moïse frappant le rocher et l'hémorroïsse touchant la frange de la robe du Sauveur (fig. 8068).

A Saint-Ambroise, sous l'ambon, un sarcophage décrit par Allegranza et par Ferrari. Face antérieure : le Christ entouré des douze apôtres, debout sur le roc, devant un portique. Saint Pierre porte la croix gemmée et reçoit la loi divine. Aux pieds du Sauveur, deux femmes agenouillées. Au bas, douze agneaux sortant de Jérusalem et de Bethléem et s'acheminant vers un agneau de plus grande taille. Comme acrotères, deux têtes humaines. Face latérale gauche : Élie jetant son manteau à Élisée ; Adam et Eve après la faute ; Noé dans l'arche recevant la colombe : Moïse marchant, le rouleau de la Loi dans la main, et, au-dessus, la main céleste qui vient de le lui donner, Sur le couvercle : le Christ entre le bœuf et l'âne. — Face latérale droite : Sacrifice d'Abraham. Cinq jeunes hommes dont la signification demeure incertaine. — Face postérieure : le Christ assis enseignant aux douze apôtres, également assis devant un portique. — Couvercle : Les trois Hébreux refusent d'adorer la statue de Nabuchodonosor, l'étoile des mages s'est égarée de ce côté. — Imago clypeata : deux époux, soutenus par deux amours nus, ailés. Adoration des mages.

Bibliographie. — Allegranza, Spiegazioni e riflessioni sopra altri sacri monumenti di Milano, diss. IV, pl. 4, 5, 6 ; Ferrari, Monumenti di San t'Ambrogio, p. 100-105 ; R. odeur Storia patere cristiana, t. v p. 51, pl. 328, n. 1, 2, 3 ; pl. 329, n.

A Saint-Ambroise ; provient de la basilique des Saints-Nabor-et-Félix, où les corps des martyrs reposaient jusqu'à la destruction de cette ancienne église. L. Biraghi dit que le marbre vient de la carrière d'Ornasso, près du lac Majeur ; il fait remonter ce sarcophage au temps de l'évêque Miroclès, entre 313 et 325. Sarrucei est dans le vrai quand il y voit l’œuvre d'un artisan lombard qui s'efforce de copier d'anciens modèles romains. Nous avons ici la décapitation de saint Paul, l'arrestation de saint Pierre, deux soldats endormis, mis devant le tombeau du Christ remplacé par une croix ; la comparution du Christ devant Pilate qui se lave les mains (fig. 8069).

A Saint-Laurent, dans la chapelle dédiée à saint Genès. La forme de ce sarcophage rappelle celle du sarcophage de Lambrate (voir ce mot). Sur la face principale, sous un frontispice soutenu par deux colonnes cannelées en spirale, un vase d'où sortent des pampres vigoureux dont les enlacements enferment deux croix ; trois étoiles et deux colombes. De chaque côté, une niche arquée renfermant un monogramme du Millin (voir ce nom) dans son Voyage dans le Milanais, l'hémorroïsse, la guérison d'un paralytique, celle de.

En outre, nous avons donné une gemme, publiée pour la première fois par Gruter, et qui représente les trois Hébreux dans la fournaise. La question est insoluble : différence de treize ans, appartenance à un pape ou à un évêque, provenance romaine ou milanaise.

M. H. Greven s'est posé la question de savoir si le coffret est celui-là même dans lequel le pape Damase envoya les reliques à l’évêque Ambroise, par l'intermédiaire de l'archidiacre Simplicianus, auquel cas ce coffret aurait appartenu à saint Ambroise qui s'en dessaisit lors que ces reliques, déposées, en 382, dans l'église des Saints-Apôtres, furent placées, treize ans plus tard, dans le XL. Pons. — Les deux entrées latérales de la basilique n'offrent rien qui attire l'attention, puisqu'elles ne conservent rien de l'époque lombarde. La porte principale est, au contraire, très richement décorée. Les quatre archivoltes, le linteau, les montants et les deux demi-colonnes des ébrasements sont couverts de sculptures, figurant des feuillages ou des entrelacs. Le linteau et l'archivolte intérieure présentent même quelques figures : l'agneau portant la croix, avec un nimbe crucifère derrière la tête, des symboles des évangélistes et des oiseaux becquetant des grappes. Mais tout cela semble exécuté avec des matériaux de remploi et à certains endroits on en a la preuve, par exemple une dalle rognée pour compléter un jambage. Il peut y avoir là des morceaux anciens, d'autres beaucoup plus tardifs et un rajustement exécuté vers le XIe ou le XIIe.

La porte principale est munie de vantaux en cyprès, couverts de sculptures, que certains font remonter jusqu'au IVe. Il se trouve même, à Milan, des gens pour croire que ces portes furent fermées par saint Ambroise devant l'empereur Théodose à qui il interdisait l'accès de l'église. C'est un conte, mais il valut aux vantaux la notoriété et celle-ci se traduisit sous forme de mutilation. On tailla à coups de canif, on arracha tant et tant de parcelles et de fibres qu'à la longue le chapitre s'en aperçut, fit restaurer les sculptures et les défendit contre la ferveur des touristes par un grillage protecteur.

Il reste des anciens bois sculptés deux morceaux intacts, situés contre la face postérieure, en haut de chaque vantail. Ces débris ne sauraient passer pour des ouvrages du IVe, Leurs ornements paraissent contemporains des sculptures les plus récentes de l'encadrement en marbre, de telle sorte qu'aucune partie de la porte ne remonterait même au IXe.

V. Forcella et E. Seletti ont publié les Iscrizioni cristiane in Milano anteriori al IX secolo, in-89, Codogno, 1897. C'est un recueil de 254 inscriptions dont le texte est établi avec soin et commenté avec précision, quoiqu'on puisse discuter certaines lectures. Plus récemment, U. Monneret de Villard a donné un Catalogo delle iscrizioni cristiane anteriori al secolo XI, in-8*, Milano, 1915, 96 p. et 47 similigravures, contenant les inscriptions du musée archéologique. L'article consacré par Em. Espérandieu aux Monuments antiques figurés du musée archéologique de Milan, dans Revue archéologique, mentionne le sarcophage de Lambrate (voir ce nom). 1. Milan, église Saint-Michel, datée de l'année 512 :

crepidini el basibus. M : 4 = ] B 3 arbor E M y Corp. inser. lat., t. v, n. 6178. : 3. Milan, basilique ambrosienne, degrés de l'autel B | M HIC CVBAT AMBROSIVS TVMVLO DEFOSSVS INISTO Corp. inscr. lat., t. v, n. 6179. ^, Milan, dans le mur du jardin des Olivétains : ANASTASIO IN NOCENTI NOFITO STO Corp. inser. lat., t. v, n. 6180. ATILIVS AF : CRESCENS V :P EX : TABVLARIOPALATI ANNOS-XXVIIMEN La formule vivere in seculo et in hoc seculo se inscr. lat., t. v, n. 6187, 6188, 6191, 6208, 6212. Corp. inscr. latl., t. v, n. 6182.

2. Milan, in Stephani fano substralum arse maxime HIC REQVIESCIT IN PACE ALBINA VIRGO H-P Saint-Jean et Saint-Barthélemy.


BM -PETENTE IN CRI 2, Milan, au monastère de Saint-Ambroise : QVI-VIXIT :IN-HOC-SAECVL retrouve sur plusieurs textes chrétiens de Milan, Corp. 6. Milan :


HIC REQVIESCIT IN PACE ATTA QVI VIX ANNOS XLII

Corp. inser. lat., t. v, n. 6183. 2. Milan, à la bibliothèque Ambrosienne :

B M HIC REQVIESCET IN PACE BARBARA QV AE VIXET ANN-*PL : XXV-DP :SB D-II K DECEMBR :IND XIII Corp. inser. lat., t. v, n. 6193. 8. Milan, à Saint-François :

M M AVRELIAE - VITALIAE > MATARI PIISSIMAE : QVAE -VIXIT ANNIS - XX IVLIANAE-CONIVGI :SANCTISSIMAE :QVAE VIXIT : ANNIS XX ET : DOMINAE SORORI-QVAE : VIXITANNIS M AVRELIVS-EVSEBIVSCONTRA VOTVM FIDEL *- PAVSANT Contra votum se lit sur d'autres inscriptions chrétiennes de Milan, Corp. inscr. lat., t. v, n. 6194, 6203, 6216, 6222, 6224, 6226, 6232, 6233, 6234. Corp. inscr. lat., t. v, n. 6192. 9, Milan, à Saint-Victor :

A gauche de l'inscription la lettre A et à droite la lettre C). »Corp. inser. lat., t. v, n. 6202. 16, Milan, à Sainte-Valérie : B *M EGO : CONTIVS ME :BIBO ARCHA FECI Contius a fait sa tombe de son vivant ; Alciat le croyait biboarcha, une sorte de dégustateur officiel. Corp. inser. lat., t. v, n. 6207. 11, Milan, portique de Saint-Ambroise ; 4 juillet 444.

B M

€NOAAE€ KITE EN €PINH O KAAO |


KYMHTOC BACCOS ATO kar e :


NAKON YIOC QEOAOPOY ETE KEYTHCEN MH IOYAIOY TPITH NM TETPAAI ZHCAC ETH EZHKONTA HIC REQVIESCIT IN PACE BASSVS FILIVS THEODORI QVI VIXIT IN HOC SAECVLO AN-PL M LX DEP INI NONAS IVL DN THEODOSO X3II ET ALBINO v » CC Corp. inscr. lat., t. v, n. 6195. avait acheté pour lui-même le sarcophage dans lequel il dépose son fils.

B M ID FRATRE : ET : SORORE CLAVDIO DECENTIO FILIO PIEN TISSIMO ADOVE IN OMNIBVS OB SEQVENTISSIMO QVI VIXIT ANN XXI MEN-XI-DIES :XXVIII CLAVDIVS CRESCE NTINV PATERET CLAVDIA CETVLA MAT ER NAM ARCAM IDEM PATER SIBI CONPAR ATAM FILIVM POSVIT CONTRA VOTVM ET Corp. inscr. lat., t. v, n. 6203. tères minuscu les : M - M DISCO LIA :LEVCADIO - CONIV g1-QVI : VIXIT - ANNOS-SEXAGIN (A-ET-DIES :-DVODECE M'BENEME RENTI-CVM-QVO :VIXITANNOS TRIGINTA :ET-DVOS-ET-MENSES DVos-quam-posT-MORTEM-EXPOLIA VIT - frater : luus - EugeNivs sic - illi + reddat =- Deus el - spirilus . luus quime fecil -sicnudam remanere infelicem memoriam + Corp. inscr. lat., t. v, n. 6214.

15. Milan, dans le pavement de Saint-Ambroise :

Corp. inscr. lat., t. v, n. 6216. 16, Milan, à Saint-Ambroise, près de l'orgue, de l'an 404 :


HIC REQVIESCIT IN PACE ERETRIVS ET ANTONINA VIRGINII QVI SIMVL FECERVNT ANN XXS MARITVS VIXITANN : XLSIIIET VXOR VIXIT : ANN - XXX« II. D-P IDVS + DECEMBRIS HONORIO C CONS Corp. inscr. lal., t. v, n. 6217. 17. Milan, portique de Saint-Ambroise ; vient de sainte-Valérie :


DEVS TE DEPRECOR VT PARADISVM LVCIS POS


SIT VIDERE PATREM ET FILIVM TIMVIT QVI EAM

B M IN COMMEMORATIONE EVSTASIA MATER FILIO POLICHRONIO FID QVI VIXT — ANNOS HI

Corp. inscr. lat., t. v, n. 6220. 19, Milan, de l'année 492 :


CVRSIBVSANNOS- EGIT-AT ANTE DIEM MORS ILLVM MERSIT ACERBOF VNERE NEC-POTVIT GVIQVAM SVPERARE :.SVORVM-D-P D-N-ANASTASIOAUQG- inscr. lal., tX. v, n. 6221. 20. Milan, portique de la basilique ambrosienne, em 402 : B + m Une inscription à Saint-Ambroise mentionne Derdius, tribun, qui servit quarante ans infer Jovianos (n. 6213) ; une autre inscription à Saint-Vital garde le souvenir de Fl. Aurelius protector domesticus (n. 6226), Dans le vestibule de Saint-Victor, Alciat dit avoir vu un sarcophage qui renfermait Martinien ex profectoribus (n. 6244).

Notons encore un CIBIS CARTAGINESIS (n. 6209) et un CIVES TARRISIANVS (n. 6251), un KLÜUMHC MAT ACOACO (n. 6254).

Plusieurs mentions de fidelis (n. 6220, 6222), neophytus (n. 6180, 6271), ersorcista (n. 6252, 6276).


LL Dole RN CI. eue MER RUE ne ERE EIE 1079 Les mentions les plus fréquentes sont b(onæ) m(emoriæ) et contra votum.

Pour la désignation du tombeau, on rencontre : arca (n. 6184, 6203, 6207) ; memoria (n. 6271) ; mensa (n. 6197, 6249) ; titulus (n. 6246) ; tabula (n. 6194, 6203) ; domus æternalis (n. 6274) ; domus perpetua (n. 6256) et à Saint-Ambroise, sous le portique (n. 6241) :

21, IN DEI NOMENE MARCVS ET MA RTVRIASE VIVI


EMERONT et au musée Bréra (n. 6256) :

Nous rencontrons aussi : hie cubat (n. 6179) ; hic requies cet (n. 6193, 6195, 6200, 6205, 6229) ; hic positus | (n. 6201, 6216) ; hic posita (n. 6224) ; hic in pace (n. 6206) ; depositus (n. 6224) ; deposita (n. 6203, 6243) ; hic ja cet (n. 6224) ; hic requiescit in pace (n. 6209, 6210, 6212, 6217, 6230, 6236, 6237, 6238, 6242, 6247). Une seule fois, deux époux nous confient que, pendant l'entente-sept ans de vie conjugale, ils n'ont jamais eu de dissentiment (n. 6261) : SINE VLLA DISCORDIA :

Une fois, on rencontre la mention du jour de la semaine : jeudi 29 juin 388 (n. 6243).


DEPOSITAESTMATRONA RESTVTA- :D :III KAL IVLIAS IOVIS-CONS-DN MAGNI marimiJne autre fois, le mercredi 12 août 425 (n. 6278). 23. Milan, nello scurdo di S. Saliro, Caffi.


VT LECTOR NOSCAS EST OPERAE PRETIVM CLARA GENVS CENSV POLLENS ET MATER EI TVM


QVAE MORTALE NIHIL MORTALI IN PECTORE [VOLVENS QVO PETERET CAELVM SEMPER AMAVIT ITER


QVAE RELEGANT OLIM SAECLA FVTVRA DEDI

Corp. inscr. lal, t. v, n. 6240. 24. Milan, à Saint-Francois, dans le vestibule :

Corp. inscr. lal., t. v, n. 6253.

1080 220. Milan ; trouvée à Saint-Simplicien en 1841 : au musée Bréra :

Cette inscription, datée de l'année 409, offre plusieurs formules dignes d'attention. « La locution esse in corpore, synonyme de vivere, a été empruntée au Nouveau-Testament. »


CASTINI QVI FVIT IN CORPORE ANNOS LXX

L'autre inscription, en Espagne, est en vers, de sorte que la formule a été légèrement modifiée pour satisfaire aux nécessités du mètre : fer denis fuit annis vegelans in corpore mundo *. Elle est datée de l'an 687 de l'ére correspondant à l'an 649 de l'Incarnation ; c'est aussi l'épitaphe d'une vierge consacrée au Seigneur. Il convient de rapprocher de cette formule, celle qui, dans les chartes de l'époque mérovingienne, servait à indiquer le lieu où reposait la dépouille mortelle d'un saint : basilica vel ecclesia illa, vel monasterium illud ubi sanctus ille in corpore requiescit. Dans cette formule, les mots in corpore ont la même valeur que dans l'inscription de Vieux : on peut les traduire dans l'un et dans l'autre cas par « corporellement ». Et, quand même l'on n'admettrait pas cette traduction, ni que la préposition in eût exactement la même signification dans les deux cas, car il semble bien que dans le Nouveau Testament jointe à requiescit elle signifie « sous forme de », il resterait que, dans l'une et l'autre formule, on a voulu, par la locution in corpore, marquer fortement la double

Cette formule se répète dans une suite de diplômes pour Saint-Denis, du vii siècle et de la première moitié du siècle suivant, comme aussi dans les diplômes pour d'autres destinataires. Le dernier exemple fourni par un diplôme mérovingien original est de l'année 717. Cette locution fut modifiée par la chancellerie du roi Pépin : la préposition in fut supprimée. Ainsi, tandis que dans trois chartes de Pépin, maire, des années 749 à 751, nous lisons : monasterio peculiaris patroni nostri domni Dionisii ubi ipse preciosus domnus in corpore requiescit , dans un diplôme du même Pépin, roi, du 8 juillet 753, nous lisons : basilica peculiaris patroni nostri sancti Dionisii, ubi ipse preciosus domnus cum sociis suis corpore requiescere videtur ?. Un diplôme de Pépin, de juin 760, pour Fulda, porte : monasterio noncupante Fulda... quem sanctus Bonifacius a novo construxit opere, ubi ipse preciosus martyr corpore requiescit . » Nous aurons l'occasion de revenir sur la formule cum capite velato.

26. Milan, à Saint-Nazaire : Cum erueremus corpora 55. archiepiscoporum, quæ in ecclesia S. Nazarii erant, sub altari primario in media fere ecclesia invenimus in arcula argentea globum ex-aurichaleo cavum magnitudine pugni, qui in duas æqua les par les divisus simul lamen iungebatur et claudebatur. Intus erant velamina el parum ossis ; foris lilleræ infra relatæ :

D + a HIC REQVIESCIT IN XPO SAB BATIA QVI VIXIT PLVS. MINVS AN-XXII DiesXXII ET CVM ADEO DATO VIXIT ann ill ET DIES IIl... FII SEP + XXVI D VE II ! B


SPC

Corp. inscr. lat., t. v, n. 6267, 259. Milan, à Saint-Ambroise ; datée de 487 :

Corp. inscr. lat., t. v, n. 6286. 29. Milan, à Saint-François. b. m. RVSTICA PERPETVAE NON TE SORS PALLIDA VITAE SVSTVLIT INTERITVM NEC TIBI MORTE DEDIT PVRIOR AETHERIAS GRADERIS SINE CARNE PER ARCES NAM VITAM CASTAE FVNERA NOBILITANT QVOD MIRVM VIDVATA TIBI SAT CONSTITIT AETAS CONIVGIS ADNATVM CVM BENE DVCTVS AMOR hic. requiescit. in. pace Rustica r. f. quie vixit in sæculo annos plus minus LX deposita die 111 eid ianuarii Probo ve cl. Corp. inscr. lat., t. v, n. 6266.

———Ó

1082 32, Salone, l'épitaphe d'un Milanais :


HIC-REQUIESCITIN PACE. . Sse« ERVS V-CPRIM^SCRIN-TABVLARIorum mediol® VIXIT annos X DEPOSilus su B*D-VII post consulatum BASSI ET ANÜOCHI Bibl — Bull. di arch. e stor. dalmata, 1889, p. 161, n. 136 ; Revue archéologi que, 1890, p. 140, n. 20. 33. Milan :

Cette inscription a été trouvée prés de l'ancienne basilique de Saint-Calimére ; elle est fragmentaire et offre un bon exemple des fantaisies épigraphiques de L. Biraghi. Celui-ci ayant vu sur la pierre deux colombes se désaltérant au même vase, une palme et deux orantes dont une a la tête surmontée d'un chrisme. Bérold était le cicendelarius de la cathédrale, chargé de veiller au luminaire. Son Ordo et czremonis ecclesise ambrosiang Mediolanensis est un manuel de rubriques dans lequel l'auteur décrit, avec un soin minutieux, les cérémonies les plus variées du culte public officiel. Bérold se complait dans la description des fréquentes processions et autres solennités aux anniversaires célébrés dans les églises stationna les, Bérold écrivait peu de temps après l'année 1126, mais il entendait faire entrer le passé dans le présent : Quicquid vidi ef audivi el scriplum reperi, huic nostro libello fradere disposui \, écrit-il, et c'est ainsi qu'il insère dans son Ordo un long passage sur l'examen des catéchuménes, emprunté textuellement à un antiphonaire du x siècle . La compilation de Bérold devint un livre officiel qui s'accrut de formu les et de décisions nouvel les, ce qui lui valut le titre de Beroldus velus, et on en fit des copies plus ou moins complétes sous le nom de Beroldus novus. Quant au noyau primitif, il s'appelait, à la fin du xiv siècle, le petit Bérold, Beroldinus. Le vieux Bérold est perdu. On a pensé, à tort, le reconnaitre dans le ms. {. 732 Inf. de la bibliothè que Xmbrosienne ; celui-ci est le Beroldinus qui a servi de base à l'édition de Magistretti.

Dans l'étude de la liturgie ambrosienne, -on est souvent obligé de recourir au manuscrit de Valtravaglia, du x siècle, appartenant à la bibliothè que du chapitre métropolitain de Milan, et le monument le plus important de cette liturgie. Il a été publié postérieurement à l'article de P. Lejay par M. Magistretti, sous ce titre : Manuale Ambrosianum ex codice sæculi X ! olim in usum canonicæ Vallis Travaliæ, dans Monumenla veleris lilurgiæ Ambrosianæ, in-89, t. IL TIL Mediolani, 1905. Le Manuale comprend : 1 ? le psautier ; 2° le calendrier ; 3° le propre des saints et du temps ; 4° le commun des saints ; 5 ? l'office férial ; 6° l'office des petites heures ; 7 ? un certain nombre de formu les liturgiques pour des circonstan ces particuliéres.

1084 Bibliogr. — S. Berger, Histoire de la Vulgate pendant les premiers sièc les du Moyen Age, in-8°, Paris, 1893, p. 138, 394.

E. 53 inf. Bible de Biasca, 0 m. 485 sur 0 m. 380, Le manuscrit comprend 169 feuillets à 2 colonnes de 49 à 51 lignes ; il est mutilé et en partie abimé par les intempéries ; vendu en 1776 par l'église de Biasca, dans la haute vallée du Tessin. L'écriture parait du x* siècle. Ce manuscrit a sauvé de l'oubli un texte absolument inconnu, la traduction latine de l'épitre apocryphe des Corinthiens à saint Paul et de la troisième épitre, également apocryphe, de l'Apótre aux Corinthiens.

I. 61 sup. Évangi les irlandais, 0 m. 225 x 0 m. 170 ; - 92 feuillets. Semi-onciale irlandaise paraissant du vii siècle ; olim Bobbio. Les fol. 90 et 91 sont palim- - psestes. L'écriture la plus récente est une belle semi- - onciale très ancienne. Les corrections sont de plusieurs écritures, l'une est irlandaise et l'autre est une cursive mérovingienne. Le correcteur mérovingien est-il le même que le correcteur irlandais ? On ne peut guère en douter. En effet, les additions en cursive sont, à une | seule exception près, cel les qui devaient occuper le plus de place sur des marges étroites ; en outre, la minuscule mérovingienne se retrouve dans le texte même, à la fin de saint Luc et dans les mots de la fin : Deo semper | gracias, enfin et surtout le texte de l'un et de l'autre | correcteurs parait le même. Nous avons donc tout lieu de penser que le manuscrit a été corrigé sur le continent aussitôt après avoir été écrit, et il n'est nullement impossible qu'il ait été copié à Bobbio même.

C. 53 Sup. Évangéliaire du xt siècle, mesurant 0 m. 235 haut., sur 0 m. 170 larg., comprend 327 feuillets de parchemin, couverture du xiv* siècle, écriture onciale élégante, mais dont beaucoup de pages semblent révéler un souci d'imitation. Sur la feuille de garde on lit : Evangelia I V qua ad illustrissimum cardinalem Fédericum Borromeum dono transmisil anno 1606 Antonius Olgialo.

Le droit du fol. f est blanc, le verso est couvert par un cadre à fond violet sur lequel on lit :

Hic liber est vitæ loto diffusus in orbe Quatuor ut lato sparguntur flumina mundo, Quæ fons irriquus paradisi diripat unus.

Sic et aquae semper sunt hic sacra flumina vivie Quæ vitæ fons ypo.

Au recto du fol. 2, dans un cadre analogue, on lit : Est Ds in calo cuius || hic habetur imago || Nostra salus yog spes al que || redemptio Ihs || De quo dogma profetarum canit ordine priorum || Hunc mostrando Dm vo- || luit qui visere mundum || Quæ que suis signant animalia sancía figuris || Nascendo quia factus homo || vitulus moriendo || ef leo surgendo ||-aquila astra petendo.

Le verso du fol. 2 montre un évé que confiant à des diacres les volumes de la sainte Écriture (fig. 8072). La scène se passe sur un terrain rocailleux ou même montueux, l’évê que porte une tuni que blanche à clavi dorés et une chasuble violette parsemée de points d'or, trois par trois. De la main gauche, il tient le manipule et un volume fermé à la couverture vert pâle ; de la main droite, il remet un autre volume à couverture violette à un je une diacre. L'évé que est tonsuré et ay 1085 imberbe ; les six diacres sont également tonsurés el imberbes. Tous les visages se ressemblent et semblent enfarinés, les personnages sont d'une longueur disproportionnée, principalement l'évé que.

Le fol. 3, recto, porte, dans un cadre, cette inscription : En operis habilus quod poscit hic libi promptus. Vivere cum Christo, caelebs merceris in isto.

Au verso, saint. Jéróme est représenté donnant un rouleau de l'Écriture à un disciple. Le fond du sujet se compose de ban des horizonta les, sur une desquel les on lit : ses iheronim prbt. La tête se détache sur un immense nimbe doré cerclé d'une ligne de pois. Tonsuré, barbu, le saint docteur porte une tuni que rose UE -W OW TE icum e NL. À n an n k recouverle d'une chasuble violette bordée d'or. Sa chaussure est riche. Il tient un rouleau et il en donne un autre à son disciple qui porte la tuni que et recoit également l'auréole. À gauche de la scène se trouve un écritoire (fig. 8073).

Fol 4. La lettre de saint Jérôme à saint Damase.

Fol. 6 v. Explicit argumentum : incipit praefatio.

Fol. 7 v. Plures fuisse qui evangelia scripserunt...

Fol. 11 à 16 v., les canons d'Eusébe : colonnes supportant des arcs sur le sommet desquels pose une architrave surmontée d'un fronton.

Fol. 19. Saint Matthieu et, au verso, les premiers mots de son évangile.

Fol. 78. Saint Marc, belle miniature, sur fond vert dans le bas, violet dans le haut, le saint est représenté assis, vêtu d'une tuni que blanc azuré, un manteau rose ; il est chauve avec des cheveux, des sourcils et une barbe blancs (fig. 8074). Il est difficile, en considérant cette figure, sa pose, son siége, de penser que nous ne nous trouvons pas en présence d'une copie d'une miniature ancienne.

Fol. 118, Saint Luc.

Fol. 186. Saint Jean.

| | | 1086 avec le Paris, laf. 517, sacramentaire du x-xr* siecle, provenant de l'église Saint-Géréon de Cologne, comme l'atteste le calendrier. .

Bibliogr. — A. Munoz, Miniature della scuola di Colonia. Un evangeliario dell Ambrosiana. Un sacramentario della Nazionale di Parigi, dans L'arte, t. x1, 1908, p. 209-212.

Sacramentaire, ms. A 24, part. inf., composé de 364 feuillets, mesurant 0 m. 30 de haut. sur Ü m. 235 de larg. Delisle date ce ms. du xi* siècle, Ebner du xë ; initia les à entrelacs, style carolingien : venu Ex ecelesia Lodrini in Leponliis.

Au début, lac une peu considérable, la première messe qui subsiste est celle de sainte Cécile ; suivent : S. Clementis, 5. Saturnini, Grisanti, Mauri, Dariæ, S. Andreæ avec vigile, le même jour baptism. $. Ambrosii : 5 déc. S. Dalmalii ; 7. Ordinalio S. Ambrosii ; 8. Depos. S. Zenonis... S. Syri ; S. Thom : apost. Suivent les six dimanches de l'Avent : Missa cotidiana de Adventu ; Item oratio exceptati de Adventu, Vigilia Nalivilatis, messes de Noël, saints Etienne, Jean, Innocents, Jacques. L'ordre des dimanches et fêtes suivant comme dans le ms. A. 24 bis part. inf., mais le 1er février $. Severi.

Dans le canon de la messe on notera les particularités suivantes :

Fol. 180 5, une miniature remarquable (fig. 8075). La croix est du type crux commissa, c'est le tau servant à la fois de croix et de lettre T pour le premier mot du canon. Le Sauveur crucifié, nimbé, barbu. A ses côtés, la trés sainte Vierge vêtue de violet et saint Jean, deux fois plus grand que Marie. Une main postérieure a écrit dans le champ : (T)e igitur. Au pied de la croix, deux figures ; un homme debout présente un livre richement relié, un autre homme agenouillé et implorant.

Fol. 181, formule de la commémoration des vivants : und cum famulo et sacerdote tuo pontifice nostro illo et famulo tuo imperatore illo, sed et omnibus orthodoxis...

Fol. 181 v. La liste des saints invoqués au canon de la messe est la même que dans le ms. A 24 bis. A la suite des mots ef Julii, une main à peu près contemporaine a ajouté trois noms : Augustini, Benedicti, Grecori.

Fol. 183. La liste des saints invoqués dans la prière Nobis quo que peccatoribus ne diffère de la liste transcrite dans A 24 bis que par les derniers noms : Cum Johanne et Johanne... Eufimia... Sabina, Tegla, Pelaia, Marcellina, Margarita.

Fol. 184. La mention dans le Libera de plusieurs saints dont les noms ont été élacés et de saint Ambroise :...et sanctis apostolis fuis Petro el Paulo ad que Andrea (plusieurs mots effacés) et beato Ambrosio, confessore tuo ad que pontifice.

Forschungen zur Geschichle und Kunstgeschichte des | Sacramentaire, ms. À 24 bis, part. inj., composé de 312 feuillets, mesurant 0 m. 284 de haut. sur Ù m. 208 de larg. Delisle le place au x° siècle ; Ebner, fin 1x° ou | 10883 Fol. 1, man que. Il contenait les oraisons super populum, super sindonem, super oblata et post communionem, les épitres, les évangi les et les préfa ces de messes.

I. Les messes depuis la Saint-Martin jusqu'à l'octave de la Pentecôte ; au 18 novembre S. Romani, les saints Cécile, Clément, André, avec vigile : eodem die babtisum beat[i] Ambrosii ; le 7 décembre : Ordinatio B. Ambrosii, missa in vigilia.

Fol. 11 : Incip. Dom. 1 de Adventu, suivi des dimanches 2 à 6.

Fol. 20 b. Item ad S. Maria [m ].

Fol. 22 a. Or. qua dicend [a ]e sunt ad vesp. vel mat.

Fol. 23 b. Missa in vigiliis nat. Domini, avec oraisons ad matutinum in cant [icum ], alia in ben [edictus |, in laud.

Fol. 25 a. Nativitas Domini, in nocte sancta ; mane ad missam, ad vesp.

Fol. 26. Missa de nalivitale Domini.

Fol. 28 b. S. Stephani, Johannis evang., Innocenlium, 5. Jacobi apost. (29 déc.) ; Domin. post natale Domini, Octava Domini, Epiphania. cum vigilia. Dom. I-I F post Epiph.

Fol. 43 b. S. Sebastiani, Agnetis, Vincentit, S. Babile el trium parvulorum (24 janv.), Purificationis. Agathæ, Fol. 52 b. Domin. in Septuagesima, Sex., Quing.

Fol. 57 a. Dom. in cap. Quadragesimæ, les féries de la première semaine de carême, fer. I sabb.

Fol. 65 a. Incipit letania Dom. 1 de Quadrag., et les féries de la deuxiéme semaine de caréme ; cha que férie a sa préface particulière.

Fol. 74 a. Benedictio cineris el cililii. Oratio super competentes.

Fol. 75 a. Incipiunt letanie.

Fol. 84 b. Dom. de eæco (sans litanie).

Fol. 94 a. Dom. de Lazaro, et les féries de la cinA biaschie metrocomia in Lepontiis, c'est-à-dire qu'il fut | quième semaine. Sabbato in traditione symboli. tiré de Biasca, en 1776, pour être acheminé sur la bibliothé que Ambrosienne avec une bible, un bréviaire ambrosien et deux homiliaires.

Fol. 103 a. Dom. in ramis palmarum, la station ad S. Laurentium. Benedictio super olivas. Fol. 104. Missa postquam veniunt ad ecclesia [m ].

Fol. 105 5. Féries de la semaine sainte : fér. 11-1v, in autentica. Évangi les, fér. 1 : Luc, xxi, 34 sq. ; fér. nr : Joh., xt, 47 sq. ; fér. rv : Matth., xxvi, Í sq.

Fol. 108 b. fer. v : in autentica. Évangile : Matth., XXVI, 17-75.

La messe du jeudi saint a sous la rubri que {nfræ les saints suivants :

—. Petri et Thaddei Cosme Kalimeri — el Pauli Sirisli ( !) et Damiani Materni | J Andrea Laurentii Apollinaris ^ Eustorgii Jacobi Y politi Vitalis Dionisii Johannis Vincentii Nazarii Ambrosii Thoma Cornelii el Gelsi Simpliciani. Jacobi Cipriani Protasii Martini Philippi Glementis Gervasii Eusebii Bartholomet Grisogoni Victoris Yilarii Mathei Johannis Naboris et Julii Symonis et Pauli Felicis al que Benedicti.

Et au canon : Qui pridie quam pro nostra el omnium salute pateretur, hoc est hodierna die discumbens in medio discipulorum suorum et accipiens panem elevavit oculos ad celos ad le Deum Patrem suum omnipotentem, tibi gratias agens + benedixit, fregit dedil que discipulis suis dicens ad eos : Accipite el manducale ex hoc omnes : Hoc est enim corpus meum, Simili modo postquam cenalum est, accipiens calicem elevavif oculos ad te Deum Patrem suum omnipotentem, ilem libi gratias agens + benedixit, lradidit discipulis suis dicens ad eos : Accipite el bibile ex eo omnes : Hic esl enim calix sanguinis mei, novi et æterni testamenti, misterium fidet, qui pro vobis et pro multis effundelur in remissionem peccatorum ; man dans quo que el dicens ad eos : Hiec quotiescum que feceritis, in meam commemorationem facietis. Mortem : meam prædicabitis, resurrectionem meam annunliabitis, adventum meum speralis, donec iterum de cælis veniam ad vos.


IH sc enim facimus, hae celebramus, tua Domine precepila servantes el ad communionem inviolabilem hoc ipsum quod corpus Domini sumimus mortem dominicam nunliamus. Tuum vero est, omnipolens Paler, miltere nunc nobis unigenitum Filium tuum, que [m ] non quærentibus sponte misisti, qui cum sis ipse immensus (et inestimabilis, Deum quo que ex te inmensum ) el inæstimabilem genuisti, ul cuius passionem redemptionem humani generis tribuisti, eius nunc corpus tribuas ad salutem, per eundem Christum Dominum nosirum, per quem h&c omnia Domine semper bona creas + sanctificas + pipificas + benedicis et nobis famulis tuis largiter præstas ad augmentum fidei et remissionem omnium peccatorum nostrorum ; et est tibi, Deo Patri omnipotenti ex ipso et per ipsum et in ipso omnis honor, virtus, laus el gloria, imperium, perpetuitas et potestas in unitate Spiritus Sancti per infinita ssecula seculorum. Amen, Post confrac [torium ] : Ipsius praeceptum est Domine, quod agimus, cuius nunc le praesentia postulamus, da sacrificio auctorem suum, ut impleatur fi des rei in sublimitate mysterii, ul sicul veritatem celestis sacrificii exequimur, sic veritatem dominici corporis el sanguinis hauriamus. Per eundem.

Fol. 114 b. Vendredi saint. Fer. vr in Parasceve, Or. ad crucem, post crucem, ad vesp.

Fol. 115 b. Item alie or., que dicende sunt in autentica ad mat. vel ad vesp.

Fol. 116 a. Incipit (sic) or [ationes] sollemnes.

Fol. 117 b. Or. per singulas lectiones in sabbato sancto ; Ür. ad fontes benedicendum ; Or. post regressum ad fonlem (messe) ; Item alia missa in ecclesia maiore ; Or. ad Desp.

Fol. 123 b. Pâques. Mane die sancto Pascha ; Item alia missa in ecclesia maiore.

Fol. 126 b. Fer. 11 in Albis, missa pro baplizatis. Ilem missa in ecclesia maiore.

Et ainsi, cha que jour de la semaine de Pâques, deux messes, une pro baptizatis, une in ecclesia maiore ; le | | | samedi n'est plus in Albis, mais Die sabbalo albis deposi [tis]. Après la v* férie in albis, on lit :

Die s. mensis apr. Depositio S. Ambrosii ep.

Fol. 14t b. Dom. albis deposilis : Dom. 1, Dom. 7 ! post oct. Pascha.

Fol. 145 b. Missa in mediante die festo (voir Dictionn., au mot MEDIANTE) : Dom. 111, Dom. 1 V post. oct. Pascha, Ascensio cum vigilia. Dom. post Ascensionem.

Fol. 154 b. Incipiunt or., quæ dicendæ sunt in letanie ( !) vel in vigi [liis] cottidianis diebus de die 19-120, Hem ad missa (1).

Fol. 157 b. Item or. die 2 in letanie, Or. 1-12 ; Item ad missa.

Fol. 159 bh. Or. in letanie die 2, Or. 1-21.

Fol. 162. Or. per singulas lectiones in vig. Pentecosten (1-5) ; Item ad missa in vig. Pentec. ; Mane die sancto Pentecosten in ecclesia minore ; M. pro baptizatis : Item in ecclesia maiore.

Fol. 167 b. Dom. 1 post Pentec.

Fol. 169 a. Incipit laus angelorum Kyrie, Kyrie.

Fol. 169 b. Incipit missa canonica. Or. super populum. Ecclesise luæ Domine vo ces placatus admitte, elc., Forrige dexleram luam quaesumus. Domine, ele. Incipit symbolum dominica : Credo, Super oblata Adesto Domine supplicationibus nostris, etc. Dominus vobiscum, elc. bis. Dignum et justum est.

Préface : Vere dignum et justum est, equum et salulare, nos tibi semper et ubi que gratias agere, Domine sancte, Pater omnipotens, elerne Deus, per quem maiestalem tuam laudant angeli, venerantur archangeli (grattage), throni, dominationes, virtutes, principatus el polestates adorant, quem cherubim el seraphim socia exullalione concelebrant, cum quibus et nostras vo ces ul admitti jubeas deprecamur, supplici confessione dicenles : Scs. Ses. Ses... in excelsis.

Item alio (sic) prefacio : Etl ideo cum angelis et archangelis, cum thronis et dominationibus, cum que omni militia celestis exercitus ymnum glorise tue canimus sine line dicen les : Sanctus.

Fol. 171 b. La commémoration des vivants contient cette formule : Una cum famulo et sacerdote tuo ponlifice nostro illo et famulo tuo imperatore illo, regibus que nostris cum quoiugibus el prole. 11 ne me semble pas démontré, écrit L. Delisle, qu'il y ait là, comme on l'a supposé, une allusion soit à Hugues d'Arles et à Lothaire, son fils (vers 940), soit-à l'empereur Lambert et aux rois Bérenger et Arnoul (vers 895).

Communicantes (= Pamelius, loc. cif.) à la suite de Dionysii, on lit : Ambrosii, Simpliciani, Martini, Eusebii, Hilarii, Julii.

: Gloria, Kyrie, Hanc igitur, comme dans le missel romain, man que dans Pamelius.

Quam oblationem, quam pietati tue offerimus, tu Deus in omnibus quesumus + benediclam + adscriplam + ratam rationabilem acceptabilem que facere digneris. qua nobis corpus et sanguis fiat dilectissimi Filii tui D mec.

Qui pridie, quam pro nostra etlomnium salute pateretur, accipiens panem elevavil oculos ad ccelos ad le Deum Pairem suum omnipotentem, libi gratias agens + benedixit, fregit dedit que discipulis suis dicens ad eos : Accipite el manducale ex hoc omnes : Hoc est enim corpus meum.

Simili modo, posteaquam cenatum est, accipiens calicem elevapit oculos ad celos, ad le Deum Patrem suum omnipotentem ; ilem tibi gratias agens + benedixit, tradidit discipulis suis dicens ad eos : Accipite et bibile ex eo omnes : Hic esl enim calir sanguinis mel, novi er ælterni testamenti, qui pro vobis et pro multis effundelut in remissionem peccatorum ; man dans quo que, elc. ; comme plus haut à la messe du jeudi saint.

A. — XI — 55


LEM I LE he ira coté Ur “er 1091 Unde el memores sumus Domine nos fui servi sed et plebs tua sancta Domini n. J. C. passionis nec non et ab inferis mirabilis resurreclionis sed et in cælos gloriosissime ascensionis. Offerimus preclare maiestati tue de luis donis ac dalis + hostiam puram + hostiam sanctam + hostiam immaculatam, hunc panem sanctum vilae æternæ el calicem salutis perpetue.

Supra que propitio ac sereno vultu fuo, etc., comme dans le missel romain, sauf iusti pueri tui.

Suppli ces le rogamus, omnipotens Deus, iube lucem perferre per manus S. Angeli tui in sublime altare tuum ante conspectum tremende maiestatis tuse ut quotquot ex hac altaris sanctificatione sacrosanctum corpus el sanguinem D. n. J. C. sumpserimus omni benedictione celesti el gratia repleamur. Per Chr. D. n.

Commizlio, consecratio corporis el sanguinis D. n. J. C. nobis edentibus el sumentibus proficiat ad vitam et gaudium sempiternum.

Oremus. Preceplis salularibus monili, comme dans le missel romain.

Fol. 174 : Libera nos quæsumus Domine ab omnibus malis praleritis præsentibus et futuris el intercedente | pro nobis B. Maria, genetrice Dei ac D. n. J. C. et 5. ap. tuis Petro et Paulo at que Andrea el B. Ambrosio, confessore luo at que pontifice, una cum omnibus sanctis iuis da propitius pacem, elc... securi, comme dans le missel romain.

Pax et communicatio D, n. J. C. sit semper vobiscum. Et cum spiritu tuo.

Offerle vobis pacem.

Pos ! communionem. Quod ore sumpsimus, Domine, mente capiamus, ut de corpore et sanguine D. n. J. C. fiat nobis remedium sempiternum. Per.

Fol. 174 b. Item alia missa cotidiana.

Fol. 176 b. Dom. H, post Pentec, — Dom. 16, post Penlec.

Fol. 187 b. Dom,ri-Vri, post Decollationem S. Johannis.

Fol. 194 b. Dorm. ante dedicationem ecclesia.

Fol. 195 b. Dom. 1-117, post dedicationem ecclesise. Pour cesdimanches on ne donne que l'épitreet l'évangile.

Fol. 198 b. Messes des fêtes des saints : Gregorii, Benedicti, Annuntiatio (deux messes), Georgit, Vitalis el Valeriæ, Philippi el Jacobi, Inventio S. Crucis, Vicloris (8 mai) ; Translatio S. Nazarii (10 mai) ; Translalio S. Victoris et nat. S. Felicis et Fortunati (14 mai) ; Dep. S. Dionysii (25 mai) ; S. Sisinii mart. et Alexandri (28 mai) ; Vili, Gervasii et Protasii cum vigilia ; Juliani m. (22 juin) ; Johann. Baptist. cum vigilia ; Joannis ef Pauli ; Petri et Pauli cum vigilia ; Translatio S. Thomæ ap. (3 juill.) ; Naboris et Felicis (15 juill.) ; Quirici (17 juill.) ; Apollinaris (23 juill.) ; Nazarii et Celsi cum vigilia (28 juill.) ; Machabæorum et dep. S. Eusebii (1 août) ; Xisli ; Donali et Carpophori (7 août) ; Laurentii cum vigilia ; Ypoliti (13 août) ; Dep. S. Simpliciani (15 août) ! ; Assumptio ; Genesii m. (25 août) ; Dep. S. Augustini (28 août) : Decoll. 5. Johann. Baplt. ; Dedicatio S, Michaelis * ; Cornelii el Cypriani (14 sept.), Exalt. S. Crucis ; Eufumiæ (16 sept.) ; Dep. S. Eustorgii (18 sept.) ; Mathei ; Mauritii el commilitonum (22 sept.) ; Tecle (24 sept.}) : Cosme et Damiani ; Simonis el Juda ; Saturni [ni] ; Vitalis et Agricole.

1092 Fol. 255. Messes du commun.

Fol, 268. Or. ef pre ces in dedicatione ; alia missa.

Fol. 271. Die dominico de S. Trinitate ; fer. 11, pro peccatis ; fer. III, ad poscenda angel. suffragia ; fer. IV, de sapientia ; fer. v, pro caritate ; fer. VI, S. Crucis ; sabbato, missa S. Mariæ.

Fol. 275 b. Missa cotlidianis diebus plurimorum. M. ad omnia moda. M. sacerdotis propria (3) ; M. in ordinatione presbyleri ; quando sacerdos pro se debet canere in lemptalione carnis ; Missa speciale.

Fol. 288 b. M. pro infirmo de cuius salute disperatur. M. pro defunctis.

Fol. 295 a. M. in honore S. Sigismundi regis etl mart. pro infirmantibus ; M. pro iler agentibus.

Fol. 301 b. Oratio ante altare. | Fol. 302 a. Incipiunt oraliones ad munus offerendum : Pro se ipso ; pro familiaribus ; pro infirmo, pro defuncto (2), pro imperatore et omni populo christiano,

Fol. 303 a. xir kal. ian. nat. S. Thomæ ap.

Fol. 303 b. Missa ad poscenda suffragia sanctorum,

A la fin du volume, de manière à en former les fol, 305-312, on a relié un cahier d'un autre sacramentaire du xr* siècle, en caractères trés soignés. Il contient les rubriques suivantes :

Missa in vigiliis Omnium sanctorum, mane ad missa 13 nov. Sanct. Antonini (mart). — 8 déc., Sancti Zenonis, ep. — 9 déc., depositio S. Syri, ep. — 21 déc., translat. S. Thomæ, ep. — Feria H missa de Nat. Dom. — Fer. II ad missam. — 25 janv., Conversio S. Pauli. — 22 fév., cathedra sancli Petri, ep. — 25 avril, Nat. d. Marci, ep. — 11 mai, S. Mayoli abb. — 17 mai, inv. S5. Syri, ep.

Sacramentaire ou Missel plénier de l'abbaye de Bobbio, ms. D 84, part. inf., composé de 426 feuillets mesurant 0 m. 31 de haut., sur 0 m. 244 de larg., xr° siècle (Delisle) ; x-x1i ? siècle (A. Ebner) ; couverture formée de planchettes garnies de peau blanche.

Les piè ces liturgiques sont notées en neumes ; la décoration des initia les rappelle l'épo que carolingienne,

Fol. 1 b. Varia.

Fol. 2a-4 a. Table aux de comput avec notes diverses.

Fol. 6 a-11 b. Calendrier dans lequel on remar que les artic les suivants :

Vr idus februarii. Atali, abbatis et confessoris.


HII nonas aprilis. Luxovio, depositio sancti Eustasti abbatis.

Xr kal. julii. Dedicatio sanete Mariæ in Ulmelo.

| | | 1093 XFI kal. augusti. Educcio corporis beali Columbani de tumuljIlj[] + HII kal. augusti. Et relatio corporis beati Columbani ex Ticino in Ebbobiense monasterium.


XMI kal. septembris. Sancti Bertulfi abbatis. HII nonas novenbris. Bobuleni abbatis. VII idus novembris, In Ebbobiensi monasterio, dedi-eülio ecclesiæ sancli Ambrosii.

Fol. 12 a-13 a. Litanies :...5. Hemigi, S. Syre, 5.

Yuenti, S. Eusebi, S. Zene, S. Prosperi, S. Columbane, - S. Eustasi, S. Galle, S. Atale, S. Bertulfe, S. Abundi, - S. Bassiane, S. Gaudenti...

Ut imperatorem nostrum conservare digneris.

Utei vitamelsanitatem at que victoriam donare digneris. Ut abbalem nostrum conservare digneris.

Ut cunctam congregationem sancli Columbani conserpare digneris.

Fol. 13 b. Oratio sancti Ambrosii priusquam missa celebratur : Ante conspectum ele., plusieurs oraisons.

Fol. 14 b. Orationes, qua dicende sunt super oblatam, - antequam secreta dicitur : Suscipe sancla Trinitas, etc.

Fol. 16 a. Canticum angelorum : Incipit symbolum »apostolorum, et une longue prière.

Fol. 17 b. Oratio quando ponitur calicem et oblatam super altare : In nomine D. n. J. C. adunalum super altare et benediclum. Accipe, quesumus, Domine sancte, Pater omnipotens, lerne Deus, hanc immaculatam hosliam, quam tibi suppliciler offero, Deo vivo el vero pro - eelerna salvalione vel temporalem salutem per Christum D. n. — Quid retribuam Domino jus que : salvus ero. - Oratio sacerdolis populum salutantis : Orate fratres, ul meum ac vestrum in conspectu Dei nostri acceptum sil sacrificium.

Responsio populi : Accipiat Dominus Deus omnipolens sacrificium offersionis luæ de ore vel manibus tuis el de toto corde luo ad ulilitatem tolius sanctse Dei Ecelesis.

Quando diaconus pergit ad legendum evangelium, dicit Spiritus Domini super le evangelizare pauperibus.

Fol. 18 b. Quelques piè ces, copiées au x ? et au XIP siècle.

Fol. 21. Feuillet pourpré et non écrit.

Fol. 23. Præfalio communis.

Fol. 24. a été refait au xir ? siècle ; il offre, au recto, la fin de la préface : au verso, une image du crucifix.

Fol. 25 a. Canon de la messe. Les deux lettres du premier mot TE, enlacées en monogramme remplissent toute la hauteur d'une page teinte en pourpre ; les contours de ces lettres sont en or ou en argent, avec un filet rouge pour bordure ; l'intérieur est orné d'entrelacs réservés en blanc.

Fol. 25 5. La commémoration des vivants contient cette formule : una cum beatissimo famulo tuo papa nostro illo, ef serenissimo imperatore nostro illo, at que antistite nostro illo, seu et abbate nostro illo, ef omnibus orlhodoris.. En marge a été ajoutée une formule qui contient ces mots : Quorum vel quarum nomina apud mo scripta retinentur... Les listes auxquel les il est ainsi fait allusion pourraient bien étre ces longues nomenclatures qui couvrent le verso du premier feuillet et les deux pages du dernier. Il v a, en outre, plusieurs noms de fidè les inscrits en interligne sur le fol. 45 b, dans la commémoration des défunts : Robertus comes. Cunratus cum omnibus parentibus suis. Johannes presbiter.

Dans le Libera, on lit : el beato Columbano confessore iuo, à la suite de saint Pierre et saint Paul.


MILAN — — 1094

Fol. 29 a. Ici commence le proprium de tempore avec la vigile de la Nativité.

Fol. 149. L'Erullet qui contient une mention expresse du patron de Bobbio :...una cum beatissimo papa nostro illo, el serenissimo imperatore nostro illo, seu et abbate nostro illo, hac cuncta congregatione sancti Columbani, quiete temporum concessa...

Fol. 253 a. Ici commence le proprium sanctorum avec saint Étienne. On rencontre les rubriques suivantes : 9 mars, 5. Allali abbatis el conf. (Bobbio) ; 5 avril, 5. Eustasii abb. (Luxeuil) ; 19 aoüt, 5. Bertulfi conf. el S. Magni mart. (Bobbio) ; 18 novembre : franslatio corporum Columbani, Atali at que Bertulfi (Bobbio) ; 23 novembre, 5. Columbani abbatis ; 30 novembre, 5. Andri ; eodem die baptismum S5. Ambrosii ; 5 décembre, 5. Dalmatii (Pavie) ; 7 décembre, Oclava S. Andræ et ordinatio S. Ambrosii.

Bibliographie. — L. Delisle, Mémoire, p. 272-278, n. CXI ; À, Ebner, Quellen, p. 80-83.

Sacramentaire, ms. H. 200, part. inf., composé de 215 feuillets mesurant 0 m. 258 haut. sur 0 m. 204 ; fin du xr* siècle, Vient de l'église de Verceil. Manquent le commencement et la fin. Le texte comprend les oraisons, les préfa ces et les premiers mots des introïts, des graduels, des offertoires et des communions.

Les cahiers A-D sont perdus ; le fol. 1 commence au sabbato... Dominica initium quadragesimæ.

Parmi les offi ces des saints : 13 avril, S. Eufemie ; 22 mai, S. Syri (de Gênes) ; 13 novembre, 5S. Bricii (de Tours) ; 23 novembre, S. Felicitatis et 5. Columbani (Bobbio) ; 1 décembre, S. Evasii (Asti) ; 7 décembre, Nat. S. Ambrosii ; 8 décembre, S. Zenonis (Vérone) : 9 décembre, S. Syri (de Pavie) la messe comme au 22 mai.

Fol. 133 b. Comm une et misse diversæ.

Fol. 186 a. Orationes el pre ces super penitentem peccata sua more solito, feria IV caput jejunii.

Fol. 186 b. Or. ad reconciliandum pænitentem fer. V in cina Domini.

Fol. 187 a. Inc. orationes ad visitandum infirmum.

Fol. 193. Reconciliatio penitentis ad mortem.

Fol. 193 b. Commendatio animæ. Funérail les. Messes pour les défunts (Missa pro defuncto nuper baptizato. Missa pro defunctis desiderantibus pænitentiam et minime consequentur).

Fol. 213 b. Missa dæmoniaco.

Fol. 215 a. Exorcismus salis ef aquae.

Sacramentaire, ms. H 255, part. inf., composé de 290 feuillets mesurant 0 m. 325 de haut. sur 0 m. 22 ; xit siècle ; vient d'un monastère bénédictin de la Haute-Italie, probablement dans le diocése de Vérone,

Fol. 1-2, d'épo que postérieure.

Fol. 3-8. Calendrier, où cha que fête est accompagnée dela mention : 9 leçons, 3 leçons ou une oraison.

Fol. 9 a. Proprium de lempore au Dom. I* de Adventu jusqu'au x xv/ ;^ Dom. posi Pentec.

Fol. 115. Prières pour la vestition du prêtre : Ad humerale jus que Ad fanonein (le manipule).

Cum ornatus fuerit, dical : Fac me, quiso omnipolens Deus ila indui, elc. (deux oraisons).

Gum accedit ad altare, dical : Introibo. Indulgentiam.

Capitula : Ab oculis nostris. — Exurge Domine. - Dominus vobiscum. — Aufer a nobis.

Quando osculatur altare, dical : Oramus fe.

Osculando crucem dicat : O crux mihi cerla salus. Crux esl, quam semper adoro. Crux Lomini mecum. Crux mihi refugium. Crux Christi sit mihi in adiulorium.

| 1 « À A i | 1 1035 Bénédiction sur l'Évangile.

Tunc humiliat se presbyter ante allare dicens : Suscipe S. Trinitas.

Quando ponit oblatam super altare : Tibi Domino creatori meo offero hostiam placationis el laudis pro delictis meis et populi tui ; peto, Domine, ut des nobis veniam omnium peccatorum nostrorum. Amen.

Ad calicem : Offerimus.

Sacerdos signum + facit super oblatas : In n. D. n. J. C. sil sacrificium immaculatum el a le Deo vivo et vero adunatum et benedictum.

Oratio : Veni sanctificator.

Vitam petiit a te et tribuisti. — Et voluntate.

Oculi Domini super iustos. — [Et aures |.

Fiat misericordia, — Quemadmodum Exurge Domine adiuva nos. — Et libera.

Oratio : Gaudeat, Domine quesumus, famulus tuus beneficiis impetratis et cui fiduciam speranda pietatis lribuisti, optalie misericordiæ præsla benignus effectum Per ; et encore une oraison.

Quatre oraisons : pro semetipso, pro devolo, pro infirmo, pro fidelibus defunctis...

Quando corpus Domini inlingitur dicat presbyter : In n. Patris el Filii et Spiritus sancti. Fiat commixtio et consecratio, etc.

Agnus Dei, trois fois avec Dona nobis pacem.

Deinde del pacem altari vel patena dicendo : Première postcommunion.

Post hiec pacem ferat circumstantibus et dicat : Mabete vinculum... sacrosanctis interesse mysteriis :

Et ipsi pacem accipiendo invicem dicant : Pax Chrisli et Ecclestæ, elc.

Oratio ad eucharistiæ perceptionem : Deuxième postcommunion. ;

Alia : Domine Sancte Pater omnipotens, æterne Deus, da mihi.

Alia : Troisième postcommunion.

Quando sumitur corpus Domini dicat sacerdos : Corpus D. n. J. C. conservet animam meam. Amen.

Item ad sanguinem : Sanguis D. n. J. C. conservet animam meam. Amen.

Oratio post perceplionem corporis Domini : Gratias tibi ago Domine, qui me peccatorem satiare dignatus es, elc.

Quando sanguis Domini sumitur : Perceptio pretiosi sanguinis el corporis fui D. n. J. C. quam ego indignus, etc.

Fol. 121. Préfa ces.

Fol. 126. Fræfalio communis.

Fol. 127. Canon, Dans le Communicantes, on trouve : ...et sanctorum tuorum Hilarii, Martini, Augustini, Gregorii, Hyeronimi, Ambrosii, Nycolai, Proculi, Zenonis el beati Benedicti, d'une main postérieure. Dans le Nobis quo que on trouve Margarita, dans le Libera, saint Michel et aprés les apôtres : nec non et beatissimis confessoribus luis Ambrosio, Simpliciano at que Martino, Nicolao, Proculo et Zenone, ef beato Benediclo, confessore fuo.

Fol. 134 b. Incipiunt misse de nataliciis sanctorum.

Fol. 220 b. Comm une. Missae diversa.

Fol. 270. Missa ad sponsam benedicendarm.

1096 A. Ebner, Quellen, p. 84-86, 306Bibliographie. 307.

Missel plénier, ms. L 77, le nombre de feuillets n'est pas donné par Ebner, mais il nous apprend qu'ils mesurent 0 m. 255 de haut. sur 0 m. 20 de larg, xt siècle.

Bibliographie. — A. Ebner, Quellen, p. 86. Sacramenlaire, ms. T 120, part. sup. composé de 296 feuillets (Ebner écrit 269) mesurant 0 m. 228 de haut. sur 0 m. 168 de larg. : il est du xr° siècle et con- — tient les oraisons, les épitres, les évangi les et les préfa ces des messes de la partie d'été, Fol. 1 : In nomine Christi incipiunt orationes in sat- — bato sancto per singulas lectiones. Le propre du temps . depuis la vigile pascale jusqu'à l'octave de la Pente- côte, comme dans le ms. A 24 bis part. inf. La messe de saint Ambroise est insérée au fol. 24 entre le jeudi. et le vendredi de la semaine de Pâques : Die Y mensis aprilis, depositio sancti Ambrosii.

Fol. 68 b. Incipiunt orationes ante altare : Rogo te.

Item alia, quam B. Ambrosius canere solitus erat = Ante conspectum divinse maiestatis tuæ reus, etc. Oratio ad munus offerendum pro se ipso : Omnipotens. sempil. Deus, placabilis el acceptabilis sit tibi hac obla- | lio.

Pro plures : Et suscipe S. Trinitas, etc.

Pro uno viro : Suscipe Domine propitius.

Fol 71 : Incipit laus missæ : Gloria, etc. Kyrie. Missa canonica, préface, canon, comme dans A 24 bis part. inf. La formule de la commémoration des vivants oflre ce passage : una cum famulo et sacerdote tuo pontifice nostro illo, et omni clero ejus, el imperatore nostro illo, eum conjuge sua et prole, et omni exercitu eorum, sed el omnibus orthodoxis... A siècle : ...apostolorum et martyrum tuorum Petri et i Pauli, Andreæ, Jacobi, Johannis, Thomæ, Jacobi, Phylippi, Bartholomei, Mathei, Symonis et Taddei, Barnabe, Xysti, Laurenti, Yppoliti, Vincentii, Cornelii, Cypriani, Clementis, Grisogoni, Johannis et Pauli, Cosmie el Damiani, Apollinaris, Vitalis, Nazarii et Cels., Prolasii et Gervasii, Sisinnii, Martyrii, Alexandri, Victoris, Naboris, Felicis, Kalimeri, Materni, Eustorgii, Dionysii, Ambrosii, Barbatiani, Simpliciani, Zenonis, Martini, Eusebii, Juventii, Hylarii, Julii at que Benedicti ef omnium sanctorum tuorum.

Fol. 77, dans le Nobis quo que, la nomenclature des saints invoqués est identi que à celle du A 24 bis part. inf.

Fol. 78, dans le Libera, on lit : ...ef sanctis apostolis tuio Pelro et Paulo at que Andrea et beato. Ambrosio, confessore luo at que pontifice...

Aprés le canon, les Missæ quolidianæ et volivæ : Dom. de Trinitate ; fer. I, pro peccatis ; fer. 117, ad pescenda angelorum suffragia ; fer. ! V, de sapientia ; fer. V, dé caritate ; fer. VI, scie crucis ; sabb. scæ Mariæ.

Fol. 89 b. Dom. 7-XX11, post Penlec. ; Dom. ante dedic. ecclesise ; Dom. I-II, post dedic. ecelesie.

Fol. 119. Proprium de lempore du 22 février : Cathedra sancti Petri, au 4 novembre ; S. Vitalis el Agricolæ, On remar que, dans cette partie, les messes qui sont ainsi intitulées :

Fol. 133 b. FI idus maii, translatio sancti Nazarii.

Fol. 143. XUI kal. julii, vigiliis sanctorum Protasi et Gervasii.

Fol. 170. F kal. augusti, natale sanclorum Nazarii et Celsi, missa in vigilia.

Fol. 213 b-275. Communs et messes diverses.

Fol. 276-296. Additions au propre des saints et à la série des messes diverses, à peu prés de la méme date


WV ENNIO ET RS

que le corps du manuscrit. Premières rubriques de cette division :


VI kal. maii, natale sancti Marci evangeliste, XVI kal. junii, translatio sancti Syri.

Bibliographie. — L. Delisle, Mémoire, p. 206-208, n. LXxvit ; À. Ebner, Quellen, p. 87-88. . Archive capitulaire de Saint-Ambroise. — Le Missale du x* siècle signalé par Bethmann, dans Archiv, t. XI, p. 638 sq., est inconnu de Ceriani et de Ebner (Quellen, p. 88).

Trésor de la cathédrale. Sacramentaire, ms. sans numéro, il mesure 0 m. 220 haut. sur 0 m. 158 larg. Xr siècle. Contient les oraisons, les épitres, les évangi les et les préfa ces des messes ; manquent le commencement et la fin ; les cinq premiers cahiers et une partie du sixiéme ont disparu.

Fol. 1. Dominica prima post Epifaniam.

Particularités du canon de la messe : 1° Formule de la commémoration des vivants : seu et antistite nostro illo, regibus que nostris illis, cum conjugibus suis illis, ef prole... — 29 Liste des saints invoqués au Te igitur, identi que à celle du ms. A 24 bis part. inf. de la bibliothè que Ambrosienne sauf les derniers noms. : ..H ilarii, Julii, Benedicti, Sisinnii, Martyrii at que Alexandri el omnium... — 39 Liste des saints invoqués au Nobis quo que, identi que à celle du ms. A 24 bis part. inf., mais s'arrétant aux noms : Lucia, Justina, Sabina. — 4 » Dans le Libera : ...at que Andrea et sanclis confessoribus tuis Ambrosio et Simpliciano at que Benedicto...

Sacramentaire, ms. sans numéro qui mesure 0 m. 234 haut. sur 0 m. 17 large. xr° siècle, vient probablement de Saint-Satyre de Milan.

Fol. 1 b : Incipit liber totius anni et la rubri que de la vigile de saint Martin : r17 idus decembris (sic), depositio sancti Martini episcopi, missa in vigilia. rougeet des ornements d'argent. Il n'y a, dans ce sacramentaire, que les oraisons et les préfa ces des messes.

Sacramentaire, ms. jadis conservé à Armio, prés du lac Majeur, il mesure 0 m. 246 de haut. sur 0 m. 168 de larg., x° siècle. Il contient les oraisons, les épitres, les évangi les et les préfa ces des messes.

Fol. 1 b. Sabbato Albis deposita (sic).

Fol. 2 b. Dom. [post] Albas depositas.

Sacramentaire, ms. du marquis Trotti à Milan, 514 feuillets mesurant 0 m. 266 de haut. sur 0 m. 199 de larg., contient les oraisons, les épitres, les évangi les et les préfa ces des messes.

1098 IN UIGILIIS NATALIS DNI AD ROMANOS. Ds filium [suum mittens in simil (itudinem ) IN NATALEM DNI AD MISSA AD GALATAS. Dico aulem [quam « dio heres IN SCI STEFANI AD TIMOTHEUM II. Omnis scriptura [divinitus IN SCI IACOBI AD GALA, F(ratres) petrus et iacobus [et iohannis IN SCI IOHANNIS EUAXG AD ROMANOS. F(ratres) hoc [est uerbu fidei IN KAL IANUARIAS AD CORINTHIOS I. Fratres) de [escis quie idolis immolantur 1099 IN UIGILIIS EPIPHANLE AD CORINTHIOS II. F(ratres) [ds qui dixit de tenebris lumen IN EPIPHANIA ZA DT> ITU. Ffratres) apparuit gra- [tia di et saluatoris IN SCI SEBASTIANI AD ROMANOS. Fratres) nolo uos liznorare quia IN SG/E AGNEN AD CORINTHIOS I. de uirginib præcep- [tum dni IN SCI UINCENTI AD TIMOTHEUM II. Ffratres) omnis [scriptura diuinitus IN SCI BAUILLÆ AD EBR( :E0s J. F(ratres) pro omnib [gustare mort <i> IN SCÆ AGATHE AD CORINTH( ios I). F (ratres ) spem [habentes crescent <es> IN SCE MARLE AD EBREOS. Fr(atres) olim locutus : est ds SEXAG <ESIMÆ= AD CORINTHIOS II Fr(atres ) non angustamini IN CAPUT QUADRAGE <SIME> AD CORINTHIOS II. Fríatres) ecce n une tempus acceptabile IN QUADRAG. DOM. IL Ad timotheu I. Fr(atres) [homano sermo et omni IN DOM III AD GALATAS. Frfatres) nolite errare ds [autem IN DOM III AD cor I. Frfatres) uidete uocationem [uestra IN DOM V AD ROMANOS. Fr(aftres) abiciamus opera [tenebrar IN CINA DNI AD COR I. Frfafres) ego accipi a [dno IN UIGILIIS PASCILE. Ad corinthios I. Fr(afres) nolo [uos ignorare quod patfres) IN SOLLEMNITATE PASCHE. Ad corinthios I. Frfatres ) nescitis quia modicum firm(/íenfum ) SECUNDA FIRIA IN PASCHA. Ad romanos. Fr(atres j quicumq baptizati sumus TERTIA FERIA IN ALBAS. Ad galatas. Fr(afres) qui- [cumq enim in chrifs{)o QUARTA FERIA IN ALBAS. Ad efesios. Fr(atres ) ds qui [diuis est in misericordia QUINTA FERIA IN ALBAS. Ad efesios. Fr(atres) [renouamini sps mentes SEXTA FIRIA IN ALBAS. A[d] tesalonicenses I. [Fr/íafres) gratias agimus dû semper SABBATO IN ALBAS ad timotheum II. Frfafres ) nemo [militans dó obligat se DOMINICA POST ALBAS depositas. Ad filipen(ses J. [Frí(atres) gaudete in dno semp. TERTIA FIRIA POST PASCHA. Ad romanos. Fr(atres ) [non régnit peccatu IN MEDIANTEM DIE FEs(/um). Ad timotheum I. [Frfatres) obsecro itaq primu IN ASCENSIONEM DNI. Ad efesios. Fr(afres) obsecro [itaq uos ego uinctus IN LÆTINIA AD COR. II. Fr/íaíres) multa mihi liuer- [tas ad uos IN UIGILIIS PENTECOSTEN, Ad corinthios I. Fríafres ) [nobis reuelavit ds per spm suum IN PENTECOSTEN. Ad corinthios I. Fríatres) nolo [uos ignorare scitis qum gent (es J IN SCI ELEUTHERI. Ad corinthios II. Fríatres) bene- [dictus ds et pater dni ni IN SCI GEORGII AD EFESIOS. Fr(atres) benedictus ds [et pater dni ni ihu IN DEDICATIONE SALUAT(Oris). Ad corinthios I. [Frí(atres) nescitis quia templum di esrtis) IN SCI UICTORIS IN SCI FANGRATI IM SCI UITI IN SCORUM PROTASI ET GER/vasi). Ad filimonem. [Fr/íalres) gratias ago do meo semp fer } IN UIGILIA SCI IOHANNIS BAP/lislæ), Ad galatas. [Frfíatres) obsecro uos nihil me lesistis 1100 .


TEXTE CORRIGÉ :


IN NATALE IPSIUS AD EFESIOS. Fratres) memores estote uos gentis. IN SCOR PETRI ET PAULI. Ad corinthios II. Fratres) libenter suffer insipientes. IN SCI THOMÆ APOS. Ad corinthios I. Fratres) notum uobis facio euangelium) IN SCORUM NABORIS ET FILICIS. Ad ebreos. Fratres) sci per fidem deuicerunt) IN SCI APOLLINARIS. Ad timotheum II. Fili adsecutus es doctrinam IN SCI NAZARI. Ad tim. II. Fratres) nemo militans ; do IN MACCHAUEORUM. Ad tesalonicens I. Fratres) nam exoratio nostra non ex ferro) IN SCI SIXTI AD TIM. II. Fratres) gratias ago dreo meo cui sferuio) IN SCI LAURENTI. Ad corinthios II. Fratres) hoc dico quia qui parcit | IN SCI YPOLITI. Ad thessalonicenses II. Fratres) nos deuemus gratias agere IN SCI MAME AD COR. I. Fratres) quis militat suis stipendiis | IN SCI GENESI AD FILIP (enses). Fratres) scire uos uolo IN SCI IOHANNIS DECOLL(atione) | IN SCI CIBRIANI AD COR. I. Fratres) scitis quia qui lin stadio suo IN SCÆ ÆUFIMIÆ. Ad corinthios I. Frjafres) de uirginibus præfceptum) IN SCOR COSMÆ ET DAMIANI AD ROMA (nos). Fratres) scimus quoniam dili gentibus | IN SCI MARTINI. Ad timotheum I. Fratres) magnia pietas ců suffertis} IN SCI ANTONINI. At tessalon fic)enfses) II. Fratres) gratias agere deuemus dô | IN SCI ROMANI AD COR. I. Fratres) qui loquitur lin- guis semet ipsum) IN SCI ANDREÆ AD EBRE(0s). Pratres) rememo- rani IT(er]) DE ADUENTO ANTE UNA DOMINICA AD ROM. [Frfatres) uobis dico gentib/fus / DOMIN I DE ADUENTO AD GALATAS. Fr(altres) quo)nfiajm in lege nemo iusti [/ficatur | DOM II DE ADUENTO. Ad timotheum 1. Frfatres) nemo militans DOM III DE ADUENTU, Ad filipens. Fr(atres) gaudete in dno semp fer) DOM IHI DE ADUENTU. Ad timotheum I. Fratres) homano sermo et DOM Y DE ADUENTU. Ad timotheum I. Fr(atres j obsecro itaq. prim (um) DOM ANTE NATALE DNI. Ad romanos. Fr(atres) dico enim christum ihm ministrum

Quelques notes liturgiques en minuscule mérovingienne, ajoutées cà et là négligemment par diverses mains à la marge du texte se rapportent à l'ancienne division des leçons. Elles se bornent parfois à de simples croix destinées à indiquer le commencement ou la fin des péricopes. Les voici dans l'ordre du volume ; elles peuvent offrir quelques rapports avec le capitulare des deux premiers feuillets.

Fol. 16 v. + avant Humanum dico (Rom., vr, 19).

Fol. 17 v. + Co ftidiana) en face de Scimus autem quia (Rom., vir, 14).

Fol. 18 + après gratia Dei per ihm rpm dnn nm (Rom., vir, 25), marque probablement la fin de la lecture.

Fol. 24 v. COTIfdiana) en face de secundum euangelium (Rom., xr, 28).

Fol. 25 CO(lidiana) à la marge de obsecro ita que (hom., xri, 1).

Fol. 25 X après aiferius membra (Rom., XII, 1), marque probablement la fin de la leçon.

Fol. 26 v. COftidiana) (Rom., xim 12).

Fol. 35. + au-dessus de o à ef ego fralres (1 Cor., m 1) ; et en marge DE INOÍ|ICENTIS ; la péricope convient à cette fête.

Fol. 35 v. -- DE DEDICACIONE en face de Dei enim sumtus (I Cor., rir, 9).

devant Fol. 41. COTIDIANA - vis-à-vis de volo autem vos | (I Cor., vir, 32).

Fol. 41 v. -- IN CALENDASI|I'ANVARIAS devant de escis autem (1 Cor., vint, 4).

Fol. 42. - ::- après pro quo rps mortuus est (I Cor., viri, 11) fin de la leçon précédente.

Fol. 45 v. < COTIDIANA en face de notum autem ` uobis (I Cor., xv, 1).

Fol. 62 v. + IN DOMENICA PRIMA DE ADUENTO en tête de la première colonne commencant par quoniam autem in lege (Gal., 11, 11), autre + entre autem et in lege.

Fol. 63 + IN NATALE|| à droite de dico autem quanto tempore (Gal., 1v, 1) ; à gauche du même texte, autre +.

Fol 63 v. IN VIGILIA, en face de fratres obsecro uos (Gal., rv, 12).

Fol. 64. - :: en face de unum quidem (Gal., rv, 24).

Fol. 65 COTifdiana) à droite de omnis enim lex (Gal., v, 14).

Fol. 65 v. COTI, à gauche de fratres ef si preoccupatus (Gal., vr, 1).

Fol. 66. IN*TERCIA à gauche de nolite errare (Gal., vr, 6).

Fol. 68 v. + IN NATIUITATE|| (sci ? JJUHANNIS à gauche de propler quod memores (Ephes., 11,11).

Fol. 71. COTI (diana) à gauche de estote ergo imilalores (Ephes., v, 1).

Fol. 72. [in r]AMIS OLIVARUM, en haut de la page commencant par les mots ef inluminabit le xps (Ephes., v, 14).

Fol 77 v. -> à gauche de gaudete im dno (Phil., IV, 4), et au-dessous DE ADIIDOMIN[ic]A TERCIA 3' dimanche de l'Avent, comme dans la liturgie actuelle.

Fol. 78. FINIT après deus pacis eril uobiscum (Phil., Iv, 9).

Fol. 89. COTI|DIANA à gauche de scimus autem quia (I Tim., 1, 8).

Fol. 90. COT à gauche de Volo ergo piros (1 Tim., IT, 8).

Fol. 91 DOMINICA||LIS à gauche de fidelis sermo (I Tim., 1v, 9).

Fol. 93 v. - : IN DE D'CACIONE à gauche de sed firmum (II Tim., 11, 19).

Fol. 95 v. . : à gauche de omnis seribiura (11 Tim., HI, 16) ; - IN CSI ESTEFANI à droite du même texte,

Fol. 110 v. IN MARÍITIRE à gauche de Aememora- | mini (Hebr., x, 32).

Parmi les lectionnaires, le rite ambrosien est représenté par le document qui précède. En 1893, dans la préface au Liber Comicus, dom G. Morin annonçait la prochaine édition d'un lectionnaire ambrosien quem doctissimus vir Ceriani bibliothecæ Ambrosianæ præ- | fectus ex vetustissimis codicibus proxime edurus esl ; peu de temps après, cet érudit ajoutait que son confrère dom S. Baeumer (voir ce nom) avait eu communication des bonnes feuil les du lectionnaire. On sait que M. Ceriani avait l'habitude de laisser si longtemps mûrir les fruits de son travail qu'ils se desséchaient, c'est ce qui est arrivé pour le lectionnaire. Dans une brochure intitulée Ir memoria di monsignore Antonio Maria Ceriani prefetto della biblioteca Ambrosiana nel primo anniversario della sua morte, in-89, Milano, 2 marzo 1908, on lit, p. 90 sq., la bibliographie : Opere a stampa, et p. 92 : Opere lasciate in istato di preparazione più o meno avanzata a compimento della collezione dei Monumenta sacrae profana. Tomus FIAM. Missale ambrosianum ; Antiphonarium et Leclicnarium Ambrosian. sec. IX. H. LECLERCQ.


MILÈVE. — I. Situation. II. Liste épiscopale. III. Conciles. IV. Martyres. V. Fauste de Milève.

I. SITUATION. — Milevum, colonia Sarnensis, Milève, Milev, aujourd'hui Mila, située à 50 kilomètres au nord-ouest de Constantine, ancienne cité numide devenue romaine, assez loin des communications, à l'extrémité de la Numidie propre, non loin des frontières de Maurétanie.


II. LISTE ÉPISCOPALE. — Milève avait un siège épiscopal dès le milieu du IIIe : il le conservait encore à la fin du IXe, c'est My£cv, en 883, sur la Liste de Léon le Sage. Il s'en faut que nous connaissions tous les évêques pendant six siècles, nous pouvons seulement présenter quelques noms :

Pollianus a Mileu, a Mileo, a Milleu, en 256, occupe le 14° rang dans les Sententiæ episcoporum.

Optatus Milevitanus portait un nom assez répandu de son temps ; on a trouvé à Lambèse le cippe funéraire d'un OPTATVS MILEVITANVS, soldat de la IIIe légion Auguste !, peut-être un ascendant de l'évêque. Probablement Optat était originaire de Milève, car il semble familier avec ce coin de Numidie et les choses qui le concernent. S'il lui arrive de regarder au-delà, de parler de Rome, de Carthage ou de la Maurétanie, il s'exprime presque en étranger, en indifférent. Seule, la Numidie le touche et l'émeut ; il a le patriotisme exclusif, on dirait volontiers : rétréci. Il se méfie de tout ce qui déborde ses frontières : pour lui, le fait d'être étranger jette une sorte de discrédit sur Parménianus et il fait un grief aux donatistes d'avoir choisi leur chef en Espagne ou en Gaule.

Optat était un converti, instruit, cultivé, ayant reçu une bonne instruction littéraire, assez grande pour lui faire apprécier l'insuffisance de la philosophie païenne et l'acheminer vers le christianisme. On ignore tout de sa vie, de sa carrière, sinon qu'il devint évêque et laissa bon souvenir. Saint Augustin, en parlant de lui, n'hésite pas à écrire : Venerabilis memorie Milevilanus episcopus. Sa situation le mit aux prises avec les donatistes qui, dans le diocèse de Milève même, avaient un évêque. Optat dut chercher à soutenir la polémique et s'enhardit jusqu'à écrire un livre pour la défense de la tradition catholique. Celui-ci parut vers 366 ou 367 et il en préparait une deuxième édition vers 385. Ceci permet de lui attribuer une vingtaine d'années au moins d'épiscopat, probablement un peu plus. On peut admettre qu'il naquit vers 320 et, en 392, saint Jérôme parle d'Optat comme d'un personnage déjà disparu.

Honorius, vers la fin du IVe ; peut-être le successeur direct d'Optat *.

Severus, né à Hippone ?, il occupait le siège épiscopal au commencement du Ve. On a de lui une lettre à saint Augustin, qui fut écrite vers l'an 409 , et saint Augustin lui en écrivit plusieurs, dont trois au moins sont conservées ^. Ayant été moine dans sa jeunesse, il pensa ne pouvoir faire de meilleur présent à sa ville épiscopale que d'y introduire la vie monastique .

Peut-être était-il malade en 411, car ce fut Alypius qui répondit pour lui à la Conférence ' ; en 425, il était ——— 1103 mort !, Sous son épiscopat, le catholicisme avait pris à Milève un certain développement dont nous pouvons juger par ce fait que le compétiteur de Sévère, nommé Adeodalus Milepitanus, est accusé d'avoir détruit quatre basiliques uno loco * ?, probablement à Milève.

Il n'y a pas lieu de tenir compte d'Optalus II à qui saint Augustin dédiait son livre De anima, celui-ci est Optatus, le titulaire du siège de Vescera (Biskra) que Morcelli a confondu avec Milève.

Henenalus Milevilanus, en 454 *.

Restitutus, episc. sanctae Ecc les. cathol. civit. Mileon., qui siège, en 553, au concile de Constantinople * .


III. CONCILES. — Milève avait assez d'importance pour que plusieurs conciles y aient été tenus : un concile donatiste vers 397 ; un concile catholique, en 402, in secretario basilicæ ^ ; un concile catholique en 416 *.


IV. MARTYRS. X Rouffach (Gastellum Elephanium ), à l'ouest de Constantine, sur la route de Milève, »+ &CATIONTSINTERSV [Bl


MILÈVE

1104 Iradendorum), et la période des sacrifices aux idoles (dies lurificationis). Nous savons que Florus ne gouvernait plus la Numidie au moment des Vicennalia de Dioclétien, le 20 novembre 303 *, On en peut conclure : 1° que la période des sacrifices aux idoles commença en Afrique, au plus tard, vers le début de l'automne de 303 ; 2« que les martyrs de Milève ont été exécutés entre le mois de mai 303 (commencement de la persécution en Afrique) et le 20 novembre 303 (document où figure un successeur de Florus). » La fin doit se lire : infer quos hic Innocens est ipse in pace ; il s'agit d'un chrétien nommé Innocent qui reçut la sépulture près des fioles contenant le sang des martyrs.

Bibliographie. — De Rossi, dans Bulletl. di archeol. crisi., 1875, p. 163-167 ; 1876, p. 59a de III, n. 2 ; Corp. inscr. lal., t. vim, n n. 6700, 19353 ; S. Gsell, dans Bull. archéol. du Comité, 1899, p. 452, n. 4 ; P. Moner ER BU Rer E


SHICIN NO EIN PAL

fut trouvée une pierre haute de 0 m. 15, large de m. 51, brisée en bas, dans le cimetière chrétien, près des ruines d'un petit édifice décoré de colonnes, probablement une ancienne chapelle (fig. 8076).

L'inscription est tracée sur six lignes séparées entre elles par un filet, la hauteur des lettres est de 0 m. 025.

A la première ligne, il faut suppléer tertiu (die). La deuxième ligne fait allusion à la coutume des chrétiens de recueillir avec des linges, des éponges, des étoiles précieuses le sang des martyrs qu'on traitait avec le respect dû aux reliques. Nous voyons les fidèles se précipiter pour étancher le sang du martyr de Carthage, saint Cyprien. Ceci explique comment, dans plusieurs fouilles sur des emplacements d'autel, on a trouvé un coffret ayant encore des débris de fleurs ayant contenu du sang.

Ligne 3 le præses Florus était gouverneur de la Numidie, en 303 : il est connu par divers documents *.

Ligne 4 : in civitate Milevitana, c'est Milève : in diebus lurificationis. « Les Africains distinguaient deux périodes dans la persécution de Dioclétien : la période des perquisitions (dies fraditionis ou persecutio codicum V. FAUSTE DE — En parlant du maniM Fauste y était né, vers l'an 340, dans une famille païenne de très modeste origine ; son père, au dire de saint Augustin, était un homo pauper. Cela n'empêcha pas l'enfant de recevoir une instruction assez complète et il ne se débarrassa jamais de la marque imprimée sur lui par les grammairiens et les rhéteurs, et lui-même ne fut jamais autre chose. Il se convertit du paganisme au manichéisme, séduit par la morale de la secte ; il étudia la Bible et s'initia aux méthodes d'exégèse en honneur dans la secte. Il y prit vite une place d'honneur et y arriva encore jeune à l'épiscopat.

Chez les manichéens, l'épiscopat ressemblait au tourisme, on circulait, on voyageait. Saint Augustin, alors manichéen lui-même, attendit Fauste à Carthage pendant neuf ans ; enfin, il le vit débarquer (fin 382-début 383). L'Africain ne fut pas propice à Fauste qui s'y trouva compromis avec ses coreligionnaires dans un grave procès qui les mena en prison (en 386) où, d'ailleurs, ils ne s'attardèrent pas, car une amnistie les en libéra au début de l'année suivante (387).

