Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie. Tome douzième, Mora vocis-Orvieto. Première partie, Mora vocis-Noé [...] Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France flal Gallica. Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie. Tome douzième, Mora vocis-Orvieto. Première partie, Mora vocis-Noé | publ. par le Rme dom Fernand Cabrol,... et le R. P. dom Henri Leclercq ; avec le concours d'un grand nombre de collab.. 19351936.
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| | ] | m | M e E Fasc. CXXVII-CXXIX. Mona vocis - MOZARABE (LITURGIE) Ces fascicules contiennent quatre gravures hors texte — pert MORA VOCIS, par R. MoissENET, col. 1-2.
MOREAU (Frédéric), par H. LECLERCQ. col. 2-4.
MORLUPO-LEPHRIGNANO, par H. LECLERCO, col. 4-5.
MORONI (Gaetano), par H. LECLERCQ, col. 5-6.
MORS DE CHEVAL. — I. Chez les barbares. IL Le mors franc de Magnette. IIL Le mors de Madrid, par H. LECLERCQ, col. 6-10.
MORSOTT. — I. Situation. II. Nom. III. Ruines, IV. Église. V. Épigraphie. VI. Bibliographie, par H. LECLERCO, col. 10-15.
MORT — I. La peine de mort chez les Romains. II. Chez les Germains et chez les Francs, III, L'exécution de la peine. IV. Chez les rois francs. V. Prière pour les morts. VI. Messe des morts. VII. Fête des morts. VIII. La crainte de la mort. IX. Le désir de la mort. X. La mort civile. XI. Roule aux des morts, XII « Cro que-morts », XIII. Communion des morts. AIV. Tête de mort. XV. Bibliographie, par H. LECLERCQ, col. 15-52.
MOSAIQUE. I. Origines. II. Histoire. III. Quelques mosaïstes chrétiens. IV. La mosaïque de verre. V. Dimensions des cubes. VI. Composition des cubes colorés, VII. Emploi et composition des cubes dorés, VIII. Emploi et composition des cubes argentés. IX. Emploi des cubes de nacre. X. Questions et problèmes. XI. Conservation et détérioration. XII. La mosaique avant la paix de l'Église : 1. Catacombes. 2. Oratoire, 3. Nap les. 4. Parenzo. 5. Gaule. XIII La Renaissance constantinienne, mosaïque romaine, XV, Le second art chrétien. XVI. Chronologie des mosaïques romaines. XVII. Mosaïques romaines du wv ? siècle. XVIII. Mosaïques romaines du vr ? siècle et au delà. XIX. Essai de classement de quelques mosaïques, X X. Afrique : 1. Algérie. 2. Tunisie. XXI. Bretagne (Grande-). XXII. Égypte. XXII. Dalmatie. XXIV. Espagne. XXV. France : taine. 3. Province de la Gaule Lugdunaise. 4. Province de la Gaule Belgi que. XXVI. Illyricum. XXVII. Italie : 1. Albenga. 2. ?... 3. Ancône, 4. Aquilée, 5. Capoue. 6. Casaranello. 7. Florence. 8. Fondi. 9. Milan. 10. Saint-Aquilin. 11. Saint-Satire. XXVIII. Mosaiques de Ravenne : 1. Période romaine. 2. Période gothi que. 3, Période byzantine. XXIX. Les historiens des mosaïques ravennates, X. Mosaiques perdues de Ravenne, X XXI. Ravenne : 1. Mausolée de Galla Flacidia. 2. Baptistère des Orthodoxes. 3. Chapelle du palais archiépiscopal. 4. Saint-Apollinaire-Neuf. 5. SaintVital. 6. Saint-Apollinaire in Classe. 7. Saint-Michel ad Frigiselo. 8. Baptistère des Ariens. X XXII. Les historiens des mosaïques romaines. XXXIII. Mosaïques perdues à Rome. XXXIV. Présence d'éléments antiques, XXXV, Rome : 1. Sainte-Constance, 2, Chapelle des SaintesRufine-et-Seconde, 3. Sainte-Marie-Majeure. 4, SaintePudentienne, 5. Sainte-Sabine, 6. Baptistère du Latran. 7. Saint-Paul-hors-les-Murs. 8. Saint-Côme-et-Damien, 9. Saint-Clément. 10. Saint-Laurent. 11. SaintQuelques mosaïques de | Théodore. 12.Sainte-Agnés, 13.Oratoire Saint-Venance au Latran. 14. Saint-Pierre du Vatican. 15. SaintÉtienne-le-Rond. 16. Saint-Pierre-és-Liens. 17. Oratoire de Jean VII. 18. Triclinium du Latran. 19. SaintsNérée-et-Achillée. 20. Sainte-Praxéde. 21. Sainte-Marie in Domnica. 22. Sainte-Cécile. 23. Saint-Marc. XXXVI. Italie (suite) : 1. Siponte. 2. Teana. 3. Vercell. XXXVII. Mosaïques chrétiennes de l'Italie. XXXVIII. Mosaïques de l'Orient, XXXIX. Quelques mosaiques : 1. Chiti. 2.-3. Constantinople. 4. Jérusalem. 5. Kabr Hiram. 6. Kefr Kenna. 7. Madaba. 8. Nicée, 9.-11. Saloni que. 12, Sinaï. 13. Soueida. 14. Sour. XL. Mosaïques perdues en Orient. XLI. Pavements de mosaïque. XLII. Mosaïque et superstition. XLIII. Mosaiques sur tuile. XLIV. Bibliographie, par H. LECLERCQ, col. 57-332.
MOYENMOUTIER. — I. Moyenmoutier. II. Les sources. III. La légende dans l'histoire. IV. La part de l'histoire, V. Les successeurs de saint Hidulphe :
| Régimbert, Sundrabert, Maldavin, Fortunat, par MOZARABE (LA LITURGIE). — I. Le nom. II. Historique. III. Sources et documents. IV. L'année liturgique, annonce des fêtes, calendrier, fêtes immobiles et fêtes mobiles ; la semaine sainte et la semaine pascale : les communs. V. Les messes mozarabes, VI. L'office mozarabe, le cursus, les cantiques, le lucernaire ; les offices de primiliis et de decimis ; le psautier et l'hymnaire, VII. Sacrements, ordinations, réordinations, réconciliation des hérétiques. VIII. Relations de la liturgie mozarabe avec les autres liturgies. IX. La notation musicale et le chant mozarabe ; la question des origines de la liturgie mozarabe. X. Orthodoxie de la liturgie mozarabe ; la descente du Christ aux enfers ; les symboles de foi ; lecture de l'Apocalypse ; la doxologie, le Trisagion, le Gloria in excelsis. XI. Usages particuliers : lavement des pieds, onction des rois et autres cérémonies royales ; cloches, couronnes, croix, calices, patènes, etc, XII. Les caractères et les procédés de la liturgie mozarabe ; centonisation. XIII. Vocabulaire. XIV. Bibliographie, par F. Cannor, col 391-480.
MORA VOCIS — NOÉ
ET
PUBLIÉ PAR
ABBÉ DE SAINT-MICHEL DE FARNBOROUGH (ANGLETERRE)
TOME DOUZIÈME
MORA VOCIS — NOÉ
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ET
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M ( suite) MORA VOCIS, expression tirée de la technique grégorienne moderne 'et traduite en tête des ouvrages spéciaux, traités et livres de chant par « retard de la voix ».
Il convient de remarquer tout d'abord que cette traduction « retard de la voix » est par elle-même obscure. Retard en effet qui « se dit de ce qui est ou se fait trop tard » (Littré) ne saurait être pris à la lettre. Et, en effet, il résulte des gloses des maîtres qu'on entend par là un ralentissement que le chanteur doit faire subir à certaine partie de la cantilène grégorienne. L'indication serait analogue à la nuance Rallentando qui se pratique dans la musique moderne.
En réalité, cette expression procède d'une fausse traduction d'un texte de Gui d'Arezzo (995-1050), auquel, comme on sait, se reportent volontiers les promoteurs modernes du chant grégorien, précédemment connu sous le nom. de plain-chant :
La formule mora vocis se trouve dans le Micrologue, petit traité élémentaire que Gui d'Arezzo a destiné à l'enseignement de tous, même des enfants. Or, il ressort clairement de l'examen de ce texte que, d'une part, le terme vor, vocis, vocem, etc., employé par Gui d'Arezzo dans l'expression en cause doit être traduit non par le mot voir mais par le mot note de la gamme et que, d'autre part, le terme mora ne signifie pas retard mais durée.
Sur le premier point, en effet, on relève que Gui d'Arezzo emploie rarement, pour le mot note, le terme nola (c. 11) et 96 fois le terme voz, vocis, vocem, vocibus, etc. Au surplus, au cours de l'ouvrage, Gui d'Arezzo ne s'occupe que des notes et jamais de la formation de la voix des chanteurs. Une seule fois, au c. x, parlant des notes données avec justesse par son monocorde, bene dimensis vocibus, mais entonnées per falsitalem, trop haut ou trop bas, il en rend responsables les voix humaines, quod faciunt pravi vocks hominum.
A l'appui de ce qui précède, voici le début du c. 1v, qui présente quatre fois le mot vox, avec le sens indiscutable de « note de la gamme ». C. 1v : Quibus sex modis sibi invicem vo ces jungantur, « quels sont les six intervalles que peuvent former les notes(ro ces) en s'unissant entre elles » ?
Dispositis ila que vocimus inler VOCEM ET VOCEM alias majus spatium cernitur, ut inter p et A, et inter A et B, alias minus, ut inter B el C, el reliqua. Et majus quidem spatium tonus dicilur, minus vero semitonium. x Les notes ayant été disposées (sur la table du monocorde à la place qu'assignaient à chacune d'elles les différentes longueurs de corde), on voit que l'espace qui les sépare est tantôt plus grand, comme entre sol et La, entre la et si, tantôt plus petit comme entre si et ul, etc. Et le plus grand espace (intervalle) est dit ton, le plus petit, demi-ton. » Sur le second point, sens du mot mora, remarquons tout d'abord que l'expression intégrale employée par Gui d'Arezzo n'est pas mora vocis mais mora ultimae vocis (c. XV).
Or, au point de vue lexicologique, mora possède deux sens : celui de retard, moram facere creditoribus (Cicéron), et celui de durée ou de demeure, plus fréquent dans la période médiévale.
Saint Léon, dans son premier sermon sur l'ascension, parlant des 40 jours que Notre-Seigneur passa sur la terre après sa résurrection, les appelle mora, mora præsentiæ corporalis.
Ajoutons qu'il serait prudent de renoncer à la formule « retard de la voix » qui joint à l'inconvénient d'une fausse traduction celui d'une obscurité regrettable, MOREAU (Frédéric). Il était né à Paris le 1er juillet 1798, il y mourut le 21 octobre 1898. Bien lui prit de vivre cent ans, car il attendit d’être septuagénaire pour s'occuper d'archéologie. Sa carrière active avait été exclusivement commerciale de 1831 à 1853, et il avait consacré ses loisirs à la rédaction de différents ouvrages sur le commerce des bois : bois carrés, bois de charpente, de sciage, de charronnage, bois de flottage. Lors que Fr. Moreau passa ses affaires à son fils, il se tourna vers l'administration et appartint pendant des années aux assemblées municipale, générale de la Seine et de l'Aisne ; il affectionnait le séjour de Fére-en-Tardenois et s'y occupait d'horticulture.
En 1873, il n'avait encore que soixante-quinze ans et ne s'occupait plus que de jardinage quand, en construisant un chemin, le cantonnier mit à découvert quelques tombes renfermant des ossements. L'agent-voyer en fit un rapport à la Société archéologique de Soissons qui se rendit, pour but de son excursion annuelle, au moulin de Caranda placé au confluent de l'Oureq et du ru de Jehieux sur le terroir de Cierges, à quelques kilomètres de la propriété de Fr. Moreau.
Celui-ci fut invité à assister aux fouilles, qui ne donnèrent que des broutilles, assez toutefois pour intéresser Moreau qui y retourna avec son jardinier, remua le terrain et trouva un superbe dolmen. Il loua le terrain et fouilla méthodiquement. Or, il se trouva qu'on était dans l'Aisne, la terre promise des fouilleurs. On trouva tout ce qu'on voulut : du préhistorique d'abord, le dolmen, des objets en pierre polie, puis un cimetière gaulois, puis un cimetière gallo-romain, puis un cimetière franc, tout cela autour de la butte du moulin de Caranda. Alors Frédéric Moreau étendit le cercle de ses recherches ; il s'attaqua au territoire de La Fére, acheta le terrain qu'il avait sondé et trouva deux cimetières de plus, un gaulois et un gallo-romain. Les trouvailles furent si nombreuses et si précieuses qu'on en forma une collection qui reçut le nom de Caranda et tous les musées importants de France reçurent des spécimens des objets trouvés : armes, fibules, boucles, verreries, colliers, poteries, etc.
En même temps qu'il étendait ses investigations, Fr. Moreau tenait un Journal des fouilles donnant, jour par jour, la description des travaux et des trouvailles, mentionnant avec exactitude les conditions dans lesquelles chaque objet fut trouvé, ce qui augmente considérablement la valeur archéologique et scientifique de la collection.
Avant de faire connaissance de Jules Pilloy, agent-voyer d'arrondissement à Saint-Quentin, archéologue averti et dessinateur sincère, Fr. Moreau publia le sommaire de la collection avec une reproduction figurée des principaux pièces : silex, bronze, fer, bijoux, vases, armes, ustensiles. Ce fut ainsi que fut formé et publié l'Album Caranda de 229 planches en couleur dont 15 double format petit in-folio, d'une irréprochable fidélité, au moyen d'un procédé de chromo-autographie créé de toutes pièces par J. Pilloy et appliqué par Bourbier, lithographe à Saint-Quentin.
Pendant un quart De, Fr. Moreau explora vingt-cinq nécropoles. Au début, aimait-il à raconter, beaucoup d'amis se moquaient de sa vocation archéologique si tardivement éveillée :
Frédéric Moreau enterra, l'un après l'autre, tous les rieurs, se conservant vert, ingambe et actif jusqu'à l’âge le plus avancé et gardant jusqu'à la fin le plein usage de ses sens et de ses facultés intellectuelles. Ses explorations s'étaient étendues dans les arrondissements de Château-Thierry et de Soissons, et notamment dans les communes de Cierges (Caranda), Fére-en-Tardenois (Sablonnière), Aiguisy, Arcy-Sainte-Restitute, Armentières, Brény, Brécy, Chouy, Le Charmel, la Villa-d'Ancy, Bruyères (Crugny), Ciry-Salsogne, Chassemv, Maast-et-Violaine, Nampteuil-sous-Muret, etc. Le nombre total des sépultures fouillées dépasse 15 000 d'où sont sortis par milliers des objets antiques : vases, armes, bijoux, ustensiles, etc., sans parler de 32 600 silex, hachettes, flèches, instruments divers. En l'année même de son centenaire, Fr. Moreau publia un Complément et fin de la table des principaux objets reproduits dans l'« Album Caranda », c'était son exegi monumentum, le point final posé à la publication dont le premier fascicule avait paru en 1877. La collection Caranda a été léguée au musée de Saint-Germain-en-Laye.
Frédéric Moreau ne peut être compté au nombre des archéologues chrétiens, mais ses fouilles ont été si utiles à la connaissance du mobilier barbare et franc qu'on devait lui accorder un souvenir. Nous n'en séparerons pas celui de son neveu, Étienne Moreau-Nélaton, auteur de six volumes intitulés Les églises de chez nous (le Soissonnais), qui indiquent le plus noble hommage que la fortune, jointe à la science, puisse rendre à nos vieux édifices chrétiens.
BIBLIOGRAPHIE. — M. Salomon Reinach a donné, dans la Revue internationale des musées, t. r, p. 20, une inscription non datée qui appartient, par la forme du chrismon et des caractères, au IVe :
SIMVS PRESBITER DE CIMIEAPRONIANETI CO IVGI DVLCISSIME BENEMER ENTI QVE VIXSIT MECVM AN NOS - XXXI -MEN :VII-DIES - XIII DEPOSITA-III-ID :AVG-IN : PACE
Le prêtre Martius Firmissimus a consacré cette épitaphe à sa femme Decimia Apronianete avec laquelle il a vécu 31 ans, 7 mois et 13 jours. O. Marucchi s'est imaginé que Martius Firmissimus n'avait pu être marié et prêtre en même temps, il en a induit que le survivant n'avait rédigé l'épitaphe qu'assez longtemps après la mort de l'épouse avec laquelle il avait vécu trente et un ans, puis que, celle-ci morte, il lui avait fallu attendre un peu de temps pour recevoir l'ordination sacerdotale. Toute cette combinaison est gratuite. Au IVe, et même au Ve, en Occident, il y avait encore des prêtres mariés qui exerçaient leur sacerdoce, comme nous en avons donné des exemples (voir Dictionnaire, t. 11, au mot CÉLIBAT).
Deux autres inscriptions, et celles-ci à date certaine, permettent de placer l'exploitation du cimetière de Morlupo-Leprignano vers le milieu du IVe : celle-ci est tracée à la main sur la chaîne d'un arcosolium :
On ne lit pas la mention consulibus, mais on peut dire qu'elle est superflue. Nous apprenons que Evangelia fut inhumée le 23 juin de l'an 344.
L'inscription suivante nous apprend que Castorinus reçut son épitaphe par les soins de Domninus, son fils, et d'Antonia, sa femme, sous le consulat de Limenius et de Catullinus en 350 :
DOMNINVS + : PATDVL
H. LECLERCQ.
MORONI (Gaetano). — Né à Rome le 17 octobre 1802, mort le 3 mars 1883 dans cette ville. Après avoir reçu l'éducation primaire chez les frères des écoles pies, il fit son apprentissage de barbier en un temps et dans une ville où cette noble profession embrassait le rasoir, la lancette et le clystère. En cette triple qualité il exerçait son art au couvent des camaldules sur le Celius, où l'abbé Mauro Cappellari et quelques moines avaient leur figaro en telle estime qu'ils recouraient à sa plume pour mettre à jour leur correspondance. Un jour, l'abbé Cappellari se réveilla cardinal et s'empressa de faire de Moroni son camérier. Figaro devenait Gil Blas ! Un autre jour, le cardinal Cappellari devint pape et le camérier se trouva du coup primo aiutante di camera et secrétaire particulier ; ce n'était pas une sinécure, car, assure-t-il, il écrivit plus de 100 000 lettres. Entre temps, il entra, par son mariage, dans la famille pontificale. Moroni n'a pas calculé ce qu'il avait lu dans la bibliothèque des camaldules et ce qu'il avait jasé dans les antichambres, ou bien il a renoncé à l'évaluer ; n'importe, il avait retenu beaucoup, il inventa le reste. Livres, journaux, prospectus, feuillets volants, il collectionnait, il entassait, il apprenait sans méthode et sans critique jusqu'au moment où l'idée lui vint d'imiter un certain chanoine Giovanni Fontana, auteur d'un Dizionario enciclopedico paru en 6 volumes à Pavie, en 1831. Mais six volumes semblaient chétifs à un homme qui prenait pour devise : Melius est abundare quam deficere. Il avait réussi à mettre la main sur une histoire des papes écrite par un ancien jésuite, Joseph de Novaes, et il pillait les papiers de Cancellieri. Grâce à cela et aussi à la faveur dont il jouissait, Moroni trouva des collaborateurs et des réviseurs tant qu'il en voulut. Entre 1840 et 1861, il publia son Dizionario di erudizione storico-ecclesiastica qui compte cent trois volumes in-8° et six volumes
MORS DE CHEVAL. — I. Chez les barbares. II. Le mors franc de Magnette. III. Le mors de Madrid.
I. CHEZ LES BARBARES. — Nous avons étudié plusieurs pièces d'équipement militaire, les fers, le frontail des chevaux ; ici nous dirons quelque chose du mors. On a retrouvé dans la tombe du roi Childéric le crâne de son cheval de guerre, qui avait donc été tué afin que ses restes fussent en partie inhumés avec ceux de son maître. L'abbé Cochet, dans ses fouilles, trouva plusieurs fois des squelettes de chevaux, généralement placés à l'extrémité arrière de la fosse et comme aux pieds du guerrier qui en avait usé pendant sa vie. Malheureusement, avec ces chevaux, on n'enterrait pas le harnais, ou bien une faible partie ou même rien du tout. Cependant, Cochet rencontra, en 1854, un filet que nous allons décrire (fig. #451). Ce mors, long de 12 centimètres, est entièrement en fer : il se compose de deux pièces emboîtées l'une dans l'autre et soutenues à chaque bout par un anneau de fer dans lequel étaient passées les rênes. C'est exactement un filet de bride anglaise. Des mors ou filets de même genre sont déjà connus, un entre autres au Vieil-Évreux * Celui-ci appartient probablement à l'époque romaine. Un filet semblable fut recueilli, en 1847, dans les ruines romaines du territoire d'Épinay, près Mortemer ; il est conservé au musée de Neufchâtel.
Le comte de Caylus, sur le vu d'un mors de bronze trouvé à Bavay, prononçait que les Romains n'usaient pas du mors, mais du filet . Cependant, en 1845, on trouva à Bourne Park, dans le Kent, une sépulture saxonne possédant un baquet, un bouclier et un mors de cheval . Ce mors en fer, qui joue par le milieu, présente à chaque bout des anneaux ronds comme le mors d'Envermeu. Puis, dans chacun de ces anneaux, deux autres plus petits pour les guides, Le mors trouvé à Envermeu en 1855 était long de 0 m. 16 centimètres ; il se composait de deux pièces mobiles passées l'une dans l'autre par le milieu, comme dans un filet de bride anglaise ; puis à chaque bout est placée une barre, absolument comme dans un bridon d'abreuvoir, mais, en sus de ces deux montants, longs de 12 centimètres, est placé à chaque bout un cercle en fer dans lequel est passé un anneau. Cet anneau possède une attache ou chape de fer destinée probablement à fixer une des rênes. La seconde rêne devait se rattacher à la bride non par le bout du filet, mais par le côté où se trouve un anneau de fer adhérent aux barres et dans lequel est passée la chape longue de la seconde rêne. Évidemment, ce mors était à double rêne : nous en donnons ici la moitié, l'autre moitié étant semblable (fig. 8452). Avec cette bride, qui accompagnait le squelette du cheval, on trouva dans la fosse une boucle en bronze dont l'ardillon était en fer et deux anneaux de fer fortement aplatis. Voici la moitié de la boucle (fig. 8452).
Dans le cimetière franc de Selzen, près Mayence, Lindenschmidt découvrit, en 1846, le squelette d'un cheval sans aucun de ses fers. De tout son harnachement, on ne trouva que le mors en fer et quelques petits anneaux de bronze. Le filet ou mors de Selzen ressemble assez à celui d'Envermeu, sauf les anneaux qu'il ne possédait pas en double (fig. 8453). Dans d'autres sépultures, le mors était en fer ou en bronze doré. On en a recueilli à Sinsheim, à Ascherade, à Langweid, à Heidesheim. Voici un mors trouvé dans la nécropole de Nordendorf (fig. 8454).
Au cimetière du mont Lupfen, près Oberflacht, exploré en 1847, on a découvert un jeune guerrier ayant près de sa tête une belle épée et sous le bras droit un violon ou instrument à cordes. « À ses pieds était un mors de cheval en fer, bien conservé, avec des rosettes ou pompons en fer, dans lesquels, au moyen de fins fils d'argent, étaient insérés des ornements artistement faits. Auprès du mors se rencontrait une quantité de ferrures de courroies disparues, toutes très élégamment travaillées, soit de bronze, relevé en bosse, ou de fer avec des fils d'argent. »
II. LE MORS FRANC DE MAGNETTE. — Dans un bois de sapins, à proximité de la station de Magnette (Allier), on découvrit, le 19 avril 1910, des parcelles d'ossements d'animaux, fragments de tuiles dites romaines, débris de vases, clous, moitiés de fers de chevaux, enfin un mors de cheval formant un bloc de fer et de rouille (fig. 8455) et pouvant être mérovingien ou franc du Ve ou du VIe. Les mors gallo-romains du IIIe ou du IVe sont de modèles variés et souvent très ornements. Le mors à leviers, assez rare chez les Gallo-Romains, n'a pas été adopté par les Francs. Les différences constatées entre les bridons de ces deux époques sont les suivantes :
Les bridons gallo-romains, à embouchures droites ou brisées, étaient, presque toujours, à canons ronds ; ceux des Mérovingiens étaient à embouchures brisées et carrées ; les canons, quelquefois renflés par le milieu, d'autres fois aplatis aux angles, formaient des bordures coupantes.
Les ailes des bridons gallo-romains étaient, soit en forme de disques, de croissants, de palettes, de losanges ajourés diversement, ou se composaient de branches cintrées se terminant par des têtes de chevaux et autres figures. Ces ailes, percées de deux portebri des, exigeaient un double montant ; elles étaient traversées par l'embouchure qui se terminait par des anses garnies d'anneaux ou des boutons porte-rénes.
Les ailes des bridons mérovingiens étaient généralement droites, un seul porte-bride y était greffé, et à l'inverse des gallo-romains les ailes traversaient l'embouchure, à l'extrémité de laquelle étaient articulés les porte-rénes.
À l'époque franque, la partie de la Gaule qui correspond au Bourbonnais ayant été envahie par diverses tribus barbares, le mors de Magnette aurait pu avoir cette provenance. Les spécimens, qui s'en sont conservés, ne rappellent en aucune manière notre bridon. Ces mors à leviers articulés, à crans d'arrêt, à embouchures doubles écartées et cintrées, à hotte remontant très haut, remplissaient de fer la bouche du cheval ; très cruels, ils servaient sans doute à des montures vulgaires, insensibles, à encolures courtes et portant au vent. Dans la suite des temps, aucune forme de bridon ne ressemble à ceux de l'époque mérovingienne, qui reste caractérisée par la façon dont les ailes traversent les canons, et aussi par celle dont les porterênes y sont greffés. Les fonceaux que porte notre bridon rappellent les bossettes dont étaient ornés les ceinturons des soldats francs.
III. LE MORS WISIGOTH DE MADRID. — La real Armeria de Madrid possède un mors ancien d'une forme rare et d'un poids excessif qui fut trouvé, en 1836, en Andalousie, sur le lieu supposé où Wittiza fut vaincu et tué par don Rodrigue. Il est décoré de niellures d'argent. Ce mors est de l'espèce connue sous le nom de « mors brisé », c'est-à-dire composé de deux canons articulés dans l'embouchure. Mais ce qu'il y a ici de particulier, c'est que lesdits canons, au lieu d'être cylindriques ou de forme cylindroïde, comme c'est l'usage, sont prismatiques, à quatre faces irrégulières, avec les arêtes taillées en pointes de diamant. Cette circonstance, jointe à la longueur démesurée des branches latérales, devait faire du mors dont il s'agit un engin d'une puissance extrême et vraiment terrible pour le malheureux cheval condamné à l'emboucher.
Évidemment antérieur à l'époque où les Maures furent expulsés d'Espagne, ce mors, portant en plusieurs places l'effigie de la croix, ne peut par conséquent être rattaché ni à l'art romain, ni à l'art musulman. Il est l'époque wisigothique à laquelle on se trouve conduit, non pas seulement par voie d'exclusion, mais aussi et surtout par l'examen de l'objet lui-même : matière et ornementation. L'application de l'argent sur le fer était, comme on le sait, une industrie métallurgique spéciale aux peuples dits barbares qui envahirent les débris de l'empire romain. Le style d'ornementation, familier à ces mêmes peuples, et particulièrement les voûtes cannelées, les courbes terminées en bec d'oiseau, dont ils faisaient si fréquemment usage, se retrouvent sur le mors du musée de Madrid.
Au milieu de ces ornements très caractéristiques, on remarque, en outre, divers monogrammes qui méritent une attention toute particulière. Eux-mêmes rappellent par leur forme les monogrammes du même genre qui se voient sur diverses monnaies frappées à Mérida, à Narbonne et dans d'autres lieux sous les derniers rois wisigoths. Ainsi qu'on peut le voir sur le dessin ci-contre (fig. 8456), un de ces monogrammes, monté en croix, renferme très visiblement les lettres V, I, T et A. En combinant d'une certaine façon les bras de la croix avec la barre supérieure du T, on y trouve également le Z, ce qui achève de donner tous les éléments du nom de WITTIZA, interprétation d'autant plus admissible que la forme des lettres est ici absolument identique à celle qui se remarque sur les monnaies de ce prince, même évasement de l'angle du V, même A sans barre, qui n'est autre qu'un V renversé.
Le monogramme ainsi composé orne une des bossettes du mors. Sur un autre (fig. 8456) se trouvent assemblées moins symétriquement, mais très lisiblement, les lettres A, V, G, S et T précédées d'une croix et suivies d'un I. En rattachant cette dernière lettre au monogramme lui-même, il semble impossible de ne pas lire le mot AVGVSTI, qualification souveraine qu'un monarque seul a pu prendre et même un monarque très puissant. Le génitif, il est vrai, soulève ici une objection assez grave. Faut-il y voir un exemple de plus de ces infractions à la grammaire dont les Goths ne se faisaient pas faute ? Celle-ci cependant serait bien forte.
Notons encore que la croix qui précède ici le monogramme a tout à fait la même forme que celles qui accompagnaient les fameuses couronnes de Guarrazar (voir ce nom). Tout semble donc concourir à prouver l'origine wisigothique du mors de la real Armeria. La richesse particulière de l'ornementation permet en outre d'affirmer qu'il n'a pu appartenir qu'à un haut personnage et, quoiqu'en dise le catalogue de l'Armería, les monogrammes cités plus haut rendent au moins très probable que ce personnage a été Wittiza lui-même, hypothèse encore corroborée par cette circonstance particulière que le mors a été trouvé précisément dans la contrée où les traditions les plus anciennes veulent que Wittiza ait livré sa dernière bataille à son compétiteur.
On peut s'étonner seulement que les auteurs du catalogue de Madrid aient fait périr Wittiza dans cette rencontre, quand tout le monde sait qu'étant tombé vivant entre les mains de son compétiteur, celui-ci le jeta en prison après lui avoir fait crever les yeux en représailles du même acte de cruauté exercé sur son père par Wittiza lui-même. Mais où l'homme ne mourut pas, le cheval put très bien être tué, et il n'y aurait rien que de naturel à ce qu'une des pièces de son harnais se fût retrouvée plus tard sur le lieu du combat. Toutes les probabilités semblent donc être en faveur de l'hypothèse qui attribue le mors en question au cheval de Wittiza lui-même. Mais en fût-il autrement, que la seule origine wisigothique de cet objet suffirait pour lui donner un intérêt historique et archéologique exceptionnel.
MORSOTT. — I. Situation. II. Nom. III. Ruines. IV. Églises. V. Épigraphie. VI. Bibliographie.
I. SITUATION. — La ville qui porte aujourd'hui le nom de Morsott se trouvait située sur une voie romaine venant de Théveste et se dirigeant au Nord-Ouest, vers Tipasa (voir ce nom). Cette voie a laissé des traces à quelques kilomètres au N.-O. de Morsott, à la hauteur du djebel Oum es Sbaa ; on la retrouve au-delà de Clairfontaine. Morsott parait avoir été reliée aussi à Ammædara (voir Dictionn., t. vi, au nom HaipnzA) par une voie passant à Gastal.
II. NOM. — Le nom antique de la ville n'est pas connu avec certitude. Certains auteurs placent dans ce lieu Vasampus, indiquée par la Table de Peutinger, à 27 milles de Theveste, sur une route reliant cette dernière ville à Vatari. Il faut observer que ces 27 milles ne concordent pas avec la distance qui sépare Tébessa de Morsott (33 kilomètres ou 22 milles), et que, d'autre part, la route qu'on retrouve sur le terrain au-delà de Morsott ne se dirigeait point sur Vatari. On peut d'ailleurs admettre que la voie Theveste-Vatari se confondait jusqu'à Morsott avec celle de Theveste-Tipasa (par Clairfontaine).
III. RUINES. — Les ruines de la ville antique couvrent environ 80 hectares ; elles ont servi de carrière. S. Gsell a signalé une porte monumentale donnant accès à un enclos carré (d'époque postérieure) pavé en mosaïque et offrant au milieu un bassin. A droite de cette porte, abreuvoir. Thermes, vestiges de maisons.
IV. ÉGLISES. — Parmi les ruines de la ville, on a relevé le plan de deux églises.
L'église principale était située au sud de Morsott : elle a été fouillée en 1899. Les murs dépassent à peine le niveau du sol ; néanmoins, il est facile de reconnaître toutes les dispositions de l'édifice qui mesure 37 m. 50 en longueur et 15 m. 50 en largeur.
En avant, on trouvait un vestibule, divisé en trois salles, dont la largeur correspond à celle des trois vaisseaux de l'église et dont la profondeur est de 3 m. 30 (entre murs) (fig. 8457). La salle du milieu avait deux entrées et communiquait avec les deux pièces latérales qui ne s'ouvraient pas sur l'extérieur. On pénétrait dans la basilique par trois portes, donnant toutes sur la nef centrale, qui est plus vaste que de coutume : elle mesure 6 m. 60, tandis que les collatéraux n'ont que 4 mètres de largeur. Cette nef centrale était limitée de chaque côté par une rangée de colonnes, en bréche rouge, derrière lesquelles s'élevaient des piliers. Les 12 colonnes n'avaient pas de base ; elles étaient coiffées de chapiteaux corinthiens classiques, pris ailleurs. Les piliers étaient probablement surmontés d'arcs, qui portaient à leur tour un mur percé de fenêtres. Au-dessus des colonnes devaient s'en dresser d'autres, adossées au mur. Le fond de la nef est pavé en mosaïque. Trois colonnettes, enfoncées par devant, dans un méchant dallage, paraissent avoir appartenu à la clôture d'un chœur ; mais elles sont assez irrégulièrement disposées et datent peut-être d'un remaniement. Quatre trous creusés dans le sol, en avant de l'abside, — 0 E. “a indiquent la place des montants de l'autel, qui était sans doute en bois. Ils dessinent un rectangle de 2 m. 79 sur 1 m. 25.
L'abside, surélevée d'un mètre, est enfermée dans un cadre rectangulaire. On y monte par deux petits escaliers. On a trouvé, à l'intérieur et en avant de cel espace, un grand nombre de fragments de plâtres sculptés, qui revétaient probablement la voûte et les parois du presbylerium ; ils offrent des ornements très variés. Dans cette même abside gisaient des conso les dont nous reparlerons plus loin.
L'abside était flanquée de plusieurs sal les. Deux d'entre elles, placées à l'extrémité des bas-côtés, communiquent avec ces vaisseaux et avec l'abside. Dans 13 Des conso les fort intéressantes ont été, avons-nous dit, recueillies au pied du mur de l'abside, dans lequel elles étaient jadis engagées. Elles sont au nombre de trois ; on a supposé qu'il y en avait autrefois quatre, disposées deux par deux au fond du presbyferium, de chaque côté de l'espace occupé par le siège épiscopal. Il n'est pas facile de dire à quoi elles ont servi, les fouilles n'ayant pas donné d'indication certaine à cet égard. Elles surmontaient peut-être des pilastres ou des colonnes, et supportaient les retombées d'une série Si oce
He% nr, 15. L'autre face (fig. 5458) présente une allusion à l'eucharistie. On y voit un calice, flanqué de quatre feuil les de vigne. Au-dessus du calice un objet ovale qui figure peut-être un pain.
M. 2. Longueur, 0 m. 77, haut. et larg. 0 m. 25. Sur le devant, feuille d'acanthe. Sur l'un des côtés (fig. 8158), un pilier flanqué de feuil les, peut-être des feuil les de vigne. Sur l'autre face, une branche partant de l'angle d'en haut et deux rosa ces.
N. 3. Longueur, 0 m. 70 ; largeur et hauteur, 0 m. 25. Sur le devant, feuille d'acanthe. Sur une face (fig. 8458), une branche partant de l'angle d'en bas flanquée de deux rosa ces. Autre face, même motif, la branche part de l'angle d'en haut.
Derrière l'église, on voit les ruines d'un baptistère, petite salle avec des fonts rectangulaires (0 m. 93 = 0 m. 84) entourés de deux degrés en pierre de taille. A gauche de la facade, un édifice s'ouvrant au Nord, de nervures faisant saillie sur la voûte de l'abside . Peut-être décoraient-elles des niches, terminées en haut par des culs-de-four . Mais ce sont là de simples hypothèses, S. Gsell se montrait disposé à croire qu'elles n'avaient pas été faites exprès pour l'église byzantine dans laquelle elles ont été trouvées. L'une d'elles diffère un peu des deux autres par ses dimensions, par la disposition de sa face supérieure et le style des bandeaux d'encadrement : elle ne parait pas être sortie des mêmes mains. Il se pourrait donc que ces trois morceaux aient appartenu tout d'abord à deux édifices chrétiens différents dont un du milieu du v* siècle environ. Ils ont été taillés dans des pièces d'architecture empruntées à des monuments d'une époque encore plus ancienne : quelques traces des moulures primitives se remarquent par derrière.
Les conso les de Morsott présentent une grande parenté de style avec un certain nombre de coussinets et de conso les, découverts dans la même région de l'Afrique du Nord, en particulier à Tébessa. Le relief est peu accusé et plat, la facture est fort soignée, mais sèche et sans vie.
N. 1. Longueur, 0 m. 77 en haut, largeur et hauteur 0 m. 25. Par devant, une grande feuille d'acanthe. Sur une des faces latérales (fig. 8455), une colonne dont se détachent deux feuil les de vigne : dans le champ, deux rosa ces. Peut-être une allusion à I Tim., et peut-être précédé d'un vestibule, contient quelques tombeaux.
Des cendres et des charbons, mélangés aux décombres de la basilique et de ses annexes, indiquent une destruction par le feu. Autre église, située à 60 m. de la précédente, au Nord, très mal conservée, Ses dimensions sont beaucoup moindres : long. 26 m., larg. 9 m. 20.
En avant, on distingue les traces d'un vestibule dont la porte parait avoir été prise sur un des côtés. A l'intérieur, il y avait deux colonnades ; les fûts étaient maintenus sur les dés qui les portaient à l'aide de scellements en plomb ; les chapiteaux, d'ordre corinthien, ont été empruntés à un ou plusieurs édifices de l'époque du Haut-Empire. Un cadre rectiligne enferme l'abside. Au fond de la nef, un dallage entoure une fosse de 2 m. 35 sur 0 m. 83. On a trouvé dans cette cavité un corps d'enfant, défendu par un toit de tuiles. A chaque angle, quatre trous marquent l'emplacement des montants de l'autel, qui devait être en bois (fig. 8459). Comme dans la basilique précédente, on a découvert, à l'extrémité de la nef et dans l'abside, une grande quantité de morceaux de plâtre sculptés, ayant appartenu les uns à des revêtements, les autres à des cancels. Ils présentent des motifs végétaux et géométriques, ainsi que des restes d'inscriptions. Des tombeaux ont été rencontrés sur divers points du vestibule, de la nef, des collatéraux, et deux dans l'abside, sur la droite ; on n'en saurait indiquer la date.
E i a a oa E —— GLORIA IN EXCELSIS DEO PAX INTERA HOMINIBVS BONE VOLVM SPES IN DEO SEMPER HAEC DOMVS DEI EST XPS TAT Le Gloria in excelsis se lit dans d'assez nombreuses inscriptions africaines, On admet généralement qu'en Afrique il n'est pas devenu populaire avant la domination byzantine et qu'il a été une protestation contre l'arianisme des Vandales. Sans nier qu'il ait pu avoir cette signification au vre siècle, on pense qu'il a été en usage longtemps auparavant dans l'Afrique chrétienne. Il est mentionné en 484 ou 485 dans une relation de martyre . Il a dû s'introduire dans l'épigraphie africaine dès le 1v ? siècle, bien avant d'être officiellement admis dans la liturgie. Le texte liturgique Gloria in excelsis, qui diffère du texte biblique usuel : Gloria in altissimis parait être précisément d'origine africaine ,
MORT. — I. La peine de mort chez les Romains. II. Chez les Germains et chez les Francs. III. L'exécution de la peine. IV. Chez les rois francs. V. Prière pour les morts. VI. Messe des morts. VII. Fête des morts. VIII. La crainte de la mort. IX. Le désir de la mort. X. La mort civile. XI. Rouleaux des morts. XII. « Croque-morts », XIII. Communion des morts. XIV. Tête de mort. XV. Bibliographie.
I. LA PEINE DE MORT CHEZ LES ROMAINS. — Il n'y a pas, pour désigner la peine de mort, d'autres termes techniques que celui de supplicium, originairement lié à une forme spéciale de cette peine dont nous parlerons plus loin et employé plus tard dans un sens général, et que celui de pena capitis ou capitalis. Par contre, le mot animadvertere, qui signifie littéralement « faire attention », devient, dans une acception restreinte et détournée, non seulement le terme qui sert à désigner la répression, mais même l'expression régulière pour l'exécution capitale.
Le droit pénal de l'époque républicaine ne connaît pas d'intervalle légal entre la condamnation à mort ayant force de chose jugée et son exécution, la procédure normale est, au contraire, l'exécution immédiate. Seule, la femme enceinte a le droit de réclamer le retard de l'exécution jusqu'au moment de sa délivrance. Sous le principat, un sénatus-consulte de l'an XXI décida que le sénatus-consulte prononçant une condamnation à mort, qui, comme tout autre décision du Sénat n'acquérait force de chose jugée que par son enregistrement à l'ærarium, ne devait être enregistré au plus tôt que dix jours après sa rédaction pour accorder ainsi un délai à celui qui était condamné de cette manière. Dans un procès qui se déroule au Ve devant le Sénat, on fixe un délai de trente jours en se référant expressément à cet ancien sénatus-consulte ; mais il y a peut-être ici une confusion entre cet acte du Sénat et une constitution de l'empereur Gratien de l'an 382, qui prescrit un délai semblable pour les sentences capitales prononcées directement par l'empereur. Du reste, ces deux tribuns souverains ont vraisemblablement dépassé les bornes qu'ils s'étaient posées à eux-mêmes.
D'autre part, les lois ne fixent aucun délai minimum ou maximum pour la remise de l'exécution ; le jour de l'exécution dépend bien plutôt de l'arbitraire du magistrat chargé d'appliquer la peine. Celui-ci a, par suite, la possibilité non seulement de reculer l'exécution pour se livrer à de nouvelles interrogations ou pour d'autres raisons, mais même de ne pas procéder à l'exécution, ce qui eut lieu tant à l'époque républicaine que sous le principat. Or, comme le condamné à mort est de plein droit soumis à la détention, il arrive ainsi que la condamnation à mort peut se transformer en fait en une détention à perpétuité. Au 1n ? siècle après Jésus-Christ, on prescrit que l'exécution des sentences capitales des gouverneurs de province ne peut être retardée plus d'un an ; mais cette disposition n'a pas passé dans la législation de Justinien.
L'exécution de la sentence de mort ne peut pas avoir lieu un jour de fête ou la nuit, du moins lorsqu'il s'agit d'une exécution publique.
En ce qui concerne le lieu de l'exécution, la vieille formule, conservée pour le crucifiement, donne au magistrat la liberté de choisir le lieu du supplice dans les limites ou en dehors du pomerium, mais il faut ici étendre la limite du pomerium jusqu'à la première borne milliaire. Cette règle s'applique vraisemblablement à toutes les exécutions qui concernent la ville de Rome. L'exécution par la hache sur le champ de Mars avec le concours des flamines de Mars et de Jupiter, qu'on rencontre à l'époque de César et après laquelle les têtes des suppliciés étaient exposées à la regia sur le forum, n'est sans doute que la reprise d'une forme d'exécution de l'époque primitive ; le champ de Mars est d'ailleurs encore nommé à d'autres endroits comme lieu de supplice. Mais, d'après une vieille tradition, des exécutions par la hache ont également eu lieu sur le forum et c'est ici qu'en cas de crucifiement on procède à la flagellation. Sous le principat, les exécutions publiques sont ordinairement accomplies sur l'Esquilin. Quant à l'exécution dans le cachot, nous en parlerons ailleurs. L'exécution du coupable sur le lieu du crime, dans un but d'intimidation, est une procédure de la dernière époque.
Pour les formes de l'exécution capitale, il faut distinguer les exécutions dirigées par un magistrat, parmi lesquelles nous faisons rentrer celles que préside un pontife, et les exécutions où ne se rencontre pas cette direction.
L'exécution dirigée par un magistrat est accomplie par les officiaux du détenteur de l'imperium. Ceux-ci sont en première ligne les licteurs, c'est-à-dire des citoyens romains qui portent dans ce but les verges et les haches nécessaires pour les principales formes d'exécution. Pour les exécutions des esclaves et pour celles qui ont lieu dans la prison, le détenteur de l'imperium est remplacé par des magistrats auxiliaires, les triumvirs, et à la place des licteurs fonctionne le bourreau, considéré comme infâme, le carnifex. Ce dernier parait même avoir accompli plus tard les exécutions qui, antérieurement, incombaient aux licteurs. Quant aux soldats, employés pour la forme militaire de l'exécution capitale, voir Dictionnaire, t. 11, au mot BOURREAUX DU CHRIST.
L'exécution capitale dirigée par le magistrat a lieu publiquement, en plein air, ou en secret, dans la prison. Dans le premier cas, le peuple est, d'après l'ancienne coutume, convoqué au supplice par un appel du cor. Lors que le délinquant a été conduit au lieu de l'exécution, le magistrat, en costume de deuil, c'est-à-dire portant sa toge retournée, prend place au tribunal et ordonne — il ne procède jamais lui-même à l'exécution — aux officiaux d'accomplir leur mission.
L'exécution a lieu par la hache, la croix, la submersion, le feu, l'épée et enfin dans la forme d'une fête populaire.
De toutes les formes que nous venons de citer, la plus ancienne est celle de la décapitation par la hache. C'est d'elle que viennent les deux expressions qui, dans l'usage postérieur du langage, servent à désigner la peine de mort en général et qui reçoivent même une acception plus large, à savoir celle de peine capitale, pena capitis, et vraisemblablement aussi celle de “génuflexion », supplicium. Cette forme d'exécution se rencontre dans la procédure de César, mentionnée ci-dessus. Le port de la hache est la manifestation sensible de la plénitude d'imperium chez le magistrat. Il en est surtout ainsi dans la légende relative à la dernière sentence criminelle d'une haute cour de justice qui ait été exécutée à Rome dans cette forme, c'est-à-dire dans le récit de l'exécution des fils du premier consul, conjurés pour restaurer la royauté, événement auquel la légende rattache le retrait de la hache du bourreau des insignes de la magistrature urbaine. Cette réforme est le symbole non de l'abolition de la peine de mort vis-à-vis des citoyens, car il n'y eut qu'un changement dans le mode d'exécution de cette peine, mais la suppression, à l'intérieur des murs de la ville, du pouvoir militaire qui permet au détenteur de l'imperium de faire abattre à ses pieds la tête du citoyen désobéissant, comme s'il s'agissait d'un soldat insoumis. Par conséquent, on ne trouve aucune trace de cette forme d'exécution dans la loi des XII Tables, mais cette forme elle-même subsiste. Dans la ville même, elle fut employée pour des condamnations à mort que prononçait le dictateur soustrait à la provocation ou encore pour les exécutions des étrangers prisonniers de guerre qui, d'après un usage constant, avaient aussi lieu à l'intérieur de la cité. Hors de la ville, elle est régulièrement appliquée aux exécutions que les détenteurs romains de l'imperium ordonnaient contre les citoyens ou des non-citoyens libres. Ce fut seulement sous le gouvernement militaire du principat que la forme d'exécution perdit du terrain, fut remplacée par l'exécution au moyen de l'épée.
Pour cette forme d'exécution, on lie les mains du condamné derrière son dos, on l'attache à un pilier, on le dépouille de ses vêtements, on le flagelle, puis on l'étend sur le sol et le décapite par un coup de hache. On constate donc ici une concordance parfaite avec la procédure d'immolation de la victime du sacrifice. Il y a une conséquence du caractère religieux que nous avons précédemment relevé pour l'exécution primitive.
Le crucifiement apparaît dans les documents à un triple point de vue. Il se présente tout d'abord sous la forme d'une exécution dirigée par le magistrat et appliquée au citoyen libre « d'après la vieille coutume », more majorum, et se rencontre avec ce caractère dans les légendes de l'époque royale, dans les événements historiques qui s'y rattachent et vraisemblablement aussi dans la loi des XII Tables. Il apparaît en second lieu comme exécution pontificale au regard des hommes. Enfin, il sert comme mode d'exécution des esclaves. Dans cette dernière application, il remonte à une époque ancienne, et est devenu plus tard d'un usage constant. D'après les récits qui nous représentent le crucifiement dans ses premières applications, l'exécution a lieu de la manière suivante : on dépouille le condamné de ses vêtements, on lui voile la tête, on lui met la fourche (furca) sur le dos et on lui lie les bras aux deux extrémités ; on hisse ensuite la fourche, et avec elle le corps, le long d'un poteau planté sur le lieu d'exécution et on attache les pieds du supplicié à ce poteau. Lorsqu'il est ainsi crucifié, le délinquant est flagellé. Les mêmes formes sont observées dans la procédure pontificale provoquée par l'inceste d'une vestale, pour l'exécution de l'amant coupable. Dans les exécutions d'esclaves, on pose la fourche sur le dos du criminel et on le lie avec elle à un poteau, puis on le flagelle dans cette position. Dans ces exécutions, la mort peut survenir par épuisement, mais elle peut aussi être hâtée par une fustigation poussée jusqu'à la mort ou par la rupture des jambes. Ces trois formes, empruntant leur nom à l'emploi d'une croix, ne sont pas essentiellement différentes l'une de l'autre, toutes sont également rattachées aux mœurs des ancêtres, il est même dit expressément pour l'exécution des amants des vestales, qu'elle s'accomplit comme au regard des esclaves.
Selon toute vraisemblance, le crucifiement n'est pas plus récent que l'exécution par la hache et a existé de tout temps à côté de celle-ci : il est même à remarquer qu'à la différence de la submersion et de la mort par le feu il est susceptible d'une application générale et ne voit pas son emploi restreint à certains délits. Mais, seule, la décapitation se présente comme un sacrifice et par suite comme le mode régulier d'exécution des citoyens ; tout caractère religieux manque au crucifiement. Celui-ci n'est pas complètement inapplicable au citoyen ; bien au contraire, lors que l'emploi de la hache eut été supprimé pour les exécutions urbaines, il subsista seul comme mode régulier d'exécution, si l'on fait abstraction de certaines formes spéciales à certains délits. Toutefois, comme cela ressort de l'exposé qui précède, il est considéré comme déshonorant et est regardé à l'époque historique comme devant surtout servir pour les esclaves. Depuis l'application du système de distinction des peines suivant le rang social des condamnés, le crucifiement n'est pas possible au regard des personnes de condition ; on écarte toutefois cette restriction pour les crimes les plus graves. Sur le supplice de la croix et la législation qui le concerne nous renvoyons aux détails donnés dans le Dictionnaire, t. 9, aux mots Croix et Crucifixion. Sous l'influence du christianisme, qui trouvait dans la croix son symbole, le crucifiement a été aboli dans les dernières années du règne de Constantin et remplacé par la strangulation publique à la potence.
La mise en sac, culleus, est la peine infligée au parricide, c'est-à-dire dans l'acception large que reçoit ce mot au début, au meurtre d'une personne libre. Ce mode d'exécution repose sur une double idée : d'une part, sur la croyance au pouvoir purificateur de l'eau, croyance d'une influence absolument décisive dans le système où l'on conçoit la peine comme une expiation ; d'autre part, sur l'idée que le meurtrier doit être privé de sépulture. Il faut, en outre, pour expliquer l'application de ce mode d'exécution au meurtre, qui est de tous les crimes capitaux le plus fréquent, tenir compte de ce fait que Rome était située sur les bords d'un fleuve navigable. On comprendra également par ce qui précède l'affirmation que, d'après la loi des XII Tables, le vol de moisson était réprimé plus sévèrement que le meurtre ; car le voleur de récoltes était crucifié et le meurtrier submergé. D'après les récits que nous avons et qui nous rapportent vraisemblablement des mesures prises par les magistrats dans des cas concrets, plutôt en vertu de leur bon plaisir qu'en vertu de dispositions légales, le condamné est tout d'abord flagellé, puis on lui enveloppe la tête avec une cape de peau de loup, on lui met des chaussures de bois, on l'enferme dans un sac de peau de bœuf avec des serpents et autres animaux, on le conduit au Tibre sur un char trainé par des bœufs noirs et on le précipite dans le fleuve. Lors que la peine de mort eut disparu pour les autres catégories de meurtre, cette submersion devint, dans le dernier siècle de la république, la peine du meurtre d'un proche. Elle fut abolie même pour ce crime pendant les derniers temps de la république. Lors que la peine de mort fut rétablie sous le principat, la restauration ne porta pas tout d'abord sur cette forme spéciale et n'y fut réalisée que par voie d'extension ; la peine de la submersion ne fut formellement remise en vigueur que par Constantin pour le meurtre des proches.
D'après le droit des XII Tables, l'incendiaire est d'abord flagellé, puis soumis à la mort par le feu. On retrouve incontestablement, dans ce mode de répression, l'idée du talion. Toutefois, ce mode d'exécution reçoit déjà sous la république une large application et est surtout usité sous le principat. Le criminel est dépouillé de ses vêtements, cloué ou lié à un poteau, qu'on élève ensuite dans les airs, et l'exécution s'achève par l'embrasement du bois qu'on a amassé autour du supplicié.
Sous le principat — nous ne pouvons pas déterminer avec précision depuis quand, mais vraisemblablement depuis ses débuts — les officiaux civils n'apparaissent plus pour la direction des exécutions, et la procédure du droit de la guerre est transportée au procès pénal des civils. L'exécution de la condamnation à mort est ordinairement prescrite ici par l'ordre d'emmener le condamné, que le magistrat donne à un officier ou à un soldat. La forme normale de la peine de mort reste la décapitation, mais la hache est remplacée par l'épée. Ce mode d'exécution apparaît désormais comme la peine de mort simple par opposition aux formes rigoureuses qui peuvent aussi être appliquées suivant la procédure militaire. L'opération est ici dirigée par un officier supérieur ou inférieur, l'exécution est normalement faite par le speculator, grade subalterne qui apparaît déjà à l'époque républicaine dans ces supplices et qu'on retrouve dans les armées impériales, faisant partie, soit de la garde, soit des légions.
L'exécution peut aussi consister à vouer le condamné à mort, soit en l'exposant aux bêtes dans les jeux publics, soit en le sacrifiant dans quel que autre divertissement populaire. Cette peine se distingue nettement de la livraison du condamné à l'école des gladiateurs pour qu'il lutte, et non pas seulement pour qu'il soit mis à mort dans un combat de gladiateurs. Cette exécution dans une fête populaire, comme nous l'appelons, appartient comme la forme précédente au droit de la guerre. On peut prouver qu'à l'époque républicaine elle n'a été appliquée que sur l'ordre du général contre des prisonniers de guerre, notamment contre des déserteurs romains, libres ou non. L'emploi qu'on en fait aussi contre l'esclave qu'une sentence de son maître a déclaré coupable d'un crime capital et que celui-ci livre à ceux qui donnent la fête pour être soumis à cette exécution, remonte sans doute à l'époque républicaine ; car une loi Petronia, datant vraisemblablement du début de l'empire, exige comme condition de cette tradition que l'arrêt du maître ait été confirmé par un tribunal public. Les autorités ont aussi infligé la peine de mort sous cette forme dès l'époque d'Auguste, au moins dans des cas isolés, Pendant toute la période postérieure, cette forme d'exécution a été maintes fois usitée ; il arriva souvent que des malfaiteurs célébres, ou qui se signalaient à l'attention publique par quel que côté, étaient expédiés des provinces vers la capitale pour être ainsi produits devant le peuple romain dans une exécution populaire. Ce mode d'exécution est une aggravation considérable de la peine de mort et n'est admis, au regard des personnes de condition, que sous la réserve précédemment indiquée pour le crucifiement. Il n'est pas cité parmi les formes régulières d'exécution, parce que son application dépend d'une circonstance accidentelle, à savoir qu'une fête populaire de ce genre soit organisée, Si cette circonstance se produit, ceux qui donnent la fête, c'est-à-dire régulièrement des magistrats ou des prêtres, demandent au tribunal compétent la livraison du coupable. Celle-ci leur est-elle accordée ? Ils ont la faculté ou de livrer directement les malfaiteurs aux bêtes ou de les employer comme il leur plait pour les divertissements qu'ils organisent. De telles dispositions n'appartiennent pas au droit pénal. La seule restriction au bon plaisir de ces personnes consiste en ce que le délinquant doit, dans tous les cas, perdre la vie et en ce que la grâce n'est ici juridiquement possible que suivant les règles en vigueur pour les autres formes d'exécution. Les combats d'animaux survivent à l'abolition des combats de gladiateurs et, par suite, l'exécution, dans une fête populaire, subsiste encore dans le droit de Justinien.
En dehors de ces six formes d'exécution publique, on rencontre encore l'exécution dans une enceinte fermée et avec suppression de la publicité.
21 MORT 22
L'énumération de Tacite n'est pas limitative : il n'a pas l'intention de dresser un catalogue des délits et des peines, tout son dessein est d'apprendre aux Romains que les Germains connaissaient une loi pénale et une justice réglée. Ce qu'on peut retenir de l'énumération que nous venons de lire, c'est qu'il existait deux grandes catégories d'infractions : celle des méfaits qui entraînent la mort de leur auteur, celle des délits dont la répression est subordonnée à la volonté des individus lésés ou des membres de leur famille.
Même distinction chez les Francs, après leur arrivée dans les Gaules. Le caractère distinctif de leur système de répression consiste dans le rachat du crime par la composition. Celle-ci met le coupable à l'abri du châtiment, même s'il s'agit d'attentats redoutables : incendies, empoisonnements, assassinats avec toutes circonstances aggravantes. On se tromperait en croyant que cette règle ne comportait pas d'exceptions et que la peine de mort n'existait plus chez les Germains devenus maîtres de la Gaule. Si on rapproche le texte de la Loi salique avec celui des capitulaires mérovingiens, les récits des historiens et des hagiographes, on peut acquérir la preuve que les Francs, devenus chrétiens, connaissaient et appliquaient encore cinq espèces de supplices capitaux : le glaive, le gibet, la lapidation, le bûcher et la roue.
Ce n'est pas seulement chez les Germains établis en Gaule, mais chez leurs compatriotes implantés dans les pays du Nord, Scandinavie, Danemark, que nous trouvons l'usage de la peine capitale et des compositions. Une coïncidence, digne de retenir l'attention, nous montre qu'on y appliquait les cinq supplices capitaux dont nous venons de parler. On doit tirer de là cette conclusion que ces supplices étaient entrés dans les mœurs nationales des Germains antérieurement à l'époque où ils sortirent de Germanie pour se répandre en Europe. Même si les auteurs de la Loi salique n'en avaient rien dit, l'existence de cette peine resterait indéniable. Mais il n'en est pas ainsi. Plusieurs passages disent formellement que certains crimes peuvent entraîner la mort des coupables.
Les crimes capitaux étaient répartis en deux catégories : les uns entraînaient une condamnation éventuelle et les autres une condamnation directe. Les délinquants qui commettaient un méfait de la première catégorie ne perdaient la vie que s'ils ne pouvaient pas la racheter au moyen d'une composition.
Plusieurs textes envisagent ce cas. Suivant le titre L, le comte qui, sans excuse valable, refuse de procéder à une saisie mobilière requise pour l'exécution d'un jugement, est obligé de racheter sa vie : de pita culpabilis esse debet aut quantum valeat se redimat. Le titre Lr ajoute que le comte qui, au mépris de la loi, a saisi des objets d'une valeur excédant le montant de la dette, se trouve dans la même position : « aut se redimat aut de vita componat. Le titre LVII, prévoyant le cas d'un meurtrier qui ne peut, par manque de ressources, payer la composition attachée à son crime, décide que, si un des parents ou un autre citoyen ne paie à sa place, il doit, lui aussi, payer de sa vie : de vita componat.
Le sens exact de ces mots : de vita componat n'est pas tout à fait « sera mis à mort ». Il ne s'agit pas ici d'une condamnation capitale directement prononcée et immédiatement exécutable. La condamnation est, en quelque sorte, indirecte ; son exécution est subordonnée à une condition, celle du défaut de paiement de l'amende légale. Le coupable est obligé de racheter sa vie au moyen d'une somme égale à celle qui devrait être payée à sa famille, si quelqu'un lui donnait la peine d'être culpabilis de vita, en ce sens que la partie lésée acquiert le droit de lui arracher la vie.
Ce n'est pas la peine de mort telle que la conçoivent les peuples modernes. C'est la peine de mort par la légitimation du droit de vengeance ; mais c'est, en même temps, la preuve manifeste, irrécusable, que certains méfaits, à défaut de paiement d'une composition élevée, entraînaient, dans le système de la Loi salique, la confiscation de la vie de leurs auteurs. Dans une formule de Marculfe (1. 11, n. 23) on voit un individu, exposé à cette espèce de mort, aliéner sa liberté pour se procurer les moyens de racheter sa vie. Le condamné s'exprime ainsi : Dum et instigante adversario, fragilitate mea prævalente, in casus graves cecidi, unde mortis periculum incurrere potueram, sed dum vestra pietas me jam morti adjudicatum de pecunia vestra redimistis, vel pro mea scelera res vestras complures dedistis,.. ab hac die de vestro servilio penitus non discedam, sed quidquid reliqui servi vestri faciunt, pro vestro aut agentium vestrorum imperium facere spondeo.
Pour les crimes de la seconde catégorie, ceux qui font encourir la peine de mort d'une manière absolue, le texte de la Lex antiqua est beaucoup plus laconique. Il ne prévoit qu'un seul cas, et ce cas suppose un crime commis par un esclave. Au §353 du titre xr, nous lisons : x Si un esclave est accusé d'un crime grave, à raison duquel un ingénu devrait être condamné à payer 1800 deniers qui font 45 sous, et si la rigueur de la question lui arrache l'aveu de son méfait, il devra subir la peine capitale : capitali sententia feriatur. On s'écarte de la vérité, si l'on se prévaut de ce texte pour soutenir qu'une sentence capitale directe n'était jamais prononcée contre les hommes libres.
Le silence du législateur ne peut s'expliquer que d'une seule manière ; c'est que chez les Francs, comme chez les anciens Germains, il existait une série de crimes entachés d'une infamie particulière, qui n'admettaient pas de composition et entraînaient forcément la mort du coupable. Les rédacteurs de la Loi salique, ayant reçu la mission de dresser un tarif des compositions, ont naturellement laissé de côté les actes criminels qui n'admettaient pas ce mode d'explication. La répression de ces méfaits, placés en dehors de toute estimation légale, était réglée par la coutume. Comme dans l'ancienne législation de la Scandinavie, le coupable était considéré comme ayant perdu, par de tels actes, son droit à la vie, sans qu'il lui fût possible d'expier son crime par une amende.
Quels étaient ces crimes ?
Évidemment, ce n'était pas ceux auxquels la Loi salique avait attaché une composition, mais qui furent, beaucoup plus tard, rangés au nombre des crimes capitaux par les édits des rois mérovingiens. C'étaient les crimes qui, avant et indépendamment de ces édits, étaient punis du dernier supplice en vertu d'une coutume nationale, tels que la trahison, la désertion, la lâcheté, le régicide, les mœurs infâmes.
Nous ne pouvons dresser la liste complète de ces crimes ; mais leur existence et leur répression sanglante n'en sont pas moins des faits avérés. Un fragment mérovingien, intercalé dans la Lex emendata, en fournit une preuve décisive, et ce fragment peut être invoqué à titre de tradition nationale, sans manquer aux lois de la critique historique. Il porte : « Si quelqu'un accuse devant le roi, d'une faute légère, un homme innocent, en l'absence de ce dernier, l'accusateur sera condamné à payer 2 500 deniers ou 62 sous d'or et demi. Si le crime qui lui a été imputé est tel que, étant prouvé, l'accusé eût dû mourir, l'accusateur sera condamné à payer 8 000 deniers ou 200 sous. » Pardessus restreint ce texte au crime de haute trahison contre lequel, au dire de Tacite, la peine de mort était prononcée chez les Germains. Il se fonde sur ce qu'il s'agit d'une accusation ante regem. Il ajoute que le titre xx est le seul texte de la Loi salique où cette peine soit expressément écrite contre les hommes libres, les édits de Chilpéric, de Clotaire et de Childebert, qui l'ont étendue à d'autres crimes, étant de la fin du vii siècle.
Interprétation contestable. Si la haute trahison avait été le seul crime capital connu des Francs Saliens, les rédacteurs de ce fragment l'eussent désigné par son nom ; or ils se servent d'expressions d'une portée générale : Si vero tale crimen ei impultaverit, unde mori debuisset, si verum fuisset. Les mots tale crimen supposent clairement l'existence d'un certain nombre de méfaits passibles du dernier supplice. C'étaient des méfaits que les traditions nationales rangeaient dans cette catégorie et dont les rédacteurs de la Lex antiqua ne s'étaient pas préoccupés.
III. L'EXÉCUTION DE LA PEINE. — Qui exécutait la sentence condamnant un esclave à subir la mutilation ? Qui mettait à mort le meurtrier dont la famille était hors d'état de payer la composition ? Qui exécutait les individus directement condamnés au dernier supplice ?
Siegel dit que, vraisemblablement, les peines corporelles étaient exécutées par le plaignant et son entourage ; il cite à l'appui de son opinion le fragment mérovingien qui forma la formule CCL X XIII de Merkel : Si quis caput de homine, quem suus inimicus in palo misissel., sine permisso judicis aut illius qui ibidem misit tollere przzsumpseril... ?. Mais ce passage ne se rapporte pas à une exécution judiciaire ; il se réfère à la publicité qui devait être donnée aux homicides commis par vengeance.
Suivant Grimm, les délégués du comte se chargeaient de l'exécution des peines capitales, mais les exemples qu'il cite appartiennent tous au Moyen Âge et aucun d'eux n'est emprunté aux pays régis par la Lex antiqua *.
Les renseignements que nous fournissent les chroniqueurs de la période mérovingienne ne sont pas non plus de nature à dissiper le doute. Grégoire de Tours parle d'un exécuteur auquel il donne le titre de lictor . Dans la Vie de saint Léger, nous voyons exécuter une sentence capitale par quatre serviteurs du comte du palais . Quelques hagiographes font du fribunus l'exécuteur des jugements criminels 7 ; tandis que d'autres auteurs attribuent ce rôle aux milites quorum officium erat punire damnatos. En somme, il n'existe, pour l'époque qui nous occupe ici, aucun passage qui puisse fournir une solution incontestable. L'opinion de Siegel est la plus probable. Puis que le plaignant et son entourage faisaient eux-mêmes les fonctions d'exécuteur lors que la Lex antiqua autorisait la torture, les mêmes remplissaient l'office de bourreau dans lequel ils ne voyaient que l'une des formes de l'exercice du droit de vengeance, Les traîtres, les transfuges, les coupables de lèse-majesté étaient mis à mort soit par le peuple, soit par les citoyens désignés par le Maal ou par le comte.
L'exécution avait lieu à l'endroit où le jugement était prononcé, sous la surveillance du comte.
IV. CHEZ LES ROIS FRANCS. — Les rois francs, et pour s'exprimer avec plus de précision, les rois mérovingiens, jouissaient-ils du droit de vie et de mort sur leurs sujets ? (Voir Dictionn., t. xi, au mot MONARCHIE FRANQUE.) On connaît l'histoire du vase de Soissons. Histoire ou historiette, peu importe. Fût-elle inventée d'un bout à l'autre, elle garde une valeur historique puisqu'elle doit être en accord avec les mœurs du vi siècle et refléter l'idée qu'on se faisait alors du pouvoir royal. Vraie ou fausse, il n'importe, la voici en quelques lignes : Les soldats de Clovis ont enlevé les vases d'une église parmi lesquels il s'en trouve un d'un mérite plus rare que l’évêque fait redemander au roi. Au moment de partager le butin, le roi prie ses guerriers de lui abandonner ce vase, en dehors de sa part. Un de ces guerriers s'y refuse, brise le vase en disant : « Tu n'auras que ce que le sort t'assignera. » Clovis attend une année et, à la revue du champ de Mars, il retrouve le guerrier, lui reproche le mauvais état de ses armes qu'il saisit et jette à terre. Pendant que l'homme se baisse pour les ramasser, il lui fracasse la tête en disant : « Souviens-toi du vase de Soissons *. » Parmi les spectateurs, personne ne proteste.
Il y a ici plusieurs traits à remarquer. Clovis veut plaire à un évêque, mais il ne se résigne pas à renoncer pour cela à sa part personnelle de butin ; il demande à ses compagnons de lui faire un avantage pris sur le butin total. Car il ne propose pas de racheter le vase à celui à qui il sera échu ; il semble que le butin forme une masse à laquelle on ne peut toucher qu'avec le consentement unanime. La lettre de Clovis aux évêques du royaume wisigothique * nous montre que le butin est un droit de propriété se rattachant au droit privé. Avant qu'on ait procédé au tirage au sort, un guerrier quelconque peut exiger qu'on n'y fasse aucune soustraction. Clovis ne peut rien y changer ; il prend donc le parti de se taire, mais il n'oublie pas. L'année suivante, il convoque son armée pour une revue, Un homme a des armes en mauvais état ; le roi le châtie, c'est son droit strict de chef d'armée. Il est vrai qu'il semble ricaner en rappelant le vase de Soissons et exercer une justice dont l'idée de vengeance n'est pas absente. Cependant Clovis, dans le cas présent, est un chef de guerre qui exerce son droit sur une armée sous les armes.
Voici un autre cas. Les deux fils de Magnachaire proféraient des injures excessives contre la reine Austrechilde et ses enfants ; le roi Gontran les fit décapiter et confisqua leurs biens !*. On comprend de quoi il s'agit et que ces injures atteignent l'honneur du roi et la légitimité de ses descendants. La peine est sévère, mais on la voit appliquée sous l'empire et les rois mérovingiens ont retenu ce crime de lèse-majesté. Nous en avons d'autres exemples. Luperce, abbé de Saint-Privat, comparait devant la reine Brunehaut sous l'inculpation d'avoir tenu contre elle un propos grossier ; il est jugé non coupable et se retire absous !, Ici il y a eu procès, et dans le cas des fils de Magnachaire on ne dit rien du procès, ce qui ne prouve pas qu'il n'y en ait pas eu. Grégoire, qui rapporte le fait, ne prétend pas incriminer Gontran, mais il établit un rapprochement entre la rigueur du prince et la manière rigoureuse dont Dieu l'a traité peu après en le privant lui-même de ses deux fils.
La société de ce temps est superstitieuse à l'excès, et tout autant cruelle, mais les lois l'y autorisent, Ce même Gontran fait mourir Boantus coupable d'infidélité ?, L'infidélité l'exposait à ce rigoureux traitement. On lit au titre LXIX, 1, de la Loi ripuaire : Si quis homo regi infidelis exsleleril, de vita componat, el omnes res suds fisco censeantur. Voilà ce qui attend l'infidelis ; Boantus devait le savoir, c'était à lui de se tenir sur ses gardes.
L'affaire de Leudaste nous montre un cas plus compliqué. Leudaste avait calomnié la reine Frédégonde et accusé gravement Grégoire de Tours ; convaincu d'avoir organisé un complot, il avait été, par jugement régulier, excommunié par les évêques et banni par le roi Chilpéric. Il se cacha dans le Berry et en Touraine, chercha asile dans la basilique Saint-Hilaire de Poitiers, d'où la reine réussit à l'arracher, regagna le Berry et se réconcilia avec le roi, mais non avec la reine. Chilpéric lui dit : « Sois prudent pendant quelque temps, jusqu'à ce que tu aies vu la reine, et que tu te sois accordé avec elle pour regagner ses bonnes grâces, car tu es très coupable envers elle. » Malgré cet avertissement, Leudaste se présenta devant la reine, se prosterna et implora son pardon. Mais Frédégonde, outrée de colère, s'écria : « Puisqu'il ne me reste pas de fils qui puisse prendre en main ma cause, c'est à toi, Seigneur Jésus, que je commets le soin de poursuivre mes ennemis. » Et, se jetant aux pieds de Chilpéric, elle dit : « Malheur à moi qui vois mon ennemi et qui ne puis en rien prévaloir contre lui. » Elle tire vengeance de Leudaste qu'elle fait assassiner de connivence avec son mari agissant non comme roi, mais comme défenseur de sa femme. C'est un cas de vengeance privée que les mœurs du temps acceptaient.
Voici maintenant une affaire plus grave que rapporte Grégoire de Tours :* : « Chez le roi Childebert, Magnovald, pour des raisons qui ne sont pas connues, est tué par ordre du roi, de la manière suivante : pendant que le roi, dans son palais, assiste à des jeux et regarde un animal que poursuit une troupe de chiens, il fait appeler Magnovald. Celui-ci vient et, ne sachant pour quoi on l'a mandé, il se met à rire avec les autres en regardant la bête poursuivie. Mais un homme aposté par ordre du roi, dès qu'il le vit attentif au spectacle, lui fendit la tête d'un coup de hache. Magnovald tomba mort, son corps fut jeté par la fenêtre et enseveli par les siens. Ses biens furent aussitôt saisis et tout ce qu'on trouva chez lui apporté au trésor public, Quelques-uns pensaient qu'il avait été mis à mort parce qu'après la mort de son frère il avait infligé à sa propre femme toutes sortes de mauvais traitements et l'avait tuée, après quoi il avait fait entrer dans son lit la femme de son frère, » Ce sont là sans doute d'assez fâcheuses accusations, mais, si elles offraient matière à une condamnation, il fallait procéder en justice et non par un véritable guet-apens qui est un assassinat. Magnovald n'était sous le coup d'aucune sentence et il n'est pas possible d'excuser le roi Childebert d'un atroce abus de pouvoir.
L'affaire de Chundo nous fait rentrer dans le domaine de la légalité. « La quinzième année du règne de Childebert, qui est la vingt-neuvième de celui de Gontran, celui-ci, chassant dans la forêt des Vosges, découvre les restes d'un buffle qu'on avait tué. Il fait saisir le gardien de la forêt qui, sommé de nommer la personne qui avait osé commettre cet acte dans une forêt royale, dénonce Chundo, cubiculaire royal. Là-dessus, le roi ordonne d'appréhender l'accusé, de l'enchaîner et de le conduire à Chalon, afin qu'en présence du roi, accusateur et accusé discutassent. Chundo affirmait n'avoir jamais commis l'acte dont on l'accusait. Le roi ordonne donc le duel. Le cubiculaire présente son neveu comme champion ; les deux adversaires entrent dans le champ clos. Le jeune homme frappe de la lance le gardien de la forêt et lui transperce le pied ; le gardien tombe sur le dos et le jeune homme tirant son couteau, s'apprête à lui trancher le cou, lors que lui-même est blessé au ventre par son adversaire. Tous deux roulèrent à terre, ils étaient morts. Ce que voyant, Chundo court se réfugier dans la basilique de Saint-Marcel. Le roi crie qu'on le poursuive et qu'on le saisisse. On l'atteignit avant qu'il eût atteint le seuil du sanctuaire ; attaché à un poteau, il fut lapidé. Plus tard, le roi se repentit d'avoir cédé avec tant de précipitation à la colère, regrettant d'avoir fait périr si promptement un homme fidèle et qui lui rendait des services *. » Ici l'affaire s'est poursuivie régulièrement : délit, accusation, débat public, jugement de Dieu servant de preuve juridique. Chundo n'ignore pas le péril où il se trouve puisqu'il cherche un asile. Plus tard, le roi regrette ce qui s'est fait ; ce qu'il avait à se reprocher c'était non seulement d'avoir cédé à la colère, mais aussi de ne pas avoir fait usage de son droit de grâce.
Un dernier fait : un Saxon, nommé Childéric, est couvert de crimes, il se sent menacé et va s'enfermer dans Auch, où sa femme possède une terre. Le roi donne l'ordre de le tuer, mais Childéric s'enivre et meurt dans son lit *. Il se peut que Childéric tombât sous la sanction d'un jugement, mais Grégoire de Tours n'en dit rien ; il ne raconte le fait que parce qu'il voit dans cette mort ignominieuse la vengeance prise par Dieu contre l'homme qui avait donné le signal de l'assassinat des prêtres dans la basilique Saint-Hilaire. Même s'il n'y avait pas eu de condamnation prononcée par le tribunal du roi, l'ordre donné par ce dernier était légal. En effet, parmi les crimes dont Childéric s'était rendu coupable, il s'en trouvait un qui entraînait la peine de mort : le crime de rébellion.
« Ce n'est pas à dire que les rois du vi siècle n'aient pas eu recours au meurtre pour se débarrasser de ceux de leurs sujets qui leur portaient ombrage ou qu'ils avaient intérêt à faire disparaître, ni qu'ils n'aient pas abusé de leur pouvoir pour satisfaire leurs rancunes. Mais, quand ils l'ont fait, ils ont dépassé les limites de leur droit, ils sont allés contre la loi, ils ont commis des crimes de droit commun. Il est évident que leurs crimes restaient impunis parce qu'ils n'étaient justiciables d'aucun tribunal, parce qu'il n'y avait au-dessus d'eux aucun pouvoir capable de leur imposer le respect de la loi. De mettre à mort un de leurs sujets sans motif légal, sans forme de procès et à leur bon plaisir, ils en ont eu la force mais non le droit. Ils étaient alors justiciables de l'opinion publique !. »
VW. PRIÈRE POUR LES MORTS. — La première mention de la prière pour les morts apparaît chez les juifs. L'auteur du IIe livre des Macchabées nous apprend que Judas Macchabée, en ordonnant un sacrifice expiatoire pour les juifs tombés dans le combat, pensait à la résurrection, car, « s'il n'avait pas été persuadé que ceux qui étaient tombés ressusciteraient, il eût été vain et superflu de prier pour les morts * »,
On peut supposer que l'Église, avec son vif espoir d'immortalité, et son profond sentiment d'union avec les membres du Christ qui étaient trépassés, dut commémorer ses défunts dès l'origine, tant dans les dévotions privées que dans la cène eucharistique. Cependant, le Ier siècle ne nous offre guère de témoignages sur ce point. Le Nouveau Testament ne contient qu'un passage où l'on peut apercevoir une allusion à la prière pour les morts ?. Les premiers écrivains postcanoniques sont également muets. Le long texte liturgique de la lettre de saint Clément aux Corinthiens, qui est fondé, comme l'a bien vu Lightfoot, sur la prière eucharistique de l'Église romaine de ce temps, et qui renferme des demandes pour toutes les conditions et tous les états des vivants, chrétiens ou non, ne fait aucune allusion aux chrétiens qui sont morts. Ils ne sont pas mentionnés davantage dans les formules eucharistiques de la Didaché, à moins qu'on estime qu'ils sont compris avec les vivants dans la demande qui est faite pour l'Église en général : « Que votre Église soit réunie d'un bout du monde à l'autre dans votre royaume... » Le silence des textes continue jusqu'au milieu du IIe. Mais il ne faudrait pas en exagérer la portée. On ne peut s'attendre à trouver un sujet tel que la commémoration des morts traité dans les lettres de saint Ignace, dans les apologies de saint Justin ou dans les écrits polémiques de saint Irénée . La lettre de l'Église de Smyrne sur le martyre de saint Polycarpe est plus propre à nous donner satisfaction ; la question qui nous occupe y est visée, semble-t-il. Après avoir dit : « Nous placâmes ses ossements dans un lieu convenable s, l'auteur ajoute * : « C'est là que nous nous réunirons dès que nous le pourrons, dans la joie. et Dieu nous fera la grâce de célébrer le jour anniversaire de son martyre, tant pour honorer la mémoire de celui qui a combattu que pour exercer et encourager les générations futures à l'imiter. » D'où il résulte que l'on célébrait le natale des martyrs dès l'année 155. Les mots dyaAMxot : ; et xpo semblent faire allusion à l'agape et au service eucharistique.
Nous ne disons rien du témoignage épigraphique qui a été largement utilisé déjà (voir Dictionnaire, t. IV, au mot DÉFUNTS, Commémoration des). On remarquera que l'évêque Abercius (voir ce nom), rédigeant son épitaphe au retour d’un voyage à Rome, ne manque pas de solliciter les prières des survivants ; il avait pu prendre cette idée dans ses visites aux catacombes, et il est remarquable qu'aucune invitation du même genre ne se lit sur une quelconque des tombes chrétiennes de Phrygie ?.
Par contre, on rencontre des témoignages littéraires orientaux de la prière pour les morts, de la célébration de l'agape à leurs intentions. Dans les Acta Pauli et Theclæ, la reine Tryphéna entend, dans un songe, sa fille défunte qui lui demande de recourir aux prières de Thécle pour obtenir « d'être placée parmi les justes », Tryphéna invoque Thècle et lui dit : « Prie pour mon enfant afin qu'elle vive dans l'éternité, » Et Thècle prie pour le salut de Falconilla. Les Acta Johannis représentent cet apôtre priant sur une tombe le troisième jour après la mort, et célébrant la fraction du pain . La prière de Thécle pour une personne morte sans baptême doit être rapprochée de la prière de sainte Perpétue pour son petit frère Dinocrate qui obtient, grâce à elle, de passer d'un lieu de souffrance « dans un lieu de rafraîchissement, de rassasiement et de joie 11, A Carthage, nous voyons les prières et les offrandes pour les fidèles décédés prendre place officiellement dans le service liturgique de l'Église. Tertullien, dans le De anima, nous parle d'un défunt que, dans l'intervalle écoulé entre sa mort et sa sépulture, a aidé la prière d'un prêtre !!, Dans le De exhortatione castitatis, Tertullien tire argument, contre les secondes noces, de l'embarras où se trouverait un veuf lié à une seconde femme, lorsqu'il lui faudrait, selon l'usage, offrir les prières et les oblations annuelles pour l'âme de son épouse défunte !' ?, Il revient sur la même objection dans le De monogamia : « La veuve ne prie-t-elle pas pour l’âme de son époux ? Elle demande pour lui le rafraîchissement et la réunion dans la première résurrection, et elle fait des offrandes au jour anniversaire de sa dormition '*.
Il se peut que l'influence montaniste, alors toute puissante sur l'esprit de Tertullien, ait largement aidé au progrès de cet usage dans l'Afrique du Nord, qui semble avoir été, pour autant que nous pouvons le savoir, la première communauté chrétienne qui offrit l'eucharistie pour les défunts. 5i les montanistes ont eu leur part d'influence, il est certain que l'Église de Carthage était entrée en plein dans cette voie, car Tertullien, dans le De corona (c. 111) nous dit que c'était la coutume d'offrir l'eucharistie pour les morts le jour de leur enterrement et le jour anniversaire de leur décès : Oblationes pro defunctis, pro nataliciis, annua die facimus, Saint Cyprien, dans sa Lettre, 1, 2, parle du sacrifice pour les défunts comme d'une pratique réglée et, par conséquent, approuvée en principe par ses prédécesseurs. Défense était faite de l'offrir pour quiconque aurait violé telle ou telle loi ecclésiastique. Être nommé au Memento de la liturgie eucharistique était, évidemment, au temps de saint Cyprien, un privilège hautement apprécié, et la discipline, qui privait de cette faveur certains coupables, devint une arme redoutable aux mains des évêques et des prêtres. Des phrases telles que celles-ci : offerre pro aliquo, sacrificio pro aliquo (ou pro dormitione ejus), celebrare apud altare Dei, nominare in pace, deprecationem alicujus in 29 ecclesia frequentare, sont familières aux lecteurs de saint Cyprien.
On voudrait savoir si d'autres Églises ont imité à cette époque ce qui se faisait à Carthage. Un passage de la traduction latine du Commentaire d'Origène sur l'épître aux Romains, semble fournir l'indice d'une semblable commémoration dans l'Église de Césarée de Palestine vers le milieu du IIIe : Memini in latinis exemplaribus magis haberi : memoriis sanctorum communicantes. Rufin fait entendre qu'Origène hésite entre la leçon ygsiaig et la leçon pvetars au Ÿ 13, c. XI de l'épitre, et il ajoute que « commémorer les saints soit dans les collectes solennelles, soit pour mettre à profit leur souvenir, paraît être une chose convenable et bonne » Mais on peut se demander si c'est Origène ou si c'est Rufin qui parle, et on n'en sait rien.
Un Africain, Arnobe, contemporain de la grande persécution, proteste contre la destruction des églises, attendu qu'on y prie à la fois pour les vivants et pour les morts : Cur immaniler conventicula dirui ? in quibusdam unus oratur Deus, par cunctis el venia postulatur, magistratibus, exercitibus, regibus, familiaribus, inimicis, adhuc vilam degentibus et resolutis corporum vinclione À, Un témoignage de première importance est celui des Canones Hippolyti qui attestent l'usage de l'agape ou mémoire des défunts ; on lit au canon 33,1 : Si fil anamncsis pro iis qui defuncti sunt, primum antequam consideant mysteria sumant ne que tamen die prima... Post oblationem distribuatur eis panis &&opxtap.oo antequam consideant. Les fragments de Vérone de la Didascalie nous apprennent que « dans les commémorations on se réunit, on lit les saintes Écritures, on offre des prières à Dieu ; on offre aussi la royale eucharistie, qui est à l'image du corps royal du Christ, tant dans les collectes que dans les cimetières ; et le pain pur que le feu a purifié et que l'invocation sanctifie, on l'offre en priant pour les morts ».
A partir de la paix de l'Église, les témoignages se multiplient. Eusèbe nous parle des obsèques de Constantin, qui furent l’occasion d'une grande manifestation en son honneur. « Son corps fut déposé devant l'autel, et prêtres et fidèles en larmes offrirent à Dieu des prières pour l'âme de l'empereur ?. » Onze ans plus tard, saint Cyrille de Jérusalem témoigne que la commémoration des morts est célébrée dans son Église : « Après la commémoration des saints, on offre, dit-il, le sacrifice pour les pères, les évêques et tous ceux qui reposent parmi nous, persuadés que cela doit être grandement utile aux âmes de ceux pour qui est faite cette prière *. » Vers le même temps, nous lisons dans le Sacramentaire de Sérapion de Thmuis la formule de la prière pour les morts : « Pour tous les défunts dont on fait la mémoire, nous prions ainsi : Sanctifie ces âmes, car tu les connais toutes : sanctifie toutes celles qui dorment dans le Seigneur et mets-les au rang de toutes tes saintes puissances et donne-leur place et séjour dans ton royaume. » L'enterrement comporte une autre formule où on lit : « Nous te prions pour le repos de l'âme de ton serviteur (ou de ta servante) : donne le repos à son esprit dans un lieu verdoyant et tranquille, et ressuscite son corps au jour que tu auras fixé. » Le 1. VIII des Constitutions apostoliques représente la liturgie d'Antioche et, au c. xir, nous lisons, à propos d'une personne décédée depuis peu de temps : « Prions pour le repos d'un tel (ou d'une telle), afin que le Dieu bon, recevant son âme, lui remette toutes ses fautes volontaires et involontaires et que, dans sa miséricorde, il la place dans le lieu des âmes saintes 4 » L'évêque fait alors une prière à cette intention et la formule se termine par une invitation à solenniser par des psaumes, des leçons et des prières, le troisième, le neuvième et le quarantième jour après la mort, aussi bien que l'anniversaire. L'auteur ajoute que ces cérémonies n'ont d'utilité que pour les fidèles : faire l'aumône aux pauvres, pour ceux qui ne sont pas baptisés, est une œuvre vaine, leur condition demeure ce qu'elle était avant la mort.
Enfin le 1. VI des Constitutions apostoliques reproduit les règles de la Didascalie touchant les commémorations cimétériales et l'eucharistie 5, Saint Épiphane remarque que l'on fait mémoire des défunts en les nommant par leurs noms . A maintes reprises, dans ses homélies, tant à Antioche qu'à Constantinople, saint Jean Chrysostome recommande les oblations et les prières pour les défunts. Ainsi, dans un de ses sermons sur la 1re aux Corinthiens, il dit : « Portons-leur donc secours, et faisons-leur comprendre qu'on offre à leur intention le sacrifice de notre rédemption. Si les fils de Job ont été purifiés par le sacrifice de leur père, pour quoi douter que les offrandes que nous faisons pour les morts leur apportent quelque consolation ?... N'hésitons donc pas à porter secours à ceux qui sont partis et à offrir nos prières pour eux”. » Le même docteur affirme encore que « les apôtres ont établi la prière pour les morts, et que cela leur est d'un grand secours, d'une grande utilité 5 », L'Histoire lausiaque mentionne l'usage de l'agape eucharistique dans les monastères égyptiens non seulement à l’occasion des obsèques d'un frère, mais encore le 3e jour et le 40e jour après sa mort , Ces services commémoratifs sont interdits pour deux religieuses qui se sont suicidées !*, Un intéressant passage des Réponses canoniques attribuées à Timothée d'Alexandrie règle sur ce point la pratique de l'Église égyptienne ; il est décidé que leur sacrifice sera célébré dans le cas où le suicide pourra être mis sûrement au compte de la folie.
En Occident, nous trouvons des témoignages non moins formels qu'en Orient. Vers 387, saint Ambroise écrit à un ami qui déplore la mort d'une sœur : « Il ne faut pas tant la pleurer que l'assister de vos prières, ne l'attristez pas par vos larmes, mais recommandez plutôt son âme à Dieu par des oblations ! !, » Rappelons seulement que sainte Monique (voir ce nom) ne demandait autre chose à son lit de mort sinon qu'on « fit mémoire d'elle à l'autel' ? » Saint Augustin demande à ses lecteurs de continuer cette prière : « Que ceux qui liront ces lignes, se souviennent à votre autel, ó mon Dieu, de Monique votre servante **, » ( »est le même docteur qui écrira : « Lorsqu'on offre pour tous les défunts baptisés le sacrifice de l'autel ou celui de l'aumône (tous n'en profitent pas également) ; pour ceux qui ont été très bons, ce sont des actions de grâces : pour ceux qui n'étaient pas très mauvais, ce sont des propitiations ; pour les très mauvais, si elles ne sont d'aucun secours aux morts, elles sont une consolation pour les vivants ; à ceux à qui elles sont utiles, elles le sont pour leur obtenir une pleine rémission de leurs fautes, ou au moins pour que leur damnation devienne plus tolérable ™. » Il ne manquait pas de fidèles qui se demandaient
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quelle pouvait être l'utilité de ces secours. « J'en connais plusieurs, disait saint Cyrille de Jérusalem, qui demandent quel profit l'âme qui a quitté ce monde, avec ou sans péchés, peut tirer des prières faites dans la commémoration des morts », et il répond : « En offrant ces prières dans la liturgie, nous offrons le Christ qui a été sacrifié pour nos péchés et nous rendons ainsi Dieu propice aux morts aussi bien qu'à nous-mêmes !, » L'objection fut reprise par Aerius du Pont qui condamnait sans réserve : « Pour quoi, disait-il, après la mort, nommez-vous (au sacrifice) les noms des défunts ? Le vivant prie, en quoi cela peut-il servir au mort ? Que si la prière de ceux-ci sert à ceux-là, ce n'est pas la peine de vivre pieusement ni de faire le bien ; il suffit de se faire des amis qui prieront Dieu pour nous, qui obtiendront que nous ne souffrions aucun mal après la mort et que nous n'ayons pas à payer la peine de nos forfaits. » À cela saint Épiphane répond « que la pratique chrétienne repose sur la conviction que les membres défunts de l'Église existent encore et vivent avec le Christ ; prier pour eux ne saurait être plus vain que de prier pour des amis qui sont en voyage. Et quand même nos prières n'effaceraient pas entièrement leurs fautes, nous pouvons toujours leur rendre service en priant ?, »
VI. MESSE DES MORTS. — Uno modo facimus mortuorum officia disait Amalaire * (voir ce nom) ; et, en effet, qu'il s'agisse d'un empereur ou d'un pontife, ou d'une simple chrétienne, les chants funèbres ne varient pas, soit qu'il s'agisse des obsèques, d'une messe anniversaire ou d'une messe quotidienne. A une date reculée, on y mettait un peu plus de variété. Il y avait, dans le haut Moyen Âge, au moins trois ou quatre introits.
Les manuscrits des x et xi siècles donnent des séquelles de rechange ; ce sont : 1° Requiem « eternam, celui qui a été conservé. — 2° Convertere, anima, in requiem tuam, tiré du psaume cxrv. — 39 Qui Lazarum, texte du second répons de l'office des morts *.
Les traits étaient alors, comme de nos jours, au nombre de trois : 1° Absolve, qui se chante encore. — 20 De profundis, comme au dimanche de la Septuagésime. — 39 Convertere Domine, tiré du psaume cxtiv *.
Il y avait jusqu'à quatre offertoires : 1° Domine Jesu Christe, celui qui est encore en usage de nos jours et qui était parfois enrichi d'un plus grand nombre de versets, — 2 » Domine convertere, emprunté à une messe fériale du Carême. — 39 Illumina, comme le précédent. 49 O pie Deus, avec versets, le tout de style purement ecclésiastique *, Le nombre des antiennes pour la communion s'élevait jusqu'à six et même davantage, savoir : 1« Ego sum resurrectio, notre antienne actuelle du canticum de Benedictus. — 29 Lux ælerna, celle qui a été conservée. — 39 Credo quod Redemptor, corps du premier de nos répons de l'office des morts. — 4° Chorus angelorum, la fin de l'antienne : /n paradisum. — 5° Omne quod dal, notre antienne à Magnificat, — 69 Dona eis, Domine, requiem sempiternam et reple splendore animas sanctorum, el ossa eorum pullulent in loco suo.
L'introit : Requiem :lernam. — Cette prière contient le vœu du repos sans fin à l'issue des labeurs de la vie présente, celui de la lumière sans ombre et sans changement. C'est un emprunt au IV* livre d'Esdras qui a passé pour canonique autrefois et où on lit ceci : Exspectate pastorem vesirum, requiem æternilatis dabit vobis... parati estote quia lux perpetua lucebit vobis per eeternitatem temporis (IV Esdr., 11, 34, 35).
Le graduel : Requiem æternam ; même emprunt que l'introit. Le verset : In memoria ælerna eril justus est tiré du psaume xr, verset 6. La mémoire du juste ne périra pas, lui-même n'a pas à redouter un jugement de réprobation. Ce verset a varié ; on en trouve plusieurs autres dans les manuscrits liturgiques !9, L'Alleluia ne se chante plus à la messe des morts, au moins depuis le 1x siècle, selon l'usage romain. Missa pro mortuis in hoc differt a consueta missa, quod sine gloria et alleluia, el pacis seculo celebratur !', A une époque plus ancienne, l' Alleluia n'était pas banni de l'office des défunts, Vers la fin du vë siècle, on lit dans une lettre de saint Jérôme, à propos des obsèques de Fabiola : Sonabant psalmi et aurata templorum tecta reboans in sublime quatiebat Alleluia !', L'usage se maintint encore en Occident, après le 1x£ siècle, et se conserva en divers lieux jusqu'au xr siècle ; nous en avons pour témoins les missels de cette époque qui nous montrent l'Alleluia avec le verset Requiem selernam ?, Le trait : Absolve. La liturgie du Carême comporte le fractus, pièce de chant dont la lenteur s'aggrave d'un nombre de versets qui peut aller de 2 à 5. Dans le trait de la messe des morts, il y a trois versets dans lesquels on exprime les souhaits que le défunt échappe à une sentence de condamnation par l'absolution de ses péchés et qu'il obtienne la béatitude de la clarté qui n'aura pas de fin, La séquence : Dies iræ. On donnait anciennement le nom de jubilus ou jubilatio à une série de neumes faisant suite à l' Alleluia. Saint Isidore mentionne bien le terme jubilatio, mais en tant qu'il signifie une allégresse sine voce, non par un chant sur des paroles !, Amalaire nous apprend que cette forme de chant existait au 1x siècle : Hiec jubilalio, dit-il, quam sequentiam vocant cantores, statum illum ad noslram mentem ducit quando non erit necessaria locutio verborum sed sola cogitatio mens menti monstrabit quod relinel in se“. Au moment où écrivait cet auteur, vers 825-830, l'usage n'existait pas encore d'adapter des paroles aux neumes ; mais cet usage, qui parait être le point de départ de nos séquences ou proses, ne dut pas tarder à se montrer. Peut-être fut-il porté jusqu'à Rome et approuvé par le pape Hadrien II1(867-872). De bonne heure, il s'établit au monastère de Jumièges, suivant le
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Drm témoignage de Notker le Bègue ! : « J'étais je une encore, dit-il, lorsqu'à la suite des invasions normandes, qui ruinèrent Jumièges, un prêtre de ce monastère, échappé au massacre *, vint demander l'hospitalité à Saint-Gall. Il apportait avec lui son Antiphonale missarum. J'y remarquai un certain nombre de vers disposés pour être chantés d'après les séquences de l'Alleluia ; mais beaucoup d'entre eux étaient altérés. Cette vue me combla de joie et aussi d'une certaine amertume à cause de l'altération dont il s'agit. Je me omis moi-même à en composer de semblables. » La messe des morts n'ayant pas d'Aileluia, il n'y avait donc pas lieu d'y souder une séquence ou une prose, c'est donc probablement à une époque tardive, vers la fin du xir siècle, au plus tôt, c'est-à-dire à une époque où ces pièces de chant étaient d'un usage général et où toute fête un peu marquante était enrichie d'une séquence. La date de l'introduction de la | séquence Dies iræ au missel romain n'est pas antérieure
Les antiennes de l'offertoire et de la communion. — Ces deux antiennes sont allongées d'un verset et d'une sorte de refrain qui prend place avant et après le verset. Le nombre des communiants à la messe était alors assez considérable pour imposer un chant pendant leur défilé ; on eut ainsi une antiphona ad offertorium et une autre antiphona ad communionem.
L'offertoire : Domine Jesu Christe, n'est pas tiré de l'Écriture sainte, il est de style ecclésiastique, ainsi que les versets qui l'accompagnent. En voici le texte d'après les manuscrits des x et xi siècles , Domine Jesu Christe. Rex gloriæ, libera animas omnium fidelium defunctorum de panis ? inferni, el de profundo lacu : libera eas de ore leonis, ne absorbeat eas Tartarus ne cadant in obscurum.
— Sed signifer sanctus Michael repraesentet eas in lucem sanctam.
—— Quam olim Abrahæ promisisti et semini ejus.
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si répandus qu'on en faisait usage sans aucun souvenir mythologique. La formule libera eas de ore leonis parait être une réminiscence de la commendatio animæ où on priait Dieu d'épargner l'âme de l'agonisant comme il avait secouru le prophète Daniel : Domine Jesu Christe, rex gloriz, libera animam servi fui de poenis inferni el de profundo lacu libera eam de ore leonis.
La communion : Lux ælerna ; nous trouvons le texte de cette antiphona dans les manuscrits des x° et xi* siècles : antiphona ad communionem : pro quorum memoria corpus Christi sumimus.
— Dona eis, Domine, requiem ælernam, el lux perpetua luceat eis. y Pro quorum memoria sanguinem Christi sumimus.
— Dona eis, Domine, requiem sempilernam et lux perpetua luceat eis.
Ces derniers mots : Lux perpetua... forment le corps de l'antienne actuelle.
L'absoute : Libera me... de morte ælerna ; à la messe des morts fait suite une absolutio dont le nom ne semble pas antérieur au xiv siècle. On trouve l'absoute signalée pour la première fois dans l'Ordo romanus de Pierre Amelius, évêque de Sinigaglia (1376-1382), mais l'usage remonte à une époque beaucoup plus ancienne, au moins jusqu'au 1x siècle, comme le prouve le pontifical dit de saint Prudence de Troyes (846-861). On y lit qu'après la messe de obitu, célébrée Corpore presente, le prêtre s'approche du cercueil avec les cierges et l'encens ; il récite l'oraison : Non intres in judicium et les chantres entonnent le répons : Subvenite, sancii Det . Toutefois, une différence existe entre l'usage du 1x siècle et celui qui a prévalu depuis. Le répons Subvenite a fait place au Libera me, Domine, de morte ælerna, sans que nous puissions marquer la date de cette substitution. Toutefois, Sicard de Crémone, dans son Mitrale, dit que le prêtre, après avoir célébré la messe de sépulture, chante le défunt avant de l'inhumer : Cum celebrata fuerit missa pro defuncto, presente corpore, percanlet defunctum sacerdos, el si plures fuerint sacerdotes, omnes habeant stolas, et dicant orationes cum illo, qui precantavit. Præcantalus portatur ad speluncam +°, On verrait difficilement la désignation du Libera me dans ce chant, car le Libera me met en scène le défunt lui-même, tandis que Sicard parle d'un chant au nom et en faveur du défunt : Subvenite illi... Suscipiat te Christus qui vocavit te...
Ei morte, el projice post tergum luum omnia peccata VIL La FÊTE DES MORTS. — Il est difficile d'assigner une date précise à l'office des morts ; on peut parler du VIe sans risquer de beaucoup s'égarer ; en tout cas, l'institution de cet office était un rapprochement entre les membres de l'Église souffrante et les membres de l'Église triomphante, qui les soutenaient.
— Sed signifer sanctus Michael repræsentet eas in lucem sanctam.
Troisième verset : Redemptor animarum omnium Christe mitle sanctum Michaelem ut ille dignetur eas eripere de regionibus tenebrarum, el perducat eas in sinum Abrahæ et in lucem sanctam.
— Quam olim Abrahæ promisisti et semini ejus.
La mention du Tartare n'est pas plus déplacée ici que celle des Champs-Élysées qui se lit sur un certain nombre d'épitaphes métriques chrétiennes ; certains mots comme le Tartare, l'Hadeés (voir ce mot) étaient mis sur un certain pied d'égalité. Dans l'antiphonaire composé pour l'Église de Metz au IXe, par Amalaire, l'office des morts venait immédiatement à la suite du commun des saints. Vers le même temps, saint Eigil, abbé de Fulda, décida que le 17 décembre, in natali sancti Ignatii martyris, qui était l'anniversaire de la mort de saint Sturm, premier abbé et fondateur de Fulda, il y aurait solennité des messes, psalmodie et autres prières, pour tous les frères décédés du monastère. Une règle monastique, attribuée sans raison suffisante à saint Isidore de Séville, prescrit l'oblation du saint sacrifice pour tous les défunts en général, pro spiritibus mortuorum, le lundi de la Pentecôte, altero die post Pentecostem.
Mabillon avait eu connaissance d'un calendrier qu'il estimait remonter au Xe et sur lequel était signalée, au 26 janvier, une prescription analogue à celle qu'on vient de lire.
Ces tentatives locales de commémoration des défunts n'ont jamais eu la notoriété de celle qui s'imposa, dès les premières années du XIe, sous l'impulsion de l'abbé de Cluny, saint Odilon, et qui était appelée à devenir une des fêtes les plus populaires du calendrier liturgique. La date et les circonstances qui entourent l'institution de la fête donnent lieu à des discussions qui exigent qu'on entre à ce sujet dans quelques précisions.
Il faut examiner une double relation contemporaine des faits qui amenèrent saint Odilon à prendre la décision relative à la fête du 2 novembre. D'abord une relation de Raoul Glaber, antérieure à la mort d'Odilon et n'ayant trait qu'indirectement à l'institution ; ensuite une relation de Jotsald, le premier biographe du saint abbé, son ancien disciple et qui écrivit en 1052 ou 1053.
Ceci ressort clairement du fait que son écrit est dédié à Étienne de Thiern ou de Mercœur, propre neveu de saint Odilon et évêque du Puy, lequel mourut en 1053 ; ensuite, de cet autre fait que Jotsald mentionne le voyage de saint Hugues en Hongrie et affirme qu'il s'y trouvait avec l'évêque Richard, dans les derniers mois de 1051. La relation de Jotsald fut utilisée par saint Pierre Damien, évêque d'Ostie, auteur d'une deuxième Vie de saint Odilon, écrite à la demande de son successeur sur le siège de Cluny.
Voici la relation de Raoul Glaber :
In remotioribus Africæ partibus erat quidam anachoreta, de quo ferebatur quod spalium viginti annorum tenebat eum omnino separatum a conspectu ullius hominis. Contigit autem ut quidam homuncio genere Teifalus unus ex illis circuitoribus regionum, qui nunquam saturantur experientia et novitalibus locorum, illuc pergens deveniret. Qui famam illius anachorelæ comperiens, aggressus est solitudinem ardore solis perustæ regionis, diu multum que illum requirens si forte reperiret. Tandem ille prior solitarius, inquirentem se aspiciens, vocabit eum ut ad se veniret. Qui veniens ad eum, interrogare eumdem capit quis aut unde esset, seu cujus rei gratia illuc devenisset. Qui protinus respondit, ipsius desiderio conspiciendi accensum illuc devenisse, nihil que preter eum aliud querere.
Deinde pir ille theologus ait : « Novi te, inquiens, a partibus Galliarum huc devenisse. Sed quæso die mihi si cenobium majoris monasterii, quod in eisdem partibus habetur, vidisti. » At ille dixit : « Vidi, inquit, et optime cognitum est mihi. » Tunc dixit ei : « Scito, ait, præ cunctis Romani orbis illud valere præcipue in liberatione animarum a dæmonica dominatione. Tanta enim in eo viget vivifici sacrificii frequens immolatio, ut nulla penes dies pertranseat, in qua non de potestate malignorum demonum tale commercium animas eripiat. » Et Glaber poursuit : Erat siquidem, ut ipsi perspeximus mos illius cænubit, a prima diei aurora usque in horam prandii, propter fratrum copiam continua missarum celebratio. Quæ videlicet tam digne, pureque ac reverenter fiebant, ut magis angelica quam humana exhibitio putaretur.
Voici les relations de Jotsald et de saint Pierre Damien ; les variantes de Jotsald sont en note.
Prælerea quidam vir religiosus oriundus de pago Rotenensi revertebatur ab Hierosolymis, qui, dum mare transiret quod a Sicilia versus Thessalonicam per plurima fluctuum periculosa loca protenditur, cumque cum multis aliis furentium ventorum horror impelleret, applicuerunt ad insulam quamdam seu rupem, ubi quidam servus Dei manebat inclusus. Rotenensis ille que illuc aliquandiu commorans, et tranquillitatem sedandi maris exspectans, delectabatur cum servo Dei frequenter habere colloquium. Sed dum hinc nonnulla dicuntur illiue plurima referuntur, perquisitus hospes a viro, unde originem duceret, ur liler Aquitanum se esse respondit.
Requisitus insuper utrum cœnobium illud, quod dicitur Cluniacum et Odilonem ejusdem loci nosset abbatem, optime quod quærebat is se nosse perhibuit :
Sciscitalur homo cur hoc ab eo servus Dei requirat. Ad quem ille : « Sunt, inquit, a nobis vicina loca, ex quibus gravissima furentium flammarum evomuntur incendia, in quibus etiam locis, reproborum animæ diversa luunt pro meritorum qualitate tormenta. Ad quorum semper exageranda supplicia innumerabiles sunt daemones deputati... Quos ego frequenter audivi querulis lamentationibus, et lacrymabili vociferatione deflentes quod orationibus et eleemosynis quorumdam adversus eos injederabiliter concerlantium, frequenter ex eorum manibus eriperentur animæ damnatorum. Inter cœtera de Cluniacensium cœlu per marimam et eorum abbate querimoniam faciunt quia sæpe per eos sui furis sernaculos perdunt.
Quamobrem per terribile Dei nomen obtestor ut sanctis fratribus illic, quæ tibi dixi, fideliter referas, et ex nostra quoque parte illis denunties, ut eleemosynis et orationibus magis ac magis insistant ac præsertim hujus intuitu ut de manibus dæmonum, eos qui ab illis eruciantur, educant quatenus de quotidianis eorum rapinis et luctus inferatur inimico generis humani, et gaudium multiplicetur in cælo. — Aliquanto post homo regressus in patriam, quidquid viri Dei relatione didicerat, beato patri et sanctæ congregationi fideliter narrat. — Tunc venerabilis Pater Odilo per omnia sua monasteria constituit generale decretum ut sicul primo die novembris CRETE 02 46 ben giv » í GE ARE ie te RH OMAR AA FR EA A AN n
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juxta universalis Ecclesiæ regulam, omnium sanctorum solemnitas agitur, illa sequenti die in psalmis et eleemosynis et præcipue missarum solemniis omnium in Christo quiescentium memoria celebretur.
Ces deux relations concordent entre elles en ce qu'elles affirment que l'abbé Odilon et ses moines furent instruits, par une voie surnaturelle, de l'efficacité de leurs prières, de leurs aumônes et de leurs messes pour la rédemption des âmes du purgatoire. On les invitait à y persévérer et à redoubler de ferveur. C'est de là qu'est sortie la fête du 2 novembre. Raoul Glaber ne fait pas mention de cette fête, et cela peut-être afin de ne pas heurter la modestie de saint Odilon à qui son livre était dédié ; mais il affirme que les prières d'Odilon et de ses moines clunisiens délivraient un grand nombre d'âmes. Pour le reste, il faut reconnaître qu'il y a bien des différences entre les deux relations : les lieux, les personnages ; on peut le regretter, mais il est impossible d'y rien changer.
Le rôle principal appartient à saint Odilon qui fut abbé de Cluny de 994 à 1048. Mais on a proposé de lui associer non les moines de Cluny, mais ceux de Marmoutier. Cette dernière maison, après la réforme introduite par saint Mayeul, avait gardé son indépendance et ne relevait pas de l'abbé de Cluny dont le décret n'atteignait pas un monastère qui n'avait rien à faire avec saint Odilon. C'est cependant ce qu'a soutenu dom Martène, faute d'avoir suspecté le texte interpolé des chroniques de Raoul Glaber et de l'avoir confronté avec celui de Jotsald et de saint Pierre Damien. Un a vu plus haut que certains manuscrits portent la leçon Majoris monasterii au lieu de Cluniensis monasterii. Le mot majus désigne un monastère d'une importance qui dépasse tous les autres ce qui, au XIe, était le cas de Cluny et n'était pas celui de Marmoutier.
Dans le texte allégué plus haut, on a entendu l'ermite dire à son interlocuteur : « Je sais que tu viens du pays des Gaules, et il lui demande s'il connaît le grand monastère qu'il caractérise ainsi : on y compte un si grand nombre de religieux prêtres que les messes privées s'y succèdent depuis l'aurore jusqu'à midi et au delà. Or, ceci ne peut s'appliquer à Marmoutier qui, au début du XIe, ne comptait qu'un nombre restreint de religieux prêtres.
La date de l'institution de la fête nous reporte à l'abbatiat de saint Odilon lequel dura plus d'un demi-siècle. Sigebert de Gembloux a adopté l'année 998, sans en donner la raison ; l'abbé Tritheim préfère l'an 1000 tout aussi gratuitement. Mabillon a cru trouver, dans un décret capitulaire de Cluny, la teneur même du décret de saint Odilon, mais ce décret serait postérieur à l'année 1024 et à la mort de l'empereur Henri II dont il fait mention. Or, il semble que le document en question n'est pas le décret capitulaire établissant la fête mais une ordonnance postérieure destinée à la confirmer et à déterminer son application. On pourrait donc relever la date et même jusqu'au début du XIe. En effet, le monastère de Farfa parait avoir été le premier à adopter la fête des morts ; or, ce monastère eut à sa tête, de 998 à 1009 et de 1014 à 1039, un certain abbé Hugues dont l'élection était bien un peu entachée de simonie, mais qui ne s'en montra que plus enthousiaste pour la réforme de son monastère. Dès qu'il fut abbé, il se rendit à Subiaco puis au Mont-Cassin pour y chercher un ensemble de coutumes et un ordre de vie régulière, applicable à son monastère de Farfa. Faute d'y rencontrer ce qu'il cherchait, il s'adressa à saint Odilon et, avec le consentement d'un pape, qui semble n'avoir pu être que Grégoire V, il introduisit à Farfa les us et coutumes de Cluny, ce qui fut confirmé par Silvestre II. Cet abbé Hugues était un abbé à éclipses ; il démissionna une première fois en 1009, reprit l'abbatiat en 1014 et démissionna en 1026, enfin remonta sur son siège, pour la troisième fois, en 1036 jusqu'à sa mort en 1039. On peut croire que la mise en vigueur du décret de saint Odilon appartient à la période du premier abbatiat, 995-1009, car l'abbé Guy, qui remplit la période 1009-1014, n'y fut pour rien d'après son propre témoignage. On pourrait donc admettre avec quelque vraisemblance que le décret de saint Odilon serait antérieur à 1009.
L'institution de la fête des morts fut introduite à Farfa par l'abbé Hugues, à Hirsauge par l'abbé Guillaume (1056-1091) ; elle gagna de proche en proche en France et ailleurs jusqu'à ce qu'elle devint à peu près générale et fut adoptée pour l'Église universelle : Universalis Ecclesia recipiens hunc ritum comprobavit. Cependant, on n'a jamais produit dans sa teneur littérale aucun décret de concile, aucune bulle papale qui y aient trait de près ou de loin. Saint Pierre Damien, qui écrivit à Rome vers 1060 la Vie de saint Odilon, se contenta de signaler l'institution sans dire qu'elle eût franchi les Alpes et reçu en Italie un accueil favorable. On en déduit que la constitution attribuée sans preuve aux papes Jean XIX et Léon IX est purement imaginaire, On en déduit même que l'exemple donné par Farfa ne rencontra pas d'abord, en Italie, beaucoup d'imitateurs, Comme l'Assomption du 15 août, la commémoration des morts du 2 novembre est une fête française par ses origines et par son expression. En Normandie, dès 1060, la fête des morts jouissait d'un éclat égal à celui qu'elle revêtait à Cluny. In crastino omnium sanctorum fiat festiva celebratio omnium mortuorum, écrit Jean d'Avranches . Lanfranc transporta cette fête du Bec à Cantorbéry et en fit l'objet d'un de ses statuts les plus explicites . Au xi siècle, Jean Beleth *, Sicard de Crémone, Durand de Mende parlent de la fête comme s'étendant à toute l'Église latine. Sicard s'exprime ainsi : Sane hoc officium sanctorum continuatur commemoratione defunctorum, et sunt tres dies continuati tribus mysteriis deputati. Vigilia enim dies est afflictionis ; solemnitas, dies exultationis, hodie dies orationis. In ipsa pro his, qui in purgatorio detinentur, oremus, modo melliorem panam, modo plenam absolulionem impetrantes.
VIII. LA CRAINTE DE LA MORT. — Aussitôt après que l'homme eut péché, le Seigneur lui infligea la loi du travail, de la souffrance et de la mort : morte morieris. La mort conserve pour l'humanité entière ce caractère de châtiment et c'est ce qui explique l'instinctive répugnance qu'elle nous inspire. Bien peu ont su lui sourire et songer que, pour le chrétien pénétré des vérités éternelles, la mort est un gain. Les uns, par frayeur de l'inconnu ou par appréhension du jugement de Dieu, les autres par attrait pour la vie et les affections qu'ils ont rencontrées et dont il leur faut se séparer, d'autres pour des raisons différentes ont exprimé éloquemment leur horreur. On ferait un recueil émouvant des prières de l'Anthologie où des défunts invectivent la mort, l'implorent, la raillent, mais nous n'avons qu'à nous occuper des sentiments qu'elle inspire aux fidèles.
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Une stèle égyptienne du British Museum nous offre cette complainte : « O quelle séparation est celle-ci ! O départ plus lointain que tous les autres ! O dure navigation pour aller au rivage ! O mort ! mot amer dans la bouche de chacun, qui déchire, qui sépare les pères des fils et les fils des pères ! Que quiconque sait pleurer sur ceux qui parmi eux sont morts vienne en ce lieu proférer une immense lamentation sur le malheur de ma jeunesse ! — Moi, Jean, diacre, j'ai quitté ma mère, veuve. Je suis venu dans la ville de gc. Je suis mort en ce lieu. On m'a placé dans ce tombeau. Souvenez-vous de moi, mes bien-aimés, afin que Dieu me pardonne. Je me suis endormi aujourd'hui, treize du mois de paophi, indiction treizième. » L'inscription qui suit se trouve à la Bibliothèque nationale : « O décret inflexible, inexplicable ! Celle qui mangeait et buvait hier encore, aujourd'hui sa bouche est fermée, pour ne plus rien manger jamais. J'ai fait mon offrande au temple avec mes compagnes. Tout à coup est venue sur moi la nécessité de la mort. Tous ceux qui me connaissaient m'ont oubliée. Je me suis donc endormie dans le sépulcre, moi, Maria, cette jeune fille malheureuse, aujourd'hui 16 du mois de pachons, de la première indiction. Venez tous à mon aide afin que Dieu (fasse miséricorde) à mon âme !, »
IX. LE DÉSIR DE LA MORT, — Ce sentiment d'horreur à l'égard de la mort ne doit pas faire oublier les âmes héroïques qui l'ont souhaitée, appelée pour rejoindre le Christ et ont interprété en d'admirables impulsions le cupio dissolvi et esse cum Christo de saint Paul. L'épopée du martyre chrétien pendant les trois premiers siècles de l'Église s'est prolongée jusqu'à nos jours, mais nous ne citerons ici qu'un seul témoignage, celui de saint Ignace d'Antioche écrivant aux Romains : « Je vous en conjure, épargnez-moi une bienveillance intempestive. Laissez-moi devenir la pâture des bêtes ; c'est par elles qu'il me sera donné d'arriver à Dieu. Je suis le froment de Dieu, et je suis moulu par la dent des bêtes pour devenir le pain immaculé du Christ, Caressez-les plutôt, afin qu'elles soient mon tombeau et qu'elles ne laissent rien subsister de mon corps. » Nous voyons des martyrs qui, comme saint Cyprien, accueillent leur arrêt de mort d'une acclamation : « Grâce à Dieu ! » Les chrétiens se familiarisaient avec la mort qui les introduisait directement dans la gloire par la confession sanglante de leur foi, mais les épitaphes nous apprennent combien la mort restait la redoutable épreuve, Commodien admettait que sur les défunts moissonnés par la mort on versât des larmes, saint Jérôme défendait qu'on les pleurât ; il fallait plutôt se réjouir, chanter l'Alleluia sur leurs tombes, puisqu'ils étaient parvenus au bonheur. Faire autrement, disait l'Église, c'était imiter les païens, les autoriser même à taxer de mensonge ceux qui assuraient que les fidèles avaient été reçus dans le sein de Dieu . C'était leur être inférieurs. Les idolâtres n'avaient point versé de larmes à la mort du vertueux Marc Aurèle ; ils croyaient trop bien que le ciel s'était ouvert devant ce juste prêté pour un temps à la terre . Mais la vraie douleur ne se commande pas. Les épitaphes en vers portent seules la marque de l'allégresse des survivants et nous avons dit combien peu il faut ajouter de confiance à l'expression empruntée de sentiments d'une résignation plus apparente que réelle comme lors que nous lisons sur une pierre de Vienne, en Dauphiné : non PLACEAT GEMERE QVOD CELEBRARE de cet, Les autres inscriptions ne s'interdisent pas sans doute de parler quelquefois de la félicité des morts, de la joie des chrétiens de quitter la terre, mais on y sent mieux palpiter la nature lorsqu'elles disent le désespoir de ceux qui ensevelissent leur époux ou leur fils.
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HIC DALMATA CR
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CE ET DIEM FVTVRI y IVDICII INTERCEDE NTEBVS SANCTIS L C'est peut-être à la pensée familière sinon au désir de la mort qu'il faut attribuer quelques inscriptions comme celle que nous trouvons à Arles sur laquelle on lit une épitaphe où la date de la mort est restée en blanc ! :
ESCIT BON M LEONI DIVS QVI VIXIT ANNVS PLM ET OBIIT SVB DIE INDICTIO NE
Leonidius a compté sur autrui pour inscrire l’âge de sa mort, le jour du décès et le chiffre de l'indiction. Les survivants ne s'en sont pas occupés,
X. LA MORT CIVILE. — Une tradition constante qui remonte aux glossateurs et à l'ancien Moyen Âge confondait à priori les deux concepts d'une question capitale jusqu'alors ignorée ou méconnue, celle des rapports historiques qui ont pu exister entre les capitis deminuliones majores et la mort civile. Jusqu'à une époque toute récente, on y voyait une chose identique sous deux noms différents et cette tradition avait été admise sans discussion et encore accentuée par les auteurs modernes. Or, l'idée qui se dégage de l'étude comparative des textes est très différente : la capitis deminutio n'est qu'un mot servant à désigner un ensemble d'effets de provenance diverse ; la mort civile est une institution ayant des effets propres ; la capitis deminulio ne désigne rien d'autre qu'un anéantissement, une extinction de personnalité ; elle ne désigne qu'un fait destructif, négatif, et n'a pas, par elle-même, d'effet attributif ; même lorsqu'elle est qualifiée par le fait juridique qui la suit, et qui indique le nouvel état du minutus, elle ne fournit pas de solution précise sur le sort de son patrimoine ; ainsi la capitis deminulio | maxima qui frappe la personne devenant à Rome | l'esclave d'une autre n'implique nullement l'attribution des biens du minutus devenu esclave à celui qui devient son maître. Au contraire, la mort civile, institution aux traits précis, contient, à côté de son effet extinctif, un principe attributif, dévolutif. Quand un individu est frappé de mort civile, c'est-à-dire est considéré comme mort fictivement, par là se trouve réglé le sort de son patrimoine, qui, sauf le cas d'attribution expressément différente, telle que la confiscation, passera à ses héritiers ; par là aussi sont résolues les questions multiples soulevées par le sort de certains droits compris dans les biens du mort civil, droits dont l'exigibilité ou l'extinction était subordonnée à la mort naturelle du titulaire ; la mort civile, fiction de mort naturelle, ouvre ou éteint ces droits, comme cette dernière, Or, les Romains du temps de la République et du Haut-Empire ne connaissaient pas l'institution de la mort civile ; ils ne connaissaient que l'expression purement extinctive de capitis deminutio, mais comme celle-ci ne fournissait aucun principe de solution pour l'attribution de certains des droits du minutus, les jurisconsultes de l'époque classique ont été amenés à introduire dans des cas particuliers, d'abord isolés, puis de plus en plus nombreux, une fiction de mort applicable au minutus, fiction dont le droit du Bas-Empire et, finalement, le droit de Justinien devaient faire une règle presque générale. Et, ainsi, le concept de la mort civile s'est insinué graduellement dans la capilis deminutio par un travail de jurisprudence compris entre la fin de l'époque classique, et le temps de Justinien. Il y a eu une infiltration lente de la mort fictive dans la capitis deminutio réalisée par des décisions d'espèce, d'inspiration assez diverse, parfois l'interprétation de volonté du disposant, plus souvent la préoccupation, nouvelle à l'époque classique, de limiter le plus possible les effets de la servitude ou de la confiscation et de ne pas frapper les innocents.
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Si donc on remonte à la genèse de la mort civile, on voit qu'elle est, à sa naissance, un amendement accidentel à la capitis deminutio, et l'étude des textes amène à distinguer trois cas dans les capitis deminutiones majores. | l° Le premier cas est celui de la servitus privati. C'est le cas le plus ancien de servitude, le plus foncièrement romain, parfois contemporain du cas archaïque de servitude trans Tiberim, celui du citoyen romain devenant à Rome l'esclave d'un autre (homme libre qui s'est fait vendre comme esclave, fur manifestus, cas du sénatus-consulte Claudien, affranchi ingrat). Ici les textes des jurisconsultes classiques ne contiennent jamais de fiction de mort, parce qu'il existait dans les vieilles traditions romaines un principe bien établi, qui permettait de résoudre toutes les questions soulevées par la réduction en esclavage. Ce servus privati devient esclave en vertu d'un acte de jurisdictio qui n'est pas un jugement de condamnation, mais qui est un acte déclaratif ; il est esclave, parce qu'il échoue dans la vindicatio in libertatem, parce qu'il ne peut pas réclamer efficacement sa liberté ; il est esclave dans le passé comme dans le présent ; à lui d'appliquer la même fiction de rétroactivité que celle qui régissait l'adrogation, même à l'époque reculée où elle n'était pas accompagnée de capitis deminulio. Par suite, le sort des biens du servus est réglé suivant les principes de l'acquisition au profit du maître par ses alieni juris ; les propriétés et les créances passent au maître ; les dettes s'éteignent, parce qu'un esclave ne peut obliger son maître, à l'exception des dettes délictuelles, qui obligent le maître noxaliter, Quant aux droits dont l'existence était subordonnée à sa mort naturelle, ils ne s'ouvrent pas, ce qui prouve bien qu'il n'y a pas ici fiction de mort. Si le servus privati avait reçu une dot de sa femme, cette dot passe au maître, et reste inaliénable entre ses mains jusqu'à la mort de l'esclave. S'il avait fait une donation à sa femme pendant leur mariage, cette donation n'est pas confirmée, comme elle le serait par sa mort ; elle est perempta.
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Enfin, les droits dont l'extinction était conditionnée par sa mort ne sont pas éteints : un héritier institué ou un légataire devient l'esclave d'un autre : la disposition reste valable et sera acquise au maître, Donc, dans ces cas de servitus privati, il n'y a pas de fiction de mort, pas le moindre germe de mort civile.
20 Jl en est autrement des cas de servilus pana, esclavage encouru à la suite d'une condamnation capitale, fait à la suite duquel le condamné devient esclave du fisc, ou plus exactement (le fisc s'interdisant d'employer cet esclave comme instrument d'acquisition) esclave de sa peine. Ces cas sont de droit relativement récent : ils ne datent que du commencement de l'empire ; ils ne se prêtent pas à l'application du principe traditionnel de la rétroactivité. Sans doute, le sort du patrimoine est réglé d'une autre manière, puisqu'ici intervient la confiscation. Mais la question reste ouverte en ce qui concerne les droits dont l'ouverture ou l'extinction était subordonnée à la mort naturelle. C'est dans ce domaine que les jurisconsultes classiques introduisent quelquefois, pas toujours, la fiction de mort, la comparaison avec la mort ; ils l'emploient principalement dans une série d'hypothèses où il s'agit de régler le sort de droits qui, comme la dot restituable, la donation entre époux, le fidéicom- | mis, n'existaient pas à l'époque primitive ; le rapprochement avec la mort est un procédé de raisonnement, de technique juridique, d'opportunité ; pour arriver à un certain résultat, qui est généralement d'adoucir certains effets rigoureux de la confiscation et d'empêcher que les conséquences de la condamnation ne frappent des innocents. Ainsi une femme devient serva penc, sa dot reste définitivement acquise au mari, comme si la femme était morte in matrimonio. Un héritier fiduciaire grevé d'un fidéicommis devient servus pœnæ ; le fideicommis s'ouvre au profit des fidéicommissaires aptes à le recevoir, comme si le fiduciaire était mort, et au cas où le testament donnait à ce fiduciaire le droit de choisir entre plusieurs fidéicommissaires, cette facultas eligendi est perdue. Un mari, donateur de sa femme pendant le mariage, devient esclave à la suite d'une condamnation ; la donation est implefa, validée, comme s'il était mort, d'après une constitution de Constantin modifiant la doctrine contraire d'Ulpien. Un légataire sous condition devient servus pense avant l'événement de la condition ; il est tenu pour mort et le legs est éteint. Dans tous les cas, le but visé est atteint ; ces biens échappent à la confiscation. Mais ce sont là des décisions d'espèce limitées aux cas où les jurisconsultes estiment opportun l'emploi de cette fiction de mort. La servitus pœnæ n'est pas accompagnée constamment de cette fiction ; elle n'est pas encore une mort civile, et il subsiste des hypothèses où la condamnation capitale produit des effets inverses de ceux de la mort ; ainsi, la donation mortis causa est validée par la mort du donateur ; elle est éteinte par la condamnation capitale. mort est plus fréquent, dans le but principal de limiter | les effets de la confiscation. Cette préoccupation d'adoucissement s'explique aisément : la déportation est une flétrissure moins grave et moins déshonorante que la servilus pœnæ ; elle est souvent une condamnation politique, susceptible d'effacement, de restitutio : qui déporte aujourd'hui sera peut-être demain déporté. De là une nouvelle mise en œuvre de la fiction de mort, avec des applications plus étendues. Ainsi les jura patronatus d'un déporté passent à ses fils, comme | | | s'il était mort, et sont soustraits à la confiscation, Ainsi encore, lorsqu'un fils de famille, qui était lui-même père de famille, est déporté, ses fils viendront en qualité de nepotes à la succession du grand-père comme s'il était mort. Ainsi encore, en cas d'institution d'un posthume aquilien ; un testateur a institué son petit-fils au cas où son fils prédécéderait ; ce dernier est déporté ; l'institution, qui était primitivement rompue, est maintenue ad similitudinem mortis. Est-ce à dire qu'en cas de déportation l'emploi de la fiction de mort soit général et que la déportation soit devenue un cas de mort civile, dans le sens complet de l'expression ? Nullement. La fiction n'est pas employée quand la confiscation peut être évitée autrement. Ainsi, lorsqu'un héritier grevé d'un fidéicommis est condamné à la déportation, le fidéicommis reste valable ; il ne sera restitué qu'à la mort naturelle du déporté et celui-ci conserve la facultas eligendi (décision contraire à celle qui concerne le cas de servitus poene). Ainsi encore, la donation à cause de mort, qui serait confirmée par la mort du donateur, reste imperfecta à la suite de sa déportation. De même, en cas de dette promise cum debitor morietur, si le débiteur est déporté, la dette ne sera exigible qu'à sa mort naturelle. | On a vu les premières infiltrations de l’idée de mort civile dans la capitis deminutio ; celle-ci est antérieure à la mort civile qui est une retouche, un amendement d'abord partiel. Avec le temps, la fiction de mort à travers le Bas-Empire et jusqu'au temps de Justinien, va devenir d'un emploi de plus en plus fréquent et presque général. Le rapprochement de la capitis deminulio avec la mort civile va s'accentuer jusqu'à préparer la confusion, ou plutôt la substitution de la seconde à la première 1, |
XI. HOVLEAUX DES MORTS. — Tout le monde, en France, sait ce qu'est une lettre de faire-part de décès. Les rouleaux des morts étaient l'équivalent, sauf les différences de forme occasionnées au Moyen Âge par l'absence de l'imprimerie, et, dans les premiers temps de la période moderne, par le fait que ce dernier moyen de publicité, d'invention encore récente, n'avait pas conquis dans les mœurs la place qui lui appartient de nos jours. Aujourd'hui, on expédie un nombre d'exemplaires égal à celui des destinataires ; alors on se bornait à un nombre très inférieur ou même à un exemplaire unique et, au bas de la feuille de parchemin qui contenait la circulaire, le scribe laissait un espace plus ou moins considérable dans lequel chaque destinataire, au lieu de répondre comme à présent par une carte de visite, inscrivait son accusé de réception. Nos lettres de faire-part de décès se terminent ordinairement par une formule pieuse : « Priez pour lui », De profundis, Requiescat in pace. Cette partie n'était pas négligée au Moyen Âge ; elle était même considérée comme la plus importante, et l'objet principal des rouleaux des morts qui nous ont été conservés était d'obtenir des prières pour les défunts, Mais on n'a pas commencé par ces rofuli defunctorum, et, auparavant, on avait fait usage de diptyques, de martyrologes, nécrologes ou obituaires, de lettres d'association ou de fraternité dont il faut dire ici quelque chose, Les diptyques (voir ce mot), formés de deux tablettes, presque toujours d'ivoire, étaient d’origine romaine : ils servaient à inscrire les noms des magistrats. L'Église, dès ses débuts, emprunta cet usage aux mœurs antiques et inscrivit sur ces tablettes les noms des évêques, principalement de ceux qui s'étaient distingués par leur sainteté : les noms des vivants, dignitaires de l'Église ou de l'ordre politique, bienfaiteurs de l'Église, fidèles ayant fait des offrandes ainsi que les noms des fonctionnaires et bienfaiteurs défunts. On lisait ces commémorations pendant la liturgie qui conserve, encore aujourd'hui, des traces de cet antique usage.
Quand de simples tablettes devinrent insuffisantes pour ces différents usages, on eut recours à des livres. Le diptyque des évêques devint le martyrologe ; celui des morts, le nécrologe ou obituaire. Il ne fut pas d'abord désigné sous ces noms. Dans son testament, daté de l'an XXXII du règne de Clotaire, l'évêque Bertchramm du Mans (voir ce nom) l'appelle le Livre de vie : Nomen meum... in libro vitae jubeant adscribere. C'est aussi le nom qu'il porte dans une charte de donation faite à Saint-Denis, l'an XLII : du même règne : Pro hujus merili nomen meum in libro vita anscribatur '. Bède le nomme livre des défunts ou annales ?. Cet auteur le distingue de l'album, sur lequel on inscrivait les bienfaiteurs encore vivants, et qui parait ainsi avoir remplacé la deuxième espèce des diptyques, Le nombre considérable des fidèles admis sur le livre de vie ne permettant plus de réciter tous leurs noms à la messe, on les répartit entre les différents jours de l'année et, dans les monastères, on lisait chaque matin les noms attribués à la journée, Cette lecture se faisait au chapitre, soit après prime, soit après tierce. Elle était précédée de la lecture de l'article du martyrologe et d'un chapitre de la règle . Cette circonstance fit souvent copier ou coudre dans le même volume le martyrologe, la règle et le nécrologe. C'est ainsi qu'au vint siècle, Wando, abbé de Fontenelle, fit don à son monastère d'un volume contenant le martyrologe et la règle de saint Benoit et de saint Colomban. On pourrait en citer bien d'autres exemples. Cette réunion dans un même manuscrit de différents ouvrages a fait souvent donner au nécrologe le nom de martyrologe et de règle, de sorte que les expressions frères inscrits sur le livre de vie, sur le martyrologe, sur la règle, et quelquefois simplement frères conscrits, sont absolument synonymes.
Ce livre se trouve encore désigné sous les noms de matricule , catalogue , mémorial des morts , calendrier , calendrier des morts, livre du chapitre M,
L'ordre adopté dans la rédaction des obituaires a beaucoup varié. Le plus souvent, tous les frères inscrits, qu'ils soient de la maison ou bien qu'ils soient étrangers, sont placés pêle-mêle sous chaque jour de l'année ; telle est la disposition de l'obituaire de Saint-Germain-des-Prés !*, ou bien ils sont classés par catégories ; ainsi au monastère de Saint-Gall, il y avait des places spéciales pour les religieux de chaque couvent, pour les évêques, pour les femmes laïques, pour le roi Pépin et ses descendants, pour le roi d'Angleterre et ses comtes, etc. 1 ; ailleurs, comme à Saint-Bénigne de Dijon, les moines domestiques étaient sur une page, les étrangers sur la page en regard 1 ; à Saint-Martial de Limoges, chacune de ces classes de frères occupait une
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46 colonne séparée 1,
Dans certains monastères, on laissait, en copiant le martyrologe, un blanc après l'article de chaque jour ; dans ce blanc, on insérait l'article du nécrologe qui se rapportait au même jour ; on a un bel exemple de cette disposition dans le martyrologe d'Auxerre qui remonte au xi° siècle !*,
Enfin, dans plusieurs manuscrits, l'obituaire est ajouté en marge du martyrologe. On le trouve rarement dans les vieux nécrologes 17,
L'honneur d'être inscrit sur le livre de vie ou livre de la règle qui, depuis le xii° siècle, était accordé à peu près à tous les bienfaiteurs de l'établissement religieux, ne l'était anciennement qu'à ceux qui avaient été admis dans la fraternité du monastère ou du chapitre.
Ce titre de frère, qui donnait droit aux prières des membres de la communauté, était tellement ambitionné, que les grands et les souverains ne le croyaient pas acheter trop cher au prix de larges et généreuses donations et en prenant eux-mêmes l'habit de moine sur leur lit de mort.
Les lettres ou titres qui constataient ces associations, cette concession fraternelle, tantôt étaient individuels, tantôt concernaient des communautés tout entières.
Elles n'obligeaient pas seulement à des prières pour les frères morts, mais aussi à des secours, que pendant leur vie les membres d'une société religieuse, comme ceux des nombreuses associations séculières établies pendant le Moyen Âge sur leur modèle, avaient droit de recevoir les uns des autres.
Ces sociétés furent de plus en plus nombreuses après le ix° siècle et la seule abbaye de Saint-Germain-des-Prés était associée à plus de quatre-vingt-deux autres monastères.
On les voit apparaître dès le vii° siècle et déjà elles sont communes ?5,
C'est dans le recueil des lettres de saint Boniface qu'on en trouve la plus ancienne mention.
Ces associations se formaient entre les religieux de tous les ordres.
Les chanoines, tant réguliers que séculiers, n'en étaient point exclus.
Ces traités se consignaient dans des lettres spéciales nommées [lettres de communion, de société ou de confraternité.
Nous avons, à la date de 800, une pièce de cette nature, relative aux monastères de Saint-Gall et de Reichenau ?*,
Dom Luc d'Achery a également publié l'acte d'association de Saint-Denis en France avec Saint-Hemi à Reims * (vers 838).
Il est à remarquer qu'une liste dressée à cette occasion place en première ligne, parmi les moines de Saint-Denis, l'empereur et le roi * !.
Les nécrologes ordinaires et, pour ainsi dire, sédentaires des abbayes sont très nombreux, très connus, et forment une source historique et biographique des plus précieuses.
Il en a été publié un très grand nombre.
XII. « CROQUE-MORTS » — C'est un mot assez malsonnant et qu'il faudrait s'excuser d'employer ici s'il n'était compris de tout le monde ; d'ailleurs, le texte que nous allons citer à leur sujet est trop curieux pour l'Est, au nord de la porte centrale). On sait que cette « double église » est désormais identifiée avec l'église de Sainte-Marie dont le personnel est visé expressément par l'inscription. L'édifice, dédié sans doute dans le grand enthousiasme du concile de 431, occupait l'emplacement du Mouseion. La construction hellénistique ainsi nommée était une vaste nef, allongée du Nord au Sud, coupée en trois vaisseaux par deux rangs de colonnes et pourvue d'abside à l'Est et à l'Ouest : prototype évident du type basilical. Les chrétiens changèrent l'axe de la bâtisse de l'église, utilisant l'abside de l'Est, en sorte que celle-ci fut bien moins longue que l'édifice païen (144 mètres au lieu de 265) comme il arriva à Baalbeck (voir ce nom). Un narthex très large engloba dans ses portiques l'abside occidentale ; un baptistère octogonal, au Nord, compléta l'adaptation chrétienne. Voici le texte de l'inscription (fig. 8460) : Tote xarà Thv 'Egesteov moTtois + rare : ó ÉAXYLGTOG £y Koplo yaiperv. Il&oav ÜTÉP fiv &xoucioG bropetvxc & TPÉTTOG XEVWGLY 'Incoóg Xproròg 6 sùg 1 huv éu5 relvosev É[x Jurôv, [6 ]c onoiv ó Octocz dróstoàoc, &ypt Üovdzov, [Ő Jevarou dE oraupob. Kol petà cv Üworosdv abTod oraupèv xal avatav, &c à civ edayyextoy bonyresirai wupáOocic, ÜTÉP pátou QUAI Up 10 nelxc yupvôc xxi tupog ŒTTOPLICTELTEL, xai zpóg roD loco xnôe[0 jetar, xet £y có uwrmela 76 Éxelvou Tliet, peypt TobTou xaTtà Tévra Liv tolg vxTetvolc ġuotwwolesis yopig &uxocloc. 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Hebr., 1v, 15 : où y&p Éyouev Xp LLEPÈX ut Ouvvéuevoy cour aa TG &oÜevelac Tiv, te t xarà navt xxÜ' mortit ycplis &uaxoci a Teati i trés humble, aux fidèles de l'Église d'Éphèse, salut dans le Seigneur ! C'est par amour pour nous que Jésus-Christ s'est volontairement anéanti, s'abaissant jusqu'à la mort de la croix, suivant les paroles de l'Apôtre. Les saints évangélistes nous rapportent qu'après sa mort rédemptrice sur la croix, il fut enseveli dans le tombeau de Joseph [d'Arimathie] se faisant ainsi semblable à nous en toutes choses sauf le péché. Pour cette raison, rendre pieusement les derniers honneurs à ceux de nos frères qui se sont endormis, c'est rendre cet honneur au Seigneur lui-même. Notre très sainte Église de la très pure et vénérable Mère de Dieu, la vierge Marie, a établi des règles concernant la sépulture de nos frères défunts, et déterminé que les révérends 8sxæuot et les très honorées xxvovixxi qui remplissent ces devoirs recevront une rétribution des fonds de l'église de façon à ce qu'on ne puisse faire à personne le reproche d'imposer des charges excessives. Si, à partir d'aujourd'hui, quelqu'un accepte une rémunération ou donne quelque chose ou apprend que cela a eu lieu et ne le dénonce pas, qu'il sache que par ce péché il s'attaque au corps même du Christ, qu'il sera chassé de notre milieu et exclu de nos saintes communautés. » Le texte de l'archevêque Hypatius, après un préambule du genre pieux, amène la constatation d'un règlement établi en vue de pourvoir à l'organisation d'un service de funérailles. Il est clair que, jusqu'alors, sous prétexte de dévouement, une catégorie de porteurs de cadavres exploitait les familles obligées de recourir à leurs services, Probablement, les 8£xxvot se chargeaient de porter les hommes en terre, et les xovovtzxt avaient la spécialité des femmes ; afin d'éviter des réclamations indiscrètes, l'Église d'Éphèse prenait à sa charge la rémunération, en un mot, elle assumait la direction des pompes funèbres. En quoi consistait la zxpoepullo ou solatium, on ne nous le dit pas ; mais, désormais, les familles étaient à l'abri. Il ne faut pas prendre ces Sexxvot pour des 8.xxovor, c'étaient des gens de la catégorie sociale des porteurs ou des fossoyeurs : leclicarii ou copiatz. Ceux de Rome nous sont exceptionnellement bien connus (voir Dictionn., t. v, au mot FosSOY EURS), les autres se recrutaient sans doute parmi les différents collèges et formaient une corporation — du moins dans les grandes villes — placée sous les ordres des économes ecclésiastiques ou des avoués (ExóOtxot, defensores). « Sans être clercs, nous dit-on, ils sont assimilés aux membres du clergé pour certains privilèges ?. » Comme les communautés renfermaient des pauvres en grand nombre, dont les obsèques incombaient à l'Église *, il fallait bien payer les porteurs.
Le meilleur commentaire, dit M. H. Grégoire, se trouve dans les textes législatifs contemporains : Code Justinien,l. I, tit. xxix ; Novel les de Justinien, XLIII et LIX, celle-ci de l'année 537 ; on y lit : cxGc7x Sxov&v repli Thv vGv Teheurovrwov Óolxv (ore Ëx Te Toto TOV ypnudTov xrl £x TOY mpocóócv TOY ycplov THY Savoy ylveoar rois te dexavois xxl &oxrvplouc xad xxvovuxaiG xxi GHOAOUDOLC :...oTe ŒVETLANTTEOC TÒ Er pt vov 8 BÓÓU.Evov rois xduvouct Tepl Tv To Aevi v £xoopaxv xai ione dobeln Toutéoti per singulum mensem quadraginta solidos uepicou£vouc volg te Gexxvoïc xxi xxi Xox« ncplxtg xol woxvovixolc HAUTE TÒ uéypt VÜV xp aorotg xpxTijoxv ;... TOTOY ÔÈ obToc yivouévæov LNÔEVE TxvcEAOS Tao dxovroc xoui. ;eoÜo DTÉP vexpoU cüopxroz XNOEUOLÉVOU UNS OTLOUV.
XIV. TÊTE DE MORT. — Une tête de mort au pied de la croix sur une boucle de ceinture trouvée à Matescourt (Aisne). Cf. J. Gilloy, Une balance du VIi* siècle, dans Bull. archéol du Comité, 1898, p. 107.
H. LECLERCO.
MORTAIN. I. Le coffret. II. Description. III. Décoration. IV. Inscription. V. Destination.
I. LE COFFRET. — Mortain, sous-préfecture du département de la Manche, fut le siège d'une collégiale et a conservé un coffret dont il y a lieu de donner ici une description, Il est connu depuis assez longtemps grâce à une Disserlalion histori que el archéologi que sur l'église collégiale de Mortain, par Henri Moulin, in-8°, Mortain, 1864, qui attira l'attention de Le Cordier, Coffret de l'ancienne collégiale de Mortain, dans Bulletin monumental, IVe série, t. r, 1865, p. 182-184.
Récemment, il a été étudié avec une érudition abondante autant que sûre dans L'inscription runi que du coffret de Mortain, par Maurice Cahen et Magnus Olsen, avec un appendice sur le décor du coffret par C. Osieczkowska, publié dans la Collection linguisti que de la Société linguisti que de Paris, fasc. 32, in-89, Paris, 1930.
Il s'agit d'un coffret surmonté d'un couvercle en forme de toit, conservé à la sacristie de Mortain où il représente sans doute une épave du trésor de l'ancienne collégiale de Saint-Évroult. Le coffret, rectangulaire, est en bois de hêtre ; il mesure 0 m. 135 de long sur 0 m. 050 de large et 0 m. 12 de haut. L'intérieur est grossièrement évidé. L'extérieur est revêtu d'appliques de cuivre, légèrement doré. Ce petit meuble offre une décoration intéressante et une inscription curieuse à divers titres. M. le chanoine Y. Delaporte, archiviste diocésain à Chartres, soumit une esquisse du coffret et un frottis de l'inscription à des érudits qui y reconnurent la présence de runes anglo-saxonnes et non scandinaves. On ne sait rien sur les circonstances qui l'amenèrent à Mortain. H. Moulin imagine qu'il a été exécuté en Occident à l'époque carolingienne et lui assigne la date 096-1106 ; après lui, on a parlé de * tradition » et du viri ? siècle. Il n'y a pas lieu de s'attarder à ces imaginations. Mieux vaut décrire ce petit monument (fig. 8461).
II. DESCRIPTION. Les dimensions données plus haut varient un peu suivant le point où on mesure parce que les longs côtés sont légèrement bombés et ces mêmes côtés vont en s'évasant ; pour les petits côtés, les arêtes sont légèrement incurvées. A l'intérieur, la boite mesure 0 m. 11 de long., 0 m. 035 de large et 0 m. 05 de profondeur. Des feuilles de cuivre doré très minces recouvrent le bois sur lequel elles sont clouées ou bien adhérentes par un repli du métal. Aux arêtes, les feuilles se rejoignent, mais leur jonction est dissimulée sous une feuille de métal légèrement incurvée et clouée aux deux extrémités, Le couvercle est à quatre pans, tous inclinés. Les petits côtés mesurent 0 m. 045 de haut, les grands côtés 0 m. 055 ; la longueur des grands côtés est de 0 m. 13 en bas et 0 m. 12 en haut. Le toit est recouvert de feuilles de métal fixées par des clous et les arêtes sont amorties par des feuilles incurvées et clouées.
Au sommet du toit, une petite croix équilatérale, de 0 m. 02 de haut et de large. A chaque extrémité de l'arête du toit, deux anneaux de suspension ayant la forme d'amande.
Dans la face antérieure du couvercle, on a pratiqué une ouverture de forme rectangulaire (0 m. 06 de long sur 0 m. 024 de haut). A cet effet, on a sectionné le métal jusqu'au bas du toit ; mais on s'est ravisé et on a introduit une feuille de métal moins bien doré, dont la destination est de soutenir le verre qui remplace la
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chent par leur extrémité les angles inférieurs du toit ; on a figuré avec quel soin les plumes de l'aile. Audessus de chaque aile est figuré un oiseau, peut-être une colombe, Tout ceci, il n'est pas possible de se refuser à en convenir, est d'une exécution très maladroite, sauf pour la toiture. On peut y voir un spécimen de ces caricatures humaines que l'art irlandais et l'art anglosaxon prodiguaient dans l'illustration des manuscrits et on peut alors se convaincre que les orfèvres n'en savaient guère plus que leurs confrères les enlumineurs.
IV. INSCRIPTION. — Sur la face postérieure du toit, on lit une inscription runique. Nous avons déjà eu l'occasion de décrire des monuments couverts de runes (voir Dictionn., t. v, col. 1533-1540) ; ici, le champ de l'inscription est délimité par un bourrelet, la partie supérieure et les faces latérales du toit. Le champ est
FAN f portion sectionnée. Il y avait là probablement un joyau ou une ciselure.
III. DÉCORATION. — 19 Face antérieure. — Un grand panneau entouré d'une cannelure et subdivisé en trois panneaux séparés par deux inscriptions.
Au centre, Jésus-Christ, en buste et en relief assez fort. La tête porte le nimbe crucifère, une chevelure lisse, abondante, qui encadre le front, la tête, et retombe sur le cou. Les traits du visage sont grossiers, les yeux sont arrondis et en saillie. Le nez, la bouche sont indiqués ainsi que le menton. Le vêtement consiste en une tunique et un manteau. Le bras gauche replié soutient, ainsi que la main droite, un évangéliaire décoré d'un cabochon.
A gauche, saint Michel, nimbé, ailé, chevelu et imberbe. L'exécution est encore inférieure à celle du visage du Christ. Il est vêtu d'un manteau d'où sort la main droite dont deux doigts sont posés sur un disque orné.
A droite, saint Gabriel, pareil à l'autre archange.
Entre le Christ et les deux archanges les deux inscriptions suivantes :
Sfanje(tu)s Mih(ael). S(anje(tu)s Gabfriel).
Ce texte a été étudié et discuté, interprété et traduit de la manière suivante :
God helpe Éadan, piosne cismel gewarahte ce qui veut dire Au point de vue de nos études d'archéologie chrétienne, ce dernier mot est celui sur lequel nous devons particulièrement insister.
Ce mot cismel ou kiismeel n'a aucun correspondant direct dans le vocabulaire anglo-saxon connu par les inscriptions et les textes. D'après la construction de la phrase, il sert de complément et désigne l'objet lui-même, le coffret dont il faut rechercher la destination. Très habilement, H. Moulin avait mis sur la voie lorsqu'il écrivait : « Ce petit meuble, destiné à être suspendu au cou, a dû, au moins dans le principe, servir de chrismaltorium, bien qu'il ait été converti après coup en reliquaire. » Il est, sans doute, lorsqu'il reçut cette nouvelle destination qu'on introduisit une plaque de verre sur un des rampants du toit ; auparavant, on ne se souciait pas de regarder son contenu parce que c'était tout simplement un chrismatorium qu'on peut nommer plus simplement chrismarium ou chrismale, et cette dernière forme est toute voisine de kiismeel.
Le mot kiismeel peut être compris comme ayant deux voyelles brèves, fi et e ; en ce qui concerne la terminaison -e/ du mot et le genre grammatical (neutre) on lui découvre des parallèles phonétiques comme orel qui vient de orarium et qui permet de faire remonter kiismeel à chrismarium ou à chrismale. Au point de vue phonétique, kiismeel est la forme la plus voisine de chrismale, dont nous verrons dans un instant la signification.
Si on identifie kiismeel au latin chrismale, on devrait attendre, d'après les règles phonétiques de l'anglo-saxon, ou bien crismel ou cirsmel, avec la métathèse, courante en anglo-saxon, de r postconsonantique devant voyelle brève. Mais l'inscription porte kiismeel, une forme qui n'a r ni avant ni après la voyelle de la première syllabe. Il se peut que le r ait été oublié ou bien que le scribe ait noté une prononciation cismel sans r ; on se rappellera qu'en anglo-saxon, r tombe parfois après une consonne ou bien cette même lettre peut être soumise dans les mots d'emprunt à un traitement capricieux : on l'ajoute ou on le retranche !
Telle que nous la voyons, l'inscription se compose de runes offrant des indices sûrs. L'écriture runique anglo-saxonne a été en usage en Angleterre pendant cinq siècles environ, et, au cours de cette période, l'alphabet de 24 signes a fini, vers l'an 900, par en compter 33, développement imposé par les changements linguistiques. Il est certain que l'inscription du coffret de Mortain est antérieure à l'époque où l'on a créé des signes spéciaux destinés à distinguer les gutturales vélaires des gutturales palatales. En outre, au point de vue phonétique et graphique, l'inscription reflète un état de choses beaucoup plus ancien ; elle est de 700, peut-être plutôt 725. Mais nous devons faire observer combien large est, dans tout ceci, la part à la conjecture. Nous ferons la même remarque en ce qui concerne le lieu d'origine. Rien n'indique, nous dit-on, = = ss EE D - k € mes gd x « e. + lus B est une origine mercienne, et il faudrait chercher au nord de la Mercie. Ce pays n'offre aucun texte runique des vingt et vingt-cinq siècles, si ce n'est quelques monnaies. En Northumbrie, au contraire, ces siècles sont ceux du plein épanouissement de l'écriture runique.
Salzbourg, qui, selon toute vraisemblance, remonte à Alcuin. Il est probable qu'Alcuin, dès sa jeunesse, entre 750 et 760, s'est instruit de l'écriture runique, dont il a parlé pendant son séjour sur le continent. Il s'ensuit qu'une inscription qui ne connaît pas encore la rune 28 ea doit être sensiblement plus ancienne que le milieu du huitième siècle, trois acceptions différentes : 1. Vase contenant le saint chrême ; 2. Reliquaire ; 3. Vase eucharistique. À vrai dire, on n'a pas une seule raison à apporter pour préférer une des interprétations aux deux autres, et ce que nous croyons le plus probable, c'est qu'il a servi tour à tour de chrémier, de reliquaire et de pyxide eucharistique. On ne s'étonnera pas que prêtres et moines se munissent de l'eucharistie en voyage ou aux champs, mais tout ce qu'on a édifié là-dessus semble n'avoir d'autre but qu'un déploiement d'érudition. H. LECLERCQ.
MORTIER.-— Nous ne connaissons qu'un nombre infime d'objets sur lesquels on ait fait usage du mortier pour tracer des symboles.
E (nan py) 225.3 »TT y se *u Hu ahead ubica tA Pes ALT eof a AM ur lequel le nom du défunt a été tracé avec du mortier ; il n'en subsiste que les deux premières lettres SI et une partie de la lettre suivante M, ce qui donnait peut-être Simplicius ?
_naire de Gallien-(260-268) incrusté dans un tombeau.
Ce quinaire semble sortir de la frappe, ce qui date la galerie N du règne même de Gallien. On peut donc croire que la longue galerie principale du premier étage aura été entreprise dès les premières années du premier siècle.
Il existe un certain nombre d'épitaphes tracées sur le mortier ou le lait de chaux qui sert à la fermeture des loculi.
H. LECLERCQ.
MOSAIQUE. — I. Origines. II. Histoire. III. Quelques mosaistes chrétiens. IV. La mosaïque de verre. V. Dimensions des cubes. VI. Composition des cubes colorés. VII. Emploi et composition des cubes dorés. VIII. Emploi et composition des cubes argentés. IX. Emploi des cubes de nacre. X. Questions et problèmes. XI. Conservation et détérioration. XII. La mosaïque avant la paix de l'Église : 1. Catacombes. 2. Oratoire. 3. Napples. 4. Parenzo. 5. Gaule.
XIII. La Renaissance constantinienne. XIV. La mosaïque romaine. XV. Le second art chrétien.
XVI. Chronologie des mosaïques romaines. XVII. Mosaïques romaines du cinquième siècle. XVIII. Mosaïques romaines du sixième siècle et au-delà. XIX. Essai de classement de quelques mosaïques. XX. Afrique : 1. Algérie. 2. Tunisie. XXI. Bretagne (Grande-). XXII. Égypte. XXIII. Dalmatie. XXIV. Espagne. XXV. France : 1. Province des Alpes-Maritimes. 2. Province d'Aquitaine. 3. Province de la Gaule Lugdunaise. 4. Province de la Gaule Belge. XXVI. Illyricum. XXVII. Italie : 1. Albenga. 2. ?... 3. Ancône. 4. Aquilée. 5. Capoue. Mosaïques de Ravenne : 1. Période romaine. 2. Période gothique. 3. Période byzantine. XXIX. Les historiens des mosaïques ravennates. XXX. Mosaïques perdues de Ravenne. XXXI. Ravenne : 1. Mausolée de Galla Placidia. 2. Baptistère des Orthodoxes. 3. Chapelle du palais archiépiscopal. 4. Saint-Apollinaire-Neuf. 5. Saint-Vital. 6. Saint-Apollinaire in Classe. 7. Saint-Michel ad FPrigiselo. 8. Baptistère des Ariens. XXXII. Les historiens des mosaïques romaines. XXXIII. Mosaïques perdues à Rome. XXXIV. Présence d'éléments antiques. XXXV. Quelques mosaïques de Rome : 1. Sainte-Constance. 2. Chapelle des Saintes-Rufine-et-Seconde. 3. Sainte-Marie-Majeure. 4. Sainte-Pudentienne. 5. Sainte-Sabine. 6. Baptistère du Latran. 7. Saint-Paul-hors-les-Murs. 8. Saints-Côme-et-Damien. 9. Saint-Clément. 10. Saint-Laurent. 11. Saint-Théodore. 12. Sainte-Agnès. 13. Oratoire Saint-Venance au Latran. 14. Saint-Pierre du Vatican. 15. Saint-Étienne-le-Rond. 16. Saint-Pierre-ès-Liens. 17. Oratoire de Jean VII. 18. Triclinium du Latran. 19. Saints-Nérée-et-Achillée. 20. Sainte-Praxéde. 21. Sainte-Marie in Dominica, 22. Sainte-Cécile. 23. Saint-Marc. XXXVI. Italie (suite) : 1. Siponte. 2. Teana. 3. Vercei. XXXVII. Mosaïques chrétiennes de l'Italie. XXXVIII. Mosaïques de l'Orient. XXXIX. Quelques mosaïques : 1. Chiti. 2.-3. Constantinople. 4. Jérusalem. 5. Kabr Hiram. 6. Kefr Kenna. 7. Madaba. 8. Nicée. 9.-11. Saloni que. 12. Sinaï. 13. Soueida. 14. Sour. XL. Mosaïques perdues en Orient. XLI. Pavements de mosaïque. XLII. Mosaïque et superstition. XLIII. Mosaïques sur tuile. XLIV. Bibliographie.
I. ORIGINES. — On donne le nom de mosaïques à des ouvrages intimement liés à l'architecture qui est leur raison d'être. Cependant, la décoration des édifices au moyen de placages et de mosaïques est plus ou moins étroitement coordonnée aux divers systèmes de construction. Celui avec lequel elle forme, pour ainsi dire, une alliance obligée est le système de maçonnerie de blocage ou en briques. -Dès la période du Haut-Empire, nous rencontrons l'emploi de la mosaïque dans les grandes constructions en Italie ; à Rome, le Panthéon ; à Pompéi, plusieurs pans de murs nous donnent des exemples portant avec eux leur date. Au cours des 1er et 2e siècles, les constructeurs romains appliquèrent à des entreprises gigantesques, telles que les thermes de Caracalla, ceux de Domitien, la basilique de Maxence, le système de maçonnerie en blocage. À mesure que s'éloignent les jours prospères de l'empire, la richesse diminue, les membres d'architecture à formes expressives, introduits dans la masse de blocage et faits de grands quartiers de pierre, de marbre ou de granit, deviennent de plus en plus rares et disparaissent à peu près complètement.
Nécessairement, les revêtements de différente nature, envahissent toute la surface d'où les éléments décoratifs en relief sont retirés ; désormais, l'ornementation tend à devenir exclusivement superficielle. On voit qu'un tel système ne peut se rattacher à l'architecture en pierres de taille de grand appareil des provinces romaines de l'Orient dans lesquelles la décoration, accommodée aux conditions des matériaux, est exclusivement fondée sur les saillies, moulures ou ornements sculptés des œuvres vives de la construction.
La mosaïque ou placage ne se borne pas à un unique procédé. Elle comprend : 1° la mosaïque de marbre, aux cubes de dimensions très variables, de formes plus ou moins régulières, spécialement destinée aux pavements ; c'est l'opus lessellatum, quand les cubes sont réguliers, ou bien l'opus vermiculatum, quand les pièces ont reçu une forme irrégulière afin de s'adapter au contour des figures ; 2° les incrustations en plaques de dimensions variables, emboîtées les unes dans les autres, de façon à former des scènes #, c'est l'opus marmoreum seclile, tel que le pratique encore la mosaïque florentine moderne et qui est représenté, pour la période qui nous occupe, par quelques vestiges de l'ancienne basilique de Junius Bassus * (voir Dictionn., t. 6, col. 508-511, fig. 5829-5830), dans l'église Sainte-Sabine, à Rome, au baptistère des Orthodoxes, à Ravenne, dans la basilique de Sainte-Sophie, à Constantinople, à Saint-Ambroise de Milan (voir Diclionn., t. 3, col. 509, fig. 5823) ; 3° enfin l'opus alexandrinum composé de fragments de pierres dures juxtaposés et dessinant des figures géométriques : disques, triangles, losanges, étoiles, tous de dimensions inégales raccordés entre eux par des segments de couleurs et de dimensions variées. Ce dernier procédé a joui d'une grande vogue au Moyen Âge, principalement pour la décoration du sol.
Il est bien certain que c'est de l'Orient que vint en Grèce la mosaïque, mais de quelle façon s'opéra la transformation et s'accomplit l'adaptation, on voudrait le savoir. C'est après Alexandre et ses successeurs, à l'époque où les Grecs recherchent surtout l'éclat dans la décoration de leurs monuments, que la mosaïque s'est développée chez eux. Ils l'ont employée principalement pour rehausser l'ornementation des murailles et des voûtes, où elle remplaçait la fresque, et c'est pour cette raison qu'il en est moins resté que chez les Romains qui s'en servaient de préférence pour les pavements : les murailles s'écroulent, entraînant avec elles ce qui les couvre, tandis que les pavés ont plus de chances de durée.
Pline nous dit que la mosaïque n'est arrivée aux Romains qu'à l'époque de Sylla ! ; mais nous voyons qu'il en est question dans Lucilius, qui vivait du temps de la troisième guerre punique et, de la façon dont il en parle, on peut conclure qu'elle était alors connue à Rome depuis assez longtemps. Ces deux vers de Lucilius étaient fort connus. Cicéron les a cités plusieurs fois ; c'est une raillerie des orateurs prétentieux dont les phrases, laborieusement travaillées, ressemblent à des pièces de mosaïques et de marqueterie :
Il est pourtant probable que le succès de la mosaïque dut être favorisé par les expéditions contre Mithridate, qui mirent à la mode les choses de l'Asie. Les Romains n'avaient pas de la mosaïque la même conception que nous ; au lieu de la considérer comme un art unique, de quelque manière qu'elle se présente, ils la séparaient en plusieurs genres assez distincts pour qu'on se gardât de les réunir sous la même rubrique. Ils appelaient musivum * celle qui était appliquée sur les murs ; les pavements historiés se divisaient en deux classes, lopus tessellatum et le vermiculatum, dont nous venons de parler. La première se compose essentiellement de dés rectangulaires (lesserulæ), disposés en quadrillages ; les procédés dont elle use sont les plus simples de tous. Elle se borne d'ordinaire à des représentations schématiques, d'où le modelé, le relief et la perspective sont exclus ; elle adopte le plus souvent le décor géométrique et, si elle imite les effets de la peinture, elle se tient dans une gamme très restreinte de couleurs et n'emploie guère que le blanc et le noir. Au contraire, dans la peinture en vermiculatum, l'artiste se sert d'éléments minuscules, plus petits que les fesserulæ et très variés de formes, le plus souvent arrondis et incurvés ; il les dispose en lignes sinueuses, dissymétriques, qui suivent exactement le contour des figures, s'élargissent ou s'amincissent pour modeler les formes et rappellent l'aspect des chapelets d'anneaux du Lénia ; de là, sans doute, le nom caractéristique qu'on leur a donné. En réalité, c'est un genre de peinture. Le peintre en mosaïque emprunte, comme les autres, ses modèles à la nature ; il les copie en liberté, ne cherchant qu'à faire une œuvre exacte et vivante, et compose à loisir, au gré de sa fantaisie, de véritables tableaux. Le nom que porte ce genre de peinture, emblema, indique que ce sont des tableaux de chevalet. Parmi ceux que nous possédons encore, le plus grand ne dépasse pas un mètre carré de superficie. En les étudiant de près, on a reconnu que l'artiste les confectionnait chez lui, dans son atelier, qu'il les plaçait dans une caisse, sur une couche de ciment, dans laquelle les cubes sont enfoncés ; la caisse, munie d'un couvercle, était transportée où l'on voulait. L'emblema ne se suffit pas à lui-même ; il est, en général, inséré dans un ouvrage en fessellafum, qui lui sert de cadre, et c'est ainsi que les divers genres de mosaïques, d'abord séparés par leur origine et leur caractère général, ont fini par se pénétrer et se confondre.
Tessellare est devenu le terme propre pour désigner un pavement en mosaïque. On en a trouvé un à Guelma dans une église # : eb 0u pro puis cette autre encore /}///EVER DEVOTION ep A à Guelma + : SVB DI
RENTUM TESEL CVM S
ce qu'on peut restituer ainsi : Severianus subdiaconus cium suis promissum complevit ef de suo lessellapit.
Dans la suite, on fit usage du terme musivum pour des inscriptions de pavement, On conserve au musée d'Alger l'épitaphe de l'évêque Rénatus ; elle mesure 1 m. sur 0 m. 70, hauteur des lettres : 0 m. 09, large bordure rectangulaire de laurier, lettres noires sur fond blanc et chrisme rouge encadré de quatre lettres vertes ou jaunes 5 :
MEMO XŠ RIARE NATI EPISCOPI Musi VO LACV nari nilescit xal rüouv thv ExxXrjolxy dvorxoËounous mò ÜsueA v xxi révra toy mepl gùrhv xócjowv xxl xal Cory oxqouov xxl Bevrnoecov oxeuxplou xal rrporiAon xxi xci volg MÜo”wogç Épyouc xal macGV ra xmags M. H. Grégoire qui a mis en évidence ce mot xevcrjatc Mosaïque, dans Revue de l'instruction publique en Belgique, t. Li, 1908, p. 219-220 ; le même, Encore xevyote Mosaïque, dans même revue, t. LIT, 1909, p. 166, et W.-M. Ramsay y a souscrit dans The exposilor, janv. 1910, p. 54.
W.-M. Ramsay avait remarqué le mot Beverozov qui lui semblait suspect : The unknown word Bzvzfjaecv is perhaps miscopied, disait-il, et, pour empêcher ce mot de faire carrière dans quel que Lexicon supplelorium aux dépens d'un terme intéressant et nouveau qui se cache sous cette forme corrompue, M. H. Grégoire a montré jusqu'à l'évidence que c'est xevrnqoeuv qu'il faut lire ; la confusion de x et de B, si aisée dans l'écriture minuscule des manuscrits, est également facile en épigraphie.
C'est la copie de Jebb qui est l'origine de l'erreur.
La signification de xevrnots est malaisée à fixer.
Du Cange traduit xevrnrôv par opus acupictile et aussi par graphio inustum ; et ces deux sens sont confirmés par deux passages de Théophane. Le second sens ne peut être celui de xevrnotc : on a pu se demander quel que temps si le premier ne conviendrait point. IIpoyetptoteic, dit Théophane..., 7x2X 'louocivoo Baarheuc TOV Auxlov, oopécuc arígayoy xal xhavi a Baouuxhiv donpny Exouoxv TabAlv ypuoob, £v @ ëv XEVTI)TOL vxeyápáxTto 4 elxòv toŭ 'Iovorivou L Les xevrnoetc du zpóroAov auraient pu être des étoffes brodées, tendues devant la porte de l'église, comme celle qui choqua si fort Épiphane de Chypre *.
Mais il serait étonnant que l'inscription mentionnât expressément des ornements d'importance secondaire comme les tentures, et passât sous silence un élément essentiel de la décoration d'une église, les mosaïques. A côté des peintures (Gcrypxotóv), ce sont les mosaïques qu'on s'attend à voir nommées.
Le poooiXptog xevrnthc s'oppose au fessellarius (vbpooUscnc)* ; celui-ci exécutait les mosaïques plus grossières du pavement.
LI. HisrorgE. — L'histoire de la mosaïque se divise en trois périodes : la première, appelée période augustinienne, est encore toute imprégnée de l'imitation de la Grèce. Les œuvres qu'on peut, avec quel que assurance, attribuer à cette époque, quand elles sont signées, portent le nom d'artistes grecs ; et, plus encore que ce nom, leur caractère indique leur origine ; elles s'inspirent ordinairement des légendes helléniques ; elles reproduisent volontiers des scènes de la vie grecque. C'est ce qui plaisait surtout à cette clientèle de gens riches, de grands seigneurs, de hauts fonctionnaires pour laquelle l'artiste travaillait. La mosaïque est, à ce moment, un art alexandrin et aristocratique ; elle change de caractère sous la période qui suit : la période antoninienne. C'est alors que des palais des riches, auxquels elle semblait d'abord réservée, elle passe aux maisons bourgeoises, même aux plus simples, qu'elle y envahit tous les appartements, même les plus retirés, comme les gynécées, même les plus humbles, comme les chambres d'esclaves ; en même temps, elle se répand dans les provinces et s'y établit, Dès le ri ? siècle, de nombreux ateliers fonctionnent dans les villes du bassin méridional de la Méditerranée. Rien que pour l'Afrique, P. Gauckler en a relevé vingt-trois ; un peu plus tard, on en trouve au centre et aux extrémités de l'empire, jusque dans la Rhétie, la Norique, la Germanie, la Bretagne. La façon rapide dont un art coûteux et compliqué s'est répandu dans les pays les plus lointains et les moins connus, la vogue universelle qu'il y a obtenue montrent à quel point on y jouissait alors de la tranquillité et du bien-être. On s'est demandé si le monde a jamais été plus heureux qu'à ce moment ; je crois bien qu'au moins il n'a jamais été aussi riche.
En émigrant dans les provinces, la mosaïque devait changer de caractère. A Rome et dans l'Italie, elle était restée aux mains d'artistes grecs ; c'étaient des Grecs qui composaient les emblemas destinés à être transportés dans l'atrium des grands personnages, et ils mettaient toutes les qualités de finesse, tous les agréments qu'on leur avait enseignés dans les écoles de leur pays. A mesure qu'on s'éloigne de la Grèce, le goût s'altère ; le faste remplace la simplicité ; le provincial, quand il paie, veut en avoir pour son argent : l'emblema ne lui suffit plus, il lui faut des peintures plus vastes, plus riches, plus animées, avec un plus grand nombre de personnages. « Sous les pavements où le vermiculatum est associé au fessellalum, le tableau central s'agrandit aux dépens du décor qui l'encadre et finit par le réduire à une simple bordure. » La technique aussi est changée. « Dés le milieu du ri ? siècle, quelle que soit la nature de sa tâche, le mosaïste l'exécute toujours directement sur le sol. » Ce qu'il importe surtout de remarquer dans cette seconde phase de l'histoire de la mosaïque, c'est qu'elle prend définitivement un caractère romain. Les artistes qui, de Rome et de l'Italie, vont s'établir en province et y apportent leur art, sont bien forcés de se conformer au goût provincial. Or, les provinciaux sont devenus tout à fait Romains. Rome suffit à leur admiration et la Grèce n'arrive jusqu'à eux que sous les traits que Rome lui donne. C'est ce qu'a fort bien montré P. Gauckler : « Les chefs-d'œuvre de l'art hellénistique, dit-il, ne sont guère transmis aux ateliers de la province que romanisés par des répliques en ronde bosse, statues ou bas-reliefs, et plus encore par tous ces menus produits des industries italiennes : les figurines et les lampes d'argile, les pierres gravées et les médailles dont les fabricants italiens inondent tout l'empire. D'ailleurs, l'imagerie romaine est la seule qui puisse être comprise et appréciée de la clientèle ordinaire des mosaïstes du in* siècle de notre ère. La société devient de plus en plus indifférente, sinon tout à fait étrangère à la culture hellénique. Si quel que grand seigneur, quel que haut fonctionnaire établi sur les bords du Rhin ou de la Moselle fait encore peindre sur le sol des portraits des philosophes et des poètes grecs, on ne lit plus ceux-ci que dans des traductions. La faveur du public va aux auteurs latins. Homère est détrôné au profit de Virgile. Énée et Didon, Romulus et Rémus, et la louve nourricière font oublier Achille, Ulysse et les héros nationaux de l'Hellade. Des dieux de l'Olympe on ne connaît plus guère que les aventures racontées par Ovide. Les métamorphoses amoureuses de Jupiter fournissent un thème inépuisable de compositions très goûtées. La légende d'Éros et de Psyché apparaît aussi sur les pavements, mais c'est après qu'elle a été mise à la mode par Apulée. » le vainqueur les attirait à lui et que leur inexpérience appelait civilisation, quand c'était une partie de leur servitude : id que apud imperitos humanitas vocabatur quum pars servilulis esset !.
Une troisième période s'ouvre devant nous, celle qui fait proprement l'objet de notre étude, la période chrétienne.
A mesure que l'on rassemble les textes et qu'on classe les monuments, on voit la mosaïque apparaître là où on ne s'attendait pas à la rencontrer. Voici un passage de l'historien Vopiscus qui écrivait sous le règne de Dioclétien, et qui parle d'un personnage mort en 272 : De hujus diviliis multa dicuntur. Nam et vitreis quadraluris bitumine allis que medicamentis insertis domum induxisse perhibetur *. Le personnage en question est un marchand égyptien du nom de Firmus, qui avait gagné des richesses immenses dans son commerce avec l'Abyssinie, l'Arabie, la Perse et l'Inde, et sur la voûte les restes d'une décoration en mosaïque..
Quel en était le sujet ou la disposition, on ne saurait le dire d'après les rares fragments demeurés en place ; mais, si peu nombreux qu'ils soient, ces cubes de verre rouges et bleus, verts et blancs, n'en ont pas moins une importance capitale ; car c'est ici le plus ancien exemple connu de cette décoration en mosaïque appliquée à la voûte des coupoles, qui devait, dans l'art chrétien et byzantin, faire une si merveilleuse fortune. Tout porte à croire que la coupole du mausolée était, elle aussi, tapissée de mosaïques ; et, par ce procédé si caractéristique, dont la découverte à Spalato nous est si précieuse, le palais de Dioclétien achève d'être le prélude de l'architecture byzantine *.
Mais quelle que fût l'architecture, la décoration byzantine s'insinua partout. Au milieu du Ve, les Arabes, en subjuguant la Syrie, la Mésopotamie, l'Égypte et les provinces septentrionales de l'Afrique, trouvèrent l'art de la mosaïque implanté en tous lieux. Ils l'adoptèrent aussitôt pour la décoration de leurs mosquées et de leurs palais ; ils se servirent des artistes locaux, même ils employèrent le terme consacré. Les Grecs avaient donné à la mosaïque le nom de dor, mot qui signifie construction en petits cailloux ; les Arabes en firent fsefysa. L'historien arabe, Ibn-Sayd, dit qu'une des conditions de la paix conclue au commencement du VIIIe entre le calife Valid et l'empereur de Constantinople fut que ce dernier fournirait une certaine quantité de fsefysa pour la décoration de la mosquée qu'on élevait à ce moment à Damas. Mais, en général, les Arabes substituèrent de bonne heure au procédé lent et coûteux de la mosaïque les faïences colorées qu'on voit encore dans la mosquée de Cordoue, devenue cathédrale, et qui couvrent une grande partie des murs de l'Alhambra.
III. QUELQUES MOSAÏSTES CHRÉTIENS, — « Musivarius , museiarius , musæarius ?, en grec, 'qooérnc *, ou Ynpiôov euvÜirac ? : mosaïste. Dans les textes écrits, le mot latin n'apparait que rarement, et à une basse époque. Au Ve de notre ère, il ne se rencontre que sur une épitaphe. Il n'accompagne jamais le nom des artistes qui signent leurs mosaïques. Peut-être ne désignait-il à l'origine que le mosaïste en musivum chargé de la décoration en cubes d'émail des murs, des absides et des voûtes, tandis que l'on appelait fesserarius, tessellarius ou simplement pavimenlarius celui qui exécutait sur le sol les pavements historiés en cubes de marbre. On ne sait presque rien sur les mosaïstes antiques, sinon que leur condition sociale était assez relevée et qu'on les entourait de la même considération que les peintres. L'édit de Dioclétien fixe le salaire du musivarius à 60 deniers par jour comme celui du marbrier, tandis que le lapidarius n'en reçoit que 50. Enfin, Constantin dispense les mosaistes des charges publiques au même titre que les architectes, les peintres et les sculpteurs. Le premier mosaiste chrétien connu ne nous apparaît pas à son avantage. Nous le rencontrons dans les Acta purgationis Cæciliani, en 303, à Cirta, où il remplit les fonctions de lecteur à l'église. Comme on recherche les Livres saints et les livres liturgiques, le magistrat descend chez lui : et cum ventum fuisset ad domum Felicis sarsoris ; il se nomme donc Félix, sarsor ou mosaiste de son métier, et il livre cinq des volumes dont il a la garde.
En Afrique, à Sériana (Lamiggiga), nous trouvons une inscription absidale dans une couronne de feuillage, à la fin du Ve. Il n'est pas absolument certain que Benenatus désigne le mosaïste, parce qu'à l'époque chrétienne, tous les donateurs de basiliques ou de monuments funéraires signent de leur nom suivi de fecit ou fessellavit le pavement établi à leurs frais. Au nord du fort byzantin, sous un monticule dont la pente se perd vers la plaine, on trouva une petite basilique chrétienne dont on ne déblaya qu'une partie sur 6 mètres en tous sens. L'abside a 2 m. 20 de large ; elle est bordée d'un filet de mosaïque en cubes noirs. Au centre, dans une double couronne inscrite dans un carré dont les angles présentent quatre petites couronnes doubles :
Dignis digna Patri Argentio coronam Benenatus fes(s)el(l)avit ; diamètre de la couronne 0 m. 70. La découverte de cette inscription qui, vaguement, semblait parler d'argent, mit les esprits à l'envers à Sériana, où on traduisit le texte : « Benenatus à caché ici la couronne d'argent de son père Arcentius. » On crut à l'existence d'un trésor enfoui et chacun s'employa à sa recherche, les uns de jour, les plus malins de nuit. Un grand trou fut pratiqué dans l'abside qui amena la ruine complète du monument. « Il était déjà tard lors que des mesures de préservation furent prises ; par ordre administratif, un amas de sable fut déposé sur les lieux pour couvrir la mosaïque et la préserver ainsi de la dévastation et des injures du temps, mais on oublia de le répandre. La mosaïque, bientôt désagrégée, saccagée, piochée, éventrée, noyée dans l'eau et dans la boue, disparut. Les cubes servirent de jouets aux enfants, le tas de sable resta intact. » Dans la liste épiscopale de Lamiggiga, on trouve le nom d'un Argentius, qui est probablement l'évêque, Argenlius pater, à qui Benenatus fit un tombeau.
A Sousse (Hadruméte), en exécutant des travaux de terrassement destinés aux fondations d'une citerne, un indigène mit à découvert, à 3 m. 50 de profondeur, un massif en maçonnerie. Après l'avoir déblayé, il reconnut l'existence d'une citerne romaine très bien conservée ; on aperçut alors un fragment de mosaïque. Celle-ci fut achetée sur-le-champ ; elle mesure 2 m. 35 sur 2 m. 30 ; elle est entourée d'une bordure de 0 m. 20 de largeur représentant un laçet assez régulier, dont le trait est formé de cubes blancs entre deux rangs de cubes noirs ; chaque boucle forme une fleur de lotus, rouge, noire ou verte alternativement ; ces teintes sont en tons dégradés. Au milieu du pavement, côté nord, reposant sur le contour de la bordure, est un cratère sur pied, muni de deux anses ; la panse du vase est à godrons. De son milieu s'élève un palmier ; le tronc est formé d'une tresse rose à trois brins, limitée par des cubes bruns. Le haut du tronc est couronné par une fleur de lotus noire, du milieu de laquelle se répandent des palmes vertes et jaunes, ainsi que deux régimes de dattes. La partie supérieure de la tête est arasée parallèlement et à environ 0 m. 12 de la bordure ; dans cet intervalle figure une inscription, en belles lettres grecques, de 0 m. 08 de hauteur : dont chaque lettre est exécutée en cubes de couleurs différentes.
Du pied du palmier partent symétriquement, de chaque côté, deux ceps, formant chacun cinq gracieuses volutes avec grappes de raisins, feuilles de vignes et autres ornements. Des oiseaux aux vives couleurs reposent dans des attitudes différentes sur les volutes. Ces oiseaux sont représentés par deux faïsants dorés, deux canards, deux paons et deux perdrix. L'exécution de ces volatiles est parfaite. Première moitié du VIe.
A Beni-Hassen (Sahel tunisien), une épitaphe chrétienne de la première moitié du Ve, avec la représentation des quatre fleuves du paradis ; elle mentionne l'atelier du mosaiste Laurus (voir Dictionn., L. r, col. 884) :
IC OFICINA LAVRI PLVR
RA EDIFiceS SI DEVS PR A Bordj-el-Youdi (Tunisie), une scène représente Daniel parmi les lions, signée par Ingenu(u)s a(u)ctor, Ces quelques mosaistes chrétiens ne sont pas les seuls que nous puissions nommer.
A Rome, au cimetière ad Calacumbas, en taillant l'arcosolium m,.on découvrit la décoration qui ornait jadis le front des tombes arquées, c'était un relief en stuc peint, peu différent de celui qui sert à décorer la voûte et les lunettes des arcosolia. Sur la face de l'arc extérieur de l'arcosolium f, on a pu lire une inscription tracée au trait sur une seule ligne ! :
MVSICVS CVM SVIS LABVRANTIBVS VRSVS FOR- [TVNIO MAXIMVS EVSE(bius) A Rome encore, à Sainte-Pudentienne, se voyait une mosaïque représentant le Sauveur assis dans une chaire et flanqué de deux agneaux. L'œuvre était signée :
MAXIMVS FECIT CVM SVIS
K(bp)e O(só)e, ó roage có » obpxvov xal Th Y« »Avacractw, xxi Oğuz xxi CsoBopx x. £ZuxAxuxvwbou Ufpoctoc « Seigneur Dieu, qui avez créé le ciel et la terre, donnez la vie à Anastase, à Thomas et à Théodora... ?
« Mosaïque de Salamanios *. » Rien ne permet de supposer que Salamanios soit l’auteur de la carte fameuse que nous avons déjà étudiée.
Nous ne sommes pas plus avancés en ce qui concerne Ravenne. On a bien pu constater que l'archevêque de cette ville, Maximien (voir ce nom), était originaire de Pola où, avant 556, il construisit la basilique de Santa Maria Formosa ; puis, devenu archevêque de Ravenne, il eut évidemment recours au même artiste ou au même atelier à qui il confia la décoration de la coupole de Saint-Vital ; mais tout ceci ne nous donne pas un nom propre.
IV. LA MOSAÏQUE DE VERRE. — Les plus anciennes mosaïques sont exécutées à l'aide du marbre, mais les anciens ont fait usage du verre ou de la pâte d'émail dès avant l'ère chrétienne ; c'est là un point sur lequel il faut insister afin de montrer le peu de valeur de l'opinion d'après laquelle la mosaïque de verre, que certains nomment « mosaïque byzantine », serait une production exclusivement chrétienne. A Pompéi on a trouvé d'innombrables fragments, cubes d'émail identiques à ceux qui seront employés à la décoration des basiliques chrétiennes du IVe, et voici des précisions : maison n. XXII, 8 llot, 6° région ; maison située hors de la ville ?, On y voit des ornements divers : masques, génies ailés, une Néréide couchée sur les flots ?, etc., exécutés non sans talent et dans une gamme brillante. C'est encore de Pompéi que viennent divers objets entrés au musée de Naples, notamment de grosses colonnes en maçonnerie incrustées de cubes d'émail, Une niche y est décorée de la même façon, ainsi que des pans de murailles sur lesquels sont représentés des candélabres. Il arrivait même qu'on avait recours à la pâte d'émail, mais dans une faible proportion, pour rehausser la mosaïque de marbre ou bien pour suppléer à certaines tonalités que la nature ne fournissait pas. « Tibère voulut, dit-on que sa retraite voluptueuse de Capri fût entièrement pavée de mosaïques, et encore ceux qui prennent plaisir à visiter cette île ne laissent pas que d'y trouver des traces de ces riches peintures ; on reconnait dans les cubes qui les composent les marbres de Paros, de Laconie, d'Égypte et la pâte de verre colorée. » Et ce fait est loin d'être isolé. On a trouvé des cubes d'émail bleus dans les mosaïques de la villa d'Hadrien, à Tibur, et ailleurs. Une mosaïque découverte à Cologne et offrant les portraits de philosophes contient des cubes verts en émail. Dans la villa Borghèse, une mosaïque qu'on estime antérieure à Caracalla contient des cubes d'émail, et il en est de même pour la mosaïque de Saint-Romain-en-Gal, conservée au musée du Louvre.
Eugène Müntz disait avoir eu personnellement l'occasion de constater la présence de l'émail dans un grand nombre de pavements, par exemple la mosaïque d'Ostie, aujourd'hui dans l'église Saint-Paul-aux-Trois-Fontaines, près de Rome, les mosaïques du musée Kircher, etc. Et, à ce propos, son érudition lui remettait en mémoire un texte du xii siècle qui achève de nous montrer combien de débris de ce genre existaient encore à cette époque dans les ruines antiques. C'est un passage du moine Théophile, l'auteur de la Schedula diversarum artium, qui s'exprime ainsi : Inveniuntur in antiquis edificiis paganorum in musivo opere diversa genera vitri, videlicet album, nigrum, viride, croceum, saphireum, rubicundum, purpureum, et non est perspicax, sed densum in modum marmoris el sunt quasi lapilli quadri ; ex quibus fiunt electra in auro, argento et cupro, de quibus in suo loco sufficienter dicemus 19. La mosaïque de Saint-Denis, qui passe pour représenter Brunehaut, est un exemple de ces larcins rétrospectifs 11. Aujourd'hui encore, on rencontre de ces cubes en assez grand nombre dans le sol des thermes de Caracalla, du Palatin et de différentes autres ruines. Dans les thermes de Caracalla, les parties supérieures, ainsi que les voûtes, étaient ornées de stucs et de mosaïques de verre de diverses couleurs 12.
Après avoir énuméré ces témoignages, on pense bien qu'ils seront confirmés par les textes. Celui de Pline est classique en la matière. Le théâtre élevé par Scaurus, dit-il, se composait de trois étages à colonnes : le premier en marbre ; l'étage intermédiaire, e vilro, terme qui signifie les colonnes incrustées de mosaïques ; enfin l'étage supérieur, en lames dorées : J pars scenæ e marmore fuil ; media e vilro, inaudito etiam postea. genere luturiæ ; sumuna e tabulis in auratis. Ailleurs, il revient sur ces incrustations : Agrippa certe in thermis, quas Romæ fecil, figulinum opus encausto pinxit in calidis, reliqua albario adornavit : non dubie pitreas facturus cameras, si prius inventum id fuisset, aut a parietibus scene, ul diximus, Scauri, pervenissel in cameras ?.
Ces exemples suffisent à prouver combien on prodiguait dès lors les pâtes vitrifiées et à quelle perfection les verriers étaient parvenus, notamment pour le bleu qui offre l'éclat et la profondeur du lapis-lazuli dont on croit voir le chatoiement et jusqu'aux fissures !4. Artaud avance que la difficulté de se procurer le lapis-lazuli naturel ou d'autres minéraux d'un beau bleu stimula les efforts des artisans en vue d'obtenir une pâte vitrifiée. A l'en croire, ce sont les cubes bleus qu'on rencontre en plus grand nombre dans les débris de mosaïques, il y en a de deux nuances, une claire et l'autre sombre répondant au bleu turquoise et au lapis-lazuli !5.
On a cité quelques lignes de Symmaque auxquelles on a voulu faire dire plus qu'elles ne contiennent : Nunc elegantia ingenii tui, el inventionum subtilitas prædicanda est, novum quippe musivi genus, el intentalum superioribus reperisti, quod eliam nostra ruditas ornandis cameris tentabit affi gere, si vel in tabulis, vel in tegulis exemplum de te præmeditati operis sumpserimus 16. On ne saurait admettre que ces félicitations de Symmaque visent la substitution de la mosaïque d'émail à la mosaïque de marbre +. Cette substitution, en effet, s'est opérée non par l'initiative d'un seul homme, mais par un concours de circonstances fort compliqué. Il ne peut s'agir, dans l'hypothèse actuelle, que de quelque perfectionnement accessoire.
L'opinion d'après laquelle Aurelius Symmaque fait allusion à l'adoption des fonds d'or ne s'appuie sur rien #. Quand nous parlons d'émail, il est nécessaire d'entendre qu'il s'agit de verre. La mosaïque chrétienne, aussi bien en Italie qu'en Orient, est formée non plus de cubes de marbre, sauf pour les parties blanches ou grisées, mais de cubes d'émail teints dans la masse, de cubes de verre, dans lesquels est emprisonnée une feuille d'or. Les cubes d'argent et les incrustations de nacre n'y figurent que d'une manière exceptionnelle. Les émaux de couleur ne sont en réalité que du verre coloré à l'aide d'oxydes métalliques, c'est pourquoi, pendant toute l'antiquité et une bonne partie du Moyen Âge, on les a désignés sous le nom de vitrum. C'est le nom que leur applique Pline dans les passages qui ont été cités. Les auteurs chrétiens des premiers siècles emploient le même terme, ainsi Sidoine Apollinaire dans sa description d'une des mosaïques de Lyon ? :
Distinslum vario nitore marmor Percurril cameram, solum, fenesiras, Ac sub versicoloribus figuris Vernans herbida crusta sapphiratos Flectil per prasinum vitrum lapillos.
Le chroniqueur de Siponto, qui écrivait au ix siècle au plus tard, signale de son côté une mosaïque composée de diversis coloribus, minutis que vitreis lapillis fulvo auro superteclis, mausoleo opere *.
En décrivant la fabrication de ces émaux, l'auteur anonyme du recueil de recettes conservé à la bibliothèque capitulaire de Lucques leur applique la même qualification : Musiva prasini vitri. Or, ce recueil date du vi siècle, au plus tard du ix *.
Le Moyen Âge garda la même appellation.
Les plus anciens hagiographes, historiens, chroniqueurs enregistrent volontiers à Paris, à Milan, à Toulouse ces épithètes qui s'attachent à un nom de saint dont la basilique est toute reluisante d'or ou d'argent et dont le souvenir se conserve dans ces jolis noms de la Daurade ou la Dalbade ; c'était là, évidemment, ce qui impressionnait le plus les visiteurs. L'auteur de la Descriptio plenaria totius urbis nous apprend que, dans la basilique du Vatican, c'étaient les incrustations d'or et de verre : Basilica quie vocatur Vaticanum ez mirifico musibo laqueata auro et vitro . L'inscription de la mosaïque de la cathédrale de Capoue, exécutée en 1130, célèbre le vitreum decorem que le sanctuaire doit à l'évêque Hugo Une autre inscription du xii siècle, à la cathédrale de Fondi, mentionne ainsi une mosaïque : Tabula marmorea vitreis distincta lapillis 5.
Au xii siècle également, le moine Théophile qualifie les mosaïques d'ouvrage en verre : inveniuntur in antiquis ædificiis paganorum in musivo opere diversa genera vitri”. Enfin, ce terme est encore usité au xiv siècle ; nous le lisons à propos de la mosaïque du dôme de Prague : Eodem tempore fecil dominus imperator fieri et depingi supra porticum ecclesise Pragensis de opere vitreo, rore grzco, de opere pulchro et multum surmptuoso *.
Le mot smaltum semble n'avoir pas été connu des anciens, on le rencontre pour la première fois dans le Liber pontificalis, dans la notice de Léon IV (847-855) où il est question d'une tabula de smalto. Partout où ce mot smaltum est employé dans le Liber, il ne s'agit pas d'émaux pour mosaïques, mais dans le genre des Byzantins et des émaux dits de Limoges. Benoit III (855-858) offre à la basilique de Saint-Paul relem factam miro opere lotam e gemmis ex alva veris et bullulis aureis, conclusas eliam auri petias in se habentem ex maltitas... viginti unam ?. Étienne VI (885-891) offrit à la basilique de Saint-Pierre crucern auream, cum prëtiosis margaritis et gemmis ac smalto, cum perpendaculo ad pendendum V^, ou encore : crucem auream super altare cum gemunis el smallo.
V. DIMENSIONS DES CUBES. — Les mosaïques chrétiennes font usage de cubes généralement de plus fortes dimensions que ceux qui entrent dans la composition des mosaïques païennes. Dans le célèbre panneau conservé au musée de Naples et qui représente la « bataille d'Arbelles », on compte de 78 à 89 cubes par once carrée équivalant à 0 m. 263 ; la mosaïque de Palestine demande de 90 à 96 cubes par once carrée équivalant à 0 m. 223.
A Saint-Georges de Salonique, chaque cube mesure 0 m. 005 carré, soit, d'après le calcul de Texier !, 40 000 cubes par mètre carré de superficie, soit pour l'ensemble de la mosaïque de la coupole (904 m ?, 608) un total de 36 184 320 cubes. La différence de destination explique cette inégalité qui ne prouve rien contre la valeur du travail ?.
Dans le mausolée de Galla Placidia (voir Dictionn., t. vi) qui, au point de vue de l'assemblage des matériaux et de la finesse des teintes, peut passer pour l'ouvrage le plus achevé de l'art chrétien primitif, certaines fesserulz n'ont pas plus de 0 m. 003 de côté.
À partir du vi siècle, une règle tend à s'établir ; la dimension des cubes varie suivant les parties qu'ils recouvrent #. On use de cubes plus menus pour la peinture des visages, plus grossiers pour les draperies ; la différence constatée allait parfois de 0 m. 002 à 0 m. 008.
A mesure que la décadence s'affirme, les cubes sont de plus en plus gros. Dans la chapelle de Saint-Zénon, qui dépend de la basilique de Sainte-Praxéde, à Rome, par conséquent sous le pontificat de Pascal I*r, au ix siècle, la figure de sainte Pudentienne, dont la hauteur est d'environ 1 m. 10 (le nimbe non compris), se compose de cubes mesurant en moyenne deux tiers de centimètre carré.
VI. COMPOSITION DES CUBES COLORÉS. — À défaut d'informations nouvelles sur les oxydes métalliques employés pour la fabrication de ces cubes, Eug. Müntz en revenait à la recette donnée à ce sujet par l'anonyme de Lucques, du vi siècle 9 :
DE INORATIONE MUSIBORUM INAURATIO MUSIVI.
Facis petala plus crosa que Facies petalum — vitreum jus sans. Posthec facis illa spissum et pone supra pelaalia : et petalum heramentilum iramentinum ita ut in De vitro greco, quod musivum opus decorat. Vitreas eliam labulas faciunt opere fenestrario ex albo vitro lucido, spissas ad mensurum unius digiti, findentes eas calido ferro per quadras particulas minutas, el cooperien les eas in uno latere auri petula, superliniunt vitrum lucidissimum trium ut supra, et componunt eas conj unetim super ferream tabulam, de quo paulo inferius diceinus, coopertam calce sive cineribus, coquentes in furno fenestrarum, ul supra.
Hujusmodi vitrum interpositum musivum opus omnino decorat, On semble avoir fait usage, exceptionnellement, pour ces fonds, de galettes d'émail d'une couleur plus ou moins foncée. Eug. Müntz a eu entre les mains un certain nombre de cubes d'or provenant de la nef de Sainte-Marie-Majeure, à Rome (v siècle) ; l'or y est appliqué sur une masse noirâtre ou même rouge. Au baptistère des Orthodoxes, à Ravenne, le même érudit à recueilli un cube d'or composé comme ceux de Sainte-Marie-Majeure. A partir du vi siècle, les cubes employés sont généralement rouges, afin de donner plus d'éclat à l'or ! ?, Lag ee DE CT RTE Å zs A VT mA m ^ g EE a 13 D'après une note du duc de Luynes, « le fond rouge a pour effet de soutenir l'éclat de l'or. L'emploi en est justifié par des raisons physiques. La lumière blanche, qui tombe sur la feuille d'or, n'est pas tout entière réfléchie par la surface. Une partie pénètre dans les couches inférieures et se trouve décomposée. L'or étant naturellement rouge, les rayons rouges sont absorbés et la réflexion des couches inférieures n'envoie à l'œil que les rayons complémentaires du rouge, c'est-à-dire les rayons verts, lesquels diminuent d'autant l'intensité de la couleur rouge de l'or et par suite son éclat. Pour neutraliser l'effet de ces rayons verts, il faut rendre à l'or le rouge que ceux-ci lui font perdre en donnant à la feuille d'or, laquelle est toujours un peu transparente, un soutien rouge. C'est ce que l'on fait, du reste, dans toute espèce de dorure, dans la miniature aussi bien que dans la dorure des tranches des volumes 1, » Ce nouveau procédé devint général à partir du xi-xii siècle : il est encore actuellement en usage. Ce qui n'a pas varié, ajoute Eug. Müntz, c'est l'usage de recouvrir la feuille d'or d'une couche de verre destinée à protéger ce métal. Dans un cube venu de Saloni que, cette couverture est fort épaisse.
La fabrication des cubes d'or a dû s'exécuter d'une manière à peu près continue. On en a eu la preuve par des expériences tentées sous l'impulsion donnée par le cardinal Wiseman. Celui-ci avait chargé une verrerie de Londres de fabriquer des cubes dorés, dont l'exécution semblait si facile ; toutes les tentatives échouèrent. Dès que l'on versait le verre en fusion sur la feuille de métal, celle-ci se recroquevillait et devenait toute noire ; il fallut renoncer à l'entreprise *, Alors que les procédés perfectionnés, en usage de nos jours, ont abouti à un échec, on doit reconnaître qu'au Moyen Âge, très pauvrement outillé, si le fil de la tradition avait été rompu une fois, il eût été probablement impossible de le renouer.
La fabrication des cubes d'or offre de grandes analogies avec celle des vases à fond d'or (voir Dictionn., t. v, au mot : FONDS DE COUPES). Toutefois, Emeric David s'est trompé en appliquant à la mosaïque un passage qui se lit dans un traité De coloribus el artibus Romanorum, d'un certain Héraclius, auteur du x siècle * :
Inveni petulas inter vitrum duplicalum inclusas caute Il s'agit, en réalité, de fiolæ auro decorat.
VIII. EMPLOI ET COMPOSITION DES CUBES ARGENTÉS. — Il n'y a pas lieu de s'étonner de ce que dans la mosaïque comme la miniature il y ait une si grande disproportion entre l'emploi de l'or et celui de l'argent, L'or a des reflets d'une splendeur qui réchauffe et, même quand il est altéré, il présente encore souvent un aspect de richesse ; au contraire, l'argent parait froid et tourne très souvent au noir.
En ce qui concerne la mosaïque, l'anonyme de Lucques note la re cette qui ne diffère en rien de la précédente 5 :
La mention qu'en fait cet auteur permettrait de 74 croire que l'usage en était assez répandu, ce qui n'est pas. On rencontre en Italie un petit nombre seulement de mosaïques en cubes argentés. Salzenberg soutenait qu'on n'en avait pas d'autres exemples que la mosaïque de Sainte-Sophie à Constantinople * ; ceci n'est pas exact. On en connaît aujourd'hui trois à Ravenne, un autre dans la cathédrale de Pise, un autre encore dans la chapelle palatine de Palerme, enfin au Sinaï.
Dans la mosaïque de Saint-Apollinaire Nuovo, à Ravenne, les saints du rang supérieur, placés entre les croisées, ont des nimbes grisâtres très certainement formés de cubes d'argent, dont l'éclat primitif s'est peu à peu altéré.
On ne sera pas bien téméraire, ajoutait à ces remarques Eug. Müntz ?, en affirmant que cette matière, qui a joui d'une certaine faveur à Constantinople, à Ravenne et à Palerme, et dont on n'a pas trouvé de traces jusqu'ici dans les mosaïques italiennes — la mosaïque de Pise est conçue dans les données byzantines — est un produit essentiellement byzantin,
IX. EMPLOI DES CUBES DE NACRE. — La nacre a été employée, concurremment avec le marbre, à Saint-Vital de Ravenne, etc., à Parenzo, et plus généralement dans les églises coptes de l'Égypte *.
X. QUESTIONS ET PROBLÈMES, — Après Eugène Müntz, et dans les mêmes termes où il l'a fait, nous ne pouvons que poser des questions dont la réponse est encore insoluble. Tout d'abord, on se demande d'où venaient les émaux qui entraient dans la composition des mosaïques. Étaient-ils fabriqués sur place ou bien allait-on se les procurer dans quel que grand dépôt, tel que Rome ou Ravenne ? Il n'est pas possible, vu la rareté et le vague des textes, de répondre à cette question d'une manière précise. Mais il se pourrait qu'on tirât, par analogie, une conclusion de ce qui se pratiquait pendant le Moyen Âge proprement dit. Nous voyons qu'à cette époque les différentes villes d'Italie achetaient à Venise non seulement les émaux, mais encore les verres de couleur dont elles avaient besoin. Pour quoi n'en aurait-il pas été ainsi pendant la période qui nous occupe ?
Oro fino di chie a la quantitate di c libre, Azuro co' gradi suovi lb. L, cice x per digrado. Laccha co’ gradi suoi L Ib., cie X per digrado. Biffa co' gradi suoi L lb., fo É i
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cic x per digrado. Verde co' gradi suoi L lb., ciœ x per digrado. Vermiglie co' gradi suoi lb. L, ciœ X per digrado. Biancho candido L lb... Giallo co’ gradi suoi Llb., cice X per digrado. Incarnatione co' gradi suol Lib., cice xvi per digrado. Verduccio co’ gradi suoi L Ib., cioe X per digrado. Nero co gradi suoi lb. XXX. cic x per digrado. Ariento fino lb. xxx.
Cette liste est surtout intéressante en ce qu'elle nous prouve que chez les fabricants d'émaux pour mosaïques, chaque couleur était régulièrement accompagnée d'un assortiment de nuances correspondantes, gradi, au nombre de dix à vingt. Le contrat énumère en outre quelques-unes des conditions que doit présenter l'émail pour être accepté.
« Pour la période qui nous occupe, nous ignorons absolument quels étaient les travaux qui précédaient l'opération même de l'incrustation. Le mosaïste travaillait-il d'après un carton ? Ce carton était-il composé par le mosaïste lui-même ou par des peintres de profession ? Autant de mystères.
« L'incertitude est moins grande en ce qui touche la seconde période du Moyen Âge, et cela grâce aux observations de M. Riolo, père, chef de l'atelier de restauration de Palerme. Cet artiste a eu soin de noter toutes les particularités qui le frappaient dans le cours de ses travaux à Cefalù. Si ses confrères de l'Italie continentale avaient suivi son exemple, nous n'en serions pas aujourd'hui à nous demander comment, dans les basiliques de Ravenne ou de Rome, on procédait du temps de Justinien ou du temps de Pascal Ier. Il est d'ailleurs probable que les mosaïstes des xi et xii siècles ne faisaient que suivre les traditions de leurs prédécesseurs et que les observations de M. Riolo peuvent également s'appliquer à ces derniers. C'est à ce titre qu'on les reproduira ici.
« Cette peinture était d'ailleurs toute conventionnelle : une teinte rouge marquait les endroits qui devaient être incrustés d'or ; une teinte violette ceux qui devaient recevoir un émail rouge 1. Les indications paraissent même avoir varié selon les localités. A Torcello, d'après M. Bücher, le rouge correspondait aux cubes d'or, au rouge et au rouge-brun ; le jaune aux teintes plus claires, gris foncé, bleu-noir, etc, , « Il convient d'ajouter que C. Haas, tout en admettant la réalité de cet usage, déclare n'en avoir pas trouvé d'exemples lui-même, sauf en ce qui concerne les cubes dorés. Le mortier dans lequel ceux-ci étaient fixés offrait partout des traces d'une coloration d'un jaune rougeâtre ?. L'habitude de peindre directement sur le mur ne dispensait pas d'ailleurs de la confection de cartons préalables, dans lesquels la composition tout entière était étudiée et les types des figures arrêtés , »
XI. CONSERVATION ET DÉTÉRIORATION. — La mosaïque, dit Eugène Müntz, est sans contredit le mode de peinture le plus durable ; mais on se tromperait en croyant qu'elle échappe entièrement à l'influence des agents atmosphériques : il n'est pas vrai,
ainsi que l'ont affirmé bon nombre d'auteurs et, parmi eux, Le Viel, « qu'elle puisse résister à l'action de l'air, qu'exposée sur les pavés, sur les toits et sur les murs, loin de s'y altérer, elle acquiert un nouvel éclat » etc., etc. Prenons pour exemple les altérations que subit le verre à vitres ordinaire : au bout d'un certain temps, il se ternit, s'irise et finit par perdre son poli. Or, les cubes d'émail, qui ne sont, en réalité, que du verre coloré par des oxydes métalliques, ne sauraient échapper à ces dangers : le vent, la poussière, l'humidité finissent tôt ou tard par en avoir raison ; il n'est pas jusqu'au voisinage de la mer qui n'exerce sur eux une action délétère ; dans les mosaïques de Saint-Paul-hors-les-Murs, près de Rome, on a constaté que la surface des cubes était légèrement | ternie par un dépôt ou une incrustation de sel marin, A Rome, plus que partout ailleurs, on peut s'assurer de l'altérabilité relative des pâtes d'émail ; les cubes que l'on ramasse dans les décombres des édifices antiques ont tous subi une modification plus ou moins profonde, selon la durée du temps pendant lequel ils ont séjourné sous terre ; quelques-uns d'entre eux ont même changé de ton ; dans ceux qui étaient colorés en bleu, une teinte aqueuse, semblable au vert d'eau, a souvent remplacé l'éclat du lapis-lazuli.
En général, c'est l'humidité que les mosaïques ont le plus à redouter. On ne peut que trop facilement s'en assurer dans les basiliques de Ravenne, où il n'est guère de mur qui ne suinte. Au baptistère des Orthodoxes, à Saint-Apollinaire in Classe, ou encore dans la basilique de Sainte-Marie in Domnica, à Rome, le ciment qui sert de base aux mosaïques se détache par grandes plaques ; les couleurs mêmes semblent altérées par plaques ; le bleu surtout a pris une tonalité dure et crue qui dénature complètement la gamme.
Les dangers auxquels la mosaïque est exposée à l'intérieur des édifices ne sont rien, toutefois, en comparaison de ceux qui la menacent lorsqu'elle prend place sur une façade. Tournée au Nord, dans un endroit découvert, c'est à peine si elle peut compter sur une existence d'un demi-siècle.
Malgré toutes les précautions, à peine si, de loin en loin, il s'est conservé un fragment des mosaïques incrustées à l'extérieur.
Rien de plus instructif sous ce rapport que l'histoire des mosaïques de la façade du dôme d'Orvieto, à partir du XVe. Nous choisissons à dessein un exemple moderne, afin de pouvoir fonder notre assertion sur des documents plus authentiques et plus nombreux. On sait que la décoration de cette façade remonte au temps d'Orcagna, c'est-à-dire aux années 1358-1362. Elle comptait donc à peine un demi-siècle d'existence lorsqu'en 1402 certaines de ses parties exigèrent impérieusement une restauration : el operas suas... ad reficiendum el reconstruendum . musaychum annuntiat B. M. Virginis super portam baptesimi dictæ ecclesiæ in nonnullis partibus dirutum el deslructurm.
1423, 10 février. Délibération pour engager Bartolomeo di Pietro : quod muysivum sit in magno defectu el traclu temporis venerit in majorem defectum ; imo potius in destructionem ; deliberaverunt quod diclum muysivum reparelur.
1485, 7 juin. Faciata almæ ecclesiæ Sancle Mariæ supra sculluras marmoris, videli cet illa quae est ornata figuris et picluris musaylivis in multis ejus partibus (est) ruinala et dissipata.
1506, 10 septembre. Ad musaycum perficiendum, ref ciendum et restaurandum in locis opportunis.
1552. Mag. Raphael sculptor de Florentia offert velle conducere opus musaicum in faciala catl.edralis ecclesise.
1558. Fu ccndollo Mastro Gicanne Antonio Bianchini veneliano a racconciare il mosaico della facciala 1, elc.
On aurait peine à trouver un exemple plus éloquent de l'altérabilité des mosaïques exposées au grand air.
A cet égard, notre climat n'a d'ailleurs rien à envier à celui de l'Italie, où, surtout en ce qui concerne les fresques et les graffites, on chercherait en vain une façade du XVIe ayant conservé intacte sa décoration primitive *
XII. LA MOSAIQUE AVANT LA PAIX DE L'ÉGLISE. —
La mosaïque remplit un rôle des plus modestes dans la décoration des catacombes. On se l'explique sans peine. Pour établir un ouvrage de mosaïque ou de marqueterie, il est nécessaire d'avoir une base solide de maçonnerie ; or, celle-ci manquait le plus souvent, tout au moins peut-on dire qu'elle était exceptionnelle. En outre, des corridors longs, étroits et obscurs, des cubicules surbaissés plongés dans une obscurité perpétuelle pouvaient bien s'arranger d'une décoration à fresque dont l'exécution demandait un temps extrêmement limité ; il pouvait sembler superflu de recourir à une autre méthode plus coûteuse, plus lente, de décoration. Enfin, une fresque, même si on la regarde de très près, permet à l'œil de saisir des détails très distincts, tandis que la mosaïque, vue dans les mêmes conditions, ne présente qu'un réseau confus de cubes multicolores dont le plan échappe si on ne peut se mettre à quelle que distance. Or, avec l'aide d'une torche, on peut se résigner à n'y rien apercevoir. * La valeur d'une mosaïque était encore une raison qui s'opposait à ce qu'une Église persécutée et menacée dans son existence recourût à un procédé si onéreux d'ornementation. Ce n'est qu'après le triomphe que les aménagements de saint Damase entraînèrent une transformation des catacombes souvent luxueuse. Auparavant, nous ne pouvons juger de ce qui a été fait que par des fragments découverts de loin en loin. Ce ne sont, le plus souvent, que des surfaces exiguës ou des objets de petite dimension : monogrammes du Christ, croix, inscriptions, symboles divers. Rarement l'on a cherché à représenter des personnages et jamais, à ce qu'il semble, à produire un grand ensemble décoratif.
Parfois, on recouvrait certains ouvrages d'une couche de verre uniforme, procédé bien distinct de la mosaïque proprement dite, qui suppose toujours un travail de marqueterie, c'est-à-dire de juxtaposition. A propos d'un bas-relief en verre, représentant Apollon entre deux muses, Passeri nous fournit les curieux détails que voici :
Crescente magis magis que luxu ad privatorum quo que domos vitreorum anaglyphorum usus iraductus est, illis que integra conclavia obducta fuisse notavit Bonarotius in pref. ad Numism. Carpin.
Hujus operis haud obscura vestigia egomet observari Iomue inter D. Nerei et Achillei, ac portam Capenam ; horlum enim ingressus, in quo monticulus adsurgebat, quem pervium esse, el ex parielinis lotum constari olitor asserebat, excitato lumine, rei periculum feci, adii nempe.
Parielibus textum cœcis iter.
Ibi cubicula quadam inveni, in quibus egesla pavimenti fragmenta e signino constabant rudiuscule subacto, cui superfusum, expolitum que, ad semuncic altitudinem vitrum adhærebat viride, undequa que concolor, minimeque vermiculalum ; nulla praeterea segmenta, nulli que lermini apparebant, ne que ulla, nisi quas velustas fecisset, rimulæ ; ila ut ex integra tabula solo superinfusa pavimentum illud conslilisse conjecerim ; mobilibus sane officinis, vel pro numero operum ex tempore excilatis. Ea vero fragmenta, quum diu aeri patuissent, penitus disjiciebantur, quibus lamen ornamenlis excullos tandem [fuisse existimandum est parietes illarum sedium, in quibus ipsa pedum spatia, non essent sine admiratione , On a dit à tort qu' « à part les deux trés intéressants portraits de la bibliothé que Chigi, la mosaïque n'a pas laissé de traces notables dans les cimetières chrétiens » Jl en est tout autrement.
I. CATACOM BES. — 1 ? Catacombe de Sainte-Agnès. — 1. Une inscription du IVe, composée de cubes rouges, blancs et dorés 5
L'ouvrage ne renferme, en plus de ce portrait, ni symboles chrétiens, ni ornements dignes de remarque. Suivant la juste remarque d'Eugène Müntz, la rareté même de cet objet lui ôte quelque chose de son intérêt ; c'est plutôt le produit de la fantaisie individuelle
79 MOSAIQUE | 80
qu'un monument digne de prendre rang dans la série des mosaïques ?, 3 » Catacombe dite de Sainte-Agnès. — &. Dans une des catacombes de la voie Nomentane, Bosio découvrit una corona di picciole pielre londe di smalto di diversi colori murala nella calce. Il ajoute que questo segno lé] fait di piccioli pezzi di smalto posti nella calce a modo di musaico *.
39 Catacombe autrefois dite de Callisle. — 5. Jusqu'à la seconde moitié du XIXe, on confondait le cimetière de Domitille (voir ce nom) avec le cimetière de Calliste (voir ce nom), qui ne s'étendait pas jusqu'à « or Marancia ?. Bosio nous apprend que in un cantone di monumento ho veduto una testa fatta con calce, con alc une pielruccie di smalli negli occhi, e nella bocca alla rustica .
6. En 1743. on découvrit un ouvrage d'une rare importance dans un escalier conduisant de Tor ERU ETES EP ERP impispucuuriudiFlus TETA E « eT 0 y cu FETE Het AIT
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sta Crislo N. S. sedulo sopra un gran globo ; alla destra san Pietro, alla sinisira san Paolo, anch 'eglino seduti in due seggi coll estremita loro acuti, e nella volta più contigua è la seguente iscrizione a mosaico di pietre verdi, e le lettere sono alte 5 once :
Sous l'arc, ou la voûte du monument, se voient quatre figures de saints en pied parmi lesquels une femme. Du côté droit, le Christ ressuscite Lazare ; du côté gauche, la mosaïque est tombée, on ne peut discerner qu'une bande qui représente de l'eau et fait partie peut-être de la scène de Moïse frappant le rocher 7. | Une troisième description ajoute quelques détails ; il y est dit que l'inscription est en lettres d'or, de six à sept onces, que le Christ ressuscitant Lazare est nimbé ; que les quatre saints ont les mains étendues ru »mremmmscEA el | | CDLELLIILILI TI DL A iin SELFA LLLE i T mae « m ETTARITIJIITLLRRE TUE dj LL Marancia à la catacombe de Saint-Calliste. C'était une mosaïque tapissant l'intérieur d'un monument voûté, probablement un arcosolium . Marangoni (voir ce nom), l'auteur de la trouvaille, le décrit en ces termes : Un monument arqué travaillé tout entier, de dans et dehors, en mosaïque... ; dans le fond du monument est représenté le Sauveur assis sur un grand globe qui figure peut-être le monde et, à ses côtés, sur deux escabeaux à pieds triangulaires, les saints apôtres Pierre et Paul ; dans la courbe à la partie supérieure, Lo en mosaïque, cette inscription en grandes lettres :
Ailleurs, le même auteur donne de ce monument une description offrant quelques variantes intéressantes : Un grande sepolero arcuato di palmi 9 di lunghezza, e 9 di larghezza, tutto lavorato a mosaico. Nel prospetto comme les orants et qu'ils se distinguent également par un nimbe ; enfin que le travail paraît être contemporain de Constantin ou, du moins, postérieur de peu d'années à ce prince *.
Marangoni fit faire de cette mosaïque un dessin qu'il offrit à Bottari afin qu'il le publiât dans ses Pillure e sculture. J.-B. De Rossi a parlé plusieurs fois de ces compositions * ; se fondant sur la description donnée par Marangoni, il les attribue également au IVe, Efi uisi eti e e à Cl ŝi de 0 m. 60 à 0 m. 65 de largeur. Ils représentent deux époux chrétiens dont J. Suarez, de Vaison, a encore pu lire l'inscription conservée dans ses papiers déposés à la bibliothéque Vaticane :
FL :IVL :IVLIANVS : MAR : SIMPLICIAE : RVSTICAECONIVGI : DVLCISSIME : Q-V-ANNXVIII MVD : XV-FECIT : MECV A :III : M : II DORMET- :IN PACE-X-K FEBR :
« Flavius Julius Julianus à Maria Simplicia Rustica, sa très douce épouse, qui vécut dix-huit ans, cinq mois, quinze jours, et passa avec moi trois ans et deux mois. Elle s'est endormie dans la paix le X des calendes de février, » Suarez accompagne l'inscription de ces paroles : musivo expressus vir, ilem mulier manibus supinis et corona redimila velo que candido. Les deux personnages sont vus de face et à mi-corps ; une différence importante est à noter dans leur attitude : la femme a les mains levées comme les orantes, tandis que l'homme a les bras pendants. Cette différence tient à ce que le mari, qui vivait encore au moment de l'exécution de la mosaïque, ne pouvait être représenté dans l'acte de la prière, « symbole de l'âme recueillie dans le sein de Dieu, et priant pour les frères laissés sur la terre ».
Les deux portraits furent détachés en entier, placés dans deux cadres de bois et transportés dans la bibliothèque du pape Alexandre VII (Chigi), d'où ils passèrent dans celle du prince Chigi et de ses héritiers. Au mois de mai 1918, le palais Chigi fut vendu au gouvernement italien et le prince Chigi se réserva la propriété des deux médaillons qui lui furent achetés par le pape Benoît XV, qui en fit présent au musée du Latran où ils ont pris place au fond de la grande galerie de sarcophages, au-dessus de la statue de saint Hippolyte.
Le style de l'épitaphe permet de fixer d'une façon presque certaine la date de la mosaïque ; c'est le style qui prévaut dans les catacombes romaines entre la deuxième moitié du Ier siècle et le début du IVe*. La mention du jour de la mort (non de la depositio), avec les mots dormet in pace ne se lisent plus guère sur les inscriptions à date certaine postérieures à Constantin. Les noms des deux défunts ne peuvent prêter qu'à des hypothèses, Les mosaïques ont beaucoup souffert. Les cubes dorés ont presque tous perdu leur couverte d'or. Les vides ont été remplis à l'aide de cubes dorés pris au hasard, semble-t-il, sans aucun souci de conserver l'harmonie des teintes. C'est ce qui explique l'étrange bigarrure de la ceinture de Rustica et la confusion qu'on remarque dans les vêtements de Julianus.
Dans le portrait de celui-ci, la tête se détache sur un fond brunâtre, qui parait être une addition moderne ; les traits, peu distincts, paraissent être ceux d'un homme de quarante à cinquante ans, la barbe et les cheveux sont coupés ras. Postérieurement à la publication de J.-B. De Rossi, une lacune assez considérable s'est produite dans la figure : l'œil droit tout entier est tombé. Les contours de la tête sont extrêmement défectueux, résultat probable de restaurations. Quoi qu'il en soit, ces médaillons restent très intéressants, mais J.-B. De Rossi a peut-être exagéré en disant que les mosaïques n'ont rien de la manière byzantine. Le style n'est pas tellement déterminé ; il peut convenir à la fin du IVe, époque avec laquelle s'accorde l'emploi, déjà bien arrêté, des cubes d'or.
L'orante, dit De Rossi, porte une tunique fort simple, de couleur foncée, serrée par une ceinture blanche et rehaussée seulement de deux bandes verticales, à tissu d'or. Du chignon, en forme de futulus, orné de trois pierres précieuses, un voile blanc tombe sur les épaules. Une couche de cubes verdâtres sert de fond et fait assez heureusement ressortir la figure dont le ton est d'un rouge brunâtre. Le caractère sans prétention de ces vêtements nous rappelle bien plus la simplicité des antiques images orantes, telles que nous les trouvons dans les catacombes et les graffites que les pompeux costumes des matrones représentés sur verre ou dans les œuvres chrétiennes figurées de l'époque postérieure à Constantin et du Ve.
L'homme est vêtu d'une tunique blanchâtre tramée d'or, ornée de clavi de pourpre de couleur sombre. On voit clairement figurer sur l'épaule droite un de ces ornements de forme circulaire dont les peintures, tant païennes que chrétiennes, du IIIe et du IVe, nous présentent des exemples en si grand nombre. Le long de la tunique courent deux bandes également de pourpre foncée ; celle du côté droit, cependant, est interrompue, grâce à l'incurie du restaurateur. On distingue sur l'épaule gauche, par-dessus la tunique, l'extrémité d'un pallium de pourpre de même teinte, à moins qu'on n'y veuille voir une partie de la lena purpurea, vêtement en usage parmi les nobles. Ce vêtement ne se portait pas seulement en travers de la poitrine, mais tombait parfois sur les épaules.
En ce qui concerne la technique, dit Eug. Müntz, elle ne se distingue en rien de celle de la fin du IVe ou du commencement du Ve. L'emploi de l'émail a prévalu, quoi que çà et là l'on croie encore distinguer des fragments de marbre. Les cubes sont gros et assez mal assemblés ; un certain nombre d'entre eux paraissent avoir déjà servi antérieurement, car leur surface n'a ni le brillant, ni la netteté de celle des cubes neufs (on sait qu'à différentes époques, on a eu recours aux matériaux provenant de mosaïques détruites). Le dessin examiné de près n'a rien de remarquable, et son imperfection tient en partie à ce que, pour un ouvrage de cette dimension, l'on n'a pas employé de cubes assez fins. Une ligne rouge indique par exemple les lèvres ; une ligne également rouge, bordée de deux lignes blanches, indique les doigts des mains levées en l'air. Il y a dans cette régularité un signe de défiance de l'artiste vis-à-vis de lui-même. Chez les anciens, ou au moment de l'épanouissement de la mosaïque chrétienne, au Ve, on modelait avec plus de hardiesse.
La conservation de ces deux morceaux laisse infiniment à désirer. Outre la disparition de l'œil droit de Julius Julianus, il faut ajouter que la surface de la mosaïque est devenue inégale, raboteuse ; les cubes d'or sont, les uns complètement ternis, les autres privés de la presque totalité du métal.
9. Bosio signale dans une catacombe de la voie Tiburtine des cubes d'émail de diverses couleurs fixés dans la chaux et dessinant parfois un T.
10. On voit au musée du Latran, dans la grande galerie, un fragment de mosaïque d'une extrême finesse, représentant un coq qui se tient, la tête baissée, prêt à s'élancer sur son adversaire ; l'attitude de l'animal est excellente et la présence de l'éperon montre bien qu'il est armé pour un combat de coqs (fig. 8465). Cette mosaïque est une des plus anciennes parmi celles qui proviennent des catacombes ; rien ne permet de dire si elle est de fabrication chrétienne puisqu'elle ne porte aucun symbole et a pu être achetée chez un mosaïste païen pour décorer une tombe chrétienne. Ficker attribue ce morceau à la première moitié du IIe, et Perret dit qu'il ornait la tombe d'un martyr (7 ?) !, o9 Crypte du pape saint Eusèbe (Y 311). — 11, Cette crypte, découverte par J.-B. De Rossi, en 1856, était ornée de mosaïques qui ont disparu, mais dont on peut encore deviner le sujet par l'empreinte laissée sur le stuc. Elles recouvraient les lunettes des arcosolia et les solto archi, Sur l'arc du sépulcre principal était représenté un grand vase, canthare (voir ce mot) avec anses, flanqué d'oiseaux. Ce symbole était fréquent chez les fidèles, Sur l'arc et dans les lunettes de l'arcosolium de droite, J.-B. De Rossi a entrevu des linéaments qui semblaient dessiner des figures d'enfants ailés. C'étaient peut-être les génies des Saisons.
J.-B. De Rossi attribue l'exécution de ces ouvrages au pape saint Melchiade (311-314), qui fit transporter dans la crypte en question les restes de son prédécesseur Eusèbe, et non pas au pape Damase, l'auteur de la belle inscription trouvée dans le même tombeau. Il s'appuie sur la ressemblance des motifs avec ceux de l'ère constantinienne : 7 musaici, per quanto dalle superstiti vestigia discerno, rappresentavano cantari, uccelli, genie delle stagioni, indizio piultosto dei costantiniani tempi, che dei damasiani ?. où figurent seulement les deux têtes, reproduites avec peu d'exactitude dans la planche xii, n. 18 et 24 de son Histoire de l’art par les monumens. Peinture. Dans l'original, comme dans ce dessin, la tête n. 18 est celle d'un homme. L'autre tête, n. 24, qui à son tour n'existe plus maintenant, était celle d'une femme. Au même feuillet du manuscrit se trouve séparément un croquis représentant un personnage avec tunique courte, qui élève une verge de la main droite, à ses pieds est un je une homme se courbant dans l'attitude du respect. Ce croquis n'est pas exact. C'est une interprétation arbitraire du tableau situé vers le centre de la voussure, à droite du spectateur, où nous verrons que l'on doit probablement reconnaitre une portion de la scène des mages. Le fond de l'arcosolium est percé par un loculus. Dans l'aquarelle citée plus haut, ce loculus est fermé à demi par une clôture où sont tracés des signes de fantaisie qui ressemblent à des lettres grecques ; d'Agincourt a voulu peut-être signifier par là la présence d'une inscription en cette langue. Il est impossible de distinguer dans l'aquarelle si le loculus est postérieur et a coupé la mosaïque ou s'il est contemporain et coordonné à cette ornementation.
L'état de délabrement de la mosaïque rend difficile l'explication de certains sujets (voir Diclionn., t. vr, fig. 5696). Au fond de l'arcosolium, il ne reste plus maintenant qu'une tête d'homme de grandeur naturelle. On vient de dire que d'Agincourt a vu les traces de trois têtes. Cependant, les dessins qu'il nous a laissés ne permettent pas de distinguer s'il s'agit des portraits de trois défunts ou bien d'une orante introduite dans la demeure céleste par ses saints protecteurs, Prote et Hyacinthe. Cette dernière interprétation semble préférable, car l'arcosolium n'était pas très orné.
A la voussure, se trouvent quelques-uns des sujets bibliques qu'on est habitué à rencontrer. Il reste quelques portions reconnaissables des groupes de la résurrection de Lazare et Daniel parmi les lions. D'une troisième scène, il ne subsiste qu'une figure à la tunique courte, de couleur jaune et aux jambes serrées dans des espèces de culottes vertes ; le P. Marchi veut y voir l'image du paralytique. L'absence du grabat chargé sur les épaules et l'aspect du vêtement ont justement déterminé L. Lefort à y reconnaitre plutôt un des mages dans la scène de l'Épiphanie. Quelques vestiges du bonnet phrygien, qui ne se voient plus actuellement à cause du mauvais état de la mosaïque, paraissent indiqués dans l'aquarelle de d'Agincourt. L'endroit ayant été débarrassé des ruines qui l'encombraient, et le jour pénétrant aujourd'hui abondamment dans le souterrain, il a été possible de reconnaitre le coude d'une autre figure faisant suite à la première et ayant la même attitude. La scène devait continuer dans le tableau suivant, où figuraient probablement le troisième mage et la Vierge avec l'Enfant. Toute la voussure était partagée en huit cadres. Dans celui qui fait suite à la scène de Daniel se voient des traces que le dessinateur de De Rossi a prises pour des plantes avec une fleur ; après nouvel examen, ce serait un buste d'orante. Les entrelacs de feuillages qui bordent la paroi du fond sont identiques à ceux qu'on retrouve dans la mosaïque de Sainte-Constance. Ils se composent de lignes bleues, et de lignes vertes et violettes.
La mosaïque est entièrement formée de cubes d'émail ; le marbre ou la pierre n'entrent pour rien dans sa composition, même les cubes en palombino.
Daniel est bleu sur fond d'or, le mufle du lion couleur fauve.
Le Christ est sépia, Marie bleu clair, le tombeau et Lazare sépia clair, fond bleu indigo.
Le mage est gris clair, jambes verdâtres, fond d'or.
La tête du fond est de différentes couleurs chair.
D’après Lefort, cette mosaïque aurait fait partie des travaux exécutés dans cette région de la catacombe, sous le pontificat de Symmaque (498-514).
VA TA VA AV ANA A VA ATEN AVE WAV
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36 d'olivier. Le cadre est fermé d'une lourde torsade, Autour de ce motif central, quatre croix équilatérales. dont le champ est rempli par des entrelacs. Diverses combinaisons géométriques rejoignent ces croix : cubes, rosettes, nattes, entrelacs. Une bordure en dents de scie et, autour de cette mosaïque, un semis. La tonalité de l'ensemble de cette mosaïque est brun, jaune et bleu * (fig. 8466).
TEXTE CORRIGÉ :
59 Catacombe de Priscille. — 16, Dans les premières années du xvii siècle, Bosio vit dans ce cimetière un monumento arcuato lavorato lutto di piccioli marmi, e di smalto di diversi colori, a modo di musaico. Bosio ne nous dit pas ce que représentait cette incrustation , assez distinctes pour que l'on puisse en déterminer les sujets 1. i beau : NIKANAPOJ. 9e Diverses catacombes. — 19, Boldetti découvrit | 23. Marangoni signale une inscription trouvée dans dans le cimetière de Saint-Calliste quelques mosaïques | le cimetière de Thrason et Saturnin et ainsi concue ? : furent incorporés au musée de Carpegna , Le travail | en était très fin (di minutissimo lavoro ), et les cubes en TRANQVILCINA QVE VIZIEANNGS NI X étaient fixés sur des plaques de terre cuite (formati su Il la décrit ainsi : Hec inscriptio habelur musivo opere, elaborata lapillis albis insertis, aliis vitreis aurapavements anciens, soit de la voûte des bains. lis, variis que aliis coloribus compactis, insertis calci, catacombes, de monogrammes du Christ, Deux seule- | signo marluyrit. ment de ces monogrammes, affirme-t-il, étaient di II. ORATOIRE. — Il n'y a pas que des mosaïques chrébuona maniera ; lun se trouvait sur une pla que de tiennes enterrées dans les catacombes, quelques autres terre cuite recouvrant un tombeau : l'autre sur une ont été découvertes à ciel ouvert. paroi ; ce dernier était accompagné de l'A et de l'O. | 1 ? Des fouil les opérées à Rome près de la via Venti | D mms Á— X À » —. ND RR ^ = versé partiellement par l'établissement de murs modernes 1. Le fond de la mosaï que est blanc, avec un double encadrement moucheté de noir. Aux quatre ang les et au milieu des deux cótés longs se voient des canthares de grande dimension, d'oü s'échappent de au doute. Les vastes dimensions de l'appartement confirment l'opinion de ceux qui y voient un oratoire chrétien dans une demeure privée à l'épo que des perséculions. Il se pourrait — mais ces rapprochements familiers aux archéologues sont souvent restés ignorés larges volutes de feuil les, gris et colombin, qui tapissent | des anciens à qui nous les prétons — que nous ayons tout le champ, sauf un espace carré réservé aux deux tiers de la longueur, entouré d'un double trait formant cadre et au centre duquel se voit une croix équilatérale sur un fond multicolore. La croix est un peu dissimulée et tout autour d'elle, sur un fond blanc, nage un banc de petits poissons gris. Cette décoration date du 1n siècle de notre ère. Elle diffère, pour la partie centrale, de tout ce qu'on connait à cette épo que. La croix dissimulée, les poissons, ne laissent auc une place ici une représentation inspirée de cette phrase bien connue de Tertullien : « Nous sommes de petits poissons, par rapport à Jésus-Christ notre Poisson ; nous naissons dans l'eau et nous ne sommes sauvés qu'à la condition de demeurer dans l'eau , » On remarquera la position du cadre crucifére. Dans les mosaiques paiennes, si l'artiste introduit une composition artisti que, celle-ci occupe exactement le centre de la salle. Au contraire, le cadre crucifére se trouve ici vers le fond de la salle : cette anomalie n'est pas sans raison. On a voulu que le sanctuaire et l'autel soient refoulés vers le fond de la salle et, de cette facon, il ne restait qu'un espace libre réduit pour les fidé les, les deux tiers environ de la longueur totale de l'appartement. Dans cette partie, on a placé le sujet symboli que afin qu'il fût facilement visible par tous ceux qui assistaient aux assemblées eucharistiques.
III. NAPLES. — Les catacombes de Nap les ont été, comme cel les de Home, ornées de mosaïques, sans que cependant ce genre de décoration y ait pris un développement considérable. L'historien Celano, qui visita en 1649 la crypte située près de l'église et du couvent de San Severo, y découvrit des pillure, pezzi di mosaico spisali, iscrizioni greche coverte di nitro, sopra ed intorno alle nicchie sepolcrali *.
Scherillo, de son cóté, cite dans les catacombes de Saint-Janvier les mosaiques ou plutót les vestiges de mosaiques suivants :
Pl. rr, n, 25. Residui di musaico sulle pareti.
On ne peut rien préjuger touchant la date de ces mosaïques. Quant à celle de saint Gaudiosus, elle date au plus tót du v siècle. Baronius, en son temps, lui accordait une mention : Vidi ejusdem [sancti] cœmeterium subterraneum in suburbiis Neapolis, ubi hactenus inter alia nobilia antiquitatis monumenta ipsius tumuli servatur, inscriplio musivo opere exarala, li cet ob vetustatem jam pene diminuta, his verbis : Hic requiescit ?... Les auteurs modernes ont rectifié l'inscription mal transcrite par Baronius. C'est le 28 octobre 453 que fut enterré Gaudiosus, évé que d'Afri que fuyant la perséculion vandale et réfugié à Nap les . L'image du saint est en partie détruite ; elle se composait de cubes grossiers. Des pampres chargés de raisins entourent | l'image. L'inscription, également en mosai que, doit être lue 5 :
HIC REQVIESCIT IN PACE SCS GAVDIO SVS EPISC :QVI VIXIT ANNIS LXX VS DIE VI KAAE NOVEMBRES CO DIC VI
IV. PARENZO. A Parenzo, en Istrie, les archéologues loc aux ont trouvé l'emplacement d'un édifice ancien, un petit oratoire, qu'ils estiment antérieur à la persécution de Dioclétien * (fig. 8469). Il ne subsiste aujour d'hui qu'un débris de mosaï que caché par d'autres mosaiques que recouvrait le pavement actuel de l'église. Cette triple succession d'édifi ces nous conduit-elle jusqu'à la primitiva ecclesia dont parle une inscription découverte sous le maitre-autel de la basili que Eufrasienne ? Il est difficile de prendre parti sur d'aussi faib les indi ces que ceux dont nous disposons. L'objection, trés vague, tirée de la « discipline des premiers temps » n'a, en l'espéce, auc une application fondée sur les textes ; reste le débris de mosaï que qui aurait appartenu à la basili que primitive, remplacée à l'épo que constantinienne par un eriguum templum, ou bien ayant appartenu à ce deuxiéme édifice. La mosai que n'offre aucun signe, aucun détail d'où l'on puisse inférer une date ou simplement une limite chronologi que certaine. La techni que du pavement permet de le faire remonter au ri ? siècle, L'insertion de deux poissons interrompant les dessins commencés a été certainement postérieure à l'exécution de la mosaï que et ne permet pas de mettre en doute le christianisme de celui qui imposa l'insertion du célébre symbole de l'LyO5c. Ce svmbole n'a guère été employé aprés la paix de l'Église. La techni que et le type que nous montre la mosai que ne nous permettent pas de placer cette addition après le rrr siècle.
L'explication la plus acceptable serait celle qui verrait ici un oratoire, une « église domesti que » installée dans une habitation privée dont un des ap partements fut attribué aux réunions liturgiques. Le propriétaire aura voulu alors introduire dans la décoration quel que motif en rapport avec la destination nouvelle. On remarquera quatre lacunes disposées symétriquement à la partie supérieure de la mosaï que. Il n'est pas douteux, un seul instant, que nous avons ici la trace des supports soit d'une table, d'un coffre ou d'un autel, qui surmontait en partie les cadres dans lesquels on a inséré tardivement les poissons symboliques, soit que la partie ancienne füt déjà recouverte, soit qu'on ait pris des mesures afin de réduire la transformation au strict nécessaire. L'adoption du symbole de l'byObg porterait naturellement à penser qu'il s'agissait d'un autel. Les altérations apportées au plan primitif par les édifi ces posLérieurs ne laissent auc une place aux conjectures sur la forme primitive du lieu de réunion.
V. GAULE. — Si ce n'est pas à l'épo que des persécuLions qu'appartient le monument dont nous allons parler, il y touche de fort prés. Il y a peu d'années, on a
déb'ayé à Port-Sainte-Foy (Dordogne) les restes d'une villa romaine dont la construction remontait au r siècle environ et qui avait été détruite à la fin du ie, C'est peu de temps après qu'on avait entrepris de la reconstruire, par conséquent dés le début du 1v* siècle. A cette épo que, la Gaule évitait, grâce à l'humanité de Constance Chlore, l'épreuve de la persécution sanglante, mais les édifi ces religieux des chrétiens étaient détruits systématiquement. Pendant une and joi ts 55M la ru ME Me CHA RB ute un PUR AMEN Ar
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bonne dizaine d'années, les fidé les furent obligés de dissimuler leurs assemblées liturgiques. N'ayant plus d'églises, ils se réunirent dans des habitations privées 0ü la foi et la piété réservaient une salle pour les réunions eucharistiques. Nous en avons un précieux témoignage dans la mosai que de Port-Sainte-Foy dont le symbolisme pouvait échapper aux palens, mais devait être tout de suite entendu et interprété par les catholiques (fig. 8470). Des médaillons encadrés chacun par un filet sont séparés les uns des autres par une lourde torsade qui circule partout. La décoration de ces médaillons (trois d'entre eux sont parfaitement conservés) est fort simple. Un calice à anses qu'on accompagne de croisillons ; un panier dont le contenu nous est révélé par la présence de deux grappes de raisin et un croisillon : un autre calice sur un semis de croisillons. I] n'est pas un seul instant douteux que nous ayons ici le pavement d'un oratoire ; toutefois, on a pris la précaution manifeste de recourir à des symbo les qui ne pouvaient compromettre ni dénoncer le propriétaire, Quand le triomphe de l'Église permit de renoncer à ces précautions, la villa honorée par la célébration du culte conserva sa destination premiére qui devint définitive, car on y trouve des tombes barbares, franques ou mérovingiennes. Cette destination s'est d'ailleurs poursuivie au Moyen Age et méme dans les temps modernes puisqu'on a enterré en ce lieu jusqu'aux environs de l'année 1850 1
XIII. LA RENAISSANCE CONSTANTINIENNE. — La mosai que, à peine représentée, avant la paix de l'Église, par des trav aux chétifs et d'une exécution mesquine, prend une importance et une signification artistiques inattendues dés la premiére moitié du ave siècle, L'étude des fresques (voir ce mot), dispersées en si grand nombre sur les parois des catacombes, nous a montré, à partir du rv* siècle, deux courants artistiques distincts. L'un n'est autre chose que l'art de la période précédente, prolongé, étendu plutót que développé ; l'autre, étranger au précédent, procède d'une conception décorative essentiellement difTérente, et, par certains aspects, contradictoire à la conception jusqu'alors régnante, Ce deuxième courant nous a paru digne de la plus grande attention, mais un examen rapide nous a permis de reconnaitre que les productions qui le représentent dans les catacombes manquent des caractères distinctifs des œuvres origina les. El les ne s'y trouvent pas à leur place ; el les ne sont que des pastiches dont les origin aux sont ailleurs. Ces origin aux, nous les rencontrons dans les mosaïques.
Nous allons voir que, si les archéologues leur ont accordé leur attention, ce fut, pendant des siècles, sans s'élever jusqu'à l'intelligence de leur mérite artistique. Avant Louis Vitet, personne ne fit un effort pour comprendre l'ensemble et le situer à son rang. Entre tous les monuments de l'antiquité chrétienne, les mosaïques jouirent d'un traitement favorisé ; elles furent dénaturées, caricaturées, on peut le dire, et rendues inintelligibles par les dessinateurs. La réparation tarda à venir et, quand elle vint, elle dépassa le but, tellement que les mosaïques sont encore peu et mal connues. Deux publications luxueuses, éditées par J.-B. De Rossi et J. Wilpert, ont donné des reproductions sincères et coloriées des mosaïques chrétiennes de Rome. Mais elles sont à des prix inabordables pour les seuls travailleurs que ces ouvrages intéressent et qui soient en mesure d'en tirer parti. Et ce ne sont pas seulement les archéologues, peu fortunés d'ordinaire, mais un grand nombre de bibliothèques publiques et de sociétés savantes qui ont dû renoncer à acquérir ces ouvrages ruineux. Le but est manqué.
XIV. LA MOSAÏQUE ROMAINE. Après l'effort fécond d'où sortit l'art augustal, la tradition antique, qui, de Trajan aux Antonins, avait fait une chute si prompte et n'avait cessé d'aller s'amenuisant toujours pendant le ii siècle, semblait, sous Constantin, réduite à un tel degré d'impuissance qu'on devait s'attendre à la voir mourir d'épuisement. Heureusement, cette tradition antique se perpétuait, vivait d'une existence obscure mais tenace dans les catacombes. C'est là, nous l'avons déjà dit, que se trouve le trait d'union entre l'art antique et l'art de la Renaissance. Tandis que l'art romain s'alourdit, se matérialise, celui des souterrains inspiré d'idéal conserve en partie les qualités de hardiesse et de souplesse du style campanien. Ses ornements, ses arabesques, ses compartiments symétriques, ses capricieux enroulements, ses fantaisies, ses paysages de Pompéi, reparaissent ici rajeunis, transformés, plus délicats, plus onctueux, sacrifiant moins à la routine et plus au sentiment. L'art des catacombes touche au spiritualisme robuste et vivace dont s'inspire l'art grec de la période la plus parfaite. Pouvons-nous croire que le christianisme, si soigneux d'entretenir pendant trois siècles le pâle lumignon de la Beauté, dérobé à ceux qui laissaient le flambeau vaciller et s'éteindre, va, au jour de son triomphe, étouffer cette lueur ou bien cesser de s'en éclairer et d'en recueillir aucun profit jusqu'au moment, déjà proche, où les barbares survenant vont tout interrompre, tout briser et rendre pour longtemps étrangers l'un à l'autre, et incompatibles en apparence, l'art antique et l'esprit chrétien ?
Pendant le iv siècle, exactement de la paix de l'Église au sac de Rome — 313-410 — il exista une période artistique productive et originale dont le siège fut à Rome et dont le souvenir se résume dans la mosaïque de Sainte-Pudentienne. Ce fut, à proprement parler, la Renaissance constantinienne, dont la pensée inspiratrice et le style sont nettement romains avec un mélange de plus en plus sensible de la pensée, du style et des éléments orientaux.
La mosaïque est l'expression de cet art romain parvenu, au iv siècle, à la plénitude de ses moyens. Pour s'en convaincre, il suffit de constater la persistance de l'ancien style romain dans le dessin des graves et majestueuses figures de la mosaïque de Sainte-Sabine ou des arcs triomphaux de Sainte-Marie-Majeure et de Saint-Paul-hors-les-Murs ; bien que ces grandes pages décoratives laissent déjà pressentir les défauts qui deviendront dominants pendant la première moitié du v siècle : la monotonie et une symétrie trop géométrique. La souplesse et le mouvement font place à la roideur et à la rigidité. Il nous reste dans les dessins de San Gallo, conservés à la bibliothèque Barberini et dans deux panneaux de mosaïques du musée du Capitole, un moyen d'apprécier les grandes décorations mosaïques au début du v siècle. Dessins et panneaux rappellent le dernier monument de grandes dimensions entièrement décoré en mosaïque de marbre, la basilique érigée en 317 par le consul Junius Bassus, transformée en église chrétienne sous le nom de Saint-André in Catabarbara à la fin du iv siècle et détruite au xvi siècle. La substitution de la mosaïque d'émail à la mosaïque de marbre, vers cette époque, ajouta beaucoup à la splendeur des revêtements grâce à la variété et à la vivacité incomparable du coloris. Malgré ce rajeunissement éclatant, l'art chrétien de l'âge classique s'est parfaitement conservé dans les mosaïques de la deuxième moitié du v siècle, au baptistère du Latran et à la voûte de l'oratoire de Saint-Jean-l'Évangéliste ; et cette conservation n'est pas due à autre chose qu'à la limitation des partis décoratifs empruntés aux cubiculi des catacombes.
À Saint-Côme-et-Saint-Damien, où la mosaïque peut remonter aux trente premières années du vi siècle, le style des grandes figures apparaît d'une importance capitale ; c’est l'instant de transition où l'art chrétien classique s'affirme dans la direction nouvelle et commence à devenir l'art byzantin. Cette transformation du style romain, dans lequel les figures étaient bien proportionnées, avaient grande allure, se drapaient noblement, s'accomplit vers la fin du vi siècle et le début du siècle suivant. Pour cette période nouvelle, nous avons des monuments instructifs dans l'arc de la basilique de Saint-Laurent, dans les absides de Saint-Théodore, de Sainte-Agnès, de saint-Étienne-le-Hond et dans les autres compositions où la grandeur anguleuse des figures, la symétrie trop sévère, la richesse abusive du vêtement et de la parure, imitées de la cour byzantine, caractérisent un type absolument spécial aux absides depuis le vi jusqu'au ix siècle. Ce sera la voie de la décadence rapide.
Portrait authentique, suffit à marquer la divine figure d'une empreinte originale. Il est intéressant de constater que le type imberbe de Jésus persistera longtemps encore dans l'art des basiliques (et dans l'art des sarcophages) auprès du type barbu qui caractérise d'ordinaire le Sauveur dans sa gloire. Jésus donne la Loi au monde chrétien dans l'attitude de commandement des empereurs, debout ou assis sur un trône constellé de gemmes : il est vêtu de la toge et du pallium, le nimbe entoure sa tête d'un cercle lumineux, où se dessinera bientôt une croix, aux côtés de laquelle brilleront A et Ω, pour rappeler les paroles de l'Apocalypse : « Je suis l'Alpha et l'Oméga, le premier et le dernier, le principe et la fin ! ». À côté de cette figure que l'on peut appeler historique et réelle, la figure symbolique de l'Agneau occupe la place que l'art mystique des catacombes donnait au bon Pasteur. C'est l'Agneau de l'Apocalypse « debout sur la montagne de Sion » et couronné du nimbe. Si les évangiles sont la grande source où va puiser l'art historique et réaliste, l'Apocalypse, par ses visions enflammées, n'offre pas moins de richesses à l'art symbolique. De l'Apocalypse viennent ces figures qui ornent l'arc de l'abside et l'arc triomphal des basiliques : c'est l'Agneau égorgé étendu sur un trône, devant lequel est ouvert le livre aux sept sceaux ; ce sont les sept candélabres mystiques, les quatre symboles des évangélistes : le Lion, le Bœuf, l'Homme et l'Aigle ; enfin, les vingt-quatre vieillards qui adorent l'Agneau et tendent vers lui leurs couronnes. Le fleuve de vie, splendide comme le cristal, qui jaillit du siège de Dieu et de l'Agneau, ce sont les quatre évangiles comparés aux quatre fleuves du paradis : Géon, Phison, Tigre et Euphrate ; les âmes fidèles y vont boire, sous la figure du cerf et surtout sous la figure des brebis qui sortent par groupes égaux (généralement au nombre de douze) de Jérusalem et de Bethléem ; Jérusalem, c'est la ville de l'ancienne Alliance, l'Ecclesia ex circumcisione ; Bethléem, c'est la ville de la nouvelle Alliance, l'Ecclesia ex gentibus ; en sorte que ces figures des deux Églises, symbolisées matériellement par l'image de deux villes ceintes de murs, avec des portes et des tours, se personnifient encore idéalement en deux femmes vêtues de blanc, que nous avons vues à Sainte-Pudentienne, et dont le type se perpétuera par la mosaïque et la sculpture jusqu'à la fin du Moyen Âge. Elles résument par leur opposition ce parallélisme des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament que l'art chrétien, se conformant à l'enseignement théologique, va désormais adopter. Ce parallélisme, nous le verrons, devient une des lois principales de l'art chrétien, où, comme dans l'Église même, tout doit aboutir à la figure du rédempteur. Mieux encore que les symétriques figures de la Synagogue et de l'Église des gentils, les deux absides de Sainte-Constance avaient incarné en leurs puissantes compositions le don de la Loi ancienne et de la Loi nouvelle, la concordance des deux Testaments ; mais elles demeurèrent un monument unique. L'art chrétien ne s'essaiera plus avant longtemps à figurer Dieu le Père autrement que par un signe intelligible : ce sera, au sommet des absides consacrées à la gloire du Fils, la main divine qui sort des nues et tient suspendue au-dessus du voile du ciel la couronne des récompenses éternelles, tandis que plane la colombe rayonnante de l'Esprit. Voici, dans les vers où saint Paulin décrit la mosaïque absidale de la basilique de Nole (construite aux premières années du v siècle), tout un commentaire de ce riche symbolisme : « La Trinité étincelle dans son entier mystère. Le Christ est debout sous la forme d'Agneau ; la voix du Père tonne du haut du ciel, et dans la colombe se répand l'Esprit-Saint. La croix rayonne dans un cercle lumineux ; la figure des apôtres est représentée par un chœur de colombes. L'unité divine de la Trinité se résume dans le Christ ; la Trinité ayant d'ailleurs ses emblèmes. La pourpre et les palmes indiquent la royauté et le triomphe. Celui qui est la pierre de l'Église est debout sur la pierre d'où coulent les quatre fleuves sonores des évangélistes, vivantes ondes du Christ ! ». Rarement une école a su donner à une composition le caractère de grandeur et de solennité qui nous frappe dans les nombreuses représentations du Christ remettant aux princes des apôtres les insignes de leur pouvoir ; on enseignait le groupe des Douze. Nous voyons presque dans le même temps surgir à Rome, à Naples, à Ravenne, à Milan, des ensembles décoratifs qui, aujourd'hui encore, nous séduisent par la richesse, la magnificence et l'appréciation de tous les éléments du sujet et du coloris. Toutefois, on se sent déjà loin des œuvres du ii et du iii siècle. Les draperies offrent encore des restes remarquables de beau style, les têtes ont de la vérité et même quelque expression, mais les membres deviennent lourds, les articulations ne jouent plus et les personnages auraient de sérieuses difficultés à exécuter les mouvements qu'on leur prête.
Avant d'entrer dans un examen plus détaillé de certaines œuvres, il est nécessaire de jeter un coup d'œil d'ensemble sur la production de ce temps, afin de s'en faire une juste idée et d'en apprécier d'un seul coup la fécondité.
Au IV* siècle, les mosaïques du mausolée de Sainte-Constance, quelques fresques des catacombes de Callixte, de Prétextat, de Domitille, de Sainte-Agnès, des Saints-Pierre-et-Marcellin, de Cyriaque, de Saint-Sébastien, du Latran, du baptistère du Vatican (366-384) ; à Ravenne, l'église de Saint-Ursus (379-396) ; à Rome, mosaïques de Sainte-Pudentienne (vers 390) (l'abside et la chapelle de Saint-Pierre), celles de la crypte de Saint-Eusèbe, à Rome, enfin, celles de Sainte-Agathe-Majeure à Havenne, exécutées sous l'épiscopat de saint Pierre l'Espagnol (396-425) et celles de la basilique de Saint-Laurent de Césarée (396-423), également à Ravenne. L'au F° siècle, à Rome, mosaïques du portique de Saint-Venance, au Latran ; des basiliques de Sainte-Sabine (423-432), de Sainte-Marie-Majeure (432-440), de Saint-Paul-hors-les-Murs (440-461) ; de l'oratoire de Sainte-Croix (461-468), de la chapelle de Saint-Jean-Baptiste et de celle de Saint-Jean-l'Évangéliste (ces trois au Latran) ; de la basilique de Sainte-Agathe in Subura (vers 470), de Saint-André in Catlabarbara, ancienne demeure de Junius Bassus (468-483) ; mentionner les fresques des catacombes de Domitille, de Generosa, de Callixte, de Sainte-Agnès.
A Ravenne, mosaïques du mausolée de Galla Placidia (avant 440), de Saint-Jean-l'Évangéliste, exécutées par ordre et du vivant de Galla Placidia ; de la basilique de Saint-Laurent (435), de la chapelle de Saint-André (439-449), de l'église de Saint-André-Majeur (443-449), de la basilique Petriana (447-452), du baptistère des Orthodoxes (451) ; ajoutons-y la fresque de la multiplication des pains, dans l'Historia psalmi quem cotidie cantamus (449-452).
A Milan, chapelle Saint-Satire, dans la basilique Fausta ; chapelle Saint-Aquilin à Saint-Laurent.
A Naples, baptistère (date douteuse).
A Capoue, Sainte-Prisque et Sainte-Marie de Capua Vetere.
A Nole, Saint-Félix (avant 420).
À Siponte (471-491).
Au VI* siècle, à Rome, mosaïques : oratoire de Sainte-Croix au Latran (498-514) ; basilique du Vatican (id.) ; Saint-Étienne-le-Rond (523-530) ; basilique des Saints-Côme-et-Damien (526-530) ; des Saints-Apôtres (555-560) ; de Saint-Laurent-hors-les-Murs (577-590) ; de Sainte-Agathe (560-604) ; oratoire de Sainte-Lucie.
A Ravenne, mosaïques : Saint-Apollinaire-Neuf (zone supérieure), Sainte-Marie in Cosmedin, Sainte-Marie-Majeure (521-534) ; bains du palais archiépiscopal ou baptistère des ariens (539-546), Saint-Vital (541) ; Saint-Étienne (546-556) ; Saint-Michel-Archange (545) ; Sainte-Euphémie (545-556) ; Saint-Apollinaire-Neuf (zone inférieure) ; basilique Petriana (chapelle de Saint-Mathieu-et-Saint-Jacques, 556-569) ; chapelle archiépiscopale ; chapelle des Saints-Marc-Marcellus-et-Felicula ; Saint-Apollinaire in Classe (574-595).
Pendant le règne de Théodoric (t 526), Ravenne, Pavie et Naples recoivent le portrait en mosaïque de ce prince.
A Naples, mosaïques de la Stéphanie (535-555).
A Vercelli, mosaïques de la cathédrale (555).
Au VII* siècle, à Rome : Sainte-Agnès (626-638) ; Saint-Pancrace (id.) ; oratoire Saint-Venance, au Latran (637-642) ; Saint-Étienne-le-Rond (642-649) ; Saint-Pierre-ès-Liens (680) ; Saint-Théodore.
A Ravenne, la mosaïque absidale de Saint-Apollinaire in Classe (671-677).
Quelques fresques aux cimetières de Pontien, de Saint-Valentin, de Saint-Callixte ; les portraits de saint Grégoire Ier et de ses parents dans le monastère du Coelius.
Au VIII* siècle, abstraction faite des incrustations de Sainte-Anastasie à Olona (725), Rome parait être la seule ville d'Italie où on pratique encore la mosaïque. On signale celles de l'oratoire de Jean VII au Vatican (705-707) ; des oratoires de Grégoire II (715-731) et de Grégoire III (731-741) ; du triclinium de l'oratoire de Zacharie au Latran (741-752) ; oratoire et chapelle de la Vierge (757-767), les deux triclinia de Léon III au Latran (795-816) ; des Saints-Nérée-et-Achillée (id.) ; de Sainte-Suzanne (id.) ; de l'oratoire de l'Archange (id.) ; du triclinium du Vatican : de l'oratoire de la Sainte-Croix à Saint-Pierre (id.) ; de la confessio de Saint-Pierre, du Sancta Sanctorum ; trois fresques du cimetière de Pontien. Mentionnons encore les peintures dont le pape Constantin fit orner le portique de Saint-Pierre (708-715), l'orbis terrarum descriptus peint par ordre du pape Zacharie (741-772), et la Vierge exécutée sous Etienne III (768-772).
Au IX* siècle, à Rome, mosaïques de Sainte-Marie in Domnica (807-824) ; de Sainte-Praxède ; de Sainte-Cécile : oratoire des Saints-Procès-et-Martinien ; tombeaux de saint Sixte, de Saint-Marc (827-844) ; oratoire de Saint-Georges ; façade de Saint-Pierre ; de Saint-Martin-des-Monts (844-855) ; oratoire de Léon IX à Saint-Pierre (847-855) ; de Sainte-Marie-du-Transtévère (855-858).
A Venise, les mosaïques de Sainte-Marguerite (837).
A Murano, celles de Saint-Cyprien.
A Salerne, celles du dôme (855).
XVI. CHRONOLOGIE DES MOSAÏQUES ROMAINES, — Portraits de Fl. Jul. Julianus et de Marie Simplicia Rustica. Premier quart du IV* siècle.
Arcosolium du cimetière de Saint-Hermès. Deuxième moitié du IV* siècle, Sainte-Constance, Voûte annulaire (326-329) et absides latérales (vers 360). Coupole centrale (326-329).
Sainte-Marie-Majeure, arc triomphal (432-440) et frise de l'architrave sur les colonnes de la nef majeure.
Sainte-Marie-Majeure, tableaux du cycle biblique (352-356).
Sainte-Pudentienne, IV* siècle).
Latran, baptistère, conque absidale de l'oratoire des Saintes-Rufine-et-Seconde (fin IV-début V siècle).
Sainte-Sabine, paroi intérieure, sur la porte (422-432).
Saint-Paul-hors-les-Murs, arc de Placidie. Milieu du V* siècle. Conque absidale (fin du Latran, baptistère, voûte de l'oratoire de Saint-Jean-l'Évangéliste (461-468). Saints-Côme-et-Damien, conque (526-530). Saint-Laurent, arc triomphal (578-590).
Saint-Étienne-le-Rond, conque absidale (648-649).
Saint-Théodore, abside (fin du VI-début du VII siècle).
Sainte-Agnès, conque absidale (625-638).
Latran, baptistère, oratoire de Saint-Venance (640-642).
Vatican, cratoire de Jean-VII (705-707).
Saint-Pierre-ès-Liens, Saint-Sébastien VII siècle). Vatican, niche de la confession sous l'autel majeur (fin du VII-début du VIII* siècle).
Sainte-Marie in Domnica, conque absidale (817-821), Sainte-Cécile, abside (822-824).
Sainte-Praxède, abside, arc et chapelle Saint-Zénon (817-824).
Saint-Marc, conque absidale (827-844).
XVII. MOSAÏQUES ROMAINES DU VII* SIÈCLE. — L'étude des mosaïques nous amène maintenant dans l'église Sainte-Sabine, sur l'Aventin, qui n'a conservé de sa décoration primitive qu'un fragment de mosaïque au-dessus de la porte d'entrée. On y lit une inscription en lettres d'or sur fond bleu lapis, rappelant la construction de la basilique sous le pape Célestin. Les deux figures qui encadrent cette inscription représentent l'Église des juifs convertis et l'Église des païens convertis (fig. 8471). Ces figures sont conçues avec simplicité, drapées à la manière antique et sont d'un beau caractère. Ainsi, en 424, quatorze ans après la prise de Rome par Alaric, l'art de la mosaïque et l'art du dessin, autant qu'on en peut juger par ce vestige, n'étaient pas encore trop profondément déchus.
En quelques années, la décadence se précipite, ainsi qu'on peut s'en convaincre en étudiant la décoration de Sainte-Marie-Majeure, exécutée sous Sixte III, en 440. Dans l'arc triomphal et dans le cycle biblique de la nef, ce n'est pas seulement la science du dessin qui se perd, c'est le choix des épisodes représentés. Le sujet est détaillé avec une prolixité fatigante ; l'artiste.
Et, cependant, si on compare l'œuvre des mosaïstes romains à celle de leurs confrères ravennates du même temps, la supériorité de ces derniers s'impose. Les mosaïques du mausolée de Galla Placidia ne souffrent pas la comparaison avec l'arc triomphal de Saint-Paul-hors-les-Murs qui porte le nom de cette princesse, mais il est vrai qu'on a de bonnes raisons de croire que cet arc triomphal est très postérieur. Parfois, on ne peut se décider à donner la préférence, par exemple la comparaison entre la voûte du baptistère du Latran, oratoire de Saint-Jean-l'Évangéliste (voir Dictionn., t. VII, col. 1599, fig. 6804) et la voûte du sanctuaire de l'église Saint-Vital à Ravenne (voir Diclionn., au mot HAVENNE) laisse indécis.
Quins inarticulés, hors d'état de se mouvoir dans leur long vêtement d'une splendeur byzantine ou d'une pauvreté monacale. Point de gestes, les yeux grand ouverts, très fendus, point de vie, sauf dans ces mêmes yeux hagards aux prunelles dilatées qui semblent l'indice d'une fièvre ardente. L'intérêt véritable de cette mosaïque est dans l'influence grecque qui s'y montre. Quoi que Rome, dès le début du VI siècle, fût affranchie de fait de cette influence, c'était surtout au point de vue politique ; car, malgré la prédominance des éléments latins et septentrionaux, il n'y restait pas moins — même au temps des papes Symmaque et Honorius, les restaurateurs de Sainte-Agnès — un certain courant d'idées grecques qui se manifeste clairement dans cette abside, et qu'on retrouve à des degrés divers, dans tout ce qui nous reste des autres mosaïques exécutées vers la même époque, c'est-à-dire au VI siècle, par exemple dans l'oratoire de Saint-Venance (639-642), où la maladresse s'accentue ; tandis qu'à Saint-Étienne-le-Rond (642-649), le caractère des figures est bien moins rude et moins grossier. C'est à peine si la stature en est trop élevée. Il y a même une certaine ampleur dans quelques draperies ; les plis sont moins anguleux que dans les peintures de Saint-Venance et de Sainte-Agnès. Les visages sont d'un type moins étrange, ou, si l'on préfère, moins exotique. En un mot, si l'influence byzantine se fait encore sentir ici, c'est dans un sens un peu plus conforme aux lois fondamentales de l'art antique.
L'origine de cette mosaïque est entourée de mystère. La tradition veut qu'elle ait été exécutée à Constantinople ; mais ceci peut fort bien être une simple légende, aucun document relatif à ce fait n'ayant été retrouvé. Peut-être faisait-elle partie d'une composition plus importante. En l'observant attentivement, on remarque que la surface du tableau subit une légère incurvation. Il est donc possible qu'il ait été détaché d'une abside. Néanmoins, il ne faut pas attacher trop d'importance à ce fait, car les mosaïques offrent rarement une surface plane. Le style et la technique de celle-ci permettent, selon J.-B. De Rossi, de la dater de la fin du VI siècle. Les smalts sont placés à une certaine distance les uns des autres, ce qui rend le cimentage très apparent sans que la netteté du dessin en soit pour cela altérée... Le fond de la composition est d'un bleu sombre, ce qui tendrait à faire croire à une époque beaucoup plus ancienne que la fin du VI siècle. Le nimbe étroit, le regard de côté sont aussi des indices d'ancienneté, et ne se retrouvent guère au-delà du V siècle ou au début du VI. Par contre, la rigidité de la pose, la lourdeur des plis s'accordent assez bien avec la date traditionnelle !. » Les saillies des draperies sont exprimées par des ombres et des lumières, ce qui nous reporte assez haut en arrière ; en somme, cette figure conserve quelques éclairs de style, quelques lueurs de pensée.
Ainsi, jusqu'au début du VII siècle, sous Jean VII (705-708), la décadence à Rome n'est pas parvenue à son extrême limite. Une sorte d'influence hellénique continue à sauvegarder ce qui subsiste du passé, le flambeau ne jette qu'une lueur, mais du moins il n'est pas étouffé. Ce n'est qu'au VIII et surtout au IX* siècle que les ténèbres s'épaississent, la lueur disparaît tout à fait : les arts du dessin et, en particulier, l'art de la mosaïque, tombent au dernier degré d'abaissement.
On en peut juger par les mosaïques conservées dans sept des églises de Rome. La première, par ordre de date, la seule qui appartienne au VIIIe, soit à Saint-Théodore au pied du Palatin, dont l'abside fut décorée sous Hadrien Ier (772-795). Les remaniements considérables que cette œuvre a eu à subir lui enlèvent à peu près tout intérêt ; cependant, le type des deux apôtres Pierre et Paul paraît assez conforme aux vieilles traditions et l'ornement courant qui encadre le tableau ne manque pas d'élégance.
Dans l'église des Saints-Nérée-et-Achillée, reconstruite et décorée sous le successeur immédiat d'Hadrien Ier, le pape Léon III, la barbarie prend tout à coup une plus grande licence et aboutit à un aspect repoussant. L'aré de l'abside offre une transfiguration dans laquelle les figures sont d'une maladresse inouïe, Le Christ est un géant flanqué de deux nains, Moïse et Elie, au-dessous desquels Pierre, Jacques et Jean n'ont pu parvenir à s'agenouiller et rampent misérablement sur le sol. Cette façon d'indiquer la dignité hiérarchique des personnages par leur taille est un souvenir de la plus haute antiquité chrétienne. Les anges ont une aisance de mouvement et une sorte de noblesse ; la Vierge, au contraire, vêtue de rouge, n'a plus rien de commun avec les types de l'art chrétien.
Dans l'église de Sainte-Marie in Domnica, aujourd'hui Sainte-Marie-de-la-Nacelle (voir Dictionnaire, t. x, col. 2084, fig. 7730), on voit une mosaïque du temps de Pascal Ier, dont le nom est associé au plus complet développement et presque au dernier terme de la décadence. On compte encore à Rome trois églises réédifiées ou décorées par lui : Sainte-Praxède, Sainte-Cécile et Sainte-Marie-de-la-Nacelle. Or le hasard a fait que toutes les lois de l'art sont méconnues, devient un fait extraordinaire.
Depuis le VIe, on n'a rencontré que des figures et des objets juxtaposés pour ainsi dire sans la moindre réminiscence de la perspective ; mais ici, au fort de la décadence, c'est une innovation manifeste. Il faut attendre jusqu'à Angelico de Fiesole pour retrouver un effet aussi franchement conçu. Or, ici, rien n'autorise à supposer un remaniement postérieur. L'enfant Jésus, dans les bras de sa mère, est d'une laideur repoussante ; le Christ, assis au sommet du grand arc, en avant de l'abside, semble debout, tant il est long : les guirlandes voulu que dans ces trois églises les mosaïques soient restées matériellement mieux conservées que dans la plupart de celles dont nous avons parlé jusqu'ici. Elles représentent des scènes plus complètes, des sujets plus variés. A Sainte-Marie-de-la-Nacelle, le centre de la voûte hémisphérique de l'abside, à la place qu'occupe ordinairement le Christ, montre la Vierge béatifiée, triomphante, assise sur un trône d'or, au milieu des légions angéliques, tandis que le pape Pascal Ier, accroupi sur un tapis, a saisi dans ses mains un des pieds de Marie (fig. 8474). Malgré la rudesse de l'exécution, la scène est imposante. Le type de la Madone va demeurer immuable jusqu'à Cimabué et Giotto. Elle nous paraît triste ; ses traits, son expression, sa robe d'un bleu noir, le manteau qui l'encapuchonne, sombre coiffure à l'africaine, tout en elle est sévère, raide, compassé et les anges qui l'environnent sont si élancés, si sveltes qu'ils semblent moins des anges que des fuseaux. Frêles et minces comme des insectes, l'artiste a voulu donner l'impression de leur multitude entassée derrière la rangée du premier plan. Or, comme des cercles lumineux entourent, suivant l'usage, toutes ces têtes angéliques, au-dessus du premier rang de nimbes, il en a tracé un second dont on ne voit que les sommets, puis un troisième encore moins visible et ainsi de suite jusqu'au cintre qui encadre le tableau. Il en résulte l'apparence d'une foule immense qui, dans ce temps et dans un ouvrage de fleurs de l'encadrement ne valent guère mieux que le reste. | A Sainte-Cécile et à Sainte-Praxède, même style ou plutôt même barbarie.
A Sainte-Praxède, ce n'est pas seulement l'abside et le grand arc contigu, c'est encore un grand arc attenant à la nef et une chapelle tout entière, sorte d'édicule voûté, annexe de l'église, la chapelle de Saint-Zénon, qui sont entièrement revêtus de mosaïque.
Le chemin poursuivi par la décadence depuis le VIe est d'autant plus aisé à parcourir que l'abside et le grand arc de Sainte-Praxède sont décorés de la même manière que l'église des Saints-Côme-et-Damien ; reproduction littérale (ou qui croit l'être) plus que simple réminiscence. L'auteur de la mosaïque du IXe a pris pour modèle celle du VIe, avec l'intention d'en respecter trait pour trait l'ensemble et les moindres détails, sauf substitution de Praxède et de Pudentienne aux saints Côme et Damien, de Pascal Ier à Félix IV et de saint Zénon à saint Théodore. A cela près, rien n'est changé ; même sujet, même composition, même nombre de personnages, mêmes accessoires, mêmes bordures, c'est un décalque et, cependant, au premier coup d'œil, la ressemblance échappe, on ne la découvre que par la réflexion.
Soit impuissance à copier exactement, écrit Aug. Vitet, soit besoin d'innover, d'obéir à son propre goût et au goût de son temps, l'auteur semble n'agir qu'à de bagatelles. Les dissemblances sont plus saillantes que les analogies. Déjà bizarres, on s'en souvient, dans la composition originale, les personnages deviennent tout autrement extraordinaires. C'est une maigreur, une rudesse, une exiguïté de formes, une configuration étroite et anguleuse, un air farouche, inculte, pétrifié, qui semble constituer une espèce d'homme à part, et, quant aux brebis de la frise, déjà bien peu vivantes et pauvrement dessinées dans l'œuvre originale, on dirait ici des jouets d'enfants, de petits chevaux de bois grossièrement taillés.
Ce n'est rien de comparer les absides, il faut passer aux arcs. Dans l'église des Saints-Côme-et-Damien, en effet, la décoration du grand arc est de beaucoup supérieure à celle de l'abside. La scène est grandiose, c'est le chapitre 14 de l'Apocalypse mis en action. Sujet alors nouveau, car ni dans les catacombes, ni même après l'émancipation, dans les monuments publics décorés au IVe et au commencement du Ve, on ne voit aucune trace de cette imagination mystique. Les scènes représentées sur le grand arc de Sainte-Marie-Majeure, par exemple, sont purement historiques, c'est-à-dire empruntées à l'Ancien ou au Nouveau Testament. La vision de saint Jean n'y figure pas encore ; elle n'apparaît qu'au milieu du VIe sur le grand arc de Saint-Paul-hors-les-Murs et devient, dans les siècles suivants, le thème habituel et presque obligé de la décoration des églises. Le trône mystérieux, le trône de l'Agneau, les sept candélabres, les quatre animaux symboliques des évangélistes, les vingt-quatre vieillards offrant leurs couronnes, tel est le thème entièrement neuf sur lequel ces mosaïstes, à demi-barbares, eurent à s'exercer. Ils s'en tirèrent d'abord avec un rare bonheur à en juger soit par la restauration moderne de Saint-Paul-hors-les-Murs, soit surtout par ce qui nous reste du grand arc des saints-Côme-et-Damien. Les quatre anges debout devant les candélabres et chantant les louanges de l'Agneau sont remarquablement conçus. Or, ces mêmes anges, sur l'arc de Sainte-Praxède, ne sont plus que de pauvres chérubins mesquins, chétifs, étiolés, et le reste de la scène est traduit aussi misérablement. L'utilité de cette chétive traduction est de suppléer à ce qui a disparu lors de la restauration de l'église des Saints-Côme-et-Damien où, en fortifiant les pieds droits du grand arc, on a caché sous deux massifs de maçonnerie une bonne moitié de la décoration des pendentifs, notamment les vingt-quatre vieillards divisés en deux bandes de douze. A Sainte-Praxède, ils existent encore, et c'est un spectacle singulier que les mouvements violents, les gestes convulsifs, les grandes robes flottantes et agitées de ces vieillards qui font tous à la fois le même geste, prennent la même pose, se drapent de la même façon et observent entre eux une égale distance à un centimètre près. Peut-être à Saints-Côme-et-Damien étaient-ils moins laids, en tout cas, sur l'arc de Placidie, à Saint-Paul-hors-les-Murs, ils ont une attitude sensiblement plus modérée (fig. 8475).
Nous atteignons ainsi les dernières mosaïques romaines ; la décadence s'achève dans l'impuissance. L'abside de l'église Saint-Marc, décorée sous Grégoire IV (830-840), permet d'étudier la barbarie à sa dernière étape.
XIX. — ESSAI DE CLASSEMENT DE QUELQUES MOSAIQUES. — Ceux qui ont une certaine idée de l'étendue du sujet qui fournit la matière de ce travail pourront sourire à la seule pensée d'un « essai de classement » de monuments qui se comptent, pour la période que nous étudions, à plusieurs centaines au moins, disséminés, fragmentés, et parfois connus seulement par une mention insérée dans un texte, sans aucun indice du sujet traité, de l'époque de sa confection ou de celle de sa disparition. Eugène Müntz faisait observer avec raison qu' « en dépouillant les Scriptores de Muratori et les Acta sanctorum on découvre la description d'une foule de peintures en mosaïques perdues qui, jusqu'ici, n'ont pas été remarquées par les historiens de l'art ? ». Le catalogue des mosaïques disparues de Ravenne , de Rome ? et des seules villes d'Italie , laisse entrevoir quelque chose de ce qui nous manque. Quant à ce que nous possédons, et à s'en tenir rigoureusement aux monuments chrétiens, il faut se résoudre à ne pas tout savoir.
D'abord, il y a une catégorie de monuments qui méritent à peine leur insertion dans un inventaire, nous voulons parler des produits de l'art industriel, mosaïques employées comme pavement d'église, d'appartement, de cour, ou bien comme épitaphes ou caissons funéraires et dont le caractère chrétien n'est révélé que par l'époque de leur fabrication ou par des symboles dépourvus de toute valeur artistique. Ces mosaïques ne sont pas sans intérêt au point de vue épigraphique ou technique, mais elles n'appartiennent presque pas à l'art que nous étudions. Sans doute, un catalogue descriptif et figuré de tous les monuments, sur un plan aussi étendu et avec une érudition analogue à celle dont a fait preuve M. le commandant Espérandieu dans l'inventaire des bas-reliefs de la Gaule romaine, demeure toujours désirable, mais on sait d'avance que ces désirs ne se réaliseront point. Si on considère une seule province romaine, l'Afrique du Nord, par exemple, et qu'on y ajoute la Gaule, l'Italie et tout le reste de l'empire, on s'explique que ce désir est irréalisable. C'est qu'en effet on peut entreprendre et mener à bout un Corpus d'inscriptions où la typographie supplée à la paléographie, un Corpus de mosaïques, de quel que nom qu'on le décore, exige des reproductions et élimine les descriptions où on s'embrouille sans utilité. Il faut donc utiliser les écrits disséminés sans grand espoir d'y porter remède.
IVSTVS SIBIKEX EST
Le sanctuaire chrétien de Sidi-Mabrouk était richement décoré de mosaïques (voir Dictionnaire, t. TII, col. 2727, fig. 3255).
A Hadjeb-el-Aaioun (voir ce mot), où on a trouvé de nombreux carreaux de terre cuite, on a rencontré dans les ruines d'une basilique un fragment de mosaïque présentant des poissons et des colombes parmi des rinceaux de feuillage 1 (fig. 8470).
A Bordj-el-Youdi, Jonas vomi par le monstre ? (voir Dictionnaire, t. vir, col. 2587, fig. 6286).
A Sertei (Kherbet-Guidra), dans les ruines d'une basilique, l'épitaphe de la défunte Romanilla avec son portrait *, la tête voilée.
A Souk-el-Abiod (jadis Pupput), une tombe trouvée dans le jardin Caccia. Ce monument funéraire renfermait trois auges maçonées contiguës recouvertes de dalles qui supportaient une mosaïque longue de 2 mètres et large de 0 m. 90. Dans un encadrement formé d'une rangée de denticules et d'une torsade, est disposé, dans le sens de la longueur, une triple épitaphe difficile à définir. Enfin, au milieu, quelques fragments sans signification, la tête et le dos d'un agneau couché ; plus bas et au-dessous, deux lambrequins d'inscription séparés par une lacune assez grande :
Le travail de cette partie est d'une très belle venue et d'une finesse remarquable.
La mosaïque des nefs couvre une superficie de 700 mètres carrés (fig. 8477).
Dans le chœur, une inscription, dont la forme des lettres parait indiquer la fin du IVe, au plus tôt.
C'est, en effet, à cette époque que remonte l'usage de ce genre d'épitaphes, mises en honneur à Rome par le pape Damase (voir ce nom) ; cette coutume devint générale dans l'Église chrétienne.
Il est regrettable que cette inscription soit tellement mutilée ; il en manque plus de la moitié, et ce n'est qu'avec de grandes difficultés que les parties restantes ont pu être sauvées. Elle est faite avec soin et les en cinq lignes soulignées au milieu du champ *. Au sommet, une couronne dentelée entoure un chrisme de forme constantinienne, accosté de l'alpha et de l'oméga, en cubes d'émail bleu foncé ; au-dessous, deux colombes affrontées becquètent une branche de rosier fleurie. Au bas de la tombe, est figuré un cep de vigne avec feuilles, grappes et vrilles. La mosaïque est faite out entière, à une seule exception prés, de cubes calcaires de couleurs assez vives et disposés avec un sentiment délicat des nuances, mais de grandes dimensions, Les lettres de l'inscription atteignent 0 m. 085 de hauteur :
NARDV S'SENIOR TVRAS :SVS IVNIOR RESTITVTVS IVNIOR RECESSIT PRIDIE IDVS MAIAS*FIDELES IN PACE
Cubes blancs et bleus qui la composent sont de belle qualité. Elle est entourée d'une grecque et surmontée | de deux rangées d'amphores aux beaux tons roses et rouges habilement désradés. Cette jolie bande est presque entièrement brisée ; elle avait pour limite le mur vertical du béma.
La frise d'encadrement se compose de carrés avec des tresses enlacées et des croix au centre. Elle se continue jusqu'au mur de façade, en formant de grandes cases garnies de compositions.
La première, dans le chœur, est traitée avec beaucoup de finesse et une grande variété de teintes. Elle . représente des moutons, des chèvres et des béliers dans différentes poses. Deux pasteurs gardent ce troupeau. L'un est debout, portant un vase ; l'autre, assis, traite une brebis ; il a la tête entourée d'un nimbe. Les deux personnages portent des manteaux de pourpre avec capuchon, une tunique bariolée et une sorte de culotte s'arrêtant aux genoux. Le premier est chaussé de sandales s'attachant par des cordons à la manière des espadrilles espagnoles.
Au centre, une hutte de branchages abrite un mouton blanc nimbé. Un vase se trouve près de lui. Au-dessous de cette hutte, deux rubans symétriques, sur fond jaune, se terminent par des boucles. Vers le bord inférieur du cadre, deux béliers arc-boutés sur leurs pieds, sont dans une posture de combat. Les surfaces laissées libres entre les sujets sont garnies de fleurs, de palmes et d'asphodèles, Cet ensemble revêt un caractère symbolique et décoratif tout à la fois. Il rappelle à la pensée la vision de sainte Perpétue. Le vieillard est remplacé ici par les deux bergers.
Le tableau suivant est rempli de poissons, de langoustes et de coquillages sur sept lignes. La troisième case, entourée d'une grecque comme la seconde, est garnie d'écailles de poissons dont les intervalles sont laissés en blanc. Les teintes sont légères, il y a là toute une série de tons roses du plus joli effet. Cette partie a beaucoup souffert !,
I. ALGÉRIE. — A Tébessa (Afrique proconsulaire). dans la basilique, grande nef, nefs latérales, et sacristies ; fouilles Sériziat, 1867-1868.
1° Grande nef : près de l'atrium, méandres dessinés par des lignes à torsades en formant des losanges, en cadre, torsade et guirlande de laurier ; au centre, même motif de méandres enfermant des cercles ; près de l'autel, guirlandes de laurier s'entrelaçant en nattes ; 29 bas-côtés : à droite, méandres dessinés par des lignes à torsades, carrés avec nattes et chevrons, cadre de torsade ; à gauche, octogones à nattes et rosaces intérieures, carrés se coupant pour former des étoiles à huit pointes enfermant des cercles, cadre de grecques arrêtées ; 3° sacristies : à droite, peltes jaunes et vertes dans un cadre de dentelures et de rubans : à gauche, cercles se coupant pour déterminer des rosaces, cadre de fleurs de lotus stylisées. Mosaïque d'émail aux voûtes de la nef, débris retrouvés sur le sol.
En place, très endommagée. sous-sol de la chapelle tréflée de la basilique et de Ghambre dite du trésor, à l'ouest de la chapelle | tréflée ; fouilles Sériziat et Clarinval, 1870. Salle pavée d'une mosaïque à dessins de fleurs et de fruits où sont encastrées les mosaïques tombales de l’évêque Palladius, mort en 484, des chrétiens Petronius, Marcella, et du prêtre Quodvultdeus. Détruites.
Henchir-elKsour. Propriété Jeannot, dans une chapelle, fouilles Farges, vers 1880.
A côté de l'abside, mosaïque à cubes de briques ; soubassement d'autel pavé de quatre pierres, creusées à 0 m. 05 de profondeur pour renfermer des panneaux de mosaïques à dessin de torsades multicolores. A droite, dans un couloir, près d'une porte, mosaïque polychrome à motifs d'entrelacs et de rosaces. Détruites.
Morsott. Dans une basilique située au sud de la ville, fouilles Barry, 1898.
Au fond de la nef et dans l'abside, mosaïque de | pavement assez grossière à dessin de trèfle. L'abside d'une salle à droite du presbyterium était aussi pavée en mosaïque.
Guelma. Dans la caserne, bas-côté d'une église en partie dégagée, mars-mai 1910 ; 1 m. 30 de largeur.
Losanges encadrés de carrés à bords dentelés. Deux inscriptions désignant les personnages qui firent exécuter la mosaïque : Severianus subdiaconus... de suo lessellavit, Dans la nef, couronne de laurier, enfermant le monogramme constantinien, avec A et QJ). En place.
Timgad (Numidie). 1. Basilique du Nord-Ouest, baptistère, fouilles 1909 ; dim. environ de la salle, 9 m. 70x 8 m.
Bordure à gros cubes où sont dessinés des feuillages sortant d'un vase. La mosaïque même est détruite.
Timgad. Dans l'ilot au nord des grands thermes du Nord-Ouest, dans un petit cimetière chrétien fouillé en 1905, 117 vert encadrant un motif central de deux chainons | entrelacés. Très endommagée.
2. Même cimetière ; quelques lettres d'une inscription funéraire chrétienne, détruite.
3. Même cimetière ; tombe d'une chrétienne, Hermelia ; trois couleurs, détruite.
4. Même cimetière. Dans une circonférence au milieu de la tombe, fragment d'inscription funér. chrét. Hle car.
Inv., p. 23, n. 92.
2, Même cimetière. Fragment d'une inscription chrétienne, détruite.
6. Même cimetière. Dans une couronne de feuillage | encadrée dans un carré aux coins occupés par des | triangles de couleur, inscription de Gefula. Au musée de Timgad.
Timgad. Basilique de l'Ouest, dans le baptistère ; fouilles de 1908. Dimensions de la salle, 7 m. 90 x 6 m. 10 ; de la cuve baptismale, 4 m. 05 de largeur au sommet, 1 m. 92 au fond. ombrés. Aux quatre coins, grands vases à deux anses recourbées, d'où sortent des tiges vertes el rouges d'acanthes en volutes qui, montant deux à deux de cha que côté, enferment dans les cœurs qu'el les décrivent des rinceaux rouges d'acanthe. A l'intérieur de ces volutes, fleurs de grenadiers, au-dessus, fleurons dont les tiges :naissent dans des vases.
Fragment. Bordure de deux entrelacs vert et rouge. Cercle accosté de losanges curvilignes fleuronnés. Gros cubes. Polychrome.
118 antérieure, dimensions de la partie découverte, 4 m. 50x 2 m. 55.
Fragment. Double cadre d'entrelacs et de chevrons. Cercles s'entrecoupant de rosaces qui renferment des losanges à croix centrale. Cubes moyens. Polychrome. En place. fouilles Carbuccia.
Plusieurs cadres dont l'un est rempli de poissons. Au centre, calice accosté de deux paons. Inscription dédicatoire des fidèles qui ont fait exécuter le pavement : Publius Petronius Tunninus volum quod Deo et Christo ejus ipsi promiserunt et compleverunt ; favente Deo Cadiniana [domus] flore [at ].
A peu près détruite, Sériana (région de Batna). Dans l'abside d'une petite église chrétienne, au nord du fort byzantin, 0 m. 70 de diamètre.
Aïn Zirara. Mosaïque de pavement dans une église ; fouille de 1884 ; détruite.
Constantine. Sur la route du Bardo ; en contrebas de la promenade, dans une chapelle chrétienne (fig. 8478).
Cadre d'entrelacs. Carré enfermant une couronne. Aux angles du carré, vases d'où s'échappent des rinceaux. A l'intérieur de la couronne, l'inscription : église, Pavement général de mosaïque, Dans le presbyterium, mosaïque à cadre de torsades. Dans les deux salles attenantes : à droite, cadre de losanges, dessin d'hexagones curvilignes accostés de peltes ; à gauche, au-dessous du chrisme constantinien, avec l'A et Fo, l'inscription : dessin de carrés accostés de peltes. Dans la nef centrale, cadre de torsades, cercles à ornements séparés par des branches de feuillage. Dans la nef de droite, même dessin que dans la petite salle de gauche. Dans NV(m)MIHI MAX la nef de gauche, cadre de petits cercles et de losanges IME FRATER (a)ETE inscrits dans des carrés ; à l'intérieur, cercles où sont RNVMQ(ue)VALE inscrits des guéridons octogonaux ornés. Dans les entrebœlements, mosaïques à ornements très simples : | reproduction presque littérale d'un vers de Virgile. Dans cercles, rectangles, rosaces, peltes, etc. Détruites. ! la partie inférieure, calice d'où sortent des branches SALVE (a)ETER 21 amalarke dba sce titi Chabersas (3 kilomètres ouest de Constantine). | Au même endroit, fouilles de février 1908 ; 2 m. 24 Ferme Truchet, dans une église, fouilles en 1907 : x 1 m. 50. à m. 12x1 m. Cadre de chevrons, vus de profil. Tableau divisé en 121 chrisme constantinien, accosté de l'A et lo) et l'inscription Asella c. f. in pace ; fleurs rouges dans le champ. En bas, vase et plan stylisés. Coloris éclatant sur lequel ressortent les smalts bleus et verts. Musée de Constantine.
Djemila. Dans une église, à l'extrémité sud-est de la ville, sur les bas-côtés et, dans la nef, fouilles Ravoisié entre juin-juillet 1840 : 1. mosaïque de la nef centrale, 5 m. 95 x 6 m, 94 ; 2 et 3, mosaïques des nefs latérales, 27 m. 83 x 3 m. 36.
Mosaïque fort endommagée déjà au moment de la découverte. Compartiments octogones enfermant des figures d'animaux (cerf, mouton, chèvre, colombe portant une branche d'olivier, paon, taureau et vache, héron, léopard, panthère, autruche, sanglier, etc.).
Inscription en cinq compartiments désignant les personnages qui firent exécuter ce pavement. D'après le style de la mosaïque, les fonctions exercées par les donateurs, l'église serait antérieure à la conquête vandale. Presque entièrement détruite.
Sétif (Maurétanie sétifienne). A l'angle nord de la caserne de cavalerie, dans une basilique, fouille 1364.
Hestes d'un pavement de mosaïque assez grossière, de grande étendue, portant en un coin l'inscription. enguirlandée du donataire, qui fit exécuter la mosaïque à titre d'œuvre de charité pour lui et sa famille :
Ce Flavius Innocentius était numerarius. Détruite.
Même localité et peut-être dans la même basilique, fouilles 1880.
Au centre d'une très belle mosaïque, composée de rosaces et d'autres dessins géométriques, dans un encadrement, dédicace du donataire Félix ( ?). Détruite.
Même localité ; près de la ferme de Kessaria, à 5 m. environ au nord-ouest des murs de la ville de Sétif.
Mosaïque tombale de Cypriana, t. 454 ; croix monogrammatique surmontée de P.
Sidi-Embarek (région de Sétif). Dans l'abside d'une église. Croix flanquée de deux calices sur lesquels se posent des colombes qui portent en leur bec, l'une, un cep de vigne, l'autre, des épis. Détruite.
122 Serlei (Kherbet-Guidra). 1. Dans une église, pavement du porche, fouilles Brochin, 1857. Mosaïque ornementale.
2. Même localité ; même basilique, au fond du bas-côté de droite, mosaïque, doit être détruite.
3. Même localité, même basilique au fond du bas-côté de gauche ; 4 m. 70 x 4 m. 95.
Cadre (très détérioré) où court une bande et s'enroulent des rinceaux. Deux mosaïques tombales séparées par un dessin d'écailles : Æomanilla, morte en 444 ; Emerita, morte en 467. Presque entièrement détruites.
Bougie. Rue Saint-Joseph. Dans l'église, pavement de l'espace réservé aux fonts. Mosaïque ornementale.
Tigzirl (Maurétanie césarienne). 1. Basilique, dans la nef, fouilles de P. Gavault en 1894-1895, Fragments divers. Cadre de deux carrés à bordure d'entrelacs qui se coupent pour former une étoile à huit pointes. Oranger chargé de fruits et flanqué de deux plantes. Poisson. Navire monté par un marin. Guirlande formée de trois rangs de feuilles rouges. Au milieu de l'église, trois fragments d'un tableau en trois parties : a) tronc d'arbre avec quelques feuilles ; b) quelques lignes courbes ; c) jeune homme nu, les mains liées derrière le dos devant un autel (sacrifice d'Abraham). Voir Dictionn., t. vir, fig. 5978.
Même basilique, bas-côté de droite, depuis l'entrée jusqu'au fond, fouilles du même.
Toutes ces mosaïques seront décrites au mot TIGZIRT.
Taksebt, Dans la basilique ; bas-côté de gauche, fouilles de P. Gavault, 1895.
Restes du pavement de toute la basilique. Bordure se composant de bandes rouges et noires et d'une tresse à quatre brins alternativement rouges et verts.
Rusguniæ (Matifou). Dans une église située dans la partie septentrionale de la ville antique, 1899.
123 Sidi-Ferruch (région d'Alger). Dans une chapelle ; trouvée le 8 janvier 1846 ; 4 m. 79 x 2 m. 72.
En bordure, grecques. Quatre panneaux. Dans le premier, détérioré, à l'entrée, inscription PAX INTRAN [tibus] ; dans le second, une panthère qui poursuit au milieu de palmiers nains une gazelle, fragments d'inscription ; dans le troisième, inscription, dédicace d'une femme Sabina à un martyr et dédicace commémorative d'un certain moitié du v* siècle) ; dans le quatrième, agneau et vase aux colombes. Détruite.
Sainte-Amélie, Dans un édifice chrétien, 4 m. 50 x 1 m. 00.
En bordure, chainons juxtaposés. Au centre, couronne qui en enferme une autre avec inscription : Didi||orum || Venantillorum || Basilio||rum.
Tipasa. Grande basilique, nef centrale, fouilles de S. Gsell, en 1892-1893 ; surface de 700 mètres carrés environ.
Le long du mur de façade, bande d'encadrement qui enferme alternativement des croix à branches recourbées et des méandres. Au centre, fleurs de lotus ; lignes de petits triangles enfermés entre les filets, carrés remplis de tresse. A l'Est, vers l'abside, carrés polychromes disposés en quinconces. Autrefois très endommagée, Tipasa. Chapelle attenante au nord-est de la grande basilique, fouilles P. Gavault, septembre 1882, En bordure, un rinceau ; au centre, croix de Malte en des cercles alternant avec des carrés accostés de peltes et ornés de deux chainons croisés. Dans l'abside, riche rinceau de bordure, agneau paissant parmi les asphodèles. Très endommagées.
Tipasa. Baptistère de la grande basilique.
En bordure, fleurs de lotus ; au milieu, rinceaux, tiges à feuilles lancéolées partant de trois des angles vers le bassin. Débris d'inscription métrique relative au baptistère.
Tipasa. Dans le vestibule du baptistère, fouilles de P. Gavault, septembre 1882 ; 1 m. 60 x 1 m. 55.
En bordure, guirlande de laurier, aux angles, quatre colombes, inscription : Si quis uf... Musée d'Alger.
Januarius (deuxième dans Mél. d'archéol. et d'hist., 124 Tipasa. Dans un couloir au nord du baptistère, fouilles avant 1882 et en 1892 ; 2 m. 44 x 1 m. 40.
I. Coq de bruyère, oie, pintade, perdrix rouge, flamants, au milieu de tiges et de fruits ; 2. poissons, langoustes, coquillages.
Conservée en partie : a) au musée d'Alger : b) dans la collection Trémiaux.
Tipasa. Dans une chambre à hypocaustes au nord du baptistère de la grande basilique, où probablement les baptisés se séchaient et reprenaient leurs vêtements après la réception du sacrement, fouilles de Gsell en 1892-1893.
Mosaïque assez grossière. Croix de Malte entre des séries de feuilles lancéolées. Polychrome.
Tipasa. Chambre voisine au nord de la précédente, fouilles de S. Gsell, en 1892-1893.
Cadre de feuillage. 54 fragments d'inscriptions.
Tipasa. 1. Église de Sainte-Salsa, dans l'abside, fouilles de S. Gsell (vers 1855 et) en 1891.
Fragment de couvercle de sarcophage en mosaïque ; quelques lettres d'une inscription chrétienne, fragment perdu.
En bordure, lotus sommairement dessinés. Grands carrés (à dessin intérieur de tresses, tapis, chevrons, lignes brisées, treillis, rosaces, hélices) séparés par des petits carrés dans lesquels deux chainons forment croix et par des rectangles ornés de losanges et de peltes. Devant l'abside, en un cadre, l'inscription : Munera qua cernis quo..
Dans la partie découverte en 1869, à la hauteur des cinquième piliers, à partir de l'abside, autre motif ornemental : grande étoile encadrée par plusieurs cercles, par un méandre et par un cadre hexagonal dont l'intérieur présente des chevrons emboîtés, A la hauteur des quatrième piliers, morceau de mosaïque dont l'ornementation ne répond pas à celle des motifs voisins (réparation ?). Contre le troisième pilier de gauche, tombeau creusé après coup, inscription remplaçant la bande de mosaïque : Mem [oria... |.
Le 125 lat., t. vin, n. 9313 = 20923 ; Bull. archéol. du Comité, 1887, p. 160, n. 704 ; S. Gsell, Recherches archéologiques en Algérie, 1893, p. 55-57, fig. 3 ; De Pachtère, Inventaire, p. 92, n. 380.
. 4. Même église, en avant du troisième pilier de | gauche à partir de l'abside, fouilles 1891 ; 0 m. 38 de | largeur. . Inscription rouge.
. 5. Même église, entre le troisième et le quatrième pilier de gauche, fouilles de 1891 ; 1 m. 35 x 0 m. 62.
Cadre de tresse ; inscription : M [emoria] Istefani... Musée d'Alger.
6. Même église, bas-côté de gauche, à la hauteur du cinquième pilier ; dimension de la tombe, 2 m. 35 x 0m. 67.
Cadre de tresse. Inscription : M [e [moria Aconi [i]...
Mem [oria...]. Au-dessous, Deux fragments insignifiants de l'inscription d'une | même tombe. :
Cadres faits d'une tresse, de parallélogrammes, d'une bande de suite de demi-cercles ; inscription : [F Hfavia) Mica...
Inscription : Memoria... Au-dessus et au-dessous, ligne de carrés et tresse.
. Inscription : Memoria Asteri Innocentis... Au-dessous, fleurs de lotus alternativement droites et renversées, Musée d'Alger. | « ^ 11. Même église, portique à gauche de l'entrée ; 1 m. 98 x 0 m. 90.
-i Cadre de fleurs de lotus alternativement droites et renversées. A l'intérieur, à gauche, dans une couronne, croix monogrammatique avec P grec accompagné de Aet Q9 ; à droite, inscription : In nomine Cristi requiescet.
Cadre presque détruit de fleurs de lotus ; inscription vit siècle). palme | 126 13. Même église, à l'est de la précédente, dans l'église, 0 m. 79 :0 m. 40.
A gauche, chrisme, avec A et à) dans un cercle. Inscription : Memoria Islefanie... (fin du vë ou début du vi* siècle).
Tipasa. Petite chapelle funéraire à l'est de la basilique Sainte-Salsa. Pavage en mosaïque ; détruit.
Tipasa. 1. Cimetière oriental, dans un mausolée, 0 m. 60 x 0 m. 25.
Entre les branches d'une croix monogrammatique à P grec avec A et G, et l'inscription : Memori [a A Jfrici. Bibl. S. Heinach, dans Bull. archéol. du Comité, 1893, p. 129 ; S. Gsell, dans Mél. d'archéol. et d'hist., t. xiv, 1894, p. 398 ; Corp. inscr. lat., t. viii, n. 20928 ; De Pachtère, Inventaire, p. 94, n. 392.
Sarcophage chrétien revêtu de mosaïque. Deux personnages, dont l'un porte une longue tunique ; plante de la famille des glaïeuls, personnage s'avancant vers elle ; personnage en vêtement long. Seul, le bas de chaque scène était conservé, Tipasa. Basilique d'Alexandre, nef centrale ; fouilles de Saint-Gérand, 1592. . 1. Près de l'abside, 6 m. 65 x 2 m. 50 ; sept rangées de poissons, langoustes, coquillages.
| n. 1805, 1837 ; G. Gsell, dans Mél. d'archéol. el d'hist., en onciale : Memoria Adeodati... (première moitié du | 127 En bordure, sur les deux côtés courts, double rangée d'imbrications ; sur un côté long, au fond du sanctuaire, large rinceau. A l'intérieur, inscription très endommagée, mentionnant l'évêque Alexandre sanctu |s AI ]exand [er |.
6. Même basilique ; bas-côté de gauche, à côté de la mosaïque des poissons ; 2 m. 60 x 1 m. 15.
Cadre de laurier ; inscription : Clausula justitiæ est... Musée d'Alger.
7. Même basilique entre les deuxième et troisième piliers de gauche ; 2 m. 30 x 1 m. 10.
Inscription, Hie ia cet, egregia meritis... d'Alger.
MEMORIA RE
NATI EPISCOPI Mí(usir^ OLACV (nari nites)CIT Musée Inscription : Suscipit eximium sublimis... d'Alger.
Au-dessous d'un monogramme cruciforme, avec A et 0), l'inscription : Osfariccus fidelis...
Tipasa. 1. Cimetière de l'Ouest, dans un caveau chrétien.
Angle du couvercle d'un cercueil avec revêtement de mosaïque à bordure noire sur fond blanc.
Musée 128 Cherchel. 1. Propriété Delkiche, dans la grande nef ( ?) d'un édifice antique, peut-être chrétien.
Grande mosaïque ornementale. Détruite.
2, Même propriété, dans l'abside d'une autre salle du même bâtiment, fouilles Waille, 1895, 4 m. 50 de | rayon.
Mosaïque demi-circulaire. Cadre fait d'une torsade et d'un double filet denticulé. Grand calice d'où sortent deux ceps. Leurs branches, chargées de grappes, s'enroulent pour former des médaillons où sont figurés divers animaux, lièvre, cerf, coq, perdrix avec ses petits, plongeur, faisan doré. Le vase est flanqué de deux paons. Cubes de pierre assez fins, relevés d'émail bleu et vert. Église de Cherchel, dans le chœur. sur fond blanc, animaux marins, hippocampe, daurades, anguilles, congres, langouste, oursins, etc. Gros cubes polychromes. Église de Cherchel, au fond | de la nef de gauche.
Ténés, A l'ouest de la ville, dans une vigne. Très belle mosaïque funéraire avec inscription de l'année 457 :
BONE MEMO RIAE ROZONI MEDICI VIXIT ANNIS LXX DIES XX PRECESSIT NOS IN PACE XS KA
MAIAS
Conservée au cercle militaire.
Tenés. Fragment d'inscription : fide les...
Orléansville, Dans la basilique dite de saint Reparatus, dont les ruines sont aujourd'hui recouvertes de terre sous la place du marché, 1843.
Dans l'abside, mosaïque presque détruite, bordure de grecques, poissons et filet, jeu de lettres avec les mots : Marinus sacerdos.
Dans la nef, à partir de l'abside : 1. et 2. deux tableaux à motif de grecques dessinées à l'aide de guirlandes de laurier, et de carrés à rosace intérieure. Au centre du premier tableau, autel supporté par deux colonnettes et entouré de ceps de vigne dont les grappes sont becquetées par des colombes ; 3. carrés s'entrecoupant pour former des étoiles à huit pointes qui enferment généralement des couronnes avec rosace. Au centre, l'inscription : PRO(vinciz) | CCLXXX ET V. XII KALfendas) | DEC(/embres) EIVS BASI„cius clauvi abo 129 LICAE | FVNDAMENTA POSITA || SVNT ET FaAlfstigiu]M A[nno] || PRO[vinciz] CC || XX[X..]. IN]]MENTE HABEAS [Marinum ? ] || SERVVM DEI [ef] IN DEO VIVAS.
Dans le bas-côté de gauche, carrés s'enchevêtrant pour former des étoiles à douze pointes ; à l'intérieur de l'un, inscription : SEMPER PAX ; cercles formés par des cordons de chainette s'entrelaçant : près de l'entrée, dans un labyrinthe, carrés couverts de lettres se combinant pour répéter en tous sens : SANCTA ECCLESIA.
Dans le bas-côté de droite, motif d'hexagones qui portent en bordure un dessin hexagonal en chainette, au centre, une croix étoilée.
Dans la contre-abside, deux colonnes torses, sur lesquelles repose une arcade ; à droite et à gauche,
MOS
xs a n Rs zi - m = CE p » J E - 2 ES d « apr pt Su i rn n pr ^ p. | 8 E H ER EN E E RB H | E. A e. Ez est Com 130 Bénian. Dans le presbyterium de l'église, fouilles de Houziés, en 1599.
Mosaique grossière faite en morceaux de briques et en silex blancs et noirs.
II. TUNISIE. — El-Kantara (Meninx), dans l'île de Djerba RSS de Tripolitaine). Grande basilique chrétienne à trois nefs, avec abside encadrée de deux sacristies. Fouilles de 1901.
1^ Pavement de l'abside. Tableau décoratif demi-circulaire à triple bordure : festons ondés, oves, dentelures. Dans le champ, rinceaux d'acanthes et palmes. Mutilé.
3| EXT ee | | canthare où viennent boire les colombes, au-dessous d'une couronne à rosace intérieure. Au centre, entre les colonnes, mosaïque insérée plus tard dans l'ancienne : à l'intérieur d'une couronne, épitaphe de l’évêque Reparatus, mort en 475. Hecouverte. | Près d'Orléansville. Sur la rive gauche du Chélif, cA Orléansville et Ponteba, à 3 kil. environ de la ville.
Au centre, en un cercle, un lion. Autour du cercle, carrés ornés de rosaces. Inscriptions : [P ]recessit nos in pace..., datées de 468 et de 474.
El-Kantara. Baptistère dépendant de la basilique. En place.
Chacun des entre-colonnements est décoré d'un tableau rectangulaire dont le motif change chaque fois : 1. mosaïque imitant les marbures d'un dallage d'albâtre ; 2. carrelage en damier ; 3. dallage d'albâtre ; 4. feuilles de lierre cordiformes ; 5. dallage d'albâtre ; 6. carreaux en damier ; 7. tableau détruit.
Une autre colonnade, symétrique à la première, de l’autre côté de la nef, isole celle-ci d'un bas-côté, pavé d'une mosaïque noire.
La nef proprement dite est ornée d'une série de motifs géométriques très riches et très variés ; d'abord,
A. — XII 2
grande 131 dans la partie la plus voisine de la basilique, des rectangles alternant avec des carrés, tous chargés d'ornements différents, puis des écailles en imbrication ; une bande transversale imitant un dallage d'albâtre ; une nouvelle zone d'écailles en imbrication ; enfin un carrelage en damier (fig. 8479). Époque de Constantin.
Ounga (province de Byzacène) « Vestiges d'un grand édifice dont il ne reste plus maintenant que quelques substructions et les fragments d'une mosaïque. » Église chrétienne, ajoute P. Gauckler, avec un point d'interrogation.
Henchir Thina. A une cinquantaine de mètres au sud du phare, du côté de la mer. Basilique chrétienne (7 ?) dans le pavement de laquelle étaient encastrées plusieurs mosaïques tombales. Fouilles de 1909.
Mosaïque tombale : 1 m. 80 x 0 m. 40, Au sommet, dans une couronne, croix latine ansée à droite, avec a eL w. Au-dessous, l'épitaphe : Quintille Donatianille, honeste femine, viril in pace annis X XV, exit de seculo die IT kal. junia [s]. Au bas du tableau, quatre rangées superposées de trois briques. Bordure dentelée. En place.
Même basilique, mêmes fouilles.
Trois mosaïques tombales.
Henchir-Thina. Nécropole chrétienne, à 200 mètres au nord de l'enceinte de la ville antique. Fouilles de 1909.
Les tombes décrites n'offrent pas de symboles proprement chrétiens.
Sfax. A 1 200 mètres au nord de la ville et aux abords de la route de Sousse, dans les « buttes Mezghanni », restes d'un baptistère attenant à une basilique chrétienne, et entouré d'une nécropole. Fouilles de 1887.
Cuve baptismale, en forme de rosace, diam. 1 m. 50. Entièrement tapissée d'une mosaïque à fond blanc, dont il ne subsistait au moment de la découverte que les parties horizontales. Au fond du bassin, dans un semis de roses, une croix latine ancrée et gemmée, avec l'& et « suspendus par des chainettes aux branches de la traverse ; sur le degré qui entoure le fond de la cuve, un bandeau d'oves, alternant avec des carreaux ; au fond des six alvéoles, qui s'ouvrent au-dessus, six croix latines accostées de triangles ; sur les marches des deux escaliers, qui y donnent accès, des arceaux en imbrication.
En avant, restes de deux cuves analogues, de date antérieure et tapissées également de mosaïques.
Sfax. Au mois de mars 1916, des spahis trouvèrent une mosaïque bien conservée sous 0 m. 60 à 0 m. 70 de terre, à 1 200 mètres environ de l'hôpital militaire, aux « buttes Mezghanni », à une centaine de mètres de la mer. Cette mosaïque se trouvait sur l'emplacement d'une église d'un plan très simple, une seule nef rectangulaire terminée par une abside arrondie. Les murs d'enceinte ont été arrachés ; en revanche, les mosaïques qui pavaient l'édifice sont encore bien sauvegardées par places.
« Le pavement de la nef, en cubes de calcaire et de briques, présente une succession de grandes rosaces cruciformes juxtaposées, dont les branches s'étendent obliquement et entre les bras desquelles apparaissent des sujets variés : motifs géométriques (fleurons, carrés), calices, corbeilles chargées de fleurs ou de fruits, animaux (quadrupèdes, poissons, oiseaux dont l'un emporte dans son bec un serpent, dont un autre est perché sur une corbeille, etc.). Bordure : torsade. A peu près au milieu du rectangle formé par cette mosaïque, en était inscrit un autre mesurant 8 m. 50 de long sur 2 m. de large environ, qui devait contenir, dans le sens de la longueur, une frise de représentations figurées, faites en cubes de marbre et de verre, dont fort malheureusement nous ne possédons plus qu'une minime portion. Seul subsiste, et non sans avoir souffert quelques dégradations, un personnage de l'extrémité gauche ; c'est Daniel au milieu des lions. Le prophète apparaît sous les traits d'un adolescent, corps et tête de face, debout sur une sorte d'estrade, entre un palmier à sa gauche et un oranger à sa droite, dont les frondaisons stylisées s'épanouissent de part et d'autre de sa tête. Il est en prières, les bras complètement étendus, les mains ouvertes. Contrairement à l'usage le plus répandu, il n'est pas nu. Ainsi qu'il arrive parfois, il est vêtu d'un costume fort riche, à la mode orientale : bonnet phrygien vert, posé sur des cheveux savamment calamistrés ; pantalon vert émeraude, tunique courte à manches, verte, tachetée de jaune, qui se termine en large pointe par-devant ; grand manteau blanc, orné de galons rouges et bordé de gros cabochons, qui retombe droit dans le dos et s'arrondit en bas ; chaussures rouges. Deux lions, la tête basse, la croupe relevée, sont prosternés de chaque côté de Daniel, dont le lion de gauche lèche le pied droit. Sur l'oranger, à mi-hauteur du tronc, est perché un oiseau au plumage multicolore ; dans l'angle inférieur droit, une rose. De part et d'autre du personnage, au niveau de sa poitrine qui a presque entièrement disparu, se lisent les débris d'une inscription : à gauche, ANI, à droite, H, qu'il faut sans doute restituer et qui confirmerait, s'il en était besoin, l'identification que nous avons indiquée. Au-dessus de Daniel (c'est-à-dire à gauche en regardant l'abside), une large bordure - représente des colombes blanches qui se suivent vers la droite (c'est-à-dire vers le presbytérium) séparées par des rameaux de feuillage.
« La mosaïque aux rosaces cruciformes, qui occupait tout le reste de la nef, autour de cette frise dont il n'a survécu que le Daniel, était interrompue sur certains autres points par des figurations extrêmement abîmées aujourd'hui, en cubes de marbre. Contre le mur rectiligne, qui faisait face à l'abside, et vers le milieu de la nef, on voyait encore la jambe droite d'un homme qui était vêtu d'une tunique rouge et chaussé d'un haut brodequin ; cet homme était en partie caché, autant qu'on peut en juger, par un animal, peut-être un lion, dont il subsiste une des pattes ( ?) ; bordure : Lorsade. A peu près sur le même alignement, dans l'angle gauche de la nef quand on regarde le presbytérium, se trouvaient les restes d'un personnage monté sur un cheval blanc qui est sellé et dont le harnachement est agrémenté de pompons ; l'homme, dont le corps et le visage se présentaient de face, a la tête nimbée et porte une tunique rouge sur laquelle est passé un manteau vert descendant droit dans le dos ; il étend le bras gauche et tient dans sa main une palme
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133. et un autre objet actuellement cassé (une couronne à lemnisques ?), le cheval, qui s'avance vers la gauche, écrase sous ses pieds un serpent. C'est bien vraisemblablement une image de saint Théodore, qui, comme Daniel, est fréquent en Afrique sur les carreaux chrétiens en terre cuite des V et VI siècles. » Bibl. — Merlin, Sur une église chrétienne aux environs de Sfax, dans Bull. archéol. du Comité, 1917, p. CLXI-CLXVI.
Sfax. A une cinquantaine de mètres en dehors et au sud-ouest de la Kasbah, restes d'une basilique chrétienne à laquelle était annexé un baptistère, découverts en 1886. = Cuve baptismale en forme de rosace entièrement tapissée de mosaïques. Détruite. rendus de l'Acad. des inscr., 1901, p. 604 ; le même, Inventaire, p. 18-19, n. 35.
Sfax. Cimetière chrétien des « buttes Mezghanni », à 1200 mètres au nord de la ville, près de la mer et de la route de Sousse. 1586.
Mosaïques tombales au nombre de vingt-deux décrites par P. Gauckler, Inventaire.
Sfax. Au terrain de manœuvres. Mosaïque tombale d'époque chrétienne, détruite aussitôt découverte.
Lampta. A 1 kilomètre à l'ouest du village arabe actuel, à 200 mètres de la mer, cimetière chrétien de Dar-el-Kaïd, fouillé à diverses reprises, Groupe de tombes en mosaïque, enfermées dans une même enceinte maçonnée ; laissées en place, et détruites, sauf celles qui furent transportées au musée du Bardo.
La série des mosaïques tombales qui s'est ouverte à Sfax (Taparura) se continue à Lampta (Leptiminus ) et à Tabraka (Thabraca), elle « parait embrasser tout l'âge chrétien de la province d'Afrique proconsulaire. | Les tombes de Taparura, très simples comme décor, contenant plus souvent une épitaphe qu'une figure, faites uniquement de matériaux naturels, sont anciennes, du IV siècle certainement. Celles de Leptiminus ont encore le même caractère et une facture aussi bonne et soignée ; mais les matériaux cuits y abondent, et le monogramme du Christ y est d'une forme moins archaïque ; il faut certainement placer la plupart d'entre elles au V siècle, C'est à cette époque qu'appartiennent également les mosaïques du premier cimetière de Thabraca, si même celles de l'enclos de Dardanius ne remontent pas jusqu'au IV siècle : leur composition est voisine de celles de Taparura, mais l'orant entre deux cierges est accompagné de colombes, de roses, Quelques autres dénotent franchement l'époque barbare et byzantine. A cette dernière appartiennent entièrement les mosaïques du second cimetière, tant par leur facture négligée et la prédominance | des matériaux cuits que par le parti pris du dessin et du décor. En outre, la représentation du paradis y est presque constante, les cierges et le chrisme disparaissent, l'attitude de l'orant est changée. Il est probable que, dans ce groupe, se trouvent quelques-unes des dernières mosaïques qui aient été faites en Afrique !, » Treize tombes chrétiennes avec épitaphes entières | ou fragmentaires.
Beni-Hassen. A 15 kilomètres au sud-ouest de Lampta. Restes d'un édifice chrétien, basilique ou baptistère, dont il ne subsistait qu'un pavement en mosaïque, découvert en 1883.
Au-dessous du cartouche, autre inscription, dont les quatre dernières lignes, entourées de rubans sinueux, figurent les quatre fleuves du paradis : [Cuj jus nomen Deus scit, bo[tu ]m s [o |lvit cum suis. G|eo]n ; Fison ; Tigris ; Euphrates.
Mal conservée, laissée en place et [finalement détruite.
Henchir-Hakaima. Baptistère découvert en 1889.
Cuve baptismale en forme de rosace. En place.
1902, p. 18 ; Mém. de la Soc. nat. des antiq. de France, t. LXI, 1904, p. 196, n. 2 ; Carton, dans Bull. de la Soc. arch. de Sousse, 1907, p. 144 ; P. Gauckler, Inventaire, p. 63, n. 163.
Sousse. 1° Fragment de dalle tombale de deux chrétiennes : Felicia et Prima, 2° Partie supérieure d'une autre dalle tombale.
Sousse, Nous avons décrit et inventorié les catacombes chrétiennes au mot HADRUMÈTE (t. v, 2e part., col. 1981 sq.).
Mosaiques tombales de T. E. D. qui el Evasius, d'Aristilla, de Januaria, qd Eutychianus, d'Aurelius Robustius, de Benatia (voir Dictionn., t. vi, col. 1992, fig. 5534).
Pavement d'une chambre, 3 m. 20 x 2 m. 80. Scène de pêche en canot sur une mer poissonneuse. Conserva- | Hergla. Emplacement indéterminé. Mosaique chrétienne.
Sidi-Abich, à 1 500 m. d'Enfidaville, sur la route d'Uppenna. Petite basilique byzantine, entièrement pavée de mosaïques. Découverte et déblayée en 1904-1905 (voir Dictionn., au mot UPPENNA).
Même basilique, mêmes fouilles, Mosaïques tombales de Felicissimus, Vincentianus, Agathe, Vitalis, Renobatus, Faustinus, Bellator, Paulus, Honor.
Henchir-Chigarnia. A l'ouest des ruines de la ville antique, sur un monticule, restes, rasés à la surface du sol moderne, d'une basilique chrétienne, construite au IVe de notre ère, considérablement agrandie au VIe et remaniée ensuite à diverses reprises.
A chaque période correspond une couche de mosaïque différente (voir Dictionn., au mot UPPENNA).
Même basilique. Quarante-six mosaïques tombales (données au mot UPPENNA).
Bou-Ficha. Sur le bord ouest de la route de Tunis, ruines rasées presque au niveau du sol d'une basilique à abside, avec trois nefs séparées par deux colonnades. Sol pavé de mosaïques. Sondages en 1891-1892-1893.
Deux pavements superposés. 1° Le premier plus soigné et en cubes de marbre à motifs géométriques polychromes, avec tombes à épitaphe encastrées dans la mosaïque décorative. 2° Le second superposé à une dizaine de centimètres plus haut, en gros cubes calcaires, grossièrement assemblés, et de CAES grisâtre uniforme. En place.
Même basilique, €, d, e. Trois mosaïques tombales de Rufina, Mamma Donata, Iola.
Henchir-Harat. Basilique chrétienne, déblayée en 1902-1904.
Pavement de la nef : mosaïque grossière, à dessins géométriques très mutilés, En place.
Pavement de l'atrium ou du narthex : 8 m. x 10 m. Mosaïques géométriques variées. Dans l’angle sud, mosaïque tombale. Tableau rectangulaire, 2 m. 30 x 3 m. 20. Cheval passant à droite, très grossièrement dessiné ; au-dessous, un vase à pied ; au-dessus, des fleurs et une colombe. Bordure en torsade. Devant la porte, tableau de seuil : 1 m. x 3 m. Au milieu des colombes, à droite et à gauche, dans des rinceaux, trois poissons, Époque byzantine. En place.
Gafsa. Dans les ruines très effacées d'un monument indéterminé, thermes ou habitation privée, restes d'un grand pavement en mosaïque découvert en 1888. Tableau rectangulaire, 4 m. 70 x 3 m. 40. Époque chrétienne (fig. 8480).
Entouré d'une frise de bordure, où deux rubans de grecques s'entre-croisent, dessinant des médaillons circulaires contenant divers oiseaux. Vue intérieure d'un cirque au moment d'une course de chars. En haut et en bas, sur les côtés de l'arène, les gradins, sous arcades, garnis de spectateurs ; à droite, au fond de l'arène, les carceres, à la porte desquels se tiennent des palefreniers nègres ; au milieu, la spina avec les metae et les cages des lions, entourée de l'arène ovale où circule le personnel à pied et à cheval et où courent quatre quadriges aux couleurs des quatre factions du cirque.
Travail naïf et grossier. Musée du Bardo.
Médinel-el-Kedima. Dans la citadelle byzantine, ruines confuses qui ont dû appartenir à une église.
Jes mme D'UN oc4 Rm co POEM ans : à « -—' MUR a nS e t A^ 137 Un sondage, exécuté sur l'emplacement de l'abside, a fait découvrir « une sorte de niche revêtue de mosaïque blanche » En place.
Médinet-el-Kedima. Basilique située au cœur de la ville romaine, sur un mamelon isolé, de 30 m. d'altitude.
Dans l'abside, magnifique mosaïque polychrome. Dans les sacristies, à droite et à gauche de l'abside, traces de mosaïques. Dans la contre-abside, mosaïque polychrome, déjà très mutilée en 1885. Détruites.
138 Dans l'abside surélevée, mosaïque polychromée : oiseaux et fleurs, grossièrement figurés, encadrant l'inscription tracée sur quatre lignes, en lettres de 1 m. 10, noires sur fond blanc :
EXAVDI DEVS ORA TIONEM MEAM AVri BVS PERCIPE BERBum ORIS MEI SANTORIL ML Le dernier mot se rattache à une seconde inscription en mosaïque, faisant suite à la première et tracée sur le pavement du chœur, à 2 mètres en avant de Médimet-el-Kedima. Basilique située dans le voisinage de la citadelle byzantine. Fouilles de 1884.
Dans l'abside surélevée, traces d'un pavage en mosaïque de marbre entièrement détruit.
Médimet-el-Kedima. Basilique vers l'extrémité orientale des ruines. Fouilles 1887, 1898.
Dans l'abside, « belle mosaïque en marbre polychrome à sujets géométriques, entourés de torsades ». Dans le chœur, en avant de l'abside, vestiges de mosaïque à sujets géométriques. En place.
Médimet-el-Kedima. Basilique située au nord-ouest de la ville antique, au milieu d'une nécropole chrétienne. l'abside et sous le soubassement de l'autel. Tableau rectangulaire encadré de torsades polychromes et orné de palmes noires sur fond blanc : inscription en lettres de 0 m. 065, tracées sur six lignes, les deux premières bien détachées et séparées des suivantes par deux palmes ; les quatre autres plus ramassées et soulignées de traits noirs. i ANVARI ET W, COMITVM ¥ 5 ANCTIS DEVOTVS L-AN-PVSINNVS € VM SVIS VOTVM | € ONPLEVIT F-Ehkiciler) LES ke v Sous cette mosaïque, assise sur un lit de pouzzolane sèche, le sépulcre, taillé dans le roc et recouvert par deux dalles renfermait des ossements d'adultes et d'enfants ;... un vase allongé, en verre, se trouvait au centre, » Les deux mosaïques ont été enlevées.
139 p. 178 sq. ; De Rossi, La capsella argentea africana, 1889, p. 17 sq., note 8 ; S. Gsell, dans Bull. arch. du Comité, 1899, p. 453, et Ati, p. 216 sq. ; Corp. inscr. lat., t. vii, Suppl, n. 11269, 11270 ; de La Blanchère et Gauckler, Catalogue du musée Alaoui, A, 1897, p. 14, n. 28 ; Monceaux, dans Mém. présentés par divers savants, t. xiii, part. 1, p. 189, n. 239 ; Gauckler, Inventaire, p. 111, n. 332.
Médimet-el-Kedima. Nécropole chrétienne entourant la même basilique.
Tombes à couvercles ornés de mosaïques, dont il ne reste plus que quelques cubes.
Bibl, — S. Gsell, dans Atti del 11^ congresso, 1902, p. 218 ; Gauckler, Inventaire, p. 112, n. 333.
Environs de Feriana. A l'embranchement de la piste de Kasrène, à Feriana, et de la piste de Feriana, à Tébessa, restes très effacés d'une basilique chrétienne, 1309, Mosaïque absidale demi-circulaire de 3 m. 55 de diamètre ; inscription dédicatoire très mutilée.
Sbeitla. Édifice remanié, transformé à l'époque chrétienne en basilique à trois nefs. Fouilles 1908.
Pavement de la nef centrale et des deux bas-côtés. Mosaïques géométriques presque entièrement disparues.
Thala. Sur le versant droit du ravin, ruines d'une basilique chrétienne. Fouilles de 1898.
Même basilique, mêmes fouilles.
Pavement de la grande nef, presque totalement détruit. Motifs géométriques à rosaces et médaillons, bordés d'une corniche à chevrons. En place.
Maktar. Temple punique du Mizrach, transformé en basilique chrétienne. Fouilles 1894.
Dans le chœur, traces de mosaïques géométriques. Bas-côté de gauche ; mosaïque à motifs géométriques, d'après des Lombes chrétiennes à sarcophages. En place.
A inMziger, à 4 kil. au sud-est de Zaghouan. Caveau funéraire chrétien, découvert en 1893.
Salle rectangulaire, arrondie aux angles : 7 m. X 4 m. 25. Dans le fond, le long des deux murs, deux sarcophages ; devant eux, une mosaïque carrée de 2 m. 50 de côté. Épitaphe de Rufina, puella. En place.
140 Henchir-Rmirmir, au sud-est de Zaghouan ; ruines très effacées d'une basilique.
Fragment de mosaïque découvert en 1881. « Tête de Vierge très expressive ; à droite, trace d'une palme ou d'un lis ; à gauche, un oiseau. » Sans doute, une orante, une colombe. En place.
Henchir-Rmirmir. Sur la piste qui mène de Sainte-Marie-du-Zit à Ksar-Soudane, à gauche.
Petite basilique, à abside intérieure entourée d'un promenoir demi-circulaire pavé de mosaïque blanche.
Oued-Ramel. Domaine de Sainte-Marie-du-Zit, Ruines très effacées d'une grande basilique chrétienne. Fouilles de 1887. Tout le sol de l'édifice était pavé de mosaïques. Outre la basilique, il faut mentionner le baptistère, et son vestiaire, puis encore une construction annexe. Cet important ensemble sera étudié au mot OUED-HAMEL, Bir-bou-Rekba. Dans la région la plus élevée des ruines de la ville antique au Nord-Est, grande basilique chrétienne, déblayée en 1899, La basilique était, dans toute son étendue, pavée de mosaïques ; mais dans la partie antérieure, dont les restes dérasés affleuraient le sol moderne, les pavements décoratifs de l'édifice ont presque totalement disparu. Par contre, ceux du chœur, des galeries et des salles les plus rapprochées du chevet ont été trouvés, pour la plupart, en bon état de conservation. Toutes ces mosaïques sont restées en place, à part quelques échantillons des motifs les plus caractéristiques qui ont été transportés au musée du Bardo, à Tunis.
Outre la basilique, on doit mentionner : 1° le promenoir extérieur, faisant le tour de l'édifice ; 2° la sacristie d'angle à gauche de l'abside ; 3° la deuxième sacristie à gauche de l'abside ; 4° la troisième sacristie à gauche de l'abside ; 5° le déambulatoire, autour de l'abside du chevet ; 6^ la grande nef ; 7° les bas-côtés de droite et de gauche ; 89 la première sacristie encadrant l'abside à l'angle de droite du chevet ; 9° la seconde sacristie encadrant l'abside du chevet ; 109 la chambre au fond du bas-côté de droite ; 119 chœur, autour de l'autel.
Sidi Djedidi, à 10 kilom. à l'ouest de Bir-bou-Rekba.
Dans un encadrement orné de demi-cercles outrepassés, remplis jusqu'à moitié par des cubes de couleurs disposés en créneaux à la partie supérieure :
G2 BICTORIA IN Aju ; NOCENS FID ELIS IN PACE Bibl, — Bull. archéol. du Comité, 1922, p. XLVIII.
Souk-el-Abiod. Tombe chrétienne, dans le jardin Caccia, découverte en 1899.
Mosaïque tombale ; 2 m. x 0 m. 90. Épitaphe de Nardus senior, Turassus junior et Restitutus junior...
A gauche de l'inscription, au sommet de la tombe, couronne dentelée, entourant un chrisme constantinien avec x et œw ; au-dessous, deux colombes, becquetant | un rosier fleuri. A droite, au bas de la tombe, un cep de vignes chargé de grappes. Cubes calcaires et smalts | bleus foncé pour l'x et l'w seulement. Intacte. Musée du Louvre.
Bît-el-Assa, à 4 kil. au nord-est de Hammamet, restes très effacés d'un baptistère chrétien. En place. n. 495.
Hamman-Lif (Naro) Synagogue, sur la plage, au | pied du Bou-Kournein, découverte et déblayée en 1883.
142 Hammam-Lif. Basilique et nécropole chrétiennes au lieu-dit « le Coup de sabre ». Fouilles 1908.
Fragment de mosaïque tombale Marinus.
Radés. Près de l'emplacement présumé du forum, restes d'une basilique chrétienne dont on n'a retrouvé que deux pavements décoratifs, l'un rectangulaire, Gaudiosa...
| l'autre demi-circulaire.
Tunis. Entre Sibi-ben-Hassen et le Djebel-Karrouba, Couvercle de tombe chrétienne. Dalle calcaire, dans laquelle a été encastrée une mosaïque sur béton ; 1 m. 47 « O0 m. 48, Au centre, dans un médaillon, le nom de la défunte en cubes dorés sur fond rouge en cubes de marbres : Alogiosa in pace. A droite et à gauche, deux paons surmontés d'une rose, sur fond blanc. Au-dessus et au-dessous, riche guirlande de fruits, courge, poires, raisins. Sur les petits côtés, deux colombes flanquant une rose. Travail correct et soigné, 1v* siècle ( ?). Musée du Bardo.
Bibl, — Merlin, dans Bull. arch. du Comité, 1907, p. cLxxv sq.
Au-dessous du tableau central, dans un pentagone faisant face à l'entrée, est tracée l'inscription suivante, en grandes lettres se détachant en rouge vif sur un fond blanc :
BLOSSI - HONO
Memoria Blossi(i) Honorati. Ingenu(u)s a(ujclor perfecit.
Tout autour se développe un motif géométrique de remplissage formé de carrés alternant avec des losanges et chargés de rosaces. Sur chaque face du caveau sont disposés deux arcosolia, placés symétriquement avec des niches arquées. Ceux qui encadrent la porte d'entrée sont naturellement de moindres dimensions. Ce sont des sarcophages maçonnés en blocage, dont le niveau supérieur dépasse de 0 m. 60 le sol du caveau. Les tombes étaient toutes, sauf une, recouvertes de mosaïque et formaient des caissons analogues à ceux qui furent rencontrés à Carthage et à Thabarca ; elles portaient chacune une épitaphe, entourée d'attributs et de symboles chrétiens, mais elles ont été violées dès l'antiquité et ne conservent plus que de faibles débris de leur revêtement. La seule épitaphe conservée est gravée en lettres très irrégulières et malformées, hautes de 0 m. 15, sur une grande dalle calcaire. On y lit :
RVTVNDA IN PACE FIDELIS DECESSIT : XIII-KAL :NOB EMBS-
pace fidelis, kalendas). nobemb(re)s.
Rutunda in Bordj-el-Youdi. Restes très effacés d'une basilique chrétienne à une centaine de mètres du mausolée de Blossius Honoratus. Fouilles de 1898. Tout le sol de l'église était pavé de mosaïques assez mal conservées pour la plupart.
Même basilique, mêmes fouilles.
Henchir-Sidi-Djedidi. Restes très effacés d'une basilique chrétienne dont l'abside seule a été déblayée. 1892. Pavement d'abside, mutilé au sommet. Musée du Bardo. decessil (die) tredecimo | | P. Gauckler, dans Bull. arch. du Comité, 1897, 144 Catalogue du musée Alaoui, A, p. 23, pl. v, n. 99 ; P. Gauckler, dans Revue tunisienne, 1896, p. 312 ; Inventaire, p. 175, n. 523.
Le Kef. Au milieu de la ville arabe, ruines de la basilique byzantine dite Dar-el-Kous. Fouilles 1882, 1890-1894. L'église était, à l'origine, entièrement pavée de mosaïques, dont il n'a été retrouvé que de faibles débris (voir Dictionn., t. vii, col. 691, fig. 6451). p. 410 sq. ; L'archéologie et la Tunisie, p. 49 ; Revue générale des sciences, t. vii, 1896, p. 967 ; Gauckler, Basiliques chrétiennes de Tunisie, 1913, pl. v ; Inventaire, p. 185, n. 561.
Le Kef. Basilique chrétienne de Kasr-el-Ghoul, partiellement explorée en 1892. Église pavée entièrement « de mosaïques, dont la croix formait le principal ornement ».
Carthage. Ville basse. Esplanade au bord de la mer (Platea maritima).
Tableau en musivum, représentant divers monstres humains ; des Sciopodes, des hommes sans tête ayant les yeux dans les épaules, et d'autres phénomènes du même genre copiés d'après des livres illustrés : Sciopodas... quosdam sine cervice oculos habentes in humeris et cetera hominum vel quasi hominum genera : qua in maritima platea Carthaginis musivo picta sunt ex libris deprompta velut curiosis historie. Cf. S. Augustin, De civitate Dei, 1. XVI, c. v aux.
Carthage. Dermech ; terrain Ben-Attar. Grande basilique chrétienne, déblayée en 1899-1900.
Même basilique, mêmes fouilles : secretarium, dépendances diverses, vestibule ; chapelle du martyr, au nord de la basilique ; en place et échantillons au musée du Bardo.
Carthage. Dermech ; terrain Ben-Attar. A l'ouest et en contre-haut de la basilique byzantine, restes d'une chapelle, à abside centrale encadrée de deux sacristies | Pavement de la nef, en avant de l'abside. Tableau et à trois nefs séparées par deux colonnades ; au-dessus | décoratif rectangulaire (4 m. 80 x 2 m. 60) présentant d'une nécropole punique. Fouilles de 1899. En grande | trois rangées de cinq médaillons, séparés par des au nord-est de la basilique ; restes d'une maison | au musée du Bardo. romaine où furent trouvés divers fragments d'un | Bibl. — P. Gauckler, Marche du Service des anti quiVE Vv LEA EXT Ae
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Carthage. Dermech ; terrain d'Ancona, à une centaine de mètres du sud-ouest des citernes de Bordj-Djedid. Restes très dérasés d'un monastère chrétien construit à l'époque byzantine sur les ruines d'une maison d'habitation du temps des Antonins, peut-être le monastère de religieuses possédant des reliques de saint Étienne dont le Liber de promissionibus et præ-dictionibus Dei nous a conservé le souvenir. Fouilles de 1902.
L'un de ces pavements, mesurant 6 m. 80 de largeur sur 3 m. 50 de hauteur, représente, dans une contrée giboyeuse et boisée (saltus), une chasse au sanglier. Un cavalier, monté sur un cheval bai, à bride, poitrail et coussinet, et accompagné de molosses, pourfend de son épieu un énorme sanglier. D'autres sangliers, mâles et femelles, suivis de quelques marcassins, sont figurés au premier plan et à droite du tableau. A gauche et au sommet, apparaissent plusieurs bêtes fauves. Au milieu et en haut, entre deux palmiers stylisés qui, semblables à des colonnes fuselées, traversent verticalement toute la mosaïque, est placé un édicule en forme de guérite à toit pointu. Sous la porte, se tient un personnage énigmatique, dont on ne voit que la tête ; il regarde le paysage qui se développe sous ses yeux. C'est à ce spectateur que semble s'adresser l'apostrophe suivante, occupant un large bandeau qui surmonte le sommet de la mosaïque du côté de la porte, et précède immédiatement un seuil monolithe de même étendue, en pierre calcaire :
BIDEUIUEEBIDE POSSAS PLVRIMABIDERE
L'inscription est tracée dans un cartouche à simple filet noir, en lettres noires sur fond blanc, hautes de 0 m. 10 à 0 m. 06, de formes irrégulières et décadentes. Les U en demi-lunes, les PL et I'M sont particulièrement caractéristiques de l'époque byzantine.
Les lettres de la fin sont tassées et chevauchent l'une sur l'autre, faute de place. Il manque au début et à la fin du texte deux ou trois lettres au plus, la largeur totale du cartouche nous étant donnée par celle du seuil monolithe adjacent auquel il correspondait exactement. Le B du mot bide, trois fois répété, remplace ici le V, suivant une habitude constante dans les inscriptions africaines de basse époque.
Quant à possas, ce barbarisme dont on ne connaît pas d'autre exemple dans l'épigraphie africaine, représente peut-être le subjonctif possis. Il faudrait, dans ce cas, lire ainsi ce texte singulier : ...vide, vive [s ? ] vide [ut] possis plurima vid [ere ].
Il semble bien que l'ouvrier qui composa cette légende n'entendait guère le latin ou, du moins, celui qu'il avait devant les yeux. C'était probablement un hexamètre du même genre que celui qu'on a lu sur une stèle de Thala : HOC VIDE VIDE ET VIDE VT Pos SIS PLVRA VI DERE
Une fois franchi le seuil qui vient de nous arrêter, nous nous trouvons dans une vaste pièce, une sorte de salle de réception, dont le pavement se compose de rosaces et de carrés qui se pénètrent et sont recoupés par des branchages. A droite, un rectangle a été réservé pour recevoir un paysage, malheureusement incomplet, mais qui peut être restitué. On y voit une maison à deux étages que surmonte une galerie à colonnes et que flanquent deux tourelles ; au centre une espèce de belvédère (fig. 8483). Cette habitation est peut-être la façade de la villa dont nous ne possédons plus que les mosaïques. La salle est bien circonscrite par des murs et par la bordure de la mosaïque. Les autres appartements étaient également ornés de mosaïques. A gauche, une sorte de grand cabinet au centre duquel se voit une rosace rayonnante qui renferme une croix gemmée ; sur la traverse perchent deux colombes affrontées, au pied de la croix deux agneaux affrontés. Quatre hommes soutiennent ce médaillon central ; ils sont séparés les uns des autres par des palmiers et par des vases. A droite, une sorte de petit cabinet dont la mosaïque figurait neuf médaillons contenant chacun un animal, cinq seulement sont conservés.
Les autres cabinets étaient également pavés de mosaïque, mais il n'en reste rien qui permette d'en juger ; cependant, une sorte de niche ou d'abside a conservé les vestiges d'un sujet très souvent représenté en Afrique ; un vivier poissonneux. Le plan nous fait voir l'emplacement de la citerne.
Même maison, mêmes fouilles. Chambre ou oratoire. Tableau rectangulaire : 2 m. 64x3 m. 06. Aux quatre coins, quatre personnages d'apparence identique, uniformément vêtus d'une courte tunique blanche serrée à la taille par une ceinture — peut-être les quatre évangélistes ? — soutiennent des deux mains une couronne centrale, radiée, qui renferme une croix latine, accostée au-dessus de la barre horizontale de deux colombes affrontées, et au-dessous de deux agneaux. Deux palmiers et des calices garnissent le milieu de chaque côté. Large bordure de flots. Époque byzantine. Musée du Bardo.
Même maison, mêmes fouilles ; plusieurs chambres,
Carthage. La Marsa-Gamart. Olivette d'Henchir Mçidfa entre Sainte-Monique et la Marsa. Fouilles du P. Delattre en 1906-1907, dans les ruines d'une basilique chrétienne (Basilica majorum ?).
Carthage. Cimetière chrétien de Henchir Mcidfa. Fouilles 1907-1908,
Trois mosaïques tombales : lius..., et ?...
Carthage. Au bord de la route de la Marsa à la Malga, à 34 mètres du puits de Bir-Ftouha, ruines d'un baptistère chrétien, 1880.
Cuve baptismale octogonale, second bassin contigu, mosaïque recouvrant une sépulture chrétienne bisome. Détruit.
Carthage. À proximité du baptistère octogonal précédent, dans l'angle est de l'enclos de Bir-Ftouha, et à fleur de sol, restes entièrement dérasés d'une grande et somptueuse basilique chrétienne de l'époque byzantine, 1895, 1397.
Grand pavement décoratif, qui devait recouvrir tout le sol de la basilique, mais dont il n'a été possible de dégager qu'une partie, probablement celle du chevet, entourant une grande abside et dominant un vaste fer à cheval, que prolonge en son milieu une aire rectangulaire. Larges guirlandes de lauriers s'entrelaçaient en festons et en torsades, et divisant un champ blanc, jonché de fleurs et de feuillages, en médaillons circulaires ou étoilés, grands ou petits, qui renfermaient chacun, soit une croix byzantine, soit une figure symbolique chrétienne. Malgré le mauvais état de la mosaïque, il subsistait encore, au moment de la découverte, une cinquantaine de ces motifs, notamment :
Les motifs les mieux conservés sont au musée du Bardo ; sauf un motif de 19 qui est au musée du Louvre.
| 404 sq. ; La Tunisie, histoire et description, l. I, c. x Méme basilique, mêmes fouilles. Mosaïques tombales de l’époque byzantine Leontius..., Adeodalus.... Redibib... ; ?.. ; Peiron... ; en outre des mosaïques à personnages, des cubes d'émail. p. 7 sq. : Catalogue du musée Alaouï, Supp., A, p. 10, n. 209, 210 ; Monum. el mém. Piot, t. xir, 1907, p. 220, note 1 ; Inventaire, p. 264-266, n. 787-793.
Carthage. A 110 mètres au nord du premier cimetière païen des officiales de Bir-ez-Zitoun, cimetière chrétien entouré de murs, partiellement déblayé par le P. Delattre en 1882.
Dalles funéraires en mosaïque, longues de 1 m. 50 environ et larges de 0 m. 60, reposant sur une couche de mortier, épaisse de 0 m. 62 seulement, et maintenue sur les quatre côtés par des pierres plates ou des tuiles, enfoncées verticalement dans le sol ; ornées de figures symboliques chrétiennes et d'épitaphes, paraissant remonter aux IVe et Ves de notre ère. Pour la plupart très endommagées et tombant en miettes au moment du déblaiement, avant qu'on ait pu en prendre le signalement. Détruites.
Même cimetière, mêmes fouilles. Trois mosaïques Lombales chrétiennes.
Carthage. A 150 pas au sud-ouest du premier cimetière des officiales de Bir-ez-Zitoun, sur le bord de la route de la Malga à Tunis, second cimetière païen des officiales recouvert lui aussi par une area chrétienne, et en partie déblayé par le P. Delattre en 1882. Tombes en mosaïques, dalles ou caissons, ornées d'épitaphes et de figures symboliques chrétiennes, souvent très endommagées. En place. Détruites.
Même cimetière, mêmes fouilles. Onze mosaïques tombales, plusieurs détruites, autre au musée Saint-Louis de Carthage.
Carthage. A l'extrémité du terrain de Bir-el-Djebbana.
Carthage. Ruines d'un édifice païen, peut-être des thermes, en partie recouvert par des constructions dépendant de la basilique chrétienne de Damous-el-Karita. Fouilles de 1878.
Abside formant la grande nef au Sud-Ouest : trichose, salle rectangulaire, citerne, nefs majeures, | mosaïques tombales.
Bibl, — Delattre, dans Cosmos, 19 mars 1892, p. 463 sq. ; 25 juin 1895, p. 407, n. 28 ; dans Missions catholiques, t. xv, 1883, p. 371, 379, 393 ; t. XVIII, 1886, p. 78, 80 (plan), 91 a, 92 b, 89, 132 ; Recueil de la Société archéol. de Constantine, t. xxiv, 1888, p. 36 ; t. xxv, 1890, p. 352, n. 469 ; t. xxvr, 1892, p. 187 ; Babelon, Carthage, p. 168 ; Delattre, Un pèlerinage aux ruines de Carthage et au musée Lavigerie, 1902, p. 60, 120, 123 ; Monceaux, dans Revue archéologique, 1903, p. 59, n. 73 ; Audollent, Carthage romaine, p. 663-665 ; P. Monceaux, Enquête, dans Mémoires présentés par divers savants, t. xir, 1907, p. 22 sq., fig. n. 234 ; Corp. inscr. lat., t. vir, n. 13418, 13440, 13543, 13751, 13813 ; P. Gauckler, Inventaire, p. 281-285, n. 848-866.
Carthage. Sur le plateau dominant la basilique de Damous-el-Karita, au Sud-Est, constructions diverses. Dans un champ, cimetière chrétien dont les tombes sont postérieures à celles de la basilique. Fouilles 1884.
Mosaïques tombales ; les unes détruites, les autres au musée du Bardo.
Uti que. Mosaïque tombale, trouvée dans l'intérieur d'une chapelle chrétienne. Fouilles 1880-1881.
Brisée en deux fragments : 1° l'épitaphe de Candida fidelis... ; 29 deux oiseaux au-dessus d'un vase. Musée du Louvre.
Même localité, mêmes fouilles.
Mosaïque funéraire chrétienne ? Fragment. Une croix inscrite dans une couronne. Musée du Louvre.
El-Alia (Uzalis). Basilique chrétienne, ecelesia restituta, située dans la ville même et où des reliques de saint Étienne, le protomartyr, furent déposées au début du Ve, dans une chapelle annexe construite à cet effet. Le pavement de cette chapelle était en mosaïque : pavimentum tessellæ, Henchir-el-Khadh-Kadda. Ruines écroulées d'une basilique chrétienne.
Dans une chambre annexe, mosaïque à fond blanc et guirlandes noires. En place.
153 Silchester (Hampshire). col. 1181, fig. 1631-1632.) XXII. ÉGYPTE. Égyptiens et les Coptes ont recouru principalement à la fresque (voir aux mots ANTINOË, BAOUIT, CHAQQARA, etc. ; cependant, nous rencontrons l'emploi de la mosaïque dans la basilique de Saint-Ménas, nacre, ambre, verre et cubes dorés (voir Dictionn., t. xt, col. 349). |
XXIII. DALMATIE. — A Salone, les mosaïques découvertes offrent assez peu d'importance. Les motifs qu'elles présentent sont des combinaisons géométriques, des entrelacs, des nattes,
Dans la basilique épiscopale, la mosaïque du presby(Voir Diclionn, t. I, lerium est conservée ainsi que l'inscription de l'évêque | — A l'époque chrétienne, les | ner, Inscript. Hispan. christ., Supplementum, p. $3, n. 410 ; J. Puig, La architectura romanica en Cataluñya, 1909, p. 295, fig. 348 ; p. 296-297.
Au cours de ces dernières années, on a ajouté quelques inscriptions funéraires chrétiennes en mosaïques trouvées à Coscojuela de Fantova (Huesca).
ETS SS
2C OTINVGI- [SNO NI NE
, MIS EPVECR 4 ia Celle-ci nous montre la femme du prêtre Macédonius ornant la tombe de son mari (IVe).
MACEDONIO PRE : C-B CONIVGI SVO * MARIA : E AM VM.
Macedonio pr(es)b(ytero), coniux bona, coniugi suo, Maria... [sepuler ]Jurh [adornavit].
La restitution proposée de la fin du texte se justifie par des textes analogues ; également en mosaïque :
RVFO DVL CISSIMO ** CONIVGI ** SVO VIVENT IVS (5 SEPVLCRV M ** ADORNAV IT
Rufo dulcissimo coniugi suo Viventius, sepulcrum adornavit ; le texte est suivi du monogramme du Christ entre deux disques ; puis le défunt, représenté dans l'acte de la prière, les bras levés vers le ciel, vêtu de la dalmatique. IVe (fig. 8484).
On remarquera ici ce nom de Viventius porté par l'auteur de l'inscription qui se dit cependant conjux du défunt ; mais conjur n'a pas seulement le sens d'époux et d'épouse, il s'emploie pour désigner un compagnon, vivant de la même existence, celui qui ejusdem servitutis jugo vel eidem sorti aut conditioni adstrictus est. Et ce doit être ici le cas.
Quant à la belle mosaïque trouvée depuis peu à Tolède, nous n'y découvrons aucun signe ou symbole chrétien. derniers sigles pourraient être interprétés ainsi : uxor lesiamenti causa item memoriam eius libens et titulum erexit ? (Le mot memoriam aurait le sens de chapelle.) Dais la sépulture ont été découvertes trois monnaies qu'on dit être de Constance II (353-361). Quelques détails du formulaire, et surtout la forme des lettres ne permettent guère de remonter au delà de la seconde moitié du Ve (Rev. d’hist. ecel., 1933, p. 215).
XXV. FRANCE, — 1° Province des Alpes-Maritimes. — Riez (Basses-Alpes). — Dans la vieille église, Constantin le Grand, :sur un cheval, foulant aux pieds la figure d'un homme. Autour, l'inscription :
« La manière indiquait mille ans environ d'ancienneté. Il ny a pas de doute qu'on n’eût voulu désigner Constantin le Grand et cependant l'habit et la manière n'étaient point convenables, paraissant faits longtemps après » (Peiresc). Ve ou VIe. N'existait déjà plus au temps de Peiresc.
Marseille. — Sous l'église de la Major ; en la démolissant pour construire la nouvelle cathédrale (voir colonnes encore en place et de nombreux fragments de mosaïque (Révoil).
Arles. — A l'église Saint-Trophime.
« Un pavage d'une époque bien antérieure (au XIe) existait au niveau du sol de l'église primitive, attribuée à saint Virgile [construite entre les années 601 et 626]. La partie découverte indiquerait que cette mosaïque était d'une grande richesse et d'une grande importance ; malheureusement, elle se trouva engagée dans les maçonneries de date postérieure à sa construction et il a été impossible de pousser plus loin les recherches nécessaires pour en faire un relevé suffisamment complet » (Révoil). Laissée en place.
Vaison. — Dans l'ancienne cathédrale ; en creusant les tombes des confrères du Saint-Crucifix, qui y avaient une chapelle.
: Double pavé en mosaïque superposé avec des bases de piliers. Cela prouve qu'il y avait eu deux églises bâties et successivement détruites avant celle que l'évêque Humbert fit élever (en 910), en s'aidant certainement des matériaux que lui fournirent les deux premières » (Courtet).
Bibl, — Courtet, Diclionn. des communes de Vau- « cluse, p. 327 ; G. Lafaye, Inventaire, p. 28, n. 120.
Die (Drôme). — Dans une salle de l'ancien évêché, autrefois chapelle Saint-Nicolas, où sont aujourd'hui conservées les archives de la mairie, rectangle assez rapproché du carré ; superficie 16 m. (voir Diclionn., t. rv, col. 815, fig. 3733).
Au centre, rosace rouge, blanche et noire, entourée de la légende circulaire : les quatre fleuves du paradis. A ces noms correspondent quatre masques de fleuves barbus et crachant de l'eau. Ils sont séparés par des rosaces variées, semées sur un champ blanc, et par des arbustes et des animaux : chiens, oiseaux, poissons, etc. Torsade et | quadrillage en bordure. IVe-Ve. État à peu près parfait de conservation. Laissée en place.
| d'un ballistero presso la cattedrale di Die, dans Bull. di | Lasteyrie, dans Bulletin monumental, t. XXI, 1855, Valence. — Église Saint-Pierre du Bourg, fragments de mosaïques (chrétiennes ?).
Pact (canton de Beaurepaire, arrondissement de Vienne, Isère). — Au kilomètre 22 de la nouvelle route de Vienne à Beaurepaire, dans un sacellum païen, remplacé au VIe par une église à Notre-Dame des Ocellats. Mosaïques.
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> Lowe dm o De ir immate 157 de l'Académie delphinale, IIIE sér., t. xx, 1885, p. 381 ; Bulletin de la Soc. départ, d'archéol. et de statistique de la Drôme, t. xiv, 1885, p. 328 ; G. Lafave, Inventaire, p. 55, n. 249.
Cruas (canton de Rochemaure, arrond. de Privas, Ardèche). — A l'église, derrière l'autel, 1349.
Mosaïque « parfaitement conservée et du plus bel effet » Les prophètes Hélie et Hénoch en pied ; une inscription au bas d'une des figures fait remonter la mosaïque à l'an 1000. « Conservation assurée. » IN times (Gard). — Église cathédrale de Notre-Dame (et Saint-Castor), signalée en 1557.
Oiseaux, animaux, arbres et figures diverses. « Détruite en même temps que l'église par les religionnaires. » Trois étages superposés d'arcatures. Les vingt-deux arcatures du premier rang représentaient des personnages et des scènes de l'Évangile. Au second rang, dans vingt-deux autres arcatures, les apôtres, les prophètes et les anges. Au troisième, les personnages de L'Ancien Testament. A la naissance de la voûte, une frise de paons et de perroquets. Or, argent, bleu, vert, rouge. Ve. D'après un procès-verbal du XVIe. Détruite en 1759.
« M. le président d'Orbessan avait recueilli et conservé dans son cabinet quelques échantillons..., quelques-uns sont entre nos mains !, » L'église était primitivement pavée de mosaïques gallo-romaines.
Thiers (Puy-de-Dôme), — Dans l'église Saint-Geneés, sous la première travée, à 2 mètres au-dessous du sol actuel, on exécuta, au mois d'août 1863, des travaux en vue de l'installation d'un buffet d'orgue. Sur ce point, le sol avait été exhaussé au XVIIIe, et on trouva, à environ 0 m. 60 de profondeur, un pavement ancien, souvent interrompu par de grossières réparations, mais dont plusieurs motifs étaient bien conservés. Les principaux fragments se composaient de médaillons circulaires de 60 à 70 centimètres de diamètre. On y voyait représentés un lion, un paon, d'autres sujets. Ces objets reçurent la visite du sous-préfet, du maire, des érudits et des flâneurs de la localité , et on annonça que la ville faisait don de la trouvaille à un des musées de Paris . En 1565, la commission des Sociétés savantes reçut une aquarelle représentant : 1° un oiseau dans un médaillon, accompagné d'un fragment d'inscription avec les lettres BA : 29 un cerf dans un médaillon. En outre : un lion, un homme à califourchon sur un poisson, un échantillon de la bordure *. Entre temps, la fabrique de l'église Saint-Genés sollicitait la restitution des mosaïques ainsi décrites par M. Crosnier : « Une vingtaine de médaillons sont à découvert ; chaque médaillon est encadré dans un cercle de 95 à 96 centimètres de diamètre ; les figures losangées formées par la jonction des quatre cintres sont ornées de dessins variés. » Parmi les sujets, il citait un lion, un cerf, une femme à califourchon sur un monstre marin, un paon nimbé aux ailes éployées, un énorme colimaçon 5.
Pendant une vingtaine d'années, on ne s'en occupe guère ; mais, en 1888, un érudit envoie une description au Comité des travaux historiques *, et les mosaïques de Thiers font leur apparition dans les ouvrages de Courajod, d'Enlart, de Lafaye, de Prou 7.
Les débris de mosaïques ne firent jamais le voyage de Paris ; la municipalité de Thiers borna sa libéralité à cinq caisses de bois de forme rectangulaire qui furent déposées « provisoirement » dans la chapelle de l'ancien collège. Elle y assista à la transformation de la chapelle en salle de gymnastique, « exposées à toutes les injures ». Un érudit écrivait à leur sujet : « Le traitement infligé à ces mosaïques est un des exemples les plus lamentables de vandalisme que nous connaissions. Il est grand temps d'en sauver les derniers vestiges... Classées parmi les monuments historiques, un avenir meilleur semble se dessiner pour elles ; il est temps, en effet, de les sauver, si on ne veut voir disparaître un témoignage précieux des origines de notre art national !. » Parmi les fragments conservés dans les cinq caisses, « la figure la mieux conservée est celle du lion » (fig, 8485). Il ne reste plus aucune trace de la bordure qui l'encadrait ; la tête et les pattes de devant sont mutilées. L'animal occupe tout le champ de la caisse rectangulaire de 0 m. 98 de long sur 0 m. 66 de large, et il se détache en noir sur un fond de petits cubes blancs. Les cubes qui forment le corps du lion sont faits d'un marbre bleu très sombre, mélangé çà et là de points rouges. L'animal semble bondir sur une proie, fléchissant sur les deux pattes de devant, tandis qu'au-dessus de la croupe relevée s'agite la queue, Le dessin est très barbare ; le corps est trop long, le profil raide et géométrique ; le modelé est absent. L'inspiration naturaliste n'est représentée que par l'attitude même du lion bondissant et par les pattes de derrière, munies de griffes longues et pointues. La crinière est limitée par une ligne transversale de cubes blancs ; elle a la forme d'une tresse d'entrelacs, indiquée aussi par des lignes de cubes blancs qui s'entrecroisent, La touffe de poils qui termine la queue est figurée par une série de losanges noirs et blancs, inscrits les uns dans les autres. Enfin, sur la cuisse, se détache une belle étoile blanche à quatre rayons qui partent d'un cercle de cubes noirs. Ce détail achève de compléter la ressemblance de notre mosaïque avec les dessins des étoffes persanes, 160 Une deuxième caisse (1 m. 0 m. 76) présente encore un sujet assez bien conservé. Au milieu d'un médaillon, dont on aperçoit encore l'extrémité supérieure, se trouve un oiseau au long bec, à la tête surmontée d'une triple aigrette de plumes et entourée d'un nimbe circulaire. Des bandes épaisses de cubes noirs dessinent le cou. L'œil est fait d'un cube noir entouré d'un cercle de cubes blancs. Les pattes sont pourvues d'un éperon. Autour des ailes éployées se détachent, sur un fond blanc, une série de médaillons noirs, au milieu desquels sont serties des marguerites à six pétales. Des lignes de cubes noirs, placées d'une manière transversale, semblent relier cette zone ornementale au corps même de l'oiseau. Les rosaces, en effet, ne sont là que pour représenter des plumes de paon et l'ensemble de la figure doit bien être celle d'un paon faisant la roue (fig. 8486). La bordure qui encadrait le médaillon était faite d'une succession de gros losanges, de marbre blanc, rouge et vert, sur un fond noir cerné de lignes blanches.
Les autres caisses ne renferment plus malheureusement que des débris juxtaposés arbitrairement. Sur la troisième, on distingue deux grosses têtes d'oiseaux. L'une est surmontée d'une crête et se termine par un bec légèrement recourbé ; l'œil est fait d'une grosse amande de marbre rouge, entourée de cubes blancs... Une seconde tête d'oiseau, dont l'œil rouge est entouré de gros cubes blancs, verts et rouges, L'extrémité d'un corps de reptile, une patte de quadrupède terminé par un sabot fourchu ont été placés là au hasard... Dans la quatrième caisse... sur le fond blanc se détache une tête noire d'oiseau à long bec ; l'orbite vide devait contenir la pierre rouge taillée en amande que nous avons déjà notée, Au-dessous de cette tête et à l'envers, on distingue le corps noir d'un petit quadrupède, la queue relevée au-dessus du dos. La cinquième caisse est la plus mutilée À, » « Le sujet, que l'on trouve souvent dans les pavements d'église à toutes les époques du Moyen Âge, était la représentation du bestiaire à moitié réel, à moitié fabuleux que la diffusion du Physiologus alexandrin avait rendu populaire dans toute l'Europe dès les premiers siècles du Moyen Âge. On sait que chacun des animaux de ce roman pseudo-scientifique, d'abord simple objet de curiosité, ne tarda pas à prendre sous l'influence des théologiens une valeur symbolique. C'est ainsi que le lion figure le Sauveur à cause des paroles de Jacob à Juda ? ; le phénix, qui vient de l'Inde, est aussi le Christ apportant la bonne nouvelle . Cette signification mystique des animaux suffit à expliquer pourquoi ils sont représentés si souvent dans 161 les églises !, mais indépendamment de cette considération, on sait quelles étaient, aux premiers siècles de l'Église, les règles suivies dans l'ornementation des basiliques. L'iconographie religieuse était réservée au sanctuaire et jamais on n'eût osé placer les figures du « Christ ou des apôtres sur les pavements destinés à être foulés aux pieds. Un rescrit de Théodose et de Valentinien, daté du 17 mai 427, interdit sous les peines les plus graves de représenter sur le sol « le signe du Christ Sauveur ? ». C'est peut-être ce qui explique le succès de ces motifs zoologiques qui, sans exposer les images vénérables à être profanées, n'en gardaient pas moins un sens religieux pour les fidèles instruits . » J Au point de vue technique, nous avons une mosaïque faite d'un mélange de petits cubes de marbre noyés dans le ciment, avant en moyenne 8 millimètres de côté, taillés et disposés sans régularité, certains très menus (les griffes du lion), d'autres très grossiers (les ondes de la crinière du lion). Parmi les cubes, on a introduit par places de gros morceaux de marbre qui ne sont plus de l'opus tessellatum, mais de l'opus sectile ; c'est le cas pour les bordures en losanges servant de cadre aux médaillons ; certains losanges atteignent jusqu'à 3 centimètres de côté, Les couleurs sont disposées comme sur un tapis. Sur un fond neutre de ton clair, les sujets s'enlèvent, entourés de bordures décoratives.
Reste à savoir la date qu'il faut attribuer à ces mosaïques. J. Quicherat 5, au temps où ses jugements étaient sans appel, décida que ces mosaïques étaient du XIe ou du XIIe. E. Enlart * accepta cette opinion. D'autres, mieux avisés ou plus savants, avaient parlé de l'époque mérovingienne.
L'église de Saint-Genés aurait été fondée, au dire de Grégoire de Tours ?, par saint Avitus, évêque de Clermont, et une inscription disparue fixait la date de cette fondation en 575 . En 1107, on procéda à la restauration, en sorte que le pavement peut appartenir à la construction du XIe ou à la restauration du XIIe. Les pavements d'époque romane sont nombreux en France et en Italie, on en rencontre à Die, à Saint-Omer, à Pavie, à Crémone *, etc. En 1122, on connaît un pavement en mosaïque inspiré du bestiaire, à Ganagobie (Basses-Alpes) 19 et, par ailleurs, on sait que l'opus sectile marmoreum était encore pratiqué en LOVE, Mais l'étude directe des mosaïques de Thiers permet de soutenir qu'elles sont d'une fabrication plus barbare que les pavements du XIIe. « Sur les mosaïques de Saint-Denis, conservées au musée de Cluny, par exemple, les cubes sont disposés avec une grande régularité, le dessin est ferme et les motifs s'enlèvent clair sur fond noir. Il en est ainsi sur la plupart des mosaïques italiennes de la même époque. Certains pavements de Crémone paraissent être des copies exactes faites d'après l'antique. L'un d'eux, qui représente un combat de gladiateurs ! ?, a, comme les mosaïques de Thiers, des encadrements en opus sectile, mais ils sont disposés avec régularité et agrémentés de dessins variés. On sent très bien qu'à cette époque les praticiens ont retrouvé une maîtrise, inconnue dans l'art depuis l'antiquité, et bien éloignée de la maladresse qui caractérise le pavement de Thiers. Tous les détails de cette œuvre indiquent, au contraire, une période plus archaïque et plus barbare. Les artistes du XIIe commencent, dans une certaine mesure, à subir une influence naturaliste et à rechercher la vraisemblance ; l'auteur du carton, d'après lequel ont été exécutées les mosaïques de Thiers, n'a voulu, au contraire, que produire un effet décoratif et il a transformé les formes vivantes en ornements géométriques.
« C'est bien à l'époque mérovingienne, au VIe ou au VIIe, qu'il faut remonter pour trouver des monuments voisins du nôtre. Les mosaïques de cette période sont très rares, particulièrement en France. A l'abbaye de Moissac, un pavement en mosaïques dû à saint Didier, évêque de Cahors (T 655), existait encore au XIVe ; on y voyait un personnage entre deux griffons (probablement Alexandre enlevé dans les airs). Un fragment de décoration géométrique se trouvait, en 1820, dans une chapelle ; il consistait en enroulements opposés partant d'un losange central ?*.
A Sens, on a découvert une mosaïque de la fin du Ve qui représente des cerfs affrontés de chaque côté d'un vase d'où sortent des feuillages mêlés d'entrelacs 4, Des fragments analogues ont été trouvés à saint-Quentin, à Saintes, à Sainte-Colombe, près de Vienne. Les pavements de la cathédrale de Grado, exécutés sous l'évêque Hélias (571-586), grâce à la générosité de souscripteurs qui ont tenu à laisser leurs noms à la postérité ! consistent surtout en motifs géométriques. Un des pavements qui se rapprocheraient le plus de celui de Thiers est celui de l'église Saint-Chrysogone du Transtévère, à Rome ; il fut probablement exécuté en 731, lors que Grégoire III reconstruisit l'église. On y trouve, comme à Thiers, un mélange d'opus sectile et de mosaïque : des médaillons juxtaposés dans la grande nef sont ornés alternativement d'aigles et de dragons !, »
163 dessinant des hexagones et losanges (noirs) et des triangles (blancs). Genre d'opus sectile qu'Artaud attribue au IVe ou Ve, mais qui pourrait être très postérieur. auraient pu être l’œuvre de la restauration opérée au Lyon. — Église Saint-Irénée, sol du chœur.
Signes du zodiaque (poisson, lion, sagittaire, cavalier). Au-dessous, trois rangs d'arcades, placées les unes au-dessus des autres et dans lesquelles on voit les figures des Sciences désignées par des inscriptions ‘Dialectica, Rhetorica, Sapientia,...gra...). Puis une grande inscription, noire sur fond blanc, en huit lignes sur une tablette que désignent deux prêtres. Les huit vers léonins faisaient allusion au martyre d'Irénée et de ses 19 000 compagnons. Xe ?
Détruite en partie par les troupes du baron des Adrets, en 1562, puis pendant le siège de Lyon. L'inscription a disparu au cours des travaux de réfection du dallage, sous Charles X.
Lyon. — Dans l'abside d'une église.
Mosaïque représentant la Jérusalem véritable avec ses monuments, citée par Florus, au Ier siècle, dans le titre suivant : vi Titulus absidæ.
Lyon. — Derrière le maître-autel de l'église Saint-Martin d'Ainay, aujourd'hui chapelle Sainte-Blandine. Gros cubes mal joints, empruntés peut-être à des mosaïques antiques. Refaite après 1854, Effigie du pape Pascal II (ou de l'archevêque Gaucerand, selon Steyert) et représentation de l'église accompagnée du vers suivant qui est détruit : et des restes de mots, sur six lignes : eba [lea]. simo ||....A bbat||... bene||...o.
J. Spon, Recherches des antiquités de Lyon, 1675, | 164 Il existe encore un quatrain en vers léonins (quatre mots ont été refaits et le reste restauré) :
Huc, huc, flecle genu veniam quicun que precaris ; Hic pax est, hic vila, salus, hic sanctificaris ; Hic vinum sanguis, hic panis sit caro Christi ; Huc expande manus quisquis reus ante fuisti.
Commencement du XIIe (probablement vers 1106). ment subsistaient à cette époque) ; J. Durand, dans | Annales archéologiques, t. xvii, 1857, p. 122 ; F. Artaud, Histoire de la peinture en mosaïque, p. 73, | pl. xiv ; D. Meynis, Grands souvenirs de l'Église de | fig. 286 (personnage avec la représentation d'une signes du zodiaque. chapelle de Saint-André et de Sainte-Anne. Débris par l'évêque Agricola (T 580) : Ecclesiam fabricavit quam columnis fulcivit, variavil marmore, musivo | depinxit.
Autun (Saône-et-Loire). — Abbaye de Saint-Martin ; dans l'abside de l'église et pavement. Le pavement représentait les signes du zodiaque.
Autun. — Dans l'abside de l'ancien prieuré de Saint-Racho-lez-Autun (démoli en 1767).
Restes de mosaïque à fond d'or ; vus en 1690.
Coulanges-les-Nevers (canton de Nevers, Nièvre). — Dans l'église de Saint-Théodore, en 1859 (ou 1860), en creusant les fondations du maître-autel.
Dans une pièce avec hémicycle ; bordure avec enroulement de pampres et fleurons en rouge, vert, gris, jaune ; torsade. Carré entouré d'une torsade, en blanc, rouge, noir. Pourrait être du IVe. Musée de la Porte du Croux, à Nevers.
165 musée lapidaire de la Porte du Croux, 1873, n. 5 (V-VIe) ; M. Prou, dans La grande encyclopédie, t. XIN, p. 40 (Carolingienne) ; À. Blanchet, Inventaire, p. 33, n. 840.
Vergers (près de Donzy, arrond. de Cosne, Nièvre). — Dans une magnifique église, élevée en l'honneur de saint Germain, par saint Pallade, évêque d'Auxerre (623-657). Plusieurs mosaïques.
Auxerre (Yonne). — Voûte de l'abside de l'église décorée par saint Didier, évêque d'Auxerre (614-621 ou 623).
Basilicam sane beati Stephani, cui sedit, miro decore ampliavit, ingenti testudine a parte applicita, auro que ac | musivo splendidissime decorata, instar eius quam Sydgrius episcopus Auqgustoduni fecisse cognoscitur.
Auxerre, — Voûte de l'abside de l'église du monastère de Saint-Eusébe (plus tard église paroissiale) construite par saint Pallade, évêque d'Auxerre (623 ?- 657).
Cujus (basilicæ) testudinem a parte orientali ex musivo simul et auro compsit ac dedicavit.
Auxerre. — Église de l'abbaye royale de Saint-Germain dans chapelle de Saint-Maxime, de Saint-Optat, de Saint-Sanctin et de Saint-Mémorien, fragment transporté à cette place en 1676 ; antérieurement dans le sanctuaire ?
David tenant l'épée et la tête de Goliath, le corps de celui-ci étendu à terre. Restes d'un pavé du XIIe ou du XIIIe ?
Sens (Yonne). — Dans le jardin de la maison Hardy, qui fait aujourd'hui partie de l'école Saint-Edme, à droite de la Grande Rue, n. 202, près de la rue ChampFeuillard ; fouilles de nov. 1876 et 1880, à 1 m. 60 au-dessous du sol actuel ; 5 m. x 3 m.
Le sujet central, rectangulaire, de 2 m. 36 x 1 m. 55, | Triple bordure : 1° guirlande de feuilles, interrompues par des rosaces ; 2° enroulements de rameaux de vignes avec feuilles et grappes : 3° torsade ; jaune (2 tons différents), rouge-rose, vert clair, vert jaunâtre, blanc, noir. En place et couverte.
166 romain de Sens, 1898, p. 93-94 ; A. Blanchet, Inventaire, p. 42, n. 890.
Paris. — Autrefois à l'église de Saint-Germain-des-Prés, aujourd'hui à Saint-Denis. Tombe dite de Frédégonde ; mal restaurée en 1841 et 1842 (voir Dictionnaire, L. v, col. 1705, fig. 4507).
Dalle de pierre recouverte d'une sorte de mosaïque de marbre où des filets de cuivre dessinent la figure et les ornements ; le visage, les mains et les pieds sont lisses et étaient probablement peints.
Travail du XIe ou XIIe, exécuté d'après un procédé décrit par le moine Théophile ?. Il y a aussi une copie sur pierre de liais.
Paris. — Basilique élevée par Childebert sur l'emplacement de l'église postérieure de Saint-Germain-des-Prés. Hiche pavement avec sujets. Détruit.
Paris, — Église abbatiale de Sainte-Geneviève.
Étienne d'Orléans, évêque de Tournai (1193-1203), étant abbé, y fit exécuter des mosaïques murales : Parie les etiam innovamus sectis el politis lapidibus exlerius fulcientes, Médaillon polychrome avec le moine Albéric agenouillé, à droite. Sur le fond de verre doré, à droite et à gauche : Hoc pius Albericus nobile fecil opus. Autre inscription, circulaire, en blanc sur vert :
167 Terminiers (canton d'Orgères, arrond. de Châteaudun, Eure-et-Loir). — Substructions près de la ferme de Villours.
Demi-cercles et croix ; noir et blanc. En place ?
Bibl. — Dupuis, dans Mémoires de la Société archéologique de 168 noble simplicité de quel que beau modèle d'art chrétien primitif fut évidemment ici suivie de prés, Plus d'un détail ornemental, surtout dans la partie accessoire placée au-dessous du sujet, faisait même nettement penser aux influences d'Orient (fig. 8487). Si on compare cette œuvre datée et conservée dans une église de campagne avec les productions prétentieuses et clinquantes qui s'étalent de nos jours dans de grandes basiliques, il est difficile de ne pas donner la préférence à cette mosaïque d'un art, d'un goût et d'une technique irréprochables, dignes de concourir au magnifique symbolisme de ces anges debout, les ailes déployées, le bras étendu pour protéger l'arche sainte. L'or est prodigué et cependant il n'a rien de choquant, c'est comme un jour entrouvert sur le ciel. La frise du soubassement est bleue, comme à Sainte-Sabine, et porte une inscription en cubes d'argent. Au-dessous de la voussure régne une colonnade dont le fond était décoré de fleurs stylisées, également en mosaïque, l'inscription, en partie rompue, a pu être rétablie au moyen d'une ancienne copie :
« Regarde le saint tabernacle et les chérubins, contemple la splendeur de l'arche de Dieu et, à cette vue, songe à toucher par tes prières le maître du tonnerre, et n'oublie pas d'associer Théodulfe à tes vœux. » Cette mosaïque est une œuvre unique pour la Gaule.
Angers (Maine-et-Loire). — Place du Ralliement ; 21 novembre 1878, au cours des travaux de nivellement de la place ; 5 m. 13 de côté ; affaissée en 1882, restaurée en nov. 1883. Au musée d'antiquités Saint-Jean, à Angers, depuis 1878.
Jusqu'à l’époque de la Révolution, une église dédiée à Saint-Pierre s'élevait sur la place du Halliement ; il se pourrait que cette mosaïque lui appartint ou à une de ses dépendances. Dessin réticulé avec carrés de rosaces ; fond blanc, traits noirs, bandes jaunes et rouges. Bordure de 0 m. 82, avec rinceaux et palmettes. Au centre, carré plus grand, bordé d'un ornement courant ; il servait probablement de cadre à un emblème qui a disparu.
Savennières de ; A P iat 1 M maa gu m 169 arrond. d'Angers, Maine-et-Loire). — Dans le chœur d'une église détruite avant 1864. Fragment. Don de Legloux, en 1849, au musée Saint-Jean.
49 Province de Gaule Belgi que. — Reims (Marne). — Sous l'église Saint-Nicaise ; novembre 1814, en déblayant des pierres engagées dans la maçonnerie, à l'entrée de la croisée septentrionale de l'église.
Fond blanc, torsade. Époque incertaine, pourrait provenir de la basilique de Jovin. IVe. deux datées de 1130 et de 1209.
Saint-Riquier (cant. d' Ailly-le-Haut-Clocher, arrond. d'Abbeville, Somme). — Pavement du chœur de l'église de l'abbaye ; des restes ont été retrouvés en 1783 et recueillis par plusieurs personnes ; quatre médaillons ont été formés avec des matériaux de cette provenance (surtout des fragments de porphyre rouge et vert) et ont été placés dans la nouvelle chapelle du | petit séminaire.
Beau pavement de marbre, exécuté sous Charlemagne par l'abbé Angilbert. Devant l'autel de saint Riquier, il y avait les quatre vers suivants :
Saint-Riquier. — Église de l'abbaye.
Mosaïques exécutées par Angilbert et représentant la nativité, la passion, l'ascension et la résurrection, IXe ; détruites.
Saint-Quentin (Aisne). — Dans le chœur de la collégiale, élevée sur l'église agrandie au Ve par saint Éloi. Fragment blanc et noir ; rosaces, losanges et grecques ; les cercles sont bordés de rouge.
Attribuée à la seconde moitié du Ve : mais très probablement romaine. n. 1142.
Arras (Pas-de-Calais). 2 m. 68x1 m. 15.
Mosaïque représentant l'évêque Frumand (Frémold, 1174-1183). Figure de face, tenant la crosse. Frumaldus : epc. ; blanc, rouge, vert, bleu, noir, gris. Bordure bleue avec carrés en noir, blanc, rouge et or ; XIIe. Musée d'Arras.
Église Saint-Waast, 1838, | 170 Saint-Omer (Pas-de-Calais). — Abbaye élevée par saint Bertin, au VIe.
Nec minus inferius oratorii pavimenta multicoloris petrarum junctura... ; détruite.
Saint-Omer. — Abbaye de Saint-Bertin ; probablement le pavé de l'église incendiée en 1152.
Liége. — Place Saint-Lambert, sur l'emplacement de l'entrée du chœur de l'ancienne cathédrale, février 1908, à 0 m. 70 de profondeur, sous une couche de chaux.
Croix au milieu d'un cercle ; noir, bleu, blanc. Travail très grossier, Ve ou VIe. Deux fragments sont conservés au musée archéologique de Liége. d'aigles et des losanges ; XIe.
La mosaïque fut détruite les 24 et 25 février 1792, en même temps que la rotonde.
Ciampini dit que la mosaïque se trouve à l'intérieur de la coupole : Tholurm... sive trullum... depressior illi concameratio contigit. Le prévôt a Beeck ajoute que les parois étaient revêtues de mosaïques représentant les faits de l'Ancien et du Nouveau Testament : Quondam undequa que obvestitum inerustatum que fuisse... picturis in musivo seu musiaco opere diversis typicis coloribus variegalo, repræsentante veteris ac nome legis acta, De cela Ciampini ne dit rien, mais ce serait un point de ressemblance avec Saint-Vital.
Nous reproduisons ici le dessin du xvi siècle, Nous savons par Einhard qu'il y avait dans l'intérieur de la coupole une inscription en vers qui faisait le tour : Erat in eadem basilica in margine coronæ, quæ inler superiores arcus interiorem ædis partem ambiebat, synoptice scriptum, continens quis auctor esset ejusdem templi, cujus in extremo versus legebatur : PRINCEPS CAROLVS. De cette inscription rien n'a été conservé. Des doutes se sont élevés sur l'origine carolingienne de cette mosaïque. Les critiques allemands ont jugé que ce sujet pouvait être rajeuni et qu'il fallait envoyer à Ciampini, qui le fit graver dans son recueil (fig. 8488). A la base, une frise très étroite sur laquelle on voit le monogramme du Christ ; au-dessus, une zone assez large occupée par vingt-quatre vieillards offrant leurs couronnes ; au sommet, le Christ en majesté, entouré de deux anges. Sur le fond d'or, scintillaient des étoiles rouges à huit rais irrégulièrement espacées, mais le prévôt a Beeck soutient que les étoiles sont d'or ; il faudrait alors un fond bleu. Ce n'est pas la seule incertitude qui plane sur cette mosaïque dont le sujet est évidemment tiré de l'Apocalypse (1v, 2-11 ; v, 1). Le dessin de Ciampini nous montre Dieu en majesté entouré de deux anges, mais le prévôt a Beeck parle de quatre animaux, les symboles des évangélistes. Ciampini figure sept vieillards, le prévôt parle de vingt-quatre : Adhuc circulariter contemplari est qualuor et viginti seniores qui, as surgentes de sedilibus procidunt ante sedentem in throno, mittentes coronas suas ; enfin, le prévôt dit que le monogramme du Christ est sous le Christ et il en donne un dessin où ce monogramme est inscrit dans un cercle, faire la mosaïque d'Aix-la-Chapelle contemporaine d'Othon III (fin du x* siècle), en se basant sur le témoignage d'un moine de Saint-Jacques de Liége qui, parlant des travaux importants commandés alors par l'empereur, dit qu'aucune décoration peinte n'ornait encore la basilique : necdum enim color alicujus picturæ eandem decorabat. Quant au témoignage du pseudo-Turpin, qui nous parle de peintures exécutées par ordre de Charlemagne, à Aix-la-Chapelle, non seulement au dôme (scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament), mais encore dans le palais impérial (représentation des sept arts libéraux et des guerres de Charlemagne en Espagne), il est beaucoup trop tardif et suspect d'arrangement romanesque pour pouvoir servir de base à une conviction sérieuse. jme i 173 Aix-la-Chapelle. — Dans l'église du dôme. Fragments d'un pavement ; carrés blanc, noir, rose, jaune. Parties antiques employées ultérieurement ?
Cologne, — Première basilique de Saint-Géréon : Est apud Agripinensim urbem basilica... El qui admirabili opere ex musivo quodam modo deaurata resplendel, Sanctos Aureos ipsam basilicam incole vocilare voluerint. Détruite.
Cologne. — Église de Saint-Géréon, devant l'autel ; au cours de travaux de restauration, largeur 0 m. 40.
Restes d'une mosaïque : rosa ces et rinceaux ; noir et blanc. Antérieure au 1x° siècle.
Cologne. — Église Saint-Géréon ; restaurée à l'aide de fragments : conservée dans la crypte, xr° siècle.
XXVI. ILLYRICUM. — Celeia, abside de la basilique chrétienne. Fouilles 1897,
Lentia (Linz), crypte de la basilique de Saint-Florian, près de Lorsch. (Est-ce une mosaïque ?) 174 les monuments figurés de l'antiquité chrétienne, dans Bull. d'anc. liti. et d'arch. chrét., t. x1, 1913, p. 122-123. lvenna, dans la vallée de la Drave, une basilique et un consignatorium (voir Dictionn., t. vir, col. 139, fig. 5794-5795, baptistère, fig. 5796).