Que fit-il alors ? On n'en sait rien, mais il mourut peu après, car, en 398, quand saint Augustin écrivit le Contra Faustum, son adversaire était mort depuis assez longtemps, peut-être vers 390. Entre autres qualités qui lui faisaient défaut, il faut nommer la modestie, qu'il ne soupçonnait même pas.

- Tout son effort tendait à paraître, à briller comme orateur, comme homme du monde, comme apôtre. Et il brillait d'autant mieux qu'il ne se connaissait guère de rivaux, qu'il ne voyait personne qui s'élevât à sa mesure. Avec une naïveté artificieuse, il se donnait en exemple, comme un fidèle miroir de l'idéal évangélique. Malheureusement, on l'observait et, s'il est permis de s'exprimer ainsi, on l'épluchait. Lui qui avait tout — donné, tout sacrifié au Christ, disait-il, qui avait quitté père, mère, femme, enfants, qui vivait de la charité publique, doux et humble d'esprit, n'avait pas su renoncer à une vie de délices et rougissait de son humble origine. On ne pouvait cependant lui contester le dévouement à sa croyance, les sacrifices qu'il lui consacrait, les concessions qu'il lui faisait à ses dépens, car il avait un fond de caractère où la conscience et le courage commandaient à tout le reste.

Instruit, il demeurait rhéteur à la mode africaine, désireux non d'approfondir, mais de briller, de surprendre, d'éblouir par des subtilités et d'émouvoir par des traits d'éloquence, Et c'était toujours là qu'il en revenait, car il était orateur et n'était exégète ou érudit qu'en fonction de l'art oratoire et du métier d'orateur.

Cela lui valait des auditoires enthousiastes et des critiques modérées, car les uns ne doutaient pas que de si belles choses ne fussent véritables et les autres avaient peine à croire qu'elles pussent être fausses.

Saint Augustin s'occupa à deux reprises de Fauste, et à quelques mois d'intervalle, en 397 et 398, dans les Confessiones et dans le Contra Faustum. D'un ouvrage à l'autre, l'opinion change complètement. Dans les Confessions, Augustin nous présente Fauste comme un orateur aimable, superficiel et vide ; dans le Contre Faustum, il le montre érudit, avisé, redoutable. Cette attitude s'explique par le fait que le docteur catholique n'a connu le traité du docteur manichéen qu'au moment où il entreprit sa réfutation, c'est-à-dire après la publication des Confessions. Dans ce premier ouvrage, il dépeignait de souvenir l'homme qu'il avait connu et entretenu jadis à Carthage lorsqu'il partageait sa manière de voir ; dans le deuxième ouvrage, le véritable Fauste s'était révélé à lui, Augustin, avec ses ressources et le danger que son talent créait pour les fidèles.

C'est que Fauste l'avait joué en maître. Longtemps, Augustin l'avait attendu comme le docteur providentiel qui éluciderait toutes ses difficultés et après l'avoir écouté, après lui avoir exposé ses doutes, ses incertitudes, il avait rencontré un habile compère qui avait avoué son ignorance, son aversion pour les problèmes difficiles, son incapacité à s'y appliquer et à les résoudre ; même, il avait prié Augustin de reprendre sur ce point son instruction et de consentir à devenir son maître. Cette comédie toucha Augustin qui, dans la suite, oublia l'évêque beau parleur et lui accorda quelques lignes indulgentes dans les Confessions. Mais les manichéens vivaient sous la menace des lois civiles et cachaient de leur mieux leurs livres qu'ils réservaient aux fidèles de la secte ; c'est ainsi que le grand ouvrage de Faustus ne vint à la connaissance de saint Augustin qu'au moment de sa publication. Alors, le point de vue changea et l'évêque d'Hippone prit au grand sérieux le manichéen dont il s'était un peu gaussé. Il le réfuta, le malmena et ne le ménagea plus : toutefois, il demeurait indulgent à l'orateur dont les qualités solides et brillantes produisaient sur lui une fascination semblable à celle qu'il exerçait sur la plupart de ses compatriotes. C'est alors qu'Augustin écrivit le Contra Faustum que nous n'avons pas à analyser !.

H. LECLERCO.


MILIANA. — On a longtemps identifié Miliana avec Manliana ou Malliana ; il semble qu'il faille y renoncer. Le seul auteur latin qui traite de cette région (vallée de Cheliff) est Ammien Marcellin dans le récit de la deuxième période de la guerre de Théodose contre Firmus. Il raconte que Théodose, après avoir reconstruit en partie Julia Cæsarea, dont les ruines étaient déjà couvertes de mousse, se rend à Zuccabar, petite ville située à mi-côte des monts Transcellenses et position importante commandant la plaine du Chelif. Théodose s'avance du Nord vers le Sud, par la route de Zac car. Il s'établit fortement à Zuccabar, qui est inabordable par le Sud, au lieu de descendre à Affreville où sa petite armée de 3 500 hommes aurait pu être surprise et enveloppée en plaine. La ville de Malliana est Affreville tandis que Miliana est Zuccabar. La grande voie romaine, en effet, franchissait le Gontas, au col de Gontas, et ne passait pas à Zuccabar. Les Arabes ont trouvé, dans les traditions du pays, le nom de Malliana s'appliquant à un centre agricole fort riche (Affreville), mais disparu, et ils ont donné ce nom au poste militaire qui leur était nécessaire pour commander la vallée du Cheliff, l'ancienne Zuccabar.

On connaît trois noms d'évêques, dont deux catholiques :

Maximianus, episc. plebis suboabbaritanz, en 411 ; il a pour compétiteur donatiste : Germanus Zugabbaritanus.

Stephanus Zucabiaritanus, en 484.

On a trouvé à Miliana (maison Marcadal, à l'angle de la rue du Caire) un pilastre complet en pierre avec chapiteau et base taillés dans le même bloc que la partie rectangulaire et la moitié supérieure d'un autre pilastre à peu près semblable. Le premier mesure 1 m. 76 de haut. sur 0 m. 26 de larg. et 0 m. 46 d'épaisseur ; il devait former l'un des montants d'une baie. L'autre constituait, sans doute, le second montant. Dans ces deux pierres, les deux faces latérales qui se font vis-à-vis sont creusées de mortaises, destinées à fixer le panneau de la porte. Sur le premier pilastre est sculpté un cep de vigne avec des feuilles disposées symétriquement à droite et à gauche. Sur le second, il y a des grappes de raisin au lieu de feuilles, Chapiteaux corinthiens à deux rangées de feuilles sans découpure. v-vr siècle, arcade ayant pu servir d'accès à une église ou à une chapelle. Ces débris sont entrés au musée de Mustapha. Inscription trouvée près de la porte d'Orléansville, gravée sous trois têtes * :

Lollius Si[m]one vixit annis triginta duo ; discedit xi kalendas decenbres anno provinciæ CCL X X V, ce qui équivaut à l'an 314 de notre ère et montre la présence de chrétiens en Maurétanie dès le commencement du IVe.

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1107 MILIANA — colonnes, chapiteaux, dalles, poteries. Tout fut saccagé, enterré, nivelé, sauf un couvercle à inscriptions et un fond de vase avec une croix. Au milieu de l'hémicycle, se trouvait un sarcophage assez richement décoré contenant des ossements dont le curé de Bourkika put sauver le couvercle qui fut transporté au presbytère 1.

Ce couvercle mesure 1 m. 47 de long, sur 1 m. 57 de large et 0 m. 25 d'épaisseur, il est richement décoré, ainsi qu'on en peut juger par un fragment reproduit ici (fig. 8077)et porte deux inscriptions ; voici la première :

Pelite me(n)sa(m) marlurou(m) Renatus et Optata et, dans la couronne :


PASN AETCO HO

Pas(si) n(onas) a(pri les ) ou afuguslas ) el coro( nati ). Les noms des deux martyrs sont fréquents en Afrique ; ce sont probablement des martyrs locaux. C'est une invitation à s'approcher de la table vénérée : « Gagnez la table des martyrs. » On remarquera que dans cette pierre, qui témoigne d'une complète barbarie, on prononce l'u en ou ; on dit donc marturoum, de même qu'à Ain Regada, sur une stèle plus grossière encore, on lit : Nomina marturrouím ). C'est à cette prononciation qu'on tend à revenir de nos jours ; il faut ajouter que, souvent, le premier V est remplacé par Y ou par | et se prononçait i. Nous avons donc encore un progrès à faire pour égaler les artistes du IVe.

Passi et coronati, n'a pas besoin d'explication, et nous voyons la couronne décernée aux deux martyrs Henatus et Optata, de même qu'à Tabarka, deux religieuses éprouvées pour leur foi reçoivent la corona due aux vincentibus et, à Lamiggiga, l’évêque Argentius est coronatus.

H. LECLERCO.


MILIARES !ON. — Le miliaresion ou millarés est le nom donné à la pièce d'argent créée par Constantin et taillée à raison de 72 à la livre comme le sou d'or ; elle pèse par conséquent, comme ce dernier, 4 gr. 55. La siliqua était une petite pièce d'argent du poids de 2 gr. 60 ; un texte byzantin nous dit que le millarés valait 1 3/4 siliqua, et nous savons, d'autre part, par Isidore de Séville, que la siliqua était la 1/24e partie du sou d'or. La demi-siliqua pesait 1 gr. 30 : c'est cette dernière qui est mentionnée dans la loi salique sous le nom de denier. Cette loi dit qu'un sou d'or vaut 40 deniers ; ce sou n'est plus le'sou constantinien et byzantin de 4 gr. 55, mais le solidus gallicanus qui fut taillé à raison de 84 à la livre (3 gr. 90). Le rapport de valeur de l'or à l'argent était alors, aussi bien chez les Francs que dans l'empire, comme 1 à 15,75 - environ. Les monnaies d'argent que frappent les Francs au VIe, sous le nom de deniers, pèsent 1 gr. 30 : ce ne sont donc, en réalité, que des demi-siliques, comme le denier de la loi salique. On retrouve la siliqua et la demi-siliqua dans le monnayage des autres peuples barbares,

H. LECLERCQ.


MILICE. — Voir Dictionn., t. x1, col. 1108-1181, au mot MILITARISME.


MILITARISME. — I. Aperçu historique. II. Organisation primitive. III. La légion. IV. Organisation militaire. V. Le paganisme à l'armée. VI. Le christianisme dans l'armée, VII. L'enseignement de Tertullien. VIII. L'enseignement d'Origène. IX. La répugnance au service militaire. X. Les légions Fulminata et Thebeensis. XI. Le martyre du soldat Basilide. XII. Exemples particuliers. XIII. Le martyre du conscrit Maximilien. XIV. Le martyre du centurion Marcel. XV. Le martyre du greffier militaire Cassien. XVI. Le martyre du vétéran Tipasius. XVII. Le martyre du porte-drapeau Fabius. XVIII. L'épuration de l'armée, XIX. L'adoration des empereurs. XX. Le martyre du vétéran Jules. XXI. Quelques autres martyrs. XXII. L'armée de Constantin et de Licinius. XXIII. Au Ve. XXIV. Le cas de saint Martin. XXV. Sur un canon de Chalcédoine, XXVI. La doctrine fixée. XXVII. Le témoignage des inscriptions. XXVIII. Représentations figurées. XXIX. Une carrière militaire au IVe. XXX. Quelques textes épigraphiques. XXXI. Bibliographie.

I. APERÇU HISTORIQUE. — L'histoire de l'organisation militaire des Romains est inséparable de l'histoire de la grandeur de Rome et de la fusion des peuples sous sa loi. Comment une ville a-t-elle assujetti l'univers et comment le monde subjugué par elle a-t-il fait de l'acquisition du droit de cité l'objet de son ardente ambition ? La réponse à cette question se trouve dans la constitution romaine elle-même. Simple commune d'abord et gouvernée par un chef électif et viager, puis par des consuls annuels, Rome s'est élevée, grâce à l'esprit de suite de son inspiration, à la suzeraineté de toutes les cités ou municipes qui couvraient alors l'Italie, ensuite, et de proche en proche, à la domination du monde connu. La force militaire a été l'instrument de cette élévation. C'est par elle que Rome est graduellement arrivée à cette concentration de puissance qui s'édifia sur l'autonomie et la personnalité politique d'une foule de peuples plus dignes de vivre qu'elle-même et qui, peut-être, eussent fait meilleur usage de leur indépendance que Rome ne fit de leur servitude ; mais, pour triompher d'elle, il leur manqua cette volonté robuste et tenace qu'elle apporta à les vaincre les uns après les autres et à les jeter dans un moule nouveau, d'où ils sortirent amoindris et usés par d'odieux abus du pouvoir militaire et par l'inertie de chefs d'empire dégénérés. De ce moule, l'empreinte indestructible est encore reconnaissable dans les formes administratives et dans la direction morale de la société moderne.

Par un de ces contrastes qui sont comme la revanche silencieuse du temps, le Romain, auquel on n'attache plus qu'une idée de bassesse, a été le peuple le plus grave, le plus tenace, le plus discipliné de l'ancien monde. Son esprit sérieux était uniquement tourné vers les grands desseins politiques ; mais son génie s'est montré surtout profond et avisé dans sa constitution politique. Nulle part ailleurs, peut-être, l'histoire ne présente le spectacle d'un instrument d'action plus approprié à son but !, et ces bases du gouvernement romain étaient si bien choisies, si fortement établies, qu'elles purent résister pendant dix siècles aux nombreuses révolutions de la vie sociale. Les premiers rois de Rome se brouillèrent avec l'aristocratie qui les chassa et les remplaça. Cette aristocratie eut, elle aussi, sa décadence et l'empire des Césars se substitua à une race épuisée et à une démocratie anarchique, de sorte qu'il put continuer pendant un temps assez long le mouvement ascensionnel de la puissance romaine, organiser efficacement l'exploitation de l'univers et conserver la domination du monde à la ville qui s'en était arrogée la possession *.


II. ORGANISATION PRIMITIVE. — La constitution sociale des Romains fut tout à la fois civile et militaire, et ce caractère a persisté jusque dans les dernières transformations de leur empire. Tout citoyen était soldat, tout soldat était citoyen, et l'un se confondait perpétuellement avec l'autre, malgré la séparation existant entre le pouvoir civil et le pouvoir militaire. L'armée se composa d'abord de gentes, ou clans antiques, conduits par leurs chefs. Le roi Servius Tullius substitua l'aristocratie de fortune à l'aristocratie de naissance, tout en laissant à cette dernière ses prérogatives. Les registres du cens s'identifièrent alors avec la matricule de l'armée, et le service des armes fut corrélatif à l'exercice des droits politiques. L'exercitus, c'était le peuple même rassemblé au Champ de Mars pour y exercer son droit de vote ; il s'y rendait en armes, une partie stationnait dans la citadelle pendant que l'autre se rendait au scrutin et c'est pour cette raison que les droits politiques s'exerçaient hors de l'enceinte. En campagne, le citoyen apte au service était classé, armé, selon le rang de fortune que le cens lui attribuait. Le service fut pendant longtemps gratuit, et il resta obligatoire pour tous les citoyens valides, de 17 à 45 ans. De 45 à 60 ans, le citoyen romain était encore engagé au service, en qualité de réserviste. À ne voir que cette organisation primitive, aux mains d'une aristocratie habilement organisée, toujours attentive à tirer parti des moindres incidents, on pouvait prédire aux petits peuples avoisinant la cité romaine, le sort qui leur était réservé. On est même surpris que ces peuples aient laissé si souvent Rome se remettre de ses défaites et réorganiser ses forces, après ses désastres, sans se liguer fortement contre une puissance si menaçante pour leur liberté, Ils ne s'en avisèrent que trop tard. Ce double caractère, civil et militaire, se manifesta autant dans les lois que dans les habitudes des Romains. Le droit prétorien lui emprunta son autorité. L'imperium des jurisconsultes n'est que le droit de justice militaire, absolu dans le camp, tempéré dans la cité par la souveraineté populaire.

Jusqu'à l'époque des guerres civiles, le service militaire fut donc, à Rome, non pas une charge, mais une prérogative du citoyen. L'obligation du service était restreinte aux citoyens inscrits au cens pour une somme déterminée. On ne confiait point d'armes à ceux qui n'offraient aucune garantie à la république ; leur usage était réservé, dit Gibbon, à cette classe de citoyens qui avaient une patrie à glorifier, un patrimoine à défendre, et qui, participant à l'établissement des lois, trouvaient leur intérêt comme leur devoir, à les faire respecter. Le service militaire passait avant toutes les autres obligations du citoyen, et primait toutes les aptitudes civiles. Nul ne pouvait arriver aux charges de magistrature, du temps de Polybe, s'il n'avait fait au moins dix campagnes. On se préparait dans les camps au maniement des affaires publiques ; c'est pour quoi les nobles envoyaient à la guerre leurs enfants encore en bas âge, en les attachant à la personne des généraux de leurs amis, et gagnaient ainsi quelques années, pour les rendre plus tôt capables de remplir les emplois publics. Mais un plébiscite provoqué par C. Gracchus mit fin à cet abus en fixant l'entrée au service militaire à l'âge de 17 ans. On pouvait être appelé jusqu'à 45 ans, si, à cet âge, on n'avait pas fourni dix ans de service dans la cavalerie, ou seize ans, et quelquefois vingt, dans l'infanterie.

Le caractère distinctif du monde antique se produit, à Rome, sous sa forme la plus saisissante. La vie publique était tellement alors dans les mœurs et dans le droit de chacun, que l'armée elle-même reflétait l'image de l'assemblée souveraine qui réglait les destinées civiles de la cité. À différentes reprises, on eut ce spectacle d'un consul, en plein camp, convoquant ses soldats en assemblée du peuple : cette méthode, qui pouvait être excellente à l'époque primitive, devint plus tard fatale à la liberté lors que la composition des assemblées publiques et de l'armée fut profondément modifiée. Mais, pendant les premiers siècles, grâce à ces méthodes précisément, personne chez les Romains n'ignorait les nécessités, les ressources et la discipline de la vie militaire, et ceux à qui l'élection devait ensuite confier la direction des affaires apprenaient dans le métier des armes le dévouement à la règle et à la patrie, en même temps qu'ils acquéraient l'ascendant que donnent des qualités supérieures à l'homme privé sur ses semblables.

Le recrutement militaire s'opérait de différentes façons. La plus régulière et la plus habituelle se nommait delectus, le choix, ou delectus legitimus. Il fallait un ordre du Sénat pour y procéder ; c'était ordinairement au mois de mars de chaque année qu'il avait lieu. L'opération était présidée, au Forum, ou au Champ de Mars, par le consul ou préteur qui devait commander l'armée. Tous les appelés devaient répondre, à peine d'être poursuivis comme déserteurs, lenebriones, et ils subissaient une visite corporelle qui constatait leur aptitude. Le rôle des « bons pour le service » étant dressé, leur destination ultérieure était prévue par une autre réunion dans laquelle s'accomplissait la solennité du serment.

Ce serment était renouvelé plus tard, dans le camp, avec des formes redoutables : il liait l'inférieur à ses chefs. Le soldat jurait un complet dévouement au salut de la patrie : omnino pro republica se esse facturos ; il promettait entière obéissance aux ordres de son supérieur : omnia que facturos quæ is præciperet ; il s'engageait à ne quitter le service qu'après le congé de son général : nec recessuros nisi præcepto consulis *. Sous l'empire, une clause nouvelle fut ajoutée, à savoir : que l'intérêt de l'empereur passerait avant toute autre considération dans l'esprit du soldat : se imperatoris salutem omnibus potiorem esse habituros. Pour qui connaît la religion du serment chez les anciens, ses effets sur la discipline seront compris facilement.

Une seconde espèce de levée s'appelait du nom de tumultuaria ou subitaria, c'était une levée en masse, en cas de péril extrême, de tous ceux qui pouvaient porter les armes. On la nommait aussi conjuratio, parce que le serment s'y prêtait en commun, par acclamation. Ceux qui n'étaient pas inscrits au cens pour la somme requise, ne pouvant servir dans l'armée de terre, étaient employés dans le service maritime, où des travaux plus pénibles étaient nécessaires. Telle était la pratique au temps de Polybe ; quant aux prolétaires et aux capite censi, l'impossibilité où ils étaient de s'entretenir à leurs frais, en campagne, avait motivé leur dispense ou leur exclusion du service. Du mot delectus ou de legere, lever, choisir, venait le mot de légion, qui représentait la nation ou la tribu armée.


III. La LÉGION. — Selon Varron et Plutarque, la légion romaine fut, à son origine, composée de 3 000 fantassins, nombre qui répondait à celui des trois tribus primitives. Varron prétend même que, de ce nombre de mille, venait le mot miles, ce qui est une étymologie fort contestable. Un roi de Rome porta la légion à 4 000 hommes de pied, et ce fut encore d'après l'analogie avec la tribu, car à ce roi (Servius) est due l'institution de la quatrième tribu. Ces quatre premières légions jouirent toujours à Rome d'une considération particulière, même après l'augmentation de leur nombre. Le chiffre de 4 000 à 4 200 hommes parait avoir été maintenu jusqu'à la seconde guerre punique. Il faut ajouter les contingents fournis par les municipes alliés ou soumis, lesquels étaient placés sous le commandement d'officiers romains, et complétaient l'effectif de l'armée en campagne. Au temps de la dictature de Camille, vers le milieu du IVe de la ville, Rome avait mis en campagne dix légions de 4 000 hommes chacune. Mais, à partir de la bataille de Cannes, Tite-Live et Polybe nous apprennent que la légion fut portée à 5 000 ou 5 200 fantassins, nombre qui demeura ainsi fixé jusqu'au temps de Marius, qui éleva la légion à 6 000 hommes, ce qui fut le dernier terme de son accroissement jusqu'à la fin de l'empire. Indépendamment de ce nombre de fantassins, à chaque légion était attaché un corps de cavalerie de 300 hommes environ : tel était le cadre normal indiqué par les auteurs anciens.

Ainsi la légion romaine, en son dernier état, équivalait à peu près à la force d'une de nos brigades d'infanterie. Elle était composée de diverses armes et de différentes qualités de soldats, correspondant, selon les aptitudes des militaires, aux diverses classes du cens ; les uns armés de hastes ou piques, et pour cela nommés hastati, nom qu'ils gardèrent même après qu'à leur pique on eut substitué le javelot, pilum. Ils formaient la première ligne et comptaient environ 1 200 hommes. Après eux venait un corps pesamment armé, occupant le centre du corps de bataille, en nombre égal aux hastati, et qu'on nommait les principes, comme formant le principal appui de la légion. Ils étaient suivis d'une sorte de réserve de vieux soldats, qu'on appelait triarii, composant l'arrière-garde. Sur les flancs, en queue, ou dans les intervalles qui séparaient les corps indiqués, se glissaient, sous divers noms, des troupes légères dont la destination était de harceler l'ennemi ou de l'attaquer soudainement. Plus tard, une infanterie volante, connue sous le nom de velites, s'adjoignit à ces premiers bataillons. La légion entière se partageait en dix cohortes : chaque cohorte comptait trois manipules ; chaque manipule deux centuries, et chaque centurie dix décuries. Chaque centurie avait un drapeau. L'étendard de la cohorte avait la forme d'un dragon. Un aigle était le signe distinctif de la légion. En ordre de bataille, la légion présentait donc dix colonnes ou cohortes, composées chacune d'un nombre proportionné de soldats pris dans les diverses armes. La cavalerie était en queue, quelquefois sur les flancs. En somme, le cadre normal de la légion de 6 100 hommes parait avoir été de 5 500 soldats, gregarii ; de 550 sous-officiers, decani, et de 50 centurions dont 5 étaient supérieurs aux autres. L'ordonnance fondamentale reposait sur le manipule. Le commandement des légions et des cohortes était confié à des præfecti, à des legati ou à des tribuni, qui, selon les temps ou les circonstances, ont exercé une autorité plus ou moins prépondérante.

Le nombre des légions s'était démesurément accru au cours des guerres civiles. Quand la paix fut rétablie, il parut inutile et impossible de maintenir sous les armes des troupes aussi nombreuses, César avait commencé cette réforme et licencié plusieurs légions : néanmoins, au moment de sa mort, on en comptait encore plus de quarante, Au lendemain de la bataille d'Actium, Octave disposait de plus de cinquante légions ; c'était donc à lui de reprendre cette réforme. Il en licencia quelques-unes et envoya les soldats qui les composaient dans des colonies, d'autres servirent à former l'armée permanente. Après la bataille d'Actium, lors que les troupes d'Antoine eurent fait leur soumission, Auguste eut sous ses ordres des légions qui avaient appartenu à trois armées différentes ; c'est ce qui nous explique que qu'à la suite de la réorganisation de l'armée, le numéro III ait servi à désigner trois légions, les numéros IV, V, VI, X aient été donnés chacun à deux légions ; ces légions ne se distinguaient les unes des autres que par des surnoms. L'an 23 de notre ère, c'est-à-dire neuf ans après la mort d'Auguste, nous connaissions de manière précise l'état des légions et leurs emplacements.

Dans la Germania inferior : Legio I, sans surnom. Legio Va, Alaudæ. Legio X X^, Valeria Victrix, Legio XXI », Ra par. Dans la Germania superior : Legio II, Augusla. Legio XIII, Gemina. — Legio XIV, Gemina Marlia Vicirix. Legio XV I, sans surnom. Legio IV, Macedonica. Legio VI, Victriz. Legio X, Gemina. Legio 1II, Augusta. Legio IX », Hispana. = Legio III, Cyrenaica. Legio X XII, Deiotariana. Legio III, Gallica. Legio VIS, Ferrata. Legio X, Frelensis. Legio XII, Fulminata. Legio VIII, Augusta. Legio XV, Apollinaris. Legio VII, sans surnom. Legio XI, sans surnom. Legio Vs, Macedonica. Legio IV*, Scythica.

Les légions XVII, XVIII et XIX avaient péri dans le désastre de Varus.

Sous Claude, on organisa deux nouvelles légions, la XVe Primigenia et la X XII Primigenia, sans doute en en dédoublant deux déjà existantes et désignées sous ces mêmes numéros. Néron créa la I Italica et Galba la I* Adjuirix et la VII » (plus tard Gemina). Vespasien trouva, à son avènement à l'empire, trente légions et il conserva ce nombre pendant son règne. Ses premiers successeurs le maintinrent, mais il y eut des remaniements, des légions disparurent et furent remplacées par d'autres. Sous Marc-Aurèle, le chiffre de trente légions figure sur une inscription conservée au musée du Vatican et qui semble avoir été gravée entre les années 120 et 170 de notre ère. Cette énumération disposée dans l'ordre géographique donne les vingt-huit légions suivantes :

Bretagne, 3 : II Augusta, VI Victrix. XX Valeria Victrix. Germanie sup. 2 : VIII Augusta, XXII Primigenia. Germanie inf. 2 : I Minervia, X XX Ulpia.

Dacie 1 : XIII Gemina.

En Afrique : En Égypte : En Syrie : papery : choses n'était plus la même ; il fallait établir l'armée techniques, retrouver l'histoire détaillée des institutions, des corps militaires à quelques traits techniques relatifs aux transformations de l'armée romaine et de l'armée byzantine. IV. ORGANISATION MILITAIRE, — Il est nécessaire de dire quelque chose de l'organisation de l'armée. Le Après ces vingt-huit légions sont mentionnées, mais le recrutement pour les légions se faisait à l'aide d'agents sans suivre l'ordre géographique, la 7/ I Italica, cantonnée aux, conquisilores, dont les méthodes différaient tonnée dans la Norique ; la II » Italica, cantonnée en Rhétie, et enfin les trois légions Parthiques, dont la I et la III stationnaient en Mésopotamie !. Sous Septime-Sévére le nombre des légions fut porté à trente-trois par la création des I, II et III Parthica. Ce chiffre de trente-trois légions est encore celui que donne Dion Cassius pour le règne d'Alexandre Sévère. Il en fut ainsi jusqu'au règne de Dioclétien ; après le règne de ce prince, le nombre des légions s'éleva peu à peu jusqu'à cent soixante-quinze, parmi lesquels on retrouve encore vingt-huit des anciennes légions.

La plupart des légions portaient des surnoms, l'origine de certains d'entre eux n'est pas connue. Les uns, par exemple, ceux des légions V Urbana, Ie Sabina, IV Sorana, VIII Mutinensis, sont tirés des noms des lieux où la légion avait été recrutée ; les autres étaient les noms des peuples contre lesquels la légion avait livré bataille ou qu'elle avait encore à combattre ; tel était le cas de la leg. I V* Segthica et des trois légions Parthica ; d'autres avaient été empruntés à des noms de divinités, par exemple Apollinaris, Minervia, ou qui rappelait la formation de la légion par voie de dédouplement, par exemple la primigenia, ou par voie de fusion comme les legiones gemellæ ; d'autres, enfin, qui s'expliquent par le mode de recrutement : legiones adjutrices, ou par l'enseigne, leg. Alaudæ et peut-être leg. fulminata. Les légions recurent aussi des noms d'empereurs : Augusta, Claudia, Commoda et encore Flaviæ, Ulpia, Trajana. À partir de Caracalla, l'usage s'établit de donner à toutes les légions le nom de l'empereur régnant, c'est alors qu'on voit des Antoninianæ, Severianæ, Alexandrianæ, Maximinianæ, Gordianæ, Philippianæ, Gallienæ.

La légion subit, sous Auguste, de grands changements. La paix régnait, il n'y avait pas à redouter de guerre, à l'extérieur au moins, à brève échéance. L'organisation militaire qui convenait à un tel état de choses était celle d'une armée permanente dans des cantonnements fortifiés et bien situés, en répartir les divers corps en détachements séparés et cependant les disposer de manière à assurer la garde des frontières, et enfin réglementer avec un soin tout particulier le service de garnison. Ceci nous entraînerait à rien moins qu'à l'histoire des institutions militaires impériales depuis Auguste jusqu'à Justinien et ce n'est pas une dissertation, c'est plusieurs volumes qu'il faudrait y consacrer.

L'empire, devant son existence à l'armée, se devait à lui-même de l'établir sur le pied d'armée permanente, croutitac x0xvxcouc. comme parle Dion , A l'avènement de chaque empereur, le soldat devait jurare in nomen imperatoris ; il renouvelait son serment chaque année au jour anniversaire de l'avènement et au 1er janvier : les intermédiaires officiels de la puissance de l'empereur à son égard étaient, en général, les gouverneurs des provinces impériales, legati Augusti pro prætore, et à Rome, le prefectus praetorio, le prefectus urbi, et le praefectus vigilum !. Sous l'empire, le service resta obligatoire pour tous, mais on ne tint pas à se conformer à cette loi, bien plus, on y renonça pour l'Italie qui ne fut astreinte à fournir que la garnison de Rome. En dehors de l'Italie, l'enrôlement suffisait à combler chaque année les vides que la libération créait dans les différents corps 11 ; on faisait appel aux engagements volontaires, voluntarii, et aux recrues, inguisilio ^, On était revenu aux anciennes coutumes délaissées pendant un temps vers la fin de la république et nous bornerons à quelques indications plus utiles pour les esclaves se trouvaient de nouveau exclus de l'armée , les affranchis relégués dans le corps des vigiles et dans la flotte. L'extension croissante du droit de cité rendait désormais facile le recrutement des légions ; de plus, grâce aux fondations de colonies militaires, les fils des anciens soldats qui y résidaient étaient naturellement appelés à prendre un engagement volontaire. Après Dioclétien, le service militaire devint une charge héréditaire dans ces familles de vétérans !, Les commissaires impériaux chargés du recrutement portaient le titre de dilectatores et devaient être, en Italie, de rang sénatorial ; dans les provinces impériales, ils appartenaient à l'ordre équestre. La taille était fixée à 5 pieds, 10 pouces, soit 1 m. 725. La durée légale du service était de seize ans pour les prétoriens, de vingt ans pour les cohortes urbanæ et les légions, de vingt-cinq ans pour les troupes auxiliaires, Peut-être, à partir du règne d'Hadrien, les légionnaires auront-ils été astreints au service durant vingt-cinq années. Dans la flotte, la durée du service était de vingt-six ans jusqu'au règne d'Antonin le Pieux ; elle fut prolongée de deux années à partir de Caracalla. « Mais les légionnaires n'obtenaient d'ordinaire leur libération, surtout pendant la durée du règne du siècle, que longtemps après l'arrivée du terme légal. C'est ce que prouvent non seulement les plaintes des soldats mutinés sous Tibère ', mais encore de nombreuses inscriptions ; celles-ci nous font connaître un centurion qui a servi 43 ans , un evocatus qui a 46 ans de service « et des soldats qui ont respectivement servi pendant 23 7, 24 , 26 , 2010, 32241, 3315, 38 4, 40' ! ans ; la moyenne du service est de 25 années ^. La formule employée pour le congé accordé aux soldats des troupes auxiliaires était toujours celle-ci : qui quina et vicena plurave stipendia meruerunt !, Depuis l'âge de dix-sept ans, date de son entrée au service, jusqu'à sa quarante-deuxième année, le soldat ne pouvait se marier ©, S'il était marié avant son entrée au service, il pouvait conserver sa femme sans vivre avec elle #, ou bien il divorçait ', Ni le soldat, ni l'officier ne pouvait contracter mariage avant l'expiration de son temps de service fixé par la loi ; comme on ne prétendait pas le forcer à la continence, il trouvait des filles publiques installées dans le camp. Scipion compta deux mille prostituées dans le camp devant Numance et on a retrouvé un des lupanar de Lambèse ?, Jusqu'au règne de Septime-Sévére, les soldats ne pouvaient pas même avoir une concubine ? !' ; les hommes appartenant aux troupes étrangères ont pu, peut-être, se marier dans les garnisons ^ ; à partir du règne de Septime-Sévère, ils eurent le droit d'avoir une concubine et la plupart d'entre eux devenaient soldats ; on indiquait le camp, castra, comme le lieu de leur naissance , Au IVe, tout cela avait changé, tout soldat avait droit de contracter mariage %, une simple autorisation suffisait pour qu'il gardât sa femme et ses enfants auprès de lui, dans sa garnison *, + Ces règlements, qui imposaient au soldat la pratique de la continence et qui lui offraient comme compensation la fornication, ne semblent pas avoir attiré de façon particulière l'attention des Pères et des moralistes chargés de la conduite des fidèles.

Au camp de Lambèse, on rencontre des dédicaces impériales en grand nombre ; toutes les garnisons, les camps, les forteresses, les postes détachés rendent, les uns après les autres, de ces dédicaces qui témoignent de la célébration du culte d'Auguste. Outre les images des empereurs, on adorait encore l'aigle légionnaire et les signa que Tacite désigne par ces mots : Sequerentur romanas aves, propria legionum numina . À leur égard, le culte n'était pas moins respectueux, leur prestige égalait celui des images impériales : Religio Romanorum, dit Tertullien, lata castrensis signa veneratur, - signa jurat, signa omnibus diis præponit ; il l'emporte - même sur Jupiter : Castrensis religio signa adorat, — signa deferat, signa ipsi Jovi præfert . Les aigles sont sacrés, on leur élève des chapelles , on leur fait des offrandes : enfin, on élève des autels à la discipline, et il semble qu'on ait cherché, de préférence, le voisinage des autels élevés aux empereurs *.

Outre ces dieux que la légion, la cohorte ou l'aile emportait toujours avec elle, même en manœuvres, même à la guerre, il en existait d'autres qui étaient les dieux protecteurs de chaque camp permanent, les dieux du sol, les dieux de la légion. A Lambèse, séjour d'un camp légionnaire, on honorait 1° le génie de la legio III Augusta ', 2° le génie de Lambæsis ! !, 3° les — Dii campestres ', c'est-à-dire les divinités de la plaine sur laquelle était assis le camp. Enfin, ce qui revient au même, le génie du camp %. Ceci n'est pas spécial à un camp de cette importance ; partout où on établit une statio on peut constater sa répétition. Par exemple, à Ain-Zoui, une dédicace mentionne le genius exercitus et le genius stationis Vazaivitanæ '* ; ainsi, on en était revenu, quoi qu'on en eût, aux divinités sédentaires. Le camp romain, ou pour parler avec plus de rigueur, tout établissement militaire permanent offrait, en somme, les ressources qu'eut offert une cité quelconque. Grâce à l'attribution de toute parcelle du sol à un dieu, le soldat retrouvait dans ses quartiers la divinité qu'on ne pouvait déposséder. Aussitôt, ainsi qu'il avait vu faire en tous lieux avant son entrée au service, il lui rendait quel que honneur, mais surtout il lui imposait une compagnie de son choix. Comme cela se passait dans la cité, où la divinité topique se faisait accueillante. Pour les génies protecteurs des quartiers de la cité, la légion introduisait dans son petit panthéon les dieux de chacune des subdivisions de la légion et leur nombre pouvait être grand, chacun des édifices du : camp ayant ou pouvant avoir ses dieux protecteurs.

1118 On avait le choix, car il existait un génie de la centurie ', un génie du fabularium principis Ÿ, un génie de la schola beneficiariorum ' et bien d'autres encore ; assez chétifs personnages, assurément, et qui ne devaient pas attirer et retenir une nombreuse clientèle, car la plupart des hommes ont une préférence marquée pour les divinités illustres ; on voyait ainsi s'élever, dans les camps, des autels à Mars ' ? ou à Minerve ™.

Le culte, dans le camp, avait ses prêtres et ses dévôts, mais nous ne savons pas d'une façon exacte la condition faite aux prêtres des temples relevant de la dévotion privée. Peut-être avait-on recours à quelque prêtre établi dans le voisinage, ou bien suppléait-on soi-même à l'absence de l'aruspice ; ces questions nous importent assez peu. On peut supposer que ceux qui ne trouvaient pas pleine satisfaction aux besoins de leur âme dans les divinités officielles de l'armée se tournaient vers les temples des localités voisines et y portaient leurs offrandes. L'épigraphie de l'Afrique nous donne le témoignage non équivoque de l'attrait persistant qu'offraient les anciennes divinités romaines aussi bien aux chefs qu'aux soldats. Les armées des premiers siècles de notre ère étaient bien éloignées de l'indifférence affectée qui régna plus tard dans les camps ; la croyance allait jusqu'à une sorte de dévotion et celle-ci recherchait les occasions de se manifester au moyen d'inscriptions, d'ex-voto, de temples : heureuse circonstance qui nous permet de saisir ce qu'était le sentiment religieux dans les armées romaines. Ce sentiment devait être vif, à en juger par la diversité des divinités et par le nombre des dédicaces. La legio I Augusta, campée à Lambèse, peut nous offrir un exemple de ce qui se passait ailleurs. On y rencontre des dédicaces à Jupiter ?', à Neptune , à Minerve #, à Esculape, à Mercure ?, à Sylvain , à Junon ?', à Diane ?, Il est à remarquer que cette dévotion aux divinités du panthéon romain est surtout le fait des officiers, et dans une mesure très inférieure, des sous-officiers ; quant aux hommes de troupe, ils sont à peine représentés ?, les troupes auxiliaires ne le sont pas du tout, Ceci s'explique par le fait que le recrutement étant régional, la légion campée à Lambèse comprenait surtout des Africains qui demeuraient attachés à leurs divinités topiques, tandis que beaucoup parmi les officiers et les sous-officiers étaient venus du dehors. Ce qui manquait encore aux soldats pour exprimer leur dévotion, c'était l'argent ; s'ils en avaient un peu, ils se plaisaient à élever un ex-voto aux nymphes qui président aux sources bienfaisantes auxquelles le soldat se désaltère à la pause ou à l'étape !. A El-Mader, un détachement de légionnaires envoyé à la récolte du fourrage a associé leur nom à celui de Jupiter ?, Hercule avait ses dévôts en grand nombre ? ?, mais parfois on n'y regardait pas de si près, une inscription montre un dédicant qui s'adresse à une divinité mâle ou femelle : sipe deo sine dea ?, On voit encore la survivance de divinités indigènes, telles que Baal et Tanit de la religion punique devenues en latin Saturne et Cœlestis ?, et Melkart qui est l'Hercule phénicien , enfin les dii mauri grands et petits de la région berbère. « La série des dieux honorés par l'armée d'Afrique pourra s'augmenter de nouvelles découvertes, les éléments dont elle se compose resteront les mêmes. En réalité, et c'est la conclusion qui résulte tout naturellement de ces faits, il n'y a pas de culte spécial à l'armée d'Afrique non plus qu'à aucun corps d'armée. La dévotion aux dieux militaires est commune à tous et prescrite par les réglements mêmes, en dehors d'elle il n'y a que des manifestations privées, variables suivant la nature, l'origine ou la volonté des officiers et des soldats , » t Le soldat romain était, en général, dévot et même superstitieux. Les périls, auxquels sa carrière l'exposait, lui faisaient rechercher sans cesse la protection céleste, et un nombre incalculable de dédicaces porte témoignage à la fois de la vivacité de sa foi et de la variété de ses croyances, Les Orientaux surtout, transportés pour vingt ans et plus dans un pays où tout leur était étranger, conservaient pieusement le souvenir de leurs divinités nationales . » L'armée servait ainsi à la diffusion des cultes pratiqués par ses membres. Sous l'empire, il est vrai, les légions occupaient des camps permanents et, depuis Hadrien, le recrutement provincial semblerait avoir peu favorisé la propagande des croyances lointaines. Mais cette règle souffrait de nombreuses exceptions. Les populations d'Asie Mineure fournissaient une source de recrutement presque intarissable qu'on déversait en Dalmatie et en Mésie , parfois même en Afrique pour compenser l'insuffisance des levées régionales. Il faut encore tenir compte des détachements dans les forteresses ou dans des camps fort éloignés.

Le résultat était l'indifférence à peu près complète de l'État relativement aux croyances des soldats et la liberté presque absolue du prosélytisme parmi eux. Les fidèles de Mithra trouvaient partout la facilité de se réunir et de célébrer leurs mystères, les adorateurs de Sérapis ne bénéficiaient pas d'une moindre indulgence, à condition, pour tous, de la fidélité au serment militaire et au culte officiel obligatoire. Ceci était la principale difficulté aux yeux de l'Église, ennemie des faux dieux. Dès lors, un problème se posait : les chrétiens pouvaient-ils se laisser enrôler volontairement dans l'armée ? Les convertis devaient-ils quitter le service ?


VI. LE CHRISTIANISME DANS L'ARMÉE. -— Le peuple d'Israël eut à conquérir sa place parmi des populations combattives et l'histoire de son établissement et des vicissitudes qui en signalèrent la durée est une longue période de guerres. « Par la foi, dit l'épître aux Hébreux, ils ont conquis des royaumes, déployé leur vaillance à la guerre, mis en déroute les armées ennemies ?. » Vers le début de notre ère, il ne manquait pas de Juifs qui envisageaient le triomphe du Messie sous l'aspect d'une bataille acharnée d'où l'envoyé de Dieu sortirait vainqueur. Au contraire, le Christ laissait à ceux qui s'attachaient à lui cette maxime décisive : Heureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu . » Le christianisme a eu une doctrine de la moralité de la guerre qu'il faut essayer de dégager.

Quelques passages du Nouveau Testament introduisent des épisodes où nous entrevoyons la guerre, soldats sous mes ordres, et je dis à l'un : Va ! et il va ; l'autre : Viens ! et il vient. » Le Sauveur admira la foi de cet homme et déclara n'en avoir pas rencontré de semblable, même en Israël ' ?. C'est un officier romain qui s'attire cet éloge, et l'Évangile ne dit pas un mot pour blâmer ou réprouver sa profession, Les Actes des apôtres nous présentent aussi un centurion dans la cohorte italique nommé Corneille et en garnison à Césarée où il est prosélyte du judaïsme. Corneille se convertit au christianisme par les soins de saint Pierre et il ne renonce pas, en recevant le baptême, au métier militaire '' ; c'est donc que la profession des armes n'est pas interdite aux chrétiens.

Mais on invoque assez généralement, contre ce qui peut sembler une tolérance, une parole du Sauveur qu'on présente comme une réprobation. Lors de l'arrestation de Jésus, un de ceux qui l'accompagnaient leva son glaive, frappa un serviteur du grand prêtre et lui coupa l'oreille. Alors Jésus dit : « Remets ton glaive à sa place, car tous ceux qui prendront le glaive périront par le glaive ' ?*. » Et on lit dans l'Apocalypse : « Si quelqu'un mène en captivité, il sera mené en captivité ; si quelqu'un tue par le glaive, il faut qu'il soit tué par le glaive ; c'est ici la patience et la foi des saints 9. » Mais le disciple de Jésus ne rend pas le mal pour le mal. Si la défense légitime ne lui est pas interdite, l'offensive ne lui est pas permise.

« Que devient alors la légitimité de la guerre ? Ajoutez que, incontestablement, au regard de l'Évangile, la guerre est un fléau. On n'a pour s'en convaincre qu'à relire les textes relatifs à la prédiction de la ruine de Jérusalem et de la fin de tout dans les Synoptiques. Ne vous épouvantez pas encore, dit Jésus, quand vous entendrez parler « de guerres et de bruits de guerres ' ». Saint Luc écrit « guerres et séditions ' ». Le discours de Jésus poursuit : « Nation s'élèvera contre nation, « royaume contre royaume, il y aura de grands tremblements de terre, et en divers lieux des pestes, des « famines », et des choses terrifiantes dans le ciel et de grands prodiges. La guerre est une calamité comparable à la peste et à la famine. C'est une calamité par laquelle, comme par les autres, se manifeste le gouvernement divin : elle est une force malfaisante dont Dieu, dans sa justice, peut permettre le déchaînement. Jésus pleure sur Jérusalem en lui prédisant la guerre et le siège où elle périra : « Il viendra des jours, où tes ennemis t'investiront de tranchées, t'enfermeront, et « te serreront de toutes parts ; ils te détruiront entièrement, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas connu le temps où tu as été visitée !*, » Les ennemis de Jérusalem sont les exécuteurs des plus hautes œuvres de Dieu.

« Dans l'Apocalypse johannine, les êtres symboliques qui exécutent les décrets de Dieu se présentent au voyant sous des traits guerriers. C'est un cavalier, monté sur un cheval blanc, « il part en vainqueur pour « vaincre ? », L'autre cavalier, qui monte un chevalroux « a recu le pouvoir d'óter la paix de la terre », afin que les hommes s'égorgent les uns les autres, « et on lui « donne une grande épée ™ », Surgit de la mer une bête à sept têtes, symbole de la puissance romaine, et « il lui 1120. mais qui ne nous apprennent rien sur ce sujet ?. Dans. le récit de la guérison du serviteur du centurion, celuici dit à Jésus : « Dis un mot et mon serviteur sera guéri, car moi qui suis soumis à une autorité, j'ai des « est donné de faire la guerre aux saints et de les vainacre 2 ». Parait enfin le Verbe de Dieu, monté sur un cheval blanc, suivi des armées du ciel vétues de fin lin et chevauchant des chev aux blancs aussi : la bataille se livre entre les cavaliers du ciel et les rois de la terre — eoalisés pour leur faire la guerre, les rois sont vaincus, leur armée taillée en pié ces, et les oise aux se repaissent de leur chair . Mettons à part cette guerre faite aux saints par les rois de la terre, car ce n'est pas une guerre à proprement parler, c'est la révolution sanglante. Retenons seulement de ces visions apocalyptiques que la guerre, qui est un fléau, peut étre, en certains cas, un geste de Dieu, une vengeance que Dieu exerce dans sa justice : le guerrier est alors le soldat de Dieu 5. » Dès l'an 64, le christiani non sin ! met les fidè les hors la loi, en face de la persécution sanglante, mais l'Evangile leur a appris à la souffrir sans révolte ; ce qu'ils font. En s'interdisant de tirer le glaive, ils témoignent de leur volonté de soumission à l'autorité civile. Saint — Pierre en fait un devoir : « Soumettez-vous, dit-il, à toute institution humaine, à cause du Seigneur, soit au prince comme au souverain, soit aux gouverneurs comme envoyés par lui pour châtier les méchants et - jouer les gens de bien, car c'est la volonté de Dieu que, en faisant le bien, vous fermiez la bouche aux hommes insensés qui vous méconnaissent +, » « Craignez Dieu, honorez le prince . » Et l'Apótre ajoute à ces conseils : « Dans la mesure où vous avez part aux souffran ces du Christ, réjouissez-vous... Si vous étes outragés pour le nom du Christ, heureux étes-vous... Si quelqu'un de vous souffre comme chrétien, qu'il n'en ait point honte ; plutót qu'il glorifie Dieu pour ce nom méme . » Saint Paul s'exprime d'une facon encore plus forte et plus générale : « L'autorité est pour toi, dit-il, le serviteur de Dieu pour le bien... Ce n'est pas en vain qu'elle : porte le glaive, car elle est serviteur de Dieu... Il faut donc être soumis... Rendez donc à tous ce que vous devez : à qui l'impôt, l'impôt ; à qui le tribut, le tribut ; à qui la crainte, la crainte ; à qui le respect, le respect ?. » A la nation juive rongeant son frein, toujours prête à la révolte et à la violence s'oppose la secte chrétienne déterminée à la soumission et à l'obéissance, résolue à tout souffrir plutót que prendre les armes et de provoquer la guerre civile.. Saint Paul ne s'est pas interdit l'usage des métaphores empruntées à la vie militaire, ce qui permet de croire qu'il considére ce métier comme légitime et honorable. « Qui est-ce qui plante une vigne pour n'en pas manger le fruit ? ou fait paitre un troupeau sans se nourrir de son lait ? » Et de méme : « Qui a ja mais porté les armes à ses propres frais ? » Étre soldat est aussi licite, évidemment, que de recevoir sa solde. Paul prescrit aux Thessaloniciens de prendre « pour cuirasse la foi et l'amour, pour cas que l'espérance ? », I] reprend cette image en s'adressant aux Éphésiens 2, comme si cette image lui était familière et rendait au mieux sa pensée. Dans la premiére épitre aux Corinthiens, on lit : « Si la trompette donne un signal confus, qui se préparera à la guerre !! ? » Et voici une comparaison plus frappante encore : « Prends ta part, dit l'Apótre à Timothée, de la peine comme un bon soldat du Christ Jésus. Dans le métier des armes, nul ne s'embarrasse des affaires de la vie, s'il veut plaire à celui qui l'a enrólé. Et l'athléte n'obtient la couronne que s’il a lutté selon les règ les. Il faut que le laboureur traCes métaphores sont d'un usage courant parmi les premiéres générations chrétiennes. Saint Clément de Rome, s'adressant aux Corinthiens, leur dit : « Mes fréres servons avec scrupule sous les ordres irréprochab les de Dieu. Considérons les soldats qui servent sous nos chefs : quelle discipline ! quelle docilité ! quelle soumission à exécuter les commandements ! Tous ne sont pas préfets, ni tribuns, ni centurions, ni cinquanteniers, etc., mais, chacun à son rang exécute les commandements du prince et des chefs ?, » Saint Ignace d'Antioche, écrivant à son collègue de Smyrne, saint Polycarpe, dira de méme : « Efforcez-vous de plaire à celui que vous servez et de qui vous touchez la solde, qu'il n'y ait aucun déserteur, que votre baptéme vous soit une armure, votre foi un cas que !4, » Au sortir de cette période primitive, nous rencontrons saint Justin, l'apologiste dont les convictions se trouvent pleinement d'accord avec cel les des premières genérations chrétiennes, Justin est un sujet soumis, S'adressant à l'empereur Antonin le Pieux, il lui dit : « Nous acceptons tous les mêmes institutions, nous sommes devenus gens de même régime, nous prions pour nos empereurs, nous tâächons de persuader ceux qui nous haïssent injustement !, » Le prince ne trouvera ja mais de séditieux parmi les chrétiens : « Plus que tous les autres hommes, nous sommes pour vous des auxiliaires et des alliés, pour assurer la paix !. » Partout nous sommes les premiers à payer les impóts aux offi ces du fisc par vous établis '. Nous adorons Dieu, Dieu seul, mais « pour le reste, volontiers, notis vous obéissons, nous vous reconnaissons rois et chefs des hommes, et nous demandons à Dieu qu'on trouve en vous, avec la puissance impériale, la sagesse et la raison 18 », Les chrétiens ne demandent rien sinon que de vivre paisiblement et de pratiquer leur religion. Si on les persécute, ils ne se révoltent pas, si on les martyrise, ils ne se dérobent pas ; ils sont un peuple pacifi que ; ils reconnaissent et respectent l'autorité impériale et ses représentants.

Justin, comme tous les chrétiens qui vivent dans l'empire et y expriment leurs opinions, parle du service militaire avec estime. Il lui semble reconnaître la croix du Christ dans les vexilla et les trophées des légions, dans les enseignes ou signa « qui, partout, précédent votre autorité et votre puissance ? », Car « ce serait une plaisante chose que les soldats, par vous engagés et enrólés, sacrifient parents, patrie, foyer, pour vous tenir parole, alors que vous ne pouvez leur assurer une récompense incorruptible, et nous qui attendons l'immortalité, nous ne puissions pas tout supporter *^ ».


VII. L'ENSEIGNEMENT DE TERTULLIEN. — Les chrétiens étaient nombreux dans l’armée, « Nous remplissons vos camps », écrivait Tertullien à qui l'hyperbole ne coûtait guère : Vestra omnia implevimus... castra ipsa, et nos vobiscum mililamus ?', Si on ramène les exagérations à leur valeur, il reste avéré que les fidè les servaient dans les légions à la fin du ne siècle. Mais s'agissait-il de chrétiens entrés au service aprés avoir recu le baptême ou de soldats convertis et baptisés aprés leur incorporation ? Dans ces deux cas la question allait se poser de savoir si, en prati que, on pouvait être à la fois soldat et chrétien.

Dans l'Apologeticum, paru en 197, Tertullien, encore catholi que, exprime le sentiment catholi que et ne s'offense pas de voir les chrétiens dans l'armée. Quelques années plus tard, passé au montanisme, il expose dans

A. — XI — 36

airs End Ra M A ESO SR BEA a ei A » -SvcwYy4-c-- « — — Es ——— € amm. D dame on ne ei Pet ie Ms Por aig pim RT aa fa n ja - SEC au © d 1123 le De idololatria, en 211-212, un sentiment opposé. Cet écrit était à peine postérieur au De corona mililis (de 211) où l'apologiste devenu héréti que raconte un épisode qui semble avoir vivement frappé l'opinion. La persécution de Septime-Sévère avait donné à réfléchir et beaucoup de légionnaires devenus chrétiens avaient quitté l'armée plutôt que de trahir leur foi +. Vers le temps de la mort de cet empereur, et vraisemblablement à l'occasion de l'avénement de Caracalla et de Géta, on distribua aux troupes de la légion campée à Lambése (voir ce nom) un donalivum. Les soldats se présentaient par groupes, le front couronné de laurier, selon l'usage et le réglement. Tout à coup, un murmure s'élève à la vue d'un soldat qui s'avance tête nue, tenant sa couronne à la main. Des rangs s'élévent des rires et des mena ces. Au moment de défiler, le tribun interpelle le soldat : « Pour quoi cette tenue ? demande-t-il. — C'est qu'il ne m'est pas permis de faire comme les autres. — Pour quoi cela ? — Je suis chrétien. » Les officiers se rapprochent, se consultent et décident de traduire le coupable devant le tribunal des préfets. Mais le soldat, sans plus attendre, jette son manteau, sa couronne et ses armes, il remet son épée et se rend à la prison .

Aussitôt chacun prend parti pour ou contre, païens et chrétiens se trouvent aux prises, principalement dans la communauté de Carthage. Les uns jugent la conduite du soldat ostentatoire et provocatrice. Qu'y a-t-il a reprendre, demandent-ils, dans le port d'une couronne ? les autres y voient une manifestation d'un furieux qui veut se procurer une célébrité, fút-ce au prix de la mort ? Pour quoi ne pas imiter les autres chrétiens, ses camara des ? Pour quoi attirer sur eux comme sur lui des rigueurs intempestives et compromettre la paix si nécessaire ?

Ce langage ne manquait pas de sagesse, c'en fut assez pour déplaire à Tertullien, quile dénonca comme entaché d'une intolérable pusillanimité. Avec sa verve causti que, il railla ces prudents, ces sages raisonneurs qui avaient tant de goût pour la paix et tant d'aversion pour le martyre. « Je ne doute pas, écrit-il, que certaines gens ne déménagent déjà les Écritures, ne préparent leurs bagages, ne se disposent à fuir de ville en ville ; car c'est là le seul passage de l'Évangile qu'ils aient dans la mémoire. Je connais méme leurs pasteurs : lions dans la paix, cerfs au combat. » Pour lui, il approuve le soldat et il prend la plume pour justifier son geste. C'est le De corona.

Tertullien ne peut nier et n'entreprend pas de prouver que ni l'Écriture, ni la tradition ecclésiasti que, ni la nature ne défendent de se poser sur le front une couronne de laurier. Il est vrai que les paiens en ont fait grand usage et qu'ils apparaissent ainsi couronnés dans leurs cérémonies religieuses. Mais, ce faisant, ils n'ont pu profaner à ja mais toutes les fleurs et les arbustes de la création. Le port d'une couronne n'a, en soi, rien de criminel.

Mais il n'en est pas moins vrai que se parer le front d'une couronne de laurier, de se montrer en public, un jour de féte, devant les autels des dieux, donne à celui qui se préte à ce rite, l'apparence de s'associer à une cérémonie pañenne. I] n'y avait pas de fête, ni de donativum sans sacrifi ces. Et si les soldats se présentaient une couronne sur la tête, c'était en vertu du rite idolàtri que, pour honorer les dieux. Se conformer sur ce point au réglement militaire, n'était-ce pas, en réalité, du moins extérieurement, rendre hommage aux ido les ? Et, dans une de ces formu les qu'il frappe vigoureusement et qu'on n'oublie plus, Tertullien résume tout ce

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qu'il veut dire en ces mots : « le chrétien avait beau se taire, sa tête couronnée répondait pour lui » : etiamsi — | ta cet illic christianus ore, coronatus capite respondit *. Bref, le soldat de Lambése avait eu raison de jeter sa — couronne. Pour conclure, un chrétien ne peut s'enróler dans l'armée et un soldat doit la quitter à partir du jour où il reçoit le baptême.

C'est que, en temps de paix, la profession militaire se trouve à maintes reprises en contradiction avec la loi de Dieu. « Croyez-vous, demanda Tertullien, qu'on puisse ajouter un serment humain au serment divin ? se donner un autre maître après s'être donné au Christ ?... Est-il permis de vivre l'épée au côté, alors que le Seigneur déclare que celui qui se servira de l'épée périra par l'épée ? Et le fils de paix ira-t-il au combat, lui à qui est interdit même la dispute ? Et fera-t-il souffrir à autrui les liens, la prison, la torture, les supplices, lui qui ne venge même pas ses injures ? Puis montera-t-il la garde pour d'autres que pour le Christ, surtout le dimanche, jour où il ne peut le faire même pour le Christ ? Veillera-t-il devant ces temples auxquels il a renoncé ? Soupera-t-il dans ces lieux où l'Apôtre interdit de le faire ? Et ces démons qu'il aura mis en fuite pendant le jour par ses exorcismes, les défendra-t-il la nuit, s'appuyant et se reposant sur cette lance qui a percé le flanc du Christ ? Portera-t-il un étendard qui est l'ennemi du Christ ? Ayant reçu de Dieu une enseigne, va-t-il en demander une autre à César ? Se fera-t-il incinérer selon l'usage des camps, lui à qui la crémation est interdite ?... Et combien l'on pourrait citer d'autres actes coupables qui ne sont que l'accomplissement du devoir militaire ? » Ceci n'est pas seulement à l'adresse des fidèles disposés à contracter un engagement dans l'armée. Les soldats qui reçoivent le baptême doivent prendre pour eux l'avertissement. Pas plus que les civils il ne leur est permis de pactiser avec le démon. Surtout qu'on ne les entende pas dire que ces obligations leur sont imposées par leur profession. « L'état de foi n'admet pas ces obligations. Il n'y a pas obligation de pécher pour celui qui n'a d'autre obligation que de ne pas pécher. » Nulla est necessitas delinquendi, quibus una est necessitas non delinquendi . Les soldats n'ont donc le choix qu'entre deux partis à prendre : ou abandonner sans aucun délai le service militaire, comme plusieurs l'ont fait, ou s'ingénier, par tous les moyens, à ne commettre aucun acte idolâtrique, sauf à confesser leur foi et à souffrir le martyre si on voulait les contraindre à prendre part, de quelque façon que ce fût, au culte des idoles.

L'année suivante, Tertullien se reprochera cette concession qui semble autoriser les soldats qui se convertissent à conserver l'uniforme, à condition qu'ils sachent esquiver tout acte d'idolâtrie. Dans son traité intitulé De idololatria, l'ancien apologiste devenu hérétique adopte la position la plus intransigeante. « On se demande maintenant, écrit-il, si un fidèle peut être soumis au service militaire et si un soldat peut être admis à la foi, je dis même un soldat inférieur, un soldat à calige ?, qui n'est pas dans la nécessité de présider à des sacrifices ou à des condamnations capitales *. » — Non, répond Tertullien, non absolument, car on ne peut servir à la fois dans les camps de la lumière et dans les camps des ténèbres et vouer une même âme au Christ et au diable, à Dieu et à César. Sans doute on citera Moïse, Josué, toute l'histoire guerrière d'Israël, mais l'Évangile n’est pas là. Or, voici la doctrine de l'Évangile : Quomodo autem bellabit, immo quomodo etiam in pace militabit sine gladio quem Dominus abstulit ? Nam etsi adierant milites ad Joannem et formam observationis acceperant, si etiam centurio crediderat, omnem postea militem Dominus in Peiro exarmando discinæit. Nullus habitus licitus est apud nos illicito actui adscriptus.

Tertullien a bien la logique des hérétiques qui consiste à partir d'un texte, à l'ériger en axiome total et à sacrifier tout le reste. Comment voulez-vous qu'un chrétien fasse la guerre, plus encore, qu'il serve en temps de paix, sans porter un glaive ? Or, le Christ a interdit l'usage du glaive ! Ne nous parlez pas de Jean-Baptiste et de la règle qu'il a donnée à des soldats ; ne nous parlez pas du centurion de Capharnaüm qui s'est converti ; tout cela est antérieur à la loi posée par le Seigneur quand il a désarmé Pierre. En désarmant Pierre, le Seigneur a enlevé son ceinturon à quiconque est soldat. Aucun insigne (habitus) n'est licite pour nous, s'il est affecté à un acte illicite. L'argument de Tertullien dépasse de loin sa thèse, puis que l'argument interdit absolument aux chrétiens de tirer le glaive : la guerre leur est donc interdite : Licebit in gladio conpersari Domine pronuntiante gladio periturum qui gladio fuerit usus ? Et prælio operabitur filius pacis, cui nec litigare convenit * ? Pour la première fois depuis la prédication de l'Évangile, un écrivain chrétien se prononce sur la guerre, il la condamne au nom de l'Évangile.

Sur cet article, comme sur plusieurs autres de la morale, Tertullien est un ultra et en cela même un novateur. Les indices sont nombreux qui permettent d'entrevoir que, vers l'an 200, la morale catholique était plus indulgente que lui. Elle interdisait aux fidèles d'accepter des grades où ils auraient eu éventuellement l'obligation soit d'offrir des sacrifices, soit de prononcer des sentences capitales. Il ne semble pas qu'on puisse le conclure d'un texte souvent cité où Tatien (vers 170) écrit : « Je ne veux pas régner (BxotAsóstw), je dédaigne le commandement des armées » (Thy arpxvnyuxe xotx : ?). Mais Tertullien lui-même le donne à entendre, quand, un peu embarrassé par le souvenir du centurion Corneille baptisé par saint Pierre, il accorde qu'un soldat peut être catéchisé, à la condition que, le baptême reçu, il abandonne l'armée, il déserte à l'exemple d'un grand nombre : Deserendum slatiin... ut a mullis actum ?. Tertullien concède de mauvaise grâce au sentiment catholique que l'on peut demeurer dans les rangs de l'armée en devenant et demeurant chrétien ; beaucoup ont renoncé à l'armée, mais non pas tous. On a seulement demandé à ceux qui y restaient de ne point commettre d'actes que leur foi leur interdisait, comme de sacrifier, comme de prononcer une peine capitale. Or, pareils actes ne concernent que les grades élevés. Le catholicisme, par cette distinction, qui préserve le fidèle de l'idolâtrie en tolérant qu'il reste dans l'armée, se montre plus sociable et plus romain que Tertullien, et tranche implicitement la question de la légitimité de la guerre *.

Exceptons très nettement la guerre civile. On a remarqué avec raison que les chrétiens ne furent jamais mêlés aux séditions, remarque ancienne, puis que Terde la société qu'ils appartiennent, jamais les chrétiens n'ont conspiré . Des révoltés comme Cassius, Niger, Albinus, n'étaient pas chrétiens et n'avaient pas de chrétiens avec eux : Nunquam Albiniani, nec Nigriani, vel Cassiani inveniri poterunt christiani . Les chrétiens acceptent les empereurs que Dieu donne à l'empire, ils voient dans l'élévation du prince un jugement de Dieu. César est plus César pour eux que pour les Romains non chrétiens, puis que César a été fait César par Dieu : Noster est magis Cæsar ut a Deo nostro constitutus . Cette attitude, disons plus, cette abdication, implique la répudiation absolue de la sédition .

Est-ce à dire que, partout et toujours, les chrétiens surent et purent se tenir à l'écart de toute compromission, de tout entraînement ? Ce serait trop demander. Alexandrie, ville populeuse et turbulente fut, en 261-262, le théâtre d'une sédition * au sujet de laquelle l'évêque Denis nous avoue qu'il n'était plus maître de son troupeau, ses fidèles s'étant partagés entre les deux partis qui mettaient la ville en sang. Un siècle et demi plus tard, en 400, Rufin traduit ce passage et prend soin de taire que les chrétiens avaient pris part à cette guerre civile ™.


VIII. L'ENSEIGNEMENT D'ORIGÈNE. — « Le loyalisme romain des chrétiens va donc s'affirmant avec une constance parfaite, en tout ce qui ne blesse pas leur foi et leurs devoirs envers Dieu : ils se soumettent aux lois jusqu'au martyre, qui est une forme de cette soumission, et sûrement la plus sublime ; ils condamnent la guerre civile ; ils prennent part au service militaire, pour autant que ce service ne les astreint pas à des actes idolâtriques.

« Les critiques s'accordent à remarquer que le cas du martyr Maximilien, mis à mort à Carthage, en 295, pour avoir refusé le service militaire, auquel il était tenu à titre de fils de vétéran, est doublement exceptionnel : car le proconsul d'Afrique qui le condamne à mort lui inflige une peine que son refus de se laisser enrôler ne comportait pas, mais surtout parce que ce refus n'est pas un devoir à quoi Maximilien soit obligé par sa foi de chrétien. Maximilien n'a pas le droit de dire : Mihi non licet militare, quia christianus sum. Le proconsul le sait bien, qui lui représente qu'il trouvera dans l’armée des soldats qui sont chrétiens : Zn sacro comitatu dominorum nostrorum Diocletiani et Maximiani, Constantii el Maximi [ani Galerii |, milites christiani sunt el militant ! !, « En Égypte, au moment de la persécution de Déce, une lettre de l'évêque Denis parle de quatre soldats qui, se trouvant de garde auprès du préfet d'Égypte pendant qu'il juge un chrétien, chrétiens eux-mêmes, encouragent le martyr à tenir bon : ils sont arrêtés séance tenante, et condamnés à mort !, « À Césarée de Palestine, sous Macrin, Eusèbe raconte qu'un officier nommé Marinus, ayant brigué le grade de centurion, un de ses compétiteurs le dénonce comme « ne sacrifiant pas aux empereurs », Le juge demande à quelle doctrine Marinus appartient ; Marinus répond qu'il est chrétien. On lui donne trois heures de réflexion, après quoi, sur son refus de renoncer à sa foi, il est mis à mort . Il y a progrès dans la tolérance de l'empire n'essaya de les entraîner. On nous dénonce comme les ennemis des empereurs, hostes principum romanorum, écrit Tertullien ; pourtant, à quel que rang Tertullien, De corona, c. xi. — Tatien, O atio ad Grecos, c. XI. — Tertullien, De corona, c. xi. — * Voir md Re a mri Triad ns d Tennis 1127 ce progrès est plus sensible encore dans le cas d'un martyr de la persécution de Dioclétien, le centurion Marcellus, car Marcellus est centurion. La scène se passe à Tanger sous Maximien Hercule. Marcellus, invité à sacrifier, rejette son ceinturon, son cep de vigne, insigne de son grade, en disant : Jesu Christo regi æterno mililo... Si talis est conditio militantium, ul diis el imperatoribus sacra facere conpellantur, ecce proicio vilem et cingulum, renuntio signis, el militare recuso, C'est dire que Marcellus a pu s'élever au grade de centurion sans être inquiété dans sa foi.

« Gar, et le phénomène est très curieux, les mœurs chrétiennes se romanisaient de plus en plus, tandis que les moralistes chrétiens se maintenaient dans la rigueur des principes énoncés par Tertullien. Lactance se montre tout aussi intransigeant. Dans son traité De divinis institutionibus, il se prononce, vers 305-310, pour l'interdiction du service militaire : « Il n'est pas permis au juste, dit-il, de porter les armes, sa milice à lui c'est la justice ; il ne lui est même pas permis de porter contre quelqu'un une accusation capitale : il importe peu, en effet, qu'on tue par le fer ou par la parole, car c'est de tuer qui est défendu. Il n'y a pas la moindre exception à faire au précepte divin ; tuer un homme est toujours un acte criminel ». On retrouve la même considération sur le danger de répandre le sang dans un écrit du IVe, recueil disciplinaire qui parait avoir des attaches romaines, les Canons d'Hippolyte. Les règles qu'on y lit sont malheureusement un peu fragmentaires et restent, pour cette raison, un peu énigmatiques. On en déchiffre assez, cependant, pour voir que l’auteur ne conçoit pas qu'on puisse être à la fois chrétien et soldat. « Celui qui a pouvoir de tuer, par exemple un soldat, ne doit pas être admis dans l'Église. Ceux qui, étant soldats, ont reçu l'ordre de combattre (et qui l'ont fait)... [ici une lacune indiquant une incompatibilité avec la profession de christianisme]... bien qu'ils se soient abstenus de toute mauvaise action et n'aient pas mis de couronnes sur leurs têtes... Qu'un chrétien ne se fasse pas soldat de sa propre volonté, à moins qu'il n'y soit forcé par un chef (militaire). S'il porte le glaive, qu'il prenne garde de verser le sang et de devenir ainsi coupable d'un crime... Est-il avéré qu'il a versé le sang, il devra s'abstenir de la participation aux mystères, à moins qu'il ne soit purifié par une singulière conversion de mœurs avec larmes et gémissements ». Ces prescriptions témoignent d'un certain embarras chez celui qui les formule. Il est vraisemblable qu'il se trouvait en présence d'un état de choses assez compliqué, et que, tout en interdisant aux catholiques le service militaire, il avait à tenir compte du passé d'un certain nombre de soldats chrétiens. Origène aborde la question qui nous occupe à plusieurs reprises dans le Contra Celsum, c'est-à-dire dans une discussion avec un païen, avec un philosophe très romain, adversaire déclaré du christianisme. Il l'aborde de biais. — D'où sortez-vous, a dit Celse, et qui donc vous a donné des lois et une patrie ? — Nous venons et nous nous réclamons de Jésus, répond Origène, de Jésus qui nous a ordonné de changer les glaives en socs de charrues, et les lances en faux. Donc nous ne tirons plus le glaive contre aucune nation, nous n'apprenons plus à faire la guerre, devenus que nous sommes, grâce à Jésus, des fils de la paix ». Ailleurs, Celse reproche au christianisme la contradiction où il est avec le judaïsme. L'Ancien Testament est un livre de guerres et exalte le talion : l'Évangile veut qu'on tende la joue gauche à qui vous frappe sur la joue droite. Origène répond à cela que la loi juive n'a pas été faite pour les nations appelées à la foi et sujettes aux Romains. Massacrer les ennemis, brûler ou lapider les violateurs de la loi condamnés par un juste jugement, les chrétiens ne sauraient le faire, quoi qu'ait prescrit Moïse. En abolissant l'autonomie de la nation juive, Dieu a témoigné qu'il abolissait la législation qui lui était propre, comme en favorisant de si providentielle manière l'établissement du christianisme dans le monde, en dépit de tant d'obstacles soulevés par les empereurs, les chefs des nations et les peuples des cités, il a montré que l'Évangile était fait pour l'humanité ! Mais s'il en est ainsi, à quoi sont bons les chrétiens dans l'empire ? Celse les exhorte à aider l'empereur de toutes leurs forces, à collaborer avec lui dans les choses justes, à combattre pour lui, à servir dans son armée, s'il le réclame, à commander ses troupes. Ces mots sont de Celse, et on en sent le poids. Le reproche est grave, il est ancien, si tant est que la contemptissima inertia que Suétone reproche à Flavius Clemens doive s'entendre du christianisme. Origène y répond que les chrétiens servent l'empire par leurs prières et par leurs vertus. Celui-là qui est religieux aide le prince plus efficacement que les soldats marchant en ordre de bataille et exterminant autant d'ennemis qu'ils peuvent. Vous nous demandez de servir pour le bien public et de tuer des hommes, mais vous savez bien que les prêtres de vos idoles et les néocores de vos dieux gardent leurs mains pures de sang pour pouvoir offrir les sacrifices, et que, si une guerre éclate, jamais vous ne les enrôlez. Combien plus les chrétiens doivent-ils garder leurs mains pures de sang, eux qui prient, eux qui combattent par leurs prières auprès de Dieu pour ceux qui font la guerre justement, pour ceux qui gouvernent justement. Nous avons relevé chez Clément d'Alexandrie cette même préoccupation de la justice.

Dans ce développement un peu oratoire d'Origène, il y a une affirmation catégorique : les chrétiens ne se battent pas, les chrétiens ne vont pas à la guerre, les chrétiens ne versent pas le sang, ils ne peuvent que prier pour l'intérêt général ! Il y a aussi une indication : il arrive à un prince légitime et juste d'entreprendre une guerre juste, et les chrétiens prient alors pour le succès de ses armes. Qu'est-ce qu'une guerre juste ? Origène n'a pas traité cet article. Il parle dans ce même Contra Celsum de citoyens qui, en secret, se lient pour exterminer un tyran qui travaillerait à mettre la main sur la cité et ainsi font les chrétiens en présence du diable. On tirera difficilement une théorie de cette comparaison d'occasion. Mieux vaut s'arrêter au passage du Contra Celsum où Origène parle des abeilles et de l'exemple qu'elles donnent aux hommes pour la défense des cités par leur ardeur ordonnée à défendre leurs ruches. « Les guerres des abeilles, dit Origène, renferment une leçon qui s'applique aux guerres justes et régulières, quand il faut qu'il s'en ouvre de telles parmi les hommes ». Il donne d'un mot la définition de la guerre juste : c'est la guerre pour la patrie. Mais n'oublions pas que, dans la doctrine d'Origène, le chrétien, dans une guerre juste, ne prend pas les armes : il prie et c'est assez.

Le catholicisme, c'est-à-dire nationalisé dans un empire en qui il ne peut pas avoir foi, et cet empire est une monarchie militaire dont le prince est un imperator qui va devenir chrétien : le catholicisme tolère le service militaire, pourvu que la foi soit sauve. L'esprit de l'Évangile, d'autre part, n'est pas plus romain que juif, il est inconditionné en regard des nécessités politiques contingentes : le rigorisme des moralistes, comme Origène, comme Tertullien, est une logique à laquelle le temps va donner tort. Il conviendra alors de distinguer le réel du souhaitable et, sans maudire l'un, aspirer à l'autre. Le pacifisme est dans la catégorie du souhaitable. Une belle page d'Arnobe, qui écrit vers 305, en Afrique, en donne le sentiment dans une esquisse ingénue de la paix universelle, réminiscence de la poésie des glaives changés en socs de charrue.

« On pourrait prouver, dit-il, que, depuis le Christ, les fureurs de la guerre ont diminué dans le monde. Le nombre est si grand des hommes qui ont accepté les enseignements du Christ, à savoir que l'on ne rend pas le mal pour le mal, et qu'il est plus beau de souffrir une injustice que de la commettre, de sacrifier son propre sang que de verser celui du prochain, que l'humanité ingrate a tout de même adouci sa férocité, et que ses mains ont commencé à avoir horreur du sang. Si tous les hommes voulaient prêter l'oreille aux commandements salutaires et pacifiques du Christ, l'univers, pliant le fer à des usages plus doux, vivrait dans une molle tranquillité, dans une concorde salutaire, où l'uniraient des contrats inviolables d'alliances : Universus jamdudum orbis miliora in opera conversis usibus ferri, tranquillitate in mollissima degeret, et in concordiam salutarem incorruptis fœderum sanctionibus convenirent ». Il n'est pas contestable que pendant toute la durée du IVe, les écrits de plusieurs docteurs et certaines manifestations, par exemple la démission de saint Tarque, témoignent de l'existence d'un état d'esprit « antimilitariste ». Mais est-ce là le dernier mot de la doctrine chrétienne ? On a eu raison de dire qu'il est permis de penser que ces écrits et ces faits n'ont pas la portée générale que, tout d'abord, on serait tenté de leur attribuer. S'ils semblent former une tradition, il est aisé de leur opposer une tradition contraire, qui, pour avoir fait moins de bruit, n'en prévalut pas moins dans l'Église.

Avant même que l'antimilitarisme se fit jour dans les esprits, plusieurs docteurs avaient parlé de l'armée romaine avec éloge. Un des premiers évêques de Rome propose comme modèle aux chrétiens de Corinthe la discipline qui règne dans les légions : « nos » soldats, « nos » généraux, dit-il avec une sorte d'emphase. Évidemment, celui qui tenait un pareil langage n'avait pas sur le service militaire les mêmes idées que Tertullien et ne considérait pas l'armée uniquement comme le camp du diable, castra diaboli.

Un siècle plus tard, Clément d'Alexandrie suppose que le christianisme peut se recruter dans tous les rangs de la société, notamment parmi les légions, et ne songe nullement à détourner les soldats de leur carrière. « Tu es paysan, écrit-il, eh bien ! cultive la terre, mais, pendant que tu la cultives, confesse Dieu. Tu as le goût de la navigation, navigue, mais invoque le céleste pilote. La foi chrétienne t'a saisi sous les armes guerrières, écoute le capitaine dont le mot de ralliement est la justice ! » Ainsi le soldat chrétien n'a pas plus à abandonner son poste que ne le doit faire le laboureur ou le marin. Aux yeux de Clément, tous les états sont bons ou peuvent l'être, l'état militaire comme les autres.

X. LES LÉGIONS FULMINATA ET THEHEENSIS. — À un siècle environ de distance, nous rencontrons deux

1131 épisodes qui montrent que les chrétiens sont nombreux dans l'armée, c'est ce qu'on a nommé le miracle de la légion fulminante et le massacre de la légion thébéenne. Ces deux sujets ont été exposés dans le Dictionnaire (t. v, col. 2692-2703 et t. x, col. 2699-2729) avec assez de développement pour nous permettre de n'y faire ici qu'une brève allusion. Sous Marc-Aurèle, pendant une campagne contre les Quades, l'empereur vit son armée épuisée de fatigues, prête à périr de soif et d'inanition lors que, pendant un combat, un orage éclata et une pluie abondante rendit aux Romains la fraîcheur et l'ardeur qui leur valurent la victoire. Les circonstances étaient si critiques, l'intervention si opportune qu'on y vit l'action de la divinité, on parla de miracle et comme on comptait beaucoup de chrétiens dans les rangs de la XIIe légion, la Fulminata Melitensis, on dit que cette pluie bienfaisante avait été obtenue par leurs prières. Tertullien va jusqu'à écrire que Marc-Aurèle signala le fait au Sénat. Nous ne revenons pas ici sur ce fait, mais nous constatons que le nombre des soldats chrétiens dans une légion pouvait être assez élevé pour que l'opinion en fût saisie et qu'elle leur attribuât une intervention favorable à l'empire. Au fait, il n'y aurait rien de surprenant que la XIIe légion, qui avait son cantonnement à Mélitène, se recrutât dans une région, dont la population, en grande partie chrétienne, contribuait à donner à ce corps une réputation de christianisme. Personne, d'ailleurs, ne s'en étonne ni ne s'en émeut ; les apologistes ne virent dans cette pluie providentielle qu'un titre de gloire pour l'Église et Tertullien lui-même, loin d'y trouver à reprendre, constate que les chrétiens remplissent les camps, vobiscum militamus !.

L'autre épisode, qui concerne la légion thébéenne, a eu ce malheur d'être la proie de la légende qui l'a si bien déformé qu'elle l'a rendu, en apparence, inacceptable ; mais en apparence seulement. Une fois allégé des circonstances imaginaires et ramené à des proportions historiques, le massacre d'Agaune n'est plus tout à fait cette hécatombe qu'on raconte, mais une exécution hideuse de soldats chrétiens dont il semble que le nombre puisse être porté à une cohorte environ ?. Ici encore nous nous contentons de retenir le fait de la présence de fidèles dans les rangs de l'armée, en assez grand nombre pour que la soi-disant répugnance au service militaire reçoive un sérieux démenti.


XI. LE MARTYRE DU SOLDAT BASILIDE. — Dès les premières années du IIIe, une dizaine d'années environ avant l'incident de la couronne au camp de Lambèse, nous voyons à Alexandrie, en 202-203, se produire un incident qui montre qu'à cette date des militaires se faisaient un cas de conscience de prêter certains serments. Voici le récit d'Eusèbe ? :

« Basilide est placé au septième rang (parmi les disciples d'Origène qui obtinrent la gloire du martyre). Il conduisait au martyre la célébre Potamienne, que des chants nombreux célébrent encore aujourd'hui chez ses compatriotes, Après avoir soutenu mille combats contre ceux qui en voulaient à la pureté de son corps et à la virginité qui était sa gloire (car en vérité sans parler de l'âme, l'épanouissement de la beauté physique était en elle comme une fleur dans son éclat), après avoir supporté mille tourments, à la fin, après avoir enduré des tortures terribles dont le récit donne le frisson, elle subit, avec sa mère, Marcella, le supplice du feu. obtenu sa requête, et qu'il la recevrait sous peu. Sur « “soldats qui suivaient anxieusement les interrogatoires.

1132 :

« On raconte que le juge (il s'appelait Aquila), après avoir accumulé sur tous ses membres de terribles blessures, la menaça enfin de la livrer aux gladiateurs pour flétrir son corps. Elle réfléchit un court instant en elle-même ; on lui demanda à quoi elle pensait, elle fit une réponse telle qu'elle parut avoir dit une chose tenue par eux pour impie. Elle parlait encore qu'elle reçut le texte de la sentence, et Basilide, un des soldats qui avait la fonction de la conduire, la prit et l'emmena à la mort. La foule s'efforçait de la molester et de l'insulter avec des paroles inconvenantes, Basilide écartait et tenait en respect les insulteurs et témoignait à la condamnée une très grande pitié et humanité. Celle-ci accueillit les témoignages de sympathie dont elle était l'objet et exhorta le soldat à être résolu ; elle pria pour lui après son départ auprès de son Seigneur et, sous peu, elle lui payera le retour de tout ce qu'il a fait pour elle. Après avoir dit cela, elle souffrit généreusement le trépas ; on lui versa de la poix bouillante” sur toutes les parties du corps, depuis la pointe des pieds jusqu'à la tête, doucement et peu à peu. S « Basilide n'attendit pas longtemps : pour un motif, quelconque, il lui fut demandé un serment par ses compagnons d'armes ; il déclara nettement qu'il lui était absolument impossible de le prêter parce qu'il était chrétien et qu'il le confessait ouvertement. On pensa tout d'abord qu'il plaisantait, mais comme il persistait avec obstination, on le conduisit vers le juge et celui-ci le fit mettre en prison. Les frères en Dieu vinrent près de lui et lui demandèrent la cause de cette ardeur subite et extraordinaire. On raconte qu'il dit que Potamienne, trois jours après son martyre, lui aurait apparu la nuit et lui aurait dit qu'elle avait imploré sa grâce auprès du Seigneur et qu'elle avait 7| ce, les frères lui donnèrent le sceau du Seigneur, et le jour suivant, après s'être distingué dans le glorieux martyre du Seigneur, il eut la tête tranchée. »


XII. EXEMPLES PARTICULIERS. — La persécution de Dèce qui prétendait atteindre tous les chrétiens avoués ou cachés dans l'empire fit connaître des soldats chrétiens, mais pas autant qu'on pourrait s'y attendre. Il est vrai que les questions de statistique ancienne sont presque toujours déconcertantes. Pour l'Égypte seulement, il a dû exister des milliers de libelli (voir ce mot), or, on n'en possède que quelques douzaines ; dans le reste de l'empire, nous savons que les apostasies furent nombreuses, mais sans doute pas au point que tous les officiers et soldats aient abandonné leur foi ; or, parmi les martyrs de cette persécution, nous ne connaissons pas de militaires. Il est vrai que saint Denis d'Alexandrie et saint Épiphane nous donnent à entendre que les édits de Dèce et de Valérien dévastèrent les rangs de l'armée et ceux du clergé ; et encore saint Cyprien * cite une famille de martyrs, dont deux étaient soldats. Mais il y eut ceux dont le sacrifice fut anonyme. À Alexandrie, tandis que les fidèles comparaissaient devant un tribunal, le service d'ordre était confié à des

| | Voyant un chrétien soumis à la torture, prêt à faiblir et à renier sa foi, ils se mirent par signes et par gestes à l'encourager ; on les observait, on les signala au juge qui les interrogea ; tous s'avouèrent chrétiens et moururent dans les supplices *. Cette scène est très instructive. On n'avait pas choisi à dessein un détachement de chrétiens pour le service d'ordre, ces hommes avaient été pris au hasard, tous étaient chrétiens, on Medina 1133 en peut conclure que ceux-ci devaient être nombreux dans la IIe Trajana fortis.

Il se peut qu'entre camarades on se fit un point d'honneur de ne pas dénoncer ceux qu'on savait en péril de mort du fait de leur croyance, mais ce serait peut-être beaucoup accorder à l'esprit de confraternité. Un danger subsistait : la vengeance, l'avidité d'un rival. C'est ce qui arriva à un officier de l'escorte du gouverneur de Palestine, sous le règne de Gallien, vers 260, c'est-à-dire après l'édit de ce prince qui déclarait les chrétiens incapables d'exercer aucune fonction civile ou militaire. ;

Marin, c'était le nom de l'officier, était estimé de ses chefs. Une place de centurion vint à vaquer et, comme il était le premier inscrit sur le tableau d'avancement, cette place lui était destinée, Celui qui venait immédiatement après lui, dans l'espoir d'être nommé, alla dénoncer Marin au gouverneur, en faisant valoir qu'il avait lui-même toutes les qualités requises pour être promu au grade dont Marin était déchu à cause de sa religion. Le gouverneur fit venir Marin, l'interrogea et, désireux de le sauver, lui accorda trois heures de réflexion. En le quittant, Marin rencontre l'évêque de Césarée, Théotecne, à qui il raconte ce qui vient d'arriver. Théotecne le conduit droit à l'église et là, au pied de l'autel, il découvre un peu sa casaque, puis, lui montrant d'une main le livre des évangiles et mettant l'autre sur la garde de son épée. « Il faut choisir », lui dit-il. « C'est fait », répond Marin, étendant le bras vers le livre. « Bien, dit Théotecne, va en paix. » Les trois 1134 commença pas la guerre contre nous tout d'un coup, mais il s'essaya seulement tout d'abord contre ceux qui étaient aux armées ; on put voir alors un très grand nombre de militaires embrasser très volontiers la vie privée * ». Il y eut des exécutions dans les états de Galère en Orient, pendant les années 297 et 298, dans les états de Maximien Hercule, en Italie et en Afrique, entre 205 et 298 ou 299.

En Afrique, le premier épisode se place le 12 mars 295, mais le procès n'est pas un acte de persécution, le condamné n'est pas puni à cause de son culte, on n'exige de lui ni abjuration, ni sacrifice idolâtrique, on lui demande seulement d'être bon soldat comme ses coreligionnaires. En apparence, ce n'est pas un chrétien, c'est un insoumis qu'on condamne. Mais cette condamnation à mort dépasse la mesure. La loi ne mettait pas cette peine à la disposition du juge. « Ceux qui se refusaient au recrutement, dit un jurisconsulte du commencement du IIIe, étaient punis autrefois de la servitude, comme traîtres à la liberté ; mais, les conditions du service militaire ayant été changées, on ne prononce plus la peine capitale, parce que les cadres des légions sont le plus souvent remplis par des volontaires ». Le proconsul qui condamna le conscrit insoumis parait avoir cédé à un sentiment de haine religieuse. « On doit être indulgent pour le conscrit encore ignorant de la discipline », recommande le jurisconsulte déjà cité . Au lieu d'indulgence, le proconsul d'Afrique montra une rigueur impitoyable qu'il n'eût sans doute pas déployée si le conscrit insoumis avait invoqué, à l'appui de ses répugnances pour la profession militaire, une autre excuse que le titre de chrétien.

Au IIe, la loi imposait aux fils des vétérans, en compensation des privilèges accordés à ceux-ci, l'obligation de servir dans l'armée romaine. Ceci explique ce que nous allons lire.

« Sous le consulat de Tuscus et Anulinus, le 12 mars, [à Tebessa ], Fabius Victor fut introduit devant le tribunal avec Maximilien. L'avocat du fisc, Pompeianus, prit la parole et dit : Fabius Victor est présent avec le commissaire de César, Valerianus Quintianus ; je requiers que Maximilien, fils de Victor, conscrit bon pour le service, soit examiné et mesuré.

Le proconsul Dion dit au conscrit : « Comment t'appelles-tu * ? » Maximilien : « À quoi bon ? Je ne puis être soldat, je suis chrétien. » Le proconsul Dion : « Passez-le à la toise. » Maximilien : « Soit (il se place sous la toise). Je ne puis servir, je ne puis faire le mal °, je suis chrétien. » Le proconsul : « Mais toisez-le donc. » L'appariteur : « Il a cinq pieds, six pouces. » Le proconsul : « Qu'on le marque ™. » Maximilien, se débattant : « Ja mais, je ne puis être soldat. » Le proconsul : « Il faut être soldat ou mourir. » Maximilien : « Je ne serai pas soldat. Coupe-moi la tête si tu veux. Je ne puis être soldat pour Le, je suis soldat pour mon Dieu. » Le proconsul : « Qui t'a mis ces idées-là en tête ? » Maximilien : « Ma conscience et celui qui m'a choisi. » Le proconsul à Fabius Victor : « Conseille ton fils. » Victor : « Mon fils sait ce qu'il veut, il ne changera pas. » 1135. Le proconsul à Maximilien : « Sois soldat et reçois la bulle. » |. Maximilien : « Rien. Je porte déjà la marque du Christ mon Dieu. » Le proconsul : « Je vais t'y envoyer tout de suite à ton Christ. » Maximilien : « Je le voudrais bien ; fais vite, là est ma gloire. » Le proconsul, à l'appariteur : « Mets-lui la bulle. » Maximilien se débattant : « Je ne recois point la marque du siècle, si on me la donne je la briserai, cela ne compte pas. Je suis chrétien, il ne m'est pas permis de porter au cou la bulle de plomb, moi qui porte déjà le signe du salut du Christ, Fils du Dieu vivant, que tu ignores, du Christ qui a souffert pour notre salut et que Dieu a livré à la mort pour nos péchés. C'est lui que nous tous chrétiens, nous servons, c'est lui que nous suivons, car il est le prince de la vie, l'auteur du salut. » Le proconsul : « Sois soldat, prends la bulle, plutót que de mourir misérablement. » Maximilien : « Moi, je ne meurs pas, mon nom est déjà prés de Dieu. Je refuse de servir. » Le proconsul : « Pense à ta jeunesse, sois soldat, les armes conviennent bien à ton âge. » Maximilien : « Ma milice est celle de Dieu, je ne puis combattre pour Le. Je ne cesse de le redire, je suis chrétien. » Le proconsul : « Dans la garde de nos maîtres Dioclétien et Maximien, Constance et Galère, servent des soldats chrétiens. » Maximilien : « C'est leur affaire. Moi je suis chrétien, et je ne sers pas. » Le proconsul : « Mais les soldats, quel mal font-ils ? » Maximilien : « Tu le sais de reste. » Le proconsul : « Prends du service, sinon je punirai de mort ton mépris pour le métier. » Maximilien : « Je ne mourrai pas ; si je sors du monde mon âme vivra avec le Christ, mon Seigneur. » Le proconsul, à l'appariteur : « Biffez son nom » ; à Maximilien : « Ton impiété t'a fait refuser le service, tu seras puni en conséquence ; cela servira d'exemple aux autres » ; il lit : « Maximilien a refusé par impiété le serment militaire, il sera décapité. » Maximilien : « Grâces à Dieu. » Pendant le trajet, Maximilien disait aux fidèles : « Frères chéris, de toutes vos forces, de tous vos désirs, hâtez-vous afin d'obtenir la vue de Dieu et de mériter une couronne semblable à la mienne. » Il était radieux et dit à son père : « Donne au licteur mon vêtement neuf, celui que tu m'avais préparé pour être soldat. Les fruits de cette bonne œuvre se multiplieront au centuple. Puissé-je te recevoir au ciel et glorifier Dieu avec toi. » Presque aussitôt la tête tomba. Il était âgé de 21 ans 3 mois et 18 jours.

Les Acta Maximiliani furent publiés à Oxford, pour la première fois en 1680 ; Mabillon les donna de nouveau dans ses Analecta, d'où ils passèrent dans les Acta sincera de dom Ruinart. On a dit justement que ce texte « compte parmi les plus précieux et les plus authentiques de la littérature martyrologique. Il est tiré évidemment des archives proconsulaires de Carthage ; et, sauf de très légères altérations dans les premières lignes, il s'est conservé intact, sans additions ni lacunes. Aussi, toute la scène est-elle d'une vérité frappante. Le proconsul Dion n'a rien du bourreau légendaire. Il est venu simplement présider un conseil de révision ; et, devant la révolte d'un conscrit, il s'étonne tout comme s'étonnerait de nos jours le président d'un conseil du même genre. Il croit d'abord à un caprice, à une forfanterie de jeune homme, et il prie le père d'intervenir. Puis il engage le conscrit à réfléchir aux conséquences. Il lui oppose même un argument sans réplique : « Dans l'entourage sacré de nos seigneurs Dioclétien et Maximien, Constance et Galère, il y a des soldats chrétiens et ils servent. » Maximilien ne peut le nier. « Ils savent, dit-il, ce qu'ils ont à faire. Moi, je suis chrétien, et je ne puis faire le mal. » — « Ceux qui servent, quel mal font-ils ? » — « Tu sais ce qu'ils font. » Assurément, ce n'est pas le conscrit qui a raison et son évêque même lui aurait donné tort, L'attitude du conscrit n'en paraît pas moins très logique, si l'on accepte sa conception étroite du devoir chrétien. Sincèrement, il croit le service militaire incompatible avec sa foi. Il constate le fait, sans se fâcher ni injurier personne, sans crier à la persécution. Les réponses sont d'une simplicité admirable ; elles se résument toutes en deux mots : « Je suis chrétien, donc je ne puis être soldat. » Il sait ce qui l'attend — ou du moins il peut s'en douter — et ne témoigne de sa condamnation ni colère ni surprise.

« La figure du père est fort touchante. Il hésite entre son devoir de vieux soldat et son respect pour l'héroïque décision du conscrit. Conformément à la loi, il a amené lui-même son fils au bureau de recrutement ; il lui a même fait préparer pour le service un habit neuf. Mais il ne va pas plus loin ; il laisse le jeune chrétien régler sa conduite. Comme le proconsul l'engage à intervenir, Victor répond simplement : « Il sait bien ce qu'il a à faire. » Victor écoute sans rien dire tout l'interrogatoire et la sentence. Il accompagne son fils — jusqu'au bout ; puis il « revient dans sa maison avec une grande joie, rendant grâces à Dieu pour le présent qu'il lui envoie, prêt lui-même à suivre bientôt son fils. » Des derniers mots des Acta Maximiliani, il semble bien résulter que Fabius Victor a été martyrisé lui aussi, sans doute pendant la persécution de Dioclétien, mais nous ne savons rien de plus sur lui. On a proposé de l'identifier avec le Fabius Vexillifer de Cæsarea !.

On a dit que, le 12 mars 395, un prepositus Cæsariensis nommé Valerius Quinticnus présenta au proconsul Dion Cassius, à Théveste, un jeune chrétien, Maximilien, conduit par son père, le femonarius Fabius Victor, chrétien également. Passé à la toise il est bon pour le service, auquel il se destinait ayant apporté de Césarée un vêtement neuf. Mais un scrupule lui vint au moment décisif, on en a vu les conséquences, et, en se rendant au lieu du supplice, Maximilien dit à son père : sic cum centenario numero te suscipiam el simul cum Domino gloriemur. Fabius rentra à Césarée heureux d'avoir donné son fils à Dieu, ipse postmodum secuturus. Or, on a publié en 1890 une passion de saint Fabius écrite à une date rapprochée de l'événement. On y voit que le vexillifer Fabius fut décapité in civitate Cæsarea, le 31 juillet 299 ou 304. De simple temonarius, en 295, Fabius était devenu vexillifer en 299 ou 304, dans la præpositura de Césarée de Maurétanie.

L'identification entre les deux Fabius soulève plusieurs objections.

1137 proconsul de Carthage et l'avocat Pompeianus dans un conseil de révision à Théveste ? En outre, le préambule des Acta est seul à donner au père les noms de Fabius Victor ou Fabianus Victor ; dans le reste des Acta il n'est plus que Victor. On a quelque raison de croire qu'il fut martyr : ipse postmodum seculurus, mais sur quelle base l'identifier, les Victor sont nombreux en Afrique et le vexillifer de Césarée n'est jamais appelé que Fabius.

Rien n'autorise à croire que le père de Maximilien fût de Césarée. Les Acta disent qu'il se présenta cum _Valesiano Quintiano praeposito Cæsariensi, probablement un præpositus impérial et non un ethnique. Il faudrait d'ailleurs un texte bien décisif pour faire admettre qu'un conscrit ait été amené de Césarée de Maurétanie à Théveste, dans une autre province, pour y être jugé.

L'état civil des deux personnages ne concorde pas. Victor de Théveste est un lemonarius, chargé sans doute de percevoir la taxe due par les possessores pour l'exemption des prestations militaires ; c'était peut-être un ancien soldat, quoi que le texte ne le dise pas clairement ; et, en 295, il avait un grand fils de plus de 21 ans. Quatre ans ou neuf ans plus tard, en 299 ou en 304, le Fabius de Césarée, vexillifer, officier d'un certain rang, nous est présenté comme un jeune homme de haute naissance et d'une grande fortune : Juvenis generosæ stirpis bealiori lare progenitus. Et le chroniqueur insiste que son héros était un jeune homme dans la fleur de l’âge, que son grade et son mérite désignent pour le rôle à jouer dans une procession solennelle de l'assemblée provinciale : Hunc florentissimum juvenem virtutibus polius quam ætate pollentem, ad circumpferendum vexillum gestamin [e] signorum gradus militiæ præsidalis obsiderat. On ne parle pas ainsi d'un homme qui aurait eu, quatre ou neuf ans plus tôt, un fils de 21 ans et aucune allusion n'est faite à ce fils. Tout cela ne justifie guère l'identification proposée.


XIV. LE MARTYRE DU CENTURION MARCEL. — Il

1138 n'était plus question de permettre aux chrétiens d'esquiver les obligations idolâtriques que ramenaient les jours de fête et les cérémonies religieuses célébrées dans les camps. Hercule et Galère avaient mis fin à ce régime de tolérance qu'on avait eu l'illusion de croire durable. Officiers et soldats ne pouvaient plus se dérober aux sacrifices ; ce fut l'occasion du martyre du centurion Marcel, à Tanger (Tingi), le 30 octobre 298. Voici ses actes :

« Dans la ville de Tanger, dont Fortunatus était gouverneur, on célébrait l'anniversaire de la naissance de Maximien Hercule. Tous étaient réunis aux sacrifices qui accompagnaient les banquets. Marcel, un des centurions de la légion Trajane , ne voyant dans ces banquets que des assemblées sacrilèges, s'approcha du trophée de drapeaux de la légion devant lequel on offrait les sacrifices, et lança à terre son ceinturon en disant : « Je suis soldat de Jésus-Christ, le roi éternel. » Il lança aussi le cep de vigne, insigne de son grade, ses armes, et ajouta : « A partir de ce jour, je cesse de servir vos empereurs, car je ne veux pas adorer vos dieux de bois et de pierre, sourds et muets idoles. Si c'est à cause du métier qu'on nous oblige à faire des sacrifices aux dieux et aux empereurs, je jette avec mépris le cep, le ceinturon, les drapeaux, je ne suis plus soldat. » « Les assistants se regardèrent, ahuris, puis ils arrêtèrent Marcel et on envoya un rapport au commandant. Celui-ci fit écrouer le centurion. Quand toutes les fêtes furent finies, Fortunatus se fit amener le centurion dans la salle d'honneur *.

« Pour quoi as-tu, contrairement aux réglements, jeté le ceinturon, le cep et le baudrier ? » « Le 21 juillet, devant le trophée, pendant la célébration de la fête de l'empereur, j'ai dit publiquement que j'étais chrétien et ne pouvais servir que Jésus-Christ, Fils du Dieu tout-puissant.

« C'est trop grave pour que j'essaie d'étouffer l'affaire, dit Fortunatus. J'enverrai un rapport aux empereurs et à César. Je ne te punis pas. On va te conduire à mon chef Aurélius Agricolanus, vicaire des préfets du prétoire. » Le 30 octobre, le centurion Marcel comparut à Tanger devant Agricolanus. Voici le procès-verbal :

L'appariteur : « Voici le centurion Marcel que le préfet Fortunatus envoie devant ton autorité. Voici son rapport ; si tu l'ordonnes, je le lirai. » Agricolanus : « Lis ».

L'appariteur, lisant : « Fortunatus à Agricolanus et la suite. Ce soldat ayant jeté le ceinturon militaire s'est déclaré chrétien et a accumulé les blasphèmes contre César. C'est pour quoi nous te l'avons envoyé et ton Illustration voudra bien nous faire parvenir les ordres qu'elle aura décrétés, » La lecture finie, Agricolanus dit : « As-tu prononcé les paroles mentionnées dans le rapport du préfet ? » Marcel : « Oui. » Agricolanus : « Tu servais comme centurion ordinaire ? » Marcel : « Oui. » Agricolanus : « Quelle fureur t'a fait renoncer au serment militaire et parler ainsi ? » Marcel : « Je craignent Dieu. » Agricolanus : « As-tu prononcé toutes les paroles consignées dans le rapport ? » Marcel : « Oui. » Agricolanus : « As-tu jeté tes armes ? » Marcel : « Oui. Il ne convenait pas qu'un chrétien qui sert le Seigneur Christ servît dans les milices du siècle. » Agricolanus : « La conduite de Marcel doit être punie suivant les réglements. » Il dicta : « Comme centurion ordinaire, a renoncé publiquement à son serment, a dit qu'il en était souillé et a prononcé d'autres paroles furieuses, relatées dans le rapport du préfet. J'ordonne qu'on lui coupe la tête. » Marcel, se rendant au supplice, dit à Agricolanus : « Dieu te bénisse, »

La pièce que nous venons de traduire présente certaines difficultés qui, ne l'empêchent pas de compter au nombre des passions historiques. Le texte a été publié par Baronius et par Surius qui ont servi à dom Huinart à l'établissement d'un texte collationné d'après plusieurs manuscrits et, néanmoins, encore défectueux. Celui qu'ont donné les Acta sanctorum d'après les papiers du P. Remy De Buck ne marque aucun progrès, pas plus que les réimpressions de A. Harnack et de R. Knopf. En 1923, le P. H. Delehaye a étudié de nouveau les manuscrits et constitué le texte ; il a formé deux groupes M et N ; texte et remaniement espagnol. Toutefois M n'est pas le texte original.

Le remaniement N a conservé quelques leçons qui pourraient remonter à la première source. La principale est la date consulaire Fausto et Gallo cos., c'est l'année 298. L'original devait porter une date, celle-ci ne paraît pas avoir été choisie au hasard, ni prise ailleurs. Quant à la date du jour : sub die iduum augustarum, elle a pu être suggérée par la passion de saint Cassien, qui est une sorte d'appendice de celle de saint Marcel. Mieux vaut laisser le jour incertain.

Il est permis de croire que la mention de la légion appartient à la rédaction primitive.

« La passion de saint Marcel se compose de deux procès-verbaux, ou si l'on veut de deux extraits de procès-verbaux relatant l'interrogatoire devant le tribunal de Fortunatus, et celui qui eut lieu à Tanger, devant Agricolanus. Deux phrases complètent ces extraits, l'une rapportant la dernière parole du martyr, l'autre qui n'est qu'une réflexion du rédacteur. Le cas du centurion Marcel est analogue à celui du conscrit Maximilien. Sans avoir été contraints à sacrifier ou à faire quel que acte d'idolâtrie, l'un et l'autre ont jugé, contrairement à l'opinion du grand nombre, que le service militaire était incompatible avec la pratique de la religion chrétienne. Tous deux ont été condamnés à mort pour avoir manqué à la « Il n'y a pas de fureur en ceux qui craignent Dieu. »


XV. LE MARTYRE DU GREFFIER MILITAIRE CASSIEN. — Ce récit n'est, pour ainsi dire, qu'un appendice aux Acta du centurion Marcel qu'on vient de lire ; il s'y rattache par les circonstances du récit, par les noms de plusieurs personnages ; la pièce est évidemment du même temps et très probablement de la même main. Mais l'auteur n'a pu utiliser un procès-verbal officiel, il a dû s'en rapporter au récit d'un témoin ou à une tradition récente.

Cassien était attaché aux bureaux d'Aurelius Agricolanus, le vicaire du préfet du prétoire qui condamna Marcel à l'audience du 30 octobre. Cassien remplissait les fonctions de greffier militaire. Tout en remplissant sa fonction de tachygraphe, il observait l'attitude et la dignité du langage de l'accusé. Ce devait être un de ces modestes fonctionnaires auxquels nul ne songe à demander ce qu'ils pensent et moins encore ce qu'ils croient. Cassien était probablement chrétien. Au moment où il entendit Agricolanus condamner à mort le centurion Marcel, il lança à terre poinçon et tablettes. Ce fut un scandale. Marcel souriait. Agricolanus bondit de son siège, tremblant de colère, demandant des explications. Le greffier dit posément : « C'est que tu as rendu une sentence injuste. » Pour couper court, le vicaire fit saisir Cassien et le mettre en prison. Un mois plus tard, on le ramena dans cette même salle, devant le même tribunal, à la même place que Marcel. C'était le 3 des nones de décembre. Il fut jugé, répondit comme l'avait fait Marcel, fut condamné et exécuté, le 3 décembre 298.


XVI. LE MARTYRE DU VÉTÉRAN TIPASIUS. — Cette pièce nous transporte en Maurétanie Césarienne, le 11 janvier 299 ou 304. En voici le résumé : un vétéran chrétien, Tipasius, ayant accompli son temps de service militaire, s'était retiré et menait la vie ascétique. Lors que Maximien Hercule se rendit en Afrique, en 207, pour combattre les Quinquegentans révoltés, Tipasius fut rappelé sous les drapeaux comme les autres vétérans, car il faisait partie d'une vexillatio, sorte de réserve susceptible d'être convoquée en temps de guerre. Tipasius obéit, mais, à la veille d'un combat, lors que l'empereur accorda un donativum aux soldats, le vétéran refusa d'en prendre sa part et se déclara soldat du Christ. En même temps, il prédit la victoire

Tipasius rendit grâces, fut emmené et décapité près de la ville de Tigava et enseveli au même endroit, Les fidèles se disputèrent les fragments de son bouclier.


XVII. LE MARTYRE DU PORTE-DRAPEAU FABIUS. — Nous restons dans la Maurétanie Césarienne où Fabius était vexillifer dans la cohorte des officiaux du gouverneur. Avant la découverte de sa passion, en 1890, Fabius n'était pas, comme on l'a dit, « un nom perdu avec tant d'autres dans le calendrier romain ». Le martyrologe d'Adon, au 31 juillet, renfermait un résumé de sa passion. Celle-ci est attribuée par les éditeurs à un écrivain du IVe ou du Ve. Le mélange de rudesse et d'enflure qui caractérise son style rappelle la langue parlée dans l'Afrique romaine à cette époque et ressemble assez à celui de la passion de sainte Salsa pour qu'on ait pu les attribuer au même auteur.

Fabius tenait garnison à Césarée. Un jour de grande fête, dans un cortège où figuraient le gouverneur de la province et les membres de l'assemblée provinciale, il refusa de porter l'enseigne comme c'était son devoir. Emprisonné, interrogé à deux reprises, il fut condamné à mort et décapité. Le gouverneur, craignant « de paraître avoir fait un martyr pour les chrétiens », ordonna de laisser le cadavre sans sépulture ; mais comme les bêtes fauves et les oiseaux de proie le dédaignaient, il fit mettre la tête dans un sac et le corps dans un filet qu'on jeta en pleine mer à une grande distance l'un de l'autre. Mais ils se rejoignirent, la tête se souda au cou et les courants amenèrent le cadavre miraculeusement reconstitué sur la côte de Cartenna où les fidèles le recueillirent et l'inhumèrent. La date se place au 31 juillet et l'année est difficile à déterminer, on peut hésiter entre 299 et 303 ou 304. Toutefois, pour Tipasius, comme pour Fabius, on a pu soutenir avec vraisemblance l'année 299.


XVIII. L'ÉPURATION DE L'ARMÉE. — Les textes, d'une part, semblent indiquer de la part des autorités de l'Église tour à tour une prévention marquée et une sympathie à peine dissimulée pour l'état militaire ; les faits, d'autre part, ne permettent pas de mettre en doute la présence d'un nombre imposant de chrétiens dans les rangs de l'armée. On se demande la raison de ces contradictions et on la trouve peut-être dans la différence qu'il y a entre ce que nous supposons et ce qui existait. Nous avons eu maintes fois déjà l'occasion de faire remarquer quelle situation des chrétiens dans la société païenne n'était pas celle de victimes incessamment menacées de mort ou bien soumises aux pires tracasseries. À part les périodes de persécution violente et sanglante, on traversait d'autres périodes calmes et même bienveillantes. Sans rien enlever ni diminuer de l'héroïsme des fidèles à l'heure des confessions tragiques, il faut reconnaître qu'il se passait des dizaines d'années ou même plus pendant lesquelles on vivait en paix et on évitait d'un commun accord les occasions de dispute. Nous venons de le montrer, on esquivait les difficultés, on tombait tacitement d'accord pour permettre aux soldats chrétiens de remplir leur office, sans engager ni compromettre leur foi. Eusèbe affirme que, jusqu'au temps où Galère fut associé à l'empire, les princes admettaient volontiers les membres de la religion nouvelle au gouvernement des provinces et poussaient la bienveillance jusqu'à les dispenser de l'obligation de sacrifices ; ils toléraient que les chrétiens de leur entourage fissent de la propagande et suivissent fidèlement, ainsi que leurs femmes, leurs enfants et leurs esclaves, toutes les observances du culte catholique !. Ce qui se pratiquait à la cour et Eusèbe, Hist. eccl., VII, VIII, c. 1.

1143 dans les villes devait se reproduire dans les camps. Les soldats chrétiens jouissaient donc, en fait, d'une certaine latitude.

Le tableau que nous avons présenté du paganisme dans l'armée semble ne laisser aucun moyen d'éviter l'apostasie, et cependant les écrivains ecclésiastiques les plus hostiles ne font pas grand état de ce danger d'idolâtrie. Le métier militaire était si facilement conciliable avec la profession du christianisme que certains, une fois leur temps achevé, n'hésitaient pas à contracter un rengagement, c'est le cas du vétéran Jules qui demeure vingt-sept ans à l'armée d'où il se retira avec le certificat de bonne conduite et qui n'a jamais rien sacrifié de ses croyances.

Sans doute l'armée avait sa religion officielle ; cependant, en temps normal, les simples soldats et les officiers subalternes n'étaient pas astreints à des actes d'idolâtrie. Parmi les victimes que nous avons déjà eu l'occasion de nommer, combien sont condamnées à mort à raison des cérémonies idolâtriques prescrites à l'armée ? Aucune, croyons-nous. Bésas, à Alexandrie, a provoqué la fureur du peuple en voulant protéger les confesseurs ? ; ces quatre chrétiens dont les gestes veulent encourager un fidèle prêt à défaillir * et le centurion Marinus ? n'ont pas eu un instant à envisager une alternative menaçante du fait de leur profession militaire.

Cette longue tolérance qui s'étend depuis Decius jusqu'à Dioclétien, avec de courts intervalles comme les persécutions de Valérien et de Maximin, est mieux qu'une tolérance, c'est presque une période de protection . Même lors que prend fin cette situation, il faudra toute l'obstination de Galère pour entraîner le consentement de Dioclétien. « Il y eut des martyrs, dit Eusèbe, quand la paix durait encore. Car alors le diable commença de se réveiller comme d'un profond sommeil et dressa contre l'Église des embûches dissimulées ; il ne déclara pas la guerre contre nous tous à la fois, mais attaqua ceux qui servaient dans l'armée ; il croyait que les autres seraient abattus sans peine s'il avait d'abord vaincu ceux-ci. Alors, dis-je, on put en voir un grand nombre qui, renonçant à la milice, aimèrent mieux redescendre à la condition privée que d'abandonner le culte du souverain Maître de toutes choses 5. » Dans ce passage, il n'est encore question que d'officiers. Mais la haine de Galère sait tendre à son but. « Longtemps avant les autres empereurs, celui-ci s'efforça de détourner violemment de leur religion les chrétiens qui servaient dans l'armée et surtout ceux qui habitaient dans son palais ; il priva les uns de l'honneur de la milice, il accabla les autres de toute sorte d'outrages ; il en mit même quelques-uns à mort . » Dioclétien se laissa entraîner à sévir dans les circonstances suivantes : Pendant son séjour à Antioche, en 302, inquiet de l'avenir, il voulut consulter les aruspices. Ceux-ci procédèrent aux rites accoutumés et la consultation des entrailles des victimes ne leur apprenant rien, ils s'inquiétèrent de ne pouvoir répondre aux interrogations de l'empereur. Leur chef nommé Tagis ne voulut pas avouer son impuissance et il donna pour raison au silence des dieux la présence des profanes de la suite de l'empereur qui troublaient les sacrifices par leurs signes de croix. Dioclétien se crut bravé et il ordonna que tous les serviteurs du palais sacrifient aux idoles sous peine de flagellation. Non content de cette mesure, il écrivit aux chefs de corps des lettres où il leur prescrivait de contraindre les soldats à sacrifier et d'exclure de l'armée ceux qui refuseraient de le faire : Tune ira furens sacrificare non 1144 eos lantum qui sacris ministrabant, sed universos qui erant in palatio jussit, et in eos si delreclassent, verberibus animadverti, datis que ad praepositos litteris, etiam milites cogi ad nefanda sacrificia precepit, ut qui non paruissent, militia solverentur *. Dioclétien, pour le moment, s'en tint là.

Comment s'y prit-on pour exécuter ses ordres ? Eusèbe ne nous le dit pas et se borne à indiquer qu'on exigeait la soumission à l'ordre supérieur, và » xpocc&- yuat . Quel ordre ? Eusèbe ne s'en explique pas, mais nous avons l'explication que donne Rufin dans sa traduction d'Eusèbe et il semble croire que les officiers furent sommés de sacrifier : cum deligerentur si qui essent inter milites christiani, ut aut immolandum sibi scirent aut militiam pariter vitam que ponendam . C'est probablement à cela que se ramène ce qu'on a justement désigné sous le nom d' « épuration de l'armée ».


XIX. L'ADORATION DES EMPEREURS. — On a dit que Dioclétien, persuadé de la nécessité de relever le prestige des empereurs, eut recours pour cela au cérémonial en usage dans les cours orientales qui imposait à tout officier ou fonctionnaire présenté à l'empereur, le devoir de s'agenouiller et baiser le pan de son manteau. À défaut de textes et de faits, il faut recourir à une série d'hypothèses qui contredisent les faits connus. « Du moment que l'on admet que l'adoratio, telle que l'a instituée Dioclétien, a été jugée par les soldats chrétiens incompatible avec la profession de leur foi, moi 1145 s'ils ont préféré quitter le service ou mourir plutôt que de se soumettre à cette formalité, c'est que l'adoration était une reconnaissance formelle de la divinité de l'empereur et que l'acte était estimé équivalent au sacrifice. Dans ces conditions, l'acceptation tacite du maintien de ce rite par l'Église devient une absurdité. Imagine-t-on Constantin embrassant la religion chrétienne et exigeant, pour prix de sa protection, la reconnaissance de ce qui serait la négation même du christianisme, et cela au moment où le peuple chrétien vient de verser des flots de sang pour protester contre l'idolâtrie à tous les degrés ? Où trouver un évêque pour faire accepter par les fils des martyrs et par les confesseurs qui avaient survécu en grand nombre à la persécution une situation aussi paradoxale ? Si le nom et la pratique de l'adoration impériale ont pu être maintenus par Constantin et par une longue suite de ses successeurs, c'est qu'elle n'éveillait point dans les esprits d'alors les mêmes idées que dans les nôtres ; c'est que l'adoratio relevait de l'étiquette plutôt que de la religion.

« Du moment qu'il y avait, comme nous le savons, un culte impérial organisé, nous nous figurons malaisément que l'adoration introduite par Dioclétien n'en devint pas, du premier coup, la partie essentielle. Mais nous oublions que le mot « adoration », dans le sens religieux, comporte deux acceptions : il désigne l'acte extérieur, qui est de nature à exprimer le respect et la soumission, ou l'acte intérieur, qui seul a une portée morale et donne sa signification au geste qui l'accompagne. L'acte matériel ne devient un acte de religion que par l'intention qui l'anime ; il n'équivaut à une profession de foi et ne devient une cérémonie du culte que si les circonstances supposent, dans l'opinion des hommes, que cette intention existe. Or, de tous les actes qui peuvent, par leur nature, avoir une valeur cultuelle, le seul qui implique la reconnaissance de la divinité de l'être auquel il s'adresse, c'est le sacrifice. Saint Augustin, qui en parlait à une époque où les anciens cadres religieux n'avaient pas cessé d'exister, le constate : Sacrificium certe nullus hominum est qui audeat dicere deberi nisi Deo. Multa denique de cultu divino usurpata sunt, quae honoribus deferrentur humanis, sive humilitate nimia sive adulatione pestifera ; ita tamen ul quibus ea deferrentur homines haberentur qui dicuntur colendi et venerandi, si aulem multum eis additur, el adorandi ; quis vero sacrificandum censuit nisi ei quem deum aut scivit, aut putavit, aut finxit !. Le passage est d'autant plus intéressant pour nous que l'adoration y est expressément mentionnée. Saint Augustin la place à l'extrême limite des honneurs que l'on peut rendre à un homme, sans lui attribuer, par le fait, la nature divine. Le seul acte qui ait essentiellement et exclusivement cette portée est le sacrifice. Et l'on ne dira pas que saint Augustin a cherché à excuser les empereurs de maintenir l'ancien usage, ou les évêques de s'y être prêtés, Il ne songe qu'à réfuter les platoniciens et se confine dans la théorie abstraite ?.


XX. LE MARTYRE DU VÉTÉRAN JULES. — Dans la Mésie (voir ce nom) plusieurs soldats furent mis à mort par ordre du gouverneur Maxime. À Durostorum, on cile Pasicrate et Valentien qui appartenaient probablement à l'armée. Le vétéran Jules, qui avait refusé de recevoir une gratification à l'occasion de quelle que fête militaire ou impériale entachée d'idolâtrie fut traduit devant Maxime par les officiers.

Maxime demanda : « Qui est celui-là ? » « Jules. » « Qu'as-tu à répondre ? Est-ce vrai ce qu'on dit de toi ? » « Oui. Je suis chrétien, je ne puis me dire autre chose que ce que je suis. » 1146 « Ignores-tu les édits qui ordonnent de sacrifier ? » « Non pas, mais étant chrétien, je ne puis faire ce que tu veux et renier le Dieu vivant et véritable, » « Quel mal y a-t-il à offrir de l'encens et à s'en aller ? » * Je ne puis mépriser les lois divines et obéir aux infidèles. Dans votre frivole armée, je n'ai jamais eu de punition pour aucun crime ni délit pendant l'espace de vingt-sept ans. J'ai sept campagnes, je ne me suis jamais caché, je n'en ai pas moins fait qu'un autre. Jamais les chefs ne m'ont pris en défaut, crois-tu qu'après avoir rempli fidèlement les devoirs inférieurs, je serai infidèle aujourd'hui à des devoirs plus hauts ? » « Dans quelle arme as-tu servi ? » « J'étais dans la milice, je suis sorti à l'ancienneté et je suis vétéran. J'ai toujours adoré le Dieu qui a fait le ciel et la terre, aujourd'hui je ne me montrerai pas moins son serviteur. » : Jules, tu me parais un homme sérieux. Laisse-toi persuader par moi et sacrifie aux dieux, tu toucheras une forte prime. » « Je ne ferai pas cela, de peur de me jeter dans un châtiment éternel. » « Si tu crois que c'est un péché, je le prends sur moi. Je te fais violence afin que tu ne paraisses pas acquiescer de ton plein gré, ensuite tu pourras demeurer tranquillement chez toi. Tu toucheras la paie des décennales et personne ne t'inquiétera. » « Ni cet argent de Satan, ni tes paroles captieuses ne me feront perdre la lumière éternelle. Je ne puis pas renier Dieu. Condamne-moi comme chrétien, » « Si tu n'obéis pas aux édits, si tu ne sacrifies pas, je te ferai couper la tête. » x Tu feras bien. Je t'en prie, pieux président, par le salut de tes princes, accomplis ton projet, condamne-moi ; je serai au comble de mes vœux. » « Tu y seras si tu ne veux pas te repentir et sacrifier. » « Si tu souffrais pour l'empire et ses lois, tu obtiendrais cette gloire. » « Je souffre bien pour des lois, les lois divines. » « C’est un crucifié qui vous les a données. Es-tu un w crains plus un mort que ceux qui sont en vie.

« Il est mort pour nos péchés afin de nous donner la vie éternelle. Dieu vit éternellement. Celui qui le confesse a la vie éternelle, celui qui le renie a une peine éternelle. » « Si je vis avec vous, c'est la mort ; si je Dieu, je vis pour toujours. » « Écoute, sacrifie ; sinon, je te l'ai dit, je te ferai mourir, » Maxime lut la sentence : « Que Jules, qui refuse d'obéir aux princes, encourre la peine capitale. » Arrivé au lieu de l'exécution, tout le monde l'embrassa.

Jules leur disait : il me baise. » Un soldat chrétien, Hésychius, alors prisonnier, dit au martyr : « Je t'en prie, Jules, poursuis joyeusement ce que tu as commencé et obtiens la couronne que Dieu a promise à ceux qui le confesseront. Je te suivrai. Salue aussi notre frère Valentien, serviteur de Dieu, qui par une bonne confession nous a précédés devant Dieu. » Jules embrassa Hésychius :

« Dépêche-toi de venir.

1147 Ceux que tu as salués ont déjà entendu tes salutations. » Jules se banda les yeux et tendit le cou : « Seigneur Jésus-Christ, dit-il, pour le nom de qui je souffre, je t'en prie, daigne mettre mon âme parmi tes saints. » Le bourreau frappa.


XXI. QUELQUES AUTRES MARTYRS. — Après ces pièces originales ou d'un mérite supérieur, nous rencontrons encore, sans sortir d'Afrique, quelques récits d'un caractère suspect, mais qui mettent en scène des militaires. On trouve la mention au martyrologe hiéronymien des martyrs Victor, Nabor et Félix, qui périrent à Milan, le 14 mai. Une autre tradition fait mourir les deux derniers en Afrique t. On les trouve mentionnés ensemble sur une inscription africaine, trouvée à l'ouest de Sétif ?. Quant à Victor, ce nom est si fréquent, qu'il serait téméraire de l'identifier avec les homonymes qu'on lui trouve dans l'épigraphie. Quoi qu'il en soit, ces trois soldats étaient d'origine maure, ils ont joui d'un double culte, en Afrique et à Milan ?. Les Acta Victoris Mauri *, martyrisé à Milan sous Maximien, pièce plus que douteuse, sont étroitement apparentés aux Acta Naboris el Felicis ^ ; ils sont tout aussi médiocres et ont été rédigés à une très basse époque, dans le nord de l'Italie.

Nous n'entreprenons pas de cataloguer ici toutes les pièces concernant des martyrs chrétiens appartenant à l'armée. À la suite du vétéran Jules, il faut mentionner un texte qui est en relation étroite avec la Passio Julii, c'est les actes des saints Marcien et Nicandre, deux militaires mariés et convertis depuis peu de temps. Il est très probable que la même main a rédigé ou bien la même officine a mis en circulation les dits actes , ainsi que l'avait déjà fait remarquer Tillemont et, après lui, Mazochi. Le martyre de Marcien et Nicandre eut lieu à Durostorum (17 juin).

A Rome, nous connaissons l'exécution de quatre cornicularii anonymes, des adjudants appartenant probablement à la garde impériale ; leur martyre eut lieu dans Rome, devant le temple d'Esculape, prés des thermes de Trajan . Leurs corps furent recueillis par saint Sébastien, qui, lui-même, parait appartenir à cette persécution .

En Espagne, les soldats Emeterius et Chelidonius moururent à Calahorra avant la persécution de 303 et leurs actes, au témoignage de Prudence, sont au nombre des documents chrétiens qui furent détruits dès le début de la persécution de Dioclétien 1°, Une quinzaine d'années auparavant, vers l'an 300, le concile d'Elvire (voir ce nom) avait évité de se prononcer sur les obligations des soldats chrétiens ; en 314, le concile d'Arles disait sans ambages dans son 1148 canon 3* : De his qui arma projiciunt in pace, placuit abstineri eos a communione. « Ceux qui jettent les armes en temps de paix seront exclus de la communion. » C'est donc l'excommunication contre ceux qui abandonneront la carrière militaire alors qu'aucune guerre ne menace. Constantin, pour sa part, encourageait ces dispositions. Il n'était pas sans savoir ce que l'épuration avait coûté à l'armée d'officiers instruits et dévoués ; il souhaitait réparer le tort commis envers eux et le déficit souffert par l'État du fait de cette politique sectaire et injuste. Il offrit aux officiers qui avaient brisé leur carrière pour demeurer fidèles à leur foi de les rétablir dans leurs grades, les laissant libres de reprendre du service ou de rester dans la vie civile.

Lors que Licinius entreprit la lutte en Orient contre Maximin Daia, il voulut, quoi que païen, lui donner le caractère d'un conflit armé entre le christianisme et le paganisme. Maximin Daia s'était montré acharné persécuteur ; son adversaire fit distribuer à son armée, par l'entremise des tribuns, une prière apportée par un ange ( !) et dictée à Licinius pendant son sommeil. C'est le plus ancien chant guerrier entonné par des soldats chrétiens ! :

Il fallait bien de la mauvaise volonté aux soldats qui chantaient ainsi pour ne pas se croire chrétiens, mais surtout il fallait qu'ils fussent bien rapprochés du christianisme pour que leur chef leur proposât un pareil chant. Peut-être Licinius pensait-il qu'au fond ces soldats n'étaient, comme lui-même, que des sceptiques et des arrivistes. Quand il trouva devant lui Constantin au lieu de Maximin Daia, le ton changea, il ne fut plus question du souverain Dieu, mais des idoles. « Il jeta le masque, dit Eusèbe, et ordonna à ses officiers de sacrifier aux idoles sous peine de perdre leur grade ' ?, » Il alla plus loin, prononça la peine de mort (on rattache à cette persécution les quarante soldats de Sébaste ?). Licinius fut vaincu et le christianisme triompha définitivement avec Constantin. Le nouvel empire était un empire chrétien et ce changement du monde était, au fond, l'œuvre de l'armée.

La conception que les chrétiens avaient pu jadis se faire du service militaire s'en trouva nécessairement modifiée. Nul ne pouvait plus désormais alléguer, pour quitter l'armée ou revêtir l'uniforme, les obligations idolâtriques des camps, les fidèles pouvaient se désintéresser des sacrifices qui s'y accomplissaient encore, ils avaient à réciter ou à chanter la prière que Constantin avait composée pour ses légionnaires ™ :

Eè uóyov olôauev Gzóv cé Bxoué£x Yyvwpicouev' oè Bondy dvaxxaonuela : rap coU Tac vixxg col rhv civ brapédvreo dera ov y pt yvwptlomev où xxl vv ueXAovvov ÉATLCOUEV »

1149 MILITARISME | 1150

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« Seigneur, nous te reconnaissons pour seul Dieu. Nous te saluons comme notre roi. Nous t'invoquons comme notre protecteur. Pour toi, nous avons obtenu la victoire. Pour toi nous avons abattu nos ennemis. C'est de toi que nous vient la félicité présente. C'est de toi que nous attendons la félicité future. Nous sommes tous tes suppliants. Nous te demandons de conserver sauf et vainqueur Constantin notre empereur, ainsi que ses enfants. » | XXIII. Au 1v SIÈCLE. — La paix de l'Église, la fin des persécutions sanglantes créent aux fidèles de nouveaux devoirs dont la définition ne s'était point posée encore aux moralistes chrétiens. Désormais, « le métier des armes, qui jadis était permis au chrétien à la réserve de tout acte idolâtrique, n'est plus sujet à cette réserve, maintenant que l'empire est chrétien et l'idolâtrie hors la loi ». La liturgie du VIIE livre des Constitutions apostoliques, qui représente une inspiration du temps qui précède immédiatement Théodose, contient une prière pour « le prince et ceux qui sont constitués en dignité », réminiscence de saint Paul (I Tim., t, 1), mais on joint au prince et aux dignitaires « toute l'armée » (xcxvvóc c00 ovpxroré800), « afin que tout soit en paix pour nous, et que, vivant tout le temps de notre vie dans la tranquillité et la concorde, nous puissions te glorifier ! ». Dans ce même livre VIII des Constitutions apostoliques, il est prescrit que le soldat qui se présente au baptême sera instruit qu'il ne doit faire tort à personne, ni dénoncer personne, et se contenter de sa solde, réminiscence de la parole de saint Jean-Baptiste (Luc., 111, 14), s'il promet d'observer cette règle, on le recoit ; s'il refuse, on le repousse . Les canons 22 et 23 du concile d'Ancyre, tenu en 314, visent les homicidés volontaires et les homicidés involontaires sans rien prononcer sur la guerre. Verser le sang sera-t-il donc permis à un soldat ? A cette question, saint Basile fait la réponse suivante : « Nos pères n'ont pas compté comme meurtres, les meurtres qui se commettent à la guerre : ils pardonnaient donc, autant qu'il semble, à ceux qui se battaient pour le bien et pour la religion. Toutefois, je conseillerais de priver trois ans de communion ceux qui n'ont pas les mains pures de sang ?. » Ge conseil ne parait pas avoir été suivi. Saint Athanase pense, sur le fond, comme saint Basile ; il assimile l'usage des armes à l'usage du mariage, ce que Dieu permet pour une fin déterminée ne devient abus que si l'on se détourne de cette fin. « Tuer n'est point permis : pourtant, à la guerre, supprimer ses ennemis est légitime et digne de louanges. Aussi, de grandes récompenses sont-elles décernées à ceux qui se sont distingués à la guerre : on leur élève des statues annonçant leurs hauts faits. Ainsi, le même acte, sous un aspect et dans telle circonstance, n'est pas permis, qui sous un autre aspect et en son temps est licite et toléré. Il en va de même de l'union des sexes *. » — Nous voilà bien loin d'Origène, qui ne concevait que des guerres justes et interdisait cependant aux chrétiens d'y prendre part. Mais, dans l'intervalle, il y a eu la bataille du pont Milvius qui a renouvelé le concept de la morale de la guerre.

Avant tout, à la guerre, il faut, dit saint Ambroise, considérer la justice : In ipsis rebus bellicis, justa bella an injusta sint, speculandum puletur . Juste sera la guerre qui aura pour fin de défendre le sol de la patrie contre l'envahissement des barbares. A la justice se joindront la prudence, la modération, la tempérance, la magnanimité : Si quidem et fortitudo qua vel in bello tuetur a barbaris patriam, vel domi defendit infirmos, vel a latronibus socios, plena sit justitiæ : et scire quo consilio defendat atque adjuvet, captare etiam temporum et locorum opportunilates, prudentiæ ac modestiæ sil : et temperentia ipsa sine prudentia modum scire non possit : opportunitatem noscere et secundum mensuram reddere, sit justitiæ : et in omnibus istis magnanimitas necessaria sit , La paix elle-même, la paix plus encore sera comptable de la justice : Si ergo etiam in bello justitia valet, quanto magis in pace servanda est ?*. La justice en tout.

Quoi qu'il en soit de cette date, c'est aux environs de Worms, la veille d'une bataille, que l'on voit Martin sortir des rangs et, au lieu de se diriger vers le payeur qui solde le donativum en présence de l'empereur Constant, il marche droit au prince et lui dit : « César, jusqu'à ce jour je vous ai servi, souffrez que maintenant je serve Dieu. Que ceux qui se battent touchent votre largesse ; moi, soldat du Christ, il ne m'est pas permis de combattre. » A cette déclaration inattendue, l'empereur ne put réprimer son mécontentement et dit : « Ce n'est pas la religion, c'est la peur qui te fait mépriser le service militaire. » — « Si on prend ma foi pour la peur du danger, répondit Martin, qu'on me mette demain, sans armes devant les rangs, et au nom du Seigneur Jésus, avec le signe de la croix pour toute défense, je pénétrerai sans crainte au milieu des bataillons ennemis. » L'empereur se contenta de faire enfermer Martin et, le lendemain, les barbares demandèrent la paix. Martin fut relâché et obtint son congé *.

A cette époque, l'armée impériale ne pouvait pas ne pas renfermer un nombre considérable de chrétiens et le seul Martin éprouve le scrupule qu'on vient de dire. Sa profession de foi : Christi ego miles sum ; pugnare mihi non licet rappelle presque les termes employés par le conscrit Maximilien à Théveste ; et cependant la situation est entièrement changée. Sous le règne de Constant, Martin ne court aucun danger de participer aux sacrifices idolâtriques, sa répugnance ne peut donc s'expliquer que par la crainte de verser le sang 1°, 1151 Quand Martin dit à l'empereur : Christi ego miles sum, nous hésitons un peu à affirmer que cela se passe en 335, car il y a peu de sujets plus tiraillés que la chronologie de saint Martin. On ne sait trop quand fixer sa mort et sa naissance et toutes les dates de la vie oscillent dans un espace de plusieurs années. Si on s'inspire du récit de Sulpice-Sévére !, on arrive aux résultats suivants : Martin est né en 315 et mort en 401. En 325, il se fait inscrire comme catéchumène ; en 327, il songe à se retirer au désert ; en 330, il est attaché à l'armée ; en 533, il reçoit le baptême, en 335, il quitte l'armée, après quoi il se rend auprès de saint Hilaire. Cette chronologie s'appuie sur la supposition que la leçon duo deviginti du texte est originale ; si on préfère la leçon viginti duo, le baptême se place en 337 et le départ de l'armée en 339. En ce cas, la durée du service militaire de Martin ne se borne plus à cinq ans, dont trois avant le baptême et deux après, il faut admettre un total de neuf ans. Nous n'allons pas, on le pense bien, entrer dans une exposition et une discussion de ce point de détail, admettons qu'en 335 ou en 341 se produit la scène du camp de Worms. Une expédition fut entreprise par l'empereur Constant sur le Rhin, contre les Francs aux environs de l'année 341. Or, à cette date, pouvait-il se dire clerc ou moine ? Certainement non. Il se dit miles Christi, c'est-à-dire je suis devenu soldat du Christ par le baptême, rien de plus. En 341, Martin n'avait pas encore construit sa première cellule sub vertice Mediolani, près de Milan, ce qui eut lieu durant l'exil de saint Hilaire, donc entre 306 et 360, au plus tôt en 356, c'est-à-dire une quinzaine ou une vingtaine d'années après son renvoi de l'armée.

Il n'a pu se dire moine et il n'a pas pu se dire clerc parce qu'il ne l'était pas. Nous savons par le témoignage de Sulpice-Sévére que Martin n'entra dans le clergé séculier que sur les instances de saint Hilaire de Poitiers : Ad Hilarium se contulit, a quo in acolythorum numerum redactus est, Sulpice-Sévére a même pris soin de nous préciser son rang primitif dans la cléricature : il y fut exorciste : Exorcistam eum esse pracepit. Mais à quelle date remonte l'épiscopat de saint Hilaire à Poitiers ? A l'an 350. C'est donc postérieurement à 350 que Martin entra dans le clergé inférieur ; il n'en était pas question en 336 ou en 341. Saint Martin, pour obtenir son congé, n'invoquait donc que les obligations imposées par son baptême.

On a apporté des textes qui montrent sans discussion possible que, depuis Tertullien jusqu'à Sulpice-Sévére, on était miles Christi dès l'instant qu'on avait reçu le baptême et qu'on avait juré in Christi sacramenia. Voici la phrase de Tertullien : Vocali sumus ad militiam Dei vivi, jam l'une cum in sacramenti verba respondemus. « Nous avons été appelés à la milice du Dieu vivant, à dater du jour où nous avons prononcé le serment du baptême. » Saint Cyprien appelle le baptême : Sacramentum et devolio militis Dei. Arnobe qualifie le fait de renoncer à son baptême * ; Fidem rumpere christianam et salutaris militiae sacramenta deponere.

En réclamant sa libération au nom des devoirs que lui imposait son baptême, Martin ne faisait que se conformer aux règles disciplinaires en vigueur de son temps, mais que beaucoup négligeaient sans doute. Le 74* des Canons dits d'Hippolyte relate les obligations imposées aux soldats. Le voici : Christianus ne fiat propria voluntate miles, nisi sit coactus a duce. Habeat gladium, caveat tamen ne criminis effusi sanguinis fiat 1152 reus. « Un chrétien ne doit pas se laisser enrôler sans protestation ; il ne doit céder que forcé et contraint. Il peut alors porter les armes, mais qu'il se garde de répandre le sang, car c'est un crime. » Et le canon 75 ajoute : Si compertum est sanguinem ab eo esse effusum a participatione mysteriorum abstineat. « S'il est prouvé qu'il a versé le sang, il doit s'abstenir de participer aux saints mystères. » Voici la législation qui atteignait tous les chrétiens. Martin en était si bien persuadé que, lorsqu'à l'âge de quinze ans, il fut question de l'incorporer, il refusa et ne céda qu'à la violence : militavit, nec tamen sponte. « Le chef des racoleurs dut lui donner la chasse et l'enchainer : captus et catenatus. Le canon 74° n'en demandait pas plus, il n'obligeait pas à l'insoumission et à la désertion, aussi Martin prit sa peine en patience, il était catéchumène lorsqu'un pauvre lui demanda l'aumône, à quel que temps de là il reçut le baptême. Toutefois, l'état de paix lui permettait de s'acquitter de ses devoirs sans manquer aux canons, mais quand la guerre parut imminente et qu'on sut au camp de Worms que l'on se battrait le lendemain, Martin se ressouvint du canon 75 qui lui traçait la conduite à tenir. Il refusa la gratification et dit à l'empereur : crains pas la mort, je ne veux pas la donner à autrui. » — Ces paroles sont l'écho de l'enseignement des Pères et se trouvent en conformité avec le canon d'Hippolyte.

En somme, cette défense de verser le sang est bien, aux yeux de Sulpice-Sévére, l'explication de la conduite de saint Martin, aussi nous dit-il que la bataille attendue pour le lendemain ne fut pas livrée, il n'y eut pas effusion de sang parce que Dieu ne voulut point que, même, la vue du sang blessât les yeux de son fidèle serviteur : ne aliorum mortibus sancti violarentur Oblutus ; et encore : Cette victoire fut bien la victoire que devait accorder le Christ à son soldat : pleine soumission de l'ennemi, pas de morts, pas de sang répandu : u{subactis sine sanguine hostibus nemo moreretur.


XXV. SUR UN CANON DE CHALCÉDOINE. — À propos de la répugnance des chrétiens pour le service militaire nous rencontrons le texte du 7 canon du concile de Chalcédoine, tenu en 451 : Tobs &x« EL iw xXfjpo À xxl povdoaxvrag Oploxuev uire ET GTpacelxy LATE èni dElav xoouixNv ÉpyeoÜot, Tj TOUTO xxl uj uevxueAopuévouc, Gore Ériotoéba ml Toro Ô Six Üeov mpócspov ellovro, dvabeuxrilecflur. « Ceux qui ont été une fois agrégés au clergé ou qui se sont faits moines, nous édictons qu'ils ne doivent pas entrer dans la otpxtelx ou quel que dignité séculière ; s'ils l'ont osé et qu'ils ne viennent pas à résipiscence, de façon à reprendre ce que d'abord ils avaient choisi à cause de Dieu, qu'ils soient anathème. » Quel sens faut-il donner au mot otpartela ? Dans le grec classique, on a le choix entre 1 ? expédition militaire ; 2 ? service militaire (discipline, fonctions, commandement) ; 39 troupes en campagne. Hefele interprète ce canon d'une condamnation des clercs et des moines « qui ont abandonné le service de l'Église pour le service militaire ou pour une charge temporelle 5 ». D'après P. Batiffol , cette interprétation n'est pas plausible et il en donne la raison suivante :

1153 Ces clercs et ces moines ont passé spontanément de leur état à la condition laïque ; ils ne veulent pas cumuler : ils ont abandonné purement et simplement ; cependant, l'excommunication les frappe moins pour cet abandon que pour leur passage à la ozpxceix et leur acceptation d'une dignité séculière. Ce canon semble avoir fondu deux dispositions : une qui atteignait moines et clercs en rupture de ban, une autre qui interdisait l'accès des dignités séculières et de la otowtelx, mais à qui ? C'est ce que ne dit pas le 77 canon, mais il se trouve que le compilateur du livre VIIE des Constitutions apostoliques a édité un recueil de quatre-vingt-cinq canons dits apostoliques, dont le 83 a certainement inspiré le 7 canon du concile de Chalcédoine. Le voici : '« Emiexomov 7| zp£o0907tpow À üLdxovov avoxcelate TAGALEVOVTE, xxl ÉUDOTEOL TOLELV BouAóuewow, xatéyeiv Qouxbenw dexnv xxi | Soxhv Ouotxelw, xxÜxipsiw yph t yàp Kaloxpos KalGXpi, xxl Ti vo0 Coo Oz. « L'évêque, ou le prêtre, ou le diacre, qui persévère dans les azpxceixt et qui veut faire les deux, savoir : tenir une fonction romaine | et une fonction hiérarchique, doit être déposé : car à Mm PPS César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Ici, il n'est pas question de moines et de leur assimilation à des clercs, on y parle seulement des clercs exerçant vraiment un pouvoir sacré, iegxctx7v Gp nv, diacres, prêtres, évêques et qui veulent cumuler leur fonction ecclésiastique avec les o7pxrstixt. Ils seront déposés.

Encore une fois comment faut-il interpréter gToxtelat ? F.-X. Funk l'entend et le traduit : qui militiæ pacat ; nous-mêmes avons fait remarquer que cToxtelx “ne signifie pas nécessairement un emploi militaire, mais le service public en général » et que l'usage du terme « est un vestige de l'aspect militaire qu'avaient tant d'institutions romaines ». P. Batiffol n'admet pas qu'il s'agisse du service militaire, car il serait inouï qu'un — évêque, qu'un prêtre, qu'un diacre ait mené de front la vie militaire et le ministère ecclésiastique. Le contexte, dit-il, est là pour nous montrer que ccgxcstxr est synonyme de fœouxixn oxh : il s'agit d'une fonction publique.

Ainsi entendu, le quatre-vingt-troisième canon apostolique doit être rapproché du quatre-vingt-unième que voici : Elrouev, Or ph xp érioxonov xxÜctvat ÉduTOv eic S »nuocUuxc OLOLXNOELC, XAXX TOOTEUHALOELV Taig peleg« 7| redéclde oùv cobro pu motetv, 7] oddelc xp óovxvat Buc xuploic BOUAEUELV, xat thv XUPUXXTV Tapaxéheuory. « Nous avons dit qu'il ne faut pas qu'un évêque s'introduise dans les administrations publiques, mais qu'il veille aux besoins ecclésiastiques : donc ou il se persuadera de ne pas faire cela, ou il sera déposé, car personne ne peut servir deux maîtres à la fois, selon le précepte du Seigneur. » Le canon 83 vise tout le clergé, tandis que le canon 81 ne concerne que l'évêque. Le 83 suppose qu'évêques, prêtres et diacres étaient en possession d'une Pwuatxh XoyT) avant de devenir évêques, prêtres ou diacres et qu'ils veulent la conserver par le cumul ; le 81 concerne un évêque qui voudrait s'introduire dans l'administration municipale. Dans les deux cas l'interdiction est formelle, elle entraîne la peine de la déposition. Par opposition à « charges municipales », »Onuocux. dLotxmoetc, le mot croxceix désigne les dignités de l'administration impériale.

On conclura donc que le 81 canon apostolique, représentant l'usage ecclésiastique (à Antioche ?), vers 370, interdit aux évêques, prêtres, diacres, le cumul de leur fonction hiérarchique et de toute fonction dans les 1154 rewvtelar, c'est-à-dire dans l'administration impériale. Depuis la paix de Constantin, le clergé était exempté des fonctions publiques onéreuses, notamment de la curie. Constantin, dans une des lois où il s'en explique, énonce qu'il entend par là qu'il ne veut pas que, par une malveillance sacrilège, les clercs se voient imposer des fonctions qui les distrairaient des divins devoirs. Constance, en 349, renouvelle cette même exception pour les clercs des curialibus muneribus at que omni inquietudine civilium functionum !, Mais, en dehors de ces fonctions onéreuses, n'y avait-il pas des fonctions rémunérées et avantageuses que les clercs auraient pu ambitionner ? Paul de Samosate, évêque d'Antioche, est déposé en 269 pour s'être revêtu de dignités séculières, xocutzx tétouutex et pour avoir préféré le titre de Gouxvyvptog à celui d'évêque. En conclusion, le canon 7* de Chalcédoine ne concerne pas l'armée.


XXVI. LA DOCTRINE FIXÉE, Après saint Martin, nous rencontrons encore saint Victrice, le futur évêque de Rouen, qui éprouva le même scrupule. Devenu chrétien, il réclama, lui aussi, son licenciement, Si, comme on le croit, c'était sous le règne de Julien, il prenait mal son temps. Bien plus, il ne se refusa pas le plaisir d'une petite manifestation. C'était un jour de solennité militaire, les troupes étaient sous les armes, on vit Victrice sortir des rangs et marcher droit au tribun de la légion, à qui il dit : « Voici mes armes, je veux me mettre désormais au service du Christ : je quitte ces armes de sang pour revêtir des armes de paix ; déliez-moi des serments qui m'attachaient à la milice de César ?. » Cette profession de foi faillit lui coûter cher. Victrice fut flagellé et condamné à mort, mais la condamnation ne fut pas exécutée et le congé fut, finalement, accordé.

Évidemment, l'opinion ancienne perdait du terrain de plus en plus et saint Augustin observait que les soldats chrétiens consentaient à marcher à l'ennemi sous la conduite de Julien l'Apostat : Milites christiani serpierunt imperatori infideli *. Du moment que leur foi était sauve, ils rendaient à César ce qui était dû à César. Le grand docteur, dont la parole avait tant d'autorité, admet que, sous certaines conditions, la guerre peut être légitime. La condition essentielle, c'est qu'elle soit juste. Est juste, évidemment, la guerre ordonnée par Dieu, comme on le voit dans l'Ancien Testament ; celle ordonnée par une autorité régulière pour obtenir réparation d'un dommage, châtier les rebelles, les ambitieux et les autres coupables. Est illégitime et injuste, la guerre civile, la guerre de conquête. Augustin insiste donc à son tour sur l'idée de justice et, sans la définir avec la pénétration que

À. — XI — 37

Wat TU n ma DR : T m Eu ata i s Ei ni s —BÀ. n LC x hat F2 1155 l'on atteindra plus tard, il marque au moins que le principe de cette justice n'est pas dans le pouvoir de l'État, mais dans la volonté de Dieu exprimée dans la CODSCIence.

Le non occi des cessait d'être pour lui, comme il l'avait été pour Origène, une règle absolue, il voulait qu'on l'interprétât ; car, écrivait-il, il est clair qu' « on ne peut tuer des hommes à moins qu'on ne soit soldat ou qu'on ne remplisse une fonction publique, c'est-à-dire qu'on ne fasse pas cela pour soi, mais pour les autres et pour la cité, en vertu du pouvoir légitime qu'on a reçu ! », Sans doute, la guerre est un grand mal, mais c'est un mal que la méchanceté des hommes | ramène à intervalles et il est nécessaire d'y être préparé, afin de n'en être pas victime. « Si la discipline chrétienne réprouvait toutes les guerres, dit-il, elle aurait conseillé aux soldats qui, dans l'Évangile, demandaient un conseil de salut, de jeter leurs armes et de renoncer entièrement au service militaire. Au contraire, on se contenta de leur dire : Pas de concussion ! pas de fraude ! que votre solde vous suffise. En déclarant que leur propre solde devait leur suffire, on ne leur interdisait pas de faire la guerre, militare. Que ceux qui prétendent que la doctrine du Christ est con| lig. 4, Oesco, ville de Mésie ; lig. 5, voir Corp. inser. lal., traire à la république, nous donnent une armée com- . posée de soldats tels que les veut la doctrine du Christ... ; et ils conviendront que la république n'a pas de meilleur soutien . » De l'incompatibilité entre le service militaire et la profession du christianisme il n'était donc plus question. Saint Maxime de Turin (451-465) enseignait que la milice était aussi légitime que n'importe quelle autre fonction publique. Ce qui pouvait être blâmable en l'une ou en l'autre, c'était uniquement l'abus qu'on en faisait : non enim militare delictum est, sed propler prædam militare peccalum ?. Et saint Léon le Grand (460), de son côté, proclamait hautement que le métier de 1156 1. Nicopolis en Mésie, in dextro latere putei Turcici = LINAE OESC(0) PIENTISSIMAE F :HABENS IVS LIBERORVM-FILIA QD MARCELLINI EX PRAEF LEG - IH GALLICAE DANAVAE DAMASCO QVAE VIXIT ANN-LTVRRANIVS LEONTIVS PRAESBY TER CONIVGI BENAE MERITAE MEMORIAM ET SIBI V-F 10 t. ur n. 1910 : matri... habenti jus quattuor liberorum beneficio Cæsario ; lig. 6, quondam. Cf. Notit. dignit.

Or., 32, 31 : sub dispositione ducis Pheeni ces... præfectus legionis III Gallice Danabæ, ad Danauam, ville IV, col. 2083 et « palmyrénienne, Pauly-Wissowa, t. Thes. onomast. ling. latin., III, 30. Danaba : lig. 11, voir Dictionn., au mot CÉLIBAT, vfivus) f(ecit). lig. 4, datée de l'an 484.

L'opinion de saint Augustin, de saint Maxime, de saint Léon fermait désormais la bouche d'avance à quiconque aurait été tenté de reprendre pour son compte les thèses surannées de Lactance et de Tertullien. Au vrai, ces thèses n'avaient jamais eu de vogue dans l'Église, Sans doute, elles avaient été très provocantes, portées qu'elles étaient par des voix aussi sonores que celle du prêtre de Carthage ; mais si elles firent beaucoup de bruit, elles n'eurent que peu d'effet. Les démissions ou les refus de service qu'elles ont causés furent, en somme, très rares. Le retentissement qu'elles ont eu a pu seul faire croire qu'elles formèrent | une sérieuse tradition chez les chrétiens des premiers siècles *.


XXVII. LE TÉMOIGNAGE DES INSCRIPTIONS. Edmond Le Blant a eu recours à l'épigraphie, estimant que les recueils de Reinesius, Steiner et Mommsen pouvaient, par leur réunion, fournir une base statistique aussi exacte que possible. Il a eu recours à l'Index de Séguier qui lui a donné vingt-sept noms, auxquels il en a ajouté dix-huit. Après quatre-vingts ans de travail, ces chiffres sont aujourd'hui distancés. D'ailleurs, qui pourra évaluer jamais le nombre d'épitaphes dépourvues de toute formule et de tout symbole chrétiens et qui furent placées par des survivants païens sur la tombe d'un fidèle ? Ici, nous avons simplement rassemblé des inscriptions dont un certain nombre appartiennent, d'une façon certaine ou probable, à la période antérieure à la paix de l'Église. Nous reviendrons plus loin à l'épigraphie des temps postérieurs.

Corp. inscr. lat., t. vx, n. 37282. d'Alger :


MEMORIE ANTONI DONATI INNOCENTIS : VIXIT ANNIS III DIES X AN T'IANVA RIVS PRAEF-EQQ-FILIO A

^. Flavia Concordia :


FL :MARTIDIO PP AVXILIARIORVM MILLE EQVI


FILIV& PATRI CARISSIMO ARCAM COMP ARA


TVR

liz. 1, praeposito ; auxiliariorum miliarensium, d'après | Bertolini ; lig. 2, Exu [per Jancius, les trois dernières lettres ont été rejetées à la fin de la ligne 3 ; lig. 4, contriverit plutôt que contrectaverit.


STOLAT -FEMINAE QVINT[i] QGERMANI PRIMIPILARIS FILIAE QVAE REDD ANNOR :XXX


FLAVIVS VALENS B F :COS-PANNON SVPER CONIVGI KARISSIMAE :

1 x lab DE NP NE t iow 6. Rome, au musée de Latran :


BENEMERENT - QVOIVGI CENTIE QVE VIXIT AN


NOS XXX ET REAAEAIT XIII KAL-MAIAS-MARITVS AVRELI 5 ANVS QVI M.LITAVIT CENTVRIO AN XXX

— côté gauche : PAVLINA Q-V-AN-XL ! MEM DEP-XI LE. KAL-OCT :

| — lig. 3, reddedit (spiritum). — Bibl. — Corp. inscr. lal., t. vr, n. 32974 ; Marucchi, | — I monumenti del museo Pio-Lateranense, pl. Lv, n. 7 ; “Perret, Catac. de Rome, t. v, pl. 1x, 21.

7. Ostle :


FL-HONORIO N- :P-ET FL : X


ADEODATO CENT-COH-VII


ET CR.[spino ?.. .] OCOH. II A CIV $ [iale .. Jr OSTIA ON [0r...

De l'année 386 ; lig. 2, Fabiis ; lig. 5, peut-être : - On [esimus... fecil.

Bibl, — Corp. inscr. lal., t. xiv, n. 231. - $8. Home, conservée au musée de Ferrare :


IN PACE

n. 1.


ET MARIVS NIGIDIANVS FIL -Q MATRI E LON


GINQVO ADPORTATAE ET HIC CONDITAE SEX ET TRIGINTA ANN - VIXIT INCVLPATA MARITO OB SEQVIO RARO SOLO CONTENTA MARITO po |. Le nom de la défunte, d’après Hirschfeld, était gravé — sur le couvercle, lig. 1, peut-être : c(enturio) leg(iona| | rius) ; lig. 2, q(uastor) ; lig. 5, voir Corp., t. v, n. 8587 ; que viesit inculpale cum marilo.

13, Savaria, conservée au musée de Pest :


HERNILLA CONIVX FECIT MAXIMIMO CENTVRIONI CARO SVO BENEMERITO VIRGI NIO Svo MEM - POSV IT ANN : [ui]XI T XLVI-


FLAVI MARTIALIS CENTVRIO VIX


IT IN PACE ANI

S XXXV


LE p Mp S . LÉ VALERIVS GERMAN VS HORDINATVS VIXI T ANIS LSSII DISCESSI 5 T V4I I2DVS APRILES : VALE -RIVS CONSTANTINVS FIr] ATER ET VALERII S[. . et] DONATVS FILI PATRI KA [ri[SSIMO ET BENE MERE 10 DOMVM ROMVLAIST [itc' ERVNT AN PP CCCXLVV.

Ko MS

O ET SECVNAO QVI VIX


IA MARITA EI IVS MEMO


RATIONE FECERVNT P

lig. 4, p(lus)m(inus) an. et le chiffre d'années n'est pas marqué ; lig. 7 (anno) p(rovincis ).

Q-RACONIAE CYRIACETI CONIVGI D V LCISSIME ET INCOMPARABILI VNI VIRIAE CASTE BONE QVE VIXIT ANNIS XXI MES VIII DIAEBVS Il QIVLIVS DONATIANVS OPTIO « COH IIl défunte était née le 4 des nones de janvier 325, elle avait été mariée le 18 des cal. de Janvier 357, à l'âge de 12 ans, 11 mois et 14 jours ; enfin, elle est morte la veille des nones d'octobre 346, après 8 ans, 9 mois et 24 jours de mariage ; elle était âgée de 21 ans, 9 mois, 2 jours ; lig. 4, optio cenluriæ.

1159 18, Près de Salone, grand sarcophage de marbre :


HIC IN PACE IACET LEONTIVS EX OPTIONE OFFICIO MAGISTRI EQ -ET PEDITVM QVEM TERRA EXTERA DVXIT QVI VIXIT ANNVS XL VITAM :ANTE ROMA QVE SERVIVIT AN lig. 1, Leontius était erogator militaris annonz ; cf. Godefroy, ad cod. Theod., VIL, 1v, 1 ; lig. 4, ante roma, lire A zi> te(na) Roma(na) ; lig. 6, au lieu de ef la pierre porte fe ; lig. 7, corpus, celui de Leontius et celui de sa femme.

19, Lalla Maghnia (Numerus Syrorum ), détruite :


MARI OP :NZSV


RORVM QVI VIXIT AN NIS PM XXXSI-POSSI DIA MANILIA MARI


COMINIO MAXI MO EVOCATO COHO


RTIS X VRBANAE QVI DE POSITVS EST DIE XV KAL-MART :

1160. evocati, cf. J. Schmidt, dans Hermès, t. xiv, p. 352 sq. : Mommsen, Ephem. epigr., t. v, p. 154, conclut de l'inscription chrétienne d'un evocatus (Corp. inser. lat., t. vr, 2870, ci-dessus, n. 20) que l'institution persistait encore après Constantin ; mais l'inscription est antérieure de plus d'un siècle à Constantin.

Bibl. — Corp. inser. lat., t. vi, n. 3440.


NES EX EVOCATO QVE VIX-MECVM XY

V AN -XIET MS-IIL ET DIES XV y 2) AVR-HERMOGENES EX EVOCATO QVI VIXIT ANNIS P-M-L :AVR-PROPINQVVS ET VAL : CAIANVS ET VAL-DIOGENES CONTVB MERENTI FECER :

À la même époque appartient Aur. Hermogenes lector equitum singularium, dans Corp. inser. lal, t. VI, n. 31165 ; H. Dessau, Inscr. lat. select., n. 2190. ES — Corp. inscr. lat., t. vi, n. 3417, add., p. 3394, 24, Home, cimetière de Calliste, conservée au musé de Latran :


DEP-IVLIES LEES VII KAL :AVG : ANTONINVS BF-MARITVS BENEMERENTI FECIT IN PACE

lig. 1, depositio ; lig. 2, beneficiarius. Les beneficiarii étaient fort nombreux durant la république et sous l'empire. D'une manière générale, on peut dire que tous les officiers et tous les principaux étaient les benefictarti du chef auquel ils devaient leur grade. Dans les armées de l'empire, tous les officiers supérieurs avaient un nombre de beneficiarii en rapport avec leur rang.

Bibl, — Corp. inscr. lal., t. vi, n. 32971 ; Marucchi, Monum., pl. Lv, n. 15.

=, Home, tablette de marbre in situ, quand on descend dans l'église Sainte-Agnès sur la voie Nomentane, gravure très mauvaise :

[s SEPTEMB-FL-IVSTINO VCC[ons].. T Dbe l'année 450. l Bibl. — Corp. inser. lat., t. vi, n. 33711 ; De Rossi, ] ni n. T uS TN 32, Rome, cimetière de Cyria que (Boldetti) : — Inscr. chris I, n. Ó 21, Rome, dans le pavement, devant la porte de PYRRO MILITI VRBICA Von |-. Saint-Martin-des-Monts, la partie gauche a été retirée BENE MERENTI FECIT ‘| ? et transportée au musée de Latran, le texte est complété par des copies manuscrites :

33. Rome, cimetière de Cyria que (Boldetti), un


NON MIHI SVFFICIEBAT HABVISSE VITA TECVM PER TEMPORE MALA

— HAEC TVA MI DEMISISTI PIGNERA FRVCTVS QVAS DESIDERABAS MECVM[per inle]JRMINATA VOTA

|] OPTAVERAM DVLCISSIMA CONIVX VT BONA VIDEREMVS SIMVL....

T^ | ANIMAM QVIDEM TVAM SVSCEPIT DIVINA POTESTAS À QVA CREDO PECCATA POSSE TIBI DEMITTI J 19 HIC QVIESCIT DE QVA SVPERIVS LEGISTI - QVI LEGIS REVERTERE PER CAPITA VERSORVM ET M INVENIS PROPIVM NOMEN-QVE VIX ANN :PM-QOIII-DEC- !N. EXILIO [...] MAR-APPIO-VC-


FL HIERAC*'VRB : MART : SS : DEFVNCTE [ :- :] DEP VI ID :MAHT

Buecheler ; lig. 5, hæc, original ; nec, recommandé par qo mecum ...nminata, Manutius propose : mecum geminata ; Totes | et : E | q r €. Fl. Hieracius urbanicianus marit. supra scriptae lat., t. vt, n. 3565, 329 s i el toto penilus pectore fira meo, te pudor et probitas coram fecere marito i [^ Diehl, Inscr. lat., pl. xxxv, n. 2. conservans que loros inviolata fi des. | ~ Lière de Domitille, une des plus anciennes inscriptions chrétiennes : nunc lua deserli quærunt solacia nati, i D :M : ingemit el tristis te moriente domus, à COSSVTIVS EV suscipe quapropter carmen ferale Bonili, TYCHES AVRELI quod mihi luctificum est, sed libi dulce nimis. x AE ROMANAE CON f 5 IVGI KAR-DVLCIS- ; BENE M-FECIT-CVN E QVO VIX-ANN XXVIII SECVNDA-PARTHICA SE VER FAVIANO MVC 10 CON Il ! IDVS APRIL | Lig. 7 s. : cum qua vixit annos X XVIII, de legione secunda Parthica Severiana, laquelle doit son nom à Séptime-Sévère ;


OR NRA PE MERE TP l stirpe Novempo [pulana .................] | Gallica terra dom [us ............ :-....., ] ij [mi ]I/tiam placidis [.................... ] [co Jeperat interea [..-..-- rinm ] PART eed BUE EA or zs Ims isa Sl |i co DA TM [edidi FES SRE | He en eer ee (s stirpe] Novempopu [lana ] 1163 Bibl. — Corp. inscr. lal., t. vi, n. 32981. 36. Rome, d'un cimetiére romain, les suppléments ont été proposés par De Rossi et par Buecheler :

[quis que vi des tu ]mulum, cogi [ta......


ARE ]mraptum ^H eres eie IR ER ee t] eneris lact [atus ab annis] [.....] sonus sermonis [.....] [m pet Jeret Romanis m [issus ab oris] [AR Je probitus ipso in c[..... ] PES r Jeperit quod non sp [erabat...] [nam sua membra dedi ]t terris, ut redd [eret astris | [spiritum ovans sanc ]tis hic fuit spes [una suorum ] [sed binis no viis complevit t [empus in annis]. [at tu parce, pa ]ter, lacrimis, compes [ce dolores ], [nam cælo est na ]tus quem tellus i [nvida condit ] [...def...] Aug. Mediol [anii], perduct [us ] [Bomam... Honorio n. p. et Fl. Evodio [conss.] :

H. Egger, LOC-ERP. . .S VICXIT A. XXII MEN]s. . -]VII MILIT. - - SENVCARIS[. . .]X DEPOSITV[s. .Ka] : fragment provenant du cimetiére de Cal1164 43, Civita Vecchia, conservée au musée du Louvre : — ERCLANIVS c[r] EGARIVS VI ? [if an] NIS XXXX OC [cisu] S AMALIBV [s] liz. 4 : il s'agit d'une peuplade thessalienne. Bibl. — Corp. inscr. lal., t. x1, n. 7586. 4%, Rome, cimetière de Domitille, perdue : lig 3, il n'y a pas lieu d'entendre ceci d'une decimæ M cohorlis præloriæ, ni d'un decurio conorlis I Cellib- -

B*M-


FLAVIO AVRELIANO VETERANO :QVI VIXIT ANNIS LXII MESES V

50, Brescia, détruite :

Bibl. — Corp. inscr. lal., t. v, n. 4366. 91, Aquino :

D-M :SSACRETIO INGENVO VETE RAN O HOMINI DVLCISSI MO ADOVE PIISSIMO SA CRETIA CLAVDIANE COIV 5 GI OPTIMO CVM QVO VIXIT ANNIS XXV BONE MEMO RIAE VIRO Voir Dictionn., t. virr, col. 298, n. 19.

53. Paris, provenance incertaine :


TVS IN PACE


TVS VETRA 5 NVS

Garrucci, Roller, Marucchi voient ici un saint Milix habillé une fois en officier, une fois en légionnaire. A. De Waal observe avec raison que ce saint représenté deux fois dans le même cimetière a dû jouir d'un culte assez long à Rome et, néanmoins, on ne le rencontre nulle part dans les anciens martyrologes. Peut-être la raison en est-elle qu'on a trouvé au cimetière de Nicoméde une pierre brisée de cha que cóté et portant ces mots : dio]NISIVS MILIX COH S[....

Ledéfunt appartenait à la sixième cohorte prétorienne : casernée non loin de là. Un prétorien de la même cohorte a été enterré au cimetière Ostrien :


LICINEIVS MILIX PRETORIANVS AVR : PRICE COCCVVCI [KBENE MERENTIIN. PACECOH- VI

29 Au cimetière de Generosa, sur la voie de Porto, | une fresque de la première moitié du vi siècle nous offre, à droite du Sauveur, les saints Faustinien et Rufinien ?. Le dernier porte les vêtements militaires ; sur - la chlamyde qui couvre l'épaule et le bras gauches, il porte en main une couronne qu'il soulève avec la main droite. La tunique a sur l'épaule droite une agrafe ronde, sur le bord du vêtement une bande rouge et aux genoux de petits ornements, insignes d'un grade. C'est un membre de la garde impériale palatine qu'on peut identifier avec le Rufus mentionné dans les actes de saint Chrysogone ?.

Cette fresque est du v* siècle. Saint Sébastien se trouve au second plan, en sorte qu'on ne voit que sa tête et sa poitrine, c'est pour cette raison peut-être que le peintre n'a pas précisé le vêtement militaire, qui se compose d'une simple tunique, barbe et cheveux courts.

1167 orants !, Le père porte un vêtement militaire de l'époque byzantine : il a nom Théotécne (voir Dictionn., t. vit, col. 2143, fig. 6142).

10° Catacombe de Sévère. Le défunt, jeune, imberbe, est placé entre saint Pierre, saint Paul et deux autres saints : Janvier et Sévère ? Il est vêtu d'une riche chlamyde, tient un livre et fait de la main droite le geste de l'allocution. Une couronne est suspendue au-dessus de sa tête. sur les sarcophages chrétiens, le défunt est souvent représenté, mais il est rare qu'il porte le vêtement militaire ; on pourrait citer un sarcophage de Milan où le mari porte la chlamyde et tient un rouleau.


AXDX. UNE CARRIÈRE MILITAIRE AU IV ? SIÈCLE, — Marseille, sarcophage originaire d'Arles transporté au musée de Marseille :


BENE PAVSANTI IN PACE G5 FL MEMORIO cs VP QVI MILIT INTŒIOVIANOS ANNOS XXVIII PROSDOM%AN VI PRAEG LANCIARIS SEN......RIB...AN III COMES RIPE AN | COM MAVRETSTING AN III


VIX AN LXXV PRAESIDIA CON.....ARITO DVLCISSIMO.