XXVII. ITALIE. — 1° Albenga, ville de Ligurie. — E. Müntz donne une description trop sommaire du * baptistère contenant une niche ornée de mosaïques appartenant, dit-on, à l'art chrétien primitif, et qui représentent des étoiles et des oiseaux sur un fond bleu ; dans la partie inférieure, des brebis ». Cette mosaïque est composée de quatre zones concentriques allant du bleu clair au bleu foncé. Les trois premières zones présentent le chrisme avec les lettres A et 0) (fig. 8489) ; il semble qu'on a eu le dessein de montrer un seul symbole allant en se réfléchissant et se développant. C'est évidemment le Christ entouré de douze colombes de profil qui figurent les apôtres, ainsi que nous l'avons vu sur certains autels antiques : Auriol, Marseille, etc. Dans la lettre x xxm de saint Paulin de Nole, on voit que cette décoration avait été adoptée pour la basilique de Nole : « Une couronne entoure la croix d'un cercle éblouissant ; autour d'elle, les apôtres forment une autre couronne, car c'est leur figure que vous voyez en ce chœur de colombes. » Le motif est encadré par quatre étoiles à huit branches, et une bordure de feuillage vert sur fond blanc limite la composition servant de séparation entre elle et une inscription en mosaïque, dont on ne possède que des fragments où se lisent quelques noms de saints : Étienne, Jean l'Évangéliste, Laurent, Mabor, Félix, Gervais et Protais. On voit que nous sommes sous l'influence milanaise.
Date inconnue, conservation défectueuse, technique grossière ; cubes d'émail bleus, jaunes, rouges et fragments de pierre.
Die römische Mosaiken, in-fol., t. n, Rome, 1916, | 4° Aquilée. — Vers 1910 on découvrait, non loin pl. Lxxxvir1 ; M. van Berchem et E. Clouzot, Mosaïques | de la cathédrale, les vestiges d'une ancienne basilique chrétienne bâtie pendant la première moitié du p. 114, fig. 128. IVe par l'évêque Théodore. Le pavement est en mosaïque et on y a mis au jour l'inscription suivante THEODOREFELIY ADIVVANTE-DEO OMNIPOTENTE -ET POEMNIO CAELITVS :TIBI ira DITVM : OMNIA b AEATE :FECISTI-ET GLORIOSE -DEDICAS TI Les lettres sont noires sur fond blanc ; le mot ; pæmnio doit se lire zoturvtov ; il signifie le troupeau, les ouailles dirions-nous, La mosaïque se trouve à 1 m. 50 environ sous le sol m E VIP.
- ds ks mention d'une mosaïque exécutée par ordre de la reine Amalasonte (535), sans indication du lieu où se trouvait cet ouvrage : Fecisli quo que, domina, palatium, quod te eliam ignotis evidenter ostenderet ; quando
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actuel ; elle s'étend depuis la façade jusqu'à la porte latérale. Du côté de la façade, la mosaïque offre l'apparence d'un tapis à petits compartiments formant des figures géométriques entrelacées ou juxtaposées ; naturellement, il s'y trouve une scène marine, des poissons, une barque, des oiseaux. On remarque une figure du bon Pasteur portant sur ses épaules la brebis égarée et tenant en main la syringe (fig. 8491).
A côté se trouve la scène de Jonas. Un monstre marin vomit une forme humaine, Plus près du centre, on voit des coupes et des amours ailés qui courent parmi une vigne et récoltent les grappes de raisin. Enfin, parmi les fragments découverts dans la nef centrale, outre l'inscription transcrite ci-dessus, on a trouvé quelques portraits d'hommes et de femmes au nombre de cinq, dont deux hommes. Celui que nous donnons ici (fig. 8492) semble bien vouloir être un portrait ; probablement celui d'un des donateurs du A CAEN « US x
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117 tombeau de sainte Matrona. A la partie supérieure, on voit une décoration de mosaïques dont la date peut varier entre la première moitié du VIe (Wilpert) et le début du vi (Bertaux).
La voûte offre une décoration intéressante qui rappelle celle de Saint-Vital, à Ravenne. Quatre palmiers, aux troncs rouge et or, couronnés de palmes et de fruits. Sur une palme perche un oiseau, probablement | 175 mais ceux-ci se trouvaient disposés de chaque côté de la fenêtre ; le lion a disparu, l'ange est resté. Dans un angle subsistent la partie supérieure et l'inscription désignant la ville de Bethléem, d'un type analogue à celui de Sainte-Marie-Majeure.
La quatrième lunette a disparu, mais nous savons, par un dessin du xvir siècle, qu'on y voyait une croix gemmée plantée sur un monticule d'où sortaient les un phénix. Entre les troncs des rinceaux vert et or, chargés de pampres et de raisins, sortent quatre calices, affrontés chacun de deux colombes (fig. 8493). Le médaillon central manque. quatre fleuves du paradis ; de chaque côté de la croix, douze colombes disposées sur deux rangs garnissaient le reste du champ.
179 modeste basilique à trois nefs, qui n'est que la transformation ou plutôt la déformation d'un sanctuaire primitif sur plan crucial. La coupole centrale et la voûte du bras oriental de la croix ont conservé des vestiges de mosaïque que les uns font remonter au Ve !, les autres au siècle suivant.
« La mosaïque du bras oriental est composée de trois compartiments rectangulaires entourés de cinq bandes décoratives, postes, tresses, etc. L'intérieur des compartiments est fait d'entrelacs au milieu desquels sont figurés des échassiers, un poisson, un lièvre, une grappe de raisin.
« Un tore, passant du rouge au vert par des tons dégradés, sépare la calotte de la coupole des retombées ou s'épanouissent des feuilles d'acanthe violacées sur fond blanc *. » 180 Laurent (voir Diclionn., t. xx, col. 1053). — Nous avons parlé de ce portique de seize colonnes corinthiennes qui est presque le plus ancien souvenir architectural de Milan et qui précède la basilique de Saint-Laurent, bâtie en 451, sur un ancien édifice romain.
A droite de la basilique s'élève la chapelle funéraire dédiée à saint Aquilin, laquelle est ornée de deux absides en mosaïques. Cette chapelle et sa décoration sont de la seconde moitié du rv* siècle.
Dans l'abside de droite, le Sauveur enseignant les douze apôtres ; il est assis sur un rocher et domine de toute la hauteur du buste ceux qui sont assis en deux groupes parallèles à ses côtés (fig. 8495). Le Christ est jeune et imberbe, nimbé (son nimbe contient le chrisme avec A et Q9). La main droite est levée, la gauche tient le volumen sur un plis du pallium. Les apôtres sont disposés sur deux rangs, plusieurs tiennent un rouleau en main. Pierre est à la droite, Paul à la gauche du Christ. Depuis que la mosaïque a été nettoyée, on voit un scrinium rouge contenant des rouleaux aux pieds du Sauveur. » Dans l'abside de gauche, on voit dans un paysage quatre bergers et un troupeau. Les deux bergers qui se trouvent au centre de la composition et la tête d'un | mouton ont été refaits. Les deux bergers qui occupent les extrémités du tableau ont l'accoutrement qu'on voit dans toutes les anciennes représentations du bon Pasteur. Le berger de gauche est debout, appuyé sur sa houlette, levant la main droite vers son visage ; le berger de droite est à demi couché, le bras droit soutient la tête, la main gauche tient une flûte de Pan. De chaque côté, la scène est encadrée par une cascade où boivent les brebis, Au premier plan, une brebis allaite son agneau.
Le nettoyage a permis d'apercevoir en plein ciel des poitrails et des pattes de chevaux. La scène reste douteuse ; on a proposé d'y voir des bergers incommodés par la chaleur du soleil, représenté sur son char ; on pourrait penser aussi bien au char qui emporte Élie dans le ciel.
. Berchem et E. Clouzot, Mosaïques chrétiennes, 1924, 181 NE Ls 182 pl. Lxxxrm-Lxxxv ; M. van Berchem et E. Clouzot, op. cil., p. 111-112, fig. 124-126.
109 Nap les. — Voir ce nom.
11^ Nole. — Voir ce nom.
2 » (lona. — Par ordre du roi Luitprand (712-744), on exécuta des mosaïques dans l'église d'Olona dédiée à saint Anastase ; c'est ce que dit Paul Diacre : (Rer Luitprandus) in Olonna nihilominus suo pro-
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Tar j Ier longue manche de la dalmatique à doubles clavi de couleur bleue. Les martyrs portent sur leur manteau le monogramme |. Saint Gervais est jeune et imberbe, tandis que saint Protais est un barbon, ce qui contredit une lettre attribuée à saint Ambroise qui les représente comme jumeaux 1.
Cette décoration en mosaïque appartient à la fin du ve ou au début du vit siècle.
F. Savio, Due lettere falsamente attribuite a sant'Ambrozio, dans Nuovo bullettino di archeologia cristiana, t. vi, 139 Parenzo. — Voir ce nom.
XXVIII. MOSAÏQUES DE RAVENNE. — Les mosaiques de Ravenne appartiennent à trois périodes d'art bien distinctes : période romaine, gothique et byzantine. Elles composent un trésor d'art, aujourd'hui unique au monde, et qu'on ne saurait trop recommander à l'attention de ceux qui veulent connaître et comprendre l'histoire de l'art chrétien. Honorius transporta à Ravenne, dès le début du Ve, le siège de l'empire et, n'échappant pas à la manie de ses prédécesseurs, voulut, comme plusieurs d'entre eux, fonder une nouvelle capitale qui ne fût inférieure en rien à Rome et à Byzance. Cette première période de constructions et de décorations, à peine interrompue par la chute de l'empire d'Occident, fut effacée par le merveilleux développement des arts pendant la période suivante. Il ne faudrait pas croire cependant que la période romaine de l'art à Ravenne soit négligeable. Mieux qu'à Constantinople ou à Salona, on peut y étudier l'art byzantin et y rechercher les causes et la nature de l'influence profonde exercée par cet art en Italie.
Un développement artistique, libre de ses moyens, original, exceptionnellement conservé, multipliant ses productions avec une profusion magnifique, fait de Ravenne l'expression la plus achevée et la plus complète de l'art oriental. « Nulle part enfin, mieux qu'à Ravenne, on ne peut se rendre compte dans le détail des procédés qu'employait cet art si particulier et si savant de la mosaïque. La merveilleuse gamme des couleurs dont disposent ces artistes, l'habileté avec laquelle ils combinent les pâtes de verre colorées, la richesse croissante des matières dont ils font usage, mélant les plaques de nacre aux cubes d'argent et d’or, la science avec laquelle ils savent, par des cubes de dimensions inégales, dégrader les tons, en faire chanter les harmonies, la technique différente enfin des temps et des maîtres divers, tout cela apparaît à Ravenne en une éclatante lumière !, :
184 1° Période romaine. — A cette période appartiennent un certain nombre de mosaïques qui n'existent plus, mais qui sont historiquement attestées. Ce sont celles de la cathédrale construite et décorée sous saint Ursus (379-396) ?, de Sainte-Agathe-Majeure, décorée pendant le pontificat de saint Pierre l'Espagnol (396-425), de la basilique de Saint-Laurent à Césarée ! (396-423), de Saint-Jean-l'Évangéliste décorée par ordre de Placidie 5, de l'église de Saint-André-Majeur , de la chapelle de Saint-André ?, toutes deux décorées entre 439 et 449, enfin de la basilique Petriana * (447-452). Ze outre, la mosaïque du baptistère des Orthodoxes - Saint Materne. Mosaïque de Milan. et celle du mausolée de Galla Placidia. Dans les deux cas, nous avons affaire à un magnifique ensemble décoratif. C'est une construction de forme octogonale, couronnée d'une coupole. L'extérieur n'offre rien qui retienne l'attention. L'intérieur, au contraire, offre une décoration originale qui rappelle la pure tradition alexandrine.
« Jadis, à la base des murailles, de riches incrustations de marbre, dont il ne reste que quelques fragments, mettaient l'éclat de leur polychromie (fig. 5498). Plus haut, à la courbe des deux rangées d'arcades superposées qui soutiennent la coupole, des mosaïques ornementales où, sur un fond bleu sombre, des arabesques d'or encadrent des figures d'apôtres et des ornements de stuc, d'une grâce et d'une fantaisie charmantes, rappellent les procédés de l'art hellénistique. Et, de même, la zone d'architectures qui décore le tambour de la coupole et où huit compartiments alternés montrent, entre des colonnes, des autels et des trônes d'or, s'inspirent des motifs chers à l'art d'Alexandrie, Au sommet de la coupole, au contraire, le style monumental apparaît, sinon dans le médaillon central représentant le baptême du Christ, et où la figure du Jourdain procède nettement des modèles antiques et de la symbolique païenne, du moins dans la procession des apôtres qui tourne, solennelle, autour de ce médaillon. Chacune de ces figures, encore drapées selon les meilleures traditions du style antique, a un type individuel, réaliste et vivant. Ce sont des portraits que le peintre a voulu faire, et la même recherche de la nouveauté se manifeste dans l'alternance des tuniques claires ou sombres correspondant à des manteaux teintés en jaune d'or ou en blanc, que le peintre a substituée à la monotonie des vêtements uniformément blancs » (voir Dict., t. v, col. 671, fig. 4208).
Mais le thème symbolique et moral nous intéresse moins que l'exécution technique et l'harmonie générale de la décoration. Rien de plus habilement conçu que le mélange des figures d'apôtres et des compositions, comme le saint Laurent et le bon Pasteur avec les symboles souriants et champêtres : des cerfs s'abreuvent à la source de vie, des colombes boivent à la coupe eucharistique, des vignes enroulent leurs volutes souples et élégantes. Un fond bleu sombre ajoute à l'éclat des figures et des ornements son reflet velouté semblable à celui du ciel de quelque terre lointaine. Dans un paysage d'une inexprimable douceur, le bon Pasteur repose parmi son troupeau. * Jeune, imberbe, couronné d'un large nimbe, il est assis parmi les roches semées de fleurs et d'arbres (voir Dictionn., t. vi, fig. 4858). Ce n'est plus le pâtre populaire des catacombes rapportant sur ses épaules la brebis égarée ; c'est un jeune roi, bienveillant et noble, vêtu d'un manteau de pourpre à plis nombreux, et s'appuyant sur la croix qui remplace la houlette. Les brebis le regardent et cherchent ses caresses : et le sentiment chrétien donne un charme exquis à cette scène dont tous les détails, le paysage varié, le modelé des chairs et la souplesse des draperies, peuvent soutenir la comparaison avec les meilleures œuvres de l'Antiquité, » i On constate une différence de facture entre les compositions de la coupole et celle des deux lunettes : saint Laurent et le bon Pasteur ; mais cette constatation, qui s'impose, laisse douteuse toute explication. Faut-il admettre le concours de plusieurs artistes, de talent inégal, ou bien les mosaïques de la coupole ont-elles été traitées à dessein dans un style plus sommaire, comme rentrant plus particulièrement dans le domaine de la décoration proprement dite ? Sans prétendre ici résoudre la question, rappelons que dans la mosaïque de Saint-Vital, qui représente Justinien et sa cour (voir Diclionn., t. vii, fig. 6422), les soldats de la garde impériale sont d'une exécution grossière et indécise, contrastant avec la précision merveilleuse des portraits de l'empereur, de l'archevêque Maximien et des principaux dignitaires ; leurs traits n'ont même rien d'individuel. Dans ce tableau, l'artiste (ou les artistes) a naturellement sacrifié les figures de soldats comme accessoires, et la différence du style est voulue, raisonnée.
L'explication des scènes ou des figures du tombeau de Placidie a donné lieu à des théories bien diverses. Il nous suffira de dire ici qu'en ce qui concerne la composition représentée dans la lunette du fond nous continuons, comme nous l'avons toujours fait, à y voir saint Laurent marchant au supplice, et non le Christ jetant au feu les livres des hérétiques. Au sujet des huit figures de la coupole, on a émis différentes hypothèses : apôtres, prophètes. 5i on adopte l'explication par les apôtres, il faut compléter leur nombre par quatre personnages représentés dans une autre partie du mausolée.
Au sujet du bon Pasteur assis parmi son troupeau, on remarquera que la brebis de gauche, la plus rapprochée du spectateur, est une restitution moderne, restitution arbitraire et maladroite s'il en fut, parce qu'elle est en désaccord avec les reproductions ou les témoignages anciens. À l'époque où Ciampini composait son traité, la mosaïque était encore intacte, la brebis était couchée ; le restaurateur moderne, au contraire, la représente debout. Il ne s'est pas aperçu qu'il commettait une faute choquante. En effet, pour faire tenir dans l'espace devenu vide une brebis debout, il a fallu lui donner des proportions beaucoup plus réduites que celles de la brebis couchée ; il en est résulté que cette brebis, placée au premier plan, est sensiblement plus petite que celles du fond.
137 Marie in Cosmedin) et également une partie de celles de Saint-Apollinaire Nuovo. Autour de ces compositions, se rangeaient autrefois le portrait de Théodoric, incrusté sur la façade de son palais et les mosaïques de la façade et de l'abside de Sainte-Marie-Majeure, exécutées sous l'archevêque Ecclesius, entre 521 et 554.
La mosaïque de la coupole du baptistère des Ariens n'est qu'une reproduction assez médiocre de la magnifique composition que nous avons décrite dans le baptistère des Orthodoxes. On chercherait en vain quelques traces de dissemblance entre l'art arien et l'art chrétien orthodoxe. L'inspiration même ne semble pas différente. C'est ainsi que les compositions qui ornent la coupole du baptistère arien contiennent des motifs analogues, on vient de le dire, mais non identiques à ceux du baptistère des Orthodoxes. Le terme de copie est exagéré. Si tel était le rapport des deux cycles, il faudrait admettre que rien, dans l'art byzantin, n'est original. Les mosaïques du baptistère arien ont, pour le moins, la valeur de variantes. Il est regrettable que les nombreuses restaurations auxquelles elles ont été soumises leur aient enlevé tout caractère ; on s'exposerait à de graves erreurs en les considérant comme un spécimen de l'art du temps de Théodoric.
L'expression de cet art, nous la trouvons cependant encore à Ravenne. C'est dans les mosaïques de Saint-Apollinaire Nuovo qu'il faut la chercher. Depuis longtemps, on savait que la décoration de cette basilique datait en partie du règne de Théodoric, en partie de celui de Justinien. Mais l'honneur d'avoir le premier établi une ligne de démarcation bien nette entre les deux cycles revient tout entier à H. Hahn !, qui a montré que, dans les scènes de la vie du Christ, qui forment la partie supérieure de la décoration de la basilique, ainsi que dans la Vierge et dans le Christ de la rangée inférieure, il fallait voir des créations contemporaines de l'illustre roi des Goths, Cette découverte a une portée très grande ; nous savons aujourd'hui que, sous le règne de Théodoric, l'art s'est maintenu à un niveau fort élevé. Les scènes de la vie du Christ demeurent, en effet, le modèle le plus achevé du style narratif dans la peinture chrétienne des premiers siècles.
« Sans doute, il y a des défauts dans ces œuvres et il n'en faut point analyser le détail de trop près, Pourtant, dans ces frises somptueuses, dont Saint-Apollinaire nous offre l'unique exemple dans l'art byzantin, dans cette procession de saintes surtout, aux costumes éclatants, à l'attitude charmante, on sent, malgré la gravité un peu solennelle de la pose et la pompe tout orientale des habillements, revivre comme un souvenir lointain de la frise des Panathénées 4, » A cette époque, les fonds dorés ont, à Ravenne, remplacé les fonds bleus et transformé les conditions décoratives ; néanmoins, la science de la composition n'a pas faibli, les expressions du visage et les gestes du corps ainsi que les attitudes demeurent, ce qu'ils doivent être, finement observés, rapidement saisis ; par contre, le coloris perd quelque peu de son éclat et le sens de la perspective va plutôt en s'altérant. En somme, à l'époque gothique, la mosaïque marque un pas décisif pour s'écarter du symbolisme primitif et se rapprocher du naturalisme byzantin.
Les mosaïques assez détériorées de Saint-Apollinaire in Classe nous offriront un nouvel exemple de ces hésitations qui marquent les œuvres d'une époque de transition entre deux systèmes symboliques.
Aucune des mosaïques de Ravenne n'offre moins de problèmes à résoudre que celle de Saint-Vital. La date de ces peintures (règne de Justinien), leur signification, leur valeur comme œuvre d'art, tous ces points sont depuis longtemps fixés.
Les mosaïques de la chapelle archiépiscopale, par contre, feront, sans doute longtemps encore, le désespoir des archéologues. Sont-elles du VIe, comme l'a soutenu Tarlazzi ; du VIIe, comme l'affirmaient Crowe et Cavalcaselle, ou même d'une époque postérieure ? J.-P. Richter évite de se prononcer, et Eug. Müntz y retrouve les traditions du grand art.
La fixation de la date des mosaïques de Saint-Apollinaire in Classe donne également lieu à de grandes difficultés. Construite sous le pontificat d'Ursicinus (535-538), cette basilique a été consacrée par l'archevêque Maximien en 549, mais la décoration n'était très certainement pas achevée à ce moment. Nous lisons, en effet, dans la biographie de Reparatus (672-677), par Agnellus, que le prélat fit exécuter dans l'abside le grand tableau en mosaïque dans lequel est représentée la concession de privilèges faite à l'Église de Ravenne par Constantin, Héraclius et Tibère. Or, la composition nous montre précisément l'empereur Constantin (T 685) avec ses deux frères. Aucun doute ne saurait donc subsister sur l'âge de cette partie de la mosaïque. La mosaïque qui lui fait pendant, le sacrifice d'Abraham et de Melchisédech, n'est pas non plus, selon toute vraisemblance, antérieure au VIIe. Resterait à fixer la date de la mosaïque de la conque (transfiguration ; portraits d'archevêques) Im L * esu LT TET 189 et de celle de l'arc triomphal (portraits du Christ, de saint Matthieu, de saint Luc, symboles des évangélistes, archanges, etc.). J.-P. Richter considère la première de ces deux parties comme l'ouvrage le plus ancien qui ait été exécuté dans la basilique. Quant aux figures de l'arc triomphal, il y voit un produit de l'art byzantin de la seconde période. Terme bien vague que justifie l'état dans lequel se trouvent les mosaïques de Saint-Apollinaire.
A Saint-Apollinaire in Classe, nous remarquons un conflit de traditions anciennes et de tendances nouvelles assez mal venues. Dans l'abside, au-dessus d'une figure de saint Apollinaire, entre douze agneaux blancs, nous voyons un immense médaillon gemmé où une croix à cabochons se détache sur un semis d'étoiles. A l'intersection des branches de la croix se trouve un petit buste du Christ ; au sommet de la croix, on lit : IXOYC, au bas : SALVS MVNDI, à droite et à gauche A et G). Sur les côtés du médaillon, deux figures flottent dans les nuages, ce sont Moïse et Élie ; au-dessous, trois brebis lèvent les yeux vers la croix, ce sont Pierre, Jacques et Jean assistant au miracle de la transfiguration. Tout ceci ressemble à un essai de réaction du symbolisme contre l'école historique triomphante.
Les mosaïques de Saint-Apollinaire in Classe marquent à Ravenne la fin de la période vraiment créatrice, vraiment originale de l'art chrétien primitif. A partir de ce moment, la capitale de l'exarchat perd toute importance.
On a discuté longtemps et doctement sur le point de savoir si l'art ravennate était occidental ou byzantin. « A Ravenne, écrivait Ch. Bayet, dès le commencement du VIe, nous sommes pour ainsi dire en Orient, et les mosaïques que nous rencontrons ont presque la même importance que si elles décoraient les basiliques de Constantinople. On a ingénieusement appelé Ravenne une Pompei italo-byzantine, mais il est juste d'ajouter que l'élément byzantin y domine. Quand on commença à y décorer avec soin les églises, l'art chrétien d'Orient était déjà formé. Ravenne était en relation continuelle avec Constantinople ; elle devait en subir entièrement l'influence. L'absence de traditions artistiques antérieures contribuait encore à favoriser le libre développement de ces éléments étrangers ; aussi ne s'agit-il point là d'un travail d'imitation : l'art oriental est en quelque sorte transplanté à Ravenne et s'y épanouit en pleine terre, longtemps même avant la fondation de l'exarchat !, » Ce à quoi L. Duchesne répond que c'est « annexer trop vivement Ravenne au monde byzantin, Historiquement, les plus beaux monuments de Ravenne ont été au moins commencés avant Bélisaire et les exarques ; au point de vue de l'art, ils sont sans doute supérieurs aux monuments romains contemporains ; mais est-ce bien parce qu'ils ont été exécutés par des artistes grecs et non pas simplement parce que Ravenne étant la capitale et la résidence de la cour, elle attirait et retenait les meilleurs artistes indigènes ?. » Chacun apporte, sur cette question, sa manière de voir ou de ne pas voir, ses préventions en un mot. Pour Barbet de Jouy, « l'influence byzantine est à peine sensible » ; pour A. Darcel, « sans nier la persistance du génie latin, vivant et s'épanouissant sous ces couches grecques qui tendent successivement à l'étouffer, et qu'il repousse en s'en imprégnant un peu », il serait moins exclusivement latin que pour Barbet de Jouy . On a invoqué la désinence latine des noms des ouvriers, mais cet argument ne semble pas fait pour convaincre. Qui sont Cuserius, Paulus, Janus, Statius ou Stephanus ?? On n'en sait absolument rien et en aucun cas, alors moins que jamais, une désinence n'a la valeur d'un état civil. Enfin, sur bien des points, on a pu signaler « l'influence de l'iconographie romaine sur les mosaïques de Ravenne » et montrer que si, « entre Ravenne et Byzance, la parenté est indéniable », il ne s'ensuit pas qu'il faille « exclure Rome complètement du débat », ainsi qu'on l'a proposé .
AOI. LES HISTORIENS DES MOSAIQUES RAVENNATES. — L'importance exceptionnelle des mosaïques de Ravenne, au triple point de vue de l'histoire, de l'iconographie et de l'art, a été reconnue et proclamée dès les premiers temps du Moyen Age. La première marque d'admiration qu'elles ont provoquée remonte à Charlemagne même. Le puissant empereur prit tant de plaisir aux marmora, musivum, cælera que exempla du palais de Ravenne, qu'il sollicita du pape Hadrien l'autorisation de les emporter *.
Un contemporain de Charlemagne, le chroniqueur Agnellus, dans son Liber pontificalis Ravennatensis, écrit vers 841, et si supérieur, à tous égards, au Liber pontificalis de Rome, a étudié avec le plus grand soin les mosaïques de sa ville natale. Il a notamment examiné avec le plus grand soin les portraits d'archevêques peints ou incrustés dans les basiliques de Ravenne, et s'en est servi pour reconstituer la physionomie des prélats dont il écrivait la biographie. Les notes sur le caractère et l'extérieur de ses héros commencent avec saint Probus (141-174). Il nous apprend que ce prélat était mitis el pius, clarus in specie, fulgidus in opere. Mais ces termes sont trop vagues pour qu'on ne soit pas tenté de contester l'existence d'un portrait authentique du personnage. Pour saint Probianus (351-361), les détails sont déjà plus précis : Pinguis divina gralia el speciosus forma, decrepitus ætate, gravis corpore, hilari vultu. A partir de ce moment *, il devient de plus en plus évident que le chroniqueur a eu sous les yeux de véritables portraits. Il ne tardera d'ailleurs pas à le déclarer. Avec saint Liberius (374-378), on retombe, mais pour un instant seulement, dans le vague : Pulcher fuit in forma, clarior in sensu, Pour saint Ursus (379-396) déjà, les descriptions sont d'une netteté qui ne laisse rien à désirer : Tensam et pulchram habuit faciem, modice calvus fuit. Il en est de même de son successeur saint Pierre (396-425) : Tenui corpore, procera statura, macilentus effigie, prolixam habens barbam. Dans la biographie de saint Exupérance (425-432), le chroniqueur fait la déclaration suivante : De illorum (episcoporum ) effigie si forte cogilator fuerit inler vos, quomodo scire potui, scialis quod me pictura docuit, quia semper fiebant imagines suis temporibus ad illorum similitudinem. Il renouvelle cette déclaration à propos de l'archevêque Bonus. Nous ne ferons que mentionner les portraits de saint Jean (432-439) : mediocris corpore, tenuis facie, maceratus jejuniis ; de saint Pierre Chrysologue (439-449) : pulcher aspectu, delectabilis forma ; de saint Victor (539-546), pulcra fuit facie et alacri vultu, pour arriver à l'esquisse de saint Maximien (546-556). Ici, le portrait original existe encore et nous permet de contrôler l'exactitude de la description d'Agnelli. Le chroniqueur le dépeint comme suit (voir DiclHonn., t. x, col. 2784, fig. 7828) : Longæva statura, tenui corpore, macilentus in facie, calvus capile, modicos habuit capillos, oculos glaucos, et omni gratia decoratus. Sauf ce dernier trait, qui est empreint d'exagération, nous ne croyons pas que le critique le plus sévère puisse reprendre un mot à l'analyse donnée par Agnellus du merveilleux portrait conservé aujourd'hui encore à Saint-Vital. On voit, par ces citations, de quel secours le Liber pontificalis de Ravenne peut être pour l'étude des monuments chrétiens de cette ville.
Un écrivain postérieur, l'auteur du Tractatus ædificationis el constructionis ecclesiæ Sancti Johannis Evangelistæ de Ravenna, ne témoigne pas moins d'intérêt aux mosaïques ravennates. Il décrit en détail celles dont Galla Placidia avait fait orner l'église Saint-Jean-l'Évangéliste.
La Renaissance, loin de dédaigner, comme on aurait pu le croire, ces glorieux restes de l'art chrétien primitif, en proclama hautement l'importance. Un des champions les plus éminents de la rénovation littéraire et archéologique du XVe, Ambroise le Camaldule, célébrait, dès 1433, la beauté du mausolée de Placidie, celle de Saint-Apollinaire in Classe, celle de Saint-Vital !. Quelques années plus tard, Desiderio spreti (1414-1474) mettait au jour son De amplitudine, eversione el restauratione urbis KRavennæ, souvent réimprimé. La description des mosaïques occupe dans cet ouvrage une place considérable.
Le XVIe provoqua, en faveur de l'étude des monuments de Ravenne, un redoublement d'efforts. Il nous faut surtout citer l'ouvrage, aujourd'hui encore appréciable, de Girolamo Rossi (Rubeus). Dans son Historiarum Ravennatum libri decem $, il étudie avec le plus grand détail les mosaïques de sa ville natale. Grâce à ses descriptions, auxquelles sont jointes quelques gravures, il est devenu possible de reconstituer celles de ces compositions qui ont été détruites au cours des XVIe et XVIIes. Un contemporain de Rossi, Tomaso Tomai, accorde également une place aux mosaïques dans son Historia di Ravenna, mais ses informations sont loin d'offrir la même importance ?, Au XVIe, le sens de la critique monumentale s'émousse complètement. Pour l'archéologie chrétienne, cette période, si brillante, si féconde dans entière décadence, Ciampini lui-même a l'œil si peu exercé qu'il lui arrive de confondre les ouvrages du Moyen Age avec ceux des premiers siècles de l'Église et inversement. C'est à lui et à un ecclésiastique de Ravenne, Fabri, que nous devons les seuls travaux de quelque importance dont nos mosaïques aient été l'objet. Fabri est l'auteur de : Le sacre memorie di Ravenna antica, Venezia, 1664 ; Ravenna ricercata overo 192 d'autres branches de l'érudition, correspond à la plus compendio istorico delle cose piu notevoli dell antica ` città di Ravenna, Bologna, 1678.
Si la part du x vri siècle est absolument nulle en ce qui concerne l'étude des monuments de Ravenne, en revanche, le réveil archéologique du xrx siècle leur a singuliérement profité. Cette fois-ci, c'est à l'étranger surtout que sont dues les découvertes et les œuvres les plus intéressantes : Séroux d'Agincourt, Du Sommerard, Quast, Schnaase, Crowe et Cavalcaselle, Labarte, Parker, Rahn, Rohault de Fleury et Eugène Müntz ont soumis les mosaïques du temps de Placidie, de Théodoric et de Justinien à des investigations plus ou moins fécondes. La part de l'Italie est moins considérable. Tarlazzi, l'auteur du volumineux travail, Memorie sacre di Ravenna, n'avait évidemment pas une préparation suffisante au point de vue de la critique des monuments , J.-B. De Rossi, dans son Bullettino di archeologia cristiana, ou dans ses Musaïci cristiani, ne s'est occupé des mosaïques de Ravenne que d'une manière incidente. Il est superflu d'ajouter que ces notes, malgré leur brièveté, sont des merveilles d'érudition et de pénétration. Le P. Garrucci a inséré dans sa Storia dell” arte cristiana toutes les gravures de toutes les mosaïques encore existantes, et | Ad. Venturi en a donné un certain nombre dans sa Storia dell arte italiana. Il faut encore nommer Ricci, auteur d'un Catalogo generale delle fotografie di tutti monumenti antichi di Ravenna, 1869, et Corrado Ricci, à qui on doit une étude-modèle de Il mausoleo di Galla Placidia a Ravenna, in-49, Roma, 1914.
Enfin, il faut consacrer une mention spéciale à deux ouvrages allemands : J.-P. Richter, Die Mosaiken von Ravenna, Beitrag zu einer kritischen Geschichte der altchristlichen Malerei, in-8°, Wien, 1878, et J. Kurth, Die Mosaiken der christlichen Æra. 1. Die Wandmosaiken von Ravenna, in-4°, Leipzig, 1903. Ce dernier travail annonçait une sorte de Corpus des mosaïques, ambitieux projet qui semble n'avoir pas eu de réalisation.
XXX. PERDUES A HAVENNE. 1 » Cathédrale de Saint-Ursus. — Cet évêque bâtit et décora l'église qui porte son nom (379-396). Il couvrit les muraillles d'incrustations et la voûte de mosaïques : Ipse eam suis temporibus fundavit et Deo juvante usque ad effectum perduxit. Lapidibus pretiosissimis parietibus (sic) circumdedit, super totius templi testudinem lessellis variis diversas figuras composuit 5.
Au début du xri ? siècle, on fit une nouvelle abside et une nouvelle mosaïque, ainsi qu'on le voit par l'inscription :
IHoc opus est factum post partum Virginis actum Anno milleno centeno post duodeno.
On ne sait pas de façon certaine si la mosaïque était entièrement refaite ou seulement restaurée. J.-B. De u á Mur Mas que Ns iS es
A MA TENE
193 Rossi a adopté cette deuxième opinion qui n'a que peu de parti sans. Deux siècles plus tard, la nef fut aussi réparée et même entièrement refaite d'après ce que dit Rubeus ! : Circa annos Domini MCCCXIV de mense augusti tempore Domini Raynaldi archiepiscopi constructa est de novo lola navis ecclesiæ Ursianæ . La mosaïque de l'abside subsista jusqu'au milieu du xvm siècle, où l'ancienne basilique fut démolie et remplacée par un édifice dans le style rococo (17341745) . Heureusement, nous avons des descriptions et de bons dessins * ; en outre, plusieurs fragments ont échappé à la destruction ; ils sont conservés dans la chapelle du palais archiépiscopal, où Crowe et Cavalcaselle les ont confondus avec les mosaïques du VIe qui ornent la voûte de cette chapelle. Ces fragments consistent en deux médaillons représentant des saints et une Vierge debout, les bras levés, dans l'attitude des « orantes » des catacombes.
2 » Sainle-AgatheMajeure. — Girolamo Rossi rapporte que cette basilique fut terminée par l'archevêque Exuperantius, le successeur immédiat de saint Ursus, dont on place la mort en 418. Cette opinion a été admise par Fabri et par Ciampini . Nous savons aujourd'hui que le successeur de saint Ursus fut saint Pierre (396-425). Un monogramme que Zirardini lit : Peirus episcopus, achève de prouver que la basilique fut consacrée 7 sous cet évêque et non pas sous Exuperantius (425-432). Dans l'abside se trouvait une mosaïque, qui se détacha le 11 avril 1688, par suite d'un tremblement de terre, et que nous connaissons par une planche gravée de Ciampini *5. La composition offrait l'image du Christ entre deux archanges. Le Sauveur assis sur un trône lourd d'apparence, couvert de pierres précieuses. Dans sa main gauche, il tient un livre et sa main droite fait le geste de l'enseignement. Le nimbe cruciforme est orné de pierres précieuses. Les deux archanges tiennent chacun un long bâton. Sur le sol coulent des eaux abondantes parmi les lis.
Ciampini s'efforce de soutenir que cette mosaïque est contemporaine de la construction de l'édifice ; ses arguments ne portent pas. Eug. Müntz y voit plutôt un ouvrage du vire au 1x* siècle, sinon d'une date postérieure. Comme le monument a disparu et que les textes n'apprennent rien de précis, le mieux est de laisser la question en suspens.
194 cours d'une tempête (voir Dictionn., t. vr, col. 259-260, fig. 4850). Agnellus nous donne une précieuse description de cette église dont rien n'a subsisté. Les historiens placent sa construction en l'année 425 ; on ignore la date de la destruction des mosaïques, Girolamo Hossi, dont l'ouvrage parut en 1572, semble encore les avoir vues, mais peut-être a-t-il utilisé la description contenue dans une ancienne chronique publiée par MuraLori !!, 5° Portrait de l'archevêque saint Pierre. — Galla Placidia, qui avait pour lui une grande vénération, voulut posséder son portrait, mais ce n'était pas une simple imago clypeala, mais un portrait en pied du personnage dans l'exercice d'une des fonctions de son saint ministère. Cette image décorait l'abside de l'église Saint-Jean-l'Évangéliste et Agnellus la décrit ainsi : Et infra ecclesiam B. Joannis Evangelistae jussit Galla Placidia pro illius sanctitate ejus effigiem tessellis exornari in pariete tribunali post tergum pontificis supra sedem ubi ponlifex sedet. Quæ effigies ita [est] facta, prolixam habens barbam, extensis manibus quasi missas canit, et hostia veluti super altare posila est, el ecce Angelus Domini in aspectu altaris illius orationes suscipiens est depictus 12, On ignore la date de la destruction de cette mosaïque ; elle avait disparu dès le temps où écrivait Fabri 1.
Sous l'archevêque Jean V, un tremblement de terre renversa entièrement la basilique (607-613). Astolphe entreprit de la relever, mais il n'en put venir à bout.
À, — XII — 7
195 voyaient, une à Pavie, l'autre à Havenne. Celle de Pavie offrait un portrait équestre de Théodoric, ce qui est unique ; ce portrait se voyait in cameris tribunalis, que nous appellerions le « palais de justice ! ». Un document de l'année 908 mentionne précisément ce tribunal à Pavie et l'attribue à Théodoric . Voici le texte très intéressant d'Agnellus relatif à ces deux mosaïques : Anno quinto Justini I1, imperatoris pestilentia bovum, el interitus ubi que fuit ; post vero depredata a Langobardis Tuscia, obsiderunt Ticinum, quæ civitas Papia dicilur, ubi et Theodoricus Palatium struxit et ejus imaginem sedentem super equum in tribunalis cameris tlessellis ornate bene conspexi. Hic autern similis fuit in isto palatio, quod ipse ædificavit, in tribunale Iriclinit, quod vocatur ad mare supra portam, et in fronte Regie quse dicitur ad Calchi istius civitatis, ubi prima porta palatii fuit in loco qui vocalur Sicrestum, ubi ecclesia Salvatoris esse videtur. In pinnaculo ipsius loci fuit Theodorici effigies, mire lessellis ornata, dexira manu lanceam lenens, sinistra clypeum, lorica indulus. Contra clypeum Roma tessellis ornata astabat cum hasta el galea, unde vexo telum tenens que fuit : havenna tessellis figurata pedem dextrum super mare, sinisirum super lerram ad Regem properans. Misera undi que inpidio passa.
196 opere vermiculato, dépassait ce qu'on peut imaginer. Ad ejus pe des hzc carmina legebantur : Virginis aula micat Christus que cepit ab astris Nuncius e cœlis angelus ante fuit Mysterium verbi genitrix et virgo perennis Auctoris que sui facta parens Domini Vera magi claudi ccci mors vita fatentur Culmina sacra Deo dedicat Ecclesius.
Cette mosaïque périt en 1550. Cette basilique renfermait aussi une représentation d'Ecclesius offrant la basilique à la Vierge et à son divin Fils ; l'archevêque était représenté vers sa quarantième année. Ce portrait survécut un certain nombre d'années, puisqu'en 1589, au dire de Girolamo Rossi, il était menacé de périr 5, On croit que l'archevêque Pierre IV (569-574) fit aussi exécuter des embellissements dans cette basilique où on lisait cette inscription en mosaïque * :
Salvo Df. Papa N. Petro Laurentius V. R. Subdiaconus S. E. R. Præposilus fabricie hujus volum solvit.
119 SaintApollinaire- Neuf. Portrait de saint Agnellus. — Le chroniqueur Agnellus, au rx° siècle, mentionne ce portrait et celui de Justinien et, à la façon dont il s'exprime, on voit qu'ils furent exécutés par ordre de l'archevêque : /n ipsius fronte intrinsecus si aspexerilis Justiniani Augusti effigiem reperietis et Agnelli pontificis auretis decoratum tessellis 7, Girolamo Rossi les a vus en très mauvais état : quae ruinam ita minantur, ut arbitremur, paucos annos super futuros . En 1664, le portrait de Justinien subsistait seul . Il existe encore, dans la dernière chapelle à gauche, mal éclairée, quoiqu'en dise l'inscription qui mentionne son transfert en 1863 (fig. 8499). Ce portrait était surmonté de l'inscription IVSTINIAN([S, mais au dire de Fabri, l'inscription primitive était :
Maximien ajouta deux chapelles à la basilique ; et les furent également ornées de mosaïques. Ad latera vero ipsius basilicæ monasteria parva subjunxit quie omnia novis lessellis auratis simul que promiscuis aliis calce infiris mirabiliter apparent. Ces monasteria, ainsi que l'a remarqué Du Cange, ont chez Agnellus le sens de chapelles. Que faut-il entendre par ces novis fessellis deauratis ? Est-ce une façon de dire qu'ordinairement on faisait usage de cubes dorés retirés d'autres édifices ? C'est peu probable, car la fabrication et l'emploi des cubes dorés date surtout de l'époque chrétienne et les ouvrages exécutés alors n'étaient pas exploités pour servir à de nouvelles mosaïques. Peut-être est-ce ici une de ces redondances habituelles au rx siècle, et novus ne veut rien dire de précis. gu une nem MORE HN r, d 7 A M £ $i { nn ain) 12252 dette Sas daga o HC DD s en E nis Mee metodi 1 mn 197 14° Palais archiépiscopal. Bains. — Ces bains rappellent, par leur magnificence, les anciens thermes. Ils furent décorés, par l'archevêque saint Victor (539546), de marbre et de mosaïques d'or. On ne lit rien dans Agnellus qui fasse croire à un pavement de mosaïque tel que le mentionnent Furietti + et Martigny ê. Une inscription en mosaïque rappelait ces beaux ouvrages en lettres dorées : Refecit que balneum juxta domum ecclesiæ hærens parietibus muri episcopii ubi residebat quod us que hodie mirifice lavat [ur], et preliosissimis marmoribus pariete junxit, el diversas figuras, lessellis aureis, varias que composuit, et tabulam descriplam, literis aureis tessellalis in qua laboriose legere curavimus, el ila hos examelros calalecticos versus in eadem conscriptos invenimus :
Victor apostolica lulus virtute sacerdos Balnea parva prius prisco vetusta labore Deponens mira que tamen novitate refecit Pulcrior ut cultus major que resurgat ab imo Hoc quo que perpetuo decrevit more tenendum Ut biduo gratis clerus lavet ipsius urbis Tertia cui cessum est el feria sexta lavandi Salvo Domino papa Agnello, de donis Dei, et servorum ejus, qui obtulerunt ad honorem, et ornatum sanclorum apostolorum et reliqua pars de summa servorum qui perierunt, et Deo auctore inventi sunt, hac absida mosivo exornata est *.
Les deux chapelles étaient dédiées à saint Matthieu et à saint Jacques.
Vue extérieure du mausolée, Dictionnaire, t. vi, fig. 4853 ; Corrado Ricci, Il mausoleo di Galla Placidia, 198 in Ravenna, Roma, 1914, p. 48, 49, fig. 31-44 ; Ch. Diehl, Ravenne, 1903, p. 25. | Coupe du mausolée, Dictionnaire, t. vi, fig. 4854 ; C. Ricci, Il mausoleo, fig. 35.
Intérieur du mausolée, Dictionnaire, t. vi, fig. 4855 ; Ch. Diehl, Ravenne, p. 28 ; C. Ricci, Il mausoleo, p. 5, fig. 2 ; p. 6, fig. 3.
Méandres et guirlandes, J. Kurth, Die Mosaiken, pl. xii.
Le mausolée de Galla Placidia est une des plus anciennes applications du plan cruciforme à une église. La croix s'y voit partout non seulement dans le plan par terre, mais au sommet de la coupole, entre les bras du bon Pasteur, sur l'épaule du martyr saint Laurent, dans les bordures, sous les voûtes des bras du transept et au sommet de la coupole. La couleur dominante est le bleu sombre qui forme le fond des mosaïques de la coupole et des voûtes.
199 « Le motif central de la coupole représente le baptême du Christ. Le Christ est nu, plongé à mi-corps dans une eau blanche et bleue, laissant voir en transparence les jambes et l'extrémité des bras et les mains. La tête, de face, nimbée et barbue, a été refaite à une date plus récente. A droite, le Jourdain, personnifié à la mode païenne sous les traits d'un vieillard à la barbe et aux cheveux blancs, vu de profil, sortant de l'eau à mi-corps ; il tient en main des algues, ou une étoffe verte et une tige de roseau, et s'appuie du bras gauche sur une urne d'où l'eau sourd. A gauche, Jean-Baptiste est debout sur la berge fleurie, le pied gauche appuyé sur une pierre surélevée, la jambe droite tendue. Un pan d'étoffe passé sur l'épaule gauche, et attaché à la ceinture, laisse le corps à demi-nu. Le précurseur tient de la main gauche une croix gemmée, aussi haute que lui, dont la haste est distincte de la croix proprement dite. De la main droite, il verse le contenu d'une coupe sur la tête du Christ. Sa tête, de profil, barbue et nimbée, a été au-dessus de la tête du Christ ; son aile droite masque en partie la croix.
« Il n'est pas impossible que la croix, dont le pied seul est ancien, soit une adjonction plus récente. Son ornementation de perles, alternant avec des rectangles, rappelle les motifs décoratifs de Saint-Vital et de Saint-Apollinaire in Classe au siècle suivant.
« Dans les monuments des IVe et Ves, le précurseur a généralement le pedum, ou houlette pastorale ; c'est encore le cas au baptistère des Ariens, moins retouché, dans cette partie du moins, et ce n'est qu'à une basse époque que la croix est substituée à la houlette. Des croix semblables, d'une seule pièce et de la hauteur d'un homme, gemmées de haut en bas, se retrouvent à Ravenne, au tombeau de Galla Placidia et à Saint-Michel in Africisco.
En dépit des retouches, cette scène garde un caractère de noblesse et semble faite pour illustrer les paroles du poète Cosmas de Majuma qui écrivait trois siècles plus tard : « Le Jourdain, en te voyant, s'étonnait et demeurait immobile. » Jean s'écriait : « Je n'ose toucher ta tête immortelle. L'Esprit descendait sous l'aspect d'une colombe pour sanctifier les eaux et une voix partait du ciel !... » * Deux zones concentriques complètent la décoration. La zone extérieure est divisée en huit compartiments symétriques, représentant des colonnades dont l'entablement s'incurve au centre pour ménager autant de niches. Ces niches sont occupées par quatre trônes, quatre par des autels alternés.
« Les trônes, aux piédroits décorés de perles, aux dossiers hauts et débordants, sont vides. Sur leur dossier, sont posés des coussins et des étoiles. Les coussins, différents pour chaque trône, sont bleu de ciel, rose, bleu outremer et vert clair. L'étoffe inférieure est toujours rouge. Le dossier est orné d'une croix aux branches inégales et s'évasant à leur extrémité, inscrite dans un cercle gemmé. De chaque côté des trônes, entre les colonnes, se distinguent des plaques de chancel diversement ouvrées, barrières infranchissables du sanctuaire des anciennes basiliques où seuls les prêtres et les lévites avaient accès. Derrière les chancels se déploient des végétations.
« Les huit angles du tambour sont ornés d'autant de figures de prophètes dans un encadrement de volutes de feuillages, bien pauvre décoration comparée aux splendeurs de la voûte. Seules les figures sont anciennes ; les rinceaux ont été presque entièrement refaits.
« Trois des côtés de l'octogone sont creusés en absidioles, le quatrième côté correspondant étant percé d'une porte. Sur l'arc de ces absidioles, se développe, sur deux lignes, une inscription très mutilée restituée comme suit :
BEATI QVORVM REMISSAE SVNT INIQVITA TES
« Jésus vint marchant sur la mer et, tendant la main à Pierre qui s'enfonçait, le sauva et le Seigneur montant dans la barque le vent cessa (Matth., xiv, 26-32). Heureux ceux à qui les iniquités sont remises et dont les péchés sont pardonnés. Heureux l'homme à qui le Seigneur n'a pas imputé le péché (Ps., xxxii, 1-2). Il m'a placé dans un pâturage ; il m'a dirigé vers l'eau qui réconforte (Ps., xxii, 1-2). Là où Jésus déposa ses vêtements et versa de l'eau dans un bassin et commença à laver les pieds de ses disciples !. » Ravenne. 39 Chapelle du palais archiépiscopal. — Cette chapelle est aussi désignée sous le nom de chapelle Saint-Pierre-Chrysologue, quoiqu'elle ne remonte pas jusqu'à lui, mais seulement jusqu'à Pierre II (494-519) ; on la désignait d'abord sous le nom de monasterium Sancti Andree et ensuite capella S. Andree. La décoration en mosaïque appartient donc à la fin du Ve et au début du VIe : elle consiste en une voûte et un tableau.
La voûte d'arête nous présente une mosaïque où l'on voit quatre anges, nimbés et les ailes repliées, soutenir à bras tendus un médaillon central qui enferme un chrisme. Entre les anges qui semblent jaillir des retombées de la voûte, s'étalent les symboles des évangélistes, ailés et nimbés, portant chacun un livre. Le bœuf n'a pas de nimbe ; une partie de la mosaïque a été refaite.
Les arcs-doubleaux qui supportent la voûte portent six par six des médaillons. Le Christ imberbe est représenté deux fois et son monogramme avec A G}, deux fois également aux clefs de voûte. Les autres médaillons offrent douze apôtres, six saints et six saintes (fig. 8501). Voici dans quel ordre les médaillons sont répartis :
Dans tous ces médaillons, seul le Christ est nimbé ; le médaillon de la voûte n'a pas les sigles A et Q).
206 Nous avons donné le Christ (voir Dictionnaire, t. vii, col. 2420, fig. 6209).
Ici nous donnons les médaillons de saint Pierre (fig. 8502) ; saint Paul (fig. 8503) ; saint André (fig. 8504) ; saint Chrysanthe (fig. 8505) ; saint Chrysogone (fig. 8506) ; saint Cassien (fig. 8507). Les saintes Daria, Perpétue et Félicité ont été données par Eug. Müntz, La mosaïque chrétienne, dans Mém. de la Soc. nat. des antiq. de France, t. LII, 1891, p. 259, 261, 263 ; les deux dernières, dans Harris et Gifford, The acts of the martyrdom of Perpetua and Felicilas, in-8°, London, 1890, frontispice. Cf. J. Kurth, Die Mosaiken, 1902, pl. XXXI.
Sur le mur de la pièce voisine, nous voyons le Christ imberbe, portant la cuirasse sous la chlamyde (voir Dictionnaire, t. vii, col. 2419, fig. 6208). La tête est entourée d'un nimbe crucifère, le Christ est représenté jeune, les cheveux longs et bouclés. De la main gauche, il tient un livre ouvert sur lequel on lit ces mots :
EGO VERI SVM TASET VIA VITA
La main droite porte une longue haste posée sur l'épaule et se terminant par une croix ; c'est le geste de saint Laurent au mausolée de Galla Placidia. Toute la partie inférieure du corps a été refaite. Il y a une sorte de contradiction entre la cuirasse qui enveloppe la poitrine et cette sorte de jupe empesée qui emprisonne le bas du corps et ne correspond à aucune image ancienne du Sauveur. Peut-être le Christ portait-il l'uniforme militaire qui aura choqué et qu'on aura remplacé ? Ce n'est là qu'un peut-être et qui ne suffisait pas à autoriser la transformation infligée à ce morceau en 1923, lorsqu'on a substitué à la jupe des jambes nues foulant le lion et le basilic.
Et, une trentaine d'années plus tard, l'archevêque Agnellus (556-569) consacra l'église au culte catholique sous le vocable de saint Martin qu'on appela couramment « au ciel d'or ». Beaucoup plus tard, entre 850 et 855, l'empereur Lothaire Ier fit construire la chapelle du palais archiépiscopal, qui fut décorée de mosaïques. La décoration de la chapelle est divisée en trois zones. La zone supérieure est occupée par des scènes évangéliques. Chaque scène est séparée de ses voisines par une conque surmontée d'une croix entre deux colombes. La zone intermédiaire, celle où règnent les fenêtres, compte de chaque côté seize figures en pied : prophètes, écrivains inspirés. La zone inférieure voit se dérouler une double procession : des rois mages, se dirigent vers le trône sur lequel siège la vierge Marie, à droite, le palais de Théodoric (voir tvrs s'avancent vers le Christ. Scènes évangéliques. Ces scènes paraissent remonter à la décoration primitive de la basilique sous le règne de Théodoric. L'ordre suivi part de l'autel pour aboutir à l'entrée ; à gauche, les miracles et les paraboles, à droite, les scènes de la passion. On a conjecturé avec quelque vraisemblance que ces tableaux correspondent à la lecture des péricopes évangéliques selon l'ordre suivi à Ravenne, entre le début du carême et la fête de Pâques !.
Dans la série des miracles et des paraboles, on nous montre :
11. La guérison d'un paralytique ; M. van Berchem et E. Clouzot, op. cit., p. 131, fig. 156.
12. La guérison d'un démoniaque ; O. Wulff, op. cit., t. ii, p. 434, fig. 371 ; M. van Berchem et E. Clouzot, op. cit., p. 131, fig. 157.
13. La guérison d'un paralytique ; M. van Berchem et E. Clouzot, op. cit., p. 131-132, fig. 158. montre un Christ jeune, imberbe, presque adolescent ; dans la série consacrée à la passion, il est barbu et porte la tristesse sur ses traits. Son vêtement est toujours identique : robe pourpre et nimbe crucifère. Les vêtements des disciples, des juifs, des femmes, concordent rigoureusement. On remarque une composition plus sobre dans la première série où l'artiste s'est interdit de faire entrer plus de cinq personnages. On n'a pas de raison de dissocier les deux séries qui forment un ensemble qu'on est en droit de faire remonter aux premières années du VIe.
Dans la zone intermédiaire, les personnages représentés ne sont désignés ni par un nom, ni par un insigne quelconque. Ils sont nimbés, vêtus de la tunique à clavi, du manteau frappé d'un [ et chaussés de sandales. Les uns portent un volume, les autres un rouleau. Ces personnages sont présumés des prophètes et des auteurs inspirés.
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AU 4 wi 209 Chaque fenêtre est surmontée d'une niche à laquelle sont affrontés deux oiseaux : faisan, perdrix, caille, outarde, etc. J. Wilpert, op. cit, t. 111, pl. c.
210 bent tantôt plus, tantôt moins bas, ja mais dans les mêmes plis, suffisent à rompre la monotonie de la procession, sans en altérer le rythme et l'harmonie. Les cheveux en torsade entourent les jeunes visages ; des diadèmes, des colliers, des plaques de ceintures, des applications à l'échanerure de la robe ajoutent à la richesse de la parure. Chaque vierge est séparée de ses compagnes par un dattier chargé de fruits, à trois palmes tantôt vert clair, tantôt vert foncé et par une touffe de fleurs alternativement blanches et à LUE Ce port est figuré par deux tours qui n'offrent pas les caractères des phares d'autrefois (voir PHARES). Dans le port se trouvent trois barques dont une seule porte la voilure. Il y a malheureusement dans tout cela pas mal de réparations, des rames ont été ajoutées. La ville de Classis, CIVI CLASSIS, est toute voisine du port ; elle a été également refaite par Kibel dans sa partie supérieure, depuis la tourelle qui est au milieu de la longue muraille jusqu'à la porte, ainsi que les édifices. De ce précieux tableau, on peut dire qu'il ne subsiste à peu près rien d'intact.
| | « Les vierges se succèdent dans l'ordre suivant, de droite à gauche ; chaque nom est précédé de T SCA :
Eufimia, Pelagia, Agathe, Agnès, Eulalia, Cecilia, Lucia, Crispina, Valeria, Vincentia, Perpelua, Felicitas, Justina, Anastasia, Daria, Emerentian(a), Paulina, Victoria, Analtolia, Cristina, Sabina, Eugenia. inse ka EE EEE gm + A --— welt. o Cas S Tae
211 MOS
trône gemmé dont les montants sont surmontés de deux rosaces. Le visage est fin, les yeux grands et vifs, la bouche petite, Une coiffe blanche enveloppe la tête, elle est marquée d'une croix noire et le voile pourpre est timbré d'une croix blanche. La Vierge fait le geste de bénédiction de la main droite, et, de la main gauche, elle tient sur ses genoux son divin Fils, vêtu de blanc, qui fait le même geste de la main ouverte. Les anges ailés, nimbés, les cheveux retenus par un bandeau, portent de la main gauche le bâton terminé par une boule. piu $ À hi ^ m. sA aia E | A kc Voici leurs noms en suivant l'ordre de gauche à droite. Tous sont écrits au-dessus de leur tête précédés de T SCS :
Cleme (n )s, Systus, Laurentius, Yppolitus, Cornelius, Cyprianus, Cassianus, Iohannis, Paulus, Vitalis, Gervasius, Protasius, Ursicinus, Navor, Felix, Apollinaris, Sebastianus, Derniter, Policarpus, Vincentius, Pancralius, Crisogonus, Protus, lIaquintus, Sabinus.
Le martyr Navor est pour Nabor, martyr milanais inséparable de Félix.
A la tête de cette procession de martyrs se trouve un confesseur, saint Martin, patron de la basilique après qu'elle fut réconciliée de l'arianisme au catholicisme, sous l'archevêque Agnellus. Saint Martin porte la Quatre colonnes soutiennent des chapiteaux corinthiens qui supportent trois arcades que surmonte un fronton triangulaire. Un bandeau horizontal tangent au sommet des arcades porte le mot PALATIVM. De chaque côté du bâtiment central, une galerie soutenue par quatre colonnes plus basses, supportant des arcades décorées de Victoires aux bras et aux ailes étendus, Au-dessus, règne une galerie couverte de larges tuiles rouges à rebords. Des portières courent sur des tringles posées à hauteur de la base des chapiteaux ; elles sont nouées à leur milieu, tandis que les portières des arcades du bâtiment principal sont relevées de chaque côté par des embrasses. Pour la porte principale, la tringle est suspendue à l'imposte et la portière est ornée de deux gammas et de deux carrés brodés. Ces portières, sauf peut-être celle de la baie centrale, ne faisaient pas partie de la mosaïque primitive ; elles ont été placées pour masquer le vide laissé par des personnages qui ont été enlevés. Sur quatre colonnes, la 1re à gauche, la 3e, la 5e et la 11e, on peut voir encore des mains ouvertes d'orants.
La porte centrale du palais est à fond d'or, ainsi que la porte de la ville, au-dessus de laquelle on lit : CIVITAS RAVENN. Sur le tympan de la porte de la ville, on distingue trois petits personnages vêtus de blanc. Par-dessus le toit du palais de Théodoric, on distingue quelques édifices de la ville : basiliques, baptistères, etc.
Procession de martyrs. Ils sont au nombre de vingt-cinq qui sortent de la ville de Ravenne pour se diriger, à la suite de saint Martin, vers le Christ. Tous portent la tunique blanche à clavi sous le manteau blanc dont ils relèvent les pans sur leurs mains pour présenter leur couronne, que quelques-uns tiennent de la main nue, Tous sont nimbés et séparés les uns des autres par un palmier : ils portent sur leur manteau des monogrammes variés : F, À, O., |l. C. A. L, l, C ; saint Laurent porte une tunique dorée (fig. 8510). tunique blanche à clavi recouverte du manteau de pourpre ; lui aussi présente sa couronne. Le Christ entre quatre anges (voir Dictionn., t. vit, La procession des martyrs conduite par saint Martin se dirige vers le Christ entre quatre anges (fig. 8511). Ce sujet fut détruit et masqué en partie au XVIe pour la construction d'un buffet d'orgue enlevé au début du XVe. On restaura tant bien que mal alors la moitié du Christ, deux anges et une partie de saint Martin. Cette restauration fit disparaître saint Étienne qui se trouvait entre saint Martin et l'ange. Aujourd'hui, le Christ tient un sceptre ; dans la mosaïque primitive, il tenait un livre avec les mots EGO SVM REX GLORIAE. Les deux processions de vierges et de martyrs sont postérieures à toute la décoration jusqu'ici décrite. Il est probable qu'elles ont remplacé, à l'époque de Justinien, des tableaux consacrés à la glorification de Théodoric que le basileus aura fait disparaître.
A l'entrée de la basilique, on voyait les portraits de l'archevêque Agnellus qui a disparu vers le XVe, et de l'empereur |VSTINIAN couronné, nimbé de nacre’, Ce portrait a été refait au XIXe (voir fig. 8199).
Dans la conque de l'abside : le Christ entre deux 213 L'église fut bâtie par Ecclesius (voir Dictionn., t. 111, col. 379, fig. 2485) en l'honneur de saint Vital, ce qui explique leur présence ici. Le Christ imberbe est assis sur un globe bleu ; il a un nimbe crucifère gemmé de “nacre : il tend la couronne des élus à saint Vital et appuie sa main gauche sur un rouleau scellé de sept sceaux. Sur sa tunique à larges clavi on voit un Z. Les anges ne différent pas de ceux que nous avons vus à + 14 debout sur des globes, supportent la couronne de feuillages et de fruits qui entoure cette figure centrale cette couronne des quatre anges de la voûte. A leur base, des paons font la roue, perchés sur des globes. Entre les guirlandes se déroulent des volutes bleues et rouges, au milieu desquelles on distingue divers animaux, paons, perdrix, chouettes, aigrette, héron, serpentaire, colombe aux ailes déployées, huppe, coq et autres oiseaux, panthères ou guépards, bélier, gazelle, âne, bouquetin, antilope, lièvre et poisson. Deux des saint-Apollinaire-Neuf ; sur leur manteau, le P ; tous les deux présentent au Sauveur le martyr et l'archevêque, vêtus chacun suivant sa profession. Il semble qu'on ait voulu opposer les traits impersonnels des visages du Christ et des anges à ceux du soldat et du pontife qui doivent figurer des portraits. La scène se passe dans une prairie semée de fleurs blanches d'où sourdent sous les pieds du Christ les quatre fleuves du paradis. Des paons circulent parmi les fleurs. Ecclesius occupa le siège de Ravenne, de 521 à 534.
« La voûte du chœur (fig. 8512) a pour motif central un médaillon rond, semé d'étoiles, sur lequel se détache l'agneau divin nimbé. Ce nimbe est uni, mais marqué du chrisme. Quatre anges, ailés et nimbés, guirlandes contiennent une couple de colombes, côtes à côtes, du plus heureux dessin. De ces quatre panneaux, deux sont à fond vert et deux à fond d'or. Soil hasard, soit artifice, l'agneau semble toujours avoir la tête tournée vers celui qui le regarde où qu'il soit placé, ce dont s'émerveillait déjà, au XVIe, l'historien ravennate Girolamo Rossi.
« Le 17 août 1751, une partie de cette mosaïque s'écroula et fut remplacée par une imitation en peinture due à Serafino Barozzi. Au XIXe, la mosaïque a été entièrement restaurée et, de 1921 à 1924, réparée et nettoyée par les soins de Giuseppe Zampiga !. » Le triforium donne jour sur la tribune et, de chaque côté, sont figurés les évangélistes ; à gauche, saint Jean et saint Luc ; à droite, saint Marc et saint Matthieu. Tous sont assis dans des paysages montagneux et dominés chacun par leur symbole : aigle, bœuf, lion, ange. Ils tiennent sur leurs genoux leur évangile avec leur nom. Trois d'entre eux ont une écritoire à leur portée : Jean, Marc et Matthieu ; cette 147.
215 écritoire consiste en une sorte de guéridon portant deux calames, un encrier et une pierre ponce. Luc et Matthieu ont à leurs pieds un serinium à serrure, ouvert, contenant huit rouleaux. Matthieu écrit sous la dictée de l'ange, ce qu'il écrit est, d'ailleurs, indéchiffrable. Les quatre évangélistes sont barbus, nimbés, les cheveux retenus par un bandeau, vêtus d'une tunique et d'un manteau à monogramme.
L'arc du triforium est décoré de rinceaux de vignes sortant de vases à anses. A droite et à gauche de chaque vase, deux colombes adossées, tandis qu'une troisième colombe est perchée sur le bord du vase. Des pampres, des oiseaux becquètent les raisins. Le tympan est rempli par une sorte de coquille plate ou d'éventail (fig, 8513). blanches et rouges ; dans le ciel, la main de Dieu.
Au-dessus de la scène, séparés par une bordure semée de croisillons, deux anges en plein vol, vêtus de blanc, soutiennent un médaillon où se détache une croix gemmée, aux bras de laquelle sont suspendues deux ancres.
Dans les écoinçons, à droite, Isaïe tenant un rouleau lié par le milieu ; à gauche, deux épisodes superposés : dans le bas, Moïse garde les troupeaux de Jethro, son beau-père, dans le haut, il détache sa chaussure avant de gravir le Sinaï. Dans ces deux épisodes, Moïse est imberbe, nimbé, et son manteau timbré du [.
Sur le mur de gauche, deux épisodes de la vie d'Abraham : il reçoit les trois anges et il immole son 217 ys f | 5 ii 218 déjà si richement décoré, elles tranchent, par l'éclat et la diversité de leurs couleurs, comme par la finesse de leur exécution, avec les grandes compositions qui leur servent de cadre. De dimensions relativement modestes, elles font penser à ces mosaïques de choix qui ornaient les villas de Rome et de Pompéi et donnent l'impression de véritables tableaux. Leur valeur historique est sans prix, aucun autre document iconographique ne pouvant leur être comparé pour l'évocation de la cour byzantine et de ses pompes.
« Le panneau de gauche représente l'empereur et sa suite, reçus par l'archevêque Maxien (voir Dictionnaire), recevant des mains de Dieu le rouleau de la Loi, et parlant au peuple hébreu.
La première arcade du chœur porte une série de médaillons séparés par des dauphins verts à crête rouge, deux à deux, queues entrelacées. Les médaillons sont au nombre de quinze, ils contiennent le Christ, les douze apôtres et les deux fils de Vital, les saints Gervais et Protais. On voit par les six que nous donnons ici (fig. 8514-8519) que l'artiste a fait effort pour différencier les visages ; il est probable que nous avons ici plusieurs portraits.
Ces pièces admirables commémorent la dédicace de l'église par l'archevêque Maximien, le 19 avril 547, en présence de l'empereur et de l'impératrice.
« Placées de chaque côté du chœur de Saint-Vital, 219 “ Tous ces personnages sont uniformément chaussés de campagi souples, noir et blanc, à l'exception de l'empereur qui porte des chaussons brodés. L'ordre de préséance ressort non seulement du fait que les personnages secondaires sont en retrait des principaux, 220 « Les femmes de la suite impériale, au nombre de sept, sont vêtues de robes à fleurs, ornées d'empiècements ou de dessins géométriques. Sur la robe retombent les plis de la planeta faite d'une seule pièce et n'ayant qu'une ouverture au centre pour passer la tête.
« Coiffées d'une sorte de turban, elles portent pour la plupart des colliers, des pendants d'oreilles, des bagues. L'artiste s'est plu à différencier leurs gestes mais encore du détail curieux de la disposition des pieds souvent placés l'un sur l'autre. Si l'empereur occupe exactement le centre de la composition, par contre l'archevêque est un peu plus en avant.
Les cinq figures centrales sont visiblement des portraits ; le plus saisissant est celui de l'archevêque Maximien dont la tête étroite et longue, les traits émaciés et la calvitie contrastent avec les visages arrondis et les chevelures apprêtées de l'empereur et des dignitaires 1. sans porter atteinte à la dignité de leur attitude, deux d'entre elles relèvent gracieusement les plis de leur planeta, une autre tient de la main gauche une écharpe repliée.
« Volontiers voit-on, dans la voisine de l'impératrice, sa favorite Antonine, femme de Bélisaire.
« Le décor, inexistant dans l'autre panneau, est ici particulièrement recherché. Au-dessus de Théodora se déploie une conque à fond vert, analogue à celles du Lombeau de Galla Placidia et du sommet de laquelle retombent en feston deux rangs de perles. Deux disques ornementés de chaque côté du bord incurvé de la conque, accentuent la symétrie, Au-dessus des suivantes est tendu un velum fait de bandes bleues, blanches et rouges alternées, dont la ligne convexe contraste avec la concavité de la coquille. Sur le rideau, sur l'épaule d'un des dignitaires, sur les robes des suivantes, se répète le motif décoratif du carré ou de l'étoile formée de deux carrés superposés.
« Cette composition est plus nuancée que la première. Si le nombre des personnages est sensiblement le même, leur distribution n'est pas identique. L'impératrice n'est pas au centre du panneau, mais l'artifice du décor triparti, la conque, le nimbe et les joyaux, force l'attention à se concentrer sur elle. Les quatre figures principales seules regardent en face, les regards des cinq autres convergent sur le groupe central et la dernière des suivantes a les yeux franchement tournés dans le sens opposé L » Ravenne, 69 Saint-Apollinaire in Classe. — Cette basilique fut construite sous l'archiépiscopat d'Ursicinus 222 cloisonnée de perles, se détachant sur un fond bleu semé de 99 étoiles d'or à six branches. Au sommet, le mot IXOYC, à chaque branche A et G), au pied SALVS MVNDI. De chaque côté de la croix, les personnages de Moïse et d'Élie : MOYSES et HBELYAS, imberbes, vêtus de blanc, la main droite dirigée vers la croix, vus à mi-corps parmi les nuages, bleus et rouges. Au sommet, dans les nuages, la main de Dieu (fig. 8520). Toute la partie inférieure offre la vue d'un pâturage planté d'arbres et semé de rochers. Là se trouvent trois brebis qui symbolisent les apôtres : Pierre, Jacques et Jean, témoins de la transfiguration.
Au premier plan, douze brebis par deux groupes de six, séparées les unes des autres par des fleurs blanches semblables au muguet, sont attentives au personnage central, debout, nimbé, vêtu d'une tunique blanche recouverte d'une chasuble et portant au cou le pallium, c'est Cette figure a fait l'objet d'un commentaire d'une pénétration critique remarquable et que nous prenons plaisir à citer ici : « Quel que soit le culte dont devait être l'objet le fondateur de l'Église de Ravenne, on s'explique malaisément la place d'honneur qui lui est dévolue au milieu des douze brebis apostoliques. Faut-il admettre que les brebis ne représentent pas les apôtres, mais seulement les ouailles du disciple de saint Pierre, ou bien que l'image de saint Apollinaire 323 ait été substituée postérieurement au vi* siècle à celle de l'Agneau divin ou du Sauveur ? La répétition des douze brebis sur l'arc absidal militerait en faveur de la première hypothèse, si l'on admet que les unes et les autres datent du même temps. A l'appui de la seconde, on peut invoquer une légende qui avait cours à Ravenne à la fin du xii siècle. Vers 1173, le prieur des camaldules, Rolfo, écrit que, selon la tradition, cette image sortait de la main des anges, et voit dans ce fait la seule explication possible des miracles qu'elle accomplissait, aussi bien que de son incomparable beauté. L'orfèvre chargé d'incruster les smalts, ayant terminé tout le champ et réservé la place centrale pour la figure du Sauveur, descendit de l'échafaudage pour aller prendre son repas. Lorsqu'il revint dans l'intention de mettre la dernière main à son œuvre, il trouva tout achevé cette icône, beaucoup plus admirable que tout ce que lui et ses pareils eussent été capables de faire. Nul ne mit en doute alors qu'une figure si rapidement exécutée n'eût une origine surnaturelle.
« A vrai dire l'effigie de saint Apollinaire n'est pas plus remarquable que vingt autres mosaïques de Ravenne, et l'on s'expliquerait mal l'enthousiasme du prieur Rolfo, si l'on réfléchissait que Saint-Apollinaire in Classe appartenait aux camaldules. Chacun prêche pour son saint. Le seul fait à retenir, c'est que l'on admettait au xiii siècle que saint Apollinaire occupait une place primitivement réservée au Sauveur. La Surintendance des monuments de la Romagne, qui a fait relever les traces de restauration ancienne et moderne, a constaté que la chasuble du saint était le fait d'une restauration ancienne. Tout concorde donc à 224 démontrer qu'il s'agit d'une substitution antérieure à 1173 !. » Au-dessous de cette conque absidale nous avons cinq fenêtres dans les intervalles desquelles on a représenté les effigies de quatre archevêques de Ravenne. Ce sont, de gauche à droite, Ecclesius, Ses Severus, ses Ursus, Ursicinus. Cf. Ch. Diehl, Ravenne, p. 72 (Ursus et Ursicinus) ; M. van Berchem et E. Clouzot, op. cit, p. 161, fig. 203-206. Les quatre figures ont même attitude, même vêtement, même geste. Portant la chasuble, ils bénissent à la manière grecque, tiennent un livre dans la main gauche. Tous occupent une niche dont les rideaux sont portés par une tringle et relevés par des embrasses. Au-dessus de chacun d'eux est suspendue, par trois chaînes de perles, une couronne.
Les deux archevêques qui portent le titre de saints occupent les niches du centre, entre des pilastres décorés de rangs de perles quatre par quatre alternant avec trois rectangles et trois oves. Les deux archevêques non encore canonisés ont des pilastres à fond uni. Ecclesius et Ursicinus occupèrent respectivement le siège de Ravenne en 522-532 et 532-536 ; c'est sans doute sous le pontificat de ce dernier, ou fort peu de temps après, qu'on fit ces mosaïques, à une date où ces deux derniers n'étaient pas encore canonisés. La tête d'Ursicinus parait être un portrait (fig. 8521).
Nous avons déjà vu rapproché ce symbolisme à Saint-Vital. L'autel a été visiblement copié sur celui de Saint-Vital. La partie inférieure a été restaurée.
L'arc absidal (voir fig. 8520) nous montre dans un médaillon central le Christ barbu et nimbé ; il tient le livre des évangiles et, de la main droite, bénit à la manière grecque. De chaque côté du Christ, les symboles des évangélistes, deux par deux, tous nimbés et portant le livre évangélique. Au-dessous, les villes de Jérusalem et de Bethléem d'où sortent douze brebis qui ne marchent que d'une seule jambe. Les anges de la retombée des arcs ont un palmier.
Au-dessous de ces deux archanges, deux évangélistes vus à mi-taille : S MATFEVS et S LUCAS ; ils ont été restaurés.
Dans l'ensemble, cette décoration n'offre aucune unité ; il semble qu'on se soit appliqué seulement à couvrir la muraille à des époques assez différentes. On a commencé vers le milieu du vi* siècle, mais il est passablement arbitraire de vouloir dater chaque morceau.
Ravenne. 7° Saint-Michel « ad Frigiselo » — En 1844, le roi de Prusse acquit une mosaïque qui fut détachée assez brutalement de l'abside de l'église Saint-Michel in A ffricisco ou bien ad Frigiselo. De Ravenne, elle fut expédiée à Venise où elle séjourna successivement au palais Zanudo et au palais Pisani. Là, elle fut dépouillée de son ciment, mise dans cinq caisses, en mars 1851, et envoyée à Trieste d'où on l'embarqua pour Hambourg. Arrivée enfin à Berlin, on la laissa paisiblement un demi-siècle en caisse ; ce n'est qu'en 1904 qu'on l'installa dans le Kaiser-Friedrich-Museum (fig. 8522). O. Wulff, Das ravennatische Mosaik von Cette mosaïque a été passablement malmenée au cours de ces voyages et elle n'offre plus qu'un intérêt relatif. Seules les dispositions générales ont été respectées. La conque absidale est ornée de trois figures en pied : le Christ imberbe avec nimbe crucifère s'appuyant de la main droite sur une grande croix gemmée et tenant de la main gauche, dans un pli de son manteau, les évangiles (fig. 8522). A sa droite, l'archange MICHAHEL, éponyme de l'église, et à sa gauche GABRIHEL, tous deux ailés et nimbés, faisant, de la main droite, le geste d'acclamation, de la main gauche tenant le bâton à pommeau, Cette mosaïque était encadrée de dix colombes vues de profil, prêtes à voler ; CHRÉT, 226 elle a dû appartenir à l'église primitive édifiée par Baccanda en mémoire de son beau-père. Julianus Argentarius et consacrée le 7 mai 545, L'arc nous montre, parmi des nuages rouges, verts et bleus, le Christ barbu mis sur un trône sans dossier, tenant le livre des évangiles ; à sa droite, cinq anges, à sa gauche, quatre ; les deux plus proches sont nimbés et tiennent la lance et l'éponge imbibée de fiel.
Les retombées de l'arc sont ornées des effigies des saints Côme et Damien.
Cette mosaïque a subi tant de déplacements et tant de retouches qu'on ne peut plus la considérer comme un monument original. Le visage du Christ avec sa bouche en cœur » est particulièrement déplorable.
Ravenne. 89 Baptistère des Ariens. — C'est en 558 que cet édifice fut réconcilié et consacré par l'archevêque Agnellus pour le culte catholique ; il porta parfois dans la suite le nom de Sainte-Marie in Cosmedin. Les mosaïques remontent à la première moitié du vi* siècle.
L'artiste s'est inspiré de la décoration du baptistère des Orthodoxes, avec quelques modifications, placant à gauche ce qui était à droite, mettant Jean-Baptiste à la place du Jourdain et réciproquement, faisant partir la double procession des apôtres au pied du médaillon au lieu de l'y faire aboutir et ne retenant du décor architectural que le motif du trône vide qu'il intercale entre Pierre et Paul (fig. 8523).
Il ne paraît pas soutenable que la scène du baptême ait été refaite au vii siècle, mais si on compare cette figure à celle du baptistère des Orthodoxes, on pourra se convaincre de la rapide décadence de l'art. Ici le Christ est imberbe, nimbé, nu, plongé à mi-corps dans l'eau du Jourdain figuré par une divinité fluviale bien authentique et telle qu'on pouvait la concevoir au iv ou au v* siècle. Le précurseur est un adulte vigoureux, vêtu d'une peau de léopard, il tient un bâton recourbé qui ne lui sert à rien et il appuie sa main droite sur la tête du Christ. Sa jambe droite est soulevée comme si elle posait sur une pierre, mais la pierre a été oubliée. Le niveau d'eau n'est pas horizontal.
Les apôtres semblent être dans le même ordre qu'à Saint-Jean-des-Fonts ; ils forment deux processions et sont séparés les uns des autres par des dattiers. Les vêtements sont ornés de monogrammes divers répétés généralement trois fois sur chaque apôtre. On peut signaler des retouches çà et là.
Le trône, élevé sur deux marches, est mal dessiné ; on y remarque une profusion de perles. Devant le coussin et le dossier se dresse une croix latine, sans support apparent ; autour du bras supérieur est attaché un morceau d'étoffe dont les deux pans retombent en avant.
XXXII. LES HISTORIENS DES MOSAIQUES ROMAINES, — À une époque où fresques, bas-reliefs et statues étaient dégradés, mutilés, souillés de toutes façons, la mosaïque continuait à briller d'un éclat un peu atténué sans doute, mais encore suffisant pour attirer sur elle, dans les grandes pages des basiliques romaines, l'attention des lettrés du Bas-Empire et du Moyen Âge. Longtemps avant qu'on s'occupât de l'étude des antiquités chrétiennes, la mosaïque conservait ses admirateurs fidèles et ses commentateurs obstinés. La splendeur de la matière première, l'intérêt historique et artistique des monuments, les inscriptions qui étaient censées en éclairer l'origine, attiraient un public tant d'érudition par Eug. Müntz que nous ne pouvons que répéter ce qu'il a dit, en le complétant dans la mesure du possible *.
Les poètes sont les premiers qui se soient occupés des mosaïques : c'est à saint Damase, à Prudence, à saint Paulin de Nole, que nous devons les descriptions les plus anciennes.
Le premier en date parmi les recueils épigraphiques concours de pèlerins, de chroniqueurs et d'épigraphistes. Grâce à ces circonstances nous possédons un ensemble d'informations infiniment plus complètes sur la mosaïque que sur la peinture et la sculpture !, Celles-ci ne nous enrichissent guère en portraits, alors que celle-là nous conserve toute une série de personnages dont les traits appartiennent à l'iconographie ou à l'histoire. C'est là un sujet qui a été présenté avec
229 taient déjà au vi* siècle et nous en possédons un texte à l'abri des mutilations et des corrections survenues depuis cette époque. L'auteur n'a d'autre souci que de colliger des vers utilisables pour d'autres destinations ; il ne s'inquiète pas de savoir et de nous dire si les inscriptions qu'il reproduit sont ou ne sont pas exécutées en mosaïque.
Le document le plus précieux que nous possédions sur l'histoire des arts à Rome, du iv au ix siècle, le Liber pontificalis, d'une exactitude si méticuleuse en tout ce qui concerne le mobilier liturgique des basiliques romaines, ne prononce le mot musibum, pour la première fois, qu'au v siècle, dans la notice du pape Hilaire (461-468) : jecit... lacum — porphyreticum... undi que ornatum ex musibo ?, Toutefois, il se pourrait qu'avant cette date nous ayons une expression moins technique mais certaine lors que le Liber parle à propos d'un édifice de sa décoration mire pulchritudinis ; et encore le mot metalla qui s'y lit fréquemment peut faire allusion à la décoration en cubes d'émail dorés ou argentés. En voici un exemple qu'on ne saurait récuser, c'est un passage de la notice de saint Pascal Ier : Atsidam [sanctse Praxedis] musibo opere ornatam, variis decenter coloribus decoravit. Simili modo el arcum driumphalem eisdem metallis mirum in modum perficiens compsit ?. L'arc triomphal en question n'étant orné que de mosaïques et non de marbres, le mot metalla ne saurait avoir ici que la première de ces deux significations . du même genre conservés à Ravenne. Nous trouvons un secours plus appréciable dans la lettre du pape Hadrien I« à Charlemagne à l'occasion du Ie concile de Nicée et de la discussion relative au culte des images. Le pape énumère les églises que saint Sylvestre ou ses successeurs du iv° siècle ont fait décorer de peintures ou de mosaïques : im primo sanclo concilio sepius ostensum est, quia S. Silvester papa, el Gonstantinus christianissimus imperator venerati sunt sacras imagines... lam in musivo quam que in caleris historiis cum sacris imaginibus ornalis *.
L'auteur du Coder palatinus que Gruter placait au Xv siècle , mais qui appartient au xi* $ a pris soin de transcrire les inscriptions métriques de la plupart des mosaïques romaines ; il se contente — lorsqu'il ne l'oublie pas — de nous dire où ces vers furent copiés ; il a donc fallu de longues recherches pour déterminer leur origine et en tirer parti, mais, cela fait, le recueil nous est du plus grand secours, puisqu'il donne le moyen de reconstituer, à l'aide de ces inscriptions dont la plupart, sans lui, ne seraient pas parvenues jusqu'à nous, la décoration des principales basiliques de Rome.
Le Moyen Âge proprement dit, et la Renaissance à ses débuts, se désintéressent presque complètement de l'art chrétien ; c'est à peine si les hommes de ce temps paraissent apercevoir les mosaïques. Ils n'ont de pensée que pour les tombes des martyrs et pour les ruines antiques. Obélisques et statues équestres, arcs de triomphe et cirques, thermes et amphithéâtres, tout cela les captive et c'est à peine s'ils observent les basiliques chrétiennes. Les monographies composées 230 dans la ville même témoignent d'une égale indifférence pour cette classe de monuments. L'histoire de la basilique vaticane, écrite au xi* siècle par le chanoine Pierre Mallius, sert tout au plus à nous apprendre si telle ou telle mosaïque existait encore de son temps ; bien souvent même il est impossible de savoir si l'auteur parle de visu ou s'il se contente de copier le Liber pontificalis. Les anciennes descriptions du Latran et de Sainte-Marie-Majeure contiennent des données un peu plus précises, mais seulement sur deux mosaïques : celle de la façade du premier de ces sanctuaires et celle de l'abside du second.
Il ne faut pas compter sur les sylloges épigraphiques de la fin du Moyen Âge dont les auteurs copient ce que d'autres avant eux ont copié. Quant aux notes, elles ne nous apprennent rien de nouveau.
La Renaissance, qui a remis au jour tant de chefs-d'œuvre de l'antiquité classique, a inauguré, pour les monuments de l'antiquité chrétienne, une période de vandalisme qui s'est prolongée jusque fort avant dans le xvi* siècle. Sans doute, bien des peintures, bien des mosaïques des premiers temps avaient été détruites pendant le Moyen Âge, mais elles ne l'avaient pas du moins été au nom des principes du goût, Il était réservé à Nicolas V, à Sixte IV, à Léon X, à Sixte V, à Paul V, d'entreprendre des démolitions systématiques, de joncher de ruines les abords des deux grands sanctuaires, le Latran et le Vatican. Seules les antiquités classiques trouvaient grâce devant eux et leur entourage de savants partageait cette intolérance.
Flavius Blondus de Forli, dont la roma instaurata marque un progrès si considérable dans le mouvement archéologique du xv* siècle, fait peu de cas des monuments chrétiens ; dans sa description de Saint-Pierre, il n'accorde même pas une simple mention aux mosaïques qui couvraient encore toutes les parois.
Mapheus Vegius, dans son traité De rebus memorabilibus basilicæ Sancti Petri, marque la même indifférence.
Les artistes ne procèdent pas autrement que les antiquaires. On conserve à la bibliothèque Barberini, n. $22, un recueil de Giuliano di Francisco Giamberli architecto nuovamente da San Gallo nominato, con molti disegni misurati e tratti dello anticho, commencé en 1465 et qui ne contient qu'un très petit nombre d'édifices chrétiens.
Ce sont :
Fol. 18, le plan de Sainte-Sophie de Constantinople.
Fol. 31, la meta d'una del oto face di dentro del batesimo di Costantino in Roma.
Il en est de même de la plupart des auteurs du xvi siècle : Albertini, l'auteur de l'opuscule De septem mirabilibus urbis Home ; Andrea Fulvio, dans le traité De basilicis et templis sub christiano ritu excilalis, n'est guère qu'une simple énumération ; Alberti, Antiquita les urbis, 1527, fol. XCVII v ?-xcvrimn ; Lucio Fauno, De antiquitatibus urbis Roms... Venetiis, 1548, 1549, 1552, 1553, 1558, 1559 ; Lucio Mauro, Le antichità della città di Roma, Venezia, 1562 ; Marliani, Urbis Romæ topographia, Romæ, 1544, etc. ; Garrucci, Le antichità della cillà di Roma, Venezia, 1565, 1569, 1550, 1588 ; Panciroli, I tesori nascosti nel l'alma città di Roma, Roma, 1600, et une infinité d'autres historiens de la seconde moitié du xvi siècle.
Le premier, le célébre moine véronais Onofrio Panvinio, comprit l'importance des antiquités chrétiennes, non seulement au point de vue de l'histoire ecclésiastique, mais encore à celui de l'art proprement dit. Ce travailleur infatigable, qui, omnes quotquot antea scripserant eruditis suis lucubrationibus obscuravit *, et qui mourut à trente-huit ans (1568), en nous laissant une œuvre dont l'étendue et la portée ne nous remplissent plus aujourd'hui d'admiration, doit être considéré comme l'initiateur de l'archéologie chrétienne.
Dans son traité De sepfem urbis ecclesiis, Romse, 1570 2, il décrit les basiliques avec une précision inconnue avant lui ; la topographie, l'âge, le style, les ornements de ces monuments sont soumis à une critique avisée ; à une connaissance étendue des documents d'archives et des inscriptions se joint chez l'auteur un goût d'une sûreté remarquable, du moins eu égard à son époque ; beaucoup de ses jugements conservent de l'intérêt.
Non moins précieuses sont les notes prises par Panvinio dans ses visites aux églises *. J.-B. De Rossi a le premier signalé l'importance des manuscrits conservés au Vatican, n. 3451, 6780 4, en même temps qu'il a fait connaître les difficultés presque insurmontables qu'offre le déchiffrement de ces caractères microscopiques, tracés à la hâte pour l'usage exclusif de l'auteur 5.
On chercherait en vain, dans les dictionnaires, le nom de Pompeo Ugonio, l'auteur de l'Historia delle stazioni di Roma (1588). Et, cependant, les manuscrits de cet érudit archéologue, conservés soit à la bibliothèque Barberini, soit à la bibliothèque de Ferrare, abondent en informations inappréciables *, Par contre, le cardinal Baronius fit preuve d'une indifférence complète pour les productions de l'art ; il a méconnu, ignoré ce que les peintures, les mosaïques, toutes les formes de l'art pouvaient fournir d'éclaircissements à l'histoire ; or celle des pontificats de Silvestre, de Damase, de Léon III, de Pascal Ier, de Léon IV, qu'il s'imaginait écrire, ne saurait être complète sans le tableau de leur activité artistique. Son Martyrologe n'est pas pour lui faire plus d'honneur : il aurait dû sans cesse interroger les vestiges du passé et c'est à peine si, de loin en loin, il daigne se souvenir du renseignement que lui apporte une mosaïque. Cardinal du titre des Saints-Nérée-et-Achillée, il a pris soin de faire restaurer leur basilique de façon à en mutiler la mosaïque et à y supprimer le monogramme du pape Léon III, que Pompeo Ugonio y avait vu et dont, sans lui, nous ignorerions l'existence.
Vers cette époque, on voit des savants étrangers se tourner vers les antiquités chrétiennes de Rome :
Chacon, Espagnol travesti sous le nom de Ciacconio, Philippe de Winghe et Jean l'Heureux, deux Flamands qui s'avancent dans le sillage d'Antoine Bosio ; Janus Gruter et Gretzer, deux Allemands, celui-ci possédait un dessin du triclinium du Latran.
Au XVIe enfin, l'étude des vénérables restes de la peinture en mosaïque, alors encore si nombreux à Rome, forme l'objet d'études assidues.
Jacques Grimaldi (T 1623) leur consacre une longue suite de dissertations, en partie encore inédites qu'Eug. Müntz a fait connaître : Ricerche intorno ai lavori archeologici di Giacomo Grimaldi, Firenze, 1881.
Nicolas Alemanni (1583-1626) publie en 1625 son érudite dissertation De Laferanensibus parietinis.
Puis, c'est une moisson de notes précieuses recueillies par Severano, Memorie sacre delle selte chiese di Roma, 1630 ; Torrigio, Le sacre grotte Vaticane, 1639 ; Fioravante Martinelli, Roma er ethnica sacra, 1653.
Vers la même époque, le chevalier Cassiano del Pozzo compose le précieux recueil de dessins, aujourd'hui conservé à la bibliothèque du château de Windsor, digne pendant des albums conservés à la bibliothèque Barberini. Les dessins exécutés par les soins de del Pozzo offrent, sauf quelques exceptions, autant de fidélité qu'on en peut attendre de reproductions datant du XVIIe.
Les élus poursuivies avec plus ou moins de persévérance jusqu'à la seconde moitié du XVIIIe trouvèrent leur consécration dans les deux importants ouvrages de Ciampini (1633-1698) que nous avons déjà mentionnés et appréciés (voir Dictionn., t. III, col. 1585-1588). Ces livres ont exercé une longue influence, et il faut considérer qu'ils ont fait loi pendant deux siècles environ. On peut le regretter, on n'y changera rien, et, somme toute, Ciampini a servi l'étude de l'antiquité chrétienne plus qu'il ne l'a desservie. On voit bien ce qui nous manque malgré son effort ; on se demande ce que nous aurions si cet effort n'avait pas été tenté. Les erreurs graves et nombreuses que ses planches ont servi à accréditer ont entraîné des explications fausses sur des points de détail, c'est fâcheux, mais c'est remédiable.
Les Vetera monimenta et le De sacris ædificiis sont à peu près tout ce qui nous reste de Ciampini. Ses notes manuscrites paraissent avoir disparu, et l'on ne saurait trop en déplorer la perte. Toutes les recherches poursuivies par Eug. Müntz à la bibliothèque Vaticane n'ont abouti à aucun résultat. Le seul de ses manuscrits relatifs à l'archéologie chrétienne que possède la Vaticane est celui qui contient le dessin, publié par Paciaudi et par J.-B. De Rossi de la peinture du Coelius, Jusqu'à nos jours, et de nos jours encore, on s'est habitué à demander les renseignements littéraires indispensables, la discussion des textes, l'histoire des restaurations ou des mutilations et même la signification symbolique des mosaïques à Ciampini. Ses travaux demeuraient classiques, bien qu'ils fussent depuis longtemps dépassés : on recourait à ses planches, les plus inexactes qui aient jamais été gravées, alors qu'on pouvait consulter les collections de photographies de Parker à Rome et de Ricci à Ravenne. Il faut que, désormais, Ciampini cesse d'être un guide pour tous ceux qui apportent au travail une conscience austère, empressée à remonter aux originaux.
Au premier rang figurent deux recueils célèbres de dessins, que Séroux d'Agincourt et bien d'autres ont examinés, mais sans en tirer tout le parti désirable. L'un d'eux se trouve à la Vaticane (n. 4407-3409), au catalogue de laquelle il est inscrit sous le nom de François Penia quoiqu'il ait été réellement formé par les soins d'Alonzo Chacon, ainsi que l'a prouvé J.-B. De Rossi !. Il se compose de trois volumes in-folio remplis de dessins coloriés qui représentent non seulement des mosaïques, mais encore des peintures murales.
L'autre, infiniment plus riche, date de la première moitié du XVIIe et doit son existence à l'illustre cardinal François Barberini, le fondateur de la bibliothèque de ce nom. Il comprend une quinzaine de volumes, vraiment inappréciables pour l'abondance et généralement aussi pour la sûreté des informations. Bunsen s'est demandé si Ciampini avait connu ces deux collections et il a déclaré qu'on n'en savait rien. Or, à propos de la mosaïque aujourd'hui détruite de Sainte-Agathe in Suburra, Ciampini avoue lui-même qu'il s'est servi d'un dessin de la bibliothèque du Vatican ayant appartenu à Penia *. En ce qui concerne la collection Barberini, il suffit de comparer les pl. L-Lxiv du t. I des Vetera monimenta aux dessins du ms. ALIX, n. 14, pour acquérir la certitude d'un véritable plagiat.
Dans le courant du XIXe, quelques noms viennent à la suite de Séroux d'Agincourt, mais Parker Mosaic pictures in Rome and Ravenna, Oxford, 1866, et Fontana, Mosaici della primitiva epoca delle chiese di Roma, Roma, 1870, ne font que résumer Ciampini, tandis que Crowe et Cavalcaselle marquent un progrès largement dépassé par Barbet de Jouv, Les mosaïques chrétiennes de Rome, 1857, et Louis Vitet.
Les mosaïques chrétiennes des basiliques et des églises de Rome, décrites et expliquées par M. Barbet de Jouy, conservateur adjoint au musée impérial du Louvre, formaient un de ces minces volumes comme il en paraît quelquefois à l'honneur de la science française. Celui-ci ne comptait que 142 pages et n'avait d'autre dessein que d'être un guide pour « les Français qui visitent Rome », « mais, comme le lui disait Alf. Darcel, il y a tant de Français que ces matières intéressent et auxquels il est interdit de voyager autrement que dans les livres, que nous ferons un reproche à l'auteur, celui de s'être restreint volontairement * », L'auteur ambitionnait de diriger l'attention de tous ceux qu'intéresse l'archéologie des arts sur des œuvres dont l'étude jette de vives clartés sur des temps fort obscurs. Selon lui, l'examen attentif des mosaïques exécutées dans les églises de Rome, depuis le IVe jusqu'au Xe, doit être l'une des études préliminaires qui permettront de classer comparativement les divers âges des peintures des catacombes. Il n'est pas douteux que beaucoup ont été ajoutées successivement, lors que la piété a fait descendre les papes et les fidèles aux tombeaux des martyrs, et les a consacrés par de saintes images. L'intérêt est grand de dégager de ces mélanges posthumes la part qui appartient au IVe, peut-être au XIe après Jésus-Christ, car ce n'est qu'alors qu'on saisira clairement le caractère touchant de ces œuvres inspirées par une religion naissante. Les divers courants de l'art n'ont toute leur pureté que près de leur source ; le type chrétien, plus qu'aucun autre, et son expression la plus délicate, produit de l'union de la forme antique et des sentiments purs du christianisme, a été promptement altéré, Mais qu'attendre d'un art dont presque toutes les productions accusent la décadence ? Et, d'ailleurs, qu'importe l'état du goût dans une période de décadence ? On convient à peu près généralement que, dès le début du IVe, à l'heure où va naître la mosaïque basilicale, et à plus forte raison après l'édit de Milan lorsqu'elle reçoit l'impulsion de ses grands ouvrages, tout était mort en Italie dans les arts du dessin. C'est là une vérité passée à l'état d'axiome pour Ciampini. Il enseigne que l'art antique, qui de Trajan aux Antonins avait déjà fait une si prompte chute, et qui n'avait cessé d'aller s'abaissant toujours pendant le IIIe, était, sous Constantin, réduit à un tel degré d'impuissance, que les barbares eux-mêmes n'avaient plus rien à faire pour en consommer la ruine, et que, même au contact du christianisme affranchi, cet art éteint et moribond n'avait pu ni se régénérer, ni seulement recouvrer quelques instants de vie, quelques heures de jeunesse.
C'était l'arrêt de ce qu'on nommait la critique, celle de Ciampini et de ses confrères italiens dans l'érudition archéologique, mais on peut affirmer que cet arrêt avait été rendu d'après une connaissance superficielle et tendancieuse des monuments. Et c'est ce qu'a montré, avec une vigueur de démonstration irrécusable, un archéologue qu'on doit toujours citer : Louis Vitet *.
Un fait considérable s'impose d'abord à l'attention. Depuis que les peintures qui couvrent l'enduit « des parois et des voûtes des catacombes peuvent être vues directement et non plus au travers des informes dessins donnés par Bosio et par ses successeurs, un art nouveau a été révélé, Ces œuvres décoratives, faites à main levée, en cachette, presque toujours en grande hâte et dans une obscurité à peine traversée de quelques lueurs fumeuses, et surtout bien plus pour satisfaire la piété que pour cultiver l'art, ces œuvres révèlent, aux plus prévenus et aux plus indifférents, une transformation véritable de ce même art qui, au service du paganisme, semblait alors mourir d'épuisement. Un pareil fait, multiplié à des centaines d'exemplaires, ne permet plus de dire que le christianisme naissant n'a exercé aucune action visible sur l'art romain en décadence, et ne lui a pas rendu, au moins pour quelque temps, une certaine verdeur. Pendant qu'au-dessus du sol tout s'alourdit, tout se matérialise, dans la ville souterraine tout prend un air de jeunesse et semble refleurir à une nouvelle vie. Le style est le même, l'esprit a changé et, grâce à ce changement, le style a pris un tour de hardiesse, de souplesse, de sveltesse. Les ornements, les arabesques, les ornements symétriques ont pris une allure capricieuse, fantaisiste, délicate ; la routine a fait place au sentiment. Mais c'est surtout l'expression des visages, le jet des draperies, la franchise du geste qui surprennent et qui enchantent. Dans ces épisodes, où se meuvent un, deux ou trois personnages au plus, tout n'a pas cessé d'être antique et tout est devenu chrétien.
Et si, en pleine persécution, le christianisme a su tirer de tels secours d'un art déchu, s'il l'a épuré, spiritualisé, peut-on croire qu'à l'heure du triomphe il n'en ait plus rien obtenu et que l'alliance n'ait pas continué à porter quelques fruits jusqu'au jour prochain où la brutalité barbare va tout briser, tout interrompre, et rendre pour longtemps étrangers l'un à l'autre et comme incompatibles l'un à l'autre, en apparence du moins, l'esprit chrétien et l'art de l'antiquité.
Voici ce que nous aurons à demander aux mosaïques. Le rajeunissement de l'art tel que nous l'observons dans les catacombes est-il un fait isolé, ou bien n'est-il que la première manifestation d'un phénomène qui se renouvelle en se développant ?
Avant toute chose, il importe de fixer un point essentiel, à savoir si parmi les mosaïques de Rome il en est qui remontent jusqu'au IVe, et qui, par conséquent, nous donnent la mesure du savoir-faire à cette époque ? Par un excès de modestie, Barbet de Jouy s'interdisait tout jugement, toute conjecture, toute comparaison, se contentant de décrire et se contentant des classements consacrés ; mais ceux-ci ont à subir des revisions.
Constantin parce que le trait caractéristique des édifices de ce règne c'est la confusion dont on a un exemple - à Saint-Laurent-hors-les-Murs. Mais il ignore ce qu'on sait aujourd'hui, à savoir que Saint-Laurent fut reconstruite à neuf sous le pontificat de Pélage II, vers 580, sans compter qu'en 1216 Honorius III l'a amplifiée et bouleversée de fond en comble. Il est donc plus que probable que la disparité des colonnes n'est pas imputable au premier fondateur. Passons aux mosaïques des voûtes. Celles-ci sont-elles d'un travail tellement supérieur et leurs sujets si évidemment païens qu'on ne puisse les attribuer à une période chrétienne ? Non. La technique est bonne, les cubes sont de dimension moyenne, taillés sans finesse ni précision, enfin l'enchâssement laisse à désirer. En un mot, ce sont de bonnes mosaïques décoratives, d'un effet harmonieux, agréable, dont on trouverait d'autres exemples au IVe. Reste un argument à faire valoir pour soutenir que ces mosaïques sont païennes : la nature du sujet. Cette scène de vendange ne peut être qu'une réminiscence du culte bachique. Mais la réminiscence se retrouve ailleurs et plus tard sur des tombes chrétiennes, sur le sarcophage, symbolique, tout comme le vin et le pressoir. La mosaïque et le bas-relief sont la continuation des fresques des catacombes et c'est de la vigne du Seigneur, non de celle de Bacchus qu'il est question. Ainsi l'énigme est résolue, la rotonde et sa décoration appartiennent à l'art constantinien. Mais quelle est la valeur de cette décoration ? Quelle est la qualité de ces mosaïques au point de vue de l'art ? Elles forment un ensemble régulier, méthodique, d'une parfaite symétrie. Douze travées, correspondant aux douze colonnes géminées qui portent la coupole, coupent la voûte circulaire à intervalles égaux. La décoration varie de travée à travée ; ici des scènes de vendange, là de simples méandres, des ornements purement géométriques ; plus loin des figures d'hommes ou d'animaux, encadrées une à une dans des séries d'enroulements ; puis les vendanges reparaissent, puis les méandres et ainsi de suite. Ces peintures se détachent sur fond blanc, à l'exception d'une seule travée revêtue d'ornements à fond d'or. Cette travée est la partie de l'édifice où fut trouvé le tombeau de Constance, grand sarcophage en porphyre rouge, maintenant au Vatican vis-à-vis du tombeau de l'impératrice Hélène avec lequel il a de grandes analogies de dimension, de style et de matière. Il est bon de noter que les sculptures en relief, qui décorent ce sarcophage, ont le même caractère que les mosaïques des voûtes ; ce sont aussi des pampres et des raisins et de jeunes garçons, des génies cueillant le fruit de la vigne. Ciampini s'émerveille devant cette sculpture dont, à vrai dire, le mérite principal vient de la difficulté vaincue, le porphyre, comme on sait, ne se prêtant qu'avec peine à l'action du ciseau. Du reste, rien dans ces bas-reliefs n'est supérieur, comme art, aux mosaïques qui les abritaient, et qui furent évidemment conçues et exécutées en même temps et dans la même pensée. Quelle est donc, en définitive, la valeur de ces mosaïques ? Il y a tout juste assez de christianisme dans ces voûtes pour affirmer qu'elles ne sont pas païennes ; il n'y en a pas assez pour qu'il soit rajeuni, transformé.
Si donc les églises de Rome n'avaient à nous offrir que les mosaïques de la voûte annulaire de Sainte-Constance, il faudrait convenir que le christianisme triomphant n'a pu produire une œuvre originale, grandiose, empreinte de son esprit et fidèle aux grandes lois du goût et de l'art. Or, ce que nous ne trouvons pas à Sainte-Constance, nous le rencontrons dans une œuvre longtemps négligée, presque oubliée, reléguée dans les ténèbres du siècle le plus obscur.
C'est la mise au jour, on pourrait presque dire la découverte, à tout le moins la revendication de cette œuvre capitale qui mérite à Louis Vitet le rang qui lui appartient désormais parmi les historiens des mosaïques romaines. Celui-ci pouvait écrire avec toute raison, en 1862, que « cette mosaïque est une des moins connues qui soient à Rome. Il faut l'aller chercher dans le fond d'une église où personne ne va, l'église de Sainte-Pudentienne, près de Sainte-Marie-Majeure, au bout de la via Urbana, entre le Viminal et l'Esquilin. Les guides et les cochers, à moins d'un ordre exprès, n'ont jamais conduit là personne. » C'est cependant là que se trouvent cinq autres Romains, leurs amis et leurs frères, sont là groupés autour du trône du Sauveur, assistant dans leur chair à cette glorification allégorique du christianisme triomphant (fig. 5524). Le mélange, ou plutôt l'existence simultanée de la vie invisible et de la vie humaine, dans un même lieu, dans un même cadre, n'est pas une invention exclusivement chrétienne. Presque tous les tableaux de piété du paganisme, s'il est permis de parler ainsi, reposaient sur cette donnée, Nous en jugeons par les descriptions qui nous en restent et même par quelques reproductions altérées qui nous sont venues de Pompéi.
Le fond est architectural ; nous avons dit ailleurs à Panvinio disait que cette église était la plus ancienne de Rome. L'édifice actuel a été rebâti, presque en totalité, au XVe, mais on a épargné le vieux mur semi-circulaire auquel est incrustée la mosaïque pour laquelle, dit-on, Nicolas Poussin professait une vive admiration.
Indiquons le sujet de la composition. La scène est à moitié mystique et à moitié réelle. Au centre de l'hémicycle, le Christ, richement vêtu, est assis sur un trône splendide ; de la main droite il bénit, de la gauche il tient un livre ouvert sur lequel on lit ces mots : DOMINVS CONSERVATOR ECCLESIAE PVDENTIANAE (voir Dictionnaire, t. IV, col. 2225, fig. 3976). En arrière du trône s'élève un monticule de forme conique, une sorte de calvaire, sur lequel est plantée une grande croix d'or couverte de pierreries. Au-dessus de la croix, dans les nuages, on voit l'ange, le lion, le bœuf et l'aigle, ces images symboliques des quatre évangélistes : telle est la partie mystique du sujet. Le reste se compose d'êtres vivants, d'êtres terrestres, de ligures historiques et presque de portraits. Les vaillants défenseurs de la foi, saint Pierre d'un côté, et de l'autre saint Paul ; le vieux sénateur Pudens, ses deux fils et sa fille, sont là groupés autour du trône du Sauveur.
Or, il s'est trouvé que le sentiment du style conduisait aux mêmes conclusions, touchant l'âge de cette mosaïque, que les données de l'érudition. Celle-ci, représentée alors par J.-B. De Rossi, rejetait une tradition n'ayant d'autre appui qu'un fait incontestable, mais mal interprété, savoir la restauration de la basilique de Sainte-Pudentienne, opérée vers l'an 784 par les soins du pape Hadrien. « Cette restauration, disait De Rossi, en quoi consistait-elle ? Quelle en était l'importance ? Personne n'en sait rien ; aucun document n'affirme que la mosaïque en question fit partie des travaux exécutés à cette époque. On sait que les travaux ont eu lieu, voilà tout, et on suppose par induction que la mosaïque était du nombre. Hypothèse pour hypothèse, mieux eût valu en chercher une qui fût au moins d'accord avec le style du monument. Or, vers la fin du XVIe, en 1598, cette même église ne fut pas seulement restaurée, elle fut reconstruite par son titulaire, le cardinal Gaetani, sous la direction de l'architecte Francesco da Volterra ; et nous voyons que cette reconstruction a respecté plus d'un fragment de l'ancien édifice, notamment cette mosaïque de l'abside et le pan de muraille dont elle dépendait ; sur ce point-là tout le monde est d'accord ; les preuves sont par trop manifestes. Pour quoi donc ce que le cardinal Gaetani a fait au XVIe, en reconstruisant l'édifice, le pape Hadrien ne l'aurait-il pas fait au VIIIe, en se bornant à le restaurer ? Pour quoi n'aurait-il pas respecté, lui aussi, cette mosaïque et cette abside ? Dirait-on qu'avant lui l'église était probablement de dimensions trop modestes pour qu'une si grande abside en fit déjà partie ? L'objection porterait à faux, et c'est pourtant par elle que s'est accréditée l'erreur que nous combattons. On s'est imaginé, je ne sais pour quoi, qu'avant le VIIIe il ne devait exister là qu'un édicule, une chapelle, un oratoire, la maison de Pudens agrandie tant soit peu, et que, par conséquent Hadrien, en réalité, était le fondateur de l'église ; or, j'ai la preuve du contraire. Je puis, à ce sujet, vous donner des lumières que j'ai trouvées dans l'église elle-même, sur plusieurs fragments d'inscriptions. Grâce à ces témoignages, il est évident pour moi que des travaux considérables, entrepris, en tout ou en partie, aux frais d'un nommé Maximus (MAXIMVS FECIT CVM SVIS) et poursuivis pendant une durée d'environ huit années, ainsi que le constatent deux dates consulaires conservées par ces mêmes inscriptions, furent exécutés dans l'église de Sainte-Pudentienne, sous le pontificat de Sirice (SALVO SIRICIO EPISCOPO ECCLESIAE SANCTAE), entre les années 390 et 398, Je puis également établir qu'avant la fin du XVIe, avant la reconstruction du cardinal Gaetani, on lisait ce même nom MAXIMVS et ces mots, FECIT CVM SVIS, au bas d'une peinture en mosaïque qui ne nous a pas été conservée ; et j'ajoute qu'il est pour moi plus que probable qu'on le lirait aussi sur la bordure inférieure de la mosaïque de l'abside, si seulement elle existait encore, si, par une mutilation à jamais regrettable, les reconstructeurs de 1595, en ajustant la mosaïque à leur nouvelle architecture, n'en avaient pas rogné environ la hauteur d'un mètre sur toute sa longueur. Quelle que soit la valeur de cette conjecture, il est prouvé qu'avant le VIIIe l'église de Sainte-Pudentienne avait une importance suffisante pour que l'abside actuelle lui ait appartenu. Et un fait d'un tout autre genre confirme encore cette assertion. Parmi les épitaphes que j'ai recueillies à Rome, se trouve celle d'un lecteur de l'église de Sainte-Pudentienne, mort en 384 ! :
MIRAE : INNOCENTIAE : ADO - EXIMIAE BONITATIS :HICREQVIESCIT-LEOPARDVS LECTOR : DE - PVDENTIANA : QVI VIXIT ANN :XXIIIDEF VIIIKAL DEC : RICOMEDE-ET :CLEARCO' COSS :
« Ainsi, même avant les travaux exécutés sous le pape Sirice, cette église avait des lecteurs, ce qui suppose un clergé complet, le clergé d'une grande église. » On peut donc maintenant rétablir sans témérité à sa véritable date la mosaïque de Sainte-Pudentienne.
La conception est claire, le dessin précis, les fleurs, les fruits, les oiseaux rendus avec vérité, mais l'exécution est médiocre.
On ne peut plus, aujourd'hui, parler de l'arc triomphal qui ornait l'abside de la basilique de Saint-Paul hors-les-Murs depuis le temps de Léon Ier, vers 450, et qu'on nommait l'arc de Placidie (voir Dictionnaire, t. VI, col. 261, fig. 4852). Il a disparu dans l'incendie du 15 au 16 juillet 1823, qui détruisit cette basilique. Il est vrai qu'avec ses débris et en s'aidant de souvenirs encore récents, on est parvenu à le reproduire presque intégralement dans la basilique reconstruite, mais si cette mosaïque n’a plus de valeur historique, elle peut encore témoigner quel était le style de l’œuvre primitive. Évidemment, elle différait à peine, sauf par le sujet et par les dimensions, des autres mosaïques du Ve dont nous venons de parler. La décadence, alors, tout en faisant de continus progrès, se maintenait dans un certain respect du passé. Elle altérait de plus en plus les anciennes formes consacrées, elle ne se permettait pas d'en sortir. On ne s'apercevait ici, les lois de la composition pittoresque sont oubliées ; sept personnages occupent la voûte hémisphérique de l'abside ; ils sont sur le même plan ou peu s'en faut, formant deux groupes symétriques de chaque côté du Christ. A sa droite est saint Paul, saint Pierre est à sa gauche ; après saint Paul, saint Cosme ; après saint Pierre, saint Damien, portant, comme son frère, une couronne à la main, la couronne du martyre ; puis, aux deux extrémités, saint Théodore et le pape Félix, le donateur de l'église, tous deux adossés à un palmier, évocation de la Judée. Ces personnages sont tous debout : le Christ les domine, il marche sur les nuages, entre le ciel et la terre, la main levée pour bénir. Les traits de son visage sont sévères. L'aspect général de la mosaïque est sombre, imposant, presque tragique. Par bien des points, elle se rattache encore à l'art des siècles précédents, notamment par le style des ornements qui lui servent de bordure. Ce large encadrement, où les cornes d'abondance accouplées s'entremêlent à de riches enroulements, rappelle les monuments de la grande époque impériale ; c'est cette même opulence un peu lourde, cette majestueuse régularité. Les personnages eux-mêmes, malgré leur pose symétrique, n'ont rien de trop roide dans leurs gestes, rien d'excessif dans leurs proportions ; leurs draperies sont assez bien jetées et d'une souplesse suffisante ; supprimez les visages il n’y aura rien qui vous étonne. Tout l'imprévu, tout l'inhabituel est dans les physionomies, surtout dans celles des deux saints, Cosme et Damien. La coupe de ces figures est ce qu'on peut voir de plus éloigné du vieux galbe romain. Les traits sont allongés, anguleux, les yeux démesurément ouverts, les regards fixes, les sourcils d'une épaisseur peu commune et d'une forme oblique qui les fait brusquement retomber vers le nez. D'où viennent ces bizarreries ? L'artiste n'a-t-il cherché qu'à exprimer à sa façon, rudement et sans mesure, l'ascétisme, l'excès de la vie spirituelle ? ou bien a-t-il reproduit naïvement, et presque malgré lui, les visages de ces hommes du Nord qui, trois fois depuis un siècle, avaient envahi l'Italie et rempli les rues de Rome ? Est-ce un reflet des Goths d'Alaric, des Vandales de Genséric, des Hérules d'Odoacre que nous observons sur cette mosaïque ? On ne saurait le dire, mais ce qu'on peut affirmer, c'est qu'à partir de l'époque où nous voilà parvenus cette manière nouvelle d'interpréter et de rendre la figure humaine va devenir générale. Dans toutes les mosaïques qui seront produites, on verra de plus en plus s'altérer et s'effacer les restes des anciennes traditions. La barbarie envahit tout : après les têtes ce sont les corps, les gestes, les draperies, les encadrements. Avec le VIe, avec les dernières lueurs de civilisation qui signalent la courte domination des Goths en Italie, on voit s'évanouir successivement jusqu'à la moindre trace des règles, des préceptes, des exemples de l'antiquité.
Dans le dernier quart du VIe, à Saint-Laurent-hors-les-Murs (577-590), la mosaïque s'écarte encore plus des souvenirs classiques (voir Dictionnaire, t. VII, col. 1943, fig. 6934). Le Christ, assis sur le globe du monde, vêtu de brun, la barbe et les cheveux noirs, l'air farouche, les traits émaciés, est une vraie figure de moine d'Orient. Les saints qui l'entourent ont à peine quelques traits de l'ancien caractère romain.
Dans l'oratoire de Saint-Venance, attenant au baptistère de Latran, l'arc et la voûte de l'abside, décorés sous le pontificat de Jean IV (639-642), sont couverts de figures non moins roides et non moins allongées que celles de Sainte-Agnès, c'est le même style mais avec un degré de plus de barbarie.
La mosaïque de la sacristie de Sainte-Marie in Cosmedin où elle fut apportée, en 1639, de l'ancienne basilique de Saint-Pierre : elle décorait primitivement une chapelle érigée par Jean VII (705-708) en l'honneur de la Vierge et représente l'adoration des mages. Elle est aujourd'hui mutilée (voir Dictionnaire, t. VII, col. 2205, fig. 6162). Les mages ont disparu ; il n'en reste que la moitié d'un bras et une main offrant un coffret précieux à l'enfant Jésus. La Vierge, au contraire, est à peu près intacte : elle est assise et porte sur ses genoux l'enfant divin ; saint Joseph est debout à ses côtés : un ange, tenant à la main un long bâton, est en face de saint Joseph. Rien de plus négligé et de moins finement exécuté que ces figures ; les cubes de la mosaïque sont d'une dimension qui exclut toute finesse de travail, et les joints qui les relient sont épais et grossiers. Mais sous cette apparence un peu barbare, on sent, dans la manière dont les figures sont groupées, un art de composition tout à fait grec. Aussi attribue-t-on ce fragment à des artistes de Constantinople réfugiés à Rome dès le début des persécutions iconoclastes, avant même l'avènement de Léon l'Isaurien.
C'est au VIIe, au IXe surtout qu'on assiste aux progrès définitifs de la décadence en Occident. Une période s'ouvre alors où nous voyons, principalement dans sept églises romaines, la chute de plus en plus rapide.
La première par ordre de date, la seule qui appartienne au VIIe, se trouvait à Saint-Théodore, au pied du Palatin. La décoration de la voûte absidale est attribuée au pontificat d'Hadrien Ier (772-795), elle a subi d'importants remaniements : sur cinq figures, deux sont modernes, les trois autres ont subi des restaurations qui ont respecté dans une certaine mesure le type des deux apôtres Pierre et Paul.
Vient ensuite l'église des Saints-Nérée-et-Achillée, bâtie sous le pape Léon III ; l'arc de l'abside nous montre la transfiguration exécutée avec une gaucherie inexprimable. Les trois apôtres Pierre, Jacques et Jean ne sont pas agenouillés, ils semblent ramper ; les prophètes Moïse et Élie font l'effet de deux nains qui accostent un Christ géant. Le Christ est enfermé dans une sorte d'arc-en-ciel, de forme ovoïde, et si ce n'est pas la première rencontre qu'on fait de cette « gloire » C'est une des plus anciennes. Aux deux extrémités de la mosaïque on a représenté la Vierge avec son enfant et la Vierge assistée d'un ange. Laideur repoussante : le Christ, au sommet du grand arc, est entouré de fleurs qui font bordure sont d'une exécution sèche et mesquine. Cette modeste branche de l'art, l'imitation des fleurs, ne résiste pas à la contagion de la décadence. C'est encore Pascal Ier qui a décoré les basiliques de Sainte-Cécile et de Sainte-Praxède suivant les principes de la même barbarie. A Sainte-Praxède, la mosaïque a tout envahi et l'effet produit est imposant, effet purement décoratif, indépendant du caractère et de la valeur des objets représentés. On commence par être ébloui, presque aussitôt on est déçu en constatant la faiblesse, la grossièreté de l'œuvre et on sent une sorte de tristesse devant cette dégradation de l'art.
Cette décadence aura son réveil, mais nous ne l'étudierons pas et nous nous arrêterons à cette limite ordinaire de nos études.
C'est vers l'année 1860 que le gouvernement pontifical mit en train la publication chromolithographique des mosaïques romaines. L'établissement fondé à cet effet passa depuis aux mains de Spithæver et G. Haass qui continuèrent l'œuvre avec lenteur, mais avec suite. J.-B. De Rossi en eut toujours la direction scientifique et se limita aux mosaïques romaines. Le plan de son ouvrage est à la fois plus étendu et plus spécial que celui de Ciampini ; il n'admet que les monuments de Rome, mais il les admet tous, du moins ceux qui existent encore, depuis le IVe jusqu'au XVe. Ciampini, au contraire, s'était occupé de ceux de l'Orient et de l'Occident, mais sans dépasser l'ère carolingienne. J.-B. De Rossi était un homme heureux ; sa situation scientifique lui permettait d'obliger bien des gens et, parmi ceux-ci, il s'en rencontrait plusieurs qui célébraient ses travaux avec une admiration presque intempérante. L'apparition des Musaici cristiani e saggi dei pavimenti delle chiese di Roma anteriori al secolo XV, tavole cromo-litografiche, con cenni storici e critici del commendatore G.-B. De Rossi (avec traduction française), provoqua des éloges variés qu'on prend plaisir à relire. Duchesne s'écriait : « Bénies soient la science et l'industrie modernes qui ont mis au service de l'art les ressources de la chromolithographie ! » C'était à rendre jaloux Joseph Prud'homme ; mais il exploitait sa veine, écoutons-le : « Voici une des plus admirables applications que l'on ait faites de cette invention merveilleuse. Quel est le voyageur... ! Quels heureux moments !... » Eugène Müntz était plus calme, et célébrait le travail « digne de ses aînés qui a valu à M. De Rossi une réputation européenne », Chaque mosaïque devait faire l'objet d'une reproduction en couleurs et d'une notice historique et critique dans laquelle l'auteur se proposait d'interpréter le sujet, de déterminer la condition et surtout de fixer l'âge du monument. Un discours préliminaire devait résumer les enseignements des notices, mais cette dissertation générale, quoi que destinée à prendre place en tête du livre, ne paraîtrait qu'après les études particulières sur les diverses mosaïques. « L'ouvrage paraissait en fascicules ; fascicules, est le terme technique, fait observer Duchesne, mais ce diminutif ne doit pas faire illusion. Il s'agit d'énormes atlas de 70 centimètres sur 55. Les feuillets de texte ont les mêmes dimensions que les planches ; ce n'est pas très commode, et peut-être eût-il mieux valu en faire un volume à part, d'un moindre format ; mais on n'en a que la moitié à lire, car elles sont imprimées en deux langues, italien et français. » Par l'effet d'un scrupule, qui est bien gênant pour ceux qui manœuvrent ce format atlantique, l'auteur « pour éviter jusqu'à l'apparence d'une classification anticipée, n'a pas paginé le texte et la succession des livraisons ne correspond nullement à celle des mosaïques », 245 L'ouvrage avait été divisé en vingt-sept fascicules. Le premier parut en juin 1872, le vingt-septième et dernier en décembre 1896. J.-B. De Rossi y avait mis la dernière main au commencement de 1894 ; il espérait pouvoir l'achever promptement durant le cours de cette année ; il ne manquait plus que l'introduction générale et l'indication des mosaïques perdues. Mais la maladie lui interdit bientôt tout travail et la mort vint le 20 septembre 1894, sans qu'il ait pu réaliser son dessein. L'éditeur Haass confia l'achèvement de l'œuvre à Enrico Stevenson qui mourut à son tour le 15 août 1898, sans avoir pu mettre la main à la rédaction. Pour éviter d'autres retards, l'éditeur renonça au projet d'une introduction générale et demanda à G. Gatti de recueillir, d'après les notes de J.-B. De Rossi, quelques indications sur les quatre principales périodes auxquelles appartiennent les mosaïques actuellement conservées dans les églises de Rome, et des notes bibliographiques sur des mosaïques aujourd'hui perdues. Ces données sont publiées dans le dernier fascicule des Musaici ; on y a mis un index des planches avec notes chronologiques des mosaïques, un index des églises, etc., où ces mosaïques sont conservées, et enfin une table analytique des principales matières contenues dans l'ouvrage.
On voit, d'après cet exemple, que ce sujet touche au vif les études d'archéologie chrétienne, et cet exemple n'est pas le seul.
En voici d'autres. Les mosaïques absidales de sainte-Marie-Majeure et de Saint-Jean de Latran ont subi des vicissitudes fort compliquées. Jusqu'à l'ouvrage sur les Musaici cristiani on y voyait des œuvres de la fin du XIIe ; les noms des artistes, écrits au bas, et les portraits de saints franciscains, au milieu de la composition principale, semblaient interdire toute autre attribution chronologique. Toutefois, Eugène Müntz était parvenu à distinguer plusieurs époques dans l'ensemble des grandes œuvres ; il avait montré que : l'abside de Sainte-Marie-Majeure avait d'abord été occupée par une immense vigne symbolique avec une composition centrale maintenant disparue et un large fleuve où se jouaient des génies pêcheurs, des cygnes, des poissons, etc. Ce fleuve subsiste encore et il reste une bonne partie de la vigne, mais la composition centrale a été remplacée par un couronnement de la Vierge, avec des saints et autres personnages accessoires. Il en était de même à Saint-Jean de Latran, où le large fleuve qui régnait au-dessous de la composition principale était un reste de la mosaïque antérieure au XIIe. Ces considérations permettent de faire remonter jusqu'au Ve de notables parties de ces belles mosaïques. Ce ne sont pas les seules et la mosaïque de la nef de Sainte-Sabine a repris, elle aussi, sa place, au commencement du Ve.
Mais la haute antiquité n'est pas seule favorisée. La mosaïque absidale de Santa Maria Nuovo, plus généralement connue sous le nom de Sainte-Françoise-Romaine, est restituée dans la seconde moitié du XIIe. D'un passage du Liber pontificalis, relatif aux travaux d'ornementation entrepris dans cette église par les soins de Nicolas Ier, Ciampini avait inféré que la décoration actuelle de l'abside remontait au IXe et Vitet avait accepté cette assertion sans dissimuler toutefois l'analogie existant entre certains détails de la composition et la manière du Xe, tel autre avait même rattaché la mosaïque aux restaurations accomplies sous le pontificat d'Honorius III, dans la première moitié du XIIIe. Entre ces deux partis excessifs qui répugnaient à sa clairvoyance, J.-B. De Rossi a cherché et constaté qu'en 1161, le pape Alexandre III fit en grande pompe une nouvelle consécration de l'église à laquelle, dans le même moment, Cencio Frangipani assura une dotation. Ce double fait n'apporte-t-il pas une présomption pertinente que des embellissements y furent exécutés à cette époque ? Et voici que cet indice historique concorde précisément avec le cachet de la mosaïque, ressemblante par tant de nuances, comme le relève à bon droit De Rossi, à celles de Sainte-Marie, au Transtévère, qui sont de l'année 1140. La conséquence se déduit d'elle-même, et, désormais, la date de la mosaïque absidale de Sainte-Françoise-Romaine, rajeunie de trois siècles, doit être arrêtée à l'an 1161.
Pl. IV. Sainte-Constance. Don de la Loi à saint Pierre.
Pl. V. Sainte-Constance. Don de la Loi à Moïse.
Pl. VI et VII. Sainte-Constance. Voûte annulaire, 2 compartiments.
Pl. VIII. Sainte-Marie-Majeure. Sacrifice de Melchisédech.
DE pe en pe wem d gr Ph on A m TG D CL LT LRL 1-0 LEX E T —À z n r x - F = »La - uw cow xi m sre « s CR ET d - » ham et de Lot.
Pl. X. Sainte-Marie-Majeure. Abraham reçoit et sert les trois anges.
Pl. XI. Sainte-Marie-Majeure. Isaac bénit Jacob chez Laban.
Pl. XII. Sainte-Marie-Majeure. Jacob sert Laban. Il épouse Rachel.
Pl. XIII. Sainte-Marie-Majeure. Jacob rencontre Esaü. Il sépare ses troupeaux.
Pl. XIV. Sainte-Marie-Majeure. Jacob fait couvrir les brebis. Son départ.
Pl. XV. Sainte-Marie-Majeure. Les frères de Dinah. Les Sichemites et Dinah.
Pl. XVI. Sainte-Marie-Majeure. Moïse et la fille du pharaon. Moïse et les savants.
Pl. XVII. Sainte-Marie-Majeure. Moïse épouse Séphora.
Pl. XVIII. Sainte-Marie-Majeure. Passage de la mer Rouge.
Pl. XIX. Sainte-Marie-Majeure. Prière de Moïse. Pluie de cailloux. Les eaux de Mara.
Pl. XX. Sainte-Marie-Majeure. Moïse lève les bras pendant la bataille.
Pl. XXI. Sainte-Marie-Majeure. Soulèvement contre Moïse, Josué et Cabb.
Pl. XXII. Sainte-Marie-Majeure. Mort de Moïse. Transport de l'arche d'alliance.
Pl. XXIII. Sainte-Marie-Majeure. Passage du Jourdain.
Pl. XXIV. Sainte-Marie-Majeure. Josué et l'ange du Seigneur.
Pl. XXV. Sainte-Marie-Majeure. Chute de Jéricho.
Pl. XXVI. Sainte-Marie-Majeure. Les Gabaonites envoyés à Josué.
Pl. XXVII. Sainte-Marie-Majeure. Défaite des cinq rois.
Pl. XXVIII. Sainte-Marie-Majeure. Josué arrête le soleil. Supplice des cinq rois.
Pl. XXIX. Baptistère de Naples. Voûte, chrisme. Phénix entre deux palmes.
Pl. XXX. Baptistère de Naples. Samaritaine et noces de Cana.
Pl. XXXI. Baptistère de Naples. Pêche miraculeuse.
Pl. XXXII. Baptistère de Naples. Don de la Loi à Pierre.
Pl. XXXIII. Baptistère de Naples. Apôtre, martyr.
Pl. XXXIV. Baptistère de Naples. Apôtre.
Pl. XXXV. Baptistère de Naples. Personnage.
Pl. XXXVI. Baptistère de Naples. Le bon Pasteur entre deux cerfs.
Pl. XXXVII. Baptistère de Naples. Personnages.
Pl. XXXVIII. Baptistère de Naples. Personnages.
Pl. XXXIX. Baptistère de Naples. Personnages.
Pl. XL. Saint-Aquilin de Milan. Le Christ au milieu des apôtres.
Pl. XLI. Saint-Aquilin de Milan. Bergers et troupeaux.
Pl. XLII-XLIV. Sainte-Pudentienne. Abside.
Pl. XLV. Sainte-Pudentienne. Tête du Christ.
Pl. XLVI. Sainte-Pudentienne. Tête de sainte Pudentienne.
Pl. XLVII. Sainte-Sabine. Figures de l'église des Juifs et des Gentils.
Pl. XLVIII. Ravenne. Galla Placidia. Le bon Pasteur.
Pl. XLIX. Ravenne. Galla Placidia. Saint Laurent et les évangiles.
Pl. L. Ravenne. Galla Placidia. Saint Pierre et saint Paul.
Pl. LI. Ravenne. Galla Placidia. Chrisme, apôtres, pampres.
Pl. LII. Ravenne. Galla Placidia. Cerfs se désaltérant.
Pl. LIII-LV. Sainte-Marie-Majeure. Arc triomphal. Annonciation.
Pl. LVI. Sainte-Marie-Majeure. Maison de saint Joseph.
Pl. LVII-LVIII. Sainte-Marie-Majeure. Présentation de Jésus au Temple.
Pl. LIX-LX. Sainte-Marie-Majeure. Suite du même sujet.
Pl. LXI-LXII. Sainte-Marie-Majeure. Les mages en présence d'Hérode.
Pl. LXIII-LXIV. Sainte-Marie-Majeure. Les mages devant Jésus.
Pl. LXV-LXVI. Sainte-Marie-Majeure. Jésus et Afrodisius.
Pl. LXVII-LXVIII. Sainte-Marie-Majeure. Le trône.
Pl. LXIX. Sainte-Marie-Majeure. La ville de Jérusalem et les brebis.
Pl. LXX. Capoue. Sancta Matrona. Ad. de saint Matthieu. Bethléem.
Pl. LXXI. Capoue. Sancta Matrona. Voûte.
Pl. LXXII. Capoue. Sancta Matrona. Le Christ.
Pl. LXXIII. Capoue. Sancta Matrona. Trône.
Pl. LXXIV. Ravenne. Bapt. des Orthodoxes. Saint Barthélémy.
Pl. LXXV. Ravenne. Bapt. des Orthodoxes. Saint-Apollinaire Nuovo.
Pl. LXXVI. Ravenne. Bapt. des Orthodoxes. Sainte Agnès.
Pl. LXXVII. Ravenne. Bapt. des Orthodoxes. Judas le Zélote.
Pl. LXXVIII. Ravenne. Bapt. des Orthodoxes. Un prophète.
Pl. LXXIX. Ravenne. Bapt. des Orthodoxes. Un trône.
Pl. xcvii, Ravenne. Saint-Apollinaire Nuovo. Pêche miraculeuse.
Pl. xcviii, Ravenne, Saint-Apollinaire Nuovo, Multiplication des pains et des poissons.
Pl. xcix. Ravenne. Saint-Apollinaire Nuovo. Lavement des mains de Pilate. Jugement des brebis et des boucs.
Pl. c. Ravenne. Saint-Apollinaire Nuovo. Le Christ ressuscité se montre aux apôtres, Une niche.
Pl. ci. Ravenne. Baptistère arien. Un trône et deux apôtres.
Pl. cii. Rome. Saints-Côme-et-Damien. Abside.
Pl. ciii. Rome. Saints-Côme-et-Damien. Le Christ.
Pl. civ. Rome. Saints-Côme-et-Damien. Agneau.
Pl. cv. Rome. Saints-Côme-et-Damien. Saint Pierre et saint Côme, Pl. cvi-cvii, Rome. Saints-Côme-et-Damien., Théodore.
Pl. cviii. Casarcuello. Voûte, croix et étoiles.
Pl. cix. Ravenne. Saint-Vital. Justinien et sa suite.
Pl. LXIX. Sainte-Marie-Majeure. Massacre des innocents.
Bros ime tnr (tnn zs t tont 49 Pl. cx. Ravenne. Saint-Vital. Théodora et sa cour, — PL cxi, Rome. Latran. Oratoire Saint-Venance. |. Quatre personnages. $ PI. cxii. Ravenne. Les prodiges. E Pl. cxi. Rome. Latran. Oratoire de Jean VII. Le — Christ, le bain de Jésus, les mages. — — Pl. cxiv-cxv. Rome. Sainte-Praxède. : PI. cxiv. Deux têtes d'apôtres. — — XXXIII. PERDUES A ROME, — 1 ? Basi- — i que du Vatican. — La basilique constantinienne présentait une décoration en mosaïque dans la plus grande partie. L'abside en mosaïque fut restaurée sous le pape Séverin, vers 640, et sous Innocent III (1198-1216) et —— subsista jusqu'à la démolition de l'ancien édifice ; celle — de l'arc triomphal et les restes des mosaïques des parois - du transept furent encore décrits, au début du - XVE. En ce qui concerne la nef, il n'est pas bien - — certain que sa décoration en mosaïque ait été rem- — placée par des fresques sous le pontificat de Formose |. (891-896). A la facade, il existait une mosaïque qui fut | remplacée par celle du pape Grégoire IX (1227-1241). — La plus ancienne mosaïque de la basilique constantinienne fut celle dont il a été déjà question d’après un texte du xvi siècle ; les autres ont également été décrites dans le même paragraphe. 29 haptislére du Vatican. — Une autre mosaïque du IVe n'est connue que par des vers de Prudence ; elle se trouvait dans le baptistère bâti par le pape Damase (366-384) s'il faut en croire la sylloge palatine citée par Gruter ! : f Des vers du même pape, souvent cités, font allusion | aux travaux entrepris pour canaliser l’eau qui endommageait les tombes des martyrs : Cingebant lati ces...
E Interior tumuli pars est, ubi lapsibus sonoris cresce Videt sitire quas fluenta Christi. Le bon Pasteur conduisant son troupeau dans le pâturage est fréquemment représenté sur les anciennes mosaïques. On le voit, entre autres, au portique de saint Venance, qui pouvait ressembler à une mosaïque du Ve de Saint-Laurent, à Milan, et à celle bien connue du mausolée de Galla Placidia, à Ravenne. J.-B. De Rossi admettait que les mosaïques représentaient des marines, scène di mare, par exemple un vaisseau livré à la tempête ; il induit cela de cette inscription placée jadis sur le lieu où les fidèles sortaient du baptistère ? :
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250 un oratoire dédié à la sainte croix , Aucun renseignement sur les mosaïques de cet oratoire ; c'est le chanoine Pierre Mallius, au xi siècle, qui en parle le premier dans sa Descriptio basilicæ Vaticanæ, où on | lit : Ecclesia Sancte Crucis, quam construi fecit beatae recordationis Symmachus papa, cujus absidam columnis porfirelicis, el optimo musivo decoravit el decem libras ligni sanctae crucis in ea recondidit . Est-ce que Pierre Mallius n'a pas attribué au pape Symmaque ce qui appartient à Léon III ? Eugène Müntz est disposé à le croire d'après un texte postérieur de peu à Léon III, qui est sa propre notice (8 LXVI) au Liber pontificalis, où on lit ceci : Oratorium Sanctæ Crucis | quod jam pra nimia vetustate erat ruiturum simul cum absida novo ædificio erexit et ad perfectum usque perduxit, atque ipsam absidam ex musivo diverso decoravit, picturis atque marmoribus miro splendore ornavit, 4 » Vatican. Oratoire de Saint-Michel. — Pierre Mallius, Mafeo Veggio, Panvinio et Ciampini mentionnent les mosaïques qui ornaient l'autel de l'archange saint Michel, situé dans le portique devant l'église de Sainte-Pétronille 5 : Templum Sancti Pelronillæ ante quod est basilica Sancti Angeli, que vocatur Vaticanum, mirifico mosibo laquealum auro et vitro . De oratorio Sancti Michaelis Archangeli. Ante templum Sanctæ Petronillæ versus murum ecclesiz fuit sacellum, sive edicula Sancti Michaelis Archangeli, dicta in Vaticano, auratis laquearibus ornata, musivo vitreo que opere decorala, qui diu ante exolevit : remansit vero tantum altare diclum sancti Michaelis quod etiam hodie amplius non extat. Sic P. Mallius et M. Vegius .
251 S. Gabinii a parlé transversæ crucis sub arcu majore, prope chorum canonicorum, in media cruce existentem fuit beatæ Mariæ a Gregorio III fabricatum [et] dedicatum pulcherrimis musiveis figuris condecoratum... in quo ipse, Eugenius que III qui illud restituit, sepulti fuere. Cette dernière phase soulève un doute quant à l'assertion de Panvinio, Mallius et Mapheus Vegius nous apprennent que la tombe du premier de ces papes était ornée de mosaïques, Ces mosaïques différent-el les de celles dont parle Panvinio ? Eugène Müntz a soulevé la question sans cependant la résoudre ; il cite les passages de Mallius et de Vegius, voici le second : Exiat adhuc titulus Eugenii III marmori impressus.
252 du-Portique. Il écrit : Appresso sargesi depinta la ` facciata antica di mosaico, e imagine del Salvatore, che « stava già nel ?” oratorio di S. Maria in Laborario, 3 | å Inter turres, ó In turribus, à In turri, ó in atrio :. della cosi perche stava nel cortile, et tra il campanile, e una ceria torre chiamata Turris S. Justini... Vi si legge : Opus musivum Salvatoris oratorii 5. Mariæ in Turri a 5. Paolo I *.
Le Liber pontificalis lui aussi mentionne cette « | mosaïque, mais sans employer ce mot. Le passage manque dans quelques manuscrits, on le lit dans un manuscrit du ix siècle de la Bibliothèque nationale :. | Fecit autem et in atrium Sancte turrem Sancte Marise ad « Deperiit enim Gregori III el titulus qui erat hujusmodi, TERTIVS HIC PAPA GREGORIVS EST TVMVLATVS, el arcus simul qui illi erat erectus, ex nobili mosivi depictum.
Lors de la construction de la nouvelle basilique, on prit soin de dessiner et peindre, sur les murs de certaines parties de la crypte, plusieurs monuments condamnés à disparaître. Une de ces reproductions de la mosaïque dont nous parlons existait à l'époque de Torrigio, vers 1625, dans la chapelle de Sainte-Marie| | | grada quod vocatur paradiso oraculum ante Salvatorem in honore sancte Dei genetricis Mariæ miro opere el decoravit magnifice *. Les expressions mirum opus et decoravit magnifice montrent clairement la nature de la décoration ; Ils sont toujours synonymes de mosaïque.
L'ouvrage fut détruit en 1610 ; il ornait le haut de la facade soutenu par des colonnes ioniques. Jacques Grimaldi nous en a laissé un précieux croquis (fig. 8525) qu'il accompagne de cette description : Opus igitur ipsum musivum Pauli primi Salvatorem habebat sedentem, et sinistra librum tenentem, in quo erant litterae EGO SVM RESVRRECTIO ET VITA, in rota stellis ornata : hinc inde angeli rotam tenentes ; subtus rotam Salvatoris seniores quatuor, bini per latera, offerentes coronas Salvatori, quatuor angeli sustinent rotam et alii quatuor stant in actu volatus, supplicibus manibus versus Salvatorem, hine inde ; omnes vestiti. Musivum tolum sinistra partis seu magna pars desiderabatur ; cecidit tempore Joannis X XIII Cossæ, ut notat Antonius Petri in suo diario ; deficit in fabricando meniano marmoreo ad benedicliones. In Zophoro, mulla littere 253 T^r m » corruerunt. L'inscription fut restituée par Pompeo 4 -— Ugonio, les lettres étaient des majuscules romaines en |J. mosaïque : : | + XPE »| nm TI bi SIT honor p Paulus QVOD DECO l3 rat opus © E : Si c'était bien ici, comme le dit Grimaldi, une représentation des vingt-quatre vieillards, on voit qu'ils se trouvaient réduits au nombre de six (voir la mosaïque d'Aix-la-Chapelle). | — porrigio nous apprend que l'oratoire fut restauré 13 E. Innocent II (1130-1143) et il cite l'inscription de | ce pape trouvée en 1610. En cette même année, on — trouva une inscription gravée sur marbre qui se trouvait sur l'autel des auditeurs de Rote, dans la salle | sous le portique :
EST IN HONORE PIAE DOMVS ISTA SACRATA MARIAE HOC INNOCENTI TE PRAESVLE PERFICIENTE.
10e Vatican. Tombe de saint Sizle Ier, — On lit dans “ Je Liber pontificalis : Paschalis in basilica (5S. Petri) F ante aditum qui ducit ad corpus in loco Ferrata, altare | constituit, in quo el venerandum beati Sixti martyris ali que pontificis corpus honestissime collocavit, ubi el -— desuper arcum musivo exornatum decenler instruxit. — Pierre Mallius parle plus d'une fois de cette mosaïque - exécutée sous le pape Pascal : Xystus papa fuit sepul- - fus juxia ferratam prope corpus beati Petri ubi adhuc | est arcus de musibo quem fecit fieri Paschalis papa primus !, Au temps de Maffeus Vegius, la tombe de — Sixte I existait encore, il nous dit qu'elle avait été - récemment ramenée au jour avec celles de saint Léon | et d'Hadrien à l'occasion des travaux entrepris par le | — pape Nicolas V . Aux xvi et xvii siècles, l'arc avec la | mosaïque subsistait : il n'en reste rien. — 11 ? Vatican. Oratoire des Saints-Procès-et-Martinien. — — On lit au Liber pontificalis : Simili modo in eadem sacratissima Beati Petri Apostoli ecclesia, juxla ingressum qui ducit ad beatam Petronillam, oratorium summæ magnitudinis al que pulchritudinis decorantur eonstruxit : et super columnas in quadrificio camerantur - musivo pulchris que melallis decoravit. In eo el corpora beatissimorum martyrum Processi et Martiniani recondidit. Pierre Mallius consacre quelques lignes à cet oratoire mosibo el diversis lapidibus decoratum 3, Mapheus Vegius parle de l'oratorium, quod ex mosivo egregie fabricatum erexit Paschalis papa. En 1470, le cardinal Richard de Normandie mourut, laissant une somme considérable pour la décoration de cet oratoire où il fixait le lieu de sa sépulture . La consécration de l'autel eut lieu en 1605 5. pontificalis attribue à Grégoire IV (827-844) la décoration - de ce monument. Corpus beati Gregorii ex loco sepultum quo prius fuerat, tulit, e ! non longe ab eo in alium noviter constructum infra ecclesiam Beati Petri Apostoli summo honore perduxit. Ejus que sacrum altare argenteis tabulis undi que ornavit, et oratorium in suo saneto nomine titulavit absidam que ejus desuper aurato musivo depinrit. Pierre Mallius mentionne l'oratoire, mais ne dit rien des mosaïques ê. Mais les historiens de la basilique n'ont pu se mettre d'accord sur l'emplacement de l'oratoire. erm Loue | 2254 la notice du pape Léon IV : Ipse quidem a Deo proleclus et venerabilis præsul intra basilicam Beati Petri Apostoli oraculum miræ pulchritudinis, summi que decoris construxit, quod pulchris marmoribus circum dans splendide compsil absidam que ejus er musivo aureo superinducto colore glorificé decoravit, in quo etiam corpus beati Leonis confessoris, al que pontificis recondens.
149 La basilique du Latran. — Le Latran fut, comme le Vatican, abondamment fourni de mosaïques. On n'a pas gardé le souvenir de mosaïques constantiniennes et la plus ancienne connue est celle qui orne la chapelle des Saintes-Rufine-et-Seconde, attribuée par J.-B. De Rossi aux environs de l'an 400. A partir de cette époque, et pendant toute la période de décadence, les œuvres se succèdent en une série ininterrompue. C'est ici que se retrouve le dernier ouvrage de l'école romaine de mosaïque : les mosaïques de la nef exécutée par Serge III vers l'an 907.
159 Latran. Mosaïque de l'abside. — Voir Dictionn., t. xii, col. 263, fig. 8527.
Quant aux mosaïques, le Liber pontificalis ne mentionne que celles du nymphæum devant l'oratoire de la Croix ; mais le Liber n'est pas trop exact en ces matières et on peut suppléer à son silence par le style des œuvres. Dans un de ces ouvrages qui a survécu, le style est celui des mosaïques au temps de saint Hilaire. L'oratoire de la Sainte-Croix fut démoli sous le pape Sixte-Quint et quand écrivait Panvinio il pouvait dire : Nunc magna ex parte omnibus ornamentis suis, el mar moreis eliam spoliatum est ; el eorum loco reposilæ sunt inepti artificis picturæ ^. Cependant, nous savons le sujet représenté sur ces mosaïques grâce à Severano et au cardinal Hasponi : Teclum concameratum opere musivo aureo elegantissimo expictum erat, visebantur que ad angulos quatuor angeli qui ingenlem crucem sustinebant. Super absidas, paulo infra testudinem, fenestrae qualuor peramplæ aperiebantur, ac in earum interstiliis ex musivo opere S5. apostolorum Petri ac Pauli, S. Joannis Evangelistæ, S. Joannis Baptista, 55. martyrum Laurentii et Stephani, nec non Jacobi el Philippi imagines extabant .
Au centre de la composition, c'est-à-dire au sommet de la conque, on voyait l'Agneau nimbé debout dans une guirlande de feuilles de laurier. Autour régnait une riche ornementation rappelant celle des catacombes : fleurs, arabesques, oiseaux, paons, colombes tenant dans le bec une branche d'olivier ; plus bas, à droite et à gauche de chacune des deux fenêtres de l'oratoire, on voyait un évangéliste tenant un livre ouvert et flanqué de son symbole.
159 Latran. Oratoire de Saint-Pierre. — On lit dans le Liber pontificalis, à la notice de Grégoire II (715-731) ; Oratorium Osann in patriarchio in nomine beati Petri apostoli diversis ornatum metallis, a novo fecit. Le mot melalla a souvent le sens de « marbres ». Onofrio Panvinio, dans son chapitre intitulé De oralorio sancti Petri in patriarchio Lateranensi, écrit ce qui suit : Gregorius IT, ul Anastasius tradit, oratorium diversis ornavit metallis, id esl opere musivo ; mais il n'en subsistait rien : Hujus oratorii vestigium nullum quod sciam extat 1.
209 Latran. Oratoire de l'Archange. — Le Liber pontificalis en attribue la construction à Léon III : Fecit in patriarchio Lateranensi oratorium a fundamentis in honorem beati Archangeli, insigni opere firmissime construens, quod eliam ex musivo seu diversis picturis ai que pulcherrimis marmorum metallis diversis coloribus ornavit undi que. D'après Jacques Grimaldi , cet oratoire fut détruit en 1613. Rasponi assure qu'il vit un fragment de l'inscription dédicatoire ainsi libellée : HOC ORATORIVM A FVNDAMENTIS CVRANTE V. LEVITA PETRI AD HONOREM FIERI IVSSIT LEO. On ne sait pas le sujet de la mosaïque.
249 Sainte-Croix-en-Jérusalem. — Cette basilique existait au IVe et cependant on n'a pas de plus ancienne attestation de ses mosaïques qu'un texte du XVe, conservé par Panvinio d’après une inscription de la chapelle de Sainte-Hélène : Valentinian. III imp. filius Constantii Caesaris. Arcadii et Honorii impp. nepos ex sorore Placidia, filia magni Theodosii Hispani, in solutionem voli sui ac matris Placidiæ et Honoris sororis, opere permiculato eam (capellam) exornavit..
Inde quasi M. C. annis evolulis, titulus vers crucis, ab Helena Romam delatus, qui supra arcum majorem istius basilicæ in parva fenestra, plumbea theea, muro lateritio clausus tamdiu laluerat, musivis lilleris lamen ab extra id referentibus, quod illuc titulus staret, quæ jam litteræ pre vetustale vix legi poterant, anno Domini MCCCXCII... cum Petrus Gundisalpus de Mendoza... leclum basilicæ istius et musivas illas litleras fenestrae reparare faceret, fabris bitumen quo lillerze figebantur indiscrete diruentibus, aperto fenestræ foramine, contra eorum et Cardinalis. bene placitum, gloriosus tilulus veræ crucis, post tof annos ab Helena visibilis apparuit *.
De la présence d'une inscription en mosaïque sur l'arc triomphal, faut-il induire que l'arc était entièrement décoré en mosaïque ? On ne sait que répondre. Ce qu'il faut retenir, c'est que la chapelle Sainte-Hélène possédait une mosaïque : Ecclesia S. Crucis in Hier. in nonnullis locis cum pulcherrima capella e musivo a reverendissimo Bernardino hyspano ti. car. instaurata es ! cum imagine prædicti viré doctissimi ac sacrorum cerimoniarum (sic) erudiss. Ainsi s'exprime Albertini au début du XVIe *, et cinquante ans plus tard environ Pompeo Ugonio n'est pas moins louangeur 1° ; les autres ne font qu'emboiter le pas ' !.
256 i 257 | 2 parut peu de temps après. L'inscription de l'abside était en mosaïque :
I U^ T Sergius hanc cepit presul quam cernitis cedem | Cui moriens nullum poluit conferre decorem E Sed mox papa Leo quartus dum culmina sistit * Romans sedis divino tactus amore E Perfecit solers melius quam cepta [ante ] manebat Ec Al que pia tolam pictura ornavit honeste e Cenobium que sacrum statuit, etc. E
27% Saint-Pancrace. — Baronius ! et Bosio * disent que dans l'ancienne mosaïque de l'église Saint-Panerace il y avait une inscription copiée dans l Jtinéraire = d Einsiedeln, mais sans indication quelconque de l'ouvrage auquel elle appartenait ? : Ob insigne meritum et — singulare B. Pancratii M. beneficium, basilicam vetus- — late confectam, extra corpus martyris neglectu antiquita- . — tis exstructam Honorius episcopus Dei famulus, obruta | — petustalis mole, ruinam que minante, a fundamentis - noviler plebi Dei construxit et corpus martyris, quod ex obliquo aulæ jacebat, altari insignibus ornato metallis - proprio loco collocavit. Cette inscription se trouvait dans l'abside et avait disparu longtemps avant - Baronius et Bosio, celui-ci l'avait copiée dans une - collection conservée à la bibliothèque Colonna. ll — est à remarquer que, contrairement à l'usage, le - texte n'était pas métrique ; peut-être n'en trouverait-on pas d'autre exemple. Au début du XIXe, en 1803, l'église conservait des fresques du temps … Æ Honorius +.
Montfaucon parle de cette image à la fin du XVIIe et il nous dit que l'imago B. Virginis pene erasa effluit tam humidi loci intemperie quam state vicla *. Ce qu'on en peut dire de certain, c'est que la représentation d'un pape agenouillé, tiare en tête, exclut toute possibilité de date antérieure au IXe, Les textes n'y peuvent rien changer.
258 datée de 1527, mentionne rapidement la mosaïque de Sainte-Suzanne inler duas lauros ou duas domos. Pompeo Ugonio donne une description plus détaillée 7, Au centre de l'abside se voyait l'image du Sauveur ayant à sa droite la vierge Marie, saint Pierre, sainte Suzanne et Léon III qui restaura la basilique dont il tient la représentation sur les mains. À la gauche du Christ, on voyait saint Paul, saint Caius, saint Gabinus, l'un oncle, l'autre père de sainte Suzanne, enfin Charlemagne qui rétablit le pape Léon III sur son siège. Cette mosaïque, qui peut facilement appartenir à l'époque carolingienne, était accompagnée de l'inscription suivante :
Dudum hæc beat : Susannæ martiris aula coangusta et tetro existens loco marcuerat quam dominus Leo papa tlerlius a fundamentis erigens et condens corpus bealæ Felicitatis martyris comple ædificans ornavit at que dedicavit.
Le Liber pontificalis atteste de son côté que Leo III ædificavil ecclesiam cum absida de musivo, amplissima et calicuminia mirifica at que camera decorata, seu presbyterium et pavimentum marmoribus pulchris ornavit *.
Cette composition ressemble à celles que nous voyons dans la plupart des absides du Ve : le Christ, des saints, des donateurs. On pourrait établir “un rapprochement entre la mosaïque de l'oratoire de Saint-Venance et celle de Sainte-Suzanne, avec de légères différences. Deux dessins de la collection de Ciacconio * nous ont conservé les figures de Léon III et de Charlemagne. Le pape, vêtu d'une tunique rouge et d'un manteau bleu, le pallium et les chaussures brodées, porte le nimbe rectangulaire de couleur verte bordé d'un trait bleu. Charlemagne est vêtu d'une courte tunique bleue et d'un manteau jaunâtre ; son nimbe bleu est bordé de blanc '^.
AXXIV. PRÉSENCE D'ÉLÉMENTS ANTIQUES. Louis Vitet a émis une conjecture dont les conséquences, si on l'acceptait, modifieraient singulièrement les idées reçues sur l'histoire de l'art romain du Moyen Age. A propos de la date des deux grandes compositions absidales de Saint-Jean-de-Latran et de Sainte-Marie-Majeure, ces œuvres, disait-il, « sont pleines de souvenirs, nous dirions presque d'imitations directes de l'art antique ; on y trouve une foule d'allégories presque mythologiques, comme on en voit aux catacombes, et, par exemple, des génies, des enfants entièrement nus, jouant sur le bord d'un fleuve, et le fleuve lui-même caché dans les roseaux et penché sur son urne, et maintes autres répétitions de motifs symboliques familiers aux anciens. Nous sommes pourtant dans une église et même au fond d'un sanctuaire ; d’où vient cette tolérance ? Et pour quoi, à cette même époque, sous peine de profanation, le pinceau ne se fut-il permis ni sur bois, ni sur pierre de semblables témérités ? C'est que ces mosaïques du Xe ont remplacé, selon toute apparence, les décorations du IVe et du Ve, tombant de vétusté, et que les nouveaux artistes ont pu, sans irrévérence et même à titre de respect et de fidélité, mêler à leurs propres idées, ou plutôt au programme que les progrès et les changements de la liturgie devaient leur imposer, des reproductions littérales du style et de la grâce antiques. C'est par ce genre d'emprunt et de réminiscence que ces deux absides prennent un caractère de noblesse presque classique, et une élévation de style dont, au premier coup d'œil, on a peine à se rendre compte !, » Mais il n'est pas possible de croire à une date commune pour ces trois mosaïques. Les compositions de Sainte-Constance réunissent les caractères inhérents à la décadence romaine ; leur style se rapproche tellement de celui des monuments païens que, jusque vers le milieu du XIXe, on a considéré l'édifice, auquel elles servent d'ornement, comme un temple de Bacchus. Le choix des sujets prouve également qu'elles appartiennent au IVe ; on y remarque, à communs à l'ancien et au nouveau culte : Psychés, Eros, enfants vendangeurs, tigres, cariatides à triple face, etc.
Au Latran, au contraire, tout plaide en faveur du XIIe : Nicolaus papa III, sanctze Dei Genitricis servus. — Jacobus Toriti pictor hoc opus fecil. — Fr. Jacob de Camerino socius magistri operis recommendat se meritis beati Johannis, etc. Telle était la teneur non équivoque des inscriptions tracées sur la mosaïque. A ces assertions s'ajoute la présence des portraits de saint François d'Assise (canonisé en 1228), de saint Antoine de Padoue, du pape Nicolas IV, et enfin de Jacques Torriti et de Jacques de Camerino, qui ont ainsi pris soin de se révéler à tous comme les auteurs véritables de la mosaïque.
En présence d'énonciations aussi formelles, on semble amené à croire que l'artiste chrétien du Moyen Age s'est imposé l'imitation des monuments chrétiens primitifs, et le XIIe romain aura connu une renaissance analogue à celle de Nicolas Pisano.
Mais, ici, nous nous heurtons à un argument plus sérieux, quo n'ait jusqu'ici pas été introduit dans le débat : l'abside du Latran renferme, à côté des scènes ci-dessus mentionnées, une image du Christ qui, de l’ancienne mosaïque, exécutée dans les premiers siècles de l'Église, a passé dans la nouvelle mosaïque faite ou refaite sous le pontificat de Nicolas IV. Sur ce point, les témoignages sont aussi nombreux qu'authentiques. Citons d'abord deux monuments contemporaines de Nicolas IV ; voici la première :
(Partem) esteriorem et anteriorem ruinosas hujus sancti templi a fundamentis reedificari fecit et ornari opere mosaico Nicolaus papa IIII filius beati Francisci. Sacrum vultum Salvatoris integrum reponi (fecit). in loco ubi primo miraculose apparuit quando fuit ista ecclesia consecrala anno domini MCC nonagesimo.
Voici la deuxième :
Ads aan de -
TE
Postremo quæ prima Deo veneranda refulsit Visibus humanis facies hiec integra sistens Quo fueral stelerat que situ relocatur eodem.
Les écrivains des siècles suivants ont tous répété ou confirmé la teneur des inscriptions de Nicolas IV. Ici encore l'unanimité est complète. Sur l'âge exact du portrait du Christ, auquel une tradition relativement récente, acceptée par quelques savants romains et étrangers, prête une origine miraculeuse, les avis sont un peu plus partagés, quoiqu'il ne se soit trouvé personne pour en nier la haute antiquité. Le document le plus ancien que nous possédions sur cette question se trouve dans un Lectionnaire faisant partie des archives du Latran et que Crescimbeni croit être du IXe ( ?) environ. L'origine du portrait y est rapportée dans les termes suivants : (Constantinus) in proprio Lateranensi palatio ecclesiam in honorem Salvatoris mundi fabricapit... quam... publice consecravit quinto idus novembris... Et imago Salvatoris depicta parietibus primum visibiliter omni populo romano apparuit .
Un auteur du XIe, Jean Diacre, reproduit presque textuellement les paroles du Lectionnaire. Après lui, les déclarations relatives à l'antiquité du portrait deviennent si fréquentes que nous ne pouvons songer à les énumérer *. Enfin, Crowe et Cavalcaselle ont donné à cette tradition une sorte de consécration scientifique et ont mis en lumière l'intérêt qui s'attachait à cette épave, échappée au double vandalisme du Moyen Âge et des temps modernes. La réserve avec laquelle Crowe et Cavalcaselle ont formulé leur opinion se comprend. Rien n'est plus obscur, en effet, que l'histoire de l'abside dans laquelle est incrusté le portrait du Christ. A-t-elle été ornée de mosaïques lors de la consécration de la basilique en 319 ou en 355 ? L'a-t-elle été sous les successeurs de Constantin ? Ces mosaïques ont-elles contribué à faire donner à la nouvelle construction l'épithète de aurea ? Le Liber pontificalis, qui nous entretient si souvent de la basilique constantinienne, ne répond à aucune de ces questions et nous réduit aux conjectures.
Un des premiers, Ciampini a essayé de résoudre le problème. Selon lui, l'abside, avec ses mosaïques, serait l’œuvre de Flavius Constantius et de sa femme Padusia, et aurait été édifiée en exécution d'un vœu.
Le savant prélat invoque à l'appui de son opinion l'inscription suivante :
Flavius Constantius Felix, Victor, magister utriusque militiae, Patricius, et Consul ordinarius, et Padusia illustris femina ejus uxor voti compotes de suo fecerunt ?.
Is, ajoute-t-il, en parlant de Flavius Constantinus, basilicae Lateranensis absidam e musivo exornavit, et alios hos versus addidit, barbaros quidem, rem tamen plane explicantes :
Agnoscant cuncti sacro baptismale functi Quod domus lucem munda nulli sit in orbe secunda.
On peut faire à ce système plusieurs objections : l'inscription Flavius Constantius se trouvait in throno, et non pas dans l'abside ; elle ne saurait, par conséquent, s'appliquer à la mosaïque absidale ?. L'inscription Agnoscant cuncti ne peut être contemporaine de Flavius Constantius, puisqu'elle est en vers léonins. Alemanni la croit du temps de Sergius III . La mention de la lèpre de Constantin , à elle seule, aurait dû suffire à préserver Ciampini de cette méprise. Enfin, selon la remarque de Panvinio, ne serait-il pas étonnant que Constantin eût laissé à d'autres le soin de construire l'abside ? Tous les documents, au contraire, sont d'accord pour déclarer que Constantin a construit l'abside.
Quant au passage de la fabula magna, où il est question de travaux exécutés sous le pontificat de saint Grégoire, il parait trop vague pour être introduit dans le débat. Ce document, en effet, se borne à nous apprendre que ce pape consecravit hanc ecclesiam post destructionem ejusdem factam per hereticos.
En face du silence ou de l'obscurité des textes, force nous est de rechercher les indications que peut fournir le style même des mosaïques absidales du Latran, et notamment le portrait du Christ. Au mois de mars 1876, les chanoines du Latran prirent l'initiative d'une restauration de la forme la plus radicale, c'est-à-dire d'un enlèvement de la mosaïque et de la reconstruction de l'abside à quel que distance ?. Utilisant l'échafaudage dressé en vue de cette mutilation, Eugène Müntz put approcher de la tête du Christ et constater qu'elle avait subi de nombreuses restaurations, sans perdre cependant tout caractère d'originalité. Voici les notes prises par lui devant le monument * (fig. 8526) :
Portrait du Christ. Largeur en y comprenant la chevelure, 75 cent. ; hauteur, depuis le sommet de la tête jusqu'à l'extrémité de la barbe, 1 m. 05. Le Christ est représenté de face. Sa tête s'enlève sur un nimbe d'or, de dimensions inusitées, simplement bordé d'un filet blanc ; d'épais cheveux châtains retombent sur ses épaules et ombragent son front, qui est assez bas ; le cou est nu ; un manteau d'un brun violacé (pourpre), orné d'un clavus d'or, recouvre les épaules. L'expression générale est grave, majestueuse, mais sans sévérité. Le modelé de la face se distingue par sa souplesse et son harmonie : la carnation est chaude ; l'artiste a indiqué avec précision les méplats, qui sont tout de convention dans les autres figures de la mosaïque. Seul le dessin de la barbe manque d'élégance et de liberté. Les cubes d'émail sont fort gros. On remarquera les touches bleues et violacées que l'artiste a introduites dans la chevelure et la barbe pour donner au coloris une force, une saveur plus grande. Par suite des restaurations, cette image vénérable a beaucoup perdu de sa beauté primitive. C'est ainsi que l'œil gauche est devenu trop petit. La joue droite est presque entièrement refaite. De là vient que, vue d'en bas, cette partie forme tache et semble peinte, non pas incrustée. Les cubes d'or du nimbe sont de dimensions fort inégales, preuve de la multiplicité des restaurations. Mais, malgré tant d'épreuves diverses, l'ensemble respire un parfum antique, et on peut l'attribuer sans témérité au Ve.
De ce qui précède, il résulte que la mosaïque actuelle du Latran renfermait un fragment avant appartenu, selon toute vraisemblance, aux premiers siècles de l'Église. Ce fait une fois établi, il est permis de nous demander si d'autres fragments de la composition primitive ne figurent pas également dans la mosaïque refaite par Torriti au XIIIe.
Diclionn., t. vii col. 1607-1610). Bien souvent, au bas, avec les enfants pécheurs, présente des restaurations. Sinon, il faudrait admettre que chacune des basiliques de Rome a été rebâtie une demi-douzaine de fois. Nicolas IV lui-même n'a-t-il pas dit, dans l'inscription métrique déjà citée, qu'il avait fait reconstruire une partie seulement de l'édifice : Anle retro que levat destructa reformat el ornat s E J : i s. TM M. Ei fundanséutis pariat GPS en fois qu'il s'agit de modeler des corps nus. Ici, au contraire, malgré les dimensions des figures (les enfants sont de grandeur nature à peu près), on ne peut que louer la justesse, l'aisance des mouvements ; les raccourcis sont des plus heureux ; le coloris est vif sans être criard. Par-ci, par-là, Torriti s'est permis quelque addition ou modification. C'est ainsi qu'il a refait toutes les inscriptions (Jordanes, etc.). La Jérusalem céleste, les agneaux, etc., proviennent peut-être aussi de sa main. Qua quidem imago devolissima in ipso loco us que Les figures colossales de la partie centrale, la Vierge, saint Pierre, saint Paul, saint Jean-Baptiste, saint Jean l'Évangéliste, saint André, ont été très fortement retouchées. Les draperies sont tourmentées, les têtes boursouflées, les gestes n'ont plus rien de la liberté et de la grandeur antiques. Et, cependant, il est permis de croire qu'ici encore nous nous trouvons en présence, sinon de figures du IVe-Ve, du moins d'une composition dont l'ordonnance remonte à cette époque. Ce qui nous autorise à le supposer, c'est la présence, entre la Vierge, saint Jean et les apôtres, de deux personnages de très petite dimension qui ont visiblement été intercalés, saint François d'Assise et saint Antoine de Padoue. Que l'on examine sur la figure 8527 l'intervalle qui sépare les personnages principaux : il est uniforme. Or, si les grandes figures et les deux petites avaient été exécutées en même temps, l'artiste n'aurait pas manqué d'espacer davantage celles des grandes figures entre lesquelles les petites devaient prendre place. Pourquoi, en outre, aurait-on donné des dimensions presque microscopiques à ces deux saints populaires au XIIIe, saint François et saint Antoine ? à saint François surtout, qui avait soutenu et redressé l'édifice chancelant du Latran ! Cette disposition n'avait rien d'insolite quand il s'agissait d'un simple donateur, tel que le pape Nicolas IV, agenouillé aux pieds de la Vierge. Mais nous ne craignons pas de dire que, si l'artiste n'y avait pas été obligé par le manque de place, jamais l'idée ne lui serait venue de sacrifier ainsi saint François et saint Antoine.
MOSAIQUE |
266 que l'abside de Sainte-Marie-Majeure renferme, à côté du couronnement de la Vierge et d'autres scènes, d'invention relativement moderne, des motifs analogues à ceux que signale Jean Diacre. « Les figures et les groupes sont la répétition de ceux que l'on voit à Saint-Jean-de-Latran, et l'on retrouve également ici, vers le milieu, la montagne et l'enceinte du paradis, deux cerfs se désaltérant, les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons représentant les êtres créés qui peuplent la terre, l'air et l'eau ! »(fig. 8418).
De telles représentations, peu connues au Moyen Âge, étaient effectivement ce qui devait frapper le plus les fidèles de cette époque, et on comprend que Jean Diacre ait négligé de mentionner les mosaïques de . La partie supérieure de la composition, celle où se trouve le portrait du Christ, se compose d'un fond bleu, parsemé de nuages, sur lesquels se détachent six anges et un chérubin. Plusieurs de ces anges sont entièrement refaits, notamment celui qui se trouve à gauche, à côté du séraphin. D'autres — les deux anges placés aux extrémités inférieures — paraissent remonter au Moyen Âge. L'un d'eux enfin, le second à droite, à partir du bas, provient peut-être de la mosaïque primitive. Ici encore, selon toute vraisemblance, Torriti s’est borné à compléter l’œuvre de son prédécesseur.
L'étude de la mosaïque absidale de Sainte-Marie-Majeure, mosaïque qui est également due à Torriti et qui renferme un certain nombre de motifs de tout point semblables à ceux du Latran, va nous permettre de contrôler les hypothèses émises ci-dessus.
Ces mosaïques étaient célèbres dès le Moyen Âge. Jean Diacre, déjà, en proclame la beauté : Hæc absida, dit-il en parlant d'elles, nimis pulchra de musivo est effecta. Nam videntur a pluribus pis ces ibi in floribus, et bestize cum avibus, inter chorum et altare. Arrêtons-nous un instant sur cette description, elle a son intérêt. Pour bien la comprendre, il faut se rappeler la nef et de l'arc triomphal ; elles ne contenaient que des scènes bien connues, tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament. Le document que nous avons transcrit à l'instant, intéressant au point de vue de l'expression des sentiments du Moyen Âge, acquiert une valeur capitale si l'on se rappelle que Jean Diacre écrivait longtemps avant les travaux exécutés à Sainte-Marie-Majeure par le pape Nicolas IV. D'après Panvinio et Mabillon, il vivait sous le pontificat d'Alexandre III (1159-1181) ; d'après Platner et Bunsen sous celui d'Alexandre IV, en 1260 ? ; Torriti, au contraire, ne commença la restauration de la mosaïque de Sainte-Marie-Majeure qu'après 1290. En rapprochant ces dates, on arrive, par un calcul aussi simple que rigoureux, à établir que les poissons, les quadrupèdes, les oiseaux, les fleurs, c'est-à-dire toute cette partie de la mosaïque dans laquelle domine l'influence antique, existaient avant Torriti, puisqu'ils sont mentionnés par un écrivain antérieur à lui, dans l'hypothèse la moins favorable, de trente années au moins. Mais ici nous voyons surgir une difficulté sérieuse : un interpolateur a ajouté plusieurs chapitres au traité de Jean Diacre ?. N'est-il pas plus naturel d'admettre que le paragraphe relatif aux mosaïques de Sainte-Marie-Majeure est du nombre ? Dans un ouvrage consacré au Latran, il formait comme un hors-d'œuvre. Grâce aux recherches de L. Delisle, la solution de ce problème n'offre plus aucune difficulté. Cet érudit a, en effet, signalé l'existence, à la Bibliothèque nationale, de deux manuscrits remontant tous deux au XIIe et contenant la description du Latran, reproduite par Jean Diacre 1. Le texte de cette description serait même plus ancien d'après Delisle *. En examinant ces deux manuscrits, qui portent les numéros 2287 et 5129 (fonds latin), Eug. Müntz a trouvé dans tous les deux le paragraphe relatif à Sainte-Marie-Majeure, et une description des mosaïques absolument identique à celle de Jean Diacre. Le doute n'est donc pas possible : les principaux éléments de l'ornementation, si justement célèbre de Sainte-Marie-Majeure, sont antérieurs de plusieurs siècles à Torriti, Celui-ci n'a probablement fait que les restaurer. Son rôle a consisté tout au plus à remplacer la mosaïque ancienne par une copie plus ou moins exacte.
A Sainte-Marie-Majeure, comme au Latran, on remarque les figures de saint François d'Assise et de saint Antoine de Padoue. Seulement, au lieu d'être placées entre les apôtres, elles sont reléguées aux deux extrémités. Ici encore, les deux saints semblent avoir été ajoutés après coup. Si l'on examine bien le cep de vigne doré qui donne naissance, de chaque côté, à une double rangée de rinceaux, on est surpris de voir qu'au lieu d'être placé directement au-dessous de ces rinceaux, il s'élève à la limite extrême de la mosaïque. Cette disposition est anormale ; il en résulte une courbe disgracieuse, qu'il nous paraît difficile de mettre au compte de l'auteur de la mosaïque primitive. Ne serait-ce pas plutôt Torriti qui a reculé ainsi ces ceps pour pouvoir introduire dans le bas de la composition les figures des deux saints, de même qu'il aura supprimé les rinceaux du centre pour gagner la place nécessaire au « Couronnement de la Vierge » ? En effet, cette dernière scène, il n'est pas permis d'en douter, date du XIIIe, non du Ve. A l'origine, les rinceaux couvraient, selon toute vraisemblance, l'abside tout entière, à l'exception de l'espace réservé dans la partie inférieure aux figures des apôtres.
Ces points établis pour Sainte-Marie-Majeure, on éprouvera moins de scrupules à appliquer la même solution aux parties correspondantes de la mosaïque du Latran, notamment aux enfants pécheurs, et à revendiquer en l'honneur de l'antiquité chrétienne une œuvre dont on a trop longtemps fait honneur au Moyen Âge.
Cette démonstration d'Eugène Müntz obtint l'assentiment de J.-B. De Rossi, « L'artiste du XIIIe, écrivait celui-ci, s'est-il contenté d'imiter à sa guise, dans la mosaïque de Sainte-Marie-Majeure, cette espèce de décoration d'un type classique, ou bien n'a-t-il pas plutôt non seulement reproduit exactement les ornements de l'ancienne abside du Ve, qui menaçait ruine, mais même conservé dans la zone inférieure une partie de l'ancienne mosaïque ? » Et reprenant le texte de la Descriptio sanctuarii Lateranensis ecclesiæ, l'archéologue romain se rallie aux raisons exposées pour prouver que l'abside du XIIIe de Sainte-Marie-Majeure offre une partie ou au moins une réminiscence et une imitation de celle du Ve. Eug. Müntz entreprit d'appliquer cette démonstration à d'autres mosaïques. Une des mosaïques romaines les plus célèbres est celle dont Constantin fit orner l'abside de la basilique du Vatican. Le Liber pontificalis se borne à dire :
Constantinus Aug. fecit basilicam beato Petro apostolo ex rogatu Silvestri episcopi in templo Apollinis... in quo loco corpus ejusdem apostoli mirifice collocavit.
Mais l'Itinéraire d'Einsiedeln nous apprend que l'arc de la basilique renfermait cette inscription ! :
Quod duce te mundus surrezil in astra triumphans,
Hanc Constantinus viclor libi condidit aulam.
Trois siècles plus tard, la mosaïque avait déjà besoin de réparations, preuve de son antiquité : Severinus renovavit absidam B. Petri apostoli ex musivo, quod dirutum erat, dit encore le Liber pontificalis. Ciampini prétend que ce travail eut lieu en 638 ?, mais cette date est inexacte puis que Severinus ne monta sur le trône pontifical qu'en 640. Bien d'autres épreuves attendaient cette composition : au xii siècle, Innocent III (1198-1216) en renouvela une partie et y introduisit son portrait ; au commencement du xvi siècle, Jules II fit détruire l'arc avec l'inscription Quod duce* ; en 1592, enfin, Clément VIII donna l'ordre d'abattre ce qui restait encore de la mosaïque, c'est-à-dire la composition incrustée dans la conque (fig. 8529).
Si la mosaïque absidale de Saint-Pierre n'existe plus, nous en possédons du moins plusieurs copies anciennes, dont l'une, exécutée par ordre du pape, et certifiée conforme par un protonotaire apostolique, est conservée dans les archives du chapitre de Saint-Pierre, où Eug. Müntz a pu l'examiner *. On y aperçoit sur le sol, au-dessous des figures principales, plusieurs scènes de dimensions exiguës, et dont la disposition, non moins que le style, rappelle l'antiquité classique ; citons parmi elles des bûcherons placés près d'un édicule et frappant un arbre à coups de hache, tandis qu'un lion s'approche de l’un d'eux. La signification de ces scènes est assez énigmatique, mais elles offrent infiniment plus d'analogies avec les peintures de l'époque impériale qu'avec celles du Moyen Age.
270 peut que corroborer une telle manière de voir. Signalons aussi les deux cerfs s'approchant des fleuves du paradis ; ils rappellent de manière frappante les mosaïques absidales de Saint-Jean-de-Latran et de Sainte-Marie-Majeure.
Mais que devient notre conjecture en présence de l'inscription léonine suivante, tracée au-dessous de la mosaïque, preuve bien évidente d'une origine médiévale :
Summa Petri sedes est luc sacra principis au des, Maler cunctarum decor et decus ecclesiarum. Devotus Christo qui lemplo servit in isto. Flores virtutis carpit fructus que salutis.
Que devient-elle surtout en présence du portrait d'Innocent III, qui, en se faisant représenter dans la bande inférieure de la composition, en regard de l'Ecclesia romana, semble avoir revendiqué pour lui l'honneur d'avoir créé cette décoration *.
Nous répondrons qu'ici, comme dans tant d'autres monuments romains, le pape, qui a fait procéder à la restauration, a pu s'attribuer tous les droits d'un véritable fondateur : rien n'était plus facile que d'introduire le portrait d'Innocent III dans un ouvrage datant du iv ou du v siècle ; on ne procéda pas autrement pour intercaler les portraits de saint François d'Assise et de saint Antoine de Padoue dans les mosaïques du Latran et de Sainte-Marie-Majeure. Cette opinion ne date pas d'aujourd'hui. Au xvi siècle, les bollandistes ont essayé de prouver, à l'aide d'arguments peu solides, que la mosaïque absidale de Saint-Pierre était la copie d'un original détruit, original remontant au règne de Constantin .
Le témoignage des auteurs du xvi siècle, qui virent encore en place la mosaïque, donne du poids à cette conjecture. C'est d'abord Tiberio Alfarano, l'un des historiens les plus autorisés de la basilique : Questa absida overo tribuna, dit-il, é la medesima quale fu fatta fare da Costantino imperatore, tutta ornata de mosivo, ed altre figure e segni che sino a questo di se ritrovano, quali (sic) musaico, celebrando un giorno papa Clemenle VII in dello allare, casc un pezzo per il che volendolo far ruinare tutto, per consiglio di cerlo excellentissimo maestro (il discepolo del quale me l'ha referito questo lato dello musaico nel muro del absida con cerle stelle de metallo inaurate poste per forza de trapani confitto poi a modo de trivello, che mai più fu pericolo che d ? musaico cascasse , che referiva che era discosto dal muro in alcuni luoghi più d'un palmo, quali stelle hogi si veggono in segno et lestimonio de questa cosa el ne tenemo una che è cascata questi giorni passati.
Un contemporain d'Alfarano, Jacques Grimaldi, s'occupe plus spécialement de la mosaïque de l'arc triomphal, c’est-à-dire de l'arc précédant l'abside proprement dite * ; il nous apprend qu'elle était ornée d'une inscription rappelant la part que Constantin C'est là tout ce qu'on savait sur l'arc de triomphe de avait eue à sa fondation : Versus musiveis lilleris in arcu majore veleris Valicanæ basilicæ in capile columnarum media navis ante aram marimam |
LI
Quod duce te mundus surrexit in astra triumphans Hanc Constantinus victor libi condidit aulam.
Hic arcus periit sub Julio 4, in demolitione posterioris partis basilicæ, Apsidæ conjunctus paries ad septentriones Clementis VIII pontificatus multis historiis B. Petri musiveis, sed pene vetustate et imbre cœcatis ornatus erat. Constantini tempore hos ibi conscriptos versus affirmat Mapheus Veggius sic. Quorum caracteres longe vetusti pene que dixerim decrepiti nullum etiam aliud quam Constantini tempus, quo ibi conscripli sunl manifeste arguere videntur. Sunt el in alio arcu absidæ, super altare majus, aliæ litteree quæ negligentius habilæ majori ex parte corruerunt, sed ex paucis earum qui vix adhuc legi possunt deprehenduntur, li cet non integre verba haec :
Constantine erpiata hostili Incursione à, Quant à Onofrio Panvinio, aprés avoir revendiqué une partie de la décoration de l'abside pour le règne de Constantin, il ajoute, par une exagération évidente, que la mosaïque de la conque, celle-là même dont nous nous occupons, a été faite entièrement par Innocent III : Absidam basilics... musiveis figuris primus ornavit Constantinus, quarum paulo intra, ex ulro que parietum latere, aliquot vestigia extant, ut ex his versibus, qui in ea erant, manifestum erat :
Musiveas easdem imagines lemporis injuria exo lescentes renovavit Severinus papa, ut (radit bibliolhecarius, quas dirulas omnino, ul nunc aspicimus, refecit Innocentius 111. Ailleurs, il dit en parlant de l'inscription : qui characteres vetustissimi et prægran des, etiam exolescentes, nullum aliud quam Constantini tempus, quo ibi scripti sunt, arguere videbantur *.
En résumé, les témoignages si formels sur la présence, dans la mosaïque absidale de Saint-Pierre, de fragments remontant à l'ére constantinienne, et, d'autre part, le caractère même de cette mosaïque, avec ses réminiscences antiques si frappantes, nous autorisent à croire que nous avons affaire, ici comme au Latran et à Sainte-Marie-Majeure, soit à la mosaïque originale, restaurée et remaniée, soit à une copie, légèrement modifiée, de la composition originale.
L'inscription Quod duce fe... a été très anciennement rapportée dans l'Itinéraire d'Einsiedeln ? et dans le recueil anonyme copié par Poggio Bracciolini . On la trouve ailleurs encore, notamment chez Mapheus Vegius qui fait suivre le distique de ce commentaire : Quorum characteres longe vetusti pene que dixerim decrepiti nullum eliam aliud quam Constantini tempus quo ibi conscripli sunl manifeste arguere videntur. Les archéologues des xvi et XVIIes, comme Andrea Fulvio, Onofrio Panvinio, Pompeo Ugonio , Jacques Grimaldi °, etc., n'ont fait que copier Mapheus Vegius, l'inscription étant déjà détruite de leur temps. l'ancienne basilique et on ne pouvait se résoudre à croire que cette portion fût dépourvue d'ornement. F. Piper'^ réfuta les objections élevées par Muratori 11 contre l'antiquité de l'inscription et fit valoir les preuves intrinsèques et extrinsèques qui la faisaient remonter au temps de Constantin ; il chercha de plus à établir les rapports qu'elle devait avoir avec la composition sur laquelle elle se serait trouvée ; il penchait à croire que sur le milieu de l'arc on voyait la figure du Sauveur. A.-L. Frothingham ? découvrit un texte qui résout cette question et prouve l'existence, sur l'arc triomphal, nienne, Ge texte se lit dans le De concilio, de Domenico Jacobacci. Ce cardinal prend la défense des privilèges accordés à saint Silvestre par Constantin et observe ceci ! : Porro multi malignantur contra fedem apostolicam propter islam donalionem, et ante culpant quam legant, quod mirum est : cum adhuc temporibus nostris. fuerit in ecclesia Sancti Pelri in frontispilio more arcus ante allare majus Constantinus imperator in musivo depiclus, literis aureis ostendens Salvatori et 4 beato Petro apostolo ecclesiam ipsam a se ædificatam, videlicel ecclesiam Sancti Petri.
On ne pourrait rien souhaiter de plus catégorique que ce texte, qui nous décrit bien exactement la mosaïque et nous montre l'empereur Constantin faisant hommage au Sauveur et à saint Pierre de la basilique construite en leur honneur ; on doit naturellement supposer que la figure du Christ occupait le centre de la composition et qu'il avait à sa droite saint Pierre et à sa gauche l'empereur. A la première lecture du passage de Jacobacci, on serait aussi tenté de croire que Constantin était représenté offrant le modèle de la basilique ; mais peut-être les mots literis aureis, se rapportant à l'inscription, ne comportent pas cette interprétation, d'autant plus qu'on n'en rencontre des exemples que dans les mosaïques du vii* siècle.
Nous voyons ainsi bien clairement la relation qui existait entre l'inscription et la mosaïque, et il ne nous reste qu'à déterminer à qui se rapportaient les paroles : Quod duce te... au Sauveur ou à saint Pierre ? On pourrait penser à l'Apôtre dans une basilique où étaient conservées ses reliques, mais il s'ensuivrait que le Sauveur serait dans une situation subordonnée par rapport à lui, ce qui n'est pas admissible.
L'attribution de l'inscription au temps de Constantin est admise très généralement et cette opinion s'appuie sur le fait que les restaurations des mosaïques, mentionnées dans la notice du pape Séverin (640) au Liber pontificalis, sont limitées à celles de l'abside, et les notices que nous possédons sur les travaux en mosaïque exécutés pendant le Moyen Age gardent un silence complet sur l'arc triomphal. Ce silence nous autoriserait même à conclure que les restaurations dont la mosaïque aura dû souffrir pendant les douze siècles de son existence ne furent pas assez importantes pour qu'on prit la peine de les enregistrer.
Au moment où écrivait Domenico Jacobacci, la mosaïque n'existait plus : eum adhue temporibus nostris fuerit ; cependant, il se souvenait de l'avoir vue en place ; mais quand écrivait-il ? Le Tractatus de concilio est un ouvrage posthume, l'auteur est mort en 1527 ou d'une importante mosaïque constanti-
ET
273 1528, âgé de quatre-vingt-quatre ans, étant né en 1443. Il est probable que la mosaïque fut détruite sous le pontificat de Jules II (1503-1513), et, selon toute probabilité, en 1506-1507, quand Bramante commença les travaux de reconstruction, précisément proche de l'ancien arc triomphal. D'autre part, on pourrait reculer la démolition jusqu'au moment de la construction du mur qui sépara de la nouvelle basilique ce qui restait de l'ancienne ; construction qui autorise à affirmer que, quant à sa composition, elle se borne à reproduire avec quelques légères variantes une mosaïque beaucoup plus ancienne, selon toute vraisemblance, celle qui ornait la basilique inférieure. J.-B. De Rossi nous apprend que l'on pouvait pénétrer dans cette dernière au xi* siècle encore, en 1059 ; ne sommes-nous pas en droit de supposer que l'on en a profité pour copier une œuvre à laquelle s'attachait la vénération universelle ? Peut-être même s'est-on servi de celle qui fut utilisée par Ugonio à Jules II et par Panvinio à Paul III. Il n'y a pas de doute que la mosaïque n'existât encore et qu'elle ne disparût en même temps que l'arc lui-même, car cette date est en parfait accord avec le témoignage de Jacobacci, qui devint chanoine de la basilique Vaticane en 1503, et eut par conséquent la mosaïque sous les yeux jusqu'au moment de sa destruction !
Plus encore que la mosaïque absidale de Saint-Pierre, celle de Saint-Clément (voir Dictionn., t. ttt, fig. 3030) offre des motifs propres à l'art chrétien des premiers siècles : la différence d'inspiration et de style est surtout sensible si nous comparons la mosaïque de la conque à celle de l'arc de la tribune. Ici, il faut tout d'abord le déclarer, nous avons affaire à une œuvre du Xii* ou du xiii siècle, On sait, en effet, que la basilique actuelle de Saint-Clément a été élevée au xii siècle seulement, sur les ruines d'une basilique plus ancienne, retrouvée et dégagée ainsi que nous l'avons exposé en son lieu. Mais si cette mosaïque est relativement moderne, quant à la date de son exécution, tout nous
Ce qui frappe avant tout dans la composition absidale de Saint-Clément, c'est sa ressemblance avec la mosaïque du portique de Saint-Venance, située à quelques pas de là (baptistère de Constantin au Latran). Dans l'une comme dans l'autre, d'immenses rinceaux couvrent le champ de l'abside et forment le motif principal de la décoration. Il est vrai que ceux du portique de Saint-Venance l'emportent singulièrement par leur légèreté, leur élégance ; mais cette supériorité n'a rien qui doive nous surprendre ; les juges les plus autorisés sont aujourd'hui d'accord pour attribuer
Les génies nus placés entre les rinceaux méritent surtout de fixer l'attention. Par la liberté de leurs mouvements et la variété de leurs attitudes, ils rappellent, de la manière la plus frappante, les modèles du temps de Constantin ; Eug. Müntz veut même les rattacher aux Eros de la voûte annulaire de Sainte-Constance : l'inspiration est identique, quoi que les
Notons encore les analogies entre l'ornementation du velarium de Saint-Clément et celle des velaria de Sainte-Marie du Transtévère et de Sainte-Marie-Nouvelle, à Rome : agneaux debout (ce motif se retrouve au portique de Saint-Venance), main tenant la couronne, etc. Les oiseaux placés dans des cages, à l'extrémité gauche de la mosaïque, méritent aussi une mention spéciale : les mosaïstes de Saint-Clément s'y sont rencontrés avec ceux des deux basiliques que nous venons de citer !.
277 d'attention sont les deux qui conservent chacun un buste parmi les rinceaux d'une vigne que vendangent les amours, pendant qu'un chariot emmène la récolte au pressoir où le vin coule dans trois jarres. Les deux bustes sont ceux du césar Crispus ? ou d'Annibalien et de Constantine, fille de Constantin. Dans les compartiments (fig. 4503-4504), on voit, dans un beau désordre, les motifs les plus variés : fleurs, fruits, oiseaux ; objets divers : orange, citron, figue, grenade, raisin, pomme de pin, gerbe de blé, avec le paon, le faisan, la perdrix, le perroquet, le merle, le geai, la huppe, deux colombes s'abreuvant à une coupe, et, parmi cet ensemble, des cuillers, des louches, des cornes d'abondance, des vases la plupart enrubannés. Trois compartiments sont remplis par des figures géométriques : croix et rosaces, losanges formant de grandes étoiles. Deux autres compartiments nous font voir une série de médaillons reliés entre eux par une torsade et offrant des figures d'Éros et Psyché sautant et dansant. Dans un compartiment, on voit la brebis avec le vase de lait et la houlette, seul symbole chrétien dans tous ces compartiments (fig. 8530). Deux compartiments montrent des médaillons juxtaposés avec des oiseaux, des rosaces, de jeunes visages posés sur une collerette de feuillage (fig. 8531). Tout cela est frais et charmant.
Quant aux mosaïques qui ornent les absides, elles sont plus grossières comme technique et ont beaucoup souffert des restaurations, mais elles appartiennent, sans contestation possible, à la première moitié du iv* siècle, c'est-à-dire à la décoration primitive du mausolée, L'abside de gauche montre le Christ jeune, imberbe, chevelu, debout sur un monticule d'où s'échappent les quatre fleuves du paradis ; trois seulement de ces fleuves sont visibles, Jésus porte la tunique ornée du clavus et le pallium de couleur ; il tend une main ouverte dans le geste consacré de l'acclamation. De la main droite, il présente à saint Pierre un rouleau sur lequel on lit : Dominus legem dat (les restaurations ont remplacé legem par pacem). Tout cet ensemble a été misérablement gâché par les restaurations : cependant, les deux apôtres offrent déjà les traits typiques qu'on leur connaît à travers tous les siècles : saint Paul avec la barbe et les cheveux noirs, saint Pierre avec la barbe et les cheveux blancs. Tous les deux portent la tunique ornée de clavi pourpres, le pallium blanc et les sandales. Saint Pierre tient un bâton court qui devait se terminer autrefois par le chrismon. Quatre brebis représentent les évangélistes ou les fidèles. La scène est encadrée par deux cabanes qui sont un lointain essai de ces constructions entassées auxquelles on donnera les noms de Jérusalem et de Bethléem. La porte de Bethléem est fermée, celle de Jérusalem est ouverte. Les deux palmiers opulents qui bordent la composition sont chargés de fruits. La bordure de fleurs est entièrement moderne.
L'abside de droite représente, sans contestation possible, Dieu le Père remettant à Moïse les tables de la Loi et non pas le Christ donnant les clefs à saint Pierre. Dieu le Père est figuré sous les traits d'un adulte parvenu à la maturité. La tête se détache sur un large nimbe de tons bleus dégradés, allant de plus en plus foncé vers le bord extérieur. La barbe et les cheveux foncés, la lèvre supérieure rasée ; il est assis sur un globe ; vêtement à clavi jaunes. Moïse s'approche faisant le geste de s'agenouiller ; il porte la tunique et le pallium blancs ; il a des cheveux blancs et, avant les restaurations, il avait une barbe blanche. Pas de nimbe, des sandales. Comme paysage, dix palmiers.
MOSAIQUE ' 278
« Dans ce décor de tradition toute classique, se glissent quelques-uns des premiers emblèmes chrétiens, difficiles à discerner au premier coup d'œil, soit qu'ils se perdent ton sur ton dans le dédale des volutes, soit qu'ils se refugient dans les minces bandes qui cernent le motif principal. La bande bleue courant dans le bas de la conque est ornée de sept croix latines d'or (au nombre de douze autrefois) et qui ont pris ici la place des douze agneaux ou des douze colombes, symboles des apôtres. Dans le haut des volutes, sont suspendues à la volute semi-circulaire six autres croix gemmées ornées de pendeloques.
« Le haut de la voûte est occupé par un demi-cercle bleu, dans lequel s'inscrivent cinq demi-cercles égaux qui abritent un agneau entre quatre colombes aussi grandes que lui. L'agneau mystique a la tête ornée d'une petite croix, comme cela se voit souvent sur les monuments des iv et v siècles. Les colombes (la dernière à droite a été refaite) sont les quatre évangélistes. Une coquille, rappelant celles qui ornent les arcosolia de Pompéi, déroule au-dessus de ces cinq figures un triple feston. Dans l'intervalle, s'épanouissent cinq fleurs de lis alternant avec des fleurs plus petites.
« La composition est encadrée d'une bordure assez détériorée où figurent des vases placés chacun entre deux oiseaux et des feuilles d'acanthes. La coquille a été partiellement refaite !, » | fournit la matière de la décoration de l'arc triomphal.
On a peine à croire que ces mosaïques ne soient postérieures que d'une quinzaine d'années à celles de la basilique de Sainte-Sabine. Cependant, l'hésitation n'est pas possible. Les mosaïques de Sainte-Sabine datent du pontificat de Célestin Ier (422-432), celles de Sainte-Marie-Majeure sont du pontificat de Sixte III (432-440). Et, pourtant, ce n'est pas l'influence directe des barbares qui se fait sentir dans ces mosaïques ; les figures restent romaines de type et de costume ; ce sont les mêmes airs de tête que sur la colonne Antonine, la toge rlam Wiz, n. QT ot | M Fi | aan ta : conserve sa coupe et ses anciens plis ; mais les têtes sont disproportionnées aux corps et ceux-ci sont épais, courts et trapus, les lignes sont indécises, les compositions confuses. Le véritable intérêt des mosaïques de sainte-Marie-Majeure consiste dans le cycle de compositions neuves qu'elles nous offrent. C'est, en effet, une innovation que ce genre narratif régulier, méthodique, pratiqué dès le v* siècle et très éloigné des épisodes qu'on rencontre dans les catacombes où on franchit d'un bond plusieurs livres de la Bible. La régularité imposée par la nef des basiliques entraînait l'adoption d'un décor par voie de développement didactique. Dès le règne de Constantin, la basilique du Latran fut ornée d'un cycle de fresques commençant par la chute d'Adam et d'Eve et se terminant par l'entrée du bon larron en paradis. Deux cycles analogues ont pu s'en inspirer, celui de Sainte-Marie-Majeure, dont nous allons parler, et celui de Saint-Apollinaire-Neuf.
280 281 prend la parole. Les trois nimbes sont dorés et bordés d'une ligne blanche dentelée à l'intérieur.
4. Isaac bénit Jacob et peut-être le retour d'Esaü. — PETIT, nu Le LS
EET
282 recouvrent leurs jambes. Le premier, probablement Jacob, a passé son manteau blanc autour de sa taille, Le pan de ce manteau retombe sur le bras gauche qui tient le bâton de berger, « Laban est vu de profil sur le seuil de sa maison, dont le fronton est percé d'un oculus. Son visage, encadré d'une barbe et de cheveux blancs, est d'une exécution grossière. Tandis que les deux jeunes gens, en leur qualité de visiteurs, sont vêtus plus cérémonieusement, Laban est en tenue de travail, bras et jambes nues, tunique courte, son manteau orange rejeté sur l'épaule gauche. Le bras droit est tendu vers Rachel. Une femme, dont la figure pleine de dignité contraste avec l'allure juvénile de la jeune fille, se tient à ses côtés, Ses épaules sont drapées dans un épais pallium bleu, sous lequel apparaît la tunique. Elle porte des souliers rouges et sa tête, tournée vers Laban, est coiffée du bonnet blanc. C'est sans doute la mère de Rachel qui apparaîtra aussi dans les scènes suivantes. Une ligne de montagnes borde l'horizon. La mosaïque est bien conservée.
« Dès que Laban eut entendu parler de Jacob, fils de sa sœur, il courut au-devant de lui, l'embrassa et le baisa et il le fit venir dans sa maison » (Gen., xxix, 13). : La mosaïque est en fort mauvais état. La plus grande partie est en stuc. A gauche, Jacob et Laban se précipitent dans les bras l'un de l'autre, tandis que la femme de ce dernier, un peu à l'écart, les regarde, la main levée dans un geste de joyeuse surprise. Les deux hommes ont déposé leurs manteaux pour s'embrasser. A droite, Laban, suivi de sa femme, entraîne Jacob vers sa demeure à l'entrée de laquelle Rachel apparaît pour accueillir le visiteur. On reconnaît le même édifice à fronton triangulaire et toit débordant, couvert de grosses tuiles romaines ? » (fig. 8533.) est en stuc et repeinte. - 9. Dieu ordonne à Jacob de partir. Son départ avec Lia, Rachel et ses enfants. — Voir Dictionn., t. x, grande partie est en stuc.
284 — M. van Berchem et E. Clouzot, op. cil., p. 44, fig. 48. z Bibl — De Rossi, Musaici cristiani, 1873-1899 ; f De cha que côté du Christ, cinq apôtres assis, le rétrécissement de l'abside ayant fait disparaître le sixième. Tous portent la tunique à laticlave et gesticulent ; à droite, saint Pierre, à gauche, saint Paul, tous les deux de profil, les autres de trois-quarts ou de face. Saint Paul tient un livre ouvert portant ces mots : Liber generationis IX, début de l'évangile de saint Matthieu, mais cette inscription est moderne.
Derrière les premiers apôtres, se tient une femme 27. Josué ordonne le supplice des rois. — Voir Dictionn., t. x, col. 2109 ; J. Wilpert, op. cif., t. rir, pl. XXVIII ;
Nuovo bullettino di archeologia cristiana, 1899, p. 82-85, 1137-148 : 1914, p. 96-97 ; S. Scaglia, I mosaici, pl. Lir, LIN ; J. Wilpert, Die rümischen Mosaiken, 1917, pl. VIIILe Sauveur porte une tunique de toile d'or à lati- | les quatre apôtres, l'aigle, le bœuf, le portique et les claves bleus, il étend le bras droit pour indiquer qu'il | édifi ces à contreforts ; les raccordements, mal faits, va prendre la parole. Sa main gauche tient un livre | sont visibles. ouvert où on lit ces mots : Le monticule se trouve assez mal entre ces constructions qui lui donnent l'apparence d'un socle artificiel :
POMES BEER sa couleur vert d'eau s'harmonise mal avec l'or et le VATOR ANAE ! rouge de la croix et des constructions. La croix est-elle primitive ? On hésite à le croire ; le ciel a été refait à cet endroit. Le voile qui recouvre le dossier de la chaire est fait d'une étoffe gris-bleuté, à raies transversales. La chaire du Sauveur est en or, gemmée, et son dossier est voilé.
287 288 rouge et or. Le dossier est d'une telle largeur qu'on a | quatorze médaillons contenant des bustes d'hommes ; pu avoir raison d'y voir un artifice pour masquer des | réfections. La présence du baldaquin ne permet plus de dire ce qui se trouvait sous les pieds du Christ. Un escabeau ? Le croquis de Ciacconio, conservé dans le cod. Vatic, 5407 indique une sorte de marchepied, au-dessous une colombe, puis un agneau 1 ; mais ce dessin contient trop d'imagination pour qu'on s'en rapporte aveuglément à son témoignage.
Le corps du Christ a été peu retouché, cependant, en 1831-1832, on a restauré la poitrine, le sein, le genou, le bras droit. Le pan du vêtement qui passe derrière le livre est relevé d'un trait noir et d'un L qui ne semblent pas du temps de Sirice.
Le visage est grave et beau, la barbe et les cheveux aux extrémités, les villes de Jérusalem et Bethléem. Si on juge du mérite de cette composition d'après le dessin qui nous la conserve, nous avons peu perdu à sa disparition.
Du passé, il subsiste une inscription à lettres d'or sur fond bleu qui occupe toute la largeur de la paroi intérieure, au-dessus de l'entrée. Cette mosaïque fut exécutée sous le pontificat de Célestin Ier (422-432), c'est une des plus belles par le fond bleu, la perfection de l'alphabet d'or et la simplicité des deux personnages symboliques placés aux extrémités (fig. 8536). Le texte de l'inscription relate les circonstances de la fondation de la basilique entre l'Église de la circoncision et l'Église des gentils désignées chacune par | mue CVLM AENATOSTOLICVMCV MCAELE STINVSE BABIRET EUN RIMUVSEHFINIOIOFVIGERETEPISCOPVS 'ORBHES d VSHAECOVAEMIRARISEVNDAVITERESBITERVRBISE ya. « MILLEYRICADEGENLEEPE T RV S VIRNOMINETANTOD ^34 B ps GNVSABEXORT VCREISTINVT RI EV SIN AVE AE semblent refaits ; on sait qu'ils furent retouchés en 1832. Le nimbe est tout simple, sans chrisme ni croix.
Le côté gauche de la mosaïque a moins souffert. La femme, tenant une couronne, n'a pas eu à souffrir les retouches d'une restauration, sauf peut-être le bras qui tient la couronne, et ce n'est qu'une conjecture. Les vêtements des apôtres sont blancs et les ombres sont indiquées par l'emploi de l'outremer. Les cheveux sont séparés nettement par une ligne tracée avec fermeté.
Les symboles des évangélistes sont de l'époque primitive. Chances d'avoir remplacé, au vi* siècle, un symbole d'un goût plus antique comme serait, par exemple, une main tenant une couronne.
Cette composition, savante et robuste, est une de celles qui font le plus d'honneur à l'art chrétien du IVe.
Sainte-Sabine. — Cette basilique a perdu sa décoration ancienne en mosaïque dont nous ne pouvons juger que par un dessin de Ciampini. On voit que l'abside offrait dans un disque le buste du Sauveur avec le nimbe crucifère. A l'entour, des colombes et Quant à la croix gemmée, elle a quelques | par un prêtre de la ville, originaire d'Illyrie, du nom une inscription. Le texte est lisible et ne soulève aucune difficulté :
« Lors que Célestin occupait le trône apostolique et brillait dans tout l'univers de l'éclat attaché au souverain pontife, les travaux que tu vois furent fondés de Pierre et dignes d'un si grand nom, nourri dès sa naissance en la maison de Dieu, riche pour les pauvres, pauvre pour lui-même qui, dédaignant les biens de la vie présente, mérita l'espoir de la vie future. » Cet oratoire a été construit par le pape Hilaire Ier (461-468). A la voûte, une mosaïque à fond d'or ; au centre, l'agneau debout entouré d'une guirlande de fleurs, d'épis, de raisins et de branches d'olivier. La tête de l'agneau est nimbée de bleu. Une bordure de pierres bleues et de doubles spirales encadre la guirlande et se prolonge en forme de croix. Les angles intérieurs offrent quatre disques rouges traversés d'une croix. Quatre festons de fleurs et de feuilles l'entourent. La même bordure se retrouve dans le bas de la composition. Parmi les fleurs de la guirlande, on voit les marguerites, les roses, les lis et les myosotis. (Voir Diclionn., t. vri, fig. 6804.) 289 « Les arêtes de la voûte sont ornées de rinceaux de feuillages, au milieu desquels s'élancent des dauphins X eet qui viennent aboutir aux angles du carré. Le bas de — ces arêtes est occupé par des cercles bleus, sur lesquels | se détachent des rectangles rouges qu'on a pris pour | Jes évangiles. Cette partie de la mosaïque est moderne. 5 « La voûte se divise en huit compartiments, décorés — chacun d'une couple d'oiseaux, affrontés à un vase E = remplis de fruits, posé sur un parterre d'herbe verte.
- On reconnaît dans ces oiseaux les antiques symboles … des quatre éléments : les canards, emblème de l'eau ; - Jes perdrix, emblème de la terre ; les pigeons, emblème de l'air, et les perroquets, emblème du feu, Les vases remplis de fruits rappellent la fertilité de la terre, à l'instar des cornes d'abondance chères aux anciens (fig. 8537).
« L'œil reste émerveillé de la grâce et de l'élégance de cette composition, où se retrouvent, dans un décor de pures traditions classiques, les premiers symboles 1 1 chrétiens. Bien que le temps et la poussière les aient ternies, les couleurs ont conservé les nuances de vert, de bleu, de rouge, les plus délicates. Les canards ont | malheureusement été repeints, et leur éclat brutal rompt l'harmonie de l'ensemble. Les pigeons sont restaurés, mais les perdrix et surtout les perroquets, E bien conservés, sont de véritables œuvres d'art !. mosaïque par les soins de Galla Placidia (voir Dicaie a HR sat é i 290 à la manière grecque ; la main gauche tient un bâton appuyé sur l'épaule, tout ce qui subsiste d'une croix à longue haste que nous voyons sur d'autres mosaïques (voir Diclionn., t. im, col. 895, fig. 1557). Le tétramorphe, qui emplit la partie supérieure, nous montre le symbole de saint Matthieu pourvu d'une barbe, ce qui est exceptionnel. Les vieillards qui offrent leurs couronnes font allusion à une vision de l'Apocalypse (1v, 10). L'exécution de cette partie de la mosaïque est
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d'un style barbare. Ces vieillards sont rangés sur deux files de chaque côté ; ils veulent marcher vers le Christ, mais leurs membres sont désarticulés : attitudes, gestes, draperies tout est si gauche, si maladroit qu'on ne peut se résoudre à y voir un ouvrage du v siècle, à moins qu'il n'ait été refait au vi ou au ix* siècle.
Deux anges ailés, à demi-prosternés, s'approchent du Sauveur, c'est la tête de l'un d'eux qui est figurée ICi.
Aux retombées de l'arc, saint Paul (avec une épée, ajoutée) et saint Pierre avec des clefs.
X IL MIRI S OM MUT CLE NER T Cette mosai que fut exécutée sous le pontificat de Félix IV (526-530), à l'épo que oà Rome était occupée par une garnison de Goths. Comme on doit s'y attendre, c'est ici une œuvre marquée par une décadence choquante si on la compare aux mosaiques de l'épo que classi que, tel les que l'abside de Sainte-Pudentienne ; cependant, elle ne laisse pas d'avoir sa grandeur. Le Christ (voir t. vir, fig. 6205) est plus vivant et plus solidement planté sur ses pieds que bien des figures qu'on admire de confiance parce qu'el les sont réputées conformes au canon académi que. La composition s'inspire d'une pensée de symétrie un peu roide ; elle nous montre, sur le bord du Jourdain, le Christ sur des nuages pourprés,tenant le volumen et parlant. Le visage est d'une laideur puissante, les veux semblent sortir des orbites, la chevelure, la barbe nous donnent l'impression d'un barbare hirsute (fig. 8539). A ses côtés, saint Paul et saint Pierre lui amènent les deux frères Côme et Damien. C'est la première fois qu'une mosaï que romaine nous présente un sujet analogue. Au-dessus de la tête de saint Paul, dans les branches d'un palmier, on voit le phénix nimbé. Les deux saints martyrs portent des tuniques d'un ja une et d'un vert sa les et des col 1944-1947, fig. 6934 ; ajouter à la bibliogra1| 11° Saint-Théodore. — Église circulaire, voisine du | palliums de couleur sombre ; ils sont chaussés. Tous les deux présentent au Christ leur couronne de martyr sur le pan de leur manteau ; à leur bras gauche, ils ont suspendu un petit sac de cuir rouge orné d'une croix blanche, leur trousse. Primitivement, au sommet de l'abside, on voyait la main divine présentant une couronne ; elle a disparu pour faire place à une lucarne. Les personnages de Félix IV et saint Théodore sont négligeab les à raison des retouches. La zone inférieure, au fond d'or, est occupée par un agneau nimbé d'argent, debout sur un monticule d’où s'échappent les qualre fleuves du paradis mentionnés par leurs noms (fig. 8540) :
Palatin, dont la mosaï que a été en partie refaite, L'existence de cette église est connue dés le temps de saint Grégoire Ier (590-604) (fig. 8541).
Dans l'abside, le Christ est assis sur le globe céleste ; il tient de la main gauche une hampe surmontée de la croix et, de la main droite, il bénit. A ses côtés, les apótres saint Pierre et saint Paul lui aménent deux martyrs portant leur couronne. « Il est possible, a-t-on écrit, que le saint de droite soit saint Théodore, le martyr d'Amasée, dans le Pont, qui apparait sur la mosaï que des Saints-Cóme-et-Damien *. » Cette explication est plus acceptable que celle donnée par M. J. Wilpert qui « reconnait sans hésiter dans les martyrs anonymes les deux saints Théodore. 5i le second personnage, qui est « entièrement moderne », n'est que la restauration d'une figure primitive, comme on peut le croire, cette opinion n'est pas soulenable. Saint Théodore n'était pas encore dédoublé à l'épo que où la mosaï que fut exécutée. Mais quant à wid TE p Ly
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E 4 E. | 1 iz E 293 l'identification de l’un des martyrs avec le patron de l'église, l'hésitation n'est pas possible. C'est le même saint que l'on voit représenté dans l'église voisine des Saints-Cóme-et-Damien !, » J.-B. De Rossi fait dater cette mosaï que du pontificat de saint Grégoire Ier, J. Wilpert l'attribue, sans preuve, à Félix IV. La bibliothè que Vaticane, ms. laf. 9071, conserve un dessin de cette mosai que sur lequel le saint de gauche porte des chaussures analogues à cel les du saint de droite, des bas blancs, et des campagi 294 nile coiffée d'un diadème beaucoup moins riche et moins lourd que celui de l'impératrice Théodora à Ravenne ; deux rangs de per les aboutissent à deux pendeloques qui font l'effet de bouc les d'oreil les (lig. 8542). Sur les épau les, une sorte de collerette en per les repose sur une large écharpe d'or à ornements verts qui tombe jusqu'à mi-jambes, couverte de cabochons et de per les. La robe est de couleur pourpre, ourlée d'une bordure de bijoux. Dans un médaillon, à mi-jambes, est figuré le phénix. La sainte martyre tient un rouleau et, sur son bras gauche, est posé le voile virginal, orné d'une sorte de rose.
A ses pieds, le glaive, instrument de son supplice, et deux flammes rouges ; tout cela est pres que indistinct sur la photographie.
« Auc une autre des mosaïques de Rome ne peut être comparée à celle de Sainte-Agnès comme simplicité de lignes, harmonie de composition et de couleur. » M. van Berchem et E. Clouzot, op. cif., p. 195-198, fig. 246-249.
13° Lairan. Oratoire de SaintVenance. — Dicil., t. vIr, col. 1603-1607, fig. 6798-6799, Tra ces de restauration visib les et nombreuses. noirs, trés découverts, retenus par des cordons noirs. | Abside de Saint-Théodore, d'après van Berchem et Clouzot, op. cil., p. crée par le pape saint Simplice en 468. L'entrée prin itive a été murée, transformée en chapelle et la niche qui surmonte l'autel contient une mosai que fort délabrée et de date incertaine. On voit, au centre de la composition, une grande croix gemmée qui se détache sur un fond d'or. Au-dessus de cette croix, est posé un 205 dis que crucifére sur lequel se détache la figure du Christ (repeinte). Au-dessus du Christ, la main divine tenant la couronne du martyre se détache sur un ciel bleu orné d'étoi les (fig. 8543).
De cha que cóté de la croix plantée dans une prairie parsemée de fleurs rouges, se voient deux personnages debout, barbus et nimbés. A gauche, SCS PRIMVS : à droite, saint Félicien, SCS FELICIANVS. Ils portent tous les deux la tuni que pourpre couverte de la chlamyde blanche, ornée de la tabula pourpre. Les deux saints tiennent le livre des évangi les de la main gauche et posent dessus la main droite. Ces images sont en partie modernes, à force de restaurations.
On ignore la date de cette mosaï que, mais on sait que ce fut le pape Théodose (642-649) qui fit transporter les corps de Prime et Félicien de la voie Nomentane dans le sanctuaire de Saint-Étienne-le-Rond, L'inscription qui se lit au bas de l'abside n'apporte aucun renseignement histori que :
« Tu vois ce lieu dont le faite constellé est doré, et ce divin visage brillant d'une clarté lumineuse.
296 169 Sainl-Pierre-és-Liens (voir Dictionn., t. rrt, col. 13-18, fig. 2383).
17° Oratoire de JeanVII. — Voir Diclionn., t. vtt, col. 2197-2210, fig. 6160-6164, 189 Triciinium du Latran. — Voir Dicfionn., t. virt, col. 2538-2542, fig. 7044 ; cf. t. m, col. 662-671, fig, 2615-2617 ; t. vir, col. 1589-1592, fig. 6801, 6802, 199 Saints-Nérée-et-Achillée, — Noir Dictionn., au mot NÉRÉE.
209 Sainte-Praxède, PRAXÈDE.
219 Sainte-Marie « in Domnica », — Voir Dictionn, t. x, col. 2088-2091, fig. 7730.
IIIITERE SEMPER CP [IIFIIIIIIX FELICITA PS
— Voir Üiclionn., au mot« ! Opere mausoleo que les bollandistes ont traduit : ouvrage magnifi que », a le sens d'opere musivo (voir Du Cange).
Papin.
297 de saint Eusèbe. Cette mosaï que fut détruite en 1572, en méme temps que le chœur de la cathédrale. L'inscription tracée au-dessous des figures est aujour d'hui perdue, mais on sait qu'on y lisait les mots metalla, vernantibus figuris, laminis, auro, argento, flumina. Le P. Bruzza a conjecturé de facon vraisemblable que cette inscription était métri que et que le mot flumina faisait allusion aux fleuves du paradis sortant d'un monticule que dominait une croix gemmée, ce qui est plus vraisemblable qu'un crucifix. Il parait aventureux de croire, sur le témoignage de Gazzera, que les peinLures exécutées dans la coupole et conservées en copie 298 mosaï que chrétienne n'ont pu se soustraire à Tinfluence anti que et l'on suit assez bien les tra ces de cette influence dont lempreinte se transforme avant de s'ellacer pres que entièrement. On conçoit que certains panne aux de Sainte-Constance aient pu paraitre moins chrétiens que païens, puisqu'ils sont précisément des restes de cet art décoratif anti que, qui nous a laissé tant d'œuvres remarquab les. Les génies vendangeurs sont bien d'inspiration anti que, mais le sujet se retrouvera dans des milieux purement chrétiens.
: Les colombes perchées sur le rebord d'une coupe sont célèbres depuis que la création du mosaïste grec dans un rouleau de parchemin, soient contemporaines de l'épiscopat de Flavien.
XXXVII. MOSAÏQUES CHRÉTIENNES DE L'ITALIE. — L'importance de la mosai que dans l'histoire de l'art chrétien se trouve signalée dés la fin du 1ve siècle par saint Nil qui fait observer que le but principal de ces pieuses images est de faire connaitre au. peuple l'Ancien et le Nouveau Testament. Saint Grégoire de Nysse disait de son côté que « la peinture muette parle sur le mur », et beaucoup plus tard, au commencement du 1x siècle, le patriarche Nicéphore proclame que * les évangi les historiés rendent la vérité évangéli que plus palpable, plus réelle pour les laïques ».
Sosos a été décrite par Pline l'Ancien ; mais ce sujet, qui figure au centre d'un compartiment de la voüte de Sainte-Constance, se relrouve à Havenne, dans le panneau de saint Paul et saint Pierre (fig. 8544), au mausolée de Galla Placidia, à Saint-Vital et ailleurs encore. Les paons qui se promènent sur les voûtes fleuries de Sainte-Constance, réapparaissent au baptistere de Soter, à Nap les ;et libis et les canards de SaintVital sont empruntés à la décoration anti que. Le bon Pasteur du mausolée de Galla Placidia, à Ravenne, est-il si différent du type d'Orphée charmant les anim aux, tel que nous le représentent les mosaïques romaines de Palerme et de diverses parties de la Gaule et de la Bretagne ? Et le Jourdain des baptistères de Ravenne est bien un fleuve personnifié selon la tradition anti que.
« De méme, dans l'incomparable musée de mosaïques que constitue, à elle seule, l'église de Sainte-MarieMajeure, à Rome, où les rv ? et ve sièc les nous ont laissé une illustration, sinon complète du moins trés étendue de l'Ancien et du Nouveau Testament, l'influence anti que, qui s'est fondue dans un art nouveau, transparait cependant dans des détails qui donnent à l'œuvre un caractère particulier. Les corps sont en général trapus et pourvus de têtes qui présentent 299 quel que air de parenté avec cel les de la colonne Antonine ; les vétements sont antiques par la coupe et les plis. L'armée de Josué est une armée romaine. Jéricho est une de ces vil les antiques, comme les monnaies romaines des i11 et 1v sièc les, et les figures des anciens manuscrits de la Notitia Dignilatum (issus du manuscrit anti que de Spire) nous les font connaitre. Et c'est encore de cette manière que sont figurées, dans de nombreuses mosaïques, du v au rx* siècle les deux [ | 300 l'artiste de Saint-Apollinaire Nuovo, à Ravenne (VIe), s'est dégagé du texte de saint Marc (tr, 1-5), en transportant à l'extérieur cette scène qui devait se passer dans une maison (fig. 8545) ; il a été amené ainsi à transposer la scène de la descente du malade par deux hommes perchés sur le toit de l'édifice, scène extrémement curieuse bien qu'invraisemblable, telle qu'elle a été traitée.
« Il y a un monde entre le Christ imberbe bénissant vil les saintes, Jérusalem et Bethléem, dont on peut suivre, à travers la décadence de l'art, le type déformé, mais cependant toujours reconnaissable.
“ On pourrait écrire des chapitres sur les procédés de composition des mosaïques chrétiennes de l'Italie, et il reste beaucoup à faire pour déterminer exactement les influen ces régiona les ou étrangéres.
“ Les rince aux, qui décorent l'abside de la chapelle des Saintes-Rufine-et-Seconde, à Rome (rv* siècle), sont d'une inspiration anti que, qui apparait moins nette dans les rince aux de pampres de la voüte de la chapelle de Sainte-Matrone, à Capoue ; et, tout en procédant des mémes types, les rince aux de la voüte du chœur de Saint-Vital (vit siècle), à Ravenne, laissent voir une fantaisie qui fait de l'œuvre une création tout à fait originale.
« D'ailleurs, on sent qu'à l'origine de cet art chrétien les traditions ne sont pas encore fixées ; les inspirations sont diverses ; les sujets ne sont pas figés comme ils le deviendront peu à peu. Et les mosaistes cherchent souvent ce qui leur est le plus commode. En général, ils ne connaissent pas les scènes d'intérieur, Aussi, dans le tableau de la guérison d'un paralytique par Jésus, au milieu des douze apôtres, dans la chapelle Saint-Aquilin à Saint-Laurent de Milan (seconde moitié du IVe) et le Christ barbu de l'église des Saints-Côme-et-Damien à Rome (vr siècle) ou celui de Saint-Laurent-hors-les-Murs (vi siècle), Je ne cite pas le Christ, également barbu, de Sainte-Pudentienne, à Rome (rv siècle), parce que, écrit M. Adrien Blanchet, en étudiant cette mosaïque, étrange de composition pour la date, j'avoue que je suis incapable de discerner ce qui est ancien et ce qui est imputable aux restaurations successives.
« Si le type du Christ n’est pas fixé à l’origine, celui des apôtres l'est peut-être mieux. Saint Pierre a des cheveux blancs et sa barbe est courte et arrondie ; saint Paul a des cheveux foncés et une barbe assez longue, plus ou moins en pointe. C'est, dans l'ensemble, la physionomie que présenteront les deux apôtres lors que leur type s'immobilisera à l'époque du pape Pascal II (1099-1118), sur les bulles pontificales. Mais la position des apôtres, par rapport au Christ, varie quelquefois. Le prince des apôtres est généralement à droite du Sauveur ; toutefois, dans l'abside de Sainte-Praxéde (rx* siècle), saint Paul est à droite. viter ste d. E 301 La même disposition se retrouve dans l'abside de l'église Sainte-Cécile, qui, comme la précédente, a été exécutée sur l'ordre du pape Pascal Ie (817-524), dont l'influence s'est exercée aussi sur la décoration différente de Sainte-Marie in Domnica. C'est dans ce dernier sanctuaire que la Vierge, au milieu des anges, prend, sur l'abside, cette importance considérable que le culte chrétien lui donnera de plus en plus, à un point tel que le Christ parait souvent relégué au second plan.
« On voit bien qu'à ces époques anciennes les artistes n'étaient pas liés par le texte d'un manuel comme celui que Didron retrouva au Mont-Athos, en 1839 (voir Dictionn., t. vr, au mot GUIDE DE LA PEIN302 de Théodoric, c'est-à-dire du premier quart du vi siècle, nous trouvons sans doute la première scène (voir Dictionn., t. ir, col. 3045, fig. 2339) entièrement de tradition antique, avec les convives étendus sur des lits autour d'une table en fer à cheval. e C'est à la chapelle de Saint-Venance, au baptistère du Latran, que se montre, au milieu du vir ? siècle, le type du buste du Christ Pantocrator dont la Sicile et l'Orient grec ont reproduit ensuite si souvent la composition.
TURE). Les mosaistes des rve et Ves s'inspirent certes de la Bible et des évangiles ; mais, quand cela leur parait utile pour la clarté de l'histoire représentée, ils juxtaposent des scènes qui ne se suivent pas dans les textes sacrés. Ils choisissent aussi leurs auteurs et nous aimerions savoir si c'est une règle de l'iconographie du VIe qui a contraint l’auteur du tableau de Jésus conduit au calvaire, à Saint-Apollinaire Nuovo ; car il a préféré suivre le thème de Matthieu, de Marc et de Luc et figurer Simon de Cyrène, qui porte la croix derrière Jésus. Plus tard, c'est la version de Jean qui sera le plus souvent choisie. la Jérusalem céleste orne l'arc triomphal de Sainte-Praxéde (1x* siècle).
« La transfiguration revêt des formes diverses, à Ravenne, au VIe ( ?) et dans l'église des Saints-Nérée-et-Achillée (virt-rx* siècle) à Rome.
« Les qualités de composition sont diverses et il semble que les influences y jouent un rôle important, sinon prépondérant. Ainsi, à Sainte-Marie-Majeure, le tableau de la grande bataille de Gabaon montre une scène pleine de vie où Josué rappelle inévitablement l'Alexandre de la bataille d'Issus ; mais je me garde d'assurer que le mosaiste du rv* siècle a connu l'œuvre grec que, exécutée sans doute avant notre ère, v Les mosaïstes chrétiens sont évidemment les héritiers de traditions lointaines ; mais, la plupart du temps, les sujets qu'ils ont à traiter différent des thèmes de la mosaïque païenne qui était surtout décorative, alors que le but de l'art chrétien nouveau est l'éducation des peuples illettrés.
« Il y aurait peut-être un chapitre à écrire pour rechercher les sources des artistes chrétiens, et, dans certains cas, cette investigation apporterait des données chronologiques appréciab les peut-être. Ainsi le phénix nimbé de la bordure du chrisme, dans la voûte du baptistère attribué à l'évêque Soter (seconde moitié du Ve) ; à Naples, ce phénix parait déjà avec une forme identique sur une monnaie de Gratien (367-383). Et, de même, un sou d'or d'Olvbrius (472) porte la croix pattée, à pointes ornées de perles, qui est accompagnée de la légende Salus Mundi ; c'est précisément le type principal de la transfiguration, tel qu'on le voit au fond de l'abside de Saint-Apollinaire in Classe qui passe pour n'avoir été commencé que par l'archevêque Ursicinius (532-536), bien qu'on reconnaisse dans le plan celui d'une basilique romaine du 1v* siècle.
« Si la croix gemmée et perlée occupe dans l'iconographie chrétienne une place très ancienne, faut-il faire descendre jusqu'au vrr siècle celle de la mosaïque de Saint-Étienne-le-Rond, à Rome 1 ? » XXXVIII. MOSAÏQUES DE L'ORIENT. — En Orient, l'art de la mosaïque prit, dès le rv siècle, un rapide développement. Le système de construction de blocage ou en briques et l'adoption de plus en plus générale des membres d'architecture à formes expressives livrait des surfaces considérables à décorer au moyen de placages et de mosaïques. L'engouement dont se prirent les architectes orientaux pour la brique contribua largement au succès de cette décoration d'un goût nouveau. sous le règne de Constantin, plusieurs églises furent ainsi décorées ?, à Constantinople, à Bethléem où, d’après un récit bien tardif il est vrai , l'impératrice Hélène « éleva le grand temple de la Mère de Dieu, et au couchant, dans la partie extérieure, fit représenter | en mosaïque la naissance du Christ, la Mère de Dieu portant sur sa poitrine l'Enfant qui donne la vie, et l'adoration des mages ».
| voûte indique son caractère religieux. Quoi que la comla voûte annulaire de Sainte-Constance, à Rome. Certains détails sont presque identiques et le rapprochement entre les deux monuments est un des plus instructifs que nous offre la mosaïque chrétienne. Le reste de l'église montre d'autres mosaïques dans lesquelles on rencontre, parmi diverses images, les figures des Saisons, si délaissées à Rome, les vents, les mois se mêlant à quelques-uns des plus antiques « symboles chréliens, le poisson par exemple, qui reparait jusqu'à huit fois, à intervalles à peu près réguliers. Non loin de Kabr-Hiram, à NMebry-Yonnés, on a découvert une mosaïque absidale.
La grande coupole de l'église Saint-Georges, à Salonique, était entièrement décorée de mosaïques de « la plus rare beauté. Malgré leur état affreux de mutilation, leurs tons passés, leurs figures détruites, ce qui en reste est encore d'un très grand effet. Les moindres détails de l'ornementation témoignent d'un goût fin et délicat : les arabesques, les bandes à palmettes, sont élégamment dessinées. La disposition décorative était analogue à celle du baptistère de Ravenne, mais les rares vestiges qui subsistent ne permettent qu'une description en grande partie conjecturale. Autour d'un médaillon central dont la bordure a laissé quelques traces, se déroulait une large zone dont nous ignorons la décoration. Au-dessous, se voit une nouvelle zone dont la plus grande partie s'est conservée. De larges compartiments sont entièrement remplis par un dessin architectural. « Les architectures sont de riches palais construits dans le style fantastique, familier aux peintres de Pompéi ; des portiques ornés de colonnes resplendissantes de pierreries ; des pavillons fermés par des rideaux de pourpre, flottant au gré du vent, ou retenus par des torsades ; des arcades sans nombre avec des frises décorées de dauphins, d'oiseaux et de palmettes ; les modillons et les palmettes soutiennent des corniches d'azur et d'émeraude. Au centre de chacune de ces compositions, est un édicule octogone ou circulaire entouré de colonnes et couvert par une coupole ; des rideaux en cachent l'enceinte aux regards, et ses abords sont défendus par des barrières. Une lampe suspendue à la position de l'architecture de ces tableaux soit variée, le sujet est toujours le même ; il représente un petit temple au milieu d'une splendide colonnade. A droite et à gauche de chacun de ces temples sont des personnages vêtus de toges et de chlamydes, les mains levées dans l'attitude de l'adoration. » L'importance exceptionnelle du règne de Justinien pour l'histoire de l'art byzantin pourrait donner lieu de penser que le chef-d'œuvre architectural de ce règne, l'église Sainte-Sophie de Constantinople, doit renfermer les morceaux les plus précieux et les plus instructifs pour l'histoire de la mosaïque. Il n'en est pas tout à fait ainsi. A vrai dire, nous sommes assez mal renseignés sur ce point. S'il n'est pas douteux que Sainte-Sophie fut couverte de mosaïques dès le temps de Justinien ?, il devient plus difficile de préciser la nature des travaux exécutés. Procope décrit une mosaïque qui se trouvait dans le palais impérial et qui représentait les victoires de Justinien, mais il ne nous en apprend pas plus . Paul le Silentiaire parle à plusieurs reprises des mosaïques de l'église, sans entrer toutefois dans les détails que nous pourrions souhaiter. Il nous apprend que la muraille de l'atrium offrait une décoration en mosaïque représentant des animaux !. Ailleurs, il signale des motifs alors en grande faveur : cornes d'abondance d'où les fruits débordent, paniers, rameaux fleuris égayés par le vol et le chant des oiseaux, pampres dorés jetant çà et là une note éclatante , Mais ce ne sont que des accessoires. La voûte est à fond d'or. « On croirait voir le soleil à midi, lorsqu'il a doré tous les monts ?. » L'abside était à fond d'argent. Là s'arrêtent nos renseignements et, suivant la juste remarque d'un archéologue, « on a droit de s'en éloigner. De même, à l'endroit où il parle de la mosaïque du pavement, Paul le Silentiaire n'indique point qu'aucun sujet y fut représenté ; plus tard, quand il fallut restaurer l'église, on y figura les quatre fleuves du paradis terrestre tombant dans la mer 5. L'écrivain ne semble guère disposé à rien omettre ; il nous parle des moindres motifs de la sculpture décorative, des pièces d'orfèvrerie, des lampes, etc. ; comment donc laisse-t-il de côté les grandes mosaïques à personnages ? En faut-il conclure qu'en 562, époque qu'on attribue à la rédaction de son poème, les grandes mosaïques n'étaient pas encore exécutées ? » On le voit, l'œuvre de Justinien est ici assez restreinte et cette opinion, qui est celle de Salzenberg, n'a pas été, depuis l'époque où elle fut émise (1854), critiquement réfutée 7, Les œuvres les plus distinguées semblent appartenir au vie et au vri siècle. Ch. Bayet range au nombre des plus anciennes la figure d'ange qui se détache sur fond d'or au-dessus du béma et tient pour plus récente la grande mosaïque placée au-dessus des portes du narthex qu'il fait dater du . vIr siècle . Elle représente le Christ assis sur un trône On peut suppléer, dans une certaine mesure, aux lacunes que Sainte-Sophie de Constantinople laisse dans l'histoire de la mosaïque par la décoration de Sainte-Sophie de Salonique dont le plan reproduit en partie celui de l'édifice précédent. Une inscription permet de dater cette décoration entre les années 549 et 582, ce qui nous reporte au règne de Justinien ou de ses premiers successeurs, . ceinte du nimbe, mais la figure a été détruite, Le sol est figuré par des tons bleus et verts ; les bandes qui forment la bordure renferment des arabesques d'or, qui courent sur un fond vert, et des ornements géométriques. Les murs latéraux sont aussi décorés de carrés, contenant alternativement des croix et des feuilles !*. Dans la coupole, on a placé l'ascension du Christ #, La composition est à peu près la même que celle qu'on retrouve encore aujourd'hui sur les fresques des églises byzantines. Le Christ était représenté assis, encadré dans un grand médaillon, mais cette partie a presque entièrement disparu. Deux anges soutiennent le médaillon et volent les ailes déployées. Au-dessous, la Vierge est debout, dans l'attitude de l'oraison, nimbée et vêtue de bleu. A ses côtés sont placés deux anges dont elle est isolée par des arbres : ces anges portent un sceptre et un globe sur lequel sont inscrits les signes du nom du Christ. Les apôtres viennent ensuite, répartis des deux côtés ; des arbres qui se détachent sur le fond doré les séparent les uns des autres. Il y a dans leurs attitudes une certaine recherche de variété : la plupart lèvent la tête vers le Christ ; ils se le montrent et quelques-uns même placent leurs mains au-dessus de leurs yeux comme pour se garantir du soleil et le mieux distinguer. »
XXXIX. QUELQUES MOSAÏQUES. — 1 ? Chiti (île de Chypre). — Au sud de l'île, près de Larnaka, Chiti (Killim) possède une église qui se compose d'un corps principal de bâtiment en croix grecque, d'époque byzantine. L'abside principale est ornée d'une belle mosaïque endommagée. On y voit, sur un fond d'or, la Vierge assise sur un trône bas, gemmé, et tenant son divin Fils dans ses bras ; à droite et à gauche, les archanges Michel et Gabriel, vêtus de blanc, ailés de plumes ocellées, tiennent de la main gauche un sceptre et présentent de la main droite un globe crucigère, dans un geste d'adoration.
Smirnov soutenait que l'église en croix grecque n'était pas antérieure à l'époque des Lusignan et qu'elle avait été ajoutée à une abside beaucoup plus ancienne décorée en mosaïque au v ? siècle, ce qui lui semblait prouvé par la présence de l'inscription : + H AFIA MAPIA + qui accompagne la figure de la Vierge, formule antérieure, selon lui, au concile d'Éphèse (432) à la suite duquel a prévalu l'expression de Ozocóxoc. Th. Schmitt « a montré que la disposition de son abside, beaucoup plus basse que la nef centrale, rappelle celle de Skripion en Béotie, datée de 873-874. Quant à la mosaïque, l'inscription + H ATIA MAPIA + ne peut suffire à lui assigner cette date reculée ; on en trouve des équivalents à Rome, au vin ? siècle, à Santa Maria Antiqua, et surtout en Égypte, où l'expression de @eoréxoc ne peut s'implanter. Au point de vue iconographique, la Madone de Chiti se rattache au type de la vierge Hodigitria qui apparaît justement pour la première fois sur le sceau du célébre patriarche Photius, mais dont les prototypes se retrouvent dans l'art syrien et dans l'art copte ; mais tandis que la vierge Hodigitria n'était représentée que jusqu'à mi-jambes, celle de Chiti est en pied. C'est aussi l'influence égyptienne que révèle la bordure décorative, dont les combinaisons de cercles rappellent celles du Dioscoride de Vienne ou les peintures de Baouit, imitation certaine de la mosaïque de marbre découpé (opus sectile marmoreum ), si familier à l'Égypte hellénistique. » Th. Schmitt a relevé tous les traits qui permettent de fixer la date de ces mosaïques au rx siècle, Le B du mot FABPIHA favorise cette date et l'étude des procédés techniques et du style conduit à la même conclusion. « Le modelé est indiqué sur des figures par des rangées de cubes verts. Ce procédé, étranger aux mosaïstes anciens (par exemple ceux de Saint-Démétrius de Salonique), apparaît dans l'art byzantin sur des miniatures des rx et x* siècles (psautier grec ; ms. grec 139 de la Bibl. nat. ; rég. de Nazianze, ms. gr. 410 ; psautier Chloudof). Dans la mosaïque, on n'en connaissait guère d'exemples antérieurs aux compositions de la coupole de Sainte-Sophie de Salonique et de Daphné. Par leur style, les mosaïques de Chiti se distinguent de celles de la période ancienne. Schmitt conclut que ces belles mosaïques doivent être l'imitation libre, exécutée au rx ? siècle, d'un modèle plus ancien L » Bibl. — Smirnov, dans Vizant. Vremennik, 1897, p. 26 ; C. Enlart, L'art gothique et la Renaissance en Chypre, Paris, 1899, p. 440 ; Th. Schmitt, dans Bulletin de l'Institut archéologique russe de Constantinople, Sofia, 1911 : L. Bréhier, Mosaïque byzantine de Chiti (île de Chypre), dans Journal des savants, 1912, p. 316-317.
29 Constantinople. Saints-Apôtres, — « M. Heisenberg vient d'apporter une contribution très importante à l'histoire de la peinture byzantine du Ve . Il avait déjà, dans son commentaire de l’œuvre de Mesarités, indiqué, dans une note marginale, le nom d'Eulalios comme celui de l'auteur du cycle décoratif des saints-Apôtres ?. Une poésie de Nicéphore Kallistos Xanthopoulos donne le même nom, mais, de plus, M. Heisenberg trouve une justification éclatante de sa conjecture dans une poésie de Théodore Prodrome, découverte par A. Maiuri 5. Parmi les « princes de la peinture », oi zpórot vOv GoYypxoov, Théodore Prodrome cite IZulalios, Chinaros, Chartoularis. L'auteur des mosaïques des Saints-Apôtres, qui remontent au règne de Justin II, était donc considéré comme un des plus grands peintres de l'école byzantine ë. » Intéressantes, c'est qu'il est possible que quelques-unes de ces œuvres du vi ? siècle subsistent encore sous le badigeon et la peinture d'or qui les recouvrent . » Et voici qu'on annonce « la réapparition des mosaïques de Sainte-Sophie », « Les mosaïques de Sainte-Sophie, cachées depuis dix siècles sous le plâtre ou le badigeon, viennent de reparaître à la lumière.
* Ces chefs-d'œuvre de la technique byzantine, admirés encore par les voyageurs après la prise de Constantinople, avaient été voilés comme contraires aux principes coraniques. Une croyance répandue dans l'Islam assure, en effet, qu'Allah voit avec défaveur les représentations des figures d'hommes ou d'animaux. Ce serait, disent les croyants, une impiété de chercher à rivaliser avec la Divinité en reproduisant des êtres qu'anime le souffle vital ; d'ailleurs cette figuration ne risque-t-elle pas, comme le prétendaient déjà les iconoclastes, d'encourager l'idolâtrie ? Il ne faudrait pas exagérer la rigueur d'une interdiction qui constitue, bien plutôt qu'un article de foi, une tradition. Elle n'a cessé de comporter, en effet, de fréquentes exceptions. Les miniaturistes de l'Orient musulman, mésopotamiens, persans, indiens et turcs, n'ont-ils pas l'habitude, sur tant d'exquises enluminures que se disputent aujourd'hui les musées et les collectionneurs, de reproduire des scènes de cours ou de batailles, les chasses de Sélim Ier ou d'Akbar, les exploits de Bahrám Gür ou les amours de Leila et de Medjnoun ? Et les sultans osmanlis, bien que califes et défenseurs de la foi, hésitaient-ils à commander leurs portraits à des artistes d'Occident ? Si, pour leurs mosquées, les Turcs n'ont employé que des décors de fleurs, de lettres et d'arabesques, dans les églises chrétiennes qu'ils utilisent pour leur culte, ils ont souvent laissé soit subsister, soit restaurer, les mosaïques ou les fresques retraçant des épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament : au voisinage du faubourg d'Eyoub (l'un des lieux les plus sacrés de l'Islam), les fidèles, tournés vers la Mecque, procèdent à leurs prières et à leurs génuflexions dans la petite église byzantine de Kahrié Djami, tandis que le Pantocrator et la Madone les suivent de leurs yeux de verre... Pourquoi n'en serait-il pas de même dans la basilique bâtie par Justinien ? Que les amis de l'art se rassurent vite ! Les mosaïques restituées à notre admiration, grâce à l'initiative d'un groupe d'amateurs des États-Unis, avec la haute approbation du gouvernement kémaliste, ne seront plus voilées à nouveau...
« C'est au mois d'avril 1932 qu'avec les fonds du Byzantine Institute of America, dont le siège est à Boston, et qui possède à Paris, 4, rue de Lille, une annexe avec une importante bibliothèque, un très distingué byzantinologue américain, M. Whittemore, a commencé les travaux. Pressenties par l'adroite diplomatie de M. Whittemore, les autorités d'Ankara, soucieuses de conserver dans la limite de leurs moyens et des nécessités budgétaires les monuments du passé, totalement étrangères, d'autre part, à tout fanatisme religieux, n'ont pas hésité à lui accorder leur concours.
« Il était guidé dans sa tâche par les documents très précis que nous possédons sur quelques-unes des mosaïques de Sainte-Sophie. En effet, sous le règne du sultan Abdul Medjid, des réparations furent effectuées, la à FANS Mie A PA RÉ m = m aMMa aaaeei T—.— Pereme Fe » i t 309 sous la direction de l'architecte italien Fossati, pour consolider l'antique édifice ; un archéologue berlinois, | Salzenberg, chargé de mission par le roi de Prusse, profita de cette occasion et des échafaudages dressés à l'intérieur de la basilique pour examiner et décrire la précieuse décoration momentanément débarrassée des enduits qui la dissimulaient. Son ouvrage (Baudenkmiüler von Constantinopel, Berlin, 1854) reproduit, avec le coloris brutal que permettait seule la typographie de l'époque, mais, nous pouvons le constater aujourd'hui, avec une remarquable exactitude, quelques-unes des plus importantes mosaïques. La grande mosaïque du narthex, que nous a rendue récemment | M. Whittemore, se trouve, en particulier, figurée dans | cet ouvrage comme dans le petit manuel d'art de M. Bayet (p. 53) et dans celui de M. Diehl (p. 507). « C'est au narthex (vestibule) que M. Whittemore s'est tout d'abord attaqué. Pendant plus d'un an | nous l'avons vu, dès l'aube, monter sur des échelles, pour procéder, derrière une barricade de planches, à ses manipulations, avec un mystère qui n'allait pas sans susciter quelques critiques et beaucoup de jalousie. Nul visiteur n'était admis à suivre les ouvriers sur leurs échafaudages, et ces derniers n'étaient déplacés qu'après que de larges feuilles de papier collées sur la paroi eurent dissimulé les parties découvertes. Je ne connais guère que deux ou trois privilégiés qui réussirent à voir lever l'impitoyable consigne... Mais le résultat me semble apporter à M. Whittemore une éclatante justification pour l'œuvre entreprise et les méthodes employées. Celles-ci, m'a-t-il assuré, sont uniquement mécaniques : afin d'enlever la couche de peinture, ni acides ni liquides, dont l'action mystérieuse et prolongée risque d'attaquer la matière même de la pâte de verre ou de la ternir, mais seulement un grattage et un brossage minutieux.
« Les mosaïques du narthex, les premières, sont donc aujourd'hui complètement visibles. Au-dessus des huit portes latérales, se détachant sur un fond d'or uni, ce sont de grandes croix d'un rouge brun, d'une élégance souveraine. Au-dessus de la porte centrale, dans un large demi-cercle, une composition décorative : le Christ sur un trône ; à gauche, un médaillon de l'archange Mikael ; à droite, un médaillon de la Vierge ; à ses pieds, l'empereur, à genoux, dans une humble posture d'adorateur et de suppliant. Deux larges bandes de couleurs différentes, brun et verdâtre, représentent sans doute l'horizon terrestre ou marin. Point d'accessoires inutiles, mais une simple majesté. Les figures paraissent sensiblement plus grandes que nature. La beauté et la noblesse des visages, l'harmonie des étoffes aux larges plis, en font incontestablement l'une des plus importantes parmi les mosaïques connues : certains seront peut-être plus émus par les figures émaciées des Vierges de Murano et de Torcello, par les compositions de Ravenne, de Saloni que, de Saint-Luc en Phocide, de Daphni, ou plus sensibles aux somptueuses décorations florales de Damas ; la mosaïque de Sainte-Sophie me paraît pourtant être parmi les plus parfaites. Comment en serait-il autrement ? Elle a été composée non pour une ville de province, mais pour la capitale elle-même, et, dans cette capitale, non pour une église secondaire mais pour la basilique impériale par laquelle Justinien entendait, au dire de Procope, avoir surpassé le temple de Salomon...
310 de civilisation ' » et fit effectuer d'importantes réparations à l'entrée de la basilique, à moins que le revêtement et la décoration du narthex, commencés par Basile, n'aient été terminés par Léon.
« Des influences orientales me paraissent manifestes dans la richesse un peu barbare du trône divin, comme dans la prosternation de l'empereur, presque couché aux pieds du Christ...
« Quelle que soit la date précise de l'œuvre qui vient d'être rendue à notre admiration, il semble difficile de ne pas la situer entre la fin du ix siècle et le début du x siècle de notre ère.
« Plus heureuses que tant de surfaces murales incrustées de cubes de verre par l'école byzantine, de Palerme à Kiev et de Damas à Saint-Germain-des-Prés, les mosaïques de Sainte-Sophie de Constantinople furent protégées par le badigeon turc contre les outrages des hommes et du temps. Elles ont échappé aux tremblements de terre qui endommageaient la Nea Moni de Chio, au feu qui emportait la nef de Saint-Démétrius à Saloni que, à la dynamite qui, hélas ! fit disparaître à jamais la Dormition de Nicée. Elles ont même réussi à éviter les soins pieux ou maladroits des restaurateurs, que durent subir la Chora de Stamboul, la Daphni d'Athènes, et Saint-Marc de Venise.
« Ici, M. Whittemore n'a eu à procéder à aucune réparation, et il s'est gardé de donner à la noble composition, par un excès de nettoyage, un éclat intempestif. C'est dans une parfaite harmonie qu'elle revit au milieu des marbres blancs, gris et verdâtres, patinés par dix siècles, au-dessus des frises de feuillages stylisés. M. Whittemore a travaillé en homme de goût : de cela aussi nous lui devons une infinie reconnaissance. Et nous sommes sans crainte pour la tâche considérable qui lui reste à accomplir sur les parois de l'immense église, où l'on devine, sous le plâtre et le badigeon, les prophètes, les évangélistes et les anges qui aspirent à réapparaître autour de la Vierge et du Christ. Déjà, dans l'exonarthex, d'autres papiers collés sur le mur, au-dessus de la porte d'entrée, nous disent que le travail est en cours, et qu'une autre mosaïque, celle-là entièrement inconnue, nous sera bientôt révélée. D'autres grandes joies nous attendent. » ornées de svastikas (fig. 8546). médaillons et caissons encadrant des oiseaux ou des corbeilles de fruits ; oiseaux passants sur un semis de fleurons et d'étoiles (fig. 8547).
La coupole était la partie la plus intéressante ; quoi que très maltraitée, il est encore possible d'en juger. Elle est divisée en trois zones. Du médaillon central, il ne reste qu'un peu de la bordure, guirlande de fleurs et de fruits ; ensuite une zone entièrement détruite. La deuxième zone se divise en huit compartiments qui mesurent chacun 9 mètres de longueur et sur lesquels se développent des motifs d'architecture devant lesquels des saints sont représentés en prière, En plus de leur intérêt artistique, ces mosaïques four est. supportée par cinq arcatures. Au-dessus, s'élève un fronton triangulaire surmonté lui-même d'un grand arc surbaissé. A cet arc, se balancent des pendeloques. De chaque côté de l'abside, se dresse un pavillon formé de deux étages de colonnes torses, couronné au rez-de-chaussée d'un fronton triangulaire et, à l'étage supérieur, d'un fronton circulaire formant voûte. Une seule corniche, où court une frise de cygnes affrontés, relie les deux frontons circulaires, alors qu'une solution de continuité sépare les frontons triangulaires de la corniche de l'abside. Des portières retenues par des embrasses laissent voir l’intérieur des pavillons. Une lampe est suspendue dans celui de droite, un grand candélabre est dressé devant celui de gauche, mais ce dernier, disproportionné, semble le fait d'une restauration maladroite qui a affecté toute cette partie de la mosaïque. Dans l'abside, se distinguent deux lampes et deux candélabres ; au centre d'un quadrilatère, formé de plaques de chancel, se tient le prêtre Romain, vêtu de la planeta. A ses côtés, en avant des bâtiments, deux personnages en chlamyde dont un seul est nommé, le soldat Eucarpion, au mois de décembre ?, » « Le motif central du deuxième compartiment est constitué par un édicule de forme circulaire couronné d'une coupole à côtes. A l'intérieur, est tendu à mi-hauteur un rideau devant lequel est exposé un livre ouvert sur une table ronde. Trois marches accédent offrent un intérêt hagiographique à cause des noms de saints qui s'y trouvent inscrits le plus souvent avec la date du calendrier. Ce sont :
« Popavoŭ reecü(urésou), Eoxupxiovog ovpxcz(nAxcou) [unvi Gexeu 6 olo. — »Anioräpyou Emio(xonou) myvi dretAAle, '« Avxvloo Bactiioxou otput(nAärou) ur Tloloxou CegtvoD ocText(naïtou) dvi louhi, Kugt2Aou Èm(oxóA£ovc7oc DLAñLovos x opauAo0 unvi optio »Ovnetpópou eve(crAd roo) unyil coyote co, TTop opotplou Kocuoù Lx1po0 unvt oex teu bolo. Aausavob LaooD uni | [oerreubele. à ce sanctuaire. L'édicule se détache sur un fronton triangulaire au-dessus duquel se dessine une niche en cul-de-four percée de cinq arca des. De cha que cólé de cette niche est un porti que à demi-fermé par un rideau. Les pavillons latér aux, décorés au rez-dechaussée de frontons circulaires, sont constitués, à l'étage supérieur, de belvédéres à arca des, sur la corniche desquels se dresse de part et d'autre une croix latine entre deux colombes. Les colonnes torses alternent avec les colonnes cannelées et avec d'autres colonnes serties de rangs de per les ou de cabochons en saillie. Au premier plan, deux personnages en planeta ; ce sont l’évê que Aristar que et le prêtre Ananias, au mois de janvier, Toute la partie inférieure de cette mosai que a été fortement restaurée *. » tie 313 qu'il faut rectifier certains détails. &u lieu d'un homme et d'une femme, nous avons ici deux soldats : Basilicos et Priscos, tous deux vétus de la chlamyde, et flanqués chacun d'un chandelier. Le septiéme tableau offre le méme décor avec un soldat, Onésiphore et un prétre, Porphyre.
Nous avons un autre exemple de deux table aux offrant le méme décor, c'est le quatriéme (que nous allons décrire) et le sixième. Celui-ci nous présente le soldat Léon dont la chlamyde a été transformée en chasuble ; le joueur de flûte Philémon porte la planeta.
Voici le quatriéme tableau : la composition archiLe tableau cinquième a été refait et on en a supprimé les personnages.
Le tableau huitième reproduit le décor du tableau deuxième avec les martyrs Côme et Damien.
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tecturale est de style classi que et les lois de la perspective y sont rigoureusement observées. Nous avons d'abord un rez-de-chaussée surmonté d'un fronton, encadré par deux ai les de bátiments, Un premier étage suit les mémes dispositions ; mais, tandis que le rezde-chaussée appartient à l'ordre corinthien, l'étage se rattache à l'ordre ioni que. Ici,les deux ai les sont simplement des galeries où sont noués des ride aux dans les loggias. Comme s'il était dit que toutes ces compositions entasseraient les plus grossières erreurs, il se trouve que ces ride aux sur des colonnes en apparence voisines sont en réalité placés sur deux plans différents.
Au rez-de-chaussée, deux ride aux relevés par des embrasses, laissent voir des lampes suspendues à des chaînes. Des pendeloques et une couronne sont suspendues au cintre de l'entrée principale.
En avant se tiennent, dans la posture d'orants, le soldat Thérinos, en chlamyde, et les évéques Cyrille et Philippe en planeta (fig. 8548).
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315 MOSAIQUE 316.
« les temps de Léon » et fait allusion à des restaurations consécutives à un incendie, ont été datés, tantôt de la première moitié du vrr siècle, tantôt du commencement du vire (Léon III) Pourtant, dans son ensemble, la plus grande partie de la décoration semble remonter au vi* siécle. La disposition en est fort remarquable. Au-dessus des arca des de la colonnade qui sépare les deux collatér aux de gauche, on voit dans les écoinçons, tantôt saint Démétrius debout, dans l'attitude de l'orant, devant une niche à la voüte cótelée, tantót la Vierge escortée de deux anges, assise sur un tróne et tenant sur ses genoux l'enfant divin (voir Diclionn., t. vir, col. 2422, fig. 6210) ou bien debout, les bras ouverts dans un geste d'accueil ; ailleurs, des compositions, malheureusement moins de la grâce dont il avait été l'objet. Mais l’œuvre a des | qualités d'art fort remarquab les. L'harmonie des dra- | peries, la souple élégance des attitu des, le réalisme « expressif des visages, qui en fait de véritab les portraits, | sont particulièrement dignes d'attention. On notera également la place faite dans le décor aux monuments. d'architecture, au paysage, bref, à tout le détail pitto- | res que et vrai qui situe les scènes dans un milieu déterminé. Le symbolisme en est complètement absent, le - style histori que et monumental y triomphe. La tech- — ni que enfin est extraordinairement supérieure à tout ce que nous connaissons par ailleurs. Assurément, il y — a une parenté évidente entre ces ouvrages et les mosaïques de Saint-Apollinaire-Neuf et de Parenzo : la Madone entre les anges offre le méme type et le distinctes, semblent rappeler des grâ ces accordées par le saint patron de l'église. Entre ces scénes, au-dessus de la courbe des arca des, des médaillons, groupés par deux ou trois, figurent le Christ, la Vierge, des saintes et des saints. I] est visible qu'aucun plan d'ensemble n'a présidé à l'ordonnance de cette décoration, qu'aucun lien ne relie les différents sujets représentés. Ce sont des épiso des, distincts les uns des autres, que des donateurs distincts ont fait exécuter. En effet, dans le champ des diverses mosaiques, on remar que, agenouillées au pied des personnages sacrés, ou debout à côté d'eux, des figures de dimension plus petite, clercs ou laïques, hommes ou femmes, et des inscriptions placées auprés d'eux expriment les remerciements ou les priéres de ces dévóts restés volontairement anonymes (fig. 8549).
« On ne connait point jusqu'ici, dans les mosaïques DATES qui nous ont été conservées, d'autre exemple d'une semblable disposition, où cha que panneau, véritable ex-voto, semble avoir été exécuté pour le compte d'un donateur particulier, en reconnaissance méme costume. Mais l'ensemble est d'une beauté tout autrement rare.
« Les mêmes qualités, plus hautes encore peut-être, apparaissent dans la seconde série de mosaïques, celle que forment les panne aux placés, comme des icones, sur les piliers de l'entrée du sanctuaire. On y voit saint Serge en somptueux costume, saint Démétrius couvrant de sa protection deux jeunes enfants aux visages expressifs, surtout saint Démétrius debout entre deux personnages, un évé que et un haut fonctionnaire, qu'une inscription désigne comme les fondateurs de la basili que. Ce dernier panneau montre des qualités d'art tout à fait éminentes et un sens singuliérement affiné de l'effet décoratif. Sur la longue robe blanche de l'évé que, sur la robe verte du préfet du prétoire, des cubes, ici d'argent, là d'or, mettent de longues coulées vertica les de métal resplendissant. Les visages sont modelés avec une extraordinaire habileté au moyen de cubes trés fins qui permettent de les regarder de tout prés, sans que la beauté en soit altérée ; ils respirent d'autre part un sentiment de vie expressive et réaliste, qui en fait d'incomparab les portraits. On a pris parfois pour des nimbes carrés, insignes des vivants, les créne aux de la muraille sur lesquels se détachent les têtes des compagnons du saint 1. » Ceci est indiscutable, On remar que par-dessus ces créne aux une sorte d'échancrure qui fait, semblet-il, partie du voile qui retombe de cha que côté du créneau. Or, ce voile, nous le voyons également retombant en feston derrière les nimbes de saint Serge et du saint Démétrius aux deux jeunes garcons. Si on examine attentivement l'aquarelle de M. Le Tourneau, 318 or on lit, au bas du panneau, l'inscription iambi que suivante :
+KTICTAC OQEGPEIC TOY ITANENAOZZOY AOMY
[EKCEIO€EN €NOE€N MAPTYPOC AHMHTPIOY TY BAPBAPON KAYACONA BAPBAPCON CTOAG [METATPETIONTOC K :TIOAIN AYTPOYMENOY+ x Tu vois (ici) ceux qui ont båti la glorieuse église du martyr Démétrius, celui qui écarte l'orage barbare des flottes barbares et qui sauve la cité. » L'un des fondateurs de l'église auquel ce texte fait publiée dans les Mémoires el monuments Piol, t. x vit, pl. xvii il est impossible de trouver une analogie quelcon que entre ce voile ou cette draperie et le galon qui retombe de cha que cóté des créne aux. On pourrait Loutefois s'étonner un peu de l'écartement desdits créne aux ; mais ce qui nous parait certain, c'est qu'il ne s'agit pas de nimbes carrés. Ce n'est pas à cause de cet appendice que la question importe ici, mais parce que, Si c'est bien un nimbe carré et non un créneau de muraille, nous avons la date de cette mosai que. Le nimbe carré, avons-nous dit, est réservé aux vivants, allusion parait être Léontius, préfet d'Illyricum, qui est cité dans les textes législatifs du « début du Ve (412-413) et qui est mentionné comme fondateur de l'église dans les plus anciennes passions de saint Démétrius. Il est représenté ici tenant en main la mappa pour donner le signal des jeux. L'autre personnage semble être un évê que, soit celui de Thessaloni que, au moment de la construction de l'église, soit celui qui occupait le siége au moment de la reconstruc919 Lion consécutive à un incendie, Si on admet qu'il s'agit ici non de créneau mais de nimbe carré, on doit dater cette mosaï que du v* siècle ; nous croyons que la mosai que représente l'évé que qui restaura l'église au vr ? siècle (fig. 8550).
Une mosaï que de date à peine postérieure représente un personnage nimbé, de face, dans l'attitude consacrée de l'orant, les bras levés et les mains ouvertes. Son vétement se compose d'une chlamyde blanche, ornée de larges cerc les rouges, et d'une labula également de couleur rouge. Au cou est suspendu un collier d'or, allant en s'amincissant d'avant en arriére, la partie la plus large étant ornée d'un cabochon tenant peut-être lieu de fermoir. On retrouve ce collier au cou des icones de Serge et Bacchus, à Kiev (v* siècle). Le nimbe du saint se détache sur une draperie festonnée qui semble lui appartenir. Au-dessus, on lit ces mots : ATIOC CEPR(toc) (fig. 8551).
320 11 » Salonique. Eski Djouma. — Mosaïque du v siècle. C'est aujourd'hui une mosquée et jadis l'église de la Vierge Acheiropoielos. Cette basilique n'a gardé de son ancienne décoration qu'un certain nombre de mosaïques épousant la courbe intérieure des arcs, exécutées probablement avant le cintrage. Ce sont des mosaïques à sujets de fleurs ou d'oiseaux, à enroulements de pampres ou à décor géométrique. Des vases cannelés ou à double renflement, les uns bleu clair, d'autres bleu foncé, portent des bouquets ou des grappes, ou des palmes mi-partie bleu sombre et bleu argent, se scindant en deux branches, se repliant épanouies l'une vers l'autre. A la croix de voûte, parfois, une croix pattée s'inscrit dans un cercle, XL. Mosaïques perdues en Orient. — Les mosaïques des pays orientaux n'offrent pas un ensemble comparable à celui que présentent Rome et Ravenne, mais il s'en faut que Constantinople, Thessalonique et la Palestine soient négligeables. Pour la Palestine, nous possédons quelques descriptions ou mentions dans les Itinéraires qui se succèdent, se complètent ou se contredisent pendant la période du iv au xii siècle, depuis le Pèlerin de Bordeaux jusqu'à Quaresmius. Du Cange et Banduri ont récolté et étudié tous les textes utiles, l'un dans sa Constantinopolis christiana, l'autre dans son Imperium orientale, en sorte qu'on ne peut guère ajouter à ce qu'ils ont écrit touchant Constantinople. Pour les autres contrées d'Orient, nous avons la Siria sacra de Terzi, et la Description of the East de Pococke. Malgré toute l'estime qu'on ne doit pas leur ménager, ces ouvrages sont loin d'avoir l'importance des deux sources capitales pour l'Occident, le Liber pontificalis de Rome et celui de Ravenne. Nous ne possédons qu'un nombre relativement peu considérable de mosaïques en Orient où se sont exercées les mêmes chances de destruction que partout ailleurs en y ajoutant les tremblements de terre. Dans la seule ville de Constantinople, entre le premier quart du iv siècle et l'an 1453, on compte plus de cent cinquante tremblements de terre. La conquête des Turcs ne fut pas moins funeste, ce peuple se faisant une loi de détruire ou de badigeonner les surfaces dont la décoration contrariait les règles de la piété musulmane.
Les mosaïques byzantines peuvent être réparties suivant quatre périodes. La première commence avec Constantin et présente des caractères communs dans la plus grande partie de l'empire. Une deuxième période s'ouvre sous Justinien et se fait remarquer par une recherche plus marquée du style grec et l'abandon du style alexandrin. Après une décadence trop brève pour avoir eu le temps de s'accentuer, une troisième période s'ouvre au ix siècle avec Basile le Macédonien, sous lequel l'art tente de revenir à la tradition classique, quoiqu'on puisse dés lors entrevoir une tendance qui s'affirmera bientôt vers un style d'allure plus ascétique. Enfin, une quatrième période nous conduit au temps des Comnène, au xii siècle, en pleine décadence ; dés lors, il n'est plus question de grâce et d'élégance classiques, l'art est fossilisé, les figures prennent une raideur et une sévérité qui n'ont plus rien de convenu et d'artificiel. Cette classification a inévitablement quelque chose d'arbitraire, c'est un cadre qu'il faut savoir contracter ou distendre.
Les églises construites par Constantin en Orient ont été probablement décorées de mosaïques, comme en Occident. C'est ce qui semble certain pour l'église des Saints-Apôtres et l'église de Saint-Étienne à Constantinople, pour la basilique de la Nativité à Bethléem, pour celle du Saint-Sépulcre à Jérusalem ; quant à la basilica aurea d'Antioche et celle de Paulin à Tyr, on n'en a pas de preuves certaines, = o vpe ep 49 Église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem. — La description d'Eusèbe, De vita Constantini (c. XXX-XL), ne permet pas de soutenir de façon certaine si les marbres qui couvraient les parois étaient des incrustations ou de la mosaïque en cubes.
5° Basiliques d'Antioche. — Vers la fin du iv* siècle, on nous parle d'un groupe de quatre basiliques élevées sur le forum d'Antioche par l'empereur Valens (364-379), au sujet desquelles l'historien Jean Malala (l. XIV) nous apprend qu'elles étaient décorées en marbres coloriés, Le même auteur dit que le préfet Anatole, qui construisit la basilique portant son nom et surnommée « la lumineuse » (ôt4portoc), y fit mettre cette inscription en mosaïque »Egyov (Jeo8octoo BaxotA£oc, et au-dessus les effigies des deux empereurs Théodose II et Valentinien III.
Église de Saint-Polyeucte, à Constantinople. — Un peu plus tard, l'église de Saint-Polyeucte fut bâtie par Juliana Anicia, fille de l'empereur Olybrius (472) * ; la construction dura quatre ans, dirigée par des architectes romains ; elle avait une mosaïque dont l'inscription est conservée dans l'Anthologie ! ;
« Ev0' vx xal yexviôov lep@v bnp Kyrvuyoc abAñe Ég uv lesiv Léya Üxüpx, rokdpoovæ Kovorævrivou rüc rooœuyov eldwAx, Üenuyov ÉoÜece Adoonv xxl Totdôoc qQxóc ebpev £v duos yuix xaÜfjoxc Le tableau en mosaïque représentait donc la conversion et le baptême de Constantin, d’après la légende de saint Silvestre *, La mosaïque connut un très grand développement sous le règne de Justinien et ses premiers successeurs. Des ouvrages de ce temps ont été conservés à Sainte-Sophie de Salonique et dans l'église de la Transfiguration du mont Sinaï. A Sainte-Sophie, il n'est pas toujours possible de déterminer ce qui appartient à Justinien et à Basile le Macédonien.
So Basiliques de Gaza. — L'usage général de la mosaïque est affirmé par tels textes comme le sermon préché à Gaza, sous Justinien, par Choricius, qui fait la description des deux basiliques bâties par Marcien, évêque de Gaza *. La première était dédiée à saint Serge ; elle avait ses voûtes, ses arcs et ses absides couvertes de mosaïques sur fond doré. Le sujet de la mosaïque de l'abside centrale était la Vierge et son Fils entourés d'un chœur de saints. La deuxième basilique, dédiée à saint Étienne, avait une décoration analogue. Choricius mentionne les figures de saint Étienne et de saint Jean-Baptiste, à droite et à gauche de l'abside. Les nefs latérales étaient voûtées et ornées de mosaïques ; au bas, une scène nautique, plus haut des sujets divers, Jean-Baptiste. Phocas bâtit également un baptistère« qu'il orna de mosaïques, 12 » La Chalke, à Constantinople. — Une des pires profanations de Léon l'Isaurien fut celle de l'image du Sauveur, en bronze, placée sur la Chalke du palais impérial par l'empereur Constantin. Dans le but de « réparer cette profanation, l'impératrice Irène (797-801) fit placer en ciel une image du Sauveur, en mosaïque #
XLI. PAVEMENTS EN MOSAÏQUE. — Nous consacrerons bientôt une étude spéciale à ce sujet (voir PAVEMENT) ; dans le présent travail, nous nous bornerons à en dire quelques mots et à donner un exemple.
Les pavements de mosaïque, comme nous en avons rencontré en Afrique, en Illyricum, se retrouvent partout et nous apprenons par les inscriptions que les fidèles avaient cette dévotion de faire exécuter à leurs dépens une surface plus ou moins considérable ; en voici deux exemples à Vérone * :
Nous pourrions en citer beaucoup d'autres, notamment à Parenzo (voir ce nom). Nous ne parlerons ici que d'un pavement de Bettir (Palestine). Il se trouve dans une chambre qui mesure 4 m. 65 de large, le reste n'ayant pu être exploré , Le long de la muraille court une large bande de mosaïque blanche (fig. 8552) ornée, à intervalles symétriques, de bouquets stylisés fréquents dans les mosaïques palestiniennes, Le panneau central (fig. 8553) semble compliqué à première vue, quoiqu'il offre simplement un réseau de médaillons unis par des entrelacs fantaisistes. Le tout se compose de carrés et de circonférences et les entrelacs sont simplement rectilignes ou curvilignes. Quatre cadres carrés renferment des inscriptions chargées de transmettre à la postérité — et c'est chose faite désormais — les noms 326 et bleutée pour tout le réseau géométrique, mais en faisant appel à des teintes jaunes et vertes pour la plupart des motifs ornementaux. On a mis d'ailleurs une assez scrupuleuse fidélité dans l'emploi de nuances dégradées pour les bandes sans fin des entrelacs, alternativement rouges et bleues ; cet artifice augmente la variété et la fraîcheur d'un coloris étoffé davantage encore par les nuances ici vives et claires, là chaudes et somptueuses des médaillons : tout cela très harmonieux. Les donateurs du pavement eu y ajoutant celui de l'artiste. Dans les médaillons, il a figuré des motifs zoologiques et végétaux qui n'ont pu être relevés au complet. Du moins, voyons-nous une frise de poissons dans de petits cadres rectangulaires (fig. 8554), puis des fruits, des plantes, des arbustes dans les médaillons ronds et dans quelques espaces du treillis. Tout le réseau a ses attaches sur une bordure qu'un filet blanc, constitué par deux rangées continues de cubes, isole du cadre proprement dit, lequel est fait de deux tresses pareilles entre lesquelles on a posé des fleurs trilobées comme emboîtées les unes dans les autres (fig. 8555), et prises en une sorte de cadre triangulaire qui les agence dans les tresses.
« On n'a employé que la pierre à teintes noire, rouge, bleue, très gai sur le pâle fond blanc. » Le texte de l'inscription, pour la partie connue du moins, n'offre aucune obscurité ; à peine quelques cubes disparus, une lettre endommagée, des abréviations usuelles ou transparentes, Voici les textes :
; : [91A (0)y el lotou) (xai) TOv Suxeg(óv)vcav S [cornelia Tewpylov x 1. Pour le salut et le soulagement d'AlIypius, l'ami se fit attendre huit ans, mais il arriva qu'un jour les cubes d'émail de la cuirasse se désagrégèrent et disparurent, on se prépara au pire et ce fut presque un soulagement dans ces conditions de n'apprendre que la mort d'Athalaric. Maintenant, il était aisé à prévoir du Christ, et de ses proches. 2. Antoine Galoga a fait ce travail pour le salut de Georges. 3. Sous le très pieux prêtre Georges ont été réalisées ces choses-ci. 4. Par les soins de Julien Pistikos (ceci) a été fait au mois de mars de l'indiction Ve, » Nous avons ici Alypius à la mémoire duquel l'œuvre est consacrée, le prêtre Georges chargé du soin de l'église, Julien qui fait les frais du travail et l'artiste qui l'a exécuté. Une exigence banale d'espace à remplir a fait répéter deux fois la mention du prêtre Georges et le manque de place dans le médaillon final a peut-être fait omettre la date (fig. 8556).
Nous mentionnons seulement les observations présentées par Marcel Dieulafoy pour établir un rapport entre la mosaïque de Bettir et les broderies de vêtements figurés sur les bas-reliefs sassanides de Tagè-Bostan, Quant à la destination et à la date du monument, on n'a pas de raison de voir une église ni une sépulture, mais il se pourrait qu'on se trouvât devant quelque hypogée familial. La formule initiale ne s'accorderait pas mal avec l'idée d'intercession pour des défunts ; ou bien ce pourrait être « quelque pieuse fondation monastique comme la mode en fut toujours si goûtée dans la Palestine byzantine. Le site était fort propice à une petite installation de ce genre, comportant quelques cellules exiguës et un oratoire à l'avenant. » Quant à la date, on peut hésiter entre le vi et le vii siècle.
XLII. MOSAÏQUE ET SUPERSTITION. — On pourrait réunir des exemples assez nombreux de ces curiosités qui amusent l'esprit plus qu'ils ne l'instruisent ; nous nous bornerons à quelques-uns.
Au xv* siècle, Julien Dati célébrait ce miracle dans les termes suivants :
Le Liber pontificalis de Naples rapporte une tradition analogue.
Le portrait en mosaïque de Théodoric, roi des Ostrogoths, au forum de Naples, donna lieu, d'après le témoignage de Procope, à une croyance plus ridicule encore. On en interpréta la chute comme un présage de malheur. La partie supérieure du portrait s'étant détachée peu de temps avant la mort de Théodoric, on ne manqua pas d'établir un rapport entre ces deux événements. Au lieu de restaurer l'image, on attendit qu'il lui arrivât quelle que mésaventure nouvelle ; celle-ci ! La mosaïque a disparu, l'image du Christ a disparu. Quelle main barbare s'est abattue sur ces nobles souvenirs ? Ce ne sont ni les Goths, ni les Vandales, ni les Barberini, que, tôt ou tard, le reste de la figure se détacherait : elle n'y manqua pas et on n'eut dès lors qu'à faire coïncider la ruine de la portion centrale de la figure avec la mort d'Amalasonte. C'était à rendre jaloux les auteurs de prédictions ; heureusement pour eux, il ne subsistait plus que quelques cubes du tableau et voici qu'au moment du siège de Rome, on les vit s'égrener pièce à pièce ; dés lors, personne ne mit en doute la fin prochaine de la monarchie des Goths, ce qui arriva — sans tarder.
XLIII. Mosaïques sur tuiles. — On a rencontré en Afrique quelques mosaïques en opus vermiculatum sur tuile, mais leur nombre est des plus restreints ; aucune, croyons-nous, parmi celles qui ont été découvertes, ne se rattache à l'archéologie chrétienne, néanmoins nous les mentionnons ici parce qu'une trouvaille viendra peut-être, quel que jour, nous montrer que les ateliers chrétiens ont pratiqué ce procédé. Voici celles Cet emblema a été minutieusement décrit. C'est vraisemblablement un ouvrage du r** siècle de notre ère et qui est remarquable par la minutie et la perfection avec laquelle est rendu le visage du rameur, rappelant bien plus l'art de la miniature que celui de la mosaïque. Cf. L., Poinssot et R. Lantier, Découvertes archéologiques en Tunisie, dans Bulletin archéologique du Comité, 1923, p. XXXVI-XXXVIII. wh
ZL-
dans Annales archéologiques, t. romana di archeologia, IT série, t. vint, 1903, p. 272-351. — C. Fasiolo, Musaici d'Aquileia, Roma, 1915. — L. Frothingham, Les mosaïques de Grolla-Ferrala, dans Gazette archéologique, t. vint, 1883. — G. A. Furierti, De musivis vel pictoriæ mosaicæ artis origine, Roma, 1752. — G. Galassi, La cosi della decadenze nell » intorno ad essi, dans Disserlazioni della Accademia arte musiva ravennate : I musaici di Sant Appollinare in Classe, dans Felix Ravenna, 1914. — H. Garrucci, Storia dell arte cristiana, 6 vol. in-Iol., Prato, 18731881, les mosaïques dans le t. rv. — P. Gauckler,
331 MOSAIQUE — MOTTE FÉODALE 332 |
| peu éloigné (3 ou 4 kilomètres) du camp romain de la
: H. LECLERCO.
Motte féodale. — Mottes, buttes, tumuli, monticules, on a le choix entre les vocabulaires qui tous servent à désigner une élévation factice dont la destination et la date ont provoqué l'érudition des uns et — l'imagination des autres. Ces accidents artificiels se rencontrent à la surface du sol dans plusieurs contrées, notamment en Champagne, où, jusqu'au XVIe, personne ne s'en préoccupait. Quelque temps après la découverte du tombeau du roi Childéric, à Tournai, en 1653, Chifllet (voir ce nom) publia une description des objets contenus dans cette tombe et lança l'idée, d'après, disait-il, une ancienne généalogie, conservée alors à la bibliothèque du palais de Bruxelles, que Pharamond avait été enterré hors de la ville de Reims, vers Laon, in monticulo qui latine Pyramis dici potes ! `. Ces quelques mots suffirent à émoustiller les antiquaires champenois ; un d'eux, dom Marlot, se mit en quête de la susdite « Pyramide » ? et s'arrêta à l'idée qu'il s'agissait d'une élévation de terre située derrière l'église Saint-Nicaise de Reims, à l'est de la ville, ce qui ne correspondait pas avec l'indication fournie par Chifllet. C'était ce que, dans le langage du temps, on nommait le mont de la Housse ; il fut décidé d'y entreprendre des fouilles sous la direction de deux savants alors en réputation ? (1747). Ce fut une déception, qui fut suivie d'une autre (1789) *,
Cependant, on regardait ailleurs et, à défaut du mont de la Housse, certain rédacteur du Journal de Champagne, dès 1783, attirait l'attention sur la butte de Prouilly, du nom d'un village situé à l'ouest de Reims. Des fouilles entreprises en 1837 furent tout aussi décevantes et Pharamond demeura introuvable. On se demanda si, au lieu d'un monument funéraire, il ne s'agissait pas d'une tour ayant servi de fort ou de beffroi, ce qui paraissait soutenable vu le caractère des vestiges trouvés dans cette butte, vestiges offrant l'apparence d'une tour carrée tracée par des moellons , néanmoins, depuis lors, la butte prit le nom de « tombeau de Pharamond s.
Sans nous éloigner de la Champagne, nous rencontrons, au village de Bussy, cinq grosses buttes rangées en file le long de la rivière au milieu du village et qui ont valu à celui-ci son nom de Bussy-les-Mottes 7. Or, dès 1783, on lit dans une lettre du sieur Pasumot, ingénieur du roi, que, d’après « une opinion très répandue en Champagne... » ce sont des monuments du passage d'Attila vers le v siècle . Comme Bussy est. qui attestent 333 Cheppe, désigné aussi sous le nom de « camp d'Attila ! », on s'explique sans trop de peine l'origine de la désignation imposée aux susdites mottes et l'explication qu'on en donne : hauts monticules, élevés pour indiquer le lieu et perpétuer la mémoire d'une grande bataille, et servir de nécropole aux guerriers tombés au champ d'honneur ?. De ces cinq buttes, il n'en subsistait que trois en 1847 ; en 1558, Napoléon III y fit tenter des fouilles grâce auxquelles on découvrit les fondations d'une ancienne tour et un puits qui descendait jusqu'au centre de la butte. De plus, autour de ces fondations, on trouva un plat d'étain et un petit médaillon de terre cuite d'environ 0 m. 05 de diamètre ; ce médaillon, recouvert d'un vernis blanc, représentait un bœuf assez grossièrement dessiné. Il n'y a dans ceci rien de sépulcral ; en outre de la cendre noire et beaucoup d'ossements de bœufs et de chevaux . Nous ne discuterons pas tout de suite ce dernier point, mais nous remarquerons que les fouilles de 1858 ont permis la constatation de l'existence d'une tour et d'un puits une ancienne construction fortifiée. Or ceci est pleinement d'accord avec des aveux du xv1 siècle conservés aux Archives nationales. On y voit qu'en 1599 il existait encore à Bussy quatre des cinq mottes dont les sommets, pendant les guerres du. xv siècle, avaient été dégarnis de leurs constructions féodales. La cinquième motte avait dû être abattue avant cette date. On a d'autres témoignages pour la même seigneurie en 1516, 1526, 1573, et ces deux derniers ne mentionnent plus que trois mottes. Ce même nombre reparait dans un dénombrement du 7 décembre 1772 *.
Il faut conclure que les paysans champenois ont raison contre les archéologues en qualifiant les buttes de Bussy du nom de mottes et non de tumuli. Quant à la couche de cendre noire trouvée dans la motte fouillée en 1858, motte circulaire qu'il faut probablement identifier avec la « motte ronde » siège de la « tour moyenne » de l'aveu de 1509, elle ne révèle pas la présence « d'un ancien bûcher sépulcral » mais tout simplement l'incendie de la forteresse de Bussy par les Dauphinois, en 1422. Quant aux ossements d'animaux, ils ont pu être transportés avec les terres qui servirent à l'érection de la butte.
« On ne doit donc, concluait Aug. Longnon 5, ajouter aucune foi aux dénominations qu'on a attribuées à de semblables buttes ; nous avons vu plus haut : l'origine toute moderne du nom de « tombeau de Pharamond » donné à la butte de Prouilly et cette observation est applicable à l'appellation de « tombeau d'Attila », attachée à une butte factice de Vésigneul-sur-Coole , désignation absolument inadmissible, puis que Attila ne périt pas à la bataille de Mauriacum. Quant à la butte de Poix, désignée à ce qu'on assure par la tradition sous le nom de « tombeau de Théodoric * », elle a reçu un nom qui n'est pas plus admissible ; car, s'il est vrai qu'un roi des Wisigoths, du nom de Théodoric, trouva la mort en combattant Attila, on doit remarquer que son nom n'aurait pu se transmettre dans le peuple pendant quinze siècles sans altération. Ce nom aurait dû prendre la forme de Thierry. On n'a du reste qu'à rechercher les noms d'hommes germaniques qui sont entrés dans la formation de noms de lieux français, et l'on reconnaîtra que ces noms n'échappent jamais à la règle de contraction. D'où il suit que la désignation de « tombeau de Théodoric », accusant la main d'un demi-savant, ne saurait être prise au sérieux et aurait dû d'autant plus exciter la défiance qu'elle présente une forme absolument inconnue du vulgaire, en 1847, époque où nous trouvons le prétendu tumulus qualifié simplement de « butte de la Garenne ? ».
Éloignons-nous un peu de la Champagne et allons vers les deux Bresses et la Dombes. Là, nous retrouvons les mottes, mais il est vrai qu'elles y changent de nom pour prendre celui de poypes. Ces poypes sont des buttes artificielles, en terre, à forme toujours conique (sommet pointu, arrondi ou tronqué), offrant à la base un diamètre variable entre 50 et 150 mètres et une hauteur de 10 à 25 mètres. On reconnaît nos mottes quoi que le mot poypia soit ancien et se rencontre au Moyen Âge. Les poypes sont d'ordinaire entourées de fossés et on les rencontre en plaine, à proximité d'une source, d'une rivière ou d'un étang. Elles jalonnent les grands cours d'eau (Rhône, Saône, etc.), tantôt des lignes droites de raccord entre ces cours d'eau, tantôt des lieux particuliers de passages (carrefours, confluents, ports, gués ou cols).
Une étude récente ! permet de constater, d’après la nature des objets, que les poypes ont été utilisées dès les temps gaulois, puis par les Romains, puis au Moyen Âge, en sorte que ces buttes sont, comme dale dues à l'époque préhistorique, préceltique ou préligure ; comme destination, elles se rattachent surtout à la vie sociale des populations, marquant, le plus souvent, la direction des chemins ou des passages, quelquefois aussi des points frontières ; parfois même des souvenirs historiques ™.
Il faudrait en conséquence retirer les mottes féodales au Moyen Âge et les reporter à une période beaucoup plus reculée, au moins les temps gaulois. « En ce qui concerne les pogpes, celle du mont Popey, à Saint-Romain-de-Popey (Rhône), a livré des débris romains caractérisés ; et, de même, celle de Seugny (Saône-et-Loire), d'autres encore. Que la poype de Villars-les-Dombes, la plus belle et la plus fameuse #, ait fourni au Moyen Âge, castrum et burgus, cela ne prouve absolument rien pour l'origine. Tous ces tertres se rattachent, visiblement, à des habitats ou à des routes de l'antiquité, et non pas à la géographie humaine des temps chrétiens 14 » | On voit donc, pour nous limiter à la période de nos études, que les mottes dites féodales sont gravement compromises,.puisqu'on peut parler de les faire remonter jusqu'à l'époque néolithique, poste de défense ou lieu d'habitation !*, En ce qui concerne la motte de Lavardin (Loir-et-Cher) au pied de laquelle on a découvert des haches polies et des poteries de l’âge de bronze, on y a vu un poste d'observation fortifié d'époque gauloise. Ce n'est pas la seule, on a proposé un classement qui en compte plus de deux cents. Beaucoup n'ont pas d'autre nom que celui de la Motte ; une quarantaine associent à ce nom celui du pays, du hameau, du village ou d'un ancien propriétaire. Il s'en trouve dix-sept dont la forme est circulaire, avec fossés, butte centrale, surélévation ou surface plane, et vingt-trois dont la forme est carrée ou quadrangulaire, avec ou sans surélévation, toutes avec un entourage de fossés, parfois doubles.
« Ces mottes ne sont donc pas d'origine féodale, c'est-à-dire du Moyen Âge ; elles sont toutes antérieures, et comme ce n'est ni pendant la période franque, ni même pendant la période gallo-romaine qu'elles ont été construites, elles doivent donc remonter dans notre région à la Gaule indépendante. Plusieurs existent dans des oppidums ou tout à côté. Tout indique qu'elles étaient habitées par des chefs ; puis, pendant la féodalité, elles ont, en partie seulement, été l'habitation des seigneurs qui prenaient leurs noms ; elles ont même constitué le signe distinctif de leur autorité, et c'est pour quoi on a donné à toutes les mottes, et à beaucoup de buttes, sans distinguer, la qualification de « mottes féodales ». En réalité, aucune ne peut être du Moyen Âge !. » Dés lors, nous pouvons abandonner cette question archéologique qui ne se rapporte plus à la période de nos études, mais non sans avoir rappelé la motte isolée, haute de 16 mètres, qui porte aujourd'hui la Burgt voisine de Leyde (voir ce nom). L'opinion courante est en faveur d'une motte féodale, d'une butte artificielle et la raison qu'on en donne c'est que le territoire ne renferme rien de comparable aux fameux tumuli préhistoriques du Jutland. Que la colline de Leyde ait servi de motte féodale, cela se peut, mais ce ne sont pas les féodaux qui l'ont construite. Cette masse de terre, si elle est artificielle, est l’œuvre des âges de bronze ou de fer, utilisée comme poste par les Gaulois *. H. LECLERCO.
MOUASSAT (EL-). — Domaine situé à 11 kilomètres au nord-ouest de Mahrés (Tunisie). On y a découvert les vestiges d'une église à trois nefs mesurant 16 m. 75 en longueur (pour la partie fouillée) et 10 m. 35 en largeur. Les nefs étaient tracées par deux rangées de colonnes et l'abside était arrondie. Il est à remarquer que cette église n'était pas orientée, l'abside était au Sud. Il reste peu de chose ; les murs du Sud et de l'Est n'existent plus, de la colonnade orientale, il subsiste cinq bases carrées. Murs et colonnes sont en maçonnerie recouverte d'un enduit, la pierre ne pouvant être utilisée qu'en moellons. On n'a pas retrouvé l'entrée, qui se trouvait probablement dans la partie nord, non déblavée.
Une autre particularité notable, mais non exceptionnelle, puisqu'on l'a déjà signalée plusieurs fois, c'est l'égalité de niveau entre le sol de l'abside et celui de la nef. Ce sol est pavé d'une mosaïque mesurant 3 m. 75 sur 3 m. 80 : « Sur un fond blanc se détachent en violet, cerné de bleu foncé dans les parties ombrées, deux vignes dont les troncs tourmentés s'entrecroisent et couvrent de leurs pampres et de leurs grappes tout le champ. Deux paons affrontés, au milieu des frondaisons, picorent des raisins ; au pied de chaque vigne, deux gazelles, se faisant face, lèvent la tête vers les fruits, une perdrix rouge, très détériorée, est blottie entre les troncs ; vers le sommet du demi-cercle, les restes d'un encadrement rectangulaire fait de bandes alternées bleues, violettes et jaunes. | * Le pavement de la nef principale comprend deux registres, opposés de part et d'autre d'un médaillon « circulaire de deux mètres de diamètre inscrit dans un rectangle. Dans le médaillon, entourés d'une couronne de feuilles de laurier, deux paons se désaltèrent à la source qui jaillit en gerbe d'un canthare à panse godronnée, bleue et rouge, orné au col de chevrons bleus, blancs et violets et flanqué d'anses en forme de cœurs. Tout autour de ce motif, nagent des poissons ou des mollusques dauphins, grondins, raies, anguilles, encornet, seiche, crevette ; une bandelette les divise en deux parties, les uns tournés vers l'abside, les autres vers l'autel. On observe un dispositif semblable sur deux larges frises qui encadrent le sujet central : sur deux lignes sont disposés deux, puis trois canthares, à panse grise et blanche ou rose et violette, décorés au col de chevrons de même couleur et accostés d'anses en S. De chacun de ces vases partent deux banderolles formant berceaux, au milieu desquels apparaît soit un fleuron à trois pointes, soit une tige feuillue sommée d'un bouton floral à cœur rouge ; dans le champ, au pied des canthares, picorent des poules de Carthage ou sont affrontés des flamants et des grues (long. 8 mètres, larg. 3 m. 45).
—barrant complètement, à l'opposé de l'abside, se dresse, à 0 m. 25 de hauteur, le soubassement de l'autel gulaire ayant contenu un coffret à reliques, était jadis placé le pilier supportant la table d'offrande. L'ouverture est pratiquée au milieu d'une mosaïque décorée d'une croix byzantine à cabochons, flanquée à la partie inférieure de touffes de verdure, en haut de deux croix latines portant l'A et l'Ω, inscrites dans un cercle chevronné et dont les bases sont tournées vers un grand médaillon circulaire. A l'intérieur de celui-ci, quatre béliers affrontés et opposés deux à deux lèvent la tête vers une croix pattée que supportent deux troncs d'arbres placés en sens contraire l'un de l'autre ; les registres sont séparés par deux larges palmettes mi-partie bleues et rouges : Le médaillon est inscrit dans « un carré dont les angles sont flanqués de colombes, la tête tournée vers la croix. Une double bordure, très mutilée, encadre le pavement sur les petits côtés ; en arrière d'une frise de rinceaux d'acanthes, dont les volutes intérieures se terminent par une grenade, une poire, une grappe de raisin ou une rose, et les feuilles extérieures par une tête de cygne, court une large bande divisée en compartiments où se font suite une grande coupe à pied flanquée de deux canards et accostée dans le champ de fleurs à cœur rouge, puis un carré, sur lequel] reposait peut-être l'une des colonnes du ciborium, enfin. une marguerite à quatre pétales rouges et blancs, barrée d'un fleuron. a Une large bordure de motifs rectangulaires, renfermant un losange orné au centre d'une croix, occupe les entre-colonnements (1 m. 55 sur 0 m. 70) de part et d'autre de la nef centrale. par de larges anneaux, s'incurvent pour former des médaillons ovales où apparaissent des sujets variés : miroirs ovales à cabochons, grondins, un squale ; corbeilles de vannerie à anses remplies de grenades ou de raisins ; perdrix ; canthares décorés d'une sorte de svastika ;raies ; miroirs circulaires-à cabochons, grues, marguerites rouges à quatre pétales, dauphins, losanges à bord crénelé. Les ustensiles figurés, miroirs, corbeilles et canthares, comme les motifs géométriques, marguerites et losanges, sont suspendus à une cordelière violette qui s'attache aux anneaux réunissant les rinceaux d'acanthe. Les demi-médaillons latéraux renferment chacun une rose lotiforme à cœur rouge.
« Le bas-côté occidental est orné d'une mosaïque à décor purement géométrique de losanges encadrés de carrés opposés, dessinant la même figure !. » Les cubes qui ont servi à la fabrication de ces mosaïques sont de qualité médiocre : les rouges et les roses sont des fragments de briques, les blancs et les gris sont des calcaires grossiers, les autres teintes sont obtenues au moyen des marbres les plus communs de Tunisie, Et, cependant, l'ensemble est décoratif, harmonieux, quoi que l'exécution soit sommaire : ainsi les paons, vus de profil, présentent leur queue étalée de face, les raisins et les grenades sont figurés par de petites ondulations ou trois boules opposées l'une à l'autre.
Le choix des sujets relève du symbolisme chrétien : paons s'abreuvant au calice, béliers entourant la croix. La date probable est le vi* siècle après Jésus-Christ ; elle s'accorde bien avec la pauvreté des matériaux employés. Il se pourrait que les mosaïques de l'église et du baptistère de Taparura dussent être attribuées à la même équipe de mosaïstes ?.
MOUCHE. — Nous avons signalé d'humblés bestiaux sur divers monuments chrétiens : escargots, grenouilles, etc., sur des bas-reliefs, des lampes, des anneaux, des gemmes ; cependant, nous n'avons nulle part rencontré la mouche sur les objets d'art travaillés sous l'influence gréco-romaine ou alexandrine. Il faut se tourner vers l'archéologie barbare, et tout d'abord vers le mobilier funéraire du tombeau du roi Childéric. Nous avons décrit et inventorié, dans la mesure où cette opération est faisable aujourd'hui, le contenu de cette tombe fameuse, devenu pour ainsi dire classique pour l'archéologie du haut Moyen Âge. On sait qu'il s'y trouvait des mouches ou abeilles, dont deux seulement ont été conservées (fig. 8558, n. 1). Leur nombre était beaucoup plus considérable ?, mais on ne peut, devant les contradictions des auteurs, s'arrêter à un chiffre précis. Les deux exemplaires subsistants sont conservés au Cabinet de France ; ce sont des bijoux en or, avec grenats incrustés ou cloisonnés, suivant la technique qu'on rencontre fréquemment dans les riches sépultures barbares.
Dans le précieux commentaire qu'il écrivit sur la trouvaille célèbre de 1653, l'abbé Cochet se trouvant arrivé devant lesdites abeilles ou mouches à miel, ainsi qu'on les nomme dans beaucoup de pays, n'hésitait pas à confesser son embarras, faute de pouvoir apporter des monuments analogues : « Ce qui nous déconcerte le plus dans cette matière, c'est que nous sommes complètement abandonnés à nous-même et totalement dépourvus non seulement de textes spéciaux et contemporains, mais encore d'analogues archéologiques, notre point d'appui ordinaire *. » Ceci était vrai en 1859, mais depuis lors l'archéologie a rassemblé tant de témoins nouveaux qu'on ne sera pas surpris d'y rencontrer des mouches.
Et d'abord, dans les fouilles de Sablonnières et de Cerseuil (Aisne). Frédéric Moreau (voir ce nom) a rencontré des plaques et des contre-plaques de ceinturon en bronze étamé, sur lesquelles sont gravées des abeilles ou de simples mouches. Ces gravures au burin sont une preuve évidente que ce motif décoratif était employé de différentes manières par les Francs. Ici, la mouche tient une place centrale dans la décoration (fig. 8).
Nous traiterons ailleurs (voir ORFÈVRERIE et JOAILLERIE) des abeilles d'or de la tombe de Childéric mais, dés maintenant, nous pouvons dire que l'élément musciforme ou apiforme occupait dans le répertoire des modèles des orfèvres barbares une place presque aussi considérable que les éléments aviforme et pisciforme, Une tombe de guerrier franc à Molain (Somme) a même fourni une boucle de ceinturon en or dont la plaque est décorée de verroteries à cloisons soudées dont le motif central est une abeille ?* (fig. 8557).
Parmi les nécropoles du nord de la France et de la Belgique, on a trouvé des fibules discoïdales sur lesquelles il n'est pas impossible de voir, dans la disposition des grenats, une abeille grossièrement figurée 5, Le même sujet reparaît sur des fibules : burgondes , mais ce dernier rapprochement ne s'impose pas. Un type de mouche tout à fait certain est celui que nous offre une fibule de Lyon, en or incrusté de grenats ! (fig. n. 3).
Il ne faut pas s'imaginer que ce type de fibule a appartenu exclusivement aux Francs ; il en est pour les mouches comme pour d'autres sujets qu'on ren- | 5 i A 5 | ! + une importante série de broches en forme de mouche ou de cicade (fig. n. 5, 6, 7, 10, 11, 12). Ces bijoux proviennent de la Transylvanie, appelée Gothie, lorsqu'aux rie et 1v* siècles, elle était occupée par les Wisigoths et au v ? siècle par les Gépidés. Elles proviennent aussi de - Objets divers provenant de différentes fouilles, contre presque toujours dans les anciens stationnements barbares, notamment dans les provinces hongroises limitrophes du Danube, et au delà, dans la direction de l'Orient.
« Le musée national hongrois de Budapest conserve la Pannonie et des provinces voisines où les peuples de race gothique ont laissé de nombreuses traces. Ces pays ont fourni un contingent considérable d'objets contemporains de l'époque des migrations et qui se rapportent au style dit improprement mérovingien ?.
340 i | | »Lo s lg IER 341 MOUCHE Parmi ces parures, il en est dont voici la reproduction, qui par leur aspect se rapprochent des abeil les du tombeau de Childéric. Ces joy aux en forme de mouche, conservés au musée national de Budapest, proviennent des localités suivantes : Györ, EKóny, Sórensberk, Csömör, Mezólberény, etc. Quel que nom qu'on leur donne, ils doivent étre pris en grande considération pour éclaircir l'étude de leurs dérivés que nous rencontrons dans les cimetières de Ja Gaule !. » Les fibu les en forme de cica des trouvées en Hongrie réclament particuliéerement l'attention *. Celle-ci vaut la peine d'être remarquée : elle provient de Csömör, en Hongrie ; elle est en or, avec des grenats (fig. n. 4) ?, toujours si chers aux peup les barbares. Sur les exemplaires figurés plus haut (fig. n. 16) nous en avons qui sont exécutés en bronze (fig. n. 1, 3), en argent (fig. n. 2), en or avec grenats (fig. n. 4, 5).
Si on se dirige de la Hongrie vers la mer Noire et la mer d'Azof, on rencontre d'autres bijoux qui appellent la comparaison. Les bijoux en forme de mouche ou de cicade trouvés dans ces régions demeurent encore inexpliqués et inconnus. J. de Baye en a fait connaitre un certain nombre : 1° une paire de fibu les en argent trouvés à Kertch (voir ce nom) analogues en tous points à cel les du musée de Budapest. « La Crimée et les cótes de la mer Noire ont fourni de nombreux exemp les prouvant qu'après la décadence des colonies grecques un art bien différent de celui qu'el les avaient vu fleurir s'était formé. Ce nouveau venu, tout en conservant quelques procédés industriels, quelques caractères ornement aux de son devancier, revétait l'originalité du style apporté plus tard par les barbares en Dacie, en Pannonie, etc., et enfin, en Gaule » ; 2 ? une paire de fibu les de la Commission impériale d'archéologie à Pétrograd provenant d'une nécropole située prés des ruines de Chersonése (Crimée). On remarquera que ce type tend à s'alourdir ou à se tasser (fig. n. 17) ; 3° sans sortir de la région, voici une fibule provenant des fouil les exécutées au siécle dernier par le comte Ouwaroff à Olbia et conservée au musée de l'Ermitage (vitrine 65, n. 512). C'est un nouveau progrès vers le tassement et la décadence par la dégénérescence du prototype. La tête est sensiblement grossie ; néanmoins les autres parties, malgré leurs dimensions exagérées, donnent encorela méme silhouette (fig. n. 9). L'extrémité des ai les se recourbe légérement comme dans plusieurs autres spécimens. Ici, la mouche est en or, ornée de pierreries et timbrée d'une croix. Voici un bijou chrétien.
On retrouve ces fibu les en mouches jusqu'en Ossétie, dans la Caucasie du Nord. Celle que nous figurons ici et décrivons est un bijou d'argent revétu d'une feuille d'or. Les yeux sont formés de sardoines et les ai les, fermées de facon à cacher entièrement le corps, sont ornées de pierres semblab les. L'extrémité des ai les est recourbée (fig. n. 13). On ne saurait dire s'il s’agit d'une espèce de mouches ainsi conformées ou d'une tendance à la stylisation. Cet exemplaire, au jugement de J. de Baye, offre un extréme intérét non seulement par sa forme, mais aussi par sa techni que qui le classe parmi les produits caucasiques improprement nommés scytho-byzantins et qui rappellent singulièrement les antiquités mérovingiennes de l'Occident. Voici encore une mouche provenant de fouil les faites dans la nécropole de Tchégém, arrondissement de Tersk (Caucasie du Nord) (fig. n. 15). Enfin, le cimetiére d'OsoMOUCHOIR 342 ronkovo, situé daris le bassin de Baksan (Caucasie du Nord) a donné une mouche en bronze rentrant dans la série que nous étudions (fig. n. 18). Les documents servant à dater approximativement les tombe aux du Caucase sont trés rares. Osoronkovo fait exception, car il a fourni deux documents qui donnent une base aux recherches chronologiques. En effet, le cimetiére en question a donné : 1° un fragment de monnaie sassanide de Chosroés Ier (531-579) ; 29 les restes d'une pyxide en ivoire, de travail byzantin, du v* siècle.
Voici encore deux exemplaires, lun provenant de Chersonèse (fig. n. 14), l'autre trouvé en Angleterre, dans le comté de Suffolk (fig. n. 19).
« Les faits que nous venons d'énoncé constituent un intéressant chapitre de l'histoire parvenue en Gaule aprés avoir laissé sur son chemin des vestiges qui nous mettent sur la voie de son berceau. Nous ne sommes plus au temps oü l'on proposait, à l'aide de quelques rares faits, d'établir une corrélation entre les découvertes de l'Europe occidentale et cel les de l'Europe orientale. x Hier, l'extension des produits du style barbare paraissait limitée dans cette direction à la Hongrie ; son domaine, considérablement augmenté aujour d'hui, s'étend aux rivages de la mer Noire et dela mer d' Azof, plus loin méme, jusqu'au Caucase. Ces parties de la Russie méridionale ont été pénétrées par l'art qui a rayonné autour des colonies grecques. Cet art, tout en produisant des œuvres du goût le plus pur, subissait l'influence des populations scythiques. De la décadence de ce goüt classi que, de ces influen ces grandissantes, de l'apport de la Perse et d'autres milieux orient aux se forma un style qui devait se répandre en Europe dans tous les pays : l'empire romain par les barbares *. » H.
MOUGCHOIHR. — :.l'ay vu, écrit dom Claude de Vert, toute une ville de Province, frappée d'avoir entendu dire au prédicateur, que la manipule étoit originairement un mouchoir dont le prétre se servoit à s'essuyer. Quelques-uns de mes amis, tout émerveillez, vinrent aussitót s'en feliciter avec moy ; tant on aime à apprendre et à être solidement instruit *. » C'est une partie bien prosai que du vétement que le mouchoir de poche, mais ce n'est pas une raison suffisante pour n'en pas parler.
Certains ont avancé, sans citer de textes ou de monuments, que, chez les anciens, on faisait usage, méme parmi les gens de distinction, du pan de son manteau pour s'essuyer les veux« , Si le fait était exact, on voudrait en avoir quel que solide attestation, car si, de tout temps et chez tous les peup les, les personnes du dernier rang ont fait usage des doigls en guise de mouchoir, il demeure certain que l'emploi d'un linge spécial à la propreté des narines et à l'enlévement de la sueur remonte à une civilisation trés éloignée de nous. Les Perses connaissaient ce que nous appelons le mouchoir de poche ; leurs grands seigneurs le faisaient porter par le méme serviteur qui portait le chassemouches . Ce pannus avait, ou peu s'en faut, la forme et les dimensions de nos serviettes de table, et on le tenait serré dans la main gauche de maniére à ce qu'il bouffàt au-dessus du poing. Le mouchoir jouait aussi chez les Achéméni des le róle de la mappula aujour d'hui le manipule (voir ce mot) ; un bas-relief de Persépolis montre deux personnages dont le premier 349 porte un vase à eau lustrale et un goupillon, le second une fiole à parfums et un linge étroit, fixé entre le pouce et l'index de sa main gauche étendue !.. On ne trouve la mention du mouchoir chez les Romains qu'à l'épo que impériale, ce qui ne prouve rien contre l'épo que antérieure ; il se nommait alors sudarium et on l'attachait au cou . Tunc sudario manus tergens quod in collo habebat Indecentissimam rubore faciem sudario abscondit.
Ce mouchoir était blanc : candido frontem sudario delergeret ?.
Robert Estienne définit le sudarium dans son Thesaurus par ces mots : Linleum quo sudor faciei delergitur el nares purgantur. Le célébre érudit aurait pu ajouter que c'était aussi un linge servant pour la barbe * :
Jam mihi nigrescunt fonsa sudaria barba Arnobe * emploie le terme muccinium qui vient de mucus ou muceus : Indicel in quos habitus vestis stragula facta sit, mitra, strophicum, fascia, pulvinus, muccinium.
La mappula était une autre variété de mouchoir qu'on serait tenté de confondre avec le muccinium ; on Ja portait à la main tantót horizontalement, tantót verticalement à la facon des Perses et comme cela s'est vu encore au xIx siècle. Les matrones n'étaient pas seu les à user de la mappula. Un dessin de De Pape nous a conservé un bas-relief romain sur lequel on voit une femme de la classe moyenne ou une servante occupée à marchander une oie à la boutiquiére ; cette scéne est frappante de vérité. La chalande froisse dans sa main gauche une mappula bien reconnaissable.
Quant à l'orarium c'était une longue bande de linge placée sur le cou ou l'épaule et retombant par devant ; il ne différait pas du sudarium tel que le font comprendre les écrivains du Haut-Empire *.
Dom Claude de Vert demandait pour quoi on met le mouchoir sur le bras et non ailleurs ? « C'est, dit-il, qu'avant qu'on eût imaginé d'attacher des poches aux habits, ce qu'on avait à serrer, on le mettait d'ordinaire, ou dans son sein, ou bien on le mettait à la ceinture ou au bras. La bourse, par exemple, s'attachait plus commodément à la ceinture, D'où vient que Notre-Seigneur défend à ses apôtres de porter aucune monnaie dans leurs ceintures, pour dire dans leurs bourses ? Et non seulement on mettait la bourse à sa ceinture, comme l'observe encore le recteur de l'université de Paris, lorsqu'il est en habit de cérémonie, mais on y mettait aussi son couteau, ses clefs (telle est la pratique des carmes déchaussés), ses ciseaux : et c'est ce que les femmes pratiquent encore en plusieurs provinces, comme en Auvergne, en Picardie, etc. Plusieurs religieux y mettent aussi leur chapelet, comme les chartreux, les capucins, les jésuites, etc. Saint Benoît ne veut pas que les moines aient des couteaux pendus à leur ceinture pendant le sommeil, ce qui est une marque qu'ils les portaient ainsi pendant le jour. On y attachait aussi quelquefois le mouchoir, et on l'y attache encore aux enfants... Mais la plupart le portaient sur le bras gauche... pour être plus commodément près de la main droite... On voit à Saint-Faron de Meaux, vers le milieu du chœur, sous le lutrin, la figure d'une femme de qualité, représentée sur une tombe, avec un mouchoir ou manipule, au bras droit. C'est à ce bras qu'on met aussi le manipule aux dames chartreuses, lorsqu'on les bénit ; peut-être parce que la main gauche est alors occupée à tenir un livre ou quelque autre chose. J'ai ouï dire qu'à Port-Royal des champs, près de Paris, pareille chose se remarquait sur quelques tombes d'abbesses, Et c'est de là qu'est venue — — cette façon de parler proverbiale : « Du temps qu'on se mouchoit sur la manche » pour dire Du temps qu'on était fort simple et qu'on n'avait pas encore l'esprit de mettre son mouchoir ailleurs : comme on a fait depuis, par l'invention des poches, attachées à la robe ou au haut-de-chausses ou caleçon. Les évêques et les abbesses le mettaient à leur crosse, ainsi qu'il se voit en une infinité de figures ou images *, les chantres le portaient à leur bâton (et tel est encore l'usage du chantre de l'abbaye de Saint-Denys, qui aussi y attache sa bourse) et les porte-croix l'accrochaient au bâton de la croix, Et de là le voile d'étoffe ou de soie, qu'on voit encore aux croix de certaines églises, à la campagne, et en quelques ordres religieux, comme aux Jacobins. « Pour venir maintenant aux clercs, qui mettaient leur mouchoir ou manipule au bras ; il leur suffisait d'être revêtus de l'aube, pour le porter à cet endroit, je dis même depuis qu'on avait introduit l'usage des poches : et la raison en est que, comme l'aube était fermée de tous côtés, ainsi qu'elle l'est encore ; c'eût été une affaire que de tirer un mouchoir de dessous cet habit, au hasard même de le faire avec quelque sorte d'indécence. Aussi, pour cette raison, dans l'ordre de Saint-Benoît, du moment qu'on était en aube, ne manquait-on jamais de prendre en même temps le manipule : et tel est encore la pratique des enfants de chœur de l'abbaye de Clugny, qui ne séparent jamais l'aube du manipule et portent toujours l'un et l'autre ensemble, ce qui est mal à propos regardé par les moines de cette abbaye regardé comme un privilège et une prérogative. Il n'y avait pas jusqu'aux frères convers, qui ne joignissent toujours aussi le manipule à l'aube. In cœnobiis monachorum, dit Lanfranc, eliam laici cum albis induuntur, ex antiqua patrum institutione, solent ferre manipulum. Lanfranc prétend aussi dans cette lettre que, selon le sentiment de plusieurs, le manipule est un ornement commun à tous les ordres, aussi bien que l'amict et l'aube ; et qu'il ne doit pas être donné en conférant l'ordre de sous-diacre. Ce qu'il y a de constant, c'est qu'originairement et au delà de cinq ou six cents ans, le sous-diacre ne recevait point le manipule à son ordination, non plus que le prêtre ni le diacre ; mais seulement le calice et la patène vu des. Et ce qui a pu donner lieu à cette tradition ou correction du manipule dans la cérémonie de l'ordination du sous-diacre, c'est que comme il recevait en même temps,
UPFERCO--—-—— 0.2...
un bassin à laver les mains, et ont interprété cet aqua-manile, de l'eau et du manipule, lisant ainsi : de la main de l'archidiacre, la burette avec l'eau et l'essuye-mains, urceolum cum aquamanile, ac manu-
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340 I Plan T Coupe transversale I Coupe longitudinale W Vue restaurée de l'Eglise octogonale de
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lergium, quelques-uns, maladroitement, ont fait deux mots d'aqua-manile qui veut seulement dire | urceolum cum aqua puis séparément manile '. »
MOUDJÉLÉIA. — CONSTRUCTIONS. — Dans la Syrie centrale, région du Nord, nous trouvons à Moudjéléia quelques débris d'édifices qui aident à faire comprendre la primitive civilisation chrétienne.
1° Église. — Seul exemple rencontré par Vogüé, ET P. l e vue de = - kc o » Bw Mes AM xem (cC = ameli F. - EX WIRE a——£ur-—— Re I, AR on, ink, nn EE aie
JA OUDJELEIA
347 MOUDJÉLÉIA 348
nous instruit, c'est l'état ancien. Le centre de l'église parait avoir été hypéthre ; aucune trace de charpente n'est apparente sur ce point, tandis que la charpente des bas-côtés a laissé des encastrements qui dénotent son ancienne disposition. Vogüé a essayé de restaurer dans cette région, d'une église polygonale ; c'était peut-être, dit-il, un baptistère. L'intérieur s'est écroulé, mais les débris n'ont pas encore été dispersés (1865) et tous les éléments de la restauration sont encore en place. Il n'en est plus ainsi aujourd'hui, comme l'a constaté la mission américaine de Howard Crosby Butler ; mais ce n'est pas l'état présent qui nous intéresse et Ua Meer ci ! s eet TEARI »« »NOTER porn 349 39 Maison avec basse-cour. — Voici une habitation plus importante, entourée de dépendances supposant un état de maison assez considérable. La restauration tentée par Vogüé n'a demandé d'autre effort d'imagination que de relever quelques colonnes et pierres tombées et de replacer les toits disparus.
MOUDJÉLÉIA -
MOULE
pleine de fautes d'orthographe : elle est empruntée aux versets bien connus du psaume xc :
Tov dto ov tou HATABUNV GOU.0Ù TÉOCEAEUGETLL TpÓc GE xaxk, HAL LOTLÉ OÙX ÉVYLEL £v TO OXTVOUXTE Gt.
Après avoir franchi la porte A, on trouve deux entrées donnant dans deux parties distinctes : l'une est l'habitation du maître avec sa cuisine B, caractérisée par une auge de pierre, avec ses dépendances pour le logement des gens, sa cour et son jardin ; l'autre est la basse-cour avec une écurie, un abreuvoir et une grande salle basse D, pour le logement des serviteurs attachés à cette partie du service.
Le jardin est bordé par une sorte de grille de pierre ou pergola, formée de monolithes debout supportant d'autres monolithes et destinés à être couverts de vignes ou de plantes grimpantes. Cet emploi de monolithes comme élément de clôture est très répandu dans la région. Certaines de ces files de blocs dressés ont l'apparence de pierres levées préhistoriques ; mais c'est une coïncidence toute fortuite qui ne saurait tromper qu'un observateur superficiel (fig. 8563-8566).
Altissimum posuisti refugium tuum, non accedet ad te malum et flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo (fig. 8567).
Tombeau creusé dans le roc avec une façade construite en maçonnerie. Par le style, les profils, il appartient à la même famille que les monuments précédemment décrits ; il doit avoir été exécuté au Ve (fig. 8568). Les pierres debout que l’on voit au fond de la vue perspective sont des clôtures de jardins.
H. LECLERCQ.
MOULE. « Matière creusée de manière à donner une forme précise à la cire, au métal, etc., qu'on y verse liquide. » Nous avons eu déjà maintes fois l'occasion de mentionner des moules, notamment dans notre travail
351 MOULE 352
sur les fers à hosties (voir Dictionnaire, t. v, col. 1367, fig. 4340) où nous avons donné un moule en forme de disque (0 m. 065 de diamètre) où sont creusés deux cercles concentriques. Au centre, un grand monogramme constantinien, accosté de l'x et de Tew. Autour du monogramme dans la bande circulaire, ces mots : paraphrase du verset des Cantiques : Ego /los campi et lilium convallium '. Le moule parait provenir de Cherchel ; il est entré au musée Lavigerie de Saint-Louis de Carthage *.
Sans nous éloigner de l'Afrique, nous pouvons y signaler un moule de potier. C'est un plat ovale, en terre cuite, arrondi sur le côté, aplati sur les deux faces, de forme concave, mesurant 0 m. 08 en longueur et 0 m. 05 en largeur. Ce moule offre sur une face un chrisme en graffite (fig. 8569), sur l'autre, une palmette et trois traits en triangle à la base ?. Ce moule a été trouvé à Oudna avec plus de trois estampilles entières sur fonds de plats. Ces estampilles ont un caractère chrétien nettement accusé *.
C'est à Cherchel que nous ramène un moule en terre cuite, d'apparence brunâtre, mesurant 0 m. 13 sur 0 m. 09 et offrant un sanglier passant de gauche à droite ; les soies du corps ont l'apparence d'écailles, celles de la hure sont mieux rendues. Le hérissement est traduit par de simples traits obliques et parallèles, par une courbure striée formant crinière, comme sur certains vases anciens * (fig. 8570).
A quel usage a pu servir le moule de Cherchel, nous l'ignorons, mais voici un moule d'un intérêt beaucoup supérieur et connu depuis peu d'années seulement. Il a été trouvé à 32 kilomètres environ de Sfax, au lieu-dit la Mohomedia, à 4 kil. 500 au sud-est de Djebeniana, dans le voisinage d'une petite église dont le tracé de l'abside tréflée subsiste encore. Le moule est conservé au musée du Bardo. Il est circulaire et mesure 0 m. 16 de diamètre et 0 m. 025 d'épaisseur. La matière est une terre cuite assez dure, rouge brique aux cassures, saumon pâle à la surface. L'état de conservation est excellent. La poignée brisée a été perdue peu de temps après la découverte ; il n'en reste que les extrémités, de section circulaire (0 m. 05 de diamètre) distantes l'une de l'autre de 0 m. 035. MM. Poinssot et Lantier qui ont pu étudier l'original en parlent en ces termes avec une compétence précieuse (fig. 8571) :
« Le creux parait avoir été établi sans le concours de matrices. Au moyen d'un patron transparent (feuille de parchemin huilée par exemple) placé à l'envers ; silhouettes et simples traits furent d'abord tracés sur le médaillon de terre glaise. Tandis que les uns étaient gravés à la pointe, l'intérieur des autres était enlevé avec une lame. Enfin, un certain nombre de petits trous — deux cents environ — destinés à rendre différents détails du sujet, furent pratiqués à l'aide d'une mince tige cylindrique. Le décor, qui sera décrit d’après l'empreinte obtenue avec le moule, se compose de divers éléments dépourvus de tout modelé et dont les bords à arêtes vives sont perpendiculaires au fond, la surface étant distante de celui-ci d'environ 0 m. 007.
« A l'intérieur d'une circonférence de 105 millimètres de diamètre, sont figurés, au premier plan, un arbre ; au second, un cerf avancant vers la droite. A la tête de l'animal, la ramure, présentée de face, est rattachée aussi gauchement qu'au poitrail et à l'arrière-train le sont les épaulés et les cuisses. L'un des bois, le plus incurvé, naît sur le front, l'autre sur le cou ; exagérément distants, ils se rapprochent au sommet ; ils portent deux andouillers. Des oreilles ressemblant à de petites cornes ; la plus petite, qui fait angle droit avec le haut du museau, est séparée de la seconde, aplatie sur l'occiput par un des bois. La robe est rendue par des pois distribués sur la croupe avec quelque irrégularité, formant sur l'avant-train des lignes obliques, et continuant même sur les quatre petits traits parallèles qui marquent au cou les froncements de la peau. L'œil est indiqué par un globule entouré d'un cercle.
Entre les sabots de devant de l'animal et ceux de derrière, l'intervalle est en bonne partie occupé par une sorte de monticule triangulaire qui n’est que le pied de l'arbre. Du même tronc de celui-ci, déterminé par deux lignes brisées parallèles, se détachent à hauteur du dos, de l'œil et du sommet de la tête, quatre branches droites portant des ombelles, plus ou moins bombées, Écorce et feuillages sont eux aussi parsemés de globules, espacés sur celle-là, pressés les uns contre les autres sur ceux-ci. Deux végétaux très stylisés ont été disposés de façon à ce qu'aucune surface du champ ne demeurât nue, un sous la tête du cerf, l’autre derrière la croupe, le premier, tige droite, sommée d'un fleuron et de laquelle pendent quatre grapillons, le second, hampe incurvée, terminée par deux volutes et supportant une sorte de grande fleur. Fleurs, fruits ou simplement feuilles — il n'est pas facile de les distinguer — sont rendus par des groupes triangulaires de cinq ou de trois pois.
— DU i « Non seulement grâce à ses pattes écartées, à sa ramure et à ses oreilles de face, le cerf est, pour des gens peu cultivés, exprimé plus complètement et plus clairement qu'il ne le serait par un rendu moins conventionnel, mais il remplit beaucoup mieux la surface à décorer. Par la même préoccupation de réduire au minimum les vides, fût-ce même aux dépens de la vraisemblance, s'expliquent la place et la forme attribuées aux différents végétaux, comme le grossissement du pied de l'arbre et la façon dont la branche la plus élevée de celui-ci, une ombelle, plus ample que les autres, est posée obliquement.
« Quant aux pois, qui, plus ou moins appuyés, recouvrent tout ce qui n'est pas le champ du tableau, ils figuraient déjà abondamment sur des lampes chrétiennes, bien antérieures au moule ; la diffusion, à l'époque des grandes invasions, des bijoux à grenets, n'avait pu qu'inciter les céramistes, comme les orfèvres : z i - et les médailleurs, à les employer encore plus que par le passé aux fins les plus diverses. » Tout le sujet est entouré par l'inscription suivante placée entre deux filets ! (fig. 8571) :
Croix pattée ; hauteur moyenne des lettres 0 m. 02 ; pas de séparation entre les mots, le texte commence devant l'œil du cerf. Il est emprunté à saint Jean, vi, 91. Le moule de Djebeniana parait appartenir au vi siècle de notre ère,
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Pa r a £v LE P dan ces de la basilique de Damous-el-Karita (voir ce nom) un dis que de cuivre plus grand portant une représentation analogue. Ce moule de médaille a été volé, puis retrouvé et réintégré au musée Lavigerie.
. J.-B. De Rossi lui a consacré un bref commentaire, Du même musée, un moule de croix en pierre blanche tendre, haut. 0 m. 065, larg. 0 m. 06 ; épaiss. 0 m. 018, trouvé à Carthage (fig. 5573). Il servait à fabriquer des croix à anneau avec A et 6). Deux croix de grandeurs différentes, l'une haute de 0 m. 021, l'autre de 0 m. 035, anneau compris, sont gravées sur la tablette. Un canal d'adduction permettait d'introduire le métal en fusion, v-vi siècles.
Au bas, les deux angles portent une petite saillie demi-sphérique en plomb, semblable à une tête de clou destinée à fixer
A, — XII — 12
xd exactement la tablette sur une partie correspondante du moule 1 Moule en pierre ayant servi à fondre des bijoux (fig. 8574). Pierre lithographique, haut. 0 m. 112, larg. 0 m. 082.
Au droit : le Christ en croix, la tête nimbée. Dans le haut, la légende Ce PETRVS Y (Sanctus Petrus apostolus). Dans le corps du Sauveur, on a figuré la nudité par les boutons des seins, le nombril et les côtes ; la tête est entourée d'un nimbe crucifère et le menton porte une barbiche, les reins sont couverts. Dans le champ, quatre bustes imberbes, deux portent une croix et on lit les lettres €V, peut-être faut-il y ajouter CS qui précèdent Petrus, on aurait ainsi : evangel-
1 5 PZN
lista ( ?). Les deux bustes de la partie inférieure font le geste de l'acclamation ; à droite et à gauche, deux clefs debout. Les parties quadrillées paraissent figurer un iconostase. Trois rigoles pour l'adduction du métal. Au revers, une croix de Malte, entourée de deux anneaux, d'une couronne et d'une croisette. Six rigoles . Autre moule, en serpentine, haut. et larg. 0 m. 058. Deux pendants d'oreilles en forme de croisettes, l'une à bâtons droits, l'autre arrondie et composée de quatre perles formant un trèfle à quatre feuilles. Trois rigoles (fig. 8575) . | Moule de fibule mérovingienne dans une pierre quadrangulaire de 0 m. 06 de côté sur 0 m. 02 d'épaisseur, Lrouvée vers l'an 1885 dans la plaine de Vitry, à 3 kilomètres de Paray-le-Monial (fig. 8576) *.
A Saintes, le déblaiement des thermes, commencé en 1906, fit découvrir un moellon à 0 m. 60 de profondeur | auprès d'un squelette non orienté et d'un tombeau « monolithe*. Cette pierre semble ainsi provenir d'un « cimetière ancien, proche de l'église de Saint-Saloine, | qui fut installée dans une salle transformée des thermes. La pierre en question est en calcaire de.
Saint-Vaise, elle mesure 0 m. 12 sur 0 m. 10 et 0 m. 19 d'épaisseur. Sur une face (probablement retaillée), un | ouvrier a creusé un carré, arrondi aux deux angles supérieurs, de 0 m. 075 sur 0 m. 050, de manière à obtenir une surface plane plus basse de 2 ou 3 millimètres que la face de la pierre. Sur cette surface, limitée par un trait assez profond, il a tracé un arc, recoupé par deux autres, ce qui lui a ménagé six compartiments. Dans la partie centrale, il a figuré deux croix et dans chacune des niches voisines un personnage, enfin, dans | le champ deux devises : BORSA : et BONA. La paléographie est mérovingienne, vers le vi siècle (fig. 8577). L'interprétation des deux personnages qui se trouvent de chaque côté de la croix n'offre rien qui s'impose à première vue. Ces deux figures semblent, à force de grossièreté, caricaturales ; cependant, nous ne croyons pas qu'il en soit ainsi. Dans sa rudesse, ce petit tableau représente deux individus qu'il désigne même
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397 par leurs noms. Borsa est un nom d'homme, qui a été porté par un monétaire mérovingien. Bona est un nom de femme, sans plus. Seulement, comme si ce petit monument devait dérouter tout essai d'explication, on remarquera que l'un des personnages est un homme et l'autre, avec sa jupe trainante, semble être une femme ; or, c'est celle-ci qui porte le nom masculin de Borsa, tandis que le nom féminin de Bona s'applique à l'homme. Autre singularité : le graveur a ménagé un anneau de suspension et cet anneau obligerait à porter le médaillon à l'envers. Mais, somme toute, l'objet est si grossier qu'on ne peut s'étonner des particularités qu'il présente.
Nous avons déjà parlé d'un moule mérovingien | — découvert en 1884, à Gémigny (Loiret) et conservé au musée d'Orléans (voir Dictionn., t. r, col. 2092-2096, fig. 615). Ce moule présente des inscriptions intéressantes, naturellement gravées à rebours, puisqu'elles seraient lues en sens inverse. Autour d'un médaillon central offrant l'image du Christ [salv]ATOR sont disposés sept médaillons d'un diamètre moindre ; sept et non huit comme l'a supposé à tort Edm. Le Blant. Il reste encore la trace de cinq petits médaillons ; dans trois d'entre eux, on lit distinctement les noms VRIEL, RAGVEL, [ra] FAEL se rapportant aux anges représentés. La lecture de ces noms n'offre aucune difficulté, aussi on s'étonne qu'Edm. Le Blant ait pu lire ARIEL sur le moule de Gémigny. À propos d'une inscription de la crypte de Mellébaude (voir ce nom), à Poitiers, il a réitéré cette lecture fautive quoiqu'il eût sous les yeux au moins deux dessins du texte. Cette erreur ne peut s'expliquer que par une obsession analogue à celle du correcteur d'épreuves qui relit plusieurs fois le même passage sans remarquer la faute qui frappera tout de suite les yeux d'une personne non prévenue.
L'ange Ariel est connu, mais l'ange Uriel ou Ouriel jouit d'une célébrité beaucoup plus grande. (Voir ce dernier nom.) Nous rappellerons que l’Église n'admettait que trois anges : Michel, Raphaël et Gabriel ; elle tenait tous les autres pour des démons malfaisants, non angelorum sed demonum nomina ; ce qui n'empéchait pas de nombreux chrétiens de réclamer leur intercession. Le nom de l'ange Ouriel se rencontre encore assez fréquemment dans les invocations. L'Église grecque et l'Église d'Abyssinie lui rendaient hommage ; en Éthiopie, on associait son nom à ceux de Michel, de Raphaël et de Gabriel. Malgré les défenses des conciles, la croyance aux anges non reconnus par l'Église se perpétua, surtout par l'usage des phylactères dont on ne parvint pas
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co ct on à arrêter le développement, Les conciles de Soissons et de Rome rendirent pourtant, au sujet des anges, des sentences que renouvelèrent les capitulaires de Charlemagne, mais ces sentences demeurèrent impuissantes à modifier la superstition.
On sait que la Syrie resta toujours une terre d'élection pour la superstition ; les Syriens avaient une confiance inébranlable dans la vertu des talismans et des tablettes magiques. Les relations de la Gaule avec la Syrie furent nombreuses et fréquentes pendant les premiers siècles du christianisme ; les textes et les monuments en apportent chaque jour de nouvelles preuves.
Lorsqu'on songe à la quantité de moules qui ont dû exister, on s'explique à peine qu'il ne nous en soit parvenu qu'un nombre dérisoire. Ainsi les millions de lampes fabriquées ne l'ont été qu'avec des moules et c'est à peine si nous en connaissons quelques-uns, en plâtre ou en argile ? ; ces derniers sont égyptiens 359 MOULE Ch. Clermont-Ganneau a fait connaître une brique carrée (0 m. 15 : 0 m. 11 et 0 m. 035 d'épaiss.) servant de moule en creux pour fabriquer des lampes antiques du type le plus en usage dans la Palestine chrétienne, qui semble être un surmoulage d'une lampe type, pris sur une brique d'argile, cuite ensuite. La fig. 8579 représente la partie supérieure de la lampe. La décoration se compose d'une palme et d'une inscription grecque ou sémitique dont le déchiffrement est incertain. Ces lampes se fabriquaient en deux parties séparées, le dessus et le dessous qu'on ajustait ensuite avant la cuisson. Parfois, ces deux parties se sont décollées ; trouvée à Ni'àné, au sud de Ramleh !, Voici encore un moule gravé en creux dans un morceau de pierre tendre, portant au centre un cavalier
REURB BRE
au-dessous duquel on voit une figure renversée et piétinée, Autour de cette représentation, on lit ? :
Nous finirons par la description d'un moule en stéatite qui est entré au musée du Louvre et qui, par une chance rare, est complet avec ses deux pièces (fig. 5550). Fermé, il a l'apparence d'une boîte allongée de 0 m. 135 de longueur dont tous les angles sont abattus ; il est moins large d'un côté (0 m. 028) que de l'autre (0 m. 03) ; sa hauteur est de 0 m. 25. Sur chacun des côtés les plus longs, deux crans tracés dans la hauteur de l'enveloppe extérieure servent de témoins pour la juxtaposition des deux pièces. Sur les petits côtés, deux autres crans jouent le même rôle ; mais ils sont accompagnés, sur chacun de ces petits côtés, de deux trous d'évent, minuscules, de forme ronde ; sur un seul de ces petits côtés, entre les deux trous d'évent, on remarque un trou beaucoup plus large qui est le trou de la verse.
Ouvert, ce moule mérite aussi l'attention. C'est dans cette situation qu'on le voit figuré ici. On peut y reconnaître les crans qui viennent d'être indiqués, les petits trous d'évent et le trou de la verse sur le côté le moins large. A l'intérieur, trois ergots en plomb, fixés sur une des pièces, correspondent à trois trous creusés dans l’autre pièce et dans lesquels ils pénètrent lors que le moule est fermé. Ce moule était destiné à produire un ruban de métal ajouré, d'un relief assez discret, qui pouvait, peut-être, être utilisé pour un petit bracelet *.
H. LECLERCO.
MOULIN.—T. Les moulins à bras. II. Les moulins à eau. III. Les moulins à vent. IV. La condition juridique des moulins.
I. LES MOULINS A BRAS. — L'art de moudre a été la première (ou une des premières) industries humaines ; on s'attendrait dés lors à ce que le moulin ait fait l'objet de nombreuses descriptions ; il n'en est rien. Les observateurs n'ont pas jugé devoir entrer dans le détail de la construction et du fonctionnement d'un appareil si modeste, et les textes sont plus rares que les monuments ; ceux-ci présentent un certain intérêt par ce qu'ils nous apprennent d'une industrie très ancienne, très répandue et qui a été pratiquée par les chrétiens à titre professionnel ou bien à titre de châtiment.
La période historique à laquelle se limitent nos recherches nous dispense de rien dire de la période primitive, celle où l'on faisait usage de la « pierre à écraser » dont on a trouvé des spécimens dans les grottes de la Madeleine et des Eyzies (Dordogne). A partir de l'époque néolithique, on fait usage de la meule. On rencontre, dans les stations de cette époque, des mortiers munis de leurs percuteurs, ainsi que des pierres plates, légèrement creusées au centre par le frottement d'une autre pierre qui servait à l'écrasement des grains. On retrouve les pierres à écraser parmi les vestiges de l’âge de bronze. Souvent la pierre est ovale ; quelquefois elle est comme ensellée ou bien affecte la forme d'une auge. On possède au musée du Louvre deux statuettes en calcaire de la V* ou VIe dynastie (3000 ans av. J.-C.) représentant deux femmes accroupies ; une d'elles est placée en face d'une pierre plate munie d'une molette. Les Grecs ont connu, eux aussi, le procédé de mouture à la pierre plate ; en 1866, Fouqué trouva à Santorin sept meules ovales, les plus grandes mesurant 0 m. 30 dans leur grand diamètre, les autres 0 m. 25x 0 m. 20 ; 0 m. 20 x 0 m. 15 ; 0 m. 15 : 0 m. 12. Leur épaisseur variait de 0 m. 06 à 0 m. 10.
L'idée qui a présidé à l'invention du moulin à meule tournante tire certainement son origine des conditions mêmes dans lesquelles, au moyen de la pierre à écraser, la mouture s'exécutait. Un meunier aura compris que, pour bien moudre le grain sur une surface plane, il convenait d'y promener circulairement la molette ; la meule supérieure s'est élargie et elle a tourné au-dessus de la meule inférieure.
361 On ignore la contrée et l'époque où fut imaginé et pratiqué le moulin à meule tournante. Ce qu'on a rapporté au sujet des Hébreux n'est pas décisif et, en ce qui concerne Samson qui aurait tourné la meule chez les Philistins, la Bible dit seulement : « Samson fut occupé à moudre dans la maison des prisonniers. » (Jud., xvi, 21.) Les Grecs ont revendiqué l'invention de la meule, - mais aucun monument, aucun texte n'autorise leur prétention. Il est probable que, si des Grecs ont connu le moulin à meules tournantes, la généralité n'en fit pas usage, et il faut atteindre l'époque de la civilisation romaine pour constater l'emploi, en Italie, de ces sortes d'engins. Chez les auteurs latins, on ne rencontre pas de mention plus ancienne de la meule tournante que dans un passage de Caton, dans l'énumération qu'il donne d'une exploitation rurale, comprenant mole versati les et molæ asinariæ ! ; par conséquent, les meules tournantes et les meules mues par des ânes étaient connues en Italie deux siècles avant Jésus-Christ. Toutefois, Caton s'occupe peut-être des moulins à huile, {rapeta, dont l'invention semble avoir précédé celle du moulin à blé. On employait concurremment les ânes et l'eau pour faire tourner les moulins ; ces derniers étaient en usage dès le 1*7 siècle avant notre ère.
Postérieurement à l'ère chrétienne, on relève des passages d'auteurs sur la destination du moulin et sa position ? :
Bien qu'un texte du Digeste établisse nettement que la partie inférieure de la mola s'appelle meta et la partie supérieure calillus , on a cru longtemps, sur la foi de Scaliger, que la dénomination inverse était la vraie ; celle qui est généralement admise aujourd'hui a été établie en 1861 par Otto Jahn , Lors que le catillus était trop lourd, nous avons dit déjà qu'il était mis en mouvement par un âne ou par un cheval. Blümner a énuméré huit monuments antiques qui représentent des meules de ce genre, alors qu'on n'en connaît pas encore un seul figurant un moulin à bras mû par des hommes ?. Il est possible, vu la largeur du bassin, que l'exemplaire du musée de Philippevile ait été une mola jumeniaria ou une mola asinaria.
La meule pouvait être creusée de rayons obliques, destinés à diriger les produits moulus, ces rayons étaient tracés dans le sens où tourne le catillus., Dans la partie étranglée du catillus et extérieurement, bien entendu, on ménageait deux oreilles, de section rectangulaire, à l'intérieur desquelles et perpendiculairement à l'axe du moulin, on pouvait introduire des leviers de bois destinés à mettre le catillus en mouvement. Des chevilles de bois, traversant perpendiculairement ces oreilles, permettaient de maintenir les leviers dans leurs logements. Les dimensions du catillus variaient fort d'un exemplaire à un autre, mais de toute façon, c'était un gros engin à manœuvrer, et la force humaine s'y fut rebutée si le catillus n'avait été pour ainsi dire suspendu au-dessus de la meta et capable de tourner en équilibre sur le pivot qui l'en maintenait écarté . Tout fait supposer que les meuniers pouvaient, à volonté, éloigner ou rapprocher les deux meules pour produire des farines plus ou moins fines ; mais le procédé qu'ils employaient pour obtenir ce résultat nous échappe. Peut-être se contentaient-ils d'introduire des coins entre le soliveau horizontal et la béquille de l'arbre vertical.
Les esclaves, comme on le sait, étaient chargés de tourner la meule ; il leur fallait pousser devant eux les leviers et ceci demandait un effort et une fatigue physiques considérables.
On occupait également à la meule les condamnés, dont on rendait l'effort plus pénible en les chargeant de chaînes, en leur imposant une sorte d'entrave qui les empêchait de porter, pendant le travail, la farine à la bouche.
Il semble probable que le moulin à meules tournantes fut introduit en Gaule par les Romains. On a trouvé des meules romaines, semblables à celles de 363 Pompéi, à l'hôtel-Dieu à Paris, à Amiens, à Clermont-Ferrand. Le moulin trouvé à Amiens, en 1881, présente un intérêt spécial ; il est en grès du pays et n'a donc pas été importé.
En se répandant parmi les Gaulois, le moulin s'améliora, il devint portatif ; ce fut désormais un ustensile de ménage. La partie supérieure du catillus fut supprimée ; c'est ce que nous font voir deux spécimens trouvés l'un à Chambéry, l'autre à Marseille. Les meules gallo-romaines sont nombreuses dans les musées et les collections particulières !.
II. LES MOULINS A EAU. — La force produite par l'écoulement de l'eau a été utilisée de longue date pour faire tourner à peu de frais les appareils de moulins. Il est à présumer que le moulin à eau a été imaginé au début du re siècle avant Jésus-Christ, car on trouve mention de son existence chez des auteurs contemporains d'Auguste. Strabon mentionne la présence d'un moulin à eau à Cabires, ville du Pont cappadocien . Les Celtes font mention, dans leurs codes, de l'existence de cet engin ?. Une épigramme d'Antipater, vers la fin du règne d'Auguste, nous apprend qu'à cette date le moulin à eau était en Grèce chose nouvelle . Palladius conseillait d'utiliser à la rotation des moulins les eaux qui s'échappent des bains, et Lucréce parle de roues que l'eau faisait agir et d'augets fixés à l'extrémité des rayons : Ut fluvios versare rolas at que hausta videmus *.
Vitruve, son contemporain, décrit le moulin à eau, tel, pour ainsi dire, que nous le connaissons aujourd'hui : « Sur l'axe horizontal de la roue à aube, se trouve une roue dentée (fympanum dentatum) qui tourne en même temps que la roue (versatur cum rola pariter) ». Cette roue verticale engrène (continetur) sur une autre disposée horizontalement, plus grande que la première, et qui donne aux meules leur mouvement circulaire ». Des moulins à eau se construisirent de tous côtés et se montrèrent assez nombreux en Italie, aux IVe et Ves, sous les régnes d'Honorius et d'Arcadius, pour que la loi s'en préoccupât. On les établissait non sur les fleuves et les grandes rivières, mais sur les ruisseaux et les aqueducs. Procope, qui est mort en 565, nous montre des moulins construits sur le Janicule et mus par les eaux des aqueducs. Ce fut vers cette époque, en 537, que Bélisaire, assiégé dans Rome par Vitigès, roi des Ostrogoths, apprenant que l'ennemi venait de couper l'eau qui alimentait les moulins de Rome, « fit attacher deux câbles aux deux bords du Tibre, au-dessus du pont, et retint, avec les câbles, deux grands bateaux, à deux pieds de distance l'un de l'autre, à l'endroit où l'eau sort avec le plus de violence de dessous la grande arche ; puis il posa les meules sur les bords des deux bateaux et mit la machine qui les fait tourner. Il disposa plusieurs bateaux et plusieurs machines de la même façon, lesquelles l'eau faisait tourner, de sorte qu'elles fournissaient assez de farine pour la nourriture de Rome. Les Goths, ayant été avertis de cette invention de Bélisaire, jetèrent sur la rivière quantité d'arbres et de corps morts, qui suivaient le fil de l'eau et tombaient dans les moulins en arrêtant le travail. Mais ce général, pour y remédier, attacha de grandes chaines au-dessus qui retenaient les corps morts et les arbres. » De l'Italie, les moulins se sont répandus en France. La loi Salique contient ce passage : « Si quis mulinum aut qualemcumque clausuram in aqua facere voluerit, sic faciat ut nemini noceat. Si autem nocuerit, rumpatur usque dum noceat. — Si amba ripe sunt, licentiam habeat ; si autem una alterius est, aut roget aut comparet ». La Chronique de Marius d'Avenches fait mention, en 543, de moulins à Genève emportés par les eaux. Le mécanisme extérieur du moulin ne semble pas s'être modifié à travers les siècles et on retrouve dans les récits et les allusions des auteurs des expressions qui nous sont encore familières. Les roues étaient en bois, munies extérieurement de palettes ou aubes en bois également. Elles étaient mises en mouvement soit par « le passage de l'eau au-dessous d'elles, soit par la chute de l'eau sur les aubes supérieures. Dans ce cas, il fallait faire une retenue (clausuram in aqua). La roue à aubes est arrivée jusqu'à nous sans subir de modifications importantes.
III. LES MOULINS A VENT. — Les moulins à vent ont tenu une place importante dans le développement de l'industrie meunière. Leur origine semble moins ancienne que celle des moulins à eau, car Vitruve, qui nous a laissé un tableau très complet des connaissances industrielles de son époque, n'en parle pas. On dit qu'ils ont été importés d'Orient, au moment des croisades, en France et en Angleterre, vers le milieu du XIIe. On connaît une charte de 1105, dans laquelle Guillaume, comte de Mortain, autorise Vidal, abbé de Savigny, à établir dans les diocèses de Bayeux, d'Évreux et de Coutances, un moulin à vent, molendinum ad ventum. Mongez fait remarquer que la première croisade est de 1095, et que dix années n'auraient probablement pas suffi pour généraliser l'emploi du moulin à vent. Heringius soutient qu'ils furent utilisés en Bohême au VIe.
IV. LA CONDITION JURIDIQUE DES MOULINS. — Jusqu'au Xe, les sources d'information : lois, formules, chartes font parfois allusion aux moulins.
N. 1. Lex Salica (Hessels), xxir (cod. 3) : Si quis ingenuus in molino alieno anona furaverit, cui molinus est, hoc est ipso molinario, sol. xv reddat, ei vero cut anona est alios XF culp. iud.
Il ne faut pas prendre ici le molinarius pour un serf travaillant pour son maître, pas plus que pour un homme libre travaillant pour la communauté ou exploitant un moulin pour le compte d'un propriétaire : c'est le propriétaire lui-même (cui molinus est).
Les paragraphes 2 et 3 du titre prévoient encore le cas où le « ferrement » du moulin d'autrui aurait été volé et où l'écluse du moulin d'autrui aurait été rompue.
N. 2, Edict, Rotharis, cxlix : Si quis molinum alterius aslo animo incenderit, id est voluntarie, in triplum eum restituat sub estimatione pretii cum omnibus qua inlus cremata sunt.
D'après la loi des Alamans, chacun peut construire un moulin ou établir une écluse sur un cours d'eau, à la condition de ne causer de préjudice à personne. Si le constructeur est propriétaire des deux rives, il n'a aucune autorisation à demander ; s'il est propriétaire d'une rive seulement, il demandera ou achètera à son voisin cette autorisation.
365 MOULIN 4. Si autem una alterum (var. alterius) est aut roget aut comparet.
La propriété d'un moulin supposait nécessairement la propriété de l'emplacement sur lequel il était construit.
N. 5. Edict. Roth., c.r : Si quis molinum in terra aliena ædificaverit, et suam probare non potuerit, amiltal ipsum molinum et omnem operam et ille habeat cujus terra aut ripa esse invenitur : quia omnes scire debent, quod suum non alienum est (cf. n. 4, § 3, 4).
Ainsi, sous le régime des lois barbares, les moulins étaient dans l'appropriation privée ; dans les deux textes suivants, ce caractère privé n'est pas expressément indiqué, il est vrai, mais on remarquera que le premier fait partie du titre : De furtibus et furtis, qui vise les attentats contre la propriété privée, le second traite de matières diverses, diversarum rerum, entre autres d'objets d'intérêt public, parmi lesquels sont les moulins ; afin que ceux qui vont y moudre ne souffrent pas trop longtemps des dommages causés à ces moulins, la loi ordonne de les réparer dans un délai de trente jours.
N. 6. Lex Wisigoth., VII, 11, 12 : Si quis de molinis aliquid involaverit, quod furatum est restituat, et insuper componat, sicut de aliis furtis lege tenetur,
N. 7. Ib., VII, 1v, 30 : Si quis molina, violenter effregerit, quod fregit infra xxx dies reparare cogatur, el insuper triginta solidos cogatur exsolvere.
D'autre part, il est impossible de citer un texte qui présente un moulin possédé en commun par les membres d'une tribu devenue le village, ce village étant alors propriétaire de ce moulin, ou encore qui présente les villageois comme étant copropriétaires par indivis du moulin où ils vont moudre.
En raison même de sa nature, un moulin ne pouvait être construit que par un propriétaire de cours d'eau disposant d'ailleurs de moyens suffisants ; il servait à un nombre plus ou moins grand de voisins de la même circonscription territoriale économique, c'est-à-dire du même village ; il était commun à ces voisins en ce sens qu'ils en usaient en commun ; d'après la loi des Bavarois, au titre de Furto, c'est un établissement public ; il faut s'entendre sur la signification de ce mot.
N. 8. Lex Bajuwar., I, 1x, 2 : El si in ecclesia vel infra curte ducis vel in fabrica vel in molino aliquid furaverit iriunium geldo compone, hoc est ler nove reddat : quia istas quatuor domus casas publice sunt et semper patentes.
Il est visible qu'ici casas publice ne signifie pas « maisons communes » et que publice ne rappelle, en aucune manière, le caractère collectif des premières propriétés immobilières, ou des premiers modes d'appropriation ; comme la résidence du duc, etc., le moulin est public, c'est-à-dire accessible à tous et constamment ouvert ; le vol y étant, dés lors, plus facile que dans une maison fermée ou dans un endroit clos, la loi le punit plus sévèrement. Pour donner à ceux qui fréquentent ces casse une plus grande sécurité, la loi protège particulièrement ces établissements. Cette protection s'affirme encore dans une autre disposition, en vertu de laquelle l'incendiaire d'un moulin devra en payer la valeur au triple et le mobilier au septuple.
N. 9. Addii. prima leg. Bajuwar., 3. Molendinum incensum in lriplum comporal et omnia intus concremala in sépluplum.
Enfin, dire que, dans le texte ci-dessus (n. 8), il s'agit d'un moulin commun, en ce sens qu'il appartient à la communauté, qu'il est dés lors propriété collective, c'est-à-dire nécessairement aussi, ce qui n'est pas soutenable, que l'église, la maison du duc et la fabrique, sont, dans ce même cas, des maisons communes.
Dans les Formules, généralement, les moulins et fours font partie des constructions, edificia ! qui, reposant sur les domaines, les garnissent et servent à leur exploitation, castitia, ædificia superposita, ædificia cum omni supraposito t ; ils étaient donc compris dans les transactions dont ces dernières étaient elles-mêmes l'objet ; on trouve aussi les farinarii mentionnés à part. Comme les autres biens privés, ils étaient donnés, échangés, constitués en dot, vendus.
Les Chartes, contemporaines des Formules, et même les chartes un peu postérieures, sont rédigées le plus souvent dans le style propre à tel ou tel recueil, suivant la région à laquelle elles appartiennent, Aucun mot, aucun trait, n'y rappelle le caractère « primitivement collectif » des moulins et fours ; ils y sont, comme dans les formules, l'objet de contrats variés, et le disposant l'utilise en propriétaire, c'est-à-dire de plein droit et en toute liberté, sans autorisation ni consentement préalable de membres d'une communauté quelconque agissant comme particulier ou en corps. D'ailleurs, on ne rencontrera jamais, dans ces chartes, de communautés constituées, reconnues par le droit ou les coutumes locales.
H. LECLERCQ.
Quoi qu'il en soit, on peut en rapprocher une trouvaille faite vers 1875 à Valmeray, commune de Moult (Calvados), où des débris de parure semblable furent recueillis. « La partie la plus inattendue de la découverte, disait l'auteur, consiste en cent soixante petits fragments d'or, d'un poids total de 37 grammes, consistant en bordures linéaires formant une série de triangles, en triangles pleins à bossettes terminales, en carrés longs ornés de trois lignes de six points en saillie, en cercles avec bossettes centrales, enfin en doubles triangles pleins accolés [c'est-à-dire des losanges (voir ce mot) ]. Tous ces morceaux d'or, qui ont été trouvés réunis et comme agglomérés, avaient été évidemment cousus sur une étoffe que le temps a détruite. Ils présentent, en effet, non pas un crochet au revers, mais les uns trois, les autres quatre petits trous qui attestent manifestement cette destination. Nous croyons que ces ornements fragiles, obtenus à l'aide du repoussé ou du tamponnage, devaient former la bordure supérieure d'un vêtement ou être appliqués sur une sorte de plastron disposé sur la poitrine !. » Il n'est guère douteux que nous ayons ici une décoration de vêtement analogue à ce qui se pratiquait en Crimée, comme on le voit par les ornements de Kertch, entrés au Louvre en 1889 et à ceux de la collection Mesaksoudy venant des Goths.
H. LECLERCO.
MOUSMIEH. — La ville de Phæna, aujourd'hui Mousmieh, située au point où la voie romaine de Damas à Bostra s'engageait dans les rochers du Ledja, servait de résidence à un fort détachement de troupes impériales. Ses ruines sont considérables. Nous nous arrêtons ici à un édifice païen à raison de son importance pour l'époque suivante. C'est un prétoire construit sous les empereurs Marc-Aurèle et Lucius Verus (160-169). Cette origine est établie par une série d'inscriptions gravées sur les pierres de l'édifice qui semble avoir subi des remaniements postérieurement à cette date. Comme le remarque M. de Vogüé, la disposition est des plus intéressantes ; elle se compose de huit arcs accouplés deux à deux et reposant sur quatre groupes de quatre colonnes chacune ; chacun de ces couples d'arcs porte sur son extrados des dalles juxtaposées dont la continuité simule une voûte en berceau ; le carré central était recouvert par une sorte de coupole à arêtes en blocage qui s'est écroulée (fig. 8582, 8583).
Les consoles encastrées dans les murs latéraux portent des inscriptions qui démontrent qu'elles ont été destinées à recevoir les portraits des centurions des légions IIIe Gallique et XVe Flavienne, qui ont tenu garnison dans la ville de Phæna sous les empereurs Marc-Aurèle et Commode ; cette circonstance fixe la date de la construction des murs de la tribune du fond avec sa large corniche et ses niches latérales. Le remaniement des arcs parait moins ancien ; néanmoins, il a nécessairement été effectué avant le IVe.
À cette époque, le prétoire fut transformé en église chrétienne, ce qui occasionna encore quelques changements dans la disposition primitive. La façade, également remaniée, se composait d'un portique de six colonnes soutenant un fronton à arc central. Elle a beaucoup souffert.
Ce monument appartient à la série des édifices qui vraisemblablement en ce lieu montrent les tâtonnements qui ont préparé et amené la découverte de la coupole centrale posée sur plan carré.
BIBLIOGRAPHIE. — L. de Laborde, Voyage en Orient, Syrie, in-fol., 1838, planche sous le nom de « Missemé », exacte dans son ensemble avec de la fantaisie. La coupole centrale n'était pas écroulée. — Rey, Voyage « dans le Haouran », pl. 111. — De Vogüé, Syrie centrale, p. 45-46, fig. 11, “pl. VII.
H. A.
MOUTERRE-SILLY. — Cette bourgade est située à sept kilomètres à l'ouest de Loudun, au diocèse de Poitiers. Sur le flanc occidental de la butte qui la porte, au lieu-dit Soulaville (peut-être villa Sul de la déesse gauloise Sul), s'élevait, au temps de la domination romaine en Gaule, une luxueuse villa. M. Moreau de la Ronde et l'auteur de ces lignes ont recueilli en cet endroit un pied de statue en marbre, des fragments de mosaïque, un carreau de pavage en marbre veiné de rouge, une plaque de porphyre vert, des débris de vases intéressants, etc. (On situe avec qui fut puissante, la gens Maxima de nos hagiographes poitevins ; elle donna à l'Église de Poitiers cinq frères et sœur, tous vénérés comme saints, à savoir : saint Maximin ou Mesmin, qui fut évêque de Trèves ; saint Maixent, évêque de Poitiers ; saint Mexme, ermite à Chinon ; saint Jouin, qui fonda à Ension, une abbaye depuis lors appelée Saint-Jouin-de-Marnes ; enfin, sainte Maxima, vierge. On rattache à cette famille un autre saint, Maximin, évêque de Poitiers au Ve.
Le plus connu de ces personnages, l'évêque de Trèves, fut en cette ville le conseiller de l'empereur Constant et se rendit célèbre aux conciles de Milan (346), de Cologne et de Sardique (347). Revenu en visite à Mouterre-Silly, il y mourut le 12 novembre 349, et fut enterré dans le predium paternel et au-dessus de Soulaville.
Les Trévires vinrent à Mouterre réclamer le corps de leur saint pasteur, et dom Chamard a rapporté, avec une pieuse naïveté, le légendaire enlèvement du saint corps dérobé aux Poitevins enivrés ; et ce récit n'est qu'un doublet de l'enlèvement, non moins légendaire en ses détails, du corps de saint Martin, évêque de Tours à Can des-sur-Vienne.
À Mouterre, sur l'endroit où le saint corps avait été déposé, on bâtit une cella memoriæ, remplacée au Xe par l'église actuelle, et qui fut desservie par quelques moines, d'où le nom de Mouterre, monasterium, ajouté à celui de Silly, agglomération distante de 600 ou 800 mètres, où l'on a découvert une nécropole gauloise ou gallo-romaine formée de sépultures incinérées. À Silly se trouve située la fontaine dite de saint Maximin.
Autour de l'église Saint-Maximin de Mouterre, et de très bonne heure, furent ensevelis un grand nombre de défunts. En 1912, à la suite de travaux pratiqués pour faire une cave, à 10 mètres au nord de l'entrée de l'église, on enleva la terre sur une superficie de 15 m² et sur une profondeur de 3 mètres. Or, en ce peu d'espace avaient été effectuées au moins une vingtaine de sépultures faites en de longs cercueils en pierre et surtout en calcaire coquillier de la carrière des Douces, de Doué-La-Fontaine, en Anjou. Elles s'affirmèrent auges funéraires pesant 474 kilos ; elle a été taillée au marteau à pic et décorée de stries obliques et contrariées se réunissant en arête de poisson. Elle est aujourd'hui à l'hypogée de Mellébaude, à Poitiers.
Quatre squelettes, qui se touchaient presque, avaient été déposés dans les cercueils, la face contre terre, dans une prosternation intentionnelle : il n'y a pas eu méprise d'observation, les os du bassin étant retournés ; d'autre part, les bras bien étendus le long des corps et les jambes bien parallèlement posées écartent l'hypothèse d'ensevelissements prématurés. J'ai constaté plusieurs fois le même fait en Poitou, notamment au Hoc-Saint-Luc (Vendée). Le fond de l'une des auges funéraires, au moins, avait été doublé d'une planche de bois résineux dont les nœuds étaient encore reconnaissables. Avec eux se trouvaient les ossements d'une femme, sa bague d'argent, ornée de dessins au trait et de points, et les débris d'une agrafe de bronze.
Dans un autre cercueil, sept perles en verre ou pâte vitreuse, lisses ou godronnées, de la taille d'une grosse noisette, plates en dessus et en dessous, avaient formé bracelet à la main gauche qui portait une bague de fer dont le chaton, rongé par l'oxydation, avait été décoré d'un faux rubis taillé en table.
Une autre sépulture en calcaire coquillier contenait les restes d'un squelette chaussé de souliers en cuir brun, sans talon saillant ; cette chaussure était faite de deux pièces réunies entre elles et fixées à la semelle par des coutures autour, sur le dessus du pied, et derrière le talon. J'en ai fait un dessin très exact relevé d'aquarelle, mais n'ai pu les conserver. Près du défunt se trouvait un disque de pierre orné de stries rayonnantes. J'ai recueilli plusieurs de ces disques dans les sépultures de Mouterre, dont certaines ne contenaient que cet objet avec le squelette ; l'un d'eux, très épais, porte huit signes semblables à ceux dont furent marqués extérieurement un grand nombre de cercueils poitevins en pierre, du IVe au Ve et que l'on appelle souvent des « Trecéres ».
Dans une ciste de pierres posées autour des restes d'un enfant, plusieurs perles d'ambre brun ; puis, ailleurs, des objets ou des fragments en cuivre, fer, verre et terre cuite, sans grand intérêt, sauf une sorte de stylet en os ou ivoire et des fioles cylindriques brisées intentionnellement, semblables à celles trouvées entières à Moutiers-sous-Argenton (Deux-Sèvres), dans les tombes qui entouraient le tombeau de saint Ruffin, disciple de saint Jouin de Mouterre.
Tous ces objets sont au musée des antiquaires de l'Ouest à Poitiers (Grandes-Écoles) (fig. 8584-8588).
À Mouterre, paroisse rurale de 900 habitants, les ensevelissements ont été fort nombreux, car, à 30 mètres au nord et à l'orient de l'église, et à 50 mètres de la porte, au couchant, on trouve encore des tombes de pierre étagées sous terre ; il semble possible de penser que des fidèles des paroisses voisines demandaient à être ensevelis près du lieu de déposition de saint Maximin.
Beaucay ou Bauçay. — Le hameau de Beaucay, en Mouterre-Silly, fut au IVe ou Ve le lieu de naissance de sainte Néomaye, vierge, que les barons de la puissante maison féodale de Beaucay disaient être née dans leur ascendance ; ils propagèrent son culte et bâtirent des édifices sous son vocable partout où ils eurent des fiefs, notamment à Sainte-Neomaye, chef-lieu de canton des Deux-Sèvres, à Loudun, aux Trois-Moutiers, à Scarbé-Clervault (Vienne), à Marçay, à Lerné (Indre-et-Loire), etc.
À Beaucay fut découverte, vers 1875, une sépulture d'époque mérovingienne dont le caractère chrétien s'affirme par la présence de deux croix pattées sur une superbe boucle de ceinturon, faite en fonte de bronze. Un long scramasax ou couteau de Buone brisé, reposait avec l'inhumé (fig. 8585).
L. CHARBONNEAU-LASSAY.
MOUTIERS DE TARENTAISE. — I. Tarentaise. II. Liste épiscopale. III. Consécration de l'église Saint-Pierre. IV. L'église Saint-Pierre. V. L'abside primitive.
I. TARENTAISE. — La Tarentaise est le nom donné à la haute vallée de l'Isère qui forma, vers le IVe au plus tard, une province procuratorienne sous le nom d'Alpes-Graies, avec Aisme pour centre administratif de la population des alentours composée de Centrones. Au commencement du VIe, Darentasia ou civilas Centronum appartenait à la nation bourguignonne ; rattachée à l'empire franc en 534, elle parait avoir été d'abord attribuée à Childebert I, le roi de Paris. Le partage de 561 la lia au nouveau royaume de Bourgogne, dont Gontran fut le premier souverain ; elle en suivit les destinées.
III. CONSÉCRATION DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE. — En 450, une décision du pape saint Léon conféra à l'évêque de Vienne le droit de métropolitain sur les diocèses de Valence, Tarentaise, Genève et Grenoble. Cette décision fut confirmée en 513 par le pape Symmaque. L'évêque de Vienne exerçait le droit de dédicace des édifices religieux dans le territoire de sa province ecclésiastique, droit expressément refusé dans chaque diocèse — sauf l'agrément de l'ordinaire — par les conciles d'Orange en 441 et d'Arles en 452, aux évêques étrangers.
Em 373 MOUTIERS déchirure du papyrus. Les premières lettres des quatre dernières lignes manquent également et quelques mots ont subi une notable dépréciation. La première ligne énonce le titre de l'homélie et les autres en forment l'exorde. Les deux pages du feuillet 12 devaient, d'après Jérôme Bignon, appartenir à l'homélie préchée par saint Avit à Moutiers ; c'est aussi l'opinion de M. Borrel pour qui la description des lieux et l'allusion faite à saint Pierre et à saint Paul, patrons de la cathédrale de Moutiers, autorisent à dire qu'elles constituent la dernière partie du discours de saint Avit, dont le commencement termine le 6e feuillet du recueil précité.
Il n'est pas facile de dégager la pensée d'Avitus des termes abstraits, des périphrases, des antithèses dans lesquels il se complaît. Voici la traduction et l'analyse raisonnée des fragments. x Préchée en l'église de Saint-Pierre, construite par Sanctus, évêque de Tarentaise :
« Il est juste de dire que la puissance de l'orateur diminue en raison de la grandeur du sujet qu'il traite. Malgré la peine que je me suis donnée pour préparer mon discours, il restera au-dessous de ma tâche. J'espère qu'on sera indulgent envers celui qui fait tous ses efforts pour rendre ce discours convenable. Quoi que notre parole ne soit pas à la hauteur de notre mission, nous ferons au moins preuve de bonne volonté. La brièveté ne nuit pas à l'éloquence, concentrons-nous donc dans ce qui est digne d'être loué... [lacune].
« Le temple, suffisant pendant la dispersion, se trouve trop petit pour la bourgade devenue cité, assise sur un emplacement bien choisi, aussi favorable aux intérêts temporels qu'aux intérêts spirituels ; mais, grâce aux nouvelles constructions, ce qui était trop exigu, même pour un petit nombre, est devenu suffisant pour une population nombreuse. L'habileté des ouvriers a chassé la nuit et amené la lumière. Le jour est heureusement emprisonné dans un cachot lumineux, d'où les ténèbres ont été chassées après un long séjour.
C'est ainsi qu'autrefois la prison de Pierre le pécheur fut illuminée par ses précieuses chaînes. Le fer du supplice devint plus brillant que les métaux précieux, les serrures s'ouvrirent seules pour laisser le passage libre et les chaînes tombèrent d'elles-mêmes avec fracas.
[Tels sont les deux apôtres ] dont nous réunissons ici le patronage... [lacune].
DE
TARENTAISE 374 s'adresse ici à l'évêque du lieu — dominent toute la foule des saints. Réjouis-toi donc, habile marchand, de l'office qui t'a été confié. Sors de ton trésor les nouvelles et les anciennes choses, toi qui instruis les ignorants et relèves ceux qui tombent, Qu'une seule solennité suffise pour une double consécration. Tes prières ont été les machines avec lesquelles tu as relevé ce que l'ennemi avait abattu, Tu as reconstruit l'ancien temple détruit, que la sainteté y revienne aussi. Tu n'as pas enveloppé dans le suaire maudit le talent qui t'a été confié, pour l'ensevelir dans les entrailles de la terre ; tu ne t'es pas contenté de rendre le dépôt, tu as encore rendu les fruits, et, pour que les premices fussent plus agréables, tu as commencé par payer ce que tu devais. C'est pour quoi, mes bien-aimés, il nous reste à prier Dieu de nous rendre toujours ainsi, dans sa justice, les choses saintes que le malheur nous a enlevées ; de changer en riche moisson le grain de froment qui semblait mort ; de nous accorder, comme à Job, la patience qui mérite de recevoir le double des biens que nous fait perdre le malheur des temps. Et pour terminer brièvement ce discours, je désire que les vicissitudes présentes et passées apprennent aux pécheurs, comme aux justes, combien les prières des fidèles sont puissantes pour les biens de l'éternité, puisqu'elles ne sont pas même inutiles pour les biens de ce monde. » Le titre de l'homélie qu'on vient de lire nous apprend le nom de l'évêque qui fit construire l'église, celui de l'évêque consécrateur et nous fait connaître la date approximative de sa construction et celle du séjour d'Avit à Moutiers.
Les mémoires du vieil historien de Moutiers, Besson, ne mentionnent qu'un seul acte de l'évêque Sanctus : sa présence au concile d'Épaone, en 517. Il se pourrait que cette circonstance ait rapproché Avit et Sanctus et provoqué l'invitation adressée à ce dernier de venir dédier la basilique récemment terminée. La dédicace aurait eu lieu après 517.
L'emplacement décrit par saint Avit semble bien s'appliquer à la cathédrale de Moutiers. L'aire de l'église est, en effet, élevée au-dessus de l'Isère, qui passe à côté d'elle, que l'évêque de Vienne qualifie de « fleuve », et qui devait, à cette époque, ressembler à un torrent, comme il le dit, à cause du bruit des eaux coulant dans un lit resserré et encombré de blocs ou de gros cailloux. Le pont qui établissait la communication entre les deux rives était alors, d'après un ancien plan, plus rapproché de l'église que ne l'est l'actuel, appelé pont Saint-Pierre, qui n'en est éloigné que de quelques mètres. Il n'y avait pas, à cette époque, 20 mètres entre la cathédrale et l'Isère.
La convergence des vallées de la Tarentaise, à Moutiers, où se traitaient les questions religieuses, ressortissant à l'évêque, et toutes les grandes affaires civiles et commerciales du pays, a fait dire avec raison à saint Avit, « que l'emplacement de la ville était aussi favorable aux intérêts temporels qu'aux intérêts spirituels » Moutiers, de bourgade, était devenu cité ; il était déjà alors le chef-lieu de la Tarentaise et jouissait de toutes les prérogatives attachées à ce titre. Sa population s'était rapidement et considérablement accrue, puis que l'ancien temple se trouva trop petit pour contenir tous les habitants. La nouvelle église avait des dimensions bien plus grandes que la précédente.
Les fenêtres de l'église détruite étaient probablement closes avec de simples tablettes ou même des panneaux en bois, percés de trous circulaires ou en losanges, ne laissant pénétrer dans l'église qu'une bien faible lumière. Les constructeurs de la nouvelle basilique avaient probablement eu recours à des vitres enchâssées dans des baguettes de plomb, répandant la lumière à profusion tout en fermant hermétiquement les baies, ce qui faisait dire à saint Avit que la lumière était enfermée dans une espèce de prison lumineuse.
L'allusion à saint Pierre et à saint Paul indique que l'église où il prêche est sous le vocable des princes des apôtres, comme elle l'est encore aujourd'hui ; c'est un lien qui rapproche cette dernière partie au titre, Le langage d'Avit montre qu'il y avait encore des ariens dans le pays et même des partisans d'autres hérésies, mais moins agissants et moins vivaces, Nous savons en outre que l'église élevée par Sanctus en remplaçait une plus ancienne que les ennemis, des Francs peut-être, avaient détruite !.
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IV. L'ÉGLISE SAINT-PIERRE. — Succédant à un oratoire, l'église consacrée par saint Avit fut, à son tour, remplacée.
En 996, Rodolphe III, roi de Bourgogne, fit donation du comté de Tarentaise à l'archevêque Amizo ; l'acte de donation nous apprend que les Sarrasins d'Espagne avaient, quel que temps auparavant, ravagé la Tarentaise. Ce fut donc vraisemblablement peu après cette date que l'archevêque Amizo reconstruisit la cathédrale de Moutiers, qui avait été incendiée ; en tout cas, cette reconstruction est antérieure à 1044, date du dernier document dans lequel on voit paraître l'archevêque Amizo. Environ cent trente ans plus tard, l'édifice était encore en bon état, car saint Pierre II, quatrième successeur d'Amizo, n'en répara que les couvertures ; il refit celle de l'église en pierre, celle du clocher et de l'abside en plomb. Jusqu'en 1461, l'église ne subit aucune changement ; à cette date, on construisit sur les anciens soubassements, encore en grande partie visibles, toute la partie antérieure du monument jusqu'au transept. La date de cette réédification est gravée sur la façade principale.
De l'église de Moutiers, construite au commencement du xi siècle, il existe encore actuellement la crypte et ses collatéraux, l'abside de l'édifice, le chœur, le bas des deux tours qui le flanquent et le transept. La crypte se composait d'une abside occupant toute l'étendue de la cathédrale ; en second lieu, d'une salle antérieure qui a dû être le martyrium ; cette salle était construite sous l'avant-chœur et séparée de l'abside par une claire-voie maçonée ; enfin, de deux chapelles carrées, flanquant la chapelle absidale et occupant le dessous des deux tours qui flanquent le chevet de l'église (fig. 8589). On y arrivait par deux escaliers, semi-circulaires à leur base, et qui débouchaient à la place qu'occupent aujourd'hui les autels appuyés contre le mur du transept. L'hémicycle était éclairé par trois fenêtres étroites ouvertes dans le soubassement de l'église. Les chapelles latérales n'étaient éclairées que par une seule fenêtre. Le martyrium ne devait recevoir qu'une lumière indirecte qui pénétrait par la baie de la porte établie dans la claire-voie. | La crypte proprement dite a, dans œuvre, 12 m. 30 de longueur sur 8 m. 65 de largeur. Le martyrium mesure 8 m. 80 sur 6 m. 65, Les chapelles ont 4 m. 18 sur 3 m. 83. La hauteur sous voûte était de 4 m. 55, à partir du sol. Les chapelles étaient voûtées comme l'abside. Le martyrium était recouvert d'un plafond formé de deux planches superposées séparées par une aire en plâtre (fig. 8589). | La voûte de la crypte était portée par un quinconce de colonnes au nombre de dix-huit, dont six au centre et douze adossées au mur (fig. 8590). Les dix colonnes du centre étaient cylindriques. Les piliers adossés aux murs sont formés de deux pilastres et d'une colonne centrale semi-circulaire. Les voûtes des chapelles reposent sur quatre piliers formés également de deux pilastres en retour et d'un quart de colonne à section circulaire. L'équilibre des colonnes centrales était maintenu par des arcs-doubleaux contre lesquels s'appuyaient les bonnets de la voûte. Des arcs formerets, adossés contre les murs, sont jetés d'un pilastre à l'autre. Des arcatures aveugles sont construites dans chacun des segments circulaires des tympans, au-dessus du tailloir qui court sur le pourtour des murs au niveau de l'imposte de la voûte.
Les colonnes centrales, qui sont cylindriques, ont une hauteur totale de 3m. 10 et un diamètre de 0m. 50 ; elles se composent d'un chapiteau, d'un fût et d'une base. Le chapiteau, d'une hauteur de 0 m.63, est à face plate et circulaire à sa base, et sans décor, c'est une portion de sphère pénétrée par un cube. Il est surmonté d'un tailloir biseauté, formant une saillie de 0 m. 07 et recevant directement les naissances des arcs. Le fût a 2 m. 15 de hauteur ; il est orné d'un astragale de 0 m. 06 de diamètre, qui n'a ni filet ni congé, et d'un filet à sa base, mais sans congé non plus (fig. 8590). La base, qui a une hauteur totale de 0 m. 32, est atti que dans ses éléments constitutifs ; elle se compose d'un tore, d'un filet, d'une scotie et d'un quart de rond qui sert de socle ; c'est une imitation de celle de l'ordre composite.
Les colonnes adossées aux murs ont 0 m. 42 de diamètre et sont en tout semblables aux colonnes isolées. Les pilastres qui flanquent ces colonnes ont 0 m. 40 de largeur et 0 m. 30 d'épaisseur ; ils sont sans base et n'ont pour chapiteau qu'un tailloir biseauté semblable à celui des colonnes.
Les portes des chapelles et celle du martyrium ont deux cintres superposés, dont l'inférieur est en retrait de 0 m. 20 sous le supérieur. Derrière ces deux existe encore un linteau qui, par sa largeur, occupe le restant de l'épaisseur du mur. Dans les portes des escaliers, les arcs sont remplacés par une plate-bande d'un appareil hardi et bien exécuté !.
V. L'ABSIDE PRIMITIVE. — En 1897, on a retrouvé au couvent des religieuses de Saint-Joseph, à Moutiers, les restes d'un édifice de forme circulaire qui remonte incontestablement à l'époque romaine et qui paraît avoir été un temple. On avait démoli, à une époque fort ancienne, la moitié de cette rotonde dont on a fait ainsi un hémicycle qui a servi d'abside à une église chrétienne, À côté de ces substructions, on a recueilli deux inscriptions romaines d'assez bonne époque, mais malheureusement fort mutilées. Des réparations entreprises à l'hôtel-Dieu de Moutiers, qui occupe l'emplacement de l'ancien prieuré de Saint-Martin, ont permis de contrôler et de compléter les constatations archéologiques faites antérieurement. Des chapiteaux, des piédestaux, des tronçons de colonnes y ont été recueillis, ainsi que diverses inscriptions romaines dont une votive très intéressante.
Tout cet ensemble de monuments montre l'importance que Moutiers avait à la fin de l'époque romaine et lors de l'établissement du christianisme dans cette partie des Gaules. La cathédrale de Saint-Pierre-et-Saint-Paul aura peut-être eu pour abside, à l'origine, le temple récemment mis à jour *. ; H. LECLERCQ.
MOUZAIAVILLE.--Entre le pied de l'Atlas et l'ancienne route d'Alger à Miliana, au lieu appelé El-Hadjeb, à 500 mètres environ du village de Mouzaïaville, on retrouva les ruines d'un camp romain. Les documents anciens donnent le nom de cette localité sous trois formes différentes : Tanaramusa, avec la variante Taranamusa et Ternamusa, qui se déduit de être plus :
… [mu]lfis exiliis [ssepe] probatus el fidei catholicæ adsertor dignus inventus, inplevil in episcopatu an- (nos) XVIII m(enses) IT (dies) XII el occisus esl in belio Maurorum et sepultus est die VI id(us) maias (anno) provinciæ CCCCL V I.
Ce texte entra en 1856 au musée d'Alger. On a proposé la traduction suivante :... Donatus... éprouvé par plusieurs exils et reconnu pour un digne défenseur de la foi catholique, a rempli les fonctions épiscopales pendant 18 ans, 2 mois et 12 jours. Il a été tué dans la guerre des Maures et inhumé le 6 des ides de mai de l'an 456 (ère provinciale), ce qui donne 495 après Jésus-Christ.
Le nom de Donatus est conjectural, mais offre une certaine vraisemblance parce que c'est le nom de l'évêque de Tanaramusa castra dans la Notitia episcoporum exilé en 484 par le roi vandale Hunéric. La concordance de la date et de l'exil mérite considération. Le 6 des ides de mai 456, correspond au 10 mai 495. Le texte fait allusion à la guerre des Maures et Procope (I, viri) nous apprend que tout le règne de Guntamund fut troublé par les révoltes des indigènes qui s'emparèrent d'une partie de la Numidie, de la Byzacène et de la Maurétanie Césarienne et Tingitane. Les indigènes montrèrent une certaine bienveillance aux catholiques à qui ils restituèrent des monastères confisqués. C'est dans un des épisodes de cette lutte que périt l'évêque de Tanaramusa, sans que nous sachions si ce fut du fait des Vandales ou des Maures.
Une autre inscription n'est représentée que par une tablette de marbre brisée en quatre morceaux parmi lesquels manquent ceux qui faisaient les angles supérieur et inférieur de gauche, d'où il résulte que les commencements de la première, de la deuxième et de la quatrième ligne font défaut. Tout ce que l'on peut lire avec certitude, c'est eps avec un signe d'abréviation. Au-dessus de la première ligne, on voit le profil d'un oiseau tourné à gauche : lethni que Ternamusensis qu'on rencontre dans les listes épiscopales d'Afrique. La leçon exacte est Tanaramusa résultant de l'ethnie Tanaramusamus appliqué à Titus Aelius Zabidus sur une inscription de Berrouaguïa, inscription aujourd'hui détruite. Mouzaiaville a fourni quelques inscriptions chrétiennes. Celle-ci est particulièrement intéressante, gravée sur une tablette de marbre blanc haute de 0 m. 76, large de 0 m. 51, épaisse de 0 m. 03. Hauteur des lettres.
Cette épitaphe épiscopale a été trouvée dans une chapelle située à 250 mètres environ, à l'est de l'angle N.-E. des ruines de Tanaramusa. L'autre épitaphe avait été trouvée au même endroit.
L'édifice trace un carré long de 20 mètres sur 10 mètres environ. Il comprend un vestibule, puis une nef avec deux bas-côtés formés par une double colonnade, et, au fond, une abside inscrite, à l'Est, dans l'intérieur du carré, et élevée au-dessus du sol de la chapelle. Là, au milieu, se trouvait le tombeau de l'évêque Donatus ; quelques ossements y ont été recueillis par le curé de Mouzaïaville. On y a trouvé aussi les agrafes d'un coffre et un fer de lance, l'arme qui, peut-être, avait mis à mort l'évêque. Ces objets, emportés au musée d'Alger, furent perdus en route.
Deux autres tombeaux ont été découverts à l'ouest de cette abside (par conséquent au fond de la nef, autant qu'il semble). L'inscription que nous venons de transcrire appartient à l'un d'eux. Elle était conservée au presbytère de Mouzaiaville.
Disons, pour en finir avec cette chapelle, dont la forme est tout à fait celle d'une basilique, qu'elle était bâtie avec des cailloux roulés, liés par un mortier assez mauvais, mais très blanc.
Vers 1864, on trouva à Mouzaiaville, chez un sieur Nicollet, une « espèce de plaque en terre cuite, d'une extrême finesse », Les morceaux s'ajustent parfaitement, en sorte que l'on a pu reconstituer le tout. La plaque a 0 m. 45 de long sur 0 m. 37 de large, y compris les rebords, qui ont une largeur de 5 à 6 centimètres et sont élevés de 2 centimètres au-dessus de la partie principale du tableau. Sur chacun des quatre rebords se trouvent trois figures en relief parfaitement conservées. D'abord on serait tenté de croire que ce sont les douze apôtres ; mais, comme les quatre rebords reproduisent également les trois mêmes figures, cette circonstance fait rejeter la première supposition. Un enfant, placé au milieu du rebord supérieur, tient à la main un emblème en forme d'y. Au milieu du tableau, se tiennent debout, prêts à monter à cheval, deux guerriers, la lance dans une main et les rênes dans l'autre. Entre les deux se trouve une urne, au-dessus de laquelle on lit l'inscription ! :
Cette plaque a été brisée et a péri.
Les tombeaux sont nombreux autour des ruines de Tanaramusa. La plupart, simples sarcophages en pierre, ont ces dimensions : haut. 0 m. 71, larg. 0 m. 50 ; long. 2 mètres. Un des petits côtés est creusé en hémicycle au dedans ; le chevet y est indiqué par un petit relief de la pierre, Comme exemple de constructions sépulcrales plus compliquées, nous prendrons celle qui se trouve dans la concession Ronin, sous les ruines principales et au Sud. A en juger par le nombre des pierres de taille dont le sol est semé auprès de deux sarcophages qu'on remarque en cet endroit, on peut conjecturer que ceux-ci étaient renfermés dans un hypogée dont ces pierres sont les matériaux aujourd'hui dispersés.
Quant aux deux sarcophages, d'après les renseignements fournis par M. Ronin, ils avaient un seul et même couvercle sur lequel était sculptée une grande croix dont ce colon a fait un jambage de porte.
Dans le sarcophage le plus au Sud, le squelette a été trouvé entier ayant les pieds à l'Est et la tête à l'Ouest ; sur celui des petits côtés qui correspond au chevet, le chrisme est sculpté ; l'autre petit côté et les deux faces latérales sont nus.
Le sarcophage placé au Nord, dans ce groupe sépulcral, et qui était vide, a les mêmes dimensions que le précédent. Sur un de ses grands côtés, un cartouche terminé latéralement en queue d'aronde remplit le champ. Sur l'autre grand côté, cartouche semblable, mais de dimensions moitié moindres, et que flanquent deux carrés divisés chacun en quatre carrés plus petits. Au centre de ceux-ci, croix en forme de X dont les extrémités des branches vont se perdre dans les angles des petits carrés.
On a recueilli en Afrique plusieurs lampes de bronze, notamment à Souk-Ahras ? à Timgad ? à Mouzaiaville . La lampe de Mouzaïaville offre une grande ressemblance avec une autre lampe chrétienne en bronze trouvée au douar Bellaa, au nord-est de Saint-Arnaud, département de Constantine. Cet objet mesure 0 m. 21 de long et 0 m. 16 de haut ; il pouvait être suspendu au moyen de chainettes ou bien placé sur un support cylindrique dans le godet duquel il s'emboîtait par deux petits tenons (fig. 8591). La lampe de Mouzaïaville a également deux becs, elle est décorée de deux croix monogrammatiques avec l'x et Fæ ; elle présente également à sa partie supérieure une petite cassolette, où l'on faisait sans doute brûler de l'encens et dont le couvercle est surmonté d'une croix grecque et d'une colombe. Le couvercle du récipient à huile a malheureusement disparu dans la lampe du douar Bellaa .
MOYENMOUTIER. — I. Moyenmoutier. II. Les sources. III. La légende dans l'histoire. IV. La part de l'histoire, V. Les successeurs de saint Hidulphe : Régimbert, Sundrabert, Maldavin, Fortunat.
I. Moyenmoutier : nom fait partie du canton de Senones, arrondissement de Saint-Dié, département des Vosges. Son existence s’est poursuivie pendant près de quinze siècles, sans beaucoup d'éclat, à l'ombre du monastère fondé par saint Hidulphe. Celui-ci est peu connu et son abbaye a eu un rôle assez effacé dans l'histoire monastique, mais l'abbaye a duré onze siècles et cette longue destinée s'est achevée non sans honneur. Le monastère de Saint-Hidulphe et celui de Saint-Vanne de Verdun virent naître, au début du XVIe, une réforme d'où sortit la congrégation bénédictine de Saint-Maur. Ces temps ne nous appartiennent plus et nous n'avons donc pas à en parler ici, mais il y aurait eu injustice et ingratitude à n'en pas rappeler le souvenir.
Moyenmoutier se présente, à la période des origines, dans un dénuement presque complet : ni chartes, ni diplômes, ni privilèges ; nous ne pouvons ressaisir quelques traits d'histoire que dans les anciennes Vila Hidulfi, et celles-ci, au nombre de trois, demandent à être examinées de près.