Bene pausanti in pace, Flfavio) Memorio, v(iro) p (erfectissimo ), qui milit(avit) inl(er) Jovianos annos AXVIII,pro(tector ) dom (esticus ) an (nos) V I, pra (fectus ) lanciaris sen[ior (ibus et iunio]rib(us) an(nos) III, comes rip(a)e annum I, com(es) Mauret(anis) Ting- (itanz ) annos ITI, vix(it) an(nos) LXXV. Præsidia con [jux] [m ]arito dulcissimo.

La légion des Joviens ayant été créée sous Dioclétien, l'inscription ne peut être antérieure à ce règne ; elle ne peut être postérieure à l'an 430 environ qui marque la prise d'Hippone et l'occupation de l'Afrique par les Vandales, ainsi que les bords du Danube par les Goths. En outre, on procéda vers l'an 400, au dédoublement de la légion des Joviens et de celle des Lanciers ; en sorte que la carrière militaire de Fl. Memorius doit prendre place au rv* siècle.

Ce personnage a recueilli beaucoup d'honneurs, il a eu, même, le précieux avantage d'attirer sur lui l'attention de M. Camille Jullian qui a pris soin de reconstituer sa carrière, Nous ne croyons pas pouvoir mieux faire que citer sa notice :

Lors que Memorius est mort, il n'était encore que vir perfeclissimus, c'est-à-dire chevalier romain ; et, cependant, il avait exercé les plus hautes fonctions militaires, il avait été préfet, duc, comte. Or, dans la Notitia dignitatum, document du v siècle, les ducs et les comtes sont tous viri spectabi les, titre que l'on n'accordait qu'à des sénateurs, qu'à des membres de la noblesse des clarissimes. Or, Gallien avait interdit aux sénateurs l'accès des légions romaines ? ; il leur fut donc rendu au rv siècle, c'était même alors un usage administratif que les commandants militaires, tribuns, præposili ou préfets fussent, de droit, sénateurs ?. Memorius, qui est demeuré chevalier, n'a point vu la mesure qui abolit cette réforme de Gallien, dont nous chercherons ailleurs exactement la date. I] faut, en tout cas, là reculer après le règne de Constance : « Sous son règne, dit Ammien Marcellin, aucun duc ne fut promu au clarissimat ; les ducs étaient encore, s'il m'en souvient, 1168 perfectissimes . » Donc, lors que Ammien écrivait ces lignes, vers 378, les sénateurs pouvaient aspirer au poste de duc. Sans doute, ce ne fut pas Julien, ce rigoureux observateur de la discipline militaire, qui renonça à la tradition respectée par Constance lui-même. C'est très probablement entre 363 et 378, sous Valens ou Gratien qu'il faut placer la réforme relative à la collation des grades. Déjà, en 386, le code Théodosien nous apprend que les ducs (peut-être aussi les préfets et tribuns) étaient riri clarissimi .

Memorius a donc quitté le service avant 378 ; il y est entré après 286. Ce sont les deux dates extrêmes entre lesquelles il faut placer sa carrière.

Ammien Marcellin parle, à la date de 363, d'un Memorius, gouverneur de Cilicie . C'était un contemporain de Memorius d'Arles ; mais les deux personnages ne peuvent en aucune manière être identifiés. Le præses Ciliciae est un fonctionnaire de l'ordre civil, notre Memorius a été toute sa vie un soldat. Or, du temps de Constance, sous lequel sans doute il a vécu, les deux carrières, civile et militaire, étaient entièrement distinctes l'une de l'autre : « I] n'arrivait pres que jamais alors, dit Ammien Marcellin, qu'un soldat administrât les affaires civiles, et il n'y avait que des hommes endurcis par la poussière des combats qui fussent mis à la tête des troupes . » Voici la carrière suivie par Flavius Memorius :

Inter Jovianos est une formule assez rare et propre au Bas-Empire ! ? ; in legione se rencontre presque toujours dans la basse époque ! très souvent encore au IVe ; on aurait pu dire aussi : militavit Jovianus , Memorius servit vingt-huit ans comme légionnaire, il est resté sous les drapeaux huit années au delà du terme établi par la loi. La durée officielle du service militaire était toujours fixée à vingt ans, comme l'indique une constitution célébre de l'empereur Dioclétien #, Mais peu de soldats restaient exactement vingt ans au service : la moyenne, dans les premiers siècles, était de vingt-cinq ans M. On voit, par l'inscription de Memorius, qu'au Bas-Empire on prolongeait aussi volontiers le séjour dans les camps. Il semble, toutefois, qu'on le faisait moins alors qu'aux premiers temps de la monarchie !.

Les Joviani appartiennent à la prima legio Jovia, qui tirait son nom, comme la secunda legio Herculea, des surnoms que s'imposèrent, en 286, les deux augustes : Dioclétien-Jupiter et Maximien-Hercule. Avons-nous ici des troupes de nouvelle création, ou bien des légions anciennes, auxquelles on imposa une épithète ? Végèce, qui écrit vers la limite du IVe et du Ve, soutient qu'Herculiens et Joviens sont d'antiques légions danubiennes que les deux augustes jugèrent bon de récompenser de leurs services et de s'attacher particulièrement en leur donnant la préséance sur tous les corps de l'armée romaine !. Il est peu probable que ce fussent d'anciennes légions : leur armement primitif ne porte pas à le croire. En tout cas, ces deux légions portèrent les numéros d'ordre I et II et comptèrent parmi les « légions palatines » qui sont presque toujours en garnison dans la ville où se trouve la cour. Ce qui ne veut pas dire qu'elles se composent de soldats de parade ; au contraire, elles étaient recrutées parmi les plus solides et devaient entourer l'empereur sur les champs de bataille *.

2. Protector domesticus annos VI. — Après avoir servi dans les légions, Memorius est passé dans la garde. Celle-ci, au IVe, se recrutait de préférence dans les légions palatines. Les protecteurs se divisaient en deux classes : les protectores proprement dits, qui étaient des fantassins, et les protectores domestici qui servaient à cheval ?. Ceux-ci, au IVe, étaient principalement de jeunes fils de sénateurs qui venaient faire leur apprentissage du service. Nous voyons, par l'exemple de Memorius, qui était un ancien soldat, qu'on fit une exception en sa faveur ; on en citerait bien d'autres. Memorius fut protector domesticus pendant six ans, la durée ordinaire était de cinq ans.

En sa qualité de protecteur, Memorius avait un rang égal à celui d'un centurion primipilaire. Le primipilat était considéré, le plus souvent, comme le dernier terme de la carrière d'un soldat, c'était le couronnement de son existence militaire, le dies consummalionts, comme dit une inscription . Mais il pouvait aussi, en qualité de primipile, aspirer à des commandements supérieurs, devenir tribun , préfet de légion : c'était la ligne de sa vie de soldat ; ce pouvait être le commencement de sa carrière d'officier. Il en était de même des protecteurs : beaucoup de soldats, après avoir « protégé » le prince, se retiraient du service, c'est le cas de presque tous les protecteurs que les inscriptions nous font connaître. Quelques-uns aussi devenaient tribuns de légion : c'était le grade immédiatement au-dessus de celui de primipile ou de protecteur . D'autres, au lieu du tribunat, obtenaient la préfecture d'une légion. En droit, le préfet, successeur de l'ancien légat légionnaire, était le supérieur des tribuns, et il en était encore ainsi au IVe « . Mais, en fait, ces deux grades étaient regardés comme égaux, en souvenir du temps où le préfet n'était qu'un commandant de place, le subalterne du légat : presque toujours les primipiles parviennent de plain-pied à la préfecture, sans passer par le tribunat . Il en était de même pour les protecteurs.

1170 sous un même commandement, à moins qu'elles ne fussent partagées entre deux empereurs. Ammien Marcellin parle toujours des Lanciarii et des Jovíani comme s'ils formaient une seule et même troupe.

4. Comes ripæ annum 1. — Après trois années de commandement des Lanciarii, Memorius prit un gouvernement militaire en qualité de comes. Mais où ? L'épitaphe désigne ripa. Or, lorsqu'une province frontière était dédoublée, la partie la plus éloignée de Rome s'appelait partie inférieure. On abandonna plus tard cette dénomination ; la partie qui touchait à la frontière s'appela ripensis, si la limite était marquée par un fleuve ; et limilanea, si cette limite était en bordure du limes (voir ce nom). En Occident, il y avait la Dacia ripensis et le Noricum ripense. Il est probable que Memorius administra la première qui semble avoir plus particulièrement porté le nom de Ripa.

Le gouverneur d'une petite province, comme était la Dacie, porte rarement le nom de comes ; le titre de dux était l'expression usitée, et sans doute officielle. Toutefois, on a pu, à la rigueur, lui donner ce nom de comes qui n'avait rien de choquant, ni d'illégal, car les ducs avaient aussi la dignité de comtes.

D. Comes Mauretaniae Tingitanæ. — Les ducs s'appelaient aussi comtes, mais, pour eux, ce titre était une appellation honorifique, non pas le nom de leurs fonctions. Ils étaient duces et comites, comme les maîtres de la milice étaient magistri et comites. Il y avait certains fonctionnaires dont le mot de comites servait précisément à qualifier la charge. On était, par exemple, « comte de la garde impériale », comes domesticorum, « comte des étables », comes stabuli, enfin comte d'une province. Ces postes occupés par des comtes proprement dits étaient plus importants que ceux que l'on réservait aux ducs : cela va sans dire pour le commandement des gardes. La Notitia nous a donné la liste des comtes de province : ce sont, pour ne pas sortir de l'Occident, les gouverneurs militaires de Maurétanie Tingitane, d'Afrique, d'Italie, de Germanie, de Bretagne continentale, de Bretagne maritime.

Si l'on suppose que Memorius est entré au service à dix-sept ans, qui était toujours l’âge légal, il avait soixante ans au sortir de son gouvernement de Maurétanie. Il pouvait encore aspirer aux charges réservées aux comtes de provinces, celle de comes domesticorum, puis, au delà de cette dernière, la maîtrise de la milice, le commandement en chef des armées romaines.


GERONTIVS TREBVNVS... Trèves, près de l'église Saint-Paulin. Corp. inscr. lat., t. XII, n. 3680.


TRIBVNVS PIIL Rome, basilique de Saint-Paul. Corp. inscr. lat., t. vr, n. 33723.


THOMAS TRIBVNVS. Pola, baptistère de la Croix. Corp. inscr. lat., t. v, n. 304, Suppl. ital., 193.

1171 .TRIBVNVS. Orléansville. Corp. inscr. lat., t. VIII, n. 9715.


FLAVIVS BVLICVS V. :D :EX TRIBVNIS... Rome, devant la basilique Sainte-Marie-in-Cosmedin. Corp. inscr. lat., t. vr, n. 31979.

.1VS VALENTINVS EX TRIBVNIS... Pouzzo les (au musée de Naples). Corp. inscr. lat., t. x, n. 3300.


FL-APARENTA... EX TRIBVN !S... Aquilée, à Saint-Félix. Corp. inscr. lat., t. v, n. 1652 ; G. Marini, Alti e monumenti di Arpali, n. 296 b.

-TREBVNVS [equitum] PROMOTORVM. Rome, piazza Lucina (à l'American School). The american journal of archæology, 1906, p. 426.


FL :MARCARIDVS TRIBVNVS MILITVM RVM IVNIORVM... Julia Concordia. Corp. inscr. lat., t. v, n. 8753 ; O. Fiebiger et L. Schmidt, Inschriftensammlung zur Geschichle der Oslgermanen, dans Denkschriften d. kais. Akad. d. Wissensch., t. Lx, 3° part., Wien, 1917, n. 316.


FL :ZIPERIS TRIBUUN : ? FEL icium IVSTinianorum... d'Alger) Corp. inscr. lat, t. vir, m. H. Dessau, op. cit., n. 2812.

Numeri PRIM anorum, IOVCTINOC TPIBOYNOC . BAAENTINIANHCIOYM... Corp. inscr. lat., t. vir, n. 9481.


HODER !CI... QVI CAPYS IN NOMERO VICARII,

Tréves, Saint-Maximin (au musée). Buecheler, Carmina | latina epigraphica, 1895-1897, n. 792 t. XIII, n. 3683.


HERACLIVS,.. FVIT PRAEPOSITVS MILITVM FOTENSI !VM... Rome, plaque de marbre transportée du Vatican au musée de Latran. Corp. inscr. lat., t. v1, n. 32969 ; H. Dessau, op. cit, n. 2786 : Marucchi, I monumenti del museo cristiano Pio-Lateranense, pl. nv, n. 3.


IVSTINIANVS PPÍpriepositus)... Raven Hill, entre Whitby et Scarborough. E. Huebner, Inser. Britann, christ., n. 185.

; Corp. inscr. lat., Marseille. Corp. inscr. lat., SEX PR æposilis... Mayence. Corp. inscr. lat., t. XIM, n. 11926. ..EMALAC SPATARIVS DOMNI PATRICI BILISARI... Rome, à Saint-Pancrace. Corp. inscr. lat., t. vr, n. 9898 ; Marucchi, T monumenti, pl. LXVII, 6.


SALVIVS ANTONIAE DRVSI SPATARIVS. Corp. inscr. lat., t. vr ; n. 9043.


FLCASTINO SINGVLARI OFFicit Præfeclorum Prilorio... Rome, cimetière de Priscille (au musée de Latran). Corp. inscr. lat., t. vr, n. 8398 ; Marucchi, I monumenti, pl. Lv, n. 9.

M :VALERIO FLORENTIO ACTVARIO COMITVM IMP... Suasa (au palais d'Urbin). Muratori, Nov. thes.

1172 SALLVSTIVS SEVERIANVS EXCEPTOR praef - VRBI... Roma, au campo Verano. Bull. comun., 1907 ; p. 218 ; Corp. inscr. lat., t. vi, n. 37741. | THEODVLVS... HONOREM MILIT AE. PERFVNCTVS... CORNICVLORVM... Rome, cimetière de Cal| liste, De Rossi, Roma sotlerr., t. II, 27 2296 ; Buecheler,


LOVIO- |

Ruszunie (au musée | Carmina epigraphica, n. 744.

…AVR-MARCIANVS CORN :TRIB-... Rome, cimetière de Saturnin sur la voie Salaire neuve. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 3573.


FL : THALASSI EX CORNICVLARIO... Corp. inscr, lat., t. 111, n. 9513.

P... SVB ADIVVA OFFICII INL Prefectura... salone. Corp. inscr. lat., t. 111, n. 9518 ; H. Dessau, op. cit., n. 9045.

L :INNOCENTIVS NVM erarius... inscr. lat., t. vri, n. 8629.

-VASSIONI CAMPED ecfori NVMERI BATAOR : SEN -…. Julia Concordia. Corp. inscr. lat., t. v, n. 8773 ; H. Dessau, op. cit, n. 2803.


ET MEmorialis DOCtor EQuitum AC Pedilum.... Troia dans la Fouille. Corp. inscr. lat., t. 1x, n. 952 ; Buecheler, Carmina epigraphica, n. 1340.

-..MARCELLINVS SIGN-COH-VII PRætorie.. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 2651 a. | VAL : GENIALIS MILEX LEGIONIS SECVNDE DIVITENSIVM ITALICE SINGNIFER... Rome, tablette Salone.

Sétif. Corp.

. Rome.

H. Dessau, op. cit., n. 2346.

„MAGISTER BAICCA... inscr. lat., t. v, n. 8988 c.


FL VRSICINVS... MILITANS IN OFFICIO MAGISTRI... Rome, cimetière urbain (au musée du Vatican, puis au musée de Latran). Corp. inscr. lat., t. vi. n. 32978 ; Marucchi, 7 monumenti, pl. Lv, n. 10.


FL-GAVDENTIVS V-DFProTector Lateris Divini... Rome, près de Saint-Laurent in Lucina. Corp. inscr. lat., t. vr, n. 32940.


FL-AVRELIVS PROT :DOMESTICVS... Saint-Vital. Corp. inscr. lat., t. v, n. 6226. ] Julia Concordia. Corp.

Milan, à


LED


MILITARISME 1174 ..EVSEVIVS PRIMICERIVS... Canuse, détruite. Corp. inscr. lat., t. 1x, n. 412 b, datée de 549. … CL :DVLCITIVS PRM... in agro Compsino. Corp. diese à 1173 FL :GABSO P/(ROJ)TECTOR DOMESTIC(VS) EX - TRIBV (nis)... Trèves, Saint-Maximin. E. Le Blant, = z n Inscript. de la Gaule, t. 1, n. 252 ; Corp. inscr. lat., t. XIII, n. 3681.

-.FLVALENTIS PROTECTOR... Rome, portique | de Sainte-Balbine sur l'Aventin (au musée de Latran). Corp. inscr. lat., t. vi, n. 32941 ; Marucchi, 7 monumenti, pl. 1v, n. 11.


FL : FAN DIG'L du S PROTECTOR DE NVMERO ARMIGER ORVM... Julia Concordia. Corp. inscr. lat., t. v, n. 3747.

[domesticu ]S... Toulouse. Corp. inscr. lat, t. Xin n. 673, 5385.

...MV/NAfianus ?... protecrOR DE NVMERO... Marusinac. Corp. inscr. lat., t. r1 :, n. 14918.


FL :ZIPERGA P' DE Numero PRIME MARTIE ViCtricis... Julia Concordia. Notizie degli scavi, 1890, p. 340, n. 5 i FL-FAVSTINIANVS V-D-DOMesTicus... Florence. Corp. inscr. lat., t. x1, n. 1781.


SAGRECIVS DOMESTICVS... Vienne en Dauphiné, Corp. inscr. lat., t. xir, n. 2103 ; O. Fiebiger et FLAVIVS AVVS DOMESTICVS... Corp. inscr. lat., | L. VIII, n. 2272.


FL : CARPILIO DOMESTIcus DE NVMero BATavorum SENiorum... Julia Concordia, Corp. inscr. lat., t. v, n. 8743.


FL* :VICTVRINVS Domeslicus Numeri BATAORVM SENIORUM... Julia Concordia. Corp. inscr. lat., t. v, n. 8761.


LAVRENTIVS V. C. PALATINVS... Aquilée. Corp. inscr. lat., t. v, n. 1592.


PACCIVS ACACIVS PALATINVS... Rome, cimetière de Cyria que. Corp. inscr. lat., t. vr, n. 32961.


PALATINO FLA-ANTIO... Beligna, prés Aquilée. Corp. inscr. lat., t. v, n. 1655. inscr. lat., t. rx, n. 1080.

..PRAVSIVS EMIFER !VS, on croirait pouvoir corriger en Faustus premicerius, si le défunt n'était trépassé à l'âge de 2 ans, 8 mois. Corp. inscr. lat., t. x, n. 4490.

..DONATVS PRIMICERIVS... Theveste. Corp. inscr. lat., t. virr, n. 10637, add., p. 1576, 2731.

+ ZIMARCVS PRIMICERIVS NORITARVM ... Aquilée. Corp. inscr. lat., t. v, n. 1614.


MARCELLI PRMiceri... Cimitile, près de Nole. Corp. inscr. lat., t. x, n. 1346.

..VITALIANI PRIMICERI ET AVTENTA NVMERI (felicium)THEODOSIACOORUM….. Rome, à Sainte-Cécile. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 32970 ; De Rossi, Inscr. christ. urb. Rom., t. 1, n. 1178 ; sur les milites Theodosiacos. cf. Notit. dignit. Or., 6, 33 ; 8, 27.

-ANTIOCHOS CANDIDATVS PREMECER latus... Rome, à Saint-Martin-des-Monts. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 32953 ; De Rossi, Inscr. christ. urb. Rom., t. 1, n. 748, datée de 450.

„NOBILIS LEGIONIS... PRICIPIS PRIORIS... Ostie (au musée de Latran). Corp. inscr. lat., t. vi, n. 3651 ; t. XIV ; n. 229.


MARITIS SENATOR DE NVMERV BIS ELECTVM... Hippone. Corp. inscr. lat., t. vitz, n. 17414 ; ce numerus était qualifié bis eleclorum probablement pour lui faire honneur, attester sa bravoure et sa croyance, comme les légions nommées bis pic, bis fide les.

FausTINVS SCVTAR-E scolaprima SENATOR... Ostie. Corp. inscr. lat., t. vr, n. 32948, ..TERGO DVCEN-QVvi mil. annu VNV-EQVI-VHI DALM... Julia Concordia. Corp. inscr. lat., t. v, n. 8777 ; il semble que le défunt ait servi pendant un an comme ducenarius dans la vexillalio equitum Octavo-Dalmatarum.


FLAVIVS SAVINVS DVCENARIVS DE NVMERO BATAVORVM SENiorum.… Julia Concordia. Corp. inscr. lat., t. v, n. 8759.

..EVCARI DVK-SCVT* : SCOL : SECVND... Home, Saint-Paul-hors-les-Murs. Corp. inscr. lat, t. VI, n. 32949, un dukenarius.

1175 FLAVIVS SEVERIANVS CENTENARIVS DE NVMERVM EQUITUM CATAFRACTARIORVM, Julia Concordia. Nol. degli scavi, 1890, p. 343, n. 9.


FL :ROVEOS CENTENARIVS DE EOVITVM COMITIS SENIorum SAGIT/ariorum... Julia Concordia. Corp. inscr. lat., t. v, n. 8758.


FL :MESSIO Centenario EX FABrica SAG... Julia Concordia. Notizie degli scavi, 1890, p. 172.


SATVRNINVS CENTENAR :... Julia Concordia, Corp. inscr. lat., t. v, n. 8771 ; H. Dessau. Inser. lat. select., n. 1962.

-..NTIO VD AG :'IN REB.... Vatican). De Rossi, Inser. christ. urb. Rom., t. 1, n. 997 ; Corp. inscr. lat., t. vi, n. 32874 ; agens in rebus.

+ LOCVS OPPORTVNI CIRCITORIS... Home, dans le pavement de Sainte-Balbine. Corp. inscr. lat., L. vr, n. 9257.

..VAL :MAXENTIO AEQ-EX NVMERO LANCIARIORVM... Rome, entre les voies Nomentane et Tiburtine. Corp. inscr. lat., t. vr, n. 32965.

Borde aux, ancien cimetiére Saint-Seurin (allées Damour). Sarcophage dégagé le 10 décembre 1909 : le couvercle portait, encastrée dans la pierre tendre de Bourg, une pla que de marbre blanc d'Italie, mesurant 0 m. 88 de long sur 0 m. 42 de large, percée de quatre trous pour recevoir des goujons qui n'on t'pas été utilisés ; le marbre [fut scellé avec du mortier. Au sommet, le monogramme chrétien orné de huit étoi les dans le champ e t'hccosté de deux colombes portant dans le bec le rameau d'olivier. Le chrisme est en creux, les colombes en relief léger (fig. 8078). Au-dessous, l'inscription est disposée sur cinq lignes réglées d'un double filet :

H Jic iacit Fla(vi anus de numero Matliacorum sentorum qui vixs(i ) ! annus quaraginta et quin que et dismisit grande (m ) crudeli (ta )te (m )uxsort et fili(t)s(s)uts. Au Home (au musée du point de vue paléographi que, l'inscription est de basse | épo que : la dernière ligne est passablement incorrecte.

1176 On trouvera le détail des observations dans la notice de M. P. Courteault. L'épitaphe commémore un soldat du numerus des Mattiaci seniores. On sait que le mot numeri désignait, sous l'empire, des corps d'armée composés de barbares. C'étaient, à l'origine, des mili ces loca les ou provincia les, chargées de la protection des frontières . Dès l'épo que de Trajan, on les utilisa hors de leur pays d'origine, avec les auxiliaires réguliers. A partir du 11° siècle, nous avons eu déjà l'occasion de le dire, le recrutement de l'armée étant devenu régional, il parut nécessaire de renforcer certains corps d'armée provinci aux par des éléments de choix tirés d'ailleurs . Mommsen pense qu'à partir de Dioclétien, le mot numerus n'a plus, dans les textes, le sens précis de d e corps de barbares irrégulier, mais-qu'il s'appli que aussi aux corps réguliers *. Il paraît avoir conservé son sens propre dans la présente inscription. L'indication est très précise, et Flavinus parait bien étre un cognomen germani que.

Les Mattiaques étaient des Germains cantonnés entre le Mein et la Lahn, dans le quadrilatère dont Francfort, Mayence, Coblentz et Wetzlar sont les sommets. Leur ville, Malttiacon, citée par Pline l'Ancien comme possédant des e aux therma les, est identifiée avec Wiesbaden *.

Les numeri des Mattiaques (seniores et Juniores) sont connus par la Notitia dignitatum et par les inscriptions. Ils figurent dans la Nofifia parmi les troupes auxiliaires palatines sub dispositione viri illustris magistré peditum præsentalis *.

— Les seniores sont connus par deux inscriptions trouvées à Concordia en Carniole *. Les juniores sont mentionnés, avec le nom de Gallicani, comme ayant tenu garnison en Gaule !. L'inscription qu'on vient de lire signale, pour la première fois, un soldat des seniores enterré en Gaule, à Borde aux.

La date en est fixée par M. C. Jullian vers la fin du 1v ? ou le début du v siècle. Les particularités paléographiques et la rédaction concordent avec les monnaies trouvées dans le sarcophage pour faire accepter cette date *.

Bibl. — C. Jullian, dans Comptes rendus de l'Aca- | démie des inscriplions, 17 déc. 1909 ; P. Courteault, Inscription chrétienne du cimetière primitif de SaintSeurin à Borde aux, dans Revue des étu des anciennes, t. xir, 1910, p. 67-72 ; Corp. inser. lat., t. xit, n. 11032 ; H. Dessau, Inscr. lat. select., n. 9215.

Le numerus Matlicorum est représenté par d'autres inscriptions : | F L'AMPIO SEMISSALIS DE N-MATTIACORVM SEN... à Julia Concordia. Corp. inscr. lat., t. v, n. 8739 ; H. Dessau, Inscr. lat., select, n. 2800.


FL :DASSIOLVS VETRANVS DE NVMERO MATIACORVM IVNIORVM.. à Julia Concordia. Corp. inscr. lat., t. v, n. 8744, suppl. ital., 405.


FL :IANVARIVS VET :DE NVMERO MATTIACOR : IVNIOR... à Julia Concordia. Corp. inscr. lat., t. v, n. 8751.

Sur un plomb byzantin trouvé à Carthage : d CONSTR IVSMAGIS TRV MILI


TVM

Sbeitla (Sufetula), aujour d'hui au musée du Bardo. Couvercle formé de deux dal les rectangulaires, épaisses de 0 m. 10 et formant, par leur assemblage, une surface longue de 1 m. 50 et large de 0 m. 50, haut. des lettres, 0 m. 06 à 0 m. 08.


DP EST II KL


INDC XIII -È

Pompeianus miajg{ister) m(i)l(itum) fidelis in | Chr (ist )o bixil in pac(e), annis LXVIII d(e)p(ositus) est die 11 (ante) k(ajlfendas) marlias ind(ijeftione ) XIII.

Épo que byzantine.

Hippone (trouvée près d’) conservée au musée de Cháteaudun :


BVRALDO MILEX DE NVM HIPP REG VIXIT © IN PACE ANN XL MILITA BIT XSII CVI EBI S D Ill N IVL INDI T N NONA Buraldo, mi les de numero Hipponensium regiensium vixit in pace annos XL, militavit (annos) XVIII ; quievit) srub) d(ie) 111 n(onas) jul(ias) indi(c)t(io) n(e) nona.


FELICISSIMVS MILES... Boldetti, Osservazioni, p. 416.

C-IVL-FLORENTIN-M L :COH :VI-PR-CER... Rome, cimetière de Sainte-Agnès. Fabretti, Inser. antiq., 1699, p. 572, n. LYT.

..RENTIO - MILEX... Home, méme cimetière. Marucchi, JZ monumenti, pl. LXXII, n. 41.

A EI Djem (voir ce nom) un centurion chrétien :

Il faudrait, sans doute, répéter une fois de plus ici à ceux qui s'étonnent de ne pas trouver des listes complétes que le Dictionnaire n'est pas un Corpus et que les textes et les référen ces de la présente liste permettront à ceux qui veulent entreprendre ce Corpus des soldats et des officiers chrétiens d'aller plus loin que le point où nous nous sommes arrêté. Nous avons à peine eflleuré l'épigraphie grec que où on pourrait recueillir beaucoup de noms, en ramener aussi quelques-uns par exemple à Akhmin, à Edfou, ou au lieu de orc(xrnyoû) il faut lire probablement cczp(xctocou). Cf. G. Lefebvre, Inscriptions grecques chrétiennes d'Égypte, 1907, n. 276, 599. Nous terminerons ce choix de textes par un dernier.

Thessaloni que, aujour d'hui au musée de Bruxel les. Pla que de marbre blanc, haut, 0 m. 22, larg. 0 m. 28, épaiss. 0 m. 02, haut. des lettres 0 m. 013 :


POC + Kuunthorov movóswuov. “EvD x vouépov Acxxoi[o]v €INOYPOC Le lapicide a répété par erreur les deux derniéres syllabes acuov. Le Maximien de cette épitaphe était un 1179 militaire faisant partie d'un numerus (vousgou), mot | qui, au Iv* siècle, ne signifie pas autre chose que « corps de troupe ». On remarquera le nom Maximien ; il devait être fréquent dans les troupes de l'Illyricum, depuis qu'el les avaient fourni deux Maximiens à l'empire, l'un né en Pannonie, l'autre Thrace, du pays de Sardi que.

- 8. J. Baumgarten, Examen sententiae velerum christianorum de militia, in-4°, Halae Magdeburgicæ, 1731, 1741, 1745. — J.-F. Beth une-Baker, Jnjluence of christianily on war, in-12, Cambridge, 1888. — E. Beurlier, Les chrétiens et le service militaire pendant les {rois premiers sièc les. Conférence faite au cercle du 1180 1181 - in-18, Paris, 1891. — L. de Regibus, Milizia e cristiane—

Du régime militaire sous l'empire romain du IV* au


MILLÉNARISME. — I. Les origines. II. Les premiers temps. IH. Fin du millénarisme en Orient. IV. Fin du millénarisme en Occident. V. Survivan ces. VI. Bibliographie.

I. LES ORIGINES. — On peut dire que, si le peuple juif, pris dans son ensemble, manifesta à son Dieu un extréme attachement, ce fut un peu à la manière dont un homme qui se noie s'accroche à celui qui essaie de le sauver. La relation établie entre Yahweh et la descendance d'Abraham consistait, d'une part, à tout accorder et à tout pardonner, d'autre part, à tout oser et à tout exiger. Le peuple d'Israël, pour cette raison qu'il est le « peuple de Dieu », croit pouvoir tout se permettre et tout attendre de Celui qui l'a, imprudemment, voudrait-on oser dire, lié à sa puissance infinie. Le contrat passé sur le sommet du Sinai engage surtout Yahweh et on le lui rappelle en toute circonstance. Gha que infort une nationale ou individuelle souléve d'ardentes réclamations, comme si la divinité se dérobait aux charges de l'alliance qu'Israél exécute ponctuellement. Ja mais nation bousculée par les voisins n'a réclamé avec plus de hauteur l'intervention protectrice qu'elle se croit due. Ja mais peuple, malmené par les vainqueurs qu'il a provoqués de cent facons, n'a protesté avec plus de verdeur contre l'abstention de la divinité qu'elle assigne à prendre sa défense et à procurer son triomphe. Pour ramener Israél au sentiment des distan ces, il faut que, à leurs risques et périls, les prophétes disent au peuple de Dieu qu'il a mérité son chätiment par les crimes qu'il a commis. Et,


MILLÉNARISME 1182 comme s'il fallait trouver une excuse à Yahweh, on explique que sa sévérité n'est que l'exacte revanche des outrages dont elle se trouve ainsi en droit de tirer vengeance. C'est déjà, en Israël, la balance du Devoir et Avoir. Si, au lieu des mauvais procédés, la nation élue avait prodigué les témoignages de soumission et de piété, elle obtiendrait un traitement très différent et, au sein de la puissance, nagerait dans la prospérité. Israël s'étonnait fort que les gentils, dont il était la victime, fussent mieux traités que lui-même, car il les voyait également corrompus et coupables ; mais il se disait qu'après tout ce n'était qu'un fâcheux moment à passer et, qu'une fois les crimes expiés, Yahweh, définitivement apaisé, rendrait ses bonnes grâces à un peuple redevenu digne de lui et alors viendrait l'heure de la victoire, l'établissement de la puissance absolue, la confusion, l'extermination et l'exploitation des ennemis de Dieu et d'Israël enveloppés dans un irréparable désastre, subjugués sous un égal asservissement.

C'était, jusque-là, un fâcheux moment à passer sans doute, mais la grandeur des compensations futures faisait prendre le mal présent en patience. Plusieurs d'entre les prophètes avaient laissé entrevoir une compensation dont toutes les circonstances étaient si minutieusement prédites que la nation vivait dans l'attente de cette prospérité merveilleuse, à laquelle présiderait un successeur, à la fois descendant et concitoyen de David qu'il dépasserait au point de l'éclipser presque. Afin de donner une idée plus complète à des esprits très matériels, les prophètes avaient insisté sur les avantages de toute sorte ; ils étaient entrés dans des détails bien faits pour donner l'idée d'une exceptionnelle fécondité et de l'extraordinaire prospérité qui ne pouvait qu'en être la conséquence. Toute cette promesse se résumait en l'idée de réunion des éléments dispersés d'un peuple exercant une domination irrésistible et asservissant les nations au profit d'Israël. Semblable perspective satisfaisait trop complètement les aspirations juives pour que, sauf de rares exceptions, le peuple qui s'en repaissait, consentît à accepter une interprétation d'ordre moins matériel. Quelques âmes d'une éminente vertu, Ézéchiel et Isaïe, s'efforcèrent d'inculquer l'idée d'une restauration d'ordre surnaturel de la ville et du pays d'Israël ; on ne les écouta guère, ou bien on ne les comprit pas. L'avidité instinctive d'une part, la vanité patriotique, d'autre part, se conjuraient pour qu'un si brillant avenir ne se dissipât point en explications spirituelles, vides, en apparence, de réalités.

Mais les circonstances politiques, en même temps que les persécutions religieuses, mettaient la foi des croyants à une longue et rude épreuve. Le prophète Daniel écrivait au sein de conditions très différentes de celles où avaient vécu les prophètes antérieurs. De grands empires s'étaient élevés et déjà on se demandait si le peuple juif tout entier aurait sa part du triomphe promis. On voit des malheurs inouis fondre sur le peuple à cause de ses péchés ; cependant, Dieu se souvient de l'alliance contractée et, encore quelques semaines, alors Israël sera délivré. Yahweh anéantira les impies, confondra les grands empires et le peuple des saints obtiendra le règne et la domination sur tous les royaumes.

Pendant les deux siècles qui précédèrent la venue du Christ, toute une littérature se répandit qui entreprit d'expliquer les traditions et les promesses dont l'effet tardait à s'accomplir. On vit alors se succéder des compositions appelées apocalypses, où l'ingéniosité et, parfois, le talent littéraire tiennent la place de l'inspiration. De ce nombre, quelques-unes ont mérité de n'être pas oubliées, entre autres le livre III des Oracles sibyllins, le plus ancien dont l'auteur ou les auteurs sont encore pénétrés des traditions nationales, mais avec, déjà, un mélange d'idées païennes. Le Livre d'Hénoch n'est pas moins important et exerça une influence peut-être encore plus grande. Ensuite vient le Psautier de Salomon qui nous apprend que le péril se trouve dans les péchés des Juifs, dans leur immoralité, dans leurs blasphèmes inouis. Tous ces écrits, et le Livre des Jubilés s'accordent à enseigner que le peuple de Dieu est châtié pour s'être détourné de lui : mais le jour approche où les hommes vont rechercher la Loi et vivre conformément à la justice ; la vie humaine cessera d'être abrégée, une période de bonheur, de paix, d'union à Dieu, de domination sur les ennemis s'ouvrira. On revient à la pensée du grand règne qui vaut de la gloire à Israël.

Cette littérature apocalyptique exerça une influence réelle, certaine, mais dont il est difficile, on le comprend, de déterminer l'étendue et la profondeur. Cependant, nous voyons dans les Évangiles le peuple préoccupé de l'approche du royaume de Dieu. Jésus est près de Jérusalem et certains croient arrivé le grand jour attendu ; on l'interroge sur l'époque de son avènement ; les disciples discutent entre eux sur celui qui sera le plus grand dans le royaume ; où la mère des fils de Zébédée réclame deux places d'honneur pour ses enfants, au grand déplaisir des apôtres. À la tête de ce royaume se trouvera le roi-Messie. On voit par ces exemples que les conceptions traditionnelles subsistaient très vivantes, naives encore dans des esprits peu cultivés. C'est à eux tous qui l'entourent et qui l'assiègent que Jean-Baptiste parle du royaume des cieux : il emploie la comparaison du grenier où l'on entasse le froment, pour rappeler la réunion future des justes dispersés et la dispersion des impies.

Jésus annonce, lui aussi, l'approche du règne de Dieu ; il envoie ses disciples annoncer « la bonne nouvelle du royaume », par ces mots, il entend la domination parfaite de Dieu sur les hommes. Semblable au grain de sénévé, ce royaume ira se développant de plus en plus et se réalisant à mesure qu'un nombre plus élevé de fidèles accomplissent avec une perfection plus grande les ordres de Dieu. Le Sauveur Jésus, dans sa prédication, exprime un certain nombre d'idées courantes de son temps, mais il en modifie le sens auquel il rend sa pleine vérité.

À la fin du Ier siècle, le IVe livre d'Esdras promet au royaume terrestre une durée de quatre cents ans et il conclut cette ère de bonheur par la mort de tous les hommes et du Messie lui-même ; un nouveau monde se constitue dans l'espace et c'est là que s'exercera le jugement des ressuscités avant leur participation éternelle au bonheur qui attend les élus. Vers le même temps, l'Apocalypse de saint Jean expose la lutte entre la Bête et le faux prophète, la puissance divine enchaine pour mille ans Satan dans l'abîme, et les martyrs et les justes, revenus à la vie, participent au sacerdoce et à la royauté du Christ, lequel vit avec eux. Une révolte de Satan provoque une nouvelle lutte et une seconde mort, alors surgissent de nouveaux cieux et une terre nouvelle où étincelle la Jérusalem bâtie en pierres précieuses et où vivent les justes pendant l'éternité.


II. LES PREMIERS TEMPS. — S'il s'était trouvé parmi les disciples de Jésus des hommes imbus de la pensée que son règne s'imposerait sans résistance et réaliserait les espérances judaïques de puissance et de domination, les premiers temps qui suivirent la Pentecôte auraient dû suffire à les détromper. L'opposition, la contradiction, la persécution se dressaient devant eux et prouvaient qu'on n'aurait pas si bon marché qu'on avait pu le croire des idées juives. Non seulement il faudrait lutter et pâtir, mais discuter et convaincre avant d'emporter la conviction. C'est la loi de ce monde. « Il n'y a presque jamais d'hiatus dans les événements humains de l'histoire, et quiconque connaît tant soit peu la psychologie des peuples sait fort bien qu'un mouvement d'idées intense et profond ne cesse pas du jour au lendemain, mais subit un ralentissement graduel qui demande un certain temps. Les idées messianiques qui avaient bouleversé le monde juif et qui, mal comprises, l'avaient conduit à sa ruine, s'infiltrèrent dans le monde chrétien. » Il est probable — pour ne pas dire certain — que cette remarque leur échappa et, loin de sacrifier leurs espérances nationales, beaucoup de disciples crurent que la carrière d'épreuves qui s'annonçait devant eux n'était que les préliminaires du royaume glorieux et prochain où Jésus reparaitrait, irrésistible cette fois, et accomplissant son rôle messianique. Apôtres, disciples, fidèles de ces premiers jours étaient trop pénétrés de la parole des saintes Écritures, avaient été suffisamment effleurés par la littérature des apocalypses, pour qu'un grand nombre hésitassent à admettre les conceptions judaïques sur le grand jour.

Parmi les apocalypses, il s'en trouva une, celle de l'apôtre Jean, qui disait : « Heureux et saints ceux qui auront part à la première résurrection ; la seconde mort ne pourra rien sur eux : mais ils seront les prêtres de Dieu et du Christ, et ils régneront avec lui pendant mille années. » Ce texte, rapproché de quelques paroles du Sauveur, devint comme la charte des partisans du millénarisme. Les hérétiques s’en emparèrent. Cérinthe annonça qu'après la résurrection le royaume terrestre de Jésus aurait une durée de mille ans et que les élus jouiraient à Jérusalem de la satisfaction des plaisirs les moins délicats, le vin et la femme. On ne peut dire si Cérinthe avait subi l'influence de l'Apocalypse, mais il était ou passait pour être de tempérament fort sensuel ; il se servait, au dire du prêtre Caius, d'apocalypses écrites et se vantait d'avoir joui de révélations angéliques. En outre, il était très attaché aux rites judaïques, et cela, joint à sa morale relâchée, ne le rapproche pas des disciples de Jésus.

1185 Diocre génie, qui se plaisait à entendre et à conter des histoires et des miracles, et, comme il en demandait à tout le monde et qu'il était disposé à croire tout ce qu'on lui disait, il ne faut pas s'étonner s'il a fait passer des erreurs et des faussetés pour le sentiment des apôtres, et s'il a conté des histoires fabuleuses comme véritables !, » Saint Irénée, évêque de Lyon, entreprit la réfutation des gnostiques assez mal disposés à l'égard du millénarisme. Il affirma la résurrection de la chair, ce qui le mettait en devoir d'aborder la question du royaume. Selon Irénée, le monde doit durer six mille ans. À la fin des temps, quand l'Antéchrist aura disparu, les seuls justes ressusciteront ; les justes non martyrs attendront dans un lieu souterrain le temps du grand royaume, ce qui est déjà un commencement de la possession de Dieu, une récompense des peines passées. Jésus lui-même a parlé plus d'une fois du grand royaume ; la veille de sa passion, il a dit qu'il ne boirait plus du jus de la vigne avant d'en boire à nouveau avec ses disciples dans le royaume du Père. À l'époque du règne, toute créature jouira d'une force nouvelle, la fécondité du sol sera telle que le lion se nourrira de paille. Jérusalem sera rebâtie, les élus y jouiront de la présence du Christ et des anges. À la fin du grand règne, tous les élus n'iront pas au ciel, mais ceux-là seuls qui auront été dignes d'y être admis. On ne peut pas nier le règne millénaire ; tous les fidèles doivent l'admettre, car c'est une vérité de foi aussi assurée que l'existence de Dieu et la résurrection de la chair.

Saint Justin n'était pas moins partisan du millénarisme que saint Irénée. Le texte de l'Apocalypse de saint Jean n'avait pu le laisser indifférent, venant d'un apôtre de Jésus ; cependant, dans sa première Apologie, Justin ne prit pas parti comme on aurait pu s'y attendre ; il affirme que nous attendons un royaume non temporel, mais céleste, et il en donne la preuve par l'attitude des martyrs : s'ils n'attendaient pas un royaume céleste, ils renieraient leur foi pour conserver la vie et prendraient soin de se cacher pour être en sûreté jusqu'à l'avènement du règne terrestre.

Dans le Dialogue avec Tryphon, saint Justin s'exprime comme si le jugement dernier devait coïncider avec le retour du Christ *, mais il corrige ces paroles un peu plus loin et se montre partisan convaincu du règne de mille ans. Selon lui, la venue prochaine de l'Antéchrist sera signalée par des violences qui ne pourront ébranler les chrétiens dont le nombre ira sans cesse en s'accroissant. Cette élite se rassemblera dans la nouvelle Jérusalem et y connaîtra mille ans de félicité, avec le Christ et en compagnie des patriarches et des prophètes. Les morts destinés à la résurrection prendront leur part de ces joies ; quant aux juifs, ils doivent se hâter de faire pénitence, ceux d'entre eux que la foi aura approchés de Jésus seront pardonnés de Dieu et bénis. Dans le royaume, les croyants posséderont les biens éternels incorruptibles, ils seront admis au banquet du Christ ; après mille ans de ce bonheur terrestre viendra le jugement dernier et les justes monteront au ciel pour y jouir d'une félicité plus pure et sans fin.

Justin sait qu'il a des contradicteurs. D'abord ceux qui nient la résurrection des morts et qui enseignent qu'à leur sortie de ce monde les âmes pénètrent dans le ciel ; mais ceux-là sont peu nombreux et n'ont plus droit au titre de chrétiens. Il en est d'autres, et ceux-ci en grand nombre, qui gardent la piété et la pureté chrétiennes, mais ne croient pas au règne de mille ans.

1186 Enfin, il y a les millénaristes dont Justin partage la manière de voir, qui est la seule vraie, selon lui.

Mais Justin ne pouvait ignorer que sa manière de voir n'était pas celle de la majorité de ses coreligionnaires ; le Dialogue nous l'apprend assez par la manière de parler de Tryphon. Ordinairement, celui-ci objecte ou interroge de cette manière : Rogo, cur, quomodo, incertus sum, fac ut demonstres, etc. Mais quand il s'agit du millénarisme, Justin introduit de la sorte l'objection de son adversaire : An, ut nos videaris abunde in controversiis superare, eo confugisti ut hæc fatereris ? Ces paroles, placées par Justin dans la bouche de Tryphon, sont une sorte de défi : « Oseriez-vous prétendre, auriez-vous l'audace d'affirmer que vous admettez le millénarisme ? » Une telle façon de parler n'insinue-t-elle pas que, dans la pensée de leurs adversaires, les chrétiens n'admettaient pas le royaume de mille ans, et que la croyance à ce royaume était revendiquée comme un monopole par les juifs ? On ne concevrait pas un tel langage si le millénaire avait été la cause de la propagation du christianisme chez les juifs.

Un autre partisan du royaume millénaire fut l'évêque de Sardes, Méliton, influencé sans doute par son compatriote Papias et certainement par l'Apocalypse de saint Jean. En même temps qu'il est millénariste, Méliton est loyaliste fervent et présage les grandes destinées de l'empire romain à condition qu'il se fasse le défenseur de la vraie foi. Peut-être la logique préoccupait-elle Méliton assez médiocrement ; lui, qui voyait déjà un empire romain chrétien, ne se demandait pas comment, dans ces conditions, subsisterait le millénarisme qui perdait sa raison d'exister, puis que c'étaient les persécutions subies par les juifs, ensuite par les chrétiens, qui avaient déterminé sa naissance et favorisé son développement. L'avenir, s'il l'eût pu connaître, lui eût montré le millénarisme succombant lors que les empereurs se seront convertis.

Tertullien, devenu montaniste, accepta sans répugnance le millénarisme et traita la question dans un écrit intitulé : De spe fidelium que nous ne connaissons que par ce que lui-même en a dit, à la fin de son IVe livre contre Marcion. Le règne de la promesse durera mille ans, une Jérusalem nouvelle descendra des cieux, elle recevra les saints ressuscités qui jouiront d'une abondance de biens spirituels en dédommagement des biens du siècle qu'ils ont perdus ici-bas. Après mille ans de bonheur, le monde terrestre sera anéanti et la résurrection générale annoncera le grand jugement. Les justes prendront le vêtement d'immortalité et jouiront de la félicité céleste pensant l'éternité qui n'a point de fin.


III, FIN DU MILLÉNARISME EN ORIENT. — Saint Justin a connu des chrétiens qui repoussaient la doctrine du millénarisme et saint Irénée a entrepris de réfuter certains qui abusaient, selon lui, de l'allégorie dans l'interprétation de cette doctrine. Ceux-là étaient des chrétiens, mais ils étaient renforcés par les gnostiques, tout aussi mal disposés à l'égard des réveries millénaires qui dérangeaient celles où eux-mêmes se complaisaient. D'autres adversaires parurent en Asie Mineure vers le milieu du IIe, ceux qu'on nomma les aloges, qui rejetaient les écrits répandus sous le nom de saint Jean, par conséquent l'Apocalypse. Celle-ci, soutenaient-ils, était indigne de l'approbation de l'Église et, d'ailleurs, son véritable auteur n'était pas Jean, mais Cérinthe l'Hérétique.

Les aloges, ainsi qu'il est arrivé à d'autres hérétiques, visaient à faire échec au montanisme, mais ils 1187 dépassaient le but. Le montanisme soulevait assez d'alarmes pour qu'on entreprit de le combattre, les chrétiens d'Asie Mineure ne s'y étaient pas épargnés ! mais à leurs risques et périls, car des évêques eux-mêmes avaient été obligés de reculer devant la secte hérétique. Enfin, Apollinaire de Jérusalem avait paru et avait parlé et beaucoup l'avaient suivi et imité.

En Occident, les millénaristes perdaient peu à peu de leur ardeur. En Afrique, la parole de Tertullien n'avait pas dû faire beaucoup de parti sans, car, un demi-siècle plus tard, saint Cyprien n'en parle même pas ; il se borne à dire que les âmes des martyrs obtiennent la récompense du ciel aussitôt après la mort *.

L'Église de Rome était demeurée indemne pendant les deux premiers siècles ; toutefois, il faut se souvenir que saint Justin y vécut des années, y enseigna et y reçut le martyre ; d'ailleurs, nous ne savons que très peu de chose sur cette Église au cours du IIe, mais au début du IIIe on y voit le prêtre Caius entamer une polémique avec le montaniste Proclus.

De cette polémique sortit un écrit dont Eusèbe a conservé quelques passages très brefs ?. Théodoret met au compte de ce même Caius un ouvrage contre Cérinthe +. Hippolyte de Rome blâmait le rejet de l'Apocalypse de Jean par Caius dont l'interprétation allégorique lui paraissait abusive. Le Syrien Ebed-Jesu, mort vers 318, traduisit des Capita adversus Caium | retrouvés dans un commentaire syriaque de Denis | Bar-Salibi, auteur jacobite . Le cinquième fragment se rapporte à l'Apocalypse de saint Jean : « Comment | Satan pourra-t-il être lié à la fin des temps ? demande Caius. N'est-il pas écrit que le Christ est déjà entré dans la maison de l'homme fort, l'a lié et a dérobé à | notre intention tous ses biens ? » A quoi Hippolyte répond : « Si Satan était déjà lié, comment pourrait-il encore tenter les justes ? A quoi bon prier le maître de | nous délivrer du méchant ? Comment a pu se faire la tentation de Simon et des apôtres ? Comment un prisonnier était-il capable d'abattre les disciples ? » Et tout cela se poursuit, les interprétations s'opposent les unes aux autres, en sorte qu'on finit par admirer comment ces excellents disputeurs se retrouvaient dans leurs disputes. Hippolyte est intarissable ; après avoir réfuté Caius, il revient sur la question du millénarisme dans son Commentaire sur Daniel et dans son traité Sur le Christ et l'Antéchrist. Le monde durera six mille ans, afin de répondre aux six jours de la création et comme le Christ est venu au midi du dernier jour, le monde doit finir 500 ans après la naissance du Christ. Alors viendra le sabbat qui procurera aux justes le repos auquel ils ont droit ; le Messie, entouré des anges, descendra du ciel, illuminé de la gloire du Père et ses élus régneront avec lui.

Hippolyte a encore exposé son millénarisme dans un autre écrit : Sur l'Évangile et l'Apocalypse de Jean, dirigé contre les aloges.

Mais il ne faut pas demander à Hippolyte d'être en avance sur son temps. C'est à Alexandrie que nous voyons une école faire échec au millénarisme, adopter invariablement le sens spirituel dans l'interprétation des Écritures. Clément ne se préoccupe nullement du royaume et des conditions où il se réalisera. Origène, parle à plusieurs reprises du millénarisme, mais jamais en bons termes. Certains passages du Lepi &ogyóv l'y montrent formellement opposé ; ailleurs, il traite cette croyance de « folles inepties, de conceptions chimériques, de produit d'esprits par trop simples qui se refusent au travail intellectuel et préfèrent réver de 1188 joies et de plaisirs ; pour cela, ils s'en tiennent au pied de la lettre et interprètent les Écritures à la manière des juifs *. » suivant Origène, la doctrine du règne de Dieu se rattache étroitement à celle du salut universel et au rétablissement des êtres dans leur situation première. Les âmes humaines sont des esprits déchus qui, logés dans des corps mortels, expient des fautes antérieures : le | monde est un lieu de purification pour les âmes qui y reviennent subir leur épreuve et traverser une nouvelle existence jusqu'à purification complète. Cependant, toutes verront la fin des peines qu'elles subissent, Toutes revêtiront le corps d'immortalité qui leur fut assigné à l'origine des temps. Ce sera alors que se réalisera le royaume. On ne peut pas plus se refuser à rendre hommage au génie d'Origène qu'à son imagination, mais il est impossible de le suivre dans ces élucubrations qui ne sont pas exemptes de contradictions, C'est ainsi qu'il croit à la résurrection de la chair, mais c'est une chair qui n'a plus ni organes des sens, ni membres propres à chaque sexe et dont la 3 splendeur égale celle des anges ou celle des étoiles. Il croit au jugement, lequel consistera dans la connaissance de la gloire du Christ, de la véritable nature de la justice et du péché. Il admet que la fin des choses se calquera sur leurs débuts, mais ce sera pour aboutir au rétablissement des êtres dans leur état suprasensible, sans mélange de châtiments. Enfin, Origène affirme l'existence future d'un paradis terrestre où résideront — les justes pendant quelque temps après avoir quitté cette vie, mais ce ne sera qu'un lieu intermédiaire entre la terre et le ciel ; les parfaits ne s'y attarderont pas et passeront droit au ciel où Dieu les instruira de Loutes choses.

L'école d'Alexandrie, sous la direction d'Héraclas, puis de Denis, disciples d'Origène, maintint la doctrine du maître. L'Apocalypse de saint Jean connut de mauvais jours, des réfutations chapitre par chapitre et, pour se mettre à l'aise, on l'imputa à Cérinthe. Mais tous n'admettaient pas cette explication. Un évêque égyptien, Mépos, repoussait l'interprétation allégorique et revenait aux données littérales, avec assez de succès pour que, dans le nome d'Arsinoé, ses partisans fussent en assez grand nombre pour constituer une Église et consommer un schisme ™®. Après la mort de Népos, Denis, qui dirigeait le Didascalée et occupait le siège patriarcal d'Alexandrie, s'efforça de réduire ce schisme que dirigeait un certain Coracion. A cet effet, Denis convoqua les prêtres et les docteurs qui, dans chaque localité, préchaient les fidèles ; il les convia à une argumentation publique. On employa trois jours entiers à discuter l'Elenchus de Népos : quelques idées chères à Denis furent battues en brèche, mais il triompha finalement par des arguments solides et par les textes de l'Écriture. Coracion, en présence des auditeurs, se déclara convaincu et prit l'engagement de ne plus enseigner le millénarisme. Pour mieux assurer son succès, Denis composa une réfutation de Elenchus.

C'était un écrit en deux tomes intitulé : Sur les promesses, dont il ne nous reste que quelques passages insérés dans les œuvres d'Eusébe de Césarée et de Léonce de Byzance. On y voit que le millénarisme est fondé sur le mépris des prophètes, des évangiles et des épîtres ; il substitue à l'idée de l'avènement du Christ et de notre union à lui une conception mesquine et grossière. La principale difficulté pour Denis d'Alexandrie consistait à évincer l'Apocalypse de saint Jean ; il n'ose la rejeter, mais il objecte que son contenu est trop secret pour pouvoir être pénétré et qu'il faut s'abstenir surtout de l'interpréter au sens littéral. Quoi qu'il en soit, il faut la retirer à saint Jean, l'apôtre, et en faire hommage à Jean Marc ou à tel autre Jean qui vécut et mourut à Éphèse.

Denis fut réfuté à son tour par Apollinaire de Laodicée qui y consacra deux volumes !, qui sont perdus. On ne sait pas trop ce qu'ils contenaient, mais Apollinaire trouva des partisans, un certain Vitalius et ceux qui le suivaient ?. Saint Jérôme nous apprend que, de son temps, on rencontrait encore beaucoup de chrétiens attachés à la doctrine d'Apollinaire *. mais il ne s'en explique pas autrement.

La doctrine millénariste trouvait encore des sectateurs, comme Méthode d'Olympie, mais c'est un millénarisme très adouci. Le monde durera 7 000 ans, après quoi aura lieu le grand jugement et Dieu se réjouira avec nous ; mais ce ne sera pas encore la joie parfaite, celle qui nous attend dans le ciel. Avant que d'y entrer, nous devrons passer une période d'attente, de mille ans avec le Christ .

L'interprétation d'Origène avait rencontré le meilleur accueil dans les monastères de l'Égypte et de la Thébaïde * et le millénarisme allait, depuis lors, en déclinant de plus en plus. Son succès, qui avait été très vaste et très long, était épuisé. La pensée juive sortait vaincue de cette survivance de trois siècles où l'hellénisme demeurait triomphant et allait inspirer et guider les préoccupations nouvelles. Cérinthe ne comptait plus pour rien, le pauvre évêque Népos finissait par être logé dans des catalogues d'hérétiques ? ; saint Irénée, sans doute, était un peu embarrassant, mais on découvrit une solution élégante ; on supprima les cinq chapitres compromettants à l'Adversus haereses dans les manuscrits.

Vers le début du v siècle, en Orient, le millénarisme était non seulement aboli, mais oublié .


IV. FIN DU MILLÉNARISME EN OCCIDENT. — En Occident, des vers de Commodien (voir Dictionn., t. VI, au mot Gaza) résument nettement la doctrine et les espérances des millénaires : « La Cité, dit le poète en parlant de la Jérusalem divine, qui fut vue pendant quarante jours planant au-dessus de la Judée, la Cité descendra du ciel à la première résurrection. Je dois parler de cette création d'en haut. Les justes s’y relèveront pour ne plus redouter la mort. Il n'y aura dans ce lieu ni douleurs ni gémissements. Là seront admises les victimes martyrisées sous l'Antéchrist ; et les y vivront pour recevoir la récompense de leurs maux et les générations naîtront de mariages de mille années. Le sol, renouvelé sans fin, y produit toute chose à la fois. Ni pluie ni froid dans ces campements dorés ; point d'assauts, point de brigandages, ainsi qu'on en voit de nos jours..La Cité n'a pas besoin de l'éclat des lampes : le Créateur l'a faite lumineuse ; son étendue est de douze mille stades ; elle appuie sa base sur la terre et s'élève jusqu'au haut des cieux. Le soleil et la lune brillent devant ses portes. Pour le repos des justes le démon est enchaîné dans l'angoisse. Quand mille années seront écoulées, le Seigneur détruira toutes choses. »

Assurément, il n'était pas inutile d'être initié, afin de comprendre quelque chose à ce tableau dans lequel Commodien ne se contentait pas d’être obscur dans la pensée, il l'était encore plus dans l'expression. Quelques années plus tard, en 308, Lactance (voir ce nom) consacrait le huitième livre de ses Institutiones divinæ | || | 4 i à la Vita beata et s'y faisait l'historien du millénarisme. A l'exemple de Commodien, Lactance fait des emprunts aux Sibylles et à la tradition chrétienne : en outre, il ne se prive pas de puiser aux sources de la poésie profane qui célébrait l’âge d'or. ^ l'entendre, les six mille ans du monde touchent à leur fin, avant que deux siècles soient écoulés, l'issue sera accomplie et Rome sera en ruines. L'Antéchrist, venu de la Syrie, fera descendre le feu du ciel, arrêtera le soleil et fera parler une idole ; il poursuivra les justes fugitifs au désert et enveloppera avec son armée la montagne sur laquelle ils se sont retirés. Une épée tombant' du ciel ranime la confiance des assiégés et, au milieu de la nuit de Pâques, le Seigneur apparaît semblable à la foudre, escorté de ses anges ; alors c'est au tour de l'armée assiégeante d'être terrifiée et de succomber à un horrible carnage qui se prolonge depuis la troisième heure jusqu'au soir. L'Antéchrist a pris la fuite, mais il périt peu après. Les chrétiens qui ont connu l'Éternel ressuscitent et quittent la prison où ils étaient entassés. Leurs actions sont pesées, si les mauvaises l'emportent sur les bonnes, on les revêt d'un nouveau corps doué de facultés spéciales et on les plonge dans un feu spirituel qui pénètre leurs membres et leur cause une extrême souffrance. Les justes sont soumis à l'épreuve de ce feu purificateur, mais ils jouissent d'une félicité non pareille qui dure mille ans dans la cité sainte. Ceux qui étaient vivants lors de ces événements seront la souche d'une humanité nouvelle, et les ressuscités jugeront les vivants. Mais les impies n'ont pas renoncé à la lutte et la fin du millénaire voit Satan délié, à la tête d'une armée, assiégeant la ville sainte. Soudain, une pluie de soufre, de feu et de pierres s'abat sur les impies sans discontinuer pendant trois jours. Alors les justes sortent de leurs retraites et allument des feux avec les armes des ennemis vaincus, feux qui brûleront pendant sept ans. C'est fini, les mille ans sont écoulés ; on procède à la résurrection générale, éclatante pour les élus, horrible pour les réprouvés précipités dans un feu éternel.

Il ne paraît pas que le rhéteur Lactance n'ait songé en ceci qu'à une composition de style, pas plus d'ailleurs que Victorin de Pettau. Celui-ci était tout pénétré de l'idée du règne millénaire, mais on a pris soin d'éliminer de ses œuvres ce qui eut été trop gênant. Victorin a laissé deux Commentaires de l'Apocalypse : le plus court a été si bien allégé qu'on n'y découvre plus nulle trace de la doctrine compromettante. Saint Jérôme, auteur responsable de l'édition qu'il a fait précéder d'une préface, aura sans doute fait les retouches. Le commentaire le plus long n'a pas échappé aux interpolations qui sont visibles, d'où on peut conclure qu'il a été également retouché au point de vue du millénarisme.

Victorin est l'auteur présumé d'un traité De fabrica mundi qui a échappé à la sollicitude des correcteurs et qui contient un commentaire allégorique de la création. Des parallèles tirés de l'Écriture sainte l'aident à montrer que le symbole est calqué sur l'histoire du récit de la Genèse, d'où il conclut que les sept jours de la création par Dieu correspondront à sept jours de rédemption par le Christ, semaine symbolique qui sera témoin du grand jugement. Après cela le Christ régnera avec ses élus.

Saint Jérôme nomme Sulpice-Sévère parmi les adeptes de l'erreur millénaire, et cite le dialogue intitulé Gallus comme un récit entaché de millénarisme . 1191 Le décret dit de Gélase classe ce dialogue parmi les livres condamnés ! : Opuscula Postumiani et Galli, apocrypha. Bien que l'ouvrage ne contienne, tel qu'il nous a été transmis ? qu'un dire étrange de saint Martin sur l'Antéchrist, et rien, à proprement parler, de l'opinion des millénaires, on s'explique sans peine qu'il ait appelé la censure et c'est sans doute pour quoi quelque main zélée aura pensé faire œuvre pie en rendant à Sulpice-Sévère le même service rendu à saint Irénée.

En ce qui concerne saint Jérôme, le millénarisme ne l'effleura pas, mais il avait trop lu pour ignorer que de bons esprits ne s'étaient pas tenus en garde et cela le portait à une certaine tolérance envers eux : qua, li cet non sequamur, tamen damnare non possumus, quia multi ecclesiasticorum virorum et martyres ita dixerunt. Et unusquisque in suo sensu abundat, et Domini cuncta judicio reserventur *. On ne répare pas un vase brisé en morceaux, on ne restaure pas une ville détruite de fond en comble. Pour quoi projeter de renfermer Dieu dans ces étroites limites, lui dont le trône est dans le ciel ? Pour quoi revenir de la religion de l'esprit au culte charnel ?

Mais tous n'adoptent pas une position aussi tranchée, saint Ambroise favorise des doctrines apparentées aux idées traditionnelles ; il croit que, dans l'expectative du jugement, les âmes attendent en divers lieux le sort qui leur est réservé ; pécheurs et justes ont une idée du sort qui les attend, ce qui réjouit les uns et torture les autres . C'est le retour aux prompluaria animarum, les greniers d'âmes, du IVe livre d'Esdras. A la fin des temps, les justes ressusciteront d'abord, les pécheurs attendront un peu plus et, pendant cet intervalle, tout porte à croire que les impies subiront le supplice du feu . Saint Ambroise distingue trois catégories parmi les hommes : les justes qui participent à la première résurrection, les pécheurs qu'on vient de voir châtiés, les infidèles qui n'ont pas cru et qui sont destinés aux ténèbres.

Entre les deux résurrections, les pécheurs sont châtiés, mais que font les justes ? saint Ambroise ne le dit pas. Dans cette affaire, il est assez indécis, sauf sur le point des deux résurrections.

Saint Augustin fut, pendant quelque temps, partisan de la doctrine millénaire : nam etiam nos hoc opinati fuimus aliquando ? il ne s'y arrêta point, mais son lucide génie devait là, comme sur tant d'autres points, projeter un rayon de lumière. « Pour anéantir la grosse objection des millénaires, il s'en prend au chapitre xx de l'Apocalypse. Saint Jean l'a dit : il y a deux résurrections et ces deux résurrections s'opposent à une double naissance et à une double mort. L'homme naît à la vie chrétienne par le baptême ; mais aussi plusieurs, dés maintenant, ressuscitent comme chrétiens par la rémission des péchés, car l'âme de tous était morte : voilà la première résurrection, la résurrection partielle, celle de la miséricorde. Elle est réservée aux seuls justes à ceux-là qui, du sépulcre, ont entendu la voix du Fils de l'homme : désormais, ils n'ont pas à craindre cette seconde mort dont parle l'Apocalypse, qui est l'étang de feu. D'un autre côté, le corps de l'homme vient en ce monde et s'en retourne à la terre : à la naissance et à la mort physiques correspondent la résurrection des corps et voilà la résurrection générale qui précède le grand jugement, Tout est là, dans cette distribution essentielle des deux vies, vie de l'âme et celle du corps.

“ Jean a parlé de mille ans : la chose peut s'entendre de deux manières. Le monde a pu être comparé à une semaine dont dix siècles équivalent à un jour, et, dans ce cas, le septième jour sera le grand sabbat, mais sabbat sans fin et qui n'a point de soir. Nous sommes pour l'heure à la fin du sixième jour, et Jean a peut-être voulu désigner ce reste de temps par une expression très générale, en prenant la partie pour le tout ; on sait d'ailleurs que mille est un nombre parfait, dés lors tout indiqué pour marquer la perfection et la fin des temps. Quoi qu'il en soit de ce détail, Satan est déjà lié : aussi l'on a pu pénétrer dans sa maison et lui enlever ce qu'il possédait, la domination des âmes. Comme l'objection qui, jadis, fut faite à Caius se présentait d'elle-même, Augustin y répond aussitôt. Satan est retenu attaché aux âmes qui ne sont pas prédestinées, c'est là l'abîme dont il est question dans l'Apocalypse : mais ses liens ne sont pas si étroitement serrés qu'il ne puisse tenter les justes. Il est vrai qu'il ne saurait du moins tenter l’Église, c'est-à-dire séduire les nations dont elle se compose. Dieu a voulu cet emprisonnement relatif de Satan, pour assurer la fidélité d'abord et puis le salut des prédestinés.

« C'est dans un sens aussi large qu'il faut entendre ce qui est dit plus loin dans la révélation johannique, du relâchement de Satan et de la liberté dont il doit jouir quelque temps à la fin du monde. Alors il faudra de l'héroïsme, sans doute, pour résister aux assauts du démon déchaîné ; cependant, il s'en trouvera encore qui rentreront dans l'Église, des parents réussiront à faire baptiser leurs enfants, et il se produira ce fait merveilleux que les trésors de l'homme fort lui seront enlevés alors même qu'il ne sera plus embarrassé de ses liens. | « Dans l'interprétation de textes aussi difficiles et, semblait-il, aussi favorables aux millénaires, tous les commentateurs précédents avaient composé des essais : cette fois c'était un système, complet, suivi, clair, probant enfin et qui se présentait sous le nom et le patronage du célébre docteur d'Hippone. Sans doute, l'interprétation dut paraitre à plusieurs bien raffinée, et l'on peut croire qu'elle ne convainquit pas tout de suite cette foule de millénaristes que connaissait Jérôme. Cependant, le coup décisif était porté. Le temps n'allait pas tarder à venir où un document réputé officiel — le décret gelasien — rangerait parmi les écrits apocryphes tous ceux qui avaient patronné le millénarisme. Augustin avait restitué sur la question la vraie foi et la doctrine de Jésus *.

V. SURVIVANCES. — L'étude du millénarisme nous montre le singulier spectacle de l'erreur se développant sous l'influence des écrits orthodoxes. D'anciens livres liturgiques de l'Occident mettent fréquemment sur les lèvres du prêtre et des fidèles la demande de la grâce de la première résurrection.

Dans le sacramentaire gelasien : Ut sinibus patriarcharum nostrorum, id est Abraham, Isaac et Jacob, collocare digneris, ut habeat partem in prima resurrectione... Ut eum Dominus in requiem collocare dignetur et in parte prima resurrectionis resuscitet 1, — Ut animam fratris nostri in prima sanctorum tuorum resurrectione facias presentari... Ut eum Domini pietas infer sanctos, et electos tuos, id est in sinu Abrahæ et Isaac et Jacob, collocare dignetur et partem habeat in resurrectione prima quam facturus es, orantibus sanctis ?.

Dans le Missale gothicum : Et quiescentium animas in sinu Abrahæ collocare dignetur, et in parte prime resurrectionis admittat . — Ut eos Dominus in requiem collocare et in parte prima resurrectionis resuscitel . — Et prima anastasi cum sanctis et electis tuis jubeas sociari 5. — Ut tartareo horrore segregatos, in sinu Abrahæ conlocatos, ressuscitare Omnipotens dignetur in prima sua resurrectione quam facturus es *,.

Dans le sacramentaire gallican : Nobis quoque famulis suis jubeat in prima resurrectione esse participes ?. — Corporis neribus absolutum in prima resurrectione facias presentari 5. — In Abrahæ sinum eum digneris excipere el in consortio prime resurrectionis suscitare jubeas *.

Ce qui montre suffisamment que la prima resurrectio, insérée dans les pièces liturgiques, n'était plus comprise dans son sens d'autrefois, c'est que cette formule ne se lit nulle part dans les textes épigraphiques. On pourrait s'attendre à la rencontrer sur les épitaphes des quatre ou cinq premiers siècles, mais c'est en vain qu'on la cherche ; à partir du VIe, complet silence. Et, cependant, les épitaphes chrétiennes s'inspiraient volontiers et calquaient parfois les formules des liturgies funéraires. Dans l'opinion des millénaires, être admis au nombre des saints, c'était attendre la grâce de la première résurrection. Il se pourrait donc que, sur quelques marbres, la formule cum sanctis appartint à des chrétiens entachés de la vieille erreur, mais c'est là, convenons-en, pure conjecture ; il est aussi soutenable que ces mots font allusion à la croyance de l'admission immédiate parmi les saints. Mais la conjecture est trop attrayante pour être écartée, et, à propos d'une inscription de Vienne en Dauphiné, Edm. Le Blant suggère ce que nous répétons d’après lui 2 (fig. 8079) :


HIC REQVIESCIT IN PA


CI LVPICIN VS


QVI VIXIT ANNOS NV


MERO XXXV

9 PLVS MINVS QVINECSET Ill


NON OCTOB. RESVRRECTVRVS CVM

Ou bien, pour ceux dont la croyance était fixée aux premiers siècles comme elle l'est de nos jours, les survivants souhaitaient à Lupicinus de prendre place parmi les saints et les élus, suivant le vœu exprimé

; HICRE QUIESCITI NPA ILV PICIN VS

dans une oraison de la liturgie mozarabe : Ul quum dies ille resurrectionis ac remunerationis advenerit... non cum impiis el peccaloribus, sed cum sanctis et electis luis eos adslare pracipias, Ou bien ces mêmes survivants, imbus de la doctrine millénaire (comme on pourrait le croire dans une région voisine de Lyon où l'enseignement de saint Irénée avait été si autorisé), s'en inspiraient et se rappelaient que « les justes, ressuscitant d'abord à l'apparition du Seigneur, recevront l'héritage qui fut autrefois promis à leurs pères et ils y régneront ; le dernier jugement ne viendra qu'après 11 :

119


VI. BIBLIOGRAPHIE. — E. Le Blant, Inscriptions chréliennes de la Gaule antérieures au VIIIe, in-4*, L. 11, Paris, 1865, p. 81-88, — A. de Hichecour, Un mot sur le millénarisme, dans Revue des questions historiques, t. rv, 1868, p. 628-632. — L. Atzberger, Die christliche Eschathologie in den Stalien ihren Offenbarung, in-8 ?, Freiburg, 1890 ; Geschichte der christlichen Eschatologie innerhalb der vornicánischen Zeit, Frei-

burg, 1896. — V. Ermoni, Les phases successives de | l'erreur millénarisle, dans Revue des questions historiques, t. Lxx, 1901, p. 353-388. — A. Chiappelli, Le | idee millenarie dei cristiani nel loro svolgimento storico, |


MILLIAIRE. — On a pris soin de recueillir les inscriptions des milliaires dans le Corpus inscriptionum latinarum ; cha que volume les rassemble dans un chapitre distinct intitulé : Viz publice, et on peut consLater que ceux d'entre eux qui portent un symbole chrétien sont exceptionnels ; ce symbole n'est d'ailleurs | ja mais que le monogramme du Christ. Nous allons donc en grouper ici quelques exemp les.

Dans un terrain situé immédiatement au nord de la route Cherchel-Alger (propriété Chaudron), à l'endroit où cette route traverse les vestiges de l'enceinte antique de Cherchel !, à une quinzaine de mètres de la route, à une faible profondeur, on découvrit en septembre 1922, dix milliaires alignés de l'Ouest à l'Est, et qui ont été transportés au musée de Cherchel. Cha que milliaire comprend un socle quadrangulaire et une colonnette, dans trois d'entre eux un tore s'interpose entre le socle et la colonnette. La pierre est détestable ; c'est un calcaire coquillier très grossier, qu'il était impossible de rendre lisse, et dont la surface a beaucoup souffert. La lecture est difficile, souvent incertaine.

Face a. Complet en haut. Hauteur 1 m. 70, dont 1 m. 30 pour la colonnette, haut. des lettres : lignes 1-2, ü m. 03 ; ligne 3, 0 m. 05, ensuite 0 m. 04. Très mauvaise gravure :

D N IMPPPFLVAL CONSTANTINO 5 PF SCMPNVC CIF CONSIAN TINO ET FLI\L CONST/ N A 10 PP V

Monogramme constantinien D (ominis) || nostris ) || (tribus ) || Imp(eratoribus) Fl(avio) Valferio) || Constantino || p (io) f (elici) semp(er) Aug(usto) || e£ F [ (apio Cl(audio)] Constan || tino || et Fl(avio)] Iul(io) Consta || n [tio ]...

L'inscription, aux noms de Constantin et de ses fils, Constantin et Constance, est postérieure non seulement à l'année 323 (association de Constance à l'empire), mais à l'année 326 (mort de Crispus) ; elle est, | Flfavio) Claudi || o Juliano || semp (er) || Aug(usto). — 1196. d'autre part, antérieure à l'année 333 (association de Constant). — Imperatoribus tribus n'est pas protoco-- laire, mais cette incorrection, en Maurétanie, n'a rien. de surprenant. À Face b. Palimpseste. Hauteur des lettres : inscrip- » tion primitive 0 m. 05-0 m. 04 ; inscription postérieure 0 m. 08-0 m. 07 : | 4 [/

N NNN M P LCLAVDI IVLIANO SF M

D | o F o P CONSTANTIO E AVG A


BO EIB N A

10 O E N 3

Le monogramme constantinien, qui était en tête de l'inscription primitive, a été martelé. De l'inscription martelée, on ne lit que trois n, à la ligne 1 ; le mot. Constantio, à la ligne 6 ; bo [nor Jeib. n [atis], à la ligne 9 (peut-être n||a [tis ]. — Comme il est peu probable que les deux faces aient porté le même texte, les trois. domini de la face b doivent être Constantin II, Constance et Constant (337-340) . — L'inscription postérieure se lit : Dfomino) nf(ostro) || Imp (eratori) || Sur les milliaires de Cherchel dix inscriptions ont |. été martelées, dont six au moins étaient aux noms de - Constantin et de ses corégents ou de ses successeurs, | car la formule bono rei publice nalus n'apparait qu'avec Constantin : sept des textes martelés ont été | remplacés par une inscription au nom de Julien. — On : a d'autres exemp les de trouvail les de milliaires — par groupes, et on a des exemp les de deux pierres dans - un même groupe au nom du même empereur. Au | 1v siècle, par raison d'économie, on martelait parfois un milliaire, pour lui donner un nouveau titulaire . Mais, dans le groupe dont nous parlons, ce n'est pas une raison d'économie qui a fait regraver le nom de Julien — sur sept milliaires pour le même mille ; on a voulu faire disparaître les noms des empereurs chrétiens, ses pré- — décesseurs ; et comme pour enlever toute espèce de doute sur cette intention sectaire, on a pris soin de marteler le chrisme. C'est donc ici un témoin de la violente réaction anticatholi que favorisée en Maurétanie | Césarienne sous le régne de Julien par le gouverneur Athénius . Quant à l'inscription de la face a, si elle fut épargnée, c'est qu'elle se trouvait sur la face qui, depuis la mort de Constantin, n'était plus tournée vers le public . | Parfois des milliaires ont été évidés afin d'être transformés en sarcophages .

H. LECLERCQ.


MILLIN. — C'est le nom d'un homme qui rendit assez de services à l'archéologie pour n'être pas passé sous silence. Il était né à Paris, le 19 juillet 1759. Son père était intendant des vivres à l'armée, sa mère tenait à une famille noble de Bretagne. Elevé au collège du Plessis, le jeune Millin prit l'habit ecclésiastique par déférence pour sa mère ; mais, ne se sentant aucun attrait pour la théologie, il quitta vite le petit collet et s'adonna entièrement à l'étude des lettres. Une grande facilité et une fortune assez considérable lui permirent de se consacrer à l'acquisition d'une formation encyclopédique. Il s'appliqua aux langues modernes, se familiarisa avec elles au point de pouvoir traduire quelques ouvrages classiques dans ces langues ou du moins les morceaux les plus intéressants. Dès l'âge de dix-sept ans, il avait préludé à une abondante carrière littéraire par une comédie en un acte et en prose : L'ennemi chéri ou l'heureuse réconciliation (1777). Quelques années plus tard, il donna six volumes de Mélanges de littérature étrangère (1785-1786) ; et, soudain, une étroite liaison avec le fils du botaniste Willemet l'entraîna vers d'autres travaux. Millin conçut le projet d'écrire l'histoire des sciences naturelles en s'inspirant du plan que Montucla et Bailly avaient suivi, le premier dans l'histoire des sciences mathématiques, le second dans celle de l'astronomie. Ses études furent assez poussées et son enthousiasme assez entraînant pour qu'il sût grouper des amis qui l'aidèrent à fonder, à Paris, la Société Linnéenne dont il fut longtemps le secrétaire perpétuel.

L'ardeur qu'il apportait dans les entreprises scientifiques devint de l'emportement lorsqu'elle s'appliqua à la politique et Millin fut du nombre de ceux qui ne virent, dans les débuts de la Révolution française, que les promesses du retour de l'âge d'or. Il partagea l'effervescence des premiers mois, rédigea brochures et journaux, attaqua l'organisation de la « Librairie » et se dépouilla du nom de Grandmaison qui paraissait compromettant pour adopter celui d'Éleuthérophile. Terreur régna, Millin eut le courage méritoire d'en condamner les excès, de protester avec un courage qui le dénonçait aux chefs du parti révolutionnaire. Se sachant menacé, il accepta un emploi subalterne dans les transports militaires et utilisa ses loisirs en parcourant les provinces et en dessinant les châteaux et démolitions. Signalé, reconnu, arrêté, il fut emprisonné à Saint-Lazare pendant une année entière qu'il employa à rédiger ses Éléments d'histoire naturelle. Son nom était marqué pour l'hécatombe du 11 thermidor ; la journée du 9 lui sauva la vie.

Au cours de cette longue détention, la fortune de Millin s'était dissipée, une partie se trouvait placée chez des personnes qui émigrèrent, le reste fut atteint par la réduction des rentes sur l'État. Réduit à la pauvreté, Millin dut à quelques amis fidèles une place de chef de division dans les bureaux du comité de l'instruction publique ; et, quelques mois plus tard, il fut nommé professeur d'histoire à l'école centrale du département de la Seine. À la mort du savant abbé Barthélemy, Millin reçut sa succession et devint conservateur du Cabinet des antiques et médailles. Désormais, la botanique fit place à l'archéologie et, au fur et à mesure qu'il en découvrait les aspects, il les révélait à l'auditoire qui entourait la chaire qu'on avait créée pour lui. En 1795, il prit, avec Noël et Warens, la direction du Magasin encyclopédique, journal destiné à ranimer en France le goût des études et principalement de l'archéologie. Abandonné par ses deux collaborateurs, il poursuivit seul sa tâche avec un zèle infatigable. Le Magasin encyclopédique dura jusqu'en 1816 et fut remplacé, en 1817, par les Annales encyclopédiques. Le travail excessif qu'imposait à Millin une direction, des cours, des écrits, finit par altérer sa santé et, en 1805, les médecins lui imposèrent un repos complet. Millin se soumit, mais se soumit à sa façon, il voyagea, visita les départements du midi de la France, la plume et le crayon à la main. Au retour, il publia 4 volumes en 5 tomes d'un Voyage dans les départements du midi de la France, avec un atlas. Assurément, l'ouvrage n'est pas parfait, on peut signaler des inexactitudes et des erreurs, mais nous devons lui tenir compte de la bonne tradition des érudits, comme Mabillon, Martène et Durand, Montfaucon qui observent, prennent des croquis et les communiquent aux curieux. Dans l'atlas on trouve, pl. 1, n. 3, le peigne de saint Loup à Sens : pl. 11, les diptyques d'ivoire de l'office de la fête des Fous ; pl. rx, pl. x et xr, coffre d'ivoire de Sens, pl. xix, diptyque d'Autun ; pl. xxiv, n. 3, diptyque représentant une chasse à l'élan ; pl. xxvii, 3, bas-relief mithriaque à Bourg-Saint-Andéol ; pl. XXXVI, 5, statue de Mithra à Arles ; pl. xxxvir, 2, sarcophage dans l'église Saint-Sauveur à Aix ; pl. xxxvi, 8, sarcophage chrétien du musée de Marseille ; pl. L, sarcophage d'Aix (passage de la mer Rouge) ; pl. LI, baptistère de Fréjus ; pl. Lvr, 5-7, tombeau dit de saint Cassien à Marseille ; pl. Lvi, sarcophages du musée de Marseille ; pl. tix, sarcophages chrétiens ; pl. LXI, sarcophages chrétiens ; pl. LXII, 5, inscription antique : pl. rxiv, sarcophages chrétiens : pl. LXV à LXVII, Sarcophages chrétiens ; pl. LXIX, 14, sarcophage chrétien.

Tous ces dessins témoignent au moins de la largeur d'esprit de Millin, en un temps où l'archéologie chrétienne primitive n'existait pour ainsi dire pas.

Au retour de ce voyage, Millin fut nommé, en remplacement de Camus, membre de l'Institut dans la classe d'histoire et de littérature ancienne, et il fut fait chevalier de la Légion d'honneur (1806). En 1811, il se rendit en Italie. Parti de Paris le 10 septembre, il s'arrêta dans les principales villes de France pour revoir les monuments et des amis, entra en Piémont et se rendit à Rome où il passa l'hiver. Au printemps de l'année 1812, il partit pour Naples, visita les deux Calabres et, à son retour à Rome, en avril 1813, les bruits de guerre prochaine hâtèrent son retour à Paris où il rapporta plus d'un millier d'inscriptions, des livres, des estampes, des dessins, des notes. Pendant son absence, la malveillance d'un serviteur congédié avait infligé à Millin le cruel désastre de l'incendie de sa bibliothèque. Arrivé à Paris, Millin entreprit la mise en œuvre du butin rapporté d'Italie ; il donna l'Oresleide (1817) et son Voyage dans le Milanais, à Plaisance, Parme, Modène, Mantoue, Crémone, et dans plusieurs autres villes de l'ancienne Lombardie (2 vol., 1817).