II. Les sources. — Ces trois Vila sont connues depuis que dom Hubert Belhomme les publia intégralement en 1724, dans son Historia Mediani in monte Vosago monasterii, ordinis Sancti Benediclini, ex congregalione sanclorum Viloni et Hidulfi, 1 vol. in-4°, ejus sedulitate tunc lemporis per[rui, veraci stylo digesta 902 P. du Sollier donna à dom A. Calmet qui la communiqua à dom Belhomme ; celui-ci la publia . Très courte , elle peut être qu'un résumé de la Prima et non de la Tertia vita ; de la Prima, elle suit les erreurs de chronologie et autres ; de la Tertia, elle ignore les interpolations et la date de la mort du saint. La rédaction doit prendre place vers la fin du x* siècle 7.
Ces trois manuscrits ont servi à Belhomme à établir son texte divisé en vingt-quatre chapitres qu'il fait suivre d'annotations ? que les Acla sanctorum ont reproduites presque en totalité. La Tertia vita n'a pu être rédigée que par un auteur qui utilisait la Prima vita, disons plus, qui en reproduisait les expressions et parfois les phrases textuellement. Cet auteur n'a laissé sa marque que dans les interpolations dont il agrémente le récit, interpolations de trois genres : « Ce sont d'abord des faits historiques empruntés à des chroniques générales ; ce sont ensuite des considérations morales ; ce sont enfin des faits de l'histoire locale, intéressant la province de Trèves, et, en particulier, la vallée supérieure de la Meurthe !« , » L'interpolateur était certainement un moine de Moyenmoutier, auteur d'un autre opuscule intitulé : Libellus de successoribus sancti Hidulfi in Vosago, c'est ce qu'il laisse entendre clairement ! : il semble que la Vila et le Libellus soient les deux livres d'un même ouvrage 1%, Quoi qu'il en soit, le Libellus ne peut être antérieur au début du xi siècle et postérieur à la moitié du siècle ; il faut donc assigner la Tertia vita à la première moitié du xr ? siècle. de l'ordre des frères prêcheurs qu'il quitta on ne sait pour quelle raison et vint se réfugier à Moyenmoutier, dont l'abbé Bencelin, son parent, le chargea d'écrire l'histoire ; ce qui fut exécuté entre les fêtes de Pâques et de la Pentecôte de l'année 1326. Cette histoire est une chronique universelle en deux livres. Le Ier part de la création pour aboutir à la fondation de Moyenmoutier ; le II livre commence avec la fondation du monastère et exploite la Tertia vita, le Libellus et la Vita Deodati ; à partir du xr* siècle, le récit prend une couleur plus franche d'originalité, La Chronique de Jean de Bayon n'a été éditée que par fragments dans l'ouvrage de dom Belhomme, fragments que dom Calmet a reproduits en partie. Il n'existe pas d'édition intégrale.
III. LA LÉGENDE DANS L'HISTOIRE. — Les documents que nous venons de présenter suivant l'ordre chronologique de leur rédaction ne sont pas d'accord entre eux touchant certains faits essentiels à l'histoire de Moyenmoutier, notamment à sa chronologie. Le P. Wiltheim, jésuite luxembourgeois, s'arrêta à un parti fort édifiant : il créa un archevêque de Trèves du nom d'Hidulphe et le plaça sans contestation en paradis ; son confrère, le P. du Sollier, n'y consentit point. La difficulté restait entière, D'après la Prima vita, qui, comme on l'a vu, peut se rattacher de plus ou moins près à une Vie contemporaine, l'évêque Hidulphe, né de grande famille, fort instruit, bien éduqué, reçut la cléricature à Hatisbonne. Il fut élu archevêque de Trèves et son élection ratifiée par Pépin le Bref ; il céda aux instances, remplit les fonctions de sa charge qu'il aggrava par ses jeûnes, ses oraisons, ses veilles prolongées, Sa charité est inépuisable et il songe sans cesse à réaliser le rêve de sa jeunesse et à se retirer au désert. Tous les Trévires se lamentent et supplient en vain. Hidulphe se rend dans le diocèse de Toul et, sur le conseil de l'évêque Jacob, fait choix du site où s'élèvera Moyenmoutier. Arrivé là, il bâtit deux églises : l'une en l'honneur de Notre-Dame qu'il nomme Medium monasterium, l'autre en l'honneur de saint Pierre et de tous les apôtres. Deux églises pour un homme seul, fût-il archevêque démissionnaire, c'est assurément beaucoup, mais la réputation de Hidulphe lui attire des disciples et, avec eux, il entreprend la construction d'un monastère, Un courant s'établit, la foule se dirige vers ces lieux où un saint homme prodigue les miracles, tant et si bien qu'au lieu de la solitude qu'il est venu chercher il voit s'élever une troisième église et une hôtellerie. L'église était dédiée à saint Jean-Baptiste, et peu après ce fut une quatrième dédiée au pape saint Grégoire Ier et autour de laquelle s'étendit le cimetière. Car la fondation prospère de plus en plus et les donations se succèdent ad augmentum loci, ce qui se comprend d'autant mieux que les miracles redoublent.
Un jour, c'est une princesse aveugle qui recouvre la vue par le moyen de l'eau du baptême, un autre jour, c'est une tempête qui couche les chênes et les sapins par terre et n'éteint pas les cierges portés en procession, à tel point que ces miracles tournaient à la calamité.
Déjà les mercantis agitaient le projet d'organiser un marché public à l'abri du monastère lors que Hidulphe vint au tombeau de son disciple Spinule et l'invita à suspendre les effets de sa protection. Spinule se le tint pour dit, et les miracles cessant, la foule se dissipa, mais les bienfaiteurs s'obstinèrent et les domaines de Moyenmoutier s'arrondirent de plus en plus. Entre temps, une cinquième église était sortie du sol, celle-ci à l'honneur de saint Épvre. À quel que temps de là, la fièvre eut raison d'Hidulphe qui mourut le 11 juillet.
Tout ceci se donne pour de l'histoire et confine à la légende. La Vita fait succéder Hidulphe à Milon sur le siège de Trèves au temps de Pépin le Bref, or, parmi les listes épiscopales de Trèves, une seule fait suivre le nom de Milon par celui d'Hidulphe ; c'est la liste du manuscrit d'Epternach dont le rédacteur, au XIe, a cru se mettre en règle avec la Vita Hidulfi en faisant cette addition dont les catalogues antérieurs ne portaient aucune trace, L'argument ne serait pas tout à fait décisif puisqu'on peut citer des exemples de catalogues épiscopaux lacuneux, ce qui, dans le cas d'Hidulphe, serait d'autant plus explicable qu'il mourut loin du siège qu'il avait quitté. On peut apporter des raisons plus concluantes, notamment un jugement rendu par Charlemagne à l'occasion d'un procès entre les héritiers de Milon et l'archevêque de Trèves, Wéomad. L'enquête conduite à cette occasion établit que Milon eut pour successeur Hartham et non Hidulphe !.
Voici qui est plus assuré encore, La Prima vita nous apprend que l'évêque Hidulphe fit à Trèves une translation des reliques de saint Maximin. De cette translation il existe un récit par un moine de Trèves écrivant sous le règne de Pépin : Paulo post nam que antequam gloriosum de ipsa crypta (la crypte où saint Paulin avait déposé les restes de saint Maximin à leur arrivée d'Aquitaine) translatum fuisset corpus, ipsa crypta ibi repleta est aqua, ubi heec nunquam antea nec postmodum visa fuerat, el per cryplam allior in gyro apparuit unius mensura cubili ipsum que sepulchrum minime tetigit, sed velut murus ex utra que stetit parte. Tune sancli Dei, Hidulfus videli cet, Clemens et Lothberlus cognoverunt quod vir beatus de ipsa vellet egredi crypta et se ad locum ubi nunc adoratur transferri, sicut sepius Lothberlo revelatum fuil episcopo ; quod et factum est... Cooperculum vero ipsius sepuleri tres illi episcopi deportaverunt in uno que posuerunt angulo... ?.
D'après la suite du récit, on voit Char les-Martel, maire du palais, recouvrer la santé au tombeau du saint, dont la translation se trouve donc reportée à une date plus ancienne et, par conséquent, l'épiscopat d'Hidulphe.
Enfin, une lettre de Frothaire, évêque de Toul, relate un différend survenu, sous Louis le Débonnaire, entre l'abbé de Moyenmoutier, Hismond, et ses moines au sujet d'un partage de menses. Or, le Libellus de successoribus Hidulfi mentionne comme abbés de Moyenmoutier, entre Hidulphe et Hismond, les nommés Leutbald, Régimbert, Sundrabert, Maldavin, Fortunat et Waldo ; cependant, ces six abbatiats requièrent une durée totale assez longue, un siècle environ.
On peut donc conclure cette discussion en admettant que les écolâtres, auteurs de la Vita Hidulfi du Xe, ont voulu trop bien faire et ont tout brouillé. Leur essai d'identification des noms propres les a induits en erreur. Avant lu dans les Acta : « Pépin, père de Char les », ils ont confondu Pépin d'Héristal avec son petit-fils Pépin le Bref et Char les-Martel avec Charlemagne. Ils n'ont pas été plus heureux avec les catalogues épiscopaux de Trèves et de Toul où ils ont rencontré Milon et Jacob et se sont emparés de ces noms propres au détriment de l'histoire. En définitive, les dates de la vie d'Hidulphe et de la fondation de Moyenmoutier appartiennent à la fin du VIIe et non à la fin du VIe.
Est-il possible de découvrir un Hidulphe dans la liste épiscopale de Trèves au VIIe ? On ne l'y rencontre pas, ce qui, à la rigueur, n'empêche pas qu'il ait existé, car les listes épiscopales ne sont pas au-dessus de tout soupçon d'inexactitude. Il est vrai que le Gallia christiana mentionne un Hidulphe à la suite de Numérien, vers l'année 666, mais le privilège sur lequel s'appuyaient les bénédictins pour soutenir son existence, privilège inséré dans la Vita Deodati, n'a pas la moindre authenticité puisqu'il démarque le privilège authentique de Numérien. L'attestation est donc sans valeur. Reste le récit cité plus haut de la translation de saint Maximin où nous voyons un évêque Hidulphe flanqué de deux collègues, Clément et Lothbert. Il ne s'agit pas d'archevêque mais d'évêque, et on peut croire que Hidulphe aura été chorévêque de Trèves à l'époque où il était moine à Saint-Maximin.
L'existence de cinq églises ou oratoires à Moyenmoutier, dès le temps de la fondation, dépasse toute vraisemblance ; il n'est guère contestable que cet état des lieux se rapporte au Xe. Les églises de Notre-Dame et de Saint-Pierre auront pu être élevées près du confluent du Rabodeau et du Rupt de Pierry. — Saint-Jean et l'hôtellerie contiguë furent remplacées, en 1750, par le monastère nouveau et l'église paroissiale actuelle. Saint-Épvre fut remplacée par l'ancienne église paroissiale qui portait le nom de Saint-Épvre ; enfin, Saint-Grégoire, sur une colline au Sud, est encore l'emplacement du cimetière.
L'énumération des sources nous a amené à observer que la Tertia vita apportait quelques détails particuliers, tels que l'origine d'Hidulphe et la date de sa mort dont la Prima vita n'avait rien dit, peut-être pour n'en avoir rien su. Hidulphe était claro Nerviorum genere ortus et l'interpolateur remplace Nervii par Norici, substitution qui dépaysera le saint et sera admise désormais, peut-être parce qu'elle facilite l'explication d'un épisode de la Vita dans lequel on donne à Hidulphe un frère, évêque du pays de Ratisbonne, ville dans laquelle Hidulphe a pu être initié à la cléricature.
En somme, le lieu de naissance de saint Hidulphe demeure obscur et on n'a, pour prendre parti, que des raisons de sentiment.
L'auteur de la Tertia vita raconte qu'Hidulphe vint à Trèves au temps de sa jeunesse et s'y fit moine ; c'est ainsi que l'archevêque Milon put le connaître, l'apprécier, se l'attacher comme auxiliaire, ce qui provoqua l'élection par le peuple. Mais Hidulphe prend la fuite et c'est encore la Tertia vita qui en indique la direction, l'Istrie, son pays natal. En tout ceci, la préoccupation est évidente de compléter, d'ajouter, de préciser. Il en est ainsi lorsqu'Hidulphe se retire au monastère de Moyenmoutier. Pour l'auteur de la Tertia vita, il s'agit de donner l'impression qu'il connaît les moindres détails : noms, dates, circonstances, par exemple le jour de la consécration des deux premiers oratoires : Notre-Dame (vii des calendes de mars) Saint-Pierre (xvii des calendes de novembre), etc...
L'addition la plus importante est la date de la mort de saint Hidulphe. La Prima vita donnait le jour, 11 juillet, la Tertia ajoute que ce fut en l'an 707, qui était la trente-sixième année de son séjour à Moyenmoutier et la quarantième depuis la translation de saint Maximin à Trèves. Vingt jours plus tard (31 juillet) moururent les moines Jean et Bénigne, inséparables dans le tombeau comme ils l'avaient été dans le sein de leur mère et au monastère.
Il n'y a, dans tout ceci, rien qui dépasse ce qu'on peut nommer tradition au sens le plus prudent. L'auteur a recueilli de menus faits tels qu'on les conserve de mémoire sur les lieux mêmes. On peut garder quelques doutes à leur endroit, on n'est pas fondé à les écarter. La Vita Deodati, postérieure d'une trentaine d'années environ à la Tertia vita, marque un grand progrès accompli dans la légende d'Hidulphe et des origines de Moyenmoutier. La Prima vita, suivie par la Tertia, laissent entendre que saint Déodat — qui deviendra Saint-Dié — a vécu avant saint Hidulphe, la Secunda vita est plus affirmative encore et il n'est point question de rapports entre les deux saints et entre leurs deux monastères.
La Vita Deodali fait des deux saints évêques des contemporains et des amis qui se font une visite annuelle pendant sept ans. Déodat meurt entre les bras d'Hidulphe à qui il confie sa communauté de Galilée ; celui-ci la gouverne pendant vingt-huit ans et demi. La visite annuelle se faisait de Galilée à Moyenmoutier où les visiteurs apportaient la tunique de Déodat qu'Hidulphe couvrait de baisers. Voyant approcher la mort, celui-ci nomma un abbé à Galilée et un autre à Moyenmoutier. Désormais, les communautés étaient séparées, mais toujours affectueusement unies.
Ceci est assez différent de ce que nous apprennent les autres sources, trop différent même pour être admis sans discussion. Il semble que l'auteur de la Vita Deodati a pris sur lui de représenter l'accord parfait existant au xi siècle entre les deux communautés comme une institution immuable remontant au temps de leur fondation. On pouvait l'affirmer sans aucune crainte que personne entreprit de »vérifier. Mais l'auteur éprouvait tout de même quelque embarras, du fait de la chronologie. La Vita Hidulfi montrait Déodat au désert, sous l'épiscopat de Garibald à Toul, et Hidulphe sous l'épiscopat de Jacob seulement. Comme Déodat avait fondé Galilée en 669 et y était mort en 671, il fallait qu'Hidulphe, qui avait vécu à Moyenmoutier, voisin de Déodat pendant huit ans environ, fût arrivé dans les Vosges en 671, au plus tard ; et que devenait alors la visite annuelle pendant sept ans ? Autre difficulté : entre Garibald et Jacob, la liste épiscopale, qu'avait devant les yeux l'auteur de la Vita Deodati, introduisait deux noms : Godon et Bodon, par conséquent, en l'espace de deux années, le siège de Toul aurait eu quatre titulaires ! Pour se tirer de là, cet auteur imagine gratuitement que Déodat quitta Nevers au temps où Garibald gouvernait l'Église de Toul ; comme il ne se pressait point, à son arrivée, Garibald avait déjà un successeur, c'était Godon qui ne dura guère et fut remplacé par Bodon, lequel, à son tour, fit place à Jacob en 671, l'année même où mourait Déodat et où arrivait Hidulphe qu'on ne tenait donc pas pour contemporain.
Si on en était là au xi siècle, on fit quelques progrès au xiii. À cette date, le moine Richer, de Senones, ne voulant pas rester en arrière sur les précédents chroniqueurs, trouve bon de faire naître saint Hidulphe à Ratisbonne. Autre trouvaille : Hidulphe, arrivant dans les Vosges, ne trouve pas le plus petit coin de terre pour s'établir ; les possessions des monastères d'Étival et de Senones se touchaient, ce qui n'empêche pas Hidulphe de les prier de lui faire abandon d'un lopin de terre à sa convenance. On le lui accorde ! Il ne reste plus qu'à trouver un nom expressif pour le nouvel établissement, situé entre Senones à l'Est, Étival à l'Ouest, Jointures au Sud et Bonmoutier au Nord ; ce nom sera Medium monasterium. Comme la prospérité s'affirme, Hidulphe se trouve obligé d'organiser des cellæ au nombre de huit, autour du monastère, ce qui formait une communauté de trois cents moines. La Prima vita ne parlait que d'une seule cella ; évidemment Richer a amplifié.
Dès lors, la légende est à peu près fixée et, au xiv siècle, Jean de Bayon n'y ajoutera que des détails de médiocre importance, notamment un miracle localisé au village de Bergheim, dans la Haute-Alsace, où on conservait une coupe ayant appartenu à saint Hidulphe. Désormais, la légende est fixée ; elle deviendra la matière de développements littéraires, si tant est qu'on puisse classer dans une littérature quelconque des productions dont la sincérité et le goût sont absents et qui n'ont rien qui leur mérite d'être tirées de l'oubli.
IV. LA PART DE L'HISTOIRE. — Vers la seconde moitié du vii siècle, la vallée de la Haute-Meurthe attira un flot de moines qui se distribuèrent entre cinq groupes établis à Bonmoutier (vers 660), à Saint-Dié et à Senones (un peu après vers 669 à 673), à Étival et à Moyenmoutier, Cette dernière maison a donné naissance à la petite ville qui porte aujourd'hui ce nom. C'était un certain Hidulphe, originaire du pays des Nerviens, moine à Saint-Maximin de Trèves où il fut évêque auxiliaire, qui, vers la fin du vii siècle, quitta Trèves et vint se fixer à Moyenmoutier où il fut bientôt rejoint par des disciples assez nombreux dont trois sont connus : Spinule et les deux jumeaux Jean et Bénigne. Du vivant d'Hidulphe et dans les temps qui suivirent, il fallut essaimer autour du monastère dans des cellules ou prieurés, ainsi qu'on dit plus tard, qui donnèrent naissance à des groupes d'habitations devenus des villages encore connus sous les noms de Bégoncelle (Begonis cella) , Hurbache (Horbacum) , le Ban-de-Sept (ad septem A bietes) , Saint-Jean-d'Ormont (Sanctus Johannes de Hurimonte)#, Saint-Prayel (Sancius Prejeclus)5, Wézeval. Quelques cellules ne procurèrent aucun groupement de population, ce fut le cas pour la Haute-Pierre ? et la fontaine Robert. Chacune possédait un oratoire et Moyenmoutier, à une date qu'on ne peut préciser, en comptait cinq dédiées à Notre-Dame, à saint Pierre, à saint Epvre, à saint Jean-Baptiste et à saint Grégoire Ier, Ce dernier oratoire est, à notre point de vue, le plus intéressant de tous. Nous savons qu'il s'élevait dans le cimetière et « la tradition populaire prétend que la modeste construction que l'on voit encore aujourd'hui au cimetière est l'oratoire même élevé par saint Hidulphe. Il est certain qu'elle remonte à une très haute antiquité, et si elle a dû subir dans la suite des temps, des restaurations et des reconstructions, elle est toujours restée à la même place et a le gouvernement qu'il garda jusqu'à sa mort, Régimbert lui succéda.
Sur la condition économique, juridique et spirituelle de Moyenmoutier à cette époque, on est réduit à des conjectures 1^, V. LES SUCCESSEURS DE SAINT HIDULPHE. — La période qui s'étend de l'année 707 à la fin du ix siècle n'est guère connue qu'à l'aide du Libellus de successoribus sancti Hidulfi in Vosago, us que ad initia seculi Xr, et des récits de Richer de Senones et de Jean de Bayon, tous les deux postérieurs de plusieurs siècles.
Le Libellus est l'œuvre d'un moine de Moyenmontier dont le nom et l'époque ne s'imposent pas avec la même évidence. Dom Belhomme 4 et dom Rivet ! ?, voient en lui Valcand qui vivait au début du xi siècle et écrivit la Tertia vita et la Vita Deodati, Wassebourg ' et d'autres 4 se sont prononcés en faveur d'un moine de Moyenmoutier que le pape Léon IX emmena à Rome en 1049 et qui est bien connu sous le nom de cardinal Humbert, Cette opinion a été admise et corroborée par M. Ch. Pfister # qui a pensé fournir la preuve de la composition du Libellus entre 1044 et 1048, tandis que l'historien de Moyenmonutier ! en est revenu à Valcand et a soutenu avec une extrême vraisemblance que le Libellus a été composé à Moyenmoutier entre 1016 et 1018, par conséquent à une date assez antérieure à la Vita Deodati qui est des environs de l'année 1050.
Quoi qu'il en soit, l'auteur était bien renseigné ; il | vivait sur les lieux mêmes et son témoignage est assez gardé à travers les siècles la simplicité de son plan | primitif. Jusqu'au commencement du xix siècle, à la | construction actuelle, qui servait de sanctuaire ou d'abside, était jointe une nef de dimensions à peu près | semblables. Cette nef, qui tombait en ruines, a été | démolie en 1832, Dans cette petite chapelle du cimetière, on voit aussi, au côté droit de l'autel, un grand tombeau de pierre, avec un couvercle orné d'une croix en relief. C'est très vraisemblablement le sarcophage même où reposa après sa mort le fondateur de Moyenmoutier *. » Hidulphe mourut le v des ides de juillet (11 juillet), probablement en l'année 707, et reposa avec ses disciples Spinule, Jean et Bénigne. Il se pourrait qu'il ait renoncé à l'autorité abbatiale et l'ait transmise à Leutbald, mais, à la mort de celui-ci, Hidulphe reprit rapproché des événements qu'il rapporte pour qu'on puisse lui accorder créance.
Les donations faites à Moyenmoutier continuaient comme au temps de l'abbé Hidulphe. Une pieuse femme donna un bien-fonds important à Ahenaim (Ehenheim), qui est devenu Feldkirch, à cause de l'église qu'y fit construire l'abbé Hégimbert en l'honneur de saint Maximin de Trèves. Vers le même temps, cession de droits sur un domaine situé à Hindisheim, entre Erstein et Strasbourg et construction en ce lieu d'une église dédiée à saint Pierre.
Jean de Bayon place vers ces années-là l'acquisition, par le monastère, de diverses possessions ; il s'agit de celles de Hobach, et de biens situés à Marinivilla, Radulphivilla, Aceravala et in confinio Bellomaco at que Brundiciaco, pariter que Fredisiaco et in pago Elisacensi villa Rontenaria nonnihil fundi, quam plurimisque aliis in locis « . Ces localités ne sont pas toutes identifiées. Hobach pourrait être le ruisseau de 389 Horbach à proximité duquel se trouvaient deux cellules de Moyenmoutier : Saint-Jean-d'Hormont et Saint-Ébrard. On reconnait ensuite Mariville (Ammerschwihr et Haviller (Rorschwihr) ?, puis encore Aze-~ Tail les”.
Régimbert mourut le v des calendes de février (28 janvier) d'une année qui peut être rapprochée de 757.
20 Sandrabert. — On ne sait rien sur son compte ; le Libellus lui accorde un abbatiat d'une durée de vingt années. Il contracta en son nom et au nom de son monastère une association de prières avec l'abbaye de Reichenau *.
Dans les Libri confraternitatum Sancti Galli, Augiensis, Fabariensis, nous lisons les Nomina fratrum de monasterio quod Mediano nuncupatur. En tête de la liste, on lit : Sundarberto abb., puis les noms des moines : Hibone, Ausino, Jurio, Erulfo, Weraldo, Artovio, Walaricho, Cundberto, item Gunderto, Balcain, Agendeo, Barnaldo, Hairoigo, Westrulfo, Humberto, Ezione, Aspenrulfo, Gailone, Magnane, Constantino, Hieronimo. Dans le manuscrit, tous les noms qui précèdent sont de la même écriture que celui de Sundrabert. Ce sont ceux de religieux qui faisaient partie du monastère et qui entrèrent dans l'association de prières en même temps que l'abbé. On ne peut dire s'ils étaient les seuls. Dom Calmet, dans son Histoire de Senones parle de quatre-vingts moines à Moyenmoutier. On lit ensuite d'autres noms avec une écriture différente et ajoutés par séries successives, Keila Paldine, Isinhere, Ruadprih, Emhilt, Engilbert, Reginhilt ; puis : Wilegovo, Folrat, Uva, Allive, Regnot, Frideburg, Perta, Ebo, Alderat, Wlfeger, Extevit, Evo, Ratolf, Edilgart, Kerbold, Libegarl, Aselitd, Folpold, Sigmar, Wirich ; enfin, Eberoet, Ravaral, Regibret, Hetigue, Kerbold, Eribert, Rater, Villihelm, Alferie, Hartman, Ratburg, Hillebrug, Alewih, Uodelburg. Tous ces noms sont ceux de religieux de Moyenmoutier dont nous ne pouvons assigner l'époque. Au bas de la page du manuscrit, on lit encore quelques noms sans qu'on puisse dire s'ils appartiennent à Moyenmoutier ou au chapitre d'Augsbourg qui occupe une partie de la même feuille. C'est en additionnant tous ces noms que dom Calmet a pu arriver au total de quatre-vingts.
MOYENMOUTIER —. MOZARABE (LA LITURGIE)
390 Reépaix ; Rantgisicortum serait peut-être Réchicourtle-Château ; Obliorem montem, Moussey .
Maldavin mourut un ii des ides de mars (13 mars) vers le début du ix siècle.
49 Fortunat. — Le choix du successeur de Maldavin fut laborieux, la communauté se partagea en deux factions irréductibles ; on recourut à la décision de Charlemagne qui désigna un certain Fortunat, venu de Jérusalem en Occident pour voir le grand empereur. C'était, nous dit-on, un petit homme maigre pourvu d'une immense barbe blanche, ce qui lui donnait une figure d'ange. Ne discutons pas. Fortunat ramena la paix dans la communauté et attira les donations opulentes dont les chartes rendaient témoignage, C'était, en sa qualité de voyageur aux Lieux saints, un prélat tout cousu de reliques, aussi bien du Sauveur que des saints, Mieux encore, Fortunat attira à Moyenmoutier un roi et une reine d'Orient en disponibilité, qui se firent reclus et moururent peu de temps avant l'abbé qui avait gouverné vingt ans le monastère et rendit l'âme un iv des calendes de mars (26 février).
Il y a dans tout ceci une forte mesure de fantaisie. La liste épiscopale de Jérusalem ne compte pas un seul Fortunat, et aucun patriarche de cette ville fameuse n'est venu saluer Abraham. Il s'agit bien sans doute d'un patriarche Fortunat, mais titulaire du siège de Grado (voir ce nom), fugitif, et que Charlemagne envoya aux lieux d'où il venait et dont la carrière fut assez agitée, sans qu'il ait jamais été envoyé à Moyenmoutier. Une lettre de l'évêque Frothaire de Toul le traite d'abbas Mediolacensis monasterii dont il n'est pas possible de faire un évêque Medianensis. Comme Charlemagne parait avoir tenu beaucoup à se débarrasser de Fortunat, il parait bien difficile de lui accorder les vingt années d'abbatiat dont parle le Libellus. Louis le Débonnaire ne se montra pas moins empressé à l'acheminer vers Grado en 815 : il est donc bien difficile d'expliquer tout ce qui regarde ce personnage dont les rapports avec Moyenmoutier laissent trop de place à l'imagination pour que la fantaisie ne soit tentée d'y mettre un peu du sien.
Fortunat mourut le 4 des calendes ou des ides de mars (26 février ou 12 mars) de l'année 825 et fut inhumé dans l'oratoire Saint-Grégoire. La mort de ce personnage représentatif et un peu mystérieux ou, tout au moins, mal connu, allait marquer pour Moyenmoutier le début d'une période de décadence : mais ceci ne nous appartient plus *.
H. LECLERCQ.
MOZARABE (LA LITURGIE). — I. Le nom, II. Historique. III. Sources et documents. IV. L'année liturgique, annonce des fêtes, calendrier, fêtes immobiles et fêtes mobiles ; la semaine sainte et la semaine pascale ; les communs. V. Les messes mozarabes. VI. L'office mozarabe, le cursus, les cantiques, le lucernaire ; les offices de primitiis et de decimis ; le psautier et l'hymnaire. VII. Sacrements, ordinations, réordinations, réconciliation des hérétiques. VIII. Relations de la liturgie mozarabe avec les autres liturgies. IX. La notation musicale et le chant mozarabe ; la question des origines de la liturgie mozarabe. X. Orthodoxie de la liturgie mozarabe ; la descente du Christ aux enfers ; les symboles de foi ; lecture de l'Apocalypse ; la doxologie, le Trisagion, le Gloria in excelsis. XI. Usages particuliers : lavement des pieds, onction des rois et autres cérémonies royales : cloches, couronnes, croix, calices, patènes, etc. XII. Les caractères et les procédés de la liturgie mozarabe ; centonisation. XIII. Vocabulaire. XIV. Bibliographie.
I. LE NOM. — Le nom de mozarabe, muzarabe, mostarabe vient probablement de musta'rab qui désigne un Arabe par droit de naturalisation ou un chrétien qui a adopté l'arabisme. Mais le nom est appliqué plus généralement aux chrétiens d'Espagne qui vivaient sous le joug musulman. L'étymologie mixlo-arabi donnée par quelques-uns n'est pas exacte.
Le terme appliqué à la liturgie qui fut longtemps en usage en Espagne et qui est conservée à Tolède, n'est pas non plus bien juste, car cette liturgie remonte au moins au VIe, c'est-à-dire à une époque où les musulmans n'avaient pas encore envahi l'Espagne, et elle fut suivie, pendant des siècles, par des chrétiens qui vivaient dans le nord de l'Espagne et n'avaient pas subi le joug musulman.
On a essayé de substituer à ce terme celui de liturgie gothique ou wisigothique, car, au VIe-VIIe, l'Espagne était un royaume wisigothique, qui, converti sous Récarède en 587, suivait en effet cette liturgie. On a proposé aussi le nom de liturgie hispano-gothique pour indiquer les deux éléments qui concoururent à sa formation, la population hispano-romaine s'étant fondue avec la race gothique. Ceux qui ont supposé que saint Isidore en est le principal auteur voudraient qu'on l'appelât isidorienne ; enfin, le nom de liturgie de Tolède a été préféré par quelques-uns, cette Église ayant été longtemps la capitale du royaume wisigoth et le centre principal de ce rite.
Mais aucun de ces termes n'est tout à fait juste, et comme celui de mozarabe est le terme courant, nous le garderons ici, en faisant remarquer en même temps que cette liturgie, quelle que soit l'opinion que l'on professe sur son origine, se classe dans le groupe des liturgies latines par son calendrier, par la division de son année liturgique, par son système de lectures et même par son vocabulaire et les caractères généraux de ses formules. Tout en réservant pour le moment la question d'origine, nous savons aussi que par certains rites et certaines formules, elle remonte au Ve et peut-être plus haut.
Il faut encore remarquer ceci que ce titre de « liturgie mozarabe » doit être pris dans un sens large, l'unité liturgique ne s'étant faite en Espagne qu'assez lentement et seulement au VIIIe-IXe. Avant cette date, il n'y a pas plus d'unité liturgique stricte en Espagne qu'il n'y a unité ecclésiastique. Plusieurs centres se disputent la préséance et la juridiction : Séville, Tarragone, Saragosse, Braga, Lérida, et enfin Tolède qui finira par l'emporter, quand elle sera devenue la capitale des rois wisigoths. C'est ce qui justifierait, dans une certaine mesure, le nom de « liturgie de Tolède » proposé par quelques-uns, d'autant que les documents liturgiques publiés jusqu'ici sont à peu près exclusivement ceux de l'Église de Tolède. Mais Séville, Tarragone et autres cités avaient aussi leurs livres.
On voit donc dans quel sens large il faut entendre ce terme de « liturgie mozarabe ».
II. HISTORIQUE. — 1. Généralités. — L'Espagne est l'une des provinces où la civilisation et la littérature romaines se sont établies avec le plus de facilité, Sénèque, Lucain, Martial, Quintilien sont des Espagnols : les liens entre l'Espagne et la métropole du IVe au Ve, ont été à peu près aussi étroits qu'entre l'Espagne et l'Italie.
Comme Harnack lui-même en convient « ecclésiastiquement l'Espagne est Romaine ». Sans nous engager dans la question des origines chrétiennes de l'Espagne, nous pouvons rappeler que Rome revendiqua l'honneur d'avoir apporté le christianisme en Espagne et Innocent Ier, en 416, dans une lettre célèbre, affirme que saint Pierre et ses successeurs ont fondé des Églises en Espagne, comme en Italie et en Gaule, en Sicile et dans les îles adjacentes. On peut envisager également comme probable un voyage de saint Paul en Espagne. Mais, en dehors du fait lui-même, nous n'avons aucun détail sur cet événement.
Cependant, l'assertion d'Innocent Ier n'a pas été reçue partout sans objection et quelques historiens ont prétendu que l'Espagne a pu recevoir le christianisme soit par l'Afrique avec laquelle elle entretint de nombreux rapports, soit même par des missionnaires d'Asie Mineure ou d'Égypte. On s'est même appuyé récemment sur la composition du symbole d'Afrique pour retrouver des preuves de cette origine.
Le fait n'a du reste pas grande importance pour la question des origines liturgiques, car, durant les trois ou quatre premiers siècles, les différences liturgiques de province à province ne s'affirment pas encore, au moins en Occident, et une certaine unité, autant qu'on peut le constater pour une histoire aussi obscure, règne dans les divers pays chrétiens. La liturgie est réduite à quelques grandes lignes générales qui sont les mêmes dans toutes les églises.
C'est à partir du Ve, au plus tôt, que paraissent certains caractères liturgiques, dans les diverses provinces ecclésiastiques, surtout dans l'Occident latin.
A cette époque, les relations entre l'Espagne, les Gaules, l'Afrique, le nord de l'Italie, Rome et l'Orient sont encore fréquentes. Aux Ve et VIes, les invasions barbares bouleverseront tous ces pays, et rendront souvent les communications plus difficiles.
Le cas d'Osius, évêque de Cordoue, de son voyage en Orient, de sa présence à Nicée, de l'influence qu'il exerça en dehors de l'Espagne, est caractéristique.
L'affaire du priscillianisme, au IVe, nous montre les évêques priscillianistes et antipriscillianistes défendant leur cause à Bordeaux, à Trèves, à Milan et jusqu'à Rome. Les traités attribués à Priscillien ne sont pas de lui, mais de l'un ou l'autre de ses partisans, probablement d'Instantius. Il faut en tout cas y signaler quelques pages qui ont un caractère nettement liturgique et annoncent déjà les illationes mozarabes.
Il faut citer encore un petit fait assez significatif. Une abbesse espagnole, Éthéria, vers la fin de ce IVe, vint à Jérusalem, y observa avec grande curiosité tous les rites qui s'accomplissaient dans les églises de la cité sainte. Mais, enfin, au milieu de toutes ces nouveautés qui la frappent, on sent que cette liturgie a de nombreuses analogies avec celle qu'elle a pratiquée dans son pays, et du reste elle le remarque à plusieurs reprises. Ce qui est surtout nouveau pour elle, c'est la solennité de ces rites, le concours du peuple, ces processions de l'église de l'Anastasie à celle de la croix ou au saint tombeau. Mais, pour bien d'autres cérémonies, elle ne les décrit pas, elle se contente de dire : on fait comme chez nous.
Déjà, dans leur correspondance, on peut saisir quelques divergences entre Rome et l'Espagne sur les questions liturgiques.
La lettre à Profuturus est antérieure ; il est vrai qu'elle est adressée à un évêque des Suèves. Mais les relations étaient étroites à cette époque entre Suèves et Wisigoths.
À partir de la fin du VIe, les écrits de saint Isidore (560-636) et des autres évêques, ses contemporains, et les conciles nombreux, nous permettent d'étudier de plus près la liturgie d'Espagne. C'est vraisemblablement entre la fin du VIe et le VIIe que la liturgie mozarabe prend ses principaux caractères et que sont rédigées la plupart de ses formules. Mais, encore une fois, il ne faut pas s'imaginer que ces évêques ont tout inventé ; ils n'ont fait, en somme, que composer des formules, bénédictions ou illations, ou autres prières ; c'est bien ce que leur attribuent les textes que nous citerons. Le cadre liturgique existait pour la messe, l'office et autres fonctions liturgiques.
Les documents liturgiques proprement dits, sacramentaires, bréviaires, rituels, lectionnaires, ont été écrits à une époque postérieure (Xe-XIe), Mais la liturgie qu'ils nous ont conservée est incontestablement antérieure de plusieurs siècles,
Dans l'ensemble, c'est bien celle qui fut suivie par les grands évêques des VIe et VIIes, Léandre, Isidore, Julien, Hildephonse. Seulement, il faut remarquer que cette liturgie que nous livrent ces documents est presque exclusivement la liturgie tolétoine. Cette Église était, il est vrai, la capitale religieuse de l'Espagne, et les conciles s'efforçaient d'établir l'unité liturgique dans toute la péninsule, mais on découvre, à certains indices, quelques divergences dans les usages de Séville, de Tarragone ou d'autres Églises. Nous aurons à en citer quelques exemples.
Au IXe, l'adoptianisme est une controverse presque exclusivement liturgique qui nous révélera la liturgie mozarabe sous un nouvel aspect.
Grâce aux divers documents et textes que nous possédons, la liturgie mozarabe se trouve dans une position particulièrement favorable. Pour un certain nombre de formules liturgiques, nous connaissons leurs auteurs. Ce n'est pas le cas, d'ordinaire, pour les autres liturgies latines, même pour la liturgie romaine où les noms de Léonien, de Gélasien, de Grégorien ne sont pas les noms des auteurs de cette liturgie mais tout au plus des éditeurs. Nous dirons dans un paragraphe spécial quels sont les formules dont l'attribution est fixée. En comparant les morceaux datés à ceux qui ne le sont pas, on pourrait arriver à déterminer les auteurs et la date de quelques autres, c'est ce que l'on a tenté parfois, mais ce procédé est délicat et, sur ce point, il faut le dire, les études philologiques sur la liturgie mozarabe sont encore trop peu avancées pour permettre d'arriver à des résultats bien précis. D'une façon générale, on peut dire que ces auteurs appartiennent à l'âge d'Isidore, ou bien le précèdent ou le suivent de quelques années. Mais, en même temps, il est des morceaux d'un autre style et d'une autre facture qui sont d'une époque antérieure au VIIe, et même au VIe, et remontent peut-être jusqu'au IVe.
Voilà donc l'état des choses tel qu'il se révèle d'après les documents assez nombreux que nous possédons. Une liturgie très riche en formules et en rites pour la messe, pour l'office et pour les autres fonctions liturgiques, et dont le développement se fixe entre la fin du Ve et la fin du VIIe, et dont quelques auteurs sont connus et se situent surtout au VIIe.
Depuis la conversion de Récarède, en 587, jusqu'en 712, la monarchie wisigothique s'est unie étroitement à l'Église. On en a une preuve dans les nombreux conciles de Tolède qui se réunissent fréquemment durant tout le VIe, et où plusieurs questions politiques sont abordées. Les divisions entre Wisigoths et Hispano-Romains, entre ariens et catholiques, s'effacent peu à peu. Seuls les juifs forment un élément de discorde et vont aider à l'invasion musulmane. D'un autre côté, le principe électif adopté dans le royaume wisigothique entretient malheureusement les intrigues politiques et les divisions qui affaiblissent la monarchie alors qu'elle aurait dû se préparer à lutter contre l'ennemi redoutable, les musulmans, qui, maîtres de l'Afrique, songeaient à franchir le détroit qui les séparait de l'Espagne. L'invasion eut lieu en 711-712 et la plus grande partie de l'Espagne fut soumise au joug musulman. Les chrétiens, réfugiés dans la Castille, purent y conserver leur civilisation ; quant aux populations soumises aux musulmans, il y eut pour elles des alternatives de persécution et de paix relative, dont nous n'avons du reste pas à faire l'histoire. Les chrétiens soumis aux musulmans, comme ceux réfugiés dans le Nord, restèrent fidèles à leur liturgie et à leurs institutions jusqu'au jour où la liturgie romaine fut imposée aux chrétiens d'Espagne ; nous le verrons dans un paragraphe spécial. L'invasion musulmane avait rendu entre Rome et l'Espagne les relations plus difficiles et, en 780, le pape Adrien I constate que pour la date de Pâques non seulement les évêques espagnols ne s'entendent pas avec Rome, mais ne s'accordent même pas entre eux. Ceci est vrai surtout pour la partie de l'Espagne soumise aux musulmans. Mais les rois indépendants de la Castille, de l'Aragon, de Léon et de Navarre, occupés surtout de leurs querelles personnelles et de la lutte contre les Maures, n'avaient pas le temps de se préoccuper de la question liturgique.
Cependant, en 1063, se tient un concile à Jaca, en Aragon, sous Ramire Ier ou Sanche Ramirez, dont un décret proclame qu'on ne célébrera plus à la façon gothique, mais selon le rit romain, data sacerdotibus lex, ne quo alio more quam Romano precarentur ; ne que gothica, ufpole peregrina, piacula exsolverentur !.
En 1068, le cardinal Hugues Le Blant, étant légat d'Alexandre II, dans un concile tenu à Barcelone, la liturgie romaine fut adoptée dans la province et remplaça la liturgie mozarabe . Mais c'est sous le successeur d'Alexandre II, saint Grégoire VII, qu'un autre coup fut porté à la liturgie nationale dans les royaumes de Castille et de Léon. En 1074, il adresse à Sanche Hamirez, roi d'Aragon, lors du concile de 1063, une lettre pour l'encourager dans le dessein d'embrasser la liturgie romaine , La même année, Grégoire VII écrit à Alphonse VI, roi de Castille et de Léon, et à Sanche IV, roi de Navarre, une lettre très significative dont il faut citer les passages principaux.
« Le bienheureux apôtre Paul, déclarant qu'il a dû visiter l'Espagne, et Votre Sagesse n'ignorant pas que les apôtres Pierre et Paul ont envoyé, plus tard, de Rome, sept évêques, pour instruire les peuples d'Espagne, et que ces évêques, ayant détruit l'idolâtrie, fondèrent en votre pays la chrétienté, plantèrent la religion, enseignèrent l'ordre et l'office à garder dans le culte divin et dédièrent les églises avec leur propre sang ; on voit assez clairement quelle concorde a eu l'Espagne avec la ville de Rome, dans la religion et l'ordre des divins offices. Mais quand, par suite de l'irruption des Goths, et plus tard de l'invasion des Sarrasins, le royaume d'Espagne fut longtemps souillé par la fureur des priscillianistes, dépravé par la perfidie des ariens, et séparé du rit romain, non seulement la religion y fut diminuée, mais les forces temporelles de cet état se trouvèrent grandement affaiblies... C'est pour quoi je vous exhorte de recevoir l'ordre de l'office de cette sainte Église romaine et non celui de Tolède ou de toute autre Église ; gardant, comme les autres royaumes de l'Occident et du Septentrion, les usages de celle qui, établie par Pierre et Paul, consacrée par leur sang, etc... Car de la source même où vous ne doutez pas avoir puisé le principe de la religion, il est juste que vous en receviez aussi l'office divin dans l'ordre ecclésiastique ; c'est ce que vous apprend la lettre du pape Innocent à l'évêque d'Eugubium, et les décrets d'Hormisdas envoyés à l'Église de Séville, ——— M M MT ——— M ——— HM E E RN iie i — —— M HH — et les conciles de Tolède et de Braga ; c'est ce que vos évêques eux-mêmes, qui sont venus récemment vers nous, ont promis par écrit et signé entre nos mains, après la décision d'un concile *. » Le pape ne s'en tient pas là. Peu après, dans une lettre à l'évêque Siméon, qu'il félicite de son zèle, il dit : « Qu'il soit donc connu de vous et de tous les fidèles, que nous entendons et que nous voulons que les décrets qui ont été rendus ou confirmés par nous, ou plutôt par l'Église romaine, portant pour vous l'obligation de vous conformer aux offices de cette même Église, demeurent inébranlables... » Après une allusion à ceux qui s'opposent à ces décrets, le pape termine en disant : « Ainsi, faites en sorte que, par toute l'Espagne et la Galice, en un mot, partout où vous le pourrez, l'office romain soit observé, avant toutes choses, avec plus de fidélité 5, » De plus, il députa par deux fois, en Espagne, Richard, abbé de Saint-Victor de Marseille et cardinal, qui, dans un concile tenu à Burgos en 1085, promulgua l'abolition de la liturgie mozarabe dans le royaume d'Alphonse VI. Le même Alphonse VI entrait, la même année, à Tolède, avec l'intention de remplacer le rit mozarabe, dont c'était la capitale, par le rit romain, que les mozarabes de ce temps appelaient l'office gallican, parce que le rit romain était suivi en Gaule, et que la reine qui poussait à DAS RNCS, de ce rit était Constance de Bourgogne.
On sait comment Rodrigue de Tolède façonna cette histoire. « La résistance fut telle qu'il en fallut venir à un combat singulier, comme il était souvent d'usage à cette époque dans les questions difficiles. Le chevalier du roi, qui combattait pour le rit romain, fut vaincu . » Naturellement, l'authenticité de cette histoire a été contestée, comme venant d'un historien dont l'autorité n'est pas inattaquable. Il nous raconte une autre histoire plus invraisemblable encore : On procède à un autre jugement de Dieu. On allume un grand feu et on y place un exemplaire de l'office de Tolède et un autre de l'office gallican (romain). Après un jeûne et des prières, le livre de l'office gallican est consumé par le feu, tandis que le livre de l'office de Tolède s'élance du bûcher, intact, aux yeux de l'assemblée qui éclate en louanges 7. » Trois évêques espagnols furent envoyés à Rome avec les livres qui sont ainsi mentionnés Librum ordinum el librum missarum, et librum orationum et librum antifonarum. Le chroniqueur ajoute : Quos libros domnus papa et omne concilium suscipiens, diligenter perscrutantes el sagaci studio perquirentes, bene catholicos et omni heretica pravitate mundos invenerunt : et ne quis amplius officium Ispane Ecclesie inquietaret, vel damnaret, vel mutare presumeret, apostolica auctorilate proibuerunt et etiam intlerdicerunt, Et data benedictione super prefatos episcopos eos ad propria redierunt. Ex libris quos portaverunt ad Romam unum fuit ordinum maioris Alballdensis cenobii, ubi continetur baptismum el sepultura, et tenuit papa Alexandrus, et fuit bene laudatum, alium librum orationum de monasterio Iraze (Hirache en Navarre), ef tenuit abba sancli Benedicti, et fuit bene laudatum. Et librum missale fuil de santa Gemma. Et librum antifonarum de Iraze. Ita diviserunt, decem el novem diebus tenuerunt et cuncti laudaverunt *. Le document était connu et déjà cité 397 par Florez, mais dom Férotin en a donné un texte plus complet. On peut voir comment, par certains rapprochements, il pense que le manuscrit du Liber ordinum qu'il a découvert et édité serait précisément celui écrit en 1090 de la main du prêtre Barthélemy, par ordre de Domini que, abbé de Saint-Prudence, monastère dépendant de la célèbre abbaye de Saint-Martin d'Abbelda ; c'est ce manuscrit, mentionné dans notre document, qui aurait été présenté avec le missel, l'antiphonaire et le Liber orationum au pape Alexandre II. Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, il est certain que les efforts réunis de saint Grégoire VII et des rois catholiques parvinrent à remplacer le rit mozarabe par la liturgie romaine dans ces royaumes. Il ne se conserva que dans quelques rares Églises.
20 La restauration, — Cependant, le cardinal Ximenés, devenu archevêque de Tolède, s'intéressa à la liturgie mozarabe, fit rechercher ses livres, les fit imprimer, désigna une chapelle de la cathédrale et dix églises de la ville où l'ancien culte serait restauré. Il obtint de Jules II deux bulles pour confirmer cet usage et, dans l'une, du xir des calendes d'octobre de 1508, le pape loue le zèle du cardinal et dit du rit mozarabe qu'il est antiquissimum et magni devotionis. Léon X et Pie IV permirent aussi en d'autres Églises la célébration de cette liturgie 2, On notera d'abord que cette liste contient des noms de villes qui, toutes, eurent une importance ecclésiastique et dont quelques-unes furent métropoles. Mais, à partir de 633, considérée comme date du IVe concile national de Tolède, c'est dans cette ville que se tiendront la plupart de ces conciles. C'est que Tolède, devenue la capitale du nouveau royaume, tend après la conversion de Récarède en 587 et après le concile de 589 à devenir aussi la capitale ecclésiastique de l'Espagne wisigothique.
Ce IVe concile de 633, dont saint Isidore fut l'âme, portera plusieurs canons dont nous aurons à parler et s'efforcera aussi de faire l'unité liturgique en Espagne.
Ces conciles nationaux, tenus à Tolède, deviennent une institution du royaume. Ils unissent non seulement les évêques et les abbés, mais encore les seigneurs laïques et le roi. En 589, Récarède, converti,
MOZARABE (LA LITURGIE)
398 assiste au IIIe concile et prend part aux délibérations. Ses successeurs suivront son exemple et certains conciles s'efforceront d'empêcher que l'influence du roi ne gène la liberté des évêques. Mais quelques-unes de ces assemblées, malgré tout, ressemblent plus à des cortès qu'à des conciles *. Cependant, quelques-uns de ces conciles, par exemple le XIVe et le XVe de Tolède, comme l'avaient fait les conciles de Braga et de Girone, donnèrent lieu à des discussions théologiques qui ont leur importance, mais dans des questions dont nous n'avons pas à nous occuper ici. Les décisions sur la liturgie trouveront leur place dans cet article.
Il sera bon aussi de noter l'influence qu'exercèrent sur ces conciles ceux d'Afrique et ceux des Gaules, Arles, Agde, Tours, Orléans. Ces relations de l'Espagne avec ces deux provinces expliquent aussi, dans une certaine mesure, les analogies que nous trouvons entre la liturgie mozarabe et celle des pays voisins *.
4 » Les décrets des papes. — Certains décrets des papes montrent que, dès le IVe, ils intervinrent en Espagne, dans la question liturgique, comme ils le faisaient dans les questions dogmatiques.
La lettre de Sirice (384-399) à Himerius de Tarragone est bien connue ; le pape, entre autres questions, enseigne qu'il ne faut pas rebaptiser les ariens qui reviennent à l'Église ; que le baptême ne doit être célébré qu'à Pâques et à la Pentecôte, et non à Noël ou aux fêtes des apôtres et des martyrs, et traite quelques autres questions de discipline *.
Le pape Hormisdas (514-523) est en relations constantes avec les évêques espagnols, notamment avec l'évêque Jean d'Elche et surtout avec Salluste de Séville, à qui il confie le vicariat apostolique pour toute cette lointaine province de Bétique et de Lusitanie . Il envoie à ce dernier et aux autres évêques d'Espagne, le dossier des affaires d'Orient, les pièces de la réconciliation avec le patriarche de Constantinople : il leur recommande de reconnaître non seulement les quatre grands conciles (Nicée, Constantinople, Éphèse, Chalcédoine), mais encore le Ve qui est le IIe de Constantinople, sur l'affaire des trois chapitres qui avait mis le feu à l'Orient et à l'Occident, et n'était pas encore complètement réglée. Il leur communique aussi le décret dit gelasien sur les livres à recevoir ou à condamner, dans une rédaction spéciale . Toutes ces décrétales ont été insérées dans la collection Hispana à laquelle saint Isidore a mis la main, si tant est qu'il n'en soit pas l'auteur responsable *. L'influence de ces décrétales papales sur les conciles, notamment le IVe concile de Tolède, en 633, est certaine.
La lettre de Vigile à Profuturus de Braga, en 535, est des plus significatives. Après quelques considérations sur les priscillianistes, le pape rappelle que la vraie doxologie à la fin des psaumes est Gloria Patri et Filio et Spiritui sancto, et que la dernière conjonction et, avant Spiritui, ne doit pas être supprimée ; les ariens qui reviennent à l'Église ne doivent pas être réconciliés per illam impositionem manus qua per invocationem sancti Spiritus fit, sed per illam qua pænitentia fructus acquiritur, et sanctæ communionis restitution perficitur. Les autres prescriptions portent sur la restauration d'une église détruite qui n'est consacrée que par la célébration de la messe.. Enfin, le pape envoie à l'évêque un exemplaire du canon romain et des cérémonies du baptême *.
399 Nous aurons aussi à citer la lettre du pape saint Grégoire à saint Léandre, sur le rituel du baptême 1.
III. SOURCES ET DOCUMENTS. — 1 ? Les livres de la liturgie mozarabe. — La liturgie mozarabe possède à peu près les mêmes livres que les autres liturgies latines ; pour la messe, un sacramentaire, un lectionnaire, un antiphonaire, plus tard un missel, Missale mirtum ou plénier, qui réunira tous les livres nécessaires pour la messe ; pour l'office, psautier, lectionnaire, antiphonaire, hymnaire, homéliaire, qui seront tous réunis quel que jour dans le bréviaire ; pour les sacrements et les sacramentaux, un manuel, un rituel, un pontifical ; en outre un calendrier et un martyrologe.
Sur ce point, la liturgie mozarabe est d'accord avec les autres liturgies latines et mérite d'être classée dans le même groupe. Au contraire, la liturgie grecque et les liturgies orientales, dont on la rapproche quelquefois, ont un système tout différent, au moins pour la messe. Chez elles ni sacramentaires, ni antiphonaires, ni même missels, au sens que nous donnons à ce mot.
Mais, à la différence de la liturgie romaine, des liturgies gallicanes, et même de la liturgie ambrosienne, dont les livres liturgiques sont d'ordinaire anonymes, la liturgie mozarabe possède un bon nombre de pièces dont nous connaissons les auteurs.
L'activité liturgique en Espagne a été grande, surtout aux VIe et VIIes. Nous mettrons à part Prudence, le poète du IVe, dont les hymnes ont un caractère plus littéraire que liturgique, encore que certaines de ces hymnes aient été composées soit pour être récitées ou chantées, soit pour l'anniversaire d'un martyr, soit pour d'autres offices, comme l'hymne du lucernaire. Mais les noms de Léandre, d'Hildefonse, de Julien, d'Eugène et quelques autres, nous sont connus pour avoir composé des messes ou autres prières conservées dans les livres liturgiques que nous allons étudier. Nous croyons devoir citer quelques-uns de ces textes, car ils sont à retenir pour l'histoire de la liturgie mozarabe, Saint Isidore, dans son De viris attribue un certain nombre de compositions à ses prédécesseurs : à Pierre de Lérida, ve-VIe, Pelrus... edidit diversis solemnitatibus congruentes orationes el missas eleganti sensu et apperto sermone ; à Léandre de Séville (f 599) : in ecclesiasticis officiis idem Leander non parvo laboravit studio. In toto enim psalterio duplici editione orationes conscripsit : in sacrificio quo que laudibus at que psalmis mulla dulci sono composuit *.
Saint Hildephonse, de son côté, écrit de Jean de Saragosse (f 631) : In ecclesiasticis officiis quadam eleganter et sono et oratione composuit ; de Conantius de Palencia (t 639) : ecclesiasticorum officiorum ordinibus intentus et providus ; nam melodias soni multas noviter edidit. Orationum quo que libellum de omnium decenter conscripsit proprietate psalmorum ; d'Eugène de Tolède ( 657) : Studiorum bonorum vim persequens cantus pessimis usibus viliatos melodiæ cognitione correxit : officiorum omissos ordines curam que discrevit. Le même Eugène promet à Protasius de Tarragone une messe de saint Hippolyte et des oraisons, avec cette remarque :
missam vero votivam ideo non scripsi, quia in hac patria tam accurati sermonis habentur at que sententiæ, ut simile non possim excudere, el superfluum judico inde me aliquid dicere, unde meliores. recolo jam dixisse . Braulion de Saragosse (T 651) s'attribue à lui-même : Libellum de sancti Æmiliani vita brevem conseripsi ut possit in misse ejus celebritate quantocius legi .
Quiricus de Barcelone (vre siècle) est auteur d'une hymne de quinze strophes en l'honneur de sainte Eulalie de Barcelone *.
Quant au même Hildephonse de Tolède (f 667), son cas est plus compliqué. On lui attribue six ou sept messes en l'honneur de la sainte Vierge qui existeraient dans un manuscrit de la bibliothèque capitulaire de Tolède, le 25, 7, Mais dom Férotin, qui a examiné ce manuscrit, nous dit à ce propos qu'il y a ici une erreur ; il s'agit seulement du traité, bien connu, du même auteur, De virginilale sancte Mariæ, divisé en leçons, qui ont pour titre [missa I], missa 111, missa I V, etc. d'où la méprise. Missa est en effet pris parfois dans le sens de leclio aux vir ? et vrr sièc les 7, Mais il a composé deux messes en l'honneur des saints Côme et Damien, les patrons d'un monastère de ce nom ; un alleluia et autres chants pour sainte Léocadie. Dom Férotin pense même qu'on peut lui attribuer une messe de l'assomption, éditée dans le Liber mozarabicus, col. 592-598. La langue en est curieuse, d'une prolixité et d'une préciosité bien digne de saint Hildephonse, et le latin est un latin très éloigné du style classique. Mais la doctrine sur la sainte Vierge est au contraire d'une théologie remarquable *.
On a pu considérer, non sans vraisemblance, saint Léandre comme l'auteur de la messe de saint Vincent martyr. En tout cas, une large partie de cette messe est empruntée à un sermon dont il est probablement l'auteur *.
Dans la série des auteurs mozarabes, dom Férotin a négligé un texte dont l'importance est capitale, c'est la lettre adressée par les évêques adoptianistes d'Espagne, en 792 ou 793, à ceux des Gaules, d'Aquitaine et d'Autriche !, Or, dans cette lettre, ils citent divers »EE « smippajon T : pon ad SLNHKNOVH,T ide u m ga W. Ge | RE À d ot ML E »t i de e EDT m Av p PA ep err gs Lo ae LAE A e dio » AY Ni Le 7] ETA M pur us x Mur n d ced Es pour. ge ch pum « n TS pH € r” bo ert : i F e t. c + J A Pat, 29 rip OA uo PAP PIE »* 02 zl c : Ei Hn EA G v E DCN Ẹ ta SEA ES F ty ippo d ovr M # mt PL PIE d p » x A & - dp : tu yv hpynuase : Pre Tan c VR 07 ATUS Ai Dp. opo
ALICIH « NOV LA AAZAOLAT »HIDO'IOSHOSHYV A.LOI(]
401 MOZARABE textes de leur liturgie qu'ils attribuent respectivement à Eugène, Hildephonse, Julien. Un autre texte est attribué par Élipand à Isidore de Séville, que dom Férotin ne cite pas parmi les auteurs de la liturgie mozarabe !, Des textes cités par lui, dom Férotin, concluait : : Ce n'est pas à des auteurs du vi ? ou du vire siècle que nous devons dans son ensemble la liturgie mozarabe... Cette liturgie, ils se sont efforcés de la ramener à sa pureté première et l'ont enrichie de textes nouveaux, ils ne l'ont pas créée ; elle n'est l’œuvre ni d'un saint Léandre, ni d'un saint Isidore, ni des grands conciles nationaux de Tolède ?. » Florez était, avant lui, arrivé à la même conclusion . Mais dom de Bruyne est d'un autre avis. D’après le texte de la lettre de 792 et d'autres textes d'Élipand, il pense que la majeure partie du missel doit être l'œuvre des trois évêques de Tolède cités dans cette lettre : Eugène, Hildephonse et Julien . Cette conclusion demanderait à être établie par une démonstration très serrée, notamment par une étude philologique de ces différentes formules. Dom de Bruyne lui-même est obligé d'ajouter que certaines formules sont antérieures au viir siècle et nous citerons nous-mêmes quelques autres exemples de messes, plus anciennes que l'époque des Léandre ou d'Isidore.
Ceci noté, nous allons énumérer brièvement les documents les plus anciens de cette liturgie.
Nous ferons seulement remarquer que, pour les fêtes et autres circonstances liturgiques, il est d'ordinaire d'accord avec l'homéliaire tolétain que nous décrivons ci-après, 2. Les Homiliæ Toletanæ (ex cod. Brit. Museum addit, 30853). — Les homélies contenues dans ce
(LA LITURGIE)
402 403 9. 10. 11.
. II f ad
» IMI
XXXVII, 2. XL,1-22. matutixli, 1-45. matutinum secunda ebdomada. XLI, 45.
VI f ad 1#. vifad YVI. sabbato num. ad. I1 f ad imr in 11 ebdomada. XLIII, 15-XLV, 16.
4.11 I ad vi in secundo ebdomada. xLv, 17. f ad matutinum in secunda ebdomada. XLVII, 15.
. III f ad 1118 in secunda ebdomada. L, 13.
. finit (Ia note du début man que in f ad vr). Ex., ir, 19.
. III ad vini in secunda ebdomada. IT, 11. nu fad matutinum in sec, ebd. Iv, 19. nn f ad in9 in sec, ebd. VII, 14.
MOZARABE (LA LITURGIE)
. de infirmis. xxxi, 2..in adventu v dominico. XXXY, 1. de adventu. — xxxv,3. lectio de uno infirmo. XXXVIII, 1.
59, de defunctis. x xxvnr.10. in adventu. XL, Ti in adventu. XL, 10. dominico mm de co(tidiano). XL, 27. in unius iusti. XLI, Š. de uno iusto. XLII, 1,. in adventu. XLII, 10. sci vincenti. XLIII, 1.. de s, vincenti. XLIV, 1..ad via in caput anni. XLIV, 6. nativitas. XLV, 8..in caput anni [ad no== Dix 58.
. cant. in nam ]. XLVI, J.
71. mn dominico ante XL. XLVI, 9.
72. item in iur dominico ante XL. XLVIIT, 4. 73.lectio in cotidiano. XLVIII, 12.
104. ad na. v, 6. 105. ad via. vi, 24, 106. ante xr. VIII, 3. 107. sci asciscli. v IIT, 12. 108. primitiis. VIII, 18. 109. de sanctis. vin, 25. 110. de adventu. xr, 25-31. 111. cotidiano. XI, 33. 112. co(tidiano). XII, 1. 113. cot. XII, 16. 114. ad prima. XIII, 12. 115. de defunctis. XIV, 7. 116. cot. xv, 4. 117. in circu [m] cisione dni. XY, Š.
118. votiba singulare. xv, 30. 119. co. XVI, 17. 120. co. I Cor., 1, 3-9. 121. in v1 dominico ante xr. 1, 10-16.
122. co. 1, 17. 123. Item C. II, 6. 124. sci iusti et pastoris. II, 10.
125. co. rm, 16. 126. in adventu. IV, 1. 127. in sci petri. IV, 8.
404 165, de iterantibus. HII, 1. 166, 111 dominico ante XL. Col.. 1, 3.
167. sce cecilie. I, 12. 168. in adventu. III, 1. 169. in adventu. Irt, 12. 170, in vx dominico ante XL. IU], 18-IV, 1.
171. in ordinatione episcopi..I Tim., 1r, 1.
172. sciiacobi. II Tim., 1, 5. 173. sci felicis. 11, 11. 174. sci felicis. II, 22. 175.item in sci felicis. nr, 10-15.
176. uno confessore. Iv, 17. 177. apparitio. Tit., x, 11. 178. infantum. Hebr., 11, 9. 179. de sanctis. | x,32-38. 130. in decollatione sci ioannis. X1, 24.
181. in sci fructuosi. xr, 33. 182. in de sanctis. — xr, 34. 183. item sci ioanni. xr, 36. 184.in cena dni ad rt, XII, 12.
En replacant les lectures dans l'ordre de l'année liturgique, on remarque qu'elles forment deux groupes : le premier comprend les lectures faites à l'office, auxquelles il faut joindre les cantiques ; le second comprend les deux lectures faites à la messe ; l'une tirée généralement de l'Ancien Testament, l'autre des épitres ou des Actes.
DICT. D'ARCHÉOLOGIE. LETOUZEY ET ANÉ, EDIT.
usé m wer e RIA in ERE eg 10 BR CHIEDO CEP Des Lr 33 ete 405.L'Avent compte cinq dimanches 1 (n. 38, 110) ; 1 (n. 126) ; nr (n. 168)... ; v (n. 56, 163). Après cela vient la Nativité (n. 41, 43, 98), la fête de saint Étienne le 26 décembre (n. 212, 213) ; la fête de saint Jacques, le 28 décembre (n. 172) sans qu'on puisse dire d'une manière certaine s'il s'agit de Jacques le Mineur, fêté le 28 décembre ou de Jacques le Majeur fêté le 30. Ensuite la fête de saint Jean l'Évangéliste le 29 décembre (n. 145) et la fête de la Circoncision (n. 117).. La fête de l'Épiphanie appelée aussi Apparitio (deux cantiques, n. 31, 89, à la messe, n. 32, 33, 177).. Saint-Julien, le 7 janvier (n. 97) et la fête des saints innocents ou Allisio infantum, au 8 janvier (n. 178).
« Depuis ce jour, jusqu'au 1 dimanche de Carême, il y a divergence dans la disposition des livres liturgiques. Les uns, comme le sacramentaire de Tolède et le Libellus orationum de Vérone, passent directement au Carnes tollendas, mais, après la Pentecôte, il ont une longue liste de dimanches appelés de cotidiano | et destinés à remplir les vi des. Il est probable que cette | disposition est la plus ancienne. D'autres, comme le | Liber comicus de Silos et celui de San Millan, n'ont | qu'un dimanche ante carnes lollendas et les vi des | doivent de nouveau être remplis par les dimanches de cotidiano. D'autres enfin, comme le Gormicus de Tolède, qui est le plus ancien, concordent avec nos annotations liturgiques : il y a un dimanche post allisionem (n. 141), puis les dimanches ante quadragesimam vi (n. 100, 121, 170), v (n. 86), Iv (n. 71, 72), etc. Le premier dimanche du carême s'appelait de carnes tollendas (n. 35, 146).
« Pour le carême nous sommes bien renseignés, On lisait à l'office des péricopes successives du Pentateu que. Les n. 1-30 nous renseignent pour les deux premières semaines et el les s'accordent rarement avec le bréviaire imprimé. Pendant les trois premières semaines, le mardi et le jeudi, il n'y avait pas de messe ; le samedi n'étant pas jour de jeûne, on célébrait à tierce, les autres jours à none. La lecture était tirée des épitres catholiques.
« Le 1v dimanche du carême avait deux noms picesima et de mediante (n. 190, 191) ; l'annotation in media noctis (n. 51, 192) doit se rapporter à un office de ce même jour. Ici et dans la semaine qui suit, je crois | que xL ou Lx ont été écrits en place de xx (n. 40, 51, | « Le v dimanche était appelé de Lazaro (n. 204). Les samedis de Carême s'appelaient en connexion avec le dimanche qui suivait (n. 96).
« Le vi* dimanche, in ramos palmarum (n. 75, 197). Lundi (n. 85) et mardi (n. 76) de la semaine sainte. Le jeudi saint, il y avait, outre les fonctions ad matulinum (n. 198), ad riz ; (n. 184) et ad Frrir (n. 138) une messe per lilulos, c'est-à-dire pour les églises situées loin de la cathédrale (n. 199). Le vendredi saint tout le clergé et le peuple criaient 300 fois, puis 200 et enfin 100 fois indulgentia ! Rien d'étonnant que ce jour ait été appelé.Indulgena (n. 80).
« Vigilia Paschæ (n. 82, 128). » Pâques (n. 140). Ascension (n. 36). Dimanche après l'Ascension (n. 157, 216). Ici doivent probablement s'intercaler les letaniæ (n. 83, 158, 159) qui se faisaient les mercredi, jeudi et vendredi avant la Pentecôte. Veille de la Pentecôte (n. 90). Après la Pentecôte venaient les dimanches de colidiano (n. 39, 63, 73, 75, 77, 102, 111, 112, 116, 119, 120, 122, 123, 125, 130, 139, 147, 152, 153, 156).
MOZARABE (LA LITURGIE)
saint Aciscle, 17 novembre | 406 10 décembre (n. 150) ; sainte Marie, 18 décembre (n. 154) ; saint Fructueux, 21 janvier (n. 181) ; saint Vincent, 22 janvier (n. 66, 67, 151) ; chaire de saint Pierre, 22 février (n. 54) ; saint Philippe, 2 mai (n. 114) ; sainte Croix, 3 mai (n. 161, 211) ; nativité de saint Jean-Baptiste, 24 juin (n. 155,215) ; saint Pierre, 29 juin (n. 127) ; saintes Juste et Rufine, 17 juillet (n. 143) ; saint Félix, 1 août (n. 173, 174, 175) ; saints Juste et Pasteur, 6 août (n. 124) ; saint Laurent, 10 août (n. 149) ; décollation de saint Jean-Baptiste, 24 septembre (n. 180, 184). | « Si nous comparons ces données avec le Comes de Silos, nous remarquons des changements dans la disposition des dimanches, des divergences dans l'assignation des péricopes, surtout aux fêtes du carême, un plus grand nombre de saints dans la Bible d'Alcala. D'autre part, elle a beaucoup moins de saints que n'en connait le sacramentaire !, » Le Liber ordinum, édité aussi par dom Férotin, complète le missel, car il contient une très riche série de messes votives, Quoi que nous ayons parlé de l'un et de l'autre manuscrits à l'article MissEL, nous devons les étudier ici à un autre point de vue.
|, adventum domini vel festa sancli Aciscli adnuntiatur ?.
407 Nous avons ensuite le cireulus anni, depuis le r** dimanche de l'Avent jusqu'à la Pentecôte et jusqu'à la fête de saint Martin.
Comme dans une certaine classe de sacramentaires anciens, temporel et sanctoral ne sont pas distincts. Après saint Martin viennent les communs des saints et les fêtes votives et sept messes quotidiennes ; en réalité, ce sont des messes pour les dimanches qui n'ont pas de liturgie spéciale. Ce cycle de l'année, très simplifié, nous ramène à une époque où l'année liturgique n'est pas encore complètement constituée, un très petit nombre de fêtes de saints, et les fêtes principales de l'année réduites aussi au strict nécessaire. Les dimanches du temps après l'Épiphanie et du temps après la Pentecôte, ne sont pas représentés, comme dans nos missels, par des formules spéciales ; on prenait à tour de rôle ou au choix dans le recueil des Missæ quotidianæ. Cette disposition est des plus remarquables et inviterait, si c'était le lieu, à de longs commentaires. Contentons-nous de dire que ce type de sacramentaire, antérieur à la plupart de ceux que nous connaissons, représente l'époque où l'année liturgique est encore à son premier stade, c'est-à-dire au VIe et peut-être en deçà.
Chacune des messes du sacramentaire de Tolède se compose en général de neuf formules, la missa, ou première oraison, une deuxième oraison qui précède la lecture des noms, une troisième oraison dite post nomina, une oraison ad pacem, l'illatio, le post sanctus, le post pridie, la prière après le Pater, et la bénédiction, suivait la communion avec l'antienne ad accedentes et, parfois, une oraison finale, completuria, puis a lieu le renvoi.
On remarquera que toutes ces formules appartiennent à ce que nous appelons la messe des fidèles, c'est-à-dire le sacrifice eucharistique ou messe proprement dite. Tout ce qui précède : lecture de la prophétie, de l'épître, de l'évangile et chants, c'est la partie épénième ou, si l'on veut, préparatoire de la messe, appelée avant-messe ou messe des catéchumènes, qui n'est pas représentée dans le sacramentaire ancien ?. Ce document si précieux fournit aux liturgistes des matériaux de première valeur dont on n'a pas encore tiré parti, mais qui sont pour la liturgie mozarabe d'une importance inappréciable. Il nous suffira ici de les avoir signalés.
MOZARABE (LA LITURGIE)
408 Célébrer la messe avec les cérémonies et formules usitées dans les églises épiscopales.
7. Le rituel et le pontifical mozarabe. — On semblait avoir perdu en Espagne tout souvenir du rituel et du pontifical mozarabe ; ils formaient deux livres différents, auxquels il est fait allusion dans les documents de l'Espagne wisigothique. Dom Férotin a pris la peine de relever ces textes *.
8. Le Liber ordinum, édité par dom Férotin, est en même temps un rituel et un pontifical. Son édition est faite d'après le manuscrit de Silos, complété par celui de Madrid. Il faut lire dans l'introduction de dom Férotin l'histoire de ce manuscrit de Silos dont les péripéties sont des plus curieuses. Nous nous contenterons de noter ici que ce manuscrit si précieux ne serait rien moins, d'après l'hypothèse de l'éditeur, que l'un des quatre (Liber ordinum, Liber missarum, Liber orationum, Liber antifonarum) envoyés en 1064 au pape Alexandre II pour être examinés par lui . Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, il n'en reste pas moins que le manuscrit de Silos est l'un des plus précieux du Moyen Âge, aussi remarquable par le soin de la rédaction que par la beauté du parchemin et par l'élégance de l'écriture. Dom Férotin, qui a eu le rare mérite de le découvrir dans la boutique d'un apothicaire de Silos, en a donné dans les Monumenta Ecclesiae liturgica une excellente édition à laquelle il a consacré de longues années de travail et qu'il a enrichie de notes, de tables, de glossaires et d'indices du plus haut intérêt .
Quant au contenu, nous ferons remarquer que la Ie partie du Liber ordinum, quoique reliée à la IIe par certains renvois, forme en réalité un livre liturgique qui a dû pendant un temps exister indépendamment, comme un missel qui ne contient que des messes votives. L'ordinaire de la messe n'y est même pas compris ; nous le rangeons parmi les missels, puisqu'il contient pour certaines messes la prophétie, l'épître et l'évangile et même les chants d'avant-messe. Ces messes votives sont au nombre de cinquante-neuf et nous n'avons pas jusqu'ici d'exemple d'une collection aussi riche en ce genre de messes. Nous aurons à les étudier dans un paragraphe spécial. Les colonnes 433-448 ne font pas partie du Liber ordinum, mais sont un supplément dont nous aurons aussi à parler.
Suit le Liber antiphonarum de l'anno circulo a festivitate sancti Aciscli usque in finem. C'est la composition ordinaire des antiphonaires de la liturgie latine, contenant les pièces notées, antiennes ou répons, destinées à être chantées à l'office ou à la messe. Le fac-similé d'une de ses pages a été donné par don J. F. Riaño, Critical and bibliographical notes on early Spanish music, 1887, pl. VI. Les Pères de Silos, dans leur édition, ont donné le texte et les neumes, réservant pour plus tard les notes et le commentaire. Dans la préface, le R.P. dom Serrano pense qu'il faut remplacer la date (1066) donnée par dom Férotin, par celle de 917-949, l'abbé Ikila, pour qui il fut écrit, ayant gouverné pendant ces années le monastère de Santa Maria de la Regla. L'hypothèse de dom Férotin que ce manuscrit aurait été copié sur un autre de 672, et donc serait un témoin de la liturgie du VIIe, n'est pas acceptée par dom Serrano.
L'antiphonaire de Léon contient 61 cantiques avec l'indication de la place où on doit les réciter, ce qui semble contredire l'observation de Mearns (The canticles, p. 70) que les cantiques mozarabes furent réunis longtemps après l'invasion musulmane 1. Il y a 43 hymnes mentionnées, dont 5 ne sont pas citées dans Blume. Il y a quelques antiennes en grec pour les fêtes de sainte Léocadie et de sainte Eulalie, qu'il faut ajouter à la liste déjà longue de ces reliques grecques dans les livres liturgiques latins, collection qui, du reste, n'a pas encore été réunie.
MOZARABE (LA LITURGIE)
| rabe. emprunté le psautier, les hymnes et les cantiques d'un | | i | 410 11. Le psautier et les cantiques. — Le psautier mozarabe est d'ordinaire suivi des cantiques récités à l'office avec les psaumes et même des hymnes ; le psaume est parfois précédé d'une antienne et suivi d'une oraison. C'est un vestige de l'ancienne psalmodie qui comportait une oraison après chaque psaume. Le psautier publié par Tommasi, et plusieurs fois réédité, est un recueil factice contenant le psautier, les cantiques et les oraisons que l'éditeur a tirés du bréviaire mozarabe de Lorenzana, qui a édité ce dernier livre, a utilisé un ancien manuscrit de la bibliothèque capitulaire de Tolède. Le British Museum possède un précieux manuscrit de ce psautier qui a été édité par J. P. Gilson sous ce titre : The mozarabic psalter (H. Bradshaw Society, 1905). Dom Férotin signale plusieurs autres manuscrits du psautier dans les bibliothèques d'Espagne . La version latine du psautier mozarabe est différente de la Vulgate adoptée dans la plupart des psautiers latins ; l'ordre de la distribution des psaumes est aussi particulier à l'Espagne. Chaque psaume est suivi, comme dans les psautiers ambrosiens, d'une ou de deux oraisons. L'hymnaire fait suite aux cantiques (voir plus loin). Dans diverses études sur le psautier latin, M. A. Allgeier cherche à démontrer l'influence directe du psautier mozarabe, soit sur le psautier gallican, soit sur les livres carolins. Dans son article, Die Psalmen in der mozarabischen Liturgie und das Psalterium von Saint-Germain-des-Prés, il pense que le psautier mozarabe a la priorité sur celui de Saint-Germain-des-Prés, fondé, comme on sait, en 558 pour abriter les reliques de saint Vincent de Saragosse, que le roi Childebert avait rapportées de son expédition en Espagne. La priorité du psautier mozarabe serait, suivant l'auteur, une nouvelle preuve que c'est la Gaule qui emprunterait à l'Espagne, et non, comme bien des auteurs l'ont cru, le contraire .
Les cantiques mozarabes suivent en général, dans les manuscrits liturgiques, la collection des psaumes `. On y retrouve les cantiques employés à Rome ou dans les autres liturgies, plus un bon nombre qui sont particuliers à l'Espagne. La distribution et le texte sont aussi propres à la liturgie mozarabe. L'ordre est celui-ci : cantiques pour l'année ; cantiques de quadragesima ; cantiques de traditione Domini ; cantiques de resurrexione Domini ; cantiques de sanctis ; de uno justo ; de virginibus ; de cotidiano. Canticum angelorum, de nativitale Christi, c'est le Gloria in excelsis. Cette distribution nous ramène à l'époque antérieure au IXe 2, Parmi les manuscrits consacrés au psautier et aux cantiques, il faut signaler les deux très précieux manuscrits wisigothiques de la bibliothèque de Ferdinand Ier, roi de Castille et de Léon *. Le premier, de l'an 1055, est aujourd'hui à la bibliothèque de l'université de Compostelle (Gabinete de reservados, n. 1) ; il est, selon dom Férotin, le plus précieux peut-être des manuscrits wisigothiques par le soin et l'art de la composition. Le calendrier a été publié dans le Liber ordinum.
Les quatre derniers sont composés de versets et de sentences de la Bible tirés de divers endroits et sous ce titre curieux de Cantici romenses. Leurs titres sont : ad te Domine consilium et victoria ; surgite et benedicite Domino ; conforta nos, Domine ; nostra conversatio, fratres, in celis est. Dom Férotin ne nous dit rien de plus sur ces Cantici romenses, et je ne crois pas que, jusqu'ici, aucun érudit ait cherché à les identifier. Mais, cependant, ils sont à noter pour éclairer l'histoire encore obscure des versets ou capitula dans la liturgie primitive.
Suit le symbole de saint Athanase, sous le titre d'Oratio de sancta Trinitate ; puis l'Oratio sancti Augustini : O. 5. D. rex regum, et trois autres oraisons :
Domine Deus omnipotens, rex æterne ; averle, piissime Domine ; oratio ad Deum deprecandum : Domine exaudi.
Les derniers feuillets sont remplis par un ordo ad medium noctis ; ordo ad celebrandum nocturnos ; sucipiunt responsuria de noct. dominica les ; ordo post nocturnos ; ordo nocturnalis in resurrectione Domini a prima die usque ad Pentecosten.
Les litanies des saints portent ce titre : « Hec est letania, id est rogationes : Domine ne in ira tua. Beali quorum remissæ sunt. Domine ne in ira tua. Miserere mei Deus. Domine exaudi orationem meam. De profundis. Domine... auribus. Kyrie. Pater. » Suit une très longue liste des saints invoqués après les apôtres. ` La formule de confession ressemble à celles connues, avec une liste des péchés commis, et n'est remarquable que par la mention des noms de la reine Sanche, femme de Ferdinand Ier, et de l'infante Urraca, leur fille. ;
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TEXTE CORRIGÉ :
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12. L'hymnaire mozarabe. — Dans le Breviarium gothicum, édité par Lorenzana, on trouve la collection des hymnes employées dans la liturgie mozarabe *. Elles sont distribuées, selon les temps de l’année, depuis l'Avent ; les hymnes des saints ne sont pas à part des hymnes du temporal. Les hymnes du commun sont distribuées sous ces titres : Ymni de sanctis, de uno justo, unius confessoris ; de virginibus ; de una virgine ; in sacralione basilice ; in restauratione basilice ; in ordinatione episcopi ; in ordinatione regis ; in natalicio regis ; de profeclione exercitus qui us que in reversione dicendus est diebus letaniarum ; Ymnus pro paria clade ; de sterilitate pluvie ; de ubertate pluvie ; de nubenlibus ; de infirmis ; pro defunciis ; Ymnus in exequias defunctorum ; unius defuncti ; Ymni dominica les cotidiani ; Ymni colidiani vespertini ; Ymnus de duodecima ; Ymnus ante compleia ; Ymni de completa ; de prima vigilia ; Ymni dominica les ; Ymnus ad quielem ; Ymni de medium (sic) noclis ; Ymni de nocturnos ; alii ad galli cantum ; Ymnus dominicalis ad pullorum cantu ; Ymnus dominicalis ad matutinum ; Ymni matulinarii colidiani ; une lacune de quelques pages, puis : Ymnus de tertia ; de quarla ; de quinta ; de sexta ; de seplima ; de nona ; de undecima ; de duodecima ; ad vesperum.
Prudence, qui peut passer pour le plus ancien et le plus heureusement inspiré des hymnographes, est une des gloires de l'Espagne au IVe. Ses hymnes, dont quelques-unes font partie de l'hymnaire espagnol, ont aussi été adoptées dans d'autres provinces. Malheureusement, les poètes qui, en Espagne, ont succédé à Prudence, n'ont ni son inspiration lyrique, ni son habileté poétique, et, en somme, l'hymnaire mozarabe, au point de vue littéraire, est assez médiocre. Mais, à côté des hymnes composées en Espagne, les liturgistes de la période wisigothique et de l'âge suivant en ont adopté qui ont été composées en d'autres pays. Ces hymnes ont été étudiées ou éditées en dehors de Lorenzana, par Ortiz, Tommasi, Arevalo, Pinius, Neale et enfin par Dreves et Clemens Blume, sans parler des collections générales de Daniel, Mone, etc. *. Voir HYMNES.
413 confesseurs, d'une vierge principale, de plusieurs vierges ; sanctoral, depuis 29 janvier, saints Julien et Basilissa, jusqu'au 31 décembre, sainte Colombe ; appendix. Cf. col. 443.
14. Le Manuel ou Liber manualis. — Parmi tous les livres de la liturgie mozarabe, un seul semble manquer encore à l'appel, c'est l'Ordo, sorte de rituel à l'usage des prêtres de paroisse. Il s'appelait, en Espagne, Liber manualis, ou Manuale, ou Libellus officialis, qu'il ne faut pas confondre avec le Liber ordinum appelé quelquefois aussi Manuale, Liber manualis, ou Manuale ordinum ! ; on sait que ces titres sont parfois trompeurs et produisent des confusions. Celui dont nous parlons en ce moment et auquel on devrait réserver exclusivement le nom de Liber manualis, était un rituel ou un ordo pour l'administration des sacrements . Le IVe concile de Tolède dira que tout prêtre envoyé dans une paroisse doit recevoir de son évêque un Libellus officialis : Quando presbyleres in parochias ordinantur, LIBELLUM OFFICIALE d sacerdote suo accipiant, ul ad ecclesias sibi depulatas instructi succedant, ne per ignorantiam etiam ipsis divinis sacramentis offendant : ita ul quando ad litanias vel ad concilium venerint, ralionem episcopo suo reddant qualiter susceptum officium celebrant vel baptizanl. C. x xvi. Lors des funérailles d'un prêtre, on déposait le Manuale sur la poitrine du défunt ; le nom de Manual sert encore aujourd'hui en Espagne à désigner le rituel . Mgr Duchesne croit voir dans les deux lettres de saint Germain de Paris un de ces Libelli officia les. Mais ces lettres sont un petit traité postérieur d'un siècle ou d'un siècle et demi à saint Germain , Dom P. Séjourné fait remarquer que les conciles espagnols, si riches en décrets liturgiques, pourraient servir à reconstituer l'un de ces Ordines *.
Le livre décrit dans le canon cité du IVe concile est bien un rituel contenant les formules et directions pour les sacrements que doivent administrer les curés. C'est tout ce que nous en savons pour le moment, et il faut espérer que les liturgistes espagnols retrouveront quelque jour un exemplaire de ce livre précieux. Sans aucun doute, le Liber ordinum contient des formules qui appartenaient au Liber officialis. Si les deux lettres dites de Saint-Germain ne sont pas exactement l'un de ces libelli, on peut admettre l'hypothèse que l'auteur, écrivant, vers l'an 700, dans une Église de Bourgogne, a pu avoir sous les yeux un de ces libelli . L'influence mozarabe, notamment celle du IVe concile de Tolède et du Ier de Braga (571) y est incontestable .
MOZARABE (LA LITURGIE)
414 Isidore ne laisse aucun doute sur un écrit de ce genre, Libellus exorcismorum :
Hi [exorcisti] cum ordinantur accipiunt de manu episcopi libellum, in quo scripli sunt exorcismi, accipientes polestalem imponendi manus super energumenos, sive baptizatos, sive catechumenos *.
Nous avons vu que le Liber ordinum ne nous donne pas le texte de l'ordination des ordres mineurs où la traditio de ce livre eût été sans doute mentionnée. Saint Hildephonse reproduit à peu près littéralement ce texte dans son De cognitione baptismi et mentionne aussi ce Libellus exorcismorum +.
Dans une étude, Sahagún und Toledo, M. Fischer analyse cinq manuscrits liturgiques provenant de Sahagún. Ils sont des témoins de la liturgie romaine du temps où Cluny s'introduit en Espagne, au XIe, mais gardent des vestiges de l'ancienne liturgie mozarabe, et l'auteur en donne quelques exemples. Ce n'est qu'un article, mais qui ouvre une perspective nouvelle. Il serait utile de classer ces manuscrits romano-espagnols, et de les étudier plus en détail *'.
IV. L'ANNÉE LITURGIQUE. — Les divisions de l'année liturgique nous sont données par les formules de l'annonce des fêtes, par les calendriers et par les livres liturgiques. Les conciles et les textes des auteurs font aussi parfois allusion à certaines dates et confirment le témoignage des calendriers.
445 MOZARABE (LA LITURGIE) 446
un témoin des divisions de l'année liturgique. Citons comme exemple la formule suivante qui annonce les fêtes suivantes : 1er décembre, fête de Notre-Dame ; 25 décembre, nativité de Notre-Seigneur ; 1er janvier, circoncision et jeûne des calendes ou du caput anni : 8 janvier, les saints Innocents ; 3 mai, invention de la croix : Ascension et Pentecôte au jour où elles tombent ; 24 juin, nativité de saint Jean-Baptiste ; 29 juin, saint Pierre et saint Paul ; jeûne et litanies de trois jours, aux jours où ils tombent !.
L'annonce du commencement du carême et de la fête de Pâques est faite avec plus de solennité au jour de l'Épiphanie, après la lecture de l'Évangile. Cet usage remonterait, d'après l'éditeur, à une époque où la fête de Noël n'était pas encore, en Espagne, distinguée de celle de l'Épiphanie, c'est-à-dire au IVe.
29 Les calendriers. — Le plus ancien est celui que l'on peut établir à l'aide de l'Orationale gothicum. Nous le donnerons au paragraphe suivant, que nous réservons au calendrier tel que l'on peut le reconstituer d'après les livres liturgiques. Nous ne parlons ici que des calendriers proprement dits.
Dom Férotin, qui a fait une étude particulière des calendriers mozarabes, a été assez heureux pour en retrouver six jusqu'ici inconnus et qui sont d'un grand intérêt pour l'étude de cette liturgie et la solution de certains problèmes. On ne connaissait guère, avant dom Férotin, que le Calendrier de Cordoue, celui de Francisco de Pisa et celui du Liber comicus, dont nous parlerons au paragraphe suivant.
Le Calendrier de Cordoue, rédigé en 961 par un évêque d'Elvire, est un calendrier astronomique et agronomique, destiné au calife de Cordoue, Alhecam II ; le calendrier contient cependant la mention des fêtes célébrées à cette époque, et même celle des sanctuaires de Cordoue où se réunissaient les chrétiens mozarabes. Il a été publié par Libri, par Dozy et par d'autres. Je renvoie à la notice complète qu'en a donné dom Férotin *.
Celui de Francisco de Pisa n'est qu'un fragment, édité pour la première fois en 1593 et réédité par Pinius et par Lesley *.
Dom Férotin a dit la peine qu'il a eue à prendre quelques notes sur ce calendrier. Il n'est donc pas étonnant que les bénédictins de Silos, dans leur édition de l'Antiphonaire de Léon, aient pu relever certaines « erreurs du premier éditeur et en donner un texte plus exact . Le Rme dom Serrano, dans son introduction, arrive à cette conclusion que ce calendrier doit être divisé en deux parties, l'une contemporaine du calendrier que l'on peut situer entre 860 et 930, et l'autre, « Le calendrier F mérite aussi d'être cité ; il fait partie d'un manuscrit fameux, aujour d'hui à la Bibliothèque nationale de Paris, qui contient les Étymologies de saint Isidore et qui a été étudié par Delisle .
Il faut remarquer qu'il existe des divergences entre ces divers calendriers et que la vraie date d'une fête n'est pas toujours facile à établir. Dans certains cas, la date du calendrier romain a été substituée à la date ancienne des mozarabes, 39 Les fêtes marquées dans les livres liturgiques. — Les livres liturgiques contiennent d'ordinaire un calendrier, c'est le cas des livres mozarabes, mais quand ils en sont dépourvus, on peut relever les divisions de l'année liturgique qu'ils suivent et les fêtes qu'ils observent. Voici le calendrier de l'Orationale gothicum, tel que l'a dressé W. C. Bishop : Januarii 1. Oct. nativ. Domini ; -— 6. Apparitionis Domini ; — 7. Juliani et Basilissæ ; — 8. Allisionis infantum ; m 21. SS. Fructuosi, Augurii et Eulogii ; — 22. S. Vincenti ; Februarii 21. Cathedra S. Petri ; ! Maii 3. S. Crucis] Y ; Junii 16. S5. Adriani el Natalis ; — 24. Nat. S. Joh. Baptiste ; e 29. SS. Pelri et Pauli.
Julii 17. SS. Juste el Rufinæ ; — [25 ]. S. Cucufatis ;
Augusti 1. S. Felicis el Maccab. !! ; — 6. SS. Justi el Pastoris ; — 10. S. Laurenli ;
— 11. 5. Hippolyti ; Septemb. 14. S. Cypriani ;
— 24. Decoll, S. Joh.-Bapt. : | OcLobris22]. S.S. Cosma el Damiani ; Novemb. 11. 5. Martini ;
— 17. S. Aciscli ;
-= 22. S. Cæciliæ ;
-—— 29. S. Saturnini ;
-—— 30. 5. Andrem : ;
Decemb. 9. S. Leocadiæ ;
— 10. S. Eulalia ;
— 18. S. M. virginis ;
— 25. Nativ. Domini :
— 26. S. Slephani ;
= 27. S. Eugenia ;
E 29. S. Joh. aposl. el epang. ;
, — 31. S. Columbæ **,
MOZARABE (
: Nous avons vu que le Liber comicus, le Lectionnaire - Alcala, l'Homéliaire de Tolède et les autres livres liturgiques mozarabes ont aussi leur calendrier. 4 » Le partage de l'année liturgique. — D'après les données des divers documents étudiés dans les paragraphes précédents, l'année liturgique mozarabe se présente ainsi :
L'ensemble des dispositions dont nous venons de parler ont prévalu de bonne heure en Espagne. Elles sont à peu près établies dès le VIe. Mais on peut constater l'existence d'un état antérieur où l'Avent consistait en une période de trois semaines. Le Liber officiorum (plus probablement mysteriorum), de saint Hilaire (t 366 ou 367), s'exprime ainsi : Sic sancta Ecclesia Salvatoris adventum anno recursu per trium septimanarum secretum spatium sibi incitavit. Cette citation, Mgr Mercati la croit apocryphe et ne pense pas que l'on puisse donner même à un Avent de trois semaines une origine aussi ancienne , Mais dom Wilmart se prononce, au contraire, pour l'authenticité de ce texte et combat l'opinion de Caspari et d'autres critiques qui pensent que les origines de l'Avent ne peuvent pas remonter au delà du VIIe, ou tout au plus de la fin du Ve. J'avais déjà attiré l'attention sur le 4° canon du concile de Saragosse, en 380 : Viginti et uno die, quo a XVI kalendas januarii usque in diem Epiphaniæ que est VIII idus januarii, continuis diebus, nulli liceat de ecclesia se absentare — nec latere in domibus nec secedere ad villam nec montes petere nec nudis pedibus incedere — sed concurrere ad ecclesiam. Quod qui non observaverit, his decretis anathema sit in perpetuum . Usener a conclu de ce texte, justement selon nous, qu'à cette époque l'Espagne ne connaissait encore qu'une fête de la Nativité, celle du 6 janvier, qu'elle aurait reçue de l'Orient, et ne célébrait pas encore celle du 25 décembre. En tout cas, du 17 décembre au 6 janvier, il y a vingt et un jours, soit trois semaines. Comme en Espagne on donnait aussi le baptême à l'Épiphanie, cet espace de temps répondrait assez bien aux trois semaines de préparation baptismale dont on retrouve la trace dans d'autres documents liturgiques , b) Le temps de Noël et l'Épiphanie. — Comme on l'a vu au paragraphe précédent, l'Espagne n'eut d'abord sa fête de la Nativité, ou apparitio Domini, qu'au 6 Janvier. C'est plus tard qu'elle aurait adopté aussi le 25 décembre et dédoublé, comme à Rome et ailleurs, l'unique fête en une fête de Noël ou Nativité, et une fête de l'Épiphanie, ou « apparitio Domini. Du 17 décembre au 1er janvier, se déroulaient des fêtes païennes : 17 décembre les Saturnales, 25 décembre Natalis invicti, 1er janvier fête des Calendes. Les chrétiens d'Espagne protestaient, comme ailleurs en pays chrétien, par des jeûnes ou des fêtes ecclésiastiques. Le 25 décembre est pris quelquefois en Espagne, comme en Gaule et à Rome, pour le début de l'année , Le 2 janvier est un jour de jeûne pour protester contre les fêtes païennes des Calendes de janvier. Le 1er janvier est la fête de la Circoncision. Le 8, par un usage spécial à l'Espagne, est la fête des Innocents, allisio infantum. Le jour de Noël au 25 décembre, une seule messe, comme dans les autres liturgies latines, Rome exceptée . c) Les débuts du carême. — Le temps de la Septuagésime et les quatre jours supplémentaires, du mercredi des cendres au premier dimanche de carême, sont ignorés dans la liturgie mozarabe primitive, ce qui est pour nous un point de repère chronologique. A cette époque, il y a un dimanche ante cineres, appelé plus anciennement le dominica ante carnes tollendas, car la cérémonie des cendres n'était pas connue non plus en Espagne primitivement *.
Dans le Liber mozarabicus, la messe du dimanche porte ce titre : missa de inilio quadragesime, id est de carnes lollendas. L'éditeur remarque à ce sujet que le titre devrait être plus exactement Missa de initio quadragesime in Dominica ante carnes tlollendas, le jeûne du carême commençant le lundi de cette semaine. Quelques formules de la messe de ce dimanche et du lendemain indiquent bien, en effet, que le jeûne ne commence que ce lundi !^. Quand on voulut, à l'exemple de Rome, insérer ces quatre jours supplémentaires, on fit un raccord qui entraîna un bouleversement général. La messe de ce dimanche fut transportée au mercredi des Cendres, comme on peut le voir dans le Missale mirium 11.
A. xe ET 14 419 d) Le carême. — Le carême primitif fut sans doute, en Espagne, d'abord de trois semaines. C'était en certaines provinces le temps normal de préparation au baptême pour les catéchumènes. C'est sans doute à ce fait que l'on doit la division en deux parties du carême de trois semaines chacune, division encore très apparente dans la liturgie mozarabe, dans la liturgie gallicane et même à Rome. Le IVe dimanche de carême, notre dimanche du lætare, est appelé en Espagne Dominica in vicesima, c'est le dimanche in traditione pour les catéchumènes. En réalité, ces trois semaines, dans la liturgie mozarabe, répondent à notre temps de la passion 1, e) La Mi-Carême. — La Mi-Carême a plus de relief dans la liturgie mozarabe que dans les autres liturgies latines. Son nom : in mediante die festo, ou simplement mediante, est tiré des premiers mots de la lecture de saint Jean, vir, 14-30. C'est un jour de repos au milieu du carême *.
Les dimanches de carême sont aussi désignés par le titre de leurs péricopes qui sont un précieux indice pour l'étude comparée des liturgies latines, Voici, par exemple, les analogies frappantes entre les liturgies mozarabe et ambrosienne :
Les formules du Missale mixtum sont empruntées en partie aux manuscrits wisigothiques de la cathédrale de Tolède, en partie au missel romano-espagnol de la fin du XVe. Cela fait un singulier amalgame, où Lesley cherche en vain à rétablir l'ordre. Mais,
MOZARABE (LA LITURGIE)
420 dans le Liber ordinum (col. 178), dom Férotin a édité un ordo pour la bénédiction et la procession des rameaux jusqu'ici inconnu et qui serait, selon lui, « le cérémonial le plus ancien de la bénédiction et de la procession des rameaux » (col. 179, note). Les 2, 3e, 4e, 5e oraisons ne sont probablement que des oraisons de rechange.
Pour les mozarabes, comme pour les gallicans, ce dimanche est aussi celui de la tradition du symbole aux catéchumènes ; même usage à Milan, tandis qu'à Rome, en Afrique, à Constantinople, d'autres jours étaient fixés *. Ce symbole devait être appris par cœur et récité le jeudi saint qui était en Espagne le jour de la redditio symboli. Nous avons donné (art. BAPTÊME, t. rt, col. 261 sq.) quelques détails sur cette cérémonie, sur le texte de ce symbole, etc.
Le jeudi saint, au contraire, in cena Domini, est marqué par des cérémonies très spéciales. Ce nom lui est donné couramment en Gaule et à Milan. En Gaule, il est encore appelé très anciennement, milieu du Ve, natalis calicis, En ce jour, à cause de la solennité, le jeûne était suspendu, au moins en certaines provinces, Ailleurs, le jeûne était suspendu tous les jeudis du carême °. Mais cet usage, qui semblait se rapprocher de celui des priscillianistes, n'était pas sans soulever des protestations. Ainsi le. concile de Braga, can. 16, si quis feria paschali, quie est cœna Domini, hora legitima, post nonam jejunus in ecclesia missas non lenel, sed secundum seclam priscilliani festivitatem diei, ab hora lerlia, per missas defunctorum, soluto jejunio, colit, anathema sit. D'autres conciles condamnèrent aussi cette pratique !*, La messe est tout entière propre. Les leçons sont centonisées, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas des extraits de tel ou tel livre de l'Écriture, mais une combinaison de divers passages arrangés au goût du compositeur. L'Évangile lui-même, intitulé Secundum Lucam, est aussi une combinaison de la passion selon les quatre évangélistes, On se rappelle que saint Augustin avait tenté de substituer à la passion selon saint Matthieu un récit composé des quatre évangélistes, mais il dut renoncer à cet essai devant les protestations des fidèles ! ?, La messe des fidèles est très complète, avec de longues oraisons, et contient même une antiphona ad confractionem panis et une autre ad
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422 accedentes. La communion est combinée avec des formules de la liturgie romaine : Corpus Domini nostri Jesu Christi quod accepimus, et sanctus sanguis ejus quem potavimus adhereat in visceribus nostris, eterne omnipotens Deus, ut non veniat nobis ad judicium nec ad condemnationem, sed proficiat ad salutem et ad remedium animarum nostrorum in vitam æternam. Amen À. En dehors de cette messe qui est la messe post nonam, dom Férotin édite pour la première fois une missa de cena Domini per titulos, c'est-à-dire pour les églises éloignées de la cathédrale qui avaient aussi leurs services , Cette messe est d'autant plus curieuse que l'inaltio contient ce texte qui per adoptionem nativitatis sue, dum suo non indulgit corpori, nostro demum non —— pepercit . Or, Élipand le cite, mais avec cette variante, qui per adoplivi hominis passionem, dum suo non indulgel corpori, nostro demum id est iterum, non pepercit.
= Cette citation qui avait été vainement cherchée jusqu'ici est enfin trouvée et laisse en même temps peser un doute sur la fidélité d'Élipand dans la citation des textes, Le jeudi saint est aussi appelé le solemne Paschæ ti que qui consiste, après la messe, à transporter solennellement, en procession, une hostie consacrée dans le calice, que l'on déposera dans un monument représentant le tombeau où le Christ a été enseveli. Elle y reposera jusqu'au jour suivant où elle sera reportée à l'autel avec les mêmes cérémonies et consommée par le prêtre , Un paragraphe est consacré plus loin au rit du lavement des pieds au jeudi saint. g) Vendredi saint. — A l'origine, ce jour, chez les Espagnols, était un jour de deuil qui n'avait pas de service, un jour vacant. Même coutume à Rome et chez les gallicans. Puis on y fit la lecture de la passion, dans une sorte de Diatessaron comme au jeudi, qui consistait à combiner un récit de la passion selon les quatre évangélistes. On adopta aussi la cérémonie de l'adoration de la croix, et la cérémonie de l'indulgentia, ou réconciliation des pécheurs, et aussi la messe des présanctifiés. La passion a pour titre : Passio Domini nostri Ihesu Chrisli et salbatorem secundum carnem . L'adoration de la croix et l'indulgentia sont fondues en une seule cérémonie. Comme elle a été décrite assez au long par Mgr Duchesne, je me contenterai de renvoyer à son livre *. Quant aux impropéres, au /risagion et aux autres rites de l'adoration de la croix, qui sont souvent semblables à ceux décrits dans les Ordines romani, ils n'ont été adoptés que plus tard par les mozarabes et Lesley s'efforce, dans ses notes au Missale mixtum, de faire les distinctions nécessaires, mais il faut avouer que l'histoire de l'origine de ces rites reste encore assez obscure 5.
Pour la messe des présanctifiés, il n'en est question ni dans saint Isidore, ni dans les conciles de Tolède. L'Espagne, en l'adoptant pour le vendredi saint, a suivi l'exemple de l'Église romaine et d'autres églises ou monastères, et le cérémonial est à peu près le même. Lesley, à cette occasion, fait allusion à ceux qui croyaient même : procession du monument à l'autel avec l'hostie consacrée la veille, une oraison précédant le Pater, élévation de l'hostie (au panem nostrum quotidianum), fraction de l'hostie, selon l'usage mozarabe, vin répandu sur l'hostie consacrée et communion, puis le quod ore sumpsimus, et oraison finale *. h) Le samedi saint. — Le samedi saint, in vigilia gloriosae Dominice resurrectionis, ou simplement in vigilia Pasche, l'office commence à la neuvième heure, 3 heures de l'après-midi, et se continuera jusqu'au matin du jour de Pâques, Cette longue fonction comprend la bénédiction du cierge, la lecture des prophéties, la bénédiction des fonts, la messe et les vêpres. a. La bénédiction de la lumière, — On se rendait en procession à la sacristie, où l’évêque tirait le feu de la pierre, y allumait une lampe, le cierge pascal et les cierges que le clergé tenait en mains. L'évêque disait une première oraison ad benedicendum lucernam, oraison qui est contenue dans l'Orationale gothicum, et sur le cierge une seconde oraison, qui est aussi dans l'Orationale. Cette cérémonie avait lieu à la sacristie ; puis l'on allait en procession à l'église, chacun tenant son cierge allumé ; on posait la lampe et le cierge pascal sur les candélabres qui leur étaient destinés et l'évêque entonnait l'antienne lumen verum. Puis on bénissait les diacres qui allaient chanter le laus de la lampe et du cierge. Ce sont des chants ou bénédictions en forme de préface et qui débutent par dignum et justum est et se terminent par une oraison. Après ces chants, on commence la lecture des leçons ou prophéties.
423 notamment à Rome, mais il nous a suffi de constater une fois de plus comment la liturgie mozarabe emprunte à l'Orient, soit à Byzance, soit à Jérusalem, des rites qu'elle transforme à sa façon.
Les deux bénédictions de la lampe et du cierge ne sont pas les mêmes que dans la liturgie romaine. La bénédiction du cierge contient une allusion aux gloriosis principibus, dans lesquels Lesley verrait volontiers Suinthilla et son fils Riccimer qui fut appelé à partager le gouvernement du royaume !. Et voici la finale, de caractère tout à fait mozarabe : Per Dominum nostrum Jesum Christum filium tuum : cum quo tibi es una et coæqualis essentia in unitate Spiritus Sancti : in secula seculorum. Amen, amen ad le descendat. Amen. Par in cœlo. Amen. Pax in terra. Amen. Pax et plenitudo tua, Domine, super nos descendat. Amen. Pax regibus et poleslatibus fidelibus seculi hujus. Amen. Par Ecclesie tue catholice : quæ est in h une locum constituta et per universum orbem terrarum in pace diffusa. Amen. L'évêque dit alors devant l'autel une oraison, sorte de début aux solennités pascales. Tous ces rites et ces chants et oraisons du lucernaire et du cierge pascal semblent un écho du poème où Prudence, au IVe, célébrait la lumière nouvelle et les joies pascales , b. Les prophéties. — Les lectures sont ici au nombre de douze, comme dans notre missel, comme dans celui de Bobbio, dans le lectionnaire de Luxeuil et dans le missel gallican. Ailleurs, il variait : cinq, six, huit, dix. La leçon est suivie de l'Amen, du Fleclamus genua et d'une oraison, comme dans le missel romain, mais le texte de ces oraisons est aussi très variable selon les pays. Dans le Missale mixtum, chaque prière est destinée à un groupe différent, ou à des circonstances spéciales, comme les oraisons litaniques de prières des fidèles, pro his qui variis necessitatibus detenti pasche interesse non possunt, pro sacerdotibus et ministris, pro unitate fidei catholice, pro virginibus, pro his qui eleemosynas faciunt, pro peregrinantibus et navigantibus, pro egrotis, pro penitentibus, pro pace populi et regum. Parfois, la lecture est suivie d'un chant en trait ou d'un canti que, comme à Rome. Ici Lesley voudrait voir dans les termes reges seculi hujus, Leuba et Leovigild, c'est-à-dire des rois non encore chrétiens, comme semblent les désigner les termes reges seculi hujus. Ailleurs, en effet, les souverains catholiques sont désignés comme gloriosos reges nostros, ou catholicos, ou fideles 3. c. Bénédiction des fonts et baptême. — Les leçons terminées, on chantait le ps. XLI, Sicul cervus, et on allait en procession aux fonts baptismaux, au chant des litanies qui contiennent le nom des principaux saints du calendrier mozarabe. La bénédiction proprement dite est conforme, en substance, à celle des plus anciennes liturgies, mais le texte des prières, ici encore, est mozarabe. Après le baptême, on chantait en action de grâces le Gloria in excelsis Deo, suivait l'onction et l'imposition des mains pour la confirmation par l'évêque, puis on revenait à l'église au chant du Cantemus Domino. Ce cérémonial ancien a été un peu bouleversé dans la suite par des additions , Comme exemple, on peut citer le Gloria in excelsis inséré ici, et surtout une oraison pro competentibus dont rien ne justifie la présence. d. La messe et les vêpres. — Avant ces additions, cette messe de la nuit du samedi saint commençait, comme les plus anciennes messes, par les lectures, | Pour cette messe, c'est l'épître de saint Paul aux Romains, c. vi. On remarquera ici, comme dans le lectionnaire de Luxeuil et le missel de Bobbio, l'absence de la prophétie. Il est probable que l'on pensait que la lecture des longues prophéties, qui avaient eu lieu durant la nuit, y suppléait avantageusement, | Les formules de cette messe sont pleines d'allusions au baptême des néophytes et au mystère de Pâques, mais nous ne pouvons nous y arrêter ici. La messe est suivie des vêpres, qui n'avaient pas été dites dans la soirée du samedi, la cérémonie que nous avons décrite commençant à none. Il y a ensuite une bénédiction de l'agneau, comme à Rome et dans d'autres églises latines . l | sans plus de succès et le pape Adrien I« , en 780, se plaint que les évêques d'Espagne non seulement ne s'entendaient pas avec Rome pour la date de Pâques, | mais même ne s'entendaient pas entre eux. Mais une | partie de l'Espagne, à cette date, était déjà sous la domination arabe et, par la force des circonstances, les | relations avec Rome et avec les autres églises étaient très difficiles La messe du jour de Pâques est l'une des plus complètes (il y a même des oraisons de rechange) et de celles que l'on peut étudier de préférence si l'on veut saisir le génie liturgique de l'Espagne wisigothique dans tout son éclat avec ses redondances et sa promiscuité . On dit à cette messe le Gloria in excelsis, un trisagion farci, qui rappelle celui de la messe gallicane, .]e canti que Benedictus es Domine Deus (ad libitum), EF … une missa, une illation où reparait l'Aggos, un post nomina où les noms des patriarches et des prophètes de l'Ancien Testament sont récités à côté de ceux des apôtres et des martyrs, comme dans la liturgie gallicane et dans les principales liturgies orientales, le Credo de Nicée-Constantinople ; le pos ! pridie, comme quelques-unes des oraisons de cette catégorie, semble attribuer à l'épiclèse la puissance de la transsubstantiation . Chacun des jours de l'octave est pourvu aussi de sa messe aux formules aussi abondantes que pouvait le permettre la liturgie, et dont plusieurs sont intéressantes au point de vue théologique, mais nous ne pouvons nous y arrêter ici. C'est après le samedi dans l'octave que se trouve au Brisse mozarabe l'ordinaire de la messe. L'Illatio du jour de Pâques contient des invocations empruntées au Te Deum, et c'est à l'occasion de cette préface que dom Cagina construit toute sa thèse Te Deum ou Illatio ?. — j) De Pâques à la Pentecôte. — Les Espagnols ont adopté la fête de la Trinité au dimanche qui suit la Pentecôte et la fête du Corpus Christi au jeudi après. Mais ce sont des usages des temps postérieurs. Primitivement, la liturgie mozarabe n'a pas de fêtes mobiles durant cet intervalle. Il semble même qu'avant le Ve l'Ascension ne soit pas célébrée au jeudi qui suit le Ve dimanche après Pâques. L'Ascension ne fait qu'une seule fête avec la Pentecôte ; c'est du moins ainsi que nous la voyons célébrée à Jérusalem, et Éthérie ne semble pas s'en étonner. J'avais relevé cette singularité dans ce document. Dom Cagin y est revenu dans Paléographie musicale et a montré par d'autres exemples que l'institution d'une fête séparée au jeudi pour l'Ascension, dix jours avant la Pentecôte, n'est pas antérieure au Ve . Les cinquante jours de Pâques à la Pentecôte sont divisés en deux parties par une fête médiane, comme l'avait été le carême au IVe dimanche. C'est une fête d'origine grecque qui passe en Italie, est accueillie à Milan, Ravenne, Aquilée, en Gaule et en Espagne. Ce célébre, Die festo mediante (.Joa., vir, 14) . Une autre institution, durant cette période, c'est le jeûne de quatre jours avant la Pentecôte que nous avons signalé plus haut. Du temps de saint Isidore, le jeûne était après . La Pentecôte, comme Pâques, était un jour de baptême. De Pâques à la Pentecôte, il faut compter sept dimanches, le 1er dimanche après Pâques étant hors cadre comme dimanche octave. k) De la Pentecôte à l'Avent. — Ce long espace de temps d'environ six mois comprend un nombre de dimanches qui peut varier de 23 à 28. Ce n'est qu'assez tard qu'en Espagne, comme dans les autres provinces et notamment à Rome, tous ces dimanches furent pourvus d'une liturgie. A l'origine, on répétait chaque dimanche la même formule pour les oraisons, la préface et autres prières. Puis, on composa des formules pour 22 dimanches de l'année : 5 dimanches d'Avent ; 7 de Noël au carême ; 6 dimanches de carême ; 4 dimanches après le dimanche de l'octave de Pâques ; 24 après la Pentecôte, un dimanche ante Adventum ; en outre, il faut compter un dimanche pos ! infantum, le dimanche de Pâques et celui de l'octave, celui de Pentecôte et de son octave 5, 2. Fêtes immobiles. — On en trouvera la liste dans les calendriers que nous avons donnés, Nous ne marquons ici que les fêtes indiquées dans la plupart des calendriers mozarabes et qui peuvent être considérées comme caractéristiques :
Januarii 1. Circumcisio D. N. J. C. el jejunium ad prohibendum ab idolis * ; 6. Apparitio D. N. J. C. ; — 7. $5. Juliani el Basilisse ; 8. Allisio infantum ; 0, SS. Sebasliani el comitum ; -—— 20. S5. Agnes e ! Merentiæ : — 21. SS. Fructuosi, Augurii el Eulogi ; — 22. 5. Vincenli Levilæ ; Februarii T 6. Agale : — 12. S. Eulaliæ V. et M. ; — 16. 5. Fruciuori el soc. ; — 22. Kaledra 5. Petri ; Martii 3. SS. Emetrii el Geledonis ; = 6. Obitus D. Juliani ; -— 7. Perpeluæ el Felicilalis ; 11. Emerii et Caledonii ; 25. Anuncialio 5. M. V. (renvoyée au 18 décembre} ;
Junii . Eulogii el Soc. Leocritiæ :
— 13. SS. Quirici ef Julite M. M. ;
In dominico pro adventu S. Joannis Baptiste ;
-— — 24. Nat. S. JoannisBaptiste ; ar 28. S. Juliane el comitum ;
— 20. 55. Petri el Pauli ; Julii S. Jacobi 1 :
Lum MEE nee em Lets aet
— 31. S. Columbe, Rogations ou litanies. — Les litanies, Litaniæ canonice, étaient autrefois assignées à chaque mois, selon le can. 6 du XVII concile de Tolède. Mais, dans le calendrier du Liber comicus, les litanies sont dites trois fois par an seulement, le 4 des ides de septembre ; le 5 des ides de novembre ; le 16 des calendes de janvier. Il faut ajouter les litanies de la Pentecôte. Ce règlement est conforme aux conciles, au missel et au bréviaire mozarabe et aux indications données par saint Isidore . Au 25 février, dans un autre calendrier ancien, est marqué un jejunium mensualem (sic). C'est un jeûne ajouté (superpositum ) au jeûne du vendredi ordonné par le concile d'Elvire vers 300. Ce jeûne mensuel était supprimé pendant les grandes chaleurs, juillet et août. Le XVIIE concile de Tolède ajouta au jeûne mensuel la litanie.
La comparaison de divers calendriers qui, au 13 et au 15 décembre, signalent Litanie celebrande sunt tribus diebus pro adventu angeli (annonciation ou expectation B. M. V. au 13 décembre) permet à dom Férotin de corriger une erreur de Lesley ; cf. Liber | Ces litanies et jeûne des ides de décembre furent instituées par le V concile de Tolède, en 636. Ce canon fut confirmé par un décret du roi Chintilla du 30 juin de la même année. Un canon du VIS concile de Tolède (638) constate que ces litanies étaient en usage dans tout le royaume. Malgré la rubrique que nous venons de citer, et une autre qui attribue cette institution à saint Hildephonse, il ne semble pas qu'à l'origine ces litanies fussent une préparation pour la fameuse fête du 18, qui ne fut fixée à ce jour que vingt ans après leur institution .
La liturgie mozarabe, comme les autres liturgies latines, a un commun des saints dans son missel et dans son bréviaire, c'est-à-dire un ensemble d'offices pour les saints qui n'ont pas d'office propre. Le sacramentaire mozarabe a un groupe de messes, après la peine besoin de rappeler que la composition des fête de saint Martin qui est la dernière du propre des saints. Elles viennent dans cet ordre : missa de uno confessore ; missa omnimoda vel de sanclis ; missa de. sanclis ; item missa de sanclis ; item missa de sanctis ; missa unius jusli ; item missa unius jusli ; missa de virginibus ; missa unius virginis À, | Le Missale mirtum nous présente un groupe de communs plus complet, et dans un ordre un peu différent ; il est après sainte Eugénie avec ce titre : Incipit comm une ; In primis officium unius marlyris ; Incipit missa unius martyris pontificis vel simplicis ; Incipit officium plurimorum martyrum (sex capparum vel quatuor) ; Incipit missa plurimorum martyrum (quatuor capparum) ; item officium unius confessoris —— pontificis el non pontificis ; Incipit missa plurimorum : confessorum ; incipit missa unius virginis ; Incipit officium plurimarum virginum ; suivent une missa voliva omnimoda et d'autres messes votives. Parmi | ces dernières, une missa voliva singularis (col. 991), dont nous parlons ci-dessous : Messes mozarabes. Toutes ces messes sont complètes et présentent | une grande variété de formules. Quelques-unes sont | des messes propres de tel ou tel saint qui ont été adaptées pour servir à plusieurs saints. Mais, dans le missel mozarabe, il semble que quelques-unes de ces | messes ont été vraiment composées spécialement | comme messes communes. On y trouve des emprunts au léonien et au gélasien ?. Mais c'est surtout avec le missel de Bobbio que concorde le missel mozarabe. Pour la question de l'origine de ces communs et autres questions sur leur composition, nous renvoyons à ce que nous avons dit à l'article Missez. Il est à Lj EXER Ra E »morc communs est spéciale aux liturgies latines. Les liturgies grecques et orientales, se servant toujours de la même messe pour tous les jours de l'année, n'ont pas l'usage des communs. Les leçons seules varient.
V. LES MESSES MOZARABES, — A l'article MESSE, dom Leclercq a donné une description de la messe mozarabe, de la messe gallicane, de la messe ambrosienne, en même temps que de la messe romaine. On y trouvera tous les détails sur les diverses parties de la messe mozarabe et leur destination. Nous n'avons donc qu'à y renvoyer. Nous ne traiterons, dans ce chapitre, que de certaines messes dont la composition est particulière au rit mozarabe et qui sont un des aspects de cette liturgie, les messes votives, les messes des défunts, la messe de Beala, etc., et certaines messes qui, par leur antiquité (antérieures au vif et même au vit siècle), méritent de retenir l'attention.
Le Liber ordinum, à la suite du rituel et du pontifical, et en réalité sans relations avec cette partie, contient une collection de 59 messes votives qui forment un missel spécial lequel a dû un jour exister à l'état indépendant et n'a été réuni que par accident à la partie qui forme vraiment le Liber ordinum. À ce titre, ce volume de messes votives est, je crois, unique en son genre jusqu'à ce jour dans la littérature liturgique latine. Le sacramentaire mozarabe (Liber mozarabicus), par compensation, n'a aucune de ces messes et semble supposer leur existence dans un autre livre. Mais le Missale mixlum en a quelques-unes que l'on comparera avec celles du Liber ordinum ; un certain nombre est semblable pour le fond mais présente des variantes utiles à étudier ; en tout cas on verra par la simple juxtaposition le nombre des messes votives que le missel plus moderne a sacrifiées. Voici les titres des unes et des autres :
Missa sancti Petri apostoli romensis ; Ordo misse omnimode ; Missa motiva omnimoda, col. 082. Ordo misse votive quam dicit episcopus quando presbyterum ordinat ; Missa quam sacerdos pro Pro alio sacerdote fratre, se dicere debeat digeritur col. 1001. hoc modo ; Item missa quam sacerdos pro se dicere debeat ; Item alia. Item alia missa quam sacerdos pro se in tribulalione dicere debeat ;. Missa quam sacerdos pro se vel pro subditis dicere Missa generalis pro sacerdotibus ;
Missa pro solo episcopo dicenda ;
Missa votiva, quam sacerdos pro se et amicis vel domesticis dicere debeat ;
Item alia singularis ;
Item ordo votivi pluralis ;
Ordo de tribulatis pluralibus ;
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Item de iterantibus ;
Ordo de missa unius penitentis ;
Missa de penitentibus ;
Ordo votivi de uno infirmo ;
Item alia missa ;
Ordo de energumeno ;
Item ordo votivus de energumeno, id est demonia sustinente ;
Ordo de infirmis ;
Missa de uno infirmo, col. 1002.
P3 -
— Ci Missa pro infirmis, cc 1007.
Item de infirmis ;
Ordo ad missam in gratiarum actione pro expulsa tribulatione vel egritudine et reddita prosperitate at que salute.
Missa in finem hominis diei !' ;
Item ordo unius defuncti ;
Item missa de uno dePro episcopo, col. 1010. functo ; Missa de sacerdote dePro sacerdote defuncto, functo ;. col. 1017. Missa de presbitero defuncto ; Ordo misse de parvulo defuncto ; Missa de quinquagenario defuncti ; Ordo de defunctis sacerdotibus : Missa generalis defunctorum : Missa de sacerdotibus defunctis ;
Nous avons à étudier quelques-unes de ces messes.
La présence de la Missa romensis dans ces documents gallicans ou celtiques avait de quoi intriguer les liturgistes qui n'ont pas manqué de s'en occuper”.
431 MOZARABE (LA LITURGIE) 432
vivorum., etc.) on retrouve dans les sacramentaires ou les missels les plus anciens une messe votive que l'on pouvait dire aux intentions les plus diverses. Dans le Liber ordinum, elle vient en tête des messes votives, tout de suite après la missa romensis (col. 229) 1, Ce qui lui donne une importance particulière, c'est qu'elle offre le texte à peu près complet de l'ordinaire de la messe et du canon mozarabe, et aussi les rubriques qui sont rarement mentionnées ailleurs. Dans une autre missa omnimoda, on trouve les formules pour les vêtements sacerdotaux, amict, étole, chasuble, etc., et pour la préparation du pain et du vin. Dom Férotin les donne en note, comme aussi les notes de saint Isidore pour désigner les sept oraisons principales de la messe.
La formule nomina offerenlium, est aussi à noter. Mgr Duchesne y reconnait une formule de diptyques ancienne et déjà Mabillon l'avait rapprochée (car elle se trouve dans le Missale mixtum) d'une formule de la règle d'Aurélien d'Arles, VIe , L'Ad accedentes conserve l'ancienne formule gustale el pidele. Cette messe votive, à tout point de vue, mérite donc d'attirer l'attention. Elle est à comparer à la missa omnimoda du missel de Bobbio 7. spécia les. Or, c'était, on peut le dire, le cas le plus ordinaire. En dehors des grandes fêtes qui, en Occident, dès le ve ou le vre siècle, furent dotées d'une messe spéciale, les autres jours devaient se contenter de la missa omnimoda ou d'une messe votive. C'est la raison qui fit multiplier d'abord les messes votives pour satisfaire la dévotion des fidèles qui, évidemment, préféraient à une messe commune, une messe dont les formules indiquaient des intentions spéciales. Du reste, comme nous l'avons déjà vu par plusieurs exemples, il semble que les auteurs liturgistes espagnols ne se fatiguaient jamais de composer de nouvelles formules. Leur faconde v trouvait une grande satisfaction.
La même tendance se fit aussi sentir pour les dimanches que l'on désira pourvoir de messes particulières. A l'origine, comme en Orient, une même messe suffisait pour tous les dimanches. Mais l'Occident latin, à l'uniformité primitive, substitua de bonne heure la variété, C'est pour quoi nous trouvons dans les plus anciens missels des missæ dominica les ou des misse quotidianæ qui se disaient soit le dimanche, soit les jours de semaine. Ces messes composent des groupes dont le nombre et la qualité varient suivant les provinces. C'est ainsi que dans le sacramentaire de Bergame on a quatre messes dominicales post Penlecostem ; le Sacramentarium triplex n'a qu'une messe dominicale post Pentecostem et quatre messes quotidiennes ; au Bobbio, cinq messes dominicales ; l'ambrosien n'a qu'une série de six messes, aujour d'hui encore, pour tous les dimanches après la Pentecôte, Même système pour le carême, une missa quadragesimalis, une missa in symboli tradilione, une missa in cena Domini ; au temps pascal, deux messes, trois durant l'Avent *. Ce n'est que peu à peu, et assez tardivement, que presque chaque dimanche de l'année et même certains jours de la semaine, furent pourvus d'une messe, Et l'on peut reconnaitre cette disposition même dans notre missel romain actuel. | Pour le propre des saints, le même système a été appliqué. Ce n'est qu'un petit nombre de saints, les plus anciens et les plus populaires, qui ont une messe propre. Les autres doivent se contenter d'une messe du commun dont les formules sont tirées d'ordinaire de la messe propre de tel ou tel saint, saint Laurent, sainte Cécile, sainte Agnés, etc. rs ^x ELT tein, E pari i
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messe munie de toutes ses formules, l'éditeur nous donne, d’après le Rituale antiquissimum de Silos, un office pour les infirmes qui précède la messe et qui est fort intéressant, car il nous donne le cursus de l'office tel qu'il était à cette époque, le xi° siècle. Messe de saint Saturnin. — La messe de la translation de saint Saturnin, au 1er novembre, nous fait remonter jusqu'à une époque où les Wisigoths étaient encore les maîtres de Toulouse, c'est-à-dire antérieurement à 507, date à laquelle Clovis chassa les Wisigoths de cette ville. Cette messe renferme des allusions à la Passio rédigée dans les premières années du v° siècle. En 412, Ataulf reçoit d'Honorius la Gaule narbonnaise, et Toulouse devient la capitale de ce royaume wisigoth. La messe nous révèle un fait inconnu, à savoir que les ariens s'emparèrent de la basilique et du tombeau du saint, mais elle ajoute que la persécution a pris fin récemment, que des catholiques sont rentrés en possession du tombeau. La messe est donc d'origine toulousaine et d'une époque voisine de celle où les Wisigoths avaient été chassés de Toulouse. Elle nous rappelle aussi ce fait que la liturgie en usage à Toulouse est la même que celle d'Espagne à cette époque. Les détails topographiques que l'on peut réunir dans ces deux messes sur la tombe de saint Saturnin et sur le cimetière du Taur, sont intéressants, mais ils étaient déjà connus par la Passio. La messe des saints Justin et Pastor. — Deux martyrs de Complute (Alcala) sous la persécution de Dioclétien. Asturius ou Asterius, évêque de Tolède, qui fut présent au concile de Tolède en 400, trouva le corps des deux martyrs vers 388, fit élever une basilique sur leur tombeau avec un autel pour chacun des martyrs. Leur culte, bientôt, se répandit dans toute l'Espagne et leur fête, au 6 août, se trouve dans les plus anciens calendriers, tant d'Espagne que d'autres régions. Adon, Usuard, etc. Ils ont une oraison ou bénédiction dans le Liber orationum gothique et une messe qui est attribuée à saint Asturius, pourvue de toutes ses formules, et où l'on joue naturellement sur les noms de Juste et Pasteur ; il y est fait aussi quelques allusions à leur martyre. La messe de obitu sancti Martini est aussi considérée comme ayant été composée peu d'années après la mort du thaumaturge (397), à cause des termes de l'oraison pos nomina : Hunc etiam virum quem celicolis adnumerandum martyribus adgregalum elalis nostre tempora protulerunt, jubeas auxilium, etc. Pour cette fête, nous donne une formule ad pacem, différente de la précédente qui était sans doute propre à l'Église de Saragosse. Cette messe contient aussi des passages qui semblent empruntés à un sermon de Juste d'Urgel (mort en 546 ou peu après). Ce sermon avait été imprimé d'abord par Villanueva, dans son Viage literario a las iglesias de España, t. x, p. 216, qui avait relevé ses analogies avec la messe de saint Vincent dans le Missale mixtum. Mais le passage de Villanueva avait échappé à tous les auteurs modernes. Il a été rappelé par le P. Garcia Villada qui, ayant trouvé ce sermon dans un lectionnaire de Lérida (n. 18), s'apprêtait à le publier comme inédit, quand il découvrit opportunément la publication faite par Villanueva. Voici, en particulier, un passage de Juste reproduit dans l'Hlatio : Inmutata est natura ferox His tamen parcentibus, in bestiis... utinam mutaretur ille deterior, ut... eorum conin hominibus pessimis..., suetudo mutaretur quorum p. 220. natura non tollitur... Quelques autres passages présentent aussi des analogies. Or, comme le remarque fort bien dom Capelle, ce sermon ressemble assez à ces petits sermons liturgiques que comportait la messe mozarabe après l'offertoire. Il faut admettre aussi, et sans hésitation possible, que c'est le rédacteur de la messe qui a emprunté à Juste, et non pas l'inverse. Par ailleurs, ces analogies ne peuvent provenir d'une autre source, car ni Prudence, ni la Passio, ni les sermons d'Augustin n'ont rien de semblable !. Mgr Batiffol a vu un argument nouveau en faveur de sa thèse de la composition primitive du canon romain. Il a donné les deux textes en regard et il est impossible de ne pas reconnaître les mêmes formules de part et d'autre !. Mgr Batiffol reproduit aussi le texte en le commentant. Enfin, le cardinal Schuster a réédité lui aussi les deux textes et il a rappelé une des préfaces ariennes publiées par Mai et dont la rédaction est sans doute antérieure ?, Voici ces textes : *POST PRIDIE MOZARABE Credimus, Domine sancte, Pater æterne, omnipotens Deus, Ihesum Christum filium tuum Dominum nostrum pro nostra salute incarnatum fuisse et in subs- PRÉFACE ARIENNE DE MAI Dignum et justum est... mittens nobis Ihesum Christum... qui nostri salutis causa humiliando se ad mortem us que subjecit... Per Ihesum Christum Dominum tantia deitatis Tibi esse et Deum nostrum, per quem squalem. petimus ac rogamus.ut accepta habeas et benedicas. Per quem te petimus ac rogamus omnipotens Pater, ut accepta habeas et benedicere digneris hæc munera et hæc sacrificia inlibata, quie tibi in primis offerimus pro tua sancta Ecclesi catholica, quam pacificare digneris per universum orbem terrarum in tua pace dilTusam. Ici encore, nous prenons sur le fait les procédés des liturgistes espagnols qui empruntent une formule romaine et brodent à leur gré sur ce thème. Dans la même messe, un Libera nos, Domine, ab omnibus malis... ut Ecclesiam tuam sanctam catholicam, quam pacificare, etc., n'est pas moins significatif , Aussi ne pensons-nous pas qu'on soit obligé de souscrire aux conclusions que l'on a tirées de ce post pridie . Le titre même de post pridie ne répond pas au sens de la formule qui devrait précéder la consécration. La finale du post pridie, similitudo corporis, etc., rappelle le texte du De sacramentis, et indique que le rédacteur mozarabe avait sous les yeux un texte du canon romain différent du nôtre. Une de ces messes votives porte en marge la formule suivante qui, en latin décadent, nous fait connaître le nom du copiste : Dominicus scriptor Memorare, lu sacrificiorum offerlor Infirmitale subjacens A mole meorum peccalorum opprimens Presviler vocor Sed indignum fungor Queso me adesse memor . | | Une autre missa pluralis (ib., col. 316) se trouve aussi dans le Missale mixtum, col. 992, mais avec de nombreuses variantes qui permettront de comparer et compléter les deux textes. Une completuria d'une autre missa pluralis est une collecte employée plusieurs fois dans les sacramentaires grégorien et léonien . 14« L'oratio post nomina offerentium dicenda in quacum que missa (ib., col. 331 sq.) a une portée historique et fait allusion à ces prêtres qui ne craignaient pas de dire une messe pro defunctis pour obtenir la mort de certaines personnes, Le XVII° concile de Tolède, en 694, dans son 5° canon, condamne cette pratique, comme l'avaient fait des conciles précédents. Une très longue oratio pos ! nomina, œuvre sans doute de Julien de Tolède, proclame au contraire le pardon de toutes les injures . 15° L'apologia accedam ad te 1, — Cette apologia célèbre contient ces paroles : docendi que materiam subministret [unum de seraphim ], qui rappellent le temps où cette prière était faite avant le sermon, c'est-à-dire après l'oblation. Mais, en 546, le concile de Valence ordonna que le sermon serait donné à la messe des catéchumènes. Cette apologie fut donc composée avant cette date. et enfin dom Cagin en a fait le sujet d'un gros volume ' !..Unde merilo illi omnes angeli : omnes que sancti non cessant clamare quotidie, ila dicentes. Te celi celorum. Te potestates. Te throni et virtu les laudant. Tibi cetus angelorum in excelsis concinunt hymnum. Tibi cherubim ac seraphim incessabili voce proclamant dicentes. Agyos. Agyos. Aggos. Kyrie. Otheos. Sanctus. Sancius. Sancius. Dominus Deus sabaoth. Pleni sunt celi el terra gloria majestatis lue : osanna filio David. Benedictus qui venit in nomine Domini : osanna in excelsis. Agyos. Agygos. Agyos. Te Domine laudat omnis virtus celorum : el exercitus angelorum. Tibi hymnum depromunt melli- [lua carmina sanctorum. Tibi psallant choree virginum : el celus confessorum. Tibi genua curvant celestia. Terrestria. Ut inferna. Laudant te Regem omnium seculo- — — rum. Osanna in excelsis #, Les personnes initiées à l'étude et à la composition des formules mozarabes n'hésiteront pas à reconnaître dans ce passage le procédé familier aux auteurs de cette liturgie, la paraphrase prolixe d'un texte connu. Nous en avons cité bien des exemples dans notre article. On ne saurait s'arrêter un instant à l'hypothèse contraire, à savoir que le Te Deum se serait inspiré de cette illatio. La chronologie suffirait du reste à dirimer la question. Le Te Deum a été composé vraisemblablement par Nicétas de Remesiana, ou par un écrivain de cette époque, fin du iv° ou v° siècle. Tandis que les formules de la liturgie mozarabe, sauf les exceptions que nous avons signalées, ont été composées au vi° ou vii° siècle. Ce n'est pas à dire qu'il ne faille tenir grand compte des études si érudites et si pénétrantes de dom Cagin qui, du reste, ne présente qu'avec la plus grande réserve son hypothèse que le Te Deum ne serait, lui aussi, qu'une illatio, un des types de l'anaphore latine primitive. Son livre contient des comparaisons entre la liturgie mozarabe, les liturgies gallicanes et les autres liturgies latines qui jettent une grande lumière sur ce qu'il appelle l'euchologie latine, et dont nous avons nous-mêmes tenu grand compte dans notre étude. Voici, par exemple, des conclusions à retenir sur le passage de l'illatio mozarabe que nous avons citée : Unde merito, etc. Sur les 73 conteslationes que nous a conservées le sacramentaire de Bobbio, 17 ont la même formule ou une formule analogue ; sur 58, le Missale gothicum en a 10 ; sur les 15 contestaliones des 11 messes de Mone (on sait aujourd'hui que ces messes se réduisent à 9) !. L'une de ces dernières même contient cette allusion au Te Deum : Tu in sanctis laudibus gloriaris... Tu Patris sempiternus es Filius, sur laquelle les éditeurs Neale et Forbes avaient déjà attiré l'attention , Ceci prouve évidemment que l'illatio citée n'est pas exclusivement mozarabe, et qu'elle se retrouve sous une forme ou sous une autre d'abord dans les liturgies gallicanes, mais même dans les autres liturgies latines sur lesquelles dom Cagin a étendu ses recherches. Dans la même messe mozarabe du jour de Pâques, à relever la formule qui suit le Pater : Vicit leo de tribu Juda, qui se trouve gravée sur les bords d'une patène de bronze du vi° siècle, d'origine espagnole et conservée aujour d'hui au British Museum. Au centre est une croix autour de laquelle se lit le nom de l'ouvrier : t in nomine Domini, Deocisi maneficium admirare. La formule Vicit leo de tribu Juda se disait chez les mozarabes pendant le temps pascal, à la place de la formule ordinaire sancla sanctis, Saint Hildephonse y fait allusion . *MOZARABE (LA LITURGIE) A38 fessione vere sempiterie que majestate adoretur æqualiDeitatis : et in personis protas. prietas : el in majestate unilas : et in deitate adoretur iequalitas. Per te enim unum vérumQuam laudant angeli... que Deum constantiam fi des qui non cessant clamare quoaccipit per te virtutem tidie una voce dicentes sumit infirmitas. Ut quicsanctus. quid est in persecutionibus sevum : quiequid in morte terribile : nominis tui pacis confessione feliciter superare. Unde merito tibi omnes angeli et archangeli proclamare non cessant, ita dicenles : sanctus . La même illatio nous présente un autre exemple singulier des procédés de cette liturgie. On y lit ce passage : Per le enim unum verum que Deum constantiam fi des accipit : per le virlulem sumit infirmitas et quicquid est in persecutionibus sevum : quicequid in morte terribile : nominis {ut facis confessione feliciter superare *.
Un examen superficiel inclinerait à trouver dans ces formules, comme l'ont fait des critiques trop pressés, un écho des persécutions et nous ramènerait à une période antérieure au IVe. Mais, en liturgie, surtout chez les mozarabes, il faut toujours se défier du procédé de centonisation.
Or, ce passage en est un nouvel exemple * :
Nous ne sommes pas au bout : il faudrait ajouter à ces textes ceux de certains gélasiens ou grégoriens, qui ont le même passage, mais situé d'ordinaire à la messe des saints martyrs Nerei, Achillei, Pancratii *.
Comme nous l'avons dit, Lesley a déjà établi entre le missel mozarabe et celui de Bobbio de très nombreuses analogies. Un seul exemple, parce qu'il est caractéristique :
MISSEL MOZARABE ! MissEL DE BOBBIO f V, D... una divinitas, et trina majestas ; naturæ inseparabilis, persona individua ; Deus unus et non solus, unitas triplex ; trinitas simplex ; sapientia multiplex, etc.
D. et J. E.... una divinitas, et trina majestas ; natura inseparabilis ; persona individua ; Deus unus et solus, unitas triplex, etc. et la comparaison continue pendant plusieurs colonnes.
L'épitre du pape Vigile à Profuturus de Braga est de l'an 538. Le pape constate que la liturgie espagnole, alors en usage, modifiait les formules des oraisons de la messe selon les fêtes, à la différence de la liturgie romaine qui ne changeait pas les prières du canon. Cet usage espagnol qui est donc antérieur à cette date, est resté une coutume de la liturgie mozarabe *.
La seconde formule suit de plus près encore l'anamnèse du canon romain :
Recolentes D. N. J. C. beatissimam passionem, necnon el de inferis resurreclionem, sed el in celis ascensionem, offerimus preclare majestati lue hostiam panis et pini : quam sereno vultu respicias el acceplam eam habere jubeas. Descendat ita que super hoc Spiritus luus sanctus allare, qui el munera populi fui sanctifi cet, el sumentium corda placatus emundet *,
MOZARABE (LA LITURGIE)
440 superbiam, diligant veritatem (l. I, n. 49), ou de celle du pontifical romain : oderint superbiam, humilitatem et veritatem diligant, de consecratione elect. in episc.
A la suite, trois messes voliva singularis (col. 302312) et six messes votiva pluralis (312-331), quelques-unes de ces messes étaient déjà connues et éditées dans le Missale mixtum, mais el les présentent avec ce texte des variantes notables.
209 Les messes de Beala. — La messe de Beala, sous ce titre missa beats Mariæ virginis, se trouve au Le Missale mixtum, au 18 décembre, donne une messe très complète, in feslivitatre Annunciationis sancle Marie virginis, où se trouve développée une belle doctrine sur la conception du Christ dans le sein de Marie (dans la missa) ?*. Dans l'illatio est exposée la thése de la virginité perpétuelle de la sainte Vierge, que les théologiens espagnols, et notamment saint Hildephonse, ont toujours vigoureusement défendue ' !.
Cette messe Erigamus queso, est celle composée par saint Hildephonse en l'honneur de Notre-Dame. Elle a donné lieu à bien des confusions que note dom de Bruyne, sans doute parce qu'elle est éditée à la suite du traité de ce docteur, Liber de virginitate perpetua S. M., sous ce titre, Missa... qua esl septima, le traité étant divisé dans certains manuscrits en six lecons he Li, potit f + rai : ~ PE] » è « dg dés Le 441 pour la lecture de l'office +. La doctrine exposée ici est bien celle de saint Hildephonse et la piété qui se manifeste à l'égard de la sainte Vierge est donnée par Ed. Bishop comme une note nouvelle dans l'histoire de cette dévotion.
919 La messe des défunts. — La liturgie mozarabe, comme la liturgie romaine, et comme toutes les autres - liturgies, a des services pour les morts, agenda mortuorum ou ordo mortuorum. Mais, sur ce point, comme sur bien d'autres que nous avons déjà signalés ou que nous signalerons dans la suite, la liturgie mozarabe, tout en se distinguant toujours par la richesse, la variété et la composition et l'originalité de ses formules, suit le même courant que les autres liturgies latines en opposition avec la liturgie grecque et les liturgies orientales. Au lieu que celles-ci n'ont qu'une forme de ; messe, toujours la même pour tous les différents services des défunts, les liturgies latines varient la formule de la messe pour chaque jour . Le Missale mix— um nous présentait déjà une riche collection de messes pro episcopo defuncto, pro sacerdote defunclo, pro diachono, vel subdiachono, pro parvulis defunclis, de omnibus fidelibus defunciis . Le Liber ordinum est plus riche encore, surtout dans la première partie ; il contient un ordo en partie inédit pour la mort et les funérailles, Ordo in finem hominis diei , et, dans la seconde partie, des messes dont quelques-unes sont aussi inédites. Dom Férotin y a joint des services tirés de rituels anciens, inédits aussi, de sorte que nous avons ici, comme dans les messes votives, une « carrière liturgique » où tous les blocs demanderaient une étude à part .
Nous ne pouvons faire ici qu'attirer l'attention sur quelques points.
Mundi rector el redemplor, Ihesu Christe, rerum auctor. Ghriste, Kyrie eleison. Qui exaudis obsecrantes el gementes inlueris, Christe, Kyrie. Qui expeclas penilen les el peccata deplorantes, etc.
D'autres préces mozarabes sont rythmiques et rimées et leur étude a suggéré au professeur W. Meyer des conclusions qui montrent l'importance de ces prières au point de vue littéraire. Le savant professeur y voit un phénomène tout nouveau dans la littérature espagnole. Or, ces préces semblent bien d'origine mozarabe et sont antérieures au VIIIe, peut-être au VIIe 5, Deux de ces prières, Poriatus sum ut agnus et A Patre missus se retrouvent dans le missel de Bobbio et nous permettent une autre conclusion, à savoir que c'est ce dernier qui est ici l'emprunteur et, comme les analogies sont fréquentes entre missel mozarabe et missel de Bobbio, nous pouvons conclure que c'est dans la liturgie mozarabe qu'il faut chercher l'origine de ces emprunts. Or, comme le Bobbio a été écrit au VIe, peut-être au Ve, cela nous donne aussi une date *, Cette conclusion n'est pas inutile, car elle est une nouvelle preuve de l'originalité de cette littérature mozarabe qui a ouvert tant de voies nouvelles.
Une autre de ces préces est la fameuse prière indulgentia, assignée dans un manuscrit au vendredi saint. Après l'évangile de la passion, le diacre crie indulgentia ; le peuple et le clergé à genoux crient trois cents fois, non plus quam irecentis vicibus, indulgentia. Puis le diacre continue :
A chaque verset, on répond : indulgentia, et après une autre strophe, cent fois indulgentia.
Or, cette cérémonie dont il n'est pas nécessaire de faire ressortir ici le caractère dramatique, répond à un canon du IVe concile de Tolède, en 633, qui nous donne donc une date précise pour ces préces *. gothicum, dans la commendalio animse du gélasien, dans un autre rituel wisigothique et dans la préface des morts de plusieurs missels français, où elle a été cueillie pour entrer dans la nouvelle préface de notre messe des morts !.
9. Le post pridie de la même messe, col. 422, n'est pas moins célébre pour avoir été cité par Élipand dans sa lettre ad Albinum : Ilem in missa defunctorum [dicimus ] : Domine Iesu Christe, qui vera es vita credentium, libi pro defunctis fidelibus sacrificium istud offerimus obsecrantes, ut regenerationis fonte purgaios el tentationibus mundi exemptos, beatorum numero digneris inserere, et quos fecisti adoptionis participes, jubeas hereditalis lue esse consortes *.
10. Dans l'Ordo de patribus et fratribus defunctis, col. 445 sq., se rencontrent plusieurs expressions qui se retrouvent dans la liturgie romaine.
11. L'Ordo conservandus in functione episcopi, col. 140 sq., contient aussi des usages à relever. Il est à rapprocher des canons du concile de Valence en Espagne, tenu le 4 décembre 546, qui règle aussi la sépulture des évêques, et du I concile de Braga, en 561. L'usage de sonner les cloches à la mort de l'évêque est l'un des plus anciens témoignages qui existe en ce genre. D'après un autre rit, on répand le saint chrême dans la bouche de l'évêque défunt, et on pose le livre des évangiles sur sa poitrine. Dom Férotin pense que ce rit n'est mentionné dans aucune autre liturgie, mais la coutume de répandre de l'huile sur les morts est attestée par le pseudo-Denys et par d'autres textes pour l'Orient, Les canons de Théodore de Cantorbéry rapportent une pratique analogue suivie à Rome, Usus est apud romanam Ecclesiam monachos vel homines religiosos defuncios in ecclesiam portare el cum chrismate ungere pectora ?.
VI. L'OFFICE MOZARABE. — Le cursus, les cantiques, le lucernaire, les offices, de primiliis el decimis, le psautier, l'hymnaire.
On ne peut pas tirer grand chose des ouvrages de saint Isidore, sinon quelques dispositions générales *. La règle de saint Fructueux est plus détaillée. Les heures mentionnées sont prima, tertia, sexta, nona, vespéra, media nox, gallicinium. Ces heures, selon saint Fructueux, sont d'un usage universel dans toute l'Église, en Orient et en Occident.
Pour les communautés monastiques, il mentionne des horæ peculiares, ajoutées aux précédentes ora secunda, quarta, quinta, septima, octava, decima, undecima. Comment les moines pouvaient-ils suffire à tous ces offices ? On a supposé qu'il y avait des équipes comme dans les monastères de laus perennis, mais cela n'est pas indiqué par saint Fructueux,
MOZARABE (LA LITURGIE)
4445 Voici, toujours d'après sa règle, la composition de certains offices : Pour la prima noctis hora : sex orationes, decem psalmi, laus, benedictiones ;
Ad cubilia pergentes : tres psalmi, laus, benedictio, symbolum fidei, puis le ps. L avec son oraison en privé ;
Anle mediam noctem : duodecim psalmi ;
Medium noctis officium : quatuor responsoria sub ternorum psalmorum divisione canentur. Deinde lectio. Cette rubrique signifie que les quatre groupes de trois psaumes sont chantés avec quatre répons, en tout douze psaumes. Ce passage est expliqué par la comparaison avec le rituale antiquissimum (inédit) de Silos (Liber mozarabicus, col. 769) ;
Ad gallicinium : tres psalmi, laus, benedictio matutinum (= laudes), la règle ne donne pas d'indication, la composition de cet office étant suffisamment connue.
Voilà pour les offices de nuit.
Pour les offices de jour, prima hora, secunda, tertia seria, nona, duodecima, vespéra, completa, la composition n'est pas donnée non plus, sauf pour secunda, où l'on récitera trois psaumes.
D'autres auteurs, que dom Férotin a consciencieusement dépouillés, Paul de Mérida, saint Braulio de Saragosse et les conciles n'ajoutent rien aux précisions précédentes *.
Les hymnes éditées par Cl. Bume et les manuscrits consultés par dom Férotin sont d'accord avec les renseignements donnés par saint Fructueux.
Le Liber ordinum nous donne deux offices pour les morts qui comprennent vêpres, matines, laudes. Ils sont composés d'antiennes, de versets, d'oraisons, d'hymne et de bénédiction *, Mais les indications ne sont pas complètes et on renvoie à l'office quotidien, require de quolidiano.
Voici, du reste, d'après les manuscrits étudiés et comparés par dom Férotin, l'office du milieu de la nuit. :
Deus in adjutorium (bis), trois psaumes. Leçon de l'Apôtre. Laudes (antiennes avec alleluia), hymne, credo, Kyrie, Pater, miserationes, oraison.
Ceci pour les fériés.
Pour les dimanches et les fêtes, ces additions :
Antienne avec versets ; trois psaumes ; oraison ; trois psaumes ; psallendum ; trois psaumes ; répons ; trois cantiques ; psallendum ; leçon de l'Ancien Testament ; leçon du Nouveau Testament ; laudes (antienne d'alleluia) ; hymne ; bénédictions ; clamor ; oremus ; completuria ; benedictio ; miseraliones ; oratio ; congé : In nomine Domini nostri Jesu Christi eamus cum pace *.
Il résulte de tout ceci, d'abord que la distinction s'impose, qui n'a peut-être pas toujours été assez observée, entre l'office cathédral, qui s'accomplissait dans les cathédrales et autres églises non monastiques, et le cursus monastique. Le premier ne comprenait guère qu'un office du matin ou de la nuit (matine ou laude), un office du soir (vépres) et complie.
Chaque office se composait de psaumes, dont le nombre variait, et dont chacun, sans doute, était suivi de son oraison.
Pour l'office de nuit, plus solennel, chaque groupe de psaumes est accompagné de répons. Le laus ou lauda, comme à la messe, est aussi un chant, d'ordinaire répondant à l'alleluía de la messe romaine. La benedictio, qui, à la messe mozarabe, est avant la communion, terminait l'office.
445 MOZARABE nous apporte des détails sur l'office. Voici comment W.-S. Porter les résume :
Ad vesperum. — Vesperlinum ; sono, une, deux ou trois antiennes avec versets ; hymne (sauf pour les fériés) ; psallendum (les dimanches et fêtes).
Ad matutinum. — Antiennes au ps. 1 ; de un à huit groupes de trois antiennes et un répons, chacun avec un ou plusieurs versets ; antienne au ps. L (en carême pas d'antienne) ; antienne au canti que ; benedictiones i (c'est-à-dire antienne au ps. Benedicite, sauf en carême) ; sono (les dimanches et fêtes) ; hymne /id.J, lau des.
Ad missam. — Antienne (ad prelegendum ) ; psallendum ; clamor (les dimanches et fêtes) ; sacrificium, d'ordinaire avec trois ou quatre versets : ad confractionem, —— ad accedentes. Parfois, un chant ad pacem, trisagion, à — la Pentecôte, en grec ; à Noël, en latin ; pour la circoncision et le 18 décembre, un frisagion résumé en grec et latin !.
W.C. Bishop a voulu remonter aux origines de l'office mozarabe et en retrouver les premiers linéa— lecursus mozarabe et l'ambrosien. Il insiste à nouveau - sur la distinction primitive entre l'office séculier, ou office des cathédrales, et l'office régulier, ou office des — monastères. Le premier est très antérieur et, à l'origine, il ne se composait guère que d'un office de nuit ou matines et lau des ne faisaient qu'un, et de l'office des vépres. Pour le jour, ni prime, ni complie, seulement tierce, sexte et none. On pourrait, selon nous, simplifier encore et dire qu'à cette époque primitive on ne connut, en dehors des vigiles, qu'un office qui se confondait avec celui de la messe des catéchumènes ?, Le service régulier, en Espagne, comprend, en outre de l'office de nuit et des vépres, les heures du jour et même des heures supplémentaires comme on l'a vu dans l'office décrit par dom Férotin. La coutume de réciter le psautier à l'office semble aussi d'origine régulière. Dans l'office séculier, on se contentait de choisir tel ou tel psaume, et parfois même des portions de psaumes.
(LA LITURGIE)
446 Milan et en Orient. Cassien et saint Jérôme y font allusion *, Home ne lui fait qu'une place modeste à l'office du samedi saint, et saint Benoit, dans sa règle, ne le nomme même pas. Mais le concile de Tolède, en 400, décrète : Lucernarium nisi in ecclesia non legatur ; aut si legatur in villa, presente episcopo, vel presbytero, vel diacono legatur ^. Il faut entendre qu'on ne devait accomplir cet office qu'à l'église (épiscopale) et si on l'accomplissait à la campagne, il y fallait la présence de l’évêque, d'un prêtre ou d'un diacre.
L'hymne célèbre de Prudence : Inventor rutilis dux bone luminis, l'hymne de Bangor, Jonis creator igneus, sont considérées comme ayant été composées pour cette heure du soir. Mais pour l'hymne de Prudence, au moins, on peut se demander si le poète ne vise pas la cérémonie du cierge pascal *. Il est vrai, au fond, que la cérémonie du samedi saint n'est que celle du lucernaire, à laquelle on a donné une plus grande solennité.
4^ Les offices des primiiiis el decimis. — Ces offices, uniques en leur genre, sont contenus dans un manuscrit de Tolède, 25.6, que dom Férotin a édité dans son Liber mozarabicus. Il y a d'abord un Ordo de primiliis ad missam, et un Ordo de decimis ad missam.
Ordo psallendi de primiliis, ces formules sont aussi inédites et propres au rit mozarabe. Ces offices sont ainsi composés, pour les vêpres, les soni, les antiennes, une hymne déjà donnée par Blume, mais où dom Férotin corrige quelques erreurs de lecture. Le tout se termine par l'oratio compleluria, avec bénédiction. Pour matines, quatre antiennes avec psaume, les oraisons, l'alleluiaticum, l'oraison, le répons, le canti que avec antienne, le Benedictus es, le sonum, les lau des (les trois derniers psaumes), le Te Deum, completuria et bénédiction, VII. SACREMENTS, ORDINATIONS, RÉORDINATIONS, RÉCONCILIATION DES HÉRÉTIQUES. — 1° Baptême. — Pour le baptême mozarabe, nous sommes bien renseignés par les ouvrages de saint Isidore, de saint Hildephonse, de Martin de Braga et par le Liber ordinum *.
On croyait que certaines piscines baptismales se remplissaient d'eaux-mêmes, miraculeusement, pour le jour de Pâques. On en cite une en Sicile, une autre en Lucanie, d'autres en Asie Mineure . La plus célèbre est celle d'Osset, près de Séville, dont Grégoire de Tours parle souvent !, Le Liber ordinum contient deux formules pour la Benedictio novi fontis, c'est la bénédiction du baptistère 1, En Espagne, le 2° canon du XVII concile de Tolède ordonne que le baptistère soit 447 fermé au commencement du carême, de la main même de l'évêque et scellé de son anneau. On ne l'ouvrait plus avant le jeudi saint !'. Un ordo baptismi du même Liber ordinum nous apprend que le baptistère portait couramment le nom de saint Jean-Baptiste, ad sanctum Johannem .
Une antienne célèbre dans la liturgie, sitientes venite ad aquas, était chantée au samedi saint, quand l'évêque, accompagné du clergé, se rendait au baptistère. Elle est donnée dans le Liber ordinum (p. 19). Dom Férotin rapproche de cette antienne une inscription qui peut remonter au v* siècle et fait allusion au baptistère :
Panditur introitus sacrata limina cr [isto ]. Gurrile ceriatim gentes populi que venite |. Et donante Deo silientes sumite vi [fam ] *.
Le temps du catéchuménat variait non seulement de province à province, mais même, dans un même pays, selon l'époque. Le plus généralement, le carême tout entier était le temps de la préparation au baptême, mais il y avait tendance à abréger ce temps.
Cette préparation se composait de divers exercices, catéchéses, prières, et de certains rites, exorcismes, bénédictions, onctions, exsufflations, tradition du symbole et du Pater et reddition de ces deux prières.
La traditio symboli avait lieu le même jour après la bénédiction des palmes. On lisait trois leçons qui sont les mêmes dans le Liber comicus et le Liber ordinum ; celles du Missale mixtum sont différentes , L'allocution aux catéchumènes, pour les exhorter à apprendre par cœur la formule du symbole, qui ne doit pas être écrite mais seulement livrée à la mémoire, est en partie tirée de saint Augustin. C'est le jeudi saint que les catéchumènes devront réciter la formule, c'est la reddilio symboli. Tout ceci est d'accord avec le traité de saint Hildephonse sur le baptême. Il faut remarquer aussi que, dans la liturgie gallicane et dans la liturgie ambrosienne, la traditio symboli a lieu le même jour. L'Église romaine avait une coutume différente . Voici la formule du Liber ordinum qui diffère de celle du Missale mixtum par des variantes notables :
Credo in Deum Patrem omnipotentem.
Et in Ihesum Christum filium ejus unicum, Deum et Dominum nostrum.
Qui natus est de Spiritu sancto et Maria virgine.
Passus sub Pontio Pilato, crucifixus et sepultus.
Descendit ad inferna.
Tertia die resurrexit vivus a mortuis.
Ascendit in celos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis.
Inde venturus est judicare vivos et mortuos.
Credo in sanctum Spiritum.
Sanctam Ecclesiam catholicam.
Remissionem omnium peccatorum.
Carnis hujus resurrectionem, et vitam aeternam. Amen *.
MOZARABE (LA LITURGIE)
448 Le omnium [peccatorum] est une variante sur laquelle insistent les textes mozarabes, Dom Férotin | en cite plusieurs exemples, et admet comme prohak 15 le dessein de protester contre une opinion pélagienne - | | qui enseignait que le baptême ne remet pas tous les | péchés.
A Rome, la cérémonie de la traditio était bien plus | I complète ; on confiait aussi le Pater et même les quatre évangiles avec un rituel et des allocutions spéciales *.
En Afrique, on donnait aussi aux catéchumènes le € Pater, mais non les évangiles. L'imposition du sel faisait partie aussi, à Rome et en Afrique, des rites du catéchuménat, et même ce rit était réitéré fréquemment au cours de l'année. Selon Mgr Duchesne, c'est un trait caractéristique de la liturgie romaine et de la liturgie d'Afrique qui, pour | lui, on le sait, est la même que la liturgie romaine *. Cependant, l'usage mozarabe pourrait faire croire que ce rit était adopté même au dehors de Rome. Un « chapitre du De officiis, de saint Isidore, est assez curieux sur ce point, c'est le c. xxr, du 1. II. L'auteur parle de ce rit de l'imposition du sel qui devait être celui de l'Église de Séville, et il justifie cet usage par de nombreux arguments. Hildephonse, disciple fidèle de ' | saint Isidore, dont il s'inspire d'ordinaire et qu'il copie sans scrupule, se sépare ici de son maître ; il admet bien qu'en certains pays les catéchumènes reçoivent le sel bénit, mais il ne croit pas que cet usage soit universel et obligatoire ™. Il le rejette donc pour son Église qui est celle de Tolède. Cette divergence était à marquer, car nous n'avons pas assez de documents sur la liturgie de Séville pour établir sur quels points elle différait de celle de Tolède.
Suit un autre exorcisme, contra occidentem : dare, Satanas, que tibi maneat pena, etc. ce point, dom Séjourné.
AKAI Lex af 449 Pour l'effetatio qui suit, le prêtre touche avec le doigt trempé dans l'huile la bouche et les oreilles du candidat, avec les mots effeta, et l'imposition des mains. C'était aussi le rit romain au v1* siècle, mais, plus tard, on employa non l'huile consacrée, mais la salive du prêtre, sans doute pour suivre de plus près l'Évangile (Joh., 1x, 6) 1.
Après l'imposition des mains, tradition du symbole, et l'on vient au baptistère. Ici, exorcisme sur l'eau avec trois exsufflations, faciem ad occidentem tenens, et une benedictio fontis, avec la formule célèbre, sanctificare per Verbum Dei, unda celestis, qui se retrouve en termes à peu près semblables dans le pontifical romain et dans le rit ambrosien ?, et d'autres formules : A !
- qu, Domine, omnipotens Deus, et : Quamvis flagitiorum. — Alors a lieu le renoncement à Satan et le baptême avec — la formule : et ego te baptizo in nomine Patris et Filii et - Spiritus sancti, ut habeas vitam aeternam. Cette finale, une de ces additions comme la liturgie mozarabe en a tant, même dans les formules les plus solennelles, existe aussi chez les gallicans. En même temps, l'enfant était plongé dans la piscine.
Ici se présente une grosse question. On voit, par ce cérémonial, qu'il n'y avait qu'une seule immersion. C'était l'usage le plus généralement suivi en Espagne.
TEXTE CORRIGÉ :
Mais, à Rome, et dans la plupart des autres contrées, l'usage des trois immersions, qui n'est du reste pas la coutume la plus primitive, était l'usage régnant. Il représentait les trois jours du Christ au tombeau et répondait à la triple interrogation sur la Trinité. Le pape Vigile, dans sa décrétale de 538 à Profuturus de Braga, avait recommandé la triple immersion et il lui envoyait l'ordo baptismi de l'Église romaine . Cet Ordo avait été imposé aux Églises de Galice par le can. 5 du Ier concile de Braga, en 562. Le pape faisait remarquer dans sa lettre que la triple immersion était propre à réfuter l'hérésie des priscillianistes qui tendaient à confondre les personnes dans la Trinité . Le patriarche de Constantinople avait écrit à saint Léandre une lettre favorable à la triple immersion, et, dans une lettre célébre à saint Léandre, saint Grégoire, tout en défendant la coutume des trois immersions, admet et approuve l'usage espagnol 5. C'était sage et l'on aurait toujours dû imiter cette largeur d'esprit. Ce ne fut pas le cas. Saint Martin de Braga avait protesté vigoureusement contre l'immersion unique et Alcuin ne sera pas moins sévère contre cette pratique. Mais les docteurs et les conciles d'Espagne, au contraire, forts de la permission de saint Grégoire, s'efforçaient de supprimer, partout où ils le pouvaient, la triple immersion, et l'unique immersion continua à être suivie en Espagne, comme nous le voyons par le Liber ordinum *.
L'usage ancien, en Espagne comme en d'autres contrées, était de conférer le baptême à Pâques et à la Pentecôte. Mais, dans sa lettre à Himérius de Saragosse, le pape Siricius dit sagement que, tout en réservant à ces deux fêtes ce privilège, il est bon d'y faire les exceptions nécessaires et de baptiser, non seulement aux fêtes des apôtres et des martyrs, mais encore toutes les fois qu'il y aura quelque bonne raison de le faire *.
MOZARABE (LA LITURGIE)
450 En Orient, la fête de l'Épiphanie devint aussi de bonne heure une fête baptismale, et plusieurs Églises d'Occident suivirent cet exemple, notamment celle d'Espagne, comme on peut le voir par les formules de la messe de l'Épiphanie *.
29 Confirmation. — Elle suivait le baptême. Dans l'ordo baptismi que nous avons donné, la cérémonie est fort simple ; après que l'enfant est revêtu de ses vêtements et a reçu l'onction du chrême sur le front, avec un signe de croix, le prêtre lui impose les mains avec une oraison *. La confirmation et le baptême furent, en Espagne comme ailleurs, réservés d'abord à l'évêque, comme le dit Pacien, évêque de Barcelone au IVe. Mais, plus tard, en Espagne, quand de simples prêtres administrèrent le baptême, ils donnèrent aussi l'onction du saint chrême, comme saint Braulion de Saragosse et l'ordo que nous citons 1, le constatent.
Ce même ordo contient encore une bénédiction pour le 5e jour après le baptême et une longue oraison pour l'imposition des mains in vigilia Paschae 1. C'était une bénédiction pour l'entrée à l'école. Ces écoles cléricales étaient nombreuses en Espagne au temps des Wisigoths ; cf. IIe concile de Tolède, en 527, can. 1, et IVe concile, can. 24. Le Liber ordinum ne donne pas le rituel pour la collation des ordres mineurs. Cependant, les exorcistes et les acolytes sont mentionnés par saint Isidore ; les portiers sont nommés dans l'Ordo in ordinalione sacriste, dont nous parlerons tout à l'heure ; on relève, dans une inscription wisigothique de 566, la mention d'un lecteur ^ ; une autre, plus ancienne encore, est l'épitaphe d'un princeps cantorum, mort en 525.
AR ANDREAS FAMVLV DEI PRINCEPS CAN TORVM SACROSAN CTE AECELESIAE ME TILLIANE (Mertola, Portugal) VIXIT ANNOS XXXVI REQVIEVIT IN PA CE SVB DIE TERTEO KAL APRILES AERA DLX TRI ™ SIS $ Ato)
À. — XII — 15
451 MOZARABE (LA LITURGIE) 452 |
Les ostiarii et les lectores sont encore nommés dans le Ier concile de Tolède, vers 400, can. 2 et dans les Ier et IIe conciles de Braga (561 et 572), can. 11 et 45. Ce dernier canon, qui semble vouloir réprimer la vanité des lecteurs, rappelle que ceux-là seuls parmi eux ont la permission de lire et psalmodier du haut de la tribune qui ont été ordonnés par un simple prêtre, qui a presbytero lectores sunt ordinati. C'est donc un simple prêtre qui ordonnait ces clercs de rang inférieur, et sans doute avec un rituel très court. Saint Isidore nous dit la même chose (De eccl. Off., 1. II, c. xii).
C'est probablement pour cette raison que notre Liber ordinum ne contient pas cette ordination !.
Pour les exorcistes, nous avons cité au § III, Documents, col. 413, à propos du Liber exorcismorum, le texte de saint Isidore qui nous parle de cette fonction.
Ordo in ordinalione sacriste (col. 42).
Au contraire, c'est l'évêque qui ordonne le sacristain, mais dans la sacristie, in preparatorio, et l'ordination est des plus simples. L'évêque lui donne l'anneau avec ces mots : Esto custos sacrorum, janitor adituum et prepositus ostiariarum. Le candidat baise le pied de l'évêque, et c'est tout. L'anneau dont il est question ici est sans doute un anneau à clef, ce qui est indiqué par la formule ci-dessus ?, l'éditeur l'a enrichi d'un savant commentaire sur la barbe et la tonsure des clercs et sur certains usages hérétiques, et qui se termine par ce dicton : O felix Iberia ubi vivere est bibere ! Le b s'employant souvent pour le v dans l'écriture des inscriptions et des manuscrits de ce temps, vivere et bibere ne font qu'un.
Au diacre, l'évêque impose l'orarium ou étole qui était réservée aux évêques, aux prêtres, aux diacres, et à Rome elle était concédée aussi aux ordres mineurs.
Le concile de Mérida, en 666, can. 10, ordonne l'usage de la crosse et des pedules est aussi mentionné en Angleterre, au VIIe. Il serait intéressant de savoir quel est le plus ancien de ces textes et lequel a influé sur l'autre. Mais, pour le moment, la question n'est pas tranchée !.
6 » L'ordination d'un évêque. — Il est assez curieux, et en tout cas bien regrettable, que cette ordination, qui devait suivre celle d'un abbé, manque dans le Liber ordinum et dans tous les rituels manuscrits que dom Férotin a étudiés avec le plus grand soin. — « Il faut espérer, dit-il, qu'on retrouvera quelque jour cet ordo. » Il ne reste donc, à sa suite, qu'à réunir ici les quelques allusions qu'il a recueillies dans les œuvres de saint Isidore et dans les conciles de Tolède ou autres textes anciens ?, On donne à l'évêque la crosse et l'anneau ; il est un jour de fête ; trois oraisons seulement, sans autre cérémonie.
| Le IIe concile de Braga, en 572, promulgue un décret pour la pénitence à imposer à une devota tombée
(LA LITURGIE)
A cette occasion, l'éditeur cite trois épitaphes du temps |
EEF 454
109 Ordo ad ordinandam abbatissam. — Le terme d'abbatissa n'est pas fréquent dans l'Espagne wisigothique ; d'autres synonymes lui sont préférés, comme mater, ou encore pirgo, virginum maler. C'est ce titre qui lui est donné dans une curieuse inscription, |, découverte en 1394, à Mérida, et qui porte la date de 641 (ère 679). xs m —
CVIVS DEDICATIO CLAVSTRI CONTINET VIR
Après quoi osculatur eam episcopus, rit qui parait unique en son genre, puis il lui confie le livre de la règle et le baculum ou crosse. La tradition de la crosse est moins caractéristique, cependant, elle est aussi à noter, car il est rare de la rencontrer dans des documents aussi anciens (voir ci-dessus, à propos de la crosse dans la bénédiction de l'abbé). La cérémonie se termine par le salut de l'évêque : Dominus sit semper vobiscum, et le renvoi par le diacre : Missa acla est *.
Oratio de veste sanctificanda eorum qui noviter convertuntur et religiosum habitum sibi mutare volunt *.
Ce n'est qu'une courte bénédiction, mais elle est à rapprocher de la suivante : Ordo conversorum conversarum que 1°.
Ces conversi désignent ceux qui quittent le monde pour entrer au monastère (à la différence des enfants élevés dans des monastères et destinés à embrasser la vie monastique).
Le mot de conversus, conversio, en ce sens, est consacré. Ainsi, dans saint Benoît, noviler veniens quis ad conversionem (Regula, c. LVII, cf. c. 1) qu'il faut, peut-être rapprocher de notre titre : eorum qui noviter converluntur et d'autres passages. Saint Isidore a un chapitre : De conversis, dans sa règle (c. rv) et saint Fructueux consacre aussi trois chapitres aux conversi. Le nom de conversus n'a été que très postérieurement appliqué à ceux que nous appelons frères convers ou frères lais..
Dans cet ordo, deux parties. La Ire est la profession de ceux qui, hommes ou femmes, mènent la vie religieuse dans le monde et conservent l'usage de leurs biens et leurs serviteurs. La IIe sera destinée aux conversi vivant dans un monastère, ou moines proprement dits.
Les premiers, si ce sont des hommes, présentent à l'évêque les fonsurias ou ciseaux qui serviront à leur couper les cheveux en forme de croix ; les femmes lui présentent l'habit religieux « qu'elles doivent revêtir.
Donc, d'abord, la tonsure avec une oraison, puis laud, converle nos Deus, et le psaume tout entier, suivi d'une oraison très solennelle qui est à noter. Elle est annoncée, à la manière ancienne, par le diacre. Oremus ut huic famulo tuo, etc., suit l'oraison Clementissime Dominalor Domine, etc., et les invocations qui ont passé dans de nombreux cérémoniaux : si vite probabilis, Amen ; sit sapiens et humilis, Amen, etc. Ces formules se retrouvent dans un rituel du XIIe de l'abbaye d'Aniane, et ont été publiées par dom Martène !, Dom Férotin pense que ce texte d'Aniane reproduisait un manuscrit plus ancien remontant à l'époque où la domination wisigothique s'étendait des bords du Rhône jusqu'au midi de l'Espagne *.
Puis bénédiction de l'habit religieux. Le même cérémonial, sauf la tonsure, est suivi pour les femmes.
Pour les moines, c'est-à-dire pour ceux qui vivent dans un monastère, la cérémonie est différente. Elle ne commence qu'après que le candidat a reçu la communion, et s'inspire vraisemblablement du c. LVII de la règle bénédictine ; présentation à l'abbé d'une charte de profession, ou pacte, signée par le moine, verset Suscipe me, Domine, secundum eloquium tuum, etc., charte déposée sur l'autel et une dernière oraison de l'évêque. Dans un autre rituel, le nouveau profès reçoit l'accolade de l'abbé et de tous les moines *, Après la description de toutes ces ordinations, il nous parait utile de rappeler quelques canons du IVe concile de Tolède où, on le sait, saint Isidore joua un rôle de premier ordre. Le can. 39 de discrelione presbyterorum et diaconorum a pour but de réprimer la superbe de certains diacres qui se plaçaient in primo choro, et reléguaient les prêtres au secundo choro. Au VIIe, le chœur était divisé en deux parties, l'une à droite, l'autre à gauche de l'autel, mais, ici, il est fait allusion à une disposition plus ancienne, le premier chœur étant la partie la plus prés de l'autel et qui correspond au sanctuaire ; le second chœur était au-dessous et en deçà du premier chœur. Peut-être, pour les chants et les prières, les diacres avaient-ils à prendre place à côté des prêtres dans le premier chœur, Mais, qu'une fois dans la place ils aient eu la prétention d'en chasser les prêtres, le concile ne pouvait le tolérer.
Le canon suivant interdit aux diacres de porter deux oraria ou étoles, une sur chaque épaule. Que le diacre porte l'étole sur l'épaule gauche, une étole de
4506 pur lin, sans or ni couleur, Cette étole était en Gaule, au vi siècle, un insigne des clercs, si bien que le concile d'Orléans de 511, l'interdit aux moines. En Espagne, l'étole est réservée à l'évêque, au prêtre et au diacre . Le can. 41 du même concile de Tolède décrit la forme que doit adopter la tonsure cléricale, qui tond le haut de la tête et laisse autour une sorte de couronne ou cercle de cheveux. Il condamne du même coup les lecteurs du pays de Galice qui laissent leurs cheveux longs et ne tondent qu'un petit cercle sur le sommet de la tête , 11° Réconciliation des hérétiques et réordination des clercs. — Le Liber ordinum contient diverses formules sur ce chapitre : Oratio ad reconciliandum eum qui in heresi arriana baptisatus fuerit *.
Il n'était plus question, depuis des siècles, de renouveler le baptême pour ceux qui avaient été baptisés par des hérétiques. La discussion avait fait rage en Afrique et en Orient, au temps de saint Cyprien, mais la querelle était bien apaisée sous les Wisigoths, La première formule, n. xxxvir, contient seulement une renonciation à l'hérésie, une profession de foi : Credis in Deum Patrem omnipotentem ?
Credis in Ihesum Christum Filium ejus ?
Credis et in Spiritum sanctum, Deum individuae Trinitatis unius essentiae, virtutis atque potentiae ?
Puis on l'oignait du chrême en ces termes :
El ego te chrismo in nomine Patris et Filii et Spiritus sancti, in remissionem omnium peccatorum, ut habeas vitam æternam. Amen.
Post hec imponit ei manum et dicit orationem confirmationis, Deus qui in fide tua, etc.
Rome avait fait prévaloir contre toutes les divergences, notamment en Afrique, la thèse qui considère comme valide le baptême conféré par les hérétiques. Ce point était donc acquis. Mais la confirmation des hérétiques était-elle aussi valide ? La décision du pape saint Étienne entraînait-elle la validité de la confirmation ? Le doute est permis, car nous n'avons pas, sur ce point, la réponse du pape. L'auteur du De rebaptismate, le concile d'Arles de 314, saint Augustin, saint Sirice, saint Léon, qui ont fait allusion à la réconciliation des hérétiques, exigent précisément l'imposition des mains, Manus ei tantum imponatur ae ee A ET ordinum exige la renonciation à l'arianisme, 457 ut accipial Spiritum sanctum. Mais cette imposition — des mains est-elle la confirmation ou une cérémonie spéciale pour le cas présent ? Le cas est discutable, car la confirmation, depuis le rme siècle au moins, comprend, outre l'imposition des mains, l'onction et la consignation ?, Il n'est pas prouvé, en tout cas, que Rome ait réitéré la confirmation des hérétiques ; au contraire, elle s’y montre hostile.
Pour nous en tenir à la liturgie mozarabe, le Liber une profession de foi explicite à la Trinité et enfin l'onction : Et ego te chrismo in nomine Patris el Filii et Spiritus sancti, in remissionem omnium peccatorum ut habeas vitam æternam. Amen, puis l'imposition des mains et une oraison où nous lisons : Da ergo ei, Domine, spiritum sapientiae el intellectus, spiritum consilii et fortitudinis, spiritum scientiae el pietatis, el confirma in eum spiritum divini amoris (col. 102). Il semble bien que nous avons ici tous les éléments du sacrement de confirmation. L'onction était aussi employée en Gaule pour la réconciliation des ariens, comme nous l'avons dit. Nous avons vu que saint Grégoire le Grand, avec sa largeur d'esprit ordinaire, ne semble pas s'inquiéter de ces divergences et que le pape Sirice, dans sa lettre à Himérius, ne parle que de l'imposition des mains. Il ressort en tout cas de ces documents que la discipline de l'Église n'était pas encore fixée ©,
458 embrasser le christianisme, comme l'avait fait peu auparavant, par un zèle mal entendu, le roi Sisebut. La formule n'est pas très caractéristique, mais elle est une nouvelle preuve du caractère historique de notre document et nous ramène à l'époque des grands conciles de Tolède.
Il faut rapprocher de ces rites les décisions du III concile de Tolède, en 589, celles du concile de Saragosse, en 592 et celles du concile de Tolède en 633 sur les évêques ariens qui avaient abjuré l'arianisme et avaient été reçus dans l'Église. Procédait-on à une réordination ? C'est l'avis de M. Saltet qui voit ici une influence du concile d'Orléans de 511 et peut-être une influence orientale. Mais dom Séjourné pense qu'il ne s'agit pas, dans toutes ces décisions espagnoles, d'une véritable réordination. On s'en tenait à la décrétale du pape Sirice à Himère de Tarragone, quos [arianos] nos cum novotionis aliisque hæreticis, sicul est in sinodo constitutum, per invocationem solam septiformis spiritus, episcopalis manus impositione, catholicorum conventui sociamus quod eliam totus Oriens Occidensque custodit *.
Au sujet de ces arrhes offertes à la fiancée, dom Férotin fait remarquer que c'était parfois une véritable dotation, consignée dans un acte solennel. Il donne à cette occasion la carta de arras ou contrat de mariage octroyée par le Cid Campeador à sa femme Chimène, le 19 juillet 1074. Dans son Histoire de l'abbaye de Silos, pl. xxx, il avait donné le fac-similé d'une autre carta donationis de ces deux personnages en 1076.
459 Le fiancé qui offre les arrhes, présente la fiala (pour filiola, sorte de patène ou soucoupe) sur laquelle il pose le sindonem (linge fin) et deux anneaux, que le prêtre bénit. Le prêtre dit une oraison et une bénédiction, comme dans les rites les moins solennels. Le sindon, dans un autre document, est appelé faciale, Il est aussi question d'un palleus ou voile, du jugale qui est aussi un voile, et du sippa, qui a probablement la même signification. Un autre rituel dit que le fiancé donne l'anneau à sa fiancée au doigt voisin du pouce (index) de la main droite, tandis que la fiancée met l'anneau au petit doigt de la main droite de son fiancé et lui donne le baiser de paix, quod est verum testamentum +.
Ordo ad benedicendum eos qui noviter nubunt (col. 436-439). A la fin de la messe, les parents s'approchent jusqu'au cancel et présentent la jeune fille au prêtre qui la revêt du voile et du jugale (second voile blanc et rouge) et dit une préface et deux oraisons ?, Un autre rituel donne des formules différentes. Après ces oraisons et bénédictions, le prêtre confie la jeune fille à son mari et leur donne la communion et le diacre dit la finale en ces termes : In nomine Domini nostri Ihesu Christi missa acta est. Eamus cum pace. Pendant qu'ils se retirent, on chante une antienne : Vos quos ad conjugale gaudium perduxit Dominus, etc., suivie d'une dernière bénédiction : Benedicat nos trina Majestas et una Deitas. Amen. Pater et Filius el Spiritus sanctus.
A cette catégorie de personnes ressemble fort une autre que l'on voit également apparaître en Gaule et en Espagne, mais qui ne se confond pas tout à fait avec la précédente, celle des conversi. Le Liber ordinum contient l'ordo conversorum et conversarum pour la profession religieuse de ces personnes que nous avons
460 donné ci-dessus *. Beaucoup de ceux qui se « convertissaient » ainsi n'entraient pas dans un monastère.
Comme les pénitents soumis à la pénitence publique dont nous parlerons tout à l'heure, ils se vouaient dans le monde à une vie d'humilité, d'abnégation, de prière, « de mortification, en telle sorte qu'il est parfois difficile de distinguer dans les textes si l'on a affaire à un pénitent ou à un « convers ». Au point de vue canonique, il reste néanmoins cette différence que, de droit, le pénitent est irrégulier pour la réception des ordres, M tandis que le « convers » ne l'est pas. Au contraire, « c'est dans leurs rangs que l'Église recrute volontiers son clergé. B Le Liber ordinum contient encore l'oratio viatica super infirmum juvenem à qui son état ne permet pas | d'imposer le rit de la pénitence et de la réconciliation. « L'ordo pænitentiæ qui suit comporte deux parties, comme l'ordo du gélasien, l'admission à la pénitence et la réconciliation. La première cérémonie s'ouvre par la tonsure du postulant, l'imposition du cilice et de la cendre, le tout accompagné et suivi de psaumes, de laudes, de prières diverses. Les trois oraisons qui terminent cette partie sont, à quelques variantes près, celles que l'on trouve dans le gélasien pour le mercredi des cendres. Pour le malade, il y a quelques prières particulières. On chante le miserere et l'on termine par une oraison completuria, par la bénédiction, la communion rit d'admission à la pénitence avait lieu le mercredi des cendres et la réconciliation le jeudi saint, mais le Liber ordinum suppose que la pénitence, avec des rites semblables, peut s'accorder en dehors du carême 5, Cependant, le rit était connu comme le prouvent des textes des décrétales ou des conciles et certaines inscriptions. En premier lieu, il faudrait citer la fameuse lettre du pape Vigile, en 538, à Profuturus, où il est fait allusion à l'eau lustrale et à la célébration de la messe et même aux reliques . En 561, au I« concile de Braga, allusion à l'onction du chrême ; au II concile, en 572, autre allusion à certaines conditions nécessaires pour la dédicace ! ; en 592, le IIe concile de Saragosse ordonne de consacrer à nouveau une église dont la dédicace aurait été faite par un évêque arien !' ; allusion à l'érection, bénédiction, onction d'un autel par l'évêque, au II concile de Séville, en 619, et aussi dans la lettre de saint Isidore ad Leudefredum ? ; en 691, le IIIE concile de Saragosse condamne la coutume de consacrer les églises un autre jour que le dimanche 7, De son côté, Hübner a publié quelques inscriptions où sont mentionnées des dédicaces d'église, des dépositions de reliques à l'occasion de cette cérémonie avec la mention du nom des martyrs ou des saints !. Enfin, le Comes (inédit) de la cathédrale de Léon, du xI ? siècle, et celui de Silos nous fournissent le texte des lectures de l'Ancien et du Nouveau Testament pour la fête de la dédicace, et le bréviaire mozarabe nous donne trois hymnes et un canti que pour cette cérémonie *.
VIII. LA LITURGIE MOZARABE ; RELATIONS AVEC LES AUTRES LITURGIES. — 19 La liturgie mozarabe et les liturgies gallicanes. — Les analogies entre ces liturgies sautent aux yeux. Il suffit d'une étude, même assez superficielle, pour retrouver des ressemblances frappantes entre les rites, le cadre liturgique, les formules, même le vocabulaire. Ainsi, par exemple, les rapprochements entre le missel mozarabe et le missel de Bobbio, que Lesley a relevés avec un soin particulier dans son édition, sont aussi nombreux que saisissants. Dom Cagin, dans ses ouvrages, a ajouté aux précédents de nombreux exemples 5, Aussi certains auteurs ont-ils conclu que ces deux liturgies sont une même liturgie, issue d'une même source. Cette conclusion est pourtant exagérée et l'on peut démontrer que chacune des deux, quel que nombreuses que soient les relations, a ses caractères distinctifs et s'est développée indépendamment de l'autre. On trouverait, pensons-nous, les éléments de cette démonstration dans le présent article et dans celui de dom Leclercq, GALLICANE (Liturgie). Il y a entre l'une et l'autre des divergences qui permettent de dire que les deux liturgies sont sœurs. On ne saurait aller au delà.
I] ressort aussi de notre article que la liturgie mozarabe a ses caractéristiques, qu'elle est autochtone, et quoi que l'on pense de ses origines, il faut bien avouer qu'elle a pris ses caractères principaux dans l'Espagne wisigothique du VIIe. Comment expliquer ces analogies entre les deux liturgies ? L'Espagne wisigothique et la Gaule ont été en relations fréquentes, comme on peut le voir dans notre exposé historique. Le midi de la Gaule, jusqu'au Rhône, a été un royaume wisigothique pendant de longues années. La législation ecclésiastique d'Arles et les conciles des Gaules ont exercé aussi leur influence sur les évêques espagnols. Le Missel de Bobbio, le Missale Francorum, les Lettres du pseudo-Germain et d'autres documents gallicans portent de si nombreux vestiges mozarabes que les critiques sont portés aujourd'hui à chercher leur patrie dans le voisinage de l'Espagne ou du Languedoc *.
Dans une récente dissertation, Ordination anointings in the western Church before 1000 A. D., Cambridge (Massachusetts), le P. Gerald Ellard rappelait, après d'autres, que le fameux Missale Francorum a été probablement rédigé dans la ville de Poitiers entre 700-730 et que cette ville avait longtemps subi l'influence des Wisigoths espagnols, si bien que l'on peut se demander si ce n'est pas dans la liturgie mozarabe qu'il faudrait chercher l'origine du rite de l'onction dans les ordinations. La question demande à être étudiée plus en détail.
Mabillon et Lebrun, et quelques autres liturgistes, pensent que c'est la liturgie gallicane qui est antérieure et que c'est d'elle que procède la liturgie mozarabe. Mais cette thèse n'est pas démontrée. Le P. Thibaut, récemment, dans sa dissertation sur Les origines de la liturgie gallicane, a laissé de côté cette question. On trouvera, dans le présent article, un certain nombre de cas où il est facile de voir quelle est celle des deux liturgies qui a emprunté à l'autre. Mais il faudra une étude plus suivie pour permettre un jugement d'ensemble.
Nous avons relevé nous-mêmes, dans le présent article, les analogies entre les deux liturgies (cf. en particulier, col. 435, Office et dimanches de carême). Ces analogies ne peuvent être l'effet du hasard et il faut en tenir compte. Mais des analogies, aussi nombreuses qu'elles soient entre deux liturgies, ne suffisent pas à prouver que l'une procède de l'autre. En même temps, il faut avouer qu'il existe de notables différences entre les deux rites. Dans un mémoire (inédit), en réponse à l'article de Mgr Duchesne, Origines de la liturgie gallicane, dom Cagin relevait ces différences *. Il faut se rappeler aussi que la liturgie mozarabe s'est formée surtout au viie-VIIe, c'est-à-dire à une époque où l'Église de Milan était un peu déchue de son ancienne gloire et n'exerçait plus au dehors la même influence.
463 49 La liturgie mozarabe et les liturgies orientales. Les analogies entre la liturgie mozarabe et les liturgies orientales sont nombreuses et parfois assez caractéristiques. Un bon nombre s'expliquent par des emprunts dont la date est du reste connue, comme par exemple l'usage du credo à la messe et celui du Trisagion. Mais il en est d'autres qui, selon certains auteurs, prouveraient que la liturgie gothique tire son origine de l'Orient, soit directement, soit indirectement, par l'Église de Milan. Nous avons aussi, dans les cérémonies du samedi saint, un exemple des emprunts de la liturgie mozarabe à celle de Jérusalem.
Parmi ces analogies, les plus connues sont la place du baiser de paix et celle des diptyques, que l'on a données comme les signes les plus caractéristiques d'une origine orientale. Dans la liturgie romaine, la récitation des diptyques, on le sait, est aujourd'hui au canon, et celle du baiser de paix à la communion, tandis que dans les liturgies orientales que suivent la liturgie gallicane et la mozarabe, ces deux rites sont à l'offertoire. On cite encore la forme des prières diaconales et le sancta sanctis à la messe, qui sont plus conformes aux liturgies orientales, et, d'une façon générale, le style de ces liturgies, qui est si loin de la sobriété romaine, et dont l'abondance rappelle aussi le style oriental +.
Ce n'est pas seulement la thèse de Mgr Duchesne, c'était déjà l'opinion de certains critiques du xvie et du XVIIe, notamment de Le Brun et de Pinius et de tous ceux qui cherchaient dans ces liturgies gallicanes une origine johannique. Cette dernière thèse n'a plus, je crois, aujourd'hui, aucun partisan.
Le fait que les Goths viennent d'Orient, et qu'ils ont eu des relations avec Byzance, a fait supposer qu'ils avaient transporté en Espagne cette liturgie. Mais il est plus difficile de prouver que les Hispano-Romains auraient accepté leur liturgie de la part des Wisigoths ariens qui n'étaient pour eux que des hérétiques. Les relations de Byzance avec l'Espagne étaient nombreuses et certains prélats ont séjourné dans ce pays ; saint Léandre y a vécu des années en intimité avec saint Grégoire le Grand.
MOZARABE (LA LITURGIE)
notation neumatique qui permet de relever certaines analogies. A noter le Pater, primitivement, après la fraction, comme à Rome.
IX. LA NOTATION MUSICALE ET LE CHANT MOZARABE. LA QUESTION DES ORIGINES DE LA LITURGIE : MOZARABE. — La question du chant mozarabe a été abordée dans ces dernières années et, quoiqu'elle ne soit pas encore assez avancée pour permettre des conclusions tout à fait solides, on peut indiquer quelques points qui paraissent établis.
1° L'écriture neumatique mozarabe se présente, dans les manuscrits, sous deux formes, l'une épaisse, lourde, pesante, l'autre plus légère et plus élégante. L'une et l'autre ne différent du reste que par l'apparence. Au fond, c'est la même écriture neumatique, à savoir une notation à accents combinés et non comme le voulaient Riaño et Minoz de Rivero des caractères alphabétiques (Pierre Aubry et dom Mocquereau).
2° Cette écriture neumatique, qui a son origine dans les accents grammaticaux, a des relations étroites avec l'écriture musicale neumatique chez les gallicans, les ambrosiens, les grégoriens. Selon une heureuse expression, ce sont quatre dialectes d'une même langue, qui se sont développés chacun indépendamment.
La question des origines de la liturgie mozarabe se trouve impliquée dans l'étude qui précède, où nous avons exposé les relations de cette liturgie avec les autres.
Aux XVIe et XVIIes, plusieurs auteurs comme Le Brun, Mabillon et d'autres, s'étaient aussi prononcés pour cette opinion, mais ils pensaient que l'influence de Byzance s'était exercée soit par les Wisigoths, qui avaient pour un temps été les voisins de Byzance, soit par des évêques, qui, comme saint Léandre, avaient séjourné à Constantinople, soit par tout autre moyen.
C'est aussi à peu près l'opinion de Ceriani qui pense que la liturgie wisigothique est née de la fusion du rite importé en Espagne par les Wisigoths avec une liturgie indigène. Malheureusement, nous ne savons rien de cette liturgie des Wisigoths ariens, ni d'une liturgie indigène antérieure à la mozarabe '*.
Une étude | cati, Antiche reliquie liturgiche, dans Studi e testi, n. T, 464 w
DICT. D'ARCHÉOLOGIE. LETOUZEY ET ÅNÉ., ÉDIT.
era TE aet : : | anfpecars i ores dod o REL. a : dh erster o. - e
NE
ere Eua 465 MOZARABE buent la création de cette liturgie à Léandre, à Isidore et aux évêques de Tolède du VIe, Cette théorie peut apporter des textes précis qui prouvent en effet que bien des formules de cette liturgie ont pour auteurs des évêques espagnols. Mais, nous l'avons dit aussi, certaines messes sont antérieures à cette date, et il faut toujours admettre qu'il y avait avant eux une liturgie dont ils ont dû respecter au moins le cadre.
4. Ceux qui, comme saint Isidore ou le pape Innocent, cherchent à Rome l'origine de la liturgie mozarabe ont beau jeu à relever des analogies frappantes, qui semblent prouver d'une façon inéluctable que les auteurs de cette liturgie ont eu sous les yeux des livres de la liturgie romaine auxquels ils ont emprunté sans scrupule. Nous avons donné quelques-uns de ces exemples. Mais il reste toujours à expliquer la présence de rites et de formules qui, sûrement, ne sont pas d'origine romaine.
L'anonyme de Spelman est apporté parfois comme témoin de la même thèse, mais on sait qu'on ne peut faire grand état de ce texte, et du reste il est des plus obscurs ?, C'est aussi, avec quelques variantes, la thèse de Gams, celle de Probst et de quelques autres.
Dom Férotin résume ainsi son opinion : « La liturgie wisigothique n'est pas, dans son ensemble, d'origine orientale. C'est une liturgie d'Occident, dont le cadre général et de nombreux rites ont été importés d'Italie, vraisemblablement de Rome, par les premiers prédicateurs de l'Évangile en Espagne. Le reste, le choix des lectures, les formules de prières, les mélodies, sont l'œuvre des évêques, des docteurs, des lettrés, des mélodistes de la péninsule. Des emprunts furent faits aussi aux liturgies d'Afrique et des Gaules. » Liber ord., p. xir. Cette opinion est adoptée par dom Prado et ses confrères de Silos. Nous avons un paragraphe spécial sur la notation neumatique qui peut apporter aussi quelque lumière sur ce sujet.
Il nous semble que cette opinion devrait être présentée sous une forme un peu différente. Dans toutes les liturgies latines, on peut relever un ensemble de caractères qui se manifestent dans le calendrier, dans le lectionnaire, dans certains rites, dans certaines formules, dans le vocabulaire, dans certains procédés qui trahissent une même origine. Ces analogies s'expliquent par cette unité substantielle de toutes les liturgies à l'origine, unité qui est surtout sensible parmi les liturgies latines. Dom Cagin, dans ses derniers
(LA LITURGIE)
466 ouvrages, a cherché à relever les traces de cette liturgie latine primitive. Mais cette thèse aurait besoin d'être fortifiée par de nouveaux textes. En tout cas, on ne peut nier que les Espagnols wisigoths ont fait, d'une part, de larges emprunts à la liturgie romaine et à la liturgie de Byzance et que, d'autre part, leurs évêques, de leur côté, composèrent des oraisons, des antiennes, des illations, des hymnes et autres pièces soit pour l'office, soit pour la messe, et les conciles espagnols du vie au VIIe éditèrent des règlements et des rubriques, soit pour corriger, soit pour unifier cette liturgie. Les papes intervinrent parfois directement pour introduire certains changements, jusqu'au jour où ils la supprimèrent. Tous ces textes ont été cités au cours de cet article.
On voit que la question d'origine reste encore assez obscure, mais elle n'est pas insoluble, et une étude plus détaillée de cette liturgie, des comparaisons plus nombreuses entre les liturgies latines aboutiront, on peut l'espérer, à une solution plus satisfaisante.
Pour le moment, il semble qu'on peut accepter comme à peu près démontré que la liturgie mozarabe, avec des caractères bien tranchés, des rites et des formules qui lui sont propres, rentre cependant, par ses traits généraux, dans le groupe des liturgies latines et qu'elle a, comme ces liturgies, un cadre, un vocabulaire, et des procédés qui, à travers toutes les divergences, nous inclinent à chercher une liturgie latine primitive.
Lesley et les apologistes de la liturgie mozarabe accusent généralement Élipand d'avoir falsifié les textes qu'il empruntait aux livres de son Église. Mais s'il n'a pas toujours été exact dans ses citations, nous l'avons constaté dans le présent article, il est assez difficile de croire qu'il ait sciemment falsifié tous les textes qu'il cite ; les livres liturgiques de cette Église et des autres Églises espagnoles étaient à la disposition d'un trop grand nombre de témoins. Ce qui est infiniment regrettable, et ce qui donne une idée peu favorable du sens critique des évêques du concile de Francfort, c'est qu'ils ne se soient pas procuré tous les livres mozarabes pour juger sur pièces. Malheureusement, ces textes n'existent plus et les plus anciens livres mozarabes ne remontent pas au delà du Xe et même du XIe. C'est ce qui rend la solution difficile, sinon impossible.
C'est pour quoi nous nous contenterons ici de quelques remarques. Si l'on a pu attaquer l'orthodoxie de cette liturgie, ces objections ne portent que sur un petit nombre de points que nous indiquerons tout à l'heure. Les liturgies anciennes, si l'on en excepte la liturgie romaine, expriment certaines doctrines qu'il serait difficile aujourd'hui de justifier. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la terminologie manquait de cette précision que lui a donnée la théologie scolastique. Nous verrons que la liturgie mozarabe, sur certains points particuliers, n'échappe pas à cette critique. Dans son ensemble, au contraire, comme on l'a déjà vu dans cet article, cette liturgie nous offre des formules d'une théologie très sûre, souvent subtile, mais d'ordinaire remarquable. La doctrine de la Trinité, en particulier, contre les erreurs ariennes et priscillianistes, y est exposée avec une force singulière.
Voici les passages principaux signalés comme professant l'erreur adoptianiste. Ils sont cités dans la fameuse lettre d'Élipand à Alcuin. Nous donnons d'une part le texte d'Élipand, de l'autre le texte des manuscrits.
MOZARABE (LA LITURGIE)
| | | 468. eli perferre exilium mortis. Liber ordinum, col. 422. crucis et perferre exitium sustulit mortis.
Domine Ihesu Christe, qui vera es vita credentium, tibi pro defunctis fidelibus sacrificium istud offerimus : obsecrantes ut regenerationis fonte purgatos et tentationibus mundi exemptos, beatorum numero. digneris inserere, ét quos fecisti adoptionis participes, jubeas hereditatis tue esse consortes ?*, Induit carnem sed non exuit majestatem : nostram substantiam expetens, sed propriam non relinquens.
— Ü. D. qui unigeniti tui in assumptione carnis adventum reconciliationis nostræ voluisti esse remedium, ut cum eo gratiam reciperemus adoptionis. patribus vel fratribus nos-- iris seu amicis. inserere digneris.
Liber ordinum, col. 213. Même texte. I] se retrouve : aussi dans le bréviaire mozarabe, loc. cil., col. 442.
Ces passages prouvent d'abord que si l'on peut relever dans Élipand quelques variantes qui ne correspondent pas tout à fait aux manuscrits que nous connaissons et qui, d'ailleurs, peuvent s'expliquer autrement que par une altération voulue par l'auteur, d'ordinaire, il a cité les textes qu'il avait sous la main et l'on ne peut se débarrasser de son témoignage, comme on l'a fait quelquefois, en le traitant de faussaire. Il lui eût été difficile d'ailleurs d'altérer des textes liturgiques qui étaient à la disposition de chacun. Dans ces passages, des critiques contemporains, comme Ed. Bishop, de Bruyne et autres, trouvent un témoignage de l'hérésie adoptianiste, comme le faisaient déjà Alcuin et les évêques francs, et en concluent que la liturgie mozarabe est entachée d'adoptianisme. Dorv de.Bruyne l'en excuse en disant que, pour la liturgie d'une époque aussi reculée, il ne faut pas se montrer trop sévère et que le langage théologique était moins châtié qu'il ne le fut après les discussions théologiques soulevées sur tel ou tel point. Lesley et d'autres théologiens avant lui ont cherché à expliquer en un sens orthodoxe les passages cités par Élipand. C'est aussi la thèse de dom Férotin. Selon lui, adoptio égale assumptio, souvent employé dans les textes mozarabes ; on n'a qu'à consulter sur ce point les Index qu'il a dressés. Adoptivus homo, adoptala caro équivaudrait à adsumpltus homo, adsumpta caro. Il s'agirait ici, simplement, de la nature humaine adoptée par le Verbe. Il cite en outre, dans cette liturgie, nombre de passages, notamment celui-ci (samedi avant la Pentecôte) : Quem libi [Deo Patri] non adoptio sed generatio consubstantialem, ne que gralia similem sed natura signat equalem , Il n'a pas de peine à prouver que, du reste, ni dans les ouvrages de saint Isidore, ni dans ceux de saint Léandre et des autres docteurs du VIe et du VIIe on ne trouve de traces de l'erreur adoptianiste qui ne se manifesta que plus tard, à la fin du VIIIe (la lettre d'Élipand à Alcuin est de 793). Ajoutons que les confrères de dom Férotin qui, après lui, ont étudié la liturgie mozarabe et édité quelques textes nouveaux, se sont prononcés dans le même sens .
Outre les erreurs adoptianistes, il en est quelques autres que nous devons signaler. Nous en indiquons une dans le paragraphe sur la descente du Christ aux enfers. Certaines oraisons posipridie semblent bien signifier que la transsubstantiation n'a pas encore eu lieu, quoi que Lesley essaie d'expliquer ces passages dans un sens orthodoxe. Il n'est pas douteux, en tout cas, que dans le plus grand nombre de ces oraisons, la liturgie mozarabe enseigne, au contraire, d'une façon très claire, que la transsubstantiation s'opère par les paroles de l'institution. Peut-être faut-il expliquer cette contradiction par un procédé maladroit de centonisation, le rédacteur ayant, sans trop d'attention, glissé dans son posipridie un passage emprunté à une oraison qui précédait la consécration. Nous avons parlé de ce procédé de centonisation qui n'est pas particulier aux Espagnols, mais qui est en usage dans toutes les liturgies, surtout dans les liturgies latines, et qui mériterait d'être étudié de plus près.
Le texte du sacramentaire, selon Ed. Bishop, présente des altérations, dont un grand nombre sont d'origine romaine. Il distingue trois couches d'alluvions romaines : l'une date de la période wisigothique, l'autre est l'œuvre du grégorianisme carolingien, la troisième est de la fin du Moyen Âge.
Nous dirons, en matière de conclusion, que, sur ce point, comme sur bien d'autres questions, que nous avons dû aborder dans cet article, et après la publication des textes nouveaux par dom Férotin et ses confrères, il est à souhaiter qu'une enquête plus approfondie soit instituée qui éclaire certains points restés obscurs, notamment dans l'histoire de l'adoptianisme.
Voici d'abord, au 1er dimanche de l'Avent, ces paroles significatives dans une oraison posipridie, c'est-à-dire parmi ces oraisons qui, à cause de leur place, au centre même du canon, tout de suite après la consécration, ont une importance spéciale :
Facimus Domine Filii tui Domini nostri commemorationem... quod infernum ex parte expoliavit relinquendo impios : el sanclos qui ibidem tenebantur resurgens secum in celestibus sublevando. Quod rediens ad celum viam nobis patefecit, etc. *.
Au mardi de la semaine de Pâques, cette fois dans une oraison post nomina, nous lisons : Jesu, Dei Filius, qui pro nobis voluntarie moriens, seva inferorum ergas-
( L A
LITURGIE) 410 tula potentiali brachio penetrans confregisti : tu fidelium defunctorum spiritus a locis penalibus exime, etc. ^ ; et au mercredi de la même semaine, avant le Paler : Erue cunclos de faucibus vorantis gehenne : pro quibus idem redemptor clementissimus tribus diebus latuit in infernataribus terre, etc. *.
Dans la messe des présanctifiés, le vendredi saint, nous trouvons cette oraison :
Unigenitus Filius Dei Patris... Tu Christe descendisti ad inferos : el sanctos sepulcra laxarunt. Pietatem ergo quaesumus luam : ut intelligere possimus quantum nobis resurgens preslabis in regno : qui nos moriens resuscilasté cum gloria in inferno 7.
Le texte suivant, aux laudes du samedi saint, décrit avec plus de détail l'œuvre du Christ aux enfers : Dominus noster Jesus Ghristus Filius tuus, qui solus verbo virtu les cuncla moderans, el omnia crucis stigmata portans, vectes ferreos comminuit, porlarum que erearum claustra perfregit, tartari profunda descendit, sedentibus in umbra mortis ignote lucis claritate resplenduit, el sol justicie de lumulo, corpore suscitato procedens radiis suis tenebras nostras mirabiliter inlustravit. Amen,
La préface, ou illatio, du 5e dimanche après Pâques, sous des termes différents, nous enseigne la même doctrine :
O quam preclara habilitatem draconis anti qui arte lusisli : ul dum ei ostenderes corporis predam : ipso conligeretur in ligno : el spolians carne verbum : liber ad inferos pergis : confractis que portarum claustris : vinclos laxas e vinculis : et inter mortuos liber lenebras nova luce perfundis. Non subjacebat majestas tua, Domine, huic necessilali, etc. * ; un peu plus loin dans le post sanctus : Qui solus verbo virtutis cuncta moderans : et omnia crucis destina portans : vectes ferreos comminuit : portarum que erearum claustra per[regit : tartari profunda descendit : sedentibus in umbra mortis ignote lucis claritas resplenduil : el sol justitie de tumulo corpore suscilato procedens, etc. ! », Il y a même une allusion, dans ce passage, spolians carne Verbum, à une opinion erronée professée par certains docteurs au Ve et au VIe, et dont les sacramentaires gallicans portent aussi la trace, d'après laquelle la divinité, le Verbe, aurait abandonné la chair du Christ pendant les trois jours au tombeau « .
Dans un autre post sanctus, celui du mercredi de Pâques, la même scène est décrite en ces termes : Viderunt le inferi Deus. Viderunt te : el tremuerunt a voce tonitrui tui : dicente. A bsorpia est, mors in victoria. Ubi est mors victoria tua ? Ubi est mors, aculeus tuus ? Propler quod attonita paululum stelere supplicia miserorum. Nec habeant cruentum tormenta sie vicisse cernentia crucifixum : el judicem suum ipsa eliam pena contremuilt. Quia natura horribilium tenebrarum presentia sui fulgoris : el velala jam t une limuil judicari. Exultaverunt sancli in gloria letantes in cubilibus suis : quod auctorem promisse sibi lucis agnoscerent : quorum Tu, Domine, slipatus agminibus : el Tu tanto noli splendoris candore perfusus : sacrificia per te instiluta sanctifica. Non invocantis merilo : sed instiluenti magisterio vel exemplo. Ut cunctis rile perfunclis : salvatore nostro ad inferis jam regresso : el mors se lugeat viclam : el vita Iripudiet restitutam **.
471 Le Liber ordinum contient aussi, dans sa liturgie funéraire, quelques allusions à la descente du Christ aux enfers.
Pour la bénédiction d'un sépulcre : Oratio. Christe Dei Filius, cui el celestia patent el inferna non latent : qui humaniter moriens ad inferos descendisti, et captivos Averni (sic) lecum remeans ad superos reportasti ; precamur ut hujus famuli tui animam, etc. +.
L'hymne de la croix, De ligno Domini, rappelle ce même souvenir :
Gaudium fessis laturus, Fregit portas inferi, Antra Erebi inlustrans Spoliavit tartara, Eruit victo serpente Beatorum animas Zelo draconis subacto, Polorum fastigia Penetravit, secum ferens Electorum agmina : Cum quibus nobis concedat Vivere per secula *.
Sans pousser plus loin cette enquête sur la liturgie mozarabe, on voit par ces diverses pièces, qui ont un incontestable caractère d'antiquité (Ve ou VIe probablement), quelle est la portée de ce témoignage : le Christ, après sa mort, est descendu aux enfers ; il en a brisé les portes, les portes d'airain avec leurs verroux ; il est descendu jusqu'au fond du Tartare, il y a porté l'éclat de sa lumière ; il y laisse les impies dans leur châtiment, mais il arrache les saints à l'enfer et les entraîne après lui dans le ciel. Ce fut une grande victoire sur la mort et sur le démon.
472 après. En tout cas, la récitation en était réservée au prêtre. En Espagne, il fut récité par tout le peuple avec le prêtre, le prêtre tenant l'hostie en ses mains et la présentant au peuple en disant : Fidem quam corde credimus, ore aulem dicamus 5.
Voici ce texte :
Credimus in unum Deum Patrem omnipotentem. Factorem celi et terre. Visibilium omnium et invisibilium conditorem. Et in unum Dominum nostrum Jesum Christum Filium Dei unigenitum. Et ex Patre natum ante omnia secula Deum ex Deo. Natum non factum. Omousion Patri hoc est ejusdem cum Patre substantie. Per quem omnia facta sunt que in celo el que in terra. Qui propter nos homines el propter nostram salutem descendit de celis. El incarnatus est de Spiritu sancto ex Maria virgine et homo factus est. Passus sub Pontio Pilato. Sepultus, tertia die resurrexit. Ascendit ad celos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis. Inde veniurus est judicare vivos et mortuos. Cujus regni non erit finis, Et in Spiritum Sanctum Dominum vivificatorem : el ex Patre el Filio procedentem. Cum Patre el Filio adorandum et conglorificandum. Qui locutus est per prophelas. Et unam, sanctam, catholicam et apostolicam Ecclesiam. Confiteor unum baptisma in remissionem peccatorum. Exspectamus resurreclionem mortuorum : el vitam venturi seculi. Amen , Les variantes entre le texte primitif et celui des mozarabes sont importantes ; il faut noter surtout l'addition du Filio que qui souleva plus tard des tempêtes ?, La doctrine catholique, qui n'avait pas attendu, - pour se manifester, cette introduction au symbole, est que le Saint-Esprit procéde du Père et du Fils. On a cité bien souvent les textes antérieurs à cette date où cette doctrine est enseignée . Mais le texte de Nicée-Constantinople disait seulement, conformément au texte de saint Jean, qui a Patre procedit (xv, 26). Était-ce une addition heureuse d'ajouter le Filio que au symbole qui avait cours depuis trois siècles en Orient et en Occident ? C'est une tout autre question, et l'Église de Rome, à l'origine, n'y parut pas favorable ; il fallut, en 1014, l'intervention d'un empereur pour faire insérer le Filio que dans la formule romaine. Mais cette innovation espagnole ne doit pas nous étonner, et l'on trouvera dans cet article des preuves nombreuses de la liberté dont usèrent les auteurs de cette liturgie avec les formules et les traditions anciennes.
L'exemple de l'Espagne ne fut suivi, en Gaule, que deux siècles plus tard, et à l'occasion des querelles sur l'adoptianisme. On sait maintenant, d'après des recherches récentes, comment fut adoptée cette pratique. Dans les disputes sur cette hérésie, on ne manqua pas d'opposer aux adoptianistes ce symbole où sont condamnés à l'avance le nestorianisme et l'adoptianisme qui en est un succédané. Les adoptianistes attribuaient au Fils deux filiations, la filiation divine et une filiation humaine ; par nature, il est fils du Père ; comme homme, il est fils du Père par adoption, au même titre que les hommes. Les évêques espagnols qui professèrent cette doctrine ne virent pas que la filiation tombe sur la personne et qu'enseigner deux filiations dans le Christ était revenir au nestorianisme . etit COH EM is vn RUM ES ne Sd dé AN 473 parti qu'ils pouvaient tirer de la formule du symbole de Nicée et l’opposèrent aux évêques adoptianistes qui, avec plus ou moins de franchise, finirent par revenir de leur erreur. En tout cas, ces controverses firent mieux comprendre l'importance de cette formule et l'utilité de la faire réciter à la messe, comme avaient fait les Espagnols trois siècles plus tôt +. Les recherches du révérendissime dom Capelle semblent avoir démontré que c'est à Paulin d'Aquilée qu'il faut faire remonter l'idée de cette récitation du credo à la messe et l'adoption d'un texte qui est à peu de chose près la formule insérée dans le missel romain .
On remarquera aussi que les prélats francs, au lieu d'adopter purement et simplement l'usage mozarabe, mirent le credo à l’avant-messe, après l'évangile, et encore la coutume fut-elle de le réserver pour certaines messes. Cette place était plus en accord avec l'ancienne coutume orientale et en même temps il semble préférable de réserver la récitation du symbole à l'avant-messe, où ont déjà trouvé place le Gloria in excelsis Deo et d'autres additions qui ne se rapportent pas directement au sacrifice eucharistique.
Secundum divinas scripturas el doctrinam quam a sanctis Patribus accepimus Patrem et Filium el Spiritum sanctum unius deitalis at que substantiæ confitemur in personarum diversitate Trinitatem credentes, in divinitate unitatem prædicantes nec personas confundimus, nec substantiam separamus. Patrem a nullo factum vel genitum dicimus ; Filium a Patre non factum sed genitum asserimus ; Spiritum vero sanctum nec creatum nec genitum sed procedentem ex Patre el Filio profitemur. Ipsum auiem Dominum nostrum Jesum Christum Dei Filium et creatorem omnium, ex substantia Patris ante secula genitum, descendisse ullimo lempore pro redemptione mundi a Patre, qui nunquam desiit esse cum Patre. Incarnatus est enim ex Spiritu sancto el sancta gloriosa Dei Genitrice virgine Maria, el natus ex ipsa, solus autem Dominus Jesus Christus, unus de sancta Trinitate, anima et carne perfectum sine peccato suscipiens hominem manens quod erat assumens quod non erat : equalis Patri secundum divinitatem, minor Patre secundum humanitatem ; habens in una persona duarum naturarum proprietates ; natura enim in illo duis, Deus et homo, non autem duo Filii et Dei duo, sed idem una persona in utraque natura, preferens passionem el mortem pro salute nostra : non in virtule divinitatis sed infirmilate humanitatis.
Descendit ad inferos ut sanctos qui ibi tenebantur erueret : devicto que mortis imperio resurrexit, assumptus deinde in celum venturus est in futurum ad judicium vivorum et mortuorum : cujus nos morte el sanguine mundati remissionem peccatorum conseculi sumus, res-
MOZARABE (LA LITURGIE) 414
suscitandi ab eo in die novissimo, in ea qua nunc vivimus carne ef in ea qua resurrexit idem Dominus forma, percepturi ab ipso alii pro justiliæ meritis vitam æternam, alii pro peccatis supplicii eterni sententiam. H wc est catholicae ecclesiæ fides ; hane confessionem conservamus al que lenemus : quam quisquis firmissime custodierit perpetuam salutem habebit.
Les analogies entre le « symbole de saint Athanase : et cette confession de foi sont incontestables, aussi certains auteurs ont-ils cherché dans l'Espagne wisigothique l'origine du premier. Dom Morin, en particulier, a donné à Oxford quatre conférences sur ce sujet . Le symbole aurait été composé en Espagne dans la seconde partie du VIe, et Ed. Bishop ne semble pas éloigné d'accepter cette conclusion . Il va sans dire que, malgré tout, elle reste encore à l'état d'hypothèse. Mais la doctrine professée sur la Trinité est certainement familière aux docteurs espagnols de cette époque et l'on en retrouve des échos dans les litanies et autres pièces. :
3e Lecture de l’Apocalypse. — On peut considérer aussi comme une nouveauté dans l'Église wisigothique la lecture de l'Apocalypse à la messe. Elle est due à l'initiative de ce IVe concile de Tolède qui, sous l'inspiration de saint Isidore, promulgua tant de réglements canoniques, disciplinaires ou liturgiques. Le can. 17 reconnait l'Apocalypse parmi les livres canoniques et comme l'œuvre de saint Jean. Isidore, déjà dans son De officiis (l. I, c. x1 et xir), avait professé cette opinion, qui, à ce moment, n'était pas courante. Donc, le concile décrète que la première lecture de la messe sera celle de l'Apocalypse. Auparavant, et pour toute l'année, la première lecture était tirée de l'Ancien Testament, la seconde était celle des épitres du Nouveau Testament ou des Actes, la troisième était l'Évangile. L'Apocalypse se lira depuis le dimanche de Pâques et durant tout le temps pascal. Le Liber comicus, le plus ancien lectionnaire mozarabe, qui peut remonter au VIIe, donne en effet, au jour de Pâques, ad missam : Principium libri Apocalypsin lohannis. Deo gratias *. C'est la même lecture dans le missel de Bobbio.
A partir de cette époque, la doxologie est presque toujours trinitaire. L'une des doxologies les plus connues est celle-ci : Gloria Patri et Filio et Spiritui sancto. Cassien (T vers 435) nous dit qu'elle est chantée in hac provincia, à savoir la Narbonnaise, à la fin de chaque psaume, tandis qu'en Orient elle ne l'est pas, mais on se recueille après chaque psaume ; cependant, le Gloria Patri y était chanté à la fin de l'antienne de la psalmodie ! Le IIe concile de Vaison, en 529, présidé par saint Césaire, ordonne dans un canon bien connu qu'on ajoute au Gloria Patri la terminaison sicul era ! in principio el nunc el semper el in saecula saeculorum, amen, comme on le fait à Rome, en Orient, dans toute l'Afrique et en Italie, à cause des hérétiques ariens * ?, Vigile, dans sa lettre à Profuturus, avait recommandée la formule Gloria Patri et Filio el Spiritui sancto. On remarquera que l'Espagne n'est pas nommée, soit que les Pères de Vaison aient ignoré ce qui s'y passait, soit peut-être qu'ils aient su que son usage y était différent, car les relations, à cette date, entre la Narbonnaise et l'Espagne, étaient fréquentes et faciles.
En effet, sur ce point comme sur la plupart des autres coutumes liturgiques, l'Espagne faisait bande à part. Le IIe concile de Tolède, en 589, ignore, très probablement avec intention, le concile de Vaison de 529, et décrète dans son can. 13 que quiconque croit que le Fils et le Saint-Esprit ne doivent pas être adorés à l'égal du Père soit anathème, et dans son can. 14, que quiconque ne dit pas : Gloria el honor Patri el Filio el Spiritui sancto, qu'il soit anathème , Dans un concile de Narbonne, encore occupée par les Goths, en 589, le can. 2 prescrit de chanter le Gloria Patri après chaque psaume, et quand le psaume doit être sectionné, à cause de sa longueur, on doit dire le Gloria Patri après chaque division . Enfin, le IVe concile de Tolède, en 633, revient encore sur la question (can. 15 et 16) : « A la fin des psaumes on ne doit pas dire, comme le font quelques-uns, Gloria Patri, etc., mais bien Gloria el honor Patri, d'après Ps., XXVIII 2, et Apocalypse, v, 13. Pour les répons, on fera comme il suit : si le répons est joyeux, on y ajoutera le Gloria, s'il est triste, l'on en répétera le commencement . » La forme complète de cette doxologie est Gloria et honor Patri el Filio et Spiritui sancto, in secula seculorum. Amen. On voit que les conciles espagnols reviennent sur cette question avec une insistance qui montre bien l'importance qu'y attachaient les Pères et il semble même, d'après le IVe concile de Tolède, que l'autre forme, celle prescrite par le concile de Vaison, était encore usitée par quelques-uns en Espagne. Ce IVe concile, dont nous avons dit l'importance, entend donc que, sur ce point comme sur les autres, l'Église d'Espagne reste fidèle à son usage, en dépit de toutes les coutumes étrangères. Ceci est bien significatif mais n'est qu'une preuve ajoutée à toutes celles que nous avons données et donnerons encore de l'indépendance de cette Église en matière de liturgie, comme en d'autres questions.
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4106 Parmi les doxologies, il faut faire une place à part à celle qui termine le canon de la messe. On peut dire - que c'est une coutume universelle et on la relève, sous une forme ou sous une autre, dans toutes les liturgies, de terminer le canon par une doxologie. On connaît celle du canon romain, Per ipsum, el cum ipso el in ipso, etc. Or, il est bien curieux de comparer, sur ce point, la liturgie mozarabe à la liturgie romaine.
Dans celle-ci, la doxologie se rattache à la prière Per quem luc omnia, dont les liturgistes ont tant de peine, on le sait, à expliquer la place. Dans la messe mozarabe, la doxologie, dont les termes varient, mais qui présente une analogie frappante avec la doxologie romaine, se rattache au post pridie et à l'épiclèse, si bien que certains liturgistes veulent y reconnaître l'ordre primitif du canon romain, avant que l'insertion du memento des morts soit venue séparer le Per quem hæc omnia de l'oraison dont il est la finale *. C'est, en tout cas, un rapprochement bien curieux :
Per quem hæc omnia, Domine, semper bona creas, sancti + ficas, vivi + ficas, bene + dicis et præstas nobis. Per ipsam, etc.
Te prestante sancte Domine : quia tu hæc omnia nobis indignis servis tuis : valde bona creas : sancti + ficas, vivificas + benedi + cis ac præstas nobis : ut sint benedicta a te Deo nostro in sæcula seculorum. Amen *.
Præsla, Pater, per quem hec tu, Domine, omnia nobis valde bona creas, sanctificas, vivificas el prestas nobis. Cum quo libi est una et quoæqualis essentia, in unitate spiritus regnantis, Deus, in sæcula saeculorum. Amen » ; ou encore sous cette forme : Presta, Pater ingenile per unigenitum tuum D. N. J. G. per quem lu hec omnia nobis indignis servis, etc. ! ; ou Presta, Pater sancte, per quem tu hec omnia nobis indignis, etc. #, On prend ici sur le fait un des procédés de la liturgie mozarabe. Le texte du canon romain est incontestablement antérieur ; il sert de thème aux liturgistes espagnols qui l'accommodent à leur façon, comme ils font pour tant d'autres textes.
| regnat in unitate Spiritus sancti Deus. Per omnia secula 477 Deus nosler qui es benedictus : el vivis el omnia regis in secula seculorum. Amen (col. 109) ; Benediclio Dei Patris omnipotentis : el Fi - lii el Spiritus + sancti i descendal et maneat super hoc lumen (il s'agit du cierge pascal) ef incensum istud. Amen (col. 439) ; Presla per D. N : J. C. Filium tuum : cum quo Filii est una et cosmqualis essentia in unitate Spiritus sancti, in secula seculorum. Amen, amen, ad le descendat. Amen, etc. (col. 445).
5° Le « frisagion ». — Le trisagion est considéré par ‘quelques liturgistes comme une doxologie 1 ; il est, en effet, terminé quelquefois par un Gloria Patri, etc. Il pourrait prendre rang aussi dans une autre catégorie :de chants. Ceci, du reste, n'a qu'une importance secondaire. Son histoire est assez compliquée et trouvera sa place au mot TRISAGION. Pour le moment, nous nous contenterons de noter que son origine byzantine est hors de conteste ; qu'on lui attribue d'ordinaire comme auteur saint Procle, patriarche de Constantinople (f vers 446), mais que sa plus ancienne attestation est celle du concile de Chalcédoine, 451 *.
C'est le sanctus, ou chant des chérubins, usité partout à la messe, auquel on a ajouté certaines acclamations.
C'est à cette dernière forme qu'est réservé, en général, le nom de írisagion. Nous avons ce frisagion au vendredi saint sous sa forme grecque et latine, agios o Theos, etc. Foulon, patriarche d'Antioche et euty- ‘chien, y fit, en 475, une addition, qui passus es pro nobis, qui fut considérée comme héréti que et rejetée par les catholiques. Le frisagion, sous sa forme orthodoxe, fut introduit, chez les Byzantins, à la messe et chanté avant les lectures. On le trouve dans toutes les liturgies grecques, ce qui indi que son antiquité, probablement le v* siècle, et les mozarabes aussi bien que les gallicans l'adoptérent. C'est un des nombreux cas très bien définis où l'on voit comment et à quelle épo que à peu prés se firent ces emprunts.
A la méme place, messe de l'Ascension et, sous la méme forme, mais avec la doxologie grecque, Dora Patri, ke Yhu, ke agiu Pneumalim, ke ay, kestus eonas eonon. Amin (Lol. 745).
Ce sont évidemment des emprunts à la liturgie byzantine, emprunts qui doivent étre postérieurs à saint Isidore et au IV* concile de Toléde qui ne font pas allusion à ces chants byzantins. D'autre part, on peut rapprocher le passage des lettres du pseudo-
MOZARABE (LA LITURGIE)
418 saint Germain qui ont aussi un agios à la messe et qui présentent d'autres analogies avec les rites byzantins du vire siècle. L'origine bourguignonne ou narbonnaise de ce document expliquerait ces emprunts *. t. LXXXVI, col. 886.
Dans l'ntiphonaire de Léon, il existe un texte avec des variantes Gloria ambrosien.
GLORIA MOZARABE DE L'ANTIPHONAIRE DE LÉON
Gloria in excelsis Deo ; et in terra pax hominibus bone voluntatis.
Laudamus te. mundi, suscipe deprecationem nostram.
Qui se des ad dexteram Patris, miserere nobis. in gloria Dei, Patris, importantes qui rappellent le
GLORIA AMBROSIEN,
cod. add. 24209, Brir. Mus.
Gloria in excelsis Deo ; et in terra pax hominibus bonæ voluntatis.
Laudamus te.
Hymnum « dicimus tibi.
Dirige nos ; ab arianis, in gloria Dei Patris, cum sancto Spiritu Les relations entre les deux textes ne sont pas 419 Il faut avant tout distinguer entre deux rites : 1. le lavement des pieds du baptéme ; 2. le lavement des pieds dans une cérémonie du jeudi saint. Faute de cette distinction, on a fait souvent des erreurs et confondu deux rites bien distincts.
1. Le rite du lavement des pieds au baptéme a été assez sommairement mais exactement décrit par Mgr Duchesne !, Ce rit s'observait en Gau les et dans la Haute-Italie, mais non en Espagne où il avait été proscrit par le concile d'Elvire ?. On n'en trouve pas trace en Orient, et il était aussi étranger à Rome. Dans le chapitre où nous avons parlé du baptéme mozarabe, on a vu qu'il n'est pas question de ce rit, pas plus que dans les documents mozarabes édités par dom Férotin. Ce qui a pu donner le change à quelques liturgistes, c'est un décret d'un concile de Toléde, mais il s'agit ici de la cérémonie du jeudi saint, comme nous le verrons plus loin.
Pour l'Afri que, le texte bien connu de saint Augustin discute trés clairement la question du lavement des pieds au baptéme et il donne la raison pour laquelle il est préférable de ne pas l'employer : c'est pour | qu'on ne le prenne pas comme l'un des rites essentiels du sacrement ; il vaut mieux le renvoyer à un autre jour, comme on le fait dans certaines églises, par exemple, le 3 jour dans l'octave ou méme le jour octave .
Pour Milan et la Haute-Italie, il faut renvoyer aussi au Liber de mysteriis et surtout au De sacramentis, qui discute la légitimité de ce rit pour le baptéme. L'auteur avoue que Rome — dont, dit-il, en toutes choses nous suivons les exemp les et la prati que — n'admet pas le lavement des pieds au baptéme. Il cherche donc à justifier, sur ce point, l'usage milanais*. Mais cette discussion ne nous intéresse pas, il nous a suffi de constater le fait.
Pour les Gau les, les textes du Missale gothicum, du Gallicanum vetus, du missel de Bobbio et des textes de saint Césaire attestent cet usage. Le missel de Stowe, témoin de la liturgie celti que, suit la méme tradition, Il faut donc constater, sur ce point, une divergence notable entre le rit mozarabe et les rites gallican, milanais, celti que.
MOZARABE (LA LITURGIE)
480 de Tolède de 694 atteste que dans les Églises d'Espagne et des Gau les (la Galice)... per totius Hispaniæ et Galliarum Ecclesias eadem solemnitas celebretur nisi pe des uniusquis que pontificum seu sacerdolum secundum hoc sacro sanctum exemplum suorum lavare slatuat subditorum . Le concile n'institue pas un usage nouveau, il parle de ce rit comme ancien. Cependant, nous n'en trouvons mention ni dans saint Isidore, ni dans aucun autre auteur. Mais le Liber ordinum donne une description de ce rit. Comme le texte est cité dans l'article de dom Leclereq, nous nous contentons d'y renvoyer 10, i 2 » Le couronnement el le sacre des rois en Espagne au VII siècle et autres cérémonies roya les, — Le Liber ordinum ne parle pas du sacre des rois. Dom Férotim n'en a rencontré le rit dans aucun des nombreux manuscrits liturgiques mozarabes qu'il a consultés M, Ce rit n'était pas en usage sous Récarède et ses. premiers successeurs, Ce que raconte le chroniqueur Tejada, d'après d'Aguirre, sur l'onetion royale de ce roi, n'a auc une valeur. Le IV concile de Toléde (633), qui parle de l'élection du prince (can. 75), se tait sur l'onction ; saint Isidore n'y fait pas d'allusion dans son histoire des rois wisigoths, ni dans ses autres ouvrages. La premiére mention qui en soit faite est à propos de Wamba, monté sur le tróne en 672. Saint Julien, évé que de Tolède, qui en fut le témoin, nous en fait le récit , Mais il semble, d'après les termes dont il se sert, que le rit était usité avant cette épo que. Donc Wamba, élu aprés la mort de Heceswinthe par les grands du royaume et acclamé par le peuple, prés de Salaman que, voulut être sacré à Tolède, sa capitale, par les mains de l'évê que Quiricus. La cérémonie eut lieu dans la basili que Saints-Pierre-et-Paul, l'église præloriensis ou église palatine. Cette église a été fort bien décrite par dom Férotin . Il s'y tint plusieurs des grands conci les nation aux de Tolède, C'était l'église officielle de l'armée, plus particulièrement de la garderoyale ou préforienne, que les rois wisigoths avaient créée à l'imitation des empereurs de Home. Wamba, pour augmenter l'importance de cette église, voulait lui donner un évé que particulier, ce qui eût diminué singulièrement le prestige de l'archevê que de Tolède. Mais le XII* concile de Tolède, en 681, aprés la déchéance de Wamba, condamna cette prétention. L'église était située dans un faubourg de Tolède, mais. la place n'en est pas connue.
C'est donc dans cette église, en 672, que Wamba fut couronné 1, Le roi devait d'abord prêter serment (professio fidei) de gouverner avec justice et selon les. lois du royaume et de protéger l'Église catholi que. Le Lexte du serment ne nous a pas été conservé, mais. dom Férotin nous fait remarquer qu'on pourrait le reconstituer à l'aide de certains canons des conci les deTolède =. Le roi s'agenouillait ensuite et recevait l'onction de l'huile de la main de l'évê que, qui prononcait une benedictio, formule de prière solennelle quenous retrouvons dans la plupart des rites mozarabes. Dom Férotin pense que cet exemple de l'onction royale par les rois wisigoths d'Espagne est le plus.
481 ancien que nous connaissions, en dehors, bien entendu, de ceux que nous fournit la Bible. Aussi, est-ce par inadvertance que M. Char les Diehl mentionne l'effu— sion de l'huile sainte dans le couronnement des empereurs de Byzance !. Cette cérémonie ne fut introduite à — Constantinople que longtemps aprés cette date. Dom Férotin recueille encore, en divers manuscrits, une — antienne chantée in ordinatione regis, des leçons de l'Ancien Testament que l'on peut lire dans le Liber — comicus, et une hymne in ordinatione regis dans le — bréviaire mozarabe ?, Enfin, on trouve dans la collec- - tion des conci les espagnols un résumé des devoirs du —— prince envers Dieu et envers ses peup les, que l'on peut considérer comme une exhortation [faite aux rois wisigoths au jour de leur sacre, et une priére composée d'une oraison et d'une bénédiction ?.
Tous ces détails ne sauraient remplacer le cérémo— nial complet de l'Ordinatio regis, mais, en attendant f que l'on en retrouve le texte dans quel que manuscrit — espagnol, il faut remercier l'éditeur d'avoir si savam- - ment recueilli tout ce qui peut nous aider à reconstituer cette cérémonie. eontient un Ordo quando rex cum exercitu ad prelium = egreditur (fol. 149 sq.). C'est un autre exemple du —caractére national de la liturgie mozarabe et de l'anti- - quité de ces rites qui sont évidemment antérieurs à la — conquête musulmane de 711. Le prince arrive à la — porte de l'église, deux diacres vêtus de blanc l'encensent, tout le clergé est debout dans le sanctuaire. … Entré dans l'église, le roi se prosterne et prie en silence. -] se relève bientôt au chant d'une antienne, qui — implore la protection céleste sur son entreprise.
L'évêque demande pour le roi la victoire ; pour triomphal dans cette basilique d'où ils vont partir pour le combat. C'est cette église Saint-Pierre-et-Saint-Paul ou basilique prétorienne dont il a été question tout à l'heure et où avait eu lieu le sacre de Wamba *.
Un diacre prend alors une croix d'or, qui renferme une relique de la vraie croix. Il la donne à l'évêque qui la présente au roi. Un prêtre ou un diacre la portera devant le roi pendant toute la durée de la campagne. Ce geste est accompagné d'une antienne et de versets. Puis les porte-enseigne recoivent chacun un étendard des mains de l'évêque qui prononce une longue formule de bénédiction. Le diacre congédie l'assemblée avec ces paroles : In nomine D.N.J.C. ile in pace.
Le roi embrasse l'évêque, monte à cheval et se met en marche avec son armée 5. La guerre terminée, le roi revenait à la tête de son armée dans la basilique prétorienne. Le Liber ordinum nous donne le texte des oraisons et bénédictions, assez courtes, de cette cérémonie, mais sans les rubriques. Dom Férotin nous renvoie pour y suppléer à des textes de saint Julien de Tolède et des Vitæ Patrum Emerit *.
Cet ordo militaire se termine par une oratio de susceplione regis quando de vicino regreditur. Ce sont des prières quand le roi rentre dans sa capitale après une absence. La cérémonie est fort simple, une oraison et une bénédiction. L'éditeur a retrouvé les mêmes formules dans un manuscrit mozarabe du British Museum, et renvoie au bréviaire mozarabe où l'on peut lire une hymne de profectione exercilus qui us que in reversione dicendus est diebus lelaniarum *.
Les cloches. — Le Liber ordinum contient un exorcisme suivi d'une longue formule de bénédiction ad consecrandum signum basilice (col. 159). Ces formules sont aussi originales et l'éditeur pense que ce texte est probablement le plus ancien que nous connaissions pour la bénédiction des cloches. Un acte du roi Cindaswinthe, en 646, donne au monastère de Complutum une cloche signum fusile eneum bone modulationis demulcens auditum. L'acte, quoi que altéré au x-xi siècle, semble authentique en substance. La règle de saint Fructueux, vers le même temps, parle aussi d'une cloche pour éveiller des frères *. Dans un autre ordo pour les morts, on prescrit de sonner la cloche pour le décès d'un évêque et des autres fidèles. C'est un des témoignages les plus anciens pour l'usage du glas (col. 140).
À. — XII — 16.
483 données à cette église, l'une en 808 par Alphonse le Chaste, l'autre en 908 par Alphonse le Grand ; dans le trésor de l'abbaye d'Arlanza, en 1889, chez don Manuel Gomez y Salazar, archevêque de Burgos, où dom Férotin l'a vue, une croix en or, à double croisillon, ornée de filigranes, donnée à l'abbaye au x® siècle, par Fernand Gonzalez, premier comte indépendant de Castille. La légende raconte qu'elle fut offerte au célèbre comte vers 930, par le pape Jean XI. Mais, quoi qu'il en soit de ce dernier trait, l'objet n'en est pas moins un joyau historique de premier ordre. Léguée par don Manuel à son frère, l'évêque de Léon, celui-ci en fit hommage à Léon XIII, et elle doit se trouver dans les musées vaticans. Enfin, le musée archéologique de Madrid possède un beau crucifix en ivoire donné vers le milieu du x1 siècle à la cathédrale de Léon par le roi Ferdinand Ie et la reine Sanche, Ferdinandus rer, Sancia regina !.
Nous ne nous arrêterons pas aux autres bénédictions que donnent le Liber ordinum et les rituels wisigothiques étudiés par dom Férotin. Quelques-unes de ces formules se retrouvent dans dom Marténe et dans “Franz, Die Kirchlichen Benediklionen, Freib.-inBr., 1909. Elles présentent moins d'intérêt que les précédentes.
XII. CARACTÈRES DE LA LITURGIE MOZARABE. — De tous les exemples que nous avons cités dans cet article, on peut déjà tirer un certain nombre de conclusions et porter un jugement d'ensemble sur les caractères de cette liturgie.
Quant aux formules elles-mêmes, elles dépassent de beaucoup en étendue celles des autres liturgies. Nous en avons cité quelques exemples dans l'article IRRATIO. Il en est qui tiennent plusieurs colonnes. On y trouve de véritables thèses de théologie avec tous leurs développements. D'autres ont un caractère hagiographique et exposent toute la vie d'un saint ou l'histoire d'un martyr. Si ces textes étaient récités ou chantés, certaines messes devaient durer plusieurs heures.
MOZARABE (LA LITURGIE)
484 nous avons étudiés suffiraient à eux seuls à le prouver. . Leur étude, trop négligée jusqu'ici, permettrait de fixer avec plus de précision les caractères de cette culture. La période de 550 à 650, il ne faut pas l'oublier, est la plus brillante de l'histoire de l'Église wisigothique.
Mais cette civilisation, malgré tout son éclat, porte avec elle les traces d'une littérature de décadence, La liturgie n'a pas su éviter ces défauts. On y relève la redondance, la prolixité, le verbiage. Ce sont les défauts des écrivains espagnols de cette époque du vi* au vire siècle, Hildephonse surtout et Julien en restent les exemples les plus connus, Il n'est donc pas nécessaire de recourir, pour expliquer ces tendances, à une imitation des liturgies orientales dont quelques-unes nous présentent, en effet, les mêmes excès. Le caractère espagnol, qui se trahit déjà dans les œuvres de Sénèque et se traduira plus tard dans le gongorisme, suffit à rendre compte de ces exagérations.
2 ? Mais ce qui se révèle aussi à une étude plus attentive, ce sont les emprunts nombreux à diverses sources, Nous en avons donné déjà bien des exemples, nous en ajouterons quelques autres. On a créé, pour désigner ce procédé, un terme particulier, celui de centonisation. Il consiste à enchâsser dans un texte des passages empruntés à diverses sources, si bien que certains textes liturgiques ressemblent à une mosaïque où l'on retrouve des passages de sermons, d'actes de martyrs, de légendes de saints, de traités de théologie. Dom Cagin, pour son compte, en a relevé un bon nombre et nous allons en donner un autre exemple dans la comparaison avec le sacramentaire de Gellone. Edmond Bishop, de son côté, a relevé aussi plusieurs de ces emprunts. Enfin, dom M. Havard en deux dissertations : Les messes de saint Augustin, et : Cenlonisalions patristiques dans les formules liturgiques (les deux dissertations publiées dans nos Origines liturgiques, Paris, 1906) a donné les preuves les plus curieuses de cette centonisation dans la liturgie mozarabe. Nul doute qu'une étude méthodique des documents de cette liturgie n'amène en ce genre de nouvelles découvertes.
Voici un exemple du procédé de composition liturgique Le liturgiste continue à copier son modèle mot à mot, pendant toute une page, jusqu'à la fin de l'inlatio : cui merilo omnes angeli, etc. Ajoutons que le Missale golhicum, au même jour, contient une préface qui copie le même texte, mais avec une finale différente *. Dom Havard donne d'autres parallèles de même genre entre le Liber ordinum et le sacramentaire de Gellone, le Liber sacramentorum d'Alcuin, le missel de Bobbio et d'autres sacramentaires. La messe de saint Vincent martyr insère dans ses diverses oraisons un sermon attribué tantôt à saint Augustin, tantôt à saint Léon, d TTE IM , 485 mais qui est plutót de saint Léandre, l'auteur présumé de cette messe.
Voici un autre exemple frappant de centonisation. Il est tiré d'une comparaison établie par dom Cagin entre le sacramentaire de Gellone et le missel mozarabe !, La première formule du Gellone de Missa in natale episcoporum est aussi la première missa du mozarabe, pro se ipso sacerdote ? ; la deuxième du Gellone correspond à la deuxième du mozarabe, combinée soit avec l'oratio post nomina, soit avec la préface du Paler ; la troisième du Gellone est encore semblable à l'oratio ad pacem du mozarabe. Enfin, dans une combinaison de l'il/atio et du post sanctus mozarabes, nous retrouvons la quatrième pièce du Gellone, ifem alia. Il ne reste plus, en dehors de la comparaison, du côté mozarabe, que l'oratio post pridie et la benedictio ; du côté du Gellone que la secreta, la contestata, hanc igitur - oblationem, la préface du Pater et la post communionem.
Le titre de la messe mozarabe est Missa pro se ipso sacerdote, celui du Gellone Missa beati Augustini episcopi in nalali sacerdolis. De plus, le Gellone diffère sur plus d'un point des mozarabes. Dans son article, dom Cagin imprime en deux colonnes ces deux textes. À la suite de cette comparaison, il ajoute que la première pensée qui vient à l'esprit est que le sacramentaire de Gellone est né en pays wisigothique. Mais cette conclusion serait trop hâtive, car on a signalé de pareils rapprochements entre les documents mozarabes et le missel de Bobbio, qui, assurément, n'a pas été composé en Espagne *.
Du reste rien de plus curieux que ces procédés de centonisation non seulement dans les documents mozarabes, mais dans la plupart des livres liturgiques. C'est une véritable mosaïque, dont les éléments sont fournis tantôt par un auteur, tantôt par un autre, et le mélange de ces éléments est vraiment curieux *. Si bien qu'on est amené, dans plusieurs cas, à se demander s'il ne faut pas chercher, au delà des livres liturgiques, une source plus ancienne et commune où les uns et les autres ont librement puisé. C'est à cette conclusion que s'arrête dom Cagin pour le cas du Gellone.
MOZARABE (LA LITURGIE)
486 Alcuin a connu la contestalio des catégories d'Aristote et la reproduit dans la Confessio fidei qui lui a été parfois contestée (dom Cagin, op. cil., p. 265). Jean de Fécamp l'a aussi utilisée dans son Libellus de scripturis el verbis Patrum *.
Dans l'article OFFERTOIRE, nous donnerons un autre exemple caractéristique des procédés mozarabes. Le sacrificium n'est au fond que l'offertoire romain. Mais d'abord on l'a doté de ce nom nouveau, sacrificium, encore qu'Isidore connaisse bien le terme d'offertoire. Mais il fallait un nom nouveau ! Puis, au lieu du psaume primitif qui constituait l'offertoire, les mozarabes empruntent à tous les livres de l'Ecriture : bientôt le sacrificium sera une mosaïque de textes scripturaires, et même de textes non scripturaires. Cf. OFFERTOIRE. ;
Dans le dialogue de la préface qui est, on peut le dire, d'un usage universel, nous avons ces variantes : Aures ad Dominum. Habemus ad Dominum nostrum. Sursum corda. Habemus ad Dominum nostrum. Deo ac Domino nostro Patri el Filio et Spiritui sancto dignas laudes et gratias referamus. Et encore, Equm et justum, dignum el justum est. Le psaume Miserere mei est entrecoupé de Kyrie eleison, de l'antienne du bon larron : Memento mei, Domine, dum veneris in regnum tuum” et d'autres antiennes. Le Benedictus Dominus Deus Israel est centonisé de versets empruntés à divers chapitres de saint Luc . Autre exemple dans la bénédiction des Rameaux : Domine Jesu Christe qui ante mundi principium... Morbos expelle. Amen. Infirmilates cura. Amen. Aerum temperies presta. Amen, etc. .
Mais l'exemple le plus frappant est encore, sans doute, la façon dont ils ont traité la formule sacrée entre toutes, celle de la consécration. Inutile de revenir sur ce point que nous avons exposé ailleurs. Que d'autres exemples la liturgie mozarabe présente d'un pareil esprit 1 !
487 MOZARABE ilations et autres formules de sa liturgie. Le point sur lequel on insiste davantage, c'est la doctrine sur la Trinité que les Goths ariens avaient niée et que les priscillianistes mirent aussi en péril en rééditant certaines erreurs monarchiennes. L'introduction du credo à la messe, peut-être la composition du symbole de saint Athanase et d'autres confessions de foi qui sont proclamées dans ses conciles, sont une preuve des préoccupations des évêques espagnols du vi* au vir siècle, Nous avons dit ce qu'il faut penser de la question d'orthodoxie.
TEXTE CORRIGÉ :
5° Une autre particularité à signaler, c'est que dans la liturgie mozarabe, comme dans les liturgies gallicanes, les oraisons sont souvent adressées directement au Fils, tandis que dans la liturgie romaine, elles sont toujours adressées au Père par le Fils.
6° Nous avons vu aussi que le vocabulaire de cette liturgie, qui a des points communs avec les liturgies gallicanes, s'éloigne du vocabulaire de la liturgie romaine. Mais nous manquons encore d'une étude d'ensemble sur la nomenclature liturgique qui éclairerait bien des points obscurs.
XIII. VOCABULAIRE. — Nous ne prétendons pas dresser ici un vocabulaire complet qui ne serait que la reproduction de celui que dom Férotin a publié sous le titre de Nomenclator alphabeticus dans son Liber sacramentorum mozarabicus, p. XXVIII-XLII ou des tables si complètes qu'il a publiées. Nous ne mentionnerons que certains termes pour renvoyer aux articles du Dictionnaire où il en a déjà été question, ou pour préciser le sens de quelques expressions peu connues ou qui ne sont pas indiquées dans ce Nomenclator. Nous renvoyons au Nomenclator pour les termes qui y sont suffisamment expliqués. Les renvois sont ainsi indiqués :
Absolutio, congé donné par le diacre à la fin d'une cérémonie ; cf. Nomenclator.
Adnunciatio, D. A. C. L., ANNONCE DES FÊTES, t. I, col. 107.
Agyos, chant à distinguer du Sanctus ; cf. Nomenclator.
Alleluiaticum, cf. Nomenclator.
Antiphona ad prolegendum ; cf. Prolegendum.
Apostolus, l'épître.
Astantes ou assistentes, ceux qui n'offrent pas et ne communient pas ; cf. Offerentes.
Benedictio, benedictiones ; cf.
(LA LITURGIE)
488 Canulas, L. O., col. 127, note 1.
Capellum, Capuce, L. O., col. 141, note 1.
Cera marmorare, fermer avec un cachet de cire, L. O., col. 145, note 1.
Clamor, antienne ; cf. Nomenclator.
Completuria, finale d'un office, L. O., col. 130, 378 ; cf. Nomenclator.
Consislen les ; cf. Aslan les.
Conscensorium, estrade, L. O., col. 208.
Confractio, antiphona ad confractionem ; cf. Nomenclator.
Dominicale, pièce liturgique en usage le dimanche ; cf. Nomenclator.
Era, canon de concile, L. O., col. 139, note 2.
Ferlum, Isidore, Ferlum enim dicitur oblatio quae altari offertur (d'où il tire offerlorium). Elym., L VI, Cc, XIX, n'est signalé dans aucun vocabulaire si je ne me trompe.
; cf. Nomenclator.
Legendum, la prophétie, parfois l'épître ou l'évangile et même la messe tout entière : cf. Nomenclator.
Matutinum ; cf. Nomenclator.
Miseraliones, P. A. et Nomenclator.
Missa, oraison, leçon, office, messe ; cf. Nomenclator.
Ordo ad, titre de certains offices.
A. C. L., MESSE, t. XI, SE ae E jus 70100 EDU SIRE ESI e Ion VMCR PATE LP ILES PHA el 1
489 Prelegendum ou prolegendum, — introit, L. col. 386 et 405 ; cf. Nomenclator.
Primoplastum, pour proloplastus, terme rare qui se rencontre dans les livres romains et mozarabes ; cf. L. O., col. 414, note 1.
Psallendum, L. QO., col. col. 257 ; cf. Nomenclator.
Hesponsus, hesponsuria ; cf. Nomenclator.
Romensis, missa Romensis, P. A.
Signare, bénir ou tracer le signe de la croix, designare, exécrer, maudire. D. A. C. L., EXORCISMES, 0, 200 ; P. L., t. LXxxv, — t. v, col. 971, note.
Sippa, P. A.
Sindon, P. A.
Subsalmare, L. 5. M., p. XLI.
Thesaurus, sacristie, L. O., col. 208.
Trinos, sorte de litanies ; cf. Nomenclator.
Versus ; cf. Nomenclator.
Vesperlinum ; cf. Nomenclator.
Vialica ; cf. Nomenclator.
imozarabicum de la catedral de Leon, editado por los
(MOZARABE (LA LITURGIE))
490 à Pise où il devait se trouver en 731-732. Il serait ensuite entré à la bibliothèque capitulaire de Vérone par suite d'une donation de l'archidiacre Pacifici. Cf. aussi sur le Libellus, dom Férotin, Liber ordinum, p. xv, note 2. — A.-E. Burn, Some Spanish manuscripts of the C. P. creed, dans Journal of theol. sl., janv. 1908, p. 301. — C. Callewaert, Le carême pri
p. 374-387 ; pour une édition du Liber ordinum et 401 MOZARABE (LA LITURGIE) — MSAADIN 492 de Le Bras (cf. ci-dessus Fournier). — Schiaparelli, Le deuxième texte est relatif au martyre de Man
Sur les manuscrits mozarabes, voir le paragraphe Sour
ces el documents, col. 399.
F. CABROL.
MSAADIN. — I. Furnos majus. II. Furnos
minus. III. Liste épiscopale. IV, Basili que chrétienne.
I. FunNos masus. — L'Afri que romaine a possédé deux localités désignées sous le nom de Furni ou Furnos ; l'une était distinguée par l'épithète de minus, ce qui suppose à l'autre le sobriquet de majus. Ce deuxième Furnos a été identifié tantôt avec HenchirBoudja, dans la vallée de l'oued Mahrouf', tantôt avec Henchir-Ain-Fourna, dans le haut bassin de l'oued el-Kebir ? (oued Miliane) ; d'ailleurs, Boudja et Fourna ne sont distants que de 15 ou 16 kilomètres.
Furni majus avait une basili que en 304 ; elle avait donc aussi à cette date un évê que ?. Mais, jusqu'à ces derniers temps, le seul évê que connu lui était enlevé et placé à Furni mínus*. Des travaux récents, exécutés à Henchir-Fourna, en vue du captage d'une source, ont amené la découverte du texte (fig. 8595).
Désormais, il n'est plus contestable que l'évê que Siméon appartient à Furni majus*.
Conlok[ata] a Symeon[e] episcopo.
Inscription gravée sur une plaque ronde, de marbre blanc, et à bord biseauté, diamètre 0 m. 28, épaisseur 0 m. 10 ; lettres très irrégulières, profondément gravées, dont la hauteur varie de 0 m. 05 à 0 m. 03. Cette plaque indique peut-être un dépôt de reliques.
Finissons-en avec Furni majus au sujet duquel nous possédons deux textes, l'un emprunté aux actes de la justification de Félix d'Abthugni, l'autre à l' Historia persecutionis africanæ provincia.
Le premier de ces textes nous reporte en 303% Lors de la promulgation des édits contre les chrétiens, Alfius Cæcilianus se trouvait à Zama pour ses affaires ; dans cette ville et à Furni, il fut témoin de la destruction des basiliques et des Livres saints. suetus, évê que d'Urici ou Urusi (Henchir-Sougda) ; à l'épo que du siège d'Hippone (430 ou 431), cet évê que fut brûlé in porta Furnitana. Certains ont pensé faire de cette porte une des portes de Carthage ; nous croyons préférable d'identifier la porta Furnitana avec un arc à trois baies, de belle épo que, découvert récemment par M. L. Poinssot à Furni majus, un peu en contrebas et au voisinage immédiat de la grande enceinte byzantine 1, On pourrait aussi admettre que Syméon, episcopus plebis Furnitanæ, éleva une église en mémoire du martyr Mansuetus grâce au répit laissé aux catholiques par la tolérance du roi vandale Hildéric. Des églises construites alors, une seule, celle de Furni, est mentionnée par les documents ecclésiastiques. Syméon siégea, en 525, au concile de Carthage, et l'église de Furni fut consacrée, en 528, par le primat d'Afri que, Boniface. Cette dédicace fut rehaussée par un sermon de saint Fulgence de HRuspe !!, II. FunNos MINUS. — C'est aujourd'hui Henchir-Msaádin. Plusieurs bases honorifiques importantes ont été trouvées à Henchir-Msaádin, à 800 mètres au sud de Bordj-el-Joudi, non loin de l'endroit où a été déblavée une basili que chrétienne en 1898 !, Quelques textes païens avaient été aussi recueillis dans cette localité #, De l'un *, dédié par l'ordo Furnilanus à Valentinien, on avait conclu © que la ville portait le nom de Furni : du rapprochement des deux autres on pouvait établir qu'elle était devenue municipe ou colonie sous Caracalla. Les inscriptions nouvelles précisent et complètent ces données, Les textes des trois inscriptions honorifiques ' nous PIS bet Ar à » ne P - 4 493 apprennent que, sous Septime-Sévère, l'aggloméra“tion n'était encore qu'une civilas, ce qui concorde “avec ce que nous savions déjà ; en second lieu, elle s'appelait Furnos et non Furni. Bien que cette désinence en os soit rare dans l'Afri que romaine, on en connait quelques exemp les ! : Alfhiburos, Sululos, Thusuros, Veresuos, Bezereos, Thenleos, Madauros ?, Ces mots ont l'ablatif en is et forment en général des ethniques en ifanus. Deux autres bases nous apprennent que Furnos portait le nom de minor ou de minus, ce qui marquait - Ja distinction avec l'autre Furnos, Ain-Fourna. Furnos minus devint municipe sous Caracalla et, en l'honneur du prince qui l'avait élevée à cette dignité, la cité prit — Je nom de municipium Aurelium | Antoninianum Furnilanum minus. III. LISTE ÉPISCOPALE. — ll y a une remar que préliminaire à présenter, à savoir que nous connaissons quatre titulaires du siège Furnitanus , mais sauf — pour l'évê que Syméon, qui appartient incontestable- — ment à Furnos majus, nous ne pouvons dire si ses collègues appartiennent à Furnos majus ou à Furnos minus. Voici ce qui les concerne :
Geminius Victor, outre son nom (Geminus ou Geminius a Furnis), nous savons qu'il siégea aux conci les tenus à Carthage en 253 et en 256 *.
Florenlius, episc. Furnitanus, donatiste, en 411 (I. 198).
Symeon episcopus plebis Furnitanæ, en 525, voir à Furnos minus *.
La mosaïque de Karthago recouvrait un tombeau d'enfant. De petites dimensions, elle ne mesure que 0 m. 96 de hauteur sur 0 m. 42 de largeur. Elle est très simple et ne comporte qu'une épitaphe, entourée d'un filet noir, et surmontée du chrisme sous la forme d'une croix latine ayant la boucle à droite et accostée des lettres x et c, placées à l'inverse du sens habituel, sous la branche horizontale de la croix, qui est pattée à droite et non à gauche, peut-être par suite de l'inadvertance du mosaiste. Cette forme de monogramme, accosté de l'a et de lee, est assez tardive et ne permet en aucun cas de faire remonter la date de l'épitaphe Bibl. — P. Gauckler, Marche du service en 1898, | E plus haut que la seconde moitié du 1v* siècle, Les lettres se détachent en noir sur un fond blanc et mesurent 0 m. 07 de hauteur. Pas de points de séparation. ie aŇ i-r GO FIDEL IS IN PACE 8506, — Mosaïque tumulaire, d'après Nouv. archives des missions scientifiques, VIXIT AN ; eur 107 9 D t. xv, 1907, pl. xm, n. 2. NV VNV cription funéraire de cinq lignes et flanqué de deux | MII DXV losanges. Les lettres de l'épitaphe sont hautes de | ác 0 m. 07 : Karthago, fidelis in pace, vixit annu(m) | unu(m) BICTO m(enses) II, d(ies) XV. R - FIDE C'est la première fois qu'apparait dans l'onomastique africaine le nom de Carthage jouant le róle de | pace nom propre. Il est orthographié ici, comme pres que | l | l i l Il | li | | cha que ligne de l'épitaphe, et une partie de la bordure (fig, 8596) :
COTTINVS ARCHIATrus | 8597-8598, — Mosaiques tumulaires, FIDELIS IN PACE DECes d'après Nouv. archives des missions scientifiques, SIT VIIIDVS IANVARIGS t. xv, 1907, pl. xiv, n. 1 et 2.
Collinus, archiat[rus], fidelis in pace, dec [es ]sit toujours en Afrique !, avec un k. L'orthographe CarVI [die] idus januari [as ]. thago était considérée comme vicieuse par beaucoup de 497 Les quatre autres mosaiques étaient groupées au fond du bas-côté de gauche !, La première était en si mauvais état qu'elle a disparu pres que immédiatement ; il ne parait pas qu'on en puisse rien tirer.
La tombe suivante, celle de Blossus, était, comme la précédente, orientée dans le même sens que l'église elle-même (fig. 8597). C'est une tombe d'enfant, mesurant 0 m. 80 de largeur sur 1 m. 70 de hauteur, parfaitement conservée. Large bordure festonnée. Dans la partie centrale, l'inscription se détache en lettres noires, hautes de 0 m. 08 à 0 m. 10 ; au-dessus, une lourde couronne à lemnisques entoure un bouton OI r —IZEREXNC o — - E B a TT ETET amE m m ppc INI CI Wt LT Ete rr E L. [ET T X Lise n] J 2 P Ir e ai uh « a IRA = Fa iE ; de rose sur sa tige, une autre rose est placée entre les deux lemnisques ; un troisième rameau fleuri jonche le sol au-dessous de l'épitaphe :
BLOSS VS LM NOXE ID ELIS IN PACE
Blossus innoz( ius), fidelis in pace.
Nous avons déjà commenté ces termes innox, innotius, innocens (voir Diclionn., t. vii, au mot INNOCENT). Ce je une Blossus portait le même nom et appartenait sans doute à la même famille que Blossus Honoratus pour lequel fut construit le mausolée voisin de la basilique. Les Blossii étaient sans doute de riches propriétaires des environs de Furnos.
| | 498 scient., t. x v, 1907, p. 391-392, pl. xiv, n. 1 ; Catalogue, n. 259 ; d'Anselme de Puisave, dans Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France, 1898, p. 208 ; Héron de Villefosse, dans même recueil, p. 211, note 1 ; P. Gauckler, dans Marche du service en 1901, p. 16.
Mosaïque tumulaire orientée en sens contraire des précédentes, c'est-à-dire perpendiculairement à l'axe de la basilique ; en parfait état de conservation ; il n'y manque pas un cube ; elle mesure 0 m. 73 de large et ] m. 72 de haut (fig. 8598). L'encadrement figure une corniche à chevrons, large de 0 m. 20. L'inscription en lettres hautes de 0 m. 05 à 0 m. 05, est surmontée d'une couronne à lemnisques entourant une rose pourvue de sa tige.
Viclor. innox. in pace, vixit annis oclo. menses ires, diebus viginli unu.
Grande mosaïque tumulaire, orientée, comme la précédente, en travers du bas-côté. De forme rectangulaire, elle mesure 1 m. 05 de large sur 1 m. 80 de haut. La bordure, très large (0 m. 35), se compose de deux corniches festonnées qui s'opposent, s'éloignant et se rapprochant tour à tour, et laissant apparaître dans les intervalles qui les séparent une guirlande de lauriers, qu'elles enferment dans une sorte de rigole. Ce motif, original et rare, est d'un bel effet décoratif. Au sommet du tableau, une large couronne, qui empiète sur la bordure, entoure l'épitaphe. Celle-ci, aujourd'hui mutilée dans toute sa partie inférieure, se composait primitivement de cinq lignes, séparées par des traits horizontaux. Les deux dernières lignes manquent. Celle du milieu est aussi fort détériorée. Les lettres mesurent 0 m. 07 à 0 m. 08 de hauteur (fig. 8593) :
-FL : VITALIS EIP * VISCVFUS RP VIXIT annis Fliavius) Vitalis, episcop[us] rei) piublicæ) ? vixit [annis]...
L'interprétation des lettres R P est plus que douteuse.
Sous l'épitaphe sont figurés, dans un parterre de rosiers fleuris, plusieurs oiseaux : un superbe coq faisan, à longue queue bifide, accompagné de sa poule ; puis deux colombes perchées sur le bord d'un cratère à panse côtelée, avec deux larges anses assez maladroitement figurées. En s'abreuvant et s'ébrouant, les colombes font déborder le vase et de nombreuses gouttes retombent des deux côtés en jets d'eau sur le sol. Ce détail réaliste rappelant de trop près la célèbre mosaïque païenne de Sosos de Pergame sera éliminé plus tard par les artistes chrétiens, lorsqu'ils accentueront le caractère symbolique du motif et feront du calice l'image du vas Christi, dont le précieux contenu ne saurait, sans sacrilège, être répandu sur le sol.
La mosaïque de l'évêque Vitalis peut donc être considérée, au point de vue de l'histoire de l'art, comme une de ces œuvres de transition, où le symbolisme chrétien n'a pas encore complètement déformé, en les idéalisant, les motifs qu'il emprunte au répertoire hellénistique.
D'une façon générale, par leur style, leur technique, leurs particularités épigraphiques, les mosaïques découvertes à Bordj-el-Joudi donnent l'impression d'un art en pleine évolution, ce qui porte à les dater de la fin du rv° siècle, les plus anciennes remontant peut-être, jusqu'au temps de Constantin.
499 MSAADIN — MSCHATTA 500 .
art en pleine évolution, ce qui porte à les dater de la fin du rv° siècle, les plus anciennes remontant peut-être, jusqu'au temps de Constantin.
H. LECLERCQ.
MSCHATTA, — I. La date et l'origine. II. Les diverses théories. III. L'édifice. IV. La décoration. V. Conclusion.
I. LA DATE ET L'ORIGINE. — Le monument désigné sous le nom de Kasr-Mschatta se trouve dans la Palestine transjordanienne, sur la grande route du pèlerinage à la Mecque qui passe par Damas, Bostra, etc., à l'est de la mer Morte, à environ 75 kilomètres de Jérusalem à vol-d'oiseau et à la source de l'Ouádi-Themen, affluent du Zerka-Main, qui se jette dans la mer Morte. Fergusson en attribuait la construction à Khosroés Parviz, vers 614 ; plus récemment, M. J. Strzygowski faisait remonter la façade au rv siècle et apportait à l'appui de cette date des objets ajourés, d'or et d'argent, trouvés dans le Hhin et attribués à des artistes orientaux du rv siècle. Il est bien vrai que l'étude des nécropoles de Cologne rend toujours plus évidentes les influences orientales sur l'industrie germano-romaine des derniers temps de l'empire ; mais il semble par trop arbitraire de rapprocher d'un grand monument en pierre de petits ouvrages en métal et que le même principe de décoration se soit maintenu jusqu'au vit siècle. Les boucles ajourées de Cologne peuvent être l'œuvre d'ouvriers orientaux immigrés dans la vallée du Rhin et la question de la date de Mschatta reste entière. On s'est accordé longtemps, et jusqu'au début de Ce, à croire que la construction serait due aux princes ghassanides de Bostra. Il est indiscutable que ceux-ci, qui étaient originaires de l'Yémen, avaient apporté, dans leur émigration, des étoffes, des tapis, des tentures dont la tradition était plutôt orientale, c'est-à-dire indo-perse. On sait, par les bas-reliefs de Dar-el-Bahari, combien sont anciens les rapports de l'Arabie et de l'Inde ; plus tard, la domination perse y introduisait, à coup sûr par le commerce, les étoffes de Perse et de Mésopotamie : quand les tribus dont les chefs fondèrent les royaumes ghassanides émigrèrent dans la Palestine transjordanienne, elles n'y apportèrent pas de traditions architecturales, mais toute la décoration mobilière des tentures fut probablement imposée par elles comme modèle aux artisans locaux, qui élevèrent pour leurs émirs les édifices dont les ruines sont parvenues jusqu'à nous.
Jahrbuch der kön. preussischen Kunstsammlungen, t. xxv, et de H. Saladin, Le palais de Machitla { Pa les- »| line), dans le Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, p. 409-414, pl. xr1v-xrvi, qui étudie | | l'édifice au point de vue de l'histoire des origines des arts musulmans. Depuis lors, on n'a cessé d'y revenir, § plan ; cf. H. Vincent, Le plan tréflé dans l'architecture « princes de Hirah, dans Gazette des beaux-arts, 1909, et Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belles-lettres arabes de Qeseir Amra, Häraneh et « Tüba, Paris, 1922.
III. L'ÉDIFICE. — Il ne s'agit plus aujourd'hui que d'un « immense carré qu'entoure un mur de pierre flanqué, de distance en distance, de tours semi-circulaires, et où une seule entrée est ménagée sur la face méridionale. A l'intérieur, sur le pourtour d'une tour carrée, s'élèvent des bâtiments construits en briques, trait par lequel les édifices de Mschatta tranchent sur l'ensemble des monuments syriens. Au fond de la cour, une porte à trois arcades, soutenues par des piliers, donne accès à un édifice de forme basilicale partagé en trois nefs ; il aboutit à une salle tréflée, originairement voûtée en coupole et qui rappelle le plan « triconque » que l'on rencontre en Syrie dès le v* siècle !, ruines de Der-Dosi ?, zplxoyyov ciyux mentionné dans une inscription de Bostra de l'an 487%, FEWER REA SIM Penh og 501 « tion si nette qui, des formes familières à l’art anti- : que, aboutit à des formes purement perses !. » v C'est déjà une idée tout orientale que celle de décorer une muraille d'une haute frise sculptée. Jadis, dans les palais babyloniens et perses, un revêtement de briques émaillées mettait sur la façade une parure polychrome. A Mschatta, le même effet décoratif est —recherché par d'autres moyens, mais l'intention est _ identique E
IV. LA DÉCORATION. — A Sainte-Sophie de Constantinople (voir Diclionn., t. 11, au mot BYZANCE), le
502 gon aux à huit côtés. Ces tympans et ces fleurons sont décorés, ainsi que les moulures du soubassement et celles des frontons, d'une abondante ornementation végétale incisée presque sans modelé et, pour ainsi dire, élégie dans la pierre. Triangles et rosettes saillantes appartiennent sans contestation à l'art perse. Sur les deux tours qui se trouvent à la base des triangles, dans les moulures de la haute corniche qui couronne la frise, se rencontrent des motifs très divers. C'est, d'une part, l'acanthe stylisée, dressée en feuilles droites, les palmettes, les rinceaux de »n SAS EL ES el répertoire classique parait avoir été remplacé d'une façon absolue dans l'ornementation sculptée par une décoration inspirée de celle des étoffes et de l'orfèvrerie ; de même à Kasr-Mschatta, rien ne rappelle les éléments de l'architecture gréco-romaine. Ce rôle des tissus dans les modifications et l'évolution des styles depuis les temps les plus anciens avait été indiqué par Viollet-le-Duc et ce qu'il en avait dit a été précisé et confirmé de nos jours, principalement par les découvertes faites par Alb. Gayet à Antinoé et à Damiette. Le détail d'une des tours d'angle de Kasr-Mschatta permet de se rendre compte d'une façon très suffisante de l'originalité de cette décoration (fig. 8600).
Le soubassement de la façade du palais, en partie enfoui, est indiqué par une forte moulure horizontale qui règne tout autour de l'édifice ; cette moulure est elle-même couronnée par une série de grands frontons aigus dont les tympans sont décorés de gros fleurons à six lobes en segments de cercle. Entre ces sortes de frontons, qui forment comme une ceinture continue autour du palais, se trouvent d'autres fleurons polypampres, c'est-à-dire les mêmes éléments qu'on rencontre dans les monuments syriens et qui, pour la plupart, sont antiques. Et, d'autre part, sur le fond plat des triangles, ce sont, autour de la rosette centrale, des rinceaux de vigne encore, mais fermés en cercles, et où jouent des oiseaux, des vases aux côtés desquels des animaux s'affrontent, lions-centaures et griffons. Ainsi, dans les thèmes, on constate un mélange indéniable d'art classique et d'art oriental, et, pourtant, l'impression d'ensemble n'a plus rien d'antique. Ce qui frappe dans cette décoration, c'est sa prodigieuse variété, sa richesse inouïe, et à mesure qu'on avance de la gauche vers la droite, l'élément oriental prend une place plus prépondérante. Si on examine le caractère de l'ornementation des tympans, des frontons et de l'espace qui les sépare, rien dans le parti adopté ne semble obéir à une loi de composition architecturale. On admet avec raison que, dans l'architecture, la construction doit être l'élément principal d'expression. Prenons des exemples : le caractère de l'architecture égyptienne, c'est la plate-bande ; celui de l'assyrienne, c'est la voûte ; la plate-bande aussi pour l'art grec ; pour la romaine, la voûte en berceau avec toutes les variétés qui en dérivent. Et toute la décoration se subordonne aux grandes divisions et aux grands partis qui découlent naturellement des procédés mêmes de construction.
Ici, rien de pareil ; les lignes principales du monument ne dérivent pas naturellement des procédés de construction employés. Cette succession de frontons ne répond nullement ni à une nécessité de construction ni à aucune raison appréciable, autre qu'un balancement agréable de lignes. Ceci est du ressort de la décoration pure ; or, une seule catégorie d'œuvres d'art peut s'affranchir de la loi énoncée plus haut ; ce sont celles qui ont pour but la décoration des surfaces. Tableaux, tentures, tapisseries, étoffes brodées n'ont plus à se réclamer que des lois du rythme, de l'harmonie et de la symétrie, ainsi que de celles de la pondération ou du balancement des masses. C'est donc à l'ornementation des tissus, broderies, tapisseries ou tentures qu'il faut rattacher la décoration de Kasr-Mschatta.
Rien ne paraît d'ailleurs plus légitime. N'est-il pas évident, par exemple, que, si l'on imaginait que la décoration des tympans a été exécutée en broderies d'or ou d'argent sur un fond d'étoffes, on obtiendrait une tenture d'effet analogue aux anciennes broderies persanes dont les reliefs correspondraient alors d'une manière frappante avec ceux de notre monument dont aucun élément ne saillit en ronde-bosse, mais dont l'expression se réduit à des méplats faiblement accentués ?
Les cercles qui, sur le fond du tympan, forment le thème général de la décoration de rinceaux dans lesquels s'entrelacent des feuillages, des oiseaux et des grappes de raisin, sont reliés entre eux par des nœuds qui sont le propre des broderies en soutache ; les galons qui forment ces cercles sont eux-mêmes décorés de perles rondes qui rappellent encore de plus près les broderies auxquelles il a été fait allusion.
La décoration des moulures du soubassement, celle des rampants des frontons, celle des fleurons semblent, au contraire, empruntées à l'art de l'orfévrerie ; les feuillages des rampants, ceux des fleurons donnent l'impression de la vivacité d'arêtes que la ciselure permet d'obtenir sur le métal ; enfin les moulures de soubassement rappellent étrangement le travail du repercé à jour sur une surface métallique. Ce sont ces derniers caractères qui sont les plus formels parmi ceux qui distinguent la sculpture d'ornement des édifices byzantins du VIe de ceux de la période précédente, où se reconnaissaient, quoi que déjà dénaturés, tous les éléments de la décoration classique.
Dans l'exécution technique, on retrouve le mélange de deux inspirations diverses. Comme dans l'art classique, certaines parties de l'ornement sont modelées en assez fort relief, et c'est par l'ombre des saillies que l'effet décoratif est obtenu. Plus souvent le procédé employé est celui qui, conformément à la pure tradition orientale, s'efforce de produire des oppositions de couleur sur fond presque plat. Dans l'intérieur des grands triangles, le relief est à peine sensible, les saillies n'existent point ; l'effet est obtenu par le contraste du blanc et du noir, réalisé en incisant profondément la pierre et en faisant ressortir le dessin sur le fond d'ombre uniforme. C'est là, justement, ce qui donne son caractère à l'ensemble de la décoration.
On sent qu'aucun effort n'a été fait pour la mettre en harmonie avec la structure ; elle s'y applique comme un décor adventice, posé sur elle dans un but purement ornemental, à la façon des tapis d'Orient qu'on suspend le long d'une muraille et qui, pas plus que la frise de Mschatta, ne sont liés intimement au monument.
Dans tout le reste de l'édifice, on trouverait la trace des mêmes influences combinées et mêlées. Ainsi, dans les portes et dans les voûtes du bâtiment principal, on rencontre l'arc légèrement brisé, qui est un trait de l'architecture perse, tandis qu'au contraire le porche à trois arcades, qui précède la basilique, rappelle de façon frappante le porche hellénistique de Saint-Syméon (Kalat-Seman) entre Antioche et Alep. De même, à côté de chapiteaux corinthiens, d'autres offrent un décor de rinceaux d'acanthe simplement incisé à la surface de la pierre, et où l'effet est cherché par la couleur non par le modelé. La même préoccupation de la décoration polychrome apparaît, dans les rehauts de couleur qui, sur certains chapiteaux, mettent les feuilles jaunes en valeur sur un fond bleu. Quelques-uns même portent des traces de dorure.
V. Coxczusiox. — Kasr-Mschatta date probablement du VIe et paraît être l'œuvre des premiers princes de la dynastie ghassanide. Son importance est grande en ce qu'il doit l'essentiel de son inspiration à l'art arabe du Caire et dans celui de Syrie, ainsi que dans l'art arabe du Magreb.
Encouragé par le cardinal Borgia, Muenter avait donné un Specimen versionis Danielis coplicarum en 1786 ; puis des Fragmenta Patrum graecorum, en 1788, et, l'année suivante, un Commentarius de indole versionis Novi Testamenti sahidicae.
Le 1er avril 1808, il devint évêque de Seeland. C'est dans l'art arabe du Caire et dans celui de Syrie, ainsi que dans l'art arabe du Magreb.
— sur des matières plus intéressantes. Déjà, en 1794, il avait préludé à sa carrière d'historien par la publication des statuts des templiers découverts par lui dans la bibliothèque Corsini. A partir de 1811 on voit paraître : De schola Antiochena ; puis Oda gnoslicæ Salomoni tributa, 1812 ; Observationum sacrarum ex marmoribus maxime græcis specimen, 1814 ; Symbola veteris Ecclesiæ artis operibus expressa, 1819 ; Narratio de Lucio primo episcopo romano, 1823 ; Sinnbilder und Kunslvorstellungen der alten Christen, in-8, Altona, 1825, 118-138 p. et xim pl. Ce dernier ouvrage témoigne d'une érudition étendue et d'une application qui, au moment où il paraît, était un signe à retenir ; on peut dire qu'il marque une date et nous permet de prendre une idée à une heure marquée de ce qu'était l'archéologie chrétienne ; elle n'avait pas dépassé Mamachi (voir ce nom) et on ne pouvait même pas entrevoir Marchi (voir ce nom) et le grand essor de la seconde moitié du XIXe.
H. LECLERCO. MUGUAS. — I. Le lieu. II. Le texte. III. L'auteur. IV. La date. V. Le récit. VI. Les personnages.
— VII. Agapius et Secundinus. VIII. Les visions. IX. L'authenticité. X. Bibliographie.
I. Le Lieu. — « Il est impossible d'indiquer l'emplacement de Muguas, lieu très voisin de Cirta : in locum qui appellatur Muguas, cui est Cirlensis coloniæ suburbana vicinitas, où des chrétiens furent arrêtés dans une ferme, en 259, » Cette localité, que S. Gsell renonçait à découvrir, a été témoin de scènes qui nous apprennent nombre de traits sur la vie des fidèles en Afrique, vers le milieu du IIIe.
II. Le Texte. — La Passio sanctorum Jacobi, Mariani et aliorum plurimorum martyrum in Numidia, nous a conservé un récit martyrologique dont la sincérité n'a jamais été mise en doute. De très bonne heure ce récit était accepté, lu et commenté ; nous possédons un sermon de saint Augustin préché à l'occasion de la fête à ces martyrs dont il mentionne la mère de l'un d'eux d'après ce que la Passio nous apprend sur elle ?
III. L'Auteur. — Il ne s'est pas fait connaître, mais on peut réunir quelques particularités sur son compte. C'était, lui-même nous l'apprend, un ami intime de Jacques et de Marien qui le chargèrent de composer le récit de l'événement. Étant leur compagnon de voyage en Numidie, il fut mis en état d'arrestation avec eux par le centurion et emmené à Cirta. Là, il semble avoir été mis hors de cause et relâché dès le premier interrogatoire. La raison en est sans doute qu'il était laïque et que les édits de Valérien n'atteignaient que les clercs et, exceptionnellement, les laïques dans des conditions inapplicables à l'auteur.
— Relâché, celui-ci ne se sépara pas de ses amis qu'il suivit à Lambèse où ils le chargèrent de raconter « leur combat ».
IV. La Date. — C'est, de préférence, à l'ancien calendrier de Carthage qu'il faut recourir. Nous y voyons que les martyrs étaient commémorés le 11 des E nones de mai, par conséquent le 6 mai. Cette date est également celle du martyrologe hiéronymien ; il n'y a pas lieu de lui préférer celle que proposent les martyrologes historiques (Romain, Adon, Usuard), le 30 avril. Quant à l'année, elle n'est pas indiquée expressément, mais diverses circonstances du récit permettent de la fixer : les évêques ramenés d'exil, les mesures prises contre le clergé, la distinction faite par le légat entre clercs et laïques, tout cela nous reporte
V. Le Récit. — Jacques était diacre, Marien lecteur et leur ami simple laïque, lorsqu'au printemps de l'année 259, ayant à traverser la Numidie, ils décidèrent de faire route ensemble dans une carriole. La chaleur était lourde et, vers le milieu du jour, Jacques s'assoupit. Ses deux compagnons l'appelèrent, le poussèrent, enfin il s'éveilla et leur dit : « Oh, je tremble de joie, réjouissez-vous, vous aussi. J'ai vu un adolescent d'une taille prodigieuse, vêtu d'une robe dont la blancheur éclatante éblouissait, ses pieds ne touchaient pas la terre et son front se cachait dans les nuages. Il passa comme un trait, nous jeta deux ceintures de pourpre, à Marien et à moi et dit : « Vite, suivez-moi ! »
Après cet intermède, on arriva à Muguas, bourgade voisine de Cirta. Les trois amis s'arrêtèrent dans une ferme où se trouvaient des chrétiens qui leur apprirent que la persécution sévissait à Cirta ; Jacques et Marien eurent dés lors le pressentiment de leur prochain martyre. En effet, le légat de Lambèse, gouverneur de la province, avait envoyé à Cirta des détachements de troupe que les magistrats municipaux employaient à l'arrestation des chrétiens. Il faisait rechercher ceux qui précédemment avaient été condamnés à l'exil, afin de les traduire de nouveau devant son tribunal. Ce fut ainsi que deux évêques exilés, Agapius et Secundinus, passèrent à Muguas pour comparaître de nouveau devant le gouverneur. Heureux de rencontrer des fidèles, les deux évêques leur parlèrent sans détours et l'escorte ne fut pas sans en prendre défiance ; aussi, deux jours plus tard, un centurion et des soldats reparurent à Muguas, arrêtèrent tous les chrétiens, y compris les trois voyageurs et emmenèrent tout ce monde à Cirta où la plus vile canaille était venue à la rencontre des prisonniers.
Après quelques jours passés en prison, les inculpés furent envoyés par le magistrat de Cirta devant le proeurateur de la province siégeant à Lambèse. Au sortir de la prison, on vit un homme mêlé à la foule s'agenouiller devant les confesseurs. On l'interrogea sur-le-champ, il confessa sa foi et prit place dans le cortège.
MUGUAS —
VI. LES PERSONNAGES. — Le titre de la Passio ne mentionne que Jacques et Marien ; le récit énumère un assez grand nombre de personnages, mais quelques-uns seulement sont connus par leurs noms ; ce sont : 1° les chrétiens de la ferme de Muguas qui sont mis en état d'arrestation et emmenés à Cirta ; 2° les chrétiens enfermés dans la prison de Cirta ; 3° le fidèle qui s'agenouille à la vue des martyrs et qui confesse sa foi ; 4° les laïques qu'on met à mort à Lambèse pendant plusieurs jours de suite ; 5° les clercs qui partagent le supplice de Jacques et de Marien. Voici pour les anonymes. Voici les autres : à Cirta, chevalier romain ; Tertulla et Agapia, deux jeunes femmes martyrisées ; Agapius et Secundinus, évêques,
507
VII. AGAPIUS ET SECUNDINUS. — Leurs deux noms
furent parfois dans le titre de la Passio qui contient comme des fragments de leurs actes. Sur Agapius, nous ne savons absolument rien. Les Sententiae episcoporum de septembre 256 mentionnent deux évêques nommés Secundinus ; l'un d'eux, Secundianus a Cedias, près de Mascula, en Numidie, pourrait être le martyr de 259. Agapius et Secundinus étaient exilés en vertu du premier édit de Valérien quand le deuxième édit, qui condamnait à mort tous les évêques, prêtres et diacres, les fit ramener d'exil. Leur mort suivit de près leur passage à Muguas, mais on ne sait rien sur les circonstances de leur martyre. Hien n'indique qu'ils n'aient pas suivi les confesseurs envoyés devant le légat à Lambèse et c'est là, plus probablement qu'à Cirta, qu'ils consommèrent leur martyre à une date antérieure à celle où périrent Jacques et Marien, environ vers le 29 ou le 30 avril 259.
VIII. Les visions. — La fréquence des visions en Afrique, vers le milieu du IIIe, est tout à fait caractéristique de l'état d'esprit des chrétiens. Un esprit aussi rassis que saint Cyprien attachait une grande importance aux visions des enfants-prophètes ; lui-même intervient dans les visions que nous rapportent la Passio Montani et la Passio Jacobi et Mariani. Toutes ces visions, tous ces songes sont fort raisonnables et d'une convenance parfaite.
IX. L'AUTHENTICITÉ. — L'authenticité de cette pièce n'est pas contestable ; tous les détails offrent une vraisemblance qu'on peut bien qualifier de vérité historique. Ces détails offrent un intérêt particulier | Émilien, prisonnier.
| sert à désigner le vase dans lequel le pasteur met le.
Tillemont, Mémoires |
: | H. LECLERCQ.
MULCTRA. — Mulctra, vient de mulgeo, et
crits irlandais, qui sont au nombre des monuments 908 | J.-O. Westwood, op. cii., pl. rz, n. 10 ; Catholic ency| | 540 — MUNGERSDORHF fac-similés d'initia les aux fol. 20 r ?, 25 r°, 70 ro, 91 ro, 106 re, 109 r », 116 re, 123 r », 128 re, 130 r°, 133 r°, 135 r°, 136 ve, 137 vo, 139 ro, 139 v, 141 r°, 142 v », 145 rv, 144 ro, 151 r°, 153 r, 155 re, 156 r^, 158 r°, 158 vo, 159 ro », 172 rv », 192 ro, 192 vo », 201 v^, 215 r°, 220. v9,
MUNGERSDORF. — L'objet que nous figurons ici appartient à une série que nous avons longuement décrite et cataloguée (voir Diclionn., t. v, au mot FONDS DE COUPES) en sorte qu'il n'y a pas lieu d'y revenir en détail. Ce spécimen d'une industrie qui fut florissante dans la région des bords du Rhin, au IVe, a été retrouvé il y a peu d'années à Müngersdorf, près de Cologne, et il fait partie aujourd'hui du Wallraf-Richartz-Museum, à Cologne (fig, 8601).
Les médaillons représentent des scènes bibliques entourées d'une bordure de feuillage, avec, dans les écoinçons, quatre figures imberbes. Si réduites que soient ces scènes, elles offrent un certain intérêt, notamment celle de Noé dans l'arche qui montre un aspect jamais représenté ailleurs. Le patriarche ouvre l'arche au moment où la colombe lui rapporte le rameau d'olivier, mais toute son attention est concentrée sur une charogne d'un bœuf noyé que le corbeau sorti de l'arche s'apprête à déchiqueter. Un deuxième médaillon montre Moïse frappant le rocher et trois Hébreux agenouillés se désaltérant. Un troisième médaillon représente Daniel vêtu, entre les lions et deux arbres. Un quatrième est divisé en deux registres consacrés à l'histoire de Jonas qui se combine avec le médaillon central ; Jonas étendu sous le cucurbite. Jonas jeté à la mer, Jonas vomi par le monstre. H. LECLERCQ.
MUNICH (MANUSCRITS LITURGIQUES DE). — Catalogus codicum manuscriptorum bibliothecæ regiæ Monacensis, composuerunt Carolus Halm et Georgius Laubmann, Monachii, 1868. l 2. Manuscrit daté de 1135 ; fol. 1*-4, Calendaria Ecclesiæ Augustanæ cum nolis, XVe, fol. 1-17. 17. Psautier avec Cantiques d'Isaïe, d'Anne, d'Habacuc, de Jonas, du Deutéronome, de l'Exode, de Zacharie et Magnificat. — Hymnes des trois Hébreux, de la Trinité pour matines, laudes, prime, tierce, sexte, none, vêpres et complies ; pour les fêtes des saints Martin, André, Ambroise, la trés sainte Vierge, le jour de Noël, saint Jean, l'Épiphanie, sainte Agnès, sainte Agathe, le jeudi saint, le jour de Pâques, saints Georges, Victor martyrs, Denis évêque, l'Ascension, la Pentecôte, saint Gervais et Protais, Jean-Baptiste, Pierre et Paul, Apollinaire, Nazaire et Celse, Sixte pape, Laurent, Simplicien, Michel, les martyrs, les confesseurs, la dédicace, pour le beau temps, pour la pluie, en temps de guerre.
— MUNICH (MANUSCRITS LITURGIQUES DE)
Xr siècle, avec le capitulare.
| fol. 53-85, x* siècle.
5122914. ( Aug. eccl. 214, ) Antiphonaire noté, xrr° siècle.
3915. (Aug. eccl. 215.) Missel plénier, fol. 1118, du x* siècle ; fol. 119-146, du xn° siècle.
3917. (Aug. eccl. 217.) Cérémonial des évêques, xir siècle, — Incipit : Romana consuetudo unum diem id est VII kal. mai. interponit quem vocat in lelania maiore non in ieiunio.
4452. (Cim. 57, antea Bamb. 283.) Evangelion début du xr siècle.
4453. (Cim. 58, antea Bamb. 284.) Évangélisltel début du xi siècle, 4456. ( Cim. 60, antea Bamb. 909.) Missel, début du | XI siècle.
4451. (Cim. 36, antea Bamb. 282.) Évangi les, IX ? siècle, avec le capitulare.
4454, (Cim. 49, antea Bamb. 285. ) Évangi les, 4566. ( Bened. 66.) Évangi les, 1x-x° siècle, avec les « | canons et le capitulare, | 4567. ( Bened. 67.) Evangi les, fol. 1-52, XMe ; | 4571. (Bened. 71.) Évangéliaire, xr siècle, fol. 1,8 évangi les pour les messes ; fol. 147 b, oraisons pour | | toute l'année. el quando vel quo tempore libri Veteris et Novi Testaehh t vae 6427. (Frising. 227.) Varia, x1° siècle ; fol. 1, — capitu les et oraisons de l'année ; fol. 101, bénédicfi ions du cierge, des cendres, des fleurs, des feuil les, ete ; fol. 116, ordo pour le baptême des enfants ; ol. 128, bénédictions du fromage, de l'agneau, de l'eau et du sel ; fol. 139, ordo pour la visite des malades : fol. 149, ordo pour les défunts. | 3B 6428. (Frising. 228.) Pontifical, | “avec notation musicale. — 65430. (Frising. 230.) | axt siècle, man que la fin. 1 64231. (Frising : 231.) Office des défunts, x siècle. 1 86831. (Frising. S. Andr. 1.) Évangéliaire, xI ? siècle. - 6832, ( Frising. S. Andr. 2.) Évangéliaire, xr° siècle. £ $114. (Mag. 14.) Fol. 41 b, litanie des saints, Jx-x siècle. 9475. (Nid. Alt. 5.) Évangi les, xr siècle. — 9921. (Otlobeuren.) Varia, xit siècle ; fol. 17, Versus de VIII modis ; fol. 18, Guidonis versus de pues : fol. 20, Nomina neumarum ; fol. 21, Tonarius seu antiphonarius exemplis illustratus ; fol. 32, Tonarius gradualis ; fol. 40, Textus lilurgici cum neumis. 10023. (Pal. 23.) Évangi les avec canons et capidulare, x1 siècle. 10071. (Pal. 71.) Lectionnaire, xn siècle, — 10077. (Pal. 77. Cim. 173.) Sacramentaire grégorien, xr-xrr siècle ; fol. 219, calendrier avec notes : liturgiques ; fol. 226, jours égyptiaques et Orologium ; fol. 210-214, benedictiones. … 10086. (Pal. $6.) Antiphonaire, xir-xin* siècle ; avec notation musicale. + 11019, ( Pass. 19.) Évangéliaire, xr ? siècle. — 12201 a. ( Raileub. 1^ cod.) Évangéliaire, xir siècle, fol, 200, le capitulare. 12201 b. ( Raileub. 10.) Épitres ct évangi les, xii ? siècle.
— 43601. ( Rat. Niedermünster. ) Évangi les, xr° siècle, 14000. (Emmer.) Evangéliaire, coder aureus (voir — 44083. (Emmer. A. $3.) Chants de la messe, tons = molés, x-x1 siècle, .
— 44124, (Emmer. B. 32.) Calendrier ecclésiasti que — avec les indictions, xi siècle. x1E-xin siècle, Bénédictions épiscopa les, rare 14704, (Emmer. G. 88.) Fol. 121, office de tous les saints, xr siécle. 15713. ( Sal. aul. 13.) Liber Nopi Teslamenti, x1* siè-
DE) 5
cle, c'est un évangéliaire. 15903. (Sal. Numb. 3.) Evangéliaire, xi*-xr siécle, avec la capitulare.
15904, (Sal. Numb. 4.) Évangi les, xi-xr1. siècle, prologue, canons, capitulare.
16002. (Sal. Numb. 2.) Évangi les des fêtes, XIe.
17019. (Schejll. 19.) Missel de Prémontré, xri siècle, avec calendrier, hymnes et neumes, 17011. (Schejll. 11.) Évangéliaire, 1x* siècle, fol. 119, capitulare ; fol. 25-26, en lettres d'or sur pourpre, In nomine Domini... incipit evangelium per totum anni circulum... Anno gralia Dei episcopus (de Frisingue, 854-875) scribere vel depingere at que parare praecepit.
17027. (Sche[tl. 27.) Lectionnaire, x* siècle ; le début manque. Fol. 25, Collecta per circulum anni de adventu Domini, de sanclis ; fol. 73 pour les voyageurs, la foudre ; fol. 75, bénédiction de l'agneau pascal, bénédiction du lard ; fol. 76, oraison sur les vases trouvés dans des cachettes anciennes. Bénédiction de la viande, des œufs, d'une maison neuve ; fol. 77, bénédiction des raisins et des féves, des récipients de Lout genre, d'une source ; fol. 85, exorcisme des fleurs ou des feuil les ; fol. 88, oraison sur les cierges le jour de la Purification ; fol. 59, bénédictions de l'eau et du sel ; fol. 99, exorcisme du sel en cas de maladie des troupeaux ; fol. 995, exorcisme sur les possédés ; fol. 111, bénédiction du sel et de l'eau ; fol. 113, bénédiction sur les vêtements et sur une religieuse ; fol. 125, prière contre l'ouragan. office noté 171-78, bénédiction contre le froid ; fol. 80, séquences pour les processions du dimanche, avec notation musicale. capitulare. 22502, Evangéliaire, xri siécle. 23281. (ZZ. 281.) Missel, xr° siècle. notes. H. LECLERCO.
A. — XII — 17
des séquences de Notker avec
IL. FONMATION. — Louis-Frédéric-Eugène Müntz naquit le 11 juin 1845 à Soultz-sous-Forêt, non loin de Woerth, en Alsace. Son père était notaire, son grand-père avait été député, ses deux frères furent l'un ingénieur, l'autre chimiste. Très jeune encore, ayant perdu sa mère, on l'envoya recevoir des soins et suivre quelques classes enfantines chez son grand-père, à Woerth ; mais, en 1857, à l’âge de douze ans, il entra dans la classe de sixième au Lycée Bonaparte. Le palmarès fait mention de ses succès en latin, en grec, en histoire entre 1858 et 1862. Dans la classe de cinquième, il eut pour condisciple Olivier Bayet et il a raconté les origines de leur amitié : « Venus, lui du fond de la Gascogne, moi du fond de l'Alsace, nous nous trouvions isolés dans ce milieu si essentiellement parisien, et ne tardâmes pas à nous lier intimement. Une circonstance toute fortuite nous rendit inséparables ; il habitait en haut de la rue d'Amsterdam, moi à l'entrée des Batignolles. Quatre fois par jour, nous faisions route ensemble ; pour l'aller, il m'attendait à la fenêtre et, dès qu'il m'apercevait, descendait les escaliers quatre à quatre ; pour le retour, il m'accompagnait jusqu'aux Batignolles, je le reconduisais jusqu'à la rue d'Amsterdam ; c'étaient des promenades et des causeries sans fin. Il prenait plaisir, de longues années plus tard, à rappeler ces exercices de péripatéticiens ; pour ma part, je ne les oublierai jamais, car je leur dois non seulement des heures charmantes en elles-mêmes, mais encore une initiation à des jouissances intellectuelles que, sans ce commerce si suggestif, j'aurais peut-être ignorées longtemps !. »
Olivier Bayet avait un oncle maternel, critique d'art distingué, Paul Mantz, qui encouragea les deux jeunes gens dans le goût des choses d'art, favorisa leurs fréquentes visites au musée du Louvre et ne négligea rien pour leur inspirer un amour passionné pour les beaux-arts. Ceux-ci ne l'absorbaient pas tellement qu'il ne passât l'examen du baccalauréat et celui de licence en droit. Il s'acheminait, en apparence, vers le notariat auquel le destinait sa famille ; mais les apparences sont trompeuses. Dès 1868, Müntz s'essaya à écrire des articles sur des artistes alsaciens, dans le Courrier du Bas-Rhin, dans la Revue de l'instruction publique et dans la Revue critique ; en 1869, Paul Mantz lui entre-bâilla la porte de la Gazette des beaux-arts qu'il ne quitta plus de sa vie.
Müntz ne fit que traverser l'École des Chartes et s'engagea aussitôt dans des recherches personnelles et dans l'exploration des archives. Outre Holbein et Albert Dürer, auxquels il revint plus tard, il s'occupa de Martin Schön et du miniaturiste Baur avec qui se termine le catalogue des artistes alsaciens du XVIe. Quelques voyages le conduisirent en Allemagne, en Autriche, en Suisse et lui permirent de commencer sa moisson documentaire dans les bibliothèques.
En 1870, il s'engagea dans un bataillon de mobiles du département de la Seine. Après la guerre, Müntz s'illusionna un instant au point de croire que les Allemands, qui avaient anéanti dans les flammes la bibliothèque de Strasbourg, avaient épargné les œuvres d'art de l'Alsace. L'illusion dura peu de temps, nombre de chefs-d'œuvre avaient disparu. Si la cathédrale de Strasbourg dressait encore ses ruines branlantes ce n'était pas l'adresse des artilleurs qu'il fallait incriminer, c'était la précaution des maîtres d'œuvre du Moyen Âge qui avaient mélangé le fer à la pierre. Quant aux vitraux, ils étaient en poussière : le Temple-Neuf, vieille église construite en 1254, et abandonnée aux protestants, était détruite. Tout ceci contribua certainement à détacher un peu Müntz de sa province natale ; un événement l'engagea dans la carrière qu'il suivit désormais.
Müntz venait d'obtenir du ministre de l'Instruction publique une bourse de voyage en Italie lorsqu'un décret du 24 mars 1873 décida la création d'une section romaine de l'École française d'Athènes. Sur la proposition de Félix Ravaisson et la désignation d'Albert Dumont, Eugène Müntz fut désigné pour faire partie de cette section et faire une année de séjour à Rome. Avec Louis Duchesne, Collignon, Bloch et Bayet, Müntz forma le groupe studieux qui devint le noyau de l'École française de Rome et se mit en relations journalières avec les grands dépôts italiens de manuscrits et d'archives. Il y fit un apprentissage rapide de l'art de fouiller et de récolter dans les livres et les documents.
La « section romaine » devenue, le 26 novembre 1874, l'École archéologique de Rome », se transforma, le 20 novembre 1875, en « École française de Rome » sous la direction d'Auguste Geffroy. Entre 1873 et 1875, Eugène Müntz avait pris part aux trois étapes de l'École, depuis ses modestes commencements dans la petite villa Mérode jusqu'au deuxième étage du solennel palais Farnèse. Ce fut la période décisive. L'histoire de l'art italien, où il allait déployer l'activité de toute sa vie, n'avait pas encore trouvé de bibliographes, et avant de l'aborder, il fallut que Müntz fit lui-même la recherche et l'inventaire de tous les éléments qui devaient servir de base à ses ouvrages. Quand on pense aux difficultés de cette enquête préparatoire, si lourde et si complexe, on ne peut qu'admirer la promptitude et la sûreté des résultats.
Les grands ouvrages et les nombreuses monographies que Müntz publia au cours de sa carrière sortent en grande partie de ces années. Dans tous les travaux que signera Müntz, on remarque le souci constant d'établir une bibliographie complète du sujet et de consulter tous les livres antérieurs qui ont traité des mêmes matières. Par une sorte de coquetterie, Müntz n'a pas toujours indiqué toutes les sources imprimées qu'il a utilisées au cours de son travail. Ce n'était de sa part ni dédain ni oubli ; il craignait seulement de rebuter le lecteur par un tel débordement d'érudition. Il était de ceux qui croient que, l'édifice achevé, l'échafaudage doit disparaître. C'est un procédé qui a ses inconvénients, parfois très graves : mais il est permis de l'adopter à ses risques et périls, dont l'un des moindres n'est pas celui de laisser croire aux esprits superficiels et malveillants que l'auteur s'est épargné la peine de consulter ses devanciers, ou qu'il a craint de se diminuer en rappelant trop souvent leurs noms et leurs travaux.
Eugène Müntz savait à quel prix il avait conquis son érudition et il est utile de rappeler les conditions défectueuses dans lesquelles se débattait la première phalange de l'École. « Beaucoup de bibliothèques n'étaient accessibles qu'un jour par semaine, d'autres avaient d'innombrables congés ; d'autres n'ouvraient leurs portes que dans la matinée ; pour s'assurer une place assez claire, il fallait affronter la boue des vicoli romains dès sept heures du matin, en hiver, et arriver avant les lecteurs concurrents. Quand, par bonheur, les bibliothèques ou archives possédaient un catalogue, on stupéfiait le bibliothécaire ou l'archiviste en lui demandant communication. La bibliothèque Vittorio Emanuele, la plus riche de Rome, était dans la période de formation, bondée des vieilles collections retirées des établissements ecclésiastiques et dépourvue de livres modernes. L'Institut allemand de correspondance archéologique seul offrait une collection bien choisie et bien classée à la disposition des chercheurs. Aujourd'hui, tout est changé ; des mœurs douces ont pénétré dans les établissements romains qui suivent la marche du progrès ; on y consulte avec aisance les livres et les manuscrits. L'étonnement primitif a fait place à une sage libéralité, mais il serait injuste de ne pas rappeler la part des ouvriers de la première heure, qui, par leur ardeur et leur ténacité, ont forcé tant de portes, aplani tant de difficultés. Les promotions successives de l'École les noms de Louis Duchesne et d'Eugène Müntz !. »
II. LA RENAISSANCE. — Au cours de trois années, Müntz avait fait une si abondante moisson dans les bibliothèques romaines qu'il se trouva nanti de quoi alimenter ses publications durant trente années. Le dépouillement des Registres comptables de la cour pontificale furent la mine d'où il put extraire la substance de ses trois premiers volumes qu'il écrivit et publia à Paris entre 1878 et 1882, dans la Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, sous le titre général : Les arts à la cour des papes pendant le xve et le XVIe. En 1878, parut la partie consacrée aux pontificats de Martin V, Eugène IV, Nicolas V, Calliste III, Pie II, c'est la première Renaissance ; en 1879, vient Paul II, fondateur du musée du Vatican : en 1882, c'est le tour de Sixte IV, puis Innocent VIII, Alexandre VI, Pie III, Jules II. C'est une période historique d'un siècle, de 1418 à 1513. Elle se trouve trop en dehors de la période de nos études pour que nous nous y attardions très longuement, mais il est indispensable d'en donner une idée d'ensemble. Le premier volume s'ouvre par le tableau de la réorganisation de Rome par Martin V, au retour d'Avignon. Le premier souci de ce pape fut de restaurer les monuments antiques ; de réorganiser la voirie romaine, de solliciter le concours de peintres comme Gentile da Fabriano, Victor Pisanello et surtout Masaccio ; de sculpteurs et d'orfèvres comme Ghiberti. Nicolas V (1447-1455) fut le grand pape artiste et le grand mécène du XVe. Müntz en parle avec une admiration sincère ; son luxe lui semblait n'avoir eu pour objet que de rehausser l'éclat de la papauté et la bibliothèque qu'il fonda, la réédification de la basilique constantinienne de Saint-Pierre qu'il commença, lui semblaient des titres à notre reconnaissance, L'ébauche colossale que ce pape entreprit en peu de temps d'une Rome qu'il eût voulue aussi grande que la Rome antique, fut continuée par ses successeurs. Les noms des architectes Alberti, Hosellino, du doux peintre mystique fra Angelico, du maître verrier Giovanni d'Andrea de Florence, paraissent dans son orbite ainsi qu'une légion d'artistes dont Müntz a étudié les œuvres. Mais ce fut à Paul II (1464-1471) qu'il consacra ses recherches les plus heureuses. Le premier, il fit connaître la présence de nombreux artistes de la haute Italie venus à la cour du pape, qui eut pour sculpteur attitré Bellano de Padoue. Ainsi, Müntz faisait saisir sur le vif ces influences septentrionales qu'on lui a trop reproché de ne pas voir. Mais ce qu'il s'attachait encore plus à faire apprécier dans l'œuvre du cardinal Pierre Barbo, plus tard Paul II, c'était la réunion de ses collections et la fondation du musée de Rome doivent honorer d'une même reconnaissance.
UGÈNE) 518 du Vatican. Müntz a donné non seulement dans Les arts à la cour des papes, mais dans la Gazette des beaux-arts, de 1877 et dans la Revue archéologique de 1878, les inventaires des collections de ce pape, la description de ses statues, de ses camées, de ses bronzes, de ses objets d'orfèvrerie, de son médaillier. Rien ne peut être plus utile que ces inventaires pour retrouver l'origine et suivre les migrations de beaucoup d'œuvres d'art à travers les collections connues. Chemin faisant, il dégageait les personnalités d'artistes oubliés comme ce Paolo Romano, à qui il rendait la paternité du tombeau du cardinal Sérampi et de l'autel de Sainte-Agnès-hors-les-Murs, tous deux élevés sous Paul II.
« Sixte IV (1471-1484) et Jules II sont encore de grandes figures de papes artistes qui ont attiré son attention. Sous le premier, qui eut le malheur de vendre une partie des collections de Paul II, Müntz a signalé les œuvres à Rome de peintres comme le Pérugin, Pinturicchio, Domenico Ghirlandajo, Botticelli, Philippino Lippi, Signorelli et Melozzo da Forli, à qui il attribua définitivement la célébre fresque de la pinacothèque du Vatican, qui représente Sixte IV assis sur un fauteuil au milieu de sa famille, tandis que son secrétaire, l'humaniste Platina, est à genoux devant lui. Cette belle fresque, dit-il, a toutes les qualités d'un Andrea Mantegna ; mais il montrait qu'il fallait la restituer à Melozzo da Forli. Jules II fut le pape qui ouvrit « l'âge d'or de l'art italien ». Müntz a toutefois montré que ce n'était pas à lui, mais à Paul II que l'on devait le commencement de la réédification de Saint-Pierre dans le style de la Renaissance. Mais ce fut Jules II qui confia à Bramante le plan général de l'édifice que l'on abandonna malheureusement dans la suite, L'on sait que ce pape artiste donna également son tombeau à faire à Michel-Ange, la chapelle Sixtine à peindre à Raphaël, ainsi que la chambre de la Signature et la chambre d'Héliodore ; qu'il s'entoura d'artistes comme les San Gallo, les Sansovino, le Pérugin, le Sodoma, Caradosso. Les parties parues des Arts à la cour des papes, se terminent avec ses études sur Jules II, » Un dernier volume ayant le même objet fut intitulé : Les précurseurs de la Renaissance (1881), qui reçut, en 1888, un appendice intitulé : Les collections des Médicis au XVe, Cet ouvrage souleva des polémiques et fut refait complètement, en 1902, sous le titre : Precursori e propagatori del Rinascimento. Les polémiques mettaient aux prises Eug. Müntz et Louis Courajod. 5i « la grande influence de la Renaissance italienne sur la France n'est pas douteuse, combien, d'autre part, ne découvre-t-on pas d'influences septentrionales dans les origines de la Renaissance en Italie. Müntz lui-même en signalait à Pise auprès du grand Nicolas de Pise, auprès de Jean de Pise : double Descente de croix et le Massacre des innocents, à la cathédrale de Sienne, rappellent le réalisme pathétique de nos sculpteurs gothiques de la fin du Moyen Âge : et Jean de Pise a été le précurseur de Giotto, Mais, à côté de l'influence gothique, Müntz voyait toujours celle de l'antiquité, des monuments romains encore debout au XIVe, ou que l'on dégageait, comme l'arc de Titus ; celle des collections d'antiques dont il avait découvert ou rappelé les richesses inestimables : aussi ne s'étonnait-il pas en constatant qu'un Jacopo della Quercia, à Sienne, avait serré de si près l'antiquité que ses fameux bénitiers du dôme avaient été considérés comme des antiques, ou qu'un Ambrogio Lorenzetti eût peint au Palais-Vieux de Sienne des fresques dignes de Pompéi. Enfin, un art comme celui du médailleur ne renaissait-il pas de la découverte même des médailles romaines, à la fin du XIVe, pour prendre son essor définitif au XVe avec Pisanello, Matteo de Pasti, etc., à Ferrare et à Padoue, avant de fleurir dans les grands centres sous la protection de princes comme Laurent le Magnifique, des papes comme Paul II et Jules II.
« Pour nous rendre compte de l'influence de l'antiquité sur les premiers grands maîtres de la Renaissance, Müntz nous présentait un Andrea Mantegna cherchant avec l'ardeur d'un antiquaire ou d'un archéologue à reconstituer l'image du monde romain, « utilisant statues, bas-reliefs, monnaies, inscriptions, marbres et bronzes, déterminant jusqu'aux plus infimes détails du costume ou de l'ameublement des anciens », puis tirant de cette infinité de matériaux une image poétique de la réalité grâce à une puissance d'imagination artistique sans laquelle toute cette érudition serait restée stérile. Ailleurs, c'est un Donatello qu'il évoquait, montrant qu'il avait subi d'abord l'influence d'un sculpteur allemand, Piero di Giovani da Tedesco, venu se fixer à Florence en 1386 ; un Donatello ayant produit dans la première partie de sa carrière des œuvres réalistes, exprimé l'ascétisme de saint Jean, la noblesse de saint Georges, le pathétique des Mises au tombeau, puis ayant subi la profonde influence des sculptures, des bas-reliefs, des médailles antiques et ayant alors produit le Cupidon de bronze du musée de Florence, les médaillons du palais des Médicis, la statue équestre de Guattamelata, à Padoue, Müntz montrait ainsi l'aurore de la Renaissance à Pise et sa consécration par le grand Mantegna, héritier de l'école lombarde, et de ce Jacopo Bellini, son beau-père, paysagiste et peintre délicat ; puis il faisait toucher du doigt la puissance créatrice du génie italien renouvelé par l'étude de l'antiquité et donnant toute sa mesure avec Giotto, Brunellesco, Donatello et Masaccio, celui-ci mort à vingt-neuf ans, après avoir produit des fresques d'une beauté antique dont quelques-unes ont été conservées dans la modeste église du Carmine, située dans un quartier désert de Florence !. » Le culte fervent que Müntz rendait à la Renaissance s'adressait aux monuments par l'intermédiaire des documents ; c'était sa méthode d'atteindre le but qu'il visait et on ne peut nier que parfois l'étude des archives trop compactes l'empéchait de voir et de sentir la magnificence de l'art qu'il entrevoyait mal. Pour le Moyen Âge en particulier, les archives l'avaient surabondamment fourni de documents, mais l'étude des édifices le déconcertait au point qu'il ne pouvait faire taire ses préventions à leur endroit. Du Moyen Âge, il ne voyait que la chrysalide d'où la Renaissance allait sortir ; c'était son excuse et son unique titre à l'étude au cours de laquelle il épiait avec joie chaque symptôme précurseur de cette éclosion tant attendue et tant admirée. Son enthousiasme pour l'humanisme éprouvait le besoin de se déverser périodiquement. Quant à la papauté, il alternait envers elle l'admiration et la tendresse d'autant moins suspecte qu'il demeurait immuablement attaché à sa foi protestante. Ce qui demeurait au-dessus des entraînements, dans la région sereine de la vérité historique, c'était sa conviction que pour aucune raison celle-ci ne doit être sacrifiée, même au patriotisme. Il avait pu se résoudre à proclamer la nationalité purement française des architectes des papes d'Avignon, mais il ne pouvait laisser sans protestations les paradoxes de Léon Palustre voulant faire de la Renaissance française un art original et national.
« Les années 1884 et 1885 furent spécialement employées par Müntz à explorer le midi de la France : ses recherches s'y continuèrent jusqu'en 1887. Les découvertes qu'il fit en Avignon, à Tarascon, à Montpellier sont intéressantes, !
« L'une d'elles fut l'attribution définitive, en Avignon, des fresques de Notre-Dame-des-Doms à Simone Martini, l'ami de Pétrarque, le peintre de Laure, Ce fut à l'aide des registres de l'architecte qui dirigeait les travaux de l'église lors que furent peintes ces fresques qu'il en établit la paternité ; l'œuvre du peintre est également caractéristique. L'on retrouve, dit Müntz, dans ces tendres et délicates peintures, le type de la Vierge aux cheveux blonds flottants de l'école de Sienne, son Christ émanant des nuages et adoré par les anges et surtout les nimbes d'or à rayons et le coloris délicat de cette école poétique. »
« Les recherches sur le sculpteur François de Laurana et sur les monuments de Tarascon ne furent pas moins heureuses que celles sur Simone Martini. - Müntz montra que le nom de Laurana devait être attaché au tombeau de Jean da Cossa de Troja, sénéchal de Provence, qui avait quitté Naples pour suivre le roi René, » En 1884, Eug. Müntz avait publié, sous la direction et avec le concours du duc de Chaulnes, La Renaissance en Italie et en France à l'époque de Charles VIII ; cet ouvrage était un essai dans lequel l'auteur exposait ses vues et sa méthode sur une histoire de la Renaissance en France qu'il ne lui fut pas donné d'écrire ; il voulait montrer la pénétration de l'influence italienne en France et la combinaison des deux styles en un seul. Valentine de Milan avait importé en France, sous Charles VI, les élégances de la cour de Galéas Sforza, puis René d'Anjou (1438-1480) avait attiré auprès de lui l'humaniste François Philelphe et les sculpteurs Pierre de Milan et le Dalmate François de Laurana dont le séjour en France est signalé par des œuvres d'un style italien, comme le tombeau de Charles du Maine à la cathédrale du Mans et le retable de Saint-Didier en Avignon. Les relations avaient été continues entre l'Italie et la France sous Louis XI ; enfin, « Charles VIII, après son expédition de 1494, à laquelle avait pris part un historien connu, Philippe de Comines, avait ramené en France deux sculpteurs italiens : Guido Mazzoni et Paganino. Sous Louis XII, un véritable atelier permanent de sculpture italienne était établi à Paris. Pourtant Müntz reconnaissait qu'un grand peintre comme Jehan Foucquet avait pu échapper sous Louis XII, en partie du moins, à l'influence italienne ; mais Michel Colombe, qui n'avait pas franchi les Alpes, avait subi cette influence que l'on constate dans le tombeau de François II de Bretagne, à la cathédrale de Nantes : il en était de même de Simon du Mans, et, en architecture, les détails de l'ornementation italienne étaient venus se greffer sur le fond gothique des châteaux de Normandie, de Touraine et du Berry . » Tous ces travaux étaient autant d'enquêtes poursuivies en vue d'aboutir à une œuvre de synthèse qui présenterait l'Histoire de l'art pendant la Renaissance dans les divers pays de l'Europe. Trois volumes, consacrés à l'Italie, parurent en 1889, 1891, 1895, traitant en détail ce qui concerne les primitifs, l'âge d'or et la fin de la Renaissance : Michel-Ange, le Corrège, les Vénitiens. Depuis 1894, Müntz préparait mais les principaux musées de collections de l'Europe, in-fol., Paris, 1897.
« Certes les connaissances de Müntz ne pouvaient pas être universelles ; mais ses travaux sont pleins de détails inédits ou curieux ; il mit en lumière l'origine flamande de ces Arazzi déjà désignés comme tels dans la Chronique de Plaisance, en 1389, que les souverains italiens, tels que les d'Este de Ferrare, les Sforza de Milan, les papes comme Martin V et Pie II recherchèrent avant d'essayer d'acclimater en Italie les manufactures de tapisseries de haute lisse. Il nous fait suivre les voyages de ces ouvriers de la première moitié du XVe, partis des Flandres, souvent avec leurs familles, pour venir se fixer en Italie. On peut citer parmi eux un Giacomo d'Angelo et un Livino di Giglio de Bruges venus à Ferrare ; un Jacquet, fils de Benoit d'Arras à Sienne, la famille Birgière de Lille à Pérouse ; mais le premier de tous fut un Français : Jean, fils de Thomas, qui se fixa à Mantoue sous les Gonzague. Plus tard, au XVe et au XVIe, il montrait ces modestes ateliers effacés par les grandes manufactures de haute lisse de Florence, de Milan, de Rome, de Bologne, Pérouse, Todi, Urbin, Corregio, Vigerano, et, sous Léon X, l'industrie de la tapisserie se transformant pour devenir la servante de la peinture, mais provoquant ainsi l'exécution des admirables cartons d'un Raphaël ou d'un Jules Romain.
« Il faudrait encore suivre Müntz dans ses recherches sur le rôle joué par les tapisseries dans les fêtes des cours somptueuses des rois de France, d'Angleterre et des ducs de Bourgogne, ou sur l'origine de la grande manufacture de Mortlake, sous Jacques Ier d'Angleterre, ou sur celles des manufactures moins connues d'Allemagne, à Lanniger, à Frankenthal, à Trèves, à Munich, au XVe et au XVIe $. »
V. LES CURIOSITÉS. — Après la mosaïque et la tapisserie, la miniature avait séduit Eug. Müntz, mais sans le captiver ; il lui consacra de simples notes, ce qui n'était guère, de la part d'un homme qui déversait son admiration dans le format in-4 et in-folio. Cependant Müntz consacra un chapitre à la miniature irlandaise et anglo-saxonne au IX siècle, dans ses Études iconographiques et archéologiques sur le Moyen Age (1887).
Ce ne fut peut-être qu'un délassement pour Müntz que son mémoire sur La tiare pontificale du VIII* au XVIe. Dans ce mémoire, Müntz reprenait un sujet effleuré par L. Duchesne à propos de la culture du pape Silvestre ; il utilisait les mandats de paiement des tiare dans les inventaires conservés aux archives du Vatican, ainsi que les portraits des papes dans les bas-reliefs, les peintures, les dessins, les gravures, et notamment les peintures de Saint-Paul-hors-les-Murs.
Rappelons encore le mémoire sur Le musée de portraits de Paul Jove (1901) : on trouva la mention de plusieurs autres dans la bibliographie qui montre la curiosité de son esprit et l'étendue de ses recherches.
VI. LES BIOGRAPHIES. Eugène Müntz avait conquis une honorable notoriété. Son nom et sa prose tapissaient les revues, ses ouvrages soulevaient suffisamment d'éloges et de contradictions pour se faire connaître ; l'auteur aborda le port tranquille des biographies et commença sa carrière nouvelle avec l'histoire de Raphaël ‘Sanzio.
523 donna une édition nouvelle, entièrement refondue. Il existait, osera-t-on dire, une certaine affinité de tempérament entre Raphaël et son biographe qui appréciait le peintre merveilleusement doué et appréciait à sa valeur l’antiquaire zélé à qui fut adressé, le 27 août 1515, un bref pontifical, grâce auquel il eut désormais le droit de s'opposer à la destruction des marbres antiques qui porteraient des inscriptions. Cette mesure de prévoyance fut l'origine du premier recueil épigraphique publié par Mazochi, en 1521. Comme complément, Müntz donna, en 1883, Les historiens et les critiques de Raphaël (1483-1883). Essai bibliographique pour servir d'appendice à l'ouvrage de Passavant, avec un choix de documents inédits ou peu connus, dans la Bibliothèque internationale de l'art, 29 Léonard de Vinci, — C'est en 1899 que parut Léonard de Vinci, l'artiste, le penseur, le savant, qui rassemblait sous divers titres de chapitres des sujets traités depuis plusieurs années dans des articles dispersés dans les revues. Ici encore, Eug. Müntz avait poussé son enquête avec toute sa conscience, ayant réuni 150 volumes en brochures sur le héros dont il décrivait et suivait la vie errante à Milan, à Vienne, à Florence, à Rome, à Bologne et finalement en France.
Puis vient la troupe des maîtres qui mériteraient bien leur volume chacun, mais à qui l'auteur n'a que le loisir d'accorder un chapitre : fra Angelico, Giotto, Filarete, le Titien, et beaucoup d'autres.
VII. L'HUMANISME. — Une fois de plus, Müntz avait des admirations à exprimer et on sait qu'il avait l'admiration chaleureuse. L'humanisme n'avait pu le laisser indifférent. Pétrarque l'avait toujours intéressé ; en 1887, il donnait une note sur Pétrarque et Simone Martini, à propos du Virgile de l'Ambrosienne ; il avait fait connaître la maison de Pétrarque à Vaucluse et l'iconographie du traité De remediis utriusque fortunae aux XIVe, XVe et XVIes. Ces essais aboutirent en 1902 à un volume in-folio écrit en collaboration avec le prince d'Essling, avant pour titre : Pétrarque, ses études d'art, son influence sur les artistes, ses portraits et ceux de Laure, l'illustration de ses écrits, « Pétrarque seul parmi ses contemporains avait compris l'art du Moyen Age, en même temps que ceux de la Renaissance et de l'antiquité. Il renouvela par l'esprit chrétien des scènes antiques comme les Triomphes. Un art nouveau naquit de cette large conception de la beauté, et les œuvres auxquelles il donna naissance sont aussi variées que nombreuses ; ce sont des tableaux, des tapisseries, des bas-reliefs, des médailles. Müntz en a augmenté le nombre connu dans la proportion de 150 à 21 et montré cette influence de Pétrarque pénétrant en Allemagne et dans les Flandres 1, » VIII. L'ENSEIGNEMENT. — Eugène Müntz n'avait pas qu'une écritoire à sa disposition, il avait une tribune. En 1876, à son retour de Rome, il fut nommé sous-bibliothécaire à l'École des beaux-arts ; en 1878, à la mort d'Ernest Vinet, il devint bibliothécaire et conservateur des archives et collections de cette école. Pendant vingt-quatre ans, il dirigea les acquisitions de la bibliothèque des beaux-arts dans une voie absolument scientifique, d'après ce principe incontestable que nos bibliothèques publiques doivent fournir aux lecteurs appliqués les ouvrages trop coûteux pour figurer dans la librairie d'un professeur et, à plus forte raison, d'un élève.
A partir de 1884, Müntz avait suppléé Taine dans la chaire d'esthétique et d'histoire de l'art de l'École... des beaux-arts. La mort de l'illustre philosophe | (le 5 mars 1893) semblait lui assurer la succession du | poste qu'il occupait depuis neuf ans ; il avait compté | sans des compétitions qui triomphèrent de son mérite, « d que ne soutenait pas l'intrigue.
« Müntz aimait l'enseignement ; il saisit toutes les occasions de faire des conférences sur les sujets qui le passionnaient, soit à la faculté de théologie protestante de Paris, soit à l'École des sciences sociales, soit, vers la fin de sa vie, à l'université de Genève, où il traita de l'ennoblissement du culte par l'art et de la dignité de l'art religieux. Il publia, à cette occasion, deux articles sur le protestantisme et l'art, puis un autre sur l'art protestant contemporain en Suisse, Il aurait voulu que l'art devint le grand éducateur de la démocratie. En 1898, il écrivait : « Aux époques de déclin, l'art reçoit le contre-coup des mœurs publiques. et devient l'auxiliaire de la corruption ; dans la période ascendante d'une nation, il pousse aux suprêmes triomphes ; l'inspiration étant son essence même il se montre indolent, réfractaire même, vis-à-vis du mal, et seulement vivant et fécond lorsqu'il s'agit de favoriser la cause de la beauté et du progrès.
« L'expérience du passé nous apprend qu'une double mission incombe à l'art : il doit travailler à moraliser les contemporains et il doit léguer à la postérité des modèles destinés à éduquer à leur tour les générations les plus reculées. La conclusion qui se dégage, avec la dernière netteté, c'est que, là où la critique moderne ne voit qu'un délassement intellectuel à l'usage des classes supérieures, l'antiquité, le Moyen Age et, dans une certaine mesure aussi, la Renaissance, avaient reconnu un inappréciable facteur pédagogique, social, économique... Il est temps, il n'est que temps, que l'art intervienne de nouveau dans l'éducation du grand nombre ?, » * Ce goût de l'enseignement entraînait Müntz à accorder sa collaboration à une multitude de périodiques plus ou moins artistiques, parfois assez éphémères, qui lui permettaient d'atteindre le public et d'exercer son besoin de prosélytisme. La Grande encyclopédie, la Revue de l'art chrétien, l'Archivio storico italiano, la Revue critique, la Gazette des beaux-arts, les publications académiques lui servaient à exposer ses idées ou ses découvertes, Même on le rencontrait dans le Tour du monde, ce qui l'amenait à se reposer parfois à la Revue des Deux Mondes, à moins qu'il ne se contentât de l'hospitalité du Magasin pittoresque. Son nom servit à faire vivre quelque temps des entreprises de librairie condamnées à l'avance à mourir en bas âge, mais, pourvu qu'il exposât sa pensée et provoquât des sympathies, il se tenait pour satisfait de son effort et récompensé de sa fatigue.
IX. La mort. — Eugène Müntz avait vécu pour ses idées, pour l'art et avait écrit et publié infatigablement. Il avait aussi voyagé beaucoup, en Italie, dans le midi de la France, en Allemagne. Son nom était entouré d'une certaine notoriété soigneusement entretenue. Il appartenait à tout autant de sociétés, de comités, d'instituts et d'académies que la chose est nécessaire pour imposer le respect de sa personne et la conviction de sa valeur ; dans ce jardin de distinctions s'épanouissaient, parmi les palmes vertes, quelques décorations. On assure qu'il en était heureux ; c'est possible. Il avait préféré le célibat au mariage et vivait avec son frère.
Un jour, le 30 octobre 1902, alors qu'il écrivait un compte rendu sur un travail relatif à la tapisserie de Bayeux, il posa la plume, soupira longuement et avait remarqué depuis deux années environ - fatigue croissante et ils s'inquiétaient de sa maigreur, mais la production du critique demeurait si régulière, elle témoignait d'une si belle vigueur intellectuelle qu'ils voulaient se rassurer sur les suites de ce trop visible dépérissement. Ils savaient que, pour Müntz, “le travail était sa joie, non pas le travail égoïste et parfois stérile qui fait ressembler l'érudit au thésauriseur, mais celui qui a pour but immédiat la production, l'enseignement sous toutes ses formes, la distribution à pleine volée, en tous pays, en toutes langues, à toutes les variétés de public, des résultats de l'activité scientifique la plus ordonnée et la plus intense. Il n'y avait, pour Müntz, de jours mal employés que ceux où il n'apprenait rien ou n'enseignait rien. Son œuvre, dont la bibliographie permet d'apprécier l'ampleur, comprend des travaux de haute érudition, comme l'Art à la cour des papes, l'Histoire de la tapisserie, à côté de livres de vulgarisation savante Renaissance en Italie et en France, les Précurseurs de la Renaissance, la Toscane, la Tapisserie, Raphaël, Léonard de Vinci, d'un nombre considérable d'articles dispersés dans les revues, enfin et surtout cette grande Histoire de l’art pendant la Renaissance, immense répertoire de faits et d'idées où viendront puiser et s'instruire des générations de lecteurs, » « Les œuvres les meilleures, les plus utiles et respectables ont leurs imperfections ; à celle d'Eugène Müntz on pourrait reprocher une certaine absence de composition et de mise au point. Ce serait mal prendre sa défense que de le nier ; mais n'est-il pas juste de dire que la fragilité d'une existence dont il semble avoir pressenti la brièveté ne justifiait que trop la hâte que dénote son œuvre, Il aurait pu, son Raphaël en fait foi, présenter avec plus d'art un moins grand nombre de travaux plus mûris ; il a préféré nous faire part de toutes ses découvertes, En art, il aimait les œuvres soignées et savantes ; en histoire, il aimait surtout les documents. Hien, en effet, n'est plus éloquent pour ceux qui savent. Ayant donné au travail la dernière heure de sa vie, il a légué au public entier ses œuvres inachevées et le trésor de ses notes, voulant que rien de ce qu'il avait recueilli ne fût perdu pour la science et que chacun pût être juge de la loyauté de son travail ; en vertu de ses dernières volontés, tous ses manuscrits sont entrés à la Bibliothèque nationale ?. » Entre Eugène Müntz et Louis Courajod existait plus qu'un dissentiment d'idées, un dissentiment de jugements ; ils avaient chacun leur chapelle dont ils interdisaient l'accès au contradicteur comme ils auraient fait à un blasphémateur. « Courajod ne pouvait sentir Müntz, thuriféraire du génie italien, qui le lui rendait avec usure et disait : Quidquid boni, non novum, quidquid novi, non bonum ?. » Chacun était fanatique de la meilleure foi du monde. Müntz admirait la Renaissance, lui rendait un culte, la proclamait avec une conviction ardente l'institutrice de l'Europe moderne dans toutes les branches de l'activité humaine, et premièrement dans l'art. Sa souplesse d'esprit était presque infinie pour découvrir des considérations esthétiques, politiques, sociales, morales et religieuses qu'il tournait sans peine à faire la preuve que la Renaissance est le bien commun de toutes les nations modernes, et que l'honneur revient à l'Italie d'y avoir précédé le reste de l'Europe. Cette douce aberration l'enchantait, l'énivrait, l'aveuglait. Toute objection proposée au nom des magnificences de l'art français du xi° au xv° siècle, de sa prodigieuse architecture, de son inimitable sculpture venait s'évanouir devant l'affirmation intransigeante de cette intelligence qu'on croyait accueillante et qui n'était qu'obstinée. Le rêveur ne sortait plus de sa tour d'ivoire, à peine jetait-il parfois un regard de sa fenêtre et pour trouver des raisons plus fortes de tenir à son dogme esthétique. Mais cette ténacité n'allait pas sans apporter la souffrance avec elle. La nature très droite, la sensibilité très délicate d'Eugène Müntz lui procuraient d'amers froissements au contact des hommes et de la vie. Il ne s'y dérobait pas, même il faisait un effort méritoire pour surmonter sa déception et ne montrer que le plaisir qu'il éprouvait de se sentir aimé et compris. Mais il ne comprenait pas certains procédés désobligeants ni certaines contradictions blessantes, car il admettait qu'on discutât ses idées et qu'on critiquât ses travaux. Les livres de ses émules ne lui portaient pas ombrage. Il les lisait, la plume à la main, en extrayait tout ce qui pouvait être utile à la science, et leur vouait, dans son for intérieur, la reconnaissance la plus vive et la plus sincère. La joie avec laquelle il accueillait un nouveau venu et un nouveau volume dans les études d'art avait quelque chose de touchant : aux premiers, il prodiguait les trésors de son érudition même inédite, aux seconds, il accordait des articles d'une extrême courtoisie *.
^. BIBLIOGRAPHIE. — La bibliographie d'Eug. Müntz comprend environ cinq cents numéros ; nous n'en recueillons ici que ce qui a trait à nos études d'antiquité et d'archéologie chrétienne ; nous faisons suivre le numéro de classement de celui de la bibliographie générale. des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, Paris, 1877, fasc. 1, p. 225-269.
6[ 59]. Les anciennes basiliques et églises de Rome au XV° siècle, dans Revue archéologique, 1877, t. XXXIV, p. 18-39.
7 [74]. Notice sur un plan inédit de Rome au XV° siècle, dans Bull. et procès-verbaux de la Société des antiquaires de France, séance du 21 avril 1880.
8[ 76]. Raphaël archéologue et historien d'art, dans Gazette des beaux-arts, 1880, t. xxi, p. 307-318, 453-464.
9 [79]. La peinture et l'iconographie chrétiennes, dans Encyclopédie des sciences religieuses de Lichtenberger, réimprimé avec additions sous le titre : Études sur l'histoire de la peinture et de l'iconographie chrétiennes, in-8°, Paris, 1882 et 1886.
10[ 88]. Le musée du Capitole et les autres collections romaines à la fin du XV° siècle et au début du XVI° siècle avec un choix de documents inédits, dans Revue archéologique, 1882, p. 24-27.
1[ 91]. La peinture en mosaïque dans l'antiquité et au Moyen Âge d'après de récents travaux, dans Revue des Deux Mondes, 1er juillet 1882.
La fournaise, où les flammes prennent la forme de
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inférieur nous montre Jonas couché à l'ombre du cucurbite sur le dos du monstre marin, un ange qui l'appelle et ensuite la scène du prophète jeté à la mer où on voit un dauphin et trois poissons. La disposition générale rappelle celle des diptyques à cinq compartiments ; mais le style en diffère. Les figures sont sèches et anguleuses, les têtes petites offrent des caractères semblables. Le choix des sujets, empruntés pour la plupart aux évangiles apocryphes, fait penser à une influence palestinienne ; le caractère monumental de certaines représentations, par exemple la Vierge trônant de la plaque Crawford, rappelle les tendances de l'art syrien. Sans doute, dans l'ornementation, dans le costume, dans la physionomie, on retrouve des traits empruntés à l'art persan. Les membres grêles et disproportionnés au canon du corps humain, les yeux creusés au foret, afin sans doute de donner plus d'acuité au regard, sont dépourvus d'expression et rappellent dans leur fixité l'art des manuscrits syriaques. Certains traits sont visiblement même empruntés à l'art persan. Les autres monuments de la même série (peigne d'Antinoé, pyxide Basilewski, pyxides du Vatican, de Werden, de Rouen, du musée de Cluny ; volet de triptyque de la collection Golenischeff, feuillet de diptyque du British Museum représentant l'adoration des mages, -— Ctm d »à « E ES z z s p -——À —— — —— EI TUEEC X RO I a y : Pa rT RE GRR Terre € FTP apart MTS VE re De Ta générale, subsiste quelque chose de la plastique antique ; mais l'influence orientale y est plus fortement accusée que dans les monuments qui se groupent autour de la chaire de Maximien. À la tradition hellénistique pénétrée d'éléments syriens, succède ici un art d'origine exclusivement syrienne et palestinienne et en contact très proche avec l'art persan !. » Si on observe la scène principale on remarque le ciborium en forme de conque porté sur deux colonnes torsées que surmontent deux croix latines, Le Christ a le visage jeune ; il est assis sur un trône garni d'un coussin, une main sur la poitrine et faisant le geste de bénir avec deux doigts. Sous ses pieds un escabeau à pieds de bouc, à ses côtés les apôtres Pierre et Paul derrière lesquels se voient deux anges. Nous retrouvons ces particularités sur une plaque d'ivoire apportée du Caucase et entrée au musée des arts de l'Académie ukrainienne des sciences, à Kiev (fig. 8603) !. « La plaque est brisée en deux morceaux, recollés à la cassure. À gauche, il manque une bande étroite avec une partie de la figure d'un apôtre et en bas une partie de la composition inférieure. Le sommet du ciborium, à gauche, est également brisé. Cette plaque représente le Christ sur un trône entre les apôtres Pierre et Paul. Le Christ, jeune et imberbe, avec des cheveux courts et frisés, est assis sur un grand coussin, appuyant ses pieds sur un escabeau à pieds de bouc. Dans sa main gauche, il tient un rouleau, et, de sa droite, il bénit avec deux doigts. Les apôtres Pierre et Paul, debout des deux côtés du Christ et derrière lui, tiennent chacun de la main gauche un livre décoré d'une croix : quant à la main droite, ils la tiennent sur la poitrine, la paume tournée vers le spectateur. Derrière le Christ et les apôtres se dresse un ciborium en forme de coquille à côtes et, au sommet, un globe. Ce ciborium est soutenu par deux colonnettes torsées avec des chapiteaux corinthiens. La colonnette avec chapiteau, à gauche, est brisée. Sur les côtés du ciborium, dans les angles, se trouvent deux petites croix.
* Sous le trône, un registre inférieur est rempli par une composition très familière à l'art chrétien primitif et représentant l'apparition de l'étoile aux pasteurs, A droite du spectateur est figurée une hutte de berger couronnée d'une tige de roseau. Du troisième berger, à gauche, la moitié de la figure seule s'est conservée : derrière cette figure, à en juger par la disposition symétrique de la composition, devait s'élever une autre hutte. Les bergers ont les pieds posés sur une mince couche de terre, au-dessous de laquelle apparaît une bande étroite et mince formant l'encadrement inférieur, enrichie de feuilles indiquées en relief plat comme l'est aussi la bande supérieure.
Quand on a lu à peu près tout ce qui a été écrit sur l'évangéliaire de Murano et les compositions analogues, on s'étonne un peu d'apprendre que le groupe du Christ et des apôtres « n'a pas été étudié comme il convenait et [ que] sa signification dans les évangiles n'a pas été expliquée » Le Christ enseigne les hommes dans son Évangile et la couverture de Murano ainsi que le fragment de Kiev nous le représentent dans son auguste ministère, Depuis le V° siècle, on voit sur les bas-reliefs des sarcophages et sur les dernières fresques des catacombes le Christ assis, enseignant d'un geste doctoral et les apôtres levant la main, ce qui est le geste classique de l'acclamation et nullement celui de la surprise, lequel serait assez déplacé de leur part.
Ces plaques d'évangéliaires étaient, assez probablement, la spécialité d'un atelier qui, pour satisfaire sa clientèle, avait imaginé certaines variantes qui n'altéraient pas la symétrie d'ensemble. C'est ainsi que la plaque de Murano représente les trois Hébreux dans la fournaise et la plaque de Kiev montre trois bergers observant l'étoile, ce qui est une entorse donnée au récit évangélique puis que ce fut un ange qui les avertit et l'étoile fut réservée aux mages. La distraction est d'autant plus inexcusable que sur la plaque de Murano les trois Hébreux sont figurés avec un ange, ce qui eût balancé plus exactement la plaque de Kiev où un ange eût été mieux à sa place que l'étoile, Le musée de Berlin a acheté en 1905 une couverture d'évangéliaire à cinq compartiments qui se rattache au type que nous étudions ici. On y voit représenté le Christ entre les apôtres Pierre et Paul, à ce point identiques à la plaque de Kiev qu'on croirait les deux tablettes travaillées par le même ciseau ; on retrouve également l'escabeau à pieds de bouc. Enfin, la petite frise comporte également une scène qui est l'adoration de la croix par deux anges. Mais les ressemblances s'arrêtent là ; à la place du ciborium en forme de con que nous avons une arcade posée sur les chapiteaux corinthiens que soutiennent deux colonnes lorses. Une particularité à noter c'est qu'à Murano les deux apôtres sont doublés par deux anges que nous retrouvons sur la plaque de Berlin alors qu'ils manquent sur celle de Kiev.
Les trois monuments Murano, Kiev, Berlin, offrent une telle identité de style qu'on ne peut se soustraire à l'impression que ce sont les produits d'une même école, mais M. D. Aïnalov note des particularités qui indiquent les qualités et les méthodes d'un atelier bien déterminé. La plaque de Murano se fait remarquer par le travail anguleux, en outre les types des visages différent, la tête juvénile du Christ est allongée, les figures des apôtres sont représentées de façon si grossière qu'elles se dérobent à toute comparaison avec les plaques de Kiev et de Berlin où on trouve plus de souplesse, des formes moins dures, exprimées dans une technique moins fruste. S'ensuit-il que « le diptyque de Murano représente un art différent et une autre stylisation que les plaques de Kiev et de Berlin ? » Nullement, tout au plus un ouvrier moins en possession des secrets de son art.
Un autre monument encore se rattache à la plaque de Murano, c'est la plaque d'ivoire du British Museum ! offrant la représentation des mages et de la naissance du Christ sur la frise inférieure ; elle répète littéralement presque les représentations de ces mêmes scènes sur la plaque Crawford, laquelle appartient au plat inférieur de l'évangéliaire de Murano (fig. £604). Il faut cependant noter quelques différences significatives. Au lieu du ciborium en forme de con que qui se voit sur cette plaque, on trouve une arcade aplatie comme sur la plaque de Berlin, mais elle est gemmée et ne porte pas de feuilles d'acanthe comme la plaque berlinoise. La ressemblance des arcades s'accompagne d'une différence de style fort tranchée, « Le style de la plaque du British Museum est très loin du style de la plaque de Berlin et ressemble plutôt au style de la plaque Crawford ou aussi à celui de l'évangéliaire de Murano mais le dépasse encore par la médiocrité du modelé des figures. Cette différence de style empêche de prendre la plaque du British Museum pour une partie de la planche inférieure de cet évangéliaire, auquel appartenait la plaque du musée de Berlin, quoi que, sur les deux plaques, soit répétée la même forme d'arcade. » La plaque du British Museum est sortie d'une grande école dont les motifs ornementaux et les sujets courants du répertoire artistique reparaissent dans les monuments cités de Murano, de Kiev et de Berlin. Dans cette école, elle se rattache à la tendance représentée par Murano plutôt que par Kiev et par Berlin (fig. 8604).
Voici encore un monument qui se rattache à la série, c'est la plaque de la collection Ouvarov, provenant du Caucase, On y voit représentée la scène de l'annonciation et celle dite de l'épreuve des eaux amères. Les plaques de Kiev et de Berlin qui offrent entre elles une étroite parenté dans l'exécution de différents détails des figures. Ainsi, la main de Marie ouverte sur la poitrine et levée assez anguleusement, est absolument pareille, quant à l'exécution, aux mains de Pierre et de Paul sur la plaque de Kiev ; de plus, l'angle du bras levé est le même dans les deux cas. Le visage de Pierre sur la plaque de Kiev ressemble fort, comme type et comme exécution, à la tête du grand prêtre sur la plaque Ouvarov. Le visage poupin du Christ répond à celui de l'ange dans l'annonciation et de la Vierge dans l'épreuve des eaux de cette même plaque Ouvarov. Somme toute, la plaque de Kiev et la plaque Ouvarov appartiennent à un seul et même évangéliaire.
L'origine syro-palestinienne de tout ce groupe ressort éminemment de la particularité que nous offre la scène de l'étoile apparaissant aux bergers, que nous retrouvons sur d'autres monuments. Sur la pyxide de Werden comme sur la pyxide de Rouen Ceci est frappant surtout si on observe une portion de la plaque de Murano entrée dans la collection du comte G.-S Stroganov. Ici, l'ange Gabriel semble se jeter sur Marie et presque la menacer de sa main levée ; le grand prêtre qui fait boire le gobelet d'épreuve est également agité ; il en est de même pour l'ange et saint Joseph dans la fuite en Égypte (fig. 8606).
L'évangéliaire de Murano se distingue ainsi des l'étoile conduit les bergers, l'ange ne paraît pas. Sur la pyxide de Werden, seuls deux pasteurs indiquent l'étoile que leur camarade encore assis dans sa hutte n'a pas vue. Sur la plaque de Kiev pas d'ange, mais la disposition des figures des pasteurs est différente ; elle ressemble fort à leur attitude sur la pyxide de Rouen. A l'origine des deux compositions se trouve une même pensée dans le groupement et l'attitude des figures.
De tout ceci il ressort que l'iconographie primitive a connu une scène de l'apparition de l'étoile aux bergers. C'est cette scène que Choricius de Gaza avait vue, représentée en mosaïque, dans l'église de Saint-Serge à Gaza. Cette composition était groupée avec deux autres : les pasteurs écoutant la voix de l'ange et l'apparition de l'ange qui leur montre la crèche avec l'enfant. Les pasteurs suivant l'étoile formaient le troisième épisode.
H. LECLERCQ.
MURATORI (Louis-Antoine). — Quelqu'un a écrit que « les Disserfationes et les Annales [de Muratori] demeureront des monuments impérissables de l'esprit humain ? », et le jour où cette galéjade sera vérifiée, il ne restera plus qu'à effacer du nombre de le Discours de la méthode et l'Histoire des variations. Laissons à la postérité le soin de retenir les œuvres et de proclamer les noms de ceux qui ont fait honneur à l'esprit humain ; il s'en faut de tout que « dans le monde savant, la renommée de Louis-Antoine Muratori soit hors de pair * » ; grâce à des publications encombrantes et fautives, elle n'y est pas complètement oubliée.
De l'enfance et de l'adolescence on n'a rien retenu. L'enfant était né à Vignola, près de Modène, le 21 octobre 1672, de condition modeste ; on l'envoya au collège des jésuites de Modène où il apprit le latin et suffisamment de grec, esquiva les récréations afin de s'accorder la joie de faire des traductions italiennes et s'imposa la loi de ne dormir pas plus de sept heures.
Au cours de ces quatre années de collège (1685-1689), le jeune Muratori reçut la tonsure et les deux premiers ordres mineurs (17 janvier 1688). Alors ce fut la filière des examens et des doctorats : philosophie (1692), droit civil et droit canon (1694), théologie ; entre temps, après une courte hésitation, Muratori s'engageait dans les ordres, recevait le diaconat (18 septembre 1694) et le sacerdoce (24 septembre 1695). s'était lié avec un moine bénédictin, dom CE bibliothécaire du duc de Modène, qu'il rencontrait chaque jour et qui s'extasiait de ses dispositions au travail d'érudition. Dom Bacchini avait même réussi à faire entrer son protégé en qualité de docteur à la bibliothèque Ambrosienne (1695).
Accueilli dans cette maison depuis près de deux années (1695), Muratori avait préparé son début littéraire dont toute sa carrière pouvait dépendre. Dès 1697, il se trouvait en mesure de faire paraître un premier volume d'Anecdola quæ ex Ambrosianæ bibliothecæ . codicibus nunc primum eruil, notis ac disquisitionibus auget L. A. Muratorius. Un volume, petit in-49, consacré à saint Paulin de Nole dont il donne quatre poèmes inédits et garnis de vingt-deux dissertations relatives à divers points de détail concernant la vie, la famille et les relations du saint. Le volume se complète par un traité : De antiquo jure metropolitze Mediolanensis in episcopum Ticinensem (Pavie) qui n'a plus guère de lecteurs.
Comparés à tant d'autres recueils analogues publiés sous les noms de Spicilegium, Thesaurus, Anecdota, Analecta, et dont le mérite consistait dans la nouveauté des trouvailles, le recueil de Muratori n'offrait rien qui fût digne de forcer l'attention, mais il demeurait un témoignage honorable des connaissances et de l'application de l'auteur.
MURATORI (LOUIS-ANTOINE) 538
même pu soulever chez le duc de Modène une sorte de regret d'avoir perdu un aussi brillant sujet. On songea dés lors à le rapatrier, au vif déplaisir de Muratori qui, quoiqu'on en ait dit , n'était que trés légérement atteint de « la nostalgie de son pays natal » et qui opposa une Lenace résistance à la revendication de son souverain. Quitter la bibliothé que Ambrosienne pour aller s'ensevelir sous le titre de directeur dans la bibliothè que ducale de Modéne ressemblait si fort à une disgrâce que, bien loin de l'avoir sollicité, Muratori repoussait ce changement et, dans une lettre du 6 février 1700, s'opposait énergiquement aux prélentions du duc de Modéne, faisant valoir les exigen ces impérieuses de la préparation de ses futurs trav aux de littérature et d'érudition . Le prince voulait le confiner dans le service des archives ! Or il s'affirmait bibliothécaire et il ne lui convenait pas d'accepter une situation amoindrie, trés peu conforme à l'emploi qu'il avait fait jusqu'alors de ses moyens *. Muratori fit tant et si bien qu'on lui accorda une prolongation de séjour de plusieurs mois à Milan et, méme alors, il se mit à discuter non sans äpreté les conditions pécuniaires à lui faites dans sa position nouvelle, tant il tenait peu à.ce qu'il nommait sans ambages questa indorala calena ^, Ces négociations se prolongérent longtemps. Muratori avant tout à gagner à se faire désirer ; enfin, vers la fin de l'année 1700, l'accord fut fait. Au mois d'aoüt, il prit possession de la bibliothè que ef, en 1702, il reçut le gouvernement des archives, mais sans se faire auc une illusion sur ce qu'il v gagnait !!, Il ne faut pas omettre de dire que si l'érudit aux vastes entreprises est seul connu de nos jours, lui savait combien la dignité de son sacerdoce et les obligations qu'il impose à celui qui l'a recu l'emportent sur les disciplines littéraires et les recherches critiques. Le temps, d'ailleurs peu considérable, qu'il consacrait à de modestes charges ecclésiastiques ne lui parut ja mais dérobé à ses étu des. En 1711, on lui confia le poste de prieur et recteur de Sainte-Agnès, à Ferrare, qu'il fit administrer par un vicaire : en 1716, il devint prévôt de Santa Maria della Pomposa, il s'installa dans la maison prévôtale et s'acquitta en conscience de toutes les obligations. Bienfaisant, on le vit multiplier ses aumónes et vendre une partie de son argenterie ainsi qu'un collier, don de Char les VI, pour fournir la dot d'une je une fille à son entrée en religion. La fondation d'une société charitable, la création d'un mont-de-piété, sont plus connues que des œuvres plus héroïques comme la réception des pauvres qu'il invitait à sa propre table, la confession des pauvres qu'il ne consentait ja mais à abandonner, nonobstant une santé délicate qui lui imposait certains ménagements.
Installé à Modène en août 1700, à l'âge de 28 ans, Muratori devait y déployer pendant le demi-siécle qu'il vécut encore, une activité infatigable dans les direcLions les plus variées de l'érudition. Chose remarquable, c'est à cette épo que où il se trouve confiné dans un poste officiel, limité assez étroitement aux ressources d'une bibliothè que provinciale, que remontent ses plus vastes projets et ses plus audacieuses entreprises. Avant son départ de Milan, il ruminait déjà l'idée d'une collection de Rerum ilalicarum scriplores, à l'exemple de ce qui se pratiquait dans d'autres pays. et poussait à son exécution Apostolo Zeno de Venise !. Il avait rassemblé des matéri aux ' pour écrire un livre sur la liturgie ambrosienne ™ et s'engouait de l'idée 539 MURATORI d'un recueil d'inscriptions latines. C'est une véritable effervescence, un prurit de publication qui l'agite alors, Il s'acharne à obtenir la collaboration de ses amis, s'emploie à réchauffer leur zèle assez tiède et qui ressemble un peu parfois à la défiance ou à la lassitude. En 1704, il leur annonce, triomphant, qu'il a réuni près de trois mille piè ces, fournies en partie par le dépouillement des histoires particulières de beaucoup de vil les d'Italie t. En méme temps, il met la dernière main à des Anecdota graeca, qui ne devaient paraître qu'en 1709 et s'appli que à des trav aux de pure criti que littéraire. Son ami intime, Carlo Maria Maggi, secréLaire du sénat de Milan et « prince des poétes italiens de son temps » comme il l'appelle ?, meurt en avril 1699. Aussitót Muratori forme le dessein d'écrire sa vie et de publier ses œuvres, car pres que tout se tourne et aboutit chez lui à des volumes. En effet, l'année suivante, Carlo Maria est dûment célébré en cinq volumes de format in-12 ; ce qui est pres que modeste, Dès son arrivée à Modéne, Muratori aurait souhaité vivement de poursuivre ses trav aux d'érudition ecclésiasti que. Mais les ouvrages de fond manquaient. Et tandis qu'il s'efforcait, gráce à ses relations, de combler un peu les vi des, en négociant d'heureux échanges de doub les, la guerre de la succession d'Espagne éclata en Lombardie. Force lui fut done de renoncer provisoirement à ses étu des de prédilection et de se rabattre sur des sujets de littérature exigeant moins de recherches et de secours de livres. C'est alors qu'il composa ses deux volumes : Della perfetta poesia italiana, tant pour se distraire du tumulte des armes que pour préserver le bon goût de ses compatriotes. La correspondance de Muratori nous montre avec quelle ardeur il étendait ses informations et provoquait la criti que de ceux qui avaient le droit de se faire écouter. Avant d'être livré à l'impression, son manuscrit circula entre les mains des plus habi les et les observations que lui adressa l'abbé Antoine-Marie Salvini de Florence lui parurent si doctes et si judicieuses qu'il lui proposa de les joindre en appendice à son propre ouvrage ?. A ceux qui voudraient connaître en raccourci l'appréciation portée par Muratori sur les diverses pério des de la littérature italienne, il faut recommander la lecture de la lettre pcrrv. Ils y apprendront cette énormité que lérudit modénais mettait les xvi* et xvie sièc les italiens bien au-dessus du frecenlo, et il se déclarait prêt à soutenir devant l'Académie della Crusca, son sentiment.
(LOUIS-ANTOINE)
40 En 1740, le président de Brosses, continuateur el restaurateur de Salluste, vovageait en Italie avec La Curne de Sainte-Palaye, celui-ci fervent admirateur du Moyen Age francais et impatient de faire connaissance avec je ne sais quel recueil de vieux jongleurs provenc aux.
« L'heure de notre diner faisant une lac une dans notre journée, écrit de Brosses, nous la donnámes à la bibliothè que et à Muratori. Nous lrouvámes ce bon vieillard avec ses quatre cheveux blancs et sa tête chauve, travaillant, malgré le froid extréme, sans feu el nu-téte dans cette galerie glaciale, au milieu d'un Las d'antiquités ou plutót de vieilleries italiennes ; car, en vérité, je ne puis me résoudre à donner le nom d' : antiquités » à tout ce qui concerne ces vilains sièc les d'ignorance. Je n'imagine pas que, hormis la théologie polémi que, il y ait rien d'aussi rebutant que cette étude ; il est heureux que des gens veuillent s'y adonner, et je loue fort les De Cange et Muratori qui, se dévouant comme Curtius, se sont précipités dans ce gouffre ; mais je serai peu curieux de les imiter. Sainte-Palaye, au contraire, s'extasiait de voir ensemble tant de paperasses du x siècle , » « Vieilleries italiennes », le mot est expressif et juste, mais il faut soustraire à son dédain cette pièce fameuse, ce « fragment » qui a plus fait pour conserver le nom de Muratori que la centaine de volumes qui portent son nom.
Dés son arrivée à Modéne, en 1703, on l'avait vu publier : Z primi disegni della republica litteraria d'Italia rubati el segrelo e donali alla curiosità degli altri eruditi da Lamindo Prilanio(car Muratori eut cette faiblesse de faire grand usage des pseudonymes), in-8^, Venezia, C'était une sorte de projet de réforme des habitu des littéraires auquel il revint plusieurs fois, notamment dans des Riflessioni sopra il buon Gusto : Eta É Lutte a à DC mP á J * DN. e : MMC K———É—PCE PR I mE EPOR Ir i eee »541 intorno le scienze e le arli, in-8v, Venezia, 1708 et Napoli, 1715. Tout ceci ne compte guére et on peut en dire tout autant du bagage philosophi que. Nous n'avons à parler ici que de ce qui se rapporte à l'érudition ecclésiasti que.
MURATORI (LOUIS-ANTOINE) 549
texte appelé aujour d'hui Muratorianum (voir ce mot).
Sur les Anfiquilafes ifalicæ, on peut consulter les Acta eruditorum, 1741, p. 1-12, 241-254 ; 1742, p. 625635 ; 1745, p. 433-448 ; Journal des scavans, t. CXXVI, p. 4328-344, 489-510, 541 ; t. CXXVII, p. 244-258, 435453 ; t. CXXVIN, p. 487-509 ; t. CXXIX, p. 33-50, 39 Annali d'Italia dal principio dell era cristiana sino al anno 1749. 12 vol. in-1e, Mediolani (c'est-à-dire Venise), 1744-1749.
4 » De la vaste correspondance de Muratori, ce qu'on en a retrouvé et publié contient plus de six mille lettres qui nous le montrent en relations littéraires avec un grand nombre de personnages qui se communiquaient libéralement leurs trouvail les et méme les trouvail les d'autrui. Cela lui suggéra la pensée — on pourrait dire la tentation — de mettre ces amis en réquisition pour composer un recueil d'inscriptions. Ceux-ci ne manquaient pas (voir Diclionn., t. wi au mot INSCRIPTIONS [Recueils d']|), mais leur imperfection était si manifeste que tout en la déplorant on devait y recourir. | 049 ses notes préparatoires eL celui-ci se jeta sur cette matière avec son universelle compétence. Les trois sacramentaires édités par Tommasi firent le fond de sa publication, il v ajouta les missels gothi que, des francs, gallican et gallican ancien avec deux ordines romani édités par Mabillon. En tête, une préface sur l'ancienne liturgie comparée aux liturgies des Églises d'Orient et d'Occident, ce qui lui attira une riposte de J.-A. Ernst, An£limuratorium sive confulationem muratorianæ dispulalionis de rebus liturgicis ad Salomonem Deylingium, in-8 ?, Lipsiæ, 1755.
L'édition est faite avec le sans-géne que Muratori apporte à toutes ses publications de textes ; il se sert de deux manuscrits du Vatican pour l'édition du sacramentaire grégorien, le Heg. 337 et l'Offob. 313, tous deux probablement antérieurs à 850. Muratori adopte tantót l'un, tantót l'autre et ne s'interdit méme pas les distractions dans l'ordre des messes. C'est ainsi que le contenu des col. 241-272 de son édition doit étre transporté aprés la col. 138. Puis le contenu des col. 357-361 devrait venir aprés la col. 6. La préface Hucus que est donnée en note col. 272 et n'est, du reste, pas à sa vraie place. Au reste, la Lilurgia romana vetus est aujour d'hui passée au rang des fossi les, tous ou pres que tous les textes qu'elle contient ont fait l'objet de nouvel les et définitives éditions.
Muratori provoqua par d'autres publications, dont l'analyse a été présentée ailleurs !, des controverses violentes en matière théologi que sur des questions fort sensib les, ce qui lui attira des ennemis acharnés et des dénonciations venimeuses, ordinaire rançon promise à ceux qui s'efforcent de garder une attitude scientifi que et modérée, Une phrase, écrite par le pape Benoit XIV à l'inquisiteur général d'Espagne, lui fut communiquée ; le vieillard, pres que octogénaire, s'en aflligea et s'adressa directement au pontife lui demandant des précisions à l'aide desquel les il corrigerait ce qu'on lui reprochait (17 sept. 1748). Benoit XIV consola, expliqua, s'excusa pres que. La lettre à l'inquisiteur aurait dü rester secréte et, d'ailleurs, il reprochait des affirmations touchant « la juridiction temporelle du pape dans ses états », ce qui n'est pas matière de dogme ni de morale (25 sept. 1748). | L'année suivante, la vieillesse se fit Iourdement sentir ; le 25 novembre 1749. Muratori fit une confession générale de sa vie ; des souffran ces très gran des ne lui laissaient plus de repos, à ce point qu'il perdit complétement la vue ; le 23 janvier 1751 il rendit l'âme.
MURATORI (LOUIS-ANTOINE) —
notice de l'inventaire de 1461 :96 || Grisostomi de diversis rebus || Eiusdem de reparatione lapsi . Les gardes intérieures, au commencement et à la fin, deux au commencement, une à la fin, sont en parchemin ; la seconde du commencement et celle de la fin portent de l'écriture lombarde cursive du xvi siècle, avec, sur le feuillet final de l'écriture caroline de différentes mains du ix-x siècle, Tant au commencement qu'à la fin, on a ajouté d'autres feuillets. Sur le premier feuillet l'indication 7 101 sup. au verso, après un début de l'index d'Olgiali. cette note autographe : Quedam er his edita sunt inler opera S. Eucherii Lugdunensis episcopi. L. Muratorius. A droite, et d'une écriture Anno 1506, Antonio Olgialo eiusdem Ambros.æ biblio{h.æ, quam primus omnium (tractavit, praefecto.
Au verso du même feuillet, un sommaire détaillé et exact du contenu, par Felice Monti, seripfor de l'Ambrosienne. do F. 10a, quibus tamen inlerfuil ; fol. 11a, calafrycum constilulorem, c'est le Canon dit de Muralori.
- E W. lreix a4 To - ct d'une seule main, sauf pour les corrections et quel- — ques légères additions. Le seul feuillet 19a est écrit sur deux colonnes séparées par un trait rouge.
|. WU
— qui parait devoir étre un catholi que orthodoxe du — v ou du vi siècle ; on a supposé qu'il était moine à 5 e CHRÉT. go Jbid., Incipit de reparationem lapsi. Quis dabit | | presbytero, qui 546 raison de la présence dans le recueil du De reparatione lapsi de saint Jean Chrysostome à un ami, apostat de l'état monasti que.
II. L'AUTEUR DU RECUEIL. — Dom J. Chapman en conclut que le recueil a eu pour auteur « quel que disciple de Cassiodore au monastère de Vivarium ! s, L'étude était en honneur dans ce monastère et principalement l'étude de l'Écriture. Dans ses Institutiones divinarum litterarum, Cassiodore avait tracé l'esquisse d'un cours d' Écriture sainte ; il y énumérait les meilleurs commentaires et la préparation indispensable. En outre, il existe une relation assez marquée entre le contenu du manuscrit 7 707 sup. et les recommandations de l'abbé de Vivarium.
1« Celui-ci a pris soin de recommander les deux livres de saint Eucher (Institut, x) :...Eucherium et »Junilium...
2 Il recommande également le De Abraham de saint Ambroise ( nstitul., 111) :...ilem Ambrosius de | Patriarchis...
3^ Le fragment anonyme d'un commentaire sur saint Matthieu pourrait appartenir au commentaire de saint Victorin de Pettau sur saint Matthieu, de quo el Victorinus ex oralore * episcopus nonnulla disseruit ( Instifut., vir) ; ce livre se trouvait donc à Vivarium.
C'est tout et cela n'emporte pas la conviction ; la conjecture reste intéressante.
Quand l'I est employé au commencement d'un mot, il a généralement la forme de I long ; deux fois cet I est employé dans le corps d'un mot (lignes 11 et 43). Pour la ponctuation, on emploie le point tout seul, ou bien au-dessus de la ligne (ligne 1, 7...) ou bien sur la ligne (lignes 9, 26, 32, 51, 80, 81, 82). En fait d'abréviation, on ne fait usage que d'un petit trait sur la vocale finale d'un mot pour indiquer l'omission de la lettre m. En outre, nous trouvons les sig les indiqués dans les nomina sacra : Christus (ligne 3, 45), dominus (ligne 6, 33), episcopus (ligne 10, 76), spiritus (ligne 19), sanclus (ligne 63). La coupure e des mots en fin de ligne est arbitraire et échappe à toute régle ; d'ailleurs, les
A. — XII — 18.
347 mots sont joints dans le cours d'une méme ligne ; prépositions et conjonctions ne sont pas distinctes du mot qui les suit. Les corrections sont faites au moven de ratures (lignes 6, 14, 25, 44, 45, 49...), ou avec une ligne transversale qui indi que qu'on a voulu effacer la lettre ainsi désignée (lignes 1,2, 7, 66), ou encore par l'addition de lettres ou de syllabes au-dessus de la ligne (lignes 2, 3, 6, 7, 16, 19, 25, 32, 50...), ou par un changement de lettre (lignes 14, 24, 38, 51, 60, 79, 81) ; tout ceci est l'ouvrage du copiste lui-même ou d'un correcteur contemporain ou à peine postérieur.
Les fautes contre l'orthographe sont sans nombre. En ce qui regarde les voca les nous relevons : a pour y, 71 apocalapse ; — æ pour a ? 43, callælis ; — æ pour e, 76 æclesiæ, 49 semptsem (corrigé) ; e pour z, 25 preclarum, 40, 41, 42, 62, 63, 65, 68. Bos fois pour æ on trouve e caudé, 29, 42 ; — io pour æ ? ` 68 superscripiio ; — e pour a, 37 semote pour semota ; — e pour o, 35 obfime theopile ; ei pour i, 51 mitiadeis ; — e pour i : 6 concribsel, 8 incipet, 9 (22) decipolis, 34 profeletur, 42 corintheis, 46 prolexius, 47 desputari, 49 nomenatim, 50 (54) corenthios, 57 deffusa, denoscitur, 58 apocalebsy, 63 descepline, 64 laudecenses, 66 recepi, 82 recipemus ; — i pour e : 9, 15, 57 Johannis, 16 discriberet, licit ; 16 dispeclus, 36 conprindil, 42 heresis, 51 philippinses, 52 colosensis, 53 tensaolecinsis ; corrigé ligne 51 ; j : 14 recogniscentibus ; — o pour u : 2 lerlio, secundo, 4 eo, 9 decipolis, 26 foturum, 46 sincolis, 57 seconda, 61 affecto, 84 assianom ; — u pour o : 32 pisurem ; 24 dispeclus ( ?), 25 secundum ( ?), 26 preclarum ( ? ), 79 completum ( ?), corrigé lignes 35, 48 ; — y pour i : 42 scysmæ, 60 fymotheum.
Fausses désinen ces de cas spécialement en rapport à l'm final : 2 tertio, secundo, 4 eo, 29 semeipsu, circumcisione, 43 ordine, 59, 60 una ( ?) ; et en sens contraire : 37 passionem, 38 profectionem, 25 secundum, 26 preclarum ( ?), 79 completum ( ?) ; 35 obtime theofile ; 60 ( ?) 69 duas, 24 dispectus, 71 apocalapse.
Échange de consonnes : b pour p : ligne 6 coneribsel, 35 scri bla, oblime, 55 correbtione, 58 appcalebsy ; p pour b : 78 puplicare ; ad pour a ou ab : 8, 47 ad ; et en sens contraire : 50 a corenthios ; € pour g : 16 sínculis, 28 (46) sincula, 43 (52) callælis, 68 concruil, 85 cata- [rycum ; c pour p : 68 superscrictio ; i pour d : 60 at litum, 76 cathetra ; peut-être 32 sed (se et).
Consonnes omises : s : 6 concribsel, 9 (22) decipolis, corrigé 3, 25, 85 ; c : 15 cuntis (16 cuncia, corrigé), 61 eclesiæ, 62 eclesiaslice ; h : 11 odie, 42 scysmæ, 53 fensaolenecinsis (54 corrigé) ; 1 :81 miliadeis ( ?) ; t +29 semeipsu ; simple pour double : 7 ase qui, 52 colosensis ; 61, 66, 73, 76, 78 eclesia, 71 Johanis.
Consonnes ajoulées : doublées : 84 Assianom, 13 ennarremus, 43 callætis ; h : GG chatholica (corrigé) ; et enfin ce qu'on pourrait déjà nommer des « mastic » : 13 deincepsb ( ?), 43 callætis ( ?), 49 semplæm, 53 tensaolencinsis, 54 thesaolecensibus, 81 Arsinoi.
Tout cela ne vient pas de l'original ; le copiste y a mis sa bonne part et la preuve s'en trouve dans le fait que les mémes erreurs se retrouvent dans le passage de saint Ambroise qui fait suite immédiatement au canon ; or nul ne songera à imputer un semblable jargon à l’évê que de Milan. Il se pourrait que plusieurs copistes successifs aient collaboré pour aboutir à un tel résultat ; ou bien que la transcription ait été faite sous la dictée par un copiste qui ne comprenait pas la langue qu'il écrivait.
Telle est cette piéce célébre dont, à raison méme de l'importance et de l'état de conservation du texte, il semble nécessaire de donner une idée d'ensemble avant d'aborder le texte lui-même.
548 IV. L'ARGUMENT. — L'auteur a eu l'intention de dresser un catalogue des Livres saints qui entrent dans la composition du Nouveau Testament et d'établir entre eux et les livres apocryphes ou non apostoliques une distinction bien nette. Cela lui est une occasion d'entrer dans quelques précisions touchant l'origine des écrits apostoliques dont il défend à l'occasion l'autorité et justifie l'exclusion des apocryphes.
Les évangi les se présentaient alors dans le méme ordre qu'ils ont toujours conservé depuis ; la notice de saint Matthieu fait défaut, il ne reste que la ligne finale de la notice sur saint Marc, c'est elle qui ouvre le document. L'évangile de saint Luc est expressément désigné comme le troisiéme. Le quatriéme évangile est l'œuvre de Jean, « un des discip les ». Le récit relatif à la composition de cet évangile n'est pas d'origine canoni que, il a été puisé dans quel que tradition légendaire. On insiste sur ce que Jean, dans l'évangile et la Ir* épitre qui porte son nom, se donne E comme témoin des faits qu'il rapporte. L'auteur nous avertit qu'il n'existe entre les évangi les que des différen ces extérieures et non des contradictions formel les. Cha que évangéliste a son point de départ, mais l'un compléte l'autre ; l'euvre totale est du Saint-Esprit.
Saint Luc a rédigé « dans un seul livre les Actes de tous les apôtres » ; mais il n'a pas raconté les faits dont il n'avait pas été témoin. L'auteur semble vouloir dire que Luc n'a pas raconté le martyre de Pierre nile voyage de Paul en Espagne, parce kn n'avait pas été témoin de ces faits.
Parmi les épitres de saint Paul, les deux aux Corinthiens sont présentées comme les plus anciennes. L'auteur indi que sommairement leur objet, puis celui de l'épitre aux Romains. Paul, dit-il, a écrit à sept Églises, comme saint Jean dans l'Apocalypse ; mais, en s'adressant à cel les-ci, il parlait pour étre entendu de l'Église universelle. Il y a donc sept épitres qui se suivent dans cet ordre : Corinthiens, Éphésiens, Philippiens, Colossiens, Galates, Thessaloniciens. Romains. Deux de ces épitres sont doub les, à savoir l'épitre aux Gorinthiens et l'épitre aux Thessaloniciens. Viennent ensuite les lettres adressées à des particuliers : l'épitre à Philémon, l'épitre à Tite, les deux à Timothée. Bien que destinées d'abord à des individus, el les ne laissent pas de régler 1a discipline générale de l'Église. La collection paulinienne compte done treize épitres. Il y a bien encore deux lettres qui circulent sous le nom de Paul et qui sont adressées l'une aux Laodicéens, l'autre aux Alexandrins ; mais ce sont, nous dit-on, des documents favorab les à l'hérésie marcionite. Il n'est fait auc une mention de l'épitre aux Hébreux.
Viennent ensuite les épitres catholiques, à savoir celle de Jude et les deux de Jean. Dans la notice concernant l'évangile de saint Jean on fait mention de sa Ir épitre ; il est probable qu'ici on vise les deux dernières. L'auteur mentionne à la suite la Sagesse de Salomon dont il ne nomme pas lauteur ?, Lie l'épitre de Jacques il n'est pas question.
Dans ce qui suit, la phrase est incorrecte et il se peut que l'auteur veuille dire que l'Église à laquelle il appartient accepte deux Apocalvpses, celle de Jean et celle de Pierre, cette dernière étant néanmoins contestée par plusieurs. On ne trouve pas ailleurs la mention d'une Apocalypse de Pierre dans le canon de l'Église de Rome ou de l'Église d'Afri que et si elle y est entrée une fois on se demande comment elle a disparu sans laisser auc une trace. Il se pourrait que les mots « et de Pierre seulement » soient un reste des indide Philon : le traducteur aura changé vno Pihwvog en vro 2f)mvaotoU.
RAT et RE re rs Qf) xod NO tam — XS — cations relatives aux épitres de saint Pierre, Peut-être = lisait-on dans l'original : « L'épitre de Jude, les deux — épitres qui portent le nom de Jean, et une de Pierre - seulement sont reçues dans l’Église catholi que... — Nous recevons aussi l'Apocalypse de Jean, bien que —— quelques-unes des nôtres ne veuillent pas qu'elle soit —— Que dans l'Église. » Il y aurait dans cette finale une allu- — sion directe à l'opinion qui a été soutenue par Caius touchant l'origine de l'Apocalypse.
« Le Pasteur a été écrit tout récemment et de notre temps, dans la ville de Rome, par Hermas lors que son frère Pie occupait la chaire épiscopale : et pour ce motif, bien qu'on doive le lire, on ne doit pas l'employer, dans les réunions publiques de la communauté, avec les prophètes, dont le nombre est clos, ni avec les apôtres, à la fin des temps. » -. Les dernières lignes du fragment contiennent la mention d'écrits hérétiques et qui doivent être absolument rejetés, — V. LE TEXTE. — Nous donnons d'abord le texte d'après le cliché photographique avec les notes que Ceriani, préfet de l'Ambrosienne, avait ajoutées au fac-similé de Tregelles et qui ont été publiées par Westcott et par Ritter, ces dernières se distinguent par la présence d'une astérisque. er opinione concriPsel dnm lamen nec I pse duidit In carne El ide pro« ase qui potuit : Ita et ad natiuitate Iohannis Incipel dicere quarti euangeliorum. lohannis ex decipolis cohortantibus condescipulis el eps suis dixit con Ieiunale mihi odie triduo el quid cui que fueril reuelatum alterutrum nobis ennarremus eadem nocte reue lalum andreae ex apostolis ul recognis centibus cuntis Johannis suo nomine cunla discriberet et ideo licit uaria sin culis euangeliorum libris principia doceantur nihil tamen differt creden tium f'edei cum uno ac principali spu de clarala sinl In omnibus omnia de natiui tate de passione de resurrectione de conuersalione eum decipulis suis ac de gemino eius aduentu Primo In humililale dispeclus quod fo il secundum polelale regali pis pre ciarum quod foturum est quid ergo mirum si lohannes lam constanter sincula elia In epistulis suis proferam dicens In semeipsu que uidimus oculis noslris el auribus audiuimus el manus nostrae palpauerunt haec scripsimus bis ^ic enim non solum, uisurem sed » auditorem. Sed el scriplore omnium mirabiliu dni per ordi nem profeletur Acla aule omniu apostolorum Sub uno libro scribla sunt lucas obtime theofi le conprindit quia sub praesentia eius singula gerebantur Siculi el semole passione petri euidenter declarat Sed* profectione pauli ad ur bes ad spania proficescentis Epistulae autem pauli quae a quo loco vel qua ex causa directe sint volentalibus Inlellegere Ipse declaran ! Primu omnium corintheis scysme heresis In lerdicens deInceps B callaelis circumcisione Romanis aule ornidine scripturarum sed el principium earum...esse Xom Inlimans prolexius scripsit de quibus sincolis ne ces 550 se esl ad nobis despulari Cum ipse bealus apostolus paulus sequens prodecessuris soi lohannis ordine nonnisi nomenali semplae ecclesie !ls seribat ordine lali À corenthios prima ad efesius seconda ad philippinses ler lia ad colosensis quarta ad calatas quin la ad lensaolenecinsis sexta ad romanus ligne 2. T initiale nigrum (cetera omnia rubra*). secando. Post c. punctum : a rubrum, sed litera repraesentam, atramento, manu dubia. l. 3. ascensum. s superpositam manu dubia yp : super i lineola evanide prima manu yo : du : lineolæ probabiliter ex una, quie crassiores haberet extremitates. l. 4. Post studiosum : nullum punctum, sed foramen pro directione scripture. l. 6. concripset. B prima manu sed ductus inferior erasus ut apparet... et effectus P. l. 7. d Lineola videtur prima manu. — prounl. ui prima manu. l. 8. nativitate, primum a evanuit quidem sed nil passum est. l. 9. Post euangeliorum punctum rubrum.
Ce sont là des questions de moindre importance, en comparaison de ce qui concerne l'original ; ici encore l'entente n'est pas faite.
Cet original est latin, soutenaient Wieseler, Hesse, | Stekoven et A. von Harnack ; non pas, il est en sermo vulgaris affirmait Volkmar ; tandis que Caspari y voyait la traduction latine d'un texte grec. C'était l'opinion de Muratori et de De Magistris et, après eux, d'une quantité respectable de savants, de philologues | et d'amateurs, parmi lesquels il est encore permis de rappeler les noms de Lagarde, Hilgenfeld, Tregelles, Westcott, Lightfoot, Zahn, Kuhn et Pierre Batiffol.
Si le fragment fut écrit, comme on a lieu de le croire et comme on peut le soutenir, aux environs de l'an 200, on aurait lieu de s'étonner qu'à cette date, alors que toute la production littéraire chrétienne était en langue grecque, ce seul morceau fût en latin ! ; d'autant que ce latin est plutôt tardif, par exemple le mot prædecessor (ligne 48) qu'on ne rencontre guère avant le IVe *. Si on admet que toutes les fautes d'orthographe ne sont pas imputables au copiste et que certaines particularités indiquent une traduction d'une latinité déjà corrompue, ou bien si on accable le copiste sous cette multitude de fautes, on aboutit, dans les deux cas, à un original tombé entre les mains de gens incapables de le comprendre et de le traduire.
Ce qui semble plus vraisemblable, c'est l'original grec massacré par des traducteurs latins.
Mais quand ? Ici il n'est plus possible de s'entendre. On a beau promener cette traduction en Gaule au Ve et lui chercher des analogies dans la Peregrinatio Etheriae, ou bien la faire sortir d'un milieu ecclésiastique du VIe et même du IVe , on est en pleine fantaisie. Il est tout aussi arbitraire d'attirer ce morceau du côté de Vivarium et d'en donner la paternité à Cassiodore , Ce qu'on peut retenir comme offrant une vraisemblance, c'est l'existence d'un original grec du début du IIe, traduit en latin au Ve ou au VIe et copié au VIIIe environ par un scribe d'une ignorance extrême qui écrivait sous la dictée d'un lecteur dont il comprenait à peine le langage et l'interprétait à sa façon.
En ce qui concerne la date, personne ne peut s'aventurer à proposer un millésime précis, mais on peut signaler une sorte d'accord existant entre Gregory qui parle des environs de l'an 170 ; Volkmar de 180-190 ; Kuhn entre 180 et 210 ; Bardenhewer vers 200 et Th. Zahn aux environs de 210.
L'auteur de ce fragment nous fournit une indication quand il écrit : Pastorem vero nuperrime temporibus nostris in urbe Roma Herma conscripsit, sedente cathedra urbis Rome ecclesi Pio episcopo fratre ejus. Le pontificat de Pie Ier nous reporte au synchronisme 138-154. C'est à raison des circonstances et pour ébranler son autorité que l'auteur insiste sur la date récente du Pasteur d'Hermas (voir ce nom). Le fait d'être récent lui parait enlever quelque chose au crédit d'un livre, mais pour s'exprimer comme il le fait, il suffit que l'auteur anonyme du fragment soit né un peu avant le pontificat de Pie.
Le fragment a une saveur antimontaniste bien marquée ; or, à Carthage, la rupture entre catholiques et montanistes remontait à la période 202-206, et à Rome c'est dès le pontificat de Zéphirin (199-216) que le dissentiment était affirmé. La question du Pasteur traitée dans le fragment (lignes 77-80) nous reporte également à l'époque de la rupture entre l'Église chrétienne et le montanisme. Et tout ceci nous ramène encore aux environs du changement De.
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Ce n'est cependant pas faute d'avoir présenté des candidats ; mais l'effort est d'autant plus vain que toute l'ancienne littérature chrétienne semble avoir ignoré le document. Les propositions ne s'affirment dés lors que sur des conjectures et des préféren ces personnel les. Muratori a palroné Caius, Simon de Magistris a parlé de Papias, Bunsen a présenté HégéSippe, d'autres ont eu chacun leur favori : Hhodon, Méliton de Sar des et Philon. Ce n'est pas tout ; on a vu défiler Polyerate d'Éphèse et Clément d'Alexandrie ; comme bien on pense, Hippolyte devait étre de la fête et c'est peut-être encore celui qui aurait les chan ces les plus sérieuses.
VII. L'AVTEUR. — Mais Hippolyte n'a duré qu'un moment ! Il avait groupé des parti sans et non des moindres : Lightfoot, Th. Robinson, Zahn, Bonwetsch qui, tous ensemble, avaient présenté neuf arguments en faveur de leur candidat. Survint A. von Harnack qui pulvérisa les arguments et renvoya piteusement leurs défenseurs. Selon lui rien n'était plus douteux que le canon eût été écrit en grec ; mais ce qui ne l'était pas, c'est que ce füt un texte officiel élaboré à l'usage de toute la chrétienté et proposé à celle-ci par l'Église de Rome. Par conséquent, « il faudra donc désor mais évaluer plus haut qu'on ne le fait jusqu'à présent la part de l'évé que de Rome dans la création, respectivement la détermination du Nouveau Testament ».
MURATORIANUM O0
quidem peremplorium. Celui du pape Victor dans l'affaire des Quartodécimans ne fut sans doute pas moins ferme. Il semble qu'un pape sûr de son autorité n'aurait pas dit des livres qu'il exclut : recipi non potest, ce qui suppose la conviction, mais recipi non debet, ce qui mar que l'obligation !.
Parmi les arguments apportés en faveur d'Hippolyte, il s'en trouve au moins un qui est frappant : c'est le rapprochement entre les sept lettres aux Églises de l'Apocalypse et les sept lettres de saint Paul à des Églises particulières, les Églises nommées représentant l'Église catholi que. Or, d’après Denys bar Salibi : « Hippolyte dit que Jean a écrit à sept Églises, écrivant comme Paul a écrit ses treize lettres à sept communautés ?, s L'argument se trouve encore renforcé si l'on admet que les expressions du Canon sur les principia des évangi les, dillérents dans les synopliques et dans saint Jean, doivent s'entendre des débuts du ministère de Jésus et de la vocation des discip les. Nous avons ainsi, dans le Canon, un véritable extrait de la polémi que d'Hippolvte contre l'aloge Caius. On doit donc constater la parenté la plus étroite entre la doctrine d'Hippolyte et celle du Canon, nous disons la doctrine, car un disciple d'Hippolyte a pu tenir la plume. Mais l'air de décision du morceau fait penser à Hippolyte lui-même. Celui-ci faisait acte d'autorité d'autant plus volontiers qu'il avait sinon une haute situation, du moins de gran des prétentions : il s'était donné la mission de redresser la foi de l'Église et se posait comme antipape à l'avénement de Calliste, en 217 ou 218 ; or, Zahn date le Canon de quelques années avant 217.
Les objections soulevées par A. von Harnack ne sont pas heureuses et « pour conclure, il nous semble très probable, écrit le P. Lagrange, que l'auteur du Canon est bien Hippolyte, et vraisemblablement comme antipape », mais ce n'est à qu'une conjecture.
! fali) quibus tamen inlerfuil el ita posuif.
Et ideo licel varia sin U gulis evangeliorum libris principia ! doceantur, nihil lamen different creden 19 [itm fidei, cum uno ac principali spiritu de » clarala sint in omnibus omnia de nativi ° ! lale, de passione, de resurrectione, ? de conversatione cum discipulis suis # ac de gemino eius adventu, primo in humililale despecto, quod fuil, * secundo polestale regali prae 36 claro, quod futurum est. :
Quid ergo ? mirum, si Johannes lam conslanter 5 singula eliam in epistulis suis proferat, ** dicens in semelipsum « quie vidimus oculis ?« nostris el auribus »097
[UR CRE PESTE TS
25i audivimus el manus ? ! nostrae palpaverunt haec scripsimus vobis ». * Sic enim non solum visorem se el auditorem, * sed el scriplorem omnium mirabilium domini per ordi ?' nem profitetur.
Acta aulem omnium apostolorum % sub uno libro scripta sunt. Lucas oplimo theophi lo comprehendit, quia sub praesentia eius singula ? gerebantur, sicuti el semola passione Pelri * evidenter declarat, sed el profeclione Pauli ab ur * be ad Spaniam projicescenlis.
Epistolae autem 9 Pauli, quae, a quo loco vel qua ex causa directae ! sint, volentibus intellegere ipsae declarant. 35 Primum omnium Corinthiis schysmae hereses in * ferdicens, | deinceps — Galatis | circumcisionem, u Romanis aulem ordinem scripturarum sed el ? principium earum esse Ghristum inlimans, ? prolexius seripsit ; de quibus singulis necesse esl a nobis dispulari, cum ipse bealus apostolus Paulus sequens prodecessoris sui 9 Johannis ordinem, non nisi nominatum seplem 9 ecclesiis scribat ordine lali : ad (Corinthios « primam, ad Ephesios secundam, ad Philippenses fer 5 ? fiam, ad Colossenses quartam, ad Galatas quin # fam, ad Thessalonicenses sexlam, ad Romanos seplimaim, — verum CGorinthiis el Thessalonicen 9 ? sibus li cet pro correplione ileretur — una ?famen per omnem orbem lerræ ecclesia ?? diffusa esse dinoscilur. El Johannes enim in a ?^ pocalypsi, li cet septem ecclesiis scri bat, 5 ? lamen omnibus dicil. Verum ad Philemonem unda 5 » ef ad Titum una et ad Tymolheum duae pro affectu 5 ! ef dilecltone, in honorem lamen ecclesiae ca fholicae, in ordinalionem ecclesiasticae % discipline sancti ficatae sunt, Fertur etiam ad Laudicenses, alia ad Alevandrinos. Pauli no mine finclae ad heresem Marcionis et alia plu % ra, quae in catholicam ecclesiam recipi non polest ; fel enim cum melle misceri non con % gruil.
Epistola sane Judae et superscriplae % Johannis duae in catholica habentur, et Sa ? pientia ab amicis Salomonis in honorem ipsius ™ seripla ; À pocalypses etiam Johannis et Pe tri tantum recipimus, quam quidam ex no ? stris legi in ecclesia nolunt. à s Arsinol autem seu Valentini vel Miliadis nihil in lotum recipimus, qui eliam novum ® psalmorum librum Marcioni conscripse ' runt, una cum Basilide Asiano Cataphry * gum constitutore.
Ambros. I. 101 sup., fol. 10a, 10b, 11a, ont été publiés dans la Rivista di archeologia cristiana, t. 111.
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MUSES 560
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MURCIE. — Un sarcophage chrétien fut trouvé
en 1834 au lieu dit Tolmo, situé à deux lieues environ de Murcie, qu'on croit étre l'emplacement de l'anti que Zama, appelé aujour d'hui Hellin. Ce sarcophage fut | transporté à Madrid où il est conservé à l'Académie de l'histoire ; la face antérieure, seule conservée, est encastrée dans la paroi de l'escalier : longueur 2 m. 14, largeur 0 m. 67, hauteur 0 m. 57, 1v* siècle (fig. 8608). La face qui est conservée est divisée en sept arca des soutenues par des piliers à chapite aux d'ordre composite. Dans les écoincons on a représenté alternativement une ciste contenant des pains et une couronne à lemnisques. Sous l'arcade centrale, le Sauveur Jésus, imberbe, portant toute sa chevelure, debout, tenant un livre dans la main gauche et, de la main droite, faisant le geste de l'orateur qui enseigne ; à ses pieds, une ciste carrée avec son couvercle. Dans les deux arca des voisines, deux apótres barbus et deux apôtres imberbes faisant le geste de l'acclamation. Les quatre autres arca des présentent des scènes bibliques (de gauche à droite) : Moïse vient de frapper le rocher et deux Hébreux s'y précipitent pour se désaltérer. Jésus, accompagné d'un apótre, guérit un aveugle. Le baptéme de Jésus par saint Jean. Le sacrifice d'Abraham.
MUSAEUS.
MUSES. — L'art chrétien anti que a délibérément évincé ces personnages symboliques des monuments qu'il a entrepris de décorer ; on ne saurait en étre surpris car cette pléiade de jeunes personnes s'identifie avec des préoccupations qui demeurent étrangéres ou à peu prés indifférentes à la foi et à la morale chrétiennes. On ne rencontre pas de monument, sauf celui dont nous allons dire quelques mots, qui figure les neuf sœurs, Nous avons décrit et figuré la cassette de Projecta qui faisait partie du « trésor de l'Esquilin »,
561 conservé au British Museum (voir Diclionn., t. x, col. 1916-1919, fig. 7653-7660). Cette cassette est certainement chrétienne, mais les autres objets retrouwés avec elle ne portent aucun symbole chrétien ; l'un d'eux, un plat orné d'un médaillon, montre un personnage faisant un sacrifice. On n'a donc auc une certitude relativement à un coffret d'argent repoussé, surmonté d'une sorte de dóme cótelé et suspendu par trois chaines, retenues par un grand anneau. Une figure simplifiera la description. A la partie supérieure, sous l'anneau, une femme assise sur un pliant, faisant une guirlande et accompagnée d'un perroquet. A la base, huit panne aux. Si on regarde la figure on voit au milieu la serrure, dans une couronne, entre deux oise aux ; à droite, Uranie, et en continuant : Melpoméne, Clio, Polymnie, Terpsichore, Euterpe, Thalie et Calliope. Visconti a supposé que la je une muse au P ht ». ON zw perroquet était Erato. Entre cha que muse, un panneau offre un vase d’où sort une plante stylisée et de cha que côté du vase deux oise aux. A l'intérieur, des vases et des flacons !.
H. LECLERCQ.
MUSIQUE.
MUSULIVIAN (ART). — Nous avons consacré dans le Dictionnaire quelques pages à Mahomet, à la Mec que, aux invasions sarrasines considérés au point de vue de leurs rapports avec la civilisation et les institutions chrétiennes ; c'est ce qui nous impose de parler ici briévement de l'art musulman.
L'Islam, comme on le sait, envahit avec une rapidité foudroyante l'Asie Mineure, la Perse et le Turkestan, l'Afri que du Nord et l'Espagne ; en moins de trois cents ans, l'empire du Coran s'étendait du Gange aux Colonnes d'Hercule.
Le peuple arabe, dont les hor des noma des se répandirent alors sur le monde, ne modifia d'abord que très peu les pays conquis.
On le comprendra facilement, si l'on se figure exactement le mode de conquête employé par les discip les de Mahomet. Aprés l'occupation des vil les, et aprés les gran des batail les dans lesquel les le sort du pays se décidait, les habitants étaient mis en demeure d'opter entre trois alternatives : ou abjurer leur religion pour
MDSES — MUSULMAN (ART)
—— ur 563 devenir musulmans, ou rester chrétiens et être exilés, ou garder leur-foi, mais en restant dans leur pays, sous un régime d'abaissement et de servilité qui faisait d'eux, pour ainsi dire, les esclaves de leurs compatriotes musulmans. En réalité, il y eut plus d'abjurations que d'exils volontaires ; aussi, dans Lous les pays conquis par les musulmans, le fond du pays resta national, c'est-à-dire romain et byzantin en Afri que, romain et goth en Espagne, grec en Syrie et en Asie Mineure, perse dans l'Iran et la Mésopotamie, égyptien en Égypte. Ce qui fut arabe, ce fut le gouvernement, partagé par les conquérants, qui eurent alors des fortunes subites et inespérées, comme devaient en voir, neuf cents ans plus tard, en Amérique, les aventuriers espagnols et portugais. Ce qui fut arabe aussi, c'est la religion, ce furent les mœurs. Cette influence uniforme eut pour résultat de donner à tous les monuments des pays musulmans des programmes analogues et par conséquent de leur imprimer le caractére général qui les rassemble : la mosquée, les colléges et universités, les fondations charitab les, les palais des souverains, les maisons particulières avec l'isolement de la vie privée et la séparation des sexes, voilà ce qu'on retrouve pres que compris de méme dans tous les pays dont nous allons examiner les édifi ces.
Mais aussi, comme les Arabes du Hedjaz n'étaient artistes ni les uns ni les autres, et que leurs émirs et leurs khalifes, grisés par la rapidité et l'excés méme de leur conquéte, avaient senti naitre chez eux le goût du luxe le plus effréné et le plus extraordinaire, ils durent, pour satisfaire à leurs merveilleuses fantaisies, s'adresser aux arti sans des pavs ou ils se trouvaient. Voilà donc la raison qui fait que le style arabe d'Égypte est inspiré à la fois du byzantin et du copte, que celui de Syrie dérive du gréco-syrien et du byzantin, que celui de l'Afri que du Nord et de l'Espagne emprunte aux monuments antiques les colonnes dont il construit les premiers édifi ces de Cordoue et de Kairouan.
Les architectes des premiers khalifes et des premiers sultans ont donc puisé aux sour ces suivan les : ils ont pris aux Byzantins leurs mosaiques (Damas, Cordoue et Jérusalem), leur système de construction en bri que ou en pierre ; ils leur ont pris aussi leurs types de charpentes en bois, qui étaient ceux des charpentes antiques, sans pannes, avec les chevrons partant parallélement au faitage, d'une ferme à l'autre (charpentes de Sicile, d'Algérie, du Maroc el d'Espagne).
Ils ont pris leurs types de voü les soit aux Romains (Afri que du Nord), soit aux Byzantins et aux Coptes (Égypte et Syrie), soit aux anciens Perses (Mésopotamie et Perse actuelle). Leurs premiers essais d'ornementation géométri que dérivent certainement des dernières traditions grecques de l'école d'Alexandrie ; on peut s'en rendre compte en comparant le pavage en opus alerandrinum des plus vieil les églises de Home ou de l'Italie méridionale avec les premiers entrelacs arabes. Leurs découpures en plátre sont la continuation de l'art des gypsoplastes byzantins de Syrie el d'Égypte, mais le trait de l'entrelacs arabe, si particulier, doit être attribué en propre aux Arabes el dérive trés probablement des métho des de tracé ou de báti des dentel les ou broderies arabes. Enfin, l'emploi de la faïence émaillée était de tradition constante dans les édifi ces de la Perse et de la Mésopotamie ; les musulmans de Perse, d'Égypte, d'Espagne lui donnérent le développement que tout le monde connait ; et pour les peupla des du Turkestan, les tentes à cou062
MUSULMAN (ART)
564 po les de feutre recouvertes de tapis leur inspirérent | Abd-el-Melek-ibn-Merouàn de 68 à 71 de l'hégire, certainement l'idée de revétir de briques émaillées de couleurs brillantes les murs de leurs mosquées et les coupo les de leurs mausolées.
C'est au Caire que nous rencontrons les plus anciens édifi ces musulmans connus la mosquée d'Amrou, construite sur un plan inspiré des basiliques antiques, à l'aide de colonnes arrachées aux édifi ces païens ou chrétiens ; celle de Touloun, où l'arc en ogive, emprunté aux plus vieil les constructions civi les des Égvptiens et aux églises coptes, apparait avec une élégance rare. A Jérusalem, la mosquée dite d'Omar, mais plus exactement Qoubbet-es-Sakra, élevée par c'est-à-dire de 687 à 690 de Jésus-Christ, représente un arrangement intéressant de deux portiques concentriques, l'un octogonal, l'autre circulaire, supportant une grande coupole, C'est, comme l'a prouvé le Up « | i5 4 marquis de Vogüé, un édifice entiérement inspiré des églises et des chapel les sur plan octogonal qu'il a découvertes dans la Syrie centrale, La mosquée El-Aksa, située aussi dans l'enceinte du Haram-echChérif, est une ancienne basili que élevée par Justinien sous le vocable de Sainte-Marie et remaniée par les musulmans dés la conquéte de Jérusalem. Ces deux édifi ces sont décorés de mosaiques exécutées sur les
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565 MUSULMAN (ART) 566
La mosquée a toujours été le centre de la vie religieuse et intellectuelle des musulmans, semblable en cela à nos églises abbatiales du Moyen Âge, autour desquelles se groupaient, comme autour des mosquées, des fondations hospitalières, des écoles, des couvents de religieux, des cuisines pour les pauvres. Nous retrouvons dans les mosquées arabes de Syrie, d'Égypte, d'Afrique, de Perse, de Turquie, tous ces édifices, les collèges ou médressés, les écoles ou zaoutas, les couvents ou lekkiés, les cuisines pour les pauvres ou imarels.
Les styles d'architecture musulmane peuvent se subdiviser en deux grandes écoles : l'école arabe et l'école persane. Plus tard, c'est-à-dire à partir de la conquête de Constantinople par les Turcs, des artistes arabes, syriens ou égyptiens et des artistes persans furent appelés ou même amenés de force à Stamboul par les sultans, et du mélange des traditions syro-égyptienne et persane avec les traditions byzantines, que la rapidité de la conquête musulmane laissa subsister presque intégralement, naquit l'école turque, qui a produit des monuments si remarquables, et particulièrement les belles mosquées de Stamboul, qui sont les monuments les plus parfaits que l'architecture musulmane ait produits, tant au point de vue de la disposition ingénieuse des plans qu'au point de vue de la pondération des masses et de la majesté des proportions.
L'école arabe se subdivise en deux écoles secondaires : école syro-égyptienne et école africaine ou mauresque.
La première a couvert de monuments la Syrie et l'Égypte, et comme les khalifes et sultans égyptiens ont souvent gouverné plus ou moins complètement la Syrie, les traditions égyptiennes, c'est-à-dire les dernières survivances de l'art gréco-égyptien, improprement nommé l'art copte, se sont mélangées à celles syro-syriennes, dont l'influence sur le mode de construction et l'appareil est si sensible dans les monuments d'Alep et de Damas. Comme, d'un autre côté, les pèlerinages annuels de La Mecque amenaient au Caire un nombre considérable de fidèles, et que le plus grand nombre de ceux-ci n'ayant que très peu d'argent, s'arrêtaient dans les grandes villes situées sur leur itinéraire pour y travailler et se ménager des ressources pour continuer leur voyage, ceux d'entre eux qui appartenaient aux métiers du bâtiment trouvaient toujours à s'employer utilement au Caire, dans les travaux exécutés pour les sultans ou pour leurs émirs.
La prospérité de l'Égypte au Moyen Âge a donné aux khalifes et à leur entourage le moyen d'exécuter des travaux d'une splendeur incomparable, dont les vestiges nombreux qui subsistent encore au Caire nous permettent de nous rendre compte. Cette prospérité était due non seulement à la fécondité extraordinaire du pays, mais encore à sa situation géographique, qui en faisait l'entrepôt du commerce des épices et objets précieux qui venaient de l'Inde, de la Chine et des îles de la Sonde par la mer Rouge. Les marchandises précieuses ne sortaient d'Égypte que frappées d'un droit qui représentait de 200 à 400 % de la valeur primitive de l'objet lui-même ; aussi ne doit-on pas s'étonner de la richesse répandue à profusion sur les plafonds peints et dorés, sur les pavages de marbre et de porphyre, les lambris faits de mosaïques de nacre, de marbre, de porphyre et d'émaux ; sur les menuiseries aux tracés si ingénieusement compliqués, aux panneaux de cèdre, d'ébène, d'écaille et d'ivoire : sur les revêtements de faïence, sur les meubles incrustés, les bronzes ciselés, les lampes de verre émaillé et les porcelaines précieuses, les vitraux sertis dans des mailles de plâtre découpé, etc.
La mosquée de Touloun, celle d'El-Hakam, la mosquée d'El-Azkar et celles d'Hacen et de Kaït-Bey, sont les plus remarquables du Caire. À Damas, celle des Ommiades et les mosquées sépulcrales du faubourg de Méidan sont les plus belles. On a déjà parlé de la mosquée d'Omar et de la mosquée d'El-Aksa, à Jérusalem.
L'architecture arabe d'Égypte a présenté une évolution régulière et presque parallèle à celle de notre art du Moyen Âge. La première période, représentée par les mosquées Amrou, Touloun, Hakam, El-Azkar, correspondrait à la période romane, bien qu'elle lui soit antérieure comme origine, mais contemporaine par ses dernières années.
La seconde, qui s'étend du commencement des croisades au commencement du XVe, comprend des monuments plus riches que ceux de l'époque précédente (mosquée Thelaï-abou-Rezicq, mosquée de Khous, mosquées de Salah-ed-din-Eyoub, mosquées de Bibars et de Qualaoûn, etc.), mais sur lesquels l'ornementation ne tient que la place qui doit lui être légitimement attribuée dans l'architecture. Elle correspond à l'époque où le style ogival a produit chez nous les édifices les plus remarquables.
La période suivante, qui va jusqu'à la conquête de l'Égypte par le sultan Sélim, correspondrait à la dernière période du style ogival et finit en même temps que lui ; elle a produit des édifices d'une ornementation extraordinairement surchargée, d'une richesse excessive, mais qui sont néanmoins d'un goût exquis ; les mosquées de Kaït-Bey et d'El-Ghoury, celles de Hacen et de Barquouq. Les nombreuses maisons et petits palais du Caire de cette époque sont des merveilles d'architecture privée.
À partir de cette époque, l'art arabe égyptien est insensiblement remplacé par l'art turc. L'école africaine participe des mêmes éléments primitifs que l'école égyptienne. Les plans des mosquées les plus anciennes de l'Afrique du Nord et de l'Espagne sont, en effet, analogues aux plans des mosquées d'Amrou et de Touloun. Seulement, les mosquées (Kairouan, Mahdia, Tunis, Cordoue) sont élevées dans des pays au milieu desquels la civilisation romaine a laissé de nombreux monuments. C'est à leurs ruines que les conquérants empruntent les colonnes qui portent les arcs au-dessus desquels s'élèvent les charpentes qui couvrent les nefs. Ces charpentes sont encore traitées comme des charpentes romaines dont H. Saladin a trouvé en Tunisie, notamment dans les ruines du temple principal du Capitole de Sbeïtla, des vestiges nombreux, car, dans les monuments qu'il a relevés, les entailles des pièces de charpente sont intactes dans les pignons, les frontons et les murs extérieurs. Elles sont d'ailleurs semblables à celles des grandes cathédrales normandes de Sicile (Cefalù, Messine et Monreale). Les chevrons posent sur les arbalétriers et sont disposés par conséquent parallèlement au faîtage. Le voligeage qui reçoit la tuile est formé d'une ou de deux épaisseurs de planches et, dans le même cas, les ajours ménagés dans la planche inférieure permettent de tracer une décoration logique, rationnelle et fort satisfaisante. L'emploi de ces moyens si simples s'est continué jusqu'au XIXe en Tunisie, et les plafonds du palais et des mosquées composés de caissons superposés ou de solives apparentes ont reçu une décoration très riche par l'adjonction de peintures à des gravures en chanfreins sur les fonds et en polygones étoilés dans les abouts des entrevous.
Les mosquées de l'école africaine (Algérie, Tunisie, Maroc, Espagne et Sicile) ont un caractère différent de celui des mosquées égyptiennes. L'emploi des marbres en revêtement y est moins fréquent. Les grandes lignes de l'architecture ne sont pas, comme en Égypte, accusées par des galons entrelacés. Les masses y sont plus simples, la coloration plus heurtée, mais limitée aux charpentes et aux revêtements de faïence ; les vitraux sont employés avec le même art, mais on y trouve en grand l'application des revêtements en plâtre ajouré et sculpté (Nouckch hadida) ; la mosquée Hacen et le minaret de Qualaoün, au Caire, nous offrent les meilleurs types des rares applications que les Arabes d'Égypte en aient faites.
L'école africaine a généralisé l'emploi de ce genre de décoration et a remplacé par ces découpures les lambris décorés de mosaïques ou de peintures des artistes égyptiens. Kairouan, Tunis, Alger, Tlemcen, Grenade, Séville en possèdent de charmants spécimens.
Au Maroc (si peu connu d'ailleurs), nous savons que les portes de Fez, de Mekinez, de Maroc, en sont décorées ; que la mosquée de Karaouine, une des plus célébrées de Fez, possède une porte ornée en plâtre ajouré, qui peut être mise au rang des chefs-d'œuvre les plus magnifiques et les plus élégants de l'architecture mauresque. L'extérieur de ces édifices a un caractère tout particulier ; les grandes façades, badigeonnées à la chaux, sont couronnées par des corniches très saillantes, peintes de couleurs éclatantes et supportant des auvents en charpente, couverts de tuiles émaillées.
Les minarets, au lieu d'être polygonaux ou cylindriques comme ceux de Syrie ou d'Égypte, sont élevés sur plan carré. Si la richesse de leur décoration est moindre que celle des minarets du Caire, il faut reconnaître qu'au point de vue de la composition ils leur sont supérieurs. En effet, la répartition des nus et des parties décorées est faite avec une grande habileté sur les grandes surfaces rectangulaires, et rarement peut-être un architecte a su tirer parti de son art mieux que celui de la mosquée de Mansourah, à Tlemcen, dans laquelle l'intérêt se trouve si ingénieusement réparti de la base au faîte, sans répétition, inégalité ou monotonie.
Mansourah amène à parler des constructions militaires des Arabes. Si, au Caire, leurs architectes militaires ont su donner aux portes de la ville (Bab Zoueïley, Bab-el-Nasr, Bab-el-Metuali) un caractère d'élégance et de richesse, en même temps que de majesté, ils ont su, dans les édifices militaires, citadelles, fortins, redoutes, etc., élever des constructions qui, souvent, ont résisté avec avantage aux assauts des croisés. On peut dire à ce propos que les croisés ont eu sur les deux civilisations rivales une influence égale et que les architectes militaires ont su des deux côtés emprunter à leurs adversaires les idées qui leur paraissaient le plus directement utilisables. Il est, sans conteste, un fait facile à vérifier en Palestine et en Syrie, c'est que les magnifiques châteaux forts élevés par les croisés du nord au sud du royaume de Jérusalem ont certainement servi de modèle aux constructeurs arabes ; bien plus, au Caire, les Arabes ont ajusté à la mosquée de Qualaoün une porte d'une des églises de Saint-Jean-d'Acre, que Mohammed ben Kalaoun trouva si belle qu'il la fit démonter et transporter au Caire pour être reconstruite. Makrisi, l'historien qui a donné de cette ville une description si intéressante et si exacte, en parle comme d'un morceau d'architecture remarquable. C'est une porte assez simple du style ogival français du XIIe, d'une exécution très soignée, et elle est encore intacte à la porte du médressé de Qualaoun, près de Maristan. Les arts occidentaux étaient donc appréciés par les Arabes.
Quant aux emprunts que nos artistes ont fait aux Orientaux au moment des croisades, l'énumération en serait trop longue. On pourrait citer parmi les plus curieux, les vantaux des portes de la cathédrale du Puy et ceux de l'église de Lavoûte-Chilhac, où se retrouvent des ornements presque scrupuleusement calqués sur les inscriptions coufiques, et un curieux tailloir d'un chapiteau du cloître de Moissac. L'art des vitraux a emprunté aux Orientaux la richesse de la gamme de ses couleurs ; celui des bronzes a puisé dans l'art arabe des formes de candélabres, de lampes, de vases, presque textuellement copiés.
L'école persane n'est pas moins intéressante. Chacun sait que les édifices de la Mésopotamie et de la Perse étaient autrefois, soit à l'époque des grands empires assyriens et chaldéens, soit sous les rois de Perse, construits en briques cuites ou crues et décorés de pièces émaillées formant des frises ornementales, des archivoltes et même des bas-reliefs figurés. Or, il est impossible de ne pas remarquer les grandes analogies de ces émaux avec ceux des collections particulières qui proviennent des mosquées du Turkestan ou de l'Asie Mineure. Les monuments de Persépolis nous sont connus, ceux de Suse aussi ; n'y a-t-il pas une analogie frappante entre ces monuments et les édifices en bois de la Perse musulmane, tels que les portiques des palais et des maisons et les kiosques des jardins de souverains ? Les traditions mésopotamiennes ont, au contraire, guidé les premiers pas des constructeurs sassanides, dont les musulmans de la Perse ont emprunté les méthodes de construction pour élever leurs voûtes avec une simplicité de moyens et une économie de charpente vraiment remarquables. Leurs voûtes sont d'une variété presque infinie : voûtes d'arête, voûtes en arc de cloître, avec ou sans nervures, coupoles soutenues par des encorbellements en stalactites ou par des pendentifs à nervures de briques, berceaux, etc. ; ils ont employé toutes les formes avec l'ingéniosité la plus remarquable.
Aujourd'hui encore, ils se servent de procédés de construction fort habiles. S'agit-il de construire un berceau, ils tracent, sur le mur de tête sur lequel ils viennent buter, une sorte de formeret en creux dans lequel ils incrustent et fixent avec du mortier un rang de briques alternativement en boutisses et en parpaings. Dans la ligne dentelée de ce premier rang, ils en liaisonnent un deuxième, qui tient tout naturellement, et, en procédant ainsi de proche en proche, ils arrivent à tourner des berceaux sans cintres. Pour les voûtes d'arête, ils procèdent d'une façon analogue et H. Saladin a retrouvé à Tunis un mode de construire absolument identique ; seulement, chose bizarre, les Tunisiens laissent entières les briques qui forment les arêtes, de telle façon que celles-ci sont hérissées de briques situées dans le prolongement des génératrices des berceaux composant cette voûte.
Les coupoles sont construites d'une autre façon. Les pendentifs sont bâtis, ou par encorbellement, ou bien au moyen d'arêtes en briques figurant des mailles triangulaires ou en forme de losange ; dès qu'ils sont solidifiés, on élève la coupole par assises minces, dont une perche fixée au centre de la courbe permet de déterminer l'inclinaison et la direction des joints. Arrivés aux deux tiers de la courbe, au moment où la calotte se ferme tellement que les lits seraient trop inclinés pour que les briques ne glissent pas sur le mortier, ils continuent leur voûte par un cône très ouvert dont les génératrices sont tangentes à l'arc qu'ils viennent d'abandonner ; comme l'inclinaison du cône est constante, il n'y a plus de crainte de glissement pour les briques, et ils finissent, par conséquent, leur coupole par une partie aiguë ; c'est ce qui donne aux coupoles persanes et aux coupoles arabes qui en dérivent cette forme pointue si élégante. Une coupole fort remarquable comme construction est celle de la grande mosquée de Schahkdodabendeh, à Sultanièh.
Montée sur un tambour octogonal cantonné de huit minarets, elle s'élève à une grande hauteur, et celui qui l'a construite a dû prendre les précautions les plus minutieuses pour en assurer la solidité. Aussi est-elle chainée à sa base par des plates-formes en bois assemblées. Pour éviter la déformation d'une voûte aussi considérable, l'architecte persan a eu recours à un artifice fort ingénieux : des arcs en briques, suivant les méridiens de la coupole ogivale, transmettent leur poussée aux points les plus résistants. Ces arcs sont étrésillonnés dans le sens horizontal par de petits arcs bandés d'un méridien à l'autre constituant de la sorte, pour ainsi dire, une suite d'alvéoles semblables aux augets d'un plancher. Le fond de celles-ci est maconné de façon à former l'intrados de la coupole ; ceci fait, on les a refermées à l'extrados par une mince voûte en briques, qui a été ensuite recouverte de faïences émaillées. On voit aisément quelle analogie extraordinaire existe entre ce mode de construction et celui des voûtes romaines en briques et béton si ingénieusement analysé dans les travaux d'Auguste Choisy.
La grande sécheresse de la Perse rend les forêts très rares ; aussi les constructions y sont-elles le plus souvent voûtées ; comme les architectes persans se sont vus souvent forcés de construire des édifices très considérables sur des programmes assez compliqués, ils ont été amenés nécessairement à donner à leurs plans une expression plus variée que les Arabes ne l'avaient fait. Aussi peut-on remarquer, dans les édifices dus aux architectes persans, soit en Perse, dans l'Inde ou dans le Turkestan, une science très approfondie de la composition et de l'arrangement des plans. Ceux de la Mesdjid-i-Chah et du Médressé et du Caravanserai-Madere-Chad-Sultan-Hassein, à Ispahan, sont tout particulièrement remarquables. Le premier surtout, admirablement raccordé à 459 sur une grande place, donne une haute idée du talent de l'auteur.
Il n'est pas inutile de dire quelques mots de l'école ottomane, qui se distingue très nettement des écoles arabe et persane, auxquelles néanmoins elle a fait des emprunts très marqués. Les premiers sultans des Turcs Seldjoucides demandèrent aux Persans et aux Syriens les architectes qui élevèrent pour eux les monuments de Konièh (Iconium).
A Erzeroum, les Turcs ont construit l'imaret OulouDjami, dont le décor est presque complètement persan, mais où l'on peut voir déjà, dans le tracé des stalactites par exemple, l'indice de tendances nouvelles. De Konièh, les sultans conquirent de proche en proche les provinces de l'Asie Mineure qui les séparent de Constantinople, et, dans le premier quart du XIVe, ils s'avancèrent jusqu'à Brousse. C'est là que les premiers édifices turcs se font distinguer très nettement des édifices persans et arabes par l'adaptation aux programmes musulmans des types d'édifices et du mode de construction employés par les Byzantins.
A la fin du XVe, les Turcs ont franchi la mer et se sont établis à Andrinople, où le sultan Mourad élève la première mosquée qui ait réellement une forme architecturale franchement nouvelle. Pendant le commencement du XVe, de nouveaux édifices (Eski-Serai et l'Eski-Djami, à Andrinople) sont élevés dans le même style, mais c'est après la prise de Constantinople, en 1453, que se dessine enfin la tendance marquée de l'art turc.
Aussitôt après les premières années de la conquête, Mahomet II fait construire la mosquée Mohammedieh par l'architecte grec Christodoulos ; cette mosquée, construite sur le type de Sainte-Sophie, mais avec l'adjonction de deux demi-coupoles latérales, est fort belle. A partir de ce moment Constantinople se couvre de monuments remarquables ; les énumérer, c'est énumérer de véritables merveilles : la mosquée de Bayézid, celle de Schah-Zadeh, celle du sultan Soliman le Magnifique, celle du sultan Ahmed, du sultan Sélim, forment à la nouvelle capitale une couronne de monuments splendides, dont la silhouette extérieure est pleine de pittoresque et d'élégance, et dont les proportions intérieures sont d'une majesté incontestable.
Le parti de la construction est toujours une coupole centrale cantonnée de quatre demi-coupoles ; les angles restant à remplir pour circonscrire cet ensemble dans un carré sont occupés par de petites coupoles sur pendentifs. En somme, c'est la généralisation à grande échelle du plan des petites églises byzantines de Grèce et d'Asie Mineure. Mais avec quelle ampleur les architectes des sultans ont su tirer parti de ce mode de construction ! Les silhouettes de ces mosquées se composent simplement des extrados des coupoles et demi-coupoles et de leurs arcs de tête ; néanmoins, les lignes ne sont plus confuses comme celles des églises byzantines, et les minarets qui cantonnent les angles des mosquées font valoir, par leur élancement et leur finesse de silhouette, les lignes courbes si harmonieusement infléchies de l'édifice. Nous retrouvons donc ici une fois encore un exemple de cette loi universelle du beau en architecture, loi qui exige que l'expression produite par un monument soit tirée par l'habileté de l'artiste des nécessités du programme, du système de construction employé et du tracé du plan. résumé de ces deux conditions. Successivement, les temples grecs, les thermes de Rome, les églises du Moyen Age ont été la confirmation indiscutable de cette loi,
MYLASA. — Mylasa (aujourd'hui Melesso) formait une église de la province de Carie ; elle avait pour métropole l'ancienne Aphrodisias qui, à l'époque chrétienne, prit le nom de Stavropolis. L'Oriens christianus * de Le Quien, ne connaissait que les noms de six évêques de Mylasa : Éphrem, Cyrille, Paul, Grégoire, Xénophon et Philippe. »aris, f.
571 MYLA Une inscription fragmentaire, publiée par Le Bas, mentionne un évêque ! :
+OTA TANTA O€O« DIAECT...KAl OCIGQP...
Il est probable qu'il s'agit d'un évêque de Mylasa, mais ce point n'est pas douteux pour l'inscription suivante trouvée dans les ruines d'une église byzantine et qui nous fait connaître un septième évêque de Mylasa, Basile * : |
TEILEAOZANSTIMHNTSOY + +
OHTOEPTON MHNONAS “AEYTYXECT +
-FElg 865« w (xxi) ruunv ^00 Oso ccTüoog Low, 'Insoó Xptoroo (xal) « oU &yiou mpucropprupoc Zrepdvou—BzroiAoc ó óctrcz(xcoc) (zal) jucv èrioxo- [roc] Èx Deere Enxtios (xal) ôtexoounoev (xal) TAN OU« zò Épyoy une (évkvo) [ilvô(cxriévoc) 6’, + La date est difficile à calculer. L. Duchesne a jugé que « d'après le style, l'inscription n'est guère antérieure au VIe ». Les dates, % mois (mai-juin) et ind. I VIIE sont pas suffisantes pour déterminer l'année ni même Le. Il n'y a d'autre irrégularité que la disparition de l'1 dans INA. Enfin, le sigle S qui équivaut plusieurs fois à xxi est employé deux fois comme abréviation : octcozS et wåS.
Quant à la petite église dans laquelle on a trouvé le texte, la croyance des orthodoxes y place le séjour de la patronne de Mylasa, sainte Xéni, je une Romaine du nom d'Eusebia qui vint à Mylasa lors que Cyrille était encore évêque et qui fut particulièrement honorée par son successeur, Paul. C'est lui qui apprit miraculeusement qu'elle était morte à une heure de la ville, dans sa retraite : il lui rendit de grands honneurs et ne lui survécut pas de beaucoup. La sainte avait rendu le dernier soupir le jour anniversaire de la mort de l’évêque Éphrem. C'était au milieu du Ve, Un historien ecclésiastique, Nicéphore Calliste Xanthopoulos, dans son Histoire dédiée à l'empereur Andronic Paléologue, dit qu'elle vivait à l'époque où sainte Euthymie fondait beaucoup de monastères en Palestine, à l'époque aussi où l'impératrice Eudocie, chassée par Théodore II, vivait à Jérusalem. La fête de cette sainte, dont l'église est aujourd'hui remplacée par le Turbeh de Sheik-kain, est célébrée le 24 janvier.
MYNAS. — On est exposé à rencontrer à propos d'études d'antiquité chrétienne le vocable énigmatique de Minoide Mynas. Voici ce qu'il est indispensable de savoir sur ce personnage.
Constant Minoïde Mynas, dont le véritable nom était Constant Minadi, naquit à Voltia, dans la province de Saloni que, le 15 février 1798. Élève du savant Athanase de Paros, il enseigna d'abord à Serrés, puis à Saloni que. A la suite de massacres ordonnés par le
MYNAS. — On est exposé à rencontrer à propos d'études d'antiquité chrétienne le vocable énigmatique de Minoide Mynas. Voici ce qu'il est indispensable de savoir sur ce personnage.
Constant Minoïde Mynas, dont le véritable nom était Constant Minadi, naquit à Voltia, dans la province de Saloni que, le 15 février 1798. Élève du savant Athanase de Paros, il enseigna d'abord à Serrés, puis à Saloni que. A la suite de massacres ordonnés par le pacha Youssouf, dans lesquels périt une partie de sa famille, Mynas quitta Saloni que en 1819 et se rendit à Paris. En 1822, le Conseil royal de l'Instruction publique l'autorisa à ouvrir un cours de langue et de littérature grecques anciennes. De 1824 à 1828, il publia quelques ouvrages sur la langue grec que, aprés quoi, il sollicita, sans succés, la création d'une chaire de grec ancien comparé au grec moderne. En 1829, il fut candidat à la succession de Gail, au Collége de France. En 1831, on le chargea, sous la direction de Hase, de recherches et de collations de manuscrits grecs à la Bibliothé que. En 1840, Villemain, devenu ministre de l'Instruction publi que, lui donna une mission pour explorer les bibliothéques d'Orient ; il recut une seconde mission en 1844, une troisième en 1850. Rentré en France en 1855 (novembre), Mynas mourut à la maison Dubois, le 30 décembre 1859 ; il parait avoir été trés pauvre et méme endetté, Ceux qui veulent en savoir plus long sur ce type de Græculus esuriens de la Renaissance, qui fut peut-être mal récompensé de ses labeurs, ont aujour d'hui de quoi se satisfaire en consultant les ouvrages indiqués à la bibliographie.
MYRRHE. — : A la vérité, écrit Tertullien, nous n'achetons pas d'encens. Si les marchands d'Arabie s'en plaignent, les Sabiens sauront que nous employons plus de leurs aromates et avec plus de profusion à ensevelir les chrétiens qu'on n'en consume à parfumer vos dieux » Thura plane non emimus. Si Arabi quæruntur, scient Sabaei pluris el carioris suas mer ces, christianis sepeliendis profligari quam diis [umigandis. Le poète Prudence confirme l'emploi par les chrétiens, au Ivè siècle, des parfums de Saba pour la conservation du corps qu'on entourait de bandelettes de lin :
La myrrhe se recommandait très particulièrement aux chrétiens qui ne pouvaient oublier que ce parfum était associé au souvenir du Sauveur. Dès sa naissance, les mages venus l'adorer lui avaient offert des présents symboliques : l'or, l'encens et la myrrhe * ; aprés sa mort, lors que Joseph d'Arimathie eut obtenu de Pilate la permission de gemener le carps de la croix, Nicodème 3 cent livres de myrr he et P aloès et tous les de enveloppèrent le corps dans les linceuls et les aromates, » é a 4
MYTILÈNE 274
« Le sol était couvert primitivement de mosaïques... qui représentaient des figures géométriques (méandres, astraga les) encadrant des champs carrés et rectangulaires occupés par des figures d'anim aux (agne aux, paons, canards, dindons, poissons).
* M. Orlandos reproduit en minuscu les les inscripLions suivantes « Ynxép tic doy » ; Ilarnmixlou rosaé Et :
« Ymép còig » AvxcoAtou xal vic uui OÙ a9 00 Teuosvnc XXL FAVTÔG To Ü olxou æbToù édnouw ces tò Ünctxozt.- piov. iyóz Hz
« M. Orlandos transcrit ce dernier chiffre 277, et sc demande d'après quel système chronologi que cette date est formulée. Mais il observe très justement qu'il ne peut s'agir d'une date énoncée suivant Pèré du monde, ruis que des dates de cette espéce ne se trouvent pas avant le vrr siècle, et que l'église est du vit, d'aprés le style et l'aspect général. En réalité, M. Orlandos a pris pour un =« ce qui n'est (après ivs) qu'un signe d'abréviation ou (aprés H) une ponctuation ou un ornement. Il faut lire ivé(teri@voe) 6'rdóme, VIII indiclion, ce qui ne permet pas de dater le monument.
Quant à la basili que d'Eresos, dont lé plan est pareil, mais non identi que dans le détail (neuf colonnes, abside trapézoidale, tour [clocher ? escalier ? ] au sud du narthex), ses mosaïques sont remarquab les. Cette décoration est réservée à la nef centrale, M. Orlandos la décrit ainsi : « Les mosaïques ont été exécutées d'aprés un plan homogéne, mais par différents ed clercs et laïques, qui ont chacun assumé la décoration d'une section, ainsi qu'il résulte des inscriptions accompagnant la description de cha que compartiment, où est nommé, cha que fois, un : donateur différent. La représentation centrale est entourée d'un large encadrement en forme de frise composée alternativement de rectang les grands et petits. Dans les petits rectang les sont des méandres (ou ; aux quatre ang les, un oiselet) ; dans les grands, des paons affrontés s'apprétant à becqueter les fleurs 'qui les séparent. L'exactitude du plan, la vivacité du mouvement, l'harmonie du coloris, l'excellente. exécution techni que — surtout les paons — tout cela fait de cette mosaï que un des plus be aux monuments chrétiens de l'espéce qui nous aient été conservés, » :
D10 xs | ; Nous reproduisons encore les autres inscriptions de cette église histori que :
Trépe eoyTic Tiunotou 700 olxou arob érolqox To Ôt 4 pov. £x Toy TOU Oo. »Acrepix bmép CUTNELUG uyvTho HAL TAVTUE 190 okxou uou £x cü[v] rod Oeo rapé[sylov. ve [one I ato poc. fioc Suiycpov Ev tuayópag RpEGOUTEpog xal oixovôuoc Tolnox dm xyprtopwpiy.
+ Deux inscriptions mutilées reproduisent la formule izoincx OÙ ÉTUNOX TÒ Oixycgpoyv. a Kaoropopà, xxpmogopux, éx Tv Toù Oeoû, euË uevoc. pc sont des expressions courantes aux v* et vr sièc les. Atxycpoy (au sens de « compartiment ») est un mot nouveau.
« Enfin, dans un autre endroit du territoire d'Eresos, à Afendelli, prés du site anti que dit « l'école de Théophraste », M. Orlandos a découvert une nouvelle basili que, qu'il a fouillée ; dans un pavé en mosaï que découvert à 1 m. 50 de profondeur, il a lu cette inscription (1 m. 61 x0 m. 41) :
Ovicuuoc RAANTELVOG i XÈ &m E£yixov ÉXEVTNOEV TÜ Üucuxocfpiov xè tò y OxotAtxóv » Notons encore qu'auc une croix, chrisme ou croix inonogrammati que n'accompagne les inscriptions (il est vrai que sur les pavements, on évitait ces signes sacrés) et que sur neuf noms figurant dans ces textes, huit n'ont aucun caractére chrétien, et cela plus d'un siècle aprés la paix de l'Église, On voit par là que l'absence de « noms chrétiens » ne peut étre invoquée contre la « christianité des célèbres inscriptions de Théra avec la formule 6 X-7yzXoc 700 GgUyx. nm VIZIGER(AIN-).— Localité située à 4 kilomètres au sud-est de Zaghouan (Tunisie). La feuille 35 de l'Atlas archéologi que de la Tunisie porte la mention :
Ain-Mzi'kr, sans indication de ruines, On y a trouvé depuis lors un caveau funéraire chrétien, de forme rectangulaire, mais arrondi aux ang les, mesurant mètres de long sur 4 m. 25 de large (fig. 8611). Le long du mur de fond, en face de l'entrée, se présente
MZIGER (AIN-)
5706 un grand sarcophage monolithe, reposant sur un socle en maconnerie qui dépasse de 0 m. 25 le niveau de la piéce. A droite, un autre sarcophage est formé par deux demi-auges juxtaposées ; l'une, plus large, pour le buste, du côté de la porte ; l'autre, plus étroite, pour les pieds, dans l'angle du fond. L'espace resté libre devant ces deux tombe aux est occupé par une mosaï que carrée, mesurant 2 m. 50 de côté, Le motif, quadrillé, dessine neuf étoi les à huit rayons, formées de fers à cheval superposés qui vont en s'élargissant du centre à la périphérie de cha que étoile, et prennent cha que fois des couleurs différentes, rouge, ja une, vert olive, En avant de la bande dallée qui partage le caveau en deux parties éga les, le sol est en terre battue, sauf dans la région placée à droite de la porte, que remplit une dalle tumulaire en mosai que, mesurant 2 m. 25 de long sur 0 m. 80 de large. La sépulture est orientée comme le sarcophage bilithe placé dans son prolongement, la tête tournée vers l'entrée. Au sommet de la mosai que est tracée, en lettres hautes de 0 m. 10 à 0 m. 12, dans une couronne trés simple, l'inscription
CE
funéraire, épitaphe d'une je une fille, peut-étre une religieuse :
RVFINA PVE LLA IN PACE
Rufina, puella, in pace. Au-dessous esL figuré, en noir sur le fond blanc un motif imbriqué : six rangs d'écail les alternés ? x » iA
« ES 2
N.— La lettre N tenait de son origine phénicienne ou grec que une particularité qu'elle conserva dans l'alphabet latin jus que vers la fin de la républi que romaine, à savoir la ligature obli que entre les deux hastes vertica les ; à l'épo que impériale, la ligature vint affleurer les extrémités opposées des deux hastes. Tout d'abord, la jointure de la première haste et de la ligature est eflilée ; plus tard, elle prend l'aspect d'une petite console ou d'un chapiteau ; quant à la jointure de la deuxiéme haste et de la ligature, elle se montre dés le Haut-Empire telle que nous la voyons de nos jours, effilée et posant sur la pointe. Parfois, la lettre semble faconnée comme une laniére pliée deux fois et effilée en ces deux changements de direction. En Afri que, au 1v* siècle, on rencontre quelquefois la première haste prolongée comme par le trait de plume dans l'écriture onciale, ou parfois la seconde (fig. 8612). L'aspect de la lettre N dans les plus anciennes inscriptions différe peu de la lettre M ; parfois elle a une forme carrée, parfois elle est nettement rectangulaire, surtout dans les inscriptions tracées au pinceau ; il est tout à fait rare de la voir plus large que haute, on n'en cite qu'un exemple uni que sur une inscription provenant de la Hhétie.
On doit mettre au compte de l'ignorance ou de la maladresse du lapicide certaines lettres où la ligature est placée en sens inverse, c'est-à-dire de gauche à droite, par exemple M, on en rencontre quelques exemplaires en Italie, d'autres en Afri que etil n'est pas rare que sur ces inscriptions la lettre S soit également retournée, 2.
Vers la fin du rrr° et au 1v ? siècle, il arrive que la ligature des hastes prenne une position pres que horizontale, ce qui fait ressembler le N au H ; au v* siècle, les hastes très élevées sont réunies par une Jigature un peu inclinée ; il en est de méme au vr ? siècle et nous en trouvons des exemp les en Gaule, en Bretagne, en Espagne ! La forme onciale est des plus rares dans l'épigraphie ; on la rencontre sur une inscription à Arles, et sur une inscription de l'an 330 à Rome ?, Dans les inscriptions chrétiennes on trouve l'abréviation N pour nomine, pour numero.
NAAMAN. — Ce personnage n'existe, au point de vue archéologi que, qu'en fonction de Giezi, au sujet duquel on peut se reporter à Diclionn., t. vr, col. 12441245 ; t. vir, col. 467.
NABOR. — Au nombre des manuscrits de l'ancienne bibliothè que Sessorienne qui sont entrés dans la bibliothè que Vittorio Emanuele, à Rome, se trouve le coder 43, aussi précieux par son âge que par son contenu. Il est écrit en semi-onciale du vIr siècle sur parchemin et quelques feuillets sont palimpsestes vers la fin du volume, laissant voir un fragment du]. XXV de l'Histoire naturelle de Pline, en caractères onci aux. Outre quelques sermons isolés attribués à saint AugusLin, à saint Ambroise et à saint Jérôme, le manuscrit contient les treize livres des Confessions de saint Augustin, la lettre adressée par saint Jérôme à Eustochie sur la vie et les vertus de sa mére sainte Paule, sept conféren ces de Jean Cassien, un recueil de discours de saint Maxime et les [nsfifuta monachorum de saint Basile. Ce précieux manuscrit a été successivement étudié par Bruni , par Besozzi , par Amatori , par De Corrieri , par Angelo Mai , par Lud. Janus qui ont laissé à Ignazio Giorgi * le soin d'y faire une dernière découverte.
D. donatislarum crudeli cæde peremptum |. infossum hic corpus pia est cum laude nabori (5 ). A. ante aliquot lempus cum donatista fuisset C. conuersus pacem pro qua moreretur amauit.
optima purpureo uestitus sanguine causa, M. non errore perit non se ipse furore peremit.
V. uerum martyrium uera est pielale probatum.
S. suspice litterulas primas ibi nomen honoris.
Le diacre Nabor était un donatiste rentré dans le giron de l’Église, dont ses anciens coreligionnaires Lirérent une vengeance sanglante. La pia laus du v. 2 semble une antithése voulue du Deo lau des, le cri des donatistes, Au v. 4, pacer offre le sens alors le plus répandu Pa in ol Ri ga OE Nau le en Afri que, celui d'unité et de communion. Le v. 6 présente une allusion aux circoncellions (voir ce nom) dont le fanatisme était poussé jusqu'au suicide, ce qui leur valait le culte des sectaires de leur parti et des donaListes eux-mémes. Le mot probatum, du v. 7, est le terme officiel employé en Afri que pour désigner un martyr authenti que. Enfin, le v. 8 signale l'artifice de l'acrostiche.
I] se pourrait que la mort du diacre Nabor se rapporte à l'année 412 qui fut signalée par les violen ces des schismatiques pour s'emparer des églises. En cette année-là, on sait que fut tué par les donatistes un prêtre catholi que nommé Restitut, et qu'un autre nommé Innocent fut mutilé et eut les yeux crevés ; on ne connait de plus, sur le diacre Nabor, que ce que nous en apprend le petit poéme de saint Augustin.
H. LECLERCQ.
Ce qui fait l'originalité de ce monument, c'est que Nabuchodonosor y apparait ia tête nimbée, ce qui passe généralement pour l'insigne de la sainteté : il a pu en étre autrement à une épo que plus reculée (voir NIMBE), mais à l'épo que à laquelle appartient la lampe de Carthage, la signification du nimbe était généralement admise, et ja mais le roi Nabuchodonosor n'a été admis à un titre quelcon que dans le catalogue des saints.
Pour ce qui concerne Nabuchodonosor, nous rappellerons que le nimbe fut donné à certains prin ces en signe de puissance souveraine, par exemple à HonoCe dipty que est un ouvrage du v* siècle ; à Ravenne, au vit siècle, les mosaïques fameuses de Saint-Vital SOR 580 nous font voir Justinien et Théodora nimbés (voir Diclionn., t, vin, col. 514, fig. 6421, 6122, 6423), à Saint- -Apollinaire, J ustinien est également nimbé (voir Diclionn., t. vir, col. 224, fig. 6124). Enfin, sur l'arc triomphal, à Sainte-Marie-Majeure, nous voyons la présentation des mages au roi Hérode dont on lit encor : le nom : HE...., et dont la tête est nimbée (voir Diclionn., t. x, col. 2102-2103, fig. 7734). Ces divers exemp les, le dernier surtout, ne permettent plus de s'étonner que Nabuchodonosor porte le nimbe sans être, le moins du monde, candidat à la sainteté. ~ Saint Augustin ne laissa pas passer ces accusations eL les réfuta dans la Cité de Dieu ; il y revint dans d'autres écrits, notamment en ce qui concerne le pape Marcellin et l'évê que Cécilien de Carthage. Il est vrai, dit en substance l'évé que d'Hippone, que les empereurs ont persécuté les chrétiens et ils ont subi le chà- timent réservé aux perséculeurs ; il est vrai aussi, les - empereurs sont devenus chrétiens, et ils ont porté des lois contre les ennemis du Christ et de son Église. Or, ces choses avaient été figurées dans l'Ancien TestaPe où le roi Antiochus, qui persécuta les Maccha— hées, subit le châtiment réservé aux persécuteurs. Le — roi Nabuchodonosor a persécuté Daniel et ses compa- — nons, ensuite il a porté des lois contre les ennemis du - vrai Dieu !, Cette polémi que se place vers 409, après — Jes lois rigoureuses promulguées par l'empereur Honorius contre les donatis les.
Lors que Nabuchodonosor faisait succéder un édit - favorable au Dieu des Hébreux à un édit de persécution contre les adorateurs de ce Dieu, il pouvait devenir - une figure de ce qui s'était passé depuis que la recon- - paissance du christianisme avait succédé à la persécution.
Saint Augustin, dans sa lettre cv, a en vue les dona[ tistes et développe longuement ce rapprochement qui
OSOR =
NAIN 082
personnage dans lequel nous voyons Nabuchodonosor et où, peut-être, il n'apercevait qu'un inconnu.
Un couvercle de sarcophage provenant de Home, 1v siècle, haut. 0 m. 30 ; long. 1 m. 02, entré au KaiserFriedrich-Museur à Berlin, en 1906, nous montre Noé dans l'arche, attirant la colombe posée sur un arbre, ensuite Nabuchodonosor, assis sur un pliant, tenant une canne et, prés de lui, son buste vers lequel un serviteur attire l'attention des trois jeunes gens qui font un geste de dénégation ; puis un amour nu tenant un cartouche, le reste man que (fig. 8614). ds H. LECLERCQ.
NAIN. — Au cours de la IIe année de son ministère public, Jésus se rendit à Capharnaüm, et, peu de temps aprés la guérison du serviteur du centurion, nous le rencontrons à sept ou huit heures de marche de Capharnaüm, à l'entrée de la ville de Nain. C'était une petite ville, n'ayant peut-étre qu'une seule porte qui conduisait vers les champs et les tombe aux. Le Sau.
A ce sujet, saint Augustin rappelle une coutume liturgi que, que les donatistes pratiquaient probablement tout comme les catholiques, car il ajoute, en s'adressant aux schismatiques, qu'à la lecture de ces paro les, au jour de la solennité sainte, ils répondaient Amen. An cum hic audieritis, non respondetis : Amen ; el hoc dicto clara voce ad ediclum regis, vos in sancta solemnilale signalis + ?
Nous avons peine à croire que le potier africain qui faconna le moule de la lampe trouvée à Carthage ait tant réfléchi et calculé avant de tracer un nimbe au ! 5. Augustin, Conira litleras Peliliani, 1. II, n. 202 sq. ; Epist., cv, n. 7 ; Epist, c.xxxv, n. 8. — ? Saint Augustin, Enarratio in psalmum CV, n 3 Dan., 117, 99. — * Saint veur, escorté par ses discip les et suivi d'une foule nombreuse, se trouvail proche de cette porte au moment où on emportait hors de la ville le cadavre du fils uni que d'une veuve qu'accompagnaient ses concitoyens. Le Sauveur fut ému par la douleur de cette mère et lui dit : « Ne pleure pas », et, s'approchant de la civière, il posa sur elle sa main ; à ce geste, les porteurs s'arrêtèrent et Jésus dit : « Je une homme, je te dis, lève-toi ! » Le mort se mit sur son séant et commenca à parler.
LA
583 Jésus le rendit à sa mère, et cette scène pénétra de saisissement ceux qui en furent témoins. Revenus de leur émoi, ils se dirent les uns aux autres : « Un grand prophéte a été suscité parmi nous », et encore : « Dieu a visité son peuple ». Il ne fut bruit que de cet événement dans tout le pays.
Ce récit de saint Luc, vir, 11-17, a inspiré les artistes chrétiens, mais seulement les sculpteurs de sarcoses deux saints intercesseurs ; symbole de l'âme chré-
NAIN
584 plus que les deux sujets figurés aux extrémités et, entre eux, une bande étroite oü l'on retrouve quelques tra ces de la partie inférieure des figures disparues, assez toutefois pour permettre leur identification. Le sujet de gauche montre le Christ qui ressuscite, en le touchant de sa baguette, un mort enveloppé d'un suaire étroit, et placé dans un petit sarcophage que supportent des têtes de panthères (fig. 8616). Il s'agit ici du fils de la veuve de Nain. Par exception à une régle communément suivie, cette femme est représentée de méme taille que le Christ.
Autres représentations en Gaule : :.
Au musée de Lyon, depuis 1851 environ, sarcophage de marbre sans couvercle, trouvé au xvr siècle sur un mamelon voisin du village de Balazuc. Bas-relief trés mutilé, divisé en sept compartiments par des colonnes Lorses que surmontent des frontons et des arca des (fig. 8617). On voit le Sauveur ressuscitant le fils de la veuve, celui-ci posé à terre et enveloppé de bandelettes suivant l'usage israélite ; Daniel empoisonnant le serpent, réduit à fort peu de chose ; Jésus annonçant à Pierre son triple reniement ; la guérison d'un aveugle présenté au Christ par un disciple ; deux Juifs portant la to que ronde et parlant à un vieillard assis sur une roche, au pied d'un arbre, et tenant un volumen. — Sarcophage à Toulouse (voir ce mot). L'enfant est couché dans un sarcophage posé sur deux colonnettes. tienne pénétrant dans le paradis. À gauche, le miracle de la multiplication des pains ; à droite, la résurrection du fils de la veuve de Nain. Marbre grec, haut. 0 m. 26 ; long. 0 m. 61 ; prof. 0 m. 27.
Sarcophage à Narbonne (voir ce mot). L'enfant est couché à terre et enveloppé de bandelettes.
H. LECLERCO.
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585 NAJA
Voici quelques représentations déjà connues et avec des variantes sans importance :
1° Un aigle vu de face, la tête tournée à gauche, les ai les éployées (Catalogue du musce Alaout, Supplément, p. 283, n. 114) ; sur le symbole de l'aigle nous sommes entrés dans quelques développements (au mot Minorns).
Dans les sujets suivants, déjà connus, on trouve des particularités notab les : ans :
(HENCHIR-)
286 13° Daniel, les bras levés à la manière des orants et tenant des couronnes, entre deux lions prosternés, le tout entre deux colonnes, M. A. Merlin relève les détails suivants ? : sur la couronne tenue dans la main gauche, un X ; sur l'autre, dans la main droite, une croix ; aux bras de Daniel sont suspendus l'A et lo) ; celui-ci ayant la forme d'une ancre ? ; sous ses pieds, un F. A droite, dans le champ, trace d'une représentation indistincte, peut-être une petite figure humaine ( ?). Les ang les inférieurs et l'angle supérieur gauche ont disparu. Vestiges de peinture, Sur certains exemplaires, on voit, au-dessus de Daniel, la partie inférieure des lettres SCS (sanctus ), le haut des caractères ayant été effacé à dessein, mais on ne distingue rien du mot AANIEL qui, dans d'autres trouvail les, est inscrit au-dessous du personnage.
14° Saint Théodore, à cheval, passant vers la gauche, percant de sa lance la téte d'un serpent qui rampe à ses pieds, le tout entre deux pilastres. Le cheval a la queue nouée, Au-dessus, à gauche, sur trois lignes horizonta les superposées : 2||VRO||AO ; à droite, sur une seule ligne : 3T298 (sanctus Teodorus). Dans le champ, à droite, devant la téte de l'animal, une étoile à six branches. « Nous possédons deux exemplaires de ce type ; d'autres, montrant le méme personnage avec la méme attitude générale, sont sans légende et sans étoile dans le champ ; un cadre entoure lesujet. Ceux-ci sont rehaussés de colorations brun rougeátre, trés rudimentaires, qui varient d'un tableau à l'autre, ici couvrant uniformément tout le saint et sa monture, là tout le fond à l'exclusion du cavalier et du cheval, ailleurs cernant simplement la figuration et servant à en souligner quelques détails : les rênes, la lance, l'œil du coursier, dont le corps et les jambes sont tachetés de points de méme teinte simulant le pelage. Sur un autre carreau, analogue à ce dernier comme décoration, le saint galope vers la gauche. Le cadre et les pilastres sont parfois ornés également de touches brun rouge. Cette représentation de saint Théodore est digne qu'on s'y arrête. Nous avions déjà un saint cavalier sur les carre aux exhumés à 6 kilomètres à l'est d'Hadjeb-elAïoun (voir ce nom) et, grâce à un morceau malheureusement incomplet, qui portait les débris d'une légende disposée verticalement sur les cótés, M. ^. Merlin avait proposé d'y voir l'image de saint Théodore. La découverte de Henchir-Naja, en levant les derniers doutes qui pouvaient subsister, démontre la justesse de cette conjecture.
« Saint Théodore, à qui une église fut construite à Constantinople vers le milieu du Ve, par le patrice Sophoracius, était honoré à Rome au commencement du VIe où le pape Félix IV (526-530) le faisait placer sur la mosaïque des Saints-Côme-et-Damien au Forum. Notre effigie de Théodore, à peu près exactement contemporaine de celle-ci et par là même une des plus anciennes de ce saint, si fréquent sur les ivoires, les médaillons et les bas-reliefs byzantins, est un témoignage de l'antiquité et de la popularité de son culte en Afrique. Il semble avoir joui en particulier d'une grande vogue dans le centre de la Tunisie actuelle *, » 087 niche dont la voûte est supportée par deux colonnes et s'appuyant de chaque main sur une longue croix qui pose à terre, Dans chaque angle, une fleur, des ornements de teinte brun rouge rehaussent le fond du panneau ; le personnage lui-même est peint de ce ton. Ce carreau est en double exemplaire, mais le deuxième n'est représenté que par un fragment (angle supérieur gauche), non colorié. Au-dessus de la tête du personnage, on lit 139MA, sans doute angelus ; le reste manque. H. LECLERCQ. NAMUR. — I. Fables et légendes. II. Le nom Namucho. III. Les oratoires de cimetières. IV. Le musée. V, Anne aux. I. FABLES ET LÉGENDES. — s Une chose que j'ai toujours admirée, et que remarquent tous ceux qui s'occupent d'antiquités, c'est cette espèce de manie commune à toutes les nations et qui les porte à reculer d'une manière fabuleuse l'époque de la fondation de leur ville natale !. » Les vieux annalistes de Namur s'en sont donné à rendre jaloux leurs plus audacieux confrères. Fables et étymologies ont prospéré merveilleusement dans Croonendael, Gramaye, Dupont, Bruin, le P. de Marne et bien d'autres. Par l'effet d'une modération dont il faut leur tenir compte, ils ne remontent pas au delà du déluge. Un petit-fils de Japhet, arrière-petit-fils de Noé, vint s'établir dans la Gaule Belge où ses descendants s'implantèrent et prirent un beau jour le nom de Gaulois. Il se passa beaucoup de temps pendant lequel ce peuple heureux n'eut pas d'histoire, et ceci nous conduit à l'époque où régnait le roi Salomon. En ce temps-là, les Belges avaient pour roi Aganippus, qui fit bâtir des fortifications sur la montagne au pied de laquelle se confondent la Sambre et la Meuse. Ce roi était pieux, il consacra un autel au dieu Nam, qui était le vocable local de Neptune ; en outre, il se chargea, et ses héritiers après lui, de desservir le temple et de défendre la forteresse. Un de ces prêtres, nommé Sicelius, fonda le village de Sclayn et un autre, Méhan, donna son nom à Méhaigne.
On ne sait vraiment pas s’il faut continuer à dévider cet écheveau d'inepties où l'on voit Namur successivement démolie et reconstruite, occupée par les Tongrois, ensuite par les Cimbres qui s'emparèrent de Sédrochie et lui imposèrent le nom de Nemetocenne, ce qui veut dire Nemetum-sur-Sambre. Cette localité est l'oppidum des Aduatiques dont César s'empara à la suite de sa victoire sur les Nerviens, sur les bords de la Sambre. En 38 ou 39 de notre ère, Caligula fit construire une nouvelle ville au pied de la hauteur et on lui donna le nom de Novus murus ; la porte Gaiette, démolie au XVIe, conservait le souvenir de Caius Caligula. En l'an 102, saint Materne parut en ces lieux et Gilles d'Orval (milieu du XIIe) raconte dans la Vie de cet évêque légendaire de Liège, qu'ayant brisé la statue du dieu Nam, celui-ci cessa de rendre des oracles et on l'appela Nam-mutum d'où, par contraction, on fit Namu .
Lors que l'histoire prend la place des fables, les événements se font plus rares et les lacunes se multiplient. On peut mentionner l'évêque Martinus de Tongres, fils de l'officier qui commandait la place de Namur.
Au Ve, les Vandales saccagèrent la ville. Vinrent les Francs et un fils de Clodion ( ?) s'établit en ces lieux où quelqu'un parmi ses successeurs se fit chrétien vers le temps où Clovis se convertit. Pendant deux siècles environ on ne sait rien qui puisse être retenu. Charlemagne créa le Bavarois Nayme marquis de Namur, il développa les fortifications et mourut en 512 ; son successeur, Thierry, bâtit le Theodoricum casirum, et le cousin de celui-ci, Amaury, périt à la bataille de Fontenay, en 811. Le nom du successeur immédiat d'Amaury n'est pas connu, mais parmi les seigneurs lorrains qui combattirent Zwentibold (896-900), on rencontre un certain Gérard qui porte le titre de comte de Namur.
Nous pouvons nous en tenir là, sauf à répéter les réserves de l'annaliste Gramaye : Ego in lanta antiquitate nihil definio, satis habens scripta et ficta ab aliis recensere et lectori judicium suum relinquere. Ju les Bor- | gnet se demandant « ce qu'il peut y avoir de vrai dans tout cela », répondait : « Bien peu de chose, sans doute ; aussi je vous engage à ne regarder cette longue suite de princes et de faits que comme le produit de l'imagination de nos pères.
« Et, cependant, à ces légendes merveilleuses se mêle parfois comme un souvenir, une vague réminiscence des événements historiques. C'est ainsi que les Nemétes qui s'emparèrent de Sédrochie, ne sont autres que les Aduatiques, descendants des Cimbres, qui s'établirent sur le territoire du confluent de la Meuse et de la Sambre à l'époque de l'invasion de l'Italie par ces derniers, sous le consulat de Marius. (La légende qui fait de Nemetocenne l'oppidum Adualicorum n'est pas dénuée de toute vraisemblance.) De même, ces Tongrois que l'on fait arriver en Belgique 200 ans avant notre ère, y furent effectivement transférés par Tibère, huit ans avant Jésus-Christ. Rien n'empêche non plus de considérer saint Materne comme un des apôtres du pays et de concilier ainsi de vieilles et pieuses traditions avec la vérité historique ; mais alors, il faut nécessairement admettre que ce saint appartient non à l'an 102, mais au commencement du IVe . Enfin, qu'il y ait eu des comtes ou des marquis de Namur, dès le temps de Charlemagne, rien n'est plus probable ; on peut donc les admettre d'une manière générale, mais on ne doit voir en eux que de simples fonctionnaires délégués par l'empereur à l'administration de la province et à la garde des frontières 5. » ment sur cette ville, qu'elle est relativement peu éloignée du double monastère en faveur duquel l'acte est expédié, Aussi déjà dom Bouquet avait-il eu l'idée d'écrire simplement : anno secundo regni nostri, Namucho, en ajoutant en note : Namucum, postea Namurcum, Namur !'. Mais Bréquigny lui a objecté qu'on n'a pas le droit de supprimer le mot recognovi, et que ce mot suffit à prouver qu'il s'agit bien de la signature d'un fonctionnaire de la chancellerie : Vor Namucho nomen hic videlur referendarii seu notarii, ad majorem instrumenti fidem subscribenlis, quod evincit vox recognovi, quam ex conjectura amandare non licuit , Par suite, l'ancienne leçon a reparu dans les éditions de Bréquigny, de Pardessus et de K. Pertz, et Stumpf a inscrit sans hésiter Namucho dans un catalogue de référendaires de la chancellerie mérovingienne ?.
Il est certain, poursuit Julien Havet, que dom Bouquet, en supprimant simplement le recognovi, usait d'une liberté exagérée. Si Namucho avait été le dernier mot de l'acte original, pour quoi les copistes auraient-ils ajouté un autre mot qui fausse le sens ? Mais il ne pouvait être le dernier ; si c'est une date de lieu, elle devait être suivie, comme la plupart des actes de cette époque, du mot feliciter, écrit soit en toutes lettres, comme dans les planches n. xxv, XXVII, XXIX du recueil des fac-similés de Letronne, soit en abrégé, comme dans les n. XXIV, XXVI, XXVII, xxx du même ouvrage. Il suffit sans doute d'avoir mentionné cette dernière hypothèse, on a compris qu'elle fournit la solution du problème. L'original portait, sans aucun doute, Namucho fel, c'est-à-dire Namucho feliciter, et le copiste a lu Namucho rec., qu'il a interprété Namucho recognovi. La confusion était facile à commettre ; pour s'en convaincre, il suffit d'examiner dans le recueil de Letronne les fac-similés xxiv et xxvi qui reproduisent les originaux de deux actes de Clovis III. Voici comment y sont tracés, à la fin de la dernière ligne, les trois caractères sous lesquels le lecteur doit deviner le mot feliciler (fig. 8618) .
On peut donc décidément rayer le fabuleux Wamucho de la liste des fonctionnaires de la chancellerie mérovingienne et ajouter Namur à celle des résidences royales du VIe. Cette ville avait à cette époque une certaine importance, puisqu'on s'était décidé à lui reconnaître le titre de cité, qu'elle n'avait pas au temps de l'empire romain ; ce n'était alors qu'un cas590 irum ; or, sur un triens mérovingien nous lisons son titre de cive [las].
NAMVLEO LIVE. Buste diadémé, extérieur. m ADELEO M. Croix cantonnée de quatre points, le pied soudé à un degré ; au-dessous, un globule entouré de cinq points. Couronne extérieure. Tiers de sou d'or blanc pesant 1 gr, 24. Collection Ponton d'Amécourt. : à droite. Cercle Celte monnaie n'est pas unique, on en connaît six autres de Namuco, nous ne citerons qu'un triens (fig. 8619).
NAMVEO C. Buste diadémé, à droite. Cercle extérieur rogné. ig ADELEOM. Croix, le pied soudé à un degré : au-dessous, un astre. Cercle perlé extérieur. Tiers de sou en or pesant 1 gr. 26. Collect. Ponton d'Amécourt, Inveni., n. 607.
Un diplôme et un tiers de sou nous apportent deux documents que le consciencieux historien de Namur, J. Borgnet, n'a pas connus. Du moins a-t-il recueilli d'autres témoignages qui ne doivent pas être négligés.
La première mention certaine de Namur, dit-il, se trouve dans Sigebert de Gembloux. Ce chroniqueur nous apprend qu'en 689, Pépin d'Héristal combattit Gislemar, fils du maire Warathon, près du château de Namur : Inter Pipinum et Gissemarum filium Warathonis apud Namuchum castrum pugna commiltitur ?. A partir de cette époque, la ville est désignée de la manière suivante : dans la Vie de saint Bertuin, mort en 698 : locis igilur diversis transcursis ad castellum quod Namurcum vocalur, pervenit , au début du VIIIe dans un continuateur de Frédégaire : Ad castrum Namugo contra hostem. (Gislemarus consurgens ; en 83256, dans un diplôme de Louis le Débonnaire : Namucum ^ ; chez Flodoard, à l'année 960 : Quidam Brunonis hostium, Robertis nomine, Namuururm casirum muniebal : en 961 et en 987, dans une chronique de l'abbaye de Gembloux : in villa Namuco ; en 985, dans un diplôme d'Othon III, Narmuco 1° ; dans l'anonyme de Ravenne : Namon t ; dans la Vie de saint Poppon composée au Xe, Naumene* ? et Namuco ? :
III. LES ORATOIRES DE CIMETIERES. — Dans la province de Namur, on a rencontré des cimetières barbares disséminés dans les campagnes et, au centre de ces cimetières, sous le gazon, les restes d'un édicule de forme rectangulaire mesurant environ 5 à 8 mètres de longueur, sur 4 ou 6 mètres de largeur, terminé parfois à l'Orient par une abside semi-circulaire. Ces édicules avaient été bâtis sur les sépultures et leurs fondations avaient entraîné la violation des tombes et la dispersion des squelettes. Le soubassement était construit en pierres et a seul persisté ; le reste des murs étant en bois ou en torchis n'a laissé aucun vestige. Le soubassement contient des pierres taillées en petit
592 Saint-Rémy et à 30 mètres de là une fontaine qui porte le nom du saint. Même type d'oratoire qu'à Wancennes, le soubassement de pierres étant seul conservé ; toutefois, à Anthée, on remarquait au centre de l'abside, mais un peu en avant, les traces d'un massif carré de maçonnerie de 0 m. 70 de côté, qui, probablement, avait servi d'autel. L'établissement de l'abside paraissait postérieur au reste de la chapelle, du moins le mur de soubassement était beaucoup moins soigné que celui de la partie rectangulaire qui avait été élevé avec des pierres de parement enlevées à la villa voisine. Le pavement était fait en pierres brutes reliées par un béton grossier pareil à celui qu'on employait dans les constructions de la décadence romaine. Comme beaucoup d'autres oratoires mérovingiens, celui-ci avait été entouré d'un mur situé à 1 m. 50 ; entre ce mur et celui de l'appareil romain et des blocs de tuf équarris provenant de villas du voisinage. La maçonnerie est presque toujours très mauvaise et le mortier renferme de la chaux vive mal éteinte. Ces constructions datent probablement du VIIe. Les sépultures des fidèles étaient mélangées à celles des païens, mais elles y étaient en nombre nettement inférieur. Près de l'oratoire d'un des cimetières francs de Franchimont on a recueilli des anneaux ornés de symboles chrétiens sur le chaton, ainsi qu'une petite croix pattée en plomb, à branches égales. Le plus ancien indice de christianisme trouvé dans les sépultures de la province est la croix tracée sur le chaton des bagues. Au VIIe, elle surmonte fréquemment un monogramme ; quelquefois, la croix est surmontée par une colombe ou par un poisson. Les deux cimetières francs de Franchimont, qui contenaient un grand nombre de païens, avaient possédé chacun un oratoire rectangulaire. A Wancennes, où l'on ne rencontra aucun objet chrétien, la chapelle pourvue d'une abside était située vers le centre du cimetière. Le soubassement avait été construit avec les débris d'une grande villa belgo-romaine distante de 250 mètres seulement (fig. 8620).
A 200 mètres au sud des ruines de la grande villa romaine d'Anthée se trouve le lieu dit Al chapelle Ravenn, ]. IV, n. 26 ; cf. Dich, t. de l'oratoire se trouvaient une trentaine de sépultures dont les parois en pierre étaient, pour la plupart, enduites d'un ciment rouge. Ces tombes avaient été violées à l'exception de deux, qui renfermaient quelques poteries, des couteaux et un grand coutelas. Cet oratoire devait être du VIIe.
A Fesch aux, les gens du pays donnaient le vocable de saint Jean à un oratoire situé parmi les tombes. Près de là se trouvait une « fontaine du Diable », allusion probable au culte d'une divinité païenne.
A Couvin, entre les villages de Pesche et de Boussu, parmi une cinquantaine de tombes mérovingiennes fort pauvres, on voyait sur une éminence appelée Tienne del chapelle, les débris d'un petit bâtiment composé de deux pièces, mesurant l'une 4 m. de long sur 5 m. de large ; l'autre 7 m. sur 5 m. Plusieurs tombes avaient été coupées pour l'établissement des fondations de cette chapelle construite en très mauvais mortier. Autres exemples au cimetière franc de Saint-Gérard, au lieu dit Al chapelle ; à Froidlieu, sur la montagne de la vieille église, et à 150 mètres de l'emplacement des ruines de cette dernière, une quinzaine de tombes franques paraissant avoir appartenu à une famille non chrétienne.
Si les ressources leur manquaient, les missionnaires renonçaient à construire une chapelle, ils plantaient une croix. A Étrave, dans le voisinage d'un cimetière franc fort intéressant et dans lequel on trouve des preuves d'incinération, par conséquent ceci nous renvoie vers le VIe ou le VIIe, on a conservé au cimetière le nom de la Croix rouge. De même à Janniolle, au lieu dit Sur la croix où furent trouvés 150 squelettes de Francs.
Citons encore deux exemples : à Flavion, dans l'Entre-Sambre-et-Meuse, une des localités de la Belgique les plus riches en antiquités romaines, vers l'extrémité d'une campagne appelée la Terre-aux-diaux, au lieu dit Terre-al-Pire, fut trouvé un cimetière mérovingien dont les sépultures étaient réparties comme dans le plan (fig. 8621). La partie des bâtiments terminée par une abside semi-circulaire, reliée à une partie rectangulaire, était probablement de ce côté ; elle aura été détruite, peut-être, lors du creusement des tombes. Seul le soubassement était en pierres, le reste était en bois. Une partie des sépultures avait été recouverte de dalles brutes ; les parois, faites en pierres maçonnées, offraient dans plusieurs cas le petit appareil romain. On y trouva seulement un grand coutelas, quelques vases et plusieurs petits objets ; cette pauvreté semblerait indiquer que le cimetière ne renfermait que des restes de chrétiens ou de serfs. Le chemin qu'on aperçoit sur le plan, à l'angle d'une des absides, est un chemin antique, empierré sur une largeur de 2 mètres ; il n'est plus visible aujourd'hui à la surface du sol. En B, un restant de muraille dont on ne saurait préjuger la destination.
À 1 kilomètre de Lavre-Sainte-Anne, sur la colline aride appelée Tienne del vie église (montagne de la Vieille église), le plateau aride portait une centaine de sépultures franques et mérovingiennes, celles-ci s'étendant sur une longueur de 150 mètres jusqu'à une vingtaine de mètres de l'extrémité du plateau où le relèvement du sol annonçait l'emplacement de la vieille église (fig. 8622). Cet endroit, qui mesure environ 18 ares, était un véritable charnier, surtout autour des anciennes constructions où les cadavres étaient enterrés par couches successives. À l'autre extrémité du plateau se trouvait une sorte d'ustrinum antique d'une construction très curieuse, et des sépultures franques dont deux, à en juger par les armes, avaient dû appartenir à des hommes libres. La chapelle (fig. 8621) dut subir de nombreuses modifications. La partie terminée par une abside circulaire A était probablement la plus ancienne et la seule primitive ; elle fut élargie, croyons-nous, à une époque assez récente par l'établissement d'une sorte de large bas-côté B, dans lequel on trouva l'emplacement de deux piliers en pierre. En C existait la porte de la chapelle précédée d'un porche D, de quatre mètres carrés. L'édifice était séparé d'un autre bâtiment E, par un couloir d'un mètre de largeur F, qui donnait passage vers l'extérieur, à travers le mur d'enceinte. Le bâtiment E servait de demeure au desservant ; telle est du moins l'opinion d'Ad. Béquet. Les murs étaient entièrement construits en matériaux solides. D'après les observations faites par Ad. Béquet, la « vieille église » existait encore à la fin du XVIe, et on y enterrait à cette époque.
Ad. Béquet, le premier qui décrivit ces basilicæ cemeteriæ, proposa une explication ingénieuse, mais arbitraire. Selon lui, c'étaient des oratoires chrétiens élevés sur les cimetières païens par les missionnaires qui prenaient ainsi possession du sol au nom du Christ. Peut-être y a-t-il autre chose à proposer. Voici ce qu'on lit dans la Loi salique, à l'art. 5 du tit. LVIII : de corporibus expoliatis. Si quis basilicam super hominem mortuum expoliaverit ace den. qui faciunt sol. XXX culpabilis judicelur, excepto capitale et dilatura. Dans la lex emendata on lit cette variante : Si quis domum in modum basilicæ factam... En conséquence, on voit que le métier des violateurs de tombe existait toujours et que celui qui était surpris ou convaincu de l'avoir exercé était condamné à une amende de 1 200 deniers égalant 30 sous, sans préjudice de la restitution de la chose enlevée et de la dilatura, terme qu'on peut entendre par « les dépens ».
Du Cange dans son Glossaire, au mot Basilica, n'a pas manqué de citer le texte de la Loi salique qu'on vient de lire : Basilice appellatæ ædiculæ quas nosiri Franci veteres magnalum tumulis imponebant quod formam basilicarum seu sedium sacrarum referrent. Nam aliorum inferioris conditionis hominum sepulchris aul lumba aut porticulus tantum superponebatur. Id colligitur potissimum ex Lege salica, tit. LVIII, 2, 4 el 5, ubi qui tumbam aut porticulum super hominem mortuum expoliaveril, 30 solidis culpabilis judicatur. Ex quibus satis patet basilicas tumulos magnatum spectasse quarum etiam mentio est in til. Lx xi ubi agitur de mulcta illius qui basilicam voluntario ordine aut forlasse per negligentiam incenderit. Unde eruunt viri docli ejusmodi basilicas ligneas fuisse proinde que incendiis obnoxias.
Fr. Pithou, dans son Liber Legis salicæ glossarium sive interpretatio rerum et verborum obscuriorum quam in ea lege habeniur ex bibliotheca F. Pithou, Parisiis, 1602, se borne à signaler les textes de Grégoire de Tours se rapportant à cette matière : ce sont Hisl. Francor., 1. IT, c. xiv ; De gloria confessorum, c. Lt et cv.
Aucune confusion n'est possible entre ces oratoires et les basiliques urbaines ou même rurales dans lesquelles on offrait le saint sacrifice ; si l'on a cru reconnaitre la présence d'un autel à Anthée, on n'en a donné aucune preuve.
D'après certains textes de la Loi salique, tit. LXXI, de basilica incensa, celui qui met le feu à une basilique est puni d'une amende de 200 sous d'or : Si quis volunlario ordine aut fortasse per negligentiam basilicam incenderit VHI M den. qui faciunt sol. ce. D'autres manuscrits réservent cette peine à ceux qui incendient une basilique consacrée ou renfermant des reliques de saints : Si quis basilica ubi requiescunt (var. : reliquie sunt) insertas, aut ipsa basilica est sanctificala, incendiderit sol. cc culp. iud. 5.
Et Charlemagne, dans la Lex emendata, conservant et complétant cet article, condamne aussi à 200 sous d'or celui qui commet un vol dans une église : Si quis be - Roo reconditæ sunt, incenderil, vel infra ipsa ecclesia aliquam erpoliationem de altare aut de infra illa ecclesia aliquid tulerit, vrr M din. qui fac. sol cc. culp. iud. excepto capitali el ditalura !.
Remarquons que la Lex emendata conserve parfaitement au tit. Lvir : De corporibus expoliatis la disposition concernant les basiliques funéraires et qu'elle ne donne pas à ces dernières le nom d'ecclesiz. Elle les distingue des églises proprement dites et punit différemment le vol commis dans les unes et dans les autres. Si quis domum in modum basilicæ factum (sic) super hominem mortuum expoliaverit, mgg din. qui fac. sol. x XX eulp. iud. excepto capitale et dilatura.
On remarquera qu'on ne rencontre aucune mention des basilicæ funéraires dans les manuscrits de la Lex antiqua ou Paclus antiquior legis Salicæ, c'est-à-dire dans les textes les plus anciens qui, pour cette raison, ne contiennent aucune trace de christianisme, notamment dans les mss. Paris. lat. 4404 et 9653, de Wölfenbüttel et Münich. Par contre, dès que les textes portent des traces de christianisme, ils font mention des chapelles funéraires, par exemple le troisième texte de Pardessus, la cinquième famille des textes de Hessels, cod. 5 et 6.
La loi des Ripuaires, non plus que les autres lois barbares, ne contient de disposition relative aux chapelles funéraires. Il n'en faut pas conclure que les Saliens furent seuls à faire usage des basilicæ et que la présence de celles-ci dans un cimetière témoigne en faveur de l'origine salique de ceux qui y furent enterrés. La loi des Ripuaires est loin d'entrer dans d'aussi nombreux détails que la Loi salique ; elle garde le même silence au sujet de cas parfaitement prévus et punis de peines spéciales par la Loi salique, tels, par exemple, que le fait d'ensevelir un corps au-dessus d'un autre dans un même sarcophage, sans que l'on puisse pourtant le moins du monde inférer de là que les sarcophages fussent inconnus des Ripuaires.
À quelle époque remonte l'usage des basilicæ ? Il est probable qu'elles n'apparurent qu'après la conversion des Francs, au VIe. Dans les cimetières francs de Furfooz, de Samson, de Spontin et d'Étrave, considérés comme les plus anciens de la région de Namur, on n'a relevé ni traces d'oratoires ni signes de christianisme, sauf à Samson où deux coupes de verre montrent à la partie inférieure un signe qui pourrait être un chrismon.
Quelle fut la durée de cet usage ? La Loi salique est le seul texte ancien qui parle de ces basiliques tombales ; on n'y trouve aucune allusion dans les textes conciliaires et ceci s'explique sans peine, car ces édits n'avaient reçu aucune consécration. Il se pourrait que l'abandon des basiliques tombales ait coïncidé avec l'époque où les inhumations se firent dans les églises et aux alentours, ceci nous reporterait assez tard, entre le IXe et le Xe.
On a fait cette remarque que tous les basilicae contenaient des tombes et, à partir du Ve, le christianisme faisant de continus progrès, on peut croire que les cadavres enterrés étaient chrétiens. Il est vrai qu'on n'y a rencontré ni symboles, ni signes incontestables de christianisme ; mais ces basiliques élevées sur des tombes d'hommes libres ont dû provoquer la cupidité des profanateurs de tombes. C'est ainsi qu'à Waucennes, sur sept tombes trouvées dans l'oratoire, trois avaient été bouleversées. C'étaient celles mêmes où les voleurs pouvaient espérer rencontrer un riche mobilier funéraire. À Franchimont, les tombes avaient été fouillées et aussi à Flavion.
IV. LE MUSÉE. — La collection conservée au musée de Namur et relative à la période gallo-belge et franque est une des plus riches et des plus variées. Les trois catégories de la joaillerie franque sont représentées dans toutes leurs évolutions, depuis le type sévère de Pouan jusqu'aux modèles appauvris de la dernière période. Les échantillons conservés à Mayence sont plus nombreux et plus variés, mais ils représentent une aire beaucoup plus vaste ; à Namur, les champs de fouilles sont nombreux mais limités par une aire fort étroite. En outre, la qualité compense la quantité ; on chercherait vainement sur le Rhin certaines formes qu'offre la Meuse, par exemple une pendeloque en or massif du Ve ; une boucle du cimetière de Samson (1re catégorie) avec son anneau elliptique et sa patte circulaire ornés de larges tablettes de verre rouge, boucle dont tous les similaires se sont rencontrés, en France, à l'état de débris ; un joli disque de Sombreffe (2e catégorie) au décor polychrome : rouge, bleu et vert ; une merveilleuse fibule circulaire de Rognée, aux bords festonnés, où un orfèvre du VIe a déployé un talent hors ligne.
La région entourée par le Rhin, la Meuse et la Moselle était admirablement disposée pour devenir le centre d'un développement artistique considérable ; outre qu'ils offraient d'excellents moyens de transport, ces trois cours d'eau garantissaient des attaques fortuites les populations établies à l'intérieur d'un quadrilatère, où elles pouvaient ainsi jouir de quelque tranquillité. Le style classique, imposé par la conquête romaine en même temps que son administration uniforme, n'avait pas détrôné, dans la Germanie inférieure, la technique orientale de l'émaillerie champlevée ; une autre technique, également venue de l'Est à la suite des invasions du Ve, y obtint un succès prolongé : de 450 à 700, l'incrustation à froid remplaça l'émail parfond des anciens bijoux, et elle décora aussi les objets destinés au culte. Les ouvriers nomades, qui accompagnaient les barbares, durent se fixer au sol en même temps que leur clientèle, et ils choisirent de préférence les environs de la Meuse. Là s'était vraisemblablement maintenu un Collegium aurifabrorum ; son contact avec les nouveaux arrivés eut pour conséquence d'imprimer au travail de ces derniers le cachet spécial qui le distingue.
Le musée de Namur, créé vers le milieu du XIXe et soutenu par le zèle des particuliers, est un musée exclusivement provincial. Tout ce qu'il renferme appartient à la province de Namur ; il n'en est pas moins varié et instructif. La classification des objets y est très simple et très nette et chaque objet porte son indication de provenance, ce qui aide à déterminer le caractère et la date. Des vitrines sont consacrées à la période primitive et à l'époque gauloise. Leur intérêt n'égale pas celui qui s'attache à la collection gallo-romaine. On ne peut omettre à ce sujet le nom d'Alfred Béquet dont la sagacité, la science et le labeur ont donné à cette collection sa richesse et sa valeur scientifique.
Les Annales de la Société archéologique de Namur, parvenues à leur XVe volume, renferment — dispersées malheureusement — un nombre considérable de particularités descriptives dignes d'être relevées. Sans doute, il s'en faut de beaucoup que tous les objets exhumés et conservés aient appartenu à des fidèles, c'est même le contraire qu'on pourrait soutenir avec le plus de vraisemblance, mais les fidèles ont fait usage d'objets exactement semblables à ceux qui se trouvent conservés. Prenons, par exemple, les vases de toute sorte, depuis la vaste amphore et l'urne cinéraire jusqu'au vase à parfums et à la fiole lacrymatoire, un seul cimetière, le cimetière gallo-romain de Flavion en a fourni plus de mille. On peut y étudier la céramique des Gallo-Romains sous toutes ses faces. Un nombre considérable de fibules, de bagues, de fuseaux, d'épingles, de stylos, analogues à ceux de tous nos musées, nous permettent de constater, sous ce rapport, l'uniformité de l'art gallo-romain dans toute l'étendue des Gaules.
Cette collection est encore intéressante à un autre point de vue. Si l'on veut se donner la peine de lire les étiquettes qui se trouvent dans les vitrines, on voit qu'une partie des objets qu'elles renferment proviennent de fumulus, que d'autres ont été trouvés à côté de squelettes ensevelis dans la terre à un ou deux pieds de profondeur, sans qu'aucun signe extérieur indiquât la présence d'une tombe. Ailleurs, l'incinération était pratiquée, et les urnes cinéraires pieusement déposées dans de grands cercueils de pierre. L'ère gallo-romaine comprenait donc en Belgique ces trois modes divers de sépultures.
Dans toutes les vitrines de cette période, le fer est mêlé au bronze qui est la matière avec laquelle sont fabriqués, comme dans l'âge précédent, les fibules et les bracelets. Les poteries tantôt très grossières, tantôt très fines, se distinguent assez facilement des poteries celtiques. Les bouteilles et les urnes de verre ne sont pas rares. Des tablettes pour écrire, très bien conservées et très curieuses, ne sont pas un des objets les moins intéressants.
Une belle collection de vases en verre de toutes formes, dont soixante-dix proviennent du cimetière de Samson, présentent la forme de cornet à jouer aux dés ; mais ils sont privés de pied, ou n'en ont qu'un très petit ; on ne pouvait les poser sur la table que complètement vides et, par conséquent, il fallait les vider d'un trait. À part un petit nombre plus élevés, leur hauteur est de 0 m. 10 à 0 m. 15 et leur diamètre supérieur de 0 m. 06 à 0 m. 07. Parmi ces verres, il en est un particulièrement remarquable, ayant la forme d'une trompe de chasse, avec deux tenons pour le suspendre. Son pourtour est orné extérieurement d'une sorte de réseau composé de petites baguettes de verre. Les filets qui se trouvent au sommet sont de verre noir.
Il y a peu d'années, une publication intitulée Namurcum a entrepris de faire connaître les accroissements archéologiques du musée.
V. ANNEAUX. — Maximin Deloche a publié vingt-neuf anneaux provenant de la province de Namur au sujet desquels Alf. Béquet avait rassemblé les quelques remarques suivantes sur les procédés de fabrication.
L'or employé par les orfèvres francs pour l'exécution de ces bijoux avait été laminé par le martelage.
Toutes les soudures étaient faites à l'or avec beaucoup d'habileté. La tige de ces bagues consiste soit en une soie unie, ou granulée ou striée, soit et plus souvent en un cercle d'or, sur lequel on gravait quelques dessins ou l'on appliquait par la soudure des ornements consistant en globules, grenets, fils tordus, lamettes, etc. Le chaton a généralement la forme d'une capsule carrée, ronde ou ovale, faite de lames d'or assez minces et soudées. Il enchâsse une améthyste, un cristal de roche, rarement une intaille ou un camée. Mais les orfèvres barbares, qui n'avaient pas toujours ni même fréquemment à leur disposition des pierres dures, les remplaçaient bien souvent par des imitations en verre. On ne trouve pas sur ces genres d'anneaux les trois globules ou cabochons en métal, disposés en feuilles de trèfle, qui sont un des ornements caractéristiques des anneaux mérovingiens. Il convient toutefois de noter, observe M. Deloche, que dans plusieurs de nos anneaux, on voit deux petits globules ou cabochons de métal disposés à droite et à gauche des points de jonction de la tige et du chaton. À côté des bagues en or, celles que l'on rencontre le plus communément chez les Francs des premiers temps de l'occupation, sont de simples anneaux d'argent ou de bronze, semblables aux alliances que portent encore aujourd'hui les gens mariés. Le seul cimetière franc de Samson en a donné une vingtaine.
Un large anneau d'argent, trouvé dans une sépulture franque à Han-sur-Lesse, province de Namur, est décoré d'un chaton, dans lequel est sertie une intaille romaine sur cornaline d'un excellent effet.
Pour me résumer, je pense que les anneaux, chez les Francs du Ve et peut-être du commencement du VIe, étaient encore dépourvus de signes et de monogrammes. Ces peuples avaient emprunté aux Romains l'usage des pierres précieuses pour orner leurs bagues, et, à défaut de gemmes, les ont imitées avec des verroteries. Je crois que l'usage du monogramme et des figures n'est venu que plus tard, lors que le christianisme fut répandu parmi les Mérovingiens.
Le monogramme a été lu de façon certaine par Maximin Deloche : « En partant, dit-il, de la droite (du lecteur), nous y voyons un B, un A non barré et surmonté d'une petite croix ; un S traversé obliquement par un | ; un N formé par ce trait oblique et les deux barres perpendiculaires ; enfin, un E rétrograde, ce qui nous donne pour l'ensemble le nom de BASINE. La déclinaison de ce vocable au génitif implique la présence du mot Signum, et telle est assurément la signification du S barré, qui a conséquemment ici, comme dans plusieurs autres bagues contemporaines, un double emploi, puisqu'il entre aussi dans la composition du nom de la personne propriétaire du bijou. Nous lisons donc : ra Vua aae. iy > personne, mais celui-ci a été trouvé dans la sépulture d'un guerrier. Ce qui est à retenir, c'est qu'il y avait, sans doute, certains noms pour lesquels il existait un monogramme, en quelque sorte officiel.
TEXTE CORRIGÉ :
39 Anneau en bronze, trouvé au Tombois, lieu dit du hameau d'Esclaye (commune de Pondróme, canton de Beauraing, province de Namur). Ouverture 0 m. 022, tige 0 m. 0075 près du chaton. Le chaton, ménagé à même dans le métal, est rond et mesure 0 m. 012 de diamètre. On y voit, gravées en creux, deux croix et trois lettres. Cet anneau se trouvait au doigt d'un guerrier (fig. 8624). La légende parait devoir être lue : DOL. Peut-être est-il possible de proposer le vocable Bolo, nom propre au nominatif, qui se lit dans une charte de l'abbaye de Lorsch ! (voir ce nom), ou encore Bobolo, nom d'un monétaire du VIIIe ?, ou enfin le diminutif Fobolenus 3. Peut-être faut-il entendre quelque chose dans le genre de Airinsusi (fig. 8625).
Namur) dans une tombe masculine. Ouverture, 0 m. 022, tige ondulée avec deux chatons de dimensions inégales ; le plus grand est un carré de 0 m. 011 de côté et porte une croix pattée dont les deux bras sont accostés chacun de deux entailles faites au burin : il se pourrait qu'on ait eu ici la pensée de représenter les clous qui attachèrent le Sauveur par les mains et par les pieds à la croix.
Le deuxième chaton, de forme ronde, mesure 0 m. 0085 de diamètre ; il présente une croix (fig. 8626).
Ge Anneau en bronze, trouvé dans la province de Namur. Ouverture 0 m. 018 ; tige en forme de jonc de 0 m. 002 d'épaisseur ; chaton rond de 0 m. 011 de diamètre, sur lequel est gravée une croix potencée cantonnée de quatre lettres (fig. 8627). Reste à lire le nom. À ce sujet, la grande expérience acquise par Maximin Deloche lui permettait d'écrire qu'en « matière de numismatique mérovingienne, lorsqu'une croix gravée sur une des faces de la monnaie présente ainsi des caractères alphabétiques à ses quatre angles ou cantons, ces caractères sont lus dans l'ordre même de ces cantons, c'est-à-dire en partant de la gauche (du lecteur) des deux angles supérieurs, et puis, en partant encore de la gauche des deux angles inférieurs. On en trouve des exemples nombreux. Il est conforme à la logique de procéder pareillement pour la lecture des inscriptions des anneaux de la même époque. : D'après cela, on lira ici : A- ;-L-L. (a).
A ; i 3 Ñ i $ di lS, au Bois des sorcières. 111, n. 93. rond de 0 m. 011 de diamètre. Sur le chaton une croix équilatérale à branches potencées, cantonnée de quatre globules (fig. 8628). |
MESA GE TEE
Namur, Ouverture 0 m. 0185, tige 0 m. 0025 ; chaton soudé de 0 m. 009 de diamètre. Sur le chaton un s coupé obliquement par une barre, ce qui est l'abréviation de signum.
10° Anneau en bronze, trouvé dans la province de Namur. Ouverture 0 m. 02 ; tige renforcée près du chaton où elle atteint 0 m. 007 de hauteur ; deux chatons, l'un en forme de losange de 0 m. 01 sur 0 m. 019 avec double encadrement et deux A ; l'autre chaton opposé au précédent, de forme ovale, mesurant 0 m. 007 sur 0 m. 0045, timbré d'une croix.
11° Anneau d'argent, trouvé dans une tombe de femme dans la province de Namur. Ouverture 0 m. 019 ; hauteur 0 m. 004 ; pas de chaton, un ornement qui peut figurer un N ou même rien du tout.
12° Anneau, métal non nommé, trouvé dans la province de Namur. Ouverture 0 m. 017, tige mince et ronde renforcée de deux globules au point où elle ren— contre le chaton de forme ronde ayant 0 m. 012 de dia-
DA
189 Anneau en bronze, trouvé dans la province de Namur. Cet anneau est formé tout d'une pièce, il a 0 m. 009 près du chaton et 0 m. 002 seulement du côté opposé. Le chaton, ménagé à même le métal, est un losange de 0 m. 012 sur 0 m. 009 de hauteur. On y a tracé au burin un encadrement à pans coupés, au | 3632, — Anneau en bronze. D'après Deloche, op. cit, p. 115, n. 100, centre duquel il y a un point ou globule dans un cercle. A droite et à gauche du chaton, il y a deux ornements semblables, mais de moindres dimensions. C'est là un des éléments les plus répandus de la décoration à l'époque mérovingienne. ;
Nous décrirons plus loin les anneaux trouvés dans les cimetières francs de Samson et de Spontin (voir ces noms).
NANCY. — I. Période ancienne. II. Période mérovingienne. III. La localité Nanciacus. IV. L'étymologie. V. Camée. VI. Fragment de diptyque. VII. Les reliques de saint Gauzelin : 1. Anneau. 2. Calice et patène. 3. Peigne liturgique. 4. Évangéliaire.
I. PÉRIODE ANCIENNE. — Nous n'avons pas à décrire la formation géologique du sol sur lequel s'élève aujourd'hui la ville de Nancy, ni rien de ce qui appartient à la période préhistorique ; il nous suffit d'aborder cette histoire à l'époque romaine qui eut une durée de quatre siècles. Au point de vue administratif, ce pays faisait partie de la province de Belgique, et, sous le règne de Dioclétien, par l'effet du remaniement des provinces, la Belgique fut divisée en deux. Ce fut dans la Belgique Ire que furent rangées Metz, Toul, Verdun avec leur métropole Trèves. On retrouve le souvenir de la division romaine dans la division ecclésiastique du Moyen Âge ; Trèves est devenu le siège d'un archevêché, les trois autres villes n'ont chacune qu'un évêché et Nancy attendra l'honneur d'un siège épiscopal jusqu'en 1777 ; jusqu'à cette date, elle fait partie du diocèse de Toul. Autant dire que l'histoire des antiquités chrétiennes à Nancy est inexistante.
Les vestiges retrouvés à une distance plus ou moins considérable de Nancy, inscriptions, statuettes, débris quelconques sont tous païens ; du moins permettent-ils de reconnaître l'existence au sud de Nancy, sur le territoire de Laneuveville, d'un centre assez populeux et d'une exploitation de minerai de fer. A Nancy même, on ne peut rien affirmer et l'on ne trouve aucune trace de population, pas même dans la banlieue. Tout ce qu'on a pu imaginer pour découvrir Nancy sur la carte de Peutinger témoigne d'une louable ingéniosité !, mais si l'on peut soutenir — avec prudence — que l'Andesina de la Table de Peutinger est représentée par le village actuel de Grand, on n'a pas la moindre raison favorable à l'identification de Grand et de Nancy, et il faut conclure qu’ « à l'époque romaine, le territoire sur lequel s'élèvera la ville de Nancy était entièrement vide d'habitations ? », = Re mum omo o —— -pre sy PE oru muc um mmc = Cr » 603
II. PÉRIODE MÉROVINGIENNE. — Pendant la période chronologique qui fait suite à l'époque romaine, c'est-à-dire depuis les invasions barbares du Ve jusqu'à l'année 751, nous constatons que le territoire de Nancy a été habité, mais le nom de la ville ne se lit encore ni sur une charte, ni dans une chronique, ni dans une inscription. Au mois d'avril 1895, lors du percement de la rue des Goncourt, à l'extrémité du faubourg Saint-Jean, on mit au jour des squelettes et des armes, Une
PSS ms Be 604 naie est frappée à l'effigie de Justinien ; elle porte au droit le buste de l'empereur tenant un globe crucigère avec la légende : DN. IVSTINIANVS-PP.AVG. eL au revers une Victoire ailée, debout, tenant de la main droite une croix et, de la main gauche, le même globe ; légende : VICTORIA AVGGGH ; à l'exergue : CONOB (Constantinople) . Justinien a commencé son règne en 927 ; la tombe est donc postérieure à cette date et le cimetière dont elle fait partie peut, avec vraisemblance, être reporté vers la seconde moitié du VIe. Comment une monnaie de Justinien se trouvait-elle en Austrasie, on en donnerait dix explications pour une, eL la plus topique serait encore celle-ci : dans les ateliers gaulois on continuait à imiter les monnaies de Justinien avec la légende CONOB .
Les tombes de ce cimetière sont celles d'une population sédentaire ; les hommes y sont en majorité, mais parmi eux on rencontre des femmes et des enfants.
La profondeur des inhumations varie entre 0 m. 40 et.
| m. 50 ; il y a eu des inhumations superposées d'où l'on doit conclure que ce cimetière fut exploité pendant une durée de temps considérable. Ces défunts ont appartenu à une villa mérovingienne ; les uns étaient galloromains, les autres germains ; l'étude des crânes témoigne qu'ils ont appartenu à des sujets de races différentes *, : Ces morts, écrit M. Chr. Pfister, nous paraissent % En oir été chrétiens. Sans doute, en étudiant le mobilier funéraire, nous constaterons bien des traces d'usages païens, remontant dans la nuit des temps. Mais observons que tous les corps sont orientés. La tête est placée du côté de l'Ouest, les pieds du côté de l'Est, suivant l'une des prescriptions de la liturgie, et ainsi, jusque dans la tombe, les chrétiens regardent le pays d'où s'est répandue sur la terre la lumière de l'Évangile. Puis, vraisemblablement, les symboles chrétiens, comme la croix, le monogramme du Christ, se trouvaient à la surface du sol et ont depuis longtemps disparu. D'ailleurs, au VIIe, la Gaule, à quelques rares exceptions près, — était chrétienne ; des prélats éminents par leur vertu ; occupaient les sièges de Metz, de Toul et de Verdun, et rien ne nous démontre que des parens aient encore subsisté dans quel que coin de la future Lorraine (fig. 8633). — « Les objets funéraires ramassés dans les tombes ne nous donnent des indications précieuses sur les coutumes de cette époque. Les morts ont été enterrés dans la fosse, sans aucun cercueil, ce semble ; parfois on soulevait légèrement la tête du cadavre, par un moellon ; l'on couchait le mort sur son bouclier, le crâne dans l'umbo. A côté du mort, on plaçait des pièces de monnaies, et même, suivant un usage païen, on mettait parfois ces pièces dans sa bouche. On se servait en général de monnaies fort anciennes, antérieures à la conquête romaine, de chèvres de Moïse, auxquelles on attachait des idées superstitieuses. On considérait aussi comme amulettes d'autres débris du passé, et c'est ainsi qu'on a recueilli dans quelques tombes des silex et même de curieux fossiles.
Quelques-uns de ces vases étaient en verre ; mais ils étaient brisés et l'on n'a pu en recueillir que des éclats. — La plupart étaient en argile et l'on a pu en reconstituer vingt-sept. Ce ne sont plus les beaux vases en terre ^ Aux pieds du mort était toujours posé un vase.
606 déchiraient les chairs ; ils permettaient aussi de saisir le bouclier de l'adversaire et de lui découvrir la poitrine. On a recueilli aussi cinq haches dont le manche en bois a disparu. C'était l'arme guerrière par excellence des Francs, celle qui a reçu leur nom, la francisque. Dans beaucoup de tombes, on a trouvé trace de boucliers. Sans doute, de la partie ronde du bouclier, qui était en bois, rien n'a subsisté ; mais il reste la partie centrale en fer, fortement bombée, à l'endroit où la main soutenait l'arme ; cette partie était nommée l'umbo. Ainsi tous ces morts sont armés de toutes pièces ; ils se présentent à nous comme préparés, selon une expression de l'abbé Cochet « pour une grande revue militaire * », Ces hommes pourtant sont ceux-là mêmes qui cultivaient la campagne environnante ; ce ne sont pas des soldats au service du roi. Mais, obligés de se défendre contre les inimitiés privées, ils ont toujours les armes à la main et se font enterrer avec cet attirail militaire. | : Ces hommes étaient revêtus, avant d'être couchés dans la tombe, de leurs plus beaux atours. Les tissus ont malheureusement disparu et c'est à peine si l'on en reconnaît des traces sur l'oxyde de quelques objets de fer. Mais ces tissus étaient retenus par des agrafes ou des boucles en métal qui ont subsisté. Voici quelques boucles de ceinturon qui sont vraiment très belles. Les plaques de fer auxquelles elles sont unies sont recouvertes d'incrustations d'argent que des réactifs chimiques font de nouveau réapparaître très nettes : échantillons curieux de l’art mérovingien. Voici des fibules en bronze d'un très beau travail ; sur l'une d'elles est gravée fort distinctement une croix gammée. Elles retenaient le manteau flottant sur l'épaule. De petites agrafes carrées, trouvées toujours près de la tête, servaient à fixer les bandelettes qui liaient les longs cheveux de nos Mérovingiens. Tous ces morts portaient des bijoux : ici, l'on a recueilli une bague d'argent, là un bracelet en bronze, ailleurs encore des grains de collier en ambre, en verre rouge ou jaune, en pâte avec des incrustations de couleur. Trois fibules en argent sont ornées de filigranes et de gemmes de verre rouge. Mais une quatrième, en or, est fort précieuse. Sur le bord, deux cordons sont tordus en filigrane ; puis, entre quatre cabochons de verre, imitant l'émeraude, sont disposés quatre aigles aux ailes éployées ; le corps, la queue, les deux ailes sont formés de plaques de verre rougeâtre ; la tête et le cou sont marqués par de l'émail blanc. Quelques-unes des plaques sont aujourd'hui tombées, mais l'ensemble du dessin est très visible. La partie médiane porte une pierre précieuse. « Outre les agrafes et les bijoux, on a découvert dans le cimetière du Vieil-Aitre des instruments de toilette ou d'usage courant. Ce sont des ciseaux formés de deux lames taillées dans une même pièce, avec une ouverture pour introduire les doigts. Cinq de ces ciseaux sont en fer ; un dernier exemplaire, fort beau, en bronze. Ce sont des aiguilles en bronze ; ce sont deux pinces qui servaient aux hommes à s'épiler la barbe ; c'est un petit pinceau qu'on employait pour se teindre, car les Mérovingiens étaient coquets et aimaient à porter des cheveux rouges, même quand la nature ne leur en avait pas donné de semblables. Pince à épiler et pinceau se terminaient par un petit anneau qui permettait de les suspendre. On les attachait à la ceinture avec d'autres objets de toilette : cure-dents, cure-oreilles, petite cuiller percée de trous et servant à brûler les parfums. N'est-ce pas aussi la destination de cette pipe que l'on a trouvée dans une des tombes, oUm osea dp am er meme a
607 NANCY 608«
III. LA LOCALITÉ NANCIACUS. — Nous venons d'écrire : « le cimetière du Vieil-Aitre » ; il est possible de préciser un peu plus. On conserve au cabinet des Médailles (voir ce dernier mot}, dans l’ancienne collection Ponton d'Amécourt, un friens, c'est-à-dire un tiers de sou en or d'époque mérovingienne, qui pèse seulement 1 gr. 11 (fig. 5635) et de provenance inconnue. Au droit, un buste diadémé avec la légende :
NANCIALO au revers, une croix posée sur deux degrés avec cette légende :
Cet exemplaire nous apprend que le monétaire Médoald a frappé un friens à Nanciacus ?. De ce que Nancy possédait un atelier monétaire, il ne s'ensuit pas qu'elle fût alors une ville considérable ; au VIe, cette particularité prouvait assez peu de chose puisqu'on connaît près de 800 autres ateliers pour la Gaule, et dans le nombre se trouvent de chétives bourgades, qui parfois n'ont même pas pu être identifiées. On propose une explication ingénieuse et vraisemblable de ce fait, Les employés chargés de percevoir l'impôt au nom du roi, a-t-on dit, recevaient en paiement toutes sortes de monnaies étrangères ou anciennes, parfois même des lingots au poids ; ils fondaient pièces ou lingots et monnayaient sur place de nouvelles espèces qu'ils expédiaient à la cour jusqu'à concurrence du montant de leur reçue . D'après cette explication, le monétaire Médoald aura levé l'impôt à Nanciacus et frappé les friens dont un échantillon nous a été conservé, On a cru trouver une autre mention de la localité chez le poète Fortunat qui, dans une de ses poésies (l. VI, n. viri), raconte les incidents d'un voyage sur la Moselle. Comme Fortunat se trouvait à Metz, un cuisinier du roi lui enlève son bateau avec l'équipage ; il repart néanmoins dans la nacelle que lui prête l'évêque Villicus et arrive par eau à la villa de Nauriacum. Les premiers éditeurs avaient lu Nanciacum, en réalité il s'agit de Lauriacum, Lorry-les-Metz .
IV. L'ÉTYMOLOGIE, — Le Nanciacus que nous lisons sur un friens appartient à la période romaine. Dans l'étude que nous avons consacrée aux noms de lieux (voir ce mot), nous avons exposé l'ingénieuse conjecture de T. d'Arbois de Jubainville *, d'après laquelle la désinence iacus dans les noms de lieux met sur la voie d'un nom de famille romaine, propriétaire d'un « fundus. C'est ainsi que Victoriacus indique la propriété d'une gens Victoria qui a donné Vitrac, Vitrec, Vitré, Vitrey, Vitry. De même, Nanciacus est l'indice d'une propriété d'un Gallo-Romain nommé Nantius.
La désinence iacus est incontestablement celtique et le radical Nantius met en présence d'un autre radical celtique : Nant ; on se trouve amené ainsi à faire remonter Nanciacus à la période gauloise. D'Arbois de Jubainville s'est arrêté en beau chemin lorsqu'il a pensé que les Gaulois ignoraient la propriété individuelle ; Fustel de Coulanges a soutenu, au contraire, que les Gaulois avaient eu des terres propres et des champs « limités €, Le radical celtique Nant devenu Nantius est toujours discuté. D'Arbois de Jubainville rattache le mot à la racine qui a donné au vieil irlandais le substantif neil nanti, « combat », « blessure » ; le nom éveillerait l'idée de valeureux, courageux ; il serait apparenté de près au nom germanique Nantechilde qui fut porté par une femme du roi Dagobert Ier, Certains n'ont pas voulu voir dans Nant un nom propre d'homme, mais un nom commun et ils prétendent le retrouver dans Nanteuil, Nançois-le-Grand, Nançois-le-Petit avec la signification de « lieu où beaucoup d'eau se rassemble , ou encore de « vallée ! » et de « ruisseau » ou « ravin arrosé !! » et « marécage », À ce propos, on rappelle la légende du marais qui couvrait la place de la Carrière et que venaient battre les femmes de Laxon - Jors de la nuit de noël des princes lorrains 1, Peu importe ; on peut croire que Nanciacus est d'origine celtique et antérieur à la domination romaine. Les règles de la phonétique ont donné Nancy dont on a fait Nanceium qui n'est qu'une forme nouvelle et — rien de plus .
V. CAMÉE. — Le camée antique conservé à la bibliothèque publique de Nancy a fait partie d'un reliquaire offert à l'église de Saint-Nicolas-de-Port par le roi René et par Jeanne de Laval, sa seconde femme. Le reliquaire fut détruit en 1792, on n'épargna que le camée qui représente l'apothéose de l'empereur Hadrien. Ce monument a été publié par Visconti et Mongez, Iconographie romaine, t. III, pl. XXXVII, fig. 7, dessins de C. Laguiche, gravures de Taurel et Mongeot (les teintes claires sont mal rendues, les ombres sont trop foncées, le visage d'Hadrien n'est pas ressemblant) ; la publication faite par Bretagne, Le reliquaire de Saint-Nicolas-de-Port, dans Mémoires de la Société d'archéologie lorraine, 1873, pl. xx, est insuffisante ; enfin L. Germain a donné Le camée antique de la bibliothèque de Nancy, dans Bulletin monumental, 1883, F.-D. Mory d'Elvange n'avait pas manqué de reconnaître les traits caractéristiques du visage d'Hadrien ; nous savons d'ailleurs par Spartien qu' « il frisait ses cheveux et laissait croître sa barbe pour cacher des cicatrices naturelles » (peut-être des traces d'humeur scrofuleuse). Le camée nous montre Hadrien enlevé au ciel par l'aigle de Jupiter ; de la main gauche, il tient une corne d'abondance et, de la main droite, une statuette de la Victoire, qui lui présente une couronne. L'empereur est couronné de laurier et sa poitrine est chargée de l'égide qui parait flotter, puis que l'extrémité ressort de l'autre côté de la corne d'abondance.
La pierre mesure 0 m. 071 de haut sur 0 m. 06 de large ; c'est une sardoine à trois couches ; la première couche est brune, elle a servi pour les cheveux et la barbe, l'égide, la corne d'abondance, la statuette de la Victoire et l'aigle ; la deuxième est incolore, elle a servi pour les parties nues des corps de l'empereur et de la Victoire ; la troisième, formant le fond, est d'un brun léger, qui traverse la seconde couche transparente, à laquelle elle donne une nuance d'un gris bleuâtre. Le corps de l'empereur est d'un admirable travail, notamment la tête qui est parfaite. L'attitude de l'aigle est un peu conventionnelle, mais il semble que le graveur a été obligé de tracer son dessin en tenant compte de la disposition des veines diversement colorées de la pierre, ce qui a dû le gêner ; c'est ainsi que le buste de la Victoire est extrêmement élégant et délicat, mais la moitié inférieure de la statuette est beaucoup trop courte.
VI. FRAGMENT DE DIPTYQUE. — Depuis l'année 1878, le trésor de la cathédrale de Nancy s'est enrichi d'une plaque d'ivoire d'une belle conservation. Elle mesure 0 m. 23 en hauteur et 0 m. 095 en largeur ; enfin 0 m. 008 d'épaisseur moyenne. Une bande décorée de palmettes gréco-romaines, de 0 m. 012 de largeur, sert d'encadrement. La décoration disposée sur deux registres représente le crucifiement et les saintes femmes au tombeau (fig. 8637).
610 postérieur à la mort du Sauveur puisqu'un soldat s'apprête à le percer de sa lance ; ceci entraîne une contradiction puisqu'un autre soldat, au même instant, présente l'éponge imbibée de vinaigre, ce qui fut accompli du vivant de Jésus ; l'artiste n'a eu sans doute en vue que la symétrie des gestes et des instruments. A gauche, la Vierge s'exclame et étend les bras ; à droite, saint Jean agit de même mais sans se séparer du volume de l'évangile qu'il n'écrira qu'un demi-siècle environ plus tard. La lance et le roseau sont brisés. Au-dessus de la traverse de la croix, là où on voit d'ordinaire les bustes du Soleil et de la Lune, nous observons deux personnages maniant chacun un encensoir, un de ces deux encensoirs est détruit.
À. — XII — 20.
611 ouverte à deux battants. L'instant choisi est celui où deux femmes se présentent portant des parfums et l'ange les interpelle ; au premier plan, trois soldats endormis. L'exécution IX* siècle 1, de rapporter cel ivoire au permet 8638, — Anneau de saint Gauzelin.
TE l'après Auguin, Monographie de la cathédrale de Nancy, F Nancy, 1882, p. 248, pl. h., n. 2.
$ VII. LES RELIQUES DE SAINT GAUZELIN. —- C'est à f Toul qu'il faut aller chercher l'évé que Gauzelin qui HA occupa ce siège pendant quarante ans (922-962) =. pi Il réforma le monastère bénédictin de Saint-Evre et i di i.
; 8039. — fonda un monastére de bénédictines dans des circonstan ces bien connues, grâce à une charte datée du i 13 janvier, probablement en l'année 935 , Au cours i d'une tournée pastorale, Gauzelin éleva, non loin du d village de Bouxiéres, une chapelle érigée en l'honneur de la Vierge que les pay sans du voisinage venaient implorer et qui les guérissait de leurs m aux. L'évé que fit de l'oratoire une église, fonda le monastére à qui il transmit ses droits sur la dime du village et divers autres biens. La première abbesse fut Rothilde, formée ainsi qu'une de ses compagnes par Jean de Gorze et el les furent bientôt rejointes par d'autres nonnes #, L'évé que fut enterré dans l'église de Bouxiéres ; dans ; l'humble demeure qui a remplacé l'église, on montre ! encore le caveau oü il fut inhumé. Le trésor de l'abbaye | n'a pas péri tout entier, il se trouve en partie aujour612 d'hui à la cathédrale de Nancy. Quel que temps aprés la mort de saint Gauzelin, ses restes furent déposés dans une châsse en bois ; en 1436, Guillaume Fillâtre, évé que de Toul, en détacha le chef qu'il introduisit dans un reliquaire en forme de tête. En 1454, les ossements du corps furent placés dans un reliquaire qui fut remplacé au xvrr siècle. A l'épo que de la révoluLion francaise, la dovenne du chapitre, Philippine de Waldt, détruisit les châsses et emporta les reliques à Luxembourg, d'où el les revinrent, en 1803, à la cathédrale de Nancy. On les enferma alors dans une ancienne chásse de saint Sigisbert, en bois d'ébéne. El les s'y trouvent encore aujour d'hui, sur l'autel de la chapelle Saint-Gauzelin, la première à droite en entrant dans l'église *.
L'histoire de ces reliques est aussi celle de cinq objets qui en sont inséparab les ; enfermés en 1803 dans le reliquaire de saint Sigisbert, ils en furent retirés définitivement en 1870 et placés dans une armoire de la sacristie qui leur sert de trésor. Ce sont des ouvrages de la renaissance carolingienne qui, à ce titre, doivent faire ici l'objet d'une brève description. enchássé dans l'anneau est un fragment d'une pierre 613 - qu'on supposait avoir servi à cette lapidation. Il est vrai que ce caillou semble brisé. Or, d'après les — légen des recueillies par l'office de Bouxiéres, Gauzelin aurait recu d'Adalbéron, évê que de Metz, la terre où — s'éleva le monastére de Bouxiéres, et en échange il lui aurait donné baculum sancti Petri apostoli el peram sancti Materni, et medielalem lapidis quo bealus Slephanus lapidatus fuerat, quæ omnia sanctus Mansuetus, unus ex discipulis Petri apostoli, ad urbem Leucorum .— missus, secum apportavit.
— Æ Calice et patène. — Le calice de saint Gauzelin se — compose d'une coupe réunie à son pied par un nœud ; — il pèse 465 grammes, le diamètre de la coupe est de — 0 m. 11 d'un bord à l'autre, la hauteur totale est de — 0 m. 13 ; le pied a 0 m. 055 de hauteur, le diamétre — du bord inférieur est de 0 m. 08 (fig. 8639.) | Le vase est composé, dans ses trois parties essenLiel les (la coupe, le nœud et le pied), d'une lame d'argent sur laquelle l'or a été appliqué au marteau.
— Ce mode de dorure a supporté admirablement l'action du temps. Toutes les parties accessoires, sertissures, cor des, chatons, filigranes, et méme les anses, sont en or fin.
Le bord supérieur de la coupe est limité par une corde en or fin. Au-dessous court une bordure trés riche, composée de quinze chatons reliés entre eux —… par un filigrane d'or formant un dessin décoratif de style roman. Tous ces ornements, appliqués en relief sur le corps méme de la coupe, y adhérent par une soudure de métal, or et argent, à un titre inférieur. Les quinze chatons sont de formes diverses, suivant les pierres qu'ils renferment. Ces pierres se décomposent ainsi qu'il suit : cinq per les fines ; deux améthystes pâ les, clairettes ; une verroterie verte, de forme cubi que ; une verroterie ovale, bleue, couleur de saphir foncé ; un chaton renfermant un émail cloisonné, figurant une fleur, à teintes vertes, blanches et bleues ; un srenat cabochon.
Les anses sont au nombre de deux. El les ont là forme d'S renversés, Chac une de ces anses est ornée d'un chaton supérieur et d'un chaton inférieur. Les deux supérieurs portent : d'un cóté, un saphir clair ; de l'autre un cabochon améthyvste, Les deux inférieurs portent deux per les.
Sur les flancs de la coupe, à l'extérieur, sont, à égale distance des deux anses, deux motifs formant médaillons et composés, l'un et l'autre, de la manière suivante : une émeraude cabochon, dans un chaton ; quatre chatons d'ang les, dont un vide, un portant une perle, et deux autres garnis d'une verroterie.
Le nœud se compose d'une portion en argent, dorée au marteau et reliée à la coupe par une double corde. Au bord inférieur de ce nœud est une corde de per lesgrains.
Le pied proprement dit est divisé en quatre parties par des ban des placées à interval les réguliers sur la surface extérieure. Chac une de ces ban des est décorée d'un chaton-perle et d'un émail cloisonné terminé par une couronne plate. Entre les chatons on retrouve un motif de filigrane. Les ém aux sont verts et bleus, d'un travail trés fin. our la circonférence du pied on ne compte pas moins de quatorze chatons renfermant : quatre émerau des, un ceil-de-chat, la place d'une perle absente, une améthyste, deux verroteries, un grenat, deux chatons vi des destinés à de grosses pierreries, et deux autres chatons vi des oü se trouvaient des per les.
La paténe de saint Gauzelin se compose de deux parties : la première, ancienne, en or fin, qui forme le 614 corps proprement dit de la soucoupe ; et la seconde, très postérieure, en argent doré, qui n'a été ajoutée que pour consolider le travail primitif d'orfèvrerie lorsqu'on a vu quelques détériorations s'y produire. Les deux parties présentent ainsi la configuration de deux patènes superposées, dont l'une, la plus petite, en or, aurait été placée dans la plus grande, en argent, et maintenue dans cette dernière au moyen d'un rabaltement des bords de l'enveloppe extérieure.
La partie ancienne, c'est-à-dire celle qui est en or, est la seule qui présente un véritable intérêt ; son travail est, en tous points, comparable à celui du calice, Elle se compose d'une zone centrale et d'une zone marginale, La zone centrale forme le creux de l'assiette ; elle affecte la forme de cinq arcatures tangentes entre el les et tangentes à un cercle extérieur en filigrane. Les cinq arcatures sont placées sur les sommets d'un pentagone régulier intérieur. Àu point de tangence des arcatures entre el les sont fixés cinq chatons où l'on remar que : 1. une intaille anti que représentant un scarabée gravé sur une agate br une (sardoine) ; 2. deux grenats plats polis ; 3. un rubis taillé : 4, un chaton vide, Les arcatures sont bordées d'une petite corde en or fin.
La zone marginale, qui comprend le bord de la paténe jusqu'aux arcalures, est ornée d'une bande complexe, comprise elle-même entre une corde en or fin et un fil perlé de méme métal.
Entre ces deux limites se trouvent sertis : 1. trois ém aux cloisonnés intacts et trois chatons vi des destinés à renfermer encore d'autres ém aux. Deux des ém aux restants ont la forme d'une croix verte sur fond bleu ; le troisiéme émail représente un chien bleu à téte br une, portant un collier, sur fond vert ; 2. neuf per les serties ; 3. un chaton vide ayant dü renfermer une perle ; 4. deux améthystes cabochons, l'une en forme de cœur, l'autre ovale ; 5. une pierre artificielle bleue ; 6. trois chatons vi des destinés à de grosses pierreries, Entre les chatons court un ornement composé d'enlacements délicats, de filigranes reliés entre eux et au métal de la paténe par des brasures trés soigneusement faites. L'enveloppe inférieure, c'est-à-dire formant le dessous de la paténe, n'offre aucun intérêt ; c'est une surface d'argent planée et martelée suivant la forme de la paténe qu'elle est destinée à contenir. Cette enveloppe a été dorée au pouce ; elle est arrêtée au bord extérieur par une corde d'argent. Ce dernier travail est, nous l'avons dit plus haut, postérieur à celui de la paténe et a été rendu nécessaire par la présence de déchirures qui subsistent encore dans la surface du métal d'or. mre € mua IL 09 —À n Rape Uum Me - = in dia nm F : qui figurent aussi sur l'évangéliaire de saint Gauzelin ; les yeux des colombes sont formés également de gouttes du méme émail, Ce peigne, suivant l'usage du temps, était déposé sur l'autel et servait à l'évé que à s'arranger la chevelure avant de célébrer la messe. Dans la suite, il recut une destination nouvelle, on lui attribuait la vertu de
lor guérir les personnes attaquées de la maladie de la Leigne et qui se rendaient pour cette raison au pélerinage de Bouxières. Cette circonstance peut expliquer la disparition des dents fines. Comme l'écrit spirituellement M. Krantz : « On a dû lui retirer son emploi sanitaire dans l'intérét de sa propre conservation !, » Il n'est resté que les grosses dents du côté opposé. Cel les-là devaient avoir raison des chevelures les plus incultes, Aussi, en Lorraine, l'on disait jadis d'un [ | homme à la chevelure ébouriffée : « Il s'est peigné avec le peigne de saint Gauzelin ?, » qo Évangéliaire. — Sous ce nom on désigne un manuscrit précieux par lui-même et par sa couverture ; c'est celle-ci que nous décrirons d'abord. Elle se compose de deux planches en chêne, de 0 m. 30 de longueur, sur 0 m. 22 de largeur et 0 m. 015 d'épaisseur, sur lesquel les sont fixées diverses applications d'orfévrerie. Ces deux planches ont été, vers le milieu du xvi siècle, reliées entre el les par une pièce d'étoffe maintenue sur le bois au moyen d'une garniture ou pla que d'argent clouée. L'étofle est de soie verte, brodée en fil d'argent suivant un dessin de style Louis XIII (fig. 8641).
1. Face antérieure. — La face se compose d'une croix centrale encadrée de caissons en or. C'est une œuvre d'orfévrerie hors ligne. La croix est formée d'un cercle central et de quatre bras parallé les aux bords du livre. Dans l'axe de ces bras sont alignés des caissons rectangulaires d'inégale longueur, identiques, pour le style et le travail, aux caissons du cadre.
Le cercle central est formé de trois parties concentriques superposées en gradins. Cha que gradin est composé : a) d'une garniture ou bordure extérieure en filigrane d'or ; b) d'un remplissage intérieur en cire ; c) d'une pla que formant couverture et supportant divers détails d'ornementation. Ces détails sont, pour le gradin supérieur, une pla que circulaire en or massif, de 0 m. 037 de diamètre et de 0 m. 002 d'épaisseur. Dans cette pla que est incrusté, à la partie centrale, un émail cloisonné figurant la sainte Vierge tenant en main un lis et la tête couronnée d'un nimbe. Ce nimbe est formé de cloisons d'or en champlevé, limitant des ém aux bleu céleste et jaunes. La collerette est en émail ja une ; la figure et les mains sont en émail blanc ; le vétement en émail bleu foncé. De nombreux fragments de ces ém aux divers sont brisés et perdus. Près des bords du médaillon en or est gravée circulairement l'inscription : SC-A MARIA.
Le dernier gradin est orné sur sa face principale de quatre petits caissons ou chatons rectangulaires renfermant des pierres précieuses, et de quatre garnitures circulaires portant des émaux cloisonnés. Les premiers chatons sont disposés parallèlement aux bords de la croix. Ce sont quatre grenats cabochons (dont l'un est cristallisé) sertis dans une garniture en or fin et montés sur un appareil en filigrane formant comme une série d'arcatures juxtaposées. Cette disposition des ornements en arcatures est familière à l'époque et au style byzantins. Nous la retrouvons dans les parties antérieures et inférieures du siège des évangélistes qui figurent sur la plaque gravée de la même face. Les émaux cloisonnés du centre sont formés de trois parties : a) une zone circulaire en émail bleu ; b) une zone circulaire en émail vert ; c) quatre croix grecques en émail blanc. Près des huit caissons précédemment décrits se trouvaient serties, dans une gaine en or, huit petites verroteries bleues. Ces gaines étaient destinées, à l'origine, à maintenir l'ensemble de cette ornementation circulaire. Le mauvais état de ces appuis a conduit des orfèvres d'une époque postérieure à y suppléer par de gros clous en argent dont la tête a 0 m. 008 de diamètre.
Le gradin circulaire inférieur est revêtu, comme nous l'avons dit, d'une plaque sur laquelle sont soudés tous les chatons. Cette plaque est décorée d'ornements variés en filigrane, d'un travail analogue à celui de la patène et du calice. | 2, Branches de la croix. — Elles sont ornées de caissons rectangulaires. Chaque caisson est garni par un remplissage de cire coulée dans l'intérieur d'une cloison verticale en or, et recouvert d'une plaque également en or. C'est sur cette plaque que sont serties, entre les vides laissés par des arabesques en filigrane d'or, les pierreries suivantes : a) Branche supérieure : un œil-de-chat, un grenat cabochon, une améthyste clairette, huit coraux dont trois ont été perdus. b) Branche inférieure : une perle, une verroterie verte, une verroterie bleue, un corail, une petite verroterie bleue (les autres coraux manquent). Une verroterie montée sur vermeil a été rapportée postérieurement. c) Branche de gauche : les pierres ont disparu et la garniture en or est déchirée. d) Branche de droite : c'est une garniture très postérieure, en vermeil, et qui a perdu tous ses ornements.
N. 1 : un grenat cabochon, une verroterie bleue ; n. 2 : un œil-de-chat, une émeraude, une verroterie bleue, un corail ; n. 3 : une améthyste clairette ; n. 4 : un grenat cabochon, un corail, trois verroteries bleues ; n. 5 : une émeraude, une verroterie bleue, un corail, deux petites verroteries bleues ; n. 6 : un petit grenat ; n. 7 : un œil-de-chat, une améthyste clairette ; n, 8 : une grosse verroterie bleue, une améthyste, un corail, trois verroteries bleues, une verroterie verte ; n. 9 : du neuvième caisson en vermeil et postérieurement rapporté, il ne reste plus que la bordure ; n. 10 : une améthyste, deux coraux, une verroterie ; n. 11 : trois petites verroteries bleu foncé ; n. 12 : un grenat cabochon, quatre verroteries, dont deux vertes et deux bleues. Ce dernier caisson est, comme le neuvième et comme les agrafes, d'un travail très postérieur à celui de l'évangéliaire. Les ornements en filigrane y sont entremêlés de petites perles et tout le travail est en vermeil au lieu d'être en or.
parence d'une riche basilique byzantine. Dans l'autre angle, les figures emblématiques de chaque évangéliste tiennent contre eux le Livre sacré. Les évangélistes n'ont aucun livre ni papier sur leur petit pupitre. Tous les quatre sont dans l'attitude bien marquée d'une créature humaine qui écoute le son d'une voix mystérieuse, Leurs regards sont distraits du Livre saint ; chez saint Jean et saint Luc, il y a dans le visage un sentiment très prononcé d'admiration muette et de religieux étonnement. Le dessin est d'une facture naive, mais l'agencement de la composition est remarquable. Les fonds sont traités au pointillé. La dorure a presque entièrement disparu.
5. Face postérieure. — La face postérieure est en argent. Elle se compose aussi d'un encadrement rectangulaire divisé en quatre portions égales par une croix grecque, timbrée en son centre d'un cercle. La bordure et la croix sont obtenues par un travail au repoussé, offrant un rinceau correctement dessiné. Chaque compartiment contient un des symboles des évangélistes et le médaillon central représente l'agneau nimbé appuyé à la croix.
La p. 7 porte un N majuscule orné. Le système d'ornements est le même que le précédent. Le dessin est arrêté par un trait rouge formant les jambages et les entrelacs remplis de deux tons argent, un plus foncé, l'autre plus pâle, le tout rehaussé de blanc pur, de noir franc et de rouge vif, employé pour quatre oiseaux. Les entrelacs sont en or ou en argent, les jambes des lettres sont en argent ; au centre, la délicate torsade est réservée sur le fond du vélin.
Les Canons d'Eusèbe sont encadrés dans des portiques polychromés. Partout une double arcature, enfermée dans un plein cintre d'un plus grand diamètre. Les archivoltes des baies sont décorées d'une bande principale complexe et généralement bleue, resserrée entre deux bandes jaunes plus petites. Les limites extrêmes des archivoltes sont formées par un cercle concentrique tracé au pointillé. On sait que les « tables de concordance » ont pour objet de mettre en regard, dans chaque évangile, les numéros des versets qui ont rapport à un même événement déterminé dans le Nouveau Testament. On conçoit ainsi l'existence de tables à deux, trois ou quatre concordances suivant que le même fait a été mentionné par deux, trois ou quatre évangélistes. On lit, par exemple : CAN.IN.QVO HI ce qui veut dire : tables des textes sur lesquels s'accordent les versets de trois évangélistes.
Les bandes principales portent un motif d'ornementation invariable où nous trouvons, le plus souvent, des branches ondulées à palmettes, des denticules alternés, des olives, des fleurons variés, des enroulements en spirales, des ornements perlés.
Les entablements se composent d'un prisme rectangulaire dont la hauteur est sensiblement celle de la moitié des chapiteaux et qui est légèrement évasé, c'est-à-dire plus large au sommet qu'à la base. Deux de ces entablements portent chacun un macaron contenant un visage humain.
Les chapiteaux offrent deux formes très différentes, celle où les feuilles se replient pour former une volute invisible à l'intérieur du chapiteau et celle où les feuilles développent leurs enroulements à l'extérieur. Leur coloration est généralement, et sans distinction de forme, rose, bleue ou verte, et violette.
Les colonnes présentent les aspects les plus variés ; les couleurs dont elles sont revêtues ont pour objet d'imiter les matériaux de construction employés en Orient : pierre, porphyre, marbre, granit, etc., onyx, marbre, agate, etc.
Les bases sont composées, dans toutes les colonnes, d'un piédestal carré reposant sur deux tores inégaux et d'une scotie se raccordant à un dernier tore.
NANS. — La Provence possède quelques-uns des plus anciens monuments chrétiens de la Gaule : Marseille, Aubagne, La Gayole, Auriol et plusieurs autres
sont déjà représentés dans le Dictionnaire ; il faut y ajouter une table d'autel chrétien trouvée à Nans (Var). Nans était un castrum qui, avec ses dépendances, fut donné à l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, le 12 mars 781, par un certain Sigofredus et sa femme Eurilebua. Il y a peu d'années, on découvrit à Nans une table d'autel qui, à en juger par le dessin publié, peut se rapporter à une époque assez rapprochée de la date de la charte de donation (fig. 8642).
* Cette pierre a été reléguée dans la cour attenante au presbytère. Les curés qui l'ont sauvée de la destruction ne l'ont point malheureusement assez protégée contre certains usages domestiques. La table d'autel, en pierre d'un grain blanc et fin, mesure 0 m. 87 de long, 0 m. 67 de large et 0 m. 10 d'épaisseur. Elle est creusée en évier avec 0 m. 02 environ de profondeur.
D'après Bull, archéol. du Comité, 1917, p. xcix.
La longueur de la partie creuse est de 0 m. 63, la largeur de 0 m. 45. Ces dimensions sont celles des tables primitives posées sur une pile unique qui pouvait porter une cavité à sa partie supérieure pour enchâsser les reliques.
« Notre monument est d'un art trop fruste pour le fixer au vi ou au vii siècle. On l'eût orné alors, vraisemblablement, de beaux rinceaux, de colombes, de calices, comme on l'a fait aux autels de Saint-Victor, d'Auriol, de Cavaillon, de Buoux, etc., ou en tout cas de moulures bien profilées. Ici, sur la tranche antérieure, au centre, une simple croix dans un cercle, et par-dessus, de simples rainures encadrant la cuvette. Il convient donc de nous reporter à une époque où l'art était en pleine décadence, mais conservait encore les traditions primitives, c'est-à-dire du vi au x siècle ? »
H. LECLERCQ.
Nous avons ici un des cas dans lesquels un p hystérogène s'intercale entre m et /, comme dans emplus, sumplus, ou encore dans le nom de lieu primitif au nominatif pluriel neutre Vernemeta qui est devenu, vers la fin de l'époque mérovingienne, Ver-nimptos, forme constatée dans la période carolingienne !, en français moderne « Vernantes » ?, Dans la notation Ver-nimplos on peut remarquer : 1° changement en I de l'e de la seconde syllabe ; 2° intercalation d'un p entre I'm et le £ : deux altérations également intéressantes du mot gaulois nemeton, au pluriel nemela. Or, ces deux altérations sont également dans le texte le moins ancien de la Vie de la sainte qui débute en nous disant qu'elle serait née in Nymploderinse *. Une autre Vie beaucoup plus ancienne, et qui remonte vers le milieu du vi siècle, donne une orthographe très antérieure, in Nemetodorense, qui se rapproche beaucoup plus de la forme classique in Nemetodurensi. Grégoire de Tours composant le 1. Xe de son Historia Francorum un demi-siècle environ après la date probable de la rédaction de cette Vie ancienne a d'ailleurs écrit Nempltudoro, en conservant le de la première syllabe et en pratiquant déjà l'intercalation du p entre m et f. Cette orthographe nous donne par conséquent la transition entre le Nermelodorense de l'ancienne Vie et le Nimploderinse de la Vie plus récente. On voit ainsi que les phénomènes phonétiques s'accordent avec l'étude critique des textes.
Dans Nemelodurum nous avons deux éléments : durum équivaut dans la langue celtique au latin vicus et nemetum a le sens de sanctus ; de sorte que le mot entier désigne une « bourgade sacrée » du terroir parisien, un lieu de prière, et peut-être le principal. Il ne faut pas hésiter à écarter pour durum la traduction consacrée par « forteresse ! » ; tous les noms de lieux qui contiennent cette désinence, par exemple : Nanterre, Yzeure, Mandeure, Jouars, etc., sont tous lieux de sanctuaire, de marché, et la plupart en des sites impropres à des forteresses, Nemetse réfère toujours à quel que sanctuaire.
L'étude du terrain vient confirmer cette observation, A l'horizon immédiat de Nanterre se dresse le mont Valérien, isolé et dominateur, tel que nous apparaissent d'autres montagnes sur lesquelles les Gaulois placèrent de préférence leurs divinités et allaient faire leurs dévotions. On peut voir là, avec toute vraisemblance, le centre d'un culte et c'est celui-ci qui a provoqué le développement de Nanterre, bourgade sacrée Lapie au seuil de la montagne, résidence du clergé païen qui célébrait le culte, et hôtellerie des pèlerins qui venaient y faire leurs dévotions.
. D'après Camille Jullian, Nanterre était quelque chose comme le chef-lieu d'une petite seigneurie religieuse, comme la Gaule en a possédé plus d'une centaine. « Il m'a semblé, écrivait-il, retrouver dans la structure topographique du vieux Nanterre (le centre), une survie de sa constitution originelle. Nanterre se présente à nous, dans sa masse centrale et ancienne, sous forme d'un carré à peu près régulier, ce qui rappelle les enceintes sacrées de la Gaule. Au contraire, dans les localités qui procèdent de villes gallo-romaines, le centre se présente le plus souvent sous la forme de rues convergeant vers un carrefour. L'étude des paroisses suburbaines de Paris et de leur origine nous permettra de retrouver à peu près l'étendue de cette seigneurie : je suppose qu'elle s'étendait sur les deux bords de la Seine en sa boucle, qu'elle allait à Suresnes et à Pu— NANTES 624 te aux ; je suis assuré qu'elle embrassait Rueil et ses dépendances ; et je crois bien que du côté de Courbevoie, elle ne s'arrêtait que vers les limites de la grande ville de Colombes , » Vers la deuxième moitié du iv siècle, sous Valentinien et Gratien, la religion chrétienne entreprit la conversion des campagnes, non en général, mais dans les localités où le paganisme s'était plus fortement installé et d'où il s'agissait de l'évincer. Ce fut là que les évêques s'efforcèrent de créer des paroisses chrétiennes et c'est pour quoi la Vila sancte Genovefæ ne manqua pas d'appeler Nanterre parochia. Grégoire de Tours remarqua son importance et il nous apprend que le roi Gontran, qui résidait dans sa grande ville de Rueil, fit baptiser à Nanterre son neveu Clotaire. La « bourgade sacrée » n'avait pas lieu de se plaindre, en tant que paroisse elle n'avait pas déchu de son ancienne dignité.
La Vie de sainte Geneviève nous apprend que saint Germain d'Auxerre et saint Loup se rendirent dans la Grande-Bretagne pour y combattre le pélagianisme. Germain s'arrêta quelque temps à Paris d'où il fit le voyage de Nanterre, La plupart des historiens qui ont rencontré ce texte n'ont pas pris la peine de douter que ce voyage à Nanterre ne le détournait pas de son itinéraire vers un port de la Manche. Or, le biographe primitif ne dit rien de pareil et il a pleinement raison, car la vieille route qui menait à Nanterre ou tout près était celle qui, par La Chaussée de Bougival, menait à Évreux, en Normandie. Cette voie passait par la rue et le faubourg Saint-Honoré, les Ternes et le Roule, ensuite par les ports de Neuilly et de Courbevoie, la montée de Chantecoq et le rond-point des Bergères à Puteaux et à Nanterre. Cette route ne conduisait à aucun des ports par où saint Germain pouvait s'embarquer pour l'Angleterre car s'il n'a pas choisi Boulogne il a pu à la rigueur s'embarquer à Rouen. La Vie nous apprend que le saint évêque se rendit à Nanterre : ad memoratam forte parochiam orandi vel manendi se gralia con !ulit ; il y était donc venu ad orandum, « pour prier » Si Nanterre était alors la grande paroisse rurale de cette région parisienne, le voyage et le séjour de l'évêque d'Auxerre n'ont rien de surprenant.
H. LECLERCO.
NANTES. — I. Tribus gauloises. II. Cités galloromaines. III. Les Namnètes. IV. Les martyrs Donatien et Rogatien, V. Origines chrétiennes. VI. Saint Clair. VII. Liste épiscopale. VIII. Les fouilles de 1910-1913. IX. Vestiges de la « cathédrale de Saint-Félix » X. Le chevet de la cathédrale. XI. Saint-Similien. XII. Saint-Symphorien. XIII. Saint-Étienne.
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E : - | I
625 XIV, Sarcophages, XV. Cercueils XVI, Monnaies mérovingiennes.
I. TRIBUS GAULOISES. Avant l'ére chrétienne, les Gaulois, au dire de César, se trouvaient partagés en civitates qu'on traduirait exactement par « tribus » ou « peuples » C'étaient comme autant de petites républiques dirigées par une aristocratie nombreuse, celle-ci élisait des chefs temporaires avec lesquels elle exerçait le gouvernement dans l'assemblée du Sénat, La principale influence, même en matière politique, appartenait aux druides. Le druidisme n'était pas la religion primitive et nationale de la Gaule ; celle-ci était, semble-t-il, un polythéisme assez grossier et inférieur à la religion druidique qui, venue de l'île de Bretagne sur le continent, s'était propagée principalement dans l'Ouest, Les tribus réparties sur le sol de la Gaule étaient fort inégales en nombre ; elles consentaient même à reconnaître la suprématie de certaines peuplades plus riches, plus puissantes, ce qui formait des ligues avouées, des fédérations particulières. Une association de cette nature lia, au temps de César, les peuplades installées le long du littoral, depuis l'embouchure de la Loire jusqu'à celle de la Seine et qui étaient au nombre de neuf dont la première, les Namnètes, doit nous occuper seule ici. La peuplade des Namnètes occupait un territoire qui correspond plus ou moins à celui du département actuel de la Loire-Inférieure, situé au nord de la Loire. Il n'est pas possible de tracer des limites géographiques à l'époque gauloise où cette notion semble n'avoir pas existé en dehors des frontières naturelles telles qu'un fleuve, une rivière importante, une forêt impénétrable, des rochers à pic.
La Loire était une de ces frontières naturelles, la Vilaine en était peut-être une autre ; les Namnètes étaient répandus entre ces deux cours d'eau ; au Nord, d'épaisses forêts les séparaient des Redons ; à l'Est se trouvaient les Andes ou Andicaves (Angevins).
Ces peuplades gauloises possédaient des oppida, c'est-à-dire des forteresses sur des promontoires hérissés de rochers, entourés par la mer, coupés d'un profond fossé à la gorge ; en terre ferme, sur des sommets abrupts, au milieu des bois ou au confluent des fleuves, des enceintes remparées de douves, de retranchements en terre et de grands abattis d'arbres, places de refuge en cas de guerre !,
II. CITÉS GALLO-ROMAINES. — Après les atrocités que César se permit à l'égard des Gaulois vaincus, il leur accorda quelques traitements avantageux et flatteurs. Auguste organisa la conquête de César et conserva à toutes les peuplades gauloises de quelque importance une existence propre, une vie municipale. Dans les trois provinces que formait la Gaule conquise : Lyonnaise, Aquitaine et Belgique, Auguste attribua une administration composée d'un conseil de décurions, de deux duumvirs, de deux édiles et de deux questeurs. Ces municipalités reçurent le titre général de civitates en laissant à chacune d'elles le nom particulier de la peuplade gauloise dont elle avait été formée.
Les cinq peuples gaulois de la péninsule armoricaine 626 formèrent donc, chacun avec son territoire, une municipalité gallo-romaine. Parmi ces municipalités, les unes étaient alliées du peuple romain (civitates fœderales }, les autres étaient libres (civitates liberae ), enfin certaines étaient tributaires (civitates stipendariæ) et payaient un impôt. Toutes les civitates de la péninsule armoricaine étaient stipendariæ, mais cet impôt n'était pas des plus lourds.
De ces cinq tribus gauloises, les Namnètes devaient, comme nous l'apprend César, toucher l'Océan : Universis cipitalibus quæ Oceanum attingunt, quæque eorum consuetudine Armoricæ appellantur, quo sunt in numero Curiosolitæ, Redones, Ambivareli, Cales, Osismii, Namnetes, Unelli (1. VII, c. LXXV).
III. LES NAMNETES. — D'après Ptolémée, la capitale des Namnètes s'appelait Condevincum ou Condipicenum ?, Cette ville se trouvait sur l'emplacement actuel de Nantes. La Table théodorienne remplace ce nom par celui de Portus Namnetum, Port-des-Namnétes ou Port-de-Nantes, Il est possible, sans beaucoup de peine, d'expliquer ce double nom. Conde a la signification bien connue de « confluent » et s'applique au lieu où se réunissent la Loire et l'Erdre. C'est là le nom de la ville dont le quartier commerçant, construit sur la rive de la Loire depuis l'occupation romaine, prit le nom de Portus . Son importance devint telle qu'il formait presque une ville nouvelle, ayant son organisation et ses monuments spéciaux. C'est ce que prouve une inscription célébre découverte en 1580 « dans les décombres d'une ancienne tour située derrière le palais épiscopal près de la porte Saint-Pierre », aujourd'hui encastrée dans la galerie de l'hôtel de ville de Nantes et ainsi conçue :
« Aux divins empereurs et au dieu Vulcain. M. Gemellus Secundus et C. Sedatus Florus, agents des habitants du quartier du Port, ont bâti ce tribunal et ses dépendances avec l'argent fourni par le public. » Ainsi donc une souscription publique permit la construction du tribunal du Portus Namnetum destiné aux négociants namnétes. Une autre inscription, du même style et du même temps, nous fait connaître L. Martinus et Lucceius Genialis, qui concèdent aux habitants du quartier du Port fuicanis Porlensibus) la jouissance d'une galerie et d'une salle (porticum cum camera ) afin d'y traiter de leurs affaires, Un troisième inscription consacre la mémoire d'un vœu fait à Vulcain pour la sûreté des mêmes vicani Porlenses et des mariniers de la Loire *.
Nantes devait donc à son port de commerce une grande prospérité vers le IVe de notre ère. Dans la première et la troisième inscription, il est question du dieu Vulcain dont on a voulu faire Volianus, une prétendue divinité topique des Namnétes qui n'a aucune réalité ; il n'y a pas lieu de parler du dieu Janus qui est le patriarche Noé *.
On a découvert à Nantes tout ce qui atteste l'existence d'une ville importante de l'époque galloromaine ; non seulement une enceinte fortifiée d'une étendue relativement considérable : contenance 16 hectares ; mais des colonnes, des bas-reliefs, des conduites d'eau ou aqueducs, des inscriptions, des statues, des tombes en grand nombre +.
L'enceinte avait un périmètre de 1665 mètres et une superficie de seize hectares environ ? (fig. 8643). La Loire baignait la muraille du Sud. Le mur romain des fondations de l'enceinte était épais de plus de 2 mètres, construit avec du mortier de briques, posant sur des blocs sculptés. A l'angle sud-ouest une tour servit de base au château du Bouffay élevé par Conan le Tors, en 990, démoli en 1849 ; à l'angle sud-est s'élève le château actuel. Les deux promenades dites cours Saint-Pierre et cours Saint-André tracent à peu près l'ancienne ligne de défense du côté de l'Est. L'enceinte romaine a pu être reconnue dans un jardin de la rue de Premion, près du quinconce du cours Saint-Pierre, dans le jardin de la Trésorerie. La porte Saint-Pierre s'élève sur un soubassement de stèles antiques, qui portait une entrée de l'époque romaine, refaite au XIIe, ensuite de 1532 à 1534. Au cours Saint-Pierre on a retrouvé un bloc de maçonnerie rougeâtre, base romaine de l'ancienne tour Saint-Laurent. Des vestiges de l'enceinte ont été identifiés rue du Hefuge (long. 18 m., haut. 5 m.), à l'angle de la rue Garde-Dieu | | (tour de 8 m. de diamètre) ; la façade méridionale de l'église Saint-Léonard et la plupart des maisons de la rue Saint-Léonard sont adossées au mur romain. A la Basse-Grande-Rue, à l'angle de la rue Saint-Saturnin, au point dit le Change (Cambium), se trouvait une porte antique à laquelle aboutissait probablement la chaussée nantaise (caleeata Nannetensis), devenue la Grande-Rue.
IV. LES MARTYRS DONATIEN ET ROGATIEN. — Dom Lobineau , suivi par A. de La Borderie , adopte la date du mois de mai de l'année 288 pour l'entrée à Nantes d'un personnage important dont le titre n'est pas bien déterminé : gouverneur de la IIe Lyonnaise ou préfet du prétoire des Gaules, en tout cas fonctionnaire de haut rang à qui l'empereur Maximien Hercule, collègue de Dioclétien, venait de stimuler son zèle par l'envoi d'un rescrit lui ordonnant de veiller à ce que tous les habitants de l'empire placés sous sa dépendance honorassent Jupiter et Apollon. Le préfet des Gaules avait dû éveiller l'attention de ses subordonnés et le præses de la Ie Lyonnaise s'était, en conséquence, rendu à Nantes, où, parmi ceux qui voulaient s'attirer des faveurs par leur empressement, un païen dénonça un fidèle nommé Donatien. Les Actes du martyre de ce saint et de son jeune frère Rogatien ont été admis par dom Ruinart dans sa collection des Acta martyrum sincera, in-4°, Parisiis, 1689, p. 204-298 et dans les Acta sanctorum, maii t. v, p. 282-284. Deux textes de rédaction liturgique ont été publiés dans Analecta. bollandiana, t. viir, 1889, p. 163-164 et dans Annales de Bretagne, t. xxir, 1906-1907, p. 208-209. La Passion des deux frères martyrs (Bibliotheca hagiographica latina, n. 2279) « n'est certes pas sans valeur et si les critiques la regardent comme rédigée tardivement, ils y voient cependant l'écho de traditions vivantes » Tout cela n'est ni très rassurant ni bien compromettant. A. de La Borderie y voit un « document grave, simple, sérieux. Les critiques, sans déduire leurs motifs, dit-il, en placent la rédaction au Ve ; elle doit être plus voisine de l'événement ; on y trouve tout à fait le sentiment simple et fort de celui qui a vu et entendu ce qu'il raconte » L. Duchesne écrit que Donatien et Rogatien « sont les seuls martyrs qui, dans toute la Gaule occidentale, puissent être rapportés avec quelque confiance aux persécutions romaines, D'après leur Passion, rédigée tardivement, il est vrai, mais sur des traditions encore vivantes, l'un d'eux, Rogatien, aurait été empêché de recevoir d'autre baptême que le baptême du sang ». On en demeure, en somme, au jugement de Tillemont : « Les Actes de saint Donatien sont graves par le style et par les pensées, Il n'y a point de faits extraordinaires et incroyables. Ils sont même assez bien écrits, et ils paraissent être du Ve, Mais je ne crois pas qu'ils soient plus anciens, ni qu'ils puissent passer pour originaux ».
La présence du prologue : Salubre esl catholicis... parait indiquer une addition à la Passion qui commence par ces mots : Igitur cum Diocletianus et Maximianus..., ce qui soulève la question de date, On a vu 629 plus haut que dom Lobineau et A. de La Borderie opinent pour le mois de mai 288 ; un écrivain plus novice dans la critique hagiographique, A. Delanoue, placait la persécution dans laquelle périrent les « enfants nantais », entre les années 287 et 291 !. L'auteur se reportait à un passionnaire dont il citait et commentait ce début : Igitur cum Diocletianus et Maximianus romanæ urbis apicem gubernarent el eorum præceplis in christianum nomen beslialis feritas desævirel, ut gratiam religionis catholici gentili sub lege calearent, missis epistolis ad præsidem Galliarum, decreto sanxerunt ut simulacra Jovis vel Apollinis non deorum sed dæmonum, quasi divino cultu deberel universitas venerari, ea ralione præfixa pollicen les, ul is qui eorum ceremonias coleret pel sacrificia devotus offeret, publico se cognosceret stipendio numerandurm... ; eos vero qui chrisliani nominis in confessione perstarent post illa tormenta jubent capitalem subire sententiam *.
Il ressort de là que Donatien et Hogatien souffrirent sous Dioclétien, après que Maximien Hercule fut associé à l'empire et avant l'abdication de Dioclétien, par conséquent entre l'année 286 et le 1er mai 305. Comme dans le texte qu'on vient de lire, il est question d'un édit de persécution générale, il faut chercher si cet acte se rencontre entre 286 et 305. « Sous Dioclétien et Maximien on compte généralement deux périodes de persécution : l'une qui va de 286 à 294 et que l'on nomme assez improprement persécution militaire ; l'autre qui suivit les édits de 303 et 304 et qui, à l'encontre de la première, n'eut aucune répercussion en Gaule, selon le mot bien connu de Lactance : verabatur universa terra præter Gallias , Par suite, il sembla à A. Delanoue, qu'il lui fallait opter pour la première période. A cela, cependant, s'oppose le texte du passionnaire, puisqu'il y est relaté que Donatien et Rogatien furent martyrisés en vertu d'un édit général obligeant tous les chrétiens à sacrifier aux faux dieux. Or, un tel édit n'a jamais été publié de 287 à 291, et si, à cette époque, il y eut persécution pendant laquelle périrent vraisemblablement saint Victor de Marseille, saint Saturnin de Toulouse et bien d'autres, elle ne fut que partielle. a Ces observations ayant été soumises à A. Delanoue dans le Bulletin critique , celui-ci crut bon de revenir sur sa première affirmation et dit très catégoriquement que « si jamais l'on veut rétablir quel que inscription “ commémorative à l'ombre des deux croix jumelées »de la rue Saint-Donatien, à Nantes, il sera bien d'y “inscrire la date du 24 mai 304, comme celle du martyre des saints enfants nantais 5 », ‘u Sans doute personne ne fait difficulté pour convenir que le récit du passionnaire ne peut s'entendre que de la grande persécution de 303 et 304. Prévoyant l'objection tirée du texte de Lactance, Tillemont ajoutait même : « Il n'est pas impossible que quelques chrétiens aient souffert alors dans les Gaules... quoi que Constance [Chlore] leur fût tout à fait favorable . » Mais, au lieu de s'arrêter à cette hypothèse que A, Delanoue transforme en certitude, le prudent érudit écrivait : « Comme il n'est pas nécessaire de s'arrêter précisément aux termes de ces Actes s'ils ne sont pas originels, je ne crois pas qu'il faille trop s'assurer sur ce point, ni qu'il soit défendu de croire que saint Donalien a souffert lors que Maximien était dans les Gaules par quelque occasion particulière et sans qu'il y eût de persécution générale 7. » C'est cette opinion qu'adopte en définitive Tillemont 5, car il ne croyait pas que les Actes des saints nantais pussent passer pour originels. A juste raison, il trouvait que les discours étaient trop longs et ceux de Hogatien peu respectueux ; il n'admettait pas que Dioclétien eût promis de donner des pensions à tous ceux qui adoreraient ses idoles ni que les bourreaux « aient changé quelque chose dans l'exécution de la sentence prononcée contre les martyrs », De même, L. Duchesne remarquait que le passionnaire dénotait « un homme peu au courant de la situation administrative de la Gaule au IVe » et qu'il était en contradiction avec l'ancienne tradition épiscopale de Nantes ; toutes choses qui indiquaient une rédaction tardive, mais sur des traditions encore vivantes, Bien plus, d'après lui, le fait d'être martyrisé pour la seule raison de professer le christianisme pouvait autoriser à reporter le martyre des saints nantais à des persécutions antérieures, « à celle de Dèce par exemple 1° », « Quoi qu'il en soit de l'une ou l'autre hypothèse, le récit du passionnaire doit être corrigé et non pas suivi aveuglément. Dans l'état actuel de la science, il est, en tout cas, téméraire d'assigner une date certaine au supplice des saints Donatien et Rogatien ! !. » La Passion poursuit : Erat autem in urbe Nannetica, juvenis quidam nomine Donalianus, clarus genere, multo tamen clarior fide '*. D’après cela, A. de La Borderie avance que Donatien et Rogatien appartenaient à l'aristocratie gallo-romaine ! ?, C'est peut-être aller un peu vite en besogne. On pourrait chercher très longtemps parmi la littérature hagiographique pour y découvrir l'aveu d'une origine roturière. Au temps où l'on composait des légendes martyrologiques et autres, il n'était pas de bon ton d'être « peuple » et c'est pour quoi tous les héros de la sainteté chrétienne sont de bonne souche, clarus genere. Ce n'était pas cependant dans les classes aristocratiques que se recrutait principalement la société chrétienne primitive. Quoi qu'il en soit de cette réserve, A. de La Borderie a été plus loin, il a découvert la maison des deux frères martyrs. « On a depuis quelques années, écrit-il, découvert, à la porte de Nantes, vers l'Est, les ruines d'une importante villa qu'on croit avoir été celle de leur famille. En construisant, en 1574, la nouvelle église de Saint-Donatien, on trouva les substractions de murs très considérables qui se croisaient sous le chevet de l'ancienne église, qui se poursuivaient avec plusieurs retours dans le cimetière jusqu'à une petite chapelle dédiée à saint Étienne, dont les muraillons dans leur partie inférieure sont elles-mêmes gallo-romaines et se relient aux autres murs. De ces substructions on retira des bases de colonnes, des fûts cannelés, enfin les indices d'une luxueuse construction. Pour quoi serait-on venu élever la basilique dédiée aux deux martyrs sur ces substructions, sinon parce que c'était là leur demeure ? Autour de cette demeure, il avait existé un cimetière païen, et les chrétiens qui n'aimaient pas mêler leurs sépultures à celles des idolâtres y ont pourtant entassé leurs sarcophages ; pourquoi cette infraction à leurs habitudes, sinon à cause du souvenir toujours vivant du séjour des deux martyrs en ce lieu et de leur sépulture probable dans leur domaine ? » En si belle voie il est difficile de s'arrêter et voici que la chapelle Saint-Étienne est présentée comme le sanctuaire domestique où Donatien aurait reçu le baptême.
'Tout ceci, est-il besoin de le dire, n'est que tradition, c'est-à-dire fantaisie à laquelle il est impossible d'accorder un moment d'attention, à plus forte raison, de discussion ; aussi est-il aisé de montrer dans les deux frères les « derniers rejetons d'une vieille race, vivant là libres, fiers, isolés, comme deux jeunes chênes, dernier reste d'une grande forêt ». Auprès d'eux plus de parents, car leurs Actes n'ont pas une allusion à l'existence de leur père, de leur mère, ni de qui que ce soit de leur famille 1.
Donatien, le plus jeune des deux frères, ayant été touché par la grâce divine, se fit baptiser et, à ce propos, il est surprenant que la Passion n'entre dans aucun détail sur les particularités de cette conversion. Ainsi qu'il arrive souvent en pareil cas, il chercha aussitôt à faire autour de lui du prosélytisme. Sine metu aliquo triumphos Christi oris sui buccina miles fortissimus in populum decantabal... Quasi bonus agricola in gentilium pectora fruges beatæ fidei seminavit . Ce mot miles fortissimus a été avidement saisi par ceux qui désiraient représenter les « enfants nantais » sous un uniforme éblouissant. Les plus anciennes représentations conservées au musée de Nantes se contentent de les vêtir d'une robe blanche ; une assiette de faïence datée de 1751 nous les montre vêtus de la dalmatique des diacres ? ; c'est au XIXe seulement qu'on s'avisa d'habiller les deux jeunes gens en officiers de l'armée romaine, avec cette trouvaille ineffable d'une chlamyde d'hermine .
Donatien avant entendu parler d'une persécution imminente se trouvait dans les meilleures conditions possibles pour satisfaire son ardeur de prosélytisme ; la Passion ne lui fait honneur d'aucune conversion, les accusateurs qui le dénoncent au præses ne lui en font pas grief, lui-même, au cours de son interrogatoire, n'y fait aucune allusion. Son unique conquête, c'est son frère Hogatien qu'il mande auprès de lui, mais qui ne peut recevoir le baptême par une circonstance que l'hagiographe appelle sacerdotis « absentia fugitiva. Qu'est-ce à dire ? Ceci porterait à croire, en traduisant sacerdos par « évêque » qu'il y avait un évêque à Nantes au temps de la persécution dont il s'agit ici. Nous avons vu qu'il est actuellement impossible de déterminer la date de cette persécution. Si par sacerdos on entendait « évêque », il faudrait admettre la fuite de celui-ci, ce que le passionnaire ne déguise nullement et dénonce par cette absentia fugitiva ; mais sacerdos peut se traduire par « prêtre », Quoi qu'il en soit, en plus de Donatien et de ce sacerdos, la Passion ne mentionne à Nantes qu'un autre chrétien ; voici une communauté singulièrement réduite puisqu'elle ne comprend que trois membres. Dès lors, était-il bien nécessaire au sacerdos de prendre la fuite, car, dans une ville peuplée où il comptait en tout deux coreligionnaires, on peut dire que son « Église » était pour lors inexistante et qu'il n'avait pas à fuir pour lui épargner la désorganisation qui résulterait de son arrestation ou de son supplice.
Rogatien instruit, converti, eût volontiers reçu le baptême, ce départ inopportun l'en privait. On s'est souvent demandé pour quoi Donatien n'avait pas baptisé son frère ? Question oiseuse. Il est probable qu'un souvenir s'était conservé à Nantes d'une différence d'initiation entre les deux martyrs, l'un était baptisé, l'autre simple catéchumène , Il n'était plus temps d'y remédier.
Quand arriva le magistrat, on est en droit de s'étonner qu'une communauté si peu importante soit aussitôt dénoncée à son zèle, mais admettons qu'il s'agit d'une vengeance personnelle. Le dénonciateur n'est pas nommé et, suivant toute vraisemblance, nous ne serions pas plus avancé en sachant son nom ; le magistrat, d'après un texte utilisé par dom Lobineau, serait le célèbre Rictiovarus ou Rictius Varus. Si ce n'est pas un personnage tout à fait légendaire, comme beaucoup le pensent, son nom, mal latinisé, rappellerait celui d'un de ces barbares qui, pendant tout l'empire, et surtout à partir du milieu du IIIe, servirent dans les armées et à la cour des empereurs. Sous Maximien Hercule, Rictiovarus put devenir légat impérial de Belgique. Les Actes des saints Fuscien et Victorie disent qu' « au temps où le très cruel empereur Maximien parcourait la Gaule, il éleva Rictius Varus à la dignité de préfet d'Amiens », Peut-être y a-t-il ici un souvenir historique naïvement rendu par l'écrivain de basse époque , « Juge très sage, dit un païen au magistrat, rien de plus opportun que ta venue à Nantes pour ramener au culte des dieux les malheureux égarés à la suite de l'homme que les Juifs ont crucifié, Nous avons ici un adepte de cette secte appelé Donatien ; c'est contre lui que tu dois sévir d'abord. Non seulement il refuse aux dieux tout hommage, mais, à force de répéter ses mensonges à son frère, il est parvenu à le pervertir : aujourd'hui Jupiter et Apollon, objet de la vénération des invincibles empereurs qui veulent les voir adorés dans tout l'univers, Jupiter et Apollon sont reniés, méprisés par les deux frères, gagnés à la nouvelle religion. Si tu veux te convaincre du fait, tu n'as qu'à les faire venir et les interroger. » L'accusation est reçue, le magistrat ordonne l'arrestation et la comparution des deux frères devant son tribunal dont il est absolument vain de supposer l'emplacement, que ce soit sur la place du Bouffay ou ailleurs, L'officium présente Donatien à qui le juge dit :
« Donatien, d'après un bruit venu jusqu'à nous, tu refuses obstinément d'adorer Jupiter ou Apollon, auteurs et conservateurs de notre vie ; bien plus, on t'accuse de te plaire à les irriter, à les couvrir d'injures et de blasphèmes, et enfin de tenir aux gens des discours absurdes pour leur persuader que le peuple doit être sauvé par la mort d'un malheureux qui a été crucifié *.
— Tu as dit la vérité malgré toi. Oui, je voudrais ramener toutes les victimes de l'erreur au culte de celui qui, seul, mérite d'être servi par tous.
— Cesse tes ridicules prédications, ou je te ferai mettre à mort sans retard.
— Les menaces que tu m'adresses retomberont sur toi, la corde que tu me promets te serrera le cou. Tu préfères à la lumière les ténèbres de l'iniquité, tu ne verras pas la lumière de la justice du Christ ; tu mourras dans tes ténèbres. » Là-dessus, Donatien fut enchaîné et mis au cachot ; Rogatien est introduit et l'officium a eu le temps d'avertir le magistrat que celui-ci n'est pas encore complètement affilié à la secte, comme l'est son frère, Le præses lui dit :
« Tu veux donc, Rogatien, du moins on me l’a dit, tu veux sans grande réflexion abandonner le culte des dieux, de ces dieux qui t'ont prodigué les biens de la vie et ceux d'une haute intelligence... Vrai ! après tant de preuves de talent que tu as données, j'aurais honte pour toi si tu faisais la folie de te jeter dans la nouvelle secte, Tu ne veux plus reconnaître qu'un seul Dieu ? Songes-y donc : cela t'attirerait tout de suite, et pour ton plus grand malheur, la colère d'une foule de dieux... Mais, puis que tu n'as pas reçu la souillure de je ne sais quel baptême, ne t'entête pas dans une voie mauvaise et profite de l'indulgence des divinités : le palais des empereurs, la cour des dieux combleront le reste de ta vie de dignités nouvelles.
— Dans ton esprit, répondit Rogatien, tout est perverti, ainsi que dans tes promesses : tu mets la faveur des princes avant celle des dieux. Comment veux-tu qu'on adore à titre de divinités ceux-là que tu places toi-même auprès des hommes ? Vous et vos dieux vous partagez, il est vrai, la même misère : ils sont sourds parce qu'ils sont de bronze, et vous, vous êtes sourds aussi à la voix de la vérité. Ils n'ont point de vie, et vous, vous n'avez pas de sens, Ceux qui adorent des pierres ne sauraient différer de l'objet de leur culte.
— Réunissez cet insensé à son maître en folie ; jetez-le avec lui en prison. Demain, à la vue de tout le peuple le glaive vengera sur l'un et l'autre l'injure faite par eux à la majesté des dieux et des princes. » Les deux frères furent réunis dans le même cachot où ils passèrent la nuit, Rogatien sollicitant de son frère le baiser de paix qui, dans sa pensée, suppléait d'une certaine façon au rite baptismal. Le lendemain matin, Donatien et Rogatien comparaissent de nouveau. Désormais, leur dit le juge, je dois user envers vous de sévérité. Si je continuais de vous traiter avec ménagement, l'autorité de la loi serait amoindrie, car vos offenses contre les dieux doivent être punies, quelle qu'en soit la cause, ou l'ignorance, ou, ce qui est plus grave encore, la rébellion. » Ici, comme il arrive trop souvent dans les textes apocryphes, on nous montre les accusés répondant una voce. Ceci s'expliquerait sans peine s'il s'agissait d'un monosyllabe ou d'une formule liturgique, mais il est clair que cet una voce veut dire tout simplement, comme dans tous les cas analogues, qu'un des accusés prend la parole et répond pendant que ses coaccusés opinent de la tête, approuvant ce qu'il dit, au fur et à mesure qu'il parle. Ici, on peut supposer que Donatien, qui a reçu le baptême, parle au nom de son frère, simple catéchumène, et en son nom.
Cela dit, le præses les fait étendre sur le chevalet avant qu'on leur coupe la tête et le licteur prend sur lui de leur enfoncer un fer de lance dans la gorge avant de les décapiter.
Ce qui donne confiance dans ce récit, c'est sa sobriété. Ni miracles, ni sépulture glorifiée par des événements ; que sont devenus les corps ? Si le prêtre était fugitif, si deux fidèles sur les trois qui composaient la communauté ont disparu, il y a bien des chances pour que les restes n'aient pas été recueillis. Ce n'est que plusieurs siècles après le supplice qu'on relève une mention des deux saints dans le De gloria martyrum de Grégoire de Tours : Apud urbem Namnetum duo sunt martyres pro Christi nomine jugulati : quorum unus Hogatianus. alter Donatianus est vocitatus... Apparuerunt piri cur albis vestibus a basilica beatorum martyrum egredi. Ainsi, au VIe, les deux martyrs avaient à Nantes leur basilique, mais il n'est pas question d'autre chose, On sait que le silence ne dérange pas plus les uns que la négation ne convainc les autres parmi ceux qui sont déterminés à suppléer aux titres absents. Au Ve, date probable de la Passio, au VIe où vécut Grégoire de Tours, on ne connaissait aucun indice de la sépulture des martyrs. Cinq siècles plus tard, cette ignorance avait pris fin et la Chronique de Nantes parlait d'une église des deux martyrs où eorpora hic honorifice tumulata requiescunt . Dès lors, on ne s'étonne plus que le P. Albert Le Grand, suivi par le bollandiste Henschenius, s'embarque dans une histoire de corps jetés en proie aux bêtes sauvages, recueillis par les chrétiens et ensevelis non loin du lieu du supplice. Il n'y a pas sujet de s'arrêter à ces boniments pieux. Une autre explication plus récente n'est pas moins dépourvue de valeur. La présence de murs et de débris de colonnes sous l'emplacement de l'église construite à saint Donatien, en 1874, n'autorise pas plus à y voir les restes de l'habitation des deux martyrs que les indices valables de leur sépulture, Tout le petit roman, illustré de plans à l'appui, imaginé à ce sujet, ne saurait être pris en considération .
V. ORIGINES CHRÉTIENNES. — Le martyre des deux saints isolés, la fuite du prêtre ou de l'évêque mentionné dans la Passio n'autorisent pas à croire à l'existence d'une communauté chrétienne à Nantes, organisée dès le Ier siècle. Cependant, on a voulu voir, là aussi, les traces d'une Église dès les temps apostoliques et, naturellement, on a trouvé. Puis que Tréguier pouvait se réclamer d'un évêque Drennalus, disciple de Joseph d'Arimathie et établissant son siège épiscopal en l'an 72 de notre ère, c'eût été pour Nantes un état d'infériorité humiliant de n'avoir pas un personnage apostolique ; on se rabattit sur saint Clair, mort en l'an 96, c'est-à-dire longtemps après Maximin de Rennes, décédé en 67.
Saint Clair est un personnage historique dont on s'avisa, au XVe, de faire un contemporain et un compagnon des apôtres : consortia consecutus apostolorum, lit-on à son sujet dans un bréviaire nantais. De cela il n'était pas question au XIIIe. On se contentait alors de beaucoup moins. Le chantre Hélias rédigeant l'Ordinarius en 1263 disait simplement que iste Clarus fuit primus episcopus Ecclesiæ Nannelensis : qui missus a romano pontifice ad eamdem ecclesiam clavum quem beatus Petrus ad dexteram habuit in passione secum detulit, quem in maxima veneratione habemus. Dans le bréviaire de 1400 voici ce que ce texte était devenu : Hic (Clarus ) sanctorum apostolorum consortia consecutus, a romano pontifice ad Galliæ partes missus est... Qui, secum clavum deferens B. Petri pendentis in cruce dexteram perforantem, in Britanniam pervenit. Urbis Nannelicæ primus pontifex est effectus. Tout cela se dérobe à une discussion scientifique, mais voici qu'à défaut de textes recevables on apporte des vestiges ou prétendus tels.
« À Anetz, sur la Loire, en 1811, dans le voisinage de ruines gallo-romaines, on trouva vingt à trente tombes ou sarcophages formés de briques contenant des squelettes, plusieurs même en contenant deux placés : bout-ci, bout-là », c'est-à-dire la tête de l'un entre les pieds de l'autre, et réciproquement, Sauf les squelettes, rien dans ces sarcophages ; mais dans un autre sarcophage assez différent d'aspect et de contenu on trouva, entre autres choses, une poignée de sabre, un mors de bride, un certain nombre de monnaies d'argent et de cuivre, dont une partie datait — autant qu'on put lire, du règne des Antonins de l'impératrice Faustine ! », Là-dessus, on prononce que les corps trouvés dans ces sépultures, uniquement parce qu'ils sont inhumés et non incinérés, appartiennent à des chrétiens. On considère ces sépultures comme datées par la monnaie de Faustine sus-mentionnée. Et comme Anetz, ainsi que quelques autres paroisses des bords de la Loire, a pour patron saint Clément ?, on assure que les apôtres de la foi durent descendre la Loire « en propageant le culte de ce grand pontife dans les stations romaines (entre autres à Anetz) qu'ils évangélisèrent dans le courant du Ier siècle ? » On arrive ainsi, par un argument archéologique, à relever la thèse de l'apostolicité de saint Clair et de l'Église de Nantes ; car si les apôtres de la foi se montraient si empressés à propager le culte de saint Clément, c'est que son souvenir était encore vivant et sa mort bien proche ; c'est qu'on était encore, par conséquent, au début du IIe, ce qui s'accorderait bien avec l'épithète consecutus consortia apostolorum appliquée à saint Clair et soutiendrait fort à point cette légende décriée.
« Construction ingénieuse mais bien fragile. Chez les païens romains et gallo-romains des deux derniers siècles de notre ère, l'usage de l'incinération (voir ce mot) a, il est vrai, diminué ; mais celui de l'inhumation, quoi que moins fréquent, était aussi pratiqué : à partir du IVe, même chez les païens, c'est l'inhumation qui domine *, De ce qu'un corps est inhumé, non incinéré, même au Ier ou au IIe, on n'a donc pas le droit de conclure que ce corps fut celui d'un chrétien.
« Mais un trait, facile à constater dans les inhumations, permet de distinguer aisément les sépultures chrétiennes des païennes, aux cinq ou six premiers siècles de notre ère : les chrétiens sont toujours inhumés pieds à l'Est, tête à l'Ouest ; les païens tête au Sud, pieds au Nord, A Anetz, l'usage chrétien n'est pas observé ; car, dans les tombes qui contiennent deux corps placés « bout-ci, bout-là », si l'un des corps était orienté Ouest et Est, l'autre l'était tout le contraire, c'est-à-dire en opposition directe avec l'usage chrétien. Prenons-les malgré cela pour des sépultures chrétiennes ; est-on autorisé à les dater par cette médaille de Faustine, provenant d'une tombe d'un caractère tout spécial, et dont le sabre et le mors de bride accusent nettement l'origine païenne ? Non, évidemment ; ces sépultures peuvent donc être fort bien du IVe ou du Ve et, dès lors, ne prouvent absolument rien en faveur de l'apostolicité de l'Église de Nantes, Reste donc uniquement la dédicace de la paroisse d'Anetz à saint Clément : mais s'il est permis maintenant de dater la fondation d'une paroisse par la date de son patron, la question de l'apostolicité des diocèses de France sera aisément résolue, car il n'en est pas un seul où on ne trouve, en grand nombre, des églises et des paroisses sous le patronage de saint Pierre. En réalité, rien de moins prouvé que l'origine chrétienne des sépultures d'Anetz ; fussent-elles chrétiennes, on n'en pourrait tirer aucun indice sur la date des premières prédications chrétiennes dans le pays nantais 5, »
VI. SAINT CLAIR. — Nous en venons donc à saint Clair. Un recueil de Saint-Aubin d'Angers et un livre liturgique, l'Ordinarius nantais de 1263, en font le premier évêque de Nantes. S'il faut, dans la Passio des martyrs Donatien et Rogatien, traduire sacerdos par évêque », ce peut être saint Clair, mais on peut, avec Lout autant d'exactitude et de vraisemblance, traduire par « prêtre » ; et même on reconnaitra qu'un évêque, pour une communauté qui se compose d'un fidèle et d'un catéchumène, c'est vraiment abuser de la hiérarchie. Mais, supposons que ce témoignage si vague s'applique à saint Clair ; le voici fixé à la seconde moitié du IIIe ou au début du IVe ; il lui faut renoncer à se soutenir dans les temps apostoliques. De retour à Nantes, où personne ne le rappelle puis que son troupeau a péri tout entier, il reprend son apostolat et sans beaucoup de succès, semble-t-il. Voici tout ce que nous pouvons en savoir. Vers le milieu du IVe, après l’année 340, un de ces personnages qu'on désignait alors sous le nom de « périodeute », une sorte de missionnaire, appelé Béatus, s'en vint à passer par Nantes et voici l'état dans lequel il trouva cette chétive chrétienté :
Béatus, ayant passé d'Orient dans le pays de Rome et parcouru les régions occidentales, arriva jusqu'à la cité de Nantes, que le lit de la Loire décore en y portant un grand nombre de navires et de poissons. Là, comme une poignée de brebis au milieu d'une foule de loups, il trouva un tout petit troupeau d'excellents chrétiens . Mais, privés depuis longtemps de toute prédication, leurs âmes étaient desséchées. Méprisés des païens, ils menaient une existence des plus tristes, Béatus, leur prodiguant ses exhortations, ses enseignements, releva leur courage, absolument comme la pluie tombant sur la surface de la terre ranime toutes les plantes épuisées par la sécheresse et les fait reverdir. Il convertit aussi, nous dit-on, beaucoup de païens . Il resta à Nantes quelque temps, enflammant tous les cœurs par sa divine éloquence. Il affermit solidement dans la foi plusieurs d'entre eux et les chargea de maintenir en ces lieux les enseignements de l'Église *. Puis il partit, cherchant une retraite cachée, bien éloignée des hommes, où il put vaquer exclusivement à la contemplation des choses divines !^, » De ce texte si intéressant, A. de La Borderie tire cette conclusion historique fort mesurée : « Qu'était-ce donc que la chrétienté nantaise jusque vers 360-370 ? Un groupe de fidèles très peu nombreux, sans évêque à poste fixe, même sans prêtre, visité de temps à autre par des missionnaires itinérants, soit prêtres comme Béatus, soit évêques comme le sacerdos des Actes des deux frères martyrs, lequel prolongea apparemment son séjour à Nantes assez longtemps pour en être considéré comme le premier pasteur.
« Le bon Père Albert Le Grand a fait de saint Clair le héros d'un roman apostolique très complet. Selon lui, il fut ordonné évêque en l'an 69 par le pape saint Lin, successeur de saint Pierre, qui lui donna pour compagnon le diacre Adeodatus et les envoya tous deux évangéliser les Gaules, Clair s'arrêta à Nantes et prêcha la foi chez les Namnètes et chez les Redons ; il détruisit à Vitré deux temples dédiés l'un à Pan, l'autre à Cérès, et en fit deux églises ; il y établit même, « és grottes qui fea ci i tà 637 sont près la rivière », une sorte de petite communauté composée de trois ermites !. On lui donne parfois pour disciple un prétendu saint Juste ou saint Justin, qui aurait été évêque de Rennes. Pendant qu'il travaillait de ce côté, son compagnon, le diacre Adeodatus, semait la bonne parole « au pays de Vennes et de Cornouaille ». Dieu leur envoya de l'aide (continue Albert Le Grand), — car Drennalus, disciple de Joseph d'Arimathie, avant [X passé de la Grande en la Petite-Bretagne, descendit à Morlaix, convertit ce peuple, édifia une église, passa plus avant jusqu'à la ville de Lexobie ou le Goz-GuéauT det (le Yaudet) sur la rivière de Leguer, où il établit son siège, et donna commencement au siège épiscopal de Tréguier. Ayant été averti que saint Clair était à — Nantes, il envoya son archidiacre Cogalus le visiter de - sa part et converser avec lui . » X ce moment aussi « le diacre Adeodatus arriva à Nantes, rendit raison à saint Clair du fruit qu'il avait faites comtez de Vennes et de Cornouaille (sic), le suppliant d'y vouloir faire un voyage pour confirmer les nouveaux convertis, consacrer des prêtres et autres ministres et donner l'ordre nécessaire aux affaires de la religion. Saint Clair, lais- sant Adeodatus à Nantes, visita tout son diocèse, qui s'étendait depuis Nantes jusqu'au cap Sizun, contenant les comíez de Nantes, Vennes et Cornouaille (sic). Enfin, après avoir travaillé vingt-six ans en la vigne du Seigneur, il décéda au bourg de Réguini, au diocèse de Vennes, le 10 octobre, l'an 96. Dans la cathédrale de Nantes ils ont le cráne de saint Clair enchássé en un chef d'argent... La tradition tient qu'il décéda en la paroisse de Réguini, où se montre encore à présent son sépulcre et son chef ?, » « De saint Clair, en somme, on ne sait qu'une chose : c'est que la tradition de Nantes, attestée par des catalogues épiscopaux remontant au milieu du XIe, voit en lui le premier évêque de cette ville. Ces catalogues, récemment publiés , ne sont pas — même le plus ancien — d'une grande autorité 7, »
VII. LISTE ÉPISCOPALE. — On conserve le catalogue épiscopal de Nantes dans différents manuscrits qui sont : 1° Le premier recueil de Saint-Aubin d'Angers (Vatic. Regin. 465), du XIe ; 2° le recueil de Robert de Torigni ; 3° le second recueil de Saint-Aubin d'Angers (Valie. Regin. 450 et Paris. lal, 49553) ; 49 le cartulaire de Quimperlé ; 5 » la grande Chronique de Tours. Ces divers recueils donnent des listes plus ou moins longues, Le n. 1 s'arrête à l'évêque Gautier, qui siégea de 1008 à 1041 ; le n. 2 s'arrête à Bernard (11481169) ; les n. 3 et 4 s'arrêtent à Robert (1170-1185) ; le n. 5 s'arrête à Étienne de La Bruère (1213-1227).
L. Duchesne remarque que le n. 4 fait suivre chaque nom du qualificatif eps, jusqu'à l'évêque Adalard (début du Xe), ce qui pourrait être l'indice d'une rédaction contemporaine d'Adalard. A l'appui de cette remarque, on ajoutera que deux évêques du VIe environ, Agatheus et Amilo, sont désignés comme des intrus : vocatus sed non episcopus, d'où l'on peut induire que, dans le catalogue, episcopus accompagnait chaque nom.
Le catalogue du XIe admet ces deux intrus et dont l'un des deux ne fut pas consacré. Ce même catalogue écarte, vers la fin du Xe, Guérec et Judi639 caél. Cette différence de traitement ne peut s'expliquer que par le fait qu'Agatheus et Amito ne pouvaient plus être évincés. Le rédacteur s'en tint, à leur égard, au catalogue traditionnel. Il est vrai que dans le Lexte n. 4, ces mêmes Agatheus et Amito ne furent pas épargnés, mais ceci par l'effet d'un tardif scrupule.
Dans les cinq catalogues les noms ne diflérent entre eux que par l'orthographe. Le n. 3 a concédé le titre de s ou scs pour sanctius aux quatorze premiers évêques, de Clarus à Epiphanius inclusivement ; il a encore attribué ce titre aux évêques Felix (16), Pascharius (20), Gunhardus (30) et Landrannus (34). Voici le catalogue du XIe :
Clarus episcopus. Emius episcopus. Similinus episcopus. Eumelius episcopis. * Marcius episcopus. Arilius episcopus. Desiderius episcopus. Leo episcopus. Eusebius episcopus.
Monnechius episcopus.
Deormarus episcopus. Odilardus episcopus. Alannus episcopus. 'Trutgarius episcopis. * Gunhardus episcopus. Gislardus episcopus. Haitardus episcopus. Iirmengarius episcopus. Landrannus episcopus. ?5 Fulcherius episcopus. Esaias episcopus. Adalardus episcopus. alterius. Hugo. 1 Hervisus. Walterius. Budichus,. “rardus. Quiriacus. ! Benedictus. Brictius. Iterius. Bernardus. Robertus. 5$ Mauricius. Gollredus. Stephanus.
« Cette liste, écrit L. Duchesne, est généralement d'accord avec les documents. Les vérifications commencent à l'année 453 et, depuis lors, sont assez nombreuses. Il y a, toutefois, une observation à faire. Entre l’évêque Salapius, que l'on trouve en 632 et en 650, et l'évêque Deormarus, constaté en 757, il n'y a que deux noms, et encore deux noms d'évêques intrus. C'est trop peu. En revanche, trois noms, ceux de Pascharius, Taurinus et Haico, se suivent entre Leobardus et Salapius, qui vivaient l'un en 627, l'autre en 632. C'est beaucoup. D'autre part, des documents dont l'autorité mérite considération, nous présentent les évêques Pascharius et Taurinus comme ayant vécu vers la fin du VIe. On peut donc soupçonner que la liste épiscopale a subi, à une époque ancienne, une transposition de lignes et que Salapius doit être reporté immédiatement après Leobardus. C'est ce que j'admettrai, jusqu'à plus ample informé, dans le commentaire qui va suivre. Quant à la partie antérieure au VIe, elle parait digne de confiance, » 640 liani ; quelques manuscrits et Grégoire de Tours font usage de la variante Similini ; il en est de même dans la plupart des catalogues.
4. Eumelius. Faut-il l'identifier avec Eumerius qu'on trouve, en 374, au concile de Valence ?
9. Marcius, Tout ce qu'on sait d'à peu près certain au sujet de saint Mars, c'est qu'il était disciple de saint Mélaine de Rennes et qu'il assista à ses funérailles. Vers la fin du XVIe, on imagina de faire de saint Mars un évêque de Nantes, et cette conjecture en l'air trouva place dans la liturgie du diocèse de Rennes. Comme cet évêque intrus prit place entre 527-531, il est clair que ce n'est pas celui qui porte le n. 5 de la liste de Nantes et qui doit prendre place vers la limite du IVe et du Ve 1, 6. Arifius.
8. Leo.
9. Eusebius. On trouve son nom parmi les évêques signataires du concile de Tours.
641 cuse aussi d'avoir encouragé les intrigues du prêtre Riculfus, qui voulait supplanter Grégoire sur le siège de Tours et qui trouva refuge et appui auprès de l'évêque de Nantes (580) t. Grégoire parle encore de Félix à propos de la mort de saint Friard, en 573 * ; il tenait de lui une histoire intéressante sur un ancien évêque de Nantes. Félix s'était préparé un successeur, son neveu Burgundio, mais Grégoire le refusa à raison de sa jeunesse, Félix mourut le 6 janvier 582 ; son anniversaire était célébré le 8 janvier.
« Après Salapius (ou Haico), le catalogue nous présente deux noms de personnages que l'on appelait x : évêques » mais qui ne l'étaient pas, Agatheus et Amilto. Le premier est mentionné dans la Vie de saint Hermeland comme ayant réuni abusivement les pouabbé d'Aindre, au diocèse de Nantes. VII* siècle. Légende de 642 voirs de comte et d'évêque dans les deux cités de Rennes et de Nantes, C'était un homme fort cruel. Il est à croire que le second de ces deux usurpateurs aura hérité de la situation du premier. Le temps où ils ont vécu est celui de Pépin d'Héristal et de Charles-Martel, temps fertile en anomalies de ce genre.
« Atto, d'après une charte d'Inchad de Paris de 829 ; d'après le privilège d'Aldric de Sens pour saint Remi ; enfin d’après une charte de fondation de Montiéramey P, en 237. C'est très probablement l'évêque de Spire (Nemelensis), Atto, qui figure au catalogue de cette Église vers le temps qui nous occupe.
VIII. Les FOUILLES DE 1910-1913. Au début de Ce, la municipalité de Nantes fit démolir l'évéché afin d'établir sur son emplacement un jardin au nord de la cathédrale. Cette opération donna lieu à d'importantes découvertes. L'enlévement des terres mit au jour les restes d'un évéché plus ancien, remontant au xir siècle et à une profondeur plus grande encore, la trouvaille d'un mur gallo-romain ayant fait partie de l'enceinte de la ville ; ce mur avait été épargné sur une longueur de 25 mètres environ et se trouvait en excellent état de conservation. Ce ne fut pas tout. On rencontra deux autres murs élevés lors du déclassement de l'enceinte précédente nécessité par l'agrandissement de la cathédrale ; puis, sous celui de ces murs qui avait remplacé le mur gallo-romain, un cimetière mérovingien avec des sarcophages engagés dans le mur. La municipalité nantaise paraissant occupée par d'autres soins, ce fut la Société archéologique de Nantes qui prit l'initiative de poursuivre les fouilles et d'en tirer des résultats concluants. Initiative heureuse puisqu'elle procura les allocations indispensables à une seconde campagne plus fructueuse encore que la première. Conduites par M. G. Durville, les fouilles ont été décrites par lui dans un travail fort étendu : Les fouilles de l'évéché de Nantes, 1910-1913, paru en Supplément au Bulletin de la Société archéologique de Nantes et du département de la Loire-Inférieure, 1913, 361 pages. Le même savant chanoine en a donné un résumé sous le titre : Les fouilles de l'évêché de Nantes en 1910-1911, dans Bulletin du Comité archéologique des travaux historiques, 1912, p. 222-264 ; c'est ce travail, avec les plans de M. L. Primault, qui en doublent l'intérêt, que nous suivons, citons ou résumons ici. « Rapprochant, avec un sens historique aiguisé, quelques textes trop succincts des découvertes récentes, M. G. Durville a su présenter une série d'hypothèses vraisemblables sur les conditions et l'époque de l'établissement du christianisme à Nantes !, Des deux piscines, une a certainement servi au baptême, la plus récente ; quant à la plus ancienne, on a proposé de n'y voir qu'une simple piscine privée dans une maison romaine, antérieure à l'époque chrétienne , L. Maitre a même proposé d'en faire deux piscines du xir siècle ?. Nous croyons qu'il n'y a pas lieu d'accueillir ces opinions dont M. G. Durville a donné une réfutation péremptoire qui lui a permis de maintenir toutes ses conclusions . La futilité des objections était telle qu'on ne pouvait l'attendre de L. Maitre qui parlait du passé chrétien avec certaines ignorances qu'on ne devait pas s'expliquer chez un romain ; le mur du X siècle ; le mur du Xir siècle, — Le mur gallo-romain s'étend entre la porte Saint-Pierre et la cathédrale. On l'a exhumé sur une longueur de 25 mètres environ. Au moment de sa découverte, il était dans un état de conservation admirable, avec toute la fraîcheur primitive de son ciment rouge et la régularité de son appareil. Les joints de ses différentes assises semblaient faits de la veille. On en voyait, dans toute leur netteté et leur vigueur, les rainures tirées au fer dans le ciment (fig. 3) . Il a été conservé sur une hauteur moyenne de 2 mètres. Son épaisseur est de 4 m. 28 ; elle dépasse celle de deux autres murs de la même enceinte : l'un que l'on voit dans la maison des dames de la Retraite, l'autre qui a été découvert en 1910, dans la rue de l'Écluse ; ces deux derniers n'ayant qu'une épaisseur de 3 m. 80.
Ce mur repose presque à fleur de sol sur ce qui était alors le niveau du quartier. Ses fondations consistent en un rang de pierres brutes moyennes, posées sur champ, et qui font une retraite de 0 m. 25. La maçonnerie commence immédiatement au-dessus de ces pierres. Les quatre premières assises ne présentent pas la régularité du petit appareil romain. Les pierres sont généralement plus longues, plus grosses, moins bien régne sur toute la longueur du mur qui a été dégagée elle devait avoir pour but son entretien ou sa défense.
Dans toute la longueur du mur on n'a rencontré à sa base aucun bloc cyclopéen comme on en a trouvé dans les fondations de la porte Saint-Pierre. Pareille constatation a été faite rue de l'Écluse et place du Bouffay où les murs re ; osaient sans fondations sur le sol et commençaient par des pierres ordinaires ; le mur de la rue de l'Écluse traversait des murs antérieurs construits en mortier jaune semblable à celui que nous signalerons à l'occasion de l'église Saint-Jean.
Il faut signaler ici la différence qui existe entre les équarries. Au-dessus de la quatrième assise, les pierres commencent à être jointoyées régulièrement et à présenter les rainures au fer ; les chaines de briques ne commencent qu'au-dessus de cette assise et débutent par un double rang, puis viennent trois rangs de pierres cubiques suivis de trois rangs de briques qui alternent régulièrement à partir de ce point avec les trois assises de moellons.
La hauteur totale des trois assises de briques est de 0 m. 165 ; les assises de pierres ont 0 m. 33. Le mur n'a sa décoration de briques et de pierres cubiques qu'à son parement extérieur ; le parement intérieur ne comprend que des assises de moellons prises dans le ciment, sans être jointoyées. On y remarque, sans s'en expliquer la présence, qu'un cordon de briques sur une longueur de 5 mètres, à environ 1 m. 90 de ses fondements.
Ce mur n'a jamais été précédé d'une douve. Ses fondations avec leurs quatre assises non appareillées, ne plongent qu'à une profondeur de 0 m. 50 ; sa retraite reposait directement sur le sol naturel. A l'intérieur, à partir de la retraite, commence une aire cimentée qui fondations de ce mur et celles de la porte Saint-Pierre à laquelle il aboutit. Dans les fondations du mur, rien que de normal ; les assises reposent régulièrement sur la retraite, supportant à leur tour d'autres assises où les briques et moellons sont pris dans un ciment qui les unit solidement. Tout indique un travail exécuté selon toutes les règles de l'art, tranquillement, sans l'ombre de précipitation. On a eu tout le temps de préparer les matériaux nécessaires, de tailler ces milliers de pierres cubiques, d'appareiller ces assises, de les jointoyer. A la porte Saint-Pierre, il en est tout autrement. Ce sont d'énormes blocs de pierre blanche ou de granit, arrachés à des monuments et entassés les uns sur les autres, avec des stèles funéraires, sans être liés par aucun mortier, On a pris tous les matériaux qu'on avait sous la main ; les plus gros, pour aller plus vite ; on les a remployés tels quels, sans leur faire subir la moindre retouche, sans le moindre souci de faire une œuvre d'art, comme si l'on voulait aller au plus pressé, dans l'imminence d'un danger qui accourait comme une inondation.
Il eût été d'un grand intérêt de voir comment le mur est relié à la porte : leur point de jonction eût donné lieu à des observations qui eussent peut-être expliqué cette différence et éclairci le mystère qu'elle soulève. Malheureusement, cette jonction se fait sous un édifice que d'autres considérations ont porté à conserver.
A priori, on serait tenté d'expliquer cette différence en disant que le mur a été construit entre deux invasions, dans l'accalmie qui suivit la première, et que la porte a été élevée en grande hâte, à la nouvelle imprévue qu'une autre invasion se précipitait vers la ville encore mal close. Ce mur gallo-romain est de l'époque des autres enceintes gallo-romaines ; quant aux fondations de la porte Saint-Pierre, elles ne renferment que des débris de monuments païens et aucun vestige de provenance chrétienne.
A quelle époque notre mur a-t-il été démoli ? Si nous en croyons trois chroniques qui ont entre elles d'étroits rapports, et qui sont étrangères à la Bretagne, cet événement sera survenu en 850 et serait attribuable au duc breton Nominoë !, Qu'il faille l'imputer à celui-ci ou aux Normands, la date est à retenir. Dans la Chronique de Nantes, il est question de l'agrandissement de la cathédrale et de la construction, tout autour, d'un mur pour lui servir de protection contre les Normands ; ceci aurait eu lieu sous l'évêque Foucher (897-912). Le chroniqueur revient à deux reprises sur l'œuvre de Foucher. « C'était, dit-il, un homme probe et sage, qui fit les plus grands efforts pour refaire les murs de la principale église dédiée aux apôtres Pierre et Paul, murs qui avaient été détruits, et pour les étendre plus longuement, les élargir et les couvrir. » Puis, dans un autre endroit, reprenant le même fait, il dit encore : « L'évêque Foucher s'efforça de refaire son église, de l'agrandir et de l'entourer d'une défense faite d'un mur *, » Ces lignes nous expliquent ce que les déblaiements ont révélé. A 5 mètres de distance du mur gallo-romain, et parallèlement à lui, on a rencontré un autre mur d'enceinte qui se dirigeait vers la cathédrale et qui passait à une petite distance du chœur de ce monument agrandi. On l'a retrouvé sur une longueur de 15 à 20 mètres. Il en reste encore une amorce qui permet de juger de sa grossièreté. Il avait une épaisseur de 2 mètres et reposait sans fondation dans un cimetière qui partait du mur gallo-romain et s'étendait des deux côtés de la voie sur une longueur de plus de 100 mètres. La partie qui en a été conservée est à cheval sur des sarcophages mérovingiens.
Ce mur, par suite de sa mauvaise construction, a été refait plusieurs fois. A l'origine, il n'avait pas plus de douve que le mur gallo-romain. La douve de cette partie de l'enceinte de Nantes n'a été creusée que vers l'an 1207, sur le fief des chanoines, que le comte de Bretagne, Guy de Thouars, indemnisa en leur assignant une rente de 14 livres sur la reçoite de son domaine. Sous ces reconstructions, motivées surtout par les sièges que la ville eut à supporter de la part des Français, à la fin du XVe, ce mur a servi de rempart à Nantes jusqu'en 1658, où un nouvel agrandissement de la cathédrale l'éventra. On construisit alors, en cet endroit, un troisième mur d'enceinte qui s'avançait en forme d'éperon sur la motte Saint-Pierre (voir plan, fig. 2, lignes AB et CD).
Grâce aux travaux accomplis et aux indications consignées dans la Chronique de Nantes, il est possible de reconstituer l'histoire si tourmentée de ce point de l'enceinte. A l'origine, le mur gallo-romain allait, d'un trait, depuis la porte Saint-Pierre jusque vers le château. Il passait près du chœur de la cathédrale, dite de Saint-Félix, située complètement intra muros. L'enceinte gallo-romaine ayant été rompue au milieu du ix siècle, soit par Nominoë soit par les Normands, l'évêque Foucher profita de cette rupture, lors de la reconstruction de sa cathédrale, pour l'agrandir. Il en prolongea le chœur en dehors du mur détruit, et reporta la nouvelle enceinte à une petite distance derrière le nouveau chœur. | Cet état de choses dura jusqu'au milieu du xvi siècle. Les chanoines songèrent alors à donner à la cathédrale ses proportions actuelles. Ils obtinrent l'autorisation de démolir le mur de ville qui s'opposait à la réalisation de leur dessein, et firent construire le nouveau qui décrivait un angle autour du chœur, et allait reprendre l'ancien auprès d'une tour située du côté du château et appelée la tour Saint-Laurent.
Cette reconstruction, approuvée par la ville dans sa délibération du 19 mars 1657 *, se fit l'année suivante. L'adjudication des travaux eut lieu le 17 mai 1658, et la pose de la première pierre quelques jours après, le 12 août.
Ce mur de 1658 est celui qui figure sur tous les plans qui représentent les fortifications de Nantes au xvi et au xvii siècle. On en attribuait précédemment la construction au duc de Mercœur. Son épaisseur, sa direction, son fruit, répondent exactement aux données du devis de 1658 ; il n'y a plus aucun doute possible sur l'époque et les causes de la construction, 649 On a dit plus haut que le mur du x* siècle était à cheval sur des sarcophages mérovingiens. Entre ce mur et le mur gallo-romain on a rencontré de nombreux ossements humains épars, et plusieurs squelettes dans leur position normale.
La partie du rempart avoisinant la cathédrale ayant été plusieurs fois refaite, ces reconstructions ont bouleversé le terrain et complètement modifié le caractère du cimetière qui les a précédées. Mais, au pied du manoir de Guillaume Guéguen, derrière une tour élevée au xv siècle et marquée sur le plan n. 2 par la lettre F, la partie du mur du x siècle, protégée par cette tour, n'a pas eu besoin d'être remaniée. C'est là que l'on a retrouvé les restes de l'ancien cimetière en son état primitif, tel qu'il avait été enfoui.
Il restait de ce cimetière huit sarcophages monolithes de pierre blanche, et deux composés de six pierres d'ardoise. Quatre des monolithes sont encore engagés dans le mur du x* siècle. L'un d'eux porte à l'une de ses extrémités une ornementation formée d'une combinaison de croix (fig. 8647).
Tous les sarcophages monolithes sont orientés de l'Ouest à l'Est ; les deux tombes d'ardoise, du Nord au Sud, ainsi que l'étaient encore plusieurs squelettes qui gisaient sans cercueil aux environs du mur galloromain.
Cette différence d'orientation semble avoir ici une cause accidentelle, purement locale. Entre le dernier rang des sarcophages monolithes et le mur galloromain il n'y avait pas place pour une autre rangée d'inhumations faites dans le même sens. Par suite, cette partie du cimetière ayant été remplie par des occupants qu'on ne pouvait pas déplacer, les derniers venus ont dû céder aux exigences du terrain. On les a orientés dans le sens du mur : circonstance qui permet d'assigner aux deux cercueils d'ardoise une date plus récente que celle des sarcophages de pierre blanche.
Dans tous ces cercueils on a trouvé des squelettes noyés dans la terre et ayant conservé leur position primitive. Quelques-uns renfermaient deux squelettes : celui de dessous dans sa position normale, comme celui de dessus. Les squelettes inférieurs n'ayant été ni écrasés ni déprimés, nous en concluons que dès le moment de l'inhumation, le cercueil était rempli de terre dans laquelle on déposait le corps ; puis, quand il était assez vaste pour contenir deux corps, on en mettait un autre, toujours dans de la terre, par-dessus. Nous ne pouvons pas nous expliquer autrement comment un cadavre aurait pu être étendu sur un squelette sans l'écraser et sans déranger l'ordre des ossements.
Quelques-uns de ces sarcophages avaient perdu leur couvercle, les autres l'avaient conservé, mais aucun n'était lié à l'auge par un mortier quelconque ; chacun pouvait se déplacer facilement. D'un rapprochement institué avec les sarcophages du cimetière mérovingien de Vertou, où la plupart des auges avaient leur couvercle scellé, on peut induire qu'à Nantes les sarcophages ont dû servir à plusieurs générations. Aucun de ces sarcophages n'a donné le moindre objet de métal ni de poterie.
Entre les tombes, les ouvriers ont recueilli une trentaine de deniers de Charlemagne, de Louis le Débonnaire et de Charlemagne le Chauve. La première invasion de Nantes par les Normands eut lieu en 843, sous ce dernier roi. Ces deniers marquent la dernière époque à laquelle ce cimetière fut en usage. Le mur construit sur les sarcophages à la fin du ix° siècle ou au commencement du x* aura servi à former intérieurement une terrasse, et le cimetière aura complètement disparu. Le mur de l'évêché du xi siècle plongeait dans cette terrasse, et ses fondations s'arrêtaient un peu au-dessus des deux cercueils d'ardoise marqués sur le plan (fig. 1), par les lettres LL, et au-dessus du squelette marqué par la lettre M.
Nous croyons, écrit M. le chanoine G. Durville, que ce cimetière mérovingien avait été, pour ainsi dire, amorcé par un autre plus ancien dont l'origine doit remonter aux temps du paganisme.
On a dit que le dessous de la porte Saint-Pierre était pavé de stèles funéraires. Ces stèles devaient provenir des environs. Les deux côtés de la voie qui entrait à Nantes par cette porte présentaient sans doute l'aspect des voies qui entraient dans les villes romaines, avec leur file de tombes. Ce côté de Nantes était le seul qui se prêtait à des inhumations, les autres étaient entourés par la Loire et par l'Erdre et ses marais.
Les chrétiens auront continué d'inhumer leurs morts aux portes de la ville et sous ses murs, et c'est ainsi que tout ce quartier sera devenu la nécropole de Nantes depuis les plus anciens temps jusqu'aux temps mérovingiens, et même jusqu'aux invasions des Normands.
Le mur oriental de l'évêché avait été construit sur le bord du mur gallo-romain. Le constructeur avait, dans ce mur, des fondations bien solides. Il n'a pas su profiter de l'avantage de la situation ; il avait mis son mur à cheval sur le mur gallo-romain, ouvert une tranchée dans la terre le long de ce mur, jeté des pierres dans cette tranchée et établi sa construction moitié sur le mur gallo-romain, moitié sur ces fondations peu solides. Aussi tout le mur avait dévié de la verticale ; et s'il n'avait été retenu par une terrasse du côté où il penchait, il eût entraîné la chute des constructions auxquelles il servait de fondation.
Cet ancien évêché avait sa porte principale exactement au-dessous de celle de l'évêché, démoli en 1910. Sa façade était percée d'ouvertures en forme d'archères ; on en a retrouvé trois et l'amorce d'une quatrième.
Il en avait autant, et à des endroits correspondants, dans le mur qui donnait à l'extérieur, et une sur la rue de l'Évêché.
Ses murs avaient 1 m. 20 d'épaisseur. Les maçons qui les ont élevés avaient, par endroits, essayé d'imiter l'appareil romain. Ils avaient employé des pierres cubiques, et en avaient agencé d'autres longues de manière à en former des cordons analogues aux cordons de briques.
L'ensemble du travail dénotait une mauvaise époque. Plusieurs des pierres employées avaient été rougies par un incendie. Or, les annales locales nous apprennent qu'un grand incendie détruisit la ville de Nantes en 1118, et qu'un évêché y fut construit par l'évêque Brice, mort vers 1140. D'un autre côté, les faces de la voûte E UTERE z35-(/7 62)
Sol Vierge [Argile jaune) Fee) AAN i R desde) gallo-romaines. Ce sont d'énormes blocs de pierre blanche et de granit, entassés les uns sur les autres, sans aucune liaison. A différentes époques, on a rencontré autour de cette porte des blocs analogues, avec des inscriptions. Il semble qu'ils aient dû faire partie de ces assises, et que, lors des différents travaux faits à la porte, ils ont été remplacés dans ses fondations par les moellons à l'aspect hétérogène qu'on y a bloqués.
(2055). Chaussée (Niveau probable) Plusieurs de ces inscriptions ont été recueillies soit à la mairie, soit au musée d'archéologie. D'autres, malheureusement, ont été brisées, et d'autres enfouies à la base de la colonne Louis XVI qui s'élève au milieu face côte de la Ville ouvertures de cette construction avaient été bouchées par une terrasse élevée, au plus tard, au commencement du xvi siècle. Pour ces différentes raisons, on croit pouvoir identifier ces restes avec ceux de l'évêché construit par l'évêque Brice, d'après certains auteurs en 1130 et d'après d'autres en 1136 (voir le plan, fig. 2, a bcd).
La partie inférieure disparaissait autrefois entièrement sous terre ; le niveau de la rue était alors à une élévation de près de 2 mètres au-dessus de son niveau actuel. Cette partie a conservé la plupart de ses assises | | du cours. Le dallage de la porte était surtout fait de stèles funéraires qui se trouvent au musée.
Il n'y a pas lieu de contredire l'opinion de certains archéologues qui font remonter au xii siècle la porte Saint-Pierre et l'attribuent à Guy de Thouars. Le caractère gallo-romain de cette porte est indéniable, et depuis cette époque elle n'a pas cessé d'être en usage. La voie sous le portail (voir plan, fig. 1, c d e f, et fig. 2. h ik n) a une longueur de 9 mètres et une largeur de 4 mètres, entre les parements des murs latéraux. Elle est rétrécie à son milieu et à son issue vers la ville par d'énormes blocs de granit qui sortent de 0 m. 60 à 0 m. 80 du mur, et qui laissent au passage une largeur de 2 m. 80 environ. Ces blocs pouvaient servir soit aux portes, soit comme chasse-roues. Les chasse-roues qui sont sous la voûte devaient occuper primitivement le milieu du mur latéral. Il est à remarquer que les assises du mur latéral situé du côté de la cathédrale se prolongent sur une longueur de 10 mètres. Ces assises nous donnent la profondeur primitive de la porte avant les remaniements opérés au xv siècle. Si le mur latéral du côté opposé n'a plus aujourd'hui que 9 mètres, c'est qu'il en a perdu un lors de sa reconstruction.
Il y avait en cet endroit une vaste salle de 50 pieds Se ESIN F + aE T 653 de long sur 25 environ de large. Sa solidité ayant été compromise par suite des travaux de fortification faits par la ville, on la reconstruisit vers 14€0, en ne lui donnant plus que 21 pieds de large entre « ses deux longères », c'est-à-dire ses deux murs latéraux, qui étaient chacun ce 3 pieds d'épaisseur. C'est ainsi que ce côté, qui mesurait autrefois 30 pieds, c'est-à-dire 10 mètres, a été réduit à 9 mètres ou à 27 pieds. Les assises de l'autre côté sont demeurées intactes sur leur longueur de 10 mètres, qui nous donne la profondeur que la porte avait autrefois. Le manoir de Guillaume Guéguen, élevé sur ces assises, ne les a utilisées que sur une longueur ce 9 mètres ; le surplus est resté bloqué dans les autres travaux de fortification. Ccmme le chasseroues situé sous la voûte occupe juste le milieu de ces 10 mètres, on peut se demander si les deux angles de la porte extérieure n'étaient pas, eux aussi, comme les autres, munis de chasse-roues.
Les fouilles exécutées au pied de la porte Saint-Pierre et dans son axe ont donné jusqu'à six niveaux ou chaussées (fg. $648). Le niveau inférieur est caractérisé par une couche de petits cailloux noyés dans une terre jaune ; la couche a environ 0 m. 10 d'épaisseur : elle repose à une profondeur de 1 m. 10 à peu près du niveau actuel. Le second présente un cailloutis semblable au premier, mais reposant sur un lit de pierres moyennes ; entre ces deux cailloutis, la terre brune et assez fcmoréne a donné par endroits quelques fragments de briques. Les trois niveaux supérieurs différent complètement des deux premiers : ce ne sont plus de simples cailloutis, mais de véritables pavés plus ou moins unis, dans lesquels des fragments de briques viennent combler les intervalles laissés par les pierres. La couche du cinquième se distingue particulièrement par la nature des remblais qui l'ont formée. On y voit des fragments de charbon, des cendres, des scories, le tout mélangé à des briques concassées qui donnent à cette couche un aspect de rouge piqué de noir. C'est sur ce niveau que reposent les premières assises de la porte. On dirait que nous avons là la preuve de l'incendie à la suite duquel les Namnétes songèrent à fortifier leur cité.
L'église Saint-Jean-du-Baptistère. — Cette église, autrefois centre d'une paroisse et du doyenné de Nantes, le premier doyenné du diocèse par sa dignité, avait complètement disparu sans laisser la moindre trace de son existence. On en ignorait la situation exacte. Des archéologues nantais, trompés par le nom de « cour Saint-Jean, nom porté par une cour prise au xix* siècle pour la construction du transept de la cathédrale, s'entendaient pour placer cette église dans un endroit où l'on n'en a rien trouvé.
Avent les fouilles, M. G. Durville avait émis l'opinion que l'église Saint-Jean devait renfermer la cuve baptismale mise au jour en 1868, et désignée, depuis, sous le nom de « baptistère Saint-Jean ». En faveur de cette opinion, il apportait deux raisons. La première, c'est que du xiie au XVIe, l'église disparue avait été appelée indifféremment « église Saint-Jean » ou « église Saint-Jean-du-Baptistère », ecclesia Sancti Johannis de Baptisterio. La seconde, c'est que cette église avait été démolie pour l'agrandissement de la cathédrale au XVe, et non pour son agrandissement au XIXe, et que c'était au XVe que son sol était entré dans ce monument. La situation de la piscine indiquait celle de l'église à laquelle elle avait donné son nom significatif de Saint-Jean-du-Baptistère. Sa proximité de la cathédrale, au pied d'un de ses contreforts, expliquait pour quoi cette église avait été démolie. Des fouilles faites aux environs, entre le deuxième et le troisième contrefort, amenèrent la découverte d'un mur très ancien qui avait été coupé pour le prolongement de la cathédrale, et dont la direction pénétrait obliquement dans ce monument. En suivant ce mur vers l'évêché, on parvint à rétablir, sur un côté, tout le circuit de l'édifice auquel il avait appartenu.
L'enlèvement des terres qui se trouvaient au nord de ce mur mit au jour une aire cimentée qui s'étendait sans solution de continuité jusqu'à un mur parallèle au premier et de même structure. Le ciment de l'aire étant pris avec les deux murs, nous avions la preuve qu'ils appartenaient au même édifice. Le dégagement total de l'aire permit d'avoir la longueur de la construction dont on avait déjà la largeur. On parvint ainsi à déterminer le pourtour d'une vaste salle rectangulaire indiquée sur le plan par les lettres A i j o. Cette aire était formée d'un premier lit de pierres qui reposaient sur le sol. Par-dessus ces pierres, dans une couche de ciment rouge de 0 m. 15 d'épaisseur, étaient noyés des carreaux de dimensions diverses, des briques et des débris de tuile à rebord. L'aire se continuait au même niveau, avec une légère déclivité de l'Est à l'Ouest, dans toute l'étendue que nous venons d'indiquer, englobant dans son périmètre la piscine située au pied du contrefort.
Détail de la plus grande importance pour déterminer la plus ancienne des deux piscines, cette aire passait par-dessus la piscine A, qui fut découverte un peu plus tard, et venait, pour ainsi dire, expirer au bas de la partie octogonale de la piscine du contrefort, au-dessus de sa partie circulaire qui sert de base à cette partie octogonale. Par la pensée, on pouvait se reporter à une époque où cette dernière piscine, située dans l'axe de l'église, était le seul monument à s'élever au-dessus de son aire, et, par suite, à attirer l'attention et à justifier le nom de Saint-Jean-Baptiste porté par l'église de temps immémorial.
Avec cette partie nettement déterminée par l'unité d'une aire de même niveau, l'église Saint-Jean en contenait autrefois une autre que l'on pourrait appeler son chevet. Cette partie a subi plus de bouleversements que la nef de l'église. On y a retrouvé, çà et là, des amorces de dallage faits de larges carreaux, et à des niveaux différents. Au centre s'élevait une construction rectangulaire marquée dans le plan par la lettre V, et formée de murs d'une structure plus mauvaise. Cette construction, qui domine la nef de l'église, est en dehors de son axe. Les fouilles faites dans son intérieur n'ont rien amené de particulier ; on n'y a trouvé que des débris de poteries dites samiennes, ou galloromaines, comme partout ailleurs dans toute l'étendue de ce sol.
De ce chevet on n'a pu déterminer sûrement que le pourtour. Du côté de la cathédrale, le bas du mur qui le formait est resté intact dans toute la hauteur où ce mur avait dû fruit. De l'autre côté, des constructions du XVIe ont été la cause de sa destruction. Dans la première campagne de ces déblaiements, on a cependant trouvé un pan de mur qu'on ne savait alors à quoi rattacher. À ce pan de mur adhérait encore une aire de ciment analogue à celle de la nef de l'église. Tout près, mais en dehors, on a recueilli une tête de Vénus Anadyomène. Sur un autre point du chevet, au bas du mur de l'évêché, on a trouvé un bronze de Trajan à la légende : Imp. Casar Trajan. Opt. Aug. Germ. On trouvera sur le plan (fig. 1) une idée de cette découverte. Tous les murs désignés par les lettres hijklmno appartiennent à l'église Saint-Jean et sont de la première époque de l'église. Cette aire affecte sensiblement la forme d'un lau, avec la différence que les deux bras du lau ne sont pas de la même largeur, le mur n u n'étant pas dans l'axe du mur j k Le bas de l'église ayant été démoli par des constructions du xve ou du XVIe, il a été impossible d'en préciser la longueur. Cependant, près du mur du portail de la cour, on a rencontré un mur transversal d'une construction plus récente et qui pourrait avoir remplacé le mur de la façade primitive. Malheureusement, il est plus facile de dégager ces murs que de déterminer la destination de toutes les salles qu'ils forment. Ce que nous appelons le chevet de l'église a été trop bouleversé pour que nous puissions dire s'il ne renfermait pas des salles pour le service du baptistère que cette église a possédé de tout temps. Il est certain que le dallage de cette partie était plus élevé que celui de la salle rectangulaire. Mais il est difficile d'élever et de justifier une théorie sur cet unique renseignement.
Nous pouvons dire encore que l'on a trouvé une fibule de bronze dans la partie de ce chevet marquée sur le plan (fig. 1) par les lettres k et j. C'est bien peu, même pour suggérer l'idée que cet endroit a pu servir de vestiaire lors du baptême des catéchumènes.
La partie rectangulaire de l'église, celle qui est désignée par les lettres À i j o, est d'une détermination plus facile. Elle présente nettement la forme d'une nef d'église ou de basilique ; le mur transversal p q avec les murs rstu donnent l'impression d'un chœur. C'est dans cette partie que l'on a trouvé deux cuves baptismales, l'une du côté de l'évangile, accompagnée d'un puits ; l'autre, plus bas, dans l'axe même de l'église. On parlera plus loin de ces deux piscines ; auparavant, on va rechercher l'époque de la construction de cette église et celle de sa destruction.
Le plus ancien document écrit qui parle de l'église Saint-Jean est du milieu du XIe ; c'est une annexe de la Chronique de Nantes intitulée : Miracula Ecclesiæ Nannetensis. Ce document nous apprend que sous le comte Judicaël, qui fut comte de Nantes de 992 à 1001, tout le peuple de la cité se réunissait avec joie et allégresse à l'église de Saint-Jean-Baptiste, au jour de sa nativité, et, là, passait très fidèlement la nuit dans les prières et dans les veilles. Cet usage était déjà ancien. D'après la même Chronique, en 843, lors du massacre des Nantais par les Normands, le jour de la Saint-Jean, la solennité de cette fête avait attiré à Nantes un grand nombre de personnes « non seulement des pays et des bourgs voisins, mais encore des villes éloignées ». Au-delà du XIe, nous n'avons, pour reconstituer l'histoire de l'église Saint-Jean, que l'examen de ses ruines. Voici ce que M. le chanoine G. Durville réussit à en dégager.
On a déjà daté du Ve la cuve baptismale découverte en 1868. Nous ne connaissons aucune objection élevée contre cette opinion, et nous nous y rangeons volontiers. Mais cette piscine est la plus récente des deux que renfermait le sol de l'église Saint-Jean. En dehors des raisons sur lesquelles nous appuierons plus loin notre jugement, nous ne voulons rappeler ici qu'un fait que nous avons déjà signalé : l'aire cimentée de la nef de l'église passait par-dessus la piscine A, et entourait la piscine du contrefort. La piscine A était donc hors d'usage et condamnée quand on a élevé la piscine C qui a subsisté jusqu'au milieu du XVe. Par suite, la piscine du contrefort, découverte en 1868, n'a pas été, comme on l'a écrit, « le baptistère primitif de la cathédrale de Nantes » ; elle a été précédée par une autre dont il faut rechercher l'origine avant le Ve.
C'est donc au-delà du VIe qu'il faut aussi rechercher l'origine de l'église qui renfermait cette ancienne piscine. Ici, nous rappellerons la corrélation étroite qui existe entre une cathédrale et un baptistère. À l'origine, une cathédrale supposait, tout près, un baptistère, et un baptistère, une cathédrale. Un monument ne pouvait pas exister sans l'autre : tous les deux, séparés par une petite distance, se complétaient.
La cathédrale était le siège de l'évêque : comme il était seul alors à administrer le baptême solennel aux païens convertis, et que le baptême, pour différentes raisons, ne pouvait pas s'administrer dans les lieux consacrés par les saints mystères, on élevait, en dehors de la cathédrale et aux environs, l'unique baptistère dans lequel les catéchumènes de toute la ville et de tout le diocèse venaient recevoir la qualité de chrétien.
Or, la cathédrale de Nantes, reconstruite dans la première moitié du VIe par l'évêque Evhemerus, et consacrée par l'évêque saint Félix, avait été précédée d'une autre au même endroit. Il est peu probable que l'église que l'on détruisit pour cette reconstruction ne datât que de quelques années. Comme, en vertu de l'usage général, cette première cathédrale devait être accompagnée de son baptistère, on peut conclure de là que l'église Saint-Jean, avec sa plus ancienne cuve baptismale, est contemporaine de la première cathédrale de Nantes, celle qui a été démolie avant la première moitié du VIe.
Ici d'autres données, tirées de l'orientation de l'église Saint-Jean, viennent fortifier toutes ces déductions.
Un simple coup d'œil sur le plan qui accompagne cette étude suffit pour découvrir que l'église Saint-Jean est orientée par rapport au mur gallo-romain qui l'avoisine. Ses murs transversaux sont parallèles à ce mur ; ses murs latéraux lui sont perpendiculaires. C'est le mur gallo-romain qui a servi pour tout l'alignement de cette construction. Or, il est à remarquer que l'église saint-Jean a été le premier monument élevé en cet endroit postérieurement à la construction du mur gallo-romain. Les tranchées creusées dans son sol, pour rechercher des substructions antérieures, ont fait découvrir seulement les murs désignés sur le plan (fig. 1) par les lettres y y et zx. Les murs à mortier jaune sont antérieurs au mur gallo-romain. On en a rencontré à Nantes, dans la rue de l'Écluse, qui passaient sous le mur d'enceinte gallo-romain : quant aux murs marqués y y, leur direction oblique par rapport au mur gallo-romain montre qu'ils appartiennent à une construction antérieure. Ainsi, entre la construction du mur gallo-romain et celle de l'église Saint-Jean, il ne s'est élevé en cet endroit aucune autre construction : c'est là un fait incontestable qui ressort de l'examen du plan et plus encore de l'étude du lieu. Or cet endroit, par sa situation, est un des plus importants de Nantes. Il était près d'une porte de la ville, le long d'une rue passante, au point culminant de la cité. Pour ces raisons, il était destiné à ne pas rester longtemps vague, inoccupé. Le mur gallo-romain datant de la fin du IIIe, il est vraisemblable que le sol qui porta l'église Saint-Jean soit resté plus d'un siècle sans voir surgir aucun monument. Aussi croyons-nous que l'église Saint-Jean a été construite dans le courant du IVe, dès que les chrétiens ont été assez puissants et assez influents pour pouvoir placer leurs édifices religieux dans les emplacements les plus importants des cités. Elle a donc été élevée en même temps que la première cathédrale de Nantes ; elle a servi de baptistère aux premiers chrétiens de la ville, dès que la reconnaissance officielle de leur culte leur permit d'élever en public tous les monuments nécessaires à l'exercice de leur religion.
Ces déductions sont en parfaite conformité avec les traditions et les catalogues épiscopaux de l'Église de Nantes. Ces catalogues ont été dressés très soigneusement et, à partir de 1453, on peut en vérifier l'exactitude, par la rencontre de la plupart des noms qu'ils mentionnent, dans des documents contemporains.
Or, avant Desiderius, mentionné dans un document, on n'a aucune raison de douter de l'existence de ces pontifes. Saint Clair et la liste épiscopale ont été étudiés (voir col. 636 sq.) ; le troisième évêque, saint Similien, avait une église où Grégoire de Tours place un miracle du temps de Clovis ! D'après les traditions nantaises, cette église, située en dehors de l'ancienne ville de Nantes, servit aux premiers chrétiens nantais, jusqu'au moment où le christianisme put élever ses monuments suivant A, B. En tenant compte des traditions, des documents et des dernières découvertes archéologiques, il semble que l'on puisse ainsi établir l'histoire des origines du christianisme à Nantes.
Ce baptistère, dédié à saint Jean, comme la plupart des baptistères, devint l'église la plus vénérable de Nantes, après la cathédrale. Elle était autrefois le centre, non seulement d'une paroisse, mais le premier doyenné du diocèse de Nantes, de celui qu'on appelait simplement « le doyenné de Nantes ». Un de ses titulaires, Hermengarius, devint évêque de Nantes en 872, et le doyen de Saint-Jean fut un des premiers dignitaires de l'Église de Nantes jusqu'en 1311 où cette dignité fut unie à celle de doyen du chapitre.
Ainsi, la première cathédrale ayant été complètement détruite, l'église Saint-Jean est le plus ancien témoin de l'introduction du christianisme à l'intérieur de la ville.
L'histoire de la destruction de cette église n'est pas moins obscure que celle de sa construction. Le chevet disparut le premier. Il était enfoui sous un remblai où l'on croit trouver un vestige du grand terrassement entrepris au Xe par Alain Barbetorte, tout autour de la cathédrale, pour la protéger contre les Normands. Il est certain que le chevet était démoli au XIIe.
La démolition complète de ce qui restait de l'église Saint-Jean se fit dans la dernière moitié du XVe. On construisit alors la cathédrale dont le prolongement imposait cette démolition. La dernière mention de la piscine, située au pied du contrefort de la cathédrale, se lit en 1450 et en 1454. L'église existait encore en 1469 ; elle avait probablement disparu en 1489 et même en 1486. La partie de l'église inutile à l'agrandissement de la cathédrale, fut incorporée à l'évêché, dont elle devint la cour.
La piscine consiste en un bloc circulaire de maçonnerie de 3 m. 60 de diamètre sur 1 mètre environ de hauteur. Bâtie de pierre liée avec de la chaux blanche, elle repose sans fondation sur le sol naturel. Extérieurement, la paroi de la masse est revêtue d'un enduit de chaux blanche. Toute la partie enduite disparaissait sous une aire cimentée de 0 m. 15 d'épaisseur. Cette aire venait éluder la surface supérieure du bloc au niveau d'où s'élèvent les assises de briques de la cuve creusée dans son intérieur. Dans toute la partie extérieure de cette maçonnerie, l'enduit ne présente aucune amorce de dallage ; on n'en a pas relevé davantage à sa base, dans un périmètre de 0 m. 40, sur lequel on a enlevé toutes les terres pour la dégager complètement.
De cette constatation, il résulte que toute cette masse circulaire a toujours été au-dessous du niveau de l'église, et qu'il n'y avait à s'élever au-dessus de ce niveau que la construction octogonale qui reposait sur cette masse comme sur sa base. Cette masse est formée de deux murs concentriques. Le mur extérieur, fait de pierre et de chaux grasse, est revêtu d'un enduit de chaux sur les deux parois. Le mur intérieur, encerclé par le premier, forme à proprement parler la piscine. Ses parois intérieures sont octogones et revêtues de briques liées avec un ciment rouge. Elles ont été conservées sur une hauteur de 0 m. 67 depuis le fond de la cuve jusqu'à la plus haute de ces assises de briques restées en place sur un côté. Parvenues à la hauteur de la base circulaire, ces assises de briques débordent sur elle : ce qui donne au plan du monument l'apparence d'un octogone inscrit dans un cercle. Sur ses huit pans, la piscine en a conservé cinq entiers : un, celui par où débouchait le tuyau d'adduction de l'eau, a 0 m. 60 ; les quatre autres, 0 m. 72.
La cuve mesure à l'intérieur 1 m. 60 de diamètre ; ses parois, 1 mètre d'épaisseur, dont 0 m. 60 pour le mur extérieur et 0 m. 40 pour le mur intérieur. Le fond était formé d'un premier lit de ciment rose renfermant de gros grains blancs et d'un second ciment plus rouge, plus homogène, mais moins dur, mollissant et se désagrégeant au contact prolongé de l'eau. La première couche de ciment reposait directement sur le sol, partout, excepté au milieu de la cuve. Ce milieu était occupé par un fût de colonne cannelée, provenant vraisemblablement d'un monument païen. Dressé sur champ, comme pour supporter le dallage de la cuve, ce fût mesure 0 m. 40 de hauteur et 0 m. 80 de diamètre. Des traces de ciment conservées par les cannelures et sur une partie de la surface supérieure montrent qu'il était pris dans le dallage de la piscine. Au temps où ce dallage était intact, ce fût devait disparaître complètement sous la seconde couche de ciment ou sous un dallage de marbre auquel elle servait de lit. Ce fût est de pierre blanche d'un grain fin et dur. On y voit, creusée à la partie supérieure, une excavation carrée de 0 m. 40 de côté et de 0 m. 08 de profondeur. Ce carré est traversé, en son milieu, par une rigole de 0 m. 08 de largeur, sur une profondeur de 0 m. 15 à l'une de ses extrémités, et de 0 m. 18 à l'autre : inégalités de niveau voulues pour l'écoulement de l'eau. Cette rigole servait, en effet, à l'écoulement de l'eau amenée dans la cuve par un conduit dont l'orifice existe au bas de l'un de ses pans. À l'intérieur du conduit on remarque encore en place un bout de tuyau de plomb. Quant à l'excavation de 0 m. 40, dont le fond est traversé par cette rigole, elle semble d'une origine plus récente. Ces fonts baptismaux ont existé dans l'église Saint-Jean jusqu'au milieu du XVe. Lors que l'usage des fonts baptismaux à pédicule a prévalu, on a dû creuser cette excavation pour encastrer le piédestal d'une cuve baptismale plus appropriée à la nouvelle manière de baptiser.
Il est à remarquer que, dans toute cette excavation, on ne trouve aucune trace du ciment rouge que l'on rencontre tout autour dans le fût de la colonne, et jusque dans la rigole. C'est une preuve qu'elle n'a été creusée que postérieurement à l'application de ce ciment.
Au moment où la piscine a été remise au jour, le fût de colonne était seul à sa place à en occuper le fond. Le dallage en avait été brisé et l'on avait fouillé tout autour du fût sur une profondeur de 0 m. 40. Puis, on avait replacé dans la cuve tous les débris du dallage : blocs de ciment rouge dans lequel entraient des briques et des pierres et tablettes de marbre blanc et bleu gris de 0 m. 04 d'épaisseur et au-dessous. Parmi les débris de marbre blanc, deux étaient taillés en angles qui coupaient suivant A, B ; un troisième était percé d'un trou circulaire qui, à en juger par la partie d'arc qui en reste, devait mesurer environ 0 m. 06 de diamètre. Le dessous de ces tablettes de marbre gardait des traces de ciment rouge. Ce même ciment tapissait la partie inférieure de 0 m. 02 : la partie supérieure allait en s'évasant et ne conservait aucune trace de ciment. Le seul examen de ces plaques de marbre faisait supposer qu'elles revêtaient le fond de la piscine, et que ce trou recevait l'extrémité du tuyau de plomb qui entrait dans la cuve par un de ses pans.
Du reste, rien de plus certain que cette disposition. Ces plaques de marbre étaient encore en place lors de la découverte de la piscine. « Une couche épaisse de béton, écrivait A. Cahour, pavait le bord de la cuve et servait de lit à plusieurs dalles brisées. Trois autres pierres semblables adhéraient encore aux marches et témoignaient qu'elles leur avaient servi de revêtement ? » Malheureusement, lors de la découverte, les ouvriers interprétant mal certains ordres, en l'absence de celui qui les leur avait donnés, ne se bornèrent pas à briser le fond de la piscine ; ils en brisèrent aussi les marches qui paient y a.
Ces marches étaient au nombre de trois : elles étaient dans la partie détruite de la piscine, au pied du contrefort de la cathédrale, à l'endroit marqué F sur le plan.
D'après A. Cahour, « ces marches régnaient dans tout le pourtour intérieur de la cuve, bien que plusieurs fussent endommagées, et elles prenaient la forme de l'octogone dont tous les côtés n'étaient pas non plus parfaitement égaux », Ces paroles du texte sont démenties par le plan qui l'accompagne. Le plan qui donne la coupe de la piscine n'accuse que trois marches sur un de ses côtés, celui qui touchait le contrefort de la cathédrale et qui a été détruit. Un examen attentif de l'intérieur de la cuve ne permet pas de supposer que les trois marches aient régné sur tout le pourtour intérieur. La piscine n'avait d'accès que par un de ses côtés. Tout près de la place de cet escalier, on a rencontré les restes d'un mur parallèle au mur latéral de l'église, et qui formait avec ce mur une salle dont le niveau est de 0 m. 34 au-dessus de celui de l'église en cet endroit : nous croyons que c'est à cette salle qu'aboutissait l'escalier.
L'autre piscine (fig. 8651) était située dans l'église, du côté de l'évangile, c'est-à-dire à gauche en entrant. Elle est octogone comme la précédente. Le diamètre intérieur est de 1 m. 56, les pans inégaux de 0 m. 60 à 0 m. 71, et la profondeur de 1 mètre environ. Les trois pans du côté du mur de l'église ont été démolis jusqu'à la base. Toutefois, deux d'entre eux, voisins des marches, ont conservé une amorce suffisante pour marquer leur direction. Deux de ces pans, opposés diamétralement l'un à l'autre, l'un vers l'Est, l'autre vers l'Ouest, sont occupés par des marches. Le pan occidental a conservé ses quatre marches : à savoir les trois degrés qui descendent dans la piscine et une partie de la hauteur de la marche palière. Le pan oriental n'a plus que les deux degrés inférieurs et une partie de la hauteur du troisième ; le reste a été démoli à une époque inconnue, depuis le XVIe, pour y faire passer un égout.
La profondeur originale de la piscine peut être déterminée d'assez près par la hauteur des degrés du pan occidental.
Le premier en montant a 0 m. 12. Le second 0 m. 26. Le troisième 0 m. 30. La partie restante de la marche palière 0 m. 25. La marche palière étant probablement de la hauteur de la marche précédente, on a pour la profondeur totale de la piscine : 0 m. 98.
La largeur des marches du premier pan est de 0 m. 21 pour la première, de 0 m. 17 pour la seconde, de 0 m. 15 pour la troisième ; la largeur pour les trois marches est donc de 0 m. 53 seulement. Le premier degré de l'escalier oriental mesure 0 m. 12 de hauteur sur 0 m. 19 de largeur, et le second 0 m. 28 de hauteur sur 0 m. 17 de largeur.
En voyant la raideur de ces escaliers étroits, on comprend mieux le sens des expressions suscipere a fonti bus employées à l’origine pour désigner les fonctions de parrain. Les degrés sont légèrement cintrés. Le dessus des deux degrés inférieurs était recouvert de trois carreaux. Le second degré de l'escalier occidental a perdu un de ses carreaux. C'est la seule dégradation subie par la partie de ces deux escaliers qui nous a été conservée.
Tout l'intérieur de la piscine, fond compris, est revêtu d'un enduit rouge, fin, lisse et poli comme du stuc. Les angles formés par les pans sont renforcés et ornés de baguettes demi-rondes, formées du même enduit, et de 0 m. 03 d'épaisseur. Ces baguettes forment un encadrement et pour ces pans et pour le fond de la piscine. Elles courent le long des marches, dans leur hauteur et dans leur largeur, depuis la base du premier degré jusqu'au haut de la marche palière. Elles passent par-dessus les carreaux des premières marches. Comme elles reposent directement sur le dessus de la troisième marche, on peut conclure de là que cette marche n'a jamais été recouverte de carreaux. Ces baguettes en relief pouvaient avoir pour but de renforcer les angles et d'agrémenter la piscine de quelque ornement.
Il semble que ce n'est pas le seul ornement dont on ait voulu l'enrichir. Dans les débris tirés de cette fouille, on a recueilli un morceau de l'enduit poli qui la revêtait et qui était décoré d'un filet noir de 0 m. 003 de largeur.
Cette piscine avait été comblée avec ses propres débris. On y a trouvé de gros blocs de pierres prises dans un ciment à la surface polie, et qui avaient été arrachés à ses parois. Ces blocs étaient noyés dans un sable déjà employé dans une maçonnerie et rongé par le frottement du ciment avec lequel il s'était trouvé en contact. Dans ces décombres, on a remarqué quelques débris de briques et de tuiles à rebords, mais aucun débris d'une époque postérieure à l'époque gallo-romaine ou mérovingienne. De la nature de ces remblais, dont la couleur rose contrastait avec les terres noires qui entourent cette piscine, on pouvait conclure qu'elle avait été comblée dès le temps des Mérovingiens. Du reste, on a déjà dit que l'aire cimentée de l’église passait par-dessus cette piscine. Quoi que cette aire ait été éventrée en cet endroit par l'égout qui fit briser les marches du pan oriental, il en restait assez pour permettre cette constatation.
Il suit de ces faits que cette piscine a été brisée et recouverte au moment où l'on a fait l'aire cimentée au-dessus de laquelle s'élève l'autre piscine. Par suite, les deux piscines n'ont pas servi en même temps ; elles ne sont pas contemporaines ; l'une a succédé à l'autre, et par une singularité peut-être unique, nous avons à 6 mètres de distance deux types très différents d'un monument intéressant dont le caractère primitif n'a été altéré par aucune retouche malencontreuse. Les deux piscines n’ont de commun que leur destination et leur forme octogonale ; en dehors de cela, elles diffèrent complètement.
Pour simplifier les explications, on désigne ici chaque piscine par la lettre sous laquelle elle figure dans le plan de l'église Saint-Jean (plan, fig. 1). Ainsi, on appellera la piscine A, celle du IVe, qui était enfoncée sous le dallage de l'église, et la piscine C, celle du Ve, qui se trouve au pied du contrefort de la cathédrale.
La piscine A se distingue par la simplicité de sa facture et de sa forme. Pour la construire, on a simplement fait dans le sol un trou octogonal de 2 m. 56 de diamètre entre deux bords extérieurs. Dans ce trou, on a élevé un mur épais de 0 m. 50 seulement, construit indifféremment de pierres et de briques. On a complètement négligé le parement extérieur de ce mur en contact avec les terres : on ne s'est occupé que de son parement intérieur. Seul, ce dernier a été revêtu d'un enduit, mais d'un enduit dont l'excellence, malgré son peu d'épaisseur, suffisait à rendre le bassin étanche ; et dans la crainte des fissures qui pouvaient survenir aux angles dièdres qu'il forme avec ses pans, on les a fortifiés de bourrelets de même ciment. Cette faible couche de ciment n'a pas bougé depuis des siècles ; elle est toujours aussi solide ; et lors de la découverte de la piscine, la couleur rose de son enduit était aussi fraîche et son poli aussi glacé qu'aux premiers jours. Dans tout le travail, on sent en pratique les bonnes traditions en usage chez les excellents constructeurs qu'étaient les Romains. Pour rendre cette cuve étanche et solide, ils se fiaient à la qualité hors ligne de leur ciment, et ne croyaient pas nécessaire de le prodiguer en couches épaisses.
Dans la piscine C, les procédés de construction sont loin d'être aussi simples : pour avoir un bassin étanche de 1 m. 60 de diamètre, 0 m. 04 seulement de plus que l'autre, on a creusé dans le sol un trou de 3 m. 60. Au lieu d'un mur de 0 m. 50, on en a fait deux ; l'un de 1 m. 40, l'autre de 0 m. 60 ; le second encerclant le premier. Le mur extérieur a été revêtu d'un enduit sur ses deux parements ; le mur intérieur a son parement extérieur revêtu du même enduit, et sa paroi intérieure formée d'assises de briques liées avec du ciment. Ces briques sont d'épaisseur et de longueur différentes ; elles sont employées au petit bonheur, sans grand souci de la régularité de l'appareillage. Le ciment qui les liait s'est effrité dans beaucoup d'endroits. Rien d'étonnant à cela, quand on examine celui qui est resté dans d'autres ; il s'attendrit au contact de l'eau et se désagrège à un léger frottement. Jamais avec un pareil mortier on n'aurait pu obtenir l'effet produit par le ciment qui revêt les parois de la piscine A. Dès lors, force était, pour obtenir un effet presque identique, de recourir à des moyens plus compliqués.
Autre différence entre les deux piscines, c'est celle qui concerne le mode d'adduction et d'évacuation de l'eau. Rien, dans la piscine A, n'indique comment elle était remplie, comment elle était vidée. Il est vrai qu'elle a perdu une partie de ses pans, et que l'on pourrait dire que la partie démolie donnait peut-être la solution de ce problème. Mais tout le fond est resté intact, ainsi que le bourrelet qui renforce les angles dièdres qu'il forme avec ses pans. Or, c'est par le fond de l'autre piscine que l'on connaît son régime hydraulique ; c'est par le fond que l'eau y pénétrait et qu'elle en sortait. Le tuyau d'adduction était engagé dans un pan, mais à un niveau inférieur à celui du fond ; il passait dans la rigole creusée dans le pied de colonne qui est toujours au milieu du bassin et débouchait par le trou percé dans la tablette de marbre blanc dont M. le chanoine Durville a retrouvé une partie.
Avec son tuyau d'adduction, cette piscine nous fait encore connaître son conduit de dégagement. Il est à l'opposé du pan dans lequel le tuyau d'adduction était engagé. On en a retrouvé l'amorce, à sa sortie de la cuve. Obstrué presque aussitôt par les fondations du contrefort de la cathédrale, on le retrouve plus loin et on le suit jusqu'au point où il est interrompu par un mur (fig. lettre E). Le fond de la piscine A ne révèle rien de semblable. L'enduit qui le recouvre ne laisse pas soupçonner la moindre trace de retouches de nature à faire penser que, à un moment ou à un autre, il ait été percé d'une bouche d'adduction ou d'évacuation.
Il est à remarquer, d'ailleurs, que la piscine A était flanquée d'un puits, situé à 3 mètres dans l'axe de ses escaliers. Ce puits a une profondeur de 7 m. 40. Sa partie inférieure est creusée dans le rocher. L'eau y venait abondamment, et bien qu'on l'ait fait désencombrer à l'époque de la grande sécheresse, l'ouvrier était gêné dans son travail par la rapidité avec laquelle ce fond s'emplissait. C'est ce puits qui alimentait la piscine A. Au moment où elle a été faite, on n'avait pas encore le travail de canalisation perfectionné que la seconde piscine suppose. Ce n'est que postérieurement qu'est survenu, dans l'aménagement des cuves baptismales, le perfectionnement dont la dernière a profité.
L'absence d'ouverture d'évacuation dans le fond de la piscine A fait supposer qu'elle devait se vider à la main. Tout le long de son bord occidental, opposé au côté où est le puits, on a trouvé enfoncées en terre, légèrement inclinées les unes sur les autres, plusieurs rangées de longues pierres schisteuses qui n'avaient aucune trace de mortier et paraissaient sortir de la carrière. Elles semblent avoir été plantées là comme pour faire un drainage et on se demande si, de fait, elles n'ont pas été mises en cet endroit pour absorber l'eau, quand la piscine se vidait.
Ici, nouvelle constatation qui a son importance. La piscine C, à l'endroit de son unique escalier, avait contact avec un mur dont il a été conservé une amorce (voir plan, fig. 1 et fig. 4, lettre G). Ce mur limitait une salle dont le niveau était à 0 m. 34 au-dessus de celui de l’église, comme on peut en juger par le dallage qui en a été conservé. En tenant compte de ces indications, voici ce qu'on arrive à établir : la piscine C était en contre-bas d'une salle de 2 m. 20 de largeur et d'une longueur indéterminée. Son escalier, placé de côté, et non dans l'axe de l'église, aboutissait à cette salle : il fallait la traverser pour y parvenir. La piscine A, au contraire, était complètement isolée dans la nef de l'église. Tout autour, on n'a trouvé nulle trace de mur montrant qu'une salle quelconque y eût été annexée. Ses abords étaient complètement libres et dégagés ; grâce à ses deux escaliers placés dans l'axe de l'église, et non sur le côté, les catéchumènes pouvaient la traverser sans se rencontrer, sans se heurter. Pour cette raison, cette piscine convenait parfaitement au temps où le baptême solennel de tous les païens convertis dans l'année était renvoyé à Pâques. Ces baptêmes étaient nombreux, les catéchumènes pouvaient être au nombre de plusieurs centaines. Saint Jean Chrysostome, dans une de ces circonstances, en eut, un jour, 3 000 à baptiser. Or, le temps était mesuré : il fallait aller vite afin d'être prêt pour les grandes cérémonies de Pâques. L'évêque, debout sur les bords de la piscine, prononçait les paroles sacramentelles sur le catéchumène qui y était descendu, et qui en remontait aussitôt, laissant la place à un autre qui n'attendait que l'instant de s'y plonger. Ces deux escaliers opposés l'un à l'autre, facilitaient la rapidité de la cérémonie, ainsi que son bon ordre. On comprend la complication, le retard et le désordre qu'eût apportés, dans le service, l'existence d'un seul escalier.
Mais à l'époque où a été construite la piscine C, les baptêmes solennels étaient en moins grand nombre. Les païens ne se convertissaient plus en masse ; d'autre part, les fidèles n'attendaient plus les solennités de Pâques et de la Pentecôte pour faire baptiser leurs nouveau-nés, de sorte que le nombre restreint des catéchumènes en ces deux jours pouvait descendre et remonter par un même côté de la piscine sans provoquer d'encombrement.
Il n'est pas jusqu'à la profondeur de la piscine A qui ne dénote sa haute antiquité. Cette profondeur, en tenant compte de la partie brisée de la marche palier, était d'un mètre environ. Elle a été ménagée en vue des adultes ; des enfants, des adolescents n'auraient pu parvenir d'un escalier à l'autre sans disparaître complètement sous l'eau. De plus, la piscine était faite pour les baptêmes par immersion, avec un mètre d'eau ; les adultes en avaient à peu près jusqu'à la ceinture. La profondeur de la piscine C, déterminée et par son état actuel et surtout par ses trois marches de 0 m. 20, était de 0 m. 60 seulement. Elle pouvait servir au baptême par immersion pour des enfants, mais non pour des adultes. Elle correspond à un changement de condition intervenu et à une modification des rites.
La comparaison de nos deux piscines nous met sous les yeux cette modification des rites accidentels du baptême. La piscine A a été faite surtout pour des adultes, c'est-à-dire pour des païens et pour le baptême par immersion. La piscine C a été faite surtout pour des enfants, pour leur baptême par immersion, et accidentellement pour des adultes, pour le baptême par ablution.
Par suite, la piscine A, ne répondant plus à la modification des rites du baptême, a dû être délaissée et brisée lorsqu'on a construit la piscine C. Cette dernière a continué d'exister jusqu'au XVe, non sans avoir subi une transformation, lorsqu'on introduisit l'usage des fonts baptismaux à pédicule. On creusa alors dans son fond l'excavation carrée que l'on remarque dans le fût de colonne qui soutenait le tuyau d'adduction. Puis, lorsqu'on démolit l'église Saint-Jean, les maçons qui construisirent la cathédrale la respectèrent. Au lieu de la briser, ils jetèrent tout autour des fondations du contrefort qu'ils avaient à élever à cet endroit ; et la base de ce contrefort décrit aujourd'hui un arc de cercle qui nous montre, comme un moulage, jusqu'où allait la partie, aujourd'hui disparue, de ce petit monument.
Quant à la vieille piscine, lors de la réduction de l'église Saint-Jean, on construisit par-dessus un des murs marqués zz sur le plan, n. 1 (fig. 5644). Après la démolition de l'église, et la construction des servitudes de l'évêché au XVe, un égout sortant de ces servitudes brisa une partie de ses marches, et le reste demeura enfoui jusqu'au jour où les fouilles qu'on vient de décrire le révélèrent à nouveau.
IX. VESTIGES DE LA CATHÉDRALE SAINT-FÉLIX. — Nous laissons encore ici la parole à M. le chanoine Durville : Au cours des travaux, on a plusieurs fois rencontré, dit-il, des blocs de marbre de diverses couleurs, blanc, gris, rouge, vert. C'étaient des chapiteaux, des fûts de colonne, une base, des fragments trop frustes pour être déterminés. Plusieurs de ces fragments avaient été employés dans le mur de l'évêché du XIIe. C'est de ce mur qu'a été dégagé un gros bloc de marbre blanc sans sculpture ni moulure, et qui, à en juger par ses proportions, a dû appartenir à une forte masse : colonne ou autel. La démolition du mur d'enceinte du Xe a aussi donné une partie d'un chapiteau blanc. Mais la plus belle découverte a été celle d'un superbe chapiteau de marbre blanc sur lequel nous revenons plus loin.
L'attribution de tous ces marbres à notre cathédrale du VIe est fondée sur les raisons les plus sérieuses. Ils sont datés, non seulement par les caractères de leur architecture, mais encore par le lieu de leur rencontre dans les murs des Xe et XIIes. Même ceux qui ont été trouvés épars dans le sol n'ont pas pu y être enfouis depuis la Renaissance. Ils étaient dans des couches de terrains qui se sont élevées du IXe au XIIe sous une couche formée des débris des tuffeaux taillés au XVe, lors de la construction de la cathédrale actuelle.
Or, dans la première moitié du VIe, on construisit à Nantes une cathédrale qui passa pour une des merveilles de l'Ouest. Fortunat, on l'a déjà dit, qui la connaissait pour l'avoir vue, en a parlé en termes magnifiques. Dans son épitaphe d'Evhemerus !, évêque de Nantes, il en attribue la construction à cet évêque. Mais Evhemerus mourut avant de terminer son œuvre. Elle fut achevée par son successeur, saint Félix, qui ajouta à cette gloire celle de consacrer solennellement sa cathédrale et de lui laisser son nom. La cathédrale dite « de Saint-Félix » se faisait admirer non seulement par la richesse de l'art qui y régnait, mais encore par la beauté des matériaux qu'on y avait employés. Les marbres y abondaient. Les autels étaient de marbre. Elle comptait un grand nombre de colonnes avec leurs chapiteaux de marbre. Au milieu du monument s'élevait une colonne de marbre soutenant un crucifix d'argent. Tout le dallage était fait de marbre. Ces marbres étaient des plus variés. Cette variété brillait surtout dans le marbre des colonnes et dans celui du dallage.
Toute cette décoration, par sa richesse, frappait vivement l'esprit des contemporains. Aussi l'auteur de la Chronique de Nantes, qui parlait de cette cathédrale au temps où, pour la connaître, il avait non seulement les vers de Fortunat, mais encore les traditions vivaces des anciens, cherchait-il surtout à nous donner une idée de cette splendide décoration.
Voici ce qu'en dit cet auteur qui vivait vers le milieu du XIe. Nous suivons son texte, non pas tel qu'il a été publié jusqu'ici par les différents éditeurs de cette Chronique, mais tel qu'il se trouve dans la légende de saint Félix * :
« Au temps où le bienheureux Clair, premier évêque de Nantes, fut envoyé par le pape pour évangéliser cette ville..., il ne put nullement alors élever une église à l'intérieur de la ville, à cause de l'opposition des païens. Les autres évêques, ses successeurs, ne le purent pas davantage, jusqu'à ce que le bienheureux Sylvestre eût converti l'empereur Constantin à la foi du Christ. Ce Constantin ordonna, par un édit impérial, que Jésus-Christ, Notre-Seigneur, fût prêché par tout l'univers, et que, avec la permission des évêques, on élevât des églises au nom du Christ. C'est alors que les évêques de Nantes osèrent, pour la première fois, élever une église à l'intérieur de la ville de Nantes, en l'honneur des bienheureux Pierre et Paul, apôtres. Ils bâtirent cette église dans la partie orientale de la cité, avec trois cryptes très petites, et cette petite église demeura dans le même état jusqu'au temps du roi Clotaire, fils de Clovis. Alors Eumélius [Evhemerus], évêque de Nantes, posa tout autour de cette petite église les fondements d'une plus grande que le bienheureux Félix, évêque, son successeur, amena ensuite, par un admirable travail, à son heureux achèvement t. La célébrité de cette église, la richesse de ses matériaux, la beauté de sa forme ont été vantées par saint Fortunat, évêque de Poitiers, contemporain du bienheureux Félix ; et il en a beaucoup écrit pour la louer et la signaler à l'admiration. Et bien que le dit Fortunat ait beaucoup écrit sur l'excellence de ladite église, sur sa beauté, et à la louange de l'illustre pontife Félix, il a cependant passé sous silence certaines choses dont le souvenir mérite d'être conservé. Ainsi, le même évêque Félix plaça dans cette église des autels de marbre tels qu'il fallait aller jusqu'à Rome pour en trouver de semblables. Il y éleva plusieurs colonnes avec des chapiteaux sculptés en marbres de diverses couleurs, afin de soutenir les arceaux. De chaque côté, il revêtit les murs de mosaïques admirablement exécutées, et décora les arceaux de fleurs en stuc, qui ressortaient par la variété de leurs couleurs. Il suspendit devant les autels des couronnes d'or avec des coupes d'argent. Il éleva au milieu de l'église une colonne de marbre qui supportait un crucifix d'argent ceint d'une ceinture d'or enrichie de pierres précieuses, et suspendu aux poutres par une chaîne d'argent. Tout le dallage était un merveilleux travail de marbre varié. » Diverses découvertes faites en 1839 et en 1855, lors des travaux du chœur de la cathédrale, étaient venues garantir dans une certaine mesure la description de Fortunat ; les découvertes de 1910 et 1911 ont corroboré ce que nous savions et justifié les paroles de la Chronique de Nantes au sujet de la cathédrale. L'histoire de l'art et celle des relations commerciales de Nantes en tirent un égal profit. Ces marbres sont exotiques et il ne paraît pas soutenable que l'un d'eux vienne de filons repérés à Saint-Nazaire, vers le phare de Ville-ès-Martin. Tous paraissent de provenance lointaine : Italie et Pyrénées, carrières de Saint-Béat ou de Campan. C'est à ces carrières qu'on recourait dès les temps mérovingiens ; mais est-ce à un ciseau mérovingien qu'il sera permis d'attribuer le chapiteau que nous donnons ici (fig. 8653) ? Il est impossible de le croire un seul instant.
Voici le catalogue des fragments provenant de la cathédrale Saint-Félix qui sont conservés au musée de Nantes : a) Chapiteau de marbre blanc mentionné ci-dessus ; haut. 0 m. 27, larg. 0 m. 32, trouvé à la fin d'août 1910, enfoui au pied du mur gallo-romain, au-dessous du mur de l'évêché du xi siècle. n » b) Fragment de chapiteau de marbre blanc ; haut. 0 m. 15, larg. 0 m. 25 ; trouvé au même lieu, peu de jours auparavant. c) Fragment de chapiteau de marbre blanc. Trouvé en avril 1913 dans les fondations du mur d'enceinte du x siècle, lors de la démolition complète de ce mur pour l'aménagement d'un jardin public. d-e) Fûts de colonnes à cannelures torses, marbre blanc, fragments ; haut. 0 m. 18, larg. 0 m. 18, et haut. 0 m. 18, larg. 0 m. 10. f-g) Fûts lisses, rouge, 18 x 20. h-i) Bases ; fragments, marbre blanc, haut. 0 m. 15, larg. 0 m. 40 ; marbre gris, haut. 0 m. 35, larg. 0 m. 10.
Fragments trouvés précédemment lors des travaux faits au chœur de la cathédrale, en 1839.
Lors des travaux d'aménagement de la place Saint-Pierre, vers 1867, il a aussi été trouvé d'autres fragments de marbre qui ont été déposés au musée. Un de ces fragments, ayant appartenu à une arcade, porte des traces d'un travail de piquage. Le peu de profondeur de ce piquage avait paru insuffisant pour en attribuer la cause à une préparation du marbre pour une mosaïque. Insuffisant pour une mosaïque, ce peu de profondeur convenait parfaitement à une application de stuc. Le texte transcrit plus haut con^ordait absolument avec la découverte archéologique et l'éclairait. Ce fragment provient donc d'une des arcades « décorées de fleurs en stuc qui ressortaient par la variété de leurs couleurs ».
Marbres blancs et gris bleu, provenant de la piscine du vi siècle. Ces marbres revêtaient le fond et les marches de cette piscine. Brisés lors de leur découverte en fragments, 66 x 35, marbre HERE UE Vor t
ai -—] Lee « T Bain Rim ic Meat Sot b — ER F669 1868, ils avaient été retournés en partie dans l'intérieur de la cuve, où M. G. Durville les a retrouvés. Ils ont 0 m. 04 d'épaisseur ; quelques-uns sont taillés en angles d'hexagone et s'adaptent dans les angles de la piscine. A signaler plus particulièrement le fragment qui renferme une partie de l'ouverture par laquelle le tuyau de plomb déversait l'eau dans la cuve.
Fût de colonne cannelée soutenant le fond de cette piscine. Laissé au fond de la piscine et recouvert de sable.
Tuyau de plomb qui amenait l'eau dans la piscine mérovingienne et qui était engagé dans la maçonnerie de la piscine à l'endroit marqué D sur le plan n. 1. Ce tuyau mesurait 0 m. 55 de longueur, pesait 8 kil. 125 ; le diamètre intérieur est 0 m. 037, la circonférence extérieure 0 m. 17. Il est formé d'une seule feuille de plomb, d'une épaisseur de 0 m. 006 dont un bord a été rabattu sur l'autre puis soudé par endroits. Dans la partie soudée, le fer a rabattu la vive arête que présentait le bord de la feuille. Dans l'autre partie, cette arête subsiste et donne au tuyau un renflement qui rompt sa forme circulaire. Ce tuyau reposait sur le sol par sa partie opposée à cette arête.
Baume adhérant à un fragment de pot. Trouvé dans le puits qui accompagnait la piscine du rv siècle ; ce puits fut comblé au rx siècle. Le baume concourt avec l'huile d'olive dans la composition du saint chrême qui sert pour le baptême. La rencontre de ce fragment de vase avec son adhérence de baume desséché, dans un édifice qui a servi de baptistère, suggère une explication si naturelle qu'il est difficile de ne pas l'adopter.
X. LE CHEVET DE LA CATHÉDRALE. — À Nantes, où le christianisme s'implanta au rv siècle, les premiers évêques durent célébrer la liturgie dans un oratoire, ensuite dans une basilique dont aucun vestige n'a subsisté. Il est probable que sur cet emplacement, déblayé ou nivelé, un évêque du vi siècle nommé Félix bâtit une basilique latine qui fut célébrée par Fortunat, toujours prompt à l'éloge ! De cet édifice, Prosper Mérimée avait vu, en 1837, quelques moellons, dont il parle en ces termes : « Dans le transept nord, au rez-de-chaussée, on voyait dans la première travée, une portion de mur dont les parements étaient en petites pierres cubiques. Leurs assises alternaient avec des bandes de briques ?. » Tout ceci a disparu. Les matériaux qui composent la maçonnerie de la crypte de la cathédrale sont des moellons de schiste de toute grosseur, assemblés au hasard ; par endroits on observe des reprises faites avec de larges joints où se trouvent insérés des morceaux de briques, ainsi que cela se pratiquait dans les chantiers de la décadence.
De l'ancienne cathédrale, antérieure au XVe, les restes ont disparu vers la fin du xrx siècle, mais on sait qu'elle possédait un chevet surélevé au-dessus du niveau du transept et cette particularité, exceptionnelle parmi les cathédrales de l'Ouest, s'explique par le fait qu'après le passage des Normands, lors de la reconstruction de la cathédrale, on fut obligé d'adopter une disposition nouvelle. Les envahisseurs avaient massacré l'évêque Gohard sur les marches du maître-autel, c'était donc là que devait s'élever le tombeau ou martyrium du saint ; en conséquence, on bâtit une crypte et le chevet fut surélevé d'autant. Ce chevet présente une forme de fer à cheval, ce qui le distingue parmi les basiliques latines. L'étage inférieur mesure 10 mètres de longueur sur 9 m. 50 de largeur ; ce plan ne fut modifié qu'au xvi siècle, lors que le dessous de la coupole romane fut exhaussé et annexé au chœur.
À quelle époque remonte cette installation d'un martyrium ? Il faut, pour répondre à cette question, rechercher si les fondations du chevet sont les restes de l'église romane disparue vers 1885 ou bien si elles ne gardent pas dans leurs maçonneries et leurs contours quelques souvenirs de l'édifice antérieur qui n'était déjà plus la basilique du vr siècle. De la seconde cathédrale on nous dit qu'elle était en ruines en 1090 : Acta sunt hac anno ab incarnatione Domini M XC inter ruinas veteris ecclesiae Beati Petri *, reste à savoir le sens précis de cette expression lorsqu'on la rencontre dans les chroniques qui en ont tant abusé pour indiquer des dégâts notables, mais non la subversion complète d'un édifice. i Dans l'étude de la crypte de Nantes, il importe de distinguer deux parties distinctes : 1° le centre, en forme de fer à cheval, muni de portes et de fenêtres qui le rendent indépendant et font de lui un sanctuaire distinct et complet, ayant deux accès et en mesure de supporter la masse d'un sanctuaire supérieur ; 2° le déambulatoire muni de trois chapelles rayonnantes et distinct de la partie centrale (fig. 8654).
Les plus anciens plans de basiliques chrétiennes montrent le chevet terminé par une abside circulaire et, à une date déjà très ancienne, les bas-côtés terminés par une conque ou absidiole dont l'axe est parallèle à l'axe de l'abside. Il faut attendre la fin du x siècle pour rencontrer une disposition consistant à prolonger les bas-côtés de la nef autour du chœur pour former une sorte de galerie voûtée appelée « déambulatoire ». Or, à Nantes, le siège épiscopal était occupé entre 980 et 990 par un évêque bâtisseur qui a bien pu adopter cette innovation. Mais pour quelle raison l'architecte a-t-il percé dans la section tournante du chevet des sortes de meurtrières à double ébrasement pour prendre jour dans un couloir à demi obscur, quand il a réduit les fenêtres de la deuxième enceinte à une hauteur moitié moindre ? I] semble qu'il aurait dû faire le contraire. Les fenêtres enveloppées paraissent avoir été faites pour prendre jour directement au dehors et sont, dans ce cas, antérieures aux fenêtres du mur enveloppant S q E 71 Que le ion ette seule observat le cerveau de la voûte et le pourtour est simplement éclairé par les lucarnes percées dans le mur des absiDans certaines s par un déambulatoire, tel les que ite-Radegonde de Poitiers, S chevet peut recevoir deux dates. de Nantes à travers deux um dio les. On ne voit pas ce qui serait arrivé de lumière ur l'autel du martyr aint-Gerane ba H= |o S uU) vx QA »ua S e Ww ga Lyme am HERES D uu) —— er : D ns À RS
X. ilé, apr
T EENE PTI PRE
PPT LR NP ES PA A ia 673 mière enceinte, certains visiteurs ont fait le raisonnement suivant : la partie centrale étant un martyrium, avec tombeau et autel, les pèlerins qui ne pouvaient approcher de ce sanctuaire assez exigu se tenaient dans le déambulatoire et se contentaient d'assister aux offices et de vénérer le saint par ces lucarnes !.
Ceux qui tiennent ce langage ne connaissent pas les exigences des pèlerins et des dévots du Moyen Âge qui ne se bornaient pas à regarder les tombeaux, mais qui voulaient encore passer dessous et gratter leurs parois pour en emporter la poussière. Ce n'est pas une mince meurtrière comme celle que nous avons sous les yeux qui aurait suffi à leur curiosité. Nous savons ce qu'étaient les fenestellæ (voir ce mot) des martyria, el les n'ont pas toutes disparu. On peut en voir des spécimens à Tournus où les murs de 1 m. 50 sont percés de 4 portes autrefois grillagées et de2 petites lucarnes sans profondeur ; à Béziers, dans l'église Saint-Aphrodise où la première enceinte est percée de lucarnes rectangulaires de 0 m. 60 à 0 m. 70 de largeur. Cette forme est aussi celle de la fenestella de Saint-Philbert à Déas (voir GRANDLIEU). Il faut donc rechercher une autre destination pour les meurtrières de la crypte de Nantes et deviner les autres intentions qui ont guidé l'architecte.
L. Maitre estime que le martyrium n'a pas eu son pourtour à l'origine ; il a été établi très simplement à l'intérieur d'une abside isolée, avec des fenêtres d'aération percées d'une façon très étranglée parce qu'elles prenaient jour directement dans les fossés de la ville et qu'il eût été très imprudent de faire autrement 7, En pratiquant des ouvertures étroites, on protégeait en même temps l'édifice contre les tentatives malfaisantes des profanateurs. Le jour où la reconstruction de la cathédrale (nous voulons dire la cathédrale romane) fut décidée avec tous ses embellissements, au lieu de détruire le chevet qui avait et qui a toujours 2 m. 50 d'épaisseur, on l'employa comme base du nouveau chœur, tel qu'il était éclairé ; on augmenta seulement son périmètre en élevant tout autour, comme une ceinture extérieure, un bas-côté orné de trois chapelles qui devint le déambulatoire de la crypte et qui servit de base au déambulatoire supérieur.
Il est fort douteux que l'addition introduite dans le plan de la cathédrale de Nantes ait été destinée à accroître la capacité de la crypte : il semble plus probable qu'elle fut la conséquence du plan général de la nouvelle cathédrale dont le chevet comportait un déambulatoire supérieur autour du chœur, suivant un usage très répandu au xr siècle. Avant de bâtir l'étage supérieur, on avait besoin d'une base et cette base fut jetée autour du martyrium comme une nécessité inévitable pour soutenir le collatéral rêvé par les chanoines, C'est ce qui fut réalisé, en effet, par l'évêque Guérech (980-990) pour embellir sa cathédrale, mais dans un style tout différent de celui qui fut adopté dans les églises poitevines.
L'examen des matériaux conduit à reconnaître, dans l'entreprise de la cathédrale romane de Nantes, une succession d'efforts coupée par des intervalles assez longs ; ainsi la lecture de la Chronique de Nantes nous apprend que trois prélats ont mis la main à la construction : Foucher (897-912 environ), Guérech (981-990), Benoit (1079-1118).
Cette concordance frappante doit appuyer l'opinion que le martyrium de Saint-Gohard peut être l'embryon du chevet de la cathédrale à double étage qui disparut, en 1885, avec la dernière coupole.
674 Il faut rapprocher maintenant les données historiques des enseignements de l'archéologie. Le martyrium fut établi pour l'évêque Gohard qui périt victime des Normands en 843. La cathédrale qui fut témoin du meurtre était celle que saint Félix avait édifiée au VIe. La Chronique de Nantes dit à ce sujet : Templum mirabiliter factum destruxerunt ?, ce qui doit être entendu d'une destruction toute relative puis que quatre mois après l'événement, cette basilique était « réconciliée » par l'évêque de Vannes, Susanno (838-848) ; Mandaverunt venerabili Susanno, Venelensium episcopo, ut fraterna dilectione ad eos veniens illud reconciliaret. Acta fuit luec reconciliatio pridie kalendas octobris *.
L'évêque Foucher, presque sans ressources, Valde pauper, restaura et embellit la cathédrale : Sfuduit ecclesiam suam reficere, magnificare ; il ne se contenta pas de cela, car nous lisons que Fulchertus episcopus multum studuit parietes ecclesise principalis apostolorum Petri et Pauli dirutos reficere el eos longius EXTENDERE et amplificare . Qu'est-ce à dire que cet agrandissement ? L. Maitre y voit l'indication d'un prolongement vers l'Est, l'évêque ayant dû avoir le souci d'installer le tombeau de l'évêque martyr conformément aux prescriptions liturgiques du temps, en tout cas il n'a pu songer à l'établir dans l’église supérieure où les irruptions des Normands étaient toujours à craindre. Un allongement suppose la préexistence d'une partie de l'édifice qu'on juge utile à conserver et qui se prête à une transformation ; d'où l'on peut présumer que la cathédrale de saint Félix n'avait pas totalement disparu sous l'évêque Foucher.
En 908, les Normands reparurent à Nantes, saccagèrent la ville, brûlèrent de nouveau la cathédrale, mirent en fuite prêtres et laïques chargés de dépouiller les sacrées : le transfert des reliques de saint Gohard, à Angers, peut remonter à cette date mais on n'est pas en mesure de le dire.
Une fois à Angers, l'évêque martyr de Nantes y demeura dans l'église Saint-Pierre jusqu'à la révolution comme en font foi deux lames de plomb sur lesquelles on lisait ces mots ; sur l'une :
La date de la translation n'a pas été conservée par les martyrologes ou matricules d'Angers, et cette omission est surprenante ; mais elle a eu certainement lieu et les Nantais, dépossédés du corps saint, se contentèrent désormais de la chasuble et de l'autel portatif du saint ; avec cela une parcelle minuscule du corps. « Ils ont à Nantes, dit Albert Le Grand, au trésor de l'église cathédrale, un chef d'argent dans lequel est enchâssé l'os du col du saint martyr, la chasuble avec laquelle il disait la messe quand il fut égorgé, et ils montrent une chapelle souterraine où se voit la pierre de l'autel sur lequel il célébrait la messe. » Si le corps de saint Gohard fut transporté à Angers et y demeura, on est tenté de se demander pour quoi on a construit un martyrium sous le maître-autel de la cathédrale avec ou sans déambulatoire ? Ce n'était sans doute pas pour y déposer une chasuble ou une pierre d'autel ou une vertèbre du cou ; ce qui parait probable, à défaut de textes certains, c'est que possédant un martyrium qui a tous les caractères d'un édifice antérieur à l'an mille, on en déduit que la cathédrale de Nantes a possédé le corps de saint Gohard jusqu'à sa construction et qu'elle l'a exposé dans ce sous-sol à la vénération des fidèles.
On n'exagère rien en parlant des tristes conséquences des invasions normandes. L'histoire nous apprend qu'Alain Barbetorte, en revenant à Nantes, vers 940, fut obligé de se frayer un passage à travers les ruines pour pénétrer dans la cathédrale ; les murs renversés ne supportaient plus aucune toiture : Parieles dirulos sine ulla teclura reperit *. Qu'a-t-il fait pour la restaurer ? Nous n'en savons rien, mais il est à présumer que ses ressources étaient trop réduites pour entreprendre un grand travail. Celui qui nous est présenté comme un constructeur est l'évêque Guérech qui trouva le chevet renversé, caput destructum, le reprit depuis les fondations, placa la couverture et exécuta divers autres travaux dont on aperçoit encore la trace « aujourd'hui », écrit le chroniqueur du XIe : A fundamentis hujus ecclesie capul destructum reficiens, illud refectum cooperire procuravit, plura que alia qu :e us que hodie apparent, restituit.
L. Maitre estime que le corps de saint Gohard ne se trouvait plus à Nantes sous l'épiscopat de Guérech ; cependant, tout espoir de retour n'était pas perdu ; le corps de saint Martin, après de longues pérégrinations en Bourgogne, était rentré à Tours ; les Nantais pouvaient escompter l'avenir et travailler en vue d'une restitution. Le chevet fut bâti, comme nous le voyons, avec un double étage, en réservant un martyrium, parce qu'on avait l'intention de placer le précieux sarcophage sous le maître-autel, comme dans toutes les basiliques en possession d'un trésor de ce genre, le jour où il reviendrait d'Angers, à l'imitation de ce que l'évêque Foucher avait fait une première fois, lorsqu'il possédait le corps de saint Gohard.
Cette crypte n'a pas été construite pour cacher un trésor, elle a été faite en vue d'être accessible aux pèlerins.
En résumé, les cathédrales dont le chœur est surélevé, sont une exception ; celle de Nantes doit cette particularité à un événement qui l’obligea d'établir un martyrium sur l'emplacement du meurtre de 843, et qui fut terminé avant 907, date de la mort de l'évêque Foucher, le premier dont on connaisse les travaux de restauration et d'agrandissement. La partie centrale de la crypte peut lui être attribuée, parce que Nantes devait encore posséder le corps de saint Gohard au commencement du Xe. Son édifice, d'ailleurs, a tous les caractères d'une cave mystérieuse dans laquelle on veut cacher un trésor ; elle n'est éclairée que par des fenêtres très étroites qui laissent à peine passer le jour. Sous son successeur, Guérech, on n'avait plus de motifs pour bâtir avec autant de défiance, les pirates n'étaient plus à redouter ; cependant, par respect pour la mémoire de Gohard, on conserva son martyrium et on l'accommoda au plan du chevet plus vaste qu'on méditait d'élever et qui ne fut terminé que par l'évêque Benoit, au début du XIIe. Cette succession de travaux est marquée par un progrès constant dans la sculpture des chapiteaux et des socles de colonnes. L'uniformité des décorations employées dans le martyrium et dans son pourtour est trompeuse ; elle date seulement du jour où les supports qui sont des éléments mobiles, ont été accolés aux anciens murs de Foucher pour les utiliser, c'est-à-dire à la fin du Xe, époque où apparaissent les plus anciens déambulatoires en France.
Les noms de « cave » et de « chapelle » de Saint-Gohard que ce martyrium a toujours portés jusqu'au XVIe, est une démonstration qu'il a servi de dépôt sépulcral à ce personnage et qu'il lui a été consacré dès sa construction. La seule appellation qui lui convienne est celle de martyrium.
XI. SAINT-SIMILIEN. — Cette vieille église nantaise fut démolie au mois d'août 1894, en vue d'une reconstruction ; elle ne paraissait offrir aucun intérêt archéologique et on s'aperçut alors qu'on s'était bien trompé à son égard *. Cet édifice, avouait L. Maitre, n'avait pas le moindre cachet architectural, pas le moindre ornement qui attirât l'attention. Sa longue nef, couverte d'un lambris, avait été ornée, en 1834, de colonnes doriques, reliées par des arcs en plein cintre ; les bas-côtés étaient percés de fenêtres banales, enfin l'autel, appliqué à un retable de style néo-grec, soutenu par des colonnes de marbre noir, n'affichait pas plus de prétentions que le reste. L'ensemble était misérable, et le mobilier de l'église était à l'avenant. Au dehors, l'entrée principale avait été masquée par un fronton grec, et une construction de même style décorait la porte latérale ouverte dans le bas-côté méridional. Rien dans tout cela ne permettait de soupçonner l'antiquité de l'église Saint-Similien, qui n'était attestée que par la tradition. Un seul détail aurait pu attirer l'attention, c'était l'élévation du carrelage au-dessus du sol extérieur. On en eut l'explication dès les premiers coups de pioche, en découvrant sous le pavé une quantité de sépultures pressées les unes contre les autres.
Depuis le commencement de la nef jusqu'à la grille du chœur, il n'y avait pas un espace qui ne fût occupé par une sépulture en forme d'auge en pierre. Le spectacle fut curieux lors que la muraille méridionale, attaquée dans toute sa longueur, s'écroula sous la pioche des démolisseurs et montra aux yeux étonnés des passants les entrailles de la vieille basilique pleine de monuments funéraires rangés par étages comme des livres dans les rayons d'une bibliothèque ?. Cette accumulation de sépultures témoignait de la grande ancienneté de la dévotion de la population nantaise au saint évêque Similien, sur le tombeau duquel l'église avait été bâtie * ; elle prouvait en même temps que si l'église actuelle était de fondation assez récente, le sol du moins sur lequel elle s'élevait n'avait point été remanié depuis une époque reculée. Il était dés lors légitime d'espérer qu'on y retrouverait des débris remontant à une haute antiquité.
C'est ce que confirma la suite des fouilles.
L'enlèvement des tombes permit la mise à jour des restes d'une construction religieuse formée d'une nef allongée, terminée à l'Ouest par une abside en hémicycle. Cette construction était manifestement plus ancienne que les tombes qui l'environnaient de toutes parts. Elle était bâtie en petit appareil et, par ses proportions modestes autant que par son mode de construction, elle a semblé à tous pouvoir être un reste de la première église bâtie en l'honneur de saint Similien (fig. 8656).
Cette église primitive occupait exactement l'emplacement de la nef moderne. Ses murs avaient 1 mètre d'épaisseur, et quand l'importance croissante de la paroisse avait obligé à l'agrandir, en y adjoignant des bas-côtés, on avait établi les fondations des colonnes destinées à supporter la nouvelle nef dans des puits qui avaient rompu çà et là les anciens murs, mais en avaient laissé subsister l'ensemble.
Comme on le voit sur le plan ci-joint, la trace de ces murs se perdait en approchant de la porte d'entrée. C'est probablement la nécessité d'asseoir solidement les fondations du clocher, qui fut élevé au XIVe sur la première travée de la nef, qui a fait disparaître toute trace du mur en retour d'équerre qui devait clore du côté de l'Orient l'église primitive.
À l'autre extrémité du monument, les murs présentaient une autre solution de continuité aux abords de l'abside. Elle était due aux constructions plus récentes qui avaient modifié les dispositions primitives de cette partie du monument. L'abside était intacte et, malgré la solution de continuité qu'on vient d'indiquer, L. Maitre la rattache à l'édifice dont les murs ont été retrouvés entre les fondations des colonnes de la nef. R. de Lasteyrie en doute et fait remarquer que les murs primitifs de la nef avaient 1 mètre d'épaisseur et étaient bâtis en petit appareil ; or, le mur de l'abside avait 1 m. 30 et était construit, non plus en pierres d'appareil, « mais en petits matériaux assemblés sans précaution, noyés dans la chaux comme nos blocages ». On hésite à admettre la contemporanéité de maçonneries aussi différentes de nature et de dimensions ; d'autant plus que l'abside qui enserrait le maître-autel en voilait une autre qui avait le même axe et dont la maçonnerie restait debout sur une hauteur de 1 mètre, appareillée de la même façon que les murs latéraux découverts au début des travaux.
C'est cette seconde abside, que l'on voit sur le plan accolée à la première, qui parait à R. de Lastevrie être l'abside correspondant véritablement à l'édifice primitif ; car elle à même appareil et même épaisseur de murs que cet édifice. L'autre abside est un remaniement dont on ignore la date, mais d'après son genre de construction, l'épaisseur de ses murs, la forme allongée et non exactement hémisphérique de sa courbe, on peut l'attribuer à la période comprise entre le ix° et le x° siècle.
De ces observations, il résulte que l’église dont on a retrouvé les restes sous le pavé de Saint-Similien appartient non pas à une époque unique, mais à deux, la plus récente pouvant descendre un peu en deçà de l'époque carolingienne, la plus ancienne remontant certainement à l'époque mérovingienne.
On a trouvé plus de 100 tombes dont le mobilier funéraire est à peu près nul. Pas d'agrafes, pas de boucles, pas de monnaies, pas de bijoux, à part quelques fils de laiton et de petites épingles dont la tête avait été bourrée d'une pâte de couleur. D'après ces remarques, il est permis de reporter la plupart des tombes au ix° et au x° siècle. Plus de 150 tombes formaient trois couches superposées. Les tombes supérieures avaient été violées pour la plupart. C'étaient des sarcophages en pierre dure ou tendre, les unes en pierre de Chauvigny, les autres en calcaire coquillier des Cléons en Haute-Goulaine, de Saffré ou d'Orthon. Quelques sépultures étaient formées de six dalles d'ardoise ; la plupart étaient en forme de sarcophages rectangulaires ou plus généralement rétrécis du côté des pieds. Le plus grand nombre des couvercles était en forme de toit à double rampant et scellé à l'aide de mortier de couleur rouge. Il y en avait aussi de bombés dans la couche inférieure des sépultures.
L'un de ces couvercles bombés était orné d'une décoration de style très barbare, qui consistait en une croix à longue hampe et à traverse très courte, flanquée de stries obliques. Deux petites croix à branches égales flanquaient les deux extrémités de la traverse, qui était surmontée de deux ornements formés de cercles concentriques gravés en creux (fig. 8657). M. Pitre de Lisle a fait remarquer l'analogie qu'elle présente comme facture avec les lechs des cimetières bretons. Celui de Landaul, dit-il, qui semble dater du v° siècle, présente la même longue croix et la même petite croix pattée que l'on voit sur cette tombe. R. de Lasteyrie reste sceptique et croit difficile que le couvercle de tombe de Saint-Similien puisse remonter au delà du vi° ou du vii° siècle. Il attribue à la même époque plusieurs autres tombes dont l'ornementation a été signalée dans plusieurs cimetières, par exemple une tombe en calcaire (fig. 8658), dont le couvercle, légèrement rétréci aux pieds, est orné de trois larges bandes transversales reliées par une bande plus étroite qui en suit l'arête médiane. Les stries concentriques qui le recouvrent rappellent l'ornementation des tombes recueillies dans divers cimetières du Poitou.
Il ne paraît pas d'ailleurs que ce soient là les sépultures les plus anciennes qu'ait recélées le sol de Saint-Similien. On y a recueilli deux cercueils de plomb (fig. 8660) en forme de coffres rectangulaires avec couvercle légèrement bombé, qui daterait, si l'on en juge par les ampoules en verre (fig. 8661) qu'on y a recueillies, d'une époque beaucoup moins éloignée des temps païens.
Mais les sépultures ne sont pas la partie la plus curieuse des découvertes faites dans ces fouilles. On a eu la bonne fortune d'y recueillir un certain nombre de fragments de terre cuite ornés de figures en relief qui nous font connaître un des principaux éléments de la décoration primitive du monument disparu, et apportent un très utile contingent d'informations sur une industrie dont il nous reste bien peu de spécimens, quoiqu'elle ait dû être fort prospère à la fin de l'époque romaine, et qu'elle n'ait pas disparu, comme on pourrait le croire, au début de l'époque barbare.
Ces curieuses terres cuites sont de types très variés. Les unes sont rectangulaires et formaient de petits bas-reliefs que l’on encastrait dans le nu des murs. D'autres sont allongées et formaient des frises ou décoraient des corniches. D'autres enfin ont l'aspect de claveaux et formaient, à n'en pas douter, la décoration des principaux arcs du monument.
Ce n'est pas la première fois que l'on trouve en France de ces terres cuites estampées, mais, chose à noter, presque tous les spécimens que l'on en connaît se sont rencontrés dans cette même région de l'Ouest. On en a recueilli notamment à Vertou, à Rezé, à Couéron et à Saint-Similien même, lors de la transformation de l'édifice en temple dorique. Le musée de Nantes possède plusieurs curieux échantillons des terres cuites alors découvertes, et M. Parenteau les a jadis signalées à l'attention des archéologues.
Les fragments recueillis à Saint-Similien n'étaient pas en place ; ils avaient été employés comme moellons, sans doute dans les restaurations qui avaient suivi l'époque des invasions normandes. Le nombre en était assez grand ; malheureusement, beaucoup d'amateurs, désireux d'en conserver des échantillons dans leurs collections, en ont acheté aux ouvriers des morceaux qui auraient pu compléter utilement ceux que le musée de Nantes a pu recueillir.
Parmi ces bas-reliefs, les uns sont d'origine païenne, les autres d'origine chrétienne, les premiers d'un tracé encore correct, les autres d'une barbarie extrême. La matière confirme cette observation tirée du style. Certaines briques sont d'une terre très fine, très bien cuite, d'un rouge assez franc, les autres sont médiocrement cuites, la terre y est mélangée de nombreux grains de sable, elle a une nuance rosée et dénote une fabrication moins parfaite. Il est donc certain que nous avons là, non pas les produits d'un même atelier qui aurait employé des moules fabriqués au début de l'époque barbare concurremment avec d'autres plus anciens, mais les produits de deux ateliers distincts, l'un datant de la fin de l'époque romaine, l'autre des temps chrétiens, ce dernier continuant les traditions du premier et imitant imparfaitement ses modèles, tout en en créant de nouveaux.
Voici l'énumération des principaux types qu'il a été possible de reconnaître. La main droite tenant un bâton terminé par une boule. Cette brique est en terre rosée ; le personnage est mal dessiné (fig. 8662). On a proposé d'y voir un des premiers évêques de Nantes tenant la houlette pastorale. ce qui n'est pas soutenable, car, sauf sur une fresque, le personnage est mal dessiné. On pourrait aussi proposer un des rois mages, à raison de la coiffure. R. de Lasteyrie préférait, dit-il, s'abstenir de toute hypothèse. Le fait qu'on a recueilli plusieurs exemplaires de ce claveau (dont un seul était entier), favoriserait l'opinion favorable aux rois mages. Les dimensions sont : 1 m. 32 de hauteur sur 0 m. 14 au sommet, et seulement 0 m. 06 à la base, ce qui suppose des arcs de 0 m. 38 de rayon à l'intrados.
Et à hampe très longue. Le sommet de la croix forme un rho ; à ses branches sont suspendues par des chainettes les lettres A et Ω. Ce claveau est exécuté avec la même terre que le précédent ; l'un et l'autre sont, par conséquent, de fabrication chrétienne (fig. 8663). Plusieurs échantillons de ce second claveau ont été découverts ; un d'entre eux présente une particularité qu'on n'a retrouvée sur aucun des autres ; il porte sur la tranche, du côté le plus étroit, c'est-à-dire sur la partie correspondant à la douelle de l'arc, quand le claveau était en place, une sorte d'estampille représentant une croix encadrée dans un ovale.
3° Brique carrée mesurant environ 0 m. 18 de côté sur 0 m. 06 ou 0 m. 07 d'épaisseur. L'ornementation consiste en un chrisme avec A et Ω, dessiné avec vigueur. On en avait trouvé un bel échantillon lors des travaux de 1824. Les fouilles de 1894 en ont fait retrouver beaucoup de fragments, mais aucun exemplaire complet (fig. 8664).
4° Grande brique ornée de rinceaux, de feuilles de vigne entremêlées de grappes de raisin. Le musée de Nantes en possède un bel échantillon recueilli au cours des travaux de 1824 ; les fouilles de 1894 en ont fait retrouver quelques autres fragments, mais en assez mauvais état. On remarquera que les rinceaux ne couvrent qu'un des côtés de cette brique ; le reste de sa surface est demeuré brut, ce qui donne à penser qu'il devait être engagé dans la maçonnerie, comme le serait la tablette d'une corniche.
Les différents types de briques que nous venons de décrire datent tous de l'époque chrétienne ; on en a trouvé d'autres qui paraissent, tant par le sujet, par le style du dessin, que par une meilleure fabrication, remonter à une époque plus ancienne.
XII. SAINT-SYMPHORIEN. — Cet oratoire se trouve sur le coteau dit de saint Similien, dans un quartier où furent, à diverses époques, signalées des ruines gallo-romaines. Devant l'église paroissiale s'étendait un grand cimetière sur un versant qui regarde le Midi et qui a rendu des sarcophages en calcaire mêlés à des briques à rebord. Le cimetière disparut vers le début du xix° siècle, toutefois on a conservé, à l'état de magasin, une ancienne chapelle funéraire dédiée à saint Symphorien. On ne s'explique pas le choix de ce saint et son culte, sur ce point, doit être antérieur au cimetière. Quel que soit l'apôtre qui ait apporté et révélé aux Nantais du xi° siècle le culte du saint autunois ; l'édifice placé sous son vocable parait être fort ancien. L. Maitre le décrivait ainsi : « Un rectangle dont trois côtés sont restés maçonnés en matériaux de petit appareil et sans aucune addition de chaînes de briques. La pièce primitive dans laquelle on installa le culte n'a pas été respectée dans sa totalité ; elle n'a plus aujourd'hui (fig. 8666) que trois côtés conservés sur une certaine hauteur. Elle parut sans doute trop spacieuse quand on éleva l'église de Saint-Similien, car elle fut réduite au moyen d'un mur de refend qui forme le quatrième côté de la chapelle. L. Maitre a pratiqué une fouille du côté du Nord, jusqu'au sol naturel ; il a mis à nu des fondations très soignées qui se rétrécissent par trois fois en s'élevant. Du fond de la tranchée, l'ouvrier a retiré un petit bronze de Constantin.
Les bâtiments modernes qui s'élèvent aux environs ont empêché de poursuivre la recherche des autres murs qui rayonnaient autour de cet oratoire ; toutefois, il paraît probable que le sous-sol contient d'autres ruines. Il suffit de regarder les matériaux employés dans la construction de la clôture de la cour, les briques et les morceaux de béton rouge jetés çà et là, pour se convaincre que le cimetière a été établi dans les décombres d'une riche habitation dont les jardins s'étageaient en amphithéâtre sur ce magnifique coteau.
XIII. SAINT-ÉTIENNE. — Cette église s'élève dans le cimetière de Saint-Donatien, à quelques mètres de l'église paroissiale, dans le faubourg est de Nantes. Les allées de ce cimetière sont fort étroites, néanmoins L. Maître a ouvert une tranchée aussi près que possible de la chapelle Saint-Étienne et a constaté ce qui va suivre : près de la porte latérale, après avoir traversé une couche de décombres et d'ossements de 1 mètre d'épaisseur, il mit au jour un mur de 0 m. 70 en petit appareil régulier qui se dirigeait perpendiculairement sur le flanc de la chapelle et, en poursuivant sa direction vers le Nord, il tomba sur un autre mur très épais formant angle droit avec le précédent et courant parallèlement à la chapelle. La fouille permit d'apercevoir une quantité de sarcophages en pierre calcaire superposés avec leurs couvercles en dos d'âne. Les fossoyeurs, au lieu de détruire les murs qu'ils ont rencontrés à diverses époques, s'en sont servis comme de compartiments pour encastrer les inhumations. Au chevet de l'édifice, l'accumulation des tombes a empêché le progrès de la fouille, cependant il s'y trouvait beaucoup de débris de ciment rouge comme dans la première tranchée, annonçant des démolitions de même origine. Au Sud, le terrain ne contient pas de décombres.
Les murs de l’église Saint-Étienne sont façonnés en petit appareil comme ceux qui se dérobent dans le sous-sol et ils sont conservés dans leur maçonnerie primitive sans retouche jusqu'à près de 3 mètres de hauteur, en comptant la partie enterrée qui échappe à la vue. À diverses époques, on perça dans les murs des portes et des fenêtres afin d'accommoder l'église au service paroissial, mais son étendue n'a jamais été modifiée. L'examen attentif des quatre angles montre que les dimensions n'ont pas varié, le plan représente un rectangle allongé de 18 m. sur 7 m. 90. Blanchie et recrépie à plusieurs reprises, il y a beau temps que personne ne pouvait plus se rendre compte de la composition de la maçonnerie. L. Maître visita cet édicule au moment où le crépissage était tombé en plusieurs endroits, de sorte qu'il put voir des moellons de granit taillé en petit appareil soigné, relié de distance en distance par une double chaîne de briques qui tracent plusieurs ceintures rouges autour du bâtiment. Il en conclut un peu tardivement que c'était une construction du xième siècle, détachée de l'ensemble d'une villa dont les muraux se prolongeaient dans le cimetière jusqu'à l'emplacement de l'église paroissiale. Ce n'est pas une chapelle funéraire isolée, mais un édifice antérieur au christianisme approprié au culte à une date reculée !
XIV. SARCOPHAGES. — 1, On voyait autrefois (au commencement du xixème siècle) un sarcophage de granit dans la cour de l'évêché, au pied du perron ; vendu par un entrepreneur de la démolition de l'évêché et aujourd'hui placé près d'un puits, à la Chauvinière, derrière les tribunes du Petit-Port.
On ne possède aucune indication sur la provenance de ce sarcophage qui ne porte aucun symbole chrétien et qui ne paraît pas venir de l'église Saint-Jean, dont le sol n'a rendu aucune sépulture, ce qui peut s'expliquer par le fait que c'était un baptistère, et un canon du concile d'Auxerre de 478 est ainsi conçu : Non licet in baptisterio corpora sepelire.
3 avant les noms de Machecoul, de Saintonge et du — Poitou. Telle était l'opinion d'Athénas au commencement dans Bulletin de la Société archéologique de Nantes et du département de la Loire-Inférieure, 1913. Supplément. Les fouilles de l'évêché de Nantes, 1910-1913, p. 88, 89, 280-281, pl. vI b.
2. Sarcophage trouvé à Nantes avec sept croix au chevet (voir ci-dessus, fig. 8647). Même type de décoration sur un sarcophage trouvé à Saint-Parize-le-Châtel (Nièvre) : cf. Massillon-Rouvet, Le sarcophage de Saint-Parize-le-Châtel (Nièvre), dans Bull. archéol.
On y a gravé en creux une épitaphe que S. de La Nicol- | lière-Teijeiro arrivait à lire : Sadravertus hic requiiscil | relève non de l'épigraphie mais de la divination. La pierre est ornée avec soin et avec un certain art, Aux angles des rondelles crucifères, au centre une croix posée sur un globe entre deux lions. Musée de Nantes, VII siècle.
Cette pierre mesure à la tête 0 m. 66, aux pieds 0 m. 64, en longueur 1 m. 81.
Tombe prismatique en granit, la cuve figure des arca des et un pignon. Sur les deux faces du prisme, formant gouttières, gravées en creux, des armes (épée, hache, seramasax). Sur l'arête du prisme une croix E Le Blant, Insceripitons 558, n. 670, pl. xcrr, grec que. Provient de Tiffauges, entrée au musée de Nantes (fig. 8669). Épitaphe provenant des fouilles A Couëron (arrond. de Savenay, Loire-Inférieure} dans la petite chapelle de Saint-Martin, on a exhumé une tuile timbrée en relief du monogramme
XV. CERGUEILS MÉROVINGIENS. — La chapelle Saint-André est située dans le faubourg et la rue de ce nom, entre l'Erdre et la rue, n. 80, Elle a servi au culte jusqu'à l'époque de la révolution française et avait été reconstruite en 1766 avec des matériaux de remploi ; elle remplaçait, paraît-il, un édifice plus grand dont on ne sait rien de précis mais qui pourrait être celui dont l'existence est attestée par des documents authentiques ; en ce cas, il s'agirait d'une église et d'un monastère remontant à la fin du ixème siècle, Ce serait le duc Alain qui en aurait fait don à l'évêque Foucher « pour réparer sa cathédrale et nourrir ses clercs » ; le don ne semble pas fort important puis que le monastère est qualifié abbatiala. L'historien Albert Le Grand ne s'en tient pas au ixème siècle, il fait remonter la fondation de la chapelle jusqu'au vème siècle et à l'épiscopat de Léon qui y aurait été enterré. L'autorité du P. Albert Le Grand est fort mince, mais elle n'est pas tout à fait nulle. Les travaux exécutés à Saint-Donatien, à Saint-Similien et à la chapelle Saint-Étienne ont montré que son témoignage devait être pris en considération ; il semble en être de même pour la chapelle Saint-André. La fouille a rendu des sarcophages mérovingiens qui peuvent remonter jusqu'au vème siècle, « et, sous le plus ancien niveau de la chapelle, on a trouvé des murs à ciment rouge qui avaient été arasés pour établir ce niveau. En différents endroits, on a relevé | des tuiles à rebords, des pierres cubiques telles qu'on en trouve dans les remparts gallo-romains, un fragment de poterie samienne, d'un rouge brun, comme on en trouve à l'époque de la décadence : tous objets qui permettent d'attribuer au vème siècle une fondation qu'aucun document écrit ne permettait de dater de ce temps !. » Le P. Albert Le Grand avait pu consulter le chanoine de Nantes, Vincent Charron (f 1640) et lui avait emprunté le plus clair de ce qu'il raconte. Voici ce que Charron rapporte :
« Leo, Grec de nation, arrivant à Tours, fut benignement reçu de St Martin, où il séjourna jusqu'au décès de l'évêque de Nantes, Desiderius, auquel il succéda et fut consacré évêque par St Brice, successeur dudit St Martin, l'an 409. Au commencement de son épiscopat, il fit bâtir une chapelle en l'honneur de St André, hors la ville de Nantes, sur le bord de la rivière d'Erdre ; dans l'autel de laquelle chapelle, il mit une portion des reliques dudit St André, qu'il avait apportée du pays de Grèce. Il siégea environ 36 ans, sous le pape Innocent I, l'empereur Arcade et le roi de France Marcomire, puis décéda le 1er jour d'octobre, l'an 445. Son corps fut inhumé, suivant son ordonnance, dans ladite chapelle de St André. » V. Charron avait tiré son information, dit-il, « tant des anciennes chroniques de Bretagne que des vieux manuscrits de l'Eglise de Nantes », peut-être de la partie aujourd'hui perdue de la Chronique de Nantes, compilation du xième siècle, allant de saint Clair à saint l'Élix.
Que l'évêque Léon ait été enterré dans la chapelle construite par ses soins, cela ne serait pas fait pour surprendre puisqu'on en a d'autres exemples à Nantes : Desiderius, évêque, enterré dans la chapelle qu'il avait fait construire vers la Bourse actuelle ; Cerimius, évêque, enterré vers 498 dans l'église Saint-Clément ; Epiphanius, évêque, enterré vers 535 dans la chapelle Saint-Étienne qu'il avait fait construire à Saint-Donatien. Ce ne sont pas les seuls puisqu'on peut encore citer Clématius, évêque, inhumé à Saint-Similien vers 513 ; et dans l'église des martyrs nantais les évêques Nonnechius, en 487 ; Cariundus, en 492 ; Deotmarus, au vii siècle ; Landranus, à la fin du ixème ; Foucher, au début du xème. Or, les fouilles faites à Saint-Similien, à Saint-Donatien et à Saint-Étienne ont fait découvrir des tombes, anonymes il est vrai. A Saint-André également on a découvert des tombes, non pas une seule, mais dix-huit sarcophages en pierre et trois tombes formées de pierres d'ardoises placées sur champ, avec couvercle et fond semblables. Est-il possible de reconnaître la tombe de l'évêque Léon ? Il semble que le fondateur de la chapelle ait dû être enterré sinon le seul, du moins le premier. Or, un sarcophage se trouve dans le chœur, placé sensiblement dans l'axe de la chapelle, au milieu, à la place d'honneur (fig. 8671, n. 1). Si l’on objecte que le cercueil est très proche de l'autel, on peut en donner un commentaire dans le can. 6 du concile tenu à Nantes en 655 ou 658 : Infra ecclesiam vero, aut prope altare ubi corpus Domini el sanguis conficitur, nullatenus habeant licentiam sepeliendi ; cette défense atteignait évidemment des cas analogues à celui de la tombe 1.
Une particularité à noter, c'est que cette tombe est de grès gris, quinze autres sont de pierre blanche, une de tuffeau et une de calcaire coquillier. La cuve est légèrement évasée, le couvercle est prismatique à trois pans ; ce couvercle ne porte aucune ornementation, on peut, en s'autorisant de types analogues trouvés en Normandie, le faire remonter au vème siècle. Cette tombe avait été violée à une époque impossible à fixer ; du squelette il ne restait que les fémurs et une partie du haut du corps, réduite presque en poussière, on pouvait suivre, à plat sur le fond du sarcophage, la trace des côtes et des bras croisés sur la poitrine. Au premier contact, un des fémurs tomba en poussière, l'autre put être relevé et emporté. Les extrémités du corps, à la tête et aux pieds, étaient noyées dans un amas de terre d'où l'on retira un crâne qui tomba en morceaux, on remarqua que les molaires étaient usées jusqu'à la couronne, ce qui montre que c'était un vieillard. A droite du squelette, des traces d'oxydation de bronze. Le tamisage des terres ne donna aucun objet quelconque. Évidemment, il n'est pas possible de soutenir que c'est l'évêque Léon, mais il reste que c'était un homme âgé, inhumé à la place la plus honorable et à une date plus ancienne que les autres inhumations car les ossements étaient plus consommés que ceux qui furent trouvés dans les autres tombes. i Cel les-ci finirent par remplir le sol de la chapelle ; il suffit de se reporter à la figure donnée ci-dessus pour voir qu'on ne suivit aucun ordre, pas plus dans le chœur que dans la nef et sans aucune pensée d'orientation. Le fait peut se comprendre si l'on observe que, dans certains cimetières barbares, les cercueils étaient alignés à peu près correctement parce qu'on exploitait un terrain, tandis que dans la chapelle Saint-André ceux qui recevaient la sépulture étaient des privilégiés qui avaient obtenu la fumulatio ad sanctos et qui s'approchaient le plus près possible de la relique de saint André ou de la tombe de l'évêque Léon, lequel était peut-être en réputation de sainteté.
L'abus, une fois de plus, faisait condamner l'usage, mais sans beaucoup de résultat, semble-t-il, car les inhumations continuèrent et provoquèrent de nouvelles interdictions : une ordonnance de Théodulphe, datée de l'an 797, prescrit que « désormais personne ne soit inhumé dans l'église, à l'exception du petit nombre de ceux qui l'auront mérité. (C'était un ancien usage, dans ces régions, d'inhumer les morts dans l'église, et, le plus souvent, de faire des cimetières des lieux consacrés au culte divin et destinés à offrir les hosties à Dieu. C'est pour quoi nous voulons que, désormais, on s'abstienne de cette pratique et que personne ne soit inhumé dans l'église, à moins qu'il ne s'agisse d'une personne sacerdotale ou d'un homme juste qui, de son vivant, ait acquis par son mérite une telle place pour son corps après sa mort. Quant aux corps qui ont été anciennement inhumés dans les églises, il ne faut nullement les en rejeter : mais que les tombes qui paraissent soient enfoncées plus profondément dans le sol, et que l'on étende un dallage au-dessus, afin qu'aucune trace de tombeau n'apparaisse, on conserve le respect dû à l'Église. S'il est difficile de faire, vu le grand nombre de cadavres, que cet endroit ne soit désormais regardé comme un cimetière, qu'on en enlève l'autel et qu'on le place dans un endroit où l'on pourra, en toute religion et en toute convenance, offrir un sacrifice à Dieu. » Enfin, en 813, les conciles d'Arles et de Mayence prescrivent « que les morts ne soient point inhumés dans les églises, à l'exception des évêques, des abbés et des prêtres bons et fidèles ». Comme un sarcophage de la chapelle Saint-André contenait deux squelettes, celui d'un homme et celui d'une femme, et que cette dernière ne figure pas dans la catégorie des personnes pouvant être enterrées dans les églises, on doit en conclure que l'inhumation est antérieure au concile de Nantes.
La provenance des sarcophages de la chapelle Saint-André n'a rien d'uniforme et l'on ne peut les rapporter à telle ou telle carrière déterminée. Leur décoration est des plus sommaires, c'est la croix à trois traverses avec des stries tracées à la pointe du pic. Le fait de la violation des tombes est certain, mais il est impossible d'en fixer l'époque.
La chapelle Saint-André accusait trois niveaux bien distincts, l'un au ras du sol actuel ; un second à 0 m. 30 au-dessous, composé d'un carrelage et qui régnait dans toute la chapelle ; enfin, à 0 m. 20, un troisième niveau. À cette profondeur régnait une aire de 0 m. 10 d'épaisseur formée d'un mortier jaune assez résistant et très ancien. Cette aire était le plus ancien niveau, celui de la chapelle au temps des Normands ; elle recouvrait tous les sarcophages et un très grand nombre d'ossements humains, entassés pêle-mêle ou épars. Il est à remarquer qu'on n'a pas trouvé un seul ossement au-dessus de cette aire qui passait de 0 m. 15 à 0 m. 20 au-dessus des sarcophages. Cette aire de mortier trouve son explication dans le texte de Théodulphe cité plus haut ; c'est bien le dallage prescrit. On ne s'était pas contenté d'établir cette aire, on avait arasé à ce niveau trois vieux murs, mais, fait plus notable encore, il se trouvait qu'un sarcophage travaillé avec plus de soin était trop élevé, on lui retrancha une partie de sa hauteur au ciseau, après avoir placé le tas d'ossements à côté. Grâce à cette réduction, il disparaissait complètement sous l'aire qui marqua la fin de la période de la fumulatio ad sanctos.
XVI. MONNAIES MÉROVINGIENNES. — Nous ne donnons que celles qui sont absolument certaines.
+ NAMNETIS. Tête diadémée, à droite. Cercle extérieur, m + FIDIGIVS. Croix, le pied pommetté, sur deux degrés. Tiers de sou d'or, pesant 1 gr. 27 (fig. 8672).
+ NAMNETIS. Buste diadémé, à droite. Couronne extérieure (fig. 8673).
NW + IOHANNIS. Oiseau perché sur une colonne (ou un vase), tourné à droite ; dans le champ, à droite, une croisette. Couronne extérieure. Tiers de sou d'or, pesant 1 gr. 45.
MEDULFO. Quadrupède, à droite, tournant la tête en arrière. Couronne extérieure. Tiers de sou d'or, 1 gr. 41.
+ NANNETI. Tête diadémée, à droite. Cercle extérieur, rogné.
& VILIOMVD--. Croix ancrée, au-dessus d'un globule. Tiers de sou d'or, pesant 1 gr. 15.
sr V EN „s E - — ————PÁ— a RENNES SOC NN N.
——— — Comes de Naples. XIV. Le Comes romano-napolitain. XV. Les inscriptions.
I. LES MARTYRS. — Les mosaïques du baptistère primitif de Naples nous montrent des figures de saints jeunes et imberbes vêtus de la tunique et du pallium, portant à la main la couronne du martyre (voir Dictionnaire, t. X, col. 2492, fig. 7791), conformément au symbolisme d'une mosaïque de Capoue (voir Dictionnaire, t. r1, col. 2067-2069, fig. 2049, 2050). Ces figures sont anonymes, il semble qu'il faut y voir la représentation des premiers martyrs qui répandirent leur sang pour fonder l'Église de Naples.
Une Passio célèbre que Bède a bien connue et dont la composition remonte probablement au Ve, place en Campanie, sous le règne de Dioclétien, le martyre de sept fidèles qui sont : Sosius, diacre de l'Église de Misène, Januarius, évêque de Bénévent, Festus diacre, Desiderius lecteur de la même Église, Proculus diacre, Eutychès et Acutius laïques appartenant à l'Église de Pouzzo les. Leur martyre commence à Nole, se continue à Pouzzo les et s'achève par la décollation, à Sulfurotaria. Sosius, Proculus, Eutychès, Acutius, Festus et Desiderius sont inhumés dans leurs églises respectives, seul Januarius repose dans la banlieue de Naples.
NAPLES. — I. Les martyrs. II. Catalogues épiscopaux. III. Liste épiscopale. IV. La fin de l'hellénisme à Naples. V. Les catacombes. VI. La catacombe de Saint-Janvier. 1. Oratoire. 2. Vestibule. 3. Baptistère. 4. Fouilles du grand ambulacre. VII. Les peintures à Saint-Janvier. 1. Catacombe supérieure. 2. Ca-
Naples. Le dies natalis de Sosius se place le 23 septembre, celui de tous ses compagnons le 19. Ces sept noms se retrouvent au martyrologe hiéronymien le 19 octobre sous la forme suivante : Neapoli Sussi Ianuarii Festi Desiderii in cimiterio Puleolis Proculi... Astibusti (ms. de Berne).
Et in Neapoli Festi el Puleolis Proculi Eulici...
Sussi Fesli Desideri Astibusti (ms. d'Einsiedeln).
Neapoli Sussi Ianuarii Festi Desiderii in cimil.
Potiolis Proculi... Astibuti (ms. de Wolfenbuttel).
On voit que le seul Acutius est persévérément déformé en Astibustus.
Le martyr Januarius ou Janvier reparait à différentes dates dans le martyrologe : le 7, le 19 et le 20 septembre, le 18 et le 20 octobre, tantôt à Bénévent, tantôt à Naples et à Pouzzo les. Ses compagnons de gloire sont tout aussi nomades. Festus et Desiderius se montrent le 7 septembre à Bénévent et le 21 octobre à Naples ; Acutius à Bénévent le 7 septembre. Sosius à Misène le 23 septembre, à Baies le 15 et le 16 octobre, à Pouzzo les, le 20. Eutychès à Pouzzo les le 18 octobre, enfin Proculus à Pouzzo les le 21 octobre. On n'est pas en mesure d'affirmer si le rapprochement de Felix et Januarius le 13 janvier vise Félix de Nole et Janvier de Naples ou bien s'il s'agit de deux saints d'Afrique.
Lacombe inférieure. VIII. L'église constantinienne. IX. La basilique de Sévère. X. La basilique Stéphanie. XI. Le baptistère de Soter. XII. Mosaïques. XIII. Le
La lettre écrite par Uranius, peu après la mort de saint Paulin de Nole (t 431), affirme que Janvier illustra par son martyre la ville de Naples : Januarius, me Rs
a. - 5 episcopus simul el martyr, Neapolitanæ urbis illustrat — ecclesiam. Une fresque du v* siècle représente le saint —— avec les vêtements épiscopaux ; enfin son nom se lit — dans le calendrier de Carthage du vit siècle, à la date — du 19 septembre (voir Dictionnaire, t. vin, col. 642). La date du martyre est probablement le 19 septembre de l'an 304.
Sossius a pris place également dans ce même calendrier, à la date du 23 septembre. On lit dans le Liber pontificalis que le pape Symmaque (498-514) fecit oratorium sancti Sossii apud B. Petrum, par conséquent à proximité de la basilique du Vatican. C'est au commencement du x° siècle seulement que le corps fut transféré à Naples dans une église du Misenale castrum. Il était accompagné de saint Eutychès. Celui-ci est mentionné avec Acutius sur le calendrier épigraphique à la date du 18 octobre, quoi que le martyrologe hiéronymien n'accueille pas Acutius à cette date. Les saints Eutychès et Acutius furent d'abord inhumés dans le territoire de Pouzzo les à la villa de Falcidius.
Festus et Desiderius que rapproche aussi la mosaïque de Capoue, se retrouvent le 7 septembre dans le martyrologe hiéronymien et sur le calendrier épigraphique.
Ce dernier ne fait aucune mention de Proculus, pas plus du reste que la mosaïque de Capoue ; on ne connaît pas son tombeau à Pouzzo les, ce qui a fait dire que ce Proculus est tout simplement l'évêque de Bologne. Sur les autres particularités de la Passio, il faut procéder avec circonspection en se rappelant que les auteurs de ces sortes d'ouvrages se complaisent à des groupements de noms disséminés dans une même région. Il se pourrait que la mention faite le 19 octobre dans le martyrologe hiéronymien, qui rassemble les sept personnages, ne soit pas originale, mais dépende de calendriers locaux et plus encore de la Passio Januarii. La Passio a uni artificiellement les sept noms sous une seule date, le 19 septembre (Xrm kal. octobr.), date qui, par erreur de copiste, est devenue dans l'hiéronymien le 19 octobre (Xur kal. novembr.).
Le singulier brouillement de noms qu'on rencontre le 20 et le 21 octobre dans l'hiéronymien a donné lieu de croire à l'existence d'autres martyrs napolitains ou pouzzoliens ; c'est là une conjecture sans appui. Grâce au martyrologe oriental, on peut établir que les noms introduits dans ceux de Naples et de Pouzzo les appartiennent à d'autres régions.
Une Passio napolitaine rapporte qu'une sainte Restituta vécut en Afrique en un lieu nommé Ponizarius ( ?) au temps de Dioclétien (284-305) et du pape Caius (283-296). Traduite devant le tribunal par ordre de Proclinus, primarius provinciæ, elle confessa sa foi, fut torturée, emprisonnée, consolée par un ange, finalement condamnée à être brûlée sur une nacelle remplie d'étoupe, de poix et de résine. Mais il arriva que les bourreaux qui devaient mettre le feu furent engloutis et un ange vint secourir et consoler la sainte qui mourut doucement. La nacelle flotta jusqu'en Campanie, à l'île d'Ischia, au lieu dit Ad ripas, à 20 ou 30 milles de Parthenope. La pieuse matrone Læta, instruite en songe de l'arrivée du corps saint, se rendit sur le rivage et l'ensevelit au lieu dit Eraclius ou Eradius. La fête de Restituta se célébrait le 17 mai. Cette Passio est relativement récente, les passionnaires ne la contiennent pas, on la rencontre seulement dans un manuscrit du x1 siècle. C'est un conte à dormir debout. Sous le pontificat de Caius, il n'y eut pas de persécution en Afrique ni ailleurs. L'auteur a tiré parti des actes de la martyre africaine sainte Salsa et peut-être de la Passion des saints Canion et Atella. En Campanie, le culte de sainte Restituta remonte au moins au IX siècle, puisqu'on lit dans le calendrier épigraphique, à la date du 16 mai : Nalale sanctæ Festiluiæ ; mais ladite Restituta n'est pas une martyre campanienne, c'est une martyre africaine que le martyrologe hiéronymien commémore au 28 décembre. Ses reliques furent portées et vénérées à Ischia, où l'on s'imagina posséder le corps entier de la sainte. Il ne s'agissait plus que d'expliquer comment il y était arrivé, l'auteur de la Passio ne fut pas embarrassé pour si peu, mais il se contenta d'un récit légendaire.
II. CATALOGUES ÉPISCOPAUX. — Pendant la période que nous venons d'effleurer nous possédons deux anciens catalogues épiscopaux napolitains. Le premier se trouve dans la Ire partie des Gesta episcoporum Neapolitanorum , l'autre dans le Catalogus episcoporum Neapolitanorum ! ?. La Ire partie des Gesta fut l'œuvre d'un auteur napolitain vers la limite du vie au IXe ou un peu plus tard ; le Catalogus a pour auteur un anonyme, vraisemblablement napolitain, du Xe. L'auteur des Gesta a fait usage d'une liste qui, à la date de 604, contenait vingt-sept noms, depuis Aspren jusqu'à Zosime inclusivement, rien que des noms ; à partir de Sévère il ajoute la durée de l'épiscopat de chacun par ces mots : Sedit a...m...d... L'auteur s'efforce, à partir de Zosime, d'établir approximativement la chronologie, mais sans grand succès, ce n'est qu'à partir de Victor, dix-neuvième évêque, qu'il approche de la vérité. En ce qui regarde la majorité des évêques, il ne sait rien sauf, pour quelques-uns d'entre eux, le lieu de leur sépulture, les constructions qu'ils firent entreprendre et quelques autres menus faits.
Le Catalogus contient les mêmes noms et dans le même ordre que les Gesta de qui il dépend ; mais, à la différence des Gesta, il donne les années d'épiscopat, sans s'embarrasser de mois et de jours, pour les onze premiers évêques. Il lui suffit d'indiquer l'époque où ils ont vécu sans risquer des calculs aventurés ou faux. On ne peut dire si l'auteur du Catalogus a tiré les chiffres qu'il donne pour ces onze premiers évêques d'une source historique ou légendaire.
L'authenticité et l'intérêt du Catalogue épiscopal napolitain n'est pas révoquée en doute. Les critiques les plus rigoureux admettent qu'il dérive d'une source antérieure au VIIIe-Xe, par exemple des diptyques ou des peintures murales du IVe ou du Ve !. Il n'y a lieu de mentionner que pour l'éliminer une opinion récente ! qui propose de voir dans les huit premiers noms de la liste épiscopale de Naples, ceux des « dicéarques » qui régnèrent à Naples.
Avant de passer à la liste épiscopale authentique, il faut effacer deux noms, ceux de Joannes placé par erreur avant Fortunaltus Ier ? et Severinus qui n'est autre que le célébre saint abbé de ce nom qui s'illustra dans le Nord et fut enterré aux environs de Naples. La Chronique épiscopale attribuée à Jean Diacre fut publiée par G. Waitz en 1878, dans les Scriptores rerum longobardicarum et italicarum saec. VI-IX, p. 398-436, et a fait l'objet d'une étude approfondie de H. Achelis, Die Bischofchronik von Neapel, in-4°, Leipzig, 1930. Cette Chronique n'a rien à voir avec Jean Diacre. Au point de départ, on trouve une Series episcoporum, compilée vers le milieu du IVe, exacte, mais incomplète du début. C'est une nomenclature qui, vers le milieu du Ve, a été complétée par de brèves indications relatives aux constructions ecclésiastiques entreprises par les divers évêques et aux lieux de sépulture de ceux-ci. Plus tard, sous l'influence du « Catalogue libérien », un auteur introduisit les données relatives à la durée de chaque pontificat et ce système fut perfectionné par l'addition des synchronismes « de chaque évêque avec les régnes des papes et des empereurs d'Orient. Vers l'année 800, un chroniqueur a transformé cette nomenclature en une sorte d'histoire et Jean Diacre, aux environs de l'an 900, continue dans le même style la narration des pontificats du IXe.
III. LISTE ÉPISCOPALE. — 19 Aspren siégea 23 ans, inhumé le 3 août. Si les années données par le Catalogus à chaque évêque étaient exactes, ce qui n'est pas certain, comme le neuvième titulaire du siège de Naples est nommé dans une lettre des évêques du conciliabule de Philippopolis, entre 342 et 344, il a donc vécu vers le milieu du IVe. Si l'on remonte la série de ses prédécesseurs, en tenant compte des périodes d'interrègne, on est amené à placer le début de l'épiscopat d'Aspren vers le milieu du IIe. C'est déjà faire à chaque évêque la part belle, puisqu'on leur accorde environ un quart De d'épiscopat : mais cela ne suffit pas à l'auteur du Catalogus qui écrit à propos d'Aspren : Fuit temporibus Clementis, ce qui le reporte à la dernière dizaine d'années du Ier siècle. Cela suffit moins encore à l'auteur d'une Vita sancti Athanasii episcopi Neapolitani mort en 872, qui veut qu'Aspren ait été envoyé à Naples par l'apôtre Pierre ; enfin, l'auteur napolitain d'une Vita sancti Aspren fixe le début de son pontificat en l'an 42-43. Cette Vita fut écrite entre le IXe et le Xe, ou plutôt entre le Xe et le XIe, puis que l'auteur est instruit de la translation des restes de saint Aspren de la banlieue dans la basilique de Stéphanie, translation qui eut lieu au IXe.
On ne saurait accueillir les affirmations de ces Vies et déjà, au XVIe, Mazzocchi en a fait bonne justice. L'auteur des Gesta episcoporum Neapolitanorum ne dit rien de la vie et de la chronologie de l'évêque Aspren et de ses premiers successeurs ; il y aurait lieu d'être surpris qu'il ignorât au VIIIe ou au IXe ce que d'autres savaient si bien longtemps après lui. Ceux-ci d'ailleurs demandent à être crus sur parole et c'est vraiment exiger beaucoup.
A défaut de dates positives, il est permis de recourir aux conjectures. Entre le premier nom de la liste et le neuvième, Fortunatus, en 342-344, à supposer que la succession épiscopale de Naples n'ait pas connu d'interrègnes, comme il est arrivé à Rome, à Antioche et à Alexandrie, en supposant une longévité ordinaire des évêques, le premier titulaire devrait être reporté au début du IIIe ou à la fin du IIe. La comparaison d'une multitude de listes épiscopales avait amené J. Lanzoni à adopter une moyenne de sept années d'épiscopat ; on voit que nous faisons la part belle aux Napolitains.
Deux faits viennent confirmer ces suppositions. Le premier, c'est qu'Aspren * était le cognomen de la gens Nonia et ensuite de la gens Calpurnia, usité au temps de la république romaine et au début de l'empire, i abandonné ensuite. Le deuxième, c'est que les alentours de Naples sont percés de catacombes les plus importantes d'Italie après celles de Rome et de Syracuse. Or, dans la catacombe de Saint-Janvier on a trouvé des peintures du IIIe et peut-être du IVe, rien de plus ancien, et une inscription datée de l'année 377.
Ce qui semble probable, c'est qu'à Naples comme à Capoue il existait une colonie juive qui a, comme dans tant d'autres villes, servi de noyau à la communauté chrétienne. Quant à prononcer une date, à quoi bon ? puisqu'on ne peut l'autoriser ni d'un calcul, ni d'un fait ni d'une vraisemblance. Tout ce qu'on peut dire, c'est que le catalogue épiscopal de Naples nous montre Fortunat comme le neuvième titulaire du siège de cette ville et si l'on en rapproche les autres catalogues épiscopaux les plus sûrs, on voit que les titulaires contemporains de Fortunat occupent, à Brescia, le cinquième « rang ; à Vérone, le sixième ; à Aquilée, le septième et le huitième ; à Milan, le huitième et à Ravenne le douzième rang. D'après cela on peut fixer approximativement les origines du siège épiscopal de Naples un peu avant le milieu du IIIe.
697 119 Zosimus siégea 14 ans. D'après le même document, Zosime aurait remplacé Maxime qui, du lieu de son exil, l'aurait excommunié. Quelques années plus tard, Lucifer de Cagliari, rentré d'exil — pas avant 362 — passa à Naples et excommunia également Zosime qu'il força à renoncer à sa dignité. Comme les auteurs du Libellus écrivaient vers 372, Zosime vivait encore à cette date.
129 Severus siégea 46 ans (47, d’après le Catalogus), 2 mois, 11 jours, inhumé le 29 avril. Vers l'année 393 saint Ambroise de Milan lui écrit une lettre (la IIIe de sa collection). Les Gesta lui attribuent d'importantes constructions d'édifices sacrés à Naples.
130 Ursus siégea 4 ans, inhumé le 21 février.
131 Joannes siégea 27 ans, inhumé le 3 avril. Son souvenir est rappelé dans la lettre d'Uranius ! sur la mort de saint Paulin de Nole, en 431.
132 Nostrianus siégea 17 ans. Les Gesta font mémoire de ses constructions. L'auteur du De promissionibus et prædictionibus Dei, qu'on croit aujourd'hui être l'évêque de Carthage Quodvultdeus, exilé par Genséric le 19 octobre 439 et réfugié à Naples, affirme avoir écrit son livre en Campanie, entre 443 et 455 ou bien entre 450 et 455, ce qui coïncide avec l'épiscopat de Nostrianus.
698 259 Demetrius siégea 3 ans (4, dit le Catalogus), pas de date de depositio. On trouve mention de lui en décembre 590 et il fut déposé en septembre 591 par le pape Grégoire Ier . La chronologie des Gesta est erronée. Après la déposition de Démétrius, le pape Grégoire n'approuva pas l'élection de son successeur Paul, évêque de Nepi, en décembre 591, envoyé comme visiteur à Naples , En février-mars 592, Paul était encore en charge . En décembre 592 il repoussa l'élection de Florentius, sous-diacre ?, 26° Fortunatus siégea 7 ans, 11 jours, pas de date d'inhumation. Cet évêque a reçu plusieurs lettres du pape Grégoire Ier entre le mois d'août 593 et le mois d'avril 600 ! ?. Fortunatus assista au concile romain de 595, il mourut en juillet 600 et le pape désapprouva la double élection de Pierre, diacre, et de Jean, diacre ™. D'après les Gesta et le registre du pape on voit que Fortunat fut consacré en juillet 593.
279 Pascharius siégea 14 ans, 6 jours, manque la date de depositio. Grégoire Ier lui écrivit entre janvier 601 et mars 603 !* : il dut mourir en 614 ou 615.
IV. LA FIN DE L'HELLÉNISME A NAPLES, — Pendant les premiers siècles de l'empire et même pendant les années où la présence des barbares apparaît imminente, l'Italie méridionale ne cesse de construire des monuments officiels. Le marbre de Carrare, le cipolin et le granit oriental s'acheminent par des chemins qu'on croirait infranchissables jusqu'en des localités où l'industrie grecque n'avait jamais pénétré. Les traces de cette profusion se retrouvent jusque dans les édifices chrétiens qui ont exploité, sans les épuiser, ces carrières de matériaux à pied d'œuvre.
“ Les peintures, que la cendre du Vésuve a conservées dans la fleur de leur nouveauté, ont bien pu être exécutées en partie par des artistes italiens ; il n'en est pas moins vrai que le décor pompéien ou napolitain est, dans son origine, aussi étranger à l'Italie que l'avaient été les fresques sévères peintes dans les tombeaux de Ruvo et de Paestum ; cet art frêle et brillant est venu tout formé des rivages méditerranéens, où les vaisseaux de Pouzzo les allaient chercher le blé d'Égypte. La maison du « Faune » ou celle du « poète tragique » aurait été à sa place dans un quartier coquet de la capitale des Ptolémées. Aux raffinés qui venaient de Rome chercher le long du golfe bleu la vie libre de toute contrainte, la « vie à la grecque ! », Naples offrait l'harmonie d'un parler qui rappelait les poètes et les philosophes d'Athènes, et l'éclat joyeux d'une ville qui était une image d'Alexandrie *. L'art gréco-égyptien de Campanie, bien différent de l'art gréco-romain des monuments officiels, au pied desquels se jouait sa fantaisie ingénieuse, ne se figea point dans des formules rigides, il ne se borna pas à reproduire tel tableau célèbre, comme la Médée ou le Sacrifice d'Iphigénie : il resta mobile et vivant, au point qu'on a pu distinguer dans le décor pompéien quatre styles parfaitement distincts, qui se succèdent en moins d'un siècle, et qui vont depuis l'imitation d'un placage, destiné à donner aux cloisons l'apparence riche et massive d'un mur de marbre, jusqu'aux paysages lumineux, aux kiosques aériens, aux arabesques voligeantes, qui semblent supprimer les clôtures et ouvrir l'appartement tout entier sur un décor de féerie ?.
“ L'éruption de l'an 79 et les tremblements de terre dont elle fut accompagnée n'attristèrent que pour peu d'années le golfe toujours souriant. Après Constantin et Julien, même après Théodore, Naples et ses environs n'ont pas perdu l'attrait qui avait séduit les contemporains d'Auguste. Il n'est bruit dans les lettres de Symmaque que, comme dans les vers d'Horace, que des délices de Baïes et de son golfe en miniature . Décius, préfet de Rome, passait, à la fin du IVe, pour renouveler dans sa villa les magnifiques folies de Lucullus . » « Or, c’est dans la région où la vie des derniers adorateurs des dieux antiques garda le plus longtemps son élégante frivolité et ses prétentions d'hellénisme, que nous apparaît le premier groupe de monuments et de décorations où le christianisme a mis les signes de sa foi.
“ Il ne s'est pas conservé dans toute l'Italie méridionale, en dehors de l'ancienne province de Campanie, une église ou une peinture chrétienne antérieure à la fin du Ve. Les catacombes exiguës de Sessa et de Siponto ne sont que des trous sans aucun ornement ; les nécropoles des plus anciennes juiveries de la terre d'Otrante ou de la Basilicate — à Tarente, à Lavello, à Venosa, à Matera — ne montrent au visiteur que des caractères hébraiques, latins ou grecs du Ve ou du VIe, et des schémas sommaires de chandeliers à sept branches, le tout gravé sur des tablettes de marbre, ou peint au minium sur le tuf.
700 x C'est à peine si les Calabres, les Abruzzes et l'Apulie ont fourni à l'épigraphie chrétienne des premiers siècles une vingtaine de documents, tandis qu'on a tiré des cimetières anciens de Nola, d'Avellino et de Capoue une ample collection d'épitaphes de martyrs et de fidèles. Naples eut, aussi bien que Rome et qu'Alexandrie, des catacombes, qui reçurent, dès le IIe, des corps vénérés, Quand Philostrate le rhéteur, venu dans la ville grecque pour y voir les jeux Augustes, trouva dans une villa monumentale du Pausilippe cette collection de tableaux mythologiques qu'il a ingénieusement décrite, les arcosolia des galeries creusées dans la colline de Capodimonte étaient déjà décorés de peintures chrétiennes 9. » L'art chrétien de Campanie, né de l'art antique, diffère-t-il de l'art païen ou chrétien de Rome et rappelle-t-il l'art pompéien ?
L'art alexandrin de Campanie s'éloigna assez vite des bords du golfe de Naples et suivit à Rome les patriciens dont il embellit les villas et les palais. Il n'est pas certain que cet art alexandrin soit devenu à Rome aussi populaire qu'il l'était à Pompéi où il s’insinuait dans les échoppes et devenait peinture de bâtiments ; mais, pour en parler avec certitude, il faudrait qu'on pût faire revivre un quartier entier de la Rome du siècle d'Auguste. A défaut de cette résurrection, nous ne pouvons invoquer à Rome que de rares fragments contemporains des fresques de Pompéi et aucune peinture campanienne qui se place entre l'an 79 et les premières fresques chrétiennes. La rareté des documents romains antérieurs à l'an 79 nous empêche de suivre le développement parallèle du décor « pompéien » et du décor « romain » ; l'absence de documents napolitains postérieurs à l'an 79 arrête d'avance toute tentative de comparaison entre la décadence de ces deux décors 1. V. LES CATACOMBES, — Naples est une des très rares villes d'Italie où l'empereur fit bâtir une basilique chrétienne. Le Liber pontificalis nous apprend dans la Vie du pape Silvestre que Constantin fecit basilicam in urbe Neapolim cui oplulil... Dans ce premier quart du IVe il existait donc à Naples une communauté chrétienne assez nombreuse pour attirer l'attention et obtenir un témoignage signalé de la bienveillance impériale. De l'édifice constantinien on ne connaît pas la destinée, mais il est certain que rien n'en subsistait au VIIIe et on admet généralement qu'il correspondait à la cathédrale de Sainte-Restitute.
-J.-B. De Rossi acceptait cette identification et la Basilique constantinienne aurait elle-même succédé à un temple païen qui fut, peut-être, dédié à Apollon. Dans le baptistère servant d'annexe à cette basilique et dont nous reparlerons, baptistère désigné sous le nom de S. Giovanni in Fonte, on admirait une décoration en mosaïque attribuée au IVe et qui sera décrite plus loin ^.
Pendant la période qui précéda le règne de Constantin, la communauté occupa probablement la banlieue de Naples, sans qu'on puisse en savoir beaucoup plus à ce sujet. Du moins nous savons que cette communauté possédait des catacombes ?.
C'est d'abord celle de Saint-Vito, qui serait la plus ancienne, actuellement inaccessible ou bouleversée ; l'église de Santa Maria della Vita répond à son emplacement (fig. 8676). Les catacombes de Saint-Euphébé et de Santa Maria del Pianto sont également inabordables. Une quatrième catacombe, percée, au dire des anciens, dans la montagne qui porte la chartreuse de San Martino, n'a pas été retrouvée. De la catacombe Saint-Sévère on ne connaît qu'un cubicule orné de fresques du IVe-Ve et changé en chapelle demi-souterraine dans l'église de San Severo ai Pirozzi. L'église de Santa Maria della Sanità donne accès à la catacombe de Saint-Gaudiosus (voir ce nom) dont il subsiste quelques tronçons de couloirs et deux chambres décorées aux Ve et VIes. La catacombe de Saint-Janvier, à San Gennaro di Poveri, doit sa préservation à la hauteur de la colline, au pied de laquelle, à des niveaux différents, s'ouvrent ses deux vestibules et l'oratoire dont on a respecté l'accès lors de la construction, au VIIe, de l'église suburbaine de San Gennaro *. Cependant la crypte de Saint-Agrippin et ses galeries annexes, situées à droite de l'oratoire et communiquant intérieurement avec celui-ci par un escalier, sont perdues, mais non pas irrémédiablement peut-être 5.
Cette crypte et les deux vestibules sont les parties les plus anciennement creusées, vers la fin du IIIe ou le début du siècle suivant *. Le sol dans lequel on travaillait, plus compact que la pouzzolane des catacombes romaines, autorisait une méthode différente d'excavation, c'est-à-dire une large galerie centrale sur laquelle viennent s'amorcer des galeries plus étroites et des cubicules. Large de 5 mètres environ au premier étage, elle atteint au second étage 14 mètres, La voûte, d'une hauteur proportionnée, est soutenue par endroits au moyen de robustes piliers de tuf. La galerie principale ne présente que des arcosolia, les galeries secondaires et les cubicules offrent des loculi. En étudiant les peintures à fresques et les mosaïques nous serons ramenés à ces catacombes !.
Il est certain que parmi les témoins de l'ancien art chrétien les catacombes de Naples ont été longtemps négligées. En 1839, le chanoine de Jorio avait publié un Guida per le catacombe dont il est permis de ne rien dire, et, la même année, Chr. Fr. Bellermann donnait à Hambourg un livre de format in-8 intitulé Ueber die ältesten christlichen Begräbnisstätten und besonders die Katakomben zu Neapel, accompagné de planches fort défectueuses, dans lesquelles les créations de l'art chrétien primitif ressemblaient, à s'y méprendre, à celles de l'école de Munich. Bellermann croyait parfois reconnaître à Naples, que les photographies exécutées par les soins de Parker : Historical photographs illustrative of the archeology of Rome and Italy . C'est en grande partie sur les dessins vulgarisés par Garrucci et Schultze qu'on juge les fresques et probablement à leur grand désavantage. Dans le panneau qui représente Adam et Eve (voir Dictionnaire, t. V, col. 928, fig. 4235) il n'est pas contestable que « le style de l'original est si faiblement rendu que l'on se demande si l'on a devant soi une peinture du Ier, du IVe ou du XVe € ». Mais il n'est pas contestable non plus que ces peintures sont si maltraitées par le temps qu'on en est à peu près réduit à les deviner lorsqu'on entreprend de les reproduire . Ce qui en reste aujourd'hui et ce qui subsistait lors que les croquis ont été faits permettent néanmoins d'en parler avec une certaine précision comme d'un monument très précieux de l'ancien art chrétien. Sans préjudice de la description que nous en donnerons plus loin, nous pouvons signaler dès maintenant son originalité. On a pu signaler la présence de génies et de fillettes aux ailes de papillon, ce sont des Éros et des Psychés, un des mythes les plus anciennement accueillis par la symbolique chrétienne * et qui orne la voûte annulaire du mausolée de Sainte-Constance à Rome. On n'a rien trouvé à substituer à l'explication admise par Bellermann et par Garrucci pour la peinture représentant trois jeunes filles bâtissant une tour, malgré quelques divergences entre la description faite par Hermas et l'interprétation picturale.
En 1900, un vétéran de l'archéologie napolitaine, G.-A. Galante, donna une Relazione della catacomba di San Gennaro, dans les Rendiconti de l'accademia di archeologia lettere e belle arti de Naples ; en 1907, dans le même recueil, p. 19-35, une étude sur la catacombe de Saint-Sévère ; enfin, en 1908, une étude descriptive et technique intitulée I nuovi scavi nelle catacombe di San Gennaro in Napoli, dans Atti di reale accademia di archeologia, lettere e belle arti, t. XXV, p. 115-169. Ce travail très utile ne méritait certes pas qu'on en dise 106 types iconographiques connus par la symbolique des catacombes romaines, ce sont : Jonas, Noé, Lazare, Daniel et d'autres, avec des variantes parfois intéressantes du type consacré. Sur une des voûtes on voit une scène représentant le Christ, la verge à la main, accomplissant un miracle, mais le personnage de Lazare manque. Un groupe de défunts nous montre les parents et les enfants. Un autre groupe, assez bien conservé, de portraits du Ve se trouve en majeure partie dans la galerie postérieure de la deuxième catacombe. D'ordinaire les défunts sont représentés en buste, quelquefois cependant en pied et rapprochés des saints figurés de la même manière.
Achelis a visité les catacombes en 1927 et, en son honneur probablement, la catacombe avait fait toilette et les fresques des voûtes étaient redevenues bien conservées. À la deuxième catacombe, il faut joindre le grand cubicule d'entrée avec ses arcosolia qui ont été au nombre de vingt (fig. 8678). Là se trouve la scène inspirée par le Pasteur d'Hermas. Près de l'entrée de la deuxième catacombe on conserve un petit hypogée funéraire plus ancien et probablement d'origine païenne.
Au IVe, on creusa une série de chambres sépulcrales dans la galerie principale de la première catacombe. Les fresques de ces cryptes nous font voir des scènes de la vie des saints. Dans la catacombe de Santa Maria della Sanità on a trouvé, sous une image du Christ, une autre image du Christ plus ancienne. Nous reparlerons en son lieu de celle de l'évêque Gaudiosus avec une inscription de 452. On ne peut séparer de ce groupe un autre groupe de portraits où les défunts sont figurés dans la société des saints. Le plus bel exemple se trouve dans la catacombe de Saint-Sévére, mais Saint-Janvier et Santa Maria della Sanità en offrent de beaux exemples du VIe.
Au VIIe, Naples entre en lutte avec l'iconoclasme et se trouve en 762 sous l'influence de Constantinople. L'iconoclasme y a multiplié les destructions. Une précieuse chapelle de la catacombe de Saint-Janvier fut alors détruite et il n'en subsiste aujourd'hui que des débris. Une image du crucifix fut couverte d'enduit de même que le médaillon du Christ de la catacombe de Santa Maria della Sanità. Heureusement, les figures de saints sur les monuments funéraires furent épargnées et sont restées intactes. Sous l'évêque Paul II la politique religieuse subit une modification complète ; celui-ci se montra partisan déterminé de Rome et fut obligé d'établir sa résidence pendant deux ans à Saint-Janvier, les Napolitains lui refusant l'accès de leur ville. A cette occasion, l'évêque transforma la grande crypte d'entrée de la catacombe de Saint-Janvier en un baptistère. A cette époque appartiennent les images des cinq vierges et des sept saints, la représentation du baptême du Christ et d'autres figures de saints qui ont peut-être été peintes.
La comparaison des catacombes de Rome et de celles de Naples est intéressante. Les premières sont beaucoup plus nombreuses, plus étendues et plus riches de peintures et de souvenirs ; les autres ont été en service pendant une durée beaucoup plus longue, depuis la fin du IIe jusqu'au IXe. Les deux grandes figures du Christ peintes sur l'entrée des deux catacombes sont peut-être de cette époque. Une d'elles représente le Christ trônant entre deux anges au-dessus de la porte de la chapelle, on la connaissait ; l’autre représente Jésus-Christ en pied avec deux anges et saint Janvier, elle a été découverte par le professeur E. Josi. Une troisième figure monumentale, au-dessus de l'entrée de la deuxième catacombe, est détruite.
XXV, du IIe jusqu'au IXe. Tandis qu'à Rome les sépultures souterraines ne dépassent guère l'année 410, à Naples le Ve est un de ceux où l'on signale le plus de tombes, en sorte que là où, ailleurs, on n'a point de témoignages, à Naples, ils abondent. En outre, la plupart de ces monuments du Ve et depuis sont bien conservés, nonobstant l'iconoclasme. Nous avons dit que les fresques les plus anciennes ne sont plus guère visibles que sous l'action de l'humidité, et les cryptes -709 € vm Na à« -— = rassembler dans un cabinet adjacent à la basilique , on les y vint chercher pour servir à une dernière restauration entreprise dans la première moitié du XIXe. C'était le coup de grâce. En 1582, V. Siniscalchi et G.-A. Galante réussirent à glaner quelques derniers débris dans les ambulacres de la catacombe et dans la campagne voisine et les firent encastrer dans les parois du petit corridor ? qui va du vestibule de l'église à la ruelle qui précède la catacombe. En 1893, Galante ébaucha la création d'un petit musée chrétien à proximité de la catacombe (fig. 8679).
On commença les travaux en prenant soin que les eaux qui coulent de la colline ne puissent inonder le vestibule des ambulacres, la basilique cémétériale et les premières cryptes. Les travaux mirent au jour quelques fragments d'enduit peint et l'on rencontra quelques caves comblées qui permirent de supposer que la construction de l'atrium actuel de l'église entraîna la disparition de quelques ambulacres de la catacombe primitive. Avant de parvenir à la petite chapelle souterraine de Saint-Janvier, on vit deux entrées ; la première qui se trouve à gauche du spectateur était connue : la seconde est demeurée ouverte. | La basilique actuelle de Saint-Janvier a succédé à - la primitive basilica major qui passe pour l'ouvrage de » évêque saint Sévére, au IVe, proche de la basi- - lica minor ou basilique cémétériale du martyr. Une - ruelle ? court entre la basilique et la catacombe. On a . relevé la présence d'une abside sous la basilique - actuelle, mais elle avait été démolie ?. De cha que côté “ dei Poveri, Napoli, 1839. — ? Ce petit corridor est indiqué Le chanoine de Jorio les avait fait retirer du sol et 710 de cette abside deux petits murs correspondent à ceux qui partent du vestibule de la catacombe permettant de croire que derrière cette abside se trouvait l'entrée du vestibule !, En poursuivant la fouille, on trouva dans le sol des excavations en forme de loculi *, des vestiges de canalisation et finalement une sorte de grande vasque ! dont une partie s'étend sous le sol de la basilique actuelle. Faut-il voir là les traces de la basilica major Sancti Januarii ?
La catacombe possédait trois oratoires dédiés respectivement à saint Janvier, à saint Agrippin et à saint Laurent, évêques de Naples ; les saints personnages étaient supposés ensevelis dans les oratoires qui portaient leurs noms. Le Chronicon episcoporum Ecclesiæ Neapolilanæ mis au nom de Jean Diacre dit que, vers la fin du Ve, l'évêque saint Victor éleva l'église de Saint-Étienne ante ecclesias Sancti Januarii Martyris et Sancli Agrippini Confessoris, et, dans le Libellus miraculorum de saint Agrippin, il est dit que la tombe de ce saint évêque se trouvait à peu de distance de celle de saint Janvier “et qu'on descendait de l'oratoire de 5aint-Janvier à celui de Saint-Agrippin. Les actes de la translation de saint Athanase disent que son corps fut porté à la basilique exíra muros de saint-Janvier où on célébra des funérailles solennelles et, de cette basilique, il fut porté in oratorium Sancti et Confessoris Laurentii ejusdem sedis antistitis '*.
La tradition veut que l'oratoire de Saint-Janvier soit celui qu'on voit à toute heure, au fond duquel se trouvent la chaire épiscopale et l'antique autel dont nous parlerons ; cette tradition est admise par tous les historiens de la catacombe. Mais où se trouve l'oratoire de Saint-Agrippin ? L'oratoire de Saint-Laurent ? Le premier explorateur de la catacombe, Celano, en 1643, après avoir mentionné l'oratoire de Saint-Janvier place celui de Saint-Agrippin dans le vestibule de la première catacombe et veut trouver l'oratoire de Saint-Laurent dans la catacombe supérieure ! où Galante a découvert quelques fragments du catalogue figuré des premiers évêques'. Pellicia, en 1781, opine que l'oratoire de Saint-Agrippin doit se trouver vers le côté gauche de l'oratoire de Saint-Janvier ', Parascandolo admettrait qu'il se trouvait à la catacombe supérieure !]à où Celano voit l'oratoire de Saint-Laurent. Enfin Scherillo !* serait disposé à admettre l'existence d'un troisième niveau de la catacombe où se serait trouvé l'oratoire de Saint-Agrippin. Personne n'en sait rien.
111 différentes places des loculi, mais sans qu'on puisse assurer que ceux-ci remontassent aux origines. Nous donnons ici une vue qui présente à la fois la principale entrée du vestibule et l'oratoire de Saint-Janvier (fig. 8680).
L'autel mesure en hauteur 1 m. 26, en longueur 1 m. 80, en largeur 1 m. 87 ; à la partie inférieure, il fait partie du roc, mais la partie supérieure, pour les deux tiers environ, est maçonnée. La chaire épiscopale qui se trouve derrière l'autel est creusée dans le roc même et il n'y a pas de raison de croire que cette disposition ne soit pas primitive. Des quatre côtés de l'autel, seul celui de derrière n'avait pas reçu de crépi au cours des derniers siècles et Pellicia dit avoir vu une croix tracée avec de l'ocre rouge et les mots LWX et PAX *.
Ce loculus est profond de 0 m. 33, long de 0 m. 95, large de 0 m. 32 à droite du spectateur et de 0 m. 28 à sa gauche. Sa capacité lui permettait de contenir de grands ossements, mais non un cadavre d'adulte dans sa longueur. D’après cela c'était donc une capsella à reliques qui s'y trouvait. L'absence de toute inscription et de tout symbole sur le couvercle invite à penser que l'inscription se trouvait sur la tranche de l'autel. Ceci n'est pas une conjecture sans vraisemblance si l'on veut bien se rappeler que la mensa trouvée sur la tombe de saint Athanase, au dôme de Naples, portait sur la tranche ces mots : Maximus episcopus qui el confessor $e Quoi qu'il en soit, nous avons ici un exemplaire d'autel cémétériale isolé, pourvu de la fenestella confesGalante a entrevu quelques traces de cette décoration et même des pampres. Ayant enlevé l'enduit récent sur la face antérieure de l'autel, on retrouva la fenestella confessionis haute de 0 m. 30 et large de 0 m. 38. L'enlèvement de l'enduit sur les parois latérales mit au jour l'enduit ancien et, de chaque côté, on vit une croix tracée à la couleur verte et blanche avec ces mots VIN qui ont pu appartenir à un texte tel que :
La découverte de la fenestella autorisait l'espoir de retrouver la confessio, mais on ne trouva en avant qu'une tombe d'époque postérieure. Entre la face postérieure de l’autel et la chaire épiscopale, on vit un trou que Hohault de Fleury avait supposé être un loculus pour contenir des reliques . Élargi, on en retira des pierres et on trouva au centre de l'autel la cella memoræ dont les parois conservent des fragments de marbre qui couvraient cette cavité ainsi que la voûte. Au fond de cette cella on vit une plaque de marbre qui laissa voir un loculus en forme de petit sarcophage composé de plaques de marbre et vide . sionis et du loculus pour recevoir les reliques. En remuant le terrain de la crypte, on trouva dans le pavement un tout petit fragment de transenna, ce qui permet de dire que l'autel était entouré d'un cancel ou d'une balustrade, ce qui, à vrai dire, n'apprend rien de nouveau puis que c'était là un usage général. En entrant dans l'oratoire de Saint-Janvier, on voit une construction récente et, toute proche, une ouverture qui laisse supposer un escalier conduisant à l'hypogée où l'on se flattait de découvrir l'oratoire de Saint-Agrippin, mais on ne trouva qu'un loculus de grandes dimensions . Les peintures que le chanoine de Jorio avait pu distinguer sur le mur supérieur sont aujourd'hui presque évanouies, et voici la description qu'il en donnait : uomo con diadema in testa nel sinistro lato, e nel desiro altro uomo qgenuflesso con due torchi accesi nelle mani . Suivaient deux chambres obstruées ; dans le vestibule de la deuxième chambre se trouvait un petit arcosolium en mosaïque déjà connu et sur le mur on lit le mot ossuario, d'une écriture récente. La première chambre ! est entièrement creusée, elle était vaste, mesurait 2 m. 20, avec trois chambres, NP ah ci A EEE 713 les deux latérales de 2 m. 40 et celle de face de 1 m. 50. La deuxième crypte ! est de forme rectangulaire, elle mesure 4 m. 40 en longueur et 2 m. en largeur. Ces chambres étaient remplies d'ossements. Les parois avaient été entièrement débarrassées de leur enduit et on ne trouva sur le sol aucun fragment d'inscription. La petite crypte qui se voit en arrière de l'autel était également remplie d'ossements. On abattit alors deux murs qui fermaient la communication entre l'oratoire et le grand vestibule, et l'on eut ainsi deux baies, l'une rectangulaire, de 1 m. 30 de largeur, l'autre en forme d'arc, de 3 m. 60 de largeur. Celle-ci aurait été, d'après Scherillo, un ancien arcosolium +.
29 Vestibule de la première catacombe. — Ce vestibule | | était en partie obstrué par un amoncellement de terre | LE B -— T =r ë : E is 3 pu T ir r] 114 d'un style classique très pur, qui fait songer aux peintures de Pompéi et nous reporte à l'époque primitive des catacombes (fig. 8681).
Sur la paroi du fond du vestibule, au milieu, s'ouvre le grand ambulacre dont nous reparlerons. De chaque côté de l'entrée du grand ambulacre sont deux édicules '^, Celui de gauche n'a aucune trace de tombe dans le sol ; celui de droite a plus d'importance. Connu dès le temps de Pellicia !!,il est creusé en forme d'absidiole, les bords extérieurs furent à l'origine ornés de mosaïques ; sur la paroi extérieure, en haut, se voyait un baptême du Christ dont il ne reste à peu près plus rien : à l'intérieur, on constate la présence d'une double couche d'enduit. La peinture du baptême peut appartenir au VIIe. Dans l'arc de l'absidiole se de 1 m. 50 de hauteur qu'il a fallu enlever pour retrouver le sol naturel. A gauche, en entrant dans le vestibule, on voit deux dégagements déblayés^ ; un troisième l'était depuis 1838 . Ce troisième dégagement (L) conduit à une cella avec différents cubicules dont un est décoré avec l'image de saint Janvier et ses compagnons. À l'entrée de cette crypte se voit une croix ansée avec les sigles IC XP NH KA. L'image de saint Janvier et de ses compagnons Sosius, Proculus, Festus, Desiderius, Eutychés et Acutius a déjà été publiée *.
De la partie supérieure d'un de ces cubicules on a pu pénétrer et descendre dans les deux galeries suivantes *, elles aussi remplies d'ossements. Les ossements ont été emportés au cimetière de Fontanelle et les galeries communiquent entre elles aujourd'hui. Sur les voûtes et les parois on observe la même décoration que dans le vestibule, c'est-à-dire des compartiments symétriques avec des figures d'animaux au centre, trouvait une inscription dont on peut lire encore ces mots # : DIE XII INTRA.... HVIVS, pour la restitution de laquelle on a proposé : die XII intrante mense... fuit dedicatio loci hujus.
Sur l'enduit on voit représentées cinq vierges : au centre, sainte Agathe ; à ses côtés, sainte Catherine et sainte Eugénie ; un peu en avant, sainte Julienne et sainte Marguerite. A la voûte, l'image du Christ '*.
C'est dans cette absidiole que fut trouvé un vase de marbre de 0 m. 57 de diamètre et 0 m. 24 de profondeur au centre ; il sert aujourd'hui, dans l'oratoire, de bénitier. Près du vase en question, on trouva en 1880 une sorte de base qui a pu lui appartenir.
Le déblaiement du sol du vestibule fit découvrir cinq sarcophages de tuf, creusés dans le tuf même, de manière à ne faire qu'un avec la paroi. Ils étaient d'abord au nombre de six. Le premier à droite en entrant fut détruit par la construction d'un mur récent » ; le suivant est long de 2 m. 07, large de 715 0 m. 60, profond de 0 m. 40 ; celui qui vient après ! est long de 2 m. 18, large de 0 m. 62, profond de 0 m. 40. A gauche en entrant, le premier qu'on rencontre mesure en longueur 2 m. 10, en largeur 0 m. 62, en profondeur 0 m. 40 ; les suivants ?, en partie détruit, est long de 2 m. 15, large de 0 m. 60, profond de 0 m. 55 ; enfin le dernier est long de 2 m., large de 0 m. 52, profond de 0 m. 50. On n'a pas trouvé les couvercles de ces sarcophages et il est possible que leur fermeture fut faite en tuiles.
Une fois de plus, à la vue des ruines de cette catacombe, on se prend à se demander ce que pouvait être la mentalité des destructeurs, car ce n'est pas seulement une œuvre d'art qu'ils suppriment et qu'ils poursuivent en la rendant inutilisable et méconnaissable, ce sont des pierres, des tuiles qui portent des mentions insignifiantes ou même qui sont anonymes. L'acharnement des démolisseurs ne s'arrête pas là, ils pillent, ils brisent, mais comment expliquer que cette poussière elle-même a disparu ? Qui a pu songer à venir s'approvisionner de cailloux qui ne valaient certes pas la peine du transport ? On peut s'expliquer que les matériaux d'un temple païen aient provoqué la rapacité de ceux qui les exploitent, on ne s'explique pas comment des éclats de pierres, des tessons de poteries aient pu provoquer le double effort qu'il a fallu fournir pour les détruire et pour les emporter.
On a trouvé un fragment d'une inscription grecque, mais qui ne se trouvait plus à sa place et n'appartenait pas à une des tombes du vestibule ou des cubicules adjacents, On y a lu tout simplement ce mot :
Enfin, on a trouvé un tronc de colonne qui est conservé aujourd'hui au musée. prædiclo papae, quasi amicus de talibus aliquo modo suffragari, clangulo Romam perrexit. Qui statim consecratus episcopus, Neapolim est directus ; sed propler Græcorum connexionem noluerunt illum recipere sui concives. Inilo lamen consilio, eum ad ecclesiam Saneti — Januarii Christi martyris, non longius ab urbe dicatam, transmiserunt. In qua duos ferme annos degens, plura consiruxil ædificia. Inter quse fecil triclineum, quod est intrœuntibus a parte dextra. Sane clerus omnis el populus cunctus canonice illi ut vero oblemperabant pastori, res que omnes ecclesie abs que ullius detinebat et disponebat obstaculo. Et voici la mention du baptistère : Consiruzit eliam ibidem marmoreum baptismalis fonlem, in quo paschalibus aliis que festis omnes occurrentes suos baptizabant filios. Interea Neapolitani Primates cernen les tam egregiam urbem languidam esse de tanto pontifice, uno consilio, uno que consensu lælantes el gaudentes eum in ipsius civilatis episcopium introduxerunt. Ubi, duobus evolutis annis, requievit in Domino. Dominica nam que die sancli Paschæ missarum solemniis pene completis, cunctos osculalus est clericos, el omni populo exhorlato, spiritu migravit ad celos. Mox ejus exequias lotus clerus, omnis que sexus el alas, una cum pueris eadem in nocle baptizatis, us que ad basilicam Sancti Januarii deduxerunt, el corpus ejus in porticu anle ecclesiam Saneti Slephani sepelierunt...
L'hésitation n'est plus de mise depuis la découverte du baptistère dans la catacombe inférieure. Le déblaiement du sol du vestibule a permis la découverte de la 716.
— à — —À — md 117 cuve baptismale là où J.-B. De Rossi l'avait, pour ainsi dire, prédit 1.
Elle consiste en une grande vasque ronde dont le diamètre intérieur est de 2 mètres, la profondeur de tère de la catacombe s'est inspiré de celui de Saint-Jean-des-Fonts. Celui-ci a une profondeur de 0 m. 60, un diamètre de 2 mètres et pas d'escalier pour y descendre ; on faisait peut-être usage d'un escalier mobile en bois.
Le baptistère de la catacombe était, à l'origine, revêtu entièrement de marbre, comme on peut s'en convaincre par tous les indices encore visibles de plaques de marbre incrustées sur les gradins et sur la cuve, en sorte qu'on pouvait lui appliquer l'épithète de marmoreus baptismatis fons. Dans le rebord supérieur, on voit deux cavités circulaires ménagées dans l'axe et 118 où l'on conservait probablement les saintes huiles.
Ici, aussi on pouvait faire usage d'un escabeau de bois pour atteindre le fond de la cuve. L'excavation du baptistère est, sans discussion, postérieure aux loculi ménagés dans le sol. Dans le pavement du vestibule on peut distinguer trois époques : 1. quand cette salle servait de vestibule aux cubicules funéraires auxquels il donne accès et ensuite au grand ambulacre de la catacombe ; 2, quand les tombes et les loculi furent remplis, il fallut creuser dans le sol ; 3. quand il devint nécessaire de creuser le baptistère. Un travail entrepris près du baptistère a fait découvrir dans le sous-sol une autre série de tombes *.
Pour en finir avec le vase de destination inconnue. G.-A Galante a imaginé toutes les destinations possibles, sans réussir à expliquer sa présence et ses rapports avec le baptistère.
49 Fouilles du grand ambulacre. — De l'oratoire de Saint-Janvier et du vestibule de la catacombe inférieure nous nous rendons dans le grand ambulacre , qui a parallèlement un autre ambulacre moins large .
Scherillo tenta l'exploration de cet ambulacre avec les moyens réduits dont il disposait ; il jugea que l'escalier dont Bellermann, en 1839, avait discerné les premiers degrés , devait conduire à la catacombe supérieure, que Celano appelait la catacombe de Saint-Laurent, et il opinait qu'à l'origine le seul vestibule de la première catacombe servait de vestibule à la seconde qui se trouvait au-dessus .
Avant de pénétrer dans le grand ambulacre, il fut nécessaire d'enlever quelques substructions qui ne servaient à autre chose qu'à soutenir les impostes d'un récent cancel en bois fermant l'accès de l'ambulacre. Ensuite on déblaya le sol sur une profondeur de 0 m. 60 et l'on abattit une sorte d'escalier quise voyait à gauche en entrant ?, fabriqué à une date récente pour mettre les deux étages de la catacombe en communication. En rencontrant le niveau primitif, on retrouva des loculi, 719 dont plusieurs étaient fermés avec de grandes dalles de marbre (fig. 8683).
Les deux parois sont compartimentées ; à gauche, trois cubicules ; à droite, trois niches dont on verra dans un instant la description.
L'ambulacre mesure 9 m. 30 de longueur, après quoi T d EUN Sn tt a — 120 connu, publié par Bellermann et par Garrucci, avec cette inscription :
RVFINA ET FILIA IPSEIVS IN PACE
On a trouvé à l'entrée de l'ambulacre, à droite, un reste de peinture avec une orante ^. Ce fragment
i | Quand il se rétrécit, et aux tombes arquées succèdent des tombes plus modestes. Puis à gauche, nous rencontrons d'abord deux cubicules !, le troisième était connu depuis de Jorio ; il fut déblayé en 1873 et ce fut là qu'on trouva la peinture inspirée par le Pasteur d'Hermas. Dans le cubicule qui se trouve le premier à gauche ? et qui était entièrement caché par l'escalier moderne, les dimensions sont 1 m. 70 de large, 2 m. 04 de long et 1 m. 60 de haut. A l'intérieur, se voit le frappement du rocher, la tête du personnage manque ; à la voûte, le Christ tenant la baguette dans la main droite, sans personne avec lui. Dans la crypte suivante , qui mesure 1 m. 80 de large sur 2 m. 06 de long et 1 m. 90 de haut, l'ornementation est faite de lignes tracant des compartiments et une scène dont nous parlerons plus loin. Devant la crypte, sur le sol, une pierre avec une inscription * ;
HIC REQVIESCIT & BABVLIVS Č
Dans le troisième cubicule *, qui mesure 1 m. 78 de large sur 2 m. 04 de long et 1 m. 85 de haut, se trouve la peinture inspirée d'Hermas, ensuite Jonas sous le cucurbite et Moïse frappant le rocher avec le Christ ressuscitant Lazare.
De l'autre côté du grand ambulacre, également trois niches, la première’, détruite, donne accès à l'ambulacre latéral et à l'oratoire de Saint-Janvier. La deuxième * a été décorée de l'image de Jonas, en grande partie disparue. La troisième” est entièrement dévastée.
A l'origine, les parois de cette première section du grand ambulacre devaient être peintes tout entières et l'on voit encore les traces d'enduit ; il reste un débris mesure 0 m. 70 de haut sur 1 m. 10 de large. Une figure féminine, les bras levés, ayant à sa gauche un palmier avec quelques régimes de dattes ; dans le ciel, l'aile et une partie du corps d'un oiseau noir (fig. 8654). L'inscription ne nous apprend rien, on peut lire seulement ces mots : hie requiescit IN PACE TA Q VIXIT AN nOS PLVS MINVS XX Le deuxième cubicule à gauche offre une peinture dont l'interprétation est difficile par suite de l'état de dégradation où elle se trouve et de la négligence de la technique. C'est une scène à trois figures. Une de celles-ci est certainement la représentation d'un homme vêtu d'une tunique qui semble s'agenouiller et avoir les mains croisées sur la poitrine. Devant lui, une autre figure virile, debout, les bras levés ; enfin une troisième figure virile, de grande taille, dont le haut du corps manque. Nous en laissons à d'autres l'explication (fig. 8685).
VII. LES PEINTURES A SAINT-JANVIER. — Cette catacombe de Saint-Janvier /5an Gennaro ) que nous avons sommairement fait connaître a été souvent décrite et c'est fort heureux car les peintures des plafonds de chaque étage sont presque effacées, à peine déchiffrables même lors que l'humidité, en suintant à travers le plafond, ravive les couleurs. C'est en vain que la photographie s'y attaque. Le peu qu'on aperçoit ne rappelle en rien les architectures fantasques de Pompéi ; le souvenir qu'éveillent ces fresques c'est celui des voûtes décorées des cubicula romains, un fond blanchâtre coupé de lignes brunes pareil les à de larges galons dont les combinaisons imitent grossièrement les caissons d'un plafond stuqué. Essayons cependant d'y découvrir quelque chose en nous aidant de la description de L. Lefort et des dessins de R. Garrucci 1,
EEE
quatre groupes de deux figurines, tantôt deux petits amours nus, tantôt deux mignonnes Psychés, tenant une guirlande de fleurs, garnissent les coins. Quatre ovales allongés, pleins de grappes de raisin en bouquet, appuient chacun leur extrémité supérieure sur l'un des angles du carré et leur extrémité inférieure sur le linteau d'une baie simulée : au-dessous de la baie, un quart de cercle contient une tête de Saison. Cette combinaison laisse libre, hors du carré, sur ses quatre faces, un espace que couvrent : au sommet, un petit panneau à bordure flamboyante soutenu par une guirlande et égayé par un masque grotesque ; au milieu, un grand panneau contenant une scène composée de plusieurs personnages et inscrit dans une lunette encadrée d'une guirlande de fleurs, sur laquelle reposent deux colombes ; en bas, entre deux petits compartiments surmontés d'un vase de fleurs et chargés d'un hippocampe, un compartiment plus large dans lequel court un lion. Un chevreau bondissant s'ébat dans l'intervalle qui sépare chaque petit compartiment de l'un des quarts de cercle à tête de Saison. Enfin, comme les dimensions du plafond ne sont pas égales dans les deux sens, la différence est rachetée, dans le sens le plus large, par deux bandes qui se divisent en caissons ornés soit d'un vase, soit d'un animal chimérique, soit d'une tête de Saison.
722 un second personnage, vêtu d'une courte tunique ceinte, porte au bras gauche un objet difficile à définir, et, de sa main droite, fait le geste de lancer une pierre. Cette dernière figure, vulgairement désignée sous le nom impropre du semeur, parait, aux yeux du P. Garrucci, celle de Caïn, meurtrier d'Abel ; il semble plus conforme aux données de l'art chrétien primitif d'y voir David, vainqueur de Goliath (fig.8657). Quant au dernier panneau, on ne peut contester l'originalité du sujet que l'artiste a eu l'intention d'y traiter. En effet, sa donnée n'a inspiré aucune peinture des catacombes, ni même aucun tableau renommé à quelle que époque que ce soit. A vrai dire, le peintre napolitain l'a rendu d'une manière tellement sommaire que, pour la comprendre, l'érudition a été contrainte de déployer toute sa perspicacité (voir Dictionnaire, t. v1, col. 2286, fig. 5667). La scène consiste en un groupe de trois jeunes filles construisant une tour. C'est une allégorie extraite du livre d'Hermas, Le Pasteur, où l'auteur rapporte qu'il vit douze vierges élever une tour avec des pierres tirées de l'eau. Hermas explique lui-même le sens de cette vision : les pierres tirées de l'eau sont les fidèles régénérés par les eaux du baptême ; la tour symbolise l'Église, et les vierges les esprits saints ou les vertus qui font un même corps de ceux dont se compose l'Église (1. III, simil. rx). Bien que la fresque de Saint-Janvier restreigne de douze à trois le nombre des vierges, son application au texte d'Hermas ne rencontre pas d'adversaires. Le Pasteur a joui pendant le r1 ? siècle d'une grande popularité dans le monde chrétien de l'Orient et, sûrement, dans l'Italie méridionale qui avait avec la Grèce tant d'affinités ; nulle raison ne s'oppose donc à ce que sa vogue ait encore duré à Naples vers le milieu du ri siècle.
C'est la date approximative à laquelle il sied de rapporter la création du vestibule de la catacombe supérieure et l'exécution de son plafond. On ne peut douter que cette chambre funéraire ait été appropriée à sa destination avant les galeries qui se soudent à elle, c'est-à-dire avant les dernières années du trie siècle et les premières années du 1v°, Mais du consentement général, elle est postérieure au vestibule de la catacombe inférieure et, par conséquent, au commencement du rme siècle. Son plafond est d'ailleurs l'œuvre d'art la plus remarquable des catacombes napolitaines et aussi la plus distinguée. Lorsqu'il avait l'éclat de la fraîcheur, il devait produire un effet très séduisant. La partie purement ornementale se recommande par son élégance et les figures d'Adam et d'Eve, de David et des trois jeunes filles ont un fond de correction et une noblesse d'attitude tout à fait classiques.
723 NAPLES 724.
délimités par un double linéament portent les uns et les autres au milieu de guirlandes un cercle autour d'une écuelle de fleurs. Entre ces cartouches, quatre rinceaux environnant trois médaillons dans lesquels une colombe perche sur une guirlande de fleurs et, à la place du quatrième médaillon, d'un triangle flanqué, à sa pointe, de taureaux marins. La zone est coupée au-panne aux divisés en trois parties par deux guirlandes dessous des petits trapézes par quatre lunettes, à base verticale, ont, au centre, un fleuron et, à droite et convexe, qui logent un vase entre deux colombes posées sur une légère guirlande de feuillage. En dehors du grand cercle, au delà des lunettes, quatre cartouches remplissent alternativement les angles du plafond.
125 126 si elle n’a rien qui se réfère au christianisme, cette composition n'a rien non plus qui relève du paganisme. Elle est indifférente, car elle se réduit à des motifs de pur agrément dépourvus de signification propre. Les catacombes romaines fournissent plusieurs exemples d'un parti pris analogue, et l'absence complète d'emblèmes religieux est pour les peintures des tombeaux chrétiens un signe sérieux d'antiquité. On peut donc regarder comme certain que la sépulture collective transformée plus tard en vestibule a été préparée au commencement du in ? siècle, son ornementation est contemporaine de son installation.
Parois : elles ont été décorées à la même époque et On a beaucoup trop ratiociné à ce sujet parce qu'on a vu sous l'enduit, dans un médaillon, un bouc ithyphalle bondissant. Ce détail indécent a semblé ne pouvoir appartenir qu'à une décoration païenne. A supposer qu'il en fût ainsi, on s'expliquerait mal que les nouveaux occupants chrétiens n'aient pas, en prenant possession de la crypte, effacé cette image choquante et qu'ils n'aient pris soin de la couvrir qu'après cinq siècles. Mais, peut-être, ne s'en sont-ils pas scandalisés pour la raison décisive qu'ils n'y ont rien vu ; dans une cave, mal éclairée, il ne faut rien moins que le regard des archéologues pour découvrir ce qui, à la vérité, a pu fort bien passer inaperçu.
Les deux plafonds que nous venons de décrire sont, de beaucoup, ce que la catacombe de Saint-Janvier offre de plus artistique, tout ce qu'il nous reste à mentionner n'a qu'une médiocre importance. Revenons à la catacombe supérieure.
Vestibule. Arcosolia. Leurs peintures ne semblent ni de la même main ni de la même valeur que celles du plafond. Elles se sont succédé au fur et à mesure que court intervalle et avant la fin du re siècle.
Arcosolium du rang supérieur à gauche ! Lunette : vase de fleurs et deux dauphins. Voussure : à gauche, fleurs et une colombe ; au sommet, un bouc et un bâton sur lequel s'enroule un cep de vigne ; à droite, fleurs.
Arcosolium du rang supérieur à droite *. Lunette dans un encadrement carré, personnage debout dont la tête et le buste sont détruits, appuyé sur un bâton près d'un ormeau au long duquel monte une vigne. Voussure : sur les côtés, fleurs, et tête de Saison dans un médaillon du sommet.
Arcosolium du rang supérieur à droite *. Lunette : une garçon en orant. Voussure : fleurs, hippocampes et dauphins.
Arcosolium du rang supérieur à droite‘. Lunette détruite. Voussure : sur les côtés, disques avec pampres, fleurs. Au sommet, tête nimbée de l'Automne.
Le vestibule de la catacombe de Saint-Janvier a eu promptement pour annexe une cavité percée parallèlement à son flanc gauche. Dans la suite, on a renoncé à étendre le cimetière dans cette direction et on a taillé dans le fond du vestibule une crypte étroite qui est devenue, au rv siècle, un passage entre cette chambre funéraire et le grand ambulacre de la catacombe. Les monuments que recèlent l'annexe et le passage appartiennent donc à la fin du m siècle ou au commencement du rv, Fin du 11r et début du 1v ? siècle. Cat. sup. — Annexe. Arcosolium *. Lunette : un paon vu de profil et guirlandes de fleurs en festons. Voussures : guirlandes de fleurs.
Cat. sup. — Passage entre le vestibule et le grand ambulacre. Arcosolium*. Lunette : dans un encadrement carré, un cheval, emblème funéraire ou bien emblème de la course de la vie. Voussure : sur les côtés, dauphins ; au sommet, tête chauve nimbée de l'Hiver.
Cours du 1v* siècle, Calac. inf. — Grand ambulacre, côté gauche, Arcosolium 7.
Cal. inf. — Grand ambulacre, côté gauche. Arcosolium *.
Cat. inf. — Grand ambulacre, côté gauche. Arcosolium *.
Cat. inf. — Grand ambulacre, côté gauche. Arcosolium 1, Cat. inf. — Grand ambulacre, côté droit. Arcosolium 1, Cat. inf. — Grand ambulacre, côté droit. Arcosolium ?, Cat. inf. — Grand ambulacre, côté droit. Loculus« .
Cat. sup. — Grand ambulacre, côté droit. Arcosolium de droite '4, Cat. sup. — Grand ambulacre, côté droit, Arcosolium de gauche '. Fin du 1v et début du Ve. Cat. inf. — Grand ambulacre, côté gauche. Arcosolium !*.
Cat. sup. — Grand ambulacre, côté gauche. Arcosolium '*, Cat. sup. — Galerie parallèle au grand ambulacre.
Arcosolium %, Cours du v siècle. Cal. sup. — Grand ambulacre, côté droit, Petite conque !, Cat. sup. — Grand ambulacre, côté droit. Arcosolium *, Cat. sup. — Galerie perpendiculaire à l'ambulacre !, Cat. sup. — Galerie parallèle à l'ambulacre. Arcosolium .
Cat. sup. — Galerie perpendiculaire à l'ambulacre. Arcosolium *.
« En s'enfonçant dans les galeries obscures qui cheminent à travers la colline de Capodimonte, on trouve, çà et là, dans les arcosolia, des restes de peintures des ve et VIes ; et les sont pour la plupart si misérablement dégradées qu'on est contraint de se référer aux reproductions données par Bellermann * et Garrucci pour distinguer quelques détails. Par exemple, plusieurs fresques du ve et du VIe représentent, au fond de l'arcosolium, un défunt debout entre deux flambeaux allumés 5. La coutume d'entourer les lumières « Il est curieux de trouver, à deux siècles de distance, PATE ets
»PT *,
par art et 4 729 parmi les plus anciennes peintures chrétiennes de Nap les, un groupe qui s'inspire d'un écrit familier aux écoles d'Alexandrie et un détail pris aux peintures et aux mosaïques de l'Afrique chrétienne. Mais, tout en notant ces menues importations, il faut rappeler qu'elles se trouvent perdues dans un ensemble d'œuvres qu'il est impossible, pour le dessin, le coloris et la plupart des sujets de distinguer des peintures romaines du même temps !. » Cours du v siècle. Colac. de Saint-Gaudiosus .
Cubicule de saint Nostrianus. Ambulacre (sous un loculus, un paon). Crypte. Cubicule de Gaudiosus.
Cours du vI ? siècle. Même catacombe.
Cubicule de saint Nostrianus.
VIII. L'ÉGLISE CONSTANTINIENNE, — Les historiens locaux, tout heureux de pouvoir s'en rapporter aux affirmations de la Chronique de Sainte Marie del Principio (xin siècle) et de la Chronique de Partenope (xiv siècle) n'ont pas hésité à faire venir à Nap les l'empereur Constantin à qui ils attribuaient la construction dans cette ville de sept basiliques chrétiennes, sans parler de l'église de Santa Maria a Mare. Cette opinion fut défendue par Iugenio ?, Caracciolo , Sicola , Summonte et Ciampini , contredite par Sabalini et Assémani ? qui, avec raison, la traitèrent de pure légende pouvant prendre rang avec le voyage de saint Pierre à Nap les !« , Pour trouver la mention historique de basiliques chrétiennes à Nap les, il faut attendre, ainsi que nous le verrons, l'épiscopat de saint Sévère, qui, à lui seul, en fit bâtir quatre, dont la basilique sévérienne dont parle Jean Diacre ! et qu'a bien fait connaître J.-B. De Rossi ! ?, La tradition napolitaine est mêlée de légendes, aussi faut-il s'en tenir au passage du Liber pontificalis de Home # : Eodem tempore fecit Constantinus Augustus basilicam in urbe Neapolim etui 32 optulit hiec : patenas urgenleas 11, pens[antes] sing[ulas] lib|ras] XV ; sciphos argenteos IT, pens. sing. lib. denas ; cali ces ministeria les Xv, pens. sing. lib. II ; amas argenteas IT, pens. sing. lib. quindenas ; fara argentea XX, pens. sing. lib. VIII ; fera ærea XX pens. sing. lib. X.
Fecit autem formam aquae ductus per milia VIII ; fecit autem et forum in eadem civitatem et donum optulil (ce sont les propriétés foncières affectées à la basilique) : possessio Macari, prest. sol. CL ; possessio Cimbriana, presi. sol. cv ; possessio Sclipa, prest. sol. CVIII ; possessio Afilas, presi. sol. CXL ; possessio Nymfulas, prest. sol. Xc ; possessio insula cum castro, prest. sol. LXXX.
Il n'est pas douteux, ainsi que le fait observer L. Duchesne, que l'auteur de la Vita Silvestri n'a composé sa notice qu'à l'aide d'une liste officielle des fondations impériales !*, D'ailleurs, d'autres témoignages concordent avec celui-ci, c'est d'abord le Liber pontificalis sanclæ Ecclesise Neapolitanæ désigné ordinairement sous le nom de Chronicon Johannis Diaconi, qui parle de l’évêque Zosime, contemporain des papes Melchiade 730 et Sylvestre et de l'empereur Constantin. Il confirme le fait de la construction d'une basilique à Nap les sous l'épiscopat de Zosime. Heste à savoir quelle basilique.
D'après cette même Chronique, c'est la basilique de Sainte-Restitute : eliam et in urbe Neapoli basilicam fecit asserentibus multis, quod sancta Reslilula fuissel !. Le catalogue des évêques de Nap les du x siècle, appelé Catalogue de Bianchini dit de même que, sous Zosime, Constantin bâtit la basilique de Sainte-Restitute, sub quo sancta Restilula a Constantino imperalore facta *. Avec ces témoignages s'accordent celui de l'historien de saint Athanase, au 1x siècle : Ecclesiæ vero sancta Hestituta,qua a Constantino primo augustorum christianissimo, ut ferlur, condita est 7, et celui de Bède, au vine siècle : {tem basilicam in urbe Neapoli !* et ceux d'Adon de Vienne et du Chronicon. Vulturnense.
Adon nous dit qu'en 333 imperator Constantinus consiruxit ecclesiam in urbe Neapoli miro opere, omnibus apostolis et martyribus ? ?, à quoi l'auteur de la Chronique ajoute que Constantin éleva in civitate Neapoli ecclesiam Sancti Salpatoris miræ pulchritudinis ». Cette Chronique du Vulturne est communément attribuée au xit siècle, mais l’auteur n'a fait que continuer celles d'Autpert (778) et du moine Pierre, de la fin du rx siècle ! ; ainsi le If livre de la Chronique, où se trouve mentionnée la construction de la basilique napolitaine, est d'une date plus ancienne que Jean Diacre et le Gatalogue de Bianchini.
Le fait de cette construction n'est donc pas contestable ; on peut soutenir de même qu'elle remonte à la première moitié du 1rv siècle. Une première preuve s'en trouve dans le Libellus precum des deux prêtres lucifériens Faustin et Marcellin. On y voit que l'évêque Maxime ayant été chassé de son siège par les ariens qui lui substituèrent Zosime, toutes les fois que celui-ci entrait dans la basilique pour prendre la parole devant le peuple, il en fut empêché : quoties in basili- ` cam diversis diebus intrare lenlavil... ut vidit se linguæ officium perdidisse, egreditur basilica . La basilica susdite ne pouvait être que la basilique épiscopale où l'évêque remplissait sa fonction. Elle existait donc avant l'intrusion de Zosime, par conséquent avant l'année 360 environ.
` Un autre témoignage se trouve dans les Acta sancti Severi. Capasso ? estime que la [re partie de ces Acta, le De vita vel obitu, est postérieure de peu de temps au Chronicon episcoporum de Jean Diacre. Or, cette Ie partie a été rédigée certainement d’après des documents plus anciens, on y lit le miracle de l'homme rappelé à la vie par saint Sévère et, à cette occasion, on voit que Sévère convoqua le peuple ad episcopii ecclesiam Domini et Salvatoris nostri Jesu Christi **. Ainsi, sous l'épiscopat de Sévère, il existait à Nap les une ecclesia Salvatoris.
Mon moins important est le témoignage qui nous vient de l'évêque de Nap les, Jean I*r, en 432, dont un contemporain, Uranius, raconte la mort survenue un samedi saint, alors qu'il accomplissait les rites sacrés sur la chaire épiscopale : Sabato aulem secunda hora diei ad ecclesiam laetus processil, ascenso tribunali, ex more populum salutavit, resalutatus que a populo orationem dedil, et collecta oratione spiritum exhalavil. Ex lamen nocle in « ecclesia » vigilalum est !. Cette basilique ne peut être différente de la constantinienne, seule existante alors à Nap les d'après les documents.
Ainsi donc, avant Jean Ie, il existait à Nap les une basilique due à la munificence de Constantin.
Ceci est d'autant moins fait pour surprendre que nous savons l'importance de la ville de Nap les et la présence d'une chaire épiscopale dans cette ville, à une date antérieure au règne de Constantin.