Sa santé déclinait rapidement ; ses amis s'en inquiétaient, mais lui ne s'en apercevait pas ; il mourut le 14 août 1818.

La liste de ses ouvrages est très étendue, elle touche à un grand nombre de sujets et il n'était pas possible à Millin de les approfondir, peut-être ne le souhaitait-il pas, il lui suffisait — et tel semble être le but qu'il assigna à son effort — de dresser un inventaire de ce qu'on savait et de ce qu'il fallait savoir encore. Il ne fut pas un grand archéologue, mais il se montra un homme laborieux, ingénieux, d'esprit ouvert et accueillant, surtout un dessinateur attentif et habile. Très répandu dans le monde, Millin est assurément un des archéologues du passé dont le nom se rencontre le plus fréquemment dans les sources où on ne s'attendrait pas à le rencontrer, depuis la duchesse d'Abrantès jusqu'au général Thiébault. Il y aurait un travail à faire sur les renseignements contenus dans son Voyage dans les départements du midi de la France et dans ses Antiquités nationales ou Recueil de monuments pour servir à l'histoire de l'empire français ; on y trouverait quelques indications utiles.


MILTIADE. — I. Le personnage. II. La tombe.

I. LE PERSONNAGE. — On sait peu de chose sur ce pape qui porte les noms de Miltiade ou de Melchiade et dont le gouvernement dura peu de temps ; il est vrai qu'il fut bien rempli. Les catalogues pontificaux ne s'accordent pas exactement entre eux sur les dates de l'entrée en charge et de la mort de ce pape. Le catalogue libérien donne, pour la première date, le 2 juillet 311, et pour la seconde, le 10 janvier 314. Le pontificat de Miltiade a coïncidé avec les événements qui suivirent la publication de l'édit de Milan. En réalité, Miltiade reçut de Constantin la lettre suivante, la première probablement qui fut adressée à un pape par un empereur. « Constantin Auguste à Miltiade, évêque des Romains et à Marc. Comme d'importants écrits m'ont été envoyés en assez grand nombre par Anulinus, le clarissime proconsul d'Afrique, dans lesquels il est rapporté que Cécilien, l'évêque de la ville de Carthage, est censuré en beaucoup de choses par certains de ses collègues établis en Afrique, et qu'il me paraît tout à fait pénible que, dans ces provinces que la divine Providence a, de son plein gré, confiées à ma dévotion, et où il y a un peuple nombreux, il se trouve du trouble pour un sujet de fort peu d'importance, si bien qu'il y aurait deux partis et des différends entre évêques, il m'a paru bon que Cécilien lui-même, avec dix évêques de ceux qui le blâment et dix autres qu'il croira utiles à sa cause s'embarquent pour Rome, afin qu'en présence de vous, comme aussi de vos collègues, à qui j'ai ordonné de venir en hâte à Rome, il puisse être entendu comme vous savez qu'il est conforme à la très auguste loi. Afin du reste que de toutes ces choses vous puissiez avoir la plus entière connaissance, joignant à ma lettre les copies des écrits que m'a fait parvenir Anulinus, je les ai envoyées à vos collègues susdits. Après les avoir lues, votre fermeté jugera de quelle façon il faut trancher pour le mieux la susdite cause et la terminer selon le droit. En ce temps, il n'échappe pas à votre sollicitude que je porte un tel respect à l'Église catholique, légitimement établie, que je ne veux pas que vous laissiez aucun schisme public ni dissension en aucun lieu. Que la divinité du grand Dieu vous garde, très cher, de longues années ? » Probablement la réception d'une pareille lettre occupa fort Miltiade, son entourage et ses conseillers. Le temps où ces sortes de difficultés se réglaient entre le pape et les intéressés était décidément fini ; il fallait désormais se résoudre à devenir un rouage dans l'administration impériale. La délibération et la décision restaient réservées, mais il fallait que celle-ci coupât court à un schisme. Le 2 octobre 313, les conférences commencèrent in domum Faustæ, in Laterano (voir Dictionnaire, t. virt, col. 1544) ; c'est-à-dire qu'on se trouvait dans un local d'emprunt. Il y avait là, outre le pape et les trois évêques gaulois, quinze évêques italiens. Les discussions durèrent trois jours et firent ressortir l'innocence de Cécilien ; son accusateur, Donat, évêque de Casz nigrae, se trouvait condamné d’après ses propres aveux. La décision fut proclamée par Miltiade qui la communiqua à l'empereur. Le pape mourut avant de connaître les suites de cette affaire.

Hic positus longa viril qui in pace sacerdos. Vers qui ne peut s'appliquer qu'au pape Miltiade, confirme le fait de l'inhumation dans le cimetière.

À la suite viennent les principaux manuscrits du martyrologe hiéronymien, ms. de Berne : Rom. in cimiter. via Appia celesti Melchia des epi ; ms. d'Epternach : rom. in cimi calisti via app depos Mililiadis epi, festos eet ps hito ORANGE Qr ip PI AE SA re SN

Wi 1201 ms. de Wissembourg : in cimiterio via appia calesti et dep Melciadis epi 1 ;

Le Liber pontificalis ?, à la notice de Miltiade : Hic | sepultus est in eymilterio Calisti <in eryptavia Appia, IH id. decemb. ;

L'inscription des saints et martyrs ensevelis au cimetière de Calliste, placée par les soins du pape | — Eee le de,

L'Itinéraire de Malmesbury où on lit :...nec longe ecclesia S. Cæciliæ martyris ; el ibi reconditi sunt Stephanus, Sixtus, Zefferinus, Eusebius, Melchia des, Marcellus, Eutichianus *, etc ;

L'Itinéraire d'Einsiedeln : a) Inde (c'est-à-dire en partant des Saints-Marc-et-Marcellien) ad S. Soferum, inde ad 5S. Sixtum : ibi el S. Favianus et Antheros el Miltia des ; b) In dextera (de la voie Appienne) S. Petronella, Nerei et. Achillei, Marci et Marcelliani, ad 1202 S. Solerum, S. Cornelii, Xisli, Faviani, Antheros e ! Mililiadis, ad 5. Sebastianum * ;

Le catalogue des sépultures papa les inséré dans le ms. Vat. lat. 3764, fol. 2, du Liber pontificalis (vin siècle) : In cymterio Calixti... x xvin, Gaíus, XXXII, Eusebius, XXXII, Meltia des *.

Le cubicule du pape Miltiade est une vaste chambre

Le cubicule de Miltiade est, comme l'autre, à un niveau un peu plus bas que celui de la galerie, il 1203 mesure 4 m. 18 en longueur (sans compter la profondeur de la niche), et 4 m. 20 en largeur, c'est donc une chambre carrée !. Ce dut être à l'origine une crypte | destinée à des réunions liturgiques, car elle conserve encore les tra ces visib les de banquettes et de deux sièges plus élevés, destinés à ceux qui présidaient la synaxe des fidè les, Les parois étaient revétues de plaques de marbre dont on a relevé quelques vestiges ; à la voüte, une fres que figurant la résurrection de Lazare ?. C'est dans la suite, quand la crypte eut recu une destination funéraire, qu'on aurait creusé deux arcosolia et, plus tard encore, la niche du fond. Dans la crypte on trouva un couvercle de sarcophage de dimensions colossa les, le plus grand qu'on ait ja mais rencontré dans les catacombes romaines (fig. 8080). Ce couvercle est en forme de toit avec de fortes rainures terminées par des masques tragiques faisant fonction d'antefixes et avec des acrotères sur lesquels est sculptée la figure du bon pasteur : les deux figures ne sont pas rigoureusement pareil les, mais le théme est semblable : brebis, chien, arbre, oiseau ?. Cette crypte prit le nom de del coppo parmi les terrassiers, jusqu'au moment oü J.-B. De Hossi proposa de lui donner le nom de Miltiade, présentant cette identification non comme un fait certain, mais trés probable, à raison du texte de l'Itinéraire d'Einsiedeln qui place Miltiade dans le groupe ad S. Xystum avec les papes Fabien et Anteros, en sorte que leurs cryptes sont voisines. Peut-étre a-t-on dépassé la mesure en présentant la crypte de Miltiade comme si sa destination ` primitive avait fait l'objet d'une de ces démonstraLions à la fois historiques et topographiques où J.-B. De Rossi se montrait supérieur, mais les arguments apportés pour créer le doute sont si inconsistants * que, en attendant autre chose, il est sage de se tenir à la conjecture de De Rossi et de maintenir à la tombe le nom de Miltiade. : H. LECLERCO.

On les voit surgir dés l'antiquité sous des noms bizarres, comme il convient à ceux qui s'adonnent à des professions déréglées : thaumaturges, bateleurs, danseurs. On les rencontre en tous lieux, avant envahi le monde anti que ; leur première patrie semble avoir été la Sicile d'ou ils ont gagné l'Italie et se sont établis à Rome oü leur succés compromet celui des poétes tragiques et comiques. On leur donne indifféremment les noms de mimus et d'histrio ?

‘De bonne heure l'Église engage la lutte contre eux. Vers le milieu du rir siècle, saint Cyprien de Carthage écrit à son collègue Eucratius, probablement évê que. de Tina en Bvzacène : « Les sentiments d'amitié et. d'estime que nous avons l'un pour l'autre vous ont fait. juger, mon trés cher frère, que vous deviez me consulter à propos d'un histrion qui se trouve chez vous et continue son métier honteux. Se faisant professeur et. maitre non pour instruire, mais pour pervertir des enfants, il apprend peu à peu aux autres ce qu'il a eu. tort d'apprendre lui-même. Vous demandez si un homme, qui est dans ce cas, doit être admis à notre. communion. Eh bien, je pense qu'il ne convient ni au respect de la majesté divine, ni à l'observation des. enseignements évangéliques que l'Église soit oflensée - dans sa pudeur et dans son honneur par un contact si impur et si infâme. Dans la Loi, il est interdit aux hommes de prendre des vétements de femmes, et ceux qui le font sont maudits ; combien n'est-il pas plus criminel d'oser non seulement se revétir de costumes féminins, mais se faire maître d'impudicité en reproduisant les gestes mémes des débauchés et des efléminés. « Et qu'on ne s'excuse pas en disant qu'on a renoncé personnellement à jouer au théâtre, alors que l'on en | apprend l’art aux autres. On ne peut être considéré comme y ayant renoncé, si l'on met d'autres acteurs à 1204 sa place, et plusieurs au lieu d'un seul, enseignant, à. l'encontre de ce que Dieu a établi, à faire d'un homme une femme, à en changer le sexe, et à faire la joie du. démon qui est heureux de souiller l'œuvre des mains divines, par ces gestes de mollesse vicieuse. Celui qui est dans ce cas prétexte-t-il un man que de ressour ces et des besoins ; on peut le mettre au nombre de ceux auxquels l'Église fournit des aliments, et secourir son indigence comme celle des autres, à la condition tou- | Lefois qu'il se contente d'une nourriture frugale et simple, et ne se mette pas en tête qu'on lui doive payer une pension pour ne plus pécher, attendu que ce n'est pas nous qu'il sert en ne péchant plus, mais lui-même. » Cette sévérité ne semble pas avoir porté beaucoup de fruits. Tous les Africains se montrent aussi rigoureux que leur compatriote saint Cyprien et la plaie des mimes persiste. Du 1v au 1x° siècle, saint Jérôme et saint Augustin trouvent de l'écho chez Marius Mer- Paulin de Nole, Victor de Vite, Salvien, jusqu'à Leidrade et Alcuin. Les conci les n'épargnent pas plus les mimes partout où ils se tiennent, que ce soit à Agde, à Tours, à Arles, à Mayence qu'à Reims, à Châlons, à Aix-la-Chapelle ou à Rouen *.

On a écrit : « Nous voudrions les connaitre. Nous voudrions savoir quels talents dangereux leur attiraient la haine de l'Église. Des hommes de leur temps, chacun les voyant tous les jours, aucun n'a songé qu'il cator, Paul Orose, 1205 |— püt être utile de les décrire : aussi avons-nous peu de détails sur leur compte. Mais quelques points du moins “sont assez clairs. Ces mimes n'étaient pas seulement des gens de théâtre, et, déjà depuis l'antiquité, à l'étroit dans les fonctions d'acteurs, ils s'étaient mis à — des exerci ces variés. Ce n'est pas seulement sur les « scenes qu'on les voit ; on les rencontre au coin des rues et aux carrefours ; et là, ils font des prodiges d'ingéniosité pour retenir l'attention rémunératrice du publie qui badaude et qui muse. » Voici comment - Claudien nous les décrit :

Nec mol les egeant nota dulcedine ludi :

Qui lælis risum salibus movisse facetus, Qui nulu manibus que loquax, cui tibia flatu ; 315 Cui plectro pulsanda chelys, qui pulpita socco 3. Personat aut alte graditur majore cothurno, Et qui magna levi deirudens murmura tactu i Innumeras vo ces segelis moderatus « ena Inionel erranli digilo penitus que trabali 320 Vecie laboranies in carmina concilel undas, | Vel qui more avium sese jaculentur in auras Corpora que ædificent celeri crescentia nexu, Quorum compositam puer amentalus in arcem Emicel et vinclu plantæ vel cruribus hærens ! Per tabulas imp une vagus pictæ que citato Mimes eL histrions traversent les siéc les de la décadence latine ; ils amusent leurs auditoires délicats ou grossiers, souverains byzantins ou populace barbare ; car, à mesure que le vieux monde s'effondre, ils tentent de séduire les peupla des du Nord, qui les accueillent, et parmi lesquel les ils fondent une postérité vigou-. reuse et prospère : les jongleurs. Tous ceux qui savent encore tenir une plume et s'en servir recourent aux - mots mimus et histrio pour désigner les jongleurs.

Ainsi continue à s'affirmer une tradition qui va s'ef- lacant parmi ceux-là méme qui la transmettent, En qui entretiennent des amuseurs, pour le plus grand - détriment des pauvres, et il cite les mimes à côté de jongleurs comme des gens de méme sorte ! : Saliat praterea el inebriat hislriones, mimos turpissimos que el panissimos joculatores, cum pauperes Ecclesise fame discruciati intereant. Hinemar prescrit à son clergé : Nec plausus el risus inconditos et fabulas inanes ibi referre aut cantare præsumal, nec turpia joca cum urso vel tornacibus ante se facere permittat. Quand les écri| vains qualifiaient les jongleurs, mimes et histrions, ils. ne faisaient pas de l'érudition, ils parlaient comme on parlait de leur temps. Les jongleurs étaient pour eux des mimes, qui, jusqu'au 1x° siècle, ne furent désignés que sous ce dernier nom et qui le portérent longtemps encore dans la langue savante, plus conservatrice que le langage populaire. Le peuple avait créé une appellation nouvelle pour ces saltimbanques qui avaient infiniment élargi l'ancien répertoire de leurs exerci ces ; il vit en eux des amuseurs, des joueurs. Anciennement déjà on employait, pour désigner leur art, les mots de ludus et de jocus ; on les appela eux-mêmes joculares ou joculatores, et ces noms nouve aux supplantérent celui de mime. H. LECLERCQ.


MINERVE.. — I. Minerve et le Minervois. II. Le pèlerinage et la charte de 873. III. L'église in castro. IV. L'église ante castrum. V. Signification

1206 du plaid et du serment. VI. Coincidence des signatures de l'autel et de la charte. VIT. Premier emplacement de l'autel. VIII. Déplacement de l'autel. IX. Bibliographie.

I. MINERVE ET LE MINERVOIS, —- Nous avons consacré un paragraphe de l'étude des « graflites » à un monument sur lequel il y a lieu d'entrer dans plus de détails et de corriger plusieurs affirmations (voir Dictionn., t. vr, col. 1501-1512, fig. 5375-5377). Il s'agit de l'autel chrétien conservé dans une modeste comm une du département de l'Hérault, Minerve, village de 240 habitants. Cet autel en marbre blanc présente sur sa face antérieure une inscription ainsi libellée (fig. 5375) :

+ RVSTICVS ANN XXX EPTVS SVI FF

Outre l'inseription, on voit quatre trous espacés de manière à y introduire des tenons auxquels était suspendue une guirlande ou une draperie (fig. 53735), »disposition fréquente et qu'on retrouve dans l'édicule décrit au mot MEMORIA. Les dimensions de la table de marbre sont : longueur 1 m. 435, largeur 0 m. 68, épaisseur 0 m. 154.

Le texte ne présente auc une difficulté et doit étre transcrit : Rusticus anno írigesimo episcopatus sui fieri fecit. Comme nous savons la date d'avénement au pontificat du métropolitain Rusti que, la date se déduit d'elle-même, c'est en 456 que l'autel a été consacré.

Mais il n'y a pas que cette inscription. Sur la face supérieure, on lit, groupés sur les bords et principalement du coté droit (fig. 5376), des noms tracés maladroitement, à l'aide d'un instrument pointu. Edm. Le Blant, avec une patience méritoire, a réussi à déchiffrer quatre-vingt-treize noms que la forme des caractères l'amène à faire remonter à une période qui se place entre le vr et le x* siècle (fig. 5377).

La présence de ce monument dans une localité isolée, au milieu d'un pays pres que désert, est de nature à provoquer cette question : pour quoi et depuis quand s'y trouve-t-il ? On ne sait trop les raisons qui ont pu faire de Minerve la capitale et l'éponyme d'un petit pays qu'on continue de nos jours à nommer : le Minervois. Celui-ci a-t-il été un pagus à l'épo que romaine ? Peut-étre, quoiqu'on ne reléve auc une trace écrite d'un pagus Minervensis ou Minervius dans la civitas de Narbonne. Quant à Minerve, on n'a pu jusqu'ici y découvrir aucun vestige archéologi que quel qu'il soit ; pas une voie romaine et pas un chemin du Moyen Age n'y conduisent.

A défaut de l'histoire, déplorablement muette, la légende s'est montrée inépuisablement bavarde. En 1681, on avait trouvé, dans les vieux remparts de Narbonne, un énorme linteau de marbre qui fut recueilli à l'archevéché. Le texte relatait la dédicace, par l'évêque Rustique, d'une basilique élevée à Narbonne, de 442 à 445, sur les ruines d'un temple païen. Les érudits du xvi siècle se souvinrent de ce nom de Rustique gravé sur l'autel de Minerve et ils imaginèrent que l'autel était demeuré à Minerve pendant que l'inscription dédicatoire avait pris le chemin de Narbonne ; ils en conclurent que Minerve avait possédé, dès l'année 456, une basilique romane. Ils eussent été fort embarrassés de découvrir les plus humbles vestiges d'une agglomération, les traces quelconques d'une communauté chrétienne au v siècle.

1207 Minervois n'est alors qu'une fraction du pagus Narbonensis ; il faut attendre le xi siècle pour lui voir décerner le nom de pagus et, enfin, en 896, dans une bulle du pape Étienne adressée à Arnaste, archevêque de Narbonne !, il est question du comté de Minerve. Or, à cette date, le Minervois, faisant partie du comté de Narbonne, n'était pas encore une vicomté. Au cours du xi siècle, il y tendait, mais n'en portait encore que le titre ; il n'était qu'un suburbium qui voisinait et jalousait le suburbium Ventaionense (pays de Ventajou), autre fraction du pagus Narbonensis ?, Entre 836 et 870, six chartes au moins établissent l'existence et la délimitation des deux suburbia de Minerve et de Ventajou ?. Vers la fin du xi siècle, le pays de Minerve devient une viguerie carolingienne : alors commence sa véritable histoire ; elle ne nous intéresse plus, puis que nous nous arrêtons à cette date.


II. LE PÉLERINAGE ET LA CHARTE DE 873. — On a lieu de se demander pour quoi un autel se trouve en ce lieu désert ? Comment il a été épargné, comment il est demeuré intact lors que tout ce qui devait l'entourer et justifier sa présence a si complètement disparu. À cette question une réponse a semblé péremptoire. Minerve aura été, du vi au x siècle, un centre de pélerinage à saint Rustique de Narbonne et la preuve s'en trouve dans les signatures que les plus qualifiés parmi les pèlerins ont pu tracer sur la table d'autel dont ils avaient le privilège d'approcher. Mais des doutes s'élèvent : les traditions les plus accueillantes, martyrologes, catalogues épiscopaux ignorent la sainteté de l'évêque Rustique ; les traditions locales ou ce qu'on nomme ainsi ne sont pas mieux instruites ; il se trouve donc que le saint manque au pélerinage et, par un surcroît de malchance, voici que le pèlerinage va nous manquer. Il paraissait cependant bien assuré.

En effet, on possédait un acte du ix siècle d'où ressortait la tenue d'un plaid à Minerve, le 23 avril 873. Les témoins, au lieu d'engager leur parole en jurant sur l'Évangile ou sur les reliques des saints, posèrent la main sur l'autel aux graffites. Certains, même, ne s'en tinrent pas là ; cinq au moins parmi ces témoins eurent la dévotion de graver sur l'autel leurs noms qui ont pu, de nos jours, être déchiffrés. Or, sur ce point encore, il y avait une erreur à rectifier.

Il existe bien une charte datée du 23 avril 873 et son authenticité n'est pas suspecte. Cette charte fait mention d'une assemblée tenue anfe castro Menerba en présence de dix-sept témoins qui jurent .., per Deum... el per te locum venerationis sancto Nazario, martyre Christi cujus ecclesia sita est ante kasiro Minerba, supra cujus sacrosancto altario as conditiones superpositas manibus nosiris præsens contenemus vel jurando contangimus... Ainsi la prestation du serment n'a pas eu lieu à Minerve et dans l'église Saint-Rustique, mais « devant le lieu fortifié de Minerve » et à « autel de Saint-Nazaire », dont l'église était située dans les environs du village. Il y a eu confusion produite par le mot castrum ; on a pris le donjon gothique du xii siècle, ou « château », devant lequel se trouve l'église de Minerve bâtie à la fin du xi, pour le village fortifié du ix siècle. Mais la confusion est inexcusable, puis que la charte prend soin de donner ce détail que les témoins ont juré « par le lieu du culte de saint Nazaire dont l'église est située devant le village fortifié de Minerve, ayant placé leurs dépositions et 1208 étendu leur main sur l'autel du saint martyr ». L'église | en question se trouve anle castrum, alors que l'église de Minerve est située in castro, d’après un document” de 1155. Il y a autre chose encore : l'église ante castrum porte le vocable de saint Nazaire, et l'église in castro. celui de saint Étienne. Mais, ici, il faut y aller prudemment et se garder de dire « que le patron d'une église ne change pas et qu'il ne peut y avoir deux titulaires d'une même église, pris successivement et à l'exclusion l'un de l'autre » On pourrait soutenir le contraire et le prouver. A Lyon, l'église des Macchabées perdit son vocable pour adopter celui de saint Just, et l'église des Apôtres et des Quarante-huit martyrs changea de nom et de patron quand les restes de saint Mizier y furent déposés. A Paris, l'église Sainte-Croix-et-Saint-Vincent devint Saint-Germain-des-Prés et ces méthodes du viii ou du ix siècle n’ont pas cessé d'être en vigueur. A Rennes, vers 1090, le bon évêque saint Melaine fut prié de prendre sa retraite et de faire place à la très sainte Vierge . Mais, revenons à notre sujet. l L'église de Minerve, in castro, a toujours eu saint Étienne pour patron. Le fait est attesté par trois chartes de 828, 830 et 836 mentionnant des donations faites à l'église Saint-Étienne de Minerve et les documents confirmant ce fait s'échelonnent jusqu'en l'année 1135 *, Dès lors, aucune contestation possible ; la charte de 873 est étrangère à Minerve et à son autel.


III. L'ÉGLISE IN CASTRO. — Le document de l'année 1135, auquel nous venons de faire allusion, est le testament du vicomte Bérenger, lequel déclare « qu'il donne son corps à Dieu, à sainte Marie, à saint Étienne, protomartyr et à saint Michel » dans l'église Saint-Étienne de Minerve 7. Cette église, sise in casiro, était soumise à la juridiction directe de l'archevêque de Narbonne ou du chapitre de cette Église. Or, quarante ans exactement avant le testament du vicomte Bérenger, nous rencontrons une attestation de cette | église de Minerve. C'est à l'occasion du désistement « que consentent deux frères, Bérenger de Pépieux et« Géraud, en faveur de l'autel de Sainte-Marie, de Saint-Étienne et de Saint-Michel qui sunt fundati in eastro Minerbæ, et en faveur du chapelain de cette église *, Le texte ne préte à aucune interprétation. | I] nous apprend que l'église possédait trois autels dédiés à sainte Marie, à saint Étienne et à saint Michel. - Elle les possède encore, chacun dans l'emplacement « de l'abside qui l'abrite. L'édifice est des plus simples, « = de style roman, à trois absides, avec un petit transept, construit en appareil régulier précisément vers la fin — du xi siècle.


IV. L'ÉGLISE ANTE CASTRUM. — Elle apparait pour la première fois dans la charte du 23 avril 873 ; elle reparait le 15 octobre 1323 dans une pièce de procédure, « par laquelle le vicaire de Menerbe, au nom du — chapitre de Narbonne, est maintenu dans la possession | de l'église Saint-Nazaire, annexe de l'église de Menerbe », Il s'agit donc d'une succursale qui a disparu, à moins qu'on ne consente à l'identifier avec un édicule dont les vestiges ont été retrouvés dans le cimetière actuel, sur le pont naturel de la Cesse ? Mais l'insignifiance de cette succursale importe peu ; ce qu'il faut retenir, c'est son existence et sa dépendance par rapport à la paroisse de Minerve, en 873. Aussi bien, dés lors, il n'en est plus question dans les quatorze documents ou chartes relatifs à Minerve du xi au xii siècle, tous s'occupent de l'église Saint- … Étienne qui est, bien évidemment, le centre religieux, | celui auquel s'adressent les donations, Lestaments, | restitutions, largesses des fidèles, celui qui possède | un patrimoine, qui garde la sépulture des vicomtes, qui possède un chapelain. Cependant, Saint-Nazaire — 8 eu, en 873, un plaid dont les témoins ont placé leurs | dépositions et prêté serment sur l'autel du saint mar- —— tyr. Faut-il en conclure quelque chose ? | VW. SIGNIFICATION DU PLAID ET DU SERMENT. — On “en peut douter. Le plaid du 23 avril 873 ne s'est pas ~ tenu nécessairement à Minerve, mais peut-être dans | un hameau voisin. Ces sortes d'assemblées pouvaient — se tenir partout, au choix du comte, sauf dans les églises ou dans leur vestibule '. On en cite des exemples tels qu'un plaid tenu, en 837, in villa Juliano — lerritorio Narbonense suburbio Minerbense ; un autre, | en 852, in villa Crispiano ; un autre, en 865, in villa — Protas ; d'où on peut conclure que le choix du lieu est indifférent ; à tout le moins, il n'est pas influencé par la notoriété de celui-ci. : — Le plaid du 23 avril a été tenu en vue de liquider un litige existant entre l'archevêque de Narbonne et E ‘le monastère de Caunes ; à cet effet, cinq juges de la cour comtale de Narbonne, parmi lesquels trois nous | sont connus ?, sont venus prés de Minerve où ils — ent convoqué dix-sept témoins venus de Caunes et leur ont fait prêter serment sur l'autel Saint-Nazaire. - Et ce n'est pas sans raison que les juges ont fait choix - de ce lieu qui se trouve à peu près à moitié chemin — entre Caunes et Narbonne ; ils ont ainsi exécuté un — déplacement à peu près pareil à celui qu'ils imposaient aux témoins, c'est la raison du choix qu'ils ont fait - de Minerve. Les témoins prêtent serment sur l'autel SaintL— Nazaire non à raison de sa célébrité, mais pour se — conformer à une formule juridique extraite d'un — manuel, formule qui, sauf le nom du saint, se retrouve.à la même époque et dans la même région. En voici un exemple, à Narbonne, en 834 : Jurati... per Deum... el per hoc locum venerationis Sanctæ Mariæ cujus basilica sila est infra muros civilalis Narbone, supra eujus sacrosancto altario has condiliones manibus nostris C contineimus vel jurando contingimus \… | VI. COINCIDENCE DES SIGNATURES DE L'AUTEL ET DE T LA CHARTE. — La charte de 873 cite quarante-quatre — noms, l'autel de Minerve exhibe quatre-vingt-treize — signatures ; entre les uns et les autres une coincidence a été relevée pour cinq noms, ceux d'Amalbertus, m Rieulfus, Salamon, Stephanus et Alaricus. Désignent- | ils les mêmes personnages ? Il y a lieu d'en douter. En | ce qui concerne les deux premiers, on observe que, sur l'autel de Minerve, Amalbertus ajoute levifa à sa signature et Riculfus presbiler à la sienne. Or, sur la charte, ces titres sont omis et, quand on sait le soin qu'on apportait à énumérer titres et qualités dans les documents diplomatiques du ix siècle, on est en droit de conclure que Amalbertus et Riculfus sont de simples laïques, Quant à ce qui regarde les trois derniers, leurs noms sont si répandus qu'on hésite à soutenir l'identification sur un rapprochement qui peut sembler arbitraire.

Un fait subsiste entier : la présence à Minerve d'un | : autel qui se rattache au personnage de l'évêque |. Rustique, autel criblé d'inscriptions entre le viii et le | X siècle. Reste à savoir, à découvrir si possible, les $ motifs de sa présence à Minerve et le moyen d'y parvenir est peut-être de rapprocher cet autel des docu. $210 ments épigraphiques qui se rattachent à l'évêque Rustique.


VII. PREMIER EMPLACEMENT DE L'AUTEL. — Ces documents épigraphiques sont au nombre de cinq, et ce ne sont pas des inscriptions privées, mais des textes avant un caractère officiel. Le plus important est daté de l'année 445 (voir Dictionnaire, t. v, col. 2262, fig. 4644) ; il fait connaître la réédification par l'évêque Rustique de la basilique latine de Narbonne, ruinée par un incendie, basilique qui remplacait une église antérieure pouvant remonter à l'époque de la paix de l'Église. Un nouveau texte, découvert en 1927, est relatif à un autre édifice religieux, également à Narbonne, qui fut consacré en 455, en la vingt-neuvième année de l'épiscopat de Rustique. Cet autre édifice est la primitive église de Saint-Félix sur l'emplacement présumé de laquelle les fragments de l'inscription ont été trouvés à différentes profondeurs. Cette église de Saint-Félix s'élevait sur l'ancien cimetière chrétien qui dut servir à la communauté primitive, et pendant plus de mille ans.

Ges deux inscriptions, gravées sur des architraves déchues au rang de linteaux, sont des dédicaces et présentent entre elles certaines analogies : chronologiques, historiques, topographiques, et le rapprochement de ces textes met en évidence l'unité de l'œuvre accomplie à Narbonne par l'évêque Rustique. Nous devons en conclure que ce personnage a élevé, à dix ans d'intervalle, deux basiliques dans sa ville épiscopale ; bien plus, la dédicace de 445 nous permet de restituer à la première basilique une base de colonne en marbre blanc, provenant d'un édifice antique et utilisée dans la construction dès l'année précédente, puisqu'on y lit l'inscription suivante : anno XVII episcopatus Rustici anni die CCLXVI kalendis iuliis (1er juillet 444). La dédicace de 455 semble appeler à elle un autre monument, l'autel de Minerve sur lequel on lit : Rusticus anno X episcopatus sui fieri fecit. Nous disons « semble appeler », parce que l'écart d'une année entre l'inscription de la dédicace et celle de l'autel soulève une difficulté qu'on pourrait écarter peut-être en admettant que la dédicace est datée de l'année du commencement des travaux et l'autel de l'année de l'inauguration du culte dans l'édifice terminé ; il reste toutefois qu'une dédicace n'est pas la pose d'une première pierre, mais on pourrait dire de la dernière pierre ; or, si elle fut placée en mars, on se demande pour quoi elle attendit son autel jusqu'à l'année suivante ?

L'autel de Minerve se trouve ainsi ramené à Narbonne, en attendant qu'on le reconduise à Minerve. Ce voyage d'aller et retour est bien un peu conjectural, mais il est si utile qu'on ne peut se résoudre à y renoncer. Il faut se souvenir que cet autel est criblé de graffites qui témoignent d'un culte local assidu entre le VIIIe et le Xe. Or, Rustique a été l'objet d'un culte dans l'église de Narbonne. Sidoine Apollinaire et Grégoire de Tours n'en disent rien, car la première mention de ce culte se lit seulement au IXe dans le martyrologe d'Usuard, qui fixe sa fête au 26 octobre. Ce culte n'a peut-être jamais connu une très grande ferveur. C'est ce qu'on peut conclure du nombre des graffites : quatre-vingt-treize en l'espace de quatre siècles, cela donne la moyenne d'une signature tous les quatre ou cinq ans ; évidemment, les pèlerins manifestaient leur confiance en saint Rustique d'une façon différente.

Mais l'autel de Minerve est-il bien celui de la basilique dédicacée en mars 455 ? Était-ce dans cette basilique que le culte du grand évêque était localisé ? Et voici un doute qui surgit avec une nouvelle raison de douter que la basilique de Saint-Félix attire à elle l'autel qui lui est postérieur d'une année. En effet, le culte de Rustique devait fleurir sur son tombeau et la tradition narbonnaise situe ce tombeau non dans la basilique métropolitaine ou dans l'église Saint-Félix, mais dans la chapelle Saint-Loup, que ses ruines signalent encore à l'est de la ville, à quelques centaines de mètres du boulevard extérieur non loin des bords de la Robine. Y a-t-il eu sur ce point une chapelle dédiée à saint Loup où saint Rustique était honoré et possédait un autel ? L'inscription gravée sur l'autel de Minerve ne se prête pas à y voir un témoin du culte, puisque c'est Rustique qui, de son vivant, la trentième année de son épiscopat, le fit exécuter. D'ailleurs, l'autel de Rustique, à la chapelle Saint-Loup, est connu ; il portait cette inscription : Orate pro me Rustico vestro. Et l'autel de Minerve peut ainsi regagner l'église Saint-Félix. Si Rustique avait ses dévots à Saint-Loup, il pouvait en avoir d'autres à Saint-Félix. Ceux-ci pouvaient lire le premier mot Rusticus et n'entendaient rien à ce qui suivait : ann XXX eptus sui ff ; ils n'essayaient même pas de comprendre, Rusticus leur suffisait, répondait à tout, et ces braves gens, à des intervalles très espacés, s'approchaient de l'autel et y traçaient leur nom. Mais tracer son nom sur un autel consacré était une hardiesse que la plupart des fidèles ne se fut pas permise, aussi on s'explique que les deux tiers des graffites présentent les signatures de presbyteri et de levitz à qui l'accès de l'autel était plus facile en leur qualité de clercs. Tel signataire y est revenu plusieurs fois comme ce Wilielmus d'abord levita et qui ajoute plus tard, encore comme Agelbertus presbyter qui, à sa deuxième visite, ajoute itero.


VIII. DÉPLACEMENT DE L'AUTEL. — L'autel de Rustique, daté de l'an 456, est en bon état de conservation et d'intégrité matérielle ; cependant, il porte des traces liturgiques d'une adaptation tout récente. On sait que, depuis les origines de l'Église, l'autel (voir Dictionnaire, t. t, au mot AUTEL) repose sur les reliques des martyrs et des saints. Le procédé varie ; elle les contient dans une cavité. Nous avons eu trop d'exemples de ces différents procédés et trop d'occasions de les représenter pour qu'il soit nécessaire de s'étendre ici sur ce sujet.

Or, l'autel de Rustique n'a jamais servi de couvercle à un sarcophage, à une tombe, à une confession et n'a jamais possédé la cavité intérieure indispensable à l'introduction des reliques. Dès lors, il n'a pu être utilisé qu'à la condition d'avoir le coffret des reliques dans le support de l'autel. Cette disposition n'est pas vérifiable pour l'heure, mais nous en trouvons un indice dans le témoignage des frères de Sainte-Marthe (voir Dictionnaire, t. vr, au mot GALLIA CHRISTIANA) qui, en 1630, écrivent qu' « a le dit autel six pans de longueur et trois de large sur de la maçonnerie présantement, Et souloit anténement estre porté sur trois piliers * », A cette date, l'autel avait donc eu à subir un remaniement, mais on n'avait pas perdu le souvenir du temps où il s'offrait sous un aspect différent.

Peut-être ces trois piliers existaient-ils encore ? Peut-être un des trois a-t-il été conservé jusqu'à nos jours. Il se trouve, en effet, que l'église de Minerve possède une colonne de marbre blanc dont le chapiteau est creusé d'une cavité rectangulaire qui a induit Mais l'inscription en surcharge, presbyter, ou à l'utiliser comme bénitier. La colonne mesure en hauteur 1 m. 10 et la cavité, assez mal appropriée à la destination actuelle, mesure 0 m. 24 de côté et 0 m. 11 de hauteur. Sans qu'il soit nécessaire de longues explications, on saisit facilement le rapport entre ce bénitier improvisé et la colonne pourvue d'une cavité servant de loculus aux reliques de l'autel. La bordure en retrait, qui surmonte le chapiteau, prouve que la colonne devait s'encastrer et se fixer dans la table de l'autel.

Du moment qu'on adoptait une disposition nouvelle, il devenait nécessaire de suppléer au « tombeau » ménagé dans la colonne ; on n'y manqua pas, et, même, on s'y prit de la meilleure façon pour nous apprendre à quel parti on s'était arrêté. Il était facile de déposer dans la maçonnerie un coffret à reliques allleurant l'autel, ce ne fut pas le procédé choisi, on préféra ménager une cavité minuscule dans la tranche antérieure, parmi les lettres de l'inscription, disposition dont pas un seul autel ancien n'offre d'exemple et qui ne peut faire remonter au Ve, On doit en conclure que l'autel a eu à subir un changement de reliques et un déplacement qui a dû coïncider avec une désaffectation suivie d'une affectation nouvelle. Ceci n'a pas dû avoir lieu pendant la période du VIIIe au Xe, époque où l'autel jouissait d'une notoriété dont témoignent les graffites. Ce n'est donc pas avant le XIe que le déplacement a eu lieu. On se souvient que nous avons dit que l’église romane de Minerve date de la fin du XIe, mais ceci ne suffirait pas à y acheminer un autel vénéré à Narbonne, si l'histoire de l'Église de Narbonne n'amenait à le supposer.

Nous avons vu que l'autel de Minerve parait se rattacher à l'église Saint-Félix. Celle-ci fut rasée en 1521, lors de l'établissement des nouvelles fortifications de Narbonne, M* Jean Fontiers remit entre les mains des consuls ou du notaire de l'archevêché l'inventaire des reliques et des vases sacrés, ainsi que ces objets eux-mêmes. L'autel de Rustique fut donc démonté et les reliques remises à l'autorité ecclésiastique. Ceci se passait en 1521 ; or, un siècle plus tard, en 1630, l'autel de Rustique se retrouve à Minerve, dont la cure relevait du chapitre de Narbonne. Celui-ci fit, précisément à cette époque, abattre la partie droite du chœur et du transept romans pour établir la chapelle moderne de Saint-Michel dont l'autel fut érigé, comme l'indique sa dédicace, en 1596. Ces travaux purent être l'occasion d'expédier à Minerve l'autel hors d'usage de Saint-Félix, resté intact, mais dont les reliques avaient dû recevoir une destination ; même on ajouta une colonne qui lui avait servi de support. Mais soit que la mode eût changé ou que les maçons ignorassent le moyen d'assurer l'équilibre de l'autel, ils préférèrent une maçonnerie, on creusa un « tombeau » minuscule dans la tranche et la colonne reçut une destination nouvelle : on en fit un bénitier.

1212 Le 10 et le 12 octobre, aM 1213 MINERVE -— MINES 1214 Dictionnaire, t. vr, col. 1501-1512. — Pradiès, L'épiscopal de saint Rustique, in-89, Carcassonne, 1925. — Ch. Boyer, Études historiques et archéologiques sur le Ever carriers ou fossores, c'est-à-dire qu'ils appartiennent à la catégorie de ceux qui attaquaient les masses soit dans les puits de mine, soit à ciel ouvert, soit dans les D eir cmo zi RR Minervois, 1928, p. 39 sq. — Em. Espérandieu, Note sur une inscription chrétienne de Narbonne, dans Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et bel leslettres, 1928. — L. Sigal, Études d'archéologie narbonnaise. L'aulel chrétien de Minerve, dans Bulletin de la commission archéologique de Narbonne, 1930. Je me plais à reconnaître que je dois tout l'essentiel de cette notice à l'Étude de M. Sigal. H. LECLERCO.

| arénaires, le pic à la main, pour en extraire le minerai, le marbre ou le sable. Voici une escouade de huit hommes, marchant sur deux rangs, escortés par un contremaître. L'artisan qui a travaillé ce bas-relief avait une certaine idée de la perspective et de ses exigences, car il s'est contenté d'indiquer légèrement, sans préciser aucun détail, les quatre hommes du deuxième rang ; au contraire, pour le contremaitre et les quatre hommes du premier rang, tous au premier plan et, par conséquent, plus rapprochés du spectateur, on les voit très distinctement, même avec quelques détails. Tous se dirigent vers la partie en exploitation qui est reconnaissable à des stries obliques, figurant les sillons tracés par le pic. Celui des mineurs qui se trouve en tête tenait dans la main droite un objet qu'un éclat de pierre a fait perdre.


NUIT

et dont on ne peut déterminer l'espèce. Le mineur qui suit immédiatement a la main droite cachée par le bras de son compagnon ; le troisième porte un objet oblong et plat qui peut être une lampe ; quoi que ses dimensions dépassent les dimensions ordinaires de ce genre d'objets ; il n'y a pas sujet d'en être trop surpris, car il eût été bien difficile au sculpteur de représenter une petite lampe, à l'échelle voulue, sur une pierre de la nature de celle qu'il travaillait. Le quatrième mineur porte sur l'épaule un pic ; le type de cet outil ne diffère pas de celui des pics qu'on rencontre en nombre dans les mines et carrières de l'antiquité. « Quant au contremaitre, il tient dans la main droite une paire de grosses tenailles, comme le fait remarquer Berlanga !, et non pas « une masse », comme le croyait Daubrée, qui a sans doute été induit en erreur par le mauvais état de l'estampage.

On voit des tenailles semblables au Museo arqueologico | par la fortune de nos seigneurs em |pereurs et CÉSARS, je reconnais la garantie de l'arrivée des six travailleurs de Madrid. Je pense qu'elles servaient à enlever les morceaux de roches encore tout chauds qui pouvaient être détachés du filon par l'action du feu à l'aide duquel les anciens faisaient les travaux d'avancement. Peut-être appartenait-il au contremaitre de faire choix de l'endroit et du moment pour appliquer la chaleur du feu à la « tête de la galerie » ; il fallait sans doute aussi avoir une connaissance pratique des roches attaquées pour pouvoir enlever les fragments détachés sans provoquer un éboulement !. » Dans la main gauche, le contremaitre tient un objet peu distinct, peut-être une clochette servant à donner les signaux de reprise et d'abandon du travail.

Contremaitre et mineurs sont nus, sauf une ceinture à gros plis et un tablier tombant jusqu'aux genoux. Les pieds manquent, ils étaient probablement garnis de sandales.

Un autre monument, fond de coupe, publié par Boldetti et représentant un condamné ad metalla peu, et d'ailleurs sans ombre de preuve ni de vraisemblance, un cocher du cirque qui s'est fait ainsi tatouer pour forcer la victoire ?, Nous ne pouvons que maintenir notre interprétation de jadis.

Voici maintenant un papyrus relatif à un transport de déportés condamnés aux carrières, mémoire datant | de la période des persécutions de Dioclétien, analogue à ce que rapporte Eusèbe dans son De martyribus palæstinis relativement aux chrétiens d'Égypte condamnés ad metalla, Nous ne donnons pas ce document comme relatif à un groupe ni même à un seul individu | ainsi condamné et digne du titre de confesseur, mais il est certain qu'il pourrait, dans le nombre, s'être rencontré un chrétien et les « bordereaux » de transmission de chrétiens déportés aux mines n'ont pas dû être autrement rédigés que celui qu'on va lire.

Ce papyrus fait partie de la collection de l'archiduc Renier, à Vienne, où il portait le numéro 299 de l'exposition. Hauteur 7 cent. 5 ; largeur 13 cent., la fin Ts Jo ré xxi Brouxvor relarocire 700 tocoûrou ‘Epuorokertou [zéro] [mapt A]rmóAhovog IHex5o10c HATEÔS [755 8stvx Xn]ovonixoTo0 rò xoung Hox Trot ? ‘Ep pono zoo oo y QUE THV TÖV xu [olov juv À er xxi Kotoxoovy c0 [eny rapacriloty Tfj npo s4xXxv8cv Mae[zicv] [700g OroY eypauuévoue ÉpyXtac c- [ro] [Týs xis xJouns om TOOT SXAOLÉVOUS elts] [rx nepi u£vxAAx xxt n[xpx] [Souvar uéygi] œvovv Mapztev Toig £geoc[ooct] [tois clol ôt..B]eXXnqouc (ÉcOv) À Joug.]ztzog (r&v) X Jog (té) XY xog (r&v) X vog (x&v) x X [...] khos qui est aussi appelé Bassianos, pr [éfet d'un tel district du nome d' |Hermopolis.

1216 du village Paké [du nome d'Hermopolis ? ]. En jurant leurs énumérés plus bas, originaires [de notre v Jillage, le 25 février, à déporter dans les mines des environs. de Maximianopolis et de leur remise aux magistrats. des mines jusqu'au 7 mars. Voici leurs noms : E [un tel, fils de B Jel les, àgé de 35 ans ; | [un tel, fils de....]is, âgé de 30 ans ; c [un tel, fils d'un te]l, àgé de 23 ans ;

[un tel, fils de...]x, àgé de 30 ans ;

[un tel, fils de... Jon, âgé de 20 ans ;

[un tel, fils d'un te]l, âgé de 22 ans.

Je garantis que ces personnes travailleront sûrement comme il faut et qu'elles resteront [là...] jusqu'à leur échange. » Dans ce texte, publié pour la première fois par C. Wessely, Les plus anciens monuments du christianisme écrits sur papyrus, in-8, Paris, 1907, p. 38, n. 6d, nous trouvons le titre d'un fonctionnaire de la police, AgocvoriuxcTüc. « preneur de malfaiteurs » qui est connu par d'autres papyrus de l'époque romaine. La ville de Maximianopolis n'a pas été identifiée ; il est probable que c'est une désignation momentanée qu'on s'empressa de changer quand disparut de la scène le titulaire, ce qui invite à dater le papyrus entre 283 et 304 environ ou peu après.

Voici un autre document, analogue à celui qu'on vient de lire, daté de juillet-août 301, ce qui nous ramène encore à la persécution de Dioclétien et aux condamnations de chrétiens aux carrières. Dimensions : lag. 12 cent., hauteur 24 cent. 5 ; marge supérieure | ix 1 cent. 5, marge inférieure, 4 cent. 5 à gauche cent. d Aena : »Doryévev orea(rnyo) '« Epuoz[oA](sizou) rap A(gnAiv) Monog Drepivou unTpôs Ac xxi Zubavod lloyoptog wrpóg ‘EAévne dupoté pov xouaxgyGvw xou Levoubo [ Av]x9180 uey xxi xpocxy YéAAouew vob teng EY ye [yel [æupévouc épydrauc œnekeu[ooluévouc elg td xarà 'AXx[6x]- [ovglvw zpbs &usubiw cy Éxcioc mpoxr[oct] éoyxrOv Ovc[x]g cbDérouc xxi Érurnôeiouc x[w 8[5v]co huv x[xi] révrov TOv &ró Tic xouwn[s | e£ ŒAÂNAEY YUNG Eici 8& Adp(mqaor) Eurig Z1AGavou [L...r Tlucurioc Obs[zs]e [Évroloueda xai rae[x]ori[olo]uelv dusu rr[wc] &r|[ozXrn]eoovzac Thy iy »y &wptaÜsioxv a[9vo]ig éovyureluc ypelav xal uh &xoXup[r]xvopuévouc tiv weloe [Xy ]pt xeAe5oscs Aro &u[st]ib [ecc] « Exv 8$ x9ocegT[o]co : xal pn rapacrhowuelv, lusis œôrlolt trèv [üréo] œdrév Aéyov drou[evloduev xat.Ërecp(ornlevres) o[uoX]oy(fjmxuev-) ( »Errouc) v5 xxl ove) LG T[&wv uplav fiu ]ev AroxAntavoŭ xat [Ma] uvo Xe6xoTOV xul (Écouc) éjvxrou 6v x[v]e[tev 7]uov K[covacxvwztoo xxi Mazu]u[x]v[o9 vv étipxveotérov Kotodoov dratelac] OGQX(xutou) [locrouutou Trct[avoo Ofüetou Nezaoc]uxvob pecop enl] [tù 6xal émoedo(auev) ASp(qAoc) “OQolilov Eypx(px) dr(ép) [4-(u vw) xax (óvrov) py eló(£vxt) ypa(yuaTta) — fils de Pachymis, dont la mère est Hélène, tous les pa deux maires du village de Senombo. A savoir, nous — annonçons l'arrivée des travailleurs, dont les noms : - sont ci-dessous, aux carrières dans les environs d'AlaE bastrine ; ils doivent relever les travailleurs qui y — ont été envoyés auparavant ; ils sont en bon état et habiles ; nous en sommes responsables en garantissant l'un pour l'autre, nous deux et toute la population du village. Voici leurs noms : | Aurélius Eutis, fils de Silvanus ; Aurélius I...t, fils de Tasytis.

« Nous répondons pour eux et nous ferons en sorte qu'ils accomplissent sans reproche les devoirs dont — on les charge, et qu'ils ne s'en aillent de ce lieu jusqu'à — ce qu'on leur en donne l'ordre ou qu'on les relève.

Mais, s'ils sont en retard ou si nous ne faisons pas l'arrangement, nous en sommes responsables nous-mêmes. Questionnés, nous donnons notre assentiment — à tout. — An XVII, qui est aussi XVII, de nos seigneurs, des augustes Dioclétien et Maximien, et an IX de nos seigneurs, des césars illustres Cons— tance et Maximien. Sous le consulat de Flavius — Postumius Titianus [II* consulat] et de V [irrius ] Nepotianus, au mois de mesoré. Nous avons fait le » mémoire ; Aurélius Orien a écrit pour eux, car ils prétendent ne pas savoir écrire. » L'étude de l'administration et de l'exploitation des mines et carrières, dans l'antiquité, est un sujet fort vaste dont nous avons, croyons-nous, extrait dans notre article Ap METALLA tout ce qui a trait à l'archéologie chrétienne ; on pourra consulter utilement quelques ouvrages dont les titres suivent ;

Baudi di Wesme, Dell« industria delle miniere nell lerritoria di villa di Chiesa (Iglesias) in Sardegna, dans Mem. del l'accad. delle scienze di Torino, IIe série, t. xxvi, 1870. [Sur les mines en Italie au VIe], dans Bull. de la Soc. nat. des antiq. de France, 1890, p. 138-145, 151-152.

I. LE METALLUM SIGUENSE. — Voici un dossier de quatre lettres relatives à des confesseurs condamnés aux mines ; leur importance pour le sujet que nous étudions explique que nous en donnions ici la traduction intégrale. En 257-258, saint Cyprien de Carthage se trouvait en exil à Curubis et s'employait à réconforter de son mieux ceux de ses diocésains qui souffraient pour la foi. Il écrivit alors une lettre circulaire à divers confesseurs condamnés aux mines. Ceux-ci étaient répartis en trois groupes ; ils reçurent séparément la lettre et les secours en argent apportés par le sous-diacre Herennianus et les acolytes Lucianus, Maximus et Amantius. Voici d'abord la lettre de Cyprien ! :

« Cyprien à Nemesianus, Félix, Lucius, un autre Félix, Lilleus, Polianus, Victor, Jader, Dativus, ses collègues dans l'épiscopat ; et de même à ses collègues dans le sacerdoce, et aux diacres, el aux autres frères qui sont dans la mine ?, martyrs de Dieu le Père tout-puissant, et de Jésus-Christ Notre-Seigneur el Dieu sauveur, éternel salut !

« I. 1. La gloire que vous avez acquise, très heureux el trés chers frères, m'aurait fait un devoir d'aller en personne vous voir et vous embrasser, si la confession du nom du Christ ne m'avait fait reléguer moi-même dans une retraite d'exil, d’où je ne puis sortir. Mais je suis avec vous autant qu'il est en mon pouvoir et, s'il ne m'est pas possible de me rendre présent corporellement, du moins, d'esprit et de cœur, je me rends au milieu de vous. Cette lettre vous montrera que j'ai le cœur plein de joie à cause de votre courage et de votre gloire, et que, si mon corps ne souffre pas avec vous, je partage votre sort et ne fais qu'un avec vous, par l'affection qui nous unit. 2. Pourrais-je donc me taire et retenir mes paroles lors que j'apprends à votre sujet tant et de si glorieux exploits, dont Dieu a daigné vous honorer ? Parmi vous, les uns ont déjà consommé leur martyre ; ils sont partis les premiers recevoir du Seigneur la couronne due à leurs mérites ; les autres, encore entre les murs des prisons, ou dans les mines et les fers, fournissent aux frères, pour les encourager et les armer, de plus grands exemples. A mesure que leur supplice est différé davantage, ils voient augmenter leurs titres à la rémunération avec le délai apporté à leur martyre, car ils recevront, à la distribution des célestes récompenses, autant de parts que leurs épreuves auront duré de jours. 3. Que de choses se passent ainsi, frères très vaillants et très heureux, et que le Seigneur ait daigné vous honorer et vous élever au faîte de la gloire, je n'en suis pas surpris, en considérant votre piété et votre foi. Vous avez toujours, dans son Église, fait paraître une foi vigoureuse et ferme, fidèles à observer les préceptes du Seigneur, l'innocence dans la simplicité, la paix dans la charité, dans l'humilité la modestie, le zèle dans le service. Vous vous êtes montrés vigilants à aider ceux qui sont dans une situation critique, miséricordieux à secourir les pauvres, fermes à défendre la vérité, stricts à observer l'austérité de la discipline. 4. De

« II. 1. Avant d'être dans la mine, vous avez été cruellement bâtonnés, et c'est par là que vous avez inauguré votre confession ; ce n'est pas là, pour nous, chose que nous devions déplorer. Le bâton n'a pas fait peur au chrétien, dont tout l'espoir est dans le bois. Le serviteur du Christ y a reconnu le mystérieux instrument de son salut ; racheté par le bois pour la vie éternelle, c'est par le bois qu'il s'est avancé sur le chemin de la couronne. 2. Qu'y a-t-il d'étonnant, d'autre part, à ce qu'étant des vases d'or et d'argent, vous ayez été mis dans la mine, c'est-à-dire dans le lieu de l'or et de l'argent, si ce n'est que par là les mines ont changé de nature, que les lieux qui, d'ordinaire, fournissaient de l'or et de l'argent se sont trouvés en recevoir ? 3. Ils ont mis aussi des entraves à vos pieds, et enchaîné de liens infâmes vos membres heureux, demeure divine : comme si, avec le corps, on enchainait l'esprit, comme si le contact du fer pouvait souiller l'éclat de l'or ! Pour des hommes consacrés à Dieu et qui affirment leur foi avec un religieux courage, ces liens, ces entraves, ne sont plus des liens, mais des ornements ; ils ne déshonorent point les pieds qu'ils attachent, mais les glorifient et les parent. O bienheureuses entraves, qui ne sont pas brisées par le forgeron, mais par le Seigneur ! O bienheureuses entraves, qui laissent aller tout droit, par le bon chemin, vers le paradis ! O liens chéris, qui n'attachent un moment dans ce monde que pour rendre éternellement libre dans l'autre, près de Dieu ! O liens, traverses bénies, puis que les pieds, dont vous rendez pour un moment la démarche incertaine, vont bientôt courir vers le Christ par un chemin de gloire ! Qu'une cruauté envieuse ou maligne vous enferme tant qu'elle voudra dans ses nœuds et dans ses liens : bientôt, délivrés de ces souffrances de la terre, vous arriverez au royaume des cieux. 4. Le corps dans les mines n'a point pour se reposer la douceur d'un lit bien garni, mais le Christ lui est un délassement et un repos. C'est sur la dure que s'étendent les membres fatigués, mais cela n'est plus une peine, quand on s'y étend avec le Christ. Les bancs y manquent et la propreté du corps, mais si la chair y garde ses souillures au dehors, l'esprit est purifié intérieurement. Le pain n'y est donné qu'en petite quantité, mais l'homme ne vit pas seulement de pain, il vit aussi de la parole de Dieu. On y a froid, on y manque de vêtements, mais celui qui a revêtu le Christ est abondamment vêtu et paré. Sur les têtes tondues à demi, les cheveux se hérissent en désordre, mais, puis que le Christ est la tête de l'homme, tout sied bien à une tête que la confession du Christ a rendue illustre. 5. Toute cette laideur, qui paraît détestable et affreuse aux gentils, de quelle splendeur ne sera-t-elle point suivie et récompensée ! En échange de cette peine temporelle et brève, quel éclat éternel de gloire, quand le Seigneur, selon la parole du bienheureux Apôtre, aura reformé notre misérable corps sur le modèle de son corps glorieux.

« III. 1. Ne croyez point non plus, frères très chers, souffrir dans votre foi ou dans votre piété, parce que les prêtres de Dieu n'ont pas la possibilité d'y célébrer et d'y offrir les divins mystères. Vous célébrez et vous offrez à Dieu un sacrifice à la fois précieux et glorieux, et qui vous servira beaucoup pour obtenir les récompenses célestes, car l'Écriture divine dit : « C'est un sacrifice offert à Dieu qu'une âme affligée ; un cœur brisé et humilié n'est point méprisé de Dieu. » 2. C'est ce sacrifice que vous offrez à Dieu, c'est ce sacrifice que vous célébrez jour et nuit sans interruption, devenus des hosties pour Dieu, et vous offrant vous-mêmes, comme des victimes saintes et sans tache selon l'exhortation de l'Apôtre : « Je vous exhorte, mes frères, au nom de la miséricorde de Dieu, à faire de vos corps une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu ; à ne point vous conformer au siècle, mais à vous transformer par un esprit nouveau, afin que vous éprouviez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plait, ce qui est parfait. »

« IV. 1. Voilà, en effet, ce qui est surtout capable de plaire à Dieu, voilà ce qui est de nature à conférer à nos œuvres une efficacité plus grande pour obtenir la bienveillance divine, voilà ce qui, seul, permet à notre foi et à notre religion d'offrir à Dieu, pour de si grands et si précieux bienfaits, le digne tribut de notre reconnaissance. C'est ce que déclare et proclame l'Esprit-Saint dans les psaumes : « Que rendrai-je, dit-il, au Seigneur pour tous les biens dont il m'a comblé ? Je prendrai le calice du salut et j'invoquerai le nom du Seigneur. La mort des justes est précieuse devant Dieu. » 2 Qui donc ne prendrait de bon cœur et allègrement le « calice du salut » ? qui ne saisirait avec joie et bonheur une occasion de rendre à son Maître un peu de ce qu'il a fait pour nous ? qui ne recevrait avec courage et bienveillance « une mort précieuse devant Dieu » dans laquelle on plaira aux yeux de celui qui, au moment où on lutte pour son nom, regarde d'en haut, applaudit à ceux qui acceptent la lutte, les aide dans le combat, les couronne après la victoire, récompensant en nous, avec une bonté et une tendresse de père, ce qu'il nous a donné de faire, et honorant ce qu'il a lui-même accompli en nous ?

« V. 1. Que ce soit à lui que nous devons de vaincre et de remporter sur l'adversaire vaincu la palme des plus grands combats, le Seigneur le proclame dans son Évangile : « Quand ils vous livreront, ne vous mettez pas en peine de la manière dont vous répondrez, ou des choses que vous direz. Ce que vous aurez à répondre vous sera donné sur l'heure. Ce n'est pas vous, en effet, qui parlez, mais c'est l'esprit de votre Père qui parle en vous. » Et encore : « Mettez-vous dans l'esprit de ne pas penser d'avance à ce que vous direz pour vous défendre. Je vous donnerai un langage et une sagesse auxquels vos adversaires ne sauront résister. » 2. Paroles qui doivent inspirer grande confiance aux croyants et qui montrent en même temps l'extrême gravité de la faute que commettent ceux qui sont infidèles en ne croyant pas celui qui promet son secours à ceux qui le confessent, en ne craignant pas celui qui menace d'une peine éternelle ceux qui le renient.

« VI. 1. Ces sentiments, à très vaillants et très fidèles soldats du Christ, vous les avez fait pénétrer dans les âmes de nos frères, en mettant en actes ce que vous enseigniez auparavant en paroles. Vous serez très grands dans le royaume des cieux, car le Seigneur fait cette promesse : « Celui qui aura agi, et enseigné ensuite, sera le plus grand dans le royaume des cieux. » 2. Enfin, une portion considérable des fidèles, suivant votre exemple, a confessé comme vous et comme vous a été couronnée, unie à vous par le lien de la plus tendre charité, unie inséparablement à ses chefs malgré la prison et les mines. De ce nombre sont même des vierges. Elles ont rendu cent pour un, après soixante pour un, et conquis à deux titres la céleste couronne. Des enfants même ont montré un courage au-dessus de leur âge et n'ont pas attendu pour une confession.

« VII. 1. Quelle n'est pas maintenant, mes très chers frères, dans la conscience que vous avez d'être victorieux, la vigueur, l'élévation de votre âme, votre joie, votre triomphante allégresse, de n'avoir plus qu'à attendre la récompense promise par Dieu, d'être tranquilles pour le jour du jugement, de porter par les mines, dans un corps enchaîné, une âme royale, de savoir que vous avez le Christ présent avec vous et heureux du courage de ses serviteurs, qu'il voit marcher sur ses pas et par ses voies au royaume éternel ? 2. Vous attendez chaque jour dans la joie le moment béni de votre départ, et, sur le point de quitter ce monde, vous vous hâtez en pensée vers les divines récompenses et le séjour céleste. Après les ténèbres de cette vie, vous allez contempler la plus éclatante lumière et recevoir une gloire plus grande que toutes les souffrances et que toutes les luttes, selon la promesse de l'Apôtre : « Les souffrances de cette vie ne sont pas en proportion avec la gloire à venir qui sera manifestée en nous. » 3. Aussi, puis que vos prières en ce moment ont plus d'efficacité, et que l'on obtient plus facilement ce qu'on demande au milieu des persécutions, demandez avec instance à la divine bonté de daigner nous permettre d'achever la confession de son nom et de sortir, nous aussi, indemnes et glorieux, des ténèbres et des pièges de ce monde, afin qu'unis ici à vous par le lien de la charité et de la paix, avec vous, debout, en face des injures des hérétiques et des persécutions des païens, nous nous réjouissions encore avec vous dans le royaume céleste. Je souhaite, frères bienheureux et très vaillants, que vous vous portiez toujours bien en Notre-Seigneur et que, toujours et partout, vous vous souveniez de nous. Adieu ! »

Nous avons conservé trois réponses des condamnés à l'évêque de Carthage ; elles portent les n. 77, 78 et 79 de la correspondance de saint Cyprien. La première de ces trois lettres (n. 77) émane des évêques Nemesianus, Dativus, Félix et Victor qui remercient Cyprien et rappellent le bien accompli par sa lettre qui « a rendu vigueur aux cœurs ébranlés, guéri les membres blessés par les coups de bâton, délivré les pieds chargés d'entraves, paré à nouveau de leur chevelure les têtes tondues à demi. Elle a illuminé les ténèbres de la prison, aplani nos montagnes métalliques, elle nous a fait respirer un parfum de fleurs et a dissipé une fumée désagréable. »

La deuxième lettre (n. 78) porte cette suscription : « À Cyprien, leur frère et leur collègue, Lucius et tous les frères qui sont avec lui, salut dans le Seigneur » : elle ne contient aucun détail historique.

La troisième lettre (n. 79) porte cet en-tête : « Au très cher et très aimé Cyprien, Félix, Jader, Polianus, en même temps que les prêtres et ceux qui sont avec nous à la mine de Sigus, salut éternel dans le Seigneur » : accusé de réception de la lettre de Cyprien et de l'offrande pécuniaire qui l'accompagnait.

Parmi les noms de ceux à qui saint Cyprien adressait sa lettre, celui de Litteus ne se lit dans aucune des trois réponses, d'où on a conclu à une omission accidentelle, ou bien à la mort de ce personnage, ou encore à la perte de sa réponse personnelle à saint Cyprien !, Les destinataires formaient des groupes séparés et probablement sans communication entre eux, car ils accusèrent réception séparément, sans parler les uns des autres. La lettre du premier groupe (n. 77) permet de croire qu'il se trouvait un peu à l'est de Bagai (région de Kenchela). Le deuxième groupe (n. 73) entoure Lucius. Le troisième groupe nous apprend que le lieu de son internement est le metallum Siguense. Dans cette dernière lettre, le troisième acolyte, Amantius, n'est plus nommé. On en conclut qu'il n'avait pas suivi ses collègues jusqu'à Sigus, et que cette mine était plus éloignée de Carthage que les deux autres.

Le metallum Siguense a fort intrigué l'ingéniosité des érudits. Edm. Le Blant a proposé l'identification avec les carrières d'onyx d'Aïn Smara , situées à 18 kilomètres au sud-ouest de Constantine. Mais H. Fournel a fait remarquer qu'un de ces metalla, tout au moins où séjournait le premier groupe, était véritablement une mine, ce que dit clairement une phrase de la lettre : Agunt ergo libi nobiscum damnati maximas apud Deum gralias, Cypriane carissime, quod... tenebras carceris inluminasti, montes metalli in plana deduristi, naribus eliam fragrantes flores imposuisti el telrum odorem fumi discussisti . On a même essayé de déterminer la nature du minerai , d'après cette phrase de saint Cyprien : Quid mirum si pasa aurea et argentea in metallum, id est auri et argenti domicilium, doli eslis, nisi quod n une melallorum natura conversa esf, loca que, qua aurum el argentum dare ante consueverant, accipere eceperunt ; mais, suivant la juste observation de S. Gsell, ce serait attacher trop d'importance à cette comparaison, quel que peu alambiquée d'un ex-rhéteur, que d'y voir une désignation exacte des mét aux que les condamnés tiraient des galeries où ils étaient employés”.

Reste à déterminer l'emplacement du metallum Siguense. Les historiens ont été partagés ; la plupart ont proposé le voisinage de Sigus, à 40 kilomètres au sud-sud-est de Constantine, quelques autres ont préféré les environs de Siga , ville maurétanienne voisine de la mer et de l'embouchure de la Tafna (département d'Oran) !. » Dans le voisinage de Siga on signale d'importantes mines de fer, qui auraient pu être exploitées par les Romains, mais on n'en a pas la preuve « . Du côté de Sigus, on connaît, entre autres gisements minér aux !' ?,]a mine de cuivre du djebel Hgheiss qui fut exploitée dans l'antiquité ??, Toutefois, ces gisements awe 1223 sont assez éloignés de Sigus !, et il est peu vraisemblable qu'ils aient été situés sur son territoire ?.

Pour ma part, écrit S. Gsell, je suis très disposé à penser que le metallum Siguense n'était ni près de Siqus, ni prés de Siga. La forme Siguense, qu'il n'y a auc une raison de croire corrompue, me parait être à cet égard un argument péremptoire L'adjectif tiré du nom propre Siqus était Siguitanus ?, on rencontre aussi une fois la forme Siguitensis , l'adjectif tiré de Siga était Sigensis*. Pour quoi admettre, soit pour 5igus, soit pour Siga, la forme insolite Siguensis ?

« Mais ce mot Siguense se rencontre dans un autre document anti que, la Table de Peutinger. C'était le nom d'un lieu situé sur la route de Carthage à Sicca Veneria (Le Kef), entre cette dernière ville et Thacia (près de Bordj Messaoudi) :... Thacia-NV II-DrusilianaVII-Siguese-X-Sicca Vefnejria. L'élision de ln (Siguese au lieu de Siguense) ne fait naturellement auc une difficulté ê. Cette forme Sigue(n)se est au neutre : c'est un adjectif, se rapportant à un nom assez usuel pour être sous-entendu. Rien n'empêche de supposer que ce nom ait été metallum. Mgr Toulotte, qui n'invo que pas le témoignage de la Table, parait cependant avoir pensé au rapprochement que je fais ici, quand il écrit : « Iader répondit avec Félix, Polianus et ses autres compagnons des mines de Sigua, c'est-à-dire des environs de Sicca probablement ?. » x L'emplacement précis de Siguese n'est pas encore connus, La Table mar que trente mil les entre ce point et Sicca Veneria, et elle indi que, un peu au delà, de Siguese (dans la direction de Sicca), une autre voie se détachant à gauche de la route de Carthage, voie qui devait sans doute se diriger d'abord vers le Sud-SudOuest, puis vers l'Ouest ; les lieux marqués sont Flacciana, Sibus, Ad Arvalla, Vico Valeriani, Valari, etc. ?.

« Mais le chiffre de trente mil les est sûrement altéré 1°, puis que, entre T hacia et Sicca, deux points fixés avec certitude, la distance n'est guère que de vingt-sept mil les 1, au lieu de quarante-quatre mil les, chiffre qui résulte des distan ces partiel les données par la Table '*.

« En tout cas, Siguese était dans le voisinage de Sicca, à l'Est, ou plutôt au Nord-Est. La région du Kef attire depuis quelques années l'attention des chercheurs de mines. Peut-être y retrouveront-ils un jour le metallum Siguense ' ?. »


II. LE METALLUM SYNNADA. — Au v ? siécle, nous savons que l'exploitation des carrières de marbre phrygien était encore en pleine activité. Le code Théodosien renferme un passage d'une loi des empereurs Arcadius et Honorius (l. IX, De indulgentia debitorum ) qui fait gráce aux débiteurs des provin ces d'Orient de toutes leurs dettes en nature, en espèce de cuivre, d'argent ou d'or, exception faite pour les entrepreneurs des carrières de Dokimion, de Proconnèse et de Troie, auxquels la dette n'est pas remise, ce qui montre que la situation florissante de ces établissements industriels leur permettait d'acquitter ce qui était dû au fisc par eux.

1224 La notoriété des carrières de marbre de Synnada '* était grande dans l'antiquité. « Dans le commence” ment, nous dit Strabon, on ne tirait de ces carrières que des bloes d'une grandeur médiocre, mais aujourd'hui le luxe des Romains en tire de gran des colonnes d'un seul jet qui approchent de l'albàtre pour la variété des couleurs. » Synnada, qui appartenait à la Phrygie Salutaire et qui eut pendant un temps son siége épiscopal, retomba dans l'insignifiance et dans l'oubli à partir du moment où cessa l'exploitation de ses carriéres ; désor mais, on n'en retrouve plus mention que dans Paul le Silentiaire, à l'occasion de la descripLion de l'église Sainte-Sophie à Constantinople. Dans les textes des auteurs anciens, on trouve parfois mentionné le marbre mygdonien : c'est celui qui était extrait des carrières dont nous parlons, car cette partie de la Phrygie Salutaire avait autrefois porté le nom de Mygdonia. Étienne de Byzance et Strabon nous apprennent qu'on l'appelait aussi marbre dokimien, à cause du bourg voisin de Dokimion. Claudien le nomme simplement marbre de Synnade et Juvénal, marbre phrygien. í On voit, par ces indications, que l'exportation des marbres de Phrygie est un des aspects curieux de l'histoire monumentale d'Asie Mineure, car, dit Strabon, quoi qu'il y ait fort loin pour voiturer de tels. farde aux jusqu'à la mer, on ne laisse pas de transporter à Home des colonnes et des tab les d'une grandeur et d'une beauté surprenantes. On ne peut guère, en l'absence de chiffres précis, évaluer l'étendue des exploitations. Tout ce qu'on en peut dire, c'est que la plus grande et la plus belle carrière était large d'environ vingt mètres et pénétrait sur plusieurs centaines | de mètres dans l'intérieur de la montagne. On n'a. aucun indice touchant la profondeur des trav aux exécutés en contre-bas du sol, car il est entièrement couvert par des morce aux de recoupes. L'exploitation s'est continuée sous les empereurs byzantins, mais, à | cette épo que, l'administration des carriéres avait perdu de sa régularité, ce qui expli que comment on a laissé s'encombrer peu à peu de débris les voies de communication. La variété de la roche fournit indistinctement, et en « quantité considérable, un marbre d'un blanc tirant sur le ja une, d'un grain fin et trés cristallisé, répondant à toutes les conditions exigées pour le marbre de la statuaire et le marbre de construction. De là l'immense débit de ces carrières. Les gisements les plus « estimés étaient ceux qui fournissaient la qualité décrite par Paul le Silentiaire lorsqu'il dit que la teinte générale était un blanc lucide avec des taches, pres que circulaires, de couleur rose violacée. Ce n'est pas seulement en Asie Mineure, dans les vallées d'un accés difficile qu'on rencontre des blocs de ce marbre, des colonnes, des frises, mais on en a signalé en Italie de magnifiques échantillons. Les colonnes de la nef de la basili que de Saint-Paul-hors-les-Murs, à Rome, en - étaient : el les provenaient du mausolée d'Hadrien.

1225 Baie


MINES —

— Ce fut probablement cet empereur qui donna à l'ex- - ploitation des carriéres de Synnade leur plus grand E oppement, car, sous le règne de Tibère, el les étaient à peine entamées. Hadrien fit construire à _ Athènes un temple commun à tous les dieux dans eme on voyait cent vingt colonnes de marbre de. Synnada ; ;les portiques étaient de méme provenance. - La statuaire recourait encore à ce marbre pour les $ statues polychromes.

L'exploitation eut toujours lieu à ciel ouvert, ainsi - que dans la plupart des carrières anciennes. La pierre ~ était taillée en banquettes, à la masse et au poinçon, et on voit encore sur la paroi verticale des tra ces de ciseau formant des lignes parallé les, en épis ou en arétes de poisson. Quand le bloc était détaché, on refen- dait les plaques en tracant une rainure et en pratiquant de distance en distance des trous dans lesquels on introduisait les coins.

Cette exploitation n'était pas la seule qui ait été pratiquée dans ces roches ; on trouve, dans la partie supérieure, quelques excavations qui ont dû fournir également du marbre.

On ne peut douter que des chrétiens condamnés ad - metalla n'aient sanctifié ces mines et carrières par leur présence et leur souffrance, mais aucun signe n'en a été relevé. H. LECLERCO.


MINIATURE. — I. Préambule. II. Le rôle d'Alexandrie. III. Le róle de Byzance. IV. La miniature byzantine. V. Chronographe de 354. VI. Homére et Virgile. VII. Chroni que alexandrine. VIII. Dioscoride. IX. Oppien. X. Apollonius de Citium. XI. Nicandre. XII. Cosmas Indicopleustès. XIII. Physiologus. XIV. Monuments religieux. La Bible. XV. Genèse de Vienne. XVI. Genése de Cotton. XVII. Rouleau de Josüé. X VIII. Octateu que. XIX. Livre de Job. XX. Le psautier. XXI. Le psautier grec de Paris. XXII. Les prophètes. XXIII. Extraits bibliques. XXIV. Evangile syria que de Rabula. XXV. Évangile syria que de Mardin. XXVI. Évangile arménien d'Estchmiadzin. XXVII. Évangile de Rossano. XXVIII. Évangile de Sinope. X XIX. Ancien Testament syria que. X. Homélies de Grégoire de Nazianze. XXXI. La miniature au vr siècle. X XXII. Les monuments en Occident. XXXIIL. La miniature. XXXIV. Les caractères. XXXV. Groupe franc, XXXVI. Groupe lombard. XXXVII. Groupe wisigothi que. X XXVIII. Groupe irlandais et anglo-saxon. X X XIX. La miniature précarolingienne. XL. Caractères de l'épo que carolingienne. XLI. Formation du milieu. XLII. Évangi les. XLII. Psautiers. XLIV.Sacramentaires. XLV. Bib les. XLVI. Les groupes d'éco les. XLVII. Évangéliaire dit de Charlemagne, à Vienne. XLVIII. Évangéliaires de Bruxel les et d'Aix-la-Chapelle. XLIX. Évangéliaire de Gotescale. L. Évangéliaire de Charlemagne, à Paris. LI. L'atelier de Tours. LII. Évangéliaire de Lothaire. LIII. Bible de Char les le Chauve. LIV. Sacramentaire d'Autun. LV. Évangi les de Prüm. LVI. Déclin de l'atelier de Tours. LVII. L'atelier de Reims. LVIII. Évangéliaire d'Ebbon. LIX. Psautier d'Utrecht. LX. Sacramentaire de Drogon. LXI. École francosaxonne. LXII. Ecole de Corbie : 1. Psautier de Char les le Chauve ; 2. Livre de prières de Char les le Chauve ; 3. Busüellos de Saint-Emmeran de Ratisbonne ; 4. Bible de Saint-Paul-hors-les-Murs ; 5. Fragment de sacramentaire ; 6. Alia. LXIII. La miniature carolingienne. LXIV. L'art d'enluminer.

I. PRÉAMBULE. — En 1858, Ju les Quicherat annoncait une Histoire de l'ornementation : des manuscrits et traçait, en quelques lignes, un programme à remplir dans cette étude, alors à ses débuts. L'auteur, disait-il, « montre parfaitement que la matière d'une science nouvelle réside dans le sujet qu'il a traité et l'honneur

1226 lui restera d'en avoir réuni les éléments disséminés çà et là dans les recueils et dans les dissertations particulières. Mais nous sommes encore loin d'une exposition dogmatique. Les monuments ont besoin d'être étudiés de plus près ; il faut que l'attention des observateurs se concentre sur l'imperceptible des détails ; il faut qu'une langue soit créée pour dénommer toutes les choses, et que l'on classe, en les décrivant rigoureusement par époques et par pays, les types infinis que présente un art aussi varié que fécond. L'histoire de l'ornementation des manuscrits est un appel aux esprits studieux, et en même temps un programme qui leur enseigne combien il y a encore de recherches à faire ! » Depuis trois quarts De, on peut dire que ces conseils ont été entendus et mis en pratique, grâce à ceux qui se sont appliqués à faire connaître les principaux monuments qui illustrent, c'est le cas de le dire, l'histoire de la miniature ; des divisions ont été tracées, des chapitres ont été écrits, des ramifications ont été mises en lumière et, si l'histoire générale de cet art exquis reste encore à écrire, il est devenu possible, en l'attendant, de se guider sans trop de chances d'erreurs parmi les chefs-d'œuvre qui jalonnent la route, aussi bien en Orient qu'en Occident, et aussi d'entrevoir les points de contact qui existent entre ces deux divisions principales du sujet.

La période chronologique, dans laquelle se concentrent nos études, nous oblige à limiter nos recherches aux plus anciens manuscrits connus et en exclut toute une merveilleuse floraison qui est une des richesses artistiques du Moyen Âge, aussi rencontre-t-on des personnes qui manifestent le plus profond dédain pour un art qu'elles n'entendent pas et qui dépasse leur degré de culture. Nous n'avons pas un seul instant la pensée de prendre la défense de la Genèse de Vienne, du Houleau de Josué ou du Cosmas Indicopleustés, pas plus que d'offrir des excuses au nom du Psautier grec de Paris ou de l'Homiliaire de saint Grégoire de Nazianze. Dans notre pensée, ces œuvres sont très supérieures à beaucoup d'autres qu'on a coutume de compter parmi les plus parfaites du genre. Ces manuscrits, et quelques autres que nous allons étudier, sont révélateurs d'une période d'art dont, à leur défaut, il ne subsisterait rien. La miniature nous montre un des aspects de l'art alexandrin ; elle nous découvre un côté insoupçonné de l'art hellénistique et, grâce à elle, nous pouvons ressaisir le développement, la transformation qui aboutissent à l'art byzantin, en Orient, qui y assurent son triomphe final ; tandis qu'en Occident elle est le seul témoin qui garde le souvenir d'un passé tout entier disparu.


II. LE RÔLE D'ALEXANDRIE. — On eût fort contrarié et plus encore dérangé le système d'idées et d'opinions que s'étaient construit les hommes d'il y a un siècle, si on leur avait affirmé que la Grèce et Rome n'avaient pas, en fait d'art et de beauté, tout connu et tout découvert. L'orthodoxie, telle que la comprenait et l'enseignait un Quatremère de Quincy ou un Raoul-Rochette, consistait à proclamer que Le de Périclès et Le d'Auguste ne devaient rien à d'autres civilisations que celles d'Athènes et de Rome. Malgré l'expédition d'Égypte et les in-folios de la Description qu'en avaient rapporté des artistes et des savants ; malgré les publications, plus timides et moins parfaites, il est vrai, qui avaient été tentées depuis la fin du XVe, des fresques retrouvées à Pompéi, il ne pouvait être question de mettre en regard Alexandrie avec les capitales de l'Hellade et de l'Italie.

L'archéologie profane et l'archéologie chrétienne, pendant toute la seconde moitié du XIXe et jusqu'à l'heure présente, allaient travailler à révéler l'existence merveilleuse d'un art multiforme germé sur le sol pharaonique, ptolémaïque et romain de cette Égypte inépuisable, qui a produit l'art égyptien, l'art alexandrin et l'art copte. Il eût suffi cependant d'observer les rares monuments connus : fresques romaines, peintures campaniennes, descriptions alexandrines pour pressentir l'origine traditionnelle de formes artistiques qu'on préférait supposer écloses spontanément plutôt que d'en scruter la source, Nous n'avons pas à rechercher la raison de cette grande injustice séculaire, qui dura jusqu'à nos jours, à l'égard d'une ville qui fut à la fois la nourrice et l'éducatrice de l'Occident. Est-ce la lassitude de l'admiration et de la reconnaissance qui provoquèrent cette ingratitude savante à l'endroit d'Alexandrie, qu'on dédaigna, qu'on oublia, qu'on parut confondre avec les nations stériles et barbares, qu'on oublie d'autant plus complètement qu'on ne leur doit rien ou qu'on rougit de leur devoir quelque chose ? À partir du jour où la conquête arabe s'abattit sur elle, Alexandrie disparut de la mémoire des hommes ; il n'y eut que les caboteurs qui se souvinrent d'elle. Son passé historique, son école philosophique, ses monuments, ses docteurs, son art parurent ne plus compter pour rien. Cet art alexandrin, aussi fécond, aussi délicat, aussi subtil, qu'il s'appliquât aux belles-lettres ou aux beaux-arts, avait cependant marqué sa trace lumineuse dans l'histoire de la civilisation. Cette trace, on la rencontre pour ainsi dire partout et, cependant, l'histoire d'ensemble de ses manifestations n'a pas été écrite ; il est vrai qu'elle ne pourrait l'être qu'avec des sources si dispersées, si réduites qu'on donnerait, avec elles, difficilement l'idée de ce que fut cet art. Du moins, pouvons-nous ressaisir cette trace encore instructive dans l'illustration des manuscrits par la miniature.


III. LE RÔLE DE BYZANCE. — C'est dans l'entourage des Ptolémées, probablement à la cour de ces princes fastueux et cultivés, qu'on s'essaya, pour la première fois, à enrichir les livres de figures peintes. Il est bien difficile de préjuger avec quel succès, car, depuis longtemps, la technique était sans secrets pour les Égyptiens habitués à couvrir d'inscriptions et de figures le rouleau qu'ils consacraient aux défunts illustres. Si on juge de ce qui fut fait d'après ce que nous apprennent ces rouleaux, la miniature avait encore de sérieux progrès à accomplir et, sans aucun doute, l'ingéniosité des enlumineurs alexandrins s'y employa de telle façon que l'art de la miniature ne tarda pas à se répandre dans le monde romain. Au lieu du thème à peu près invariable que ressasse le Livre des morts, on aborde les épisodes innombrables et variés que proposent la science, l'histoire et la littérature. Un des sujets qui semblent avoir obtenu la faveur est le portrait. Rappelons-nous ces merveilleux portraits égyptiens du Ier au IIIe de notre ère qu'on rencontre aujourd'hui presque dans chaque musée important. Rappelons-nous aussi le Virgile du Vatican et les manuscrits parallèles qui nous offrent tous un portrait du grand poète. L'ornementation a abandonné la simplicité des débuts, les couleurs acides, les tons crus ; elle leur préfère une richesse, parfois excessive : elle prodigue l'or, l'argent, la pourpre et c'est une des raisons qui amènent à donner la préférence au parchemin sur le papyrus. On enlumine rotuli et codices avec la même prodigalité, on fait assaut de magnificence. Quand l'empereur Constantin établit le siège de sa résidence à Constantinople, il forme une bibliothèque luxueuse et s'adresse aux artistes alexandrins. Ceux-ci suivent leurs compatriotes appelés dans la nouvelle capitale et y implantent leur industrie qui, avec le temps, subira l'influence du milieu, mais qui semble cependant avoir fidèlement conservé ses modèles et sa tradition technique.