Quant aux sept basiliques pseudo-constantiniennes qui seraient Saint-Georges, Saint-Janvier à la Diaconi, Sainte-Marie-la-Ronde, Sainte-Marie in Cosmedin, Saints-Jean-et-Paul et Saints-André-et-Nil, l'affirmation est purement légendaire. Pour Saint-Jean-le-Majeur, cette église fut bâtie par l'évêque de Nap les, Vincent, au vi ? siècle. La Chronique l'affirme sans hésitation : Hic fecit præfulgidam basilicam ad nomen beatissimi precursoris Johannis Baplisie ?, et J.-B. De Rossi a démontré, par l'étude du monogramme décorant les chapiteaux des deux colonnes encore existantes de ladite basilique, que le monogramme qui les décore est celui de Vincentius episcopus et non pas, comme l'avait soutenu Eugenio ?, celui de Constantin.
Quant à la basilique des Saints-Apôtres, elle fut l'ouvrage de l'évêque Soter (v siècle) et non de l'empereur Constantin, ainsi que l'affirme le Chronicon episcoporum : hic (Soter) Eclesiam catholicam beatorum apostolorum in civitatem conslitudit . Peu importent la date et la source de la légende de sept basiliques constantiniennes *.
La basilique constantinienne porte aujourd'hui le vocable de sainte Hestitute qui a remplacé celui du Sauveur et des saints apôtres et martyrs, ainsi que nous l'ont appris la Chronique d'Adon et celle de Vulturne. Ceci est confirmé par la décoration primitive de l'arc triomphal et qui se voyait encore au xvir siècle. D'après la description de Chioccarello, au sommet de l'arc se voyait l'image du Sauveur, à droite et à gauche, en deux groupes distincts (quatre à droite et trois à gauche) sept séraphins tenant des candélabres ardents et ensuite les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse offrant leurs couronnes. Ces motifs se retrouvent à Home, au v* siècle, sur la mosaïque de Saint-Paul-hors-les-Murs et, au vi ? siècle, sur l'arc de la basilique des Saints-Côme-et-Damien. Il y a donc tout lieu de penser avec Müntz et Bertaux que la mosaïque primitive a été reproduite par la fresque sur l'arc triomphal.
Certains ont soutenu que la basilique avait d'abord été dédiée à sainte Restitute ; telle est l'opinion de Baronius, de Caracciolo, de Chioccarello et d'autres. Ce qui est plus probable, c'est que la translation de Restitute eut lieu au vi siècle, sous Constantin, fils de Constant et les historiens ont retenu ce nom de Constantin comme du grand empereur du rv siècle, IX. LA BASILIQUE DE SÉVÈRE, — L'évêque Sévère gouverna saintement l'Église de Naples pendant quarante-six ans, deux mois et onze jours, de l'an 366 à l'an 412 ou 413 . Contemporain des grands évêques Damase, Ambroise et Paulin — pour ne parler que de l'Italie — il rivalisa de sainteté et d'activité avec eux ; au dire du Chronicon episcoporum sanctæ Ecclesiæ Neapolitanæ ?,il construisit quatre basiliques pendant la durée de son épiscopat. Nous n'en savons ni les dates ni l'ordre dans lequel elles se succédèrent, mais la plus considérable fut celle qui porta le nom de son fondateur, la basilica Severiana qui, selon Jean Diacre, était mirificæ operationis. Dans le paragraphe consacré aux mosaïques napolitaines, nous parlons de celle qui, au dire de ce même chroniqueur, décorait l'abside de la basilique sévérienne (voir col. 752). On y voyait le Sauveur assis au milieu du collège apostolique, ainsi qu'on le voit également à Sainte-Pudentienne de Rome qui n'est antérieure que de peu d'années à celle dont nous parlons (voir Dictionn., t. XI, col. 237-238, fig. 8524) et à Saint-Aquilin de Milan (Dictionn., col. 180, fig. 8495), sujet que nous avons traité déjà (voir Dictionn., t. x, col. 1114-1121, fig. 75117515). A la partie inférieure de cette mosaïque, on voyait quatre figures en pied tenant des volumes et offrant des couronnes d'olivier, de raisins, d'épis, de roses et de lis. Jean Diacre y voit les figures des quatre grands prophètes et donne de leurs offrandes une interprétation symbolique qui semble imaginaire. Il n'est pas question de prophètes mais de saisons résumant la vie humaine et la résurrection avec la récompense éternelle promise aux saints dans le ciel. Les paroles Fiat pax par lesquelles s'ouvre la légende peuvent servir de commentaire à l'olivier, symbole de paix. aud de IM is « T I NET s ~ VE TAA doa RR lm rici id vé UP a med VT We 133 remontent aux premières années du Ve, sont tous en Grèce ou en Syrie. Cette simple boucle, ajoutée à une lettre, a paru à J.-B. De Rossi une marque d'origine assez nette pour que lui-même ait conclu : « Peut-être Sévère a-t-il employé un architecte appartenant à la même école que ceux de la Syrie et de l'empire d'Orient. C'est, pour le dire en passant, un fait remarquable que la diffusion en Gaule de ce monogramme oriental, si rare en Italie. De Rossi pense que le monogramme à R latin aura été introduit à Trèves par des architectes envoyés d'Orient pour bâtir le palais impérial de cette ville. Il faut retenir cette hypothèse qui tend à représenter Trèves comme un centre d'art byzantin qui aurait joué pour les Gaules le rôle d'intermédiaire que Ravenne joua pour l'Italie. » La reconstruction entreprise au xvi siècle, d'après les plans de Fanzaga, n'aboutit qu'à retourner l'église bout pour bout et à lui faire perdre son ancien vocable. C'est depuis cette époque que l'autel majeur occupe aujour d'hui la place où, jadis, se trouvait le seuil et inversement. Les archéologues napolitains se firent un point d'honneur de démontrer que les ruines retrouvées appartenaient à l'ancienne basilique sévérienne, ce qui ne put être contesté ; dés lors son importance historique était évidente pour tous. Pour juger du monument, il faut le restituer tel qu'on le voit dans la fig. 8689, avec ses arcatures à jour qui lui rendent son aspect primitif. J.-B. De Rossi, en annonçant cette découverte, s'empressait de dire que jamais pareil portique absidal n'avait pu servir de tribune à une chaire épiscopale ou à un autel. Et, ajoutait-il, avec quelle partie de la basilique communiqueraient ces arcades ? Nous n'avons pas un seul autre exemple de cette disposition ni une allusion dans les textes et la liturgie : Lo studioso lettore considerandola, in suo pensiero mi verra dicendo ; or come mai un siffaio portico absidato con triplice apertura nel ? emiciclo potè esso servire di tribuna alla cattedra ed al l'altare ? E con quale parte della basilica comunicavano i pani degli archi ? Di si strano modo di abside abbiamo forse alcun aliro esempio ed indizio nei montmenti e nelle antiche testimonianze della storia e della liturgia ?
Lorsqu'il s'agit d'Orléansville, on pourrait croire qu'une abside ouverte n'offrait qu'un minimum d'inconvénients eu égard à la température clémente du pays. Peut-être en serait-il de même à Naples et, à la rigueur, à Rome ; mais quand on arrive à Tours, il devient trop clair que ces baies à jour ne pouvaient s'ouvrir que sur un corridor ou une chambre fermée, sous peine de rendre la place intenable pour le clergé et pour les fidèles. On n'a aucun indice qu'on ait fait usage de carreaux de verre ou de pierres spéculaires. Du reste, ces absides supportées par des colonnettes ne devaient pas être à l'épreuve du temps ; c'était peut-être flatteur, mais c'était fragile et il fallut adopter un procédé pour les renforcer efficacement : on les boucha et l'abside aveugle s'imposa. Dans certaines basiliques, l'abside conserva de fausses arcatures qui n'étaient qu'un élément décoratif. On trouve un exemple de la substitution des fenêtres aux arcades dans la basilique de Prata, près d'Avellino, qui conserve l'antique corridor concentrique à l'abside et dans lequel on voit les ouvertures de six fenêtres cintrées. Mais l'abside de la basilique sévérienne est aujourd'hui le témoin classique des absides arquées, ouvertes, posées sur des colonnes 1.
Nous ne revenons pas sur les coussinets des chapiteaux (voir ci-dessus col. 732) et sur les monogrammes d'évêques qui se lisent sur les chapiteaux (voir Diclionn., t. x1, col. 2382, fig. 8360).
X. La BASILIQUE STÉPHANIE. — À la fin du Ve, l’évêque Étienne éleva contre la basilique de Consfacade et quelques-unes de ses colonnes, une annexe de la cathédrale neuve : encore aujour d'hui, la vieille basilique, étrangement restaurée, fait place à la somptueuse chapelle du Trésor. Mais elle n'a gardé de sa structure primitive que les colonnes et des chapiteaux corinthiens, dont aucun, sans doute, n'a été taillé expressément pour l'édifice constantinien. Tout, dans la construction actuelle, est antérieur ou postérieur au Iv* siècle : plusieurs chapiteaux ont des feuilles d'acanthe épineuse qui trahissent l'outil d'un sculpteur byzantin, et les arcs en tiers-point, bandés d'un tailloir tantin une basilique orientée vers l'Est qu'on appela la basilica Stephania et qui eut son atrium commun avec la basilique de Sainte-Restitute. Ces deux églises, soudées l'une à l'autre, eurent chacune son clergé et sa chaire épiscopale mais avec un seul évêque pour les deux cathédrales, ainsi que le dit l'auteur de la Vita sancti Athanasii ; le saint Livre est formé de deux Testaments.
La Siephania, incendiée une première fois au vi siècle, fut démolie à la fin du xii pour faire place à la cathédrale nouvelle que voulait bâtir Charles II d'Anjou. Contre les piliers rectangulaires de plan français qui furent alors édifiés, les architectes royaux adossèrent les colonnes monolithes de la basilique et de l'atrium ?, qui, superposées deux à deux, formèrent, aux retombées des archivoltes, de longues colonnettes de marbre. Quant à la basilique de Sainte-Restitute*, elle resta, après avoir perdu sa à l'autre, ont sans doute été reconstruits au temps de Charles d'Anjou.
« Il n'y a donc plus, dans l'Italie méridionale, aucun monument contemporain de Constantin. Pour trouver des descriptions détaillées et des fragments authentiques, il faut avancer un demi-siècle. A Naples, nous rencontrerons alors les basiliques élevées par l'évêque Sévère, et, à Nole (voir ce nom) les constructions fameuses entreprises par saint Paulin '. » XI. LE BAPTISTÈRE DE SOTER, — A quelques pas de la grande église baroque de Saint-Georges-Majeur, où se trouve murée l'abside de la basilique sévérienne, on peut voir, à Naples, un second monument du Ve, le baptistère de la primitive cathédrale. C'est un modeste édifice de plan carré, surmonté d'une coupole hémisphérique qui repose sur quatre trompes d'angles, voûtées en cul-de-four (fig. 8690). II s'élève contre l'abside de Sainte-Restitute et n'est séparé de de ce baptistère a été pendant longtemps un sujet de discussion. En effet, la chronique des évêques de | Naples et son appendice, rédigés au ix siècle, et qui | ent l'autorité d'un Liber pontificalis, relatent la construction de deux baptistères : le plus grand, élevé à la fin du Ve par l'évêque Soter ; le plus petit, élevé par l'évêque Vincent, après 550% La plupart des érudits napolitains imaginèrent que le baptistère - actuel était le plus petit ; ils le placèrent en conséquence au vi siècle ; d'autres négligèrent le témoignage de la chronique pour accepter celui d'une inscription ifalienne qui attribue la fondation de « cette chapelle » à Constantin lui-même ?. C'est alors qu'intervint Eug. Müntz (voir ce nom) qui reprit le problème et lui donna une solution.
Dans la seconde moitié du v siècle, dit-il, l'évêque Soter fit construire près de la cathédrale, à l'intérieur de l'évêché, un baptistère de dimensions considérables : fecil et baptisterium fontis majoris intus episcopio ; fuit ~ lemporibus Hilarii, Simplicii, Felicis papæ et Leonis imperaloris. D'autre part, au VIe, sous le pontificat de Pélage et de Jean III (555-573 ?), on construisit dans la même région un baptistère plus petit,. dans lequel prirent place de riches peintures (Vincentius episcopus) fecil baptislerium fontis minoris - inius episcopio, et accubitum juxta positum grandis operis depiclum ?. Ce second baptistère, d'après Assémani, Mazzocchi , Parascandolo, Galante”, serait identique à celui qui s'élève de nos jours encore à côté du dôme, au bout de la basilique de Sainte-Hestitute, et qui se distingue par ses belles mosaïques. Un troisième parti attribue la fondation du baptistère actuel à Constantin même ; il s'appuie sur le témoignage de Jean Villani, dans sa Chronique napolitaine et sur une inscription encastrée dans l'édifice et ainsi libellée : Questa cappella la edificai lo imperalore Costantino ali anni CCCX X XIII poy la nativi de Apo. Et la consecrai S. Silvestro el ave nome S. Joanne ad fonte et ave indulgentia ifinita, Au nombre des partisans de cette manière de voir on peut citer Catalani et les critiques d'art Crowe et Cavalcaselle , peu familiers avec ces lointains problèmes.
Un examen approfondi conduisit Eug. Müntz ! aux conclusions suivantes : Si le caractère des figures s'accorde mal avec les monuments de la seconde moitié du VIe, il s'éloigne aussi singulièrement de ceux du temps de Constantin. Un abime sépare les mosaiques du mausolée de Sainte-Constance, prés de Rome, de celles de notre baptistére. Dans celui-ci, à côté de fonds exclusivement composés de cubes d'un bleu lapis, on remarque que la profusion des cubes d'or dans les vêtements ou les accessoires, signe indéniable de la décadence de l'art. Le choix des sujets, le style des compositions aussi témoignent en faveur d'une époque plus avancée que le IVe : les scènes, surtout celles qui ont pour acteur le Christ, se distinguent par leur variété et par leur aisance. On remarque en outre plusieurs motifs absolument incongrus avec les usages des chrétiens de la primitive Église, par exemple les symboles des évangélistes. Ces symboles n'apparaissent qu'avec le Ve ; les plus anciens que l'on connaisse sont ceux de Sainte-Pudentienne. D'autre part, les arguments qui plaident contre le IVe ne sont pas moins sérieux que ceux qui plaident contre le Ve. Le modelé est encore serré et correct, les contours sont relativement purs et élégants ; les proportions sont justes. On remarquera en outre le talent avec lequel les figures sont individualisées, la dignité et la noblesse des gestes.
En se prononçant pour la première moitié du Ve, c'est-à-dire pour l'époque de l'évêque Soter, on coupe court aux difficultés que nous venons de signaler. C’est en effet avec les monuments de cette époque, notamment avec les mosaiques de la nef et de l'arc triomphal de Sainte-Marie-Majeure (voir ce nom), 432-440, que les mosaïques du baptistère de Naples offrent le plus d'analogies.
A ces considérations doit s'ajouter une observation topographique, qui est décisive. Le baptistère actuel était, comme l'indique la place qu'il occupe à l'abri de Sainte-Restitute, le baptistère de la première cathédrale. L'autre baptistère fut destiné à desservir la seconde cathédrale, la Stephania, fondée près de vingt ans après la mort de Soter, par le second de ses successeurs 12, : Le baptistère napolitain, négligé par tous les historiens de l'architecture, est peut-être la plus remarquable construction du Ve qui subsiste en Italie. Qu'on le compare, en effet, au grand baptistère de Nocera dei Pagani, si souvent dessiné ' ?, Ici, nous trouvons une calotte posée directement sur un cylindre et épaulée par la voûte annulaire du pourtour ; la grande rotonde, bâtie près de la route qui conduit de Naples à Salerne, n'a rien qui diffère de constructions romaines, comme le mausolée de Sainte-Constance et le baptistère du Latran. Au contraire, le baptistère de Naples, contemporain de la chapelle funéraire de Galla Placidia (voir Dictionnaire, t. VI, à ce nom) à Ravenne, est, en Italie, l'un des plus anciens exemples d'une coupole sur plan carré ; il est, dans le monde, le premier édifice chrétien où le passage de la coupole au carré du plan soit ménagé au moyen de trompes d'angle, qui sont l'élément le plus caractéristique de l'architecture sassanide ^. Le procédé persan se répandit dans les provinces chrétiennes de l'empire d'Orient ; on le retrouve à Ravenne, au temps de Justinien. Sous les stucs qui ont défiguré toute la partie supérieure de l'église de Saint-Vital, on a découvert en 1900 huit petites trompes d'angle, par l'intermédiaire desquelles était ménagé le passage de l'octogone du plan au cercle sur lequel s'élève la coupole !, Par la suite, il faudra attendre jusqu'au Xe pour retrouver, dans l'art byzantin, de nouveaux exemples de cet artifice de construction ». Mais on ne peut mettre en doute l'origine orientale de trompes d'angle pareilles à celles qui sont établies sous la coupole du baptistère de Sainte-Restitute, Dès le Ve, certains détails de construction et de décoration se trouvaient importés de l'Orient à Naples !, »
A. — XII — 24.
L'étude du cycle formant la décoration du baptistère napolitain soulève de réelles difficultés par suite des détériorations subies par l'œuvre primitive. En beaucoup d'endroits, les cubes ont été détachés, corrodés, pulvérisés, remplacés par du stuc ou par une couche de peinture que l'humidité régnante a mise à mal. Il est permis de supposer que ces peintures reproduisent ou reproduisaient les sujets traités dans les mosaïques dont elles ont pris la place ; mais il ne faut pas chercher une rigueur de reproduction bien grande, car les unes, les portraits en buste du Christ et de la Vierge, datent, d'après Salazaro !, du XIe, les autres ont l'air de travaux du XVIe ou même du XVe, toutes époques où l'on ne se piquait pas de scrupules excessifs. Une restauration a eu lieu 740 de nos jours par les soins de deux mosaïstes d'une habileté consommée : Cherubini et Valenzi ?. 3 R. Garrucci fut le premier à consacrer une étude à ces mosaïques ? avec deux planches d'ensemble. gravées au trait et assez inexactes. Eug. Müntz fixa. l’âge du monument et de sa décoration par l'analyse, iconographique#, Ensuite Ainalov donna une description plus exacte, éclairée par quelques croquis et par ` des rapprochements érudits. Survint G.-A. Galante, = qui renonça à faire remonter les mosaïques à l'époque constantinienne suivant sa première pensée ; néanmoins, il maintient le point de vue que les mosaïques M | appartiennent à deux époques différentes. E. Bertaux W a pu profiter des clichés photographiques exécutés à M la suite des restaurations, et il a donné avec une brève 141 notice, une copie, légèrement corrigée, du relevé dessiné par Ferd. Mazzante ! (que nous donnons ici, fig. 8691). Il faut mentionner aussi l'article de C. Stornajolo *, qui, à la suite de ces restaurations, s'empressa de soutenir que non si dubita degli archeologi ed intendenti di arle di farli risalire fino al secolo 7v, tandis que M. van Berchem et E. Clouzot ? y voient « malgré son état de dégradation une des plus belles mosaïques nouées de deux rubans dont les extrémités flottent à droite et à gauche (fig. 8692).
Une deuxième zone entoure la première, elle est peuplée de branches, de palmes, de corbeilles de fruits entre lesquelles s'agite toute une population d'oiseaux, paons, colombes, faisan, perdrix, perroquets. Sur un petit tertre, entre deux palmiers, est perché un phénix nimbé. Tout cela rappelle le pavement de chrétiennes du Ve ». Enfin G. Stuhlfauth + s'efforce de rétablir le cycle des mosaïques dont la succession des sujets atteste l'importance accordée par la liturgie au baptême et à l'eucharistie ; il croit les mosaïques contemporaines de la période 402-417.
Le sommet de la coupole représente le firmament. C'est un disque bleuâtre orné d'un semis d'étoiles d'or, blanches et bleues, à huit rais, sur lequel se détache le monogramme du Christ avec les lettres symboliques A et b). Le chrisme se présente sous la forme d'une croix à branches égales ; à la branche supérieure se rattache la boucle du P entourée d'un nimbe. Audessus du chrisme apparaît la main de Dieu tenant une couronne de feuilles d'or, enrichie d'un saphir et Capoue et la chapelle de Saint-Jean-l'Évangéliste. au baptistère de Latran et quelques autres ouvrages en mosaïque de la même époque. Les détails ont perdu de leur netteté, mais les contours nous permettent encore d'admirer les attitudes si vivantes et si naturelles de la gent volatile, ainsi que l'élégance des vases.
À cette seconde zone succèdent huit compartiments, de forme triangulaire, c'est-à-dire allant en s'élargissant du sommet à la base. Ils sont ornés dans leur partie supérieure de tentures bleues frangées d'or, analogues à celles qui se voient au baptistère des Orthodoxes à Ravenne, et huit guirlandes de feuillage, de fruits et d'oiseaux, dont une seule subsiste en entier. Ces guirlandes sortent de vases godronnés à deux anses : elles portent des feuillages, des fleurs et des fruits : raisins, citrons, grenades. Des oiseaux au plumage multicolore animent cette ornementation, qui conserve toute la richesse de l'art classique ; dans le bas, près du vase, un paon ; plus haut, une colombe ; au sommet, de petits oiseaux. Cette disposition est 144 Saint Pierre s'approche du Sauveur et porte sur Debout sur un globe bleu figurant le monde, l'épaule gauche une croix monogrammatique, de ses deux mains couvertes par les plis de son manteau il fait le geste de recevoir la Loi que lui tend son maître. Cette figure est assez maltraitée, celle qui lui faisait face représentait saint Paul dont il ne reste que la partie inférieure. Deux palmiers plantés aux deux extrémités encadrent cette scène dont la signification i j | ; 1 f semble avoir échappé à ceux qui ont précédé Eug. Müntz (fig. 8693). spirale, mais laisse voir la poulie, la corde et le seau ; douteux que ce soit Jésus au bord du rivage du lac de Génésareth où évoluent de gros poissons. En pleine eau on aperçoit un homme dans une barque. La scène peut être discutée ; il est permis d'hésiter entre la pêche miraculeuse, ou la vocation de Pierre et d'André. Il n'y a pas lieu de discuter la possibilité d'une scène représentant saint Pierre marchant sur les eaux, puisqu'il n'est pas soutenable que le personnage du.le Sauveur est assis, les pieds tournés vers l'extérieur et son attitude présente quelque analogie avec celle du bon Pasteur au mausolée de Galla Placidia. La tête et les épaules manquent, le bras est étendu audessus de l'orifice du puits. La Samaritaine, debout, manifeste sa surprise par l'écarquillement des yeux, le poids du corps porte sur la jambe droite, tandis que la jambe gauche fléchit un peu et le genou gauche est saillant sous la robe ; les clavi de la tunique suivent le galbe du corps. De la main droite, elle soulève un petit seau comme pour offrir à boire au Christ.
En arrière, on voit douze hydriæ, les premières plus petites que les secondes. Deux serviteurs s'approchent portant chacun une amphore sur l'épaule gauche pour remplir les jarres. De la main droite, l'écartement des doigts manifeste leur surprise (fig. 8694).
A droite du « don de la Loi » une scène représente un homme debout, nimbé, tourné à droite. Il n'est pas premier plan marche sur les eaux ; il se trouve sur la terre ferme et l'autre personnage est dans une barque (fig. 8695).
Nous ne possédons plus qu'un fragment de la scène qui représentait les saintes femmes au tombeau, les myriphores, ainsi que les appelle l'Église grecque (fig. 8696). Un personnage en sandales, la tunique ornée des clavi et le pallium. Il tient de la main gauche un volumen. Derrière lui on aperçoit le soubassement d'un édifice. On a toute raison de croire que le mosaïste a représenté ici l'ange assis au tombeau le matin de la résurrection. On aperçoit encore quelques vestiges d'une des saintes femmes.
Deux tableaux n'étaient plus représentés que par des fresques, mais on a d'assez bonnes raisons de croire qu'ils reproduisaient les mosaïques primitives ; la meilleure raison qu'on puisse apporter, c'est que les vêtements sont timbrés de lettres mystérieuses, dont personne n'a pu donner une explication certaine. Sur 747 une fresque, nous avons le miracle d’Emmaüs ; sur l'autre, c'est l'annonciation.
Les deux derniers compartiments ne nous arrêteront guère ; c'est à peine si dans l'un on distingue, ou plutôt on devine encore une femme agenouillée ; quant à l'autre, il est entièrement nu.
Les différents sujets que nous venons d'énumérer décorent tous la coupole et se développent par conséquent sur une surface concave. Ceux que nous allons étudier font, au contraire, partie de l'octogone qui relie la coupole au carré dessiné par les murs du baptistère ; ils sont au nombre de douze.
A la droite du spectateur tourné vers l'unique fenêtre du baptistère, est peinte la tête du Christ, de dimensions colossales, avec un nimbe en relief, analogue à ceux du xi au xiv siècle ; c'est en effet à cette époque qu'elle appartient. Selon toute vraisemblance, cette tête occupe la place d'une fenêtre qui aura été murée au Moyen Âge, ainsi que la fenêtre qui lui fait face et celle qui fait face à la fenêtre encore existante.
Plus bas, un apôtre ou un saint, vêtu à l'antique, imberbe, sans nimbe, tenant de la main droite une couronne qu'il semble avoir prise sur le socle placé près de lui ; son geste a quelque chose de solennel (fig. 8697).
Un second saint, d'apparence juvénile, malgré sa barbe noire, fait face à celui dont nous venons de parler ; il tient également une couronne ; dans sa main gauche on croit voir un volumen. Il n'y a pas la moindre vraisemblance dans la conjecture de Parascandolo qui croit voir ici les apôtres Pierre et Paul. Le visage est austère et les traits sont altérés par une tache sur l'œil droit (fig. 8695).
Sur le mur opposé est peinte, en buste, la Madone. Elle est accostée, comme son Fils, de deux saints ou apôtres, refaits vers le xvi siècle ; l'un d'eux tient une palme.
Au centre du mur qui fait face à la fenêtre, on aperçoit un grillage peint, qui occupe sans doute l'emplacement d'une ouverture fermée depuis longtemps. Deux personnages (sans nimbe ou du moins sans nimbe apparent), tenant chacun une couronne de chêne aux feuilles dorées, avec une pierre en cabochon au centre, s'avancent vers le grillage ; ils viennent chacun d'un côté différent et tournent légèrement la tête vers le spectateur.
Le personnage de droite a les cheveux ras et le visage imberbe (fig. 8699) ; la face de l'autre semble avoir été couverte, à l'origine, d'une barbe grise fort courte (fig. 5700). Leurs vêtements et leurs chaussures sont ceux des anciens Romains : sandales, toge blanche ornée d'un clavus de couleur foncée et de lettres. Leur type — têtes un peu rondes, traits accentués, cheveux coupés court — rappelle également les modèles de la bonne époque. Quant au style, il est excellent, plein d'ampleur et de noblesse.
Du côté opposé, c'est-à-dire à droite et à gauche de la fenêtre (qui semble avoir été agrandie après coup), on entrevoit deux figures peintes, faisant pendant à celles que nous venons de décrire et tenant également des couronnes. Elles sont trop ruinées pour que nous nous y arrêtions.
Nous avons dit que pour passer de l'octogone au carré et à la coupole, l'architecte avait eu recours à des trompes d'angle, ce qui a procuré au décorateur quatre absidioles où il a introduit le tétramorphe, c’est-à-dire les quatre figures symboliques de l'Apocalypse. Le bœuf de saint Luc a disparu, l'aigle est très fortement endommagé, le lion et l'ange imberbe et vêtu de blanc sont bien conservés. Nous avons déjà figuré l'ange (voir ci-dessus, fig. 7791), le mufle du lion est remarquablement observé et exécuté avec soin. Les touffes de la crinière sont effleurées d'or. C'est une question, entre archéologues, de savoir si ces figures sont munies de trois paires d'ailes ; ce que l'on pourrait prendre pour des ailes (Mazzocchi est tombé dans cette erreur, ce qui lui a valu une verte semonce du P. Garrucci), ce sont tout simplement des branches disposées sur un triple rang. Telle est la visage dur et osseux ; ses traits sont ceux d'un adulte, non d'un adolescent. L'aigle est à peu près ruiné, les cubes d'émail sont tombés les uns après les autres ; il semble, d'ailleurs, n'offrir rien qui mérite d'être signalé à l'attention (voir Dict. t. x, col. 2681, fig. 7012).
Les arcs qui surmontent les niches, comme l'arc « i i art Es l'opinion d'Eug. Müntz, laquelle aujourd'hui est abandonnée par M. van Berchem, en attendant qu'on y revienne. Pour nous, il nous semble que ce sont des ailes, mais d'une exécution assez maladroite et qui ressemblent à des fougères.
On ne remarque pas les livres des évangélistes, que ces figures portent d'ordinaire ; les deux animaux, aussi bien que l'ange, émergent de nuages rougeâtres et se détachent sur un fond bleu parsemé d'étoiles semblables à celles de la coupole.
Les trois symboles subsistants ne manquent pas d'une certaine allure, quoiqu'ils aient moins de style et de grandeur que ceux de Sainte-Pudentienne. On remarquera l'air terrible du lion, la gueule ouverte, les yeux étincelants. L'ange, représenté à mi-corps, | | de la tribune surmonte et encadre l’abside, contiennent des compositions dont l'inspiration se rattache à l'art des catacombes, cet art si serein et si abstrait. Audessus de l'ange de saint Matthieu on aperçoit deux cerfs s'avançant vers un berger debout, au centre. Au-dessus du lion de saint Marc, deux agneaux de proportions fort justes vont à la rencontre l'un de l'autre ; ils sont suivis chacun d'une colombe qui se retourne comme pour becqueter les fruits du palmier placé à l'extrémité ; au centre, entre les agneaux, est assis ou plutôt étendu un berger, d'une taille infiniment plus petite que celle des animaux confiés à ses soins ; il a pour vêtement une tunique courte, d'un ton bleuâtre, nouée à la ceinture, et des jambières ; une de ses mains est appuyée sur un bâton, l'autre étendue.
On rapprochera cette figure de celles qui ornaient autrefois la mosaïque du portique de Saint-Venance, au baptistère du Latran (voir ce nom), de celles de la mosaïque de Saint-Clément de Rome (voir Dictionn., au mot MOSAIQUES), et enfin de celles qui sont sculptées sur un si grand nombre de sarcophages !.
Des scènes analogues se voient au-dessus des deux autres niches du baptistère : au-dessus de l'aigle, ce sont des cerfs, au-dessus du bœuf de saint Luc ou, du moins, de l'emplacement qu'il occupait, des agneaux fort maltraités par le temps.
Telle est, dans son ensemble, cette page importante du v siècle, trop longtemps négligée des archéologues, et qui, par ses sujets comme par son style, mérite de prendre place immédiatement après les grandes mosaïques de Rome et de Ravenne * ?, XII. — Les mosaïques de Naples, disait Eug. Müntz, « ne le cèdent en nombre et en importance qu'à celles de Rome et de Ravenne ? », Nous allons les énumérer et les étudier.
B, n. 6 : Gelletia che ha sul davanii due colonnette rilevate nel tufo. La volta é ornata di musaico.
A. 7 : Edicoletta simile all antecedente La volta mè ornata. di musaico. Pl. 11, n. 25 : Residui di musaico sulle pareti. Pl. 11, n. 27 : Gella con resti di musaico.
combes » et croire que les mosaïques qui s'y trouvent sont contemporaines de l'excavation et, par conséquent, antérieures aux décorations de même nature qui se voient dans les sanctuaires élevés à la surface du sol. C'est le cas pour l'épitaphe de saint Gaudiosus, dont nous avons parlé déjà (voir Dictionn., t. vi, col. 665663, fig. 4876). Baronius en a parlé : Vidi ejusdem [sancti | caemeterium subterraneum in suburbiis Neapolis, ubi haclenus inler alia nobilia antiquitatis monumenia ipsius tumuli servalur inscriplio musivo opere exarata, li cet ob velustatem, jam pene diminula, his verbis... La transcription de Baronius est peu fidèle, mais le saint évêque africain fut enterré le 28 octobre 453. Parascandolo, l'historien des églises de Naples nous dit que l'arcosolium était orné de mosaïque et offrait l'image coloriée du saint et l'épitaphe en lettres dorées sur fond d'azur. L'image du saint était fulfa a grosso musaico, entourée de pampres chargés de raisins, Voici le texte de l'inscription * :
HIC REOVIESCIT IN PACE SCS GAVDIO SVS EPISC-QVI VIXIT ANNIS LXX... VS DIE VI KAAE : NOVEMBRES COINDIC * VIIl ne faut pas se laisser piper par le mot « cata153 une couronne d'olivier ; Jérémie tenant du raisin, Daniel une gerbe, Ézéchiel des roses et des lis : Severus episcopus sedii annos XLVI, menses II, dies XI. Hic fecil basilicas quatuor ; unam foris urbem juxia Sanctum. Fortunatum, et aliam in cipilate mirificæ operationis, in cujus apside depinxit ex musivo Salpatorem cum XII apostolis sedentem, et habentem subius quatuor prophetas, distinctos pretiosis marmorum metallis. Esaias cum olivæ corona, nativitatem Chrisli el perpetua virginis Dei Genetricis Mariæ designare voluit, dicendo : FIAT PAX. Hieremias per uvarum offerlionem, virtutem Chrisli et gloriam passionis præfigural, cum dicilur : IN VIRTVTE TVA. Daniel spicas gerens, Domini adnuntial secundum adventum, in quo omnes boni et mali colligentur ad judicium. Propterea dictum est : ET ABVNDANTIA. Ezechias proferens manibus rosas et lilia, fidelibus regnum cæœlorum denuntians. Unde scriptum est : IN TVRRIBVS TVIS. Elenim in rosis sanguis marlyrum, in liliis perseverantia confessionis exprimitur...
Fuit aulem temporibus Silvestri papa et Constantini Augusli, et perduravit us que ad Damascum papam, transiliens apostolicos hos, Marcum, Julium, Liberium, Felicem 1, Hoc interim spatio Neapoli res hujusmodi contigit : In foro visebatur Theodorici Gothorum regis effigies, ex lapillis compacta, minutis admodum et versicoloribus fere singulis. Hujus caput olim, vivente Theodorico, | | | | | 154 defluxit, turbatis sponte sedibus lapillorum : ac brevi Theodorici consecutus est obitus. Oclo post annis, dilapsis repente calculis, qui imaginis ventrem conflabant, decessit statim. Atalaricus, Theodorici nepos ex filia. Aliquanto post ceciderunt lapilli, qui circa verenda erant ; tunc inler homines esse desiit Theodorici filia Amalasuntha, Quæ cum ita se habuissent, Gothis Komam obsidentibus, reliquae partes imaginis, a femoribus ad imos pe des corruerunt ita que ex pariele effigies prorsus abolevit. Inde Romani capto omine, belli piclorem fore imperatoris exercitum asseverabant , 4^ La Stephania. Jean Diacre nous fait connaître un monument insigne de l'art de la mosaïque à Naples et il le décrit en peu de mots : Hic (l'évêque Jean) absidam ecclesise Slephaniæ, labsam (sic) ex incendio reformavit. In qua ibidem ex musivo depinxit irans[igurationem Domini nostri summæ operationis . L'évêque Jean fut contemporain des papes Agapit, Silvère, Vigile ; il vécut donc vers le milieu du vi siècle (535555). Les archéologues napolitains ne sont pas d'accord entre eux sur la question de savoir si cette mosaïque fut exécutée dans l'église Sainte-Restitute ou dans l'église Sainte-Stéphanie . Ce qui n'est pas discuté, c'est que, dès le vii siècle, sous le pontificat d'Étienne IV ou sous celui d'Hadrien, la Stéphanie brûla : Ecclesise Salvatoris, que de nomine sui aucloris Slephania vocilalur, divino (guod flens dico) Judicio igne cremata est *. Le sanctuaire ne tarda pas à se relever de ses ruines, mais nous ignorons si les mosaïques furent comprises dans la restauration : Ac deinde lotius populi forti roboratus adjutorio, eamdem renopavit ecclesiam Stephanus episcopus versibus ad instar fenicis descriptis.
Nous savons qu'au xvi siècle rien n'était plus fréquent que les mosaïques représentant les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse. Or, sur l'arc triomphal de l'église Sainte-Hestitute, on voit aujourd'hui encore une peinture, exécutée par Nicolas Vaccaro, qui nous montre le Christ trônant au milieu de cette troupe d'élite . On pourrait admettre avec beaucoup de vraisemblance que cette peinture a remplacé une mosaïque représentant le même sujet, si toutefois il était prouvé que Sainte-Restitute et la Stephania ne sont qu'un seul et même édifice *.
»Pim eaii O ENEUGCUTNUÓUUEEENTTECÀY « admettent que la mosaïque actuelle est une copie faite au xiv siècle, mais une copie littérale, de l'ouvrage exécuté sous les auspices de la mère de Constantin. Ces assertions méritent d'être examinées avec soin. Notons d'abord qu'aucun document ancien ne mentionne la part que sainte Hélène aurait eue à l'exécution de l'ouvrage en question. L'inscription même qui est tracée au-dessous de la mosaïque et qui appartient à l'année 1322 est muette sur ce point ; elle se borne à dire que l'édifice dont cette mosaïque fait partie a été construit par la sainte impératrice : Lux deus immensa postquam descendit ad ima Annis irecenlis completis at que peractis Nobilis hoc templum sancia construxit Helena : Le silence des textes est corroboré par le style de la mosaïque. Cet ouvrage ne ressemble en rien à un comme par le sujet, la mosaïque de l'église Santa Maria del Principio appartient tout entière à quel que trécentiste, auquel elle fait d'ailleurs le plus grand honneur.
XIII. LE COMES DE NAPLES. — Parmi les manuscrits conservés au British Museum, il en est deux qui offrent pour le présent travail un intérêt particulier : ce sont le ms. Collon Nero D. IV et le ms. Regius I. B. VII, tous deux contemporains. Le premier des deux est célébre sous le nom d'Évangile de saint Cuthbert, il a été écrit à Lindisfarne vers l'an 700, plus tôt peut-être. Le texte latin y est accompagné d'une traduction saxonne et chacun des quatre évangélistes est précédé d'une liste des jours ou des circonstances auxquels sont assignés tels et tels passages. Le texte fut publié en 1854 : The Lindisfarne and Rusluvorth Gospels. Now first printed from the original manuscripts, part. I,
travail du 1iv siècle ; le costume, les attributs, les types, ne laissent aucune place au doute. Bien plus, l'ensemble de la composition ne permet même pas de supposer que nous avons devant nous un fond ancien, avant subi des remaniements. En effet, la Vierge, assise sur un trône dont les colonnes torses sont incrustées d'opus cosmaticum et tenant sur ses genoux l'enfant Jésus, est un motif peu en harmonie avec les peintures de l'époque constantinienne ; la croix fixée au bout d'une longue hampe, que l'on voit dans sa main, la colombe qui voltige au-dessus de sa tête, ne jurent pas moins avec les idées de cette époque ; il en est de même de la mitre et de la crosse qui servent d'attributs à saint Janvier”. Si nous ajoutons que ces figures, ainsi que celle de sainte Restitute qui les accompagne, ont l'expression sentimentale propre aux écoles de Sienne ou d'Assise, et que la niche dont elles tapissent les parois est voûtée en ogive, on nous croira sur parole si nous affirmons que, par le style Ces Capilula représentent la liturgie de Naples au début du vrr siècle ; en voici la preuve : la fête de saint 757 La présence de particularités liturgiques napolitaines sur un évangéliaire de Lindisfarne s'explique par le fait que Théodore de Tarse vint, en 668, en Angleterre avec un personnage nommé Hadrien, abbé d'un monasterium Nisidanum quod est non longe a Neapoli Campanis !, et qui doit être identifié avec la petite île de Nisita, entre Naples et Pouzzo les, l'ancienne Nesis mentionnée parmi les donations faites par Constantin à l'Église de Naples‘, Dès son arrivée en Angleterre et sa prise de possession du siège de Cantorbéry, Théodore entreprit la visite de l'île mox que peragrala insula lola... per omnia comitante el cooperante Hadriano disseminabal ; ils vinrent à Lindisfarne dont Théodore consacra la cathédrale en bois. Le vieil évêque transportait partout avec lui un Homère qu'il lisait sans cesse *, on peut penser que son compagnon Hadrien avait dans ses bagages des livres liturgiques qu'il donnait ou prêtait aux communautés. parmi lesquelles il séjournait. C'est ainsi qu'un évangéliaire napolitain aura été copié et a donné naissance aux deux manuscrits du British Museum.
Les deux évangéliaires anglo-saxons permettent de reconstituer la liturgie de Naples dans la première moitié du viit siècle, vers l'époque de saint Grégoire. Ils nous indiquent les jours auxquels on doit faire usage de tel évangéliste, mais ils ne précisent pas davantage ; ils n'indiquent pas les péricopes et les mêmes. De plus, les jours sont pêle-mêle, suivant l'ordre des évangélistes qu'on y devait lire.
Dom Morin a donné le texte des Capitula d'après les deux manuscrits mentionnés plus haut. « Généralement, dit-il, je suivrai l'évangéliaire de saint Cuthbert, sans perdre de vue toutefois les ressources que peut offrir le cod. Reg. I. B. VII, pour la distribution des Litres. Les numéros qui précèdent chaque article ont été ajoutés par moi. Quant aux péricopes, voici sur quel principe se base mon système de reconstitution :
.* Il est facile de voir que la liste des Capitula procède concurremment avec le texte même de chaque évangéliste, c'est-à-dire qu'on a mis d'abord les jours où on lisait quelque chose du premier chapitre, puis ceux dont l'évangile était tiré du second chapitre et ainsi de suite. Cela posé, le titre seul de la fête, mis en regard de l'endroit de l'évangile auquel on est parvenu, suffira à lui seul pour faire deviner plus d'une péricope d'une façon assez précise. Pour les jours, au contraire, dont l'indication ne suggère aucun texte en particulier, on pourra souvent, à l'aide des péricopes déjà fixées, marquer d'une manière générale le chapitre ou les chapitres auxquels étaient empruntées les lectures.
« Outre ces indices intrinsèques, nous avons toujours la ressource d'une comparaison avec les plus anciens livres liturgiques, soit de Rome, soit des Gaules et de l'Espagne, soit surtout du nord de l'Italie, comme le missel ambrosien et celui de Bobbio. Bien plus, un auteur célébre, tout proche des temps et des lieux où fut exécuté l'évangéliaire de saint Cuthbert, Béde lui-même, pourra en plus d'une rencontre nous venir en aide. Il paraît difficile de nier qu'il ait connu et suivi dans quelques-unes de ses homélies sur l' Évangile nos Capilula de Naples, de préférence aux péricopes strictement romaines. On aura occasion d'en signaler en note quelques exemples assez curieux.
| | | 158 « Voici donc le texte même des quasi-capitulaires, tels qu'ils sont disposés dans les deux évangéliaires anglo-saxons *. » I. CAPITULA DISPOSÉS SUIVANT L'ORDRE DES MANUSCRITS : Brit. Mus. Cotton Nero D. IV, el Regius I. B. VIT.
Avant l'évangile de saint Matthieu (fol. 24 a, col. 1).
1. Pridie natale domini 1, 18. 2. In stilla domini ad missa publica Ir. ED FA 3. Innocentum I], 16. 4. Post secunda dominica feria iri de aduentum In 1. 3. In stilla domini nocte III, 13. 6. In XLgisima paschæ rv, 1. 7. In ieiunium de stella domini Iv, 16. 8. In ieiunium sancti andræ Iv, 13, 9. In sanctorum de beatitudinem VIO Re 10. Cotidiana V. 11. De XLgisima feria 11 Y. 12. Post secunda dominica XLgisima feria II V-VI. 13. Dominica rim quando orationem accipiant VI, 9.
Ix, 277 IX, 32-307 III xvin, 207 48. De XLgisima feria 1111 xvni, 157 ? 49. Cottidiana X VIII, 237 50. Cottidiana XIX 7 51. In ieiunium sancti petri XIX, 27.
59, Post tertias dominicas de aduentum feria VI XXIV.
60. In martyra XXV, 1. 61. In natale sancti ianuari xxv, 14. | 62. Dominica v quando symbulum accipiunt XXV, 21. 63. Die sabbati prima passionem domini nostri ihesu xpi XXVI-XXVII. 64. Sabbato sancto ad sero XXVIII, 1.
65. Dominica sancta pascha ad misa publica xxvirr, 8. Avant l’évangile de saint Marc (fol. 93 a, col. 2).
66. Sabbato sancto mane vit, 34. 67. Post penticosten in ieiunium feria ir ra 65. Cottidiana 2 69. Die dominica de indulgentia passio domini nostri ihesu xpi XIV-XV. 70. Feria vi de albas paschæ XVI, 1.
Avant l.évangile de saint Luc (fol. 130 a, col. 2). secundum lucan.
71. In ieiunium sancti iohannis baptistxe 1 :35. 12. Dominica. 111. de aduentum I, 26. 73. In natale sancti iohannis baptist :e 1,57. 74. In natale domini ad misa publica II, 1. 79. In octabas domini nostri ihesu xpi Ha. 76. Post dominica. ii. de epiphania I1, 42. 77. Dominica prima de aduentum diii nriihu xpi Im, 1. 18. Post. v. dominicas de aduentum 111. 79. Cottidiana IV. 80. In ieiunium apostolorum vol ? 81. Cottidiana V. 82. Cottidiana per messes vr 1. 83. Post pentecosten in ieiunium die sabbati vr, 6. 84. In apostolorum VI, 13. 55. In sanctorum vi, 20.
| ' XII, JO Sq. ) IIII. XVIII, 1-14 ? 113. Feria 111. de ebdomada maiora 7 114. Cottidiana. 2 115. Item alia 1 116. Feria v mane in ccena dni ad missa.
Passio d. n. i. xpi XXII-XXIII. 117. In apostolorum XXII, 30. 118. Die sabbati de albas pasce XXIV, 1. 119. Feria rm. de albas pasce XXIV, 13. 120, Feria v. de albas pasce XXIV, 36-49*, “La note suivante insérée en regard du dernier chapitre (ms. Cotton, fol. 136 a) permet d'indiquer d'une façon précise ces deux dernières péricopes : Hiec leclio in ebdomada pasce dum legilur finitur in loco ubi ait : Quoadus que induamini uirtutem ex alto. Cum autem in ascensione legitur alio loco incoanda est quo dicil discipulis : Hæc sunt uerba quæ locutus sum uobis cum adhuc essem uobiscum us que in finem euangelii.
Avant l'évangile de saint Jean (fol. 208 a, col. 2). 122. In... sci iohannis apostoli et euangelistæ 1, 1.
123. Post epiphania dominica prima 1,29 ; 2 124. Post epiphania dominica secunda I, 43-01, 125. In uelanda In : 126. In dedicatione sanct : mariæ ir, 13. 127. Dominica. 11. XLgisima paschæ I, 19 ? 128. Post octabas dni nostri ihu xpi nr, 16-19 ? 129. Post. tir. dominicas de ephifania de muliere samaritanæ IV, d 130. De XLgisima feria rrr IV. 131. In sancti angeli ! SE 132, et in dedicatione fontis i $ 133. Cottidiana ? 134. In natale sci andreæ VI, 8 135. Cottidiana XI' 136. Post. mm. dominicas XLégisima feria 11r VI. 137. Post. mm. dominica XLgisima feria rit VI. sabbati vir, 22-23 ? mane post scrutinium IX, 1-38. 146. A XLgisima post. mr. dominicas | die sabbati in ieiunium IX, 39-x, 10 ? 147. Post. 1111. dominica XLgisima feria vI X. 148. Post. v. dominicas de XLgisima feria vi. de lazarum XI, 1. 149. In agendas XI, 21. 150. Dominica. vr. de indulgentia j XII, 1. 151. Feria 11. de ebdomada maiorem xir, 127 152. In natale sanctorum iohannis et pauli xir, 24, 153. In ieiunium sancti ianuari xir, 38 ? 154. Feria v. ieiunium de cena domini XII, 1. 155. Feria. nr. de ebdomada maiorem XIII, 21. 156. Post albas paschæ dominica. 11 XIV, 1. 157. Dominica sancta penticosten XIV, 15. 158. Post albas paschæ dominica prima xwv, l. 159. Post ascensa domini xv, 206. 160. Post albas paschæ dominica. III XVI, D 161. Post. 111, dominicas XLgisima feria III ab his t XVI, 16. dñi nri ihu xpi XVIII-XIX. 167. Secunda feria pascæ xx. ul 168. Dominico octabo pascæ XX, 26. i 169. Feria Im. pascua EXI le 170. In natale sancti petri XXI, 15-19*, 171. In adsumptione sancti iohannis æuangelistæ XXI, 19-24, 161 Dans le ms. Cotton (fol. 204 b), vis-à-vis du capilulum xvin correspondant à ce passage, on lit la note : Legenda in quadragesima.
. hoc esl dominus simoni pelro sequere me us que ubi dicit et scimus quia uerum est testimonium eius (fol. 207).
Les numéros des notes qui vont suivre renvoient aux numéros d'ordre qui précèdent chaque article :
4. Matth., nr, 1 sq, même péricope Miss. Bobb. seconde messe de l'Avent et dans Lib. comic., 1** dimanche.
9. Matth., III, 13 sq., Bède explique que cet évangile dans son homélie sur l'Épiphanie (Hom. genuin., l. I, 1) ; on le trouve aussi dans les lectures de ce jour du Lect. Lux., du Miss. Bobb. et dans le Miss. ambr., à la messe de vigile. correction | Lgisima.
=] on t-> 122. In... (peut-être natale).
124. Joa., 1, 43-51, même péricope servant de thème à une des homélies de Béde post Theophania (l. I, XVII) : cette péricope ne s'emploie plus aujourd'hui.
126. In dedicatione sanctie Mariæ. Dans la chronique des évéques de Naples, on lit dans la notice de Pomponius (vers 514-536) : Hic fecit basilicam intra urbem Neapolim ad nomen $. Dei Genetricis semper que virginis Mariæ, qui dicilur Ecclesiæ Maioris, grandi opere consiruciam. Muratori, Her. ilalic. script., t. r, part. 2, p. 207-298 ; cf. Ang. Mai, Script. vel., nova coll., t. v, p. 99. jour plus prépondérante : il devenait malaisé de s'y soustraire. Le transcripteur de notre évangéliaire aura 765 76. Collidiana xxir, 23. - 71. Colidiana XXII, 35. 78. Ir LX Xgisima ebd. 111. feria. II. ad sancta Balbina XXII, 1.
79. In sancti Stephani XXIII, 29. 80. Hem alia ADS 31. Post secunda dominica de aduentum. feria. VI XXIV, 2.
82. Post. 111. dominica de aduentum feria. TITI an XXIV, 23.
83. Post. 111. dominica de aduentum feria. vi XXIV, 34. 84. In natale sancli Eusebii XXIV, 42. 85. In saneli Grigori XXIV, 45. 86. In martyra xxv.87. In nat. sancti Januari xxv, 14.
88. In LX Xgisima ebd. II. feria. 11. ad —. Vincula XXV, 31.
89. Ebd. vr. die dominico ad Lateranis legilur passio dñ XXVI, 1.
XXVII, 1. xxvii, 16.
90. In sab. sancto ad missa 91. Feria. VI. pasce ad marlyres CAPITULA DANS SAINT MaAnc - 95. Gottidiana vr, 1.
— 96., Depositio Helisei el sancli Iohannis baptista vi, 14. — 97. Collidiana VI, 34. | 98. Coilidiana vir, 24. —. 99. In sabbato sancto mane vir, 32.
138. 139. 140. 141. 142.
143. 144. 145. 146. 147. 148. 149. 150. 151. 152. 153. 154.
155. 156. 157. 158. 159. 160. 161. 162.
760 In martyras VIII, 1. In LXgisima ad sanctum Paulum VIII, 4. Cottidiana — — Cottidiana VIII, 22 Cottidiana. ef post oclabas penlicosten feria. VII VIII, 40. CGotlidiana. el in sanctorum TX 0 ds Post oclabas penticosten. feria III IX, 12. In sanclorum IX, 23. Cottidiana Ix. 27 in ordinatione diaconi IX, 57 In sanctorum Xs Cottidiana X40. Cottidiana x, 25. In martyras X, 38. Cottidiana XT In letania maior ad sanctum Petrum XI 5. In XLgisima ebd. 117. ad sanctum Latrentium marlyrem XI, 14 Cottidiana XI, 27. In natale sanctorum Cornili Cipriani ^ xt, 47. In ieiunium sanctorum Iohannis et Pauli xir, 1. In unius confessoris xn, 9. Cottidiana XII, 13. Coltidiana XII, 22. Post. r. dominica de aduentum feria. 117 xir, 32. In natale sanclorum saneli Felicis Simplici Faustini el Bealrici XII, 35. Post. r. dominica de aduentum. feria. VI xir, 39. In natale episcopi. ef in ordinatione præsbyleri XII, 42. Cottidiana XIII, 10. Cottidiana XIII, 22. Gottidiana xiv, 1 In natale sancti Laurenti XIV In ieiunium sancti Laurenti XIV, 16. In unius martyris. el in nat. sancti Timohei XIV, 25. Post octabas penticosten. feria vr xw sep In L X X gisima ebd. 111. feria. VIT. ad sanctum Petrum et Marcellinum et cottidiana xv, 11. Cottidiana XVI, 1. Cottidiana XVI, 19. In XLzisima pascæ XVII, 11. Cottidiana XVIII, 1. Post. rtr. dominica XLgisima feria. rii xvrim, 10. In Lgisima ad sanctum Petrum XVIII, 31. CGoltltid tana XIX Gottidiana XIX, 12. Cottidiana XX] In natale sanctorum Marcellini Petri — xxr, 9. De aduentum. et cottidiana XXI, 25 In XLgisima ebd. Vr. feria. 1111. legitur passio dri XXI, 1. In apostolorum. el in nat. sancti À pollinaris XXII, 24. Die sabbato de albas pasce XXIV, l. Feria. 1I. pasce ad sancitum Petrum XXIV, 13. Feria. III. pasce ad sanctum Paulum XXIV, 36. In ascensa dni ni ihu xpi XXIV, 44,
CAPITULA DANS SAINT JEAN
In sancti Iohannis evangelistæ E 1. Ebd. r. ante nalale dri 1, 19. Post epiphania dominica 1 1, 29. Post epiphania dominica 11 I, 35. In velanda In d In LX Xgisima ebd. v. feria 1r. ad. riri Goronatus, el in dedicatione sanctæ Mariæ 11, 12. Dominica. 11, xr. pases. ef inpasca annotinæt in oclabas de penticosten. III, 1. Post octabas dñi ab is et penticosten. feria. II rtr, 16. Post epiphania dominica. 111 III, 22.
199, In L.X X gisima ebd. MII. feria. Vr. in Lucina IV, 5.
200. De XLgisima feria. 1111 Iv, 46. 201. In LX Xgisima ebd. Ir. feria. vr. ad Aposlolos. et in dedicationem fontis VER 01 : 202. Ad missa defunctorum v, 18. 203. Item alia v, 24, 204. In LXXgisima. ebd. v. die dominico in Suæurio. ef nat. sancte Andrew VI, 1. 205. Cottidiana — — 206. Post uu dominica XLgisima feria. 11I VI, 36. 207. Post penticosten feria. trir. ad sancia Maria. el collidiana vt, 43. 208. Post. 1111. dominica XLgisima feria. ax VI, 51. 209. Post m. dominica XLgisima feria. 11 vr, 55.
210. In LX Xgisima ebd. vr feria. rrr. ad sanctum Curiacum vil 1. 211. Post. irr. dominica XLgisima die sabbati vIr, 14. 212. In LX Xgisima ebd. Vr feria ir. ad sanctum Crisogonum 213. Sabbato sancto penticosten 214. In LX Xgisima ebd. rrr. feria. VII ad sancla Susanne 215. In LX Xgisa. V. ebd. feria. IIT. ad sancium Paulum 216. In LXXgisima. 111. ebd. feria. 11. ad sanclum Clementem vir, 20. 217. Post. v. dominica XLgisima die sabbati vit, 31. 218. In L.X X gisima, v. ebd. feria. TITI ad sancilum Paulum E Ix. CL : 219. Post penlicosten feria. 117. ad sancla Anastasia x, 1. 220. De XLgisima post, rir. dominicas sab. mane VII, 32. vir, 40.
VIII, 1.
virt, 12, post scrutinium x, 11 221. In L X Xgisima. VI. ebd. feria. 1111 ad sanctum Marcellum x, 22. 222. Post. nr. dominicas XLgisima feria vr x, 30. 223. In LX Xgisima. v. ebd. feria. V1 ad sanctum Eusebium XI. ov : 224. In agendas XI, 25. 225. In LX Xgisima. VI. ebd. feria. VI ad sanctum Stephanum XI, 47. 226. In LXgisima. I. ebd. feria. IT. ad sanctos Nereum et Archilleum XII, 1. 227. In natale sanctorum Iohannis et Pauli — xir, 20. 228. In ieiunium sancti Ianuari. el nat. sancti Laurenti XII, 33. 229. In LXgisima. rrr, ebd. feria. Vr ad sancta Prisca XIII, 32. 230. Feria. r. de ebdomada maiore XIV, À : 231. Post octabas pascæ dominica v XIV, 15. 232. Sabbalo sancto pentecosten XIV, 23. 233. Dominica sancla pentecosden XIV, 277. 234. In natale sanctorum Philippi el Jacobi xv, 1. 235. Post albas pasci. r. dominica. el in nal. sancli Vitalis KV, 5. 236. Nat. sancti Hadriani EN. OH, 237. In ebd. post ascensa di. feria. III. xv, 12. 238. In sanctorum xv, 1T. 239. In natale sancti Pancrati, et post ascensa dri xv,26. 240. Post albas pascæ dominica 111 XVI, 5. 241. Ebdomada. 1111 posi pascha XVI, 15. 242. Post albas pascæ. 1m1 dominica XVI, 23. 243. Post albas pascæ. v. dominica XVI, 23. 244, Feria. 11. post albas pasce. el in uigilias de ascensa dni XVII 1, 245. Post albas pasc :e feria. III XVII, 11. 246. In ebd. maiore feria. Vr. ad Hierusalem legilur passio dni XVIII, 1. 247. Feria. Ir. pascæ XX, 1. 248. Feria V pascæ ad Apostolos XX, 11. 249. Feria FIr pasce ad Lateranis xx, 19. 250. Die dominico octabas pasce xx, 24.
253. In adsumptione sancte Iohannis evangelistæ XXI, 19. Notes correspondant aux numéros d'ordre : 15, texte correspondant vr, 16. — 72, suppléer feria rrr. — 80, doit correspondre à xxii, 34. — 96, fait double emploi avec le n. 49. — 100, 113, 119, 191, écriture moins soignée, — 106, rubrique absente dans les deux manuscrits anglais qu'elle complète utilement, elle n'a rien qui dénote une origine romaine. — 116, 117, même observation. — Le chiffre mm a remplacé un chiffre gratté et il y avait d'abord comme dans le comes de Naples. — 140, semble correspondre à vur, 16. — ab is comme dans l'évangéliaire de Naples. — 198, cette rubrique est distincte de de muliere samaritana. — 205, correspond à vr, 16. — 208, feria rir pour feria HIE. — 219, correspond à vur, 21. — 226, il faut lire : in LXXgisima. Vir ebd. — 229, corr. in LXXgisima. VII. ebd. feria rrr. — 230, corr. feria rr. — 231. corr. v en 11. — 232. Sous les mots sabbato sancto, le parchemin est gratté. Il a dû y avoir Dominica sancta, L'évangile qu'on lisait à Naples le dimanche de la Pentecôte, servait à Rome à la messe de « vigile » — 245, manque dans les deux manuscrits et appartient cependant au fonds napolitain. De l'Avent jusqu'au rv dimanche après l'Épiphanie, presque tout est emprunté au lectionnaire de Naples. Au temps de Noël, addition d'un évangile pour le r dimanche après la fête et d'un autre pour la veille de l'Épiphanie. « Mais bientôt, écrit dom G. Morin, tout change d'aspect. Nous voyons successivement arriver la Septuagésime, la Sexagésime et la Quinquagésime, chacune avec sa station romaine. Rien du mercredi ni du vendredi après la Quinquagésime. Mais, à partir du lundi suivant, commencement du jeûne quadragésimal proprement dit ; les péricopes et les stations romaines figurent presque au complet, tandis que les rubriques napolitaines, tout en restant en assez grand nombre, tendent plutot à céder la place aux premières. Quant à celles-ci, elles sont pour la plupart rédigées d'une façon qui pourra paraître assez singulière. Au lieu de Quadragésime ou Carême, il est constamment question de Septuagésime. Cette Septuagésime, d'après la manière de compter de notre copiste, comprend d'abord les six semaines de Carême et, en plus, une semaine antérieure correspondant, si l'on veut, à tout le temps de la Septuagésime ou, plus probablement, à notre semaine actuelle de la Quinquagésime. Ainsi le lundi de la première semaine de Carême est ici « la rr férie de la seconde semaine dans la Septuagésime » ; le mardi de la semaine sainte s'appelle « la 111 férie de la septième semaine de la Septuagésime » et ainsi de suite.
« Le reste du temporal contient également une grande part d'éléments romains. Notons particulièrement la station ad martyres du vendredi après Pâques, indice certain que notre lectionnaire est postérieur au pape Boniface IV. Il y a aussi des leçons pour les Quatre-Temps de juin, distinctes de celles de la semaine qui suit la Pentecôte : mais on ne trouve pas la moindre trace des Quatre-Temps de septembre. On a vu que ceux de l'Avent ne sont eux-mêmes représentés que d'une façon fort incomplète.
« Parmi les fêtes des saints, les particularités exclusivement napolitaines sont maintenues : la dédicace | de la basilica Stephani, la fête et la vigile de saint Janvier. Celle de l'archange saint Michel est, je crois, la seule suppression notable. Mais une foule de fêtes romaines sont venues s'y ajouter, entre autres celle de saint Grégoire : nouveau trait qui nous oblige à abaisser la date de notre manuscrit au-dessous du vii siècle, que les paléographes ont été parfois tentés de lui attribuer. Deux lectures sont assignées pour la litanie majeure à Saint-Pierre. Pour le reste, nous ne voyons encore ni l'exaltation de la croix, ni aucune des fêtes de la Vierge déjà célébrées à Rome avant la fin du vii siècle, d'où l'on peut conclure avec une certaine probabilité, que l'évangéliaire ne doit pas être de beaucoup postérieur à l'an 700 !. » XV. Les INSCRIPTIONS. — L'épigraphie chrétienne à Naples comprend deux séries de textes : ceux qui viennent de la catacombe de Saint-Janvier et ceux qui viennent d'autres lieux.
Saint-Janvier. — Dès le xvi siècle, un anonyme s'avisa de rassembler les inscriptions de la catacombe dans un recueil sous ce titre : Questi sono li frammenti delle inscriltioni che slanno nella chiesa di S. Gianuario de foris, dans un manuscrit de la bibliothèque Brancacci, 4. C. 8 (olim 3. E. 33), fol. 231, 232. Giovenazzi y fit des recherches dont les résultats se trouvent dans les papiers de G. Marini et dans le ms. Vatic. 9143, Ensuite vinrent Alex. Aurel, Pellicia, De christianæ | graliaiNO AVG Illl ET MEROBAVD VSTINA SANCTA ANIMA TE IN{pace 770 4, Naples, à Saint-Janvier :
NOSTROS + : CONSTAN O ET LEONE E ts filio La date nous reporte en 751-775 sous le régne de Constantin V Copronyme et de son fils Léon IV Chazar, Bibi. Corp. inser. lal., t. x, n. 360*.
#, Naples, à Saint-Janvier, dan rement :
Map les, a Saint-Janvier, dans le pavement :
ESCIT IS MARCIAN IARIVS CIVITATIS neapolitanae OVI VIXIT PLVS M ANNVS XXXVI DE POS ST SVB DIE VII KA VEMBRIV N O PP rouge : (sur un volume ouvert) (sur un volume ouvert) : IOAN MAR MAT NIS CVS orante TIVS tenani ces deux volumes BITALIA IN PACE SCE MEM HELEVSINVS e. G P 1| Pu i) A Bill. — Corp. inscr. lal., t. x, n. 1523.
9. Nap les, Saint-Janvier, peinture :
IX ARI TAS VIX AN XLV THEOTECNVS VIX AN |
Corp. inscr. lal., t. x, n. 1525.
HIC REQVIISCE PROCVLVS T
771 NAPLES 7732 i 11. Nap les, Saint-Janvier, peinture rouge prés de | 21, Saint-Janvier, peint sur une paroi : deux portraits :
IN PACE
TIP « | KAA-MAI * £5 'Ev0z8g xevvxt Xaptroox Gnoxox Écrn t’, nu(épxc) Av', dveradouto molo) i xoxA(xv86v) Mxt(mv) Mommsen a admis une douzaine d'inscriptions tardives (vi-virt siècle) de Saint-Janvier, dont nous donnons ici les plus complètes.
Iu. AESISRA AŸMAVILIS œ ET IN VELLO PERITVS SVPE :r omnes MACVLA ET ERVE EOS DE SECVNDA MOirie Ccle ;MENTISSIME & DEVS C$ BELOC ITiéer creati OR OMNIVM INDVC EOS IN AVLA PARiadisi LÉ pu na que) 24, Nap les, ad S. Angelum ad Nidum : | 28, Nap les, trouvée en 1801, dans la rue à gauche ERO | du campanile de Santa Maria di Sanità : deposiT VS-SVb-DIE | | IN L VSTINO OU COCO Bibl. — Corp. inscr. lal., t. x, n. 1536.
25. Nap les, Borgo di S. Antonio ; la date consulaire | est l'année 570 : | + HIC REQVIESCIT IN PACE OPILIO ® VC QVI VIXIT ANNVS PLVS MINVS QVIN
| NVS QVI VIXIT ANNIS XIII QVIN
Corp. inscr. lal., t. x, n. 1535. | Bibl. — Corp. inscr. lal., t. x, n. 1541.
VNDECHRIS [1PLERSNVPERQVERCCLÉSINGNDENSITOEMODOLVGENSTRISTACRDACER T | INVIDIAACCENSESS MV USCOM RESO NET TTE T. JAMSEMIESE Sam ARRO | | B rti Re NCTISCHRISTVSECOLL E | »ANNOSAETATISSVAE VIGINTIET NOBEDIESXXTER ub IPRIDIEKALE NDA VM-IVNI ARV saute | 26. Nap les, église Saint-André : 29. Nap les, comme la précédente :
| | | ACILIA ROGAT ROMANO NOLANO +**
BENEMERENTI FECIT QVI BIXIT ANNIS XXS**
FELIX QVI AFFECTVS POTVIT DEMITTERE TVTOS ! MESIS VINI DIES XXIII ETSIIT VII KA IANVARIAS MORTALEM MORIENS NON TIMET ILLE VIAM [ness Boe | | CANDIDA PRAESENTI TECITVR MATRONA SEPVLCRO [| SEE RORIS Aer Md sto meo 340 S GCSE TIENE fish |, 90, Nap les, prés de la ville, aujour d'hui au musée : | | NIV TVSQ ERSTES | : EX FRVCTV MATER NOSCITVR IN SVBOLE | uen Je VIBSGISERBNEVS HOC PRECIBVS SEMPER LACRIMOSA HOC VOCE PETIVIT | ANNIE N S CVIVS NVNC MERITVM VOTA SECVTA PROBANT | ERU Lue QVAMVIS CVNCTA DOMVS NVNQVAM TE FLERE QVIESCAT | Cue pen SEU FELICEM FATEOR SIC MERVISSE MORI | Pa, is : | 31. Nap les :
La date consulaire est 468 ( ?). | AER nt e — -— = =
775 NAPLES —**
32. Pierre trouvée à Nap les en 1603 dans la crypte de Santa Maria della Sanità =
OYFATHPZHCACHNEIPENH HTHA2 ME€NACB ?ANTISTIPO »ZSKAASIOYN ?**
« Ev0x xir LIlaoAx IlaóAoo droô(uxxovou) Üvrecnp, Cfoxcux)zv elcévn Tre 07, pvc 6' dy(s)r(aooaco) moù Cx (ocicv) » louv(iav).
Bill. — G. Kaïbel, Inser. græc., n. 823.
33. J.-B. De Rossi a publié, parmi les inscriptions romaines, une inscription qu'il vit, dit-il, Neapoli in museo Borbonico ; il la qualifie de fabula facile cœmeterialis et en donne un croquis (fig. 8702). Extremas versus oclapbi lilleras el lolum versum nonum, tlem que graphio inscalpla signa fere omnes, qui hunc titulum descripserunt, partim omittant, parlim depravant. Lege :
1932 ; ^. Bellucci, Ritrovamenti archeologici pagani e | 92 ; A.-W. Bijvanck, Het mozaïek in de doopkerk bij de Victoria qu(a)e vixit ann. pm (ou plm) XXXV | defuncla die pridie idus maias Gallicano el Symmaco conss, dilea ? ossa... Aucun de ceux qui ont publié ce texte n'a pu comprendre les derniers mots. Dans le bas, un candélabre à cinq branches, une feuille et un objet que Rossi nomme cucurbita. (2).
Unde Chrisli plebs, nuper que Ecclesia gaudens Inde modo lugens tristia corda gerit ? Invidia accensis stimulis compressa recedis, Vincere le credis quem pia regna tenent ? Jam semel es Christi magnos experta triumfos Cujus persequeris frustra inimica pios. Theofilacte metus et mortem spernis iniquam Celsa poli scandens ecce minister ovans. JEthra licel teneas letus nunc sorte levita, Plangimus heu tecum mulla perisse bona. Ornatus armis fidei cum pectore mili, Præsulis et proprii blande minister eras. Nobilitate puer praestans, el probus in actu, Tu tener in annis, cor que senile gerens. Parlicipem sanctis Chrislus le collo cet oro ; Sil tibi perpetua sit libi sancla quies.
Hic vixil annos scalis sum viginli el nobe, dies XX lerlia d. deposilus pridie kalendarum juniarum, imperante dn Constantine pp. a. anno tertio consul, indictione X IIII.
A la bibliographie donnée dans le présent article, on peut ajouter :
H. Achelis, Die Bedeutung der Katakomben von Nedpel für die christliche Kunstgeschichte, in-8°, Leipzig,
| H. LECLERCQ.
NAPLOUSE. — I. Le nom. II. Le site. III L'histoire. IV. La liste épiscopale. V. La ville romaine : 1. Le rempart ; 2. Les rues ; 3. Le nympheum ; 4. La basili que. VI. Saint Justin.
I. LE Nox. — Il existe deux opinions sur le nom de celte ville. La premiére, soutenue par Eusébe de Césarée dans son Onomaslicon, au mot Zvyéu, d’après laquelle ce serait Sichem, fils de. Hamor, le Hivite, prince du pays 1, qui donna son nom à la ville primitive ; s'il en était ainsi, le nom qui se lit dans la Genèse ? aurait été employé par anticipation. La deuxiéme opinion est que Sichem aurait recu son nom de celui que portait avant lui la ville, lequel signifie « selle » ou « épaule », et qui est située entre le mont Hibal et le mont Garizim qui sépare les e aux de la Méditerranée de cel les de la mer Morte. La deuxiéme explicalion semble plus probable. Eusébe et saint Jéróme adoptent l'opinion que Sichem s'appelait anciennement Salem, laquelle ne s'appuya, semble-t-il, que sur une interprétation erronée ?, II. LE sire. — Le site de Sichem est indiqué | clairement dans la Bible. Il se trouvait à l'ouest du Jourdain, dans le territoire attribué à Joseph , dans la partie montagneuse d'Éphraim et la tribu de ce nom, et immédiatement au-dessus du Garizim. En dehors de l'Écriture, les affirmations sont tout aussi formel les. Flavius Josèphe dit que Sichem est situé entre l'Hibal et le Garizim . Eusèbe place Sichem dans la banlieue ou tout proche de Neapolis ; enfin saint Jérôme 7, saint Épiphane et des écrivains postérieurs l'identifient avec Neapolis, aujourd’hui Naplouse. On croit que Sichem fut détruit pendant la guerre des Juifs et fut rebâti par Vespasien sous le nom de Flavia Neapolis. On lit ce nom sur les monnaies * et c'est celui que lui donne Justin Martyr, bien placé pour le savoir puisqu'il y était né. Flavius Joséphe !^ dit que Neapolis s'appelait anciennement Mabortha ou Mabartha, nom que Pline écrit Mamortha « , et qui a été expliqué de vingt facons différentes.
III. L'HISTOIRE. — Depuis le temps d'Abraham jusqu'au Nouveau Testament, l'histoire de Sichem est pleine d'événements qui appartiennent à d'autres étu des. Aprés la chute de Jérusalem !*, la ville fut abandonnée et devint la capitale des Samaritains. En 132 avant notre ère, Jean Hyrcan s'en empara et détruisit le temple du mont Garizim.
Sichem connut une nouvelle infort une puisqu'elle disparut aprés la guerre qui anéantit la nationalité juive et fit place, comme on l'a dit, à Flavia Neapolis. non loin du site abandonné. Les monnaies frappées à Neapolis sous le régne d'Antonin le Pieux représentent le Garizim portant un vaste temple à son sommet et un grand nombre d'escaliers taillés ou bátis sur le flanc de la montagne. Ce temple, si on en croit la Chroni que samarilaine, Dion Cassius et Nicolas de Damas fut bâti par Hadrien et dédié-à Jupiter.
Sous l'empereur Zénon, en 474 de notre ère, les 177 Samaritains attaquèrent les chrétiens le jour de la Pentecôte et blessérent l'évé que Térébinthe dont le nom était peut-étre un souvenir du chéne ou du térébinthe de Mambré (voir ce nom). Pour punir les Sama— ritains de cette agression, l'empereur leur retira la disposition du Garizim qu'il transféra aux chrétiens, Ceux-ci bâtirent une église sur la montagne et la dédiérent à la trés sainte Vierge. Justinien entoura cette église d'un mur épais et fit reconstruire dans Neapolis les cinq églises détruites par les Samaritains 1.
IV. LA LISTE ÉPISCOPALE. — Elle se réduit à ces seuls noms : celui de l'évé que Germanus qui siégea aux conci les d'Ancyre et de Nicée ; ceux de Térébinthe, de Procope, d'Ammonas et de Jean ; ce dernier siégea au concile de Jérusalem, en 536.
V. LA VILLE ROMAINE, — Dans la description de la mosaï que de Mâdabä, nous avons rencontré un
« Le mur d'enceinte de Neapolis, après avoir subsisté quelque temps après la conquête arabe”, fut peu à peu absorbé par les maisons de la périphérie, de telle sorte que, sous la domination latine, cette ville passe pour être sans défense et à la merci de l'envahisseur. Ainsi, en 1137, le gouverneur de Damas, profitant de l'affaiblissement du royaume, pénétra avec une forte troupe dans Naplouse : Neapolim civitatem immunem, muro et antemuralibus, et etiam vallo carentem, et y fit un grand massacre d'habitants !. » La place n'est pas plus forte au siècle suivant : « elle n'est pas fortifiée, écrit Burchard en 1283, et ne peut l'être d'aucune façon : si l'ennemi arrive par une porte, il ne reste plus aux habitants qu'à s'enfuir par l'autre s'ils ne sont pas en nombre. La ville est située au milieu d'une vallée entre de hautes montagnes, en sorte qu'il est facile du dehors d'y jeter des pierres avec la main. » L'ancien rempart a été si bien fondu dans les habitations particulières, les matériaux en ont été débités avec un tel soin, qu'il a été malaisé d'en retrouver des vestiges incontestables. Sur plus d'un point, le dos des maisons doit en conserver le tracé, sur d'autres, elles l'ont débordé. Quant aux portes, dont les voyageurs parlent jusqu'au xix siècle, elles sont approximativement marquées par le débouché des principales artères. » 780 sentent toute l'activité commerciale de Naplouse, « Le dessinateur de la carte de Mâdabà s'étant placé au Sud-Ouest pour tracer son plan a trop reculé vers le quartier nord-est cette seconde artère, probablement par un effet de perspective. Il reste vrai toutefois qu'elle aboutit au centre de la ville que marque l'édicule à coupole remplacé aujourd'hui par la mosquée en-Naser. C, ou par l'ouest de Cheikh Badrán où l'on voit quatre colonnes de granit surmontées de chapiteaux romano-byzantins. » Le centre de la ville fut remanié au Moyen Âge et de nos jours. Le sog A fut interrompu par le Khân el-Toudjar qui, au dire de V. Guérin, forme, comme tous les bâtiments de ce genre, un grand rectangle entouré intérieurement de galeries voûtées à deux étages, que couronnaient des terrasses, actuellement écroulées. Au centre de la cour s'élevait autrefois une koubbeh ornée d'une jolie fontaine . « De tout cela il ne reste que la petite coupole posée sur les voûtes du bazar et les colonnes de granit servant de seuil. Le Khán, ancienne funda du Moyen Âge, occupait peut-être une portion du forum romain établi au carrefour des deux artères principales ?, Ch. Clermont-Ganneau a suggéré l'hypothèse d'un nymphée, c'est l'explication qu'adopte le R. P. M. Abel. « Ainsi, dit-il, en dégageant les ailes de l'édifice maintenant dissimulées dans un amas de constructions hétéroclites et en lui rendant toute son ampleur, nous sommes à même de prendre une idée de sa splendeur originelle encore intacte au temps de la mosaïque de Mádabà. Un perron spacieux, semicirculaire, amenait à la grotte sacrée, au centre de laquelle jaillissait la source bienfaisante. Au-dessus un édicule élégant, tel que l'on en trouve dans les cités gréco-romaines, notamment à 'Ammán et à Bostra, abritait les statues des nymphes et du génie particulier de la fontaine dont les eaux se répandaient par la ville pour l'usage des particuliers et des bains publics . » iba $ 15 : E à À nA.) ue !
»ep 781 rue parallèle établie à un niveau supérieur, en E. Elle ne se trouve pas, à vrai dire, au centre mathématique de Naplouse, mais sa situation, le long de l'artère centrale, justifie suffisamment l'expression de l'auteur arabe. L'entrée latérale que la carte indique au moyen d'un fronton subsiste encore sur le bazar. La porte principale occupe une place diamétralement opposée à la suite d'une modification qui, vraisemblablement, ne remonte pas au delà du Moyen Âge. Encore est-il que, de nos jours, on pénètre d'ordinaire dans la mosquée par l'atrium situé à l'Occident, en face de ‘Aïn el-Kâs. En définitive, à tenir compte de l'intention de l'artiste et des procédés élémentaires auxquels sa technique était réduite, on concédera qu'il lui était difficile, avec un cadre aussi restreint, de reproduire autrement la basilique de Neapolis sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui la Djami'a. el-Kebir !.
VI. SAINT JUSTIN. — Le plus illustre enfant de Naplouse est saint Justin, le martyr, qui tient une place éminente dans l'antiquité chrétienne. Lui-même nous apprend que son père s'appelait Priscus et son aïeul Bacchius ; il naquit à Flavia Neapolis dans les premières années du ii* siècle de notre ère. Son nom et celui de son père sont latins, celui du grand-père a une apparence grecque, mais il avait été latinisé depuis longtemps. La franchise et la fermeté de son caractère, son tour d'esprit sans subtilité ni souplesse nous le montrent plus Romain que Grec. Son éducation se fit à Naplouse, où païens et Samaritains vivaient probablement sans sympathie les uns à l'égard des autres, mais sans conflits graves dont l'écho nous serait sans doute parvenu. De bonne heure, Justin fut préoccupé par le problème religieux, mais, quoiqu'il ait raconté sa conversion, il n'a pas voulu nous apprendre toutes les phases de son inquiétude. Est-ce le contact avec les Samaritains qui a provoqué sa curiosité à l'égard du Dieu qu'ils adoraient ? On n'en a aucune preuve, aucun indice. On pourrait même penser qu'il n'a guère fréquenté ses concitoyens car il est très mal instruit de ce qui les regarde, et il ne s'entretenait pas avec eux dans leur langue, qu'il ignore complètement. Il n'y a donc presque rien à attendre de ses confidences et de ses écrits pour la connaissance de Naplouse. Le récit de sa conversion est bien loin de nous apprendre tout ce que nous voudrions savoir. Que n'a-t-il récité tout uniment l'événement. Ce n'était pas alors la mode d'être simple,
aussi Justin adopte une forme littéraire dialoguée qui se prête facilement aux développements dont le fond est, sans doute, vrai, mais où l'artifice et l'arrangement tiennent trop de place.
Justin était à la recherche de Dieu et, pour l'atteindre, il s'adressa à un stoïcien. Celui-ci n'avait certes pas droit à se réclamer de l'école du Portique puisqu'on nous dit qu'il ignorait Dieu et estimait sa connaissance superflue. Le stoïcisme était donc bien insuffisamment représenté à Naplouse, à moins que ce soit Justin qui se montra par trop inférieur à la doctrine qu'on lui développa.
Quoi qu'il en soit, Justin s'adressa à un péripatéticien qui l'accueillit et l'invita, après quelques jours, à fixer un salaire « afin que leurs relations ne restassent pas inutiles » Nouveau déboire. Le disciple s'éloigna et chercha ailleurs ; il est difficile de lui donner raison, et il aurait pu se dire à lui-même que ce n'était pas la philosophie qu'on lui proposait d'acheter, mais le temps et la fatigue du maître qu'il était juste d'indemniser.
Au péripatéticien succéda le pythagoricien et ce fut une nouvelle déception. Heureusement, Naplouse venait de voir un platonicien s'établir dans ses murs ; cette fois Justin pensa toucher le terme de son désir. * L'intelligence des choses incorporelles me captivait au plus haut point, avoue-t-il ; la contemplation des idées donnait des ailes à mon esprit, si bien qu'après un peu de temps je crus être devenu sage ; je fus même assez sot pour espérer que j'allais immédiatement voir Dieu : car tel est le but de la philosophie de Platon. » Illusion et encore une fois déception. Mais on doit convenir que la ville de Naplouse ne manquait pas de professeurs de philosophie. Aucun parmi eux n'avait réussi auprès de Justin, qui se décida à quitter sa ville natale pour un endroit solitaire sur les côtes de la Méditerranée. C'est là qu'il rencontra un vieillard qui lui enseigna ce que Justin souhaitait tellement d'apprendre.
On a cru qu'à ce moment Justin se trouvait déjà à Éphèse, peu nous importe puis que nous devons le quitter à son départ de Naplouse. C'est à Éphèse qu'a lieu le dialogue avec Tryphon ; son martyre se place à Rome ; il ne semble pas qu'il soit jamais revenu à Naplouse.
H. LECLERCQ.
+ SVB HEC SACRO SCO BELAMINE ALTA
La nappe, ou voile d'autel, est mentionnée dès le iv* siècle par saint Optat de Milève, De schismate donatistarum, l. VI, c. 1, Quis fidelium nescit in peragendis mysteriis ipsa ligna linteamine cooperiri ?.
NAQUADAH. — Naquadah est une localité de la haute Égypte, située à peu de distance de Louqsor et d'Erment. On y trouve trois églises d'époque copte
attaqués par l'action saline. Le plan (fig. 8707) nous montre un édifice parfaitement orienté suivant la ligne AB qui est la coupe de la fig. 38707. A l'entrée, une salle carrée, flanquée de deux salles séparées par une entrée de forme ogivale. A l'Ouest, l'arc pose sur une sorte de colonnette surmontée d'un grossier chapiteau (fig. 8707) qui semble à peine ébauché. Ces colonnettes sont détachées de la muraille. La disposition est la même de chaque côté et peut-être a-t-on
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LI rr 784 plan que ce dôme pose sur quatre piliers, il est plus élevé que les autres. Au delà on trouve une rangée de chapelles, haikals, Le higab de chacune d'elles est en brique avec deux portes et une fenêtre centrale. Les fonts sont une petite chambre d'aspect misérable (C du plan). Au Nord des trois haikals s'en trouve un quatrième, pourvu d'un écran de même type que dans les chapelles voisines ; ce ne doit pas être une addition faite à la construction primitive. Sous le dôme central, Chapiteau de RE eu d'abord le projet de faire l'église plus large. Le Jambage de l'arc, à l'Est, montre qu'on s'est trouvé obligé de reconstruire cette partie. L'imposte qui soutient l'arc a été relevée au-dessus de l'ancien niveau. On remarquera le nombre inusité de portes non seulement une à l'Ouest, mais encore une dans les murs nord et sud des ailes. Une porte à l'Ouest est exceptionnelle. Les dômes qui couvrent la baie de l'Ouest et ses ailes ne se trouvent pas sur la diagonale des arches comme dans le dôme central. On voit sur le on voit les traces de quelques degrés qui ont pu faire partie de l'ambon, quoi que rien n'ait été retrouvé de celui-ci. Sur le pilier ouest du dôme central, quelques traces de peinture murale sur plâtre ; on voit deux personnages nimbés et quelques caractères. Les autels sont dédiés au Mari Boctor (saint Victor), à saint Michel, à la très sainte Vierge.
189 de façon à introduire la présence du dôme central à la place du plafond. La construction, en briques crues, consiste en une abside formant sanctuaire, s'ouvrant à l'Ouest par un arc.
3 ? Deir el-Megma. — Ce Deir consiste en un groupe de quatre églises, enclos par une muraille sur un plan quadrangulaire ; cette muraille est détruite à l'Est, mais on relève sa trace à l'aide de briques ruinées. L'entrée se trouve au Nord. Une petite construction
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156 peine appeler une vallée, se voit près du mur sud et explique la légère inclinaison qu'il marque en cet endroit (fig. 8708). Là se trouve une construction dans le sens du Nord au Sud, avec des chambres s'ouvrant de chaque côté, le tout couvert de voûtes en briques crues, aujourd'hui ruinées. L'entrée était au Nord et, immédiatement à l'est de l'entrée, se trouvait un escalier dont on ne saurait dire avec certitude s'il conduisait à une terrasse au-dessus de ces chambres.
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en briques se trouve à l'Ouest et peut indiquer la présence d'une tour servant de défense à la porte d'entrée. Une trace analogue se voit à l'angle nord-ouest de la muraille. Le mur d'enceinte est construit en briques crues, bien faconnées.
Le Deir se trouve au-dessus du niveau du sol cultivé, sur une sorte de plateau de conglomérat calcaire, rempli de tombes anciennes. Le terrain cultivé est distant de quelques centaines de mètres du Deir. Celui-ci diffère du Deir es-Salih en ce qu'il ne consiste pas en un groupe d'églises seulement, mais en un ensemble d'églises et de logements privés, comme on le voit à Saint-Siméon d'Assouan, mais avec moins de soin. On pourrait en rapprocher aussi le Deir el-Abiod (voir ce mot) et le Deir el-Ahmar, près Sohag. Dans tous ces cas, les églises ne sont pas contiguës au mur est de l'enceinte. Une légère dépression, qu'on peut à peine remarquer, se trouve à l'est de l'enceinte. Le plan de ces dernières rappelle celui qui a été relevé à Saint-Siméon d'Assouan. Les murs sont peu épais et il est douteux qu'ils aient supporté un étage ; et cette construction ne se trouve pas dans une position qui commande les autres bâtiments de l'enceinte. Dans chaque chambre on voit, à la partie supérieure de la muraille, deux petites fenêtres qui sont plutôt des meurtrières. On remarquera que les églises, exception faite pour la petite chapelle El-Adra, ont leur entrée bouchée par une muraille.
Les trois églises contiguës sont dédiées : celle du Nord à saint Michel (El Malàk Mikhail), la suivante, au Sud, à saint Georges (Mari Girgis) ; la troisième, à saint Jean (Abu Hennes). On a tout lieu de croire que ces trois églises n'ont pas été construites à la même époque (fig. 8709).
La construction est principalement en briques crues ; elle n'a plus de porte aujourd'hui ; on y pénétre par un trou pratiqué dans le mur nord de la nef qui communique avec l'église Saint-Georges et on se trouve ainsi dans un corridor ou une sorte de vestibule qui pourrait avoir été pratiqué sur la muraille de Saint-Michel pour lui servir d'entrée. Au sud de ce haikal nous en trouvons deux autres, l'un fermé avec une porte au milieu, l'autre par un mur avec deux portes.
Dans le vestibule qui précède l'église et qui est coupé par cinq colonnes à chapiteaux portant le toit voûté, la colonne du Nord est en briques, les autres sont en pierre. Le - K ti ana ww mw«
El-Adra en est un exemple de ce type de narthex. Il serait un peu aventureux de tracer le plan de l'église, tel qu'il existe aujourd'hui, comme s'il était primitif. On remarquera une sorte de corridor dans la direction nord-sud, composé de trois baies inégales couvertes de dômes ; celui du Nord a le plus long diamètre et il s'ouvre à l'Est sur le haikal qui a, en profondeur, plus d'un demi-cercle. Le mur est orné de cinq niches basses, mais qui n'affleurent pas le sol et qui ont pu servir à recevoir des livres liturgiques et n'ont aucune prétention architecturale. Le higäb en maçonnerie a deux portes. Au-dessus de la pierre, toutes différentes soit pour la hauteur, soit pour le diamètre. Les chapiteaux, fort grossiers, passent du plan rond au plan carré. La hauteur des colonnes varie entre 1 m. 50 et 2 m. 10. Sur l'abaque des chapiteaux posent des arcs qui portent les voûtes, lesquelles sont presque sur plan carré.
La construction est, en majeure partie, de briques crues et, pour les arcs et piliers, de briques cuites. Ce lieu a été fort détérioré et restauré avec une rare maladresse, en sorte que c'est aujourd'hui une espèce de ruine. La nef se termine à l'Est par un haikal dont l'abside est assez développée et ne formant plus que le demi-cercle. Au-dessus du niveau du sol on voit une sorte de plinthe basse en briques qui a pu servir de banquette. Sur le plan, les colonnes BB ne se trouvent peut-être pas sur leur emplacement primitif ; elles ont pu faire partie du higäb. A l'extrémité de l'abside se trouve une niche basse qui n'atteint pas le niveau de la banquette. Les parois de l'abside conservent, par places, un enduit de plâtre qui a été peint jadis. On y peut encore distinguer des personnages debout et nimbés. Il y a également des peintures dans la conque de l'abside ; elles paraissent être d'une époque plus ancienne : on y voit un Christ en « majesté » tenant un livre posé sur son genou. La main droite et la partie supérieure de la figure sont détruites ; les figures qui se trouvaient de chaque côté du Christ sont également détruites.
Le higäb est un ouvrage d'une certaine importance et se rattache au type à deux portes avec une petite fenêtre intermédiaire, c'est une sorte d'iconostase (voir ce mot) (fig. 8710), Quatre colonnes en pierre calcaire de hauteur inégale, avec chapiteaux et bases grossières, sont encastrées dans la muraille ; rien n'indique que ces colonnes aient supporté une architrave, il semble plutôt qu'elles aient servi à dresser la muraille ou à l'orner. Les deux portes latérales ont un fronton angulaire, ainsi que la petite fenêtre centrale sous l'appui de laquelle on a placé un panneau sculpté en bas-relief. La voûte de la nef est d'une facture originale, les arcs suivent la direction du Nord au Sud. Sur le plan, la lettre D marque un renforcement du pilier et les lettres EE, un screen ou cancel. Sur toute la longueur de l'église et parallèlement au bas-côté de droite est un appartement qui communique avec l'église.
El-Adra. — C'est un oratoire minuscule, aujourd'hui ruiné, mais qu'on peut rattacher au type basilical. Le haikal finit en forme d'abside, l'autel est couvert de ruines et, quoi que très petit, remplit presque le haikal entier. Le higäb est du type à deux portes, il met le sanctuaire en communication avec une sorte de transept qui s'ouvre par un arc sur une nef à trois baies, dont la nef centrale et les nefs latérales étaient séparées par trois colonnes. Dans le mur est du transept on voit les traces de deux portes bouchées. L'entrée de l'oratoire est dans l'aile nord, mais elle est trop étroite pour avoir été une porte, même dans cet édicule que ses dimensions font plutôt ressembler à un jouet qu'à une église. El-Adra est complètement ruiné, mais à l'époque où les murailles n'encombraient pas l'intérieur de leurs débris, la plus grande largeur ne devait pas dépasser cinq mètres. Nous donnons une colonnette sculptée de l'oratoire El-Adra (fig. 8712).
H. LECLERCQ.
NARBONNE. I. Explication nécessaire. II. Le littoral. III. Climat. IV. Insalubrité. V. Forêts. VI. Mines. VII. Vignobles. VIII. La Kérien. IX. Les Volkes Tectosages et Arécomiques. X. La colonie romaine. XI. La ville. XII. La voie Domitienne. XIII. Les monuments. XIV. Enceinte fortifiée. XV. Le Capitole. XVI. Le Capitolium. XVII. Le Forum. XVIII. Les greniers et le marché public. XIX. Le théâtre et l'amphithéâtre. XX. Le temple provincial. XXI. Les thermes. XXII. Le pont de la Cité. XXIII. Les ports antiques. XXIV. Le christianisme. XXV. La province ecclésiastique. XXVI. Le conflit entre Arles et Narbonne. XXVII. L'affaire du métropolitain Hermès. XXVIII. Faits historiques. XXIX. Liste épiscopale. XXX. Conciles. XXXI. Le crucifix à Narbonne. XXXII. Églises : 1. Cathédrale ; 2. Saint-Paul ; 3. Saint-Félix ; 4. Les Pèlerins ; 5. Saint-Loup. XXXIII. Le cimetière. XXXIV. Le musée lapidaire de Lamourguier. XXXV. Sarcophages. XXXVI. Épigraphie. XXXVII. Poteries. XXXVIII. Lampes chrétiennes. XXXIX. Briques. XL. Anneau. XLI. Commerce. XLII. Juifs. XLIII. Bibliographie.
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J. EXPLICATION NÉCESSAIRE. — Si, à l'exemple d'Émile Littré, je raconte un jour Comment j'ai fait mon dictionnaire, je dirai dans quelles conditions fut rédigée la notice sur Narbonne ; dés ce moment un délai et demi de délais, sans cesse renouvelés, l'auteur a cessé de répondre aux lettres et n'a pu donner une seule ligne du travail promis. En mettant un terme à cette mystification, le devoir m'incombait de rédiger en hâte la notice en question afin de ne pas causer de nouveaux retards à la publication du Dictionnaire, | A cet effet, j'ai dû recourir à des études qu'on trouvera citées ou résumées dans les paragraphes qui vont suivre.
II. LE LITTORAL. — A l'aurore des temps historiques, et encore à l'époque romaine, la côte narbonnaise était assez différente de ce qu'elle apparaît aujourd'hui. La reconstitution de ce littoral, si variable, serait presque impossible si nous n'avions recours qu'aux descriptions des géographes et des historiens de l'antiquité. Heureusement, l'étude géologique du sol apporte un puissant secours, car lacs et étangs, en se transformant, ont laissé partout les traces visibles des anciennes limites de la terre et de la mer. Un rapide examen permet de reconnaître que tout l'espace compris entre la chaîne secondaire de Fontfroide à l'Ouest, celle de la Clape à l'Est et la plaine de Sigean au Sud, était, avant les temps historiques, le séjour de la mer. Dans le Nord, les eaux s'avancèrent jusqu'au pied des collines d'Ouveillan, de Montels, de Capestang ; vers l'Est, elles baignaient les mamelons de Nissan, de Lespignan et de Vendres. A l'entrée de ce vaste golfe émergeait un archipel, premières assises du sol qui allait se créer. C'est à la base même des Corbières, alors que l'Aude débouchait à Sallèles, que se sont formés les premiers atterrissements. Les dépôts du Veyret en furent la première base, grossie par les alluvions de l'Aude 1.
Une ville devait s'élever au fond de ce golfe si poissonneux, assez près de la mer pour en tirer de gros bénéfices, assez loin du rivage pour exercer la piraterie sans avoir à la redouter pour elle-même . Cette région fut habitée dès les premiers temps de l’histoire. Les prata Liquriæ (prés de Liviére) , qui furent les premiers terrains émergés, furent occupés par les Ligures, dont on a tracé un portrait peu attrayant 4, Narbonne existait certainement avant l'arrivée des Ligures, puis que ce sont les Ibères qui l'ont fondée ; mais à mesure qu'elle prit de l'importance, la ville protohistorique, fondée à l'embouchure du fleuve, déclina, de telle sorte qu'elle fut réduite à l'état de simple bourgade quand Narbonne devint le grand port de l'Aude et de la Gaule, où se concentrèrent la vie et l'activité de la région.
Polybe décrivant les rivages de la Méditerranée un siècle et demi avant notre ère, dit que « le Narbón (— Aude) est peu éloigné au couchant de Marseille et des embouchures du Rhône à travers lesquels le fleuve opère sa sortie dans la mer », et il dit vrai pour son temps. Cinquante ans plus tard, Posidonius écrit que « Narbonne est située sur les embouchures de l'Aude, et sur les bords du lac Narbonilis, c'est, dit-il, le grand port de toutes ces régions. Si l'on part de Narbonne, on commence à remonter le cours du fleuve, ère (43 ans apr. J.-C.), Pomponius Mela nous apprend | que « l'Aude n'est navigable qu'à partir de Narbonne ; mot d'explication s'impose. Cédant à une chaleureuse recommandation, j'avais invité un prêtre de Narbonne, enfin Pline, en l'an 71 de notre ère, constate que à écrire cette notice ; il s'y était engagé. Après deux il se jette dans le lac Rubresus, d'assez vaste étendue, mais dont l'entrée vis-à-vis de la mer est très étroite * ;
793 Narbonne est éloignée de douze mille pas de la mer. Il s'ensuit que toutes ces lagunes dénommées aujourd'hui étangs de Sigean, de Bages, de Gruissan, de Gruzel, de Mateille, de Capestang, de Pissevache et de Vendres sont les restes à peine sensibles du grand golfe auquel les géographes du r siècle donnaient le nom de Hubresus, Rubrensis, Narbonilis ; au Ve, Festus Avienus lui donnera le nom de Helyce et, au vi siècle, Fortunat nous apprendra que l'Aude mèle ses eaux à celles du Rhône. Ceci était vrai encore il y a quatre cents ans : le petit Rhône communiquait avec les étangs de Manguis, de Pérols, de Palavas et de Thau, qui n'en formaient qu'un seul, que Festus disait être voisin du Rhône, et l'appelait Taphrum ou Taurum. Entre la Méditerranée et le lac Rubresus s'élevaient plusieurs îles qui, peu à peu, se soudèrent entre elles pour se rattacher ensuite à la terre ferme. Au temps de Festus, on nommait quatre îles et on se souvenait que « dans les temps éloignés » il n’y en avait que trois. C'est donc qu'au sein des étangs une quatrième île n'existait pas.
Narbonne romaine s'élevait donc au fond du golfe dont ces îles étaient les sentinelles avancées. Lenthéric pense que cet archipel existait encore au 1v siècle, et que les îles n'ont pu être rattachées au continent d'une manière définitive que vers le rx siècle. Reste à déterminer le point précis où l'Aude se jetait dans le golfe. On a proposé Sallèles d'Aude ; là, avant la période historique, il forma un dépôt qui le divisa en deux branches. La première recevant directement, au moment des crues, la plus grande partie des alluvions qui augmentaient sans cesse la plaine en formation ; la seconde, la principale, se dirigeant vers l'Occident, c'est-à-dire vers la droite, suivant l'impulsion suivie par le plus grand nombre des fleuves de notre hémisphère.
La plaine de Narbonne, en partie formée, le fleuve continua à poursuivre sa course vers le Sud ; il est très probable qu'à l'époque romaine la plaine de Narbonne ne dépassait pas le triangle formé par Sallèles, Narbonne et Coursan. La sortie de l'Aude dans le Rubresus avait lieu entre le château de Montfort et Mandirac. Sur le sol agrandi de l'île de Mandirac, aujourd'hui rattachée à la terre ferme, l'ancien lit de l'Aude porte le nom caractéristique de Marais du cercle, qui provient de ce que l'Aude, de plus en plus embarrassé par les alluvions, formait comme un cercle autour de Montfort avant de se jeter dans le Rubresus.
A l'endroit où nous plaçons l'embouchure du fleuve, près du château de Montfort, en face de Bages, sur la rive orientale de l'étang, on trouve un enfoncement d'une superficie de deux hectares environ, qui porte le nom très significatif de Port des galères. Des débris attestent encore que là fut autrefois ce second port dont parle Ausone.
L'Aude charrie annuellement près de deux millions de mètres cubes de limon. Son débit descend jusqu'à cinq mètres cubes par seconde et peut monter jusqu'à cinq et six mille pendant les inondations. Ses apports annuels égalent au dixième de ceux du Rhône dont le bassin est vingt fois plus étendu. Les apports de l'Aude sont donc doubles de ceux du Rhône à superficie égale. La rapidité avec laquelle s'est formée la plaine de Narbonne n'a donc rien qui doive nous surprendre.
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94 III. Cimar. — La Narbonnaise est, au dire de Strabon, la région de la Gaule où le vent se fait sentir avec le plus de violence ; et il signale la présence d'un vent froid, pénétrant, violent ; il aurait pu ajouter : tourbillonnant, et chacun aurait reconnu le cers, dont le nom correspond exactement à l'expression d'un mouvement giratoire : circius a turbine ac vertigine. Les géographes romains répétaient — peut-être sans trop y croire — que le cers avait renversé un chariot chargé et même un soldat sous les armes ; aujourd'hui, on raconte qu'il a couché des wagons sur la voie ferrée et emporté un train sur les rails. Dés lors on ne s'étonne plus qu'Auguste ait consacré un autel au vent Circius et qu'il ait choisi à cet effet le mont Ventoux ; et ce n'était pas, de sa part, une galéjade, mais le très humble hommage rendu à ce vent dont le souffle tempère, au dire de Pline, les ardeurs de l'été, et, au dire de Sénèque, purifie l'atmosphère. C'était donc un vent bienfaisant par opposition au vent du Sud-Est, qu'on appelle aujourd'hui l'autan ou le vent marin.
IV. INSALUBRITÉ. — Pline nous dénonce une maladie particulière à la province narbonnaise : le charbon. Ce fut, raconte-t-il, pendant la censure de L. Paullus et de Quintus Marcius (an de Rome 590) que parut pour la première fois en Italie, le charbon, maladie particulière à la province narbonnaise. Il est mort de cette affection dans la même année et pendant que nous écrivons ceci, deux personnages consulaires, Julius Rufus et Q. Lecanius Bassus : le premier, par l'ignorance des médecins qui pratiquèrent des incisions, le second s'étant fait lui-même au pouce gauche une piqûre avec une aiguille, piqûre si petite qu'on pouvait à peine l'apercevoir. Le charbon naît dans les parties les plus cachées du corps, et communément sous la langue. Il prend la forme d'un bouton dur et rouge, mais le sommet est noirâtre, quelquefois livide. Il y a toujours tension, sans enflure toutefois, sans douleur, sans démangeaison, sans autre symptôme qu'un assoupissement qui accable le malade et l'emporte en trois jours. Quelquefois, il s'y joint au frisson de petites pustules autour du charbon et rarement de la fièvre. Lorsqu'il a gagné la gorge et le pharynx, il tue très promptement. »
Cette maladie offre une grande analogie avec celle que nous désignons actuellement sous le même nom, sauf en ce qui concerne la préférence du charbon pour la bouche ; les auteurs modernes ont une tendance à rapprocher les maladies charbonneuses des anciens de l'affection désignée de nos jours sous le nom d'anthrax.
V. Forêts. — Près des sources de l'Aude, point de glaciers, point de sommets élevés qui accrochent les nuages, point de rapport direct avec la mer dont on est séparé par un vaste plateau ; rien qu'une vallée orientée du Sud au Nord. Les historiens ne nous apprennent rien sur les forêts de cette région de la Gaule, mais nous savons qu'elle fut habitée depuis les temps historiques et les déboisements sont fort antérieurs à la période romaine. Avec les forêts disparurent les nuées auxquelles elles donnaient naissance. L'action du soleil sur la roche mise à nu a déterminé un violent appel d'air froid et un courant venu du Nord refoule vers le Sud les nuages, qui, remontant les vallées méditerranéennes, s'insinuent par la brèche des montagnes dans la direction du Capcir. Les forêts actuelles sont des restes bien diminués de celles qui devaient s'étendre sur la montagne Noire, les Corbières, l'Alaric et la haute vallée de l'Aude. Les déboisements acharnés qui se sont produits dans le Capcir à une époque presque moderne ont entraîné des conséquences sur le cours de l'Aude ; les crues du fleuve, considérables autrefois, ont diminué en intensité. Ce résultat a entraîné la diminution du volume d'eau qui, à l'époque romaine, était beaucoup plus important que de nos jours.
VI. Mines. — Strabon signale le trésor des Volkes Tectosages à Toulouse, mais Pline et lui semblent parler surtout de l'or qu'on trouve en Espagne ; cependant Posidonius et Diodore mentionnent des gisements aurifères de la Gaule. Nulle mention de mines chez les Atacini. Catel, Gensanne parlent par ouï-dire ; le premier s'aventure fort quand il mentionne l'existence de mines d'or à Blanchefort, près des bains de Rennes ; le second signale un filon de minerai argentifère au lieu dit las Cosleilles, près de Maisons. Barante dit que tous les gîtes métallifères furent exploités en des temps très reculés.
VII. Vignobles. — Posidonius dit que le vin était réservé aux riches qui le faisaient venir d'Italie ou de Narbonnaise. Au temps de la république, la culture de l'olivier et de la vigne, prohibée en Gaule, était tolérée dans la Narbonnaise ; sous l'empire, on se relâcha un peu de cette rigueur. Pline nous apprend que « dans certaines régions, en Italie par exemple, la vigne se suspend aux ormeaux. Dans certaines parties de la Narbonnaise, la violence du vent ne permet pas ce mode de culture ; empêchées de croître au-delà des premiers bourgeons et toujours semblables aux plantes que l'on travaille avec le hoyau, les vignes rampent ras le sol comme des herbes et pompent par leurs grappes le suc de la terre.
VIII. La KéXAzxrg*. — La ville de Narbonne, dont l'origine et les commencements échappent à l'histoire, comme ceux de beaucoup de villes célèbres, était déjà connue de l'historien Hécatée, un des devanciers d'Hérodote, qui la signale comme le marché le plus important de la côte entre les Pyrénées et les bouches du Rhône, où commençaient alors les établissements des Massaliotes : « i móAsetw ; »EXXnbSsc, comme on les a appelés plus tard. Le titre de ville celtique, sous lequel le vieil historien la désigne : N&gÜnmv, éurôprov x« l móc Kekrixt, ne permet pas de douter que le peuple des Celtes ou Keltes ne formât dès cette époque la population dominante du littoral, et que la ville marchande (éurégtov) ne fût comprise dans les limites du territoire occupé ou envahi par eux. Polybe, qui écrivait plus de trois siècles après Hécatée, regarde encore comme franchement celtique toute la partie de la côte qui s'étendait depuis Narbón et le fleuve Narbón jusqu'aux Pyrénées : déno 95 toù Népüuovoc xal Ti nepli TOUTOV KeArol véuovtaL Léyor vv Toocxyopeuouevov lupnvxlev ópovw 1, sans excepter les villes d'Illiberis et de Hoscino, habitées, dit-il, par les Keltes :
IX. LES VOLKES TECTOSAGES ET ARÉCOMIQUES !. — Les Volkes étaient certainement établis dans le sud de la Gaule à l'époque des guerres puniques, puis que Tite-Live les désigne sous leur nom parmi les peuples de race gauloise dont Annibal avait traversé le territoire (218 avant notre ère) avant d'atteindre le Rhône et les Alpes. Il les signale même comme le seul de ces peuples qui ait osé opposer quelque résistance à la grande armée du général carthaginois ; ce qui semble indiquer qu'ils étaient dès cette époque une nation puissante, comme les appelle l'historien, la plus puissante probablement de toutes celles qui habitaient alors le riche pays compris entre le Rhône et les Pyrénées ! ?. Caton l'Ancien, qui les cite un demi-siècle après les guerres puniques, ne les connaît encore que sous le nom générique de Voleæ (Voleæ et Volcai, que les Romains prononçaient Volkz). Il ne paraît pas se douter plus que Tite-Live qu'ils étaient divisés en deux tribus ou deux nations ayant chacune leur territoire et leur organisation bien distincts '. Le seul fait important qu'ils nous apprennent au sujet de ce peuple barbare, à peu près inconnu des Romains avant la conquête de la Narbonnaise, c'est que leur territoire (ager) s'étendait à cette époque au-delà du Rhône, qui leur a servi depuis de limite, c'est-à-dire, en d'autres termes, que, suivant l'usage des peuples celtiques, ils habitaient à la fois la rive droite et la rive gauche du fleuve qu'ils eurent un instant l'intention de défendre contre les Carthaginois !*. C'est ainsi qu'ils s'étaient trouvés voisins des Massaliotes, auxquels Tite-Live et Caton avaient probablement emprunté les rares détails que nous venons de résumer.
Strabon, Mela et Pline, auxquels nous devons les premiers renseignements précis et circonstanciés que les anciens nous aient laissés sur le pays des Volkes et sur leur histoire, appartiennent, comme on le sait, au Ier siècle de l'ère chrétienne. Ils vivaient par conséquent à une époque où les Volkes avaient perdu depuis longtemps leur indépendance et leur nationalité. Soumis une première fois par les Arvernes, ils étaient tombés, après la chute des Arvernes, sous la domination des Romains, quand ceux-ci étaient devenus les maîtres de la Gaule du Sud, érigée par eux en province. | Mais sous l'un comme sous l’autre de ces deux régimes, ils étaient restés en possession du riche territoire qu'ils avaient conquis ou occupé par la force de leurs armes à des époques oubliées. Posidonius, qui voyageait en Gaule dans les dernières années du IIe avant notre ère, les y avait trouvés divisés en deux nations distinctes quoi que sorties d'une souche commune, comme l'indique le nom commun lui-même de Volcæ, sous lequel elles se désignaient. Quant à leurs surnoms : Teclosagæ, Tectosagi ou Arecomici, que l'on expliquait jadis à l'aide du latin et du grec, nous nous contenterons de remarquer que les linguistes de nos jours les regardent l'un et l'autre comme des noms purement celtiques, composés, suivant l'habitude gauloise, de plusieurs parties (sagurm, are ou ari, coma ou come) dont chacune avait son sens ou sa valeur.
Les grandes villes romaines de leur pays, dont nous admirons encore les vestiges ou les ruines, Tolosa, Careaso, Nemausus, n'étaient que des villages volkes dont la population et l'importance s'étaient accrues sous l'influence de causes diverses, assez difficiles à apprécier aujourd'hui. Il est même impossible de douter que tel ou tel de ces centres de population n'aient été, longtemps avant la conquête, les chefs-lieux de territoires plus ou moins étendus qui auraient conservé leur métropole dans la nouvelle organisation, comme ils conservaient leurs circonscriptions inférieures et quelquefois leurs limites consacrées par des habitudes séculaires. Dans les villes romaines ou latines organisées plus tard sur tous les points de la nouvelle province, qui reçut ainsi sa forme définitive et sa physionomie romaine, administrativement parlant l'ordo ou le conseil municipal de la nouvelle ville n'était, à de rares exceptions près, que l'assemblée des notables du canton ou de la tribu : primores, nobiles, transformée par les Romains en aristocratie bourgeoise et chargée à ce titre de l'administration municipale et financière de la cité. Dans les campagnes, habilement reliées et subordonnées à ces nouvelles villes, qui devenaient pour Rome un puissant moyen d'assimilation, les populations de race volke avaient conservé plus fidèlement encore les traits distinctifs de leur physionomie nationale. Cicéron, qui écrivait plus de soixante ans avant la conquête, nous les montre vêtus toujours du sagum et de la braye et parlant chez eux cet idiome guttural auquel les Romains appliquaient par excellence le nom de « barbare ». Leurs monnaies et les mêmes, dont nous possédons un assez grand nombre, n'ont adopté que tard l'idiome et le système monétaire des nouveaux maîtres du pays. Elles offrent souvent, même après la conquête, des noms propres, tronqués ou complets, dans lesquels on a cru reconnaître les noms de chefs ou de rois que les tribus barbares auraient conservés jusqu'à cette époque avec l'organisation dont ils formaient le couronnement.
Si l'on admet que les Volkes aient paru dans le sud de la Gaule au IVe avant notre ère et qu'ils s'y soient établis de vive force au milieu des populations celtiques ou autres qui l'habitaient avant eux, il y a plus d'une raison de croire que les Volkes Tectosages formaient le gros de l'armée envahissante dont les Volkes Arécomiques n'auraient été que l'avant-garde. Tout semble indiquer au moins que ce sont les Tectosages qui ont pris la part la plus active et joué le rôle le plus brillant dans l'invasion du pays dont ils formaient encore aux temps historiques la population dominante.
À l'inverse des Arécomiques, que le mouvement de l'invasion parait avoir emportés du côté de l'Est jusqu'à l'extrémité de l'angle marécageux limité par le Rhône et par la mer, ils se seraient arrêtés en deçà des Cévennes, zpóg 98$ tò Kéuusvov ëpoc cuvarrovrec , dans le riche pays de plaines qui forme le centre de l'isthme, à égale distance des deux mers et des montagnes qui le resserrent au Nord comme au Sud ?. C'est là encore que se trouvait, aux temps historiques, ce que les écrivains anciens appellent d'un nom générique : Regio Volcarum Tectosaqum , c'est-à-dire les terres riches en blé dont ils avaient pris possession à l'époque de l'établissement et qui ont formé depuis leur domaine immédiat. Ce territoire, plus vaste et plus fertile que celui des Arécomiques, s'étendait sans interruption, à ce qu'il parait, depuis la vallée de l'Alar, sur lequel ils possédaient l'oppidum de Carcaso, jusqu'au bord du fleuve Garouna , qu'ils auraient franchi comme l'Afaz, puisqu'on les trouve établis de très bonne heure sur la rive gauche du fleuve, dans le pays accidenté que possédaient avant eux les petits peuples de la Confédération aquitani que.
Avant d'entreprendre au-delà du Rhône et au-delà des Alpes ces grandes émigrations à main armée dans lesquelles allaient s'épuiser, comme le remarquent les anciens, la jeunesse et la sève de la nation 7, les nouveaux venus avaient dû s'établir solidement dans ces terres de choix, dont ils sont restés les maîtres jusqu'à l'époque romaine. Plus tard, il leur avait fallu soumettre et organiser les populations de races diverses dont les territoires confinaient de divers côtés avec le leur. Mais ces événements, intéressants à plus d'un titre, et les transactions politiques auxquelles ils avaient donné lieu ne paraissent avoir laissé en Gaule que des traditions vagues et des souvenirs à demi-légendaires dont Ptolémée se prévalait probablement quand il nous montre, dans un passage de sa Géographie, les Volkes Tectosages étendant du côté de l'Est leurs possessions et leurs limites jusqu'à la ville maritime de Narbón, dont ils se seraient trouvés ainsi les maîtres ou les suzerains longtemps avant les Arécomiques. Ils auraient même dépassé de beaucoup cette limite, s'il est vrai, comme l'assure le géographe, qu'ils aient atteint de ce côté la vallée de l'Orb et celle de l'Hérault, désigné alors sous le nom d'Araüris.
À l'Ouest et au Sud-Ouest, où rien ne le contrariait sérieusement, ce mouvement d'expansion conquérante parait avoir été plus suivi et plus efficace encore. Au-dessus de Carcaso, comme au-dessus de Tolosa, dont les deux oppida marquaient les limites des établissements volkes dans la plaine, s'ouvraient presque parallèlement les fertiles vallées de l'Aude et de la Garonne, qui menaient, par des routes tracées, jusqu'au pied des Pyrénées, revêtues alors de sombres forêts vierges et de landes interminables (bruyères, fougères et genêts) que nous achevons de défricher aujourd'hui. C'est à cette époque, en effet, que paraissent avoir été fondés, à la suite d'apprisions ou de conquêtes oubliées, la plupart des villages celtiques d'origine (leurs noms de lieu ou d'homme suffiraient à le prouver) qui jalonnent encore les vallées des deux fleuves et celles de leurs affluents ?. Le petit peuple des Garumni ?, dont le nom paraît purement géographique, comme celui des A/acini, qui habitaient la vallée supérieure de l'Atax, devrait en grande partie son origine à ces conquêtes agricoles et guerrières dont le temps n'a point complètement effacé les traces. Un de leurs villages, fondé sur la rive gauche de la Garonne, par les Volkes de Tolosa selon toute apparence, était connu dès le temps de Cicéron sous le nom significatif de Vulchalo (Voulkalo, Volkalo, Bolkalo), adouci depuis en Bauchalot .
Ce serait donc, comme le disent unanimement les géographes anciens « du côté de l'Ouest et des Pyrénées s, regardées par Strabon comme une chaîne méridienne, que se seraient opérées les plus réelles et les plus solides conquêtes, puisqu'elles ne reposaient plus ici sur des annexions passagères de territoire et de population. Leur frontière pyrénéenne, qui devait répondre à celle du territoire des Tolosates à l'époque romaine, se serait étendue depuis les sources de la Garonne et celles de ses affluents, dont les Tectosages paraissent avoir exploité les premiers les lavages d'or 5, jusqu'à l'extrémité orientale de la chaîne où Ptolémée leur attribue les villes phéniciennes ou ibériennes de Roschino et d'Iliberris. Il y a toute raison de croire pourtant que ces villes, alors opulentes, ne leur appartenaient, comme celle de Narbonne, qu'à titre de vassales ou de tributaires, car tous les anciens nous représentent les Volkes Tectosages comme une population essentiellement agricole, établie de temps immémorial dans l'intérieur de l'isthme, loin des côtes de la mer, qu'ils n'atteignaient d'aucun côté. Strabon, dont le témoignage toujours grave se trouve confirmé ici par celui de Mela et de Pline, déclare à deux reprises « que leurs possessions atteignaient du côté du Sud, en le franchissant sur quelques points, le versant septentrional du mont Kemmène (les Cévennes), qui leur servait de limite jusqu'aux promontoirs des Pyrénées, où on les retrouvait mêlés à des populations de nationalité différente 5 »,
X. LA COLONIE ROMAINE. — L'an de Rome 635, L. Aurelius Cotta fut gouverneur de la Transalpine, province nouvellement soumise et assez peu disposée à s'y résigner. Les provinces consulaires étaient ordinairement situées aux frontières et confiées à un consul, c'est ainsi qu'en 636 la nouvelle province des Gaules fut attribuée au consul Q. Marcius Rex. Avant son départ, le Sénat délibéra et décida l'établissement d'une colonie romaine à Narbonne, ce qui assurait le passage facile des troupes en Espagne. Lucius Crassus fut chargé de conduire la nouvelle colonie en qualité de chef des triumvirs, dont la fonction était de pro-
800 céder au partage des terres entre les colons. Ainsi Narbonne fut la première colonie romaine en Gaule, et postérieure de trois années seulement à celle de Carthage. C'est à peu près tout ce qu'on sait à son sujet, car on ignore de quelle ville latine ou italienne” sortaient les colons et à quel nombre ils s'élevaient . La tribu Papiria, à laquelle appartenait, à ce qu'il paraît, la majeure partie des émigrants ne prouverait pas qu'ils fussent originaires du Latium et de la ville antique de Tusculum, regardée comme le chef-lieu de la tribu , Quant au nombre des colons, il était rare à cette époque qu'il excédât trois mille hommes mariés ou célibataires, et il restait souvent au-dessous de ce chiffre.
Ce fut donc l'an 118 avant notre ère que les futurs fondateurs de Narbonne romaine s'embarquèrent à Ostie 1° et vinrent jeter l'ancre aux embouchures de l'Atax (Aude). Si la ville de Narbo était dès lors ancienne, comme l'attestent des témoignages irrécusables, on peut tenir pour certain qu'elle s'enfermait déjà dans une enceinte construite au moyen de grands blocs appareillés sans ciment, à la manière de ce qui se faisait dans les villes étrusques et latines. « Les triumvirs, qui présidaient à l'établissement de la colonie, n'auraient pas eu besoin ici de lui mesurer et de lui tracer eux-mêmes une enceinte suivant les formes consacrées par le rituel étrusque !!, Leur tâche se serait bornée cette fois à surveiller l'installation matérielle des colons et le partage des terres 1°, dont les agrimensores avaient pris possession au nom de la république, et qu'ils soumettaient à un arpentage minutieux *'. » Ces mêmes triumvirs auraient publié la lex colonis ou lex civilalis, qui reproduisait les dispositions essentielles de la loi récemment promulguée à Rome, sur laquelle reposaient les titres et le droit de propriété des colons. Ils les faisaient graver sur des tables de bronze exposées au Forum ou dans un lieu particulièrement fréquenté !', Cependant, on ne voit pas trop ce que devenait au milieu de tout cela la population indigène, forcée d'évacuer, pour faire place aux nouveaux venus, tel ou tel quartier de la ville regardé comme plus salubre ou plus agréable, et de leur céder également les terres les plus voisines de l'enceinte. C'était à cette terre, confisquée par la république au nom de l'inperium et attribuée aux colons en vertu d'une loi qui consacrait le droit du plus fort, que s'appliquait le nom sacramentel d'ager. La loi qui en disposait s'appelait lex agraria 5, Ceux qui étaient dépouillés par cette loi inique n'avaient sans doute d'autre parti à prendre que d'aller s'établir sur les terres incultes et sans maître, les « terrains vagues » que les agrimensores désignaient sous le nom d'arcifinius (a finibus arcendis) parce qu'elles n'étaient plus mesurées. aM Sei ' Sai 801 reposaient les ossements de leurs pères sous les fuinuli qui bordaient les grèves de l'Atax. A défaut de terres cultivables, dont les riches avaient seuls sauvé quelque chose, il restait aux plus pauvres eux-mêmes une masure et une échoppe, où ils conservaient le droit de travailler et de vendre cher (aux nouveaux venus surtout), sans parler du fleuve qui leur ouvrait la mer et de cette mer elle-même, dont le sillon est plus fertile que celui de la terre ferme pour les gens des ports. Savait-on d'ailleurs si les étrangers, quoi que impatronisés par la force, ne seraient pas à l'avenir des maîtres équitables, comme le promettaient les lois qu'ils avaient proposées dans leur forum futur, moins capricieux à tout prendre que les chefs de tribus celtiques ou gauloises qui levaient dans le port des péages vexatoires et rançonnaient de plus riches et pauvres, à l’occasion ?
« C'est au-dessus de ce fond obscur, grossi de spéculateurs, d'industriels et de gens de métier attirés toujours par la fondation d'une nouvelle ville qu'allait se constituer la commune romaine, dont les indigènes — faisaient partie, il est vrai 1, mais sans jouir des droits civils et politiques qui avaient suivi les émigrants dans leur nouvelle patrie, fille et sœur de l'ancienne. Le nom d’Atacini, sous lequel les désigne un géographe romain du 1 siècle ?, semblerait indiquer que cette population se recrutait depuis longtemps dans la vallée de l'Alax, dont la ville de Narbón n'était en réalité que la tête et le port. Ce que l'on peut au moins affirmer c'est que les noms barbares que nous offrent en assez grand nombre les inscriptions romaines de Narbonne sont franchement celtiques, à de très rares exceptions ?, et qu'ils rappellent exactement ceux que l'on rencontre dans les vallées des Cévennes, envahies très anciennement, comme celles des Pyrénées, par des populations de langue celtique. L'épithète d'Afacinus, qui a embarrassé et qui embarrasse encore les érudits, figure plusieurs fois, comme surnom, à la suite de noms romains , qui se substituent de très bonne heure ici aux noms indigènes , » Narbonne prit le nom de Narbo Martius et non Marcius parce que ce nom lui venait du dieu Mars ou de la légion Martia ; elle portait ce nom longtemps avant l'entrée de César dans les Gaules, mais César renouvela la colonie cent soixante-dix ans après son établissement. C'est seulement depuis ce renouvellement que Narbo Martius devint Colonia Julia Paterna et aussi Narbo Decumanorum parce que les soldats de la légion X (decumana) la repeuplèrent. x Rien n'indique que l'établissement de la nouvelle colonie ait provoqué à Narbonne le mécontentement et les rancunes qui suivaient souvent ces actes de souveraineté. Chassés de leurs terres et quelquefois de leurs maisons, pour faire place aux nouveaux venus, les anciens habitants s'étaient vus dépossédés en même temps de l'administration et du gouvernement de leur ville devenue comme un prolongement et un faubourg de Rome”. Mais il ne faut point oublier que cette population assez peu homogène, suivant toute apparence, était beaucoup plus préoccupée ici de commerce d'outre-mer et de spéculations mercantiles que de ses libertés politiques ou municipales, ébréchées probablement par des usurpations ou des conquêtes antérieures.
« Fondée à une époque ancienne, la colonie de Narbonne parait avoir échappé aux réactions que nous voyons à Vienne, autre ville de la Narbonnaise. Sa constitution, dont nous connaissons au moins les principaux traits, grâce aux indications que nous fournit l'épigraphie locale, différait à plus d'un égard de celle des colonies militaires fondées en grande partie dans les derniers temps de la république. Elle rappellerait plutôt celle des anciennes colonies romaines de la Sicile et de la grande Grèce, qui traitaient avec ménagement la population de ces grandes villes longtemps florissantes et les réconciliaient plus ou moins sincèrement avec leurs nouveaux maîtres . Mais il arriva ici ce qui arrivait souvent à ces petites garnisons romaines transplantées ainsi loin de la ville mère, sur un sol et sous un ciel étrangers. Aux anciennes familles des colons éteintes, dispersées ou appauvries en quelques générations, succédait une population d'affranchis qui ne conservait plus que les noms de ses anciens maîtres, affublés de surnoms ou de sobriquets serviles. Des lots de terre assignés par le sort à chacune d'elles (sortes), les uns restaient en friche, faute de bras ou de maîtres, les autres avaient passé entre les mains étrangères par des aliénations que les leges cherchaient vainement à empêcher. Les magistratures municipales, dont les indigènes se trouvaient exclus à leur titre d'étrangers (peregrini) ou de provinciaux (provinciales), devenaient l'apanage d'un certain nombre de familles dont les chefs vivaient souvent à la campagne dans de grands domaines (fundi, latifundia) qui prenaient leur nom et qui les ont gardé quelquefois. Fort supérieure en droits et en rangs à la population indigène au milieu de laquelle elle s'était établie d'autorité, la commune des citoyens romains, comme elle s'appelait avec orgueil (colonia cipium nostrüm, civium romanorum ) lui redevenait de fait supérieure par le nombre, avec lequel il faut compter tôt ou tard, par la richesse ou l'aisance, filles légitimes du travail. Elle aurait fini par n'être plus à son tour qu'une fiction légale, si Rome ne s'était trouvée en mesure d'envoyer à Narbonne une nouvelle colonie chargée d'y raviver sa langue, ses mœurs et son pouvoir en déclin.
« Ce fut en l'année 45 ou 46 avant notre ère, deux ans avant la mort de Jules César, que fut décidé l'établissement de cette nouvelle colonie. Suétone, le seul des historiens anciens qui nous ait conservé le souvenir de cet événement, oublié au milieu d'événements bien autrement graves, se contente de désigner par son nom le personnage, considérable aussi (Tiberius Claudius Nero 1°), auquel fut confiée cette mission, qui n'était pas elle-même sans importance, car elle parait s'être étendue à plusieurs des grandes villes de la province, à celle d'Arelate notamment. Mais il est
À. — XII — 26,
803 NARBONNE 804 f certain cette fois que le Sénat n'eut plus à intervenir dans l'établissement de la nouvelle colonie, puisqu'elle était exclusivement militaire, et que les vétérans dont elle était composée n'avaient d'ordres à recevoir que du général qui commandait les armées, devenues les arbitres de la république. Des documents contemporains nous les montrent entrant militairement dans leur nouvelle patrie comme dans une ville prise de vive force, précédés de leurs tribuns et de leurs centurions !, Ils étaient toujours suivis d'une nuée d'agrimensores, transformés en officiers publics depuis les guerres civiles ? et qui pouvaient cette fois arpenter, mesurer et assigner tout à leur aise ; car les colonies militaires n'ayant plus rien de religieux, comme les colonies civiles, n'étaient tenues à d'autres ménagements, même envers les anciens colons, qu'à ceux qu'elles voulaient bien s'imposer.
« On a remarqué avec raison que le nom ou les noms de la ville, car elle en avait plusieurs à la fois — comme on l'a vu — ainsi que la plupart des colonies romaines, reflètent et rappellent assez exactement les révolutions que nous venons de résumer. Au temps de Cicéron, à la suite de l'établissement fondé par l'orateur Licinius Crassus, elle n'avait encore que deux noms, celui de Narbo ( Narbonis ), qui a traversé presque sans altération toutes les péripéties de son histoire, quoiqu'il remonte comme nous l'avons dit, à une très haute antiquité, et celui de Martius, qui n'est et ne peut être qu'une épithète divine fa Marte) puis que les inscriptions antiques l'écrivent constamment par un /, A ce nom, déjà complexe, la seconde colonie ajouta les épithètes tout officielles cette fois de Julia et Paterna, qui remontent au moins au temps d'Auguste, car on les trouve déjà dans l'inscription du célèbre autel, et celle de Claudia qui rappelait à la fois le nom de Tiberius Claudius Nero et celui de l'empereur Claude, son petit-fils . Ces noms et surnoms que les inscriptions du r et du 1r siècle donnent ainsi : C. I. P. C. N. M, se lisent Colonia Julia, Paterna, Claudia, Narbo Martius. Le nom de Decumant que l'on trouve associé à Narbonenses et même employé seul était une allusion flatteuse à la Xe légion, le corps de | troupe préféré de Jules César . » XI. La ville . — Les historiens grecs qui la désignent déjà sous le nom de Nice, écrit, à très peu de chose près comme nous l'écrivons aujourd'hui, tenaient évidemment ce nom des indigènes ou des marins qui avaient trafiqué avec eux. Nxpócv, NzgpDovoc (h), écrivent Hécatée, Pytheas, Polybe, Posidonius, Strabon. Ce n'est qu'à l'époque romaine que ce nom s'adoucit et s'abrége tout à la fois f Narbo, Narbonis) en devenant masculin : Narbo Martius pour reprendre au iv siècle, chez Ammien Marcellin, la forme féminine Narbona *. Hécatée, qui déduisait de ce nom de ville l’ethnique Naœpôxio., comme nous l'apprend Étienne de Byzance °, lui donnait évidemment pour radical les quatre lettres Narb.
L'emplacement, qui ne parait point avoir changé depuis plus de deux mille ans, répondrait lui-méme assez exactement à celui qu'occupait la cité ou la ville proprement dite, avant l'annexion du bourg qui ne remonte pas au delà du xi* siècle de notre ère. Il y a même plus d'une raison de croire qu'elle avait dès cette époque son enceinte de murailles construite, suivant l'usage du temps, de gros blocs rectangulaires appareillés sans ciment, et que cette enceinte aura traversé sans grands remaniements toute la période romaine, comme les murailles cyclopéennes des villes étrusques que les Romains ne paraissent pas avoir reconstruites non plus en devenant les maîtres du pays. Ce serait à cette enceinte, antérieure ici à la conquête romaine, que ferait allusion le poète Sidoine Apollinaire, dans un passage très peu remarqué de son Épitre à Consentius, où il nous montre la ville de Narbonne, assiégée à deux reprises et assiégée sans succès par les Wisigoths, dont les machines n'avaient réussi, dit-il, qu'à ébrécher ou à disjoindre les quartiers de rochers dont ses murailles étaient bâties !
Quassatos geris iclibus molares.
On s'expliquerait ainsi comment on n'a jamais trouvé à Narbonne de murs romains de moyen ou de petit appareil, analogues à ceux que possédaient et que possèdent encore la plupart des cités romaines de la Gaule méridionale depuis Dax (Aquæ Tarbellicæ) et Saint-Lizier (Civitas Consoranorum) jusqu'à Vienne et Lugdunum, qui remontent l'une et l'autre à une époque antérieure à Auguste. Les murailles modernes de la ville, qui ont été remaniées bien des fois, comme on le sait, du xii au xvi siècle, auraient été elles-mêmes reconstruites en partie, comme les deux quais de la Robine à l'aide de ces puissants matériaux (moalares), mêlés aux revêtements des grands monuments antiques (arènes, théâtre, etc.) et aux innombrables débris de tombes qui jonchaient les bas-côtés des grandes routes depuis la chute du paganisme. Narbonne était alors située au milieu de lagunes qui couvraient encore la plus grande partie des plaines basses dont elle occupe à peu près le centre et qui donnaient à ce riche bassin l'aspect d'un vaste lac parsemé d'îles, les unes déjà cultivées, les autres verdoyantes ou encore vaseuses.
Les textes de Strabon, de Mela et de Pline, les plus anciens que nous puissions invoquer ici, ne permettent point de douter que cette lagune ne fût déjà réduite de leur temps aux étangs de Bages, de Sigean et de Gruissan, qui couvrent encore toute la partie inférieure du bassin narbonnais. Quoiqu'ils la désignent sous les noms différents de Aluvn Napg6nmwits (Strabon), de lacus Rubresus (Mela) et de lacus Rubrensis (Pline), ils s'accordent à remarquer que le fleuve atteignait la ville avant de tomber dans l'étang qui lui sert encore d'estuaire : $ u£v oùv Näpüwv Üzégxsvvaut cv T0) « Acaxxoc £x6oAv xal tho Aluvne The NapooviuSoe *... Nisiubi Narbonnem allingil, nusquam navigabilis... Lacus accipit eum KRubresus nomine spaliosus admodum %. Mais il ne faut pas oublier qu'il existait encore à l'époque romaine, au-dessus de la ville, de nombreuses flaques d'eau plus ou moins salées, dans lesquelles il est difficile de voir autre chose que des lacs de la lagune, qui aurait couvert à une époque beaucoup plus ancienne tout le fond du bassin.
À l'époque des grandes crues de l'Aude, qui paraissent avoir vivement frappé les anciens eux-mêmes, le fleuve, en s'étendant par degrés, réunit les unes aux autres les nappes aujourd'hui distinctes de Sigean, de Gruissan, de l'Étang-Salé, de Marestaing, de Liviére, etc., et la ville se retrouve pour un moment la métropole insulaire d'une petite mer intérieure, dont les eaux rougeâtres (lacus Rubresus, Rubrensis) s'étendent d'un côté jusqu'aux montagnes arièges de la Clappe, de l'autre jusqu'à la chaîne de collines étagées qui marquent la limite de la terre ferme.
Les eaux de l'Atax, que l'exhaussement continu du sol a fini par détourner de leur cours, en étendant devant lui les atterrissements et les obstacles, coulaient alors sans y être contraintes, au pied des murs de la ville, dans le même sens à peu près que le canal actuel de la Robine, et se jetaient dans la mer « à douze mille de la ville ? » par une embouchure ensablée que les Romains ont depuis élargie et régularisée. Les atterrissements, qui présentent à peu de chose près le même caractère et les mêmes débris dans toute l'étendue du bassin (36 km. de circonférence), sont, en majeure partie, le produit des alluvions du fleuve, ce qui explique que, pour le dire en passant, comment la partie septentrionale de la lagune est depuis longtemps émergée, tandis que de grandes nappes d'eau, défendues il est vrai par de beaux travaux hydrauliques, dont quelques-uns remontent à l'époque romaine, couvrent encore toute la partie inférieure du même bassin. On n'évalue pas à moins de 0 m. 30 à 0 m. 35 par siècle le travail d'atterrissement qui s'est opéré dans la zone étanche, aujourd'hui la plus importante par son étendue. Le sol formé par ces alluvions est d'ailleurs remarquablement bas et uni, comme l'avaient déjà remarqué les géographes du xvi* siècle qui appelaient, dans leur langage pittoresque, Narbonne « la cloaque de la Gaule, pour la voir basse extrêmement et posée comme en une fondrière au lieu où le fleuve Atax, à présent Aude, s'engoulphe en la mer Gallique ou Méditerranée ». De 6 à 7 mètres qu'il atteint encore aux environs de Capestang, le niveau du sol descend à 2 ou 3 mètres au-dessous de Narbonne et tombe à zéro sur les plages sablonneuses des étangs de Sigean et de Gruissan, qui communiquent l'un et l'autre avec la mer par des orifices que l'on désigne ici sous le nom romain de grau (grao), dérivé du latin gradus.
Assise ainsi à l'entrée d'une sorte de mer littérale, encadrée de collines riantes et de montagnes arièges, du côté de la vraie mer, la vieille cité celtique ne devait pas mal ressembler à la Ravenne de l'époque impériale ou à la Venise du Moyen Âge, ces deux cités déchues de l'Adriatique, avec cette différence pourtant qu'elle était bâtie sur une éminence en pente douce, et que les eaux reculaient par degrés devant ses massives murailles, en lui abandonnant de riches terrains d'alluvion, autre présent de la lagune. Les navires de guerre, ceux des Étrusques et des Carthaginois, qui dominaient alors dans ces parages, trouvaient un refuge dans les hauts-fonds des étangs, comme on les appelait ici de très bonne heure, du côté de la terre ferme surtout, où un terrain émergé depuis longtemps a conservé le nom de Port des galères. C'est ainsi que l'on désigne encore à Ravenne, sous le nom significatif de Classe, dérivé du latin classis, une lande sablonneuse aujourd'hui complantée de pins, où hivernait jadis la flotte romaine de l'Adriatique.
Les navires marchands remontaient par le lit de l'Atax ou du Narbón jusqu'au pied des murs de la ville, où ils venaient s'amarrer, comme le font encore les barques pontées du canal le long d'un quai bordé de gradins (scalæ) sur lequel s'alignaient comme à Massalia, des magasins ou des hangars bâtis de planches ou de torchis (cannabæ). Le quai du canal de la Robine, qui n'est autre chose que l'ancien lit de l'Aude, rétabli et resserré au xvi* siècle, conserve encore au-dessous de la ville le nom de quai des Barques. On retrouve assez fréquemment sur sa rive gauche les assises de ces hangars ou de ces magasins antiques, qui s'étendaient dans la campagne jusqu'à une assez grande distance de la ville. L'Atax, qui n'est en réalité qu'un torrent pyrénéen, inégal et inquiet comme ceux du Roussillon, reprenait il est vrai, à peu de distance de la mer, son régime et ses allures torrentueuses. Un géographe romain, qui a décrit cette partie de la côte avec une remarquable exactitude, assure que la navigation du fleuve s'arrêtait complètement à partir de la ville. Elle s'en était adjugé le monopole en jetant sur ses divers bras un pont de plusieurs arches, en face d'une de ses portes. Mais cette assertion, exacte peut-être au temps de Pomponius Mela, est assez difficile à concilier avec celle de Posidonius, qui nous a laissé de précieux détails sur le commerce intérieur de la Gaule, à l'époque où il voyageait, plus d'un siècle avant notre ère, et qui nous montre au contraire les marchandises importées par mer à Narbonne « remontant par le lit de l'Atax jusqu'à une certaine distance de la ville et de la mer ? ». De ce point, où s'arrêtait la navigation, elles étaient transportées à dos de mulet ou en chariot jusqu'au bourg de Tolosa situé à « sept ou huit cents stades de là » et où s'arrêtait le portage de l'isthme « qui atteignait à peine trois mille stades de largeur sur ce point ». Elles trouvaient là un autre cours d'eau, descendu aussi des Pyrénées, le fleuve Garoum, comme l'appellent les géographes grecs, qui les transportait à peu de frais jusqu'à la ville gauloise d'Aginnum (Agen), chez les Nitiobriges et jusqu'à celle de Burdigala (Bordeaux) récemment fondée par les Bituriges Vivisques, sur l'estuaire du fleuve, à peu de distance de l'Océan.
Sur les côtes de la mer intérieure, où les Narbonnais ne possédaient ni territoire dépendant, ni bourgs soumis ou protégés, ils vivaient en assez bons termes d'ordinaire avec les gens du littoral qui apportaient régulièrement au marché de la ville, les uns par terre, les autres par eau, leur blé, leur vin et leur miel déjà célébré.
Pythéas, de Marseille, qui écrivait plus d'un siècle avant Posidonius, et qui était venu probablement plus d'une fois à Narbón, en parle aussi comme d'une ville riche et peuplée, dont les habitants laborieux contrastaient avec ceux des tribus barbares de l'intérieur, tout occupées de guerre, de chasse et de plaisir bruyants dans leurs grands villages. On la citait de son temps avant ou après celle de Corbilo, qui passait aussi pour un des marchés les plus fréquentés de la Gaule, parce qu'elle était située sur les côtes de l'Océan, au-dessus des embouchures du fleuve Liger (la Loire), en face de la grande île de Bretannia, dont elle avait fini par accaparer presque tout le commerce. Mais elles n'étaient encore l'une et l'autre que de grandes villes barbares pauvrement bâties et assez mal tenues à l'intérieur. Les Grecs de Massalia, que leurs affaires amenaient à Narbôn en assez grand nombre, à l'époque des arrivages surtout, n'y trouvaient rien de remarquable disaient-ils, à l'exception de ses murailles poudreuses et de ses étangs sans fin battus de vents furieux. Ils comparaient au retour ses chaumières de bois et de terre battues écrasées sous des toits épais de paille ou de roseaux, avec les élégantes maisons de leurs limouques, coupées déjà de grands édifices publics et dominées de loin en loin par des temples de marbre blanc, gracieusement assis sur le sommet des collines. La seule chose que l'on ne pouvait lui contester était son importance commerciale, qui avait fait d'elle « une des meilleures places de la Gaule » comme l'appelait déjà Pythéas, et le premier port barbare de la côte, dont les richesses, grossies encore par le bruit public, excitaient les convoitises et la jalousie des deux peuples puissants récemment établis sur la plage, les Volkes Tectosages et Arécomiques.
Quant aux Homains, dont le nom va se trouver mêlé pour longtemps à son histoire, il est à peu près certain qu'ils n'en ont compris ou apprécié toute l'importance qu'à dater de leurs longues guerres en Espagne, où les Carthaginois venaient de fonder un nouvel empire, plus réel et plus inquiétant que le premier. C'est à cette époque que, en effet, que l'on voit pour la première fois leurs généraux sérieusement préoccupés du grand pays barbare qui séparait l'Italie de leurs récentes conquêtes, tantôt s'arrêtant à Massalia pour interroger les négociants qui trafiquaient à l'intérieur avec les Gaulois et les Bretons, tantôt nouant des relations avec les villes marchandes qui commençaient à s'élever sur les côtes des deux mers et leur envoyant directement des ambassadeurs.
Située presque à égale distance des côtes du Latium et de celles de la Bétique, la ville de Narbonne était à peu près la seule qui possédât un véritable port sur le golfe orageux que l'on appelait déjà la mer de Narbonne. Les flottes chargées de troupes, que la république envoyait chaque année en Espagne, trouvaient dans ses lagunes un mouillage à peu près sûr et les ressources variées d'une grande ville à demi barbare, commercante et agricole tout à la fois. Du côté du continent auquel elle tenait sans lui appartenir, comme on le disait plus tard, elle était défendue par les relais de ses lagunes, dont les routes n'étaient, sur beaucoup de points, que des digues ou des ponts toujours faciles à couper. Aussi a-t-elle été le premier point que les Romains aient occupé après la conquête (118-115) sur cette côte, où elle leur servait tout à la fois de poste avancé et de place d'armes.
XII. LA VOIE DOMITIENNE !, — Narbonne est traversée par la voie Domitienne. Venant de Béziers, cette voie, après avoir passé l'étang de Capestang, arrive à un pont nommé pont Serme ?, limite extrême du territoire de la commune narbonnaise. À partir de ce point, elle faisait un angle et se dirigeait en ligne droite vers la ville, franchissait le grand bras de l'Aude sur un pont dont les archéologues du siècle dernier disent avoir vu les restes au moment de très basses eaux et les divers bras morts sur divers ouvrages, reconnaissables aujourd'hui encore. La voie Domitienne avait 30 pieds romains ou 8 m. 89, En certains endroits, elle était jalonnée de bornes anépigraphes, destinées sans doute à en indiquer le parcours en temps d'inondation. Le chemin vicinal qui la remplace étant beaucoup moins large, plusieurs de ces bornes se voient dans les champs limitrophes.
Après avoir longé les salines de Saint-Georges, elle prenait pied sur le petit plateau qui porte la ville et depuis ce point elle fut, par la suite, bordée de monuments funéraires dont le premier offrait aux regards du passant l'épitaphe de P. Novanus Familiaris, aujourd'hui déposée au musée, Pénétrant dans la ville, elle longeait les galeries d'enceinte du Capitole et les portiques du Forum. Laissant à droite le quartier gaulois, elle descendait jusqu'à la rivière par la rue Droite et traversait ensuite la place de l'Hôtel-de-Ville, Le pavé, encore intact, se trouve à environ 2 m. 50 du sol moderne. Il est formé de grandes dalles polygonales épaisses d'environ 1 pied, solidement assemblées et portant à leur surface de profondes ornières, qui montrent leurs longs services. Sous le pavage et sous le statumen, exactement dans l'axe de la voie, court une longue galerie d'égout, qui recueillait les eaux de l'oppidum et celles des bas quartiers. Cet égout, construit en petit appareil, a été remis en service.
Au bord de la rivière, la route faisait un angle et s'engageait sur le pons Veius ? qui comptait six arches, dont une est encore libre, les autres servant de caves aux maisons bâties dans le lit de la rivière. La largeur de l'arche demeurée libre mesure entre 14 et 15 pieds. Au Moyen Âge, ses extrémités étaient fermées par des portes, qui dataient peut-être de l'époque romaine, comme au pont de Saint-Thomas. Au-delà du pont, on se trouvait en rase campagne et les édifices funéraires reparaissaient sur un parcours d'un kilomètre au moins.
XIII. LES MONUMENTS *, — Les monuments antiques de Narbonne, dont il reste à peine quelques vestiges aujourd'hui, étaient déjà célèbres à l'époque romaine, s'il faut prendre au sérieux les épithètes de polens, de speciosa, de pulcherrima, sous lesquels les poètes la désignent. On les trouve même énumérés chacun par leur nom et quelquefois décrits avec un certain soin dans deux témoignages anciens dont il est impossible de suspecter la véracité, malgré l'emphase du ton et les recherches de langage qui s'y mêlent à des indications précieuses à plus d'un titre, Le premier de ces témoignages est celui du rhéteur Ausone, qui a décrit et chanté, au IVe de notre ère, dans une sorte de poème géographique, les villes célèbres de l'empire et de la Gaule, parmi lesquelles Narbonne, que le poète décrit en vingt et un vers, n'occupait plus que le treizième rang, après Trèves, Arles et Toulouse :
Nec tu, Martie Narbo, si lebere, nomine cuius
Fusa per itmensum quondam Provincia regnum
Optinuil multos dominandi iure colonos,
Insinuant qua se Grais Allobroges oris
Ré xs hi !
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VAS COUPLE RID S RNC OF OR AA GPL
809 5 Excluduni que Italos Alpina cacumina fines : Qua Pyrenaicis nivibus dirimuntur Hiberi : Qua rapitur præceps Rhodanus genitore Lemanno Interius que premunt Aquitanica rura Cebennæ, Us que in Teutosagos pagana que nomina Belcas, 15 Totum Narbo fuit : iu Gallia prima togati Nominis adtollis Latio proconsule fas ces. Quid memorem porlus que tuos montes que lacus que ! ? Quid populos vario discrimine veslis et oris ? Quod que tibi Pario quondam de marmore templum 15 Tani molis erat, quantam non sperneret olim Tarquinius Catulus que ilerum, postremus et ille, Aurea qui statuit Capitoli culmina, Cæsar ? Te maris Eoi mer ces el Hiberica ditant JEquora, le classes Libyci Siculi que profundi :
= Et quidquid vario per flumina, per freta cursu Advehitur, toto tibi navigat orbe cataplus *.
Le second est une diatribe en vers, écrite par le poète Sidoine Apollinaire, après le séjour assez long qu'il avait dû faire à Narbonne, devenue depuis quelque temps la ville royale des Wisigoths et le centre des intrigues politiques ou autres, qui agitaient à cette époque la Gaule méridionale. En remerciant son noble ami Consentius de l'hospitalité qu'il avait reçue dans sa maison, il a voulu, dit-il, saluer au moins du regard la vieille et noble ville dont il avait aussi été l'hôte « à la façon de la cigale qui paie son écot en chanson », quand elle le paie !
811 On a publié un plan donnant à l'enceinte un tracé hexagonal irrégulier avec six portes ; mais c'est un document peu sérieux 1, Au cours des démolitions exécutées, en 1869 et 1870, près de l'église de Lamourguier, et en arrière des fortifications du xiii siècle, on a mis à jour les restes d'une muraille qui paraissait très ancienne , L'enceinte était flanquée de tours distantes de 18 à 30 mètres, pleines jusqu'au niveau du chemin de ronde ; au-dessus, deux étages percés chacun de trois fenêtres en plein cintre. Il y aurait eu aussi des tours carrées, à cheval sur la muraille et très élevées, Une des portes tourelées connue au Moyen Âge sous le nom de porta Aquaria (porte Aiguière) était située dans la partie basse de la ville, au bord de l'Aude, en face du pons Vetus. Ce sont probablement les deux tours de cette porte monumentale qui auront servi plus tard de base ou de point de départ à l'ancien palais de la Vicomté, dont la tour mauresque faisait partie. Une prétendue porte Romaine que l'on trouve indiquée et figurée, qui plus est dans les plans antiques de Narbonne (des frères Lafont et de l'abbé Bousquet) n'a probablement d'autre raison d'être que les trois mots : Ad portam Romanam, gravés après coup sur le marbre d'une inscription tumulaire, celle de Myrini Fausti, col [oniæ] Narbonesium servi vicaria, avec lesquels l'on reproduite les épigraphistes narbonnais du XVe. Elle en a été détachée pour la première fois par Janus Gruter ? qui se trouve ainsi l'auteur ou tout au moins l'éditeur responsable de ce monument antique , Au commencement du XVe, les ingénieurs de François Ier, en démantelant une dernière fois les vieux murs de la ville et les constructions publiques | ou privées qui s'étaient adossées à ces grands murs 5, furent surpris de trouver ces « masures » remplies de pierres sculptées ou inscrites, presque toutes romaines d'origine, Ce sont eux qui les ont remises au jour en les encastrant extérieurement dans les murs de l'enceinte qu'ils avaient dû reconstruire sur plusieurs points, ou dans ceux des ouvrages avancés dont il avait fallu la couvrir de loin en loin, pour la mettre à l'abri des nouvelles inventions de l'artillerie, Disposés sur une ou deux lignes, à la suite les uns des autres, ces curieux débris, dont on semblait comprendre pour la première fois toute l'importance, y formaient comme une sorte de frise continue qui entourait la ville moderne des souvenirs et des splendeurs de son passé 5, A l'exception de quelques fûts de colonnes et de quelques grands morceaux d'entablement détachés des monuments dont nous venons de parler, la plupart des débris exhumés à cette époque provenaient, suivant toute apparence, des tombeaux très variés de forme et de taille qui bordaient la voie Domitienne, au-dessus comme au-dessous de la ville. C'est au moins à ces monuments qu'appartenaient les épitaphes plus ou moins ornées qui alternent avec les bas-reliefs dans les murs construits sous François Ier, Le marquis Scipion Mafféi (voir Dictionn., t. x, à ce nom) qui étudiait en 1732 les antiquités de Narbonne, dont le savant Séguier (voir Dictionn., t. vir, col. 938) relevait pour lui les inscriptions, moins altérées alors qu'elles ne le sont aujourd'hui , avait été frappé de cet immense musée en plein vent, dont il n'avait encore vu nulle part le pareil ou même l'analogue, Millin (voir Dictionn., t. Xt, à ce nom), qui visitait Narbonne dans les premières années du XIXe, en parle à peu près dans les mêmes termes ?, Les mutilations, dont les monuments portent presque tous les traces, ne permettent point de douter qu'ils n'aient été plusieurs fois taillés et mis en œuvre avant d'être remis au jour par les architectes de la Renaissance. Il est même certain, aujourd'hui, que cette exhumation, quoi que inspirée par un sincère amour de l'antiquité, a été funeste à la plupart d'entre eux, exposés sans abri à l'air humide et salé de la mer, qui en a détruit ou altéré un grand nombre 19, XV. LE CAPITOLE !!, — Le plus célébré et probablement le plus ancien des temples de Narbonne #, était dédié à Jupiter, comme celui du Capitole de Rome dont il rappelait les dimensions et la masse imposante au dire d'Ausone 9, On le désignait familièrement à Narbonne sous le nom générique d'Édifices (l'édifice) et sous le nom de Capitolium, qui s'était étendu de proche en proche aux édifices voisins du temple, et même au quartier que ces édifices couvraient en grande partie, Selon la recommandation de Vitruve, il était bâti sur le point culminant de la cité afin que les dieux tutélaires pussent embrasser du regard la plus grande partie des murailles : Aedibus vero sacris quorum deorum maxime in tutela civitas videtur esse, ut Jovi el Junoni el Minervæ in excelsissimo loco unde monium mazima pars conspicialur, ares distribuantur*. Il était bâti, ou tout au moins revêtu de marbre blanc, que la ville faisait venir à grands frais de l'Italie ou de la Grèce et entouré probablement d'une enceinte de portiques qui encadraient une cour intérieure (area) à laquelle on accédait par les gradins d'un escalier monumental. En 1872, Edw. Barry ajoutait qu'on en est réduit à de pures conjectures sur la forme et l'ornementation du monument. Or, en 1379, les fouilles permirent de plus amples explications 1.
Dans le quartier du Bourg, grâce à un concours inespéré de circonstances favorables, une butte factice, qui portait sur ses flancs des constructions romanes et à son sommet des moulins à vent — on la nommait pour cette raison les Moulinasses — fut presque entièrement rasée en 1877 et, après un examen sommaire, explorée à fond en 1878-1879. Le soubassement d'un temple antique se trouvait au niveau même du sol. Suivant l'opinion d'Aug. Allmer, les ruines de cet édifice considérable devaient être attribuées au temple provincial d'Auguste. Berthomieu fit remarquer que les ruines découvertes occupaient l'emplacement même que la tradition populaire désignait comme celui du Capitole #7, 4l i i
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tdi) par des galeries 813 — L'immense carrière de marbres avait été consciencieusement pillée dès l'antiquité même ; mais il restait encore sur le soubassement quelques tambours de colonnes et quelques gros blocs tombés des parties hautes, l'assise inférieure d'un énorme chapiteau corinthien et une base de pilastre d'angle qui a donné | l'échelle de l'édifice. Le diamètre des colonnes était exactement de 1 m. 777, soit six pieds romains. Pour un temple romain, c'est une échelle fort peu usitée. En réalité, le Capitole de Narbonne était, comme dimensions, quel que peu inférieur au Capitole de Vespasien. Le soubassement se voit encore, au niveau du sol, sous l'empierrement, dans la rue des Trois-Moulins, qui le traverse obliquement ; le reste a disparu sous le collège et sous les maisons de la rue des Moulins ; les marbres ont été transportés au jardin de l'hôtel de ville, mais on a le regret d'ajouter que le soubassement, dépouillé de son pavage, n'a pu nous fournir aucun renseignement sur l'ordonnance du. temple.
Comme tous les capitoles connus, le temple était situé au fond d'une vaste cour limitée sur trois côtés d'enceinte et sur le quatrième par des portes triomphales. Les galeries d'enceinte étaient divisées chacune en deux nefs par une rangée de piliers composites d'une forme bizarre, mais élégante. Établis sur plan rectangulaire, ces piliers portaient sur leurs faces longitudinales des colonnes composites engagées aux trois-quarts et, sur leurs faces transversales, l'empreinte en creux de ces mêmes colonnes, le tout hérissé de cannelures. En plan, les deux demi-colonnes convexes formaient une vraie colonne de 1 m. 04 de diamètre (3 pieds 1/2 romains), mais le dispositif adopté donnait au pilier une assiette beaucoup plus large, sans l'alourdir. Cette disposition est, croyons-nous, unique. Les piliers étaient distants d'axe en axe de 4 diamètres (entre-colonnement aréostyle) ; la largeur des demi-galeries était de 6 diamètres. Le mur extérieur, bâti en petit appareil, était plein, épais de 3 pieds 1/2. Il était épaulé par des contreforts de 3 pieds carrés, posés à des distances variant suivant une loi qu'on n'a pas pu définir. T avait en partie conservé son revêtement de stuc, sur lequel des oisifs avaient, naturellement, tracé quelques sgraffites. Le mur intérieur était aussi bâti en petit appareil, mais, au droit des piliers, le constructeur avait disposé des chainages verticaux de pierre de laille ; d'autres chainages, placés au milieu de l'intervalle des premiers, en doublaient le nombre. Dès lors, ce mur parut avoir rempli l'office de stylobate, car on à découvert à sa base de nombreux fûts de colonnes avec leurs chapiteaux corinthiens et de nombreuses pièces d'un entablement à deux faces, à l'exception toutefois des architraves, qui, généralement, tentent la cupidité des exploiteurs de ruines.
Le diamètre à la base des colonnes corinthiennes étant de 0 m. 52, c'est-à-dire celui de la moitié des piliers composites, deux colonnes corinthiennes étaient nécessaires pour franchir l'intervalle de deux piliers voisins, pour établir la correspondance des entrecolonnements. On a transporté tous les éléments qui permettent une restitution dans le jardin de l'hôtel de ville. Puis que le diamètre des colonnes corinthiennes était de 0 m. 52, soit la moitié de celui des piliers composites, leur hauteur devait être d'environ 5 m. 20. Si l'on ajoute à celle-ci la hauteur connue de l'entablement, celle du stylobate devait être d'environ 814 3 m. 50. Ce mur, portant la colonnade corinthienne, n'était pas parementé du côté de la cour du temple ; sur toute sa longueur, on avait disposé des terrepleins, où l'on cultivait sans doute des fleurs. La largeur totale de l'ensemble des constructions était de 89 mètres, soit 300 pieds romains. Sa longueur, qui n'a pu être exactement déterminée, était beaucoup plus grande !, XVI. LE Capduel . — L'édifice, tout laïque cette fois, auquel s'était étendu le nom de Capitolium qu'il a conservé pendant tout le Moyen Âge (sous sa forme latine Capitolium ou sous sa forme romane Capduel ou Capduil) n'avait de commun que le nom avec le temple dont nous venons de parler .
Delubris, capitolis, monetis.
Mais les témoignages d'actes authentiques qui le décrivent ou le mentionnent assez fréquemment pendant plusieurs siècles — notamment une charte de 1275, une de 1277 et une de 1352 — ne permettent point de douter qu'il ne fût situé dans la partie la plus élevée de la cité, à quelle que distance de la porte de Béziers (porto Rey) et des murs actuels de la ville, dont l'enceinte parait s'être élargie, et dilatée de ce côté surtout, à chacun des remaniements qu'elle a subis. Il y a plus d'une raison de croire qu'il n'était à l'origine, comme les capitoles de plusieurs autres villes gallo-romaines, qu'une des anciennes portes de la civitas, flanquée extérieurement de deux grosses tours en saillie que reliait l'une à l'autre une galerie percée de croisées en plein cintre et à laquelle seront venues s'ajouter plus tard des constructions d'âge et de caractère distincts. Le monument ainsi agrandi aux dépens de l'enceinte, qui se déplacait, et aux dépens du temple, qui avait fini par disparaitre, parait avoir couvert une partie de l'espace où se sont élevées depuis la butte toute factice des trois moulins et l'ancienne église Saint-Sébastien avec les maisons qui l'avoisinent. Du côté du Sud, il aurait occupé une partie de la cour de l'ancien couvent Saint-Bernard, où l'on distingue encore au niveau du sol des assises de tours rondes, reliées par de grands murs solidement construits, mais sans traces d'appareil romain grand ou petit. On s'explique ainsi comment ce palais (praetorium), habité probablement à l'époque romaine par les gouverneurs de la province et par les préfets du prétoire quand ils séjournaient dans la ville, était devenu, après la chute de l'empire, la résidence habituelle des rois wisigoths, qui embrassaient des fenêtres de leur palais, dit Grégoire de Tours, la riche plaine de Ligoria et la riante colline du mont Laurés, au pied de laquelle jaillit la belle source de la Mayral. C'était pour jouir pleinement de cette belle vue que le roi Alaric II, sur les suggestions du rhéteur Léon, son conseiller, avait fait abaisser d'autorité la toiture ou la voûte de la basilique Saint-Félix : deponatur ex hoc ædificio una structura machina, située hors des murs, comme toutes les anciennes églises de la ville. Au XVe, c'était encore une sorte de donjon carré que l'on citait comme « la plus haute, la plus forte et la plus ancienne tour de la ville » que les archevêques firent raser.
XVII. Le Forum. — Le Forum, dont l'existence remontait aussi aux premiers temps de la colonie, comme le prouve une des inscriptions du célèbre autel d'Auguste : Plebs Narbonensium aram Narbone, in foro, posuit, était probablement situé à peu de distance des monuments dont nous venons de parler, dans la partie supérieure de la ville, qui en était, à cette époque, la plus salubre et la mieux habitée. La voie Domitienne longeait un de ses portiques, mais les fouilles de 1888 ont été si limitées qu'elles n'ont laissé presque rien à dire sur ce sujet !. Sidoine Apollinaire, qui se contente de le désigner par son nom (foro au singulier), ne nous apprend absolument rien sur l'emplacement qu'il occupait et sur les dimensions de son area enfouie aujour d'hui, comme celle du Forum romanum, sous les ruines de la ville antique. Mais tout semble indiquer qu'il était encore entouré de monuments publics reliés les uns aux autres par une enceinte de portiques brisés ou continus : porticibus, foro. Parmi ces monuments inconnus, figurait au moins une basilique que Vitruve ne sépare jamais du Forum ? ; elle servait de lieu de réunion, de bourse et de tribunal.
On a vu longtemps dans le cloître Saint-Just, où elles auraient été découvertes au commencement du XIXe, s'il faut en croire Millin ?, trois colonnes en granit gris des Pyrénées (les deux plus grandes mesurant 5 m. 10 de hauteur sur 0 m. 70 de diamètre) qu'il est difficile de rattacher à aucun des temples de la ville, puis que ces temples étaient bâtis en marbre blanc, comme le prouvent les débris de taille et de style divers. On serait en droit de supposer qu'elles appartenaient à quelqu'un des monuments laïques de la ville, comme le macellum, les thermes, le théâtre, ou les portiques du Forum dont la colonnade devait être, comme celle du grand temple, d'un développement considérable. Nous ferons remarquer incidemment que ces colonnes monolithes, les seules que l'on ait retrouvées intactes au milieu de tous ces débris mutilés, rappellent par le galbe, par la teinte et par les dimensions, les colonnes noirâtres de la Mezquita de Cordoue, dont une partie provient de Narbonne, comme nous l'avons déjà dit.
L'aire du Forum, c'est-à-dire l'espace découvert que cette enceinte encadrait, était décorée intérieurement, comme celle du grand temple, de monuments d'âge et de style divers : autels, édicules, statues de marbre et de bronze dont les bases chargées d'inscriptions s'alignaient au-dessous des colonnes, en longeant les degrés du portique.
A quelques pas des fouilles de 1888, sous une maison formant l'angle de la rue des Moulins et de l'avenue du Capitole, fut trouvé le piédestal du questeur, L. Aponius Chereas ; mais c'est un fait exceptionnel, la plupart des piédestaux qui garnissaient le Forum ayant été enfouis au début du Ve dans les fondations des remparts de la décadence ; c'est là qu'on en a retrouvé une partie, c'est là que, sans aucun doute, gisent les autres !.
XVIII. Les Greniers et le Marché Public. — A leur sujet, nous ne savons rien de plus que ce qu'en dit Sidoine Apollinaire : « horreis macellis ». Il n'est guère possible de douter qu'ils ne fussent situés dans l'enceinte de la cité proprement dite [...ambilu), comme plusieurs des arcs de triomphe f(...arcubus }, encore debout à l’époque où le poète habitait Narbonne, et l'hôtel des monnaies de la ville f...monetis ), postérieur en date à la plupart des monuments que nous venons de citer.
XIX. Le Théâtre et l'Amphithéâtre. — Le théâtre, dont on ignore l'emplacement, n'aurait pas été très éloigné du Forum, s'il faut prendre au pied de la lettre les rapprochements, quelquefois intentionnels, du catalogue de Sidoine (...porlicibus, foro, theatro). Il y a plus d'une raison de croire qu'il était situé aux environs de la cathédrale actuelle, sur il existe encore, dans les caves de plusieurs maisons, des arcs aux voûtes et cintrés qui servaient d'escalier ou de support aux gradins élagés de l'enceinte semi-circulaire. Peut-être le théâtre était-il, comme à Herculanum, entouré extérieurement d'un portique couvert, qui communiquait avec celui du Forum et où les habitants pouvaient s'abriter contre le soleil ou contre la pluie, celle-ci assez rare à Narbonne. « En 1838-1839, la Commission archéologique explora les substructions de l'amphithéâtre qu'un heureux hasard avait fait découvrir dans la banlieue voisine de la route d'Armissan, à 500 mètres du Capitole.
L'ellipse totale formée par l'édifice avait pour grand axe 120 mètres, pour petit axe 90 mètres, l'ellipse formée par l'arène avait pour grand axe 75 mètres, pour petit axe 46 m. 60. Tout cela est bien connu ; l'édifice était d'ailleurs complètement rasé.
XX. Le Temple Provincial. — A côté de l'amphithéâtre, on découvrit également les restes d'une grande enceinte avec des portiques en ruines dont la destination restait énigmatique. Mais, à peu de distance, fut trouvé, en 1888, dans la piscine d'un balneum, un important fragment d'une table de bronze portant la loi du concile provincial de la Narbonnaise. La coexistence sur un même point de ces trois établissements, un amphithéâtre, un temple, un balneum, suggéra à Aug. Allmer l'idée que le temple provincial d'Auguste se trouvait en ce point ; car, pendant la tenue du concilium, on donnait des fêtes et des jeux publics, on faisait des sacrifices ; la masse énorme d'étrangers qui s'agglomérait dans le quartier exigeait la présence d'un balneum. L'avenir montrera peut-être la justesse de cette observation ?
XXI. Les Thermes. — Les thermes qu'Antonin avait fait rebâtir avec leurs portiques... (her [mus ] incendio con |[sumplas ] cum por |ticibus] à la suite du terrible incendie dont Narbonne eut à souffrir, étaient situés, suivant une opinion fort accréditée à Narbonne, au voisinage de l'église Saint-Paul, où a été retrouvée l'inscription dédicatoire du nouveau monument, in pavimento basilicæ Sancti Pauli ?. Pierre de Marca, auquel remonte cette attribution, avait cru reconnaître les restes dans de vastes substructions découvertes de son temps, à peu de distance de la même église, et qui rayonnaient en divers sens jusqu'au delà des murs de la ville ™. Les indications données par l'historien sur la forme de ces ruines, où se réunissaient au moyen de canaux souterrains deux sources abondantes qui existent encore dans cette partie de la ville, s'appliqueraient au moins aussi bien à un château d'eau qu'à des thermes proprement dits, si elles appartiennent réellement à un monument antique.
XXII. Le Pont de la Cité. — Le seul monument de l'antique Narbonne qui ait traversé, non sans restauration il est vrai !, les quatorze ou quinze siècles qui nous séparent de l'époque impériale, est le célèbre pont qui joint la Cité au Bourg et que les anciens documents appellent, à cause de cela, le pont de la Cité : sublus pontem Civitatis. L'unique arceau qui le représente aujour d'hui est flanqué latéralement de deux arceaux beaucoup moins anciens, construits eux-mêmes à l'aide de matériaux antiques et destinés à servir de base aux maisons qui resserrent encore la rue du Pont et le pont lui-même, suivant une habitude assez commune au Moyen Age. Mais cet arceau n'était à l'époque romaine que la tête d'un pont considérable jeté sur le lit de l'Atax qui servait de port à la ville. Les autres arches du pont, qu'il serait intéressant de remettre au jour, sont enfouies dans les remblais qui ont resserré par degrés le cours du fleuve, réduit aujour d'hui à un simple canal de dérivation, ou dans les caves des maisons construites sur ces remblais. Ce pont monumental, qui traversait le fleuve en ligne droite, se prolongeait au delà du fleuve lui-même par un long viaduc construit sur le sol toujours bas des lagunes et qui ne finissait qu'avec la lagune elle-même, au village actuel de Capestang (voir ci-dessus, col. 792), à quatre ou cinq mille romains de la ville. C'était au moyen de ce viaduc que la voie Domitienne reliait Narbonne au continent, de la même manière à peu près que le lit canalisé de l'Aude, la reliait à la mer. Il était formé de remblais plus ou moins élevés qui alternaient avec de nouveaux ponts jetés sur les cours d'eau qui coupaient la route, ou sur les flaques plus ou moins étendues, qui représentaient la lagune asséchée déjà en partie. Le dernier de ces ponts, comme les appelle Ausone d'un mot très exact : Quis numeret porlus que tuos ponles que lacus que, était connu sous le nom de pont Serme.
XXIII. Les Ports Antiques. — Les ports de Narbonne dans l'antiquité ont fait l'objet de recherches érudites dont l'auteur pense que le grand port romain aurait duré de la fin du Ier siècle de notre ère jusqu'au XIVe ; les navires de mer s'ancraient en rade et les transbordements se faisaient de barque à
« e C ONANIONIUSES ° C3 s bar que par des alléges fluvia les !. Les fouil les conduites à Ostie entre 1881 et 1916 ont fait connaitre un édifice remontant à l'épo que d'Auguste et s'étendant sur une vaste place rectangulaire devant le théâtre. Trois côtés sont bordés par un double porti que à colonnes de briques, revétues de stuc blanc, La destination des loc aux est connue gráce à des inscriptions et des représentations sur les mosaiques dont ils sont pavés. Quelques-unes sont assez bien conservées et permettent | le hasard a conservé — — a e 518 d'établirlesrapports commerci aux existant entrele poit d'Ostie et les provin ces. Dans une des chambres (n. 32), le mot essentiel de l'inscription :
La mosaï que des naviculaires narbonnais est formée de cubes noirs sur fond blanc. L'inscription nav, placée entre deux feuil les surmonte l'encadrement, dont la partie basse a disparu avec une grande partie du sujet qu'il entourait. Dans la partie haute de la mosaï que, on distingue un navire pourvu d'une voile centrale fixée au grand mát ; il porte à la poupe un col de cygne proéminent. A droite se dresse une construction assez élevée, étroite comme une tour, qui ne parait pas représenter un phare, car il n'y a ni gradins, ni feu allumé au sommet : la terrasse est remplacée par un toit à double pente. Cette construction étroite repose sur une base plus large qui porte une sorte de potence à laquelle seraient suspendus deux ballots paraissant étre en rapport avec le navire au moyen de cordages (fig. 8713). On y a vu un mode de chargement des navires, en usage à Narbonne, et rendu nécessaire par les conditions spécia les du port de cette ville, lequel n'était pas placé sur le bord de la mer, mais à l'embouchure de l'Aude.
On ne voit pas bien pour quelle raison la situation du port aurait rendu le chargement plus difficile. D'ailleurs, rien n'autorise à croire que le mosaiste ait voulu représenter le chargement d'un navire à Narbonne ; il semble méme assez naturel de supposer que la Scène peut se passer à Ostie. Quoi qu'il en soit, un bas-relief, retiré des remparts de Narbonne el conservé au musée lapidaire de Lamourguier, nous montre le chargement à quai d'un bateau de commerce qu'une planche relie à la terre ferme (fig. 8714). Deux portefaix, les épau les chargées de marchandises, traversent la planche en se dirigeant vers le bateau afin d'y déposer leurs farde aux. Il est bien évident que, sur ce monument narbonnais, le chargement a lieu à Narbonne, oü il s'exécute sans recourir à un procédé spécial.
XXIV. LE CHRISTIANISME. — Vers le milieu du Ie, un pape de Home qui pourrait étre saint Fabien (voir ce nom) eut la pensée de faire précher
l'Évangile dans les Gau les où il envoya sept évêques : trois d'entre eux établirent leur siège dans quelquesunes des vil les principa les de la Narbonnaise : Paul à Narbonne, Trophime à Arles, Saturnin à Toulouse. Les plus anciens textes, qui, avec Prudence et Grégoire de Tours, font mention du premier évê que de Narbonne, sont les additions de Florus au martyrologe de Béde, le martyrologe de Raban Maur et le « petit romain » Nous savons la valeur qu'il faut accorder à ces martyrologes dits historiques (voir Dictionn.,t. x, col. 2599). On y lit ces mots : Paulus episcopus, discipulus apostolorum, ou bien Paulus episcopus, confessor. C'est déjà beaucoup plus que n'en savait Grégoire de Tours qui, lui, ne connaissait qu'un nom : Paulus, et un détail applicable à ses six compagnons : a romanis episcopis missus. On ne pouvait raisonnablement s'en tenir à si peu de chose ; aussi Adon de Vienne avance que l'évé que de Narbonne n'est autre que le proconsul de l'ile de Chypre, Sergius Paulus, converti par saint Paul. Cette trouvaille passe du martyrologe d'Adon dans ceux de Notker et d'Usuard. Les auteurs de ces compilations n'ont pu s'entendre sur le jour de la mort que les uns fixent au 22 mars, les autres au 12 décembre.
Le passage célébre de Grégoire de Tours, relatif aux sept évéques envoyés en Gaule, ne permet pas d'affirmer qu'ils aient été envoyés en méme temps. Grégoire voulant mentionner un fait parvenu àsa connaissance rassembla six noms d'évéques qu'il joignit à celui de saint Sernin de Toulouse et transcrivit à la suite la date donnée par les Actes de ce dernier. Les autres documents ne lui avaient appris autre chose sinon que les six avaient été missi a romanis episcopis. En ce qui concerne saint Sernin, Grégoire raconte sa mort conformément aux actes qu'il a pu lire, bien qu'y ajoutant quelques circonstan ces vraisemblablement empruntées à la légende !. Pour les autres évéques, il se montre d'un laconisme qui ne peut lui avoir été commandé que par celui des sour ces dont il pouvait disposer : la preuve qu'il en était ainsi, c'est qu'ailleurs, lorsqu'il vient à parler en particulier d'un de ces six évéques, il reprend ses propres expressions et ne s'étend pas davantage.
Peut-on, par induction et en l'absence de tout Lémoignage écrit, fixer approximativement l'épo que où l’évê que Paul est venu prêcher la foi à Narbonne ? Ém. Mabille s'est, croyons-nous, un peu aventuré à ce sujet, nous le citons néanmoins *.
« Bien qu'on ne puisse faire à cet égard que des conjectures, dit-il, nous croyons qu'on peut le rattacher à la mission grec que qui vint s'établir à Lyon et qu'il fut peut-être un contemporain de saint Irénée. Il n'est pas présumable, en effet, que la Narbonnaise qui, aux rr ? et 111 ? sièc les de notre ère, avait des relaLions si fréquentes avec l'Asie Mineure, n'ait pas eu sa part dans le mouvement qui porta vers les Gau les les missionnaires envoyés par les Églises de Smyrne et d'Éphése. Ce n'étaient pas seulement des relations d'affaires qui existaient entre Narbonne et l'Asie Mineure. Cette dernière contrée fournissait aussi à la Province romaine des professeurs et des rhéteurs. On connaît cette inscription funéraire, qui nous a conservé le souvenir de deux rhéteurs originaires de Mopsueste, ville de Cilicie, dont l’un mourut à Béziers : « Philon, fils de Sota des, de Mopsueste, rhéteur, à Artémidore, son frère, rhéteur. » On rapporte à la fin du r° siècle de notre ! Dans les Actes, il est dit qu'au moment où il fut arrêté saint Sernin était suivi d'un prêtre et de deux diacres qui 820 ère cette épitaphe, gravée sur le tombeau d'Artémidore par les soins de son frère. Le christianisme peut trés bien avoir été introduit à Narbonne à la méme épo que et par la méme voie. De nombreux indi ces viennent - méme confirmer cette hypothèse : c'est d'abord le culte de saint Polycarpe, le grand évê que de Smyrne, constaté par la dédicace d'un monastére placé sous som invocation ; de saint Nazaire à Carcassonne et à Béziers, le nom méme d'Aphrodise, premier évé que de cette dernière ville, évê que dont on ne sait rien, hors le nom, et que les plus anciens martyrologes qualifient tantót de confesseur, tantôt de martyr. Peut-être saint Aphrodise, que la légende prétend avoir été fait évé que de Béziers par saint Paul et dont l'Église célébre la féte le méme jour que celle de l'apótre de Narbonne, n'est-il pas différent de saint Aphrodise, vénéré comme martyr à Séleucie, en Cilicie, autre ville de l'Asie Mineure ? Il est vrai qu'on peut faire une objection à l'opinion qui rattache saint Paul de Narbonne à la mission gree que de Lyon et de Vienne. Grégoire de Tours et les plus anciens martyrologes signalent ce saint confesseur comme envoyé par les évéques de Home ; mais pour saint Trophime, auquel Grégoire donne la méme origine, la question n'est rien moins que résolue. L'auteur de I' Historia Francorum n'a fait que reproduire les diptyques des Églises, sans rechercher ce qu'il pouvait y avoir d'exact dans leurs mentions. D'ailleurs, pour saint Paul, les plus anciens monuments ne lui donnent, comme à saint Pothin et à saint Irénée, que le titre de discipulus apostolorum, qualification vague, qui ne tranche point la question entre Rome et l'Asie Mineure. Nous croyons donc que l'Évangile a été apporté à Narbonne, à la fin du 11° siècle ou dans les premières années du rmt, par des missionnaires envoyés par les Églises de l'Asie Mineure. » Cette argumentation n'est pas probante ; il est probable que Narbonne, comme Marseille, a possédé un petit groupe de chrétiens peut-étre dés la fin du rt siècle : de là à la formation d'une communauté, d'une Église, à l'établissement d'un évé que, autant de conjectures invérifiab les. Grégoire de Tours place Paul au i111 siècle et la vie de celui-ci ne fournit aucun renseignement sur le temps où il aurait vécu *.
XXV. LA PROVINCE ECCLÉSIASTIQUE. — Rappelons en peu de mots qu'en l'année 118 une colonie de citoyensromains était venue occuper Narbonne et, pendant les soixante-dix années qui suivirent, la Gaule ne compta point d'autre cité romaine. La guerre entre César et Pompée amena de grands changements et la création de colonies nouvel les, notamment à Orange, Arles, Béziers, Fréjus et d'autres encore, Sous le régne d'Auguste, toute la province était de droit latin ou méme romain, elle relevait du Sénat depuis l'an 22 av. J.-C. et elle était administrée par un proconsul en résidence à Narbonne ; dans cette ville s'élevait l'autel provincial de Rome et d'Auguste. Pendant les deux ou trois premiers siéc les de notre ére, le nombre des cités comprises dans la Gaule narbonnaisefut assez variable ; au v ? siècle, lors que fut rédigée la Notilia Galliarum (voir ce nom) elle était divisée en trois provin ces : Allobroges, Vocon ces, Volkes Arécomiques. Entre l'Hérault et l'Aude, un territoire relativement peu étendu et qui comprenait Béziers et Lodève, avait été demembré du pays des Volkes Tectosages, quicomprenait tout le pays entre l'Hérault et les Pyrénées et, au delà des Corbières, les vallées supérieures dela Garonne et du Tarn.
821 Par delà l'Aude, Narbonne eut d'abord pour voisines Ruscino (Castel-Roussillon) et Carcasso (Carcassonne), ce qui dura peu, car, dés le régne de Gordien, toute la - ceüte, jusqu'aux Pyrénées, relevait de Narbonne. Une inscription de l'année 239, trouvée à Saint-André de Surède, entre Elne et Collioure, mentionne les decumani Narbonenses. Dès lors, Ruscino et JIliiberris - avaient disparu (celle-ci pour renaître à l'épo que constantinienne sous le nom de castrum Helenæ), sans autonomie municipale, pas plus que Carcassonne encore simple castellum en 333.
L'empereur Probus peut avoir été l'auteur de la division de la Narbonnaise en deux provinces ; il mourut vers la fin de l'année 282 et eut pour successeur M. Aurelius Carus, natif de Narbonne ou d'Illyrie. Carus éleva à l'empire ses deux fils, Carinus et Numerianus, natifs, eux aussi, de Narbonne ! et qui périrent avec lui en 284 ou 285, Dioclétien leur succéda, Son règne fut marqué par une nouvelle division des provinces de l'empire et ce fut alors, probablement, que la Gaule Narbonnaise fut subdivisée. En 314, au concile d'Arles, on lit la première mention d'une provincia Viennensis démembrée de la Narbonnaise. Constantin renouvela la division de l'empire en quatre préfectures, sous le gouvernement de quatre | préfets du prétoire. Le préfet des Gaules avait sous sa juridiction quatre diocéses administrés par autant | de vicaires, savoir : l'Espagne, l'île de Bretagne, les Gaules proprement dites et les cinq provinces des Gaules. Celles-ci furent augmentées depuis de deux | provinces, nouvellement érigées par le partage des | anciennes, ce qui forma les sept provinces. La Narbonnensis II est mentionnée pour la première fois au concile d'Aquilée, en 381 ; il y a | lieu de croire qu'à cette date la division était assez récente. Quoi qu'il en soit, et bien qu'à partir de l'année 381 l'expression quinque provinciæ eût dû tomber en désuétude pour ne laisser subsister que celle de septem provinciæ, elle continua néanmoins à être en usage, et on la trouve employée dans les actes authentiques simultanément avec l'expression de septem provinciæ. Les quinque provincia sont citées, pour la première fois, dans la lettre synodale du concile de Valence en 374 puis, en 385, dans la lettre de l'empereur Maxime au pape Sirice ; dans une loi des empereurs Honorius et Arcadius de l'an 399, adressée à Proclien, vicaire des cinq provinces, dans la lettre synodale des évêques du concile de Turin, en 401, et dans la Notitia dignitatum, rédigée vers le même temps. Les septem provinciæ apparaissent dans la Notitia Galliarum, rédigée peu après le document précédent, dans la lettre du pape Zosime adressée, en 417, à tous les évêques établis dans les Gaules et dans les sept provinces, et dans la constitution d'Honorius, de l'an 418, adressée à Agricola, préfet des Gaules, par laquelle ce prince ordonne aux notables des sept provinces de s'assembler tous les ans à Arles, conformément au décret rendu vers l'an 402, par Petronius, préfet des Gaules. C'est à partir de cette époque que l'expression septem provinciæ finit par triompher et devint d'un usage général .
Théoriquement, la province ecclésiastique de Narbonne coïncide avec la Narbonnensis I du temps d'Honorius. En fait, il en fut rarement ainsi. Aussi loin qu'on puisse remonter, c'est-à-dire dès la première | moitié du v siècle, l'évêché d'Uzés gravite autour Quand la Septimanie, conquise sur les Wisigoths par les Arabes, fut reprise à ceux-ci par l'empire franc (759), les sièges de Toulouse et d'Uzés rentrèrent naturellement dans l’obédience de Narbonne *.
Le général Constance faisait d'Arles sa résidence ordinaire *, et cette ville, l'une des plus considérables de la Gaule, en était regardée comme la métropole depuis la ruine de Trèves, arrivée à la fin du siècle précédent. Les évêques d'Arles ne connurent plus de limites à leurs ambitions et prétendirent dominer les évêques de la Viennoise et leur métropolitain. Il est vrai que c'est seulement en l'année 418 qu'un rescrit des empereurs Honorius et Théodose, adressé à Agricola, préfet du prétoire des Gaules, conféra officiellement à Arles, sa résidence, des privilèges particuliers avec le titre de Mater Galliarum ; mais, en fait, depuis longtemps déjà, Arles avait éclipsé Vienne ?, et ses évêques n'avaient point attendu cette époque pour manifester leurs prétentions. Le décret de 418 ne fit que donner une consécration officielle à un état de choses que les événements avaient créé depuis environ une vingtaine d'années. C'est au concile de Turin, en 401, qu'on vit apparaître pour la première fois, les prétentions de l'évêque d'Arles à exercer les fonctions de métropolitain sur la Viennoise.
Nous ne possédons pas l'exposé des motifs que fit valoir cet évêque à l'appui de sa demande, mais la 823 sentence prononcée par les Pères du concile permet de les deviner. L'évêque d'Arles soutenait que sa ville était la métropole de la Viennoise ou du moins qu'elle en avait toutes les prérogatives ; il n'alléguait pas d'autre raison, et c'est la seule dont se préoccupent les Pères. Arles jouissait-elle, oui ou non, du titre de métropole civile au détriment de Vienne ? La question, à ce qu'il paraît, était douteuse, puis que les Pères n'osèrent prendre sur eux de la trancher. Ils se contentèrent d'ordonner, comme nous dirions aujourd'hui, un plus ample informé, et décidèrent que des deux évêques celui-là qui pourrait prouver que sa ville était métropolitaine, jouirait des droits de métropolitain sur toute la Viennoise. Ils prescrivirent en attendant aux deux évêques d'Arles et. de Vienne un modus vivendi pour maintenir entre eux la paix et statuérent que chacun d'eux visiterait les Églises les plus proches de son diocèse, sans prétendre exercer une plus grande autorité l'un que l'autre.
Patrocle, ambitieux, homme avide et sans conscience, fut nommé à l'évêché d'Arles en 412 et, dès 417, il se rendit à Rome et réussit à obtenir du pape Zosime un privilège au moyen duquel il prétendit non seulement exercer les droits de métropolitain sur la Viennoise, à l'exemple de ses prédécesseurs, mais sur la Narbonnaise IIe et aussi sur la Narbonnaise Ire dont il n'avait pas encore été question. Cette prétention était contraire aux canons qui déclaraient | que deux provinces ne pouvaient être soumises au même métropolitain ; pour triompher, il fallait obtenir du pape un privilège qui forçât les autres évêques à l'obéissance, et, pour l'obtenir, Patrocle devait trouver un prétexte particulier, ou, pour mieux dire, extraordinaire, comme l'était le privilège même. Patrocle argua que l'Église d'Arles était la plus ancienne des Gaules. La décrétale du pape Zosime accepte cette affirmation ; elle dit que l'évêque d'Arles | a toujours joui des droits de métropolitain qui lui sont confirmés sur les trois provinces de Viennoise et Narbonnaise Ir et IIe sicuti semper habuit, Cette allégation était fausse comme le prouvent l'histoire, le Ir concile d'Arles de 314, une lettre du pape saint Léon, et la décrétale même ou privilège du pape, qui avoue qu'au moment où il fut rédigé, Patrocle n'était pas en possession des droits qu'il réclamait : Ad pontificium suum revo cet, y est-il dit. Ce qui le prouverait encore, c'est la lutte que soutinrent les évêques dépossédés, malgré le privilège obtenu contre eux, lulte à laquelle le pape dut mettre fin en imposant de nouveau sa volonté d'une manière plus formelle. La décrétale qui conférait à Patrocle un pouvoir irrégulier et contraire aux lois de l'Église fut donnée le 22 mars 417. Par d'autres lettres écrites le 26 et le 29 septembre de la même année et au mois de mars de l'année suivante, le pape dépouilla l'évêque | de Vienne du titre de métropolitain que le concile de Turin lui avait accordé, et il enjoignit à Hilaire, évêque de Narbonne, de considérer Patrocle comme son métropolitain. Il agit de même à l'égard de Proculus, évêque de Marseille, métropolitain de la Narbonnaise IIe et, comme celui-ci n'avait pas voulu renoncer aux droits qu'il tenait du concile de Turin, Zozime le déposa, déclara nulle les ordinations qu'il avait faites et chargea Patrocle de lui choisir un successeur.
Grâce à ces mesures, l’évêque d'Arles jouit en paix, | pendant quelques années, du pouvoir qu'il avait usurpé ; cependant Hilaire de Narbonne n'avait point cessé, après la mort de Zosime, de réclamer auprès du Siège apostolique. Ses efforts furent couronnés de succès. Il obtint de Boniface, au mois de février 422, une lettre par laquelle ce pape révoqua les concessions faites à Patrocle par son prédécesseur et lui défendit 824 d'exercer son autorité dans une province autre que - la sienne. A partir de cette époque, les évêques d'Arles — paraissent avoir renoncé à leurs prétentions sur la ` Narbonnaise Ir. | XXVII. L'AFFAIRE DU MÉTROPOLITAIN HERMES, — L'évêque Rustique ordonna pour le siège épiscopal de Béziers son archidiacre Hermès, dont les Biterrois ne voulurent point sans qu'on puisse donner la raison - de cette exclusion, Hermès n'insista pas, et quand Rustique se sentit près de sa fin, il lui destina son propre à | siège qui allait se trouver vacant ; il écrivit à ce sujet |, au pape Léon Ie qui n'agréa pas sa demande. Après la mort de Rustique (28 oct. 461), Hermès fut reconnu évêque de Narbonne par le clergé et par le peuple.
Théodoric II, roi des Wisigoths, après la mort de l'empereur Majorien, jugea le moment favorable pour agrandir ses états et la mésintelligence qui régnait entre le comte Aegidius et le comte Agrippinus, gouverneur de la Narbonnaise, empêcha seule les Romains de remporter des avantages peut-être décisifs. Agrippinus fit alliance avec les Wisigoths et leur livra Narbonne, principale ville de son gouvernement. On s'est demandé si Agrippinus avait agi par ordre de l'empereur Sévère et cela a paru vraisemblable, Il parait que cet empereur, d'accord avec le patrice Hicimer, s'unit aux Wisigoths contre Aegidius. Sidoine Apollinaire, qui vint à Narbonne peu de temps avant la remise de cette ville à Théodoric, appelle ce prince Romanæ columen salus que gentis ', Quoi qu'il en soit, Narbonne fut perdue pour toujours pour les Romains.
Lors que Théodoric, roi des Wisigoths, se fut rendu maître de Narbonne, il confia le gouvernement de cette ville à son frère Frédéric, arien de religion, qui saisit l'occasion de jeter le trouble parmi les catholiques et se plaignit au pape Hilaire, successeur de Léon I“, de l'intronisation d'Hermès. Hilaire écrivit à Léonce, évêque d'Arles, lui reprocha sa négligence à l'instruire de ce qui s'était passé à Narbonne et le chargea d'entreprendre une enquête avec les évêques voisins afin | de prendre les mesures convenables (3 nov. 462).
Hilaire avait convoqué un concile à Rome le 19 novembre 462, jour anniversaire de son ordination. Quelques évêques des Gaules s'y trouvèrent, rendirent compte de ce qui s'était passé à Narbonne et le concile | décida qu'Hermès serait confirmé sur son siège ; mais, pour l'empêcher d'abuser de la condescendance qu'on avait pour lui, il fut privé personnellement du droit de métropolitain pour ce qui regardait l'ordination des évêques de sa province, Le concile déféra cette fonction, durant sa vie, à Constance, évêque d'Uzés et primat de la province, c'est-à-dire le plus ancien évêque de la Narbonnaise Ir. Le pape écrivit. à ce sujet une lettre annonçant cette décision aux évêques des Gaules (3 déc. 462).
XXVIII. FAITS HISTORIQUES. — Frédéric survécut
Théodoric II mourut lui aussi (avant août 466) et fut remplacé par Euric, arien fanatique. C'est vers ce temps que la province de Narbonnaise Ire prit le nom de Septimanie qu'on lit pour la première fois dans une lettre de Sidoine Apollinaire, écrite vers l'an 473. Mais Sidoine n'entendait pas sous ce nom la Narbonnaise Ire, mais seulement le pays qui fut d'abord cédé aux Wisigoths dans les Gaules par Constance, au nom d'Honorius. Le nom de Septimanie passa dans la suite aux pays des Gaules dont les Wisigoths firent la conquête et, finalement, ce nom demeura attaché à la seule Narbonnaise Ire.
Euric fut un persécuteur des catholiques ; il eut pour ministre Léon, natif de Narbonne, qui modéra un peu sa cruauté. Il eut pour successeur Alaric II, son fils, qui conserva Léon comme conseiller. Celui-ci fut assez mal inspiré un jour où son maître, qui résidait au Capitole, se plaignit que l'église Saint-Félix le privait en partie de la belle vue sur la plaine de Livière. Léon fit abattre le campanile en bois qui surmontait le transept de la basilique. Grégoire de Tours raconte que la Providence divine l'en punit en le rendant aveugle sur-le-champ !
La ville fut reprise l'année suivante par Ibas, pour le compte du roi des Ostrogoths, Théodoric (509).
Théodoric, devenu paisible possesseur du royaume wisigoth en Espagne et en Gaule, le gouverna pour le compte de son petit-fils Amalaric, encore enfant, et qui résidait à Narbonne. Théodoric mourut le 30 août 526, laissant son royaume ostrogoth à Athalaric et son royaume wisigoth à Amalaric, alors âgé de 25 ou 26 ans. Toutefois, il était à craindre que la disparition de Théodoric ne compromît les affaires de son petit-fils. Celui-ci, redoutant l'ambition des rois francs, pensa les détourner de tout projet belliqueux en épousant la jeune princesse Clotilde, fille de Clovis et de sainte Clotilde. La fiancée fut conduite à Narbonne avec un riche cortège et de nombreux présents (526). Mais, arien fervent, il entreprit de convertir la jeune femme, il s'y prit par des procédés de violence brutale, eut recours aux mauvais traitements, au point de jeter un jour du fumier et des ordures sur la jeune reine au moment où elle se rendait à l'église des catholiques ; enfin, il en vint aux coups. Clotilde, outrée, envoya à ses frères un mouchoir taché de son sang qui fut remis à Childebert. Celui-ci, laissant ses frères guerroyer en Thuringe, se dirigea vers la Septimanie, et marcha droit sur Narbonne. Vaincu, fugitif, Amalaric gagna l'Espagne. Narbonne fut pillée et rançonnée. Parmi les dépouilles que Childebert rapporta de son expédition, on comptait soixante calices et quinze patènes d'or pur et enrichis de pierreries, plus vingt manuscrits des évangiles enlevés de la seule ville de Narbonne. Le vainqueur ramenait aussi sa malheureuse sœur, qui mourut en chemin et fut enterrée à Paris, dans l'église Saint-Pierre (531).
A Amalaric succéda Theudis qui périt assassiné (548) et après divers princes ; Liuva, qui gouvernait depuis sept ans la Narbonnaise ou Septimanie, fut élu roi des Wisigoths à Narbonne, vers la fin de l'an 567. Narbonne redevint pour la seconde fois capitale du royaume wisigoth et reprit quelque chose de son éclat d'autrefois.
Au cours des années suivantes, Narbonne fut éprouvée par la peste en 582 et en 584 ; les habitants furent si incapables de lutter contre le fléau qu'ils prirent le parti de quitter la ville. En 589 se tint un concile à Narbonne, dont il sera question plus loin. En 638, Selva, évêque de Narbonne, présida le concile national de Tolède, en qualité de plus ancien métropolitain, ce qui détruit la prétendue primatie de Braga, de Tolède et de Séville sur Narbonne.
Narbonne avait beaucoup perdu de son ancienne importance mais conservait néanmoins une certaine importance. A la mort du roi Hecceswinthe (1er sept. 672), on lui donna pour successeur Wamba et ce choix fut généralement applaudi. Cependant, le comte de Nîmes, soutenu par l'évêque intrus de cette ville et l'évêque de Maguelonne se déclara contre Wamba, qui envoya contre eux le duc Paul. Celui-ci, se voyant à la tête d'une armée, forma le dessein de détrôner Wamba, gagna Hanosinde et Hildegise avec lesquels il marcha sur Narbonne pour y établir leur domination. Quelques mesures qu'eussent pris les rebelles pour cacher leur dessein, l'évêque de Narbonne, Argebaud entreprit de les faire échouer, mais le duc Paul le prévint, parut devant la ville et s'en empara ; ensuite, il se fit proclamer roi par le duc Hanosinde et dépouilla les églises de Narbonne de leurs trésors pour avoir de quoi soutenir la révolte. Dans l'église de Saint-Félix, il enleva une riche couronne d'or, offerte par le roi Hécaréde et qui servit à son propre couronnement. Wamba accourut avec une armée et fit investir Narbonne. A cette nouvelle, le duc Paul s'enfuit à Nîmes, laissant une forte garnison dans Narbonne sous le duc Wittimir et emmenant l'évêque Argebaud comme otage. Wittimir refusant de rendre la ville, Wamba la fit investir et assiéger dans les règles. Un assaut dura de onze heures du matin à deux heures de l'après-midi ; finalement les assiégeants mirent le feu aux portes et entrèrent dans la ville. Wittimir fut pris dans une église, désarmé, garrotté et fustigé. Wamba entra victorieux dans Narbonne (673).
Après Wamba, vinrent Erwige, Egica, associé à son fils Wittiza en 696, dont on possède une pièce de monnaie représentant au droit les têtes de ces deux rois séparées par une croix avec cette légende : l. DI. NM. EGICA. RE, et au revers le mot Narbo : *BAO* H et en légende : WITTIZAN. R. Celui-ci régna seul de 701 à 711 et fut remplacé par Hodrigue qui périt le 17 juillet 712 à la bataille de Guadalete et avec lui finit le royaume wisigoth.
La possession de la péninsule ibérique ne fut pour les Arabes qu'une extension de leur établissement dans l'Afrique du Nord. Moussa ben Nocayr et Tarik ben Zeyad soumirent l'Espagne et, au commencement de 713, il y avait déjà des gouverneurs arabes dans toutes les villes espagnoles, voisines des Pyrénées, qui s'étaient rendues aux musulmans de bonne volonté ou par suite de capitulation, à Girone, à Barcelone, à Livia, à Saragosse, à Calahorra, à Pampelune, etc. Les chroniques latines ne font commencer les irruptions des Arabes en Gaule qu'en 719 ; ce fut cette année-là que Narbonne fut prise par les musulmans et devint le chef-lieu de la domination arabe en deçà des Pyrénées, « La première spoliation des églises de Narbonne par les Arabes, dit Fauriel, dut avoir lieu à la prise de cette ville par El-Haur, bien qu'un célèbre historien musulman en fasse un épisode de la première invasion de la Septimanie par Moussa. Ce fut alors, et de l'une de ces églises, que les conquérants enlevèrent ces sept figures ou statues en argent, fameuses chez les historiens nationaux de la conquête et dont la prise figura longtemps dans les traditions des Arabes andalousiens comme l'incident le plus merveilleux de la prise de Narbonne. » La bataille de Poitiers (732), suivie de la retraite des Sarrasins, ne délivrait pas toute la Gaule et ne faisait que déplacer le danger. Abd el-Hahman passa le Rhône au commencement de 735, s'empara d'Arles, d'Avignon, de Lyon où il mit des garnisons. Dans le courant de l'année 736, les Arabes étaient maîtres des deux rives du Rhône depuis son embouchure jusqu'à cette dernière ville. Ils nourrissaient de nouveaux projets de conquête ou d'invasion dans la Gaule, et leurs projets semblaient d'autant mieux devoir être suivis de succès qu'Okba, gouverneur général de l'Espagne, se préparait à franchir les Pyrénées avec une armée dans la direction de la Garonne ou de la Loire. Charlemagne ne lui en laissa pas le temps. Au printemps de l'année 736, il partit pour reprendre les autres villes des bords du Rhône. La garnison arabe de Lyon se replia sur Avignon que Charlemagne assiégea et prit, Ayant conquis toute la rive gauche du Rhône, depuis Lyon jusqu'à la Durance, il entra dans la Septimanie et se dirigea vers Narbonne. Afin d'empêcher les Sarrasins de secourir la ville, Charlemagne fit élever des fortifications vers le port de Saint-Charles, au grau de la Nouvelle et quand les troupes musulmanes de secours arrivèrent, elles trouvèrent la rivière d'Aude bien gardée. Une tentative de débarquement sur la côte aboutit à un désastre et Charlemagne revint devant Narbonne dont il leva le siège qu'il convertit en blocus (737).
Pépin, devenu roi des Francs, voulait unir la Septimanie à sa couronne et en recherchait les occasions. Une grande partie de la province se soumit volontairement et il s'approcha de Narbonne (752) dont il entreprit le siège après avoir dévasté les environs. Les Sarrasins connaissant l'importance de cette place dont la possession leur assurait l'entrée libre des Gaules, rendirent tous ses efforts inutiles. Pépin dut lever le siège et maintint le blocus de la place. La guerre civile qui éclata en Espagne obligea Abd el-Hahman à concentrer ses efforts sur ce pays et l'empêcha de songer à rétablir ses affaires en Septimanie et à délivrer Narbonne du blocus. On prétend que le siège avait recommencé depuis trois ans, d'ailleurs sans résultat. La plus grande partie de la population de Narbonne se composait de Goths chrétiens qui souffraient du joug musulman, les assiégeants leur firent promettre « de les maintenir dans l'usage de leurs lois et de leurs coutumes » s'ils livraient la place. Les Goths égorgèrent la garnison, tuèrent ou livrèrent Narbonne aux troupes du roi Pépin (759). Ainsi la ville devint française.
XXIX. LISTE ÉPISCOPALE. — 19 Paulus. — Grégoire de Tours, Hist. Franc., 1. I, c. xxx, le met au nombre des sept évêques qui, vers le milieu du Ve, organisèrent l'épiscopat dans les Gaules ; nous avons dit qu'on n'a pas de bonne raison à faire valoir pour le faire vivre au IVe. Les anciens martyrologes font mention de sa mort le 22 mars et le 12 décembre ; ils lui donnent le titre de confesseur. Prudence, dans l'hymne IV, str. 9 du Peri Stephanon, est le plus ancien auteur qui ait parlé de ce saint, dont il semble faire un martyr.
29 Hilarius. — Mentionné dans les lettres pontificales en 417, 419 et 422.
Bibl. — Jaffé, Reg. pont. rom., n. 332, 349, 362 ; H. W. Phillott, dans Dict. of christ. biogr., t. III, p. 471, 724 ; Vaissete, Hist. gén. de Languedoc, t. IV, p. 243-245, note très superficielle sur l'Église de Narbonne et ses évêques.
Le Gallia christiana introduit ici, sans référence, un « S. Stephanus » et aussi le Gavidius de Sulpice-Sévère (II, c. xiii) que rien ne prouve avoir été évêque de Narbonne.
29 Hilarius. — Mentionné dans les lettres pontificales en 417, 419 et 422.
: : t donc que, si cette pièce émane réellement de la chan- | — en 769 1 ; il vivait encore le 5 juillet 782 $. C'est par | prières de l'évê que pour obtenir leur délivrance après un nouvel aveu. A cette vue, les évêques se jetèrent aux pieds de Paul, et, avec tout le peuple, implorérent son intercession auprés de Dieu. L'aigle reprit son vol vers l'Orient, On s'excuse de citer ce conte à dormir debout, mais peut-étre trouve-t-il encore créance.
831 est défendu aux clercs d'un degré inférieur d'offenser les clercs d'un degré plus élevé.
6. L'abbé d'un monastère doit traiter un clerc ou un lai que notable enfermé pour quel que méfait conformément aux prescriptions de l'évê que.
7. Un clerc qui agit d'une maniére contraire aux intéréts de l'Église sera déposé.
8. Même sanction s'il usurpe les biens d'Eglise, 9, Les juifs enseveliront leurs défunts d’après l'ancienne coutume judaï que et sans chanter.
10. Tout clerc doit rester dans le diocése pour lequel il a été ordonné.
11. Quicon que ignore les lettres ne pourra étre ordonné prêtre ou diacre. S'il est déjà ordonné et s'il ne veut pas apprendre à lire l'office divin et à s'en acquitter, il ne recevra pas d'honoraires (stipendium ) jusqu'à ce qu'il l'ait bien appris. S'il s'obstine, on l'enfermera dans un monastére.
12. Aucun prétre ou diacre ne doit quitter l'autel pendant la célébration de la messe ; aucun diacre, sous-diacre, ou lecteur ne doit quitter l'aube avant la fin de la messe.
Les actes du concile de Narbonne, publiés pour la première fois par Guillaume de Catel, en 1623, débutent ainsi : « L'an 788 de l'incarnation du Seigneur, en la XIIE indiction et la XXII année de l'llustre empereur Char les, le 27 juin, pour diverses affaires ecclésiastiques, et surtout à cause du dogme pestilentiel f(pestiferum dogma) de Félix, évê que d'Urgel, sur les exhortations du pape Hadrien, et de l'empereur Char les, représenté par un ambassadeur spécial, Didier, nous nous sommes réunis à Narbonne, dans la basili que des Saints-Just-et-Pastor, à savoir : Daniel, évê que de cette ville métropolitaine (Narbonne), Elifantus, évê que d'Arles, avec beaucoup de vénérab les évêques et le député de Char les. Parmi les questions résolues conformément à la vérité se trouve celle des limites du diocèse de Narbonne. » Quoi que Baluze et Froben, dom Vaissete et Ém. Molinier aient présenté la défense de l'authenticité des actes, il ne nous semble pas possible de nous rallier à leur opinion. D'abord, la chronologie est en complet désordre, il est impossible de concilier le millésime 788, l'indiction XIIE, la XXIE année du règne de 832 Charlemagne et le 27 juin. La XII indiction commence le 19 septembre 788 et, par conséquent, le mois de juin appartient encore à la XI indiction. Autre difficulté, Charlemagne commença à régner le 24 septembre 768, en sorte que le 17« septembre 788 il se trouvait dans la XIX année de son règne et non dans la XXIII*. Il est également difficile de s'expliquer que | treize ans et demi avant le couronnement impérial du 25 décembre 800, le roi des Francs soit qualifié imperator.
La piéce nous annonce que le concile a été réuni à raison du dogme pestilentiel de l'adoptianisme et il n'est pas question de cette hérésie ; le procès-verbal ne s'occupe que de la délimitation du diocèse de Narbonne. | On ne saurait admettre que la signature de Félix d'Urgel se lise parmi cel les des Pères du coneile dirigé — contre son hérésie, car il à reconnu son erreur, mais seulement quatre ans plus tard, au concile de Hatisbonne, en 792, Si Félix s'était rétracté une première fois au concile de Narbonne, on aurait eu quelques égards pour lui et on eüt désigné son hérésie par un terme moins vif que pestiferum dogma. D'ailleurs, on ne lit nulle part la mention d'un concile de Narbonne parmi les assemblées qui condamnérent l'adoptianisme.
Hefele fait observer que, dans sa lettre aux évéques espagnols, le pape Hadrien ne mentionne pas Félix parmi les chefs des adoptianistes ; il est étrange que ce concile de Narbonne veuille rattacher à Félix tout ladoptianisme. Si, dés 788, Félix avait été si mal famé dans le royaume des Francs, le concile d'Aix-laChapelle, tenu en 789, se serait certainement occupé de lui. Il n'en fit rien et c'est là un nouveau motif de rejeter l'authencité des actes. Il a pu se tenir un concile de Narbonne en 788, mais le début du procèsverbal aura été altéré. Félix a pu assister à ce concile car il appartenait à la province de Narbonne ct pouvait s'intéresser à la fixation des limites du diocèse. En 788, il n'était probablement pas encore affilié aux adoptianistes et n'avait été frappé d'auc une censure.
———— £d ues. s. un LM Ara ca 833 lé temps, prendre une place si importante dans l'ieonographie et dans la piété chrétienne en Occident, Grégoire de Tours va nous l'apprendre.
A Narbonne, dit-il, dans l'église Saint-Genés, on voit une peinture « qui montre Notre-Seigneur le corps entouré d'un voile et étendu sur la croix, qua Dominum nostrum quasi pracinctum linteo indicat crucifízum. Elle était exposée librement aux yeux de tous (dum assidue cernerelur a populis). Mais un prêtre nommé Basile eut un songe dans lequel la figure crucifiée lui apparut. « Vous êtes tous couverts de « costumes divers, lui dit-elle, et vous me considérez « sans cesse dans ma nudité. Va et couvre-moi au : plus tót d'un vétement. » Le prétre oublia vite ce réve ; une seconde apparition n'eut pas plus de résultat ; enfin, la troisiéme fois, l'image le roua de coups et le menaca de le faire mourir sous peu s'il ne la couvrait d'un voile. Effrayé cette fois, Basile raconta tout à l'évé que qui ordonna de tendre une étofle devant la peinture. Et maintenant, ajoute Grégoire, on ne peut voir la peinture que couverte. Si l'on souléve un peu le voile pour permettre de la contempler, on le laisse retomber bientót pour qu'elle ne soit pas vue découverte... Et sic oblecta nunc pictura suspicilur. Nam et si parumper delegatur ad contemplandum, mox demisso velo contegitur, ne detecla cernatur 1, » XXXII. Éarrses. — 1° Cathédrale 5. — Il en fut, sans doute, à Narbonne, comme dans la plupart des vil les où s'introduisit et s'implanta le christianisme à l'épo que des persécutions. L'exigulté des ressour ces et l'insécurité des temps conseillaient la prudence et la modestie. Une simple chambre d'abord, ensuite une habitation de mince apparence, avec des issues bien ménagées en cas d'intrusion policiére, enfin une installation plus commode où les assemblées liturgiques se tenaient sous la direction du chef de la communauté. Lors que celui-ci fut l'évé que Paul, il présida les réunions dans sa chaire et Narbonne eut sa première cathédrale. Il serait vain d'en rechercher le moindre vestige ; tout au plus serait-il permis de conjecturer que l'emplacement méme attira la vénération des fidè les qui, dans la suite, s'efforcérent d'y maintenir la célébration du culte. On ignore l'épo que précise où vécut l’évê que Paul, on ignore de méme les noms de ses premiers successeurs et le développement que prit la communauté de Narbonne. Il est légitime e34 En 890, l'archevé que Théodard reconstruisit l'église jadis élevée par saint Rusti que , On avait apporté quelques textes pour soutenir sa présence à l'intérieur des murs de la ville, au sud de la cathédrale actuelle, avec laquelle elle coexista pendant une trentaine d'années. De cette basili que carolingienne, il ne reste aucun vestige apparent, à l'exception de la tour carrée qui domine le cloitre de l'Est et qui servait de clocher . Heureusement, il existe une description de l'édifice dans un document du xrv siècle qui s'exprime en ces termes : « La vieille église, maintenant démolie, était située entre le chevet de la nouvelle église, élevée depuis lors, et le palais de l'archevé que de Narbonne. Elle s'étendait jusqu'aux murs de la ville, leur était contigué et rattachée sans aucun intervalle. Vers son milieu, cette église s'avancait en forme d'abside du cóté oü se trouve maintenant la nouvelle église (et) vers le palais archiépiscopal, et en cet endroit se trouvaient des portes ouvrant et fermant sur ledit transept. Le chapitre gardait les clefs de ces portes, si bien que les consuls et autres particuliers de la ville de Narbonne ne pouvaient entrer dans l'église, ou en sortir, ni avoir par là un passage quelcon que, qu'aux heures accoutumées où l'église était ouverte, » Quelques semaines plus tard, un document plus
A, — XII — 27.
explicite ? :... « La vieille église de Narbonne s'élevait autrefois entre le chevet récemment construit et le palais archiépiscopal. Elle s'étendait jusqu'aux murs de la cité, et la nef de cette église était reliée aux remparts et y attenait sans aucun intervalle. Elle avait une porte sur chacun de ses côtés. Ces deux portes étaient fermées de jour et de nuit au gré du chapitre et demeuraient closes, sauf pendant la célébration des messes et autres offi ces divins. Tant que l'église était fermée, le passage de ce lieu à un autre était interdit de jour et de nuit aux habitants, et ceux qui voulaient passer par là et se transporter d'un côté de l'édifice à l'autre en étaient empéchés, « L'église était peu étendue en longueur, basse | et étroite. Elle n'avait qu'une seule nef et s'étendait depuis le palais vieux de l'archevé que, auquel son chevet était rattaché, jusqu'aux remparts, auxquels le fond de l'église adhérait sans intermédiaire. L'espace occupé par l'église depuis le mur du chevet jusqu'aux remparts était en longueur de vingt-huit cannes. « C'était une trés vieille église ancienne et peu solide. Elle avait des murs peu épais et sa voüte était fort endommagée. Elle menacait ruine et constituait un danger permanent pour le clergé eL le peuple qui s'y réunissaient pour les offi ces et stationnaient dans l'édifice. Enfin, elle était dans un tel état que l'on craignait avec raison de la voir s'écrouler sur le public, et c'est pour quoi elle fut autrefois démolie. » Dans un document daté de 1361, il est dit que « sur l'emplacement l'on bâtit le nouveau cloitre... Des vestiges du vieil édifice se voient encore dans les murs et en d'autres endroits du dit cloitre. » La basili que de Théodard s'étendait sur l'emplacement du cloître actuel et de la chapelle de l'Annontion de 5 m. 20, dans la cour actuelle de la Madeleine, venait s'appuyer aux murs du palais archiépiscopal, tandis que le mur du fond de la nef était accolé, au moins en partie, au rempart préwisigothi que, dont il ne reste plus trace en cet endroit aujour d'hui. Le texte nous dit que l'édifice avait vingt-huit cannes de long, c'est-à-dire, selon la mesure de la canne narbonnaise (1 m. 967), 54 m. 97. Vérification faite sur les lieux, on trouve depuis le mur occidental du cloitre, élevé en arrière du rempart et de la vieille église, à la distance de 1 mètre environ jusqu'aux bâtiments du palais archiépiscopal encore debout, une longueur de o3 m. 95. La mesure donnée par les chanoines s'appli que exactement au seul espace oü la vieille église püt se développer librement.
« La largeur de l'édifice ne nous est pas donnée par les textes, mais elle était commandée par les lieux environnants. Le chevet, limité au Sud par la tour contemporaine de l'église, ne s'étendait pas, au Nord, plus loin que la sacristie actuelle, puis que cette derniére, élevée en 1329, vint adosser ses voûtes au mur septentrional de ce méme chevet, encore debout à cette épo que. IH occupait donc, en largeur, l'espace qui sépare la tour de la sacristie, c'est-à-dire 12 mètres, environ 6 cannes narbonnaises *. » La nef n'occupait pas l'emplacement tout entier du cloitre ; celui-ci fut adossé à la maison épiscopale, et sa galerie sud fut établie en dehors de la vieille église. La galerie nord fut également élevée en partie hors du périmètre de la vieille basili que, en sorte que la largeur de la nef était moindre que celle du cloître ; elle pouvait mesurer un peu plus de 20 mètres.
On lit dans le texte cité que « dans son milieu l'église s »avancait en forme d'abside » d'un côté vers l'église neuve et de l'autre vers le palais archiépiscopal. Ce transept (crux) était plus large que la nef « et s'étendait vraisemblablement vers le Midi jusqu'à l'alignement du clocher encore subsistant ; la saillie extérieure du bras du transept serait donc de 4 métres.
* L'église, rattachée au rempart par le mur du fond de la nef, et par le chevet au palais épiscopal, formait avec ces constructions un bloc interrompant toute cireulation entre le sud et le nord du quartier ouest de la cité. La rue que nous appelons aujour d'hui passage de l'Ancre et qui, dés le Ve, dut former le boulevard intérieur de l'enceinte, depuis la porte Avguiére jusqu'à la porte Royale, fut coupée par les trav aux de l'archevé que Théodard ; le passage de Ancre ne fut plus qu'une impasse aboutissant à la porte ouverte dans le transept méridional de l'église, tandis qu'au nord de l'édifice, ce boulevard intérieur, se perdant entre le vieux cloitre, le cimetiére et les maisons canonia les, devenait un terrain ecclésiasti que. L'église de Théodard n'adhérait pas à l'enceinte sur Loute sa largeur, parce que, l'axe de l'édifice n'étant point perpendiculaire au rempart, le mur occidental de la nef faisait, avec ce rempart, un angle de 15 degrés environ et, comme le constatent les consuls, formait en partie une construction distincte des fortifications ?. » La basili que carolingienne avait donc une seule nef sans bas-côtés et, dans le milieu de sa longueur, un transept ; c'était le plan cruciforme. Deux portails étaient pratiqués dans les bras du transept, l'un s'ouvrait au Sud, sur le passage de l'Ancre, et l'autre, au Nord, donnait accès au cloître roman, au cimetière, aux fortifications et aux maisons du chapitre, qui occupaient le terrain où fut bâtie la nouvelle cathédrale.
Le plan du chevet montre que l'abside est séparée de la nef par une sorte de corridor plus étroit que cette nef ; c'était là que se rassemblaient les chanoines. Tout cet espace est occupé aujour d'hui par la chapelle de l'Annonciade ;il mesurait avec le rayon de l'abside une longueur de 22 mètres environ, il en restait 33 pour la nef. La tour carrée qui existe encore se trouvait à l'angle formé par le bras sud du transept el le chevet de l'église.
La tour carrée ne mesurait pas 20 mètres de haut ; à cette hauteur s'ouvre une baie qui dominait le toit de l'église, On a attribué la base de la tour à saint Rusti que ; cette opinion est sans fondement.
En 1807, on découvrit sur l'emplacement de la vieille église deux colonnes monolithes de granit gris, mesurant 5 m. 10 de longueur sur 0 m. 70 de diamètre ; el les proviennent d'un monument anti que, peut-être la basili que de Rusti que, d'où el les auront passé dans celle de Théodard.
Pour la hauteur et la couverture de l'église (toiture ou voütage) on ne sait rien de certain, On a lu plus haut que les deux transepls étaient percés chacun d'un portail. Il se pourrait que le portail roman, conservé dans la cour de la Madeleine, portail en marbre blanc à double ressaut cantonné de quatre colonnes, ait appartenu à la basili que carolingienne et ait été remonté, au xiv ? siècle, à la place qu'il oceupe encore. Ceci nous donnerait les dimensions de l'un des portails de la basili que, 3 métres de hauteur depuis le seuil jusqu'au sommet de lintrados de l'archivolte et 1 m. 40 de largeur entre les piédroits.
Quant aux fenétres, el les devaient avoir le tracé en plein cintre et le profil des baies aveuglées encore existantes du clocher.
La cathédrale fut dédiée aux saints martyrs Just et Pastor *.
837 -20 Saint-Paul 1, — La collégiale Saint-Paul s'élève sur l'emplacement d'un cimetière anti que qui se trouvait en bordure de la voie Domitienne, ainsi qu'on a pu s'en convaincre à la suite des fouil les exécutées en 1840. Cette nécropole a fourni des sarcophages chrétiens conservés sous le porche oriental de l'église et dont nous traiterons plus loin, en outre une inscription du vu siècle gravée sur la tombe du prétre Adroarius. Ce lieu continua à recevoir les corps o Ta) DOM jusqu'à la révolution francaise ; aujour d'hui les bâtiments de l'hospice occupent la plus grande partie de l'ancien cimetière, Le culte de saint Paul fut célébré en ce lieu dés une épo que très reculée, mais il est téméraire d'affirmer qu'une colonnette de marbre à cannelures torses, découverte en 1870 à l'extérieur du porche occidental, était un débris du ciborium élevé sur son tombeau, Guillaume Hulard, prêtre bénéficier de la collégiale, qui écrivait entre 1334 et 1364, suppose que le sarcophage fut retiré d'une confession primitive et enterré dans l'église en 409, au moment de l'invasion des Vanda les. Cet auteur, dont le curieux manuscrit se trouve à la bibliothè que de Narbonne, est la meilleure source à consulter pour l'histoire de la collégiale avec la Chroni que de SainiPaul, transcrite par dom Estiennot ? : ses dates extrèmes sont comprises entre 890 et 1575.
La plus ancienne mention de l'abbaye, fondée en dehors des remparts, au delà du pont de l'Aude, au lieudit ad Albolas remonte à l'année 782. A cette épo que, le comte Milon, qui avait usurpé ses biens, fut condamné à les restituer. En 911, Arnould, archevê que de Narbonne, donne à l'abbé Savari les églises de Saint-Amans et de Saint-Baudile, à Dizanet . Ainsi l'existence du monastère au virie siècle n'est pas douteuse. On connait le texte de trois épitaphes carolingiennes qui se trouvaient dans l'église primitive : l'une d'el les fait mention du grand sacristain Bernard .
L'église actuelle est un édifice trés original, dont la nef a subi des remaniements successifs et diffici les à expliquer ; elle se distingue des autres églises du midi de la France par ses piliers, ses voütes, ses galeries de circulation. Les caractères archéologiques de la nef permettent d'attribuer ses plus anciennes travées au dernier quart du xir siècle, seule la pile nord-ouest de la croisée doit être antérieure à cette épo que. Les trav aux de reconstruction devaient étre terminés vers la fin du règne de Louis VII.
XXXIII. LE CIMETIÈRE. — On a dit que lors que l'évê que Paul vint prêcher la foi nouvelle à Narbonne, il s'établit hors de la ville, à l'opposé du Capitole, du Forum et de la curie, loin des puissants et des persécuteurs. Il choisit l'emplacement de son église entre la voie Domitienne et la voie d'Aquitaine bordées de Lombe aux. C'est là qu'aprés sa mort son corps fut déposé ; son Église resta le siège épiscopal pendant plus d'un siécle et ses princip aux adeptes se firent ensevelir auprès de leur apôtre. Au début du v* siècle, après le passage des Vanda les (409), on songea à mettre Narbonne en état de défense et on démolit les tombe aux pour élever des murail les dont il existe encore des fragments. Cette enceinte, située sur la rive gauche de l'Aude, comprenait tout ce qu'on appelle encore la Cité. L'église de Saint-Paul, située sur la rive droite, se trouvant en dehors des défenses, dut être sacrifiée ; d'ailleurs elle était peut-être alors dévastée, car les fragments de sarcophages semblent avoir été martelés à plaisir. Ceux qui avaient été épargnés furent ramenés à l'intérieur des murs. On construisit alors une église qui fut brülée, puis rebátie par saint Rusti que et qui devint la cathédrale 5.
839 Il y a dans toute cette exposition une part considérable d'imagination. Ce qui est plus digne d'attention c'est la présence de nombreux sarcophages dans le sol adjacent à l'église Saint-Paul, et probablement dans le voisinage de l'abside primitive ; mais on a eu tort de dire que la trouvaille, vers 1870, d'un fragment de colonnette en marbre gris, semblable au marbre des sarcophages, témoignait de la présence en ce lieu d'un ciborium dés le rv siècle. Tout ce qu'on peut admettre c'est que nous nous trouvons ici en présence d'un nouvel exemple de fumulatio ad sanctos. Les choses demeurèrent en cet état jusqu'à l'épo que carolingienne et on enterra depuis la porte de l'église primitive jusqu'à la voie Domitienne. On peut voir encore, encastré dans le mur qui la longe, au point marqué d'une croix (fig. 8715), un sarcophage du vI siècle, en marbre des’ Pyrénées, de forme évasée, divisé par des pilastres en compartiments décorés de En revanche, le cimetière de Saint-Félix extra muros et paroisse des rois wisigoths a fourni nombre de pierres tomba les et pas un seul sarcophage. On pourrait en conclure que les ariens barbares se contentaient d'ensevelir les corps dans la terre, sans sarcophage. Dans une maison voisine de Saint-Paul, on a trouvé une inscription du vir ? siècle ainsi conçue :
OMSAVI AD ECLSAM VE NIETIS ORATE PRO
ADROARIO PRESBITE RO PECATORE VT VOS DNS MIS ER MAU ec IN DIEM IV DICII AMEN Om(ne)s qui ad ec(c)lesiam venielis, orale pro ceps de vigne avec leurs fruits et des tiges de lierre. On ne pouvait aller-plus loin, C'était la dernière tombe des Aliscamps narbonnais.
Vers la fin du xrx® siècle, ce cimetière a disparu ; il occupait devant l'hótel-Dieu la longue bande de terrains délimitée sur le plan par des lignes ponctuées. Il était bien plus élevé que les voies qui le bordent ; on y accédait en gravissant quelques marches.
En 1842,1a majeure partie fut annexée à l'hôtelDieu. On découvrit, en déblayant, deux sarcophages des ve et vis sièc les qui ont pris place au musée (n. 533 et 534) ; ils ne portaient auc une ornementation ; un autre sarcophage, du Ve, portait sur sa face antérieure un monogramme constantinien (n. 528). Le cimetiére anti que continua à étre exploité jusqu'aux environs de 1790.
La rue qui, partant de la voie Domitienne, borde encore le cimetiére au Nord portait autrefois le nom de Fossalum sancti Pauli ; elle était profondément encaissée. I] ne parait pas que le cimetiére s'étendit sur le cóté opposé, occupé par des maisons modestes.
Le cimetiére de Saint-Paul, affecté dés les premiers temps de la communauté chrétienne à la sépulture des fidé les, n'a fourni auc une inscription funéraire.
Adroario presbitero, pec(c)alore, ul vos D(omi)n(u) miser jussit in diem judicii. Amen !.
— L'acte le plus ancien qu'on connaisse sur cette ancienne église remonte à la fin du xr* siècle : c'est la donation qu'en fit l'archevé que Dalmace, au mois d'avril de l'année 1086, à l'abbaye de Saint-Victor de Marseille. Dalmace déclare faire cette donation dans le dessein d'établir des moines dans cette église longtemps possédée par des clercs simoniaques et nicolaites — il ne máchait pas les mots — et afin d'avoir en la personne des religieux, qui lhhabiteraient à lavenir, des coopérateurs pour son ministére. Dés lors, l'église Sainte-Marie, cinquième paroisse de Narbonne, fut desservie par une communauté de bénédictins, érigée en prieuré conventuel, et qui reçut, au xvit siècle, la réforme de Saint-Maur, Comme on désigne les moines sous le nom de mourques, l'église s'appela lamourguier, et le nom lui est resté. | En 1868, Arcisse de Caumont avait demandé publiquement une nouvelle affectation de l'ancienne église « et, dés l'année suivante, les premiéres pierres retirées des remparts déclassés y furent transportées. En 1877, L. Berthomieu comptait 812 monuments ; en 1906, F.-P. Thiers parlait de 1 300 monuments et ce nombre est aujour d'hui largement dépassé.
Au point de vue de nos étu des, c'est là que se trouve le célèbre linteau de Saint-Rusti que, et les monuments chrétiens ont été réunis, ce qui en facilite l'étude. Les chapel les latérales ont été garnies de cippes ou autres monuments pouvant étre isolés et la nef a été partagée par huit murail les formées avec les pierres d'assise, en alternant les inscriptions et les - bas-reliefs. Le chœur a recu des monuments d'une forme particulière. L'abside a été réservée pour servir de salle de conféren ces. Les chapel les rayonnantes — recevant des cippes, des sarcophages, des monuments tels que dolia, meu les, etc.
Le musée de Lamourguier offre un intérêt exceptionnel et peut-être n'est-il pas exagéré de dire qu'il est unique en France. On voit sculptées sur ces pierres — une foule de représentations de la vie civile, religieuse, militaire, dont plusieurs sont encore inexpliquées. Des outils, des armes, des navires de guerre et de commerce, des cérémonies, des fonctionnaires, des portails en ronde-bosse. La description des monuments est d'un usage assez général, Pierre se trouve ici à gauche du spectateur. Les autres apôtres ne sont pas désignés, trois d'entre eux ont à leurs pieds un faisceau de volumina.
Le couvercle nous montre d'abord l'histoire de Suzanne. Deux vieillards, les mains liées derrière le dos, marchent courbés et poussés en avant par un homme qui a saisi l'un d'eux par les cheveux ; on voit ensuite Suzanne en orante à qui Daniel, qui tient le volumen des prophètes, tend la main. Plus loin, Daniel présente un gâteau empoisonné au dragon des Babyloniens ; au second plan un homme debout. Deux génies nus et ailés soutiennent le cartouche anépigraphe. A la suite, saint Pierre arrêté par un Juif : une orante ayant à ses pieds une cassette contenant des livres ; cette figure est gravement mutilée. Un arbre la sépare d'un personnage debout, vêtu du pallium et tendant la main vers elle ; un faisceau de volumina est posé à ses pieds.
XXXV. SARCOPHAGES, — 1, Trouvé en 1658, dans une rue du faubourg de la ville nommé la Huchette. La face antérieure représente sept personnages masculins séparés par des arbres. Au centre, le Christ, avec trois apôtres de chaque côté (fig. 8716). Jésus est imberbe, debout, il tient un volumen à demi déroulé et adresse la parole à saint Pierre reconnaissable à son bâton, souvenir de la verge de Moïse qu'on donne parfois à l'Apôtre, et à ses côtés un coq, ce qui enlève toute hésitation. Contrairement à un En allant de gauche à droite, on voit d'abord un vieillard assis sous un arbre, lisant dans un volumen et devant lui un Juif, reconnaissable à son bonnet et l'écoutant attentivement. Il se peut que ce soit Esdras, mais ce sujet demeure énigmatique ; derrière le siège à dossier du personnage, on voit un autre auditeur dont la tête est brisée.
Les autres scènes ne souffrent aucune difficulté d'interprétation ; ce sont : saint Pierre, saisi par deux Juifs ; une orante voilée entre ses deux saints intercesseurs auprès de Dieu, chacun d'eux tenant le volumen. Un apôtre présentant au Sauveur un panier posé sur le pli de son manteau et contenant des pains et des poissons ; Moïse frappant le rocher. Pour donner plus d'animation aux différentes scènes, on a figuré des têtes, en faible relief, au second plan. à PIC 3. Partie droite de la face antérieure d'un sarcophage ; à l'extrémité (fig. 8718) : un apôtre levant la main et tenant un volumen ; à droite, une scène pastorale divisée en deux registres « séparés par une double cordelette. Le cadre est rempli par une tige couverte de feuilles de lierre sortant d'un vase.
Bibl — R. Garrucci, Storia del l'arte cristiana, t. v, hauteur de la cuve 0 m. 65. Ce sarcophage en supportait plusieurs autres en pierre tendre. Au-dessus de ces derniers, près du sol, se trouvaient des urnes cinéraires ébréchées. Les tombes étaient péle-mêle, aucune d'elles n'ayant la position horizontale. Cet enfouissement semble avoir été effectué en prévision des invasions barbares.
Toutes ces tombes étaient inviolées. Les sarcophages renfermaient des squelettes ayant les bras croisés sur la poitrine et qui sont tombés en poussière au contact de l'air. Le sarcophage de marbre était plein d'une eau limpide qui laissait apercevoir le squelette d'un homme de haute stature (1 m. 90). La cuve, une fois vidée, a livré des tessons blanchâtres, dont plusieurs portent l'empreinte fort nette d'une fine toile. H. de Villefosse en conclut que le corps avait été entouré d'une couche de chaux et roulé dans des bandelettes. Aucun autre objet ne se trouvait dans cette cuve, non plus que dans les autres. Nous n'avons donc pour nous renseigner sur l'âge et le caractère du monument que les sculptures qui en décorent la face antérieure.
Ces sculptures sont très plates et différent peu des sculptures dites au champlevé. Elles pourraient dater du ii siècle.
La face antérieure est ornée de strigiles interrompus par un tableau central rectangulaire qui représente le bon Pasteur, debout entre deux palmiers et portant une brebis sur ses épaules ; à droite et à gauche, trois brebis alignées lèvent la tête vers le Pasteur. Cette image ne permet guère de douter que nous nous trouvons en présence d'un monument chrétien. Cependant, F.-P. Thiers fait observer qu'il n'y a aucune trace d'édifice religieux à l'endroit où ce monument a été recueilli ; ce point fournit, au contraire, beaucoup de fragments païens de l'époque d'Auguste. « Je dois, ajoute-t-il, signaler une exception. Deux briques inscrites ont été trouvées, selon les antiquaires du siècle dernier, en 1783, lors de la construction de la route nationale n. 9, parallèle à la voie Domitienne. L'une d'elles existe encore au musée de Narbonne, mais O. Hirschfeld l'a déclarée fausse. La seconde, aujourd'hui perdue, portait les cinq lettres du mot XOYC agencées dans une sorte de grec que, et, au-dessus, le mot MAXYMA et, sur une troisième ligne, des indications relatives à l’âge de la défunte. Les antiquaires qui ont découvert cette inscription, ne l'ayant pas comprise, il est peu vraisemblable qu'elle soit fausse. » Ce sarcophage a été transporté dans l'ancienne église de Lamourguier, aujourd'hui transformée en musée lapidaire.
845 Bibl. — A. Héron de Villefosse, Sur un sarcophage chrétien trouvé à Narbonne, dans Bull. archéol. du Comité, 1900, p. xrrv-xLv, XLIX ; Molins, Notes 14, Fragment de la partie antérieure d'un sarcophage conservé au musée. Le Christ, qui occupait le centre, est debout devant un personnage aux pieds duquel se voit un coq ; ce peut être saint Pierre, quoi que, cette fois encore, il soit placé à notre gauche, un tenon En hrs ERR HT e 7.
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Catalogue du musée de 8406 16, Eglise Saint-Paul, à droite de la porte de la chapelle des fonts baptismaux, partie antérieure d'un petit sarcophage à sept arca des, de mauvais style : le Christ au milieu de six apôtres. Le reste est engagé dans le mur. Sur une des faces latérales, Adam et Eve.
XXXVI. ÉPIGRAPHIE — Les inscriptions chrétiennes conservées au musée de Narbonne sont beaucoup moins nombreuses que les inscriptions païennes, moins instructives aussi pour la connaissance du passé. Nous en dresserons néanmoins ici le catalogue.
On distingue encore les trous qui servaient à recevoir les barres de fer ou de bronze destinées à lier l'entablement avec la frise (Tournal). longtemps devant la porte du palais épiscopal, elle fut, en 1681, par ordre du cardinal de Bonzy, placée dans la cathédrale !. Elle se trouve aujourd'hui au musée de Lamourguier (fig. 8722).
Il est surprenant que A. Lebégue indique cette inscription « à Minerve (Hérault), aux remparts ».
WEIT HONOSIFILIVS OMD ÉPMARATORISDESORORENFVS« > D
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copat, le cinquième jour de cette même année, trois jours avant les ides d'octobre, avec les soins du prêtre Ursus, du diacre Hermès et de leurs acolytes, a commencé à — démolir la muraille de l'ancienne église, qui avait été brûlée. Le trente-septième jour, on posa la première pierre des fondations, La seconde année, le septième jour avant les ides d'octobre, Montanus, sous-diacre, acheva l'abside. Marcellus, préfet des Gaules, dévoué au culte de Dieu, pria l'évêque d'entreprendre — cet ouvrage, lui promettant en retour les secours nécessaires qu'il paya pendant les deux années de son administration, savoir six cents sols de paie aux ouvriers, et pour les travaux et le reste quinze cents - sols. En outre, voici les offrandes : Venerius, évêque (de Marseille) cent sols ; l'évêque Dynamius, cinquante ; Oresus, deux cents ; Agrecius.. et de la collecte... Salut.
Burmann, Homyeu, Scaliger, Gruter, lisent au-dessous au coin à gauche : ORATE PRO MERVSTICO VESTRO.
« Par la miséricorde de Dieu et du Christ, ce linteau de porte a été placé la quatrième année (depuis l'ouverture des travaux), Valentinien Auguste étant consul pour la sixième fois, le troisième jour avant les calends, la dix-neuvième année de l'épiscopat de Rusticus.
« Rusticus, évêque, fils de l'évêque Bonosus, neveu par sa mère de l'évêque Arator, compagnon de monastère de l'évêque Venerius, prêtre avec lui de l'Église de Marseille, la quinzième année de son épiscopat, dix-neuf ans après son sacre, a fait construire cette église.
NECESSAR -REPROMITTENS-QVAE PER
EPIVENERI SOL C..... EPI -DYNAMIILES
AD OPER-ET CETER SO0L-ID — ACROECIET DECONIA..... HINCOBLAT- SCI SALVTI...
ouvriers, et pour les travaux et le reste quinze cents - sols. En outre, voici les offrandes : Venerius, évêque (de Marseille) cent sols ; l'évêque Dynamius, cinquante ; Oresus, deux cents ; Agrecius.. et de la collecte... Salut. » D'abord la date. Les mots anno IIHI, de la première ligne seraient, d'après Baluze, la quatrième année après le sixième consulat de Valentinien III. tandis que P. Quesnel fait remarquer que l'inscription mentionne chaque phase de la construction. Après quarante-sept jours de travaux préparatoires, on a procédé à la pose de la première pierre ; au cours de la seconde année, l'abside était achevée. Il conclut de là que l'époque de la pose du limen est visée par les mots anno IIII.
Le sixième consulat de Valentinien III tombe en l'année 445, et puis que Rusticus comptait alors sa dix-neuvième année d'épiscopat, c'est qu'il était évêque depuis l'année 427. Nous savons même le jour de son sacre puis que l'inscription nous apprend que les travaux commencèrent le 13 octobre, cinquième jour de la quinzième année ; c'est donc qu'il avait reçu le gouvernement du diocèse de Narbonne le dimanche 9 octobre, et on sait que la consécration épiscopale était réservée au dimanche ou aux jours de fête solennelle.
Ce fut aussi le 9 octobre que l'abside fut terminée après deux ans de travail ; la coïncidence des dates aura pu être voulue. Les travaux ont duré du 13 octobre 442 au 30 décembre 445.
LJ
849 tures !, sur les monnaies , chez les écrivains ? et chez Alcuin qui compose ces vers pour une église :
Sed miseranle Deco Radon, miserabilis abba Construxil melius ac renopavil eam.
Le mot limen peut avoir différents sens ; il désigne quelquefois l'entrée d'un édifice ou l'édifice lui-même, et encore le seuil ou le linteau d'une porte. Il n'était pas rare qu'on baisât le seuil d'un lieu saint ou le linteau auquel était suspendu un voile : Aurea nunc niveis ornantur limina velis. « Haut de 0 m. 70, notre marbre ne peut, comme l'a pensé Tillemont, avoir servi de seuil inférieur. Si l'on en juge par sa corniche interrompue, par l'ornement circulaire de la droite, nous ne posséderions guère que la moitié de ce monument, dont ce qui nous reste mesure 3 m. 49. Une pièce d'une telle longueur peut-elle avoir surmonté une porte, si haute qu'on le veuille admettre ? L'élévation que suppose et réclame une pareille dimension me porterait plutôt à croire que ce marbre figurait dans l'ornementation de l'entrée désignée tout entière par le mot limen. Ce fait résulte encore pour moi de l'inscription même, qui me semble constater l'achèvement d'un édifice évidemment loin de sa fin, si l'on n'était encore parvenu qu'au couronnement de la porte principale. » Cette dernière raison n'est pas convaincante car l'épaisseur du limen est telle qu'on pouvait, sans aucune chance de brisure, y graver l'inscription après sa mise en place.
Les sigles de la première ligne : C.L.K.T.E. ont été interprétés par les auteurs du Nouveau traité de diplomatique comme l'abréviation de collocatum est, interprétation qui a été acceptée par tous.
Nous parlons suffisamment dans ce travail de l'évêque Rusticus, plusieurs autres personnages, mentionnés dans l'inscription, sont également connus, ce sont : Venerius, évêque de Marseille ; le diacre Hermès qui occupa successivement les sièges épiscopaux de Béziers et de Narbonne ; l'évêque Dynamius, Agræcius, le préfet du prétoire Marcel, qui parait avoir soutenu saint Hilaire dans sa poursuite contre l'évêque Chélidoine. L'inscription de Narbonne est l'un des textes les plus anciens où le mot nepus figure dans le sens de « neveu légitime ». La mention du jour de la consécration épiscopale est d'une rareté insigne sur les marbres.
À la ligne 6, nous lisons un C' suivi de plusieurs noms propres, il semble que l'interprétation curantibus proposée par Ed. Le Blant soit la meilleure ; elle se rencontre fréquemment dans les légendes des épigraphiques relatives aux constructions. La démolition préalable ici mentionnée imposait l'obligation de montrer du respect aux matériaux qui avaient appartenu à une église.
PUTET HE HTIANN -XXV hn EPST : YS RNSTICN AI NE LONGITVDINIS ETAL « Un autre souscripteur pour Saint-Félix, le sénateur Lympidius, est connu par le grand poème sur la Narbonnaise que Sidoine Apollinaire envoya de
Voici la lecture et le commentaire de ce texte par M. le commandant Espérandieu :
[Dfe)o et (Chrisl)o miserante ? |, ann(o) XXVIII ep(ti)s(copa t —ius(sui ?). Ruslicu|s, ep{iscopu )s.....] Martis [....]. Ne longitudinis et al[titudinis.......] ; sacros (an c(t )a ecclíesia), sol(idi) LVI ; Projectus pr(es)b(yler), II ; Venantius, diae(onus), I ; Avilian [us...] ; Senat[or...] ; Innocentius, sub [diac(onus) es] : bir inl(uster) Salutius [,...] ; v(ir) c(larissimus) Lympidius [..... ;...] nnius, I ; [....] nus, M ; .+ Glismo(n)da comitissa [......] in eefc)lfesia) [.......] s(an)e(tu)s ep(iscopu Js.....
« L'évêque, dont il est ici question, est connu, à Narbonne, par quatre textes, desquels le plus important, daté de l'année 445, concerne la construction de l'église qui a précédé la cathédrale actuelle de Saint-Just (voir n. 1). Rusticus, plus tard canonisé, était alors dans la dix-neuvième année de son épiscopat ; le nouveau texte est, par conséquent, de l'année 455 et, sans doute, du mois de mars. Il se rapporte encore à la construction d'une église dont il est facile de trouver le nom par la provenance des fragments. Effectivement, on les a découverts sur l'emplacement d'un bastion, dit de Saint-Félix, du nom d'une chapelle qui existait au même endroit et qu'il fallut démolir au XVIIe, pour améliorer l'enceinte de la ville. Mais cette chapelle, située hors des murs, devait elle-même son nom et avait succédé à une église chrétienne qui est mentionnée par Grégoire de Tours.
« C'est donc bien certainement de cette église de saint-Félix que faisait partie le linteau de porte dont on a retrouvé les débris. L'authenticité de l'inscription qu'il fournit est tout à fait sûre, et je ne croirais pas utile de le dire si celle du texte concernant l'église de Saint-Just n'y était intéressée. A la vérité, l'authenticité de ce dernier texte, gravé de même sur un linteau, est acceptée sans réserve non seulement par les éditeurs du Corpus, mais aussi par presque tous les auteurs qui s'en sont occupés. On ne l'a mise en doute que depuis une trentaine d'années, en se fondant sur la rédaction insolite du texte et supposant qu'il pouvait avoir été fabriqué pour affranchir l'église de Saint-Just du droit de régale. Comme il existe une évidente analogie entre les inscriptions des deux linteaux, l'authenticité de l'un suffirait à assurer celle de l'autre ; mais il y a plus. Les deux documents parlent pareillement d'oblationes pour l'exécution des travaux et donnent les noms des souscripteurs, ainsi que le montant de chaque don volontaire. Or, un personnage appelé Salulius a souscrit à la fois pour Saint-Just et pour Saint-Félix, ce qui, du reste, n'a rien de surprenant, puis que ces églises ne paraissent bâties qu'à dix ans d'intervalle.
caractères romains : + ORATE PRO ME RVSTICO VESTRO + et au derrière il y a quelque écriture qu'on ne saurait lire, parce que les caractères romains sont fort effacés. On y voit pourtant ces mots bien écrits :
Il s'agit ici de la chapelle Saint-Loup, dans laquelle les archevêques de Bonzy et de La Berchére pratiquèrent des fouilles en 1677 et en 1707, qui ne donnèrent aucun résultat. Le cardinal de Bonzy fait précéder la première inscription d'une croix. O. Hirschfeld la fait suivre également d'une croix, Le Blant et Lebégue les omettent. La chapelle de Saint-Loup servait de tombeau à saint Rustique ; d'après la note éditée et tirée des papiers de Baluze, elle était « fort ancienne, bâtie de pierre de taille, et dont les murs sont d'une épaisseur considérable et soutiennent une voûte en berceau ».
Le procès-verbal de la visite de la chapelle en 1404, par le vicaire général, contient les mots suivants : ALTAR HOC MV.....
— Bibl. — Bibl. nat., fonds Baluze, arm. III, paq. 3, n. 4, fol.
— Mémoire des pierres sur lesquelles il y a des inscriptions. RARE TETE ARCA ir Am hé, EEUU EM AS Mn e — de Narbonne Corseri, porte au sujet de saint Rustique : — Ibidem etiam quamplures veniebant infirmi ad tumulum beati Lupi qui est cum corpore sancto in medio dicte capelle et ante introitum portæ in terra asseveratur esse sepulta corpora sanctorum Kustici et Eleutheri, et desuper febricitan les consueverant curari quando ibi quiescunt. Le cardinal de Bonzy donne un texte plus complet de la seconde inscription : « Au derrière dudit autel, qui se trouve fort usé par les eaux qui inondent quelquefois cette chapelle, on n'a pu découvrir que AM HERN. i.
» Pour Hermès, voir ci-dessus, 72, lettre du cardinal de Bonzy ; fol. 78 :
Au musée de Lamourguier ; haut. 0 m. 097, long. 0 m. 75 (fig. 8723) : Ü X anNO XVII S EPISCYPT y RVSTICI Y Y
V ANNI DIE CCLXVI KL L IVL
. Cette légende donne le jour et l'année de l'épiscopat : 9 octobre 427 ; en comptant 16 ans et 266 jours à partir de cette date, on arrive exactement au 1er juillet 444, date de l'inscription.
Lebégue, iit AT dans H ist. génér. de Languedoc, t. XV, Dp. 372, n. 1271. 5. Mae M Canon d'Olonzac, Hérault) ; cette inscription appartient à Narbonne comme nous l'avons montré (voir Diclionn., t. xi, au mot MINERVE, col. 1212, avec la bibliographie), nous transcrivons seulement le texte :
+ RVSTICVS ANN XXX EPTVS SVI FF
« Rusticus a fait faire cet autel la trentième année de son épiscopat. » 6, Narbonne, autrefois à Hégimont, commune de Montady, rapportée à Béziers et conservée dans le cloître de la cathédrale (voir Dicfionn., t. xt, col. 2514). Montady dépendait autrefois de l’église Saint-Paul de Narbonne, c'est pour quoi nous donnons le texte :
+ OTHIA PRB-ANNO XXX +
FRBTS-SVI BASELICAM EX VOTO
“ Othia, prêtre, la trente-troisième année de sa consécration, a construit, d'après son vœu, une basilique en l'honneur des saints martyrs Vincent, Agnès et Eulalie, et l’a dédiée, étant consuls : Valentinien pour la sixième ( ?) fois et Anthemius. » | la voie ferrée de Séte à Bordeaux, tablette de marbre de 0 m. 59 de long, d'épaisseur, hauteur des lettres 0 m. 04 environ. musée de Lamourguier :
AN PL MN XL
OBIET SVR D SI I
sur 0 m. 31 de large et 0 m. 07 Au Cette inscription, « seule datée de façon précise par les noms des consuls en exercice, n'est peut-être pas aussi facilement interprétable qu'on serait tenté de le supposer. Les consuls sont ceux de l'année 486. On croit généralement que le nom Decius, de celui d'Occident, ne fut pas publié en Orient et que celui de l'autre resta, jusqu'en octobre, ignoré en Occident.
Or le texte est daté du troisième jour des calendes de février et deux hypothèses sont alors possibles : ou le quantième se rapporte à l'année 486 et, dans ce cas, la croyance en question ne serait pas fondée, ou il s'applique à l'année 487, ce qui constituerait une anomalie, puisqu'on devrait avoir un postconsulat. D'autre part, il est surprenant de trouver à Narbonne, à cette époque, une date exprimée par les noms des consuls en exercice, alors que, dès 484, la supputation par les années du règne d'Alaric parait avoir été d'usage en territoire wisigoth » (Em. Espérandieu).
Les deux tablettes recouvraient des sarcophages contigus. Elles ont été trouvées à proximité de l'église Saint-Félix, détruite au Moyen Âge.
Moulinasses (Le Blant), ad stationem vis ferralæ (Hirschfeld) ; au musée de Lamourguier. Bloc de marbre brisé, haut. 0 m. 45, larg. 0 m. 70 (fig. 8724) :
His tumulis quiescit in pac(e) bon(a)e m(emoriz) Maximus qui vixit a(nnos) XXV, mens(es) VII, dies X, el obiil die kalfendas) iunias, pos(i)t(um) cons(ulibus) Anastas(io) et Venanti(o).
»Dans ce tombeau repose en paix, d'heureuse | | | mémoire, Maximus, qui vécut vingt-cinq ans, sept mois, dix jours, et mourut la veille des calen des de juin. Enseveli pendant le consulat d'Anastase et de Venantius », qui furent consuls en 507.
Ed. Le Blant s'étonnait de lire la formule his tumulis (voir ci-dessus, n. 8) ; il avait fait remarquer déjà qu'à en juger par les monuments alors connus, les épitaphes appartenant au règne d'Amalaric (507-531), se dataient par les noms des consuls. Le marbre de Maximus étant du 1% juin 508, on en a conclu qu'il en avait été de méme pendant l'usurpation de Gésalic, qui s'empara de Narbonne dès l'an 507 et ne mourut qu'en 511. Avant de se prononcer sur ce point, qui peut avoir son importance, il conviendrait de savoir à quelle date précise Gésalic a perdu Narbonne qui, d'après l'opinion de dom Vaissete, lui aurait été enlevé par Gondebaud dès le milieu de l'an 508.
Bibi. — Alf. Ramé, dans Revue des sociélés savantes, VIe sér., t. i, 1875, p. 596 ; A. Lebégue, Inscr. chrét, Narbonne, t. xv, p. 373, n. 1274 ; Hirschfeld, dans Corp. inser. lat, t. xu, n. 5339 ; Le Blant, Nouveau recueil, 1892, p. 361, n. 312, « Ici repose en paix, d'heureuse mémoire, D'ometius, qui vécut environ trente-sept ans, et mourut aux calen des de juillet, Ve indiction, Mavortius, personnage clarissime étant consul. — Sépulture de Dometius, du bourg de... » La date est 527.
Le Blant rappelle le canon du concile de Narbonne, en 589, prescrivant la sanctification du dimanche aux Goths, aux Romains, aux Svriens, aux Grecs et aux Juifs ; on appliquait le nom de Syriens aux Orient aux en général et Dometius devait venir d'Orient.
Fl(avius) Cassius Agræciæ bene merenli conjugi in signo (Chrisli) pausanti, quie vixit ann(os) XVII míenses) 1111, d(ies) v, posuit in pace.
A (feuille de trèfle) C) On lit le nom d'Agrœcius parmi ceux des sous857 cripteurs qui concoururent à l'édification de la basili que élevée par Rusticus (voir n. 1). Sidoine Apolli- | naire parle (Epist., nom. Dans ce texte, la gravure est exécutée avec soin v, vs. 10) d'un rhéteur du méme
EOSIMENE \ JNSINOXCDVSAND « XAFUIX DANN MDN -
et ne semble pas devoir étre postérieure à la fin du IVe ou au début du v*. A. de Villefosse parait exagérer fort en le faisant « contemporain du triomphe 858 Vers 1539, un épigraphiste narbonnais, Hainouard, avait copié l'inscription lors que les quatorze vers restants d'une plus longue épitaphe étaient encore complets (fig. 8727). Une copie de son manuscrit, ayant opparin à Burmann, est aujour d'hui au musée de Leyde, ce qui a permis à Lebégue de compléter le texte. Bien que fautive et intervertissant l'ordre dans lequel se présentent les vers, la transcription de Hainouard restitue une partie de l'épitaphe :
ANGELICAE LEGIS Docta dicala deo HIC IACET HOC SVPERIS placitum est-huc ibimus et nos SIT MODO SANCTAJjfi des sil pia credulitas FESTA DECVS NOSTRVM cerle veniemus in Unum SI MIHI VITA PROBA si libi cura mei est AT TV SANCTARVM Moderator summe animarum FAC RATA QVAE CVpimus fac cita que volumus
= 2 S MC REA
E-ERROSAVIATVERNTTERSPICALETPA M PINVSEXO VO
zn ADITAGREC ORUOFESTATA CESTVAAM LO
E UXOTASINVIEHEONAMIRVARUER VN T
CAEATSOLA JAN OR NAMCEIERAA AS ABBED]
de l'Église ». On remarquera que le monogramme du | Christ fait ici partie du texte. L'expression pausare indi que déjà une langue latine un peu altérée. Il se peut que l'inscription compte parmi les plus anciennes inscriptions chrétiennes de Narbonne, dans |
SIMIHIVITAP REA TAC RATAQNAEC |
Voici la restitution et la traduction de ces distiques : Vixdum transcursis, Elysium ingrederis.
Ter rosa vix fuerat, ler spicæ el pampinus, ex quo radila Gregorio, Festa, ja ces (umulo.
859 LI Lj] LI E + » + - LJ Li E Li 10 Angelicæ legis docla, dicata Deo, Hic ja cet ! Hoc superis placitum est ! Huc ibimus el nos Sil modo saneta fi des, sit pia credulitas. Fesla, decus nosirum, cerle veniemus in unum 5i mihi vita proba, si tibi cura mel est 5 Af [u, sanctarum moderator summe animarum, Fac rata quae cupimus, fac cila qua volumus On en était là, lors que, en 1892, F.-P. Thiers, au cours d'un travail sur l'établissement du christianisme à Narbonne, entreprit l'examen d'une tablette sculptée ayant appartenu jadis au couvercle d'un sarcophage chrétien du rv siècle. Tournal, qui la mentionne sous le n. 523 de son Catalogue, dit avoir lu sur la tranche les sig les DM et, en arrière, sur l'amorce méme du couvercle, une ligne d'inscription dont les lettres sont réduites à leur moitié supérieure. En effet, une ligne de caractéres, séparée en deux parties éga les, reparut, coincidant avec les deux parties gravées sur la pla que qui débute par vixdum... et par angelicm... Le raccord des marbres s'opéra exactement, ainsi qu'on peut le voir par la fig. 8727. Il faut observer que la lecture sur le marbre offre bien moins de difficultés que sur l'épreuve photographi que. Les caractères cursifs, chevauchant à tort et à travers, peuvent étre interprétés différemment, mais la métri que, généralement correcte, a permis quelques corrections et surtout nous avons maintenant les vers 1 et 9 :
Ter quinis supra que tribus, lacrimabilis annis Concors illa viro, sanctos venerala parentes
Quant à l'attribution de ce poème à saint Paulin de Nole, c'est une conjecture qui parait négligeable. La disposition de l'épitaphe nous montre qu'on ne pouvait la lire qu'en passant derriére la tombe.
« À peine avais-tu traversé [trois années de bonheur ?] que tu entres dans les Champs-Élysées. A peine la rose, les épis, les pampres ont-ils paru pour la troisiéme fois depuis que tu avais été confiée à Grégorius, et te voilà, Festa, dans la tombe. Hélas ! Combien toutes les espéran ces de l'année ont été courtes !
Combien ta vie fut rapide, combien rapide le temps de ton mariage ! Les années seu les firent défaut à Festa, car tous les autres avantages lui furent prodigués : tendresse, piété, beauté, pudeur. » « Festa, instruite dans la loi des anges, consacrée à Dieu, repose à cette place. Ainsi l'ont décidé les ordres d'En-Haut. Nous irons là, nous aussi : conservons seulement la sainteté de notre foi, la piété de notre croyance. Festa, mon orgueil, il est sür que nous nous réunirons un jour, si ma vie est probe et si tu songes à moi. Mais toi, directeur suprême des saintes âmes, exauce nos désirs, hâte l'aecomplissement de nos VŒUX. » Lebégue place cette épitaphe au 1v* siècle, Le Blant au commencement du vt. L'auteur de ce petit poème a des façons de dire qui se rattachent à la littérature paienne.
Ce poème était évidemment plus étendu et la pierre a été entaillée pour quel que usage prati que ; elle mesure encore 0 m. 46 en hauteur sur 1 m. 50 en largeur ; un trou rectangulaire fut pratiqué dans la seconde inscription où le mot ia cet a été suppléé par la copie de Rainouard.
WERAME MORIAE
{Hice requ(i)jesc(it) in pac(e) bonfæ) memori Adelfius, subd(iaconus) ? 111 id(u)s januarii.
IN HOC TVMOLO CONDITA REQVIISCIT IN PACE VENERANDE RECORDATIONIS DEO SACRATA MARIA HABBAT STVDENS IN DIEBVS VITAE SVAE SCIS OPERIB-IN MANDATIS 5. DI PERSISTENS IN ELEMOSINIS OMNINO PRVMTA MEMORIIS ET ORATIONIBVS SCRM VALDE DEVOTAS RECOLAS MONAS TIRIL INSTANTISSIME OBSERVANS VIXIT IN VIRGINITATE........ 10. OBIIT SVB DIE K.. IVNI. <.. t Ensevelie dans ce tombeau, repose en paix, d'heureuse mémoire, l'abbesse Marie consacrée à Dicu, s'appliquant pendant sa vie aux œuvres saintes, s'attachant aux commandements de Dieu, prompte à l'aumóne, à l'intercession et à la prière des saints, pratiquant très étroitement les saintes règ les du monastère. Elle vécut vierge... mourut le jour des calen des de juin... » L'âge de la formule initiale et le contexte de l'inscripLion peuvent en révéler l'épo que. Elle appartient incontestablement à la fin du ve ou au début du vr ? siècle : on lit des éloges analogues dans les épitaphes de ce temps. C'est à peu prés en ces termes que Grégoire Enid ^g pis rptu cs
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861 12 lement associée, et qui le poussa toujours avec constance à accomplir le vœu pour lequel ils furent unis. Ce qu'il voulut, ils le voulurent tous les deux. Mais l'âme de l'un des deux époux fit défaut à l’œuvre comm une, et ils se sont (par cette bonne œuvre) assuré une demeure dans le séjour du Christ éternel. » Le Blant propose de retrouver Theulswar sous le nom de Diusvirus ( ?) La présence de la croix inscrite au début de la premiére ligne et la forme des lettres indiquent la première moitié du Ve.
F RYMTAMEMONIETEK J
lor M nr ST
IRI [ INSTANTI IM MEOS
D'après Ed. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. chapelle du chàteau de Gléon (comm. de Villesè que, cant. de Durban, Aude). Bandeau de marbre, étroit et long, brisé par le milieu, Appartient au musée de Narbonne (Le Blant) ; estampage au musée de Narbonne (Lebégue), conservée au village des Corbières (Berthomieu dit : à Hirschfeld) ? (fig. 8730) :
MENS ET IN ETERNO LOCAVERVNT ATRIA XPO
Quod voluit voluere, sed [d ]efuil una duorum “Sous le poids de crimes nombreux, enfant du péché, Diusvirus a fondé ce temple pour le Seigneur, avec sa femme Wiliesinda, qui lui fut toujours fidéLe dessin de Jérôme Lafont, rapproché de l'estam-, quelques variantes prés : Obiit in die... decembres, page pris par Berthomieu et publiés tous les deux | indictione... II, anno V regni domini nostri Athanagildt par Ed. Le Blant, permettent de rétablir le texte | regis.
(fig. 8731-8732) de facon pres que certaine grâce aux Tous les transcripteurs de l'inscription ont lu conjectures de F.-P. Thiers. indict. III, ann. V, soit la cinquième année du Voici ce qui ne saurait étre contesté : règne d'Athanagilde et la quatrième année de l'INCERINA diction romaine. Or, Ed. Le Blant fait remarquer que ERATA LIMINA PO « la IVe indiction correspond à la fin de 555. AthanaIVT MEREAR POSIVA REGNA TV gilde se révolta contre Agila en 552 et fut proclamé TE roi en 554 ; méme en comptant les années de son DECEMB INDICT Ill ! ANN V | règne à dater de sa rébellion, la Ve ne pourrait donc DI NI ATHANAGILDI REGIS | répondre à l'indiction énoncée r. Vérification faite, Le graveur a multiplié les monogrammes et les | il peut y avoir eu indict. I2II, mais on ne lit que..11 ligatures, ce qui a égaré quelques interprètes. Le Blant | où on pourrait voir XII et plus probablement VIII. a lu Cerina, Lebègue a imaginé cer-in-a, alors que le | C'est à cette lecture que s'arrête F.-P, Thiers : manuscrit de G. Lafont donne clirina, le premier i ! indici. VIII, ann. V et les deux dates concordent formant monogramme avec /, sur la traverse duquel | pour reporter l'inscription au mois de novembre ou il est posé, et F.-P. Thiers croit qu'il fallait lire celerina, | de décembre de l'an 559. A cette épo que, le roi
ÁECCNSLSAXVMNVS CONIVGETEMNIADVSVIR VJ | VÆRENTEFIDELE €
| à EN STANTERAD EGIT OVODVOLINITVOLNE mae sc] / VIT V HEEE ERTE NEU AOE Te RVM diminutif féminin de celer ; nous aurions ainsi le nom | Athanagilde était dans la cinquiéme année de son de la défunte. | règne et, depuis le mois de septembre, on se trouvait En tête de la deuxième ligne on lit erala et un | dans la huitiéme année de l'indiction. De sorte que monogramme : dans l'évasement de l'r se trouve une | l'on peut dire que, si ce texte fruste ne confirme pas traverse d'a brisée avec un appendice filiforme ; la | d'une maniére absolument certaine la ehronologie des leçon erata s'impose donc. Le complément ven contre- | auteurs de l'Histoire générale de Languedoc, il ne la dit les lectures anciennes qui donnent nreseria qu'il | contredit pas non plus.
AC E RINA |
TEXTE CORRIGÉ :
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| RTAIM NAPON EA POS] VAREGNATVY SIN IRAM v à faut lire nreserata, ce qui s'applique à limina qu'on | pl. xix, n. 1 ; Ed. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de complète naturellement... limina portæ. la Gaule, antérieures au VIII* siècle, in-49, t. rr, Paris, La fin de l'inscription est en prose et doit se lire, à | 17-18, Environs de Narbonne, inscription trouvée 865 _ dans la chapelle du château de Gléon-Baudeau, de ET PE RERO pec mi marbre étroit et long dont une moitié a disparu (fig. 8733), long. 0 m. 64, larg. 0 m. 35 :
+ PANDITVR HIC ADI. >.>... ET DOMVS ETHERI. : -.... IN QVAIVGIS SVPERIL >...
. ERAGI OSSA IACET O....
. « C XPS POPVLIS CVNCTIS. -. - « C VIA SIDEREA GRADITVR. - Panditur hic adi [tus ].......
Et domus ( AJetheri [æ ] ?.......
In qua jugis superi l [au des ] ?....... Eragi ossa ja cet o....... 5 [Ha]c Chr(istu)s populis cunctis....... [Ha le via siderea graditur.......
On ne peut remplacer avec certitude les mots qui manquent, mais le sens en est clair. I] s'agit d'un a] tombeau placé à l'entrée d'un sanctuaire. Etait-ce le tombeau du fondateur ?
Le texte est d'une époque assez basse, si l'on en — juge par la présence de la croix gravée en tête de la | première ligne ; de tous les symboles chrétiens, la croix est celui qui fut employé le dernier. Un fait digne de remarque et qu'on peut dire presque unique, car parmi les marbres opisthographes chrétiens on ne rencontre que des épitaphes gravées au revers d'autres épitaphes, ici l'inscription monumentale brisée a été retournée et, sans qu'on ait pris soin d'équarrir et de dresser le marbre, on a gravé au revers ; cette face est légèrement concave (fig. 8734) :
KAL MAIAS INDICtione DECEMB NDCT IAN : V DN ATRANAGILDI-R EGS**
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NARBONNE S566
avant les calendes de mai, la dixième indiction, la sixième année. » Le texte est mal gravé, la syllabe mo du mot memorisz est en surcharge, les lettres ETIA ont été interprétées par Lebégue et i (nnocens ) ; c'est une conjecture peu soutenable (voir Dictionn., t. vi, au mot INNOCENT) ; Le Blant a imaginé le nom propre Tianasta ou Etianasta ; il a été mal inspiré ; on peut seulement hésiter à lire Anaslasius ou Anastasia. Le lapicide en gravant indice voulait mettre in pace ; il s'est corrigé. La mention finale : anno serlo désigne un règne ; or, parmi le nombre des princes wisigothiques qui régnèrent sur la contrée, il ne s'en trouve que deux qui aient régné au moins six ans, ce sont Euric, monté sur le trône en 466, et qui, le 29 avril 472, quand s'écoulait la dixième indiction, pouvait être parvenu à l'année sixième de son règne ! ; Récarède, qui le 29 avril 592, X indiction, datait peut-être aussi de son gouvernement . Mais nous ignorons le jour de l'avènement de ces deux princes ; en ce qui touche Euric, nous n'avons pas de données précises et, pour Hécaréde, nous savons par le III concile de Tolède, qu'au 8 mai 592 ( X indiction) il était parvenu à la septième année de son règne ?*, mais rien n'établit que neuf jours auparavant, le 29 avril, date de notre légende, il fut déjà dans la même période. L'indécision persiste donc entre Euric et Hécaréde, c'est-à-dire Lebégue se prononce. avec doute, pour RHécaréde ; Le Blant semble plutôt incliner pour Euric. La présence du monogramme cruciforme, qui figure pour la dernière fois sur les marbres datés en 540, porterait à se prononcer pour la date la plus ancienne. Le fait de l'emploi d'une inscription dédicatoire d'église pour une destination privée était, dans les idées du temps, une sorte de profanation. On lit dans le Pénitentiel de Théodore : débris, c'est ce qui montre le grand intérêt d'une légende épigraphique pour illustrer un texte historique.
Il est, en effet, dit Ed. Le Blant, dans l'histoire de la Wisigothie, un temps où le sol fut jonché de débris de sanctuaires. Sous le règne d'Euric, prince arien,
XII — 28.
367 qui semblait plutôt, suivant le mot de Sidoine Apollinaire, chef de sa secte que roi de sa nation, l'Église catholique fut dans le deuil. Des évêques étaient violemment arrachés de leurs sièges. Sidoine écrivait à Basile ! : « Bordeaux, Périgueux, Hodez, Limoges, Gabale, Eauze, Bazas, Comminges, Auch et d'autres villes en plus grand nombre, dont les évêques sont morts, n'en ont point reçu de nouveaux. Les vides du clergé inférieur ne peuvent être remplis en leur absence, et le désastre spirituel s'étend au loin. Dans les diocèses et les paroisses, tout périt. Les toits des églises s'effondrent, les portes sont arrachées de leurs gonds, l'entrée des basiliques est obstruée de ronces et d'épines. O malheur, les troupes couchent dans les porches entr'ouverts et broutent l'herbe qui croît autour des autels. Ce ne sont pas seulement les églises des campagnes qu'affligent l'abandon et le délaissement, les réunions des fidèles deviennent rares dans les sanctuaires des villes. » Devant notre marbre brisé presque aussitôt que mis en place, ramassé comme un vil débris pour recevoir une vulgaire épitaphe, je ne puis me défendre, poursuit Ed. Le Blant, de songer au tableau que trace Sidoine de la dévastation des églises catholiques, et de penser que ce fragment a pu être tiré des ruines que l'intolérance des ariens accumula, au v siècle, dans le sud-ouest de la Gaule. qu'au début du règne de Récarède, en 587, Narbonne | vit un soulèvement des ariens contre le roi nouvellement converti et qu'un grand nombre de catholiques furent massacrés alors. On pourrait donc penser que la destruction de notre dédicace date de cette époque. Mais dans le texte de Paul de Mérida ?, qui raconte le fait avec le plus de détails, rien n'indique que les sanctuaires n'ont souffert, dans cette sédition, de dommages semblables à ceux dont parle Sidoine Apollinaire. marbre ; d’après Lebègue, il faut lire Martina ; d’après.
868 inscriptionum latinarum, t. xit, n. 5347 ; Ed. Le Blant Nouveau recueil des inscr. chrél. de la Gaule, p. 353-355, n. 308-309 ; F.-P. Thiers, Une excursion dans la haute EEEN dans Bull, de la Comm. archéol. de Narbonne, 1891, p. 306-318. a8. Narbonne, trouvée prés de la station du chemin de fer ; fragment, haut. 0 m. 12, larg. 0 m. 12 (Lebègue), 0 m. 15 sur 0 m. 15 (Le Blant) au musée de Lamourguier :
INDIC V
REGN D
….indic{tione) V ? [anno]... regn(um) d(omini) [nostri] dí(omini) Thiud [ere ]. La syllabe finale peut être le début des noms de Théodoric, Theudis et Theudiscle ; lindiction peut — être la Ve, VIe, VIIE, VIII ou IX. La présence de ce mode de supputation permet d'écarter le nom de Théodoric II, qui régna de 453 à 466. Comme le règne de Theudiscle s'écoula entre la XIe et la XVIE indiclion, il faut écarter son nom, reste Theudis, roi de 531 à 548, sous lequel les indictions Ve à IX* correspondent aux années 541 à 546.
A Deo onor. r(u)s, rege) Thodfere).
« Tout honneur vient de Dieu. Ainsi soit-il. mundus prétre, sous le régne de Theudis. » Les quatre premières lignes ont été lues par Puiggari, la dernière par Saulcy. On lit sur le petit côté, en caractères qui paraissent plus modernes : ARIV. Une croix pattée est gravée dans la partie supérieure.
INDICT HH ANNV IANAGLDI REGIS CET in.....
.ePleseria ?? limina por(ta )..i uf merear possiva ?? regna lus.
[Obiit die... decemb(res) ], indict(ione) III, ann(o) V [regnum gloriosissimi d(omin)i n(ostr)i Ath]anagí i Mdi regis.
« au seuil du ciel, la porte étant ouverte, pour que je mérite de posséder une place dans ton royaume. Il mourut le jour.. de décembre, IVe indiction, pendant la cinquième année du trés glorieux règne de notre seigneur le roi Athanagilde. » La IV* indiction correspond à la fin de l'année 55 Athanagilde se révolta contre Agila en 552 et fut proclamé roi en 554 ; même en comptant les années de son règne à dater de sa rébellion, la cinquième ne pourrait donc répondre à l'indiction énoncée (Le Blant).
H ICREUYIE SC 5 CEBGN M MO RIO SR, he bay LITPNVS M NVS À iic requiescit in PACE BONE MM PET ALONIVSES QVI BI xil annisplsmins LXX OBVil IULIAS IND PRIMA anno...r...doMN LIVBANI RISS TON Pet... qui pni [xit] pliu)s minfu)s LXX ;
Narbonne, t. miem orie ) obu [il kal.
371 iullias, ind(ictione) prima, [anno...r(egnum) do] mini) n(osiri) Liuban(i) reg(ij)s... ton « Ici repose en paix, de vertueuse mémoire..., qui vécut environ soixante-dix ans et mourut le... avant les calendes de juillet, Ire indiction, la... année du règne de notre seigneur le roi Liuba... » Le mois de juillet, Ir indiction, correspond à l'an568, deuxième du règne de Liuba Ir.
25. Environs de Narbonne, dans l'église de Trouillas, diocèse de Narbonne, 1769 (Séguier) ; Truilhas, au | château de Pouzols, près Ginestas ; haut. 1 m. 40, HIC REQVIESCIT in pa Hic requiescil in pace bone memorios Leodanus qui viril plus menus annos XX XV, obiet sub die kalendas af u )gustas, indictione X V anno XIII regno dom( i )ni nosiri Leovi(gi)ldi regis.
: Ici repose en paix, de bonne mémoire, Leodanus, qui vécut environ trente-cinq ans, mourut le 1er août, X Ve indiction, la quatorzième année du règne de notre seigneur le roi Léovigilde. » Le 1*' août de l'an 582, quatorzième du règne de Léovigilde, correspond à la XVe indiction. Si les données chronologiques de notre inscription sont exactes, le meurtrier d'Herménégilde serait donc monté sur le trône en 568 (Ed. Le Blant).
£NIIIKL A ]Z ; ND IONE
Hm | ll jn vi 872 40 (Lebégue), (Le Blant) ; au musée de romain ; haut. 0 m. 35, larg. 0 m. haut. 0 m. 25, larg. 0 m. 23 Lamourguier (fig. 8738) :
A-III KLA IANVAI S INAITIONE AVOA IMA-ANN-SEPTM R NO AOMNI-NOSTR css ISIMI e AR.
D{ie) 1111 k(a)l(en)d (as) ianuar(ia)s, indi(c)tione | duod(ec)ima, ann(o) sepl(ilmo r(e)gno dom(i)ni nostr [i glorios] is(s)imi [Recc] ar [edi regis ].
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: Le quatrième jour avant les calendes de janvier, « XIIe indiction, septième année du règne de notre très glorieux seigneur le roi Récaréde, » Ed. Le Blant, qui a restitué et commenté cette inscription, fait remarquer qu'en admettant que les années du règne soient comptées à partir du 1er janvier et non du jour de l'avénement, le 29 décembre, XII indiction, peut s'appliquer exactement à la septième année du règne soit d'Éric, soit de Récaréde Narbonne, trouvée près de Saint-Félix (fig. 8739) :
SVB d'XVI STAS „Hic requiescit in pace bonæ memor(iæ) Ann... [qui] vivit plus me [nus] annus LII ;o(biit) sub d(ie) xvr [kalendas ) augus] tas.
« Ici repose en paix, d'heureuse mémoire, Ann..., qui vécut environ cinquante-deux ans, mourut seize jours avant les calendes d'août.
873 (fig. 8740) : qui vixit an(nos) pl(u)s m(inu)s LV obiet... qui vécut environ cinquante-cinq ans. Il mourut... » L'après Ed. Le Blant, Inscriplions chrétiennes, t. II | 8740, — Inscription de Julianus. : | || pl. xxxv, n. 516. | « Ici repose en paix, d'heureuse mémoire, Pelagia, qui vécut environ trente ans, mourut dix jours avant les calendes de janvier, VIe indiction. » | t HIERESVIESCIT) INPAE EB ONENNI E LASIA QVIVIA| Lebégue, op. cil, n. 1295 ; inscr. lat., t. xi, n. 5354.
Hirschfeld, dans Corp. larg. 0 m. 28 (Lebégue), au musée de Lamourguier | Hic re qui [es] cit in pace bonæ memoriæ Julian(u Js | « Ici repose en paix, d'heureuse mémoire, Julianus, | | pl. Lxxxv, n | p. 381, n. 1296.
In C(h)rist(i) nfomin)e, orate hom(ine)s pro anima Trasemiri ; quievit de (h)oc [sæculo] m [o ]r- [tali] ? euius corpus [il ace [i] im hoc tumulo. Vibe ! | cu(m ) C(R)rist(o) in æternu(m). Amen.
« Au nom du Christ, priez pour l'âme de Trasemir ; il se reposa des fatigues de ce monde périssable ( ?) son corps est enseveli dans ce tombeau. Qu'il vive avec le Christ dans l'éternité. Amen. » Narbonne, trouvée dans le parc de
E P TEMBR A
RA TET
Crescent, prés de Narbonne, en 1895, au musée de Lamourguier (fig. 8742) :
III ANNS XX
OBIIT X CVvius COMMEMORAO VENIT V KA !
SEPTEMBRE 5 INDS XV TVQui LEGES ORA PFo eo Ici cette mention de la célébration d'un anniversaire : « il mourut à l'âge de ... ans, le dixième jour des calendes de ... son anniversaire tombe le * des calendes de septembre de la XVe indiction. Toi qui liras, prie pour lui. » diacre de Rhasès » (papiers de Peiresc). Disparue : id : QVIESCIT BO
E :M-SECVNDINA : QVAE VIXIT * PLM ANN-LXX-OBIIT D XIIKL + MAR
Hic quiescit bon(a)e m(emoriw) Secundina que
875 NARBONNE 876 —
pirxil plfíus)m(inus) ann(os) XXX, obiil d(ie) XH kfa)l(endas) mar(tias ).
« Ici repose, d'heureuse mémoire, Secundina, qui vécut environ trente ans et mourut le douzième jour avant les calendes de mars, » Bibl. — Bibl. nat., ms. lat. 8952, fol. 111 ; Hirschfeld, dans Corp. inscr. lal., t. xir, n. 5355 ; Le Blant, Nouveau recueil, p. 362, n. 313 ; Lebégue, Inser. chrét. Narbonne, p. 482, n. 1702.
33, Narbonne, fragment de tombeau orné d'entrelacs mérovingiens portant sur sa face latérale une colombe becquetant des fruits ; sur la tranche étaient gravés ces mots (fig. 8743) :
+ Walli... m... uxori -+ sue Siniofreda + quiunce...
« Sur la partie plate du couvercle était gravée une | inscription métrique disposée en deux colonnes. La | seule ligne qui en subsiste est brisée dans le sens de la longueur et ne conserve plus que les sommets de quelques lettres. Le premier vers semble avoir été terminé par le mot ANN !S avant lequel on lisait peut-être SIAGRI : le second laisse encore deviner une fin d'hexamètre : ..VIRO SANCTOS VENERATA PARENTES. Ce serait donc le reste de l'épitaphe d'une femme. Cette femme était-elle chrétienne ? Je ne puis le dire, et la preuve du contraire résulterait, si un pareil signe pouvait être tenu comme absolu, de la présence des sigles DM qui surmontent l'inscription.
« Une épitaphe qui se trouve à Orange et que j'ai autrefois publiée se lit sur le couvercle d'un sarcophage auquel elle est postérieure, Il n'en est pas ainsi pour notre marbre. Le type de la sculpture et celui de l'écriture s'accordent trop bien pour qu'on ne les | croie pas exécutés en même temps et pour la même personne, chrétienne ou non, mais vivant à une époque où les monuments de la foi nouvelle l'emportent en nombre sur ceux du vieux culte » (Le Blant). o0, Narbonne, fragment trouvé en démolissant le bastion de la poudrière, haut. des lettres 0 m. 08, Au musée de Lamourguier :
XXXVII. Les études de H. Cons et , de G. Jourdanne, s'autorisant de textes précis, ont | prouvé jusqu'à l'évidence que l'Aude était navigable | jusqu'à Narbonne et que cette rivière venait se jeter | dans l'étang de Bages, à l'ouest du domaine actuel de Montfort. A l'endroit où nous plaçons, dit H. Cons, | l'embouchure de la rivière en face de Bages, sur la rive orientale de l'étang, se trouve un enfoncement d'une superficie de 2 hectares environ, qui porte le. | nom très significatif de « port des Galères ».
Donc Narbonne avait un port à l'embouchure de l'Aude ; c'est cet indice qui conduisit le capitaine, Molins vers cette région, contournant l'étang de Bages, ancien lac de Narbonne, de l'Ouest à l'Est pour essayer de découvrir au milieu de ces terres labourées quelques vestiges capables de guider dans la reconnaissance du port. | Tout d'abord, dit-il, ce qui frappe le plus, c'est la quantité considérable de poteries que l'on trouve sur le | sol. Il n'est pas possible de prétendre que c'était là le dépôt des immondices de la ville à raison de la distance | entre ce lieu et l’ancienne Narbonne, On ne peut guère | supposer que les habitants venaient jeter à plus de. 4 kilomètres les ordures ménagères, alors que la ville — était desservie par une grande rivière dont le débit. suffit encore, au plus fort de l'été, à alimenter un, canal de navigation comme « la Robine ». M.
Autour du point signalé et qui n'est peut-être pas | le « port des Galéres », mais tout au moins une partie du port narbonnais, s'étend un bassin artificiel — de 60 mètres de diamètre, de forme presque circulaire, dont la destination demeure incertaine. Dans | les environs existent un certain nombre de restes = antiques. La poterie trouvée dans un quadrilatère qui « s'étend à l'est de la butte de tir sur le bord de | l'étang est innombrable : plats, grandes tuiles, petites | briques, cubes de mosaïque grossière et une multitude M d'écailles d'huitres. La forme des vases varie à l'infini. — Ils sont tantôt à parois verticales, tantôt à parois ` évasées, à rebords droits ou inclinés, le plus généralement unis à l'intérieur et ornés à l'extérieur. Les sujets d'ornementation sont très variés et mériteraient ` une étude particulière. Aucun des types reconnus par « J. Déchelette, d’après les estampages à lui communiqués, ne peut être interprété d'après les symboles chrétiens. Ce qui parait certain, c'est que toute cette = poterie n'est pas de fabrication locale, mais provient d'ateliers rutènes. Le commerce d'exportation des poteries rutènes s'étant exercé surtout par voie de mer, il était naturel de supposer que Narbonne avait été un des principaux entrepôts de ce transit, puis que, suivant le témoignage de Strabon, son port célèbre l'emportait sur tous ceux de la Celtique. Nous en avons maintenant les preuves matérielles !.
| | | qui servaient à l'usage des funérailes, que les fossoyeurs ont brisés. Elles paroissent des premiers chrétiens, » Sur un dessin on voit représenté le disque d'une lampe avec un if et au-dessous un animal bondissant. Cette lampe paraît appartenir au Ve !.
Lampe trouvée à Peisse, près d'Ouveillan : un chrisme (Tournal, Catal., n. 665). — Lampe représentant la grappe de Chanaan (voir ce mot) (Tournal, Catal., n. 666).
- Lampe avec chrisme accolé de A et W (Tournal, Bata, n. 670).
XXXIX. Briques. — Narbonne, trouvée sur la route de Coursan en mars 1783 ; aujourd'hui perdue :
IXOYS MAXVM FpzxXIV Bo. Maxima. XIV. « Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur, Maxima... (âgée de) quatorze ans. » — Ed. Le Blant dit n'avoir « qu'une très médiocre | . confiance dans l'authenticité de l'inscription où seraient figurées ces trois lignes » On ne s'explique pas la | — raison de cette sévérité, — JABibl. — A. Lebégue, Inscr. chrét. Narbonne, t. xv, | | Be —- NARNI 878 XLIII. BIBLIOGRAPHIE. — Nous avons donné au cations entre Home et le nord de l'Italie, principalement la région ravennate. Les anciennes inscriptions chrétiennes de Narni ont conservé le souvenir d'un certain évêque Pancrace, fils d'un autre Pancrace, également évêque, frère d'Hercule qui fut aussi évêque, mort le 5 octobre 444 ; et d'un autre évêque nommé Cassius, mort le 30 juin 555, après plus « le vingt et un ans d'épiscopat. On lit, dans deux lettres du pape Pélage (558-560) le nom de son successeur Jean.
Saint Grégoire, dans ses Dialogues, 1. IV, GSUENI S parle d'un évêque de Narni, appelé Juvénal, martyr, dont on conservait la tombe à Narni ; et on lit dans la notice du pape Vigile au Liber pontificalis que Bélisaire fecit juxta civitatem Hortas (Tuscia) monasterium Sancti Juvenalis. Une Vie de saint Juvénal qui se présente comme l'ouvrage d'un évêque Maxime et qui connaît non seulement la Vita Paul de saint Jérôme et les Passiones de saint Valentin de Terni, de saint Félicien de Forum Flaminii, de saint Térence de Todi et autres écrits légendaires des vit-vrr siècles, nous apprend que Juvénal était africain de naissance” et premier évêque de Narni ; il fut, nous dit-on, inhumé à la porte supérieure de Narni, sur la voie Flaminienne, au 55* mille de Rome, le 7 août, et on célébrait sa fête le 3 mai. On doit remarquer toutefois que l'auteur de la Vita en 319 question, à la différence de saint Grégoire, ne donne pas à Juvénal le titre de martyr, mais celui de confesseur. Dans le martyrologe hiéronymien, le nom de | Juvenalis se lit le 3 mai, dans le seul manuscrit de Berne, rapproché des noms de trois martyrs de la voie Nomentane : Eventius, Alexandre et Théodule, commémorés le même jour.
Un petit monument fut élevé au 1v* siècle en son honneur le long de la voie Flaminienne ; il existe encore, mais il a été englobé dans la cathédrale actuelle (fig. 8744), construite au xr siècle.
Le sarcophage est une cuve de pierre avec un couvercle orné d'acrotères !, Sur la face antérieure 880 das Grab des heil. Juvenalis in Narni, dans Romani Quartalschrift, t. xxv, 1911, p. 62.
Certains érudits désireux de rehausser l'histoire locale ont interprété cette inscription de trois évêques de Narni : Pancrace père, Pancrace fils et Hercule. Le texte ne dit rien qui autorise cette interprétation qu'il est impossible de retenir. Pour Pancrace et pour Hercule, s'ils avaient été évêques de Narni, on. n'eût pas manqué d'écrire après leur nom : bonc ou sanctæ memoria. Quant à Hercule on a toute raison de croire que c'était l’évêque Herculeus qui occupait « le siège d'Otricoli en 487, Vitalianus, n'a occupé le siège de Narni que par | pue m | CF CASSIUS IN MERITO PRESVLDEMYNERE CRISTI eS
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CVNCTA RECEPTURUMTENOSCENSCONGRVAFACTIS à : E RQJIN PACE PRID-KAL | VL PC BASTE YC ANNXVI | 1 de cha que côté duquel on a peut-être voulu représenter un cancel. Pas de trace d'inscription, à moins qu'elle n'ait été peinte. Celle qu'on lit aujourd'hui rappelle seulement l'invention des reliques par l'évêque Paul Bocciarelli, en 1642.
Une ancienne inscription devait se trouver au-dessus de la porte d'entrée où, paraît-il, on la voit encore ;
A l'évêque Juvénal succéda Maxime.
Puis ce fut l'évêque Pancrace, dont l'épitaphe est conservée à Narni, dans la chapelle de saint Cassius ; elle mesure 0 m. 492 de haut sur 0 m. 827 de large :
Cette inscription est datée du consulat d'Albin le Jeune, le 5 octobre, en 444 :c'est ce qu'a fait Mommsen, tandis que Wuescher-Becchi a imaginé la date 493, on ne sait pour quoi.
Syrus et Valentinus, inconnus d'Ughelli, furent transportés par Gams du catalogue de Terni dans celui de Narni.
Proculus, encore un évêque à retrancher, en lui laissant son seul titre de martyr *.
Cassius de Narni fut l'honneur de son Église au temps des guerres gothiques ; il réalisa l'idéal du pasteur des âmes en un temps de calamités qui ont été à peine dépassées. Il dépensait en aumônes tous les biens dont il pouvait disposer et célébrait chaque matin la sainte messe au tombeau de saint Juvénal. Grégoire le Grand rapporte que le porte-glaive (spatharius) de Totila, ayant été saisi du mauvais esprit dans le camp de Narni, en fut délivré par les prières de Cassius et le roi Totila n'hésita pas à se prosterner aux pieds du saint évêque. Celui-ci eut à plusieurs reprises la connaissance de l'avenir et sut, entre autre, qu'il mourrait le jour de la fête des Apôtres. Or, jusque-là, Cassius avait coutume de se rendre à Rome pour célébrer cette fête ; il y renonça afin sans doute de ne pas mourir hors de chez lui. Saint Grégoire le Grand, dans un sermon préché dans l'église Saint-Sébastien, à Rome, sur la voie Appienne, rapporte que le saint mourut dans la chapelle épiscopale de Narni où il venait de célébrer la messe, après qu'il eut distribué la communion et donné le baiser de paix.
Dans l'église cathédrale de Narni on a érigé une chapelle à saint Cassius, sur la façade de laquelle, à l'extérieur, on a encastré l'épitaphe du saint. C'est une pierre qui mesure 0 m. 64 de haut sur 1 m. 42 de large. Cette pierre donne comme date de l'inhumation la veille des calendes de juin, par conséquent le 30, lendemain de la fête des Apôtres. Dans la première partie de l'inscription, rédigée par Cassius lui-même, il déclare que lui, indigne prélat élevé par la grâce du Christ « repose en ce lieu et que devant son tombeau est ensevelie Fausta, la très douce compagne de sa vie ; il sollicite des visiteurs une prière pour lui et pour sa femme. » Il avait dû renoncer à la vie commune pour recevoir les ordres supérieurs et tous deux se trouvaient réunis dans la mort. L'inscription est tracée de chaque côté d'une croix à laquelle deux agneaux sont affrontés. Six hexamètres que suit la date de la mort (fig. 8745) :
+ CASSIVS INMERITO PRESVL DE MVNERE CRISTI c
V CVNCTA RECEPTVRVM TE NOSCENS CONGRVA FACTIS Ü
SD ANN : XXI -MVIII -DX- RQ-IN PACE PRID-KAL IVL-PC-BASILI VC ANN-XVII-
La date de l'inhumation est le 30 juin 558.
S(e)d(it) ann(os) X XI, m(enses) VIIII, d(ies) x.
Rí(e)g(uiescat in pace ! Prid(ie) kal(endas) jul(ias) pe consulatum) Basili v(iri je(larissimi) ann(o) XVII.
Joannes, évêque de 558-560 ; cf. Jaffé-Lœwenfeld, Hegesta pontif. roman., n. 974-975.
Juvénal II, au VIe, Son existence a été mise en doute par Sbaraglia, loc. cif. ; ce Juvénal est le premier de la liste et non un autre évêque.
Præjecticius, en 591 ; cf. Jaffé-Lœwenfeld, op. cil., n, 1155.
Constantius, en 594, sur un faux diplôme de saint Grégoire le Grand.
Les autres inscriptions apprennent peu de chose, | sans parler des fragments dont il est impossible de | rien tirer.
Sur une, il est peut-être question du défunt Victor depositus (la date varie entre 371, 374, 377, 380 ; Corp. inscr. lat., t. x1, n. 4162.
= —— - — sur une autre, simple fragment, il est question d'un prêtre :
Corp. inscr. laf., t. x1, n. 4166.
En 1665, l'évêque Alvi introduisit dans sa cathédrale un corps apporté de la catacombe de Prétextat à Rome, et pourvu d'une épitaphe. On sait avec quelle légèreté on procédait à cette époque à l'affection des corps et des inscriptions pour qu'il soit permis d'entretenir des doutes sur les droits de ce Valerius Lila au titre de martyr ; voici son épitaphe :
VALERIVS LILA + : SCVTARIVS NATIONE MAVRVS PRIMA CONIVGI SVO - DIGNISSIMO INPACE - QVI VIXIT -ANNOS XXX :MENSES :DVOS H. LECLERCQ. aujour d'hui Vid di
NARONA.
— Narona, | Narenta, en Dalmatie, a joui d'une certaine importance à l'époque hellénique et encore à l'époque romaine !, ainsi qu'en témoignent des monuments anciens et intéressants , principalement des inscriptions et ces petits objets de pratique usuelle qu'on nomme instrumentum domesticum, mais tout cela appartient à l'époque païenne. C'est seulement au début de Ce, en 1901, qu'on rencontre le premier objet certainement chrétien : une lampe en terre cuite trouvée dans les fondations de l'ancienne église paroissiale de Vid, ainsi qu'une croix sur un plat, qui est probablement du Ve. Mais une autre trouvaille plus importante est celle des bijoux d'Urveca (Urbica) et de son mari. D'après cette trouvaille, nous sommes en mesure d'affirmer que Narona existait encore à la fin du VIe : le christianisme y était alors florissant, possédait une hiérarchie ecclésiastique, ce qui ressort de plusieurs documents dont le contenu se trouve confirmé par la trouvaille. Le ménage chrétien qu'elle nous fait connaître se composait d'Urveca (Urbica) et de Præsens (ou Praestantius ?) dont les noms se lisent accompagnés d'une croix. Ce pauvre trésor n'a pu être enterré avant l'année 578 puisqu'on a trouvé parmi les bijoux cinq sous d'or à l'effigie de l'empereur byzantin Tibère II Constantin, lequel régna conjointement avec Justin II de 574 à 578, et régna seul de 578 à 582. D'autre part, on ne doit pas descendre beaucoup après cette dernière date, puis que toute la Dalmatie fut envahie vers la fin du VIe et le début du VIIe : au cours des vingt premières années du VIIe, la civilisation romaine disparut de cette contrée.
C'est vers cette date que Narona cessa d'exister : question souvent débattue 5%, Certains soutiennent que Narona fut détruite entre les années 262 et 366 $5, mais cette opinion se trouve contredite par le fait qu'en 530 et en 532 se tiennent à Salone deux conciles où siège l'évêque Marcellus episcopus Ecclesise Naronttanæ T ; il est vrai qu'on a répondu que Narona 883 NARONA avait pu disparaitre et le siège épiscopal subsister dans une ville différente ; peut-être à Laureatum aujour d'hui Lovorje, détruit en 548 par les Goths.
Toutes les argumentations ne peuvent prévaloir contre le fait que, pas plus tôt que l'an 578, il y avait encore des chrétiens à Narona, lesquels, en prévision de quelle que violence, enterraient leur chétif trésor. Que Narona ait été détruite pendant les guerres des Goths qui prirent fin en Dalmatie en 552, comme Laureatum et Muicurum (Makar) disparurent en 548, c'est peu probable puisqu'il faut attendre la date de 278, première année du règne de Tibère II Constantin. Combien Narona dura de temps après cette date, on ne peut le dire avec certitude puisqu'on ignore la date de la chute de Salone et des autres villes du littoral dalmate. On remarquera que parmi les soixante-cinq monnaies que possédait Urbica, il ne s'en trouve pas une des deux successeurs immédiats de Tibére II Gonstantin, c'est-à-dire de Maurice Tibére (582-602) et de Phocas (602-610). On peut donc être porté à croire que Narona a disparu vers 582, sous l'empereur Maurice.
La cachette découverte à Narona contenait une broche, quatre anneaux et un pendant d'oreille, tous ces objets en or, et soixante-cinq monnaies byzantines en or. Ces monnaies sont frappées aux effigies de Justin I (518-527), de Justinien (527-568), de Justin II (565-578) et de Tibére II Constantin (578-582).
La broche d'or est de forme circulaire, au diamètre de 0 m. 036 :et du poids de 17 gr. 1/2.
Un anneau triple en or, mesurant 0 m. 018 d'ouverture et pesant 14 gr. 3/4. L'anneau principal a au milieu deux chatons ovales portant chacun une inscription. Au milieu du cercle, entre les deux chatons, sont attachés à l'anneau principal avec une charnière fixe, consistant en deux lames, deux autres anneaux mobiles qui se replient vers l'une ou l'autre face de l'anneau principal, de façon à former un nouvel anneau. Ces deux anneaux secondaires ont eux-mêmes deux chatons creusés et ovales ayant probablement contenu un grenat, qui manque aujourd'hui. De cette manière, on obtient quatre anneaux, deux simples sans inscription propre et deux triples avec une inscription ; celle-ci se lit :
SE VRVEC E
Urvece est une corruption dalmate de Urbica devenu Urvica, Urveca, Urvece. Le nom Urbica a été porté par les païens et par les chrétiens ! ; on le rencontre à Rome 7 où la catacombe de Calliste a donné ce nom sur un loculus ; on le rencontre aussi à Salone ë et dans la Gaule Narbonnaise *. L'autre nom est d'une lecture et d'une interprétation plus difficile. Avant tout, on voit un P lié à un R et à un E. C'est donc un monogramme où on découvre encore un N et dans la panse du R se trouve un A, au-dessous du monogramme un £. Le dit monogramme est précédé d'une + et suivi d'une x. La lettre S ne fait pas partie du nom, elle signifie seulement signum ou signavi, mais c'est seulement dans le cas où elle est superposée aux lettres ; ici il n'en est pas ainsi, elle se trouve au-dessous du monogramme comme sur d'autres anneaux qui portent un S ainsi détaché, par exemple Euticus, À gnus et qui indique le cas nominatif, Pour cette raison on croit pouvoir éliminer l'interprétation signum et lui préférer un nom propre tel que PRAESENS. Quoi que les monogrammes ouvrent un champ libre à toutes les fantaisies, c'est peut-être s'engager trop avant dans cette voie que de vouloir lire PRAESB(yfer) et, plus encore, FRAESBF(ylera).
Un anneau d'or pur, ouverture 0 m. 02, poids 8 gr. 1/2, avec chaton quadrangulaire destiné à une pierre précieuse qui est perdue ; sur un des deux côtés, une corne d'abondance dans l'ouverture de laquelle sont figurés cinq grains.
Un anneau d'or, ouverture 0 m. 018, poids 7 gr. 12 ; semblable au précédent.
Un anneau d'or, ouverture 0 m. 018, poids 9 gr. 1/2 ; semblable aux deux précédents.
Un pendant d'oreille pesant 1 gr. 3/4. 1 En 1906, on trouva à BAD un fragment de bas-relief chrétien (fig. 8746) sur pierre calcaire, en sculpture méplate de 0 m. 003 de hauteur ; la pierre mesure 0 m. 42 sur 0 m. 69 et 0 m. 08 d'épaisseur *. On voit à droite un trou où se trouve encore un morceau de fer scellé, ce qui indique la destination de ce fragment qui était placé à la suite d'un autre. Le symbole n'a rien de nouveau : un paon se désaltérant à la coupe eucharistique ; un autre paon lui faisait face, On remarquera que le calice n'a pas d'anses. Tout ce symbolisme n'a rien de bien nouveau, on le rencontre en tout pays. ;
Ce bas-relief doit provenir d'un fragment de cancel dans une église de Narona. Peut-être l'église qui s'élevait sur l'emplacement de celle qui, dédiée à la sainte Vierge, fut démolie en 1901, pour être reconstruite en de plus grandes dimensions. Ces démolitions ont fait mettre au jour une lampe chrétienne antique, en terre rouge, de 0 m. 06 de diamètre et ornée d'une croix *. Enfin, en 1802, on trouva à Vid une inscription chrétienne (voir au mot MEwonrA) :
H. LECLERCQ.
NARSAI. — I. L'auteur. Il. Les manuscrits, IIT. L'homélie xvir. IV. Les homélies xxr et XXII. I. L'AvurEUR. — Narsai appartient à la période primitive de l'Église nestorienne ; né en 399, il fit ses débuts à l'école d'Édesse en 437 et y professa pendant vingt années ; de là, il passa à l'école de Nisibe, en 457, et y demeura quarante-cinq ans, jusqu'à sa mort, en 502. Ses écrits sont importants pour l'étude des origines et du progrès du nestorianisme en Syrie. Il est l'auteur d'homélies qui ont été publiées en 1905 par les soins du P. Alphonse Mingana, dominicain à Mossoul. Les deux volumes ne contiennent qu'une part infime de l'œuvre de Narsai : 47 homélies sur 360 que lui attribue Ebedjesu, le bibliographe du XIIIe, A ces quarante-sept homélies viennent s'ajouter dix courts poèmes (sóghydthd) dont seul le premier parait authentique ; en tout cas c'est le seul qui offre une certaine ressemblance avec le style de Narsai ; les neuf autres se présentent sous la forme dialoguée.
L'éditeur a fait suivre la préface d'un fragment inédit de la Chronique de Barhadbsabbà, qui vécut au VIe-VIIe, fragment fort important pour l'histoire de l'école nestorienne de Nisibe ; il coïncide avec la fondation de l'école par Narsai et décrit son administration et celle de ses quatre successeurs qui la dirigèrent pendant soixante-dix ans : Elisha, 7 ans ; Abraham aidé par Jean de Béth Rabban, 60 ans ; Ishóyabb, 2 ans ; Abraham, 1 an ; ce qui nous conduit en l'année 572. Le successeur du second Abraham fut Henànà. Le chroniqueur parle de lui comme vivant encore, quoi qu'il y ait apparence qu'il ne se trouvait plus alors à la tête de l'école ; il prie Dieu d'ajouter à ses jours, ce qui montre un contemporain. Henànà fut condamné comme hérétique au concile tenu à Séleucie par le catholicos Ishóyabb Ier en 585 !. La Chronique semble avoir été écrite peu après l'année 585 ?.
Ce qui fait l'intérêt des homélies de Narsai c'est qu'il y traite de questions liturgiques ; la XVe est une exposition détaillée de la messe, les XXIe et XXIIe décrivent le rite du baptême ; enfin la XXXIe, sur l'Église et la prêtrise, contient plusieurs allusions à la liturgie. i 886 III. L'HOMÉLIE XVe. — Elle est la plus importante de toutes et renferme un exposé complet de la liturgie eucharistique. Dom H.-H. Connolly a mis en doute son authenticité et y a consacré une discussion de trente pages qu'il conclut par ces mots : I think there can be little doubt that homily XVe is a genuine work of Narsai. Le commentaire sur la liturgie atteste l'existence d'un texte apparenté étroitement à la liturgie des « apôtres » Addée et Maris, toujours en usage chez les nestoriens. Il la complète sur un point capital ; on sait que la liturgie actuelle des nestoriens ne contient aucune mention des paroles de l'institution eucharistique et c'est là un fait à peu près unique dont certains ont cru pouvoir tirer parti pour contester le caractère essentiel de ces paroles. Or, elles se lisent au complet dans l'homélie XVe de Narsai qui se trouve ainsi confirmer la tradition catholique.
Le parallélisme entre la liturgie d'Addée et Maris et celle de Narsai ne s'étend qu'à la portion qui sert de cadre à l'anaphore ; cette anaphore a dû être arrangée par Narsai, surtout à l'imitation de Nestorius et de Théodore. Le symbole de foi est semblable à celui que nous trouvons à Antioche au temps de Nestorius.
Après saint Cyrille de Jérusalem et saint Jean Chrysostome, Narsai insiste sur le « moment terrible » de la consécration ; ce sentiment ne se retrouve pas chez les Pères cappadociens ni chez les plus anciens Pères d'Égypte. On a pu se demander si Narsai n'a pas été en cela influencé par l'école d'Antioche, au lieu que la tradition plus ancienne de son Église s'accorderait mieux avec celle de Cappadoce,
88 7 NARSAI —
on ne trouve « pas de trace, chez Narsai, de ces formules qui occupent actuellement une place si considérable dans les liturgies orientales : la plus ancienne liturgie de Jacques et la Peregrinatio Etheriæ gardent aussi le silence à leur égard. Il est probable que l'usage en a pris naissance à Antioche ou dans les environs, au cours du IVe, De là, il se sera répandu au Nord et à l'Ouest, en Asie Mineure et jusqu'à Constantinople ; mais non en Palestine, ni dans la Syrie orientale, ni en Égypte : c'est seulement sous l'influence de la cité impériale qu'il aura trouvé plus tard sa voie dans ces régions. A remarquer que Narsai ne dit rien non plus des chants liturgiques, qui pourtant constituaient dés lors, ailleurs, une part si importante du culte !. » En ce qui concerne la « récitation à voix basse de la messe des fidèles » on dira que « de la Novelle célèbre de Justinien, pour qui en saisit bien le sens, il résulte clairement que, jusqu'en 565, la pratique traditionnelle de presque tout l'Orient avait été de réciter le canon à haute voix ; et c'est cet usage que l'empereur prétend maintenir contre des tendances partielles à le changer. Mais, dés avant la fin du VIe, la récitation à voix basse avait prévalu, même à Constantinople ; l'on peut en dire autant des Églises qui suivaient pour lors l'usage romain, et l'usage en cela remontait peut-être à une époque assez ancienne. Pour ce qui est de la liturgie gallicane, le titre de post secreta, donné à la formule qui suit la consécration, témoigne d'une tradition analogue. Chose curieuse, nous trouvons déjà chez Narsai la préface récitée à voix basse ; le silence n'est interrompu que par quelques mots destinés à provoquer l'acclamation du peuple : Sanctus, sanctus, etc. Puis, nouveau silence, jusqu'à la fin du canon, excepté deux « ecphonéses » qui doivent avertir l'assistance de l'intercession qui commence et de l'épiclèse qui vient parachever le mystère. Les Églises gréco-latines auraient-elles peu à peu imité la pratique déjà reçue chez les Syriens orientaux du Ve ? ? » ie Aucun des auteurs les plus anciens qui ont eu à défendre la divinité du Saint-Esprit ne mentionne la part que lui attribuerait la tradition dans la consécration eucharistique, au lieu que tous s'étendent sur son action au baptême :
2v Les témoignages des trois premiers siècles et jusqu'à la liturgie de Sérapion, contemporaine de celle de Cyrille, semblent plutôt assigner au Verbe, lui aussi « Esprit-Saint », d’après la terminologie confuse de l'époque, le changement du pain et du vin au corps et au sang du Christ. En somme, tout comme lorsqu'il s'agit du récit de l'institution, pour lequel les Églises d'Orient suivent de près Paul et Luc, au lieu que celles d'Occident s'attachent plutôt au texte de Matthieu et de Marc, nous constatons également pour ce qui est de l'invocation, un dualisme très antique entre Rome qui la place avant l'institution et les anaphores orientales qui toutes — à la seule exception des papyrus d'Oxford — la mettent après *, IV. LES HOMÉLIES XXI ET XXII, — C'est l'exposé complet du rite baptismal en usage dans l'Église nestorienne au lendemain de la séparation. Ce rituel baptismal n'était connu jusqu'ici que dans une rédaction abrégée et corrompue du VIe ; les homélies de Narsai font revivre les rites supprimés à cette époque, comme opposés aux théories pélagiennes, le renoncement au démon et la profession de foi (voir Tisserand, dans Dict. de théol. cath., t. XI, col. 26-30).
H. LECLERCQ.
NARTHEX. — Le mot grec vápůnņë a différentes significations :
889 Mais comme enfin il est dit qu'il y en avait un extérieur, il faut nécessairement que ce narthex fût encore distinct des quatre autres. Or, nous ne voyons pas à quoi ce nom pourrait convenir, si ce n'est au premier et extérieur vestibule de l'église, et que les Grecs modernes appellent encore narthex du dehors + » Ce narthex extérieur est soutenu par un nombre variable de colonnes et on s'habitua à y inhumer les fidèles dés que la loi romaine, mitigée par la coutume barbare, autorisa à enterrer les morts dans l'intérieur des villes , Le narthex, fut, dès le VIe, d'un usage très répandu. Vestibule plus long que large (d'où le nom de vwxcÜnt, « férule », ou « règle plate », le narthex était une galerie fermée, limitée d'un côté par la façade de l'église et de l'autre par un mur percé de baies parfois assez nombreuses ?. Le narthex de Sainte-Sophie avait cinq portes s'ouvrant sur l'atrium, et neuf portes donnant dans l'église. Le narthex du sanctuaire des Saints-Serge-et-Bacchus, que mentionne Procope dans son ouvrage des Edifices de Justinien, est muni de quatre portes du côté de l'atrium et de six du côté de l'église. La première église à narthex de Jérusalem, si l'on en juge par les documents écrits, fut Sainte-Marie-la-Neuve, achevée en 543, grâce aux libéralités de Justinien . Le narthex occupa donc la place du portique de l'atrium qui, auparavant, longeait la façade de la basilique. Mais ce portique n'en fut pas toujours supprimé pour autant. On se contenta parfois de le reporter sur le devant du narthex, et ce vestibule continua à coexister avec l'atrium à quatre colonnades. Mais il supplanta souvent l'atrium tout entier comme à Sainte-Irène, au Sinai et dans mainte église syrienne .
Dans les édifices syriens, on ne retrouve pas, comme dans la basilique hellénistique, le vaste atrium carré précédant la façade. Comme cette grande cour tenait trop de place, on n'en conserva qu'un seul côté, le portique attenant au corps de l'église, et ce portique ne tarda pas à prendre, au VIe, un aspect caractéristique et fort pittoresque. Conformément à de très anciennes traditions orientales... le narthex devint un véritable porche, s'ouvrant par une large baie arquée entre deux tours carrées et surmonté d'une terrasse formant loggia couverte ou balcon 7.
Le narthex eut encore une autre destination. C'était là que devaient s'arrêter les excommuniés à qui l'entrée de la basilique était interdite ; ils se trouvaient là avec les pénitents qui ne devaient pas, eux non plus, franchir la limite du narthex intérieur, comme le dit saint Grégoire le Thaumaturge : « Les audientes doivent se tenir hors de la porte de l'oratoire », Evôobt tic muang év To vip. ë.
H. LECLERCO.
NASSE. — Ce terme s'applique à un engin de pêche et à un engin de chasse. Les chrétiens n'ont adopté que le premier dans leur symbolisme. Une nasse est une sorte de panier d'osier de forme oblongue, dont l'orifice est circulaire et qui se termine en pointe.
Parmi les appellations données au Christ, on trouve
LII S M 5
— NASSE 890 rete, et ceci se rapporte à la pensée symbolique si connue par le texte de Tertullien qui désigne les fidèles sous le nom de pisciculi. Ceux-ci, par le baptême, se précipitent vers le filet où ils trouveront leur salut et non leur perte.
Une lampe chrétienne provenant du Palatin, à Rome, représente un poisson qui semble enserré dans une nasse où il happe le hameçon en forme de pain rond ; en bordure, six disques à cercles concentriques alternant avec six fleurons cruciformes (voir Dictionn., t. VIII, col. 1123, n. 115, fig. 6622 [12 |).
Nous ajouterons un troisième monument qui se trouve au musée de Semur-en-Auxois, terre cuite grossière qui nous offre « une nasse, constituée par une sorte de bouteille, pourvue d'une anse, dont le fond, refoulé vers l'intérieur, porte l'ouverture par laquelle entraient les poissons. Une partie du goulot a disparu ; l'objet, dans son état actuel, n'a plus qu'une longueur de 0 m. 20 sur 0 m. 14 de diamètre (fig. 8747).
« Comme on le voit, écrit le commandant Espérandieu, cette poterie se rapproche sensiblement de la carafe à goujon, dont se servent, de nos jours, les pêcheurs en eau douce. Elle en diffère, toutefois, par la façon dont on établissait le courant d'eau. Les échancrures du bouchon de liège de la carafe sont remplacées par une multitude de petits trous pratiqués sur toute la surface de la nasse, sauf par-dessous, où la partie destinée à reposer sur le fond de la rivière a une forme légèrement concave.
« Il parait bien, d'autre part, que ceux des trous qui garnissent la panse et le fond ont été percés de l'intérieur vers l'extérieur. Pour atteindre ce résultat, la poterie a été faite en deux parties. Le fond a été placé après coup et fixé au moyen d'un léger refoulement de la pâte encore molle de la bouteille. On peut supposer la raison de cette technique. Le poisson qui cherchait à s'échapper allait placer sa tête contre les rebords des trous par lesquels se produisait le courant d'eau. Si des aspérités produites par le refoulement de la terre l'avaient sans cesse contrarié, peut-être serait-il parvenu, dans ses déplacements continus, à repasser par l’ouverture du fond. Des rebords unis et le courant d'eau vive le retenaient. Cette hypothèse parait d'autant plus vraisemblable, qu'une disposition inverse est employée, dans la carafe à goujon, pour éloigner les poissons de l'ouverture par laquelle ils sont entrés. L'intérieur de cette ouverture est bordé d'aspérités produites par la cassure irrégulière du verre ; même certains pêcheurs ont l'habitude d'y placer des pointes saillantes.
« Comme la carafe à goujon, la nasse de poterie que possède le musée de Semur n'était sans doute employée que dans les petits cours d'eau, à fond de sable ou de menu gravier. L'anse dont elle est pourvue semble indiquer, d'autre part, qu'on la placait à la main. On sait que la carafe à goujon se manœuvre ; le plus souvent, au moyen d'une cordelette !, » Aucun indice ne permet de supposer que ce curieux objet appartient à l'archéologie chrétienne et peu importe ; il nous montre par un exemple très clair ce qu'était une nasse et qui nous dit que parmi Ceux qui en firent usage il ne se trouvait pas — qui sait — un chrétien ?
H. LECLERCQ.
Natale a surtout le sens que nous attribuons à ce mot : anniversaire. Voici comment saint Augustin s'en explique devant un auditoire africain réuni pour la fête de saint Cyprien : Spiritus sanctus doceat nos in hac hora quid oporteat dicere : dicimus enim sumus aliquid de laude Cypriani gloriosissimi martyris, cujus natalem hodie, sicut nostis, celebramus. (Quod nomen sic frequentat Ecclesia, id est natales, ut natales vo cet pretiosas martyrum mortes. Sic, inquam, hoc nomen frequentat Ecclesia, est etiam qui non sunt in illa, hoc dicant ! cum illa. Quis enim hodie, non dicam in hac nostra civitate, sed plane per Africam totam transmarinas que regiones, non christianus solum, sed paganus aul judæus, aul etiam hereticus poterit inveniri, qui non nobiscum dical natalem martyris Cypriani ? Quid est ! hoc fratres ? Quando natus sit, ignoramus ; el quia hodie passus est, natalem ejus hodie celebramus. Sed illum diem non celebraremus, elsi nossemus. Illo enim die traxit originale peccatum ; islo aulem die vicil omne peccatum. Illo die ex fastidioso matris utero islam processit in lucem, quæ oculos carnis illecebrat : islo aulem die ex ie naluræ sinu illam discessit. — ad lucem, quie visum mentis feliciter et beale illustral *.
Le mot natalis ou natalis dies s'entend aussi du jour de la nativité du Sauveur Jésus 5.
Pagi a soutenu que, dans le calendrier, la mention du natalis d'un martyr est plutôt le jour de la translation de ses reliques que le jour de sa mort, parce qu'en temps de persécution on ignorait ordinairement le jour de la mort. Muratori ? a soutenu l'opinion contraire et dit que l'Église faisait tout le possible pour connaitre le jour de la mort. L'auteur des Actes de saint Ignace d'Antioche transmet aux fidèles la date du jour de la mort afin qu'ils puissent s'assembler ce jour-là 5. De même, saint Cyprien veut qu'on l'avertisse du jour où les confesseurs sont morts dans la prison afin d'offrir le sacrifice. Cette pensée a donné naissance aux calendriers et aux martyrologes. Ce n'était pas là une habitude nouvelle, car nous savons que le collège païen de Lanuvium célébrait l'anniversaire de ses membres défunts : xaz kal. sept. natali Cæsénni Silvari palris . Cette coutume a été adoptée par les chrétiens 1°.
L'épigraphie nous offre un certain nombre d'exemples.
NATALE NATALE DOM DOMNI * CLAV NI PASCENII DI * DIE///IIKAL DIE /IH III IKAL OCTOBRES BHL E
Claudius et Pascentius sont des martyrs, probablement des martyrs locaux que l'on ne saurait identifier assez sûrement avec des homonymes connus par d’autres documents. L'inscription relative à Claudius n'est pas tout à fait inconnue ; elle a même une histoire. Elle figure au Corpus inscriptionum latinarum, t. viui, n. 10904, mais d'après une lecture qui ne la ferait pas reconnaitre du premier coup :
DOMNI CIRV HIIMDALTKAL. ILTOBRES -
J.-B. De Rossi a proposé de restituer GCiru he] et d'identifier ce personnage avec Cirila ou Ciryla, patriarche arien des Vandales, dont parle Victor de Vite. L'inscription, disait M. Paul Monceaux, s'explique difficilement dans cette hypothèse. De Rossi est obligé de supposer une erreur de lecture et de restituer une formule comme [ded (icalum)] domn[o] Ciru [læ]. Tout cela est arbitraire. Le natale du début annonce un nom de saint ou de martyr ; soit V n o TS m it iov SR VON AR Li un Ciru [læ ] inconnu ; soit, comme proposait 5. Gsell, quel que saint oriental, par exemple Cirufli] ( — Cyrilli ) ou Ciru [uci] ( — Cyriaci.
Rien de tout cela. Il s'agit d'un saint Claudius et la basilique de D'Jemila se trouve, du coup, réconciliée ; il n'est plus question d'une église arienne. La « eonjecture doit être abandonnée. La transcription nouvelle équivaut à une découverte. Encore en Afrique, à Henchir-Djenenkrouf ou SidiNaceur, où existe un fort datant de l'époque romaine.
- Non loin de là, une petite chapelle dans laquelle on a lu sur une pierre plate de 0 m. Om. 20 de large Ya 25 de long sur
JOE | = IHIGVS IV
HH idus iunias natale s(an Jc(ti) Guaragi el Comitum) [e]ius ; cette pierre est aujour d'hui au musée de Tébessa.
« Ce supplément natale sancli Laurenti est suggéré par le rapprochement avec d'autres inscriptions où on lit natale domni Aslerii. Sur une ACCRO romaine d'origine inconnue iu PASCASVS VIXIT. H PLVS MINV SANNVS XX TECITTATV Ill IDVS Er OCTROBIS SII ANTE bp NATALE DOMNIAS TERI DEPOSITVS IN ig | PACE Ae Paschasius vivit plus minus annos viginli duos fecil fatum quarto idus oclobris octavo ante natalem. domni Asterii, depositus in pūce.
Il résulte d'autres textes épigraphiques que parfois ceux qui mouraient le jour de la fête d'un martyr connu étaient enterrés dans le cimetière dont ce martyr était éponyme. Ici, il est probable que recesii se rapporte au premier défunt Faustinianus. L'inscription est du 1v ou du début du Ve, Qu'il ne soit pas toujours question de martyrs lorsqu'on parle de ee nous en avons la preuve dans cette inscription .C€e Je une enfant. nommé Mercure (voir ce nom) | était âgé de cinq ans et huit mois et n'avait pas confessé sa foi ; mais, dans un grand nombre de lextes, natale s'entend de martyrs, comme dans cette inscription romaine datée de l'année 276, où on lit NAT MARTOR *. Fragment de tablette de marbre trouvé en 1854 dans les ruines de la basilique de : x martyribus Ss natal(em) hab(ent) d 894 saint-Alexandre (voir Dictionn., t. r, col. 1092-1097), au septième mille de la voie Nomentane. Voici le texte :
Ne TR ALEN i] apr....Y|O :DIEBS AIEMILIANO COSS nad VS - IN urbe Rom TAET defunecius DIE V« norn mai - NYAT-MARTOR| A la dernière ligne : nat(ali ) martyrum, c'est-à-dire au jour anniversaire de la passion des saints Eventius, Alexandre et Théodule, déposés dans ce cimetière de la voie Nomentane où ils étaient fétés le 3 du mois de mait C ions, encore : Domnis sanctis Papro et Mauroleoni. XIII kal. oclob... ; cette inscription fut trouvée dans un oratoire prés des thermes de Dioclétien, avec une copie un peu différente et erronée 7.
Celle-ci d'origine inconnue : Xv7 kal. octob. mariuroro [m in cimi |leru maiore Victoris Felt [cis | Emerenlianetis et Alexan [dri ] *.
L'inscription suivante :
Ces trois martyrs étaient commémorés le même jour ; Bosio a cru, à tort, que c'était l'épitaphe originale des trois. La mention du natale se retrouve à Salone : Natale S [epti|mi mart{yris] die Xiri kal. maias.
Enfin rappelons la formule d'une inscription de Baccano du v ?-vi ? siècle : Hic requiescil sanclus et 895 penerabilis martyr Alexander episcopus cuius deposilio celebratur, xr kal. octobris.
Avec le temps, natale prit une signification de plus en plus étendue ; dans le Kalendarium Bucherianum, on lit : rrr ; kal. mart.. natale Petri de Cathedra. On eut aussi le natalis calicis commémorant la cène au 24 mars ; chez saint Avit de Vienne et saint Éloi de Noyon. Enfin le pape Innocent I, s'adressant au concile de Carthage, appelle le siège de saint Pierre natalem fontem unde aquae cunciæ procedunt.
H. LECLERCQ.
NATIONALITÉ FRANQUE. — I. Origine et acceptions du mot Francia. II. Francia, premier royaume de Clovis. III. Francia, second royaume de Clovis. IV. Francia pour la grande Neustrie, V. Francia pour la petite Neustrie, VI. Les trois Francia, VII. Adoption de noms nouveaux. VIII. Francia s'entend de la Franconie. IX. Francia s'entend de la France, X. Extension du mot Francus. XI. Sens du mot Francus. XII. Les acceptions du mot Francus. XIII. Rapport de l'onomastique à la nationalité.
I. ORIGINE ET ACCEPTIONS DU MOT FRANCIA. — Le nom de Francia a, de tout temps, désigné le pays possédé par les Francs et qui, au cours des premiers siècles de notre histoire, n'a cessé de s'élargir suivant l'extension des frontières. A l'époque impériale, les Romains réservaient le nom de Francia à une contrée située sur la rive droite du Rhin, au nord de la Rhénanie. On l'y trouve, dès le rv° siècle, sur la carte de Peutinger, si toutefois ce nom de Francia n'est pas une addition du vi ou du vri ? siècle : même en ce cas, on doit observer que, pour l'auteur de la carte, c'est bien de la Francia qu'il s'agit puisqu'il écrit textuellement : Chamavi qui el Pranci (pour et Franci).
Vest d'ailleurs ainsi que l'entendent les Romains au 1v* et au Ve !, encore qu'à leurs yeux tout le pays en deçà du Rhin fit partie de l'empire. Ils pouvaient admettre les appellations de I et Ile Germanie, de Ir et Ile Belgique consacrées par la langue administrative, mais ils devaient répugner à laisser le nom d'une peuplade barbare s'imposer sur une parcelle du sol impérial, et cela au moins jusqu'au vr siècle, II. FRANCIA, PREMIER ROYAUME DE CLOVIS. — Grégoire de Tours emploie ce mot quatre fois et, une fois au moins, le sens en est si peu clair qu'on ne sait quoi en tirer ?. Dans les autres passages, on voit que Francia désigne une partie du territoire de la Gaule ; une partie seulement car ni l'Auvergne, ni la Bourgogne ne s'y trouvent ?, et encore que le nom de Francia sert à désigner le pays des Francs d'outre-Rhin + ; enfin, qu'il s'étend à tout le royaume d'Austrasie 5, Ces textes nous apprennent qu'au vi ? siècle la Francia n'est plus confinée sur la rive droite du Rhin comme elle l'était deux siècles auparavant ; elle s'étend fort au delà et jusque sur la rive gauche du fleuve et s'identifie avec le royaume d'Austrasie.
Mais, dès le v* siècle, on voit qu'il en était ainsi lors que Théodebert écrit à l'empereur Justinien qu'il règne sur les incolomes Francis, c'est-à-dire sur la Francia tout entière qui comprend aussi le pays des Thuringiens, celui des Wisigoths et plusieurs autres ^, Francia, dans ce passage, n'est manifestement que la partie nord-est du royaume de Clovis, la seule qui passa de ses mains dans celles de Thierry et de celles de Thierry dans les mains de Théodebert ; ce témoignage, rapproché de celui de Grégoire de Tours, ne laisse pas douter, qu'au VIe, le mot Francia équivalait au futur royaume d'Austrasie.
NATALE — NATIONALITÉ FRANQUE.
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Deux autres passages nous apprennent que la Francia ne s'étendait pas à l'Aquitaine et à la Bourgogne. Le premier se lit dans la Vita Radegundis de Fortunat : Ita que matrona Gislaadi proceris nomine Bella sed longa ciecitale misera rogavit se de Francia Pictavis ad sanctæ duci devote praesentiam *. Le second se trouve dans une lettre de saint Nizier de Trèves à la reine Clodsinde : Audistt ava tua domna bonæ memorias Hrodehildis qualiter in Francia venerit 5.
Est-ce à dire que la Neustrie n'était pas alors considérée comme appartenant à la Francia ? On n'oserait le soutenir, car s'il la présence des Francs valait à l'Austrasie le nom de Francia, il ne devait pas tarder à en être de même pour la Neustrie. D'ailleurs, dans le texte du traité d'Andelot, en 587, il est dit que Galeswinthe vint en France : in Francia veniens * ; or le pays où elle vint c'est la Neustrie dont Chilpéric, son mari, était roi ; ainsi donc la Francia c'était tout le pays occupé par les Francs, le royaume de Clovis avant la conquête de l'Aquitaine. Une aire qui s'étend entre la Loire et la Bourgogne, au Sud ; la Bretagne, l'Atlantique, la Manche et la mer du Nord, à l'Ouest ; la Frise, au Nord et la Saxe, à l'Ouest.
III. FRANCIA, SECOND ROYAUME DE CLOVIS. — Les conquêtes de Clovis étendirent son royaume et avec lui le mot Francia qui s'appliqua progressivement à la Bourgogne 1°, puis à l'Aquitaine et, finalement, à toute la Gaule depuis le Rhin jusqu'aux Alpes et aux Pyrénées. Francia devint une expression géographique de même valeur à peu près qu'avait été Gallia. Il pourrait se faire que déjà, à l'époque et sous la plume de Fortunat, Francia soit le pays de Francus qu'il oppose à VItalia de Y Italus **, On trouve, ce qui a plus de valeur encore, ce sens dans l'appendice d'Isidore : Divisa in tribus olim regnis Francia in uno a prefato rege Francorum conjungitur ! ?, Il en sera de même au VIIe, au VIIIe, au IXe, et les formules opposent couramment la France à l'Italie 9.
Les exemples ne manquent pas et on constate chez les écrivains francs une habitude prise d'employer le terme Francia dans son sens le plus large quand ils l'opposent à d'autres, ainsi le moine de Saint-Gall nous avertit que lorsqu'il lui arrive de nommer la Francia, il entend par ce nom toutes les provinces cisalpines !*, Au contraire, lorsqu'il s'agit de distinguer entre les diverses parties du royaume, ces mêmes écrivains réservent ce nom pour la province qui l'a porté la première de toutes.
On peut dire que, devant la vieille Europe en pleine transformation, le nom de Francia, destiné à plus de gloire et de services que celui d'aucune nation dans tous les Âges passés, a déjà pris son rang dans le monde, NCMO t SA Bett A Ru má emit EP rad Li ji | 897 le premier rang ! Il s'applique à l'ensemble des provinces soumises à la dynastie mérovingienne.
IV. FRANCIA POUR LA GRANDE NEUSTRIE, — Dès le VIe, on voit apparaître une nouvelle acception ; nous la trouvons dans la Vila sancti Rigomeri, qui est du VIe : Francia sive Neustria et qui oppose la - Francia à l'Austrasie !, Ce sens se rencontre pour la première fois dans l'appendice d'Isidore et, fréquemment, chez les écrivains neustriens : Vie de saint Éloi . qui quitte Limoges ut Francorum adiret solum ; Vie de saint Léger d'Autun ? ; Épitaphe de Ham (voir ce mot) où nous lisons : REGNANTE THEODORICO REGE IN FRANCIA. Quant à l'auteur du Liber historiæ, il prétend confisquer le titre de Francia au profit de la seule Neustrie et, à cet effet, il le refuse aux régions qui ont été les premières à le porter : la Ripuarie et la Rhénanie. Il est assurément curieux de voir comment ce nom de Francia, ayant réussi à s'imposer à la Gaule entière, la Francia primitive en fut dépossédée au profit de la Neustrie. On voit, dans le Liber historiæ, les Neustriens assimilés aux Francs et opposés aux Austrasiens et aux Burgondes, La même pratique se rencontre dans les documents hagiographiques. Le Liber historiæ ne refuse pas aux Austrasiens l'appellation de - Franci , ou superiores Franci, mais les Neustriens sont les Francs par excellence, ce qu'ils doivent à leur titre de Saliens, conquérants de la Gaule.
V. FRANCIA POUR LA PETITE NEUSTRIE. — Un phénomène nouveau va se produire : les mots Francia et Neustria vont s'opposer et servir à désigner des pays différents ; mais ce n'est guère avant le second quart du IXe. | Le premier indice qu'on en relève se trouve dans Nithard, qui mourut en 843 7 ; Abbon trace ce vers à propos de l'élévation du roi Eu des * :
Les deux pays étaient limités par la Seine, comme nous l'apprend Ekkehard d'Urach : Neustria pars est Galliæ Celticæ, illa scili cet que Sequanæ Ligeri que inter_ ja cet ? et le moine Adrevald écrit qu'Orléans et Paris sont les deux points extrêmes de la Neustrie (voir Dictionn., t. vit, au mot ILE-DE-FRANCE) : Omnis fere Neustria, quae a Genabensi urbe per transversum Luteliam us que Parisiorum pertingit oppidum . La Francia se trouve limitée au Sud par la Seine et, au Nord, elle ne s'étend pas fort loin ; ce qui parait certain c'est que l'ancienne Francia confinant au Rhin perd peu à peu son nom et reprend le nom plus ancien de Germanie. Einhard parle de Franci orientales qu'il distingue à peine des Germains 1 ! : Fastírada... quæ de orientalium Francorum, Germanorum videlicel gente erat ; une dizaine d'années plus tard, le biographe de Louis le Débonnaire ne connait plus ces Francs orientaux et oppose Franci à Germani !,
VI. LES TROIS FRANCIA. — On commençait à s'embrouiller fort avec toutes ces Francia, bientôt la confusion fut à son comble. En effet, le traité de Verdun sectionna l'empire de Charlemagne en trois royaumes pouvant porter chacun le nom de Francia qu'ils avaient porté lorsqu'ils étaient unis. C'est en 842 qu'on lit pour la dernière fois le nom de Francia dans son acception la plus générale 5, mais, après cette date, le sens large ne se rencontre plus que de façon exceptionnelle.
Les trois royaumes créés par le traité de Verdun portèrent les noms de Francia occidentalis, orientalis et media. La première devait seule, au cours des âges, conserver le nom de France, mais on lui donne parfois les désignations d'occidentalis, de nova M, de latina ! voire romana !. La Chronique de Lorsch l'appelle même Francia Gallicana et saint Euloge de Tolède : Francia interior ». La deuxième est la Francia orientalis * qui portera aussi le nom de feufoniea !. Enfin, un royaume intermédiaire entre la France et la Germanie, d'où étaient sortis les Francs, et qui fut nommé Francia antiqua « ou encore Francia media !.
VII. ADOPTION DE NOMS NOUVEAUX. — Toutes ces appellations aggravaient une confusion déjà grande parce que les désignations n'étaient pas constantes ; par exemple, on se servait du vocable Francia teulonica pour mentionner le royaume de Louis le Germanique et pour désigner la partie du royaume de Lothaire dans laquelle on parlait allemand. Invinciblement, et par besoin de s'entendre, on adoptait des noms d'une interprétation moins laborieuse, et, ainsi qu'il arrive si souvent, on faisait revivre des vocabulaires périmés mais prêts à renaitre en cas de besoin. La France reprit son nom antique de Gallia ; la Lotharingie, celui de Belgica ; l'Allemagne, celui de Germania, Toutefois, ce fut là plutôt un exercice de lettrés : Prudence de Troyes, Hincmar de Reims, l'historien Richer ; on chercha autre chose qui fût pratique et le peuple se chargea de trouver des désignations nouvelles à son usage. Il ne remonta pas dans le passé, il s'en tint au présent. Le traité de Verdun avait créé trois royaumes soumis à trois souverains et ce furent les noms de ces souverains qu'on adopta ; pour le royaume de Charles le Chauve on eut la Carolingia, pour celui de Lothaire II, on eut la Lotharingia, pour celui de Louis le Germanique on n'a pas encore découvert d'indices d'une Ludovingia. De ce dernier, on ne peut donc rien dire de certain.
Des deux autres, la Lotharingia s'imposa et connut une longue durée. Le nom de regnum Lotharii se rencontre dans les Annales de Hincmar, dès 872 ; on le trouve ensuite dans les principaux documents du Xe, tant dans les diplômes que dans les chroniques et au XIe jusqu'en Italie. Une tentative fut risquée au Xe et au XIe pour acclimater le mot Lotharia, mais sans succès, Au contraire, dans les provinces germaniques, le nom Lotharius s'alourdit du patronymique ing qui désigne tout ce qui se rattache à une famille, à une clientèle, on eut ainsi Lotharingi, qui servit à former Lotharingia.
Carolingia n'obtint pas le même succès, cependant, dès le Xe, la France est appelée regnum Karoli et la Chanson d'Antioche nous parle du « roiaume Charlon ». Les écrivains romans appellent les Français Karlenses et les Germains leur donnent le nom de Karlingi ; dès lors le nom de pays sera la Carlingia.
Malgré toutes ces retouches, le nom de Francia gardait son prestige en Germanie, et volontiers on laissait tomber la précision orientalis pour ne retenir que le nom ; c'est ce que fait l'empereur Othon I qui, en 951, dans trois diplômes datés de Pavie, prend le titre de rer Francorum el Halicorum ! ; de même, en 966, sur cinq diplômes, il prend le titre de imperator Romanorum el Francorum ?, enfin, dans le diplôme du 13 février 962, confirmant les biens de la papauté, Othon prétend agir pro remedio anime nosíre el filii nosiri sive parentum nostrorum ac successorum nosirorum el pro cuncto a Deo conservato at que conservando Francorum populo .
VIII. FRANCIA S'ENTEND DE LA FRANC province de l'Allemagne était habitée par des Francs et s'appelait Francia ; on la trouve mentionnée fréquemment ; cette province est devenue la Franconie ; mais s'il était inévitable que dans cette matière la confusion reparût partout, il arriva que la Franconie fut divisée en orientalis ou bavaroise et occidentalis ou rhénane. On voit ainsi que souvent, dans les textes, Francia orientalis et Francia occidentalis n'ont pas le sens de régions géographiques France et Allemagne, mais de portions restreintes d'une province : Franconie de l'Est ou de l'Ouest.
IX. FRANCIA S'ENTEND DE LA FRANCE. — Il arriva ainsi qu'avec le temps Francia en vint à ne désigner plus qu'un des trois royaumes créés par le traité de Verdun et ce fut la Gaule qui demeura seule à porter le nom de France, mais il y eut des résistances. Au XIe, on voit Raoul Glaber mettre en opposition la Francia avec l'Aquitaine et l'Auvergne !, ou encore distinguer la Francia de la Bourgogne , Dès lors, la Francia c'est le royaume de France pris dans son ensemble. + Quant aux Allemands, jamais la qualité de Francs ne leur a été accordée par aucun écrivain occidental à partir de 343. Pour Raoul Glaber, ils ne sont que des Saxons sans doute parce que leurs rois appartiennent à la race saxonne et l'Allemagne s'appelle la Saronia . Eux-mêmes, dès le XIIe, réservent le nom de Francs pour les Français et se désignent sous celui de Teutons *.
X. EXTENSION DU MOT FRAXCUS. — Ce nom n'a pas une signification ethnique, c'est un titre dont s'emparent divers peuples : Chamaves, Bructéres, Ampsivariens, Chattes, Hattuariens, Saliens, Sicambres, Ripuaires, d'autres encore, Certains l'ont porté, puis l'ont perdu ou abandonné, comme les Chauques, les Frisons, les Bructéres, On ne s'entend pas — cela va
sans dire — sur certaines peupla des ; peu importe, c'est matiére à discussion ; ce qui est certain c'est qu'à l'origine, le nom a été porté par des peup les qui, par la suite, n'ont plus été considérés comme Fran ces, 5i,dans le premier enthousiasme, tout le monde se titrait de Franc, le moment est venu où les destinées des diverses peupla des se sont déroulées dans d'autres milieux, et alors el les ont aussi perdu le nom. Celui-ci s'est donc étendu dés l'origine sur un grand nombre de peupla des qu'il a ensuite reperdues ; mais, par les conquétes des Francs, il a regagné ce terrain, et a acquis à l'Ouest et au Sud une extension qu'il perdait au Nord et à l'Est.
XI. SENS DU MOT FRANCUS. — Au xvr siècle, François Hotman proposa une étymologie qui a joui d'un assentiment pres que général. Selon lui frank équivaut à frei qui signifie « libre * » Jacob Grimm a adopté cette explication sans découvrir dans les langues germaniques un radical autre que frei ayant le sens de elibre ». I] est vrai que frank a eu ce sens, mais beau-
coup plus tard, et c'est méme parce que tous les Francs étaient des hommes libres que l'adjectif « franc » est devenu synonyme de la condition libre en latin, en français et en allemand. En réalité, ce n'est pas avant. le virre siècle que francus évo que la notion de liberté, La véritable étymologie est celle qui rattache frank. à l'allemand frech, en vieil allemand fréhh *, Ce mot mar que moins la liberté que l'audace, la valeur farouche, ce que le latin rend par ferox et le francais par farouche. Ce radical, allongé au moyen d'une nasale, - donna en latin francus. Cette interprétation, la seule défendable au point de vue philosophi que, se trouve garantie par les témoignages anciens. Au vir siècle, - saint Isidore de Séville écrit en propres termes que les Francs doivent leur nom à leur naturel farouche : Alii eos a feritale morum nuncupalos existimant. Sunt eliam. in illis mores incondili, naturalis ferocilas animorum 5 ; au siècle suivant, on lit dans le Liber historiæ : Tunc appellavit eos Valentinianus imperator Francos, atlica lingua hoc est feros, a durilia vel audalia cordis eorum, et au rx siècle, Ermold le Noir écrit encore : Francus | habet nomen a ferilale sua 5, Ce nom de « Franc » ne disparut plus ja mais, quoi que les Romains en fissent usage sans se préoccuper de sa signification dans la langue des intéressés. Comme les Francs formaient une confédération entre toutes redoutable à l'empire, on prit l'habitude d'appeler Francos ceux qui à un moment donné obligeaient Rome à se défendre. Francus est une acception collective analo- - gue à celle de « Prussiens » pour désigner les Allemands | de nos jours, Romanus avait également un sens collectif, en sorte qu'on peut dire qu'on donnait alors le nom | de Franci à tous les peup les barbares du Bas-Rhin ; ce. nom n'avait pas une valeur ethni que, il désignait un certain groupement géographi que et non une certaine |. origine. Il n'y avait pas de Francs de race, il n' y avait | que des Francs de nationalité,
901 NATIONALITÉ FR
- ments amenèrent la nationalité fran que sur un théâtre plus vaste qui changea ses conditions d'existence. Un - État se forma dans lequel l'égalité fut établie dés le premier jour entre vainqueurs et vaincus.
Leroyaume de Clovis, qui succéda à celui de Clodion, - fut marqué par deux pério des distinctes, La première, - où ce royaume s'étendit par la conquête jusqu'à la Loire ; la seconde, où il s'empara de pres que toute Aquitaine wisigothi que et atteignit jusqu'aux Pyrénées. Il y eut ainsi trois phases dans l'histoire des Francs et dans l'histoire de leur nom. Dans la première, au temps de Clodion, Francus est en opposition avec le Romain indigène de la méme contrée ; dans la seconde, - Francus désigne tout homme libre du premier royauqne de Clovis, qu'il soit gallo-romain ou barbare ; dans - ja troisième, ce nom s'appli que à tout homme libre sans distinction de race. Le mieux sera ici de passer en - revue les documents dans lesquels le mot Francus est employé ; non pas tous les documents, certes, mais - ceux-là seulement où le passage relevé peut nous apprendre quel que chose. Nous citerons d'abord les. passages de Grégoire de Tours, d'où il résulte qu'au yr siécle les Gallo-Romains étaient appelés Fran ces aussi bien que leurs concitoyens d'origine germani que !, Hisloria Franc., ]. IV, c. xxi. Aprés la mort de Clotaire Ier, son fils Chilpéric s'adresse aux princip aux Francs qu'il gagne par des trésors, Il est évident que parmi ces Francos uliliores, Chilpéric comprend les = Gallo-Homains qui composaient l'aristocratie du rovaume franc.
Hisl. Franc., l. V, c. 1. « Il me répugne de MUR toute cette variété de guerres civi les qui épuisent le peuple et le royaume des Francs », ce qui inclut né cessairement les Gallo-Romains qui étaient aussi éprouvés que les Francs.
„Hisi. Franc., 1. VI, c. 11, Chilpéric fait exécuter un objet d'art ad exornandam al que nobilitandam gentem Francorum, dit-il, par quoi il faut entendre toute la nation.
Hisl. Franc., 1. VII, c. xxxi. L'évê que de Toulouse refuse de recevoir le prétendant Gundobald, et il dit aux gens de sa cité, par conséquent des Gallo-Homains : Sit que omnibus exemplum, ne quis extraneorum Francorum regnum audeat violare ; ici le Franc est opposé à l'étranger et ce nom de Franc désigne tout sujet libre.
I] nous parait clair que dans ces passages le mot Francus est employé au sens large ; dans d'autres passages du méme auteur, il est évident que ce méme mot est pris dans le sens de barbare germani que.
Hisl. Franc., l. VII, c. xxxi. Gundobald envoie à Gontran deux ambassadeurs porteurs de baguettes consacrées selon le rite des Francs : cum virgis conseeralis juxta ritum Francorum ul scili cet non contingerentur ab ullo ; voici un rite germani que et qui doit ne s'appliquer qu'aux Francs barbares, mais c'est à une épo que où tous les Francs étaient barbares, On peut citer d'autres passages et voir qu'en général lors que Grégoire de Tours emploie Francus au sens restreint, il s'agit de Francs barbares habitant les régions germaniques voisines de la frontière linguisti que. Qu'on s'adresse à d'autres écrivains : voici Fortunat qui, dans un disti que oppose l'Italien au Franc ? :
Chez Frédégaire on observe, comme chez Grégoire, la diversité des acceptions du mot Francus.
En somme, au terme d'une longue et minutieuse enquéte, on peut conclure que « dans la langue du haut Moyen Age, les deux termes Francia et Francus suivent un développement paralléle. Tous deux se sont appliqués successivement, l'un aux divers pays qui ont passé sous l'autorité des rois francs, l'autre aux diverses catégories d'hommes libres qui reconnaissaient cette autorité, Ils ont donc pris successivement, l'un et l'autre, des acceptions de plus en plus étendues, mais sans renoncer à auc une de cel les qu'ils avaient eues auparavant. Tous les deux ont été pris dans un sens étroit, dans un sens moyen et dans un sens large. » AIII. RAPPORT DE L'ONOMASTIQUE A LA NATIONALITÉ. — On a vu par ce qui précéde qu'il est impossible de tirer de l'épithéte Francus un indice certain sur la nationalité ; il faut, dés lors, recourir à un autre procédé d'investigation, interroger l'individu et s'assurer, d'aprés le nom qu'il porte, s'il est romain ou barbare d'origine. L'aspect des noms propres est si différent qu'on reconnait pres que toujours à premiére vue l'origine d’après le nom ; on croit, du moins, le reconnaitre, et une fois de plus l'abus doit faire condamner l'usage. L'indice, en effet, n'est pas tellement sûr qu'on puisse lui accorder une créance sans réserve, Avant l'épo que d'Auguste, on peut soutenir à coup sür que quicon que porte un nom germain est d'origine ou de naissance germani que. Les barbares aiment à échanger leurs noms avec d'autres barbares et bien habile qui s'y reconnaitra, mais ja mais il ne leur est venu la pensée de prendre un nom romain ; quant aux Romains, semblable idée ne leur serait méme pas venue. Mais, dés l'épo que d'Auguste, il faut cesser de conclure du nom à la nationalité, du moins en ce qui concerne les porteurs de noms romains. Depuis que les Germains sont en contact avec l'empire, ils s'apprivoisent avec sa civilisation, ses usages et on pourrait dire qu'ils s'amusent à s'affubler de noms latins. « Depuis le Batave Civilis, au rr siècle, jusqu'au Franc Silvanus, au 1v°, tout Germain qui prend du service dans les légions ou qui veut jouir des bienfaits de la naturalisation romaine naturalise aussi son nom. On en voit méme qui emportent leur nom romain dans leurs foyers primitifs : tel le fils d'Arminius, qui était revenu de Rome avec le nom d'Italicus, ou ce prince alaman Agenaricus, fils de Medericus et neveu de Chnodomar, dont le pére avait changé le nom en celui de Serapio : ideo sic appellatus, écrit Ammien Marcellin, quod pater ejus diu obsidatus pignore tentus in Galliis doclus que Græca quaedam arcana hunc filium Agenarichum genilali vocabulo dicfitalum ad Serapionis franslulil nomen ?. Sérapion n'est pas seul : d'autres prin ces alamans qui guerroient contre Rome s'appellent l'un Ursicinus , l'autre Macrienus , et il faut remarquer que ce dernier, dont le frère s'appelle Hariobau des, n'avait ja mais vu une armée romaine avant le moment oü il fit la guerre à l'empire ê. » Mais le prestige de Rome s'affaiblit et les barbares se montrent moins empressés à se parer de noms latins. A partir du rv° siècle, ils paraissent se faire un point d'honneur de garder leur nom national. Chose inattendue, ces noms rauques en viennent jusqu'à s'infiltrer dans les fastes consulaires où on lit les noms de Nevitta (362), de Dagalaifus (366), de Merobau des (377 et 383), de Richomeris (384), de Bauto (385). Ceux-ci gardent leur nom barbare ; ils ne sont pas suivis par tous leurs compatriotes, puis que, au v* siècle, c'est encore un barbare que ce glorieux général Aetius qui a romanisé SOIL IDOILHL.
« On peut dire, en général, que du 1v* au vi siècle, les barbares perdirent l'habitude de prendre des noms romains. Aulieu d'étre absorbés par l'empire, l'élément barbare, de tous côtés, semblait absorber celui-ci. Les Romains se défendaient comme ils le pouvaient sur le P ma. a a PTE pe RS GERE GU Ne.
»TM Rm quomm mis rcp qs terrain onomasti que ; leur fidélité à leurs noms nation aux fut comme la derniére manifestation de leur patriotisme. Mais, à partir de la fondation du royaume franc, à la fin du v* siècle, les choses prennent une face nouvelle. Le phénoméne est renversé : cette fois, pour la première fois dans l'histoire, ce sont les Romains qui prennent des noms germaniques et qui semblent vouloir se faire naturaliser barbares. Ce phénomène est particulier aux peup les catholiques, c'est-à-dire aux Anglo-Saxons et aux Francs, Dans les royaumes ariens, au contraire, où l'opposition entre les deux nationalités garde toute son acuité, elle continue à se caractériser par l'opposition des noms.
« Chez les Francs, la dynastie est probablement, de toutes les famil les, celle qui reste Ia plus fidéle aux noms germaniques. On ne relève, dans tout l'arbre | généalogi que des Mérovingiens, que deux personnages | dont les noms n'appartiennent pas au répertoire germani que ; encore sont-ils pris dans la tradition bibli que et non dans celle des Romains. Ce sont Samson, fils de Chilpéric Ie, mort en bas âge !, et Daniel, le f aux Mérovingien, à qui on se crut obligé de donner le nom de Chilpéric lorsqu'on le fit monter sur le trône ?. Mais la | fidélité de la dynastie aux noms traditionnels dans la famille est un fait général qui s'expli que par des raisons de convenance ; les rois gardent ces noms, nullement parce qu'ils sont germaniques, mais parce qu'ils sont en quel que sorte consacrés par la couronne.
« Pour le reste du peuple franc, l'adoption de noms barbares par les Homains est un phénomène fréquent. Le plus ancien exemple, peut-être, serait celui de sainte Geneviève (Genovefa), s'il était établi que Genovefa est un nom germanique. La qualité de Romain est formellement attribuée au duc Chramnelenus, au patrice Richomeris, à saint Gaugéric (Géry), né à Ivoy, et dont les parents s'appellent Gaudentius et Custodiola. Peuvent être considérés encore comme Romains, l'évêque Francilion de Tours et le duc Gundulfus qui sont de famille sénatoriale. Nous classerons encore dans la même catégorie le juif Sigericus de Bourges.
“ Les barbares, eux, n'adoptent pas les noms romains. Le seul qui fasse exception, du moins en apparence, est un certain Claudius, qui, au dire de Grégoire de Tours, prit les auspices à la manière des barbares. Le cas est douteux, car il ne suit pas nécessairement du texte de Grégoire que Claudius était un barbare, mais seulement qu'il se conformait aux usages des barbares. Quant aux deux fils de Charlemagne, Remedius, évêque de Rouen, et Hieronymus, ils doivent peut-être leur nom latin à leur caractère clérical. Mentionnons encore des barbares qui, tout en gardant leur nom national, en prennent un second qui est latin ; ainsi un certain Calumniosus cognomine Ægila, et un duc Dracolenus, qui dicebatur Indusirius.
“ Souvent nous ne connaissons pas la race de la famille, mais nous voyons que dans son sein les noms germaniques et les noms latins se combinent de la manière la plus fraternelle. Dans le pays de Limoges, deux frères s'appellent l'un Badegisilus, l'autre Nectapère de Bursolenus et de Dado ; son gendre est Gontran Boson. Le duc Lupus a un frère qui s'appelle Magnulfus et deux fils nommés Romulfus et Johannes. L'évêque de Troyes, Gallomagnus, a une fille nommée Palatina, qui épouse le duc Bodegisel. Le prêtre Ennodius, fils du sénateur Euphrasius, a pour proche parent Beregisilus. Bertulfus est le fils d'un Florus ; Donatus, d'un Waldelen et d'une Flavia ; saint Didier de Cahors, de Severus et de Bobila ; Eusebia, d'un Adalbald ; Romula Eugenia, du duc Ansemund. L'évêque de Chartres, Deodatus, a pour mère une Adrebertana ; saint Arnoul, martyr, est fils de Quiriacus et de Quintina, nobles Francs. Goar, né en Aquitaine, est fils de Georgius et de Valeria. Un Tourangeau du nom d'Eustachius est parent et héritier d'un certain Baudulfus.
“ On peut s'étonner de la rapidité de cet échange de noms au vi siècle ; nous le trouvons déjà en vigueur, comme on voit par plusieurs exemples empruntés à Grégoire de Tours. Si on cherche l'explication d'un usage si contraire à tout ce que l'on sait de la fierté romaine, on la trouvera surtout dans les mariages qui unirent de fort bonne heure les Francs barbares et les Romains. Grâce à la profession d'une même foi par les deux peuples, grâce aux relations sympathiques qui, sous l'influence des évêques, s'établirent depuis Clovis entre les provinciaux et les conquérants de la Gaule romaine, tous les obstacles qui auraient pu s'opposer à une rapide fusion des barbares et des Romains étaient levés. Dans les exemples cités plus haut, il en est plusieurs où la double nationalité des noms s'explique par l'origine différente des deux parents. Ce sont les mariages mixtes qui rendent compte de plus d'un phénomène. Qui ne se rappelle le comte Arbogast de Trèves, petit-fils du célèbre Arbogast qui fut le meurtrier de Valentinien III ? Sidoine Apollinaire vante le petit-fils de garder le culte des lettres classiques au milieu des barbares et il ne manque pas d'historiens pour tirer de ce passage la preuve que les barbares avaient du goût pour les lettres et les cultivaient. La culture littéraire d'Arbogast II paraîtra moins extraordinaire quand on saura que son père était un Romain du nom d'Aridius, qui, devenu le gendre d'Arbogast, avait donné à son fils une éducation romaine et le nom de son grand-père.
“ En faisant cette constatation, on n'entend d'aucune manière ébranler les résultats auxquels est arrivé Ed. Le Blant dans son étude sur le rapport des noms avec les nationalités au vi siècle. Il a mis hors de contestation deux points : le premier, c'est que la diffusion des noms germaniques en Gaule suit une progression ascendante du v au vi siècle, et qu'il ne faut pas, en conséquence, considérer comme achevé dès le v siècle un mouvement qui, à cette date, ne fait que commencer ; le second, c'est que l'énorme prépondérance des noms romains sur les noms germaniques dans le clergé trahit un rapport à peu près analogue des éléments nationaux. Mais cette concession faite, on affirme que les noms individuels, pas plus que les noms collectifs, ne servent à établir la nationalité de ceux qui les portent. Et il reste acquis que l'histoire ne dispose d'aucun moyen pour déterminer la race des personnages qui défilent dans les chroniques et dans les biographies du haut Moyen Âge. » H. LECLERCQ.
NATIVITÉ DE JÉSUS. — I. L'événement. II. Incertitude sur la date. III. La date du 25 décembre à Rome. IV. Le Natalis Invicti. V. Expansion de la date du 25 décembre : 1. Antioche ; 2. Syrie du Nord ; 3. Constantinople ; 4. Nysse ; 5. Amasée. 6. Chypre ; 7. Alexandrie ; 8. Jérusalem. VI. Fixation de fêtes après Noël : 1. Circoncision ; 2. Purification ; 3. Annonciation ; 4. Nativité de saint Jean-Baptiste. VII. Fêtes à la suite de Noël. VIII. Noël en novembre. IX. La solennité. X. Les monuments figurés. XI. Le sanctuaire de la Nativité. XII. La grotte de la nativité. 1. Le problème archéologique ; 2. Analyse archéologique ; 3. Restauration du monument constantinien ; 4. Citerne-baptistère. XIV. Histoire du sanctuaire : 1. De Constantin à Justinien ; 2. De Justinien au ix siècle.
En Égypte, le recensement se faisait au lieu où on habitait. On lit sur un papyrus de l'an 104 après Jésus-Christ que « Gabius Vibius Maximus, préfet d'Égypte [dit] : Puis que le temps est venu du recensement maison par maison, il est nécessaire d'obliger ceux qui, pour une raison quelconque, résident hors de leurs districts, de retourner à leurs propres domiciles afin qu'ils puissent se tenir à l'ordre régulier du recensement, et veiller avec diligence à la culture de leurs lots » ; ce qui est conforme à ce que dit l'évangéliste : « Chacun allait se faire inscrire dans sa propre ville. » On pouvait se ranger en Syrie à des méthodes et adopter des interprétations différentes de celles en faveur en Égypte, mais l'analogie n'en reste pas moins frappante. Il est permis de supposer que Joseph avait d'abord habité Bethléem et qu'il vint faire constater son identité à son lieu d'origine, sauf à déclarer que son domicile actuel se trouvait à Nazareth. La présence de Marie s'explique aussi par son origine davidique, sans préjuger de la convenance des deux époux.
On admet généralement que P. Sulpicius Quirinius a été deux fois gouverneur de Syrie, province impériale qu'Auguste faisait administrer directement par ses légats. La première légation ne peut être antérieure à l'été de l'an 4 avant Jésus-Christ, elle ne peut être prolongée au-delà de l'an 3 après Jésus-Christ, puis que L. Volusius Saturninus a été gouverneur en l'an 4 après Jésus-Christ. La seconde légation de Quirinius commence en l'an 6 après Jésus-Christ. Flavius Josèphe nous apprend que Quirinius avait été envoyé pour faire le recensement de la Syrie, et Dion précise qu'en l'an 11 ou 10 avant Jésus-Christ « Auguste fit le recensement, recensant tout ce dont il avait la disposition comme un particulier quelconque, et il fit le triage du Sénat ! ! » Le monument d'Ancyre mentionne trois recensements du peuple romain, tous trois accompagnés du triage du Sénat ; en sorte qu'il est permis de regarder l'opération de l'an 11-10 comme une sorte d'inventaire des provinces impériales dont la date coincide avec celle que donnent les papyrus égyptiens. Un recensement général paraît d'ailleurs indiqué par le contenu du Breviarium !' ; c'est ce recensement que Luc nomme un « décret ». Il a été appliqué non seulement aux provinces, mais encore dans le royaume tributaire qu'était la Palestine. À une situation nouvelle, Auguste adaptait des institutions qui n'avaient rien de traditionnel et il n'avait aucune raison de traiter le roi Hérode avec des ménagements particuliers. Le personnage dépendait si complètement de lui qu'il pouvait lui infliger cette mortification de le traiter en sujet après l'avoir traité en ami. P. Disgrâce passagère, il est vrai, mais survenue vers l'an 8 avant Jésus-Christ. Avant cette date, on ne peut guère supposer un recensement ordonné par Auguste dans les domaines d'Hérode ; mais celui-ci venait de faire mourir ses fils Alexandre et Aristobule, et Auguste, en présence de cette succession ouverte, a dû se demander s'il n'allait pas incorporer la Palestine à la Syrie. Toujours prévoyant, il exigea un serment d'allégeance absolue !, serment que refusèrent 6 000 pharisiens (7 ou 6 av. J.-C.) ; ce serment individuel, exigé de tous les Juifs, devenait l'occasion d'un recensement qui eut lieu — Tertullien n'hésite pas à l'affirmer — sous le gouvernement de Sentius Saturninus, légat de Syrie au moment du meurtre d'Alexandre et d'Aristobule !, C'est là un témoignage très considérable et comme Saturninus ne quitta pas la Syrie plus tard que le début de l'an 6 avant Jésus-Christ ?, le recensement commença donc probablement dès l'an 7.
Nous ignorons à peu près tout sur le mode d'application de ce recensement dans lequel le but avoué de faire prêter serment dissimulait fort mal l'intention de dresser le rôle de la future capitation. Les opérations furent conduites avec une lenteur cachant peut-être un calcul , en sorte que Joseph, accompagné de Marie, ne vint à Bethléem qu'en l'an 7 avant Jésus-Christ ou en l'an 6 ou même en l'an 5. Cependant, le refus de serment opposé par 6 000 pharisiens jusque-là parti sans déterminés de la soumission au régime amena une scission très grave dans le parti. Hérode chargea le grand prêtre Joazar de soutenir le parti de l'ordre et il eut fort à faire pour contrebalancer l'influence de Judas le Galiléen, qui réussit d'ailleurs à provoquer la révolte ouverte après la mort d'Hérode. A ce moment, Archélaüs n'osa se faire proclamer roi à Césarée sans la permission d'Auguste ; avant de partir pour Rome afin de solliciter la dignité royale, Archélaüs vit débarquer Sabinus, procurateur de César en Syrie, venu mettre sous séquestre les biens d'Hérode et administrer le pays en qualité de liquidateur. Aussitôt après le départ d'Archélaüs, Sabinus se rendit à Jérusalem, s'installa au palais royal et se conduisit en maître. L'annexion semblait certaine et prochaine ; l'impatience de Sabinus à la hâter aboutit au résultat contraire . Auguste confirma le testament d'Hérode et les troubles provoqués par la rudesse de Sabinus furent apaisés par Varus ; le calme revint et le recensement, interrompu par l'insurrection, put être repris sous la direction de Quirinius en l'an 3. Ce haut fonctionnaire attacha son souvenir à deux opérations de recensement, le second exécuté en 6 après Jésus-Christ ; le premier commencé avant son arrivée et dont il procura l'achèvement. C'est ce que dit l'évangéliste saint Luc si on entend ses paroles ainsi : « Ce fut le premier recensement, Quirinius étant gouverneur de Syrie” », mais on le peut entendre ainsi : « Ce fut le premier recensement, avant que Quirinius fût gouverneur de Syrie, » Joséph se soumit à ce que l'autorité exigeait de lui ; à Nazareth, tous limitaient et plusieurs partaient pour s'inscrire chacun dans sa cité d'origine. Beaucoup d'Orient aux résident hors de leur ville natale sans l'oublier ja mais ni cesser de se glorifier en elle. Bethléem, lieu de naissance de David, avait droit de se dire sa ville, et il est probable qu'un grand nombre d'Israélites se disaient du clan de David sans avoir la prétention de descendre de lui. Il ne faut pas se figurer une partie de la Judée confluant vers Bethléem. Joseph et Marie purent faire commodément le voyage de Nazareth à Bethléem en quatre jours, les étapes devant être ce qu'elles sont de nos jours : Djenin, Naplouse, el-Bireh. Peut-être quelques voyageurs occupaient la salle commune du khan où tout le monde peut attacher ses bêtes et s'arranger pour dormir auprès d'elles ; aucune place convenable ne se trouvait libre ; or, Marie devait prévoir sa très prochaine délivrance. Faute d'un berceau qu'elle ne put découvrir, elle prépara une mangeoire dans une étable où elle pouvait éviter les intrus, sans doute une de ces excavations naturelles agrandies et aménagées à proximité d'une habitation pour recevoir des hôtes et leurs montures . Quand le temps fut arrivé, Marie enfanta son fils premier-né loin de toute curiosité indiscrète, de tout empressement gênant . Il se pourrait que des animaux aient été les seuls témoins de ce mystère auguste. Dès que l'enfant fut né, Marie l'enveloppa de langes, le déposa dans la créche et l'adora.
II. INCERTITUDE SUR LA DATE. — Il n'existe point « de tradition autorisée sur le jour de la naissance du Christ ! » ; Pour surprenant que soit le fait, il est incontestable, quoiqu'on en ait pu dire. Saint Jean Chrysostome, dans une homélie prêchée à Antioche le 25 décembre 386, 387 ou 388 affirme que ce sont les Romains qui, depuis longtemps et d'après une ancienne tradition, commémorent la solennité en ce jour et c'est à eux qu'on en doit la connaissance !! : Oi ap £xei (à Rome) 9txcpí6ovrec, Kvoev xai Ex TA&ÀxtEc nruomôcoeuc œbThv érirehoüvtec. Il a bien raison de parler d'une ancienne tradition, puis que, d'après le Liber pontificalis, ce fut le pape saint Télesphore (125-136) qui institua la messe de minuit : Hic constituit ul... et Natalem Domini noctu missas celebrarentur ? afin d'honorer le jour et l'heure de la naissance du Sauveur, En Orient, les Constitutions apostoliques et la Didascalie des apôtres nous mettent en contact direct avec les contemporains du Sauveur qui prescrivent aux fidèles de célébrer dignement la fête de la Nativité de Jésus. Malheureusement ces textes ne sauraient être retenus. Saint Jean Chrysostome affirme une « tradition antique » qu'il ignore. et suppose ; le Liber pontificalis invoque une coutume qu'il appuie sur une interpolation du v siècle, Les Constitutions apostoliques ne rendent témoignage que pour les environs de l'an 400, quant à la Didascalie, elle peut appartenir à la fin du iii siècle et ne contient aucune allusion à la fête de Noël. De la prétendue tradition il ne reste rien #,
En réalité, la fête de Noël est d'origine tardive et au moment où elle s'implanta à Rome personne ne se trouvait en mesure de faire la preuve que le Sauveur était né le 25 décembre. L'affirmation peut surprendre, elle ne doit pas choquer parce qu'elle est historiquement certaine. Il peut paraître surprenant, faisait remarquer E. Vacandard, que les premiers chrétiens, les apôtres eux-mêmes n'aient pas songé à célébrer - 909 l'anniversaire de la naissance de Jésus. Mais la liturgie primitive est toute concentrée autour de la mort et de la résurrection du Sauveur. C'est en souvenir de sa mort que les apôtres et leurs successeurs continuèrent - dans le sacrifice eucharistique l'oblation du calvaire ; c'est en souvenir de sa résurrection qu'ils ont substitué le dimanche au sabbat et la solennité de Pâques à la 4 Pâque juive. Pâques et Pentecôte, qui étaient des fêtes 4 hébraïques, ont pris un caractère chrétien et Pâques est devenu le premier point cardinal de l'année liturgique, suivant la juste observation de L. Duchesne.
Les apôtres et les premières générations chrétiennes voulurent glorifier le triomphe de Jésus sur la mort, : comme ce fut la mort des martyrs qu'on célébra sur leur tombeau et qu'on appela leur véritable naissance : nalale (voir ce mot). Seuls les martyrs furent associés au culte rendu au Christ pendant les trois premiers siècles. Ce ne fut pas avant le iv* siècle que la très sainte Vierge elle-même fut honorée par la liturgie.
On s'explique mieux, dés lors, l'espèce de négligence qui entoura la date de la naissance de Jésus. Négligence ou bien oubli dont nous relevons cette preuve irrécusable. — Vers l'an 200, Clément d'Alexandrie raille ceux qui s'emploient à rechercher l'année et le jour de cette naissance qui, à cette époque, était donc discutée. On ne doit, selon lui, accorder aucune valeur à des calculs qui aboutissent 2 des résultats qui vont du 18 ou 19 avril au 29 mai ?, Il y a mieux, puis que le De Pascha compulus, publié en 243, et qui est classé parmi les apocryphes de l'édition de saint Cyprien ?, fixe, pour des raisons symboliques, la nativité de Jésus au 28 mars ?, « Tout cela, a-t-on dit +, montre clairement que ceux qui proposaient de telles combinaisons, et donc l'Église des premiers siècles, ignoraient la date de la nativité. Tout cela prouve même qu'il ne se célébrait pas, en ces temps, de fête de Noël ; autrement les opinions contraires touchant la date réelle se seraient heurtées avec violence, et l'écho des discussions qui auraient eu lieu à ce sujet nous serait parvenu, comme il advint de la controverse pour la fixation de la fête de Pâques. »
DE JÉSUS
910 on lit ceci : « Le Seigneur est né à Bethléem le huitième jour avant les calendes de janvier, un mercredi, quarante-deuxième année d'Auguste, 5500 ans après Adam, et il mourut dans sa trente-troisième année, huit jours avant les calendes d'avril, un mercredi, la dix-huitième année de Tibère, Rufus et Hubellius étant consuls . » L'éditeur a étudié cette date et Ad. Hilgenfeld a soumis à un nouvel examen le passage d'Hippolyte”. Il estime que le texte est interpolé. Le véritable Hippolyte plaçait la naissance du Christ un mercredi, le 2 avril de l'an du monde 5500 (an 752 de la fondation de Rome) ; et sa mort, le vendredi 25 mars 5530 (an 782 de la fondation de Rome), la seizième année de Tibère, Rufus et Rubellius étant consuls. Mais ces données ont été altérées, après la mort d'Hippolyte, d'une part sur l'influence de la fête romaine (dies solis invicti, 25 décembre), et d'autre part pour y introduire une chronologie déduite de l'évangile de saint Jean (trente-troisième année de vie). Un manuscrit, le Chisianus (extraits, x° siècle), et la citation conservée en syriaque par Georges de Horta, évêque des Arabes (t 725) sont seuls à présenter le texte non interpolé. Si on admet ces observations et l'authenticité du texte d'Hippolyte , on constate que la date du 25 décembre remonte jusqu'au commencement du iii siècle ; mais, d'une part, la simple mention de la nativité ne nous donne pas les moyens de conclure à l'existence d'une fête liturgique de Noël au temps de saint Hippolyte . Et, d'autre part, nous avons des raisons de croire que ce passage, ignoré jusqu'à nos jours, d'un commentaire bien connu, est une interpolation tardive !« , Jean de Nicée, aux environs de l'an 9060, s'appuie sur une correspondance du pape Jules Ier (337-352) et de Cyrille de Jérusalem (348-386), pour montrer l'accord qui existait entre les deux pontifes, vers le milieu du iv siècle, pour la célébration de la fête de Noël au 25 décembre. Mais le malheur veut que la correspondance invoquée en témoignage soit apocryphe M, Il faut donc chercher autre chose.
III. LA DATE DU 25 DÉCEMBRE À ROME. — L'Épiphanie est antérieure, en Orient, à la fête de Noël et la date où cette dernière fut introduite dans les grandes Églises d'Asie Mineure, de Syrie et d'Égypte n'est guère contestée. Cette antériorité de l'Épiphanie sur la Nativité se retrouve-t-elle en Occident et spécialement à Rome ? Ici, deux théories en présence : H. Usener soutient qu'il y a eu d'abord une fête de l'Épiphanie, commémoration du baptême d'abord, en second lieu de la nativité du Christ. La plus lointaine origine de cette fête se constate dans les usages de la secte basilidienne, tels qu'ils nous sont connus par Clément d'Alexandrie. Elle fut adoptée par toute l'Église. Ce fut à Rome même, jusqu'à l'année 353, la seule fête consacrée à célébrer la naissance du Sauveur. En 353, le pape Libère institua la fête de Noël. Dès lors, il y eut deux fêtes, à Rome d'abord, puis, dans toute l'Église, l'usage romain s'étant répandu peu à peu. Le plus lointain indice qui se rapporte à cette fête nous est donné par Clément d'Alexandrie. Il raconte que les basilidiens célébraient le jour du baptême du Christ par une fête précédée d'une vigile ou veillée passée à entendre des lectures : τοù Baxrtiouaxroc adrob THV fuépxwv ÉCETÉCOUCL TPOÔLAVUXTEPEUOVTES GV YVOOEOL. Ils variaient toutefois sur la date : les uns célébraient la fête le 10 janvier, les autres le 6. On ne sait au juste à quel moment cet usage fut accepté par les Églises orthodoxes d'Orient, mais il est sûr que, dans le courant du IVe, la fête du 6 janvier y était universellement observée ; on y célébrait une triple commémoration, celle de la naissance du Christ, celle de son adoration par les mages, enfin celle de son baptême. Cette fête fut adoptée par celles des Églises d'Occident qui, en ce genre d'institutions, se conformèrent de bonne heure aux usages orientaux !'. A Rome, on observait une autre date, celle du 25 décembre. Dans le courant du Ve, on fit échange, et les deux fêtes commencèrent à être célébrées partout. Quant à la fête romaine, elle est sûrement postérieure à l'année 243, sûrement antérieure à l'année 336.
H. Usener trouve l'Épiphanie à Rome, au milieu du IVe, plus précisément en 353. Voici comment il s'y prend :
On sait que le pape Libère prononça le « discours de véture » au jour de la consécration virginale de Marcelline, sœur de saint Ambroise, qui nous a conservé ce sermon ; or, d'après H. Usener, ce discours suppose que la cérémonie eut lieu le jour de l'Épiphanie et non le jour de Noël. Mais comme la solennité est appelée natalis Salvatoris, il en résulte qu'à la date où le sermon fut prononcé l'Église romaine célébrait encore le 6 janvier la nativité du Sauveur et qu'elle ignorait la date du 25 décembre. Comme, enfin, la fête du 25 décembre est marquée dans un calendrier romain de 354 et que Libère est devenu pape en mai 352, il est nécessaire : 1° que le discours ait été prononcé le 6 janvier 353 ; 2° que cette année-là ou, au plus tard, l'année suivante, Libère ait disjoint les deux commémorations, institué la fête de Noël comme natale Christi et restreint d'autant la fête du 6 janvier. A cela on peut répondre que :
1° Rien ne prouve que Marcelline ait été consacrée — par Libère avant son exil (355-358) plutôt qu'après, Si elle a été consacrée après, l'argument s'évanouit, 2° Rien n'autorise à croire que saint Ambroise nous rapporte, en termes exacts, le discours du pape ; on est bien plutót fondé à penser, en comparant le style du morceau avec celui de saint Ambroise d'une part, celui de Libère de l'autre, qu'il a été refait, pour les détails bien entendu, par l'éloquent évêque de Milan. Dès lors, que peut-on fonder sur des nuances d'expression ? Il faudrait d'abord être sûr que nous avons affaire à un texte de 353 et non à un texte de 377.
Voici, maintenant, un argument direct. Le calendrier romain de 354 se compose de deux tables, dans l'une desquelles sont marqués les anniversaires des martyrs. En tête de celui-ci on trouve la fête de Noël au 25 décembre. De plus, il y a une table des anniversaires des papes et celle-ci prouve clairement, quoiqu'elle ne contienne pas la fête de Noël, que cette fête était observée, à Rome, en 336. La voici, accompagnée du millésime de la mort de chaque pape :
Il suffit de jeter un coup d'œil sur cette série, pour constater que les papes : 1° ne sont pas rangés dans l'ordre chronologique ; 2° qu'ils sont rangés dans l'ordre du calendrier, sauf les deux derniers ; 3° que ces deux derniers ont été ajoutés après coup par quelqu'un qui ne s'est pas donné la peine de les intercaler à la place qu'ils auraient dû occuper, suivant la disposition primitive ; 4° que cette disposition primitive remonte à une date postérieure à la mort de Sylvestre, 31 décembre 335, et antérieure à celle de Marc, 7 octobre 336.
Ainsi la liste existait, et dans l'ordre ci-dessus, en l'année 336 ; elle a été complétée, sans aucun dérangement, par l'adjonction des deux papes morts depuis, Marc et Jules, les deux prédécesseurs immédiats de Libère, Mais si la liste existait, comment se fait-il qu'elle commence par le pape mort le 27 décembre, au lieu de commencer par le pape mort le 10 janvier ? Le calendrier romain officiel avait son point de départ au 1er janvier. Quelle raison avait-on de s'en écarter ? Évidemment un usage ecclésiastique, d'après lequel l'année commençait à une date différente. Ici nous voyons que la date en question, le début de l'année ecclésiastique, doit être cherchée entre le 8 et le 27 décembre. Personne ne songera à un autre jour que le 25, le natale Domini.
Conclusion. — La fête de Noël est, à Rome, antérieure à l'année 336. De combien ? Nous l'ignorons. Du De Pascha computus on peut conclure que la fête n'existait pas en l'année 243 ; « l'incertitude s'étend à quatre-vingt-treize ans ? », Mais comment l'Église romaine, qui n'avait pas plus que les autres Églises de tradition réelle sur le jour de la naissance du Christ, en a-t-elle fixé l'anniversaire, ou, si l'on veut, la fête commémorative au 25 décembre ? Plusieurs systèmes ont été proposés pour expliquer son choix.
Certains voudraient que sa chronologie fût le résultat d'un calcul que nous exposerons plus loin mais ce calcul péche par la base et la date du 23 septembre pour la conception de Jean-Baptiste est pure fiction ; du même coup, la conception du Christ au 25 mars et sa naissance au 25 décembre demeurent sans consistance.
« L'habitude que prit l'Église de détourner les fidèles de la célébration des fêtes païennes, en y substituant des fêtes chrétiennes, a fait penser que la solennité de Noël pouvait avoir été établie pour supplanter les Saturnalia, Saint Maxime de Turin paraît être de cet avis . Mais il n'y a pas de coïncidence entre les deux fêtes, les Saturnalia commençaient le 17 décembre et ne se prolongeaient pas au-delà du 23. Ce système doit donc être écarté 5. » L. Duchesne estime qu'on « est arrivé à la date de la naissance du Christ en partant de celle que l'on croyait être celle de sa mort. Cette dernière date, dit-il, ne peut être déterminée historiquement : les données fournies par les évangiles et par la tradition ne suffisent pas à établir une solution certaine. De bonne heure, cependant, on s'évertua à résoudre le problème. Clément d'Alexandrie cite des calculs privés qui aboutissaient pour le jour, au 21 mars, au 13 ou au 19 avril ; le De Pascha computus, cité plus haut, donne le 9 avril ; Lactance le 23 mars . Une solution plus généralement admise, c'est celle du 25 mars. Tertullien est le premier qui l'ait mentionnée : Passio perfecta est sub Tiberio Cesare, consulibus Rubellio Gemino et Fufio Gemino [29], in mense martio, temporibus Paschæ, die VFI kal. april., die prima Azymorum . Hippolyte, dans sa table pascale, marque la passion du Christ à une année où le 14 nisan tombe un vendredi 25 mars, Dans son commentaire sur Daniel, il indique expressément le vendredi 25 mars et le consulat des deux Gemini, Le catalogue philocalien des papes donne la même date, de jour et d'année. Il faut remarquer que le cycle d'Hippolyte et le catalogue philocalien dérivent de documents officiels et peuvent être invoqués comme indices de l'usage ecclésiastique romain. Cette même date du 25 mars figure dans certains actes de Pilate, qui, vers le commencement du IVe à tout le moins, jouissaient en Orient d'une grande publicité et même de quelque considération, Cet écrit, très répandu en Asie Mineure, porta ‘les quartodécimans de Phrygie à fixer la Pâque au 25 mars ; en Cappadoce, les tenants de cette secte se partageaient entre le 25 mars et le 14 nisan, se refusant toujours à solenniser le dimanche . En Gaule, au Ve et au VIe, la tradition du 25 mars était tellement ancrée qu'elle avait donné lieu à une fête et même à deux, celle de la Passion et celle de la Résurrection qui se célébraient le 25 et le 27 mars, sans préjudice des solennités mobiles du vendredi saint et du dimanche de Pâques '*, « Ces observances festales donnent l'idée d'une tradition invétérée. Il ne faut pas croire pourtant que cette tradition ait un fondement historique. La passion n'a certainement pas eu lieu un 25 mars ! !, Ce jour a dû être choisi arbitrairement ou plutôt suggéré par sa coïncidence avec l'équinoxe (officiel) du printemps. La mort du Christ se trouvait ainsi tomber le jour même où, suivant une idée universellement répandue, le monde avait été créé, « Une fois cette date obtenue et obtenue en partant de considérations astronomico-symboliques, il est assez naturel que l'on s'en soit servi pour aboutir à une autre coïncidence. Le Christ n'a pu passer en terre qu'un nombre entier d'années ; les fractions sont des imperfections qui ne cadrent pas avec le symbolisme des nombres ; on est toujours porté à les éliminer le plus possible. Dès lors, l'incarnation a dû avoir lieu le 25 mars, comme la passion ; et l'incarnation étant comptée à partir du premier instant de la grossesse de Marie, la naissance du Christ doit avoir lieu le 25 décembre.
« Cette explication serait plus facilement acceptable, si on la trouvait toute faite dans quelqu'auteur !, Malheureusement, il reste encore à produire un texte qui la contienne et l'on est réduit à la supposer ?, » E. Vacandard n'admettait pas cette explication 915 d'après laquelle la date du 25 mars aurait commandé celle du 25 décembre, ce qui n'est guère vraisemblable étant donné que la fête du 25 mars est très postérieure à celle du 25 décembre ; avec raison, il soutient que le 25 décembre a commandé le 25 mars. Le choix de cette date se justifie par des raisons symbolico-astronomiques, On sait que le Messie fut nommé par les prophètes « Soleil de justice ! » et le vieillard Siméon salua l'enfant Jésus comme la : Lumière des gentils ». La littérature chrétienne primitive fit bon accueil à ce titre métaphorique. Saint Cyprien appelle le Christ : Sol perus el dies verus ?, L'auteur du De Pascha compulus, en 243, s'empare de la prophétie de Malachie : Orielur vobis Sol justitie et l'applique expressément à Jésus . Saint Ambroise dit : « Celui-ci est notre Soleil nouveau 5. » On retrouve des expressions analogues chez saint Grégoire de Nazianze ‘, saint Jean Chrysostome , Zénon de Vérone ? et d'autres Pères de l'Église , Ce langage était de style courant. Dès lors, en l'absence de document qui fixât la naissance du Christ, il est naturel qu'on ait songé à la faire coïncider avec la renaissance annuelle de l'astre solaire, au 25 décembre qui marque le solstice d'hiver dans le calendrier romain.
IV. LE NATALIS INVICTI M, — On sait que le 25 décembre les païens célébraient le Natalis Invicti, la Nativité du Soleil invincible, qui après le solstice grandissait en force et en éclat ! !, Mais comment concevait-on cette naissance annuelle de l'astre du jour ? Quel mythe avait cours sur sa venue au monde ? Nous l'ignorerions complètement, si un passage peu connu ' d'un écrivain ecclésiastique n'éclairait ce point d'une lumière inattendue, Au milieu du VIIe, Cosmas de Jérusalem, un ami de Jean Damascène, rédigea un Recueil et commentaire des histoires dont fait mention saint Grégoire dans ses poèmes #, Ce traité, où Cosmas fait montre d'une vaste érudition mythologique, mériterait d'être étudié au point de vue de ses sources, Il contient bon nombre de données intéressantes ', C'est ainsi qu'à propos des vers où le poète chrétien parle de l'adoration des mages, Cosmas résume d'abord une légende (X6oc) sur les prédictions qu'auraient faites les dieux de l'Olympe au moment de la naissance du Christ !5, puis il ajoute 1 : Tadrnv yov Éxrahor 62 thv huépav éopriv »AAnvec xaUÜ* Nu ételoduto xa TX Tò LEGOVUXTLOV £v dO ToLc TLoiv Üretoepy óuevot, Ülev éELôvrec ÉxpxCov. IH IHIxgüévoc Étrexev, aber poc. » Tabrnv 'Emodvroc ó iyc tic Kunplov iepsóc pnost thv éoprnv xal
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916.
Zappxxnyoùg Eye Th nap’ xorv asBouévn AgpoBUzg, M 7j » 8£ XapuxpX (sic) « Tj adTov rpooxropebouat YATT.
On est tenté tout d'abord de récuser pour cause de suspicion légitime le témoignage de cet écrivain tardif, mais le renseignement fourni par Cosmas a reçu une confirmation imprévue d'un document strictement scientifique, le calendrier de l'astrologue Antiochus, calendrier rédigé dans la basse Égypte à la fin du iiie ou au commencement du IVe de notre ère. A côté d'une série d'indications sur le lever et le coucher des étoiles, on y trouve la mention de deux grandes fêtes, au 22 octobre : TX Nesia, et au 25 décembre : « HAtou yevédlov aber oc 17.
La ressemblance de cette dernière note avec le texte de Cosmas est frappante et il paraît certain que le commentateur chrétien nous a conservé les paroles d'une vieille acclamation liturgique usitée dans les mystères païens. | Cette même formule rituelle a dû passer d'Orient en Occident. Une homélie anonyme : De solsticiis et æ quinoctiis, qui a pour auteur un prêtre italien du IVe, - y fait clairement allusion ', Opposant la Noël à la fête du Natalis Invicti, l'auteur s'exprime ainsi : Luz erescif, decrescunt lenebræ, crescit dies, decrescit nox ; errorem veritas subdit hodie nobis Sol iustiliæ nascitur. Le lux crescit est la traduction du pg « üËe de la liturgie païenne !, Une première question se pose : dans quel culte était pratiquée la cérémonie décrite par Cosmas ?
Celui-ci la rapproche avec raison de celle qu'au témoignage de saint Épiphane les Arabes de Pétra célébraient dans la nuit de l'Épiphanie ; ils fêtaient alors par des hymnes Dusarés, regardé comme un dieu solaire, et qui serait né d'une Vierge ? ?, Puis l'hérésiologue ajoute : « La même chose qu'à Pétra se fait dans la ville d'Elousa pendant cette nuit. » Or, coïncidence remarquable, Elousa, en Idumée, n'est qu'à une quinzaine de lieues de Maiouma, le port de Gaza, et nous savons que Cosmas de Jérusalem devint évêque de Maiouma en 743 21, Apparemment, il nous a conservé le souvenir d'une vieille fête païenne pratiquée dans la région où il vécut ? , La fête du 25 décembre était probablement aussi en usage dans la Syrie du Nord, car elle a persisté jusqu'à notre époque chez les Nosairis ?, Le calendrier d'Antiochus prouve qu'elle était célébrée en Égypte, où le jour du solstice d'hiver, suivant Macrobe, on avait coutume de tirer d'un sanctuaire une idole du Soleil, figuré comme un enfant nouveau-né : (Sol) ul parLos pam CE M A RR — pulus videlur hiemali solstitio, qualem Ægyplii profe- - runt ex adylo die ceria, quod tunc brevissimo die veluli parvus et infans videatur. Cette même fête faisait probablement partie de la liturgie des mystères de Mithra ? et, grâce à ceux-ci et aux cultes syriens, elle se répandait en Occident, où nous la trouvons adoptée officiellement à la fin du paganisme. Il est naturel que l'héliolâtrie, qui devient au IVe la religion dominante de l'empire romain, ait considéré le solstice d'hiver comme une date solennelle, qu'on devait marquer par des réjouissances sacrées. . Nous ne connaissons pas les détails de la légende qui racontait la naissance du Soleil, mais il n'est pas douteux que la IlocÜévoc, que cette mythologie astrale donnait pour mère à Hélios, soit la Virgo ccelestis. Elle était en effet conçue comme une vierge féconde, protectrice de la génération, et une inscription latine l'invoque comme la Mater divum. L'apologiste Firmi- - eus Maternus l'appelle avec dérision : Venus virgo”.
En résumé donc, suivant une légende populaire, ce semble, en Syrie et en Égypte, et qui fut de là transportée en Occident, dans la nuit du 24 au 25 décembre, à minuit, la Vierge céleste enfantait un nouveau Soleil. Le Sol novus comme disent les textes latins, commençait alors sa vie d'une année. Cette conception bizarre a de quoi nous surprendre, mais c'est une survivance d'idées fort anciennes, qui se retrouvent chez beaucoup de peuples et notamment en Égypte. Les primitifs croient souvent qu'un Soleil naît et meurt chaque jour ou chaque hiver, ou bien que l'astre radieux est dévoré dans les éclipses et qu'un autre le remplace. Manilius, dans ses Astronomiques, croit encore devoir protester contre ceux qui admettaient Solis adsiduos partus et fata diurna. Notre langue actuelle ne conserve-t-elle pas le souvenir de ces antiques croyances ? Ne parlons-nous pas de « nouvelles lunes » et de « vieilles lunes » ? et nos calendriers mêmes intitulent « âge de la lune » la série des jours de la lunaison.
L'existence du mythe dont Cosmas nous a conservé le souvenir doit nous intéresser à un autre égard. Au IVe, dès l'an 336, on célébrait à Rome la fête de Noël au 25 décembre. On a depuis longtemps expliqué ce fait par le désir qu'avait l'autorité ecclésiastique de purifier, en le christianisant, un usage qu'elle ne pouvait extirper. La fête du Soleil devait honorer désormais le « Soleil de justice ». Ce qu'on vient de dire aide à mieux comprendre la préoccupation qui fit adopter le 25 décembre.
A cette raison mystique et symbolique, qui entre si parfaitement dans le tour d'imagination des premiers siècles chrétiens, vient s'en ajouter une autre. On sait que le calendrier profane de la collection philocalienne marque au 25 décembre le Natalis Invicti. L'Invictus
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918 est le dieu Mithra, symbole du soleil dont l'empereur Héliogabale avait introduit le culte à Rome en 218 et à qui l'empereur Aurélien fit élever un temple dont la dédicace eut lieu le 25 décembre 274, date qui devint dés lors celle de la fête du dieu syrien. « On peut donc être porté à croire que l'Église romaine choisit le 25 décembre pour faire concurrence au mithriacisme . » « Et sans affirmer que l'idée de supplanter Mithra par le Christ dans l'esprit du peuple ait déterminé à elle seule le choix que l'autorité ecclésiastique fit de ce jour, il est très vraisemblable qu'elle y a contribué . »
V. EXPANSION DE LA DATE DU 25 DÉCEMBRE. — Ainsi donc « c'était une grosse question, dans la seconde moitié du IVe, que de savoir à quel jour placer la fête de la naissance du Sauveur m Cette question ne commença à être agitée sérieusement que vers la fin de la période des persécutions, et le sentiment qui prédomina en Syrie et en Égypte fut que le Christ était né le 6 janvier, et que c'était là le véritable objet de la Théophanie ou fête des Lumières. Saint Épiphanie alla si loin, en ce sens, qu'il ne craignit pas d'assigner une autre date, celle du 6 novembre, au baptême du Seigneur ?. Plus respectueuse de la tradition, l'Église de Jérusalem continua à célébrer au jour reçu la grande scène du Jourdain ; mais elle y joignit de bonne heure — comme nous le dirons plus loin — la mémoire de la naissance du Christ, prenant trop littéralement le passage de saint Luc : ef ipse Jesus erat incipiens quasi annorum Ííriginta *. Dans d'autres Églises de l'Orient, il semble qu'on ne songeait pas à fêter la naissance même du Seigneur ; on se contentait de solenniser sa manifestation du 6 janvier.
« Cette incertitude étonnante relativement à un fait aussi considérable ne satisfaisait guère les esprits supérieurs de la société ecclésiastique de l'époque, surtout ceux qui avaient eu des relations spéciales avec l'Occident. De ce côté, en effet, il y avait accord parfait entre les Églises ; toutes célébraient la nativité au 25 décembre, et l'usage paraissait immémorial, bien que saint Augustin s'abstint de la comparer pour l'antiquité et l'universalité aux fêtes de la Passion, de la Résurrection, de l'Ascension et de la Pentecôte *. Un premier écho de la tradition occidentale parait dans un écrit attribué, mais peut-être à tort, à saint Athanase, où la date du 25 décembre parait indiquer le jour de la naissance de Jésus-Christ ! ?, 919 NATIVITÉ solennité ; mais, grâce à votre zèle, la voilà célébrée avec autant d'éclat que s'il nous était connu depuis de longues années. I] était reçu depuis longtemps des peuples occidentaux, depuis la Thrace jusqu'à Gadés. » L'orateur ne dissimule pas l'opposition faite par certains membres de l'auditoire, et la division qui régnait encore au sujet de la fête récemment introduite ; il s'efforce de dissiper les préjugés à l'aide de divers arguments dont le principal sera exposé plus loin.
Comme l'homélie en question fut préchée à Antioche le 25 décembre 386 (387 ou 388), ce fut donc vers l'an 377 que les chrétiens de cette ville entendirent pour la première fois parler de Noël à cette date. « Nous n'avons fait, leur dit encore leur évêque, que nous en rapporter sur cette question au témoignage de gens qui en possèdent une connaissance exacte, et qui ont habité Rome ; c'est par les fidèles de Rome que nous a été transmise cette indication. » On a pu, avec une certaine vraisemblance, chercher à pénétrer le nom de ceux qui ont transmis l'indication et on a observé qu'en 378, moins de dix ans avant le discours de saint Jean Chrysostome, le prêtre Jérôme, venant de Rome, se trouvait à Antioche et y recevait le sacerdoce des mains de l'évêque Paulin. Il était certainement assez au fait de la question pour avoir pu être l'instigateur principal de l'innovation liturgique. S'il prit parti, il n'en a laissé aucun indice dans ses écrits, il se borne une seule fois à nier l'opinion de « certains qui mettent la nativité du Christ au même jour que l'Épiphanie ! », Dans un discours qui n'a jamais été publié sous son nom, quoiqu'il soit bien de lui, Jérôme exhale son sentiment sur la coutume liturgique de Palestine où on fêtait le 25 décembre le prophète David et l'apôtre saint Jacques. « Pensons-y, dit-il, c'est bien aujourd'hui que le Christ est né. D'autres veulent qu'il soit né à l'Épiphanie ; nous ne condamnerons pas leur opinion, mais nous suivrons ce qu'on nous a enseigné. Ce que je viens d'avancer, ce n'est pas mon sentiment particulier, c'est l'avis des anciens. Tout l'univers se prononce maintenant contre la pratique de cette province. Vous me direz : Mais c'est ici que le Christ est né ; nous sommes sur les lieux mêmes, notre témoignage a plus de valeur que celui des nations éloignées. Mais qui donc vous a instruits ? Ceux qui étaient dans cette province, Pierre, Paul et les autres apôtres. Vous les avez chassés, nous les avons reçus chez nous, Pierre, qui fut ici avec Jean, qui fut ici avec Jacques, nous a enseignés de la sorte en Occident. D'ailleurs, depuis les guerres d'extermination dont elle fut le théâtre, cette province ne peut plus être considérée comme représentant une tradition ininterrompue, à laquelle on puisse se fier... Tout cela à l'adresse de ceux qui nous disent : C'est ici que furent les apôtres : ici fut conservée la tradition véritable. Pour nous, nous affirmons que le Christ est né aujourd'hui, et qu'il n'a été baptisé que quelques jours plus tard, à l'Épiphanie... ?. » Saint Jérôme n'eut jamais la satisfaction de voir cette réforme adoptée par les fidèles de Palestine, qui s'obstinèrent à protester par leur abstention contre l'usage qui avait dés lors prévalu en Égypte et dans l'Orient presque entier relativement à la célébration de la fête de la Nativité du Sauveur.
L'autorité des Occidentaux ne pouvait suffire à persuader les Grecs d'adopter la nouvelle institution ; il leur fallait des arguments, Saint Jean Chrysostome essayait de leur faire croire que les Romains avaient pu fonder leur usage sur des indications fournies par les annales du dénombrement d'Auguste ; mais c'était là, de sa part, une simple supposition et on croira facilement qu'en l'énonçant le grand docteur devait être peu persuasif. Il chercha autre chose, et voici ce dont il s'avisa, nous dit-il dans l'homélie sur la fête de Noël. Puis que, d'après l'Évangile, Élisabeth était enceinte de six mois lors que Marie s'en vint lui rendre visite, il ne s'agissait plus que d'établir la date de la conception de Jean-Baptiste et de sa naissance. Comme l'Évangile nous apprend que Zacharie reçut la nouvelle de la conception de Jean tandis qu'il remplissait sa fonction liturgique dans le temple et comme l'Écriture nous apprend que le grand prêtre ne pouvait pénétrer dans le saint des saints qu'une fois l'an, à la fête des Tabernacles, c'est-à-dire à la fin de septembre, Jean fut donc conçu à la fin de septembre et naquit dans les derniers jours de juin. Quant au Christ, il est clair qu'en comptant six mois depuis la fin de septembre, sa conception se place à la fin de mars et sa naissance à la fin de décembre, Il y avait dans cette argumentation beaucoup de fantaisie, D'abord il n'est pas question d'entrer dans le saint des saints et Zacharie ne compta jamais au nombre des grands prêtres des Juifs, mais saint Jean Chrysostome, qui l'affirme, se trouve en belle compagnie avec saint Ambroise, saint Augustin et peut-être même saint Jérôme. Voici ce que dit ce dernier dans un discours dont il nous reste seulement une traduction d'origine inconnue : « Nous l'apprenons par l'écriture des Hébreux, de plus, jusqu'à ce jour on fait mention de Jean parmi les noms des prêtres, Jean est nommé au rang des pontifes... L'Évangile même applique à son père Zacharie des expressions qui ne conviennent proprement qu'aux princes des prêtres, c'est-à-dire aux pontifes , » saint Jérôme parle ici d'une « écriture des Hébreux » et ceci nous ramène à ce que nous avons dit plus haut d'une consultation de saint Cyrille d'Alexandrie adressée au pape Jules touchant la difficulté qu'il y avait à célébrer le même jour la nativité à Bethléem et le baptême sur les bords du Jourdain, le priant de lui indiquer le jour exact de la naissance du Christ. Jules rassemblait toutes les « écritures des Hébreux » et lui rendait réponse. Selon lui, Jean, conçu le 23 septembre, était né le 25 juin et le Sauveur Jésus le 25 décembre. Ce calcul est celui qu'a suivi saint Jean Chrysostome, mais la prétendue consultation est légendaire. « Toutefois cette similitude de procédés démontre assez clairement l'existence de quelque traité sur la question, lequel, colporté vers cette époque dans les Églises d'Orient, rencontra partout un accueil au-dessus de son mérite . »
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VIP - d : septembre appelée par eux Scenopegia et prouve que le conception de saint Jean coïncida avec cette fête.
- « Tout cela, dit-il, s'accomplit avant l'an I de l'empereur Tibère, au mois de septembre, le vir des calendes — d'octobre, au lever de la onzième lune. Plus tard, en la IX* année de son règne, Tibère fit faire des calculs astronomiques, dont le résultat fut que l'équinoxe d'automne coïncidait précisément avec cette date du viii des calendes d'octobre. » Son but est de déduire de sa première date trouvée celle de la conception du Christ, qui se trouve, elle aussi, coïncider avec l'équinoxe, le vin des calendes d'avril, jour qui fut également celui « de la Pâque de la passion » du Sauveur.. 2e Syrie du Nord. — On a pensé découvrir dans le martyrologe syriaque la preuve que la Syrie du Nord se serait conformée plus tôt qu'Antioche à l'usage — romain pour la célébration de la fête de la Nativité !. - Cependant, dans la région de l'Euphrate, on s'obstina longtemps à repousser la chronologie occidentale.
- Saint Ephrem, diacre d'Édesse, nous rapporte que, de son temps, l'Église de Mésopotamie célébrait la naissance corporelle du Fils de Dieu le treizième jour après le solstice d'hiver, par conséquent le 6 janvier . Et l'on sait que les Églises d'Arménie et de Mésopotamie ne consentirent pas à adopter la fête propre de Noël avant le xiv siècle ,. x du 6 janvier 381. Si on prenait un passage à la lettre, saint Grégoire lui-même aurait introduit Noël en 380 dans son Église . Malheureusement, les difficultés que rencontra Grégoire au concile de Constantinople, en 381, le décidèrent à céder la place à ses adversaires et tout porte à croire que la fête nouvelle qu'il avait établie disparut avec lui. Du moins, d'après un document qui n'est pas très sûr, mais qui n'est peut-être pas tout à fait négligeable, l'empereur Honorius l'aurait remise en honneur à l'occasion d'une visite qu'il rendit à son frère Arcadius en 395 . son funèbre de saint Basile (380) et son discours sur le baptême de Notre-Seigneur ? et encore dans deux sermons sur saint Étienne 1°, Ces témoignages sont des preuves suffisantes que la fête de Noël se célébrait déjà au 25 décembre vers l'année 380 à 400 dans les diocèses du patriarcat d'Antioche et dans ceux qui relevaient de l'exarchat de Césarée de Cappadoce, comme Nysse ou Amasée, ou de l'exarchat d'Héraclée de Thrace, comme Constantinople. demeurait encore fidèle à l'ancien usage. Saint Épiphane, évêque de Salamine, qui dresse contre les Aloges une chronologie de la vie de Jésus, fixe le baptême du Sauveur au 8 novembre et sa naissance au 6 janvier ! ?, Dans son système, la fête de l'Épiphanie aurait eu très particulièrement le caractère d'une fête de la Nativité.
79 Alexandrie. — L'Église d'Alexandrie tarda un peu plus à modifier la coutume jusqu'alors générale en Orient. Jean Cassien raconte que vers le premier quart du Ve — les Collationes ont été écrites entre 418 et 427 — les évêques d'Égypte ne connaissaient d'autre fête que celle du 6 janvier pour célébrer à la fois les souvenirs du baptême et de la naissance de Jésus : Intra Ægypli regionem, mos iste antiqua traditione servatur, ut peracto Epiphantorum die, quem provincie illius sacerdotes, vel Domini baptismatis vel secundum carnem nativitatis esse definiunt, et idcirco utriusque sacramenti solemnitatem, non bifarie, ul in occiduis provinciis, sed sub una diei hujus festipitate concelebrant ! ?, Cependant, comme l'évêque d'Émèse, Paul, prêcha, le 25 décembre 432, dans la grande église d'Alexandrie, un sermon retentissant en l'honneur de la naissance de Jésus-Christ ^, on est autorisé à croire que la fête de Noël avait été introduite en Égypte avant le départ de Cassien et le discours de l'évêque Paul. Elle a pu être adoptée vers 430, peut-être après le concile œcuménique d'Éphèse, en 431, qui amena des rapports plus directs entre Rome et les diverses Églises orientales.
A propos de l'usage d'Antioche, nous rappelions, il n'y a qu'un instant, le sermon prononcé par saint Jérôme, un 25 décembre, entre 401 et 410, pour défendre la légitimité de l'usage occidental et soutenir sa supériorité sur la prétendue tradition dont se réclamait l'Église de Jérusalem : »...nous autres, qui disons que le Sauveur est né aujourd'hui, nous honorons tous un même Seigneur, c'est le même petit enfant dont nous fêtons la venue. Sans vouloir en remontrer aux autres, il faut bien reconnaître que les meilleures raisons sont de notre côté. Nous ne parlons pas ici seulement en notre nom ; c'est le sentiment des anciens ; l'univers entier proteste contre l'opinion de cette province !*5, » Il ne manquait pas de gens pour invoquer la tradi-
La tradition locale, laquelle, en réalité, se réduisait à une présomption puisqu'elle avait été nettement interrompue. Après la prise et la ruine de Jérusalem par Titus et par Hadrien, il ne demeura ni un juif, ni un chrétien dans la province. « Comment alors nous vient-on dire : C'est ici que furent les apôtres, ici que la tradition a sa source ? Nous soutenons, nous, que le Christ est né en ce jour et qu'il a été baptisé à l'Épiphanie 2 » « La tradition orientale, qui plaçait au 6 janvier et la naissance de Notre-Seigneur, et son baptême, et l'adoration des mages, semble cependant s'être modifiée à Jérusalem, peu de temps après, dans la première moitié du v siècle, Entre les années 455 et 458, Basile de Séleucie prononçait une homélie en l'honneur de saint Étienne , dans laquelle il faisait l'éloge le plus complet de l'évêque Juvénal de Jérusalem. Après avoir rappelé la splendide basilique que Juvénal faisait élever en ce moment même sur l'endroit précis de la lapidation du premier martyr, Basile ajoute : óoctc xxi Thv éridoËov x« i cuwrrrnpto0r 709 Kupiou Toocxuvouuevy &p53[.evos EÉmer£AEGEV yévvxv ?, c'est-à-dire : « lequel Juvénal a commencé à célébrer la naissance illustre et vivifiante, et adorable du Seigneur ». Le texte est trop clair pour souffrir aucune discussion. C'est le patriarche Juvénal qui a introduit dans l'Église palestinienne la fête de Noël au 25 décembre : c'est lui qui a opéré la distinction entre la nativité de Notre-Seigneur et l'adoration des mages, placées dorénavant au 25 décembre, et le baptême de Notre-Seigneur laissé au 6 janvier, alors que ces trois souvenirs évangéliques se commémoraient auparavant à Jérusalem le même jour, c'est-à-dire le 6 janvier.
« Le patriarcat de Juvénal ayant duré fort longtemps, de l'année 424 à l'année 458, on pourrait se demander si la fête de Noël a été introduite dès le début ou vers la fin de son pontificat. Un texte intéressant, qui provient d'un contemporain et que le R. P. Vailhé a utilisé pour la première fois, va nous permettre de remonter un peu plus haut que Basile de Séleucie, Les Analecta bollandiana ont publié le texte grec de la Vie de sainte Mélanie la Jeune, qu'on avait jusque-là dans une traduction latine (voir Dictionn., t. xr, au mot MÉLANIE.
Cette biographie a été écrite, selon toute probabilité, par le fameux Gerontius, prêtre et supérieur des monastères de sainte Mélanie sur le mont des Oliviers. Elle nous apprend que la sainte mourut le 31 décembre 439, un dimanche, d'une maladie contractée cinq jours auparavant, pour la fête de saint Étienne, au 26 décembre. Or, la veille de cette fête, le 25 décembre par conséquent, la sainte était allée à Bethléem avec sa nièce fêter la naissance du Sauveur : xal TOV XYlov yeveüxm cv o9 cuThooc * et, sur le point de quitter le sanctuaire, elle avait contristé sa compagne en lui annonçant que, désormais, elle célébrerait seule la fête de Noël : Xró yàp 700 vov ivn Éogräberc và yevéOux to Kupiov 7.
« Si nous n'avions le passage de Basile de Séleucie, qui attribue à Juvénal l'introduction en Palestine de la fête de Noël, nous pourrions croire que sainte Mélanie, en qualité d'Occidentale, suivait là coutume de son pays, comme saint Jérôme une trentaine d'années auparavant, et que l'Église palestinienne fêtait toujours au 6 janvier la naissance de Notre-Seigneur. Mais, dans ce cas sans doute, le biographe aurait noté la divergence existant sur ce point entre la communauté du mont des Oliviers et l'Église de Jérusalem. | Comme il n'y a sous sa plume aucune trace du moindre étonnement ; comme, de plus, le fait se passe sous le pontificat de Juvénal, on est autorisé à en conclure que cette solennité existait déjà à Jérusalem en 439. Il est fort possible qu'elle soit même un peu antérieure et qu'elle remonte soit à l'année 430, soit à l'année 431, de même que dans l'Église d'Alexandrie, 1 x S'il résulte assez clairement de ces deux témoignages contemporains que la fête de Noël se célébrait en Palestine, sous l'épiscopat de Juvénal, en 439 et vers l'année 457, il est certain aussi qu'il en était de même dans la première moitié du vir ? siècle, Nous n'en citerons comme preuve qu'une homélie de saint Sophrone, patriarche de Jérusalem. Selon toutes les probabilités | historiques, celui-ci monta sur le trône patriarcal à la fin de l'année 633, ou au commencement de 634, et il l'occupa sûrement jusqu'en 638, peut-être même deux ou trois années de plus. Or, saint Sophrone adressait une touchante homélie à ses fidèles de Jérusalem le | jour même de la naissance de Notre-Seigneur, un dimanche, pendant l'invasion des Arabes, qui semblent déjà tenir garnison à Bethléem *. Cette fête de la nativité du Christ, dont parle saint Sophrone, correspond-elle à l'ancienne Épiphanie grecque, c'est-à-dire au 6 janvier, ou bien à la Noël d'origine latine, c'est-à-dire au 25 décembre ? Le jour de la semaine, le dimanche, qui est indiqué expressément par l'orateur, nous aidera à voir de quel jour il s'agit. Durant tout le patriarcat de saint Sophrone, fin de 633 à 638 ou 640, le 6 janvier n'est jamais tombé un dimanche. En effet, en 634 c'était un jeudi, en 635 un vendredi, en 636 un samedi, en 637 un lundi, parce que l'année précédente avait été bissextile, en 638 un mardi, en 639 un mercredi, en 640 un jeudi, en 641 un samedi, et en 642 seulement un dimanche. La preuve est faite. En 642, saint Sophrone n'était probablement déjà plus patriarche. De plus, la prise de Jérusalem par les Arabes se plaçant entre les années 635 et 638, il ne peut être question de l'année 642 et, par suite, l'homélie n'a pu être prononcée le 6 janvier. Par contre, le 25 décembre est tombé un dimanche en l'année 634, alors que saint Sophrone était sûrement patriarche, et il n'est tombé un dimanche que cette année-là durant toute la durée de son patriarcat. Il faut en conclure que l'homélie a été prêchée le 25 décembre 634 et que la naissance de Notre-Seigneur se fêtait ce jour-là dans l'Église de Jérusalem comme au temps du patriarche Juvénal. On peut ajouter à cet argument que saint Sophrone prononçait le 6 janvier de l'année 635 ou des années suivantes ?, un discours uniquement consacré au baptême de Notre-Seigneur, ce qui montre une fois de plus que, de son temps, les deux fêtes étaient parfaitement distinctes. Remarquons, en outre, que le moine Alexandre, écrivain du vit ou du vir ? siècle au plus tard, place la nativité de Notre-Seigneur le huitième jour avant les calendes de janvier, c'est-à-dire le 25 décembre, et tance assez vertement saint Épiphane de Chypre, le seul ( ?) parmi les anciens docteurs qui ait voulu mettre cet événement le huitième jour avant les ides de janvier, c'est-à-dire le 6 janvier !^. e L'Église de Jérusalem avait donc accepté la tradition occidentale sous le patriarcat de Juvénal (424-458), et la conservait encore en 634. Or, il est assez piquant de constater qu'au milieu du vr siècle un moine du Sinaï, Cosmas Indicopleustes (voir Diclionn., E : 4 s
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t. vri, col. 820-849) lui reproche encore de solenniser au 6 janvier et la naissance et le baptême de Jésus-Christ. Cet intrépide voyageur qui rédigea au Sinaï son célèbre ouvrage sur la Topographie chrétienne, entre les années 547 et 549, se livre, en effet, à toute une série de calculs pour trouver le jour de la conception et de la naissance de Notre-Seigneur et, chemin faisant, il constate que tout le monde, à l'exception des Hiérosolymitains, place la nativité du Christ au 2 khoiak !. Au dire de Cosmas Indicopleustes, l'Église de Jérusalem agirait de la sorte parce que Jésus-Christ fut baptisé, d'après l'évangéliste saint Luc (111, 23), au moment où il commençait sa trentième année et que, le jour du baptême étant certainement le 6 janvier, celui de sa naissance devait aussi tomber le même jour. Sans vouloir examiner la valeur de cette raison, Cosmas fait remarquer que, de temps immémorial, l'Église a recommandé de mettre douze jours d'intervalle entre la fête de la naissance de Notre-Seigneur et celle de son baptême, parce qu'il y a eu douze apôtres ( ?) et que tout le monde s'est conformé à cette prescription, sauf les Hiérosolymitains. Ceux-ci continuent à fêter le 6 janvier, et la naissance de Notre-Seigneur et son baptême, tandis que le jour de Noël (25 décembre), ils fêtent David et Jacques l'apôtre, sans doute, remarque le moine sinaite, afin de ne pas séparer ces deux saints de la fête des parents du Christ *, : Le témoignage de Cosmas est indéniable, mais il contredit formellement ceux de sainte Mélanie et de Basile de Séleucie, de même que celui, postérieur il est vrai, de saint Sophrone. Dès lors, il y a lieu de se demander la valeur qu'il lui faut attribuer. Le moine sinaite n'a-t-il pas confondu deux époques différentes et n'a-t-il pas rapporté à la sienne ce qui ne se faisait plus depuis au moins cent ans ? Ou bien n'a-t-il pas inséré ici un document ancien, sans marquer nettement sa provenance, document qui visait la vieille tradition de Jérusalem, au moment où cette Église n'avait pas encore adopté la coutume romaine ? Ou bien encore, l'introduction de la fête latine de Noël sous Juvénal n'a-t-elle eu qu'un succès de peu de durée, la tradition primitive ayant repris ses droits, peu après la mort de ce pontife ? Voilà tout autant de suppositions que l'on peut présenter.
: La dernière ne paraît pas acceptable. Comment admettre que l'Église de Jérusalem célébrât la naissance de Jésus-Christ, le 25 décembre en l'année 439, qu'elle la célébrât le même jour en 456 ou 457, par conséquent pendant près de vingt ans, qu'elle la célébrât le 6 janvier au milieu du vi‘ siècle, et de nouveau cations liturgiques se seraient opérées sans qu'il en soit resté trace dans l'histoire ! Et le moine Alexandre, qui paraît être un écrivain palestinien du vi* ou du commencement du VIe, n'en a pas conservé le moindre souvenir, et il ne connaît aucune Église qui fête encore la naissance du Christ au 6 janvier ! Il y a là vraiment trop d'invraisemblances, pour que nous acceptions, les yeux fermés, le témoignage de Cosmas et que nous ne croyions pas à une confusion de sa part.
« Du reste, il y a peut-être un écrivain de Palestine, un contemporain de Cosmas Indicopleustes, qui mentionne indirectement la fête de la nativité de Notre-Seigneur au 25 décembre. Lorsqu'on opéra en Orient la distinction entre les deux fêtes du 25 décembre et du 6 janvier, on consacra le 25 décembre aux souvenirs de la naissance de Jésus-Christ et de l'adoration des mages, et le 6 janvier à celui du baptême de Notre-Seigneur. Il en fut ainsi dès les origines de cette double fête. Or, nous apprenons par une homélie de saint Grégoire de Nazianze, qui date de 379 ou de 380, que la fête du 25 décembre s'appelait indifféremment alors : +4 copava ou tå yevelix Tob cuTTjpoc ; au contraire, d'après le même docteur , le nom de tà porta était réservé à la fête du 6 janvier. Saint Astère d'Amasée ne s'exprime pas différemment de saint Grégoire de Nazianze, et il donne, comme lui, les deux noms de tà Üzoozvwx et de vx yevgOXi« à la fête du 25 décembre, et celui de zx oix à la fête du 6 janvier , de même aussi saint Grégoire de Nysse , Aujourd'hui pourtant, dans l'Église grecque, la fête du 6 janvier porte indirectement les noms de Théophanies et de ré ðt, « les Lumières », bien que cette dernière appellation représente mieux la tradition orientale.
« Vers le milieu du v ? siècle, le nom de Théophanies se rapportait déjà à notre fête de l'Épiphanie, Nous avons une homélie de saint Proclus, de Constantinople (434-446) qui applique d'une manière très explicite le nom de Théophanies à la fête du 6 janvier, tout en la distinguant de la fête du 25 décembre. Voilà le passage : £v Tf Tpohxĝovon £opc] TOv yevelAlov co5 croijpoc À YT, Éyatogv... £v dE TN onuepov &oprT) viv Deopavelo À ÜxAxccw Alay ebopxivevxt... ec tk 'Topôdvou Tac vob &ywouo ebhoyius uecxXxub6xvoucx . On ne sera donc pas étonné que, cent ans après, la même appellation se fut introduite en Palestine. v Au milieu du vi ? siècle, Cyrille de Scythopolis, l'hagiographe bien connu et l'historien le mieux informé de ce qui concerne l'Église de Jérusalem, parle un certain nombre de fois de la fête du 6 janvier. C'est à l'occasion du départ des moines palestiniens pour le désert de Juda où ils passaient le temps du carême. Le départ avait lieu, d’après cet écrivain, le 14 janvier , le huitième jour des saintes Théophanies », toutes dates qui désignent évidemment le même jour. Qu'on le remarque bien, dans aucun de ces nombreux passages, il n'est fait la plus petite allusion à la naissance de Notre-Seigneur, qui était cependant le souvenir principal de la fête du 6 janvier, lors que la naissance de Jésus-Christ se commémorait le même jour que son baptême. D'où nous nous trouvons amené à conclure que la distinction entre les deux fêtes existait toujours à Jérusalem comme dans les autres Églises de l'univers, et que, si Cyrille de Scythopolis ne mentionne pas la nativité du Christ au 6 janvier, c'est parce qu'on l'avait déjà célébrée le 25 décembre. x En conséquence, les liturgies et les historiens, trop confiants jusqu'ici à ce que dit Cosmas Indicopleustes, doivent se tenir en garde désormais contre son témoignage. Il leur faudra plutôt ajouter foi à l'affirmation de Basile de Séleucie et croire avec lui que Juvénal a réellement introduit dans l'Église de Jérusalem la fête du 25 décembre et que, à partir de son pontificat, cette fête s'y est célébrée sans interruption !*, »
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VI. FIXATION DE FÊTES APRÈS NOEL. — Lors que la fête de la Nativité fut enfin fixée au 25 décembre on prit, de très bonne heure, l'habitude d'y rattacher un certain nombre de commémorations. Il y eut ainsi un cycle secondaire, qui comprit la Circoncision, la Purification, l'Annonciation et la Nativité de saint Jean-Baptiste dont la date se trouva dans la dépendance de la Noël.
1° La circoncision. — La fête de la Circoncision fut placée le 1er janvier en raison du texte de saint Luc : Posiquam consummati sunt dies octo, ul cireumcideretur puer ' !. Cependant, on ne trouve pas mention de la fête à cette date dans les sacramentaires gélasien et grégorien qui, au 1er janvier, se contentent d'inscrire cette rubrique : in octavas Domini. On rencontre d'assez bonne heure la Circoncision dans les documents du rit gallican, notamment au concile de Tours, en 567, can. 17, dans la recension auxerroise du martyrologe hiéronymien (vers 595), et dans les livres liturgiques des vi et vii siècles. Les plus anciens calendriers byzantins, qui d'ailleurs ne remontent pas plus haut que le vii siècle, présentent au 1er janvier la double fête de la Circoncision du Christ et de l'anniversaire de Saint-Basile. A Rome, on ne parait pas avoir célébré la Circoncision avant le ix siècle. | ment, quelques témoignages antérieurs ( ?) ont été rassemblés . Aucun d'eux n'est absolument concluant ; néanmoins la fête peut, en quelques endroits, remonter jusqu'au v siècle.
« Bien avant qu'on ne songeât à établir une fête de l'Annonciation, on plaçait en Afrique l'incarnation de Notre-Seigneur au 25 mars, en même temps que sa mort sur la croix. Dans le traité De Trinilale, composé entre les années 400 et 416, saint Augustin écrit : Sicut a majoribus traditum suscipiens Ecclesise custodit auclorilas, octavo enim kalendas aprilis conceptus. iraditur, quo el passus . Sur quelle autorité repose cette assertion ? Nous l'ignorons. En tout cas, la tradition existait déjà en Afrique, au commencement du v siècle, et l'on pourrait en citer d'autres exemples, soit pour l'Occident, soit même pour l'Orient. Qu'il suffise de rappeler pour ce dernier pays le témoignage de Cosmas Indicopleustes qui, vers le milieu du vi siècle, parle, quoi que en termes plus obscurs, de la même date , | « De ce que, au Ve, on fixait en Afrique l'incarnation du Verbe à la date du 25 mars, il ne faudrait — pas conclure que la fête de l'Annonciation s'y célébrait déjà ce jour-là. Ce serait une erreur, car le calendrier de Carthage, qui remonte aux premières années du vi siècle, n'en fait aucune mention, et le calendrier oriental de Wright, qui est de 412, garde le silence sur cette panégvyrie. Même en Occident, si l'on se borne à interroger les calendriers, il faut descendre aux recensions du calendrier hiéronymien, le codex Bernensis, qui est de la fin du vi siècle ; le codex Wissenburgensis, qui est de 772, et aux calendriers mozarabes de la même époque pour avoir une attestation formelle sur ce point. Les calendriers et les martyrologes ne sont pas heureusement les seuls témoins que l'on puisse consulter. En recourant aux liturgies, on a pu établir que la fête de l'Annonciation se célébrait de bonne heure en Occident. Seulement, au lieu de la solenniser le 25 mars, ainsi qu'aurait dû, semble-t-il, l'imposer la tradition commune, qui fixait à ce jour la conception, on la solennisait pendant l'Avent, quelques jours avant Noël. Ainsi en allait-il en Espagne, où le concile de Tolède, en 656, transporta cette solennité du 25 mars au 18 décembre !^, Ainsi en allait-il encore du rite milanais, du rite d'Aquilée, de celui de Ravenne dont les oraisons remonteraient au Ve. Si cette dernière attribution était exacte, on aurait ainsi la certitude que la fête de l'Annonciation se célébrait dans certaines Églises occidentales dès le Ve, mais quelques jours avant la fête de Noël ! !, » En était-il de même en Orient ? On ne possède que des textes remontant au vii siècle et tous favorables à la date du 25 mars. Est-ce à dire que l'Orient n'a pas connu d'autre date ? Vers l'an 630, l'auteur du Chronicon paschale dit explicitement que l'Église fête l'Annonciation au 25 mars d'après la tradition de ses anciens docteurs !. Ce même Chronicon paschale dit encore qu'à Constantinople, en 624, l'Annonciation était fêtée le 25 mars, puis que c'est ce jour-là qu'Héraclius partit pour sa campagne de Perse ?, Peut-on remonter plus haut ? Le mélode Romanos, contemporain de l'empereur Justinien, est l'auteur d'une poésie inédite sur l'Annonciation '*, et ceci nous reporte au milieu du vi siècle ; toutefois, l'existence d'une hymne vers 550 ne prouve pas la célébration de la fête liturgique.
Le chroniqueur saint Théophane (1818) parle d'une homélie sur la maternité divine de Marie ! préchée par saint Proclus en présence du patriarche Nestorius. Cette homélie nous a été conservée ! et, d'après son titre, elle a trait à l'incarnation du Verbe : eic thv. iyxvyÜpo rot v00 xoplou nuév Incoù XpuccoD, ce qui indique d'habitude la fête de l'Annonciation plutôt que celle de Noël. Cette homélie a été préchée devant Nestorius dont le patriarcat ne dura que du 10 avril 428 au 22 juin 431, c'est donc pendant cette période qu'il faut la placer, de préférence en 429, puis que Théophane la fait dater de la Ième année du patriarcat. On en concluerait donc que la fête de l'Annonciation était célébrée à Constantinople le 25 mars 430, ou même 429, Théophane spécifie que cette homélie fut préchée un dimanche ; c'est une erreur, car, pendant tout le
ASI
929 un dimanche !.
Si de Constantinople nous passons à Jérusalem, au Ve, nous y entendons le prêtre Hésvchius, contemporain de saint Proclus, précher une homélie pour la fête de l'Annonciation , homélie dont l'authenticité parait indiscutable. Outre le prêtre Hésychius, on peut citer un autre membre du clergé de Jérusalem, le prêtre Chrysippe, qui, lui aussi, prononça une homélie à Jérusalem le jour de la fête de l'Annonciation. C'est du moins ce qui semble résulter des premières lignes 3, . Or ce Chrysippe fut ordonné prêtre en 453 et mourut en 479 ; c'est entre ces deux dates que l'on célébrait à Jérusalem la fête de l'Annonciation.
Cette fête se célébrait donc à Constantinople et à Jérusalem dès le v siècle, et même dans la première moitié de Ce, vers l'an 430.
49 La fête de saint Jean-Baptiste devait venir six mois avant la Nativité ; on la fixa non pour le 25, mais le 24 juin, à cause de la manière de compter des Romains. Le 24 juin est en effet le vii des calendes de juillet, comme le 25 décembre est le vint des calendes de janvier, ce qui prouve que la fête du orientale. On ne lui connait pas d'attestation plus ancienne que les sermons de saint Augustin. Dés le milieu du v siècle, tous les documents de l'usage occidental témoignent de l'existence de cette fête également ancienne à Constantinople et dans l'Orient byzantin.
VII. FÊTES A LA SUITE DE NOEL. — « Une fois fixée la fête de Noël, on y rattacha, et cela de très bonne heure, diverses commémorations relatives aux plus grands saints du Nouveau Testament, Dans son oraison funébre de saint Basile, prononcée en [380] à Césarée de Cappadoce, saint Grégoire de Nysse dit que l'usage était de célébrer après Noël et avant le loge grec est de la fin du rv siècle * ; il est donc en somme du même temps et du même pays que saint Basile et saint Grégoire de Nysse. Or, voici ce qu'il contenait pour les jours après Noël” : Décembre 26, saint Étienne. -—- 27, saints Jacques et Jean. —- 28, saints Pierre et Paul. « La coïncidence est parfaite. Elle n'est pas isolée. Les Églises nestorienne et arménienne nous offrent
NATIVITÉ DE JÉSUS
patriarcat de Nestorius, le 25 mars ne tombe ja mais 930 dans leurs calendriers respectifs la trace évidente du même usage. Les Arméniens n'ont pas la fête de Noël* ; néanmoins, avant de commencer, le 20 décembre, la préparation immédiate à la fête de l'Épiphanie, ils célèbrent les quatre fêtes suivantes :
Décembre 25, saint David et saint Jacques *.
— 26, saint Étienne. — 27, saints Pierre et Paul. — 28, saints Jacques et Jean.
“ Le calendrier nestorien distribue ces fêtes d'une manière un peu différente. L'usage est, dans cette Église, de consacrer les vendredis aux commémorations des saints. Voici l’ordre reçu :
1er vendredi après l'Épiphanie : saint Jean-Baptiste.
2e vendredi après l'Épiphanie : saints Pierre et Paul.
3e vendredi après l'Épiphanie : gélistes 19, 4 vendredi après l'Épiphanie : saint Étienne.
“Il est sûr que ces dates d'anniversaire ont été fixées arbitrairement, qu'elles n'ont été fournies par aucune tradition historique. De tous ces saints personnages, il n'y a que Jacques, fils de Zébédée, dont la mort puisse être rapportée à une époque de l'année plutôt qu'à une autre. Or, il fut décapité vers le temps de Pâques (Act., xir, 1-5) et non au mois de décembre. les quatre évan| tombeau, qui eut lieu en 415 et donna un grand élan à son culte. Elle est du reste mentionnée dans les Constitutions apostoliques Y“. Tous les calendriers et livres liturgiques 1 ? occidentaux depuis le v siècle, marquent cette fête à la date orientale « .
“ La fête du 27 décembre fut d'abord commune à saint Jacques et à saint Jean. Elle est marquée comme telle dans le calendrier de Carthage, dans le martyrologe hiéronymien et dans les livres liturgiques gallicans. Sur ce point, comme sur tant de choses, l'usage gallican était conforme à l'ancien usage oriental.
“ A Rome, au contraire, on n'admit que la commémoration de saint Jean. A Constantinople, les deux apôtres furent transportés à d'autres jours.
Laruns, OR.
Li RE p EYUTRN UMS e room UR Rmo mms 7E EN :
931 NATIVITÉ DE JÉSUS 932
« La fête des saints Innocents dut être instituée de bonne heure, vers le Ve environ. On la trouve dans tous les anciens calendriers et livres liturgiques latins depuis le vi* siécle !, au 28 décembre. L'Église de Constantinople a aussi cette fête, mais le 29 décembre ?, »
VIII. NOËL EN NOVEMBRE. — L'auteur de l'Opus imperfectum in Matthæum, un évêque arien des tribus germaniques du Danube du v siècle, a écrit ce qui suit : Ab æquinoclio vernali duodecimi mensis incipiunt paulatim lepescere aeres per singulos dies us que ad mensem terlium el dies fieri noctibus longiores ; ilem ab æquinoctio autumnali mensis seplimi incipiunt paulatim iterum frigescere aeres per singulos dies, el noctes fieri longiores diebus us que AD MENSEM NONUM, QUANDO CELEBRATUR CHRISTI NATALIS : el sic inpeniuntur novem quidem mensibus aeres quidem temperali, el dies prolixiores, tribus aulem mensibus aeres glacia les, el dies breves . Cette attribution de la fête de la Nativité au 25 novembre avait été signalée comme une faute *, « On conclut de ce passage que l'auteur inconnu commencait l'année avec le 25 mars. Soit,
mais on ne voit pas, écrit dom Morin *, que la mention | faite par lui du « neuvième mois », à propos du solstice d'hiver, soit alors fautive : il est simplement conséquent avec lui-même. Son premier mois ne commencant qu'après l'équinoxe du printemps, le troisièmes (fin mai-juin) va naturellement jusqu'au solstice d'été, de même que son neuvième jusqu'au solstice d'hiver. S'il y avait quel que chose à corriger dans ce passage, ce serait plutôt le mot septimi, introduit là peut-être sous l'influence du système occidental, qui comptait mars comme le premier mois. D'après l'usage d'Orient suivi par l'anonyme, l'équinoxe d'automne tombait vers la fin du sixième mois. Il y a donc ici un simple malentendu ; l'auteur de l'Opus imperfectum n'a pas mis la Noël en novembre, il la célébrait comme nous au solstice d'hiver.
« C'est sans doute ce même malentendu que Bède veut prévenir, lors que, dans une de ses homilies sur la dédicace *, il fait remarquer à plusieurs reprises que les Hébreux sont en avance d'un mois sur les Juifs dans leur manière de compter : decima die mensis septimi, qui a nobis october appellatur...terlia die mensis duodecimi, quem nos martium vocamus... vicesima quinla die mensis noni, qui apud nos vocatur december.
Si, dans les deux documents, on a laissé tomber cette annonce, c'est qu'apparemment elle était dés lors surannée et ne répondait à auc une fête connue. Inutile de chercher là, soit un martyr quelconque, soit une dédicace de basilique ; c'est, sans auc une hésitation possible, la Noël avancée d'un mois. Cette anticipation au calendrier a-t-elle jamais correspondu à une anticipation réelle dans la célébration de la fête, c'est ce qu'on ne saurait dire. » IX. LA SOLENNITÉ, — Si la fête de la Nativité a mis des siècles à s'imposer à la piété des fidèles et si sa date a flotté longtemps entre différentes observances, elle a rapidement et brillamment récupéré le temps perdu. A peine instituée, elle prit la première place parmi les solennités de l'année liturgique. On a vu que, dès l'année 336, le calendrier philocalien lui donne sa place en tête de l'année ecclésiastique et, dans le courant de Ce, saint Jean Chrysostome lui prodigue les appellations les plus honorables. A l'entendre, c'est « la plus vénérable des fêtes », c'est « la métropole », la règle, le point cardinal « de toutes les fêtes ? n. um LI »40 = 933 Télesphore !, En tout cas, elle ne figure pas encore « dans le sacramentaire léonien. Les sacramentaires gélasien et grégorien, voire une homélie de saint Grégoire I, la mentionnent au contraire expressément ê^ Voici comment la coutume s'est introduite : « Au commencement du v* siècle, il n'y avait encore qu'une seule messe, celle de la matinée ; elle se célébrait à Saint-Pierre. Le pape Célestin reçut, le jour de Noël 431, les lettres qui l'informaient de l'issue du concile d'Éphèse ; il les fit lire « à la réunion de tout « le peuple chrétien à Saint-Pierre ». Le successeur de Célestin, Sixte III fit reconstruire la basilique libérienne de l'Esquilin et la plaça sous le vocable de sainte Marie. C'est depuis lors seulement qu'il est question d'une station ou messe nocturne le jour de Noël et toujours elle a été célébrée dans cette église, » Et ce n'est pas seulement deux messes, le sacramentaire gélasien dit formellement trina celebratio, qu'il — nomme : in nocte, maneprima, in die.
La messe de l'aurore fut d'abord une messe en l'honneur de sainte Anastasie (voir Dictionnaire, t. 1, à ce nom). « Sainte Anastasie est une martyre de Sirmium , dont les reliques furent plus tard transférées à Constantinople dans une église qui avait déjà son vocable, Anastasis, rendu célèbre par la prédication de saint Grégoire de Nazianze. De Constantinople, le culte de la sainte parvint à Rome et y gagna tant de crédit que son nom prit place, vers 500 ou tout au moins dans le cours du VIe, parmi les saints commémorés au canon de la messe. Rome avait une église ou paroisse du même nom : titulus Anastasiae , Ce fut là naturellement que s'installa de préférence le culte de la martyre de Sirmium, et le titulus Anastasia devint le titulus sanctae Anastasiae., Comme cette basilique fut longtemps l'unique église de tout le quartier central de Rome, qui comprenait le Palatin, et comme ce quartier prit une extraordinaire importance à l'époque byzantine — le Palatin était alors le siège du gouvernement, la résidence de l'état-major, le centre de l'exercitus romanus, qui refit à Rome une aristocratie — le natale de sainte Anastasie ne pouvait manquer d'être célébré solennellement. Or, son martyre tombait à la date du 25 décembre . Pour donner satisfaction au sentiment public, les papes consentirent à affecter une partie du jour de Noël au souvenir. de la sainte orientale , » ; v Actuellement, la deuxième messe de Noël est consacrée comme les autres au souvenir de la nativité du Christ ; il n'y est que secondairement question de sainte Anastasie. A Rome, au contraire, la fête que l'on allait célébrer dans l’église dédiée à la sainte, c'était la sienne propre. On y faisait abstraction de la fête de Noël. C'était comme une parenthèse au milieu de solennités commémoratives de la naissance du Christ *. » Hors de Rome, là où il n'y avait ni église Sainte-Anastasie, ni colonie byzantine, on n'avait aucune raison de célébrer par une messe solennelle l'anniversaire de la martyre de Sirmium. Cependant, on adopta et on conserva l'usage des trois messes, mais celle de l'aurore fut consacrée, comme les deux autres, à honorer la nativité du Sauveur et sainte Anastasie n'y figura plus que pour une simple commémoration.
NATIVITÉ DE JÉSUS
934 Les liturgistes et les théologiens découvrirent, dès lors, une raison mystique à l'établissement de la trina celebratio. Les canons Nocte sancta et Cnsuluisti alimentèrent d'explications ceux qui en cherchaient à tout prix :
Tres in Natali debent missa celebrari.
Quarum prima sacram Christi signal genituram Altera venturi designat Gaudia Christi Terlia jam factum. quod lex fore sacra figurat.
C'est l'explication adoptée par saint Thomas d'Aquin. « Le jour de Noël, dit-il *, si on célébre plusieurs messes, c'est pour rappeler la triple naissance du Christ. La première est la naissance éternelle, qui pour nous reste invisible et cachée ; c'est pour quoi, à l'introit de la messe de la nuit, il est dit : Dominus dixil ad me : Filius meus es tu, Ego hodie genui te. La seconde est dans le temps, mais spirituelle, c'est la naissance de Jésus en nous selon la parole de saint Pierre : Tamquam lucifer in cordibus nostris... La troisième naissance du Christ est à la fois temporelle et corporelle : c'est l'instant où il sort du sein virginal de sa mère, revêtu de chair et visible pour nous ; C'est pour quoi la troisième messe se chante en pleine lumière, avec cet introit : Puer natus est nobis, » a1— Wa zem
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l'emplacement même où Constantin fonda, entre 327 et 333, une basilique recouvrant la grotte où la tradition placait la naissance du Christ, il est difficile d'en douter, et pendant bien des siècles personne n'a songé à contester que la basilique encore debout aujourd'hui ne fût l'édifice même que Constantin avait construit. Mais les progrès de la science archéologique ont fortement ébranlé l'opinion traditionnelle et la | majorité des archéologues a fini par admettre une | reconstruction totale ou partielle. Toutefois, on n'a jamais pu se mettre d'accord ni sur la date, ni sur l'étendue des réfections dont le monument aurait | été l'objet. Les uns croient qu'il a été totalement | rebâti sous Justinien ; les autres limitent au transept et au sanctuaire les travaux exécutés du vivant de ce prince ; d'autres supposent une restauration au xii* siècle ; d'autres enfin consentent à reconnaître dans la nef des restes de l'église constantinienne, mais considèrent comme certaine la reconstruction ultérieure de l'abside et du transept.
Les auteurs de The church of the Nativily at Bethlehem écartent toutes ces hypothèses et soutiennent que l'église actuelle est bien, dans son ensemble, l’œuvre de Constantin, qu'aucune partie n'en a été construite | sous Justinien, et que les travaux importants exécutés au xi* siècle ont seulement porté sur la décoration et les mosaïques. Cette opinion unanime de gens particulièrement compétents est assurément d’un grand poids ; elle ne saurait cependant tenir lieu d'une démonstration critique. Il faut bien avouer, en effet, que le transept avec ses bouts arrondis, la | disposition et les dimensions exceptionnelles du sanctuaire, sont des particularités assez anormales pour justifier le scepticisme des archéologues qui ont contesté l'antiquité de cette partie de la basilique.
La disposition des absides tréflées est ancienne et les exemples qu'on en apporte sont des édifices de petites dimensions : chapelles trichores des environs de Rome, de Tébessa, de Tabarka. On pourrait cependant invoquer les exemples de salles à trois absides que les Romains nous ont laissées dans leurs palais et dans leurs thermes. Il nous en reste notamment à Trèves et aux thermes de Caracalla dont | l'analogie avec le plan du chœur de Bethléem est | incontestablement fort grande. Mais de ce que ce plan à trois absides n'était pas inconnu au temps de Constantin, peut-on conclure qu'on ait songé dès lors à l'appliquer à une grande église ? On peut bien
admettre que ce soit possible, mais il ne s'ensuit pas que ce soit prouvé. Un meilleur argument à l'appui de l'antiquité du chœur de Bethléem pourrait être tiré de l'étude des chapiteaux. Ceux du chœur sont en effet de même style que ceux de la nef ; ils sont du type corinthien et tous de même dessin. Or ce dessin a beaucoup d'analogie avec celui des chapiteaux de la basilique de Kherbet-Hass qu'on peut attribuer au IVe !, Les quatre angles du carré du transept sont portés sur des colonnes d'un type très particulier, et qui est fréquent dans les synagogues élevées en Palestine au VIe ou au VIIe. Or les chapiteaux de ces colonnes en épousent parfaitement la forme et ont le même dessin que ceux de la nef. « Voilà, disait R. de Lasteyrie, qui mérite considération, et si j'étais bien sûr qu'on n'ait jamais, dans la suite, imité ce type de colonnes ou reproduit le dessin de ces chapiteaux, je serais fort disposé à laisser convaincre ; mais de cela je n'ai aucune assurance et tous mes doutes reprennent quand je considère l'état de conservation de ces chapiteaux. La plupart ne montrent ni une cassure, ni une épaufrure. Je sais bien qu'ils sont en marbre, et, par suite, plus capables que s'ils étaient en pierre de résister aux injures du temps. Néanmoins n'est-il pas étonnant que seize siècles aient pu passer sur eux sans causer aucun dommage, et cette particularité ne doit-elle pas nous engager à une grande prudence ? - « La conservation des architraves est chose plus étonnante encore. Elles ne sont ni en marbre, ni même en pierre ; ce sont des pièces de bois jetées d'un colonne à l'autre, portant un ornement sculpté sur leur face inférieure et jadis enduites de stuc. Or, comment supposer qu'une matière aussi fragile que le bois ait pu braver une si longue suite Des et résister à toutes les causes de destruction qui ont pu éprouver la basilique ? Ces architraves sont surmontées d'arcs de décharge, mais seulement dans la nef. Car, dans le chœur, on les a renforcées par des bandes de fer, et cette différence semblerait à priori fournir une preuve que le chœur et la nef ne sont pas contemporains ; elle méritait donc de retenir l'attention. Or M. Harvey se contente de la signaler en passant ; ni lui ni ses collaborateurs ne discutent les conclusions qu'on en pourrait déduire. F « Cette façon superficielle d'étudier les choses n'est pas faite pour nous donner pleine confiance, surtout quand les assertions des auteurs ne concordent pas avec les constatations qu'ont pu faire d'autres observateurs. Ainsi M. Harvey affirme que tous les murs de l'édifice sont homogènes. Il n'a relevé aucune trace de reprise aux absides. Or M. Hayter Lewis, ayant eu à examiner pour ses notes sur Procope le témoignage d'Eutychius, a pris la peine de visiter à deux reprises la basilique de Bethléem, et il est revenu avec la conviction que les deux absides nord et sud n'étaient pas de la même date que la nef. Voilà un témoignage non moins autorisé que celui de M. Harvey, et qui justifie amplement les réserves que je faisais plus haut. En réalité, le volume publié par le Byzantine research fund nous apporte un utile contingent de documents graphiques sur la basilique de la Nativité ; il ne nous donne pas la solution définitive des problèmes qu'elle soulève , » | On en était là lors que deux archéologues d'une compétence hors de pair, les PP. H. Vincent et F.-M. Abel abordèrent l'étude critique du monument et nous allons nous engager à leur suite +, | — XII. LA GROTTE DE LA NATIVITÉ. — Il parait bien qu'au VIe, Anastase le Sinaite éprouvait un certain embarras lorsqu'on lui posait la question suivante : « D'où savez-vous, puis que les évangélistes ne disent rien, que le Christ est né dans une grotte + ? » Il répondait que c'était une tradition non écrite et il eût pu apporter de très antiques témoignages. Le plus indiscutable se lit dans le Dialogue avec Tryphon (vers 155-160) ; après avoir cité le texte de saint Matthieu, 11, 1, saint Justin ajoute : « Comme Joseph n'avait pas où loger dans ce village, il s'installa dans une grotte toute voisine de Bethléem, et c'est tandis qu'ils étaient là, que Marie enfanta le Christ et le plaça dans une mangeoire : à leur arrivée, les mages d'Arabie l'y trouvèrent. » Un autre récit, qui remonte au IIe, vers l'an 150, connu sous le nom de Protévangile de Jacques, entre dans quelques détails où on semble avoir eu en vue de combiner deux données locales différentes. On sait que ce très ancien apocryphe admet le fait que saint Joseph aurait eu des enfants d'un premier mariage et qu'un ou plusieurs de ses fils voyageaient avec Joseph et Marie lorsqu'ils étant arrivés à moitié chemin, Marie lui dit : « Descends-moi de l'ânesse parce que ce qui est en moi me presse (voulant) paraître au jour. » L'ayant donc fait descendre de l'ânesse, il lui dit : « Où est l'endroit est désert. » Et il trouva à l'endroit même une grotte et l'y fit entrer ; Il laissa auprès d'elle ses fils et, étant sorti, il cherchait une sage-femme juive dans le pays de Bethléem 5. » Cette grotte isolée convenait à merveille à la circonstance : il est possible qu'on ait plus tard confondu ce lieu avec celui qu'on nomme le « Repos de la Vierge » situé entre Jérusalem et Bethléem et que les documents ne signalent pour la première fois qu'au VIe ou au VIIe, mais qui a fort bien pu être signalé à la dévotion populaire dès le IIe.
La grotte était réputée le lieu de la naissance et le « Repos » n'était qu'une simple halte entre Jérusalem et Bethléem *. L'auteur du Protévangile a combiné deux traditions locales ; ce qu'il nous faut retenir c'est la mention de la grotte, la même dont parle presque en même temps saint Justin. Les compositions apocryphes manifestent assez d'indépendance à l'égard de la vérité pour qu'on ne s'étonne pas de la licence prise dans le cas présent. A défaut d'une connaissance personnelle des lieux, ils n'ont éprouvé aucune répugnance à confondre la proximité de Bethléem avec une distance de trois milles. C'est le milieu de la route entre cette bourgade et Jérusalem.
Nous retrouvons la grotte mentionnée par saint Justin, au IIe, dans un passage d'Origène au IIIe. Dès lors, cette grotte est célèbre et on s'est habitué à la considérer comme faisant partie de la petite localité de Bethléem. Il se pourrait d'ailleurs que dans l'espace de près d'un siècle, qui s'est écoulé entre Justin et Origène, Bethléem se soit un peu développée vers l'Orient de façon à venir presque à rejoindre les abords de la grotte. C'est en 215 qu'Origène parcourut la Palestine et il écrit, en 248 : A propos de la naissance de Jésus à Bethléem, si quelqu'un, après la prophétie de Michée, après l'histoire relatée dans les évangiles par les disciples de Jésus, en désire d'autres preuves, qu'il sache que, suivant ce qui est raconté dans l'Évangile sur sa naissance, on montre à Bethléem la grotte dans laquelle il est né, et dans cette grotte la créche dans laquelle il fut emmaillotté. Et ce que l'on montre ainsi est très connu dans ces parages, même de ceux qui sont étrangers à notre foi, à savoir que le Jésus, adoré et admiré des chrétiens, est né dans cette grotte 7, » L'affirmation d'Origène touchant la grotte est confirmée par celle de saint Épiphane qui, lui aussi, invoque sur ce détail le texte des évangiles : t Luc dit qu'aussitôt né l'enfant fut emmaillotté et déposé dans une créche et dans une grotte parce qu'il n'y avait point de place dans le caravansérail 8, » Ailleurs Épiphane parle des bergers arrivant à la caverne où Jésus est né ; enfin, dans une homélie attribuée à saint Jean Chrysostome, on lit ces mots : « Oh ! les charitables accusateurs ! qui, sans le savoir, montrèrent le Dieu né à Bethléem, qui firent connaître le Maître caché dans une créche, qui, sans le vouloir, manifestèrent celui qui était caché dans une grotte ! », » Cet accord entre écrivains du IIe, du IIIe et du IVe sur le fait de la naissance dans une grotte a paru indiquer que la mention du κατὰξυλον dérivait non seulement d'une tradition orale, comme l'insinue Anastase le Sinaite, mais d'une source écrite de l'évangile de l'enfance !!, Cependant, s'il en était ainsi, on s'étonnerait que la mention de la grotte ne soit passée dans aucune recension de saint Luc ; il ne serait pas moins surprenant, si elle s'y est trouvée, qu'on l'en ait éliminée, De toute façon, on n'a aucune preuve que cette particularité ait jamais appartenu au récit authentique de l'évangile de l'enfance **, A quel que parti qu'on s'arrête, on reconnaitra que la présence et l'usage d'une grotte est la chose du monde la plus naturelle vu le pays et la circonstance. Le caravansérail d'une bourgade infime comme Bethléem était bien vite occupé et encombré du moment qu'une circonstance y attirait quelques voyageurs. Les retardataires avaient la ressource de se mettre en quête d'un gîte et celui-ci n'était pas bien difficile à découvrir dans un pays où les cavernes naturelles ont été au cours des siècles élargies, accommodées de manière à héberger bêtes ou gens.
Somme toute, la grotte manque d'attestation contemporaine ; il n'est pas possible de découvrir en sa faveur rien d'aussi clair que les textes d'Isaïe, 1, 3 et d'Habacuc, 111, 2, en faveur des animaux de la crèche.
Faute de mieux, on a eu recours à des explications symboliques qui s'imposent difficilement. D'après le pseudo-Matthieu, le Christ naissant dans une grotte isolée, c'est la lumière éclatant soudain dans les ténèbres du monde !, ou encore le Christ naissant dans une grotte isolée, c'est la manifestation de la puissance divine et de la virginité de Marie. La grotte se trouve ainsi élevée au rang d'accessoire de théâtre pour rehausser le mystère de la naissance de Jésus qu'on veut dérober à la connaissance des hommes et du démon. Mais, parmi les Pères comme parmi les auteurs apocryphes, le mystère de la naissance est, avant tout, le mystère de la génération, c'est-à-dire de la conception surnaturelle. Les passages qui font allusion à ce mystère ne mentionnent pas la nativité ni, par conséquent, la grotte. Le scénario du pseudo-Matthieu n'a pas eu plus d'influence dans la tradition de la grotte que le mouvement oratoire de Grégoire de Nysse comparant la venue du Christ dans la sombre caverne à son irradiation spirituelle dans les ombres de la mort qui enveloppait l'humanité. Ce sont là des développements sur la donnée déjà existante de la grotte .
« On est généralement d'accord à reconnaître que la grotte mentionnée dans la littérature chrétienne du Ier siècle est identique à la crypte actuelle de la Nativité, et que le souvenir de la naissance du Christ y était déjà rattaché au début de Ce. Mais beaucoup sont tentés de ne voir dans ce souvenir qu'une survivance sous forme chrétienne d'un mythe païen localisé et fêté dans cet antre sacré 5. n Nous croyons pouvoir passer rapidement sur ces explications qui confinent, selon nous, à la pure fantaisie. Le mithriacisme ne s'est montré que tardivement sur la côte syrienne et la Palestine n'a fourni qu'un très petit nombre de monuments attestant l'existence du culte de Mithra. Or le culte de Mithra est tributaire du christianisme. Dès le IIe on peut constater ce fait. « Il semble probable qu'on chercha à faire de la légende du héros iranien le pendant de la vie de Jésus, et que les disciples des mages voulurent opposer une adoration des bergers, une cène et une ascension mithriaques à celles des évangélistes. On compara même la roche génératrice, qui avait enfanté le génie de la lumière, avec la pierre inébranlable, emblème du Christ, sur laquelle était bâtie l'Église, et jusqu'à la grotte, où le taureau avait succombé, avec celle où Jésus était né à Bethléem. Mais ce parallélisme forcé ne pouvait guère aboutir qu'à une caricature *. » Quoi qu'il en soit des rapports entre la fête de Noël et le Natalis Invicti que nous avons signalé plus haut, l'origine mithriaque de la grotte de Bethléem demeure une hypothèse très chancelante, pour ne pas dire sans fondement 7.
Quant à découvrir on ne sait quels rapprochements entre Jésus et Adonis-Tammouz, il suffira de s'en tenir à des faits certains. « Il est hors de doute que la grotte de Bethléem a été le théâtre des rites funèbres de la mort d'Adonis-Tammouz. Le silence de saint Jérôme et d’Origène, qui s'explique par le but de leur polémique, ne peut infirmer en rien le renseignement la roche de la Croix la statue de marbre de Vénus
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de saint Jérôme. Prouver par la tradition indigène et | par l'existence d'une grotte vénérée comme le berceau du Christ la véracité de la narration évangélique, tel« était le dessin de Justin et d'Origène. La mention d'un culte païen coexistant eût probablement prêté. le flanc à une objection de l'adversaire. Les mythographes modernes se sont d'ailleurs bien gardés de. jeter le discrédit sur le passage classique de saint Jérôme ê : « Dès le temps d'Hadrien au règne de. Constantin, pendant 180 ans environ, on adora à. l'endroit de la résurrection T idole de Jupiter, et sur. que les païens y avaient placée, estimant, suivant une. intention persécutrice, qu'ils nous ôteraient la foi en la résurrection et en la croix, s'ils souillaient les Lieux saints par des idoles. Bethléem, qui est maintenant à nous, et le lieu du monde le plus auguste dont le psalmiste chante : « La Vérité est issue de la terre s,« ces lieux étaient ombragés par un bois sacré de Tammouz, c'est-à-dire d'Adonis ; et dans la grotte, où le. Christ petit enfant a jadis vagi ; on pleurait l'amant de Vénus. » Bethléem. était entourée de bois jusqu'aux. travaux de Constantin ; c'est ce qu'affirme de son. côté Cyrille de Jérusalem : « Il y a quelques années ce lieu était boisé », dit-il, en 347, à son auditoire — de catéchumènes hiérosolymitains, qui ignorent si peu ce détail que l'auteur ne juge pas à propos d'y insister.
D'après le texte de saint Jérôme, ce serait vers | l'an 136, à la suite de l'insurrection de Barcochébas, | que l'empereur Hadrien aurait implanté le culte d'Adonis à Bethléem. Il faut reconnaître qu'on n'a pas de très bonnes raisons à faire valoir pour écarter cette affirmation. « Il est à croire, écrit M. de Baudissin, que le culte de Tammouz ou d'Adonis exercé | à Bethléem jusqu'à l'empereur Constantin, selon saint Jérôme, y a été introduit pour la première fois sous Hadrien, comme cet auteur le laisse entendre. De plus, que des concepts issus du culte adonisiaque aient été accueillis dans le judaïsme avant la naissance du christianisme et soient passés par cet intermédiaire dans les sociétés chrétiennes, c'est ce que les documents dont nous disposons ne permettent pas de constater M, » Tout porte à croire, en effet, à un système concerté dont on saisit les manifestations provocatrices à Jérusalem, au Golgotha, à Bethléem, à Mambré, partout où Hadrien voulait atteindre et outrager le christianisme aussi bien que le judaïsme. Vers l'an 136, le souvenir de la naissance de Jésus devait être déjà attaché à la grotte de Bethléem, car vers 155 saint Justin en parle comme d'un fait incontesté ; il était donc de notoriété publique que les chrétiens de Bethléem, de Jérusalem et des environs vénéraient cette grotte.
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XIII. LA BASILIQUE DE LA NATIVITÉ. — 1 ? Le problème archéologique. — La situation topographique
| de Bethléem rappelle la physionomie générale de Jérusalem. Une ville étendue en longueur et, à son - extrémité orientale, à peine détaché de la bourgade … par un marché et une place bordée d'un cimetière, se dresse « un massif compact et irrégulier d'édifices, - ponctué de clochers sans élégance. C'est le sanctuaire … de la Nativité de Notre-Seigneur, étroitement cerné - dans les monastères et les dépendances variées dont Eia provoqué la création *. » L'enquête archéologique, pont nous résumons les résultats, avait en vue la
COUVENT LATIN :
» »E # li : NUT ^ M ial A SO. Ancien cloître médiéval LÀ i ^ D IE : ES ERIT - EST 1s vem MANC er RS Ta + b : 3 e - T Wi Ww ow -
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Constantin pour satisfaire aux exigences de l'empereur et de sa mère ; tout cela faisant l'objet d'une surabondante érudition. « Nous avons dit déjà à quelle conclusion s'arrêtait M. W. Harvey, tout favorable à l'unité de structure et les réserves énoncées par R. de Lasteyrie qui, presque aussitôt, se prononça , ainsi que M. Ch. Diehl, en faveur de l'hypothèse de l'unité architecturale, Aussi ne s'étonnait-on pas qu'un auteur renchérissant sur la confiance presque universelle des encyclopédies et des manuels les plus à jour, conclut en insistant sur l’« extraordinaire importance » artistique du monument : le seul témoin EE nsl de ones End dansi médiéva les CT last es indéterminées ET du XIFES. à mor four solution définitive d'un problème « important par les conséquences qui en découlent dans l'histoire de l'art chrétien. La position du problème est simple : la basilique de Bethléem peut-elle être attribuée intégralement à l'époque de Constantin, ou porterait-elle la trace de remaniements assez notables pour la faire classer à plusieurs périodes artistiques ? Trois solutions ont été produites : 1. unité absolue et date constantinienne ; 2. unité absolue mais origine byzantine, probablement sous Justinien ; 3. origine constantinienne du monument que Justinien aurait fait transformer par l'addition d'un narthex, la modification du chœur et l'insertion d'un transept. » La première de ces trois solutions avait fini par attirer un bon nombre de partisans à la suite de M. de Vogüé ? et M. J. Strzygowski soutenait que l'édifice réalisait la « fusion élégante de deux types classiques longuement évolués : la basilique et la chapelle funéraire ? » On trouverait à Bethléem une double inspiration : la cella trichora des anciens cimetières romains et un type créé par les architectes de authentique de la brillante période constantinienne dans la forme où il est demeuré sous nos yeux *. » Nous nous interdisons d'introduire ici une discussion afin de tendre tout de suite aux réalités pratiques. Nous partirons donc « de la réalité indubitable que la basilique primitive est d'origine constantinienne et que son emplacement fut déterminé par la grotte de la nativité de Notre-Seigneur. L'édifice en lui-même, assez exprimé par les plans, ne sera décrit que dans la stricte mesure nécessaire pour y orienter le lecteur. Toute l'ambition se réduit, pour le moment, à faire ressaisir, sous la trompeuse homogénéité actuelle, d'évidentes sutures entre des éléments qui n'ont pu être ainsi juxtaposés dans le plan raisonné de l'architecte primordial. » Le problème historique sera discuté ensuite.
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coupées par un transept au delà duquel reparaissent, devant l'abside, deux travées de chœur dans les nefs centrales et une travée seulement dans les nefs extrêmes. Le transept ne fait saillie hors des bas-côtés que de la profondeur des absides semi-circulaires installées dans les deux bras et tout à fait égales à l'abside centrale dont elles sont isolées par le double décrochement que produit, dans le mur extérieur, la longueur différente des nefs. Les entrées de la crypte sont situées dans la première travée de chœur, à l'orient du transept. Une autre ouverture, H, hors de l'abside septentrionale, dans l'abside de l’église des | PP. franciscains, y donne indirectement accès. Aux trois portes de communication entre le narthex et les nefs correspondent trois portes de façade extérieure dont le contrefort moderne et l'avant-corps du couvent arménien laissent voir juste assez pour un placement sûr et l'étude de la modénature.
*Le narthex est maintenant divisé en quatre compartiments inégaux, ceux des extrémités D et D', se répondent avec symétrie et sont couverts de voûtes d'arêtes, dont quelques-unes sont renforcées de double aux portées sur des piliers appliqués contre les murs. Piliers et voûtes sont manifestement d'époque médiévale [et aussi les fresques ] à la voûte et sur les parois du réduit septentrional. La situation et le défaut absolu de liaisonnement des pilastres prouve leur indépendance structurale par rapport au narthex lui-même et surtout à la basilique, car ils bouchent ses deux portes latérales. Il est aisé de se rendre compte qu'au temps où furent réalisées pour la première fois les voûtes, on avait établi cinq croisées d'arêtes symétriques pour couvrir le narthex ; mais, au lieu de pilastres montant du sol comme sous les deux arcs extrêmes, de simples consoles recevaient sans doute la retombée des arcs intérieurs. Ces consoles, insérées de seconde main dans les parois, loin de les protéger contre la poussée, rendaient cette poussée plus dangereuse en la rejetant au vide ; aussi, malgré la portée minime des voûtes et l'épaisseur considérable du mur, la façade s'est-elle disloquée au centre. La poussée annulée vers le dehors par la charge énorme du mur supérieur et du tympan, équilibrée d'autre part aux deux bouts par les piliers en appliques, s'est concentrée sur le milieu de la façade qui aurait depuis longtemps cédé sous le contrefort naivement lourd dont on l'a étayée. Au lieu de voûtes, la basilique elle-même a une toiture en charpente de la plus austère simplicité. Il n'y a pas de galeries supérieures dans les nefs. Mais tandis que dans les deux collatéraux de chaque côté les architraves reliant les colonnes reçoivent immédiatement les solives du comble à pente unique, l'entablement des colonnades de la nef centrale porte des murs de 9 mètres de haut, qui servent d'appui aux entraits et aux fermes du toit en bâtière. Quatre pignons établis à l'arrière de la terrasse du narthex et à l'ouverture des absides complètent l'aspect général extérieur de la couverture. Les trois saillies absidales sont couvertes en terrasses à peu près à la hauteur des crêtes des murs du transept et de courtes sections de toit à pente convergente couvrent les prolongements inégaux des bas-côtés au delà du transept.
« Les nefs latérales n'ont actuellement plus aucuns jours ; elles étaient à l’origine éclairées par des fenêtres rectangulaires très reconnaissables dans l'appareil extérieur. De hautes baies, cintrées vers le sommet des murs supérieurs, inondent encore de lumière le vaisseau central. La moitié des fenêtres du transept sont bouchées. Les absides sont éclairées chacune par trois ouvertures relativement peu élevées au-dessus du sol et bien plus bas que la naissance de la conque ; l'une ou l'autre de ces ouvertures sert aujourd'hui de communication avec les couvents qui enserrent la basilique et, depuis l'adossement de l'église du couvent latin contre l'abside septentrionale, ses ouvertures ont été murées. Une petite porte, G, dans l'angle N.-O. de cette même abside, relie le sanctuaire à l'angle de l’ancien cloître médiéval, malheureusement rendu à peu près méconnaissable !. A l'extrémité opposée ce cloître avait accès dans les nefs par une poterne, E, tardivement remaniée. La porte exiguë, E', qui lui fait vaguement pendant au Sud, est, elle aussi, une brèche de seconde main, contemporaine peut-être de la délimitation des propriétés grecque et arménienne à l'extérieur de l’église. La belle cuve baptismale, W, posée au milieu de la nef devant cette porte, n'est évidemment pas dans sa situation primordiale. On n'abordera pas ici la description des vestiges de l'atrium primitif ; M. de Vogüé en a donné jadis une excellente restauration. Il n'y a pas à revenir pour le moment sur son admirable étude de la décoration et des mosaïques en particulier. » L'observation du monument tel qu'il existe de nos jours est empêchée de toutes façons par l'ameublement liturgique. « Seules les nefs peuvent être embrassées d'un regard. Là, se retrouve la pensée puissante qui créa la basilique et le goût très sûr qui en fit consister la splendeur en des lignes simples et fermes, en des proportions savamment combinées et en des matériaux d'une somptuosité austère. » Ces qualités ne se retrouvent plus dans le narthex, le sanctuaire et le transept ; tandis que dans la nef « le jeu de la perspective semble multiplier la longueur, le développement, qui se produit maintenant en largeur, épaissit les formes de l'édifice, à tout le moins y introduit une idée différente ». Ce qui frappe l'observateur le moins spécialiste c'est le « défaut de symétrie ». t L'analyse des cotes de détail atteste, dans le tracé des nefs, l'emploi constant d'une unité métrologique essentiellement romaine : le pied de 0 m. 296. Tout le monde en peut faire la vérification aisée, par exemple dans les éléments de largeur. La même unité reparait en élévation, ainsi : l'ordre des colonnades, qui mesure 5 m. 925 — soit exactement 20 pieds — du sol au faite de l'entablement. Cette excellente unité de proportion ne se retrouve ni au narthex, ni surtout à partir du transept dans le chœur entier ; du moins son emploi n'est-il plus constant, ni soumis aux mêmes relations de multiples et sous-multiples. Je n'ai pas su, écrit le P. Vincent, réaliser, par l'analyse de fort nombreuses cotes, une unité nouvelle absolue. Quelques dimensions — les plus rares — relèvent encore du pied de 0 m. 296 avec de minimes écarts ; d'autres paraissent dériver avec une assez grande approximation du pied attique de 0 m. 308, mais n'engendrent pas de symétrie intégrale ; un certain nombre enfin ont pour évidente origine le pied byzantin de 0 m. 32. La plus manifeste application de ce générateur proportionnel très caractéristique se remarque dans le tracé des absides : 8 mètres d'ouverture et 4 m. 77 de profondeur, c'est aussi exactement que possible 25 et 15 pieds de 0 m. 32. Le monument offre donc bien un double système de proportions : 1. celui des nefs, d'une régularité et d'une cohérence qu'on peut dire impeccables ; 2. celui des deux extrémités, narthex et sanctuaire, depuis le transept, qui n'a plus de base absolue, mais repose en ses plus essentielles combinaisons sur une plus forte unité : 0 m. 308 ou 0 m. 32.
« Le défaut de symétrie se fait surtout sentir dans l'espacement des supports. Dans les nefs, en dépit de très minimes erreurs d'exécution, on constate un rapport constant et parfait de 1 à 2 entre les bases — des colonnes et leur écartement. Or, à peine a-t-on dépassé le transept, on constate que nulle travée ne correspond plus exactement à sa voisine. « Les deux “travées de chœur dans la nef centrale, avec leur « nuance fort grave de 0 m. 45, bien sensible au regard « malgré l'atténuation que produisent aujour d'hui les « cloisons et l'iconostase grecques, ne sauraient avoir, « dans l'hypothèse de l'unité primordiale du tracé, “aucune explication. » On ne peut se soustraire à l'évidence d'une contradiction entre l'Orient et l'Occident. On peut invoquer le souci de dégager aussi largement que possible le front des entrées de la crypte pour embellir le coup d'œil ; le caractère de ces entrées ne parait pas de nature à avoir exercé une aussi considérable influence.
« Moins néfaste pour l'unité intégrale du plan que le bouleversement des proportions, le placement de la crypte constitue cependant une sérieuse anomalie que n'ont jamais envisagée ceux qui l’attribuent d'emblée à l'architecte constantinien. En voici une autre, tout aussi négligée dans la discussion : l'épaisseur très variable des murs. Celle-ci, à vrai dire, ne se révèle qu'à un examen détaillé du monument — dont elle n'affecte en rien la perspective intérieure. — Au dehors même, dans la confusion des édifices adossés, qui offusquent presque de toute part la véné- — Table basilique, cette invraisemblable disproportion — de certaines parois avec leur rôle statique et ces — variations d'épaisseur ne sont plus perceptibles que dans les piles F et F', à l'attache occidentale des absides du transept. Il est néanmoins impossible de n'en être pas préoccupé dès que les cotes de relevé sont concrétisées sur un plan. Négligeons, pour le moment, une différence relativement minime de 0 m. 18 à 0 m. 20 entre les murs du narthex et ceux des nefs pour aller droit au transept. La liaison des absides aux parois de la nef est couverte par des piles massives, où l'on verra peut-être une précaution judicieuse contre la poussée de la conque, voûtée apparemment en pierres de taille. L'épaisseur démesurée de 1 m. 88, qui fait suite à ces piles dans les deux hémicycles, s'imposait-elle aussi comme une exigence rationnelle de cette même voûte en quart de rond et de si restreinte poussée en réalité ? Précaution encore, si l'on veut, quoi que de nature à surprendre chez un architecte qu'on a vu tout à l'heure passablement hardi dans le calcul de certains supports, et qui manifestera bientôt les pires audaces, justifiées du reste par le succès, dans l'équilibre prévu pour les murs supérieurs du transept. Du moins, en contournant les deux absides, s'attendait-on à trouver deux piles orientales pour faire pendant à FF ! ; or, il n'y a pas de piles du tout et les parois de 1 m. 88 se replient à l'Orient jusqu'au premier décrochement du chevet : angles J et J '. Dans les angles rentrants du Nord et du Sud, la première paroi, JK et J ! K1, mesure seulement 0 m. 98, c'est-à-dire l'épaisseur exacte des parois de la nef, la seconde, KL et KIL ! (qu'on n'a pu mesurer nulle part avec une précision absolue) parait cependant n'avoir aussi que 0 m. 98 tout au plus, peut-être quelques centimètres en moins. Sur le développement entier du chevet proprement dit se retrouve l'épaisseur stupéfiante de 1 m. 88, sans piliers aux amorces de l'abside centrale. » ; D'après ce qu'on vient de voir, la basilique offre deux moitiés ayant chacune sa physionomie technique spéciale. Quoiqu'on nous dise que « cette manifeste dualité n'impressionnera que les architectes » NOUS croyons qu'il se rencontrera des historiens et des archéologues assez éveillés pour sentir la valeur de cette démonstration et lui soumettre leurs prétendues « combinaisons de textes et leurs hypothèses historiques » D'ailleurs, ils ne peuvent s'y soustraire si, comme on le leur annonce, ce que « suggère l'ordonnance organique du plan va devenir palpable dans l'examen de la structure. D'un bout à l'autre de la basilique, il reste à enregistrer des particularités inconciliables et des sutures évidentes. » On commencera par le narthex dont la façade diffère par l'épaisseur et le calibre des matériaux avec ce que nous avons déjà vu ; en outre, ce narthex ne fait qu'imparfaitement corps avec la façade primitive dont il semble avoir compromis la solidité, Pour constater l'imperfection du raccord, qu'on s'arrête au point Y du plan. Là, on voit, « sur une hauteur d'environ 4 mètres, affleurer une tête de mur en assises de 0 m. 75 qui barre gauchement le petit appareil de la grande paroi méridionale ». La photographie ne permet pas de contester qu'il y ait eu insertion et que l'appareil de 0 m. 75 ait succédé à celui de 0 m. 38. Il faut se reporter au minutieux commentaire de la photographie par le P. H. Vincent ; ici nous devons nous borner à dire que « c'est fort une qu'à travers les péripéties de sa longue durée, cette tête de muraille ait été laissée assez intacte pour étaler aux regards son caractère postiche ».
Ces simples indications suffisent à laisser entrevoir la précision minutieuse d'une enquête qui conclut que :
« I. Dans sa forme actuelle, la basilique trahit l'application d'un double système de proportions, qui distingue nettement les nefs du narthex, et à toute l'extrémité orientale depuis le transept.
« II. On remarque, entre ces mêmes parties de l'édifice, des variations non moins étranges dans le caractère des maçonneries et la répartition des supports intérieurs : dans les nefs, des murs sans épaisseur exagérée, mais réguliers et soignés, et des colonnades calculées avec uniformité, comme aussi avec les plus satisfaisantes proportions pour l'harmonie et la stabilité ; dans le narthex, et à partir du transept, des épaisseurs plus massives alternant brusquement avec des parois plus minces, des entrecolonnements plus hardis sans symétrie absolue.
« III. Ainsi qu'elle est maintenant située, la crypte de la Nativité, raison d'être du monument, ne répond à rien d'organique dans son tracé. x IV. L'état de la façade implique un remaniement qui, pour demeurer difficile à préciser dans sa modalité, n'en est pas moins un fait incontestable, « V. La structure des parties hautes du transept ne se justifie que dans l'hypothèse d'un raccord opéré de seconde main. »
reuse que ce tracé donnait à la crypte, l'autel de la Nativité se trouvant, par le fait même, situé d'emblée à sa meilleure place normale : sous l'arc triomphal de l'abside supérieure. C'était au contraire déjà une suggestion bien valable que de constater, moyennant cette limitation nouvelle du chevet, une longueur intérieure de 50 métres en chiffre rond et abside incluse, puis que cette longueur rétablissait dans sa plus essentielle application le rapport proportionnel de 1 à 2 qui régit le plan des nefs. Il suffirait de donner à l'abside un tracé légérement approfondi en reculant son centre de 2 métres sur l'axe pour obtenir les 52 m. 40 qui représenteraient le double mathématique de la largeur 26 m. 20 (minimum 26 m. 16) enregistrée dans les nefs. La correction, si légère qu'elle soit, eût été une modification préjudiciable à la complète ingénuité des faits ; on s'en est abstenu avec le dernier soin. Qui du reste s'obstinerait à la décréter indispensable ? Les plus fameux édifices de toute l'antiquité classique sont là pour attester qu'un écart de dimension — motivé souvent par des nécessités qui nous échappent aujourd'hui et que nous passons au compte d'une erreur de placement— laisse intact le principe rigide des proportions, source radicale de la beauté en architecture. Beaucoup plus facile d'ailleurs, plus décisif aussi, était le contrôle offert par la relation des colonnades avec ce nouveau chevet.
« Il est clair que, si la basilique fut limitée à l'origine de cette ligne, les quatre colonnades doivent s'y amortir avec régularité sur des pilastres engagés correspondant à ceux de la façade. Pour s'épargner ici des tâtonnements et des inexactitudes dans la répartition proportionnelle des éléments des colonnades, un calcul élémentaire devait être affronté. La longueur mesurée entre la façade et les parties en place du chevet primitif supposé est de 44 m. 87. Le principe très net des colonnades conservées dans les nefs étant d'alterner un support de 3 pieds romains et une travée de 6, une enfilade de 16 supports libres (0 m. 296 x 3) x 16 = 14 m. 20 — déterminant 17 travées (0 m. 296 x 6) x 17 = 30 m. 19 — exige un développement total de 44 m. 40. La différence entre cette longueur théorique et la longueur mesurée (44 m. 87 — 44 m. 40 = 0 m. 47) n'est inférieure que d'environ 0 m. 15 à ce qu'exigent deux pilastres de 1 pied engagés aux extrémités de la colonnade. On conviendra qu'une aussi stricte approximation ne saurait plus relever du hasard et que les colonnades ainsi reconstituées dans leur intégrité sont dignes de toutes les louanges qu'on n'a jamais marchandées à l'artiste qui traca leurs proportions et leur plan. » La constatation qu'on vient de faire prouvait un fait, jadis supposé par M. de Vogüé, à savoir le recul de l'abside centrale dans une reprise de la basilique. Abside centrale et unique de la basilique primitive, entraînant la disparition des deux absides latérales aux extrémités du transept dont elles sont indépendantes par leur structure.
Si on observe les sections intactes du grand mur longitudinal gauchement redoublées dans la transformation LJ et I1 J !, on voit que les deux côtés de la bréche, que représente chaque abside latérale, les assises meurtries de la paroi primitive profilent leurs lits de pose merveilleusement concordants et des harpes qui s'appellent. « Il est, en vérité, bien peu de cas où le remaniement d'un édifice ait laissé subsister d'aussi évidents indices de la disposition première. Ici, pourtant, une providence inespérée en a réservé un plus limpide peut-être encore, à tout le moins plus irrécusable que tous les autres. Il se conçoit assez qu'un architecte désireux de créer des absides latérales nord et sud quand il dressait le plan d'ensemble du monument, n'eût jamais eu l'idée de tracer d'abord des murs pleins, pour les défoncer ensuite et y raccorder laborieusement ses hémicycles. Or l'architecte qui traca les grands murs longitudinaux et les colonnades intérieures avait fait courir ces murs sans interruption devant les prétendues absides. Bien plus, pour asseoir les fondements de ce mur qu'il allait aussitôt raser sur 8 mètres d'étendue, il se serait imposé la peine de creuser sur 2 à 3 mètres de profondeur une tranchée dans la roche vive ! »
Si on pénètre dans les annexes de la crypte par l'escalier H Hi, on passe de biais sous le mur extérieur de l'abside septentrionale et on rencontre, en X, deux splendides blocs d'appareil mesurant dans la longueur 0 m. 98 (mesure constante des parois longitudinales primitives), vestige incontesté du mur antique de la basilique constantinienne.
Il suffit. La preuve est acquise qu'à l'origine le mur longitudinal de la basilique barrait ce qui est aujourd'hui l'abside du transept ; abside et transept doivent donc être définitivement éliminés du plan originel. « Les seuls motifs de symétrie sont désormais assez convaincants pour faire supprimer aussi le bras méridional du transept et son abside. Ainsi se trouve reconstitué le vaisseau de la basilique primitive, réparti en cinq nefs et terminé à l'Orient par une abside semi-circulaire.
« Sous l'arc triomphal de cette unique abside était situé le lieu à jamais vénérable de l'autel de la Nativité. Deux escaliers latéraux, amorcés dans la première travée avec des colonnades centrales, venaient se réunir devant cet autel. Leur disposition sensiblement oblique est, à la vérité, un peu surprenante... Le chevet de la basilique est situé en pleine déclivité du coteau, dont l'axe dégringole par cascades rocheuses du Nord-Ouest au Sud-Est. Il suffit d'avoir suivi le sentier descendant du sanctuaire au village des Pasteurs, à Beit Sähour, pour avoir en maint endroit sous les yeux l'équivalent concret de ce que fut, à l'origine, la grotte où naquit Jésus ; une anfractuosité naturelle plus ou moins sinueuse, développée dans un banc de roche friable, et béante au Sud-Est. Au lieu d'un remblai qui l'exposait à des tassements funestes, surtout par leurs inégalités, l'ingénieur constantinien préféra un système d'arcades compactes plantées avec soin dans l'épiderme rocheux et liaisonnées de manière à constituer un bloc immuable sous le dallage de la basilique. Cette terrasse artificielle fut développée à l'Est et au Nord de toute la quantité que de droit pour établir la sainte caverne au cœur même du monument projeté. On se rend assez compte que son entrée naturelle ne pouvait
comme la crypte actuelle, une saillie bien prononcée au-dessus du sol général de la basilique. C'est évidemment à des retouches de main d'homme que l'avant-corps de la grotte, M, doit sa forme presque parfaite de rectangle allongé sous la nef centrale. Sur toute la paroi sud, les dalles de revêtement ont bien l'air de s'appuyer au rocher, tandis qu'au Nord la paroi rocheuse est de tous points incertaine... La cloison qui ferme aujourd'hui la crypte à l'Occident est tout entière en maçonnerie, Le rocher reparait, environ 1 mètre en arrière, barrant le passage OP qui fait communiquer la crypte de la Nativité avec le
Il suffit. La preuve est acquise qu'à l'origine le mur longitudinal de la basilique barrait ce qui est aujourd'hui l'abside du transept ; abside et transept doivent donc être définitivement éliminés du plan originel. « Les seuls motifs de symétrie sont désormais assez convaincants pour faire supprimer aussi le bras méridional du transept et son abside. Ainsi se trouve reconstitué le vaisseau de la basilique primitive, réparti en cinq nefs et terminé à l'Orient par une abside semi-circulaire.
« Sous l'arc triomphal de cette unique abside était situé le lieu à jamais vénérable de l'autel de la Nativité. Deux escaliers latéraux, amorcés dans la première travée avec des colonnades centrales, venaient se réunir devant cet autel. Leur disposition sensiblement oblique est, à la vérité, un peu surprenante... Le chevet de la basilique est situé en pleine déclivité du coteau, dont l'axe dégringole par cascades rocheuses du Nord-Ouest au Sud-Est. Il suffit d'avoir suivi le sentier descendant du sanctuaire au village des Pasteurs, à Beit Sähour, pour avoir en maint endroit sous les yeux l'équivalent concret de ce que fut, à l'origine, la grotte où naquit Jésus ; une anfractuosité naturelle plus ou moins sinueuse, développée dans un banc de roche friable, et béante au Sud-Est. Au lieu d'un remblai qui l'exposait à des tassements funestes, surtout par leurs inégalités, l'ingénieur constantinien préféra un système d'arcades compactes plantées avec soin dans l'épiderme rocheux et liaisonnées de manière à constituer un bloc immuable sous le dallage de la basilique. Cette terrasse artificielle fut développée à l'Est et au Nord de toute la quantité que de droit pour établir la sainte caverne au cœur même du monument projeté. On se rend assez compte que son entrée naturelle ne pouvait
comme la crypte actuelle, une saillie bien prononcée au-dessus du sol général de la basilique. C'est évidemment à des retouches de main d'homme que l'avant-corps de la grotte, M, doit sa forme presque parfaite de rectangle allongé sous la nef centrale. Sur toute la paroi sud, les dalles de revêtement ont bien l'air de s'appuyer au rocher, tandis qu'au Nord la paroi rocheuse est de tous points incertaine... La cloison qui ferme aujourd'hui la crypte à l'Occident est tout entière en maçonnerie, Le rocher reparait, environ 1 mètre en arrière, barrant le passage OP qui fait communiquer la crypte de la Nativité avec le
Il suffit. La preuve est acquise qu'à l'origine le mur longitudinal de la basilique barrait ce qui est aujourd'hui l'abside du transept ; abside et transept doivent donc être définitivement éliminés du plan originel. « Les seuls motifs de symétrie sont désormais assez convaincants pour faire supprimer aussi le bras méridional du transept et son abside. Ainsi se trouve reconstitué le vaisseau de la basilique primitive, réparti en cinq nefs et terminé à l'Orient par une abside semi-circulaire.
« Sous l'arc triomphal de cette unique abside était situé le lieu à jamais vénérable de l'autel de la Nativité. Deux escaliers latéraux, amorcés dans la première travée avec des colonnades centrales, venaient se réunir devant cet autel. Leur disposition sensiblement oblique est, à la vérité, un peu surprenante... Le chevet de la basilique est situé en pleine déclivité du coteau, dont l'axe dégringole par cascades rocheuses du Nord-Ouest au Sud-Est. Il suffit d'avoir suivi le sentier descendant du sanctuaire au village des Pasteurs, à Beit Sähour, pour avoir en maint endroit sous les yeux l'équivalent concret de ce que fut, à l'origine, la grotte où naquit Jésus ; une anfractuosité naturelle plus ou moins sinueuse, développée dans un banc de roche friable, et béante au Sud-Est. Au lieu d'un remblai qui l'exposait à des tassements funestes, surtout par leurs inégalités, l'ingénieur constantinien préféra un système d'arcades compactes plantées avec soin dans l'épiderme rocheux et liaisonnées de manière à constituer un bloc immuable sous le dallage de la basilique. Cette terrasse artificielle fut développée à l'Est et au Nord de toute la quantité que de droit pour établir la sainte caverne au cœur même du monument projeté. On se rend assez compte que son entrée naturelle ne pouvait
comme la crypte actuelle, une saillie bien prononcée au-dessus du sol général de la basilique. C'est évidemment à des retouches de main d'homme que l'avant-corps de la grotte, M, doit sa forme presque parfaite de rectangle allongé sous la nef centrale. Sur toute la paroi sud, les dalles de revêtement ont bien l'air de s'appuyer au rocher, tandis qu'au Nord la paroi rocheuse est de tous points incertaine... La cloison qui ferme aujourd'hui la crypte à l'Occident est tout entière en maçonnerie, Le rocher reparait, environ 1 mètre en arrière, barrant le passage OP qui fait communiquer la crypte de la Nativité avec le
Il suffit. La preuve est acquise qu'à l'origine le mur longitudinal de la basilique barrait ce qui est aujourd'hui l'abside du transept ; abside et transept doivent donc être définitivement éliminés du plan originel. « Les seuls motifs de symétrie sont désormais assez convaincants pour faire supprimer aussi le bras méridional du transept et son abside. Ainsi se trouve reconstitué le vaisseau de la basilique primitive, réparti en cinq nefs et terminé à l'Orient par une abside semi-circulaire.
Une lumière beaucoup plus abondante pénétrait par les fenêtres inférieures, aujourd'hui murées, inondait les immenses nefs, profilant les lignes harmonieuses et fermes des entablements, détaillant les sculptures des architraves et des soffites, accentuant par des ombres vigoureuses le relief des acanthes et le fleuron de la croix inscrite au tailloir de tous les chapiteaux (fig. 8751). Des stucs probablement rehaussés de sobres peintures devaient complètement vêtir les parois basses des collatéraux ; les trous de scellement en font foi. Sur les hautes parois de la nef centrale, se développait sans doute un cycle ornemental plus soigné et plus brillant encore, des mosaïques peut-être ; et de luxueux lambris, ciselés et peints, dissimulaient apparemment la charpenterie robuste des toits. » On peut dire qu'on sait fort peu de choses touchant la façade qui était, sans doute, « d'une simplicité fort grande, à l'avenant de l'intérieur et sans autre recherche de l'effet que des proportions bien prises et la plus strictement indispensable modénature aux encadrements des portes. Les parties hautes de cette façade primordiale, visibles encore au fond de la terrasse du narthex, demeurent plus indemnes. En avant se développait l'atrium avec ses portiques DE JESUS 952 couverts que fermait, au Nord et au Sud, le prolongement des murs latéraux de la basilique. A se laisser guider par les trés humbles vestiges épars encore à travers la place moderne, par les traces de dallage et l'extension des bâtiments en bordure au Sud, on serait tenté d'attribuer à ce parvis ancien toute la longueur de la place, qui dépasse 50 mètres. En y joignant la profondeur du narthex, puisqu'il a naturellement empiété sur cette superficie, on aboutirait à un total très voisin de 60 mètres, assez peu vraisemblable. Si l'on substituait à ces proportions exagérées l'hypothèse d'un tracé fondé sur l'une ou l'autre des formules antiques, la façade de cet atrium, très grandiose encore avec ses 45, 39 ou 35 mètres de côté, viendrait s'aligner à quel que décrochement de paroi dans les murailles du couvent arménien, qui a chance de correspondre à une limitation ancienne.
« D'amples réservoirs aménagés dans le sol de l'atrium recueillaient les eaux pluviales et assuraient l'alimentation de la fontaine aux ablutions liturgiques, requise par l'usage ancien, à l'entrée de l'église. On n'a que l'embarras du choix entre les trois bouches de citerne aux vieilles margelles pour y établir la fontaine rituelle du sanctuaire primitif. » intérieure d'environ 6 mètres ». C'est la place toute trouvée de la magnifique piscine baptismale, W, reléguée aujourd'hui sans honneur, sans même qu'on ait eu le goût de l'y poser d'équerre, dans un coin sombre d'une basse nef, où elle obstrue le passage et prend un aspect minable. Nous avons déjà donné » : 4 « KirHh OCK IT/AON Š, pA Voici la transcription de ce texte :
»In nip uum xal verrais Kai goeceuwc d p oerte cv Ó Ras : YNVÉGAL cx óvópacx « Pour la mémoire, le repos et la rémission des péchés (des donateurs) dont le Seigneur sait les noms. » La désaffectation du baptistère constantinien et l'introduction des fonts baptismaux dans une basse nef s'expliquent par de nouveaux usages dans
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953 l'administration du sacrement. En Gaule, l'usage du baptistère isolé semble avoir pris fin vers le temps de Charlemagne, et à l'époque romane on ne bâtissait plus de baptistères. Il pourrait y avoir là une indication que la cuve baptismale a pu être introduite dans la basilique pendant l'occupation latine si elle ne s'y trouvait déjà.
La décoration en mosaïque des parois de la basilique par les croisés n'appartient plus à la période de nos études, mais, avant de quitter l'édifice constantinien, nous devons en retracer rapidement l'histoire jusque vers l'époque du rx* siècle.
XIV. HISTOIRE DU SANCTUAIRE. — 1° De Constantin à Justinien. — Dans son Panégyrique de Constantin, Eusèbe nous dit que « choisissant dans cette région-là [la Palestine] trois endroits ayant l'honneur de posséder trois antres mystiques, il [l'empereur] les orna de riches constructions, décernant à la grotte de la première apparition de Dieu la vénération qui lui était due, honorant dans l'autre, sur les sommets, la mémoire de la dernière ascension, exaltant dans la grotte intermédiaire les victoires dont le Sauveur couronna tout son combat 1 ». Nous n'avons à parler ici que de la basilique de Bethléem.
Il fallut d'abord faire place nette, arracher les souches du bois sacré d'Adonis, tracer un plan basilical qui respectât la grotte. S'il s'agit de distinguer la part respective de Constantin et de sa mère, sainte Hélène, dans l'œuvre commune, ce n'est pas chose facile. Dans le Panégyrique que nous venons de citer, Eusèbe ne parle que de Constantin, mais dans la Vie de cet empereur, il se garde d'omettre le rôle de l'impératrice : « Hélène, aussitôt, consacrait, dit-il, deux temples au Dieu qu'elle avait adoré : l'un à la grotte de la nativité, l'autre sur la montagne de l'ascension. Le Dieu Emmanuel, en effet, a bien voulu se soumettre à la naissance, et le lieu de la nativité dans la chair était appelé Bethléem chez les Hébreux. Aussi la très pieuse reine décora d'emblèmes admirables l'enfantement de la Mère de Dieu, faisant resplendir de toute façon la grotte sacrée qui se trouve là, et, peu après, le basileus honora le même [mystère] d'offrandes royales, ajoutant aux largesses de sa mère des vases d'argent et d'or et des tapisseries brodées ?. » Les travaux commencèrent en 326 et sainte Hélène, qui mourut vers la fin de 329, n'en vit pas l'achèvement, mais l'affaire était en bonnes mains et l'empereur continua les largesses faites par sa mère ; c'est ce qui explique qu'Eusèbe lui fasse honneur de l'œuvre une fois terminée. « Choisissant, dit-il, en Palestine d'autres lieux consacrés par des grottes mystiques, Constantin les embellit des richesses de sa magnificence. La grotte de la première manifestation du Sauveur, là où eut lieu sa naissance dans la chair, reçut de sa part des honneurs convenables : mais, dans l'autre, il honora sur la hauteur la mémoire de l'ascension vers les cieux. Il les para brillamment, perpétuant ainsi la mémoire de sa mère qui avait rendu un si grand service au genre humain ?. » Plus loin , Eusèbe rappelle encore l'intervention d'Hélène dans les deux sanctuaires de l'Éléona et de la Nativité, où elle éleva « deux sanctuaires, vénérables et magnifiques... sur deux autres mystiques, comme la preuve de ses pieux sentiments... avec l'aide des ressources impériales que lui fournit son fils ».
De l'aspect de l'édifice, Eusèbe croit avoir dit tout l'indispensable en parlant d'une basilique ; il ne prend même pas la peine de célébrer des raretés. Pas de plafonds lambrissés comme au martyrium, pas de colonnes de marbre rose et cette discrétion dans l'éloge s'accorde avec la réserve du Pèlerin de Bordeaux et d'Etheria qui ne s'extasient nullement sur le gros œuvre.
Enfin, « dans la carte de Mádabá, dit le P. Abel, l'église de Bethléem (voir fig. 7412, t. x) fait assez triste figure à côté des grands sanctuaires de Jérusalem, à côté même des églises de Mambré, de Diospolis et de Zakariya » Etheria ne ménage pas l'expression de son enthousiasme, mais celui-ci s'adresse à la magnificence de la parure que l'église revêt aux jours de fête. Alors « ce n'est que soie, or et gemmes ; tentures eL rideaux sont tous de brocart. Quant aux falots de cire, aux suspensions, aux lampes, au nombre des vases sacrés, cela dépasse toute expression : Qui autem ornatus sit illa die ecclesiæ vel Anastasis vel Crucis aul in Bethleem, superfluum fuit seribi. Ubi erira aurum el gemmas aut sirico nichil aliud vi des ; nam elsi vela vi des, auroclava oloserica sunt, si cortinas pi des, similiter auroclavæ olosericæ sunt. Ministerium aulem omne genus aureum gemmalum proferiur illa die. Numerus aulem vel ponderatio de ceriofalis vel cicindelis aut lucernis vel diverso ministerio numquid pel æslimari auf scribi polest ? Nam quid dicam de ornatu fabrice ipsius, quam Conslantinus sub præsenlia matris suc, in quantum vires regni sui habuil, hornavit auro, musivo et marmore prelioso tam ecclesiam maiorem quam Anasiasim vel ad Crucem vel cetera Loca sancia in Jerusolima 5. Sans déprécier la basilique de la Nativité plus qu'il ne convient, on peut, à la lumière de ces observations, rectifier une appréciation que des artifices de style avaient peut-être déjà faussée 5. » On ne peut mettre en doute que la basilique ait été élevée au-dessus de la grotte, même au prix de quelques substructions exigées par la nature et la déclivité du terrain. De même, d'après ce que nous savons de la pratique du 1v* siècle, on peut présumer avec une quasi-certitude que le chœur avec l'autel surmontait la partie sacro-sainte de la grotte.
De l'intérieur de l'église on avait accès à la grotte par une ou plusieurs entrées.
Plus encore que la basilique, la grotte fut l'objet de la sollicitude impériale ; toutefois, on semble avoir évité le travers dans lequel on tomba à d'autres époques ; la décoration respecta l'aspect rustique du lieu, c'est du moins ce qu'on peut induire de cette citation de saint Jérôme : « Mais, pour en venir à l'humble résidence du Christ et à l'asile de Marie (chacun loue davantage ce qu'il possède), par quel discours et quelle voix pouvons-nous décrire la grotte du Sauveur ? Et cette créche dans laquelle l'enfant a vagi est plus à honorer par le silence que par des paroles impuissantes. Où sont les amples portiques, où les lambris dorés, où les demeures embellies par la peine des malheureux et le travail des condamnés ? Où ces basiliques élevées comme des palais avec les ressources des simples particuliers pour que le vil et misérable corps de l'homme s'y promène à plus grand prix et comme s'il pouvait y avoir quelque chose de plus orné que le monde, qu'il préfère contempler le toit de sa demeure que le ciel ? Ici,-dans un petit trou en terre, est né le créateur des cieux, ici il a été enveloppé de langes, ici il a été vu par les bergers, ici il a été manifesté par l'étoile, ici il a été adoré par les mages, Et ce lieu, je pense, est plus saint que la roche Tarpéienne qui, par les coups de foudre dont elle a été fréquemment frappée, a montré qu'elle déplaisait au 955 NATIVITÉ Seigneur t. » Peut-être le rocher avait-il été laissé partiellement visible ; le rapprochement établi avec la roche Tarpéienne autorise cette supposition.
Un autre passage d'une homélie dont l'attribution à saint Jérôme n'est pas contestable nous apprend que le chétif mobilier de la grotte n'était pas respecté. Au temps d'Origène on montrait la mangeoire où l'enfant Dieu avait été déposé, et on a tout lieu de supposer que cette mangeoire consistait en une sorte de petit bassin, où l'argile pétrie avec de la paille hachée formait les bords d'une sorte de grossière mangeoire adhérant au sol par le fond et par un côté. À ce propos, saint Jérôme dit : « Oh, s'il m'était permis de voir cette créche où le Sauveur fut couché ! Nous autres, maintenant, sous prétexte d'honorer le Christ, nous avons enlevé la créche de terre pour en mettre une d'argent. Elle m'est autrement précieuse celle qui a été enlevée... Je ne blâme point cependant ceux qui ont agi de la sorte par dévotion », Sans doute, cette crèche d'argent était due à la piété de sainte Hélène. Au-dessus de ce mémorial, ou à peu de distance en avant, se dressait un autel. Une balustrade munie de portes enfermait la partie de la grotte où se trouvait la créche et l'autel . C'est dans un joint de la porte de ce cancel que le diacre Sabinien déposait sa correspondance amoureuse que venait enlever sa maîtresse lorsqu'elle s'en approchait sous prétexte de venir faire ses dévotions. Ce cancel n'interdisait pas absolument l'accès de la crèche d'argent, du moins à certaines heures puis que sainte Paule obtenait cette faveur‘. Cette sainte vint non seulement prier, mais elle reçut la sépulture dans l'une des anfractuosités qui constituent actuellement la grotte de la nativité vers le Nord et que Jérôme avait choisie pour oratoire (404) 5. Ces funérailles avaient attiré nombre de prêtres et de moines qui avaient longuement psalmodié en grec, en latin, en syriaque, suivant leurs rites.
D'autres cérémonies liturgiques attiraient un pareil concours. À Bethléem, on voyait accourir la population de Jérusalem pour célébrer le quarantième jour après Pâques, qui est aujourd'hui la fête de l'Ascension. Le 6 janvier on célébrait la Nativité et la Théophanie ; alors même que la fête de la Nativité, antérieurement à l'évêque Juvénal, se célébrait encore à Jérusalem le 6 janvier, les Latins fixés à Bethléem la célébraient le 25 décembre et la cérémonie était présidée par un évêque, soit celui de Jérusalem, soit un évêque de passage . Saint Jérôme préparait des catéchumènes au baptême que ceux-ci recevaient au baptistère de la basilique, de la main des prêtres desservants de l'église ou envoyés spécialement par l'évêque de Jérusalem ?. « En raison de l'importance des établissements de sainte Paule et de saint Jérôme, le latin avait à Bethléem, dans la prédication et la psalmodie, une part qu'il n'avait point à l'Anastase. Outre ces personnages de marque domiciliés près de la grotte de la nativité, d'autres y passaient en simples pèlerins comme Grégoire de Nysse, Pierre l'Ibérien, sainte Mélanie . La grotte sacrée ne rendait-elle pas Bethléem plus auguste que Rome ? »
Anna les d'Eutychius, patriarche d'Alexandrie au Xe, une anecdote qui concerne la basilique de la Nativité au VIe. Justinien, nous dit-il, « prescrivit de démolir l'église de Bethléem parce qu'elle était petite et de la rebâtir en une église imposante, spacieuse et splendide, de telle sorte qu'il n'y eût point à Jérusalem de plus belle église que celle-là. Arrivé à Jérusalem, l'envoyé construisit un hospice pour les étrangers, acheva l'église neuve, restaura les églises que les Samaritains avaient incendiées, érigea des couvents nombreux, enfin détruisit l'église de Bethléem et la réédifia en ce qu'elle est aujourd'hui. Quand il eut accompli tout cela, il revint près du basileus qui lui dit : « Décris-moi comment tu as construit l’église de Bethléem. » Après qu'il la lui eut décrite, le basileus ne trouva point sa description élégante et elle ne le satisfit pas sous cette forme. Alors sa colère s'enflamma contre lui et il lui dit : « Tu as pris les fonds pour les détourner à ton profit. Tu as construit un édifice que tu as diminué et l'église est obscure. Tu ne l'as point bâtie comme je le désirais et tu ne m'as pas consulté. » Après quoi il lui fit trancher le cou ! ?, » Soumis à une critique rigoureuse, ce récit nous apprend plusieurs faits : le préjudice causé à la basilique de Bethléem par les Samaritains au cours de l'insurrection de 529. On n'avait là-dessus aucun renseignement, Ensuite l'adaptation de la nouvelle église de Bethléem à certaines exigences qui, au VIe, s'affirmaient de plus en plus impérieuses, notamment substitution du plan cruciforme au plan basilical. Ce plan cruciforme répondait à certaines nouveautés rituelles, telles que la liturgie de la « prothèse » et de la « grande entrée » m « La préparation des offrandes eucharistiques, écrit le H. P. Abel, se faisant désormais hors de l'autel, avait lieu dans une abside secondaire, xóyyn tés xpoÜfcsoc ; c'est de là que ces offrandes étaient transférées solennellement à l'autel situé dans l'abside principale, xéry coo Üuctxccnpotou. Une troisième abside s'ouvrant du côté opposé à l'abside de la prothèse s'appelait diaconicon, à cause de sa proximité avec la grande sacristie !. Certains Grecs prétendent que Justinien se serait résolu, sur l'injonction des anges, à créer, à Sainte-Sophie, une triple conque !, C'est dire combien une telle particularité était peu répandue à Constantinople et même dans l'empire avant cette date. On y voyait un symbole de la sainte Trinité aussi bien que l'image de la croix. Le terme de « cruciforme » d'ailleurs n'implique pas nécessairement l'égalité des bras de la croix ; il s'applique également à une basilique dont les longues nefs aboutissent à un sanctuaire doté de trois absides ne s'ouvrant pas sur la même ligne, mais dont deux, celle du Nord et celle du Midi, se font face de manière à former avec l'abside orientale une sorte de trèfle '*, » Ainsi le projet de refaire le sanctuaire de la Nativité à Bethléem, tel que le conçut Justinien, pouvait être issu de considérations d'ordre liturgique autant que de visées artistiques.
D'après le récit d'Eutychius, on pourrait penser que la basilique constantinienne fut jetée par terre sans rémission : peut-être la mesure adoptée fut-elle moins radicale. Sans doute, on procéda à une démolition mais non pas totale ; on se contenta de jeter à bas quelques murailles et de construire des absides à la place de murs droits, ainsi que nous l'a montré l'étude technique du monument (voir col. 946 sq).
On a vu en quoi consista le travail exécuté à Bethléem et comment les deux nouvelles conques absidales exigèrent une épaisseur de muraille supérieure à celle des murs du vaisseau de l'église. C'est ce travail hâtif et mesquin qui mécontenta Justinien qui reprochait à l'architecte l'exiguité et l'obscurité de l'église remaniée sous sa direction. Après le résumé que nous avons donné des retouches infligées à la basilique constantinienne, il n'est pas possible de contredire l'empereur. Sans s'être rendu sur les lieux pour juger de visu, on peut croire que Justinien, bâtisseur émérite, savait d'après un rapport et un plan porter un jugement compétent sur une construction monumentale. La substitution du narthex à l'atrium justifiait son reproche tout aussi bien que les sections pratiquées dans les parois pour y introduire des absides en hors-d'œuvre.
Dans le travail que nous avons consacré aux mages {voir ce mot}, nous avons dit comment la basilique de Bethléem fut épargnée par les Perses, en 614. Sur le fronton de l’église, à moins que ce ne fût à la galerie supérieure de l'atrium, on avait placé une mosaïque représentant l’adoration des mages. Ceux-ci, conformément à la tradition chrétienne des premiers siècles, portaient le costume usuel des Perses : bonnet phrygien, tunique bouffante à la taille avec une ceinture, manteau court agrafé sur l'épaule et dont les plis flottent en arrière. Cette représentation frappa les envahisseurs qui pensèrent voir quelque hommage rendu à leur dieu Mithra et à leur nation et, en conséquence, la basilique fut épargnée. Cette anecdote nous a été conservée dans une lettre synodale du IXe, on y lit ceci : « La bienheureuse Hélène, cette reine pieuse, après avoir retrouvé la croix salutaire, orna les saints Lieux d'images vénérées. À Bethléem, elle éleva le grand temple de la Mère de Dieu et, au couchant, dans la partie extérieure, elle fit représenter en mosaïque la naissance du Christ, la Mère de Dieu portant sur sa poitrine l'enfant qui apporte la vie et l'adoration des mages. Quand les Perses impies dévastèrent toutes les villes de l'empire romain et de la Syrie, brûlèrent Jérusalem et firent prisonnier le patriarche Zacharie... à leur arrivée à Bethléem, ils virent avec étonnement les images des mages persans, observateurs des astres, leurs compatriotes. Par respect et par affection pour leurs ancêtres, les vénérant comme s'ils étaient vivants, ils épargnèrent l'église... Elle a subsisté jusqu'à nos jours 2 » Cette tragique année 614 aura vingt ans plus tard sa répétition lors de la première invasion musulmane en Palestine en 634. Cette année-là, il ne fut pas possible aux fidèles de sortir de Jérusalem pour aller, suivant l'usage, célébrer la fête de la Nativité à Bethléem. Le patriarche Sophrone, dans son homélie prêchée à Sainte-Marie-la-Neuve, nous apprend que Bethléem est inabordable ; on ne peut contempler cette année-là ni la crèche, ni la grotte ?*. Il est douteux que la rapacité des Sarrasins ait épargné à la basilique les déprédations, du moins épargnèrent-ils l'édifice. En 638, Omar vint à Bethléem, dont la basilique fut également respectée. Le calife fit sa prière dans l'abside méridionale en regardant vers la Mecque, après quoi il remit au patriarche Sophrone « un acte en due forme, aux termes duquel les musulmans ne devaient venir prier dans cet endroit qu'un par un, sans s'y réunir en groupe pour la prière, sans y faire le edhéán, et sans y changer quoi que ce soit ? ». Cette prescription fut obéie jusqu'aux Xe ou au XIe, époque où les musulmans arrachèrent les mosaïques de l'abside dans laquelle le calife Omar avait prié et les remplacèrent par une inscription arabe, dans laquelle, vraisemblablement, ils revendiquaient la propriété exclusive de cette partie du sanctuaire où ils se réunissaient pour prier à l'appel du muezzin. Mais le petit nombre des musulmans ne leur permit pas d'être bien gênants ni d'isoler par une cloison la partie choisie par eux pour leurs prières, même ils laissèrent l'entretien au clergé de la basilique.
Depuis le VIIe, celle-ci portait le vocable de Sainte-Marie, qui pouvait remonter à l'époque de la restauration de Justinien. L'église de Bethléem était, au Xe, desservie par quinze clercs, prêtres et moines ; on y remarquait, en outre, deux stylites. Mais le clergé de Jérusalem venait officier à Bethléem chaque année le jour de Noël et aux fêtes propres à cette Église. Les musulmans eux-mêmes fréquentaient ce pèlerinage où ils s'étaient ménagé un lieu de prière. Une tradition existait parmi eux touchant une partie du palmier dont Marie mangea du fruit et qu'on vénérait. Quoi qu'il en soit de ce souvenir, « la chrétienté doit, en partie, à cette estime des sectateurs de Mahomet pour le lieu de la nativité, d'avoir conservé jusqu'à ce jour la basilique de sainte Hélène * ».
H. LECLERCQ.
NATTÉ. — Nous avons parlé de l'entrelacs (voir ce mot, Dictionn., t. v) et donné des exemples de
cette décoration ingénieuse dans laquelle l'art irlandais a excellé. L'entrelacs comporte une certaine mesure de fantaisie et d'originalité qui ne permet pas de lui assimiler le natté. Ici la part de l'imagination est si réduite qu'elle n'est plus guère représentée ; il s'agit seulement de bandes qui se croisent régulièrement comme dans un paillasson ou une natte. Il serait superflu d'entrer, à ce sujet, dans une description et des classements d'exemples, un seul monument suffira. Voici une agrafe de ceinturon découverte à Jrsins (Suisse) et conservée au musée de Berne (fig. 8753) ; le médaillon central et le bandeau latéral nous font voir un « natté » dans sa régularité et son insignifiance. H. LECLERCQ. NAUDET (Joseph). — Ce savant homme mourut âgé de quatre-vingt-douze ans et sa fin parut prématurée tellement il s'était conservé entier et robuste. Né à Paris le 8 décembre 1786, il y mourut le 12 août 1878 et, chose plus surprenante encore, il avait réussi à faire de fortes études classiques en pleine période de la Terreur et du Directoire. Ayant obtenu le prix d'honneur de rhétorique au concours général en 1803 et en 1804, il entra d'emblée comme professeur de troisième, puis de rhétorique au lycée Napoléon (depuis Henri-IV). Tout naturellement, Y. Naudet passa des concours universitaires aux concours académiques et y obtint les mêmes succès. Ce fut pour répondre à une question posée par l'Institut qu'il rédigea un mémoire devenu bientôt une Histoire de l'établissement, des progrès et de la décadence de la monarchie des Goths en Italie. S'occuper des Goths et de Théodoric en 1811 était chose méritoire, et c'était mieux encore : une promesse qui fut tenue pendant toute la durée d'une longue vie. Pénétré de la formation classique dans ce qu'elle a de meilleur, au point de ne plus apercevoir ce qu'elle a de caduc quand on ne la rajeunit pas à l'aide de méthodes plus scrupuleuses et d'une technique moins oratoire, J. Naudet croyait déjà faire beaucoup en déblayant certaines règles devenues inapplicables à la tribune et au barreau ; il aurait pu ajouter : dans la chaire. De là son Essai de rhétorique, ou observations sur la partie oratoire des quatre principaux historiens latins (Paris, 1813), dans lequel l'auteur ne semblait pas se douter que, depuis Tite-Live, Tacite, Salluste et Quinte-Curce, le monde avait appris quelque chose. Afin de joindre l'exemple au précepte, J. Naudet, s'inspirant de Salluste, composa un écrit qu'il intitula : La conjuration d'Étienne Marcel. Cet épisode dramatique, survenu en 1356 et 1357, offrait un beau sujet d'exposition historique s'appuyant sur les procès-verbaux des États généraux et quelques chroniques, celles de Saint-Denis, de Froissart, du continuateur de Guillaume de Nangis. Mais J. Naudet appartenait à une génération et se réclamait d'une école qui s'arrogeaient le droit d'écrire l'histoire non telle qu'elle fut, mais telle qu'elle aurait dû être. A cet effet, il faisait agir, parler, et même discourir les personnages pour mieux distraire le lecteur. Ce procédé artificiel et, pour tout dire, faux, a reparu de nos jours sous le nom d'histoire romancée et a rencontré des partisans et des défenseurs. Il n'est pas défendable, et, pour s'en convaincre, il suffit de dénombrer la clientèle qui lui vaut une vogue passagère. Tout ce qu'on peut imaginer de frivole, de superficiel, de médiocre, forme la clientèle des Trois mousquetaires d'Alexandre Dumas, des États de Blois de Louis Vitet, de la Chronique de Charles IX de Prosper Mérimée, de qui procèdent le Saint Augustin de M. Louis Bertrand et le Beaconsfield de M. André Maurois. Peut-être J. Naudet eût-il frémi de se découvrir une pareille postérité.
« Que c'était arrivé ».
360.
Pour lui, s'il ne se départissait sous aucun prétexte - et en aucune circonstance d'une gravité majestueuse - et d'un langage solennel, il lui arrivait cependant de croire parfois — suivant une expression triviale — à vivre parmi eux, à prêter l'oreille à leurs harangues et à noter les impressions de l'auditoire imaginaire, | Ainsi atteignait-il, comme lorsqu'il écrivait cette phrase : « Il serait difficile de décrire l'exaltation, le déchaînement des députés des villes après avoir entendu ce discours ? » [de Joseph Naudet |. : Cette façon d'écrire l'histoire est assez différente de celle qui a prévalu depuis, ne pouvait s'interdire | de faire observer Henri Wallon ; elle est plus près de | la manière de Mézeray et de Lebeau que de celle de | nos contemporains, confrères de M. Naudet, qui ont renouvelé le genre historique ; mais on ne peut lui contester l'autorité qu'elle tire des anciens, et elle se défend encore par certains côtés ?, » | Après cette excursion malencontreuse, J. Naudet revint à l'étude de l'histoire digne de ce nom et s'y | fixa. Ce fut encore une question posée par l'Institut, en 1813, qui l'y ramena : Des changements opérés dans toutes les parties de l'administration de l'empire romain sous les règnes de Dioclétien, de Constantin et de leurs successeurs jusqu'à Julien. Le mémoire, remanié, fut | publié en 1817 ; il est superflu de dire qu'il a été corrigé, complété et dépassé depuis par des travaux plus étendus, plus approfondis, mais qu'il témoigne encore d'une sage ordonnance et d'une critique avertie. L'année même, J. Naudet, âgé de trente ans fut élu membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Cet important mémoire paraissait attacher définitivement son auteur à l'histoire romaine ; cependant, deux années plus tard, en 1819, il s'employa dans une longue étude Sur l'état des personnes en France sous les rois de la première race à résoudre la question, si discutée au XVIe, des origines et de la condition des quatre classes : nobles, hommes libres, clercs et serfs ; question qui devait soulever encore l'attention et susciter les polémiques de Guizot, d'Aug. Thierry, de Guérard, de Le Huérou, de Fustel de Coulanges. Après cela, Naudet revint aux Romains pour ne plus les quitter et les étudia sous de multiples aspects.
Ce fut d'abord un mémoire : De l'instruction publique chez les anciens, et particulièrement chez les Romains. L'auteur montre le danger de la négligence en ces matières, et remarque que « plus les gouvernements approchent de la démocratie, plus il est nécessaire que les mœurs soutiennent les lois et que l'éducation conserve les mœurs ».
Là-dessus, il prenait occasion de signaler l'insuffisance des lois de la Grèce et de Rome en matière pédagogique. « La plupart de leurs législateurs, dit-il des Grecs, ne connaissaient pas de terme moyen entre des réglements tyranniques et l'imprévoyance. Aristote se plaignait que de son temps il n'y eût point de direction publique et commune pour l'instruction du premier âge. On peut dire qu'en général les | anciens ne surent point concilier l'action directrice et auxiliaire du pouvoir avec la liberté des individus ; et quand leurs lois pourvurent à l'éducation de la jeunesse, elles ne prescrivirent à peu près que des exercices gymnastiques et militaires : l'instruction scientifique et littéraire était oubliée. » Naudet ne signale qu’une exception à ce fâcheux état de choses : c'est dans une petite ville de la Grande Grèce, Thurium, et dans la législation de Charondas. « Charondas, dit-il, voulut que tous les enfants, sans exception, apprissent à lire et à écrire dans des écoles défrayées par le trésor public. » (C'est déjà l'instruction gratuite et obligatoire !) « Car il pensait, ajoute Diodore de Sicile, qu'en n'offrant point aux indigents cette instruction gratuite, on les priverait d'une des choses les plus nécessaires à la vie, puisqu'on en a besoin journalièrement dans les élections, dans le commerce épistolaire, dans les transactions, dans la pratique des lois. » Il fallut attendre le règne des Césars pour voir favoriser les établissements ouverts à la jeunesse par des traitements, des immunités, des honneurs même, assurés aux professeurs. Ceux-ci se trouvaient, en compensation, placés sous une surveillance dont, à l'occasion, l'État entendait tirer parti. Julien n'y manqua pas lorsqu'il retira aux chrétiens le droit d'enseigner. « Le langage qu'il tient dit Naudet, mérite d'être observé : « Il faut que les maîtres et les professeurs se « distinguent d'abord par les mœurs, ensuite par le « talent. Comme je ne puis être présent moi-même « dans chaque cité, je veux que tous ceux qui se « proposent d'enseigner ne puissent point s'ingérer de « ce soin tout à coup, selon leur caprice, mais qu'ils « obtiennent l'approbation du corps municipal et le « suffrage des experts. Ensuite on me soumettra la * délibération de la commune, pour que l'honneur de « notre autorisation ajoute un plus grand lustre aux « écoles des cités. » Mais les sénateurs des villes et les experts des collèges devaient faire ce raisonnement :
Quiconque pense mal ne peut avoir de bonnes mœurs : les chrétiens, qui pensent autrement que l'empereur, ont de mauvaises mœurs. De peur que la logique des autorités subalternes ne fût en défaut, Julien avait eu soin de réserver à sa chancellerie l'examen de la question en dernier ressort. De cette manière, quiconque ne produisait pas des certificats ou des gages suffisants d'orthodoxie païenne était exclu non seulement des écoles entretenues par les cités, mais de toute espèce d'enseignement public !. » Nous avons pris cet exemple pour faire voir ce que nos études peuvent retirer des travaux de l'auteur.
Nous pouvons en citer un autre, tiré du Mémoire sur les secours publics chez les Romains. Après avoir montré comment le luxe et la misère marchaient du même pas et les efforts tentés par l'administration pour y porter remède, puis le système de secours pratiqué sous l'empire et aboutissant parfois à des profusions injustifiables, mais provoquant aussi des mesures ingénieuses et efficaces telles que les fondations charitables, l'auteur n'hésite pas à reconnaître la supériorité des établissements des chrétiens. Il conclut que « ce serait un rapprochement curieux à faire que celui des institutions de l'antiquité païenne avec les créations du christianisme chez les modernes, pour secourir les pauvres, les infirmes, les malades, les étrangers. C'est là, dit-il, qu'on verra toute la puissance et la supériorité de cette morale sanctionnée par la croyance religieuse, qui, prenant la société par la base pour la régénérer, et embrassant dans son action tous les hommes, depuis le mendiant jusqu'au roi, fit une révolution si absolue et si grande ?, » démi des sciences morales et politiques dès l’origine | 962 de celle-ci ; il y entrait avec Guizot, Mignet, Michelet, Thiers et Augustin Thierry dans la section d'histoire générale où ces illustres s'obstinèrent à vivre pendant trente-deux ans sans offrir la plus petite brèche aux candidats désespérés.
Non content de figurer aux réunions des deux académies, J. Naudet alimentait leurs publications et continuait à exposer différents aspects de la vie des Romains, leur police, leurs récompenses d'honneur, leurs postes, leur théâtre, leurs serres chaudes, leur conversation, leur prél à iniérét (1843-1851). Ces travaux ne le détournaient pas d'une époque très différente : le Moyen Âge, puisqu'il avait recueilli, avec Daunou, la succession de dom Brial qui continuait la publication des Historiens des Gaules et de la France de dom Bouquet. Après avoir terminé l'impression du t. xix, Naudet et Daunou proposèrent et firent adopter la publication distincte des historiens des croisades de celle des autres historiens *. Naudet fit partie de la commission des médailles et nul ne l'y surpassa dans l'art d'aligner une inscription, dans l'habileté à condenser toute la force d'une pensée dans le demi-vers d'une légende de médaille.
Ce ne fut certes pas la collaboration au Journal des savants qui put attirer à Naudet les disgrâces qui le frappèrent ; il faut expliquer celles-ci par la politique qui se plaisait à maltraiter un érudit inoffensif. Victime de passe-droits répétés, il quitta l'université et entra à la Bibliothèque royale comme conservateur des imprimés et directeur illusoire de cet établissement où les chefs de chaque département jouissaient, chacun chez soi, d'un pouvoir absolu. Tous étaient savants, très peu eussent pu faire valoir des titres comme administrateurs et des abus énormes s'étaient implantés qu'on croyait ne pouvoir détruire. Car le mal était ancien. Il ne s'agissait pas seulement de livres prêtés et non rendus : il existait une liste des emprunteurs devenus introuvables. Des livres, des pièces historiques avaient disparu on ne savait plus quand, pour passer, on ne savait comment, dans les collections particulières de la France ou de l'étranger.
Naudet entreprit de rétablir l'ordre et souleva des résistances, provoqua des plaintes à la tribune de la Chambre des députés, où Ferdinand de Lasteyrie (voir ce nom) attaqua le régime de la Bibliothèque. Naudet, soutenu par le ministre, répliqua et ses réponses furent publiées par le Moniteur ; finalement, afin d'accroître son autorité, il reçut le titre d'administrateur général (2 sept. 1847). Sur ces entrefaites éclata l'affaire Libri (voir ce nom) qui montra la gravité du mal. En qualité de directeur, Naudet avait pris une importante décision. « Au risque de déchaîner contre lui les colères des collectionneurs, il s'en prit résolument au principe qu'en fait de meuble possession vaut titre, et engagea deux procès, l'un, de 1841 à 1846, pour la restitution d'une quittance de Molière ; l'autre, de 1850 à 1851, pour le recouvrement d'une lettre de Montaigne ; deux pièces qui avaient appartenu, sans aucun doute possible, à la Bibliothèque. » Il eut gain de cause et « les arrêts du 3 janvier 1846 et du 17 août 1851 n'ont pas eu seulement pour résultat de faire réintégrer à la Bibliothèque deux pièces intéressantes pour notre histoire littéraire : ils ont fait loi en cas de pareils détournements à l'avenir. C'est aujourd'hui une doctrine reçue que les livres imprimés ou manuscrits, les chartes, les lettres autographes, les estampes et les médailles des bibliothèques de l'État « sont inaliénables et imprescriptibles, comme dépendant du domaine « public » M Naudet a donc l'honneur d'avoir contribué à fonder cette jurisprudence, et ce principe n'a pas seulement rallié les jurisconsultes, il a conquis l'opinion publique ; il est entré non seulement dans le droit, mais dans les mœurs !, » En 1852, J. Naudet fut élu secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions, à la mort de Walckenaer. On ne se trompait pas en comptant sur son expérience et son zèle, A peine entré en charge, il s'appliqua à poursuivre sur un plan nouveau l'histoire de l'Académie complétée par les notices biographiques qu'il consacra à Walckenaer, aux deux Burnouf, le père et le fils, au jurisconsulte Pardessus, à Benjamin Guérard, à Boissonnade. On a si fort loué les éloges dont Fontenelle a tracé le croquis qu'il n'est pas superflu de dire tout le mérite de ces portraits, qui sont d'un dessin plus net, d'une couleur plus vive, d'une ressemblance plus achevée et qui ont ouvert une tradition si heureusement continuée par Henri Wallon et par M. René Cagnat.
Avant quitté la Bibliothèque en 1858, Naudet prit un congé comme secrétaire perpétuel et, pour se reposer, voyagea. Il alla voir l'Italie, s'enthousiasma à froid comme savaient le faire les hommes de ce temps, se gargarisa avec des mots qui leur paraissaient poétiques et sonores : Misène, Baïes, Capri, le Pausilippe, s'extasia devant des vitrines et se déclara comblé. Un peu brusquement, et sans qu'on en aperçut la raison, il donna sa démission de secrétaire perpétuel (13 juill. 1860) et se remit au travail des diverses commissions, infatigable.
Au début de l'année 1868, Edm. Le Blant ayant fait part à l'Académie de Recherches sur les bourreaux du Christ et les agents chargés des exécutions capitales chez les Romains, J. Naudet fut amené à rédiger un Mémoire sur cette double question : 1° thèse particulière : Sont-ce des soldats romains qui ont crucifié Jésus-Christ ?
L'Académie avait célébré le jubilé du cinquantenaire de Naudet par l'offre d'une médaille (8 mai 1868), et trois ans après le « jeune vieillard » pendant la Commune, ne manquait pas une séance et discutait avec M. de Wailly sur les manuscrits de Villehardouin, avec Léon Renier sur la milice des frumentaires. Les années passaient sans l'atteindre, on le vit reparaitre au bureau du Journal des savants et reprendre son labeur d'autrefois ; entre temps, il s'était débarrassé de ses rhumatismes et d'une fluxion de poitrine : devenu nonagénaire, il fut repris de la fringale des voyages et parcourut la Suisse avec un petit-neveu qui était toute sa tendresse.
« Il fallait qu'il dit son âge, il fallait que son affirmation fût corroborée par les dates de son entrée dans l'Académie, de ses premiers écrits, de ses premiers succès dans les concours publics, pour que l'on pût croire à ses quatre-vingt-dix ans. Jusqu'à la fin, il demeura droit et ferme, dépassant les plus grands de la tête, devancant les plus agiles par la rapidité de son pas. À la ville, il habitait de préférence le quatrième étage ; à la campagne, il avait choisi sa résidence en un lieu d'où il ne pouvait sortir sans avoir quelque escarpement à gravir, soit au départ, soit au retour [Bougival]. Aucun ne pourra oublier avec quelle grâce il faisait, à ceux qui le visitaient, les honneurs de sa maison de campagne. Cette figure si grave, si imposante, qui, au temps de ses tournées d'inspecteur général, inspirait une crainte respectueuse aux élèves et aux professeurs, se déridait dans ses conversations familières. Nul n'était plus attentif, plus prévenant, plus empressé à se faire tout à tous. Pour juger à fond ce vétéran, il le fallait voir dans cet intérieur patriarcal, entourant de soins ce jeune neveu dont la santé délicate éveillait en lui une sollicitude toute paternelle. C'est pour l'enfant, c'est pour le promener sans fatigue dans les jolis bois de la Celle-Saint-Cloud, qu'il s'était procuré une voiture et un petit cheval ; car, pour lui-même, de peur de fatiguer la bête, il serait descendu de la voiture dans les endroits où l'on en aurait eu le plus besoin. La fatale guerre de 1870 avait, du reste, marqué pour lui le terme de cette existence de campagnard : il ne voulut pas remettre les pieds dans cette villa dévastée, profanée par les soldats allemands. » 73 Réfugié dans l'honorariat, il y fut rejoint par son successeur dans la charge de secrétaire perpétuel, M. Guignaut, et lorsqu'il fallut disparaître, ce fut Guignaut qui partit le premier. Cependant, il arriva qu'un vendredi, M. Naudet manqua la séance de l'Académie ; il manqua encore le vendredi suivant ; cette fois il était mort. E ct à he 2h D ai ht -a a e A romain vers la fin du III* siècle, mémoire lu... à l'Acad. des inscr., in-4 ?, Paris, 1873. — Lettre à M. Le Blant, membre de l'Académie des inscriptions au sujet de sa brochure intitulée : Recherches sur les bourreaux du Christ, in-4°, Paris, 1874. — Lettre à propos de l'article de M. Labbé sur l's apparition » des magistrats romains, par Lucius Simplex, dans Revue de législation française et étrangère, juillet-août 1875. — De l'état des personnes sous les empereurs romains, dans Journal des savants, mai 1877.
H. LECLERCO. |
NAUMACHIE. — I. Topographie vaticane. II. La naumachie. III. Bibliographie.
I. TOPOGRAPHIE VATICANE,. — La topographie des environs du Vatican est d'autant plus contestée qu'il existe à ce sujet des traditions respectables encore que, parfois, contradictoires, et des souvenirs apostoliques où l'histoire et la critique sont en désaccord avec la légende. Nous rencontrons ici, suivant l'ordre alphabétique, trois points qu'il sera avantageux de traiter en les rapprochant, comme l'ont fait d'ailleurs les récits consacrés à la mort et à la sépulture de saint Pierre, ce sont : la naumachie, l'obélisque et le térébinthe. Ces noms n'ont pas varié, mais les lieux qu'ils évoquent ont été moins stables : leurs dénominations nous amènent dans la région vaticane signalée par des hauteurs plus ou moins rapprochées de la rive du Tibre, en face de Rome. Ces hauteurs ont porté les noms du Vatican et du Janicule en souvenir de localités étrusques, mais l'ager Vaticanus était beaucoup plus étendu que le quartier qui, aujourd'hui, porte ce nom, il contenait la plaine des Frati et atteignait le pont Milvius. Au temps de la république et vers les débuts de l'empire, ces terrains étaient cultivés ; pendant les premiers siècles de notre ère, on y entretenait des jardins et des vignes.
Ces lieux sont à jamais sacrés par les souvenirs qu'ils éveillent. La veuve de Germanicus possédait une villa qu'on peut situer entre l'église San Onofrio et la basilique Saint-Pierre ; la villa disparut pour faire place au cirque fameux construit par Caligula. A l'Est se trouvaient les jardins de Domitia, tante de Néron, dont on hâta la mort, de sorte que toute la rive droite du Tibre ne fut plus qu'un vaste domaine impérial désigné sous le nom de « jardins de Néron » (voir Dictionnaire, t. vii, au mot INCENDIE DE ROME). Nous en avons déjà parlé, ainsi que des scènes hideuses qui s'y passèrent. Non loin du cirque de Caligula, les fidèles vénéraient, dès la fin du ier siècle, le tombeau de l'apôtre Pierre. Là, Constantin élèverait la basilique. Un autre centre topographique, situé à l'Est, était marqué par le mausolée que se fit construire l'empereur Hadrien (voir ce nom), dans les anciens horti Domitiæ ; c'est aujourd'hui le château Saint-Ange (voir Dictionnaire, t. vii, au mot HADRIEN). Il y avait aussi deux ponts, celui construit par Hadrien qui reliait son mausolée à la rive gauche du Tibre ; l’autre, construit par Caracalla, contemporain du cirque et de la villa impériale, avait disparu au IVe.
Il en allait de ces voies comme de toutes les autres : elles étaient bordées de tombeaux. Sur la voie Triomphale, on sait la présence d'une grande pyramide funéraire et de quelques autres tombes, dans le voisinage immédiat de celle de saint Pierre. Des incertitudes pouvaient planer sur celle-ci car elle avait eu sa place aux catacombes, sur la voie Appienne, là où s'élevait une basilique dite « des Apôtres » — actuellement Saint-Sébastien — où reposaient Pierre et Paul. On n’a pas découvert la raison historique de ce transfert momentané ; néanmoins, on ne peut mettre en doute que la basilique de Saint-Pierre au Vatican et la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs ont consacré chacune une antique tradition. La première entraîna la démolition du cirque de Caracalla. Ceci s'imposait dès l'instant qu'on s'attachait à glorifier l'emplacement d'une tombe vénérée, précisément celle qui s'élevait en l'honneur du prince des apôtres, en bordure de la voie Cornelia.
Les anciens auteurs décrivent l'emplacement du tombeau de saint Pierre, mais ne s'accordent pas entre eux. Le plus ancien de tous, Caius, prêtre romain, transcrit par Eusèbe, mentionne le Vatican.
Saint Jérôme est moins vague lorsqu'il écrit, dans son De viris illustribus, que saint Pierre sepultus Rome in Vaticano iuxta viam Triumphalem totius orbis veneratione celebratur. Ceci est clair : la voie Triomphale ; or, la tombe, repérée par le maître-autel, est sur la voie Cornelia.
Avec le Liber pontificalis, voici de nouveaux les indications. Saint Pierre sepultus est via Aurelia in templum Apollinis, juxta locum ubi crucifixus est, juxta palatium Neronianum, in Vaticanum, juxta territurium Triumphalem. L'auteur a pris quatre mots dans saint Jérôme, les a disposés dans le même ordre, mais il a remplacé piam par territurium. Ce changement s'explique parce que l'auteur a commencé par désigner la voie Aurelia et que, dés lors, il ne peut introduire la voie Triomphale que sous la réserve d'un juxta. Mais sa mention de la voie Aurelia ! n'est pas plus heureuse que la viam Triumphalem de saint Jérôme. L'un et l'autre sont dans l'erreur.
N'est-il pas hasardeux de renvoyer saint Jérôme et l’auteur du Liber dos à dos en les accusant d'erreur ? Ils connaissaient Rome pour l'avoir habitée à une date plus rapprochée que celle où nous écrivons ; ils avaient suivi les routes, franchi les ponts du Tibre, fréquenté la basilique ; c'est quelque chose. Sans doute, mais ce n'est pas tout, puisqu'ils ne s'entendent pas entre eux. Le premier parle de la voie Triomphale, le second de la voie Aurélienne, en sorte qu'ils ne se trouvent d'accord que pour écarter la voie Cornelia, qui est la bonne. Et s'ils n'en ont pas parlé c'est qu'ils ne l'ont pas connue ; elle avait disparu, du moins dans la première partie de son parcours. La basilique vaticane, bâtie sous Constantin, était précédée d'un atrium ; en avant se trouvait une place publique qui porta plus tard le nom de Cortina, et plus avant encore un portique qui se prolongeait jusqu'au pont Saint-Ange. Tout cet ensemble avait effacé la trace et aboli le souvenir de la voie Cornelia.
Pas complètement toutefois, car la mention de cette voie reparait, mais à propos de localités situées au delà du Vatican, comme c'est le cas pour la passion des saintes Rufine et Seconde et pour celle des quatre martyrs persécutés Marius, Marthe, Audifax et Abacum, dont les sépultures sont indiquées sur la voie Cornelia. Les chartes la mentionnent souvent dans les mêmes conditions : de même les itinéraires du vii siècle, Deux de ceux-ci, en décrivant la voie Cornelia, indiquent la basilique Saint-Pierre avant les tombes des martyrs ; un troisième omet ces dernières, il n'indique que la basilique, mais la via Cornelia est devenue via Vaticana.
Lors que saint Jérôme et l'auteur du Liber pontificalis écrivaient, ils n'avaient que le choix entre la voie Triomphale et la voie Aurelia, ils ont fait leur choix, s'inspirant de l'usage reçu de leur temps ou de leur opinion personnelle et c'est ainsi que tous les deux se sont trompés.
En plus des indications de voies, le Liber pontificalis ajoute que le tombeau de saint Pierre se trouve « dans un temple d'Apollon et proche d'un palais de Néron ». Il y reviendra dans la notice du pape Corneille où il mentionne une fois encore in templum Apollinis, in Vaticanum palatii Neroniani et dans la notice du pape Silvestre nous apprendrons que Constantin fit construire la basilique in templum Apollinis. Voici bien des précisions, reste à savoir ce qu'il faut en retenir.
L'existence d'un temple mentionné de la basilique entraînerait sa démolition avant l'époque où écrivait l'auteur du Liber. Or, ce prétendu temple est précisément celui que les régionnaires du iv siècle appellent Phrygianum, consacré à la Mère des dieux, Cybèle. Toutefois, il ne s'élevait pas sur l'emplacement de la basilique puisqu'il dura jusqu'à la fin du v siècle ; on possède encore les inscriptions relatives aux tauroboles célébrés entre l'an 305 et l'an 390. Autre chose serait de déterminer avec précision cet emplacement, car les inscriptions en question n'étaient pas in situ. D'après les topographes de la Rome contemporaine, il faudrait chercher ce temple vers le palais du Saint-Office ou le palais Cesi, ou même vers Santa Marta.
Le Phrygianum n'avait disparu que sous le règne de Théodose, c'est-à-dire un siècle environ avant l'époque où écrivait l'auteur du Liber et il pouvait en demeurer un vague souvenir, quelques vestiges peut-être ; c'en était assez pour que le nom d'Apollon s'y attachât. Il est vrai qu'il était consacré à Cybèle, mais, dans cette fin du paganisme, on n'y regardait pas de si près, d'ailleurs Cybèle et Mithra, la déesse phrygienne et le dieu persan, étaient honorés du même culte, Mithra et Apollon étaient des divinités solaires. On est donc fondé à expliquer par le sanctuaire phrygien du Vatican la mention du templum Apollinis.
Une autre inexactitude demande à être relevée, c'est la mention du palatium Neronianum qui ne peut être autre chose que le cirque de Caligula-Néron ; mais ce terme de palatium servait à désigner dès le haut Moyen Âge comme dans l'Italie contemporaine tout bâtiment qui dépasse les dimensions d'une bicoque. Du cirque de Caligula-Néron une moitié environ avait dû être sacrifiée à la construction de la basilique et l'obélisque demeurait en place.
D'autres documents font ici intervenir la « naumachie ».
II. LA « NAUMACHIE » — Le Liber pontificalis a introduit cette précision à propos du templum Apollinis, juxta locum ubi crucifixus est, ce qui indique une proximité immédiate. Selon l'auteur, saint Pierre a été crucifié près de la basilique ; ce mot laisse du vague, après lui, mais l'auteur pouvait être embarrassé pour préciser plus et ses lecteurs n'étaient pas en peine d'en savoir plus à la condition de s'adresser aux textes légendaires qui, alors, faisaient autorité. De ces textes, il subsiste deux rédactions principales désignées l’une par le nom de Linus, l'autre par celui de Marcellus. L'un et l'autre parlent du martyre de saint Pierre et du lieu de sa sépulture, mais leurs points de vue sont différents.
Pseudo-Linus, le plus ancien des deux, nous apprend que la crucifixion de Pierre eut lieu ad locum qui vocatur naumachiz, juxta obeliscum Neronis, in montem. De la sépulture, il ne se préoccupe pas ; bien plus, il semble désapprouver le culte qu'on lui adresse ; par ailleurs, il fait tenir à l'Apôtre, au moment de sa mort, des discours d'une orthodoxie douteuse dont le gnosticisme n'est pas exclu.
Pseudo-Marcellus n'a pas droit aux mêmes reproches d'Apollon sur l'emplacement et aux mêmes soupçons ; la tombe apostolique ne lui inspire que du respect. D'après lui, la naumachie devait être le lieu du supplice de Pierre et de Paul, mais ce dernier a été emmené sur la voie d'Ostie, Saint Pierre sera donc crucifié seul et enterré sub térébinthum, juxta naumachiam, in locum qui appellatur Vaticanus. Le corps est enlevé, puis rapporté et replacé dans un tombeau définitif : in Vaticano naumachiæ. Ajoutons que pseudo-Marcellus a fait école et dans une troisième rédaction, en grec, des Acta Petri et Pauli, le tombeau définitif se trouve au Vatican, près de la naumachie. Ainsi, d'après Linus, l'obélisque du cirque de Néron, marque le point précis du crucifiement de saint Pierre ; d'après Marcellus, un térébinthe marquait l'endroit de sa sépulture. Le premier ne dit rien du térébinthe, le second se tait sur l'obélisque, mais tous les deux placent le supplice à la naumachie. Que cette naumachie ne soit autre chose que le palatium Neronium, qui n'est lui-même que le cirque de Néron, c'est ce qui résulte de l'ensemble des données topographiques, et tout particulièrement de la mention de l'obélisque. De ces légendaires, qui sont les témoins les plus anciens d'une tradition, il résulte que saint Pierre fut crucifié dans le cirque de Néron, près de l'obélisque, et son tombeau se trouvait sous un térébinthe. Cet arbre aura disparu pour faire place à la basilique constantinienne, mais rien ne prouve que pseudo-Marcellus n'est pas contemporain de Constantin ou qu'il ne lui soit antérieur. On peut regretter qu'un cirque soit désigné sous le nom de « naumachie », mais rappelons-nous qu'un cirque a été dénommé palatium ; après tout, l'erreur n'est pas tellement grave puis que « cirque » et « naumachie » étaient des édifices publics consacrés aux jeux. L'erreur est imputable au pseudo-Linus, de qui dérive pseudo-Marcellus.
Le premier ne s'occupe que de la crucifixion de saint Pierre, voilà pourquoi il parle de l'obélisque qu'il place à l'intérieur du cirque. Marcellus tourne, lui, son attention vers le tombeau et s'intéresse au térébinthe qui lui est un point de repère précieux pour la memoria sancti Petri. Un même édifice portait plusieurs noms, naumachie, palais de Néron, cirque, c'était encombrant, mais le temps arrangea les choses : le palais demeura près de la basilique, sur son flanc méridional ; la naumachie émigra vers le Nord.
Au xii siècle il n'en était plus ainsi : toute cette topographie avait émigré dans la direction du château Saint-Ange.
H. LECLERCQ.
NAVETTE. — C'est le mot qui sert couramment à désigner un petit coffret dans lequel on conservait l'encens qui servait dans les sacrifices païens et qu'on nommait acerra. Nombreux furent, sans doute, les chrétiens à qui on présenta l'acerra pour les décider à brûler quelques grains en l'honneur des dieux, aussi n'aurait-on que l'embarras du choix pour figurer ici ces coffrets païens qui sont représentés sur les monuments classiques. Chez les auteurs chrétiens, on ne rencontre que de rares mentions de l'acerra !. Les monuments en offrent quelques représentations. Lors que le culte chrétien admit cette forme d'hommage liturgique (voir Dictionn., t. v, col. 1-21, au mot il fallut recourir à un récipient pour contenir l'encens, et il semble qu'on adopta de préférence la forme de coupe ; nous croirions assez volontiers que la célébre coupe de jade du trésor de Saint-Denis (voir Dictionn., t. iv, col. 619, fig. 3700) aura eu, à l'époque mérovingienne, une destination analogue. A l'époque carolingienne, on préféra un objet en forme de tour et qui paraît avoir offert quelque ressemblance avec les pyxides des eucharistiques !. Nous n'avons pas à répéter ce que nous avons dit déjà au sujet des navettes (voir Diclionn., t. v, col. 22).
H. LECLERCQ.
NAVICULAIRES. — L'annone d'Afrique. — Parmi les critiques qui exercent sur les sujets traités par le Dictionnaire d'archéologie leurs aptitudes et leur incompétence, il s'en rencontre qui s'étonnent d'y lire parfois des considérations qui concernent la société païenne. Au risque de les mécontenter, nous continuerons à considérer que les chrétiens ne se laissent connaître que si on les observe parmi cette société au sein de laquelle ils vivaient et dont ils partageaient les usages et les habitudes. Qu'on s'étonne que pour faire comprendre la profession de médecin, nous ayons recours à la trousse d'un chirurgien du iii siècle de qui la religion nous est inconnue, nous n'en penserons pas moins que les médecins chrétiens n'usaient pas d'autres sons et d'autres scalpels que leurs collègues païens. La romanité permet de penser que ces fidèles avaient des intérêts en Afrique, d'où ils tiraient peut-être leur origine.
Ce que Rome demandait surtout à l'Afrique c'était du blé ; or le blé africain était abondant et de première qualité. On peut difficilement risquer une statistique de la quantité de céréales que l'Afrique expédiait à Rome ; cependant, un texte de Flavius Josèphe et un texte d'Aurelius Victor peuvent mettre sur la voie d'un calcul et c'est ainsi qu'on aboutit, sous réserves, à cette conclusion que l'Afrique fournissait à Rome un tiers du blé dont elle avait besoin, soit au plus, par an, 20 millions de modii (= 1 750 000 hectolitres) ?. Dès l'époque républicaine, Rome vivait en partie sur le blé d'Afrique, qu'elle arrachait sous forme de dime et de contributions extraordinaires. Sous l'empire, l'exportation s'accrut : de l'an 68 de notre ère aux premières années du v siècle, on ne compte pas moins de sept tentatives de blocus des ports africains, faites par des généraux rebelles dans le but d'affamer Rome.
Ce n'était pas seulement le froment, mais encore l'huile qui tenait une place considérable dans le transit d'Afrique à Rome, à partir du 11e siècle de notre ère, car le gouvernement impérial, dont la tradition a été reprise de nos jours, encourageait les plantations d'oliviers, principalement en Tripolitaine et sur la côte orientale de Tunisie. L'huile africaine jouissait d'une médiocre estime, à cause de son odeur et de son âcreté ; on en fit peu d'usage dans l'alimentation ; elle servait principalement dans les gymnases.
970 En plus du blé et de l'huile, les species annonariæ, depuis Aurélien, comprenaient encore le vin, le lard et les fruits secs. L'Afrique en exportait peu ; par contre, la Proconsulaire fournissait en grande quantité des bois de chauffage pour les thermes et des bois de charpentes.
Les produits fournis à l'annone étaient soit achetés, soit donnés à titre de contribution. Pour les achats, l'État avait recours le plus souvent à l'intermédiaire des negotiatores, négociants (voir ce mot) installés dans la province ou à Rome. Claude, Septime-Sévére et Alexandre-Sévére, sachant combien ces auxiliaires leur étaient utiles, n'avaient pas manqué de les combler de privilèges. Exceptionnellement, on investissait d'une mission extraordinaire d'achat un fonctionnaire spécial, curator frumenti comparandi ?. Pour les impôts, percus d'abord par les publicains, sous le régime de la ferme, ils furent, dès le 1er siècle de notre ère, perçus directement par des procurateurs.
Lors que les produits de l'annone avaient été débarqués dans les ports, on les transportait dans des greniers, situés sur plusieurs points de la province, mais surtout dans les villes maritimes. De là, une partie était distribuée aux troupes d'occupation et au personnel administratif ; la plus grosse part était expédiée à Rome.
A partir du règne de Dioclétien, le régime de l'annone est connu de façon précise, Nous voyons un præfectus annonæ Africæ, ayant rang de clarissime, résidant à Carthage, dépendant directement du préfet du prétoire d'Italie, lequel centralise et expédie les denrées annonaires. Ses auxiliaires immédiats sont les armateurs, navicularit, désormais organisés obligatoirement et légalement en collèges. Les naviculaires sont responsables personnellement et sur leur fortune de la bonne livraison des marchandises. Leurs biens sont affectés à perpétuité au service de l'annone, et la charge est attachée au patrimoine. Ces lourdes obligations avaient pour contre-partie certains privilèges : les exemptions antérieurement accordées furent plusieurs fois confirmées au cours du 4e siècle ; de plus, les navicularii avaient le droit de livrer les marchandises transportées avec un déchet de 1 pour 100, ce qui constituait leur commission ; ils ne payaient pas de droits de douane, même pour le transit qu'ils faisaient à leur compte ; enfin, ils furent élevés par Constantin au rang équestre.
Sur l'importance véritable et l'organisation de la flotte frumentaire africaine, on n'a aucun renseignement sérieux ; elle prenait la mer au printemps ; pendant l'automne et l'hiver, l'État ne pouvait pas forcer les naviculaires à mettre à la voile.
Les Africains eurent aussi, sous le Bas-Empire, à contribuer à la fabrication du pain que l'on distribuait au peuple de Rome. Tous les cinq ans, les gouverneurs de l'Afrique devaient mettre à la disposition du « bureau » des boulangers un certain nombre des employés qu'ils avaient à leur service : on finit même par les menacer de les appeler eux-mêmes s'ils n'arrivaient pas à fournir le personnel demandé.
Nous avons déjà parlé, à différentes reprises, des mosaïques tombales de Thabraca (voir ce nom), nous y reviendrons ; mais ici nous voulons parler d'un monument curieux qui se rapporte au présent article. Il s'agit d'une plaque solide, qui a bien résisté, et qu'on a trouvée à Tipasa. Elle peut se comparer aux meilleures mosaïques tombales africaines (fig. 8754). Il appartient au type où le calice — d'où s'échappent de grandes branches de rosier et où boit une colombe — remplace le personnage orant au-dessous de l'épitaphe et du chrisme ; celui-ci est accosté de l'À et de VO, se trouve à l'intérieur d'une large et riche couronne, dans un compartiment cantonné de quatre roses. Mais l'objet le plus important est un navire voguant à pleines voiles — au milieu des roses, d'ailleurs — entre l'épitaphe et le calice, au centre de la composition, avec une colombe perchée sur sa poupe. L'épitaphe explique sa présence, on y lit ces mots ! :
FELIX IN PA
Felix in pace, vixit annis LXXV, navicularius ab oris Sernis.
Le défunt est un armateur et sans doute un homme à son aise, car il repose dans l'enclos réservé auprès de la chapelle, hors du grand cimetière, dans une série où ne se trouvent guère que des sépultures assez riches ; à la ligne 2, il faut lire un L au lieu d'un | ; à la ligne 4, La Blanchère proposait avec vraisemblance la lecture Serívia)nis, Le navire est à deux mâts, avec voiles latines gonflées par le vent, proue munie d'un éperon, poupe très relevée, quille et gouvernail en forme de deux larges avirons à l'arrière.
H. LECLERCO. | NAVIGATION. — I. Naviculaires. II. Nautes. III. Utriculaires. IV. Convoyeurs et passeurs. V. Modes de propulsion. 1. La rame. 2. La voile. 3. La perche. 4. Le halage. VI. La batellerie fluviale. VII. La batellerie gréco-romaine. 1. Ratis. 2. Cele les. 3. Celox. 4. Corbita. 5. Corbita ( ?) 6. Hippago. 7. Catascopiscus. B. Acluaria. 9. Navire non nommé. 10-11. Tesserariæ. 12. Paro. 13. Myoparo. 14. Musculus. 15. Prosumia.
Mais ce « navigateur » a le droit de nous retenir quelques instants, sinon lui-même, du moins ses confrères en batellerie. Si les inscriptions chrétiennes ne nous apprennent rien sur eux, les textes sont plus loquaces, et cela est d'autant moins surprenant que les transports par eau exigeaient à peu près en tous pays un personnel nombreux : armateurs, patrons de barques, bateliers, mariniers, passeurs, haleurs, conducteurs de bêtes de halage, charpentiers de bateaux, débardeurs, portefaix, ouvriers des ports, etc., sans parler de tous ceux qui ne se contentaient pas de naviguer sur les cours d'eau, mais qui s'engageaient sur la haute mer. Les uns comme les autres faisaient partie de collèges ou associations qui répondaient à divers buts (voir COLLECES). Les deux groupements nautiques les plus importants étaient les navicularii et les nautes.
— Les naviculaires, appelés plus généralement marini, exerçaient leur profession sur mer, mais ils devaient se trouver en rapports étroits avec les mariniers des fleuves. Peut-être même existait-il des corporations de naviculaires fluviaux, puis que, dans une constitution de Valentinien Ier, il est question de navicularius umnieus, et ce mot se retrouve dans Vopiscus.
Narbonne, Lyon et Arles ont conservé plusieurs inscriptions relatives aux naviculaires ; ils devaient être particulièrement nombreux à Arles, où ils formaient cinq corporations diverses. Leur champ d'activité s'étendait au-delà du cabotage du bas Rhône et des côtes voisines de la Méditerranée ; il allait jusqu'aux côtes orientales de cette mer. On a trouvé dans le lit de la Saône, à Lyon, des plombs commerciaux provenant de Tyr et d'Alexandrie ; or, les barques des nautes de Lyon ne pouvaient tenir la mer ; il est vraisemblable que les marchandises provenant de ces stations étaient amenées jusqu'à Arles, alors port maritime, par les marins de cette ville et transbordées sur des barques fluviales remontant le fleuve jusqu'à Lyon.
III. NAUTES. — Les nautes formaient des corporations essentiellement fluviales. Sans regarder hors des frontières de notre pays, nous en connaissons sur le Rhône, la Saône, l'Ardèche, l'Ouvèze, la Durance, la Seine, la Loire, la Moselle, le Rhin et il n'est pas douteux que la Garonne en devait avoir. Ceux qui appartenaient à une corporation de nautes n'étaient pas de simples bateliers, au sens que nous donnons à ce mot, mais des armateurs fluviaux, des entrepreneurs de transports par eau, peut-être aussi de transports par terre des marchandises qu'on acheminait d'un port dans un autre. Le musée de Dijon conserve un fragment d'inscription trouvé en 1768, dans lequel un nauta Araricus, un naute de la Saône, opère le chargement d'un chariot ? (fig. 8756). C'est encore à Dijon, dans la rue Chabot-Charny que se trouve un bas-relief encastré dans le mur d'une maison et représentant un homme qui paraît aider au chargement d'un sac de grains sur un chariot à ridelles d'osier tressé, attelé de deux chevaux ou mulets (fig. 8757). Il semble bien qu'on peut, au second plan, reconnaître le flanc d'une barque. De ces monuments nous rapprocherons dans un instant un bas-relief, trouvé à Cabrières-d'Aygues, et qui représente une scène de halage, avec un cheval ou un mulet ce qui montre une fois de plus la corrélation entre les deux modes de transport, fluvial et terrestre.
Il se pourrait qu'une sorte de parallélisme existât quant aux fonctions des nautes et à celles des naviculaires, parallélisme qui se retrouverait dans la nature des privilèges accordés aux uns et aux autres. On n'a sur ce point, il est vrai, que des vraisemblances, mais ce qui est tout à fait certain c'est la situation prépondérante du splendidissimum corpus, ainsi qu'on nomme la corporation des nautes de Lyon dont les membres occupaient aux amphithéâtres des places réservées , Les nautes se trouvaient en rapports constants avec d'autres associations professionnelles, notamment avec la corporation des négociants en vins et des utriculaires. Parfois même la profession de naute n'excluait pas d'autres professions. A Lyon, un naute fait en même temps le commerce de vins ; un autre cumule le commerce de vins et d'huiles de Bétique ! ; un autre est marchand de saumure ?. Toutefois, c'est une pure conjecture de supposer l'existence en Gaule d'une sorte de corporation unique de nautes groupant les bateliers du Rhône, de la Saône, de la Loire et peut-être aussi ceux de la Seine et de la Gironde . Avait-on attendu l'époque de la conquête romaine pour organiser en Gaule les nautes en une association ?. C'est peu probable ; leur prospérité déjà ancienne et antérieure à la conquête avait dû suggérer des groupements plus ou moins bien organisés. Le fait de cette préexistence semble démontré en ce qui concerne particulièrement les nautes parisiens. Ceux-ci nous sont connus par un texte épigraphique qui occupe l'une des faces d'un autel trouvé, en 1711, sous le chœur de l'église Notre-Dame et conservé au musée de Cluny. Les trois autres faces de cet autel offrent chacune trois personnages différemment vêtus, les uns portant une tunique, les autres armés de lances et de boucliers ; six de ces personnages paraissent imberbes, trois autres sont barbus, un de ces derniers tient un objet circulaire de forme ronde, ayant l'aspect d'un anneau. L'opinion la plus vraisemblable, parmi toutes celles qui ont été hasardées , voit ici une offrande à Tibère et à Jupiter par les membres de la corporation des nautes d'un énorme /orques. Les donateurs représentés dans une scène rituelle sont revêtus d'un habillement archaïque comme, en pareille circonstance, en eussent porté les prêtres saliens de Rome .
III. UTRICULAIRES. — On conserve à la Bibliothèque nationale une tessère en bronze, de forme circulaire, trouvée sur la montagne de Luberon, près de Cavaillon (Vaucluse), mesurant 0 m. 037 de diamètre, et présentant sur une de ses faces la figure en relief d'une outre gonflée dont l'orifice est muni d'un anneau de suspension. Sur l'autre face est gravée, en bons caractères, une inscription latine * (fig. 8758) :
Ce petit monument n'est pas isolé puis que une autre tessère en bronze, de même forme et de même nature, munie d'une bélière et d'une inscription analogue a été trouvée dans la commune de Saint-Hippolyte-de-Montaigu (Gard). Le revers de la plaque est orné de cercles concentriques et l'inscription doit être transcrite * :
Collegium) f(abrorum) t(ignuariorum) N (emausensium). Porci(i) Fileli.
Enfin il existe une troisième tessère, trouvée à Narbonne, et qui fit partie du cabinet de Séguier, au XVIII siècle ; elle est de même forme, presque de même dimension, également munie d'un anneau de suspension et porte cette inscription * : 1 Collegium) u(triclariorum) N (arbonensium), T (ili) Grali(i) Titian(i).
La question des utriculaires a été vivement discutée et elle n'est pas résolue. Les uns (J. Spon, Schwartz, Calvet, Delorme, Lentheric, etc.) y voient des bateliers | qui exécutaient le transport des marchandises à l'aide de radeaux soutenus par des outres, les autres (L. Re- — nier, Desjardins, Mommsen, Blümner, Marquardt), à la suite d'Alphonse de Boissieu, voient dans les utriculaires des marchands ou des fabricants d'outres. | L. Cantarelli« et A. Héron de Villefosse ! ?^ invoquent les inscriptions de Dacie 1 et soutiennent que les utriculaires de la Dacie ne pouvaient être que des bateliers transportant les voyageurs et les marchandises sur les - fleuves et les rivières, au moyen de barques ou de radeaux supportés par des outres. Les inscriptions trouvées en Gaule et dans lesquelles sont mentionnés des utriculaires sont au nombre de vingt-cinq, toutes sont dans le voisinage de l'eau et le plus souvent à proximité de la mer, d'i les, d'étangs, de marais, de rivières dont le cours rapide rend impossible aujourd'hui l'emploi de bateaux ordinaires.
: Si on examine de près le texte des inscriptions, on constate que les utriculaires étaient organisés en corporations, corpus ulíriclariorum, collegium utriclariorum, corporatus inler utriclarios, honoratus corporis utriclariorum. Leurs collèges, composés de membres dont les uns sont appelés corporati et dont les autres sont honorati, étaient présidés par un magister nommé annuellement ; ils avaient un curator ; ils avaient des patrons. Il est remarquable que les utriculaires, ainsi que leurs patrons, appartiennent parfois à un collège de nautes en même temps qu'à un collège d'utriculaires. Il semble en résulter qu'il existait entre les nautes et les utriculaires un lien assez étroit. C'est un fait frappant dont on doit tenir compte. Il convient Loutefois de remarquer que dans les inscriptions qui | | 1977 révèlent ce fait, le collège des nautes est constamment indiqué avant celui des utriculaires, ce qui nous apporte une preuve de la supériorité des nautes sur les utriculaires.
« Allmer et Dissard font observer que les bateliers formant des corporations se disent ordinairement sur les inscriptions « bateliers de tel fleuve ou de telle rivière » : naulæ Fhodanici, naulæ Ararici, nautis Ligerici, nautæ Druentici, tandis qu'on ne connait pas d'utriculaires ayant joint à leur nom professionnel celui d'une rivière ou d'un fleuve. De plus, on trouve des corporations d'utriculaires dans des villes ou n'existent pas de cours d'eau pouvant porter bateau !. De ces observations ils concluent que les utriculaires ne sont pas des bateliers.
« Mais que savons-nous de la navigabilité de ces cours d'eau dans l'antiquité ? Nous ne voudrions pas aujour d'hui nous aventurer dans un bateau sur lOuvèze ou sur la Durance. Nous sommes pourtant bien obligés de reconnaitre qu'il existait des nautæ Druentici et des naut Ovidis, soit que les conditions de la navigation aient changé depuis l'antiquité, soit que nos ancétres, n'ayant pas les faci les moyens de transport dont nous disposons, aient été d'autant plus hardis et d'autant plus ingénieux pour utiliser les voies naturel les ouvertes par les cours d'eau.
« Dans l'inscription de Saint-Gabriel * (Ernaginum, à l'épo que romaine), l'ordre voulu dans lequel ont été énumérés les titres qui accompagnent le nom du personnage honoré, permet d'établir une classification instructive de la batellerie. Ce personnage était à la fois navicularius marinus, patronus naularum Druenticorum, patronus ulriclariorum Ernaginensium. Ces trois titres sont énumérés suivant leur importance, en commencant par celui qui était le plus flatteur.
« 19 Les navicularit marini opéraient sur mer. Ils Iormaient à Arles cinq gran des corporations ; leurs bate aux ne remontaient pas plus haut. On en trouve aussi à Narbonne.
« 20 Les nautz avaient le privilège de la navigation fluviale. Ils naviguaient sur tout le cours d'un fleuve et quelquefois de plusieurs ; iis faisaient de longs voyages à l'intérieur du pays, pour y porter les marchandises amenées par les naviculaires. Dans les inscriptions de la région où nous les rencontrons à côté des utriculaires, le nom du fleuve ou de la rivière, sur lequel ils opérent, accompagne celui de leur métier.
“ 3 ? Les ufricularii travaillaient sur des cours d'eau de moindre importance, sur des étangs, sur des marais, 978 dans la ville méme ou dans les environs de la ville où leur collège est établi ; ils assurent le trafic d'une région déterminée, ils servent d'alléses aux bate aux des nautes. I] est permis de penser que dans les grands centres, comme Arles et Lyon, ils coopèrent au déchargement des bate aux des naviculaires ou des bate aux des nautes et méme, ainsi que les seapharii d'Ostie, au transport des personnes aussi bien qu'à celui des marchandises.
“ Le lien qui unissait ces trois métiers apparait assez clairement. Les marchandises, amenées à Arles par les grands bate aux des naviculaires, et qui n'étaient pas destinées à rester dans cette ville, passaient sur le bate aux des nautes ; el les remontaient le Rhône jusqu'à Lyon, où de nouve aux transbordements les attendaient. En cours de route, les bate aux des nautes pouvaient être allégés par les utriculaires des bords du Rhône ; à Lyon, ils étaient déchargés par les utriculaires de cette ville.
« On sait que les caudicarii d'Ostie naviguaient primitivement sur des rade aux faits de pié ces de bois liées ensemble. Pour quoi n'adimnettrait-on pas dans le midi de la Gaule l'usage de rade aux, soutenus par des outres gonflées ? Il est assez vraisemblable que ce mode de navigation a dû étre usité par les indigènes au temps de l'indépendance. Après la conquête romaine, il a peut-être disparu peu à peu, mais le nom d'utriculaires a pu rester aux bateliers qui assuraient le service local ?. »
IV. CONVOYEURS ET PASSEURS. — Les anciens faisaient usage de rade aux ou de bate aux plats pour naviguer sur certains cours d'eau sans profondeur. Sur tel les rivières on pratiquait le flottage, c'est-à-dire qu'on confiait au courant le bois équarri de facon à empécher les accrochages, et il suffisait d'un marinier convoyeur pour escorter ces expéditions jusqu'à destination. Ceux-ci s'appelaient rafiarii, et c'était le nom qu'on donnait aussi aux passeurs des bacs établis sur les fleuves ou sur les lacs. Dans un pays comme la Gaule, où les ponts étaient rares, force était de recourir aux gués et aux bacs. Lorsqu'un cours d'eau n'était pas guéable sur un très long parcours, particulièrement aux points où aboutissaient des chemins trés fréquentés, on avait recours à des bacs constitués par de larges barques à fond plat, nommés pontones ou rates et qu'on manœuvrait à la rame ou à la traille. Là se trouvaient des bateliers, établis à poste fixe, pour manœuvrer l'engin, des ratiarit.
Le prix du passage était tarifé suivant l'importance ou le poids du personnage ou de l'animal transporté. Pour éviter toute contestation, le tarif était gravé ou peint à proximité du point d'embarquement. On a trouvé au début de Ce, entre la Goulette et Hadés, sur le bord du lac de Tunis, un fragment d'un tarif de ce genre, gravé sur une dalle de marbre ; le voici * :
DARE DEBEANT HOMO CABALLARIS-FLIII - HOMO PEDESTER-FLBVRDO CARRICATVS CVM BVRDONARIV -FL1H BVRDO LEVIS CVM BVRDONARIV -FL - ll CAMELLVS GARRICATVS CVM CAMELARIV FL - V. camellus levis CVM CAMELARIV - FL - HI asinus carricatus cum asin ( ?) ARIO-FLIll Les prix sont énoncés en fol les (voir Diclionn., t. v, à ce mot). Ce que ceux qui traversent doivent donner au passeur : pour un homme à cheval, 4 fol les ; pour un homme à pied, 1 follis ; pour un mulet chargé et son 979 muletier, 4 fol les ; pour un mulet non chargé et son muletier, 2 fol les ; pour un chameau chargé et son chamelier, 5 fol les ; pour un chameau non chargé et son chameller r, 3 fol les ; pour (un àne ?) et son ånier, 4 fol les.
Le sens du mot Ratis (voir Diclionmn., t. x, au mot MARIES-DE-LA-MEn) ne s'appli que pas exclusivement à des rade aux, mais aussi à de véritab les barques.
V. MODES DE PROPULSION. — 1° La rame. — On faisait usage de la rame qui est une sorte de palette à l'extrémité d'une longue haste maniée par un rameur qui, parfois, actionne deux rames en méme temps,
in y ne um VT J HC yg Dues Qs D'après L. parfois une seule et, alors, des deux mains. A la poupe, le patron de la bar que marquait, avec un bâton qu'il azitait en mesure, la cadence de la nage et les rameurs chantaient en chœur le celeusma qui rvthmait leurs elTorts. Lors que les rameurs étaient nombreux, on faisait usage du maillet de bois, portisculus, avec lequel le maitre de manœuvre frappait sur le bordage pour régler le mouvement des rames. La stéle funéraire du batelier Blussus, trouvée à Weisenau, en Hhénanie, et conservée au musée de Mayence, nous montre un baLeau di sur le Rhin (fig. 5759). Le bateau est à fond plat, l'avant légérement carré, l'arriére forLement relevé, Le pilote gouverne à l'aide d'un aviron de queue et tient à la main le bâton avec lequel il donne la cadence de la nage à deux rameurs. Un autre personnage, tourné vers l'avant, tient un aviron à deux mains et semble inspecter l'horizon. Un mátereau planté vers l'avant servait probablement de point d'attache pour le câble, lors que le bâtiment était halé.
Dans certains cas, on faisait usage de rames libres, pouvant agir d'un cóté ou de l'autre, au choix du rameur. Enfin, on employait parfois sur de petites embarcations un aviron uni que, à manche court, sans point d'appui sur le bordage et assez semblable à la pagaie des pirogues canadiennes.
NAVIGATION -
| | | MM imm les embarcations lorsqu'on se trouvait aux embouchures des fleuves et sur leur cours, aussi haut que pouvaient remonter les barques marines. Ammien Marcellin dit qu'au-dessous de Lyon le Rhône peut porter les plus gros vaisse aux, méme ceux qui ne naviguent ordinairement qu'à voi les. Il en était de méme sur la Garonne et aussi sur des cours d'eau de moindre importance. Il est probable que les barques à voi les qui circulaient sur les petites rivières ne portaient qu'un gréement trés réduit.
3 ? La perche. — « Les embarcations des utriculaires, les rade aux, les bate aux destinés à étre détruits à la du.
EEUU 3 jr EX $ t cs en fin de leur voyage, tout ce qui naviguait sur les étangs sans profondeur ou sur les riviéres à régime Lorrentiel, ne comportaient, le plus souvent, d'autre mode de propulsion que le conius, la perche à extrémité ferrée, destinée à pousser de fond, à sonder et à écarter la bar que des écueils ét autres obstac les. C'est la navigation à la perche, encore usitée de nos Jours sur cerLaines rivières à régime torrentiel comme l'Ardéche, le Tarn et la Dordogne, dans la partie haute de leur cours !, » C'est sur la berge de la rive gauche, et seulement à 7 950.
» L2 A b « i À M i raa skin a ai i t er L G SM il. cl PANE I DE VAE nt ES
E 17981 E.
Thé dimensions : longueur, 1 m. elle séjourne dans la terre “ou 8 mètres en contre-haut du lit du torrent, que gi- — saient les pierres qui auront fait partie d'un monument — situé peut-être sur le point culminant du mamelon. La découverte se composait de plusieurs fragments de — pierres taillées dont deux ou trois, appartenant à la B brcipale pièce, se raccordaient entre eux. Ils ont pu “étre rapprochés et cimentés sans modifier les motifs “sculptés (fig. 8760).
- Ce bloc rectangulaire, taillé sur cinq faces, et dont “la partie postérieure, la sixième, est brute, a pour 50 ; hauteur, 0 m. 58 ; l'épaisseur était d'environ 0 m. 40. Le poids primitif était d'environ 800 Kilos ; il a été réduit pour rendre le - bloc plus maniable. La grande face antérieure est entiérement occupée par un bas-relief. Trois autres princip aux blocs sont des fragments de piè ces cassées et comportent sur leur face principale des motifs ou des sujets dont nous parlerons. Sur un petit fragment isolé est sculptée une volute. Tous ces blocs ont été photo- graphiés ensemble ; les petits blocs sont-posés sur la grande piéce. La matiére, dure et compacte quand elle est exposée à l'air est, au contraire, trés friable quand humide ; elle provient certainement d'un des bancs de calcaire coquillier de la région, et trés probablement d'un banc rocheux de cette nature qui couronne le mamelon de La Gineslitre, au pied duquel gisaient ces pierres.
Le sujet principal représente, au premier plan, une — bar que sans voile et non pontée, chargée de deux grosses barriques fortement cerclées ; à l'arriére est, debout et légèrement penché, un homme maniant une rame à deux mains. Cette bar que est halée par deux hommes ; un troisiéme man que qui devait figurer sur la suite du panneau, car on distingue trés bien la corde qu'il tirait, placée au-dessus de cel les des autres haleurs. Ces cor des partaient d'un timon vertical fixé sur la bar que. Nous n'avons donc pas le sujet complet de la composition, qui se poursuivait à droite.
Le personnage qui figure dans la bar que doit étre le pilote. En ramant, il aide aux haleurs qui, penchés en avant, la corde posée sur l'épaule gauche et s'appuyant eux-mêmes de la main droite sur un bâton, semblent tirer de toutes leurs for ces la lourde bar que et marcher péniblement. On ne voit pas d'eau ni de chemin de halage.
Les trois hommes employés à la bar que sont vétus de la tuni que romaine à deux manches, serrée à la 982 ceinture et descendant jusqu'aux genoux ; ils sont représentés avec une chevelure fine chez le rameur, épaisse et fortement ondulée chez les haleurs, à moins que ceux-ci ne portent une coiffure spéciale. L'homme qui rame et le haleur de droite portent toute la barbe et semblent être d'un certain âge, beaucoup plus âgés que l'autre haleur, qui est imberbe. On ne remar que pas de guétres ; le bas des jambes parait nu. On voit cependant au pied d'un haleur une forte chaussure plissée ; les autres pieds sont brisés.
Au deuxiéme plan, au-dessus de la bar que et des sujets qui précédent, se trouve un petit entablement en relief, sur lequel sont posés sept vases dressés et alignés : deux autres, placés plus à droite et un peu plus grands, reposent sur une partie de l'entablement abaissée de quelques centimétres. A gauche, trois de ces vases ont une garniture d'osier avec des dessins légérement variab les ; les quatre autres sont nus. Tous sont munis de deux anses, sauf le troisième à gauche, qui n'en a qu'une seule ; ils semblent supportés par une rondelle semblable à celle dans laquelle s'engageait la pointe des amphores romaines.
Le fragment à gauche, superposé à la piéce qui précède, sur la fig. 5760, représente un homme en marche, vétu de la tuni que, coiffé et barbu comme les autres personnages déjà décrits. Il porte sur son épaule gauche un manteau enroulé qu'il retient de la main gauche, tandis qu'il porte la main droite à la ceinture, ce qui est peut-être l'extrémité d'un cordage.
Sur le fragment voisin sont représentés deux grands vases, l'un posé sur l'autre et présentant les mémes caractères que ceux déjà décrits. Le vase supérieur à été cassé accidentellement ; on apercoit, à droite, de petits fragments d'autres vases.
Enfin, le troisieme fragment représente un cheval marchant à droite et complètement harnaché. Il était attelé, comme on peut s'en convaincre par la partie des gui des tenues par le conducteur, qui man que.
On peut voir, en outre, sur la figure 8760, un fragment de volute qui faisait partie du méme monument.
I] faut observer que la sculpture du monument qui nous occupe présente un relief trés prononcé (jusqu'à 0 m. 07 à 0 m. 08 sur certains points). Si la sculpture n'est pas trés fine, à cause de la nature poreuse de la pierre et de son grain grossier, le dessin parait bon et assez bien exécuté !, Le monument de Cabriéres-d'Aigues nous offre une scene de la vie active et quotidienne prise sur le vif. I1 confirme l'indication de Pline l'Ancien relativement à l'emploi des barriques cerclées pour conserver le vin, dans la région des Alpes : circa Alpes ligneis vasis [pinum] condunt, circulis que cingunt ? ; cette précaution était prise pour garantir le vin contre la gelée : et d'ailleurs on sait qu'il existait des confréries de tonneliers dans la vallée du Rhône *.
On a vu plus haut que le bateau chargé de deux barriques est tiré par trois haleurs tirant des cordages fixés à un mât fort court, terminé par un chapeau et placé dans l'axe du bateau, en avant du centre de gravité. Il en est de méme aujour d'hui encore pour le halage, comme l'a montré A. Héron de Villefosse dans un travail que nous citons en le résumant.
On voit des bate aux chargés de DA sur les bas-reliefs de la colonne Antonine et de la colonne Trajane. C'est la maniére la plus simple et la moins coûteuse de faire voyager le vin ; les rapports assidus entre marchands de vin et bateliers sont attestés par l'épigraphie lyonnaise. La forme du bateau, en croissant, est intéressante. Certainement c'est un modèle de bar que usité sur la Durance et dans le bassin du l. XIV, c. XXYI. —— Rhône, On retrouve ce type à Marseille sur le monument votif dit de Saint-Lazare !, sur un monument funéraire d'Arles ? et sur un marbre de Narbonne, aujour d'hui perdu, où on voyait un chargement de méme nature ?, Au-dessus du bateau, à l'arriére-plan, les vases alignés sur des rayons se trouvent disposés comme dans l'intérieur d'un magasin ; ce sont des spécimens de récipients destinés à contenir et à transporter les marchandises en vente. Ceux qui sont garnis d'une armaLure en osier sont probablement des vases en verre ; les autres sont en terre cuite. Peut-étre ces récipients, différents par la matiére, correspondaient-ils à des qualités diverses de la marchandise. Le verre aurait servi à renfermer la plus fine, celle de qualité supérieure. Il est connu que les vins de quel que valeur étaient conservés et expédiés dans des vases de terre, généralement dans des amphores, tandis que les vins plus communs restaient dans le tonneau.
A gauche, la pierre parait porter la mar que d'une | traction humaine est aujour d'hui pres que toujours remplacée par la traction animale. Un autre bas-relief, conservé au musée du Louvre, a fait partie du soubassement de la statue colossale du Tibre trouvée à Rome au commencement du xvr siècle . La plinthe en marbre, sur laquelle repose Ie fleuve à demi-couché. est ornée, sur ses quatre faces, de sculptures discrètes, en rapport étroit avec la figure principale. Une scène de halage et une scéne de chargement sont représentées sur cette plinthe ; naturellement, ces scénes se passent sur le Tibre et nous offrent un modèle des embarcaLions qui circulaient sur ce fleuve. La forme difière du bateau de Cabriéres-d'Aigues et aussi de celui du batelier Blussus ; nous avons ainsi trois exemp les de la. navigation fluviale sur le Rhin (fig. 8759), sur le. Rhône (fig. 8760), et sur le Tibre (fig. 8761). p Trois hommes en tuniques courtes halent une bar que qui remonte la rivière. Ce bateau est chargé d'un énorme bloc de marbre ; un nautonier installé à la poupe manie le gouvernail. Rochers dans le fond. laille ancienne et régulière, en sorte que rien ne man que de ce cóté ; en revanche, on a vu qu'à droite elle est incompléte et présentait un troisiéme haleur. Mais il faudrait avoir sous les yeux et pouvoir manier lestrois gros fragments actuellement déposés au-dessus | du morceau principal, afin de s'assurer si ce ne sont pas des débris du morceau complémentaire. Sur le premier fragment on voit un homme drapé, marchant vers la droite et tenant probablement un cordage. Sur le second fragment, on voit des amphores superposées de taille plus imposante que cel les du morceau principal. Sur le troisiéme fragment, le harnachement du cheval comporte des rénes dont la position autorise à supposer la présence d'un conducteur assis sur un siège, à l'avant d'un chariot. Il se pourrait que ce dernier fragment représente le transport des marchandises par voie de terre, formant pendant à la représentation du transport par eau. Cette scéne pourrait étre rapprochée du bas-relief du musée de Dijon, monument élevé à un naute de la Saóne, et aussi d'une sculpture trouvée à Langres et qui représente un chariot à quatre roues, trainé par trois chev aux attelés de front et conduits par un homme armé d'un fouet, assis sur le siége et transportant un énorme tonneau qui occupe toute la longueur de la voiture 5.
Les morce aux sculptés, trouvés à Cabriéres-d' Aigues, montraient donc au passant l'image des marchandises à vendre au détail et prêtes à être emportées ; ils lui montraient aussi la représentation des grosses expéditions faites soit par terre, soit par eau, dont le commercant pouvait se charger.
Le morceau le mieux conservé représente une scène de halage qui, dans l'antiquité, se pratiquait à peu prés comme de nos jours, avec cette différence que la n. 6. — * E, Espérandieu, op. cil, n. 816 ; cf. le n. 686. — ' Catal, du musée de la Commission des anliquités de la Les flots sont indiqués par une ondulation ; la scène se termine à droite par un rocher. | Le bateau est solide et bien construit ; la proue le. relève et s'allonge. Un pilote complètement nu, dont | le dos est profondément sillonné par l'épine dorsale, est assis à la poupe ; de la main gauche rejetée en | arrière, il manœuvre un grand gouvernail ; son corps est penché en avant, tandis que son regard se porte du côté des haleurs, auxquels il semble adresser la « parole avec véhémence, accompagnant son apostrophe - d'un geste énergi que de la main droite. Le chargement ' est-il un bloc de marbre ? On ne sait. Une partie du | petit mât auquel les cordages devaient être attachés a disparu, mais, exactement à la place qu'il aurait occupé, | on distingue une colonnette qui doit représenter la partie basse de ce mât ; le chapeau du mât a été enlevé avec un éclat du marbre.
La scéne que nous venons de décrire est traitée avec talent et d'aprés nature, avec un esprit d'obser|. 985 | — yation et un art incontestable. Ces haleurs sont bien | — les mêmes hommes dont Martial rappelle les clameurs - lors que, décrivant les jardins qui bordent le Janicule, il en vante le calme et la solitude. Le sommeil, dit-il, | — my est point troublé par le fracas des chars, ni par le | — bruit des bate aux, ni par les cris des haleurs ! : b F Li Li LJ Li] + + Quem nec rumpere naulicum celeusma Nec clamor valet helciariorum Sidoine Apollinaire , en parlant à son tour des ha- - leurs de Lyon, dont on entendait les cris sur les bords de la Saóne, les désigne d'une facon pittores que, qui - rappelle à la fois leur attitude et leurs éclats de voix : - curvorum chorus helciariorum *.
VI. LA BATELLERIE FLUVIALE. — On ne peut mettre le souvenir des barques monoxy les, c'est-àdire, pour parler moins élégamment et plus clairement, des barques creusées dans un tronc d'arbre. Ces monuments appartiennent à une civilisation trop reculée
TEXTE CORRIGÉ :
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pour qu'on songe à les rapprocher du début de l'ère chrétienne. À côté de ce premier essai de construction navale prit place le bateau construit de pièces séparées et réunies par des jointures. Le perfectionnement de l'outillage et de la main-d'œuvre, les exigences croissantes de la navigation, et les services qu'on réclamait — d'elle suggérèrent des types de bateaux dont un certain nombre nous sont connus par leurs noms, sans — que nous soyons toujours fixés sur leurs caractéristiques. Il suffit d'une visite dans les sanctuaires des pays — maritimes, Notre-Dame de Boulogne, Notre-Dame-de-la-Garde, à Marseille, pour s'édifier sur un usage qui — remonte à une époque antérieure au christianisme : l'offrande d'ex-voto représentant, avec plus ou moins de fidélité, un bateau épargné par la tempête. On peut voir un objet de ce genre dans une barque votive en bronze, trouvée aux environs des sources de la Seine, et conservée au musée archéologique de Dijon. Ce petit monument représente une barque longue de 1 m. 50 sur 0 m. 11 de largeur et 0 m. 16 de profondeur (fig. 8762) portant un rameur accroupi sur le pont, la tête chauve et marqué de deux croix dans le dos 4. Plusieurs trous pratiqués dans le pont indiquent la place d'autres rameurs qui ont disparu ; il y en avait 9,86 encore deux en 1843 *. Le lieu de la trouvaille — Blessey, près Chanceaux — établit un lien certain entre la rivière de Seine et l'objet découvert.
On peut citer un autre bateau de bronze de 0 m. 27 de long sur 0 m. 08 de large, recouvert d'une belle patine brillante, qui fut découvert à Lyon sur la colline de Fourvière *. Le caractère votif de cet ex-voto dédié à quelle que divinité protectrice par quel que batelier de Lyon, semble démontré par la présence de deux anneaux, ayant servi à la suspension dans un sanctuaire.
Voici encore une barque votive : elle fait partie des collections de la Société éduenne, conservées au musée Holin, à Autun. Il s'agit d'une petite barque en bronze trouvée en 1873, près de cette ville, au hameau du Cerveau, commune de Gurgy. Cette barque est façonnée au moyen d'une mince feuille de métal emboutie et présente cette particularité fort intéressante d'être munie d'une petite ancre attachée par une chainette de maillons ronds. Cet objet est dans un excellent état de conservation, ce qui permet de supposer qu'il a longtemps séjourné dans la vase de quelle que fontaine alimentée par l'Arroux qui coule à peu de distance de Cerveau.
« Quant aux grandes rivières, elles n'étaient généralement l'objet d'aucuns aménagements spéciaux destinés à améliorer ou à régulariser les conditions de la navigation. Les rivières, même les plus régulières, comportaient nécessairement des différences de profondeur, des hauts fonds et des seuils recouverts de peu d'eau à l'étiage, des graviers plus ou moins étendus et des roches de fond, qui obligeaient les bateliers à n'employer que des barques ayant peu d'enfoncement dans l'eau. Il n'aurait donc pas fallu chercher en Gaule un matériel comparable à nos péniches fluviales actuelles, naviguant avec une forte calaison sur des canaux ou des rivières dans lesquelles les barrages et les écluses maintiennent une profondeur d'eau constante. La batellerie fluviale devait utiliser, pour le transport des marchandises, de vastes barques, pontées ou non, à fond plat ou arrondi, de peu de tirant d'eau et d'une largeur assez limitée.
« Les barques étaient construites en matériaux de fort échantillon, car les lits des rivières étaient fertiles en surprises dangereuses pour les coques, qui pratiquaient, en outre, l'échouage sur les berges des rivières, ainsi qu'on était accoutumé de le faire pendant toute l'antiquité, sur les plages et dans les anses pour la navigation maritime 1, » :
VII. LA BATELLERIE GRÉCO-ROMAINE. — On pourrait suggérer à ceux qui s'intéressent à l'histoire des voyages un sujet d'étude à peine effleuré jusqu'à nos jours, nous voulons parler des voyages par navigation
dit Paul Gauckler, occupait une position stratégique et commerciale particulièrement avantageuse, entre deux régions agricoles que leurs gisements phosphatiers rendent exceptionnellement fertiles en céréales, et à l'entrée du seul passage naturel qui conduisait de l'une à l'autre. Elle était bâtie au confluent de deux ruisseaux profondément encaissés, dont les eaux toujours limpides et fraîches donnent naissance, en s'unissant, à l'une des rares rivières tunisiennes qui ne tarissent jamais, l'oued Medeina. » La ville d'Althiburus n'est plus que ruines, mais elle comptait, à l'époque romaine, d'importants monuments publics. Des quais en grand appareil retenaient les terres et protégeaient les berges des ravins contre l'érosion. Plusieurs ponts reliaient la ville à ses faubourgs. Le nom de la ville est d'aspect indigène et prouve qu'elle est antérieure à l'occupation romaine.
Des armes, des outils en silex éclaté, hachettes, dans les documents chrétiens et, principalement, les documents hagiographiques. Sans parler des saints irlandais toujours disposés à mettre à la voile et pour qui c'est une nécessité, lorsqu'ils habitent des monastères comme Iona (voir ce nom) ou Skellig-Michaél, les saints du continent ne sont pas beaucoup moins aventureux et s'ils n'affrontent pas les périls de haute mer, semblent préférer parfois la barque au chariot. C'est le moyen de locomotion préféré de sainte Geneviève et, d'ailleurs, les exemples de navigation fluviale abondent dans l'histoire de la Gaule au vi siècle. Si on ouvre les œuvres de Grégoire de Tours, on n'a que l'embarras du choix : sur la Moselle ?, sur la Seine ?, sur la Loire 4 sortons de la Gaule ; à Rome, une fresque de la seconde moitié du rvt siècle, dans la catacombe de Pontien (fig. 8763), nous montre un marinier abordant un quai du Tibre avec une cargaison d'amphores ; il ra sans dire que nous ne pouvons préciser le contenu de ces amphores.
Mais c'est en Afrique que nous allons rencontrer un monument de trés grand intérêt : la mosaïque d'Althiburus, L'ancienne Althiburus, aujourd'hui Henchir Medeïna, se trouve en Tunisie, dans un vallon qui donne accès à la plaine de Thala. « La ville antique, grattoirs, pointes de flèches, se ramassent en abondance dans le lit du torrent, des sépultures mégalithiques occupent les hauteurs du voisinage ; ce sont de sûrs indices de la présence d'une population dans ces parages vers le temps où la volonté des princes numides leur apprit à mettre en valeur le passage naturel que forme la vallée de l'oued Medeina pour tous ceux qui venaient échanger leur pacotille de bijoux, de verroteries et de tissus contre le blé et l'orge récoltés par les indigènes. Le marché donna naissance à une ville qui existait antérieurement à l'empereur Hadrien, qui éleva l’ancienne civilas au rang de municipe. Cette dignité provoqua une période d'éclatante prospérité qui se prolongea jusqu'au milieu du nie siècle. À partir du rv siècle, la ville déchue ne fit plus que végéter, mais elle était le siège d'un évêché, En 641, Constantin est « par la grâce de Dieu, évêque de la sainte Église d'Althiburus et souscrit à un document conciliaire ». Alors vint la conquête arabe, la ruine définitive et l'abandon.
Les ruines sont d'un accès difficile, ce qui a tenu à distance les explorateurs. Ce n'est guère qu'en 1895 qu'on entreprit des fouilles et la mosaïque des bateaux se révéla à peine aux regards émerveillés de deux officiers français, aidés d'un détachement de soldats du 3 bataillon d'Afrique, lorsqu'il fallut tout abandonner. Une tentative faite pour reprendre les fouilles, en 1896, aboutit à un échec ; ce ne fut qu'en 1898 que l'entreprise parut pouvoir aboutir, et en décembre 1904 les résultats acquis furent présentés par Paul Gauckler à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. L'édifice est situé à l'est de la ville antique ; il se compose de deux pavillons distincts faisant partie d'un même ensemble. À en juger par la technique, ces deux pavillons ont été construits au milieu ou vers la fin du ne siècle de notre ère. Un de ces pavillons servait d'habitation, l'autre de bains privés. « Le propriétaire était peut-être quel que négociant en céréales venu de Rome, enrichi par le commerce des grains qu'il achetait sur place ou qu'il expédiait en Italie par la voie de Carthage. Hébété par ses affaires loin de la côte, sur un plateau torride et glacé tour à tour, il avait cherché à combattre les rigueurs du climat et l'ennui de l'exil en se faisant construire, dans un site pittoresque, une demeure confortable, décorée avec tout le luxe des villas de Baïes, et où il retrouvait, figurés sur le sol, les paysages marins et les scènes nautiques qui manquaient à son horizon africain. » De l'habitation proprement dite on a dégagé une cour centrale qu'entoure un portique sur lequel s'ouvrent divers appartements, entre autres une grande pièce à large porte, qui parait être une salle à manger à en juger par la disposition de la mosaïque. Celle-ci est dans le plus fâcheux état, ses lacunes ont été réparées avec des sujets sans aucun rapport avec les premières figures dont il ne reste que des débris. Nous n'en opa que et brillant : on a même cru reconnaître quelques traces de dorure . Le nom du navire apaeona est inconnu, son origine liburnienne ne nous apprend rien, car ce lourd vaisseau n'offre aucun point de comparaison avec la liburna, vaisseau des pirates d'Illlyrie, à deux rangs de rames ; d'ailleurs, la partie restante du vaisseau, sur la mosaïque, a subi des restaurations assez maladroites.
En avant de la maison se trouvaient les thermes privés, formant un pavillon isolé, placé au bord du ravin. La partie déblayée est le frigidarium consistant en une grande salle carrée de 8 m. de côté, dans laquelle on pénètre par deux portes qui se répondent au milieu des côtés opposés de l'Est et de l'Ouest (fig. 8764). La mosaïque centrale est assez bien conservée dans son ensemble, à part l'une des branches latérales de la croix.
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« C'est une vaste composition décorative à sujets marins. La mer forme le fond : très agitée au centre, où l'écume blanche des lames qui se brisent raye l'azur des flots de multiples zigzags ; très calme au contraire, dans les branches latérales de la croix, sortes de golfes qu'abrite une côte accidentée, et où l'eau, changeant tout à fait de couleur, s'étale en nappes blanches que rident à peine quelques stries plus sombres. Par cet artifice ingénieux, le mosaïste a réussi à étoffer le milieu de son tableau, la pleine mer, d'un ton très vigoureux, très poussé en couleur, dont il abaisse ensuite le ton en se rapprochant des bords pour mieux faire ressortir les lignes plus foncées du littoral qui l'encadre. Celui-ci est tracé à la manière des paysagistes alexandrins : escarpements boisés et rocailleux dans le loin8765 VIV3x9 ron et, peut-être, Ennius, dont le mosaïste se borne à | citer un vers, ou deux au plus !. » 19 Zysótx, ratis sive ratiaria (fig. 8765). — Longueur 0 m. 75, hauteur de la quille au bordage, 0 m. 14.
Bateau plat et large se maniant à la rame. Avant s'allongeant en pointe ; arrière massif et carré, à quille saillante. Pas de pont, mais peut-être un passavant longeant intérieurement le bordage. Rame d'un seul côté, interchangeable, deux boucles sur le bordage, pour passer les rames.
Les noms grecs et latins ays8ix et ratis sont employés généralement pour désigner un radeau ; ici, la signification a quelque chose de plus précis et s'applique à une embarcation véritable, une sorte de ponton, de construction très rudimentaire.
tain, rivage sinueux et creusé d'anfractuosités au premier plan. Deux pécheurs se tiennent au bord de l'eau, à peu près nus, sauf un linge blanc ceignant leurs reins et une cravate assez lâche nouée autour du cou. L'un d'eux, coiffé du chapeau de paille traditionnel, est assis sur un rocher et pêche à la ligne. L'autre se tient debout, et lance l'épervier.
« Ces paysages réalistes n'apparaissent qu'au fond des deux branches latérales de la croix. Au sommet et à la base, en face des deux portes d'entrée, sont représentées deux figures mythologiques, une tête d'Océan et un Fleuve, destinées sans doute à indiquer au spectateur que le tableau concerne à la fois la navigation fluviale et maritime.
« Sur la nappe d'eau ainsi encadrée évoluent en tous sens, dans un désordre pittoresque, une trentaine d'embarcations, toutes différentes. Le nom de chacune d'elles est inscrit au-dessus, au-dessous ou sur la coque même, en lettres de 0 m. 06 à 0 m. 08, que leur forme permet de dater du IVe de notre ère. Parfois, c'est un mot grec, et le mosaïste l'écrit alors en caractères helléniques (avec sigma et epsilon lunaires), mais en prenant soin de le faire suivre de la traduction ou de l'équivalent latin. Souvent une légende explicative accompagne le nom et le répète en le commentant. Toujours très courte, elle est généralement empruntée à l'un de ces vieux auteurs du temps des Scipions ou des Gracques que l'érudition avait remis à la mode au siècle des Antonins. Ce sont le plus souvent des poètes antérieurs au règne d'Auguste, Plaute, Lucilius, Cicéron, hypereticos que celetas ; le mot drn2sttx5c a le sens d'« auxiliaire » et le x£Anc, « cheval de course », fait songer à une embarcation légère, servant au transport des ordres et des dépêches de l'amiral, quel que petit bateau analogue à celui qu'on nomme une c vedette », Ce qui est un vers du poète Ennius, conservé par esie hatt y PN
993 saint Isidore de Séville (Origines, L XIX, c. 1, n. 22) qui définit les celo ces comme des birémes ou des trirémes rapi des faisant le service de la flotte. Tite-Live - classe le celox parmi les bate aux pirates.
teurs 0 m. 21 et 0 m. 40. Vaisseau de charge, ne marchant qu'à la voile. Forme ronde, presque hémisphérique, coque large et massive, non pontée, flancs rebondis : proue et poupe recourbées et relevées toutes deux à la même hauteur, ce qui lui donne un peu l'apparence d'une corbeille, d'où le nom qu'il porte.
L'arrière est renforcé par une courte préceinte très saillante. Sur les flancs du navire est appliquée extérieurement, au-dessous du bordage, une sorte de tringle, qui servait peut-être à garnir la coque de 994 bans, la vergue est fixée aux deux bouts par des bras, la voile carrée est à demi carguée. 69 Hippago, irruywyocs (fig. 8769). — Longueur | i m. 15 ; hauteurs 0 m. 19 et 0 m. 29. Grand bateau de commerce servant au transport des chevaux. Fond plat et carré, sans quille, coque massive, renforcée au bordage de préceintes saillantes aux deux bouts, Pas de pont, avant et arrière très relevés, proue recourbée en volute, poupe en gouttière doublant la coque qui se termine en pointe. Ni mât, ni gouvernail. La manœuvre s'effectue au moyen de trois paires d'avirons traversant le bordage. Câb les formant guirlande tout le long du navire.
Cha que cheval porte son nom inscrit auprès de lui, suivant un usage qu'on retrouve sur un grand nombre
bouées pour amortir les chocs contre le quai ou les vaisseaux voisins. À l'intérieur du bordage, il y avait peut-être un passavant. Pas de rame à l'arrière, un gouvernail formé de deux larges avirons, sortant de trous creusés dans la coque au-dessous du bordage. Un grand mât, à hampe peinte en zones alternativement rouges et blanches ; au sommet, une flamme flottant au vent. Pas de voiles, la vergue est descendue, le navire est au repos, amarré par la proue à un ilot rocheux. Le nom CORBITA se lit sur la coque ;au-dessous on lit :
Vers tiré d'un passage de Lucilius, cité par Nonius Marcellus, avec deux légères variantes.
La corbita faisait partie des naves onerariæ. Plaute l'oppose au celox, aussi léger et rapide que le corbita est lourd et lent. On en usait principalement pour le transport des grains.
A. — XII — 32.
T ——
— ME -Sir me ene ar xam oan relevés, proue en pointe, poupe en gouttière. Coque effilée à l'avant ; quille saillante à l'arrière, préceinte renforcant le bordage, qu'elle dépasse aux deux bouts. Câb les accrochés en guirlande sur les flancs du navire. Deux paires d'avirons interchangeables ; l'une d'elles maniée par un rameur nu assis sur un banc. Un grand mât peint de pourpre, de rouge et de gris, maintenu de chaque côté par trois haubans. Vergue fixée par deux bras ; voile carrée, qu'un marin nu, montant à une échelle appuyée contre le mât, est en train de carguer, A l'arrière, le maître de manœuvre (xzAzucc rho, hortator remigum), vêtu d'une tunique grise à larges manches plissées, frappe sur le bordage avec un maillet de bois pour marquer la cadence et rythmer le mouvement du rameur. Le nom de cet outil nous est donné :
PORTISCVLVS ; celui du navire se lit à l'avant : ACTVARIA. Ce nom était donné à un bateau de faibles dimensions, n'ayant qu'un rang de rames, le nombre des avirons pouvant aller de trente à dix. L'acluaria rendait les mêmes services que le celor auquel elle ressemblait beaucoup.
S778
S781 a782 reste que l'avant. Longueur environ 0 m. 70 ; hauteurs 0 m. 20 et 0 m. 26. Bateau à rames, coque arrondie ; proue relevée en volute ; préceinte débordant à l'avant ; câb les accrochés au bordage. Plusieurs paires de rames interchangeables ; un rameur assis maniant deux avirons. Sous la coque br une est tracée en blanc une inscription dont il ne subsiste que les dernières lettres : /ATO PARON'. C'est la fin d'un vers du Marius : de Cicéron : e.
[Tunc se fluctigero tradil man]at qí ue) paroni.
Cet hexamètre a été conservé par Isidore de Séville. qui le cite à l'appui de sa définition du paro dans u »n chapitre des Origines (1l. XIX, c. 1, n. 20) consacré aux navigia. On ne trouve le paro que chez Aulu-
AD VERKQA MAENT SCEAENVENI WAT
m BETA TS oS RIEN Gelle et nulle part ailleurs. C'est la forme latine du | mot grec zxpov, également fort rare. Le suivant | est beaucoup plus connu. | Festus décrit ainsi le myoparo : Genus navigii ex duobus dissimilibus formatum, nam muydion el paron per se sunt. Les nombreux renseignements que nous possédons sur ces bateaux nous les font voir comme des bateaux de guerre de moyenne taille, sortes de frégates assez larges et à un rang de rames. Très répandus dans toute la Méditerranée.
997 donne au musculus le nom de navigium curtum (Origines, l. XIX, c. 1, n. 14). 15° Prosumia (fig. 8777). — Navire à demi détruit.
D'après ce qui subsiste, il devait mesurer environ 0 m. 70 de longueur ; hauteurs 0 m. 19 et 0 m. 20. Bateau à rames et à voiles dont l'arrière ressemble au numéro précédent, formant une sorte d'écusson triangulaire à pointe formée par la quille. Mais, ici, la poupe en gouttière est beaucoup plus élevée. Une préceinte ; des câb les accrochés au bordage. Un rameur maniant deux avirons. Un grand mât à zones alternantes rouges et blanches, vergue blanche et jaune.
Grande voile carrée mauve et grise, sur laquelle empiète le nom du navire : PROSVMIA. Au-dessous une 8783 998 — paire de rames interchangeables. Isidore de Séville | Câb les accrochés au bordage. Boucles, interchangeables pour trois paires de rames. Un rameur assis maniant deux avirons. Au-dessus. le nom VEGEIIA. Cette lecture est certaine. Au-dessous on lit un vers inédit :
Advena quam lenis celeri vehit unda regeiia 189 Placida (fig. 8780). — Longueur 1 mètre ; hauteurs 0 m. 21 et 0 m. 21. Bateau à rames presque identique à la vegeiia. L'avant est un peu plus effilé, la quille un peu plus saillante. Il n'y a qu'une seule paire de rames. Au-dessus est inscrit le nom à l'appui PLACIDA : au-dessous une courte citation où se trouve le mot placida et un autre impossible à restituer. On ne trouve la placida que sur la liste d'Auluinscription malheureusement très mutilée. On rencontre rarement la mention de la prosumia chez les auteurs latins. Festus la définit un petit navire éclaireur. Aulu-Gelle l'assimile à la geseoreta et à l'oriola, ce qui explique pourquoi le mosaïste l'a placée à côté de l'horeia. Ce devait être une barque légère et rapide faisant le cabotage et assurant le transport des voyageurs.
Gelle ; ce devait être une embarcation de plaisance, pour naviguer sur des cours d'eau plutôt que sur la mer.
Au-dessous une inscription mutilée NAVIGIA PFONTONES////]j] !]. Le ponlo, à qui saint Isidore de Séville donne le nom de pontonium, est mentionné en ces termes par César (De bello civili, 1. III, c. XXIX) : ponlones, quod esi genus navium gallicarum. C'était un navire de commerce qui naviguait probablement à la voile. Plus tard il eut le sens de chaland que lui a conservé le mot français ponton. N'est mentionné ni par Aulu-Gelle, ni par Nonius Marcellus.
999 rejeté sur une seconde ligne est aujourd'hui détruit. | 219 Silaila (fig. 5783). — Longueur 0 m. 83, hauteurs 0 m. 19 et 0 m. 12. Bateau à rames, large et plat que Festus décrit par ces mots : genus navigii latum magis quam allum. Avant et arrière très bas, proue allongée en pointe. Poupe recourbée en volute. Coque très massive comme celle des rates. Quille très saillante à l'arrière. Préceinte dépassant légèrement le bordage. Câb les accrochés aux flancs du navire. Deux doubles boucles interchangeables. Un rameur à demi détruit maniant des deux mains un seul aviron. Au-dessus le nom du bateau : STLATTA.
Au-dessous, un hexamètre auquel manque le complément direct qui commençait sans doute l'hexamètre suivant :
HINC LEGIO STLATTIS IAM TRANSPOR TAVERAT AMNE
Le vers est inconnu, le nom du navire se lit dans Aulu-Gelle et dans Ausone qui nous apprend qu'on faisait usage de cette embarcation sur la Garonne et sur le Tarn : Acalis, phaselis, lintribus, stlalis, rate, Tarnim el Garumnam permeat. C'était une sorte de chaland, comme la ratis.
Au lieu de deferat il faut lire de foret ou defore. Ce vers se lit tout entier sur la mosaique au-dessous des lettres superposées qui figurent et définissent en même temps le catapirates ; il n'en reste que peu de 1000 chose que P. Gauckler a réussi à lire. Voici la disposition que présentait cette citation : | C5 « f i- « f à. — pc « t iud m HVNC CATAPIRATEM PVER EODEM DEVORET VNCTUM Voici donc une trentaine d'embarcations de types différents dont aucun n'est ponté et n'a plus d'un rang de rames. Aucun d'eux n'est un vaisseau de guerre, quoi que plusieurs puissent être adaptés au rôle de croiseurs auxiliaires, d'éclaireurs, etc. C'est donc une flotte de commerce, mais une des plus complètes et des plus précises que nous sachions pour le monde latin.
On peut comparer cette liste à celle que dresse Nonius Marcellus, mais son principal intérêt à nos yeux, c'est les rapprochements qu'elle permet avec le glossaire nautique d'Isidore de Séville qui consacre les premiers chapitres du XIXe livre des Origines à un classement systématique et étymologique des choses de la mer. Cette liste offre surtout d'étroits rapports avec la nomenclature d'Aulu-Gelle, contemporain et très probablement compatriote du mosaïste d'Althiburus. L'artiste et le grammairien s'accordent sur seize ou dix-sept noms qu'ils ont dû puiser à la même source, copiant une liste toute faite dans quel que traité didactique : ouvrage certainement très ancien, peut-être antérieur au principat d'Auguste. On ne comprendrait pas sans cela pourquoi le mosaïste du n° siècle de notre ère ne citerait que des auteurs de la période républicaine. La liste d'Althiburus parait donc extraite de quel que glossaire ou manuel nautique, aujourd'hui perdu, qui aura été écrit vers le temps où Varron composait ses traités. L'ouvrage devait être illustré. Ce serait faire trop d'honneur au mosaïste de lui attribuer l'invention des figures de son catalogue. Son rôle s'est borné à les enfermer dans un cadre approprié, à les grouper d'une façon harmonieuse et pittoresque ; mais l'on sent que, pour chacun d'eux en particulier, il n'a fait que copier un modèle. Or on ne peut supposer qu'il les ait copiés d'après nature, puisqu'il travaillait loin de la côte et de tout fleuve navigable, et qu'il eut été fort embarrassé de trouver dans un port quelconque une pareille flottille, composée de tant d'embarcations différentes et dont beaucoup avaient déjà cessé d'être en usage à l'époque où il les dessina. La parfaite exactitude avec laquelle l'auteur a transcrit les noms et les citations fait de la mosaïque un monument des plus précieux et le seul de son espèce jusqu'à ce jour.
VIII. NAVIGATION DE SAINT BRENDAN. — La chronologie de saint Brendan prête à discussion. Les bollandistes reportent sa naissance à l'année 480 et cette opinion est confirmée par un passage du Book of Leinster, qui fait naître Brendan sous le règne d'Aengus, mort en 490 ; c'est également ce que nous apprend le Book of Lismore. Quoi qu'il en soit, que le saint ait vécu au Ve ou au VIe, son nom s'attache à un récit qui, pendant tout le Moyen Âge, rendit son nom fameux. On sait qu'il était irlandais d'origine et avait embrassé la vie monastique ; sa sagesse et la sainteté de sa vie le rendirent digne de gouverner un monastère, ce qui l'aida à répandre l'Évangile parmi les païens et lui devint une occasion de faire des miracles. S'il s'en était tenu là, sa réputation n'eut peut-être pas dépassé son île natale, mais Brendan devint le héros d'un voyage maritime tout rempli de merveilleux. Le récit, écrit en latin, fut traduit ou refondu, en prose et en vers, dans la plupart des vieux idiomes européens. On ne sait pas avec exactitude la date de la composition de la Navigatio ; mais comme on en trouve quelques manuscrits qui appartiennent au XIe, on a du moins ainsi le terminus ad quem. Et d'abord Brendan est-il l'auteur du récit ? Le peu d'histoire que nous trouvons dans la Vie qui porte son nom ne nous en dit rien et ne met sur la voie d'aucune conjecture. Jusqu'ici on n'a présenté que des hypothèses pour contredire des conjectures, et il se trouve encore de bons esprits pour répéter, avec Vincent de Beauvais et les bollandistes, que le récit de la Navigatio n'est que deliramentia apocrypha.
La Navigatio s'ouvre par une introduction. Un soir, saint Brendan reçoit dans son monastère d'Irlande la visite d'un sien cousin, le P. Barintus. On cause. Barintus raconte que son fils spirituel, Mernoc, l'a quitté depuis longtemps et s'est retiré dans l'île de Délicieuse, voisine du mont de la Pierre. Là, il a groupé autour de lui quelques moines. Barintus lui a rendu visite, ils se sont embarqués ensemble pour une île occidentale, qui se nomme Terra repromissionis sanctorum et qui n'est rien moins que le paradis que Dieu donnera aux saints à la fin du monde.
Barintus et Mernoc s'y sont promenés pendant une quinzaine de jours, parmi les fleurs et les fruits, foulant aux pieds un sol couvert de pierres précieuses et, toujours marchant, ils sont arrivés devant un fleuve sur la rive duquel un homme, à l'aspect resplendissant, leur a interdit de franchir ce fleuve et leur a ordonné de regagner leur bateau, vers lequel il a d'ailleurs pris soin de les reconduire. De retour à l'île Délicieuse, Barintus se sépara de Mernoc pour regagner son propre monastère.
Un tel récit ne peut qu'échauffer une cervelle irlandaise, aussi, dès le lendemain, l'abbé Brendan convoque deux fois sept moines élus et leur propose de l'accompagner à la recherche de la Terra repromissionis. Ils s'y préparent pendant quarante jours en jeûnant un jour sur trois et se rendent ensuite au monastère de saint Enda sur la petite île d'Aran, à l'ouest de Munster, et, de là, au promontoire appelé Se des Brandani, aujourd'hui Brandon Hill, où ils construisent un navire.
Au XIIe, cette introduction a fait son temps, on n'en veut plus et on la remplace par une autre dans une version allemande. Brendan lit une description de choses miraculeuses qu'il ne peut croire et, d'un mouvement d'humeur, il lance le livre dans les flammes. Dieu l'en punit par une condamnation à errer sept années sur la mer ; de cette façon il verra de ses propres yeux tout ce qu'il avait refusé d'admettre comme possible, et il devra décrire lui-même ce qu'il a vu.
Cette deuxième introduction s'explique probablement par la pensée d'introduire l'idée d'un voyage de sept années, idée qu'on n'apercevait pas dans l'introduction primitive. Celle-ci indiquait même que le P. Barintus n'avait pas été appointé d'une peine si prolongée et que Mernoc pouvait visiter l'île du Paradis lorsqu'il lui semblait. Dans la relation originale, la longue durée de voyage n'est motivée que par ces paroles de l'homme à l'aspect éblouissant : Ecce lerram quam quesisli per multum lempus. Ideo non potuisti stalim invenire qui Deus voluit tibi osten1002 dere secreta sua diversa in Oceano magno. Mais le nombre des aventures dont dispose le narrateur pour remplir un laps de temps de sept années est tellement insuffisant qu'il prend le parti de passer quatre années sous silence et ne s'interdit pas toujours les répétitions. D'où il semble permis de conclure que le nombre de sept années est emprunté à une source originale qui a été exploitée par l'auteur de la Navigatio.
Celle-ci procède d'un sujet depuis longtemps connu, et on ne peut se soustraire à la constatation d'une ressemblance entre l'épisode du poisson gigantesque que les marins prennent pour une île, mais qui commence à se mouvoir et à plonger après qu'ils ont allumé du feu sur son dos, et cet autre monstre marin qu'on rencontre dans le premier voyage de Sindbad des Mille et une nuits ; il y a plus que ressemblance fortuite, il y a rapport d'origine ; sans qu'on puisse décider qui a fait l'emprunt, si c'est l'Occident à l'Orient ou bien si c'est l'Orient à l'Irlande. Pour soutenir ce dernier point de vue on a apporté des arguments peu convaincants ; on a dit notamment que la baleine ne se trouve que dans les mers du Nord, alors qu'on sait que baleines et cachalots prennent volontiers leurs ébats dans les mers méridionales. Tout ce que l'auteur dit de l'île-poisson témoigne d'une connaissance fort superficielle de la baleine lorsqu'il dit qu'elle ne peut réussir à toucher sa tête de la queue à cause de sa longueur et lorsqu'il l'appelle : omnium bestiarum maris devorator. Qu'il ne soit nulle part question du désert, ce n'est pas fort surprenant puis que l'immensité de l'Océan remplit le même rôle ; reste à savoir si la Terra repromissionis sanctorum répond de manière plus exacte à la conception germanique du séjour des morts qu'à celle des anciens sur les îles Porfunées.
Les rapports entre les voyages de saint Brendan et du marin Sindbad sont frappants sur le point de la tortue gigantesque ou de la baleine-île qui se met à plonger quand elle sent sur sa carapace la chaleur du feu allumé par les marins pour cuire leur dîner ; mais c'est là un conte très ancien et aussi répandu en Orient qu'en Occident. Dans les plus antiques récits, l'île-poisson ne porte aucune végétation ; plus tard on y signale de l'herbe et des roses ; il faut attendre la Navigatio et le conte de Sindbad pour entendre parler d'arbres sur le dos du monstre. Brendan n'en vient pas là du premier coup. Chez lui on trouve d'abord une insula petrosa sine ulla herba et in littore illius nihil de harena fuit, puis l'auteur ajoute : silva rara erat ibi et enfin saint Brendan lui-même dit : silpam scidistis et ignem succendistis. Pour expliquer cette contradiction, il semble qu'on ne puisse mieux dire sinon que la Navigatio s'est inspirée de Sindbad et d'une autre légende.
Une comparaison attentive de tous les passages de la Navigatio relatifs à l'île-poisson montre en effet le recours à deux sources différentes. Après leur départ de l'île des Moutons, les voyageurs accostent la baleine dont saint Brendan, au dire de l'auteur, connaissait la nature : Vir Dei sedebat intus in navi : sciebat enim qualis erat illa insula, set tamen noluit iis indicare, ne fuissent perlerriti. Quand l'île-poisson commence à se mouvoir, lors que la chaleur du feu se fait sentir et que les marins ont beaucoup de peine à s'enfuir en abandonnant tous leurs effets avant que le monstre ne disparaisse dans l'Océan (mersil se in Oceanum), saint Brendan aide ses compagnons à regagner leur navire et leur dit : Nolite expavescere Deus enim mihi hae hora (ou hac nocte) per visionem revelavit sacramentum hujus rei. Insula non est ubi fuimus, sed piscis, prior omnium nalantium in Oceano ; querit semper suam caudam ut simul jungat suo capiti et non polest pro longitudine. Qui habel nomen Jasconius.
Là-dessus, Brendan et ses compagnons se rendent à l'île des Oiseaux où ils célèbrent la fête de Pâques et reçoivent cet avertissement in anno futuro, similiter noctem | dominicam Pasche celebrabitis in dorso Jasconii. En effet, l'année suivante, tous célèbrent cette nuit : Ecce apparuit illis cacabus quem allero anno omiserunt, et saint Brendan leur dit : Considerale quo que quomodo Deus subjugat immanissimam besliam sublus nos sine ullo impedimento. Il sacrifie l'agneau pascal et dit : In altero anno hic celebrari resurrectionem Domini, ila volo hoc anno. Mais nous venons de lire que les moines ont célébré la fête de Pâques dans l'île des Oiseaux, ils avaient espéré la célébrer dans l'île des Moutons où eut lieu le sacrifice, mais, sur un ordre céleste, ils la quittèrent et passèrent la nuit du samedi et le commencement du dimanche à côté de l'île-poisson. La seconde année, il leur est prédit, dans l'île des Oiseaux, que, dorénavant, ils célébreront chaque année la fête in dorso belue. La septième année, saint Brendan dit à ses moines : Cur timelis islas bestias el non timuislis omnium bestiarum maris devoratorem et magistrum, sedentes vos el psallentes mullis vicibus in dorso ejus ? Immo el silvam scidislis el ignem accendistis, carnem coristis. Et enfin, lors que le terme du long voyage approche et qu'ils ont quitté de nouveau l'île des Moutons, stalim invenerunt beluam in solito loco et ibi lau des Deo cantaverunt tola nocle el missas mane. Finila vero missa, cepit Jasconius ire in viam suam, omnibus slanlibus in ejus dorso, el omnes fralres qui eum sancto Hrendano erant ceperunt clamare ad Dominum dicentes : Exaudi nos, Deus saluiaris nosler efc. Heclo cursu belua pervenit ad liltus insule qua vocatur Paradisus avium ibi que demorali suni us que ad octabas Pentecostes.
Tout ceci ne s'accorde pas avec le récit de la baleine assujettie à saint Brendan et sur le dos de laquelle il vient chanter les psaumes avec ses moines, cuire le diner de la communauté et se fait conduire à la nage jusqu'à l’île des Oiseaux. L'explication de ce désaccord se trouve dans le fait que l'auteur de la Navigatio a connu et utilisé deux légendes distinctes, une d'elles décrivait la course du saint abbé et de ses moines sur le dos de la baleine Jasconius.
En effet, il a existé une Vie de saint Brendan qui contenait cette légende : elle nous a été conservée par Raoul Glaber dans la Historia sui temporis, 1. IT, c. 11, où nous lisons ceci :
« On lit dans la Vie du bienheureux confesseur Brendan, né chez les Angles orientaux, que cet homme de Dieu après avoir vécu quelque temps en ermite, avec d'autres moines, dans des îles de la mer, rencontra une [baleine]. Un jour qu'il naviguait autour de quelques îles, le crépuscule l'ayant surpris en mer, il vit de loin comme une autre île vers laquelle il cingla avec ses compagnons dans l'intention d'y passer la nuit. Ils abordent, ils sautent de leurs barques, et gravissent le dos du monstre qu'ils avaient pris pour une île, comptant bien n'y faire séjour que pendant cette nuit. Après un court repas, les autres frères abandonnent au repos leurs membres fatigués. Brendan seul, ce saint homme, ce pasteur vigilant du vent et le cours des astres. Pendant qu'il occupait ainsi son attention, au milieu du silence de la nuit, il sentit tout à coup que ce lieu où ils avaient cherché un abri les emportait vers l'Orient. Le lendemain, lors que le jour reparut, le sage Brendan assemble ses compagnons, les encourage et les console par ses discours. « Mes excellents frères, leur dit-il, ne nous lassons pas de rendre grâce au souverain Créateur et maître de toutes choses, à ce Dieu dont la providence nous a préparé, au milieu des mers, un char nouveau qui n'a besoin ni de nos voiles, ni de nos rames. » Ces paroles de l'homme de Dieu jettent l'étonnement dans leur âme : ils se confient à la divine Providence, ils se reposent sur la sagesse de leur compagnon et attendent avec plus de tranquillité quel que hasard heureux. Ils furent ainsi emportés plusieurs jours de suite dans l'espace des mers, et ils purent observer qu'ils continuaient de se diriger, pendant tout ce temps, vers le soleil levant. Enfin, ils arrivèrent à une île beaucoup plus belle que toutes les autres, et qui présentait une foule d'agréments divers ; les arbres et les oiseaux qu'elle contenait leur parurent aussi d'une nature et d'une forme nouvelles : le saint homme s'y rendit et y trouva un grand nombre de moines, ou plutôt d'anachorètes dont la vie et les mœurs étaient plus saintes et plus sublimes que celles de tous les autres mortels. On lui fit, ainsi qu'à ses compagnons, l'accueil le plus tendre ; ils y restèrent plusieurs jours à s'instruire, par les bons soins de leurs hôtes, d'une foule de vérités relatives au salut ; puis ils revinrent dans leur patrie et racontèrent, à leur retour, leur merveilleuse découverte. » — Raoul Glaber écrivait en 1047 ; ainsi nous ne pouvons placer la composition de la Vie de saint Brendan, à laquelle il a emprunté ce passage, longtemps après l'an 1000 et il est plus probable qu'il faut s'en tenir avant cette dernière date. La Navigatio a puisé dans cette légende le voyage à l'île des Oiseaux sur le dos de Jasconius et, en partie aussi, la description de cette île. En outre, de cette légende on retrouve la trace dans le passage qui fait naviguer saint Brendan et les siens vers l'Orient pendant quarante jours pour atteindre le paradis (contra orientalem plagam) et on notera ici la contradiction avec l'introduction de la Navigatio qui montre Barintus gagnant le paradis situé à l'Ouest ! (contra occidentalem plagam).
Voyons d'autres coïncidences entre les aventures de saint Brendan l'Irlandais et Sindbad, le marin arabe.
Brendan aborde dans une île où s'élève un grand palais mais où les moines ne trouvent âme qui vive ; c'est là l'île du Palais du troisième voyage de Sindbad ; mais chez celui-ci on voit un nègre sauvage qui, chez Brendan, est devenu un petit diable noir qui entraîne un moine à voler un frein d'argent.
Autre chose : dans l'île des Oiseaux coule une source et quisquis ex eo liberil, irruit super eum sopor el non evigilat donec compleantur XXIV hore. Une autre île possède également une source qui jouit des mêmes particularités et on ne peut douter que ces sources ne soient une réminiscence de celle à laquelle Sindbad se désaltère au commencement de son second voyage, après quoi il s'endort et ne se réveille plus que son bateau ne soit parti.
Et encore ceci : dans l'île de saint Ailbée, Brendan rencontre un vieillard qui ne répond à toutes ses questions que par des gestes, thème qui se développe 1004 de la bergerie du Seigneur, que l’on trouvait assidûment en prières, observait avec prudence la force EPI UAR rts Hd à 4 gk i : TE TM RM A mp
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RES NP SONT L A J vos à v P 1005 dans la description d'un monastère où, pendant quatre-vingts ans, aucune voix humaine ne s'est fait entendre que pour le chant des psaumes. Et, au cours de son cinquième voyage, Sindbad rencontre un vieillard qui ne répond à toutes ses questions que par des gestes et par des signes.
Il n'est pas impossible d'établir un rapprochement entre l'île des Raisins et les raisins que Sindbad rencontre dans l'île du vieillard, mais l'emprunt parait plus évident dans l'épisode des géants qui tâchent de briser le navire avec des blocs de pierre énormes et les sauvages gigantesques du troisième voyage de Sindbad. Chez celui-ci ce sont des anthropophages, chez saint Brendan ce sont des forgerons. Enfin saint Brendan rencontre dans l'île du Paradis un fleuve roulant des pierres précieuses, dont il prend une charge dans son vaisseau, tout comme Sindbad qui, au cours de son sixième voyage, charge de pierres précieuses son radeau.
Ces traits de ressemblance sont trop nombreux et trop précis pour n'y voir qu'une conformité accidentelle ; mais de quel côté est fait l'emprunt ? Est-ce la Navigatio qui s'inspire de Sindbad ou bien est-ce l'inverse ? Qu'on lise le récit des voyages de Sindbad, on devra se convaincre que tout concorde admirablement avec le contexte, tandis que, chez saint Brendan, les aventures ne s'enchaînent pas. Mais cet argument n'a pas une évidence convaincante pour tout le monde, on a donc suggéré une explication plus précise : un moine ou un matelot irlandais voyageant en Orient aura entendu le récit des sept voyages de Sindbad et il en a rapproché le voyage de sept années de Brendan. Ses compatriotes ont trouvé la chose de leur goût et c'est ainsi que saint Brendan, dont on racontait qu'il avait navigué sur le dos d'une baleine, a été mis en possession d'une légende orientale qu'on lui a adaptée tant bien que mal, et plutôt mal que bien.
Que l'inspirateur ou l'auteur de la Navigatio ait tiré son idée d'une légende orientale, on n'en peut douter lorsqu'on voit saint Brendan, de passage dans l'île de saint Ailbée, rendu témoin d'un miracle dont le caractère oriental n'est pas contestable ; il s'agit du miracle des lampes de l'autel, qu'une flèche ardente pénétrant par la fenêtre vient allumer. C'est la répétition du fameux prodige qui s'exécute chaque année, le samedi saint, dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, sous le nom de « feu sacré ». Cette pieuse supercherie existait déjà régulièrement en l'an 870 ! : elle s'est transmise jusqu'à nos jours, entourée d'une documentation dont beaucoup de miracles véritables auraient lieu de se montrer jaloux. L'inspirateur ou l'auteur de la Navigatio avait vu ou entendu le récit du miracle qui attirait les multitudes et il l'a jugé de bonne prise.
Ces emprunts à l'Orient ne sont pas les seuls qui sont entrés dans la trame de la légende de saint Brendan. Le chroniqueur arabe Edrysy raconte comment huit jeunes gens de Lisbonne s'embarquèrent avec de l'eau et des vivres pour un voyage de plusieurs mois, afin de découvrir les limites de l'Océan*, Après onze jours de navigation vers l'Ouest, ils parvinrent à une mer dont l'eau est épaisse et puante, cachant de nombreux récifs sous un ciel à peine éclairé. Ils y renoncèrent et, courant au Sud pendant douze jours, atteignirent l'île des Moutons qui devait son nom à d'innombrables troupeaux sans berger pour les garder. Ils débarquèrent, prirent et tuèrent quelques moutons dont ils ne purent manger la chair, d'une amertume insupportable : ils gardèrent les peaux, 1006 se rembarquèrent, et connurent d'autres aventures.
Non loin de l'île des Moutons se trouve l'île de Háca qui, selon Edrysy, est l'île des Oiseaux ; elle contient des aigles rouges, armés de griffes, qui font la chasse aux animaux marins dont ils se nourrissent. Ces deux îles se retrouvent, ainsi que la mer aux ondes épaisses (mare quasi coagulatum), dans la Navigatio ?, mais il y a entre elles des différences qui ne s'expliquent que dans l'hypothèse d'une tradition orale. Dans saint Brendan, les moutons sont grands et leur chair est bonne à manger. Dans la Navigatio, les oiseaux sont des esprits, qui ne prennent la forme d'oiseaux qu'aux jours saints.
Nous ignorons la date exacte du voyage des huit aventuriers de Lisbonne, mais il faut le placer avant l'avènement des Amoravides, au milieu du xi* siècle.
Quel était le but poursuivi par ces aventuriers ? Connaître les limites occidentales de l'Océan ? Il faudrait savoir la date à laquelle prirent naissance certaines légendes, notamment celle d'Antilia dont on nous dit, sur le globe de Neurenburg de 1492, qu'en l'an 734 de l'ère chrétienne, quelques familles portugaises prirent la fuite devant les Arabes et trouvèrent un refuge avec leurs prêtres à Antilia, qui a figuré longtemps sur les cartes. L'antique conception des îles Fortunées et les idées germaniques et celtiques sur le séjour des morts dans une île de l'Océan occidental aura contribué à nourrir la croyance à la réalité d'un pays délicieux dans l'Océan. Cette croyance parait avoir été une des causes principales de la grande popularité dont jouit la Navigatio ; par contre, elle semble devoir à la Navigatio une plus grande consistance. On lit dans l'Image mundi d'Honorius d'Autun, qu'il se trouve dans l'Océan une île délicieuse et fertile plus que toutes les autres, inconnue aux hommes, trouvée par hasard, cherchée en vain et appelée l'île Perdue.
Honorius ajoute que cette île fut visitée par saint Brendan. Sur les cartes du xiv et du xv siècle, l'île de saint Brendan fut placée d'abord près de Madère, ensuite on la recula dans la direction de l'Occident et de l'équateur, enfin on l'amena plus au Nord, à la latitude de l'Irlande, et, finalement, elle disparut, mais continua à hanter l'imagination des navigateurs.
Au milieu de juillet 1589, le Hollandais Van Linschoten, à son retour des Indes, approcha des îles Canaries. « A droite de ces îles, écrivait-il, à la distance d'environ cent lieues, il se trouve un phénomène extraordinaire dont nous devons faire mention. C'est qu'on y voit souvent une île, nommée San Borodon, où plusieurs marins ont abordé par hasard, sans la chercher. Ils assurent que c'est un fort beau pays, délicieux, riche en verdure, plein d'arbres et de toutes sortes de vivres. Ils ajoutent que les habitants en sont chrétiens, mais on ne sait pas à quelle nation ils appartiennent, ni quelle langue ils parlent. Les Espagnols des Canaries ont fait plusieurs tentatives pour la trouver et l'explorer, mais ils n'y ont pas réussi. C'est pour quoi on entend émettre différentes conjectures. Les uns pensent que l'île est enchantée et ne se montre que certains jours ; les autres, qu'elle est très petite et constamment enveloppée de brouillards qui la cachent aux regards, tandis que le vent et les courants emportent les navires loin de l'île. Mais tout le monde croit fermement que l'île est située dans ces environs, se fiant au témoignage de ceux qui y ont été, » Jusqu'en 1721 on s'acharna à découvrir l'île de saint Brendan, mais toujours en vain ; car, selon l'expression d'un auteur espagnol
Les monuments que nous venons de citer nous ont montré le navire voguant à pleines voiles ou bien tranquille dans le port ; c'est dans une des chambres dites des sacrements, au cimetière de Calliste, que l'on trouve une peinture représentant un navire, ainsi que des briques, du cimetière de Priscille. crisi., 1392, n, 107, fig. 19.
1012 La figure est de dimensions trop réduites pour qu'on se rende compte, ainsi qu'il convient, de la scène du naufrage qu'on suit mieux sur la fig. 8792, qui est bien exprimée par ces mots de saint Augustin : Naviculam islam Ecclesiam cogitate, turbulentum mare hoc sæculum. Le navire est violemment agité par les flots ; un personnage se tient debout près de la proue, dans l'attitude de la prière, c'est le chrétien fidèle, raffermi par la grâce, représentée par une figure radiée, vue à mi-corps dans un nuage et soutenant ce chrétien de la main. Au milieu des flots se voit un second personnage : c'est le chrétien naufragé sans la foi *. On ne peut omettre de rappeler quelques pierres gravées qui représentent le navire symbolique. Sur l'une d'entre elles, qui servit de chaton à un anneau, l'Église est représentée sous le symbole d'un navire porté sur le dos d'un poisson, lequel n'est autre que Notre-Seigneur Jésus-Christ, sur qui l'Église repose pour résister à toutes les tempêtes (fig. 8793). Le mât et la poupe portent deux colombes, des hommes s'agitent sur le pont, luttant contre le vent contraire pendant que Jésus vient vers eux, marchant sur les eaux. Pierre, qui s'est précipité à sa rencontre, enfonce ; on lit les noms des deux personnages |HC(ouc) et ITE T(poc) ™.
Un jaspe de l'ancien cabinet Borgia représente 1013 | ee qui suppose que les six autres leur faisaient face ; au revers, on lit, en lettres très grandes, le mot IHCOY ? (fig. 8794). Une cornaline représente une barque à voile à quatre personnages, dont un qui dirige la manœuvre et trois qui se livrent à la pêche à la ligne. Un de ces pêcheurs tire de l'eau un poisson, un autre semble se diriger vers le pêcheur. Sous la ligne de flottaison du bateau, on lit ces mots |H(couc) X(geococ) ? (fig. 8795).
Nous ne revenons plus ici sur les énumérations de navires que nous avons présentées au mot GEMME et au mot LAMPE ; pas plus que nous ne donnerons On connait suffisamment la célébre lampe en bronze du musée de Florence qui représente un bateau monté par deux hommes et rappelle la mémoire d'Eutropius 4 Une lampe en bronze à sept godets, oxydée, conservée au Kaiser-Friedrichs-Museum de Berlin, fut achetée au Caire en 1902 ; elle date du rve-Ve : c'est un bateau antique ; long. 0 m. 235, haut.
Handbook of engraved gems, in-8*, London, 1885, pl. xiv, 1014 | — Jésus au gouvernail et six apôtres tenant les avirons, | 0 m. 105. A la proue, l'Agneau divin, cinq rameurs ; sur le mât et les vergues trois colombes (fig. 8796). Cercle de Tébessa, région de Darmoun, c'est-à-dire le vaste espace compris entre le Djebel-Haouia, la plaine de Telidjéne, l'Oued-Boua et l'Oued-Mechera ; à Henchir-Meksem ou Henchir-Erraïet, parmi de grandes ruines, des vestiges de bâtiments importants. Pièces éparses ayant appartenu à une basilique dont l'emplacement reste indécis. Ces pièces consistent en claveaux sculptés de jolies guirlandes de vigne, grands corbeaux de même style, chapiteaux, colonnes. Nombreux linteaux de porte ornés. Sur l'un d'eux nous relevons les dessins et inscriptions que voici (fig. 8797) :
A droite et à gauche de la croix semblent être représentés deux vaisseaux, l'un pourvu de deux rames, l'autre d'une seule rame. On remarque que sur cette pierre deux inscriptions différentes, l'une en relief, caractères bien traités, mais renversés :
CRVCE ALIA EDO
Faut-il voir une faute du lapicide et lire : Cruce alia Deo, qui aurait le sens : par une autre croix (on va) à Dieu, L'autre inscription est en creux, dans le sens normal et grossièrement gravée.
L'Henchir-Meksem était défendu à l'époque byzantine par un fortin de 10 mètres de côté. Le disque en pierre qui en fermait l'entrée est encore en place.
Carthage ; fouilles de la basilique byzantine de Dermech, en 13899 ; inscription conservée aujourd'hui au musée du Bardo.
Inscription funéraire chrétienne sur marbre, long. 0 m. 60, haut. 0 m. 40, épaisseur 0 m. 03, hauteur des lettres 0 m. 06 à 0 m. 08 ; caractères grecs, irréguliers, tremblés, sans profondeur. Le texte est encadré de figures symboliques. À gauche, en haut, une barque avec un mât sans voile, puis un roseau placé de biais, fleuri, presque horizontalement, et au-dessous un hippocampe. Au milieu, au-dessous de l'inscription, un bandeau radié, à cinq rayons, en forme de couronne enfermant un petit triangle. A droite, un second hippocampe faisant face au premier. Deux colombes becquetant un olivier et un roseau vertical :
Navire — BRINCVLVS — Roseau vertical
Roseau couché
ET RESTITVTVS
Colombes becquetant un olivier
Hippocampe
IN PACE — Hippocampe
Bandeau radié en forme de couronne
1016 Les inscriptions latines découvertes en Tunisie de 1900 à 1903, dans Nouvelles archives des missions scientifiques et littéraires, t. xv, 1907, fasc. 4, p. 439, n. 303.
A Carthage, sur l'emplacement d'une basilique, près de Douar-ech-Chott, une dalle funéraire retrouvée entière ; elle mesure 0 m. 56 de longueur sur 0 m. 38 de hauteur, hauteur des lettres 0 m. 05 :
CRESCONIVS FID
( navire) NTA
Une des extrémités du navire, proue ou poupe, on ne sait, pénètre entre V et A de la troisième ligne : à signaler : quaranta.
A Carthage, basilique de Damous-el-Karita (voir Dictionnaire, t. rv, à ce nom), inscription portant ces mots : N BENENATA-FIDELIS IN PACE-VIXIT ANN XX IDP KAL T (barque) NVCERIVS FIDELIS IN PAGE-VIXIT AN II. LE TYPE !. e. nous venons d'énumérer, le navire a une signification principalement symbolique : il est généralement représenté suivant le profil de sa longueur, sauf dans la fresque de la chambre des sacrements. Il se peut « que ces dessins offrent de l'intérêt pour l'étude de l'archéologie navale et c'est à ceux qui s'adonnent à ces recherches que nous signalons un navire gravé au trait sur une plaque de marbre conservée au musée de Latran et qui provient du Vatican (des magasins, aucun indice que ce soit du cimetière) (fig. 8798). Il est probable que ce navire ornait une épitaphe funéraire, mais on n'en a aucun indice ; marbre grec, hauteur 0 m. 23, largeur 0 m. 57. E C'est là un navire avec son gréement et il faut reconnaître que les artistes chrétiens ne s'en préoccupent guère le plus souvent ; un navire est une sorte de bachot plat, à moins que ce ne soit un objet de fantaisie, inutilisable pour la navigation. Nous rappelons le cachet de bronze provenant d'Alba Fucente, chez les Marses, et conservé au musée de hipatransona, dans le Picenum, objet que nous 1017 Tpl. x, n. 2, 2 a ; 1894, p. 97-98.
Sur la chaux d'un loculus des catacombes on a trouvé un cachet en forme de bateau sur la coque Banque : on lit cette formule : AVGET MI DEVS — (fig. 8799). Le sens de cette acclamation est douteux. z s
CS LZ AI ES
-5 TEPEE,
3. 8798. — Plaque de marbre, au musée de Latran. - D'après O. Marucchi, I monumenti del museo Pio-Lateranense, pl. XXXVII, n. 6.
RER eim ——Urmmm :
— Maxe-Werly proposait de suppléer, d'après saint Luc, — xvn, 5 : Auget mi Deus (fidem) ; J.-B. De Rossi - croit que ces mots se rapportent au contenu de l'amphore.
NAXOS. — Ile de l'archipel, la plus grande des Cyclades, elle mesure 423 kilomètres carrés. Le sol est granitique, avec des portions couvertes de calcaire. Le mont Ozia (1003 mètres) est le point le plus élevé ; les hauteurs dominent la côte orientale abrupte, mais s'abaissent doucement vers l'Ouest, sur le détroit qui sépare Naxos de Paros. Les ruisseaux sont nombreux et ont un assez fort volume d'eau, les vallées sont fertiles. On extrait du marbre des carrières. Sur le rivage nord-ouest se trouve la ville de Naxos, qui compte de nos jours environ 2 000 habitants. Du passé chrétien de l'île on ne sait rien que les noms de quelques évêques. La ville était siège épiscopal en 451.
Cette ignorance presque complète donne une valeur particulière à un curieux bas-relief de marbre blanc qui mesure 1 m. 10 sur 0 m. 85 et qui représente Jésus couché dans une mangeoire en maçonnerie, encadrée par deux arbres. La partie supérieure n'est représentée que par un fragment dont la signification n'est pas douteuse, c'est la fuite en Égypte et les sabots de l'animal (fig. 8803). Ce monument est du VIe.
H. LECLERCQ.
NAZAIRE ET CELSE. — Voir Dictionnaire, t. *1, au mot MILAN, col. 1040-1057. Ce n'est pas seulement à Milan que ces martyrs étaient honorés. Grégoire de Tours nous apprend qu'une basilique leur était dédiée à Embrun ; élevée, dit-il, sur les tombeaux de ces martyrs ; elle renfermait en outre les reliques de saint Genès d'Arles. Grégoire, non content de diriger la piété de ses lecteurs vers la tombe de Nazaire et de Celse, ajoute que leur sépulture, longtemps ignorée, fut révélée par la vertu miraculeuse des fruits d'un poirier sorti de terre en cet endroit. L'arbre fut coupé par ordre des saints quand on construisit la basilique. Grégoire tenait ce récit d'un personnage qui lui avait conté merveille de deux saints milanais, nommés Gervais et Frotais (voir Dictionnaire, t. v1, au mot GERVAIS). Comme il est invraisemblable qu'il y ait eu à Milan et à Embrun deux groupes de martyrs portant les mêmes noms, il parait sage d'adopter le correctif suivant apporté par Aug. Longnon au c. XLVII du - De gloria martyrum : « L'interlocuteur de Grégoire | était un homme au courant des traditions concernant | les saints milanais ; il parla de saint Gervais et — de saint Protais, de l'invention de leurs corps par | saint Ambroise, de la diffusion de leurs reliques dans l'Italie et dans les Gaules. Saint Nazaire et saint ; Celse, de Milan, firent aussi les frais de l'entretien ; |[— on s'occupa des faits qui avaient signalé la découverte É de leurs tombeaux, puis des reliques qu'on en conservait de ce côté des Alpes ; c'est à ce moment qu'il | aura été question de la basilique d'Embrun, et plus tard, en rédigeant le livre A la gloire des martyrs, Grégoire ne pensant plus qu'à cet édifice, lui attribua les tombeaux des deux saints liguriens ainsi que le lieu de leur martyre 1. » L'évêque d'Embrun, Artemius, vers la fin du IVe, construisit une basilique en l'honneur de la sainte Vierge et y plaça les reliques de saint - Nazaire et de saint Celse ; c’est aujourd'hui l'église É Notre-Dame, reconstruite au xue siècle ?, ita H. LECLERCO.
NAZARETH. — I. Jésus à Nazareth. II. D'une — basilique constantinienne. III. Les fouilles archéologiques. IV. L'église de la Nutrition. V. D'une église récemment fouillée. VI. L'église de l'atelier de saint Joseph. VII. L'église de l'Annonciation : 1. 1 acade [ et première moitié de l'ancienne basilique ; 2. Chevet — de l'ancienne basilique ; 3. Sanctuaire : 4. Édicule supérieur ; 5. Conclusion. VIII. Deux inscriptions grecques.
]. JÉSUS A NAZARETH. — La ville de Nazareth, la moderne en-Nasira, était située dans la basse Galilée, à une dizaine de kilomètres environ du mont Thabor et à une égale distance de Kefr-Kenna (voir ce nom) qui a remplacé Cana. Nazareth se trouve à quelque distance des grands chemins, quoiqu'on puisse s'y $ 3 1022 rendre facilement, et cette situation explique l'absence de toute mention de cette bourgade dans l'Ancien Testament et dans les écrits historiques de Flavius Joséphe. Le village moderne est situé au pied de la colline et compte 7 à 8 000 habitants, mais la ville d'autrefois se trouvait à flanc de coteau ?, à 1600 pieds au-dessus du niveau de la mer, jouissant d'un horizon très vaste qui s'étend de la vallée du Jourdain et des montagnes de Galaad jusqu'à la Méditerranée.
L'importance de Nazareth à l'époque où y vécut Notre-Seigneur Jésus-Christ est relevée par le fait que dans les évangiles on en parle toujours comme d'une ville, zoAtc et non comme d'un village, HOLT). C'était en effet une ville mais assez paisible, ce qui ne veut pas dire insignifiante 5. La boutade de Nathanaél : « Est-ce que rien de bon peut venir de Nazareth 5 ? » ne doit pas être prise pour autre chose que pour un de ces dictons comme on s'en décoche entre Dijon et Beaune, entre Clermont et Riom et entre Houbaix et Tourcoing, ce qui ne prouve rien et ne tire pas à conséquence. sauf l'épisode rapporté par Luc et qui concerne le ministère , tout ce que les évangiles nous disent de Nazareth est associé aux souvenirs de l'enfance et de la jeunesse du Sauveur. C'est à Nazareth que l'ange Gabriel fut envoyé à Marie pour lui annoncer le mystère qui s'accomplit en elle par l'opération de l'Esprit-Saint ; ce fut là encore qu'à leur retour d'Égypte les parents de Jésus vinrent habiter ° comme c'était de là, où ils avaient leur maison, qu'ils s'étaient rendus à Bethléem pour se faire inscrire !*, Douze ans plus tard, la sainte famille se rendait de Nazareth à Jérusalem ™ et revenait dans cette bourgade après la fête de Pâques =.
Si nous passons à la vie publique, nous voyons que C'est de Nazareth que Jésus se rendit au Jourdain '5, à ce que dit saint Marc, tandis que les autres synoptiques le font venir de la Galilée ^ ou bien ne désignent aucune localité 7, C'est à Nazareth que s'est passée l'enfance, l'adolescence et les années viriles du Christ jusqu'à sa trentième année, ce qui explique que son nom de Jésus de Nazareth, qui sera tracé sur l'écriteau de la croix et que lui-même adoptera en se présentant à saint Paul et en se nommant.
On ne rencontre nulle part un texte ni un mot qui apporte la moindre indication sur l'emplacement de la demeure de la sainte famille ; si la question peut être traitée, c'est seulement à l'aide de vestiges monumentaux qui feront l'objet de ce travail.
A Nazareth, la famille de Jésus vivait de la profession manuelle de saint Joseph ; il n'y avait en cela aucune déchéance ainsi que nous pourrions trop être tentés de le croire avec nos idées occidentales. Lors que le Sauveur estima le moment venu de commencer sa vie publique, étant âgé de trente ans environ, il sortit de Nazareth pour aller jeûner au désert et recevoir le baptême des mains de Jean-Baptiste. On sait qu'il n'est pas possible de retracer jour par jour son itinéraire. Lorsqu'il eut commencé sa prédication, dac UT remer jet TP vnu ut TR [a m a aiiin de gr ar dm pamm 1023 A Capharnaüm, Jésus ne séjourna que peu de jours et il se rendit à Jérusalem pour y célébrer la Pâque ; puis il revint par la Samarie et rentra en Galilée. C'est alors que se place la guérison du fils du régulus de Capharnaüm ?, ce qui ramène le Sauveur bien près de Nazareth où, peut-être, il aura fait une apparition. On l'y reçut avec bienveillance, car ceux de ses concitoyens qui avaient monté à Jérusalem en avaient rapporté bonne impression de ses œuvres. Cependant, saint Jean consigne alors cette remarque : c'est en sa patrie que le prophète trouve le moins d'honneur. Faut-il placer à cette époque de la vie publique la dernière visite de Jésus à Nazareth ? Il est permis d'en douter quand on lit le passage du récit suivant dans lequel il est fait mention des miracles accomplis à Capharnaüm *, et où il semble que c'est à l'occasion d'une excursion non loin de cette ville, qu'un jour de sabbat Jésus entra dans la synagogue de Nazareth.
Là, suivant la coutume juive, il s'offrit à faire la lecture rituelle. On lui présenta le rouleau contenant la prophétie d'Isaie et il lut : « L'Esprit de Dieu est sur moi. Il m'a sacré. Il m'a envoyé évangéliser les pauvres, et guérir les cœurs blessés, prêcher aux captifs leur délivrance, dire aux aveugles qu'ils vont voir, annoncer aux accablés la rémission et publier que l'année de la grâce du Seigneur est venue, et le jour de la juste rétribution. » II replia le rouleau, le remit au ministre de la synagogue et il s'assit. Tous les yeux étaient fixés sur lui. Alors, il dit : « Aujourd'hui est accompli tout ce que vous venez d'entendre. » Tous les auditeurs parlaient entre eux de sa personne, admirant les paroles de grâce qui sortaient de sa bouche, disant : « N'est-ce pas lui le fils du charpentier Joseph ? » Et il leur dit : « Vous m'adressez sans doute le proverbe : Médecin, guéris-toi toi-même. Montre ici cette miraculeuse puissance que tu as fait voir à Capharnaüm. » Et il ajouta : « En vérité, je vous le dis, nul n'est accepté comme prophète dans son pays. En vérité, je vous le dis, au temps du prophète Élie, alors que le ciel était resté fermé pendant trois années et demie, et que la famine avait envahi la terre, il y avait en Israël bien des pauvres veuves, et ce n'est à aucune d'elles que le prophète Élie fut envoyé. Ce fut à une veuve de Sarepta, au pays de Sidon. Au temps du prophète Élisée, il y avait bien des lépreux en Israël ; ce ne fut aucun d'eux qu'il guérit, mais Naaman, un Syrien. » Ceci était de l'histoire connue de tous ses auditeurs, cependant ils ne purent supporter ces paroles parce qu'elles leur laissaient entendre que le Messie pouvait venir en ce monde pour d'autres que pour les Juifs et leur colère éclata. Ils se jetèrent sur lui et l'entraînèrent hors de la ville « jusqu'au sommet de la montagne, au flanc de laquelle s'étend Nazareth, pour le 1024 jeter dans un précipice » « Le lieu d’où les habitants de Nazareth voulurent précipiter Notre-Seigneur est clairement désigné par le texte évangélique. Ce précipice était et est encore au sommet de la montagne au flanc de laquelle se trouve la ville, au sommet du Djebel-es-Sick, et la tradition qui met la scène de l'attentat sur une autre colline, pour être assez ancienne (on en trouve trace au Ix siècle) n'en est pas moins contradictoire à l'Évangile *. » Le Sauveur se dégagea des mains des séditieux et sortit de la foule. Rien n'autorise à croire qu'il soit jamais revenu, lui ou sa mère, à Nazareth ; d'ailleurs aucun de ses apôtres n'était de Nazareth.
II. D'UNE BASILIQUE CONSTANTINIENNE, — Il est naturel que la dévotion et la curiosité des pélerins se soient complu à découvrir et à identifier les lieux qui évoquent les circonstances de la vie du Sauveur : l'E 1025 c'est la Vie encore inédite de Constantin et de sainte Hélène, dont la rédaction se place entre le vi et le x siècle. Cette Vie raconte que l'impératrice alla à l'Annonciation à Nazareth, et que là, « cherchant la maison où la Mère de Dieu fut saluée par l'archange Gabriel, elle … y construisit le temple extraordinaire de la trés sainte Mère de Dieu ! ». Il ressort de ce texte que, avant le xii siècle, on attribuait la construction de la basilique à sainte Héléne. Cette attribution n'est pas fondée, mais la tradition qui fixe au temps de l'empereur Constantin les origines de cette église l'est bien davantage, chose qui n'a pas été suffisamment remarquée. En effet, saint Épiphane de Salamine, qui était d'origine palestinienne et qui fut témoin du triomphe officiel du christianisme avec l'avènement de Constantin, rapporte qu'un Juif converti, le comte Joseph, natif de Tibériade, avait fixé sa résidence à Scythopolis (Beïsan) et qu'il lui offrit l'hospitalité dans son palais, en l'année 356. Le comte Joseph, âgé alors de 70 ans, lui raconta toute sa vie, que le pieux évêque de Salamine consigna ensuite par écrit dans son Adversus haereses *. Comblé de faveurs et de titres par Constantin au moment de sa conversion, le nouveau comte de Tibériade s'était donné pour tâche de construire des églises partout où ses anciens coreligionnaires s'y étaient opposés jusque-là. Ainsi, dit saint Épiphane, « il reçut l'autorisation de construire une église du On voit que le témoignage concordant d'Eusèbe, de Socrate et de Sozomène, qui attribuent à sainte Hélène la fondation des deux seules églises de Bethléem (voir ce nom) et du mont des Oliviers (voir ce 1026 nom) n'enlève pas à Nazareth la possibilité d'une basilique constantinienne 7.
Le premier témoignage certain mentionnant l'existence d'une basilique sur le lieu même de l'annonciation, se lit dans la relation du pèlerin connue sous le nom de pseudo-Antonin de Plaisance (voir Dictionn., t. vii, col. 1858-1865) qui écrivait vers l'an 570 ; on lit ces mots : in quo loco erat et cathedra, ubi sedebat quando ad eam angelus venit 5. Un siècle plus tard, en 670, Arculphe parle de deux grandes églises, l'une sur le lieu de l'annonciation, l'autre sur le lieu de la nutrition du Sauveur : Dus pergrandes habentur ecclesiae : una in medio civilatis super duos fundata cancros, ubi quondam illa fuerat domus aedificata, in qua Dominus noster nutrilus est Salvator... Altera vero ecclesia in eo fabricata habetur loco, ubi illa fuerat domus constructa, in qua Gabriel archangelus ad beatam Mariam ingressus, ibidem eadem hora solam est allocutus inventam ?.
Le sens de ce texte est clair : les deux maisons de l'annonciation et de la nutrition n'existaient plus : in loco, ubi fuerat domus constructa, signifie cela et pas autre chose 1°, Si le narrateur avait voulu dire que l'église enveloppait la maison primitive restée debout, il se serait exprimé autrement, tandis qu'il dit formellement le contraire. Il emploie le passé, précisément parce que la maison de l'annonciation, tout comme celle de la nutrition, avaient cessé d'exister de son temps (670), et que sur leur emplacement s'élevaient les deux églises qu'il qualifie de pergrandes.
A. — XII — 33.
m [am tm a me trea geo par rar yr re gom pea orta eti p ie ee meo ii 1027 timent sans réserve. L'auteur se charge de mettre le lecteur en garde lorsqu'il lui dit : « Je n'avais aucune connaissance sérieuse d'archéologie, mais je m'en sentais le goût. Je m'improvisai donc archéologue... j'ai compté sur les grâces D'en-Haut et le secours de la sainte famille... D'ailleurs je ne fais pas de science... je donne simplement les résultats obtenus. J'ai travaillé surtout pour les pélerins, et j'écris pour eux. Toutefois, je n'ai pas négligé le côté scientifique et j'ai recueilli tous les documents que j'ai cru pouvoir intéresser la science archéologique !. » Ces aveux dénués d'artifice ont conduit à des reconstitutions plausibles, dont la vraisemblance apparaît peut-être « mieux encore sur le terrain que sur le papier ? ». « Le résultat positif des fouilles c'est que les croisés ont élevé à Nazareth deux églises monumentales, l'une à 100 mètres environ au nord de la basilique actuelle de l'Annonciation, l'autre sur l'emplacement même de cette dernière, mais suivant une direction perpendiculaire à son axe. L'aspect général de ces deux églises peut être retracé, dans ses grandes lignes, avec une certaine précision de détails. On sait enfin qu'elles ont été édifiées sur les décombres de deux sanctuaires démolis. Jusqu'ici, rien que de fort clair ; l'histoire et les ruines se trouvent d'accord. Mais les incertitudes commencent dès que l'on cherche à remonter plus haut . » « Pour montrer comment les parties de l'ancienne | bâtisse ont été appropriées par les croisés, il était nécessaire de savoir à quel ensemble elles appartenaient primitivement ; mais à partir de là il est trop manifeste que les conjectures n'ont plus la même fermeté. Les débris et les matériaux de remploi reconnus sont bien loin de porter tous en eux-mêmes la marque authentique de leur destination première. On ne réussira pas mieux à les assembler en recourant, sans éclaircissements préalables, aux indications éparses dans les itinéraires de Terre sainte. Il faut avoir la sincérité de reconnaître que les naïfs pélerins du bon vieux temps méritent moins de créance encore que les modernes qui ne se bornent pas à copier un « guide » ; quand ils parlent en langage précis, c'est pour se contredire à qui mieux mieux. Si l'on veut les mettre à contribution, il faut commencer par les lire en philologue, avec une attention entièrement libre et en tournant le dos aux ruines sur lesquelles on désire les interroger. Mais à vouloir se servir de leurs descriptions hésitantes pour agencer des débris sans caractère marqué, puis de la forme rendue à ces débris pour interpréter ces mêmes descriptions, on risque d'expliquer l'incertain par l'impossible . »
IV. L'ÉGLISE DE LA NUTRITION, — Nous commencerons cette étude par l'église dite de la Nutrition. A partir du vi siècle, il y eut trois églises chrétiennes dont une qui n'a guère fait parler d'elle, l'ancienne synagogue mentionnée par le pseudo-Antonin et son témoignage est corroboré par celui de Pierre Diacre (1137) : In eadem aulem cipilale, ubi fuit synagoga, nunc est ecclesia, ubi Dominus legi ! librum Esayæ . Transformée en église dès les premiers siècles, cette ancienne synagogue devint un lieu de la dévotion des pélerins. Jusqu'à nos jours on n'a rien appris sur son compte.
Il n'est pas possible de mettre au compte d'Etheria quelques lignes écrites en 1137 par Pierre Diacre d’après un - manuscrit complet de la Peregrinatio, dont on n'a pas Ja preuve de la présence au Mont-Cassin à cette épo que. Pierre Diacre peut fort bien avoir fait cet emprunt à un anonyme très postérieur, d'autant que nous ignorons si Etheria a visité Nazareth. I est assez peu probable qu'elle n'y soit pas allée puis que son biographe, le moine Valère, nous apprend qu'elle se rendit « aux Lieux très saints et trés désirab les de la nativité, de la passion et de la résurrection du SauM veur » ; en outre, elle visita le mont Thabor, le mont “des Béatitu des, le mont Hermon et le mont Carmel ; “une course en montagne ne la rebutait pas, mais tout cela n'autorise pas à lui attribuer une phrase qu'elle Wa peut-être pas écrite. Nous arrivons maintenant à un sol moins mouvant, le témoignage d'Arculfe, évê que gaulois, qui par- - courut la Palestine pendant neuf mois environ vers l'année 670, ou, peut-être, vers 685. A son retour de pèlerinage, Arculfe fut entrainé par une tempête « jus que dans les mers du Nord et recueilli par Adamman, abbé d'Iona (voir ce nom) ; il lui dicta une relation authenti que de voyage où on lit ceci : Civilas - Nazareth, ut Arculphus qui in ea hospitalus est narrat - ut ipsa, ut Capharnaüm, murorum ambilum non habel, supra montem posita ; grandia tamen lapidea habel edificia ibidem que duas pergran des ecclesias, una in medio cipilalis loco super duos fundata cancros ubi - quondam illa fuerat domus « edificata in qua Dominus. noster nutritus est Salvator. Hac eadem ecclesia duobus, Mu ut superius diclum est, tumulis et interpositis arcubus suffulla habet inferius inter eosdem tumulos lucidissimum fontem collocatum, quem lolus civium frequentat populus, de illo exhauriens aquam el de latice eodem - sursum in ecclesiam super ædificalam aqua in vasculis - per trochleas subrigitur. Allera vero ecclesia in eo fabri- — cata habetur loco ubi illa fuerat domus constructa in qua - Gabriel archangelus ad beatam Mariam ingressus, ibidem eadem hora solam est allocutus inventam +. « La cité de Nazareth, comme le raconte Arculfe, — qui y reçut l'hospitalité, elle aussi, comme Caphar- — naüm, n'a pas d'enceinte de murs, étant placée sur ~ une montagne. Elle a cependant de grands édifi ces.— en pierre ; il s'y trouve aussi deux très gran des églises, — qui y sont construites, l'une au milieu de la ville, reposant sur deux voûtes en forme de cancer, là où, autrefois, se trouvait la maison dans laquelle Notre-. Seigneur le Sauveur fut élevé. Cette méme église. soutenue, comme on l'a dit plus haut, par des pilastres réunis par des arca des, contient dans sa partie basse, entre ces mémes pilastres, une fontaine trés limpide qu'on y a placée, que le peuple entier fréquente, et où il va tirer de l'eau. On peut aussi d'en. haut, dans l'église construite au-dessus, puiser l'eau à la méme fontaine en l'élevant dans de petits vases - au moyen de poulies. Quant à l'autre église, elle a été — bátie au lieu où avait été construite la maison dans laquelle l'archange Gabriel, étant entré vers la bienheureuse Marie, là méme et à la méme heure, la trouva seule et lui parla. » = Vers 720, Bède le Vénérable composa un Libellus de Locis sanctis dans lequel il fit entrer pres que littérale- — ment le passage d'Arculfe sur l'église dela Nutrition ?. — Dans son Liber nominum locorum ex Actis dont nous — avons parlé il y a un instant, il se contente de ces quelques lignes : Nazareth viculus est Galileæ juxta © montem Thabor, inde et Dominus noster Jesus Christus 1030 Nazarenus vocatus esl ; habel que ecclesiam in loco in quo angelus ad beatam Mariam evangelizaturus iniravif, sed et aliam ubi Dominus nutritus est . « Nazareth est un village de Galilée auprés du mont Thabor. C'est de lui que Notre-Seigneur Jésus-Christ tira son surnom de Nazaréen. Il v a une église au lieu où lange entra pour annoncer à la bienheureuse Marie la grande nouvelle, et une autre au lieu où le Seigneur fut élevé [par ses parents |. » Ainsi done, en 670 (al. 685), et en 720, Arculfe et Béde parlaient, l'un de ce qu'il avait vu de ses yeux, l'autre de ce qui existait. Ces deux témoins contemporains sont probablement les seuls qu'on puisse invoquer car « la Nutrition parait bien avoir disparu vers le vin ? siècle » ; on peut du moins l'induire du silence complet que garde à son sujet le double récit du vire siècle qui relate le pèlerinage en Terre sainte du moine anglais saint Willibald (724-726), lequel semble n'avoir connu que la basili que de l'Annonciation.
Il est vrai qu'on a invoqué en faveur de l'existence de l'église de Ia Nutrition, au début du xr siècle, un passage de l'higoumene Daniel, pélerin russe des environs de l'an 1110. Celui-ci parle d'une « grande et haute église à trois autels » située « au milieu du bourg » et qui n'est autre que la basili que de l'Annonciation. Le pèlerin ajoute que « cette grande et haute église à trois autels » s'éléve au-dessus d'une grotte où Jésus : füt élevé », mais il ajoute aussitôt : « En pénétrant dans cette méme grotte... on a, à gauche, le tombeau de saint Joseph... Dans cette méme grotte, prés de la porte occidentale, se trouve la place où la sainte vierge. Marie était assise... lors que lange Gabriel, l'envoye de Dieu, se présenta devant elle. » Et, plus loin, parlant de l'église consacrée à l'Annonciation, le pélerin déclare qu'elle s'éléve sur la méme grotte, autrefois maison de Joseph. L'higouméne Daniel n'a donc en vue que l'église de l'Annonciation, abritant une grotte où l'on avait alors localisé, non seulement lé souvenir de l'annonciation, mais encore celui de la nutrition. « C'est dans cette maison [de Joseph] que tout se passa », dit-il, et il continue : « Au-dessus de cette grotte est érigée une église consacrée à l'annonciation . » Ainsi l'église de l'Annonciation est seule en cause pour Daniel ; on ne montrait plus alors aux pélerins que la grotte qui résumait à elle seule tous les souvenirs attachés aux deux maisons successivement habitées par la sainte famille . Ces pélerins, par un effort d'esprit trés naturel, pres que inévitable, concentrérent tous les souvenirs dans le seul sanctuaire visible, en les y localisant à leur maniére Nous arrivons ainsi à Pierre Diacre, bibliothécaire du Mont-Cassin, qui composa, à l'aide de descriptions antérieures et de témoignages or aux, un ouvrage qu'il intitula : Liber de Locis sanctis, en, ou vers 1137. Il faisait ceuvre d'érudit et ne s'en cachait pas, il s'en serait plutôt vanté : J/inerarium de Locis sancelis... ex omnibus, ul ita dicam, libris colleclum..., ea quie jam pipa voce illis referentibus, qui ad sepulchrum Domini perrexerunt, edidicislis, vel ea quie per volumina diversa librorum legistis, nos hic noverilis collegisse. On retrouve dans son livre l'ouvrage entier de Bède, Libellus de Locis sanclis et certains passages de la Peregrinalio d' Etheria : le reste est emprunté à des sour ces écrites ou ora les qui n'ont pu être identifiées. Ce qui concerne Nazareth est tiré de Béde et d'un ou plusieurs anonymes. A Bède, Pierre Diacre emprunte le passage sur l'église de la Nutrition qui est extrait pres que textuellement d'Arculfe ; puis on lit ces mots : Altera vero est ecclesia ubi domus erat in qua angelus sancta Mariæ locutus est. Spelunca vero in qua habitavit, magna est et lucidissima, ubi est positum altarium et ibi intra ipsam speluncam est locus unde aquam tollebat. « Mais l'autre église est celle dans laquelle était la maison où lange parla à sainte Marie. La grotte dans laquelle elle habita est grande et trés claire ; un autel v est placé et là, dans la grotte méme, est le lieu d’où elle prenait l'eau. » Nous avons déjà vu que l'attribu- | tion de ce passage à Etheria ne s'autorise d'auc une raison positive ; il n'est donc pas permis d'y voir une constatation remontant au rv° siècle, puisqu'on ignore de quel document s'autorisait Pierre Diacre au xii siècle. Tout ce qu'on peut dire c'est que le renseignement concernant la grotte de la Nutrition « où s'élève un autel » semble puisé à une ancienne source et s'appliquer à un état de choses qui a changé.
Quoi qu'il en soit, ce passage n'autorise en auc une manière à conclure qu'au premier quart du xr ? siècle, vers 1137, l'église de la Nutrition existait encore, Pierre Diacre, faisant état de relations antérieures, mentionne un sanctuaire qui avait cessé d'exister. Peut-étre s'en doutait-il un peu, en tout cas il ajoute que « dans la méme ville, à l'endroit où il y avait une synagogue, il y a maintenant une église ». Ce « maintenant » ne s'appli que qu'à l'église qui a remplacé la synagogue, et s'il ne confirme pas la disparition de l'église de la Nutrition, le texte de Pierre Diacre n'y contredit pas.
En définitive, l'existence de l'église de la Nutrition n'est attestée que par Arculfe (670 ou 685) que copie Béde (720) ; cette église semble avoir disparu au virr siècle ; elle n'existait certainement plus au xir. Quant à la phrase de Pierre Diacre relative à une gratte de la nutrition, elle peut avoir été empruntée à un anonyme contemporain de l'église et antérieur au vir siècle, ou bien elle est tirée d'un anonyme postérieur qui n'a pas vu l'église, mais seulement la grotte de cette église. Dans cette dernière supposition, l'anonyme prendrait place entre le viri ? et le xir siècle.
C'est, sans doute, assez peu de chose au point de vue | topographi que, raison de plus pour en tirer tout le parti possible.
Nous savons de facon certaine que l'église de la Nutrition se trouvait au-dessus d'une fontaine très limpide où toute la ville venait puiser de l'eau. Ceci se trouvait au milieu de la ville, au-dessus d'une crypte renfermant deux tombe aux voütés, entre lesquels jaillissaitlafontaine, au-dessus d'une grotte spacieuse et très bien éclairée. Appliquons ces données surle terrain. nunc est in parte dirupta, el est juxta ipsam fons parvus pourpre ; alors, Gabriel revint et acheva son message, Dès une épo que fort ancienne, il exista une église. dédiée à saint Gabriel à I endroit méme de la sour ces une autre église, portant le méme vocable, lui a succédé et existe encore. L'higouméne Daniel nous en parle en ces termes : « Nous sortimes ensuite de la ville et, noi Is dirigeant du cóté de l'Orient estival, nous trouvámes un puits remarquable et trés profond dont l'eau est trés froide et auquel on descend par des marches, Une église ronde, sous le vocable de l'archange Gabriel, recouvre ce puits , » Entre 1110 et 1177, aucun changement. À cette dernière date, le Crétois Jean Phoca : s visite Nazareth et s'exprime ainsi : « Dès que vous passez la porte de cette grande ville, vous trouvez A l'église de l'archange Gabriel, et, auprès de l'autel de cette église et à sa gauche, on voit une petite grolle où il y a une source donnant de trés bel les e aux , » Et, vers 1283, Burchard, dominicain du Mont-Sion, écrit qu' « il y a, en outre, à l'extrémité de la ville, dans l'église de Saint-Gabriel, une source tenue en vénération par les indigènes, et à laquelle, dit-on, l'en fant Jésus vint souvent puiser de l'eau pour le service de sa mère bien-aimée 5 », L'église dut être détruite en 1291, lors de la prise de Nazareth par les Sarrasins. Un peu plus d’un demisiècle plus tard, en 1355, un religieux de l'ordre de Saint-Augustin, Jacques de Vérone, visita Nazareth dont il laissa cette description : Prope ecclesiam virginis Mariæ de Nazareth, ubi fuil annunciata, ad duos jaclus balistæ magis, ascendendo super montem us que occidentem, est ecclesia seu capella sancti Gabrielis, archangeli benedicti, et fuil decora capella el pulcra, sed. el clarissimus, de cujus aqua bibebat virgo Maria el Jhesus Christus, dum erat puer, ibat ad hauriendam aquam de fonte illo el portabat eam dileclæ suse matri, el ibi oravi el bibi de illa aqua bona *.
« Vers 1400, l'archimandrite russe Gerthentos trouva au-dessus de la fontaine une voûte carrée soutenue par quatre colonnes *, mais il s'agit probablement d'un petit monument distant des ruines de l'ancienne église et situé au débouché du canal qui venait de la source.
« Deux auteurs du xv° siècle, Guillebert de Launoy - (1421-1423) et Robert de Sanseverino (1458) parlent de l'église Saint-Gabriel, mais il ne doit s'agir que des ruines, car, en 1483, Bernard de Breidenbach s'exprime ainsi : Ubi quondam erat ecclesia Sancti Gabrielis nuncupata 5.
« En 1563, le mineur observantin Louis Vulcano della Padula déclare nettement n'avoir trouvé en cet endroit que des ruines d'un ancien monastère qu'il appelle bellissimo ?. » Ces ruines sont signalées en 1573 — par Boniface de Raguse, custode de Terre sainte, et, en 1598, par le pélerin Jean Van Kootwick, d'Utrecht, en des termes qu'il vaut la peine de transcrire. On se demandait alors comment on pouvait vénérer le lieu de l'annonciation à la fois à Lorette et à Nazareth. Le P. Boniface donne une explication qui déposséde Notre-Dame de Lorette en faveur du sanctuaire palestinien : — la maison transportée à Lorette est celle que les anciens « « pèlerins, sous le nom de maison de la nutrition, vénéraient prés de la fontaine, tandis que celle de l'incarnation n'a pas quitté Nazareth, Voici le texte de Boniface de Raguse, cité par Quaresmius 1° : « Sur cette même montagne [où Nazareth est bâtie], il y a une église, dédiée à saint Gabriel, où les autres nations [les E] prient et font leurs cérémonies. Là se trouvent les fondements de la maison de Joseph, dans laquelle “le Christ fut nourri et élevé. Je dis les fondements, car la maison elle-même fut transportée, par la volonté de à E Dieu, en pays chrétien et se trouve actuellement en Italie, où on l'appelle Sainte-Marie de Lorette. A côté est une fontaine donnant des eaux excellentes ; les infidèles eux-mêmes la désignent sous le nom de fontaine — de Jésus et de la vierge Marie 1, » Il semble que le P. Boniface s'égarait quel que peu - dans ce dédale, à moins qu'il ne travaillât de son mieux -à l'embrouiller. Non seulement ce n'est plus la maison de l'annonciation qui est expédiée en Italie, c'est la maison de la nutrition et celle-ci ne se trouve plus dans … l'église Saint-Joseph, mais dans l'église Saint-Gabriel »dont les desservants orientaux n'ont ja mais émis la prétention de posséder et de montrer les fondements - de la maison de saint Joseph. Un quart De passe et le pélerin hollandais - Jean Van Kootwick, en 1598, s'en vient d'Utrecht en Terre sainte, où, avec une caravane de quatorze per- -sonnes, il fait le voyage de Nazareth. Voici ce qu'il nous apprend : Ad factum lapidis, seplentrionem versus, - ruinæ conspiciuntur arcuati operis orientalium christianorum quondam delubri. Gabrieli archangelo, ut pu dicati et super fundamenta domus Joseph nutri- - toris Domini ezstructi. Juxta hunc locum fons est opti- - mas emillens aquas, quæ Mariæ fontem vulgo in digi- - lant, quod ex eo Maria virgo aquam hausisse eam que ] — bibisse asseralur ?. « A un jet de pierre [de l’Annoncia- — tion], vers le Nord, on aperçoit les ruines d'une - ancienne église de chrétiens orientaux, dédiée, dit-on, å l'archange Gabriel, et construite sur les fondements - dela maison de saint Joseph, le père nourricier du Seigneur. Près de là se trouve une fontaine donnant de | trés bonne eau, et qu'on appelle « communément fon— “taine de Marie » parce qu'on affirme que la vierge Marie | — est venue ici puiser de l'eau, qu'elle en a bu et qu'elle a - ici lavé les langes de son fils. » | En 1626, le P. Quaresmius nous décrit la crypte de l'église Saint-Gabriel : « La fontaine de Jésus et de Marie est sur le bord du chemin, en dehors de la ville et donne de trés bonne eau, qui arrive par un conduit dans un vase de marbre, faisant la joie.des habitants, qui la fréquentent pres que tous... Un peu au-dessus de la fontaine, et en avancant à droite, on descend par quelques marches dans la chapelle souterraine de Mn Saint-Gabriel. Elle a 24 palmes de long (5 m. 56), 14 de — large (3 m. 25) et environ 15 palmes de hauteur ou de |— profondeur (3 m. 50). Au milieu, il y a un autel pour dire la messe. Il y a des peintures, mais l'humidité, le temps et la malveillance des infidèles les ont pres que ~ détruites. Au bout de la chapelle est l'ouverture de la - fontaine qu'on dit être sa source. Il y a là un escalier et une porte, par où on montait dans un couvent de — religieuses que la tradition rapporte avoir existé là audessus. Présentement, on n'en voit auc une trace, On ne trouverait d'ailleurs pas la chapelle sans un guide, car elle ne fait pas saillie, et sa voûte est au niveau du sol environnant. Les Grecs y célèbrent quelquefois ?. » En 1647, Bernardin Surius, récollet, voit prés de la fontaine « quantité de vieilles masures d'une église et — d'un cloître, qui sont ensevelis en leurs ruines t ». E nfin, — l'église Saint-Gabriel était rebâtie en 1767, ainsi qu'en ~ témoigna, jus que vers le début du xx siècle, l'inscription de l'iconostase , 1034 On pourrait enfiler d'autres citations qui, toutes, confirmeraient le fait que les pèlerins mentionnent l'église Saint-Gabriel et la fontaine de la Vierge. Parfois, comme Jean Phocas, ils placent ici la salutation de l'ange Gabriel ; plus souvent, ils insistent sur les fréquentes visites de Marie et surtout de Jésus à la fontaine. Dès le début du xire siècle, Saevulf et Daniel l'higoumène signalent ici une église et Daniel précise qu'elle se trouve sous le vocable de saint Gabriel.
Église de Saint-Gabriel et fontaine de Marie sont inséparables et cette fontaine semble être celle, où, d’après Arculfe, « la ville entière allait chercher de l'eau » Ainsi on se trouverait amené avec le P. Boniface de Raguse et Jean Van Kootwick à fixer à l'église Saint-Gabriel l'emplacement de l'ancien sanctuaire de la Nutrition. Une explication assez naturelle se présenterait comme d'elle-méme : après la ruine de l'église de la Nutrition, au viri ? siècle, le souvenir s'en perdit et quand on éleva sur ses ruines un nouveau sanctuaire, on lui donna le vocable de saint Gabriel. « Les Grecs, nous dit-on , ont trouvé dans leur propriété de bel les colonnes monolithes appartenant sûrement à une épo que antérieure aux croisa des. Me seraient-ce pas des vestiges de l'ancienne église de la Nutrition ? Dans le fond d'une chapelle basse de l'église actuelle de Saint-Gabriel une ouverture circulaire permet de puiser de l'eau à la source même, Ceci ne rappelle-t-il pas ` à la lettre la phrase d'Arculfe : De latice eodem sursum in ecclesiam super ædificalam aqua in vasculis per trochleas subrigitur. x On pourrait objecter l'existence d'autres fontaines à Nazareth, sinon aujour d'hui, du moins autrefois. Il faut avouer que depuis plusieurs sièc les les pélerins mentionnent une autre source dans le voisinage de la Mensa Chrisli. Étienne de Gumpenberg, venu en Palestine en 1449, dit de la ville de Nazareth : « Elle a « deux bel les fontaines jaillissantes 7, » Quaresmius (1626), du Rozel (1644), le P. Surius (1647), Doubdan (1652), le P. Besson (1659), le P, Michel Nau (1666), déclarent expressément que cette seconde source coule prés de la Mensa Ghristi, un peu au-dessous , de l'autre côté de la rue *. On l'appelait « fontaine des Apôtres 1 », « fontaine Saint-Pierre » ou encore An Djedid 1 (la fontaine Nouvelle). Ce n'était sans doute qu'un mince filet d'eau. Le P. Michel Nau, de passage à Nazareth entre 1666 et 1670, raconte qu'un tremblement de terre l'avait tarie cinq ou six ans auparavant. L'édition de son livre, parue en 1702, porte en marge : « Elle paroit à présent et coule un peu. » Il en est encore de méme aujour d'hui. Le Fr. Liévin la mentionne ainsi : « Un petit suintement d'eau, dont « autrefois, on ne faisait aucun cas, vient d'être « conduit, en 1890, prés de l'entrée de la chapelle de « Mensa Chrisli ; un robinet le verse dans la rue en un filet si mince qu'il faut attendre une heure, au mois « d'octobre, pour obtenir cinq litres d'eau », » Tout ceci ne répond guère, il faut l'avouer, à la description d'Arculfe, qui nous représente « toute Ia ville allant puiser à la fontaine du sanctuaire de la Nutrition ». Du reste, cette source dela Mensa Christi existait-elle du temps d'Arculfe ? Ou encore, y avait-il au VIe, en quelque autre endroit de Nazareth, une source différente de la « fontaine de la Vierge » ? On n'en a auc une preuve. Arculfe ne mentionne qu'une fontaine à Nazareth, où tout le monde va puiser, celle de la Nutrition ».
Il faut beaucoup de bonne volonté pour découvrir un témoignage favorable aux deux sour ces dans le texte de Pierre Diacre, lequel juxtapose ses renseigneAp ummy. mm 4-7
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mmi DS p 3 —— km ao ud mom m ver dm ments sans souci de les critiquer. Deux documents anciens lui signalent une fontaine au sanctuaire de la Nutrition alors disparu, il les transcrit et met à la suite un renseignement plus récent sur la fontaine qui se trouve à l'extrémité du village. Il est impossible de soutenir qu'on trouve dans son « guide » une preuve de l'existence de deux sour ces à Nazareth au xrr siècle.
Enfin, la présence de citernes dans la propriété des dames de Nazareth ! font planer un doute sérieux sur la présence d'une source abondante sur ce point, et l'absence de cette grande source, où « toute la ville venait s'approvisionner d'eau », infirme singulièrement l'opinion de ceux qui pensent reconnaitre dans les intéressantes ruines découvertes dans ladite propriété les restes de l'église de la Nutrition.
29 Au centre de la ville. — Les pélerins s'accordent à situer la fontaine et l'église Saint-Gabriel à l'extrémité ou en dehors de la ville. Or, Arculfe nous dit quele sanctuaire de la Nutrition se trouve « au milieu de la ville » ; il est seul à donner ce renseignement et il est permis de se demander s'il faut y attacher une valeur | topographi que absolue ; Arculfe n'est pas le seul pèlerin qui use de l'imprécision et si on veut fixer ce « milieu » dans la propriété des dames de Nazareth, ce ne peut étre qu'à la condition d'admettre que le milieu du vir ? siècle s'est déplacé jusqu'à une des extrémités au xx« . Qui fera la preuve que, dans l'espace de treize sièc les, le groupement central d'une bourgade ne s'est pas trouvé finalement à la périphérie ?
Arculfe parle d'arca des et l'anonyme de Pierre Diacre d'une « grotte spacieuse et claire » qu'il s'agit de retrouver. Sera-ce à Saint-Gabriel ? Ce n'est pas impossible, mais cela reste à trouver.
Enfin, on s'est demandé comment une maison privée aurait pu se trouver au-dessus de l'unique source de Nazareth ? L'invraisemblance n'est qu'apparente, il suffirait d'une courte canalisation pour amener l'eau hors de la maison et la livrer aux besoins du public. De nos jours, l'église Saint-Gabriel s'élève à l'endroit même de la source et la fontaine publique se trouve un peu plus loin, voisine d'une fontaine aux eaux excellentes, appelée « fontaine de Marie ». Peut-être ne faut-il pas demander à ces textes une rigueur topographique que, dans la pensée de leurs auteurs, ils ne comportent pas. Du moins Jean Van Kootwick nous maintient dans le voisinage de l'église Saint-Gabriel et à proximité de la « fontaine de Marie ». C'est dans cette aire que nous amène le texte de Quaresmius qu'on va lire : « Lorsqu'on s'éloigne, dit-il, d'un jet de pierre de la sainte maison de l'annonciation, on trouve vers le Nord un lieu que de tout temps et jusqu'à aujourd'hui, les habitants appellent « maison et atelier de saint Joseph ». Il y a là une maison rustique semblable aux autres maisons du pays ; mais, à sa place, on y avait autrefois construit une belle église dédiée à saint Joseph, plus grande que la petite de l'Annonciation et plus petite que la plus grande ; elle avait une longueur de 120 pieds et une largeur de 50 environ. A son chevet, du côté de l'Orient, elle avait trois chapelles ; elle était d'un beau travail, comme les ruines le démontrent évidemment. Rien, me semble-t-il, oblige d'identifier la « maison et atelier de saint Joseph » avec l'église Saint-Gabriel ; quant à l'affirmation gratuite de Quaresmius - que « de tout temps et jusqu'à aujourd'hui », ab antiquo usque ad praesentem diem, elle ne repose que sur lui seul, c'est-à-dire sur rien, de sorte qu'il est impossible de soutenir, d'après cette affirmation, que l'église détruite est celle dont parle Arculfe. Nous nous trouvons sur un terrain où les églises ont, pour ainsi dire, germé sur le sol et ont disparu les unes après les autres dans un espace si limité qu'il n'est pas possible de décrire leur succession et de déterminer leur emplacement d'après le vocable que plusieurs d'entre elles ont reçu et porté successivement. C'est sous ces réserves qu'on désigne ici l'église de la « maison ou de l'atelier de saint Joseph » d'après le nom que lui a imposé le P. Viaud, son inventeur. Mieux vaut peut-être s'en tenir à ce vocable en réservant celui de la Nutrition suivant ce que pourront apprendre de futures découvertes.
VI. L'ÉGLISE DE L'ATELIER DE SAINT JOSEPH. — Depuis l'époque où Nazareth ne possédait que deux églises, trois en comptant l'ancienne synagogue transformée, les choses avaient changé et le P. Quaresmius, en 1620, nous dit que la ville possédait six endroits particulièrement vénérables qui étaient : 1° le lieu de l'annonciation ; 2° la maison de saint Joseph ; 3° l'église et la fontaine Saint-Gabriel ; 4° l'église de Notre-Dame-de-l'Effroi ; 5° la Mensa Christi ; 6° le lieu du Précipice.
En abordant le chapitre « de la maison de saint Joseph », Quaresmius nous dit que la raison qui fit imposer ce nom à l'église, « c'est que les habitants croient, sur le dire de leurs ancêtres, que saint Joseph y a habité avec Jésus et sa mère, et qu'il y a exercé son métier surtout après son retour d'Égypte ». Même en admettant la valeur du témoignage des gens de Nazareth, on serait en droit de s'étonner qu'à propos de la maison et de l'atelier de saint Joseph, il ne fut aucunement question de la grande grotte et de la fontaine caractéristiques de l'ancien sanctuaire de la Nutrition.
En 1754, le Fr. Gardien acheta d'un Turc l'atelier de saint Joseph et bâtit à la place une chapelle qui fut relevée en 1837 ; toutefois, ce n'est qu'en 1889 qu'on put acheter les autres masures qui couvraient le reste des ruines de ce qui avait été jadis une église, peut-être celle dite des Quarante-Martyrs, bâtie par les croisés. En 1908, on réunit ces terrains au couvent de l'Annonciation. Voici les résultats obtenus par les fouilles. Le pavement tout entier a disparu, sauf une trace vers le centre, mosaïque ordinaire en cubes blancs. Tout à côté se trouve une vasque qui mesure 2 mètres en tous sens, presque au centre de l'église, inclinant un peu vers l'Orient ; le fond était orné de mosaïques, l'une blanche, l'autre à fond blanc mélangé de cubes noirs. Près de cette vasque, du côté du nord, subsistent les arasements d'un énorme pilastre.
Au sud de la vasque on voit un escalier qui descend jusqu'à une porte creusée dans le roc et qui donne accès à un corridor, lequel décrit un demi-cercle et débouche dans une grotte haute de plus de 2 mètres, longue de 9 à 10 mètres, large de 4 à 5 mètres. A l'extrémité occidentale, elle communique avec d'autres grottes et reçoit son aération par un lucernaire situé au centre de l'église. Tout le sol de l'église à l'intérieur, et même tout le plateau sur lequel elle s'élève, est rempli de citernes, de corridors, de grottes qui communiquent presque toutes entre elles.
Quelle est l'antiquité et la destination de cette grotte située au centre d'une ancienne église ? Rien de plus hasardeux qu'une réponse. On peut, avec vraisemblance, la faire remonter aux croisés. Au-delà, on ne sait plus rien. Le P. Viaud fait une observation juste lorsqu'il remarque que les deux vasques, l'arasement de pilastre et de corridor de la grotte, enfin le fragment de mosaïque, ont une même direction et ont dû appartenir au même système de bâtisse dont la direction est un peu oblique par rapport à celle de l'église des croisés.
S'ensuit-il que « nous avons là une église ancienne qu'on peut faire remonter au V° ou au VI° siècle ? Nous n'oserions l'affirmer. Encore pourrions-nous admettre que cette église ancienne est celle que vit Arculfe. Prétendre reconnaître dans l'arasement d'un pilastre une trace des fumuli qui supportaient les voûtes est une opinion plus que hasardée. Quant à la source, elle manque absolument, et les deux vasques semblent porter témoignage qu'elles ne recevaient l'eau que par le moyen d'une canalisation.
Quoiqu'en aient pu dire au P. Quaresmius les habitants de Nazareth en l'an 1620, sur l'appellation ab antiquo, leur affirmation ne saurait prévaloir contre les faits, et ceux-ci n'apportent rien de démonstratif en faveur de l'identification des ruines avec l'ancien sanctuaire de la Nutrition.
VII. L'ÉGLISE DE L'ANNONCIATION. Ce que nous avons dit touchant Eusèbe, saint Jérôme et Etheria, s'applique également à l'église de l'Annonciation ; le texte d'Arculfe est donc le premier que nous rencontrons dans l'ordre des temps. Il est peu explicite : « L'autre église, écrit-il, a été bâtie sur le lieu où avait été construite (ubi illa fuerat domus constructa) la maison dans laquelle l'archange Gabriel entra près de sainte Marie, la trouva seule et lui parla. » Bède n'ajoute rien à ce témoignage ; quant à saint Willibald, qui passa deux années aux Lieux saints (724-726) et mourut évêque d'Eichstadt en 760, il n'a rien écrit et ce que nous savons a été transmis de souvenir par une religieuse d'Heydenheim, qui écrivait environ trente-cinq ans après le pèlerinage. Willibald, nous dit-elle, alla « en Galilée, en ce lieu où Gabriel vint pour la première fois vers sainte Marie et dit : « Je vous salue, Marie », et le reste. Là, il y a maintenant une église, et le bourg où est cette église c'est Nazareth. Les chrétiens rachetaient souvent cette église aux Sarrasins païens quand ceux-ci voulaient la détruire ».
L'indifférence des pèlerins à l'endroit de Nazareth est étrange. Etheria n'est pas seule à n'en pas parler. En 808, le Commemoralorium de « Casis Dei » ne fait mention que du monastère élevé à l'endroit où les Juifs voulurent précipiter Jésus. En 868, Frotmond vient visiter tous les lieux où le Sauveur posa ses pieds humains ; il vient à Cana, il se tait sur Nazareth. En 1137 Pierre Diacre parle de la basilique de la Nutrition et ne dit de l’église de l'Annonciation que ces mots : Alera vero esl ecclesia ubi domus erat in qua angelus sanctæ Mariæ locutus est.
Ce qui est assuré c'est que, dès le temps de la visite d'Arculfe, 670 ou, au plus tard, 685, les deux maisons de l'annonciation et de la nutrition avaient disparu : in loco ubi illa fuerat domus constructa dit Arculfe en parlant de la maison de l'annonciation ce qui veut dire qu'elle n'existait plus et pas autre chose. Si le narrateur avait voulu dire que l'église enveloppait la maison primitive restée debout, il se serait exprimé autrement, tandis qu'il dit formellement le contraire. Il emploie le passé, précisément parce que la maison de l'annonciation, tout comme celle de la nutrition, avaient cessé d'exister de son temps et que sur leur emplacement s'élevaient les deux églises qu'il qualifie de pergran des. Plusieurs témoignages subséquents, dont celui de Bède, ne font que confirmer le récit d'Arculfe.
Quelques textes disent ce qu'était la petite chambre (cella) où se serait passé le colloque angélique. L'higoumène Daniel, vers 1110, décrit Nazareth et une cella de la sainte Vierge. Il en fait une grotte au-dessus de laquelle s'élevait une église dédiée à l'annonciation.
Voici les propres termes qu'il emploie, c. LXXXIX : Nazareth est un petit bourg situé dans un vallon au fond des montagnes, et on ne l'aperçoit que lors que l'on est dessus. Une grande et haute église, à trois autels, s'élève au milieu du bourg ; en y entrant, on voit, à gauche, devant un petit autel, une grotte petite mais profonde, qui a deux petites portes, l'une à l'Orient et l'autre à l'Occident, par lesquelles on descend dans la grotte et, pénétrant par la porte occidentale, on a à droite une cellule dont l'entrée est exiguë et dans laquelle la sainte Vierge vivait avec le Christ. Il fut élevé dans cette cellule sacrée qui contient la couche sur laquelle Jésus reposait ; elle est si basse qu'elle paraît être de plain-pied avec le sol. — C. xc : Dans la même caverne, en entrant par la porte occidentale, on a, à main gauche, le sépulcre de saint Joseph, le fiancé de Marie ; il y a été enterré par les mains sacrées de Jésus-Christ lui-même, — C. xci : Dans cette même grotte, prés de la porte occidentale, se trouve la place où la sainte Vierge Marie était assise prés de la porte et filait de la pourpre, c'est-à-dire du fil écarlate, lors que l'ange Gabriel, l'envoyé de Dieu, se présenta devant elle, — C. xci : Où l'archange annonça la bonne nouvelle à la sainte Vierge. Il (ce lieu) apparut devant mes yeux non loin du lieu où était assise la sainte Vierge. Il y a trois sagènes de la porte à l'endroit où se trouvait Gabriel ; là est érigé, sur une colonne, un petit autel rond, en marbre, sur lequel on célèbre la liturgie. — C. xcii : L'emplacement occupé par cette grotte sacrée était la maison de Joseph et c'est dans cette maison que tout se passa. Au-dessus de cette grotte est érigée une église consacrée à l'annonciation. » À la même époque, un autre voyageur, Belardo d'Ascoli, dit également que la chambre de la sainte Vierge était une grotte située sur le flanc intérieur de la ville, du côté de l'Orient, non faite de pierres, mais creusée dans le rocher : Cella Domine nostre, in quam ingressus est angelus ad eam, cripta fuil syta ex latere civilatis, intus tamen ex parte orientis, non ex lapidibus facta, sed sic in saxo cavata. Ce qu'on peut traduire : « La chambre (cella) de Notre-Dame, dans laquelle entra l'ange lorsqu'il vint vers elle, fut une crypte située sur le côté de la ville, à l'intérieur toutefois, dans la partie orientale ; elle n'est pas faite de pierres, mais a été creusée, comme elle est dans le rocher ; elle a une longueur de quatre pas et autant de largeur. » Mais on pourrait faire rapporter intus à crypta et traduire : « À l'intérieur cependant, du côté de l'Orient, elle (la crypte) était faite non de pierres, mais creusée dans le rocher. » D'après la première traduction, elle était entièrement creusée dans le roc ; d'après la deuxième, une partie seulement (la partie orientale) était creusée dans le roc. En tout cas, elle était carrée et mesurait quatre pas dans les deux sens.
Voici maintenant le témoignage du moine Thierry, en 1172, dans son Libellus de Locis sanctis, c. XLVII : - « À quatre milles du mont Thabor, vers l'Occident, est située, sur la voie qui conduit à Acre, la très glorieuse cité de Nazareth. Là s'élève une église vénérable, rehaussée d'un siège épiscopal et placée sous le vocable de Notre-Dame sainte Marie, Dans cette église, dans l'abside gauche, par 15 degrés, on descend dans une certaine grotte souterraine où, à l'Orient, une croix gravée au fond d'un certain autel creux, indique que là le Christ fut annoncé à Notre-Dame par l'ange Gabriel ; du côté gauche du même autel, c'est-à-dire, au Nord, son époux Joseph, nourricier du Sauveur, repose enseveli, et un autel est placé au-dessus. A droite cependant, c'est-à-dire au Midi, se trouve un lieu recouvert d'un arc (ou d'une voûte) et (en ce lieu) est une croix gravée sur le sol : c'est là que naquit la bienheureuse Mère de Dieu. » Voici enfin ce que dit le moine Crétois, Jean Phocas, qui visita Nazareth en 1177 ou 1185 : « La maison de Joseph fut transformée en un magnifique temple, dans la partie gauche duquel, près de l'autel, est une grotte qui ne s'enfonce pas sous terre, mais s'ouvre à la surface du sol. L'ouverture est ornée d'un marbre blanc qu'un peintre a décoré. L'ange, soutenu par ses ailes, descendant vers la Mère-Vierge, la salue joyeusement et s'avance vers elle qui est occupée gravement à un ouvrage sérieux, et il est représenté comme s'il parlait avec elle. La Vierge, épouvantée à cet aspect imprévu, de frayeur détourne aussitôt son visage et la pourpre s'échappe presque de sa main ; alors tout émue, elle sort de la chambre et rencontre une femme amie, sa parente, qu'elle embrasse affectueusement. Après être entré par l'ouverture dans la grotte, tu descends seulement quelques marches et alors tu contemples de tes yeux cette antique demeure de Joseph, dans laquelle l'archange, comme je l'ai dit, apparut à la Vierge, de retour de la fontaine et lui fit part de son message. Il y a, en outre, à l'endroit où eut lieu l'annonciation, une croix en pierre noire incrustée dans un marbre blanc, et au-dessus un autel : et à droite de l'autel on voit une petite chambre que la Mère de Dieu toujours vierge habitait. Mais, du côté gauche de l'annonciation, se trouve une autre petite chambre sans lumière, dans laquelle Notre-Seigneur le Christ, après son retour d'Égypte, demeura, dit-on, jusqu'à la décollation du précurseur. Car alors, comme disent les saintes Écritures, Jésus entendant que Jean était livré, abandonna Nazareth et habita Capharnaüm. » Les descriptions des pèlerins et voyageurs postérieurs concordent absolument avec la description de Daniel et de Belardo ; la chambre de la sainte Vierge était une grotte, non bâtie en pierres, mais creusée dans le rocher, et entourée d'une église dédiée à l'annonciation. Tel était l'état du lieu au xii siècle. L'hypothèse d'une maison à quatre pans de murailles est insoutenable et doit être écartée.
Dans cette basilique de l'Annonciation, saint Louis fit célébrer solennellement les saints mystères, le 25 mars 1251, mais l'église ne devait plus subsister longtemps. Une lettre d'Urbain IV au saint roi, datée du 23 août 1263, nous apprend qu'elle avait été rasée jusqu'au sol, lors de la prise de Nazareth par les Sarrasins : Hedegit ad solum, ejus structura nobili omnino destrucla. Par conséquent, huit ans plus tard, en 1271, date de la translation supposée en Dalmatie, il ne restait rien à transporter « à moins d'arracher de la montagne le rocher lui-même », On vient de voir ce que disent les textes antérieurs à 1201 ; voici maintenant ce que disent les voyageurs venus après cette date. Depuis la fin du xii siècle jusqu'au commencement du xvi, tous les voyageurs et les pèlerins, sans aucune exception, continuent à voir à Nazareth ce qu'on y avait vu dans les siècles passés. Il ne s'en trouve pas un seul qui ait la moindre idée d'une translation quelconque, ils n'en ont jamais entendu parler et ils n'y font pas l'ombre d'une allusion. Trente-cinq témoignages sont dans ce cas, dont quelques-uns d'auteurs italiens, voisins même de la Marche d'Ancône. Ce silence en dit long et vaut une démonstration.
Parmi ces trente-cinq, citons deux témoignages seulement. En 1294, l'année même où se serait effectuée la translation à Lorette, un religieux dominicain, missionnaire en Orient, Hicoldo di Monte di Croce, visita Nazareth, et y vit la grande église en ruine. Il ne restait plus rien des édifices primitifs, si ce n'est la chambre de l'annonciation, que le Seigneur, dit-il, avait conservée, comme mémorial de son humilité et de sa pauvreté : Et invenimus magnam ecclesiam quasi totam dirutam, et nihil erat ibi de primis ædificiis nisi sola cella, ubi fuil annunciata domina ; illam superreservavit Dominus ad memoriam humilitatis et paupertatis. Un autre voyageur, le franciscain Suriano, après avoir longtemps séjourné en Palestine, écrivit un Trattato di Terra santa e dell'Oriente, le composant en trois fois différentes, tant il y apporta de soins : en 1485, à Sant Antonio di Piscignano, au diocèse de Spolète en Ombrie, en 1514, au mont Sion près de Jérusalem et, en 1524, en Italie. La légende était alors en circulation mais Suriano était trop bien renseigné pour ne pas en constater l'entière fausseté et formuler une protestation dans le récit descriptif et détaillé qu'il fait de la topographie de Nazareth, et, en particulier, de la Casa santissima. Son témoignage si autorisé est donc d'une extrême importance. Nous le résumons.
Plusieurs ont dit faussement que la chambre où la Vierge Marie reçut l'annonciation de l'ange se trouvait être celle de Notre-Dame de Lorette, laquelle est faite de murs. Mais la véritable chambre de la Vierge Marie est creusée dans la montagne... Elle ne pourrait être emportée sans emporter la montagne. Voici ses propres paroles : La casa in la qual lei habitava, el in la qual fo anontiata da l'agnolo, alcuni falsamente hano diclo esser Sancta Maria di Lorito, la qual à facta de quadreli o maloni et è coperla de copi : el in quel paese non se trovano tali cosse. La casa adum que vera de la B. Verzene è cavata nel monte, lo qual è de tupho, et è solo terra, grande per quadro sedece braza, cum due slantiolete, l'una accanto l'altra ; in una de la quale dimorava Joseph et tn Valira la B. Verzene, E quella casa medesima che era in quel tempo, quando la fo anuntiala, è al presente. Né non se poleria asportar né levare salvo chi non porlasse el monte. Questa casa sanctissima, in tempo de Christiani, fo dedicata al culto divino ; sopra la qual casa edifficorono una grande giesia, la qual al presente è tutta scarcata.
Bref, pendant les xiv et xv siècles, les voyageurs et pèlerins qui ont visité Nazareth y ont constaté un état de lieu identique à celui qu'avaient remarqué et décrit leurs prédécesseurs, Pas un seul n'a observé la moindre trace d'un enlèvement de la casa et de son transfert à Lorette et si l'un d'eux a cru devoir protester, c'est que vivant et écrivant au moment où la légende faisait éclosion, mieux que personne il était en mesure de la savoir fausse et d'essayer de lui couper les ailes.
Nous n'avons pas rappelé ces faits pour le facile plaisir de renouveler une démonstration déjà faite et parfaite, mais pour montrer que les documents sont d'accord avec ce que nous apprend l'archéologie.
On vient de lire qu'au témoignage d'Urbain IV, l'église de Nazareth fut détruite au ras du sol en 1263 et, dés lors, les pèlerins ne parlent plus que de ruines, Jardin de l'ancienne basilique dont on aperçoit les vestiges sous le mur du couvent au Nord. Au fond de la cour, à droite, on voit la petite porte de l'église ; à gauche, un perron de quelques marches, avec deux rampes coudées, conduit à l'entrée du couvent, L'église actuelle, construite en 1750 et allongée de deux travées vers 1879, occupe à peu près le deuxième tiers de la basilique du Moyen Âge. Tandis que l'ancienne basilique est exactement orientée, l'église nouvelle est placée dans la direction du Sud au Nord et divisée en trois nefs. Le sanctuaire remplit toute la partie septentrionale, A l'extrémité de la nef latérale E ror caen,
Le plan que nous donnons ici (fig. 8805), d'après le P. Viaud, nous montre l'église et le couvent actuels superposés à l'ancienne église. Ce plan et les coupes prises sur lui (que nous ne reproduisons pas toutes), n'ont pas d'échelle. Toutefois, l'analyse des chiffres incidemment fournis et la comparaison avec une section très détaillée permettent d'attribuer à ce plan une échelle approximative de 0 m. 16 pour 10 mètres. En traversant la porte d'entrée, on se trouve dans une assez grande cour qui couvre le premier tiers de droite, une porte conduit à la sacristie et au jardin intérieur dans lequel ont été retrouvées les absides de l'ancienne basilique, la seule qui doive nous intéresser. L'ensemble s'étendait sur une superficie de 75 mètres de long et de plus de 30 mètres de large.
Au nord de cette basilique s'étendait un autre rectangle de 75 m. sur 35 m. où subsistent de grandes voûtes et qui servit de logement au P. Jacques de Vendôme, en 1620. Plus au Nord venaient d'autres constructions et à 100 et quelques mètres au nord de la basilique s'élevait l'église que nous avons décrite sous le nom d'« atelier de saint Joseph » et qui, jadis séparée du couvent par plusieurs maisons et une rue, est aujourd'hui comprise dans la clôture du couvent.
Quant au couvent du Moyen Âge, il se trouvait situé à l'opposé de celui d'aujourd'hui, par conséquent au sud de l'ancienne basilique ; l'aile orientale, dont la partie inférieure existe encore en grande partie, avait presque la même dimension ; sans doute il y avait là un cloître carré. Aujourd'hui, tout cet espace est couvert de constructions modernes.
Façade et première moitié de l’ancienne basilique. — En se reportant à la figure 8805, on trouve une première coupe x B qui marque la coincidence de la façade de l'ancienne basilique avec le mur du couvent actuel. Toutefois, les faces des deux murs ne coïncident qu'à l'angle sud-est, tandis qu'au Nord le mur moderne est de 1 m. plus à l'Est que l'ancien. Ce dernier a une longueur de plus de 40 mètres et s'allonge sur une pente dont le niveau diffère entre a et d ; en v se trouvait la tête d'une colonne en marbre creusée en forme de canal et servant à déverser au dehors les eaux provenant de la grande citerne intérieure. Le mur a-d comprend trois parties bien distinctes : a-b, en petit appareil ; b-c, en grand appareil ; c-d, en appareil moins grand.
Au-dessous de b-c se voient les restes d'un mur plus ancien qui a pu appartenir à la première basilique, de même qu'un autre mur mieux conservé qui se voit en e. D'après le P. Viaud, « il semble que le mur a-b, qui, au centre, sous la porte, a une épaisseur de 5 m. 50, est formé de deux murs bâtis l'un contre l'autre. Les croisés trouvant le mur primitif trop étroit pour y établir leur portail, l'ont élargi en élevant en avant un autre mur de 2 m. 70 d'épaisseur. La face de ce mur se retourne à angle droit selon e-g et forme le mur de fond d'une grande salle voûtée de 8 mètres de largeur et qui a encore 12 mètres de longueur. Chaque assise est en retrait sur l'assise inférieure. L'appareil est différent de celui des croisés, » En pénétrant dans la cour on voit, au Nord, le mur du couvent actuel élevé sur les ruines du mur latéral de l'ancienne basilique. Il existe sur une longueur de 70 mètres environ, et sur une hauteur approximative de 2 m. 40. On voit les trois premiers pilastres de la basilique (1, 2, 3), sur plan cruciforme avec colonne engagée, Entre le 3e et le 4e pilastre, se voit l'entrée du couvent actuel ; le 4e pilastre est caché par le mur de l'église actuelle. Les 5e et 6e correspondent au mur de fond de l'église actuelle. L'ancienne basilique avait donc, de chaque côté, six pilastres. Tout le long du mur de gauche — et sans doute aussi du mur de droite régnait un banc de pierre comme dans beaucoup d'églises des XIe et XIIes, Entre les pilastres 3e et 4e, au-dessous du reste du mur byzantin, ce banc est double. a Les lettres { m du plan (fig. 8805) indiquent la présence de deux fragments de mosaïque en gros cubes blancs, prés du mur latéral droit, trouvés à des niveaux différents et différant aussi de celui de l'ancienne basilique, du moins dans la nef centrale.
Revenons au mur latéral nord où s'ouvre la porte d'entrée du couvent, On trouva là, en 1908, les montants d'une porte et un large escalier qui montait vers le Nord (coupe y 3). Les fouilles pratiquées dans le divan du couvent amenèrent la découverte de piédroits romans d'un beau travail, mais dont nous n'avons pas à rechercher la destination. Un trou creusé au milieu du divan amena la découverte de beaux chapiteaux historiés 1, Pour précieux qu'ils soient, au point de vue artistique, ces chapiteaux n'offrent pour le passé du sanctuaire qu'un médiocre intérêt puisqu'ils n'évoquent même pas les faits évangéliques qui ont illustré Nazareth. Par contre, l'habitation ancienne dans laquelle ces chapiteaux ont été découverts peut se trouver en relation avec la demeure de la sainte famille, elle peut offrir une certaine analogie avec cette illustre demeure et servir à éclairer l'étude des dispositions intérieures de la grotte de l'annonciation.
Cette habitation est ainsi décrite par le P. Viaud : « Elle était située dans l'angle nord-est du salon et comprenait deux parties : la première était une chambre à peu près carrée, dont la partie inférieure était creusée dans le rocher. Les parois intérieures nord-est sont formées par le rocher taillé jusqu'à une hauteur de 1 m. 80. Les deux autres parois sont composées par le rocher, mais taillé de deux côtés, à l'extérieur comme à l'intérieur, en forme de mur qui s'élève dans les angles à la même hauteur de 1 m. 80, Dans l'angle sud-ouest, on a ménagé, dans le rocher même, une entrée en forme de couloir.
La deuxième partie était une grotte (fig. 8806) qui s'ouvre au bas de la paroi nord : le sol en est de 0 m. 80 au-dessous de celui de la chambre ; sa hauteur est de 1 m. 80 à 2 mètres, Elle a 6 mètres dans sa plus grande profondeur et environ 4 mètres de large. Dans la paroi du fond, à 1 m. 20 au-dessus du sol, le rocher forme un banc au bord duquel un anneau a été grossièrement entaillé dans la pierre. à droite, la paroi forme deux enfoncements de 1 mètre de profondeur sur un peu plus de largeur et séparés par une cloison formée par le rocher lui-même. A l'angle de cette cloison est entaillé un autre anneau, Dans l'un de ces enfoncements, celui du Nord, des entailles faites dans le rocher, de chaque côté, étaient destinées à recevoir les têtes d'une poutre ; dans l'autre, le sol est percé d'un trou : c'est l'orifice d'un silo. Ces deux enfoncements, ainsi que le silo, se voient très bien dans la fig. 8506. t La paroi de gauche présente à l'entrée un enfoncement semblable et même un anneau entaillé dans le rocher. Cet enfoncement semble avoir été en partie réduit lorsqu'on a taillé la chambre, ce qui indiquerait que la grotte est antérieure. Un peu plus loin, vers le milieu, une ouverture assez irrégulière et élevée au-dessus du sol, donne accès dans une petite grotte circulaire. Elle n'est point tout entière creusée dans le rocher et a pu être autrefois ouverte par le haut. Toutes les parois de cette grotte sont usées et polies et portent les traces d'une longue habitation. La surface de la voûte est également couverte d'une patine qui en atteste l'antiquité. Au moment de sa découverte, elle était remplie de terre et de débris de toutes sortes ; on en a retiré surtout une quantité considérable de fragments de plaques de marbre. Quelques-unes sont sculptées ; d'autres portent des traces de peinture rouge. Il s'y trouvait aussi beaucoup de débris de poterie de terre et un fragment de lampe. Enfin, dans l'angle nord-est de la chambre, dans la paroi du rocher, était placé un petit four dont le fond était une plaque en basalte encore en place, mais brisée. » Afin de respecter cette grotte, les constructeurs de l'époque des croisés avaient abandonné le plan conçu qui avait déjà reçu un commencement d'exécution ainsi que l'atteste la présence de piédroits romans ; les fouilleurs de nos jours ont observé la même discrétion et rétabli le salon dans l'état primitif, afin qu'au-dessous de ce salon les pèlerins pussent visiter librement la grotte et la chambre pour se faire une idée de ce que pouvait être une habitation de cette nature il y a deux mille ans. C'est là une première idée qui dispose à mieux comprendre l’état primitif de la chapelle de l'Ange et de la grotte de l'annonciation. Il ne peut être question de conjecturer par qui cette grotte fut habitée, mais il est permis de penser, vu sa proximité de la grotte où habita la sainte famille, que Jésus et ses parents l'ont parfois visitée.
Du mur latéral sud de l'ancienne basilique, il ne subsiste que les fondations dans toute leur longueur, Dans la chambre du musée (coupe * 3), une ouverture i conduisait à un escalier extérieur tournant ; il subsiste en partie et descend à une citerne j, profonde et taillée dans le roc de trois côtés ; le quatrième côté (ouest) est un mur bâti ; en k, il soutient une voûte en quart de cercle ; peut-être se prolonge-t-elle de l'autre côté du mur. En poursuivant vers l'Ouest, on arrive à l'angle sud-ouest de la basilique où se trouve une citerne placée dans l'épaisseur du mur ayant la forme d'une bouteille de 3 mètres de haut et autant de diamètre.
Dans le même angle sud-ouest de la basilique se trouve un fragment de mosaïque à gros cubes blancs ; les cubes sont rangés non pas parallèlement au mur, mais en diagonale, à 459.
Chacune des absides latérales avait son autel dont les fondations étaient encore en place. L'abside latérale nord est la seule qui s'élève au-dessus des fondements ; elle a conservé presque toute son élévation ; elle possède encore son socle avec sa moulure, et sur tout sa fenêtre dont l'ébrasement est presque tout à l'intérieur, comme une meurtrière (fig. 8807). Son embrasure était de 0 m. 10 à 0 m. 15 seulement et l'appui en était fortement incliné, Elle était en plein cintre : malheureusement, la voûte de l'abside n'existe plus et on ne peut conjecturer la nature de son arc.
Tout à côté de cette abside, et communiquant avec elle par une porte, était un escalier qui menait aux appartements supérieurs de l'archevêché situé, d'après Quaresmius, dans le jardin du couvent, au Nord-Est.
Les trois absides et l'escalier étaient dissimulés dans l'épaisseur d'énormes murs, droits à l'extérieur, mais la partie centrale p-g, correspondante à la grande abside, était en saillie sur o-r et formait une sorte d'énorme contrefort. De même l'escalier était enfermé dans un véritable contrefort à plan carré.
Le chevet était précédé d'une coupole et d'un transept. Ce dernier mesurait en longueur la largeur même de l’église et était marqué, à l'extérieur, par un contrefort rectangulaire qui existe encore dans le mur latéral nord.
Tout ce chevet était bâti en appareil moyen très soigné. Les fondements du mur f, entre l'abside centrale et l'abside latérale, sont seuls en grand appareil et présentent des stries diagonales. Au-dessus, l'appareil devient plus petit, les stries régulières disparaissent ; la surface des pierres est presque lisse, et la plupart portent des marques d'assemblage.
Cette chapelle mesure, en largeur, 2 m. 70 ; de chaque côté de l'escalier et aux extrémités du mur méridional se trouvent quatre colonnes de granit qui supportent les voûtes. Ce fut en 1895 qu'on découvrit de la Grotte gr Cuisine de Ja 1050 3 m. 60. Le pavement de mosaïque, bien conservé, peut remonter au ve ou au vi siècle. Dans l'angle nord-est, Do Merge rage | i m EA | Se DS PT ne, E E y Za Grolle de d fu Mo slo » | ES E sd G| | Annonciation : d 02257 c RM H m NONO UR i [ NNN à ] SAN zt EC i L Lr. veta DELLI j | b | B | l'Ange a TTE 1 S TOLTA ESC | > PE SRE = FRE | S peaa | P OD [Ez] ie a E I s = Y ESS e ; 3 Sy RER Y Ter : : i 4 Escalier du Sanctuaire vuv = T D « rj ^d r 5 r L Se H 3 CEN | n = A ment 3 1 i i NE Murs antiques ^ Murs modernes $ 85805. — Plan particulier du sanctuaire. Fs D'après P. Viaud, Nazareth et ses deux églises, 1910, p. 81,fig. 36. la partie occidentale de la chapelle de l'Ange, située à gauche et reconnaissable sur le plan à son pavement de mosaïque (carrés et losanges) La nouvelle partie découverte a 3 m. 40 de largeur ; elle est irrégulière à l'Ouest et sa longueur maxima depuis la grille est de ouest, dans un rectangle à fond blanc, on lit cette inscription grecque (fig. 8809) : IIxgx Kovevos óuxo(vou) IegocoXuucv De la part de Conon, diacre de Jérusalem. D'anciens murs subsistent encore de trois côtés 1051 jusqu'à la hauteur de 1 m. 20 ; ils servent de parements au rocher. Ils sont en appareil soigné et recouverts de plusieurs légères couches de chaux. Dans le pavement, une bordure de trois rangées de cubes blancs suit le pied de ces murs, qui sont, par conséquent, antérieurs à la mosaïque.
On remarquait en outre, à proximité de la mosaïque, deux escaliers i et j qui s'ouvrent l'un dans le mur méridional, l'autre dans le mur occidental et qui mettaient en communication la basilique supérieure et le sanctuaire souterrain. Ces escaliers avaient six marches et une hauteur totale de 1 m. 50 au-dessus du pavement en mosaïque. L'ancien sol de la basilique se trouvait à 1 m. 21 au-dessous du niveau de l'église actuelle. La paroi occidentale est formée de deux murs qui ne sont pas d'équerre avec les murs nord et sud. Aussi m Eo TU lai A M E j aooiie AA, LL nr A dw aoonnmne TE Eie ENT -0 Eisa : 1 feel Cet PIE Jeene Ro poen [iir wa : PS xu pri T E MEL ! ELI ur » id.
L daTI 74 “nu ] pm zi Ls VIC Ad Lem PELLE, qu T i te F tr 5 Hb eer r] 4 ; 3t pa Die d a À be [Fr EE ? + l'escalier į n'est pas droit comme l'escalier j, mais il tourne légèrement pour reprendre l'axe général de la basilique. Au sommet de l'escalier i l'ancien pavement supérieur a complètement disparu, tandis qu'au sommet de l'escalier j, à partir de 1 m. 50 de la marche supérieure, on a trouvé une très belle mosaïque établie sur le rocher nivelé. Elle est blanche avec des dessins formés de cubes noirs et rouges. Cette mosaïque parait contemporaine de celle de la chapelle de l'Ange.
En redescendant dans la chapelle de l'Ange par l'escalier méridional on voit en face, dans la paroi nord, un tombeau. Celui-ci est précédé d'un petit vestibule pavé en mosaïque ornée d'un chrisme ; mais on ne peut rien dire d'assuré sur la date d'aménagement de ce tombeau et sur le personnage qu'il recut.
Ce qu'on nomme la chapelle de l'Ange formait la première partie de l'habitation de la sainte famille, La deuxième partie était une grotte entièrement creusée dans le roc, communiquant par une large baie avec la chapelle de l'Ange, d'où on descendait deux marches pour se trouver dans la grotte de l'annonciation. Il y avait libre communication entre la grotte et l'abside nord e et l'escalier f servant de passage intérieur dux religieux. La grotte est entièrement creusée dans le rocher k, les parois sont revêtues de plaques de marbre qui les défendent contre l'indiscrète ferveur des pèlerins. Cette basilique avait une nef centrale, voûtée en berceau, orientée et terminée par l'abside d qui contient l'autel de l'Annonciation ; elle avait de plus une sorte de transept formé par l'abside au Nord et au Midi par la baie qui faisait communiquer la grotte avec la chapelle de l'Ange.
Dans l'abside nord se trouvait un autel dédié à saint Joseph ; en face, le plan de Quaresmius indique un autel dédié à sainte Anne, oo 1052 En 1730, on donna aux escaliers leur disposition actuelle et l'autel de l'Annonciation prit la place qu'il occupe aujourd'hui. L'abside nord forma ainsi une chapelle distincte ; pour y pénétrer, on dut creuser une partie du rocher, du côté de l'abside.
Ce qu'a écrit M. de Vogüé, en 1860, reste toujours l'explication la plus limpide de ces lieux sacrés : « Comme beaucoup d'habitations modernes de Nazareth et de Palestine, la maison de la sainte Vierge était adossée au rocher, et une petite grotte naturelle servait de lieu de retraite. La maison a disparu, la grotte est restée, Après la paix de l'Église, on la transforma en chapelle, c'est-à-dire on la prolongea du côté du Midi par la construction d'une petite voûte d'arêtes ornée de colonnes en granit gris ; puis on façonna le fond de l'excavation et on le tapissa d'une voûte en cul-de-four, en petit appareil romain ; le caractère antique de ces constructions ne saurait se méconnaître ; il reporte invinciblement jusqu'au VIe la tradition qui place en ce lieu l'annonciation de Marie 1. » A cette époque, l'abside était murée et cachée par des plaques de marbre. La découverte de cette abside et celle de la partie occidentale de la chapelle de l'Ange confirment les paroles qu'on vient de lire.
Au fond de l'abside, creusé en partie dans le rocher, partie dans les fondations du mur latéral nord de la basilique, passe un escalier / dans lequel une porte, à gauche, donne accès à une grotte g en partie creusée dans le roc et que les indigènes appellent la « cuisine de la sainte Vierge » indication dépourvue de tout fondement historique, mais qui enchante la dévotion des indigènes.
Enfin, on trouva le pilier K, angle nord-ouest de la coupole, sur plan cruciforme et mesurant 3 m. 05 d'épaisseur. C'est le 6° des piliers ; il séparait la nef principale du bas-côté nord et soutenait l'angle nord-ouest de la coupole. Pour l'établir il a fallu niveler et abaisser le rocher de plus de 1 mètre. L'examen des fondations a fait découvrir une ancienne galerie.
Quant au pilastre E H.J, dans lequel est encastrée la partie supérieure d'une colonne dont l'extrémité inférieure a été brisée, il correspond bien au 5 pilier du sanctuaire, se trouvant dans la ligne des 4 et 6° piliers et à la hauteur du 5° pilastre. On ne peut s'étonner que la présence de la grotte ait fait modifier la forme du 5 pilier qui semble avoir été carré et non cruciforme comme les autres.
! Les églises de Terre sainte. re Peere Lg ie ÁN YER TY, « n =, à, rs o SR fg a6 tial a a f ER TETTE m »pu e LA à quel que audace, Vogüé soutenait que lorsqu'il fallut honorer le tombeau de la Vierge à Gethsémani ( ?) « il fut, comme tous les lieux saints, recouvert par une église ; il subit la même modification que le saint sépulcre, c'est-à-dire qu'il fut séparé de la masse du rocher dans lequel il avait été creusé au moyen d'une coupe artificielle de manière à former un édicule cubique isolé au milieu d'un espace vide. La date de cette transformation est indiquée par sa nature même et par son identité avec le travail exécuté, sous Constantin, autour du saint sépulcre. Les deux inspirations semblent inspirées par la même pensée ; cependant, les preuves écrites manquent pour établir leur simultanéité ; mais, en fait de monuments, les analogies matérielles sont des guides plus sûrs que des textes plus précis 1, » A plus forte raison lors que ces textes font défaut alors qu'ils seraient si absolument nécessaires. Nous hésitons, pour notre part, à croire possible une méthode tellement arbitraire et qui consiste à appliquer à Nazareth l'argumentation qui précède, Il est trop facile de supposer à Nazareth une opération analogue à celle du saint sépulcre, un découpage du rocher de manière à en former un édifice à plan trapézoidal par-dessus lequel on construit une basilique de la même façon qu'on pose sur une relique un reliquaire. L'intérêt qui s'attache à l'église des croisés est sans doute réel, mais on aimerait surtout à connaître l'édifice qu'elle a remplacé. Or, de celui-ci, il reste bien peu de chose, si peu de chose, qu'on n'ose guère rien citer. Une base de colonne, des colonnes, dont quelques-unes en granit gris, mais qui ne sait que, plus que tous les autres matériaux de remploi, les colonnes sont muettes parce qu'elles ne peuvent rien nous apprendre sur la date où elles furent transportées et l'édifice dont elles firent partie ? Venues on ne sait d'où, tirées de temples ou d'édifices païens, elles ont pu servir au IV*, au V, comme au XII siècle. Une phrase ou une allusion de saint Jérôme ou d'Eusèbe, même truquée, même obscure vaudrait mieux que tous ces débris épars et muets. | Entre l'église bâtie par le comte Joseph et l'église dont on relève des vestiges du VI siècle et la basilique des croisés, il n'est pas possible, en l'état de nos connaissances actuelles, d'affirmer le lien d'unité.
VIII. DEUX INSCRIPTIONS GRECQUES. — Ces deux inscriptions n'ont qu'un rapport éloigné avec notre étude sur Nazareth, puis que l'une d'elles a été trouvée à Nazareth ou ailleurs. Elle concerne la violation des sépultures et nous mentionnerons seulement à son sujet quelques travaux remarquables.
Une autre inscription vient des environs de Nazareth ; elle a été acquise en 1903 par le musée du Cinquantenaire à Bruxelles ; haut. 0 m. 53 ; larg. 0 m. 74 ; épaiss. 0 m. 14 ; haut. des lettres 0 m. 05 :
+ Xe(óvotc) PA(abtou) Iwgvvov Gea- <iro(pos) 9ec-||roztx(o9), dió Soux(Gv), zixl) d[r]al|rux- (09) Tò G« xal roëro +0 Égllyou 705 riyouc éyéllvero év EVÔLHTLCOVL )...
: Du temps de Flavius Johannès, illustrissime chambellan impérial, ancien général et consulaire pour la deuxième année, on fit encore ce travail de la (construction de la) muraille, l'an... de l'indiction. »
H. LECLERCQ.
NAZIANZE. —- I. Identification. II. Particularités, III. Liste épiscopale. IV. Le testament d'un évêque de Nazianze.
TEXTE CORRIGÉ :
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I. IDENTIFICATION. — Puis que nous avons essayé de rechercher le lieu de naissance de saint Basile (voir Dictionn., t. vii, au mot IBORA), nous ne pouvons faire moins pour saint Grégoire. Ce nom, à la désinence rare, lui doit toute son illustration et lui-même, parmi d'innombrables homonymes, doit à ce même nom un signalement qu'on ne peut confondre avec aucun autre. Toutefois, ce n'est pas chose aisée de découvrir et de fixer le site de la ville de Nazianze et les géographes ne s'entendent pas entre eux. Kiepert, qui pendant longtemps fut considéré comme un oracle, place Nazianze près du Hassan-Dagh, dans sa carte d'Asie Mineure ; plus récemment, la carte de Turquie d'Asie, au millionième, publiée en France par le service géographique de l'armée, au début de Ce, adopte l'opinion de Kiepert et place Nazianze dans le voisinage d'Ak-Sérai, au sud du Touz-Gueul ou lac Salé, à quelque distance de la route de Koniah à Césarée. A ces deux autorités considérables vient s'adjoindre un savant voyageur, Ch. Texier, autour d'une Asie Mineure publiée en 1862 ; malheureusement Texier, qui avait visité les ruines, n'en dit que peu de mots qui n'apprennent rien ; mais on peut retenir qu'il identifie Nazianze avec Viran-Chéhir, qui signifie la « ville ruinée ». À défaut de textes et de monuments, Texier invoque une raison qui doit être prise en considération. Ak-Séraï est généralement identifié avec Archélais. Or, l'Itinéraire d'Antonin marque vingt-quatre milles romains d'Archélais à Nazianze, ce qui est exactement la distance d'Ak-Sérai à Viran-Chéhir. Il est nécessaire d'ajouter que cet argument est l'unique qu'on puisse faire valoir car Viran-Chéhir ne réserve rien à ses visiteurs qui compense les fatigues provoquées par 180 kilomètres, à vol d'oiseau, à parcourir depuis Koniah avec les véhicules les moins confortables. Si on est exposé à rencontrer quelque indigène qui conserve le souvenir de Grégoire le Théologien, c'est tout ce que l'on peut attendre, car l'emplacement supposé de Nazianze ne montre « rien de grand, rien d'original, rien qui soit en relief ou puisse fixer l'admiration. Tout est abattu, et le blé qu'on a semé au milieu de ces débris en voile encore les lignes et les contours. D'ailleurs, les auteurs anciens ne nous avertissent-ils pas que Nazianze n'était qu'une modeste ville de province, et de la province la plus déshéritée de l'Asie Mineure ? Saint Grégoire parle toujours de Nazianze comme d'une fort petite ville, peu habitée, et qui méritait à peine le nom de ville [quoiqu'elle possédât un évêque, le père de Grégoire]. Quelques-uns en font, en effet, un simple bourg. Néanmoins, elle était ancienne. Elle avait eu un roi pour fondateur et avait survécu à l'invasion des Perses. Outre le nom de Nazianze, elle avait encore celui de Diocésarée, que les Romains lui avaient apparemment donné lorsqu'ils étaient devenus maîtres de la Cappadoce, sous Tibère *.
En ce qui concerne les traces de ce qui fut, peut-être, Nazianze, c'est une bonne fortune de pouvoir citer la description faite par un visiteur. « Les ruines, dit-il, couvrent toute la plate-forme. Celle-ci, limitée à l'Est et au Sud par une ceinture de collines, s'appuie au Nord sur le flanc même du Hassan-Dagh, qui s'avance un peu dans le cercle et en rompt la régularité. La plupart des maisons sont ruinées jusqu'au sol ; les débris s'entassent pêle-mêle dans un chaos inextricable. Les murs sont construits en blocs de basalte à peine dégrossis et agencés sans symétrie aucune. Une seule pierre forme, généralement, le linteau des portes et des fenêtres. Au Nord, la ville déborde sur les contre-forts du Hassan-Dagh. De ce côté, également, se trouvent quelques tombes aux chrétiens très ordinaires, ainsi qu'une église grecque orientée et disposée intérieurement en forme de croix. L'abside est encore debout sur une hauteur de 5 ou 6 mètres. L'édifice mesure approximativement 20 mètres de longueur sur 7 ou 8 mètres de largeur. On n'a pas découvert d'inscription, pas même une lettre, qui raconte l'histoire de ce monument. A vingt minutes de là, dans la direction du Sud-Ouest, sur une élévation de terrain qui domine l'ensemble de la ville de 30 ou 40 mètres, apparaît un tronçon de mur en gros appareil ; Texier en fait le mur d'enceinte de l'acropole.
« En descendant sur le plateau, on rencontre, à l'extrémité orientale de la ville, les restes d'une autre église plus petite que la première, et de même style. A peu de distance se voient aussi les débris d'une porte monumentale. L'architrave, d'un seul bloc, garde encore à son extrémité le creux où s'engageait le gond supérieur de la porte.
« Voilà à peu près tout ce qu'on peut voir à Nazianze. On ne trouve pas trace d'inscription, et les gens du pays assurent qu'il n'y en a jamais eu. Ne savait-on pas écrire dans cette partie de la Cappadoce ? Il est à croire plutôt que les habitants de Nazianze trouvaient le basalte trop dur pour multiplier les inscriptions.
« Autrefois, une source limpide et très abondante jaillissait du milieu des ruines : elle a disparu vers le milieu du XIXe, mais elle s'est ménagée une nouvelle issue à 200 ou 300 mètres plus bas, dans le village de Halvar-Deré. C'est là que prend naissance le Bévazson !, » On a soutenu que les ruines de Nazianze se trouvaient non pas à Viran-Chéhir, mais au flanc de l'ancien Athar, près du village actuel de Nénézi. Qu'on place la patrie de saint Grégoire à l'est d'Ak-Séraï plutôt qu'au Sud, c'est un problème qui court grand risque de n'être jamais résolu.
II. PARTICULARITÉS. — Socrate consigne dans son Histoire ecclésiastique l'insignifiance de la ville de Nazianze ?, à laquelle Suidas donne le rang de statio ; aussi ne trouve-t-on rien à son sujet chez les auteurs anciens et c'est à saint Grégoire que nous devons de savoir ce détail, déjà rappelé, que la ville porta le nom de Diocésarée ?. Il supplie le préfet Olympius pour cette bourgade qu'un roi avait fondée, qui depuis lors avait connu quelque prospérité : Nostros canos honora, quibus grave erit, si quum civitatem magnam habuerimus, nullam nunc haberemus. Ne templum, quod Deo exstruximus el in quo ornando nobis una cura et ambitio est, ferarum habilatio fiat. Nous savons par l'oraison funèbre que saint Grégoire consacra à son père * que celui-ci avait construit dans sa ville épiscopale une belle église ; dans le poème vr, Grégoire nous apprend qu'il était né et avait grandi à Diocésarée de Cappadoce que mentionnent Pline l'Ancien et Ptolémée ; celui-ci la situe en « Garsaurie » Sous le règne de Valens, la Cappadoce fut divisée en deux provinces et Nazianze fit partie de la Cappadoce II, ce qui semble avoir fort alarmé saint Grégoire qui écrivait à Olym-
1056 pius, préfet de la Cappadoce II : Perimus, prodili sumus, secunda sursum Cappadocia facii sumus, qui parte prima eramus . Dans une autre lettre, il supplie Helladius de Césarée de donner à l'Église de Nazianze un évêque que désignera le Saint-Esprit . N'ayant pas été écouté, il s'adressa à Théodore de Tyane ? pour le prier de prendre soin de cette Église, ne ex adversa quam patiebatur valetudine, incommodum et detrimenlum sustinerel. Enfin, il revenait à la charge dans la lettre ccxxv. Dans la Synecdème d'Hiéroclés, on voit que Nazianze continue à faire partie de la Cappadoce II* ; elle passa plus tard dans la IIe. D'après Jean Scylitzes et Cedrenus, l'empereur Romain Diogène lui donna le titre de métropole.
III. LISTE ÉPISCOPALE. — 19 X... — Un premier titulaire au sujet duquel nous ne savons que ce que nous apprend saint Grégoire*. Lors que Grégoire, qui fut le père du grand docteur, recevait les premiers enseignements de la religion par les soins de Léonce, évêque de Césarée, qui se rendait au concile de Nicée, il fut baptisé par un évêque de Nazianze qui crut le voir resplendissant de lumière au sortir de la cuve baptismale et, après lui avoir fait les onctions, il dit à haute voix que celui-ci serait son successeur.
Le saint homme eut son épiscopat traversé par une mésaventure. En l'an 360, par les ordres et sous les menaces de l'empereur Constance, il souscrivit, sans trop la comprendre, la formule de Rimini. Ce fut, parmi les moines de son diocèse, un beau vacarme. Ce que nous en savons a été raconté par saint Grégoire le Théologien, dont les ouvrages parlent très souvent de nombreux religieux, solitaires ou cénobites, qui se sanctifiaient dans le diocèse de Nazianze. La plupart d'entre eux se séparèrent de la communion de l'évêque et le schisme dura de 360 à 363 ; il ne prit fin que grâce à l'intervention charitable du fils aîné de l'évêque. Lui-même, en plusieurs endroits de sa correspondance, rend justice aux solides vertus pratiquées par ces ascètes. Il a tracé du genre de vie mené par quelques-uns un tableau dont la vue des lieux démontre l'exacte vérité. « Ils abandonnent, dit-il, leurs maisons, se retirent dans des antres et des cavernes désertes, évitent la vue et la compagnie des hommes. D'autres s'enferment dans de petites cellules, où, comme des bêtes farouches, ils ne voient jamais personne. Il y en a qui passent vingt jours entiers sans rien manger. » Et ailleurs : « Quelques-uns, pour réparer les fautes qu'ils ont commises par l'égarement de leur sens, se sont condamnés à des prisons étroites et impénétrables aux rayons du soleil ou se sont enfermés et comme ensevelis dans les cavernes et dans les trous des rochers. » Un schisme de pareils hommes devait donner fort à faire.
119 Eusebius. — Intervient avec Stylianus de Néo-
césarée auprés du pape Étienne à l'occasion de Photius.
IV. LE TESTAMENT D'UN ÉVÊQUE DE NAZIANZE. —
Il s'agit de Grégoire le Théologien. La piéce contient un grand nombre de précisions relatives à la situation de l'Église de Nazianze ; connue depuis longtemps, étudiée parfois, elle a enfin attiré l'attention d'un érudit dont nous n'aurons qu'à nous inspirer lors que nous ne nous bornerons pas à le citer, nous voulons parler de notre ami regretté Fr. Martroye.
Voici d'abord le texte dans la traduction française :
1058 en rien distraire ; hormis ce que, par mon présent testament, je laisse en particulier à diverses personnes à titre de legs ou de fidéicommis. Tout le reste, qu'il le rende, comme j'ai dit ci-dessus, scrupuleusement à l'Église, ayant la crainte de Dieu devant les yeux et sachant que j'ai prescrit d'affecter tout mon bien au service des pauvres de ladite Église, qu'il est institué héritier à l'effet que, par lui, toutes choses soient sans omission rendues à l'Église.
* Les esclaves que j'ai affranchis, soit de ma propre décision, soit suivant les recommandations de mes bienheureux parents, je veux qu'ils demeurent tous libres et que tous leurs pécules leur demeurent assurés sans trouble. Je veux de plus que mon héritier, le diacre Gregorius, et, conjointement avec lui, le moine Eustathius, tous les deux jadis de ma maison, retiennent le domaine sis à Arianzes qui me vient des biens de Heginus. Quant aux juments et aux troupeaux que j'ai précédemment prescrit de leur livrer et desquels je leur ai fait tradition pour la propriété et la possession, je veux qu'ils demeurent en pleine et paisible propriété. Je veux en outre que, par préception, le diacre Gregorius, mon héritier, qui m'a fidélement servi, retienne comme lui appartenant en propre, à titre de legs particulier, des sous d'or au nombre de cinquante. J'ai prescrit de fournir chaque année à la vénérable vierge Russiana, ma parente, des prestations déterminées, pour qu'elle vive honorablement. Ces prestations, je veux et j'ordonne qu'elles lui soient toutes fournies chaque année, sans délai, telles que je les ai prescrites. Au sujet de son habitation, je n'ai jusqu'à présent rien déterminé, ne sachant pas où elle préférait résider ; mais maintenant je veux ceci : que dans la localité qu'elle aura choisie, lui soit préparée une maison décente pour une personne honorable et propre à la demeure d'une vierge ; c'est-à-dire qu'elle aura cette maison, sa vie durant, sans trouble, en usage et usufruit. Après son décès, cette maison reviendra à l'Église. Je veux en outre que soient placées auprès d'elle deux jeunes filles qu'elle-même aura choisies ; en sorte que ces jeunes filles demeurent auprès d'elle jusqu'à terme de sa vie. Et si elle juge à propos de leur témoigner de la gratitude, il lui sera permis de les récompenser en leur donnant la liberté ; sinon, elles aussi seront dévolues à ladite Église.
« J'ai déjà affranchi le je une esclave Theophilus qui demeure avec moi. Je veux maintenant que lui soient donnés, à titre de legs, cinq sous d'or. Je veux qu'Eupraxius, son frère, soit libre et que lui soient donnés, à titre de legs, cinq sous d'or. Item, je veux que Theodorius, mon notaire, soit libre et que lui soient donnés, à titre de legs, cinq sous d'or. Je veux que ma très chère fille Alypiana (car des autres, Eugenia et Nonna, il y a à tenir peu de compte, leur vie étant répréhensible) m'excuse si je ne suis plus maître de lui rien laisser, ayant d'avance promis tous mes biens aux pauvres, ou plutôt ayant accompli la promesse faite par mes bienheureux parents, dont je crois ni juste, ni sûr de ne pas respecter l'intention. Néanmoins, pour tout ce qui subsiste des hardes de mon bienheureux frère Cesarius, en vêtements de soie, de lin, de laine ou de bure, je veux que le tout soit transmis aux enfants d'Alypiana, et que ni elle, ni ses sœurs ne causent aucun trouble ni à mon héritier, ni à l'Église. Meletius, mon gendre, a à savoir qu'il détient à tort le domaine sis à Apenzinsum, qui est une propriété d'Euphemius. A ce sujet, j'ai précédemment écrit plusieurs fois à Euphemius, en blâmant sa faiblesse, s'il ne récupérait pas son bien ; et
À. — XII — 34.
1059 maintenant j'atteste tous les magistrats et ceux qui leur sont soumis qu'il n'est pas rendu justice à Euphemius ; car il faut que ce domaine soit restitué à Euphemius. Je veux que le titre d'achat du bien-fonds des Canota les soit restitué à mon très vénérable fils, l'évêque Amphilochius ; car il est noté dans mes livres et il est de notoriété publique que le contrat a été résilié, que j'ai reçu remboursement du prix, et que j'ai depuis longtemps fait tradition de la propriété et de la possession de ce domaine.
« Au diacre Evagrius, qui a partagé avec moi bien des travaux et des soucis et en bien des circonstances m'a témoigné son dévouement, je rends grâces devant Dieu et devant les hommes, Dieu le récompensera davantage ; mais pour ne pas négliger de lui laisser une faible marque de mon affection, je veux que lui soient donnés un camasum, un slicharium, deux pallia et trente sous d'or. De même, à mon très cher frère Theodulus, un de mes diacres également, je veux que soient donnés un camasum, deux sticharia, de ceux que je possède dans ma patrie, et vingt sous d'or des deniers que j'ai dans ma patrie. A Elaphius, le notaire, qui est un digne homme et m'a bien soulagé au temps qu'il m'a servi, je veux que soient donnés un camasum, deux sficharia, trois pallia sigilliona, et vingt sous d'or des sommes que j'ai dans ma patrie. x Je veux que mon présent testament soit confirmé et valable devant toute juridiction et à quel que titre qu'il puisse valoir. S'il n'était pas valable comme testament, je veux qu'il vaille comme acte de dernière volonté ou codicille. Quiconque tenterait de le supprimer, en rendrait compte au jour du jugement et en porterait la peine.
« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
« Moi, Grégoire, évêque de l'Église catholique en la ville de Constantin, j'ai relu le présent testament dont j'approuve toute l'écriture, je l'ai signé de ma main, et j'ordonne et je veux qu'il soit valable.
« Moi, Amphilochius, évêque de l'Église catholique à Iconium, témoin au testament du très révérend évêque Grégoire et requis par lui, j'ai signé de ma main. x Moi, Optimus, évêque de l'Église catholique à Antioche !, témoin lors que le très révérend évêque Grégoire disposait par testament, ainsi qu'il est écrit ci-dessus, et requis par lui, j'ai signé de ma main.
« Moi, Theodorius, évêque de l'Église catholique à Ida, témoin au testament du très révérend évêque Grégoire et requis par lui, j'ai signé de ma main.
« Moi, Theodulus, évêque de la sainte Église catholique à Apamée, témoin, etc.
« Moi, Hilarius, évêque de l'Église catholique à Isauria, témoin, etc.
« Moi, Themistius, évêque de l'Église catholique à Adrianopolis, témoin, etc.
« Moi, Cledonius, prêtre de l'Église catholique à Iconium, témoin, etc.
« Moi, Joannes, lecteur et notaire de la très sainte Église de Nazianze, j'ai dressé et délivré copie conforme du vénérable testament du saint et illustre Grégoire le Théologien. » Avant d'insister sur ce que cette pièce nous apprend au sujet de l'Église de Nazianze, il est nécessaire de dire quelques mots touchant son authenticité. Il va sans dire qu'elle a été mise en doute. Brisson, qui publia pour la première fois le texte grec ?, ne sut pas 1060 l'imposer et on n'y prêta qu'une attention distraite ?, Il fallut attendre l'édition du texte grec par le P. Sir- | mond avec une traduction latine reproduite par Baro- | nius pour qu'on lui fit l'honneur de le discuter. Les objections s'offraient graves et nombreuses, Dès le début, le testateur se dit évêque de Constantinople à la date du 31 décembre 381 ; or, il avait renoncé à cette charge pendant la durée du II concile œcuménique qui se tint entre le mois de mai et le 30 juillet 381. Au 31 décembre, Grégoire était démissionnaire depuis plus de cinq mois. Il donne les titres de « fille » à Alypiana et de « gendre » à Meletius, alors que, célibataire, il n'eut jamais ni fille ni gendre. Enfin, un des témoins qui ont souscrit le testament se nomme Théodule, évêque d'Apamée ce qui est en contradiction avec les signatures du II concile œcuménique où on voit que l'évêque d'Apamée se nomme Jean.
Les appellations de « fils » et de « fille » dont les dignitaires ecclésiastiques sont si prodigues ne signifient rien d'autre que la filiation spirituelle. C'est bien ainsi que l'entend Grégoire de Nazianze qui nous le dit lui-même * :
AbcXp buo ! cox eG uev, Üoor ÉÉEOLO XV IIxiózg 8, oüc £0162E« “ Pour moi, mes parents sont ceux qui m'ont appris la vertu, mes fils sont ceux à qui je l'ai enseignée. » On le voit, d'ailleurs, donner le titre de « fils » à l'évêque Amphilochius * avec qui personne ne songera à chercher un degré de filiation.
En ce qui regarde Meletius, ó yxp6póc uou, « mon gendre », il faut se souvenir qu'en grec comme en latin ce terme a une signification très large, c'est à la fois un beau-frère, un gendre et d'une façon plus générale, un allié ; les exemples sont formels et nombreux . Ici, le doute n'est pas possible, puis que Meletius est un neveu par alliance, ayant épousé l'une des filles d'une des sœurs de Grégoire . Quant à la date, il est certain que Grégoire n'était plus évêque de Constantinople le 31 décembre ; par contre, il l'était certainement le 31 mai * et on peut supposer qu'un copiste a mal lu iouviwv, dont il a fait Lixvouxplov. Sans doute, il est toujours délicat d'éluder une difficulté en recourant à une prétendue erreur de copiste, mais on peut dire que, dans le cas particulier, cette explication s'impose. On a vu que l'acte est attesté par une série de témoins dont six sont des évêques et dont cinq figurent parmi les Pères du concile de 381 dont ils ont signé les actes, Grégoire n'a pu les grouper que pendant leur séjour à Constantinople, par conséquent à une date antérieure au 30 juillet qui marque la dernière session de ce concile. Les cinq évêques membres du concile sont :
Nous nous trouvons donc en présence d'un testament dont l'authenticité et la date sont certaines, rédigé suivant les règles les plus strictes du droit romain en la matière. On y a pu lire cette clause : « Si le présent acte n'était pas valable comme testament, je veux qu'il vaille comme acte de dernière volonté ou codicille. » C'est ce qu'on appelle la clause codicillaire tenue, d'après certains, pour une innovation introduite par une loi du 14 février 424 ; mais cette loi n'a point institué la validité de la clause susdite, elle la prend comme incontestable et n'a trait qu'à un de ses effets. Ce que la clause codicillaire prévoit, c'est la nullité pour vice de forme ; cas où le testament n'a jamais existé comme tel, où, par conséquent, le défunt est mort intestat, et où l'acte de sa dernière volonté n'est et n'a jamais été qu'un simple écrit. Mais, précisément, un simple écrit suffit à constituer un codicille. Il n'y a donc pas de raison en droit de rejeter la possibilité que cette clause ait été en usage dans la jurisprudence romaine longtemps avant la loi de 424, Le testament de saint Grégoire nous la montre en usage près d'un demi-siècle avant cette loi.
Ainsi, sous quel que aspect qu'on l'envisage, le testament est authentique et chacune de ses dispositions nous le montre incontestablement romain, notamment en ce qui regarde les legs. Énumérons-les rapidement : legs d'affranchissements ; legs annuel et viager d'aliments pouvant être fournis en nature ou en argent, connu, comme il convient, sous la forme de damnatio ; legs d'habitation et d'usufruit, avec dispense, si l'on adopte le sens donné par la traduction latine de Sirmond, de sommation pour mettre l'héritier en demeure ; legs de services de deux esclaves, avec droit d'affranchissement. Quoiqu'en dise Fr. Martroye qu'« il serait fastidieux de s'insister pour chacune de ces dispositions sur la parfaite observation des règles du droit romain » il y a surtout plaisir et profit à suivre la démonstration qu'il en donne. « Un exemple suffira, dit-il, à montrer la scrupuleuse attention du testateur à se conformer aux décisions de la jurisprudence. L'héritier, étant grevé d'un fidéicommis universel, se trouvait fondé, par application du sénatus-consulte Pégasien, à retenir un quart franc et libre de l'hérédité, à charge d'imputer dans sa quarte notamment les choses ou les sommes d'argent que le défunt l'a autorisé à retenir, les legs et fidéicommis qui lui sont attribués, à l'exception des prélegs. Bien qu'ayant lieu d'être assuré du complet désintéressement de son héritier institué, saint Grégoire, fidèle observateur de toutes les prescriptions légales, a soin de lui laisser, comme représentation de son droit de retenue, conjointement avec le moine Eustathe, le domaine d'Arianzes et les troupeaux dont il a ordonné de leur faire tradition. Par prélegs, en dehors du calcul de la quarte, il lui légue une somme de 50 aurei. Le prélegs étant la disposition par laquelle le testateur, tout en instituant quelqu'un héritier, lui donne à titre particulier un objet ou un droit déterminé, le fidéicommis universel paraît s'y prêter malaisément, car il semble étrange de charger l'héritier-légataire de se donner à soi-même une somme ou un objet. Pour éviter l'apparence de cette difficulté qui, en droit, n'existe pas, la même personne pouvant être, d'une part, fiduciaire et, d'autre part, légataire, on avait recours à une rédaction impersonnelle : « Que mon héritier, quel qu'il soit, donne telle chose à un tel, quisquis mihi heres erit damnas esto heredi meo decem dare, ou simplement : qu'il soit donné à un tel, sans spécifier par qui, Tilio dari volo ! » C'est précisément la formule dont le testament de saint Grégoire nous donne l'exemple. » Ce testament tout romain est cependant libellé en langue grecque parce qu'il bénéficie des dispositions de la loi de 339 qui a entendu abolir l'emploi obligatoire des anciennes formules, et particulièrement « des termes déterminés, des mots solennels balbutiés et à peine compris ». Désormais, on ne demandait plus à un testament d'user obligatoirement du latin, mais de faire usage de termes clairs. Cette innovation bouleversait des usages invétérés et, si elle était appliquée dès 381, ce n'était encore qu'une tolérance car elle ne fut sanctionnée que par une constitution de Théodose II du 12 septembre 439, laquelle rappelle une décision qui paraît récente ! Il était donc prudent, à la fin du IVe, de se prémunir contre un revirement possible de la jurisprudence. La clause codicillaire dans le testament de saint Grégoire assurait, même dans ce cas, l'exécution du fidéicommis en faveur de l'Église de Nazianze. » Cette disposition présente ici un vif intérêt non seulement au point de vue historique concernant une petite bourgade épiscopale de la Cappadoce, mais au point de vue juridique. Elle nous montre comment un évêque de Constantinople teste en faveur d'une Église différente de celle dont il occupe le siège parce que, dit-il, il en a fait la promesse à ses parents. Son propre père aurait voulu laisser à son Église la part de ses biens, qu'il ne pouvait soustraire à ses héritiers directs et naturels, et marié, il ne l'a pas fait, mais il fit une obligation à son fils aîné, non marié, de le suppléer et d'accomplir ce qu'il retardait tout en s'y reconnaissant astreint personnellement. À Grégoire, moine, évêque, célibataire, incombait le devoir de le suppléer en donnant aux pauvres de Nazianze les biens qu'il tenait de l'héritage paternel.
On peut croire que l'évêque de Constantinople, qui allait tout prochainement renoncer à ce siège, était heureux de donner un témoignage indiscutable de sa sympathie pour l'Église de Nazianze où la vie religieuse était prospère, ainsi que nous l'avons déjà indiqué. Saint Grégoire lui-même leur rend témoignage. « Ce sont, dit-il, des gens qui ne prennent presque aucune part aux choses de la terre. Toute leur occupation est de chanter jour et nuit les louanges de Dieu. Ils ne possèdent rien de ces biens fragiles dont le prince du monde se sert pour se jouer des hommes, en les donnant tantôt aux uns, tantôt aux autres. L'espérance des biens qu'on possède sans crainte de les perdre leur tient lieu de toutes les richesses de la terre. Ils ont renoncé au mariage, au désir d'avoir des enfants qui fussent le soutien et la consolation de leur vieillesse. Détachés de la chair et du sang, ils ne connaissent plus ni leurs parents, ni leurs amis. On ne les voit point dans les villes rechercher les magistratures pour paraître avec faste au milieu de leurs concitoyens. Les grandeurs humaines ne les touchent pas plus que ces plaisirs qu'on ressent quelquefois en dormant et qui se dissipent aussitôt qu'ils naissent... Plusieurs d'entre eux, qui ont abandonné les maisons, se retirent dans des antres et des cavernes désertes, évitent la vue et la compagnie des hommes et ne recherchent que la tranquillité, amie de la sagesse. Quelques-uns se chargent de chaînes pour mortifier leur corps et affaiblir leurs passions. D'autres s'enferment dans de petites cellules où, comme des bêtes farouches, ils ne voient aucun homme. Il y en a qui passent vingt jours entiers sans manger du tout et qui, pour le reste du temps, n'usent pas même de poisson : et notre Église de Nazianze a produit un homme d'une abstinence si extraordinaire. Il y en a qui se sont condamnés à un si rigoureux silence qu'ils ne chantent même qu'en esprit les louanges de Dieu. Il y en a qui passent les années entières à prier Dieu dans les églises et, ce qui est presque incroyable, sans même fermer les yeux pour dormir, demeurant ainsi en présence de Jésus-Christ comme des pierres vivantes et animées. Toute la nourriture d'un de ces solitaires était une portion qu'un corbeau lui donnait de la sienne. Un autre se transporta sur la montagne sainte d'où Jésus-Christ monta au ciel. Là, dans un entier silence et une parfaite tranquillité d'esprit, il se tenait immobile au milieu de l'incommodité des neiges et de l'impétuosité des vents. Diverses personnes de piété le pressèrent inutilement d'adoucir les rigueurs de cette pénitence. Fermement attaché à Jésus-Christ, et appliqué à contempler le bonheur de l'autre vie, il demeura inflexible à toutes leurs instances, parce qu'il ne se mettait pas en peine de cette vie mortelle, jusqu'à ce qu'enfin on l'emportât à demi mort dans une cellule qu'on lui avait bâtie.
Cette population d'ascètes ne formait pas tout le troupeau orthodoxe de Nazianze ; on y comptait un clergé, une hiérarchie, des fidèles ; nous savons que le moine Nicomède avait consacré ses deux enfants, le fils parmi les lecteurs, la fille parmi les vierges.
« Nous savons qu'au v siècle, tandis que la taille de 72 à la livre continuait à régler la frappe des monnaies d'or dans la plus grande partie de l'empire, dans certains ateliers occidentaux, en Gaule notamment, on adopte légalement la taille de 84 sous dans une livre d'or, ce qui donnait théoriquement au solidus un poids de 3 gr. 89 au lieu de 4 gr. 55. Aussi, dans un édit impérial qui vise cet étalon particulier du sou d'or, on compte dans une once d'or non pas six solidi, comme nous le voyons dans les exagia qu'on vient de citer, mais au contraire sept solidi, ce qui est l'attestation formelle et la reconnaissance officielle de la taille théorique : 84 à la livre. Il y avait donc en usage pour l'or deux espèces de monnaies de compte, le sou de 72 à la livre (4 gr. 55) et le sou de 84 à la livre (3 gr. 89). Mais c'étaient là des poids théoriques, admis dans les calculs. En fait, le poids effectif des monnaies d'or était si irrégulier qu'il nous est impossible de démêler celles qui suivent l'un ou l'autre de ces étalons théoriques. Cela, d'ailleurs, n'était pas nécessaire dans l'antiquité, puis que, dans l'usage courant, on pesait la monnaie d'or... Pour payer 72 sous d'or, par exemple, on ne se préoccupait pas du nombre des pièces, mais de leur poids global ; il fallait une livre d'or, c'est-à-dire 327 gr. 45 environ, poids qui, suivant les cas, était représenté par un nombre de pièces variable gravitant autour de 72. Et souvent même on payait avec des lingots ; seulement l'avantage des monnaies sur les lingots, c'est que le bon aloi du métal était garanti par l'État. Les exemples de paiement au poids, soit dans les caisses publiques, soit entre particuliers, abondent pour l'époque constantinienne : c'était l'usage courant, Mais pour payer exactement une dette quelconque, il fallait peser la monnaie réelle ou le lingot dont on se servait, avec des poids correspondant rigoureusement avec celui de la monnaie-étalon ou théorique, c'est-à-dire de la monnaie de compte. De là la création des exagia solidi et l'institution des zygostates ; de là l'édit de Julien de 363 qui dit que, dans l'achat et la vente des sous d'or, défense est faite aux particuliers de refuser des pièces d'or au-dessous du poids légal (lanquam leves vel debiles) ; ces pièces doivent être reçues et circuler comme les autres, puis que, dans chaque ville, se trouve un bureau de zygostates pourvu d'exagia, et où il est toujours possible de se rendre pour vérifier le poids des pièces et le compléter, au besoin, par un appoint . » On voit que la mention portée au testament de saint Grégoire doit s'entendre en ce sens que Theodulus et les autres légataires de pièces déterminées les recevront dans l'état où elles se trouvent, quel que soit leur poids, « tandis que les légataires de sous d'or non déterminés seront en droit d'exiger un poids d'or correspondant à celui du nombre de sous qui leur est légué, étalonnés d'après l'étalon du solidus usualis de un soixante-douzième de la livre d'or. De sorte que Gregorius, légataire par prélegs de cinquante sous d'or, pourra exiger cinquante pièces de 4 gr. 55, ou 227 gr. 50 d'or ; Theophilus, Eupraxius et Theodosius auront droit chacun à 22 gr. 75 d'or (4 gr. 55 x 5) ; Evagrius, à 136 gr. 50 (4 gr. 55 x 30) ; tandis que Theodulus et Elaphius recevront chacun vingt des sous désignés et ne pourront réclamer aucun appoint dans le cas où ces sous seraient d'un poids au-dessous du poids légal. Le fait - que saint Grégoire prévoit ce cas est une preuve, à la fin du iv siècle, de l'irrégularité du poids effectif des sous d'or en circulation que signale E. Babelon. Il est de plus une preuve, qui serait décisive même à défaut de toute autre, de l'authenticité de notre texte ; puisque la particularité monétaire dont il s'agit ne pouvait être connue à l'époque où ce texte aurait été confectionné, s'il était supposé $. » Saint Grégoire termine son testament par l'énumération de quelques dons vestimentaires qui ont fait partie évidemment de sa garde-robe personnelle et qui seront portés par deux diacres et par son notaire. Ce sont une sorte de pélerine faite d'étoffe pelucheuse à l'endroit et à l'envers, deux tuniques, des manteaux ornés de figures (voir VÊTEMENTS).
H. LECLERCQ.
NÉBO. — Nous sommes dans la terre de Moab où le peuple d'Israël séjourna environ un an avant de traverser le Jourdain et d'entrer dans la Terre promise, Les sources sont assez nombreuses et jaillissent avec abondance. Au sortir de la plaine, un sentier grimpe le long d'une série de collines dénudées et l'ascension est de 1 000 mètres, collines après collines. C'est le chemin ardu que suivit Moïse âgé de 120 ans : Ascendit ergo Moyses de campestribus Moab super montem Nebo ; il est vrai que le saint vieillard avait été à peine touché par l’âge, sa vue restait bonne nous dit la Bible et il gardait toutes ses dents. On arrive en peu de temps au sommet des monts Abarim où trois cimes principales se détachent de la chaîne : le Phogor, le Phasga et le Nébo.
Le mont Phogor est signalé par les anciens pèlerins au sixième mille, à l'est de Livias, sur la route du Jourdain à Hésebon. Les lieux ont peu changé depuis la fin du iv siècle lors que Etheria (voir ce nom) quitta la route afin de visiter les sources de Moïse (Ayoun Mouca) et les ermitages des ascètes. Ces lieux sont fleuris de ruines d'épis et de coquelicots : l'eau des sources s'écoule en filets qui coulent sur le gravier. Une grotte s'ouvre sur la profondeur de la vallée, elle mesure une cinquantaine de mètres de largeur sur une vingtaine de profondeur. L'origine des sources a donné naissance à des légendes qu'on raconta à Etheria, qui nous en a gardé le souvenir. Voici son récit :
« Ccpimus festinare, ul perveniremus ad montem Nabau. Euntibus nobis commonuit presbyter loci ipsius, id esl de Libiade', quem ipsum nobiscum rogantes moveramus de mansione, quia melius ipsa loca noverat : dicil ergo nobis ipse presbyter ; si vultis videre aquam quæ fluit de petra, id est quam dedit Moyses filiis Israhel sitientibus, potestis videre . A quel fait peut se rapporter cette allusion ? Aucun passage biblique ne relate rien de pareil pendant le séjour des Hébreux dans les plaines de Moab . Si lamen volueritis laborem vobis imponere, ul de via camsemus forsit n miliaris sexto. Quod cum dixisset, nos salis avidi optali sumus ire ; et statim divertentes a via secuti sumus presbyterum, qui nos ducebat, In eo ergo loco ecclesia est pisinna subter montem non Nabau, sed alterum interiorem, sed nec ipse
NAZIANZE — NÉBO
1066 longe est Nabau, monachi autem plurimi commanent ibi pere sancti el quos hic asci les vocant.
L'accueil fut cordial : Hi ergo sancti monachi dignati sunt nos suscipere valde humane, nam el ad salutationem suam permiserunt nos ingredi. Cum autem ingressi fuissemus ad eos, facta oratione cum ipsis eulogias nobis dare dignati sunt, sicut habent consuetudinem dandi his, quos humane suscipiunt. D’après le récit d'Etheria, la principale source jaillissait du roc entre l'église et les cellules des ascètes : Ibi ergo inter ecclesiam el monasteria in medio fluit de petra aqua ingens, pulchra valde et limpida, saporis optimi. Tunc inlerrogavimus nos etiam et illos sanclos monachos, qui ibi manebant, quæ essel haec aqua talis et tanti saporis. Tunc illi dixerunt : hæc est aqua, | quam dedit sanctus Moyses filiis Israhel in hac heremo.
Facta est ergo juxta consueludinem ibi oratio et lectio ipsa de libris Moysi lecta, diclus etiam psalmus unus ; l'oraison et le psaume ne nous apprendraient rien, mais quelle est la leçon du Pentateu que ? Il ne s'en trouve pas d'autre utilisable en la circonstance que l'épisode de Moïse frappant le rocher dans le désert d'Horeb ?, et nous en sommes loin. La meilleure explication est peut-être celle que propose le R. P. Abel : « Pour peu qu'on ait pris contact avec le sans-gêne de ceux que saint Jérôme appelle les simpliciores fratres, l'assertion de ces moines ne surprendra pas. Etheria n'insiste pas sur la convenance de la lecture qu'elle entendit, se souvenant peut-être du torrent que les religieux du Sinaï lui avaient montré de quo potavit sanctus Moyses filios Israhel *. Il est vrai qu'en ce lieu, on ne voyait pas un rocher comme aux abords du Nébo. Elle s'est dit, sans doute, que le prophète avait dû renouveler son geste in hac eremo ?. Après la prière la marche reprend : Et sic simul cum illis sanctis clericis el mona| chis, qui nobiscum venerant, perexivimus ad montem.
Multi autem el ex ipsis monachis sanctis, qui ibi com- | manebant juxia aqua ipsa, qui tamen potuerunt imponere, sibi laborem, dignali sunt nobiscum ascendere montem Nabau. Ita que ergo proficiscentes de eodem loco pervenimus ad radicem montis Nabau, qui erat valde ercelsus, ita lamen uf pars ejus maxima sedendo in asellis possil subiri, modicum aulem eral acrius, quod pedibus necesse erat subiri cum labore, sicut et factum est 1*, Le Nabau dont parle Etheria est aujourd'hui le Ras Siagha « qui exige, depuis les sources, une escalade assez pénible. Situé à 710 mètres d'altitude, ce sommet domine »Ayoun Mouca, de 260 mètres et la surface de la mer Morte de 1 100 mètres environ ! !, « En relation étroite avec le Pisgah, le Nébo a laissé son nom sous la forme de djebel enNébà à un sommet de 835 mètres d'altitude, distant du Siagha de 4 kilomètres et séparé de ce dernier par un pli de terrain. En réalité, Nébà et Siagha sont deux ressauts successifs d'une même croupe se profilant à l'ouest du plateau moabite entre deux ravins : l'ouady ‘Ayoun Mouca au Nord, l'ouady el-Djdeid au Sud. Vus de l'Orient, ils font peu d'effet, leur altitude moyenne étant celle du plateau. Pour les distinguer depuis le Ghôr occidental ou des monts judéens, il faut un œil exercé, car ils se confondent avec les autres rampes qui sculptent le piédestal du plateau, mais des 'ArbothMoab, on voit la bosse du Ras Siägha se dessiner dans le ciel et faire écran devant le Nébà. Le plus élevé des renflements du djebel en-Nébà est de 125 mètres plus haut que le Siāgha, mais la vue dont on jouit de ces deux points est sensiblement la même, sauf que du second, plus avancé dans la direction du Ghór, l'on découvre une plus grande superficie de la mer Morte 1067 et de la vallée du Jourdain. Aussi a-t-on situé de préférence au Siägha la scène de Moïse contemplant la Terre promise avant sa mort, ce qui s'accorde avec Deut., XXXIV, 1-3, dont voici la traduction :
« Moïse monta des 'Arboth-Moab vers le mont Nébo, au sommet du Pisgah, qui est en face de Jéricho et Yahweh, lui fit voir tout le pays : le Galaad jusqu'à Dan, tout Nephtali, le territoire d'Éphraim et de Manassé, le territoire entier de Juda jusqu'à la mer Ultérieure, puis le Négeb, le Kikkar, la vallée de Jéricho, ville des palmiers, jusqu'à Soar !. » « De fait, écrit un visiteur, par un temps clair, le panorama est vraiment splendide. Ja mais peintre ni poète n'imagina scène plus grandiose. Le regard plonge sur la vallée verdoyante du Jourdain, coupée en deux .
NÉBO
, i || | nom de Dan aux sources du Jourdain est postérieur à la conquête du pays de Canaan. Du Nébo même, il n'est pas possible de découvrir la totalité de Nephtali, dont on soupçonne à la rigueur quelques points, tandis que du Siägha cette tribu échappe à l'observateur qui voit son horizon borné par le massif qui enserre au Sud la plaine de Galilée. Du territoire d'Éphraim, de Manassé et de Juda, on aperçoit seulement le versant oriental plissé à l'infini à partir de la ligne de partage des eaux : tout le versant occidental, qui constitue la majeure partie de ce territoire et de la Méditerranée à plus forte raison, se trouve entièrement en dehors du rayon visuel. La contrée biblique du « pays sec » ou Négeb, comprise entre Dahariyeh et le désert de Cadés, se dissimule derrière les sommets hébroniens par les rubans limoneux du fleuve ; il se repose un instant aux collines de Jérusalem et d'Hébron, et ne s'arrête qu'à la ligne brumeuse de la Méditerranée. Il voit distinctement les sommets ari des de l'Hébal et du Garizim, la trouée riante de Naplouse, le cône boisé du Thabor et les flancs torréfiés du Gelboé. Au Nord, dans un demi-crépuscule, apparaissent les forêts touffues de Basan, la crête blanchie de l'Hermon ; au Sud, les monts de Moab et de Seir profilent leurs contours à teinte rose, tandis qu'à l'Est s'étend, à perte de vue, une immense mer d'épis.
« Tout cela se voit assez distinctement ; quant au panorama offert au législateur d'Israël, il présentait des dimensions plus considérables ! Aussi devons-nous supposer que la vue de Moïse était plus percante que la nôtre — ce qui est douteux — ou que le Seigneur a reculé les bornes ordinaires de l'horizon pour le rayon visuel de son serviteur . » C'est ce que reconnait un topographe plus exercé : « Si vaste qu'il soit en réalité, ce panorama, que Vigny a immortalisé par le début de son poème sur Moïse, n'embrasse pas tout ce que le texte énumère. A 30 kilomètres au Nord, le regard s'arrête à la montagne d'es-Salt. Du Nébo, l'œil peut atteindre les hauteurs d'Adjloun, mais, de là jusqu'à Dan, il reste 175 kilomètres encore à vol d'oiseau. On note, en outre, que le qui lui servent de point de départ. Au premier plan se développe le bassin inférieur du Jourdain depuis l'ouady Far'a et se continue par la moitié septentrionale de la mer Morte (Kikkar). La coupure du grand fossé ne se devine que confusément, au nord de Sartabeh et au sud du Ras Mersed. Du haut du djebel en-Nébà, on peut distinguer Engaddi. En somme, de l'étendue signalée par le texte scripturaire, ce qui tombe sous la vue directe est moindre que la portion vue pour ainsi dire par concomitance ?, » Tel est le spectacle que Moïse a eu devant les yeux et dont la pèlerine Etheria voulut jouir à son tour. C'est pour avoir cette satisfaction qu'elle organisa la caravane que nous avons vue la suivre au Nébo. Un prêtre et des diacres accompagnés de quelques moines la suivaient depuis Jérusalem, mais ce fut le prêtre rencontré à Livias qui servit de guide. Chemin faisant, la petite troupe se grossit de nombreux ermites, enchantés de faire l'excursion du Siägha. Rejoignons-les : Pervenimus ergo ad summilatem montis illius, ubi est nünc ecclesia non grandis in ipsa summitate montis Nabau. Les ruines de cette installation existent encore, Des murs ou plutôt des écroulements de pierres 1088 « -— 1069 taillées limitent une plateforme allongée d'Est en Ouest. Vers l'Occident, à l'intérieur, se dessine le plan d'une église dont les colonnes, couchées, sont à demi ensevelies dans le sol (fig. 8810). Deux spécimens de chapiteaux, l'un en faux ioni que, l'autre à feuillage sommairement dentelé, donnent une idée de la rusticité de ce sanctuaire. Le vaisseau était précédé d'un petit atrium ou d'un porche avec perron d'où l'on contemplait le panorama. Sur les côtés, on remarque des citernes, un réservoir à ciel ouvert et les restes de la résidence du paramonarios ou desservant de l'église et l'abri pour les pèlerins. » Une fois rendue dans cette église avec sa caravane, Etheria questionne : Inira quam ecclesiam, in eo loco, ubi pulpilus est, vidi locum modice quasi altiorem tanlum hispatii habentem quantum memoriæ solent habere. Tunc ergo interrogavi illos sanctos, quidnam esset hoc, qui responderunt : hie positus est sanctus Moyses ab angelis, quoniam, sicut scriptum est « sepulturam illius nullus hominum scit » : quoniam certum est eum ab angelis fuisse sepultum. Nam memoria illius, ubi posilus sit, in hodie [non] ostenditur ; sicul enim nobis a majoribus, qui hic manserunt, ubi < positus sil = ostensum esl, ila et nos nobis monstramus, qui et ipsi tamen majores ila sibi Iradilum a majoribus suis esse dicebant. [la que ergo mox facta est oralio, el omnia qua in singulis Locis sanctis per ordinem consueveramus facere, etiam el hic facia sunt : el sic cepimus egredere de ecclesia.
Après avoir satisfait au devoir de la dévotion, toute la caravane sort de l’église pour admirer le panorama.
Tunc aulem qui erant loci nolores, id est presbyteri vel monachi sancti, dixerunt nobis : Si vullis videre loca quie scripla sunt in libris Moysi accedite foras hostium ecclesise el de summitate ipsa, ex parte tamen ut possunt hinc parere, attendite et videte, el dicimus vobis singula, qui sunt loca haec, quæ parent. Tunc nos gavisi satis statim egressi sumus foras. « On se préservera de toute confusion, fait remarquer le P. Abel, en notant au préalable que l'illustre voyageuse, étant tournée vers l'Occident, avait le Sud à sa gauche et le Nord à sa droite. Sa description débute par le spectacle qui se trouva devant elle : Nam de hostio ipsius ecclesiæ vidimus locum, ubi intral Jordanis in mare Morluum, qui locus subter nos, quemadmodum stabamus, parebat. Vidimus etiam de contra non solum Libiadam, quæ citra Jordanem erat, sed et Jericho, quæ trans Jordanem ; lantum eminebat excelsus locus, ubi stabamus, id esl ante hostium ecclesise. Maxima eliam pars Palestina, qua est Terra repromissionis inde videbalur, nec non et omnis lerra Jordanis, in quantum tamen poterat oculis conspici, On regarde au Sud : In sinistra autem parte vidimus lerras Sodomilum omnes nec non et Segor, quæ lamen Segor sola de illis quin que in hodie constat. Nam el memoriale ibi est, de celeris autem illis civitatibus nichil aliud apparet nisi subversio ruinarum, quemadmodum in cinerem conversi sunt.
Il est ensuite question de la stèle de la femme de Loth. Locus etiam, ubi [uit titulus uxoris Loth, ostensus est nobis, qui locus etiam in scripturis legilur. Sed mihi credite, dominæ venerabi les, quia columna ipsa jam non paret, locus autem ipse tantum ostenditur ; columna aulem ipsa dicitur mari Mortuo fuisse cooperta. Cerle locum cum videremus, columnam nullam vidimus, el ideo fallere vos super hanc rem non possum. C'est l'évêque de Ségor qui a donné ce renseignement à Etheria : la mer Morte a, depuis plusieurs années, recouvert la stèle en question : Nam episcopus loci ipsius, id est de Segor, dixit nobis, quoniam jam aliquot anni essent, a quo non pareret columna illa. Nam de Segor forsitan sexto miliaro ipse locus < est >, ubi stetit columna illa, quod nunc totum cooperit aqua. Il faut rendre hommage à la sincérité de cet évêque.
Maintenant tout le groupe des visiteurs se range
NÉBO
1070 contre le mur septentrional de l'église. Item de dextra parte ecclesiæ, a foras lamen, accessimus el ostensæ sunt nobis inde a contra duæ civitates, id est Esebon, quæ fuit regis 5àeon regis Amorreorum, qui nunc appellatur Exebon, el alia Og regis Basan, qua nunc dicitur Sasdra. Item de eodem loco ostensa est nobis a contra Fogor, quie fuit civitas regni Edom. 'Tout ceci n'est vrai que d'une façon approximative, mais Etheria n'y regarde pas de si près ! Lorsqu'on se souvient que du Sinai elle apercevait la Méditerranée et la Palestine, on est tenté de ne pas être trop sévère à l'égard des loci notores qu'elle aura bien pu écouter d'une oreille complaisante. Esebon qu'on lui a fait voir se trouve à 10 kilomètres, mais à 2 kilomètres de là la hauteur d'elA/ barre la vue et empêche de voir Og. Quant à Fogor, il se trouvait dans le rayon visuel, mais ne pouvait appartenir au royaume d'Edom. Hæ autem civila les omnes, quas videbamus, in montibus erant posite infra autem modice deorsum planior locus nobis pidebatur. Tunc diclum est nobis, quia in isdem diebus, qua sanctus Moyses vel filii Israhel contra illas civitates pugnaverant, castra ibi fixa habuissent : nam et signa ibi parebant castrorum. Sane — de = illa parte montis, quam dixi sinistra (rappel de ce qui a été dit plus haut) quee erat super mare Morluum, ostensus es ! nobis mons præcisus valde, qui diclus est ante Agrispecula. Hic es ! mons, in quo posuit Balac filius Beor Balaam divinum ad maledicendos filios Israhel et noluit Deus ita permittere, sicut scriptum est. Ac sic ergo visis omnibus, quae desiderabamus, in nomine Dei revertentes per Jericho et iter omne, quod jueramus, regressi sumus in lerusolimarm !.