IV. LA MINIATURE BYZANTINE. — Certains historiens de l'art ont pensé pouvoir rattacher l'origine de la miniature byzantine aux efforts individuels des moines de la Thébaïde, d'autres à l'influence de l'art monumental. La première opinion est du nombre de celles qui sont dispensées de faire leurs preuves ; l'autre jouit presque du même privilège à force de disproportion entre les objets. Peut-être est-il plus fécond et plus sûr de rattacher tout simplement la miniature byzantine à son ascendante régulière, la miniature antique, de s'efforcer de découvrir entre elles une transition, sans solution de continuité, des mêmes types, des mêmes procédés, de la même manière. Il y avait deux conceptions assez différentes à acclimater dès l'instant qu'on transplantait la tradition alexandrine à Constantinople : il fallait rapprocher et unir dans un même cadre l'art pittoresque et l'art monumental. Peut-être possédons-nous encore un des premiers essais de cette combinaison dans le Calendrier de 354 ; on s'essaya dès lors à encadrer des sujets d'architectures fantaisistes, on improvisa les premiers Canons d'Eusèbe. Vers la fin du IVe, on se détacha un peu plus du pittoresque sous l'influence des doctrines des Pères cappadociens sur la valeur didactique des images. En Orient, comme en Occident, une pensée, confuse jusqu'alors, se fait jour et s'affirme, à savoir que la peinture donne l'enseignement à ceux qui ne peuvent entendre l'écriture. Le Dittocheum de Prudence, les compositions mosaiques de Milan, de Nole, de Sainte-Marie-Majeure sont des prédications à leur manière ; l'image est inférieure au texte, mais elle le supplée, elle le remplace, parfois même elle le commente, le précise et l'éclaire. Ce qu'on demande à une frise et à des distiques, on est en droit de le demander à un manuscrit. Celui-ci, on l'a sans cesse sous la main et devant les yeux, point n'est besoin de se rendre à l'église pour le regarder ; on y fait la place qu'on veut à l'image, parfois même aux dépens du texte qu'on abrège. Si la méthode diffère, l'inspiration est identique. La distribution des miniatures dans le corps du volume varie, mais elle semble n'avoir pas été abandonnée autant qu'on pourrait le croire à la fantaisie individuelle ; s'il n'y a pas eu de règles, il y a eu un usage qui a varié. Tantôt on rassemble, au début du livre, plusieurs compositions, tantôt on les dissémine dans le corps entier du livre. De préférence, et comme d'instinct, on rapproche le texte de la miniature, qui lui sert d'interprétation.

“dont nous avons rapporté les phases tragiques. Les empereurs iconoclastes, qui soulevèrent la persécution, firent brûler tant et tant de manuscrits anciens ~ que nous ne sommes plus en état de mesurer la — grandeur du désastre. Ces fanatiques détruisirent les — évangiles à figures et encouragèrent la décoration ornementale, les architectures, la faune, la flore. Cependant, on est peut-être allé trop loin en parlant d'une - phase nouvelle dans l'histoire de la miniature byzantine après la querelle des iconoclastes, qui aurait fait adopter aux artistes byzantins des types et un style — nouveaux. Selon nous, il n'en fut rien, il n'y eut de — changé que la tendance générale, c'est-à-dire que les »artistes, tout en continuant à se servir des types | anciens, à quelques modifications prés, les mirent au — service des sentiments et des idées qui dominaient à — cette époque dans la littérature byzantine. Dès lors, Me on ne trouve plus dans l'art byzantin, ni, par suite, — dans la miniature, le symbolisme expressif et simple ~ qui remontait à la période antique, et qui fut remplacé, dans les ouvrages des écrivains byzantins de l'époque, par l'allégorisme recherché et fade qui régnait alors ; de même que cette littérature périt dans une stérilité | | déplorable, l'art byzantin, lui aussi, sous l'influence — toujours croissante de cette littérature, finit par | aboutir à une complète décadence, cette fois définitive. B Ce reflet de la littérature sur le caractère général de — Fart semble une vérité incontestable, qui se vérifie - dans le parallélisme du développement historique de | - ces deux formes de l'idéalisme. Voici les périodes qu'on se trouve amené à distinguer : une première période commence avec la renaissance constantinienne et | - s'achève avec le v siècle ; une deuxième période comprend l'épanouissement de l'art byzantin ; elle s'étend | | du vre au 1x siècle. Interrompue, au 1x siècle, par un ~ déclin momentané, elle reprend avec le x siècle et se — continue jusqu'à la fin du xir. La décadence définitive | - de l'art byzantin, consommée avec la chute de l'empire, se faisait pressentir dès les premières années du NEL 4r e a AA Bo ue -e= a La | T xir siècle ; c'est la troisième période. | l Lorsqu'un art peut offrir à ceux qui l'étudient des édifices tels que Sainte-Sophie de Constantinople ou des mosaïques telles que la parure des églises de rait être porté à croire que les miniatures des manuscrits n'ont qu'une importance négligeable et, en tout — Cas, secondaire, Ce serait commettre une grave erreur, car el les offrent, depuis les origines jusqu'aux derniers jours de l'empire grec, une série ininterrompue de documents précieux ; el les présentent, dans leur illustration, la plus riche variété ; enfin — et par là leur étude devient pour l'histoire singulièrement instructive — el les sont en un rapport étroit, comme nous venons de le dire, non seulement avec le développement littéraire, mais avec l'état intellectuel et religieux du siècle qui les a vues naître, Moins soumises que l'art officiel à de monotones et immuables traditions, les miniatures laissent plus de cours à la personnalité de l'artiste ; fortement pénétrées d'influences populaires, el les traduisent les passions dominantes du Fa temps, les idées théologiques et les goûts favoris EB. du jour ; et, par là, el les représentent plus d'une fois — la vie publique et monastique de l'époque. Sans ~ doute, el les ne sont qu'une branche de l'art byzantin, — mais une des plus curieuses. S Une théorie ingénieuse, et en partie fondée, a été — proposée à propos des miniatures byzantines. De la [ comparaison des manuscrits illustrés d'un même 1230 souvent l'impression d'une date plus ancienne que celle qu'on pourrait conclure de la paléographie ou même de la signature datée du volume. Ce n'est pas à dire que des livres aient été enluminés et mis en dépôt pour être confiés à des copistes quelques siècles plus tard, mais l'enlumineur a simplement reproduit trait pour trait une miniature ancienne, alors que le copiste se contentait d'écrire de la même façon qu'on le faisait de son temps.

De ceci il résulte bien, sans doute, que les manuscrits illustrés, classés par familles, nous offrent la reproduction de certains manuscrits types, en sorte que tout manuscrit fait partie d'un groupe naturel constitué par toutes les illustrations du même texte. Il faut donc déterminer des familles de manuscrits d'après les matières qui y sont transcrites et les sujets qui y sont représentés. On a ainsi le groupe des Bibles, du psautier, de l'octateuque, du ménologue et, dans chacun d'eux, on s'efforce de remonter au prototype dont ils dérivent, d'en suivre le développement, les ramifications et les transformations. La comparaison d'une série de psautiers illustrés (Parisinus 20, Barberini 217, Brit. Mus., addit. 79252, AthosValg- pedi 20, etc.) montre que toutes les illustrations de ces psautiers se rattachent, comme à un prototype plus complet et plus ancien, à celle du psautier de la collection Chloudolt. Si la manière de faire varie avec les artistes et la technique avec le temps, les motifs ne changent pour ainsi dire point. Il n'y a pas plus de cinq miniatures du psautier le plus ancien qui soient exclues des psautiers les plus récents ou remplacées par d'autres. Et ces motifs, quelle que soit la date de leur exécution, sont les monuments d'une même époque. Difficile à déterminer dans les illustrations purement littéraires ou symboliques, elle se trahit souvent dans le caractère absolument historique de certaines miniatures. Commentant le texte : Ne perdas cum impiis Deus animam meam, le psautier met sous nos yeux l'assemblée des iconoclastes aux Blakhernes : Léon V, entouré de ses gardes du corps et écoutant le patriarche intrus Théodore. « La tête de l'empereur est pleine de naturel et d'un type oriental : un regard dur qui brille sous des sourcils froncés, des boucles de cheveux touffus d'un noir d'ébène, serrés dans le cercle d'un mince diadème. A ses côtés, deux iconoclastes insultent l'image du Christ ; l'un, soulevant l'icône au bout d'une hampe, va la précipiter dans un vase de poix bouillante : c'est Jean Lecanomante ; l'autre, une façon de juif, élève une éponge jusqu'à l'image : c'est l'évêque Ignace. Des ruisseaux de sang coulent de toute part. On reconnaît là l'histoire du Christ de Béryte. ». itg mc eden Mar ea a ln Maid UU 1231 le groupe des Évangiles illustrés n'apparaît qu'au xê siècle, celui du livre de Job qu'au xir, et on sait aujourd'hui comment le développement des légendes, relatives à la vie de la Vierge, a produit, au x1r siècle, une floraison artistique, quelle influence la vogue de la littérature ascétique a eue sur l'illustration, Cette classification offre fréquemment un réel intérêt ; elle montre, à merveille, comment, dans un même groupe, les divers manuscrits se rattachent à un type primitif, comment, durant plusieurs siècles, les miniatures reproduisent et copient l'ordonnance primordiale d'un même sujet. L'étude du psautier de Paris (n. 139) et de ses dérivés est, à cet égard, particulièrement instructive. Toutefois, on ne doit pas se dissimuler les objections que soulève cette théorie. « Il n'est point aisé, d'une part, d'apprécier exactement ce que fut le prototype, de déterminer à quelle époque il fut constitué, de reconnaître le degré de fidélité avec lequel les copies reproduisent l'original. A affirmer, d'autre part, trop absolument, l'identité entre les copies et l'original, on courrait grand risque de simplifier arbitrairement et de fausser la réalité des choses. Si pres que tous les manuscrits grecs illustrés n'étaient vraiment, comme on l'a dit, » que des « répliques de prototypes plus anciens ! », si l'artiste avait toujours borné son rôle à servile, il faudrait conclure du même coup à la stérilité absolue de l'art byzantin, répétant indéfiniment les créations de quelques artistes de génie . » N. Kondakof, l'auteur de cette théorie, en a montré lui-même l'écueil quand il a expliqué que « toutes les copies des manuscrits illustrés que nous possédons ne ressemblent pas d'une façon absolue à leurs originaux ; au contraire, chacune d'elles a un cachet particulier ». Il y a donc quelque excès à ne voir, dans la plus grande partie des manuscrits grecs illustrés, que des répliques, et il est aussi périlleux de vouloir, à toute force, sous la copie lointaine, reconnaître toujours l'original primitif, qu'il serait dangereux de prétendre, sur ces copies, juger absolument l'art de l'époque où elles furent faites . » « Le frontispice, en trois feuillets, précède les Natales Caesarum. Il comprend d'abord des divinités astronomiques, puis le Génie de l'empereur accompagné de deux Victoires et tenant un phénix sur une sphère, enfin Constantin II et Constance, en pallium de cérémonie, rehaussé de pierres précieuses. Les miniatures du calendrier lui-même figurent les mois avec leurs symboles, ustensiles, animaux, fruits, légumes, sous l'aspect pittoresque et familier des petits tableaux hellénistiques. Auprès d'eux apparaissent les personnifications de villes : Rome avec la Victoire et Plutus, Alexandrie, Constantinople, avec des génies enguirlandés, Trèves tenant un barbare par les cheveux. Toutes ces figures, dans le frontispice comme dans le livre même, sont encadrées par des architectures fantaisistes ^. » Il y a une évidente réminiscence de n'être qu'un copiste 1232 période du 1v° ou v* siècle, C'est encore le goût et le Le fragment de l'Iliade comprend cinquante-huit miniatures, dans « le style et la manière des meilleures fresques de Pompéi », dit justement N. Kondakof. Il y a là des batailles où les armées sont nombreuses, des assemblées de dieux et de rois qui sont remplies de dignité, des scènes de genre, aimables ou dramatiques, de gracieux paysages. On voit Thétis apparaître à Achille, Junon s'opposer à Vulcain, la Nuit ailée, drapée d'un voile vert sombre, assistant au châtiment de Dolon ; la figure 8082 nous montre un conseil de guerre tenu la nuit par les chefs de l'armée grecque pour délibérer sur l'envoi d'espions dans le camp troyen. Diomède et Ulysse acceptent la mission (l. X, vs. 168-175). Il y a, dans ces miniatures, beaucoup de science de la composition, un sentiment artistique remarquable, un talent très réel d'observation. Le coloris, où domine le rouge pourpre, est tour à tour accentué et doux. Malheureusement, dans cette œuvre de maître, aucun trait n'apparaît qui puisse caractériser l'art chrétien à son berceau. C'est une copie facile, un peu négligée parfois, d'un original purement antique 7. ae Le fragment de Virgile contient cinquante miniatures, qui représentent un cinquième environ de l'illustration primitive. Tout est antique dans cette œuvre :

I - | 71233 Dunes, mobilier, cérémonies religieuses, attributs | des dieux, personnages et épisodes. Les scènes idylliques et mythologiques, conformes au goût alexandrin, y tiennent une grande place, principalement dans | les Géorgiques. Le dessin a encore la simplicité classique ; divers indices permettent de croire que c'est |— ici la copie d'un original plus ancien. Plusieurs mains (trois peut-être) ont travaillé à ce manuscrit, où l'emploi des rehauts d'or annonce déjà la facture des — miniatures byzantines +.

— VII. CHRONIQUE ALEXANDRINE. — L'Égypte pharaonique avait prodigué son temps et sa patience dans l'illustration des rouleaux des morts. Les mystérieux voyages de l'âme y étaient retracés sans beaucoup de nuances. Mais cet art délicat, aux nuances subtiles, est arrivé à son terme. L'Égypte ne renonce pas encore à guider le goût, mais elle y apporte des tendances nouvelles. C'est probablement vers le début du Vème siècle que doit prendre place un monument qui nous renseigne sur l'avènement d'un art nouveau : la Chronique grecque alexandrine, qui fut probablement rédigée et enluminée dans la Haute-Égypte. C'est une œuvre très différente de ce qu'on a vu paraître jusqu'alors ; elle est plus populaire et plus indigène, on pourrait aller jusqu'à dire qu'elle est le premier témoin de l'art copte. On a fait remarquer que « l'artiste qui l'a enluminée appartenait évidemment à cette couche de population indigène, très superficiellement hellénisée et dont le triomphe du christianisme réveilla l'esprit national. Il est donc intéressant, dans ces conditions, de définir le caractère de cette illustration. On y observe, comme dans le Dioscoride, comme dans la Genèse de Vienne, un mélange tout à fait remarquable d'émotion, le but des enlumineurs n'ayant été, semble-t-il, que de s'offrir à nous de profil. Ces pérégrinations paraissaient un peu austères aux contemporains des dieux et des Ptolémées, beaucoup moins préoccupés des aventures d'outre-tombe que des événements de la vie présente qu'ils s'efforçaient d'égayer et d'embellir de leur mieux. Dés lors, le rôle de la miniature ne fut plus le même ; on lui demanda de distraire et d'instruire ; elle servit à illustrer, dans les deux sens du mot, les textes littéraires et scientifiques. On lui demanda d'interpréter des auteurs, tels que Dioscoride ou Nicandre, et la finesse de l'esprit alexandrin s'exerça en des créations qui nous étonnent encore et qui nous charment par leur ingéniosité et par leur délicatesse. Toute cette production est, si on ose dire, à la fois subtile et naïve. Elle compense, pour nous, les pertes sans nombre d'un art dont quelques fresques très rares, de Rome et de Pompéi, nous permettent de sentir le charme : allégories, mythologies, paysanneries, tout ce que la peinture de genre a de plus raffiné, et les architectures fantaisistes, dans ce qu'elles ont de plus irréel. Le coloris est tout aussi pittoresque que le dessin. C'est la dernière manifestation d'un art qui s'épuise et ne songe pas à se renouveler et à revivre ; l'art hellénistique s'en va, et il lui suffit d'avoir existé, d'avoir plu. Alexandrie, la Campanie et Rome ont été les témoins de cet effort pour exprimer un monde rustique répandu dans des paysages idylliques, parmi les fleurs, les arbres, vêtu simplement et vivant un peu à la manière des humains que nous laissent voir les feuillets enluminés du Virgile du Vatican, 1235 sant, en revanche, par ce qu'il nous apprend de l'évolution que le christianisme triomphant produisit en Égypte. En face de l'élégance pittoresque, de la grâce souple, de la libre fantaisie de l'art alexandrin, et par une réaction voulue contre l'hellénisme, dès le IVème siècle, et plus encore au Vème, un art indigène, tout pénétré de vieilles traditions orientales, grandit, qui, tout en conservant les types grecs, les figea, les raidit en attitudes plus sèches et plus conventionnelles, en des figures plus stylisées. Il abandonnait, en même temps, la décoration pittoresque, chère aux Alexandrins, pour s'orienter vers le style monumental. De ces deux tendances contraires, l'hellénistique et l'indigène, qui longtemps coexisterent ainsi en Égypte, mais dont la première céda le pas à l'autre plus puissante, Byzance a subi inégalement l'influence. Elle a surtout connu, imité et aimé les créations de l'art alexandrin, dans sa peinture religieuse aussi bien que dans l'illustration de ses manuscrits. L'art de l'arrière-pays égyptien, comme celui de l'arrière-pays syrien, lui a donné moins de chose, encore qu'il ait, en quelque mesure, aidé à la formation du style monumental, où la cheminait déjà la tradition hellénistique du portrait.

On peut établir, avec les plus grandes vraisemblances, que le Dioscoride est la copie d'un original plus ancien, celui-ci de provenance alexandrine. Une de ses miniatures représente un groupe de médecins célèbres, simple reproduction d'une petite mosaïque des thermes de Caracalla, conservée à la villa Albani, tandis qu'une allégorie, celle de l'Euresis, se retrouve, sous le nom de d'Uranie, dans une copie latine d'Aratus du XIème siècle. Quant à Thétis avec les pinces de homard (voir Diċlionn., t. 1v, eol. 1042, fig. 3755), elle se voyait sur un des forums de Constantinople. Ce sont donc là autant de compositions antiques. Pour le portrait d'Anicia Juliana (voir Dictionn., t. 1v, fig. 3754), s'il n'est pas l'adaptation d'une composition plus ancienne, il est composé, tout au moins avec ses allégories et ses génies, dans le plus pur goût alexandrin. Au centre d'un cercle, que découpent deux carrés entrecroisés, la princesse est assise sur un trône, vêtue d'un costume somptueux ; à ses côtés veillent deux jeunes filles personnifiant la Magnanimité et la Réflexion ; à ses pieds, un génie ailé figure « le désir de la sagesse créatrice » et une jeune femme agenouillée symbolise « la reconnaissance des arts ». Dans les triangles de l'encadrement, des ouvriers s'occupent à différents travaux d'art. Nous donnons ici Dioscoride avec l'Intelligence et le peintre (fig. 8083).

Si nous avons ici un monument de l'art alexandrin sur lequel l'Asie Mineure a déjà imprimé sa marque, il faut accorder que celle-ci est si délicate qu'on la pressent plutôt qu'on ne la voit. L'emploi des fonds unis : or, bleu foncé, bleu clair, fait songer aux mosaïques : mais, en ce cas, cette forme luxueuse d'art ne nous acheminerait pas sans d'assez longs détours vers l'Asie Mineure. Au VIème siècle, à la veille du règne de Justinien et de l'essor artistique qu'il rappelle, l'art byzantin conserve donc soigneusement les traditions de l'art hellénistique : il copie les modèles antiques et s'en inspire dans ses œuvres propres. Toutefois, certains éléments nouveaux s'ajoutent déjà dans la Lechni que à ces survivances classiques : l'emploi de l'or et des couleurs vives relève des procédés byzantins.


IX. OPPIEN. — Si, après avoir parlé d'un manuscrit du milieu du IVème siècle, de plusieurs autres du Vème et du VIème, nous passons à des volumes du IXème et du Xème siècle, nous constatons que l'art de la miniature a pris un caractère plus libre, plus naturel, plus souple, tout inspiré d'influences classiques. Tandis que le mosaïste reproduit exactement les types de son cahier de modèles et x*, il est nécessaire d'avertir que ceux-ci nous conservent les miniatures d'un art plus ancien. C'est grâce à la renaissance du goût et à l'intelligence des œuvres antiques qu'on vit, au IXème et au Xème siècle, renaître et rajeunir la tradition pittoresque alexandrine qu'on aurait pu croire définitivement vaincue et abolie par le triomphe du style byzantin. Alors se révèle un art d'eux son attitude, son geste, ses vêtements, ses entours, le miniaturiste s'affranchit de ces règles immuables et ne songe qu'à créer, qu'à inventer, en un mot qu'à être lui-même. Cependant, on a voulu le réduire au rôle de copiste des manuscrits du IVème au VIème siècle, et de copiste inintelligent et maladroit, 1239 xar non seulement il ne crée et n'invente rien, mais il dépare et il gâte ce qu'il reproduit. La critique est excessive et injuste. Il n'est pas contestable que les différents manuscrits d'un même ouvrage donnent la preuve que les illustrations diverses qu'ils contiennent procèdent d'un type commun ? ! ; mais la confrontation attentive de ces manuscrits montre que l'enlumineur a fait œuvre individuelle lorsqu'il a préféré tel détail, qu'il a choisi telle tendance « de préférence à telle autre. Les deux Octateuques du Vatican nous permettent de faire la part personnelle du copiste. Celui qui a exécuté le manuscrit n. 746 a eu la préoccupation de renouveler son modèle. Il a habillé les personnages non plus à l'antique, mais à la mode de son temps ; il a trouvé dans la connaissance de l'Orient arabe des types caractéristiques, des traits ethnographiques dont il a fait son profit ; bref, il a observé la réalité pour en tirer des détails vrais, souvent même réalistes, et ainsi, tout en conservant la composition générale des divers épisodes, il a donné à l'illustration un aspect tout nouveau. L'auteur du n. 747, artiste d'ailleurs infiniment plus médiocre, s'est tenu, au contraire, beaucoup plus près du modèle commun, sans aucune recherche d'originalité.

Après la longue et tragique querelle des images, quand l'orthodoxie triompha définitivement, un grand mouvement d'art théologique et monastique se produisit vers le milieu du IXème siècle. De ce mouvement sortit un art de la miniature d'une verve réaliste dont le psautier « Chloudof » donne l'expression la plus achevée, la plus populaire.

Mais le triomphe de l'orthodoxie ne parvint pas à contenir ni à détourner l'impulsion nouvelle. L'art religieux se fit, par conviction ou par intérêt, l'interprète de l'iconographie pieuse, l'observateur de ses règles, toutefois il ne réussit pas à étouffer le souvenir de l'antiquité classique qui était à Byzance la forme subtile d'opposition à la prépondérance des théologiens. Ceux-ci ne réussissaient pas à s'imposer à tous et partout : à la cour, chez les riches, il ne manquait pas d'esprits indépendants, à commencer parfois par le basileus, qui aimaient à s'affranchir des cercles ecclésiastiques et de leur tyrannie. Pour ces clients, il fallait revenir aux chefs-d'œuvre de l'art antique, s'en inspirer, les interpréter, les mettre en état de s'insinuer jusque dans l'art religieux. C'est le goût des figures antiques, des allégories classiques, des sujets mythologiques qui domine dans les somptueux manuscrits du IXème et du Xème siècle enluminés pour les empereurs. Cette tendance à s'affranchir des règles ecclésiastiques trouve d'autant mieux le moyen de se satisfaire que le goût se porte vers les textes profanes et, en particulier, vers les ouvrages de science. Plusieurs manuscrits du XIIème et du XIIIème siècle, appartenant à cette catégorie, semblent prendre à tâche de reproduire assez exactement des originaux antiques.

1240 giques sont nombreuses. On y voit Bellérophon et la Chimère, Persée et la Gorgone, les exploits de l'Amour, l'histoire des Argonautes, Achille sur son char, Alexandre poursuivant Darius, tous épisodes qu'on croirait oubliés à cette date du Xème siècle. Sont-ils compris ? Il est permis d'en douter, mais ils conservent la vogue, car ce n'est pas seulement la miniature, c'est encore la mosaïque qui les reproduit. Les mythologies qu'on vient de nommer ornaient les salles du palais de Digenis Akrétis, mais elles avaient subi une certaine déformation du type primitif, afin de se rapprocher des représentations de l'art monumental du temps. C'est le cas pour les scènes champêtres où les appels et les vêtements paraissent également influencés par l'époque où fut illustré le manuscrit (fig. 8084).

X. APOLLONIUS DE CITIUM, — « Un traité sur la guérison des luxations », dont la bibliothèque Laurentienne conserve une copie du XIIIème siècle (Plut. LXXIX, 7). Apollonius a vécu jusqu'en 60 avant Jésus-Christ, probablement à Chypre.

« Sous des arcades, entre des colonnes corinthiennes, se déroulent en groupes symétriques les divers moments de l'opération. Les figures : patient, aides et parfois le médecin, sont nues (fig. 8085). Le copiste a pu mêler quelques traits byzantins, un médecin barbu, ou des ornements aux données de l'original ; il a pu même les fausser et les rendre inintelligibles, mais, en général, sa reproduction est fidèle ; non seulement la décoration des colonnes, l'arrangement des rideaux, certaines draperies et certains raccourcis, mais le modèle même des muscles, ainsi que le caractère démonstratif des dessins le commandait, rappellent très nettement le Vème siècle. » 1241 transcrit au XVe. L'illustration est conçue dans le même esprit que celle du Dioscoride ; c'est encore l'art alexandrin que nous avons devant les yeux, mais ce manuscrit mérite qu'on s'y arrête quelques instants ; les miniatures dont il est orné lui donnent une valeur de premier ordre. Il a été exécuté au XVe, comme le montre le type de l'écriture, mais le copiste collaborait avec un enlumineur qui, lui, reproduisait un manuscrit du IIIe ou du IVe. Les petits tableaux qui nous sont conservés sont exécutés avec une certaine habileté et une fidélité au modèle bien rare à cette époque, car on n'y aperçoit aucune influence proprement byzantine. « Il y a là, dit François Lenormant, de la naïveté et de la maladresse dans l'exécution, mais ces miniatures ont encore un parfum d'antiquité classique qui surprend et charme à la fois. Le prototype qu'elles reproduisent était certainement bien antérieur et plus pur comme art que l'Iliade de l'Ambrosienne ; rien n'y a même, comme dans ce dernier, le cachet des usages et des costumes du commencement du Bas-Empire. » La composition peinte sur le feuillet de garde, à la fin du volume (fig. 8086) n'a rapport à aucun passage des deux poèmes de Nicandre ; le décorateur l'aura copiée sur une vignette d'un recueil de poésies bucoliques. Nous la choisissons d'autant plus volontiers qu'elle appelle naturellement la comparaison avec les figures du bon Pasteur que nous avons rencontrées si fréquemment dans l'art chrétien. Le dernier copiste de la peinture n'a commis qu'une seule erreur, en étendant sur les cuisses et les jambes une coloration qui semblerait indiquer une sorte de caleçon, tandis qu'il est évident que, sur le premier original, elles étaient nues depuis le bas de la tunique jusqu'aux endromides qui chaussent le personnage. Celui-ci est certainement Pan Nomios ou Nomaios, le dieu des bergers, représenté dans le costume d'un pâtre tenant la houlette, Deux petites cornes pointent sur son front.

| | 1242 Une deuxième miniature, qui se trouve aussi à la fin du volume (fig. 8087), est remarquable par sa composition et elle a trait certainement à un passage du début des Thériaques (vers 8-12) : « Les Larentules malfaisantes, les reptiles funestes, les vipères et les mille fléaux de la terre sortent du sang des Titans, st Hésiode d'Ascra a dit vrai sur les rives du Permesse, prés du Mélisée retiré. » Le scholiaste dit à cela que : Nicandre ment, car Hésiode n'a dit rien de pareil. 1243 Eudocie connaissait encore cette famille de manuscrits, car elle dit : « Hésiode rapporte que l'Hydre naquit du sang des géants. » Nous trouvons une allusion à la même légende chez Théophraste, mais sans indication d'origine. « Il y a deux causes à la naissance des serpents : l'air pluvieux ou bien les guerres et l'abondante effusion de sang : c'est la cause de la production de la plupart des monstres, d'où l'on raconte qu'autrefois naquit en Thessalie une grande multitude de serpents. » Au recto du feuillet 4 du manuscrit nous voyons (fig. 8088) d'après la légende explicative, lewpyès TolGæov Borxvxs, c'est-à-dire un « paysan broyant des herbes ». Cette miniature se trouve à la suite d'un passage dans lequel le poète donne des recettes contre les morsures des serpents (vers 80-97) : « Si tu écrases des baies de genièvre dans un vase d'argile ou dans un mortier, et si tu t'en frottes les membres, ou bien si tu broies dans l'huile les feuilles séchées du peucédan à la forte odeur, et de l'aulnée des montagnes, ou bien encore la sauge salutaire avec la racine râpée du silphicum, tu éloigneras l'attaque des reptiles. Souvent aussi ils sont repoussés par l'odeur de la salive humaine. Si tu broies dans une petite quantité de liquide la roquette des jardins toute verte, humide de rosée, et le fruit encore imparfaitement développé de la mauve sauvage, et si tu en enduis tes membres, tu pourras dormir tranquille de tout danger de morsure. Enfin, mets dans un mortier deux tiges d'aurone garnies de leurs feuilles avec du cresson alénois — la quantité à observer est le poids d'une obole — joins-y des graines fraîches de carotte et broie le tout au pilon ; fais-en des trochisques, que tu mettras sécher à l'ombre, dans un lieu exposé au vent ; secs, délaie-les dans un vase avec de l'huile et sers-t'en pour t'en frotter le corps. » Une autre peinture D'ecpyóc a pour légende does, « Paysan faisant une fumigation de corne de cerf pour mettre en fuite les serpents. » Voici encore deux miniatures qui achèveront de nous faire connaître le Nicandre et l'art hellénistique (fig. 8089). La première miniature, fol. 11 r*, s'inspire des vers 309-310 : Hélène, revenant de Troie, fit arrêter son vaisseau à l'embouchure du Nil, et vit son pilote Canobos expirer sur le sable de Thounis mordu au cou par un serpent femelle. Héléne foula aux pieds 1244 le serpent, broyant ses vertèbres et son rachis. Ici Canobos et Héléne sont nimbés, le serpent se tord, un matelot venu pour porter secours est témoin de la scène.

On ne connaît aucune représentation d'art inspirée par cette scène. L'autre miniature (fig. 8090), non moins neuve, est au folio 17 et suit les vers 630-635. La femme nimbée, assise sur un rocher, la tête nimbée et surmontée d'une tour, est manifestement une cité. C'est Cilbis, la communauté de la plaine cilbienne. Y avait-il une ville de ce nom ? Les géographes ne la mentionnent pas. Quoi qu'il en soit, c'est Cilbis qu'il faut appeler cette personnification. Le jeune homme nimbé, en face d'elle, doit être le fleuve Caystros ; la montagne, au fond, est le Tmolos ; quant au temple, on pourrait penser à un sanctuaire consacré au fleuve Caystros près de sa source !. Trois copies : Vatican, gr. 699 ; Laurent., IX, 28 ; Sinaï, 21186 ; le ms. du Vatican est du VIe, les deux autres du X ou XIe seulement. « Le texte lui-même unit aux données de la science alexandrine : cosmogonie et histoire naturelle, l'histoire et la philosophie du christianisme. L'illustration se compose, en conséquence, de trois parties : d'abord des cartes et des dessins de la géographie de Ptolémée, puis des figures et des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, enfin des animaux et des plantes. Elle mêle les vignettes des traités didactiques aux compositions encadrées des poèmes et des histoires. Le rédacteur du Vatican écourte la première partie, supprime la troisième ; les deux autres, au contraire, 1245 abrègent l'illustration de l'écriture. Tous trois s'inspirent donc d'un original plus ancien, d'une illustration contemporaine de l'auteur et à laquelle le texte renvoie souvent : plusieurs de ces dessins ainsi mentionnés manquent au Vatican et se retrouvent à Florence et au Sinaï. Chaque rédaction a retenu de l'original disparu ce qui l'intéressait. » Le manuscrit de Cosmas a une importance extrême dans l'histoire de l'art ; il a contribué, plus qu'aucun 1246 d'où leur nom est inséparable. La préoccupation de faire valoir le parallélisme des deux Testaments et d'éclairer l'un par l'autre est encore une trouvaille chère à l'école d'Alexandrie. Abel et Moïse sont les figures du Sauveur, Melchisédech aussi, mais il rappelle en lui le prêtre éternel. Les événements de la vie et de la passion du Christ sont rappelés et figurés par le sacrifice d'Isaac (voir Dictionn., t. VII, col. 1563, fig. 2980), par l'aventure de Jonas : et il n'est pas autre peut-être, à répandre la science alexandrine, C'est lui qui a rendu populaire la notion de la terre sous forme d'île carrée aux angles de laquelle les vents soufflent dans une conque, mais cette île est aussi une montagne qu'abrite le firmament et qu'entoure l'océan (fig. 8091) ; derrière cette montagne se lèvent et se couchent le soleil et la lune, et voilà tout le système dont la science vivra pendant des siècles. L'histoire chrétienne est représentée par des personnages bibliques, tantôt isolés, tantôt représentés dans un épisode de l'Ancien ou du Nouveau Testament possible de méconnaître que l'ascension d'Élie rappelle celle du Christ (fig. 8002).

« Le Nouveau Testament est illustré dans le même esprit d'exégèse symbolique. Hien de la vie du Christ ; le Christ lui-même, au milieu de ses derniers prophètes, occupe la place de l'invité, du nouveau venu à la droite du Prodrome, qui se dresse au centre, la croix en main, pour annoncer l'agneau de Dieu. Puis viennent les représentants du Sauveur : les évangélistes, Pierre tenant trois clefs, Paul sur le chemin de Damas, Étienne lapidé, A la fin seulement il apparaît lui1247 même dans sa gloire, ressuscitant les morts sous la voûte céleste, au sommet des étages du monde, où viendront plus tard s'échelonner les personnages multiples du jugement dernier. La seconde venue est ainsi, comme aux murs des églises, la cause finale de la théologie figurée !, » « Aux souvenirs du passé, se mêle l'esprit particulier de l'art grec nouveau ; à la tradition alexandrine se joint le style monumental. Ajnalof a signalé toute une série de détails qui montrent le rapport étroit du Cosmas avec l'art alexandrin. Ce sont les emprunts faits aux monuments et aux mœurs de l'Égypte, le 1248 * de mosaïques et qui s'est perpétué dans l'art byzantin. » C'est le style monumental se substituant à la tradition pittoresque de l'art hellénistique. Et des une série de compositions nouvelles et de types nouveaux sont entrés pour toujours dans l'iconographie de ces figures, la sérénité religieuse de leurs visages, : l'or qui éclate sur le fond des nimbes et sur les vêtements, tout concourt à donner à cette miniature un aspect original et saisissant. On retrouve ici le même esprit qui a présidé à l'ordonnance d'un grand nombre byzantine ; de là viennent, en particulier, ces types d'hommes solides, aux épaules carrées, aux mains puissantes, aux pieds bien posés, à la musculature robuste, au corps souple se mouvant librement dans leurs amples vêtements que nous rencontrons fréquemment dans l'art du Ve et qui apparaissent comme d'origine alexandrine ?. » €— i541 t dc obs n | | | arts du dessin de cette époque concourent à montrer que les artistes cherchaient, non seulement à copier, mais à s'inspirer des beaux modèles qui s'offraient encore en grand nombre à leurs yeux. La miniature que nous donnons ici, d'après le manuscrit du Vatican, mesure 0 m. 30 sur 0 m. 29 à l'intérieur de la bordure rouge et or (fig. 8093).

Au centre de la miniature, le roi David, assis sur qe ques autres monuments donnés au mot DANSE (voir Diclionn., t. IV, col. 248-258, fig, 3593-3594).

Les deux princes sont entourés des services liturgiques qu'ils avaient institués : les six médaillons figurent chacun un chœur dont le nom est donné par une légende tracée en caractères cursifs. Le calligraphe qui a rédigé ces légendes ignorait complètement l'orthographe de sa langue, et il a eu recours à plusieurs abréviations peu usitées ; elles sont en partie effacées, néanmoins on a pu les restituer. '* Voici comment elles doivent être lues, en commençant par le médaillon en haut à gauche, et en continuant la lecture des trois lignes horizontales. 1er : Kooûc viov 'Atüsu, chœur des fils d'Aetham, qu'on appelait aussi Idithun, et qui avait comme chantre le même rang qu'Asaph (I Paralip., xxv, 1). 29 : Mopóg ToU 'Áczo, chœur d'Asaph, qui avec Héman et Idithun fut établi, par David, chef suprême des chantres sacrés (I Paralip., xxv, 1).

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1251 39 : Xopoc vOv uloy Kopé, chœur des fils de Coré. Pendant le séjour au désert, Coré, Dathan et Abiron complotèrent contre Moïse ; le feu du ciel tomba sur eux et les anéantit (Num., xvi, 35) ; mais les fils de Coré furent épargnés et leurs descendants exercèrent des charges de gardiens et de chantres (I Paralip., IX, 19 ; II, xx, 19).

? :Xopóg TOv utc 'Izopi, chœur des fils d'Isari, qui, avec ses fils et ses frères, formait un chœur de chantres (I Paral., xxv, 11).

5 ? ; Xopog 'Eüxu tob ’Iopænyirov, chœur d'Éthan l'Esrahite ; considéré comme l'auteur du psaume UR SIE | : Xopos Moücios évswrou tot Czoo, chœur de Moe homme de Dieu.

Le manuscrit de Cosmas contient une belle figure du patriarche Hénoch, remarquable par les traits expressifs du visage et la disposition des vêtements a QU fy

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anti que. Voici saint Jean, qui est admirable (fig. 8094).

I] est trés probable que les trois copies qui nous restent de ce manuscrit ne valent pas, quant au dessin, l'original du vx siècle. Pour ce qui est du coloris, il est difficile de faire la part de l'enlumineur original et du copiste. Ce dernier laisse voir l'expérience d'une bonne pratique. Sur un fond rarement obscur, les couleurs conservent de la transparence. Lan gouache est d'un bon empâtement et les lumières sont obtenues, non par des rehauts de blanc, mais par | la dégradation des teintes 1.


AIII. PavsioLoqus. Cosmas est apparenté le Physiologus, qui lui fait même certains emprunts, sous sa forme primitive ; il est né dans le même pays, vers le même temps, et s'inspire du même esprit. Aussi un manuscrit illustré du XI* siècle, conservé à Smyrne, le réunit, avec un lapidaire et deux petits traités, à deux passages de la Topographie, dont les miniatures ne ressemblent d'ailleurs en rien aux précédentes.

« Le Physiologus en contient cent quatre, dont vingt-quatre à pleine page et les autres précédées de quelques lignes. A chaque chapitre, à part quelques lacunes, se rattachent deux images ; l'une, réaliste, figure l'animal, ses particularités, sa fable ; l'autre, symbolique, reproduit des scènes bibliques ou évangéliques, des actions de saints, des allégories théologiques. Ainsi les deux cycles, l'un scientifique, l'autre religieux, simplement juxtaposés dans le Cosmas, se pénètrent et se combinent avec une symétrie toute scholastique. Les miniatures de Smyrne, d'un style sec, d'un coloris terne et lourd, appliqué à même sur le fond jaune du parchemin, ne représentent que la copie mécanique et inintelligente d'une rédaction plus ancienne. Par une comparaison minutieuse avec le psautier « Chludof », qui présente aussi ce double caractère historique et allégorique, J. Strzvgowski est conduit à placer cette rédaction au 1x* siècle. Scènes édifiantes où le diable apparaît, crucifixion ou descente aux limbes, revenant à plusieurs reprises et sous différents aspects, apôtres chargés de la prédication et du baptême, hérétiques représentés par les ariens ou Simon le Magicien, choix des Pères dont les doctrines ont été citées pendant la période iconoclastique, consécrations des prêtres et des vierges symbolisant le baptême sont autant de traits particuliers et communs aux deux cycles allégoriques, sortis du même mouvement théologique et monastique qui suivit le triomphe de l'orthodoxie après la querelle des images.

« Certains détails même, comme la capture de la licorne, indiqueraient que — si le cycle allégorique du Physiologus s'inspire du psautier au contraire, le cycle naturaliste l'a précédé. Ce cycle proviendrait d'un type primitif, qui devait accompagner la première rédaction du texte. C'est tantôt l'image seule de l'animal, soit que le texte se borne à une description, soit que les particularités mentionnées fussent trop difficiles à représenter ; tantôt ces particularités sont figurées très simplement, tantôt enfin de véritables tableaux de genre d'un caractère tout antique et que nous retrouvons dans les octateuques et les psautiers : personnification du Jour et de la Nuit, de l'Aube, le bon Matin figuré par un homme endormi, puis travaillant, divinités de sources, statues 1252 Au fol. 89, nous voyons une grande miniature où le Christ est représenté dans une gloire ovoide, assis | sur un trône d'or et procédant au jugement dernier. On trouve encore, disséminé dans le volume, un certain nombre de figures de prophètes, traitées à la manière — * À la Topographie de vi | ur des colonnes, illustrent le texte. Les animaux rappellent les peintures et les mosaïques : le renard attrape les poules du même mouvement qu'à Kabr1| Hiram ; la baleine avale le poisson ainsi qu'elle fait de

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y M — Jonas dans la Topographie. Il semblerait donc que le — Physiologus ait concentré en lui les données éparses | — de la symbolique animale familière à l'Orient et qu'il 1 - puisse un jour, lors que les monuments de cette féconde | époque seront mieux connus, nous en livrer la clef !. » | | i] iB - XIV. MANUSCRITS RELIGIEUX : LA BIBLE. — Entre T ler et le vit siècle, les ateliers alexandrins ont fourni Z| la miniature de modèles ingénieux et jolis qui se sont — répandus à Antioche, à Constantinople et à Rome. |. Sans qu'on puisse dire que, dés lors, la veine soit — épuisée, elle rencontre une concurrence sérieuse, à — partir du moment où l'art byzantin, sûr de lui, en |— possession d'un style particulier, tend à substituer i f celui-ci à^la fantaisie légère de l'art hellénistique. A


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ied : Pil NUR REA L'évolution qu'on a pu observer dans les manuscrits profanes se retrouve dans les manuscrits religieux. Entre tous les livres qui s'offraient à l'habileté et à la science des enlumineurs, la Bible, livre sacré, tenait le premier rang. Pas plus qu'on n'entreprenait la transcription d'une bible complète, on ne songeait à une édition illustrée complète. A la manière dont on entendait l'illustration des textes, ceci aurait entraîné fort loin et donné à l'ouvrage des dimensions tellement considérables qu'on pouvait reculer avant de s'y engager. On abordait donc un livre ou un groupe de livres : Pentateuque, Prophètes, Évangiles. Les Latins, plus entreprenants que les Grecs, tentèrent, dés le | IV* siècle, une édition illustrée de la Bible, comme on | en a la preuve dans l'Ifala, récemment découverte à | | | -— Quedlimbourg. La Bibliothèque nationale possède | — une bible syriaque (Syr. 347 ), écrite au virr-virir siècle, © dont l'illustration, inspirée de modèles plus anciens, ~ est fort curieuse. | La miniature religieuse se rattache à la miniature alexandrine et par elle aux usages antiques, par la | fixité des types reproduits et modifiés d'âge en âge. | Il y eut.là une tendance qui aboutit, à un moment donné, à une sorte d'hiératisme, à un « guide » de la peinture, dont il n'est plus permis de s'écarter sous peine d'être accusé de sacrifier la tradition séculaire aux caprices de la mode. Comme la peinture monumentale. la miniature se trouvait liée à la pensée théologique. Dans bien des circonstances, c'était un théologien qui faisait choix du sujet de la miniature, il en tracait peut-être aussi les principaux lignes à l'enlumineur. Dés lors, ici, comme dans la théorie des manuscrits types, au lieu de sérier les manuscrits d’après les caractères extérieurs, on détermine leurs groupes par la parenté qui existe entre eux.

Ce ne sont pas tous les livres qui ont également provoqué l'attention et l'effort des artistes, mais certains parmi eux : le Pentateuque ou l'Octateuque, Job, les Psaumes, les Prophètes, les Évangiles. Nous allons les rencontrer et déterminer leurs caractères,


XV. GENÈSE DE VIENNE. — Il nous sera permis de rappeler que ce groupe de manuscrits a été étudié

1255 scenes, la disposition des accessoires prouvent clairement qu'on a utilisé un rouleau dont on a découpé les épisodes. Les deux originaux, en tout cas, se rattachent nettement à l'art antique. Nul sentiment religieux, miniatures. Ce sont des scènes de genre, telles que la caravane de Jacob qui lutte avec l'ange (fig. 8095), l'épisode d'Esaü suivi de ses chiens et Jacob faisant la cuisine, ou encore l'histoire entière de Joseph. Tels incidents ont été saisis sur le vif, comme Isaac chez Abimelech ou Jacob recu sous la tente de Laban. i | :

1256 En général, la miniature illustre le texte d'une manière simple et un peu primitive jusqu'à cette visite d'Isaac à Abimelech ; à partir de ce moment, elle se montre plus inventive. L'allégorie y garde sa place, comme on le voit par la nymphe de la source qui préside à la rencontre d'Éliézer et Rébecca.

Il semble que les premiers artistes qui ont enluminé la Bible en aient conçu l'illustration comme celle des poèmes épiques, du moins dans certaines parties, telles que l'histoire des premiers hommes et des patriarches. Aussi Lout y est-il plein de la tradition hellénistique. Le type des visages est grec comme la technique ; les constructions, les jardins, les épisodes mettent sous nos yeux tous les détails de la vie antique. Une seule miniature, l'alliance de Noé avec Dieu, porte la marque du style monumental des églises chrétiennes ! mais encore dans plusieurs dessins exécutés pour Peiresc.

Le manuscrit date du vi* siècle et il offre d'assez curieuses analogies avec la Genèse de Vienne, en particulier dans l'emploi des figures allégoriques. L'exécution, toutefois, se rapproche davantage de la manière byzantine. L'or des vêtements, la prédilection — pour les couleurs claires et éclatantes, le rose et l'azur en particulier, y sont caractéristiques. Les miniatures — sont disposées dans un encadrement de couleur sombre ; quelquefois une même page porte deux miniatures. Les fonds semblent généralement avoir été d'un bleu uni, ce qui se rattache aux mosaïques byzantines, tandis que les figures appartiennent encore au style classique. Les couleurs employées de préférence ai les d'or et leurs fronts sont couronnés d'épaisses couronnes de feuillage. Le sol figure une pelouse verte sur laquelle se dressent plantes et arbres à fleurs roses et jaunes, et fruits roses et blancs. Le sujet, les couleurs, tout cela est d'une jeunesse, d'une candeur charmantes, et on peut regretter que cette veine se soit si tôt tarie.

La deuxième miniature représente la promesse de Dieu à Abraham (Gen., xv, 1), à moins que ce ne soit l'ordre donné à Noé de construire l'arche. On peut rapprocher cette peinture d'une de celles de la Genèse de Vienne. Abraham (ou Noé) est vêtu d'une longue tunique blanche, recouverte d'un manteau rose. Il est debout et semble arrêté dans sa marche. Son visage et ses mains sont de couleur foncée, comme recuits par sont : rouge, bleu, carmin, rehaussés de noir ou de touches d'or. Dieu et les anges ont des nimbes dorés, celui de Dieu est crucifère.

Les deux miniatures exécutées pour Peirese avec grand soin, en couleurs, et probablement dans les dimensions de l'original, mesurent 150 sur 175 millimètres et 130 sur 195 millimètres, y compris le cadre peint en rouge, cinabre et carmin.

La première a été donnée déjà dans le Dictionnaire, t. 1, fig. 617, elle nous montre l'Éternel plaçant les chérubins vers l'orient du jardin d'Éden (Genèse, 3, 24). L'Éternel nous apparaît sous les traits d'un tout jeune homme, imberbe, les cheveux blonds dans un nimbe crucifère doré ; il est vêtu de blanc et tient de la main gauche une sorte de sceptre ou de canne, également doré, et qui se termine par une croix. Les trois chérubins sont vêtus de longues tuniques blanches, sans manches, serrées sous les bras ; les plis de leur vêtement, élégamment drapé, sont rehaussés d'or. Aux épaulés, les chérubins ont de petites ailes.


ET LITE

Le rouleau de Josué. — Deux monuments, également précieux dans leur genre, nous ont conservé des rouleaux tels qu'on les faisait autrefois quand on les préférait aux volumina ; c'est le « rouleau de Josué » et le « rouleau de Ceriani ». Nous ne parlons ici que du premier qui a déjà été décrit et figuré dans le quatrième volume. Deux scènes nous montrent Josué recevant les envoyés de Gabaon (fig. 6327, n. 7 et 8) et les rois vaincus (fig. 8100). Dans cette seconde miniature, il y a une entente de la composition et de l'anatomie qui permet d'évoquer à son sujet les « Lances de Breda » de Velasquez. « Un trait particulièrement intéressant et bien alexandrin se marque dans la place que tiennent dans ces miniatures les personnifications. Les villes, les fleuves, les montagnes sont symbolisés par de grandes figures d'une grâce tout antique ; c'est un fleuve couché à demi-nu près de son urne renversée ; c'est une ville assise près de ses remparts, c'est un dieu des montagnes étendu au sommet de la colline. Toutefois, entre les compositions et l'exécution, il y a un curieux contraste, et, par la facture, ces peintures sont bien inférieures à celles de la Genèse. C'est évidemment que l'on se trouve ici en présence d'une copie d'un original plus ancien qui, d'après J. Strzygowski, remonterait jusqu'à une époque antérieure à Constantin, mais plus vraisemblablement du VIe ou du Ve. En tout cas l'œuvre est pénétrée des traditions hellénistiques ! » 1260.


XVIII. OCTATEUQUE. — Le rouleau de Josué a dû faire partie d'un octateuque. On aima ainsi à grouper une suite des plus anciens livres inspirés, et ce goût est si assuré que nous possédons encore quatre de ces octateuques remontant aux XIe-XIIes ; deux sont au Vatican, un à Vatopédi, un à Smyrne. Ils ont un caractère identique : illustration surabondante de même largeur que le texte. Ces miniatures occupent parfois un ou deux registres et il n'est pas possible d'hésiter sur leur provenance : elles sont découpées dans un rouleau, parfois avec une singulière maladresse. Dans les octateuques qui nous ont été conservés, l'illustration des exploits de Josué se rattache de façon évidente au rouleau de la Vaticane. Les quatre octateuques ne procèdent pas directement du rouleau ; ils ont éprouvé des remaniements qui manifestent une influence byzantine. Le trait particulier de ce remaniement est la suppression ou la déformation de la composition, tandis que l'art monumental du Ve marque son influence, comme dans l'unique esquisse d'une rédaction copte du VIIe conservée à Naples par les portraits solennels de Job et de sa famille assis et vêtus en princes. La rédaction de Venise, en revanche, n'a rien conservé de la tradition pittoresque antique. Sur un fond bleu uniforme, on a adopté des dessins de statues, athlètes assis ou orateurs, des groupes décoratifs de la peinture murale ou des motifs de l'iconographie courante. C'est une création byzantine du style monumental. Vers le même temps, ces deux manières, si différentes, se trouvent unies dans le Grégoire de Nazianze de la Bibliothèque nationale : elle marque la double contribution de deux époques et de deux traditions *.


XIX. LE PSAUTIER. — « Le psautier parait avoir été illustré de très bonne heure. Les psaumes ont tenu une grande place dans la liturgie de l'Église primitive. L'illustration s'ordonne suivant deux types, bien distincts par la conception et le style, comme par la composition : le psautier à frontispice et le psautier à illustration marginale. Le premier groupe étant appelé « aristocratique », le second « monastique et théologique ». On les désigne aussi par leurs principaux représentants : le psautier de Paris, gr. 139, et le psautier « Chludof ».

Le frontispice du psautier « aristocratique » procède du même développement que celui du Dioscoride. Un petit exemplaire de l'Ambrosienne (n. 54), d'un style excellent, et sans doute un des plus anciens, conserve la disposition primitive ; David enfant, assis sur un rocher, jouant de la harpe auprès d'une figure allégorique qui, d'un mouvement gracieux, s'approche de son oreille pour lui souffler l'inspiration et, sur un autre feuillet, une adaptation byzantine de cette image antique : David, âgé et roi, écrit, sur un rouleau et la figure se penche très fortement vers lui. Puis, comme dans le Dioscoride, à cette double image de l'auteur, concevant et composant son œuvre, s'est ajoutée une illustration d'emprunt. Mais, d'abord, l'image même s'est dédoublée. Le roi David reçoit, comme Moïse, son rouleau de la main de Dieu, ou bien écoute, debout, en une attitude princière, la double inspiration de la Vérité et de la Prophétie. Puis, à ces images, qui parfois s'excluent l'une l'autre, se joignent un ou plusieurs épisodes de la vie de l'auteur.

Un premier terme de cet ample développement, dont on retrouve les traces tantôt dans les chainons eux-mêmes, est marqué par le célèbre psautier de Paris, du Xe, et par une modeste et minuscule réplique de la fin du Xe, conservée à Vatopédi (n. 605).

Le frontispice du psautier de Paris est remanié et mutilé. Six de ses feuillets forment un cahier artificiel, le septième est collé au premier cahier du texte. Il a perdu, avec une de ses miniatures, le titre et les nombreux prologues qui ne manquent jamais dans les psautiers à chaînes. La réplique de Vatopédi conserve tout cet ensemble ; malheureusement, les miniatures sont en partie repeintes et l'une d'elles a été récemment dérobée.

Les quatre premières miniatures : David jouant de la harpe, tuant le lion, oint par Samuel et combattant Goliath, sont communes aux deux manuscrits ; après le combat, celui de Vatopédi en figure l'épilogue sur deux feuillets : le vainqueur coupe la tête au géant et l'apporte sur une pique, tandis que celui de Paris, négligeant ces épisodes sanglants, préfère montrer son retour triomphal au milieu des danses. Puis vient, dans les deux manuscrits, son exaltation sur le pavois et enfin son portrait d'auteur : à Paris, inspiré par la Vérité et la Prophétie, à Vatopédi écrivant sur son trône sans allégorie. Cette seconde image, le noyau même du groupe devait le compléter à Paris.

Les trois psautiers de Paris, de Vatopédi et du Pantocrator sont les seuls exemples d'illustration, sinon complète, au moins fort étendue. Les autres, très nombreux d'ailleurs, n'ont retenu qu'une partie de cet ensemble.

Le caractère antique de cette illustration, surtout dans le psautier de Paris, a depuis longtemps retenu l'attention des archéologues. David écoute la mélodie au milieu d'un vrai paysage pastoral, tandis qu'il tue le lion dans une nature sauvage. Les fonds estompés, les tons roses ou bleus de ciel, les architectures solennelles, les allégories, les nimbes de couleur, le coloris brun des carnations, tout révèle l'imitation des anciens modèles. Mais N. Kondakof y a justement relevé aussi des éléments byzantins : carnations vertes et nimbe d'or de David et des prophètes, vertus chrétiennes seules nimbées ; on peut ajouter que David sur le pavois, ou bien entre la Vérité et la Prophétie, se détache sur un fond d'or avec la stature et la solennité de l'art monumental.

Mais, si bien des traits du psautier de Paris trahissent un remaniement byzantin, le caractère alexandrin non seulement du style, mais du plan même de l'illustration, indique un prototype contemporain du Dioscoride. Le grand psautier de la Marcienne, après le portrait solennel de Basile II, présente un frontispice à six compartiments, comme le IIIe livre des Géorgiques. La vie de l'auteur, y compris son repentir, s'y trouve beaucoup plus simplement retracée qu'à Paris, sans allégories et suivant un ordre plus conforme au récit biblique. Elle est sans doute empruntée à un cycle étendu illustrant le Ier livre de Samuel, et que nous retrouvons, mais amplifié sous l'influence de l'iconographie de la Vierge, dans un coffret du musée Kircher, sculpté sans doute pour un roi de Géorgie. À ce cycle, le miniaturiste du psautier de Paris et de son groupe ont fait aussi maint emprunt.

Le psautier à illustration marginale a joui d'une aussi grande popularité et d'une plus longue fortune que le psautier à frontispice. Ses plus vieux exemplaires : le psautier « Chludof », apporté, en 1847, du Mont-Athos à Moscou, où il était conservé dans le monastère de Saint-Nicolas, celui du Pantocrator (n. 61) resté au Mont-Athos, auxquels on ne peut joindre que pour mémoire celui de Paris (n. 20) effacé et très mutilé, furent écrits en onciale à la fin du IXe ou au commencement du Xe. Un second groupe (Brit. Mus., add. 19352, écrit en 1066 au Stoudion ; Barberini III, 91 ; bibliothèque Hamilton, au Cabinet des estampes de Berlin) appartient aux XIe-XIIes ; enfin, une copie slavonne, exécutée à Kiev, en 1397, suivant une rédaction un peu différente, a servi de prototype à toute une série d'éditions russes, dont la dernière a été imprimée à la fin du XVIe.

L'exemplaire de Moscou, le plus complet (plus de 200 numéros) est en partie repeint. Celui du Pantocrator ne compte plus que 98 miniatures (trois furent emportées à Pétersbourg par l'évêque Porphyre), mais elles ont mieux conservé, avec leur fraîcheur première, la liberté et la verve de l'original. Ces petites vignettes marginales, sans fond ni sol, vivement exécutées, d'un pinceau aisé et libre, avec des couleurs très simples, sont, en effet, charmantes de naïveté et remarquables par la recherche de l'expression parfois comique ! (fig. 8102). Les architectures et les paysages n'y sont figurés que par une sorte de symbolisme archaïque. Peu d'emprunts à l'art antique et à l'art ancien chrétien. C'est la création originale d'un art assoupli par l'étude des modèles alexandrins, par l'observation de la vie familière et qui semble s'acheminer à regret vers la solennité byzantine. Cette solennité finit par gagner les copies du XIe. Cette illustration est composée d'éléments assez divers. Les événements, bienfaits de Dieu, David gardant les troupeaux, oint par Samuel, poursuivi par Absalon, contraint par Nathan à la pénitence, n'y figurent qu'avec discrétion. Des images poétiques y sont traduites parfois avec un réalisme déconcertant. Les anges et les démons occupent une large place, qui s'étendra encore au XIe. Toute allusion à Dieu amène un médaillon du Christ : à la prédication, la figure des apôtres : à la piété ou à la sainteté, surtout après le XIe, celle des évêques ou des martyrs ; à la souffrance, le supplice d'un saint. Les personnages sacrés symbolisent aussi des souvenirs bibliques : la Vierge, Sion ; le Christ, le rocher de Moïse. Mais les sujets que les allusions appellent le plus souvent sont les scènes des deux Testaments, surtout du Nouveau : enfance du Christ, miracles et passion, 1267 Ainsi, ces vignettes, avec leurs longues légendes, encadrent le texte en manière de « catène ». S'inspirent-elles des caténes écrites, compilées peut-être pour la première fois par Photius ? Les artistes n'avaient aucun besoin de cela. Ces allusions leur étaient assez familières. Ils les saisissaient chacune à leur tour.


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1268 J. Strzygowski, que les allusions aux ariens, à Simon le Magicien, soient un reflet des polémiques du temps.

Enfin, le caractère de l’œuvre, son inspiration théologique, l'idée du Christ dominant tout, marquent l'influence du IIe concile de Nicée, qui soumit étroitement l'art au dogme. Jour, au cours de l'office divin, dans les lectures, dans les chants et jusque dans les prières, car le psautier a nourri de ses images tout le corps de la liturgie byzantine : la pratique de la piété suffisait à les éclairer.

A quand remonte la première rédaction ? Nos exemplaires sont postérieurs aux iconoclastes, puisqu'ils figurent le pseudo-synode de 815 pour représenter le « conseil de la vanité » ou la « réunion des méchants ». Il est même possible, comme le remarque M. Omont, que la rédaction primitive soit antérieure à cette date. Cependant, on peut se demander, comme pour le Physiologus, si tous ces éléments ne se sont pas alors groupés autour d'un noyau antérieur. L'indépendance très nette des trois manuscrits du IXe peut le faire supposer. C'est ainsi qu'au psaume XXXI, dont, au IVe déjà, les Constitutions apostoliques accompagnent la communion, le psautier du Pantocrator place la communion des apôtres, tandis que le psautier « Chludof » conserve la multiplication des pains, symbole primitif de l'eucharistie, mais sans en garder la disposition symétrique, qui conduit au thème de la communion. L'un a pris au prototype le sujet, l'autre l'ordonnance.

Il y a mieux : d'une rédaction à l'autre, on peut saisir comme une loi d'évolution. Au psaume LXXVI, 17 : « Les eaux l'ont vu et ont eu peur », le Pantocrator figure deux divinités versant leur urne, le « Chludof » et les autres, le baptême ; pour le ps. CIX, 4 : « Tu es David assis sur un rocher (t. x, fig. 7608), qui porte son nom gravé (AAA), garde les troupeaux de son père dans la montagne de Bethléem. Tête nue, les cheveux blonds et bouclés, vêtu d'une tunique blanche, à manches courtes, avec parements jaunes tombant au-dessus du genou ; sur son épaule gauche est jeté un manteau de pourpre qui recouvre en partie ses jambes. La harpe est posée sur ses genoux. Derrière lui, assise sur le rocher, la Mélodie (ME€AOAIA) prêtre suivant l'ordre de Melchisédech », où le Pantocrator montre Melchisédech offrant au Christ le pain et l'aiguière sur un plateau, le « Chludof » introduit la communion des apôtres ; au ps. LXXI, 6 : « Il descendra comme la rosée sur la toison », le Pantocrator montre Gédéon implorant le miracle mentionné dans ce passage, et la colombe descendant vers le buste de la Vierge qu'il préfigure ; les autres manuscrits (Chludof est muet) placent l'Annonciation.


MAXI. LE PSAUTIER GREC DE PARIS. — Le psautier gr. 139 offre quatorze grandes miniatures qui présentent presque toutes un très grand intérêt.

qui pose sa main gauche sur l'épaule de David ; sa chevelure blonde est retenue au haut du front par une turquoise sertie d'or. Son corsage, en peau de tigre, est fixé sur l'épaule droite par une fibule ornée d'une émeraude ; elle a le sein gauche et les bras nus ; elle porte une robe de couleur pourpre avec une écharpe bleue à bordure jaune, les pieds sont chaussés de sandales à lacets bleus. Ces deux personnages se détachent sur un fond de verdure formé par un buisson.

Au fond, à droite, l'Echo se dissimule sous la figure d'une jeune femme derrière une colonne surmontée d'une urne de bronze à deux anses, Plus bas, au pied des rochers, une jeune divinité nue et couverte d'une 1271 draperie verte personnifie la montagne de Bethléem (OPOC BHOAEEM). Sur le devant, des groupes de moutons, de chèvres surveillés par un chien. Tout au fond, à gauche, la ville de BHOA€€M.

2. David terrassant un lion (I Rois, xvi, 34-35). — Au moment où le lion emporte dans sa gueule une brebis, David se précipite sur lui avec une sorte de 1272 avec un manteau pourpre, s'incline devant Samuel (CAMOYHA), vêtu d'une tunique bleue recouverte en partie par un manteau de pourpre et tenant en main une corne, à ses pieds, une urne de bronze. Derrière David, son père Jessé (I€CCAI) et cinq de ses frères avec leurs noms : €^ILAB, AMINAAAB. PAAAAI, NAOANAHA^. CAMAA ; Asam, le sixième, gourdin noueux (fig. 8103). Il est vêtu comme dans la miniature précédente, avec une sorte d'écharpe bleue nouée sous le bras. Derrière lui la Force |CXYC qui s'apprête à le secourir. Derrière un rocher, l'Écho étendant le bras gauche. Au premier plan, le troupeau très calme, quoi que plusieurs moutons soient déjà ensanglantés. Par terre, la harpe et un ours brun qui vomit du sang. Au fond, une ville Bethléem. : man que. Derrière la scène une femme, TTPAOTHC, ; et des édifices assez compliqués.

1273 MINIATURE 1274 royal violet foncé. 11 tient ouvert le livre des psaumes, au LxxI*, Une colombe plane sur lui. La Sagesse, COBIA,et la Prophétie, TTPOCE€TIA, l'accompagnent.

8. Pénitence de David (II Rois, xi, 1-16). — David vêtu de pourpre, couronné, nimbé, assis sur un siège d'honneur, fait le geste d'enlever sa couronne (fig. 8105). Devant lui NMAOAN, et la Pénitence, METANOIA, sous les traits d'une jeune femme. Au 5. Les jemmes d'Israël glorifiant David (l1 Rois, XVII, 6-7). — Une femme danse (fig. 8104), une autre attend son tour ; elles chantent : « Saül en a tué mille et David dix mille », aussi CAOYA semble assister sans plaisir à ce ballet. Quant à David (AAA), il prend le parti de s'en aller.

6. Couronnement de David (I Rois, 11, 4 ; v, 3). — David toujours vêtu de même (t. x, fig. 7610), maislatéte Lig Mr Et er premier plan, David prosterné. Une découpure, faite derrière David assis, a probablement enlevé la figure de Bethsabée (comme dans le ms. gr. à16). nimbée d'or, debout, le sceptre en main, soulevé sur la face intérieure d'un grand bouclier rond, pendant qu'une femme pose une couronne sur sa tête, on lit +O AAA CTEDOMENOC. A droite et à gauche, deux édifices d'où un homme et une femme assistent au couronnement. Montfaucon a fait entrer cette miniature dans les Monuments de la monarchie française pour figurer un roi mérovingien élevé sur le pavois.

1275 pied du Sinai que figurent des rochers abrupts (fig. 8107) ; il regarde dans la direction d'une main lumineuse ; puis, ayant détaché ses sandales, il gravit la pente de la montagne pour recevoir de la main divine les tables de la Loi. Au pied de la montagne, un groupe d'Israélites et la personnification du Sinaï (OPOC CINA).

11. Anne, mère de Samuel (1 Rois, 1, 26-23 ; 11, 1 sq.). — La mère de Samuel, debout, nimbée d'or, la tête A D Ill | gui WII Ti | Il | Ip : il ll 1276 14. Prière d'Ézéchias (Isaïe, xxxvii, 1-20). (Voir Dictionn., t. x, col. 1635, fig. 7613.) Ces deux dernières miniatures sont, croyons-nous, les plus achevées de la série, celles qui donnent la plus haute opinion du talent de l'artiste, de sa connaissance des ressources de son art. Isaïe représenté tel qu'un humain entre deux figures allégoriques, parmi les arbres, les fleurs, montre à quel point le miniaturiste possède la science du dessin. Le prophète


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Du et les mains levées vers le ciel (fig. 8108) ; en arrière, des édifices se détachent sur un fond de montagne. Anne s'adresse à Dieu, figuré par une main qui sort des nuées.

| semble copié d'après un vieillard surpris dans le geste le plus naturel, pendant que la nuit et l'aurore gardent leur avantage d'appartenir à un monde idéal sans rien sacrifier des formes les plus parfaites. Ézéchias nous introduit sur la terrasse ensoleillée d'une habitation qu'a visité la maladie. Un homme est là, couché, entouré d'attention, de soins ; c'est presque autant un document de la vie antique qu'une scène de tous les jours. x eut ane iX d ADM.

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dont le pays d'origine semble être l'Asie Mineure et dont l'inspiration, comme celle du rouleau de Josué, est tout à fait hellénique. Certainement, ce prototype existait au VIe ou même au Ve, Un autre prototype semble, dès la même époque, s'être constitué en Syrie !, XXII, LES PROPHETES. — Le livre de Job et le psautier ont partagé, avec les prophètes, l'attention des miniaturistes de la Renaissance macédonienne qui encadrent l'illustration d'abondants commentaires. Dans le livre de Job, deux tendances s'opposent et présentent les deux manières de l'art byzantin : la tradition pittoresque antique représentée par le manuscrit du Sinai et le style monumental par la rédaction de Venise. On ne connaît qu'un unique exemplaire des ‘prophètes partagé entre deux bibliothèques :les grands sont à Florence, les petits à Turin et ce dernier a été détruit dans l'incendie de la bibliothèque, il y a quelques années. Des quatre grands prophètes, Jérémie est seul figuré en pied ; les médaillons des douze petits se groupaient en deux pages. Ils rappellent le style expressif de Daphné (x-xi* siècle} (fig. 8109). la même magnificence des compositions que l'on retrouve pareillement dans le psautier du Vatican, Palat. gr. 381 et dans le ms. Vat. gr. 755.

D'autres miniatures nous montrent que KRabula ne redoute pas les grandes compositions et, pour certaines d'entre elles, il a eu le mérite de tracer une voie qui a été suivie. Un feuillet enluminé nous montre, dans une sorte de niche surbaissée, et dont toute la partie supérieure fait songer aux fleurons chers à l'art gothique, le Christ assis sur un trône et entouré de deux évêques et de deux moines (fig. 8112). C'est par vingtaines qu'on mentionnerait des compositions analogues au Moyen Age. at dé 7 Amo.


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LAU. CN MA pO NES at ag LAU M Md ree m 1279 : MINIATURE 1230 une innovation définitive dans l'iconographie reli- | déjà toutes les toi les fameuses qui représenteront « le gieuse. « Par sa reproduction exacte et méme minu- | Christ en croix » Cette miniature est plutôt une tieuse de la réalité, par le contraste violent qu'elle | ébauche qu'un travail minutieux, suivant l'idée exprime entre la brutalité des trois soldats accroupis | qui s'attache ordinairement à ce mot de miniature.

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ees SACToyen Por<p TC : amphi sous la croix et la douleur des autres personnages, elle | Confiné dans son monastère de Saint-Jean de Zagba, est la première représentation vraie de la crucifixion | le moine Rabula n'avait probablement ni le talent. qui apparaisse dans l'art chrétien. » Elle nous montre | ni les ressour ces de modè les et de couleurs dont disainsi que la miniature peut être bien autre chose | posaient les artistes installés à Constantinople. Sa qu'une vignette plus ou moins réduite ; ici, ellecontient | miniature, haute de 0 m. 26 centimètres, comprend As RAE ü D MIE AN Ge te deux registres : le crucifiement, les saintes au tom- | géliaire de Rabula est une œuvre à la fois originale beau, le saint-sépulcre, le noli me tangere. L'encadrement consiste en une bordure d'un centimètre, composée de petits cubes offrant une dégradation de couleurs, du clair au sombre, dans les teintes br une et bleutée.

La miniature de l'Ascension est également originale. La vierge Marie fait le geste de l'orante et, à ses côtés, deux anges munis du long bâton expliquent aux apôtres : Viri Galilei, quid adspicitis, etc. Derriére eux tous, un paysage montagneux, tandis que le Christ, dans une gloire, monte au ciel entre quatre anges dont deux ont l'attitude d'adorateurs. Le Sauveur est soutenu sur les ai les des séraphins combinées avec les symbo les des quatre évangélistes.

Ces gran des compositions mériteraient, à el les seu les, | 2 ab ; LR e Y se EENI APE E red


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une place éminente à leur auteur dans l'histoire de la miniature et de l'art. Ce ne sont pas les seu les qui méritent de retenir l'attention et l'admiration. Rabula a voulu encore s'essayer à représenter la Pentecôte (fig. 8113). Au centre d'un groupe ordonné sans monotonie, la vierge Marie se détache sur les douze apôtres ; la colomLe divine plane sur elle et des langues de feu brillent au-dessus de cha que téte. La scéne est à la fois noble et grave, sans monotonie.

Parmi toutes ces miniatures, celle du crucifiement, seule, possède, pour l'iconographie chrétienne, une importance capitale. Les autres compositions, principalement celle du Christ assis entre deux évéques et deux moines, appartiennent à la tradition artisti que des mosaïques palestiniennes. En somme, l'évanet rajeunie, pleine d'idées pittoresques et dramatiques, bien que parfois bizarres, ou plutôt bizarrement exprimées, mais qui, faute pour nous de posséder les modé les dont elle s'inspira, nous apparait avec la jeunesse et la fraicheur des origin aux et introduit des types et des compositions dont plusieurs fourniront une glorieuse et féconde carrière.

Ajnalof n'a pas manqué de faire remarquer l'étroite parenté qui existe entre ces compositions et les ampou les de Monza qui s'inspirent parfois de certaines mosaiques fameuses des sanctuaires palestiniens. Le style monumental des compositions ne doit pas seul attirer notre attention. « Les personnages également sont dignes d'attention : leur stature ramassée, un peu lourde et trapue, n'a pas plus que leur visage gardé la beauté des types antiques. Avec son ovale amaigri, son nez mince, ses grands yeux noirs, sa bouche menue, la Vierge offre un aspect caractéristi que qui subsistera dans l'art byzantin ; et, pareillement, le Christ, avec ses yeux noirs, sa barbe épaisse et noire, son front étroit qu'ombrage une ample chevelure noire, tombant jus que sur les épau les, annonce un art nouveau. On voit, pour le noter en passant, tout ce que doit l'iconographie byzantine à la Syrie et à la Palestine, et combien l'influence de ces régions a modifié l'aspect de l'art !. »


XXV. ÉVANGILE SYRIAQUE DE MARDIN. — Conservé à la Bibliothè que nationale (syr. 83), provenant de Mardin, vit siècle.

A. — XI — 41

e CPS TT ESS »m. d T-Ure APS TC PE LL ler Le, 00 es nn HET RSS EN 1283 dition hellénisti que, par exemple le portrait de Marc écrivant sous la dictée du lion nimbé, le doigt posé sur le rouleau, imitant, ainsi que le David des psautiers, les portraits d'auteurs du Dioscoride, d'Aratus et de plusieurs autres. La ressemblance est plus frappante encore avec les évangi les syriaques. C'est un produit d'école monasti que ; il donne au Christ un type oriental, fait des emprunts à la Palestine et donne à ses compositions un caractère monumental. La CAS !- or à ad plupart des douze gran des miniatures semble inspirée de mosaiques. Les deux Jugements de Pilate devaient décorer un tympan, la Communion des apôtres, où le Christ est figuré deux fois, la Parabole des vierges sages et des vierges fol les, avec la porte qui occupe le milieu de la scène, rappellent la décoration d'un hémicycle d'abside. Les autres compositions, avec leurs personnages tous au méme niveau, leur trait étroit figurant le sol, sans paysage, avec quelques petites collines de fond, paraissent empruntées à quel que longue frise sur les parois d'une grande nef (fig. 4080). Les prophètes, qui les accompagnent


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€ 41 GEN) S\ le — Miniature de l'Évangile de Rabula, 1284 toutes, alignés sous les scènes et a moitié cachés par des roule aux déployés, veulent marquer, comme à Florence, la concordance des deux Testaments ; ils semblent, eux aussi, découpés dans une frise (voir ` Dictionn., t. vini, col. 2015, fig. 6993). À remarquer l'absence d'éléments symboliques, la tendance vers les représentations historiques. Les deux Jugements de Pilate sont, à cet égard, particuliérement remarquab les par l'exactitude des costumes comme par le si CE IE sh + | n. E lE | d E LA r | A E5803 r As L E. IE P. | ] Lu 4-5 Ll po AN Ce fragment se compose de quarante-trois feuillets !, sur lesquels subsistent cinq miniatures (dont une pres que détruite) illustrant le texte de saint Matthieu, Comme dans le manuscrit de Hossano, des prophètes vus à mi-corps marquent la concordance des deux Testaments ; les scènes ont pareillement un caractère histori que trés accusé. Ce manuscrit remonte au VIe. Il appartient à la famille des évangi les illustrés où, au lieu d'être condensée dans des frontispi ces, l'illustration se développe à travers le texte.

Les sujets représentés sont le festin d'Hérode qu'on trouvera figuré et décrit dans Dictionn., t. vr, Le Christ debout s'avance vers le figuier ; il tient dans la main gauche un rouleau blanc et il étend la main droite, les deux premiers doigts allongés, en face du figuier, dont on voit les feuil les se dessécher. Derriére le Christ, un disciple imberbe, vétu d'un ample manteau blanc, drapé à l'anti que, manifeste sa surprise. A l'écart, et pour figurer sans doute qu'elle se trouve fort loin, une ville aux murail les crénelées, sans doute Jérusalem. Derriére les murail les, on apercoit deux édifi ces à toits recouverts de tui les

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1287 AALA. ANCIEN TESTAMENT SYRIAQUE. Les manuscrits à miniatures peuvent se répartir en deux groupes séparés par la période de la persécution iconoclaste, vint siècle. Le premier groupe, antérieur à cette persécution, a conservé les modè les de l'art anti que ; il les reproduit ou bien s'en inspire de fort prés : Genése de Cotton, Genése de Vienne, évangi les de Rossano, de Sinope et de Habula. Le deuxième groupe, postérieur à cette persécution par le style et par la techni que, comprend le Cosmas, le rouleau de Josüé, le Grégoire de Nazianze de Paris. Entre ces deux groupes, il faut réserver une place à part à un manuscrit syria que orné de peintures, pres que con| || 1255 en dépit de diverses négligen ces et d'une certaine lourdeur dans le dessin*.

Nous avons déjà donné quelques-unes de ces miniatures : Jérémie (voir Dictionn., t. vix, col. 2229, fig. 6171), Job avec sa femme et ses amis (voir Dictionn., t. vir, col. 2565, fig. 6278) ; Josüé arrétant le soleil (voir Dictionn., t. vir, col. 2688, fig. 6332).

Voici une scène qui se rattache à l'art alexandrin ; l'audience donnée par le pharaon à Moïse et Aaron. Le pharaon porte une tuni que blanche, courte, serrée à la taille et ornée de parements et d'une bordure jaunâtres : un grand manteau pourpre, attaché sur l'épaule droite par une agrafe ornée d'une pierre bleue, retombe sur son épaule gauche et enveloppe son genou gauche ; ses jambes et ses pieds sont recouverts de bas couleur pourpre auxquels sont attachées des sanda les jaunátres. Un bandeau blanc ceint ses cheveux noirs comme sa barbe qu'il porte entière.

Il est assis sur son trône, le corps légèrement incliné en avant, comme s'il allait se lever, la main droite posée sur son genou, tandis que sa main gauche tient le haut de son sceptre, dont l'autre extrémité est élevée à la hauteur de son genou. Le trône, de couleur jaunátre. sur lequel est posé un coussin rouge avec une étoffe de méme couleur suspendue devant, est orné de per les et de pierres précieuses, comme aussi le tabouret sur lequelle pharaon pose l'extrémité de ses pieds. Trois gar des imberbes, àla chevelure noire, vétus de rouge et de bleu, deux au moins armés de lan ces, se voient debout derriére le tróne ; l'un d'eux tient un grand bouclier rond, de couleur bleue, avec une bordure ja une ; un autre, la téte couverte d'un cas que bleu et paraissant revétu d'une armure de méme couleur, porte, élevé, derrière la tête du pharaon, un bouclier ovale, de couleur planchátre et également bordé de ja une.

72 tra pP ph D cor mes CERDO har SA es S IB 1289 Moïse, le bras droit levé, s'avance devant le pharaon et lui fait part des ordres du Seigneur. Il est vétu d'une longue tuni que blanche, à double bande noire ou pourpre, et drapé dans une ample toge blanche ; ses pieds sont chaussés de noir. Derriére lui se trouve Aaron, dans le méme costume, et tenant de la main droite un báton appuyé sur l'épaule. Tous deux ont les cheveux et la barbe de couleur blanche, avec une feinte verdátre. Le sol, au pied des personnages, est peint en vert, le fond de la scéne est brunâtre et l'encadrement de la miniature, qui a été remontée, est de couleur pourpre, bordé d'un mince filet bleu ; avec un semis de fleurettes blanches (fig. 8117).

Une autre miniature représente la Vierge entre Salomon et l'Église ( ?). Salomon est debout, imberbe, portant le costume d'un basileus, ayant en téte le diadéme orné de per les et de pendeloques bleues. De 1290 Ix* siècle, le Parisinus 510 et l'Ambrosianus 49-50, grand in-folio, en onciale, contiennent tous les sermons avec les lettres et des opuscu les ; les autres, postérieurs et de moindre format, se bornent à un choix de seize, distribués dans l'ordre des fêtes où ils sont lus, à partir de Pâques. Cette édition correspond à l'évangile par péricopes. Les deux manuscrits, complets, sont trés différents l'un de l'autre. Le Parisinus 510 est orné de frontispi ces, celui de l'Ambrosienne de vignettes margina les.

Le frontispice général du Parisinus est réduit à trois feuillets, intervertis et très effacés. Il imitait les compositions solennelles des mosaïques contemporaines. Au verso du premier feuillet, le Christ « donnait sa paix » sur le même trône et du même geste qu'au tympan de la « porte royale » dans le narthex de Sainte-Sophie ; puis, Basile Ier, sa femme et ses fils s'alignaient sur deux pages qui devaient être la main gauche, il tient un gros livre à tranches blanches, relié en rouge avec fermoirs également rouges. La Vierge, au centre, est debout, chaussée de rouge, vêtue de pourpre foncée avec double bande jaunâtre ; sur sa tête, un long voile pourpre tombant à mi-jambes avec une petite croix blanche au-dessus du front. De ses deux bras, allongés le long du corps, elle soutient avec les mains l'image de l'Emmanuel. Une troisième figure, une femme debout, vêtue d'une longue tunique blanche, à double bande jaunâtre, drapée sous un grand voile rouge, tenant de la main droite la longue hampe d'une croix jaune ornée de huit pierres bleues ; de l'autre main, elle porte un gros livre. Le fond de la scène est jaunâtre en haut et vert en bas (fig. 8118).

Les manuscrits illustrés de Grégoire de Nazianze, dit-il, appartiennent à deux types très différents. Au voisines ; comme au Cénourgion, les jeunes princes tenaient à la main le rouleau des « lettres saintes ». L'empereur, entre l'archange Gabriel, qui le couronne et le prophète Hélie, portant le labarum, se dresse dans toute la majesté d'un portrait monumental. En le comparant à la princesse Julienne, sur le frontispice du Dioscoride, on peut saisir la continuité de la tradition, en même temps que le chemin parcouru. De même, en place du paon, c'est la croix du Golgotha qui précédait et suivait ce double portrait de famille, sans doute au revers des pages. Le nom des princes indique la date exacte de l'œuvre, entre 880 et 886.

Chacun des sermons, des opuscules, jusqu'à la biographie du saint, est précédé d'une miniature. Une seule est restée blanche, huit ont été coupées. D'ordinaire, elles décorent le verso avant le début du texte. Quelquefois un seul sujet, tel que la Transfiguration ou la vision d'Ézéchiel, prend toute la page, mais, le plus souvent, l'image se déroule en deux ou trois registres ou même en un plus grand nombre : neuf pour les Macchabées, douze pour les apôtres.

Le lien de l'illustration et du texte n'est pas toujours facile à saisir. C'est tantôt le sujet même du sermon, tantôt l'événement ou la fête qui l'a provoqué, le plus souvent de simples allusions noyées dans le développement, allusions directes à l'Ancien Testament, allusions symboliques, saisies par le souci toujours présent de la concordance aux événements et aux mystères du Nouveau. M. Kondakof a même relevé deux exemples où l'allusion évocatrice se rencontre dans un autre sermon, ce qui fait supposer une confusion du miniaturiste ou un déplacement de feuillets dans l'original. On peut même songer à un remaniement, car, dans l'éloge funèbre du frère de Grégoire, quelques vagues mentions de martyrs ont fait figurer le supplice des douze apôtres, tandis que les obsèques sont réunies à la mort de sa sœur, louée par le sermon suivant.