L'origine des constructions vues par Etheria est connue grâce au récit de Pierre l'Ibére dont voici le récit :
« Nous apprimes des moines qui habitaient sur cette montagne que ceux qui construisirent le monastère avaient la pleine conviction que le corps de saint Moise avait été déposé en ce lieu, que le temple était bâti, que l'autel et le sanctuaire s'élevaient au-dessus de l'endroit même, et qu'au-dessous du sanctuaire, il y avait un vase d'huile et de cendre. Comme il est dit dans le Livre saint : « Moise, le serviteur de Dieu, mourut * dans la terre de Moab selon la parole du Seigneur, « et fut enterré dans ce pays, à côté de Beth-Peor, et « personne ne connait son tombeau jusqu'à ce jour. » Ils nous racontèrent qu'un berger de Nébo, village situé sur le côté méridional de la montagne, en faisant paître son troupeau, l'amena jusqu'en ce lieu. Arrivé là, il eut une vision et vit une caverne très grande, remplie d'une vive lumière et de laquelle s'échappait une suave odeur. Il était dans l'étonnement, car il n'avait jamais vu rien de semblable en ce lieu. Fortifié par la vertu divine, il osa descendre dans la caverne. Il vit un vieillard vénérable, dont le visage était resplendissant et qui était plein de la grâce divine et reposait sur un lit, tout brillant de gloire et de grâce. Il comprit que c'était saint Moïse, Hempli de crainte et de joie, il courut avec empressement au village pour faire connaître sa vision aux habitants du lieu. Aidé par la sagesse divine, il rassembla de petites pierres qu'il parsema sur sa route dans la crainte de ne pouvoir retrouver l'endroit de la vision. Les habitants du village, en apprenant cela, se rassemblèrent tous, et coururent à la caverne où s'était manifestée la vision. Le berger prenait Dieu à témoin et disait : C'est en cet endroit, où sont placés ces cailloux, que j'ai vu la vision. Je suis descendu dans la caverne et j'ai vu le saint prophète, et j'ai semé ces cailloux, afin que, si par l'ordre de Dieu, le prophète de Dieu se cache de nouveau, ils indiquassent du moins l'endroit. » « Ainsi ils furent persuadés, et beaucoup d'autres
saints également, de la réalité de la vision. Les habitants du pays s'empressérent d'amener là tout ce qui est nécessaire pour une construction. Un temple fut bâti sous le vocable du grand prophète et législateur. Manifestement et sans aucun doute, il proclame à tout le monde sa bonté et sa puissance par les prodiges, les miracles et les guérisons qui s'accomplissent continuellement dans ce lieu. C'est un lieu de guérison pour les âmes et les corps, un lieu de refuge où accourent de toutes parts ceux qui sont éprouvés par les afflictions de l'âme et les douleurs diverses. » Les moines qu'Etheria, vers 390-395, questionna et ceux qu'interrogea Pierre l'Ibére vers 430, ne doutaient pas que l'église ne recouvrit le corps de Moïse !, L'Écriture parlant de Moïse semblait couper court à de pareilles légendes puisqu'elle disait : « Nul homme jusqu'à ce jour n'a connu le lieu de la sépulture [de Moïse]. » Mais une communauté n'hésitait pas à s'inscrire en faux contre cette affirmation et ne pouvait invoquer que le témoignage d'un berger. Le Deut., xxiv, 4, avait bien indiqué, pour cette sépulture, la vallée en face de Beth-Peor, localité voisine du sanctuaire de Baal-Peor, vallée correspondant à l'ouady Ayoun Moussa.
La présence d'une grotte creusée dans la montagne sur laquelle mourut Moïse semble être un détail en relation avec II Macch., 11, où il est dit qu' « on trouve dans les archives publiques que Jérémie commanda aux émigrés de prendre le feu..., etc. Puis il fit emporter le tabernacle et l'arche d'alliance et se rendit à la montagne sur laquelle Moïse était monté et d'où il avait vu l'héritage de Dieu. Jérémie entra dans la grotte, y plaça la tente, l'arche et l'autel des parfums et en boucha l'entrée. Quelques Juifs voulurent remarquer ce lieu, mais ils ne purent le retrouver. Jérémie l'apprit, les en blâma et leur dit que ce lieu demeurerait inconnu jusqu'à ce que Dieu eût rassemblé la famille de son peuple dispersé et qu'il lui eût fait miséricorde : alors seulement il découvrirait l'arche. » L'anecdote du berger et le récit haggadi que qu'on vient de lire constituent deux jalons importants de l'histoire cultuelle de Pisgah.
Le mont Nébo semble devoir son nom au dieu babylonien Nabon ou Nébo. L'astrologie chaldéenne assimilait Nabon avec la planète Mercure, en sorte que Nabon serait un dieu du trafic dont le culte aurait été propagé par les caravanes de marchands babyloniens. Ou bien il se peut que ce nom de Nébo ait été vulgarisé par les commerçants de l'Arabie méridionale épris de certaines dévotions babyloniennes. En réalité, on s'ingéniait à découvrir des explications et à proposer des identifications quand, le 13 novembre 1863, F. de Saulcy, revenant de Mā ‘in, apprit de son guide que la montagne en face de laquelle il arrivait s'appelait djebel en-Nébà. Le mont Nébo était retrouvé.
H. LECLERCQ.
NEBY SAMOUIL. — I. Le site. II. L'église. LIT, La crypte.
I. LE site, — L'Écriture nous apprend que Samuel fut enseveli dans sa propriété de Råmå ?, sur la montagne d'Éphraim, qui n'est autre que l'Arimathie des récits évangéliques ?, Eusèbe et saint Jérôme identifient cette localité avec Remphis ou Remfthis, aujour- « « d'hui Rentis, située à une quinzaine de kilomètres au | nord-est de Lydda. Cependant, le souvenir de Samuel est rattaché aujour d'hui au Neby Samouil par suite, peut-être, de l'invention d'un corps qui fut faite en ce lieu, Sous le régne d'Arcadius (395-408), les ossements du prophète Samuel furent transportés en Thrace‘, Ce fut, suivant les procédés de ce temps, une translation solennelle environnée de toutes les acclamations à la - manière orientale. Saint Jérôme aurait bien dû nous. apprendre le point de départ du cortège, il ne l'a pas fait, mais on peut croire qu'invention et transport furent funestes à la tradition localisée à Rentis et contribuérent à accréditer l'identification de Råmå avec Neby Samouil. Déjà au vr ? siècle, on n'en doutait | guère et Theodosius écrit que de Hierusalem in | Ramatha ubi requiescit Samuel milia V, par conséquent 7 kilométres et demi environ. Or cette distance est pres que exactement celle qui sépare Jérusalem de Neby Samouil. Il faut croire que tout le monde n'était pas convaincu de la réalité de la translation puisqu'on continuait à vénérer les reliques en Pa les- | tine. Peut-étre, ainsi qu'il est arrivé souvent, consi. dérait-on la partie pour le tout et le lieu de la sépulture pour les débris du corps qu'elle avait contenu, Quoi qu'il en soit, un monastère s'était établi sur ce point pour garder, à tout le moins, un souvenir ; les |. moines ne se laissaient pas oublier et sollicitaient tantôt une chose tantôt une autre : Justinien leur accorda |— un mur d'enceinte et un puits . Arculfe dit quelques \ mots de cette localité : « D'Aelia, vers le Nord, jusqu'à « la cité de Samuel qui s'appelle Armathem, on remarque un pays rocheux et raboteux par interval les et des vallées épineuses qui s'étendent jusqu'à la région. Tamniti que ?*. » A cette période préislami que ap parLiennent deux tombe aux taillés dans le roc et s'ouvrant sur la déclivité nord-ouest de la montagne. L'un d'eux porte une croix au-dessus de son ouverture.
Il n'est pas douteux que les moines du temps de Justinien, établis à Neby Samouil, n'aient eu la garde d'une tombe sainte abritée par une église dont nous ne pouvons dire gran d'chose, mais qu'il n'est pas possible de passer sous silence. Nous pouvons en savoir ce que deux archéologues nous en ont appris *.
Meby Samouil se trouve dans une situation exceptionnelle, c'est « sans contredit le plus beau point de vue de la Judée ». Des vignes et des figuiers, deux sour ces, dont l'une se trouve au nord de l'ancienne église et l'autre à dix minutes au Sud-Est ; un sol maigre laissant affleurer le roc pres que partout. Tout cela n'attirait guère les musulmans et on ne peut affirmer qu'ils aient occupé la bourgade avant les croisés. Ceux-ci, à leur arrivée, donnent à ces lieux les noms de « Saint-Samuel » et de « Monjoie » ; ce dernier vocable s'expli que par le fait qu'en arrivant sur ce sommet, on découvrait Jérusalem et la coupole du Saint-Sépulcre, On sait que Baudouin II, roi de Jérusalem (1118-1131), offrit à saint Bernard le site de Saint-Samuel, mais l'abbé de Clairv aux le pria de reporter cette faveur sur les prémontrés. En 1157, Saint-Samuel possédait son église fran que et son cimetière.
Le culte de Samuel s'était fidèlement conservé. En 1106, l'hizouméne Daniel mentionne « une montagne trés haute prés de Jérusalem, à droite en venant de Jaffa : cette montagne porte le nom d'Armathem 1073 [Arimathie, Ramathem]. Sur cette montagne se trouvent les tombe aux du saint prophéte Samuel, de son pére Elkan et de Marie l'Égyptienne... Cet endroit est entouré d'une muraille !. » Pour les voyageurs, Théodoric (1172) et Benjamin de Tudèle (1173), Rámà n'est pas différent de Silo. « A Silo, dit le premier, le prophète Samuel fut enseveli ; c'est pour quoi le nom ancien en a été changé en celui de Saint-Samuel, oü se trouve une congrégation de religieux appelés moines 1 gris ?. » Jean de Wirzbourg, en 1165, désigne SaintSamuel sous cette rubri que : Mons Silo, el civitas, qua est Rama. En 1187, les moines fuient à SaintJean-d'Acre à l'approche de Saladin ; en 1192, Richard Cœur de Lion fait un séjour de quelques heures seulement. « Le rei erra tant, dit un contemporain, qu'il vint à Saint-Samuel, que l'en apele la Montjoie qui est prés de Jérusalem à deux liues. Enssi com le rei fu la, et il estoit dessendu, por ce que il avoit vu la sainte cité de Jérusalem, por faire ses oraisons ; car ce est l'usage de tous les pelerins, qui vont en Jérusalem, qui illucques aorent avant, por ce que d'illucques voit l'on le Temple | — et le sépulcre 5, » En 1283, Saint-Samuel est toujours dit pour Silo, au dire de Burchard, qui y voit « la plus haute de toutes les montagnes qui sont en Terre sainte, quant au site ». Au xvit siècle, les Juifs faisaient à la Pentecôte un pèlerinage annuel aux tombe aux de Samuel et de ses parents qui se trouvent « dans un caveau fermé au-dessus duquel on a construit de be aux édifi ces ». Au siécle suivant, nous possédons une description du sanctuaire, tracée par le P. Nau en 1674 : « Nous arrivasmes enfin, écrit-il, à la montagne de Samuel. C'est Ia plus haute de toutes cel les qui sont aux environs de Jérusalem ; aussi la découvre-t-on de bien loin. Sur la croupe l'on voit encore une église assez entiére, bastie de bonnes pierres et bien voûtée. Elle est profanée par les infidel les qui en font une étable. Il y a au bout un escalier, par où l'on monte en diverses chambres ou cellu les. La porte, par oü l'on entre au sépulcre de Samuel, est auprès de cet escalier du côté du Midy. Ce sépulcre est dans un lieu fort obscur, où l'on descend par cinq ou six marches. Je n'y entray pas, parce que cela est rigoureusement défendu aux chrestiens. Néanmoins un religieux, et quelques Anglois, qui ne scavoient pas cela y allérent, et virent tout à la faveur de deux ou trois bougies, que les ^ Turcs qui accompagnoient M. l'Ambassadeur y avoient laissé allumées. Ils ne virent qu'un grand sépulcre couvert de bois, et attaché à la muraille et orné de costé et d'autres de quelques colonnes , » Depuis cette épo que, l'église a eu fort à souffrir ; en 1883, les officiers anglais qui en ont levé le plan n'ont pu reconnaitre que la nef septentrionale avec le transept . Quelques années auparavant, V. Guérin s'était complétement mépris sur l'orientation primitive du monument %, En 1911, l'iman chargé de la garde du tombeau de Samuel obtint l'autorisation de restaurer le sanctuaire, et les trav aux entrepris dans ce but eurent « cela de bon qu'ils mirent à jour la plus grande partie des fondations de l'ancienne église. On peut donc aujour d'hui se faire une idée plus exacte qu'autrefois du monument des croisés, quoi que certains points restent encore obscurs ? » Ceci devrait rester en dehors de notre travail, mais comme il n'est guère possible de parler clairement de la crypte sans dire quel que chose de cette église on ne nous reprochera pas ces détails (fig. 8811).
1074 II. L'ÉGLISE. — « L'église bâtie en 1157 avait la forme d'une croix latine, terminée à son chevet, à l'Est, par une abside. Elle mesurait à l'intérieur des murs 36 métres de long sur 7 m. 70 de large, d'un pilastre à l'autre ; la largeur du transept était de 23 m. 50. Elle ne semble avoir eu qu'une nef avec une annexe au Nord. La grande porte d'entrée et tout le cóté méridional jusqu'au transept ont été refaits sur une hauteur de 2 ou 3 métres avec de vieux matéri aux et sur les anciens soubassements, qu'on affirme avoir été respectés partout. A l'intérieur du monument, du cóté sud, l'assise inférieure, méme entre les pilastres,
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semble primitive, ce qui exclut la possibilité d'une nef méridionale. De cha que côté de la porte on retrouve encore en place deux bases de colonnettes.
:L'annexe nord possède encore sa voûte d'arête avec des arcs-doubleaux qui viennent s'appuyer sur des colonnettes coudées sortant du mur. Une porte large de 1 m. 05 conduit de l'annexe dans la partie médiane nord du transept. Celle-ci est occupée par deux étages de chambres qui servent d'habitation au gardien de la mosquée et à sa famille. Le bras méridional du transept constitue en ce moment la mosquée proprement dite. Sa voûte à arc brisé, avec une petite coupole au centre, est, croyons-nous, purement arabe. Du reste, toute cette partie du transept paraît avoir été fortement retouchée par les Arabes. Il y-a en tout cas quelque chose qui frappe au premier abord et qui n'est pas du tout naturel, c'est la différence entre les deux bras du transept. L'un des deux a dû être refait ; on ne s'explique pas autrement la présence des arcs-doubleaux d'un côté et non pas de l'autre. Les deux pourraient même avoir subi quelques modifications dont les déblaiements ultérieurs permettront peut-être de se rendre compte. On remarquera l'irrégularité des gros pilastres d'angle dans le mur méridional. Celui de
NEDJEB 1076 chambre, il y en a une seconde, assez irrégulière et beaucoup plus réduite, mesurant en moyenne 3 m. 50 de long sur 2 m. 60 de large. On y descend par une marche. Une troisième chambre enfin est située à l'est de la première, à un niveau de 0 m. 70 au-dessus de celle-ci (fig. 8813). Sa plus grande largeur est de 4 m. 90 et sa profondeur de 3 m. 30. Tout ce souterrain est éclairé par une petite lucarne ouverte vers le centre de la voûte de la grande salle ; il y avait une lucarne identique au-dessus du cénotaphe, mais celle-ci est actuellement bouchée, € Les murs sont stuqués et il est difficile de se rendre compte de l'appareil. Vraisemblablement, il y avait là, à l'origine, une tombe comprenant plusieurs salles creusées dans le roc. Lorsque la tradition du tombeau de Samuel prit de la consistance, à l'époque byzantine, lors des travaux de Justinien, peut-être même avant, l'angle sud-est sort beaucoup plus que l'autre et semblerait avoir été fait pour supporter le minaret placé au-dessus. S'il en était ainsi, il faudrait voir dans toute cette partie une restauration musulmane.
« De l'abside, on n'apercevait que la première pierre, à l'angle nord, mais l'imam assurait que, sous les décombres, le demi-cercle se poursuit sans interruption et il se proposait de le dégager tout entier. »
III. LA CRYPTE. — « La partie la plus intéressante et la plus ancienne du monument est sans contredit la crypte. La porte qui y donne accès ouvre dans l'annexe nord ; son sommet est à 1 m. 32 au-dessus du sol actuel. En se laissant glisser le long d'un mur tout récent, haut de 1 m. 30, et destiné à retenir les décombres amoncelés dans la salle, on est sur un escalier ancien dont cinq marches, larges de 0 m. 27 et hautes de 0 m. 17 sont encore visibles. Après ces cinq marches, il y a un petit palier de 0 m. 85 de large formé vraisemblablement par des décombres ; à gauche, dans le mur, une niche. On descend un ressaut de 0 m. 50 et, franchissant une seconde porte, on se trouve dans la crypte. Celle-ci peut être divisée en trois parties. D'abord une grande salle centrale, longue de 7 m. 50 et large en moyenne de 5 m. 90. Elle est couverte d'une voûte d'arêtes très irrégulière, haute de 2 m. 85, au centre, supportée par quatre pilastres de 0 m. 90 sur chaque face. Vers le fond de la salle, à l'Ouest, se trouve le cénotaphe long de 2 m. 87 et large de 1 m. 52 (fig. 8812). A l'angle nord-ouest de cette première
on convertit en un petit sanctuaire le monument primitif ; on fit une chapelle souterraine, abritée sans doute par un édifice beaucoup plus considérable, » Il n'est pas possible de déterminer, dans la crypte actuelle, la part des Byzantins, celle des Francs, et celle des musulmans. « La salle centrale est celle qui a dû subir les plus grandes modifications. Celle de l'angle nord-ouest, assez irrégulière, a beaucoup plus de chances d'être restée presque intacte. »
H. LECLERCQ.
NÉCESSAIRE DE TOILETTE. — Voir
NMEDJEB. — I. Hypogées-cavernes. II. Citadelle et ville byzantine. III. Églises et monastères. IV. Épigraphie.
I. HVPOGÉES-CAVERNES. — Au Sud, la Judée débute par un désert. Une faille dirigée à peu près est-ouest, abaisse, au delà d'Hébron, tout un compartiment ainsi voué à la sécheresse, bien au-dessous du plateau. C'est le Nedjeb, pays brûlé, tout en collines basses et arrondies, descendant lentement vers la mer. Là, à 23 km. sud-sud-ouest d'Hébron, s'est jadis élevé Abdeh. Dans ce pays, déjà vide à l'époque chrétienne, pullulèrent les ermites, s'abritant dans des grottes au-dessus d'escarpements presque inaccessibles, « Dans la plaine, où la roche est à peine recouverte d'une couche de terre végétale qui nourrit quelques touffes d'absinthe et de petits arbustes épineux, aussi gris que le sol, des vestiges
Là 1 i ; f 1077 d'un clos en pierres sèches signalent les antiques installations de cultures, Toute la colline qui, sous la couche de silex de surface est d'un calcaire blanc très mou, avec quelques veines plus dures, est percée de grottes — trois cent cinquante à quatre cents ont été visitées — qui paraissent, à l'origine, avoir été creusées par assises horizontales et toutes sur un plan analogue avec des proportions très variées : une sorte d'atrium qui devait être largement ouvert à l'extérieur et autour duquel rayonnent des chambres qui s'enfoncent à des profondeurs très variées au cœur de la montagne. Presque partout, le plafond de la pièce antérieure de ces hypogées antiques, dont beaucoup ont été transformés en habitations chrétiennes, modifiées encore en quelques cas à l'époque arabe, s'est effondré sous la pression des édifices installés au-dessus ou par suite de quelques secousses sismiques et l'exploration a été rendue fort difficile. Parmi ces cavernes, une surtout attire : complètement isolée au sud des ruines, elle s'ouvre par une large baie cintrée presque sous la crête de la colline. Une construction appareillée, accrochée habilement contre la fente, ornait cette entrée, derrière laquelle est aménagée dans le roc une vaste chambre funéraire ; on a l'impression de pénétrer dans un des grands hypogées de Pétra, mais tout bouleversé : aucune sépulture intacte, nulle part un signe ; à l'entrée seulement quelques traces d'ornementation sculpturale !, » Nous n'avons pas à nous occuper du site d'Abdeh, l'antique Eboda ; posée sur une colline en forme de promontoire très saillant à l'extrémité orientale de louady Figreh et qui domine la plaine d'environ 100 mètres. Le plateau supérieur, relativement uni, offrait l'assiette d'une ville que la situation rendait inexpugnable, ce qui n'empêcha pas les Byzantins d'y construire des ouvrages de défense ; l'eau manquait d'ailleurs et on s'épargna la peine de creuser des citernes ; on aménagea quelques bassins peu considérables, aujourd'hui comblés.
Les vivants qui s'installèrent dans les excavations creusées vers le centre de la paroi occidentale de la colline ne firent que s'approprier les demeures des morts : les remaniements opérés laissent visible la trace des loculi et de larges fosses funéraires surmontées de hautes niches à la façon nabatéenne. « Très souvent les niches primitives à stèles, si communes à Pétra, ont été utilisées en guise d'armoires, Elles sont généralement demeurées intactes, à l'exception du cippe en relief dans le fond ou du groupe de cippes toujours supprimé, mais la plupart sont faciles à reconstituer malgré les dégradations.
Nous pouvons omettre, à mi-hauteur de la colline, une grossière caricature dans une excavation et presque au même niveau, droit au Sud et sous l'angle de la citadelle, un monument de tout autre caractère est à signaler. Au fond d'un atrium, une très large baie en plein cintre, puis, derrière, une salle à peu près 1078 carrée, divisée en deux sections. En guise de consoles, pour soutenir les angles des plafonds, des espèces de mascarons en haut-relief, une tête de bœuf, une autre de chat ; au centre du cercle, une croix inscrite dans un cercle. Sur la grande baie du fond de l'atrium, la décoration se distingue par la gaucherie des sujets et l'enchevêtrement des graffites grecs. Deux lignes de graffites en grands caractères de couleur rouge : au-dessous, un personnage en costume militaire, aux bras étendus, tenant de la main droite une longue croix. Un second registre contient une sorte d'écusson ovale où se dessine une croix irrégulière cantonnée de deux croisettes ; puis un chameau aux proportions ridicules portant une grande selle vide et suivi d'un pauvre mannequin aux vêtements sommaires. Au-dessous, avec plus d'ampleur, un saint Georges avec ses inévitables accessoires, terrassant un dragon à l'allure comique ; quelques signes semblent donner le nom l'egyroc. Tout le champ à gauche du personnage supérieur est occupé par une formule déprécative : Kopie, Bonni AcÜovx xai AGxoxovcx c olxa cou Bón. Entre le chameau et saint Georges, deux lignes d'un air plus cursif, peut-être : ? ouxAv ;c Ixxvv ? Le &ytoc coo COzóScpos qui suit est à peu près sûr. Cet hypogée a-t-il été transformé en sanctuaire sous le patronage des deux saints militaires par Aphtona et Abaskanta ? Ap0ovx reparaissant sous la forme A« c0svæv, rapproché de 46oxxvcoc, « à l'abri de tout mauvais œil », ramène à &oovoc. « riche », « copieux », « à l'abri d'envie », et fait songer à quelque formule destinée à préserver du mauvais œil un soldat pour le nom duquel on pourrait proposer : OôtAns »Ievv[ou] *. »
II. CITADELLE ET VILLE BYZANTINE. — A l'extrémité occidentale du plateau et sur les escarpements du mole central on relève la présence d'une citadelle aux murailles encore relativement bien conservées : t quelques édifices publics réunis dans une enceinte attenant à la forteresse et divers quartiers s'abritant sous les remparts. Le tout parait d'origine byzantine. La ruine systématique est évidente et les matériaux ont dû être employés à la construction de la citadelle.
“ De la ville, à signaler le tracé ingénieux d'une enceinte, une petite église et les débris d'un grand escalier en lacets. Les maisons sont d'une construction très négligée ; à peine quelques motifs d'ornementation de la plus élémentaire architecture.
1079 entière porte l'empreinte déterminée d'une époque : on dirait volontiers du ve ou du vit ‘siècle. A l'Ouest, la forteresse est limitée par un gros mur de structure plus négligée que tous les autres et fort ruineux, on croit y voir une porte flanquée de deux saillants.
« A l'intérieur du rempart, un grand réservoir quadrangulaire de 8 mètres sur 10, qui a dû être couvert ; tout auprès, de grandes auges de pierre ; à l'angle nord-est, un bassin plus petit, qui a gardé presque intact son plafond. A côté se voient les assises inférieures d'une édifice attaché au mur septentrional, de 10 m. 10 de long sur 8 m. 60, construit en bel appareil ; un fragment de corniche est le seul détail relevé parmi les ruines avec de menus morceaux de | marbre et un galet de silex sphérique, mais aplati aux | axes et poli, apparemment un poids. Plus intéressant est un gros rocher, conservé alors qu'on évidait toute une masse aux abords pour créer la cour, avec ses deux gradins irréguliers, ménagés sur une des grandes faces et sa petite plate-forme supérieure ; peut-être une manière de petite tribune destinée aux proclamations militaires. Les romanistes en décideront. » III. ÉGLISES ET MONASTÈRES. —« La partie occidentale offre un aspect tout différent ; à l'intérieur de l'enceinte de structure très imparfaite s'entasse une série d'édifices fort divers : deux églises, un groupe de chambres qui pourrait avoir été un monastère, les vestiges d'une colonnade avec une porte monumentale.
: L'autre église, de proportions moindres, était de plus riche ornementation et de plus élégante structure.
« Le reste n'est qu'un chaos de ruines où l'on a pu enregistrer quelques citernes, spécialement au dehors de l'enceinte sur le premier escarpement de la montagne !. » IV. ÉPIGRAPHIE, — « La plupart des textes recueillis ne sont que de lamentables débris. A une ou deux exceptions près, ce sont des épitaphes dont tout l'intérêt consiste en quelques noms et dans le libellé des dates, On notera, pour permettre de reconnaître le lieu d'origine d'une inscription, que la majeure partie des textes connus de Bersabée sont gravés en lettres plus ou moins fleuries sur des dalles de marbre. A Houhaibeh, à Shaita, à Khalasah, au contraire, tous sont inscrits sur des stèles calcaires, qui ont d'ailleurs en chaque localité un caractère nettement distinctif.
« Evüz8e nareréün ó axdproc IIézpoc £v unvi Apteolov x' två. y’.
Le mois d'Artemisios commençait le 21 avril, selon notre manière de compter.
« Ici repose aussi le bienheureux Abraham, médecin, mort le 8 du mois de mai [qui est] le 18 d'Artemisios, en la XII* indiction, l'année 365. » Ce médecin est mort le 8 mai 564 après J.-C.
39 Bersabée, dans une cour, dalle de 0 m. 90 sur 0 m. 32, haut. des lettres, 0 m. 025 :
+ Oerodôrou naic clu l'eGpyuoc, AG ue Morpa »Ecbecev év veôrnn yéov ð neema Tox Koi Ocio ue’ Enere 6c w Erpepev ÉCÜAX 8 :8dEac.
| « AXE. 5 Tôv yAuxeoôv yuplevra l'eopyrov Tjóve Abyvov »EocGece Moip' don mrvurôv ( ?) mails] &yyr Ôë [rx [rx] ou Ketta, véoc Daélov « EAtxowioz 66 Yyevectrjot Kai Oele uel’ Exevcx yéov mord Sdxpuv &otjxev + Ivô. 16 £c[ouc] en + óXc &vxnaxóo cs dpmavé uoo ligne 6, fautive : on lit rœiv'et réumrov.
« T Je suis Georges, fils de Theïodote. Or la destinée m'a éteint dans ma jeunesse et j'ai laissé ensuite le deuil à mon père et à mon oncle qui m'avait nourri et m'avait donné une excellente éducation. — Autrement.
* Une destinée funeste a éteint le doux et gracieux Georges, charmant enfant, ainsi qu'une lampe. Ce je une Phaéton d'Hélicon repose auprès de son grand-père, lui qui a laissé après lui à son père et à son oncle le deuil et d'abondantes larmes + : Indiction XII, A 18 ans + Que le Christ te donne le repos, mon orphelin. » | lettres, 0 m. 035.
OCAYTON ANA TAYCHAMHNAN HITAHEMMHNIAYCTPOY IA
INSAËKA + 'Ev0z8e xeic(at) ó uaxdoroc Evuuayie xal G(só)c | moro varaion »Auf. « Av(elran E(v) tvi. Adorpou tÒ’, tv. 9 ». E. xx.
« f Ici repose feu Symma que. Que Dieu lui donne le repos ! Amen. Il est mort au mois de dystros, le 14, en la IV* indiction, à 21 ans. » rpwTouaprupos [Xc&g&vo . Ù x« i TOTOG TOU A6]pxxp Zeounpo e] vÉduevou £xctoxv Peut-être la dédicace d'un édifice religieux ; il est vrai que 7ózoc peut n'indiquer qu'une tombe. long. 0 m. 50, haut. des lettres, 0 m. 02 à 0 m. 04 :
+ 'Aver&n fj uxxople « Avxocraola »Emocyopévov à iv. y« £couc ucó' + « Date à calculer d’après le calendrier gréco-arabe et une ère à déterminer. Dans ce calendrier, le 4 jour des épagomènes correspond au 20 mars. Reste à trouver une ère dont la 494° année se place au 20 mars dans l'indiction IIIE. On a songé à l'ère de Gaza, inaugurée le 28 octobre 61 av. J.-C. ; mais au 20 mars 494, on était encore dans l'indiction Ile. Ne peut-on supposer 1080 — f d | | D > A 4 rg Eh « 1. E » g 1081 NEDJEB plutôt tout simplement qu'employant un calendrier arabe, on a fait usage aussi de l'ére nationale ? Or, en recourant à l'ére d'Arabie, calculée à partir du 22 mars 106 apr. J.-C., le 4 jour épagoméne 494 devient le 20 mars 600 apr. J.-C., correspondant bien à l'indiction III 1, » 79 Rouhaibeh. — Stéle, manque le sommet, dimensions 0 m. 40 x 0 m. 35, haut. des lettres, 0 m. 03 : ee. Zréplavoc ?] Suxx(ovog) èv un(vi) A(x)o(ioo) 10^ ivô(LxTrwvog) y' Étouc o5.
« … Étienne diacre, au mois de daisios, le 19, indiction IIIE, l'an 463. » « Le 19 daisios gréco-arabe correspond au 9 juin et l'année 463 de l'ére arabe va du 22 mars 568 au 21 mars 569 pour entrer dans l'indiction III. Aucune autre ère n'offre d'ailleurs une concordance plus
NEF. — En étudiant ce qui a trait au symbole du navire (voir ce mot) chez les chrétiens nous avons dit qu'il avait de bonne heure symbolisé l'Église du Christ. Jésus avait à plusieurs reprises passé un temps plus ou moins long à proximité du lac de Génésareth, plusieurs de ses miracles avant et après sa résurrection avaient été accomplis sur ce lac ou sur ses rivages et cette circonstance familiarisa les imaginations avec l'idée de la barque de Pierre exposée aux tempêtes et figurant l'Église assurée de ne pas périr. Tous les apôtres n'étaient pas des pêcheurs, notamment Matthieu, qui était collecteur d'impôts, mais les principaux : Pierre, André, Jacques, Jean étaient si familiers avec les choses de la navigation que le Collège apostolique tout entier en recut et garda quelque chose de maritime. Pêcheurs, pilotes, c'est à eux que le symbolisme chrétien doit probablement son goût prononcé pour les emblèmes tels que navire, ancre, poisson, phare.
Les Constitutions apostoliques, 1. II, c. LVI nous offrent un passage curieux par la comparaison soutenue qu'il établit entre les assemblées de la primitive Église et les choses de la mer :
Z0 86, ó érioxonoc, ... óvxv de cuvxÜpol9nc Thv ToU O00 £xxXnciav, c &v xubspviürünc vóg uevXAwnc Ler ÉTIOTUNC tong xéA&UE... napayyéiwv tolg ÉLHMÔVOLS cavel VAUTELE TOUG TÉTOUC ÉXTATOELV TOC dôeAgoïs xallarep mbdtlc... xal prov uiv ó olxoc Éoco ÉTULTNANC, HAUTE AVE TOAG Tetompuievoc, EE TOV LEPGV Éycvy TÈ TpÓóc Gato Éovxev vint xelolw GE u£cog ó roù érioxonou ÓOpóvoc, mağ éxdrepa S£ œbrob xafletedÜc « 6 mpsoOucéptov, xax ! ol Oikxovot ebotæAElc Tfj ; TÀclovoc $o0Z roc ; £olxxci yàp VOUTOLC xxl Totydpyotc, Tpovole dé Tobrov tlc TÒ « Et toi, évêque, lors que tu réuniras l'assemblée de Dieu, veille, commandant de ce grand navire, à l'observation de la décence..., les diacres comme autant de nautoniers assigneront les places aux passagers qui sont les fidèles...
« D'abord l'édifice sera long, en forme de vaisseau, tourné vers l'Orient, ayant de chaque côté dans cette direction des pastophoria, « Au milieu sera le trône de l'évêque, ayant de chaque côté les sièges des prêtres, et les diacres debout, vêtus de façon à pouvoir se porter où besoin sera, feront l'office des matelots qui manœuvrent les flancs du vaisseau... Ils NÉGOCE tepov lLépoc ol Axtxol xaleléctlocxv petà Tong ours xxi cütačiag, xal xi VUVATHES XEXOPLOLEVUG xal.
LÉGOS ĝè ó &vorrwoocnc èp ÜOUjqA00 tvog org čvæyiıvwcxérw vx Moo£oc .. dv 890 ĝè yevouévov ÉVLYVOOLLÉTEOV, ÉTEPOG TIG roc TOU Axul Parieto DUVOUC, xxi ó Axos TX &xpocrTiytx OroleAXETO... uev coUco xi Ilod£erc ai Q« iéTepxt &yoytvcoox£o0ocxv xal xt écuocroAxt IonAou ToU fuv... xxi petà vautx ÓwkXOvog À THECOUTEPOS vytœoxéte TÈ Bixyyéňa... xul ÖTV VAYLOSXÓMEVOY H tò EbayyeAov, ravrec ol HOEGDUTEPOL xal oi SLAXOVOL xxi näg ó Amd OTNHÉTUOONY ETÈ TOMANG Toy xc ; xxi éig ropxxxAévcogav ol TPECOUTEPOL TOv Auóv, ó xa stc xov, (XXX wh &xtavcec, xxl TEAEUTULOG TÉVTOV ó ÉTICHXOTOC, Óc ÊOLXE xubepvhT GTNXÉTOONV è OL [LEV mUAcpol els Tac sloó80uc Tw QUANTOOVTEG moTXc, aL ðe Oixxovort sig TAG TOV yuvay, OÓUcrv VXOCTOAÓ[CV 1082 veilleront à ce que les laïques observent l'ordre prescrit, et à ce que les femmes, séparées des fidèles, se taisent.
« Au centre, le lecteur, du haut de l'ambon, lira les livres de Moïse... et, après la lecture, un autre commencera le chant des psaumes de David, chant qui sera continué par le peuple. i « Ensuite, on récitera les Actes des apôtres et les épîtres de saint Paul.
« Après quoi un diacre ou un prêtre fera la lecture de l'Évangile et pendant la lecture de l'Évangile tous, aussi bien les prêtres que les diacres et tous les fidèles, écouteront debout et en silence.
« Ensuite, les prêtres, l'un après l'autre, et enfin l'évêque, pilote du navire, exhorteront le peuple.
« À l'entrée, du côté des hommes, les portiers ; du côté des femmes, les diaconesses représentant l'homme de l'équipage qui règle les frais des passagers. » Il faut remarquer que toute cette comparaison nautique est absente du passage correspondant de la Didaché.
NEFOUCA.
même parmi eux, les Nefouca étaient chrétiens. Un document qui fait suite au Siar de Chammaki indique huit localités qui possédaient une antique basilique. L'ouvrage intitulé : Le djebel Nefouga nous en fait connaître trois autres, Voici les noms de ces onze localités : Fersata, El-Djezira, Borloura, Tinbalin, Arerminan, Toukit, Nesim ou Mesim, Temezda, Tazourait, Tarma, Termisa. Les églises des quatre dernières localités sont dites « apostoliques * ». H. LECLERCQ.
NÉGOCE. — On ne réduit pas une histoire du négoce aux dimensions, même élargies, d'un article de Dictionnaire. Tout au plus, on peut suggérer à autrui la pensée et le désir d'entreprendre cette histoire, sauf à l'abandonner après avoir constaté son étendue et ses difficultés. Pendant les premiers siècles du christianisme, cette histoire n'offre rien de spécifiquement chrétien. Les fidèles vivent parmi la société païenne, partagent ses occupations ou s'en tiennent à l'écart, mais pas un seul texte, à notre connaissance, ne nous permet de dire qu'ils s'interdisent telle ou telle profession, sauf celles de mime ou de prêtre des idoles, qui sont étrangères à ce qu'on appelle le négoce. Ce nom s'applique de préférence aux transactions commerciales
1085 Cia les et aussi aux opérations bancaires ; or nous avons pris soin de noter jusqu'à ce moment tous les témoignages archéologiques concernant les professions exercées par des fidèles, nous avons même vu qu'ils ne s'interdisaient pas la finance et l'esclave Calliste, avant d'atteindre le pontificat, s'y était assez gravement compromis. Au IVe, parmi la multitude de convertis, les fervents et les tièdes, venus du paganisme, il a dû se rencontrer un très grand nombre de négociants. Cette profession n'était ni défendue, ni déconseillée, c'était à celui qui l'embrassait de s'imposer le respect des lois, de pratiquer la justice ; nous citerons quelques épitaphes chrétiennes sur lesquelles le défunt se pare du titre de « négociant » (voir ce mot). Une société quelconque ne peut se soutenir sans le concours de ceux qui mettent à sa disposition les choses innombrables dont chaque individu ne peut se passer et, à plus forte raison, une ville ou une province. Les maîtres de la morale chrétienne pouvaient bien se montrer rigoureux ou même hostiles à l'égard des négociants suspects de se procurer des gains illicites, ils ne pouvaient les supprimer ni se passer d'eux. D'assez bonne heure, toutefois, on remarque une tendance à se défier d'eux, à les subir comme un mal nécessaire. Au milieu des préoccupations si graves qui absorbent les évêques pendant les luttes contre l'arianisme, la méfiance à l'endroit du négoce se fait jour. En voici un exemple qui ne doit pas être négligé. Il arriva qu'en 362 le concile d'Alexandrie venait de traiter les points de doctrine et, cependant, l'évêque Athanase, et une partie de ses collègues, ne considéraient pas leur œuvre comme terminée ; ils écrivaient aux Antiochiens : « Nous aurions voulu aller tous ensemble vers vous, nous les Égyptiens, mais comme nous l'avons indiqué dans nos autres lettres et comme vous pourrez l'apprendre de nos collègues eux-mêmes, nous sommes retenus par les affaires de l'Église. » Ces affaires de l'Église étaient singulièrement aggravées par le récent avènement de Julien à l'empire et Athanase se convainquit de la nécessité de remettre en vigueur toutes les anciennes lois disciplinaires tombées en désuétude. Entre autres interdictions, il frappait le négoce. Le texte copte, dans les versions de Naples et de Turin, est beaucoup plus détaillé ; l'anonyme ne se fait pas faute d'introduire des membres de phrase qui, trop souvent, sont en contradiction flagrante tant avec l'esprit du contexte qu'avec saint Épiphane et le texte copte. Ainsi les deux versions de Naples et de Turin, disent avec de légères variantes, à propos du haut commerce et des opérations de banque : « Ne te livre pas du tout au négoce. Cependant, il y a des pays où l'on ne peut ni labourer ni travailler la terre. Les habitants n'ayant pas de métier sont obligés de faire un négoce. Ce n'est pas une bonne chose. Mais c'est par nécessité qu'ils agissent ainsi. » Cette interdiction du négoce regardait donc tous les chrétiens, sauf le cas d'absolue nécessité. Aussi saint Épiphane l'avait-il résumée dans sa forme la plus générale en peu de mots : « L'Église ne reçoit pas ceux qui font du négoce, mais elle les juge les plus misérables et les derniers de tous ».
Passons sur un autre théâtre, à la fin du Ve, en Gaule, nous retrouvons l'organisation sociale telle, à peu près, qu'elle existait à l'époque où régnaient les derniers empereurs d'Occident. Une aristocratie de grands propriétaires romains ou germains, avec leurs colons et leurs esclaves, s'emploient les uns au travail de la terre, les autres à des travaux industriels. Des corporations commercantes et industrielles se rencontraient-elles encore ? Les témoignages contemporains font défaut pour l'affirmation comme pour la négation. L'impôt du chrysargyre, ayant été aboli par l'empereur Anastase, en 501, les corps de négociants, organisés dans chaque cité à un point de vue purement fiscal, avaient dû disparaître en même temps, au moins comme institution publique. Après la suppression de l'impôt, ils perdaient leur raison d'être, et, en fait, on n'en trouve plus trace dans le Code Justinien, quoi que, alors, tous les collèges n'aient pas disparu. Il n'est pas douteux que l'industrie était en décadence, ne fût-ce que comme conséquence de l'affaiblissement du pouvoir central ; néanmoins, le commerce paraît avoir conservé une certaine activité.
L'empire romain avait établi et organisé un système de douane appelé portorium ou feloneum. Ce deuxième nom, qui était grec, prévalut en Gaule, s'imposa dans la langue et y devint le « tonlieu » qu'on rencontre pendant tout le Moyen Âge. Outre sa frontière douanière, la Gaule avait ses péages établis surtout au passage des rivières, sur les ponts. Les villes avaient encore leurs octrois. Toute cette organisation ne périt pas avec l'empire, nous la retrouverons dans l'État mérovingien. En 581, un concile de Mâcon demande qu'il soit permis aux Juifs d’être felonarii, c'est-à-dire receveurs des douanes, preuve que l'organisation a subsisté !, En 614, un édit de Clotaire II promet la suppression des douanes et péages établis depuis trente ans ? ; quant aux douanes qui ont traversé tout le VIe, elles seront maintenues par les rois francs qui essaient même de les accroître, Nous avons deux diplômes relatifs aux douanes ou péages, l'un de Chilpéric en 562, l'autre de Dagobert en 629. Par le premier, le roi fait don à l'évêque de Tournai « de la douane qui existe sur l'Escaut et des droits qui sont payés par tout bateau qui remonte ou qui descend le fleuve », ainsi que « du péage qui existe REEEEEEEEE EESLLLESSAALLAUL, iix A 2 1085 Au VIe, tonlieus et péages subsistent, Un capitulaire de Pépin rappelle que le tonlieu ne doit jamais frapper les denrées qui ne sont pas transportées en vue du commerce et que l'homme déplace pour son usage personnel !, C'est l'ancienne règle romaine. Un autre capitulaire, celui-ci de Charlemagne, prescrit le maintien des « anciens » tonlieus sur les rivières et au passage des ponts : De leloneis pla cet nobis ut antiqua lelonea a negotiatoribus exigantur, tam de pontibus quam de navigiis seu mercalis ?. Ces textes, auxquels on pourrait en ajouter d'autres, suffisent à faire la preuve de l'existence, durant toute l'époque mérovingienne, d'une série de bureaux de douane et de péage aussi bien aux frontières qu'à l'intérieur du pays. Or, du fait de leur existence, il faut conclure que des transports, des charrois, des transactions continuaient à sillonner les routes pour aller porter les marchandises dans les marchés, les foires, etc.
Ainsi le négoce existait et devait même jouir d'une certaine prospérité. Il se faisait par les voies romaines plus ou moins bien entretenues, On retrouve la mention de celles-ci sous ce nom de stralæ, strate publicae, qu'elles portaient déjà sous l'empire, au IVe ?, et qui servait à les distinguer des viz vicinales. Dans les diplômes du Ve et du VIe, on lit encore : de ultra mare in illa sirada qui vadit ad Parisius , en 629 ; ab uno latere strada publica qua de ipsa porta Parisiaca (à Auxerre) ad Senones pergit , en 670. La Loi salique, mais seulement dans le texte de Wolfenbuttel, porte au titre LXXV : juxia sirada *.
NÉGOCE
1086 et il faut en conclure que les voies de communication sont nombreuses, suffisamment entretenues, pourvues de refuges, d'abris, de magasins, en un mot de tout ce qu'exige une circulation continuelle. Il n'y a pas que les évêques et les pèlerins, il y a la multitude des fonctionnaires royaux et aussi les armées qui transportent à leur suite des bagages et des chariots. Grégoire de Tours nous a conservé un détail qui permet de se rendre compte que ces routes étaient praticables même pendant la saison des pluies », Et qu'on n'oublie pas les transports par eau. Les chartes et les Vies de saints nous font voir des bateaux qui remontent ou qui descendent l'Escaut, la Seine, la Loire, la Saône. Un diplôme de Childebert Ier nous apprend que les propriétaires riverains de la Seine doivent laisser un chemin de halage : unam perlicam legalem, sicut mos est, ad ducendas naves pel reducend is ?*, Les ports de l'Atlantique, Bordeaux et Nantes, ceux de la Manche, Alet ? ?, Rouen, Quantovic sur la baie de la Canche, Boulogne, étaient en relations avec les Wisigoths et les Suèves d'Espagne, les Irlandais et les Frisons.
Les ports, les routes, les rivières mettaient les provinces en rapports continus ; on échangeait les vins, le miel, la garance. La Gaule avait ses blés et ses toiles, l'Espagne des huiles et du plomb, l'île de Bretagne des métaux, l'Irlande des tissus grossiers. Marseille, Arles et Narbonne servaient d'entrepôts au commerce d'Orient d'où on rapportait des épices, des soieries, des papyrus, des draps, des tapis. Tout cela se répandait par le moyen des foires et des marchés et aussi par les maisons de commerce établies dans les grandes villes. Grégoire de Tours cite les négociants de Verdun et il montre cette ville faisant un emprunt sous la garantie de ses négociants. L'évêque, s'adressant au roi, lui dit : Rogo, aliquid de pecunia nobis : commo des qua cives nostros relepare valeamus, cum que hi negolium exercentes responsum præstilerint, pecuniam tuam cum usuris reddimus. Ille septem milia aureorum prislitil... Negolta exercen les divi les per hoc effecti sunt el us que hodie magni habentur . Grégoire ajoute que beaucoup d'autres villes faisaient des emprunts de même nature et sous la même garantie !, D'autres documents nous signalent des marchands à Rouen, à Paris, à Nantes, à Marseille, à Orléans, à Trèves, dans tout le royaume : et ils nous montrent des négociants dont les uns spéculent sur les grains et les autres sur le vin « .
1087 NÉGOCE — NÉGOCIANT 1088 « |
d'affaires du roi Dagobert I pour les achats d'objets précieux et de denrées exotiques.
Juifs ou Syriens, il faut en passer par leurs mains si l'on veut faire des affaires, même celles qui sont fort peu honnêtes, comme lorsqu'un Grec achète à prix d'argent le siège épiscopal de Paris ; car c'est jusque-là inclusivement qu'ils étendent l'idée de négoce.
« Fortunat parle des négociants de la ville de Nantes et il loue l'évêque Félix d'avoir agrandi le port de cette ville, apparemment pour recevoir plus aisément les navires de la Grande-Bretagne ou ceux de l'Espagne ; l'auteur de la Vita sancti Columbani signale le commerce entre Nantes et l'Écosse !, Un diplôme de 716 donne la liste des différentes sortes d'épices qui étaient apportées d'Orient et consommées en Gaule, On y lit : De oleo libras X millia, garo modios XXX, pipere libras X XX, cumino libras CL, cariofilo libras II, cinammo libras V... cordenisæ pel les X carla tomi rL ?. Deux autres diplômes montrent des commerçants qui traversent le pays pour se rendre aux grands marchés annuels ; ces négociants appartiennent à toutes les nations ; il y a parmi eux des Lombards, des Espagnols, même des Saxons ?, L'histoire du Franc Samo, que raconte longuement Frédégaire, fait voir que s'il y avait des marchands étrangers qui venaient en Gaule, il y avait aussi des Francs qui pénétraient au fond de la Germanie et jusque chez les Slaves pour faire le commerce. Notons que ce Samo n'était pas un homme isolé, il était le chef d'une grande compagnie commerciale * ; or, cette compagnie de marchands, dont l'histoire fait penser involontairement à la Compagnie anglaise des Indes, fut sur le point de constituer un grand royaume à l'est de la Germanie.
« Le commerce était donc encore assez vivant et cela explique que les douanes et péages aient été conservés. L'ancien tarif romain de deux et demi pour cent fut-il maintenu, modifié, aggravé ? Nous l'ignorons. Nous voyons seulement qu'on essaya d'augmenter le nombre des bureaux de douane et des ponts à péage. De nouvelles taxes furent même imaginées par l'avidité du fisc ou par celle des douaniers. A la fin de la période mérovingienne, il y avait une taxe sur la poussière, pulveratieus, c'est-à-dire sur la poussière des routes que soulevait une voiture ou une bête de somme ; une taxe sur les roues et sur les timons, rotaticus, temonalicus, c'est-à-dire tant par timon, par roue qui circulait ; une taxe sur les bêtes de somme, saumaticus ; une taxe sur l'herbe qu'on foulait, cespilalicus ; une taxe sur la rive qu'on côtoyait, repalicus. Ainsi ce n'était plus seulement la marchandise transportée qu'on frappait, c'était le transport lui-même. »
NÉGOCIANT. — Quelques inscriptions chrétiennes conservent le souvenir de negoliatores, terme dont le sens est celui que nous donnons au mot « négociant » et qu'on employait de préférence pour désigner ceux qui se chargeaient de la fonction d'intermédiaires entre le fabricant et le marchand. Nous désignons aujourd'hui volontiers cette catégorie sous le nom de négociant en gros. Il y avait aussi d'autres négociants, ceux qui faisaient le commerce de l'argent ; mais le sens le plus répandu était le négoce en général. On lit dans Cicéron : Cum se Syracusas oliandi causa, non negotiandi contulisset , et dans Columelle : Negotiari aliquo genere mercatura .
Après l'épitaphe d'un négociant d'Odessos (Varna) (voir Dicli.nn., au mot OnprEssos), voici un negotiator chrétien, sur une inscription trouvée à Pirolo, près d'Ivrée, et qui porte la date de 440 :
5 SVB DIE I////]/EMB RIS DOMINO NOSTRO VALENTINO AGVSTO ET ANATOLIO VE RO C CON
H(oc) loco Basili [us] negotiator, q(ui) vixi [t pl ]us minus ann [is] LX, [d]e vico Atarca ; sub die 1... embris domino nostro Valentin [iano] Af{u)gusto et Anatolio p(i)ro c(larissimo) con(sulibus ). Bibl. — Corp. inscr. lat., t. v, n. 6812.
En voici un autre dont l'épitaphe fut trouvée dans l'Église Saint-Benoit à Mantoue, en 1785 ; elle est conservée au musée de la ville :
»INEGOTIASDOIV SISVAE LVS S EN EMOINMORJALIS]
HIC RQ IN PACE THOMAS NE GOTIATOR PENT QVI VIX * ANN +
PLM-XXV-DEP SVB : XI KAL* MAR : IND- ! SEXIES PC PAVLINI IVN
Hic requiescit in pace Thomas, vir honeslus, negoliator Pentapoleos qui vixil annis plus minus... L'indiction doit être corrigée : III.
Bibl, — Corp. inscr. lal., t. v, n. 4084.
A Rome, deux négociants nous sont connus par des inscriptions des catacombes ; une d'elles provient du cimetière de Cyria que ; elle est conservée à Velletri, dans l'église Saint-Laurent :
E SEVIRINVS NEGOCIAS EMIT SIVI LOCV A SAFARGIV FOSSORE SVB VIRGINIA SVA
A Rome, dans le pavement de la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, sur la voie d'Ostie : locus....... CANI NEGOTIAloris ET PROCVLI INO....
Bibl, — Doni, Cod. Marucell., A. 293, p. 106 ; Margarini, n. 540 ; Nicolai, Della basilica di S. Paolo, —— jn-fol. Roma, 1815, p. 240, n. 787 ; Corp. inscr. lat., t. vi, de part., n. 9656.
Fragment d'une plaque d'albâtre que R. Fabretti a vu au museo Carpineo, et qui, venue aux mains de F. Buonarotti, a disparu ; possesseur en a donné un croquis (fig heureusement son dernier. 8814) :
NEGOTIAS COIVGI SVAE LVS SE NEMO INMORTALIS NE LVS DEVS DOMINE QVI DEDISTIC CERSITIONE SVSCIPE ANIMA ANT TV NOMEN TVNTQ QVE FECIT CVM CONluge M XI * (5 XXV
L'objet qui est figuré au-dessous du texte est passablement énigmatique. Buonarotti croit y voir un lit.
A Lyon, Jacques Spon signalait au xvi siècle, « à la place de Saint-Just, à la face d'une maison qui est proche des minimes », à Saint-Irénée (Maffei), l'inscription suivante qui est entrée depuis au musée :
MEMBRA QVIESCVNT :NAMFVIT ISTE STACIO |
MISERIS ET PORTVS EGINIS-OMNEBS APTS
Cette inscription est datée de l'année 601 ; il faut corriger la ligne 6 : elemosinam et ora |t |ionem. On voit que le vieux négociant Agapus employa sa longue vie à faire le bien ; il recueillait les malheureux et sa maison était comme le port des affamés ; il fut capable de toutes choses, visita assidûment les nombreuses églises de la ville, s'appliquant à la prière et à l'aumône.
. 48 ; Comarmond, Description du | ses dimensions sont Ü m. 53 en largeur (fig. 8815) :
T Epuytafium hunc qui intuis lector bone recordacionis Agapi neguciatoris membra quiescunt, nam fuit isle stacio miseris el porius eginis, omnebus aptus fuit, præcipuæ loca sanctorum adsedue et elemosinam et oracionem studuit ; vixit in pace annus LX XXV ; obiil XIII kalen des aprilis LXI post consulatum Justini indictione : Ü m. 25 en hauteur, | quarta.
« Lecteur qui regardez cette épitaphe, ici reposent les membres du négociant Agapus, de bonne mémoire, asile des malheureux, port des indigents, bienveillant pour tous, visiteur assidu des sépultures des saints et zélé pratiquant de l'aumône et de la prière, il a vécu Re = LHEPYTAFIVMAVNCOVINT VISLECTO RS [BON RECORDAC ONISAGAPIREGVCIAORISI | NE MBRAQUIES C VN-NAMEVITLS TESTACIOS MISERISETPOR T VSEGINI S'OMNBSAPTS À | FVITPRAE CIPYAI ; DVEETELE MOSI, sac en paix quatre-vingt-cinq ans et est mort le treize des calen des d'avril, la soixante-unième année après le consulat de Justin, indiction quatrième, » La date de la mort est le 20 mars 601.
Ce texte est fort intéressant à divers égards. Ed. Le Blant a fait remarquer l'emploi de deux mots rares : stacio et apts. Il y a une sorte d'opposition entre stacio et portus. Le premier terme indique une situation passagère, le deuxième un état stable. On s'en rend bien compte dans deux passages de Servius sur l'Eneide :
Slatio, ubi ad tempus stant naves, Portus vero ubi hyemant et encore : Stalione, portu temporali, nam portus est ubi hyematur . Agapus offrait des consolations aux douleurs passagères, un refuge, un port, aux maux constants de la pauvreté.
Pour le mot apts nous avons aptissimus, car la décadence affectionnait ces superlatifs « qu'indique sur | l'inscription le signe abréviatif posé sur les lettres fs.
Le mot, assez rarement employé chez les auteurs dans le sens que nous avons ici, est cependant une expression de la haute latinité, puisqu'on lit dans les Epistolæ familiares (xii, 30) : O hominem semper illum quidem mihi aptum, nunc vero eliam suavem ! On lit également aptus sur des inscriptions de Lyon, de Briord, de saint-Jean-de-Bournay ? :
VIR FVET EXCELLENS AFGVTISSEMVS APTVS H. LECLERCQ. NENDRUM.— I. La découverte. II. Le monastère, I. LA DÉCOUVERTE. — En 1843, William Reeves, curé de la paroisse de Ballymena, entreprit l'édition | du Taxation Roll du pape Nicolas IV pour les comtés de Down, Connor et Dromore, en Irlande. Dans ce Roll, les noms des paroisses sont disposés dans l'ordre alphabétique et c'est à cette circonstance qu'on doit l'identification de Nendrum. Reeves s'imposa la tâche de visiter toutes les paroisses afin de recueillir | les traditions locales et d'examiner les vestiges qu'il pourrait rencontrer. En 1844, accompagné d'un ami,
A. —- XII —
il partit à la découverte des paroisses du doyenné de Blæthwvc : el les étaient mentionnées dans cet ordre : Ecclesia de Dramero..., de Rencady..., de Kilwynehi..., de Nedrum..., de Kilmode ; d'où on pouvait induire que Nendrum se trouvait entre Killinchy et Kilmood, mais il fut impossible de rien découvrir ni traditions, ni ruines, pas même quelque chose qui mit sur la trace du nom. Reeves n'y songea plus jusqu'au jour où quelqu'un lui conseilla d'aller voir un curieux vieux four à Mahee Island. Il s'y rendit et constata la présence de la partie inférieure d'une tour ronde et dans un taillis il découvrit la fondation d'une église, le tout entouré par trois cercles ovaux concentriques. C'est ainsi qu'il fut mis sur la trace du nom de Mahee, donné à cette ile, simple corruption de Mochaoi, nom 1092 be aux vestiges de ces constructions, trois enceintes concentriques de forme à peu près ovale que saint | Mochaoi utilisa pour établir son monastère qui ne ressemblait pas du tout aux monastères continentaux.
Il n'est pas douteux que Nendrum se développa suivant les usages monastiques quand le christianisme s'y implanta. Le monastère proprement dit consistait dans l'espace enclos par la muraille et enfermait l'église, le réfectoire, la cuisine (coquina), l'hôtellerie (hospitia), le sentier (platea), l'armarium où on conservait les Livres saints et les cellules des artisans (officina fabri ). L'édifice le plus important était la sacra domus indifféremment désignée sous les noms d'ecclesiía et d'oratorium où se trouvait un autel. Appuyé à cet édifice et communiquant avec lui par une porte était un cubiculum ou separatum conclave désigné sous le nom d'exedra ou exedriola et servant de sacristie et qui communiquait avec l'intérieur et avec l'extérieur. Peut-être y conservait-on la cloche /clocca) qui servait à convoquer la communauté aux offices liturgiques et aux réunions conventuelles. A proximité du réfectoire se trouvait la cuisine et là, ou dans un garde-manger tout proche, on conservait tout ce qui était nécessaire au service : coutelas (pugiones), couteaux (cullelli ), petits paniers (craticula }, poêles à frire (sarlagones), marmites (cacabus), eau potable (Agdría) et casseroles. Pendant le fort de l'hiver, la présence du foyer (focus) y attirait les moines aux heures d'étude. | L'abbatiale ou maison de l'abbé : hospilium, lugurium, domus abbalis était à l'écart, et, de préférence, sur un point élevé. Sous le nom d'hospitia on comprenait le dortoir des moines et celui des hôtes. Il existait des logements séparés, construits en pierres sèches, c'est-à-dire des huttes avant l'aspect de ruches, comme à Skellig-Michæl et ailleurs. A Mendrum, ces huttes étaient bâties avec des claies ou des planches dont, naturellement, rien n'a subsisté ; plusieurs de ces cabanes ou cellules étaient disséminées vers le sud de l'enceinte, le Sud-Ouest et l'Ouest ; quelques-unes se trouvaient au centre de l'enceinte.
Pour quelle raison prenait-on la peine de construire une clôture ? Il y a tout lieu de penser que c'était tout aussi bien pour empêcher les moines de fuir le monastère que pour les protéger contre des ennemis du dehors.
Le cimetière se trouvait-il à l'intérieur ou à l'extérieur de l'enceinte ? Dès les temps les plus reculés, l'usage était établi d'enterrer les abbés et autres dignitaires importants dans l'église, et c'était le cas à Nendrum où on a découvert plusieurs tombes anciennes non seulement près de l'église, mais sur divers points de l'enceinte, et même plusieurs entre l'enceinte intérieure et la seconde enceinte. Une addition commune aux anciens monastères, c'est le moulin à farine. A Nendrum, où il n'y a pas de ruisseau, on ne pouvait amener un moulin à eau, mais on a trouvé une grande quantité de fragments de moulins à bras. Le village d'Ardmillan était évidemment à une date ancienne l'emplacement d'un moulin, mais on ne saurait dire si le plus ancien moulin qu'on y éleva était contemporain du monastère. La persistance du nom de Deer park dans la partie est de l'île, nous apprend qu'aux temps lointains, ce gibier faisait partie de la nourriture des moines. Sur la rive rocheuse, à l'est des ruines, on aperçoit encore les restes d'un grand étang où les pêcheurs pouvaient s'approvisionner de poissons.
A Iona et, sans aucun doute, à Nendrum, il y avait un grenier (horreum), une grange, une étable (bocelum), un four (canaba), un garde-manger (praedium j, un port fportus). A Nendrum, dès une époque très ancienne, le point de débarquement se trouvait à l'Ouest ; on a dit que le quai au Sud n'a pas changé depuis quatorze siècles, la démonstration n'en a pas été donnée. Les constructions navales de ces lointains habitants ne différaient pas à Nendrum de ce qu'elles étaient ailleurs comme forme et comme matériau ; quant au personnel de naulici, navigatores, remiges ; parmi eux se trouvaient des moines et aussi des pêcheurs de profession. L'île avait probablement une population qui vivait de son commerce avec la Grande-Bretagne. Le puits se trouvait à Nendrum à l'est de l'église et près du rivage, il a gardé le nom de « puits des moines ». A une centaine de mètres au Sud se trouve un autre puits qu'on croit moins ancien sans qu'on puisse dire pour quoi ; enfin, à l'extrémité nord-ouest de l'île, près du rivage, il y a eu un puits aujourd'hui abandonné, non loin se trouve une cavité creusée de main d'homme et qui aura peut-être servi de logement ou de cellule à un anachorète.
La communauté obéissait à un abbé ayant pour le seconder un prior ou praepositus, ceconomus ou ferligis el, sous eux, venait toute la troupe des moines sur laquelle nous n'avons pas de renseignements et qu'on peut croire assez semblable à une communauté irlandaise comme celle d'Iona (voir ce nom).
Quant au monastère, on a pu reconnaître l'emplacement de l'église, de quelques cellules isolées, de l'école et on a dégagé la base d'une tour ronde. Voici la légende avec le plan (fig. 8817) :
Si on compare Nendrum à Inismurry on voit plusieurs particularités inspirées d'une même pensée, par exemple les murs qui divisent l'enceinte en plusieurs quartiers, les sentiers qui, partant d'une porte, longent les murs ; à Nendrum, le sentier conduit des hospitia à l'église et c'était celui que devaient suivre les moines pour se rendre à l'office de matines. A Inismurry l'enceinte renferme les vestiges de quatre bâtiments ecclésiastiques, à Nendrum l'église occupe une situation exactement semblable à la principale église d'Inismurry ; mais ici les dimensions de l'enceinte sont beaucoup plus considérables, près du double en hauteur et en largeur de ce qu'ils sont à Nendrum. On a soutenu que l'enceinte d'Inismurry était antérieure au christianisme et adaptée par les moines. Plusieurs des anciennes fondations monastiques chez les Celtes ont cet entourage de murs, parfois en terre seulement, comme à Downpatrick, parfois en terre et pierres comme à Haholp, Maghera (comté de Down), à Ardtole et à Ringhaddy. Il est certain qu'une clôture circulaire ou presque circulaire en terre ou en pierre était considérée comme indispensable à une fondation monastique. Adamnan à Iona et Bède à Lindisfarne décrivent l'enceinte comme tellement élevée qu'elle est pratiquement infranchissable pour les moines qui doivent tourner toutes leurs pensées vers le ciel. Inismurry et Nendrum comptent parmi les monastères qui ont eu l'enceinte la plus parfaite, il faut y ajouter Dundesert, dans la paroisse de Killead, comté d'Antrim. Mais Dundesert n'avait que deux enceintes, toutes les deux en forme de terrasses. De tout cela on ne sait rien de plus que ce que nous apprennent les litanies d'Oengus attestant l'existence d'un monastère avant l'an 800.
Quoi que Nendrum soit mentionné dans d'anciens écrits irlandais, on ne rencontre jamais un nom ou un adjectif mettant sur la voie de cette ancienne fondation monastique. Cependant, on sait, d'après les Vies des saints Colman et Finian et quelques autres sources que Nendrum a possédé une école importante, mais sans plus de détails sur son compte. Jusqu'à l'époque où Jean de Courcy implanta les bénédictins dans l'île de Mahee on n'a pas de description et dans les chartes qui se rapportent à Jean de Courcy, Nendrum est qualifié cœnobium sous le gouvernement d'un prieur. Dans sept circonstances, il est question d'abbés de Nendrum, mais le titre d'abbas peut s'appliquer aussi bien au chef d'un monasterium qu'au chef d'un cænobium. A l'époque pré-normande et celtique le terme d'abbaye n'est pas connu quoi que celui d'abbé soit d'usage courant. On connaît huit évêques de Nendrum dont trois furent abbés. En 871 mourut Colman, on ne sait si Mochaoi de Nendrum, qui mourut en 644, portait un titre et exerçait une fonction quelconque.
H. LECLERCO.
- NÉNIE. — I. Le nom et la chose. II. L'usage. | — TI. L'abandon.
Plusieurs textes chrétiens que nous citerons ici mentionnent sous le nom de nenia, une litanie mortuaire — dont il est utile de rechercher l'origine et les vicissitudes des rites funéraires réglés par la loi des XII Tables et les rites issus de la coutume. Au nombre de ces derniers — se trouve la nénie : Honoratorum virorum laudes in contione memorentur eas que etiam cantus ad tibicinem prosequatur, cui nomen neniz, quo vocabulo etiam apud Græcos cantus lugubres nominantur *. « Que les titres de gloire des hommes honorés soient rappelés dans l'assemblée du peuple et que cet éloge soit accompagné d'un chant au son de la flûte, Ce chant porte le nom de nénie, mot qui, chez les Grecs, désigne aussi les chants de deuil. » Comme on sait que la loi des XII Tables abolit certaines cérémonies funèbres ? qui subsistèrent en vertu de la coutume, il s'ensuit que la nénie, qui n'est pas visée par la loi, est antérieure à l'an 450 av. J.-C., date où les decem viri legibus scribundis codifièrent le droit coutumier pour en tirer la législation nouvelle. 1 Toutefois, on a pu chercher querelle à Cicéron qui avance que nenia signifie en latin comme en grec un chant funèbre, tandis que la langue grecque n'offre rien de ce genre, ce qui a fait dire qu'il ne s'agissait nullement des Grecs, mais de C. Gracchus ; ce qui peut sembler surprenant ?, Aussi bien, les Grecs et C. Gracchus ont été renvoyés dos à dos et on a soutenu que le De legibus, demeuré inachevé et inédit du vivant de Cicéron, ne portait pas la phrase cui nomen neni... nominantur, est simplement une glose 4.
Th. Reinesius avait proposé de faire venir nenia de — vavixtoc , qui est le mode phrygien employé dans les chants des funérailles ; c'est ce qui a amené à soutenir que la nénie est d'invention phrygienne . Stace a laissé quelques mots sur les rites funéraires de Phrygie introduits en Grèce par Pélops * : Cum signum luctus cornu grave mugit adunco Tibia, cui teneros suelum producere manes Lege Phrygum maesta. Pelopem monsirasse ferebant E Exsequiale sacrum, carmen que minoribus umbris Utile, quo geminis Niobe consumpta phareiris Squalida bissenas Sipylon deduxerat urnas.
— A « Le signal du deuil est donné par les graves accents de la flûte recourbée, qui a coutume, suivant la loi funéraire des Phrygiens, d'accompagner les jeunes mánes. Pélops, dit-on, enseigna le premier ces cérémonies de funérailles, cette harmonie adaptée aux ombres de ceux qui meurent jeunes quand Niobé, frappée dans ses enfants par les traits jumeaux de Diane et d'Apollon, conduisait en deuil douze urnes au Sipyle. » | L'affirmation est nette : le vyviætov ppúyrov uéXoc pa est consacré au jeune homme ou à la jeune fille ; or, on ne voit rien de tel dans la nénie romaine ; bien plus, nous citerons un passage de saint Augustin * qui affirme, d'après Varron, que le chant de la nénie aurait été réservé aux funérailles des vieillards.
| Ce n'est pas tout, et si Dioméde voit dans nenia un souvenir du dernier chant +6 vetwrov *, Festus parait I. LE Now ET LA CHOSE, — Cicéron distingue entre.
1097 NÉNIE 1098
mieux inspiré lorsqu'il propose l'étymologie suivante : Nenia est carmen quod in funere, laudandi gratia, cantatur ad tibiam... Sunt qui eo verbo finem significari crediderunt... Quosdam constat inde ducere verbum quod et voci similior querimonia flentium sit !, Ainsi, selon lui, nenia tire son origine de ses rapports avec les accents plaintifs de ceux qui pleurent : et cette étymologie semble la seule admissible. « Il est très naturel qu'aux origines de la littérature latine primitive le mot qui désigne le plus ancien chant de lamentation des Hommes ait été formé par onomatopée ; il le serait beaucoup moins que ce mot ait été emprunté au grec, à une époque où l'influence grecque ne se faisait pas encore sentir en Italie ! !, » La nenia était donc, à l'origine, un refrain, une sorte de monosyllabe, une lamentation sans paroles et où les paroles n'eussent servi à peu près de rien puisqu'on ne leur demandait pas de signifier quelque chose. Tout son mérite et tout son art consiste à être une formule inintelligible, vide de sens, qu'on répète infatigablement. La nenia est aussi la chanson enfantine que chantait Camille, mort en l'an 365 avant l'ère chrétienne et Curius Deutatus, mort vers l'an 270. De cette nénie primitive, Porphyrion, a conservé un vers : Rex erit qui recte faciet ; qui non faciet non erit !. Cette nénie avait sa divinité dont elle portait le nom, c'était Nenia dont les chants se faisaient entendre aux funérailles des vieillards : Deni que el ipse vario commemorare el enumerare deos eapit a conceptione hominis, quorum numerum exorsus a Jano, eam que seriem perduxit us que ad decrepiti hominis mortem, el deos et ipsum hominem pertinentes clausit ad Neniam deam, qua in funeribus senum cantatur *.
Nenia avait un temple au-devant de la porte Viminale et Arnobe nous dit qu'elle était la déesse Lutélaire de ceux qui vont mourir : In fulela sunt Orbonæ orbati liberis paren les ; in Neniæ, quibus sunt extrema lempora 4, On a rapproché le culte de Nenia, déesse des funérailles, du culte de Carmenta, déesse des accouchements 2, une des plus anciennes divinités du Latium. Quant à Nenia, son nom même prouve que c'est bien une divinité latine et antérieure à l'influence de la mythologie grecque sur les cultes romains ©.
Nenia a eu un temple, mais on ne sait rien sur l'époque à laquelle il fut édifié. Peut-être la nénie est-elle contemporaine du thrène, autre chant de deuil. On sait qu'Horace donne le nom de nenia Cea aux hymnes funèbres de Simonide de Céos qui, aux environs de l'an 500 avant l'ère chrétienne, « portait à la perfection le thrène, sorte d'oraison funèbre lyrique, rattachée par son nom au vieil usage populaire de pleurer les morts, mais dont la composition musicale et le caractère littéraire font bien plutôt songer à l'art savant de l'hymne élogieux qu'aux lamentations des pleureuses homériques # ». La nenia latine n'a jamais pu se dégager de la litanie primitive.
II. L'USAGE. — A l'époque des rois, » quand un citoyen était porté au tombeau, sa dépouille était suivie par une femme, amie ou parente, qui, accompagnée d'un flûtiste, chantait le chant de mort, nenia ! », Cette parente ou amie portait le nom de 1099 funera , d'après ce que nous apprend Servius ; elle différait de la præfica ou pleureuse à gages qui, elle, ne se trouvait là que pour donner le signal des lamentations ?, Sous la république, le convoi funébre était suivi par la mère et la sœur pour le fils et le frère ; quant aux éloges salariés de la pleureuse, on n'y faisait guère attention et le même dédain s'étendit à la nenia. De celle-ci on se demande si quelque chose s'est conservé ? Niebuhr admet que la nénie se retrouve, complète ou fragmentée, dans les inscriptions des tombeaux des Scipions ? ; mais les elogia d'Atilius CalaLinus et de Scipion ne sauraient être des nénies qu'au sens où Bède prendra ce mot comme synonyme d'epitaphium tumbi.
Aux environs de l'an 260 avant l'ère chrétienne, la nénie funébre était discréditée à ce point qu'il serait fort surprenant qu'on en eût gravé le texte sur la pierre d'un tombeau. Il est beaucoup plus vraisemblable qu'au lieu de la nénie, c'est à l'elogium ou laudalio qu'on empruntait le texte gravé sur le tombeau.
Suétone nous apprend qu'à la mort d'Auguste (août 14 aprés J.-C.), « le Sénat, pour donner plus d'éclat aux funérailles de l'empereur, pour mieux célébrer sa mémoire, fit assaut de propositions. Parmi celles qui furent émises en grand nombre, l'idée de certains sénateurs était que le cortège funèbre passât par la porte Triomphale, aux accents de la nenia chantée par les fils et les filles des principaux citoyens . » La proposition fut rejetée et on n'est pas surpris lorsqu'on se rappelle que trente années auparavant, Florace priait Mécène de lui épargner les nénies :
Le poète en faisait peu de cas et il y revient à différentes reprises , Ses contemporains qui font allusion à la nénie , en parlent à peu près dans les mêmes termes que lui. Phédre traite, par une feinte modestie, ses propres fables de vieilles neniæ *.
III. L'ABANDON. — L'antique nénie était délaissée et il avait été impossible de la faire revivre aux funérailles d'Auguste. Les litanies liturgiques, sorte de gloussement inintelligible, faisaient place à un chant de deuil original en l'honneur des défunts notables. Sénèque nous a laissé une parodie en vers burlesques de l'hymne de deuil qui se chantait aux obsèques des membres de la famille impériale. Suétone nous apprend que les funérailles de Claude furent célébrées avec la pompe convenable à son rang : Funeralus que est sollemni principum pompa’, c'est Sénèque qui imagine à cette occasion le chant d'un grotesque hymne de deuil, auquel il conserve le vieux nom de nénie !^, Les seules oraisons funèbres en vers que nous possédons encore sous le nom de nénies remontent à l'époque gallo-romaine ; elles sont l'œuvre d'Ausone et de Sidoine Apollinaire — deux chrétiens qui donnent ce nom de neniæ à des panégyriques mortuaires ou des épitaphes versifiées, On sait qu'Ausone a écrit des Parentalia et une Commemoratio professorum Burdigalensium, parents, amis, collègues ou élèves dont il a voulu conserver le souvenir. Plusieurs de ces panégyriques sont, par lui-même, qualifiés de neniz. « Ce recueil, dit-il, est inspiré par une piété douloureuse ; mon affection émue y commémore tous ceux qui m'étaient chers et dont je
NÉNIE
1100 pleure la perte... Ce recueil est intitulé Parentalia, suivant l'antique dénomination de ce jour consacré dès le temps du roi Numa aux mânes des parents 11.. Les noms de ceux qui me furent chers et que de justes funérailles ont enfermé dans la tombe furent déjà pleurés par mes larmes ; mes vers leur donneront une commémoration simple, sans ornement, sans recherche de style. L'hommage de la douleur suffit pour honorer les morts. Les lamentations funèbres de la nénie sont une offrande convenable 12... Vous aussi, vous à qui je tenais, non par les liens du sang, mais par la gloire, par l'amour sacré de notre chère patrie, par le goût des lettres et le soin laborieux de l'enseignement, vous tous hommes célébres qui n'êtes plus, je consacrerai mes vers à votre commémoration 15, » Là-dessus Ausone célèbre son père Julius Ausonius, sa mère Æmilia /Eonia, son oncle maternel Æmilius Magnus Arborius, son aïeule Æmilia Corinthia Maura, sa tante maternelle /Emilia Hilaria, ses oncles paternels Cl. Contentus et Julius Callipio, son beau-père Attusius Lucanus Talisius M, après quoi il écrit : « Jusqu'ici ce sont des parents bien chers, bien dignes des larmes versées à leurs funérailles que notre nénie a pleurés ?* : Hactenus ut caros, ita justo funere fletos Funcla piis cecinit nenia nostra modis Ce nom de nénie reparait à l'occasion des poèmes qu'Ausone dédie à la mémoire de son beau-frère Pomponius Maximus, de son neveu Pomponius Maximus Herculanus, de sa cousine Julia Idalia : « Et toi qui fus mon frère, sinon par le sang, du moins par l'alliance, ô Maximus, notre nénie te chantera toi aussi ™ :
« Elle a vécu aussi, la petite Idalia ; c'était pour moi presque une sœur, car elle était fille ‘de ma tante ; et, lui rendant un pieux per ma aae la célèbre dans son chant de deuil !*5 :
Il en est de même pour les poésies consacrées aux professeurs de Bordeaux : il appartient à la plaintive nénie de conserver le souvenir du rhéteur Luciolus dont Ausone fut le condisciple, puis l'élève et enfin le collègue 1 ; le vieux rhéteur Attius Patera, professeur des savants maîtres de rhétorique, ne sera pas privé des honneurs de la plaintive nénie ?^ ; la nénie rappelle même le souvenir d'un modeste grammairien de Bordeaux, Anastasius, qui faisait maigre chère et maigre figure *, « En somme, que le titre de la pièce soit ou ne soit pas indiqué, Ausone désigne par le nom de « nénies » toutes les poésies qui célébrent la mémoire des membres de sa famille et des professeurs bordelais , » 1101 On dira peut-être qu'Ausone est un chrétien de seconde zone, tellement pénétré d'idées païennes que son témoignage compte assez peu ; mais voici, au v siècle, un évêque, Sidoine Apollinaire, qui fait usage, lui aussi, de ce mot « nénie » et qui l'applique non seulement à la poésie funèbre consacrée à la mémoire d'une personne chère, mais aussi à l'épitaphe en vers que l'on grave sur la pierre du tombeau.
Sidoine annonce à son ami Desideratus la mort de la matrone Philimathia et il lui décrit la cérémonie des funérailles : Post quie, precatu parentis orbati, neniam funebrem, non per elegos, sed per hendecasyllabos, marmori incisam, planctu prope calenti dictavi, Quam si non satis improbas, celeris epigrammatum meorum voluminibus applicandam mercennarius bibliopola suscipiet. Si quid secus sufficit saxo carmen saxeum contineri. Hoc enim epitaphium, est... 1. « Ensuite, à la prière du père, en deuil de sa fille, j'ai dicté, alors que mes larmes étaient encore chaudes, une nénie funèbre, non en vers élégiaques, mais hendécasyllabes. Ces vers ont été gravés sur le marbre. Si tu ne désapprouves pas trop cette nénie, le libraire qui est à mes gages s'occupera de la joindre au recueil de mes épigrammes. Sinon, il suffit que cette poésie, au style rocailleux, ait sa place dans le roc. Au demeurant, voici cette épitaphe... » Elle se compose de quinze hendécasyllabes qui rappellent l'Elogium Claudiæ. Sidoine loue Philimathia et lui décerne les épithètes de prudens, casta, decens, severa, dulcis, à peu près dans les mêmes termes que le vieux poète inconnu employait, au temps de la république, pour célébrer la matrone Claudia, sermone lepido tum aulem incessu commodo.
Sidoine Apollinaire consacra, à la demande de son ami Volusianus, une nénie en l'honneur de l'abbé Abraham : Jubes me, domine fraler, lege amicitie, quam nefas lædi, jam diu desi des digitos incudibus officine veteris imponere el sancto Abrahae die functo neniam sepuleralem luctuosis carminibus inscribere ? : « Tu me l'ordonnes, seigneur frère, suivant la loi de l'amitié qu'il serait sacrilège de violer : je dois remettre sur l'enclume de ma vieille forge mes mains dés longtemps inactives et composer en vers lugubres la nénie sépulcrale de saint Abraham qui vient de mourir. » La nénie se compose de quinze distiques élégiaques et appartient au genre des Commemorationes d'Ausone ; mais elle est animée d'un sentiment chrétien.
Nous pouvons encore citer une nénie, c'est l'épitaphe chrétienne en vingt-cinq vers hendécasyllabes composée par Sidoine en l'honneur de Claudien Mamert : neniam condidimus tristem lucluosam que ?.
On vient de voir que dans la langue d'Ausone et de Sidoine Apollinaire le mot « nénie » a le sens d'éloge funèbre et d'épitaphe en vers, mais il conserve chez les auteurs gallo-romains et chrétiens le sens défavorable qu'il avait à l'époque d'Auguste.
L'apologiste chrétien Arnobe qualifie de « nénies » les refrains des histrions et les mélodies berceuses qui endorment les dieux : Sauni quiete [dii] solpuntur, occupari que ut hoc possint, lenes audienda sunt neniæ ; —cum plectro et fidibus Delius citharistæ gestus servans cantaturi el nenias histrionis . Arnobe semble avoir aussi employé nenia au sens de edulium in minutas partes concisum ?^, ainsi par exemple : Quid lædæ quid neniæ, quid offe, non vulgi sed quibus es ! nomen appellatio que penilz ? et encore : Ne que prius iras dii at que animos possunt nisi sibi adoleri paratas conspexerunt nenias — offas que reddire penitas ?. Scaliger conjecturait {æniæ,
NÉNIE
1102 lænias, Reiflerscheid conserve la leçon des manuscrits, neniæ, nenias.
Le poéte Prudence donne le nom de nénies aux contes ridicules qui entretenaient la croyance aux divinités d'airain, de pierre et de bois * :
Nam ceca vis mortalium Venerans inanes nenlas Vel æra, vel saxa algida, Vel ligna credebat Deum.
Et voici un autre évé que qui s'occupe de nénies, c'est Paulin de Nole, qui, en 403, écrit à Sulpice-Sévére à qui il envoie des inscriptions métriques destinées à étre placées sur les murs d'une église en construction.
Suivant l'usage du temps, il s'excuse du peu de mérite de ses vers : Habes versus operibus quidem tuis sanclis el magnificis indignos... Credo enim, vel t une de meis in epliis erubes ces... cum ædijicia, quæ immaculata adhuc operis tui gralia splendant, obscurata neniis insipientdiæ mes... adspicies , « Ces vers sont indignes de tes saints et magnifiques bâtiments... Je crains que tu n'aies à rougir de mes inepties... quand tu verras la blancheur encore immaculée des édifi ces qui resplendissent, grâce à tes soins, souillée par les nénies, œuvre de mon man que de goût, » Un siècle plus tard, le grammairien chrétien Fulgence, dans la préface de sa Mythologie, dédiée au prêtre carthaginois Catus, parle avec une juste mo destie de ses essais de nénies : Quia so les, Domine, meas cachinnantes sepius nenias lepore satirico lilas libentius affectare 1« , Et Th. Munker remar que, en citant des exemp les de Pline, de Martianus Capella, de Phédre, de Martial et d'Horace, que les littérateurs ont l'habitude de désigner modestement leurs compositions par les termes synonymes de neniæ, nugae, inepliæ, lusus. x Il convient de noter que Sidoine Apollinaire, dont la modestie aussi humble que celle de Paulin de Nole fait volontiers bon marché du mérite des vers qui lui ont été arrachés par des sollicitations amica les, se garde bien de donner le nom de neniæ aux petites compositions qu'il juge sans valeur. Evodius a désiré une épigramme de douze vers, destinée à être gravée sur un bassin : Sidoine s'exécute, il envoie six distiques élégiaques ; ce sont des nugæ !, tout comme une longue piéce en petits vers, improvisée du temps de Majorien Auguste, à la suite d'un festin . L'évê que de Tours, Perpetuus, a demandé une inscription pour étre gravée sur les murs d'une basili que qu'il vient de faire édifier en l'honneur de saint Martin. Sidoine envoie à son ami Lucontius les dix distiques élégiaques destinés à l'Église de Tours : c'est une simple cantilena, exactement comme l’épigramme en deux distiques élégiaques, improvisée par Sidoine à la suite d'un défi poéti que ?. Le nom de nenia, réservé aux épitaphes sérieuses, n'est ja mais attribué par le poéte à ces bagatel les. x Le sens d'épitaphe, qui est pour Sidoine Apollinaire le seul du mot nenia, semble avoir prévalu dans la latinité de la basse épo que. Au vin siècle, pour Béde le Vénérable, les nénies ne sont autre chose que les épitaphes en vers gravées sur les tombe aux à la mémoire des morts 4 : Nenias autem dicunt epitaphia quae in memoriam mortuorum in tumulis inscribuntur. Les inscriptions métriques funéraires remontent à une haute antiquité : on connait cel les du tombeau des Scipions. El les semblent avoir été un complément et un résumé des oraisons funèbres : Suétone rapporte 1103 que l'empereur Auguste prononça l'éloge funèbre de Drusus et composa en vers son épitaphe qui fut gravée sur son tombeau . Mais Sidoine Apollinaire est à notre connaissance le premier auteur qui donne à ces épitaphes le nom de nénies *. » x H. LECLERCO.
NÉOCÉSARÉE pu PONT. — Vers l'an 240, Grégoire fut nommé évé que de Néocésarée, dans le Pont ; c'était à son retour de Césarée où il avait suivi les leçons d'Origéne. La communauté chrétienne ne se |
H. LECLERCQ.
1. NÉOPHYTE. — Le mot « néophyte » vient du grec veéouroc et les chrétiens désignaient sous ce nom ceux d'entre eux qui venaient d'étre initiés à la foi par la réception du baptéme. On trouve cette expression dans la Ir épitre de saint Paul à Timothée, C. 111, VS. 6, et saint Augustin dit que les dons et priviléges mentionnés dans l'épitre aux Hébreux, vr, 1-2, sont eorum qui baptizantur initia et initia neophytorum. Étre néophyte, c'est étre « nouvellement planté »
X'PNVIINONECFITO KM PACEOVIVIKIANOSVII —
ou « greffé » en Jésus-Christ, expli que saint Cyrille de Jérusalem à son auditoire de catéchuménes, et saint Zénon de Vérone donne aux néophytes le sobriquet de iripon des homines parce qu'ils sont chargés du poids des trois vertus théologa les à pratiquer. Ce ne sont pas les seuls vocab les qu'on leur donne. Tandis que Cyrille de Jérusalem adresse ses catéchéses mystagogiques, mpg Tobs veomotiotous, c'est-à-dire, à'ceux qui viennent d'étre illuminés, Augustin d'Hippone les nomme infantes, quoniam regenerati estis e ! novam vilam ingressi estis el ad vitam æternam renali eslis. C'était le nom que leur donnait saint Pierre : sicut modo geniti infantes, rationabile, sine dolo lac concupiscite, et in eo crescalis in salutem (I Petri, 11, 2) et c'est celui qui tendait à devenir le plus courant à une épo que oü les inconvénients trés graves du baptéme retardé frappaient les évêques qui poussaient à faire recevoir le baptéme de très bonne heure. Il y avait bien de la résistance sans doute ; on voyait parmi les catéchuménes non seulement des hommes faits, mais méme des vieillards, cependant on s'habituait à leur appliquer le vocable d'enfants : Hodie oclavee dicuntur infantium... Isti senes, juvenes, adolescentuli, omnes infantes. La liturgie adoptait cette expression. Le sacramentaire sélasien prie afin que omnes in unam pariat gratia maler infantiam et le grégorien expli que comment in vera innocentia nova infantia renascatur ; dans le rite mozarabe, après la consécration de l'eau, le prêtre demande que ceux qui viennent d'y étre lavés soient rétablis dans une nouvelle enfance 5, Aprés leur baptéme les néophytes étaient conduits en vétements blancs jusqu'à l'autel auprés duquel ils se Lenaient assidüment pendant tous les offi ces de la semaine, ce qui expli que ces paro les d'un sermon préché à Pâques, en l'année 355 : Novi homines effecti sanctum altare cireumdant . Dans le De mysteriis, mis sous le nom de saint Ambroise, on lit : His abluta plebs dives in signibus ad Ghristi contendil altare *.
Et voici le témoignage de saint Paulin de Nole dans sa lettre à Sulpice-Sévère ? :
Inde parens sacro ducit de fonte sacerdos Infantes niveos corpore, corde, habitu ;
Circumstans que ru des festis allaribus agnos Cruda salutiferis imbuit ova cibis. ;
Parmi les inscriptions datées, on rencontre les années 348, 359, 366, 370, 371, 373 ( ?), 382, 385, 394, 396, à Home ; 360, 392, à Capoue ; 402, à Milan, et 409, 466, en Gaule *. Si on y ajoute les inscriptions non datées, il va sans dire qu'on fait une jolie récolte de formes bizarres, partant de Neofilus, Nophita, Næophyta, Enofitus, Innofilus, Enonfitus, Næfilus, pour aboutir à Infitus, Nefitus, Niofila, Neofata, et le reste.
Avant de nous engager dans cette documentation, rappelons que Néophyte est parfois un nom propre chez les païens ; on l’a rencontré à Ostie 1°, à Rome, en Afri que ! ! : Aur. Neophylus Aug. lib.
Pour Fortunio, qui mourut néophyte en l'année 366, on n'indi que pas son âge ! ?, tandis que Perpetuus fut rapidement enlevé à l’âge de 30 ans, il avait été bapLisé le F id. apr., il mourut le jour des i des, en 370 ® : e DEPOSITVS IDVS APRILIS DEFVN[clus ne] OFITVS PERIT IN DIES V Le néophyte Léonce, en 385, vécut 28 ans, 5 mois, 15 jours ! ; Aufinianus vécut 42 ans, mort en 396 15 ; Innocentius 23 ans !*, Parfois ce sont des enfants, comme Paulin, âgé de 8 ans | (fig. 8818) dont l'épi1104“ 1105 X âgé de 2 ans, 7 mois, je une Romain dont l'épitaphe est conservée à Ravenne 1 ; ou encore cet autre enfant dont — Boldetti recueillit l'épitaphe au cimetière de Priscille ? :
BONIFATIVS INNOX B
LANDIOSVS QVI VIXIT ANNOS II
MESES VII ENOFITVS BENE
MERENTI IN PACE
13 jours *, enterré au cimetière de Prétextat ; Casiaci| of I|NO-Q.VIX TA N
DONATI S PFSR : AN ETIVSTÀ« M
nus, âgé de 6 ans et 3 jours ‘ ; Leontius, âgé de 2 ans et 73 jours * et bien d'autres encore.
Mais quand on sait combien sévissait la mortalité infantile, il est permis de se demander si ces enfants . n'auraient pas attendu le baptême pendant de longues années si la maladie n'avait obligé les parents à se hâter. Voici une inscription de Capoue, sur laquelle nous voyons deux enfants, deux fréres, dont l'un vécut lanet 2 mois, l'autre 3 ans et 3 mois ; il parait évident que tous deux étant néophytes ont été emportés par | une épidémie sans laquelle ils n'eussent pas été baptisés puis que l'ainé ne l'avait pas été jus que-là (en 392) * :
HIC SVNT POSITI DVO FRATRES INNOCEN TES NEOFITI QVI VIXI RVNT DIONISIVS ANNV 5 VNV MENSES DVO DEP PRI KAL AVG MARINIA NA ANNIS TRIBVS MEN I| DEP VIII KAL NOBEN D NEVGENIO AVG-PRIMum :Et voici un cas identi que à Bologne, en 394 (ou 396, ou 402) ; mais ici l'aîné avait été baptisé in extremis, la mort vint le prendre néophyte, tandis que son je une frère était déjà chrétien ? :
B AKO M HIC REQVIESCENT DVO FRATRES INNO CENTES CONSTANTIVS NIOFITVS QVI VIXSIT ANNIS OCTO MH D :VI DEPOSITVS Ill ID NOB CONS DD NN ARCADI ET HONORI ! AVGG * 10 IVSTVS FIDELIS ỌVI VIXSIT ANNIS VII L'explication qui nous semble la plus vraisemblable c'est que les deux frères furent baptisés en même temps, — taphe provient du cimetière de Cyria que ; ou Projectus, Les enfants sont nombreux et nous pouvons encore | - citer Pisentius, anima innor, âgé de 1 an, 8 mois, 1106 in exiremis, mais l'aîné mourut pres que aussitôt et le cadet survécut plus d'une semaine, de là son titre de fidelis.
On trouve parfois la mention des parents, comme sur l'épitaphe de Zosime : q. vixit. ann. V, m. FIH, d. XII, et qui mourut NEOFIN , suivant l'expression de ses parents Donatus et Justa (fig. 8819) *. A Milan, pP-CY RJA CE TIS-MIFIDVS-SEI »QN EVI
LEES
U— HL QVENOFITA AXOKTVAESTNIR Uc INOEITABER ad ETS PERS une inscription aujour d'hui perdue, nous montre un de ces catéchumènes qu'on appelait competentes, à qui on donne par anticipation le titre de néophyte * :
PETENTE IN CRI
| et dans ce méme cimetière la je une Sotére, morte | Nous terminerons cette énumération par deux bel les formu les, Une en Mésie ! ! :
ORI
IVN CRTI
Dassianus junior Christi electus neofilus.
1107 Une autre en Gaule, trouvée en 1858 à la Tour-deFaure, comm une de Saint-Cirq-Lapopie, canton de saint-Géry, prés de Cahors (Lot), et où la formule precessil in pace dominica a une saveur tout africaine ! :
5 BRIS LEONE TER CONS A SE v IT faut lire : praecessi ! in pace dominica. Die nonas decembris. Le néophyte Paul mourut un samedi, en 466.
: H. LECLERCO.
2. NÉOPHYTE. — On rencontre assez fréquemment, dans l'antiquité, des individus qualifiés « néophytes » fort longtemps aprés qu'ils avaient recu le baptéme ; c'est qu'on appliquait ce nom à ceux qui étaient promus à l'épiscopat ou aux autres ordres sacrés sans avoir subi l'épreuve des degrés inférieurs de la hiérarchie ecclésiasti que. Dès l’âge apostoli que, saint Paul avait considéré ce cas et avait interdit ces ordinations précipitées. S'adressant à Timothée, il
défend de prendre des néophytes : Non neophylum, ne | in superbiam elatus, incidat in judicium diaboli . Le plus ancien texte canonique ne remonte d'ailleurs qu'au 1v° siècle. On lit dans le 2° des canons du concile de Nicée, en 325 : « Soit par nécessité, soit à cause des instances de quelques personnes, plusieurs choses contraires à la règle ecclésiastique se sont produites ; ainsi on a accordé le bain spirituel et avec le baptême la dignité épiscopale ou sacerdotale à des hommes qui avaient à peine passé de la vie païenne à la foi, et qui n'avaient été instruits que pendant très peu de temps ; il est juste qu'à l'avenir on n'agisse plus ainsi, car il faut du temps au catéchumène (en vue du baptême) et après le baptême une plus longue épreuve (en vue des ordres). Elle est sage la parole de l'Apôtre disant que l'évêque ne soit pas néophyte, de peur que par orgueil il ne tombe dans le jugement et dans le piège du démon. Si, dans la suite, un clerc se rend coupable d'une faute grave ?, constatée par deux ou trois témoins, il doit cesser d'appartenir au clergé, Celui qui agit contre cette ordonnance et qui se montre désobéissant à l'égard de ce grand concile est en danger de perdre sa cléricature 4 » Le texte de ce canon montre qu'il avait été auparavant défendu de baptiser et d'élever à l'épiscopat ou à la prêtrise celui qui n'était catéchumène que depuis peu de temps ; cette défense se lit en effet dans le 80e (79%) canon apostolique, qui, d’après ce rapprochement, remonterait à une date plus ancienne que 325 quoi que, d'une manière générale, les canons dits apostoliques appartiennent au rv° siècle déjà avancé, Voici ce que dit le canon 80 : « Il ne convient pas que celui qui n'a pas encore été éprouvé soit le docteur des autres, à moins que cela n'arrive par une grâce divine toute particulière 5. » Le 2° canon de Nicée soulevait une question grave, comme l'avait fait d'ailleurs le 1° canon à l'égard des 1108 | 21°, 22e, 23° (20, 21, 22) canons apostoliques . Les Pères du concile étaient persuadés que la collation du baptême engageait la responsabilité de celui qui con- | férait le sacrement . Le converti devait recevoir une instruction catéchétique didactique (Luc., 1, 4 ; Act., xvin, 25 ; I Cor., xiv, 19 ; Gal., vr, 6) ; la durée, sans être fixée rigoureusement, pouvait comprendre deux ou trois années ; cependant, dans certains cas, cette - durée était notablement abrégée , mais sans être jamais entièrement supprimée ™, Le catéchuménat consistait donc en une période bien déterminée 1. Au cours du premier stage on ne portait pas encore le titre de catéchumène, mais celui de audiens, « celui qui écoute », et la place du récipiendaire restait parmi les - païens ; ce n'est qu'après cette première probation - qu'on devenait catéchuméne : anle sunt catechumeni perfecti quam edocti ?. La prescription du 2 canon de Nicée fut si mal observée qu'il la fallut renouveler dans le 10° (13) canon ? de Sardi que où on formula l'interdiction d'ordonner évêque un homme du siècle, quand bien même il serait réclamé par le peuple. « Lorsqu'un | homme riche ou un juriste du forum est demandé pour évêque, il doit remplir au préalable les fonctions de lecteur, de diacre, de prêtre, et franchir les degrés de l'épiscopat en prouvant qu'il en est digne. Il lui faut rester assez longtemps dans chacun de ces degrés pour que l'on puisse être fixé sur sa foi, sur ses mœurs, sur son caractère et sur son talent, et pour qu'il soit honoré de la plus haute dignité après avoir été jugé digne du sacerdoce., Car il n'est ni convenable ni prudent, ni de bonne administration, de procéder d'une manière hardie ou légère et d'installer trop facilement un évêque, un prêtre ou un diacre. Il pourrait être comparé à un « néophyte » et on sait que saint Paul, l'apôtre des nations, a fortement insisté pour que l'on évite de pareils choix. Une épreuve durable fera connaître les habitu des et les mœurs d'un chacun M, » Le 3 canon de Laodicée prend une disposition semblable, Il pourrait se faire que la pratique condamnée à Nicée se fût introduite dans l'Église par le moyen des hérétiques. Tertullien nous apprend ce qui se passait dans les sectes : Ordínaliones eorum temerarim, leves, inconstantes, Nunc neophytos conlocant, nunc sæculo obstriclos, nunc apostalas nostros, ut gloria eos obligent, quia veritate non possunt. Nusquam facilius proficitur quam in casíri rebellium, ubi ipsum esse illic, promoveri est 5, La lettre du pape Sirice à l'évêque Himérius de Tarragone, impose aux néophytes l'observation d'interstices prolongés entre la réception de chaque ordre et recule, suivant les anciens canons, la limite d'âge minimum pour le sacerdoce et pour l'épiscopat. Les papes Innocent Ier et Zosime s'employèrent à combattre le même abus !, La lettre de Zosime à Hésychius de Salone est particulièrement énergique : Obsiste falibus ordinationibus, obsisle superbiæ el arrogantiæ venienti. Tecum facient pracepla Patrum (les Pères de Nicée) fecum apostolieæ Sedis auctoritas. Si enim officia saecularia principem locum non vestibulum actionis ingressis, sed per plurimos gradus examinalo temporibus deserunt ; quis ille tam arrogans tam impudens invenitur, ut in cælesti militia, quae pensius ponderanda est, et sicut au-
an — — FEN — = a EE å a ' i i > T 1109 NEOPHYTE rum repelilis ignibus exploranda, statim dux esse desideret cum tyro ante non fuerit el prius velit docere quam discere ? Le pape Célestin ne s'exprime pas autrement dans sa lettre aux évêques de Vienne et de Narbonne et dans sa lettre aux évêques de la Pouille et de Ja Calabre ; enfin, saint Léon Itt renchérit sur ses prédécesseurs : Quid est cito manus imponere, nisi ante ætlatem maturitatis ante lempus examinis, ante meritum laboris, ante experientiam disciplinæ sacerdotalem honorem tribuere non probatis ?... Quid aliud intelligendum in hoc putamus nisi... ut laborum merita cogitemus, ne aut a baplismo rudibus, aut a seculari aclu repente conversis officium pastorale credatur ? Et il explique comment on n'a établi tant d'offices que pour en faire autant de degrés à franchir avant de s'élever aux dignités supérieures, Saint Grégoire Ier assimile à ces néophytes inaptes au sacerdoce les chrétiens depuis longtemps baptisés et demeurés cependant sans amour, sans vertu et sans mérite ?, Saint Grégoire de Nazianze se montre également sévère à l'égard de ces derniers *. Saint Jérôme ne s'est pas contenté de jeter le cri d'alarme : Heri catechumenus, hodie pontifex ; heri in amphitheatro, hodie in ecclesia ; vespere in circo, mane in altario ; dudum fautor histrionum, nunc virginum consecralor ^, dans son pamphlet contre.Jovinien, Jérôme rend raison des causes de cet abus dont il découvre la source dans le choix fait pour l'épiscopat et le sacerdoce de personnes engagées dans les liens du mariage eL les charges du monde. Une rivalité ouverte existait fréquemment entre prélats célibataires et prélats mariés.
Parmi tant de cas abusifs qui auront provoqué les décisions des conciles et les remontrances des papes, quelques-uns nous sont connus et font exception dans l'ensemble, par exemple : saint Cyprien de Carthage : Judicio Dei et plebis favore ad officium sacerdotii et episcopatus gradum adhuc neophytus et ut putabatur, novellus electus est... Quamvis in primis fidei sus adhuc diebus, el rudi vitæ spiritualis ætale, sic generosa indo les relaceret : ut elsi nondum officii spe tamen fulgore resplendeus, imminentis sacerdotii lotam fiduciam pollicerelur , Quant à saint Ambroise, il n'était pas même néophyte lorsqu'il fut proclamé évêque par le peuple de Milan. Le 2 canon de Nicée, renouvelé et renforcé par le 10* canon de Sardi que, s'opposait à la validité de son élection et on sait par la lettre de saint Ambroise à l'Église de Verceil que lui-même ne l'ignorait pas : Quam resistabam ne ordinarer ! Postremo cum cogerer, saltem ordinatio prolelaretur. Sed non voluit præscriplio, privaluil impressio. Tamen ordinationem meam Occidenta les episcopi judicio, Orienta les etiarn exemplo probarunt, Et tamen neophytus prohi beretur ordinari, ne extollatur superbia ?. L'exemple auquel fait allusion l’évêque de Milan est celui de Nectaire, sénateur et seulement catéchumène, nommé par Théodose évêque de Constantinople et agréé pour tel par le concile.
On pourrait rapporter d'autres exemples non moins instructifs, comme sont l'ordination d'Eusébe de Césarée , de Synésius , de Pinianus '^, de Thalassius !!, de saint Grégoire de Nazianze '*, d'Alexandre de Comanes ??, Le Ve concile d'Orléans, tenu en 549, prescrit de n'élever à l'épiscopat aucun lai que qui n'ait passé au moins une année sous la discipline intellectuelle d'hommes savants et réputés pour leur doctrine !'. H. LECLERCQ.
NEPTUNE. — Cette divinité païenne n'apparait que de loin en loin dans les préoccupations des chrétiens. Les invectives de ceux-ci se tournent volontiers contre Jupiter et Apollon ou contre Saturne et Vénus ; quant aux monuments chrétiens, nous n'en connaissons aucun qui porte la représentation de Nept une ; lors que, parfois, on remarque le trident, ce symbole a une signification bien déterminée (voir TRIDENT) et n'évoque pas le dieu marin.
La seule pièce, à notre connaissance, où il est question de Nept une est l'ouvrage d'un écolier de la décadence. Il s'agit d'une déclamation en vers latins qui a dû servir d'exercice oratoire : il est question d'un sacrilège imaginé par un sophiste pour exercer des apprentis rhéteurs. Un pêcheur dérobe de l'or dans. un temple de Nept une ; avec ce larcin, il devient riche et il fait amende honorable envers le dieu en déposant sur son autel un poisson d'or, dont l'offrande est spécifiée par ces mots :
Tibi nunc, salis alme profundi, Quod dedimus, Nept une, tuum est...
Trahi par cette inscription, il est mis en cause ; il s'agit de requérir contre lui, malgré ses dénégations, la peine de mort, châtiment du sacrilège.
Sur cette donnée, l'auteur a composé 285 vers.
1111 NÉRÉE ET
NÉRÉE ET ACHILLÉE. — I. Idiome et date des Actes.. II. Contenu des Actes. III. L'inscription damasienne. IV. La basilique des Saints-Nérée-etAchillée. V. Bibliographie.
TEXTE CORRIGÉ :
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I. IDIOME ET DATE DES ACTES, — Il existe des Actes des saints Nérée et Achillée ! ; c'est, à proprement parler un roman historique ou, si l'on préfère, une histoire romancée ; cela se vaut. La pièce fit ses débuts dans Mombritius ?, d'où elle passa chez Surius ? pour échouer dans les Acta sanctorum ; sa destinée semblait remplie et elle n'avait pas trop à se louer de la critique. Passe encore pour Baronius qui prononçait ces mots : fide non integra, mais Tillemont se montrait moins accommodant : « Il serait aisé, disait-il, de montrer par le détail que c'est une très méchante pièce, digne des manichéens ennemis du mariage . » Dès lors du Sollier, de Vitry, Zaccaria, Cancellieri faisaient chorus et tout paraissait dit lors que surgit une version grecque et, avec elle, la question de la priorité du grec sur le latin. On savait par le témoignage du traducteur des Actes latins que les Actes furent primitivement rédigés en grec”, lorsqu'on vit paraître un texte grec qui ne semblait pas être celui qui servit de base au traducteur, quoi que les divergences soient peu notables, sauf dans les prologues ?, Cette édition était si manifestement insuffisante 1° qu'elle gagna fort à être reprise par H. Achelis 11, Celui-ci, pour juger de l'authenticité de la pièce, fit appel à tous les documents archéologiques et aux données des martyrologes ! ?, L'épigraphie et la liturgie se donnent la main pour revendiquer la réalité des martyrs. On raconte dans ces Actes le martyre de Mérée et d'Achillée, d'Eutychés, de Victorin et de Maron, de Sulpice et de Servilien, de Domitilla, d'Euphrosina et de Theodora (quinzième année de Domitien) ; cependant, on assiste aux diverses péripéties de la lutte entre Simon le Magicien et le chef des apôtres, à la mort de Petronilla, la prétendue fille de saint Pierre, au martyre de Felicula et de Nicoméde (sous le règne de Néron). Malgré les fables et les légendes qu'on y a rattachées, le nom des treize martyrs est historique ; l'épigraphie romaine surtout, comme nous venons de le dire, mais aussi les martyrologes, le prouvent surabondamment, Une riche littérature apocryphe se trouve à la source des Actes ; mais la bien déterminer est chose impossible. Les Actes de Pierre et de Paul semblent fournir les personnages de la Ie partie ; on est renvoyé aussi à certains Actes orientaux de Lin ; enfin, depuis la mort de Petronilla, l'auteur parait broder sur des notices topographiques et sur des traditions qui s'y rattachent. On se trouve donc en présence de « l'œuvre d'un romancier » du genre de la Fabiola de Wiseman, mais moins bien conduite, moins variée, moins riche ; son objectif, c'est la glorification de Domitilla, autour de laquelle se groupent, comme autant de satellites, tous les saints contemporains que l'auteur connait. Après A. Wirth, H. Achelis soutenait que les Actes furent originairement composés en grec, peut-être au v-vi siècle, et traduits presque aussitôt après. Cette opinion n'est pas indiscutable, bien qu'on lise dans le prologue latin de græco transtuli in latinum. En effet, on relève dans la recension latine bon nombre de détails qui ne dépendent pas du texte grec. L'adoption du grec pour la pièce avait pour conséquence de renvoyer à la période byzantine de Rome, au vi siècle environ, la composition de cette pièce intéressante ; il devenait nécessaire de trancher ce problème, ce qui fut fait à souhait *, En effet, « si l'on compare les deux textes grec et latin, on est frappé de voir dans la recension grecque un certain nombre de mots latins, tandis qu'il ne reste « aucun terme grec dans le texte latin. Le prologue, de caractère si différent dans les deux versions, s'explique mal dans l'hypothèse d'une traduction du grec, Il se présente en latin avec un but bien précis, avec une idée —apologétique très déterminée. Le traducteur grec ne saisissant plus l'à-propos du passage l'a remplacé par les banalités du lieu commun. La supposition contraire, celle de la version du grec en latin, aurait laissé subsister le prologue grec.
« Les noms propres de personnes et de lieux sont, dans le texte latin, justifiés par le contrôle des autres sources hagiographiques et trahissent, par leur exactitude, un écrivain familier avec l'onomastique et la topographie de l'Italie. Le rédacteur grec, au contraire, montre par le peu de soin qu'il a de ces détails, qu'il travaille de seconde main. Enfin, le texte grec renferme plusieurs expressions inexactes, impropres, pléonastiques, que le latin rend avec une irréprochable correction. - « Mais dira-t-on, l'auteur du texte latin affirme explicitement avoir traduit du grec. C'est vrai, mais il ne faut pas prendre cette assertion à la lettre, L'historien latin du pape Silvestre a les mêmes prétentions et nous savons que son texte ne dérive nullement du grec !. Traduire du grec » signifie, au cas présent, avoir puisé à une source grecque, et cette source serait la fameuse Zuvayoyh tæv uxpczópov d'Eusébe. On peut, grâce à certains détails, faire remonter la rédaction de la Passion des saints Nérée et Achillée à la première moitié du v siècle, En effet, l'inscription du pape Damase (v siècle), dont nous parlerons bientôt, semble ne pas connaître la Passion que nous possédons ; les hérétiques dont parle le prologue sont probablement Helvidius et Jovinien, adversaires de la virginité, et toute l'histoire de nos martyrs parait bien écrite pour constituer un panégyrique de cette vertu. Enfin, les traces du culte des saints Nérée et Achillée s'accusent surtout au commencement du v* siècle !5, » C'est une question de savoir s'il y en eut deux en effet, l'une mariée à Flavius Clemens, l'autre, sa nièce, qui souffrirent en même temps pour le nom du Christ sous Domitien et par ses ordres. Dans la révision à laquelle J.-B. De Rossi soumit l'arbre généalogique de la famille des Flavius tel que l'avait dressé l'abbé Greppo, il aboutissait au résultat suivant :
Titus Flavius Petro, centurion dans le parti de Pompée, puis collecteur d'impôts, est le chef de la famille. — Il eut de sa femme Tertulla un fils, Titus Flavius Sabinus, receveur du quarantième en Asie. Celui-ci, marié à Vespasia Polla, eut trois enfants : une fille, Flavia Polla ou Petronilla, qui mourut en bas âge et deux fils, — Titus Flavius Vespasianus, qui régna après Vitellius, | et Titus Flavius Sabinus, mort en 69, à la prise du Capitole, après avoir été longtemps, et à deux reprises, préfet de Rome. Il occupait cette charge lors de la persécution de Néron. Vespasien eut de sa femme Flavia Domitilla, deux fils, Titus et Domitien, qui régnèrent tour à tour, et une fille qui porta le nom de sa mère, Flavia Domitilla. Cette fille, morte comme sa mère avant l'élévation de Vespasien à l'empire, laissa aussi une fille nommée Flavia Domitilla. C'est celle dont parle Dion, femme de Flavius Clemens. Si nous citons encore Julia Augusta, fille de Titus, nous aurons épuisé la descendance de la branche des Flavius qui fut appelée à régner.
. L'autre branche a pour souche le frère de Vespasien, Titus Flavius Sabinus. Les historiens profanes lui donnent deux fils ; Titus Flavius Sabinus, qui épousa la fille de Titus, Julia Augusta, que Domitien fit mettre à mort, nous dit Suétone, parce que le jour des comices consulaires, le héraut l'avait, par erreur, proclamé empereur au lieu de consul, et Titus Flavius Clemens, consul en 95. Ce dernier laissa de sa femme, Flavia Domitilla, deux fils : Vespasien le Jeune et Domitien le Jeune, que l'empereur Domitien avait désignés pour lui succéder et dont il avait confié l'éducation à Quin-tilien.
Voilà toute la généalogie des Flavius, d'après les historiens ou les documents profanes. Mais la Chronique d'Eusébe contient, d'après l'historien païen Bruttius, la mention d'une martyre « Flavia Domitilla, fille de la sœur du consul Flavius Clemens, qui fut reléguée dans l'île de Pontia parce qu'elle s'était confessée chrétienne ! », Bruttius ne nomme pas cette sœur, et Suétone, de son côté, n'attribue à Flavius Clemens qu'un unique frère ; ce silence est fâcheux, il n'a pu détourner les Actes des saints Nérée et Achillée d'accueillir cette sœur qu'ils nomment Plautilla, dont la fille Flavia Domitilla sera exilée à l'île Pontia. Ces mêmes Actes font de Flavia Domitilla une nièce de l'empereur Domitien ; or celui-ci n'eut d'autres nièces que la fille de son frère Titus, Julia Augusta, et la fille de sa sœur Flavia Domitilla ; toutes les deux bien connues, Quant à la Flavia Domitilla, quatrième du nom, et fille présumée de Plautilla, elle sera l'héroïne de la légende des Actes et à l'occasion de laquelle on a composé, vers la première moitié du v* siècle une histoire d'amour.
Flavia Domitilla est fiancée à un jeune homme qui l'aime et la désire ardemment. Il s'appelle Aurelianus et est fils d'un personnage consulaire. Nérée et Achillée, eunuques et domestiques de Domitilla, gagnés naguère à la foi chrétienne par le bienheureux et très saint Pierre, apôtre de Dieu, voyant leur jeune maîtresse se couvrir de bijoux et de vêtements de pourpre tissés d'or, lui dirent : « Quel soin tu prends de parer ton corps pour t'unir à Aurelianus, homme mortel ! Si tu mettais un zèle égal à orner ton âme, tu pourrais conquérir pour époux le Fils de Dieu, roi immortel, qui t'associerait à son éternité et avec lequel tu ne verrais jamais tes plaisirs avoir un terme ni ta parure se flétrir ». — Domitilla leur répondit : « Et n'est-ce pas la meilleure manière d'aimer Dieu, que de prendre un mari et d'avoir des enfants et de perpétuer le souvenir et l'honneur de son nom dans une douce et chère postérité ? Qu'il est dur et inhumain de mépriser ces joies et de renoncer à goûter ces délices de la vie et, comme celui qui ne jouit pas de la lumière, de se refuser à connaître la volupté ! » — Nérée lui répondit : « Tu ne
1114 vois que le plaisir d'un moment tu ne vois pas les nombreux dangers qui naîtront aussitôt après. Et d'abord, quand on t'aura ravi la pureté, que tu as apportée en naissant, tu perdras ton nom de vierge pour prendre celui de femme, et toi qui n'as pas souffert de la part de tes parents la moindre atteinte à ton caractère d'être libre, il te faudra subir pour maître de ta personne un étranger, entre les mains duquel tu seras comme un vil objet qu'il possède. Désormais, plus de libres épanchements. Il ne te laissera plus converser avec tes amis, tes nourrices, tes frères et sœurs de lait. Tes paroles, tes regards, tes oreilles, tes plus simples démarches seront l'objet de continuels soupçons », — Domitilla répondit : « Je sais que ma mère eut dans mon père un mari jaloux et qu'elle souffrit souvent de ses injurieux soupçons. Mais est-ce une raison aussi pour que je rencontre un semblable mari ? » * La plupart des fiancés, dit Achillée, se font doux et soumis avant le mariage, mais après ils trahissent leur vrai naturel, S'ils sont débauchés, ils séduisent leurs servantes et prennent leur parti contre leurs maîtresses, alors même que celles-ci ferment les yeux, et les vengent du dédain non seulement par des paroles, mais encore par des coups ; et, quand on pouvait à peine supporter un reproche d'une mère chérie, il faut endurer leur violence et leur brutalité. Mais j'admets que ton époux ne soit ni jaloux, ni libertin, mais plein de douceur et de bonté. Vois cependant les ennuis et les périls du mariage. Bon gré mal gré, il faudra que la femme porte nuit et jour dans son sein le fardeau qu'elle a conçu. Elle en sera languissante, alourdie, pâle, à peine capable de se traîner sur ses jambes, dégoûtée des mets salutaires, prise d'étranges envies pour des aliments nuisibles, » Achillée ajoute des traits vraiment intraduisibles sur les maladies auxquelles expose la grossesse, les risques de l'accouchement pour l'enfant et pour la mère. L'auteur, évidemment, dans le développement de sa thèse, a oublié ses personnages et que c'est un domestique qui parle à sa maîtresse, un homme à une chaste vierge. En regard de ce tableau bien fait pour étonner et dégoûter une âme candide de jeune fille, l'auteur met dans la bouche de Nérée l'éloge de la virginité : « O heureuse la sainte virginité, étrangère à tous ces dangers, la virginité aimée de Dieu et chère à ses anges ! Qui la possède est semblable à Dieu, qui ne l'a plus a perdu en cela sa ressemblance avec Dieu, et a revêtu la corruption. La femme ainsi viciée, peut, il est vrai, par la pénitence, effacer cette faute, mais retrouver son intégrité, jamais. Ah ! quelle démence de se soumettre à la passion d'autrui et, quand on peut attendre le prix et la couronne éternelle de la virginité, de s'obliger à gémir et à pleurer sur sa corruption, et à en faire pénitence pour mériter son pardon ! Ah ! oui, la sainte virginité est particulièrement agréable à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit ! De même qu'une reine passe devant tous les autres nobles et illustres matrones, ainsi la virginité marche avant toutes les autres vertus et ne cède le pas qu'au martyre. La Foi la caresse, l'Espérance l'embrasse, la Charité la couvre de baisers ; la patience, le mépris du monde, la persévérance, la vigilance, la constance, l'hospitalité, toutes les vertus que j'ai nommées et toutes celles que je n'ai pas nommées lui font cortège et sont ses suivantes, au milieu de la verdure du paradis et des fleurs de la vie éternelle qui ne savent pas se flétrir, au milieu des bocages des anges et des prairies fraîches et saintement embaumées, où l'on respire la vie éternelle, où l'air même a le parfum de la vertu, à tel point que celui qui l'a respiré une fois ne connaîtra plus la tristesse, l'infirmité et la douleur, mais portera toujours une âme radieuse et —— &— 7389 —3j r9 aS oma t 1115 NÉRÉE ET confiante en son immortalité. » — Achillée reprit :
| Ce que mon frère vient de rappeler est peu de chose. D'un vaste fleuve il n'a, en quelque sorte, puisé qu'un setier. C'est assez pour goûter la saveur de l'eau du fleuve, mais il ne tient pas tout entier dans cette petite mesure. Aussi aucune parole ne pourrait expliquer quelles sont les félicités et les délices de cette vie, aucune pensée ne saurait y atteindre, aucun discours les embrasser. Mais, dans Le même, la virginité garde sa gloire et sa dignité... » — L'auteur oppose encore ici la pureté et la liberté de la vierge dans le monde à la corruption et à la servitude de l'épouse, : tenue enfermée dans sa maison comme dans une prison domestique » et subissant mille outrages de la brutalité de son mari. Ces outrages sont la vengeance de l'ange gardien de la virginité, qui punit de la sorte la vierge de sa chute. Puis l'auteur, dans une prosopopée, fait parler cet ange gardien, qui gourmande ainsi la vierge devenue femme : « Dis-moi, à créature, quel mal a fait la virginité pour la rejeter loin de toi et admettre à sa place son ennemie ? Quand tu es sortie du sein de ta mère, elle est née avec toi ; avec toi, elle a été allaitée ; elle a toujours été avec toi comme une compagne fidèle ; avec toi, elle a pleuré les larmes de l'enfance ; avec toi, elle a été nourrie au milieu des caresses ; avec toi, elle a mangé ; avec toi, elle a bu ; elle a partagé tes malaises et tes misères corporelles ; elle veillait et dormait avec toi, se levait avec toi, était avec toi debout ou assise, s'habillait et se parait avec toi, avec toi mangeait et prenait place à table ; avec toi, elle a appris les lettres, la grammaire, l'éloquence ; avec toi elle a communié, avec toi elle a été catéchisée, baptisée, consacrée par le sang du Christ ; avec toi elle s'est assise aux noces du Christ et de l'Église, d'où naît chaque jour une innombrable multitude, mais sans que ni l'un ni l’autre, ni le père qui est le Christ, ni la mère qui est l'Église, perdent leur pureté immaculée, Dans l'embrassement du Christ, en effet, la pureté est préservée et accrue, loin qu'elle disparaisse, et, dans ses enfantements, la virginité de l'Église ne fait que devenir plus parfaite... O heureuse et sainte virginité ! Toi qui, au milieu des pécheurs, goûtes encore de pareils jouissances, quelles sont donc celles que tu goûteras parmi les anges, dans les cieux ? Combien tu vaux mieux que les royautés éphémères ! Combien tu es plus brillante que les plus brillantes pierreries ! A toute heure, tu possèdes le plus beau jeune homme, le Christ, Fils du Dieu tout-puissant, resplendissant de l'éclat du diadème, radieux et étincelant de la lumière céleste ! Car, puis que le soleil est son serviteur, quelle doit être la beauté du maître, quand si grande est la beauté du serviteur ? Voilà celui qui sera toujours avec toi, à sainte virginité, avec toi au milieu de tous les saints, te prodiguant d'éternelles caresses spirituelles... Choisis donc maintenant celui que tu préfères : ou l'éternel époux avec les délices éternelles, ou un homme qui doit mourir avec ses caresses d'un moment. » Domitilla est troublée par ce langage, elle répond : « Ah, si cette science divine eût été mienne naguère, je n'aurais jamais pris le titre de fiancée et j'aurais pu sans peine aspirer à l'honneur de la sainteté, et de même que, baptisée, j'ai abandonné le culte des idoles, ainsi instruite, j'aurais méprisé tout commerce charnel. Maintenant, puis que Dieu a voulu gagner mon âme par le secours de votre parole, j'espère qu'il m'inspirera comment il faut s’y prendre pour arriver à ce que nous souhaitons pour l'amour de lui. » Achillée et Nérée vont alors trouver l'évêque Clément, que l'auteur appelle ici « fils du frère du consul Clemens » et l'informe que Domitilla veut renoncer à son futur époux Aurelianus, pour être consacrée à Dieu et recevoir le voile de ses mains. Clément se rend, en effet, auprès d'elle et là consacre en prévoyant qu'elle prendra la route du martyre. En apprenant que sa fiancée renonce à lui, Aurelianus s'indigne ; des menaces il passe aux violences et obtient de Domitien, que, si elle refuse de sacrifier, elle soit déportée dans l'île de Pontia. Il pensait que l'exil donnerait à réfléchir à la jeune fille et la lui ramènerait docile et soumise, Elle part donc pour l'exil avec Nérée et Achillée.
Ici l'auteur a cousu deux épisodes qui rompent singulièrement l'unité du récit. Le premier est l'histoire de la lutte de Simon le Magicien avec saint Pierre, à propos de deux disciples de Simon qui séduisent le peuple de l'île par leurs prodiges. Le second est l'histoire de sainte Pétronille, ravie par la mort à son fiancé, le comte Flaccus, venu avec des soldats pour la forcer à l'épouser ; et ‘l'histoire de Felicula, qui préfère le martyre à la main de ce même Flaccus, qui, après la mort de Pétronille, a tourné sur elle ses vues et ses désirs. Après ce détour un peu long, nous revenons à Domitilla. Aurelianus l'aime toujours et n'a pas perdu l'espoir de la posséder. Il se rend à l'île de Pontia et essaie de mettre dans ses intérêts et de gagner par des présents Nérée et Achillée, serviteurs de celle qu'il aime. Trouvant ceux-ci incorruptibles, il les fait battre de verges, les fait transporter à Terracine et les livre au consulaire Memmius Hufus, qui, ne pouvant les contraindre à sacrifier, leur fait trancher la tête. Cependant, Aurelianus continue à se donner du mouvement pour obtenir la main de Domitilla. Il apprend qu'elle est encouragée dans son obstination par Eutychés, Victorinus et Maro. Il obtient de Nerva qu'ils lui soient livrés, les fait sortir de l'île, les envoie travailler dans ses domaines en les séparant, puis les fait périr tous trois d'une mort cruelle, pour les punir du succès de leur propagande parmi le peuple. Après s'être ainsi défait de tous les saints qui étaient la consolation de Domitilla, Aurelianus s'adresse à Sulpicius et à Servilianus, jeunes gens de noble naissance : « Je sais, leur dit-il, que vous avez pour fiancées Euphrosyna et Theodora, jeunes filles pleines de sagesse, sœurs de lait de Domitilla. Or, quand j'aurai fait revenir Domitilla de son île en Campanie, faites, je vous prie, qu'elles se rendent auprès d'elle, et qu'elles la décident par la persuasion à m'être agréable ». — Domitilla ayant donc été amenée à Terracine, Euphrosyna et Theodora vinrent la trouver et leur joie fut grande de se trouver réunies. Or, pendant qu'elles étaient à table, Domitilla jeûnait et priait. Les deux amies lui dirent alors : « Est-ce que parce que nous mangeons et que nous nous marions, nous ne pouvons adorer ton Dieu ? » — Domitilla leur répondit : « Vous avez pour fiancés des jeunes gens de bonne famille. Mais si d'autres, d'infime extraction, voulaient vous séparer d'eux et vous contraindre à les recevoir eux-mêmes pour époux, dites-moi, obéiriez-vous ? — Dieu nous en garde, répondirent-elles. — Et Dieu m'en garde aussi, reprit Domitilla. Mon noble fiancé est le Fils de Dieu, qui, descendu du ciel, a promis qu'il serait l'époux de celles qui aiment la virginité et la conservent par amour pour lui ; qu'il leur donnerait la vie éternelle, et, après leur mort, les introduirait dans l'éternelle couche nuptiale du ciel, et les associerait à la félicité des anges et à toutes leurs délices au milieu des fleurs parfumées du paradis et des éternels banquets. Voilà ce qu'il promettait, et, comme on ne le croyait pas, il rendit la vue aux aveugles, purifia les lépreux, guérit tous les malades et ressuscita les morts. Il témoigna par là qu'il était bien le Fils de Dieu et beaucoup crurent en lui. » — Alors Theodora prenant la parole : « J'ai un jeune frère que tu connais, Hérode, qui depuis un an est privé de la vue ; si tu dis vrai, rends-lui la vue au nom de ton Dieu ». — Et Euphrosyna : « Ton frère aveugle est à Rome, mais moi j'ai ici la fille de ma nourrice qui, à la suite d'une maladie, a perdu la 1116
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TEXTE CORRIGÉ :
e aux aveugles, purifia les lépreux, guérit tous les malades et ressuscita les morts. Il témoigna par là qu'il était bien le Fils de Dieu et beaucoup crurent en lui. » — Alors Theodora prenant la parole : « J'ai un jeune frère que tu connais, Hérode, qui depuis un an est privé de la vue ; si tu dis vrai, rends-lui la vue au nom de ton Dieu ». — Et Euphrosyna : « Ton frère aveugle est à Rome, mais moi j'ai ici la fille de ma nourrice qui, à la suite d'une maladie, a perdu la 1116
1117 NÉRÉE ET
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TEXTE À CORRIGER :
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| parole. Elle peut entendre, mais ne peut plus articuler un seul mot. » Et après avoir dit cela elle la fit venir ; alors Domitilla se prosternant en prières et levant les mains au ciel dit : « Seigneur Jésus-Christ, toi qui as dit : « Je suis avec vous, jusqu'à la consommation des siècles, montre aujourd'hui que j'ai porté de toi un vrai témoignage ». — Après ces mots, elle fit le signe de la croix sur la bouche de la muette, et l'enfant aussitôt s'écria : « Ton Dieu est le véritable, Domitilla, et tout ce qui est sorti de tes lèvres est la pure vérité. » Alors toutes deux se jetèrent aux pieds de Domitilla, et crurent et furent initiées aux mystères du Christ. Le frère de Theodora, aussi amené de Rome, par l'intervention des prières de Domitilla, recouvra la lumière. Et beaucoup de personnes des deux sexes, esclaves ou de condition libre, qui étaient venues de la ville en ce lieu, voyant ces miracles, crurent au Christ et furent baptisées. Et la maison où demeurait Domitilla devint comme une église. Sur ces entrefaites, Aurelianus vint avec les deux fiancés dont nous avons parlé, amenant avec lui trois chanteurs, comme pour célébrer le même jour trois noces. Or, Sulpicius et Servilianus, dès qu'ils virent que la muette parlait et qu'Hérode, frère de Theodora avait recouvré la vue, ayant appris de plus tout ce qui s'était passé, crurent aussi. Et, comme Aurelianus les pressait avec instance de célébrer le même jour les trois mariages, eux, en hommes pleins de sagesse, lui dirent : « Rends hommage à Dieu qui, par sa vertu, rend la parole à celui qui est muet et la vue à celui qui est aveugle. » Mais lui, sans tenir compte de ces paroles, fit enfermer Domitilla dans une chambre pour assouvir librement sur elle sa passion, puis, après le repas, ayant fait jouer les instruments, il se mit à danser follement avec les convives. Ceux-ci s'étant arrêtés par lassitude, il continua seul à danser pendant deux jours et deux nuits sans interruption jusqu'au moment où il tomba et rendit l'âme. Effrayés de ce spectacle, tous crurent en Dieu le Seigneur. Or, Luxurius, frère d'Aurelianus, demanda à l'empereur Trajan qu'il lui fût permis de les forcer à sacrifier et de punir comme il voudrait ceux qui s'y refuseraient. Il livra Sulpicius et Servilianus au préfet de la ville Assianus, qui, ne pouvant les déterminer à revenir au culte des idoles qu'ils avaient récemment abandonné, leur fit trancher la tête... Enfin Luxurius se rendit auprès des vierges chrétiennes, dans le voisinage de Terracine, et, ne pouvant non plus les amener par aucun moyen à sacrifier, les enferma dans la chambre où elles demeuraient ensemble et y mit le feu. Le lendemain, le diacre saint Césaire trouva en arrivant les corps des vierges intacts. Prosternées sur le visage, elles périrent en priant le Seigneur, Saint Césaire les ensevelit ensemble dans un sarcophage enterré profondément sous le sol.
ACHILLEE 1118 d'Einsiedeln désigne par les mots S. Petronillæ, Nerei el Achillei ; et comme, dans les bas temps, la voie Ardéatine partait de la porte Appia, elle fut souvent identifiée et confondue avec la voie Appienne elle-même, Malgré cela, Ciampini, Giorgi et d'autres encore ont cru que le topographe en question avait vu et transcrit l'inscription damasienne dans l'église des Saints Nérée-et-Achillée, à l'intérieur de Rome, proche des Thermes de Caracalla. Deux autres sylloges confirment, contrairement à l'opinion de ces érudits, le fait que l'inscription fut réellement dédiée à ces martyrs dans leur basilique cémétériale près de la voie Ardéatine ; ce sont la sylloge de Closterneubourg et celle de Gottweig ; dans l'une et dans l'autre, les noms des saints sont écrits en tête des hexamètres, et l'épigraphie est placée après celle de l'Appienne et avant celle de la voie d'Ostie, c'est-à-dire dans l'Ardéatine, qui s'étend entre les deux premières et où l'on en a retrouvé deux importants fragments (voir Dictionn., t. IV, col. 171, n. 8).
Militiæ nomen dederant sævum[Q-] gerebant Officium pariter spectantes juss]A TY[ranni, Præceptis pulsante melu servi]RE PAR[ati.
J.-B. De Rossi a déduit d'une étude attentive de l'épigramme damasienne que ces deux martyrs romains, d'après la tradition admise par le pape Damase, avaient servi dans les rangs de l'armée avant leur conversion ; incorporés dans une cohorte prétorienne, ils s'étaient trouvés dans le cas de procéder à des exécutions capitales prononcées contre des chrétiens par un empereur persécuteur, en l'espèce, Méron.
Mais la tradition dont Damase se fait l'écho a disparu sans laisser le moindre vestige ; il faut donc ne pas se montrer trop affirmatif sur la valeur des termes dont il a fait usage. Nous avons déjà insisté sur la pauvreté insigne de la langue poétique de ce pape, laquelle n'est qu'une mosaïque d'emprunts faits à Virgile et à quelques autres ; dans ces conditions, il ne pouvait dire autrement que ses modèles et la concision obligée de ses épigrammes l'obligeait à recourir à des raccourcis qu'il ne parvenait pas à faire sortir de la banalité.
À quelle époque appartiennent les deux martyrs ? De façon certaine on n'en peut rien dire, mais il est plus qu'aventureux de prendre pour base, ainsi que l'a fait J.-B. De Hossi, une légende du V siècle et un édifice du IV, fat-il dans les catacombes. Cet édifice ne fut élevé qu'au prix d'un bouleversement plus ou moins complet de ce qui existait précédemment de la tombe des deux martyrs ; on ne voit rien qui mette sur la voie de la prétendue tradition néronienne. D'ailleurs, il faut reconnaître qu'à l'exception des apôtres Pierre et Paul, aucune des victimes de cette première grande persécution, même à Rome, n'a imposé son souvenir ; des martyrs du cirque et du jardin de Néron au Vatican pas un seul nom, pas même un souvenir global n'a été recueilli dans le martyrologe. Ceux du II* siècle ont été traités avec la même indifférence — on pourrait dire ingratitude— même un personnage consulaire, Flavius Clemens, était tombé dans un complet oubli. Il se pourrait que Damase ait connu les noms et quel que circonstance du martyre de Nérée et d'Achillée : aussi ne le voit-on pas recourir à son vocabulaire d'usage : fertur ou fama referi ou haec audita refert Damasus, On fera observer peut-être que l'épigramme ne mentionne par son nom aucun empereur et se contente de désigner un tyran qui fit exécuter ses ordres contre les chrétiens par les soldats prétoriens (ainsi qu'on l'admet généralement sur l'autorité de J.-B. De Rossi}, EAM el SE mn
Ici, « la scène ! se déroule sur la montagne. Un parterre d'herbe verte semée de fleurs épouse la courbe de l'arc, pour indiquer la déclivité du sol. Au sommet, le Christ, dans une gloire débordante, à fond d'azur, s'entretient avec Moïse et Elie, debout à ses côtés. Ces trois personnages sont d'une taille plus petite que celle des figures qui les entourent, faute de place ou pour indiquer leur éloignement [une semblable préoccupation des lois de la perspective serait bien alors surprenante]. La tête du Christ, ornée selon l'habitude d'une barbe et de cheveux foncés, se détache sur un nimbe d'or crucifère. Sa main gauche tient le volumen, tandis que la droite est tendue dans un geste d'allocution que répètent les deux prophètes, avec lesquels il s'entretient. Élie, à gauche, est représenté sous les traits d'un vieillard à barbe blanche, tandis que Moïse, qui tient aussi le volumen, est figuré sous ceux d'un jeune homme aux cheveux noirs. Ils n'ont ni l'un ni l'autre de nimbe et sont vêtus, comme le Christ, de la tunique clavée.
La composition se termine, à gauche et à droite, par deux scènes qui n'ont aucun rapport avec celle de la transfiguration et dont la présence ici ne manque pas d'étonner. Ce sont, à gauche, l'annonciation, à droite, la Vierge et l'Enfant accompagnés d'un ange. La Vierge est vêtue, dans les deux scènes, d'une robe rouge. Un pallium de même ton lui recouvre la tête et la maladresse des attitudes, la pauvreté des couleurs et la grossièreté de la technique trahissent l'extrême décadence de cette mosaïque.
NÉRÉE ET ACHILLÉE. — Les fidèles ont parfois utilisé des symboles païens sans se préoccuper de leur signification mythologique ; ce fut le cas pour les Néréides que nous voyons figurées sur un sarcophage chrétien trouvé en 1872, à l'agro Verano, à Rome, Cette trouvaille se fit près de la face occidentale du grand cloître situé à droite de la basilique de Saint-Laurent (voir Dictionnaire, t. vingt, au mot LAURENT). Outre ce sarcophage, on mit au jour un grand nombre d'inscriptions ou de fragments d'inscriptions chrétiennes, de la forme et des dimensions de celles dont on faisait usage dans les cimetières.
Le sarcophage fut longtemps délaissé et demeura anépigraphe car l'inscription et surtout le type du chrisme ne paraissent pas antérieurs au début du Ve, Fresques et bas-reliefs chrétiens nous offrent d'autres exemples de cette adoption de figures païennes dont on ne songeait pas à s'alarmer, pas plus qu'à leur donner un symbolisme chrétien ; le cycle nautique avait reçu le meilleur accueil dans la décoration en mosaïque à Sainte-Constance et dans les basiliques de Sainte-Marie-Majeure et du Latran ; quant aux Néréides en particulier, nous les voyons sur un bassin chrétien orné de reliefs conservé au musée de Constantinople, sur ce monument, les Néréides chevauchent des monstres marins ; elles nous rappellent celles qui décorent le sarcophage de l'Esquilin que nous avons décrit et figuré (voir Il est peu probable qu'un sarcophage aussi beau soit un « laissé pour compte » demeuré dans un atelier de sculpteurs chrétiens à ciel ouvert, depuis la paix de l'Église ; aucune de ces inscriptions ne portait de date consulaire.
A proximité du lieu de la trouvaille a existé, jadis, une église dédiée à saint Étienne, dans laquelle on conservait les reliques d'un saint Léon, évêque et martyr inconnu ; en 1857, on trouva les restes d'un oratoire à trois absides, en forme de trèfle, ressemblant à celui qui s'élève au-dessus du cimetière de Calliste. Dans cet oratoire se trouvaient de nombreuses épitaphes de tombes à ciel ouvert et, parmi elles, deux fragments de celle de cet évêque Léon ; on ne peut guère douter que le sarcophage dont nous parlons se trouvait dans cet oratoire. Le dit sarcophage est en parfait état de conservation, mais privé de son couvercle ; il mesure 2 m. 10 en longueur, 0 m. 72 en largeur et 0 m. 65 en hauteur (fig. 8824). Le sujet représenté, sur la face principale, n'est que Néréides et Tritons. C'est évidemment un sarcophage païen acheté pour ensevelir un chrétien puisqu'on lit sur l'imago clypeala que soutiennent deux tritons ? :
On remarquera qu'il y a, à la suite de l'acclamation Promote habeas un chrisme ; ainsi donc, point de doute. La sculpture nous reporte, par sa technique, vers la fin du IVe de notre ère ; on peut donc croire que pendant plus de deux siècles sans être utilisé ; on est en droit de supposer que le médaillon central présentait un buste funéraire qui aura été martelé, rasé et remplacé par l'inscription. Ce médaillon est soutenu par un beau masque de l'Océan dont le corps plonge dans les flots tandis que les cheveux et la barbe sont tout mouillés par l'écume de la mer. Les deux centaures sont imberbes et portent de longues boucles de cheveux qui retombent sur leurs épaules ; celui de droite tient un buccin et tourne la tête vers une Néréide assise sur sa croupe. Cette Néréide se regarde dans un miroir qui lui cachera bien peu de chose d'elle-même, L'autre centaure ou triton tient une ancre et porte, lui aussi, une Néréide en croupe tenant une lyre sur laquelle elle s'appuie ; elle a un bracelet au bras droit. Aux extrémités, une Néréide s'empare d'un taureau marin, au-dessus de ce groupe vole un amour portant une guirlande : et, de l'autre côté, une Néréide tenant un enfant dans ses bras est assise sur un triton. Dans les flots de la mer, des dauphins et des amours.
Les faces latérales sont d'un travail fort inférieur et représentent un amour conduisant un cheval marin.
NÉRON. — I. Néron et le judaïsme. II. Le christianisme à Rome. III. L'incendie de Rome. IV. La persécution, V. L'institution néronienne, VI. Les victimes. VII. La fin de Néron. VIII. Bibliographie.
Rappelons une phrase célèbre de Tacite dans laquelle il ramasse en quelques lignes l'histoire des origines chrétiennes : Auctor nominis ejus Christus Tiberio imperitante per procuratorem Pontium Pilatum supplicio adfectus erat ; repressa que in præsens exitiabilis superstitio rursum erumpebat, non - modo per Judaeam originem ejus mali sed per Urbem etiam, quo cuncta undi que atrocia aut pudenda confluunt - eelebrantur que !, « Christus, de qui est venu aux chrétiens leur nom, fut livré au supplice, sous Tibère, par le procurateur Pontius Pilatus. Héprimée alors, cette exécrable superstition se débordait de nouveau non seulement dans la Judée où elle avait sa source, mais dans Rome même, où tout ce que le monde produit d'horrible et d'infâme afflue et trouve des adeptes. » Cet exposé distingue deux périodes. Une répression sanglante dans laquelle périt le créateur de la secte dont le supplice est suivi d'une accalmie plus ou moins longue, ensuite un réveil et un progrès signalés en Judée.
Les juiveries de Rome furent troublées par l'introduction du christianisme, que Claude prit à leur égard une mesure qui n'admettait aucune distinction parce que sa police ignorait encore ce qui séparait juifs et chrétiens. On n'en est pas surpris lorsqu'on cherche à comprendre la quasi-impossibilité pour des païens de voir clair dans un conflit de cette nature, dont toutes les données leur échappaient. De bonne foi, ils se récusaient ainsi que nous entendons Ann :zus Novatus Gallio, frère de Sénèque et proconsul à Corinthe ; dés qu'il entend que Paul est accusé par ses compatriotes d’être un rénégat de la Loi, il se dérobe à toute discussion : « Juifs, dit-il, puisqu'il s'agit de votre Loi, voyez vous-mêmes, je ne veux pas être juge de ces affaires 5. » Entre l'an 50 et l'an 64, la propagande chrétienne avait gagné de plus en plus de partisans et non pas seulement parmi les juifs qui repoussaient et brutalisaient Paul et ceux qui tentaient de prêcher dans les synagogues. C'étaient donc des païens qui entraient de plus en plus nombreux dans l'Église et cette circonstance devait contribuer à établir une distinction qui frappait même les moins observateurs. De plus, les juifs, gravement lésés par le décret d'expulsion pris contre eux, en masse, par Claude, avaient réussi, grâce à la faveur qu'ils avaient su se ménager dans l'entourage de Néron, à faire admettre cette distinction dont ils ne voulaient plus être victimes. Ainsi, lorsqu'en 64, l'incendie de Rome devint la matière d'une accusation on put bien songer à l'imputer aux chrétiens, on ne soupçonna pas un seul instant les juifs quoiqu'ils eussent été épargnés plus que d'autres par les ravages de l'incendie. Leur nombre est difficile à évaluer, à défaut de documents certains ; cependant, on ne semble pas l'avoir exagéré en le portant, sous le règne de Néron, à vingt ou trente mille âmes.
Voici la première version : Néron s'éprend de la femme du chevalier Rufrius Crispinus, mais par égard pour Octavie, par un reste de crainte d'Agrippine, il n'ose afficher son adultère au Palatium et charge son compagnon de plaisirs, Othon, de circonvenir Poppée, de l'amener à quitter Crispinus et de l'épouser. Othon joue ce rôle infâme, et, devenu époux, se résigne de mauvaise grâce au partage avec l'empereur. Il en vient même à refuser et à laisser Néron se morfondre à sa porte, malgré ses prières et ses menaces. Poppée s'amusait de cette rivalité qui faillit coûter la vie à Othon, il dut à l'intervention de Sénèque d'être déporté en Lusitanie en qualité de gouverneur.
Voici la seconde version : Poppée, mariée à Crispinus, séduite par Othon, devient sa maîtresse et enflamme la curiosité de Néron qui la fait venir au Palatium où elle feint une vive passion pour lui jusqu'au moment où, le jugeant bien épris, elle affole son désir par ses résistances, feint un attachement très vif pour Othon, dont elle exalte le mérite, et qu'elle affecte de mettre fort au-dessus de l'empereur. Cette conduite aboutit à la disgrâce, au renvoi et à l'exil d'Othon.
Les deux versions sont presque aussi scandaleuses l'une que l'autre, dans la première c'est Néron qui a tout combiné, dans la seconde c'est Poppée qui l'a dupé. Celle-ci est aussi méprisable dans un cas que dans l'autre ; elle ne songe qu'à satisfaire sa vanité et son ambition, quant à son impudicité il est permis de n'en pas parler. Un examen attentif et critique des sources a permis de conclure que c'est à la seconde version, au récit des Annales, que nous devons accorder la préférence.
La liaison de Néron et de Poppée commença en 58 ?, C'était plus qu'une galanterie. Jusque-là le jeune empereur s'était satisfait par la fréquentation des mauvais lieux où il s'introduisait la nuit, travesti en esclave ; il avait eu, il est vrai, une maîtresse, Acté, simple affranchie et assez peu redoutable pour que Sénèque lui-même ait favorisé cet attachement avec la pensée d'épargner à son maître quelque aventure hautement scandaleuse, Cette fois, c'était plus qu'une aventure, mais un véritable événement dont on ne tarderait pas à voir les graves conséquences, Néron avait alors 21 ans à peine et Poppée, née au plus tard en 32, devait avoir un peu plus de 25 ans. Plus savante que lui dans la débauche, elle était la courtisane aristocratique, apte plus qu'aucune autre femme peut-être à le pervertir. Mais elle n'était pas une vile prostituée, car, sauf la vertu, Poppée était une femme accomplie. Tacite, en parlant d'elle, dit que rien ne lui manquait qu'une âme honnête : huic mulieri cuncta alia fuere præter honestum animum ?. Non seulement elle possédait tous les plus puissants avantages, mais encore elle savait à fond l'art d'en tirer parti *. Sa famille n'était pas embarrassante, son père, Ollius, avait péri dans les représailles qui suivirent la mort de Séjan, vers 31-33, sa mère s'était suicidée pour échapper aux suites d'une accusation d'adultère, laissant à sa fille sa beauté, la fortune et le nom. Celle-ci aurait dû s'appeler Ollia, mais elle préféra à ce nom obscur celui de Poppæus, son grand-père maternel, le consulaire triomphateur, le grand homme de la famille.
« Poppée avait de l'esprit, un langage agréable, une beauté merveilleuse qui s'épanouissait alors dans la splendeur de la pleine jeunesse. Les monuments figurés, médailles et bustes , ne nous en donnent qu'une idée très imparfaite et très incertaine ; les auteurs anciens se bornent à la proclamer très grande. « J'ai « trouvé une épouse digne de ma couche, elle surpasse par la naissance et par la beauté Vénus, Junon et « Minerve », s'écrie Néron avec enthousiasme dans la tragédie d'Octavie , dont l'auteur inconnu, ayant écrit sans doute peu de temps après la mort de Néron 5, s'il n'a pas vu lui-même Poppée, a recueilli du moins la tradition toute récente. Plus loin, le chœur la compare et la préfère à Hélène, aux amantes fabuleuses de Jupiter, Léda et Danaé . Une seule indication plus précise nous est fournie par Pline l'Ancien ' ; il nous apprend que Poppée était blonde. Néron avait chanté sa chevelure pareille à l'ambre jaune.
« Cette beauté, Poppée, en avait le culte. Elle se préoccupait soigneusement, raconte Dion Cassius 11, de la fraîcheur et de l'éclat de son corps ; un jour, s'étant vue moins belle dans son miroir, elle souhaita de mourir avant d'être flétrie. Nous connaissons quelques-uns des moyens dont elle usait pour se défendre contre les outrages des ans et retarder la déchéance si redoutée. Elle inventa une pommade, pinguia Poppæana ?*, que les femmes employaient encore au temps de Juvénal ; elle s'en couvrait le visage, comme d'un masque, aux heures qu'elle passait dans le secret de son appartement. C'est elle qui mit aussi à la mode les lotions et les bains de lait d'ânesse, parce qu'elle le croyait propre à rendre la peau plus unie, plus fine et plus blanche ; et partout elle trainait à sa suite un troupeau de cinq cents ânesses laitières ?, Les soins d'une toilette si ingénieuse devaient être la plus grande affaire de sa journée ; ils n'étaient pas la seule ressource de son intelligente coquetterie. Afin de ne point rassasier les regards, elle se montrait rarement en public ; pour la même raison, ou parce qu'elle avait ainsi plus de grâces, elle ne sortait jamais qu'à demi-voilée, Notoirement impudique, elle se donnait des dehors de modestie qui stimulaient la curiosité et le désir '. Un cadre brillant” rehausse la beauté ; une maison somptueuse, un train magnifique sont un décor à souhait pour une jolie femme. Poppée le savait ; elle poussa parfois l'amour du luxe jusqu'à faire chausser de sandales d'or ses bêtes de somme 5. Bref, elle mettait tout en œuvre pour sauvegarder ses attraits naturels, pour les faire plus séduisants, pour maintenir toujours intact, toujours nouveau, le prestige radieux de son apparition.
« Sans doute, il y avait dans cette coquetterie une part de vanité féminine. Poppée goûtait vivement la satisfaction intime d'être belle ; elle n'était pas insensible non plus à l'admiration que partout, sur son passage, lui témoignaient les regards et les paroles. Mais ces hommages et cette adoration de soi-même, qui suffisent aux coquetteries frivoles, étaient peu de chose aux yeux de Poppée. Elle chérissait et ornait sa beauté, moins comme une idole douce à vénérer que comme une servante précieuse et docile, à qui rien n'était impossible, à qui ses désirs pouvaient tout demander !5, » Cette femme était insensible aux affections qu'elle inspirait, ne s'abandonnant qu'aux désordres où son calcul lui faisait entrevoir un profit ; c'est ainsi qu'elle — en était venue à commander à ses sens, auxquels elle — n'accordait rien qui ne fût conforme à son intérêt, La volupté n'était un besoin si impérieux pour elle que le jour où elle atteignit son rêve de puissance ; devenue maîtresse de l'empereur, elle sut mettre un terme à ses dérèglements. Elle n'avait auparavant jamais fait une distinction entre un amant et un mari, mais lors que sa liaison avec Néron fut officielle, rien ne put désormais ébranler une fidélité dont la violation aurait pu lui coûter trop cher. Ce qu'elle aimait en lui, c'était la puissance, l'éclat et cette grandeur impériale dans laquelle il lui faisait sa large part. Impudique par calcul et non par instinct, elle ne s'accordait que les satisfactions et les plaisirs dont elle pouvait attendre quelque chose — le plus possible — comme honneurs, comme luxe, comme puissance.
L'impudicité était un moyen, la domination était le but. Chacun des actes de sa vie privée s'inspirait d'un calcul. Jeune fille, elle avait consenti à être l'épouse du préfet du prétoire Rufrius Crispinus qui avait joué un rôle profitable dans le procès dont l'issue avait entraîné le suicide de sa mère Poppæa Sabina. Après la disgrâce de Crispinus, Poppée avait épousé Othon, courtisan heureux, qu'elle quitta et sacrifia à Néron ; mais une fois entrée au Palatium, d'autres rivaux allaient l'inquiéter, la mère et l'épouse de l'empereur : Agrippine et Octavie. Elle en viendra à bout, mais sans précipitation.
Comme tant d'autres Romaines, Poppée était superstitieuse ; elle croyait aux prédictions des astrologues et, à cet effet, elle s'était entourée de Chaldéens espèce d'hommes qui trahit la puissance, trompe l'ambition et qui, toujours proscrite dans Rome, s’y maintiendra toujours ! » Poppée ne pouvait se passer de ces gens-là. N'étant encore que la femme d'Othon, elle avait ses astrologues, entre autres un certain Ptolémée qui promit à Othon sa future grandeur ; on peut se demander s'il s'était montré plus réservé à l'égard de Poppée. Quoi qu'il en soit, « l'inclination au mystérieux et au surnaturel se marque également dans les témoignages de sympathie que Poppée, devenue impératrice, donna aux juifs, d'après Flavius Josèphe . Il nous dit qu'elle était pieuse (feoceünc), ou, pour rendre le mot grec avec plus de précision, qu'elle honorait Dieu. Dans sa gratitude et surtout dans son amour-propre satisfait — présenté à Poppée, il en avait obtenu pour ses coreligionnaires la faveur qu'il sollicitait et, avant son départ, elle l'avait comblé de cadeaux — l'orgueil pharisien ne ménage pas l'éloge. Quant à V. Duruy ?, se basant sur ce témoignage, affirme que cette femme sans cœur était pourtant troublée au fond de l'âme par le grand problème qui s'agitait alors ; que, sentant mourir les anciens dieux, elle cherchait un dieu nouveau, il semble que son imagination augmente singulièrement la valeur et la portée des textes. Ce qui est vraisemblable, c'est que Poppée avait adopté une partie des rites de la religion juive. Depuis longtemps, il y avait à Rome beaucoup de judaïsants *, prosélytes bizarres qui paraissent avoir attaché bien plus d'importance au culte qu'aux dogmes, pratiquants bien plus que croyants. Poppée fut de ce nombre. Étrange piété que celle qui conciliait la foi essentiellement païenne aux calculs des astrologues avec les rites hébraïques ! Que Poppée soit appelée « dévote », j'y consens, pourvu que par dévotion on n'entende pas autre chose que cette religiosité éclectique. Ce n'est là, du reste, qu'un trait accessoire de son caractère, et si j'avais, pour ma part, à résumer ce caractère en deux épithètes, je l'appellerais, non pas, comme E. Henan, la dévote et voluptueuse Poppée, mais l'ambitieuse et hypocrite Poppée. » Il ne s'agit pas ici d'innocenter ni d'excuser Néron de sa vie criminelle, mais de rendre sa part à la femme qui fut l'inspiratrice de plusieurs crimes parmi les plus atroces. À peine élevée au rang de maîtresse, Poppée sentait ce que cette situation avait de faux et d'incertain et n'eut pas d'autre souci que de s'assurer du titre d'impératrice. Il fallait pour cela que disparût la femme légitime, Octavie, douce et timide, jusqu'à l'insignifiance, déjà abreuvée de dégoûts et dont l'assassinat ne serait pas un obstacle ; mais Poppée sentait qu'une Octavie disparue, la mère de l'empereur, la hautaine et violente Agrippine, ne lui permettrait pas le mariage qui devait lui donner le trône impérial, Agrippine ne renouvelle plus au sujet de Poppée les scènes indignées auxquelles elle s'est livrée à l'occasion d'Acté, mais on peut craindre de sa part un brusque coup de tête, quel que violence, un complot, une sédition lorsqu'elle apprendra que Poppée compte remplacer Octavie. Il devenait d'autant plus facile de suggérer à Néron un parricide qu'il y avait songé de lui-même, lors que sa mère avait été accusée de conspirer contre lui avec Rubellius Plautus. Poppée entreprit le siège de son amant, familiarisa son imagination avec l'idée du meurtre de sa mère et le discours que lui prête Tacite ne manque pas de vraisemblance. Poppée y ajoutait avec art les caresses et les larmes alors qu'Agrippine, tenue à distance, ne pouvait ni se faire entendre ni être défendue, car ceux-là même à qui eut incombé ce devoir, Sénèque et Burrhus, s'y soustrayaient, persuadés qu'ils étaient de l'inutilité de l'intervention qu'ils tenteraient en sa faveur. L'influence de Poppée était si grande désormais que ces hommes sages renoncèrent à tenter contre elle, en faveur d'une mère haïe par son fils, les derniers efforts, et ils ne paraissent ni l'un ni l'autre s'être rendu compte que la lutte contre Poppée serait vraiment impossible à partir du jour où celle-ci aurait remporté sur Agrippine la victoire décisive. Il fallait maintenant hâter l'événement. Agrippine fut assassinée dans la seconde quinzaine du mois de mars de l'année 59, un an au plus après la première entrevue de Poppée avec Néron.
Quand Néron communiqua à Burrhus le projet de répudier Octavie, Burrhus lui répondit qu'il serait juste, en ce cas, de rendre à celle-ci sa dot : l'empire. C'était son arrêt de mort, mais Néron et Poppée attendirent jusqu'en l'an 62 l’occasion propice. Cette année-là, Burrhus fut atteint d'une angine et sous prétexte de lui enduire le palais et la gorge on l'empoisonna.
L'heure d'Octavie approchait, mais le peuple de Rome aimait, on ne sait pour quoi, cette fille de Claude, et Néron pouvait redouter que la nouvelle de sa répudiation ne provoquât un soulèvement dont tel prétendant à l'empire saurait tirer parti. Deux seulement lui semblaient redoutables, Faustus Cornelius Sulla, exilé à Marseille, et Rubellius Plautus, exilé en Asie ; sur le conseil de Tigellin, il ordonna leur mort. Personne ne prendrait désormais la défense d'Octavie, il ne suffisait que de trouver un prétexte. Poppée s'en chargea : ce fut une accusation d'adultère avec un esclave, le joueur de flûte Eucærus. Des servantes, mises à la torture, confirmèrent la calomnie et Néron parut généreux, alors qu'il pouvait prononcer la mort, en se contentant du divorce. Douze jours après, il épousait Poppée.
L'ordre de mourir ; comme elle n'avait ni la force ni le courage de se frapper, des soldats la lièrent et lui ouvrirent les veines des bras et des jambes, et comme le sang glacé par la peur coulait lentement, ils la mirent dans un bain chaud dont la chaleur l'étouffa. Sa tête, coupée, fut envoyée à Poppée.
Les meurtres continuèrent. Sénèque ne pouvait être oublié, son jour vint en 64, et nous voici arrivés à cette année fameuse par le déchaînement de la persécution. Tacite nous dit que Poppée et Tigellin étaient les conseillers intimes des cruautés de Néron. Ne serait-ce pas au cours de délibérations que Poppée, Tigellin et Néron (accusé par la voix publique de l'incendie de Rome et voyant l'impossibilité de détourner les soupçons) tombèrent d'accord pour imputer ce crime à la secte des chrétiens ? « L'affirmation générale de Tacite, nous avons des raisons de l'appliquer à ce cas particulier, Poppée était en relations amicales avec les juifs. Si l'on considère qu'ils haïssaient les chrétiens et que, confondus ordinairement avec eux par les Romains, ils ne furent pas inquiétés cette fois, la persécution s'explique de la façon la plus naturelle, non par une lubie de Néron, qui ne connaissait pas assez les chrétiens pour songer de lui-même à les mettre en cause, mais par une suggestion de Poppée. »
II. LE CHRISTIANISME A ROME. — Depuis une trentaine d'années environ, le christianisme avait pénétré dans Rome, car il est permis de croire, que, dès le lendemain de la Pentecôte, des juifs, convertis à la religion de Jésus, des Romains et des prosélytes venus à Jérusalem retournèrent à Rome et y racontèrent ce qu'ils avaient vu et appris. Il se pourrait que dès ces premières années l'apôtre Pierre soit venu à Rome ; « cela est possible, mais non démontrable », disait L. Duchesne ?, et, cependant, il n'est pas permis d'écarter sans en tenir compte une suggestion très subtile de P. Allard. Les Actes des apôtres, écrit-il ?, racontent que, jeté en prison par Hérode Agrippa, saint Pierre, après avoir été miraculeusement délivré , quitta Jérusalem pour aller « dans un autre lieu » 5, On peut voir dans cette indication une allusion à un premier voyage de l'Apôtre à Rome. « Une tradition romaine, que l’art nous a conservée, rapproche ces deux événements et considère l'un comme dépendant de l'autre, l'emprisonnement de saint Pierre suivi de sa miraculeuse délivrance comme la cause de son départ pour Rome et de la fondation de l'Église de cette ville ; là se trouve peut-être l'explication de la fréquence avec laquelle, sur les sarcophages romains du Ve, est représentée la scène de l'arrestation de saint Pierre par les soldats d'Hérode ; c'est un des sujets qui s'y rencontrent le plus souvent . La venue de Pierre à Rome se placerait ainsi à la fin du règne de Caligula ou au commencement de celui de Claude, selon les indications un peu contradictoires données dans deux ouvrages différents d'Eusèbe ?. Saint Jérôme indique avec précision la deuxième année de Claude, c'est-à-dire l'an 42% » Nous aurons bientôt l'occasion d'aborder la question du lieu où saint Pierre commença son apostolat (voir OSTRIEN) qu'on a tout lieu de supposer efficace car la présence d'un apôtre, d'un ami et d'un confident de Jésus, du chef de son Église et du continuateur de son œuvre, de l'inconnu de la veille, aujourd'hui célèbre, à la voix duquel des milliers de personnes venaient de se convertir en Judée, souleva toutes les passions. | Bientôt les quartiers juifs, c'est-à-dire une grande partie des faubourgs de Rome, furent pleins de trouble et de tumulte. Si l'on en croit saint Justin, de Jérusalem étaient partis, quel que temps après la mort du Christ, - des envoyés chargés d'ameuter tous les juifs contre les sectateurs de la nouvelle doctrine ? : on peut admettre que le voyage de Pierre n'était point demeuré inaperçu, et que des messagers avaient suivi ses pas pour prémunir les Israélites romains contre sa présence 2, » On a pu croire, d'après une tradition plus ou moins fondée, que Pierre s'était d'abord établi sur l'Aventin ? ! ; s'il en a été ainsi, il aura promptement cherché un asile plus calme et plus sûr, à quelque distance des taudis où s'entassaient ses compatriotes, loin du Transtévère et de la porte Capène, peut-être dans les environs de la voie Nomentane. Il trouvait dans ces parages un noyau chrétien qui est attesté par la possession d'un cimetière. Pierre y exerça son ministère, prêcha, baptisa en un lieu qui garda longtemps le nom de cæmelerium fontis sancti Petri ', On ne sait pour quelle raison, mais la juiverie romaine s'émut de ce ministère ; on en vint des discussions | aux injures et aux coups. En pareille circonstance, | que ce fut à Rome, à Alexandrie, à Antioche ou ailleurs, la police montrait aussi peu de patience que de douceur, Cette populace orientale, dont elle comprenait à | grand-peine le langage, était violemment bousculée ; - cette fois, nous l'avons déjà dit, on ne chercha pas les coupables, tous furent jugés perturbateurs, aussi bien | ceux qui invoquaient Christus ou Chreslus que ceux - qui le honnissaient, tous furent expulsés. Suétone ne dit pas faux il est vrai, mais certainement on expulsa | des milliers de juifs qu'on dut être fort embarrassé de - disperser hors de Rome. Dion se contente de dire que Claude, effrayé de leur turbulence, interdit leurs réunions, mais les Actes des apôtres disent que Claude chassa révrac Tobc louôæious 1, Il est vrai que « ces expulsions étaient facilement supportées par la masse de ceux qui en étaient l'objet. Quitter leur masure du Transtévère on le précaire abri du bois | d'Égérie, enfermer quelques ustensiles de ménage dans - cette corbeille de jonc ou de paille dont parlent souvent - les poètes latins, partir avec les femmes et de nombreuses troupes d'enfants ; vivre sur la route d'aumônes ou de quel que métier nomade, n'impliquait pas | un trop pénible changement d'habitudes pour beaucoup de familles rompues à une vie dure, précaire, que nul lien, d'ailleurs, n'attachait au lieu qu'elles quittaient. Une chaude hospitalité les attendait dans les villes où existaient des synagogues : et souvent, sans trop s'éloigner de Rome, elles trouvaient à s'établir, en attendant le moment peu éloigné où l'État se relâcherait de ses rigueurs et permettrait le retour *, » Mais il n'y avait pas que des juifs parmi les expulsés ; la police chassait pêle-mêle tout ce qui se réclamait des mœurs juives et dans le nombre se trouvaient des chrétiens. C'était le cas pour Aquila et Priscille, que nous avons déjà nommés et qui possédaient un atelier pour la fabrication des tentes.
Cette fois encore, l'exil fut de courte durée ; quelques mois peut-être, quelques années tout au plus. Lors que la situation leur parut meilleure et leur commerce à l'abri de nouveaux à-coups, Aquila et Priscille reparurent à Rome ^, où leur maison redevint un centre de propagande et de vie chrétiennes (vers l'an 58). Des réunions liturgiques se tenaient dans leur demeure. Nous pouvons reconstituer quelques traits de cette primitive Église romaine ou plutôt citer les noms de quelques-uns de ceux qui, dès cette date, en faisaient partie.
Avant de venir à Rome, saint Paul avait noué dans cette ville quelques relations qui nous sont connues par les dernières phrases de son épître aux Romains. :
Aquila et Priscille, qu'il avait rencontrés à Corinthe eL en Asie Mineure, puis Épénète, le plus ancien fidèle d'Asie ; Marie qui s'était fort dépensée pour servir à Rome l'Église naissante : Andronic et Junie, apôtres réputés, dont la conversion avait précédé celle de Paul, Ampliatus, Urbain, Stachys, Apelles, Hérodion ; Tryphæna, Tryphosa, Persis, trois femmes qui avaient répandu la foi nouvelle ; Rufus et sa mère ; Asyncritos, Phlégon, Hermès, Patrobas, Hermas qui, avec d'autres, formaient un groupe ; Philologue, Julie, Nérée, sa sœur, Olympas, et les leurs ; enfin, deux groupes l'un de chez Aristobule, l'autre de chez Narcisse. Ce dernier nom paraît être celui du célèbre affranchi de Claude, comme qui vivait à Rome en très bons termes avec ce même empereur. Tout ceci commence à faire du monde répandu parmi des milieux divers. On sait que, dans la lettre qu'il adressait de Rome aux Philippiens, Paul leur envoyait le salut des fidèles de la maison de César. Enfin, dans les derniers mots de la IIe épître à Timothée, nous relevons encore les noms de quatre fidèles de Rome : Eubule, Pudens, Linus, Claudia.
Ce qui est hors de doute, c'est le séjour de saint Pierre à Rome, son épiscopat dans cette ville, sa mort et toutes les conséquences qui en découlent (voir PIERRE). Dès qu'on met le pied sur ce sujet, on se heurte à la chronologie qui se dresse comme un écueil. Faut-il placer le supplice de Pierre en l'an 64, avec celui des victimes immolées dans les jardins du Vatican ? Mieux vaut s'en tenir, croyons-nous, à la date proposée par Eusèbe, en 67 ou 68 1 Dans l'intervalle se place le drame fameux de l'incendie de Rome.
NÉRON
1134 voulait faire disparaître, se soit beaucoup plus propagé qu'on ne l'aurait voulu ? Ces deux causes sont possibles et même vraisemblables. Tacite n'en dit rien, et, entre les deux autres, il ne se décide pas.
Il y avait des spectateurs sans doute qui prétendaient que le hasard seul était coupable (ufrum que auctores prodidere), mais le plus grand nombre accusaient Néron. Tous les témoignages que nous avons conservés de cette époque le lui reprochent formellement ; l'année suivante, le tribun Subrius, qui avait pris part à la conjuration de Pison, interrogé par le prince qui lui demandait comment il avait pu oublier son serment, lui répondit : Odisse fe ccepi, postquam parricida matrisel uxoris, auriga et histrio el incendiarius exstilisti, et Tacite a soin de nous dire qu'il rapporte ses propres paroles : ipsa retuli verba. Pline l'Ancien, dans son grand ouvrage qui parut treize ans après l'incendie, n'hésite pas un moment à l'attribuer à Néron : Neronis principis incendia, quibus cremavit Urbem. Quelques années plus tard, Stace dit la même chose dans la Silve, qu'il adresse à la veuve de Lucain : infandos domini nocenlis ignes. Et si l'on peut supposer que ceux qui écrivaient sous les Flavii devaient être portés à discréditer l'ancienne dynastie pour faire leur cour à la dynastie régnante, Suétone et Dion Cassius, qui n'avaient aucune raison d'altérer la vérité, sont encore plus précis et plus formels dans leur accusation. Ils affirment qu'on vit les émissaires du prince mettre le feu à la ville, et Suétone va jusqu'à prétendre qu'ils ne prirent aucune précaution pour n'être pas reconnus, que c'étaient les valets de chambre, cubicularii, du prince, et que des consulaires, les voyant avec des étoupes et des torches incendier leur maison, n'osèrent pas s'y opposer.
A cette première raison d'inculper les chrétiens, on en a joint d'autres : ainsi, dans cette grande fermentation que fit naître la prédication chrétienne, parmi les fidèles encore imparfaitement instruits, il a pu se trouver des âmes extrêmement violentes, qui voulaient en finir d'un coup avec un monde corrompu. C'est surtout chez les esclaves et les pauvres gens que la foi nouvelle s'est d'abord propagée, c'est-à-dire chez ceux qui avaient le plus de vengeances à exercer contre la société. On les nourrissait de rêves apocalyptiques, qui les habituaient à l'idée que l'univers serait anéanti dans une conflagration générale ; il pouvait venir à l'esprit de quelques-uns d'en hâter le moment, pour rendre la venue du Christ plus prochaine. Assurément, tout cela n'est pas impossible ; quelques insensés, quelques anarchistes se seraient glissés parmi les premiers disciples du Maître, qu'il n'en faudrait pas être trop surpris, ni en rendre le christianisme responsable. Remarquons pourtant que la société païenne n'avait pas encore manifesté sa haine implacable envers les chrétiens, et n'ayant pas eu encore l'occasion de leur être trop sévère, leur devait être moins odieuse. C'est plus tard, quand ils furent poursuivis sans miséricorde, qu'on ne s'étonnerait pas de trouver chez eux des fanatiques capables de tous les excès. Or, nous voyons qu'à ce moment même, où ils sont si durement traités par l'autorité et par le peuple, ils se vantent d'être des sujets soumis, irréprochables, d'accepter les persécutions sans révolte, de prier pour les princes qui les envoient au supplice et de ne répondre que par le bien au mal qu'on leur faisait ; ils serait donc assez surprenant qu'ils eussent mis le feu à Rome lorsqu'ils avaient moins à se venger d'elle. Si l'on eut reconnu, dans les gens qui jetaient sur les maisons des étoupes enflammées, des serviteurs de l'empereur, c'est qu'en effet, nous dit-on, il y avait des chrétiens dans la domus Caesaris ; saint Paul nous le dit et on induit que ce sont ceux-là qui ont allumé l'incendie. Les consulaires, qui avaient l'occasion de les rencontrer souvent au Palatin, ne s'y sont pas trompés, et l'on comprend que, saisis de frayeur à leur aspect, et croyant qu'ils agissaient par l'ordre du prince, ils les aient laissé faire.
Il raconte que, lors que après six jours le feu s'arrêta, Néron, qui était revenu d'Antium, où il séjournait en ce moment, prit les mesures les plus urgentes pour abriter et nourrir les victimes, mais que, comme il s'apercevait bien que ces libéralités n'empêchaient pas qu'on ne le crût l'auteur de l'incendie, il ne trouva d'autres moyens de détourner les soupçons que de les faire tomber sur d'autres (Nero subdidit reos) ; il se décida donc à en accuser les chrétiens. C'est ce qui a paru à quelques historiens, insuffisamment dégagés de certaines opinions sectaires, très difficile à comprendre ; ils ont peine à croire que si peu de temps après la mort du Christ, les chrétiens aient pu devenir assez nombreux et assez importants pour le rôle qu'on leur fait jouer en cette occasion ; il leur semble qu'ils devaient être encore inaperçus, qu'ils se perdaient dans la foule, qu'on les confondait avec les juifs, et qu'enfin il ne pouvait venir à l'idée de personne de choisir ces sectaires inconnus pour égarer l'opinion publique et les substituer à l'empereur. C'est, en effet, un parti pris chez plusieurs personnes de ne vouloir pas croire aux progrès rapides de la religion nouvelle, quoiqu'ils soient attestés par des écrivains dignes de foi, païens ou chrétiens, et qu'ils n'aient rien en soi d'incroyable. Nous avons eu trop fréquemment l'occasion d'en donner les preuves dans le Dictionnaire pour nous y attarder ici.
Quant à la pensée de poursuivre les chrétiens, afin de créer une diversion dans l'esprit public qui accusait formellement Néron, on en a cherché l'origine dans une supposition qui semble gratuite. Ne serait-ce pas, a-t-on dit, à l'occasion des grandes cérémonies religieuses, qui furent célébrées pour apaiser la colère des dieux évincés de leurs temples détruits, qu'on remarqua l'absence de certaines personnes qui n'étaient pas des juifs de naissance, mais des païens convertis à la doctrine du Christ, qu'on fut amené à rechercher les causes de leur abstention ? Ce serait ainsi que l'existence des chrétiens aurait été révélée au public. Mais on peut répondre que si la police de Rome ne passe pas pour avoir été fort bien organisée et très perspicace, il est cependant difficile d'admettre qu'elle n'eût pas entendu parler des chrétiens ; l'attention devait être éveillée sur eux par leurs querelles avec les juifs, qu'on connaissait bien et qu'on surveillait de près. On les savait ennemis, et, par conséquent, distincts les uns des autres, ce qui empêche de croire qu'on les ait autant confondus qu'on veut bien le dire. Ajoutons qu'il s'était peut-être produit dans ces discussions de famille quelque aventure qui avait fait du bruit dans une ville dont Cicéron dit — que rien ne lui échappe et qu'on y parle de tout (omnium gnora et nihil reticente) et que cette aventure ne permettait pas d'ignorer le nom de ceux qui en avaient été les héros. Quant à la raison qui les fit choisir par les conseillers de Néron, de préférence à tous les autres, il est inutile de la chercher bien loin. Clément de Rome dit clairement que ce fut la jalousie, ζηλον, et nous croyons, en effet, que la conseillère la plus écoutée de Néron, Poppée, prosélyte juive, initiée par ses coreligionnaires à la rivalité existant entre les chrétiens et eux, a songé à exploiter cette rivalité et a suggéré une secte qu'on pouvait accabler des pires accusations sans avoir à craindre qu'elle rencontrât des défenseurs.
Aitne y 1137 55) m s a alios hostile odium (Histoire, 1. V, c. v). Cette haine se manifestait surtout par leur obstination à s'isoler du reste des hommes, à condamner toutes les croyances sur lesquelles le monde s'accordait. Voici donc, croyons-nous, comment il faut se figurer que les choses se sont passées. On a commencé par saisir quelques chrétiens, qui en ont désigné d'autres, si bien que le nombre des prévenus est devenu une foule : multitudo ingens. Il devient alors difficile qu'on les accuse tous de s'être entendus pour détruire Rome. C'était un complot, et un complot suppose qu'on n'est qu'un petit nombre. Néanmoins, on les garde tous, et, ne pouvant faire croire que tous sont des incendiaires, on les réunit ensemble sous cette accusation commune de haïr le genre humain.
On s'accorde à placer près de l'église Saint-André le temple de Quirinus. Cependant, R. Lanciani ne pense pas que l'autel trouvé près de Saint-André ait aucun rapport avec le temple de Quirinus, qui n'était pas du même côté de l'autel, mais dans les jardins du Quirinal. C'est l'autel érigé en accomplissement d'un vœu fait dans des circonstances rapportées par une inscription aujourd'hui perdue ! : Hæc ara... dedicata est ab imp. Cesare Domitiano Aug. Germanico ex polo suscepto quod diu erat neglectum nec redditum, incendiorum arcendorum causa, quando Urbs per novem dies arsit. Neronianis temporibus... Lanciani a exposé les raisons topographiques qui prouvent la vérité de son attribution *.
IV. La PERSÉCUTION. — Commençons par citer les textes qui établissent le fait, nous les commenterons ensuite. Saint Pierre, Lettre aux Églises d'Asie, I, 1v, 12-17 :
« Ayarnrof, uh Sevi ces- « Très chers, ne vous troublez pas dans la fournaise, @c Éévou útv guuGaivovtoc, XAAX xalo xov- (VELTE TOLC ToŬ N radar alpere, Luce xoi èv Th ATOHANUYEL FC DONC « ToU yapite DYAAALUEVOL. El DdvELÔLTecole éy dvouvrr XpiacoD, xe ptot.
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Tertullien, Ad nationes, 1.
VOUS pour VOUS éprouver, comme s'il vous arrivait une chose extraordinaire. Mais vous unissant aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin de vous réjouir et de tressaillir un jour dans la révélation de sa gloire. Si vous êtes insultés au nom du Christ, vous serez heureux.
“ Qu'aucun de vous ne soit châtié comme homicide, ou voleur ou malfaisant, ou comme avide du bien d'autrui. Mais si l'un de vous est châtié comme chrétien, qu'il ne rougisse pas, qu'il se glorifie en cette qualité ; car le temps vient où le jugement commence par la maison de Dieu. » Sar des, Apologie, dans Eusèbe, Hist. ecel., Cc, XXVI, n. 9 ;
« “ Seuls entre tous, excités par des hommes malveillants, Néron et Domitien ont voulu faire de notre doctrine un sujet d'accusation. » Principe Augusto nomen hoc ortum est, Tiberio disciplina ejus inluxil, sub Nerone damnatio invaluit, ut jam hinc de persona persecutoris ponderetis ; si ptus ille princeps, impii Christiani... qua les simus, damnaltor ipse demonstravit, uti que æmula sibi puniens. El lamen permansit erasis omnibus hoc solum institutum Neronianum, justum deni que ut dissimile sut auctoris. archeol.
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1139 NÉRON
Tertullien, Apologeticum, c. v :
Consulile commentarios vestros : illic reperielis primum Neronem in hanc sectam cum maxime Rome orienlem cæsariano gladio ferocisse. Tali dedicatore damnationis nostre etiam gloriamur. Ensuite, il parle de la persécution de Domitien : femptaverat et Domilianus... ; i| rappelle la non-intervention des autres empereurs : celerum de tot exinde... et conclut ainsi : Qua les ergo leges iste quas adversus nos soli exequuntur impii, injusli, lurpes, tru ces, vani, demen les ? quas Traianus ex parle frustratus est velando inquiri christianos ? quas nullus Vespasianus, quamquam judaeorum debellator, nullus Adrianus, quamquam omnium curiositalum explorator, nullus Pius, nullus Verus impressit ? Quand on tient compte du but que Tertullien poursuit dans ces deux c. rv et v, quand on suit logiquement la connexion des idées développées, il est impossible de méconnaitre que, dans la pensée de Tertullien, Néron n'est pas seulement le premier persécuteur des chrétiens, mais qu'il est le premier auteur de la législation restée en vigueur jusqu'au moment de la composition de l'Apologelicum. Mais cette législation, tout en restant au fond la même, a subi des changements d'application et a été exécutée avec plus ou moins de rigueur, d’après les dispositions diverses des empereurs successifs.
Discipuli vero diffusi per orbem ex praecepto magistri dei paruerunt, qui el ipsi a judæis persequentibus multa perpessi uli que pro fiducia veritalis libenter Romæ postremo per Neronis seviliam sanguinem christianum seminaverunt, Tertullien, Scorpiace, c. xv :
Et si fidem commentarii voluerit heerelicus, instrumenta imperii loquentur ut lapi des Hierusalem. Vitas Cæsarum legimus : orientem fidem Hom primus Nero cruentapbit, Tune Petrus ab allero cingitur, cum cruci adstringitur. Tune Paulus civitatis Romana consequitur nalivilalem, cum illic martyrii renascilur generostlale, Lactance, De morle perseculorum, c. 1 :
Cum animadvertere ! non modo Romæ, sed ubi que quotidie magnam multitudinem deficere a cultu idolorum et ad religionem novam, damnata vetustate, transire prosilivit... ad excidendum cœlesle templum delendam que justitiam.
Sulpice-Sévére, Chronicon, l. IT, c. XLI :
Hoc initio in christianos sæviri ccptum : post etiam datis legibus religio velabalur, palam que edictis propasitis christianum esse non licebat. Tum Paulus el Pelrus capite damnati...
Paul Orose, Adversus paganos historia, 1. VII, c. v :
Nero Romæ christianos suppliciis ac mortibus affecit, ac per omnes provincias pari perseculione excruciari imperavit.
TEXTE CORRIGÉ :
1140 | de créer une diversion, il se trouvait engagé plus avant qu'il ne l'avait prévu et, peut-être, voulu ; toutefois, on peut croire qu'il n'était pas homme à s'en alarmer - et à reculer. L'imagination populaire avait donné un corps aux vagues rumeurs propagées contre la religion nouvelle, l'incendie de Rome n'était plus qu'un épisode d'une vaste conspiration contre laquelle il importait de sévir si on voulait éviter un péril public. - Une exécution en masse, une répression terrible mais passagère, loin de détruire la secte, avait seulement révélé son importance et son obstination. La propagande chrétienne poursuivait son œuvre, aussi agissante, aussi conquérante qu'avant l'atroce répression des jardins du Vatican. À ce flot montant il fallait opposer la digue insurmontable des mesures légales. Quand la violence arbitraire s'arrêta, la persécution légale commença. « Néron porta l'édit général en vertu duquel, sous peine de mort, non licebat esse christianum. Son intérêt personnel pouvait lui inspirer cette mesure autant que les instigations des juifs - et le souci mal compris de l'empire. En continuant à proscrire légalement les chrétiens, il créerait un courant d'opinion publique et finirait peut-être par faire croire au peuple que le gouvernement impérial avait mis la main sur les vrais auteurs du désastre du mois de juillet et avait sauvé la patrie. La persécution légale pourrait ainsi servir à légitimer après coup les excès de l'été de 64. » Il résulte qu'il existait des communautés chrétiennes dans toute l'Asie Mineure, communautés suffisamment repérées par l'administration impériale pour se trouver exposées à la persécution dont le péril imminent a provoqué l'envoi de l'encyclique. De plus, les destinataires de celle-ci ne vivent pas seulement sous la menace d'un danger, l'épreuve les a déjà atteints. Et c'est une dure épreuve : l'auteur emploie pour la désigner une expression pleine d'énergie : « la fournaise » ; elle a un caractère si étrange, si insolite, qu'elle serait de nature à troubler les fidèles. Toutefois, ceux-ci s'affermissent et se réjouissent d'avoir part aux souffrances du Christ, heureux d'être outragés en son nom, car l'Esprit divin repose sur eux. L'épreuve qui frappe est le signe précurseur du jugement de Dieu et de la fin de tout. C'est donc bien à l'occasion de la persécution que l'épitre de saint Pierre fut écrite. La situation qui s'en dégage correspond bien à celle qui devait exister dans les derniers mois de l'année 64. Méprisés avant l'incendie de Rome, les chrétiens, depuis cette catastrophe, étaient haïs par la multitude. Certains avaient pu blâmer l'atrocité des supplices et plaindre les victimes, ils n'en devenaient pas plus favorables à la secte. Loin de Rome, le peuple des villes réduit à croire ce qu'on lui contait comme l'expression de la vérité, fanatisé par les agents de la police, adopta la version officielle et dut forcer les magistrats à l'action. Parmi ces magistrats, il s'en trouvait peut-être enclins à la modération, en pareille affaire le sentiment personnel comptait assez peu. Qui sait même si les monstrueux supplices des jardins du Vatican ne firent pas école et si telle colonie ou tel municipe ne chercha pas à s'attirer la faveur impériale par quelque hideuse exhibition ? Mais les chrétiens n'avaient pas seulement à subir les avanies d'une foule ignorante et haineuse, ils étaient placés au rang des criminels de droit commun. « Que nul d'entre vous, leur disait saint Pierre, ne souffre en qualité de meurtrier ou voleur ou malfaisant ou accapareur du bien d'autrui. Mais s'il souffre comme chrétien qu'il n'en ait point honte : que ce nom même lui serve à glorifier Dieu. » Cet approchement ne permet pas de douter que les chrétiens sont soumis aux mêmes sanctions que les meurtriers, les voleurs, etc. ; il s'agit donc bien de poursuites judiciaires et de sanctions pénales.
Il ne peut subsister aucun doute sur l'opinion de Tertullien. Dans sa pensée, la proscription légale du christianisme remonte à Néron. Ad nationes, l. I, c. vii, et Apologeticum, c. iv-v, sont décisifs à cet égard. Dans le premier de ces passages, l'apologiste veut montrer combien sont peu fondées les rumeurs calomnieuses qui ont cours au sujet des réunions rituelles des chrétiens. Ces rumeurs, dit-il, n'ont jamais été prouvées.
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1142 Et, cependant, le nom chrétien et la religion du Christ existent depuis très longtemps et les mesures de persécution sont bien anciennes. Dans ce texte, il s'agit de la damnatio nominis, de la proscription du christianisme, que Tertullien rapporte toujours à de vraies lois, anciennes mais demeurées en vigueur, et régulièrement appliquées jusqu'au moment où il écrit. En disant : permansit... hoc... institutum Neronianum, l'apologiste indique à la fois l'origine néronienne, le caractère permanent et la portée législative de la mesure de proscription. Le c. v de l'Apologeticum est plus formel encore, à condition de prendre le texte avec tout ce qui l'encadre et de le mettre notamment en rapport avec le chapitre précédent. L'auteur vient de démontrer par un argument philosophique, au c. iv, le caractère tyrannique, injuste et déraisonnable de ces lois qui dénient aux chrétiens le droit à l'existence et qui les condamnent uniquement à cause de leur nomen, sans examen de leur conduite. Au c. v, l'apologiste cherche à prouver la même thèse par un argument historique. Il n'y a, dit-il, que des empereurs cruels, impies, injustes, qui aient porté, renouvelé ou fait exécuter ces lois dont je viens de montrer l'injustice. Pour prouver cette thèse, Tertullien établit le principe, l'origine et l'évolution de la législation persécutrice. Il rappelle le refus décretum en vertu duquel Tibère aurait vainement essayé de faire reconnaître officiellement par le Sénat la religion chrétienne. Puis il rapporte comment l'empire commença à persécuter le christianisme : Consulile commentarios vestros, etc.
Dans les deux passages : Apologeticum, c. xxi, et Scorpiace, c. xv, nous retrouvons la même idée. Après avoir rappelé les faits de la vie de Notre-Seigneur, Tertullien poursuit sa pensée en parlant de ses premiers disciples et, pour montrer ce que les apôtres ont souffert, l'écrivain résume d'abord ce qu'il trouve dans les Actes des apôtres au sujet de leurs souffrances en Judée, puis il continue : Ef si fidem, etc. Dans ces deux derniers passages, Tertullien veut simplement montrer les souffrances des apôtres. Il n'est donc pas étonnant qu'il n'indique pas le caractère juridique ou légal des poursuites. Les deux premières citations y suffisent.
Au nombre des témoignages que les auteurs du IVe rendent des deux phases successives de la persécution, celui de Sulpice-Sévére, bien que déjà tardif, est particulièrement digne d'attention, sa valeur reposant sur l'autorité des sources auxquelles l'auteur parait avoir puisé. Cet auteur n'était pas seulement un élégant styliste, qui mérita le surnom de Salluste chrétien, c'était encore un jurisconsulte distingué et un habile avocat qui, par sa science et son éloquence, s'était déjà taillé une belle fortune et une grande renommée, lorsqu'à l'âge de 30 ans, il embrassa la vie monastique. Le Chronicon qu'il publia vers 403 n'est pas un ouvrage de fouilles historiques, c'est plutôt un livre de lecture d'histoire écrit pour les chrétiens instruits ; il s'alimente cependant partout aux meilleures sources et témoigne non seulement d'une grande érudition, mais encore d'un véritable sens historique et critique. Plus d'un critique ferait des réserves sur ce jugement. On peut relever chez Sulpice-Sévére bien des inexactitudes historiques, des négligences dans l'usage qu'il fait des sources ; mais il faut lui rendre cette justice qu'il n'a pas épargné les recherches pour arriver à la vérité. Il nous avertit lui-même qu'il n'a pas seulement étudié les auteurs chrétiens, mais encore les historiens païens. Cælerum illud non pigebit fateri, me, sicubi ratio exegit, ad distinguenda lempora, continuandam que seriem, usum esse historicis ethnicis al que ex his qui ad supplementum cognitionis deerant, usurpasse, ul et imperitos docerem el lilleralos convinéerem.
« Voici en quels termes le chroniste retrace la première persécution : Inferea abundante jam christianorum multitudine, accidit ul Roma incendio conflagraret, Nerone apud Antium constifulo. Sed opinio omnium invidiam incendii in principem retorquebat, credebatur que imperator gloriam innovandæ Urbis quæsisse. Ne que ulla se Nero efficiebal, quin ab eo jussum incendium putaretur. Igitur vertit invidiam in christianos, aclæ que in inmnoxios crudelissime quaestiones : quin el novæ mor les, excogilalæ, ul ferarum tergis contecli lanialu canum interirent. Mulli crucibus adfixi aut flamma usti. Pleri que in id reservali ut cum dies defecisset, in usum nocturni luminis urerenftur. Hoc initio in chrislianos sæviri ceptum. Post etiam, dalis legibus religio vetabatur ; palam que edictis propositis, christianum esse non licebat. Tum Paulus ac Petrus capitis damnati : quorum uni cervix gladio desecta, Petrus in erucem sublatus est.
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1144 de nature à nous déplaire.. | * Mais la différence qui existe entre le Chronicon et le témoignage de ses devanciers comme nous les comprenons nous-mêmes et cette constatation ne serait pas les trois historiens antérieurs est assez notable pour autoriser une autre supposition. La compétence spéciale de Sulpice-Sévére en matière de droit, la précision d'une terminologie qui spécifie la nature des lois de proscription et caractérise le délit juridique des chrétiens en parfaite harmonie avec les autres données du droit et de l'histoire, nous autorisent, semble-t-il, à supposer que l'auteur du Chronicon se serait inspiré directement du traité d'Ulpien : De officio proconsulis. Un autre jurisconsulte chrétien du IVe, Lactance, nous apprend que dans le l. VII de ce traité, Domitius Ulpianus, a réuni les rescripta principum nefaria ul doceret quibus panis affici oportere ! eos qui se cultores 3 Dei confiterentur. Ce traité d'Ulpien ne s'est conservé qu'en partie, fondu au VIe, par l'ordre de Justinien, dans la masse du Digeste ou cité par l'auteur de la Collatio mosatcarum et romanarum legum. L'empire étant devenu chrétien, on a évidemment écarté du Codex toutes les lois portées anciennement contre le christianisme. Mais à l'époque où Sulpice-Sévére défendait la cause de ses clients ou bien composait son Chronicon, le traité d'Ulpien, existait dans son intégrité primitive. Pour ses études juridiques, l'avocat avait dû le consulter ; et bien que les lois contre les chrétiens eussent cessé d'être applicables, il aura éprouvé la curiosité de parcourir la collection des rescripta principum nefaria. Pour quoi n'aurait-il pas utilisé cette connaissance pour la composition de sa Chronique, puisqu'il se proposait d'y traiter, brièvement il est vrai, mais cependant ex professo, les vexations populi christiani ? Le témoignage de Sulpice-Sévére se rattache donc probablement, comme celui de Néron donné peu après l'incendie de Rome, mais avant la mort des apôtres Pierre et Paul. » Quant au témoignage de l'historien Paul Orose, il ne laisse rien à désirer au point de vue de la clarté. « Néron, dit-il, fit endurer aux chrétiens les supplices et la mort et ordonna de les tourmenter dans toutes les provinces par une égale persécution. » Que vaut cette affirmation ? Ce que valent les sources. Or, celles-ci ont été étudiées avec soin ! et l'autorité d'Orose n'y a rien gagné, Citations introduites sans contrôle, contradictions, confusions ; presque partout où on a pu identifier ses emprunts on l'a pris en défaut, mettant à contribution un nombre très restreint d'auteurs et
- transcrivant de préférence les passages où sont mentionnés des historiens qu'il n'a jamais lus, exploitant — Eusèbe dans la version latine, et Tite-Live, Florus, = Eutrope comme Tacite et Suétone. En définitive, son — témoignage n'est pas du nombre de ceux qui comptent. —… 7, L'INSTITUTION NÉRONIENNE. — Nous avons dit que l'accusation d'incendie n'avait été qu'un prétexte : “pour les juifs, qui inspiraient Poppée, cette manœuvre avait parfaitement réussi ; ils se trouvaient désormais à l'abri de toute confusion avec la secte exécrée des - chrétiens, Si ceux-ci n'avaient pas tous péri dans les - sinistres fêtes du mois d'août 64 — et il n'est pas possible de prononcer un chiffre — on ne peut douter qu'un grand nombre avait succombé, en sorte que - Jeurs riv aux devaient se flatter que les dissidents de la - synagogue étaient condamnés à l'impuissance et à une prochaine disparition. Ils se trompaient et ils n'attendirent pas longtemps sans doute à s'en convaincre. Une fois dissipée la fumée des bûchers humains, il dut - apparaître que la foi nouvelle avait des partisans que les supplices avaient épargnés dans leurs cachettes, sous leurs déguisements, mais qui n'en restaient pas moins passibles de mort sous la menace de l'institutum Neronianum. Ce n'était donc pas seulement à. Rome, mais encore dans les provinces qu'on pouvait - les atteindre, partout où un magistrat possédait le - droit de glaive. Les textes que nous avons cités mettent ce fait hors de doute. « Néron, nous a dit Paul Orose, - fit souffrir aux chrétiens les supplices et la mort, et ordonna de les persécuter dans toutes les provinces. » Sulpice-Sévére nous a affirmé, pour sa part, que les fêtes sanglantes d'août furent « le commencement des persécutions contre les chrétiens ; ensuite, la religion fut interdite par les lois et, en vertu d'édits officiellement rendus, il ne fut plus permis d'être chrétien ». Avant ces auteurs du IVe, des écrivains plus proches de l'événement y avaient fait allusion. Dans l'Apologie composée par Méliton de Sardes, vers 172, il est dit que Néron et Domitien ont « mis en accusation » la foi chrétienne : Móvot révrov dvarelallévres ro cov Dxoxkwov dyÜpamow Tèv 200” huas £v Labo ou, Avyov TUEXRnoxv Népwv … kal Aouertavôc !, A quelques années de là, Tertullien — écrit que Néron, le premier, tira contre la religion — chrétienne, qui commençait à progresser dans Rome, — ]eglaive des césars : Consulile commentarios vestros : — illic reperi c'is primum Neronem in hanc sectam cum Mn mazime Hom orientem Cæsariano gladio ferocisse ?. E Ces deux passages, écrivait « P. Allard ?, montrent —— bien qu'il s'agit, même pour Néron, d'une persécution — religieuse, et non d'une cruauté passagère, d'une vio- - lence accidentelle ayant une cause étrangère à la - religion, ils renferment de plus une inexactitude très — significative. Entre la fin du Ier siècle et l'époque de Ë Méliton ou de Tertullien, il y eut bien des martyrs : les — régnes de la dynastie antonine en virent d'incon- — testables ; c'est même l'un des empereurs de cette 1 dynastie qui, dans un célèbre rescrit adressé à Pline, —. fixerala jurisprudence au sujet des chrétiens. Comment 1 donc les deux apologistes, écrivant à trente ans de — distance l’un de l'autre, s'accordent-ils à ne nommer | d'autres persécuteurs que Néron et Domitien ? Proba- — blement parce que, de tous les empereurs antérieurs au in siècle, ces deux tyrans sont les seuls qui aient porté des édits spéciaux contre les chrétiens. Le rescrit
NÉRON
1146 de Pline, en effet, n'est autre chose qu'une réponse à une consultation fixant un point de droit, mais ne le créant pas, et supposant une législation antérieure, Tertullien dénonce clairement le premier auteur de cette législation quand il donne aux lois qui proscrivaient les chrétiens le nom d'« institution néronienne n Le rescrit de Trajan n'était pas une loi, mais il supposait une loi dont il fixait l'interprétation. Cette loi ne peut être que l'un des édits de persécution dont parlent Méliton et Tertullien dans les passages que nous venons de citer ; édits portés par Néron et Domitien, plus probablement par Néron puis que, après sa mort, il ne fut pas abrogé et Domitien se contenta probablement de remettre en vigueur ses dispositions. Peut-être n'est-il pas impossible d'en retrouver les termes ? C'est à quoi s'est exercé, avec un rare bonheur, Gaston Boissier . Sulpice-Sévère, après avoir raconté les premières rigueurs exercées par Néron contre les chrétiens, ajoute : « La religion fut ensuite défendue par la loi, et un édit fut promulgué interdisant d'être chrétien 5. » « Quelle dure loi vous avez rédigée, s'écrie Tertullien, lors que vous nous avez dit : Il ne vous est pas permis d'être ! » « Les rois de la terre, écrit de même Origène, ont décrété qu'il n'y aurait plus de chrétiens. » Plus tard, des empereurs tolérants permettront aux chrétiens « d'être », sans plus de phrases *. « Cette coincidence passerait difficilement pour fortuite ; ce n'est pas par un simple effet du hasard que tant d'écrivains d'âge différent emploient des expressions entièrement semblables ; on est tenté de voir dans ces expressions celles mêmes d'un édit de persécution, probablement le plus ancien de tous, de celui qui, le plus longtemps, a servi de base à toutes les poursuites. Il devait donc contenir à peu près ces termes : Non licet esse christianos, et ne contenait guère autre chose. Il ne formulait point d'accusations précises ; il ne s'appuyait sur aucun considérant ; il n'indiquait pas de procédure régulière ; c'était une sorte de mise hors la loi, un décret brutal d'extermination. Les apologistes s'en plaignent amèrement, et, si le décret était autrement rédigé, on ne pourrait rien comprendre à leurs plaintes. Ils répètent partout qu'on ne les accuse que d'être chrétiens !^, qu'on ne leur reproche que leur nom + et Tertullien affirme à diverses reprises que la sentence qui les condamne ne vise d'autre crime que celui-là +. Le magistrat rappelait à l'accusé ce décret sommaire et terrible : Non licet esse christianos, à quoi l'accusé répondait, s'il était fidèle : Christianus sum ; et la cause était entendue ! ?
VI. LES VICTIMES. — On n'en peut désigner une seule par son nom pour le drame des jardins du Vatican ; ce qui est assurément une chose faite pour surprendre, L'Église de Rome, si empressée par la suite à imposer le culte de ses illustres martyrs : un Laurent, une Agnès et tant d'autres, n'a pas même institué une fête en l'honneur de ceux qui furent les premiers de sa gloire ; c'est en vain qu'on chercherait la mention de ces martyrs dans le martyrologe hiéronymien et, chose plus surprenante encore, dans la depositio martyrum du calendrier philocalien. On peut, sans aucun doute, à l'exemple de L. Duchesne, conjecturer que le martyre de saint Pierre prend place en août 64, nous avons dit que l'épitre qui porte son nom parait écrite sous l'impression récente de cet événement et la date admise par Eusèbe nous parait préférable.
C. XXII : christianos esse passus est. — '* S. Justin, I Apol., 4. pun RER tn per ET Da Sage nn A QT cosy PO PCR EEE RTE Felt LR PET ET à LES LE Er NT ATEN,
1147 NÉRON 1143 -
Revenons à la lettre de saint Pierre. Sans doute, elle ne nous livre le nom d'aucune victime mais, écrite à Rome, adressée à des communautés chrétiennes « du Pont, de la Cappadoce, de l'Asie, de la Bithynie » qui se trouvent sous la menace imminente : « Très chers, ne vous troublez pas dans l'incendie (zupocsz :i) qui fond sur vous pour vous éprouver, comme s'il vous arrivait quelque chose d'extraordinaire... Si l'un de vous est châtié comme chrétien, qu'il ne rougisse pas. » Voici donc des provinces où le châtiment menaçait les frères, dont on peut dire, suivant l'antique formule, quorum nomina Deus scil.
Nous nous en tenons là ; nous aborderons plus loin les questions relatives au martyr des apôtres Pierre et Paul (voir ces noms).
VII. L^ FIN DE NÉRON. — Après la mort de Poppée, Néron chercha à s'étourdir dans une exhibition de cabotin qui le conduisit sur tous les théâtres de la Grèce ; il avait confié l'exercice du pouvoir suprême à Tigellin, préfet du prétoire et-à l'affranchi Hélius. Celui-ci vit que la mesure était comble et prête à déborder : cependant, Néron retardait son retour, alors il l'alla chercher et le ramena à Rome en triomphateur. Sur la route, on lui prodiguait les honneurs divins : à Naples, à Antium, à Albe, il entra sur un char trainé par quatre chevaux blancs et, en sa qualité de vainqueur des jeux Olympiques, par une brèche faite dans la muraille. A Rome, qu'il avait quittée depuis près d'un an 1, on avait préparé pour lui le char qui avait servi au triomphe d'Auguste, son trisaïeul. Il y monta, vêtu de pourpre, portant la chlamyde semée d'étoiles d'or ; sur la tête, il avait la couronne olympique, dans la main droite, la couronne pythique ; à côté de lui était assis le musicien Diodore. Devant le char marchaient des serviteurs portant sur des écriteaux l'indication des victoires, les noms des rivaux, les titres des pièces, les rôles qu'il avait tenus ; derrière le char venait la cla que, cinq mille hommes, et les Augustans. On démolit, pour le faire passer, une arcade du cirque Maxime, qu'il traversa pour se rendre par le Vélabre et le Forum au temple d'Apollon, sur le mont Palatin. Partout, sur son passage, on immolait des victimes, on parfumait l'air avec de la poudre de safran, la foule clamait en cadence : à Néron-Hercule (douze fois de suite) ; à Néron-Apollon (cinquante fois) ; à l'olympionice, au pythionice (douze fois) ; à Auguste ! à Auguste (vingt fois) ; ô voix sacrée, heureux qui peut t'entendre (cent fois de suite). On attacha dans le cirque Maxime, à l'obélisque d'Auguste, les mille huit cent huit couronnes que rapportait son petit-fils ; on frappa des médailles sur lesquelles l'empereur était représenté en joueur de flûte ; on fit son buste, les cheveux frisés comme un acteur.
Cette mascarade répugnante dura peu de temps. Vers le 15 mars de l'an 68, un Gaulois nommé Vindex, préfet des Gaules, souleva les légions ; le 3 avril, Galba se joignit à lui et Néron commença à craindre sérieusement ; il manda les légions d'Illyrie, mais il reçut presque aussitôt la nouvelle de leur défection. Alors, il lui passa dans la tête de former une troupe composée de tous les matelots de la flotte d'Ostie, parmi lesquels il encadrerait son corps de danseuses qu'il fit habiller en amazones, avec des peltes, des haches et les cheveux coupés ras. Il songea aussi à se retirer à Alexandrie et à s'y faire chanteur des rues ; il rêva encore de faire massacrer ce qui restait du Sénat, de brûler Rome une seconde fois, de lâcher dans la ville la ménagerie de l'amphithéâtre ; entre temps, il faisait des vers, il chantait et courait les théâtres incognito et se préparait à revêtir la stole des matrones pour aller, sans autres armes que sa beauté, son chant et ses larmes, implorer la pitié des légions de Galba.
Au milieu de ces bouffonneries il apprit, le 8 juin, la révolte des prétoriens. À ce coup, il se jugea perdu, demanda des habits de deuil et composa un discours | dans lequel il demandait au peuple son appui ou, du moins, le pardon du passé et la préfecture d'Égypte. | On lui fit observer qu'il n'arriverait pas vivant au « Forum et il se tint coi, Il se coucha : en pleine nuit, | il fut réveillé, on pillait sa chambre : il se sauva en | chemise et courut frapper à diverses portes, el les restèrent fermées. Il revint, voulant mourir cette fois, et demanda le tueur à la mode, Spiculus, qui opérait à l'amphithéátre. Personne ne consentit à l'aller chercher, Alors Néron sortit du Palatin et se rendit au Tibre ; mais quand il en approcha, il revint sur ses pas. Phaon, | un de ses affranchis, lui offrit asile dans sa villa, située. — à une lieue et demie environ, un peu au delà de l'Anio, sur la via Patinaria, entre le ponte Nomentano « et le ponte Salaro ; ils partirent, lui quatrième, se cou- — vrant tant bien que mal d'un manteau, car ayant été surpris au lit, il n'avait pas eu le temps de se vêtir. - Lorsqu'on rencontrait des passants, Néron ramenait | un pan du manteau sur son visage ; enfin, il sortit de la ville par la porte Colline, et entendit les cris qui. S'élevaient du camp des prétoriens qui acclamaient son successeur. Cependant, il fut reconnu, mais on le laissa - fuir ; il quitta la route et rampa dans un champ de cannes jusqu'à ce qu'il atteignit la villa de Phaon.
Le maitre lui proposa de se blottir dans un trou à pouzzolane ; il refusa, ne voulant pas, dit-il, étre enterré vivant ; on pratiqua, à petit bruit, une ouverture dans la muraille et on l'attira dans une salle démeublée oü il s'étendit sur une natte et but quelques gorgées d'eau tiède. Pendant ce temps, il récitait des vers et les appliquait à sa situation ; il osa répéter ceux-ci :
Ma femme, ma mère, mon pére Prononcent mon arrét de mort.
Il entremélait tout cela de réflexions qu'il s'efforcait de rendre tragiques. « Celui qui, autrefois, était fier de sa suite nombreuse n'a plus maintenant que trois affranchis » ; ou bien il devenait macabre ; il voulut qu'on creusât sa fosse à la taille de son corps et fit apporter des marbres, de l'eau, du bois pour ses funérail les : pendant ces apprêts il pleurait et disait : « Quel artiste va périr ! » Qualis artifex pereo.
Un esclave de Phaon apporta de Home le courrier contenant un décret du Sénat. On y déclarait Néron ennemi public et on le condamnait à étre puni « suivant la vieille coutume ». — « Quelle coutume ? s demanda-t-il. On lui expliqua en quoi elle consistail. La tête du patient est engagée dans-une fourche, tandis qu'on le fouette de verges jusqu'à la mort ; on traîne alors le corps avec un croc et on le jette dans le Tibre. Néron frissonna, prit deux poignards qu'il avait sur lui, les affüta, puis les posa. « L'heure fatale n'est pas venue », dit-il, et il demanda à Sporus de commencer sa complainte funébre afin qu'il mourüt dans cet exercice ; mais il se reprenait sans cesse, retrouvait des citations, faisait des vers ; maintenant, il monologuait en grec ; il invita les assistants à le précéder dans la mort, « N'y aura-t-il personne ici, demanda-t-il, pour me donner l'exemple ? » A ce moment on entendit le bruit du détachement de cavalerie envoyé pour se saisir de sa personne.
Le pas des lourds chev aux me frappe les oreil les * dit-il. Il avait le poignard sur la gorge. Epaphrodite appuya et le fit entrer. Le centurion se précipita, voulut arrêter le sang, c'était trop tard ; le mourant put murmurer encore : « Voilà votre fidélité ! » et il expira.
NEURASTHÉNIE. — L'afection morbide qu'on désigne sous ce nom de nos jours parait étre très peu différente de celle que les anciens appelaient acedia, c'est-à-dire une lassitude morale, un ennui el un dégoût de la vie que les auteurs ont observé et décrit en signalant ses effets funestes qui peuvent con-
| duire jusqu'à une sorte de désespoir et jusqu'au suicide 1. Le christianisme échoue parfois devant ce découragement qui pousse à la destruction de soi-même avec l'espoir de trouver le repos dans la mort. Pallade (420) dénonce ó tg œxnôlac Gale ; saint Nil (430) nous dit que l'éxnôûte sotiv Xxrovix QuyTc ?, et Jean Cassien, dans ses Inslilutliones, 1l. V, c. r, écrit que sexlum nobis certamen est quod græci Gxnôtav vocant, quam nos T-EDIU M, sive ANXIETATEM cordis possumus nuncupare , Le mal n'est pas nouveau, ni spécifiquement monasti que. Le scholiaste d'Horace connait bien l'accidia 5 i | i :
qu'il appelle lethargica. - Pseudo-Augustin définit l'acedia est fastidium interni boni et présente l'otiositas comme le fomentum acediae. Dans les textes chrétiens, la première mention de l'ucedia se rencontre vers le milieu du n° siècle, chez Hermas, qui dit : tradidislis vos in acedias ; à cette date, il n'est pas encore question de vie monasti que, Il semble toutefois que le grand développement du monachisme au 1v siècle a contribué à développer les inconvénients de cette profession chez certains tempéramentls. Saint Jérôme dit qu’ « il y a des personnes qui, par l'humidité des cellu les, les jeünes immodérés, l'ennui de la solitude et l'excès de lecture, les oreil les rebaltues jour et nuit, tournent à la mélancolie et ont plutót besoin des remé des d'Hippocrate que de nos conseils », Sunt qui humore cellarum, immoderatis que jejuniis tedio solitudinis, ac nimia lectione, dum diebus ac noclibus auribus suis personant, vertuntur in melancholiam, et Hippocratis magis fomentis quam. noslris monilis indigent . Avec son robuste bon sens, saint Jérôme dénonce l’origine du mal : dépression physi que causée par un logement malsain, affaiblissement produit par des mortifications déraisonnab les, l'agacement né de la solitude et une lecture immodérée. Anthemius dit à peu prés de méme : Cibi crudos humores generant et acedias corbunculos el ructus graves faciunt’.
Nous avons vu que Cassien place l'acedia ou neurasthénie parmi les vi ces capit aux, et, déjà, dans ses Gollationes, l. V, c. r, il avait dit que : de (ristitia acediam necesse est pullulare. On pourrait qualifier encore l'acedia une sorte d'engourdissement, de paresse, ainsi que nous lisons dans les psaumes : Dormilavil anima mea prae lædio et dans la version des Septante : &T Gxnôtac. En vérité, l'on n'a que le choix parmi les interprétations concordantes des anciens : Acedia est de laudabili virtutum exercitio utrius que hominis lanquida dejeclio. Cassien a consacré un livre entier des Institutiones cœnobiorum, le X à l'étude de l'esprit de tristesse et dom Alard Gazée l'a enrichi d'un copieux commentaire. Pour résumer en trois lignes la doctrine de Cassien disons que, selon lui, « il existe un genre détestable de tristesse qui, loin de porter les hommes à une régularité plus grande dans leur conduite et à l'amendement de leurs défauts, jette leur âme dans le désespoir le plus funeste. C'est celui dont Cain fut dévoré et qui ne lui permit pas de se repentir de son fratricide ; c'est celui qui a poussé Judas à se pendre avec un la cet. :
Saint Adhelme ne lui est pas plus indulgent, il la classe au nombre des péchés capit aux $ :
Vincent de Beauvais ne pouvait se désintéresser de ce mal qu'il nomme le quatriéme vice capital et il se demande si c'est un péché, un péché mortel, ce qui mal la « ferveur indiscrète » qui peut pousser jusqu'au Ta is
nous y induit et quels sont ses effets ? Selon lui, (a neurasthénie est une certaine tristesse accablante qui. écrase tellement l'àme de l'homme qu'elle le réduit à l'impuissance ; en outre, elle le détourne des Bhnnes œuvres. La neurasthénie attire après elle, les délais, la paresse, la tiédeur, la pusillanimité, l'inconstance, | l'inquiétude du corps, la divagation de l'esprit, l'igno-- rance, l'oisiveté, le bavardage, le murmure, la tacitur- » nité mauvaise, l'indiscrétion, la somnolence, la négligence, l'indévotion, la langueur, le dégoût de la vie, l'empéchement du bien, l'impénitence et le désespoir, Césaire d'Heisterbach assigne parmi les causes du. suicide, « L'acedia, dit-il, est la tristesse née de la confusion de l'esprit, ou l'ennui et l'amertume d'esprit. immodéré, qui éteint la douceur spirituelle et renverse l'âme sur elle-même, en la précipitant dans le désespoir, - On l'appelle acedia, pour ainsi dire acida, parce qu'elle nous rend les œuvres spirituel les aci des et insipi des ? », | Acedia est ex confusione mentis nata tristitia, sive tæ- — dium el amaritudo animi immoderata, qua jucundilas | spiritalis extinguitur, ef quodam desperationis præcipilio mens in semetipsa subvertilur : dicilur aulem acedia quasi acida, eo quod opera spiritualia nobis acida reddat. el insipida. Ner E Adam de Perseigne remar que que ce sont surtout les jeunes moines, les nouve aux convertis dans l'exalta- | tion de leur récente ferveur qui sont le plus accessib les | à la neurasthénie : Novi les conversi de sæculo, quanta- « libel devolione polleant, acediæ lamen vilio ssepe laborant, Le grand prieur chartreux Guigue, dans son Liber de | quadripertito exercilio , écrit ceci : « Souvent, lors que « tu es seul dans ta cellule, tu es saisi par une sorte de | faiblesse, de langueur d'esprit, d'ennui de cœur ; tu sens en méme temps en toi-même un grand dégoût, Tu « es à charge à toi-même ; ce charme intérieur, dont tu te servais si heureusement, te man que alors. Cette douceur qui t'était attachée hier et le jour d'avant, est | alors changée en une grande amertume. Cette source | de larmes dont tu avais coutume d'étre arrosé avec une grande abondance, elle est toute tarie. En toi la - vigueur spirituelle est flétrie, la beauté est morte ; tu portes ton âme déchirée, miseenlambe aux,honteuseet | disjointe, triste et aigrie, et tu ne peux trouver le moyen. | dela mettre en repos. La lecture n'a plus de goût pour toi, la prière plus de douceur, » C'est là ce que saint Benoit décrivait lorsqu'il parlait du frater acediosus, qui va cet olio el fabulis et non est intentus lectioni .
H. LECLERCQ.
NEVERS.. Manuscrits liturgiques. III. Ivoire, IV. Sarcophages.
I. LISTE ÉPISCOPALE. — La fondation de l'évêché de Nevers semble être en rapport avec l'établissement d'une frontière entre les Burgondes et les Francs. C'est à peu près ce qu'on en peut dire de plus certain.
—— ah dés Ti + | | | 4 l K à 1153 mentaire, la liste s'arrête à Girard, dans l'évangéliaire, à Hugues.
Voici ce catalogue :
Hc sunt nomina episcoporum Nivernensis Ecclesiæ qua invenire potuimus.
Hugo Eulalius Bertarius Arigius ? Herimannus Gislebertus Raginus 5 Rorgus Ragimfredus Icterius Abbo Evladius Emmenus. A glarius Agricola ? Franco Oportunus Atto 1« Mictarius Launo Vualdo Tedalgrinus Deodatus Gosbertus Evartius 3 ? Natrannus Hieronimus Rodenus 15 Jonas Girardus Heneas Hugo secundus Guineredus
Titre : ms. 3970 ; deuxième et troisième noms intervertis dans 2790 ; 7 Euladtius, 2790 ; 10 Nicterius, 2790 ; 30 Datrannus, 2790 ; 33 de première main dans 2790.
Les deux copies débutent par un nom gratté, ce qui est une preuve de sincérité bien rare en la matière. On peut croire que 17338 est plus ancien et a jeté 2790 dans l'embarras parce qu'il avait disposé les noms de la façon suivante :
HN
Arigius Voyant cela, 2790 a hésité entre Eulalius et Arigius ou Arigius et Eulalius.
Le vingt-quatrième et le trente-troisième évêque : Aglarius et Hugo secundus sont inscrits à l'encre rouge dans le 17333 qui a reçu des additions jusqu'à la fin du xm ? siècle et des notes tardives tirées d'un cartulaire local du xiv ou du xv siècle, Le 2790 a canonisé les treize premiers évêques jusqu'à Hieronymus inclusivement.
NOMINA NIVERNENSIUM EPISCOPORUM De ecclesia Sanctorum Gervasii et Prothasii : S. Arigius &. Gillebertus S. Rogus S. Nictarius S. Icterius 5. Widdo S. Agricola euarcu 1154 La liste continue jusqu'au quarante-cinquième nom.
« Examinons d'abord le premier groupe, celui des évêques placés sous la rubrique de ecclesia sanctorum Gervasii et Prothasii. Il y en a treize dans le sacramentaire 17333, onze dans la liste de Robert. La différence porte sur les deux premiers noms du sacramentaire : le premier a été gratté, on ne sait pour quoi ; l'autre, Eulalius manque chez Robert, Par ailleurs, les noms sont les mêmes, quoique diversement placés. De ces noms, quatre se retrouvent dans les conciles du vre et du vir ? siècle : Arigius, Rorgus (Raurecus), Euladius et Agricola, mais le deuxième est sûrement mal placé dans les deux listes. Deodatus est identifié par la Vie de saint Dié avec le fondateur du célébre monastère vosgien ; il aurait abandonné l'évêché de Nevers pour la solitude ; un saint Jfherius est honoré comme évêque et confesseur dans le diocèse de Nevers, le 8 juillet. Les autres, Gisleberlus, Opporlunus, Nectarius, Waldo, Ebarcius, ne sont pas connus. En revanche, nous connaissons par les conciles deux évêques, Tauricianus et Rusticus, antérieurs à Arigius, et, par une charte du vir ? siècle, Leodebaudus, dont il n'y a pas trace dans la liste.
« En somme, notre document n'acquiert toute sa valeur que vers le déclin du 1x* siècle ?, » Il existe dans l'histoire de l'Église de Nevers une question de saint Eulade. Le Gallia christiana ouvre la liste avec un Euladius qui ne peut se réclamer d'aucune attestation, sinon la Vie de saint Séverin d'Agaune, document dont l'autorité ne suffit pas à introduire un évêque en tête d'un catalogue, De cet Euladius on a tenté, pour le rendre plus imposant, d'en faire quatre : Eulalius, Euladius, Eoladius, Acoladius qui ont un air de ressemblance entre eux et qu'on distingue à peine de celui qui est le quatrième évêque de la liste.
Eufronius. — Les auteurs du Gallia christiana ont tiré son nom d'un faux privilège de saint Germain de Paris.
A. — XII — 37.
pueltbecen ym.
EE DRE. trum aV C T RTT Rt TR, CS. a je à pas là si on s'en rapporte aux fluctuations de l'ancienne épitaphe qui se trouvait dans l'église du prieuré de Saint-Étienne !, L'histoire, plus modeste, n'en connaît qu'un seul qui assista, en 570, au concile de Lyon. Fété le 26 février et le 28 août.
59 Agricola. — On le trouve, en 581, aux conciles de Lyon et de Mâcon, et, en 585, à celui de Mâcon. En 390, il figure parmi les enquêteurs dans l'affaire des nonnains de Poitiers *, | Fulcilius. — Mentionné sans référence par le Gallia christiana.
69 Raurecus (ou Rauracus). — On lit son nom parmi les évêques des conciles tenus à Paris en 614 ; à Clichy, en 627 ; à Chalon-sur-Saône, en 650 ; en 654, il signe le privilège de Clovis II pour le monastère de Saint-Denis. On le trouve mentionné dans la Vie de saint Austrezisile de Bourges ? ; une de ses lettres est conservée parmi celles de saint Didier de Cahors *.
79 Leodebaudus. — Il signe, en 660, les deux privilèges d'Emmon de Sens en faveur de Saint-Colombe et de Saint-Pierre-le-Vif ; ce dernier sous le nom de Leobaldus et sans indication de siège.
Hecherius, par la grâce du Gallia christiana, qui l'a tiré du privilège pour Saint-Pierre-le-Vif, où il figure sans indication de siège.
« Il y a lieu de rappeler ici les noms des évêques Gisleberlus, Iclerius, Opporlunus, Nectarius, Waldo, Deodatus, Ebarcius, qui, d'après Robert Abolant, auraient siégé dans l'église Saint-Gervais. Le changement de vocable de la cathédrale eut lieu au temps de Charlemagne. Ces sept évêques seraient donc antérieurs à son règne, Mais il est difficile de dire à quelles dates ils ont siégé, dans quel ordre ils se sont succédé, Il est fort possible que quelques-uns d'entre eux soient à intercaler parmi les précédents. Cependant, ceux-ci laissent peu d'intervalle entre eux.
« À ces noms, fournis par la première partie du catalogue, il faudrait peut-être ajouter le Ragenfredus quandam vocatus episcopus dont parle Hérimann dans une de ses chartes 5, et qui semble être antérieur à Charlemagne, bien que le catalogue le place après Hérimann lui-même ê. » sacramentaire à l'usage du monastère de Sainte-Colombe de Sens, avec les modifications nécessaires * de manière à le rendre propre à l'Église de Nevers, mais, par inadvertance, le copiste a laissé certains détails qui décèlent l'origine de son œuvre :
: Au canon de la messe, nous remarquons qu'au Te igitur, après avoir prié pour l'évêque, pro antistite nostro, on prie encore pour l'abbé, pro abbate nostro, Les chanoines de la métropole n'avaient pas de motifs de prier pour le chef d'un monastère avec lequel ils n'étaient unis que par les liens de la charité (sic). Il est vrai que quelques antiquaires liturgistes ont expliqué autrement cette particularité, oubliant que les monastères avaient leur sacramentaire à l'usage de leurs églises, ils se sont imaginé que le pro abbate rappelait le premier dignitaire du chapitre, auquel on donnait, dans certaines localités, le titre d'abbé. S'ils eussent examiné avec plus de soin les manuscrits qu'ils étudiaient, ils auraient pu se convaincre que ceux dans lesquels il était fait mention de l'abbé appartenaient à des monastères, ou bien, comme celui dont nous parlons, avaient été reproduits trop servilement d'après un sacramentaire monastique.
Sacramentaire de l'Église de Nevers ; ms. 17333 de la Bibliothèque nationale. corr. : ligne 2, lire Christicole ; prebens ; ligne 4, lire bene au lieu de hunc.
« O vous qui venez adorer Jésus-Christ à cet autel qui lui est cher, chargé de distribuer au peuple chrétien la nourriture sacrée du Sauveur, souvenez-vous dans vos ferventes prières de l'évêque Hugues, qui, par amour pour Jésus-Christ, a mis ses soins à la confection de ce livre. » Mais le siège de Nevers a été occupé par un évêque Hugo, le dix-huitième, et son homonyme, le trentetroisième de la série. Il faut choisir. Or, nous lisons à la p. 18 onze vers latins léonins, composés en forme de dédicace et intitulés : Prosopopeia ; au sixième vers l'épithète magnus est appliquée au presul Hugo :
Dupla maleria formam mea sumil usia, Bannilis binis elementis onoma quinis, Conira naturam, variam sortita figuran. Nam dum vivebam dicendi sorle carebam ;
* Et modo post mortem dicendi prefero sortem. Prisul Hugo magnus, quem ponti ficaverat agnus, Post duplex esse me simplex duxit ad esse, Et sancto Cyrico volo concessit amico, Ut sanctus Cyricus merito sibi faclus amicus, 10 Esse quod esl esse sine quo qui nil dicilur esse Post presens esse placatum prebeal esse.
Ges onze vers offrent une si réelle difficulté que l'auteur du second prospectus déclarait que « le sens général et absolu est vraiment insaisissable ». Ces onze vers commencent par un rébus et finissent par un jeu de mots, dans lequel esse, pris comme nom substantif, comme verbe substantif et verbe auxiliaire est répété de manière à embarrasser le lecteur.
Le titre Prosopopeia, fait remarquer A. Crosnier, aide grandement à l'explication de cette énigme ; la prosopopée, en effet, est cette figure de rhétorique qui consiste à faire parler un mort, un absent ou bien un être inanimé, ou incapable de raison. En y réfléchissant, notre pensée s'est portée sur le mot latin liber, composé de cinq lettres, et qui est formé de deux éléments distincts, l'encre et le parchemin, cette dernière matière ayant joui réellement de la vie animale, sur le dos de l'âne, de la chèvre ou du mouton.
C'est donc le livre qui prend la parole, racontant l'histoire de son existence et le but pour lequel il a été composé, Afin que saint Cyr, devenu à juste titre son protecteur, Obtienne que l'Être qui est l'Être, sans lequel rien ne peut se Après la vie présente lui soit favorable. [dire être, A remarquer que le mot Dupla, employé dans le premier vers, est ici pour duplici ; il se rencontre fréquemment dans la basse latinité. — Usia est un substantif grec qui signifie « essence » « nature », ousia. La présence d'un mot grec égaré dans une pièce latine est chose assez fréquente au Moyen Âge, — Bannilis a différents sens dans la basse latinité : ici il signifie la réunion des caractères de l'alphabet ; bannila a le sens de syllaba ou conglulinatio lillerarum (cf. Du Cange, Glossarium). au moins huit feuillets à la p. 142, quatre feuillets plus loin et, de plus, la fin du volume. Celui-ci fut acquis pour la somme de 2 150 fr. par la Bibliothèque nationale, La formule Domine salvum fac imperatorem ne se lit pas dans le manuscrit, mais à l'office du vendredi saint on prie pour l'empereur comme au samedi saint ; et à la fin de l'Exuil« t, on prie pour le roi et pour le duc pro rege nostro et duce nostro, el encore pour l'empereur. I] s'agit ici de l'empereur des Romains : dans toutes les autres circonstances il est toujours question du roi et non de l'empereur.
Dans une des oraisons suivantes (bénédiction de la messe) on invoque pour le roi saint Grégoire, Anglorum apostolus. Le sacramentaire de Nevers est à l'abri de semblable allusion.
L'orthographe n'est ni fixe ni uniforme, Les oe sont rares tandis que les ae paraissent à la fin des mots qui comportent cette diphtongue ; elle est indiquée par une sorte de longue cédille. Quand la diphtongue se trouve au début ou dans le corps d'un mot, le scribe l'admet ou la supprime à son gré, parfois il la remplace par e. On trouve toujours ;Ecclesta.
Le c et le f s'échangent volontiers, on lit : fatiat pour faciat ; hospicium pour hospitium, etc.
L'n et l'm se remplacent, on trouve conpescal pour compescat.
L'in privatif est toujours maintenu, par exemple : inlesus pour illesus, de même inluminalor, inlustrare.
Il en est également ainsi pour la préposition ad, on lit : adtulif au lieu de attulit.
1159 L'i et l’y semblent interchangeables ; on lit cibus et cybus.
L'h s'ajoute ou se retranche par caprice plus que par règle ; on lit habundantio ou orlu pour (hjortu.
L's et le e sont interchangeables : parsimonia ou parcimonia.
Il faut signaler les blancs laissés par le scribe et que devait remplir l'enlumineur ; celui-ci a parfois oublié, Les rubriques et une partie des petits titres sont tracés à l'encre rouge, Vers la fin de la prière, Hanc | igilur (p. 141), l'encre rouge est employée jusqu'à l'Agnus Dei inclusivement.
Nous donnons ici le détail des pièces contenues dans le pontifical et le sacramentaire, avec référence à l'édition A, Crosnier :
Orationes in inventione sancti Stephani 15
Orationes in inventione sancti Nichodemi el sociorum. 16
Benedictio ad cineres — Oratio ad benedictionem chimelerii. 17
Prosopopeia. 18
TEXTE CORRIGÉ :
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1164 — 1163 NEVERS Ad sanctum Petrum ad vincula, — Natale Maiorum veneratione sanctorum quorum reliquis in una domo continentur. 326 Natale sancti Stephani, — Natale sancti Sixti, — Missa in ecclesia cuiuslibet sancti martyris vel Benedicti confessoris. — Orationes pro peccatis. 327. Natale SS. Felicissimi et Agapiti. — Sancti Donati. — Sancti Cyriaci. Orationes matutinales. 330 Vigilia sancti Laurentii. — In die Orationes vespertinales. 3815 Natale sancti Tyburtii. Orationes ad completorium. — Missa in ordinatione presbyteri. 332. Vigilia Assumptionis. — In die ad missam. In natali diaconi. — Missa propria sacerdotis. 334 9 Octobas sancti Laurentii. — Natale sancti Agapiti. Missa pro tentatione carnis. — Pro templationibus. 335. Natale sancti Magni. — Sancti Timothei — Alia missa pro sacerdote. — Item alia missa pro semetipso. 336 Natale SS. Timothei, etc. — Sancti Rufi.— Sancti Alia missa propria sacerdolis. — Missa votiva et communis viventium. 337 | Natale sancti Hermetis. — Sancti Sabini. Missa pro amico. — Alia missa pro amico. 338 — Passio sancti Iohannis Baptiste. — Natale sancti Felicis. — Sancti Prisci. Missa pro salute unius vivi. — Missa pro familia- | Nativitas sanctae Mariae. ribus. 340 Natale sancti Adriani. — Sancti Gorgonii. — | Missa pro amicis viventibus. — Missa sancti - SS. Proti et Hyacinthi. Augustini pro vivis et defunctis. 341 Natale SS. Cornelii et Cypriani. — Exaltatio Missa pro salute vivorum et mortuorum. | 342 sanctae crucis. Missa pro pontifice et congregationibus. — Missa — | Natale sancti Nicomedis. generalis pro episcopo, etc. 343 Natale sanctae Euphemiae. — SS. Lucii et Gem- Missa pro iter agentibus. — Missa pro pace. miani. Missa in natali pontificis. — Alia in natali ponti- Vigilia sancti Matthaei evangelistae. — In die ficis. 345. Natale sancti Mauricii et sociorum. SS. Cos- Missa de tribulatione. 346 mae et Damiani. Alia missa communis pro vivis et defunctis. 247 Dedicatio basilicae Sancti Michaelis Archangelis. Missa sanctae Fidis. — Alia. 348 Natale sancti Hieronymi presbyteri. Missa pro defunctis penitentibus et minime conse- Natale SS. Remigii, etc, — S. Marci pape. — quentibus. 349 SS. Sergii, etc. Alia missa de tribulatione, — Alia. — Alia. 350. Vigilia SS. martyrum Dionisii, etc, — In die. — Missa tempore tribulationis. — Missa contra Natale sancti Calixti. paganos. — In invasionem gentium. 351 Natale sancti Luciae evangelistae. — Vigilia apos- Missa tempore mortalitatis. — Missa ad pluviam tolorum Simonis et Judae. postulandam. 352 In die ad missam. Missa ad postulandam serenitatem. 352 Vigilia omnium sanctorum. — In die Missa ad repellandam tempestatem. 353 Natale sancti Cesarii.— SS. quatuor Coronatorum. Missa pro fulgoribus. — Alia pro tempestate et Natale sancti Theodori. — Sancti Martini. fulgoribus. 394 Natale sancti Mennae. — Vigilia sanctae Ceciliae. Missa pro fame ac pestilentia, etc, — Oratio pro — In die ad missam. conservandis fructibus, 354 In natali sancti Clementis. — Sanctae Felicitatis. Missa pro peste animalium. — Benedictio salis — Sancti Chrisogoni. ad pecora. 355 Vigilia sancti Andreae apostoli. — Natale SS, Sa- Missa pro petitione lacrimarum. 359 turnini, etc. Alia, — Ad poscendam humilitatem. 356 In natali sancti Andreae apostoli. Missa pro penitentibus sua peccata confitentibus. 357 In natali sancti Damasi papa. — Octobas sancti Missa pro remissione peccatorum. 357 Andrae. — Natale sancti Nicolai. Missa pro penitente. 358 In vigilia unius apostoli. — In natali unius apos- Ordo in Ramis palmarum. 359 toli. Ordo ad visitandum infirmum. 361 In vigilia plurimorum apostolorum. — In die Reconciliatio penitentis ad mortem. 362 In vigilia unius confessoris. — In die Missa pro infirmo in domo. — Alia missa pro In vigilia plurimorum confessorum. infirmo. 363 In natali plurimorum confessorum. — In vigilia Alia missa pro infirmis. — Benedictiones super unius martyris. infirmum. 361 In natali unius martyris. — In vigilia plurium Hymnus pro infirmis decantandus. — Orationes martirum. in agenda mortuorum. 366 In natali plurium martyrum. Missa in die III depositionis defuncti. 370 In festivitate Virginis. — In vigilia festivitatum Missa in die XXX defuncti. — In anniversario. — sanctae Mariae. Pro defuncto episcopo. 910 S Missa sanctae Mariae. — Missa in anniversario Alia missa. — Missa pro defuncto sacerdote. — — 1 dedicationis basilicae. Unius defuncti. 3717 g Missa de sancta Trinitate. Ilem missa unius defuncti. — Pro episcopis de- | l Feria 11 ad postulandam sapientiam. — 111 de functis vel sacerdotibus. 316 E sancta Caritate. Missa pro fratribus defunctis. 379 2 Feria IV ad postulanda angelorum levamina. Missa pro defuncto. — Missa pro defuncta 3 Feria V pro peccalis. — FI de cruce. femina. 380 F Feria VI ad postulandam gratiam Spiritus sancti. Pro cunctis fidelibus mortuis. 381 í Ad postulanda sanctorum suffragia. Alia missa pro defunctis. — Pro fidelibus de1 Missa in commemoratione sanctae Mariae et functis. 382 d sanctorum omnium. Missa pro fidelibus defunctis. 383 ;
1165 NEVERS 1166 Missa in cemiteriis. — Missa pro iter agentibus. 384 | phages dont l'un est presque identique à celui de saint Arigle, Deux de ces sarcophages étaient légérement déviés vers l'Est-Sud-Est, le troisième nettement dirigé du Nord-Est au Sud-Ouest. Au pignon de tête, le parement est décoré de sept croix sur le même plan, enlevées par un maigre défoncement (à peine quelques millimètres) et une opposition de taille rugueuse à une taille unie et lisse (fig. 8826, n. à). Trois grandes croix dominent ; aux deux tiers de leur hauteur, les croisillons accusent un ruban horizontal en trois sections égales, leurs arêtes restant vives. Aux pieds, elles se soudent en lancette à deux croix moyennes, inscrites dans deux rectangles intérieurs formés par les trois montants et les traverses des grandes croix ; au-dessus des croisillons, deux autres petites croix sont disposées symétriquement avec les moyennes, Elles forment par la réunion de leurs parties supérieures avec les grandes croix une série d'arcatures plein cintre. Les têtes des deux grandes croix - Fa Ge BEIM BE RTS nmm \ J Traité de comput, même provenance, au Brit. Mus., n. 3051.
IV. Sarcophages. — L'abbé Lebeuf (voir ce nom) nous a laissé la forme de tombeau de saint Arigle qui était conservé avant 1793 dans l'église de Nevers qui portait son nom. Lebeuf fait remarquer que ce sarcophage avait pour ornement sept croix en bosse (fig. 8826, n. 4). Sur la même planche, Lebeuf reproduit deux autres sarcophages dont l'un porte trois croix (fig. 5826, n. 6) et l'autre cinq ; à cette occasion, il fait remarquer que le nombre de croix devait être en rapport avec la dignité du personnage renfermé dans le sarcophage, Vers le milieu du xix* siècle, un peu avant 1858, le tombeau de saint Arigle fut retiré des décombres de l’église et déposé dans une cour, dans une rue voisine. L'Album du Nivernais, d’après Aug. Crosnier, en conserve le souvenir, mais l'original semble avoir disparu. Comme saint Arigle mourut le 26 février 594, nous avons là un type de tombe mérovingienne que d'ailleurs nous avons déjà rencontré.
Sans nous éloigner de la Nièvre, on a trouvé à Saint-Parize-le-Châtel, en 1899, un groupe de sarcophages extrêmes rejoignent les arêtes en formant une demi-arcature, et leur pied, de ce même côté, n'a qu'un simple évasement. Dans les compartiments déterminés par les bras extérieurs se découpent quatre feuilles cordiformes de grande dimension (fig. 8826, n. 4, 5, 7.) Deux palmettes adossées et contiguës épousent en silhouette la forme des cintres intérieurs formés par la réunion des petites croix aux grandes, Enfin, dans les quatre petits carrés formés par les croisillons des trois grandes croix et des deux moyennes, se trouvent autant de feuilles cordiformes de petite dimension.
Cet ensemble, dont le caractère emblématique n'est pas douteux, est couronné d'un couvercle de forme prismatique et en saillie (fig. 8826, n. 1). Le dessus est à deux pentes comme un véritable toit, et les lignes mêmes des pures aux s'y trouvent bien accusées, Ces lignes sont interrompues au milieu et arrêtées à chaque extrémité par trois bandes formant ceinture de 0 m. 10 et 0 m. 12. Son faitage plat est formé d'une gaine s'évasant inégalement des deux bouts, et d'une largeur de 0 m. 12 au départ de l'évasement supérieur, de 0 m. 10 au départ de l'inférieur.
A la tête est une première ceinture ; vers le milieu, à 1 m. de la première, une seconde est décorée d'une ligne brisée, dans les retraits de laquelle sont gravées des palmettes d'ornements ; de chaque côté, une ligne à grain d'orge forme bordure. Au pied, la troisième bande est unie et passe, comme les deux autres, sous le faitage. Ainsi que la bande de tête, le faitage est 1167 bordé par une ligne en creux et décoré d'un système de lignes brisées parallèles, remplissant tout l'espace entre les deux bordures. A la partie supérieure du faitage, la décoration est interrompue et se termine par une palme de 0 m. 30 de haut sur 0 m. 18 de large. A la base de la palme, forme saillie une sorte d'applique limitée par des lignes légèrement concaves, encadrées de dents de scie bordées elles-mêmes par des lignes à grains d'orge ; au milieu se détache une croix (fig. 8826, n. 1).
Tous ces dessins sont gravés en creux d'un trait ferme et plein de style.
Le musée de Nevers possède encore deux sarcophages provenant, l'un des fouilles de l'église Saint-Genest, l'autre de celles de l'ancienne abbaye de Saint-Martin (fig. 8826, n. 2-3) et dont la parenté avec les sarcophages précédents parait indiscutable.
Cette parenté se retrouve dans d'autres sarcophages décrits par Edm. Le Blant d'après le recueil de l'abbé Gibault ; il s'agit d'une crypte où se trouvent trois tombeaux avec couvercles à double versant. « Sur la face formant pignon du premier de ces couvercles figurent une vigne et des raisins ; le dernier, en partie brisé, porte une colombe et un vase, Au bas du dessin est écrit : tombeau de saint Thaumaste, trouvé dans la cave de Saint-Barthélemy, près Saint-Hilaire.
L'un des trois cercueils passait donc pour être celui dont parle Grégoire de Tours, et dont nos pères détachaient de la poudre pour guérir les maux de dents et la fièvre. « On recherche avec tant d'ardeur ce remède béni, dit l'historien, qu'un point du sarcophage est déjà perforé, » L'auteur des Annales d'Aquitaine, Jean Bouchet, qui écrivait en 1644, pense que le tombeau mentionné par Grégoire de Tours est « un de ceux de la chapelle de Saint-Barthélemy, où l'on voit les dits pertuis, et encore, ajoute-t-il, les femmes le raclent avec un couteau et en font manger à leurs petits enfants, pour guérir du mal et passions du ventre ».
H. LECLERCQ.
NGAOUS. — Algérie, département de Constantine ; emplacement d'une ville antique, chef-lieu de la tribu des Nicives, qui sont indiqués par Pline et par Ptolémée, sous la forme NiouGec. Il est très probable que le nom de la ville était Nicivibus, mot qui s'est déformé en Nikaous, Nigaous, Ngaous. Cette ville était située dans la Numidie, avec un territoire peu étendu.
Il se pourrait que l'episcopus Nibensis de 484 ap parte au même lieu, il faut corriger Ni [ci ]bensis.
Il y a lieu de rappeler l'inscription suivante publiée par Léon Renier, Inscriptions romaines de l'Algérie, 1855-1886, n. 1673, sur une pierre longue qui a servi de linteau de porte, hauteur 0 m. 22, largeur 0 m. 95 (fis, 8827) : In Deo pipa [s |.
1168 Il y a peu de mois on a publié * cette note que nous reproduisons sans avoir pu rien vérifier :
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Sur un reliquaire au vi* siècle. — M. Leschi, directeur des antiquités de l'Algérie, fait une lecture sur un reliquaire chrétien de 543, trouvé récemment près de Ngaous (Algérie). En pierre et en terre cuite, il est orné d'une inscription qui relate la déposition de reliques de saint Julien par l'évêque Æmilianus, assisté du prêtre Floridus. A en juger par d'autres reliquaires trouvés jadis et déposés au musée d'Alger, ce dernier personnage a joué un rôle actif dans la réorganisation de l'Église catholique en Numidie, après la chute du royaume arien des Vandales. L'étude de ce monument apporte certaines précisions historiques, topographiques, épigraphiques qui touchent à l'archéologie chrétienne. H. LECLERCO.
NICANDRE. — Le ms. 247 du supplément grec de la Bibliothèque nationale contient les Theriaca et les Alexipharmaca du poète Nicandre. Ce volume se compose de 48 feuillets de parchemin, format in-4e, mesurant 148 x 118 mm., écrit au x ? ou xr ? siècle et orné de miniatures. Acheté en novembre 1748 par l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, où il reçut le n, 4 ; le même, Fac-similés des miniatures des plus.
NICE-CIMIEZ. — I. Thorame. II. Nice-Cimiez. III. Liste épiscopale. IV. Bibliographie.
I. THORAME, — En Gaule, le nom géographique Rigomagus se montre assez fréquemment ; en voici quelques exemples : 1 ? La Table de Peutinger enregistre un Rigomagus, aujourd'hui Remagen (Rhénanie) ; Jérusalem mentionne un Rigomagus, près Trino (Piémont), à 60 km. de Turin, dans la direction de Milan ; 39 enfin Grégoire de Tours nous fait connaître un Ricomagus qui n'est autre que Riom (Puy-de-Dôme). Jusqu'ici point de difficulté, mais elle surgit là où on ne devrait pas l'attendre, Dans un document connu et étudié depuis des siècles, et qui a retenu l'attention des plus savants, la Notitia provinciarum et civitatum Galliae, on rencontre une civitas Rigomagensium, une des huit cités de la province des Alpes-Maritimes, qui n'est mentionnée nulle part ailleurs, Or, ce nom celtique ne transparaît sous aucun vocable moderne dans le département des Alpes-Maritimes. Des explications furent présentées et écartées, jusqu'à ce que, en 1883, L. Duchesne proposât une opinion nouvelle et digne d'attention !. « Chacun sait quelle est, dans les études relatives à la géographie ancienne et à l'histoire des divisions administratives, l'importance des documents conciliaires. Les décisions prises par les conciles étaient revêtues des signatures de leurs membres ; chaque évêque, en signant, joignait à son nom celui de sa ville épiscopale et de sa province. » Mais les copistes d'une part et les compilateurs de collections canoniques d'autre part, en prirent à leur aise avec ces listes qu'ils estropiaient lorsqu'ils ne les supprimaient pas purement et simplement. Seuls les noms des évêques obtenaient grâce à leurs yeux. Nous en avons un exemple pour trois conciles tenus sous la présidence de saint Hilaire d'Arles, à Riez, en 439 ; à Orange, en 441 ; à Vaison, en 442. Les deux premiers étaient représentés par des canons suivis de signatures sans aucune indication géographique, le troisième ne comportait plus aucune signature. — Heureusement Fr. Maassen (voir ce nom) trouva un manuscrit de Cologne contenant les canons d'Orange et de Vaison avec les signatures reproduites intégralement, avec les noms des villes et provinces , C'était là qu'on espérait retrouver la civitas Rigomagensium. Sur huit cités, avons-nous dit, sept étaient identifiées : Embrun, Digne ; Castellane, Senez, Glandéve, Cimiez, Vence ; or, une signature du concile était ainsi libellée : Ex provincia Alpium Maritimarum, civit. Eluramine, Severianus episcopus. La Notitia ignore le nom Eluramine quoi que ce soit une civitas ; or, il n'est pas admissible qu'il y ait eu alors, dans la province des Alpes-Maritimes, un démembrement de cité dont personne n'a gardé le souvenir. Nulle identification ne peut être proposée avec Embrun. Castellane, Cimiez et Vence figurent au concile de Vaison par ce fait que leurs évêques figurent au concile en même temps que leur confrère d'Eturamine. Pour Digne, Senez et Glandève il n'en est pas question puis que Eluramine est conservé dans le nom de Thorame (Basses-Alpes), localité située à 7 ou 8 lieues de Digne et à peu près à la même distance au nord-est de Senez, au nord de Castellane et au nord-ouest de Glandéve. Il en fallait conclure que la civitas Rigomagensium a eu son centre vers le milieu du v siècle, dans la vallée de Thorame. « Pour quoi son nom a-t-il changé, ou plutôt pour quoi son chef-lieu porte-t-il un nom distinct de la cité elle-même ? C'est ce qu'il est impossible de déterminer. On a, d'ailleurs, fait observer L. Duchesne, des exemples de signatures épiscopales où le nom du chef-lieu est substitué à celui de la cité ?, » L'identification d'Efuramine avec Thorame avait été suggérée à L. Duchesne par A. Longnon que cette petite découverte avait enthousiasmé. « Je m'empressai de l'admettre, dit-il, et je l'adoptai publiquement dans la seconde des cartes de mon Atlas historique de la France *, » Quelques années après, elle lui paraissait moins probable et il se demandait si l'évêque de Thorame ne serait pas simplement le prélat de la civitas Saniliensium résidant alors à Thorame comme au siècle suivant l’évêque de Poitiers résidait à Rézé, l'évêque de Coutances à Saint-Lô, l’évêque de Langres à Dijon, l’évêque de Carpentras à Venasque, etc.
II. NICE-CIMIEZ. — A l'époque du Haut-Empire, Cimiez et Nice, si peu distants l'une de l'autre, n'appartenaient pas à la même province. Cimiez (Cemenelum ) était alors le chef-lieu de la province des Alpes-Maritimes, tandis que Nice (Nicæa, Nixxux, « la Victorieuse ») , privée d'autonomie municipale, relevait de la cité de Marseille dont les autorités y étaient représentées par un fonctionnaire appelé episcopus .
Aujourd'hui Cimiez fait partie de la banlieue de Nice, trois quarts d'heure de marche séparent son église actuelle du château où se trouvait l'ancienne cathédrale de Nice ; malgré cette faible distance entre les deux villes, leurs chances n'étaient pas égales. Nice était un port gardé par une acropole et se trouvait ainsi destinée à devenir une colonie marseillaise ; en outre, sa situation lui réservait de devenir de bonne heure un centre du christianisme récemment implanté dans la province des Alpes-Maritimes. On serait curieux de savoir si la situation de Nice par rapport à Marseille fut modifiée vers la fin du iv siècle, lors des grandes transformations introduites dans les limites des provinces romaines. Nous savons que Marseille perdit alors les privilèges représentatifs de son antique indépendance et fit partie, désormais, de la Viennoise. L'humiliation était grande, mais fut-elle accompagnée d'un remaniement de son territoire ? Perdit-elle, en particulier, ses anciennes colonies des Alpes-Maritimes ?
A cette question, les documents ecclésiastiques donnent une réponse négative, D'abord Nice ne jouit pas du titre de cité, pas plus après Dioclétien qu'avant ; son nom est absent de la Notitia parmi ceux des cités, En 314, l'Église de Nice est représentée au concile d'Arles par deux délégués : Innocentius diaconus, Agapista exorcista qui signent er portu Nicsensi et non pas ex civitate Nicænsi. Il faut remarquer qu'à cette date il y a déjà un évêque à Nice, avec une communauté assez importante pour envoyer ses représentants au concile, alors qu'il n'est pas même question des délégués de Cimiez, Digne, Senez, Glandéve, Vence, Thorame, Castellane, ni même Embrun.
Le premier évêque de Nice dont on connaisse le nom est Amantius, qui siégea au concile d'Aquilée, en 381 , en compagnie de l'évêque de Marseille Proculus. On a justement fait remarquer ' qu'« un conflit devait surgir, par la force des choses, entre la colonie marseillaise et Cimiez, à qui sa qualité de civitas conférait le droit de devenir une ville épiscopale. Peut-être n'a-t-on pas encore assez insisté sur ce fait que la coexistence de deux évêques à Cimiez et à Nice était une anomalie et ne pouvait par conséquent être durable. De semblables conflits ont eu lieu ailleurs. Ils se sont résolus presque partout par la déchéance du chef-lieu de la civitas au profit d'une ville voisine plus prospère. Carpentras a été détrôné au v ? siècle par Vénasque ”. En Armorique, l'évêché de Corseul, le chef-lieu de la civitas des Curiosolilæ, a été transféré pendant le v siècle à Alet c'est-à-dire à Saint-Malo *, celui de Carhaix à Quimper #, Ce sont d'anciennes routes romaines qui cessent d’être entretenues en entraînant l'abandon des villes qu'elles desservent. Ailleurs, c'est un port qui attire les habitants parce qu'il est abrité et Ug Dang en mea ad 1171 défendu par une forteresse. On est autorisé à penser que ces deux motifs ont agi l'un pour déterminer la déchéance de Cimiez qui était situé sur l'ancienne via Julia, l'autre pour favoriser Nice. » Le plus souvent, ces rivalités ont fait peu de bruit ; il n'en a pas été de même à Nice-Cimiez où une question de juridiction était en jeu. Il n'est pas impossible d'en retrouver les détails. Nice, on l'a dit, avait pris les devants et possédait une Église dès 314. Toutefois le christianisme, qui se répandait de proche en proche assez rapidement, ne fut organisé dans la province des Alpes-Maritimes qu'au v ? siècle. Vers le milieu de Ce, des évêchés furent constitués conformément aux cadres administratifs que nous fait connaître la Notitia provinciarum et la civitas Cemenelensis reçut un évêché auquel elle pouvait faire valoir un double droit : en sa qualité de civitas d'abord et, ensuite, à raison du titre de métropole de la province des Alpes-Maritimes qu'elle avait gardé jusque vers le milieu du iv siècle !, Cimiez eut un premier évêque, saint Valérien, qui assista aux conciles de Riez (439) et de Vaison (442) *. C'est à son pontificat que se rapporte un document intéressant, quoi que un peu obscur ; nous voulons parler d'une lettre du pape Hilaire, écrite entre 463 et 466 à l’évêque d'Arles, Leontius, et à deux de ses collègues. Cette lettre, généralement désignée sous le nom de Mevemur ratione ? est d'importance essentielle. La voici, mais, bien entendu, il est nécessaire de rappeler que le pape saint Léon (t 461), prédécesseur d'Hilaire, avait, à la demande de l'évêque de Vence, Véranus et de ses comprovinciaux, réuni les deux sièges ; mais, sur les représentations d'un évêque, Auxanius, dont le siège n'est pas indiqué, Hilaire avait rapporté cette mesure et rétabli l'évêché de Nice. Celui en faveur duquel elle avait été rapportée, c'est-à-dire le prélat à qui il appartenait de faire élire et de consacrer un évêque à Nice, ayant tardé à user de ses droits, Ingénuus, évêque d'Embrun, avait pris les devants ; et, pour prévenir l'effet de l'ambition d'autrui, il avait lui-même ordonné un évêque à Nice, puis écrit au pape pour lui demander que les deux sièges de Nice et de Cimiez fussent de nouveau réunis. Le pape Hilaire, sollicité ainsi en divers sens, s'était décidé à remettre cette affaire au jugement de l'évêque d'Arles, c'est pour cela qu'il lui écrivait :
« A nos trés chers frères, les évêques Léonce (d'Arles), Véranus (de Vence) et Victurus, Hilaire pape.
»Notre frère dans l'épiscopat, Ingénuus d'Embrun, qui de tout temps a pu revendiquer dans la province des Alpes-Maritimes la dignité de métropolitain, nous a représenté, comme on le voit par les pièces ci-jointes, que la décision que nous avons rendue sur la demande de notre frère dans l'épiscopat, l'évêque Auxanius, se trouve être tout ensemble préjudiciable aux intérêts d'Embrun et contraire à tous les principes intéressés dans la cause.
Après avoir, en notre tribunal, pris connaissance des mémoires que notre frère dans l'épiscopat Véranus, d'accord avec d'autres évêques de sa province, a adressés à notre saint prédécesseur et de la réponse qui y fut alors faite par le Siège apostolique, il nous a paru manifeste que l'on n'eût dû rien entreprendre contre ce décret, et que la décision contraire, attentatoire aux règles synodales, que l'on a récemment obtenue de nous par surprise, n'eût pas dû être rendue. La décision que l'on nous a fait rendre doit être désormais considérée comme infirmée, attendu que celui qui l'a obtenue de nous a pu être soupçonné de n'avoir pas voulu l'exécuter.
Cependant, pour ne nous montrer favorable ou défavorable à personne, car la partialité ne saurait intervenir dans un débat de droit, nous chargeons Vos Charités de statuer sur la plainte ci-jointe, en spécifiant que les décisions qui ont pu nous être arrachées ne doivent valoir ni contre les canons vénérables, ni contre la sentence prononcée par notre prédécesseur, de sainte mémoire. Aussi bien, très chers frères, nous ne voulons point que les privilèges des Églises, qui sont imprescriptibles, leur puissent être enlevés, et ne permettons pas qu'un évêque ait juridiction dans la province d'un autre. Nous voyons dans de tels abus, non seulement une infraction aux principes posés par de saintes traditions, mais une offense au Seigneur même ; car le Seigneur veut qu'on s'applique, dans notre ministère, non pas à étendre le domaine de son autorité, mais à conquérir des âmes.
Que notre frère Ingénuus ait donc le haut pontificat dans sa province, où le Siège apostolique, il n'y a pas très longtemps, lui a fait un grief de céder à un autre son autorité. Respectez tout ce qu'a ordonné, sur les Églises de la cité de Cimiez et du bourg de Nice, notre prédécesseur, de sainte mémoire. Ne permettez pas que le droit des Églises subisse une atteinte : le fait que dans l’une des deux dernières localités l'un des deux compétiteurs, pour couper les voies, comme il disait, à toute usurpation d'un autre, a consacré un évêque, ce fait ne doit rien préjuger. Et maintenez bien la seconde décision que nous avons énoncée : à savoir que les deux localités doivent être réunies sous l'autorité d'un seul et même évêque. C'est à tort en effet qu'elles ont été divisées en deux diocèses.
La lettre pontificale tranchait définitivement le conflit qui avait donné lieu à trois décisions successives : 1° lettre du pape Léon réunissant Cimiez et Nice ; 2° lettre du pape Hilaire séparant ces deux évêchés ; 3° lettre du même pape prononçant leur réunion définitive et tranchant le conflit de juridiction au profit du métropolitain d'Embrun contre celui d'Aix, héritier des prétentions de l'évêque de Marseille.
Quel fut le siège épiscopal qui bénéficia de l'union prononcée par le pape Hilaire, Nice ou Cimiez ? Ou, pour parler de choses concrètes, quel était le prélat qui, suivant l'ancien usage, était qualifié pour donner désormais un évêque à l'Église de Nice ? Voici la solution présentée par L. Duchesne :
D'abord, selon lui, ce n'est pas l'évêque de Cimiez, car ce n'est pas en sa faveur, mais plutôt contre ses intérêts, que le pape Hilaire avait d'abord rétabli la distinction des deux sièges.
Ce n'est pas l'évêque d'Embrun, puis que cet évêque, Ingénuus, intervient précisément parce que le prélat qualifié n'ose pas user de son droit.
Ce n'est pas l'évêque d'Arles, alors en possession d'un droit primatial sur les prélats de la Viennoise, de la IIe Narbonnaise et des Alpes-Maritimes, car le pape le suppose désintéressé dans la question dont il lui confie le règlement.
Ce n'est pas l'évêque d'Aix. Aix, il est vrai, était la métropole civile de la IIe Narbonnaise, mais les documents du Ve prouvent surabondamment que l'évêque d'Aix n'avait sur ses comprovinciaux aucune autorité métropolitaine et qu'il dépendait comme eux de l'évêque d'Arles. Du reste, Nice n'a jamais fait partie de la IIe Narbonnaise.
Ces quatre hypothèses écartées, il n'en reste qu'une seule, celle de l'évêque de Marseille. Sans doute, Marseille n'a jamais été chef-lieu de province ; mais il résulte des débats portés devant le concile de Turin à la fin du IVe, et devant le pape Zosime une vingtaine d'années plus tard, que l’évêque de Marseille avait exercé jusqu'alors une autorité supérieure sur les Églises du S.-E. de la Gaule, notamment sur celles de la IIe Narbonnaise, bien qu'elles fussent en dehors de la province à laquelle il appartenait lui-même. Grâce à la faveur du pape Zosime et du gouvernement, et aussi grâce à la situation spéciale de la ville d'Arles au Ve, les évêques de cette ville parvinrent à se transformer en primats, à renfermer l'évêque de Marseille dans les limites de son Église, et à empêcher l'introduction du système métropolitain dans la Ie Narbonnaise et les Alpes-Maritimes. Naturellement, les évêques de Marseille ne témoignèrent pas beaucoup d'enthousiasme pour cette nouvelle puissance ecclésiastique, constituée à leurs dépens. Aussi ne les voit-on jamais paraître aux conciles présidés par l'évêque d'Arles, ni prendre part à aucune démarche collective inspirée par lui, à moins qu'il ne s'agisse d'affaires doctrinales, comme cela eut lieu à propos de l'hérésie d'Eutychès. L'évêque d'Aix observa la même attitude ; on chercherait vainement sa signature dans les conciles du primat d'Arles. Il faut en dire autant des évêques de Nice.
Nous disions que l'évêque de Marseille est, de tous les candidats possibles à la qualité de supérieur ecclésiastique de l'évêque de Nice, le seul qui ne soit pas écarté pour des raisons ou définitives ou très graves.
Cette thèse aboutit à opposer Ingénuus d'Embrun à Eustasius de Marseille et à admettre un peu gratuitement qu'Auxanius, en cette affaire, n'avait pas agi pour son propre compte. C'est Auxanius qui reprend la première place lorsqu'on admet, comme l’a fait Ch. Babut, que c'est à sa requête que fut rendu le rescrit de Léon Ier ordonnant la séparation des deux évêchés par laquelle les privilèges d'Embrun se sont trouvés compromis. « On voit, par plusieurs expressions de la lettre, qu'il était directement intéressé dans l'affaire : sa requête est qualifiée d'obreptio ; Hilaire déclare que le décret en question lui a été obreptus, elicilus ; aussitôt après avoir parlé de la requête et du décret, Hilaire ajoute : Nolumus nam que ecclesiarum privilegia... confundi, nec in alterius provincia sacerdolis alterum jus habere permittimus. On ne peut douter qu'alterius ne s'applique ici à l’évêque d'Embrun et alterum à l'évêque Auxanius !. » Celui-ci est donc un métropolitain et les raisons qu'on en donne sont fort plausibles : la IIe Narbonnaise en était devenue, « conformément au droit commun, la métropole ecclésiastique * ».
Si l'on se reporte aux textes, on voit que l'hésitation est permise. Nous trouvons, en 549, un représentant de Magnus, évêque de Cimiez et de Nice, signataire des canons du concile d'Orléans : Aetius, presbyter directus a domno meo Magno episcopo Ecclesiæ Cemelensis el Nicænsis subscripsi . Ce même évêque Magnus assiste au concile d'Arles en 544, et ne revendique d'autre siège que celui de Cimiez : Magnus in Christi nomine episcopus Ecclesiæ Cemelensis constitulioni subscripsi. Dans l'Historia Francorum, Grégoire de Tours fait allusion à un évêque de Nice nommé Ausfadius . Ce passage fait partie d'un écrit qui paraît rédigé entre 580 et 585 , et le fait qu'il rapporte a dû sans doute se passer dans la seconde moitié du Ve. En 585, Catholinus, évêque de Nice, se fait représenter au concile de Mäcon : Catholini episcopi a Niccia ; enfin, en 614, au concile de Paris, on voit siéger Abraham, évêque de Nice : ex civitate Nicia Abraham episcopus. Ici Nice est qualifiée civitas 5.
Toutefois, le souvenir de Cimiez n'était pas effacé. On retrouve au concile de Narbonne de 788 un Ego Johannes Cimelanensis episcopus , seulement ce concile est supposé, Il est vrai qu'on hésite à croire que l’auteur du faux eût commis la maladresse de mentionner un siège épiscopal disparu. Disparu, il ne l'était certainement pas puisqu'on le rencontre encore au XIIe. Nous possédons, en effet, une charte de donation faite par Miron, vicomte de Sisteron, au monastère de Saint-Victor de Marseille, le 23 avril 1057, charte dans laquelle nous lisons ces mots : Est igitur hoc donum in comitatu Cimelensi sive Niciensi . A la même époque, une charte de l'abbaye de Saint-Pons s'exprime dans les mêmes termes : In territorio Gimelensis sive Niciensis'* (11 mai 1004). Enfin, en 1066, on lit sur une charte conservée en original la mention : In episcopatu Cimilensis « .
Un autre témoignage en faveur de la persistance de Cimiez comme centre habité nous est donné par l'importante trouvaille de monnaies mérovingiennes faite dans cette localité en 1851 *. La présence d'un dépôt monétaire est l'indice d'un exode de population ; il en a été ainsi à Cimiez où cet enfouissement de 2914 (peut-être 2294) pièces a eu lieu seulement vers la fin de l'époque mérovingienne ou au début de la période carolingienne, car on y trouve des deniers d'argent au nom d'un patrice nommé Antenor, contemporain de Pépin ou de Charlemagne, et 1200 pièces au nom du patrice Nemfidius qui vécut au vii siècle ; par conséquent Cimiez comptait encore un riche propriétaire plus de deux siècles après sa prétendue destruction par les Lombards.
On peut donc avancer avec une grande apparence de raison que la prétendue destruction de Cimiez à la fin du vi siècle a surtout rendu service à ceux qui cherchaient à expliquer la substitution de Nice à Cimiez. Cependant, cette substitution ne s'impose pas absolument car on peut citer des cas où un évêché a eu deux sièges pendant le haut Moyen Âge. Ceci a pu se retrouver à Nice dont l'évêque aura été titulaire des deux Églises de Nice et de Cimiez depuis le vi jusqu'au xi siècle environ.
Ce n'est là qu'une hypothèse, mais qu'on peut fortifier de vraisemblance. Entre le vi et la fin du x siècle eut lieu, dans le voisinage de Cimiez, la fondation de l'abbaye de Saint-Pons. À ce sujet, nous ne possédons comme sources d'information que la Vie de saint Siacre, quelques chartes du xi siècle et un débris d'inscription dans l’église de l'ancienne abbaye. Ces trois sources se réduisent à une seule : la Vita, qui est un texte de mince valeur *. On y lit que Siacre, premier évêque de Nice, appartenait à la famille de Charlemagne. Lors d'une expédition du grand empereur contre les païens », il met en fuite le roi du pays : regem Chimeriensem, Cimeliensem et Niciensem ; ensuite, il autorise son neveu Siacre, comte de Brie, à fonder un monastère sur l'emplacement d'une église contenant le corps de saint Pons. Siacre est consacré « premier évêque de Nice en 777, il siège dix ans et meurt le 23 mai 787.
D'après ce récit, on voit qu'on fait table rase de la liste épiscopale de Nice depuis la fin du v siècle. Avec un pareil sans-gêne, l'auteur dédouble Cimiez en deux : — Chimeriensem et Cimeliensem. Quant au personnage de Siacre, on peut garder des doutes sur son existence, à moins qu'on l'identifie avec un patrice de Provence, son homonyme. Il n'y a guère à retenir dans tout ceci — que l'intervention de Charlemagne dont le nom reparait avec insistance dans les chartes anciennes de Saint-Pons, dont le chartrier disparu n'a pu être reconstitué qu'à l'aide de transcriptions du xiv siècle.
On lit dans ces chartes une incise singulière dont voici quelques exemples :
999, 9 décembre. Donation de Revel (comm. de Saint-André, cant. de Nice-Ouest), par Miron et sa femme Odile aux moines de Saint-Pons : Sancto monasterio qui est constructus in honorem beati Pontii martiris a piissimo Carolo rege Francorum seu patritio Romanorum... . riosi qui diu honorifice constructus fuit a Karolo rege Francorum at que Langobardorum, nec ne patrilio Romanorum... .
Vers 1028, Donation de l'église de Saint-Martin-du-Var (cant. de Levens, Alpes-Mar.), par Gisbernus, sa femme et ses frères aux moines de Saint-Pons : Ad sacrum monasterium Sancti Poncii Martiris, qui fuit constructus a piissimo Karolo, rege dou. ac Langobardorum, seu palritio Romanorum... ?..
Cette formule retient l'attention par sa singularité. Pour quoi les formules que nous venons de transcrire ont-elles été conservées alors qu'elles n'avaient rien qui pût, comme le titre d'empereur, frapper l'imagination populaire ? On ne s'explique leur emploi que si elles étaient empruntées à un document, Or ce document existe dans l'église de Saint-Pons sous la forme d'un petit monument ainsi désigné par cette inscription moderne : Tumuli S. Pontii m. in vetusto hujus monasterii lemplo qua supersunt fragmenta. On a exécuté ce petit monument avec les restes d'un tombeau carolingien et « on a conservé une partie de l'inscription primitive dont deux morceaux se lisent aux deux bouts de la pierre plate et le troisième sur la partie supérieure. Le déchiffrement de ces trois fragments est difficile ; on a proposé la lecture suivante # » DOMNO KAROL[o] EE ERES ATOR GRATIA I IHV XRI AC SI RE Nous savons par Bernard Gui (xiv siècle) et par Pierre Gioffredo (xv siècle) que le tombeau de saint Pons présentait l'aspect classique d'une « confession » tel en un mot qu'on les construisait à l'époque mérovingienne. Quant à l'inscription, Gioffredo tenta, en 1658, un premier essai de déchiffrement : Domino Karolo rege Francorum el Langobardorum patricius Romanorum Domino sancto Pontio marlyri sub temporibus imperat... advocalus ep. is... instaurau... aprés quoi il confesse que reliqua se que male castigala ac barbaricis signata nolis, reclo sensu divinare legendo non licuit. Il tenta cependant une nouvelle interprétation de ce texte obscur..Si nous rapprochons ! le second texte établi par Gioffredo du texte des fragments existant encore et qui ont été placés arbitrairement, nous observons que quelques mots lus par l'érudit du xvi siècle se retrouvent intégralement et que quelques autres se devinent. Pour le montrer, qu'il nous suffise de reproduire cette seconde lecture de Gioffredo en imprimant en capita les les mots ou fragments de mots qui subsistent, en italique ceux dont on peut encore conjecturer la présence, en romain ceux qui ont totalement disparu, et entre crochets les restitutions de Gioffredo :
DOMNO KAROL[o] rege Francorum et Langobardorum, patritius Romanorum, domino sancto Pontio martyri sub temporibus impera/[orum Valeriani et Gallieni] 5i [acrius pec ]CATOR GRATIA Dei vocatus ep[iscopu]s [Niciensis] restauravi in nomine Domin] IHV XPI Cette inscription parait appartenir à l'époque carolingienne et on peut la croire plus ancienne que le texte daté de l’année 999 que nous avons cité plus haut. On voit que Charlemagne porte sur l'inscription les titres de rex Francorum et Langobardorum patrilius Romanorum, qui, après l'an 800, eussent probablement fait place au titre impérial dont l'absence permet de dater l'inscription. Mais il s'y trouve encore bien des passages douteux ; les seuls noms lus en entier sont ceux de Charlemagne et de Pons ; ceux des empereurs Valérien et Gallien sont des restitutions de Gioffredo, et probablement sous l'influence de la Vita sancti Pontii. Quant au nom de Siacrius, il n'avait pas été déchiffré lors de la première lecture, sa présence est le résultat d'un deuxième examen et la conjecture parait plus ingénieuse que plausible. Somme toute, l'inscription nous apprend que le tombeau de saint Pons fut restauré dans le dernier quart du viii siècle et cette constatation a son importance en ce qu'elle nous apprend à quelle source ont puisé les rédacteurs des chartes de Saint-Pons en dressant le formulaire des actes de leur monastère, Qu'il leur ait paru glorieux de donner dés lors Charlemagne comme fondateur à l'abbaye, on ne peut en être surpris. Plus tard, Siacre, évêque légendaire de Nice, fut apparenté à Charlemagne ; la légende se développait.
Saint Pons fut martyrisé à Cimiez, c'est du moins ce qu'on lit dans sa Vita qu'on a proposé de rattacher à un certain mouvement légendaire lérinien sur lequel il est sage de faire toutes réserves, car il n'est pas possible d'y découvrir les soi-disant attaches topographiques : amphithéâtre, incendie, rochers qui font partie du matériel topographique le plus commun et qui n'ont rien de déterminé au point de vue historique. De cette Vita, qui appartient à la littérature répandue au x-xi siècle, il n'y a rien à retenir ; il faut donc, croyons-nous, admettre que saint Pons est un personnage en réputation de sainteté à qui on éleva une basilique sans que cette construction implique la destruction de la cathédrale voisine de Cimiez.
Ainsi, au ix siècle, Cimiez possédait encore deux églises, La cathédrale, qui devait avoir perdu à peu près toute importance depuis la réunion de Cimiez-Nice en un seul siège épiscopal, mais qui, probablement, restait debout puis que sa destruction n'est établie par aucun document ; l'église de Saint-Pons s'élevait hors de l'enceinte de Cimiez.
La cathédrale était si peu démolie qu'on la trouve mentionnée au xii siècle comme confront d'une terre donnée à l'abbaye : Abel ipsa terra consor les ex omni parte nos ipsos donatores, de superiore fronte in girum sicul lerra pendil a parte meridie a parte ecclesie Sancte Marie, qui est in Cimela, us que in strada publica, qui vadit ad monasterio Sancti Poncii . Non pas détruite mais déchue. A la fin du xii siècle, l'ancienne cathédrale est réduite au rang d'un simple prieuré dépendant de l'abbaye’. Elle restera entre les mains des moines de Saint-Pons jusqu'en 1546, date à laquelle elle est cédée aux frères mineurs en échange de l'emplacement de leur ancien couvent de Sainte-Croix .
Il semble que ce fut le Xe qui vit sceller la déchéance de Cimiez, car, jusqu'à cette date, le siège épiscopal de Nice continua à porter le nom de Cimiez-Nice, alors qu'au xii siècle Cimiez a définitivement disparu *,
III. LISTE ÉPISCOPALE. — 19 Cimiez. — Nous ne connaissons que les noms de : Valerianus qui siégea aux conciles de Riez (439) et de Vaison (442), signa les lettres arlésiennes de 450 et 451, et qui a laissé une lettre et des homélies *5 ;
Magnus, qui signa au concile national d'Orléans, en 549, comme episcopus Gernelensis et Nicænsis, et au concile provincial d'Arles, en 554, comme episcopus Cemelensis.
Le Gallia christiana omet cet évêque et le remplace par « un Siacrius fourni par un document des plus suspects » (Duchesne).
1179 tori que, t. XXXI, 1931, p. 207-218. — Salvetti, Essai historique sur l'abbaye de Saint-Pons de Nice, Nice, 1925. d H. LECLERCO.
MICEE. — I. Histoire. IL Topographie. ITI. Église de Sainte-Sophie. IV. Église de la Dormition. 1° A propos de la date. 2° A propos du nom. 3° Le véritable nom et la date. 49 Un nouveau texte et une nouvelle lecture, 59 Le décor de l'église. 6^ Les mosaïques, 1. Le sanctuaire. 2. Le catholicon. 3. Le narthex. V. Les 318 Pères de Nicée. VI. Liste des noms, VII. En plus des listes. VIII. Ancien texte latin du symbole de Nicée. IX. Bibliographie.
I. HISTOIRE. — La ville de Nicée s'élevait à l'extrémité orientale du lac Ascanios (Isnik Gueul) dans la plaine au nord-est de Brousse et du mont Olympe de Bithynie. Ce n'est aujourd'hui qu'un village insignifiant, mais son nom demeurera célébre aussi longtemps que durera l'Église, dont elle vit deux manifestations solennelles, les conciles œcuméniques de 325 et de 787.
Le passé de cette ville avant la paix de l'Église est assez bien connu. Strabon dit que Nicée fut fondée vers la fin du IVe avant Jésus-Christ, sous le nom d'Antigoneia (316 av. J.-C.) qui fut changé en Nicée pour faire honneur à sa femme, fille d'Antipater. D'après Étienne de Byzance, la ville dont nous parlons aurait succédé à une ville plus ancienne appelée Ayxop. Quoi qu'il en soit, Nicée fut quelque temps la résidence des rois de Bithynie qui l'abandonnèrent pour Nicomédie. Nicée suivit le sort de la Bithynie et devint romaine en 74 avant J.-C. Elle montra un grand zèle pour Rome dont elle adopta le culte et bâtit un temple dédié au culte de Rome et d'Auguste (29 av. J.-C.). Ce zèle n'était peut-être pas entièrement désintéressé, car la rivalité entre Nicée et Nicomédie était des plus vives, chacune voulant s'attribuer le titre de métropole de la Bithynie. Au dire de Dion Chrysostome, le droit favorisait Nicomédie, mais Nicée n'en voulait pas démordre et affirmait son titre sur ses monnaies et sur ses monuments publics. Les autorités romaines fermaient les yeux sur cette petite usurpation. Pline le Jeune, gouverneur de Bithynie, résida à Nicée pendant l'hiver de 111, rebâtit le gymnase, mais ce fut pour peu de temps car un tremblement de terre détruisit la ville. L'empereur Hadrien la fit reconstruire (en 120), lui donna des remparts ; notamment il fit élever les deux portes de marbre qui se trouvent au Nord et à l'Est.
La ville prit un grand développement. Au temps de Strabon, son enceinte ne mesurait que 16 stades (2 959 m.) et la ville formait un quadrilatère divisé en quatre îlots par deux rues principales qui se coupaient à angle droit. Sous la domination romaine le pourtour de Nicée, dont permettent de juger les remparts actuels, forma un polygone de 4 427 mètres. Presque tout le long de l'enceinte, les travaux des Romains ont servi de base à ceux des Byzantins.
À partir du règne d'Hadrien, l'importance de Nicée ne fit que grandir, mais sa rivalité avec Nicomédie fut mauvaise conseillère. En 193, elle se déclara en faveur de Pescennius Niger pour la seule raison que Nicomédie se donnait à Septime-Sévère. Niger, fuyant Byzance, accourut à Nicée et se fit battre dans les défilés qui séparent Nicée de Kios (Ghemlek), en 194. En 250, Nicée fut prise et pillée par les Scythes qui, finalement, la brûlèrent ainsi que Nicomédie. Les deux villes furent rebâties et, dix ans plus tard, Claude le Gothique ordonna des travaux importants, notamment les deux portes qui existent encore au sud et à l'ouest de la ville.
Nous avons consacré déjà une notice à la pénétration du christianisme en Bithynie (voir Dictionnaire, t. 11, à ce mot), et il n'est pas douteux qu'il s'y introduisit de bonne heure, mais ni l'épître de saint Pierre, ni la correspondance de Pline le Jeune ne font nommément allusion à Nicée. Toutefois, la ville eut des martyrs, ce furent : saint Néophyte (20 janvier) ; saints Theusétas, Horris, Théodora, Nymphodora, Marc et Arabia (13 mars) ; sainte Antonine, sous Dioclétien et Maximien (12 juin) ; sainte Théodote et ses trois fils (2 août) ; saints Tryphon et Respicius, sous Decius (10 novembre) ; saints Eustache, Thesperius et Anatole, sous Maximin ; saints Darius, Zosime, Paul et Secundus (19 décembre).
De la liste épiscopale pendant la période antérieure à la paix de l'Église, aucun nom ne s'est conservé. Le premier évêque connu est Théognis qui, par une bizarre rencontre, fut un arien acharné et impénitent. Hostile à la doctrine du consubstantiel pendant toute la durée du concile, il fut exilé en Gaule, d'où on lui permit de regagner son siège sans renoncer à son erreur ; ses deux successeurs immédiats furent aussi des ariens. Le siège de Nicée n'est donc pas un des plus glorieux de cette époque ; nonobstant l'attitude de ses titulaires, l'empereur l'éleva au rang de métropole ecclésiastique.
En 362, Nicée vit l'empereur Julien traverser la ville en se rendant en Perse d'où il ne devait pas revenir ; et en 368, un nouveau tremblement de terre démolit la cité que l'empereur Valens fit reconstruire. Enfin, en 404, saint Jean Chrysostome, partant pour l'exil, fit un séjour de quatre semaines à Nicée, où il prit un peu de repos.
Justinien fit réparer l'aqueduc qui approvisionnait d'eau la ville de Nicée ; il fit construire des monastères d'hommes et de femmes, répara les bains publics dans le voisinage de l'hôtellerie des courriers et rebâtit de fond en comble le palais dont une partie s'était écroulée. De toutes ces entreprises il ne subsiste probablement qu'une partie de l'aqueduc.
À partir du VIIe, la ville assiste au spectacle à peu près continuel des guerres et des invasions. En 715, l'empereur Anastase II, renversé par une sédition de la flotte, se réfugie à Nicée et y prend l'habit monastique, seul moyen pour lui d'échapper à la mort. En 718, des Arabes viennent débarquer sur les côtes de la Bithynie qu'ils ravagent consciencieusement et apparaissent devant Nicée qui réussit à les tenir à distance. En 727, on les voit reparaître, venus par terre cette fois et bien décidés à s'emparer de la ville, mais sans plus réussir. En 742, Artavasde, Arménien de nation et compétiteur de Constantin Copronyme au trône impérial, parvient à fuir de Constantinople, se jette dans Nicée où il rassemble quelques soldats et, peu de temps après, se fait prendre dans le voisinage.
À partir de cette époque, les destinées de la ville ne nous appartiennent plus.
II. TOPOGRAPHIE. — Lors que Texier vint à Nicée, en 1833, la ville comptait encore un millier de maisons et une population grecque de 1 200 à 1 500 âmes. En 1908, ce chiffre ne s'élevait plus qu'à une centaine seulement sur un chiffre total qui n'atteignait pas 1 000 individus. Depuis lors, tout l'élément chrétien a disparu et les Turcs sont à peine quelques centaines.
P. G., t. XCI col, 767. — * Procope, De edificiis, 1. IV, c. III — 7 ? Théophane, Chronographia, P. G. t. CVOL pe 1181
Le village est aujourd'hui perdu dans la vaste enceinte de la ville dont il occupe à peine la dixième partie en y comprenant les jardins ; le reste est occupé par des champs à qui la proximité du lac vaut une merveilleuse fertilité. La fièvre paludéenne règne à Nicée et, dès le Ier siècle avant notre ère, Strabon en faisait la remarque. Elle n'a fait que se développer depuis lors par suite de l'abandon des cultures et de la terre.
L'agger des fortifications romaines ; 3° enfin, le fossé que des canaux venant du lac pouvaient remplir d'eau à volonté. Ce fossé est comblé dans sa plus grande longueur. Les tours du mur sont plus élevées que celles de l'enceinte extérieure. L'appareil généralement employé pour la construction du mur et des tours est la brique de 0 m. 30 à 0 m. 40 de longueur sur 0 m. 20 à 0 m. 30 de largeur. Les matériaux, comme aussi l'exhaussement du fond du lac qui a développé les marécages sur presque tout le pourtour.
Ce lac est le lac Ascanios. La ville mesurait environ 1 km. de large sur 1200 m. de long. Ch. Texier a laissé une description et un plan de la ville que nous donnons ici ; c'est un document centenaire (fig. 8828).
Nous y ajouterons une description plus récente, du P. R. Janin, en 1925 : système adopté pour la défense, sont analogues à ceux des remparts de Constantinople, ce qui fait croire à Texier qu'ils sont de la même époque, c'est-à-dire du milieu du Ve de notre ère. Cette opinion parait un peu contredite par l'histoire. Strabon nous parle déjà d'une enceinte plus modeste, il est vrai ; de plus, les Flaviens, Hadrien et Claude II ont construit des portes qui subsistent encore, comme on peut s'en rendre compte par les inscriptions qui rappellent ces faits ; enfin, après le passage des Scythes en 259, les murs furent certainement restaurés de façon sérieuse pour mettre désormais la ville à l'abri d'un coup de main. Quoi qu'il en soit de leur antiquité, les murs de Nicée sont encore bien conservés, sans doute parce que la population n'a pas eu besoin de les démolir pour se construire des maisons, ainsi qu'il est arrivé dans tant d'autres villes de Turquie [et d'ailleurs].
« L'enceinte n'est plus carrée, comme au temps de Strabon, mais polygonale. À l'Est, les murs suivent une ligne droite du Sud au Nord et aboutissent à la porte principale, celle de Lefké. De cette porte jusqu'à celle de Stamboul, aux environs du lac, la ligne est sinueuse, avec direction générale du Sud-Est au Nord-Ouest. De la porte de Stamboul à celle du lac, le mur va presque en ligne droite vers le Sud-Ouest. Enfin, jusqu'à la porte de Yéni-Chéhir ou du Sud, il présente une suite d'angles rentrants de dimensions variées. L'enceinte intérieure compte 108 tours et l'extérieure 138. Le développement total des murs est de 4 427 m.
« Les portes méritent une mention spéciale à cause de leur intérêt historique. Celle de Lefké ou de l'Est, en forme d'arc de triomphe, remonte à l'empereur Hadrien, comme l'indique l'inscription honorifique placée par les habitants ; cependant, il reste une partie qui est plus ancienne et de l'époque des Flaviens. L'aqueduc que l'on voit à droite en entrant passe pour être celui que Justinien restaura au VIe. La porte de Yéni-Chéhir et celle du lac, condamnée aujourd'hui, remontent à Claude II le Gothique ; celle de Stamboul est de l'époque flavienne ; enfin celle du Nord peut être attribuée à Hadrien. Ces portes, de valeur artistique assez diverse, ont été encastrées dans les remparts et flanquées de tours massives pour les défendre. Leur état de conservation est assez satisfaisant. »
III. L'ÉGLISE DE SAINTE-SOPHIE. — Au nord-est du village actuel se voient les ruines d'une église dont les murs ont 4 à 5 m. de hauteur ; les voûtes sont effondrées ; par endroits on peut retrouver des vestiges de la décoration à fresque et en mosaïque. Cet état de choses remonte déjà assez haut, Cette église métropolitaine a eu cependant sa période de gloire ; il est probable que c'est dans son enceinte que se tint le IIe concile œcuménique, en 787 1, Mesurée et étudiée ?, cette église appelait des vérifications nouvelles dont nous ne pouvons mieux faire que de donner ici le détail et les conclusions ?, Au cours de l'automne 1924, M. N. Brounoff étudia les ruines débarrassées partiellement de leur enduit de plâtre ; il put ainsi constater que l'église actuelle est l'œuvre de quatre époques différentes, reconnaissables à la construction des murs et des piliers. | * Les murs extérieurs qui circonscrivent le rectangle du bâtiment (fig. 5829) ont été restaurés plusieurs fois : - les parties inférieures appartiennent seules à l'église primitive. Le haut des parois offre une technique complexe qui remonte à diverses époques postérieures, On distingue facilement, dans le bas, l'ouvrage excellent - composé exclusivement de briques mesurant 0 m. 35 x 0 m. 04 ; les couches de plâtre ont une largeur de 0 m.04 à 0 m. 06. Les arcs se composent d'une brique et demie. - Cette proportion s'observe dans les murs des longs | côtés de l'édifice où se suivent des arcs assez larges, à peine plus étroits que les pièces de murs interposés, Ces arcs étaient primitivement des fenêtres ; ils atteignent « maintenant le niveau du sol exhaussé par les débris | et ouvrent des passages entre l'intérieur et les jardins environnants. Les fenêtres sont régulièrement percées | tout le long des murs sud et nord ; des cloisons plus ~ larges correspondent seules au mur ouest, encore debout, de l'édifice ; ce qui prouve qu'un mur y était adjacent dans l'état primitif et séparait déjà les trois nefs basilicales du narthex, dont il ne reste plus qu'un - fragment du mur sud. A l'Orient, les deux murs droits à côté de l'abside furent remaniés plusieurs fois ; les arcs des fenêtres n'ont cependant pas disparu tout à fait ; on en découvre des fragments, surtout du côté sud, dont la construction est la même que celle décrite ci-dessus, « Les parties extérieures de l'abside remontent tout entières à des époques plus tardives. Il est cependant possible de déterminer la forme primitive de l'abside. Le plan de Gurlitt montre à l'intérieur du sanctuaire trois niches semi-circulaires. Gurlitt a pris pour des traces de niches murées les restes des fenêtres de l'abside primitive qui ont été comblées à une époque postérieure. Ces fenêtres ne correspondent pas aux faces extérieures de l'abside actuelle et démontrent que le sanctuaire n'a reçu que plus tard la forme qu'il présente aujourd'hui et que l'abside de l'église primitive ne déployait que trois faces.
« Le mur ouest actuel, qui sépare du narthex la partie principale, ainsi que les piliers divisant l'intérieur en trois nefs et les murs au-dessus de ces piliers sont en briques, mais différent par leur technique des murs extérieurs ; ce qui impose l'attribution de toutes ces parties à une autre époque. La brique est un peu plus petite (0 m. 33 x 0 m. 035 à 0 m. 04), la couche de plâtre plus mince (0 m. 04), les arcs ne se composent que d'une rangée de briques. Le mur occidental et les piliers ont été ajoutés postérieurement au rectangle primitif des murs extérieurs ; c'est pour quoi les fenêtres qui éclairent la nef principale ne correspondent pas aux fenêtres inférieures des bas-côtés. Les larges passages entre les trois nefs restent isolés dans l'histoire de l'architecture byzantine. Grâce aux dégâts d'un incendie qui a partiellement délivré les murs de l'enduit, M. N. Brounoff a pu constater que ces passages ont été pratiqués à l'époque turque. Leurs arcs ont été ajoutés dans la suite, après qu'on eut percé de grandes baies dans les murs. Entre les arcs et les assises byzantines supérieures courent des espaces intercalaires remplis de matériaux de fort une, sans choix ni régularité, Nul doute que les fenêtres des murs au-dessus des piliers correspondaient à des communications entre les nefs. Les fenêtres du milieu sont maintenant placées au-dessus de passages dont les arcs ont été refaits par les Turcs. L'intervalle des 1185 piliers qui limitent les larges passages tures correspond à l'espace compris entre les extrémités des deux fenêtres supérieures. A la place de chacun de ces passages se dressait primitivement un pilier correspondant à la pièce de mur située entre les fenêtres supérieures. Ainsi élevé au milieu du champ, où s'ouvrirent plus tard les larges baies, ce pilier était flanqué à droite et à gauche de passages étroits (fig. 8830).
“ Les fenêtres inférieures des murs d'enceinte correspondaient évidemment à des passages entre les nefs de la première période. La multiplication de ces fenêtres ainsi que les trumeaux de largeur médiocre, permettent de conclure que les nefs étaient autrefois partagées par des colonnades (fig. 8851). Malheureu-
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1186 de pierres ; des briques verticales s'intercalent çà et là entre les pierres d'une rangée. La technique n'est pas soignée et la surface des murs est assez inégale. Les arcs renferment des pierres et des briques alternant irrégulièrement, une partie seulement est en brique pure. Même technique dans les parties inférieures des murs, dans les bas-côtés, où les retouches turques ont fortement altéré la trace byzantine. Pendant la quatrième période, aux extrémités orientales des bas-côtés, furent arrangés des compartiments rectangulaires, de dimensions réduites, recouverts par des coupoles sur tambours hexagonaux (fig. 8832). Les parties correspondantes des murs extérieurs ont été plus ou moins refaites ou seulement recouvertes au dehors d'un nouveau-
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I' période II période »d rii sement, les ruines ne sont pas suffisantes pour nous laisser soupçonner la hauteur primitive des bas-côtés qui, peut-être, comprenaient deux étages.
« Durant la troisième période fut refaite l'abside. A l'intérieur, le plan primitif n'a pas été altéré, tandis qu'à l'extérieur la forme pentagonale remplaça le trapèze ancien. L'abside subit des restaurations notables pendant la quatrième période, dont la technique domine à l'extérieur. Cependant, les arcs des fenêtres qui correspondent aux cinq faces de l'abside montrent la construction de la troisième période et indiquent en même temps que le sanctuaire reçut alors sa forme actuelle. Cette construction ne renferme que des briques ; elle n'en demeure pas moins très caractéristique et peut être facilement définie. Les couches de plâtre sont d'une largeur extraordinaire (0 m. 100 m. 14), ce qui s'explique par des rangées intermédiaires de briques enveloppées dans le plâtre entre chaque assise de briques (0 m. 33 x0 m. 055). En dehors de l'abside, cette technique se retrouve sur d'autres parties de l'édifice, par exemple sur les murs qui flanquent l'abside.
« La construction de la quatrième période se distingue des précédentes par la pierre de taille médiocre qui constitue son appareil principal. Une, deux. et jusqu'à trois assises de briques alternent avec les rangées CHRET. veau revêtement, comme par exemple l'angle sud-est du monument, « Les techniques superposées ou mélangées dans la Sainte-Sophie de Nicée rappellent de très près l’école de Constantinople. Nicée était en Asie Mineure une des grandes villes les plus rapprochées de la capitale ; on comprend dés lors que l'art de Constantinople l'ait envahie. La technique de la première période se développe dans la capitale aux v* et vi siècles. La basilique de Saint-Jean de Stoudios présente la plus proche analogie, Les assises de briques y alternent, il est vrai, avec des rangées de pierre de taille, sauf entre les fenêtres, d'ailleurs très rapprochées l'une de l'autre, où la brique seule a été employée, Cette constatation induit à supposer que les surfaces murales enfouies sous le sol, ainsi que les parties supérieures restaurées à une époque postérieure, contenaient aussi des assises de pierre. Quoi que remaniée plusieurs fois et insuffisamment dégagée de l'enduit de plâtre, l'abside laisse apercevoir au de dans les mêmes zones.
« La seconde période se prête à d'utiles comparaisons avec divers monuments plus tardifs érigés dans la capitale. Ce sont la Boudroum-Djami, vers 940, Balaban-Aga et Sekban-Djami du Xe. La façade du narthex de l'église de la Dormition, à Nicée, dont il ne reste que des ruines, décèle une technique semblable ; elle pourrait remonter au ix siècle, « La troisième période accuse des procédés bien connus à Constantinople (église centrale de Kahrieh-Djami, triple église du monastère du Pantocrator, OdalarDjami, les ruines de Soureya-Pacha, près de Bostandjick) et doit être rapportée aux xi et xii siècles.
« Enfin la quatrième période étale les procédés distinctifs de l'époque des Paléologues. Est surtout caractéristique l'alternance dans les arcs des briques et des pierres, On découvre à Constantinople de proches ressemblances dans les restaurations des murs terres-
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1188. ficen ces évanouies il ne subsiste d'autre vestige qu'une modeste petite église située dans la partie méridionale du quartier grec et consacrée sous le vocable de la Dormition de la Vierge (Kotunoic ths LIovoryluc). L'aspect extérieur en est assez misérable ; des réparations nombreuses ont altéré en maint endroit le caractère primitif de l'édifice ; pourtant, les dispositions essentielles du monument attestent une date assez ancienne, | et les remarquables mosaïques qui décorent une partie des murailles méritent une place importante dans l'histoire de l'art byzantin (fig. 8833).
IV. EGLISE DE LA DORMITION. — 1 ? A propos de la date. — En 1892, M. Ch. Diehl écrivait : « Nicée, l'antique métropole de la Bithynie, est aujourd'hui bien déchue de sa splendeur passée. De la place d'armes redoutable qui repoussa tant de fois l'attaque des Ottomans et soutint si longtemps les assauts des croisés, de la florissante capitale où les Lascaris et les Paléologues recueillirent, au xii siècle, les débris de la civilisation byzantine, il ne reste plus guère qu'une vaste enceinte fortifiée, et derrière ces puissants remparts, comme perdue au milieu des jardins verdoyants et des grands espaces vides, la petite ville turque d'Isnik occupe à peine la partie centrale de l'ancienne cité byzantine. Les monuments qu'éleva jadis à Nicée la piété ou le luxe des empereurs d'Orient, les palais somptueux, les basiliques illustrées par le souvenir des conciles ont disparu sans laisser de trace ; de ces magni« Si l'on regarde par le dehors l'église de la Kotunorc, Lout de suite on y reconnait l'influence des principes nouveaux qui commencèrent vers le x° siècle à régir la construction byzantine !, Suivant l'usage, une coupole couronne l'édifice ; mais ce n'est plus la lourde et massive coupole de Sainte-Sophie, directement appuyée sur les quatre grands arcs qui la supportent ; elle s'élève, plus hardie et plus svelte, sur un tambour polygonal à douze faces, au-dessous duquel apparaît, saillant sur la toiture, le plan carré qui marque les lignes maîtresses du monument. Au-dessus des façades se dresse en frontons triangulaires l'amortissement des voûtes surélevées correspondant aux quatre grands arcs qui soutiennent la coupole et dont l'exhaussement dessine sur le faite la forme de la croix . Enfin, à la face orientale, la grande abside fait à l'extérieur une saillie polygonale. Ce sont là quelques-uns des partis qu'adoptèrent, vers le x siècle, les architectes grecs, désireux de donner à leurs ouvrages pre té us è an
nn AIT D EN PER LÉ I Er 1159 plus de pittores que et de légèreté ; et, par là, l'église de Nicée ne saurait être antérieure à cette époque. Mais ces principes ont régi si longtemps la construction byzantine, qu'ils ne sauraient suffire à déterminer une date précise, Si l'église de la Kotpero :c est à coup sûr postérieure au milieu du 1x siècle, elle peut, si nous n'y observons d'autres traits plus caractéristiques, voir indifféremment reculer sa date depuis le x jusqu'au xiv siècle. Il faut donc chercher ailleurs des données plus significatives. Or les murail les de l'édi1190 d'une part le narthex qui, par trois portes, s'ouvre dans l'intérieur : vous verrez une toute petite église, où l'abside se rattache directement au plan carré du monument (fig, 5531), où les nefs latérales sont extrémement réduites ; et pourtant, dans cette construction de dimensions si modestes, ce n'est point, comme dans les églises du x1r° siècle, sur les colonnes que repose la coupole ? ; les grands arcs qui la soutiennent appuient directement leurs naissan ces sur quatre maitres piliers renforcés au Nord et au Sud par deux coup les de fice n'offrent plus, comme les be aux monuments du x siècle, ces combinaisons ingénieuses où la bri que, alternant avec la pierre, s'arrange en mille dessins pour égayer la monotonie des faça des ; la bri que seule y apparaît, disposée en assises uniformes et régulières, comme dans les églises de Constantinople postérieures au milieu du xr siècle !, Ce détail a donc une réelle importance chronologi que ; pourtant, il n'en faut point exagérer la valeur. En effet, l'on ne trouve point à Nicée, comme dans les constructions d'une date un peu basse, ces coupo les répandues à profusion sur le sommet de l'édifice ; seule l'abside latérale de droite est couronnée d'une petite coupole sur pendentifs, d'ailleurs singulièrement déprimée et basse ?, Franchissez piliers supplémentaires, sans qu'on ait fait nul effort pour dégager et alléger l'aspect intérieur de l'édifice, Ce parti, moins élégant et plus lourd, atteste sans doute une date assez ancienne : sans donc attacher trop. d'importance à la disposition froide et nue des murail les extérieures — dés le xit siécle, on en trouve des exemp les à Constantinople méme — on peut sans gran des chan ces d'erreur assigner au x1 siècle environ la construction de l'église de la Koluncig. » Aprés avoir décrit sommairement la décoration en mosai que, M. Ch. Diehl s'arréte à l'image de la Vierge et dit : « C'est aux œuvres du xr siècle que la Madone de Nicée se rattache par les plus étroites analogies ; par l'attitude, le costume, les qualités de l'exécution, l'exEe Ras ——ÓÓ€ EI UR cs Lau do LL Pe un Le
1191 NICÉE 1192
pression du visage, elle rappelle à s'y méprendre la Vierge orante de la mosaï que de Torcello ou des monnaies de Michel Stratiotikos, ou la Panaghia représenLée sur l'admirable pierre gravée de Nicéphore Botoniate ! ; comme el les, elle date du xr ? siècle, et en est assurément un des monuments les plus considérab les. sur le fond d'or de la mosaï que, on lit cette inscription :
+ KE BOHON TOA CCOASACO MIKHOOPC) TATPIKIG) KAI TTPOOTCOBECTH KAI MET AACÓ CTAIPI APXH
K(opt)e Border c où dovro Nuemoópo nzxcplxio xai nporobéocy xal peys Evotptpy *.
:On voit quel grand personnage était le fondateur de l'Église de Nicée ; car sans doute, c'est à ce titre que son nom figure au-dessus dela porte principale. Revétu de la haute dignité de patrice, investi de la grande charge palatine de chef du vesliarium impérial ?, il était en outre le commandant supréme des contingents étrangers de la garde. Aussi, en trouvant dans une église de Nicée la mention de ce haut dignitaire, songe-t-on tout d'abord à l'épo que où la cour byzantine, chassée de Byzance par les croisés latins, avait transporté dans la métropole bithynienne les splendeurs de son cérémonial et les complications de sa hiérarchie ; pourtant, il est impossible de faire descendre jusqu'au xim siècle la date des mosaïques, et c'est bien avant ce temps qu'il faut placer l'existence du grand hétériar que Nicéphore. Les textes, malheureusement, sont muets sur ce personnage ; seule, une bulle de plomb nous fait connaitre un Nicéphore, chef de la grande hétairie, qui, d'après les types et le style de son sceau, devait vivre vers le x ou le xr siécle *. Cédrenus nomme, d'autre part, un Nicéphore, élevé en 1025 par l'empereur Constantin VIII aux hautes fonctions de protovestiaire ; et peut-étre ce favori du prince remplaca-t-bil plus tard le grand hétairiar que Eustathe, que les textes désignent vers le méme temps comme chef supréme de la garde impériale. Du reste, entre les nombreux personnages du nom de Nicéphore que mentionnent les anna les byzantines, il serait sans doute malaisé de choisir, et j'ai voulu simplement montrer qu'à la date où nous a reporté l'étude iconographi que des mosaiques, l'histoire connait un Nicéphore, revêtu de l'un au moins des titres que lui donne notre inscription.
« Ge n'est là qu'une hypothèse, sur laquelle il serait imprudent de trop insister, mais, à défaut du fondateur, peut-être l'histoire du xr° siècle byzantin permetelle d'entrevoir les circonstan ces de la fondation. Michel Attaliote raconte que, sous le règne de Constantin X Ducas (1059-1067), la ville de Nicée fut pres que entièrement renversée par un tremblement de terre ; les églises les plus gran des, les plus célébres, furent ruinées par la catastrophe, les édifi ces civils eurent le méme sort, les murail les mémes furent partiellement endommagées, Aprés un tel désastre, une reconstruction générale de la cité était inévitable ; est-il trop aventureux de croire que l'église de la Kottnotc s'éleva au cours de ces trav aux ?
« Par son architecture, elle se rapporte à merveille à la seconde moitié du xI ? siècle ; le caractère iconographi que et le style des mosaïques ne conviennent pas moins à cette épo que, et quelques-unes des figures de cette décoration rappellent tout particuliérement certains monuments de ce temps. Sans doute, par plus d'un détail, les mosaïques de Nicée semblent parfois supérieures à des œuvres de date un peu antérieure, aux mosaïques de Saint-Luc en Phocide par exemple. Il ne faut point trop s'en étonner. Saint-Luc, malgré sa splendeur, n'est aprés tout qu'une église de province ; à Nicée, on sentait mieux l'influence toute proche de la capitale byzantine. Pour la florissante métropole bithynienne les empereurs eux-mêmes avaient plus d'une fois marqué leur sollicitude . Quoi d'étonnant si un grand personnage de la cour a voulu, dans une cilé consacrée par le souvenir des grands conci les, élever un monument de sa piété et si à cette fondation pieuse nous devons une ceuvre remarquable de l'art byzantin au xr siècle ° ? » ——— 2 A propos du nom. — En 1908, M. Henri Grégoire écrivait : « Depuis que M. Char les Diehl a appelé l'attention sur l'église de la Kotunotc, à Nicée, un des plus remarquab les parmi les monuments byzantins qui nous aient été conservés, les savants qui s'en occupérent tour à tour se sont fort étonnés de ne rencontrer dans les textes anciens auc une mention d'un édifice si important. M. O. Wulff, auteur d'un ouvrage capital : Die Koimesiskirche in Nicüa und ihre Mosaiken, nebst den verwandten kirchlichen Baudenkmalern. Eine Untersuchung zur Geschichte der byzantinischen Kunst in I. Jahrtausend ?, constate : Ihre ælleste unziweifelhafle Erwühnung findet sich in einem Briefe des kaiserlichen Gesandlen von Gerlach an Martin Crusius vom 27 November des Jahres 1575 !, Encore M. de Gerlach qui tenait ce renseignement du métropolite d'alors, ne parle-t-il que d'une église zzz lIxvxytxc. M. O. Wulff en conclut fort justement dass die Kirche nicht von Anfang an speziell dem Feste des Entschlafens der Gollesmuller geweihl war. On peut méme aller plus loin, et dire que la dédicace de l'église à la Vierge est l'œuvre du patrice Nicéphore, préposite, veste et grand hétairiar que, probablement sous Constantin Ducas. Ce personnage est nommé dans l'inscription de | la mosaï que du narthex, et dans des vers Iambiques que l'on peut restituer à coup sür, à l'aide de la copie moderne qui se trouve dans le même narthex, et de la copie détestable, mais plus compléte sur un point, due à J. von Hammer ! ?, De ces vers voici les quatre derniers :
« Eye og xxl 82o70twxv olôx XTLOLXTOY xxi vOv Éu.Ov &oymyov : oc Ogazótww OE xoplxv The olxlac »Erypxdzx ro[A]u@v Nixnodooc, Tapléve.
: Je traduis ces ïambes qu'on paraît n'avoir point compris : « Je sais que tu es la reine des créatures, et la « princesse de mes pensées ; mais de plus (8£), ô Vierge, « je me suis permis, moi Nicéphore, de t'inscrire comme « maitresse de cette maison. » « Le fait de la dédicace, on le voit, n'est point douteux. Mais les Byzantins ne mentionnent pas plus l'église de la Koturoic. Pour quoi ? Parce que l'église dépendait d'un monastére, ainsi que le prouvent les premiers vers de la dédicace de Nicéphore et les faits raope'és par M. Wulff. C'est le nom de ce monastère, plutôt que celui de l'église qu'il faut s'attendre à rencontrer dans les textes, Or, nous connaissons le nom de l'higoumène fondateur du monastère.
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tant de discussions, sont pour quicon que a l'habitude de ces rébus byzantins, d'une clarté lumineuse. Nul T déchiffrement de monogrammoes n'est aussi certain que celui des sept complexes de Nicée ! :
1193 « Les sept fameux monogrammes, qui ont suscité ÖzotůxE Bonet
| TO GO 600ÀO
I « Yaxtv0o
| LLOVOCY 63
TPEGOUTÉEU)
| NYOULLÉVE
E « Hyacinthe, comme nous l'avons dit et comme l'avait supposé M. Wulff, doit être considéré comme le fondateur du monastére et de l'église ; et c'est sous son Ts = EEE a ».
= Eu : zi E
LS
eios cmm $ jl higouménat que furent exécutées, par l'artiste Naucralias, les premiéres mosaiques. Cela est prouvé par divers endroits où son monogramme figure. Trois fois sur quatre, il est vrai, le dit monogramme apparait q sous une forme moins complète (N, ©, K, 5, A ; FI man que, et aussi, si l'on veut, I'Y) mais c'est un fait bien connu que l'emploi concurrent de monogrammes complets (comprenant toutes les lettres) et de monogrammes incomplets. Que l'on compare, par exemple, | les monogrammes complets de Justinien, sur les chapir te aux de Sainte-Sophie de Constantinople, et les monogrammes incomplels du méme empereur sur les briques de Sainte-Sophie de Saloni que. « L'higoumeéne Hyacinthe portait aussi un autre ) nom qui nous est livré par un monogramme jusqu'ici inexpliqué du type incomplet . On y voit les lettres K, À, E, T, 5, et la lecture K(x)AA(t)otou s'impose.
« M. Wulff insiste sur la rareté du nom d« Y&xtw0oc à l'épo que byzantine. Il aurait pu citer toutefois un hiéromoine ainsi appelé qui commença sa carrière à Nicée et qui joua un róle considérable dans la « querelle des patriarches » sous le premier Paléologue. Mais que les historiens de l'art byzantin se rassurent. Je ne prétends pas faire descendre au xir siècle l'église'de la Kotuxci et ses mosaïques.
: La fondation du monastère d'Hyacinthe, à Nicée, est bien antérieure au turbulent moine arsénien. On en trouve de nombreuses mentions dans les Anna les d'Acropolite. En 1209, Théodore Iv Lascaris, empereur de Nicée, ayant fait prisonnier, à la bataille de Laodicée, l'ex-empereur Alexis, l'emmena à Nicée £v T x09 » YxxtvyUoo uov7, avec son fils Manuel. Celui-ci y mourut le 15 juin 1211 ? et Lascaris Ier fut inhumé dans la own d'Hvacinthe.
E FO-
« C'est encore par Acropolite que nous connaissons le nom d'un higouméne du monastère d'Hyacinthe, qui succéda à Germanos II (1240) sur le tróne patriarcal à Nicée. Il mourut au bout de trois mois et fut enterré dans son ancien monastère.
« De tous ces textes, il résulte que l'église, connue à l'époque moderne sous le vocable de la Koimesis, n'est point un sanctuaire de minime importance que le hasard seul nous aurait conservé, tandis que disparaissaient des édifices beaucoup plus considérables. C'est bien plutôt, comme on pouvait s'y attendre, à cause du haut rang du charisticaire Nicéphore, auquel elle fut donnée, une des plus illustres parmi les églises nicéennes. Elle servait de :xóv à un monastère fameux, la Movh zoo 'YaxtvÜou et fut pour les Lascaris, avant qu'ils eussent quitté Nicée pour Smyrne, ce qu'étaient les « Saints-Apótres » pour les empereurs byzantins : quatre souverains et un patriarche v furent inhumés. Parmi les sarcophages que M. Wulff a trouvés dans l'église l'un ou l'autre appartient sans doute à Alexis, à Manuel, à Théodore Ir, à l'impératrice Anne ou au patriarche Méthode.
« Que ne puis-je, en restituant son vrai nom à la Koimesis, confirmer aussi par un texte historique les raisonnements très probables de M. Wulff touchant la Leur. — 4— Da a RL USD WEG a D ud 3
1195 NICÉE 1196
date de sa fondation ! Malheureusement, je n'ai pu nulle part découvrir le moindre renseignement sur Hyacinthe Kallistos, fondateur éponyme de l'impériale Mov, !. » 39 Le véritable nom et la date, — En 1926, M. Henri Grégoire écrivait que depuis 1892 la date de l'église avait été reculée, Dès 1910, M. Ch. Diehl consentait à ce que la construction et la décoration remontassent au milieu du 1x siècle ; mais M, O. Wulff les relevait jusqu'à la fin du vime ou la première moitié du Ix siècle ?, De même, il voulait que les mosaïques de l'abside remontassent « à l'époque de la construction de l'église, ce qui est prouvé par la présence d'un même monogramme sur la mosaïque et en d'autres parties de l'édifice . On le lit au commencement et à la fin de l'inscription de l'arc triomphal, sur des chapiteaux de l'église, sur le linteau de la porte royale, dans le narthex, enfin sur une plaque de marbre encastrée dans l'autel, et qui appartient évidemment à la décoration primitive du monument. Cette plaque de marbre présente notre monogramme entouré de six autres qui se lisent sans hésitation :
Oeorôxe Pole ré cG ovo povayő mpscbuTépo t TYounéve.
« O Vierge, secours ton serviteur... moine, prêtre, higoumène. » Il résulte de là que le septième monogramme contient le nom d'un higoumène du monastère dont dépendait l'église ; et la répétition du dit monogramme en divers endroits de l'église et dans la mosaïque même de l'abside indique que ce personnage est le fondateur de l'église qu'il a pris soin de décorer.
« Reste à déchiffrer le monogramme. M. Wulff y est parvenu et sa lecture s'impose. Sur la plaque de marbre où le nom est au datif, il y a, disposées en croix, les lettres Y (avec l'esprit rude, ce qui montre que le nom commence par 'Y), A, K, N, ©, Q, donc certainement, “Yexiviw. L'iofa pouvant se trouver partout dans un monogramme cruciforme, n'est pas figuré à part. M nom est au génitif dans les autres exemplaires : Y, A, K, N, 6, O (en ligature avec Y).
En 1908, M. H. Grégoire confirmait la thèse de Wulff en citant plusieurs textes de Georges Acropolite qui n'avaient pas encore été allégués à propos de la Koleno et il souhaitait pouvoir concourir à la découverte du vrai nom et de la date de fondation de l'église. Ce vœu fut réalisé par la publication faite en 1925 de la Vie d'un saint moine nommé Constantin, juif converti, qui vécut sous l'empereur Basile le Macédonien (867-886). Constantin se rend en Chypre, appelé par une vision, et y reçoit de saint Palamon (inconnu d'ailleurs) la main droite de ce saint chypriote, précieuse relique que le moine, obéissant toujours à l'ordre de Palamon, va déposer au monastère d'Hyacinthe, à Nicée. Suit un éloge de la piété ascétique des moines de ce couvent, que l'hagiographe affectionne particulièrement. « Ce lieu sacré [dit-il] est un sanctuaire assez fameux de la Mère de Dieu, tout près d'une ville illustre, Nicée de Bithynie, sanctuaire qu'un certain Hyacinthe, homme pieux, édifia avec un zèle ardent. 5e consacrant, lui-même et ses biens, cet Hyacinthe en fit un monastère (ppovrorhprov duy Gy) et c'est de lui qu'aujourd'hui encore ce célébre monastère tient son nom, etc. » Après une description des exercices spirituels des religieux, l'auteur poursuit : « Tel les sont donc les âmes, consacrées à la Vierge, Mère de Dieu, qui ornent le monastère d'Hyacinthe. » Ce nouveau texte comblait une lacune et dispensait de descendre jusqu'à Acropolite, au xire siècle, pour rencontrer l'higoumène Hyacinthe, « Nous savons à présent qu'il a vécu avant le règne de Basile (867-886). En tout cas, il était mort, et son monastère déjà illustre, au moment où l'hagiographe rédigeait la Vie de saint Constantin (sous Léon, 886-911). Il construisit à ses frais le couvent dont il fut le premier higoumène. Nous apprenons aussi que le monastère et l'église furent dès le début consacrés à la Mère de Dieu. Cela est digne de remarque, parce que le vocable actuel de la Koturou est d'origine récente. » Quant aux vers de la dédicace cités plus haut, leur interprétation est confirmée et le sens du dernier vers, à présent, n'est plus douteux. l'ox9 : » signifie « représenter » et s'applique à la mosaïque de la Vierge au-dessus de la porte royale du narthex , église n'est décidément pas, estime M. Th. Schmit, du — début du 1x° ou de la fin du vir siècle, comme le croyait Oskar Wulff. M. Th. Schmit, en se fondant sur le plan, imité de Sainte-Sophie, et sur le fait que ledit plan fut à son tour imité par Priscus-Théodore, fondateur de l'église qui est devenue Kahrieh-Djami, admet que la Koturo :c est au plus tard du début du vir ? siècle, mais plus probablement du vi. Il a trouvé un allié dans le P. de Jerphanion, qui, étudiant l'église de Saint-Clément à Ancyre, apparentée étroitement à la Kotuzsotc, date le premier de ces monuments du début du vi ‘siècle, ou même du ve , M. A. Heisenberg, de son côté (dans un compte rendu du livre de M. Th. Schmit), estime que les caractères des monogrammes sont bien du VIe , « Mais toutes les mosaïques ne sont pas de l'époque d'Hyacinthe, En examinant minutieusement la Vierge de l'abside, M. Schmit a fait une très curieuse découverte. Cette figure a remplacé un élément de la décoration primitive. Cet élément était une croix ainsi qu'on peut le voir sur la fig. 5836, qui montre encore le tracé.
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“ D'autre part, du moment que les mosaïques de l'église appartiennent à deux époques différentes, il nous parait certain, comme le pense M, Schmit, que l'acclamation triomphante :
Zrnaot Navxparioc Tac Osixg sixóvxc se réfère à la réfection de l'abside, et à la substitution de la Mère de Dieu à la croix. rant la Vierge de Nicée à deux mosaïques d'abside, celle de la II xvorylx &onygAóxtt coc (Citium de Chypre) et celle de Sainte-Sophie de Saloni que, arrive à la conclusion que la Vierge de Naucratios est de la fin du vire siècle et qu'elle a très probablement constitué une sorte de trophée de l'orthodoxie iconophile, érigé aussitôt après les décrets restaurateurs du II ? concile de Nicée (787).
« S'il en est ainsi, en effet, Hyacinthe et son église sont considérablement antérieurs à Naucratios. Or, il nous est permis, aujour d'hui, d'en faire la preuve. Pour la troisième fois en vingt ans, le hasard nous fait découvrir « du nouveau » sur le monastère d'Hyacinthe.
« Dans la deuxième Action du concile de Nicée, on voit intervenir, après les évêques, les supérieurs des grands couvents qui avaient été les forteresses de l'orthodoxie. Ils déclarèrent les uns après les autres qu'ils vénéraient les saintes images, anathématisant ceux qui étaient d'un autre sentiment. Le premier de ces higouménes était naturellement Sabbas de Stoudion. Voici dans l'ordre les noms de ses collègues : Grégoire du couvent des Saints-Serge-et-Bacchus, Jean de Pagyrien, Eustathe de Saint-Maximin, Syméon de Chora, Syméon des Abramites, Joseph d'Héracleion, Platon de Saccoudion et Grégoire du couvent d'Hyacinthe 1, « Si en 787 le couvent d'Hyacinthe à Nicée existait, et s'il n'était pas présidé par son fondateur, cela prouve qu'Hyacinthe « florissait » à une époque notablement antérieure à l'année 787.
« En effet, je suis en mesure de prouver qu'Hyacinthe est bien le fondateur de l'église. Certes, cela était plus que vraisemblable en soi, surtout depuis la découverte du véritable nom du monastère. Et
NICÉE
1200 M. Schmit le déduisait aussi de la place du monogramme au nom d'Hyacinthe, Mais enfin, on pouvait toujours supposer que ce nom d'Hyacinthe s'associait à une reconstruction. « II restait à déchiffrer un monogramme sur neuf. « On se rappelle peut-être qu'outre le nom d'Hyacinthe au datif, au centre de la grande plaque de marbre servant à présent de table d'autel, on lit deux fois Hyacinthe au génitif sur les deux chapiteaux du côté sud du Ka0oXtxóv. Un autre nom au génitif figure en monogramme, toujours sur une colonne du Nord-Est, où j'avais supposé qu'il fallait chercher le nom de famille d'Hyacinthe. Citons ici M. Schmit : Keine Licht in diese chronologische Frage bringt das rütselSaille, welches aus den Buchstaben K, T, X, b, ^, O, Y zusammen gesetzt ist.
O. Wulff verzichtet günzlich auf seine Deutung. IT. Grégoire versucht KANAIETOY herauszubringen, doch ist eine solche Lesung wohl kaum staltthaft. Évidemment, du moment que la lettre centrale est bien un « p, cette lecture KAAAIZTOY doit être abandonnée. Mais celle que propose M. Schmit est proprement monstrueuse (Koureodæiou). Rien de pareil n'a jamais existé dans l'onomastique grecque d'aucun temps, et surtout du VIe.
« La vraie lecture est évidente. On sait que dans les monogrammes l'iofa, pouvant se trouver partout, est le plus souvent omis. Dans ces conditions, le monogramme se déchiffre : gtAoxzlo rou. Le mot guoxtiorne, dont le Thesaurus cite plusieurs exemples byzantins, est très épigraphique. On trouve dans mon Recueil des inscriptions grecques chrétiennes d'Asie Mineure, n. 273 : Alovix Sróuvnatc »AAGive quAoxiazx. Le mot signifie ami de la basilisse ; c'est une épithète poétique donnée au fondateur d'un monument, et qui équivaut en somme au xz/ccop des inscriptions plus tardives. Hyacinthe est donc bien qualifié de fondateur dans une inscription de son église, Il a vécu, nous venons de le voir, assez longtemps avant 787. :
« Puisqu'il est impossible de supposer qu'il ait été iconoclaste, et que, s'il avait été un champion des saintes images pendant la tourmente son nom serait certainement connu, il faut remonter, pour trouver sa date, au moins jusqu'au premier quart du VIIIe, et rien absolument n'empêche de le dater du VIIe ou du VIe comme le veut M. Schmit : l'épithète orAozzlote d'ailleurs, sent son « antiquité » Le nom d'Hyacinthe n'a jamais été fréquent à Byzance. J'ai fait, pour découvrir le fondateur du couvent de Nicée, de nouvelles recherches dans les écrivains du VIe et du VIIe. Elles sont demeurées infructueuses, à moins que notre higoumène ne soit devenu plus tard évêque, comme c'était si souvent le cas. On pourrait alors le reconnaitre dans Hyacinthe, évêque de Milet, qui siégea à Constantinople dans le « concile sous Mennas », et que mentionne une inscription de janvier-septembre 538 », » o Le décor de l'église. — L'église de la Dormition était aussi remarquable par son décor que par son architecture. Il est peu exact d'écrire qu'elle « est connue depuis 1898 » grâce à « l'Institut archéologique russe de Constantinople [qui] s'y intéressa en | hafte Monogramm auf dem Kapilell der nordöstlichen | a ain rn cimi iei MD O RP dde Bc Cr Lc « TEM ner A CAR
LU
1201 cette année ! », puis que M, Ch. Diehl décrivait l'église et étudiait son décor en mosaïque dès 1892 *, En 1903, M. O. Wulff consacrait une étude importante, que nous avons mentionnée déjà, à la ÆKoimesis-Kirche et, en 1912, M. Th. Schmit s'employait à réunir les matéri aux d'un travail qui est devenu, du fait des circonstan ces, définitif. La guerre de 1914 fut fatale au manuscrit et aux clichés dont une partie seulement fut épargnée ; leur publication est aujour d'hui ce qui reste de plus sûr touchant un édifice qui a complétement disparu. Dés le 9 décembre 1921, M. Ch. Diehl annoncait à l'Académie des inscriptions et bel les-lettres que « l'église a été épouvantablement ravagée par les Turcs, au cours de la guerre turco-grec que ? » ; il ajoutait que située « dans une zone comprise entre les deux armées combattantes, dans une région oü ne pénètrent que des reconnaissan ces, la ville est complètement déserte, et on peut craindre, dans ces conditions, que ce qui a échappé à la ruine ne soit point définitivement préservé ». C'est ce qui est arrivé ; en 1924, l'église fut démolie par les Turcs.
« Jadis ce petit édifice était décoré avec quelle splendeur, pouvait-on dire encore en 1892. Le narthex conserve de be aux fragments de pavement en marbre ; au linteau de la porte principale, aux chapite aux des colonnes, des monogrammes sont sculptés sur la pierre ; une porte curieusement fouillée met la grande abside en communication avec l'abside latérale de droite. Enfin, à la con que de l'abside principale et dans la courbe de l'arc triomphal qui la précéde, à la voûte du narthex et dans le tympan de la porte qui conduit dans l'église, subsistent des restes importants de la décoration en mosaï que qui, sans doute, couvrait autrefois la coupole entière et les murail les du temple *. » En 1921, « l'église offrait un aspect désolant. Dans la nef principale, l'ambon, les lutrins, les stal les, l'iconostase avec ses icones, tout a été mis en piè ces. Même dévastation dans le chœur : les stal les, le divan qui occupait le fond de l'abside, les vêtements sacerdot aux, les objets du culte, tout a été détruit. On a brisé en particulier la curieuse pla que de marbre encastrée dans l'autel, et qui portait, en une série de monogrammes, les vœux du fondateur de l'église. Le dallage en marqueterie de marbre de la nef principale, le pavement de mosai que de l'abside n'ont pas été mieux traités. Dans l'espoir de trouver des tombe aux renfermant des trésors, on a tout bouleversé, et complétement détruit, pour la méme raison, les sarcophages qui étaient conservés dans l'église. » Il est impossible de ne pas conserver ici le souvenir de ces dal les de marbre avec ornements sculptés, sur la date desquels on était d'accord, mais qu'il n'est pas impossible de faire remonter au VIIe (fig. 88378838). Le pavement en mosai que était également intéressant. M. Th. Schmit a signalé une dalle avec incrustations qu'il considère comme l'ancienne table d'autel (fig, 5539).
Go Les mosaïques. — El les ont été signalées par Ch. Texier, dès 1839 , mais décrites de facon insuffisante et méme inexacte ; ensuite mentionnées par Kondakoff « en des termes qui semblent attester une connaissance plus qu'insuffisante du monument », ces mosaïques furent décrites et étudiées pour la première fois par M. Ch. Diehl. « Parmi les ceuvres si peu nombreuses que nous a léguées l'art byzantin, el les ont droit, disait-il, à une place éminente, L'occasion, assez rare, d'un voyage à Nicée m'a permis, en 1884, de les examiner d'assez prés ; et déjà dans un autre travail , j'en ai marqué sommairement la valeur artisti que et limportance iconographi que . » L'auteur regrettait de ne pouvoir accompagner sa description de reproduction des mosaiques, ce souhait est aujour d'hui rempli grâce à la publication de M, Th. Schmit, le dernier qui ait pu se livrer à une étude minutieuse du monument avant sa destruction. C'est ainsi qu'il a noté attentivement les différen ces de techni que et de style entre l'eeuvre primitive et celle du restaurateur Naucratios dont nous avons parlé. La décoration primitive était conçue pour des surfa ces planes, celle de Naucratios tenait compte de la déformation que la RE qe a alien HR
TS LÉ RES SN DES IVO 1
1203 courbe d'une voûte fait subir à l'image. En outre, le canon de la figure humaine différait dans les deux œuvrés, La mosaï que primitive avait des teintes riches et graduées, tandis que Naucratios connaissait les effets lointains de la couleur et faisait usage de cernés accusés, i. Le sanctuaire, — Sur l'arc triomphal auquel s'adosse la con que de l'abside, on lit, au-dessus d'une bande d'ornements en mosai que, l'inscription suivante :
Et dans le grand arc qui s'ouvre à l'entrée de l'abside, d'autres mosaïques s'étagent du sommet à la base de l'arcade. A la clef de voûte, dans un cercle à fond bleu, brille un trône sans dossier (fig. 5540), aux larges bras, aux supports richement sculptés, que précéde un marchepied d'or, Sur le coussin rouge qui recouvre le siège, le livre des évangi les est posé, tout étincelant de pierreries, une étoffe de couleur bleue l'enveloppe, dont les plis retombent sur le devant du
NICÉE
1204 Dans ces églises, de méme qu'à Nicée, au pied de l'image symboli que du Christ, les anges s'inclinent. pieusement devant le tróne du roi des cieux. Et, en eflet, de cha que côté de l'étimasie, au Nord et au Sud, deux anges se tiennent debout sur les côtés de l'arc triomphal. Ils sont là pour rendre un hommage qui semble inspiré par l'attitude des gar des qui veillent à la sécurité en méme temps qu'à la révérence due au basileus. Ce sont de be aux androgynes, solidement posés et qui s'appuient sur la hampe d'un petit étendard (fig. 8841).
Ces anges sont désignés par des inscriptions sous les (Suvaueic], pour ceux de droite, et ceux de gauche KYPIOTIT€C (xopiózqzec) et ezOYCIe (Szouctot) ; ils représentent quatre des neuf chœurs d'anges que le Guide de la peinture (voir Dictionn., t. vt, au mot GUIDE) — groupé autour du Sauveur dans les table aux de la « divine liturgie » ou de « la réunion de tous les esprits » ; et, en effet, sur la large bande verte qui court sous les xal TOOCXUVNGETUONV xoc THVUTEG GYYEXOL. Jadis, à la partie inférieure de gauche, on lisait sans doute le début de l'aeclamation prophéti que : edopkvünte obpavol dua oci Malheureusement, la mosaï que, fort endommagée à cette place, a été restaurée à grand renfort de peinture, d'ailleurs assez maladroitement ; au lieu de la bande verte qui supporte les figures, on a placé sous les pieds d'un des anges un tabouret enrichi de pierreries.
1205 NICÉE 1206
roule autour de la taille ; des bottines de pourpre complétent ce costume éclatant. De gran des ai les de couleur blanche, éclairées dans le haut d'un resplendissuivant les traditions constantes de l'iconographie byzantine, les quatre personnages sont richement vêtus d'une ample et longue tuni que de pourpre viorl AE E M ERR Ten ynei sement d'or, se déploient largement pour retomber très bas, jusqu'aux pieds des anges. D'une main, d'un geste aisé et noble, ils élévent une haste d'or, en haut lette, sur laquelle étincelle un large orfroi en drap d'or historié, descendant des épau les jusqu'au bord inférieur de la tuni que ; une ceinture de méme étoffe s'en1207 de laquelle est fixée une tablette portant l'acclamation triomphale :
De l’autre, ils soutiennent un dis que fleuronné posé sur une pièce d'étoffe aux vives couleurs dont les plis retombent par-dessus le bras. Le nimbe d'or ceint leur tête, des bandelettes blanches traversent les cheveux bouclés : leur visage juvénile, au teint légèrement bistré, à l'ovale ferme et plein, est d'un type assez beau. Quoi que les corps, par un raffinement d'art un peu maniéré, tendent déjà à s'allonger et à s'amaigrir, n Wem i E pourtant les proportions généra les sont justes encore, les figures bien construites et bien posées ; dans ces be aux adolescents, à la taille élégante et souple, au visage régulier empreint d'une grave et sereine beauté, on reconnait comme un souvenir lointain de l'inspiration anti que (fig. 8842).
Entre les deux anges dela paroi de droite on lit cette inscription dans le sens vertical : dont nous avons déjà vu le sens.
NICÉE
reine céleste (7 bi mAocépx tõv oüpxwov), assise sur un trône étincelant, à Nicée, au contraire, la Madone est debout, enveloppée tout entiére d'un grand manteau bleu sombre ; un voile de méme couleur, liseré d'or, et portant une croix d'or sur le devant, encadre son visage (fig. 58543) ; autour de sa tête un nimbe d'or resplendit. Sursa poitrine, à deux mains, la Vierge serre le Christ enfant ; une des mains de la Mére s'appuie sur l'épaule droite du Fils ; l'autre se pose au bas de la longue tuni que dorée qui enveloppe le corps de Jésus. Suivant la coutume, l'Enfant, dont la tête est ceinte du nimbe crucigère, tient dela main gauche un volumen et dela droite levée donne au monde la bénédiction (fig. 5844, h. t.). Sous les pieds de la Théotokos, sur la large bande verte qui court au bas de la con que de l'abside, un tabouret d'or est posé, tout constellé de pierreries ; au sommet de l'abside, un demi-cercle d'or est tracé et trois rayons s'en échappent, dont l'un vient se poser sur la téte de la Vierge. Enfin, sur le fond d'or de la mosaï que, on lit cette inscription :
+ ERRACTPOCTIPOECCOCODOPFOYELFENHCACE èx Yvactpóc xpo ' »Exmcooópou éyévmon coc.
C'est le texte que le Guide de la peinture inscrit sur le cartel de Dieu le Père dans les table aux qui représentent la « divine liturgie » et la « sainte Trinité ».
Nous croyons qu'il n'y a pas lieu de chercher fort loin la raison qui a fait adopter à Nicée le type de la Vierge debout de préférence au type assis. Si on se porte à la fig. 8836, on pourra se convaincre que le mosaiste Naucratios s’est préoccupé de dissimuler de son mieux l'emplacement occupé par la croix ; à cet effet, il a adopté le type debout qui lui permettait de couvrir pres que entièrement la partie verticale de la SERES a tira Lr Cep] S7 P
DICT. D'ARCHÉOLOGIE LETOUZEY ET ANÉ, ÉDIT.
Mosaique de l'abside de l'église de la Dormition de Nicée. Marque TT « Te per Cp in SS AN enl oder n ii aho, T aiv APA vea m tif uS o LEER Cn PES og 1209 croix. Maintenant, on peut se demander « de quelle image célébre de la Panaghia byzantine la figure de Nicée est-elle la représentation plus ou moins fidèle ? Quelle épithète spéciale convient à ce type particulier » ? On hésitera entre la Vierge Hodigitria ou la Panaghia Kyriotissa ; aucun nom en effet n'est inscrit sur la mosaïque. Mais l’œuvre est à coup sûr d'une exécution remarquable *, Avant de quitter le sanctuaire, signalons au pourtour de l'abside, derrière l'autel, le long du mur, un banc de pierre circulaire et un trône élevé de sept marches, adossé au milieu de l'hémicycle. Dans le pavé, une pierre employée à une réparation assez récente avec cette inscription :
TYPTOCMI XAHAMET A AOYBACIAE CCEN X CO AV TOKPATOPOC. €TOVC'*TZS
IIógyoc Mien yare Baoiécc év X (aot)& acoxoxcopog Erouc oc59.
L'an du monde 6366 — 858 apr. Michel III.
J.-C. Il s'agit de
NICÉE
1210 culier étaient de bel les figures bien individualisées, dans lesquelles les traditions de l'art alexandrin se devinaient encore 5. » Malheureusement, cette décoration, fort enfumée, apparaissait de manière assez indistincte et se prêtait mal à l'étude archéologique . Il en était tout autrement de l'admirable figure qui dominait la porte d'entrée du temple *. La Vierge y est représentée à mi-corps, les mains étendues et levées dans l'attitude de la prière ; un manteau violet liseré d'or l'enveloppe de ses souples et harmonieuses draperies ; un voile de même couleur, également bordé d'or, encadre son visage. La tête, d'une grave et calme beauté, offre un caractère de grandeur remarquable, les yeux grands ouverts, le nez droit et mince, la bouche élégante et fine, l'ovale régulier du visage donnent à l'ensemble de la physionomie une belle et vivante expression de grâce et de majesté (fig. 53545). L'exécution est simple et sobre. Le modelé des chairs ferme et franc, les draperies excellentes, l'attitude pleine de naturel.
« Dans cette figure on reconnait sans peine la Vierge orante, tant de fois représentée par les artistes byzantins, la Panaghia, placée par ordre de Basile Ier dans ' les mosaïques de la nouvelle église du palais, « étendant, suivant l'expression de Photius, ses mains immaculées sur nous et priant pour le salut de l'empereur « et pour son triomphe sur ses ennemis », C'est dans cette attitude qu'était figurée sans doute la fameuse Vierge des Blakhernes ! ?, c'est sous ce type que l'art byzantin du x et du x1° siècle s'est particulièrement complu à représenter l’image de la Théotokos. Elle apparait sur les monnaies de Léon VI '', de Jean Zimiscés ! ?, plus fréquemment encore sur celles des empereurs du xr siècle, des Constantin Monomaque , des Michel Stratiotikos !, des Alexis Comnène ; elle prend place dans les décorations en mosaïque ! comme dans les œuvres de la sculpture byzantine 1, Plus tard encore, on la rencontre, singulièrement expressive et belle, dans les mosaïques de Ikahrieh-Djami, pourLant c'est aux œuvres du xr ? siècle que la Madone de Nicée se rattache par les plus étroites analogies ; par l'attitude, le costume, les qualités de l'exécution, l'expression du visage ; elle rappelle à s'y méprendre la Vierge orante de Torcello ; elle est assurément un des monuments les plus considérables du xr° siècle 1. » 1211
NICÉE
V. Les 318 PÈRES DE Nicée. — Eusèbe nous dit qu'il y eut au concile de Nicée de 325 plus de 250 évêques, et la foule des prêtres et des diacres ainsi que des acolytes qui les accompagnaient était presque innombrable 1. Quelques documents arabes d'époque postérieure parlent de plus de 2 000 évêques, mais il est probable que les évêques ont été confondus avec les membres du clergé inférieur de telle sorte que le nombre des ecclésiastiques de tout rang présents au concile atteignit peut-être ce chiffre. Du reste, il faut qu'il y ait eu à Nicée plus d'évêques que n'en indique Eusèbe, car saint Athanase, qui fut témoin oculaire et membre du concile, parle à plusieurs reprises ? d'environ 300 évêques ; dans sa lettre Ad Afros , il dit formellement 318. Ce chiffre parait définitivement accepté dès la fin du rv° siècle, Jusqu'à cette époque, il varie sous la plume de chaque écrivain et va en progressant. Les 250 d'Eusèbe de Césarée deviennent 280 chez Eustathe d'Antioche et 300 chez Athanase d'Alexandrie ; de même chez le pape de Rome Jules I et Lucifer de Cagliari. Socrate qui suit toujours Eusèbe dans les détails du commencement du concile de Nicée, et le copie textuellement, accepte le chiffre de 318 et Théodoret de Cyr hésite entre 318 et 270 7, De même, saint Épiphane , Gélase de Cyzique , Rufin ! ? et le concile de Chalcédoine parlent d'environ 320 évêques '.
Quant aux Pères latins, ils adoptent en général, à la
1213 NICÉE 1214
suite de saint Ambroise, le chiffre de 318 !, Un texte important n'a été apporté au débat que depuis peu — d'années . I] s'agit d'une lettre de saint Basile, la ri, où il raconte la mort de l'évêque Dianée. Celui-ci ayant souscrit, en 360, le Formulaire de Himini, Basile avait - rompu toute communion avec lui. Deux ans plus tard, le vieil évêque, se sentant près de sa fin, avait mandé ~ Basile : « Dieu m'est témoin, lui avait dit le malade, que si j'ai donné mon adhésion au symbole qui m'était | apporté de Constantinople, je !'ai fait dans la simplicité de mon cœur. Je n'avais nul dessein de renier la foi proclamée par les Pères de Nicée et je ne voulais pas m'écarter de leurs traditions. Je ne demande qu'une. chose, c'est de n'être point séparé des 318 évêques qui. ont annoncé au monde cette sainte doctrine : &AXX xxi un xopobva Tic uepiôoc tæv axxplov éxelvoy ÉmoxôTEY vÓw vpuxxocloy Oexcoxvo, vv TÒ EUGEOËC KXMNOUYUX Ot ŒYYELAUVTO T olxouu£vn. Si le passage n'est pas interpolé, ce que rien ne fait supposer, et si Basile rapporte textuellement les paroles de Dianée, nous avons en faveur des 318 Pères un témoignage datant de 362.
IIIC RESVIESCIT IN PACE DOMNA BONV SAQVIX ANN XXXXXXET DOMNA MENNA Q VIX ANOSJ/HITTIUTITIIIE ABEAT ANAT EMA A IVDA SI QVIS ALTERVM OMINE Sv-Pgico-sacris nec non praecipuis -basilicæ ejus inclyta | monumentis at que ineditis inscriptionibus variis collus- |
CREDO QVIA REDEMTOR MS VI
VIT ET IN NOVISSIMO DIE SVSCITA VIT ME :HIC REOV !IESCIT IN PA CE VENERIVS : PRB : QVI VIXI
ANM + : OVADRAGINTA DVO DEPOSIT : EST DIE XI : M-FEB INE - VIII : 3H- T//]]]|MVIOL : HABE ATANATHEMA AD CCCXVIHM ——
PAT-PVERB DN SERGIVB EPC FORT-C-IVDA TRADDNI HIHV- XP
On ne saurait être surpris de l'incertitude qui règne touchant le chiffre des membres d'une assemblée si célébre, lorsqu'on se rappelle que la violente réaction arienne qui suivit le concile de Nicée eut pour effet d'en faire détruire les actes. Seuls le symbole et les vingt canons échappèrent à la malveillance. Les souscriptions épiscopales n'eurent pas ce bonheur. L'assemblée tenue à Alexandrie, par saint Athanase, en 362, et qui reçut des contemporains l'appellation de « concile des confesseurs » avait pour objet de confirmer et de rétablir la foi de Nicée. Chaque confesseur apporta donc ce qui pouvait lui rester des décrets du grand concile, en promulgua de nouveau le symbole et les vingt canons, ensuite on entreprit de rétablir les listes des Pères qui avaient souscrit aux délibérations | de 325. L'historien Socrate, parlant de ces évêques, renvoie à l'exemplaire qui avait conservé leurs noms, c'est-à-dire le Synodi que d'Athanase ; il s'en faut que tout cela soit aussi clair qu'on pourrait le croire et cette question des Patrum Nicænorum nomina est quelque peu compliquée. Heureusement, on en a donné quelques éditions critiques qui ont fort éclairci ce problème.
Une soi-disant liste des évêques qui souscrivirent à la profession de foi nous a été conservée dans une quarantaine de manuscrits appartenant à vingt-trois bibliothèques d'Europe et d'Orient. Trois auteurs se sont répartis la tâche : O. Cuntz a étudié le texte latin, H. Hilgenfeld les textes syriaque et arabe. H. Gelzer s'est réservé la partie la plus importante, les textes | grec, copte et arménien.
Dispersées dans treize collections canoniques, les versions latines peuvent se ramener à quatre versions différentes entre lesquelles se répartissent les collections canoniques de Maassen de la manière suivante : 1 » collectio Hadriana, Hispana (celle-ci en partie) ;
| 29 fragment de Vérone, collectio Corbeiensis (partie), Burgundiensis, S. Mauri, Justelliana, Vaticana ; 39 collectio Frisingensis, Tealina, Quesnelltana ; 4*9 collectio Coloniensis, Corbeiensis (partie), Hispana (partie). Comme on le voit par cette indication sommaire, les manuscrits de chaque collection n'appartiennent pas LE. à our Mi mit mt lu nd nt En t TE or RR Mii un m onu le, arua Aere d mg us INTR me. UUETUGVPHE RLW aet. da uto SE OU. FESWUS Y ns Pot | D ES CT SET © z nécessairement tous à une même famille. Ce désaccord vient de ce que les copistes ont pu prendre les canons d'une part et les signatures d'autre part. O. Cuntz a édité son texte sur quatre colonnes correspondant aux quatre sources. Les recensions I et 11 forment une famille s'opposant à Iv : Im est issue d'un original commun avec rv, mais qui a subi une contamination avec IL. Nul doute que cette quadruple version ne dépende d'un original grec.
On possède une version copte dont il n'y a pas lieu de douter qu'elle soit traduite du grec.
La version syriaque, dépouillée par FI. Hilgenfeld, est tirée d'une collection canonique syriaque « qui se donne pour traduite du grec, et par surcroît les hellénismes du syriaque, assure H. Hilgenfeld, témoignent qu'il est transcrit du grec : cetle version syriaque est fournie par un manuscrit de Nitrie du vi^ siècle. Au xiv ? siècle, Ebedjesu a inséré dans sa collection canonique une liste des|Pères de Nicée, sans dire où il l'a prise, mais il est évident que l'archétype en était grec.
La version arménienne dépend plutót d'un original grec que d'un original syriaque. De toutes parts, l'étude des versions nous ramène à une source première qui était grecque.
De la comparaison de ces listes résulte qu'elles se répartissent en deux classes. La première est constituée par deux exemplaires : l'un, plus complet, représenté par la famille latine r, la version syriaque de Nitrie et la version arménienne ; l'autre, écourté, qui est la source de la famille latine 11 et de Théodore le Lecteur. Cette classe est de beaucoup la mieux conservée, L'autre, cependant, permet, sur certains points, de la corriger ; elle comprend surtout la mme et la Iv* famille de la version latine et la version copte. Le texte grec du Vaticanus et la version arabe représentent enfin des rédactions interpolées d'après des légendes postérieures et où l'on cherche à atteindre le chiffre de 318. Ce chiffre ne paraît pas avoir d'autre fondement qu'une application d'un passage de la Genèse (xiv, 14) touchant le nombre des serviteurs d'Abraham. D'autres sources, les historiens, les écrits hagiographiques, les additions de la liste copte, apportent quelques noms nouveaux. On arrive ainsi au chiffre de 232 ou 237.
Un examen attentif des diverses listes a amené à une première conclusion qui est que cet index ne remonte aux actes du concile que par une voie indirecte. Au lieu de se suivre dans l'ordre hiérarchique, comme dans les actes authentiques des conciles, les souscriptions de Nicée sont disposées suivant l'ordre géographique ; ce n'est ni le rang ni la dignité qui fixe la place de chacun des Pères, mais simplement le pays d'origine. Les noms sont, en effet, rangés par provinces, avec le nom du métropolitain à la tête de chaque province : Égypte, Thébaïde, les Cieux Libyes, etc. D'autre part, les noms, hormis celui d'Hosius, ne sont pas suivis de la formule consacrée : οὑτὸς τίθησι. Il y a une conclusion à tirer de cette observation, c'est que nous avons affaire à une simple statistique d'érudit, qui remonte au travail de restauration exécuté sur l'ordre de saint Athanase en 362, et non pas à des souscriptions conciliaires proprement dites. D'où vient cette statistique ? Quel en est l'auteur ? Appelons d'abord que les différentes versions nous ont amené à reconnaître l'existence d'une source première qui était grecque. Or, on a, en grec, deux dérivés de cette source disparue. Le premier est fourni par Théodore le Lecteur en son « ExAoyh £x row Loroptüv. Théodore, un contemporain de Justin et de Justinien, avait entendu faire une histoire tripartite compilée d'après Socrate, Sozomène et Théodoret ; c'est dans cette compilation qu'il insère une liste des Pères de Nicée, mais il est sûr que Théodore ne l'a empruntée ni à Socrate, ni à Sozomène, ni à Théodoret dont nous avons le texte et où cette liste ne figure point. En grec encore on a le Vatic. Reg. gr. 44 (xiv* siècle) - qui contient une liste indépendante de Théodore le Lecteur, de moindre valeur aussi.
Dans une phrase incohérente, se trouvent mentionnés : Phou 9$ sivut vouito - xal zà ÒvóuaTa TOV ÈY Nuxale cuve} OGVTEY ÉZIOXÓTOV & edpeiv _édvuñÜnuey, xa he Exxotoc ènapylas te xal móAecoc Tw xxi TOY ypåvov £v © cuvýňðov ea Déc £vcaOx. Il cite alors leurs noms, puis il tourne court en disant : xxi cà Aovrzów @v clc ripec TÈ OVÉLETE reiv- « xt £y ci ' AÜxvacloo rob ' éma1216 c | l'historien Socrate parlant des Pères de Nicée, renvoie ses lecteurs à un Synodi que d'Athanase d'Alexandrie, où tous leurs noms XÓTCOU. Or, si on y regarde de près, on s'aperçoit que cette phrase de Socrate a été reproduite par Théodore le Lecteur en tête de la liste qu'il nous donne. Théodore a-t-il copié cette phrase dans Socrate ? Nullement, puisque celui-ci ne fournit point la liste qui figure dans celui-là, liste qui est la seule raison d'être de la phrase en question. La coïncidence ne s'explique que par l'emploi indépendant fait par les deux historiens d'un même document, à savoir le Synodi que athanasien. Socrate, après avoir emprunté à ce document une première phrase, se contente d'y renvoyer le lecteur ; Théodore, au contraire, reproduit intégralement la liste qu'il contient, mais sans mentionner cet emprunt. Que la liste de Théodore dérive d'une source alexandrine, la chose n'est pas douteuse. L'ère d'Alexandrie y est mentionnée ; Alexandrie et l'Égypte y tiennent le premier rang, double fait qu'on ne peut expliquer chez un écrivain de Constantinople que par l'usage fait par lui d'un document venu d'Égypte. Ce document — la juxtaposition des deux textes de Théodore et de Socrate le prouve — n'est autre que le Synodi que d'Athanase.
C'est aussi de ce Synodi que proviennent, en définitive, toutes les listes dont nous avons donné le détail. Il suffit, en effet, de confronter la liste de Théodore avec l’Index des Pères de Nicée, tel que nous le connaissons aujourd'hui, pour constater entre les deux séries la plus grande ressemblance. Une conclusion s'impose : le texte de Théodore, ou, en d'autres termes, le texte du Synodi que doit être, ou peu s'en faut, le texte premier, la source d'origine où, de toutes parts, nous sommes ramenés. Reste à savoir ce qu'était ce Synodi que.
En 1881, Eug. Révillout pensa pouvoir identifier une collection canonique copte avec les actes du synode alexandrin de 362, et ces actes mêmes avec le Synodi que d'Athanase. Cette double identification doit être abandonnée et ces conclusions écartées, nous n'avons d'autre renseignement sur le Synodi que athanasien que la mention de Socrate. Autant vaut dire qu'en dehors de son existence, nous n'en savons rien.
Rassemblons ici les textes principaux relatifs au nombre des Pères de Nicée :
Eusèbe, De vita Constantini, 1. III, c. vri : τὸ δὲ θέμα τοῦ ἀποστολικοῦ ἔργου ἡμῖν ἐν τῇ ἱστορίᾳ τῶν ἐκκλησιαστικῶν πραγμάτων ἐν τῇ πρὸς τὸν Ἀντιόχου ἡμῶν ἐπιστολῇ ἐξετάσθη.
Socrate, Hisl. ecc les., l. L, c. VIII : Τὸ βὲ ὑπομνηματιζόμενον τῶν ἐκκλησιαστικῶν πραγμάτων ἐν τῇ πρὸς τὸν Ἀντιόχου ἡμῶν ἐπιστολῇ ἐξετάσθη.
Eustathe d'Antioche, De Salom. proverbiis. vim, 22 : γυναικὸς ἡ ἡγουμένη τῶν ἐκκλησιαστικῶν πραγμάτων ἐν τῇ πρὸς τὸν Ἀντιόχου ἡμῶν ἐπιστολῇ ἐξετάσθη.
Constantin, Epist. ad Alexandrinam Ecc les ‘am : Τὸ βὲ ὑπομνηματιζόμενον τῶν ἐκκλησιαστικῶν πραγμάτων ἐν τῇ πρὸς τὸν Ἀντιόχου ἡμῶν ἐπιστολῇ ἐξετάσθη.
Saint Athanase, Epis. ad monachos, c. LXVI : οἱ ἔνδοξοι ἡγουμένοι τῶν ἐκκλησιαστικῶν πραγμάτων ἐν τῇ πρὸς τὸν Ἀντιόχου ἡμῶν ἐπιστολῇ ἐξετάσθη.
Saint Athanase, Epist. de synodis, c. XLII : ὁ δὲ Ἀθανάσιος ἐν τῇ πρὸς τὸν Ἀντιόχου ἡμῶν ἐπιστολῇ ἐξετάσθη.
Ju les Ir, Epist., dans saint Athanase, Apol. conira : ὁ δὲ Ἀθανάσιος ἐν τῇ πρὸς τὸν Ἀντιόχου ἡμῶν ἐπιστολῇ ἐξετάσθη.
Lucifer de Cagliari, De regibus aposlalicis, XI, : fidem... descriptam a - lrecentis apud Niciam et eo amplius.
Saint Athanase, Epist. ad Afros, c. 1 :
Saint Athanase, Epist. ad Jovianum imperat. :
GXÓTQOY.
Nixala mlocu commemorat oro vpuxxoà cle 8£xa xal dxrd Éxoxónav (Théodoret, Hist. ecc les., EI IVe Gs IE.
Toutefois, il faut remarquer que nous sommes ici en présence d'une retouche, car le texte de saint Athanase porte seulement nò cv ÈTLOXÓTWV, - sans aucun chiffre dans l'édition de Montfaucon, t. T, - tion, prenant exemple sur Socrate qui avait retouché le chiffre d'Eusèbe. Il y a donc lieu de croire que l' Episdula ad Afros a été également retouchée.
Saint Basile, Epist., LI : &AA& xxl uh ycptTüv vpixxoclevw exx oxTÒ, Tv vb ebosÓic xhpuymo | - LXVYELAGVTE T) olxoupévr.
+ Synhocus CCCXVIII episcoporum in Niciam urbem xol TÈ évouerra els Et debüpo otetu totaxooiwv ĝéxx | xui ÒXTO ÉTLOXÔ TO.
Saint Ambroise, De fide ad Gratianum, 1l, prol. 5 Trecenti decem el oclo sacerdotes lanquam Abrahs elecli. VI. LISTE DES Noms, — Le chiffre exact des noms n'est pas connu avec certitude. Hefele a eu raison de dire que le chiffre des évêques présents varia suivant les mois. Parmi les Pères, un grand nombre étaient avancés en âge et tous n'ont pas pu siéger pendant toute la durée du concile. Cette remarque permet de concilier les témoignages des deux témoins oculaires, Eusèbe et Athanase. La plupart de ces évêques étaient de nationalité ou de langue grecques, parmi les Latins on ne compte que Hosius de Cordoue, Cécilien de Carthage, Marc de Calabre, Nicaise de Die, en Dauphiné, Domnus de Stridon, en Pannonie, les deux prêtres romains, Victor et Vincent, représentants du pape de Rome, Sylvestre. Voici ce que dit Eusèbe à propos de l'origine des évêques, De vita Constantini, |. III, c. vir :
T Tv YyoUv dracév al thv Ebowrry éracxv, Abby te xal rhy Acta ÉTANEOUV, ôpLob GUVATO TÕN ^00 Oeo Aertovpyðv vX &xpoülwux, elg T° olxoc six vfproc, OTEP èx zoù TAXTUVOUEVOG, Evêow éxoper HOT TÒ üT Zpouc dua xxi KÜuxac, Dóvuxsc te xal ApaGlouc xat Toa toos, xal ri tobroic Alyurtiouc, Enôaiouc, Alvas, rob ; T £x Méong vOv rotauüv Gouœuévouc7075 è xxi Iléponc £xloxozoc TH cuvoëcw Tapy, o08e Lxblne dreaurdvero tic xopelac, Tóvcoc - re Hal T ahatia xal Logout, Karnadoxie ve xal ' Acla xxi Dpuylx toc rap’ œÜrots Tapetyov exxolrouc : AAAG xxi Gaxec xal Maxeðóveg, ? Ayaro re xal 'Hrsipõta, Town Ò ol Ext TOPPOTATO oixobvrec ATAVTON, aT re Xmaviov óndávo Boóuevog elc fv volg moAoïc duu obxoulevuxt] |
»TV ÉV |
1217 NICÉE 1218 2 1. I. c. ix, 21) ; 6 yàp roig vpuxxoolots fipgoev Émaxónotc guveðpevwv. Ts dé ye Bas EVOUGNG 7 Tôkewc OUÈV TP0EC| Ty abroD TEL ÉTATPOUV.
1. “Ocg ÉTIGXOT OC Kopôoubne Era«
OÙTUWG TLOTEUT CTED VÉYEAT TOL
C'est le président Hosius, évêque de Cordoue.
Bitov xoi Birévrroc rpecbvregot “Pounc.
Victor et Vincent, légats du pape Silvestre.
Quelques versions mentionnent l'Espagne, Rome, l'Italie, on peut les omettre ; il semble en outre que le mot provincia n'était pas écrit ; on se contentait des mentions IleA« tozivzc, Gotwbens, ete. ; les versions copte et syrienne ajoutent le nombre des évêques. Tout ceci semble être le fait des copistes.
Aiyorrou (Égypte).
2. »AféEavôpoc ' AAcExv8pelxc (Alexandre d'Alexandrie).
3. “Aproxpatiwv ' AApoxpkvov (Harpokration d'Alphocranon).
4. « Aôauævrioc Kuvév (Adamantius de Cynon).
n »AgBetiov Dxpbaflo (Arbetion de Pharbaeti).
Ts O6zxi3oc (Thébaide).
Ts ôè Abúng vc &vorcépxc (Libye supérieure).
Arns xto (Libye inférieure). 20. Tiroc Ilxparoviou (Titus de Paraetonii). IIxAaiwcztvrs (Palestine).
Pouvixnc (Phénicie).
A. — XII — 39.
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1219 NICÉE
43. Clgó8copog Savos (Théodore de Sidon). 99. l'opyówoc y« pegziloxorog (Gorgonius, chorévêque).
44. »EXX*wtxog Tourôkews (Hellenicus de Tripoli) | évêque).
45. IIxvexSoc (Philocalus de Panéas). 100. Xc£oxvoc yoperloxorogs (Étienne, chorévêque).
46. l'gegyóptocg Bnourod (Grégoire de Béryte). | évêque).
47. Mapivoc IIxAubpov (Marin de Palmyre). | 101. ES8póutog yopenioxorog (Eudrome, chorévêque).
48. Oadcveus 'AXxccoD (Thadoneus d'Alassu). | évêque).
49. * AyxcóXtoc « Eutons (Anatole d'Émèse).
102. »Påðwv ywgpgerioxoros (Rhodon, chorévêque).
YXopixc Kobe (Coele-Syrie). Rod isses xwperioxomoc (Théophane, chorévêque).
EMEN. dr PEN ond zust : inh | ) i « ;
30. Eó7XÜtog »Avrioyeixs (Eustathe d'Antioche) | Apueviac juxpSg (Petite Arménie).
51. Zinsó6toc XeAeuxsiag (Zénobius de Séleucie).
. Ozó6ococ Axodixsiac (Théodote de Laodicée). « AXeooc Arœueixc (Alpheus d'Apamée).
54. Baxoixvóg ' »Paoxvsóvw (Bassianus de Raphanée).
. (QuA65evoc « IeoxmóAecc (Philoxéne d'Hiérapolis). 96. MoAxuxvnc Tepuavxerxç (Salamanes de Germanicée).
EU og Zœuocätwv (Piperius de Samosate).
»Aoy&Axoc Aoktyns (Archélaüs de Doliché).
. Evopariov BæAxveüw (Euphration de Balanée).
. QaAx8oc ywpserioxoroc (Phalade, chorévêque).
. Zi Aoc I'« 6xXov (Zoile de Gabale).
. B&acoc Zevyuartog (Bassus de Zeugma).
. l'egóvztog Axptacv (Gerontius de Larise, Syrie).
. Mavytxetoc ' Emtoxvciac (Manicius d'Épiphanie). j. IIxoAoc Necxatoupelus (Paul de Néocésarée).
. Lélevxoc yoperioxoroc (Seleucus, chorévêque).
. Inyäoios « Ao6oxxôäuuv (Pégase d'Arbocadama). .
. Baocovns l'ux609Aov (Bassones de Gabula).
»Áoxbixc (Arabie).
. Nixôuxyoc Bôcrouwv (Nicoma que de Bostra).
. Koploy Diixôekoaxe (Cyr de Philadelphie).
. l'evox&toz ' Ieoobvzov (Gennade d'Esbus).
. Aeunpog 258010 (Sévère de Sodome).
. Soratooc Bespsraveds (Sopater de Beritana).
Éeuñooc ALovuertôos (Sévère de Dionysias).
Mecorotaui“e (Mésopotamie).
104. 105, Eulalius de Sébaste. Euthius de Satala. Grande Arménie. 106. 107. Acritès.
Diospont. Eutychien d'Amasée. Elpidius de Comane. Héraclius de Zela.
Ilôvrou IloXsuuxxoo (Pont Polémia que).
108. 109. 110. sarée).. 112. Domnus de Trapezus.. 113. Stratophile de Pityus. Paphlagonie. 114. Philadelphe de Pompéiopolis. polis). 116. Eupsychius d'Amastris. Galatie. Marcel d'Ancyre. Dicasius de Tabia. Erecthius de GadaJuliopolis. Asie.
Avôluc (Lydie).
Douyixc (Phrygie). 138. Nonnechius de Laodicée. 139. Flaccus de Synaus.
1220 Arista que d'Arménie.
Near etes E rsée.
| 141. Pisticus d'Azana. 142. Athénodore de Do143. Paul d'Apamée.
144.. Eugène d'Eucarpias.
145. Flaccus d'Hiérapolis. Pisidie.
146. Eulalius d'Iconium.
147. Téléma que d'Hadrianopolis.
148. Hésychius de Néopolis.. 149. Eutychius de Séleucie. 150. Aranius de Limenon. 151. Tarcissius d'Apamée. 152. Patricius d'Amblada. 153. Polycarpe de Métropolis.
154. Académie de Papa. 155. Héraclius de Baris. 156, Théodore d'Usadon.
Avec (Lycie). —- 157. Eudaemon de Patare. Pamphylie.
. Maximianopolis).
| gyda).
Nowy (Les i les). 165. Euphrosinus de Rho des..166. Méliphron de Cos. 167. Stratégus de Lemnos. 168. Alétodore de Corcyre Kapixc (Carie).
Eugène d'Apollodiopolis.
NICÉE 1222
Chypre. 191. Cyrille de Paphos. 192. Gélase de Salamine. Bithynie. 193. Eusèbe de Nicomédie. 194. Théognius de Nicée. 195. Maris de Chalcédoine. 196. Cyrille de Cius. 197..Hésychius de Pruse.
198. Gorgonius d'Apollonias.
199. Georges de Pruse. 200. Euethius d'Hadriani. 201. Théophane, chorévé que. s 202. Rufus de Césarée. 203. Eulalius, chorévé que), Europe. 204. Paederos d'Héraclée. Dacie. 205. Protogenés de Sardi que. Calabre. 206. Marc de Calabre. Mésie. 207. Pistus de Marcianopolis. Afri que. 208. Cécilien de Carthage. Macédoine. saloni que).
Dardanie.
“VII. EN PLUS DES LISTES. — En plus des noms qu'on vient de lire, il faut ajouter ceux qui nous ont été conservés par d'autres sour ces.
En Égypte, 1. Paphnuce (d'Égypte), mentionné par les historiens ecclésiastiques.
Diospont, 5. Helpide d'Edesion, probablement le méme que Helpide de Comane.
Lycie, 6. Nicolas de Myre.
Isaurie, 7. Gordien, chorévé que.
Europe, 8. Marc Comeornsis ? inconnu.
L1]
1223 La liste copte donne plusieurs noms qu'on ne trouve pas ailleurs :
Égypte, 1. Gaius in Panyos. 2. apok... prao. 3. Petrus in Heracleopolr, 4, Dius in Anlaepoli. Phénicie, 23. Synodorus in Antarado. 6. Ballaus in Thersea. Syrie, 7. Heliconus in Abala. Cappadoce, 8. Paulus in Spania.
L'histoire ecclésiasti que a conservé les noms de :
1. Persa, episcopus. Eusèbe, De vita Gonstantini, l III, c. vir différent de Jean, évê que de Persa.
2, Paphnutius, episcopus. Rufin, Hist. ecc les., l. I, c. Iv ; Socrate, Hist. ecc les., l. I, c. var, n. 12.
3. Spiridion, episcopus. Rufin, op. cit., 1. I, c. v ; Socrate, Hisi. ecc les., l. Il, €. xt, n. 1.
4, GecvXc Mappaprs. Socrate, op. cii, 1. I, c. VIL n. 31.
5. ' Axégtog Tic Toy Noeuxtuxvow Üpncxsiac micxoroc. Socrate, op. cil, 1. I, c. x, n. 1.
On a relevé dans le ménologe de Basile les noms des saints qui sont cités commé ayant été présents au concile : saint Hypatius (14 nov.), saint Spyridion (12 déc.), saint Achille de Larisse (15 mai), saint Nicolas (6 déc.), saint Paphnuce (15 févr.) ; ce dernier avec cette remar que : Quae de Paphnutio olim exstabant in Basilii menologio, nunc desiderantur. Il est douteux que cette notice ait ja mais existé. Le synaxaire de Sirmond, au 15 février, se contente également de la simple mention du ménologe, et ce Paphnuce n'est pas un évé que, ni méme vraisemblablement un personnage histori que. Il est connu par la légende de sainte Euphrosyne dont il serait le père. Au 13 novembre, le méme synaxaire cite un nom qu 'il faut ajouter à l'énumération : To 66ioU muphc huv Kuvruxvob érioxéTau Ésheuxeluc Évoc cw tin Gylov mxrÉpow. De méme, au 15 janvier, saint Jacques de Nisibe.
Aux 220 noms déjà classés on ajoutera donc :
Enfin ces nd noms plus douteux :
VIII. ANCIEN TEXTE LATIN DU SYMBOLE DE NICÉE.
- Le symbole de Nicée représente le texte du symbole accepté dans l'Église de Jérusalem, mais précisé par quelques additions relatives aux matiéres controversées dans le concile. Ce symbole, que cite saint Epiphane, en 374, dans son Ancoratus, servait alors de symbole baptismal dans l'Église de Chypre. En 451, nous le retrouvons cité au concile de Chalcédoine d'aprés les actes du concile de Constantinople (381) sous le titre de 'ExÜ£c :z des 150 Pères. On le tenait alors
NICÉE
|, Rome et Constantinople, c'est-à-dire en un temps où | quent, le symbole de Constantinople avait été importé 1224 pour une recension officielle du symbole de Nicée ; c'était le vrai chemin à suivre pour aboutir à la confusion complète, laquelle ne devait pas se faire beaucoup « attendre. La tentation devait étre grande pour les copistes de corriger arbitrairement un texte trés peu différent de celui qu'ils savaient de mémoire ; tentation d'autant plus vive qu'il s'agissait moins de corrections que d'additions, le symbole de Nicée étant moins développé que le symbole de Constantinople.
A quelle date le symbole de Constantinople fut-il introduit en Occident ? Le texte latin le plus ancien recueilli par Hahn test la traduction contenue dans la collection canoni que de Denis le Petit (498-514). Kunze * fait observer que, dés l'année 494, le pape Gélase fait allusion au concile de Constantinople dont il ne pouvait guère connaitre que le symbole. Or ceci se passait pendant le premier schisme survenu entre les communications étaient interrompues ; par conséà Rome avant l'année 494.
Denis le Petit n'a pas introduit dans sa collection canoni que les symbo les de Nicée et de Constantinople. C'est entre l'épo que où cette collection fut compilée et l'épo que de son envoi à Charlemagne par le pape Hadrien, en 774 ?, que ces deux textes y furent ajoutés. Enfin A. E. Burn a entrepris la démonstration de l'existence d'une version du symbole de Constantinople antérieure à celle du pape Hadrien *. Nous résumons ici la note consacrée à cette question.
La tradition manuscrite représente six collections antérieures à Hadrien ; formes suivantes du texte :
I. Collection du diacre Théodose.
II. Collection du ms. Vatic 1322 (source du texte contenu dans la collection Quesnel). ms. Vatic. 1322 (fol. 11 b).
I. Ms. Vérone LX (38) ; vue siècle [le symbole-de Constantinople y est mis.sous.le nom du concile de Sardi que ].
II. v. Ms. Vatic. 1322 (fol. 1-25) ; vrr-vin* siècle [d'après les Ballerini plusieurs piè ces de cette collection sont plus anciennes que la version complète des Actes du concile de Chalcédoine |.
| dans l’Acfio 2 », est au fol. 28 a].
. siècle (peut-être plus ancien) [collection de Rusticus |.
E. Ms. Vienne, 411 ; rx ?-x* siècle (olim Ambras, près d'Innsbrück) [collection Hispana ; l'accord de E avec l'édition Gonzalez de 1808 est placé sous le sigle Sp.].
IV. x. Ms. Valic. 1322 (fol. 153 b) ; vr. siècle ; et M (Ambr., E. 147 sup.) [symbole d’après l' Actio Ga de la collection de Rusticus |]. f. Ms. Vatic. 1127 ; 1x* siècle (olim Angoulême) [ms. el les contiennent les quatre. | M PRES à mo 1225
NICÉE
apparenté à F, ms. Paris, fonds lafin 1451, comm. 1x* siècle ( —ms. de Saint-Maur), les leçons de f qui s'accordent avec F sont mises sous le sigle F.
T. Ms. Toulouse, 364 (I. 63) (fol. 4 a) ; VIe : Ms. d'Albi, 2 (fol. 20 a) ; 1x* siècle [appartiennent à la méme collection |].
A cette tradition manuscrite, A. E. Burn ajoute un Ms. de Vérone, LX (58) Abrenuntio Sathanae et omnibus operibus eius et omni pompae eius et omni culturae eius et omnibus angelis ejus. Et Credo in unum Deum Patrem omnipotentem factorem caeli et terrae uisibilium omnium et inuisibilium : et in unum Dominum nostrum Jesum Christum Deum verum de Deo unigenitum Filium Dei de Patre natum ante omnia saecula uerum natum non factum per quem omnia facta sunt : qui propter nos homines et propter nostram salutem descendit de caelo et carnem adsumpsit ex Spiritu sancto de Maria uirgine, homitem factum, crucifixum pro nobis sub Pontio Pilato, sepultum et surrexit post tertium diem, ascendit in caelum, sedet ad dexteram Patris, iterum venientem cum gloria iudicare uiuos et mortuos, cuius regni finis non est : in unum Spiritum sanclum, Dominum et uiuificantem, de Patre procedentem cum Patre et Filio adorandum, qui locutus est per prophetas : et in unam sanctam catholicam ecclesiam : spero resurrectionem mortuorum et uitam aeternam. Amen.
Satane ms., celi, uisiuilium, omnia, descendi celo, celum sede, gloriam fini, profetas, catholicat, re surrexionem.
Ms. Vatic. 1322 et collect. Quesnel.
' SYMBOLVM CGCXVIII ET CL Credimus in — unum Deum Patrem omnipotentem, factorem : caeli et terrae, uisibilium omnium et inuisibilium : et in unum Dominum Jesum Christum Filium Dei unicum de Patre natum ante omnia saecula* Deum verum de Deo vero, natum non factum, eiusdem substantiae qua Pater est, per quem omnia facta sunt : qui propter nos homines et propter nostram salutem descendit natus est de Spiritu Sancto et ex Maria uirgine homo factus, crucifixus pro nobis sub Pontio Pilato, sepultus [est et ] resurrexit tertia die, ascendit in caelos, sedet ad dexteram Patris, inde uenturus est cum gloria iudicare uiuos et mortuos, cuius regni finis non erit. et in Spiritum sanctum Dominum et uiuificatorem, a Patre procedentem, qui cum Patre et Filio adoratur et glorificatur, quod locutus est per prophetas : in unam catholicam at que apostolicam ecclesiam ; confitemur unum baptismum in remissionem peccatorum ; speramus resurrectionem mortuorum, uitam futuri saeculi. Amen. eiusdem substantiae n : eiusdem que Q ; — salute n ; — natus n - incarnatus Q (fortasse recie) ; — de : ex II, et ex Maria n - in Maria (om. et) Q ; — sepultus est et resurrexil n : sepultus resurrexit Q ; — in caelos n : ad caelos 1226 manuscrit de Cambridge, University Library, Gg. 5.35, du 1x° siècle, provenant de S. Augustins Abbey. Ce manuscrit contient Ie dernier texte en grec et en latin, ainsi que la traduction de Denis le Petit de l'édition du pape Hadrien (mis sous la lettre H). Enfin Burn utilise le Constitulum du pape Vigile (553) (sous le sigle Vig.) qui, d'aprés Kunze, donne un texte ancien.
EXPO-
TEXTE CORRIGÉ :
Credimus in unum Deum Patrem omnipotentem, factorem caeli et terrae, uisibilium omnium et inuisibilium : et in unum Dominum Jesum Christum Filium Dei unigenitum, ex Patre natum ante omnia saecula, Deum ex Deo, lumen ex lumine, Deum uerum ex Deo uero, natum non factum, homousion Patri hoc est eiusdem cum Patre substantiae, per quem omnia facta sunt ; qui propler nos et propter nostram salutem descendit et incarnatus est de Spiritu sancto et Maria uirgine, homo fectus, et passus est sub Pontio Pilato et sepultus, tertia die resurrexit , ascendit in caelos, sedet ad dexteram Patris, iterum uenturus in gloria iudicare uiuos et mortuos, cuius regni non erit finis : et in Spiritum sanctum Dominum et uiuificatorem, ex Patre procedentem, cum Patre et Filio conglorificandum, qui locutus est per prophetas : in unam catholicam et apostolicam ecclesiam ; confitemur unum baptisma in remissionem peccatorum ; expectamus re surrectionem mortuorum, uitam futuri saeculi. Amen.
Symbolum eorundem sanctorum cL Patrum apud Constantinopolim institulum Sp. ( praem. Incipit E) — inuisibilium : + conditorem Sp. ; — homousion M : omousion N omoeusion E ; —— facta sunt + que in caelo et in terra Version de Rusticus : Actio 6^
ÎITERVM SYMBOLVM CL
Credimus in unum Deum Patrem omnipotentem, factorem caeli et terrae, uisibilium omnium et inuisibilium : et in unum Dominum Jesum Christum Filium Dei unigenitum, natum ex Patre ante omnia saecula* Deum uerum de Deo uero, natum non factum, consubstantialem Patri per quem omnia facta sunt ; qui propter nos homines et salutem nostram descendit et incarnatus est de Spiritu sancto et Maria uirgine, et humanatus estet crucifixus est pro nohis sub Pontio Pilato, et sepultus est et re surrexit tertia die, ascendit in caelos, sedet ad dexteram Patris, iterum uenturus : [est]. cum.gloria iudicare uiuos et mortuos, cuius regni non erit finis : eb in Spiritum sanctum Dominum et uiuificantem ex Patre prccedentem, cum Patre et Filio adorandum et conglcrificandum, qui locutus est per sanctos prophetas : in unam catholicam et apostolicam ecclesiam confitemur unum baptisma in remissionem peccatorum : expectamus resurrectionem mortuorum [et] uitam futuri saeculi. Amen.
Lierum : Item M ; idem et CL sanctorum. patrum qui Constantinopolim | congregali sunt F ; expositio fidei CL sanctorum [+ Patrum À*] qui Constantinopolim congregati sunt T ; — credo cani. : — omnium : om. T : — in om T ; — 1227 Ms. de Vérone, LX (535) Ms. Vatic. 1322 et collect.. Quesnel.
SVMBOLVM CCCXV III ET GL
Q : sedit n II ; — inde Q : unde n ; -— est : om n ; — et mortuos n : ac mortuos Q : — finis non erit n II : tr non erit finis Ballerini ; — jn spu sco n ; — et (anie uiuificatorem) n II : ac Ballerini ; —- qui : praem. et n ; — adhoratur n ; — quod n II (cum Graeco) : qui Ballerini ; — in remissione IT. Maria uirgine SP. : — sub Vig. ; — pro nobis : propPontio : sup Pontio N ; — ter nos F : — sup N ; — et sepultus MN : sepultus Pilato : --passus cant. ; — Sp. ;— ascindit N ; — Padie : + secündum scriptutris : praem. Dei duo mss. ras caní. ; — ascindit N ; (Gonzalez) ; — iterum — in : ad T ; — caelo N MN : inde Sp. ; — in gloria caelum H caní. ; sedit N MN : cum gloria Sp. ; et Vig., cant. (praem. et (ante in) M. Gonzalez : creVíg.) ; — iterum : praem. dimus E ; om. N ; — Doet F caní. ;; — est : om minum et uiuificatorem MFTH Vig. ; —- quuius MNE duo mss. (Gonzalez) : M ; tr finis non erit T ; — Dominum et uiuificantem — uiuificatorem P : — qui ex unum ms.(Gonzalez), DoPatre Filio que procedit minum uiuificatorem quacaní. ; — qui cum Patre et luor mss. (Gonzalez) ; —ex Filio simul adoratur et Patre : + et Filio (Gonzaconglorificatur cant. ; — lez) : — procidentem N ; — Patrem jf ; — coadoranconglorificandum ME : dum et glorificandum cumglorificantednm N, Vig. ; — loquutus MT ; — glorificandum (Gonzalez) ; sanctos : om jf cant. ; — — loquutus M ; — catoliin :et H cant. et in Vig. ; — cam M (corr. m p.) ; et unam : + sanctam H MN ; at que Bp. : — eclecant ; — confiteor A siam M ; — remissione M. /corr. m p) ; — apostholicam M ; — baptismà T, baptismam À ; — inremissione T cant. ; — expectamus : speramus Vig. et tione mortuorun T ; — et : om MT ; — futuri f.
NICÉE
e- — MÀ —
EXPO-
E, quae in caelo et quae in terra duo mss. (Gonzalez) : — propter nos et nostram salutem N : propter nostram salutem M propter nos et propter nostram salutem (/r. salutem nostram E) Sp. ; — discindit N ; — incarnatus : 4et homo factus est M* ; — et Maria uirgine MN : ex
IX. BIBLIOGRAPHIE. — Conciliorum quatuor generalium Nicæni, Constantinopolitani, Ephesini et Calcedonensis, quae divus Gregorius Magnus lanquam quatuor evangelia colit ac veneratur, 2 vol. in-8°, Parisiis,
cilium primum generale in IV libros dislinctum, quorum I, continet quæ concilium praecesserunt ; II, acta in concilis ; III, decreta concilii, scil. 80 canones ex arabico codice et 8vxczomG etc ex græco descriptos ; IV, ea quie canonum constitutionem subsecuta sunt ; apposuit SS. Patrum testimonia..., in-8°, Dilingæ, 1572 ; editio auctior, in-89, Coloniæ, 1581. — Math. Berg, Narratio Version de Rusticus : Actio 6*
[TERVM SYMBOLVM CL
unigenitum : om. TH ; — omnia : om. M ; — et (ante salutem) : cant. tr nostram salutem F cant, ; — discindit N : +de caelis H cant. ; — et (anle Maria) : ex H ; — et humanatus (in humanatus T) est et : et homo factus est cant. ; — est (post humanatus) : om. de synodo Nicæna, versibus erposila, s. ]. n. d. — Baronius, Anna les ecclesiastici, 1590, ad ann. 325, n. 1-76, 91-198 ; cf. Pagi, Critica, 1689, ad ann. 314, n. 17-18 ;
Zchellensis, Concilii Nicæni praefatio, una cum filulis el argumentis canonum ac constitutionem ejusdem, qui hactenus apud Orienta les naliones extant, nunc primum ex arabica lingua latine redditi et notis illustrati, in-89, Parisiis, 1645. — J. Launoius [J. de + propter F - 1229
NICÉE
1230 | pom Rom und die allen Patriarchalkirchen ; ein Beitrag 1231 Nicée sur l'épo que de la Pâ que, dans Revue bénédictine,
NICÉE — NICOMÈDE (CIMETIÈRE DE)
siæ occidentalis monumenta juris antiquissima, cano- ~ | Niküa, dans Theologische Literaturzeitung, t. XXXIII,
H. LECLERCO.
NICOMÈDE (CIMETIÈRE DE). — Le cimetière de Nicomède, situé sur la voie Nomentane, nous amène aux origines de l'ére chrétienne, sous le règne de Domitien, vers la fin du r* siècle, lors que le prêtre Nicomède ! fut martyrisé et enterré dans le domaine d'un chrétien nommé Justus, prés du mur d'enceinte de Rome, s'il faut en croire ses actes : in horto Justi prope muros urbis.
L'ancienne entrée du cimetière de Nicomède * fut | retrouvée par la Commissione di archeologia sacra en 12333 u e
E 1233
TPE
de Prétextat. Cette galerie mesure 50 metres de longueur sur 2 mètres de largeur, elle est entiérement revétue d'une muraille soutenue par des arcs assez hauts et de construction ancienne et soignée ; sa profondeur sous la surface du sol est de 16 métres.
Au fond de la galerie, là où on pouvait supposer l'existence de la crypte histori que, on a retrouvé un puits ancien creusé dans le but de servir de collecteur aux e aux des infiltrations qui, au moyen d'une conduite faite d'une série d'amphores emboitées l une dans l'autre, transportaient ces e aux dans un arénaire voisin.
L'exploration compléte du petit hypogée porte à croire que la crypte du martyr éponyme du lieu fut un petit cubicule creusé au pied de l'escalier d'entrée, où on a trouvé dans la terre de nombreux débris d'une décoration en marbre dont quelques vestiges se voient encore sur les parois. Dans ce cubicule sont pratiqués trois arcosolia et dans celui qui se trouve à droite, en entrant, aprés lavage de l'enduit, on a pu lire ce graffite ancien :
FAMVLLE X
Famule Christi, acclamation adressée probablement au martyr et à proximité de son tombeau.
Outre l'exploration de la petite catacombe, on a fait attacher aux parois toutes les inscriptions trouvées en 1865, parmi lesquel les il s'en trouvait une, aujour d'hui perdue, que J.-B. De Hossi publia pour la premiére fois et dans laquelle il est question d'une tombe accordée à ceux qui professent la méme religion que le propriétaire de la catacombe.
MONVMENTVM VALER ! M
Cette inscription ne porte aucun symbole chrétien, elle est cependant chrétienne, comme le montre la prévision concernant les affranchis ad religionem pertinentes meam, formule inconnue aux paiens qui ne songeaient pas à désigner leur culte idolâtri que sous le nom de religio mea. Ce qui favorise ici le caractére chrétien de l'inscription, ce n'est pas une formule ou un symbole chrétien, c'est l'absence de tout ce qui pourrait être pris pour une allusion au paganisme.
Parmi les inscriptions les plus anciennes du cimetière quelques-unes sont grecques. J.-B. De Rossi en avail trouvé trois fragments ayant appartenu, selon lui, aux trois arco :olia de la crypte. Il a pu lire à la dernière ligne d'un de ces fragments : KATENANTI TOY ITATFOC, ce qui indiquerait un fils ou une fille enterré prés de son père ; à la première ligne :... KATIANI... qu'on pourrait compléter ainsi KATIANIXXX. A l'aide d'autres fragments, on peut restituer l'épitaphe de KATIANIAAA. Ainsi, dans le cubicule souterrain, auraient peut-étre reposé Catianilla, son fils ou sa fille dans une tombe préparée par le mari de Catianilla. Le cognomen de cette matrone pourrait dériver du gentilice Catius et nous trouvons le nom des Catius, nob les et chrétiens au ru siècle, dans la crypte de Lucine.
NICOMEDE (CIMETIÈRE DE) 1234
| | Th Un peu plus loin que le cubicule en question, dans la grande galerie, on a pu lire le nom d'une Catia tracé sur la ch aux qui recouvrait une bri que de cette facon :
VIKL MARC ATIE
VI, kalendas marlias CGatiæ. On peut donc induire qu'une matrone de la famille des Catius et son mari, dont le nom est inconnu, s'étaient préparé une tombe dans cette cry pte dont ils étaient probablement les propriétaires. Qui sait si ce mari inconnu ne serait pas le Justus dont il question dans les actes de Nicomede ?
Parmi les fragments portant des lettres grecques recueillis dans ce cubicule, il s'en trouve de minuscu les qui permettent cependant de reconstituer deux lignes :
A la première ligne, nous lisons pres KatiavwAn, ce qui n'a plus besoin d'explication, Ft final indi que le datif, particularité uni que entre des centaines d'inscriptions cémétéria les.
Devant le mot ur pt, nous voyons un c qui pourrait ètre la dernière lettre du mot duéurto ou &etutivrioco ou quel que autre de méme signification, ou encore une phrase dans ce genre : yAvxurérn év Xpror@ que nous rencontrons assez fréquemment dans les inscriptions cémétéria les.
La deuxième ligne est d'une explication plus difficile, on y lit :... xxi spyororotw. Qu'est-ce à dire ? Peut-être tout simplement £zyozou » en mettant au compte du lapicide le redoublement de la syllabe zo ». Le mot Zpyoxow » est une épithète qu'on peut appliquer à une matrone chrétienne avec le sens de operosa, laboriosa, et on sait que le christianisme a réhabilité le travail et stigmatisé la paresse. Nous en avons d'autres exemp les ; un mari fait graver sur l'épitaphe de sa femme : amatrix pauperorum et operaria !.