L'illustration peut se répartir en trois groupes, dont les éléments se rencontrent souvent sur la même page.

D'abord les sujets historiques : le portrait du saint, soit debout sous une arcade, à la manière de Sainte-Sophie ou du ménologe, soit assis écrivant ; la conversion de son père et divers épisodes de sa propre vie, dont le plus intéressant est son départ de Constantinople, après le concile de 381, qui l'éleva pour quelque temps au patriarcat ; les portraits de ses parents, alignés à ses côtés, comme Eudoxie et ses fils auprès de Basile Ier, ou bien encore des événements contemporains ; l'histoire de saint Basile, la vie de Julien l'Apostat, ou, en remontant plus haut, la vie de saint Cyprien. Ce sont là autant de témoins assez proches des originaux.

Puis les scènes bibliques : Paradis, Déluge, Sacrifice d'Abraham, Lutte et vision de Jacob, Moïse, Josué, Samson, Gédéon, Sacre et pénitence de David, Jugement de Salomon, scènes de la vie des prophètes et des rois, Job, Macchabées ; enfin, les scènes évangéliques : Enfance, miracles et paraboles, Transfiguration, Rameaux, Crucifixion, Descente de croix. Apparition aux saintes femmes, Pentecôte, Mission des apôtres. divers. Les images à pleine page.

Les éléments de ces deux cycles sont de caractères : Transfiguration, Pentecôte, sont copiées sur des icônes ou des mosaïques. La plus remarquable, la vision d'Ézéchiel, conserve encore le cadre élégant du tableau original et les fonds bleus et roses de la peinture antique. En revanche, la vision d'Habacuc, d'un caractère dogmatique qui répond au début du deuxième sermon de Pâques, n'a pu être composée que pour le manuscrit. Mais ce sont là des exceptions. D'ordinaire, les scènes se déroulent en longues frises, dans d'étroits registres, sur fond bleu, sans beaucoup d'accessoires, en un seul plan ; les personnages touchent du fond le bord supérieur. Les scènes pittoresques, se déployant sur deux plans, comme la parabole du bon Samaritain, sont rares. Les autres paraissent empruntées aux longues parois des grandes nefs ou à quelque rouleau.

Dans l'Ancien Testament, certains emprunts sont apparents : tel Josué poursuivant les Amalécites ou Job sur un fumier. Daniel, les trois jeunes hommes, Manasès et Ézéchias, réunis sur une seule page paraissent extraits d'un psautier : ce sont les miniatures des Odes qui, dans le Pantocrator 49 de l'année 1084, s'ajoutent à celles du psautier de Paris. Les scènes évangéliques présentent plus d'unité. Si on les compare, d'une part, aux évangiles de Rossano et de Sinope et, d'autre part, au Parisinus 74, on observe que les scènes sont simplifiées et rendues, comme sur liure de Sinope et, de plus, l'attitude du Christ se modifie dans le Parisinus 74 ; en sorte que, non seulement le 74 et le 510 se rattachent, indépendamment l'un de l'autre, aux originaux du Ve, mais encore le 510 dérive d'un collatéral des manuscrits connus de cette époque. L'étude du style confirmerait ces conclusions : les formes pleines, les carnations riches, les larges têtes, aux yeux bien fendus, au nez droit, sans recherche du caractère, trahissent l'influence des vieux modèles.

Le frontispice du manuscrit de l'Ambrosienne, richement pourpré, est pourtant fort simple ; après la table, au revers du second feuillet, au-dessous d'un cercle encadrant des trimètres, sur un fond vert, deux cerfs dorés viennent boire dans un vase. Ce symbole initial, analogue au paon du Dioscoride, la pourpre, le fond vert reportent au temps de Julienne ou de Galla Placidia. Un portrait devait suivre. Les miniatures occupent les marges, sauf quelques-unes qui empiètent sur les colonnes du texte. L'exécution hâtive et négligée de ces silhouettes d'or rayées de noir trahit la copie maladroite. Au début de chaque sermon apparaît le saint, prêchant, le rouleau à la main, ou s'entretenant avec des personnages divers.

L'illustration du texte même est beaucoup plus simple que celle du 510. Ce sont les personnages mentionnés, surtout les prophètes, dans les attitudes de l'iconographie monumentale ; ce sont les événements de l'Ancien Testament ; c'est le long cycle des aventures de Julien l'Apostat. Les scènes évangéliques sont peu nombreuses (Paralytique, Vierges, Pentecôte) ; en revanche, les allusions mythologiques ou poétiques (Aphrodite, Kronos, Bouthoinas tyrannisant le laboureur, Homère et Orphée) sont rendues jusqu'à la traduction littérale des métaphores et des allégories, Lel les que le coursier thessalien, la femme lacédémonienne, les hommes buvant l'eau de l'Aréthuse, C'est le procédé du psautier « Chludof » appliqué au texte d'un lettré par un artiste étranger à la culture antique. En revanche, l'absence des scènes évangéliques marque son indifférence aux préoccupations théologiques présentes à chaque page du psautier. Il semble donc que, entre les deux éléments juxtaposés dans le psautier et qui paraissent les apports discordants de deux époques, les illustrateurs de Grégoire aient choisi, l'un, à Milan, préférant l'image profane, l'autre, à Paris, la leçon dogmatique.

Cette comparaison nous conduit, comme pour la plupart des créations du rx et du x siècle, à l'hypothèse d'un prototype ancien de l'époque de Justinien.


XXXI. LA MINIATURE AU VI SIÈCLE. — Dans l'étude qui précède, nous avons dépassé notablement cette limite, mais c'est elle néanmoins que nous avions toujours en vue. Les manuscrits ont pu nous entraîner jusqu'au xr et au xir siècle ; ce que nous y cherchions à cette date tardive, c'était la survivance d'un passé plus ou moins fidèlement transmis. Si on porte son regard sur l'ensemble des monuments analysés, on distingue parmi eux deux groupes : le premier composé de quelques originaux qui nous conduisent jusqu'au ve et même jusqu'au 1v siècle, le deuxième dont font partie des manuscrits du vi siècle. Les uns et les autres nous apportent la démonstration de tout ce qui subsistait alors de la culture antique ; on la comprenait, on la goûtait, on s'y complaisait, et ce n'était que petit à petit, comme à regret, qu'on s'en détachait et qu'on lui substituait des formes nouvelles. Ce n'est ni du premier jet, ni sans hésitation que les contemporains de Justinien consentaient à mélanger un art nouveau à celui qui, depuis des siècles, était capable d'exprimer tout ce qu'on voulait dire. Certains manuscrits, comme l'évangile de Hossano et celui de Rabula, reproduisent des originaux à peine plus anciens qu'eux. Le portrait de la princesse Julienne dans le Dioscoride est une œuvre qui porte sa date certaine du vif siècle. Le Cosmas est incontestablement du même temps et il est parfaitement représentatif de l'époque de Justinien, au moins autant que plusieurs des plus excellentes mosaïques de Ravenne. Ce qu'on peut retenir de là, c'est que, malgré l'éclat grandissant et la somptuosité sans rivale des productions byzantines, la miniature alexandrine ne renonçait pas à garder son rang, à maintenir sa tradition et, si elle consentait à recevoir quelques-unes des idées nouvelles, elle n'en prenait que ce qui lui convenait.

Si nous voulions entreprendre de dresser ici la statistique des manuscrits byzantins, si même, plus simplement, nous donnions l'énumération des miniatures disséminées dans les volumes déjà parus du Dictionnaire, on serait surpris de voir le nombre de ces monuments et la richesse iconographique qu'ils renferment. Mais qu'on s'en tienne seulement aux deux groupes de manuscrits dont nous parlions au début de ce paragraphe et qu'on y associe un troisième groupe, celui des volumes transcrits entre le VIe et le XIe, dans lesquels les miniatures reproduisent, avec une fidélité plus ou moins grande, des originaux que nous ne possédons plus. On pourra alors se faire une idée, encore incomplète sans doute, de ce que fut la prodigieuse activité artistique de la période qui s'étend entre Constantin et Justinien.

Il a existé alors des ateliers disséminés dans tout le bassin de la Méditerranée et très avant dans les terres, ateliers dont nous soupçonnons à peine l'existence, mais qui n'ont pas été moins illustres que celui de Jehan Foucquet et celui de Jean Bourdichon. Ateliers alexandrins, syriens, mésopotamiens, byzantins où vécurent et travaillèrent les émules de ce Rabula dont le nom nous a été conservé. À mesure qu'on approche du Moyen Âge, quelques-uns sont connus, mais les vieux maîtres qui ont dessiné et enluminé la Genèse de Cotton et le rouleau de Josué seront toujours protégés contre notre curiosité par l'anonymat.

De l'existence de ces ateliers et des maîtres inconnus qui les dirigèrent, on a pu se demander s'il y avait eu alors des écoles bien tranchées. Il est permis d'en douter. On a entassé les hypothèses et accumulé les observations, afin d'entraîner tel manuscrit en Égypte, ou en Syrie, ou en Asie-Mineure, sans apporter jamais rien de convaincant ; pour quelques-uns des plus remarquables manuscrits, on est plus frappé par les traits qui leur sont communs que par ceux qui les distinguent et, peut-être, dans ce monde si nomade d'un passé lointain, les miniaturistes n'étaient-ils pas beaucoup plus stables que les artistes dans tous les temps. Ils allaient porter leurs recettes là où ils savaient devoir rencontrer des camarades dont la réputation les attirait ; on les voyait passer d'un atelier à l'autre, s'instruisant, interrogeant, donnant en retour ce qu'ils avaient acquis d'expérience, et c'est cet échange d'idées, cette mise en commun de recettes, ce mouvement de curiosité toujours en éveil qui a fait le VIe puissamment créateur.

Seulement, il arriva que ce mouvement fut compromis : Alexandrie, Antioche, l'Arménie connurent des invasions qui les plongèrent pour des siècles dans l'impuissance, tandis que Byzance échappa à cette infortune. Elle en connut d'autres, il est vrai, mais la persécution iconoclaste fut suivie d'une renaissance merveilleuse que les autres centres artistiques ne connurent pas et, ainsi, la miniature byzantine ressuscitée bénéficia de toute la tragique stérilité où l'islamisme vainqueur plongea les anciens centres de la miniature alexandrine, asiatique, syrienne, arménienne.


XXXII. LES MONUMENTS EN OCCIDENT. — En Occident, les individus et les éléments paraissent conjurés pour procurer la destruction des premiers monuments de l'art. Quels monuments ? On ne peut pas même les nommer. À part les Noirs Aldobrandini, les fresques de la maison de Livie, au Palatin, et quelques peintures retrouvées à Pompéi, il reste si peu de chose que la peinture païenne nous est à peine connue. Pour la peinture chrétienne, les témoins se pressent et s'entassent dans les catacombes de Rome et de Naples (voir Dictionn., t. v, au mot FRESQUES) ; mais que nous apprennent-ils en réalité ? Avant le IVe, ce sont des essais dont quelques-uns seulement méritent de retenir l'attention ; tout le reste n'est que copie et copies de copies. Si on peut, comme nous l'avons montré, retrouver des modèles classiques aux sujets chrétiens, ceux-ci ne font guère plus que s'inspirer d'un personnage isolé, comme Moïse détachant sa sandale. Hors des catacombes, nous ne connaissons rien. Si les premiers édifices élevés par les fidèles possédaient une décoration originale, rien ne fut épargné pendant la dernière persécution, pas plus en Occident qu'en Orient.

Au IVe, la paix de l'Église encourage des essais et inspire des formules d'art qui se développent dans des arcosolia, des conques absidales et où la magnificence semble s'être donné l'occasion de prodiguer le décor plus peut-être que d'inaugurer des formules. Il y avait là, pour l'Église, un champ tout nouveau à explorer et nous ne pouvons dire comment elle s'acquitta de cette entreprise : la mosaïque de Sainte-Fudentienne est un exemple, ce n'est rien de plus. Par malheur, les textes ne suppléent pas aux monuments et, après avoir rassemblé jusqu'aux moindres indices, on peut seulement entrevoir une direction, un tour d'esprit, à savoir l'illustration de scènes choisies dans l'Ancien et le Nouveau Testament se développant en séries parallèles, s'éclairant, les unes par les autres, comme un commentaire du texte sacré. Prudence, saint Ambroise savent bien que cela n'est pas encore si clair qu'il ne faille recourir à un ou plusieurs distiques explicatifs. Si c'est de portraits d'évêques ou de miracles qu'on évoque le souvenir, à plus forte raison faudra-t-il avoir recours à la légende écrite sous le tableau, aux noms tracés au-dessus ou à côté des personnages. Qu'il soit question de fresques ou de mosaïques, nous voyons que, malgré les misères des invasions, les progrès de l'ignorance, la maladresse croissante des artistes et, bientôt, la pénurie des vrais artistes, une préoccupation persiste : celle de décorer les édifices, d'y représenter des épisodes, de les rendre intelligibles aux spectateurs. Mais, de tout cela, il ne nous reste que des descriptions vagues, des affirmations naïves ou vaniteuses ; ce passé monumental est irrémédiablement aboli ; l'imagination d'un artiste peut le faire revivre. La probité d'un archéologue ne consent pas à le croire, ou plutôt elle s'informe de ce qui peut instruire : et ce sont des miniatures.


XXXIII. LA MINIATURE. — Les circonstances historiques, au milieu desquelles l'art se conserva en Occident, paraissaient ne pouvoir prouver que sa disparition. Les barbares n'entendaient rien aux arts, pas plus qu'aux belles-lettres. Les survivants de la culture romaine, appauvris ou complètement ruinés, s'efforçaient de sauver leur vie et quelques parcelles de leurs biens, de séduire les vainqueurs et les maîtres par le bien-être d'une existence, dont l'amollissante douceur les avait perdus, et qui exercerait peut-être la même action déprimante sur ceux qui se laisseraient séduire par elle. Ce furent les clercs et les moines qui sauvèrent les épaves de ce qui risquait de périr tout entier et pour toujours. Cependant, les nouveaux maîtres avaient leurs goûts, leurs préférences ; ils possédaient même, tout grossier qu'il fût, un art qui leur était propre et auquel ils n'entendaient pas renoncer ; c'est ce qui amène le résultat inattendu qu'entre l'invasion de la Gaule et la renaissance carolingienne une forme originale nouvelle naquit et se développa dans l'art de la miniature. Si les Francs avaient été à tel point séduits et conquis par la décoration que les somptueux manuscrits de la tradition alexandrine plaçaient devant leurs yeux, s'ils n'avaient rien souhaité d'autre ou de mieux, il leur eût suffi de commander des exemplaires minutieusement semblables à ceux qu'ils feuilletaient. Or, ce ne fut pas ce qui arriva. Ils firent, sans doute, assez peu de cas des représentations comme celles de l'Iliade de l'Ambrosienne et du Virgile du Vatican, car ces manuscrits, et plusieurs autres que nous avons décrits, firent place à des volumes d'un goût et d'un art nouveaux. Au VIIe, les copistes et les miniaturistes des monastères avaient dû se résoudre à recevoir non seulement dans la communauté, mais dans le scriptorium des confrères d'une origine et d'une éducation entièrement différentes de la leur. L'esprit surnaturel d'une part, l'intérêt temporel d'autre part ne permettaient pas d'exclure les vocations venues des milieux barbares et, du moment qu'on ouvrait la porte des monastères à tous, il fallait prévoir le mélange qui en serait le résultat. Dès l'instant qu'on se résignait à vivre en frères, à pratiquer les mêmes observances, il devenait évident qu'on aurait à consentir un autre sacrifice, qui, pour certains, aura été peut-être plus crucifiant : s'accommoder aux idées, aux préférences de gens éduqués autrement, imbus d'idées différentes, pénétrés d'un idéal qui paraissait stupide et grossier. Il fallut s'y résoudre, renoncer à des préventions invétérées et d'autant plus tenaces que ceux qui s'y abandonnaient étaient moins cultivés et moins intelligents. Car il ne faut pas s'abuser sur le degré de culture des religieux qui représentaient, dans les premiers monastères, l'élément civilisé. Ils sauvaient une partie des lettres antiques en les transcrivant, mais c'était sans discernement de leur part. Les scribes et les enlumineurs avaient plus de bonne volonté que de savoir : ils entendaient à peine le texte qu'ils criblaient de fautes et qu'ils illustraient avec une maladresse croissante.

S'il fallait prendre au pied de la lettre ce que Paulin de Mole, Fortunat, Grégoire de Tours et quelques hagiographes disent de l'étincelante beauté des églises, on pourrait être tenté de croire que leur éclat dépassait celui des basiliques constantiniennes et justiniennes où, cependant, l'accumulation des marbres et des métaux semble avoir dépassé ce qui a pu se faire en Occident. À défaut des édifices, dont rien n'est resté debout, dont quelques substructions parfois ont conservé un enduit revêtu de peintures ternes et grossières, nous avons la ressource de nous adresser à la miniature ; elle seule peut nous servir de guide, mais il s'en faut de beaucoup qu'on puisse la considérer comme un document certain. Qu'on prenne quelques canons de ceux qu'on désigne sous le nom de « Canons d'Eusèbe » et qu'on cherche à croire qu'ils nous offrent une baie ornée de colonnettes ouvragées, on ne tardera pas à être détrompé ; ces ouvrages sont inexécutables et tout aussi irréels que les architectures : des fresques campaniennes. Les joyaux, les sculptures, tous les artifices imaginés pour faire resplendir une surface de quelques pouces carrés, manquent dès l'instant qu'il faudrait passer de l'art de l'enlumineur à celui de l'architecte, du maçon, du peintre, du sculpteur, du joaillier. Chaque art a ses limites, ses habitudes, ses formules. L'enlumineur se complait dans une imitation traditionnelle ; il n'observe pas, il se contente de renchérir ; c'est là toute sa part personnelle d'invention, lorsqu'il ne se résout pas à copier servilement. Ses maîtres lui ont appris des recettes dont il ne s'écarte pas ; il les transmet telles qu'il les a reçues. Tout au plus, se permet-il d'y introduire une influence qu'il subit presque sans la sentir et plus souvent encore sans la comprendre. Une large part de hasard s'y mêle. Un manuscrit, par suite de circonstances inexpliquées, échoue dans un scriptorium ; on l'étudie, on le copie, on s'en inspire, et voilà une influence nouvelle qui s'exerce sans que nous puissions en rendre la raison, qui trouble l'uniformité existante, bouleverse les groupes formés et les courants dessinés.

Le mieux, dans cette question, est peut-être de s'en tenir à indiquer des groupements par écoles et à des observations faites sur les mouvements. Ceux-ci prennent place au cours d'une période qui s'étend de l'an 400 environ jusqu'au milieu du VIIe.


XXXIV. LES CARACTERES. — On pourrait désigner cette période sous le nom de précarolingienne, et observer les productions, suivant qu'elles s'offrent à nous chez les Francs, les Wisigoths ou les Lombards. Les Irlandais et les Anglo-Saxons forment deux groupes séparés de cette production continentale. C'est un décor presque exclusivement ornemental, d'une rigidité géométrique, dans lequel entrent les éléments les plus simples : pois, lignes droites, brisées, courbes, parallèles, concentriques, spirales, entrelacs, vattages, dans un désordre que corrige la délicatesse et la ténuité prodigieuse des parallélismes, des enjambements, des enchevêtrements, que diversifie parfois la présence de végétaux déformés et stylisés ou bien de figures humaines et animales déformées suivant la formule d'un art qui n'admet point l'expression de la vie. Dans cet art, d'un goût et d'un genre nouveau, le scribe et l'enlumineur de jadis doivent s'astreindre à une discipline qui eût fort troublé leurs prédécesseurs. Au lieu de conserver des espaces blancs destinés à l'illustration et de faire concorder celle-ci avec le déroulement du texte, le scribe transcrit sans répit, c'est à peine s'il s'accorde un filet pour signaler les chapitres ou les livres, mais il réserve de plus en plus régulièrement l'emplacement des initiales qui seront seules à inspirer sa verve. S'il se sent en veine, il s'accordera un frontispice ou une arcature. Tout cela est hâtif, chétif, acide comme un fruit vert. Point de luxe. Cet or qui, nous dit-on, ruisselle sur les parois et le mobilier des églises, il n'en reste donc plus pour la décoration des manuscrits où il fait presque complètement défaut. C'est en teintes plates, et généralement dans une gamme de tons très limitée, à l'aquarelle, que sont remplis les contours tracés à la plume. À proprement parler, on peut soutenir que tout cela ne mérite plus le nom de miniature et on n'aperçoit que la main de ce collaborateur plus savant, plus appliqué ; partout c'est la plume du scribe et son encre qui a tracé les contours, ce sont les trois ou quatre godets qui sont devant lui, qui ont fourni le rouge, le vert, le jaune dont il imbibe son pinceau.

D'où vient tout cela ? D'Orient. De même qu'on a suivi la trace des barbares depuis leurs campements en Asie, vers la Perse, par les traces des pierres et des métaux précieux qu'ils emploient avec une profusion qui tarit à mesure que l'itinéraire s'allonge et que les ressources se raréfient, de même on a retrouvé dans les formules et les motifs une faune et une flore qui conservent le souvenir de lointains pays : perroquets, paons, gypaètes, lions ou guépards étirés, allongés, défigurés, mais tous venus des pays d'Orient. Les écuries royales de la Perse avaient adopté un signe d'appartenance indélébile. L'animal logé dans les écuries ou dans les ménageries du souverain recevait une estampille sur la cuisse, une sorte de rosace ou de fleur étalée. On la retrouve sur une miniature du sacramentaire de Gellone (voir Dictionnaire, t. VII, col. 779, fig. 4913), sur d'autres encore qui ornent l'Orose de Laon, un sacramentaire du Vatican et divers manuscrits irlandais. Les tissus orientaux, principalement persans, ont inspiré une autre fantaisie : l'achèvement de la queue des fauves ou des quadrupèdes par une feuille lancéolée, ou bien on dispose des poissons en étoile dans un cercle ; et cela encore est d'inspiration orientale.

Comment se fit la transmission ? Nous l'ignorons, mais, en pareil cas, le plus sûr est de s'en tenir au plus simple. Combien de colonies d'Orientaux en Occident y attiraient les produits de leurs pays d'origine qu'ils colportaient sous vingt formes diverses : tissus, bijoux, ivoires, amulettes, etc. Les marchands syriens étaient d'une activité infatigable ; on se les figure sans peine tels que nous les voyons de nos jours, disparaissant sous une farde de tapis, la main droite chargée de colliers, présentant leur marchandise à tout venant.

D'autres nomades, d'une allure très différente, les Irlandais, se livrent à une propagande analogue. Dès la fin du V et pendant les deux siècles suivants, ils parcourent toutes les routes de l'Europe continentale, plus missionnaires que brocanteurs, mais sachant éveiller partout l'attention et l'intérêt en se faisant les ascétiques prédicateurs de la foi, les contempteurs de l'idolâtrie, les adversaires du paganisme. Touristes et propagandistes infatigables, ils s'implantent, organisent la vie religieuse, s'emploient à la fabrication des manuscrits enluminés, qui vont devenir un de leurs moyens de propagande. S'ils ne s'agissait du texte des Livres saints et de produits d'un art appliqué et patient, on comparerait volontiers ces missionnaires d'autrefois à des missionnaires contemporains, munis d'une pacotille qu'ils écoulent du mieux qu'ils peuvent. De même que les Syriens commis-voyageurs, les Irlandais missionnaires s'insinuent en tous lieux : en Gaule, en Suisse, en Italie.

Toutefois, les écoles continentales ont leur originalité, principalement dans leurs alphabets composés à l'aide d'animaux : poissons, oiseaux de préférence, mais encore serpents, quadrupèdes. Ici encore, il se pourrait qu'on eût affaire à une importation orientale. Après la querelle des iconoclastes, ces formes se montrent parfois dans les manuscrits grecs, non comme un emprunt fait à l'Occident, mais plutôt comme le réveil d'une tradition locale.

Les débuts sont timides et d'une naïveté qui semble plaisante : sous la couleur, on peut encore, dans certains cas, saisir le tracé géométrique du compas, de la règle qui ne vont pas tarder à s'assouplir, à s'animer, à se conformer de plus en plus à la nature vivante, à l'action du geste et à l'observation de la vie. « Le paon, le perroquet, l'aigle peuvent bomber le dos, pirouetter sur eux-mêmes, tête en bas, queue en l'air, être indiqués, même sommairement parfois, sans cesser d'être reconnaissables. On dresserait facilement une liste des espèces préférées suivant les régions. Cette base de réalisme, si humble qu'elle soit, n'est pas indifférente pour aider à expliquer, en dehors même des raisons politiques, l'éclosion, sur le continent, de la Renaissance carolingienne. Ajoutons que, dès cette époque lointaine, de nombreux détails d'ornementation linéaire, ainsi que toute une variété de feuillages, feuille d'acanthe ou de lierre surtout, héritage de la culture antique — qui, dans les Îles-Britanniques, n'apparurent que beaucoup plus tard, sous l'influence continentale — achèvent de donner aux écoles du continent un caractère à part et d'y préparer en quelque sorte, sous forme embryonnaire, les éléments principaux de la grammaire ornementale future 1. » On retrouve dans certains manuscrits de l'époque précarolingienne quelques-uns des éléments décoratifs qui ornent les fibules barbares, franques, anglosaxonnes, scandinaves : dessins contournés, animaux difformes ou monstrueux, bandelettes, tresses avec l'ornement en tête de clou.

Cet art s'est développé et assagi du VIe au VIIe en Irlande et en Grande-Bretagne, d'où il est passé sur le continent, mais ce n'est pas de l'influence irlandaise ni anglo-saxonne que relèvent certains caractères communs à nombre de manuscrits de Gaule, d'Italie et d'Espagne. En effet, beaucoup de volumes exécutés dans ces trois pays, et présentant à d'autres égards les caractères généraux de la librairie antique, renferment également des particularités ornementales tout à fait étrangères au goût des anciens Romains ż.

On a proposé, et peut-être est-il sage de s'y tenir, un classement en trois grandes divisions, correspondant, dans une certaine mesure, à celles qu'ont cru pouvoir reconnaître les paléographes et qui reposent sur la distinction même des races : le groupe mérovingien ou franc, le groupe wisigothique et le groupe lombard. Que ces groupes se soient d'ailleurs, à certains moments, pénétrés, cela n'a rien que de naturel, étant donnés les fréquents échanges de peuple à peuple. Comme les souverains se mariaient entre eux, les styles plus d'une fois se mêlèrent ?.

1300 | située entre trois points extrêmes : Corbie-Tours-Luxeuil. L'ornementation est généralement très sobre, d'aspect sec et grêle. « Outre l'entrelacs sous sa forme la plus élémentaire, en cordelette se tordant sur elle-même ou formant simplement double boucle en 8, qui décore parfois le corps même des animaux, on y trouve de fréquentes combinaisons de lignes serrées et fines empruntées aux habitués des tissus. Tout à fait caractéristique, notamment, est certaine bordure de médaillons à angles successifs s'emboitant comme dans une natte tressée, qu'on retrouverait également dans les ivoires. Les montants de lettres sont souvent terminés par des amorces de crochets, prenant forme de becs d'oiseaux à l'occasion, mais souvent aussi par des feuillages. Un quatre-feuilles, découpé de façon raide, des feuilles d'acanthe ou de lierre, des palmes, parfois des rosaces étoilées, des poissons démesurément allongés et amincis ; des oiseaux, paons surtout, tantôt dessinés presque en graffite, le corps étriqué, avec longue queue et long bec, pattes grêles, tantôt beaucoup plus réels, seuls ou affrontés, tenant fréquemment feuille au bec ou séparés à l'orientale par un vase, complètent la série des motifs le plus ordinairement employés dans ce groupe. Cà et là s'y glisse timidement un portique, comme d'une architecture en bois, surmonté d'une ou plusieurs arcatures, de la « forme qu'on appellera plus tard arabe, sorte de germe, venu d'Orient, des futurs canons de concordance carolingiens. La couleur, enfin, y reste généralement dans une gamme très pauvre de rouge, de vert et de jaune sale, » Dans l'ensemble, l'impression est si peu flatteuse qu'elle en devient pénible. L'acidité du vert et du rouge produit une sorte de malaise ; la pauvreté du décor indispose.

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sans dire comment ni pour quoi. Il faut, en attendant mieux, renoncer à lui découvrir un lieu d'origine, mais il reste permis d'admirer ses miniatures. L'encombrement produit par la multiplicité des scènes, — l'entassement des personnages, laisse place parfois à une grande composition, comme le déluge, d'un réalisme déconcertant. Un immense bahut soigneusement fermé, portes et fenêtres au verrou, boulonné et posé sur quatre pieds, semble la chose du monde la moins faite pour flotter. Le constructeur ne s'est embarrassé ni d'un mat, ni d'un gouvernail, c'est même à se demander s'il a jamais vu autre chose qu'un cuvier dans une flaque d'eau. Néanmoins, il a su azulejos. Un Oribase du IXe flat. 9332 ) s'y rattacherait peut-être également, mais à titre de produit tardif, grossier et médiocre, dont les caractères distinctifs (voir p. 7117). Passons en revue rapidement ce qui a trait au dessin ornemental et à la figure humaine.

Le dessin ornemental est, de beaucoup, la partie la plus remarquable. Il est toujours tracé à la plume, et la finesse, la sûreté des enroulements dénotent une légéreté de main surprenante. C'est surtout dans les grandes planches, qui accompagnent les volumes luxueux, qu'on en trouve de beaux exemples. Ces dessins, malgré leur fantaisie désordonnée, ont des proportions géométriques ; chaque planche d'entrelacs, par exemple, sera divisée en un certain nombre de parallélogrammes ou de carrés, où dominera une couleur particulière. L'élément principal est la tresse ou la bandelette de couleur variée, repliée plusieurs fois sur elle-même et terminée souvent par des têtes d'animaux : oiseaux difformes, serpents étirés, poissons généralement moins maltraités que leurs congénères.

Dans ces entrelacs sont emprisonnés, comme englués, une multitude d'animaux qui se dévorent, se contorsionnent de cent façons, se mordent la queue : ce sont là à peu près tous leurs divertissements. Si, parfois, le dessinateur s'inspire de l'antique ou l'utilise, c'est avec le parti pris arrêté de le faire grimacer. Voici, par exemple, la belle ordonnance des portiques servant aux Canons d'Eusèbe : des colonnes sont surmontées d'un arc ou d'un fronton ; c'est robuste et solide comme les constructions romaines ; mais l'enlumineur irlandais survient : il barbouille toute cette ordonnance de dessins coloriés, criards ; il jette à poignée damiers, losanges et rosaces ; il amincit les colonnes, découpe les chapiteaux, fait courir des têtes de monstres comme les gargouilles d'un toit. Le dessin géométrique et le dessin fantaisiste se rapprochent et aboutissent à des résultats quelquefois heureux. La grecque, au lieu de former des angles droits, se tord, se gondole, se brise, donne des angles aigus, des angles obtus et cette alternance est parfois plus attrayante que la grecque classique et renfrognée dans la succession de ses angles toujours droits.

Cet amour de la variété, de la torsion allant jusqu'à la contorsion, se fait remarquer encore dans la profusion des lettres capitales. Celles-ci portent quelquefois l'aveu d'une rare indigence d'idées, par exemple les E composés au moyen de quatre poissons, les O faits à l'aide de deux poissons, et ainsi de plusieurs autres.

Ce goût maladif de la bizarrerie à tout prix et de l'étrangeté quand même s'accuse, plus encore que dans le dessin, dans l'emploi des couleurs. C'est ici que ces artistes méritent véritablement le nom qu'on leur donne. Sur un tracé d'une complication qui ne parvient pas à en effacer la monotonie et l'insignifiance, ils réussissent à répandre la magnificence des couleurs les plus éclatantes, les plus opposées, dans une harmonie qui semble ne pouvoir être que le résultat d'une longue étude. Ici, un faisceau de bandelettes rouges et jaunes se relève sur un fond de couleur noire ou pourpre ; ailleurs, les bandelettes seront laissées en blanc et piquées seulement d'une chaîne continue de pois d'un rouge vif. Les lettres capitales, de forme biscornue, arrivent à se faire tolérer parce qu'elles se détachent en pourpre, sur un fond d'or mat, en clair, sur un fond pourpre ou vert acide. Dans la disposition des différents cadres secondaires des pages ornées que nous indiquions plus haut, il y aura l'alternance régulière, accord rythmique pour ainsi dire. La page, par exemple, sera divisée en quatre cantons par une croix d'ornement ; chacun de ces cantons sera divisé à son tour, en quatre parties secondaires, subdivisées, elles-mêmes, en une infinité de petits damiers alternant et se répondant deux à deux.

Tous ces dessins sont exécutés à la plume, à la règle et au compas, et cela seul permet de les juger.

La figure humaine révèle leur ignorance, leur incapacité congénitale à produire quelque chose de tolérable. Qu'on regarde l'évangéliaire d'Epternach qui a la prétention de nous montrer les figures symboliques des évangélistes ! Saint Matthieu est figuré par un homme, mais l'artiste ignorait tout des règles du modelé et de la perspective ; dans son désir de rendre la nature telle qu'elle est, il a tracé jusqu'à l'intérieur des narines qu'un homme vu de face ne peut montrer, et le nez remonte jusqu'à la hauteur des yeux, lesquels sont d'ailleurs mal placés ; aucune science, cela va sans dire, mais même aucune observation dans l'étude des attaches et des articulations. Les Byzantins fabriquent des mannequins, les Irlandais ne produisent que des monstres.

Du moment qu'ils s'écartent du décor pour tenter la figure, ils sont perdus. Tandis qu'il ne s'agit que des animaux, on veut bien se laisser persuader qu'ils cèdent à un parti pris, qu'ils veulent surprendre, amuser, dégoûter par des difformités monstrueuses, mais quand il s'agit de l'homme, c'est une autre affaire.

La miniature précarolingienne, — On ne conçoit guère un travail sur la miniature sans on peut même rêver de mi-carême ; le bœuf de saint Luc a pris un air égyptien et le lion de saint Marc est le seul qui bondisse comme un jouet de caoutchouc.

Il fut un temps où l'honnête Silyestre et dont nous avons donné déjà plusieurs exemples, c'est le comte de Bastard pouvaient former des recueils le texte des évangiles qui a inspiré les pages les plus riches et les fantaisies les plus irrespectueuses. Ici même, plus dans le dictionnaire, la libéralité d'un éditeur, plus préoccupé de servir la science que de l'exploiter, nous a permis de multiplier les figures dans le texte et même les planches consacrées aux miniatures. Le présent article en a sa bonne part, mais il n'est pas possible de rivaliser avec certaines entreprises massives que, peut-être, on ne reverra plus de longtemps.

Pour la période des manuscrits occidentaux précarolingiens, nous devons renvoyer à un recueil difficilement abordable en dehors des bibliothèques publiques ou universitaires et dont le titre peut faire sourire : Denkmäler deutscher Kunst. Ces peintres de l'art allemand appartiennent à la France, à l'Espagne, à l'Italie, à l'Irlande qui se trouvent annexées à l'Allemagne, un peu à la façon dont les Monumenta Germaniae historica posaient leur lourde patte sur Grégoire de Tours et Grégoire le Grand. La prétention serait plaisante, si le millésime du Denkmäler deutscher Kunst ne mettait l'affaire au point. Il porte la date 1916, l'année de Verdun !

Quoi qu'il en soit, la section, Ire partie, Malerei, est consacrée aux Vorkarolingische Miniaturen herausgegeben von E. Heinrich. Zimmermann, et elle comprend 4 volumes in-folio contenant 341 planches et un volume in-8° avec 25 illustrations. Le format des planches a permis d'adopter une dimension où tout est clair : texte et miniature. C'est dans ce recueil que nous allons choisir quelques figures, mais, comme il ne s'agit ici que de miniature et non d'écriture, nous détacherons les initiales du texte qui les entoure.

Biblioth. de Munich, lat. 6224 (Cim. 13). Évangiles, écrit dans l'Italie septentrionale vers 675. Au fol. 202b, une croix gammée dont les branches portent A et Ω) et deux colombes perchées. A la partie supérieure : le buste du Christ sous un arceau (fig. 8120).

La lettre surmontée de l'aigle, au début de l'évangile de saint Jean, est faite à l'aide de cinq poissons (fig. 8122), et fol. 13, les lettres liées IN (fig. 8123).

Lettre H faite de deux bras allongés parallèlement et gélasien, écrit dans le nord de la France vers 750, 1308 sur Job, écrit probablement à Bobbio, vers 750. Une Paris, Bibliothèque nationale, lat. 10910. Chronique du pseudo-Frédégaire, écrit dans l'ouest de la France, peut-être vers l'an 715. Deux personnages qui rapprochent les bandes sur lesquelles ils viennent d'écrire. — Monod suppose qu'on a voulu figurer Eusèbe et saint Jérôme (fig. 8128).

L'école de Corbie a fait, elle aussi, un constant usage des poissons et des oiseaux dans les initiales.

Home, Vatican, heg. lat. 316, le sacramentaire Tom tix. i Re i 1311 XL. CARACTÈRES DE L'ÉPOQUE CAROLINGIENNE. — On pourrait contester à la période que nous venons de parcourir, d'abord, pour couvrir d'un bout à l'autre les feuillets d'un volume, plus tard, au moins en certaines places réservées, page ou bande de titre qu'ils soulignent solennellement. L'or et l'argent interviennent aussi constamment dans le même but. D'autre part, l'importance et l'abondance des images vont croissant, et des méthodes de peinture reparaissent qui semblaient définitivement oubliées. Au grossier dessin à la plume, au lavis rude et sommaire, se substitue la gouache avec ses modelés, ses finesses, son métier plus savant. Rien n'est trop beau ni trop riche, soit pour être offert en don aux souverains, soit pour entrer dans le trésor des abbayes, et il n'est, pour ainsi dire, pas d'église ou de monastère qui ne tienne à honneur de posséder au moins un ou deux de ces livres somptueux.

* Il ne faudrait pas croire, d'ailleurs, que du jour au lendemain les vieilles pratiques aient disparu. Hélas ! de parcourir le droit de revendiquer la pratique de la miniature, si, par ce mot, on entend autre chose que des combinaisons de lignes ; mais ces gens firent de leur mieux et, si le résultat est décevant pour nous, il n'en aide que mieux à comprendre l'extraordinaire élan qui devint la renaissance carolingienne. Celle-ci eut le sentiment soudain et profond de l'abîme d'où il lui fallait sortir ; elle sut voir avec largeur et exécuter avec vigueur. Ce ne fut pas une longue période ; elle ne dura guère que trois quarts De environ, avant commencé avec Charlemagne pour finir avec son petit-fils Charles le Chauve ; mais, pendant ces quelques années, ceux qui l’inspirèrent et la guidèrent lui assignèrent un but à atteindre où la splendeur, la noblesse, la mesure produisaient des œuvres parfaites. En même temps que les textes sont plus purement copiés et transcrits, les parchemins, en général, mieux préparés et plus choisis, et que l'écriture s'éloigne des formes dégénérées antérieures ou des excentricités irlandaises, pour ressusciter autant que possible, jusque dans la cursive, la beauté nette de l'onciale antique, toute une révolution s'accomplit dans l'art de décorer les livres. Des procédés, qui, auparavant, n'étaient qu'exceptionnellement employés, deviennent alors une règle qui s'impose pour toute œuvre soignée. Les fonds pourprés, notamment, sont repris et adoptés par les ateliers retardataires et, en bien des cas aussi, pour les besoins courants, on se contenta d'œuvres plus hâtives. Mais les formules irlandaises, en leur déformation continentale, n'ont eu plus de force et d'action peut-être qu'à cette époque. Tout au plus s'y mêle-t-il, çà et là, quelques infiltrations classiques. Mais, s'il ne faut pas oublier l'existence de ces produits secondaires ou inférieurs par certains côtés, c'est à ceux qui sont la nouveauté et la gloire des temps carolingiens qu'il importe uniquement de s'attacher !


XLI. FORMATION DU MILIEU. — D'où sortit l'art carolingien ? Il n'est pas facile de donner une réponse à cette question et, avant de rien dire, il faut se souvenir que cet art procéda tout à la fois de la cour de Charlemagne et des monastères : ensuite, il faut se rappeler les noms d'Alcuin, l'Anglo-Saxon, et du Lombard Paul Warnefrid ; alors on n'éprouve aucune hésitation à reconnaître que cet art est éminemment composite. Mais il n'y a pas que ces apports étrangers, il y a un vieux fonds national qui n'est pas éteint et il y a aussi une influence classique. Voici ce qu'on peut entrevoir ; quant à départager, à doser, on ne peut s'y essayer sans courir le risque de tomber dans l'arbitraire. Pépin et ses descendants n'étaient pas gens très cultivés ; il est probable que nos contemporains les trouveraient passablement frustes en matière d'éducation artistique, mais ils comprenaient la richesse et la beauté et peut-être attachaient-ils moins d'importance au style et au goût. Les occasions ne leur manquaient pas de former celui-ci et il semble que, soit finesse naturelle, soit point d'honneur, soit bénéfice d'éducation, ils sentaient assez profondément et assez justement que leur rudesse avait à gagner beaucoup en s'affinant au moyen de tout ce qui rendait supérieure, à tout le reste la civilisation byzantine.

Le malheur des uns fait souvent le bonheur des autres ; c'est ainsi que la persécution iconoclaste avait vidé l'Orient de maîtres incontestés qui affluèrent en Occident où ils répandirent des manières de penser, de sentir qui ne tardèrent pas à impressionner. Les Syriens, les Asiates ne se montrèrent pas moins empressés à répandre tout ce que l'Orient possédait de tissus, de bijoux, de tentures pouvant vêtir, décorer les individus et les édifices. Les intermédiaires syriens semblent avoir exercé plus d'influence sur le milieu carolingien que les intermédiaires byzantins, mais il faut faire encore une assez large place aux souvenirs des époques classiques et même à ce qui subsistait des souvenirs et des productions de la renaissance constantinienne. Il y eut alors une émulation incontestable entre artistes, à faire mieux et à faire autrement que les exemples qu'ils avaient sous les yeux ; il y eut une curiosité intense, un désir de se dépasser les uns les autres, un goût de l'effort à tenter, de la réussite à atteindre, du modèle à éclipser. D'abord on imita, puis on ajouta, puis, enfin, on se libéra, on eut son style, sa technique, ses thèmes décoratifs bien à soi, propriété d'un atelier, expérience d'un maître. Tout cela était nouveau par certains aspects, mais les thèmes essentiels du décor d'autrefois demeurèrent à peu près les mêmes que dans le passé.


XLII. ÉVANGILES. — Ils n'ont guère altéré le type immuable, mais l'art insulaire s'y fait sentir. En tête de chaque évangile s'étale un double frontispice : le portrait de l'évangéliste avec son symbole et les premiers mots de son texte, en lettres décoratives combinées de manière à remplir une page entière. Presque toujours, en tête du volume, les canons d'Eusèbe développent leur architecture d'une richesse exceptionnelle. Fréquemment aussi, on voit le Christ, en majesté, symbolisant la parole divine inspiratrice, dans un type à peu près semblable à celui du Codex Amiatinus, anglo-saxon du VIIIe. Enfin, quelques pages comme la Fontaine de vie et l'Adoration de l'agneau.


XLIII. PSAUTIERS. — Souvent, le début présente les images de David et de saint Jérôme : ensuite, du IXe, la liturgie romaine tend à envahir tout ce qui avait gardé jusque-là son indépendance liturgique, mais chaque diocèse et chaque abbaye s'évertue à conserver, dans cette abolition d'un passé vénérable, ses offices spéciaux et à faire une mention toute particulière, souvent en lettres d'or dans le calendrier ou les litanies, des saints vénérés de la région.


XLV. BIBLES. — Il nous reste quelques exemplaires de Bibles ornées avec magnificence et profusion. On parsème le corps du volume de quelques grandes majuscules, généralement au début des psaumes I (Beatus vir), LI (Quid gloriaris), CI (Domine exaudi orationem meam) ; à cette division tripartite peuvent s'ajouter des subdivisions signalées par une initiale moins somptueuse : aux psaumes XXVI, XXXVIII, LXVIII, LXXX, XCVI.


XLIV. SACRAMENTAIRES. — Plusieurs sacramentaires adoptent un type d'illustration courante du texte au moyen de lettres ornées. Ils offrent souvent, au début, le portrait de saint Grégoire et concentrent la décoration sur la partie des prières ordinaires de la messe, en particulier le début de la préface (Vere dignum el justum est) et celui du canon (Te igitur) — du souverain ou du haut personnage à qui le livre est destiné. On en ferait une collection somptueuse depuis la Bible de Charles le Chauve jusqu'au Livre d'heures de Louis XIV.


XLVI. LES GROUPES D'ÉCOLES. — On a proposé une triple division : groupes rhénans, groupes du Centre, groupes du Nord et de l'Est. Ces classements géographiques sont toujours séduisants, parce qu'ils introduisent une répartition facile à retenir, c'est peut-être tout ce qui leur vaut une adoption passagère. Quant à établir entre eux une chronologie et une hiérarchie, c'est peut-être la plus forte imprudence qu'on puisse commettre et, surtout, la plus inutile. En l'état de nos connaissances, et à défaut de manuscrits nouveaux et révélateurs, on peut croire cet état cristallisé pour longtemps ; on n'a pas l'apparence d'une raison pour considérer le groupe rhénan comme primitif et inspirateur, pour y pressentir des sources ou une inspiration orientales. Le groupe du Centre prête à des phrases éloquentes et à des théories sentimentales sortir tout ce qu'on voudra et auxquels il est plus prudent et plus sage de renoncer une fois pour toutes.

Lorsqu'on a quelque idée des conditions du travail monastique dans les scriptoria, on se rend compte du peu que nous savons sur eux et sur leur organisation au point de vue des prêts, des échanges, des dons, des achats de manuscrits ; encore faudrait-il pouvoir se faire une idée du régime des enlumineurs, nous voulons dire de leurs voyages, de leurs fréquentations. Tel manuscrit écrit par un moine de Tours a pu être illustré par un confrère, appelé d'ailleurs sur sa réputation ou bien de passage et retenu jusqu'à l'exécution des miniatures. Il y a eu, là comme partout et toujours, des circonstances que personne n'a pris la peine de noter, que nous ignorons et dont, cependant, nous devons tenir compte, parce que ces circonstances rentrent dans les conditions mêmes du développement de toute société et de toute production.


XLVII. ÉVANGÉLIAIRE DIT DE CHARLEMAGNE, A

La les, lors que, par exemple, on prétend découvrir, dans les productions des écoles des bords de la Loire, « la sobre logique, la pondération dans l'élégance ayant déjà comme un avant-goût d'art français. C'est, nous assure-t-on, dans la série carolingienne, presque l'équivalent de ce que donnera plus tard l'Ile-de-France toute voisine au XIIe, ou la Touraine même au XVe. On y sent, toutes proportions gardées, la même éloquente manifestation de race ! » Des mots !

Les monuments observés et étudiés dans le détail n'induisent pas à ces intuitions patriotiques ; ils font plus et mieux, ils nous apprennent les tendances vraies de l'époque carolingienne, « car le développement de la miniature, durant les siècles qui vont suivre, serait à peu près inexplicable sans ce point de départ essentiel. C'est en grande partie des chefs-d'œuvre carolingiens, pris désormais pour modèles, que sortiront des enrichissements nouveaux, qui, du Xe au XIe, préparent l'avènement des temps romans. » Mais il y a une part d'arbitraire trop grande à vouloir découvrir et reconnaître l'influence de tel groupe dans le faire de tel autre groupe. Harmonies de tons, rythmes d'ordonnance, emprunts, infiltrations, contagion, termes vagues dont on peut se servir pour expliquer les ressemblances, mais qui ne sont pas des preuves.

La figure de saint Jean (voir Dictionnaire, L. nr, col. 745, fig. 2637) est plus vigoureuse encore. Que l'on compare la manière dont il est assis avec le Christ, en majesté, de Godescalc et on se rendra compte de ce que l'art byzantin a compromis et gâté. Dans ces deux miniatures, au lieu des fonds unis ou des combinaisons symboliques architecturales, nous retrouvons la méthode décorative alexandrine. Saint Matthieu est dans un paysage qui se compose d'une colline ; saint Jean se détache dans une niche derrière laquelle croissent des plantes et des fleurs. Les trois autres évangélistes occupent le verso de feuillets dont l'Initiale du Sacramentaire de Gellone, Paris, lat. 12048.

Les évangélistes, dans l'Évangéliaire de Charlemagne, sont représentés isolément, chacun en tête de son évangile, avec leur symbole, dans un décor peu chargé, aussi bien à Vienne (où le type peut-être s'est fixé), isolés sur un fond de paysage en tête de chaque évangile, qu'à Bruxelles et à Aix-la-Chapelle, groupés, dans un frontispice initial, au-dessus d'un Christ de majesté ou seuls avec leurs symboles. Notons d'ailleurs qu'à Bruxelles — la figure de saint Matthieu seule subsistante nous en est l'indice — les évangélistes reparaissaient, en outre, isolément comme à Vienne, chacun en tête de son évangile !, parfait de la série. À cette liste viennent s'ajouter les Évangiles de Saint-Denis, Paris, lat. 9387, et le

d'autres, par des bandes d'ornementales du plus « magnifique effet pour aviver l'éclat et la solennité du texte d'or. Tout ce qu'il y eut de variété de richesse, — d'inépuisable fantaisie, de plus en plus ingénieuse aussi et de mieux en mieux réglée, dans ce décor, est — incalculable. Pour bien connaître l'école, il serait essentiel d'en détailler les éléments. Ne pouvant ici qu'en indiquer sommairement l'esprit, notons, au moins, le sectionnement nombreux des motifs, au début surtout, et le pullulement d'apports divers, venus du vieux fonds national ou des pénétrations d'Irlande, aussi bien que de l'imitation classique, orientale ou syrienne particulièrement — le manuscrit de Rabula offrant avec ce groupe, au point de vue décoratif, les plus frappantes similitudes — qui s'y juxtaposent un peu confusément d'abord, en cherchant à se fondre. L'entrelacement et le nattage, en combinaisons variées, y côtoient des plaques de marbre veiné où, par caprice d'imagination barbare, se dessinent à l'occasion un œil, une tête d'homme ou de monstre. Ailleurs, ce sont des treillis à jour sur le modèle des grilles d'Aix-la-Chapelle, des zigzags et des méandres comme de papier replié ou des déroulements d'étoffe tels qu'on en retrouve dans les bordures de mosaïque, des bandes mêmes de petits cubes de couleur par tranches alternées visant à imiter un pavement, des redents en escalier, quelques vagues souvenirs de spirales et de fréquents dérivés du motif irlandais en labyrinthe. Très particuliers au groupe sont certains motifs de fleur de lys embryonnaire ou de demi-lune, qui, par associations diverses, fournissent au décor des moyens de renouvellement sans fin. La plante, enfin, les tiges droites ou sinueuses en multiples variétés, avec branches ou feuilles régulièrement disposées par alternance ; les feuillages isolés, de face ou de profil, tirés surtout de l'acanthe, du palmier, du lierre ; les rosaces étoilées en forme de fleur y jouent un rôle presque aussi important en leur genre que les variantes sans nombre de l'élément linéaire. « Les pages ornementales consacrées aux débuts de Lexte, aux canons, aux figures mêmes, où les divers éléments de ce décor se retrouvent, ont également chacune leur dispositif et leur caractère propre. Pour les débuts de texte, l'idéal semble avoir été, comme en Irlande, et par influence subie peut-être, de couvrir entièrement les pages où la gigantesque majuscule initiale et la suite du texte en capitales s'agencent décorativement et, le plus souvent sur fond pourpre à peu près disparu sous l'ornement, au centre d'un cadre. Notons, toutefois, que ce décor, un peu confus et purement ornemental à l'origine (mss. de Gotescalc, de Saint-Denis, de l'Arsenal), tend à s'organiser de plus en plus nettement et à s'enrichir d'apports nouveaux, par l'insertion de médaillons à figures dans les membrures de l'initiale ou même par la transformation de celle-ci en véritable lettre historiée contenant, au début de saint Luc, notamment, un ou plusieurs sujets se rapportant au premier chapitre de l'Évangile, les manuscrits d'Abbeville, du British Museum et de Saint-Médard de Soissons marquent ici la progression. Dans ce dernier manuscrit, le désir croissant d'illustration a même fait insérer en pareille place — aussi bien que dans la page en regard, avec image de l'évangéliste — partout où l'arrangement s’y prêtait, aux deux angles supérieurs réservés de chaque côté de l'arcature qui, dans les derniers types de l'école, isola souvent le sujet du cadre même, de petites scènes rapidement jetées, inspirées visiblement, de quel que modèle oriental dans le genre du manuscrit de Rabula et figurant l'apparition de l'ange f 4325 fE C pe


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l'école de Tours et dans celle du sacramentaire de - Drogon, iront se développant si abondamment.

« Même richesse souvent exubérante dans les - canons, affectant toujours la forme de portique à vaste arcature cintrée, portée par les fûts extrêmes et que relient, sur fûts intermédiaires destinés à séparer les - colonnes de texte, une série de petits arcs. Ces - fûts, généralement à chapiteaux corinthiens plus ou moins déformés, ont évolué d'ailleurs — avec divers points d'arrêt où fusionnent l'un et l'autre types (Abbeville, British Museum) — d'un état rudimentaire et tout conventionnel, où ils ont l'aspect de pilastres plats à remplissures d'ornements et bases en escalier, à un développement de plus en plus conforme aux lois de l'architecture réelle, qui, à l'occasion, peut avoir été consultée et imitée. C'est ainsi - qu'aux simples colonnes droites de marbre à veines irrégulières, sur bases en forme de troncs de cônes écourtés, qui sont les plus fréquentes, finissent par s'en joindre (British Museum, Saint-Médard de Soissons) de plus rares et élégantes, cannelées en torses, - dérivant même parfois, par intermédiaire peut-être, des fameuses colonnes à vignes grimpantes et petits - avec petites figures d'hommes caryatides en portant le tailloir, de quel que source qu'ils soient venus, qui y sont comme une amorce commencante de sculpture romane. D'accord avec cette riche architecture alla se - développant aussi, le goût tout oriental d'un complément de décoration à l'extérieur du grand arc, » par des plantes, arbustes ou tiges fleuries se dressant des tailloirs extrêmes, et par des figures d'animaux, - paons, canards, cogs, faïs, pintades, etc., de plus en plus vivants et réels d'aspect. Les tympans même, généralement réservés à un simple titre en majestueuses capitales, se prêtent à une sorte de représentation dramatisée des concordances évangéliques, les divers symboles des évangélistes y apparaissant et s'y entr'aidant pour porter ce titre sur livre ouvert ou volumen déroulé, dans la plus grande ingéniosité d'arrangement. Second, outre ce dernier sujet repris avec plus d'art, un majestueux frontispice initial directement émané des arcs triomphaux des basiliques, où se superposent, en deux bandes successives, les quatre symboles évangéliques, surmontés d'une frise avec scènes de péché inspirées de l'esprit et du goût antiques !. » pour certaines fêtes de l'année ; il a été composé à la demande de Charlemagne et de sa femme Hildegarde, en 781 ou 782.

Outre la grande miniature du frontispice, le manuscrit présente plusieurs initiales de grandes dimensions et chaque feuillet est orné d'une bordure en or et en couleurs. Suivant l'usage établi pour les évangéliaires et appliqué à ce manuscrit, qui pourrait être considéré comme un lectionnaire, on a rassemblé, au début du volume, les principales miniatures qui représentent saint Matthieu (fol. 1 v9), saint Luc (fol. 2), saint Jean (fol. 2 v9), le Christ en majesté (fol. 3), la fontaine mystique (fol. 3 v^).

Ce qui est à retenir dans cet effort, c'est moins sa maladresse que sa bonne volonté pour implanter en Occident une forme d'art exotique. De même que Charlemagne a commandé à Einhard un pastiche de la rotonde de Saint-Vital de Ravenne, de même, probablement, il aura passé commande à Goltescale pour un évangéliaire comme il en avait vu en Italie ou ailleurs ; dans les deux cas, le résultat aura peut-être satisfait l'empereur ; ce qui vaut mieux que cela, c'est qu'il nous instruit ?.


LI. L'ATELIER DE TOURS. — Qu'il y ait eu, au IXe, un atelier de Tours, c'est un point qui ne peut plus être contesté aujourd'hui. Le monastère de Saint-Martin s'imposa par la correction des textes, par l'innovation calligraphique, par la somptuosité artistique. « Ce fut un des principes de l'art de Tours de laisser aux blancs jouer leur rôle, d'user largement, pour le décor, des fonds mêmes du parchemin. Les plus simples manuscrits d'usage, qui se contentèrent en pareil les places du jeu varié des caractères et des lignes rouges ou noires en alternance, surent déjà charmer les yeux par la nette réglementation de leurs formules. A plus forte raison, quand l'or ou l'argent s'y mêla, que les bandes pourprées en capitales d'or, d'argent ou de vermillon vinrent alterner dans les titres avec les bandes de capitales ordinaires rouges ou noires sur fond blanc, et que les premières lignes ou même toute 1327 la première page d'un texte, au lieu d'unciales rouges ou noires, usèrent magnifiquement d'unciales d'or. Les fonds pourprés, relativement peu employés — à l'occasion seulement, pour un début de texte courant, dans des manuscrits de grand luxe, comme la Bible de Charles le Chauve — furent généralement réservés aux capitales rustiques d'or ou d'argent, parfois aussi rouges ou blanches, qui soulignèrent, soit les longues pièces de vers dédicatoires, soit les inscriptions métriques destinées à annoncer les diverses parties d'un livre, d'usage particulièrement répandu en cette école savante et par elle mis à la mode, notamment pour les évangélistes. Tout fut mesuré, dosé et varié, d'ailleurs, suivant les cas, avec un tact exquis, pour se conformer aux dimensions et à la richesse de l'œuvre, aussi bien qu'à l'importance du passage mis en vedette. Le même goût de simplicité logique, qui régla toujours, à Tours, les grandes lignes du dispositif, en dirigea aussi le détail, depuis l'initiale nettement et sobrement construite, quel qu'en fût le décor ornemental, de façon à ne jamais rien perdre de sa forme, jusqu'aux étroites bandes d'encadrement, faites pour attirer l'attention sur les pages, généralement de début, les plus solennelles du livre, et jusqu'aux sujets mêmes qui furent composés dans un sens aussi organique. Ce fut, à cet égard, le plus absolu contraste avec les produits des ateliers précédents. On méconnaitrait enfin un des plus sérieux mérites de Tours, qui en affirme éloquemment l'esprit de progrès, si on oubliait de relever ce que cette école mit également d'innovation heureuse à étendre le domaine de l'illustration, en l'appliquant à un plus grand nombre de livres et l'enrichissant de nouveaux thèmes. Aux œuvres liturgiques, jusqu'alors à peu près seules décorées, il n'est pas rare de voir ici se joindre non seulement les exemplaires abondamment répandus de la Vie de saint Martin, patron du monastère, mais encore des copies de manuscrits antiques, tels que le Virgile de Berne (n. 165) ou le Boèce de Bamberg (H. J. IV, 12), ce dernier, d'ailleurs, seul avec figures. Dans la série des Bibles illustrées, qui furent presque une des spécialités du groupe, la part de Tours fut au plus haut point initiatrice ; et on a tout lieu d'y rattacher également le riche développement donné à l'invention, renouvelée de l'antique, des portraits d'auteur et des images de dédicace. | 1328 placées sous son nom et dites Bibles d'Alcuin, à Bamberg, à Zurich, à Londres ou à La Vallicelliane de Rome, parce qu'elles contiennent des vers tirés de ses œuvres, ont été reconnues postérieures à lui et reposant tout au plus sur sa tradition. La Vallicelliane B-6 est même à ranger nettement, pour le texte comme pour le décor, dans un groupe différent de Tours, le groupe franco-saxon. C'est seulement sous ses successeurs, notamment sous son cher élève et ami Frédégise (804-834), ainsi que sous Adélard (834-845) et le comte Vivien (845-851), que l'atelier de Tours nous apparaît en possession de tous ses moyens et activement producteur de chefs-d'œuvre. Il se développe et grandit, surtout à partir du règne de Louis le Débonnaire, pour atteindre, sous Charles le Chauve, son apogée !, »


LII. ÉVANGÉLIAIRE DE LOTHAIRE. — Le nom de ce prince reste attaché à quelques monuments d'une

Pendant la période des débuts, la miniature y offrait comme « principal caractère une sorte de maigreur et de gracilité éminemment élégante dans l'ornement. Un petit nombre d'éléments, toujours très fins et délicats par eux-mêmes, y entrent dans la composition des initiales ou des ornements de page : plaques d'or, d'argent ou de couleur ; minces cordelettes tressées, simples ou doubles, venues par héritage des Mérovingiens, ou légers rinceaux de tiges feuillagées et fleuries dans le goût classique, conduits avec une science du rythme et de la grâce que même le XVIIe français le plus exquis ne dépassera pas. » Maintenant ces formules de sobre élégance se complètent, s'enrichissent, se développent dans le sens du luxe et de l'ampleur, s'ennoblissent et s'achèvent par l'insertion d'images peintes.

L'atelier de Tours est en pleine effervescence de production, il prodigue les œuvres parfaites comme si elles ne coûtaient à son personnel d'élite ni temps, ni efforts ; il progresse dans la splendeur, l'éclat et la magnificence et ne connaît plus de rivaux ni de concurrents possibles. Les fils de Louis le Débonnaire se haïssent et se combattent à outrance, mais on les retrouve, Charles le Chauve aussi bien que Lothaire, clients de l'atelier de Tours.

C'est l'esprit de cet atelier, parvenu à la plénitude de la possession des moyens de son art, que résume et représente un des plus admirables manuscrits de l'époque, les Évangiles de Lothaire (Paris, lat. 266).

Les figures du Christ et des évangélistes ne lui sont pas inférieures, Au fol. 2 v°, le Christ est assis sur le globe du monde, au centre d'une gloire “à l'extérieur de laquelle se trouvent les symboles des évangélistes exécutés en camaïeu rouge, comme dans la Bible de Charles le Chauve. Le Sauveur tient de la main droite, d'un geste précieux, une petite boule d'or et, de la main gauche, un livre fermé. Le dessin offre de la finesse, de la correction, les extrémités sont bien rendues (fig. 8148). En tête de chaque évangile est représenté l'évangéliste qui en est l'auteur. L'artiste franc a voulu mieux faire que les Byzantins qui donnent à ces saints personnages une attitude immobile ; il a tenu à se montrer original et représente saint Matthieu assis, levant la tête vers le ciel, pour y chercher l'inspiration (fig. 8149) ; malheureusement, son personnage est ridicule, impossible, le cou décrit une contorsion que personne ne pourrait soutenir ; aussi saint Marc se garde bien de cet excès, il lève la tête convenablement (fig. 8150), saint Luc n'y songe même pas, il est tout entier au travail (fig. 8151) et saint Jean est un bon vieillard qui lève modérément les yeux (fig. 8152).

L'ornementation du livre offre beaucoup d'analogie avec celle de la Bible de Charles le Chauve et se ressent d'une influence byzantine très prononcée. Ainsi, les canons d'Eusèbe sont écrits sous une suite d'arcatures de style grec, au-dessus desquelles l'artiste a peint, à l'imitation des miniaturistes byzantins, de jolis oiseaux de l'Orient, aux couleurs éclatantes, des animaux et de petits sujets, tels qu'un centaure tirant de l'arc sur les bêtes féroces. Les lettres géantes, particulières aux artistes de l'Occident, sont richement rehaussées d'or et de couleurs éclatantes. On trouve dans le coloris une gouache bien empâtée et une grande variété de couleurs. Le rouge domine dans les carnations, comme dans la plupart des peintures de la Bible de Charles le Chauve : les lumières sont rendues par des rehauts de blanc.

Ce chef-d'œuvre, qui fit époque dans l'art tourangeau, fut pour la plupart des manuscrits postérieurs un modèle aussitôt vénéré et suivi. Mais, jusque dans l'effort fait par les plus somptueux d'entre eux pour le surpasser en richesse, il y a comme une nuance d'excès, de surcharge, de grossièreté ou de négligence, un peu lâchée par endroits, qui ferait presque regretter la pure sobriété primitive. Le développement ultérieur, si éblouissant qu'il soit en sa complication plus grande, est ainsi mêlé de quelques ombres, déjà inquiétantes pour l'avenir. En plus, on a multiplié les lettres ornées de capricieux dessins. La dernière des miniatures, qui occupe une page entière, suffit à dater le volume ; elle représente l'offrande de la Bible, par les religieux de Saint-Martin de Tours, à Charles le Chauve :

Cette fig. 2643 nous montre Charles le Chauve assis sur un trône à dossier ; il est revêtu d'une tunique que recouvre en partie une ample chlamyde qui enveloppe tout le corps. La couronne se compose d'un cercle fermé au-dessus de la tête par un arceau d'où s'élèvent deux feuillages en forme de panache ; il est orné de chaque côté, auprès des oreilles, de deux demi-cercles qui s'y rattachent par un fleuron. Une couronne à peu près semblable ceint la tête de l'empereur Lothaire dans une miniature dont nous parlons ailleurs. Les rois francs ne conservèrent pas longtemps cette singulière couronne, ils revinrent bientôt au stemma des empereurs grecs, comme nous le voyons sur deux portraits de Charles le Chauve (voir Dictionnaire, t. an, fig. 2650, 2653, 2655). A droite du trône, se trouve le comte Vivien qui indique de la main le livre que portent trois chanoines. À gauche, est un autre seigneur, puis, de chaque côté du roi, un écuyer revêtu d'après la mode romaine et portant un casque sans visière ; l'un porte l'épée du roi, l'autre sa lance et son bouclier. Onze chanoines de Saint-Martin, tous revêtus de la chasuble par-dessus le rochet qui tombe jusqu'à mi-jambes et couvre en partie une tunique tombant à jusqu'aux pieds, sont rangés, non sans quelque désordre, devant le trône, en demi-cercle. Comme on voit de face le roi et ses officiers, les chanoines devraient l'être vus de dos ou de trois-quarts, mais ces excellentes gens voulaient être « pourtraits » et tous ont fait le demi-tour, afin que le peintre conservât leurs traits à la postérité ; le prieur n'a pas osé, mais il a été pris de profil. Ce petit détail psychologique ne vaudrait peut-être pas la peine d'être relevé, s'il ne nous apprenait que nous avons ici des portraits. Le fond est orné d'un velum et de quatre lampes. Une main céleste et deux bustes féminins dans les angles (la France et l'Aquitaine ?). L'ordonnance de la composition est remarquable, encore que l'exécution en soit un peu gauche ; les personnages ont du mouvement, de l'action, plus peut-être qu'il ne convient à la circonstance. L'influence byzantine se fait sentir dans le coloris qui est bien empâté et vigoureux.

Il se peut que le manuscrit ait été présenté en 850 à Charles le Chauve qui, à cette date, régnait depuis dix ans, en sorte que la préparation du manuscrit a pu s'exécuter entièrement sous son règne. Si les miniatures ne sont pas toutes de la même main, on n'a pas de raison sérieuse de soutenir que plusieurs d'entre elles remontent au règne de Louis le Débonnaire, mort en 840.

En regard de l'épitre de saint Jérôme, le verso du fol. 3 (voir Dictionnaire, t. 111, fig. 2640) est divisé en trois registres et offre trois sujets : saint Jérôme quittant Rome pour aller recueillir en Orient des copies fidèles des saintes Écritures ; le saint docteur et traducteur expliquant les Écritures à Eustochium et à sainte Paule, dans la maison desquelles il demeurait ; trois tachygraphes notent ses paroles : saint Jérôme distribuant des exemplaires de la Bible à des clercs qui sont fort chargés. Ces trois sujets sont bien composés, clairs, harmonieux ; les attitudes sont à peu près rendues, les gestes ne sont pas forcés et les visages sont expressifs.

En regard du chapitre 1er de la Genèse, au verso du feuillet 9, on voit trois miniatures qui figurent les premières scènes de la création, le péché de l'homme, l'expulsion du paradis terrestre, la culture de la terre par Adam et Ève. Ici, l'ignorance du peintre éclate surtout dans les nus ; ces compositions sont pitoyables, mais, nonobstant la pauvreté du dessin, il faut lui reconnaître le mérite d'avoir essayé de représenter Dieu à quatre reprises sous les traits d'un jeune homme imberbe qu'il s'est efforcé de faire le moins laid possible.

En regard du début de l'Exode, le verso du fol. 24 est divisé en deux registres où l'on voit Moïse recevant les tables de la Loi sur le mont Sinaï et Moïse rapportant ces tables dont il donne lecture au peuple. L'ensemble de ces compositions ne manque pas d'harmonie, mais, selon la juste observation de Labarte, l'artiste n'a pas su faire circuler l'air dans la foule du peuple, il a accumulé les têtes sans songer à l'espace que les corps devaient occuper.

Au fol. 386 v°, début des épitres de saint Paul, trois compositions relatives à la vie de l'apôtre des nations (fig. 8153).

Au fol. 415 v°, une peinture à pleine page et à deux registres : dans le haut, un lion et un agneau qui se dirigent vers un autel sur lequel est placé le livre des évangiles, le tétramorphe dans les angles ; dans le registre inférieur, saint Jean assis, vêtu de blanc et soulevant des deux mains un voile blanc qui couvre les quatre symboles des évangélistes.

Dans toutes ces miniatures, les couleurs sont vives et bien empâtées ; la plupart des vêtements ont des rehauts d'or pour figurer les lumières ; cette méthode n'était pas usitée par les Byzantins du ix° et du x° siècle ; elle est particulière à certains miniaturistes francs de la seconde époque (840-550).

Il reste à parler de l'ornementation du manuscrit, qui est splendide. Les peintres de l'atelier de Tours abandonnent les lettres onciales bizarres ou tortueuses mises à la mode par les ateliers anglo-saxons et reviennent, pour les têtes de chapitres, aux belles capitales romaines, ou tout au moins aux onciales les plus correctes. Ils les décorent à la base et au sommet d'entrelacs compliqués, dans les vides, de sujets, et, dans les pleins, de cordelières, de figures et d'ornements toujours élégants. L'or et les couleurs éclatantes sont prodigués. Les lettres atteignent souvent de grandes dimensions. Parfois, ils tombent dans un assemblage de jambages disgracieux et inintelligibles par le désir de conjoindre plusieurs lettres de façon à ne former qu'un seul caractère, dont les éléments représentent soit une portion, soit la totalité des lettres d'un ou de plusieurs mots, mais ils évitent en cela les enchevêtrements inextricables et illisibles des Irlandais et des Anglo-Saxons.

La Bible de Charles le Chauve offre de beaux exemples de grandes lettres capitales, comme aussi des bordures de pages et autres fioritures dont on s'était plu à orner les livres. Le titre de l'épitre de saint Jérôme, fol. 4, est écrit en grandes capitales romaines sur un fond pourpre et encadré dans une bordure, vrai modèle d'arabesque.

La lettre F, initiale du mot frater, qui commence le titre, a plus de trente-cinq centimètres de hauteur. Au centre de la haste est une main étendue, symbole de la Divinité, et aux quatre extrémités les symboles des évangélistes : des feuillages d'or et d'un bon goût antique (fig. 2644). Les canons d'Eusèbe sont écrits sous des arcades, à la manière byzantine ; dans les angles des pages sont de jolies figures de génies qui tiennent des cercles, où l'on voit des paons et, dans le remplissent le surplus des massifs de la lettre et en terminent les membres. La page est enrichie d'une bordure composée de feuillages d'or se détachant sur une haute bande rouge, qui est décorée d'entrelacs aux angles. Au recto du fol. 7, la lettre initiale D présente une ornementation du plus beau style haut, de petits animaux en camaïeu d'or. Toute cette ornementation est empruntée à des modèles byzantins.

Le comte Vivien hérita successivement de la dignité abbatiale d'Adélard (845) et de celle du comte Rainaud (846), en sorte qu'il réunit dans sa personne, jusqu'à sa mort (851), les deux abbayes, Xue CIAM eI eR STIL LR CDD ER RL O UT Yt ECT IIR Rte imminent Nnm er jit vw tni ete, omine vote D UT a RE LOUP CA ET IE LS TER TANT SERDERI GE geom unb ET 3 Twin et = reum : $ + Bis pme mo r : — « (= —— “+ T D E, a ~z my »gi que 1339 jus que-là séparées, de Saint-Martin de Tours et de Marmoutier. « Par une sorte de conséquence naturelle, comme on l'a dit, cette œuvre, d'un luxe inouï, semble résumer en elle toute l'évolution antérieure des deux monastères. De méme qu'on y trouve plus ou moins l'écho des Évangi les de Lothaire, non seulement pour de nombreux motifs décoratifs (éléphants, grifons, monstres marins, vase aux colombes, Bellérophon et la Chimére, etc.) qui leur sont textuellement repris dans une exécution plus làchée, mais encore | Ce volume fut exécuté, suivant toutes vraisemblan ces, vers 845, par ordre du comte-abbé de Marmoutier, dont l'image en silhouette d'or sur fond pourpre est ingénieusement figurée vers la fin du volume, fol. 173 vo (fig. 8154), dans un vaste médaillon central, accolé de quatre médaillons plus petits avec représentation des Vertus cardina les, recevant solennellement hommage du livre que lui présentent ses moines inclinés. Ce qui fait l'intérét et la beauté de ce livre — en dehors méme des nob les formu les habiLuel les d écriture, de dispositif, d'agencement des iniLia les ou des cadres — ce sont moins les deux seu les miniatures véritab les, assez rudimentaires d'ailleurs, qui en dégagent dés l'entrée le sens et la portée mysLi que (représentations des ordres majeurs et mineurs de saint Grégoire) que les nombreux motifs ornement aux, camaieux d'or ou d'argent surtout, qui s'y sont donné libre carrière. Non seulement quelques lettres contiennent aussi de petites scénes, qui sont comme un commentaire figuré du texte (portier tenant ses clefs, agneau divin avec la croix devant un calice, moine bénissant un cierge) ; mais des sujets de pleine page sont même uniquement traités dans la précieuse techni que, spéciale aux monastères tourane aux, comme les trois curieux médaillons de la Wativité, du Daptéme et de la Céne du Sauveur, soulignant le début de la préface et surtout comme l'importante page de la dédicace (voir Diclionn., t. I, au mot AUTUN, pl. h. t.). Quant au reste du décor, on y voit reparaitre les divers accessoires suspendus, les anim aux variés, lions, bœufs, coqs, chèvres, monstres marins, Nombreux surtout sont les motifs chrétiens, 1340 main divine, croix d'or avec A et G) suspendus et colombe perchée entre deux anges, les quatre grands prophétes, les douze apótres, les évangélistes et leurs symbo les, saint Pierre et saint Paul, saints Côme et Damien, sans compter quelques motifs profanes repris de l'anti que (les quatre Vents, le Soleil et la Lune, les signes du Zodia que), tous, le plus souvent, ligurés à la facon de monnaies ou de médail les, de plaquettes d'orfévrerie carrée ou en losange que Tours semble s'être très anciennement appliqvé à imiter ?, LV. ÉVANGILES DE Prux. — Volume offert, en 852, par l'empereur Lothaire à l'abbaye de Prüm (voir ce nom). Nous y décrirons le manuscrit pour ne parler ici que des miniatures. Des table aux représentant Notre-Seigneur et les quatre évangélistes ont été peints sur des feuillets séparés, aujour d'hui cotés 17, 27, 79, 116 et 178, qui ont été intercalés dans les cahiers au moyen d'onglets.

Fol. 15 v ? : image du Sauveur tenant un livre et bénissant ; elle se détache sur un ciel bleu avec cette inscription : | sur le nimbe crucifére qui entoure la téte du Christ, on lit ces mots : REX-LEX-LVX. Aux quatre ang les du tableau, les svmbo les des évangélistes.

Fol. 18-21 ve : Canons des évangi les. Au haut des arca des sont suspendus des vases, deformes trés variées, des cornets, des lampes, des couronnes, les initia les symboliques (x et w). Au-dessus des arca des, sur les côtés, ont été figurés des oise aux quel que peu fantastiques, parmi lesquels on reconnait des paons, des coqs et des grues.

Fol. 22 vo, Saint Matthieu écrivant, entre deux édicu les à trois étages, disposition qui, plus ou moins modifiée, se retrouve sur les table aux représentant les trois autres évangélistes. La partie supérieure du cadre, occupée par le buste d'un ange, au-dessous duquel une bande pourprée a recu cette inscription en capita les rustiques d'or :

Fol. 23. Sur trois larges ban des pourprées, le titre en gran des capita les : INCIPIT || EVANGELIVM || MATTHAEIEntre les ban des pourprées sont figurés plusieurs des épiso des racontés au chapitre 11 de l'évangile de saint Luc :le voyage de Marie et de Joseph à Bethléem ; la naissance de l'enfant Jésus ; l'annonce de cette naissance aux bergers ; la présentation de Jésus au Temple.. Nous y reviendrons plus loin.

Fol. 23 v^, Aux quatre ang les du cadre, médaillons d'or, imitation de pié ces romaines ; les deux médaillons du bas ont des légen des ; celui de gauche : DAVID REX IMPERATOR ; celui de droite : DAVID IMPERATOR AVGOVSTVS.

Fol. 79, Saint Marc, trempant son calame dans un encrier, La partie supérieure du tableau est occupée par un grand lion ailé, à mi-corps, sous lequel se lit un vers écrit en petites capita les d'or sur une bande pourprée :

Fol. 80 : INCIPIT || EVANGELIVM || MARCI. Ce titre est en gran des capita les d'or sur des ban des pourprées. Entre les ban des sont figurés de petits médaillons d'or à tétes d'homme ou de lion, et des pié ces d'argent chargées d'une croix.

Folio 80 ve. Les deux premiers versets de l'évangile « aca iid os AMOR MD 5 hen IU Em


TETE

1341 de saint Marc : Initium evangelii... viam ante te. Le mot Initium en gran des capita les d'or, le reste en oncia les d'or. L'initiale |, de toute la hauteur de la justification, est décorée dans le méme style que le monogramme LI du fol. 23 v ». Au bas de la page, un livre entre deux lions d'or, l'un nimbé et couché, l'autre ailé s'élancant sur le livre.

Fol. 116. Saint Luc écrivant dans un livre, à cóté d'une colonnette qui supporte un encrier. Dans le haut du tableau, le bœuf ailé, à mi-corps, avec un vers inscrit sur une bande pourprée :

Fol. 177 v*. INCIPIT || EVANGELIVM || IOHANNIS. Ces trois lignes, en gran des capita les dorées, sur ban des de pourpre. Entre les ban des une douzaine de rosa ces d'or ou d'argent sur fond rouge. Sous la premiére bande un aigle d'or, dont les contours sont relevés de traits vermillon.

Fol. 178 v ». Saint Jean, surmonté d'un grand aigle nimbé, à demi caché par les nuages, et tenant un livre ouvert. Sur une bande pourprée, on lit ce vers :

L'évangéliste, un calame entre les doigts de la main droite, tient son livre ouvert sur ses genoux : il léve la téte vers un ciel étoilé servant de fond au Ce qui fait pour nous le grand intérêt des petits table aux de la page 23 a été exposé en ces termes par L. Delisle :

L'espace resté vide entre les trois ban des pourprées sur lesquel les ont été tracés en gran des capita les les mots INCIPIT || EVANGELIVM || MATTHAEI, est occupé par la représentation des événements racontés au chapitre r1 de l'évangile de saint Luc.

Entre les deux premiéres ban des sont figurées trois scènes :

I. Joseph et Marie se rendant à Bethléem ; Joseph, appuyé sur un bâton, marche devant Marie. Au-dessus des personnages, les initia les de leurs noms : |. M.


II. L'enfant Jésus dans une crèche, derrière laquelle se dressent les têtes d'un âne et d'un bœuf. A un bout de la créche, Joseph assis ; à l'autre, Marie debout. Des initia les désignent les sujets représentés : |. PL M. Au-dessus brille une étoile.


IIT. Un ange parlant à deux bergers qui conduisent chacun deux brebis. Au-dessus les initia les A ? et P*. Entre la seconde et la troisiéme bande, à chac une des deux extrémités, un grand chandelier. Au milieu, un autel vers lequel s'avance Marie tenant l'enfant Jésus ; elle est suivie de Joseph, un bâton à la main, et du vieillard Siméon qui tient un vase suspendu à une double chaine. Sur la tête des personnages les initia les M. Il. 5. De l'autre côté de l'autel, la prophétesse Anne, assise et désignée par l'initiale de son nom ; derrière elle, se tient un homme avec un cierge allumé.

Ces petits table aux sont formés de placages d'or, et les contours des sujets représentés ont été légèrement tracés au vermillon.

1342 y a identité entre les table aux des évangi les de Prüm et les médaillons du sacramentaire d'Autun. Tous les deux ont dü étre peints par le méme artiste, ou du moins copiés d'après un méme modèle. Les différen ces qu'on y remar que s'expliquent tout naturellement : le peintre du sacramentaire, qui avait à couvrir un espace circulaire, a placé l'apparition de l'ange aux bergers au-dessous de l'étable mystérieuse ; le peintre des évangi les, qui disposait d'une bande allongée, a représenté l'ange et les bergers à côté de la sainte famille, sur la droite, et il a ajouté, sur la gauche, les figures de Marie et de Joseph en marche sur la route de Bethléem. Dans les évangi les, l'ange est à terre prés des bergers : dans le sacramentaire, il plane au-dessus d'eux, disposition qui s'accommodait mieux avec la forme du médaillon ; mais, sur un autre médaillon du sacramentaire, celui du baptéme de Jésus, nous trouvons un ange absolument dans la méme attitude que l'ange du texte des évangi les. Les sujets des peintures sont expliqués, dans les deux manuscrits, par de courtes inscriptions, avec cette seule différence que les noms, qui sont écrits en toutes lettres dans le sacramentaire, ne sont figurés que par des initia les dans les évangi les.

La parité de l'écriture et de la décoration prouve done jusqu'à l'évidence que les deux manuscrits appartiennent à la méme famille. Or, nous savons que le sacramentaire a été fait pour Rainaud, qui gouvernait l'abbaye de Marmoutier prés de Tours, vers l'année 845. D'autre part, il a déjà été reconnu par -M. Traube que les évangi les, donnés en 852 à l'abbaye de Prüm par l'empereur Lothaire, doivent étre attribués à l'école de Tours. Ce volume devra prendre place dans la série des évangi les où se trouvent, en plus ou moins grand nombre, des passages écrits avec ces lettres semi-oncia les, l'un des caractères distinctifs des manuscrits de l'école de Tours *.


LVI. DÉCLIN DE L'ATELIER DE TOURS. — Vers l'an 850, l'atelier de Tours cesse de progresser et la seconde moitié du IXe voit s’accentuer et se précipiter sa décadence. Les circonstances politiques, de plus en plus troublées, ne favorisent pas le labeur assidu des miniaturistes et des scribes : souvent les invasions normandes sont assez menacantes pour faire suspendre les travaux ; dans ces conditions, les commandes deviennent plus rares. Il s'en faut pourtant que l'on constate une brusque déchéance : loin de là, l'écriture garde sa belle ordonnance, il semble qu'on se fasse un point d'honneur de la sauver à tout prix ; mais la décoration s'amincit, s'appauvrit, la spécialité de l'atelier — les petites scènes en camaïeu d'or ou d'argent — tend à disparaître presque totalement ; les lettres, les canons, les cadres ne sont pas moins menacés. Les apports étrangers se font de plus en plus envahissants et altèrent la conception générale de décoration tourangelle. « Telle feuille en éventail, venue de l'école de Corbie, remployée ici d'ailleurs dans des nuances de tons plus sobres, plus ternes, moins éclatants et joyeux, finit même par devenir d'usage si exclusif et si fréquent, qu'elle remplace, pour ainsi dire à elle seule, jusqu'à la monotonie parfois, la plupart des motifs classiques traditionnels, et peut être regardée comme une des formules les plus typiques de cette période. Dans les sujets, on voit s'effacer aussi peu à peu ou s'atténuer considérablement l'invention originale. Le plus souvent, c'est par des répliques, des redites, des reflets plus ou moins déformés de quelque grande œuvre antérieure que se crée. » LVII. L'ATELIER DE REIMS. — Il fut florissant, mais n'égala point en réputation l'atelier de Tours. On ne connaît pas très bien son histoire ; il débute sous le règne de Charlemagne par un Sacramentaire de Godelgaud (798-800) aujourd'hui détruit.

1344 raissent, en outre, non seulement des figures renouvelées de l'antique (tritons et monstres marins, guerriers nus), mais des scènes réalistes, animées d'un vrai désir de vie, si inspirées qu'elles puissent être de modèles orientaux, qui sont parmi les plus curieuses nouveautés des temps carolingiens !, » Le monastère de Hautvillers a donc possédé un atelier auquel se rattachent plusieurs manuscrits, plus tardifs pour la plupart que celui dont nous parlons. Ce sont à Paris les Évangiles Loisel, Bibl. nat., Le psautier d'Utrecht est un volume de format analogue au petit in-folio, tendant plutôt à l’in-4° carré, mesurant 0 m. 33 de haut sur 0 m. 26 de large et comptant 108 feuillets disposés par cahiers de 8. Il contient la version du psautier dit Gallican suivi des cantiques et des hymnes, du Te Deum, du Gloria, du Pater, du Credo et du Quicumque.

Le texte est disposé sur trois colonnes. Les titres et incipit sont en onciales. La forme de l'onciale sert également pour l'initiale de chaque verset, elle est rejetée en saillie sur la gauche de l'aplomb de la colonne. Tout le reste est écrit en capitales rustiques. | lection, sans qu'on sache comment ni pour quoi ; on le | E — De place en place, en 166 endroits, le texte est inter- | retrouve en Hollande chez un M. de Ridder qui l'offrit, $ E rompu par de grands espaces réservés, remplis par | en 1718, à l'université d'Utrecht. à | | autant de compositions symboliques, contenant d'ordinaire une multitude de petites figures, tracées | et les opinions varient sur son compte au point de i — librement à la plume en encre brune tournant souvent | proposer sa date au cours d'une période de six cents j — au bistre. Ces compositions forment une série fort | ans, du IVe au IXe ! Pour s'en tenir à ce qui 5 importante pour l'histoire de l'art aux VIIIe et IXes, et même beaucoup plus tard, car ce psautier inspira tout un système de dessin à la plume, qui, du Xe au XIe, fut en grande faveur en Angleterre.

L'antiquité classique ou, du moins, gréco-byzantine, ne nous apprennent rien non plus, parce que, même sous les Carolingiens, on a plusieurs fois copié des illustrations de volumes antiques en en conservant le sentiment avec une fidélité relativement très grande. L'origine anglo-saxonne ne jouit pas de meilleures recommandations. Il est impossible de découvrir dans le psautier d'Utrecht rien qui le rapproche des caractères paléographiques des manuscrits irlandais ou anglo-saxons. C'est un livre d'apparence toute classique dans la régularité correcte de son écriture. La seule initiale du volume, le grand B du psaume Beatus vir, rappelle-t-il, comme on l'a soutenu, une forme anglo-saxonne ? S'il en était ainsi, il faudrait encore se rappeler que les grandes lettrines anglo-saxonnes ont passé sur le continent et ont été adoptées par la calligraphie française carolingienne : adoptées, mais appropriées, régularisées, assagies, et E. M. Thompson l'a remarqué : « Cette lettre, a-t-il écrit, appartient à la catégorie qui se trouve dans les manuscrits carolingiens du IXe, bien que plutôt plus simple de forme. » “blement moins ancienne que la date même la plus récente à laquelle on ait songé pour le psautier. d'Utrecht, à la fin du Xe tout au plus, et plus sûrement au XIe ?.

Dans les purs manuscrits anglo-saxons, j'entends ceux de la haute et belle époque, le caractère du dessin est tout différent, montrant au lieu de cette vivacité d'esquisse et de ce caractère étriqué et fouetté, un travail au contraire très posé, très patient, exécuté avec une régularité de main en quelque sorte calligraphique. il est évident que l'argument à tirer des susdits manuscrits anglais n'aurait de valeur qu'autant qu'il serait prouvé qu'on n'a jamais dessiné d'une façon approchante dans d'autres pays et à d'autres époques. Cet argument tomberait si nous retrouvions ailleurs encore des images empreintes d'un style analogue. C'est précisément ce qui a lieu. L. Delisle a eu l'occasion de mentionner des peintures d'un manuscrit « dont, dit-il, le style rappelle assez bien celui du « psautier d'Utrecht ? ». Or, le volume qui lui suggère, à juste titre, cette comparaison est étranger à l'Angleterre. C'est le sacramentaire de Drogon, d'origine purement française * ».

Si on se livre à l'examen le plus minutieux du manuscrit, on doit écarter les parties en capitales rustiques, parce que ce genre d'écriture n'a pas varié pendant une longue suite Des, et le psautier d'Utrecht soutiendrait la comparaison aussi bien avec le Virgile du Vatican qu'avec l'évangéliaire d'Ebbon ; donc rien à conclure.

Passant à l'onciale, forme d'écriture presque immuable, il est possible, néanmoins, de noter quelques minces détails ; ainsi la lettre a offre quelques variantes dans le trait principal et dans la panse. Dans le psautier d'Utrecht, les a nous montrent, d'une façon constante, la panse formée par deux fins petits traits droits qui s'attachent à la barre principale à peu de distance l'un au-dessous de l'autre, et se réunissent à angle aigu, le trait d'en haut se prolongeant un peu pour arriver jusqu'à la ligne sur laquelle repose l'écriture, mais sans la dépasser. Cette disposition donne à l'intérieur de la panse la forme d'un triangle ayant sa base sur la barre principale et se terminant par une pointe effilée. En outre, la lettre i offre aussi une particularité. Le jambage pose sur la ligne de l'écriture, mais le bord extérieur de gauche est prolongé de quelques millimètres au-dessous de la ligne par une petite tilde verticale. On observe des tildes semblables sous les f, le p, les g. Ces remarques sont dues à P. Durrieu qui reconnait tout le premier qu'elles sont du domaine de « l'infiniment petit », mais qui fait remarquer que cette particularité, relativement très rare, est spéciale à deux groupes de manuscrits datant de l'époque carolingienne et se rattachant aux diocèses de Reims et de Metz.

A ces trois manuscrits doivent s'ajouter quelques autres qui viennent d'Hincmar, le successeur d'Ebbon, et qui sont conservés à Reims ; ce sont une grande bible en 2 tomes in-folio et les évangiles offerts par Hincmar à sa cathédrale ; en outre, les évangiles offerts par le même au monastère de Saint-Thierry. L'origine de ces quatre manuscrits ne peut faire l'objet d'un doute, ils portent encore les attestations : Hinemarus archiepiscopus dedit Sancte Mariæ gua ER. mm AU s am =e mai n pate 7 nda me qe a aaa a NDOLAUDABOSERMONES OSULTAMMEAMADNUNGI TNMESTDSUOTATUA QUA^ MEOS INDOSPERAUINON AUITIBI POSUISTILACRI REDDALIAUDATIO N FST ! TIMEBOQUID FACIATMI MASMEASINCONSEECIU CJMERIPUISTIANIMAM fA HICAR O TUO DFMORTE EIPEDESMEOS OTADIEUERBAMEAEXSE S ICUTITINLRO MISSIONE DELAPSU UIPLACFAMCO (RABANTUR ADU IA SUME TUA TUNCCONUERTENT — RADOINIUMINEUIUENT !


ONTROPONFIBAMANTIO NONIDEBAM i — TERRAEUTOISPERDERIM CULOSMFOSREMINIUSTAM | O CULIMEHADFDELSIRA :E DECIJITATEDNIOM NES FACIENTESPRAEUARICATI UISEDEANT MECU AMBU OPER AN TESINIQUITATE ONFSODIUI ; JAcul 207 Po ML A y| T a. f. ZO


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DERITÉRAECES CA NEEXAUO)JORA TRIBULORINCIINAAD MUSDIESMEL ÉTOSSAMEA TIONEM MEAM MEAUR EMTUAM SICUTCREMIUARUERUN TCLAMORMEUSADIE J NQUACUMQUEDLEINUO PFRCUSSUSSUMUTÉA EN UM MENLAT CAU EROTEU £LOCLTER EX FTARULICORMEUM QUI, 1355 Remensi ! et Hincmarus abbas dedil Sancto Theodorico ?, La parenté de ces divers volumes entre eux est frappante. Il est impossible de réver ressemblance plus absolue que celle qui existe pour la décoration des canons entre les évangi les de Saint-Thierry et les évangi les de Loysel. Tous ces volumes sont de méme origine rémoise, où apparait la méme formule paléographi que de l'onciale présentant encore une remarquable unité de style d'école pour le tracé et l'ornementation des gran des lettrines *, » Le type de l'a oncial que nous avons décrit se trouve non seulement dans le groupe des manuscrits de Reims, mais encore dans le sacramentaire de Drogon, exécuté avant 855, dont il faut rapprocher les évangi les dits de Louis le Débonnaire (Paris, laf. 9385) et dans le Paris, laf. 9383 (voir Dictionn., t. v, col. 822, n. 117). Entre le groupe de Metz, auquel appartiennent ces trois manuscrits, et le groupe de Reims les rapports sont étroits. Ils ne se bornent pas à l'identité de la formule paléographi que de l'onciale. On a encore

E !

à constater une évidente parenté pour la facture et le style de dessin entre les illustrations du sacramentaire de Drogon et des évangi les dits de Louis le Débonnaire, d'une part, et, d'autre part, les petites figurines qui décorent les canons dans les évangi les d'Ebbon. » La paléographie du psautier d'Utrecht laisserait pendante la question d'origine entre les groupes de Heims et de Metz ; mais la lettre b des mots initi aux beatus pir tranche la question. Cette lettre que voici (fig. 8162) est du plus pur style rémois. On voit, dans sa partie supérieure, les mêmes entrelacements réguliers de listels qu'on retrouve dans les évangi les d'Ebbon, les évangi les de Saint-Thierry et les autres volumes de Reims.

Nous en venons à l'illustration et, ici, les résultats de la comparaison sont décisifs. Il s'agit de rapprocher le psautier d'Utrecht des évangi les d'Ebbon ; c'est ce qu'a fait P. Durrieu dont nous citons les paro les : « e L'illustration dans les évangi les d'Ebbon comprend quatre gran des miniatures, représentant les évangélistes, et de be aux canons placés sous des portiques à 1356 frontons de style corinthien (voir Diclionn., t. 1v, fig. 3897), avec de petites figurines d'hommes, d'anim aux ou de plantes disposées au-dessus des rampants du fronton. Toute cette décoration est peinte d'or et de couleurs, mais le coloriage n'empéche pas d'apprécier le dessin, et, dans celui-ci, il est impossible vraiment de ne pas reconnaitre le style, j'oserai pres que dire, pour certains endroits, la main méme de l'auteur des illustrations du psautier d'Utrecht. C'est, en effet, ce méme caractére, d'autant plus frappant qu'il est plus personnel et plus original, cette méme manière de jeter le trait de plume, cette méme apparence des draperies et des figures comme fouettées par un violent courant obli que. Plus on descend dans le détail, plus les analogies se multiplient. On pourrait dresser une table de points de comparaison, qui serait absolument éloquente, entre des personnages, des anim aux et jusqu'à des constructions et des arbres, ici, peints dans les évangi les d'Ebbon et, là, tracés à l'encre dans le psautier d'Utrecht.

« Nous nous bornerons à quelques exemp les :

Voici une figure d'évangéliste prise dans le psautier (fig. 8163). Pour la pose, cette figure rappelle de trés prés le saint Matthieu du manuscrit d'Épernay. Quant au rendu des détails et au jet des draperies, on peut la comparer avec le saint Marc d'Épernay que nous mettons en regard (fig. 8164). Nous y joignons une petite figure du Christ glorieux tirée du psautier (fig. 8165). Cette figurine ne semble-t-elle pas, tant il y a d'analogie, étre comme l'esquisse du saint Marc d'Épernay. seulement tracées à la plume, il y a véritablement identité sur tous les points : paléographie, ornementation des initia les, illustration. Dans les cas analogues, la science admet, et l'expérience l'a confirmé, que de la ressemblance matérielle on peut conclure à la communauté d'origine. Il ne serait que strictement légitime d'appliquer ici le principe. Le psautier d'Utrecht est lié de la facon la plus étroite aux évangi les d'Ebbon. Or, sur l'origine de ce manuscrit, nous sommes renseignés d'une facon certaine. Il a été exécuté dans le diocèse de Reims pendant la première moitié du rx siècle, exactement entre 816 et 845. Si on admet ces conclusions, nous aurions, dans cette indication de contrée et de date, la solution définitive pour le probléme posé par le psautier d'Utrecht +. » Œuvre maitresse de l'atelier le plus réaliste à l'époque carolingienne, le psautier révéle les qualités et les défauts poussés à l'extrême. On peut supposer assez gratuitement un modèle grec ou gréco-latin, interprété librement et rajeuni, ce qui empêche de célébrer sans réserve l'illustrateur tant pour l'audace et labondance de l'invention que pour la techni que originale de l'exécution. Mais ce qu'on ne peut lui refuser, c'est « l'art ingénieux avec lequel se groupent et se rapprochent les versets d'un méme psaume, en petites scénes composées, multipliées à l'infini, et coupant de place en place le texte en sa largeur. Tout ce qui touche à la forme extérieure lui appartient en propre ; et c'est avec une incroyable agilité que, dans une techni que appropriée, s'agite et se démène, emporté par une frénésie de mouvement, ce peuple de figurines gré les, d'allure caricaturale et pres que japonaise, avec leur dos bombé, leur cou tordu et le geste violemment expressif de leurs mains, à pouce écarté, tendu par la discussion, mais qui cherchent et réussissent à rendre avec tant de passion la vie *. » (Fig. 8166.) avec des feuillages et des fleurs d'or ; el les servent de cadre ou d'occasion à des miniatures où sont reproduits des épiso des évangéliques et des cérémonies liturgiques en petites figurines d'un dessin correct. Les différents sujets sont bien composés, les personnages et les épiso des sont d'un mouvement fort juste. L'artiste, ayant à reproduire des scénes et une architecture qu'il avait devant les veux, a suivi ses impressions personnel les ; il a moins subi l'influence byzanLine que s'il n'avait eu à peindre que des sujets ordinairement traités par les Grecs. La gouache est épaisse, mais il n'emploie que le violet, le vert, le brun rouge et le ton de chair, Les ombres sont indiquées avec le ton général plus foncé ; rarement il a recours à des rehauts de blanc pour figurer les lumières.


LE va » m 9) « La formule architecturale familière à cet atelier - aussi bien dans les portiques qui, en diverses pla ces du sacramentaire de Drogon, viennent encadrer les débuts de préfa ces que dans les canons d'évangi les — dérive du groupe de Reims, en sa structure générale à entablement et fronton aigu. Le style réaliste des figures d'hommes, qui apparaissent, cà et là, dans les canons, en d'humb les travailleurs portant à deux bras levés ou sur leur dos les cartels, est une preuve sûre d'origine. Mais, outre que l'architecture s'écarte ici du modèle exact et précis en trompe-l'eil pour s'adapter à un décor stylisé de surface plate, toujours, par un goût spécial à Metz, les colonnes y reposent sur un long soubassement qu'on ne trouverait pas à Reims, et des tiges feuillagées, du plus souple carac tère, S'y accrochent en tournant, comme des branches 1359 de vigne, autour des fûts ou du fronton. La beauté de ces feuillages grimpants, aux gracieuses et élégantes circonvolutions, inspirés en grande partie de la vigne dont les vril les tirebouchonnées sont méme généralement visib les, donne aussi un cachet spécial, tout différent de la pure géométrie linéaire de Reims, . aux lettres ornées, semées avec tant de profusion dans le sacramentaire de Drogon et, à son exemple, en quelques pla ces irréguliérement choisies des évangi les | dits de Louis le Débonnaire. C'est de Reims, toutefois, et en particulier du psautier d'Utrecht que sont visiblement venues, quant à la facture, au style et aux instincts dramatiques — « quoi que sur des données orienta les, peut-étre en leur fond, ne füt-ce que par l'idée méme de l'agencement — les vives, ingénieuses et pittoresques petites scènes, souvent divisées en plusieurs épiso des ou même en plusieurs motifs dispersés, qui se glissent si adroitement non seulement à l'intérieur de la lettre, mais encore dans les pleins des montants et des panses ou parmi les rince aux de feuillages enlacés. Il y eut là tout un art de l'illustration et un sens exquis de la lettre historiée, dont on | trouverait à peine les germes timi des dans les éco les | rhénane ou tourangelle, et qui offre déjà comme un avant-goût de ce que devaient plus tard imaginer en ce genre les artistes romans ou gothiques. Le sacramentaire de Drogon mérite, à cet égard, une place de choix dans le mouvement carolingien, par l'originalité hardie de précurseur avec laquelle il sut faire | de la lettre un cadre, aussi bien pour la représentation | figurée des concordan ces mystiques (les trois sacrifi ces d'Abel, d'Abraham et de Melchisédech, dans T du Canon, mis en parallèle comme dans les célèbres mosaïques de Saint-Vital à Ravenne) ou méme du | cérémonial liturgi que, que pour le récit suivi, et le cérémonial anecdoti que, de la vie du Christ ou des | 1360 saints, accompagnant el annoncant les prières de |. cha que féte. Les scénes de l'Enfance (de la Nativité à la Présentation) y sont particuliérement détaillées ; et de méme, après la Tentation, l'Entrée à Jérusalem . et la Crucifixion, la série des apparitions et des , mirac les qui vont jusqu'à l'Ascension et la Pentecôte.

Parmi les vies de saints, oà un choix encore plus libre intervient, sont traitées cel les de saint Étienne, des deux saint Jean, le Baptiste et l'Évangéliste, de saint Pierre et saint Paul, de saint Laurent, de saint André ou méme — par un curieux désir d'invention neuve et appropriée — d'un saint local tel que saint Arnould. C'est une mine iconographi que précieuse, dont l'avenir reprendra et suivra les filons. » — (Fig. 8167-8172.)


LXI. ÉCOLE FRANCO-SAXONNE. — Ce nom a été proposé par L. Delisle pour un ensemble de manuscrits sortis d'ateliers impossib les à désigner, sinon dans une aire fort étendue partant de l'Ile-de-France pour s'étendre jusqu'à la Hollande. Le style qu'on y adopte

el qui s'y propage doit au voisinage des l les-Britanniques son caractére et ses formu les. Vers le 1x* siécle, | et surtout vers le milieu de ce siécle, l'école est en | plein éclat et produit des manuscrits qu'on peut, sans | exagération, qualifier de chefs-d'œuvre ; son succès durera longtemps et ses produits, à peine dégénérés, se retrouveront jusqu'au xit siècle. l Puis une série d'évangi les : musée archiépiscopal d'Utrecht (provenant de Deven- .

Une série de sacramentaires :

De Saint-Denis (Paris, laf. 2290) : de Noyon (Reims, ms. 320-272) ; de Cambrai (Cambrai, n. 755) ; de SaintAmand (Stockholm) ; de Tournai (Saint-Pétersbourg) ; de Liége (Vienne, n. 955).

Deux psautiers :

De Lothaire, collection sir Thomas Brooke, à Huddersfield (olim Saint-Hubert, Ardennes) ; de Louis le Germani que, à Berlin.

Enfin, un groupe d'évangi les plus modernes :

Cambrai, n.309 ; La Haye, n.32 ; Lille, n. 15 ; Berlin, Hamilton, 253, « Mais c'est dans le système ornemental des canons, des encadrements de page, des débuts de texte que l'originalité de l'école s'affirme surtout. Il serait impossible d'en détailler les innombrab les formu les, pour la plupart étroitement liées à cel les d'outre-Manche, mais dont nous signalerons au moins

ned pa : a | uemerarapere nn HEU mom. quvrecum arare 51 1363 les plus essentiel les. Il est à peu prés de règle, par exemple, d'employer uniformément comme remplissure,aussi bien du corps des lettres et des cadres que des colonnes ou arce aux de canons, d'infinies variétés | de nattages, de cordelettes, blanches ou jaunes, sur fond noir ou bistre, entre les ban des d'or ou d'argent de bordure : les ourlés de feuillage n'y apparaissent que tout à fait exceptionnellement. Fréquemment, les ang les des cadres, en ton de métal différent, prennent forme de boucle en cœur, dont une tête d'animal type, oiseau ou quadrupède, fait terminaison d'un côté, en mordant la ligne de bordure, tandis que la queue enfeuillagée s'épanouit à l'autre bout. Il n'est - pas rare aussi de trouver, marquant les ang les ou coupant les centres des cadres, aussi bien que parfois | le milieu des lettres ou méme des colonnettes et pilastres de canons, des carrés, losanges, quadrilobes, cerc les et autres combinaisons géométriques contenant, soit des motifs de feuillages (rosa ces ou quatrefeuil les), soit des entrecroisements de lignes en | bouc les plus ou moins compliquées ou simp les, ainsi que des corps ou segments de corps d'anim aux étirés, emmélés, nattés à l'irlandaise ensemble ou sur euxmémes (voir Diclionn., t. v, col. 807, fig. 4213). Les gran des lettres ornées, souvent d'un trés beau caractére décoratif, si variée qu'en puisse étre la forme, répondent généralement aux mémes principes d'arrangement rectiligne et un peu froid. Ourlées pres que toujours extérieurement d'une ligne de points rouges et se détachant sur des fonds de cadres, dont des pointillés rouges ou verts forment le dessin, el les ont comme terminaison le plus ordinaire des entrelacs de lignes d'or s’entrecroisant en cœur, soulignés par des tons clairs ou sombres régulièrement disposés dans les intersti ces et aboutissant souvent à une téte de quadrupède ou d'oiseau toujours implacablement |. stylisé. Les types étranges dérivent de l'alphabet d'Irlande, de méme que ceux des plus petites lettres, bizarrement anguleuses ou arrondies, fréquemment terminées en têtes de flèches, mélées méme, à l'occasion, de caractéres runiques, et se détachant volontiers sur des ban des faites d'une sorte de mar queterie de lignes rouges imbriquées, qui alternent, si curieusement ici, comme ornement dans les suites de textes, avec la noble et pure capitale classi que. On notera, comme une autre attache irlandaise, par imitation visible des pages à motifs cruciformes, le désir nettement marqué d'insérer, partout oü cela se peut, des croix dans les rosa ces ou l’entrelacs, avec une incroyable fantaisie de renouvellement +. » LXII ÉCOLE DE CORBIE., — Ce nom s'appli que à un atelier de la région du nord de la France, qui, mieux que les autres, peut lutter de richesse et de perfection avec l'atelier de Tours. L'école prend place, semble-t-il, entre 850 et 875, et produit des œuvres d'une splendeur et d'une perfection pres que impossible à dépasser.

Le créateur de l'atelier parait étre le scribe (et miniaturiste ?) Liuthard, dont on lit le nom dans le psautier de Char les le Chauve et qui travailla aussi, avec, son frère Beringar, aux évangi les de Hatisbonne.

. Brooke) : l'image de Char les, cel les de saint Jéróme | | enrichies de miniatures et souvent divisées en plu1364 col. 845, fig. 2652). Il a été exécuté entre 846 et 862 ». puisqu'il contient, dans les litanies, des prières spécia les | pour Louis le Bègue, né en 846, et pour la reine Hir- - mentrude, morte en 862. On retrouve dans ce psautier, avec plus d'animation et de désir de vie, les mêmes sujets que dans le psautier de Lothaire (de la collection.

« C'est moi Ingobert, écrivain fidèle, qui ai transcrit ce livre, en égalant les peintres de l'Italie et en les surpassant méme par l'activité de mon imagination. » La Bible de Saint-Paul, sous certains dehors francosaxons, n'est pour ainsi dire qu'une copie libre de celle du comte Vivien, enrichie et augmentée d'images nouvel les. Il est à remarquer que les miniatures copiées ont méme, généralement, gardé le systéme si net et si logi que, habituel à Tours, de division du sujet par ban des successives, tandis que, livré à son propre goüt, l'inventeur procéde le plus souvent par entassement de faits emmêlés et juxtaposés sans ligne de séparation, à la facon confuse du Pentateu que Ashburnham ou du psautier d'Utrecht.

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ET


PUBLIÉ PAR


ABBÉ DE SAINT-MICHEL DE FARNBOROUGH (ANGLETERRE)

1365 postérieur, d'une trentaine d'années au moins, à la Bible du comte Vivien.

5. Fragment de sacramentaire. — Paris, laf. 1141, — remarquable par le luxe et l'importance des miniatures.

6. Alia. — A un rang plus modeste se placeraient le sacramentaire de Hodrade (Paris, lal. 2050) et le sacramentaire de Nonantola (Paris, laf. 2292). Puis des manuscrits d'évangi les, d'allure un peu expéditive et làchée, et désignés sous les noms de Char les le Chauve f (Paris, laf. 323), de Claude Fauchet (Paris, laf. 270) f ou de Colbert (Paris, lal. 324, voir Dictionn., t. v, col. 812, n. 112), auxquels se rattachent ceux de l'Ar-.senal (Paris, Arsen. 1171 ; Dictionnaire, t. v, col. 829, — n. 133) ou ceux de la collection Hüpsch à la biblio- —— thè que de Darmstadt (n. 746). x L'originalité de cette école luxueuse entre toutes s2 manifesta plutôt dans le décor ornemental, où elle eut ses principes propres et ses trouvail les heureuses, - que dans les sujets et les figures, où elle n'innova que —— relativement peu et en s'appuyant le plus souvent. sur des formu les déjà fixées. Parfois, ce sont les formu les de Reims qui réapparaissent dans l'architecture des canons, à architrave et fronton aigu ou cintré, ainsi que dans le dessin rapide des arbustes, anim aux, Lireurs d'arc, nus ou habillés, placés comme ornement sur les cótés, ou dans tel détail typi que de pose ou de costume des évangélistes, mais fréquemment mélés à l'emploi des camaïeux d'or de Tours. Le type de. Christ de majesté, habituel à cette école, soit seul - (fragment de sacramentaire), soit surtout encadré des évangélistes, avec leurs symbo les, et des quatre grands prophétes (Bible de Saint-Paul, évangi les de SaintEmmeran), ne saurait renier non plus, comme provenance originelle, la solennelle représentation analogue de la Bible de Vivien, ne fût-ce que pour le geste toujours conservé de la main tenant un dis que en forme de perle ou d'hostie. Les miniatures de présentation, qui retrouvent ici tant de faveur — cinq, au moins, de ces manuscrits en contiennent — dérivent aussi de Tours en leur source première, quel que richesse eL agrément nouveau qu'on cherche à y mêler, Une des plus importantes, celle des évangi les de SaintEmmeran, dont la Bible de Saint-Paul s'inspirera plus tard, est trés intéressante à étudier à ce point de vue. Mais ce goût d'imitation un peu indécise, et qui s'adressa tour à tour aux divers modè les existants, sut le plus souvent les harmoniser et les fondre avec 1 une adresse particulière, en sorte que les bigarrures | de style disparaissent sous l'unité de manière !, » | Cette école, si fonciérement éclecti que, eut pourIE tant comme des éclairs d'invention divinatrice. Mais ES elle eut surtout, dans le décor, une manière à elle, qui F la rend particulièrement reconnaissable, Non qu'il faille s'attendre à n'y découvrir auc une trace d'éléments étrangers combinés et transformés, mais l'influence de Grotescalc s'est fait particulièrement sentir. Dans la forme des lettres, dans l'emploi des ban des pourprées de titres, on retrouve le souvenir de l'art de Tours ; dans les bordures d'or serlies de pierres précieuses, on voit le souvenir toujours présent des évangi les de Saint-Médard de Soissons. Méme goût du luxe, de la profusion, de l'accumulation des ornements ; toutefois, le mode d'expression diffère, grâce à un jeu d'éléments décoratifs pres que entièrement renouvelé. « Mais ce qui donna surtout à l'école un remarquable cachet de distinction et de goût raffiné dans la splendeur, c'est un certain nombre d'éléments, d'un. trés riche caractère décoratif encore accru par l'inépuisable variété des combinaisons qui n'appartinrent qu'à elle et, tout au plus, aux manuscrits tardifs de Tours, partiellement sortis de son influence. D'abord un motif de feuillage, plus ou moins dérivé de la feuille d'acanthe, chére aux Carolingiens, et dont le groupe de » i 4 i 1 1367 1368 Bible de Théodulfe, Paris, lat. 9380 [pl. xxvi].

Évangéliaire de saint Gauzelin, Nancy, cathédrale =y F TT z TET Ü di pens » « Ki TIE 11369 Psaulier d' Utrecht, Utrecht, bibl. de l'université, 32 — (voir ci-dessus, col. 1344, fig. 8155-8161) [pl. LXILxx].

Évangéliaire de Clèves, Berlin, bibl. roy., lat. theol., - fol. 260 [pl. Lxx]. vangéliaire de Blois, Paris, lat. 265 (ci-dessus, col. 1344) [pl LXXI-LXXII.

1370 Évangéliaire de Senlis, Paris, Sainte-Geneviève, 1190 [pl. LXXXH-LXXXII |.

Évangéliaire, Cologne, bibliothè que du chapitre [pl. rxxxiv ].

Évangéliaire de Metz, Paris, lat. 9383 (voir Dictionn., t. v, col. 822, n. 117 [pl. rxxxv ]. col. 865-870, fig. 8021-8026, ci-dessus, col. 1358, dun do praccepie 1h57 exime Debemo paznis sur CT OLERHIKRC IN TERRA CO hawa ? AM dr E babizauz AUTO ABRAbe INTERRA CIARA. RH os Abe M US LE anb iR Done | E TATTO AA CAN NOS -NX YPunt, ANNT centum die se ISAAC | » s Frane Swal ABAPAM us que quop * fev dsaAac omnes, Am Minean 1 | Suc DRinGents ces i LI à S B EI FE E n ISAAC Gen eRo cto NES a AN KI TREA co ha UD Ra n. cent PE : GTAB bas us e que Ao ex TUM lon DUI

| PÉRMOYSEN — CENERATIONES DEN VI : ANR !


ART SRE TRES |

Psaulier de Henri le Libéral, Troyes, trésor de la cathédrale [pl. rxxvir, 2].

Psautier de Lothaire, Londres, Brit. Mus., addit. 37768 [pl. Lxx1IX-Lxxx |].

Évangéliaire de Gandersheim, [pl. xcr-xcir, 1 |.

Évangéliaire dit de Lóuis le Débonnaire, Paris, lat. 9388 [pl. xcri |.

Cobourg, musée 1371 Sacramentaire de Metz, Paris, lat. 1141 (voir METZ) [pl. cxxxr-cxxxtiv, 1].

Évangéliaire de Claude Fauchel, Paris, lat. 270 (voir ci-dessus) [pl. cxxxiv, 2].

Évangéliaire de Noail les, Paris, lat. 323 [pl. CXXXVCXXXVI |.

Évangéliaire dit de Saint-Aure, Paris, Arsenal 1171 [pl CXXXVII, CXXXVII a b].

Sacramentaire de Nonantola, Paris, lat. 2292 (voir ci-dessus) [pl. CXXXVII e d].

Évangéliaire de Colbert, Paris, lat. 324 (voir Dictionn., t. v, col. 812, n. 112) [pl. cxxxix |.

Sacramentaire de KRodrade, Paris, lat, 12050 (aprés 853) [pl. cxr |.

Sermonnaire ou coder d'Éginon, Berlin, Philipps, 1676 [pl. cxrvri |.

Psautier de Corbie, [pl. cxrviir-cxrix |.

Bible de Monza, Monza, arch. de la collégiale, G. 1 [pl. cr ].

Apocalypse, Valenciennes, bibliothè que municip., 99 [pl. CLVII-CLIX ]. onciale du vir ou du virer siècle, est connu des érudits sous le nom de Barbarus Scaligeri et, comme ce sobriquet n'est pas des plus faci les à entendre, il faut savoir qu'il contient une chroni que universelle abrégée désignée sous le nom Barbari que J.-J. Scaliger fut le premier à publier au XVII siècle 1, d'Excerpta latina | Rome, Saint- | 1372 Le détail de la scène du sacrifice d'Abraham, en premier lieu, est trés nettement indiqué au fol. 15 vo :

Vox Domini Abraham Altarium Arbor Isaac Sabec Oblatio Il en est de même, au fol. 16, du passage de la me Rouge :

Ma Filiï Israhel re Lranseuntes rurubrum brum mare Les détails de la marche des Israélites dans le déser t sont enfin indiqués d'une maniére plus précise encore à au fol. 16 v^ ; | Ortugo- | Columna nubis ? Columna ignis mitrac, Manna | id sunt Aaron Vox Domini Ebreorum Les mss. Paris, lat. 4584 et Saint-Gall 45 justifient les réflexions que faisaient Samuel Berger et Paul Durrieu, à savoir qu’ « une profonde obscurité enveloppe, d'une manière générale, tout ce qui touche à la personnalité des enlumineurs du Moyen Age. Des centaines de miniaturistes se sont succédés, créant, par leur pinceau, pour la postérité, une galerie d'une | richesse incomparable, sans que leur nom ni auc une particularité de leur existence aient pres que ja mais laissé auc une trace. A peine possédons-nous quelques rares documents d'archives, bien insuilisants pour répondre à notre légitime désir de pénétrer dans l'intimité de ces artistes féconds, ingénieux et charmants. » Dés une épo que déjà ancienne et bien antérieure au xit siècle, nous voyons le chef d'atelier ne pas se contenter de donner des prescriptions verba les aux miniaturistes qui travaillent sous ses ordres. Pour éviter toute erreur, il prend soin d'indiquer par écrit ce qu'ils ont à faire, au moyen de petites notes mises sur le feuillet de parchemin qu'ils ont à illustrer. Le Paris, lat. 4884 nous en donne un exemple. Plus tard, à dater au moins du xri siècle, ces notes pour l'enlumineur étaient tracées, prés de la place laissée vide pour recevoir les peintures, d'une écriture trés 1886, p. 248-287. Il a été, depuis lors, publié par L. Dimier, L'art d'enluminure, in-12, Paris. H. LECLERCQ. MINIATURISTES. — AERAHAMM, moine grec, écrivit, en 990, Dorothei doclrina seu præceptiones - légère et facile à effacer ; ou bien encore, on les placait — dans la marge inférieure, tout à fait au ras du bord. — Toutes, en principe, étaient destinées à disparaitre, — une fois le livre terminé. On les grattait, on les poncait. Cel les du bas des pages devaient tomber sous le - couteau du relieur +, Nous n'avons pas à aborder ici une période étranA gère à nos étu des, mais il fallait au moins l'indiquer ; - nous nous bornerons à mentionner quelques traités “relatifs à l'art de la miniature entre le x et le - XIV siècle.

On ne peut donc omettre de mentionner le moine - Théophile, auteur d'un traité de peinture (t 985), — Theophili libri III seu diversarum artium schedula,


PR ENT)

Théophile, Essai sur divers arts publié par C. de - l'Escalopier ef précédé d'une introduction de J. M.

Guichard, in-49, Paris, 1843. Theophili qui et Rugerus... libri III de diversis artibus seu diversarum artium schedula. An essay upon various arts by Theophilus... forming an encyclopedia of christian art of the eleventh century, translated with notes by R. Hendrie, in-8°, London, 1847 ; Theophilus qui et Rugerus libri III de diversis artibus seu diversarum artium schedula. Essai sur divers arts en trois livres, par Théophile, prêtre et - moine, avec traduction el notes par J.-J. Bourassé, dans J. P. Migne, Nouvelle encyclopédie théologi que, in-49, t. xir 1851-1852 ; Theophili presbyleri diversarum artium schedula, 1856. B. Cellini, Abhandlungen über die Goldschmiedekunst und die Sculpltur... verglichen mit den Parallelstellen aus Theophilus Diversarum artium scientia, in-8^, 1867. Theophilus presbyter. Schedula diversarum artium... Hedivirter Text. Uebersetzung und Appendix von A. Ilg, dans Quellenschriften für Kunstgeschichte de R. von Eitelberger von Edelberg, t. vir, 1871. Teofila kaplana i zakonnika o sztukach rozmaitych ksiag troje, przelozyl z lacinskiego, T. Zebrawski, in-8° Cracovie, 1880.


ADALBALD, prêtre et chanoine à Saint-Martin de Tours, où il tient une des premières pla ces, sinon la premiére, dans l'atelier calligraphi que de Tours. Il est cité à cóté de Frédégise dans le Liber confraternitatum de Saint-Gall (voir ce nom) et il mettait son point d'honneur à toujours signer lisiblement les manuscrits sortis de sa main, soit dans un médaillon initial ou final ( Hic liber Adalbaldi artificis) accompagné de son monogramme. Cet Adalbaldus devait être un disciple d'Alcuin. Il avait écrit un Orose * auquel Bréquigny a consacré une longue not ce, dans laquelle on lit : « C'est un in-quarto assez gros, mais peu grand. Sur la premiére et la derniére feuille, on trouve le nom de celui qui le posséda probablement le premier : Hic est liber Adalbaldi artificis. Ces mots [écrits dans un cercle] sont en lettres majuscu les, qui paraissent de l'áge du manuscrit méme. » Bréquigny a figuré en marge deux cerc les concentriques,. Dans le cercle intérigur sont les mots Hic est liber || Adalbaldi || artificis || coupés en trois lignes. Dans l'espace réservé entre la grande et la A petite circonférence on a tracé en croix B L à l'aide D 1375 puis la premiére série des gran des bib les de luxe, conservées dans les bibliothèques de Zurich (C. IJ), de Bamberg (A. I. 5) ou de Berne (2 et 4), auxquel les on associerait volontiers, pour la conformité du style, une des Vifa sancti Martini de la Bibliothé que nationale, Paris, laf. 10 848, Le début de la période suivante, tel qu'il nous apparait dans la Bible de Rorigon ou dans les évangi les de Lothaire, touche, d'ailleurs, de si prés à celle-ci, qu'à certains égards il n'en est que la continuation et le perfectionnement supérieur. Ce dernier manuscrit, notamment, si novateur qu'il soit quant aux figures, est, par le décor ornemental, dans l'absolu sentiment de la période d'Adalbald, et peut en être considéré comme le chef-d'œuvre 1.

Bibliographie. — L. Delisle, dans Noti ces et extraits des manuscrits, t. XXXI, part. 1, 1884, p. 237-239 ; Manuserits de la biblioth. de Tours, 1883, p. 81 ; L. Delisle, Mémoire sur l'école calligraphi que de Tours au rx ? siècle, dans Mémoires de l'Acad, des inscr. el bel les-lelires, t. XXXIIL, 1885, p. 18, 20-21 ; Desnoyers, Note sur un monogramme d'un prêtre artiste au I x* siècle, et L. Delisle, Note complémentaire, dans Comptes rendus de l Acad. des inscr. el bel les-lettres, IVe série, t. XIV, 1886, p. 376-381, pl. ; P. Le Prieur, L'art de l'épo que mérovingienne el carolingienne, dans A. Michel, Hisfoire de l'art depuis les premiers lemps chrétiens, in-89, t. x, part. 1, Paris, 1905, p. 348-349.

Capgrave, L. 1, p., 423-425 ;

Saneti |


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137 B

BasiLIOS, copiste, écrivit, en 962, un évangéliaire et, ' en 1003, les ceuvres de saint Jean Chrysostome. 4 CUTHBERTUS, calligraphe, aurait copié une partie du Livre de Durham, d'aprés ce que dit son successeur Eadfrith, évê que de Lindisfarne (698-721), Brit. Mus., Cotton Nero D. IV.


DAG ;EUS, calligraphe, abbé de Inisceltra, mort vers 987 : scriptor librorum peritissimus.

E calligraphe et préchantre à Saint-Hubert | dum scribere ; autres mentions sur différents manus- | mus fuit multos que codi ces in Ecclesia nostra scriptos demisit (1x* siècle).


GODEMANNUS, calligraphe, moine de Saint-Swithun et chapelain de l’évê que Æthelwold, vers 970 ; il fut abbé de Thorney, écrivit le bénédictional de SaintÆthelwold.


GOTESCALCUS, calligraphe, moine de Saint-Gall, probablement le copiste d'un antiphonaire conservé à Saint-Gall (1x* siècle).


GUNDOHINUS, scribe, écrivit un évangéliaire pour le compte de Fausta ; conservé à Autun.


GUNTBERTUS, copiste, moine de Saint-Bertin à Saint-Omer, écrivit trois antiphonaires et restaura plusieurs livres ; il écrivit aussi un comput (commencement du rx* siècle).


HARDUINUS, copiste, prêtre à Fontenelle, écrivit plusieurs manuscrits (rx* siècle).

HanrixDis et RENILDIS, copistes et miniaturistes, deux sceurs à qui nous devons l'évangéliaire de Maeseyck (voir ce mot).


HELDRICUS, miniaturiste et moine de SaintGermain-des-Prés, décora une copie de l’Expositio in Ezechielem par Haimon ; actuellement, Paris, laf. 72 302 ; entète,ilest représenté agenouillé devant saint Germain avec ces mots : Hoc paler Heldricus quod pinxerat ipse volumen summo pontifice Germano rite dicavit ; cette miniature a été reproduite par A. de Bastard.


HERIBERTUS, copiste, exécuta à Reichenau l’évangéliaire de l'archevé que Egbert de Trèves, conservé à la bibliothè que de Trèves (1x* siècle).


HERIVEUS, copiste, moine de Saint-Bertin, exécuta dans ce monastère, entre 989 et 1008, le psautier conservé aujour d'hui à Boulogne (rx* siècle).


HIERONYMUS, copiste, prêtre, auteur d'une Vie de saint Paul Ermite, conservée à Corpus Christi College de Cambridge, G. 2r (vire siècle), 1379 HNRODGARIUS, copiste, écrivit le Térence avec miniatures de la bibl. Vatic., 3 836 (rx* siècle).


INGOBERTUS, miniaturiste, auteur de la Bible dite de Saint-Paul-hors-les-Murs (voir Diclionn., t. III, col. 856-865, fig. 2655-2660). Il signe :

Ingobertus eram referens, et scriba fidelis Graphidos Ausonios æquans superanspe tenore Ces deux vers ont recu une nouvelle interprétation de P. Durrieu, qui mettra peut-étre du temps à prévaloir sur l'ancienne. Diclionn., t. vir., col. 596-602, photographs by J. H. Parker, in-4° ; C. Cahier, Nou- | JOHANNES, copiste, chanoine de la collégiale de Quedlimbourg, écrivit le Plenarium présenté au chapitre par l'empereur Henri Ier.


JOHANNES, calligraphe et miniaturiste des Gregorii moralia libri XXVIII-X X XV, qu'il signe : Hunc Johannes scribere decrevil at que complévit, au MontCassin, ms.

Mac HEcor, calligraphe, auteur de l'évangéliaire désigné par son nom et conservé à Oxford, Bodl. D. 24,n. 2946. Ila signé : Mac Regol depinxit hoc evangelium. Quicum que legerit et intellegerit hanc narrationem orat pro Mac Regial scriptori. Sa mort est mentionnée en 820 dans les Anna les d'Irlande : Mac Riagoil nepos Magleni, scriba el episcopus, Albas Birræ periit.


MARTIN, copiste, moine de SaintAmand (Hainaut) (ix* siècle).


MEGHEN, Petrus, copiste et miniaturiste, surnommé Monoculus Theuto, auteur d'un Kalendarium, d'un le arte a Monte Cassino, | Psalterium, de Psalmi penitentia les et Te Deum, ete., au Brit. Mus., I. D. xr à I. D. xv ; I. E. HI ; I. E. IV | eL X. E. v (Xe). eg — Bradley, Dictionary of miniaturist, t. 11,. 297-298.

1380 Mt — À Beyrouth, inscription conservée au musée (1924), trouvée dans cette ville, gravée sur un | fragment d'épistyle.

Zopw MeraËlac xxXMypaqoac... etc...

Le mot ccpt est un diminutif pour cógtov. La profession de « calligraphe » n'indi que pas seulement | l'enseignement de l'écriture, mais l'art du copiste, de - l'enlumineur. Kaypéguoox est un mot nouveau. formé sur xxAAryetwoc, qui vise un métier déterminé, Il se pourrait que la défunte eût été une enlumineuse aussi bien qu'une copiste. Au v* ou vr siècle, épo que | probable de cette épitaphe, ces deux arts se confondent — et s'exercent non seulement sur le parchemin, mais sur « le tissu qui est peint ou brodé. Nous en avons donné un exemple au mot MAGES, avec la robe de Théodora | (voir Dictionn., lion se pose : son talent ? Une réponse probable est sans doute suggérée par son nom, qui semble dérivé de mefaxza ; h uévxEx, tò ueváLw, f) uécoErg désignent à la basse épo que la soie grége, importée, on le sait, directement de Chine à Beyrouth. Meczaix est un vocable exoti que et familier : tel le sobriquet donné dans quel que atelier à une« dessinatrice » de soieries historiées. » MIICIOGENSIS, Andreas, miniaturiste, écrivitetillustra l'Epistola Fulberti de Paris, lal. 14167. On lit au début :

Ultimus in clero Fulberli nomine Sigo’ Andres manibus hæc pinxit Miciacencis t, x, col, 1035, fig. 7484). « La quesce qui semble indiquer que Sigon, chanoine de Chartres, employa André de Saint-Mesmin ou Maxi| min de Tours.

MopntEsrus, miniaturiste, moine de Saint-Gall ; peutêtre à identifier avec Modestus de Fulda (1x* siècle).


NORBERTUS, copiste, moine, écrivit un Hieron. erposit. in psalmos, au Vatican (1x* siècle).


NOTKER, Balbulus, auteur, copiste, miniaturiste, moine de Saint-Gall (rx-x siècle), 830-912.


NOTKER, calligraphe et miniaturiste, mort en 976.


ODEBERT, copiste, moine de Saint-Bertin, aida à l'exécution du psautier aujour d'hui conservé à la bibliothè que de Boulogne (entre 980 et 10057).


OLBERT, copiste, abbé de Gembloux (rx* siècle), Ovo, calligraphe. Ce Frison fut converti par saint Vulfran, devint bénédictin à Fontenelle : Erat in ariepictoria eruditus : plurimos codi ces in priedicto transcripsit monasterio (varie siècle).


PETRUS, calligraphe et moine de Hautvilliers, écrivit un évangéliaire en lettres d'or, à la demande d'Ebbon.. sur quelle matière Metaxia exercait-elle ainsi la rédemption du monde, plutôt que de se | HAGENARDUS, copiste, moine aux Deux-Jume aux, diocèse de Bayeux ; exécuta un Breviarium Alarici abrégé du code Théodosien, aujour d'hui à Paris, lat. 4113, qui remonte à l'année 833 ; il signe Ego ftagenardus clericus, Esau rogante, h une librum scripsi sub | lempore Chludovico imperatore anno XVIIII imperii sui, et sub tempore Erimberto urbis Baiocas episcopo Duos Gemellis abbate. sont suivis d'un avertissement en prose et d'une priére en vers qu'il est impossible de lire sans éprouver une véritable sympathie pour le copiste qui a recommandé en termes touchants son ceuvre et sa mémoire à la postérité. Il s'exprime à peu prés comme il suit :

« Moi Rahingus, moine de l'abbaye de Flavigny et diacre, pendant que, dans l'intérét de nos fréres, j'étais chargé des affaires de la communauté, j'ai voulu m'occuper à recueillir des livres, plutót que de m'endormir dans l'oisiveté et de faire preuve d'ignorance. Plus j'étais tourmenté par le souci d'intéréts matériels et périssab les, plus j'avais à cceur d'augmenter les provisions de biens intellectuels et durab les. Craignant que, faute de bons copistes, nous fussions privés de livres qui nous manquaient, j'ai résolu de consacrer mon activité à une œuvre si utile, pour que la science ne füt pas écrasée sous le poids de l'ignorance. On en pourra juger en voyant les caractères de ce livre, que j'offre à Dieu et à saint Pierre, pour que, pendant une longue révolution de siéc les, il serve à l'instruction de la jeunesse. J'entends que le présent recueil des poèmes de Virgile soit conservé dans cette maison, et qu'on y étudie ce qu'on doit apprendre ; j'en interdis toute aliénation frauduleuse, Que celui qui | enfreindra ma recommandation soit, au jour du grand jugement, condamné aux peines éternel les. Et toi, studieux lecteur qui vois ces lignes, souviens-toi de moi et dis cette prière : A porta inferi erue, Domine, animam famuli tui Rahingi. » v Cette sorte de dédicace est suivie de quatorze distiques, dans lesquels Rahingus prie le Tout-Puissant d'agréer l'hommage de son livre et interdit aux ignorants, poussés par l'esprit du mal, d'enlever le volume qu'il a offert au Seigneur !. » Cet excellent moine, qui croyait faire œuvre pie en copiant Virgile à l'usage de ses confrères, n'appartenait pas, sans doute, à l'école de saint Odon, et il est permis, croyons-nous, de l'en féliciter. Reste à savoir qui est ce Rahingus. On en trouve mention dans l'obituaire de Flavigny, au 15 mai : Idus mai, Rayngus, prior Flaviniacensis, obiil , et on le retrouve dans la Series abbatum Flaviniacensium (fin du xi siècle) où nous lisons que Walon, évé que d'Autun, fit administrer Flavigny par Raïingus, magnæ utilitatis et honestatis, obiit idus maii ?. Le prieur Rahingus était donc contemporain de Walon qui, d'aprés la chroni que de Hugues de Verdun, fut évé que d'Autun de 894 à 913 . Mais il existe un acte de Walon daté de 918 et on sait qu'il était évê que dés 894, c'est donc sous l'épiscopat de Walon que Hahingus fut prévót de Flavigny. Or, le cartulaire de Flavigny contient deux chartes. L'une d'el les ne souléve pas de difliculté, c'est une donation écrite à Dijon, dans les dernières années du rx siècle, par Gausbertus aux lieu et place du moine Hahingus qu'on ne s'étonne pas de voir qualifié de moine s il doit étre prévót une dizaine d'années plus tard. L'autre charte ? est au plus tard de 877 et on lit au bas : In Dei nomine,-hagingus praepositus subscribens consensi, el consentiens subscripsi . Faut-il en conclure que Flavigny a eu, sous l'abbé Sigard (870-874), un prévól nommé Ragingus et, sous l'évê que Walon, un prévót nommé Rahingus, dans la période de 894 à 915 ? Ou bien, le deuxième est-il notre Rahingus qui ajouta sa souscription sur la charte de l'abbé Sigard, trente ou quarante ans après sa rédaction ? C'est la solution qu'adopte L. Delisle, qui place Rahingus vers la fin du IX et le début du x° siècle.

C'est ce Rahingus qui a copié le Virgile du Vatican et le ms. 79 d'Orléans, oü nous lisons un épilogue dont voici le résumé : « Avec l'aide du Tout-Puissant, moi 1383 hahingus, moine indigne, j'ai laborieusement exécuté | | cette copie des épitres de saint Paul, qui sera utile aux | amis de l'étude. Puisse ce travail me profiter, à moi et à d'autres, dans le présent et dans l'avenir ! Il y a peut-étre des gloses conformes à la doctrine de l'Apótre, qui, par suite de l'insuffisance des copistes, semblent parfois détonner ; la sagacité du lecteur saura le reconnaitre pourvu qu'on se rappelle le précepte de saint Augustin : Cueillez la grappe, évitez l'épine. Je prends à témoin l'Éternel et toute la cour céleste que personne ne doit, sinon pour une œuvre pie, enlever ce livre au monastère de [Flavigny]. Comme il est dédié à Dieu, à saint Pierre, à l'illustre martyr saint Prix et à la puissante vierge et martyre sainte Heine, le voleur sera sous le coup d'un terrible anathéme, s'il ne se hâte pas de serepentir et de réparer sa faute. Et toi, lecteur, accorde-moi un souvenir. » Bibl. — L. Delisle, Virgile copié au X* siècle par le moine Rahingus, dans Mélanges d'archéologie et d'hisloire, t. vr, 1886.


RATBERTUS, copiste, moine de Corbie, exécuta un Expositum sci Ambrosii in Luca evangelista, aujourd'hui Paris, Sangerm. 203. Au bas de la première page on lit : Abba jussit fieri Ratbertus leutcharius jussit hunc sanctü scribere libri (vire siècle).


RUATHELMUS, calligraphe (1x* siècle) :


SALOMO, calligraphe, moine de Saint-Gall, évê que de Gonstance : Erat scribendi lingua manu que artifex. Lineandi et capitulares litteras rite creandi præ omnibus gnarus, etc. (x* siécle).


SAMUHEL, COpiste, prétre, exécuta un évangéliaire latin suivant la version de saint Jérôme pour l'abbesse de Quedlimbourg ; on lit à la fin ces mots :


SERBANDUS, COpiste, diacre, abbé de Saint-Sébastien d'Aletri, écrivit en 541 une bible qui passa d'Amiate à la Laurentienne de Florence.


SINTRAMN, calligraphe, moine à Saint-Gall, il exécuta l'Eprangelium longum, à qui les plats d'ivoire sculptés par Tuotilo servaient de reliure. Ekkehard le ;


OEI S Q1íáí1ídl : »1u]' OR — ——— | | 1384 II, appelé yxXXYptpooc, empereur grec (408-450).


MI, empereur grec, 716-717, appelé XXAÀVYoupog xxi ypucoyoxXooc.


THEUTATUS, copiste d'un manuscrit de Job au Vatican (1x° siècle).

Tuomas, calligraphe et miniaturiste, exécuta un évangéliaire conservé au trésor de Trèves : Thomas scripsit (vire siècle). | UPAALRIGUS, calligraphe, évê que d'Augsbourg (923973), exécuta un évangéliaire, aujour d'hui à Munich, Conc. VI. 2a. Au bas du fol, 2, on lit en capitale rusti que d'or : Ds propitius esto Udalrico peccatori.


VALERIANUS, copiste, exécuta un évangéliaire latin. Il a écrit : Ego va le ri a nus ser ip si (vire siècle).


VIDRUG, calligraphe, écrivit un volume en irlandais, comme les évangi les de Mulling. Cha que évangile est précédé de la figure de l'évangéliste. A la fin, on lit en lettres d'or : Hoc Evangelium sctus Bonifacius martyr Domino gloriosus ul uobis seniorum relatione compertum est proprius conscriptis manibus, quod etiam venerabilis abba Huoggi obnixis precibus a rege piissimo Arnulfo impetravit et Sanctæ Fuldensi Ecclesiæ honorabiliter restituit cui Salvator Jesu Gkhriste premia sempitlerna pro devotione sua en celestibus clementer redde eum que uobis feliciter dominari tempora longa concede.


VUARENBERTUS, COpiste, exécuta un traité de Radbert, Paris, laf. 12296 : Amice qui legis retro digitis leneas, ne subito literas deleas... quia sicut navigantibus dulcis est portus, ila scriptori novissimus versus... Ego in Dei nomine Vuarembertus scripsi.


WEISSENBURG, Offrid von, moine, abbé de Weissenbourg en Alsace, écrivit une harmonie évangéli que, aujour d'hui à la bibliothè que de l'université de Heidelberg, Pal. lat. 52 x (1x* siècle).


WENITHAR, le plus ancien scribe de Saint-Gall connu par son nom.


WISLABERT, scribe, écrivit le Manuel de Dhuoda. lt 1 : | | ; k j F A ; :

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| PARIS-VI IBRAIRIE. LETOUZEY ET ANË


ARTICLES CONTENUS DANS LES FASCICULES CXVI


MAYENCE. — I. La ville. II. La liste épiscopale. III. Concile. IV. Bas-relief. V. Inscriptions, par H. LECLERCQ, col, 24-33.


MCIDFA, par H. LECLERCQ, col. 33-42, MDEINA, par H. LECLERCO, col. 42-44.


MEAUX. — I. Origines. II. Période gallo-romaine. III. Période fran que. IV. La ville. V. Christianisme. VI. Catalogue épiscopal. VII. Vie monasti que. VIII. SaintFaron. IX. Concile et désastres, par H. LECLERCQ, col, 4454.


MÉCHERASFA, par H. LECLERCQ, col, 54-57.


VI. Le site de Ia Mec que. VII. Le climat de la Mec que. | listes. X. Les femmes médecins. XI. La composition des | remé des. XII. Le commerce des remé des. XIII. La chirurgie anti que. XIV. La trousse d'un chirurgien. XV. Le MÉDUSE, par H. LECLERCQ, col, 195-199.


MÉLANIE LA JEUNE (Sainte). — I. Les textes. | 1. Céréa les, légu- | VI. L'abbé Mellébaude. VII. Ce qui reste acquis. VIII. Bibliographie, par H. LECLERCO, col. 241-265.


MELLECEY, par H. LECLERCO, col. 265-268.


MÉLODIE, par H. LECLERCQ, col. aaa


MÉLOS. — I. La ville anti que. II. Les nécropo les. III. Le christianisme. IV. La catacombe : 1. Emplacement ; 2. Diverses parties ; 3. Forme des sépultures ; 4. Description des galeries ; 5. Date. V. Baptistére. VI. —— Ambon. VII. Épigraphie. VIII. Bibliographie, par H. LECLERCQ, col. 268-280.


MÉLOTE, par H. LECLERCQ, col. 280-281.


MELUN. — I. Le site. II. Le nom. III. Le pagus. IV. La ville gallo-romaine. V, Sépultures mérovingiennes VI. Christianisme, par H. LECLERCQ, col. 281-290. is


MEMBRA CHRISTI. — I. La basili que. II. Inscription du reliquaire, par H. LECLERCO, col. 290-295.


MEMBRONE, par H. LECLERCO, col. 296.


MEMENTO, voir MESSE.


MEMMNON, voir t. vin, col. 2665.


MEMORIA. — I. Le mot memoria. II. Le sens de memoria. III. De quelques memoria. IV. Autres sens de memoria. V. Memorium, par H. LECLERCQ, col. 296-324.


MEMPHIS, voir t. rr, col. 519.


MÉNAS (Saint). — I. Le texte. II. Le type ico-.


MÉNOLOGE. — I. Le nom. II. La collection de Siméon Métaphraste. IIT. Ménologes antérieurs à Métaphraste. IV. Le ménologe basilien, par H. LECLERCQ, col, 419-430.


MERTOLA. — I. La ville. II. Épigraphie, par H. LECLERCO, col, 493-498,


ET


FASC. CXVIII-CXIX. MÉSOPOTAMIE - MIDDLE-HILL

Ces fascicu les contiennent dix gravures hors texte dpt mm a—— ae dr - wm Tue m A memo mcm a S oa ere =rf qp i dn eat nr D ren fa gai ven UR Une Lie Ap Von rt Aga D rios ra re


ARTICLES CONTENUS DANS LES FASCICULES CXVIII-CXIX


MÉSOPOTAMIE, par H. LECLERCQ, col. 513.


MESSAGER, par H. LECLERCO, col. 513.


MESSE. — I. Caractére sacrificiel de la dernière céne. II. Interprétation donnée par les chrétiens. IIT. L'eucharistie dans l'agape. IV. Le temps et le lieu de la fraction. V. Principa les circonstan ces de la fraction. VI. La pá que juive et la céne eucharisti que. VII. La messe des catéchuménes ou avant-messe et la vigile. VIII. La fraction dans la Didaché. IX. Clément de Home. X. Ignace d'Antioche. XI. Pline le Je une. XII. Pseudo-Barnabé. XIII. Polvcarpe, Hermas. XIV. Saint Justin, martyr. XV. D'une fres que romaine. XVI. De quelques apologistes : Aristide, Athénagore, Apollonius, Epitre à Diognéte, Minucius Félix. XVII. Saint Irénée. XVIII. Pendant la 1 moitié du ae siècle. 1. En Orient. 2. En Occident. XIX. Première esquisse d'un rite gallican. XX. Sectes hérétiques et communautés dissidentes. XXI, L « hérésie » des aquariens.

peuple, par H. LECLERCQ, | | sures chez les Francs. IX. Mesures de longueur. X. Mesures de superficie. XI. Autres mesures de capacité, XII. Mesures de solidité, par H. LECLERCQ, col. 774-784. MÉTAPHRASTE, voir MÉNOLOGE. MÉTÉOROLOGIE, par H. LECLERCQ, col. 784-786. MÉTIERS, voir PROFESSIONS. MÉTROPOLE. I. Titre et fonctions. II. Expansion en Gaule, par H. LECLERCO, col. 786-790. METZ. — I. Origines. II. La conquéte. III. L'organisation, IV. Les enceintes antiques. V. Institutions et usages. VI. Le christianisme. VII. Apostolicité de l'Église de Metz.

| VIII. Légende de saint Clément. IX. Légende de saint Patient. X. Comparaison des légendes. XI. Légende de saint Autor et de saint Livier. XII. Légende du duc Hervis. XIII. La liste épiscopale révélée par un ange, XIV. Liste épiscopale. XV. Les églises de Metz. XVI. La cathédrale : 1. Avant le vin siècle. 2. Du vin au x1 siècle, X VII. Églises stationnales avant 850. XVIII. Les Églises de Metz avant l'an mil. XIX. La visite de Charlemagne. X X, Situation de l'Église de Metz. XXI. Les laus latines. X XII. Les laus grecques. X XIII. Le chant romain à Metz. X XIV. Manuscrits liturgiques. X X V. Ivoires de Metz. X X VI. Charte de Metz. XXVII. Épigraphie. XXVIII. Sculpture méplate. XXIX. Statuette équestre de Charlemagne. XXX. Le sarcophage de Louis le Débonnaire. XXXI. Anneau dit de saint Arnould. X XXII. Calice de saint Chrodégand. XXXIII. Bibliographie, par H. LECLERCQ, col. 790-885. MEUNIER, par H. LECLERCQ, col. 886-887. MEURTRE RITUEL. — I. Du xr siècle jusqu'à nos jours. II. Début de notre ére. ITI. Au temps de saint Justin. IV. Les apologistes grecs. V. Les apologistes latins. VI. Les derniers échos. VII. L'accusation retournée, VIII. Bibliographie, par H. LECLERCQ, col. 887-898, MÉZIÉRES-MAUDÉTOUHR. — I. Localité, II. Sarcophages. III. Mobilier, par H. LECLERCO, col. 898-900. MIANNAY, par H. LECLERCQ, col. 900. : MICA AUREA (Cimetière de), par H. LECLERCQ, col. 900-002. MICHÉE, par H. LECLERCQ, col. 902-903. MICHEL (Culte de saint), par H. LECLERCQ, col. 903-907, MICHELICA, par H. LECLERCQ, col. 907-908, MICROLOGUE, par H. LECLERCQ, col. 908-912. MICY-SAINT-MESMIN. — I. La fondation. II. Autres diplômes, III. Attestations historiques. IV. Les saints de Micy. V. La bibliothèque. VI. Bibliographie, par H. LECLERCO, col, 012-927. MIDDLE-HILL. — I. La Claromontana. II. La Meermanniana. III. La Mediomontana. IV. Bibliographie, par H. LECLERCQ, col. 027-938.

Le Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie est publié par fascicules in-4° de 256 colonnes, contenant la matière d'un volume in-8° de 500 pages (1 000 000 de lettres environ). Une gravure hors texte tient lieu de 16 pages de texte. La vente en est réservée aux souscripteurs, Le prix du fascicule est de 30 francs.

Pour les souscripteurs au dictionnaire complet, le prix du fascicule est réduit à 20 francs (port en plus) payable à la réception du fascicule, Ils devront toutefois faire un versement préalable de 100 francs, à valoir sur les derniers fascicules à paraître. Ce versement reste acquis aux éditeurs en cas de cessation de souscription. — En cas de retard dans le paiement, le recouvrement en est fait par la poste au frais du souscripteur.

Ces fascicules contiennent quatre gravures hors texte


ARTICLES CONTENUS DANS


MIDDLE-HILL.— I. La Claromontana. 11. La Meermanniana. III. La Mediomontana. IV. Bibliographie, par H. LECLERCQ, col. 927-938.


MIDIDI, par H. LECLERCO, col. 038-040.


MIEL, par H. LECLERCQ, col. 940-941.


MIGRANTIBUS (DE), par H. LECLERCO, col. 957.


MIGRARE DE, par H. LECLERCQ, col. 958-960.


MIGRATION BRETONNE. — I. Exposé de la question. II. Sources. 1° Bretagne armoricaine. 2° Bretagne insulaire, 39 Les deux Bretagnes. III. L'Armorique au v*siècle. 19 Les cités, 29 Les évéchés. 39 La langue. IV. Migration des Bretons en Armorique. 1^ Date. 2° Les moines. 3° Le motif. 4° La méthode. 5° La répartition. 6° L'Église bretonne, par H. LECLERCQ, col. 960-983.


MILAN, — I. La ville. II. De situ urbis Mediolanensis. III. La liste épiscopale. IV, Saint Barnabé. V. Le catalogue des premiers évêques de Milan. VI. Valeur historique de l'ancien catalogue. VII. Intégrité du catalogue. VIII. Les évêques : 1. Anatalon. 2. Caius. 3. Castricianus. 4. Calimerus. 5. Monas. 6. Miroclés. 7. Maternus. 8. Protasius. 9. Eustorgius. 10. Dionysius. 11. Auxence, 12. Aurelius Ambrosius : a) La chronologie. b) La tombe. c) Bibliographie. 13, Simplicianus. 14. Venerius. 15. Marolus. 16,5, Martinianus. 17. 5. Glycerius. 13. S. Lazarus. 19. S. Eusebius. 20, S. Gerontius. 21. 5. Benignus. 22. S, Senator. 23. 5. Theodorus. 24. Laurentius Ier, 25. Eustorgius II. 26. 5. Magnus. 27. S. Datius. 23. Vitalis. 29. Auxanus. 30. Honoratus. 31. Frontus Arontius. 32. Laurentius II. 33. Constantius. 34. Deusdedit. 35. Asterius. 36. Fortis. 37. 5. Johannes bonus. IX. La ville chrétienne. X. Saint-Ambroise. XI. L'autel d'or de la basilique ambrosienne. XII. Bibliographie (principalement) de la basilique ambrosienne. XIII. Saint-Aquilin. XIV. Aurona. XV. Saint-Babila. XVI. Saint-Calimére. XVII. Saint-Celse. XVIII. Saint-Étienne in brolio. XIX.Saint-Eustorge. X X. Saint-Genés. X XI. Saint-George in palatio. X XII. Saint-Hippolyte. XXIII. Saint-Jean in concha. XXIV. Saint-Laurent. 1. Saint-Aquilin. 2. Saint-Genés. 3. Saint-Sixte. 4. Saint-Hippolyte. XXV. Sainte-Marie-Majeure. XXVI. L'église des Saints-Nabor-et-Félix. XXVII. Saint-Nazaire, XXVIII. Saint-Satyre. XXIX. Saint-Sépulcre. XXX. Saint-Simplicien, XXXI. Sainte-Thécle. X XXII. Sainte-Valérie. & XXIII. Saint-Vincent in prato. X XXIV. Sarcophages. X X XV. Opus seclile marmoreum. X XXVI. Ivoires, X X XVII. Gemme. X XXVIII. Coffret. XXXIX. Carre aux. XL. Portes. XLI. Épigraphie. XLII. Liturgie milanaise. XLIII. Manuscrits liturgiques, par H. LECLERCO, col, 033-1102.


CONDITIONS ET MODE


LES FASCICULES CXX-CXXI

du porte-drapeau Fabius. XVIII. L'épuration de l'armée. XIX. L'adoration des empereurs. XX. Le martyre du | vétéran Ju les. X XI. Quelques autres martyrs. X XII. L'armée de Constantin et de Licinius. X XIII. Au rve siècle, XXIV. Le cas de saint Martin. XXV. Sur un canon de | Chalcédoine. XXVI. La doctrine fixée. X XVII. Le témoignage des inscriptions, XXVIII. Représentations figurées.

| XXIX. Une carrière militaire au 1v* siècle, X. Quelques textes épigraphiques. XXXI. Bibliographie, par H. LECLERCQ, col. 11083-1181.


MILLÉNARISIVIE. — I. Les origines. II. Les premiers temps. III. Fin du millénarisme en Orient. IV. Fin du millénarisme en Occident. V. Survivances. VI. Bibliographie, par H. LECLERCO, col. 1181-1195.


MILLIAIRE, par H. LECLERCO, col. 1195-1196.


MILLIN, par H. LECLERCQ, col. 1196-1199.


MILO, voir MELOS.


MILTIADE. — I. Le personnage. II. La tombe, par H. LECLERCQ, col. 1199-1203.


MIME, par H. LECLERCQ, col. 1203-1205.


MINERVE. — I. Minerve et le Minervois. II. Le pèlerinage et la charte de 873. III. L'église in castro. IV. L'église ante castrum. V. Signification du plaid et du serment. VI. Coincidence des signatures de l'autel et de la charte. VII. Premier emplacement de l'autel. VIII. Déplacement de * l'autel. IX. Bibliographie, par H. LECLERCO, col. 1205-1213.


MINIATURE. — I. Préambule. II. Le róle d'Alexandrie. III. Le róle de Byzance. IV. La miniature byzantine V. Chronographie de 354. VI. Homère et Virgile. VII. Chronique alexandrine. VIII. Dioscoride. IX. Oppien. X. Apollonius de Citium. XI. Nicandre. XII. Gosmas Indicopleustés. XIII. Physiologus. XIV. Monuments religieux. La Bible. XV. Genèse de Vienne. XVI. Genèse de Cotton. XVII. Rouleau de.Josüé, XVIII. Octateuque. XIX. Livre de Job. XX. Le psautier. X XI. Le psautier grec de Paris. XXII. Les prophètes, X XIII. Extraits bibliques, X XIV. Évangile syriaque de Rabula. XXV. Évangile syriaque de Mardin. XXVI. Évangile arménien d'Estchmiadzin. XXVII. Évangile de Rossano. XXVIII. Evangile de Sinope. X XIX. Ancien Testament syriaque. X. Homélies de Grégoire de Nazianze. XXXI. La miniature au vit siècle, X XXII. Les monuments en Occident. XXXIII. La miniature. XXXIV. Les caractères, XXXV. Groupe franc. X XXVI. Groupe lombard. X X XVII. Groupe wisigothique. XXXVIII. Groupe irlandais et anglo-saxon. XXXIX. La miniature pré-carolingienne. XL. Caractères de l'époque carolingienne. XLI. Formation du milieu. XLII. Évangiles. XLIII. Psautiers, XLIV. Sacramentaires. XLV. Bibles. XLVI. Les groupes d'écoles. XLVII. Évangéliaire dit de Charlemagne, à Vienne, XLVIII. Évangéliaires de Bruxelles et d'Aix-la-Chapelle. XLIX. Évangéliaire de Gotescale. L. Xvangéliaire de Charlemagne, à Paris. LI. L'atelier de Tours. LII. Évangéliaire de Lothaire. LIII. Bible de Charles le Chauve. LIV. Sacramentaire d'Au-

tun. LV, Évangiles de Prüm. LVI. Déclin de l'atelier de — — Le Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie est publié par fascicules in-4° de 256 colonnes, contenant la matière d'un volume in-8° de 500 pages (1 000 000 de lettres environ). Une gravure hors texte tient lieu de 16 pages de texte. La vente en est réservée aux souscripteurs. Le prix du fascicule est de 30 francs.

Pour les souscripteurs au dictionnaire complet, le prix du fascicule est réduit à 20 francs (port en plus) payable à la réception du fascicule, Ils devront toutefois faire un versement préalable de 100 francs, à valoir sur les derniers fascicules à paraître. Ce versement reste acquis aux éditeurs en cas de cessation de souscription. — En cas de retard dans le paiement, le recouvrement en est fait par la poste au frais du souscripteur.


EN PRÉPARATION :


AVEC UN COMMENTAIRE EXÉGÉTIQUE ET THÉOLOGIQUE A L'USAGE DES SÉMINAIRES ET DU CLERGÉ


PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE

Professeur d'exégèse à l'Université catholique de Lille.

T. l. LE PENTATEUQUE. | T. VII. LES PETITS PROPHÈTES, LES MACCHABÉES. T. H. JOSUÉ, LES JUGES, RUTH, LES ROIS. T. VIII. LES QUATRE ÉVANGILES.

T. Ill. LES PARALIPOMÈNES, ESDRAS, NÉHÉMIE, TOBIE, JUDITH, T. IX. LES ACTES DES APOTRES, LES ÉPITRES AUX ROMAINS, ESTHER, JOB. | I-II CORINTHIENS, GALATES.

T. IV. LES PSAUMES, LES PROVERBES, L'ECCLÉSIASTE. T. X. ÉPHÉSIENS, PHILIPPIENS, COLOSSIENS, I-II THESSALOT. V. LE CANTIQUE, LA SAGESSE, L'ECCLÉSIASTIQUE, ISAÏE. NICIENS, I-II A TIMOTHÉE, A TITE, A PHILÉMON, AUX T. VI. JÉRÉMIE, BARUCH, ÉZÉCHIEL, DANIEL. HÉBREUX, LES ÉPITRES CATHOLIQUES ET L' APOCALYPSE.

Un nouveau commentaire de la sainte Bible est désiré depuis longtemps. Il convient de faire profiter sans plus tarder les séminaristes, le clergé et les laïques instruits des sérieux progrès qui ont été réalisés dans l'exégèse biblique depuis le début du siècle.

Le temps n'est plus où un seul auteur pouvait allier à l'audace d'entreprendre seul une pareille œuvre, l'illusion de la mener à terme dans de bonnes conditions. Aussi M. Pirot, chargé depuis plusieurs années de l'élaboration et de la rédaction de ce commentaire, a-t-il voulu s'assurer, avant toute décision définitive, du concours de collaborateurs nombreux et réputés. Parmi eux figurent déjà, et la liste n'est pas close, plusieurs professeurs de nos Facultés de théologie : MM. Tricot et Robert, de Paris ; Chaine, de Lyon ; Pannier, de Lille ; Dennefeld, de Strasbourg ; Coppens et le R. P. Braun, de Louvain ; M. Bardy, de Dijon ; les RR. PP. Buzy et Médebielle, de Bethléem, et quelques-uns des maîtres de nos grands séminaires : MM. Cruveilhier, de Limoges ; Marchal et Clamer, de Nancy ; Charue, de Namur ; Hennequin, de Metz. i On peut donc être assuré que ce nouveau commentaire saura unir à la concision nécessaire une rigoureuse exactitude dans l'information scientifique et théologique.

Voici quelles en seront les principales caractéristiques : le texte de la Vulgate sera reproduit par paragraphes et non par versets, sauf dans les passages poétiques, d'après l'édition de Mgr Gramatica ; mais la numérotation courante sera mise devant chaque verset de façon très apparente.

Le texte français sera une traduction, non du texte de la Vulgate, mais du texte original.

Au-dessous du texte de la Vulgate et de la traduction française du texte original, quelques notes aussi peu nombreuses que possible signaleront les variantes dont il faut tenir compte pour la bonne explication du texte sacré. Les autres variantes d'ordre secondaire seront éliminées.

Chaque livre de la Bible sera précédé d'une courte introduction, rédigée par le commentateur du texte. Cette introduction donnera l'essentiel sur l'auteur, la date, le caractère du livre, sa réception dans le Canon s'il y a lieu, l'enseignement théologique qu'il contient. Se souvenant du but avant tout pratique que l'on veut essayer d'atteindre par ce commentaire, on évitera avec soin tout étalage d'érudition, pour donner simplement, brièvement et clairement les notions précises communément admises par les auteurs prudents et informés.

Dans son commentaire chaque auteur s'appliquera : i) à dégager le sens littéral du texte original sans perdre de vue le sens typique ; il visera également à bien mettre en relief le sens théologique et l'utilisation qui peut être faite d'un passage déterminé pour justifier et expliquer nos dogmes ; b) à donner les explications lexicographiques, grammaticales, géographiques et historiques susceptibles d'expliquer le texte sacré, d'en mieux saisir le sens exact et toute la portée ; c) à fournir pour certains textes qui s'y prêtent, comme les paraboles, divers récits des Évangiles, des Actes, ou de l'Ancien Testament : Psaumes, Prophètes, Livres sapientiaux, un canevas des développements homilétiques que suggère le texte sacré, afin d'orienter, si possible, la prédication vers un meilleur emploi de la sainte Écriture.

Est-il besoin d'ajouter que le Directeur et les Collaborateurs de ce commentaire se feront un devoir de suivre fidèlement toutes les directives émanées du Saint-Siège en matière biblique ? L'Enchiridion biblicum, publié par la Commission biblique, sera pour eux tous un guide précieux.

Le Commentaire sur les Évangiles paraîtra en 1933 ; les autres volumes suivront aussi rapidement que possible.


PENDANT LA MINORITÉ DE LOUIS XV

3 volumes in-8°, Prix : 100 francs.

Un ouvrage comme l'Histoire de la Régence donne la certitude que l'auteur est remonté aux sources ; les détails, aussi bien que l'ensemble, ont été contrôlés par une judicieuse et sévère critique. Sûrement les événements se sont passés ainsi. Mais avec dom Leclereq nous ne sommes pas réduits à ce rationnement. Quelle abondance de détails l'historien a récoltés dans les chroniques de l'époque ! On revit jour par jour les événements. On assiste à la dernière maladie de Louis XIV. Elle dura vingt-trois jours, pendant lesquels le roi « donna un des plus nobles spectacles qu'aient admiré les hommes ». Chacune des journées est détaillée avec les gestes, les paroles du malade, les tâtonnements et les incessantes consultations d'une troupe de médecins conduite par Fagon, les conférences avec le confesseur, le P. Le Tellier ; les intrigues redoublent autour de ce chevet à mesure que le mal gagne du terrain, puis les derniers sacrements, l'intervention in extremis d'un empirique marseillais dont l'élixir avait réussi à inspirer confiance, enfin les ultimes paroles : « O mon Dieu, venez à mon aide ; hâtez-vous de me secourir. » Et, de même, l'on voit se dérouler tous les événements de la Régence : cassation du testament royal, création...

Assurément cette Histoire de la Régence n'est pas une apologie des papes, ni des grands personnages ecclésiastiques. Le jugement impartial de l'historien ne tait aucune défaillance. Si ce n'est pas toujours édifiant, nous sommes édifiés en tout cas de la sérénité de dom Leclereq, pour qui la vérité ne semble jamais pénible à dire. Il n'a pas même recours à ces circonstances atténuantes que les historiens catholiques se croient en devoir de chercher dans la corruption générale de l'époque. Il dit les choses comme elles se sont produites, bien qu'il se résolve à en adoucir les couleurs, parce que « cette histoire ne pourrait être écrite qu'en latin ». Ailleurs, il dit cependant : « Les mœurs se corrompirent, mais moins qu'on ne l'a pensé ; ce qui a fait croire le contraire, c'est que le cynisme remplaça l'hypocrisie. » « Prologue de la Révolution..., la Régence est une période de transition ; elle liquide tout un passé et sème les germes de l'avenir. » A ce point de vue, elle méritait une longue et minutieuse étude, comme celle que le travail patient de dom Leclereq nous a donnée. Dans cette moisson d'une richesse immense, je n'ai pu glaner çà et là que quelques épis. Obligé de limiter mon choix parmi tant de choses intéressantes, j'espère du moins que ces notes trop incomplètes susciteront à dom Henri Leclereq quelques lecteurs de plus. Pour peu qu'ils s'intéressent à l'histoire vraie, ils me seront reconnaissants de les avoir invités à s'asseoir à une table aussi abondamment fournie de plats solides et savoureux.

Chanoine Pavut HarrLANTs (Bruxelles).

publiée sous la direction de Victor CARRIÈRE Professeur à l'Institut catholique de Paris 3 volumes in-8° d'environ 600 pages. Prix : 150 fr. franco, payables d'avance

L'organisation des études d'histoire ecclésiastique en France suppose l'existence de manuels destinés à faire connaître les sujets à traiter et les bonnes méthodes de travail. Un enseignement de ce genre, consacré aux études d'histoire locale et diocésaine, a toujours fait l'objet des préoccupations de la Société d'histoire ecclésiastique de la France. La publication qu'elle fait paraître aujourd'hui, sous la direction de M. Victor Carriére, se présente au public comme une synthèse des progrès réalisés, depuis un demi-siècle, dans le domaine de l'histoire ecclésiastique proprement dite.

L'ouvrage comprend trois volumes.

Le tome I est consacré aux sources manuscrites de l'histoire religieuse de la France. On y indique, soit par des vues d'ensemble, soit par des détails sommaires, quels sont les matériaux encore inédits dans les principaux fonds d'archives et dans les grandes bibliothèques de Paris et de province.

Les deux autres volumes sont réservés aux travaux d'exposition historique. On ne s'y propose pas de suppléer à la préparation technique ou faire œuvre d'érudition. On voudrait seulement renseigner et guider les initiatives en leur indiquant les principales questions à traiter, par quelles disciplines y prétendre utilement et les sources à consulter. Chaque sujet, rédigé dans ce but par des spécialistes, à la manière de dissertations ou d'instructions, constitue une sorte d'examen de conscience scientifique, un travail original où l'érudition de l'auteur vient soutenir une pensée personnelle. On y examine les manières plus ou moins légitimes de grouper et d'agencer les données d'un problème, d'une question ; on motive, à l'aide d'exemples, le rejet de celles qui sont insuffisantes ou vieillottes, on leur en substitue de meilleures, on en montre le bien-fondé. Chaque instruction est précédée d'un court aperçu historique et l'on y a joint l'indication des ouvrages types, de ceux qui sont dignes d'être proposés comme modèles.

Ainsi espère-t-on fixer une direction d'esprit et de travail et, peut-être, épargnera-t-on aux débutants bien des faux pas.

Vient de paraître : TOME II

L'HISTOIRE LOCALE A TRAVERS LES AGES

Première partie : le document. — i. Comment utiliser pour l'histoire les inscriptions chrétiennes, par M. René AIGRAIN, professeur à l'Université catholique d'Angers. — 11. Conseils pour la publication des chartes, par Maurice Prou, membre de l'Institut. — 111. Éléments de sigillographie ecclésiastique française, par M. Auguste COULON, conservateur adjoint aux Archives nationales. — 1v. Comment doit-on publier un cartulaire ? par M. Henri STEIN, professeur à l'École des Chartes.

Deuxième partie : l'histoire diocésaine. — v. Pour refaire le Gallia christiana, par Antoine DEGERT, professeur à l'Institut catholique de Toulouse. — vi. Des biographies épiscopales, par M. Victor CARRIÈRE, professeur à l'Institut catholique de Paris. — vit. Comment concevoir l'histoire d'un diocèse de France ? par M. Albert DurouncQ, professeur à la Faculté des lettres de Bordeaux, — viii. La liturgie et les travaux d'histoire locale, par M. Michel ANDRIEU, professeur à la Faculté de théologie catholique de l'Université de Strasbourg.

Troisième partie : l'histoire paroissiale. — ix. Comment concevoir une monographie paroissiale, par M. Joseph GUILLAUME, archiviste paléographe. — x. Comment il ne faut pas rédiger une monographie d'église, par Auguste BRUTAILS, membre de l'Institut,

Quatrième partie : les établissements religieux. — xi. Comment rédiger l'histoire d'un monastère (abbaye ou prieuré), par M. Léon LEVILLAIN. professeur à l'École des Chartes, et M. R.-M. SAUVAGE, archiviste du Calvados. — xil. Comment composer l'histoire d'un établissement hospitalier, par M. Léon LE GRAND, conservateur honoraire aux Archives nationales, — x111. Pour écrire l'histoire d'une congrégation religieuse, par le R. P. Paul Dupon, de la Compagnie de Jésus.

Appendice. — xiv. Les noms de lieux d'origine ecclésiastique, par M. Géraud LAVERGNE, archiviste de la Dordogne.


HISTOIRE DU DÉCLIN ET DE LA CHUTE DE LA


HISTOIRE DE LA RÉGENCE PENDANT LA MINORITÉ DE LOUIS XV

Prix Thiers de l’Académie française


LES JOURNÉES D'OCTOBRE ET LA FIN DE L'ANNÉE 1789

Un volume in-8° raisin, 456 pages . .. .. .. .. Prix : 50 fr.

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