Enfin les quatre dernières lettres de cette seconde ligne donnent le mot zoyo qui est incomplet et qu'il faut suppléer avec une déclinaison du verbe e5yopat, « prier » Or nous lisons sur des inscriptions grecques : zuyou urep nuev, * prie pour nous ». | Cette basili que extra muros de Nicoméde ne doit pas être confondue avec le « titre » de Nicomède, église paroissiale urbaine qui est mentionnée dans les souscriptions du Ier concile romain du pape Symma que et dans l'inscription suivante, antérieure au vit siècle,
1235 NICOMÈDE (CIMETIÈRE DE) — NICOMÉDIE 1236
placée sur l'ambon de l'évangile à Saint-Laurent-horsles-Murs ! : hic p {OSITVS EST - VICTOR - PRAESB rs TITVLI NICOME dis
XII-KALDECEME-
CET E
ET MS. V DEPOSITA XVI * KAL-FBR :
CONS
MAGNOMAXIMO :AVGVSTO PATER :CELESTINVS : FECIT ET-CVM :MARITO-F :MENS :XI -
R. Fabretti a lu et transcrit l'épitaphe d'un prêtre qui avait parcouru ferra mari que pro nomine Christi ? et celle d'une certaine Aurelia Marciana cives Pannonia faite par le mari et la fille survivants . Ces épitaphes se rapportent à différentes époques. Le grand sarcophage de 388 ornait probablement le porti que de l'oratoire qui surmontait là catacombe ; il doit étre contemporain de l'épitaphe du prétre Victor que nous citerons plus loin, tandis que celle d' Aurelia Marciana, précédée du sigle paien D. M. €. est certainement plus ancienne et assez semblable à cel les des soldats prétoriens au nombre desquels se trouvaient de nombreux Pannoniens et dans le voisinage desquels on se trouvait puis que leur camp était proche de la voie NomenLane. Avec ces monuments s'accordent trés bien ceux qui furent trouvés dans les fouil les de 1864-1865, en parLiculier ce fragment qui rappelle un soldat des cohortes preetorianie * :
-....1ISIVS MILIX COHS
e NSTVS FRTER FRATRI sus EMERENTI IOSVIT : QVIV ENDA ANNIS XXX IN PACE
Peut-étre nous trouvons-nous ici en présence d'un hvpogée avec son vestibule appartenant aux prétoriens chrétiens. Comme cette troupe fut abolie par Constantin, on en devrait conclure que ces monuments remontent au irr siècle ; ce serait un nouveau témoignage de la présence des soldats chrétiens dans les armées romaines avant la paix de l'Église (voir Diclionn., t. xr, au mot MILITARISME).
Terminons par un graflite daté de 287 :
-DIOCLETIANO MAXIMIANO coss V KAL...
| préparation de Védit. IIT. La destruction de l'église, IV. Les dispositions de l'édit. V. L'affichage. VI. L'incendie du palais. VII. Les suppli ces. VIII. Jusqu'à l'abdication de Dioclétien. IX. L'édit de Galére,. X. La lettre de Maximin Daia. XI. L'édit de Licinius.
I. AVANT LA PERSÉCUTION. — La longue période de tolérance dont les chrétiens avaient joui entre la mort de Septime-Sévére (211) et la mort de Philippe l'Arabe (249) avait favorisé l'expansion de la foi chrétienne et — les manifestations monumenta les de ce progrès. Des églises nombreuses avaient été bâties. Origène parle de rassemblements importants qui s’y faisaient. La persécution de Déce (voir ce nom), rapide et violente, se tourna vers les individus, Valérien s'attaqua surtout au clergé et disparut vite ; ainsi la seconde moitié du té siècle, sans être peut-être aussi favorable que la premiere moitié, avait dà accroitre le nombre des chrétiens et des basiliques ou oratoires, Ce fut aprés un siécle d'une sorte de prospérité interrompue par des crises espacées que s'ouvrit le rv ? siècle, destiné à voir
| des choses si extrémes : la derniére persécution et le triomphe de l'Église.
En 302, Dioclétien fit un long séjour en Orient , principalement à Antioche . Il y vivait dans son palais entouré de chrétiens appartenant les uns à la domesticité, les autres aux fonctions officiel les. Parmi eux, il s'en trouvait que leur charge obligeait d'escorter l'empereur lorsqu'il assistait à des sacrifi ces auxquels ils se considéraient comme étrangers. Peut-étre laissaient-ils trop voir leur dédain ou leur dégoût, au point de froisser les prêtres patens. Il arriva un jour qu'un sacrifice fut troublé et ne donna pas les résultats escomptés ; le chef des haruspi ces, Tagis , s'en prit aux chrétiens de la suite impériale qui, peut-être, avaient fait le signe de la croix ; il imputa à leur attitude le silence des dieux. Dioclétien ordonna de faire sacrifier tous ses serviteurs sous peine de subir la flagellation en cas de refus 1, Tel fut le commencement de ces mesures qu'on a appelé l’« épuration de l'armée », Tous durent s'y soumettre sous peine d’exclusion !t ; mais l'ordre fut appliqué avec modération par les officiers des légions d'Asie ; il n'y eut pas de sang répandu, mais seu les l'exclusion ou la dégradation furent prononcées. La colère de Dioclétien s'arrêta là. Hactenus furor ejus el ira processit, dit Lactance, nec amplius quicquam contra legem aut religionem Dei fecit !, Aprés cette premiére mesure, les chrétiens pouvaient se tenir en garde contre de nouvel les violen ces et, vers la fin de l'automne, Dioclétien quitta Antioche et se rendit à Nicomédie pour y passer l'hiver.
BecmeÉRS CL empereur, toute de douceur et d'aflection, ne pouvait lutter contre la violence à peine contenue de Galére, à qui ses titres de césar et de gendre donnaient toutes les occasions souhaitées d'effrayer et d'entrainer Dioclétien. « Lactance ne le dit pas, mais on peut soupconner quil y eut ici un conflit d'influen ces féminines. Les princesses de Nicomédie étaient chrétiennes ou favorab les aux chrétiens ; c'en était assez pour que le gynécée rival voulüt mal de mort au christianisme !. » Ce gynécée rival se groupait autour d'une paysanne fanati que, mère du césar Galère, qu'elle poussait aux mesures violentes. Il n'y était que trop disposé, mais Dioclétien résistait. « A quoi bon, disait-il, mettre le trouble partout, verser des torrents de sang ? Les chrétiens n'ont pas peur de la mort. Il suffit d'empécher les soldats et les gens du palais de suivre leur religion ©. » Mais Galére revenait cha que jour à la charge. Leurs rencontres étaient tenues secrétes ? et ceux qui voyaient les deux maitres du monde s'enfermer sans témoins les croyaient occupés des plus graves intérêts de l'État . Fatigué d'une lutte où il avait le pressentiment d’être vaincu, Dioclétien proposa la convocation d'un conseil d'amis, de fonctionnaires civils et militaires ? qui porteraient avec lui l'odieux d'une mesure qu'au besoin il rejetterait sur eux seuls. Galére consentit ; il savait qu'en pareille circonstance la violence sait imposer aux indécis. Le résultat prévu arriva. Chacun parla d'aprés son rang ou son grade . Plusieurs partageaient les haines de Galére, césar aujour d'hui, auguste demain, qu'ils voulaient ménager et flatter. Le plus passionné en faveur de la persécution était Hiéroclés ; parmi les autres, tous n'étaient pas des monstres, mais il s'en trouvait sans doute qui saisissaient l'occasion de se venger de riv aux et de concurrents à qui ils fermaient l'accès des carrières publiques. D'autres consentirent par lâcheté à tout ce qu'on proposa .
Dioclétien n'était pas persuadé, il chercha à temporiser et décida d'envoyer un haruspice à Milet pour consulter l'oracle d'Apollon Didyméen. Celui-ci répondit en ennemi de notre divine religion *, dit Lactance ; mais nous devons à Constantin des souvenirs et des détails plus précis. Par l'intermédiaire de la pythonisse, l'oracle se plaignit d'étre réduit à l'impuissance par les justes qui répandus sur la terre empéchaient la révélation de l'avenir'^, Cette réponse ambigué, rapportée à Dioclétien, lui parut claire et, pour plus de sûreté, il interrogea son entourage. Tous s'accordérent à reconnaitre les chrétiens dans les justes dénoncés par Apollon et le vieil empereur ne douta plus. Il avala ces paro les comme du miel, dit Constantin, et il céda, mais pas encore tout à fait, car Galère voulait que tous les chrétiens qui refuscraient le sacrifice fussent brülés . vifs. Dioclétien voulut que le sang ne coulât point et, pour un moment, sa volonté prévalut ! !, repente adhuc dubia luce ad ecclesiam. priefectus cum ducibus ,
NICOMÉDIE | 1238
Mais une autre volonté, plus ferme et plus rusée que la sienne, préparait la voie aux violen ces.
III. LA DESTRUCTION DE L'ÉGLISE. — On fit choix, dit Lactance, d'un jour convenable et de bon augure. Le calendrier romain assignait au vir des calen des de mars (23 févr.) la célébration des Terminalia où l'on fétait les limites des champs par des sacrifi ces à Jupiter Terminus ! ; cette date paraissait symboli que de la religion chrétienne arrivée à son terme ? ?, « Dès le point du jour, à la lumiére encore douteuse du crépuscule, une troupe armée se mit en marche : le préfet du prétoire la commandait, accompagné de chefs supérieurs et de tribuns, comme pour une expédition militaire ; des agents du fisc suivaient, car il s'agissait aussi d'un acte de confiscation et de pillage régulier '. On arrive à la principale église. Les portes sont arrachées ? : les soldats se répandent dans le saint lieu, cherchant, disent-ils, la statue du dieu des chrétiens ', Cette vaine recherche les conduisit à la trib une absidale, sur laquelle s'ouvraient les armoires ou chambres destinées à contenir d'un cóté les vases sacrés, de l'autre les saintes Écritures, les livres liturgiques, les ouvrages composant la bibliothè que de l'église, Ils jetèrent au feu tous les manuscrits et se partagèrent les objets précieux 15, « La basili que était remplie de soldats et d'employés, pillant, s'agitant, courant cà et 1à ! ?, Durant cette scène. de désordre, les deux empereurs se tenaient à une fenétre du palais, d'oü ils apercevaient l'édifice chrétien, construit sur une hauteur. Longtemps, ils délibérérent sur son sort. Galère, toujours porté aux mesures extrémes, voulait qu'on le brülàt . Dioclétien résistait, craignant que de l'église l'incendie se communiquát aux maisons contigués, et que tout un quartier de Nicomédie, plein de grands et be aux monuments !, périt avec elle . Enfin, son avis prévalut : on se contenta d'envoyer une escouade de prétoriens chargés de la démolir. Ils s'avancérent en ordre de bataille, la hache et les outils à la main, investirent l'église et, avec ladresse des soldats romains exercés à tous les trav aux, commencèrent à renverser les murail les. En peu d'heures, la haute cathédrale fut rasée , » 1239 et privés du droit d'intenter auc une action devant les tribun aux, méme pour injure, adultére ou vol !, Les fide les de condition modeste, qui permer pierit d'abjurer, cesseraient inünedisienie nk d'être libres ? enfin, les esclaves perdraient tout espoir d’ ein affranchis .
NICOMÉDIE
TEXTE CORRIGÉ :
: Quand même la passion aurait ici égaré l'historien, il ne se trompe pas en nous montrant le haineux et perfide césar profitant avec habileté d'un événement qui avait porté la terreur jusqu'au fond de l'âme de son timide collègue. Si Galère n'alluma pas le feu, il le fit si bien servir à ses vues, qu'on serait excusable de l'avoir soupçonné !*, » « Le palais, s'écriait-il devant les murs embrasés, le palais est rempli d'eunuques chrétiens ; ils ont voulu payer par le crime la confiance aveugle que leur montrait Dioclétien ; un complot a été formé entre eux et leurs coreligionnaires du dehors ; grâce à cet accord scélérat, deux empereurs ont failli périr dans les flammes ! Les chrétiens ont enfin paru ce qu'ils sont en effet : des ennemis « Hubs žo, » « Cette fois, 4241 Dioclétien perdit toute mesure et se détermina, ainsi qu'on l'a dit ?, à recommencer Néron. » Il fit mettre ses gens à la torture dont il présidait en personne les hideuses exhibitions ; assis sur une chaise, il regardait brûler ses serviteurs. Tous les juges, tous ceux qui détenaient une part de pouvoir limitaient. C'était à qui découvrirait un indice, mais bien inutilement puis que Galère avait eu soin de dérober ses propres serviteurs à tout interrogatoire, Cependant, il ne laissait pas à la colère de Dioclétien le loisir de se calmer ; mais les poursuites ne donnant rien, il faudrait abandonner l'accusation. Alors, quinze jours plus tard, éclata un nouvel incendie qu'on prévint à temps et toujours sans découvrir l'auteur. Quoiqu'on fût au cœur de l'hiver, le césar avait fait ses préparatifs de départ, il quitta le jour même Nicomédie, prétextant la crainte d'être brûlé vif. Ce brusque départ pouvait avoir un autre motif ; c'était une façon de soustraire ses officiers et ses serviteurs à la nouvelle enquête qui eût pu révéler plus de choses qu'on n'en voulait savoir, La colère de Dioclétien ne connut plus de bornes. Sa femme Prisca et sa fille Valeria, épouse délaissée de Galère, furent contraintes de se souiller par un sacrifice ?, car il ne s'agissait plus d'incendie mais de religion, l'enquête portait non sur la participation au crime, mais sur la croyance : ceux qui renieraient le Christ seraient réputés absous du délit d'incendie. Il semblait qu'on fut revenu à la persécution de l'an 64.
VII. Les SUPPLICES. — Les supplices infligés furent à peine moins atroces que ceux imaginés par Néron. « Nous ne rappellerons, dit Eusèbe *, que pour un seul quelle fut la fin de sa vie et nous laisserons voir par là ce qui est arrivé aux autres.
« On en fit comparaître un à Nicomédie, devant les princes, et on lui ordonna de sacrifier ; comme il refusait, on commanda de l'élever tout nu en l'air et avec des fouets de lui déchirer tout le corps jusqu'à ce que, vaincu, il fût contraint de faire ce qui était ordonné. Comme il souffrait cela sans être ébranlé, on se mit alors à arroser ses os mis à nu avec du vinaigre mélangé de sel et on en versa sur les parties de son corps complètement meurtries ; il méprisa encore ces souffrances ; alors on traîna un gril et du feu, et comme on fait pour les viandes qu'on veut manger, on exposa ce qui restait de son corps à la flamme, non pas d'une façon brutale, de peur qu'il ne mourût rapidement, mais afin qu'il pérît petit à petit. Ceux qui l'avaient placé sur le foyer n'avaient pas l'autorisation de le délier avant qu'il n'eût, après de telles souffrances, fait signe qu'il consentait à ce qui était ordonné. Mais il garda sa résolution, sans lâcher prise, et vainqueur dans ces tortures il rendit l'âme. Tel fut le martyre de l'un des serviteurs impériaux ; il était bien réellement digne de son nom : il s'appelait Pierre.
« Les supplices des autres ne furent eux aussi pas moindres ; pour faire l'épargne d'un récit qui leur soit proportionné, nous les laisserons et nous dirons seulement que Dorothée et Gorgonius, ainsi que beaucoup d'autres de la domesticité impériale, après des combats multiples, perdirent la vie par la strangulation et remportèrent les prix de la divine victoire.
NICOMÉDIE 1249
Égorgés par le glaive, les autres mis à mort par le feu, et on raconte qu'emportés par un zèle divin et indicible, des hommes et des femmes s'élancèrent dans le bûcher ; les bourreaux en lièrent une foule d'autres sur des barques et les précipitèrent dans les abîmes de la mer. Les serviteurs impériaux, après leur mort, avaient été confiés à la terre avec les honneurs qui convenaient ; on revint encore les exhumer pour les jeter à la mer. Ceux qu'on regardait comme les maîtres estimaient qu'il le fallait, de peur que, s'ils reposaient dans des tombes, certains ne vinssent à les adorer et ne les tinssent pour des dieux, ainsi du moins qu'ils pensaient. Tels furent les événements accomplis à Nicomédie au commencement de la persécution. » On ne sait ce qui restait de la population chrétienne de Nicomédie ; elle était, sans doute, fort diminuée mais non entièrement détruite, « Lactance rapporte que des autels furent placés dans les prétoires, afin que les juges pussent s'assurer de la religion des plaideurs *, Cette mesure, si tyrannique qu'elle soit, montre qu'on revint après quelque temps à l'application régulière de l'édit, qui frappait les chrétiens de mort civile et non de mort sanglante : quand un plaideur, avant d'exposer son procès, refusait de brûler de l'encens, le juge le renvoyait de l'audience en vertu de la clause qui retirait aux chrétiens le droit d'ester en justice. Il restait donc encore de ceux-ci à Nicomédie, après les affreux massacres auxquels le second incendie du palais servit de prétexte ?.
VIII Jusqu'à l'ABDICATION DE DIOCLÉTIEN. — Lactance remplissait alors des fonctions rétribuées à Nicomédie ou Dioclétien lui avait confié une chaire de rhétorique. Il se trouvait bien placé pour assister au supplice ou pour recueillir les récits qu'on colportait de l'héroïsme des chrétiens ; son âme fut touchée, son cœur fut ému. Ah le beau spectacle pour Dieu de voir attaché à ton char non des chevaux blancs ou des éléphants monstrueux, mais les triomphateurs eux-mêmes ! Triomphe des triomphateurs, voilà bien le vrai triomphe. Tu les as vaincus lors que, méprisant leurs ordonnances scélérates, tu as mis en déroute tous les vains appareils d'une puissance tyrannique. Les coups, les ongles de fer, le fer, le feu, tous les tourments ont été inutiles contre ta foi et ta piété. Voilà le véritable disciple de Dieu, le vrai soldat du Christ, dont nul ennemi ne triomphe, que nul ravisseur ne dérobe, que nul piège ne trompe, nulle douleur ne terrasse, nul tourment ne désarme, Enfin, après ces neuf victoires sur Satan, celui-ci n'a plus où s'attaquer à toi dont il avait reconnu par tant d'engagements ne pouvoir triompher. Lors que la couronne du triomphe t'attendait, il refusa le combat, afin de te priver de la victoire. Si tu n'en jouis pas maintenant, Dieu te la réserve dans son royaume telle que te l'ont valu ta vaillance et tes mérites !, » Il est permis de penser que l'amitié qui s'exprime sous une forme si vive ne fut pas indifférente dans la conversion de Lactance.
Le 17 septembre, Dioclétien célébrait ses vicennalia qu'il retarda de deux mois (20 nov.) pour en faire la solennité à Rome. Vers la fin de l'été 304 on le vit reparaitre à Nicomédie, de plus en plus malade et affaibli, et abandonnant en fait le gouvernement de l'empire à Galère et à Maximien Hercule. De chute en chute, Dioclétien en était venu à n'être qu'un embarras avec lequel on jugea nécessaire d'en finir. Le 1er mai 305, il abdiqua en public, dans une parade militaire tenue à trois milles de Nicomédie (voir Dictionn., t. x, col. 2752-2756).
IX. L'ÉDIT DE GALÈRE, — Nicomédie avait vu le début de la persécution en 303 ; elle allait en voir le terme légal. En 310, Galère fut atteint d'une maladie répugnante et infecte sur l'issue de laquelle il ne put garder de longues illusions. Se sentant perdu, il pensa traiter avec le dieu des chrétiens comme avec les divinités païennes et obtenir peut-être le pardon par un aveu hypocrite de sa défaite. Lactance en a laissé le texte latin ?, qu'Eusèbe a traduit en grec *, Ce document fut publié sous les noms de Galère, de Constantin et de Licinius ; rédigé en 310, il fut affiché à Nicomédie le 30 avril 311, où Lactance le lut et le copia :
rien contre la discipline. Par une autre lettre, nous informerons les magistrats des régles qu'ils doivent suivre. En retour de notre indulgence, ils devront prier leur Dieu pour notre salut, pour celui de l'État et pour le leur propre, afin que, partout, la république soit prospère et qu'eux-mêmes puissent vivre tranquillement dans leurs demeures. » X. LA LETTRE DE MAXIMIN Data. — Le nom de Maxence ne figurait pas en tête du document qu'on vient de lire parce que Galère refusait de reconnaître son autorité : celui de Maximin Daia non plus. Celui-ci gouvernait la Cilicie, la Syrie et l'Égypte et ne voulait sans doute pas paraître s'inspirer de ses collègues, Il se contenta de faire parvenir au préfet du prétoire et au vicaire du diocèse d'Orient l'ordre verbal de cesser la persécution. Eusèbe a conservé la lettre adressée par Maximin Daia au préfet du prétoire Sabinus ; on y lit .. : lors que quelques détails relatifs à Nicomédie 5 : l'année dernière j'arrivais heureusement à Nicomédie et que j'y prolongeais mon séjour, des citoyens de cette — | ville vinrent à moi avec les statues des dieux pour demander avec instance que de toute manière il ne fût jamais permis à un pareil peuple [les chrétiens] d'habiter leur patrie. Cependant, comme je savais qu'un grand nombre de sectateurs de cette religion habitaient | ces contrées, je répondis à leur requête que leur demande me causait bien de la joie, mais que je ne | voyais pas que cela fût réclamé par tous ; que, si certains persévéraient dans cette superstition, dans ce cas ils gardassent chacun sa préférence, et que, s'ils le 1244 voulaient, ils reconnussent le culte des dieux. Mais aux anciens empereurs avaient observé la même conduite et qu'aux dieux eux-mêmes par qui subsistent tous les hommes et le gouvernement lui-même des affaires publiques, il me plaisait que je confirmasse une telle requête qu'ils m'apportaient en faveur du culte de. cette divinité... » On voit qu'après dix années de persécution la situation des chrétiens à Nicomédie restait précaire. Aussi, sans ajouter une créance complète au récit dont nous allons parler, il n'est pas possible de le passer sous silence. On pourrait croire que les faits se rapportent à la visite dont parle Maximin, mais ils sont un peu antérieurs et concernent Galère qui, depuis l'abdication de Dioclétien, avait fait de Nicomédie sa résidence. Le tableau tracé dans la Passion de saint Hadrien est celui de la ville pendant une dizaine d'années (303-313). « Le tyran Maximin (Galère) avait résolu pour la seconde fois [en 306] de persécuter les disciples du Christ. Il entra bientôt à Nicomédie dans le dessein de faire périr tous les fidèles, et, s'étant rendu d'abord dans un temple des dieux, il leur offrit des sacrifices et ordonna que tous les citoyens de la ville fissent aussi leurs offrandes. Aussitôt le peuple s'empressa de toutes parts pour obéir à ce commandement impie. Cette ville était très adonnée au culte des idoles et tous les habitants sacrifiaient à l'envi dans les rues, sur les places publiques, dans l'intérieur des maisons, au point que l'odeur et la fumée de ces nombreux sacrifices remplissaient tous les lieux environnants. Des crieurs publics parcouraient aussi tous les quartiers de la ville, proclamant à haute voix que tous les citoyens devaient, par l'ordre des empereurs, offrir des sacrifices et des libations aux idoles et que les chrétiens qui seraient découverts allaient être livrés aux flammes *. Plusieurs personnages de distinction furent ensuite désignés pour visiter toutes les maisons, avec ordre, s'ils découvraient quelques disciples du Christ, hommes ou femmes, de les amener devant le tribunal du juge, afin qu'on pût les soumettre aux plus affreux supplices. D'autres envoyés de l'empereur répandaient l'argent à pleines mains pour engager les habitants de Nicomédie à dénoncer les chrétiens et à les livrer aux bourreaux. Alors on vit les voisins, les amis, les parents se dénoncer mutuellement, entraînés les uns par l'appât des récompenses, les autres par la crainte du supplice, des châtiments terribles ayant été annoncés contre ceux qui cacheraient les chrétiens 1. » Il s'en faut de beaucoup, malheureusement, qu'on puisse ajouter foi à différentes pièces recueillies dans les Acta sanctorum mais que nous croyons utile néanmoins de mentionner : qués. Non content de publier les articles de loi qui en réglaient minutieusement la restitution, il exhortait de vive voix les fidèles à reprendre leur vie de communauté, que la peur de Maximin avait suspendue ; et déjà les ouvriers se mettaient à l'œuvre pour relever de ses ruines la cathédrale de Nicomédie rasée par les prétoriens en 3035, » H. LECLERCO. NICOPOLIS. — I. Emmaüs-Nicopolis, II. Le nom. III. L'étymologie. IV. Avant l'ére chrétienne.
V. Situation. VI. Emmaüs dans l'Évangile. VII. Romains, Juifs, Samaritains. VIII. Juifs Africain et Nicopolis. IX. Nicopolis sous Constantin. X. Nicopolis sous Julien. XI. Nicopolis jusqu'au vire siècle. XII. Liste épiscopale. XIII. Historique des fouilles. XIV. Vestiges judéo-hellénistiques. XV. Villa romaine. XVI. Basilique chrétienne primitive. XVII. Baptistère.
I. Emmaüs-Nicorozis. — Sur l'emplacement de l'ancienne Emmaüs-Nicopolis, plateau situé à l'ouest du village d » Amwás, fut trouvée, en 1913, une dalle de marbre blanc de 0 m. 60 sur 0 m. 20, brisée à gauche ; bonne gravure, hauteur des lettres 0 m. 045. Dans cette même localité avait été trouvé, une trentaine
— NICOPOLIS | 1246
d'années plus tôt, un autre fragment faisant partie de la même inscription qui se trouve complétée (fig. 8846). C'est un « souhait pour la cité chrétienne de Nicopolis, ou plutót simple exclamation admirative, à la suite d'une profession de foi. Car on ne pourra hésiter que sur le choix d'un seul mot, soit au subjonctif ouxtën par exemple, par analogie avec Ps., cxxvr, 1 ; soit au présent. Dans cette seconde alternative, les formules usuelles Extioün ou £c » s'offriraient le plus spontanément. Tout bien considéré, on donnera sans doute la préférence à xxXf, qui s'harmonise le mieux avec le débris de lettre, ^, très net au bord de la cassure et avec le nombre de lettres possible dans l'espace nettement délimité dont on dispose 4, » La paléographie permet de ne pas faire descendre cette inscription après le 1v° siècle. A cette époque, =
« € ONG MATITI (TPÓC4
tk : : A À TOY [INEY | | | AHTITOAICXPIC ANu Ne Nicopolis contenait une population composée de Romains, de Samaritains, de Juifs et aussi de chrétiens. Ceux-ci auront pu utiliser cette inscription quel que part dans leur quartier ou sur la porte de leur église. Nous connaissions déjà un chapiteau de cette ville sur lequel les Samaritains avaient écrit €|C O€OC (voir Diclionn., t. ur, col, 476, fig. 2546) ; en voici une réplique chrétienne :
+ EN ONOMATI TTATPOC + KYIOY K ATIOY TINEY MATOC KAAHH ITOAIC XPIC + TIANCON + « Ev ôvouurr Ilurpdc x(xi) Ytoo x (x !) Ayiou Hvetuatros. Kah fj mong yptovuxvov.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Belle [est] la ville des chrétiens (musée des Péres blancs, à Sainte-Anne de Jérusalem).
Nous avons dépassé depuis longtemps ' »Amwás et Emmaüs, il serait impardonnable de ne pas en parler à propos de Nicopolis *. De longues et vives discussions se sont élevées au sujet de l'emplacement d'Emmaüs, illustré par la mention du livre des Macchabées et par celle de l'évangile de saint Luc, nous n'en dirons rien puis que l'identification d'Emmaüs-Nicopolis-Amwás est depuis peu établie de façon évidente par les Péres L.-H. Vincent et F.-M. Abel, Emmaüs, sa basilique et son histoire, in-8°, Paris, 1932. Nous en détacherons seulement quelques passages.
- =- n t : : y « a Ys » SA - ra y + y i ^x J aer e wd ; OD los Lis xz. NER PORT TE a EER s FE Pro ent - v T d ^A , = » lag * if MON A, x : : e Gia re MP TIRES P) ques dq e - ETC Bex rela. Bk rw id te « 7 Dr TEES. IT » i Cl 2« : La LL PUE : er i = + aana qiio EST Drain : iT 1247 II. LE Nom. — On le trouve orthographié dans le Ie livre des Macchabées : »Auuxoóp, Auguxooc, Buuovu, Eguxobc. L'initiale A est plus fréquemment employée ; quelle que soit la désinence, le nom est indéclinable. Flavius Joséphe fait usage de l'A, de préférence et adopte la finale en -ooc. Les Byzantins préfèrent tantôt ’Eupœods, tantôt ‘Euuwoûc et cette dernière forme est celle de saint Luc qui lui assure la prépondérance.
III. L'ÉTYMOLOGIE, — La position la plus vraisemblable favorise la racine harm, « être chaud s, et il parait que les Juifs désignaient quelquefois Emmaüs sous la forme Hammoatha. La chaleur à laquelle ce radical fait allusion peut se rapporter à l'atmosphère du lieu aussi bien qu'à la tiédeur des eaux.
IV. AVANT L'ÈRE CHRÉTIENNE. — Aucune mention avant l'époque séleucide. Aucune comparaison possible avec Gezer, Aialon ou Sa'alabin, qui en sont proches. Le site appartenait au territoire assigné par Josué à la tribu de Dan. Emmaüs fait son entrée dans l'histoire avec la guerre d'Antiochus Épiphane contre les Macchabées. Antiochus confia la direction de la guerre à Lysias et le soin des opérations militaires à Nicanor aidé du stratège Gorgias. Les chefs syriens établirent leur camp près d'Emmaüs, dans la plaine, dans une position bien choisie, sauf la nécessité de surveiller attentivement la rangée située au Midi, contre laquelle s'appuyait le cantonnement. Judas Macchabée, venant de Maspha, campa au Midi d'Emmaüs et déboucha sur les hauteurs qui dominaient le camp syrien. Les Juifs infligèrent à leurs ennemis une défaite complète et ils virent Gorgias renoncer à la lutte et se replier vers la terre des Philistins (166 avant J.-C.).
La valeur stratégique d'Emmaüs lui valut de devenir, quelques années plus tard, une ville fortifiée, ainsi que Jéricho, Béthoron, Béthel, Thammatha, Pharaton et Tephon (160). Emmaüs devint une des plus importantes parmi les têtes de circonscriptions sous la domination romaine. Son privilège fut chèrement payé. Après la mort de César, Cassius, arrivé de Rome, imposa durement la Judée et punit les villes trop lentes à s'acquitter ; Emmaüs fut de ce nombre et sa population fut réduite en esclavage. Après la victoire de Philippes (42 av. J.-C), Marc-Antoine écouta les doléances de l'Orient et Emmaüs recouvra sa population et sa liberté. On ne sait rien sur cette ville pendant le long règne d'Hérode, mais elle fut incendiée sur l'ordre de Varus en représailles du massacre d'Arias et de ses soldats, Emmaüs n'est plus désormais qu'un village.
V. SITUATION. — La position géographique d'Emmaüs est bien connue. D'après I Macch., rir, 40, il se trouve £y 775 y med, c'est-à-dire dans le « pays bas », qui s'applique à la plaine maritime et à la bande de collines opérant une transition entre la plaine maritime et la haute montagne. D'après Eusèbe, cette contrée embrasse le nord et l'ouest d'Éleuthéropolis !, et saint Jérôme place Lydda et Emmaüs in campestribus *, à l'orient de Gézer, là où commencent à s'élever les montagnes de la province de Judée : ubi incipiunt Judææ provinciæ montana surgere ?. Or, les auteurs arabes marquent le site du village d'Amwás « à la limite de la montagne » et à vi milles arabes de Hamleh sur le chemin de Jérusalem. Toutes ces indications peuvent être mises d'accord. Le tableau suivant permet de comparer les variantes des évaluations qu'enregistrent géographes et itinéraires entre Jérusalem et Emmaüs-Nicopolis. Les chiffres sont accompagnés de leur équivalence en kilomètres et en stades. Le mille
1248 romain est compté ici pour 1478 m. 7 et le stade pour 184 m. 84. | Theodosius : XVIII Mil les 26 km. 616 144 sta des Table de Peutinger : xvii mil les 28 km. 90 152 sta des Ptolémée : XX mil les 29 km. 575 160 sta des Pèlerin de Bordeaux : xxu mil les 32 km. 530 176 sta des Avant que les Romains eussent divisé les itinéraires provinciaux en milles, le stade, unité de mesure des Alexandrins, était d'un usage courant en Palestine , Nous pouvons en juger par la pratique de Josèphe et d'autres auteurs du r siècle. Rien ne prouve cependant qu'il y ait jamais eu de bornes portant l'indication hodométrique en stades. Les distances se calculaient surtout par la durée d'une marche normale. De là quelques fluctuations dans les chiffres, quelques inexactitudes dans les estimations. Il est possible que celles-ci fussent parfois au-dessous de la vérité, Ainsi, pour le tracé actuel, plus ou moins amélioré récemment, la distance de Jérusalem à 'Amwás via Beit Our atteint le nombre de 34 km. autant qu'on est à même d'en décider sur un trajet non kilométré officiellement. Le manque de bornes milliaires nous a contraint dans l'exposé précédent à demeurer dans le domaine documentaire qui nous a permis toutefois de saisir les appréciations des anciens sur la longueur de la voie de Béthoron, appréciations qui se fixent à 160 sta des ou approchent de ce chiffre. Ce chiffre de 160 sta des, marquant la distance de Jérusalem à Emmaüs, pouvait être le chiffre admis dans l'usage courant des Palestiniens du ri siècle 5, » | VI. EMMMAÜS DANS L'ÉVANGILE. — Transcrivons le récit de saint Luc, xxiv, 13-36 : « Et voici que, ce même jour [de la résurrection], deux d'entre eux [les disciples] se rendaient à un village, distant de [cent | soixante sta des de Jérusalem, nommé Emmaüs. Et ils devisaient entre eux de tout ce qui était arrivé. Et pendant qu'ils devisaient et raisonnaient ensemble, Jésus lui aussi les ayant rejoints cheminait avec eux, mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Il leur dit : « Quels sont donc ces propos que vous échangez entre vous en marchant ? » Et ils s'arrêtèrent attristés. L'un d'eux, nommé Cléophas, répondit et lui dit : « Es-tu donc le seul de passage à Jérusalem et qui ne sache pas ce qui y est arrivé ces jours-ci ? » Et il leur dit : « Quoi donc ? » Ils lui dirent : « Ce qui regarde Jésus de Nazareth, homme qui fut un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et tout le peuple, et comment les principaux de nos prêtres et nos magistrats l'ont livré pour être condamné à mort et l'ont crucifié. Pour nous, nous pensions que ce serait lui qui délivrerait Israël ; mais encore avec tout cela, voici le troisième jour que ces choses sont arrivées. Cependant aussi quelques femmes de notre groupe nous ont effrayés ; étant allées de grand matin vers le sépulcre et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont même venues raconter une apparition d'anges, lesquels le disent vivant. Et quelques-uns des nôtres sont allés au sépulcre, et ont bien trouvé les choses comme les femmes les avaient dites, mais ils ne le virent pas. Et il leur dit : Que vous êtes peu clairvoyants, et que votre cœur est lent à croire à tout ce qu'ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela et qu'il entrât [ainsi] dans sa gloire ? » Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur interpréta ce qui le concernait dans toutes les Écritures, Et ils approchèrent du village où ils allaient, et il fit semblant d'aller plus loin. Et ils le pressèrent avec instances disant : « Reste avec nous, car le soir vient, et le jour est déjà à son déclin. » Et il entra pour rester avec eux. Et après s'être mis à table avec eux, il prit le pain, bénit [Dieu], et après l'avoir rompu il le leur donnait. Or leurs yeux s'étant ouverts, ils le reconnurent ; et il disparut d'auprès d'eux. Et ils se dirent l'un à l'autre : * Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous tandis qu'il « nous parlait dans le chemin, tandis qu'il nous découvrait les Écritures ? » : ET s'étant levés au même moment ils revinrent à Jérusalem, et ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons qui [leur] dirent : « Le Seigneur est vraiment ressuscité, et il a apparu à Simon. » Et eux de raconter ce qui s'était passé sur la route, et comment il seika guie Birmie coe nous le voyons dans cette scolie des ms. 34 et 194 : xat ÉÉraovTE AgxcéovoŬTwg vào vx ixpi6T, ceptéyst xxi 5 Gptyévouc the &Xnüelxc Be6xiocig, « Il faut | lire 160, car tel est la teneur des textes exacts et la confirmation qu'Origène apporte à la vérité ». Si Origène a combattu la distance de 60 sta des, il ne s'ensuit pas qu'il ait imposé le chiffre 160, mais on sait qu'il composa un commentaire, perdu aujourd'hui, sur l'évangile de saint Luc, en vue duquel il a dû consulter | des manuscrits qui contenaient la leçon 160. Mais | Origène n'a pas fait que se reporter aux manuscrits, il est venu en Palestine, il a parcouru le pays, interrogé les habitants. Or, à supposer (ce qui n'est pas prouvé) qu'il ait été reconnu par eux à la fraction du pain. Pendant qu'ils s'entretenaient ainsi, lui-même fut au milieu d'eux... » L'évaluation d'Emmaüs à 160 sta des de Jérusalem a soulevé des discussions !, nous nous en tenons à ce chiffre de 160 sta des.
C'est au Moyen Âge seulement qu'on s'appliqua à découvrir à 60 sta des, un Emmaüs plus rapproché de Jérusalem ; mais aucun village portant le nom d'Emmaüs, plus ou moins arabisé, ne se rencontre à cette distance dans n'importe quelle direction autour de Jérusalem, le seul qu'on a tenté d'identifier se trouve à 72 sta des au moins. Si haut que l'on remonte dans la période des origines chrétiennes, on voit les Palestiniens s'accorder sur la présence d'un Emmaüs, glorifié par l'apparition qu'on vient de lire et situé à 160 sta des qu'ils lisent dans les textes évangéliques dont ils font usage. Si, parfois, ils entendaient parler d'une distance de 60 sta des, ils protestaient énergiquement, ainsi que | « qu'il ait remplacé dans ses manuscrits la leçon 60 sta| des par la leçon 160 sta des, il n'a pu le faire qu'appuyé sur une tradition locale qui, déjà à cette époque, soit vers 215, montrait dans la future Nicopolis l'Emmaüs de l'Évangile ? ».
Que pouvait être Emmaüs au temps où saint Luc en parle ? Assurément une bourgade fort peu importante. Saint Luc, pourtant prodigue du titre mónēg, ne consent à lui accorder que la qualification de xcu » dont le sens est peu précis, mais n'indique rien de plus qu'un | village. Déchue, incendiée, privée de ses habitants mis | en vente comme esclaves, c'était merveille qu'Emmaüs existât encore, Il est vraisemblable qu'on n'avait pas relevé ses murailles, alors que, pour les Juifs, le rempart était la caractéristique des « villes », Cléophas et son compagnon s'étaient rendus à Jérusalem pour la Pâque ; on y venait de plus loin qu'Emmaüs. Les voici de retour chez eux et non loin du terme de leur voyage un inconnu les aborde et entame la
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rable mosaique du v* siècle à Saint-Apollinaire-le-Neuf, de Ravenne (fig. 8847). Au moment où les deux disciples vont s'arrêter, Jésus fait mine de poursuivre sa marche ; ils l’invitent à demeurer. Pour vaincre peut-être une résistance ou, du moins, pour mieux persuader un voyageur dont la conversation promet un hôte si désirable, ils insistent, faisant valoir « que le jour est déjà sur son déclin ». Peut-être y a-t-il une légère exagération, mais on dit ce qu'on trouve sur le moment même ; pourvu qu'on persuade, tout est là. Quelle heure était-il ? On ne peut le savoir, mais il n'est pas interdit de le deviner. D'après leurs dires, Cléophas et son compagnon ont quitté Jérusalem après que les saintes femmes venues au sépulcre et l'ayant trouvé vide, ensuite Pierre et Jean ayant fait la même constatation, ont répandu le bruit de l'enlèvement du corps. On ne parlait pas encore de résurrection. Ils ont donc quitté la ville avant que se soit répandu le bruit de l'apparition à Madeleine qui fut la raconter à Pierre, par conséquent leur départ a eu lieu de bonne heure, vers 5 ou 9 heures peut-être et pour couvrir une distance de 160 sta des, sans se hâter, ils ont pu mettre six heures environ ; ils seront donc arrivés à Emmaüs entre 2 et 3 heures de l'après-midi. Pour dire à ce moment, « le jour est sur son déclin », il faut vouloir donner une raison, n'importe laquelle, et, en pareil cas, la moins évidente est la plus convaincante, Ce n'est pas l'exactitude qui prouve, c'est la sympathie qui s'exprime. Le texte évangélique n'y fait aucune allusion, mais il est vraisemblable qu'après six heures de marche, Cléophas, supposant que l'inconnu avait, lui aussi, marché tout ce temps, lui a proposé de prendre un repas bien mérité, Et c'est ce qui a eu lieu. On s'est mis à table.
Est-ce un repas eucharistique ? On ne sait pas. Les deux disciples ont identifié Jésus en le voyant rompre le pain. Peut-être le Sauveur avait-il une manière à lui de rompre le pain après l'avoir béni ; Cléophas et son compagnon avaient pu se trouver parmi ceux qui furent témoins de la bénédiction qui précéda la multiplication des pains au désert. Ou bien, pendant leurs entretiens avec les apôtres à Jérusalem les deux disciples d'Emmaüs avaient-ils entendu le récit des circonstances de la dernière cène ? C'est la pensée de saint Augustin ! que le repas d'Emmaüs fut eucharistique, saint Jérôme dit que par ce repas Jésus consacra la maison de Cléophas en église ; parmi les Pères grecs il faut attendre Théophylacte pour trouver l'opinion d'un repas eucharistique.
Si ce repas a eu lieu vers 3 heures, il semble avoir peu duré : Jésus rompt le pain, il est reconnu, il disparait. Aussitôt, ou presque aussitôt, Cléophas et son compagnon, émus comme on a peine à l'imaginer, se décident à regagner Jérusalem. Ils ont dû croire à ce moment qu'ils étaient seuls à savoir la résurrection du Maître et ils n'ont pas hésité à aller l'annoncer aux apôtres. C'était encore cinq à six heures de chemin, mais ils ont pu prendre des montures. Ils arrivèrent à une heure tardive, on les accueillit par ces mots :« Le Seigneur est vraiment ressuscité, et il à apparu à Simon. » Les apôtres, ou du moins plusieurs d'entre eux, étaient réunis et ne dirent pas l'avoir vu ; peut-être l'apparition aux apôtres, au soir de Pâques *, eut-elle lieu ensuite ? ment des juifs en l'an 66 permettait d'attendre une guerre imminente au cours de laquelle Emmaüs eut un rôle effacé. Toutefois, on sait que de ce village sortit Ananos, fils de Bagadat, qui se distingua par sa violence pendant le siège de Jérusalem et se rendit à Titus au moment de la prise du Temple ; également originaire d'Emmaüs était un nommé Aristeus, supplicié avec quinze autres notables sur le soupçon d'avoir voulu livrer Jérusalem aux assiégeants.
Au printemps de l'an 68, Vespasien établit à Emmaüs un camp muni d'une enceinte où il laissa la Ve légion qui se distingua pendant le siège par la prise de la forteresse Antonia (5 juill. 70). Après l'écrasement des juifs et la prise de la ville on ignore le sort d'Emmaüs. Sozomène, il est vrai, affirme que de xou) elle devint alors zóXw ; et reçut le nom de Nicopolis (vic) . Hill confirma ce texte par la numismatique et publia des monnaies du r1 siècle portant en entier ou en abrégé le nom de NICOPOLIS et les années d'une ère débutant vers 70. Néanmoins, Sozomène fait erreur et c'est Eusèbe, saint Jérôme, Philippe de Side qui ont raison contre lui. L'exaltation d'Emmaüs et son titre de Nicopolis ne remontent qu'au premier quart du 111 siècle, vers 221 ou 222, sous Héliogabale ou Alexandre Sévère. Quant à la confirmation apportée par la numismatique, elle prouve tout autre chose : les monnaies invoquées pour Nicopolis de Palestine appartiennent à Nicopolis d'Arménie où l'ére officielle commence en octobre 72 , Emmaüs ne retomba peut-être pas dans la médiocrité d'où le voisinage d'une légion romaine l'avait tirée, mais celle-ci avait quitté la Palestine dont la surveillance fut confiée à Ia Xe Frelensis. Les allusions contenues dans la Mischna montrent que le souvenir d'Emmaüs vivait encore dans la mémoire des docteurs juifs de l'époque romaine *. Vers l'an 90, on voit qu'il se tenait à Emmaüs un marché aux bestiaux d'où on venait de Yäbneh ; à cette occasion, rabbi Aqiba, qui peut-être habitait Emmaüs, rencontra Gamaliel II et R. José le Galiléen ; ce dernier résidait aussi à Emmaüs et c'est plus certain encore pour R. Nehounia ben Hoqqana qui est appelé « habitant d'Emmaüs ».
Les traditions juives mentionnent encore un Jacob d'Emmaüs et racontent l'histoire d'un certain R. Yohannan (t en 279) dont la fringale fut apaisée sous un figuier d'Emmaüs. Des textes épigraphiques découverts à 'Amwás témoignent qu'Emmaüs, comme mainte localité de la plaine, eut sa colonie de Samaritains.
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et on le retrouve installé à Emmaüs d'où il serait originaire, au témoignage de Philippe de Side !. Pas si bien installé cependant qu'il ne reprit parfois les grands chemins, ce qui lui arriva pour aller visiter Héraclas, didascale d'Alexandrie (entre 211 et 215) dont il deviendrait le patriarche. On a conjecturé que ce fut au cours de son voyage en Palestine qu'Origène appela l'attention d'Africain sur Héraclas et le décida à ce voyage“, Ce fut aussi à Emmaüs que Ju les Africain prit la plume et commença sa Chronographia en 5 tomes où » l'auteur « confrontait et harmonisait l'histoire juive et ~ chrétienne avec les traditions et les données de l'histoire des peuples païens. Le but principal de ce travail, » à savoir la fixation exacte des événements de la chronique mondiale, n'excluait point la préoccupation apologétique : les dates bibliques apparaissent comme le critérium dans l'évaluation puisée aux sources profanes. L'ouvrage se terminait à la troisième année du _ regne d'Héliogabale, d’où l'on infère qu'il fut. achevé en 211 ?. » « Outre la sainte Écriture, les sources utilisées étaient une série de manuels chronographiques. d'origine juive et païenne. A une vaste érudition, l'auteur unit un jugement indépendant et un talent d'exposition appréciable 5, » Saint Jérôme désigne ce recueil sous le nom de volumina de temporibus ; tous ont péri, mais des fragments ont été conservés, Eusèbe s'en est inspiré ; il y a même puisé largement, notamment pour les listes épiscopales de Rome et d'Alexandrie 5. C'est à travers la Chronique d'Eusébe, traduite par saint Jéróme, qu'Africain pénétra en Occident. la conclusion de la Chronographie : YloOowacivnc Niuônodie, 7) roorecov '« Eppxobc, £xcto0r cóc, xpeaÓEDovcroc dép ortig xal rootoræuévou 'IooAton ' TOU TÈ y povtx X ovyypxbauévovu. Ce que saint Jérôme a traduit : In Palestina Nicopolis qui prius Emmaüs - pocabatur urbs condita est, legationis industriam pro ea suscipiente Julio Africano scriptore temporum . Notre savant prenait la tête d'une délégation chargée de demander à l'empereur, au nom des habitants d'Emmauüs, l'érection de leur pays en cité avec le vocable de Nicopolis. Les expressions d'Eusèbe font croire à une véritable fondation : la réfection de la ville sur un plan plus spacieux et la création de monuments adaptés à la vie municipale. Aux termes de la version arménienne de la Chronique d'Eusèbe : antiqua Emmaüs restaurata est, et de saint Jérôme : pro instauratione urbis Emmaüs, | il s'agirait d'une restauration, sans doute importante, - supposant la ruine antérieure de la localité et sa déchéance d'une condition à laquelle elle avait jadis été élevée. Par là s'affirmerait de nouveau l'élévation ou l'essai d'élévation dont Emmaüs aurait été l'objet en 71, sous les Flaviens. Des critiques du xvrr siècle en ont conclu de la sorte, en dehors méme du point de vue pas à effacer l'ancien nom qui persista si bien parmi la du terroir et la disparition du nom grec officiel sont un numismatique. ?. Nous avons remarqué plus haut que l'anoblissement d'Emmaüs, à la suite de la guerre juive de 70, avait passé comme inaperçu au regard des auteurs des 1r et 11* siècles et que, malgré le protocole de quelques monnaies et l'opinion de Sozomène, il demeurait pour beaucoup sujet à caution. C'est dire combien modeste et précaire, en dépit du titre de Nicopolis, s'était trouvée, durant cette période, la condition de la nouvelle ville 5. » L'avénement de la famille syrienne d'Émése sur le trône impérial, en mai 218, fut, pour la société de Nicopolis, l'occasion de tenter une démarche officielle en vue d'obtenir le titre de Nicopolis. Une délégation, conduite par Ju les Africain, partit pour Rome et obtint sans retard ce qu'elle sollicitait : la reconstruction d'Emmaüs, les droits de cité, la reconnaissance officielle du titre de Nicopolis qui passa dans l'usage sans faire oublier le nom ancien d'Emmaüs.
Georges le Syncelle * et Anastase le Bibliothécaire 1° ont placé cette concession sous le régne d'Alexandre Sévère, mais saint Jéróme fixe la fondation de Nicopolis sous le règne d'Héliogabale (16 mai 218-11 mars 222). Le grec de la Chronique d'Eusèbe place la légation de Ju les Africain l'année qui précéda la mort de cet empereur et le latin de saint Jérôme en la troisième année du régne, ce qui concorde et donne l'année 221. La numismatique confirme ce calcul. On possède quelques monnaies portant le buste d'Héliogabale avec l'exergue M (cxoc) Aù (prjjtog) ' Avrovivoc Leb (xocóc) et, au revers : Nixóro :c, année 2. Cette année 2 de l'ère de Nicopolis est la dernière année d'Héliogabale, soit 222 ; la première est 221.
On ignore la situation sociale d'Africain à Nicopolis. Denis bar Salibi (+ 1200) et Ebedjesu (T 1318) l'ont cru évêque de cette ville sans doute à cause du terme mooiccxu£voo que lui applique Eusèbe. D'autre part, Origène, dans une lettre, l'appelle ġyarnrtg &kósAoóc. « frère chéri », et Africain lui donne du xópté uoo xxi ut, « mon seigneur et mon fils » On peut épiloguer là-dessus.
De retour à Emmaüs, Ju les Africain composa des KezocTot, c'est-à-dire « Broderies » ou « Tapisseries » ; nous dirions aujourd'hui : « Mélanges ». C'était une encyclopédie en 24 livres où il était question de sciences naturelles, de médecine, de magie, d'agriculture, de marine, de tactique militaire, de phénomènes extraordinaires. Il y a là-dedans beaucoup de choses et certaines étonnent, notamment des détails assez vifs sur les arcanes aphrodisiaques et les incantations ; puis encore des recettes qui sont de pures superstitions !!, Enfin, on possède de Ju les Africain une lettre adressée à Origène vers l'an 240, lettre dans laquelle il lui expose ses doutes touchant l'histoire de Suzanne et sollicite une réponse qui lui fut envoyée et qui s'est conservée 1, Une deuxième lettre est écrite à un chrétien nommé Aristide ; elle établit un accord entre les deux généalogies de Jésus données par saint Matthieu et par saint Luc #, Ce | 1255 « Quoi qu'il en soit, cet homme, chez qui le côté pratique allait de pair avec la spéculation, ne dut pas se désintéresser de la construction de Nicopolis, dont il était, à certains égards, le patron. Qui sait si les Cesfes ne traitaient pas d'architecture et d'organisation urbaine ? Oserait-on nier qu'il ait mis la main à l'œuvre et contribué de ses deniers et de ses lumières à la réalisation de l'entreprise ? Il est opportun de rappeler ici la notice de Michel le Syrien : « Du temps d'Héliogabale fut bâtie Nicopolis de Palestine, qui est Emmaüs : le chroniqueur Julius Africanus présidait à sa construction. » Ce notable eut certainement à cœur d'assurer à ses coreligionnaires, dans la nouvelle répartition des quartiers de la ville, une position égale sinon supérieure à celle des païens, des Juifs et des Samaritains. Une inscription retrouvée sur le plateau à l'ouest du village d'Amwás avait sa place tout indiquée à l'entrée du quartier occupé par les fidèles (voir ci-dessus, col. 1246, fig. 8846) : Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Belle est la ville des chrétiens !. » On ne peut pas croire que Nicopolis n'ait pas eu son église ; Ju les Africain a dû y veiller et il survécut assez longtemps à sa légation de 221 pour avoir eu tout le loisir de faire élever un édifice puisqu'il vivait encore en 240. Nous ignorons la durée des travaux commencés sans doute en 222 ; peut-être furent-ils interrompus temporairement pendant le règne de Maximin le Thrace (236-238), mais il n'est guère douteux, comme on le verra, que Nicopolis n'ait possédé, dès le deuxième quart du iii siècle, une église chrétienne.
IX. sous CONSTANTIN. — Le nom de Nicopolis ne figure pas au nombre des villes éprouvées par les persécutions entre 250 et 303. Les chrétiens de Palestine, mentionnés par Eusèbe pour avoir fourni des victimes, appartiennent en grande partie à la Judée et à la Samarie, Il cite Aelia (= Jérusalem), Césarée, Batanée, Scythopolis, Diospolis, Jamnia, Éleuthéropolis, Anea et Gaza. On ne sait ce qui advint de l'église de Nicopolis. Fut-elle épargnée ou détruite ? Nous savons que l'édit de Dioclétien ne fut connu en Palestine qu'aux approches de la semaine sainte, au début d'avril et que les églises de Tyr, de Césarée, d'Ascalon, de Gaza furent détruites ; il est peu vraisemblable que celle de Nicopolis ait été épargnée. Dix années plus tard, en 313, la seconde clause de l'édit de Milan ordonnait la restitution intégrale et immédiate des biens appartenant à la collectivité des chrétiens et spécialement des lieux où ils avaient coutume de s'assembler ; loca ad quie antea convenire consueverant. IH est donc impossible qu'à partir de cette date l'église d'Emmatüs ou ses ruines ne soit pas redevenue la propriété de la communauté, Quelques années plus tard, lors que Constantin, vainqueur de Licinius, eut réuni tout l'empire sous sa puissance (324), il voulut faire relever les ruines existantes et, dans une lettre adressée à Eusèbe de Césarée, métropolitain de Palestine, il prescrivait la restauration,l'agrandissement ou, au besoin, la construction de nouvelles églises : úmuvnoov axouüALery rep t Éoya civ ExxXnotiv, T) t Övt% T, slg uellovx « üžew À ÉvÜx čv XPELX nath xiv TTOLELV 5. | L'église restaurée d'Emmaüs-Nicopolis, siège épiscopal au iv° siècle, était en possession d'une tradition évangélique incontestée. Eusèbe *, qui recueille les souvenirs de Ju les Africain, d'Origène, de Pamphile, est suivi sans hésitation par saint Jérôme ™ qui est venu en pèlerinage à Nicopolis avec sainte Paule, en 385. Il ne doute pas que l'église qu'il a visitée ne s'élève sur l'emplacement de la maison de Cléophas : Dominus Gleopie domum in ecclesiam dedicavit Y“. L'identification de Cléophas, tout comme celle de son compagnon, sont du domaine de la conjecture, pour ne pas dire de la chimère, Quant à l'église élevée sur le lieu sanctifié par la fractio panis, nous en parlerons dans un instant.
X. Nicopolis sous Julien. — En 362, sous Julien l'Apostat, Emmaüs-Nicopolis connut la persécution. Sozomène raconte qu'avant sa passion Jésus, arrivant de quelque voyage, était passé à Emmaüs avec ses disciples ; il y trouva une source, s'y lava les pieds et, à partir de ce moment, l'eau en-contracta la vertu de garantir contre les souffrances. Le chroniqueur Théophane rapporte le même fait et ajoute que l'impie Julien ordonna de la combler ; elle dut être désobstruée.
Sous ce même règne, Philostorge nous apprend qu'« au temps de la reconstruction du temple, tentée par l'empereur Julien, il arriva que des villes s'écroulèrent, celles des environs de Nicopolis, de Néapolis, d'Éleuthéropolis et de Gaza et plusieurs autres ».
XI. Nicopolis jusqu'au VII siècle. — On a vu qu'en 385, saint Jérôme et sainte Paule visitèrent Nicopolis et son église.
On ne sait rien touchant l'attitude des Nicopolitains à l'époque de la querelle monophysite et, désormais, l'histoire ne rencontre le nom de Nicopolis qu'incidemment. En 508, saint Sabas, chassé de sa laure par l'insubordination de ses disciples, se réfugie sur le territoire de Nicopolis ; l'évêque lui fait bâtir une cellule qui devient bien vite un monastère. La sédition samaritaine de 529 s'étendit à toute la Palestine ; on ne sait rien de particulier sur Nicopolis, qui possédait un groupe samaritain, mais la répression de ce mouvement par Justinien fut impitoyable. Entre autres prescriptions, l'empereur ordonnait la destruction des synagogues samaritaines ; celle d'Emmaüs subit le sort commun comme en témoigne un monument dont nous avons déjà parlé (voir Dictionnaire, t. III, col. 482, fig. 2546 ; t. IV, col. 2585-2586). En 614, ce fut l'invasion des Perses qui rencontra sur sa route Nicopolis ; en 634, première apparition des musulmans et, en 637, la soumission du pays et aussitôt Nicopolis fait place à 'Amwâs ; en 870, le nom d'Emmaüs a repris possession.
Dans la littérature arabe 'Amwâs est fameuse à cause de la peste qui éclata en 639 et à laquelle elle donna son nom ; dés lors, on la déserta, on combla le puits contaminé. La ville perdit son rang civil et son rang d'évêché, ce ne fut plus qu'un village.
XII. Liste épiscopale. — 1. On peut faire de Cléophas le premier évêque d'Emmaüs, cela n'a d'autre inconvénient que d'être indémontrable.
Do Rufus a siégé au IIe concile œcuménique à Constantinople, en 381. L'époque des croisades, Dans ce résumé, nous suivons d'aussi près que possible le texte du R. P. Vincent, que nous citons en l'abrégeant.
Avant d'aborder l'exposé de la restauration, il faut dire que les fouilles ont déblayé le terrain, entre autres choses, de prétendus bains romains de l'époque d'Auguste qui auraient été christianisés beaucoup plus tard dans un style indigène régional et, en outre, les fouilles ont éliminé l'hypothèse d'une église byzantine du IVe-VIe, inachevée peut-être et remaniée par un architecte roman à l'époque du royaume latin.
XIV. Vestiges judéo-hellénistiques. — La couche la plus profonde des ruines a donné de menus trouvailles, débris de vaisselle et d'ustensiles de ménage portant l'empreinte d'une culture déjà teintée d'hellénisme. Tout ce qu'on en peut tirer d'utile c'est la conclusion que le site fut occupé, à l'époque des Macchabées et des Hérodes, par une population très humble et peu dense.
XV. Villa romaine. — Au même niveau que la villa, pénétrant comme elle jusqu'au rocher par des fondations de nature à peu près identique, mais d'épaisseur augmentée encore, un édifice plus considérable s'est dilaté d'Ouest en Est suivant un axe perpendiculaire ; cet édifice est une basilique.
La structure du chevet en reporte l'origine à l'époque impériale au cours du IIe de notre ère ; par conséquent, nous pouvons constater la juxtaposition d'une basilique romaine à la villa du IIe-IIIe, ce qui paraitrait chose assez naturelle s'il était bien ordinaire de rencontrer dans une basilique romaine, judiciaire ou civile, un chevet à trois hémicycles symétriques et surtout s'il y avait adaptation commune à quel que vaste ensemble monumental, de quoi il n'y a pas le moindre indice. Il y a eu superposition partielle de la basilique à la villa de telle manière que l'ordonnance et gonale comprenant l'abside principale en hémicycle approfondi, les absidioles latérales empâtées dans des sections de mur rectiligne. Les mesures extérieures, prises sur les grands axes, sont de 46 m. 40 et 24 m. 40, réduites dans œuvre à 43 m. 40 sur 22 m. 55, chiffres trop voisins de la proportion classique de 2 à 1 pour qu'on ne leur accorde pas une certaine portée. Deux files de colonnes constituent dans le vaisseau trois la décoration de celle-ci subirent un bouleversement sans être toutefois anéanties. Il y a un fait indéniable, le grand côté nord et la colonnade intérieure parallèle de la basilique ont coupé les pavements en mosaïque de la villa ; mais cette coupure a sauvegardé le plus possible des pavements afin d'en tirer parti dans l'ornementation des nouvelles surfaces, ce qui atteste une relation assez étroite dans le temps et une certaine unité de traditions techniques et de goût chez l'un et l'autre architecte.
Si on entreprend de ressaisir la basilique du IIIe ou ses éléments essentiels, on aboutit à un édifice de forme rectangulaire, orienté d'E.-S. en N.-O. avec chevet à l'Est et, dans ce chevet, une projection polynefs qui mesurent, celle du centre 11 m. 775, sur les côtés 5 m. 39, ce qui est encore la proportion de 2 à 1 ; quant aux dimensions de la nef proprement dite, à l'exclusion de l'abside, elles sont régies de manière assez stricte par ce rapport minimum de 3 à 1 que Vitruve faisait le principe de proportions spécialement heureuses pour une basilique : pas plus de 2 à 1, pas moins de 3 à 1 (fig. 8848).
L'arrachement de toutes les parois appareillées ne permet point de préciser le nombre des baies, ni leur emplacement, ni la répartition des colonnades intérieures. On peut conjecturer en façade trois ouvertures symétriques pratiquées sur l'axe des nefs. La découverte d'un gros seuil monolithe dans les remblais supportant le dallage devant la porte médiévale, à la hauteur de la première travée sud-est, rend tout à fait vraisemblable l'existence d'une porte à peu près correspondante dans la basilique primitive.
Un débris de chapiteau d'anté en pitoyable état mais qu'il est permis de faire remonter à la basilique primitive, a permis, d'après ses dimensions, d'inférer l'existence d'un ordre corinthien proportionné aux antés du chevet : ce point acquis, la restitution d'ensemble des colonnades n'est plus qu'affaire de déduction. Avec sa face de + 0 m. 90, ou 3 pieds romains dont la cote absolue serait de 0 m. 888, et sa projection de 0 m. 22, c'est-à-dire minutieusement 3/4 de pied ou une demi-coudée, il est manifeste que le pilastre d'anté est calculé sur le pied romain de 0. 296 reconnu comme le module ayant régi la composition proportionnelle et mathématique de cet édifice.
Du calcul qui s'appuie sur cette règle il suit que l'ordre corinthien de la basilique d'Amwâs est le suivant :
UEM GERD DEO de. à à [1 module] ou [0 m. 296] Fût sans cannelures 16 modu les 2/3 ou 4 m. 93 Chapiteau et aba que — 2 modu les 1/2 ou 0 m. 691 Total....... 20 modu les 1/6 ou 5 m. 917
Dans cette reconstitution, la hauteur de la base est l'unique élément dénué de tout indice archéologique précis, encore qu'elle ressorte assez spontanément des dimensions impliquées en plan. La concordance de tout le reste avec les colonnades romaines du IIIe n'a plus besoin d'être accentuée. Toute donnée fait défaut pour une discussion fructueuse de l'entase ou renflement du galbe à une certaine hauteur du fût pour lui assurer une plus avantageuse perspective ; l'architrave indispensable se déduit facilement, au contraire, des données acquises ; nul n'ignore en effet que, sur des colonnes « hautes de 15 à 20 pieds » sa hauteur doit être avec celle des colonnes dans le rapport de 1 à 13 : soit, dans notre cas, d'environ 1 pied et 1/4, ou 0 m. 37 au minimum, à couronner par une corniche repliée probablement au sommet des absides latérales pour souligner le niveau du plafond caissonné dissimulant les combles des bas-côtés. Sur ces colonnades, et avec une épaisseur diminuée, les parois de la nef centrale s'élevaient à une hauteur nécessairement régie par le même rapport proportionnel romain de 2 à 1 que celle des absides.
Contentons-nous d'en apercevoir la physionomie d'ensemble traduite par la figure ci-dessus. L'énorme quantité de débris de tuiles romaines, concaves et plates, avec rebords ou crampons, observée dans les fouilles, suggère une toiture en charpente peut-être intérieurement caissonnée. Rien n'a permis de préciser le nombre et les proportions des fenêtres qui ajouraient le vaisseau.
Des bribes de stucs peints, de mosaïques murales, de lambris de marbres donnent une certaine idée de l'ornementation ; quelques débris de pavements en mosaïques offrent une impression plus modeste. Deux panneaux présentent de petits sujets de genre dans un encadrement tracé suivant le système octogonal rayonnant et des sujets zoomorphes ou végétaux insérés dans une géométrie plus souple, de même coloris général, mais avec une infériorité manifeste dans le lourd de main. Ces compositions n'ont pas la même relation avec le côté long septentrional de la basilique primitive. C'est grand hasard que le temps ait épargné assez d'éléments certains pour une reconstitution à peu près sûre des tracés. Or le plus sommaire coup d'œil sur cette reconstitution (fig. 8849) fait saisir que la mosaïque à médaillons circulaires est manifestement prévue pour une adaptation directe, précise à cette muraille, et n'aurait aucune relation avec la plinthe parallèle dans la nef sans l'adjonction — spéciale à ce côté — de la grande bordure guillochée ; tout à l'inverse, l'autre panneau — dont l'ordonnance à la plinthe intérieure est évidente — a exigé pour son raccord au mur basilical une coupure pratiquée, certes, avec adresse, brutale néanmoins et laissant à peine la place d'un encadrement très mince, à moins d'infliger une déformation hideuse au thème décoratif. Au lieu de cette rangée solitaire de médaillons historiés, comme écrasés dans un réseau trop lourd dont la symétrie laisserait d'ailleurs à désirer et dans un cadre franchement démesuré, la restitution d'une rangée parallèle rétablit l'harmonie du panneau et l'adapte aussi exactement que possible à une salle de l'antique villa. D'où il ressort avec clarté que, dans l'implantation de son mur, l'architecte de la basilique, obligé de bouleverser l'ordonnance de la villa, s'est néanmoins préoccupé de sauvegarder le plus possible du pavement somptueux pour en tirer parti dans la décoration de son nouvel édifice. Il a pratiqué la coupure sur l'axe de la composition au long de sa muraille neuve l'espace d'une bordure très étroite, donnant ensuite carrière à son goût personnel dans les espaces libres, il a fait choix d'un thème quel que peu simplifié, d'agencement plus facile avec la surface disponible, ajoutons d'appropriation meilleure au caractère du monument, et son mosaïste l'a réalisé peut-être en utilisant les tessères de l'ancien pavement défoncé ; d'où la similitude presque absolue de matériaux et de tonalité, malgré les contrastes de composition et de facture.
La question est de savoir si cette mosaïque à médaillons circulaires peut prendre place au IIIe. Ce qui subsiste ne permet pas d'invoquer le style ou la paléographie ; quant au texte, il apprend si peu de choses par lui-même qu'on doit supposer un début et une suite dans les médaillons complémentaires (fig. 8850). Le R. P. Vincent a proposé une restitution très érudite et se référant à des inscriptions analogues, on peut croire que celle-ci signalait à la postérité le premier dignitaire local contemporain de la fondation, les personnalités notables qui l'assistaient ou celles qui assumèrent la direction des travaux, la désignation de l'œuvre et son but, les bienfaiteurs, la date et l'auteur de la mosaïque. Il se pourrait qu'ici Pélagios et Thomas soient les mosaïstes. A défaut du texte irrémédiablement perdu à Nicopolis, on peut rappeler l'inscription analogue de l'église d'El-Hit, que voici : it Maliuou (leocecbeorärou rpscoüurépou xal Kupurzob Ouxxóvon xal Aovmüv XOTAQOV qoo có Épyov crc dvtorkvne £x Xnolac LOL zt Ovoc JexxTnc-- Ilpocpopà Haix Apxiravot zpocoopx Ko6cclou orpartorou + »Eoyow Aióxytou x« t Ilsoxoriou, « Sous le trés pieux prêtre Maxime, le trés religieux diacre Cyriaque et les autres frères (le sol) de la trés sainte église fut pavé de mosaïque, la Xe indiction. Offrande d'Elie Arabianos, offrande de Kobésios, soldat T. Travail de Libanios et de Procope * ». L'intérêt de cette mosaïque est de nous mettre en présence d'un monument chrétien par cette mention des « autres frères » : xemo xósApow (xxl Aotr@v xó£Aov) où on ne peut manquer de reconnaître l'indication d'une communauté au sens ecclésiastique. Il serait excessif de donner une date précise, tout au plus peut-on proposer une attribution hésitante au IIIe ou au IVe, Au cas où cette mosaïque ne serait pas contemporaine de la fondation de la basilique, au cours du Ier siècle, elle pourrait être envisagée comme un complément décoratif ou quelle que restauration devenue nécessaire à un siècle d'intervalle.
Dans l'aménagement de la basilique, un détail doit retenir l'attention, c'est une cavité vaguement circulaire dans le roc vers le centre de l'abside principale, avec des parois régularisées vaille que vaille par une maçonnerie sans consistance (fig. 8851). Il n'y a pas lieu d'envisager une hypothèse de réservoir, conduite d'eau, fourneau d'hypocauste. L'exploration n'a pas permis d'enregistrer la plus minime trace de cendres, libations ou déchets sacrificiels ; il ne semble donc pas No Niveau du dallage ancien qu'on puisse s'arrêter à l'idée d'un sous-sol d'autel païen. D'ailleurs, les dimensions très modiques de la faille naturelle qui draine le fond de ce trou n'avait pas le débit nécessaire à un dégagement de cette nature.
Ici il s'agit d'une église chrétienne et cette fosse cylindrique ne se compare pas bien non plus au reliquaire assez fréquent sous l'autel ; mais un autre détail d'installation cultuelle chrétienne primitive sur lequel la documentation archéologique demeure jusqu'ici parcimonieuse donne au dispositif d'Amwás une interprétation tout à fait adéquate : c'est la piscine sacrée désignée dans l'ancienne langue liturgique sous le nom de CaAxcciótov ou CxAXxccox, « petite mer » ou « mer ». Elle est aménagée sous l'autel pour recevoir et évacuer secrètement les ablutions et toutes les eaux utilisées au service de l'autel et dans l'administration des sacrements ; car on y doit par exemple apporter aussi l'eau qui a servi pour le baptême, si la cuve baptismale n'est elle-même pourvue d'un écoulement direct.
XVII. BAPTISTÈRE. — A gauche de la basilique, aligné à la hauteur de l'abside, on voit un édicule quadrangulaire de 10 m. 40 de côté, pourvu d'une absidiole encadrant un bassin cruciforme et relevant de la même phrase structurale que la basilique primitive ; c'est un baptistère. Son agencement insolite peut Uscite quelques difficultés. L'axe de placement de la cuve ne correspond pas à l'axe de l'abside. Cette anomalie et quelques autres ont d'abord fait attribuer l'abside à une restauration du Ve ou du VIe dans le but d'honorer la cuve hors d'usage et abritée sous un autel. Mais cet autel semble conjectural. Quoi qu'il en soit, le dispositif original, pratique et simple, consiste en une piscine creusée au fond et dans le sol même de l'abside dont elle épouse le cintre, avec un barrage rectiligne haussé de manière à constituer au-dessus du sol un parapet dans l'ouverture absidale ; quelques degrés facilitaient l'accès. L'aménagement primordial du baptistère d'Amwás dans la première moitié du Ier siècle n'a rien d'insolite et peut être considéré comme la plus ancienne attestation archéologique de ce type. H. LECLERCO.
L'auteur anonyme qui a décrit les monuments de Constantinople au XIe ? emploie le mot &pyupo- pour exprimer à la fois la matière qui servit à confectionner le dôme du ciborium de Sainte-Sophie et l'ornementation qui la décorait. Ce mot est composé du substantif &pyupoc, « argent », et de l'adjectif Zxucrôc, qui qualifie la manière d’être de ce métal. Ce qualificatif, qui répond au substantif £yxuctc, a donc pour objet d'exprimer que l'argent était décoré au moyen de l'encausis. Ce mot, fort ancien dans la langue grecque, & recu plusieurs acceptions : il signifie inflammation intérieure, feu, chaleur, empreinte, peinture faite à l'aide du feu (voir Diclionn., t. v, au mot ExcausTIQUE). Cette dernière interprétation est celle dont nous voulons parler, et lorsqu'il s'agit d'une peinture sur or ou sur argent, les seuls genres qu'on puisse admettre sont la peinture en émail (voir Dictionn., t. Iv, au mot ÉMAILLERIE) et la niellure. Ju les Labarte a établi * que les Grecs faisaient usage des substantifs TAexTpow et yDusucic, et des qualificatifs nAéxtpuvoc et yvueurüc, lorsqu'il s'agissait de peinture en émail ; le substantif Eyx« uct ; ne peut donc s'appliquer qu'aux nielles.
Le nom d'ëyxaxvoig donné par les Byzantins aux nielles était parfaitement logique. Ce mot, en effet, est composé de la préposition £v, « sur », et du substantif x« botc, qui indique l'action de brûler. Or, dans la pratique, le mélange de couleur noire, qui doit pénétrer dans les traits du dessin et y adhérer, après avoir été pulvérisé et répandu sur la plaque de métal, est mis en fusion sur cette même plaque par l'action du feu auquel elle est exposée. Le mot composé encausis exprimait donc autant que possible le procédé mis en œuvre dans cette sorte de peinture.
Une phrase de saint Jean Damascène, rapportée par Reiske dans son Commentaire sur le livre des CérémoNIELLURE 1266 nies de la cour de Byzance, vient démontrer que l'encausis n'était autre chose que l'ornementation en nielles appliquée au métal.
Tni « cov xxi lês cov LÉYLGTOY abtod OLcxovw, sig Óvrcep &yxatuo cuento xaX eorr, act 6 uv GTLXÔG 700 Apto700 JELTVOS METÈ TOV OCOEXX ÉTOTTOAMV ÉVHEXOAATTO, « Touchez et voyez, dit le Damascène, sa grande patène, dans laquelle le repas mystique du Christ et des douze apôtres est exprimé par une gravure en intaille, avec un beau travail en encausis * ». L'auteur se sert du verbe qui signifie « graver en intaille », et il indique que cette gravure du métal était unie à l'encausis, éyaavortzoic : il est impossible de mieux indiquer le procédé d'exécution des nielles. En effet, les intailles qui ont tracé le dessin sont remplies par la matière noire en fusion sur le métal.
Reiske, trés savant helléniste, mais qui, sans doute, avait peu étudié les procédés d'exécution des différents arts, pensait que l'encausis était la même chose que la chymeusts. La description donnée par Jean Damascène prouverait déjà le contraire ; car, chez les Byzantins, l'émail n'était pas incrusté dans des cavités creusées par le burin sur une plaque de métal, mais bien disposé dans une petite caisse où les traits du dessin étaient rendus par des bandelettes de métal rapportées 5, Au surplus, les deux mots se trouvent rapprochés l'un de l'autre dans la description du tombeau de l'empereur Zimiscés , qui était tout d'or et décoré, dit l'Anonyme, avec de la chymeusis et de l'encausis fondues dans l'or. Le rapprochement des deux mots dénote assez que les matières qu'ils expriment étaient différentes. Constantin Porphyrogénéte, dans la description qu'il donne de l'oratoire du Sauveur édifié par l'empereur Basile, se sert aussi, à peu près dans la même phrase, des deux expressions : ££ doyüoou couonhdrou xxi cu6xpo0 LET Lbrxoroecoc. t Le sol, dit-il, était recouvert d'une épaisse feuille d'argent enrichie d'encausis », et un peu plus loin, lorsqu'il décrit l'architrave d'or qui surmontait les colonnes de la clôture du sanctuaire, il explique qu'on y voyait en beaucoup d'endroits « l'image de Notre-Seigneur exécutée en clujmeusis $ », Les applications diverses données à ces deux matières dans cet oratoire prouvent encore qu'elles ne sont pas identiques. Des émaux cloisonnés, si fragiles de leur nature, disposés dans le métal qui couvrait le sol, auraient été brisés immédiatement sous les pieds des prêtres qui faisaient le service de l'autel ; aussi la chymeusis est-elle employée à reproduire sur une architrave, à une certaine élévation, la figure du Christ. La nielle, au contraire, incrustée dans les traits d'une gravure exécutée sur l'argent qui couvrait le sol, n'avait rien à souffrir. On peut donc donner à encausis le sens de nielle chaque fois qu'on le rencontre comme désignant une ornementation dont l'or ou l'argent seraient décorés *.
II. CHEZ LES ROMAINS. — Les Romains ont connu la niellure et nous pouvons signaler un certain nombre d'objets chrétiens qui sont ainsi décorés ; dans le nombre plusieurs cuillers.
En 1792, on trouva à Aquilée une tombe d'enfant dans laquelle se trouvait son petit trésor : les six cuillers qui, sans doute, avaient servi à lui faire manger sa panade. Sa bulle d'or nous apprend qu'il appartenait à 3 aum des na us. RNÀLM a - se m i du LUN PE M LM LL ML ME D SU SÉ Lr
1267 NIELLURE 1268 -
Autre exemple, cuiller trouvée à Bordeaux sur | mentionné dans un testament mérovingien : Baselicæ laquelle on voit un chrisme, une feuille stylisée et un | domni Stefani anolo aureo nigellato, valente sol. quatuor, FENTE jJ 1i +Ë iF LEN mw omm E FL | at | t LM à zz rats | Tug
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n. 10, fig. 3456). Constantin à la basilique du Vatican * : sr Autre cuiller probablement niellée représentant Fecit autem et cameram basilicæ trimilam auri ful-
IRON ER RS« A
1269 gentem el super corpus beali Petri supra ære quod conclusit fecit crucem ex auro purissimo, pens. lib. CL, in mensure locus, ubi scriptum est hoc : scriptum ex litleris puris nigellis in cruce ipsa.
Nous pourrions encore mentionner au trésor de Monza une croix offerte, en 603, par saint Grégoire le Grand à Adaloald, de fabrication byzantine, où l'on voit, sous une plaque de cristal de roche, la crucifixion figurée par des nielles sur une feuille d'or. Tel encore l'encolpion de la comtesse Dzyalinska (vie-vri*. siècle) en forme de croix, dont la face est cloisonnée de verroterie rouge et verte, le revers et l’enveloppe niellés,
III. CHEZ LES FRANCS. — La bijouterie des Francs nous offre de nombreux exemples de niellure, à peine reconnaissable à première vue, mais incontestable sur les fibules gothiques dites à rayon !.
Les Francs ne semblent avoir pratiqué le travail de niellure que sur l'argent, ils ont employé un émail noir coulé dans des traits, des ciselures et poli ensuite à la lime. Leur émail s'obtenait par la fusion de 38 parties d'argent, 72 de cuivre, 50 de plomb, 36 de borax et 384 de soufre.
Le procédé était connu des barbares avant leurs invasions puisqu'il a servi à orner la plupart des fibules à rayons importées par les Goths. Lindenschmidt affirme que cette remarquable ornementation ne se trouve dans aucun travail indigène d'époque antérieure. Cette décoration niellée figure presque exclusivement sur les bords des fibules à rayons, soit à tête carrée, soit à tête semi-circulaire, et affecte toujours la forme triangulaire. Tantôt ce sont de petits points noirs semés sur le bord de la fibule d'argent, tantôt c'est une série de triangles, soit opposés par un de leurs angles, soit intercalés en sens inverse, de manière à produire l'aspect d'une suite de zigzags.
Il est peu de fibules de la catégorie de celles dites gothiques qui ne présentent cette particularité de décoration ; et même, parfois, on a remarqué le nielle ornant la circonférence d'argent de fibules circulaires, plaquées et rehaussées de cabochons. Par contre, on n'a rencontré aucune agrafe de ceinturon ornée par le procédé de la niellure, et cela s'explique aisément par ce fait que l'argent — et l'or — seuls sont susceptibles de recevoir pareille ornementation. Or, les boucles ou plaques de ceinture en argent sont à tel point exceptionnelles qu'on peut les considérer comme inexistantes.
H. LECLERCO.
NIKA. — Sur un certain nombre de monuments, dont l'origine chrétienne ne saurait être mise en question, nous lisons une acclamation de saveur païenne : NIKA. C'est une invocation à la Fortune qui était surtout employée dans les jeux du cirque et de l'hippodrome. En voici un premier exemple sur une stèle en marbre bleuâtre, haut. 0 m. 49 ;
1270 lettres du
— NIKA
larg. 0 m. 35, provenant d'Alexandrie, vI siècle : MIKÀ HTYXHEY TOKIOY--KAl BE NETON + KAI Nixa ġ rôyn Eóroxloo + xxi Bevérwv + xal coi vodibavroc.
Cette inscription votive, pourvue de deux croix, appelle les faveurs de la Fortune sur Eutokios, sur la faction des Bleus et sur le graveur de ce petit texte. Ce proscynéme devait appartenir au Tuyxtov ou « temple de la Fortune » mentionné par pséudo-Callisthène et qui, d'après Libanius, se trouvait au centre de la ville.
Adr. de Longpérier ?, décrivant un camée d'Héliogabale, explique que cette expression NIKA qu'on rencontre aussi sur les médaillons contorniates destinés à célébrer les victoires du cirque. Quoi que grec, le mot était d'un usage courant chez les Latins ; un vase de terre de la collection Gréau portait cette devise : TV SOLA NIKA, au lieu de vincas : on en vint d'ailleurs à altérer l'orthographe en NEIKA, suivant le parler populaire , L'expression nika, nica que les Romains avaient empruntée aux Grecs, comme nous avons pris notre bravo aux Italiens, était très fréquemment employée dans les jeux publics et les concours pour encourager les acteurs, en même temps que le mot vincas ou vince. Sur des médaillons contorniates relatifs aux jeux du cirque et représentant des auriges, des chars ou des chevaux, on lit les noms des cochers favoris, Eutemius, Asturius, Pannonius, Aelianus, Ursus, Exuperantius, ete., inscrits au vocatif eL accompagnés des expressions nika ou vincas . Les médaillons romains de terre cuite et les fonds de coupe dorés présentent les mêmes formules.
L'inscription suivante nous conduit en Carie, à Aphrodisias, où les inscriptions chrétiennes sont peu nombreuses, un dixième environ par rapport aux textes païens, mais quelques-unes offrent de l'intérêt : celle-ci se trouve aujour d'hui sur le montant de porte du corps de garde de la porte est des thermes ; on lit * :
XP lera
N I |
Nous passons maintenant dans le Harra, région désertique en bordure de la Syrie moyenne, mais dès qu'on atteint les premiers contreforts du djebel edDrüz, une bonne terre rouge, couverte de pâturages, puis de cultures diverses, remplace le désert pierreux appelé el-Harra. A'Ormán, un autel conservé dans la maison du cheik. Inscription sur les quatre faces ; caractères barbares, souvent frustes * (fig. 8853).
Face a : ToS BaotiAécg nohak tà (E)Tn.
Ceci forme probablement une phrase. La formule de salutation rokkt 7x £cr était protocolaire à l'égard des empereurs et des grands dignitaires byzantins. On en avait déjà des exemples en Syrie ™.
Face b : Mix ġ mgn... Too (Ëlrous pc”.
1271 NIKA —
Les premiers mots sont bien lisibles : « La fortune (du Christ) a vaincu... » Aux 4 et 5 lignes, on lirait &o£bewxv, mais l'article précédent tov ne convient pas et il est lui-même précédé d'une lettre en forme d'r.
Waddington ! avait déjà lu une inscription chrétienne à Rimea (Rimet el-Lohf) :
Hity + voc h $9 + yn 50v « ó[ogov] + el déclarait : « Cette inscription est singulière et ne présente pas de sens satisfaisant. » Il faut isoler le premier nom qui appartient à une autre ligne incomplète de l’inscription, et considérer la phrase : : Nix& à Tuy TOY xo[cpgov] en comprenant 7j ; Toy 700 Loic : On trouve plus simplement comme nous avons wu : X ptocóc 4%, à Aphrodisias et ailleurs *.
De ces deux exemples résulte très nettement un essai de christianisation de l'arx07, Tyn païenne dont a valeur religieuse en Syrie n'a pas été encore bien définie ?.
« Le fait que la T5y7 passa au christianisme explique certaines particularités. Ainsi l'inscription de Nedjràn qui portait primitivement une inscription païenne : »Ayah « oye, » Hog, enyn, avait chacun de ces noms entourés d'une couronne de palmes . En 668 de notre ère, des chrétiens remployèrent la pierre pour y graver la dédicace d'un sanctuaire élevé à saint Élie. On martela les noms d'Hélios et de Séléné, mais on conserva celui de la Bonne Fortune. On fit mieux peut-être. Car, dans la couronne portant mention de la Bonne Fortune, on lit encore :... YBOHO !I avec place pour deux lettres à gauche d'après la reproduction de Waddington et pour trois d'après sa transcription. On peut se demander — mais il faudrait voir l'original pour en décider — si ce membre de phrase n'a pas été ajouté lors de la gravure de l'inscription chrétienne, ce qui permettrait de lire :
Ayah Tyn l'Ifnco)d X (pioto) Bof , avec le régime sous-entendu comme il arrive parfois Bon pour BezÜz.* : « O bonne fortune de Jésus-Christ, protège (ton serviteur) ?. » Facec : l(o]&vvm[s] TOUTE (5) Joly], 702334 xal Nays dore (pooxv).
Avant le premier nom, il y a un signe ou une lettre qui n'est plus reconnaissable sur l'estampage. La terminaison même de ce premier nom est douteuse. La salutation 704A* cx tn semble s'adresser à l'empereur et former une parenthèse.
Face d :.... wx&. au-dessus quelques lettres douteuses, A Melah es-Sarrar ; linteau dans un mur ! :
Xoro (roc) vx A Samä, linteau !! : zu T SA m Po AD d B0Q : - | | XPICTOC ANIKÈC X ner | dü séparer le pérexoptére du canard volant, ces deux signes formant l'article défini.
Le niveau de la crue était déposé dans une basilique ; sous le règne de Julien on le rapporta au Sérapéum 1#.
H. LECLERCQ.
I. LE NIMBE PAIEN. — « Le nimbe ou diadéme est, dans l'iconographie chrétienne, l'attribut de la sainteté. C'est une espèce de cercle ou de disque lumineux qui entoure la tête, comme un reflet de la gloire céleste. » Telle est la description de Martigny ; elle appelle quelques correctifs et quelques compléments. Il ajoute aussitôt que cet insigne était connu des païens, ce qui est exact, car le nimbe n'appartient pas en propre à l'art chrétien. Dès l'époque hellénistique, on le rencontre dans un grand nombre d'œuvres d'art toutes païennes d'inspiration, notamment sur des mosaïques. En Afrique, la plupart des divinités de l'Olympe, Jupiter, Neptune, Amphitrite, Apollon, Bacchus, Diane et même Léda apparaissent tout à tour sur les pavements, la tête auréolée d'un disque lumineux.
Comme nous ne nous occupons pas ici spécialement de l'archéologie païenne, nous nous bornerons à donner quatre exemples de l'emploi du nimbe sur des monuments anciens. C'est d'abord une mosaïque trouvée à Ostie, en 1861, et conservée au musée du Latran. Une petite niche d'autel, consacrée à Sylvain, le dieu des bois. Ce monument, unique en son genre, et le plus ancien comme mosaïque en cubes d'émail, mesure 1 m. 57 en hauteur sur 0 m. 87 en largeur. Une bordure rouge divise la petite absidiole, dont la voûte est bleue comme l'hémicycle. Le sol est vert et jaune, à deux couches que sépare un filet blanc : il est exhaussé sur un soubassement bleu. Sylvain occupe le centre de la niche. Dieu, il porte un large nimbe qui se dégrade du blanc au bleu. Il est barbu, vêtu d'une tunique blanche ceinte à la taille, ornée de laticlaves rouges. Les jambes sont nues et couvertes en partie de bottines qui dégagent la pointe des pieds ; son manteau jaune est rejeté sur l'épaule gauche. De la main droite, il tient une bourse blanche dont l'extrémité est jaune et, de la main gauche, une touffe de feuillages, nuancés vert, bleu, jaune. À sa droite deux arbres, qui étendent horizontalement leurs branches vertes, bleues et jaunes, abritent un autel, maçonné en blocs de pierres rustiques, rejointoyées en bleu, sur lequel brûle le feu du sacrifice. À gauche, un chien blanc, assis et accosté à un arbre, regarde son maître. D'après Visconti, ce petit autel domestique daterait du règne d'Héliogabale, qui mourut en 222 (fig. 8854).
Nous avons montré ailleurs comment la présence des rayons et du nimbe autour de la tête ont pu avoir, en partie, une origine utilitaire. Il s'agissait de fixer un fil de métal destiné à protéger la tête des statues contre les avaries ; et ce qui n'était qu'une précaution bien prosaïque devint un symbole d'honneur. En passant de la statue à fresque et à la mosaïque, le nimbe perdit sa signification et en prit une nouvelle. On n'a pas retrouvé de nimbes pleins, qui eussent probablement été faconnés en bronze doré, tandis que les peintures, mosaïques, miniatures nous font voir qu'on adoptait différentes couleurs.
C'est encore au nimbe païen que se rattachent directement tels monuments d'époque chrétienne, comme cette personnification de Carthage, mosaïque du Ve d'où est exclue toute signification religieuse et chrétienne et qui nous montre (fig. 8858) le nimbe étoilé de cinq rayons dont les extrémités divergent, dépassant légèrement la circonférence du disque et formant des crans analogues à ceux d'une couronne Lourelée.
II. LE NIMBE CHRÉTIEN CIRCULAIRE. — Le mot nimbus a le sens de « nuage », « nuée », et fait comprendre comment l'habitude lui donna la valeur de « cercle ». On n'emprisonne pas un nuage dans une figure géométrique, fut-elle ronde ou carrée ou rectangulaire ; on l'exprime sous sa vraie valeur qui est une coloration. Quand la pensée vint aux artistes parens de rehausser l'éclat des divinités sur les tableaux ou sur les mosaïques, ils détachèrent la tête sur un nuage lumineux ; or, il fallait limiter ce nuage et on lui donna les dimensions et l'aspect d'une sorte de cercle, en variant les couleurs. Ceci allait bien en peinture, mais lorsqu'il s'agissait de sculptures on ne pouvait coiffer les statues d'une sorte de couvre-chef à larges bords ; il fallut aviser, et c'est ainsi que de nuageux et de vaporeux, le nimbus devint transparent et rigide. En somme, il ne conservait plus rien du nimbus, mais le symbole persistait et ce fut le symbole qui triompha. Le nimbe devint couramment un filet circulaire, qui entoure la tête en signe d'honneur et qui peut prendre toutes les nuances ou n'en avoir aucune. Le nimbe des statues fut adopté par la peinture et par les arts mineurs ; ainsi la numismatique enveloppa le profil des empereurs d'un fil circulaire.
1. Fresques. — 1° Rome, du IIIe au VIIe, 1. Catac. de Calliste. Chapelle des Sacrements A 5, fin du IIe : tête ornementale. Garrucci, Storia del l'arte cristiana, pl. vur n. 5 ; Wilpert, Le pitture delle sant de la statue à fresque et à la mosaïque, le nimbe perdit sa signification et en prit une nouvelle. On n'a pas retrouvé de nimbes pleins, qui eussent probablement été faconnés en bronze doré, tandis que les peintures, mosaïques, miniatures nous font voir qu'on adoptait différentes couleurs.
2. lbid. Crypte des Mages, seconde moitié du IVe ; le Christ nimbé entouré des douze apôtres. Wilpert, Pitture, pl. ccxxv, n. 1.
3. Ibid. Même crypte, seconde moitié du IVe ; l'ange nimbé avec les trois Hébreux dans la fournaise. Wilpert, Pillure, pl. CXXXI, n. 1.
4. Ibid. Même crypte, plafond, seconde moitié du IVe ; buste du Christ. De Rossi, Bulleitino di archeologia cristiana, 1879.
5. Catac. de Marc-et-Marcellin. Niche sur le tombeau des deux martyrs, seconde moitié du IVe, buste du Christ imberbe. Wilpert, Piffure, pl. CLII, n. 1 : cf. pl. ccxv.
6. Ibid. Crypte des Évangélistes, un peu avant 340 ; le Christ nimbé, entre quatre évangélistes. Garrucci, Storia..., pl. xvit, n. 2 ; Wilpert, Pilfure, pl. CLXIL, n. 2.
7. Catac. de Saint-Sébastien, sur la voie Appienne. Cubicule avec le Sauveur dans la crèche, seconde moitié du IVe ; Jésus dans la crèche. De Rossi, Bull., 1877, pl. 1-11. début du Ve ; Christ barbu. Garrucci, Sforia..., pl. ivi, n. 1 ; Wilpert, Piffure, pl. ccr. pl. ccLx, n. 2.
8. Ibid. Même crypte ; le Christ, nimbe crucifère.
9. Ibid. Même crypte ; l'évêque Urbain.
10. Catac. de Sainte-Félicité ; tombe de Félicité et de Silvanus ; le Christ, nimbe crucifére : Félicité et ses sept fils, nimbe simple. De Hossi, Bull., 1884-1885, pl. 1x-X (voir Dictionn., t. v, col. 1284, fig. 4327).
11. Catac. d'Hermés ; proche la crypte de Prote-et-Hyacinthe ; le Christ et les deux martyrs Prote et Hyacinthe, Wilpert, Piffure, pl. ccrx, n. 1.
12. Hypogée de Valentin, sur la voie Flaminienne, crypte ; scènes de l'enfance ; crucifiement ; Jésus, nimbe crucifère. Garrucci, Sforía.., pl. rxxxiv ; Römische Quartalschrift, 1889, pl. v.
13. Catac. de Pontien ; tombe de Milix et Punsenius ; Milix et Punsenius nimbés. Garrucci, Sloria..., pl. rxxx vir, n. 3 ; Wilpert, Pitture, pl. ccLv, n. 1.
14. Ibid. tombe de saint Pollion ; Pollion entre Pierre et Marcellin, tous trois nimbés. Garrucci, 5foria..., pl. LXXXVIL n. 2 ; Wilpert, Pillure, pl. ccr.v, n. 2.
15. Ibid. Voûte d'escalier ; le Christ, nimbe crucifère. Garrucci, Storia... pl. Lxxxvwi, n. 1 ; Wilpert, Pitture, pl. CCLVII.
16. Christ, nimbe crucifère ; Abdon, Sennen, Milix et Vincentius. Garrucci, Sforía..., pl..LXxxvrt, n. 1 ; Wilpert, Piffure, pl. ccrvin.
17. ALBANO. Catac. de S. Maria della Stella ; le Christ entre les saints Pierre, Paul, Laurent et un autre saint ; le Christ porte le nimbe crucifère, les trois saints le nimbe simple, le dernier est trop détérioré pour qu'on puisse dire s'il était nimbé ou non. Garrucci, Storia... pl. LXXXIX, n. 3 ; Nuovo bull., 1902, pl. v.
18. Ibid. Même catacombe ; le Christ. Garrucci, Sforía..., pl. cv.
19. En 1379 on, Ibid. Même catac. ; le Christ. Garrucci, Sforía..., pl. cv.
20. Ibid. Catac. de Saint-Sévére ; lunette d'arcosolium ; Pierre, Paul et deux saints. Garrucci, Storia... pl. cv, n. 1.
21. Ibid. Même catacombe ; lunette d'arcosolium ; Pierre et Paul. Garrucci, Sloria..., pl. cv, n. 2.
22. Ibid. Nécropole de S.-Giovani ; le Christ, nimbé, entre Pierre et Paul ; le Christ a un petit monogramme. CF. Wilpert, Pilfure, lesto, fig. 54.
23. Ibid. Autre chapelle, Daniel parmi les lions, début du Ve. De Bock, Matéri aux, pl. XII-XIV. le Christ, nimbe 1280
24. Marie trônant avec son fils entre Pierre, Paul, Julitte, Cyr, le pape Zacharie et le primicier Théodote : le nimbe de la Vierge manque ; le pape Zacharie et le primicier ont des nimbes rectangulaires.
25. Martyr de deux saints : Cyr et Julitte, nimbés dans toutes les scènes ; le Christ a le nimbe crucifère dans une scène.
26. Le primicier Théodote et sa famille devant Marie et Jésus ; les deux enfants de Théodote ont le nimbe rectangulaire.
27. Théodote tenant le modèle de la chapelle ; il a le nimbe rectangulaire.
28. Quatre saints, tous nimbés.
29. Scène de la vie de Jésus et de Marie ; le Christ porte le nimbe crucifère ; Marie, Joseph, Anne, sont nimbés, ainsi qu'un ange.
30. Le Christ avec la croix (nimbe crucifère) ; Jean, un ange nimbés ; Marie est détruite.
31. Deux papes nimbés ; l'un d'eux est Jean VII ; il a le nimbe rectangulaire.
32. Quatre Pères de l'Église, nimbés.
33. Marie et Jésus ; celui-ci a un nimbe shopie.
34. Jacob recoit l'ordre de partir ; le Christ est nimbé. De Rossi, op. cit, n. 9 ; Garrucci, Storia..., pl. ccxvir, n. 1.
35. Les eaux amères de Mara ; le Christ nimbé. De Rossi, op. cit., n. 23 ; Garrucci, Sforia..., pl. CCXXI, n. 3.
36. Prise d'Ai ; l'ange du Seigneur est nimbé. De Rossi, op. cit., n. 16 ; Garrucci, 5toria..., pl. ccxix, n. 4.
37. Josué. De Rossi, op. cit., n. 18 ; Garrucci, Storia..., pl. ccxxi, n. 1.
38. Sainte-Marie-Majeure. Arc triomphal. Six scènes de l'enfance de Jésus ; Jésus, ange et Hérode nimbés. De Rossi, Musaici, pl. Xxiv-xXxv ; Garrucci, Storia... pl. ccxr-ccxiv ; Richter, op. cii, pl. XXXI ; pl. xxxiv, n. 1 ; pl. xxxv.
39. Ibid. Arc triomphal ; étimasie.
40. Sainte-Constance. Niche du Nord ; don de la Loi à Moïse ; le Christ nimbé. De Rossi, Musaici, pl. xxm ; Garrucci, Sforia..., pl. ccvir, n. 2.
41. Ibid. Niche du Sud ; don de la nouvelle Loi à Pierre et Paul ; le Christ nimbé. De Rossi, Musaici, pl. xxm ; Garrucci, Storia... pl. ccvir, n. 1. apôtres saint Pierre et saint Paul nimbés, même date.
42. *DICT. D'ARCH. CHRÉT.* (sous Agathon, vers 680). De Rossi, Musaiei, pl. XXIII ; Garrucci, Sforia.., pl. ccLxxv, n. 3.
43. Oratoire de Jean VII à l'ancien. Saint-Pierre. Fragments de scènes de la vie du Christ ; le Christ, nimbe crucifère ; Marie, Pierre, un ange nimbés (sous Jean VII, 705-707). De Rossi, Musaïci, pl. xxii ; Garruceci, Sforía..., pl. CCLXXIX-CCLXXXII.
44. Ibid. Le pape Jean VII aux pieds de Marie, même date ; Marie, nimbée : Jean VII, nimbe rectangulaire.
45. Saints-Nérée-et-Achillée. Arc triomphal ; centre, transfiguration ; le Christ, nimbe crucifère et les trois apôtres (sous Léon IV, 785-816). De Rossi, Musaici, pl. xxr ; Garrucci, Sloria..., pl. CCLXXXIY.
46. Ibid. À gauche, annonciation ; Marie nimbée, même date.
47. Ibid. A droite ; Marie avec Jésus et un ange, tous nimbés ; Jésus a le nimbe crucifère, même date.
48. Sainte-Praxéde. Abside ; Praxède et Pudentienne offrent au Christ leurs couronnes ; le Christ a le nimbe crucifère ; Pierre, Paul, Praxède, Pudentienne et Zénon, le nimbe simple. Pascal Ier a le nimbe rectangulaire ; le phénix a la tête rayonnante (Pascal Ier, 817-824). De Rossi, Musaici, pl. v ; Garrucci, Sforía..., pl. CCLXXX VI.
49. *A. — XII — 41.
50. x « E I ET de »Rog NN aen, 4 255 n puc a cu TOPIC Pier d. r « cl m En 1253 nimbés ; colombe nimbée rectangulaire.
51. Ibid. Au-dessous du agneau avec nimbe crucifère quatre fleuves.
52. Ibid. Buste du Christ entre les symboles des évangélistes ; le Christ a le nimbe crucifère, et l'ange de saint Matthieu est nimbé.
53. Ibid. Saint Pierre et saint Paul nimbés.
54. Hors de Rome.
55. Ibid. Huit scènes de la vie du Christ ; le Christ nimbé, même date.
163. Ibid. Symboles des quatre évangélistes et saints non nimbés, Garrucci, Storia..., pl. ccLxx.
165. Catacombe de Saint-Gaudiosus. Lunette de l'arcosolium du tombeau de Gaudiosus ; le Christ nimbé, et le pape Grégoire IV, nimbe tableau précédent : sur le monticule aux trône du Christ, nimbe crucifére, ange et saints nimbés. Garrucci, Storia..., pl. CCXLII, CCXLIII.
1284 182. Saint-Vital. Abside ; le Christ trônant entre deux anges, saint Vital et l'évêque Ecclesius, milieu du vi siècle ; le Christ a le nimbe crucifére ; les autres sont sans nimbe sauf Ecclesius.
183. Ibid. Milieu du côté nord de l'abside ; un ange nimbé, Garrucci, Storia..., pl. CCLVIII.
184. Ibid. Milieu de la voûte ; agneau dans un médaillon soutenu par quatre anges, tous nimbés. Garrucci, Storia..., pl. CCLXVI.
185. Ibid. Autel d'Abraham et de Melchisédech, ce dernier est nimbé. Garrucci, Storia..., pl. ccrxi, n. 1.
186. Ibid. Sacrifice d'Isaac et les trois hommes ; ceux-ci nimbés, près d'Abraham. Garrucci, Storia..., pl. ccrxi, n. 2.
187. Ibid. Deux anges tenant un médaillon avec - une croix ; anges nimbés. Garrucci, Storia..., pl. CELXIT, n. 1, 2. H 188. Ibid. Isaïe, Jérémie et Moïse, nimbés. Garrucci, Storia..., pl. ccrLxim, n. 1, 2 ; pl. ccrxi, n. 3, 4.
1895. Ibid. Les quatre évangélistes nimbés et l'ange de saint Matthieu. Garrucci, Storia..., pl. CCLXII, n. 4-6.
190. Ibid. Le Christ, nimbe crucifére, douze apôtres, les saints Gervais et Protais, tous nimbés. Garrucci, Storia..., pl. CCLIX.
207. Ibid. Saint Côme et saint Damien, sans nimbe. anges ; saint Maur et trois saints, Louis nimbés, l'évêque Eufrasius, l'archidiacre Claudius et le jeune Eufrasius, non nimbés, vi siècle, Garrucci, Storia..., pl. CCLKXVT : ;
J. Wilpert, Der Dom von Parenzo, Wien, 1902, pl. x.
214. Église de la Lavéyrx Kovxxxpux ; même sujet que le précédent, tous nimbés, vi-vii siècle. Wiz. Wrem., 1897, pl. 11. fant a le nimbe crucifère. op. cil, pl. xxv.
S27. LONDRES. Bible dite de Cotton, v-vi siècle, fol. 3 ; présentation d'Éve ; le Christ nimbé. J.-J. Tikkanen, Die Genesismosaïken, plix, n. 65.
285 NIMBE | 1286
Peintures d'un manuscrit grec de l'évangile de saint Matthieu, dans Monuments et mémoires. Fondation Piot, t. vii, 1900, pl. XVI-XIX.
240-256, ROSSANO. Cathédrale ; évangéliaire, dix-sept illustrations ; le Christ a toujours le nimbe crucifére ; un ange nimbé ; tête avec les quatre évangélistes nimbés ; titre de l'évangile de saint Marc et la « Sophia », nimbés. A. Haseloff, Coder purpureus Rossunensis, Leipzig, 1898.
204. Ibid. Luc et son symbole, non nimbés. Pæleogr. soc., pl. XLIV ; Garrucci, Storia..., pl. CXLI, n. 1.
251, Ibid. Marc et son symbole, non nimbés. Garrucci, Storia..., pl. CXLI, n. 3. avec les évangélistes Garrucci, Storia..., canons avec les évangélistes Storia... pl. CXXXVI, ^n x. e n. à v 1257 207. Ibid. Fol. 63 ; David, Salomon, Samuel, nimbés. Garrucci, Storia..., pl. cxLvi, n. 1.
288. Ibid. Fol. 66 ; ascension d'Élie, nimbé, ainsi qu'Élisée. Garrucci, Storia..., pl. CXLVI, n. 1.
289. Ibid. Fol. 69 ; trois scènes de l'épisode de Jonas, non nimbé. Garrucci, Storia..., pl. CXLVI, n. 4.
290. Ibid. Fol. 114 ; Ézéchiel, Isaie, Mérodach, nimbés. Garrucci, Storia..., pl. cxrvnr, n. 1 (fig. 8859).
291. Ibid. Fol. 72 ; ange purifie les lèvres d'Isaie ; le Christ avec nimbe crucifére ; ange et Isaie, nimbe simple. Garrucci, Storia... pl. CXLVIII, n. 2.
292. Ibid. Fol. 74 ; le Christ et Ézéchiel, Garrucci, Storia..., pl CXLIX, n. 1.
293. Ibid. Fol. 75 ; vision de Daniel, ruccl, Storia..., s id ri. T.
294, Ibid. Fol. 82 ; martyre d'Étienne, nimbé, ainsi que Paul. Garrucci, Storia..., pl. CLIL n. 1. nimbés. nimbé. Gar-
ON
1288 et deux anges, tous nimbés. Le Christ a le nimbe crucifère. Garrucci, Storia..., pl. CXXVI n. 1.
306. Ibid. Les quatre évangélistes nimbés. J. Strzygowski, op. cil., pl. r1, n. 1-2.
309. Ibid. Annonciation faite à Zacharie : nimbé. J. Strzvgowski, op. cif., pl. v, n. 1.
410, lbid. Annonciation à Marie ; ange et Marie nimbés. J. Strzvgowski, op. cit., pl. v, n. 2.
IV. Peintures sur ivoire ou sur bois. ange 332, RAVENNE. Musée ; adoration des mages ; le Christ a le nimbe avec chrisme. Garrucci, Storia..., pl. cccximr, n. 2. odd. Ibid. Musée ; le Christ sur la montagne, entre 338, Ibid. Cathédrale ; Pierre et Paul offrent leurs couronnes au Christ nimbé. Garrucci, Storia..., pl. cccxrv, n. 1.
339. Tombeau des Bracchioforte. Le Christ nimbé entre Pierre et Paul. Garrucci, Storia..., pl. CCCXLIV, n. 1-4.
JAD. RAVENXE, à Saints-Jean-et-Paul, fin du vi siècle ; Ambon d'Adéodat, saint Jean l'Evangéliste et saint Paul, nimbés. Garrucci, Storia..., pl. CDX, n. 2.
Du c n 1291 1292 nant entre deux anges ; Jésus seul est nimbé. Id., ibid., | ang les le Soleil et la Lune, nimbés. W. Vóge, Die Elfenp. 105, fig. 161.
VIII. Graffites funéraires.
351. ROME. Musée du Latran ; n. 197 ; résurrection de Lazare ; le Christ nimbé. Garrucci, Storia..., pl. CDXCIV, n. à. oz, Ibid. Défunt entre saint Pierre et saint Paul, tous les deux nimbés. Garrucci, Storia..., pl. CDLXKXV, n. 3.
O04. AQUILÉE. Les saints protecteurs d'un jeune défunt, les saints sont nimbés. QGarrucci, jStoria..., pl. CHLXXXV, n. 14.
S52. Ibid. Représentation d'un baptême ; le Baptiste est nimbé. Garrucci, Storia..., pl. CDLXXXWIT, n. 26.
$62. BERLIN. Kônigl. Mus. Christl. Dipty que ; le Christ et la Vierge sur des trónes, non nimbés : ; dans les —— HIN aii AL LEE PR DRÁÉ QS LS beinwerke der chrisil. Epochen der kónigl. Mus. in Berlin, pl. 11 ; Garrucci, Storia..., pl. CDLI, n. 1, 2.
363. Ibid. Fragment de pyxide ; Christ nimbé.
SO. DARMSTADT. Pyxide, trois miracles du Christ qui, dans deux scènes, porte le nimbe crucifére. stühlfauth, Die altchristl. Elfenbeinplastik, fig. 7.
367. TRÈVES. Dôme ; pla que ; procession de reliques ; le Christ porte le nimbe crucifére. | S60, BOLOGNE. Museo Civico ; dipty que ; annonciation et visitation ; Marie, Élisabeth et l'ange Gabriel, nimbés. Graeven, op. cil., Ie sér., Aus Sammlungen in Italien, n. 6. scènes de la vie de saint Marc, nimbé. Graeven, op. cil., II* sér., 42 bis, 46-48. : chame aux. Graeven, op. cil., II sér., n. 47.
1293 portal an der Kirche der heiligen Sabina auf des aventischen Hügel-Rom, 1900, pl. xvir-xvirr.
XI. Tissus et broderies.
S87. Ibid. Fragment ; le Christ, nimbe crucifère, entre Pierre et Paul nimbés. Id., ibid., pl. v.
388. Ibid. Kaiser-Friedrich-Museum ; Moïse sur le Sinai ou l'Horeb, et un personnage, nimbés Id., ibid., pl. vr.
391. Ibid. Un cavalier nimbé.
392, Ibid. Figure d'hommes (saints ?) nimbés. nimbé. Un ange, Marie et Élisabeth : un apôtre, tous nimbés. Fórrer, Frühchristl. Alterth., pl. xvr, n. 22.
Garrucci, Storia..., 1294 452, Pierre et Paul, nimbés, de cha que cóté d'un chrisme. Garrucci, Storia..., pl. cLxxxtm, n. 6. > 433. Pierre et Paul, nimbés ; Julius et Sistus, non nimbés. Garrucci, Storia..., pl. cxcrv, n. 1.
4 :4. Marie, nimbée, en orante. Garrucci, Storia.. pl. cLxxvri, n. 1i.
499. Anne (—Agnés) nimbée. Garrucci, Storia..., pl. cxctr, n. 3.
496, Acne (—Agnès), nimbée, Westdeulch. Zeitschrift, 1884, pl. vri, n. 1.
457. Le Christ donnant la Loi, entre Pierre et Paul ; phénix nimbé. Garrucci, Storia..., pl. CLXXX, n. 6.
458. Soleil avec nimbe. Garrucci, Storia..., pl. CLXXI, n. 6.
499. Le Christ ou un saint, nimbé. Garrucci, StoDid... DL. CDISGIL n. 12.
460, Même. Id., ibid, pl. cpLxrrt, n. 5.
461. Même. Id., ibid., pl. CDLXIV, n. 3.
462, Le Christ, nimbé, entre deux palmiers. Garrucci, Storia.., pl. cprxiv, n. 6.
A63, Résurrection de Lazare : Christ, nimbé. Garrucci, Storia... pl. cpr.xir, n. 11.
#07, Nativité de Jésus, nimbe crucifére ; Marie et Joseph nimbés (pâte de verre) Fôrrer, Frühchristl. Alterth., pl. xir, n. 10.
EP p^ zc Va SER ar que ira. ER tir »i b 1295 XV. Amulettes, encolpia, médailles.
501. Encolpion d'or, au musée de Constantinople ; deux exemplaires semblables ; face : buste du Christ, nimbe crucifére, Marie et les douze apôtres, tous nimbés ; sept miracles du Christ qui porte le nimbe crucifére ; revers : annonciation ; visitation ; nativité ; fuite en Égypte ; adoration des mages : dans la fuite en Égypte, Jésus n'est pas nimbé, et les mages non plus. J. Strzygowski, Byzant. Denkmäler, t. x, pl. vir.
202. Encolpion de bronze en forme de croix, à Sienne, collect. Piccolomini : face : le Christ en croix, nimbe crucifére ; revers : Marie, nimbée, tenant Jésus qui a le nimbe crucifére ; un ange nimbé. Nuovo bull. di archeol. crist., 1900, pl. x, n. 2, 3.
2053. Encolpion, collect, Fórrer ; Marie en orante. Fórrer, Frühchr. Alterlh., pl. 1x, n. 11.
205, Encolpion ovale, à Monza ; crucifiement (voir Monza, col. 2779). Garrucci, Storia.. pl. CDXXXIII, D. 3 ; D.
505. Encolpion, à Monza ; crucifiement (voir MONZA, col. 2779). Garrucci, Storia... pl. coxxxiti, n. 4, 6.
206. Encolpion de bronze ; face : le miracle de Cana, Christ nimbé. De Rossi, Bull. di archeol, crist., 1372, p. 5.
1296 226, Gemme ovale. Garrucci, Storia..., pl. CDLXX VIT, n. 38 ; adoration des mages : Marie et Jésus seuls nimbés.
227. Camée. Garrucci, Storia..., pl. CDLXXIX, n. 12 ; le Christ nimbé et la Samaritaine au puits de Jacob. XVII. Anne aux.
530. Anneau de bronze ; orant (saint Ménas ou sainte Thécle), entre deux animaux.
531. Anneau d'argent ; Marie en orante. Fôrrer, op. cil., pl. xir, n. 6-65.
532, Anneau d'argent ; l'archange saint Michel. Fórrer, op. cil, pl. Xu, n. 6-6 c.
XVIII. Lampes ou terres-cuites.
533, Lampe ; bon Pasteur, Jonas, Soleil et Lune. - Garrucci, Storia... pl. CDLXXIV, n. 2.
534. Lampe ; le Christ piétinant le lion et le dragon. Garrucci, Storia.., pl. cprxim, n. 4 (voir Diclionn., t. r, col. 1138).
I] n'en est pas de même avec les mosaïques dont les conditions permettent la conservation inaltérée des couleurs, mais dont la série chrétienne — sauf quelques exceptions insignifiantes — ne commence qu'avec le IVe. Les deux absides de Sainte-Constance nous montrent Dieu le Père nimbé et Jésus-Christ nimbé alors que Moïse et les apôtres Pierre et Paul ne le sont pas. A Saint-Aquilin, chapelle de la basilique de Saint-Laurent, à Milan, nous voyons le Christ seul nimbé entre les douze apôtres, assis à ses côtés, mais ce nimbe est timbré du monogramme avec A et Q (voir Dictionnaire, t. XII, col. 181, fig. 8495) et il est fort probable que le nimbe a été refait. Il est cependant excessif d'écrire que « tout le Ve et la première moitié du VIe se passent sans que Pierre et Paul aient droit au nimbe » ; des fonds de coupe dorés appartenant, au plus tard, au IVe, nous les montrent nimbés authentiquement. Ce qui est vrai, c'est que, vers le milieu du VIe, le nimbe est prodigué, tellement qu'on croirait faire tort aux anges et aux saints en ne le leur accordant pas. Il y a beau temps qu'on ne songe plus à le contester aux symboles des évangélistes ; quant à l'agneau divin, posé sur la montagne, d'où coulent les quatre fleuves du paradis, il portait le nimbe à Sainte-Marie-Majeure dès la fin du IVe, parfois même, afin qu'on ne s'y trompât point, le nimbe crucifère. On pourrait dire qu'à partir du VIe, le nimbe est accordé avec une telle profusion qu'il perd en partie sa signification.
En partie, disons-nous, car la tradition de l'insigne honorifique n'est pas encore tout à fait oubliée. Qu'on regarde les deux mosaïques de Saint-Vital, à Ravenne, représentant Justinien et sa cour, et Théodora et sa cour ; le basileus est nanti d'un large nimbe qui est refusé à tous ses courtisans, même à l'archevêque qu'on a consenti à désigner par son nom, MAXIMIANVS ; quant à la basilissa, également seule nimbée parmi ses dames d'honneur, ce n'est sans doute pas sa vertu qu'on prétend signaler par là, mais seulement son rang social.
Les dimensions du nimbe varient, ainsi que son contour, sa couleur qui offrent souvent, comme à Sainte-Constance, une teinte dégradée. Dans l'église de Saint-Vital de Ravenne, nous voyons, à la conque de l'abside, une composition intéressante pour l'étude du nimbe. Le Christ, assis sur le globe terrestre, est pourvu d'un nimbe crucifére gemmé de nacre et perlé, de la plus grande richesse ; deux anges se tiennent à ses côtés, nimbés eux aussi, mais plus modestement ; saint Vital a aussi son nimbe mais d'un module plus petit que les anges ; quant à l'évêque Ecclesius, il n'a rien du tout.
T M —— — i 1298 varie beaucoup. Au lieu d'un trait rude, mal réglé et qui dépasse le disque, comme sur la gemme en question, on voit un trait double, tracé avec application, de plus en plus élargi, à la façon d'un galon, d'abord plat, ensuite rehaussé de lignes parallèles, de perles ou de gemmes.
Après cette trouvaille du nimbe crucifére tout semble dit, car le nimbe à neuf rayons, attribué au Christ, dont le buste colossal apparaît au sommet de l'arc triomphal de Saint-Paul-hors-les-Murs (voir Dictionnaire, t. VI, col. 261, fig. 4852), semble n'avoir obtenu aucun succès. Ce rayonnement semble irradier le fond du disque, dont le centre est d'azur et le bord couleur indigo.
Les nimbes de la Vierge et des saints sont tous taillés sur le même patron et, pour ainsi dire, dans la même étoffe, en attendant qu'ils soient découpés dans le même métal, car le nimbe doré succède au nimbe de couleur terne et s'impose rapidement. Ses dimensions varient, mais qu'il soit large ou réduit, il a presque disparu au IXe, le nimbe n'était plus guère distingué du médaillon. Sur la façade de la chapelle de Saint-Zénon, dans la nef droite de Sainte-Praxéde, le Christ et chacun des douze apôtres se détachent dans un médaillon ; celui du Christ est crucifère, plus de nimbe.
Le nimbe devait disparaître aussi pour faire place à la « gloire » qui entoure le personnage tout entier.
Lap CER E. ir 1299 A Sainte-Marie-Majeure, nous voyons Abraham recevoir à Mambré les trois anges, trois Jeunes hommes imberbes, nimbés de bleu, sans ailes. Celui du milieu, outre le nimbe, est entouré d'une sorte de gloire lu1300 Nous consacrerons plus loin un travail séparé à la — représentation du phénix. Si, des êtres, nous passons aux humains, nous voyons que le nimbe a orné des têtes impériales. D'après CiamLa crypte dite d'Orphée, dans la catacombe de Pierre-et-Marcellin, nous offre la représentation d'une Saison nimbée (IIIe) et à l'entrée du cubicule 1 du Cœmelerium majus, deux génies ailés et nimbés (début du IVe). Pour trouver d'autres personnifications nimbées, il faut sortir des catacombes de Rome et aller à El-Baghaouât, dans la Grande Oasis d'Égypte, ou bien recourir aux manuscrits : Chronographe de 354, Genèse de Vienne, Dioscoride, Rouleau de Josué. On y trouve des vertus, des qualités morales, des montagnes, des fleuves, des villes, etc. pini, il existait une représentation de Constantin nimbé dans une mosaïque aujour d'hui détruite de l'ancienne basilique Vaticane ; on connaît le buste de Justinien, nimbé d'une large auréole incrustée de perles de nacre (fig. 8466). Nous venons de parler, il n'y a qu'un instant, des deux tableaux de Saint-Vital qui représentent Justinien-et Théodora, nimbés, et une autre composition, de la même inspiration, nous montre à Saint-Apollinaire in Classe l'empereur Constantin Pogonat et PE Lt i i A 5 1301 ses fils Héraclius et Tibère, nimbés, tandis que le jeune fils Justinien n'a pas eu ce droit au nimbe !.
V. QUELQUES PERSONNAGES. — Dans une matière où les monuments n'ont pas de date certaine, il est toujours hasardeux de soutenir que telle particularité archéologique fait son apparition à une époque déterminée. Tel est le cas pour l'application du nimbe au Christ Jésus. Nous avons dit qu'un symbole doit se montrer une première fois sur un point quelconque avant qu'on ne le rencontre presque partout ; c'est le cas pour le nimbe qui a pu entourer la représentation du Sauveur à une date qu'on ne précisera jamais.
Si on
Dès le IVe, l'agneau sert à figurer le Christ et il est nimbé. A la chapelle des Saintes-Rufine-et-Seconde, au Latran, le front est surmonté d'une croix et le nimbe fait place à une gloire ; dans l'abside de la basilique des Saints-Côme-et-Damien, il est nimbé sur le monticule d’où coulent les fleuves du paradis et à saint-Vital de Ravenne, nimbé, triomphant sur un ciel étoilé, il plane dans une couronne de fleurs, soutenue par quatre anges.
Au IVe, à Sainte-Marie-Majeure, sur l'arc triomphal, dans la scène de l'annonciation, l'ange Gabriel est nimbé et la vierge Marie, parée comme une impératrice, ne l'est pas. Sur ce même arc, Hérode est nimbé. A partir du Ve, l'usage se répand partout de donner le nimbe à Marie, surtout lorsqu'elle tient dans ses bras son divin Fils ; cependant, on verra dans l'essai de classement plusieurs scènes de l'adoration des mages où Jésus est encore seul nimbé.
C'est aussi avec le Ve que commence l'usage de nimber les apôtres, mais sans qu'on puisse invoquer en faveur des monuments une date certaine : Landis qu'à partir du VIe c’est une règle dont on ne se départ plus.
On pourrait en dire autant pour saint Jean-Baptiste et pour les évangélistes. Dans les plus anciennes représentations du baptême du Christ, Jean ne porte pas le nimbe. A Ravenne, au baptistère des Orthodoxes (Ve), Jean est nimbé ; au baptistère des Ariens (VIe), il ne l'est pas et ceci s'explique parce que, dans le premier cas, la tête a été refaite à l'époque moderne. Quant aux évangélistes, ils ne sont pas nimbés dans la crypte de la catacombe de Marc-et-Marcellien, tandis qu'ils le sont à Saint-Vital, à Saint-Apollinaire in Classe, et dans les manuscrits de Rossano, de Cosmas et d'Etschmiadzin ; quant à Habula, il donne, dans son évangéliaire, le nimbe à Marc et à Luc ; il le retire à Matthieu et à Jean.
Prophètes, patriarches, personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament commencent dès la première moitié du Ve à accéder timidement et, pour ainsi dire, à leurs risques et périls, à l'honneur du nimbe, mais ce n'est pas avant le VIe qu'ils peuvent y compter comme sur un droit acquis. Il est clair que l'arbitraire règne ici souverainement et c'est la même chose pour les saints. Quant aux évêques, aux papes, ils arrivent jusqu'au VIIe sans obtenir cet attribut tant recherché, et il va leur falloir se contenter d'un nimbe rectangulaire dont il nous reste à parler.
VI. LE NIMBE RECTANGULAIRE. — Parmi les peintures de l'église de Sainte-Marie-Antique, au Forum (voir Dictionnaire, t. V, col. 2041, fig. 4598), se trouve le portrait de Théodote procurator ou primicier de l'église, qui offre le modèle de la chapelle des Saints-Cyr-et-Julitte, ornée par ses soins de nombreuses peintures, sous le pontificat du pape Zacharie (741-752) (fig. 8867). Dans la peinture volive en question, la tête est entourée du nimbe rectangulaire, qu'on nomme aussi, avec moins d'exactitude, « nimbe carré » et qui, au dire de Jean Diacre, écrivain du IXe, doit être considéré comme l'insigne viventis. Un examen attentif de
1304 M. J. Wilperl, a permis de constater que la tête du primicier Théodote était peinte, non pas à fresque, comme le reste du personnage, mais sur une toile fixée par six clous !. C'était là une pratique admise et courante ; on en peut apporter d'autres exemples. La catacombe de Calliste (voir ce nom) contient une crypte désignée sous le nom de « crypte de l'Océan ». La propriétaire du cubicule avait eu la coquetterie de se faire peindre et, afin d'être visible, elle avait choisi le Jucernaire pour y placer son portrait. Mais, suivant l'usage, on avait dessiné son buste et celui-ci était surmonté d'une toile rectangulaire bien ajustée, de façon à donner l'image de la défunte. Or cette toile, plus large que haute, a aujourd'hui disparu, elle n'est reconnaissable qu'à son empreinte demeurée visible sur l'enduit du mur * (fig. 8868), La défunte, drapée dans un vêtement sombre, tient un rouleau en mains ; elle avait espéré transmettre ses traits à la postérité ; elle a fait mieux : elle a laissé une démonstration sur une pratique qui pouvait être contestée.
La méthode suivie explique l'origine du nimbe rectangulaire pour les vivants. On ne pouvait peindre la tête seule ; il était nécessaire d'y ajouter un fond colorié pour la mettre en harmonie avec le reste de la fresque : on choisissait pour l'ordinaire le bleu clair ou le vert marin ; de plus, il était naturel de l'encadrer. L'usage d'y ajouter des détails devenait si constant que l'on finit par les peindre même quand on faisait le portrait à fresque, c'est-à-dire sur le mur même ?
C'était, en somme, l'opinion énoncée par Garrucci, en 1879, et affirmée par deux exemples curieux. Il fallait aller plus avant et trouver l'origine de ce qu'on continua à nommer « nimbe carré », bien que l'insigne ne soit pas un nimbe du moment qu'il est carré et ne le redevient pas en cessant d'être carré pour être rectangulaire.
On sait qu'en Égypte, à l'époque gréco-romaine, le visage de la momie était recouvert d'une tablette de bois sur laquelle on peignait à l'encaustique le portrait du défunt. Ces portraits, exécutés avec une précision admirable de dessin et une vivacité de couleur qui ne laisse rien à souhaiter, sont connus partout depuis la fin du XIXe. Certains tombeaux ont livré seulement un portrait, d'autres, moins nombreux, moins anciens, ont rendu non seulement le portrait, mais le personnage entier. Une de ces momies est entrée, en 1904, au musée égyptien du Vatican ; elle appartient au IVe. Nous avons déjà parlé de cette momie (voir Dictionnaire, t. XI, col. 1747, fig. 8292). La défunte, une femme très jeune, est représentée dans des vêtements luxueux ; elle reposait parmi d'autres momies chrétiennes et elle fait le geste de la prière, levant une main (voir ce mot). Elle a la tête encadrée d'une sorte de planchette rectangulaire qui n'est pas un nimbe, mais le couronnement du pylóne qui figure souvent dans le fond des portraits des momies égyptiennes. Rome fut considérée longtemps comme le pays originaire du nimbe rectangulaire, c'est une erreur, il faut le ramener en Égypte.
Le caractère de la peinture, le modelé savant, les pupilles encore ravivées de lumière, comme sur les meilleurs portraits des quatre premiers siècles de l'ère vulgaire, attestent que le portrait du vénérable Jérémie après sa mort, comme l'étaient probablement tous les portraits égyptiens du cycle rituel. Une question seulement se pose : pour quoi lui a-t-on donné le nimbe rectangulaire et même le nimbe circulaire, tandis qu'il n'était pas encore canonisé ? — A cette question il serait facile de répondre que nous ignorons absolument quand Apa Jérémie fut canonisé. Cette formalité était alors spontanée et populaire. On était canonisé sur la réputation qu'on laissait en mourant et par ceux qui avaient été à même de juger des vertus du défunt. Mais ce n'est là qu'un point de détail et nous laissons l'auteur démontrer que « l'encadrement rectangulaire et le nimbe rond avaient en Égypte une signification un peu différente de celle que lui prêtait l'Occident, et qu'une forme cependant dérive de l'autre.
Sur les linceuls de l'époque gréco-romaine, l'image, conçue d'après les modèles archaïques, montre le défunt placé devant le pylóne du temple, ou dans l'embrasure de son sépulcre, de telle façon que sa tête parait comme encadrée par la sommité du rectangle du pylóne ou du tombeau. Cet encadrement, avec la tête du défunt formant le centre de la composition, devint bientôt, nous le verrons tout à l'heure, comme le signe hiéroglyphique du portrait sépulcral.
Cette transformation s'effectua dans le courant des quatre premiers siècles de l'ère vulgaire.
C'est sur le linceul de la collection Goleniscev, aujourd'hui au musée des Moulages, à Moscou, qu'on peut voir le mieux ce qu'était l'idée mère : on y distingue nettement le corps principal de l'édifice avec la décoration polychrome dans le goût de l'Égypte et, au milieu de cet édifice, au centre de la composition, le pylóne architravé avec le disque solaire ailé, qui est, depuis la XVIIIe dynastie, l'attribut indispensable de toute porte d'entrée ; dans l'encadrement du pylóne se trouve la tête du défunt. C'est là une image purement réaliste ; cependant, le rectangle du pylóne appartenant à un monument funéraire et le défunt placé à la porte de son sépulcre évoquent déjà l'idée de tristesse.
La composition du linceul Goleniscev, probablement du IIe de notre ère... fut bientôt simplifiée : le pylône fut détaché du corps de l'édifice : il devint seul visible, le reste du monument étant censé caché par le linceul enroulé. La scène du rite funéraire fut réduite à un seul personnage : la figure du défunt placé devant le rectangle.
Avec le rectangle du pylóne isolé du corps de l'édifice, nous entrons déjà dans la voie qui nous mènera à la fabula circa verlicem de l'Occident. Quand la loi théodosienne interdit l'usage du portrait funéraire, ce symbole passa du linceul à la peinture murale, mais il conserva en Égypte son sens originaire : dans les chapelles funéraires, il distingue les personnages arrivés au terme de leur vie terrestre.
Outre le portrait d'Apa Jérémie, on trouve en Égypte encore ceux de Baouit, des catacombes de Karmouz et du monastère de Deir Anba Sama'an ; les rectangles de ces portraits furent conçus d'après ceux des pylônes ; il en est de carrés, il en est d'oblongs, car sur certains linceuls le pylône se trouve coupé à la hauteur des épaules du défunt, formant ainsi autour de sa tête un véritable carré, dont on voit les quatre angles ; en d'autres cas, les angles disparaissent derrière les épaules et le rectangle prend alors la forme allongée. Nous verrons que ces deux formes caractérisent aussi le soi-disant nimbe rectangulaire de l'Occident. Il est important d'observer ici que le rectangle du sépulcre — symbole de la vie passagère fut opposé déjà en Égypte au nimbe sphérique, symbole de la vie éternelle.
Sur une intéressante enveloppe de momie du musée du Louvre, qu'on attribue généralement au Ier siècle, on voit clairement pour quoi le même personnage, dans un même cadre, apparaît une fois avec le rectangle, l'autre fois avec le nimbe sphérique. Cette composition aide à comprendre la curieuse image d'Apa Jérémie, distinguée précisément par ces deux symboles. La composition du linceul du musée du Louvre a pour sujet le passage mystique du défunt d'une existence dans une autre : le passage de la vie terrestre et passagère dans la vie éternelle de la lumière... Cette curieuse conception de l'époque gréco-romaine, imbue de l'ancienne tradition égyptienne, explique l'origine des nimbes. Le nimbe circulaire a gardé en Égypte plus longtemps qu'ailleurs sa valeur primitive, et signifie généralement que la personne est passée dans le monde de la lumière auprès de Dieu. On peut donc trouver en Égypte de véritables et authentiques portraits entourés du nimbe rond.
Maintenant que nous connaissons la signification spéciale en Égypte du nimbe circulaire et du rectangle, l'image d'Apa Jérémie ne nous paraîtra plus une énigme, comme lors que nous la considérions au point de vue de l'iconographie occidentale. C'est une image funéraire conçue à la fin du Ve, à une époque où le rectangle a pris déjà une signification bien arrêtée, tandis que le nimbe rond continuait à indiquer que le défunt est passé dans le monde de la lumière auprès de Dieu. Si, sur le linceul du Louvre, le peintre a représenté dans un seul cadre la transformation successive, et le passage d'une forme à l'autre, l'imagier du Ve combina les deux symboles dans un ensemble iconographique, pour dire que la personne est passée de la vie passagère à la vie éternelle.
Quelques mots encore sur la fabula circa verticem de l'Occident et les liens qui l'unissent au symbole égyptien.
Le nom de nimbe n'a pu être appliqué à la fabula circa verlicem qu'à une époque bien postérieure, où l'on avait perdu le sens de ce signe distinctif, et encore fallait-il pour cela négliger le texte si explicite de Jean Diacre déjà mentionné : Circa verlicem vero labulæ similitudinem, quod viventis insigne est, praeferens, non coronam. Ex quo manifestissime declaratur, quia Gregorius, dum adpiverel suam similitudinem depingi salubriter voluit, in qua possel a suis monachis, non pro elationis gloria, sed pro cognitæ distinctionis cautela, frequentius intueri. De ce passage, il résulte avec évidence que Jean Diacre ne considérait pas cet attribut comme une couronne ou comme un nimbe, et que pour ses contemporains ces tablettes étaient destinées précisément à éveiller dans l'esprit un portrait. Et si nous nous en tenons à cette explication, les paroles de Jean Diacre paraîtront tout à fait compréhensibles et auront une signification nouvelle ; par les mots flabulæ similitudinem il a voulu dire que les portraits peints sur mur voulaient imiter ceux peints sur bois. Or les découvertes modernes nous ont mis à même de savoir ce qu'étaient les fabulis piclæ ou fabula cera, nous le savons même avec précision : elles ont la même forme et la même couleur que les planchettes imitées sur mur. Nous avons vu plus haut que, dans l'église Sainte-Marie-Antique, le portrait du primicier Théodote, avec la planchette rectangulaire, fut rapporté sur un portrait plus ancien : dans la crypte de l'Océan, il s'agissait de même d'un portrait rapporté sur toile. Or le portrait du musée du Louvre a été, lui aussi, rapporté sur un linceul préalablement décoré et se présente sous la forme d'un rectangle de 0 m. 22 sur 0 m. 30, alors que le linceul entier mesure 1 m. 78 sur 1 m. 25. Cette particularité prouve que, tout comme pour les sarcophages, il y avait, dans le commerce, des linceuls qu'on pourrait appeler « passe-partout », tout préparés.
Dans l'iconographie romaine, la labula circa verlicem apparaît pour la première fois au VIe ; mais c'était là une époque de transition ; elle ne devient commune qu'au VIIe et au VIIIe et commence dés lors à dégénérer. Le plus ancien exemple de nimbe rectangulaire est celui d'une fresque qui ornait une petite catacombe inachevée.
On passe ensuite au portrait de saint Grégoire (590-604) attesté par le texte déjà cité de Jean Diacre :
Sed el in absidula post fratrum cellarium | Gregorius E ejusdem artificis magisterio in rota gypsea pictus ostenditur.
Au VIIe, on pourrait rapporter quelques fresques de Baouit (voir ce nom) dont la date est peu sûre.
C'est seulement au siècle suivant qu'on le rencontre de façon certaine à Rome. Voici le relevé fait par M. Ph. Lauer.
1308 André dont la tête se détachait sur un large carré | 1309 NIMBE 1310 5-6. Les deux enfants de Théodote. — Cf. Krücke, =. Saint-Jean. — Ms. du XIe de la bibliothèque cil., n. 78. thèque de Valenciennes, 501, fol. 60 ; cf. Mémoires « 7. Paul 1er (757-767). — Abside de Sainte-Marie-Antique ; cf. Krücke, op. cil., n. 87.
0. Hadrien Ier (772-195). — Atrium de Sainte-Marie-Antique ; cf. Krücke, op. cil., n. 102.
10, Charlemagne. — Même monument.
11. Pascal Ier (817-824). — A Sainte-Praxède ; cf. De Rossi, Musaici cristiani, pl. xxv.
15. Grégoire IV (827-844). — Basilique Saint-Marc à Rome ; cf. De Rossi, op. cit., pl. XXVIII. artistica di Monte Cassino, pl. 1vL'après M. Ph. Lauer « le nimbe rectangulaire ne fait donc son apparition d'une manière certaine et constatée qu'au vingt siècle ». L'affirmation est péremptoire et ne peut l'être qu'à la condition de soutenir que la simple trace d'un portrait sur toile carrée dans une fresque de la crypte de l'Océan et celui des catacombes d'Alexandrie, quiest douteux, ne suffisent pas à faire dater ce nimbe d'une époque antérieure à la fin du VIe ou au début du VIIe ! », —- Nous ferons observer que la fresque de la catacombe d'Alexandrie n'est douteuse que pour les besoins de la cause. L'unique aquarelle qui existe a été exécutée par Carl Wescher, dont la probité scientifique ne peut être suspectée. Il a figuré un nimbe rectangulaire et un nimbe circulaire (voir Dictionnaire, t. x, col. 1130, fig. 279) parce qu'il les a vus de ses yeux sur une peinture qui remonte à la fin du Vème siècle : c'est donc à cette date qu'il faut faire remonter le nimbe rectangulaire. Ce que nous avons dit du linceul de la collection Goleniscev, qui parait remonter au Xème siècle, montre que ce n'est déjà plus une nouveauté au XIe de figurer un encadrement rectangulaire. Après ce premier témoin chrétien à Alexandrie, nous avons, au siècle suivant, le portrait du pape Libère (352-366) qui était représenté avec le quadrum diadema dans l'ancienne basilique de Saint-Pierre où tous ses prédécesseurs avaient l'orbiculare diadema, ce qui peut s'expliquer en toute vraisemblance par le fait que cette série de portraits fut commencée du vivant de Libère, c'est-à-dire au milieu du IVe. Au Ve nous avons le portrait d'Apa Jérémie qui n'est ni douteux ni sujet à interprétation et, au VIe, celui de saint Grégoire attesté par Jean Diacre, dont l'affirmation est de celles qui peuvent braver les « doutes » de Rohault de Fleury. Il est sans doute ingénieux de dire qu'« il se pourrait fort bien que la fresque ou la mosaïque [au Clivus Scauri | eût été exécutée après saint Grégoire ou qu'elle eût tout au moins subi, au VIIe, une restauration pendant laquelle on aurait pu ajouter un nimbe rectangulaire autour de la tête du pape » ; mais ceci est si ingénieux qu'on ne découvre plus la limite entre la critique et la mystification. Nous croyons donc que le nimbe rectangulaire avait pénétré en Occident, au moins dès le IVe, mais qu'il n'y avait rencontré qu'un accueil assez réservé. Probablement, il surprenait, choquait les habitués, on n'en a trouvé qu'un seul exemple dans les catacombes, c'est assurément peu. Plus tard, il se généralise, mais on voudrait trouver la raison de ce changement. Question de mode ? On a proposé une explication de ce succès tardif et limité. La voici « a Le nimbe rectangulaire semble avoir été usité seulement du IXe au XIe, spécialement en Italie et sur les bords du Rhin, surtout à Rome, au IXe, et en général réservé — au moins au début — à de très grands personnages, papes ou empereurs (ainsi Léon III et Charlemagne, sur la mosaïque du friclinium du palais du Latran). Or, Jean Diacre nous dit très bien la signification qu'on lui attribuait de son temps ; on l'opposait au nimbe rond que saint Grégoire ne voulut pas, dit-il, par convenance ou humilité. C'était, au IXe, un signe distinctif du grand personnage « vivant » ou mort depuis peu, auquel, quel que temps auparavant, on aurait attribué le nimbe rond — ainsi l'empereur Justinien, l'impératrice Théodora et l'archevêque Reparatus (671-677) dans les mosaïques de Ravenne. Que s'est-il donc passé du VIIIe au IXe, qui a pu ainsi changer les habitudes iconographiques ? Pour quoi le nimbe rond, si facilement accordé auparavant, est-il remplacé par le nimbe rectangulaire ? Je me hasarderai, écrit M. Ph. Lauer, à appeler l'attention sur ce fait que, précisément au début du VIIIe, s'est produit en Orient l'important mouvement iconoclaste, dont les papes se sont toujours montrés fort préoccupés, nous le voyons par leurs lettres adressées aux rois carolingiens, conservées dans le Codex Carolinus. Ce mouvement a été suivi avec soin en Occident ; les Libri Carolini en sont la preuve, ainsi que le concile tenu dès 732, à Rome, par Grégoire II, au sujet du culte des images. Il est remarquable que ce soit avec ce mouvement, hostile au culte inconsidéré de toutes les images sacrées, c'est-à-dire nimbées, que coïncide l'apparition à Rome de l'usage régulier du nimbe rectangulaire. Bien plus, dès la fin du VIe, dans une lettre de saint Grégoire Ier à l'évêque de Marseille, Serenus, il est question d'iconoclastie, et de la lecture des lettres de saint Paulin de Nole à Sulpice-Sévère 1, et de celles insérées dans les Libri Carolini ? se dégage l'impression du but, que l'on poursuivait, de distinguer dans les peintures des basiliques les personnages sacrés des autres, afin de ne pas induire en erreur les « illettrés » pour lesquels, selon saint Grégoire ? et Walafrid Strabon , sont faites les images. On conçoit, en effet, les méprises fréquentes qui devaient se produire avec les images impériales byzantines, nimbées selon l'usage antique. Aussi ne serions-nous pas éloigné de croire qu'il dut y avoir des mesures prises à cet égard au concile romain de 732, dont les canons sont malheureusement perdus, car c'est vers cette époque que le nimbe rectangulaire, déjà inventé sans doute auparavant [n'en doutons pas], parait adopté officiellement pour empêcher, semble-t-il, l'usage inconsidéré du nimbe rond. Une mesure du même genre a été, en effet, prise dans les temps modernes par le pape Urbain VIII (1623-1644) qui défendit d'attribuer le nimbe rond aux personnes mortes en odeur de sainteté Le nimbe rectangulaire persista longtemps et finit par devenir, « à la suite d'une mauvaise interprétation, le signe distinctif des clercs. Cette interprétation est probablement le résultat d'une confusion avec une partie du costume liturgique, ainsi que l'a insinué Ciampini dans une phrase obscure sans donner d'exemples, probablement l'aumusse, ou encore l'amict, ou les mitres cornues, selon les cas. Cela est surtout frappant sur l' Exultet de Bénévent (ms. Vat, lat, 9820) et celui de la bibliothèque Casanatense, où le nimbe, attribué à de simples diacres ou prêtres, est traité comme une étolte rigide à bords repliés *.
« Plus tard, on a cherché à donner du nimbe « carré » des explications symboliques. Guillaume Durand prétend que c'est une allusion aux quatre vertus cardinales *. Didron remarque que le carré est inférieur au rond dans les idées néoplatoniciennes, que le carré représente la terre et le rond le ciel. Les bollandistes le comparent à la pierre angulaire de la foi. C'est plutôt une manière habile, imaginée par des artistes, de distinguer un grand personnage vivant des autres figures représentées, sans lui donner le nimbe rond, réservé au Christ et aux saints.
« Il est à noter qu'aucun exemple de nimbe rectangulaire n'a été jusqu'ici signalé dans le domaine byzantin, où triomphait l'iconoclastie au moment où il était en usage à Rome. Peut-être découvrira-t-on quel que jour, dans un des nombreux écrits iconoclastes grecs, une allusion à l'adoption du nimbe rectangulaire par les Latins. Nicéphore parle, en effet, de règles fixes pour peindre les images et un usage de ce genre ne doit pas être passé inaperçu. Plus tard, lors que les images furent rétablies en Orient, à la fin du VIIIe (787), ou au début du IXe (820), toutes les objections des iconoclastes étant considérées comme vaines, on ne songea pas à emprunter aux Latins, dont on s'était séparé dans l'intervalle, cet attribut nouveau, peu esthétique, qui ne s'est jamais très répandu et qui ne tarda pas à tomber en désuétude !, » Il dura cependant. On le trouve encore dans l'abside de la chapelle de Saint-Nicolas, au Latran, ornée de peintures et qui ne furent détruites que sous Benoît XIV. On voyait en haut, dans la conque, la Vierge-Mère, vêtue en impératrice, assise sur un trône entre deux anges avec son divin Fils sur ses genoux ; à ses pieds, le pape Calliste II (1119-1124) et l'antipape Anaclet II (1130-1138) portant tous les deux le nimbe carré, C'était Calliste qui avait commencé la chapelle et Anaclet l'avait terminée !!, Au XIIe, le nimbe rectangulaire ne se voit plus nulle part sur les monuments de Rome. On sait que l'ancienne basilique de Saint-Pierre, démolie sous Jules II, présentait deux séries de papes qui, au temps de Jacques Grimaldi, existaient encore partiellement, L'une de ces deux séries était attribuée généralement à Nicolas III (1277-1280) et on y voyait les portraits des papes depuis Pie I* jusqu'à Anastase Ier.Grimaldi en rédigea une description soignée avant la démolition de la basilique ; il dit que les papes antérieurs à Silvestre étaient représentés nudatis capitibus, mais que depuis Silvestre ils portaient la tiara unius corone ; de plus, tous étaient marqués orbiculari diademate... preter Liberium habentem quadrum diadema '. Pourquoi le seul Libère (voir ce nom) avait-il le nimbe rectangulaire ? C'est que, au dire de J.-B. De Rossi, l'intention est évidente ; on a voulu le distinguer parce que si son nom se trouvait déjà dans maints martyrologes, il n'était pas inséré dans celui d'Usuard, adopté par l'Église romaine ??, M. J. Wilpert n'en veut rien croire et il voit dans l'emploi du nimbe carré pour Libère l'indice « que la première série de portraits de papes fut exécutée du vivant et par ordre de Libère. Quand, plus tard, cette série fut refaite, on lui conserva le nimbe carré. Il y avait donc de ce pontife, non seulement un catalogue, mais aussi une série de portraits des papes ™. »
II. LECLERCQ.
1313
NIMÈGUE. — I. Oppidum Batavorum, 11. Camp de la legio X*. III. Francs Saliens. IV. Chapelle octogonale et palais carolingien.
I. OPPIDUM BATAVORUM. — Nimègue, sur une hauteur dominant le Wahal et non loin du Rhin, offre une position stratégique de premier ordre, qui a toujours séduit les envahisseurs. Les Germains s'y fortifièrent, puis les Romains ; c'est là que Claudius Civilis essaya d'arrêter leurs progrès. Suspect depuis quelque temps, il venait de passer à la rébellion ouverte. Les légions campées en Germanie inférieure, à Bonn, à Neuss, à Xanten avaient été presque anéanties, mais P. Cerialis revint d'Espagne et rétablit la situation. Claudius Civilis, vaincu, abandonna l'oppidum Batavorum après l'avoir incendié (en 70).
La situation de l'oppidum Batavorum a été incertaine jusqu'à ces dernières années. Les fouilles entreprises sur le plateau de Ubbergen (Kopschen-Hof), près de Nimègue, ont tranché la question en faveur de ce lieu. x Sur l'escarpement nord du plateau, la découverte d'un ancien chemin creux, large de 2 m. au plus et totalement comblé de décombres d'incendie mélangés de fragments antiques, amorça les recherches. On suivit ce chemin et, à l'arête du plateau, de part et d'autre, on constata l'existence de deux énormes bastions, dont la forme carrée était reconnaissable aux traces laissées dans le sol par les pieux et les poutres entre-croisés qui avaient servi à leur construction, Une palissade formée de gros troncs d'arbres plantés l'un à côté de l'autre, dans une petite levée de terre encore visible à certains endroits, partait de chaque bastion. En pratiquant à diverses places des coupes de sondage, on put déterminer le pourtour d'une enceinte de forme trapézoïdale de 340 m. de longueur sur une largeur moyenne de 240 m.
« Précisément en face des deux premiers bastions, au Sud cette fois, un dispositif identique fut rencontré. Le chemin, bordé de deux petits fossés, reliait ces portes en traversant le plateau en ligne presque droite et perpendiculairement à la hauteur du trapéze. Le passage était souvent bien conservé, surtout vers le Nord, et la largeur de 2 m. était partout constante. Les sondages faits pour repérer ce chemin ont en outre révélé les traces de bâtiments qui le bordaient ainsi que plusieurs fosses remplies de débris.
IT. CAMP DE LA LEGIO X. — « Après la révolte de Civilis, les troupes romaines furent de nouveau réparties dans différents cantonnements : la legio 14 à Bonn, la legio X VI est remplacée à Neuss par la legio VI. la legio X XII est cantonnée près de Vetera (Birten, près de Xanten). ;
NIMÈGUE
1314 mettent dès à présent de situer ce camp à quelque 500 m. ouest de l’oppidum des Bataves.
Dans un nouveau quartier de la ville, des travaux de voirie dans le Huijgens Weg avaient mis au jour divers débris romains dont des tuiles à la marque de la legio X ; le principal intérêt de la trouvaille était la rencontre, au même point, d'un fossé caractéristique en forme de V. Cette découverte orienta les recherches préliminaires qui furent couronnées de succès. Il ne s'agissait pour l'instant que de déterminer approximativement le tracé de l'enceinte, et les tranchées, pratiquées en certains points où l'on supposait avec raison le passage du fossé, mirent partout ce dernier à découvert. Sans anticiper sur les résultats des fouilles, on peut attribuer à l'ouvrage une superficie de 30 hectares (460 m. de largeur sur 690 m. de longueur). Ces dimensions considérables sont la preuve que l'on n'est point ici en présence d'un modeste castellum, mais bien d'un camp de légion, plus grand que celui de Neuss, et dont la garnison était composée de troupes de la legio X^ et de ses auxiliaires. Près du camp s'étend une vaste nécropole romaine.
III. FRANCS SALIENS. — A l'est de Nimégue, la colline du Valkhof domine le Wahal et l'étude des débris de céramique rendus par les fouilles a permis de conclure que cette hauteur fut occupée pendant la première moitié du 1er siècle, puis, de nouveau à partir de la fin du 4e jusqu'au 5e siècle, Dans l'intervalle, c'est-à-dire durant la période de paix du 2e et du 3e siècle, cette position stratégique fut abandonnée et les Homains de Noviomagus colonisèrent largement les terres basses situées à l'ouest de la ville actuelle.
Les fouilles ont montré que l'éminence, sur le sommet de laquelle se trouvait la forteresse de Noviomagus, était entourée d'une enceinte qui en épousait la forme conique. Cette enceinte était percée de deux portes : l'une au Nord, l'autre au Sud. Ces portes étaient reliées par une route empierrée, des deux côtés de laquelle s'élevaient des huttes carrées, ovoïdes ou rondes : celles-ci sont les plus anciennes et ont parfois été modifiées sur un autre plan. Le reste de l'espace circonscrit par l'enceinte parait avoir été laissé vide pour servir de refuge en temps de guerre aux populations d'alentour.
Des trouvailles de monnaies ont été faites à Nimègue, commençant à Néron et finissant à Valentinien. La dernière date fait assez voir que les Francs Saliens étaient désormais installés à Nimègue. La première montre bien que Nimègue a dû être occupée lors que, après Civilis, les Bataves ont été établis ou rétablis là. Mais leur installation sur la hauteur a été interdite, et, aux lieu et place de leur ancien oppidum, ils furent organisés dans le bas, le long du Wahal, à Noviomagus.
IV. CHAPELLE OCTOGONALE ET PALAIS CAROLINGIEN, — C'est au Valkhof que s'élevait, jusqu'au 16e siècle, le palais carolingien édifié par Charlemagne. Des fouilles entreprises dans les dernières années du 19e siècle ont eu en vue l'étude et la restauration de la chapelle dans sa configuration originale. Mais cette chapelle ne formait qu'un détail dans l'ensemble. On sait aujourd'hui que le palais bâti par Charlemagne fut rebâti partiellement par Frédéric Barberousse, sur l'assiette d'une forteresse romaine déjà importante dont on a retrouvé quelques substructions et divers vestiges qui ont pris place au musée de Nimègue. La position stratégique de Nimègue ne permet pas de douter que la villa impériale fortifiée ne fût une véritable forteresse. Charlemagne l'habitait déjà en 777 ; il y est revenu plusieurs fois dans la suite. De son côté, Frédéric Barberousse entreprit d'importants travaux dont une inscription conservée à l'hôtel de ville de Nimègue garde le souvenir, mais elle omet le nom de Charlemagne qu'elle remplace par celui de Jules César.
En 1794, la ville et le château furent canonnés par l'armée française ; après quoi la république batave en 1316 soide et à peu près aussi large que longue : devant les yeux du visiteur s'étendait une cour immense ; au milieu, une citerne, dans le fond à droite, le Riesenihurm et, à gauche, la chapelle palatine ; à l'Est, un long bâtiment contenait, au rez-de-chaussée, les écuries, la salle d'empire au-dessus, et, tout en haut, les vesliaires. Quand on l'avait traversé, on trouvait, au Sud-Est, une deuxième cour et les communs, réservés aux écuries et aux cuisines royales. A gauche, un escalier conduisait à la démolition ; on passa marché pour une somme de 90 400 florins. Seules deux parties furent épargnées : l'octogone carolingien et une abside circulaire érigée par Frédéric Barberousse ; le reste fut rasé au niveau du sol et converti en jardin public.
Malgré les remaniements et les réparations, cette chapelle se présente comme une œuvre d'une simplicité extrême et comparable pour la beauté à l'église d'Aix-la-Chapelle (fig. 8870).
Deux dessins au lavis du peintre hollandais Hendrik Hoogers, exécutés à la fin du 16e siècle, et les documents conservés aux archives municipales de Nimègue permettent de restituer, à coup sûr, le plan du monument. L'entrée du château était au Sud, protégée par une tour puissante, encastrée dans une enceinte elliptique qui conduisait aux appartements princiers : la grande salle, les chambres bleue et rouge, où habita Theophano, veuve d'Othon II, en 991 ; et c'est là aussi que la femme de Barberousse, Béatrix de Bourgogne, donna le jour à Henri VI. Des fenêtres, le regard, traversant le Wahal, se repose sur des prairies, des fermes et des villages au Nord, et s'arrête au fond sur la ligne bleutée des hauteurs de Betuwe. | On a souvent discuté sur l'âge de la chapelle ; elle était du 9e ou du 10e siècle pour de Betouw, du 12e siècle d’après Oltmann, et Georges Hermann la classait parmi les édifices romans !. Des fouilles récentes (1894), conduites avec zèle, ont mis à découvert les fondations jusqu'à la première assise ; celles-ci, en pierre de tuf, furent généralement trouvées dans leur état d'intégrité primitive. Un examen approfondi des maçonneries et du sol qui les entoure permit de croire que l'origine des fondations est carolingienne. On constata la présence de réfections partielles, mais assez notables, postérieures à la période franque, et prouvant qu'à une époque qu'il n'a pas été possible de préciser, un accident a endommagé les murs de l'oratoire. Mais les fouilles pratiquées à l'intérieur du monument donnèrent lieu à des observations plus intéressantes encore,
Les grandes arcades cintrées qui, des galeries, s'ouvrent sur l'octogone, répétant la disposition du rez-de-chaussée, sont divisées chacune par deux petites arcades en plein cintre également, lesquelles s'appuyant du côté des piliers principaux sur l'entablement de ceux-ci, viennent, au centre de l'arcade, retomber sur une colonne avec chapiteau cubique et base attique. Cette division dans l'arcade des tribunes est un ajouté postérieur ainsi que le mur de remplissage qui la couronne. Au point de vue archéologique, ceci équivaut à une date. La construction doit remonter au début du règne de Charlemagne, vers l'an 777 ; elle aurait précédé le dôme d'Aix-la-Chapelle. Ceci est une affirmation que nous ne prendrions pas à notre compte. Il est un fait certain, c'est que la chapelle palatine de Nimègue donne exactement les dimensions de moitié de celles d'Aix-la-Chapelle.
H. LECLERCQ.
NIMES. — I. Nimes colonie. II. Bienveillance impériale. III. Christianisme. IV. Liste épiscopale. V. Le concile de Nimes en 394. VI. Une basilique chrétienne. VII. Nimes au VIe. VIII. Saint Baudile. I. Sarcophages. X. Tombes chrétiennes. XI. Epigraphie. XII. Lettre tombée du ciel. »XIII. La Maison carrée. XIV. Deux Nimois archéologues, 1. Séguier. 2. G. Boissier. XV. Inscription de Collias.
I. NIMES COLONIE. — Il est permis aux archéologues chrétiens d'éprouver à Nimes un sentiment mêlé de déception et de jalousie. Cette ville, comblée de monuments classiques et païens, ne leur réserve que de rares souvenirs. Une grande partie de son histoire et ses plus beaux édifices leur échappent. Sans parler des « époques préhistorique et protohistorique » !, la Nimes gallo-romaine avec sa Maison carrée, ses arènes, ses inscriptions, ses bas-reliefs, ne leur réserve que de rares et chétives compensations : le plan d'une basilique, quelques sarcophages plus ou moins brisés, une ou deux inscriptions.
Nemausus. On lit dans Strabon (1. IV, c. r, n. 12) : in zpomoAu de cv 'Apnxoputoxoy éott Néuaucoc et un peu plus loin : Gt£yet à’ 7j ; Néuxucoc 700 u£v 'Poóxvoü zepi éxxTOv otaôtouc ; dans Pomponius Mela : Arernicorum Nemausus et dans Grégoire de Tours ? : urbs IN emuiusus, A l'épo que romaine, l'ager Nemausensis s'étendait à la civitas entière des Volkes arécomiques comprenant le département du Gard et la portion du département de l'Hérault située en decà du fleuve. La ville de Nimes actuelle s'éléve en grande partie sur l'emplacement de la ville anti que, au point de communication entre le bassin de la Garonne et celui du Hhóne. Le site était, en quel que manière, imposé par la nature, car, au Nord, des collines assez escarpées eussent rendu malaisé les transports de marchandises ; au Sud, la difficulté n'eut pas été moindre, car on rencontrait la plaine semée d'étangs et une route souvent impraticable. « Nimes, située sur le versant qui continue à s'abaisser jusqu'à la mer, à uae altitude suffisante pour que les voies d'accès ne fussent pas détrempées par les pluies, assez basse pour éviter les difficultés de charroi, était un point uni que pour servir de rendez-vous aux populations noma des, désireuses d'échanger entre el les les produits de leur art et de leur industrie *. » Nimes a conservé fort tard les marques certaines de son origine celti que, mais ceci est trop antérieur à la période de nos étu des, il nous suffit de parler de la romanisation du pays, laquelle s'est effectuée assez lentement. La républi que montra une belle insouciance de la romanisation de la Narbonnaise et ce fut César qui voulut et qui sut en faire un centre actif de civilisation latine, une sorte de prolongement de l'Italie. Mais son œuvre est mal connue ; on sait qu'il fonda avec les vétérans cinq gran des colonies : Arles, Narbonne, Orange, Béziers et Fréjus.
A la mort d'Auguste, Nimes était probablement colonie de droit latin. D'anciennes monnaies nimoises donnent à la ville ce titre COL NEM et, au revers, le crocodile enchaîné au palmier ; néanmoins, il n'y a pas lieu de rattacher cette colonisation à l'ensemble de cel les dont il est fait mention sur l'inscription d'Ancyre, Nous avons les témoignages formels de Strabon et de Pline. Le premier écrit : « Nimes comprend vingtquatre bourgs florissants, qui, ayant le droit latin, fournissent quantité d'hommes marquants devenus citoyens romains par l'exercice des magistratures municipa les. » De son côté, Pline place expressément Nimes au nombre des oppida latina. Il v a là une contradiction entre la numismati que et les textes dont la solution a été proposée par Aug. Allmer. Selon lui, l'armée d'Octave ne comprenait pas que des légionnaires citoyens romains, elle comptait en outre des Lroupes auxiliaires, notamment des Grecs égyptiens à qui le vainqueur fit don, comme territoire de colonisation, d'une partie du sol arécomi que. Ces Grecs d'Egypte retrouvaient dans le soleil de Nimes, à certains jours, l'ardeur torride des climats orient aux, le Rhône, aux jours de crues, sortait de son lit leur rappelant les inondations du Nil et les derniers descendants des Volkes arécomiques leur cédaient une part de leurs domaines, gagnant par compensation les privilèges attachés à la possession du droit latin. Telle parait étre l'origine de la colonisation de Nimes, qui nous apporte l'explication des as frappés au droit avec les tétes adossées d'Auguste et d'Agrippa, amiral de la flotte d'Actium, au revers le palmier d'Égypte et le crocodile du Nil.
II. BIENVEILLANCE IMPÉRIALE. — Auguste ne put accorder aux nouve aux colons que le droit de cité car les vétérans eussent fort mal accepté que de misérab les Grecs devinssent citoyens romains ; mais nous savons que le culte impérial fut un moyen déguisé de répandre les bienfaits sur les vil les qui manifestaient leur dévolion au chef de l'empire, Nimes se signala par sa ferveur et devint Nemausus-Augustus. Nimes était un lieu de pèlerinage trés fréquenté par toute la population du territoire arécomi que, et Auguste saisit cette occasion de manifester sa dévotion envers la divinité préférée, la source de Nemausus, qu'il embellit de somptueuses constructions.
Auguste fit don à Nimes d'une enceinte de murs et de portes monumenta les, son petit-fils Caius César accepta le titre de patron de la colonie qu'il enrichit d'un xyste construit à ses frais. Nimes ne voulut pas demeurer en arriére, elle éleva à Caius et à Ju les César un temple qui s'est conservé jusqu'à nous sous son vocable de « Maison carrée », Nimes fut alors la patrie de Domitius Afer qui brilla à Rome en qualité de rhéteur et fut le maitre de Quinlilien. Une célébrité plus haute et plus pure reléve le souvenir d'un autre Nimois, l'aieul de l'empereur Antonin le Pieux. Celui-ci avait été adopté par Hadrien qui, au cours d'un de ses voyages, apprit à Nimes la mort de l'impératrice Plotine, femme de Trajan, à laquelle il fit élever une basili que. Ce fut sous le régne d'Hadrien peut-étre que Nimes obtint le droit de cité complet. Sous Antonin, la ville connut une prospérité très grande, et remplaca peut-être méme Narbonne comme capitale de la province. Ce qui est certain c'est que, sur les bornes milliaires de la voie Domitienne, les distan ces calculées jusqu'alors, en prenant Narbonne comme point de départ, commencent à cette épo que à l'être de Nimes, devenue la ville principale au point de vue administratif et commercial.
III. CHRISTIANISME. — Nimes était un centre de dévotion et de fétes religieuses du paganisme. Cette circonstance parait avoir contribué à y rendre l'introduction de la foi nouvelle plus tardive et plus laborieuse. On peut signaler comme une particularité notable que Nimes demeura indemne de la manie d' « apostolicité » qui sévit plus tard sur un si grand nombre de vil les de l'ancienne Gaule. La pensée ne semble lui étre ja mais venue de revendiquer un apótre ; bien plus, ses prétentions ne remontent méme pas à l'épo que des persécutions et saint Baudile, son premier martyr, est postérieur au triomphe de l'Église. On lit dans ses Actes qui, à vrai dire, ont trés peu de valeur au point de vue criti que, que Nimes « était assez célèbre, en ce qui corcerne la gloire passagère et facLice du siècle ! elle renfermait, à l'épo que où Baudile acquit la palme du martyre, une grande quantité d'hommes imbus de l'erreur et de la superstition des gentils ».
Nous verrons, au cours du présent travail, que Nîmes ne possede que de rares vestiges de son passé chrétien.
IV. LISTE ÉPISCOPALE, — A quelle épo que remonte la fondation de l'Église de Nimes ? Le paragraphe que nous consacrerons au concile du 1** octobre 396 donne une date certaine antérieurement à laquelle on n'a aucun nom à écrire. Que l'Église fut fondée alors, on n'a aucun sujet d'en douter puis que le début de la lettre mentionne l'Ecclesia Nemausensis, Il est regrettable que les Pères de ce concile maient pas ajouté à leurs noms-la désignation de leurs sièges épiscop aux. Le premier signataire, Aprunculus, était-il évé que de Nimes, on en peut douter car on sait des cas où la première signature n'est pas celle du prélat chez qui se tenait le concile.
Ménard a donné dans les preuves de son Hisioire de Nismes un catalogue épiscopal incomplet et en désordre d'aprés un manuscrit de la cathédrale, lectionnaire du XIe 1.
Hec sunt nomina Nemausensium episcoporum qui ad presens in nosira sunt memoria.
Girberlus episcopus cui Karolus magnus dedit abatiam Salmodiensem.
Christianus episcopus cui Lodoyeus dedil abatiam 5. Egidii el Tornacensem.
Crocus episcopus, cuius tempore fuerunt B. Egidius et rer Flavius.
Isnardus episcopus, cui Nicolaus papa concessit predicta monasteria.
Anglardus episcopus, cui similiter concessa sunt predicla monasteria.
Rainardus episcopus, cui Johannes papa dedil predicta monasteria et ecclesias de Vallefrancisca.
Utberlus episcopus, cui Sergius papa concessit predicla monasteria.
Ageraldus episcopus, cui restitule sunt ecclesie de Valleffancisca, Wiltericus episcopus.
Palladius episcopus.
Cesatus episcopus.
Gregorius episcopus.
Bernardus episcopus frater P. Andusiensis domini, qui dedit ecclesie Nemausensi castrum S. Martialis.
Frolerius episcopus, frater Atonis vicecomitis.
Giraldus episcopus, filius Bernardi Andusiensis domini.
Froterius episcopus, qui monasterium §. Salvatoris de Fonle construit.
Petrus Ermengaudi episcopus, cujus lempore ecclesia Nemausensis cepit habere canonicos regulares, Bertrandus episcopus, cujus lempore consecrata esl ecclesia Nemausensis ab Urbano papa II.
Raimundus G. episcopus. Consecratus est M XCVIII. Obiit MCXII.
« Le titre de ce document, écrit L. Duchesne, indi que assez que celui qui l'a rédigé a eu conscience de l'imperfection de son travail. Depuis Bernard, qui devint évê que de Nimes vers le milieu du x ? siècle, la suite des noms concorde avec les faits connus, Pour la partie antérieure, on parait s'être surtout préoccupé de recueillir les noms d'évéques qui se lisaient dans les chartes. Les neuf premiers proviennent évidemment de 1322 là. Le dixième, celui de saint Jean, a été fourni par la tradition liturgi que : on connaissait aussi le tombeau de cet évê que et celui de Remessarius. Quant aux quatre noms suivis de la simple qualification episcopus, ies deux premiers sont probablement identiques à ceux de Vintéric et de Pélage, qui siégérent l'un à la fin du vii siècle, l'autre à la fin du vi* ; des deux autres, je ne saurais rien dire ; ce sont des noms d'évéques de Nimes : mais oü les placer ? Voici la série que les documents, le catalogue y compris, permettent d'établir.
1 ? Sedatus. — Le Gallia christiana ouvre la liste par un Felix, qui doit son existence à Polycarpe de La Rivière, Un Eugenius, de méme provenance, est écarté par les bénédictins, de méme que Crocus , de siège indéterminé. Quant à Sedatus il siégea au concile d'Agde, en 506, et correspondait avec Ruricius de Limoges , 29 Johannes, — Archidiacre, temps de Théodorice (510-526) *.
39 Pelagius. — heprésenté au concile de Tolède de 589.
4o Remessarius. — Concile de Tolède de 633.
Les circonstances qui amenèrent la convocation d'un concile à Nîmes et la date de ce concile peuvent être ensuite évoquées. Les auteurs de l'Art de vérifier les dates plaçaient le concile en 359, quelques critiques s'avançaient jusqu'en 393 et même plus loin. Saint Ambroise, dans l'oraison funèbre de Valentinien II, parle d'un concile qui devait se tenir vers l'époque où ce prince fut tué par Arbogast (392). L'ajournement de cette assemblée semble indiqué par les circonstances qui suivirent l'assassinat. L'usurpateur Eugène rétablit le paganisme en Gaule et les évêques de cette province ne durent guère avoir le loisir de s'éloigner de leurs diocéses. Ce n'est qu'en 394, au printemps, que Théodose mit en déroute, près d'Aquilée, l'armée d'Eugène et d'Arbogast et la suscription fixe la réunion du concile au 1er octobre de cette même année, c'est-à-dire sous le consulat d'Arcadius et d'Honorius. Ces deux princes furent consuls ensemble en 394, 396 et 402. Cette dernière date doit être écartée, puis que, en 402, saint Martin était mort depuis cinq ans ; celle de 396 n'est pas recevable puis que la mention du consulat n'est pas accompagnée de iterum, il ne peut s'agir que de 394. Le concile de Nîmes fut national. La lettre synodale est adressée à tous les évêques des Gaules et des Sept Provinces qui sont : les Alpes-Maritimes, la Viennoise, les deux Narbonnaises, les deux Aquitaines et la Novempopulanie. Les signatures des évêques, bien qu'elles ne soient pas accompagnées de la mention des sièges épiscopaux, ne permettent pas de douter néanmoins qu'ils fussent venus de toutes les parties de la Gaule. Le concile nous fait connaître le motif de sa convocation et l'objet de ses délibérations : ad tollenda Ecclesiarum scandala discessionem que sanandam. Il s'agissait de l'hérésie des priscillianistes et du schisme des partisans d'Ithace et de Félix de Trèves. On s'explique ainsi sans peine l'intérêt que saint Martin portait au concile de Nîmes qui lui rappelait les choses et les hommes du concile de Trèves. Après avoir rompu avec les ithaciens, peut-être avait-il travaillé par lui-même ou par son collègue saint Ambroise à éclairer sur leur compte le pape Sirice. Quoi qu'il en soit de la date de condamnation des schismatiques par les deux évêques et par le pape, le concile de Nîmes avait pour objet de mettre fin à la division qui séparait en deux partis les évêques de la Gaule. La convocation adressée à saint Martin et à saint Ambroise — qui refusèrent tous les deux de s'y rendre — montre que le concile était résolu à entendre les partis adverses, peut-être avait-il même quelqu'attrait marqué pour les martinistes. Ce concile fut l'honorable revanche de l'épiscopat gaulois contre les procédés abusifs qui avaient introduit, à l'occasion de Priscillien, une application nouvelle et féroce du droit, la tradition de l'hérétique livré au bras séculier. Des protestations s'étaient fait entendre. Les ithaciens sentirent l'impossibilité de faire triompher leur maxime inexorable et on les voit, quelques années plus tard, au concile de Turin (vers 400), envoyer des députés chargés de préparer leur retour à la communion des martinistes.
Voici le texte des canons, avec un bref commentaire :
Incipit sancta synodus qui convenit in civitatem Nemausensem, kal. octobris, dominis Arcadio et Honorio Augustis consulibus.
Episcopis per Gallias et septem provincias salutem. Cum ad Nemausensem Ecclesiam, ad tollenda Ecclesiarum scandala discessionem que sanandam pacis studio pensissemus, multa utilitati congrua, secundum regulam, discipline, placuit provideri.
1° In primis quia multi, de ultimis Orientis partibus venientes, presbyteros et diaconos se esse confingunt, ignota cum subscriptione apostolica, ignorantibus ingerent les, quidam (peut-être qui dum) spem infidelium sumptum sperem que, captantur, sanctorum communionis specie (peut-être speciem) simulate religionis impræmunt (imprimunt) : placuit nobis, si qui fuerint ejusmodi, si lamen communis Ecclesiæ causa non fuerit, ad ministerium altaris non admittantur.
« Il a fallu tout d'abord s'occuper de ceux qui viennent en grand nombre du fond de l'Orient » — c'étaient les manichéens, surnom que faute de mieux on donna aux priscillianistes au début de la secte — « et qui, se disant prêtres ou diacres, présentent aux personnes incapables d'en découvrir la fausseté des lettres de communion revêtues de signatures inconnues. Ils peuvent, de cette manière, capter la confiance des fidèles, pour leur arracher des aumônes et autres secours, se donnant les fausses apparences de la piété chrétienne par leur participation à la communion des enfants de l'Église. Nous avons décidé de repousser ces gens-là du ministère des autels, à moins que le bien général de l'Église n'oblige à les y admettre. » Les manichéens avaient été proscrits par un récent édit de Théodose, en 389 : ez omni quidem orbe terrarum.
« Un évêque ne doit pas non plus s'arroger le droit de juger un clerc dépendant d'un autre évêque, sans le consentement de ce dernier. » « Convaincu que beaucoup de gens, sous prétexte de voyage, s'engraissent des offrandes et des aumônes des Églises, le concile ne veut pas que celles-ci fournissent des vivres à tous ceux qui se présentent, chacun reste libre de donner ce qu'il juge convenable, sans qu'il y ait rien d'imposé à cet égard. » 1325 avant leur départ, se munir de lettres de recommandation que les évêques seuls ont le droit de signer. » Addi etiam placuit, ul, quia frequenter Ecclesiis de libertorum tuitione inferuntur injuriæ, sive qui a viventibus manumittantur, sive quibus libertas ultima testamento conscribatur : placuit synodo, ut si fidelis persona contra fidem et contra defunctorum voluntatem venire lemplaverit, communicantes, qui contra Ecclesiam veniunt, exira Ecclesiam fiant ; catechumenis vero, nisi inreligiositate pielatem mulaverint, gratia considerata secundum Deum per inspectionem tradatur.
« Enfin, le concile a voulu remédier à un autre abus. 1326 voir celui dont, en 417, le pape Zosime annula la consécration !. L. Lévêque fait observer que nous savons par la lettre de ce pape à Proculus, évêque de Marseille, que Patrocle était archevêque d'Arles à l'époque de cette ordination et Patrocle ne fut élevé à l'épiscopat qu'en 411 ou 412. Il parait plus vraisemblable de lire Ursio à la place d'Ursus. Ce nom d'Ursio se retrouve avec ceux d'Octavius, de Triferius et de Remigius parmi ceux des évêques qui signèrent au concile de Turin. Sismond pense qu'ils étaient évêques de la Narbonnaise.
Ego Genialis pro me et pro fratre Syagrio subscripsi. Les Églises ont fréquemment à souffrir des outrages à cause de la protection qu'elles doivent aux affranchis, soit qu'ils aient reçu le bienfait de la liberté du vivant de leurs maîtres, soit qu'ils l'aient reçu par testament. Le concile décide que le chrétien qui, au mépris de son propre engagement ou de la volonté des défunts tentera de ramener les affranchis sous le joug de la servitude, sera chassé de l'Église contre laquelle il s'élève ; quant aux catéchumènes qui se rendraient coupables de la même faute, le baptême, à la vérité, ne leur sera pas refusé, à moins qu'ils n'abandonnent leurs sentiments de piété, mais il ne leur sera accordé qu'avec une grande circonspection. » Ego Ursus subscripsi. Hefele, après Knust, pense que l'évêque Genialis serait le fondateur du siège de Cavaillon, dont il faudrait abaisser la chronologie de quatre-vingts ans environ. Quant à Svagrius ce serait peut-être un évêque de Tarbes. Ego Alilius pro me et pro fratre Apro subscripsi. Hefele l'a identifié avec l'évêque de Cahors, mais cet Alitius ne fut consacré évêque qu'au début du Vème siècle ; en 407, d'après une lettre de saint Jérôme, il était encore prêtre. Quant à Aper, c'est peut-être l'évêque de Toul.
Ego Felix subscripsi. D'après le Gallia, ce serait un évêque de Nîmes sacrifié par les Vandales au début du Ve. Dom L. Lévêque fait de Félix un évêque de Nîmes. Il dit qu'au nombre des manuscrits laissés par dom Polycarpe de La Rivière, vers la fin du XVIIe, se trouvait un fragment d'une Vie de saint Amatius, évêque d'Avignon. On y lisait que, la troisième année de son épiscopat, le bienheureux Amatius avait vu éclater sur son troupeau un effroyable orage. Les Alamans, sous Chrocus, envahirent la Gaule et ruinèrent un grand nombre de villes. Avignon ayant été environnée par des bandes de barbares, Amatius exhorta son peuple à souffrir courageusement la mort. « Qui peut dire, s'écria-t-il, le nombre des évêques qui ont péri sous leurs coups ? Privat à Mende, Avole à Viviers, Sexte à Valence, Justin à Trois-Châteaux, Firmin à Vénasque, Leonius à Apt, Albin à Vaison, Valentin à Carpentras, Victor à Arles, Lucius à Orange, Félix à Nîmes, Venustus à Agde, » Ce fragment a été accueilli par les auteurs du Gallia christiana. Malheureusement, dom Polycarpe de La Rivière est bien loin de mériter une confiance absolue ; cependant le récit de l'invasion des Alamans et du martyre de Privat de Mende, par Grégoire de Tours, peut lui donner une apparente vraisemblance. Cependant Ménard s'en accommode, mais les auteurs du Gallia, de l'Histoire générale de Languedoc et de l'Histoire de l'Église de Nîmes se sont montrés moins accueillants. La présence du nom de l'évêque Félix dans les actes du concile de Nîmes vient justifier le dire de dom Polycarpe ou plutôt de l'auteur de la Vie de saint Amatus dont il a tiré parti. Toutefois, une question de chronologie se présente. À quelle date se place l'invasion de Chrocus ? Au premier abord, il semble que cette invasion et le martyre de saint Privat de Mende, mentionnés par saint Amatus, soient contemporains de l'empereur Gallien, comme le veut Grégoire de Tours : les douze autres évêques avaient dû vivre à la même époque. Cette opinion, acceptée par les bollandistes, les auteurs du Gallia christiana et Tillemont, a été mise en question et réfutée par plusieurs critiques qui, à l'autorité de Grégoire de Tours, ont préféré celle de Frédégaire, d'Idace, de Sigebert, d'Aimoin et de quelques autres documents qui font de Chrocus un roi des Vandales au Ve et non un roi des Alamans au IIIe. Devic et Vaissete se sont prononcés en ce sens.
Ego Solinus subscripsi.
Ego Adelfus subscripsi, peut-être évêque de Limoges.
Ego Remigius subscripsi, se retrouve avec Octavius et Triferius au concile de Turin, vers 400.
Ego Epetemius subscripsi, peut-être Apodemius qui, en 407, fit le voyage des Lieux saints.
Ego Modestus subscripsi, Meaux.
Ego Eusebius subscripsi, évêque de Vence.
Ego Oclavius subscripsi.
Ego Nicesius subscripsi, Mayence.
Ego Eventius subscripsi, septième évêque d'Autun.
Ego Ingenuus subscripsi, Brun.
Ego Aratus subscripsi.
Ego Urbanus subscripsi.
Ego Melanius subscripsi.
Ego Treferius subscripsit.
On mit au jour, presque tout de suite, un sarcophage intact (n. 1 du plan) à 0 m. 35 environ de profondeur, sous le trottoir de la maison ; puis, successivement, - trois restes de sarcophages (n. 2, 3 et 4), sous ce même trottoir. Le sarcophage n. 2 était vide ; les autres contenaient encore quelques ossements. Le n. 3 reposait sur les substructions d'un mur, orienté nord-sud et se détachant de la colonne (fig. 8873).
Le 24, on s'aperçoit que l'un de ces sarcophages (n. 1) était placé en partie sur un mur bâti de moellons, régulièrement taillés, assemblés avec du mortier de couleur blanche. En creusant contre la colonne, vers l'Ouest, on découvre une quantité, à une profondeur moyenne de 0 m. 30, de restes d'ossements humains qui paraissent provenir de sépultures en pleine terre. On trouve un fragment de poterie vernissée, de couleur verte, sur lequel est l'image mutilée d'un dragon. Deux canalisations (voir fig. 8873) gênent les travaux ; mais les dispositions sont prises pour les éviter. Un squelette entier est découvert contre ces canalisations, toujours à la même profondeur de 0 m. 30. On rencontre beaucoup de pierrailles, mêlées de fragments de tuiles et de briques de l'époque romaine. Un débris de marbre de belle couleur verte, un fragment d'enduit peint de couleur rouge, du mortier, un os de cheval et une défense de sanglier sont recueillis également ; on remarque partout des traces d'incendie.
Le 26, la fouille contre la maison est conduite à 0 m. 75 de profondeur. Les découvertes sont de même nature que précédemment. On met au jour, à côté de la tombe n. 4, mais sur le mur, large de 0 m. 60, d'abord une tombe (n. 5) contenant des ossements : puis, contre ce mur, à 1 m. 65 du pavage de la place, et au-dessous d'une couche de béton de 0 m. 30 d'épaisseur, une autre sépulture (fig. 8874) longue de 1 m. 87, large au milieu de 0 m. 51 et faite de pierres plates posées de champ. L'emplacement de la tête est marqué par trois pierres et mesure 0 m. 20 de long sur 0 m. 25 de large. Le fond de la sépulture était constitué par une grande dalle de 0 m. 06 d'épaisseur. Le couvercle, un peu plus épais, se composait d'une dalle de 1 m. 60 de long sur 1 m. 76 de large. Comme elle ne suffisait pas, une pierre brute, longue de 0 m. 30, la prolongeait du côté des pieds. Cette sépulture, de 0 m. 36 de haut, était bâtie à chaux et à sable. Les mains avaient été croisées sur la poitrine et les pieds joints. L'usure des dents indiquait un vieillard.
Les 27 et 28, on trouve un sarcophage, juxtaposé à la tombe précédente. On est obligé, pour le dégager, de détruire une tombe de moellons, orientée nord-sud, qui le recouvre vers l'Ouest. Ce sarcophage, mis au jour à 1 m. 90 de profondeur, mesurait 2 m. 08 de long, 0 m. 55 de large et 0 m. 16 d'épaisseur. Au-dessus de son couvercle, un peu moins large que la cuve, était la couche de béton dont il a déjà été parlé (fig. 8875). On remarque que, par-dessous, des empreintes très nettes de feuilles de laurier.
La sépulture, creusée dans un fragment de corniche, contenait des ossements bien conservés qui furent recueillis par le conservateur du Musée d'histoire naturelle.
On constata ce même jour que la colonne repose sur une base quadrangulaire. M. Brain découvrit, de son côté, dans le sous-sol de son habitation, à une profondeur de 2 m. 50, un fragment de corniche, employé dans les fondations, au-dessous d'une grande dalle qui, sans doute, a servi de couvercle à un sarcophage.
Le lundi 30, on travaille sur le même emplacement pour le dégagement de deux sépultures superposées, recouvertes en partie par la tombe de moellons, orientée nord-sud, découverte le 27. La plus haute sépulture, que recouvre également le béton, se compose de trois assises de moellons et mesure 2 m. 32 de long, 0 m. 52 de plus grande largeur et seulement 0 m. 28 du côté des pieds. Son couvercle était constitué par quatre dalles. Le squelette était celui d'un homme paraissant de grande taille, enseveli les bras allongés contre le corps. Le second sarcophage, à peu près semblable, contenait aussi des ossements.
Le 31, on continue la fouille vers le Nord. On trouve encore deux sépultures superposées, mais elles ne sont plus sous une couche de béton et reposent sur les ruines d'un mur. L'emplacement de la tête est toujours indiqué par deux pierres, distantes de 0 m. 25 environ, appliquées contre une dalle placée de champ. Le sol, entre les sépultures, est parsemé de chaux et de sable, mêlés à des fragments de briques romaines, à des pierres de construction et à des restes d'enduits peints de couleur rouge ou jaune.
De l'Ouest à l'Est, une excavation maçonnée (m m) paraît indiquer un égout romain.
Une trouvaille intéressante, celle d'un denier de Raymond V, comte de Saint-Gilles (1148-1194) a été faite dans la terre meuble, à 0 m. 50 au-dessus du béton.
Vers le Nord, le travail de recherches se heurte à un blocage recouvert d'une dalle de pierre de Barutel.
Le 2 août, on étend la fouille vers l'Ouest. On trouve, au-delà de la colonne, à 0 m. 40 de profondeur, un ancien mur de forme courbe (fig. 8876), faisant suite à celui trouvé le premier jour. L'épaisseur de ce mur est aussi de 0 m. 60, sa longueur d'environ 2 m. Il n'a pas été possible de mesurer sa hauteur, dont sept assises seulement sont apparentes, la fouille n'ayant pas atteint la base des fondations. En se dirigeant ensuite vers le Nord, on trouve un dallage de quatre pierres plates, à l'ouest duquel on rencontre de nombreux squelettes, jusqu'à une profondeur de 0 m. 85. Ils sont dans la terre nue et orientés par couches, les uns de l'Ouest à l'Est, les autres du Nord au Sud. Au-dessous de la plus basse couche de squelettes, on ne découvre plus que des décombres romains, des fragments d'enduits peints de couleur noire ou rouge, en petit nombre, et des débris de marbre, de tuiles, de briques, etc.
Les jours suivants, l'approfondissement de la fouille ne fait plus retrouver d'ossements, mais on rencontre un fragment de mosaïque, de couleur blanche, et des enduits peints, les uns bleus, les autres rouges. Sous le dallage trouvé le 2, qui est enlevé et qui pourrait avoir formé le fond d'une sépulture, on découvre les restes d'un mur B D, où sont incorporés une brique et une tuile romaines. Plus loin, en se déplaçant vers le Nord, on rencontre en pleine terre des ossements, jusqu'à la même profondeur de 1 m. 85 environ, et l'on reconnaît deux sépultures formées, l'une de moellons, l'autre de blocs, qu'on ne juge pas utile de dégager.
Trois sarcophages qui se suivent (n. 6, 7 et 8) attirent plus particulièrement l'attention. Leur extraction est entreprise ; elle dure jusqu'au samedi 14 (fig. 8877).
Le premier de ces sarcophages et une partie du second sont appuyés contre un mur de moellons mal équarris, fondé sur trois blocs de l'époque romaine, d'une longueur totale de 2 m. 03. Les sarcophages étaient approximativement à 0 m. 60 au-dessus de la base de ces blocs. Le mur, épais de 0 m. 51, a une hauteur de 1 m. 35 et se compose de neuf assises, chacune de 0 m. 15. Sur la plus haute est un béton de 0 m. 10 d'épaisseur (fig. 8878).
Les trois sarcophages, épais de 0 m. 07, sont presque pareils et mesurent environ 2 m. de long et 0 m. 40 de haut. Leur largeur intérieure est à peu près de 0 m. 65 vers la tête, 0 m. 55 à mi-longueur, 0 m. 48 vers les pieds. L'emplacement de la tête est indiqué et légèrement surélevé par rapport au fond du sarcophage. Les deux premiers contenaient des ossements et leur couvercle, d'une seule pièce, était lutté avec du mortier rouge. Dans celui du milieu on a trouvé une petite monnaie d'argent champenoise, qui pourrait se rapporter à Eu des II (1048-1063) : mais préférablement à Thibaut Ier (1063-1089). Elle est, en tout cas, du XIe et vraisemblablement contemporaine de la construction de la cathédrale. Le troisième sarcophage avait été dévasté. Son couvercle était cassé et la cuve, elle-même brisée, était remplie de terre dans laquelle on trouva, du côté des pieds, un pégau et deux pièces féodales se rattachant au monnayage melgorien. L'une est fruste, l'autre se rapporte probablement à l'évêque Raymond (1129-1158) !. Ces pièces étaient placées sous un fragment du couvercle du pégau. Dans la terre meuble, à 0 m. 95 du pavage de la place, on recueillit une monnaie du Bas-Empire paraissant de Constantin Ier.
Le terrain sur lequel se trouvaient les sarcophages est un entassement de débris romains, et notamment de moellons et de mortier, jusqu'à une profondeur de plus de 4 m. ?*. On y rencontre beaucoup de briques. Il s'agit évidemment des restes d'une construction, à laquelle il conviendrait peut-être de rattacher les deux murs F et G, de direction ouest-est, dont le dégagement n'a pas été poursuivi, et qu'on a reconnus après l'enlèvement du troisième sarcophage. Ces murs reposent sur un lit de pierres brutes.
Le 16 août, on essaie d'étendre vers le Nord la tranchée des trois sarcophages. Une sépulture de dalles est au-dessous du dernier. On y recueille, mêlés aux ossements bien conservés, quelques boutons de cuivre. Le défunt, un homme de type dolichocéphale très accusé, avait été couché sur le dos, la main gauche sur la poitrine, l'autre le long du corps. Le crâne avait roulé sur la poitrine ; mais la mâchoire inférieure était en place. La sépulture était solidement bâtie à chaux et à sable. Le couvercle était formé de dalles, qui chevauchaient les unes sur les autres et que recouvrait une couche de mortier de 0 m. 08 à 0 m. 10 d'épaisseur.
Le 18, on dégage entièrement le blocage H reconnu le 31 juillet. Il occupe toute la largeur entre le mur DI et le mur ER ; un espace L, de 0 m. 50 environ, le sépare du mur DE. Il paraît s'agir d'une maçonnerie, continuée en raison du danger qu'elle présentait pour les ouvriers.
1333 - peut-être un autel, construite de blocs grossiers, repose sur trois assises d'une hauteur totale de 0 m. 59, elles sont recouvertes d'une dalle qui en occupait toute la longueur, mais dont une cassure a fait disparaître une partie (fig. 8879). Une monnaie fruste d'apparence B. melgorienne, mêlée à des ossements, est trouvée à FA 0 m. 45 de profondeur, en pleine terre. Cette journée du 18 est la dernière des fouilles. On commence à combler les excavations et on se préoccupe du repavement de la place. Les sarcophages mis au jour sont déjà dans la cour de l'ancien évêché (musée du Vieux-Nîmes). Le conservateur des musées archéologiques eut voulu poursuivre les recherches dans la direction de la cathédrale. Il avait, à cet effet, demandé et obtenu du ministère de l'Instruction publique une subvention de 1 500 francs. Les sottes railleries d'un journaliste eurent pour conséquence d'amener la fermeture du chantier. La subvention, restée dans la caisse municipale, fut employée, par la suite, à d'autres recherches.
Essayons maintenant d'utiliser les résultats des fouilles sur la place aux Herbes (voir le plan).
Le mur courbe au-delà de la colonne paraît avoir fait partie d'une demi-circonférence de 5 m. de rayon.
Vers l'Est, ce mur courbe se prolonge par un mur droit BK. Entre la colonne et le pilier D est un autre mur droit BD. Un troisième mur DI part de ce pilier et se dirige aussi vers l'Est, parallèlement à BK. Si l'on trace la demi-circonférence envisagée, si l'on suppose sous la maison Brain une colonne A et des murs AA, AC et CC symétriques de ceux BK, BD et DI, on obtient une figure qui donne nettement la sensation d'une basilique chrétienne. Les murs BK et AA seraient les bases qui supportaient les piliers de l'édifice. Par la suite, les murs DE et EH, plus récents que les autres, et auxquels ont pu correspondre des murs semblables vers le Sud, n'auraient eu pour but qu'un agrandissement de la basilique. On aurait alors supprimé le mur DI dont on n'a plus trouvé que des substructions à la base sur pierres plates. Ce mur se compose de constructions. Mais l'hypothèse d'un portique latéral n'est cependant pas impossible.
Comme de coutume, dès les premiers temps du christianisme, l'église et ses abords servaient de cimetière. Au dehors de l'édifice, les morts étaient placés généralement sur un seul rang. Dans l'église, ils constituaient des agglomérations de cadavres. « Par une sorte d'émulation enfantine ? s'était à qui serait placé le plus près d'une tombe vénérée. A mesure que l'on s'en rapproche, les sépultures s'accumulent ; le même fait s'observe à l'égard de l'autel qui, on le sait, renfermait toujours quelques reliques des saints. Parfois, dans le chœur, les tombes des fidèles s'étagent sur deux ou trois rangs $ » Ainsi, les sépultures superposées, rencontrées au nord-est de la colonne, s'expliqueraient par le désir de reposer ad sanctos. Le béton qui les recouvrait serait le pavement de la basilique.
Le cardinal de Cabrières, qui vit les fouilles, ne parut point douter qu'on venait bien de mettre au jour les restes de la première église de Nîmes. A quelle époque faudrait-il les attribuer ? Probablement au VIe, On aurait agrandi le monument vers le Ve, sinon plus tard.
L'église aurait disparu quand la cathédrale fut construite. Mais son emplacement et ses abords seraient restés des nécropoles. Les découvertes de monnaies faites en pleine terre ou dans des sarcophages prouvent que ces nécropoles étaient encore utilisées vers le milieu du XIIe. A la fin du XIVe, il y avait toujours un cimetière de la cathédrale.
La basilique primitive se serait trouvée à peu près sur l'emplacement de la cathédrale actuelle. La position respective des deux édifices serait celle du croquis ci-contre (fig. 8880).
VII. NÎMES AU VIe. — A l'époque franque |
Nîmes fit partie du royaume des Wisigoths, c'est la raison pour laquelle nous avons vu l’évêque Sedatus siéger au concile d'Agde, en 506. L'année suivante, 507, Alaric fut vaincu à Vouillé et sa défaite n'eut pas pour conséquence, comme on pourrait le croire, le passage de Nîmes sous la domination des Francs. A quelques années de là, pendant la minorité d'Amalaric, fils d'Alaric, l'urbs Nemausensis dépendait du gouvernement du duc Aram, qui commandait à Arles, au nom de Théodoric, roi des Ostrogoths, aïeul maternel et tuteur du jeune prince. Grégoire de Tours nous apprend qu'Aram fit nommer l'archidiacre Jean au siège épiscopal de Nîmes !. plus tard, l'évêque Pélage prenait part au concile de Tolède convoqué par Récarède *.
VII. SAINT BAUDILE, — Saint Baudile ou Baudele souffrit à Nîmes et sa fête est portée au 20 du mois de mai dans le martyrologe hiéronymien, dans les martyrologes dits historiques d'Usuard, d'Adon, de Notker, de Wandelbert et quelques autres. Certains lui donnent des compagnons de martyre sans les nommer. « Ses actes, écrit Tillemont, paroissent faits pour quelque monastère où on l'invoquoit, [ils] en font un homme d'illustre naissance, qui avoit de grandes richesses, qui estoit marié, et qui portoit l'épée. Ils disent que s'estant défait de ses biens, et avant quitté son pays, qui estoit assez éloigné de Nîmes pour avoir une langue différente, il fit divers voyages avec sa | la couronne du martyre par le zèle avec lequel il reprit divers payens qui sacrifioient dans un bois.
« Saint Grégoire de Tours dit que le tombeau de ce saint martyr estoit célèbre à Nîmes, et qu'il s'y faisoit beaucoup de miracles, particuliérement par un laurier qui en sortoit, et dont on portoit pour cela les feuilles jusqu'en Orient #, » Son culte était répandu à Lodève, à Orléans, dans la Catalogne. On lui avait dédié des églises au diocèse d'Auxerre, au diocèse du Mans, aujourd'hui de Laval et à celui de Paris.
Une importante épitaphe provenant de Saint-Maurice, près de Vénasque (auj. au musée de Carpentras) conserve le souvenir du culte de saint Baudile. L'épitaphe en question fixe la date du martyre au 21 mai.
-CVM TVA TE PETRVS POST MVLTOS TRAN-
SEPTEM SVPRA BEATA CONPLEVIT IN SECVLA [PER PENETENSIA VITA
SIC OSTENDIT PLANCTIBVS QVALEM DVXIT [CVM CONIVGE VITA
Edm. Le Blant faisait observer qu’ « il serait difficile de traduire mot à mot, dans toute son étendue, une légende qui semble, au moins pour son début, faite à l’aide de quelque modèle inintelligemment copié ». C'est l'épitaphe d'un noble chrétien et de sa femme, qui consacra son veuvage au Seigneur, suivant l'usage des premiers siècles. Elle demeura sept années dans ce pieux état. Le corps de son époux, mort à l'étranger, lui avait été rapporté, et elle lui avait rendu les derniers devoirs avec une douleur qui attestait la tendresse de leur union. Trois enfants lui étaient restés, qu'elle avait élevés en vivant de sa vie sainte et vus parvenir à de grands honneurs. « Fais, Ô Seigneur, dit l'inscription, en mêlant à une prière chrétienne des expressions mythologiques, fais que les âmes de ceux qu'a réunis cette tombe jouissent librement de ta vue. Le xir des calendes de juin, Pierre est entré dans le souffre ténarien de l'Averne ; le martyr Baudelius, par la vertu du jour de sa passion, recommande au Très-Haut son serviteur bien-aimé. Le viir des ides de juillet, la servante de Dieu s'est élancée vers lui. Avare pour elle-même, elle était prodigue pour les malheureux. » Ce marbre appartient à la fin du Ve.
chrétiennes est-il fondé ? J'en puis douter à cette heure, car ce qui est vrai pour les épitaphes ne l'est point pour les sarcophages. A ceux qu'avaient vus autrefois Ménard et Rulman sont venus s'ajouter d'autres débris, remontant au VIIe et au Ve, plusieurs du style d'Arles, d'autres du type toulousain, On ne doit pas toutefois oublier que ces sortes de marbres n'appartiennent pas toujours au pays où on les rencontre, et que souvent à des époques diverses, d'anciens sarcophages sculptés ont été apportés du dehors pour recevoir les restes de personnages considérables, Les plus anciennes tombes qui nous occupent seraient-elles de ces monuments d'importation tardive ? Le fait serait d'autant plus admissible que Nîmes, où abondent les restes de l'art antique, ne nous a encore, chose singulière et contrairement à ce que nous voyons dans les grands centres, donné aucun sarcophage à ornement qui remonte aux âges païens. L'élégante cité n'aurait donc point, selon toute apparence, possédé, au temps du Haut-Empire, une de ces officines spéciales
IX. SARCOPHAGES. — On ne peut omettre de transcrire ici ce que disait Edm. Le Blant en abordant cette question du sarcophage de Nîmes. « J'ai noté autrefois, dit-il, que Nîmes, si riche en inscriptions païennes, ne m'en avait point donné de chrétiennes, Un seul fragment de cette nature a été découvert depuis et ma remarque reste donc presque entière, Cette absence presque complète des monuments du christianisme antique m'a fait penser que la propagation de la foi avait trouvé à Nîmes de sérieuses résistances, et j'ai porté mon attention sur le passage suivant d'un texte d'ailleurs peu sûr, celui des Actes de saint Baudile, martyrisé dans le pays après le triomphe de l'Église !, pour avoir voulu s'opposer à la célébration d'une fête du vieux culte : Arripuit iter peregrinationis, donec venerit ad metallum Nemausensis civitatis... Verum guanquam esset ( Nemausus) transitoria et umbratica hujus sæculi gloria satis clarissima, tamen, in illo tempore quo hic beatus vir coronam destinata a Deo martyrii meruit suscipere, adhuc maxima pars hominum gentilis superslitonis delinebatur errore *.
« Le rapprochement que j'ai cru pouvoir faire entre la résistance des idolâtres et la rareté des inscriptions qui devaient être et furent plus tard la souche des ateliers de sculpture funéraire chrétienne #. » 1339 F. Germer-Durand, Note sur plusieurs fragments de sarcophages chrétiens de Nîmes, dans Mém. de l'acad. du Gard, 1877-1878, Ire part., p. 5-8 ; A. Michel, Nîmes et ses tombes aux chréliens, in-89, Nîmes, 1882, p. 10 ; Edm. Le Blant, Les sarcophages chrél. de la Gaule, in-4 », Paris, 1886, p. 108-109, n. 128, pl. XXVII, n. 2.
2. Sarcophage brisé en deux fragments, mais assez bien conservé néanmoins, se trouvait (en 1856) chez M. Meynier de Salinelles (voir Drefionn., t. xt, col. 486, n. 13). La scène représente le passage de la mer Rouge, Le pharaon est montré au milieu de son armée qui s'engloutit, sous le char du prince une petite figure - r T a aG o m s « r TED mr [ UE Aaji A prm T pk : eem e ba E ETT T FEU am ne TUM i T s = i F ^ » CC amem 0E « qe and. uer EE n. RE m S6 : ?
1340 4. Edm. Le Blant a signalé « chez M. Pocheville, mouleur » un fragment de sarcophage en pierre représentant la Samaritaine devant le puits, et il ajoute : : il ne reste plus de la figure du Christ que sa main Lendue en avant ; le Seigneur était sans doute, comme sur tant d'autres sarcophages, représenté debout, con-
THERE 2 SR - — en
symbolise la mer. A gauche et à droite des constructions en forme de portiques représentent la ville d’où sortent les Égyptiens et celle où entrent les Hébreux. Sur le bord du rivage, Moïse debout, imberbe, touche le flot de sa baguette, ses compatriotes portent à leur cou la farine enroulée dans le manteau et conduisent leurs enfants par la main ; ils suivent la colonne lumineuse que surmonte une flamme et Marie, sœur de Moïse, joue du tambourin. o. Fragment de sarcophage ayant appartenu à M. Meynier de Salinelles (fig. 8883), Lors que la tombe était intacte, la face antérieure devait présenter sept sujets séparés par des colonnettes sur les chapiteaux desquelles posaient alternativement des cintres et des frontons. La partie de gauche est seule conservée ; elle nous montre le Christ prédisant à saint Pierre son futur reniement ; aux pieds de l'Apôtre, le coq. Ensuite vient la guérison d'un aveugle. Dans le troisième compartiment, on voit deux apôtres tournés à droite et tendant la main vers le sujet central où figurait probablement la résurrection, comme nous l'avons vue représentée sur le n. 1. Entre les frontons et les cintres on retrouve les petits sujets bien connus : la colombe picorant les raisins, la couronne à lemnisques flottants. Edm. Le Blant écrit que « ce marbre lui parait être l'un des deux fragments provenant d'un même sarcophage dont on trouve un dessin grossier et sans aucune indication dans le recueil de Rulman. Le sujet central y manque également. Les trois suivants représentent deux autres apôtres tournés vers la gauche, la guérison du paralytique et la remise des clefs à saint Pierre. » | | Lrairement au récit évangélique (Joa., 1v, 6). » Un fragment trouvé en 1924 et qui nous a été communiqué par M, le commandant Espérandieu, complète la scène suivant les prévisions de Le Blant (fig. 8884).
En outre, à droite, est une tour que léchent des flammes.
Le bas-relief n'est pas détaché de la face latérale d'un sarcophage, mais de la face principale ; ces flammes paraissent indiquer les trois jeunes Hébreux dans la fournaise. o. C'est également chez M. Pocheville qu'Edm. Le Blant signale un fragment de sarcophage appartenant à Mme Murestan et qui fait partie aujour d'hui du musée de Nimes (n. 26), don J. Péladan (fig. 8885). II
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1342 jusqu'à cette heure, il n'en est aucun, dit Edm. Le Blant, qui puisse lui étre comparé, et, dans l'état de mutilation oü il nous est parvenu, l'explication compléte en serait des plus diffici les si Peiresc, qui l'a vu | autrefois, n'en avait laissé la description » qu'on va lire. Disons dés maintenant que si ce sarcophage d'Arles | es »
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1343 est décrit ici c'est que le fragment le plus curieux se trouve aujour d'hui au musée de Nimes (n. 28).
Voici d'abord la description de Peiresc :
Arca marmorea duplici ordine figurarum.
In superiori :
Virgo Maria velala sedens, puerulum yom tenens, venienlibus magis thiaralis, quorum primus coronam offert, alii duo discos thure et myrrha plenos.
5. Joannes pellibus indutus Christum nudum baplisuns, supervenienle columba aquam de celis cadentem rostro qustante. Disputatio in templo. Idolorum despecius per ires juvenes thiaratos præsente principe sedente, In inferiori :
Christus inler discipulos dormien les, imberbis.
Juda osculum satellitibus stipati.
Pilatus sedens in subsellio, paludalus, coronatus que, manus lavens ex urceo, in calinum tripodi impositum.
Sepulerum apertum, a satellitibus dormientibus custodilum.
Tres virgines suppli ces, admopvens, Christus post resurrectionem inler discipulos.
Ascensio in colum, sublatus tamen videtur Ghristus a manu de ccelo pvenienle, respicienlibus discipulis el stratis.
Nous venons de dire qu'en plus de cette description prend place un croquis exécuté, vers 1783, par l'acteur Beauméni, à l'ésard duquel on a droit d'étre sévére pour le peu de conscience qu'il a apporté à ses trav aux, mais qui, dans le cas présent, nous a rendu un grand service, tout en nous laissant voir sa « bizarre et Iubri que fantaisie ».
« Faisant quatre parts des deux ban des superposées de notre bas-relief, Beauméni en intervertit l'ordre pour le rang inférieur, puis il les encadre de figures obscènes que n'a ja mais portées le marbre arlésien. Dans le dessin qu'il nous présente du monument ori1344. ginal sont introduits, comme on le verra, des détails - d'invention pure, des cartouches à inscriptions, dont le DM qu'il avait coutume d'ajouter sur la plupart 1 de ses reproductions de tombe aux antiques ; le nom de VESTA, placé par lui sur l'édicule qui représente ici le saint sépulcre ; la figure de saint Joseph, debout der- - rière le siège de la Vierge, devenant un satyre cornu ; - des personnages à deux têtes, une lampe allumée auprés du Christ montant au ciel. Si l'on ajoute à ces inventions des discip les changés par lui en femmes dont l'une tient un nourrisson, la suppression de | l'image de Pilate, le support de son vase traditionnel | devenant un trépied de sacrifice portant un feu, on comprendra avec quelle précaution il faut se référer auc dessin laissé par Beauméni. » Il ne faut cependant pas l’accabler, Beauméni avait exécuté son croquis sur quatre feuil les qui furent rapprochées et, par inadvertance, on intervertit les deux portions de la zone inférieure ; simple erreur matérielle qu'il n'est que juste de rectifier comme nous l'avons fait ici, à la suite de M. J. Wilpert.
En plus de Peiresc et de Beauméni, on conserve des débris au domaine de Servanne, à une vingtaine de kilomètres d'Arles, On peut se rendre compte de la place que tiennent ces débris par les figures que nous donnons ici (fig. 8887).
Abordons l'explication de la zone supérieure. Peiresc en a omis plus de la moitié pour commencer avec l'adoration des mages, passant sous silence une dizaine de figures représentées par Beauméni, et plusieurs vétues du pallium ou de la pænula, au milieu de ce groupe deux femmes voilées. Edm. Le Blant a eu raison de dire que Peirese n'a point mentionné les scènes placées avant celle des mages, faute sans doute de les avoir comprises, el les lui semblaient à lui-même « diffici les à expliquer » ; il ne paraît pas y avoir réussi. M. J. Wilpert a été, croyons-nous, plus heureux. Il ; patres nosiri ;
1345 observe qu'à l'exception de deux figures, toutes cel les de la première scène rappellent un peu par leur direction vers la gauche la colonne des Hébreux qui vient de franchir la mer Rouge représentée sur des sarcophages d' Arles ; et ce serait là un indice que nous avons une scéne de l'Ancien Testament.
Reste à savoir quel épisode de l'Ancien Testament peut introduire un cycle christologi que ? Si ingénieux que l'on soit, il faut s'en tenir au dessin de Beauméni sous peine de substituer là fantaisie à un document qu'on n'a pas le droit de récuser. D'autant moins le droit que Beauméni a reproduit ce qu'il avait devant les yeux comme l'attestent deux fragments retrouvés l'un au musée de Nimes (fig. 8887), l'autre à Arles, chez M. l'abbé Laurent. Ces deux fragments sont dans un état de conservation suffisante pour qu'on mar que leur place dans le croquis de Beauméni qui, vraiment, s'est imposé une certaine fidélité à l'original tant pour l'attitude que pour le vétement. A quelle scéne bibli que appartient donc tout ce groupe ? D'après M. J. Wilpert ce serait la remise des tab les de la Loi à Moïse, telle que la décrit saint Étienne dans son discours aux Juifs conservé dans les Actes (vit, 37-40) : Hic est Moyses, qui dixit filiis Israel : Prophetam suscitabit vobis Deus de fratribus vestris. tanquam me, ipsum audietis... Hic est qui fuit in ecclesia in solitudine cum angelo, qui loquebatur ei in monte Sina el cum patribus nostris ; qui accepit verba vilæ dare nobis. Cui noluerunt obedire sed epulerunt et aversi sunt cordibus suis in Aegyptum. Dicentes ad Aaron : Fac nobis deos, qui præcedant nos. Moyses enim hic, qui eduxit nos de terra Aegypti, nescimus quid factum sil ei...
Le sculpteur semble, en effet, avoir voulu exprimer l'indifférence et l'ingratitude du peuple de Dieu, sa tendance toujours prête à l'idólatrie et sa rébellion contre Moïse.
À la suite de cette scène nous avons l'adoration des mages. Le dernier des trois encore pres que entiérement conservé sur le fragment du musée de Nimes. D'aprés la description de Peiresc, les dons étaient figurés dans l'ordre indiqué par saint Matthieu : aurum, thus el myrrham. L'or, suivant l'usage, ayant la forme d'une couronne, l'encens était en forme de bou les et la myrrhe dans une espéce de saladier. La Vierge était assise sur une sorte de pliant sans dossier, appuyé à un arbre ; un personnage figuré en arrière pourrait être saint Joseph et, plus probablement, un berger. Beau- ` méni a supprimé l'enfant Jésus.
Aprés l'adoration des mages nous voyons une figure d'homme assis devant une tour et tourné à droite vers la scéne suivante qui nous montre le baptéme du Christ par saint Jean. Cet homme assis semble isolé et sa présence est énigmati que. Le Blant pensait y voir saint Jean au désert ; Garrucci supposait que cet individu figurait le peuple venu sur les rives du Jourdain pour demander le baptéme de Jean. L'inconnu n'a pas le méme vétement que saint Jean, il porte la tuni que exomide ; mais qui est-ce ? On n'en sait rien.
La scéne du baptéme est assez détériorée ; le personnage de Jean est reconnaissable ; du Christ il ne reste que le pied gauche et l'attache de la téte, avec la main gauche de saint Jean ; la colombe est reconnaissable sur un rocher.
Viennent ensuite trois personnages que Peiresc interpréte par une disputatio in templo ; Le Blant ne se prononce pas, Garrucci suppose que ce sont les scribes mandés par Hérode, Beauméni représente le Christ marchant escorté de deux hommes vêtus de la pænula. Wilpert propose d'y voir la vocation des deux premiers apótres Pierre et André, ce qui peut se soutenir par suite du rapprochement avec la scène du baptême ; en tout cas c'est une scéne fort rarement représentée.
Nous arrivons enfin à la dernière scène représentée, 1346 dont on pourrait juger difficilement si Beauméni et Peiresc ne s'accordaient à nous apprendre que c'est le refus des trois Hébreux d'adorer la statue de Nabuchodonosor, Et voici maintenant le registre inférieur du basrelief. Ici nous trouvons plus d'unité puis que toutes les scènes représentées sont tirées du drame de la passion.
C'est d'abord Jésus entre quatre apôtres, dont deux endormis (Beauméni en a fait deux femmes pleurant) ; on ne peut douter de l'interprétation : c'est Jésus au jardin des Oliviers s'adressant à ses apôtres : Dormite jam et requiescite : ecce appropinquavit hora et Filius hominis tradetur in manus peccatorum. Surgile el eamus ; ecce UA RER SNS xx VI, 45 ; cf. Marc., xiv, 41) ; dans le fond un arbre qui indi que le jardin de Gethsémani.
Le groupe suivant nous montre le baiser de Judas. Le Sauveur est accompagné de deux apótres dont un tient un volumen ; à ce moment Judas s'approche de lui : Et confestim accedens ad Jesum dixil (Judas) : Ave Rabbi ; el osculatus es ! eurn.
D'ailleurs, avant de reprendre la description du sarcophage, voici une autre remar que. La scène du baiser de Judas, dont nous avons recueilli les exemp les (voir Dictionn., t. vir, au mot Jupas) se trouvait sur les cahiers de modé les des sculpteurs d'Arles. En com-
A. — XII — 43.
1347 mentant l'inscription arlésienne d'Hydria Tertulla (voir Dictionn., t. v, col. 2459, n. 34) nous disions que l'on ne pouvait rien faire de plus que de conjecturer le christianisme de la défunte ; or son sarcophage porte S380, — Le baiser de Judas. D'aprés Hivista di archeol. crisi. 1925, p. 45, lig. 5. une scène qui, examinée plus attentivement, témoigne. en faveur de son christianisme, puis que cette scène représente le baiser de Judas. Edm. Le Blant a transquatre apôtres au moment qui précède l'ascension.
Peiresc mentionne ensuite l'ascension sans rien dire 3 d'une figure à deux faces qui semble avoir échappé à Edm. Le Blant. Cette figure est dominée par les hautes branches d'un arbre ; on ne peut douter que ce soit la représentation de Judas pendu à un arbre Enfin vient l'ascension : Ascensio in cœlum, subla- — tus tamen videlur Chrislus a manu de ccelo veniente, respicientibus discipulis et stratis. Cinq apôtres assistent à cette scène, un d'eux semble prêt à fuir, un autre est prosterné à terre, Nous trouvons une représentation analogue de l'ascension sur un sarcophage de Clermontde Munich (voir Dictionn., t. r, col. 2929, fig. 988). Du couvercle nous ne savons rien.
Bibl. — Bibl. nat., ms. Peiresc, lat. 6012, fol. 462, | les sarcophages chrét, ant. de la ville d' Arles, 1878, p. 46, Tit crit l'inscription et a accueilli le sarcophage avec cette réserve : « rien n'établit absolument que la tombe ait appartenu à des chrétiens » Nous donnons ici l'extrémité gauche du couvercle du sarcophage oü on voit le Christ, accompagné de deux apôtres, prêt à recevoir le baiser du traitre, que suit un homme armé d'un glaive ou d'un báton ; ensuite un génie tenant le cartouche qui porte l'inscription (fig. 8889).
Mais revenons à notre sarcophage. Tout de suite aprés Judas à deux visages, un groupe pressé de six hommes armés présentent le Sauveur à Pilate : Pilatus sedens. in subsellio, paludalus coronalus que, manus lavans ex urceo in catinum íripodi impositum. Gette description de Peirese supplée au croquis défectueux de Beauméni qui supprime Pilate et le Christ parce qu'il se trouve au bout de son papier. Devant Pilate se trouve le trépied avec l'orologium et un serviteur s'appréte à laver les mains de Pilate.
La scéne suivante représente le saint sépulcre gardé par deux soldats, et, au premier plan, trois femmes agenouillées et voilées qui adorent le Christ ressuscité, Ge sont Maria Magdalene et Maria Jacobi et Salome venues pour oindre le corps de Jésus et qui trouvent le monument vide. Beauméni a écrit le mot VESTA sur le saint sépulcre.
Nous voyons maintenant, suivant Peirese : Christus | « La face de l'autre tombe se divisait en cinq compartiments ; les colonnes torses qui les encadraient étaient alternativement surmontées d'arca des et de | frontons (fig. 8890). Dans le premier bas-relief à gauche on voyait saint Paul les mains liées sur le dos et, prés de lui, un soldat tenant son épée ; au fond se dressait la colonne qui parfois, dans cette scéne, se retrouve surmontée d'une proue !, Sur un sarcophage de Marseille, qui offre le méme sujet, le cadre voisin nous montre l'arrestation de l'Apótre ; il a pu en étre de méme ici. La résurrection symbolisée figurait au centre dans la forme ordinaire : les deux soldats gardiens du saint sépulcre étaient assis au pied d'une 1349 Albin Michel, aprés avoir groupé et décrit les sarcophages chrétiens de Nîmes, | se compose de strigi les et de deux figures. On pouvait | | _ y reconnaître le miracle de la multiplication des pains.
| E Cf. Edm. Le Blant, op. cii, p. 114, n. 137.
| 11-12, Rulman a donné (fol. 53 de son Aecueil) un | fragment où figurent trois apôtres debout sous des | Rulman (fol. 156) a donné un croquis d'une tombe où se voyaient am et Eve et des figures inexplicab les.
| aient Ad E des fi inexplicabl fragment de couvercle de sarcophage acheté à Nimes 3891. — Téte de saint Genés ~ . et de provenance inconnue. Au centre un cartouche D'aprés une photographie. ~ . anépigraphe soutenu par deux génies ailés ; à gauche » on voyait Jonas rejeté par le monstre ; à droite, des | a fait place à une série de tombes découvertes à Nimes Égyptiens plongeant dans la mer Rouge, puis Moïse, et conservées au Musée archéologi que ; il estime ces ` RE 77 M raa taautta 12877 MeS D'après Edm. Le Blant, Sarcophages chrét. de la Gaule, pl. XXXI, n. 3. un enfant et un adulte, la base de la colonne de monuments antérieurs au x* siécle et leur donne l'appellation de « pierres tomba les mérovingiennes », ce qui peut étre soutenu. d un aveugle ; un apótre avec quatre corbeil les de pains | fausses lucarnes. Anépigraphe. arca des abritant des tri ang les ; au-dessus rosa ces, volutes, croix dans un cercle (on la voit au-dessus du bon Pasteur sur la fig. 8892).
XI. ÉRIGRAPHIE. — Tablette de marbre, d'épo que barbare, trouvée à Nimes en 1865 (Allmer dit 1866)
1351 NIMES . 1352
dans la maison Bressac, à l'angle de la place du Chåteau et de la rue Bát-d'Argent.
Sive eR eel Ea MERECE matri MONIO GE Sserunt INTER SE CONFI DENTES IN DEO pieta tE AMORE Carita
IE CASTETATE...
Les compléments sont d'Aug. Allmer, admis par Hirschfeld.
C'est le seul texte chrétien qui ait été trouvé dans le sol de Nimes ; il appartient probablement au vis siècle, Tablette de marbre portant un fragment d'inscription du 111 ou du 1v siècle et qui pourrait être chrétien.
DORM
« Bien que saint Baudile soit trés authentiquement le patron de Nimes, et que cette Église ait eu pour évé que, vers la fin du xit siècle, Pierre Ermengaud, il ne faudrait pas s'imaginer que la lettre ait été rédigée dans’ le diocèse, ou qu'elle ait quel que rapport à son histoire. Ceux qui font circuler ce genre de documents savent bien que, s'ils veulent se faire lire, ils doivent se garder d'affirmer des choses trop faci les à contrôler. C'est dans un lieu célébre, mais toujours lointain, que le miracle. s'est passé et l'on peut être certain que notre exemplaire n'a pas été écrit dans le voisinage du sanctuaire oü on prétend l'avoir trouvé. C'est dans un pays oü le pélerinage de Nimes était connu, mais suffisamment éloigné pour décourager toute velléité d'enquéte. L'Espagne, qui nous a transmis le texte, répond parfaitement à ces conditions. Saint Baudile y était populaire. Son nom figure plus d'une fois dans les inscriptions, mélé à ceux des martyrs indigénes ?, et il est inscrit au calendrier mozarabe *, Incipit epistola sancli Salvatoris que directa esl a Domino el inventa est super altare sancti Bauduli in cipitate Nimaso.
Amen dico vobis quia misi super populum brucos et locustas el non cognoverunt me el misi super vos gentes malas qui ducunt filios et filias vestras in captibitale el labores vestros in exterminalione qui sanctum dominicum non coluislis et æclesias meas non honorastis. Ideo inmiltam super vos serpentes pinnalas el canes ravidos | sum dominus Deus vester et non est alius prater me. Si el auferam faciem meam a vobis, quia non coluislis | quis vero acceperit hanc epistolam et non observaverit ea sanclum dominicum el estis increduli et non honoraslis | et notam eam non fecerit universis, anathema sit in peræclesias meas et tradam vos in manibus inimicorum. Sel | petuum. obserbale præcepla mea qui mando vobis et sollerter Nam juro ego Peirus episcopus de civitate Nimaso custodite ea in diem sabbati ab ora = nona > us que ad | omnibus legentibus hanc epistolam per crucifirzum Domisecunda feria ora prima nullum laborem faciatis, ne que | num nostrum lesum Christum filium Dei el patrem caput tondalis nec labetis in die dominico ne que aliquo omnipotentem et Trinitatem inseparabilem el sancta t negotio in eo die faciatis. Si quis non obserbaberit que | quattor avangelia quia non est hac epistola ab homine B precipio vobis videbilis iram super iram quem subpor- | ablala nec subtracta sed a domino Deo directa in sacrolare non potesi nec ipsi montes et col les sustinere non | sancto altare sancli Bauduli in civitate Nimaso, el dum valebunt et anathemabo eos anathema marathenata que | essem vigilans media noclis ora pro facinora mala mea est super septuaginta et duas generaliones us que in | audivi hanc vocem el inveni hanc epistolam. seculum seculi. Inmitlam in domos eorum famen el XIII La MAISON canrée. — On pourrait croire à egritudinem et mortalitatem el < in > labores eorum une gageure : écrire un travail sur l'archéologie à r - F xi. x P OW s d i »mE. F « A » 3 - = w - - m Lg mil r ET I r^. L ‘= lL —— ~ bx j 4 x^ F A ER. ^ =] Er. — lee [ot END VAS [A dm « m Pu à NL | An VIDI. ^ CN E E F aa - bI [- —— — ms + we Lie grandinem et ustulationem. Si quis tamen auditas causas | Nimes et ne pas parler du pont du Gard et de la Maison j dijudicaverit aut exactiones fecerit mittam in eos latrones carrée ! Du premier de ces monuments, il est impossible F, el tribulationes et pustellas in corporibus eorum. Audite | de rien trouver qui le rattache à l'archéologie chré- | ergo gens proba el amara et increduli. Non scilis quia | tienne ! ; du second on ne peut que rappeler quelques i multum paciens sum et misericors ego super elecíos meos ? | vicissitu des de son histoire .
$ Surreri in diem dominicum et omnes requiescere debent L'édifice est célébre. C'est un temple grec composé j in eodiæ. In cælis ascendi ad dexteram patris mei requie- | d'une cella ou salle oblongue à une seule nef et d'un d bi ab omnibus operibus meis. Fæci celum et terram et | pronaos ou péristyle auquel on accède par un perron | omnia qua in eis sunt et sanctificabi sanclum domini- | de quinze marches (fig. 8894). Trente colonnes corinEy cum. Et si quis non coluerit eum suscitabo tonitrua et | thiennes cannelées, avec base atti que, hautes de près tempestates et disperdent omnes fruges vestras el vineas | de 9 m. ? posées sur un stylobate général, supportent È vestras et ostendent oculis vestris fruges et non colligelis | l'entablement. T existe six colonnes sur le devant £ eas. Et si observaveritis præcepta mea et feceritis ea, | et par derrière et onze sur les côtés (en y comprenant 1 multiplicabo messes vestras el vineas vesiras fructifica- | cel les des ang les). Le mur d'enceinte de la cella mesure » bunt et auferam a vobis omnem malitiam, quia ego | 0 m. 67 d'épaisseur. La facade et le côte oppose sont v - ! Ém. Espérandieu, Le pont du Gard et l'aqueduc de Nimes, | Maison carrée. Notice sommaire, Nimes, 1925. — Hauteur S in-12, Paris, 1926 ; le méme, Le pont du Gard, dépóts calcaires | 8 m. 96 dont 0 m. 56 pour la base, 7 m. 35 pour le fat, E : sur les parois de l'uqueduc, dans Bull. archéol. du Comité des | 1 m. 03 pour le chapiteau et 0 m. 02 pour le coussinet établi $ irav. hisi., 1924, p. xciv sq., pl. ri, — Em. Espérandieu, La | sous l'architrave.
1356 surmontés d'un fronton triangulaire très surbaissé qui | de degré de repos, ni d'escalier anti que pour y monter, porte les pentes de la couverture. L'enceinte proprement dite est fondée sur une platée de 19 m. de long, 15 m. de large et 5 m. 60 de haut environ. La base du monument est à 3 m. 30 au-dessous de celle des colonnes. La hauteur totale est évaluée à 49 pieds romains (17 m.). La cella mesure 16 m. 28 de long sur 10 m. 90 de large ; elle n'était éclairée que par la porte d'entrée de 6 m. 80 de haut. sur 3 m. 28 de large.
Sur la frise de la facade était une inscription de deux lignes en lettres de bronze qui ont disparu. Par l'étude des trous de scellement Séguier pensa rétablir le texte anti que ? et la restitution qu'il a proposée est absolument certaine, A. Pelet nous dit qu'il recommenca plus de cent fois « dans un esprit de criti que » le travail de Séguier et n'aboutit qu'à changer une seule lettre au début ?. Ce qui semble certain c'est qu'une autre inscription avait précédé le texte restitué par Séguier.
La raison qui motiva la construction dela Maison carrée n'est pas connue de facon certaine ; elle est conlemporaine d'Auguste, sous le règne duquel elle fut consacrée aux fils d'Agrippa, ses propres petits-fils : Caius César et Lucius César. On peut penser que Tibére fit changer la dédicace et, à partir de l'an 14 de notre ère, on ignore la destination de l'édifice. Il se peut que ce temple soit devenu un capitole, c'est ce que porte | à croire le nom vulgaire de « Capdueil » qui, en langage | du pays, vaut autant que Gapitole. Comme on pourrait | être tenté de croire que, suivant un usage du 1v ? et | du Ve, ce temple aurait été transformé en basili que ou oratoire chrétien, il est utile de rappeler ces | mots du vieil historien Poldo : « .J'ay leu ce mot de Gapdueil en plusieurs vieil les escriptures et documents : “i entens escrits despuis cinq cens ans en ca, qui font mention d'une petite église y joignant et contigué, que ces vieux registres appellent Sainct Estienne de Capilolio, et le langage maternel du pais l'appelle Sainct Estienne de Capdueil ?. » Ainsi l'église était contigué. L'édifice conserva peut-être sa destination de maison consulaire, car nous savons qu'un plaid fut tenu, le 5 mai 899, in ipso Capitolio . Après avoir été propriété privée 5, on voit reparaitre, le 6 janvier 1100, l'église Saint-Étienne juxla Capitolium.
Entre temps, les Wisigoths ne s'étaient pas privés du plaisir de malmener l'édifice. Anne de Rulman nous dit qu' « ils entrecoupèrent les entre-deux des colonnes du portique fermé (la cella), pour y faire des fenêtrages, et ils firent une cheminée dans la salle de la face du levant et deux croisées au premier entre-deux du coin allant du midi au levant, pour éclairer les pièces des deux étages qu'ils avaient bâties. Ils en firent deux autres en même ligne, au troisième entre-deux. Les basses croisées sont rondes en haut, et les hautes carrées. Et pour le service des deux appartements qu'ils avaient faits, ils firent relever un puits rond de pierres de taille jusques à la hauteur de tous les deux logements. C'étoit un puits en forme de colonne qui fournissoit d'eau par deux ouvertures par où passoit le seau* ; celle à plain-pied du corps de logis versoit son eau dans un lavoir attaché à un pilier qui soutenoit la voûte d'en bas à celle d'en haut. En la muraille qui séparoit cette salle en quatre parties, pour éclairer les deux qui confrontent le midi et le couchant qui étoient bouchées, ils firent deux fenêtres carrées, l'une haute et l'autre basse du côté du couchant. Et parce que ces chambres étoient suspendues en l'air, n'ayant point de fondement, ils firent une vis du côté du couchant, tout contre la muraille servant de séparation aux deux anciens portiques. Et pour éclairer cette montée, ils percèrent la muraille en quatre endroits ? » Ce qui advint dans la suite n'appartient plus à notre période chronologique, nous croyons cependant devoir le rapporter avec quelque détail, ne fût-ce que pour illustrer par un exemple l'histoire des vicissitudes d'un édifice antique jusqu'à nos jours.
A partir du xvi* siècle, la Maison carrée abrita les bureaux de l'administration consulaire, mais l'édifice eut à subir de nouveaux outrages. Afin de loger commodément le concierge, on ferma le portique à jour « avec de la pierre brute ». Trois voûtes doubles superposées procurèrent à chaque étage de nouvelles chambres communiquant avec celles de la cella ; enfin on creusa sur le massif jusqu'à une profondeur de 1 m. 50 pour faire un appartement dans le portique et, tandis qu'on perçait deux fenêtres de plus du côté du Sud, on abattit le perron.
Au xvii* siècle, le conseil de ville se débarrasse de la Maison carrée en échange d'un immeuble plus vaste que lui abandonne un particulier nommé Pierre Boys.
Celui-ci, à peine entré en possession, fait construire contre le mur sud du monument une maison qui s'élève « jusqu'à l'extrémité des chapiteaux » ; en outre, il bâtit un escalier et, à cet effet « détruit le rond de deux ou trois colonnes et brise les ordres du soubassement », Cela fait, il fait « hausser de quatre pieds de pierre menue les murailles maîtresses du frontispice » et établir un pigeonnier.
Viennent les guerres de religion et la petite église de Saint-Étienne-de-Capdueil est abattue, ses décombres sont amoncelés en partie contre la Maison carrée et élèvent jusqu'au-dessus des bases des colonnes de la façade le niveau du terrain.
Vers 1591 « le trop grand fardeau des voûtes ayant fait relâcher de leur plomb les murs antiques », toutes les constructions modernes « croulèrent en ruines au bas des fondements », et les murailles antiques demeurèrent éventrées « depuis la verge des colonnes jusques à l'extrémité des chapiteaux ». Alors on vendit la Maison carrée dont le nouveau propriétaire fit une écurie. Il s'appelait Félix de Brueys, seigneur de Saint-Chaptes, et consentit à vendre la Maison carrée aux augustins au prix de 5 650 livres payées par les consuls (28 mai 1670).
Les religieux voulaient transformer l'édifice en église, et, le 12 avril 1672, un arrêt du conseil privé les autorisa à faire bâtir leur couvent et leur église, sous réserve « de ne rien rompre de l'ancien édifice » et de n'y appuyer aucune construction. L'église devait être dédiée aux « trois rois ». Les augustins aménagèrent une église avec chœur, quatre chapelles latérales et des tribunes auxquelles on accédait par deux escaliers tournants, un à chaque angle nord fut édifié dans la cella du monument et l'on protégea sa voûte par une toiture que supportait une charpente spéciale. Mais pour donner plus d'adhésion à l'enduit qu'ils placèrent contre les murs, les religieux « piquèrent et mutilèrent à coups de marteau le parement antique et, partout, « firent disparaître le poli de la pierre. » Ce ne fut pas tout, ils creusèrent dans la platée un grand caveau funéraire auquel on accédait par une trappe placée dans le chœur.
En 1684, il fallut entreprendre des réparations considérables aux frais des États de la province et du diocèse : elles durèrent jusqu'en 1689 et l'église fut consacrée par Fléchier le 26 janvier 1691, et une inscription placée au-dessus de la porte commémora ces travaux à la gloire de Louis XIV. Ce qu'on ne dit pas, c'est que cette nouvelle transformation faillit amener la ruine de la Maison carrée. Elle accentua le déversement des colonnes de la cella du côté de l'Est, et il est presque merveilleux qu'elle n'ait pas amené leur chute.
Vers 1740, les augustins firent construire une galerie allant de leur couvent à l'église dans le chœur de laquelle ils pénétraient par une porte, précédée de quelques marches, ouverte entre les deux dernières colonnes du monument. Pour communiquer plus commodément avec leur sacristie, établie dans l'angle sud-est, les religieux entaillèrent le mur antique derrière le chœur, | Le conseil de ville se plaignit en vain. En 1764, on apprit que les religieux avaient entrepris des fouilles clandestines pour découvrir un trésor de dix millions de livres caché dans le massif de la platée du monument. Dénonciation, scandale, ordre sévère du roi « pour que les augustins ne se livrassent à aucune nouvelle entreprise » Ce ne fut qu'en 1737 qu'un ordre royal ordonna la démolition de la galerie ; la ville s'en chargea et les matériaux provenant de la dite galerie furent vendus aux enchères le 3 janvier 1788.
Entre temps de nouvelles réparations avaient été conduites par Séguier de 1778 à 1781 et Louis XVI se montra favorable au déplacement des augustins à qui l'évêque proposa couvent et église ; ils hésitèrent, la révolution survint et résolut la question. Le département acheta la Maison carrée et le couvent pour 18 000 livres. Le directoire départemental s'y établit jusqu'en 1802 ; à cette date, l'église et le couvent furent démolis et la Maison carrée devint un dépôt d'archives.
En 1816, nouvelle restauration ; en 1823, installation d'un musée de peinture sous le nom de Marie-Thérèse (duchesse d'Angoulême). « Depuis 1824, l'agencement intérieur de la Maison carrée a beaucoup varié ; l'affectation du monument est restée la même. Les sculptures modernes et les tableaux furent enlevés en 1875 et réunis dans les anciens bâtiments de l'hospice de l'Humanité (nouveau lycée) ; ils sont aujourd'hui rue Cité-Fouic. En 1894, toutes les inscriptions romaines que contenait la Maison carrée, ainsi que celles qui en garnissaient alors les abords, furent transportées à l'ancien lycée. A leur place on installa les vitrines du médaillier municipal !, s XIV. Deux NIMOIS ARCHÉOLOGUES. — Nous voudrions rapprocher ici deux noms et deux carrières qui firent honneur à leur ville natale et qui demeureront utiles à nos études, .
1358 reste bientôt qu'un vague souvenir ; mais une circonstance doit sauver sa mémoire de l'oubli : grâce à l'universalité de ses connaissances, à l'aménité de son caractère, à son obligeance infatigable, au besoin qu'il avait d'être informé de tout et d'informer les autres de ce qu'il savait, il a été pendant la plus grande partie du xviii siècle une sorte de correspondant pour tous les savants du monde. Il les faisait connaître les uns aux autres, il les unissait et les reliait entre eux, il les tenait au courant des travaux qui se publiaient dans les différents pays. » Sauf dans quelques cas assez rares, les correspondances étaient soigneusement rangées par Séguier qui légua à l'académie de Nîmes seize gros volumes fort instructifs qui aident à projeter un rayon de lumière sur beaucoup de personnalités aujourd'hui un peu oubliées. :
Séguier naquit à Nîmes en 1703 d'une famille de robe et se montra de très bonne heure enclin à l'archéologie. On pouvait déjà prévoir qu'il prendrait rang parmi ceux de ses concitoyens dont Casaubon disait : « C'est un pays qui n'a jamais manqué de savants, et qui en abonde aujourd'hui. » A 10 ans, le jeune Séguier gagna, en jouant avec ses camarades, une médaille d'Asrippa qui éveilla dès lors en lui la passion de la numismatique. Possesseur d'une médaille, il n'eut plus de repos qu'il ne possédât un médaillier ; cela aurait pu tourner mal lorsqu'il s'avisa, un soir, de se faire descendre dans un puits qu'on creusait au collège et où il espérait faire quelque découverte ; incapable de remonter, il dut passer la nuit dans ce gîte et attendre les secours qu'on lui procura le lendemain.
À la numismatique vint s'adjoindre la botanique, à laquelle il fallut, pour obéir à son père, associer l'étude du droit à Montpellier où le jardin des Plantes fit une redoutable concurrence aux Institutes ; toutefois l'étudiant en prit son parti, apprit de mémoire les Institutes et se donna à la botanique avec une ferveur accrue, surtout depuis qu'il recevait les leçons de N. Chicoyneau et d'A. de Jussieu.
Il revint à Nîmes et, cette fois, l'archéologie le retint tout entier. Il s'assigna de vastes entreprises, sans trop savoir s'il en viendrait à bout car, avouait-il, « le don de la conclusion d'un ouvrage est rare chez certaines personnes » Il n'avait que l'embarras du choix et ne savait ni ne voulait choisir : bas-reliefs, inscriptions, médailles, plantes, tout l'enthousiasmait. Il consultait, on l'interrogeait. Petit à petit sa réputation naissante s'imposait à Montpellier, à Avignon, à Aix. « La difficulté des communications nuisait alors moins qu'on ne pense à l'échange des idées ; plus les rapports étaient pénibles et plus on se donnait de mal pour les faire naître, plus on faisait d'efforts pour les entretenir. Tous ceux qui, dans des pays voisins, s'occupaient d'études communes se recherchaient et se liaient plus étroitement entre eux pour se soutenir. Ces divers groupes correspondaient ensemble, et quelquefois leurs relations s'étendaient fort loin. Les découvertes scientifiques se répandaient non pas comme aujourd'hui par les journaux, mais par les lettres ; les réputations se faisaient ainsi dans l'ombre ; elles voyageaient sans bruit d'un correspondant à l'autre. On savait par le témoignage d'un connaisseur qu'il y avait quelque part un homme de mérite habile à déchiffrer les inscriptions ou à reconnaître les plantes, et l'on n'hésitait pas à s'adresser à lui quand on avait besoin de ses lumières. On pouvait donc se faire une clientèle d'amis, d'admirateurs, et jusqu'à un certain point devenir célèbre sans avoir jamais rien écrit pour le public. C'est ainsi que commença la réputation de Séguier. En 1728, un jésuite d'Avignon lui écrivait : « La réputation que sTo nc E y c vr. he Ca D Et TA AD Le Tomra RE AU 127 » zr 7 2 i e ere, Pg nani Pig guest ta < s - ms ve oe A Es = 2T E » vU wig d : ri ERE t Pl. ESTE d lue BLU r 1 7 CES a OC IL SOC En CT on La ee Lea ee
1359 vous vous êtes acquise dans la république numismatique me fait souhaiter passionnément d'être en commerce de lettres avec vous. » On prenait déjà de tous côtés l'habitude de le consulter, et, comme il répondait à tout le monde avec une extrême obligeance, sa correspondance alla toujours en s'étendant. C'est ainsi qu'elle dépassa bientôt les villes voisines de Nîmes, et que, dès 1729, il se trouvait en relation avec deux des savants les plus connus de cette époque, le baron Bimard de La Bastie et le président Bouhier. » Ce Bimard de La Bastie était entré, tout jeune encore, au noviciat des jésuites dont, judicieusement, ses parents le retirèrent. Là-dessus, il se fit militaire mais sa santé ne lui permit pas de soutenir un métier si dur, alors il se tourna vers le droit et devint magistrat. C'était sa véritable destination car sa fortune était sérieusement compromise par quelques procès qu'il se trouva en mesure de surveiller par lui-même. Ce fut ainsi qu'une affaire l'amena devant le parlement de Grenoble où il connut le président de Valbonnais qui lui inculqua le goût de l'érudition. Une autre affaire le retint à Dijon où il se lia d'amitié avec le président Bouhier, finalement, un troisième procès le conduisit à Paris où il partagea son temps entre le Palais et l'Académie des inscriptions qui ne tarda pas à l'accueillir parmi ses membres, et « son érudition, dit de Boze, était d'autant plus estimable qu'on ne savait comment il l'avait acquise ». Une fois ses procès plaidés et perdus, La Bastie se livra sans réserve à l'étude, apprit le latin, le grec, l'hébreu, la numismatique, l'épigraphie, la diplomatique, la géographie et plusieurs autres choses encore, Sa vie se passait solitaire dans le château de Monsaléon, au milieu des Alpes, dans un « climat d'ours et de sangliers », disait-il, où il s'amusait « à ramasser quelques épigrammes de l'anthologie... rendues en vers latins de même mesure, et quelques pièces un peu gaillardes... échappées de temps en temps, car enfin, il faut bien donner quelquefois du relâche aux muses sévères » Cet érudit mourut à 39 ans, sans avoir pu donner sa mesure, mais ayant montré déjà sa maturité d'esprit dans un mémoire sur le grand pontificat des empereurs romains. « Il voulait surtout y démontrer que les premiers empereurs chrétiens ont gardé soigneusement le titre de souverains pontifices, qu'ils ont fait décerner l'apothéose à leurs prédécesseurs, qu'ils ont nommé et payé des prêtres païens, qu'enfin ils n'ont pas rompu aussi brusquement qu'on le suppose avec l'ancien culte. » C'est ce que de nos jours l'abbé Beurlier a parfaitement mis en lumière dans son livre sur Le culte impérial. Son histoire et son organisation depuis Auguste jusqu'à Justinien , mais cette vérité répugnait alors à des savants tels que Tillemont qui ne pouvaient admettre que Constantin et ses successeurs eussent gardé avec le paganisme des ménagements qui leur paraissaient coupables.
La correspondance qu'entretint Bimard de La Bastie avec Séguier nous le fait voir tout à son avantage, spirituel, fin, délicat, en sorte que ses lettres, « malgré l'aridité des sujets qui l'occupent, sont parmi les plus animées et les plus vivantes qu'on puisse lire. Il écrit toujours de verve ; comme il ne fait rien à demi, il ne juge personne froidement, et il y a parfois dans ses lettres « de ces coups de langue ineffaçables » qui rappellent Saint-Simon. » En apprenant l'élection académique du marquis de Caumont, il écrit : « Cette distinction littéraire l'a comblé de joie. Si elle m'arrivait, elle ne m'en ferait plus, puis que je vois que pour l'obtenir il ne faut que savoir lire et écrire, comme pour passer notaire. » Il y a plaisir pour la postérité à rencontrer de tels hommes, à les entendre malmener en paroles ceux qui le méritent un peu comme Montfaucon et Muratori qui | | | 1360. ne sont, dit-il, « que des compilateurs qui travaillent plus du poignet que de la tête », ou cet imprimeur italien à qui il promet « si les troupes françaises rentrent en Italie... une volée de coups de bâton par lettre de change qui serait payée à vue ». La Bastie avait la partie belle avec un correspondant tel que Séguier, toujours occupé à atténuer le mérite de ses travaux, modeste, et, plus que modeste, timide ; prudent et, plus que prudent, craintif. Il aimait tout du passé, non seulement ses monuments, mais sa tradition vivace, par respect des anciens, par aversion et méfiance des modernes, poussant cela au point de préférer des opinions anciennes à de plus récentes qui ne pouvaient se réclamer des mêmes parrains. En botanique, il se cramponnait à Tournefort : en physique, il était rempli de préventions contre Franklin et on n'en sera pas surpris en lisant cette lettre où il raconte gravement que le savant Graverol crut un jour avoir conversé avec le diable, ce dont il tomba très malade. Or, ajoute Séguier, « tout homme de bon sens doit penser que c'est - une fable. Une conversation de trois ou quatre heures avec le diable est un événement fort extraordinaire et peut-être la chose la plus rare dont on puisse entendre parler.
Dans cette existence si calme et qui paraissait vouée à la stabilité, il survint un événement imprévu, qui la bouleversa pour longtemps. Au mois d'octobre 1732, on vit arriver à Nîmes un Italien au comble de la réputation et qui méritait de ne pas rester tout à fait inconnu : le marquis Scipion Maffei, parcourant la vieille Europe pour y récolter des inscriptions dont le recueil rejetterait loin dans l'ombre le Corpus de Gruter. Maffei ne pensait s'arrêter à Nîmes que le temps nécessaire à une visite aux arènes, en compagnie de Séguier. Mal lui en prit de soutenir que ce n'était pas un amphithéâtre, Séguier, tout bardé de textes et d'exemples le réfuta et Maffei, charmé de cette discussion courtoise, proposa à Séguier de l'accompagner dans la chasse aux inscriptions. Or, c'était le rêve qui hantait Séguier ; il accepta et les deux savants, devenus amis, partirent pour une excursion de quelques semaines... qui dura vingt-deux ans !
Pour se rendre de Nîmes à Paris, il leur fallut trois mois et ici le séjour se prolongea longtemps sous l'avalanche des visites à faire et à rendre, des relations à nouer et à entretenir. Maffei était curieux de converser avec des hommes en grande réputation, même lorsqu'il n'en pouvait attendre que peu de chose. Tout lui était bon : Jussieu comme Fontenelle, Réaumur comme Bouchardon, Maupertuis comme Montesquieu, Voltaire enfin qui ne manquait pas de placer Maffei au-dessus de Corneille et de Racine, mais qui faisait peu d'attention à Séguier. Celui-ci le trouva « un peu trop plein de lui-même » ce qui est, ajoutait-il, « en quelque façon pardonnable dans une personne d'autant de mérite et de réputation ».
Maffei passa trois années à Paris courant les académies et les salons pendant que Séguier s'enfonçait dans les cabinets d'antiquités et grossissait chaque jour ses cahiers de notes ; il s'y attardait délicieusement et il n'en fut jamais sorti si son compagnon n'avait enfin jugé utile de s'éloigner. Accueilli comme un grand homme, Maffei eut le tort de croire ces hommages tout à fait sincères ; il se laissa approcher et regarder de trop près pour qu'on ne le trouvât pas surfait. On le jugea provincial et sa vanité blessa parce qu'elle gênait la vanité des autres. Il parlait sans cesse et ne parlait que de lui. Mal lui en prit de toucher à la littérature, mais ce fut la théologie qui lui donna le coup de grâce. Maffei ne se mit-il pas en tête de prendre la défense de la bulle Unigenitus et de montrer sa conformité avec 1361 la doctrine de saint Augustin ? Le nonce du pape, le cardinal de Bissy et le cardinal de Fleury l'en louèrent ; mais les salons, les académies et les particuliers se montrèrent froids, presque hostiles à cette intempérante papimanie ; et Séguier apprit qu'on allait enfin poursuivre le voyage d'études.
Ils commencèrent par l'Angleterre où Maffei cueillit sa moisson de louanges. Séguier revint à son journal où il prend note que, dans ce pays, les jardins diffèrent de ceux de France et « n'ont pas de parterres avec des ifs et des buis ». Parfois, cependant, sa plume trace un portrait bien venu comme celui du critique Richard Bentley : « Je m'attendais, dit-il, à trouver un autre homme ; minui ! presentia famam. Ce docteur ne nous parla que de vin et de la peur qu'il avoit de voir les bouteilles vides. Il est vrai que cette peur n'étoit pas sans motif, car, en quelques minutes, il savoit fort bien les vider. Il nous dit qu'il ne s'occupoit plus à l'étude, et que, rassasié de travail et de gloire, il se reposoit. Il ET IT i
1362 n'avait pas encore vue, il eut l'imprudence d'en goûter pour en connaître les propriétés, il tomba presque aussitôt privé de sentiment. « C'en était fait de sa vie, dit Dacier, si des paysannes, accourues à son secours, ne lui eussent fait avaler l'huile d'une lampe qui brûlait devant une madone et qui avait dans le pays la réputation de guérir les maux les plus incurables. On ne pouvait heureusement lui administrer un meilleur remède, Cette huile grasse et rance débarrassa en un instant son estomac du fatal champignon, et sa guérison, toute naturelle, fut ajoutée à la longue liste des miracles opérés par cette lampe merveilleuse. » De retour à Vérone, Séguier tenait la correspondance de Maffei, outre la sienne propre. Après la mort du marquis, Séguier revint se fixer à Nîmes (1755), qu'il ne quitta plus. Sa correspondance personnelle prit de nouveaux développements ; à toutes les lettres il répondait avec un soin scrupuleux, donnant une dissertation à ceux qui lui demandaient un nom ou une date, fit ensuite apporter du punch, liqueur forte qui plaît beaucoup aux Anglais, et il pria la compagnie d'en boire, après en avoir bu lui-même très largement, non dans un verre, mais dans une coupe qui contenait plus de sept à huit pots de cette liqueur. C'est là toute la conversation que nous eûmes avec cet illustre biberon. » Maffei et Séguier passèrent peu de temps en Hollande, s'attardèrent à Vienne où Séguier découvrit une comète ; cela fait, les deux amis rentrèrent à Vérone, où Séguier s'installa et demeura dix-huit ans, parmi les richesses archéologiques entassées dans la demeure du marquis. Ils collaboraient sans doute, ce qui n'empêchait pas Séguier de travailler pour son compte. « Les sciences les plus diverses l'occupaient à la fois. Il réunissait des inscriptions, il classait des médailles, il décrivait des monuments, il observait les astres du haut d'un observatoire que le marquis avait fait construire, il faisait des études sur la foudre, sur les étoiles, sur les éclipses, il dirigeait des fouilles sur le Mont-Bolca, où l'on trouvait d'admirables pétrifications. L'été appartenait surtout à la botanique ; Séguier partait pour les montagnes du Véronais et du Vicentin, et y allait chercher les plantes alpestres. Ce n'étaient pas des voyages sans péril ; dans sa vieillesse, il aimait à raconter les dangers qu'il avait courus dans ces excursions savantes. Les paysans des environs de Vicence, sachant qu'il observait le ciel, voulaient le rendre responsable des orages qui ravageaient la contrée et délibérèrent un jour de le tuer. A Volterra, où il avait voulu enlever la nuit une pétrification qu'il avait remarquée dans la partie antique des murailles, les magistrats le soupçonnèrent d'avoir des intentions hostiles contre la ville, et le mirent en prison. Une autre fois, ayant trouvé une espèce de champignon qu'il à tel point que, pour satisfaire ceux qui l'interrogeaient, il négligeait ses propres études. Cette correspondance nous montre à quel point les collectionneurs s'étaient multipliés. Tantôt c'est un intendant de province, Le Bret, qui a réuni dans son hôtel plus de 15 000 médailles ; tantôt c'est un officier de cavalerie qui occupe ses loisirs de garnison à l'étude, tantôt un chartreux de village qui se trouve heureux de dire que « sans argent, et tout simplement avec des chapelets, il a trouvé le secret de ramasser plus de 3 000 médailles, dont quelques-unes ne sont pas communes » ; enfin, c'est un négociant de Bordeaux qui a su rassembler des tableaux, des estampes, des livres, des pierres gravées, des coquilles, des minéraux, des pétrifications « dont l'ensemble, dit-il, lui fait vivement sentir le bonheur de pouvoir se suffire à lui-même ». Parmi ces correspondants, beaucoup d'ecclésiastiques, car si dans quelques maisons religieuses on regardait l'ignorance comme une vertu, d'autres étaient largement ouvertes à la science, notamment chez les bénédictins dont La Bastie, juge éclairé et impartial, disait : « L'esprit de labeur ne se conserve que là. » Ce fut après son retour définitif à Nîmes que Séguier E TE E. b E « o r HET A L M y 2 TU Re : i e tigres ts he PR qma mra Da e ee un ee de — LB iiy « im venen
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bien qu'il fût un peu atteint du même travers, aboutit dans ce cas particulier ; il fit dresser un échafaudage jusqu'à hauteur du fronton, prit les empreintes des trous et rédigea une Dissertation sur l'ancienne inscription de la Maison carrée de Nîmes (in-4 », Paris, 1759). « Ces trous, la plupart encore bien apparents, sont au nombre de deux dans les I excepté lI de DESIGNATO, qui parait en avoir eu trois ; tantôt de deux, tantôt de trois dans les S ; de trois dans les A, B, C D, G, L, O, P, R, T, V, et à la seconde ligne dans les , et les N. L'usure de la pierre à l'angle gauche de la frise a fait disparaître deux des trous qui devaient, au | nombre de trois, servir à fixer le C du commencement de l'inscription. Plusieurs trous sont doubles, sans doute parce que le lapicide ne les avait pas, la première fois, mis à leur place. Les lettres qui présentent cette | particularité sont l'E, le jambage courbe de IFR, et l'I de CAESARI au commencement de l'inscription ; l'A, la pointe de l'V et le T d'AVGVSTI ; ensuite, FS et PA à Ia partie inférieure de ses deux jambages dans lé second mot GCAESARI ; l'V, US, le T et l'I du second mot AVGVSTI ; le C du second mot COS ; les D, E, S, I, G, N, T de DESIGNATO ; le C de PRINGIPIBVS à sa panse seulement. De plus, une transposition de l'A et de l'V au début du second mot AVGVSTI de la première ligne a nécessité la confection de nouveaux trous pour réparer cette erreur. Des traces des entailles dans lesquelles étaient jadis engagés par une partie de leur épaisseur quelques-uns des caractères de bronze, sont restées encore visibles !. » Revenu à Nîmes, Séguier ne s'en éloigna plus. Cependant, la province était en train de perdre toutes ses gloires scientifiques locales. Paris attirait tous ceux qui voulaient travailler et vivre et aussi briller. Les sages se plaignaient « que ce gouffre destructeur attirât sans cesse et absorbât sans retour tous les talents, toutes les richesses, tous les hommes de la nation », mais ils se résignaient et se jetaient, eux aussi, dans le gouffre. La Bastie le fit de mauvaise grâce, mais il le fit. « Tout ce qui n'est pas à Paris ou n'y tient pas par quel que endroit, disait-il, ne fait que ramper. » Séguier tint bon et quand ses amis le firent nommer membre de l'Académie des inscriptions il refusa sous aucun prétexte de quitter Nîmes. Il s'y était arrangé une demeure agréable, l'ayant fait construire afin d'y loger ses collections connues du monde entier ; son cabinet était devenu une des curiosités de la ville, au même titre que les monuments. Il en faisait les honneurs, fier de feuilleter son herbier de 15 000 plantes, ses 200 empreintes de poissons fossiles trouvées sur le Mont-Bolca, ses coquillages, ses cristaux, ses minéraux. Séguier inscrivait sur un calepin, qui existe encore, le nom et la qualité des personnes qui venaient le voir. En dix ans, de 1773 à 1783, il a reçu près de 1 300 étrangers ; en la seule année 1777, il en est venu 210, Correspondants, visiteurs, que restait-il de temps à Séguier pour l'achèvement de son grand ouvrage ? Il ne songeait plus, comme au temps de sa jeunesse, à un recueil de toutes les inscriptions connues, mais à un catalogue qui renvoyait à propos de chaque inscription au livre où elle était contenue. Il y travaillait depuis sa jeunesse, il ne l'avait jamais interrompu ni abandonné. En 1752, deux volumes se trouvaient terminés, Le savant Hagenbuch le suppliait de se presser en lui rappelant le proverbe latin : bis dat qui cito dat, mais Séguier préférait attendre encore et faire attendre afin de perfectionner son œuvre. Cependant ses amis, après avoir attendu plus de vingt ans, perdaient patience. « Est-il donc possible, lui écrivait Rochefort, qu'il manque encore quelque chose à ce grand et savant ouvrage dont vous vous occupez depuis si longtemps ? ne mettrez-vous pas de terme à vos recherches, et ne pouvons-nous pas espérer de jouir bientôt du fruit d'un travail si vaste et si curieux ? » Séguier se décida enfin. En 1774, il fit choix d'un libraire et se mit en mesure de lui envoyer son manuscrit. Le bruit en courut dans le monde savant et les félicitations arrivèrent, mais Séguier se ravisa, demanda deux ans de plus pour revoir son travail. Neuf ans s'écoulèrent et l'ouvrage était en manuscrit sur sa table lorsqu'il mourut, en 1784, à l’âge de quatre-vingt et un ans.
29 Gaston Boissier. — Ce deuxième Nîmois « appartenait, sans conteste et sans restriction — cela va sans dire — au Midi. Mais il y a bien des manières d'être Méridional, et la nature avait choisi pour lui l'une des plus spirituelles. Par exemple, les Méridionaux passent pour avoir un besoin invincible de s'épanouir en gestes et en paroles, de projeter au dehors leur personnalité débordante. Eh bien ! oui, sans doute, G. Boissier n'était point une âme méditative et solitaire. Il aimait la société qui le lui rendait bien. Il aimait à parler, et il savait qu'il parlait brillamment : n'en eût-il pas eu conscience qu'il l'aurait lu dans les yeux de ses auditeurs, aussi attentifs, aussi entraînés quand ils l'écoutaient causer dans les allées de son jardin de Viroflav, que lorsqu'ils l'entendaient professer dans sa chaire du Collège de France. Même, il aimait à représenter ; et jusque dans ses dernières années, quand il s'asseyait dans son fauteuil académique, la fraîcheur de ses joues encadrées par la neige de ses favoris, l'habit vert triomphalement barré du grand cordon rouge, il ne lui déplaisait pas de sentir les regards de la foule attirés par sa vieillesse décorative *. » Cette joie de vivre et de paraître se conciliait avec un sens délicat de la mesure. Sans doute, on disait l' « heureux Boissier », mais il jouissait si gracieusement de son bonheur que c'est à peine si quelques envieux se rencontraient qui eussent voulu lui disputer la collection de titres, de places et de décorations qui jalonnaient son ascension vers les sommets universitaires et académiques. Plus d'un savait que l'apparente facilité avec laquelle ces fruits savoureux avaient été cueillis dissimulait un effort soutenu infatigablement au cours d'une longue existence. Le causeur intarissable et séduisant dans sa chaire et dans les salons était sans doute un mondain sans cesser d'être un étudiant : il savait mettre dans ses cours, comme dans ses livres une grâce, une finesse, une saveur qui excluaient la violence, l'âpreté et la déclamation. Il le sentait lui-même et s'en félicitait avec cette bonhomie souriante qui lui valait autant d'auditeurs et de lecteurs que d'amis. Érudit autant qu'un humaniste sait l'être, il demeurait littérateur parce qu'il sentait vivement la beauté et qu'il n'aurait pu se résoudre à être obscur ou embarrassé, Son imagination très vive s'éveillait aux impressions du dehors et s'exprimait avec une limpidité et une abondance qu'il savait contenir à distance de la banalité et de la prolixité. Son cerveau avait emporté de l'étincelant Midi un rayon de soleil qui éclairait son style et qui échauffait sa parole. Il lui eût été impossible d'être symboliste, énigmatique, parce qu'il ne comprenait que la clarté et répugnait d'instinct au mystère, à l'inexpliqué, en littérature. En religion, il était tolérant et ne réprouvait que les fanatismes.
Comme bien d'autres familles, les Boissier, au xvi siècle, avaient passé au protestantisme. Les conséquences de la révocation de l'édit de Nantes avaient déraciné une branche qui se transporta en Suisse ; une autre branche fut indéracinable tout en restant fidèle à sa croyance pendant tout le xvii siècle et demeurant à la tête de la « bonne bourgeoisie » comme on disait alors. Le bisaïeul de Gaston Boissier, époux volage, se brouilla avec sa femme et la séparation légale prononcée « aux torts du mari » confia l'éducation des enfants à la mère. Celle-ci se fit catholique « seul moyen, disait-elle, que j'aie de ne retrouver mon mari ni dans ce monde, ni dans l'autre ». Les enfants devinrent catholiques eux aussi et un d'entre eux, devenu « notaire royal », mourut jeune et laissa des affaires très embarrassées. Il laissait une veuve et un petit garçon, né le 15 août 1823, de qui on commença de bonne heure à dire : « Il promet bien. » Privé de plaisirs et quelquefois aussi n'ayant pas mangé à sa faim, l'enfant musait par les rues de la ville, des arènes à la Maison carrée, en sorte que ses flâneries se trouvaient être déjà des « promenades archéologiques ». Collégien, il suivit avec fruit les classes du collège royal et reçut une instruction principalement littéraire, à l'ancienne mode, à la fois approfondie et superficielle. « Nous y avions comme professeurs, a-t-il raconté, de très braves gens, mais en général fort âgés. Il s'en trouvait même dans le nombre qui remontaient plus haut que la révolution et qui avaient fait leurs débuts dans la congrégation de l'Oratoire. Je dois avouer qu'ils ne nous donnaient pas une très haute idée des professeurs de l'ancien temps. Ils étaient solennels et ennuyeux. Ils faisaient leurs classes avec des cahiers de corrigés et des recueils de bonnes expressions. C'est alors que le ministre de l'Instruction publique, M. Guizot, eut l'heureuse idée de nous envoyer un agrégé de l'année, M. Alexandre Germain, pour instituer au collège de Nîmes l'enseignement de l'histoire. Je ne saurais dire notre étonnement quand nous vîmes un tout jeune homme, qui avait l'air d'un écolier, s'asseoir dans ces chaires qu'occupaient de vénérables vieillards. Nous fûmes bien plus surpris dès qu'il ouvrit la bouche. Il nous parlait des Grecs et des Romains comme on ne l'avait jamais fait. Tous ces personnages du passé que nous étions habitués à n'apercevoir que de loin et comme à travers un nuage, il les rapprochait de nous et nous les rendait vivants. Encore tout plein des leçons de Michelet, dont il était un des meilleurs élèves, il savait tout animer ; il nous intéressait à tout et, avec lui, la classe devenait une récréation. Un jour que j'exprimais à quelqu'un le ravissement que nous causait notre jeune maître, et l'attrait qu'avaient pour nous ses leçons, je me souviens qu'il me répondit : « Ce n'est pas étonnant, il vient de l'École normale. » C'était la première fois que ce nom frappait mon oreille et tout de suite il me vint à l'esprit d'entrer, moi aussi, dans cette école où l'on apprenait tant de belles choses et l'art de les communiquer si agréablement aux autres. » Dès lors, Boissier regarda vers Paris et obtint d'y venir faire sa rhétorique à Louis-le-Grand. La prise de contact fut pénible, décevante, mais Boissier trouva un maître qui devina sa valeur et l'attira chez lui, chaque dimanche matin, avec une douzaine de privilégiés à qui, pendant deux ou trois heures, il administrait ses conseils les plus francs et le fruit de son expérience. Admis à l'École normale dernier de la promotion, il écouta le conseil de ses maîtres, refusa, et après une deuxième année scolaire, entra second à l'École normale (1843). L'accueil des camarades fut dédaigneux ; ils taquinèrent le « petit Boissier », un intrus venu de son Midi, dont il gardait le pur accent, disputer et ravir aux Parisiens une place à laquelle leur séjour dans les lycées de la capitale leur conférait des droits imprescriptibles. Boissier ne se fâcha nullement, il se contenta de corriger sa prononciation avec un tel succès que, malgré un séjour de neuf années à Nîmes, par la suite, il n'avait rien gardé des intonations nasales de son cher pays. À l'École, où la modicité de ses revenus le condamnait à revenir souper les dimanches, Gaston Boissier rencontra un camarade, entré la même année que lui dans la section des sciences, et tout aussi peu fortuné, Louis Pasteur, condamné à la même frugalité ; ils poursuivaient en de longues causeries la première ébauche d'une étroite amitié.
De 1843 à 1846, Boissier habita les vieux bâtiments du collège du Plessis, où l'École normale était installée. « Elle était dirigée par Dubois, le puissant et rude publiciste. Dubois au visage de lion, à la parole lourdemmentée, à l'esprit libéral et mystique, un des hommes les plus originaux que la Bretagne ait donnés à l'Université. Le sous-directeur des études littéraires était Vacherot, dont la bonté patriarcale ne touchait pas moins les élèves que sa profondeur métaphysique ne les remplissait d'admiration. Comme professeurs pour les lettres anciennes, Boissier connut l'érudit helléniste Cartelier, Ernest Havet, Émile Deschanel, qui s'occupait alors de littérature grecque, les savants hellénistes Berger et Rinn. La littérature française était enseignée par Nisard, Jacquinet et Gérurez, la grammaire par Egger, la philosophie par Saisset et Jules Simon, l'histoire par Filon et Wallon. Nous ne savons pas quels furent, de tous ces maîtres, ceux qui contribuèrent le plus à la formation de Boissier : peut-être pourrait-on le deviner. Il resta toute sa vie ébloui par le souvenir de l'éloquence prestigieuse de Jules Simon. Il ne dut certainement pas être insensible à l'agrément de Deschanel, ni à la formidable documentation d'Egger. Les causeries de Nisard où une doctrine littéraire si ferme était exposée avec tant de bonne grâce, ne furent pas sans fortifier en lui le goût classique et pur auquel sa nature propre le prédisposait. Cependant, il est probable que ceux dont les leçons lui furent le plus efficaces furent Havet, Berger et Jacquinet. Tous trois faisaient de la littérature une sorte de collaboratrice de l'histoire. C'était déjà, avec moins d'aisance et d'ingéniosité, ce que Boissier devait faire plus tard ; c'était pour lui, à cette date, une vraie révélation. Il avait jusqu'alors, de par sa première éducation, l'amour des lettres, mais le sens historique ne lui naquit réellement qu'à l'École normale !. » Agrégé des lettres, Boissier devint professeur de rhétorique au collège d'Angoulême et s'y trouva heureux : il se laissa vivre et s'accorda de longues vacances. L'année suivante (1847), il revenait au lycée de Nîmes et fit une large part aux fréquentations mondaines, tirant de ces relations une utilité qui se fit sentir plus tard, car « ces années de Nîmes, années de loisir et de succès mondains, ne furent pas, pour Boissier, des années perdues ; mais il risquait de s'endormir dans les délices de cette Capoue provençale. Des confrères à lui vinrent de ses anciens maîtres ; on l'engageait à prendre le titre de docteur. Il se mit à y songer sans hâte... il prit son temps ! » et, en 1857, se trouva prêt avec deux thèses sur le poète Atticus et les traductions des poètes grecs par Plaute. De ce jour, la carrière littéraire de Boissier était tracée.
Ce fut pendant ces années-là que Léon Renier se rendit à Nîmes pour y étudier de près les papiers de Séguier. « Ces documents précieux, il les fit voir à Boissier, qui n'en avait pas jusqu'alors soupçonné l'intérêt. Ce fut alors que, par ces entretiens qui piquaient sa vive curiosité, le futur historien de la religion romaine fut averti, pour la première fois, du parti qu'une critique avisée pouvait tirer des inscriptions, pour suppléer sur bien des points au silence des auteurs anciens ». C'était une originalité un peu provocante, en 1857, de s'occuper d'épigraphie et d'archaïsme. Boissier venait de s'y engager au mépris des conventions universitaires, car « tandis qu'on était facilement docile alors pour une dissertation sur la liberté, sur l'infini, ou sur la poésie épique à travers les âges, « lui marchait hors des sentiers battus et des voies larges qui conduisaient au facile succès. C'était faire preuve de courage en même temps que d'audace ; mais, dés lors, « les routes inexplorées le tentaient, et il se disait que ces périodes anciennes, trop dédaignées des délicats, contiennent le secret des âges glorieux qui viendront ensuite. Enfin, il se révélait historien, dans ses deux thèses, par la manière dont le problème y était posé : comment des thèmes tragiques ou comiques, empruntés à une littérature étrangère, se modifient-ils à l'insu même des auteurs qui les traitent, par le seul fait de passer dans un autre pays ? C'était la question, on le voit, de la race et du milieu, du rapport entre l'œuvre d'art et la société qui l'entoure. Expliquant Plaute et Atticus par les mœurs de leur temps, Boissier ramenait ce qui semblait n'être qu'une appréciation littéraire à une étude de psychologie historique *.
Le début de l'année scolaire 1857 trouva Boissier professeur de rhétorique au lycée Charlemagne, à Paris ; il y devait passer huit années et son enseignement laissa un vif souvenir. « Il nous préservait contre le mauvais goût, a dit de lui Ernest Lavisse ; il nous faisait goûter le charme de la critique littéraire ingénieuse et nous révélait discrètement l'érudition. M. Boissier ne voyait pas seulement ce que nous étions, il voyait ce que nous serions, et cela est le génie du professeur. » La rhétorique de « Charlemagne » était réputée « la préparation la plus efficace à l'École normale, et nombre de jeunes gens, engagés par la suite dans d'autres carrières, n'en conservaient pas moins l'impression éclatante que leur avait laissée Gaston Phébus comme ils aimaient à l'appeler ». De ces jours lointains des souvenirs ont été conservés, des enthousiasmes ont duré presque un demi-siècle. Le succès de Boissier auprès de ses élèves ne ressembla jamais, comme on l'a vu pour d'autres, à un culte. Le maître était trop humain pour favoriser rien de pareil, mais l'impression n'en était pas moins profonde et raisonnée. Elle tenait, sans doute, à deux causes. Boissier révélait une science précise et concrète, il découvrait une antiquité vivante et mouvante, turbulente et agitée. On ne pouvait demeurer froid et inerte avec un maître qui se passionnait si fort pour ce qu'il disait. Sa verve eût suffi à échauffer et à enflammer cent auditeurs de glace. On entrait rétif et prévenu dans la classe, on en sortait brûlant et conquis, car outre ce que disait Boissier, il y avait la façon de le dire, cette voix, dont le timbre avait perdu ses sonorités provençales pour devenir seulement chaude et percante, agile et gaie, « une voix où il y avait du soleil » et quelquefois une ironie qui la transperçait. Un jour, quand il était dans la classe de Boissier, l'élève Lavisse avait inséré dans un devoir de français (une lettre à Condé) une prosopopée de la France dont il était ravi. « J'en attendais l'effet sur vous et sur la classe, car bien sûr, vous ne manqueriez pas de faire à ma copie l'honneur de la lecture publique ! Vous lui avez fait cet honneur, en effet, mais de quel ton ! Jamais plus depuis je n'ai fait de prosopopée. » Installé à Paris, Boissier fut piqué du désir de montrer sa valeur et fit un premier pas dans la carrière des concours académiques, avec une Étude sur la pie et les ouvrages de Varron qui fut couronné (1859), revu et publié (1861). Désormais, il s'attacha à la Rome antique, y vécut, y acquit le droit de cité, mais cela ne lui suffit pas de lire et de relire sans cesse les auteurs ; il voulut pouvoir juger l'ample commentaire dont, depuis un siècle environ, l'érudition allemande enguirlandait ces écrits ; il se mit, à l'âge de 30 ans, à apprendre l'allemand qu'il arriva à maîtriser et à lire très couramment. Alors s'ouvrit devant lui l'enseignement supérieur comme suppléant Ernest Havet dans la chaire d'éloquence latine au Collège de France (1862). Peu après, il montait dans une autre chaire non moins laïque et qu'il ne quitta plus, la Revue des Deux Mondes où il donna plus de cent articles, entre le 19 avril 1863 et le 15 août 1907.
Les conférences à l'École normale permettaient « d'accomplir ce que les gens du métier regardent comme un tour de force : Boissier répétait chaque année le même cours. C'est un procédé dangereux, mortel neuf fois sur dix. Mais son cours n'était jamais ennuyeux, parce qu'avec sa mobilité perpétuelle, il ne lui laissait jamais le temps de se figer. Il le repensait, le revivait, au moment de le redire. Les mêmes choses lui paraissaient aussi intéressantes la vingtième fois que la première : c'est que la source d'intérêt était en lui-même intarissable. Et quand nous disons « les mêmes choses », ce ne sont pas seulement les appréciations esthétiques ou les considérations morales : non, les détails les plus techniques s'animaient également. L'histoire des manuscrits de Plaute ou des éditions de Lucrèce, en passant par l'imagination de Boissier, devenait aussi amusante qu'un roman.
Au Collège de France, les conditions d'enseignement étaient un peu différentes. L'une des deux leçons qu'il y donnait chaque semaine était consacrée à expliquer un texte porté aux programmes d'examens. Boissier n'avait pas choisi ce texte, mais peu lui importait : tout lui était bon, tout se prêtait à ce commentaire abondant et spirituel, où chaque difficulté était élucidée, chaque détail historique éclairé, chaque allusion précisée, sans aucune ombre de pédantisme.
L'autre cours était le « grand cours », grand par les dimensions de la salle et l'affluence du public. Boissier fuyait tout ce qui aurait pu ressembler à une leçon d'apparat. Il s'épanchait en causeries familières, sans hausser le ton, sans surveiller ses phrases, sans serrer la composition, parlant sans scrupules, dans une leçon sur Plaute, de Chateaubriand, du socialisme et de la guerre russo-japonaise, le tout entremêlé de confidences personnelles, d'anecdotes, de boutades... C'était indéfinissable, c'était charmant, et, en dépit de cette apparente négligence, c'était très solide. Lorsque ce bouillonnement d'improvisation était suffisamment apaisé, le professeur reprenait les idées essentielles de son enseignement, les triait, les mettait en ordre ; de cette élaboration sortaient des articles de revue, qui, eux-mêmes se rejoignaient en plus vastes ensembles ; et c'est ainsi que sont faits la plupart de ses ouvrages. » S'il arrive à des privilégiés d'apercevoir facilement le lien qui unit ces ouvrages entre eux, c'est grâce à une adresse qui n'est pas départie au commun des critiques et moins encore au grand nombre de lecteurs. Après Varron, Boissier s'est arrêté à Cicéron et n'a plus cessé de se promener en long et en large dans l'histoire romaine, qu'il connaissait à fond, ce qui lui a permis des rappels, des allusions, des retouches, des excursions qui donnent et entretiennent l'illusion d'une vaste composition d'ensemble ; mais il faut reconnaître le manque de coordination, les lacunes que ne suffisent pas à combler des transitions absentes ou écourtées. L'œuvre totale se compose de morceaux brillants dont l'enchaînement est artificiel. Ce ne sont pas des esprits « malveillants » mais des historiens très libéraux qui ont dit que les livres de Boissier « manquaient un peu de cohésion, que ce n'étaient guère que des recueils factices d'articles soudés après coup » ; en un mot des continents composés d'îles. Progressivement, l'auteur a tendu à marquer une unité d'idée et on s'est chargé d'y faire entrer des observations passablement disparates. Il a fallu un prodige de complaisance pour en arriver là et pour écrire que tel de ses livres « a un but marqué, celui de rechercher comment la société romaine a pu passer entre César et Marc-Aurèle, d'une incrédulité hardie à une piété presque mystique. Si, pour résoudre ce problème, l'auteur parle de beaucoup de choses, qui semblent, au premier abord, n'avoir pas grand rapport entre elles, s'il nous entretient de la philosophie de Sénèque comme de l'enfer de Virgile, de la condition des femmes ou des esclaves, comme de l'apothéose impériale ou des cultes étrangers, c'est que tout cela touche plus ou moins directement à son sujet ; un mouvement religieux n'est pas en fait isolé ; il a des causes et des conséquences à la fois politiques, philosophiques, morales, sociales, et cette complexité explique le caractère encore un peu discursif de la Religion romaine 1, » En 1874, après de longues années remplies par le professorat, G. Boissier publia un important ouvrage : La religion romaine d'Auguste aux Antonins, dont la préparation avait demandé plusieurs années. Il en était sorti une étude approfondie dont la lecture demeure utile à qui veut connaître ce qui, dans l'ordre de la religion, a précédé le christianisme. Cette religion romaine « est dénuée de poésie et étrangère à tout mysticisme ; mais elle a cependant un certain caractère moral, par le lien très étroit qu'elle établit entre ses fidèles, d'une part, et, de l'autre, les dieux du foyer et de la cité. Ce caractère même, elle le perd dans le dernier siècle de la république, après que ce lien s'est relâché par l'altération des mœurs, de la famille et l'extension du droit de cité, puis par l'introduction, à Rome, des dieux de la Grèce et de la doctrine évhémériste. Si, par attachement à la tradition, les collèges de prêtres continuent à observer les vieux rites, si, un peu plus tard, Auguste s'applique à remettre en honneur ceux de ces rites qui tombaient en désuétude, le scepticisme ou tout au moins l'indifférence, en matière religieuse, règnent alors dans la haute société : mais, dans la paix de l'empire, partout, chez le prolétaire et l'esclave, comme chez le personnage consulaire et le lettré, l'esprit commence à se préoccuper du problème de la destinée humaine ; aux questions qu'il se pose, il ne trouve pas de réponse dans les croyances que l'État fait encore mine de professer. Les religions orientales, avec l'appareil de leurs mystères et de leurs sacrements, et la philosophie, avec ses spéculations hardies, se disputent ces intelligences en désarroi. Elles leur offrent à l'envi des solutions qui différent plus par la forme que par le fond et qui prétendent également à calmer ces inquiétudes ? » x L'Opposition sous les césars traite d'une question plus simple, celle des relations entre les césars et l'aristocratie : presque tout le livre n'est que la réponse à cette question ; on peut seulement regretter d'y rencontrer deux chapitres, plus épisodiques que nécessaires, sur l'exil d'Ovide et sur le roman de Pétrone, bien que ces deux chapitres soient en eux-mêmes fort curieux. L'unité, forcément absente de Cicéron et ses amis, plus visible dans la Heligion romaine et l'Opposition, devient complète dans la Fin du paganisme : l'objet en est très nettement délimité ; c'est l'analyse des effets qu'a produits le contact entre l'Église et le monde aristocratique romain ; et il n'y a pas une seule partie de ce livre qui s'en écarte ? » Après cela on ne s'étonne pas d'entendre qualifier de « chef-d'œuvre » ce dernier livre et de lire que tous les livres de Boissier, « additionnés les uns aux autres, forment la meilleure des histoires de la littérature latine ». C'est ce qu'il importe d'examiner de plus près.
Le but de Boissier est déjà exprimé dans cette phrase qui termine la Religion romaine : « Au iv siècle, le monde entier s'était levé sous l'impulsion de l'esprit religieux et de la philosophie, il était debout, en mouvement, et, sans connaître le Christ, il s'était déjà mis de lui-même sur le chemin du christianisme. » Maintenant l'auteur va entreprendre de décrire la pénétration réciproque du christianisme et de la société profane. Tâche immense et ardue qu'il a traitée avec plus d'élégance que de pénétration, plus de goût littéraire que de sens historique, plus de tact que d'érudition. Toutes les trompettes universitaires sonnèrent en l'honneur de ce décevant « chef-d'œuvre » qui n'est qu'une promenade historique et littéraire à travers un des siècles les plus chargés d'événements qu'ait connus l'humanité, Livre disert, agréable et solide comme peut l'être un recueil d'articles qu'un fil léger rapproche en leur laissant le caractère de morceaux détachés, reliés seulement entre eux par quelques idées générales, Ceux qui, sur le foi du titre, chercheraient dans cet ouvrage une histoire composée avec méthode et marchant en ligne droite vers un but défini, seront très probablement déçus. Ils auront quelle que peine à suivre une pensée qui s'égare volontiers et avec plaisir parmi les personnages les plus divers, Constantin et Julien, Cicéron et Minucius Félix et ils chercheront en vain la réalisation d'une promesse contenue dans le titre, puisqu'il n'est rien dont on parle aussi peu que du paganisme lui-même. Des écrivains païens, des politiques païens, de la société païenne, il est souvent question, 1371 mais de la transformation profonde opérée dans les croyances et dans l'esprit du paganisme durant la dernière période de son existence, rien ou presque rien n'est dit. Une seule page est consacrée aux néoplatoniciens, qui furent les derniers inspirateurs et comme les réformateurs suprêmes du paganisme, sans l'appui desquels celui-ci n'eût pu traîner son existence pendant le iv siècle, et une partie du v.
A vrai dire, rien ne finit en histoire, le paganisme pas plus que le druidisme. Une idée, une doctrine, une institution semble disparaitre ; en réalité elle se désagrège et se laisse absorber, toujours vivace et presque toujours reconnaissable dans l'idée, la doctrine, l'institution qui prend sa place. Les survivances du paganisme sont tenaces et on a pu marquer leurs traces depuis le iv siècle jusqu'à nos jours. Envisagé sous cet aspect, le sujet choisi par Boissier était immense, à la fois historique, philosophique et littéraire ; il l'a restreint au mouvement des esprits manifesté exclusivement dans la littérature.
Le premier livre, consacré à la conversion de Constantin, est un majestueux frontispice plutôt qu'une introduction. Le problème moral que présente la disparition d'un régime politico-religieux est un événement capital dont il faut posséder une notion juste et complète. Les conséquences de cet événement n'apparaissent que dans leur portée sociale et la lutte entre les deux religions ne se laisse voir que sous des aspects partiels, dans l'éducation, dans la poésie, dans la société et dans les polémiques, Les considérations de Montesquieu et de Gibbon, assez sommaires pour paraître parfois superficielles, et les ouvrages vieillis de Beugnot, de Chastel, de Vict. Schultze et d'Ad. Ebert avaient du moins le mérite d'envisager la question dans ses principaux aspects et de laisser soupçonner son immense étendue, Les deux livres suivants traitent de l'éducation et exposent ce qu'était l'éducation païenne dont le christianisme s'accommoda en la purifiant quelque peu et ce que furent les conséquences de ce compromis chez les auteurs chrétiens. Ce second point ne pouvait être épuisé, mais il n'est qu'effleuré. Un autre livre est consacré à la poésie chrétienne, seul genre qui, à cette époque, soit indépendant de toute portée pratique. Il y aurait eu lieu de rechercher les vues nouvelles que le christianisme avait introduites dans la conception de l'histoire, mais Boissier se complait dans l'étude littéraire et s'y attarde. Il montre la difficulté d'une conciliation entre la poésie classique pénétrée de mythologie et la poésie chrétienne qui façonne des vers classiques sur des thèmes évangéliques ou ecclésiastiques.
Dans une page ingénieuse, l'auteur attribue l'essor de la littérature chrétienne aux persécutions qui, dès le ii siècle, suscitèrent les apologistes et « obligèrent les chrétiens à combattre leurs adversaires avec leurs propres armes. Ils appelèrent la rhétorique et la philosophie au secours de leur cause menacée, et c'est ainsi que le mélange de l'art ancien et des doctrines nouvelles, qui aurait demandé beaucoup de temps et d'efforts, se trouva de lui-même accompli. L'exemple une fois donné et avec un éclat merveilleux, la littérature chrétienne hésita moins à se servir des ressources de l'art antique ; et, comme elle avait de grandes idées à mettre sous ces formes vides, elle produisit dès le premier jour des œuvres bien supérieures à celles des sophistes païens qui, pour la plupart, n'avaient plus rien à dire !, » On peut juger, par cette citation, de l'exacte mesure que l'auteur sait mettre dans des jugements où E. Havet, V. Duruy et B. Aubé, avant lui, avaient brillé par l'absence de modération la plus regrettable. Il en était de même dans la question toujours débattue du nombre des martyrs. « (Qu'on se remette devant l'esprit, écrit-il, la série non interrompue des témoignages ; qu'on songe qu'en réalité, la persécution, avec plus ou moins d'intensité, a duré deux siècles et demi, et qu'elle s'est étendue à l'empire romain, c'est-à-dire à tout le monde connu, que jamais la loi contre les chrétiens n'a été complètement abrogée jusqu'à la victoire de l'Église, et que, même dans les temps de trêve et de répit, lors que la communauté respirait, le juge ne pouvait se dispenser de l'appliquer toutes les fois que l'on amenait un chrétien à son tribunal, et l'on sera, je crois, persuadé qu'il ne faut pas pousser trop loin l'opinion de Dodwell, et qu'en supposant même qu'à chaque fois et dans chaque lieu particulier il ait péri peu de victimes, réunies elles doivent former un nombre considérable ?. » Ce qu'on pourrait nommer le mystère de la conversion de Constantin, c'est-à-dire les raisons qui l'attirèrent et le soumirent à la foi chrétienne, a retenu l'attention de Boissier qui aimait ces problèmes de psychologie antique et s'y mouvait à l'aise. Il est vrai qu'il ressentait quelque embarras en présence de circonstances merveilleuses attestées par Eusèbe qui les tenait de Constantin lui-même ; il évitait donc de se prononcer trop ouvertement, prenant comme règle la maxime : Glissez, mortels, n'appuyez pas ! C'était la même allure lors que l'histoire qu'il prétendait écrire le dirigeait vers l'Orient, où la décadence du paganisme fut beaucoup plus rapide que dans les provinces occidentales. Malgré le titre général de son livre, Boissier parait n'avoir guère scruté d'autre horizon que celui des pays latins.
C'est pour quoi Julien, l'helléniste impénitent, se trouve dépaysé et semble, comme on dit vulgairement, n'avoir « personne à qui parler ». Dans ces deux volumes, il est le seul qui parle grec et personne ne semble s'intéresser à lui. Les chapitres suivants sont trop manifestement des hors-d'œuvre mis bout à bout pour former un juste volume : le « Traité du manteau », l’ « Octavius », la conversion de saint Augustin se rencontrent là parce qu'ils avaient été écrits et qu'il ne fallait rien laisser perdre. Leur rapport avec la « fin du paganisme » est à peu près celui que « tout est dans tout ».
Le ii volume n'est pas moins bien écrit : il est mieux composé. Après une étude sur la poésie latine à la fin du iv siècle, représentée par Paulin de Nole et par Prudence, l'auteur rend une égale justice à Claudien et esquisse un tableau de la société romaine au iv siècle d'après les lettres de Symmaque ; puis une étude sur les divers groupes des adversaires du christianisme, les violents comme Rutilius Namatianus, les prudents comme Macrobe, les modérés et les habiles. Mais cette étude de la société est volontairement limitée à la société mondaine ; les petits, les humbles, la foule ne comptent pour rien. Symmaque est sans nul doute un personnage considérable, mais le personnage, l'influence, la correspondance de saint Jérôme ne devaient-ils pas tenir une place de premier plan ; or, c'est à peine si on entrevoit la place des grandes familles chrétiennes : Paule, Marcella, Fabiola, Mélanie, Pammachius, qui à peine converties ont cherché la satisfaction de leur besoin d'activité et de prosélytisme, Un récit final est consacré aux « dernières luttes ». C'est l'exposé des dernières polémiques sous Valentinien Ier et Gratien, à propos de la suppression de l'autel de la Victoire. Boissier rapproche les deux plaidoyers prononcés par Symmaque et saint Ambroise et n'hésite pas à reconnaître que c'est ce dernier qui défendait la liberté de conscience. de Salvien. L'Église s'est tournée vers les nouveaux maîtres du monde pour en faire des civilisés et des chrétiens. C'est le sujet du dernier chapitre : Le lendemain de l'invasion.
Tel est ce livre louable dont la lecture procure un réel profit et laisse une profonde déception. L'auteur semble n'avoir pas soupçonné quels combats a soulevés la lutte entre les deux cultes et quelles négociations innombrables ont précédé la conciliation finale. A vrai dire, l'histoire de la disparition du paganisme n'est pas un sujet qu'on puisse traiter avec une préparation exclusive telle que la possédait un familier de la littérature latine. La philosophie, la théologie, les arts aussi bien dans le monde hellénique que dans l'Église chrétienne ne sont pas des quantités négligeables auxquelles on supplée par des remarques délicates et des observations fines, Dans un sujet qui le dépasse de haut, Boissier, toujours courtois, distribue les sourires et prodigue les politesses sans réussir à donner la preuve, ni même l'illusion de sa compétence. Du paganisme populaire et rural il semble n'avoir rien su que ce que ses guides distingués, littérateurs de salon, ont pu lui apprendre. Non qu'il ait méprisé les sources qu'on peut appeler la « littérature des illettrés », mais il leur gardait une sorte de défiance qui lui faisait dire, devant l'interprétation inattendue d'un texte classique à l'aide d'une inscription ou d'un papyrus : « Vous m'amusez beaucoup. » Psychologue, Boissier excellait à faire revivre des physionomies d'écrivains et d'hommes d'État du début de notre ère ; il aimait l'art du portrait littéraire et lui accordait une valeur documentaire. Si, parfois, on a pu marquer chez lui une tendance à faire servir le passé dans des questions d'actualité, il ne faut pas lui en faire un grief, car il bornait ces applications à une allusion si brève qu'elle pouvait sembler une boutade. Jamais il n'eût versé dans l'excès où tomba J.-J. Ampère, de faire servir l'histoire à des fins d'opposition politique et, comme disait Sainte-Beuve, de décocher des traits à Napoléon III à l'abri du tombeau des Scipions. :
On comprendra qu'il ne soit pas question ici de quelques excursions de G. Boissier dans l'époque moderne : il fut l'auteur d'une Madame de Sévigné
(1887) et d'un Due de Saint-Simon (1892) qu'il a présentés avec une parfaite bonne grâce. Simples les excursions, comme celles qu'il se permettait dans l'Afrique du Nord, d'où il rapportait une Afrique romaine digne de ses Promenades archéologiques de jadis. Carthage et Timgad lui étaient familiers comme Pompéi et Tibur, mais il n'y avait que Rome qui le captivât. Il y revenait le plus souvent possible et les illustres — ses pairs — tenaient à honneur de le guider et se faisaient une joie de l'entretenir. J.-B. De Rossi, dont il signalait consciencieusement chaque volume de la Roma sotterranea, le promenait dans les catacombes et Théodore Mommsen, à l'heure où plus une seule bibliothèque n'était ouverte, lui donnait rendez-vous au Palazzo di Costantino, où, entre Helbig et Henzen, les quatre amis vidaient bouteilles et flacons. A Paris, chaque année apportait son lot de distinctions. Boissier était devenu un symbole. L'université de France et l'Institut de France se reconnaissaient en lui et avec raison car lui-même s'incarnait en eux. Il travaillait toujours, haïssait quelques besognes que ses différentes charges lui imposaient. Sentant que ses forces l'abandonnaient peu à peu. La vie se retirait de lui sans hâte et comme avec respect ; elle le quitta dans la nuit du 9 au 10 juin 1908.
XV. INSCRIPTION DE COLLIAS. — On a vu combien l'épigraphie chrétienne est pauvrement représentée à Nîmes. C'est une raison d'accueillir un texte gravé sur une petite falaise, en plein bois et profondément tracé dans la roche : longueur : 0 m. 51 ; hauteur des lettres 0 m. 075 ; la lettre O ne mesure que 0 m. 032 (fig. 8896). Nous devons la communication de ce texte et la photographie à M. l'abbé Jean Bayol, curé de Collias (Gard), qui nous dit que l'endroit où se trouve l'inscription a été d'abord une station préhistorique, plus tard il est devenu un lieu sacré, car il y a trouvé un véritable taurobole.
Le symbole représente certainement une croix ; elle semble posée sur un escabeau et encadrée par deux ou par quatre cierges. Le texte n'est pas d'une interprétation aisée, d'autant moins aisée que les caractères sont tracés de façon très nette. On ne peut lire que :
AL°U ? eTv H. LECLERCO.
MIN. — L'église de la Sainte-Croix à Nin (Dalmatie) constitue, au point de vue du plan, avec l'église de Sv. Vid, à Zadar, et avec l'église de l'île de Sainte-Catherine, près de Pola, un groupe spécial d'églises, où la coupole surmontant la basilique orientale est appuyée par une basilique plus petite de chaque côté (fig. 8897-8900). Au même groupe appartient aussi l'église de Sainte-Marie, à Arti que, en Arménie (fig. 8901) qui, d'après J. Strzygowski, est de date plus récente que celle de l'île Sainte-Catherine, laquelle date du VIe. Les influences directes entre l'Arménie et les côtes de l'Adriatique sont absolument impossibles, si bien qu'il faut chercher la source commune en Asie Mineure, en Syrie et en Mésopotamie. Au même groupe ont leur origine en Syrie, très probablement dans la région d'Antioche, d'où elles vinrent à Ravenne (Saint-Vital), puis en d'autres points de la côte adriatique. Les nécessités de la construction n'étaient pas les seuls motifs qui faisaient ajouter des basiliques latérales. La basilique, dans les églises de ce type, soit qu'elles fussent des martyria, soit des mausolées, servait probablement à un office spécial : missa ad corpus. Dans l'abside de la basilique septentrionale, on a effectivement trouvé un tombeau.
PCIE L'église de la Sainte-Croix, à Nin, appartient au groupe de constructions centrales, bâties, jusqu'en 876, sous la domination franque en Dalmatie, à partir de 812.
Ces formes architecturales ont fait leur entrée en Dalmatie avec le christianisme, en même temps que l'art de lire et d'écrire et, sous la domination franque, le culte des saints gaulois. On connaît les efforts de Charlemagne pour favoriser les arts, efforts qui furent poursuivis par ses successeurs. Il n'est pas certain que les types de ces églises aient été apportés de la France méridionale ou de l'Istrie voisine, de même qu'il n'est pas certain que les maçons francs aient eu une influence directe ou indirecte sur la construction de ces églises dalmates, bien que l'on puisse supposer qu'il en est ainsi.
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NISIBE (ÉCOLE DE). — I. Origines. II. Débuts. III. Histoire. IV. Règlements. V. Décadence.
I. ORIGINES. — Si on s'en rapporte à Aboul-Faradj »Abdallah Ibn at-Tayyb, cité par Assémani ?, saint Jacques, évêque d'Édesse, aurait fondé dans la ville de Nisibe une école placée sous la direction de saint Éphrem. Le même auteur nous apprend que cette école fut détruite lors de la première occupation de Nisibe par les Perses. En tout cas, cette école ne semble se rattacher par aucun lien à celle dont nous allons retracer l'histoire et faire connaître les statuts qui forment « un important chapitre de l'histoire de la culture intellectuelle et de la vie monastique chez les nestoriens du ve au VIe de notre ère * ».
II. Débuts. — Malgré la condamnation de l'hérésie de Nestorius, en 431, ses erreurs continuèrent à envahir l'Orient et, dès les premières années de l'épiscopat d'Ibas (435-437), le nestorianisme s'infiltra dans la ville d'Édesse. Il fut combattu sans grand succès par l'évêque Nonnus et par l'évêque Cyrus (471-498). Celui-ci lutta avec énergie contre le foyer d'hérésie qu'était l'école dite des Perses dont il s'attira les représailles et lui valut les épithètes de « chien enragé » et de « docteur de mensonge + ». Pour en venir à bout, Cyrus eut recours aux grands moyens et il obtint de l'empereur Zénon la suppression de l'école et l'expulsion des professeurs et des élèves.
Le directeur de l'école était Narsaï (voir ce nom), né en 399 à Ain Dulbé, près de Ma'altaye (Kurdistan). Dès l'âge de 7 ans, son professeur, afin de soustraire ses élèves à la persécution des mages persans, emmena les enfants dans la montagne et y vécut avec eux pendant neuf ans, les préservant ainsi du danger d'apostasie. Quand Narsai regagna son village natal, il se trouva orphelin et se réfugia auprès d'un sien oncle paternel, nommé Emmanuel, supérieur du monastère de Kefar-Mari, aux confins du Beit Zabdai. Narsai y demeura un hiver et se rendit à Édesse, attiré par la réputation de l'école des Perses. Après un séjour de dix ans, il fut rappelé à Kefar-Mari où on lui confia l'école qu'il quitta bientôt pour revenir à Édesse. Ce fut encore une période de dix ans suivie d'un retour à Kefar-Mari dont son oncle mourant lui avait légué la direction. Mais Narsaï ne s'y attarda guère, remit la charge d'abbé et reparut à Édesse où il retrouva Barsaumä, futur évêque de Nisibe, en 435 *. Peut-être firent-ils ensemble le pèlerinage de Mopsueste. En 437, Narsaï succéda à Qivoré à la tête de l'école des Perses, et resta en charge pendant vingt ans, il eut tout le loisir d'y affermir la doctrine de Théodore de Mopsueste.
Sous l'épiscopat d'Ibas, dyophysite comme lui-même, Narsaï ne rencontra pas d'opposition, mais Ibas fut déposé par le IIe concile d'Éphèse, en 449, et remplacé par Nonnus, ce qui rendit la situation de Narsaï assez délicate. Néanmoins, quoiqu'on en ait dit *, Narsaï semble être demeuré à Édesse jusqu'en 457. Ce serait Nonnus qui, après la mort d'Ibas, aurait poursuivi avec une intransigeance renforcée la lutte contre le nestorianisme, et, en conséquence, aurait exigé de Narsaï une rétractation formelle. Celui-ci, invité à y consentir, refusa et, menacé d'une condamnation à mort, eut le temps de fuir pendant la nuit désignée pour son arrestation. Il ne songeait qu'à répandre la parole de Dieu parmi les païens et se dirigeait vers le cœur de la Perse, lors que l’évêque Barsaumä, ayant appris qu'il se reposait au monastère des Perses, à l'est de Nisibe, le fit prier de le venir voir et le persuada de s'arrêter à Nisibe et d'y relever l'école dont l'existence à Édesse paraissait compromise.
Narsaï consentit et on peut dire qu'il fut avec Barsaumä le fondateur de l'école de Nisibe, dont l'influence resta prépondérante dans l'Église nestorienne jusque vers le milieu du VIe . Narsaï gouverna l'école pendant quarante ans , sauf une interruption de cinq ans au cours de laquelle il reprit la direction du monastère de Kefar-Mari, après que Barsaumä, influencé par sa concubine Mamaï, se fut montré jaloux de la popularité que son enseignement avait attiré à Narsaï 1°. Narsaï jouissait auprès de ses concitoyens d'une grande réputation de sainteté. On lui attribuait la cessation d'une peste par l'effet de ses prières, et, tout naturellement, un indiscret racontait avoir vu un ange lui dicter ses commentaires lorsqu'il interprétait les Écritures. Les surnoms pleuvaient sur son humble personne, il était « le docteur admirable », « la langue de l'Orient », « la porte de la religion », « la harpe de l'Esprit-Saint ». Il est vrai qu'une veine très différente lui attirait d'autres sobriquets, comme celui de « lépreux » que lui confère Siméon de Beit-Arsam ' et qui peut faire allusion à quelque maladie de peau.
L'œuvre de Narsaï est importante. Ebedjesu en donne le catalogue suivant : des commentaires sur la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres (ou le Pentateuque entier suivant la Chronique de Séert), Josué, les Juges, l'Ecclésiaste, les grands et les petits prophètes ; douze tomes de compositions métriques ou mimré, formant un total de trois cent soixante pièces ; une liturgie ; une exposition de la liturgie et du baptême ; des discours paraclétiques, des homélies en prose ou /ürgàümé ; des cantiques ; des ecténies ou proclamations liturgiques prononcées par le diacre ; enfin un livre en vers sur la corruption des mœurs *. Ce bagage littéraire et la doctrine de Narsaï ont fait l'objet de critiques ? : ; il en est une sur laquelle tout le monde semble s'être mis d'accord, c'est la prolixité.
Plusieurs des élèves de Narsaï lui succédèrent dans la direction de l'école qu'il avait fondée et où son autorité n'avait pas été toujours incontestée. On a vu que Barsaumä avait donné le scandale d'une concubine, mais son autorité avait su néanmoins imposer un règlement qui n'existe plus dans sa forme primitive, mais qui différait probablement assez peu de celui qui fut promulgué, en 476, par l'évêque Osée ou Elisée. Celui-ci, sollicité de tracer un nouveau règlement, conseilla à ceux qui le lui demandaient de le tracer eux-mêmes en s'inspirant du texte de Barsaumä, des conseils de Narsaï et de l'expérience de Yónan, le scribe de l'école. Il sortit de là un ouvrage composé de vingt et un statuts qui furent mis en vigueur et solennellement acceptés par les frères composant la congrégation, en la huitième année du règne de Kawad Ier, le 21 octobre 496. Ce second règlement nous a été intégralement conservé ; il reproduisait substantiellement celui de Barsaumä *.
III. HISTOIRE. — A Narsaï succéda son neveu Abraham, fils de sa sœur. Nisibe avait pour évêque Paul, qui avait été professeur à l'école, d'après ce que nous dit Junilius Africanus : Quæsisli si quis esset inler Graecos qui divinorum librorum studio intelli genHa que flagraret. Ad haec respondi me vidisse quemdam Paulum nomine, Persam genere, qui in Syrorum schola in Nisibi urbe est edoctus, ubi divina ler per magistros publicos. sicul apud nos in mundanis studiis grammalica el rethorica, ordine ac regulariter lraditur ; tunc diu quæsilus si quid ex ejus diclis haberem, dixi quod legissem regulas quasdam quibus ille discipulorum « animos divinarum scriplurarum superficie insíructos, priusquam erpositionis profunda palefaceref, solebat imbuere, ul ipsarum interim causarum, quæ in divina lege versantur, inlenlionem ordinem que cognoscerent — 5.
(ECOLE DE) ë« 1380 Ebedjesu attribue à Paul des lettres et une controverse avec l'empereur, c'est-à-dire probablement un traité en faveur du nestorianisme adressé à Justinien, enfin, un commentaire sur l'Écriture sainte qui paraît être l'ouvrage auquel Junilius fait allusion. Paul mourut en 536 et fut remplacé par Mar Aba, Persan d'origine, converti et qui, après un long séjour à Édesse, s'enfuit de cette ville où il n'était plus en sûreté et gagna Nisibe où il enseigna à l'école. Il fonda ou restaura alors l'école de Séleucie dans laquelle il enseigna lui-même. Mar Aba mourut en 552, sous le règne de Chosroés ou Kosrau Ier, | En 530, sous ce même prince, on avait vu les membres de l'école de Nisibe déclarer solennellement leur | adhésion aux règlements édictés par Mar Narsaï . Le directeur de l'école, Abraham, avait composé des commentaires sur l'Écriture, tous perdus ?, et des hymnes dont une seule est insérée dans le psautier nestorien , Parmi ses disciples et amis, Abraham eut un homonyme : Abraham 1°, originaire de Kaskar !, Après ses études à Nisibe, il partit pour Hirta où il annonça l'Évangile. De là, il se rendit en Égypte et au Sinaï, dont il visita les monastères. A son retour, il se retira dans une caverne sur le mont Izla, près de Nisibe, et fonda le « grand couvent » qui régénéra la vie monastique en Syrie orientale et en Perse, où ses disciples fondèrent d'autres monastères. Cet Abraham écrivit des règles pour le monastère d'Izla ; et les sont parvenues jusqu'à nous ', Il mourut vers la fin du siècle.
Abraham de Nisibe eut un autre disciple en la personne d'Abraham bar Qardahé, mentionné par Auron qui dit qu'il fut successivement élève et professeur à l'école de Nisibe ?, La liste de ses ouvrages, donnée par Ebedjesu, comprend des homélies, des discours consolatoires (pour l'office des morts), des sermons et une lettre contre (le mage ?) Sisban 9.
On trouve la mention de quelques autres élèves ou professeurs de l'école de Nisibe dans le Livre de la chasteté, composé à la fin du VIe par Jésusdenah, métropolitain de Bassora 1, Voici leurs noms :
Bar 'Idta, condisciple d'Abraham de Kaskar, puis son premier disciple. Après la mort d'Abraham, il fonda sur la montagne de Marga un monastère qui compta quatre cents moines. Il est l'auteur d'une Histoire ecclésiastique 17, Mar Yônan étudia à Nisibe, moine à Izla.
Abraham, originaire de Belquawad, acheva ses études à Nisibe ; professeur, ensuite moine à Izla !, mme 1351 Le second directeur de l'école de Nisibe, Abraham, neveu de Narsai mourut à une date inconnue ; son successeur fut Jean, autre disciple de Narsaï, auteur de Commentaires sur l'Écriture, tous perdus, de même que ses autres écrits. Il vécut au moins jusqu'en 579 puisqu'on lui attribue avec vraisemblance un discours : Sur la peste de Nisibe et la mort de Kosrau Ier Anosarwan . Il s'agit du fléau qui ravagea la contrée sous les patriarches Joseph et Ézéchiel, depuis 552 jusqu'à 578, à l'occasion duquel furent institués trois jours de pénitence encore aujourd'hui observés dans l'Église nestorienne et appelés « rogations des Ninivites ».
A Jean succéda Joseph Houzaya, autre disciple de Narsai, qui mourut certainement avant l'année 580, époque de la mort du patriarche Ézéchiel sous lequel, au dire d'Amrou ?, Henana, successeur de Joseph, gouvernait déjà l'école.
Hanana était originaire d'Abiadéne. Il vécut jusque sous le patriarcat de Sabarjésus (596-604). Il abandonna dans ses interprétations scripturaires les sentences de Théodore de Mopsueste, leur préférant certaines opinions de saint Jean Chrysostome. Cet enseignement souleva des contradictions ; il fut censuré par le catholicos Jésusyab d'Arzoun et condamné publiquement au synode tenu par Sabarjésus, en 596 3, Celui-ci avait étudié à Nisibe au temps d'Abraham, neveu de Narsaï, Il était né à Peróz-Abad et y avait gardé les troupeaux. Devenu évêque de Laschoum, il succéda à Jésusyab d'Arzoun en qualité de patriarche à l'âge de 80 ans. On lui attribue une Histoire ecclésiastique dont rien n'a subsisté et dont l'existence est douteuse *. Les actes de son synode de 596 sont conservés avec sa lettre adressée aux moines du couvent de Bar Qiti, Ebedjesu à dressé le catalogue des ouvrages de Hanana ; on y trouve des commentaires sur la Genèse, Job, les Psaumes, les Proverbes, l'Ecclésiaste, le Cantique des cantiques, les douze petits prophètes, l'évangile selon saint Marc et les épîtres de saint Paul ; une exposition du symbole de Nicée, une autre de la liturgie sacramentaire et divers discours ou antiennes relatifs à certaines fêtes de l'année 5.
Au temps où Hanana dirigeait l'école, celle-ci, au dire d'Amrou *, comptait huit cents disciples.
Entre le mois de février et le mois de juin 590, Hanana établit de nouveaux règlements qui furent sanctionnés par le métropolitain Siméon. La réputation de l'école de Nisibe n'y gagna rien ; elle était franchement déplorable, ce qui décida le successeur de Siméon, le métropolitain Ahadabouki, en 602, à faire rechercher les anciens règlements disparus. On retrouva ceux de l'évêque Osée (496) et de l'évêque Siméon (590) auxquels on mit une préface qui contient les indications qu'on vient d'utiliser 7.
IV. RÈGLEMENTS. — Le texte des statuts de l'école de Nisibe a été publié sans traduction ni commentaire, en 1890, par J. Guidi, Gli statuti della scuola di Nisibi. M. J.-B. Chabot en a tiré la matière d'une exposition que nous allons suivre à peu près littéralement. Les chiffres qu'on lira au cours de cet exposé désignent le canon auquel il est fait allusion ; le premier chiffre indique la série édictée en 476, sous Osée ; le second chiffre la série mise en vigueur sous Siméon, en 590.
NISIBE (ÉCOLE DE) 1382
Ces deux séries, séparées par un siècle, montrent que l'organisation de l'école n'avait pas changé en principe.
L'école établie dans un monastère formait une corporation pourvue de droits et de privilèges. Son supérieur s'appelait Rabban (magister noster), de même que les docteurs (I, 1) et l'interprète, Les membres de l'école portaient le nom de frères.
Un majordome veillait à l'administration et remplissait les triples fonctions d'économe, de préfet, de disciple et, en plus, de bibliothécaire ; les frères l’élisaient pour un an et le voulaient probe, capable, et juste pour punir ou pour récompenser. Son autorité était soumise à l'assentiment d'un conseil composé du supérieur et des principaux frères (I, 2). Il devait recueillir les aumônes destinées aux frères indigents, pour leur nourriture et pour les procès qu'ils plaidaient (II, 3). Le majordome devait observer strictement le règlement ; s'il lui arrivait de l'enfreindre, il était mis à l'amende de 10 dinars d'or au profit de l'école et on le chassait de la ville (I, 22). L'économe était aidé par des frères, mais le règlement était peu explicite sur ce point.
L'organisation des études n'est présentée que d'une façon générale. On voit qu'il y avait deux docteurs principaux qu'on nommait « l'interprète » et le « maître de lecture ». L'école s'adonnait à la théologie : c'est en cela qu'elle se distinguait d'autres écoles syriennes, particulièrement des écoles jacobites qui faisaient une large place aux études profanes, principalement à la philosophie péripatéticienne.
On trouve dans les statuts la mention de certaines catégories : « ceux qui scrutent », « ceux qui font méditer », le « scribe » de l'école. On ne sait si ce sont des titres honorifiques ou s'il faut y voir des maîtres spéciaux enseignant sous la direction des docteurs. On rencontre encore un professeur chargé du cours de chant liturgique qui avait pour charge d'apprendre la manière de réciter l'office et de faire les cérémonies du chœur. Tous les élèves n'étaient point admis à suivre ce cours, mais seulement ceux qui manifestaient des dispositions spéciales et qui subissaient un examen devant le majordome et les principaux frères (II, 15).
L' « interprète » était chargé de l'explication de l'Écriture sainte. « A l'origine de l'école, écrit M. J.-B. Chabot, cette explication se donnait à l'aide des Commentaires de Théodore de Mopsueste, qui avaient été traduits du grec en syriaque, du vivant même de leur auteur, par les plus célèbres docteurs de l'école d'Édesse *. On sait que chez les Nestoriens Théodore porte le titre d’ « interprète » par excellence. Peut-être se servait-on aussi des Commentaires de saint Ephrem”. Par la suite, les nombreux Commentaires rédigés par les premiers maîtres de l'école de Nisibe et mentionnés plus haut, durent aussi servir de base aux explications de leurs successeurs, » On ignore les auteurs expliqués. Bar Hebræus nous a donné la liste de ceux qui obtenaient cet honneur dans les écoles jacobites ; on ne possède rien de pareil pour les écoles nestoriennes ; d'ailleurs, le nombre de ces auteurs, d'abord minime, a dû s'accroître assez rapidement.
Jic s acu ripa CN Ag S EDS ni o » unt -ar w dug Tqeguatv9 L4 wy rc T fate Jemi « Y else + 1383 Ebedjesu : Seri bant autem anno primo primam partem Sessionum ? el librum Pauli, el Pentateuchum, Qui vero chorum instruit caníus, is doceat Threnos defunctorum una cum lectione quam in tabula tradit. Anno secundo scribant secundam parlem Sessionum el Psalterium Davidis et Prophelas : leclioni que quam in tabula iradunt, adjungant Hymnos sacramentorum. Anno tertio scribant tertiam parlem Sessionum el novum Testamenlum el cum labula leclionum tradunt Odas.
Tous ne sortaient pas de l'école en mesure d'enseigner et, en pareil cas, le supérieur évacuait les fruits secs dans les villages. ou dans les nombreux petits couvents situés dans le voisinage de Nisibe. Celui qui n'acceptait pas cette obédience « à cause de ses relations dans l'école ou en ville » était chassé de la congrégation et réduit à s'installer dans la ville (II, 7). Celui qui, après avoir été ainsi frappé par une mesure de discipline, obtenait d'être admis de nouveau dans l'école, ne retrouvait pas immédiatement la jouissance de ses anciens privilèges, qui étaient les mêmes que ceux des clercs.
En principe, les cours étaient gratuits ; on ne voit aucune mention de rétribution scolaire mais les écoliers pourvoyaient eux-mêmes à leur entretien. Ceux qui étaient pauvres pouvaient, par leur travail pendant les vacances, gagner un peu d'argent pour le reste de l'année. La durée des vacances variait suivant les revenus des écoles qui leur permettaient de venir en aide aux écoliers. A Nisibe, elles duraient trois mois : août-octobre (I, 5). Les étudiants qui, pendant ce temps, cherchaient du travail devaient se montrer honnêtes et consciencieux afin de faire honneur en leur personne à l'école. Ceux de qui la santé était trop faible pour leur permettre de se louer devaient s'adresser au majordome qui les aidait dans la mesure du possible. Il leur était rigoureusement interdit d'aller mendier sous peine d'exclusion de l'école et d'expulsion de la ville (II, 4).
Celui qui se présentait à l'école pour la première fois n'était admis que sur l'avis conforme du majordome et du conseil des frères ; il avait à prendre connaissance des statuts qu'on lisait publiquement chaque année « pour l'encouragement des écoliers vertueux et pour la confusion des gloutons et des paresseux ». Le nouveau venu devait promettre d'observer le célibat E T :
En réalité, pendant leur séjour à l'école, les étudiants avaient une sorte de discipline monastique. Le soir, après le chant des psaumes, chacun regagnait sa cellule qu'il quittait au chant du coq pour venir prendre place dans la salle d'étude d'où il ne bougeait guère jusqu'au soir. Ladite salle d'étude avait deux rangs distincts de sièges : en arrière ceux des prêtres, en avant ceux des écoliers non encore ordonnés (I, 9).
L'assiduité et l'application étaient pénibles car elles ne connaissaient pas de relâche. Il fallait écrire, étudier, chanter, écouter sans répit (I, 8). Toute absence mal justifiée attirait une mercuriale sévère des chefs de cellules ou même du majordome. L'assistance aux offices des défunts et aux vigiles solennelles était obligatoire, sous peine d'une admonition publique devant toute la congrégation (II, 11).
Les professeurs n'étaient guère plus épargnés que les élèves s'ils négligeaient leur office. Seul le cas de maladie les dispensait valablement de faire la leçon imposée par le règlement ; s'ils ne pouvaient invoquer cette excuse, ils étaient privés des revenus auxquels ils avaient droit et exclus du conseil de l'école (I, 20).
Pour réprimer la tendance à la cupidité, on prononçait l'exclusion des élèves qui se seraient laissés entraîner à ce penchant. Celui qui s'appropriait un objet perdu au lieu de le remettre au majordome, était passible, en cas de découverte, d'un châtiment et de l'expulsion de la ville (I, 14). Même sanction pour celui qui empruntait un livre et ne le restituait pas de lui-même si le majordome oubliait de le lui réclamer (I, 14).
Certains écoliers indélicats empruntaient à la bibliothèque les livres laissés à l'école par quelque frère défunt, grattaient son nom pour y substituer le leur. C'était là un cas d'expulsion de l'école et de la ville (II, 8).
Celui qui avait connaissance d'un délit de cette nature ou de toute autre et ne le dénonçait pas au majordome était passible de la même peine que le coupable (I, 15). Toutefois, si le coupable, averti par lui, se repentait de sa faute, le premier ne devait pas le dénoncer.
Parmi les frères, il s'en trouvait de riches qui gardaient la propriété de leurs biens et prêtaient leur argent à intérêt ; dans ce cas, pour éviter le déshonneur de l'usure qui rejaillirait sur l'école, ils ne devaient demander que un pour cent. Le plus grand nombre des écoliers était pauvre et devait travailler pour vivre, mais le commerce ou un métier quelconque leur était défendu (I, 5). Quant au labeur qui était toléré, ils ne pouvaient s'y livrer que pendant les vacances. Celles-ci duraient trois mois et les frères devaient quitter la ville s'ils voulaient commercer pendant ce temps, s'ils demeuraient à Nisibe, c'était à condition d'y exercer un métier autorisé (I, 5).
Défense était faite aux écoliers de gagner de l'argent en donnant en ville des leçons particulières, « parce que l'étude de la science ne doit point se laisser distraire par des occupations étrangères ». Les frères âgés ou faibles, incapables de travailler, pourraient instruire deux ou trois enfants, pas plus, sous peine d'exclusion de l'école (II, 12).
Le 4e article du Ier règlement remonte probablement à Barsaumá ; il interdit aux frères d'entrer dans le pays des Romains sans la permission du majordome, soit sous prétexte de pratiquer le commerce, soit sous celui de doctrine ou de prière, ce qui semble équivaloir à l'interdiction de fréquenter des écoles de ce pays qui devaient être regardées par les nestoriens comme des foyers d'hérésie, ni se rendre en pèlerinage à quelque sanctuaire célèbre où l'on était exposé à se trouver en contact avec des hérétiques. Il ne convenait pas d'accorder la permission d'aller sur le territoire des Romains pour y faire le commerce ; cela était contraire aux règles et à l'esprit de la congrégation. Celui qui y était allé ne devait plus être reçu dans l'école, à moins que le majordome et les frères ne jugeassent bon d'user de miséricorde envers lui, sauf à lui infliger une admonestation sévère et la confiscation de tout le fruit de son commerce au profit de l'école ou de la moitié de ce fruit. Cette tolérance ne s'appliquait qu'à une première faute, la récidive entraînait l'exclusion définitive de la congrégation.
Les frères devaient habiter en commun dans les cellules de l'école tant qu'il en restait de libres (II, 2).
À chaque cellule était préposé un chef qui surveillait les frères qui y logeaient (II, 5). Ceux qui habitaient une même cellule devaient prendre leur nourriture en commun dans la cellule même (II, 7). Il leur était interdit, tant qu'ils appartenaient à l'école, de manger dans les boutiques ou les auberges, ou de prendre leurs repas dans les jardins ou les vergers (II, 16). Il fallait se pourvoir de la permission du majordome pour passer la soirée en ville et y prendre part aux festins les jours de fête (II, 13). L'infraction était punie d'exclusion.
Il ne manquait pas d'écoliers qui cherchaient à enfreindre cette règle, aussi était-il défendu d'abandonner l'enceinte de l'école, on pourrait dire plus justement la clôture du couvent, pour se bâtir une cellule en ville ou à proximité. S'il avait le désir de mener une vie plus parfaite, il devait se retirer dans un monastère ou dans le désert (II, 4).
Quiconque était admonesté par le conseil des frères ou par le majordome et ne se soumettait pas à la sentence, mais avait recours au patronage des séculiers étrangers à l'école ou du clergé de la ville, était considéré comme un révolté et devait être chassé de la congrégation, même si sa faute était légère (I, 2). On en doit conclure que l'école était exempte de la juridiction épiscopale, comme bien d'autres monastères et établissements scolaires.
Lorsque deux frères avaient entre eux un procès, il leur était défendu de recourir à une juridiction différente du tribunal de l'école. Celle-ci jouissait, dans un sens très étendu, de la personnalité civile ; elle pouvait acquérir et posséder toutes sortes de biens, et avait en outre le privilège d'édicter certaines dispositions judiciaires destinées à assurer des revenus à sa caisse.
Les frères qui faisaient leur testament étaient astreints à certaines formalités destinées sans nul doute à assurer une partie de leur héritage à l'école. Un moribond devait tester en présence du majordome et de plusieurs frères. L'absence du majordome entraînait la caducité du testament et la totalité de l'héritage entrait alors dans la caisse de l'école (I, 17).
Les frères étaient soignés, dans leurs maladies, par leurs compagnons de cellule (I, 11). Dans la suite, on organisa une infirmerie où on recevait des soins convenables. L'infirmier qui manquait à son devoir était puni d'une amende de 50 statères au profit de l'infirmerie, sans préjudice de la confiscation des biens qu'il aurait pu dérober et il était chassé ignominieusement de la congrégation et de la ville (II, 1). Il semble que l'infirmier ait remplacé le majordome à une certaine époque en qualité d'économe de l'école. Quant aux médecins, ils ne paraissent pas avoir joui d'une grande estime dans l'école de Nisibe.
On ne saurait dire la raison de ce peu d'estime pour une catégorie qui, à certaine époque, jouit de grands privilèges dans l'Église nestorienne. Les médecins de Bagdad participaient avec le clergé à l'élection du patriarche. Au contraire, à Nisibe, les écoliers avaient interdiction d'habiter chez des médecins « parce qu'il ne convient pas, disaient les règlements, d'étudier les livres des sciences humaines en même temps que les Livres saints ». Ceux qui, après être venus à l'école, en étaient sortis pour s'occuper de médecine ne pouvaient plus être admis, sans un bon témoignage, à suivre les cours de l'école, excepté toutefois les médecins de la ville (II, 19-20).
Les écoliers avaient pris l'engagement du célibat tout le temps qu'ils appartiendraient à la congrégation ; s'ils se mariaient, ils en étaient exclus. De même pour ceux qui tombaient dans les péchés d'adultère, de fornication, de vol, de magie, d'hérésie, pour les calomniateurs et pour ceux qui recherchaient les invitations aux festins. Exclus de l'école, ils étaient bannis de la ville (I, 3).
Celui qui portait contre un frère une accusation qu'il ne pouvait prouver, subissait le châtiment dont l'autre aurait dû être frappé (I, 16).
Les rixes étaient punies d'une réprimande et celui qui était en faute devait en faire l'aveu devant l'assemblée (I, 18).
Les écoliers devaient être convenablement vêtus et peignés. Ils ne se rasaient pas complètement et ne portaient pas les cheveux en longues mèches frisées comme les séculiers ; ils avaient la tonsure et portaient un vêtement qui les faisait reconnaître comme appartenant à l’école (II, 17). Au cours de leurs sorties, ils ne pouvaient, sous aucun prétexte, visiter les gynécées et les couvents de nonnes dans la ville et hors de la ville. Ils ne causaient pas longuement avec les femmes, sous peine d'être chassés de l'école et bannis de la ville (II, 18). Défense était faite de cacher des esclaves fugitifs ou de détourner les serviteurs de leurs maîtres (I, 12).
Dans les fautes légères, le pardon était facilement accordé, mais après deux récidives, le délinquant qui retombait dans sa faute était exclu de la congrégation et chassé de la ville (I, 19).
V. DÉCADENCE. — Les innovations doctrinales de Hanana contribuèrent à jeter le discrédit sur l'école de Nisibe. Toutefois, ce ne fut qu'après la fondation de l'école de Bagdad, en 832, que commença la déchéance. Jusqu'à cette époque, elle avait continué à exercer une influence prépondérante dans le développement de la culture intellectuelle dans le sein de l'Église nestorienne. Certains de ses disciples et de ses maîtres acquirent une grande réputation dans l'Église de Perse.
Il faut nommer parmi eux Babai l'Ancien, né à Beit Ainátha, dans le Beit Zabdai, qui « s'appliqua à l'étude de la doctrine et des commentaires pendant quinze ans, puis il fut docteur à Nisibe, dans le xenodochion ». Il se rendit ensuite à la montagne d'Izla où il se fit le disciple d'Abraham de Kaskar, revint dans son pays natal et fonda sur ses propriétés un couvent auquel il adjoignit une école, revint à Izla dont il devint supérieur. Du vivant de Babai, l'Église nestorienne fut persécutée par Chosroès II, et demeura sans chef entre la mort du catholicos Grégoire (607) et la mort du roi (628). Pendant ces vingt années Babai fut le soutien de la foi ; il fut le visiteur général des couvents, il réprima les doctrines de Hanana et celle des hérétiques messaliens, qui persista en Syrie jusqu'au IXe. Babai trouva le temps nécessaire à la composition de quatre-vingts ouvrages dont Ebedjesu a dressé le catalogue. En 628, le roi Kawad II mit fin à la persécution et autorisa la réunion d'un synode pour l'élection d'un patriarche qui choisit Babai à l'unanimité. Il refusa et on mit à sa place Jésusyab II, alors évêque de Balad et plus anciennement élève et professeur à l'école de Nisibe.
Jésusyab II fut un politique habile et un écrivain abondant. C'est lui qui restitua à Héraclius le bois de la vraie croix prise à Jérusalem en 614 ; il mourut entre 644 et 647 et eut pour successeur un autre ancien élève de Nisibe, Maranek, originaire d'Arzoun, qui mourut en 658. Ce fut encore un élève de l'école de Nisibe que Jésusyab III, dont la vie se passa dans des luttes continuelles, ce qui ne l'empêcha pas de laisser une œuvre littéraire considérable. À l'école, Jésusyab III avait eu pour compagnon d'étude un autre Jésusyab et le frère de celui-ci Ananjésus qui devinrent tous les deux moines au couvent d'Izla. Le premier devint évêque de Kardilyabad, et Ananjésus voyagea, vit Jérusalem et le désert de Scété, Au retour, il abandonna Izla et se donna à la science. Le catholicos Jésusyab l'employa à la révision du bréviaire ; son œuvre littéraire est assez considérable. On cite encore dans Ce Gabriel, surnommé « la Vache » et Gabriel surnommé « le Danseur ». Dans les siècles suivants, nous rencontrons encore, çà et là, quelques personnages sortis de l'école de Nisibe, mais ces hommes, comparés aux écrivains de mérite que nous avons cités, brillent d'un éclat trop atténué pour mériter une mention particulière.
NIVEAU. — On conserve au musée chrétien du Latran un morceau de marbre encastré sur le pilier (fig. 8902) où sont rappelés les insignes de professions diverses exercées par des chrétiens ; ce fragment a pu faire partie d'une épitaphe dont rien ne subsiste et il a été probablement retaillé. Quoi qu'il en soit de son origine, ce fragment représente un niveau et aura probablement marqué la tombe d'un maçon. H. LECLERCO.
NOBLESSE. — I. Chez les Romains. II. Tableau hiérarchique des classes et titres de noblesse. III. Privilèges des différentes classes de noblesse. IV. Création des titres de comtes. V. Chez les Francs.
I. CHEZ LES ROMAINS. — La noblesse de Rome commença par des privilèges héréditaires, insolents, tyranniques. Elle se fondait sur une distinction de castes que sanctionnaient des superstitions, car l'asservissement d'une caste à l'autre ne se maintient pas sans l'abus des idées religieuses. Le gouvernement romain, dans ces temps primitifs, eut donc pour base la théocratie. Les pouvoirs politiques, militaires, sacerdotaux, se concentrèrent entre les mains d'un petit nombre de familles, qui enchainaient de ce triple lien les peuples subjugués. Mais l'énergie et la grandeur du caractère romain ne pouvaient être contenues et resserrées longtemps dans ces entraves ; il les rompit, et, par les conquêtes successives des classes affranchies, il substitua à l'exclusive immobilité de la souche patricienne la puissance populaire et progressive de la noblesse d'illustration. Ce fut le triomphe de la liberté. Mais la liberté eut ses enivrements et ses excès. La noblesse nouvelle qu'elle avait enfantée lui devint suspecte et odieuse, et, en voulant l'abattre, elle alla se précipiter avec elle sous le joug du despotisme. Ce fut la punition du débordement de la démocratie. Le patriciat se transforma en une aristocratie ouverte aux familles plébéiennes qui s'anoblissent par les grandes magistratures, puis dégénérant en un parti opposé aux factions populaires et périssant dans les guerres civiles par l'audace heureuse de quelques grands et habiles usurpateurs qui flattent et déchainent la démocratie, pour l'enchainer elle-même à son tour en ne cessant point de la flatter : ce fut le temps de la république.
Des débris de l'aristocratie romaine ramassés par Auguste, sous la protection d'un pouvoir absolu représentant la souveraineté populaire, tribunilia potestate, les césars, continuateurs de son système, constituent une noblesse nouvelle qui tient de son origine républicaine parce qu'elle est accessible à tous les hommes de fort une, et de la monarchie par un ordre de promotions hiérarchiques constamment et strictement observé dans l'usage et toujours soumis à la volonté du maître : noblesse ayant sa maturité florissante dans le Sénat, sa pépinière dans l'ordre des chevaliers, son école dans les petites magistratures urbaines et dans les commandements inférieurs de la milice ; noblesse sans indépendance et sans autorité, destinée seulement à servir de support au trône, d'exemple d'obéissance au peuple, d'instrument docile à l'action du pouvoir ; distinguée enfin du reste des sujets moins par sa grandeur propre que par l'exemption des charges humiliantes et des rigueurs de pénalité préventive et afflictive dont les plébéiens seuls étaient passibles.
Cette seconde période s'étend jusqu'à la naissance de l'empire de Constantinople. Déjà ont commencé les ambitions des titres vains et des dignités fictives, les lois de l'étiquette et la jalousie des préséances, à tel point qu'un des oracles de la jurisprudence, Ulpien, se pose gravement cette question : si un ex-préteur doit céder le pas à une femme consulaire ; et, tout bien examiné, tout bien pesé, il se prononce en faveur du prétorien, par la raison péremptoire de la supériorité du sexe. C'est alors qu'on voit s'élever les clarissimes, les perfectissimes, les egregii, avec leurs privilèges transmissibles aux femmes et aux enfants, et les titulaires sans fonctions, les consulaires, les prétoriens, les décorés d'insignes du triomphe, sans avoir jamais été ni consuls ni préteurs, ni militaires.
Après Dioclétien, le christianisme n'eut pas la vertu d'abolir cette grande iniquité sociale, et, tandis que le sort du peuple allait toujours s'aggravant, les habitués de la cour de Constantinople, qui lui furent communes avec la cour d'Occident, enrichirent le protocole impérial de grades multipliés et de titres pompeux. Auguste avait refusé les honneurs divins à Rome, en laissant faire dans les provinces. Tibère avait repoussé la flatterie qui vénérait ses occupations sacrées ; il voulait qu'on les dît seulement laborieuses. Dioclétien fut le premier qui se fit appeler dieu et adorer comme tel. L'emphase orientale commençait à dominer. Mais ce fut sous les empereurs chrétiens que la chancellerie palatine poussa aux dernières hyperboles le paganisme du langage et la déification du prince. Tout ce qui venait de lui, tout ce qui touchait à sa personne ou à son service, n'avait pas d'autre qualification que celle de : divin et de sacré. Le ministère des finances était l'office des largesses sacrées : comes sacrarum largitionum ; le domaine de la couronne : sacrum patrimonium ? ; un simple comptable pour les travaux des bâtiments : rationalis operum sacrorum ?. Les chambellans, les gardiens de la chambre sacrée : praepositi sacri cubiculi ; les ordonnances impériales sont des oracles célestes, des volontés divines ; les faveurs accordées par le prince sont des bienfaits de la céleste bonté. Usurper un titre ou un rang qu'on n'avait pas équivalait à un sacrilège, la hiérarchie ayant été réglée par les empereurs. Dans ce cas, il n'est pas permis de prétexter l'ignorance, on est plane sacrilegii reus pour infraction aux divina præcepla . Les empereurs sont qualifiés : Votre Divinité, Votre Éternité, on ne les aborde qu'en les adorant, et eux-mêmes accordent audience en ces termes : Sive Nostræ Serenitatis adoraturi imperium *, et faire sa cour au prince se dit : in adoratione.
Il fallait bien inventer pour les premiers d'entre les sujets et pour les agents supérieurs du pouvoir des titres dont l'éclat répondît à la majesté du maître. Les dénominations d'illustre et de respectable (spectabilis ) devinrent des signes d'honneur et des désignations de rang et d'état dans le monde officiel, principalement sous les successeurs de Constantin. Ce prince était plus simple, et s'en tint à la nomenclature telle qu'il l'avait trouvée toute formée. Les actes de son règne qui sont entrés dans le Code Théodosien et dans le Code Justinien ne font usage que des titres de clarissime, de perfectissime et d'égrége. La hiérarchie honorifique du Bas-Empire s'établit progressivement par l'usage : elle ne fut pas réglée avant la fin du IVe et le courant du Ve.
Le titre de clarissime fut longtemps celui qu'on réserva aux plus hauts dignitaires, sénateurs ou fonctionnaires avant rang de sénateurs. Sous Constantin, de simples gouverneurs de province étaient clarissimes ! ; il en était de même sous les règnes antérieurs # : un demi-siècle plus tard, Constance et Valentinien réservaient le titre de clarissime aux préfets du prétoire , aux grands maîtres des offices palatins , aux ministres des finances 5.
Les mots de sénat et de noblesse étaient synonymes à l'époque de la république ; il en fut de même depuis ; le titre de clarissime resta la marque nobiliaire fondamentale ; les autres titres ne furent que des insignes d'emplois supérieurs.
On ne rencontre qu'un nombre restreint d'inscriptions portant le vir illusiris et de plus nombreuses portant vir clarissimus et illustris . Même remarque pour le second ordre : Vir clarissimus et spectabilis *. Sur les marbres qui rappellent la mémoire de préfets de la ville, préfets de prétoire et consuls, on ne lit que le seul clarissimus ?. Sidoine Apollinaire définit très bien les deux caractères : clarissime par la naissance, respectable par nomination 19. On aperçoit pour la première fois la qualité d'illustre dans une loi de Constance de l'an 35411 ; quoi que Godefroi affirme que la première apparition des illustres ne date que du règne de Valentinien Fr, sans en apporter une preuve directe et positive.
Dès que les classes furent établies, les prétentions s'élevèrent à l'envi ; chacun s'efforça de monter dans la classe supérieure. Le préfet de l'annone, qui jouissait du titre de perfectissime sous Constantin ”, est devenu clarissime sous Théodose #, De même, en 357 ?*, le grand maître des offices palatins portait le titre de clarissime et, en 378 4, il était devenu spectabilis. Les ducs avaient été perfectissimes jusqu'au règne de Constance ; ils devinrent clarissimes sous ce même règne, du temps d'Ammien Marcellin, qui raconte leur élévation récente 1. Ils arrivèrent plus tard au degré supérieur.
Il serait trop difficile, et superflu d'ailleurs, de suivre en tous leurs détails ces mutations successives dans la hiérarchie des emplois civils et militaires. Il faut la prendre telle qu'elle se présente dans la double Notitia dignitatum des empires d'Orient et d'Occident, sinon tout à fait immobilisée pour nous, du moins arrêtée définitivement dans ses principales divisions. On y ajoutera les compléments tirés d'ailleurs.
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II. TABLEAU HIÉRARCHIQUE DES CLASSES ET TITRES DE NOBLESSE. — Au premier rang se trouvent les héritiers présomptifs de la couronne sous le nom de césars nobilissimes, dès le temps des deux Maximins (235-238) 15, A partir du règne de Gallien, ce titre fut étendu aux membres de la famille impériale ; il se pourrait que Julien ait été le dernier qui porta le titre de césar nobilissime. A partir de Valentinien Er, tous les empereurs associèrent immédiatement leurs fils, même en bas âge, à la puissance souveraine, avec le titre d'augustes M,
Ce fut Constantin qui fit revivre le titre oublié et délaissé de patrice, en lui conférant un éclat nouveau. Il créa un patrice unique, à vie, supérieur aux préfets du prétoire, n'ayant au-dessus de lui que les consuls. L'empereur lui donnait le nom de père * ?, C'était un dignitaire sans fonctions, mais apte à les exercer toutes. Cette nomination était, dans la pensée de Constantin, une façon d'abaisser la préfecture du prétoire qui ne laissait pas de lui porter ombrage.
Tillemont fait remarquer qu'il ne se fit guère de patrices jusqu'à la fin du IVe ; au Ve les nominations furent plus fréquentes ', Les patrices devinrent des ministres dirigeants, des généraux d'armée, trop puissants pour n'être pas redoutables aux empereurs qu'ils tenaient entre leurs mains. Zénon décida qu'il faudrait avoir été consul pour devenir patrice . Les patrices n'en restèrent pas moins à un rang inférieur aux consuls puis que le titre de consul pouvait être porté par l'empereur. C'est la raison qu'en donne Théodoric par l'intermédiaire de Cassiodore .
Ici commence l'énumération des illustres dans la Notilia, savoir : les quatre préfets du prétoire (Orient, Illyrie, Italie, Gaules) ; quatre maîtres généraux des milices, cavalerie et infanterie, en Orient ; deux de cavalerie, un d'infanterie en Occident ; un grand chambellan, un grand maître des offices palatins, un secrétaire orateur impérial (guæslor) =, un comte des largesses sacrées, un comte du domaine de la couronne {comes rerum privatarum )**, un primicier de la chambre sacrée ou chambellan ( primicerius sacri cubiculi ), deux comtes de la maison militaire, infanterie et cavalerie, pour chacun des deux empires.
Ensuite viennent les spectabiles, savoir : le premier des chambellans ordinaires (primicerius sacri cubiculi) ; le premier des secrétaires de chancellerie (primicerius notariorum ) ; le maréchal du palais (castrensis palatii ) ; les chefs des quatre divisions de la chancellerie (magistri scriniorum )* ; : les gouverneurs des grandes provinces ayant depuis les temps anciens le titre de proconsuls ; les chefs de diocèses ou gouverneurs de plusieurs provinces ; les comtes et ducs (ceux-ci inférieurs à ceux-là) commandants militaires.
A la tête des clarissimes se trouvaient les sénateurs de Rome et de Constantinople, qui ne pouvaient pas figurer dans la Notitia, puisqu'elle ne contient que la liste des fonctionnaires. Elle range dans cet ordre, du moins pour l'Orient, tous les gouverneurs de provinces e —— Bab » Lei s VAPEUR quam ac m diets uot ca Ule Lr rar ina 7-0 Sn prm 13594 dont les titres diffèrent, ainsi que les rangs : consulaires, correcteurs, présidents. Il est à remarquer qu'en Occident, tous les présidents de provinces ne sont que perfectissimes, et c'est la seule fois qu'il soit fait mention de ce titre dans la Notitia. Il serait moins facile de justifier et d'expliquer cette singularité que de trouver des exemples analogues dans les monuments historiques.
Sous Constantin, le titre de perfectissime se donnait à des gouverneurs de provinces même importantes, présidents ou autres, L'usage se maintient sous Constance et on voit ce titre porté par des personnages de rangs et d'états différents tels que : un commandant militaire de diocèse, des employés de finance, un avocat du fisc, un aspirant au grade de docteur médecin de la ville de Rome. Dans une loi datée de l'année 317, Constantin dit que ce titre est la récompense de services considérables : amplissimarum administrationum. Il ne tarda pas à déchoir par suite du nombre croissant de promotions aux magistratures et offices conférant le clarissimat.
Un édit de l'an 412 énumère toutes les classes de la société dans l'ordre suivant : illustres, spectabiles, senatores, sénateurs de Rome et de Constantinople ; clarissimi, ceux qui, sans être sénateurs avaient acquis ce titre par leurs fonctions ; sacerdotaux, les citoyens des municipes qui avaient à leur tour exercé le sacerdoce et de cette manière atteint le faîte des honneurs municipaux et comblé la mesure des dépenses qui s'ensuivaient pour fêtes et jeux publics ; principaux, les personnages éminents dans les sénats des villes, et qui avaient parcouru les degrés des fonctions publiques de la cité, ordinairement au nombre de dix, decemprimi, decaproti, plus ou moins selon le nombre des riches et des notables. Code Theod.,l. XII, tit. 1, De decur. ; enfin les mercatores et les plebeii, Une loi de Constantin avait déterminé les ressorts de justice des différentes classes d'habitants à Rome, pour certains actes d'état civil. Les clarissimes devaient se pourvoir devant le préfet de la ville, les perfectissimes devant le vice-préfet du prétoire, les e qui les devant le préfet du guet ou des gardes nocturnes !, Nous voyons par là qu'il existait encore des chevaliers, mais qu'ils étaient fort déchus. En dehors de l'enceinte de Rome, il n'y avait plus de chevaliers romains dans le monde. Ils étaient désormais à la nomination du préfet du prétoire et non plus de l'empereur , On les voit encore sous Alexandre Sévère ? et sous Aurélien , dans les cérémonies publiques. Depuis lors, ils avaient perdu jusqu'au simulacre de l'ancienne
III. PRIVILÈGES DES DIFFÉRENTES CLASSES DE NOBLESSE. — Les titres de noblesse procuraient des avantages positifs fort appréciés. On vivait parmi l'entourage du prince ; on approchait de lui, parfois dans son intimité, on pouvait manœuvrer presque à coup sûr lorsqu'on avait une grâce ou une faveur à
1392 demander. Cette faveur permettait non seulement de s'adresser directement au prince, mais encore de s'assurer la bienveillance des hauts fonctionnaires , Salvien nous apprend de quel prix un tel privilège pouvait être. Les églises, dit-il, les temples et les autels du Seigneur semblent moins imposants que la demeure du moindre juge municipal. Franchir la porte non pas seulement des puissances illustres. mais des présidents et des prévôts, n'est pas permis à tout le monde, si ce n'est aux gens mandés pour affaires ou aux personnes que leur rang et leurs dignités y autorisent. Autrement, si quel que téméraire a l'insolence d'entrer, on le bat, on le jette dehors, on lui inflige un châtiment ignominieux et dégradant ?. » Dans les causes criminelles et autres, les sénateurs qui habitent Rome sont jugés exclusivement par le préfet de la ville, ceux qui résident dans les provinces comparaissent devant le préfet du prétoire, Le juge n'applique la peine, le cas échéant, qu'après en avoir référé au prince. Pendant toute la durée de la prévention, le sénateur conserve sa liberté qui ne lui est ravie qu'après condamnation par jugement en forme et déchéance de sa dignité. Les spectabiles et les illustres jouissent des mêmes privilèges. Lorsqu'ils sont appelés en justice, ils ne fournissent pas de caution ; dans un litige pécuniaire, le juge s'en prend à leurs biens ; dans une cause criminelle, ils encourent la perte de leur dignité. Il est presque superflu d'ajouter que ces privilèges ont tout à redouter des caprices et de l'arbitraire de maîtres absolus.
Les nobles jouissent d'immunités telles que l'exemption complète des contributions (la contribution foncière exceptée), des services personnels et des charges appelées extraordinaires et sordides, qui pesaient presque exclusivement sur les petits propriétaires et les petites gens.
Leurs biens n'étaient pas seuls garantis, leurs personnes l'étaient plus efficacement encore car la loi frappait impitoyablement quiconque attentait à la vie, à la santé des grands, des sénateurs, des officiers palatins. Leurs femmes et leurs enfants étaient associés aux mêmes privilèges.
Tous les nobles indistinctement ne jouissaient pas des mêmes avantages. Nous savons que les traitements rigoureux subis par les plébéiens, dans les cas d'instruction criminelle, leur étaient épargnés, ainsi que certaines espèces de pénalités, mais nous ne savons rien de plus.
L'expérience fit établir trois catégories dans chacune des classes nobiliaires ; elles sont expressément définies par une ordonnance de Théodose le Grand et de Valentinien II :
Dans chacune de ces trois catégories deux subdivisions :Il n'est question dans l'ordonnance de Théodose que des illustres, mais il est évident que la règle s'appliquait aux humiliores, quand même on n'en rencontrerait pas de preuves dans les codes, et elles abondent.
L'ordonnance avait pour objet seulement de fixer l'ordre du cérémonial, ainsi que la rubrique l'annonce : x Pour que l'ordre des dignités » : les dignitaires en activité, administratores, depuis les premiers jusqu'aux derniers, etiam comites rei privatae, auront le pas sur tous les décorés sans fonctions ; c'est-à-dire que le comte des largesses sacrées et le comte du domaine, qui figurent au dernier rang sur le tableau des grands offices de la cour impériale, auront le pas même sur un préfet du prétoire ou un maître général des milices en non activité, vacans. Mais la supériorité des vacantes sur les honorarii n'est pas aussi générale. A titre d'office égal, les premiers doivent l'emporter sur les seconds ; mais l'honoraire primera le vacant, s'il a un titre supérieur.
Cependant, il y avait dans l'état du titulaire vacant une puissance rétrospective, ou d'avenir, qui lui donnait un avantage réel sur l'honoraire. Il avait pour lui ou l'éméritat, ou la disponibilité, quelquefois l'un et l'autre.
Théodose, dans son ordonnance, produit deux exemples notables à l'appui de cette observation. Germanus et Propentadius, celui-ci ancien préfet du prétoire, celui-là ancien maître général des milices, tous deux vacants, reçurent des commissions d'activité à l'occasion d'une guerre ; le second commanda les troupes, le premier eut l'intendance des approvisionnements. L'empereur les assimila aux illustres en exercice, quoique surnuméraires. La qualité de vacants ne leur convenait plus.
IV. CRÉATION DES TITRES DE COMTES. — Le commencement du IVe vit éclore une autre forme de noblesse qui remontait par ses éléments primitifs aux anciens temps de la cité romaine, qui existait en germe, mais sans avoir pris encore une forme caractérisée et précise, sous les premiers empereurs, et qui ne reçut sa constitution définitive qu'à partir du règne de Constantin et de ses successeurs ; nous parlons des comtes, comites,
Déjà les citoyens éminents de la république avaient eu, outre leurs clients ordinaires, sous le nom d'amis, une autre espèce de clientèle plus libre, plus volontaire et beaucoup plus étendue. Un vieil historien, Sempronius Asellio, raconte que Tiberius Gracchus, dans ses dernières luttes, ne sortait point de chez lui sans un cortège de trois ou quatre mille personnes. La mort de Livius Drusus montra que, dans la foule d'amis qui se pressaient autour de ces citoyens puissants, il pouvait se mêler des assassins !. On n'en appelait pas moins de ce nom d'amis ceux, en très grand nombre, que les patriciens ou les chefs du peuple admettaient dans leur clientèle ou dans leur suite. Il y avait, au dire de Sénèque, divers degrés de réceptions, diverses classes d'amis ? ; ceux qui n'entraient point et se tenaient à la porte, prêts à faire cortège ; ceux qu'on recevait dans le vestibule et dans l'atrium, enfin les intimes, et, comme disait un noble personnage, ceux de tous les jours et de toutes les heures ?, La coutume se continua sous l'empire, surtout chez les empereurs, mais dans de moins vastes proportions et dans des rapports plus fixes et plus déterminés de commerce domestique et de commensalité. Pour ne citer que quelques exemples parmi beaucoup d'autres, Hadrien et Alexandre Sévère se faisaient des conseillers intimes de quelques jurisconsultes, de quelques sénateurs et même de certains chevaliers, auxquels ils donnaient le titre quasi officiel d'amis ; ils choisissaient souvent parmi eux soit des commissaires pour les affaires militaires ou civiles, soit des magistrats, et le titre d'ami restait joint au nom de la magistrature *.
Dès le temps de la république, un préteur ou un proconsul envoyé dans une province emmenait les officiers de son prétoire et des amis qui vivaient aux dépens des provinciaux, voyageaient à leurs frais, s'enrichissaient de leurs biens ; ces amis étaient appelés les comites du préteur *. Il en fut de même pour les empereurs qui eurent leur comitalus au cours de leurs voyages et expéditions guerrières. Nous connaissons des actes de martyrs dans lesquels on entend le magistrat qui cherche à ébranler le chrétien en faisant miroiter à ses yeux le titre d'amicus Cæsaris. C'était en quelque sorte un état que d'être ami ou compagnon de César ? ou des princes de sa famille’, souvent les deux titres se trouvaient réunis.
Lorsque le cérémonial de la cour voulut qu'on adorât le prince comme un dieu, c'eut été presque un sacrilège que d'oser se dire ami des augustes ; c'était beaucoup que d'être élevé à l'honneur de leur compagnie. Le titre d'amicus Cæsaris disparut ; celui de comes, comte, devint une dignité. Cette transformation s'opéra sous Constantin, qui créa des comtes de premier, de second, de troisième ordre. Tout ministère, tout office émanant directement du prince et ressortissant plus ou moins immédiatement à lui, portait le dignitaire dans la sphère du comitat sacré, comte non pas de l'empire, mais de l'empereur : comes Domini nostri Constantini ; et ce titre se joignait à un nom d'emploi : comes et magister militum, ou remplaçait les anciens noms de préfet et de légat : comte des largesses sacrées, comte du domaine privé, comte des corps ou divisions militaires.
Dès le temps de Constantin et de ses fils, on voit des comtes de l'Asiana, de Macédoine, des Gaules, des Espagnes, d'Afrique, c'est-à-dire des commandants de divisions militaires dans les provinces ou de corps de troupes envoyés en expédition. Un capitaine des gardes du corps était un comes domesticorum et l'on donna même ce titre à des chefs de barbares, tel que Areobindus, comes fœderatorum.
Dans l'ordre civil, les comtes du consistoire impérial, sacrum consistorium, tenaient le rang le plus élevé de la seconde classe de la noblesse, après les illustres et les clarissimes. Le consistoire impérial était à la fois le conseil des ministres et le conseil d'État réunis ; d'une part, les grands officiers de la couronne, préfet au prétoire, maîtres généraux des milices, grand maître des offices palatins, secrétaire d'État, etc., de l'autre, les comtes sans fonctions actives, mais cependant en service ordinaire et, pour ainsi dire, en disponibilité perpétuelle et pouvant être appelés aux délibérations souveraines. Cassiodore prend grand soin de faire remarquer dans la formule de nomination que celui qui a l'honneur d'entrer dans l'assemblée des illustres (le conseil des ministres) n'y rencontre pas de dignité qui puisse être placée entre eux et lui. Il faut observer que cette prééminence des comtes du conseil sacré dans der Severus, c. XXIX : res bellicæ et res civiles per amicos la classe des spectabiles ne date que du v* siècle, Auparavant, les proconsuls étaient les égaux des conseillers, sinon leurs supérieurs.
Il y avait trois ordres de comtes ; il va sans dire que les conseillers d'État étaient du premier ; mais tout comte du premier ordre n'était pas conseiller d'État.
Le comitat du premier ordre s'accordait à des chefs de division de la chancellerie impériale, à des gouverneurs de grandes provinces sortant de fonctions, aux médecins du palais, aux professeurs des cours publics dans la capitale après vingt ans d'exercice, à des artistes et à des directeurs de travaux publics, Les honneurs n'allaient pas sans privilèges, non pas cependant les mêmes pour tous ; car il y avait encore différents degrés dans ce premier ordre. Les conseillers d'État, et probablement aussi les comtes de la milice armée et de la milice palatine, étaient de beaucoup les mieux partagés. Godefroi énumère leurs immunités : exemption de fournir caution en cas de location des biens domaniaux, exemption de charges sordides, de prestation de recrues et de chevaux pour l'armée, de dépenses pour les jeux de la préture, de logements militaires.
Les médecins jouissaient d'une faveur pareille. Mais les décorés pour cause d'industrie utile et de profession des beaux-arts, ne prenaient rang que parmi les gouverneurs de province appelés consulaires, c'est-à-dire parmi les clarissimes. Le décret même qui leur confère cette distinction attestait qu'ils la déclinaient souvent, pour n'en pas subir les charges, principalement la contribution sénatoriale et l'obligation d'aller siéger au Sénat et de prendre part aux autres assemblées.
Il est peu fait mention des comtes de deuxième et de troisième ordre dans les monuments historiques. Le deuxième est la récompense de services militaires et palatins. Il affranchissait des liens de la curie municipale.
Le troisième ordre ne jouissait pas du même avantage. Les décurions qui avaient parcouru tous les emplois du municipe, les membres des corporations qui fournissaient la viande de la capitale, après cinq ans d'inspection des entrepôts, obtenaient de droit cet honneur, mais ils restaient attachés les uns à la curie, les autres à leurs corporations.
Résumons cette étude en quelques lignes : la noblesse romaine, qui avait commencé par le despotisme d'une caste militaire et sacerdotale, ayant été contrainte, après une lutte acharnée, à ouvrir ses rangs au peuple, s'était agrandie et fortifiée par cette heureuse défaite. Alors, à la constance et à la fierté des traditions politiques se joignit chez elle une continuelle recrudescence de jeunesse et de vigueur. Ce fut son âge héroïque. Mais l'élément populaire, après avoir conquis sa place, ne sut pas se contenir et voulut trop prévaloir. En même temps, les richesses des nations vaincues corrompirent les vainqueurs. La république avait des citoyens trop puissants pour qu'ils ne fussent pas tentés de se mettre au-dessus des lois ; les guerres civiles éclatèrent et aboutirent à l'asservissement général. La noblesse décimée, mutilée, vécut de souvenirs et de regrets, Les césars tentèrent de la relever et de la réformer pour servir et décorer leur gouvernement. Après le règne des Antonins, elle suivit la décadence qui entraînait tout et elle finit par s'évanouir dans le fantôme du Sénat romain et sous les titres du Bas-Empire.
1396 Quant à leurs esclaves, ils ne les partagent pas à notre manière entre les différents services de la maison. Chacun d'eux a son intérieur, ses pénates à part et les gouverne à sa guise. Le maître lui ordonne de fournir une quantité déterminée de blé, de bétail ou d'effets d'habillement, comme un colon ; et à cela se bornent les obligations de l'esclave. Les autres offices de la domesticité sont remplis par la femme et les enfants. Quant à l'homme libre, vous ne lui persuaderez pas aussi facilement de labourer la terre et d'attendre la moisson, que de provoquer l'ennemi et de mériter l'honneur d'une blessure. Ils regardent même comme le propre d'un lâche et d'un homme sans énergie de gagner à la sueur de son front ce qu'on peut obtenir avec du sang, » La marque distinctive de l'Homme libre chez les Germains était donc l'exemption de toute rente seigneuriale et de tout travail manuel ; plus, le droit de porter les armes. C'était là comme une première noblesse, La seconde, et la plus relevée, était de les porter avec éclat. Ainsi on devenait noble en méritant de l'être et on transmettait cette qualité à ses descendants. Les dynasties royales, les maisons princières, les grandes lignées historiques n'ont guère connu d'autres commencements : les Adalings chez les Lombards, les Baltes chez les Goths, les Amales chez les Ostrogoths, les Agilolfings chez les Bavarois, les Aeskings chez les Anglo-Saxons, les Mérovingiens chez les Francs. I Au-dessous de cette première noblesse du nom, qui était peu nombreuse, se trouvait celle des fonctions publiques. Celles-ci, dans un état social encore très peu avancé, se réduisaient à celles de chef pendant la guerre et de juges pendant la paix, mais comme elles étaient transitoires elles ne conféraient pas à ceux qui en étaient pourvus une importance sociale permanente. La noblesse étant élective, il arrivait qu'elle favorisait un personnage et renversait un autre, et ainsi l'hérédité se déplaçait perpétuellement, replongeant dans la foule ceux qui s'étaient un moment élevés au-dessus d'elle.
Il existait donc chez les Germains, au-dessus de cette foule des hommes libres, trois catégories principales qui s'en distinguaient par des avantages exceptionnels et une position supérieure : 1° les dynasties royales et les familles où la noblesse du nom était héréditaire ; 2° les individus revêtus accidentellement d'un titre ou d'un honneur ; 3° ceux qui s'élevaient par-dessus les autres par leur mérite personnel, ou bien par le mérite et le nombre de leurs compagnons.
Ainsi une institution uniforme par son principe connut des degrés. La noblesse variait suivant qu'on fut de telle ou telle lignée, qu'on eut plus ou moins de clients, qu'on acquit une réputation plus éclatante. Mais il suffisait, pour être noble, d'être ingénu, c'est-à-dire de porter les armes et de vivre sans travailler. Quand les Francs eurent pénétré en Gaule et s'y furent établis, ils y rencontrèrent une institution analogue, quoique d'un génie différent : nous voulons parler de la noblesse impériale, constituée par la réforme administrative de Dioclétien, telle qu'on la trouve dans la Notitia dignitatum utriusque imperii. L'empire contenait deux catégories de fonctionnaires : une qui défendait la frontière contre l'assaut des barbares, l'autre qui administrait les provinces ; toutes les deux vivant de la faveur du prince et de l'épuisement de la foule qui n'avait d'autre rôle que de se laisser pressurer et d'obéir. Au-dessous de cette double hiérarchie grouillait, misérable, la plèbe romaine, à qui rien n'était promis, à qui tout était possible, qui flottait entre la servitude et la liberté pour retomber presque toujours plus profondément dans l'esclavage.
Après la chute de l'empire, quand les barbares s'en furent partagé les lambeaux, les cadres de l'administration romaine résistèrent et la noblesse impériale ne périt pas. On la retrouve dans la Gaule mérovingienne à la tête des municipalités où la politique de Rome l'avait, pour ainsi dire, enchaînée. Ce fut par ce point qu'elle se trouva d'abord en contact avec le nouveau gouvernement, puis que le comte, chargé par les Francs de l'administration supérieure de tout le pagus, était obligé, en même temps, de présider à l'administration intérieure de la cité. Mais le comte mérovingien était avant tout un officier militaire, la NOÉ 1398 chrétiens qui représentent Noé et les divers épisodes de sa carrière.
Dans les catacombes, nous rencontrons à une date très reculée le personnage de Noé dans un coffre sans couverture et de forme cubique, une colombe se dirige vers lui à tire-d'aile apportant un rameau d'olivier. Ce symbole se voit dès le 1er siècle dans l'hypogée de Domitille ; il est déjà plus fréquent au 1er siècle et la belle fresque de la catacombe de Priscille en donne une représentation vigoureuse. Cette façon rudimentaire de représenter l'arche reparaitra généralement dans les monuments chrétiens, fresques, sarcophages, épitaphes.
Enfin, à Santa Maria Antiqua, au Forum, les peintures.
E£w e AH. LECLERCO.
D'après Von Hartel et S. Wickhof, Die Wiener Genesis, 1895, pl. 1v.
Les monuments chrétiens, fresques, sarcophages, épitaphes, représentent Noé dans l'arche, recevant la colombe, ou bien l'arche posée sur les flots, avec Dieu annonçant à Noé le déluge, la construction de l'arche, etc.
La marque distinctive de l'Homme libre chez les Germains était donc l'exemption de toute rente seigneuriale et de tout travail manuel ; plus, le droit de porter les armes. C'était là comme une première noblesse, La seconde, et la plus relevée, était de les porter avec éclat. Ainsi on devenait noble en méritant de l'être et on transmettait cette qualité à ses descendants. Les dynasties royales, les maisons princières, les grandes lignées historiques n'ont guère connu d'autres commencements : les Adalings chez les Lombards, les Baltes chez les Goths, les Amales chez les Ostrogoths, les Agilolfings chez les Bavarois, les Aeskings chez les Anglo-Saxons, les Mérovingiens chez les Francs. I Au-dessous de cette première noblesse du nom, qui était peu nombreuse, se trouvait celle des fonctions publiques. Celles-ci, dans un état social encore très peu avancé, se réduisaient à celles de chef pendant la guerre et de juges pendant la paix, mais comme elles étaient transitoires elles ne conféraient pas à ceux qui en étaient pourvus une importance sociale permanente. La noblesse étant élective, il arrivait qu'elle favorisait un personnage et renversait un autre, et ainsi l'hérédité se déplaçait perpétuellement, replongeant dans la foule ceux qui s'étaient un moment élevés au-dessus d'elle.
Il existait donc chez les Germains, au-dessus de cette foule des hommes libres, trois catégories principales qui s'en distinguaient par des avantages exceptionnels et une position supérieure : 1° les dynasties royales et les familles où la noblesse du nom était héréditaire ; 2° les individus revêtus accidentellement d'un titre ou d'un honneur ; 3° ceux qui s'élevaient par-dessus les autres par leur mérite personnel, ou bien par le mérite et le nombre de leurs compagnons.
Ainsi une institution uniforme par son principe connut des degrés. La noblesse variait suivant qu'on fut de telle ou telle lignée, qu'on eut plus ou moins de clients, qu'on acquit une réputation plus éclatante. Mais il suffisait, pour être noble, d'être ingénu, c'est-à-dire de porter les armes et de vivre sans travailler. Quand les Francs eurent pénétré en Gaule et s'y furent établis, ils y rencontrèrent une institution analogue, quoique d'un génie différent : nous voulons parler de la noblesse impériale, constituée par la réforme administrative de Dioclétien, telle qu'on la trouve dans la Notitia dignitatum utriusque imperii. L'empire contenait deux catégories de fonctionnaires : une qui défendait la frontière contre l'assaut des barbares, l'autre qui administrait les provinces ; toutes les deux vivant de la faveur du prince et de l'épuisement de la foule qui n'avait d'autre rôle que de se laisser pressurer et d'obéir. Au-dessous de cette double hiérarchie grouillait, misérable, la plèbe romaine, à qui rien n'était promis, à qui tout était possible, qui flottait entre la servitude et la liberté pour retomber presque toujours plus profondément dans l'esclavage.
Après la chute de l'empire, quand les barbares s'en furent partagé les lambeaux, les cadres de l'administration romaine résistèrent et la noblesse impériale ne périt pas. On la retrouve dans la Gaule mérovingienne à la tête des municipalités où la politique de Rome l'avait, pour ainsi dire, enchaînée. Ce fut par ce point qu'elle se trouva d'abord en contact avec le nouveau gouvernement, puis que le comte, chargé par les Francs de l'administration supérieure de tout le pagus, était obligé, en même temps, de présider à l'administration intérieure de la cité. Mais le comte mérovingien était avant tout un officier militaire, la NOÉ 1398 chrétiens qui représentent Noé et les divers épisodes de sa carrière.
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L'Histoire du déclin et de la chute de la monarchie française se poursuit avec régularité, La voici arrivée à son huitième volume dans l'espace de treize années, s'adressant à son fidèle auditoire d'historiens et justi- — fiant une fois de plus l'éloge que lui décernait le rapport sur le Grand Prix Gobert : « On ne peut qu'admirer — tout à la fois la haute conscience apec laquelle cette enquête est menée et l'aisance avec laquelle de cette — écrasante documentation dom Leclereq fait jaillir tantôt des scènes saisissantes de vie et de mouvement, tantôt des table aux dont le détail ne nuit nullement à l'ensemble, tantôt des portraits sans prétention litté- — | raire, mais qui paraissent tracés d'une main trés assurée. La Révolution a déjà depuis un siècle, et plus parti- — culiérement depuis un demi-siècle, fait l'objet d'étu des innombrab les, Sans doute dom Leclereq n 'apporte à ^9 notre connaissance aucun événement important qui n'ait déjà été étudié, mais la méthode qu'il a suivie — — et c'est celle qui a rendu célèbre l'ordre bénédictin auquel il appartient — est si scrupuleuse que le résultat en donne, chose rare, l'impression de quel que chose de définitif. » Ce nouveau volume est consacré, comme son titre l'indi que, à l'entreprise sectaire qui aboutit à lo création d'une Église schismati que que l'on étudie à Paris et dans les départements transformés en diocése. Voici la distribution p r chapitres :
Préface. — C. 1, La vente des biens nation aux. C. n, Le serment civi que (23 juill.-27 nov. 1790). C. n, Le serment civi que (28 nov. 1790-4 janv. 1791). C. 1v, La suppression des chapitres et le remaniement des paroisses. C. v, La résistance de l'épiscopat. C. vi, Le retour à l'Église primitive. C. VII, L' Église constitutionnelle à Paris. C. vir, L Église constitutionnelle en province. C. 1x, L'Eglise constitutionnelle en province. C. x, Destitution de Bernis et rappel du nonce. C. x1, Rétractations, élections et ordinations. C. xix, La prési- — - dence de Mirabeau. C. xim, Le départ de Mesdames. C, xiv, La journée du 28 février. C. xv, La maladie ei 3 la mort de Mirabeau. C. xvi, La communion pascale du roi. |. Tirage 25 ESET | à cent exemplaires Dom H. LECLERCO en vente : numérotés 15 francs | volume petit in-8° de 92 pages, avec portrait.
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Fasc. CXXX-CXXXI. MOZARABE (LITURGIE) - NATIVITÉ
BATES VI LIBRATRIBC TBTOUZEY : ET ANË
Ces fascicu les contiennent deux gravures hors texte MOZARABE (LA LITURGIE). I. Lenom. II. HisLori que. III. Sour ces et documents. IV, L'année liturgi que, annonce des fêtes, calendrier, fêtes immobi les et fêtes mobi les ; la semaine sainte et la semaine pascale ; les com muns. V. Les messes mozarabes. VI. L'oflice mozarabe, le cursus, les cantiques, le lucernaire ; les ofli ces de primitiis et de decimis ; le psautier et l'hymnaire. VII. Sacrements, ordinations, réordinations, réconciliation des hérétiques. VIII. Helations de la liturgie mozarabe avec les autres liturgies. IX. La notation musicale et le chant mozarabe ; la question des origines de la liturgie mozarabe. X. Orthodoxie de la liturgie mozarabe ; la descente du Christ aux enfers ; les symbo les de foi ; lecture de l'Apocalvpse ; la doxologie, le Trisagion, le Gloria in excelsis. XI. Usages particuliers : lavement des pieds, onction des rois et autres céré- | monies roya les ; cloches, couronnes, croix, cali ces, paténes, etc. XII. Les caractères et les procédés de la liturgie mozarabe ; centonisation. XIII. Vocabulaire. XIV. Bibliographie, par F. CABROL, col. 391-480, MSSADIN. I. Furnos majus. II. Furnos minus. III. Liste épiscopale. IV. Basili que chrétienne, par H. LECLERCQ, col. 491-499,
MSCHATTA. — I. La date et l'origine. II. Les
MU ENT £R (Frédéric) par H. LECLERCQ, col, 504-505. | MUSIQUE, voir CHANT.
MYLASA, par H. col, 570-571, V. Origines chrétiennes. VI. Saint Clair. VII. Liste épiscopale. VIII. Les fouil les de 1910-1913. IX. Vestiges de la cathédrale de Saint-Félix », X. Le chevet de la cathédrale. XI. Saint-Similien. XII. Saint-Symphorien. XIII. SaintÉtienne, XIV. Sarcophages. XV. Cercueils mérovingiens. XVI. Monnaies mérovingiennes, par H. LECLERCO, col. 624601.
MAPLES. — I. Les martyrs. II. Catalogues épiscop aux. III. Liste épiscopale. IV. La fin de l'hellénisme à Nap les. V. Les catacombes. VI. La catacombe de SaintJanvier : 1. Oratoire. 2. Vestibule. 3. Baptistére. 4. Fouil les du grand ambulacre. VII. Les peintures à Saint-Janvier : 1. Catacombe supérieure. 2. Catacombe inférieure. VIII. L'é-
glise »constantinienne. IX. La basili que de Sévère, X. La basili que Stéphanie. XI. Le baptistére de Soter. XII. Mosaiques. XIII. Le Comes de Nap les. XIV. Le Comes romanonapolitain. XV. Les inscriptions, par H. LECLERCQ, col, 691T 16.
NAPLOUSE, — I. Le nom. II. Le site, III. L'histoire. IV. La liste épiscopale. V. La ville romaine : 1. Le rempart. 2. Les rues. 3. Le nympheum. 4. La basili que. VI. Saint Justin, par H. LECLERCQ, col. 776-732.
- lapidaire de Lamourguier. XXXV. Sarcophages, X XXVI.
NARONA, par H. LECLERCO, fol. 882-884, NARTHEX, par H. LECLERCQ, col, 888-880, PEPNCS A Derbi $ z DET —Á'" Ae TEN 7 Py ws mer (Juillet 1790-Avril 1791) | volume in-8° raisin de 628 pages. e NR E. RR RR Rn 50 fr. a, Ce volume continue l'Histoire du déclin et de la chute de la monarchie francaise. 11 contient le récit de l'aberration sectaire qui, sous couleur de politi que et d'administration, réalisa le calcul secret des inspirateurs de la Révolution et engagea celle-ci dans la voie de la persécution religieuse.
A peine calmées les bruyantes effusions, évanoui le son des cloches et dissipée la fumée d'encens qui accompagnérent les premiers Te Deum, deux votes de l'Assemblée constituante mirent les biens du clergé « à la disposition de la nation » et retirérent au catholicisme la qualité de religion d'État.
Dés lors, un grand nombre parmi les prétres et les fidé les, qui avaient acclamé le régime nouveau, éprouvérent une cruelle déception et s'inquiétérent des conséquen ces probab les d'un bouleversement dont l'inspiration voltairienne apparaissait de jour en jour plus évidente. Plus perspica ces, ils auraient su prévoir qu'une Révolution encouragée par les philosophes appliquerait leurs doctrines ; ils auraient dû comprendre que les membres d'une assemblée, en majorité indifférente ou hostile à toute foi chrétienne, ne verraient dans la religion qu'un artifice pour inculquer au peuple la passivité et la résignation.
Dès les premières semaines de son existence sous le nom d'Assemblée nationale, celle-ci avait été sollicitée d'intervenir dans la réforme de l'Église de France au méme titre qu'invoquait parfois pour s'y aventurer cette royauté défaillante dont elle revendiquait l'héritage.
Ceux qui provoquaient cette intrusion ne paraissaient pas s'apercevoir de la différence des situations. Rapprochées et unies par la méme foi, l'Église romaine et la royauté francaise avaient, depuis des siéc les, su éviter un schisme et continuaient à échanger des servi ces et des concessions. La Constituante n'était disposée à rien de pareil et repoussait les compromis comme des anachronismes.
Sa première manifestation en manière religieuse dévoilait à la fois ses rancunes et ses appétits, car la Constitution civile était une mesure longuement préméditée. Elle était la conséquence logi que des disputes doctrina les qui, depuis plus d'un siécle, déchiraient l'Église de France et des opinions subversives qui avaient ébranlé ou détaché une partie du clergé et de la bourgeoisie dans leur déférence à l'égard du chef de l'Église universelle, Les principa les stipulations de la loi votée le 12 juillet et sanctionnée le 26 décembre 1790, étaient relatives à une nouvelle circonscription des diocèses, ce qui entrainait la suppression d'un certain nombre de sièges épiscop aux et l'érection de plusieurs autres. Plus grave encore était la nomination des évêques et des curés livrée à des assemblées électora les composées exclusivement de laiques : croyants, incrédu les, hérétiques, juifs ou païens, s'il s'en trouvait parmi eux, et l'interdiction faite aux élus de s'adresser au chef de l'Église pour obtenir de lui leurs bul les d'institution canoni que.
Les innovations schismatiques introduites dans la Constitution civile révélaient la collusion de plusieurs influen ces : cel les de Rousseau, du gallicanisme et du protestantisme.
Tirage 25 exemplaires à cent exemplaires Dom H. LECLERCO en vente : numérotés 15 france | volume petit in-8 ? de 92 pages, avec portrait.
C'est le récit d'une vie d'artiste, et le catalogue de son œuvre. L'homme fut un chrétien d'une ferveur exemplaire, affilié au tiers ordre franciscain ; l'artiste fut un maitre dont la science et l'habileté avaient marqué sa place avant tous ses ému les. L'hommage qui lui est rendu s'adresse à un maitre dont la modestie, la mortification, la scrupuleuse conscience peuvent être proposées en exemple et qui semble faire revivre un personnage des Fioretii à la fin du xix* siècle, En vente : Tome IX. EVANGILES DE S. MATTHIEU ET DE S. MARC
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. I-II. PENTATEUQUE. |
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. JOSUÉ, JUGES ; ROIS. - IV, PARALIPOMÈNES, ESDRAS, NÉHÉMIE, TOBIE, JUDITH, ESTHER, JOB. | YV. PSAUMES, PROVERBES.
VI. ECCLÉSIASTE, CANTIQUE, SAGESSE, ECCLÉSIASTIQUE.
VII. ISAÏE, JÉRÉMIE, BARUCH, ÉZÉCHIEL, DANIEL.
. VIII. PETITS PROPHÈTES, MACCHABÉES.
T. XI ÉPITRES AUX ÉPHÉSIENS, PHILIPPIENS, COLOSSIENS,
A PHILÉMON, AUX HÉBREUX, ÉPITRES CATHOLIQUES, APOCALYPSE.
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: Le Tu n'est S où un seul auteur pouvait entreprendre seul une pareille œuvre et la mener à tens dans de bonnes conditions. Aussi M. Pirot, chargé depuis plusieurs années de l'élaboration et de la rédaction de ce commentaire, a-t-il voulu s'assurer du concours de collaborateurs nombreux et réputés. Parmi eux figurent déjà plusieurs professeurs de nos Facultés de théologie : MM. Tricot et Robert, de Paris ; Chaine, de Lyon ; Pannier, de Lille ; Dennefeld, de Strasbourg ; Coppens et le R. P. Braun, de Louvain ; M, Bardy, de Dijon ; le R. P. Buzy, de Bétharram : le Ri P. Médebielle, de Nazareth, ét quelques-uns des maitres de nos grands séminaires : MM. Cruveilhier, de Limoges ; Marchal ét Clamer, de Nancy ; Charue, de Namur ; Hennequin, de Metz, t On peut donc étre assuré que ce nouveau commentaire saura unir à la concision nécessaire une rigoureuse exactitude dans l'information scientifi que et théologi que. Voici les principa les caractéristiques :
Letexte dela Vulgate est reproduit par paragraphes (et non par versets), sauf dans les passages poétiques, d'aprés l'édition de Mgr Gramatica ; mais le numérotage courant est mis devant cha que verset dy façon apparente, Le texte français est une traduction non du texte de la Vulgate, mais du texte original.
Au-dessous du texte de la Vulgate et de la traduction francaise du texte original, quelques notes, aussi peu nombreuses que possible, signalent les variantes dont il faut tenir compte pour la bonne explication du texte sacré. Les autres variantes, d'ordre secondaire, sont éliminées, Cha que livre de la Bible est précédé d'une courte introduction, rédigée par le commentateur du texte. Cette introduction donne l'essentiel sur l'auteur, la date, le caractére du livre, sa réception dans le canon s'il y a lieu, l’enseignement théologi que qu'il contient.Se souvenant du but, avant tout prati que, que l'on veut essayer d'atteindre par ce commentaire, on évite avec soin tout étalage d'érudition, pour donner simplement, brièvement et clairement les notions précises communément admises par les auteurs prudents et informés, Dans son commentaire, cha que auteur s'appli que : a) A dégager le sens littéral du texte original sans perdre de vue le sens typi que ; il vise à bien mettre en relief le sens théologi que et l'utilisation qui peut être faite d'un passage déterminé pour justifier et expliquer nos dogmes ; b) A donner les explications lexicographiques, grammatica les, géographiques et historiques susceptib les d'expliquer le texte sacré, d'en mieux saisir le sens exact et toute la portée ; c) A fournir pour certains textes, comme les parabo les, divers récits des évangi les, des Actes ou de l'Ancien Testament : Psaumes, Prophètes, Livres sapienti aux, un canevas des développements homilétiques que suggère le texte sacré, afin d'orienter la prédication vers un meilleur emploi de la sainte Écriture.
Est-il besoin d'ajouter que le directeur et les collaborateurs de ce commentaire se feront un devoir de suivre filialement toutes les directives émanées du Saint-Siège en matière bibli que ? L'Enchiridion biblicum publié par Cof cs on title Ni MN keeps t eae VA A IU
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Fasc. CXXXII-CX XXII. NATIVITÉ - NOÉ
PARLIS*VI BIBRAIRIE LETOUZEY ET ANE
Ces fascicu les contiennent une gravure hors texte LL ac T AGERET aoe RÀ M Mw 9. M
ARTICLES CONTENUS DANS LES FASCICULES CXXXII-CXX XIII
NATIVITÉ DE JÉSUS, — I. L'événement, II. Incertitude sur la date, III. La date du 25 décembre à Rome. IV. Le Nalalis Invicti. V. Expansion dela date du 25 décembre : 1. Antioche. 2. Syrie du Nord. 3. Constantinople.
4, Nysse. 5. Amasée, 6. Chypre. 7. Alexandrie. 8. Jérusalem. ` VI. Fixation de fêtes aprés Noël : 1. Circoncision. 2. Purification. 3. Annonciation. 4. Nativité de saint Jean-Eaptiste. VII. Fétes à la suite de Noél. VIII. Noél en novembre. IX. La solennité. X. Les monuments figurés. XI. Le sanctuaire de la Nativité. XII. La grotte de la nativité. XII. La basili que de la Nativité : 1. Le probléme archéologi que. 2. Analyse archéologi que. 3. Restauration du monument constantinien. 4. Citerne-baptistére. XIV. Histoire du sanctuaire : 1. De Constantin à Justinien. 2. De Justinien au ixt siècle, par H. LECLERCQ, col. 905-958.
NATTÉ, par H. LECLERCQ, col. 958-059.
NAUDET (Joseph), par H. LECLERCQ, col. 959-965.
NAUMACHIE. — I. Topographie vaticane. II. La naumachie. III. Bibliographie, par H. LECLERCQ, col. 98625-0635.
NAVETTE, par H. LECLERCQ, col. 968-969.
NÉRON. I. Néron et le judaïsme. II. Le christianisme à Home. III. L'incendie de Rome. IV. La persécution. VY. L'institution néronienne. VI. Les victimes. VII. Fin de Néron.V III. Bibliographie, par H. LECLERCQ, col. 1124-1150.
NEURASTHÉNIE, par H. LECLERCQ, col. 1150-1152, NEVERS, — I. Liste épiscopale. II. Manuscrits liturgiques. III. Ivoire. IV. Sarcophages, par H. LECLERCQ, col. 1152-1167.
NGAOLUS, par H. LECLERCQ, col. 1167-1168.
NICANDRE, par H. LECLERCQ, col. 1168.
NICE-CIMIEZ. — I. Thorame. II. Nice-Cimiez. III. Liste épiscopale, IV. Bibliographie, par H. LECLERCQ, col. 1168-1179.
NICÉE. — I. Histoire. II. Topographie. III. Église de Sainte-Sophie. IV. Église de la Dormition. 1° A propos de la date. 29 A propos du nom. 3^ Le véritable nom et la date. 4 Un nouveau texte et une nouvelle lecture. 5° Le décor de l'église, 6* Les mosaiques. 1. Le sanctuaire. 2. Le catholicon. 3. Le narthex. V. Les 318 Pères de Nicée. VI. Liste des noms. VII. En plus des listes, VIII. Ancien texte latin du symbole. X. Bibliographie, par H. LECLERCQ, col. 1179-1232.
Pour paraître très prochainement : Tome V et dernier des augustins de l'Assomption.
Cinq forts volumes in-8° de 500 à 600 pages....... 250 fr.
A l'heure où les Églises d'Orient traversent une des crises les plus redoutab les de leur histoire et où beaucoup de leurs fidè les se trouvent dispersés dans les divers pays de l'Europe occidentale et du Nouveau Monde, une étude d'ensemble sur la doctrine théologi que de ces Églises, principalement sur les points qui les séparent de nous, paraît devoir être la bienvenue. C'est un fait que la théologie de ces Églises, depuis l'épo que malheureuse des schismes, a peu sollicité la curiosité des théologiens catholiques. Autant ceux-ci ont suivi de prés l'évolution doctrinale des Églises protestantes, autant ils ont pris peu d'intérét au mouvement des idées parmi les chrétiens orient aux. On répéte méme communément, dans nos manuels d'apologéti que, qu'il n'y a pas eu parmi eux de mouvement du tout, et qu'ils sont restés figés dans leur immobilité séculaire. Pourtant rien n'est moins exact. Il y a là une lac une regrettable dans la science catholi que. Le P. Martin Jugie, qui étudie depuis vingt ans la théologie des Églises séparées, essaie de combler cette lac une dans un ouvrage en cinq volumes :
T. r. Theologiæ Græco-Russorum expositio. Origo, historia, fontes.
T. tv. Theologiæ Græco-Russorum expositio. De novissimis, de Ecclesia.
T. v. Theologia nestorianorum el monophysitarum.
LA FUITE DU ROI
(Avril-Juillet 1 791) | volume in-8 ? de 600 pages environ Un nouveau volume vient continuer l'eeuvre histori que qui a pris sa place parmi les ouvrages définitifs concernant la Révolution francaise. Avec une sérénité à laquelle on a rendu un hommage publie, avec les mémes qualités de fond et de forme que signalait Louis Barthou, ce volume poursuit la synthèse présentée dans les cinq qui l'ont précédé. Aux lecteurs fidè les de dom Leelereq il suffira dés maintenant de présenter les titres des chapitres :
Ch. I. Le système de perception des impôts. — Ch. II. La réforme commerciale et douanière. — Ch. IIT. La trésorerie et la caisse de l'Extraordinaire. — Ch. IV. L'opinion publique en Provence. — Ch. V. Le deuxième camp de Jalès. — Ch. VI. Les émeutes en province. — Ch. VII. Les clubs en province. — Ch. VIII. La nouvelle organisation de l'armée. — Ch. IX. L’émigration et les puissan ces. — Ch. X. Les premiers troub les en Vendée. — Ch. XI. Affaires courantes. — Ch. XII. Les projets d'évasion de la famille royale. — Ch. XIII. Le voyage des Tuileries à Varennes. — Ch. XIV. L'événement de Varennes. — Ch. XV. La poursuite et l'arrestation du roi. — Ch. XVI. Le retour de Varennes. — Ch. XVII. Les conséquen ces de la fuite du roi. — Ch. XVIII. L'échauffourée du Champ-de-Mars.
Cette histoire de quatre mois compte parmi les pério des les plus tragiques de la Révolution. Le volume que nous annoncons sera mis en vente dans le courant de l'année 1936.
Les volumes précédents sont :
Les journées d'octobre et la fin de l'année 1789, | vol. m-89, 456 pages.
Vers la Fédération (janvier-juillet 1790), 1 vol. in-8e, 496 pages.
La Fédération (janvier-juillet 1790), 1 vol. in-80, 552 pages.
La propagande révolutionnaire (juillet-décembre 1790), 1 vol. in-8°, 670 pages. L'Église constitutionnelle (juillet 1790-avril 1791), 1 vol. in-80, 628 pages.
« Le sujet a trouvé son historien, avec ses qualités connues, mais encore accrues, de couleur, de vie, d'entrain, ce grouillement des fou les, ce papillotement infini — qui soudain cesse quand il faut pour faire place à une analyse froidement lucide du « pour quoi ? », du « comment ? » ou pour disséquer tel personnage de premier plan : Talleyrand, Mirabeau. — Faut-il du mouvement furieux, l'auteur nous emporte ; faut-il faire halte, se retourner, considérer le chemin parcouru ? il fait le point avec une rigoureuse süreté. C'est un maitre livre dans lequel on ne confond pas impartialité avec froideur, ni érudition avec ennui. Tels chapitres sont captivants : la mort de Mirabeau ; la communion pascale de Louis XVI. Quel y e, quelle émotion ! (Le Temps.) Imprimé en France — LETOUZEY et ANÉ, 87, cnn spail, P Paris-VI. — 1935. d -— ACTA & « T a ors A ENS uu E i =g ge oe a rnm A Lar JS Dr
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